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NOVEMBREi6s}.
A PARIS,
Ar ïALAlS.
oN donnera toûj ours un Volurrnr
nouveau du Mercure Galant JJ
uremier jour de chaque Mois, K et
Ici vendra, aussi-bien que TExtraaioJ
dinaire, Trente fols relié en Veatix
& Vingt-cinq fols en Parchemin.
A PARIS,
Chez G. DE LUYNE, au Palais, daus G
Salle des Merciers, àla jufiw.
Chçz C.BA.GRART, Ruë S. Ja.cqQ.JU
à 1'eiitréc.delaRue duPlâtre,
Etenià Boutique-Court-Neuve du Pala .d
AU DAUPHIN.
&T.GIRARD, au Palais, dans la GramJ,
*- Salle, a l'Envie.
M. DC. LXXXIII.
4VEC VRIVLLEQE DVROI,
TABLE DES MATIERES
contenuës dans ce Volume.
pRéludey 1
Plutteurs Sonnets sur le Soleil, 3 Servie raita Tournay, 10
Autre Servicefait à Lile, il
Ode, 14
Fl/tugalantes données à Genève, 17
Bouquet, ;6
Discours qui fait connoistre QUE la Pucelle
d*Orléans n'a point eslè brûlée à
Rouen, &qu'ellea eslé mariée, 39
jivanture, 60
Galanterie tres - nouvelle, & tres-curieuse,
65
Services, 75
Vers sur la mort de la Reyne, 104
Jdijjionsfaites parlesJésuites du coflc de
Tr;'poly, no
Lettre curieuse sur le [H,'cr de CEmét'ejue,
145
QiieftiwsAcadémiques fontennes devant
TABLE.
MejJitHrS de fAcadémie aArles. iSe
M. £Abbé Boisseauproche devant le -s
Royj i88£
Avantare, 189 n
Amniftic pour les Religionâires de la».
Province de Dauphiné, 193 t
Relation de ce qui cft passé en FlAndrn *
,
depuistroismois,21jf
Mémoireprèsenté aux Etats Généraux,
par M. le Comted Avaux. 141;
Morrt eotcMasdamie la,A2iarq5uife8de Cha- î Mort de Madame de Cloate
,
autrefois v.
'Ladem(Jifelle desJardins,267 v
Moyt de xadamedeBelfond, 161 (
JWaragedeA/.GilbertdeVoyfins, 171 1 Globes,1 11; i
A'o;ns de ceux qui ont deviné les Enig- -
mesduderniermois, 17f ?
Eniqme, i7$S
AutreEnigme. 279 e
Galanterie faiteau Cbafieau de Marly, -,'
280
OraisonsFunèbres, 3021
Service solemnel fait ou Convent du »
TABLE. Va.'-de-Grace, 3^5
24ortde t..1*Comte de Vermvndoù, 308
Explication de tItaliende£Etendard
donné dons la Relation du Siegede
Vienne, 311*
Affaires (fAllemagne,31^
Avant'irenavale, 331
Affil(rer deHollande, 340
Lettre de Flandres. 366
AvispourpUccrlesFigures.
LE Mausolée doit regarder la pâge
91.
L'Air qui commence r1r Vwj voulez.
qUt le vive, doit re;crder la r¿gc
J> 7.
La Ville deCourrraydoit regarder
la page 117.
jiFIS ET CATALOGVE
des Livres qui se vendent chez;
le Sieur Blageart.
REcherches curieuses d'Antiquitt:,,'
.contenues en plusieurs Ditlertations
, lur des Médailles, Bas-reliefs,
Statues, Mosaïques, & Inscriptions
antiques, enrichies d'un grand nombre
deFigures en taille-douce. InA. pi-
Sentimens sur les Lettres & sur l'Hifroire,
avec des Scrupules sur le Stile.
IndoHz-e. 30f.
Lettres diverses de M. le Chevalier
el'Ber. JlIdoue. 30f.
Nouveaux Dialogues des Morts.
Fremiere Partie. Indouze. 30f.
Seconde partie des Dialogues des
Morts. In douze. 30 f.
La Duchesse d'Eftramene. Deux
Volumesindoux.e. +° f.
LeNapolitainJNouv.lmloH" 20 f.
L'Académie Galante.jOf.
Une Description entiere du Siege de
Vienne,depuis le commencement jusqu'à
la leveedu Siegeen J'S;.
Il y a vingt-trois Extraordinaires, qui
outre les Queftions galanres, & d'érudition,
& les Ouvrages de Vers, contiennent
plusieurs Discours, Traitez,
& Origmes, sçavoir.
Des Indices qu'on peut tirer sur la
maniéré dont chacun forme [on Ecriture.
Des Devises, Emblèmes, & Revers
de Médailles. De la Peinture, &
de la Sculp'ure. Du Parchemin, & d.
Papier. Du Verre. Des Veritez qui font
contenues dans les Fables, & de l'excellence
de la Peinture. Dela Contestation.
DesArmes,ArmoiriesJ& de leur
progrés. De l'Imprimerie. Des Rangs
& Cérémonies. Des Talismans. Dela
Poudre à Canon. De la Pierre Philosophale.
Des Feux dont les Anciens se
Jervoienrdans leurs Guerres, & de leur
composition. De la fimpathie, & de
l'anthipatie des Corps. De la Dance,
de ceux qui l'oat inventée, & de ses
diférentes especes. De cequi contribue
le plus des cinq lêns de Nature à la fô- u
tisraction de l'Homme. De l'ufag^ des]
la Glace. Delà nature des Elpiitsfo—c
lcts, s'ils font de tous Pais, & ce qu'iIii'J
ont fait. De l'Harmonie, de ceux qniiiJ
l'ont inventée,& de ses effets. Du fié—à
quem ufagede la Saignée. De la No.()
bldfe. Du bien & du mal que la fré..;'
quenteSaignée peut faire. Des tfh-rude
l'Eau minérale. De la Superflitjonm
8cdes rrrClrC; populaires.DelaChaflioT]
Des Mcréores, & de la Comete appasc
ruéen 16S0. Des Armes de quelquearj
Faunilles de France. Du Secrct d'nnrn
Ecritrre d'unenouvdle invention,tre;: -
prrpre à cftre rendue universelle, avrjv
celuy d'une Langue qui en ré(u!t>
,
l'ur/
& l'autre d'un usage facile pour laçons
munieation des Nations. De l'air :
Monde, dela veritable Politesse, & es )
quovi! consiste. De la Medecine. DCI
progrés & del'état présent:delaMIll
dccine.Des Peintres anciens,& de leuus
manietei. De l'Eloquence ancienne
moderne. Du Viti. Del'HonneRt-té,&
de Uveritable SageHè. De la Pourpre
& de l'Ecarlate
,
de leur diférence, Be
de leur usage. Dela marque la plus eCfentielle
de la varitable amitié. L'AbregéduOiébonnaire
Universel. Du
inépris de la Mort. De l'origine des
Couronnes, & de leurs especes. Des
Machines anciennes & modernes pour
élever les Eaux. Des Lunetes. Du Secrer.
De la Conversation De la Vie
heureuse. Des ClocR\:s>& de leur antiquité.
On fera une bonne compoficion à
ceux qui prendront les cent dix Volumes,
ou la plus grande partie. Quant
aux nouveaux qui se débitent chaque
mois, le prix fera toûjours de trente
fois en veau, & de vingt-cinq en parchemin.
fçeOutre les Livres contenus aussi dans
Catalogue, on vend aussi chez le
Sieur Blageart tomes fortes de Livres
nouveaux,& autres. On nemarqueicy que ceux qu'il a imprimez, à la referyç
Çtes Recherches d'antiquité, dont on
tiouyechez tres-peud'autresLibraires,
Il ajoutera à ce Catalogne les Livres
nouveaux qu'il donnera de temps en
temps au Public.
On ne prend aucun argent pour les
Mémoires qu'on employé dans le Mercure.
On mettra tous ceux qui ne desobligeront
personne,j$c ne blefleront point
la modestie des Dames.
Il faut affranchir les Lettres qu'on
a-drenera-chez le Sr BlageartxImpri.
meur-Libraire, Rue S. Jacques, à l'en,
trée de la Rue du Plastre
: Il fera todjeurs les Paquets crrtffi'i
bproauirresles Pauiculiers Sr pour.lesLide
Provinces,. Ils rtauront le;
fÕÍn que d'en acqurrerle port sur lelll
Lieux.
Ceux qui envoyant des Mern"irea¡
doiventécrireles noms propies en caoi
rafteres bien fennez.
- On ne met point les Pièces trop dif*d
ïcilesàlire;
Reflexions nouvelles sur l'Acide &
sur l'Alcali.Indonz.e. 30C
La Devinerelle, Comedie. 15 [
LArtaxerce, avec sa Critique. 15 f.
La Comete, Comedie. 10 f.
ConverfîonsdeM.Gilly&Courdil.lof.
Cent dix Volumes duMcrcure,avec
les Relations & les Extraordinaires. Il
y a huit Relations quicontiennent
Ce qui s'est paHé a la Ceremonie du
M.uiag^ de Mademoiselle avec le Roy eLe Mariage de Monsieur le Prince
de Conty avec Mademoitclle de Biois.
Le Mariage de Monseigneur l'eD uphin
avec la fanceile Anne- Chreftienne-
Yiaoirc de B iviere.
Le Voyage du Royen Flandre en
1680.
La Négetiationdu Mariage de M.le
Duc de Savoye avec l'Infâme de Portugal
Deux Relations d?s Réjouissances
qui se font faites po'ir la Naitïance de
Monseigneur le Duc de Bourgogne.
On met tous les bons Ouvrages à
leur tour, & les Autheurs ne se doivent
point impatienter.
Il est inutile d'envoyer des Enigmes
sur des Mots qui ont déjà servy desujet
à d'autres. )
On prie ceux qui auront plusieurs
Memoires,ou plusieurs Ouvrages àenvoyer
en
mesine
temps, de les écrire
sur des papiers separez.
Onavertit que les Mercures qui s'impriment
en Hollande, & en quelques
Villes d'Allemagne, sont fort peu cor-
*e£b, £c tronquez en beaucoup d'endroits.
Dans la Relation de Vienne, qui
porte pour titre, Seconde Partie du
MerCHre Galant, Page 218. à la premiere
ligne, au lieu de Rome, Usez.
Venise.
Page j19, au lieu de ne condamnent,
lfiez. condamneront.
fAERCVIRE
ÇALNT
NOVEMBREiéSj.
1L estvray, Madame; l'aurois
pû vous envoyer dans
ma Lettre du dernier
Mois, les trois Sonnets qui
vont faire le commencement
decelle-cy
,
& vous avez raison
de me dire que l'accablement
de la matiere mtf
les a fait réserver. Il estoit indubitable
qu'on s'empresseroità
travailler,si-tost qu'on
auroit vu le Soleil donné
pour sujet de cette forte
d'Ouvrage. On ne peut faire
aucune refléxion sur les effets
merveilleux que ce grand
Astre produit, sans songer à
ce que le Royfait tous les
jours d'éclatant. Aussi les Autheurs
de ces Sonnets, les
ont tous finis par l'éloge de:
ce Prince. Le premier est de
Mrde Grammont;le second,
de Mr Vignier, l'un & l'autre.
de Richelieu; & le troisiéme,
de M Diéreville, du Ponde-
.ve[què:-¿J'<-<
SUR LE SOLEIL.
BElAstre,l'aspectréjouit
les Martell,
htdontleslongues nuitsfont regreter
Cabsence,
GrandLuminaire eu Dieufait briSer
1 ,sa Puisance,
Agreable Canal defis dons paternels.
Ton pouvoir efîfigrand, &tes ejfets
font tels,
Zac quandje veux songer à ta rare
excellence,
Je nefuisp/t*furpisqu'a ta magni•
fcensey
LA Perje aitautrefo is élevédes Autels.
il ejq vray que ce culte efi détruit par
le Ttojhci
Mâtsfour t'encinfolerymonRoy t'en
rend un autre,
£>uifins déplaire À Dieu VA t'immortaliser.
Le chitx tejt glorieux dont il tefavorisè,
Etl'encens que tu perds n.tf/PM uni
aNpriftr,
gui L*hênneurde te voirplacé dans
sa Devise.
SUR. LE MESME SUJET. GRandDieu, que de bontez, envers
ta Crttfturc!
.::<:,rUc prppijjoa ae CbcfuoeuvrTs
diiersl -
d'ordretaSagesse 4 mis dans sa
Nature,
Four affirmir la Terre,& retenir les
MaJ!
admire tantde biens pour nofire
nourriture.
Les Fleurs denos TArdi»s, cesArbres
toujours verds,
Et regardant dts Cieux la charmante
Structure,
Je nefçay que choijtrfoursujet de
mesVers.
Aujfitojl que 14 nuit étendsessombres
voiles, -
Mesyeuxfont enchantez, du brillant
desEtoilesy
Mais ils fini éblouis au retour du
Soleil.
OutreJes qualitez, dontmtn ame ejt
¡lrfè)
Ce qui mefuitjuger cet Ajlre fins
pareil,
C'efl que LOVISLEGRAND L'a
prispoursaDevise.
SUR LE MESME SUJET. LESoieilquirépanden tous lieux
sa lumiere, isitisnaistre les Fleurs, &[ail
meurtr les Fruits, icommence drfnit tom Usjours
saCarrière,
DétruitleplusJouventles biens qu'il
a produits.
S'ilnon*, rend quelquefois Usyeux
lii-t éblouis,
Etnousfiitmalgré nom dbâljfcr la
paupiirc,
Ses rayons kLitansquidijjlpent les
nuits
Nebrillent pis toujours de U mcfme
maniere.
Ilarrive des temps que toute[afplcndeur
Difparoift à nos yens ,
&marquani
sa langueur,
Renomlaijjeplu* voir qu'unepkkuif
extrême.
Iddts regardons LOVIS en hontez,
sans égal*
Cet Aflre incomparable cfianttonjours
le mefine,
Faitfins cesse du bien,& ne fait
pointde mal.
Mr Magnin,Conseillerau
Présidial de Maçon, qui a
travaillé aussi sur le Soleil, en
a fait une Devise, en y ajoutant
ces paroles pour ame,
Haudsalsi Numinisindex.
Le Sonnet qui fuir) enest l'explication, vAinl &foiblcs Esprits, dont
l'audace infblente
Anjortir du néant brave le Créditfur)
Et loin de revérerifMain toute-yuiffantt,
Contejlt l'exeence au Souverain Agtbeur.
Voyez, dans le SeLcilsa gloire triem.0
phintex
f Tout tV,;Ûvtr¡ enfcmbU en efile
Spirateur.
Sans alsè iL en ressent lA vertu bienfaisante,
Et dansfin mouvementvoit un autrt
Môttur.
Il enfait unepreuve eclatante t &
JcnJiblcy
Il nous découvre un Dieu, puis qui'l
rend tout visible.
Ceftpour cela qu'il brille & roule
dans les Cieux.
Mais qui veut voir ce Dieu deplus
prisJùr lA Terre,
Jt^uilregarde LOVIS,ilverra dans
il ses yeux, verrAClmme efifaitleMaijlre du
Tonnerre.
Vous avez veu par tout coque
je vous ay mandé dui.
grand nombre de Services
que l'on a faits pour laReyne
avec quels sentimens de douleur
tout le Royaume est en-s
tré dans celle que la mort de
cette Princesse a cause auL
Roy. Les Païs-Conquis no
l'ont pas ressentie moins vivement
que ceux qui font de:
tout temps fous la domination
Françoise
; & l'attachement
qu'ils ont pour Sa Majesté,
a paru dans une occa-,
sion si funeste,avec les mesl-T
mes marques de zele qu'ils
ontaccoutumé de donner
dans tout ce qui regarde
sa gloire, & les avantages de
l'Etat. Parmy les Villes de
Flandre, celle de Tournay
>
& deLile,Ce sont particulierement
distinguées. Si-tost
que M l'Evesque de Tournay
eut receu la nouvelle de
cette mort, il ordonna des
Services solennels dans toutes
les Eglisesde son Diocese,
&en donna luy-mesmel'e-
.xemple dans sa Cathédrale,
où il celébra la Messe en HabitsPontificaux,
en présence
de Mrle Comte.deMaulevrier,
Lieutenant General deîît^
ArméesdeSaMajesté,&Gou
verneurde laVille,&proné
l'Oraison Funébre
, avec une.
entiere satisfaction de rAC:!
semblée, composée du Conseil
Souverain, & de tous les
autres Corps qui s'y trouve-.
rent dans un tres- bel ordre.
La Pompe Funébre dé
Lile, à laquelle MrleMaréchal
de Humiers assista, fut
d'une magnificence furprc-
-
nante. Le Doyen du Cha-
- pitre officia; le Prieur de Fi-
- ven, Religieux Benédiction,
fit l'Elogende la Reyne, lX;
ien ne fut oublié de ce qui
Douvoit donner de l'éclat à
cette Cerémonie.
MrMagnin,dontvousvenez
de lire un Sonnet sur le
soleil) ne s'est pas teû dans
ze grand sujet de deüil, qui
a cousté tant de pleurs à toute
la France. Voicy ce que £OJB|
zele luy a fait produire.
SUR LA MORT
DE LA REYNE
ODE. cHangez,devos accent la riante
allégreffe,
Dettes Soeurs, ilsagit do'.un grand-
&trissedeuil.
soIVPirez, &pleurez,sans ccffi,
Et d'une Reyne auguste honorez, le
Cercftàl.
La dtfileur de LOVIS vomi demande
des larmes.
Si vtué avez chantelagleircdeses
Armes,
Si le Cielfavtrable a ses desseins
guerriers,
9 rewplyC1iy .-ninjers dIufruit deses
Conquefies>
lesfunejlcsCyprès,trisses fléaux
de vosFestes,
Ne Uîjjcatpat de ctoflre a l'"mhr,
des Lliuriers,
Ne nom promettez, rien, félicitez^
bnmainesi
iffel,«!ciicore uncoup, nenompromettez,
rien.
Toujours trÕPtufès.;tújQ"rS'f)A;lItJ
.!!<.!!.t de maux vont mejlez, avec un
peu debien!
L2Von,tvouis nne recéélez,e(rlleNsu De,JÏ ,Nysublimes Verttu,ny Ttftes couronnées.
Àh, si rien pouvoiteftre afftâncby de
vos Loix,
£!mortdont nous pleurons lafurprtif
(tonnante,
Fcroit-(lie à nosyeux, cette m6rt
affligeante,
Gémir le plu* heureux 6 lepltu
grand des ROJsl
Guyy le coeur de LOFIS, ce coeur
toujours pdiflble,
-Ex vivementtouché de ce trisse
revers, fr ^4/4 douleurfenflble
A de ce coupfatal iuflruittoutl* Universi
Mais nul emportement nexprimefil
tnflejje,
Affligée par raisin,& 110nplU par
foiblcfle,
Grave & majestueuxfouilepoids
defes maux,
LA fuprcme Sagcjf.aja/tdmilest
mefiéei
Hsi yelle ame efl irificy elleness
point troubléey
£T l'Homme ne fait rien aux dépens
du Héros.
Cettesdansses douleurs tendres &
genéteufes,
QuelqtuerejfcHtiment qui vienne émouvoiry
ÏAI mille routes glorieuses,
Son coeur toujours égalse rçnd àfin
devoir.
Ilfiaitbim, enpleurant cette Princtsse
AHgujle.
*^iftllcplaintsi douleur, r; ne U
croitpasjnfie;
Au comble de la gloire, an centre des
pttfijirs,
Si Li mon Li ravit fii Couronne
rhorulr,
Elle l'a mije en droit cl'criprendre
unectermile,
Dont l'honneurdoit borner tes IlHl
va/lesdejlrs.
Dans litsiIlle des Biens dontl'éclat
Fenvironne,
Scroit-ellesensible 4 nos foibles regrets?
Lafurprife qui nom étonxt,
Annonce asa belle lime line efernelle
faix.
Le cJoupaquicrIhlfraapéeî,n&equi,rompit
zji me récompenje, &nonpas uunnte"4"
peina
Ceftùnfique le Ciel déclareses
faveurs.
$i'ettsouventpar pitié la Parque
murtrmcz
Des ans q>icnomprifsnsabrège l.i
carrure,
Et ceux que nompleurons, s'ofcnfent
de nospleurs.
La mort, quise montrant aux Puis
fanees humaines,
Deson horrible afpcftredouble les
horreurs,
Afait des entreprisesvaines
Tour infpitericyses affreufls terreurs.
Aux Deerets eternels ma Princejje
fiûmifl,
Un a refeule coup sans éffOJ,flrJ"
furprtft,
Et dans cetrifie inftanîy oùparmille
combats
lîamelaplus constante a deschutes
fatales,
Hors LOFlS,jtul objet deses
amours Royales,
Elle ri'tt IH si, que Dieu qui luy tendait
les br.u.
Bile n'avait vejlu,Seigneur, que
pourvêm plaire,
Elle na pu mourir que pettr vota
pojfcderi
EtfinsparoiUrctinteraire,
Vans cet état heureux on peut h
regarder. rOJUleffavfz., o vomtémoins irréprochables,
Autelstoujoursfierez,,&toujours adorses,
Sicejltrc* présumerddeetatannttddeeffooiimnsr
pieux,
JEtsidans cettemortdont nompleurons
l'outrage,
-
Bienloinde nousparerd'un injujle
priflge,
LaTcrre a vos dépens n'honoreplU
lesdeux.
Seigneur, encore uiÀcoup,vowffaver,
de quel zete
Elle tjloitanimée à maintenir ves
droits,
Etquelplaiftr cessoitfourElley
DescavoirïHeréjteases derniers
abois.
Dufcul dcjtrd'en voir mie entière
défaite,
Ellefaijbitl'objet desa peinefccrete,
Et nayantpu goûter ce doux co,,
tentcrmnt,
Maintenant dans les deuxptvoix
mtcux ecouteey
pe cette heurefatale, & longtemps
fiuhaitée
Aura, foin de hâter le bienheureux
moment.
Ouy,/ans.doute, l'ardeur de/cs veni 1 exaucec, 1
De Cauguste LOFISsefondantlea*
projets.
Cetteoeuvresi bien commenc1e..1'
Parellefinira parmy tomses Sujets
De ce jufiedcjfem Dieu cennoîtlù\
mtrtte;
Ceux quiConttravctfé,Jententbie:v
qui'l s'irrite,
De lesvoir duparty defisfiers En&
nemis.
£uont-ilsfaitencherchant À troM
:'bler nos conquefies, s'attirer du Ciel lAfoNdre db
Us tempefies,
£1 rendre leurs Etats beatimp mm
affermis?
Rai/onnemens trompeur,maligne
Politique,
il cft temps,paroijjcz, vaines illuon-
o,,i-j
enca*nsdèdmérenef,l1c7e^ on nvjooums eexxpplliiqquue7e,
Ht dans vojîre faux zele on voit vos
lA/fions.
ContreUes maintenant le vtftre s'iistérej/
e,
Vaut les voyez, de près, genéreufl
PrinceJJe,
Yom voyez, leurs efforts frivoles&
jalonxi
€>n veut nomopposer en vain ce
foible obtfacle,
Ce Siccle eH consacrépourfaire le
miracle,
LAJujice, le Ciel, vw vctHX, tafIJ
cftpour»mz .j
Combien après caela,, combien d'au*+\
très merveilles,
Paroifront à vosJeux dans cet heurttixJejour!
Desfélicitez,sans pardI/es,
Bien loin survosNeveux tomberons
tour-à-tour.
fous verrez, déformais leurs grdnd
avanturesy
Porter i'étonnement chez, les Racts
futures;
Venouvellisgrandeursnos dejlÙU
1,
cmbeliiéy
JEt de tout l* Jnivers les Nationt
chtrmées,
Par lesfoins de l'Amourà l'envj t
de[armées,
Ne
reconnoiflront
plus que l'Emplît Y desLys*
Jettezjjettcz, Usyeuxsur cet espace
immense
Des Sicdesàvenirjusqu'àUfin des
temps;
Voyez,la gloire de la France,
E"tfourU maintenir, les Dejlinssi
conBansi
Voyez, des beaux ftccés de cette
longue course
Vcjprit dugrand LOYIStjlre l'uniquefeurce;
Malgréfis Ennemis,voyez,-le défirmaü,
Ainsi que le Soleil du haut d. sa
CArrure,
Influerfes vertu*, r/pal.J salumicrey
Et baïillaantamvosyeuax>niesssc.clipfer
De cet Afire divin ce double Pa,
relie,
Dont le Ciel a daigné récompenfier
'Vos voeux,
De la gloirequejepublie,
Aux yeux de t'Univers est un préfage
heureNx.
Ces ruijfiaux immortelsetunefiourct
sipure,
Par leur fécondité, leur grandeur
sans mlJùrr)
Seferontrévérer detousles Potentats;
Etsi le Monde entier na besoin que
d'un Maifire,
Ce DAVPHIN &jùn Fils que votié
avez, veu naiflre,
Lefcaiucroynt-fabirde 4tta.ifire àleur tour
La quantitéd'Etrangers
considérables, & sur tout les
Princes d'Allemagne, qui se
trouventpresque toujours à
Geneve, rendent cette Ville
un lejour fort agreable. Ceffc
ce qui me donne lieu de vous
parler d'une Partie de plaisir
qui s'y est faite depuis peu
de temps, par les foins de
MlePrinced'Anhald. C'est
celuy mesme qu,i _nv'estant
eennccoorreeââggééqquueeddeetrtereiizzeeàà.
quatorze ans, vint exprés a
Besançon dans le mois de
Juin dernier pouravoir
l'honneur de faire la revérence
à Sa Majesté, & pour
voir son Armée. Une sinoble
curiosité luy attira l'estime
du Roy, qui luy en donna
des marques parune Réception
très obligeante.Cejeune
Prince, dontla Maison eO:
aussi illustre que les Alliances,
estans chez Mrle Comte
deDona, où le rendent ordinairement
les Personnes
les plus qualifiées, & qui
avec sa belle Famille, est
comme l'ame de tous les plaisirs
qu'on gouste à Geneve,
jprop^Ciune Partie de pro-
JIlenade, à laquelle la beauté
du jour convioit les Dames
& les Cavaliers, que le hazard
avoit assemblez en assez
grand nombre. On accepta
le - party,& l'on se rendit
dans plusieurs Carrosses au
Jardin de Madame Baudichon,
à deux cens pasdela
Ville., du cofté de la Porte
de Rive, qui estla plus belle
situation de Geneve. Ce Jardin,
d'où l'ondécouvre le
Lac, avec les Montagnes de
Savoye &de Bourgogne,a
dequoy charmer les plus difsiciles,
tant par les Jets,deau,
les Orangers, & les Vases
dont il est remply, que par
unSallon en Lambris, où la
peinture occupe agreablementlous
ceux qui en ont
quelque connoissance. Ce
fut dans ce beau Sallon que
l'on servit un Repas aussi
magnifique que bien entendu.
Chaque Service fut
êlcconplgnéde neuFBafiins,
& tout s'y trouva d'une propreté,&
d'une délicatesse admirable.
Rienn'estau dessus
de la beauté dont fut le Dessert.
Outre les Liqueurs,&
les Confitures qui estoient
dans les Bassins, & que les
Cavaliers distribuerent aux
Dames, on en donna à chacune
une grande Boëte,toute
cou~te de Rubans or&
argent, dont le fondestoit
couleur de feu & vert, qui
font les couleurs de
-
Mr le
Prince d'Anhald, & de Mademoiselle
deDona Les
Vers n'y estoientpasoubliez.
Voicy ceux que ce jeune
Prince fit mettre dans la
Boëte de Mademoiselle de,
Dona, qu'on dit estreune
Personne toute belles,& toute
aimable.
lefins ence Lieu que l'Amour,
De mon coeurs'(JI rendu le mat'ire.
Si le voffrepour moy, belle Iris ftnt
unjour b
Ce quipour vous dans le mienafeett
lMiflrc)
JdarqHcz,!e bien avosiretour.
Les Cavaliers qui compo- sent cette belle Troupe,
estoient Mrs lesPrinces d'Anhald,
& de Hncirl;,
Mrs les Comtes deDona, de
Mauvilly, de Solms, & le
jeune Comte de Byllantde
Reyt. Les Dames estoient,
Madame la Comtesse de
Dona, Mademoiselle de
Dona sa Fille, la petite ComtesseSophie-
Albertine de
Dona, dont vous avez veu
desVers dans ma XXII.
Lettre Extraordinaire, Mesdemoiselles
deRozet, Mesdemoiselles
d'Eaubonne, &
Mademoiselle de Vatteville.
Apres le magnifique Réunie
dont viensde vous
parler, on prit le plaisir de la
Promenade
,
ôc ce plaisir fut
suivy du Bat,oùM¡ le Prince
d'Anhald fit admirer son
adresse. Mademoiselle de
Dona, dont l'air grand &
noble se fait distinguerpar
tout, y parut d'une beauté
achevée,en dançant le Menuet
de l'Opéra de Phaéton.
Le Bal finy
, toute cette aimable
Troupe monta en
Carrosse, & on vint au Manége
de la Ville
,
où les Cavaliers
donnèrent aux Dames
le divertissement d'une
Course de Bague. Chacun
animé du desir de plaire, se
montra digne du Prix; mais
enfin Mrle Prince d'Anhald
qui le remporta, lereçeut
des mains de Mademoiselle
> de Dona. C'estoitune Montreà
pendule, peinte en
émail, & enrichie de Diamans,&
d'Emeraudes. Apres
ce trioillph) on accompagna
les Dames chez Madame
la Comtesse de Dona^
qui leur fit servirune gabelle
Collation. On dança
encore une partie de la nuit,
& la Compagnie le sépara.
Le nom du Berger Fleuriste,
n'est pas effacé de vostre
mémoire; il seroit difficile
d'oublier les galans Ouvra- it ges qui sont partis de sa Plume.
Voicy des Vers qu'il
joignit à des Fleurs, qu'il envoya
à uneaimable Bergere
le jourdesaFeste.
A LA BELLE N. DE N. Dr:s Fleurs du Tarnajfe dr
de Flore,
Vleahtnts'offrir aveut,parles "MÙU
de CAmouri
Recevez, ce Tribut, d- le Porteur
encore, Jlejtnourrychcz.moy, mais ilvont
doit lejour. -
Vojtre Nontveut dite, Vidoire.
J>)uel autrepouvoitmieuxassortir
vos a!p.ul
heurcharmante douceur na-tellepat
la gloire
De triompherpartout ou vott*portez*
vos pas?
En njoustl nejhicn que daimable»
Vn grand air de jeunesse embellit
tous vos traits;
Et l*Innocent y cache une adresse
admirable,
JOhti Vg;U pronct en têut les plus
heureux iftccês.
j'ayseeu desNymphes delaSeinei
Combien, près de leurs bords vojîrc
Empirelfeurit.
He/lU! que contre njom toute défenfi
eflvaine! irésiste à7iis-jeux, efi prispar
voflrc esprit.
Ca, mon çæur,met:ôj' bas lesArmes
Seulement fourluyplaire^employons
nos efforts.
Âdit., ma liberté, je renonce à les
charmes,
La mniefie Angdie en a ue bienplut
prIs.
Cejour el celuy Ui sa Felle.
J'ay choisy dans nos Fleurs, a qui luf
Jied le mieux.
Ilfaudroiî^emeftmble,encouronnet
sateHey
Fuitparfin mérite elle regneM
ces lieux.
1CVcme..éMrilt.eparoiflextrême,
Et cependant CHymen le rendPtll
fortuné.
Tlltt U mondelaplaint, car tout le
monde l'aime,
EtdemandeJen coeurquo quellefait ,v qu le l'ait
donné.
Asonseulfvuienir)ajj>irey
Etf'enroitassez,pour mon ambition.
Je réglésurmonprixlefeu qneje
deJire)
JevoudroistoutavoirysuivAnt m4
paffton.
Vma belle &chere Angelte,
L'hommage queje rends. vos divini
tftlraits.
Jefcay bien que mes Fleursperdront
bicntêtflavia
Hall MA flâme PWYVOHS ne s'èteindrA
jamais.
La jolie Brune dont vous
me demandez des nouvelles,
a elle mariée depuis quelques
mois à un Gentilhomme
fort bien fait, dont je ne
puis vous dire le nom; je
sçay seulement qu'il est d'unç
Maison tres-bien alliée,&
qu'il se vante d'élire de la
Race de la Pucelle d'Orleans,
qui est un titre de Noblesse
fort avantageux à ceux
qui le justifient.J'avois toûjours
oüy dire que Charles
VII. pour récompenser les
services importons rendus à
l'Etat par cette vaillante Fille,
avoit ennobly lès Freres, ôc
leurs Descendans; mais ce
qui vient de tomber entre
mes mains, donne fujer de
clouter, si ceux qui Cedisent
Nobles de ce costé-là, ne
sont point de laRace mesme
de cette Héroine, que l'on
prétend avoir esté mariée,
malgré le nom de Pucelle,
qu'on luy a toûjours donné,
& qui par conséquent n'auroit
pas esté brûlée à Roüen
par les Anglois, comme le
marquent toutes nos Histoires.
Ce sentiment, quoy
que contraire à l'opinion publique,
est appuyé sur deux
témoignages raportez par
un Homme très-digne de
foy, & que son rare mérite,
&sa profonde érudition ont
rendu fameux. Je parle du
Pere Vignier,Prestredel'Oratoire,
siestimé dans cette
celébre Congrégation
, 5c
qui est mort en 1661. âgé de
cinquante-sixans, dans la
Maison de S.Magloire. Pour
estre persuadéqu il ne donnoit
point dans la bagatelle,
il ne faut que lire l'éloge
qu'en fait le Pere d'Achery,
dans sa Préface du cinquième
Tome de son grand Ouvrage,
intitulé Spicilegium & imprimé
à Paris chez Charles Savreux
en 1661. Apres avoir
fait connoistre qu'il estoitné
en Bourgogne de la noble Ôc
ancienne FamilledesVignier,
il dit que desl'âge de trente
ans ses Ecrits luy avoient acquis
la réputation d'estre un
des plus Sçavans de l'Oratoire;
qu'il a donné au Public
quantité d'Ouvrages
, avec
un tres- grand travail, sçavoir,
la Genéalogiedes Seigneursd'Alsace
; un Suplément
tres-utile aux Oeuvres
de S.Augustin; une Concordance
FrançoisedesEvangiles
; & qu'il avoit esté surpris
de la mort, lors qu'il estoit
prest à faire imprimer un
tres-beau Traité de S.Fulgence,
inconnu ju ques lCY;
l'Origine desRoys de Bourgogne
; la Genéalogiedes
Comtes de Champagne, &
l'Histoire de l'Eglise Gallicane
; pour leiquels Ouvrages
il avoit employé beaucoup
d'années & de veilles,
& parcouru toute la France,
la Lorraine, ôc l'Alsace. Il
ajoûte, que ce qui estoit le
plus fâcheux, c'est qu'après
samort, quelque envieux de
sa gloire, ou plutost de l'avantage
des Lettres, s'estoit
emparé de ses Ecrits, sans
que ses Heritiers en eussent
pû avoir connoissance. Cet
doge fait connoistre que le
Pere Vignier ne doit pas
efire[uipeét dans les témoignages
que vous allez trouver
dans une Lettre de Mr
Vignier son Frere, dont je
vousenvoyelaCopie.
A MONSIEUR
D:,E.IG-R'-A-MVMO"N-T. A Richelieu ce 2. Nov. 1683. VOteS mave%trouvé bien
bar4y, MonfiPur,devons
dire que Jeanne d' Aral! dite ta
FOI d'Orléansf n'a goint cie.
..w - - ,,
bruléeà Rouen. Vous m'rjîimerez
encore plus temtraireaujourd'hui
j de (oûtenir quelle a efi;
mariée, quelle a eu des Enfansy
& que ceux qui descendent de
cette illustre Source) enfont leur
plus grande gloire. Je (çay tout
ce que les Hiftonensdfentdela
cruelle mortde cette Héroïn,(Ir
je nefais pas de doute que cecy
ne loit mis au nombre dcs Fables.
Peut- efîre aujji,quil se trouvera
laauilquun qui fera refléxion sur
forer de mes Preuves, C- sur larroriré de celuy de qui je tient
une Hifîoire si surprenante. Il
n\j:oitpas impojf&le an Dieu des
là
Armées, qui avoit envoyé miraculeusement
la PuceUe dOrleans,
pour délivrer la France
de l'oppreffien deses Ennemis3
de la tirer aujjt de leurs mains,
aprèsl'examen d'un sordide Co.
chon> Evesque de Beauvais, &
de plusieurs DoBeurs canonifèZJ)
EJclaves de la tyrannie Angloise.
C'est ce qu'on peut in-
Jerer de ce quevous verrez, dans
la fuite de cette Lettfé, &ce qui
fit que les Anglois exposer nt
aux fiâmes en sa place quelque
fjnalheureufe CrimiYJel/e) pourne
jetter pas la terreur dans leurs
Troupes, si elleseussentf$eu en
liberté le Wras qui les avoir mi
fis tant defois enfuite. le vous
ay déjà dit, Monsieur
3
que le
Pere Vijnierde l'Oratoire, mm
Frere,fut celuy qui découvrit ce
que les Anglots & les François
me./r;m, e ont tâ-"c1hé da'éétouIfi;er. LL'é'-
troite amitiéqu'il aveit liée avec
Ai1 Vjlier, Marquis de Ricey,
fin procheParent3 le fit réfoudre
de faire avec luy le Voyage de
Lorraine, où il alloit Intendant
de Iuflice. Cefut là quenpajjant
d'tns toutes les Villesj Bourgs,&
Vidages
,
il mettoit en pratique
ce qu'il ditdanssa Préjace de la
Cenéalogie de la Maism d3AU f
f*ce,s'informant soigneusement
- .j - - des antiquité^ dr particuIArit(
'desLieux, IlfitdansMrtzunt rt exacte recherche qui ne luy utpas inutile, puis que le btnheur
luy fit tomber entre les
tnains un ancienManuscrit, des
\hoJesarrivées encette Ville. Je
U'ay vu3 je rvous envoye la
Copie de l'Extrait, qu'il en fit
;faire a Nancy par un Notaire
lR!yalJ si) qu'ilme aonna quel-
U( temps après[on rerour. Elle eencestermes.
trrtenLte'-asnixmille quatre cens ,
fut Mre Echevin
de Mets PhlinMarcou,&lç
vingtième jour de Mayl'an
tietIus dit, vint la Pucelle
Jehanne qui avoir esté en
France, à la Grange oz Ormes
pres de S. Privé,&yfut
amenée pour parler a aucun
des Sieurs de Mets, ôc(ë fai-.
soit appeller Claude; & le
:
propre jour y vindrent voir
ses deux Freres
,
dont 1un>
estoitChevalier,& s'Jppcl--
loit Messire Pierre,& l'autre,
( Petit-Jehan, Ecuyer, & euy--
doient qu'elle fust Arse. Et3
tantostqu'ils la virent, ils la
cognurent, ôc aussi fit elle
eux. Et le Lundy vingt &
uniéme jour audit mois, ils
amenent leur Soeur avec eux
à Boquelon, ôc luy donnoit
le S' Nicole, comme
Chevalier, un Roussinau prix
de trente francs) & une paire
de Houissels; & S Aubert
Boulle, un Chaperon; & St
Nicole GrognetunEpée.
Et ladite Pucelle faillit sur
ledit Cheval tres -
habillement,&
dit plusieurs choses
au Sieur Nicole. Comme
donc il entenditbien que
cedoit elle qui avoit esté en
France, & fut reconnuë par
plusieurs enseignes pour la
Pucelle Jehanne de France
qui amenet Sacré le Roy
Charles à Reins; & virent
dire plusieursquelle avoit
esté Arse en Normandie, &rparloit
le plus de ses paroles
Paraboles, Senedisoit ne fut;
ne ans de son intention, &:,.
disoit qu'elle n'avoit point de
puissance devant la S. Jeaivj
Baptiste. Mes quant ses Frères
l'eurent mené, ecl'llee rree--
vint tantost en Feste de Pan-
- recolte, en la Ville de Marnelle,
enChief JehanRenat,
( & se tient-là jusqu'à enuiron
trois sepmaines
,
& puis se ;
partit pour aller à Nostre-
Dame d'Alliance le troisiéme
jour & quant elle volt
partir, plusieurs de Mets
l'allent voir à ladite Marnelle,
ik luy donnent plusieurs
Unelz, & ilscognurent proprement
que c'estoit la Pucelle
Jehanne de France.
Adonc ly donnet S' Geoffroy
dex un Chlx, & puis
s'en allaità Erlon en la Duché
de Luxembourg,, & y
fut grande presse)jusqua
ten que le Fils le Comte de
Wnenbourg la menet à Cologne
de cofté son Pere le
Comte de Wnenbourg, &
l'aimoit ledit Conte tres-for.
Et quant elle en vault venir,
illy fit faire une tres-belle
Curasse pour le y armer, &
pris s'en vint à ladite Erlon;
& la fut fait le Mariage de
Mr de HermoiseChevalier,
& de ladite Jehanne la Pu
celle, & puis après s'en vint
ledit S' Hermoise avec [a
Femme la Pucelle demeurer
en MeU; en la Maison que
ledit Sicu ravoit devant Sainte
Seglenne, &: se tinrent là
jusqu'a
tant qu'il leur plaifit
aller.
L'A rticle cydessus, eftextrait
d'un ancien Manuicrit
de certaines chosesarrivées
en la Ville de Mets, ôc fc
conformement le sein du
souscriptNotaire Royal, demeurant
à Nancy; cy mis
pour témoignage
, ce jourd'huy
xxv. Mars 1645.
COLIN.
Le Pere Vigniernauroit pas
-jJûté beaucoup de fty à ce Manufèrit,
s'il nJuflrIEfirrifié par
une preuve qu'il crut Ínconte"-
ble, &cjue je laisse au jugement
des Sçavans. Comme il efloit
fort aime de tentes les Performes
de qualitéde Lorraine
,
il les *vi-
Jïtoit Jouvent)se trouvant
un jour a dÎJtrcbtZMr des Armoifos3
imeillnflre Mifln:J&
de l'itncienne Chevalerie
3
ilfît
tomber la conversation sur lé
Genel()lfie de ce Seigneur;mais
o c'
comme ce n'eflpastoujours lefort
desplus nekles,de bien connmftre
ceux dont ils font defccndné
,
il
luy dit qu'il en apbrendroit plus
dans son TrifOr, que iefa Duche.
JVtJtre Curieux ne demandoit
Autre chose.Aussile dîner nefut
pas plûtofl achevé
,
qu'en luy
mettant un gros trousseau de
Çlefs entre les mains, on le cmdîuifit
a*\ ce rr' T~ /<* Trésor. Ily f><tjja le
resse de lajournée,à remuer quantité
de Ttpiers
>
&de Titrtsfirt
ÂncÏrns. Enfin il trouva le ContraEl
de MAritte d'un Robert
des Aroif Chevalier3 avec
Jebanne d'Arcqy dite UPucelie
dOrle*ns.^JcvouslaijjeÀpenser,
Aîonfieur, si le Pere Vignierfiut
surpris de cette confirmation; tS*
quelle fat lA joye de [on Hofie,
qUAnd il feeutcequ'ilAVoit ignoré
jujejualors,qu'il defeendoit
de cette iHu/fre Personne,
qui'lpréferoitÀ toutes lesgrande*
auiances! (5 alliances ! Je croy vous avoir
contéta rencontre que je fis de
MrsonFils, dans la Galerie
de Confians. Il essais arreflé de-
'Vanr le Jortvait de cette fenc- O reuje Pucelle, & issoit a (en
.Gou"verncur ,Voila celle de
qui je viens. Aquoysansl'dvoir
jamais connu, jefis réponft,
Voflre nom, Monsieur, est
donc des Armoiics> Et le
voitre, me dit il incontinent,
doit estre Vignier. Mr des
Moulins qui efiaitpresent, vous
peut témoigner les civilité% que
ce jeune Gentilhomme me fit,
quand il appritque j'efiois frere
de celuy qui avait déterréce qu'il
efiimait de plus honorable dnsst
Famille. Ileftvr-ty,Monsièur,,
que vous m'avez dit du raisons
capables de détruire une Nou..
veauté, contre Uquelle tout le
mcnd
* Je foulevrai mais vous
mavouerez qu'un Contraél de
Mariâge,enfuite dunManujcrit
dont vous voyezl'Extrait, est
digne de considération.
Apres la mort du Pere Vignier;) lOriginal de cet ancien Manufèrit,
eut la mesme drftinée
que tous ceux dont il est parle
dans téloge que le Pere d'Acbery
afait deluy; maiscomme
il pourroit faire découvrir ceux
qui se font emparez des autres 6t
mm préjudicet je nattens pas
qu'on le metie en lumiere tant
que je feray 'Vinjmt.S'il rftoit
en eot pouvoir> je le donnerais
de tout mon coeur au Public) auf.
bien que l'Extraitj & jaurois
une joyeextrêmed'exercer les
rrrits des furieux sur une si
belle matJtre. Je fÚ-,MonficurJ
<voftre trrs) &c.
1 VIGNIER.
Il y a des naufrages dans
le commerce des Dames
comme dans celuy des Mers,
& un jeune Cavalier, nouveau
venu dans la principale
Ville d'une Province fort
voifinc de Paris, en a fait
depuis un mois une assez facheuse
épreuve. Comme il
entroit quelquefois dans les
belles Assemblées,il receut
dans l'une l'honneur du Bouquet.
Cela engage selon la
coûtume à continuerla Feste.
Un autre auroit fait de ce
Bouquet, un usage qui eust
tourné à la gloire
; mais cette
faveur ne surpassant pas
moins l'espérance du Cavalier
, que ses talens en galanterie,
il en demeura aussi
étourdy, que s'il se sust Y14
accablé de la plus rude die.
grâce. Il tue silongtemps à
en revenir, que quand il
voulut s'acquiter des premiers
devoirs de saFeste, la
Dame à qui il la deuoit
)
ôc
qui sçait parfaitement bien
son monde, luy fit dire qu'-
on ne s'en souvenoit plus; &-
non seulement ta Porte luy
fut refusée,mais encore celle
de toutes les Balles de les Amies,
qui aprirent l'avanture.
Cecy peut servir d'exemple,
pour faire éviter de pareils
écueils. Le monde est combleune
Ecole nécessaire, où
la Jeunesse trouve à s'instruire
de beaucoup de choses que
l'on n'apprend point ailleurs;
& si les Leçons qu'y donnent
les Dames, sont quelquefois
dangereuses
,
elles ne
laissent pas d'estre utiles,
peur qui se veut perfectionner
dans la Science des honnestes
Gens.
,
Puis que nous sommes sur
les Avantures, j'ajoûte la
Galanterie que le ferment
d'une Belle a fait naistre,
dansuneVilleoù il setrouve
quantité de Personnes considérables
de l'un& de l'autre
Sexe. Elle avoir jure de ne
plus joüer à l'Hombre, &
d'endéchirer les Cartes la
premièrefoisqu'on luy en
presenteroit, parce que le
Jeu ne luyavoit pas esté favorable
pendant quelques
jours. Un de ses Amis ennuyé
de ce serment,résolut
un soir de je déguiser, & sçachant
qu'elle avoit chez elle
grande Compagnie
,
il luy
porta un Momon d'une
grande partie des Cartes de
cejeu, sur lesquelles il avoit
écrit les Vers suivans.
SPADILLE. AVHombreje commande au
Roy,
l'yfuis le premier Matadorc;
Mdis a qua) mefert mon employ,
Lors quIris que chacun adore,
Efi en colne contre moy.
Estant bigny defi mémoire,
Etchasséde devantfisjeux.
Je nepuisplus avoir de gloire,
N-de pUifir das ces beaux Lieux.
1 MANILLE.
lrtS')II/frf)fJt quIris vient de faire
aSpadiUe,
Moy qui nefuis quune Manille3
Je devrois bien me confileri
Maisefire mal avec laBelle,
1 Cemest, à ne vous rien celer,1
Vne avanture trop cruellex
Tourla Couffrirfans enParler.
BASTE.
Non fbrl cfidtsfinsinhumainsy
1ns maintenant me rebute;
Jefuisàfii colore en bute,
Et doiscraindre, diion, de tomber
vcii"iInlssesniains. ) 1;. 1
Jifuelquc effortquefur mOljefaffey
Pourfnportercette menace,
lescay quil efifi doux de vivrefoui
ses Loix)
Jjhie le rangquon me donne au dessUs
1 de nos Roys,
Nepetit me confôlcrde matrifie difiLEPcrrOacNe.
TE DE COEUR.
Voyez, comme icy-bas chaque ihoje
sepaffe;
Labelle Fris efioit hyer aufoirfom
mes Loix,
Et voila quaujoiirâ*huy la CrueHt
silasse i
De mechérir conmcautrefois.
Ce changementsubit ma causé tant
dallarmes,
gues voulus prendre les armes
Tour me ranger desafroideur.
Mais beUs ! qtt'auroitfait ua aujji
tendre coeur,
Contre tant d'appas &de charmes?
UNDES ROYS.
N'efloit-cepas assez,que par unsiri
bizarre
On nommiflau deffom &des Veux
dr des As,
Sans que Caimable Iris nom misi
encorplus bas,
Tar les cruels tourmens que sa maisa
nom prepare! ipourroitfuportersesinjures
méprùl
Jamais aucun de nom ne quittaJa
ïerfoma
Etmoy,qui fit; toujoursde fischar*
1
i
mes éprùy
Je vienssoùmettre
encore afiespieds
ma Couronne.
UNE DES DAMES.
Contre la coutumedes Dames) imurmurent quadleurs EplllX ront porter AUtrepart leurs amours
&leursjlÂmes,
Ce nous estoit, Iris, un plai/ir des
plut doux,
pe voir que nos Marys abadonnoient
leurs Femmes,
Tourse ranger auprès de vous,
^uoy quesouvent par vous noto
fcjfions écartées,
Bien loin d'en tflre rebutées,
Malgré nostrefort inhumain,
Cbdiune de nous Avecjoye
Cherchoitsubtilement lavoye
/Je retomberdans vofire tarifa
Mats attjourahuy qu'on nou* rebutel
Iusques à vouloirnombrûler,
Jlestrjray, belle Iril, que d'une telle
chûte
Riin ne feauroit mut con/Ôltr.
UNDES VALETS.
htl.u!ejita~tonfût contre vouéP
Pour méritervojtre courroux,
Etfournous condanerauxflkmesf
H'estoit-cep*s afftz>de vos yeux
pleins d'appm,
Sansjoindre au feuqu'ils ont, des
juplicesinfantes,
Pour avancer nostretr Jefuts toutprestencore,&j'enferêk
fort aifl) brûla auprès deux,, "elmInpl
grandfouhaiti lMaM de brûlersurde la braise,
t sissvojtrevalet»
La Dame a esté touchée
des plaintes de ces pauvres
Cartes, & elle joue comme
auparavant. Le Momon luy
parut si spirituel, qu'elledéfia
celuy qui l'avoir imaginé
d'en trouver un autre qui le
surrassast en galanterie. Il
accepta le désy,& le lendemain
illuy porta un Miroir
de prix dans une grande
Corbeille,couverte de Fleurs;
& comme elle demanda ce
qu'elle jouëroit contre cet
autre Momon, le Cavalier
répondit qu'il n'y avoir rien
quipust payer ce quelle verroit
dans la Corbeille, quand
elle la découvriroit.Enmesme
temps il luy donna le
Madrigal qui suit
,
qui fut
une Enigme a cette belle
Personne
)
jusqu'a, ce qu'elle
eut aperçeu le Miroir caché
fous les Fleurs.
J Efuis, charmante Iris,unmomob
d'importance^
Chacun mefait la Cour enFrancey
En Ffpaene, & d.1IJ.f chaque Etat*
Jefuis toujours plus tranfparant
que Condei
Etdu Soleil la lumièreflciJnde,
A chez, vous moins que moj de lumière
& déclat*
Heureux l'objet qui trouve tïimty
des çhiYWSî
Et qui Je plaijl comme voua à me
voir.,
Malheureux qui me hait, & qui de
dcjtjpoir,
J j v ,
Four me détruire, pred des armes.'
Surtoutjefuis ,¡.Iif, sidelie & de'i:at^
Iefatisfaistoûjêurs U Betuté brune,
eu bknde;
Enfin r¿'(J'-t.Í allez,voir, en décQuVrAnt
ce Plat,
Zne desMerveillesdumonde.
Maisilfautprudemmentje comporter
ICJ;
CArJidans ce moment vous mefaites
14 moue, oJqtle je vous aime,&voui
louf,
le vin*stray ti m:"t(4fJJfl.
La Dame agna le Mognon,
& le C iv a u.>l!:jn;l la
~J-i^ure,
Gageure. Voila de quelle
maniere le tout se passa. Ce
qui me reste à vous dire làdessus
; c'est que ces spirituelles
Galanteries,font de
Mr de Grammont, de Richelieu.
Le zele que les Religieux
d'Elincouront fait paroistre,
par le solemnel Service qu'ils
ont fait pour la Reyne fia
Lundy 25.dudernier mois,
mérite bien dt n'estre pas
oublié.Elincour,Madame,
estun Prieuré considérable
proche Compiegne, d'anciensReligieux
de l'Ordre;
de Cluny, dont Mr l'Abbé
de Villacerf est Prieur Commendataire.
Je me souviens
de vous en avoir parlé, lors
qu'ilsfirent desRéjouissances
pour la Naissance de
Monseigneur le Duc de
Bourgogne, d'une maniere
qui les distingua. Je ne vous
diray rien de ce qui regarde
ce Service, ny du grand nombre
de Lumieres, ny de la
Tenture de l'Eglise, ny des
Ecufïcns aux Armes de la
Re"ne,en Brodel-je, ferres
Je)mrteonutt. Jemare'ieray so uau
MiuloLc
, ôc aux
autres Ornemens particuliers.
Sur la grande Porte
du Choeur à six pieds proche
la plus haute élevation
de la Voûte
,
paroissoit un
Arc-en-Ciel, dont les extrémitez
estoient éloignées des
Piliers qui soûtiennent cette
Voûte, d'environdeux pieds
de chaque costé.L'espace
qui restoit tout autour de
l'Arc-en-Ciel jusques à la
Voûte, estoitremply de
Nuées, sur lesquelles on
voyoit plusieurs Anges; &
sur la plus haute élévation de
rArc-en-Ciel estoit l'Ame de
la Reyne, entre quatre Anges,
avec ces paroles de la
Sagesse. In Animas Sanctasse
transfert. L'espace qui renfermoit
l'Arc-en-Ciel, estoit occupé
d'un grand Ecusson, &
au dessous on lisoit l'Inscription
suivante.
IMPERATORUM, RlGUM8
PURIOR SANGUIS,
HISPANIARUM INFANS,
Uo CONJUGE LUDOVICO MAXIMO;
MINOR.
AD IPSIUS LÀTUC PROPRIA LUCE
CUM LAUDE SE SIGNARE VALlIT.
OMNIUM RETRO L'EMINARUM
MAXIMA, VIXIT. OBIJT.
JACET IN TUMOLO, CINIS EST
AT QUIA
FIDEMSERVAVIT, CHARITATEM
PRIMUM RETINUIT, AUXITE.
IN SE IPSAM PIE CRUDELIS,
IN ALIOS ULTRA PENE MODUM
BEN I G N A,
CoeLUM TENET, REGNAT CUM
CHRISTO,
SPLENDET IN GLORIA.
Tout cela estoit soûtenu
par quatre Colomnes. Entre
la seconde & la troisiéme,
estoit rentrée du Choeur.
Entre la prcmiere &.la ièconde
, on voyoit la Foy,
avec ces paroles du Psal. 65.
Posuit animam meam ad 'Vi..
lam; & entre la troisiéme &
la quatriéme, estoit la Force,
avec ces autres paroles qui
font la suite du mesme Verset.
Non dedit in commotionem pedet
meos. Au dessus de ces Figures
,un peu à costé, vers
les extrémitez de l'Arc-en-
Ciel, estoient deux Emblémes;
la Sevérité au costé
droit, avec ce mot, Sibi; &
la Compassion au costé gauche,
avec cet autre mot,
Alttri.
Au milieu du Choeur eftoit
une Estrade, couverte
d'un grand Drap noir. Sur
cette Estrade on avoit élevé
une Représentationà la hauteur
de sixpieds, couverte
d'un grand Poële de Velours
croisé de Satin. Sur cette
Représentation
,
qui estoit
sous un Lit de Parade de Velours
à Crêpines d'argent, il
y avoit un Carreau qui portoit
une Couronne de vermeil,
couverte d'un grand
Crêpe, pendant sur l'Estrade
de cofté & d'autre. La MetTe:
fut celébrée par Mr Cottard,
Prieur Claustral d'Elincour;
&l'Oraison Funébre prononcée
par un jeune Religieux
de cette Maison, qui s'enacquita
tres-dignement. Il prit
pourtexte ces paroles du
Chapitre 12. de l'Apocalipse.
Deux Aîles d'un grand Aigle
furent données à la Femme pour
volerdansson Lieu, & fit voir
que la Reyne avoir eu toute
la grandeur,ôc toute la gloire
qui ébloüit les Hommes,
toute la grandeur & toutela
gloire qui fait les Saints; &
qu'elle s'estoit servie de ces
deux Grandeurs, comme de
deux fortes Aîles, pour voler
continuellement à Dieu
qui les luy avoit données.
Ce Discours reçeut l'applaudissement
de tous ceux qui
l'entendirent.
Mr de Woigny, Aumônier
du Roy, & Curé de la
Paroisse de Méray lez Monfort-
l'Amaury,fit faire aussi
un Service dans son Eglise
au commencementdu mesme
mois. Le Pere Angélique
de Paris Capucin, y prononça
l'Oraison Funébre
,
& s'attira
l'approbation de toi: la
Noblesse, qui s'yestoit rendue
en grand nombre.
Les mesmes Services ont
esté faits avec beaucoup de solemnité
, dans l'Eglisede S.
Martin deNonancurt,par le
Maire de la Ville
;
à Chartres,
par les Juges Consuls, Mr
Auvray pour lors Président,
en ayant pris laconduite; &
à Eraines,à quatre lieuës
d'Abbeville,où Mr Taxdif
Doyen officia, & où Mfk
Maire, l'un des Curez du
Doyenné fit l'Eloge de la
Reyne.
Toutes les Paroisses &
Convents de la Ville de
Chauny, se font acquitez du
mesme devoir avec beaucoup
dezele& de pompe.
Un Chanoine Régulier de
Sainte Croix entreprit en
une nuit l'Oraison Funébre
de cette illustre Princesse,
& la prononça le lendemain
d'une maniere à devoir estre
content du succés qu'elle
eut. Il divisa son Discours
en trois Parties, fondées for
trois auguiles Titres, qui
composoient la Personne de
la Reyne Reyne de France,
Epouse du Roy Tres Chrestien,
Infante d'Espagne. Tout y fut
digne de la grandeur du Sujet,
& de la réputation de
l'Orateur. Les Minimes (è
diftmouerent, comme ils
font dans toutes les grandes
oçcaúans,
Au Service qui fut fait le
18. Septembre dans l'Eglise
de Nostre-Dame d'Etampes,
plusieurs Figures & Deviiès
composoient le Mausolée.
Ces Figures estoient la France
en deüil fous l'Habit d'une
DéeÍfc, avec ces mots, Fubes
reno-vare dolorem, pour faire
connoistre qu'il n'y a pas
encore dix-sept ans qu'elle
pleuroit la perte de laReyne
Anne d'Austriche.
La Renommée en Habit
lugubre, sonnant sa Trompere,
Itclamor Coelo. Lestristes
cris que la mort de la Reyne
a fait pouffer, ont elle juiques
au Ciel.
La Reyne soutenue par
deux Anges qui l'enlevent.
Vim patïtur Coelum. On ne
peut entrer au Ciel qu'en,
possedant les vertus de cette
auguste Pnacesse, qui doit
servir d'exemple à toutes les
Personnes de ion rang.
Le Soleil. Occidit & oritur)
Cette incomparable Reyne
paroistdans le Ciel comme
un Soleil naifk.nr, avec beaucoup
plus d'éclat que celuy
qui nous ^c!aî;e.
Une Junon. Juno Gallici
jovis. Les Poëtes disent que
Junon est appellée Déesse
des Royaumes & des Richesses,
& qu'elle a pris son
nom Àjuvandoy comme Ju".
piter est dit Juvans Pater.
La Reyne prosternée au
bpoiecd d'un Crucifix. Non de
mundv Peznvm.
Le Roy ayant une Epée
à sa main droite, & un Trident
à lagauche, & fous les
pieds un Globe terrestre.
Solo & Sd/o imperat.Toutes
ces Devises répondoient à
une Epitaphe de cinq Vers
Latins qui selifoienclurle
Mauiolée.
Le mesmejour 16. de Septembre,
les Religieux de
rabbayeRoyale de S. Gertnain
des Prez firent un Service
particulier avec une cntiere
magnificence. Dans la
Nef,à trente pieds du grand
Autel, qui est environ le milieu
de l'Eglile, estoit élev
UnMausoléedefigure quarrée,
sur un Socle de deux
pieds, posé sur trois degrez,
& au dessus un Piédeitalcontinu,
dont les quatre angles
cftoient renfoncez à doubles
pans, pour p^rre. huit F'^utes,
qui rcpï,"se,utoint lep
Vertus de laReyne. Ces figures
estoientattifes iur un
Socle, &appuyées sur lePiédestal'quifaisoit
une avance.
Au dessus de ce Piédéstâl on
avoir posé quatre Colomnes
de marbre noir, & d'ordre
Corinthien, chacune defquelles
estoit entourée de
Branches de Cyprès, enrichies
d'or, avec des Lampes
mires dessus. Les Chapiteaux
'& les Bases de ces Colomnes
cftoknt de bronze, & au deC
las des mtlmes Colomnes,
il y avoit untntablement
4con*ifoie delafeule Corniche
& Frite. Sur cette Frise eltoient
potées des Campanes,
chargées de Fleurs-de-Lys
d'or5 & de Tours de Caltille
à Houpes d'or & d'argent;
& dans le milieu de chaque
Face on voyoit un petit Fronton
que composoient deux
Enfans en relief, assis, & tenant
chacun une Torche
-
renversée qui s'éteignoit.
Ces Enfans estoient drapez
de gaze d'or, aussi-bien que
des Testes de Mort, qui paroissoient
au milieudu haut
de ces Frontons. Pour couronner
le Mausolee, on avoit
fait un Amortissement, sur
lequel estoit posée la Figure
de laReyne, avec son Ange
tutelaire, qui luy montrok
la gloire à laquelle elle afpiroir.
Ces deux Figures avoient
esté moulées en cire
par le SrBenoist. Sous les
quatre Colomnes qui fai-
[oienc une manière de Daii,
cftoit la Représentationélevée
sur trois degrez, & couverre
d'un grand Poçle de
Velours croisé de toile d'argent.
La Couronne voilée
d'un Crêpe, eiioit sur un
Carreau à la tee de la ft&s
préfenration; & auxpieds, le
Manteau Royal, avec la Figure
aussi en cire) de l'Eu..
rope deiolée.
Tout ce Maufolce que )'ay
fait graver dans la Planche
que je vous envoye,estoit
couvert d'un grand Pavillon
garny d'Hermines, dont les
lix aîles defeeodoient lur (ix
Piliers,quisoûtenoient quatre
grandes Arcades, o rnées
de Velours en ceintre, chargé
de Larmes & de Fleursde-
Lys, & bordées de Campane
de toile d'argent à Houpes
de mesme, chaque Arcade
estant separée de l'autre
par un Pilatre de Velours,
aussi chargé de Fleurs-de-Lys
d'or, & de Larmes. Le Grand
Autel qui est entre la Nef&
le Choeur, estoit seulement
orné d'une fort grande Croix,
& de vingt grands Chandeliers
d'argent, avec un riche
Parement d'Autel de vermeil
doré du cofté du Mausolée,
& d'unautre de Velours
croisë d'argent du cofté du
Choeur.
A la droite, au pied de la
première Colomne de ce
JMaufolée, estoitl'Elpérance,
avec ion Ancre a la main, &
les yeux au Ciel.L'Oyièau
de Paradis en l'air, & ces
1110t5, Plus Coeld um Solo)
faisoient la Devise du Piédeflal.
A cofté de l'Erpérance
paroissoit la Charité, tenant
un Coeur embraie, & jettant
les yeux vers le Ciel. Dans
le Piédestal estoit un Miroir
arclant,retféchiflant (es rayÓs
vers le Soleil, RefleÛitadunumy
pour faire voir que la Reyne
ayant reçeu des graces excraordinaire
sde Dieu, ne s'en
est jamais lervy que pour Ça
gloire.
LaMajefté3 la Couronne
en resse, & le Sceptre en
main, estoit placée à la feconde
Colomne du mesme:
coHé; & sur le Piédestal, on1
avoit peint une riche Montres
couronnée, avec cesmots.,,
Æmu! Sohs, pour dire que3
ce que le Roy faisoit pour-il
l'Etat par les viétoires, la&
Reyne le faisoit auprès des,
Dieu par sa pieté.
A l'autre face de limcfmcaj
Colomne, estoit laSoûmiH
fi=in; & au Piédcfiai) unn
Quadran en maniéré d'An-r
neau percée au travers duquel
le Soleil marquoit l' heure
par un rayon' de lumiere,
Horasluminesignat. LaReyne
a réglé toutes ses avions par
les lumieres que Dieu luy
donaoit.
A la troisiéme Colomne,
paroissoit la Paix, tenant une
Branche d'Olivier- & au
Piédestal estoit la Colombe
revenant dans l'Arehe de
Noé, avec uneautre Branche
d'Olivieren son bec.
Optate&bajula paris Le preniier
Fruit du Mariage de la
Reyne, fut la Paix crené;ile
avec tous les Princes der avectousles PrWccs d(,- I"Eqn
L'Histoirecouronnée de
Laurier, & tenant un Livre
& une Plume, estoit représènsée
à l'autre face de cette
Colomne; & sur le Piedestal
estoit un Cédre abatu pour
en faire quelque Ouvrage.
Hinc opus æternum. Commel
le Cèdreest un Arbre qui ne,;
pourrit point, on s'en
ièrvoic:
autrefois pourécrire ce qu'-
on vouloit quine fust jamais
--rois enoubly LaReyneafaia
tant d'aionsdevertuquJlelle
mérite que la mémoir-a
en foit icujours consèrvée.
La Forcc,avec Ion SymboI.
- pi dinaire.
ordinaire,estoit à la quatriéme
Colomne; & au Piédestal,
rUne Allée de Cyprès,tirée à
la ligne. Immoto ordine crescit,
pour marquer la fermeté de
Ja Reyne à pratiquer toûjours
la vertu, la justesse du
choix qu'elle a fait des vertus
propres à son état, & la
serveur avec laquelle elle s'y
est perfectionnée.
A l'autre face de cette Co- -
lomne, on voyoit la Religion
tenant une Croix; & au
Piédestal, une Bibleriche-
- -
qu'encore que les grands
exemples de pieté que donnoit
la Reyne, fussent d'un
tres grand éclat, sa principale
gloire consistoit dans les
sentimens intérieurs deReligion
qui ont animé les
actions.
Sous l'Impériale du Mausoléeau
pied de la Représentation,
estoit l'Europe affligce.,
ayant pour Devise un
grand Arbre, tombant (ur
quantité d'autres plus petits,
qu'il renversoit par là chûte,
Casus non spectat ad unam. La
France n'est pas la feule qui
soufre de la mort de la Reyne;
tous les Etats de l'Europe
y perdent aussibien
qu'elle.
Sur les quatre faces de
l'Estrade ervpre les Bases des
Colomnes, estoient ces quatre
Devises dans quatre Cartouches.
Un Vaisseauchargé de
"Marchandi[e) faisant voile à
la sortie du Port,Onusta recedit.
La Reyne fort du monde,
chargée des mérites que ses
bonnes oeuvres luy ont acquis.
Un Coin de Monnoyc,
avec un Loüis d'or quiviend'enestre
frapé, Sic parit IU
parem. La Reyne a donné è
la France dans la Personne
de Monseigneurle Dauphin
un Prince qui nous repréfente
les Actions merveilleusesde
Loiiis LE GRAND.
Deux Palmiers qui se joi-.
gnent par dessus une Riviere,
avecces deux demy
Vers de Vénance Fortunat,
au sujet du Mariage de Sigebert,
Roy de France, avec
Brunehaut, Infante d'Erpa"
gne.
;---- Nihilm^mmÀm*nt&HS i
obflat.
Quos jungi divina volunt.
Pour représenter l'union,des
deux Royaumes par le Mariage
du Roy avec la Reyne,
qui se fit sur la Riviere de Biaffoa.
UnBaffin de Fontaine, recevantl'image
du Soleil, Fulgida
Sole fuo. La gloire du
Roy, a toujours esté comme
par refléxion, celle de la
Reyne.
Sur les quatre faces de la.
Corniche, estoient quatre
autres Devises dans leurs
Cartouches, relevez en or.
Un Tabernacle bien doré
& fermé.Plena Deo. On
sçait que la Reyne estoit toû-,
jours remplie de l'esprit de
Dieu.
Un Jeu d'Orgues, Spiritus
intus agit. Le S. Esprit, que
l'Ecriture nous représente
fous le symbole du Vent, a
toujoursanimé les actions de
la Reyne, bz fait l'harmonie
de sesvertus.
Une Fusée volante, d'où
s'élevoient en l'air cinq Etoiles
en forme de Couronne,
& qui laissoit tomber vers la
terre un feu artificiel ayant la
figure d'un Dauphin, Foetu
i ctarafuo. La Reyne a donné
cinq de les Enfans au Ciel,
--
& fait le bonheur de la France,
en luy donnant Monseigneur
le Dauphin.
Une Lampe d'Eglise allumée.
Deo & Ecclesiæ. La
Reyne n'a jamais employé
les lumieres de sa Foy, ny
les ardeurs de sa Charité,que
pour la gloire de Dieu, & le
service de son Eglise.
Dom Antoine Gallois, Religieux
de l'Ordre, qui prononça
l'Oraison Funébre, est
l'Autheur deces Devises; &
le Mausolée avoit esté fait sur
le Dessein de MrBullet,dont
je vous ay déjaparlé, & qui
a fait tant de choses pour
l'embellissement de Paris.
Je vous envoye quelques
Vers, sur la mort de cette
auguste Princesse. MOurir efi lefort des Hitmains;
Les Sujets, ny les Souverains,
Ne peuvent appetler de cet Arrejt
funefie.
On le reçoit diferemment^
Selon que la grâce celefic ,~e
Nom imprimefon mouvement.
siAIsjamais dans un rangsihaut&
si charmant,
Qu l'on ne trouve rien qui ne flatc
& neplaifey
On na viu cefatalmoment -
Avecque ta»td.joje&de dllllche.
ment,
£#lel'a veu Caugufle THEklSE.
~Q ,
Ce Madrigal est de Mr le
Président de laTournelle de
Lyon. M Rault de Roüen,
achoisy l'Apus, ou l'Oyseau
de Paradis, pour en faire une
Devise, dont ces mots font
l'ame. Terræ commercia nescit,
L'Oyseau de Paradis, quiest
d'une beauté merveilleuse, ôc
d'une espece rare & particuliere,
füittoujoursla Terre,
êc vole incessamment vers le
Ciel. Aussi tient-on que cet
Oyseau est sans pieds, & que
la Nature luy a donné un
filer,avec lequelil s'accroche
aux Arbres, pour se re-
JpoSLserIla nuit.
CApm d'une aile legere,
Fuit la Terre, ér s*eleve au haut de t émifplure,
Foury jouir etun airpur & délu
deux,
ZI-le ne fait pas THE^ESE, à qui
fin origine
Dit que fan efîre vient d'uneSource
divine?
Bile enfuit du monde, cr va t.
joindre aux CÙIJX.
Mr Dumats deJoigne,est
Autheur du premier des deux
Sonnets qui suivent. MrAvice
de Caën,a fait le second
SUR LA MORT
DE LA REYNE. LEsplusbrillantes FleursPllffint
dans un Parterra
Et ilS Loy aes Dej/ilis qutnepardonné
arien,
Sans avoir nul égardptur le plus
be4H litN)
Fait à tout ce qui vit une mortelle
guerre.
THERESE,cette Fleur l'ornement
deU Terre.
Lagloire tkj François, leur Rcyne,
leutfoutien,
Apres avoir tfié leurpltpssolïde
kUny
faroift en un moment comme linfra»
rile Verre.
Lecteurs qui prenez part aux regrets
de sa mort,
Árrcjh;".vUJ unpeupourApprendre
fin fort, 4J
Vous efara avancez pour voirson
Mausolée.
Sftcbez, quesi le Ciel lenlevant à
nosjeux,
faitle deuilde 14 Franet) &lA rend
dcfoléey
Elitaugmente des Saints le mmlre
glorieux.
SUR LE MESME SUJET. LA Parque nous ravit une Reyne
Adorahlt,
.f<!!,t l'on vit toujours humble aufein
de lagrandeur.
Son égalité d'amc,çrfa rare donceury
Aux Siecles à venir la rendront mémorable.
Cettefige Trincejje en tout incomparable,
Donnoit a ta vertu toutpouvoirsur t fin coeur.
Jamais dans £Oraifin vit-on plaê :
deferveur,
ÆI dansses cbaritez, eut-elleifnfcm»
hlAblef
Attachée a remplirfis devoirs chaque
jour,
Ta/finpieux exemple elle infruifiit
la Cour,
En livrant aux lechez une eternelie
guerre.
TÛJ qu'acharmésa vie, Qr quesi
mortftrprcnd,
Etênne-toy plutost dans un malheur sigrand,
.f<.!;'MilAnge aitdemeurésilongtemps
sur lA Terre.
Le plaisir que vous avez
pris a tout ce que jevous ay
écrit des diversesMillions
des Peres Jesuites dans les
Pais éloignez, me fait croire
que vous ne ferez pas fâchée
d'apprendre quelque chose
de celle que le Pere Haudiguer
entreprit l'année derniere
avec le Frere Claude
Desmoulins, du cofté deTripoli.
Comme les Chrestiens
de ces quartiers-là ne font
veus de leurs Pasteurs que
deux ou trois fois l'année,
parcequ'estant là parmy les
Turcs dans des Métairies féparées
les unes des autres, &
éloignées des Villages, ils ne
peuvent pas aisément faire
venir des Prestres, ny en aL
ler chercher, ils manquent
presque toûjours d'instru-
6hon & de consolation spirituelle;
cela est cause qu'encore
que la plupart ne soient
ny si misérables, ny si pauvres,
que ceux des Montagnes
qui tirent vers le Midy
ils longent à le retirer de là,
aimant rr ieux, disent
-
ils,
estre malheureux parmy les
Maronites, qui font sous la
dominationd'unGouverneur
Chrestien, que d'estre à leur
aise dans les Métairies des
Infidelles. Le premier Vil-,
lage, où ces deux zélez
Millionnaires arriverent,s
pelle Safra. Ily avoit un Curé,
& le nombre des Paroissiens
y est d'environ quinze ou
vingt Maisons. Apres les
avoir instruits de toutes les
choses qui regardoient kui
salut, ils se rendirent à une
Métairie qui estoit à une
,
lieuë &: demie de ce Village,
r
sur une Montagne roide àc
escarpée. La Cabane de ces
bonnes Gens, longue de
vingt ou trente pieds, &
large de six ou sept,n'avoit
pour muraille & pour toit
que des
-
Epines seches, ôc
au dedans il y avoit six ou
sept rangs de Tabletes, chacun
de cinq ou six étages,
les uns sur les autres, faits de
Cannes & de Roseaux. Ils
regnoient depuis un bout de
la Cabane jusques à rautrej
& sur ces Tabletes estoient
les Vers à soye mangeant les
feuilles de Meurier. C'est
ainsi que ce font en ce lieulà
les Cabanes pour les Vers
à foye. Ces. Vers mangent
nuit & jour,à l'exception de
trois ou quatre jours qu'ils,
jeûnent, apres quoy ilsfont !
leur soye. Vous jugez bien
que les deux Millionnaires.
ne quiterent pas cette Cabane
sans donner des preuves
aux Chrestiens qui l'habitoient,
de la charité qui les
avoit attirez. Le lendemain
ilsallerent à un Bourg nommé
Lebail, qui est sur le ri
-
vage de la Mer, & avertirent
tous ceux des Cabanes
quiestoient sur leur chemin,
de s'y trouver le Dimanche.
Tous les Païsans des environs
ne manquèrent pas de
se rendre ce jour-là à la Chapelle
du Bourg, outre laquelle
il y a une fort belle
Eglise, bastie régulièrement
comme les Eglises de France.
Elle a une Nefconsidérable,
des Aîles, & une Voûte de
pierre fort haute, soûtenuë
sur des Piliers assezdélicats;
mais elle est profanée par les
Turcs, qui s'en serventcomme
d'une Ecurie. Au sortir
du Bourg, ils prirent le chemin
des Montagnes, & arriverent
a Edde, à Gafe, & à
Bentael. Ce sont de petits
Villagesruinez
,
où demeurent
les Chrestiens, & où il
y a des Eglises qui paroissent
anciennes, mais elles n'ont
rien de rare, & font basties
fort grossierement. Ce qu'il
y a de plus remarquable surces
Montagnes,c'est le nombre
prodigieux de MonaC.
<
reres ruinez, & de Chapelles,
dont les restes sont voir la
pieté des anciens Chrétiens.
Le Caresme que ces bonnes
Gens observent en ces lieuxlà,
est bien diférent du nôtre.
Ils commencentà jeûner des
le Lundy, sans user ny de
Beurre, ny de Lait.'Y mais
tous les Samedis, toutes les
Festes ôc Dimanches du Caresme,
ils ne jeûnent point.
Ils font seulement abstinence
de Viande, de Beurre, & de
Laitage; & depuis Pasques
jusques à la Pentecoste,ils
font toûjours gras, sans faire
nulle abstinenceny le Mereredy,
ny leVendredy, qui
font les deux jours d'abstinence
qu'ils font dans la semaine
tout le reste de l'année
, comme nous la faisons
en Occident le Vendredy &
le Samedy. Ce qu'il y a de
plus rigoureux, c'est que les
Gens de ce Pais-là ne mangent
jamais avant trois heures
apres midy, & n'osent
mesme boire une goûte d'eau
avant ce temps, a moins
qu'ils ne soient malades à
l'extrémité. Les Enfans commencent
à jeûner régulièrement
à 1âge de six à sept ans.
Il y a des Religieux dans
quelques Convents Maronites,
quigardent l'ancienne
coutume de l'Eglise, qui est
de ne manger qu'apres le
Soleil couché; & la principale
devotion des Religieuses
du Pais, est de demeurer
deux jours, & quelquefois
trois, sans manger aucune
chose. Le Patriarche, les
Evesques, & les Religieux,
font maigre toute leur vie,
si ce n'est lors qu'ils font
dangereusement malades, , encore quelques-uns aiment
ils mieux mourir, que de
manger de la Viande. Outre
lejeûne qu'observent les Maronites
dans le mesme temps
que nous faisons icy le Caresme
,ils ont encore trois
abstinences. La premiere est
de vingt jours, & s'observe
avant la Nativité du Sauveur
du Monde. La seconde est
celle de Notre-Dame; & la
troisiéme, des Apostres Saint
Pierre &Saint Paul. Ces deux
dernieres font chacune de
quinze jours. Pendant ces
abstinences, ils ne mangent
ny Viande, ny Beurre, ny
Lait; & comme ils sont extrémement
pauvres, la plu-1
part
]
art d'entr'eux se trouvent
réduits au Pain secs qu'ils
trempent dans l' huile, ou
dans l'eau. Plusieurs jeûnent
aussi durant le temps de ces
abstinences, mais ce font
jeûnes de dévotion. Ils sont
tres-exacts dans cette pratique,
& cest la plus considérable
vertu du Pais. Ils ont
encore beaucoup de fermeté
dans la Foy, & une venération
particulière pour le Pape.
Ainsiquand on leur en montre
quelque Bulle, ils la baisent,
& la mettent en suite
sur leur front & sur leur teste
pour marque de vénération
& de respect. On en voit peu
parmy eux qui se fassent
Turcs; au lieu que les Grecs
font profession du Mahométisme
à la moindre occasion
qu'ils en ont. Il y a environ
trois ans qu'un Archevelque.
Maronite s'embarqua pour
aller demander à Sa Sainteté
la confirmation du Patriarche
des Maronites, desquels
il menoit avec luy trois jeunes
Gaçons, pour les faire
instruire & élever au College
de Rome. Ils furent tous pris
par les Corsaires de Tripoli.
L'Archevesque, & deux de ps'abEonrfda,ns, furent rachetez
& remis en liberté.
Les Infidelles garderent le
troisiéme,&tâcherent par
toute forte de voyes de l'obliger
à trahir sa Foy. Illeur
résista avec un courage pareil
à celuy des Martyrs, & leur
dit, que quand ils le couperoient
par morceaux, il ne
cesseroit jamais d'estre Chrétien
, parce que la Religion
Chrestienne,leur disoit,il)Sélevoit
autant au dessus des
autres Religions, que l'huile
s'éleve au dessus de l'eau.
Ces Infidelles croientetonnez
d'entendre parler un
jeune Maronite de douze à
treize ans, avec tant de résolution
& de courage. Ils
luy brûloientles bras, en luy
appliquant sur la chair des
Clous tout rougesde feu;
mais ce jeune Enfontpréve-J
noit la fureur de ces Barbares,
& ofroit son corps à brûler.
auxflâmes avec une conCtance
admirable,sans donner
aucune marque de crainte
ny de douleur. Il s'attira par
là l'estime & la venération,
des Turcs mesme,qui le mé-*
lagerent en suite, & le traiicrene
avec moins de cruauté.
Enfin desespérant de le
pervertir, ils prirent la rançon'
que Sa Sainteté envoya
pour luy, ôc le laisserent aller
à Rome. Cette fermeté fait
voir que s'il y avoit dequoy
entretenir un plus grand
nombre de Missionnaires
pour cultiver les Chrestiens
de ce Païs-là, on y feroit de
grands fruits, & que les charitez
de ceuxquiassistentles
Missions du Levant, ne peuvent
estre employées plus
utilement.
bien les aller instruire. Ainsi
ils passement cinq ou (Ix jours
dans ces Jardins, où il y avoit
plusieurs Cabanes de Païsans.
Quelques Gens du Païs
assurerent le Pere Haudiguer,
que proche de là il y
avoir une Caverne, où l'on
voyait deux monceaux, l'un
d'or, l'aurre d'argent, dont
une partie estoit en lingots,
& le rcite monnoyé. Un
fort honneste Homme, dont
la probitéestoit reconnuë en
toutes choses, luy prôtesta
qu'il avoit esté luy-mefmc
dans cette Caverne, ainsi
que deux ou trois Personnes
qu'illuy nomma, & qu'ils
avoient tous veu ce Tréior.
Il ajoûtoit une chose qui
tient beaucoup de la Fable,
& qu'apparemment vous ne
croirez pis- c'estqu'un petit
Ruisseau couloit dans la
Grote, &: qu'on le paissoit êc
repassoit aisément, pourveu
qu'on n'em portaitrien, mais
que lors qu'on prenoit quel
-
que lingot, ou quelque piece
d'or ou d'argent, l'eau croissoit
tourà coup jusqu'à la
hauteur d'un Homme, & ne
diminuoit pointqu'on n'eust,
remis ce qu'on emportoit;
&que quand on faisoit quelques
Machines pour enleuer
ces Trésors sans entrer dans
la Caverne, tour se brisoit
aussitost, en sorte qu'il eltoic
impossibled'yréünir. Parmy
les Chrestiens de ce Païs-là,
il y en a quelques-uns, qui
pour estre fort éloignez des
Pasteurs, tiennent beaucoup
plus du Turc que du Chrêtien.
C'est pour cela que
quand il passe quelquePrêtre
dans leur Cantonils se disent
Chrcftiens en secret; &
quand le Turc, qui fait l'o£-
sice de Pasteur, vient aussi
les visiter,ils sa déclarent
Turcs,&luy font un présent
comme ils en font au Curé
- Deux ou trois journées
au dele de Ragarra, en tirant
vers le Septentrion,il y a
une Nation appellée les Kesbiens,,-
c'està dire,les Adora- teurs Chiens. Ces Peuples
ont un mélange de
toutes fortes de Religions
£c beaucoup de dispositionà
recevoir la nofuc) mais ils
n'osèroientenfaire une prosessionpublique
, à
-
cause
qu'ils sont fous la domination
des Turcs.Le manque
de bien des choses, empes
cha les deux Missionnaires
dontje vous parle,daller de
ce cofte'-là/. ils prirent leur
route vers le Levant, & continuant
leur Mission parmy lesChrestiens des Montagnes
du Liban, ils visiterent
ceux de Kaserhhaoura d'Evieba,&
de plusieurs autres
Villages & Hameaux
)
& arriverent
enfin à Cannobin, où
le Patriarche des Maronites
fait sa rendence. Ils le (allièrent,
Zc en furent tres- bien
reçeus. Illes conduisit dans
un Monastere, & leur en fit
considerer le dedans, & le
dehors. Il estsitué dans le
fonds d'une Vallée affreuse,
qui s'enfonce d'une maniere
àfaire peur, entre deux Montagnes
tres-élevées,& fort
voisines l'une de l'autre. L'Egliseest
tres-obscure,& nfeft
percée que d'un costé. Il y a
quatre ou cinq Chambres
assez sombres, & peu saines.
Ils n'y demeurerent qu'une
nuit, &: partirent le lendemain
pour aller aux Cédres
du Liban. Ils marchoient
toujours entre ces deux
Montagnes, fort charmez de
voir les Ruisseaux qui se précipitent
de toutes parts de la
pointe des Rochers extrément
élevez, & qui le réiinissant
dans le fond de la
1 f {' 1 Vaüce, portent enfuite leurs
eaux avec une rapidité surprenante,
depuis le Liban
juiqu'à la Mer. C'est ce qui
est marqué dans l'Ecriture,
Quoe fluunt impetu de Libano.
On voit dans cette Vallée
pluficurs Grotes dans le Roc,
dont la plûpart ont esté faites
par laNature,&où pluficurs
Solitaires ont autrefois mené
une vie qui tenoit moins de
l'Homme que de l'Ange.
Elles font maintenantabandonnées
,à cause de la tyrannie
des Turcs quirégnent en
ce Lieu-là. Il y en a encore
deux ou trois qui font habitées.
Le Pcre Haudiguerentra
dans une, où estoit mort
depuis peu de temps en
odeur de sainteté un Gentilhomme
Provençal, nomme
Chasteüil. Il estoit d'une des
plus illustres Familles de Provence
, de laquelle Moréri
fait une ample mention dans
la seconde Edition de son
DictionnaireHistorique. Il
avoit une grande connoissance
des Lo angues Orientales,
& s'y estoit perfectionné
dans un voyage qu'il fit
à Constantinople
, avec le
Comte de Morcheville, qui
y alloit en qualité d'Ambassadeur.
Sa pieté l'engagea à
visiter la Terre-Sainte, &
son inclination à l'étude des
Livres sacrez, luy fit choisir
la retraite du Mont-Liban,
afin de s'y appliquer avec
moins de distraction. Il y
vécut dans une pénitence
continuelle. L'Histoire de ià
Vie a esté imprimée à Paris,
& à Aix en Provence, & ces
deux Editions n'empeschent
pas qu'elle ne iÕ:r devenue
tres-rare.
Au sortir de cette Vallée,
les Missionnaires prirent le
chemin de la Montagne des
Cédres. Il faut monter depuis
le Rivage de la Mer environ
deux jours, avant que
d'arriver à ces Arbres si fameux
qui couronnent la
Montagne ,
où ils paroissent
de loin, & qui font le plus
bel ornement, & la plus
grande partie de la gloire du
Liban. Il s'en trouve de me£
meespece dans quelques au*
très endroits de ces Montagnes
, mais ilsne sont point
sibeaux que ceux-cy.Il riy
en a que douze ou treizedans
cet endroit, ôc ils ne sontpasd'une
hauteur extraordinaire
pour ce qui regarde le corps
,
de l'Arbre; mais outre qu'ils
font sur des Montagnes tresélevées,
ils ont encore des
bras, & desbranches fort
grosses, fort hautes, & tresépanduës.
Le corps de l'Arbre
est~peuuny. Le plus gros
peutestreaisément embràflS
par trois Hommes, & iln'a
pas plus de six ou iepe pieds
de hauteur, mais ille divisa
ensuite en plusieurs branchs,
dont la grosseur & la
hauteur égale les Chesnes
ordinaires de France. La
Feüille est comme celle de
l'If, les Fruits, font ièinbla*
blesaux Pommes de Pin; &
le bois au dedans a la couleur
l'odeur,&les veines pareilles
a celles du Sapin. Ce bois
duretres-longtemps & on
n2 sçait pas précisément
quand ont commencé ces
r.Ai1,A_lLJJf$..J'ln*a1.S ILY.:. a dl b eScaaches
qui pourrissent & tombent
de temps en temps, ôc
quand le bois a esté coupé
& exposé au grand air & à la
pluyc, il devient vermoulu.
Les Capucins qui sont en ce
Païs-là, disent qu'ils en ont
veu pourrir chez eux. Ce qui
est tres-vray, c'est que ce
bois se conserve plusieurs
siecles sur son pied, ôc lors
qu'il est mis en oeuvrer pour
veu qu'on~en prenne soin.
Le Pere Haudiguer dit la
Messe sous ces Arbres, sur
des Pierres dressées enforme
d'Autel au pied del'un deces
Cédres, apres quoy il palfæ
avec (On Compagnon par
dessus les Montagnes opposées
au Monastere de Cannobin,
& parcourut tous les
Villages des MaranimsCOMme
ilavoit fait de l'autre côté
des Montagnes; Outre les
difficultez des chemins, its
avoient encore à craindre les
Turcs, qui estant en guerre
lesunscontre lesautres, faisoient
mille actes cruels d'ho..
stilté.Ainsi lesChrestiens
chez qui ilspassoient les
nuits, estoient contraint de
coucher avec euxsous les armes,
pour éviter la surprise,
ôc n estre pis égorgez ians
se défendre, comme l'avoient
esté quelquesuns des Hameaux
voisins. Ils travaillerent
par tout à leur Mission,
sans éprouver aucun ~fâcheux
accident, & parcoururent de
nouvelles Montagnes , où
ils trouvèrent de la neige sur
la fin de Juillet, dans les plus
beaux jours, & dans les plus
grandes ch leurs de l'année.
Ils marchoient dessus
, tant
elle estoit épaisse & solide.
Prés de ces hautes tvlongnesest
un Village, nanxaa
Tannourin, où le Curé avoit
esté contraint depuis longtempsd'abandonnerlesChrêtiens,
à causede la Taille
dont il estoit surchargé. L'Eglise
de ce Village est bastie
dePierres biensolides, entre
lesquelles ilyen a une dans
un Pilier, qui devient extrémement
humide une ou
deux fois la semaine. Quoy
qu'il y en ait plusieurs de la
mesme espece
,
elle est la
feule d'où l'eau degoute de
cette forte. Le Mercredy &
le Vendredy, les Gens du
Païs viennent témoigner la
venération particulière qu'ds
ont pour cette Pierre, qu'ils
ditent avoir touché aux Reliques
du Saint dont l'Eglise
porte le nom. De là ils allerent
à Akoura, où ilsvirent
des marques anciennes des
Romains, qui onttaillé dans
le Roc un chemin large de
plus de quinze ou vingt
pieds, & long de plus d'un
demy-quart de lieuë. Ils y
trouvèrent ces paroles gravées
sur la Pierre en caractere
Romain, Imp. DomitianiAug.
S.ïr. Tjussu Apresavoirveu
quelques autres Antiquirez
qu'ils
sur les effets qu'il produit,
quand vous aurez lu une Lettre
qui m'est tombee par hazard
entre les mains. Je ne
connois
, ny celuy qui l'a
écrite, ny celuy à qui elleest
adressée. Je sçay seulement
qu'elle est conceuë en ces
termes.
A Lile ce 6. Nov.1683. .LEs Medecins de cette ViUt','
'Alon(itur, ont eu une contteftation
a/fi forteentreuxy au
.,ruiet de
~;Kforte ent eux, sujet LAntimoine. Vous ne
stre pas fâchéque je vous en
rende compte. Ils s'ejldient diui-
PZ en trotsFaâions. La première,
dontMr de la "Barre cftoitle
Chef,fonienoitquetAntimoine
ejioitunfort bon Remede,
& propre pour la guérifen de
toutesfortes de Maladies3quand
il efloît Vien prépAré. Lafécondé,
4 la resse de laquelle paroissoit
JA- Douchet,prétendait que
l'Antimoine suil un poison qui
tùoit tous les Malades, de quelque
maniéréjjfuonteufl préparé;,
parce quillaissoit toûjours après
foy une qualité maligne dans les
lifcereSjqmfaifoit crevertHom
"Ú t'st ou tard
t
mesme plus de
'Vingt ans apru lavoir pris, 99
€juc qu.*nd il estoit unefois entre
dans le corps humAin,iln'enfortiJitjamAu
, mais hruloit
3
&
confumoit peu à peu l'ejîomach
(gp les entrailles. La troiiféme
FaSlion, plw politique
s
setemit
dans le milieusansJe résoudre i
prendreparty.LafécondéFaùhcn,
compefee des plus anciens Médecins>
Ïauroit emporte par leur
nombre, gjr par le crédit qu'ils
ont parmy le Teuple, sans l'autorité
de M: de la Rahliere,
nostre Commandant,&sans un
accidentarrivé, dontjenjayvont
dire les circonftancc.
Vn Enfantdyenviron fixans5
tomba maladeiuneEpilepfe dont
il mourut, après queson Medecin
ordinaire luy eut ordonne
lEmetique. La faflion opposee
A ce Remede
>
rienfut pas plutofl
injiruite3quelle donnaun placet
ÀMeJfieHrs du Afdgiftrllt, contenant
que l'Emétique avoit
encorefait mourir cet Enfant3 ce
qu'onpouvoit voir parsalangue
qu'il avoit toute noire, Ër gangrtnfe,
& que U violencedu
Remede luy Avoitfait tirer bon
de la bouche. Ainsi ceux de ce
Party concliïoientj a ce auilplufl
à Mefi*urs du Magiflrat
3
de
leur permettre de faire ouvrir le
Cadavreypourfaireconnlftre i
tout le monde, que l'Emérique
qu'ils traitoient de poison , efloit
cause de la mort de cet Enfant.
Mess:"urs du Magiflrat3 avec
la prudence qui leur efl ordinaire,
fourarrefler lescontedations, &
rendre juflice à qui il appartienaroitJ
ordonnèrentque leCadavre
fereit ouverten leurprejencer
A l'intervention des Chefs des
deux Fafiions contraires. L'ouverture
ayantesle faite
,
st)
leflomacb tiré hors du corps, on
examina avecune entiere exatfitude,
les parties tant vitales que
naturelles. L'examen fait, on
connut3 & M Doucbet le pr.
mier,q14,zlny avottaucunepartic
mAlade,nyinfellée de poyàn,
&que (Enfanteftoit mort dune
mort naturelle, causeeparlafeule
EpilepJie. Mesme bten loin de
trouver la languegangrenée^
comme l'avoitsoûtenu la fécondé
Faéïion, on la trouva fort belley
excepté qu'elle avoit esté moraui
entre les dents. C'cft ce qui est
jufhfié par le Procèsverbal de.
cette Viftte. Comme la plupart
desAfedecinsfuiventfort fouvent
les sentimens qu'ilscroyent
les plus propres a remplir leur
bourse3 on a crû que ceux de la
fécondéFaftion,avôient pour
butd'empejcher ceux de la premiere
d'avoir beaucoup de Pratiques
3
parce que guérilJànr promptement
lesMalades par leur AntimoineyJls
en déroboient quantité
aux Anciens, qui ignorant
les secrets de la Chimie,& par
conséquent la maniéré de bien
préparer tEmEtique, s*attachent
a la Saignéey aux Purgationst
& aux Lavemens,qu'ils rEittrentfouvent,
ordonnant des breuvages,
de petits-laits, &autru
bagatelles qui sint languirles
Malades plusse-urs années3Juivant
encela les avis de leurs Anriens,
Maladus deuil-il crevare,
comme afort bien ditMoliere.
Cela n'a point empesché
que ceux de la féconde &troisiémde
FoaSnlionnn'aéyentfowvent or- mdu ils l'ont
faitfout des noms Jéguzflz)pONY
conserver leurs Pratiques, tant ce
Remede efloit en horreurparmy
le Peuple
t & cela
>
par les dif*
cours de ceux de la fécondé FA*
élionj qui nefloit pas feulement
plus nombreuse que la prtmier)
maïs encoreappuyéepar les Apotiquaires
)
qui ne fondent pas
moins à leur intéressparticulier
que les Medccinsytant parce que fEmétique les prive du benefice
quils trouvent à denner des Purgâtions,
e des LaernensJ que
parce q5se ceux de la premiete
Faélion préparent eux-mejmes
l'Antimoineysans le secours des
Apotiquaires
,
qui ne font pas
toujoursponflueh a bien executer
les Ordonnances. -JUautoritéde M1noiïreCommandant,
qui efl tres-sçavant,
&qui connoifl les merveilleuses
ljualtte de l'Antimoine.quandil
ejlbien prépaé, a imposeftlence
aux Medecins qui sejhient dé''
Jc/arez contre ce Remede. Voila,
'tt.Monsieur, de quelle maniéré les
tcbofessefontpayées. Vouspoul/
vez men cmre , puis que vous
rfçaez que je ne fuis ny Merdecin3
ny Antiquaire,maisplus
quepernne du monde voHre
tres, st) c.
Je me fuis informé, Madame,
de ce qu'on vous adit
qu'il y avoir eu de particulier
aux Theses soûtenues Q. Arles
dans le College des Peres Jefuites.
Voicy ce que j'en ay
sçeu. Le Pere Prost,Profesfeur
de la Rhétorique, ayant
lié amitiéavec la plupart de
ceux qui composent l'Académie
Royale de cette fiu
meuse Ville,crût qu'il ne
pouvoitmieuxréüssir à leur
donner des marques publiques
de l'estime qu'il faisoit
de leur Conlpagni, qu'en
leur faisant dedier des Theses
de son Art, comme aux
Juges les plus éclairez dans
toutes les belles connoissances.
Dans ce dessein, il jetta
les yeux sur un jeune Gentilhomme
de la Famille de
Mrs Eymin, dont la capacité
& l'espritpouvoient luy faire
espérer un heureuxiuccés
le cette entreprise, & quise
itun honneur de soûtenir
adépense d'une Action, qui
evoit avoirpourtémoins
out ce qu'il y a dans Arles
de Personnesdistinguées par
leur qualité & par leur ménite.
Le sçavant Mr Roullet,
revenu de Rome depuis
,,
quelque temps, (c chargea
du Dessein &de la Gravure
dela Planche,pendant qu'on
le prépara d'un autre costé à
répondre de toutes les Regles
de l'Eloquence, de celles
de la Poësie Latine & Françoise,
& de celles de l'Hit
toire, tant de la sacrée que de
la prophane. La plûpart des
Cens ne pouvoient croire
qu'un jeune Homme éuflpû
acquerir en si peu de temps
tant de connoissances si curieuses
& si vastes; & les autres
quétonnoitla nouveauté
d'un pareil dessein, mouroient
d'envie d'en voir le
succés. Le 26. du mois,
d'Aoust ayant filé choisy 1
pour cet Aéte, tout le monde
ic rendit en l'Eglise du Col-
,1 > .1 lege des Jesuites,où il y
avoit un Concert dlnstrumens
pour divertir lAffeni
lée, en attendant que l'on
commençant. Mrs del'Aca-
Hemie Royaleprirentplace
!:u premier rang qui n'estoie
Helliné que pour eux. Deririere
ce premier Cercle eC.
oient trois autres rangs de
Tauternis, qui furent remplis
d'uncofté par des Perlonnes
res - considérables-, & de
l'autre, par un grand nombre
de Dames) que quelques
Académiciens avoient inviitees,
a cause que les Disputes
Académiques, telles que de~
voient estre celles de cette
Action, ne font pas si [eche.
& si mysterieusès que celles
'- de la Philosophie, ôc que
mesme la plupart du temps
on devoit proposer en François.
Le Soûtenant commença
par un Compliment
Latin qu'il adressa à Mrs de
l'Académie. Illeur dit; Qu'il
pourrait semblerétrange que les
Muses Latines fjfent hommage
aux Françoises,& que les Aînées
recherchassent avec tant
d'empressement la protection de
leurs Cadetes; ecepenJnt
elles ne croyaientpassefaire tort,
ny men^ger malleur réputation,
ensesoûmettant à leursRivales,
si elles pou-voientmériterpar laleu£
protection ; Que l'Académe
Royale ne pouvoir leur r,:rt/e
cette ff4aveur ff
,
puis qu'elle leur
estoit redevable de tant degrand*
Hommes conftmmz dans la
Scienees> & qui avoient cuéilly
les Laurierssur le Parnasse Latin,
avant que d'en cueillir (ur,
le PArIJAjfi François' Ilajouta,
Que quelque fierté que durent
avtir les Mufes Latines, elles
ricftêient pas si entefiées de leur
mériteyquelles riavenajfentsqHe
cessoitàeuxqu'on devait lagloire
J'avoir relevé celle des beaux-
ArtsiQu'ilsavoientfrayé!ecbeProtcfleur
de toits les Sçavans%
& quifaisoit refleurirlesArts par
tout Jon ROYJurne avec tant de
glotre. Ce Compliment estant
acheve) le Concert recommença
pendant qu'on diftrU
bua les Theles.La Dispute fut
ensuite ouverte par des Queftious
que le Préfet du Collège
proposa sur les Réglés
de la Comédie & de la Tragédie,
sur les raporcs qu'elles.
ont l'une avec l'autre, & far
leur diférencey Si les Femmes
peuvent estre le sujer
d'une Tragédie, ce qui sur
bientostdécidé par les evem,
ples des Anciens & des Modernes
:Si la Tragédie donne
plus de plaisir que la Comédie
,
& en quoy consiste
la finesse de ces fortes de
Poëmes. On continua, en
agitant les diférens qui sont
entre les. Latins & les François;
S'il faut mesler beaucoup
de figures dans le Dis
cours, & sur tout de celles
qui outrent d'ordinaire la
penféc; S'il faut mettre parmy
les Ornemens de l'Elo..
quence, leslérogliphes, les
Enigmes les Devises, les
Emblêmes, & les Fables, S'il
faut faire les Inscriptions de
l'Arc de Triomphe, ôc des
Monumcns publics, en François,
ouenLatin. Ce furent
les Proportionsqu'attaqua
M l'Abbé Fleche qui s'eftant
détachéde l'Académie
en faveur du Soutenant,luy
donna lieu de déveloper tous
les mysteres des Sçavans
avec une facilité surprenante.
Comme il estoit échapé une
Proposition dans les Thefesy
qu'on croyoit une malice
que l'on vouloit faire aux
Femmes, Mrde Montblanc,
Frere de. Mr le Lieutenanç
General, qui s'est distingué
par plusieurs Campagnes en
Sicile & ailleurs,le crut obligé
de soutenir leur party. Il
le fit de la maniéré du monde
la plus délieare. Il cita en
leur faveur les traits les plus
curieux de rHifioire [ainte
& de la prophane, & tâcha
de justifïer leur innocence
par plusieurs endroits de l'Ecriture,
qu'il toucha fort
adroitement.La Dispute
passa à l'origine & aux reglés
de l' Histoire. Mr Arnaud
en rapportoit la nais-
(ancc au Nilofcope de Menv
1 -
phis, qui estoit une Colomne
une prodigieuse gran deur
sur laquelle on gravoit toas,
ies ans Ls accrossemens du
Nil, & sir paroistre là-dessus
rune érudition tres-profonde.
On répondit à toutes les,
dithcuhez, & l'on montra
qu'on devoit l'origine de
l'Histoire aux deux Colomnés
que les Hommesdresserent
avant le Deluge, pour
immortaliser les Préceptes
des Arts, & les Noms de
ceux qui les avoient inventez.
Mr Fraifchier finit la
Diipute en VersFrançois &
Et voir autant de galanterie
que d'esprit, dans le Sujet
qu'il traita. Apres qu'il se fut
fait éclaircir de rorigine de
la PoëGe, <k des premiers
Poëtes, tant parmy les Hébreux,
que parmy les Grecs
&les Latins, il s'arrefta à la
Poesïerimée, & soutint que
c'estoit 'aux Provençaux, &
non aux François, que l'on
en devoit la gloire. Onrapporra
des Poesies en l'une &
en l'autre Langue, de plus de
cinq cens ans, & on dit mille
jolies choies sur cette matiere.
On parla en suite des
caractères
caractères de toutes les petites
Poësies Latines & Françoilés,
dont le Soutenant
donna les Règles. L'admi- se L'admiration
qu'oneut pour la maniere
dont il se tira de tant
de Dispuces, redoubla par
une nouvelle épreuve qu'on
fit des avantages qu'il a dans
les belles Lettres. On présensa
une centaine de Billets
à tirer au fort, dont chacun
renfermoituneCKieftion eurieuse
& difficile,qu'il s'engageait
à déveloper sur le
champ. On fut étourdy de
cette avanee; & M'le Chevalier
de Romieu, Directeur!
de l'Académie,ayant tiré
un de ces Billets, trouva qu'il
renfermoit toute l'Histoire
d'Alexandre le Grand. Il n'y
eut personne qui ne renouvelait
son. attention pour
voir comment on se tireroit
d'affaire; mais on eut lieu
destre satisfait, quand ce
jeune Soutenant rapporta les
plus curieux endroits de
l'Histoire de Quinte-Curse,
les causes de la Guerre des
Grecs contre les Perses, les
préparatifs prodigieux du
coite de Darius, & ceux
d'Alexandre,quiestoientsi
peu considérablêsi la rcru
contre des deuxArmées aupres
du Granique, les suites
de cette Bataille, & les avantages
que les Grecs remporterent
de leurNiétoire. Apres
cet essay, ilnerestoit plus
qu'a répondre descaracteres
des Empereurs Romains depuis
Jules- César, jurqu)à.
Léopold-Ignacequircgne
aujourd'huy. C'estoit un Ouvrage
que le Prosefleur de la
.Rhétorique avoit ajouté aux
Thesès, que le Soûtenant
deyoit reciter & expliquer à.
tous ceux qui auroient voulu
se satisfaire sur ce sujet. Il
contenoit 149 Quatrains, sans
compter lescaracteres des
Roys de France,& des EmpereursTurcs',
sur lesquels
on s'estoit obligé de répondre.
On [c:::tontenta d'en
demander cinq ou six, quoy
que l'on eust prié l'Assemblée
d'en demander davantage;
mais l'Acte avoit déja duré
trois petites heures, & l'on
commençoit à se ressentir
des incommoditez de la saiibn.
Le Soûtenant fit donc
son dernier Compliment,
pour remercier Mrs de l'Academie
de la protection
dont ils l'avoient honoré; &
toute l'Assemblée, des applaudissemens
qu'elle luy
avoit donnez; Plûtost,dit-il,
fort modestement,pour k
rassurer dans ses combats5 que
pour accompagner son triomphe.
Apres qu'il eut cessé
de parler, toute la Compagnie
s'arresta pour entenvdre
M1le Chevalier de Romieu,
Directeur, qui devoit
complimenterce jeune Gentilhomme
de la partdel'AcademieVoicyles
termes
dont il le [ervit) en adressant
d'abord le Discours aux
Académiciens.
MFSS1ErRS,
Qu'il (si beau de voirfleurir
JesSClencet,ljuAlld le plus grand
des Roys les protégé
3
st) qu'il efi
avantageuxd'alisier au Triomphe
des klur ou l'onvoit accourir
un sigrand nombre dkenneftes
Cens!Apollon asesHéros
AUJftien que Mars;les Lauriers
que remportent les Vainqueurs, ne
Jont pas plus glorieux que ceux
qu'obtiennent les Sçavansi&let
uns g lesautresyfont place5
indifféremment dans le Temple
de la Gloire. On nenpeut doàter,
Mejjïeurs. Les avantages
que procurent les belles Lettres,
Jont tm-consîdérables. Ellesfont
tien souvent la cauft des Ààlions
les pluséclatantes, £<r donnent
de grandes frérogatives à ceux
qui les pojjedent.C'ejl par leur
moyen que s'entretiennent les
noeuds de l'honnefle Jociete, que
l'ejpritcommunique éloquemment
fespenfées* & que le coeurexprime
avec politcjje frînobles
mouvemens. Le commerce dei
belles Sciences n'cft pas incompatible
aveclafyoblejje.Joje dire
sans vouslfater,Meficurs,qiwe
l'étroite a lliance quevous en avck
faite, donne des marques convainquantes
de cette vérité Voiu
marchez glorieusement sur les
pas de Afonfteur le Duc de-S.'Ainan
t'lJ.:11e fameux Protcéleur,
qui asceudivinement bien allier
les plus profondes Connoissances
avec une Noblefe dijhnguée.
Voflre Corps est autant recom„
rr/andable par la haute naissance
de ceux qui le compofenty que par
la beauté de leur génie- Oüy,
Me/peurs. vous esses Illuflres
par vos Anceflres ;&par l'éclat
que vous tene^ dem vous mefmes«
vous a.'Vt'Z pris des moyens infaillibles
pourarriver a l'immortalité.
Veflre nobhjjesoûtenuè'
d'un courageintrépide} vous A
donné lieu dj prérendre3 mais les
talens dont vous tfies enrichisy
vous lajourentmalgrél'envie.
Ne tireg pas toute voflre gloire
de vous eflre Jignale^ dans le
Champ de Mars; la Fortum
peut avoir quelque part aux
u4citons devaleur;*voflre ardeur
pour les bellesLettres> qui
vous a fait obtenir l'alliance de
la prtmiere Académie du Monde,
vous diflingueparvoflremérite
particulier. G¡')riss(;-'Vo d'ejîrt
de nobles Sç<ivans,commed'efîre icrs ,
denobleshucr^crs,f{!10ccoonnttlninuuf'^':\
afatre chanter a aosMufes les
prodiges de guerre , que tous
a'tlez vus en fervent fous les
EtendarsdtLouis LE GRAND,
quifournit les Nations les plus
Jicresiparlafeule approche defis
firmes toujours triomphantes.
Faites.vous un honneur de ne
devoir qu'à vous la haute réputdtion
que vota a-LléK ftjuflement
acquise, par la déllCatcffi de vos
pensees, par laféconditédevojlre
imagination
>
d9 parla pohtejfe
de vos Ouvrages. AujJi personne
ne sétonnera que le jufle difeernement
des Revérends Perrs JEfuites3
les dit oligZ à 'Vous offrir
les premiers fruits des travaux
de leur Disciple. VOUI
leur stes pourtant redevables,
de vous avoir publie par cette
ARioncelébre comme les Arbitrees
de l'Eloquence. vous essesbeureux,Mopàt,
fleur, d'avoir de si parfaitsm&-
Jelles à imiterparmyvos Concitoyens,
gjr detrouvercbe^voug
desi beaux sujets démulation,
pour rependre au pânehant que
vous alJ refeu de la Natureï
Jleft certain que l'Hommeest nAturellementporlé
aprifer la 7erl".
su. Ces louablesmouvemennuy
soltinJjJirez par le Createur,
quirépand dansson ame, en luy.
donnant l'estre,les fernences du
bien. Ilnejîpasmoinsvéritable
que l'on juge du prix des Gens
par leur inclination, £0 par le
dtfirqu'ilfontparoiftre de poffcder
les telles Lettres. Qiie m
doit-on point attendre de <voust
qui façonde cettedisposition naturelle,&
quifaites voir tant
de sir-veur dans les Etudes, en
faisant tow vo* efforts pour devenirfç<
ivant? Vous Avez des
sentimens héroïques
s & vous
'om¡nençe dés vosjemts ans i
travailler pour l'immortalité.Ah
yuileflglorieux djaller parune
¡route qu'on Je trace foy-me/me
i£r qu'il ejlcharmant de porter
'¡tS Couronnes dont le brillant
:n'est pas emprunté ! Vous esses
Jans-doute convaincu, que ces
Adejjieurs tiennent aujourd'huy
par les belles connoiffincu un Ji
hautrang dans le Royanme,&
qu'ils tirent leur plusgrand éclat
de cette sourceféconde en fumiere.
Animéparl'exemple deces Jugu
Souverains des Lettru, gujdépar
les Revérends PeresJifuites,"Uos
fidelles Conducteurs,lesvéritablesOracles
de* Sciences>dont
tesvertus onttoujours fait l'Admiration
de la Chrcfhente3par
les solides avantagesquelle en
reçût chaque jour, '& mérité
J'estime des plus fanges Monarques
; cette illufire dr feinte
Compagnie ejiant d'une auffii
grande utilitéa l'Etat, aua la
Religion. Enfin inflruit par les
leçons d'un si habile Homme,
vous Pouvez^ esperer d'avoir une
gloneufe part aux récompenses
que distribue le grand ApQuon,
& vous mériterez en perfifiant
dans voïlre louable entreprift:
les mesmes honneurs que le
JMaiftre dubien dire. Lesdoute
nfails quevousuen?% aéclatrcir
surta Poefie, &sur i'Hissoire,
les jufles définitions que veut
'L'tZ données de l*tloquencet
nous perfuad-nt que vous esses
un digne Nourrijjon des Aiuses
Latines. Les Françoises, leurs
cberes SoeursJ auront un plafir
extreme de fairenoir en vous
leurparfaite unionfous les aufftices
de Louis LE GRAND., tr
toujours le mesme
>
je veux dire,
wentablcment Grand ;
Grand
dans textcutin
, comme dans le
projet; dujjt Grand dans ses
allions,quedans ses discours;
plus Grandparluy-mesme, que
parles avantages qu'il tient de
ta Fortunei&encoreplus Grand
parsa rare pieté qui luy attire les
Benédiélions celefies} dont on
voit deseffets sicharmans, parla
fécondité deson augujle Famille
quifait le bonheur des Franfoi;,
&celuy desesAllieLesfaveurs
de cies grands ProteE/eurs1 de toutes les .-Académies
, vous
donneront- moyen d'occuper une
place dans la neflre,& je puis
vous promettre, Monfieuf, sans
craindre d'estre defavotié} quelle
fera reservée a vofire rnerite.
Ce Discours, qui fut suivy
d'un applaudissement gêneral
, termina cette Action.
Peu de jours apres, on rat:
sembla l'Académie Royale
au College, avec une grande
foule de Gens de qualité,
pour entendre Mrl'Abbé de
Grille, Fils de Mle Marquis
deRobias-Estoublon, qui
n'avoit pu parler le jour que
se soutinrent lesTheses, à
cauie du peu de temps qu'il
yavoitpour tantdematieres.
Tout ce qu'il dit pendant
une demy-heure, fut dit avec
tant de grace & de jufieÍfe;
que tout le monde sur étonné.
•
de voir tant d'esprit & de
noble hardiesse dans un jeune
Gentilhomme de douze ans. Ilexpliquales mysteres dela
Planche faite par MrRouler.
Il en découvrit toutesles
beautez & tout l'artifice, &
fit une infinité d'Allusions
ingénieuses. Le Soutenant *se rendit huit jours apres au
Lieu où les Académiciens
s'estoient assemblez, pour
les remercier de nouveau de
l'honneur qu'on luy avoit fait
de luyassurer une Place dans
une Compagnie si illustre.
Les Paroles d: Al'ir nou187
oye,
Le
es a
,ajtn
1 fidrt
r.vema
inc
Ou UijJiz,.moyifnirmonemour &
-
mavie.
Le premier jour de ce
vtau que je vous envoye,
font de M de Méssange. Le
fameux Mr d'Ambruys les a
notées.
AIR NOUVEAU. vOU-( voulez, que jevivey afin
que jei'om aime,
El 'OtM netoulez-pas de la moindît
faveur
Payer les feux de mon amour ex*
dtrtme. barbareflaijir vous donne W4
d{)t¡/fttr?
Ah,finissez mes maux,inhumaine
sylvie,
Ou tliez,.moyjfnir mon emour &
ma vie.
Le premier jour de ce
mois, Feste de tous lesSaints,
M l'Abbé Bo:ileau prefcha
à Versailles,en présence de
Sa Majesté. Ce Sermon re,..
çeut une approbation genérale;
i.i zi &: Madamela Dauphine
qui l'admira, en ayant parlé
avec beaucoup d'avantage,
le Roydit, qu'ilseroit encore
plus beau sur le papier. Cette
loüange est tres-forte, puis
que le geste, la maniere
de prononcer, & les autres
agrémens extérieurs de l'Orateur
, contribuent souvent
beaucoup à faire paroistre,
ce qui seroit quelquefois fort
peu de choie dénüé de la*-
ction. Je ne vous dis rien de
la pieté édifiante de la Maison
Royale,qui sert d'exempic
à toute la Cour, & qui
fait ses Dévotions dans toutes
les Festessolemnelles.
J'ay apprisune chose fort
surprenante d'un Homme
tres-digne de foy, qui assure
qu'ils'estoittrouvé à Orange
le 25. du dernier mois chez
Mr l'Evesque
,
lors que ce
Prélat reçeut une Lettre d'un
Gentilhomme, qui luy mandoitcequi
suit.UneFemme
de la. Religion Prétendue
Réformée,demeurant dans
un Bourg de la Principauté
d'Orange, eut querelle avec,
une Femme Catholique.
Elles estoient grosses toutes
deux, & n'attendoient l'une
& l'autre que le moment
d'accoucher. Elles s'échauferent
insensiblement dans
leur dispute, dont tout le
Bourg fut témoin,& les raisons
particulieres leur manquant,
elles y mélerent celles
de la Religion. La chose alla
dans un celle excés, que la
Femme Calviniste pria Dieu
de vouloir permettre que
celle des deux qui estoit
dans la fausse Religion, accouchait
d'un Diable. Trois
jours apres,à cinq heures du
matin
, cette Femme sentit
de grandes douleurs,& ces
douleurs luy firent pousser
de si effroyables cris ,
qu'ils
donnerent l'alarme à tous
ceux du Bourg. On accourut
en foule chez elle. Le Ministre
y vint pour la consoler
; & ce qu'illuyvit soufrir
l'ayanr fait mettre en prieres,
à peine y eût-ilesté quelques
momens, qu'elle accoucha
non pas d'un Enfant, mais
d'un Monstre
,
quin'avoit
que des grises & une bouche
toujours ouverte. * Il
aboyoit comme un Chien, &
tout le monde en fut effrayé.
Rien ne sçauroit estreégal
à la consternation où demeura
le Ministre, voyant
un si grand concours de
Peuple témoin de cet accident.
Le Gentilhomme qui
l'a écrit à Mr l'Evesque d'Orange
,eit dans la Chambre
de la Calviniste, & n'en
sortit point qu'il n'eust veu
la fin du Monstre, qui fut
étoufé entre deux Matelats.
Vous,
Vous tirerez telles conséquences
qu'il vous plaira de
centeAvanture. Je vous dis
le fait sans raisonnement.
Je me souviens que
vous m'avez souvent demandé
de quelle maniere
on avoit puny les Religionnaires
séditieux du Vivarets.
Le Roy qui panche toûjours
du costé de la clémence, a
pardonné à tous ceux qui retourneroient
dans leurs Maisons,&
il ne faut pas douter
que cette douceur nempefche
la continuation des troubles
dont vous avez entendu
parler. Je vous envoye la
Copie des Lettres d'abolition
que Sa Majesté leur a
accordées.
DE PAR LE ROY.
AmmftiepourlesRelivionnairt}
de la Province de Dauphiné.
1 - 1 LOUIS PAR LA GRACE
DE DIEU, Roy de France
ôc de Navarre, Dauphin de
Viennois, Comte de Valentinois,
& Dyois. A tous présens
& àvenir, SALUT. Le
principal objet que nous
avons eu depuisnostre Régne,
a toujours esté non seulement
de soulager nos Peuples
, mais aussi de les faire
jouir d'une parfaitetranqui-
Iite; & nous nous estions
persuadezque le bon ordre
que nous avions établydans
toutes les Provinces olli nous
sont touilles, l'apolicaûon
que nous avons eu dans tous
les tem ps pourréprimer les
abus qui s'y estoient introduits,
& les grandes àc importantes
Conquestes que
nousavons faites pourmettre
nos Frontières à couvert
de l'insulte de nos Ennemis,
devoient empecher qu'aucuns
de nos Sujets manquassent
à l'obeïssance qui nous
est deuë; Cependant nous
avons appris qu'au mois de
Juillet dernier, quelques Habitans
de laR.P.R. denostre
Province de Dauphiné, abusez
par les artifices de quelques
Ministres & autres de
ladite Religion, mal-intentionnez
à nostre service, &
ennemis du repos public,
s'estoientarmez &attroupez
en grand nombre dans quelqucs
endroits de nostredite
Province, pour empecher
l'exécution de nos Edits, Déclarations,
& Arrests rendus
sur le fait de ladite R. P. R.
Et comme toutes les voyes
de douceur que nous avons
mises en usage pour porter les
Factieux à rentrer dans leur
devoir, ont esté inutiles,
Nous avons esté obligez
d'envoyer dans nostredite
Province deDauphiné quelques
Troupes sous le commandement
du Sieur de Saint
Rhu, Maréchal de Camp, èc
Lieutenant des Gardes de
nostre Corps, pour paj
force de nos armes réduire
ces Mutins à rentrer dans
leur devoir; & nous avons
ordonné en mesme temp.
au Sieur le Bret, Conseiller
ennosContent Maistre des
Requestes ordinaire de noC
tre Hairel). & Commissaire
départy pour l'exécution de
nos ordres dans nostredite
Province de Dauphiné, de
se transporter sur lesLieux
où se sont faits lesdits attroupemens,
pour informer
desdites rebellions, & faire
le procés,aux Coupables,
conformement à l'Arrest de
nostre Conieil d'Etat du 15.
Aoust dernier; en exécution,
dequoy nos Troupes estant
arrivéesdansnostredite Province,
elles auroient rencontréle
29. dudit moisune partie
des Séditieux au nombre
de trois cens, leiquels ayant
refusé de se soûmettre & de
quitter les armes, ôc s'estanc
mis en état de défense, les
uns auroient porté sur le
champ la peine de leur crime
, & les autres se seroient
sauvez dans les Montagnes.
Mais quoy que cette rebellion,
& plusieursautres violences
& voyes de fait commises
par quelques uns de
lad ite R. P. R mériteroient
autant de châtimens exemplaires
qu'il y a de Complices;
neantmoins la compassion
qu'a excité en nous l'aveu
& la détestation que la
plu grande partie de ces Séditieux
ont fait de leur faute,
& des crimes où leur aveuglement
les avoit jettez;
d'ailleurs la fidélité inébranlable
de tous les autres nos
Sujets de ladite R.P.R. nous
a porté à prendreplutost
pour les Coupables des sentimens
de clemence que de
rigueur, & d'user d'autant
plus de miséricorde & de
modération envers eux,qu'il
a plû à Dieu d'augmenter
par ses benédictions les
moyens d'exercer la puis-
Canee qu'il nous a mise en
main, Nous souhaiterions
mesme pouvoir accorder une
Abolition genérale à tous les
autres Complices de tant de
desordres. Mais ce que nous
devons à l'Etat & à la Justice,
ne nous permettant pas de
dissimuler entièrement des
crimes si atroces, & dont
l'entiere impunitépourroit
attirer dessuitestres-fàcheuses,
Nous avons résolu de
restraindre ce châtiment à
quelques-uns des plus coupables,
quiserviront d'exemple
à retenirdoresnavant tousles
autres dans leur devoir, &
contribueront davantage à
mesme temps à affermir la
tranquilitépublique. POUR
CES CAUSES, & autres Gon
sidérations à ce nous mouvans,
Avons de nostregrace
spéciale, pleine puissance, 8c
.utûri¡é Royale, éteint, abo
ly,&assoupy,& parcesPrélerires
signéesde nostre
main, éteignons,abolissons,
& assoupissons tous les Crimes
de révoltes, rebellions,
soûlevemens, & attroupemens,
avec port d'Armes,
meurtres, résistance contre
nos Troupes, Prennes, &
Aiïemblées dans les Lieux
défendus par nosArrefrSj3c
autres violencescommises à
l'occasion & pendant le
cours desdites séditions, en
quelque forte & maniere
qu'ils soient avenus depuis
lepremier Juillet juiqu'à présent.
VOULONS que tous les
Autheurs ôc Coupablesdesdits
desordres & Üiditions.) ôc
leurs Complices, à l'exception
seulement de ceux qui
serontcy -apres spécifiez,
demeurent déchargez de
toutes les poursuites & recherches
qui leur peurroient
estre faites à l'avenir pour
raison des Crimes commis
durant lesdites rebellions,
bien qu'ils ne soient icy
particulièrement déclarez.
Leuravons à cet effet remis,
quitté, & pardonné, remettons,
quittons, & pardonnons,
tant en general qu'en
particulier, tout ce qui pourroit
estreimputé à l'occasion
desdits attroupemens, port
d'Armes, Presches,& Assemblées
dans les Lieux où l'Exercice
de ladite Religion a
esté défendu ou interdit par
nos Arrests, & genéralement
de tous autres crimes & desordres
qui peuvent avoir
esté commis, sans qu'ils en
puissent estre recherchez,
molestez, ny inquiétez par
quelques Personnes, ou fous
quelque prétexte que ce
puisse estre, leur remettant
toutes peines, amende, &
punition corporelle & civile,
lesquels pour raison desdits
Crimes ils pourroient avoir
encourus envers Nous & la
Justice.Mettons à cette finau
neant toutes Informations lur
ce faites, Decrets, Jugemens,
&: Arrests donnez en conséquence,
imposant silence
perpétuel ànostre Procureur
General, ses Substituts présens
& à venir, & à tous autres;
à condition toutefois
premierement que les Temples
de Bordeaux & de Befaudun,
situez dans ladite
Province de Dauphiné, serontrasez
aux frais & dépens
des Habitans desdits Lieux
de la R. P. R. & qu'il fera
basty à la place de. chacun
d'iceux une Pyramide, sur
laquelle fera écrit, que pour
punition des rebellions cornmises
par les Habitans desdits
Lieux de ladite R. P. R. &
de l'insolence qu'ils ont euë
de charger nos Troupes, lesdits
Temples ont esté rasez,
avec défensed'y faire à l'avenir,
fous peine de la vie,
aucuns Presches.Assemblées,
ny Exercice de ladite Religio;
Et en second lieu, que
ceux de ladite Religion quii
desirerontjoüir de la présente
Abolition, [e remettront
dans leurs Maisons
quinze jours après la publication
des Présentes, y vivront
dans l'obeissance &
dans la soumisssionqu'ils doivent
à nos ordres, & ne se
porteront jamais plus à de
semblables actions, soulevemens,
attroupemens, & violences
, à peine d'estre décheus
de nostre présente
Grace, en laquelle n'entendons
comprendre la mémoire
& biens de ceux qui
ont este tuez les armes à la
main, ou executez a mort,
ks Ministres qui auront pres-
"èhé ou assisté aux Presches
dans les Lieux défendus par
nos Edits & Arrests, les Condamnez
aux Galeres, <5c les
nommez
ny ceux qui sont actuellement
prisonniers, ausquels
le Procés continuëra d'estre
fait; à laréserveaussi des Sacrileges&
autres crimesexécrables
,
si aucuns ont esté
commis tant sur les Prestres
que Séculiers. VOULONS
aussi que la reparation des
dommages causez tant aux
Carholiques qu'à ceux de
ladite R. P. R. qui sont demeurez
dans leur devoir, soit
prise sur les Biens de ceux
qui sont exceptez de cette
Abolition. SI DONNONS EN:
MANDEMENTa nos amez &
seaux les Gens tenans nostre
Cour de Parlement de Grenoble,
& à tous autres nos
Officiers & Justiciers qu'il
appartiendra, que ces pré
fentes Lettres d'Amnistie,
Grace, & Abolition, ils fassent
lire, publier & enregistrer,
& du contenu en icelles
jouir & user pleinement &
paisiblement, ôc perpétuel..
lement, les Autheurs & Coupables
desdites séditions,
leurs Complices & Adhérans,
tout ainsi & en la mesme
maniere que si chacun
d'eux y estoit particulierement
dénomme, a l'exclusion
toutefois de ceux cydessus
spécifiez, sans permettre
qu'il leur soit fait à
présent ny à l'avenir en leurs.
personnes ou biens aucuns
troubles ny empeschemens,
& sans qu'il soit besoin qu'aucun
d'eux soit tenu de le représenteren
personne, &se
mettre en état pour l'entérinement
desditesLettres,dont
nous lesavons relevez &dis
pensèz, relevons & dispensons,
nonobstant nosdits Arrests,
Ordonnances, Reglemens,
& Lettres à ce contraires,
ausquels & aux dérogaroires
des dérogatoires y
contenus, nous avons dérobé&
dérogeons par cesdires
Présentes; CAR TEL
EST NOSTRE PLAISIR. Et
afinque ce soit chose ferme
& stableàtoujours, Nous
avons fait mettre nostre Scel
à ces Présentes, sauf en autres
choises nostre droit, &
l'autruy en toutes. DONNEà
Fontainebleau au mois de
Septembre, l'an de grâce mil
six cens quatre-vingts trois,
Et de nostre Regne le quarante-
unième. SignéLOUIS,.
VisaLETELLER- Er plus 1 bas, Par I& Roy Dauphin,
COLBERT, Et scelléduGsRAND
Sceau de cire verte.
Je viens à ce qui s'est passé
en Flandre depuis quelque
temps. Toute l'Europe sçait
que depuis la Paix de Nimégue,
le Roy n'a pu tirer
raison des Espanols, touchant
le Comte d'Alost, le
Vieux-Bourg de Gand, &
les autres Lieux qui luy appartiennent.
Ils ont voulu
soûtenir la réputation qu'ils
avoient autrefois d'efire habiles
Politiques, en se défendant
par de longsdétours,.
& ils ont crû qu'ils leur tiendroient
encor lieu de Troupes
, êc de Canons, mais tout
a changé pour eux; & la
France, sous le Régne de
Louis LE GRAND ne s'est:
pas trouvée moins habile
dans le Cabinet, que fçavante
dans l'art de Conquérir.
Cen'est pas quelajustice
estant entierement, & visiblement
du costé du Roy
Sa Majesté ait eu besoin.
d'employer des raisons étudiées,
pour faire connoistre
combien ses prétentionset
toient équitables. Au contraire
, ce Monarque en a
usé comme tous ceux qui
ne se défiant point de la
bonté de leur Cause, & en
estant entierement iûrs veulent
bien la remettre en Arbitrage
, ce qui auroit elle
hazarde beaucoup s'il n'avait
pas eu un droit plus que
juste, si l'on peur parler ainsi;
les Arbitres n'ayant jamais la
mesme severité des JLIges,
puis qu'enfaveur de l'accommodement
,
& de la
confiance que les deux Parties
ont en eux, ils ostent
toujours quelque chose à
ceux qui ont le plus de droit,
afin de ne ren dre pas la Partic
qui en a le moins cnrierement
rérnént malheureuseVous
voyez par là qu'un Prince
moins genéreux que le Roy,
&quiseseroit moins soucié
de la Paix de l'Europe,ne le
seroit pas fournis a un Arbitrage
5
puis qu'il s'ex posoit
par là à perdre quelque chose
de ce qu'il pouvoit avoir, ou
par la force de son droit, ou
par celle de ses armes. Cependant
le Roy, pour montrera
toute l'Europe-qu'il ne
demandoit rien que de juille,
a bien vouluse remettre à
l'Arbitrage duRoyd'Angleterrel
Tout seferoit terminé
,
par cettevoye, mais ce aleftoit
pas le but de ceux qui
vouloient faire traîner les
choses en longueur, pu
n'envoirjamais la fin. Çomr
me ce qui doit appartenir au
Roy est au dela de la Barrière
, la difficulté de le ceder
à Sa Majesté devoit paroistre
grande, &cilsembloitqueles
Hollandois y dûssent encore
moins consentir que les Espagnols.
Je ne sçay si vous
vous souvenez de ce que
c'eit que cette Barriere, &
si pour en rafraîchir vostre
iwcjxioire., ]zi.e dois point
vous dire, que dans le dernier
Traité de Paix que les
Hollandois ent conclu avec
la France,ils font convenus
que le Roy n'auroit de Places,
qu'à une certaine diitance
de celles qui leur apartiennent,
&: tout ce quipasse
cette distance
,
est appellé
la Barrière. Il est arrivé que
ceque le Roy prétend aujourd'huy,
& qui devrortluy
avoir esté remis par les Efpa-
'gnols il y a plusieurs années,
suivant le Traité de Niméque
,est au dela de cette
Barriere. Admirez icv la
justice, & le procédé hounerte
du Roy. Ce Prince ne
voulant rien perdre de ce
qui luy est justement acquis
par des Traitezsolemnels,&
ne voulant point aussi donner
de chagrin aux Hollandais,
en s'approchant de leurs
Places, a demande aux Espagnols
un Equivalent en
deça de la Barriere, & c'est
ce qui cause Il dispute qui
faitaujourd'huy tant de bruit,
& surlaquelle coure l'Europe
a iesyeux ouverts. Les Espagnols
voudroient ne rien
accorder. Dans ce dessein, ils
se font servis jusques icy de
tout ce que la Politique &
la Chicane ont cité capables
de leur inspirer; & voyant la
gloire du Roy dans un degré
d'élévation qui les ébloüiten
dépit d'eux, ils voudraient
que coûtel'Europe prist leur
party ,s fin que lors qu'elle
travailleroit à faire diminuer
ce brillant éclat, ils travaitlent
de leur costéà profiter
seuls de cette conjonctu
re. C'est ce qui les porte à
vouloir gagner du temps, es
pérant toûjours en de certains
evcnemens qu'on n'a pas
lieu de prévoir, & qui ont
souvent sauvé la Maison
d'Autriche. Voila l'état des
Espagnols avec nous. Quant
aux Hollandais, ceux qui
veulent la guerre parmy eux,
font bienembarassez
,
& ne
sçavent quel prétexte prendre
pour broüiller. Ce que le
Roy demande luy est légitimement
dû. Il auroit pu
s'en rendre maistredepuis
pluficursannées,il ne l'a pas.
fait. Il auroit pu avoir des
Places par dela la Barriere,il
a demandé un Equivalent,
afin qu'on,luy en donnait ea
deça. Il estoit assez puissant
pour estre luymesme Juge
en sa propre Cause, & se
faire raison par luymesme, &
cependant il a bien voulu se
remettre à un Arbitre. Quoy
qu'onnele puisse plaindre
de -luy,certainesPmfïànccs
en secret à ses prétentions
les plusjustes, contre l'interest
de leur Païs, qui devroit
n'avoir aucun demelie
avec le Roy, puis qu'il ne
veut rien ftu dela de la Barriere;
mais comme ces Puis
sancesne peuvent regner
que parmy les troubles, il
faut que toute l'Europe soit
ci armes, pour établir l'autorité
d'un Prince qui ne
sçauroit air en Souverain
que pendant la guerre. Le
Royvoyant qu'avec un pareilobstacte,
illuy seroitimpossible
d'obtenir jamais aucune
chose par la force de son
droit, & de ses raisons a demandé
plus vivement depuis
deux mois, qu'on luy rendist
justice. Il a mesme fait en.-
trer des Troupes sur les Tertes
d'Espagne, pour les engager
à s'expliquer. Ces
Troupes ne commettoient
point d'actes d'hostilité, ce
qui chagrinait beaucoup
ceux qui cherchoient tous
les prétextes imaginables
pour entrer en guerre; mas
enfin connoissant la modération
du Roy, & desèspérant
de le voir rompre le premier
,.ils ont si bien fait que
ceux de leur party ont enlevé
des Gardes-avancées-Ilsont
tué,ils ont pris quelques
Chasteaux, & se sont servis
du fer ôc du feu, que les
Troupes du Roy avoient
jusques-là eu ordre de ne.
fit bastir un Chasteau. Cette
liHe est tres-marchande, &
ait un grand commerce de
)raps & de Toiles. Elle a
ne bonne Citadelle, &: un
Territoire fort étendu. Cette
)1.1ce a esté plusieurs fois
rile ôc repriie par les Franois.
Vous la pouvez voir'
ans la Planche que je vous
nvoye, & que j'ay pris soiiv
e faire graver exprés. Le
)imanche 31. du dernier
lois, l'Armée que Mr le
Maréchal de Humieres comlandoit,
décampa de Let
mes, sans sçavoir de quel
coné elle alloit Elle sur conn
duite à Ainay, petite Villol
qui appartient au Comte doi
Nailau, & qui cftfituee au-i
pres dOudcnarde. L'ftArméo:
fccut en arrivanr, qu'on las.
menoit à Courtray. lillea
campa [ur les Hauteurs, to
'arriva le lendemain à midy"
devant Li Place. Commet
toutes les Troupesdéifloient:
pour se rendre dans leurs-
< Quartiers le Gouverneur
de Courtray envoya demander
à M le Maréchal de Hu-
---- - -• mieres par un Trompete) ce
quesignifioit la quantité de
Troupes qu'il voyoit défiler
Bevant ia Place. Mele Maréchal
de Humieres répondit
lu Gouverneur par ce Trometc,
qu'il luy conseilloit de
ie rendre, s il vouloit confcrlier
les Habitans de Courtray.
Cette Ville avoit esté
investie deux jours auparavant
par M'le Marquis de
[Bouffiers. On acheva le reste
>dujour de (è rendre dans les
>Quartiers qui avoient esté
dittribuez. On marqua celuy
t du Roy à Harlebec, qui cft:
à une lieue de la Place. Mrle
Maréchal de Humieres qui
Maulevrier-Colbert estoit de
jour. Mrs les Princes s'y
trouvèrent malgré le grand
feu que firent les Assiégez.
M'le Maréchal de Humicreç,
nepûtles obliger d'ensortir,.
jk fut réduit à leur dire, que
ïls, continuoient à expoier
ainsi. leurs Personnes3 il leyeroit
le Siege, pour ne les
pas voir davantage dans le
péril, & qu'il le feroit sçavoir
llURoy. Lamesmenuiton
fit deux Attaques à la Ville,
£c, une fausse à la Citadelle.
Les deux de la Ville furent
faites par les Gardes, & par
Picardie;&celle de la Citadelle
, par le Régiment du
Roy, à quiles Ennemis laisserent
faire deux grands
Boyaux de six à sept cens
pas, sans leur tirer un leul
coup de Mousquet. Ils firent
un grand feu toute la nuit
sur les deux autres Attaques.
La Tranchée estant achevée,
onenvoya à quatre- heures
du matin un Sergcnr,avec dix
Hommes
,
les iniulteriur les
Contrescarpes. La Sentinelle
luy cria, Qii ra laï & en
inefme temps tira son coup.
Lesautres Sentinelles en firent
de mesme, & l'on essuyâ.
dix ou douze coups de Mousquet.
Le Régiment de Fiffer
fit une trolfiénle Attaque à
la Ville, entre la CiradclleSe
la Rivière, & il Il poussa juc.
à trois pas derrière luy. Les
Assiégez demandèrent à capituler
le Jeudy 4. du mois à
dix heures du matin, & se
rendirent a pres dix-huit heures
deTranchée ouverte. Des
.le mesme jour,Mrle Maréchal
de Humieres donna ses
ordres pour l'Attaque de la
Citadelle. On perça les Maisons
dela Ville, on barra les
Ruës, on fit des Lignes de
communication,&l'on commença
à dresser des Bateries.
Celle de l'Attaque dePicardie
tira le 5. à la pointe dujour.
On en fit une de deux MorDemy-
Lunes du coste de lét
Ville, leur Pont abatu, & une
grande Brèche, appréhenderent
qu'on ne montaità l'At:
faut la nuit suivante; car outre
cela, on avoir encore saigné
le Fossé à la Porte de lt
Ville, du costé de laCitadelle,
ce qui fut cause qu'ils demandèrent
à capituler. On envoya
des Ostages; & comme
il estoit déja tard, la Garnison
ne sortit que le lendemain
pour aller à Gand, juiques où
elledevoit estre
cfcorrée.
M le Marquis deVargnie,
Gouverneur de laVille,eltoie
à cheval à la telle de sa Car-,
nsson, qui marchoic Tambour
batant, & Mèche allumée
par les deux bouts, Armes
& BLagag'es. Ils avoienc demandé douze Chariots.
couvertsymais on ne leur ert
accorda que sixdecoLiverts,,
pour porter leurs Equipages,,
ou leurs Malades. Prelque
tous les Cavaliers avoienr.
chacun deuxEnfans entre.
leurs bras. Il n'y a pas eu plus
de cinq ou six Soldats blcf,-
fez,& six de tuez, à l'Attaque
de la Citadelle. La valeur ôc
ladiligence pour lesTravaux,
n'ont pas manque dans nos
Troupes; & Mrdu Metz,
Lieutenant General de l'Artillerie,
a fait dresser toutes
les Bateries avec une promptitude
qui égale son expérience
& son zele. Mrle Marquis
d'U xelles commande
dans la Place, où l'on a laissé
le Régiment d'Auvergne, un
RégimentSuisse,& quelques
autres. Mr le Maréchal de
Humieres marcha en soste
du costé de Dixmude, mais
le Commandant de la Place
jugeant bienqu'il enrrepren.
droit inutilement d'en soûtenir
le Siège, consentitque
les Mâgistrats vinssent au
devant de ce Maréchal luy
en apporter les Clefs. Il Ce
rendit dans la Place, & ramena
les Troupes, qui ont
cfté miles en Quartier d'Hyver.
Dixrnude est une Ville
sort agreable, située sur llperle,
à trois lieues de Nieuport,
& presque autant de
Furnes. Quelque temps après,
Mr le Prince de Chimay
attaqua le Chasteau de
la MarK. il n'estoit défendu:
que par cinquante Hommes,,
commandez par MrdePei
nés, Capitaine dans le Régiment
des Vaisseaux. Il souf.
frit le Canon sans le rendre;
& M le Prince deChimay
sçachant que MdeLambert
approchoit avec des Troupes
, [c retira. Fort peu de
jours s'estant écoulez, Mrle
Marquis du Bordage;Brigadier,
& M deChanterenne,
qui commande un Bataillon
Dauphin,forcerent un Poste
très-considerable, à deux
lieuës de Namur. MrdeChanterennc
se rendit en fuite
maigre de deux Villages qui
en dépendent. On y trouva
plus
plus de cens Vaches, trois
cens Moutons, & cent Chevaux.
Il fut défendu de tüer
aucun Habitant, & de rien
brûler dans ces Villages. Mr
de Chanterenne se distingua
beaucoup, & demeuratrente
heures à cheval, sans manger
ny boire. Vous voyez,
Madame, l'heureux succes
des Armes de Sa Maje(le,
tant pour attaquer que pour
se défendre, lors qu'onn'use
point de surprise comme on
a fait,en enlevantune Garde,
& prenant des Chasteaux,
pour engager la guerre.
Courtray, pris en dix-huit
heures de Tranchée ouverte,
& Dixmude rendu à la feule
approche des Troupes, sont
voir que si le Roy avoit voulu
continuer les Conquestes,
la plupart desVilles de Flandres
luy auroient ouvert leurs
Portes. Cependantlamodération
l'arreste
, & après avoir
fait voir ce qu'il peut, il ne
veut pas faire tout ce qu'il
pourrait. Il interropt le cours
de les Vi..foires, [!..: fait délivrer
par écrit le Mémoire suivant
aux Etats de Hollande.
MESSIEVRS,
ComWZf l'intention du Roy,
mon Maistre
3 a toujours este&
tfl encore présentementtd'affermir•
la Pix) tant avec tEmpire,
qu'avec l'Efpag,ne,a"'vecdes conditions
quisoientconvenablesa la
justiceJefis prétentions, @r quipijjent
établir pour toujours la
Juretéde ruStijets,C,1a tranquilité
de toute l' Europe>Sa Majesséarésolu
d'en donnerconnois.
Jance a tous les Princes @" Etats
qui syinterejjent le plus, afin
lJue s'ils s'engagent a (oûtenir
opiniajfreté <d,e, st>EfpaKnols, <&
le*hojlilite% que le Marqua de
Grand acommencé d'exercercontre
les Sujets de Sa Majefie
j
ils
Joient inftrmedu facilitez
quElleApporte a la conclujion
dm bon Accommodement.
Cejl pour cet effet, Messieurs,
que dins le mesmetemps que Sa
Afaiefié a ordonné a A/Jr le
MaréchaldeHumieres.,d'attaquer
quelqu'une des Tlaces de
Flandres appartenant lu Roy
Catholique, Ellema commandé
de déclarera Vos Seigneuries', de
o ~, bouche, çjjr par écrit
y quepour
parvenir a un Accommodement
jujîerasionnabletquiétablijje
1 eta
~,
e
une Paix ferme gjf fiable dans
toute l' Europe, çjT qui termina
tons les Jémrjlez qui la pourraient
troubler, ElleAIoit bien voulu
remettre tous les difèrensqu'Elit
ta, airc le Roy Catholique> a Arbit"({e du Roy d' Angleterre;
& qu' encore que la Ville de Luxembourg
environne?des PUces
st) Paisqui appartiennent a Sa
MAjestéJ ne foit plut guère en
etut de nuire à ses Sujets,ny mef
me d'rftre à Sa Majefie d'une
grande utilité Ion quellefera dcrnolie,
&' que les Espagnols la
voudront ceerJ "'VIC le peu de
Villages qui en dépendent; neanU
moins comme eeete Ville ne peut
donner aucune atteinte à la Barrière
que rvos Seigneuries ont toujours
cru neceffaire au maintien
de Li Paix, Sa Majefié avoit
offert de s'en contenter, pour lEquivalent
de ses Prétentionssur
le ComtédAlofl, Vieux Bourg
de uand, £<r sur tous les autres
Lieux qui ont ctédemandez par
:(on Procureur Generalaux Con.
férences de Couriray.
Cependant la lenteur des Espagnols
à prendre un party raisonnable
, a enfin obligé Sa ArIAjefié
de faire avancerfis Troupes
enFUnclm,pourporter ~f~
le Marquis de Grana à luy donner
la jfattsfaflion qUI luyeft
ieuè; mais'riayAns répendu aux
injlances u; hry en ont efléjraitesy
que bar des arles dhojhhtc peu C,Qnvent!,leesI!a le'étatattpréjent des , jtffraires ÀFfpgne;SaMajefié
ria pas cru devoirdijérer plus
'/orl:¿tempJ aJeseruir des moyens
queDteu luyamt^en mainypour
Jefaire raison. Toutefois comme
le principal but de Sa Majeflé,
a toujours eslé,ecft encore, d'affermir
la Paix dans toute lEurope
,
Elle a eslé bienaije défaire
fç/voir a Vos Seigneuries, la
Conditions dont Elle veut bienfc
contencer pour lEquivalent de
ses Droits, st) Prétentions, sur
A oftj Vieux-Bourg de Gand,
& autres.
I.
L'Equivalentqui peut terminer
le plus promptement le diférent
que Sa AfajeJïé a avec
l'Espagne, cft/a ceffian de la Ville
de Luxembourg en l'état qu'elle
efl, ou mcfme démolie, avec le
peu de Villages& Hameaux
cpùen dépendent, &quineconfiant
qu'en quatorze ou quinze. II.
Si toutefois les Espagnols s'o
pinhiflrcntarefnfercettePropofition,
le fécondEquivalent au_.
quel Sa Ada]efiécQnfntiroitj
feroitDixmude, & Courtray9
avec leurs dépendances
,
dont
neantmoins l'a Vzlle de Dints la
dépendances (quoy que ce foit
une des Verges qui composent la
Chastellenie de Courtray) deweunroit
à l'Espagne3 C7' les
Fortifications de Dixmude fç) de
Courtrayferaientrayées,mesme
la Citadelle de Courtray
3 en
forte qu'ilnenfleroit qu'une
Afuraitle de cloflHre, pour la
fureté de la ManufaElure
, &
du commerce de ces deux Vdlcs.
Plus, lesVillagesde la ChtÆflel:
lenied'Ath,qui ont (ftE cy-detUant
joints au Gouvernement de
T r,':IY) & à la diftfaction
d jij > Sa ivlajeftéa bienvoulu
donne, les mains parleTraitéde
jV*>c*•"*,pour ne Vasapporter du
) L
1 r
retardement au yétabhjjement de
laPa>x;Beinmontst)Bouvine, aijrc&Lieux quien
'depsi nc, d-.fq:t?lsil ne rest
que q ' tre o: cznq, tous les auri
r: [' ,.r tres aywt re Iris fmtç l'obeïssancede
Sa Majesté
, par la
pojfi/fon qui en a esté mfe en son
nom avant la levée du Blocus de
Luxembourg. Finalement Chim;
I avecJes dépendances. Et
comme par le moyen de cet Accommodement
il ne resteroit plus
dans lapute du tempsaucunsujet
de rup ure; toutes les prétentions
de p,rt& dautre eslansréduites
à ii feulepcjpjjion dans laquelle
on el? depm plus dun an ,
sans
qt-»-'ily-eue aucun autre chanzement
que ce qui doit eompojcr cet
Equivalent, on n'durait pas de
peine À maintenir dans les-Pats-
Bas, la tranquilité que Vos Seigneurietémoignentdesirer.
III.
Quesile Roy Catholique aim,
mieux donner à Sa Majeftc un
Equivalent dans la Catalogne,,
ou dins la Navarre, Sa Ma;
jessése contenteroita ïégardde la
Catalogne, decequi refle à tErpagnf
du Comté de Sardaigney
dont Puicerda qui efl entièrement
démolyfait Partie
}
de la Sue-
Duro?eL 7,de Canredon. & de
Castel Foht> avec leurs dépendances.
IV.
Ou bien de Roses. Girorne.
&Cap-de-Orneres, avec leurs
dépendances.
V.
Et à l'égard de la rfontière
de Navarre,- ,s,,Àvaiefl ~, p .1
}
Sa MajefiéprétendroitPampelune
$Fontar*-
hic, avec leurs dépendances.
Ce fontlà, MessieursJ les
conditions surlesquelles un peut
encore établir Avant la fin de
tannée, une benne (ifJure Paix;
gr pour ne donner aucun Jujet de
la troubler du cossédel'Empire,
le Roy
y
mon Adaiflrefveut bien
aussi quefaye l'honneur de déclarer
de sa part a Vos Seigneuries,
que pourveu que l'Empereur &
la Diete de Ratubonne
j acceptent
dans le mesmetemps la Trente
que Sa Majeflé a offerte5 foit
pour trente) vingt cinq, ou rnef
me vingt années, Elle donnera
encore pouvoir au Comte de
Crecy de la conclure ,I& elle
consentiraqve tous les Princes
& Etats de l'Europe, (oient
Garands de ces deux Acctm*
modemens.
Afais si aucune de ses Proportionsy
dont Sa Majestélaiffi
le choix au Pc Catholique,
rieft acceptée avant la fin de
cette annéey & si les Lieux
qt/Ellr offre de prendre pour
Equlfvalcnt) ne font remis en la
pcfjcjjïjn de SaAfajefté, non
fieaiement Elle ne prétend plus
eflre tenue aux mefimes Conditions
, mais encore, Elle croira
tflre bienfondée àsifaire donner
un jujle dédommagement
>
des
dépenses extraordinaires qu'Ell
aura fIléobligée de faire,pour si
mettre en pôjfcjfon de ce qui luy
appartient ; & l'on ne pourra
iimmppuutteerr qquu'aa il'Espagne, & à
tappuy que luy donnentJesAl-
/ie:{, tous les malheurs dune
Guerrequellea commencée,) apres
avoir rej-nfé toutes lest'oyes
d)Accommodement.
Si parmy tant d'Alternatives
que Sa Majesté propose,
on n'enveutchoisiraueune,
ilfaut que ceux que la
Guerre accommode ayent si
bien pris leurs mesures, que
les Suffragescessent d'estre
libres, & qu'on se déclare
entièrement contre laraison,
puis qu'il est impossible que
de tant de choies diférentes,
il n'y en ait quelqu'une qui
puisse satisfaire les intéressez,
à moins qu'ils ne veuillent
point d'accommodement.
Ce qu'il y a de surprenant
dans les Propositions du
Roy, c' est
11 qu'il est en possession
d'une partie de ce qu'il
demande, par l'une de ces
Alternatives, & qu'il est en
état de se rendre maistre du
reste, sans qu'on osastentreprendre
de luy résister. Cependant
ce Monarque a la
bonté de donner autant d,:
temps qu'il en faut, pour
conlùlter à loisir sur toutes
les Alternatives qu'il propose.
Mais afin que ses Ennemis
ne s'en prévalent pas
pour armer, il arme de son
costé. Il est à croire que s'ils
s' obrtinentà vouloir la Guerre
,
ils en pourront payer tous
les frais; c'est le moindre des
malheurs que leur opiniâtreté
à refuser la Paix leur
puiuc attirer.
Loüise - Marie
-
Thérese
deMelun, qui avoit épousé
le 28. Octobre1680. Armand
de Bérhune, Marquis de Charost,
ion Cousin germain, est
morte de la petite verole le
31.dumesme mois 1683. apres
trois ans &: troisjours de mariage.
On impure ce mal-
- heur à l'imprudence de la
Fille qui la servoit. Elle luy
appliqua sur le visage du Jus
de Guimauve, qui est extrêmement
froid, & qui fit rentrer
la petite verole qui lortoit
abondammant depuis
onze jours. Il devoit estre
fâcheux à cette jeune Pcrsonne
de se voir condamnée
à mourir à l'âge de dix-sept
ans. Cependant elle se rcligna
fort chrestiennement
la volonté de Dieu; Se comme
elle aimoit tres-tendrement
son Mary, qui est dansle
Régiment Royal en Flandre,
elle luy écrivit un Billet
en des termes si touchans,
qu'il faudraitestreinsensible
pour le lire sans douleur. Il
l'aimoit beaucoup aussi estoit-
elle fort aimable,&: d'une
grande sagesse. Elle luy a
laissedeux Enfans.
M le Marquis de Charost,
que cette perte rend inconsolable
est Fils d'Armand de
Béthune, Duc de Bethune-
Charost, Gouverneur de Calais,
cy-devant Capitaine des
Gardes du Corps de Sa Majessé;
& de Marie Fouquet,
Fille de Nicolas Fouquet,
Vicomte de Vaux, Procureur
General au Parlement, &
Sur-Intendant des Finances.
Son Ayeul estoit Louis de
Béthune, Duc de Bethune-
Charoît, Chevalier des Ordresdu
Roy, & Capitaine
des Gardes du Corps; Son
Bisayeul, Philippes deBéthune,
Comte de Selles &
de Charost, qui avoit épousé
Catherine le Bouteiller de
Senlis; SonTrisayeul, François
deBéthune, Baron de
Rosny, marie à Charlote
Dauvet; Son Quartayeul Jean deBéthune, Baron de,
Baye, qui épousa Anne de
Melun, Baronne de Roiny,
Fille d'Hugues de Melun,
Vicomte de Gand, Baron de
Rosny, Chevalier de l'Ordre
de la Toison d'or, Gouverneur
d'Arras; & son QuintayeulAlpinde
Béthune,Baron
de Baye & de Mareüil,
qui se maria avec Jeanne-Ju
venal des Ursins. - "CetteMaison deBéthune.
tire son origine desanciens
Seigneurs de la Ville de Béthune,
dont Robert de Béthunepremier
du nom, estoit,
Seigneur enl'an ion. & dont
tous les Descendansse fomj
signalez fous la troisième
Race de nos Roys en plurieurs
occasions importantes.
Robert de Béthune, fep-c
tiéme du nom,Seigneur do
Béthune, Tenremonde,Ri
chebourg
, Se Warnestonn
mort en 1248. fut inhumé
en l'Eglise de S. Walt d'Arras,
fous un magnifique Tombeau
de Marbre, où il est représenté
armé &. éperonné,
l'Epée àlaceinture, & à fort
Bouclier [c voit l'Ecu des
Armes de Béthune, qui est
d'argent à la face de gueules.
Mahaut de Béthune sa Fille,»
épousa Guy, Comte de Flandres.
,,' - Là Maison de Béthune
subsiste en trois Branches.
La premiere, est celle de
Maximilien-Pierre
-
François
deBéthune, Duc de Sully
Pair de France, Prince d'Enrichemont
& de Boisbelle,
Marquis de Rosny, descendu
de Maximilien de Béthune,
Duc de Sully, Pair,Maréchal
de France, Grand Maître
de l'Artillerie,Sur-Intendant
des Finances du Roy
Henry IV. qui eutune confiance
particulière en sa probité
& en sa valeur. Il estoit
Filsaîné de François de9'éet
une, Baron deRosny, &
de Charlote Dauvet. La feconde
Branche descend de
François de Béthune, Duc:
d'Orval, Chevalier des Ordres
dres du Roy, Premier Ecuyer
de la feuë Reyne Mere, Fils
puîné de Maximilien, Duc
de Sully,dont est venu M le
Marquis de Béthune, qui a
épouié en premières noces
'C;'lLhrine de La Porte & en
Jècondes, Àn>cd'Harville
[Palaifeau,Filk;deM kMar-
>
qùis d' Harvilk-
-
p.L:icau,
Chcvalieî' desOrdres de Sa
[Majcité. La rroifc ne Brin-
)cbc)cft cellede M le Duc
ule Béthune-Chirest.
,,
ant à Madame la Mar-
Xluilè de Charost, dont je
NOUsapprens la mort, elle
eftoic Fille de feuM le Prince
d'Epinoy,&de Louise-Anne
de Béthune-Charost. Mr le
Princed'Epinoyson Pere, venoit
des Princes d'Epinoy du
surnom de Melun, Vicomtes
de Gand, Seigneurs d'Anthoin,
dont il y a plusieurs
Chevaliers de l'Ordre de la
Toison, & des Connestables
de Flandres. Cette Maison
de Melun, qui est une des
plus illustres du Royaume,a
pour sa Tige Josselin, Vicomte
de Melun, fous les
Roys Hugues Capet & Robert,
d'où font descendus
es Vicomtes de Melun, &
es Comtes de Tancarville,
qui ontpossedéles premieres
charges de la Couroi-ine,&
:u des alliances avec les priacipales
Maisons des Princes
le l'Europe. Elle porte d'azur
sept Tkfms d'or, au chf de
wepne..
On mevient d'apprendrela
mort d'une Dame, que son
esprit arenduë illustre, &qui
a paru dans le monde fous
trois noms; sçavoir, de Mademoiselle
des Jardins,de Madame
deVilledieu,&de Madame
de Chate.Elle avoit une
maniéré d'écrireaussi calante
que tendre, & peu de Personnes
ont un stile aussi aisé
Les Ouvrages qu'elle a donnez
au Public, sont (,., ,,
Les Amours des GrandsHom- mes. mes. , Les Annales Galantes.
Cdrrllante) H¡ft°ire.Grrqu.
Les Exile'
, •; :
Les Fables Allégoriques.
Les Galanteries Grenadines.
Les Nouvelles Afriquaines.
hes Oeuvres ces.
t
,
! Lejournal Amoureux. r
Les Dffordres de l'Amour.
Le S Barbin qui a imprime
1
tous ces Ouvrages
, ..en a
encorebeaucoup d'elle 6c
le premier qu'ilmettra au
jour, a pour titre
,
Le Portrait
des Foihlejfes-bumames. Ils ont
tnoouuss eu uunns-sii ggrraanndd iiuuccccéés', u s~ on peut en attendre uir
pareil de ce dernier.
le nom de Belfond. EUc)
estoit Soeur de feu Madame
l'Abbesse de Montivilliers,
morte depuis quelques mois.
& Tante de M le Maréchal
de Bclfond. Son profond
sçavoir dans les belles Let-
[rcs) & dans les Langues,
estoit ce qui éclatoit le moins
en elle. Sa modestie luy fàU
soit cacher tous ces avantages,
& elle fuyoit tellement
le nom d'illustrequeseslumieres
sur toutes choses luy
faisoient donner, qu'elle ne
les dévelopoit qu'avec des
Personnes en qui elle avoit
une entire confiance. Tant
de qualitez admirables estoient
soûtenuës par une vertu
solide, & une pieté édi-
;
fiante, qui servoit d'exemple
à toute sa Communauté,
que sa perte a llliiè dans une
douleur inconcevable. Elle
est morte âgée de 72. ans,
fort regretée de toutes les
Personnes rares, qui avoient
pour elle une estime particuliere.
Aussi peut-on dire
qu'elle estoitelle-mesmeune
Personne tres-rare.
Mr Gilbert, Seigneur de
Voysins,Conseilier en laSeconde
Chambre desEnquelles
du Parlement., &
épousédepuis peu Mademoiselle
D-o-n-gois, Fillede Mr DC?ng.Q.ii, Secr-ctaire duRoy,
& de la Cour de Parlement,
&Nièce de MrDongoisChanoine
de la Sainte-Chapelle.
Le Pere & l'Ayeul de Mr Gilbertde
Voysins, ont elle
Confcillers de la Grand'
Chambre du Parlement 4^
Paris, où cette Famille a donné
plusieursConseillers depuis
l'an 1523. que Michel
GilhçrtjSeigneurdeVoyfins.
y fut receu Conseiller. Elle
porte d'azur à la Croix entre
lée d'argent,accompagnée de
quatre CroiJJans montans d'or.
Les Globes que le Pere
CoronelliVénitien, de l'Ordre
des Mineurs Conventuels,
faisoit icy pour le Roy
par l'ordre deMrle Cardinal
d'Estrées, sont dans leur état
de perfection. Ce sont les
plus sçavans, les plus curieux,
& les plus grands que
l'on ait veus jamais en Europe.
Leur-diametre est de
plus de douze pieds. Sa Majessédestine
pour Versailles
le Présent que luy en fera
cette Eminence; mais comme
le Lieu où l'on doit mettre
ces Globes n'est pas encore
prest
, on les a enfermez:
dans les Quaisses qui doivent:
servir à les traniporter, afin,
de ne les pas laisser exposez:
aux injures de l'Hyver.Cela,
donnera le temps à cePere de
faire un voyage en Italie. Cependant
comme ces choses,
font tres-curieuses, & qu'elles.
méritent une entiere description,
je tâcheray de vous la;
donner lors que j'en auray
une plus parfaite connoissance.
La Loy& la Coûtume, composoient
le Mot de la premiere
Enigme du Mois patTe.
Ceux qui l'ont trouvé sont,
Meilleursd'Amiens, Avocat
en la Ville du mesme nom;
L'Abbé Marcelat, Chanoine
de Sens, L Boucher, ancien
Curé d..- Nogent-le-Roy; Ôc
l'Epinay Buret, de Vitré en
Bretagne; ces deux derniers
enVers.
Le Sinet estoitle vray Sens
de la secon de. Elle a esté
expliquée par M Charles,
Valet de Chambre de Mademoiselle
d'Orleans. Ceux quv
suivent en ont donné des Explications
en Vers. M" la
Tronche, de RoüenCygés,
duHavre: C.Hutuge, cTOïleans;
L'Inconnu à l'Anagramme,
Qui vices enpige dé prisa;LabelleNourriture
du Havre,&lajolie Bouqui.
nette du Hoc, de la mefrne
Ville.
Le veritable Mot des deux,
a esté trouvé par Mri Marin
de Langeac, en Auvergne;
Douceur Organiste de Soissons;
& l'Abbé de Vitfroy,
Chanoine dudit lieu.Four-,
my, de Vitré en Bretagne.
Mrle Moine, de Dormans
les aexpliquées enVersMesdemoiselles
Loüison dtL Souçanîe.;
Petit de Grand Maison,
deChasteau -Thierry;
iJîTTarCjdke de Castor; &
Antiffier; La belle Huguenote;
L'Héroïne, de Dormans
;.
la Belle sans norn;
Le Rimeur à la mode; l'Exilé
du ParnalTe
; & l'Hermaphrodite,
en ont aussi deviné
le mot.
- Jevous envoye deux Enigmes
nouvelles.
ENIGMEJ
E Mehaufe,&puùje me baisse,
Ftj'ay tat deforceen mes dents,
jOuefansqu'aucunfardeau maftiffi,
J-en portefluvent de pesans.
Mon Frere efifortpetite maisefiant
avec moy, Il efigrand, &se tient dejfm fin
quant-à moy. Il ejf Brunet, mon teintparoisietune
lcrefiJta,
Mais on ne laisse pas de nomfaire
la CfJur;
Etpourfirvir Hommes&Femmes,
Sans que nom redoutions lu fames)
On nomy trouvenuit (}jour.
Ala Campagne d- dam les Villcr,
.NlUi n'e*faifeons pourtantpaspius
les entendus}
Carà moins que £tftrependus,
Nom leurefrionsfort inutiles.
AUTRE ENIGME. SOuvent Von me defere,&tod.
jours on mefuit; ,Jzuandjatrape quelquun,jelefats
marchervijle;
,
Quelquefoisjefurprens,quelquefois
on n* évite,
El je viens rarement efinsfaire quelque
bruit.
Je puisfaire lé mal, de me/me que
fuilse bien; abfeolument utile &nécefe.
faire;
Sijepuiscontenter,jepuis aflffi dé.
plaire. ,
Et tc..;cbvjijqujo.tt,sans moy ne
(hvientrien. ,;il * Je vais fendantla mitaujji-bien que
lejour;
Etquoy que quelquefois je CAufc rie
dcptnif,
L'on ne peutfcpajjlrlongtemps de
mapréfînee,1 Et ton ftit frtjouvent des voeux
pourmon retour.
Quelque déplaisir que l'on,
conierve apres la perte des
Perfunnes qui doivent toucher,
& quelque deüil qu'on
en ait dans le coeur, & qu'on,
en porte au dehors, pour satisfaire
à l'usage, à la douleur,,
a! nlacete;ndresse, ôea. la bienl'esprit
de l'Homme,
aui veut satisfaire à toutes
ces choses avec le plus de
régularité ne sçauroit estre
tou jours appliqué à ce qu'il
relient. Il faut du relâche, &
Je plus rage est obligé d'en
chercher, pour ne succomber
oas à ce qu'il soufre. Il est
des attachernens, ou pour
mieux dire des amulemens
nnocens que l'on ne peut
appelle r plaisirs, ôe sans leffrjuels
on demeurcroit dans ne indolence quifermoirblâ
nier un
-
Mommed'êsprit,
Quand celuy qui est frapé de
cettevive douleur, est dans
un rang élevé, ou qu'il tient
celuy de Souverain, il faut
qu'en faveur desa Cour, il ait]
la complaisance de la renfermer,
ce qui le fait beaucoup,
plus soufrirau dedans. Mais
qui regne sur les autres, doit]
sçavoir regner sur (oy-meCme,
& songer que quoy
qu'on témoigne entrer âM
dans nos sentimens, on net
sent jamais ce qui nous touche
au mesme point que nous
le sentons. Ainsi il est de IaJ
fagciTeJ de la prudence&:
de l'esprit d'un Prince affligé.
de s'occuper afin d'occuper
sa Cour,& de s'attacher après
le premier cours de sa douleur,
à des choses qui lemblent
la luy faire oublier
pour un temps,quoy qu'elle
soittoujours forte au fond
de ion ame,&quisoient
plutost des delassemensd'eTprit,
que de ces divertissemens,
qui font mesler l'emportement
à la joye. C'est ce qu'aEutjudiciculementle
Roy,pluspoursaCour que
pour luy. Ce Princearand
dans les Fcltes, comme ill
Fest dans toutes ses Entreprisèes,
y est servy avec le
mesme secret, & de la mefmc
maniere. Il ordonne, tout
le fait, tout travaille, rien ne
paroist, toutle remuë, rien
n'est entendu, on est au milieu
de tout ce qui doit briller,
& rien n'éclate. Cela
vous paroist preique impossible.
Cependant ce que je
vay vous apprendre, vous en
convaincra. Le Roy invita
dernièrement Madame la
Dauphine à une simple Promenade
à Marly. Il s'y rendit
le premier, parce que
-cette Princesse y vint - en
Chaise, à cause de sa gros
Me. Elle y fut accompagnée
d'un fort grand nombre de
Dames. On y vit d'abord les
Eaux,on se promena, Sc l'on
ijofu en fuite dans le grand
Sallon. Je ne vous décriray
point encore ce délicieux
[Palais. Il faut attendre qu'il
soit achevé, & alors jevous
3en feray la description enniere.
Aujourd'huy je vous
diray feulement, que le Sallon
où l'on se mit à joüer,
est, dans le Pavillon du milieu,
qu'ilestoctogone par
dedans, & que par quatre
endroits de ceSallon qui représente
l'Année, on entre
dans quatre Apartemens,
qui sont les quatre Saisons.
Il y a quatre Pieces enhaut,
sçavoir dans les quatre angles
, & dans les quatre milieux.
On entre dans ces
Chambres par des Coridors
qui regnent tout autour de
ce Pavillon. Le Sallon où
l'on joüa,estoit magnifiquement
paré, & tout brillant
de Lumieres. Apres qu'on
eut joüé quelque temps, le
Roy dit
,
jé viens d'apprendre
queTOjJeliereflicy, quït
des chofisdffrZ ctirieufes.Soyons
les;&ft ce qu'il a apporté el
beau3 nous le jouerons.
Je ne vous dis point, Madame,
ce que c'est que l'oyselier.
Vous sçavez fansdoute
que c'est un Marchand
qui vend non seulement toutes
fortes de Bijoux comme
font les Joüaliers, mais encore
tout ce que l'on peut
s'imaginer de plus curieux.
Comme il a commencé (a
Fortune en vendant des Ca..
ges de prix, & des Oyseaux,
le nom de l'oyselier luy est
demeuré. LeRoyayantproposéde
jouer, on ne répliqua
qu'en le suivant, & chacun
monta dans les Chambres
hautes dont je viens de vous
parler. D'abord qu'on entra
dans les Coridors, on fut
frapédel'éclatdesLumieres
qui les remplissoient., & de
toutes les Richesses qui
ébloüirent les yeux dans. la
premiere Chambre où l'on
entra. On n'avoitoüy aucun
bruit; on n'avoit entendu
marcher personne
; on n'avoit
rien veu apporter;ny
briller aucunesLumières par
les
les Portes, ny par les Fenêtres.
Cependant on découvre
une Chambre garnie de
mille choses qu'on sçavoit
bien qui n'y devoient point
estre naturellement pour la
parer. Ce n'est pas qu'on
ne duO: croire qu'elles appartenoient
à l'Oyselier, &
qu'il avoit apporté pour le
Roy ce qu'il avoit de plus
beau. Comme on crovoit
que tout ce que l'on devoit
voir estoit renfermé dans
cette première Chambre, on
s'y arrestaassezlongtemps;
mais l'éclat des Lumières du
Coridor ayant fait avancer
quelques Courtisans, [ans;
qu'ilssçeussent où ils alloient,
ils rencontrerent une
autre Chambre remplie comme
la premiere. Vous jugez,
bien que leur surprise fut
grande. Ce ne fut pas tout.
Les Lumieres du Coridor les
ayant portez à poursuivre
leur chemin, ils découvrirent
une troisième Chambre aussi
magnifiquement garnie que
les autres. Ilsallèrent encore
plus loin, & en trouvèrent
une quatrième, qui ne cédoit
en rien à toutes celles
quils venoient devoir. Ces
quatre Chambres estoient
celles des quatre milieux du
Pavillon.Voicy dequoy elles
estoient ornées, & comment
., on y avoit apporté ce qui les
ornoit. Il y avoit dans chacune
de ces Chambres un
Amphitéatreremply de Gradins
depuis le haut jusqu'au
bas, avec quantité de Tables;
& ces Tables & ces Gradins
estoient chargez de tout ce
qui peut estre à l'usage des
Dames, & servir à orner des
Cabinets. Il y en avoit mes
me pour les Hommes, quoy
que cette galanterie ne le fist
pas pour eux. On ne voyoic
que des Ouvrages de la
Chine, de Perse, des Indes,
d'Allemagne, & de France,
des Porcelaines des plusbelles,
des Cannes avec des poignées
d'or garnies de Diamans,
& mille autres fortes
de petits Bijoux d'or qui en
estoit aussi couverts. Quant
à ce qui regarde les Hardes,
comme Robes de Chambre,
ôc Rubans tissus d'or, le Roy
avoit voulu qu'ils fussent d'u
sage pour le temps, c'est à
dire, qu'il y eust du noir
mcesleé. Ilsy avoit entre toutes plusieursGirandoles
garnies deBougies, qui
jointes aux lumieres des Lustré's:
donnoient un nouvel
éclat àce brillant amas de
Richesses. Des Marchands
fort propres estoient dans
chacune de ces Chambres,
au devant de plusieurs Comptoirs,
sur lesquels il y avoit
des Cornets, & des Dez.
Toutestoit parfaitement
bien entendu dans toutes,
soit pour ls choix des Raretez
qu'elles contenoient, soit
pour l'arangement. Il yavoit
jusquesà des Cabinetsgarnis
de Plaques d'or & d'argent,
d'un ouvrage merveilleux.
La surprise de ceux qui estoient
entrez dans les trois
premieres Chambres, ayant
toûjours augmente, ils demeurèrent
quelque temps
müets d'étonnement en entrant
dans la derniere. Les
Marchands conviérent les
Dames à joüer dans chacune,
ce qu'elles firent. La premiere
qui perdit, demanda
au Marchand le prix de ce
qu'elle avoitjoüé, ôc il feignit
de ne. pas l'entendre.
Une autre ayant demandé la
mesme chose, apres avoir
perdu, onluy repondit qu'-
elle l'apprendrait bientost.
Une troisiéme reçeut une
autre réponse, qui ne l'éclaircit
pas davantage; &
ceux qui estoient commis
pour délivrer ce que l'on
avoit gagné, senacquiterent
sans en demander d'argent,
quoy qu'ils n'eussent peutestre
jamais joüé ce personnage.
Cependant il y avoit
des Gens qui sans estre remarquez,
écrivoit les noms
de ceux qui gagnoient des
choses qu'ils ne pouvoient
emporter, afin de les envoyer
chez eux. Le Roy qui estoit
en quelque sorte descendu
de sa grandeur, sans cesser
d'estre toujours3 grand par
luy-mesme, prenoit cet air
tout charmant, & ces manieres
affables & engageantes
qui luy sont si naturelles,
afin d'exciter toutes les Da.
mes à joüer encore plus souvent
qu'elles ne faisoient, 8c
mesme à joüer plusieurs Bijoux
à la fois; & l'on remarqua
que s'estent approché
d'une Maréchale de
France, qui joüoir un petit
Cabinet, il luy conseilla de
joüer les deux
, parce qu'ils
ne devoient pas estrë séparez.
) Comme il est des secrets
qui ne peuvent e stre
toujours cachez, qui ne sont
pas mesme faits pour cela, &
que celuy du Roy darfS ce
divertissementestoit de cette
nature, le bruit de sa galanterie
commença à le répandre,
tz l'on publia bientost,
que chacun devoit ce qui
avoit gagné "1 * àla magnificence
J!e ce Monarque, & que les
'eiu¡.) n'avoientàpayerait
cune c,-io,c pour ce qu'ils
avoientjoüé. Il s'éleva alors
une espece de petit bruit causé
par des acclamations, &
forme par un concert des
louanges du Roy. Les uns
parloient du plaisir, que leur
donnoit une surprise si agreable
!w& les autres, de celuy
que leur causoir la galanterie
deSaMajesté. D'autres s'en
fasioientunfortsensible, d'avoir
une occasion si favorable
deloüer ce Prince, & d'examiner
la joye qu'il témoignoit
à donner. Ce leur en
estoit aussi une bien grande
de le voir surpasser en toutes
choses tous les Souverains
du Monde. L'ardeur de joüer
redoubla; &quoy que l'on
{àristiit la passion dans une
rencontre où le desir de gagner,
pouvoir toucher d'autant
plus qu'on ne risquoit
rien, on sattachoit pourtant
encore plus au Jeu, par le
plaisir qu'on voyoit que le
Royen recevoit, ce Prince
ayant une noble impatience,
de voir tout ce qu'il avoit fait
préparer, estre le butin des
Dames. Il n'y avoit point
de souhait, que l'on ne pust
satisfaire,& l'oeil n'avoitqu'à
choisir. Qacl autre Prince a
jamais donné d'une maniere
aussiagréable? Monseigneur
le Dauphin joüa beaucoup,
&: fie des libéralitez de toutes
les choses qu'ilgagna. Cette
galante Joui rné*e (car on ne
peut pas donner le nom de
Feste à ce qui s'y passa, &
l'intention de Sa Majesté n'a
pas esté d'en faire une,) ayant
suivy de prés la conqueste
des Places, dont on aforcé
ce Prince de le rendre maître,
en luy prenant plusieurs
Châteaux, l'a f-uc voir en
mesme temps,vainqueur &
moderé, en ne poursuivant
pas ses progrés; galant, aussibien
que magnifique,par ses
dons; & fage & prudent
dans ses divertissemens, qui
ne tiennent rien du Spéctacle,
quandil n'est pas faison
d'en donner. On ne doit pas
s'étonner apres cela, si l'on
vient de toutes les Parties du
Monde pour voir ce Monarque.
Jamais aucun autre Souverain
ne s'estoit fait distinguer
par tant de diférens
avantages. Marcher sur les
pas des Conquérans, ce n'est
que les irnirer; faire plus
qu'eux, c'est renchérir sur
ce qu'ils ont fait; mais répandre
ses libéralitezcomme
le Roy les répand, c'est estre
Autheur d'une maniere de
donner, toute Royale, &
toute nouvelle. Il confond
par là sans y penser,& en
suivant seulement son panchant
naturel à la libéralité,
tout ce que la politique de
ses Envieuxpublie, contre
l'Etat florissant de la France.
Depuis toutes les Oraisons
Funébres que je vous ay dit
avoir esté faites pourlaReyne,
on en a encore prononcé
plusieurs en cette Ville avec
beaucoup de succés. Le Pere
Mothier Jesuite en fit une
tres-belle dans l'Eglise des
Filles Religieuses Augustines
Penitentes de la Ruë S.Denys,
lors que les Maistres de
Gardes des Six Corps des
Marchands firent celébrer
un Service. Je ne vous en
puis décrire la pompe, faute
de temps & de place. Les
Nouvelles Catholiques en
ont fait aussi un tres-beau.
Mrl'AbbéHérony sir. l'Oraison
Funébre, dont il s'acquitaparfaitement
bien. On
en a fait deux Latines; l'une
au College du Plessis-Sorbonne,
& l'autre au College
de la Marche. MrHersan,
Régent de Rhétorique dans
le premier, charma tout son
Auditoire, comme il fit à la
Naissance de Monseigneur
le Duc de Bourgogne. Mr
l'Archevesque, qui connostre
l'étenduë de son esprit, yt~
assista. L'Assemblée y fut
nombreuse, aussi-bien qu'autre
College de la Marche, oùt]
MrdeHault prononça l'autro
Oraison Latine, en présence
de MrleResteur. MTAbbc
Anselme en a fait une dans
1.Eglilè de S. Germain de
l'Auxerrois, où il s'attira de
grands applaudissemens. Ce
Service qu'on doit au zele
des Marguilliers, fut trouvé
tres- beau. On en estima la
Musique; & les Aumônes
qu'ils distribuerent, leur firent
donner beaucoup de
benédictions.
Comme le Coeur de la
Reyne repose au Convent
du Val-de Grace, le Roy y
a fait faire un Service &-
lemnel. Tout y estoit tres
bien entendu, & tout ce qui
entroit danscette Pompe
Funébre avoit une magnificence,
quine marquoit pas
IlloÍns de grandeur que de
trissesse. Il y avoir trois Représentations,
l'une fous le
milieu du Dônle, l'autre dans
la Chapelle où repose leCoeur
de la Reyne Mere, & la troisiéme
dans le Choeur desReligieuses,
où le Coeur de la
Reyne esten dépost.CesReprésentationsestant
toutes
trois sur la mesme ligne, jettoient
un éclat lugubre qui
surprenoit par sa nouveauté.
Monseigneur le Dauphin,
Monsieur, Madame, Mademoiselle
)
les Princes, & les
Princesses du Sang,&les principaux
Officiers de la Maison
de laReyne, assistèrent à ce
Service. Mrl'Evesque Ducde
Ligres yofficia; & M'FAbbc
Fléchier,Aumônier ordinaire
de Madame la Dauphine, fit
l'Eloge de laReyne. Jamais
Homme n'a mieux réüssy
que luy dans tout ce qu'il a
voulu entreprendre. Ses Ouvrages
de jeunesse sur des Su*
jets moins sérieux, ont roiu
jours esté regardecomedes
Chefd'oeuvres; & ses Livres,
ses Sermons, & ses Oraisons
Funébres, n'ont jamais manqué
d'avoir l'approbation
publique. Il a fait dans cette
dernicre comme dans toutes
les autres, c'est à dire qu'il a
répondu à l'attente generale.
Je ne puis mieux vous marquer
qu'il a eu tout le succés
qu'il pouvoir attendre.
tant en parfaite santé, &brûlant
d'envie d'apprendre le
mestier de la Guerre, Ce ren"-
dit dans l'Armée de Mrle
Maréchal de Humieres,quelque
temps avant le Siege de
Courtray. Vous Jugez-bien
que ce jeune Prince ne manqua
pas de se trouver des
premiers à l'attaque de cette
place, & de s'exposer dans
la Tranchée. Apres que la.
Ville Ce fut rendue, il écrivit
à Sa Majesté une Relation
de ce Siege, qui faisoit déja
connoistre son esprit, [oa
courage, & l'intelligence
d'esprit,quoy qu'il soit encore
dans sa plus grande jeunesse,
qu'il est difficile de le
croire a moins qu on nen ait
esté témoin. On ne peut
efire plus beau qu'il est. La
petite vérole dont il a esté
attaqué, avoit donné lieu de
craindre pour luy. Il se porte
mieux,&tousceuxqui le
connoissent,ontfaitdesfouhaits
pour la santé.
Comme je ne sçay point
[ la Langue Arabe, je ne me
fuis pas aperçeu que l'Eten
dard qui a esté pris. sur les
Turcs & que je vous ay eîv
voyé dansmaRelation du
Siege de Vienne, est gravé
à contresens, & qu'ainsi il le
faut lire par derriere, parce
que les Arabes commencent
comme les Hébreux à lire de
la droite à la gauche. On
peut encore lire les lettres
qui sont sur cet Etendard, en
le présèntant à un Miroir,
parce qu'alors elles paroîtront
dans leur veritable situation.
Je ne sçay pour-.
quoy, vous qui entendez fil
bien l'Italien, vous ne vous:
contentez pas de l'explica--
tion de ces lettres Arabes,
que3
que je vous ay envoyée en
cette Langue, ainsi que je
l'ay reçeuë de Rome. Cependant
il suffit que vous m'en
demandiez une Françoise,
pour m'obligera vous fatisfaire.
Il y a dans la partie fiipérieure
de letendard; Dieu,
nous t'avons certainement ouvert
une ouverture manifefle,
Afin que Dieu te pardonne ce qui
est procédé de ton prché & ce
qui A esié unesuite, & qu'il
perfectionne sur toy sa grace
(Mahomet) Omare) & qu'il te
guide par une voje droite. Dans
le milieu de l'Etendard, on
lit deux fois,Iln'yapoint de
Dieu,sinon DieuiÂîahomet
Envoyé de Dieu. Dans la
partie inférieure du mesme
Etendard, .A.bNbro. drine
Dieut'assiste avec un seours
puijjknt. Il est celuy qui aj-kit
habiter le repos sèûr dAn.s les
coeurs des Fidelles,afin qu'ils
augmentent en Foy (Omare)
(Omare) avecleur Foy, & ;
Dieu.
-
Vous - avez eité(urprHc,
Madame, de ce que ne vous
ayant jamaisrien dit dans
mes Lettres qui futft desobligeant:
pour perionne'jije
., VOUSI'D'IY néanmoinsparié
contre la Relation de Besançon.
A vous dire vray,je ne
l'ay jamais regardée que comme
un amas de Nouvelles
fàúÍfes, la plûpart faites par
des Libraires, qui fçachanc
que je vous avois promislexaéte
Relation du Sicge de
Vienne,n'onteupour butque
de luy en opposer une, afin
qu'émane plutostfaite,elle
pull surprendre par le Titre.
Ainsi n'ayant point regardé'
d'Autheur là-dedansy & ne
la croyant quede pieces raluaffées,
ay prétendu ne
parler courre ptrionne. En
effet, il n'y a pas d'apparence
qu'un Homme qui auroit
cité dans Vienne, où l'on
supose que l'Aucheur à qui
en l'attribue estoit pendant
tout le Siège, cuit dit que le
Roy de Pologne avoit esté
faire chanter le Te Deum dans
l'Eglise Cathédrale. de Saint
Estienne. On Içait le contraire;
& comme il n'est pas
besoin de preuves pour réfuter
cet endroir, il n'en faut
point non plus pour prouver
la fausseté de cetteRelation.
Si on disoit qu'elle fust écrite
sur les Mémoires d'autruy,
on pourroit navoir manqué
que dans cette circonstance;
mais quand on écrit ce q ue
l'on doit avoirveu,c'est une
marque qu'on ne parle plus
comme témoin oculaire.,
mais seulement sur des raports
diférens 6c confus, ou
plutost que l'on a tout invente,
comme sont la plupart
des Faiseurs d'Almanachs,
quimettent du froid
au moisdeJanvier, & de la
chaleur dans 11 Canicule.
Ainsi ceux quiontcomposé
ces Relations, ont crû pouvoir
faire donner des Assauts
à une
Place
assiégée, & estre
maistres de la vie de plusieurs
milliersd Hornrnes, parce
qu'ils sçavoient qu'on n'iroit »pas les compter. Maisils
n'ontpasprisgarde qu'il y a
une certaine vraysemblance
necessaire à observer,& qu'on
n'est plus cru lors qu'on en
fort tout-à-fait. S'il estoit
possible qu'il Íè rencontrait
quelqu'un qui n'eust jamais
entendu parler du Siege de
Vienne, & qui ne jugeast de
la Relation que je vous ay
envoyée,& de celles qui ont
couru, que par la vray-semblance,
il connoistroit que
les dernieres rapportent des
Faits absolument impossibles,
& dont il n'y a point
d'exemple à beaucoup pres
depuislacréation duMonde.
IvLis comment en trouveroit-
on, puis qu'il n'y a point
de FloHjbiliré Ces Faits font
marquez dans maRelation,
& la repétition vous en Çcroit
ennuyeuse. Mr le Comte
de Staremberg, à qui j'ay
rendu justice, & que j'ay fait
plus fage que ne l'ont fait
ceux qui ont parlé autrement
que moy, eustesté bien iraprudent,
s'il eustainsiexposé
ses Trou pes, luy qui avoit
intérest de les ménager comme
il a fait, pour cHu: en
état d'attendre du Secours.
Les dixou douze mille Hommes
des Ennemis, ôc jusques
à quinze mille, qu'on veut
qu'il ait fait périr presque
tous les jours, auroient bien
affoibly la Garnison;&quand
elle n'auroit fait que tuer,
sans perdre un seul Homme,
elle auroit esté si accablée
de fatigues,qu'ellesl'auroient
fait périr plus d'un mois avant
l'arrivée du Secours. On ne
voit que des contrarietez
dans toutes ces fausses Rélations.
Si l'on a toûjours
repoussé les Turcs en leur
tuant dix ou douzemille
Hommes chaque fois qu'ils
ont voulu prendre un pouce
deterre, comment font-ils
arrivez au corps de la Place,
où l'on demeure d'accord
qu'ils estoient, lors que la
Ville a esté secouruë? Les
Gens de bon sens, mais qui
ne le sont pas d'abord donné
la peine d'examiner les chok
ses à fond, connoistront bien
que je dis la verité, & ne
pourront me blamer que de
ce que je la fais voirdans des
endroits qu'il n eil pas absolument
necessaire de la
montrer; mais s'ils fontun
peu de refléxion sur ces endroits-
là, ils verront que je
donne aux Chrestiensl'avantage
qui leur est deû dans
tous les Faits principaux,&
qle lescirconstances que je
combats, ne regardent que
la vanité des Particulier,
chacun n'ayant songé qu'à
cc qui l'intéressoit, & ayant
parlé diversement des mesmes
Faits. Cependant il clt
impossible de contenter à la
fois tant de Personnes diférentes,
& la verité ne peut
estre qu'une. -.
Ainsi on ne
petu la faireconnoistre, qu'il
n'y ait quelqu'un qui en {ot
blessé.J'aurois peut-estre
laissé chacun dans ses senti-
111ens , fiins en parler, si je
ne m'estois crû obligé de
dire honnestement des veritéz
à ceux qui publient injurieusement
des faussetez
contre la France, ôc qui
croyent que parce qu'ils ont
fait beaucoup de bruit dans
toutes les Cours de l'Europe,
ils ont secouru l'A llemagne
en faisant le procésà ceux
dont on'ne vouloit point de
Secours, par les motifs que
j'ay fait voir dans ma Relation.
Il est certain que l'on
craignoit tant d'en recevoir
d'eux, qu'on n'a pas voulu,
contre la coutume pratiquée
de tout temps, leur faire part,
comme l'on a fait par tout
ailleurs, de l'entrée des Turcs
en Autriche, de peur que s'ils
offroient publiquement du
Secours, on ne fust obligé
de l'accepter. Ce que jedis
cA un Fait, & vous sçavez
que dans toutes les Cours
des Souverains, la coûtume
est d'ignorer la mort d'un
autre Souverain, & de n'en
point prendre le deüil, jusqu'à
ce qu'un Ministre public
lait fait sçavoir. Que
de réjoüissances nous aurions
vleûses si tout se fust fait dans
regles ! lesregles!MMaaiissnnoouuss nn'aa--
vons pû nous réjoüir que
dans le coeur d'un avantage
qu'onavoulu que nousignorassions.
Vous aurez vu dans ma
derniere Relation, des Articles
diférens sur une mesme
chose. Je sçay qu'ils ne devroient
pasestreséparez;mais
quoy que j'aye écrit pres de
deux mois apres la Levée
du Siege de Vienne, je n"a-.
vois pas encore en commençant,
tous les éclaircissemens
qui me sont venus surla fin,
& j'ay crû devoir alors rectifier
des endroits que j'avois
mal misaucommencement.
Quelques-uns m'en ont blânie.,
au lieu de loüer mon
exactitude. J'aurois biendes
choses à répondre la-de(Tus/1
en faifanc voir qu'il y a des
faits de telle nature,qu'on
s'en peut dédire Gins qu'ils
portent aucun préjudice au
reste. Bien loin que de telles
corrections doivent tourner
contre moy, lors que je les
fais moy-mesme, c'est une
marque que puis que la verité
a bien de la peine à estre
éclaircie apres deux mois de
temps , on ne doit point
ajoûter defoy aux Relations
quiont esté faites sur l'heure
-' -
éc avant qu'on pustsçavoir),
si les choses que l'on rapportoit,
estoient vrayes, Il est
melmc arrivé un assez plaisant
Incident touchant ces
Relations. Vous [avcz qu'il
en a paru une d'un Combat,
& de la LevéeduSiege de
Vienne, qui n'estoit qu'imaginaire
, parce qu'elle avoit
esté composée avant que le
Siege fuit levé. Elle estoit
meïme datée d'un temps qui
marquoit qu'elle estoitfausse,
parce qu'il ne s'estoit encore
rien passé. Cependant j'en ay
vusoûtenir des endroits avec
le dernier emportement. Il
en: vray que c'estoit par ces
opiniastres qui n'ont aucune
teinture des affaires du monde,
mais ils ne laissent pas
de faire impression sur les
Personnes qui n'entendent
point les matières dont on
parle. Je ne me luis jamais
fait une honte de me dédire,
& si je croyois qu'il y cuit
quelque choiede faux dans
la Relation que je vous ay
envoyée, je le ferois encore
pretenrement;mais tout ce
quej'ay apri-s- djepuis qANuDe, lle
a estédonné au Public, me
fait connoistre qu'elle ne
contient rien qui ne 6yt vray,
& quelle estdugout detous
»jugent sainement
des choses, & qui ne font
pont préoccu pez. Je dois
ajourer icy ouon tira aufort
poourtriAerrâque de Kalem- cette Attaque
tomba lur Mr l'Electeur de
Saxe; que ce Prince yfit
paroistrebeaucoup de conduire,
ôcde valeur,& qu'on
Yy laissa longtemps exposé.
Je devroisvous donnericy
un Article de tout ce qui
s'est fait depuis la prise d<J
Gran; mais si l'on veut dire
quelque chose de vray, sur
les Nouvellesd'Allemagne,.
on n'en doit jamais parler
que deux mois apres que les
choses le ion!: passées. On
a déjà recommencé à faire
de fausse Relations, comme
on en voyoit du temps du
Siege de Vienne. Onafait
surprendre Bude, fk égorger
toute la Garnison; & l'on a
fait une Histoire d^ la more
du Grand Vizir. Je ne fçaurois
publier toutes ces choiès,
quand je içay qu'elles ne
font pas véritables. Ceux
dontje pourrayestre blâmé
d' abord, me loüeront enfuite.
Je feroistort àlArmée
Chrestienne, si je répandois
des faussetez, qu'on sçauroit
bien ne pouvoir venir d'autre
part. Elle cft trimphantes;
& quand je diray vray, je
n'en puis parler qu'avantageusement.
Je viens d'apprendre une
avanture navale, dans laquelle
vous trouverez des
chosessingulieres. Mr du
Quesmeestant de retour à
Toulon, apprit par des pescheurs
qu'il y avoitdepuis
huit jours une Barque à Porquerolles,
l'une des Isles
d'Hieres, dont l'Equipage
s'informoit avec beaucoup
defoin de l'état de nos Vaisseaux
,
& de ce qui se faisoit
à Toulon. Il eut la curiosité
de s'informer à son tour, de
ce qu'elle faisoit elle-mesme.
Il envoya d'abord son Canot
avec un Officier. On ne le
voulut pas laisser approcher,
& après l'avoirinsulté de parole,
on luy jetta des pierres.
M de Monros s'approcha
avecsaBarque, & fit crier
qu'il estoit François. On ne
luy répondir que par des injures;
& mesme comme il
s'approchoit, ceux qui estoient
dans la Barque luy
tirerent cinq coups de Mousquet,
dont ils tuerent un
Garde de Marine, il aborda
aussi-tost la Barque, & luy
jetta cinquante Hommes sur
son Pont, qui ne trouverent
aucunerésistance. Comme
la nuit estoit obscure, les
Matelots entrerent les premiers
dans la CI-iatiibre;ils
ytrouvèrentunHomme qui
leurestoit inconnu, ils le depouutercnc,
ôc le blesserent
mesme à la teste, avant que
la présence des Officiers put
arresterle desordre, parce
qu'ilsavoient d'abord elle à
la Duncre, à cause qu'il y
avoit paru du monde. Les
choses estoient en cet état,
lors que le bruitserépandit
que le Prince deMontefarchioestoit
dans cette Barque.
M de Monros le fit
aussi-tost chercher, & il le
trouva que l'Homme blessé
& dépoüillé
,
& ce Prince,
n'estoient qu'une mesme
chose. Mr de Monros luy fit
civilité, & luy dit que s'il
s'estoit fait connoistre, ce
malheur ne luy seroit pas arrivé.
Illuy offrit toute forte
de secours, mais sa blessure
se trouva legere. Ce Prince
dit qu'ilalloit à Madrid par
ordre du Roy son Maistre &
qu'il avoit laisse l'Armée
d'Espagne,dont ilestoit General,
neraI.; fous le commandement
de Ton Fils. Ses réponses
n'ont paseilé justes,&il
a parlé diversement. Ce qu'il
y a* de conitant, c'estqu'il
s'est informé pendant huit
jours de l'état de nos Vaic.
seaux à Toulon. Ce n'est pas
à moy à jugerde ce qu'on
en doit croire, ny de la fuite
que cette Avanture pourra
avoir. Je dois seulementvous
dire que ce Prince citant un
peu remis de sa frayeur, dit
qu'on luy avoit volr une C.¡C
fete où il y avoit beaucoup
de Pierreries. M'de Monros.
apres une recherche fort
exacte, sçeut qu'elle avoït
esté prise par un Matelot. Il
l'avoüa, mais il dit qu'il avoit
tout jetté dans la Mer, ce
qui causa une nouvelle
frayeur au Prince; mais enfin
le Matelot s'expliqua,&
fit connoistre qu'ayant ouvert
le Cofre où estoient les
Pierreries, il les en avoit tirées,
les avoir mises dans un
Sac, & avaitjetté le Sac dans
la Mer, mais qu'il estoit au
taché, & qu'il sçavoit comment
l'en retirer, ce quifut
fais Cette Avanture me donnant
lieu de vous entretenir
des Isles dont je vous viens
de parler, je vous diray que
Porquerolles est une des Isles
d'Hieres, situéesàcinq lieuës
au Levant de Toulon. Ces
Isles,estoient appellées par
les Anciens, Isles Stacades, à
cause duStacas, qui est un
Simple rare, & d'une grande
vertu,qui s'y trouve en abondance.
Elles font encore
nomméesIslesd'or, & Isles
d'Hieres
, parce qu'elles sonc
vis-à-vis de la Ville qui porre
ce nom ,
& depuis on les a
nommées Isles de Porquerolles;
cela vient de ce que
les Porcs d'une Barque qui
en estoit chargée, ôc qui y fit
naufrage, y multiplièrent si
fort en peud'années,qu'on a
esté longtemps sans en pouvoir
épuiser l'Isle où il y en
avoit encore grande quantité
en 1660.
Enfin, Madame, fay une
grande Nouvelle à vous apprendre,
& dont il y a lieu
d'e croire que le repos de
l'Europe dépendoit.Lalevée
de seize mille Hommes que
les Espagnols attendaient
des Hollandois, ne se sera
chose qui auroit paru genéralement
juste. Comme prêt
que cLns toutes les Affaires
qui sedecidétà la pluralitédes
voix, il y a des Gens gagnez,
& qu'il le trouve des timides
& des foibles, lors qu'on s'imagine
que les suites en peuvent
estre à craindre, le passé
fit peur à plusieurs des Depurez
des Etats, lluicrûrenr
ne devoir pas s'opposer à
cette Levée. Ceux delaVille
d'Amsterdam s'y opposerent
de tout leur pouvoir, & furent
cause qu'on la laissa indécise,
car les Etats ne peuvent
conclure aucune chose,
ou du moins ils ne peuvent
exécuter aucune de leurs résolutions,
quand la Ville
d'Amsterdam n' y consent
pas. Il y en a plusieursraisons,
dont voicy les principales.
Dans toutes les Levées
& Charges de l'Etat, elle
paye feule trente-huit pour
cent. C'est plus que le tiers,
& on peut juger par là que
lors qu'il manque un tiers à
une Levée, dont la femme
est entièrement necessaire,
les deux autres tiers font inutiles.
Il y a plus. La Ville
d'Amsterdam estant sort riche
, preste souvent à la plupart
des autres Provinces l'argent
dõt elles ontbesoin pour
fournir ce qu'elles doivent
payer. On peut ajouter à tout
cela, que s'estant misesur le
pied de ne craindre aucune
Puissance, elle ne fait riCR
par brigue, & qu'ainsi elle
41e content qu'à des choses
justes, & que l'examen le
plus exact luy fait croire
avantageuiès au bien des
Etats. L'opposition de la
Ville d'Amsterdam ayant
empesché de rien conclure
à la Haye pour la levéedes
seize mille Hommes, toutce
qu'on y résolut, fut de faire
une Réputation de six Pcrsonnes
à Mrs de Villed'Amsterdam.
Pour luy donner
plus de poids, on mit de ce
nombre Mr Fragel, Pensionnaire
des Etats, qui devoit
porter la parole. Monsieur
le Prince d'Orange devoit,
comme Gouverneur de
la Province, estre à la teste
de cette Députation, afin de
l'appuyer. Ils furent très bien
reçeus à Amstierdam, oùle
Prince d'Orange ne voulut
pas qu'on luy fist aucune
honneurs. Le Pensionnaire
Fragel fit un tressions DiP s i" cours pour montrer que la
levée des seize mille Hommes
estoitnecessaire, 6c
-
il
donna ce Discours par écrit. -
Onrépondit qu'on erj. délibereroit,
mais qu'il falloit
voir auparavant le Traite
d'Alliance conclu avecl'Espagne.
Cette réponse ne devoit
rien faire espérer de favorable
aux Députez Je Hollande.
CeTraité porte que les
Etats ne doivent donner aucun
Secours aux Espagnols,
qu'après qu'ilsaurôtfaitvoir
qu'ils ont quarante mille H6-
mes effectifs en Flandre, Ôc
ilest cettain qu'ilsn'ensçauroient
montrer dix. Cette
Députation fit murmurer ôe
comme elle sembloit estre
appuyée de la force, elle donna
lieu à Mrs d'Amsterdam
de dire qu'il n'y avoit point
de liberté de suffrages. On
ne laissa pas de prier le Prince
d'Orange à dîner à l'Hôtel
de Ville, & d'ypréparer un
magnifique Repas. Il s'y rendit
à midy;mais ayant reçeu
june Lettre sur le point de se
mettre àtable, il ne voulut
point dîner, &: partit dans 1c;
mesmemomentpour retournerala
Haye. On ne sçait ny1
de quiestoit cette Lettre, ny
cequelle contenoit, mais 11:
cIl: à présumer qu'elle dmnoit
avis à ce Prince qu'il
n'obtiendrait: pas cTAmiterdam
tout ce qu'il en espéroit.
Mrs de Ville s'assemblerent
le lendemain,& M'Vambeuningue,
comme Bourguemestre,
porta la parole.C'est
un Homme connu par un
grand nombre d'Ambanades
& de Negotiationintrépide,
ntelligent,qui ne veut -que
bien de sa Patrie, & trop
çavant dans l'Affaire dont il
,:agi{foicj par ce quiluy estoit
déjaarrivé dans une conjencture
presque pareille, comne
je vous feray voir dans la
suite de cet Article. Le Discours
qu'il fit, remplit l'at-
:ente qu'on avoit de luy. Il
1.1r tres-beau, & tres-fort, ôc
temps seraconnoistre que
::e Discours aura sauvé la Hollande,
causé la tranquilité de
l'Europe, & donné moyen à
tous les Princes Chrestiens
de tourner leurs armes contre
le Turc. Il expoû que
dans l'état où estoit l'Espagne,
bien loin qu'une levée
de seize mille Hommes servist
à la secourir,elle attireroit
sa ruine, & celle de la Hollande
entiere; que le Prince
d'Orange estoit un grand
Prince, mais que les François
estant tres- puissans en Troupes,
on ne devoir pas luy donner
un Secours sifoible pour
s'opposeraux armes d'un,
Monarque grand entout, ôc
toûjours victorieuxqu'ilJ
estoitnecessaire de faire au
moins une levée de cinquate:
ou soixante mille Hommes,
& que si le Prince d'Orange
en pouvoit trouver le fonds
dans laBource de ses Alliez,
ou de ses Amis, les Etats y
consentiroient;qu'à moins
de cela, ce seroit les exposer;
que cependant ils ne pouvoient
entreprédre la guerre
avec moins de force; qu'ils
n'avoient point de fonds, &
qu'on ne leuravoit pas rendu
compte de quatre cens millions
qui avoient esté em- ployez depuisl'année 1672.
qu'il leur venoit d'arriver de
*nouveaux malheurs qui les
pourroient accaBler,. si Ionentreprenoit
une guerre en
mesme temps;qu'ils vej
noient de perdre un 1 gran
d
nombre de Vaisseaux Marchands
, ôc de Vaisseaux de
guerre, & que le desordre de
leurs affaires ayant fait partir
ces derniers sans le consentement
genéral des Etats, on
en pourroit demander raison
à ceux dont ils avoient reçeu
l'ordre; que des Digues venoient
aussi de rompre chez
eux, & qu'on leurdemandoit
déjadequoy les reparer,quoy
qu'ils ne sussent pas encore
remis des frais de la premiers
guerre. Il marqua dans son
Discours, qu'on avoirdessein
iùr leur libetté, & dit., sans
qu'il désignast personne, que
troisHommesvouloient mettre
le feu dans toute l'Europe;
mais qu'il estoit de la fagcÍfc
des Etats de s'y opporer.
L'avis de M Vambcuninguefut
suivy. Onrésolut à
Amsterdam de ne point consentir
à la levée des seize
mille Hommes,& l'on députa
à la I-aye)pour en donner
la nouvelle. Celuy qui
porta la parole, marqua toq
ce que je viens de dire, mais
en des termes beaucoup plus
forts, & en dit mesme beaucoup
davantage. On l'écouta
sans l'interrompre, & l'on
ne combatit aucune de (es
radon; il sembloit au contraire,
qu'on estoit charmé
del'entendre si bien parler
pour le repos de la Patrie. Ce
Discoursestant finy, le PrindOrange
voyant qu'on n'y
repliquoit pas, se retira brusquemét.
Je nevous dis point
ce qu'il pésoit de la résolution
de laVille d'Amsterdam, personne
ne le petit ignorer.
Les Etats se séparerent en
suite avec quelque forte de
précipitation;chaqueDéputé
reprit le chemin de la Ville,
d'où il avoit esté envoyé; Ôc
deux heures apres que rAC.
semblée se fut séparée, il n'en
restoit aucun à la Haye,
Je vous ay promis de
vous faire voir que Mr Vambeuningue
a eu raison'ae'
parlercomme il a fait, je
m'acquite de ma parole. il
estoit Autheur de la Triple;
alliance; mais ence tempslà,
tout autre que luy en auroit,
fait autant en sa place, ôc il
semble qu'il ne l'ait alors proposée
que pour faire connostre
la gloire du Roy, &
la relever. Lors que l'on conclut
cette Alliance, la République
de Hollande paroissoit
le plus florissant Etat de
l'Europe. Plusieurs Souverains
s'estaient par force, ou
autrement, raportez à elle de
beaucoup de diférens. Elle
pretendoit estre l'Arbitre des
Roys, & s'estoit donné ce
titre dans les Inscriptions de
quelques Médailles.Quoy
que cette République fust
alors dans son plus haut degré
de puissance, MVambeuningue
crut bien qu'elle
nesustroit pas avec lEipagne,
pours'opposer aux Progrés
de la France mais enfin
il se persuada que sanscompter
l'Espagne, en joignant
deux Roys à la République
ce qu'on appella la Tripealliance)
il pourroit empescher
Sa Majesté de faire jamais
aucunes Conqueliestu
Flandres. C'estoitdéja préfumer
beaucoup du Roy,de
croire qu'ilfalloit unir plusieursPuissances
pour l'arrester;
mais ce qu'il fit fut
encore dans la fuite bien plus
glorieux à ce Monarque,
puis qu'il luy fournit rocçasion
de punir la Hollande;
en forte que dans une mesme
Campagne cette fiere République,
cet Arbitre de l'Europe,
qui se croyoit au dessus
des Roys,sevit presque entierement
soumise à Louis
LE GRAND, dont les Troupes
s'avancerent jusquesaux Portes
de la Haye, & d'Amsterdam.
C'estoit presque tout
ce qui luyrestoit, parce qu'-
elle avoit estéobligée d'inonder
le peu qu'elle conserva
M Vabeunimnie, rage
Ôc prudent par sa propre expérience
, a voulu épargner
cette année le mesme malheur
à sa Patrie. Quand la
Hollande fut desolée, elle
estoit armée &: florissante;
elle ne devoit rien, & prenoit
la qualité d'Arbitre des Koys-.
Quelles conquestes n'y feroit-
on point à présseent qquu'--
elle n'est pas encore remise
des pertes & des frais de
cette guerre, que personne
en Europe n'est en état de la
secourir contre le Roy, que
Sa Majestéest plus puissante
que jamais dans le Cabinet
& en Campagne, que les
Etats ont des Boulevards
qu'on ne sçauroit envisager
sans frayeur,&quel'Espagne
plus foible qu'elle n'a encore
erré, navoit fondé son espérance
que sur son Secours?
On ne peut donner apres
cela trop de louanges à Mr
ValllbeuOJngue) ny trop
7) 3 admirer la (âge & judicieuse
conduite de Mrs dat-nflerdam.
Les Espagnolsvoyant
l'avidité que le Prince d'Orange
avoir pour la guerre,
avoient laisse lesPais-Bas
dégarnis,
dégarnis, afin d'avoir des
Troupes en Italie, sur leurs
Frontieres, & sur leur Flote,
Ainsi lesHollandais auroient
estéobligezd'en fournir
seuls tous les frais, toute
l'Europe estant embarassée
dans d'autres Projetsque
ceux de la guerre de Flandres.
Il est vray que la Politique
de ceux qui vouloient
exciter la gtieri-c,eftoit
plutostd'affoiblir les
Hollandois, que de les rendre
puissans, afin de venir
plus facilement à bout de
leursdessins. Ainsi tout leur
Armement n'auroit cité que
contr'eux, & pour l'élevation
des Particuliers. En confentant
à la levée des seize mille
Hommes,ils auroient fuporté
tout le faix de cette guerre.
Ils se feroient fait un Maistre,
& il leur auroit salu trouver
des sommes immenses, ce
qui leur auroit esté impossible,
puis qu'ils doivent encore
tout ce qu'il coûta pour
la Flote qu'ils envoyerent en
Sicile. D'ailleurs, ils ont
beaucoup de Places Frontieres
qui ne font pas fermées
, & l'interruption de
leur Commerce leur auroit
esté d'ungrandpréjudice.
J'apprens en finissant cet
Article, que le nombre des
Vaisseaux Hollandois,&tous
Marchands, qui ont péry, se
monte à dix-sept, & qu'il y
enaneuf deguerre, & huit
Barques. Le Prince d' Orange
avoir envoyé en Suede
laFlote dont ils faisoient par- tie,croyantqu'ils en rameneroient
quinze mille Homjnes,
maisils en revenoient
àvuide. La perte de cette
JFrloJtei ayant faitpérir beaucoup
d'Officiers, de Soldats^
ôc de Matelots, la plûpart de
leurs Femmes & de leurs
Enfans s'estoient assemblez
a Amsterdam, pour venir
faire des plaintes au Prince
d Orange. Il appréhenda
qu'on ne les fist avec trop de
chaleur, & il avoit raison, ce
fut ce qui l'obligea de quitter
Amiterdam avec tant de
siaste, & l'avis que luy donnoit
le Billet qu'il reçeut
avant [on depart.
Je remets au mois prochain,
faute de place, à vous
parler de l'Ouverture du Parlement.
Comme celle de la
Cour des Aydes se fait la
premiere
,
je vous diray que
Mr du Bois, qui en est Procureur
General, y charma
l'Assemblée par unDiscours
qu'il fit sur la connoissance
de (oy-me(me,6c par un Eloge
duRoy. Il parla aussi du choix
que Sa Majesté a fait deMr
le Pelletier. Je suis vostre &c.
A Paru ce J0. Novembre 16$3.
Je viens derecevoir une Lettre qui
devroitm'avoir este renduë trois semaines
plutost; ce qu'elle contient auroit
trouvé place dans l'Article du
Siege de Courtray, & rien n'yauroit
manqué. Cependant j'aime mieux vous
parler deux fois d'une mesmechose,que
de donner lieu de se plaindre de moy
aux Braves, dont vous verrez les noms
-
dans la Lettre que je vous envoye. f
ACourtray le6.Nov.1683.
Quartiers efinnt frtlo, la Tramhée
fut ouverte de troislefhz.Lapremière
Attaque fut faite par le Régimentdes
Gardes FMnçoifès érSuiJJèsy
&commandéepar M1de M¡tttlevrier,
Lieutenant General de jour. La féconde,
par Picardie, commandée par
Mt le Comte de Brogho, Maréchal de
Camp, drpar M1 le Marquisd'Har-
-court, Brigllditr. La troijiéme, qui
(JToit lufausse Attaqui, fut faite du
cossé de la Citadelle. Elle efioit commandée
par M1 le chevalier de$our-d
dis, Lieutenant General. Si U nuity
dont le clair de Lunefai[bit unpetit
jour, servitauxEnnemis a pouvoir
ajuflcr leurs coups sur nos Gens qui
tjloient a découvert, elle ne fut pas
inutile pour les no(1res, puis qu'elle
leur fit pouffer leurs
que le Soldat txpejé hastajifortfin
Ouvrage,qua onze heuresdufoirm
efiolt couvert, quel'Ouvrage tfioit
pOlissé, &que le Logemet efiottfaitsur
JeGlacts aux deux Attaques des Gardes
& de Picardie,avec tau Ligne de
communication. Du moment que l'on
sofa la première Fifcine, Mx le
Frince de Conty, M'le Comte deVermandoû,
MI le Duc de NortumbcL
land, &soixante tant Princes qu<rutr(
sSeigneurs de lapremtere qtialilé,
C" l'élitede ia Nobltjfe de France,
tù'is Volontaires, s*expofirentsiadé-
(ouvcrr, que lesEnmmupvuvoient
choisir le rouge ou le bleu, (J tirer
deffrn a leur fantaisie. Comme cela
attiroit un fort grand feu fitr nos
Travailleurs,& que l'oncraignoit
fertpeurles Princes,M*leMaréchal
leur envoya M1 le Marqués de Flammvillefluifaifoitla
Charged'Aydt
de Ctmp, pour leur déclarer quil en
êcriroit au Roy,sils nefie retiroicht,
dr quil feroit contraint de levé- le
Siere. Le Travail avançant Iv/J- OJ jours, peu-a peu tousUs Volontaires
si retrouvèrent aux deux Attaques
dans le temps que l'on approchait le
Glacù, 6"" que le Logement de lg
ContrefUrpe fc fit. Le feu des Ennemis
fut grand sur les dix heures
'cf;- demie du colé des Gardes,&fc
réchauffa fin du cossé de Picardir.
Cependantles Ouvrages cHantavancez
, drleLogement f-ilil,l'on acheva
defc couvrir avec assiz detrauqui«*
lité.Le uJ\ matin, le Magiflratjit
batrela chamade, les Espagnols s'efi.
tanty tirez dans la Citadelle. LAC.
cord futslitsur le pitddc 1667. que
cette Ville se rtndit au Roy> à- I4
mit du 4. au J. on ouvrit la i-ran.
ehée devant la citadelle cette Ville
d eoujlé deux cens trente Soldats^
onze officiers morts ou b!lfiz) pa1 my
lefejuelsfont M' le Cbevalier
taçnan^ Lieutenantaux Gardu; M.
Mcnil, CapitaineSuijfc;M'du Tnmblay.
LieutenantavxGardes,quicornjÛittloitlesEnfans
perdu*> M' de
Péril;nJ LÙulcÍJant aux Gardes;
Mxdt'Vaubany Ingfnifllr,Paroit du
MaréchaldeCamp,• M'leChtualier
deCont•in-sue. V8lontaire. Mlle Comte
deKoniyfnarji^a eufisHabitspercez.
M1 CLHauteville, ofifcierdans
fon Régiment, qui efloit auprès de
luy, aesiéhltfféalajambe. VII Li(f.
tenant, & le Major des VaiJfeaux.
Les noms des Biefe-- portent leur
éloge. CduJ de Mxle chevalierIi'Ar..
tagnan en porte fin qui parleplus
que ce quejen fournis, dire. .L\t
de Vengny efifiU du Prefidtntde
cenom, (7, nepromet pM moins di>'éclat
dans les Armes, qu'enAfaitMc
fin Pere dans lA Robe. Al du TrembUy
ne soutientp*s mliru bien tiltuflre
Sangdontilf'oirrttLLaa CCadmmpia_gZnnee
d*Algera déjà donnéfitjet deparler
du ChevalierdeCominge ctmme dun
brave & Jit'ltRêJet,,, de cette iliujhre
Famille, qui a donné tant de
,
grands Nommes, ilfut blessé dans
une Chaloupe dun coup de Miufquet
4juiluy tiaverfe 1omoplate, dont il cft
tfiropié du bras droit, c? dans cette
>iccafi»n J'lin coup de Moussues au •traders la cuisse.M1cCHautevilie e(b
,.Ii Homme despris, & aune 1aleur
tdiftinguée, éjui a dufcrvice,&l\ritimed'une
partie de cette belle NQ- ,blesse. On le ditGentilhomme Sf*tdvû
,de nation. A/r du Ménil>Capitaine
StiijJc>&MLieutenant des Vaifi
Jeaux MTlcchevalierd'Artagnan,
font lesplus dangereuftmentbltfâz,,
ayant les os desj&nbes-cajîfz*. prtf=
q te toutes les blessuresofntduventre
en bas.
Jenesçay point parquicetteLettre
m'aesteécrire, mais elle ne peut venir
que d'un galant Homme, puis qu'il a
foin de lagloiredes Braves, & quefans
luy jen'aurois point rendu âplufieurs
toute la justcequileur estdeuë-
Lors tle Ml' Vambl'uningued\t;
dans le Discours que vous venez de
voir, que le Prince d'Orange psuQ
1ever cinquanteoisoixante milleHommes,
en ci-, qu'il en trouva le fondsdans
la Bo rec, ondans celle de les*
Al!ir-z:l il luvofe que ces Troupes fo
A PARIS,
Ar ïALAlS.
oN donnera toûj ours un Volurrnr
nouveau du Mercure Galant JJ
uremier jour de chaque Mois, K et
Ici vendra, aussi-bien que TExtraaioJ
dinaire, Trente fols relié en Veatix
& Vingt-cinq fols en Parchemin.
A PARIS,
Chez G. DE LUYNE, au Palais, daus G
Salle des Merciers, àla jufiw.
Chçz C.BA.GRART, Ruë S. Ja.cqQ.JU
à 1'eiitréc.delaRue duPlâtre,
Etenià Boutique-Court-Neuve du Pala .d
AU DAUPHIN.
&T.GIRARD, au Palais, dans la GramJ,
*- Salle, a l'Envie.
M. DC. LXXXIII.
4VEC VRIVLLEQE DVROI,
TABLE DES MATIERES
contenuës dans ce Volume.
pRéludey 1
Plutteurs Sonnets sur le Soleil, 3 Servie raita Tournay, 10
Autre Servicefait à Lile, il
Ode, 14
Fl/tugalantes données à Genève, 17
Bouquet, ;6
Discours qui fait connoistre QUE la Pucelle
d*Orléans n'a point eslè brûlée à
Rouen, &qu'ellea eslé mariée, 39
jivanture, 60
Galanterie tres - nouvelle, & tres-curieuse,
65
Services, 75
Vers sur la mort de la Reyne, 104
Jdijjionsfaites parlesJésuites du coflc de
Tr;'poly, no
Lettre curieuse sur le [H,'cr de CEmét'ejue,
145
QiieftiwsAcadémiques fontennes devant
TABLE.
MejJitHrS de fAcadémie aArles. iSe
M. £Abbé Boisseauproche devant le -s
Royj i88£
Avantare, 189 n
Amniftic pour les Religionâires de la».
Province de Dauphiné, 193 t
Relation de ce qui cft passé en FlAndrn *
,
depuistroismois,21jf
Mémoireprèsenté aux Etats Généraux,
par M. le Comted Avaux. 141;
Morrt eotcMasdamie la,A2iarq5uife8de Cha- î Mort de Madame de Cloate
,
autrefois v.
'Ladem(Jifelle desJardins,267 v
Moyt de xadamedeBelfond, 161 (
JWaragedeA/.GilbertdeVoyfins, 171 1 Globes,1 11; i
A'o;ns de ceux qui ont deviné les Enig- -
mesduderniermois, 17f ?
Eniqme, i7$S
AutreEnigme. 279 e
Galanterie faiteau Cbafieau de Marly, -,'
280
OraisonsFunèbres, 3021
Service solemnel fait ou Convent du »
TABLE. Va.'-de-Grace, 3^5
24ortde t..1*Comte de Vermvndoù, 308
Explication de tItaliende£Etendard
donné dons la Relation du Siegede
Vienne, 311*
Affaires (fAllemagne,31^
Avant'irenavale, 331
Affil(rer deHollande, 340
Lettre de Flandres. 366
AvispourpUccrlesFigures.
LE Mausolée doit regarder la pâge
91.
L'Air qui commence r1r Vwj voulez.
qUt le vive, doit re;crder la r¿gc
J> 7.
La Ville deCourrraydoit regarder
la page 117.
jiFIS ET CATALOGVE
des Livres qui se vendent chez;
le Sieur Blageart.
REcherches curieuses d'Antiquitt:,,'
.contenues en plusieurs Ditlertations
, lur des Médailles, Bas-reliefs,
Statues, Mosaïques, & Inscriptions
antiques, enrichies d'un grand nombre
deFigures en taille-douce. InA. pi-
Sentimens sur les Lettres & sur l'Hifroire,
avec des Scrupules sur le Stile.
IndoHz-e. 30f.
Lettres diverses de M. le Chevalier
el'Ber. JlIdoue. 30f.
Nouveaux Dialogues des Morts.
Fremiere Partie. Indouze. 30f.
Seconde partie des Dialogues des
Morts. In douze. 30 f.
La Duchesse d'Eftramene. Deux
Volumesindoux.e. +° f.
LeNapolitainJNouv.lmloH" 20 f.
L'Académie Galante.jOf.
Une Description entiere du Siege de
Vienne,depuis le commencement jusqu'à
la leveedu Siegeen J'S;.
Il y a vingt-trois Extraordinaires, qui
outre les Queftions galanres, & d'érudition,
& les Ouvrages de Vers, contiennent
plusieurs Discours, Traitez,
& Origmes, sçavoir.
Des Indices qu'on peut tirer sur la
maniéré dont chacun forme [on Ecriture.
Des Devises, Emblèmes, & Revers
de Médailles. De la Peinture, &
de la Sculp'ure. Du Parchemin, & d.
Papier. Du Verre. Des Veritez qui font
contenues dans les Fables, & de l'excellence
de la Peinture. Dela Contestation.
DesArmes,ArmoiriesJ& de leur
progrés. De l'Imprimerie. Des Rangs
& Cérémonies. Des Talismans. Dela
Poudre à Canon. De la Pierre Philosophale.
Des Feux dont les Anciens se
Jervoienrdans leurs Guerres, & de leur
composition. De la fimpathie, & de
l'anthipatie des Corps. De la Dance,
de ceux qui l'oat inventée, & de ses
diférentes especes. De cequi contribue
le plus des cinq lêns de Nature à la fô- u
tisraction de l'Homme. De l'ufag^ des]
la Glace. Delà nature des Elpiitsfo—c
lcts, s'ils font de tous Pais, & ce qu'iIii'J
ont fait. De l'Harmonie, de ceux qniiiJ
l'ont inventée,& de ses effets. Du fié—à
quem ufagede la Saignée. De la No.()
bldfe. Du bien & du mal que la fré..;'
quenteSaignée peut faire. Des tfh-rude
l'Eau minérale. De la Superflitjonm
8cdes rrrClrC; populaires.DelaChaflioT]
Des Mcréores, & de la Comete appasc
ruéen 16S0. Des Armes de quelquearj
Faunilles de France. Du Secrct d'nnrn
Ecritrre d'unenouvdle invention,tre;: -
prrpre à cftre rendue universelle, avrjv
celuy d'une Langue qui en ré(u!t>
,
l'ur/
& l'autre d'un usage facile pour laçons
munieation des Nations. De l'air :
Monde, dela veritable Politesse, & es )
quovi! consiste. De la Medecine. DCI
progrés & del'état présent:delaMIll
dccine.Des Peintres anciens,& de leuus
manietei. De l'Eloquence ancienne
moderne. Du Viti. Del'HonneRt-té,&
de Uveritable SageHè. De la Pourpre
& de l'Ecarlate
,
de leur diférence, Be
de leur usage. Dela marque la plus eCfentielle
de la varitable amitié. L'AbregéduOiébonnaire
Universel. Du
inépris de la Mort. De l'origine des
Couronnes, & de leurs especes. Des
Machines anciennes & modernes pour
élever les Eaux. Des Lunetes. Du Secrer.
De la Conversation De la Vie
heureuse. Des ClocR\:s>& de leur antiquité.
On fera une bonne compoficion à
ceux qui prendront les cent dix Volumes,
ou la plus grande partie. Quant
aux nouveaux qui se débitent chaque
mois, le prix fera toûjours de trente
fois en veau, & de vingt-cinq en parchemin.
fçeOutre les Livres contenus aussi dans
Catalogue, on vend aussi chez le
Sieur Blageart tomes fortes de Livres
nouveaux,& autres. On nemarqueicy que ceux qu'il a imprimez, à la referyç
Çtes Recherches d'antiquité, dont on
tiouyechez tres-peud'autresLibraires,
Il ajoutera à ce Catalogne les Livres
nouveaux qu'il donnera de temps en
temps au Public.
On ne prend aucun argent pour les
Mémoires qu'on employé dans le Mercure.
On mettra tous ceux qui ne desobligeront
personne,j$c ne blefleront point
la modestie des Dames.
Il faut affranchir les Lettres qu'on
a-drenera-chez le Sr BlageartxImpri.
meur-Libraire, Rue S. Jacques, à l'en,
trée de la Rue du Plastre
: Il fera todjeurs les Paquets crrtffi'i
bproauirresles Pauiculiers Sr pour.lesLide
Provinces,. Ils rtauront le;
fÕÍn que d'en acqurrerle port sur lelll
Lieux.
Ceux qui envoyant des Mern"irea¡
doiventécrireles noms propies en caoi
rafteres bien fennez.
- On ne met point les Pièces trop dif*d
ïcilesàlire;
Reflexions nouvelles sur l'Acide &
sur l'Alcali.Indonz.e. 30C
La Devinerelle, Comedie. 15 [
LArtaxerce, avec sa Critique. 15 f.
La Comete, Comedie. 10 f.
ConverfîonsdeM.Gilly&Courdil.lof.
Cent dix Volumes duMcrcure,avec
les Relations & les Extraordinaires. Il
y a huit Relations quicontiennent
Ce qui s'est paHé a la Ceremonie du
M.uiag^ de Mademoiselle avec le Roy eLe Mariage de Monsieur le Prince
de Conty avec Mademoitclle de Biois.
Le Mariage de Monseigneur l'eD uphin
avec la fanceile Anne- Chreftienne-
Yiaoirc de B iviere.
Le Voyage du Royen Flandre en
1680.
La Négetiationdu Mariage de M.le
Duc de Savoye avec l'Infâme de Portugal
Deux Relations d?s Réjouissances
qui se font faites po'ir la Naitïance de
Monseigneur le Duc de Bourgogne.
On met tous les bons Ouvrages à
leur tour, & les Autheurs ne se doivent
point impatienter.
Il est inutile d'envoyer des Enigmes
sur des Mots qui ont déjà servy desujet
à d'autres. )
On prie ceux qui auront plusieurs
Memoires,ou plusieurs Ouvrages àenvoyer
en
mesine
temps, de les écrire
sur des papiers separez.
Onavertit que les Mercures qui s'impriment
en Hollande, & en quelques
Villes d'Allemagne, sont fort peu cor-
*e£b, £c tronquez en beaucoup d'endroits.
Dans la Relation de Vienne, qui
porte pour titre, Seconde Partie du
MerCHre Galant, Page 218. à la premiere
ligne, au lieu de Rome, Usez.
Venise.
Page j19, au lieu de ne condamnent,
lfiez. condamneront.
fAERCVIRE
ÇALNT
NOVEMBREiéSj.
1L estvray, Madame; l'aurois
pû vous envoyer dans
ma Lettre du dernier
Mois, les trois Sonnets qui
vont faire le commencement
decelle-cy
,
& vous avez raison
de me dire que l'accablement
de la matiere mtf
les a fait réserver. Il estoit indubitable
qu'on s'empresseroità
travailler,si-tost qu'on
auroit vu le Soleil donné
pour sujet de cette forte
d'Ouvrage. On ne peut faire
aucune refléxion sur les effets
merveilleux que ce grand
Astre produit, sans songer à
ce que le Royfait tous les
jours d'éclatant. Aussi les Autheurs
de ces Sonnets, les
ont tous finis par l'éloge de:
ce Prince. Le premier est de
Mrde Grammont;le second,
de Mr Vignier, l'un & l'autre.
de Richelieu; & le troisiéme,
de M Diéreville, du Ponde-
.ve[què:-¿J'<-<
SUR LE SOLEIL.
BElAstre,l'aspectréjouit
les Martell,
htdontleslongues nuitsfont regreter
Cabsence,
GrandLuminaire eu Dieufait briSer
1 ,sa Puisance,
Agreable Canal defis dons paternels.
Ton pouvoir efîfigrand, &tes ejfets
font tels,
Zac quandje veux songer à ta rare
excellence,
Je nefuisp/t*furpisqu'a ta magni•
fcensey
LA Perje aitautrefo is élevédes Autels.
il ejq vray que ce culte efi détruit par
le Ttojhci
Mâtsfour t'encinfolerymonRoy t'en
rend un autre,
£>uifins déplaire À Dieu VA t'immortaliser.
Le chitx tejt glorieux dont il tefavorisè,
Etl'encens que tu perds n.tf/PM uni
aNpriftr,
gui L*hênneurde te voirplacé dans
sa Devise.
SUR. LE MESME SUJET. GRandDieu, que de bontez, envers
ta Crttfturc!
.::<:,rUc prppijjoa ae CbcfuoeuvrTs
diiersl -
d'ordretaSagesse 4 mis dans sa
Nature,
Four affirmir la Terre,& retenir les
MaJ!
admire tantde biens pour nofire
nourriture.
Les Fleurs denos TArdi»s, cesArbres
toujours verds,
Et regardant dts Cieux la charmante
Structure,
Je nefçay que choijtrfoursujet de
mesVers.
Aujfitojl que 14 nuit étendsessombres
voiles, -
Mesyeuxfont enchantez, du brillant
desEtoilesy
Mais ils fini éblouis au retour du
Soleil.
OutreJes qualitez, dontmtn ame ejt
¡lrfè)
Ce qui mefuitjuger cet Ajlre fins
pareil,
C'efl que LOVISLEGRAND L'a
prispoursaDevise.
SUR LE MESME SUJET. LESoieilquirépanden tous lieux
sa lumiere, isitisnaistre les Fleurs, &[ail
meurtr les Fruits, icommence drfnit tom Usjours
saCarrière,
DétruitleplusJouventles biens qu'il
a produits.
S'ilnon*, rend quelquefois Usyeux
lii-t éblouis,
Etnousfiitmalgré nom dbâljfcr la
paupiirc,
Ses rayons kLitansquidijjlpent les
nuits
Nebrillent pis toujours de U mcfme
maniere.
Ilarrive des temps que toute[afplcndeur
Difparoift à nos yens ,
&marquani
sa langueur,
Renomlaijjeplu* voir qu'unepkkuif
extrême.
Iddts regardons LOVIS en hontez,
sans égal*
Cet Aflre incomparable cfianttonjours
le mefine,
Faitfins cesse du bien,& ne fait
pointde mal.
Mr Magnin,Conseillerau
Présidial de Maçon, qui a
travaillé aussi sur le Soleil, en
a fait une Devise, en y ajoutant
ces paroles pour ame,
Haudsalsi Numinisindex.
Le Sonnet qui fuir) enest l'explication, vAinl &foiblcs Esprits, dont
l'audace infblente
Anjortir du néant brave le Créditfur)
Et loin de revérerifMain toute-yuiffantt,
Contejlt l'exeence au Souverain Agtbeur.
Voyez, dans le SeLcilsa gloire triem.0
phintex
f Tout tV,;Ûvtr¡ enfcmbU en efile
Spirateur.
Sans alsè iL en ressent lA vertu bienfaisante,
Et dansfin mouvementvoit un autrt
Môttur.
Il enfait unepreuve eclatante t &
JcnJiblcy
Il nous découvre un Dieu, puis qui'l
rend tout visible.
Ceftpour cela qu'il brille & roule
dans les Cieux.
Mais qui veut voir ce Dieu deplus
prisJùr lA Terre,
Jt^uilregarde LOVIS,ilverra dans
il ses yeux, verrAClmme efifaitleMaijlre du
Tonnerre.
Vous avez veu par tout coque
je vous ay mandé dui.
grand nombre de Services
que l'on a faits pour laReyne
avec quels sentimens de douleur
tout le Royaume est en-s
tré dans celle que la mort de
cette Princesse a cause auL
Roy. Les Païs-Conquis no
l'ont pas ressentie moins vivement
que ceux qui font de:
tout temps fous la domination
Françoise
; & l'attachement
qu'ils ont pour Sa Majesté,
a paru dans une occa-,
sion si funeste,avec les mesl-T
mes marques de zele qu'ils
ontaccoutumé de donner
dans tout ce qui regarde
sa gloire, & les avantages de
l'Etat. Parmy les Villes de
Flandre, celle de Tournay
>
& deLile,Ce sont particulierement
distinguées. Si-tost
que M l'Evesque de Tournay
eut receu la nouvelle de
cette mort, il ordonna des
Services solennels dans toutes
les Eglisesde son Diocese,
&en donna luy-mesmel'e-
.xemple dans sa Cathédrale,
où il celébra la Messe en HabitsPontificaux,
en présence
de Mrle Comte.deMaulevrier,
Lieutenant General deîît^
ArméesdeSaMajesté,&Gou
verneurde laVille,&proné
l'Oraison Funébre
, avec une.
entiere satisfaction de rAC:!
semblée, composée du Conseil
Souverain, & de tous les
autres Corps qui s'y trouve-.
rent dans un tres- bel ordre.
La Pompe Funébre dé
Lile, à laquelle MrleMaréchal
de Humiers assista, fut
d'une magnificence furprc-
-
nante. Le Doyen du Cha-
- pitre officia; le Prieur de Fi-
- ven, Religieux Benédiction,
fit l'Elogende la Reyne, lX;
ien ne fut oublié de ce qui
Douvoit donner de l'éclat à
cette Cerémonie.
MrMagnin,dontvousvenez
de lire un Sonnet sur le
soleil) ne s'est pas teû dans
ze grand sujet de deüil, qui
a cousté tant de pleurs à toute
la France. Voicy ce que £OJB|
zele luy a fait produire.
SUR LA MORT
DE LA REYNE
ODE. cHangez,devos accent la riante
allégreffe,
Dettes Soeurs, ilsagit do'.un grand-
&trissedeuil.
soIVPirez, &pleurez,sans ccffi,
Et d'une Reyne auguste honorez, le
Cercftàl.
La dtfileur de LOVIS vomi demande
des larmes.
Si vtué avez chantelagleircdeses
Armes,
Si le Cielfavtrable a ses desseins
guerriers,
9 rewplyC1iy .-ninjers dIufruit deses
Conquefies>
lesfunejlcsCyprès,trisses fléaux
de vosFestes,
Ne Uîjjcatpat de ctoflre a l'"mhr,
des Lliuriers,
Ne nom promettez, rien, félicitez^
bnmainesi
iffel,«!ciicore uncoup, nenompromettez,
rien.
Toujours trÕPtufès.;tújQ"rS'f)A;lItJ
.!!<.!!.t de maux vont mejlez, avec un
peu debien!
L2Von,tvouis nne recéélez,e(rlleNsu De,JÏ ,Nysublimes Verttu,ny Ttftes couronnées.
Àh, si rien pouvoiteftre afftâncby de
vos Loix,
£!mortdont nous pleurons lafurprtif
(tonnante,
Fcroit-(lie à nosyeux, cette m6rt
affligeante,
Gémir le plu* heureux 6 lepltu
grand des ROJsl
Guyy le coeur de LOFIS, ce coeur
toujours pdiflble,
-Ex vivementtouché de ce trisse
revers, fr ^4/4 douleurfenflble
A de ce coupfatal iuflruittoutl* Universi
Mais nul emportement nexprimefil
tnflejje,
Affligée par raisin,& 110nplU par
foiblcfle,
Grave & majestueuxfouilepoids
defes maux,
LA fuprcme Sagcjf.aja/tdmilest
mefiéei
Hsi yelle ame efl irificy elleness
point troubléey
£T l'Homme ne fait rien aux dépens
du Héros.
Cettesdansses douleurs tendres &
genéteufes,
QuelqtuerejfcHtiment qui vienne émouvoiry
ÏAI mille routes glorieuses,
Son coeur toujours égalse rçnd àfin
devoir.
Ilfiaitbim, enpleurant cette Princtsse
AHgujle.
*^iftllcplaintsi douleur, r; ne U
croitpasjnfie;
Au comble de la gloire, an centre des
pttfijirs,
Si Li mon Li ravit fii Couronne
rhorulr,
Elle l'a mije en droit cl'criprendre
unectermile,
Dont l'honneurdoit borner tes IlHl
va/lesdejlrs.
Dans litsiIlle des Biens dontl'éclat
Fenvironne,
Scroit-ellesensible 4 nos foibles regrets?
Lafurprife qui nom étonxt,
Annonce asa belle lime line efernelle
faix.
Le cJoupaquicrIhlfraapéeî,n&equi,rompit
zji me récompenje, &nonpas uunnte"4"
peina
Ceftùnfique le Ciel déclareses
faveurs.
$i'ettsouventpar pitié la Parque
murtrmcz
Des ans q>icnomprifsnsabrège l.i
carrure,
Et ceux que nompleurons, s'ofcnfent
de nospleurs.
La mort, quise montrant aux Puis
fanees humaines,
Deson horrible afpcftredouble les
horreurs,
Afait des entreprisesvaines
Tour infpitericyses affreufls terreurs.
Aux Deerets eternels ma Princejje
fiûmifl,
Un a refeule coup sans éffOJ,flrJ"
furprtft,
Et dans cetrifie inftanîy oùparmille
combats
lîamelaplus constante a deschutes
fatales,
Hors LOFlS,jtul objet deses
amours Royales,
Elle ri'tt IH si, que Dieu qui luy tendait
les br.u.
Bile n'avait vejlu,Seigneur, que
pourvêm plaire,
Elle na pu mourir que pettr vota
pojfcderi
EtfinsparoiUrctinteraire,
Vans cet état heureux on peut h
regarder. rOJUleffavfz., o vomtémoins irréprochables,
Autelstoujoursfierez,,&toujours adorses,
Sicejltrc* présumerddeetatannttddeeffooiimnsr
pieux,
JEtsidans cettemortdont nompleurons
l'outrage,
-
Bienloinde nousparerd'un injujle
priflge,
LaTcrre a vos dépens n'honoreplU
lesdeux.
Seigneur, encore uiÀcoup,vowffaver,
de quel zete
Elle tjloitanimée à maintenir ves
droits,
Etquelplaiftr cessoitfourElley
DescavoirïHeréjteases derniers
abois.
Dufcul dcjtrd'en voir mie entière
défaite,
Ellefaijbitl'objet desa peinefccrete,
Et nayantpu goûter ce doux co,,
tentcrmnt,
Maintenant dans les deuxptvoix
mtcux ecouteey
pe cette heurefatale, & longtemps
fiuhaitée
Aura, foin de hâter le bienheureux
moment.
Ouy,/ans.doute, l'ardeur de/cs veni 1 exaucec, 1
De Cauguste LOFISsefondantlea*
projets.
Cetteoeuvresi bien commenc1e..1'
Parellefinira parmy tomses Sujets
De ce jufiedcjfem Dieu cennoîtlù\
mtrtte;
Ceux quiConttravctfé,Jententbie:v
qui'l s'irrite,
De lesvoir duparty defisfiers En&
nemis.
£uont-ilsfaitencherchant À troM
:'bler nos conquefies, s'attirer du Ciel lAfoNdre db
Us tempefies,
£1 rendre leurs Etats beatimp mm
affermis?
Rai/onnemens trompeur,maligne
Politique,
il cft temps,paroijjcz, vaines illuon-
o,,i-j
enca*nsdèdmérenef,l1c7e^ on nvjooums eexxpplliiqquue7e,
Ht dans vojîre faux zele on voit vos
lA/fions.
ContreUes maintenant le vtftre s'iistérej/
e,
Vaut les voyez, de près, genéreufl
PrinceJJe,
Yom voyez, leurs efforts frivoles&
jalonxi
€>n veut nomopposer en vain ce
foible obtfacle,
Ce Siccle eH consacrépourfaire le
miracle,
LAJujice, le Ciel, vw vctHX, tafIJ
cftpour»mz .j
Combien après caela,, combien d'au*+\
très merveilles,
Paroifront à vosJeux dans cet heurttixJejour!
Desfélicitez,sans pardI/es,
Bien loin survosNeveux tomberons
tour-à-tour.
fous verrez, déformais leurs grdnd
avanturesy
Porter i'étonnement chez, les Racts
futures;
Venouvellisgrandeursnos dejlÙU
1,
cmbeliiéy
JEt de tout l* Jnivers les Nationt
chtrmées,
Par lesfoins de l'Amourà l'envj t
de[armées,
Ne
reconnoiflront
plus que l'Emplît Y desLys*
Jettezjjettcz, Usyeuxsur cet espace
immense
Des Sicdesàvenirjusqu'àUfin des
temps;
Voyez,la gloire de la France,
E"tfourU maintenir, les Dejlinssi
conBansi
Voyez, des beaux ftccés de cette
longue course
Vcjprit dugrand LOYIStjlre l'uniquefeurce;
Malgréfis Ennemis,voyez,-le défirmaü,
Ainsi que le Soleil du haut d. sa
CArrure,
Influerfes vertu*, r/pal.J salumicrey
Et baïillaantamvosyeuax>niesssc.clipfer
De cet Afire divin ce double Pa,
relie,
Dont le Ciel a daigné récompenfier
'Vos voeux,
De la gloirequejepublie,
Aux yeux de t'Univers est un préfage
heureNx.
Ces ruijfiaux immortelsetunefiourct
sipure,
Par leur fécondité, leur grandeur
sans mlJùrr)
Seferontrévérer detousles Potentats;
Etsi le Monde entier na besoin que
d'un Maifire,
Ce DAVPHIN &jùn Fils que votié
avez, veu naiflre,
Lefcaiucroynt-fabirde 4tta.ifire àleur tour
La quantitéd'Etrangers
considérables, & sur tout les
Princes d'Allemagne, qui se
trouventpresque toujours à
Geneve, rendent cette Ville
un lejour fort agreable. Ceffc
ce qui me donne lieu de vous
parler d'une Partie de plaisir
qui s'y est faite depuis peu
de temps, par les foins de
MlePrinced'Anhald. C'est
celuy mesme qu,i _nv'estant
eennccoorreeââggééqquueeddeetrtereiizzeeàà.
quatorze ans, vint exprés a
Besançon dans le mois de
Juin dernier pouravoir
l'honneur de faire la revérence
à Sa Majesté, & pour
voir son Armée. Une sinoble
curiosité luy attira l'estime
du Roy, qui luy en donna
des marques parune Réception
très obligeante.Cejeune
Prince, dontla Maison eO:
aussi illustre que les Alliances,
estans chez Mrle Comte
deDona, où le rendent ordinairement
les Personnes
les plus qualifiées, & qui
avec sa belle Famille, est
comme l'ame de tous les plaisirs
qu'on gouste à Geneve,
jprop^Ciune Partie de pro-
JIlenade, à laquelle la beauté
du jour convioit les Dames
& les Cavaliers, que le hazard
avoit assemblez en assez
grand nombre. On accepta
le - party,& l'on se rendit
dans plusieurs Carrosses au
Jardin de Madame Baudichon,
à deux cens pasdela
Ville., du cofté de la Porte
de Rive, qui estla plus belle
situation de Geneve. Ce Jardin,
d'où l'ondécouvre le
Lac, avec les Montagnes de
Savoye &de Bourgogne,a
dequoy charmer les plus difsiciles,
tant par les Jets,deau,
les Orangers, & les Vases
dont il est remply, que par
unSallon en Lambris, où la
peinture occupe agreablementlous
ceux qui en ont
quelque connoissance. Ce
fut dans ce beau Sallon que
l'on servit un Repas aussi
magnifique que bien entendu.
Chaque Service fut
êlcconplgnéde neuFBafiins,
& tout s'y trouva d'une propreté,&
d'une délicatesse admirable.
Rienn'estau dessus
de la beauté dont fut le Dessert.
Outre les Liqueurs,&
les Confitures qui estoient
dans les Bassins, & que les
Cavaliers distribuerent aux
Dames, on en donna à chacune
une grande Boëte,toute
cou~te de Rubans or&
argent, dont le fondestoit
couleur de feu & vert, qui
font les couleurs de
-
Mr le
Prince d'Anhald, & de Mademoiselle
deDona Les
Vers n'y estoientpasoubliez.
Voicy ceux que ce jeune
Prince fit mettre dans la
Boëte de Mademoiselle de,
Dona, qu'on dit estreune
Personne toute belles,& toute
aimable.
lefins ence Lieu que l'Amour,
De mon coeurs'(JI rendu le mat'ire.
Si le voffrepour moy, belle Iris ftnt
unjour b
Ce quipour vous dans le mienafeett
lMiflrc)
JdarqHcz,!e bien avosiretour.
Les Cavaliers qui compo- sent cette belle Troupe,
estoient Mrs lesPrinces d'Anhald,
& de Hncirl;,
Mrs les Comtes deDona, de
Mauvilly, de Solms, & le
jeune Comte de Byllantde
Reyt. Les Dames estoient,
Madame la Comtesse de
Dona, Mademoiselle de
Dona sa Fille, la petite ComtesseSophie-
Albertine de
Dona, dont vous avez veu
desVers dans ma XXII.
Lettre Extraordinaire, Mesdemoiselles
deRozet, Mesdemoiselles
d'Eaubonne, &
Mademoiselle de Vatteville.
Apres le magnifique Réunie
dont viensde vous
parler, on prit le plaisir de la
Promenade
,
ôc ce plaisir fut
suivy du Bat,oùM¡ le Prince
d'Anhald fit admirer son
adresse. Mademoiselle de
Dona, dont l'air grand &
noble se fait distinguerpar
tout, y parut d'une beauté
achevée,en dançant le Menuet
de l'Opéra de Phaéton.
Le Bal finy
, toute cette aimable
Troupe monta en
Carrosse, & on vint au Manége
de la Ville
,
où les Cavaliers
donnèrent aux Dames
le divertissement d'une
Course de Bague. Chacun
animé du desir de plaire, se
montra digne du Prix; mais
enfin Mrle Prince d'Anhald
qui le remporta, lereçeut
des mains de Mademoiselle
> de Dona. C'estoitune Montreà
pendule, peinte en
émail, & enrichie de Diamans,&
d'Emeraudes. Apres
ce trioillph) on accompagna
les Dames chez Madame
la Comtesse de Dona^
qui leur fit servirune gabelle
Collation. On dança
encore une partie de la nuit,
& la Compagnie le sépara.
Le nom du Berger Fleuriste,
n'est pas effacé de vostre
mémoire; il seroit difficile
d'oublier les galans Ouvra- it ges qui sont partis de sa Plume.
Voicy des Vers qu'il
joignit à des Fleurs, qu'il envoya
à uneaimable Bergere
le jourdesaFeste.
A LA BELLE N. DE N. Dr:s Fleurs du Tarnajfe dr
de Flore,
Vleahtnts'offrir aveut,parles "MÙU
de CAmouri
Recevez, ce Tribut, d- le Porteur
encore, Jlejtnourrychcz.moy, mais ilvont
doit lejour. -
Vojtre Nontveut dite, Vidoire.
J>)uel autrepouvoitmieuxassortir
vos a!p.ul
heurcharmante douceur na-tellepat
la gloire
De triompherpartout ou vott*portez*
vos pas?
En njoustl nejhicn que daimable»
Vn grand air de jeunesse embellit
tous vos traits;
Et l*Innocent y cache une adresse
admirable,
JOhti Vg;U pronct en têut les plus
heureux iftccês.
j'ayseeu desNymphes delaSeinei
Combien, près de leurs bords vojîrc
Empirelfeurit.
He/lU! que contre njom toute défenfi
eflvaine! irésiste à7iis-jeux, efi prispar
voflrc esprit.
Ca, mon çæur,met:ôj' bas lesArmes
Seulement fourluyplaire^employons
nos efforts.
Âdit., ma liberté, je renonce à les
charmes,
La mniefie Angdie en a ue bienplut
prIs.
Cejour el celuy Ui sa Felle.
J'ay choisy dans nos Fleurs, a qui luf
Jied le mieux.
Ilfaudroiî^emeftmble,encouronnet
sateHey
Fuitparfin mérite elle regneM
ces lieux.
1CVcme..éMrilt.eparoiflextrême,
Et cependant CHymen le rendPtll
fortuné.
Tlltt U mondelaplaint, car tout le
monde l'aime,
EtdemandeJen coeurquo quellefait ,v qu le l'ait
donné.
Asonseulfvuienir)ajj>irey
Etf'enroitassez,pour mon ambition.
Je réglésurmonprixlefeu qneje
deJire)
JevoudroistoutavoirysuivAnt m4
paffton.
Vma belle &chere Angelte,
L'hommage queje rends. vos divini
tftlraits.
Jefcay bien que mes Fleursperdront
bicntêtflavia
Hall MA flâme PWYVOHS ne s'èteindrA
jamais.
La jolie Brune dont vous
me demandez des nouvelles,
a elle mariée depuis quelques
mois à un Gentilhomme
fort bien fait, dont je ne
puis vous dire le nom; je
sçay seulement qu'il est d'unç
Maison tres-bien alliée,&
qu'il se vante d'élire de la
Race de la Pucelle d'Orleans,
qui est un titre de Noblesse
fort avantageux à ceux
qui le justifient.J'avois toûjours
oüy dire que Charles
VII. pour récompenser les
services importons rendus à
l'Etat par cette vaillante Fille,
avoit ennobly lès Freres, ôc
leurs Descendans; mais ce
qui vient de tomber entre
mes mains, donne fujer de
clouter, si ceux qui Cedisent
Nobles de ce costé-là, ne
sont point de laRace mesme
de cette Héroine, que l'on
prétend avoir esté mariée,
malgré le nom de Pucelle,
qu'on luy a toûjours donné,
& qui par conséquent n'auroit
pas esté brûlée à Roüen
par les Anglois, comme le
marquent toutes nos Histoires.
Ce sentiment, quoy
que contraire à l'opinion publique,
est appuyé sur deux
témoignages raportez par
un Homme très-digne de
foy, & que son rare mérite,
&sa profonde érudition ont
rendu fameux. Je parle du
Pere Vignier,Prestredel'Oratoire,
siestimé dans cette
celébre Congrégation
, 5c
qui est mort en 1661. âgé de
cinquante-sixans, dans la
Maison de S.Magloire. Pour
estre persuadéqu il ne donnoit
point dans la bagatelle,
il ne faut que lire l'éloge
qu'en fait le Pere d'Achery,
dans sa Préface du cinquième
Tome de son grand Ouvrage,
intitulé Spicilegium & imprimé
à Paris chez Charles Savreux
en 1661. Apres avoir
fait connoistre qu'il estoitné
en Bourgogne de la noble Ôc
ancienne FamilledesVignier,
il dit que desl'âge de trente
ans ses Ecrits luy avoient acquis
la réputation d'estre un
des plus Sçavans de l'Oratoire;
qu'il a donné au Public
quantité d'Ouvrages
, avec
un tres- grand travail, sçavoir,
la Genéalogiedes Seigneursd'Alsace
; un Suplément
tres-utile aux Oeuvres
de S.Augustin; une Concordance
FrançoisedesEvangiles
; & qu'il avoit esté surpris
de la mort, lors qu'il estoit
prest à faire imprimer un
tres-beau Traité de S.Fulgence,
inconnu ju ques lCY;
l'Origine desRoys de Bourgogne
; la Genéalogiedes
Comtes de Champagne, &
l'Histoire de l'Eglise Gallicane
; pour leiquels Ouvrages
il avoit employé beaucoup
d'années & de veilles,
& parcouru toute la France,
la Lorraine, ôc l'Alsace. Il
ajoûte, que ce qui estoit le
plus fâcheux, c'est qu'après
samort, quelque envieux de
sa gloire, ou plutost de l'avantage
des Lettres, s'estoit
emparé de ses Ecrits, sans
que ses Heritiers en eussent
pû avoir connoissance. Cet
doge fait connoistre que le
Pere Vignier ne doit pas
efire[uipeét dans les témoignages
que vous allez trouver
dans une Lettre de Mr
Vignier son Frere, dont je
vousenvoyelaCopie.
A MONSIEUR
D:,E.IG-R'-A-MVMO"N-T. A Richelieu ce 2. Nov. 1683. VOteS mave%trouvé bien
bar4y, MonfiPur,devons
dire que Jeanne d' Aral! dite ta
FOI d'Orléansf n'a goint cie.
..w - - ,,
bruléeà Rouen. Vous m'rjîimerez
encore plus temtraireaujourd'hui
j de (oûtenir quelle a efi;
mariée, quelle a eu des Enfansy
& que ceux qui descendent de
cette illustre Source) enfont leur
plus grande gloire. Je (çay tout
ce que les Hiftonensdfentdela
cruelle mortde cette Héroïn,(Ir
je nefais pas de doute que cecy
ne loit mis au nombre dcs Fables.
Peut- efîre aujji,quil se trouvera
laauilquun qui fera refléxion sur
forer de mes Preuves, C- sur larroriré de celuy de qui je tient
une Hifîoire si surprenante. Il
n\j:oitpas impojf&le an Dieu des
là
Armées, qui avoit envoyé miraculeusement
la PuceUe dOrleans,
pour délivrer la France
de l'oppreffien deses Ennemis3
de la tirer aujjt de leurs mains,
aprèsl'examen d'un sordide Co.
chon> Evesque de Beauvais, &
de plusieurs DoBeurs canonifèZJ)
EJclaves de la tyrannie Angloise.
C'est ce qu'on peut in-
Jerer de ce quevous verrez, dans
la fuite de cette Lettfé, &ce qui
fit que les Anglois exposer nt
aux fiâmes en sa place quelque
fjnalheureufe CrimiYJel/e) pourne
jetter pas la terreur dans leurs
Troupes, si elleseussentf$eu en
liberté le Wras qui les avoir mi
fis tant defois enfuite. le vous
ay déjà dit, Monsieur
3
que le
Pere Vijnierde l'Oratoire, mm
Frere,fut celuy qui découvrit ce
que les Anglots & les François
me./r;m, e ont tâ-"c1hé da'éétouIfi;er. LL'é'-
troite amitiéqu'il aveit liée avec
Ai1 Vjlier, Marquis de Ricey,
fin procheParent3 le fit réfoudre
de faire avec luy le Voyage de
Lorraine, où il alloit Intendant
de Iuflice. Cefut là quenpajjant
d'tns toutes les Villesj Bourgs,&
Vidages
,
il mettoit en pratique
ce qu'il ditdanssa Préjace de la
Cenéalogie de la Maism d3AU f
f*ce,s'informant soigneusement
- .j - - des antiquité^ dr particuIArit(
'desLieux, IlfitdansMrtzunt rt exacte recherche qui ne luy utpas inutile, puis que le btnheur
luy fit tomber entre les
tnains un ancienManuscrit, des
\hoJesarrivées encette Ville. Je
U'ay vu3 je rvous envoye la
Copie de l'Extrait, qu'il en fit
;faire a Nancy par un Notaire
lR!yalJ si) qu'ilme aonna quel-
U( temps après[on rerour. Elle eencestermes.
trrtenLte'-asnixmille quatre cens ,
fut Mre Echevin
de Mets PhlinMarcou,&lç
vingtième jour de Mayl'an
tietIus dit, vint la Pucelle
Jehanne qui avoir esté en
France, à la Grange oz Ormes
pres de S. Privé,&yfut
amenée pour parler a aucun
des Sieurs de Mets, ôc(ë fai-.
soit appeller Claude; & le
:
propre jour y vindrent voir
ses deux Freres
,
dont 1un>
estoitChevalier,& s'Jppcl--
loit Messire Pierre,& l'autre,
( Petit-Jehan, Ecuyer, & euy--
doient qu'elle fust Arse. Et3
tantostqu'ils la virent, ils la
cognurent, ôc aussi fit elle
eux. Et le Lundy vingt &
uniéme jour audit mois, ils
amenent leur Soeur avec eux
à Boquelon, ôc luy donnoit
le S' Nicole, comme
Chevalier, un Roussinau prix
de trente francs) & une paire
de Houissels; & S Aubert
Boulle, un Chaperon; & St
Nicole GrognetunEpée.
Et ladite Pucelle faillit sur
ledit Cheval tres -
habillement,&
dit plusieurs choses
au Sieur Nicole. Comme
donc il entenditbien que
cedoit elle qui avoit esté en
France, & fut reconnuë par
plusieurs enseignes pour la
Pucelle Jehanne de France
qui amenet Sacré le Roy
Charles à Reins; & virent
dire plusieursquelle avoit
esté Arse en Normandie, &rparloit
le plus de ses paroles
Paraboles, Senedisoit ne fut;
ne ans de son intention, &:,.
disoit qu'elle n'avoit point de
puissance devant la S. Jeaivj
Baptiste. Mes quant ses Frères
l'eurent mené, ecl'llee rree--
vint tantost en Feste de Pan-
- recolte, en la Ville de Marnelle,
enChief JehanRenat,
( & se tient-là jusqu'à enuiron
trois sepmaines
,
& puis se ;
partit pour aller à Nostre-
Dame d'Alliance le troisiéme
jour & quant elle volt
partir, plusieurs de Mets
l'allent voir à ladite Marnelle,
ik luy donnent plusieurs
Unelz, & ilscognurent proprement
que c'estoit la Pucelle
Jehanne de France.
Adonc ly donnet S' Geoffroy
dex un Chlx, & puis
s'en allaità Erlon en la Duché
de Luxembourg,, & y
fut grande presse)jusqua
ten que le Fils le Comte de
Wnenbourg la menet à Cologne
de cofté son Pere le
Comte de Wnenbourg, &
l'aimoit ledit Conte tres-for.
Et quant elle en vault venir,
illy fit faire une tres-belle
Curasse pour le y armer, &
pris s'en vint à ladite Erlon;
& la fut fait le Mariage de
Mr de HermoiseChevalier,
& de ladite Jehanne la Pu
celle, & puis après s'en vint
ledit S' Hermoise avec [a
Femme la Pucelle demeurer
en MeU; en la Maison que
ledit Sicu ravoit devant Sainte
Seglenne, &: se tinrent là
jusqu'a
tant qu'il leur plaifit
aller.
L'A rticle cydessus, eftextrait
d'un ancien Manuicrit
de certaines chosesarrivées
en la Ville de Mets, ôc fc
conformement le sein du
souscriptNotaire Royal, demeurant
à Nancy; cy mis
pour témoignage
, ce jourd'huy
xxv. Mars 1645.
COLIN.
Le Pere Vigniernauroit pas
-jJûté beaucoup de fty à ce Manufèrit,
s'il nJuflrIEfirrifié par
une preuve qu'il crut Ínconte"-
ble, &cjue je laisse au jugement
des Sçavans. Comme il efloit
fort aime de tentes les Performes
de qualitéde Lorraine
,
il les *vi-
Jïtoit Jouvent)se trouvant
un jour a dÎJtrcbtZMr des Armoifos3
imeillnflre Mifln:J&
de l'itncienne Chevalerie
3
ilfît
tomber la conversation sur lé
Genel()lfie de ce Seigneur;mais
o c'
comme ce n'eflpastoujours lefort
desplus nekles,de bien connmftre
ceux dont ils font defccndné
,
il
luy dit qu'il en apbrendroit plus
dans son TrifOr, que iefa Duche.
JVtJtre Curieux ne demandoit
Autre chose.Aussile dîner nefut
pas plûtofl achevé
,
qu'en luy
mettant un gros trousseau de
Çlefs entre les mains, on le cmdîuifit
a*\ ce rr' T~ /<* Trésor. Ily f><tjja le
resse de lajournée,à remuer quantité
de Ttpiers
>
&de Titrtsfirt
ÂncÏrns. Enfin il trouva le ContraEl
de MAritte d'un Robert
des Aroif Chevalier3 avec
Jebanne d'Arcqy dite UPucelie
dOrle*ns.^JcvouslaijjeÀpenser,
Aîonfieur, si le Pere Vignierfiut
surpris de cette confirmation; tS*
quelle fat lA joye de [on Hofie,
qUAnd il feeutcequ'ilAVoit ignoré
jujejualors,qu'il defeendoit
de cette iHu/fre Personne,
qui'lpréferoitÀ toutes lesgrande*
auiances! (5 alliances ! Je croy vous avoir
contéta rencontre que je fis de
MrsonFils, dans la Galerie
de Confians. Il essais arreflé de-
'Vanr le Jortvait de cette fenc- O reuje Pucelle, & issoit a (en
.Gou"verncur ,Voila celle de
qui je viens. Aquoysansl'dvoir
jamais connu, jefis réponft,
Voflre nom, Monsieur, est
donc des Armoiics> Et le
voitre, me dit il incontinent,
doit estre Vignier. Mr des
Moulins qui efiaitpresent, vous
peut témoigner les civilité% que
ce jeune Gentilhomme me fit,
quand il appritque j'efiois frere
de celuy qui avait déterréce qu'il
efiimait de plus honorable dnsst
Famille. Ileftvr-ty,Monsièur,,
que vous m'avez dit du raisons
capables de détruire une Nou..
veauté, contre Uquelle tout le
mcnd
* Je foulevrai mais vous
mavouerez qu'un Contraél de
Mariâge,enfuite dunManujcrit
dont vous voyezl'Extrait, est
digne de considération.
Apres la mort du Pere Vignier;) lOriginal de cet ancien Manufèrit,
eut la mesme drftinée
que tous ceux dont il est parle
dans téloge que le Pere d'Acbery
afait deluy; maiscomme
il pourroit faire découvrir ceux
qui se font emparez des autres 6t
mm préjudicet je nattens pas
qu'on le metie en lumiere tant
que je feray 'Vinjmt.S'il rftoit
en eot pouvoir> je le donnerais
de tout mon coeur au Public) auf.
bien que l'Extraitj & jaurois
une joyeextrêmed'exercer les
rrrits des furieux sur une si
belle matJtre. Je fÚ-,MonficurJ
<voftre trrs) &c.
1 VIGNIER.
Il y a des naufrages dans
le commerce des Dames
comme dans celuy des Mers,
& un jeune Cavalier, nouveau
venu dans la principale
Ville d'une Province fort
voifinc de Paris, en a fait
depuis un mois une assez facheuse
épreuve. Comme il
entroit quelquefois dans les
belles Assemblées,il receut
dans l'une l'honneur du Bouquet.
Cela engage selon la
coûtume à continuerla Feste.
Un autre auroit fait de ce
Bouquet, un usage qui eust
tourné à la gloire
; mais cette
faveur ne surpassant pas
moins l'espérance du Cavalier
, que ses talens en galanterie,
il en demeura aussi
étourdy, que s'il se sust Y14
accablé de la plus rude die.
grâce. Il tue silongtemps à
en revenir, que quand il
voulut s'acquiter des premiers
devoirs de saFeste, la
Dame à qui il la deuoit
)
ôc
qui sçait parfaitement bien
son monde, luy fit dire qu'-
on ne s'en souvenoit plus; &-
non seulement ta Porte luy
fut refusée,mais encore celle
de toutes les Balles de les Amies,
qui aprirent l'avanture.
Cecy peut servir d'exemple,
pour faire éviter de pareils
écueils. Le monde est combleune
Ecole nécessaire, où
la Jeunesse trouve à s'instruire
de beaucoup de choses que
l'on n'apprend point ailleurs;
& si les Leçons qu'y donnent
les Dames, sont quelquefois
dangereuses
,
elles ne
laissent pas d'estre utiles,
peur qui se veut perfectionner
dans la Science des honnestes
Gens.
,
Puis que nous sommes sur
les Avantures, j'ajoûte la
Galanterie que le ferment
d'une Belle a fait naistre,
dansuneVilleoù il setrouve
quantité de Personnes considérables
de l'un& de l'autre
Sexe. Elle avoir jure de ne
plus joüer à l'Hombre, &
d'endéchirer les Cartes la
premièrefoisqu'on luy en
presenteroit, parce que le
Jeu ne luyavoit pas esté favorable
pendant quelques
jours. Un de ses Amis ennuyé
de ce serment,résolut
un soir de je déguiser, & sçachant
qu'elle avoit chez elle
grande Compagnie
,
il luy
porta un Momon d'une
grande partie des Cartes de
cejeu, sur lesquelles il avoit
écrit les Vers suivans.
SPADILLE. AVHombreje commande au
Roy,
l'yfuis le premier Matadorc;
Mdis a qua) mefert mon employ,
Lors quIris que chacun adore,
Efi en colne contre moy.
Estant bigny defi mémoire,
Etchasséde devantfisjeux.
Je nepuisplus avoir de gloire,
N-de pUifir das ces beaux Lieux.
1 MANILLE.
lrtS')II/frf)fJt quIris vient de faire
aSpadiUe,
Moy qui nefuis quune Manille3
Je devrois bien me confileri
Maisefire mal avec laBelle,
1 Cemest, à ne vous rien celer,1
Vne avanture trop cruellex
Tourla Couffrirfans enParler.
BASTE.
Non fbrl cfidtsfinsinhumainsy
1ns maintenant me rebute;
Jefuisàfii colore en bute,
Et doiscraindre, diion, de tomber
vcii"iInlssesniains. ) 1;. 1
Jifuelquc effortquefur mOljefaffey
Pourfnportercette menace,
lescay quil efifi doux de vivrefoui
ses Loix)
Jjhie le rangquon me donne au dessUs
1 de nos Roys,
Nepetit me confôlcrde matrifie difiLEPcrrOacNe.
TE DE COEUR.
Voyez, comme icy-bas chaque ihoje
sepaffe;
Labelle Fris efioit hyer aufoirfom
mes Loix,
Et voila quaujoiirâ*huy la CrueHt
silasse i
De mechérir conmcautrefois.
Ce changementsubit ma causé tant
dallarmes,
gues voulus prendre les armes
Tour me ranger desafroideur.
Mais beUs ! qtt'auroitfait ua aujji
tendre coeur,
Contre tant d'appas &de charmes?
UNDES ROYS.
N'efloit-cepas assez,que par unsiri
bizarre
On nommiflau deffom &des Veux
dr des As,
Sans que Caimable Iris nom misi
encorplus bas,
Tar les cruels tourmens que sa maisa
nom prepare! ipourroitfuportersesinjures
méprùl
Jamais aucun de nom ne quittaJa
ïerfoma
Etmoy,qui fit; toujoursde fischar*
1
i
mes éprùy
Je vienssoùmettre
encore afiespieds
ma Couronne.
UNE DES DAMES.
Contre la coutumedes Dames) imurmurent quadleurs EplllX ront porter AUtrepart leurs amours
&leursjlÂmes,
Ce nous estoit, Iris, un plai/ir des
plut doux,
pe voir que nos Marys abadonnoient
leurs Femmes,
Tourse ranger auprès de vous,
^uoy quesouvent par vous noto
fcjfions écartées,
Bien loin d'en tflre rebutées,
Malgré nostrefort inhumain,
Cbdiune de nous Avecjoye
Cherchoitsubtilement lavoye
/Je retomberdans vofire tarifa
Mats attjourahuy qu'on nou* rebutel
Iusques à vouloirnombrûler,
Jlestrjray, belle Iril, que d'une telle
chûte
Riin ne feauroit mut con/Ôltr.
UNDES VALETS.
htl.u!ejita~tonfût contre vouéP
Pour méritervojtre courroux,
Etfournous condanerauxflkmesf
H'estoit-cep*s afftz>de vos yeux
pleins d'appm,
Sansjoindre au feuqu'ils ont, des
juplicesinfantes,
Pour avancer nostretr Jefuts toutprestencore,&j'enferêk
fort aifl) brûla auprès deux,, "elmInpl
grandfouhaiti lMaM de brûlersurde la braise,
t sissvojtrevalet»
La Dame a esté touchée
des plaintes de ces pauvres
Cartes, & elle joue comme
auparavant. Le Momon luy
parut si spirituel, qu'elledéfia
celuy qui l'avoir imaginé
d'en trouver un autre qui le
surrassast en galanterie. Il
accepta le désy,& le lendemain
illuy porta un Miroir
de prix dans une grande
Corbeille,couverte de Fleurs;
& comme elle demanda ce
qu'elle jouëroit contre cet
autre Momon, le Cavalier
répondit qu'il n'y avoir rien
quipust payer ce quelle verroit
dans la Corbeille, quand
elle la découvriroit.Enmesme
temps il luy donna le
Madrigal qui suit
,
qui fut
une Enigme a cette belle
Personne
)
jusqu'a, ce qu'elle
eut aperçeu le Miroir caché
fous les Fleurs.
J Efuis, charmante Iris,unmomob
d'importance^
Chacun mefait la Cour enFrancey
En Ffpaene, & d.1IJ.f chaque Etat*
Jefuis toujours plus tranfparant
que Condei
Etdu Soleil la lumièreflciJnde,
A chez, vous moins que moj de lumière
& déclat*
Heureux l'objet qui trouve tïimty
des çhiYWSî
Et qui Je plaijl comme voua à me
voir.,
Malheureux qui me hait, & qui de
dcjtjpoir,
J j v ,
Four me détruire, pred des armes.'
Surtoutjefuis ,¡.Iif, sidelie & de'i:at^
Iefatisfaistoûjêurs U Betuté brune,
eu bknde;
Enfin r¿'(J'-t.Í allez,voir, en décQuVrAnt
ce Plat,
Zne desMerveillesdumonde.
Maisilfautprudemmentje comporter
ICJ;
CArJidans ce moment vous mefaites
14 moue, oJqtle je vous aime,&voui
louf,
le vin*stray ti m:"t(4fJJfl.
La Dame agna le Mognon,
& le C iv a u.>l!:jn;l la
~J-i^ure,
Gageure. Voila de quelle
maniere le tout se passa. Ce
qui me reste à vous dire làdessus
; c'est que ces spirituelles
Galanteries,font de
Mr de Grammont, de Richelieu.
Le zele que les Religieux
d'Elincouront fait paroistre,
par le solemnel Service qu'ils
ont fait pour la Reyne fia
Lundy 25.dudernier mois,
mérite bien dt n'estre pas
oublié.Elincour,Madame,
estun Prieuré considérable
proche Compiegne, d'anciensReligieux
de l'Ordre;
de Cluny, dont Mr l'Abbé
de Villacerf est Prieur Commendataire.
Je me souviens
de vous en avoir parlé, lors
qu'ilsfirent desRéjouissances
pour la Naissance de
Monseigneur le Duc de
Bourgogne, d'une maniere
qui les distingua. Je ne vous
diray rien de ce qui regarde
ce Service, ny du grand nombre
de Lumieres, ny de la
Tenture de l'Eglise, ny des
Ecufïcns aux Armes de la
Re"ne,en Brodel-je, ferres
Je)mrteonutt. Jemare'ieray so uau
MiuloLc
, ôc aux
autres Ornemens particuliers.
Sur la grande Porte
du Choeur à six pieds proche
la plus haute élevation
de la Voûte
,
paroissoit un
Arc-en-Ciel, dont les extrémitez
estoient éloignées des
Piliers qui soûtiennent cette
Voûte, d'environdeux pieds
de chaque costé.L'espace
qui restoit tout autour de
l'Arc-en-Ciel jusques à la
Voûte, estoitremply de
Nuées, sur lesquelles on
voyoit plusieurs Anges; &
sur la plus haute élévation de
rArc-en-Ciel estoit l'Ame de
la Reyne, entre quatre Anges,
avec ces paroles de la
Sagesse. In Animas Sanctasse
transfert. L'espace qui renfermoit
l'Arc-en-Ciel, estoit occupé
d'un grand Ecusson, &
au dessous on lisoit l'Inscription
suivante.
IMPERATORUM, RlGUM8
PURIOR SANGUIS,
HISPANIARUM INFANS,
Uo CONJUGE LUDOVICO MAXIMO;
MINOR.
AD IPSIUS LÀTUC PROPRIA LUCE
CUM LAUDE SE SIGNARE VALlIT.
OMNIUM RETRO L'EMINARUM
MAXIMA, VIXIT. OBIJT.
JACET IN TUMOLO, CINIS EST
AT QUIA
FIDEMSERVAVIT, CHARITATEM
PRIMUM RETINUIT, AUXITE.
IN SE IPSAM PIE CRUDELIS,
IN ALIOS ULTRA PENE MODUM
BEN I G N A,
CoeLUM TENET, REGNAT CUM
CHRISTO,
SPLENDET IN GLORIA.
Tout cela estoit soûtenu
par quatre Colomnes. Entre
la seconde & la troisiéme,
estoit rentrée du Choeur.
Entre la prcmiere &.la ièconde
, on voyoit la Foy,
avec ces paroles du Psal. 65.
Posuit animam meam ad 'Vi..
lam; & entre la troisiéme &
la quatriéme, estoit la Force,
avec ces autres paroles qui
font la suite du mesme Verset.
Non dedit in commotionem pedet
meos. Au dessus de ces Figures
,un peu à costé, vers
les extrémitez de l'Arc-en-
Ciel, estoient deux Emblémes;
la Sevérité au costé
droit, avec ce mot, Sibi; &
la Compassion au costé gauche,
avec cet autre mot,
Alttri.
Au milieu du Choeur eftoit
une Estrade, couverte
d'un grand Drap noir. Sur
cette Estrade on avoit élevé
une Représentationà la hauteur
de sixpieds, couverte
d'un grand Poële de Velours
croisé de Satin. Sur cette
Représentation
,
qui estoit
sous un Lit de Parade de Velours
à Crêpines d'argent, il
y avoit un Carreau qui portoit
une Couronne de vermeil,
couverte d'un grand
Crêpe, pendant sur l'Estrade
de cofté & d'autre. La MetTe:
fut celébrée par Mr Cottard,
Prieur Claustral d'Elincour;
&l'Oraison Funébre prononcée
par un jeune Religieux
de cette Maison, qui s'enacquita
tres-dignement. Il prit
pourtexte ces paroles du
Chapitre 12. de l'Apocalipse.
Deux Aîles d'un grand Aigle
furent données à la Femme pour
volerdansson Lieu, & fit voir
que la Reyne avoir eu toute
la grandeur,ôc toute la gloire
qui ébloüit les Hommes,
toute la grandeur & toutela
gloire qui fait les Saints; &
qu'elle s'estoit servie de ces
deux Grandeurs, comme de
deux fortes Aîles, pour voler
continuellement à Dieu
qui les luy avoit données.
Ce Discours reçeut l'applaudissement
de tous ceux qui
l'entendirent.
Mr de Woigny, Aumônier
du Roy, & Curé de la
Paroisse de Méray lez Monfort-
l'Amaury,fit faire aussi
un Service dans son Eglise
au commencementdu mesme
mois. Le Pere Angélique
de Paris Capucin, y prononça
l'Oraison Funébre
,
& s'attira
l'approbation de toi: la
Noblesse, qui s'yestoit rendue
en grand nombre.
Les mesmes Services ont
esté faits avec beaucoup de solemnité
, dans l'Eglisede S.
Martin deNonancurt,par le
Maire de la Ville
;
à Chartres,
par les Juges Consuls, Mr
Auvray pour lors Président,
en ayant pris laconduite; &
à Eraines,à quatre lieuës
d'Abbeville,où Mr Taxdif
Doyen officia, & où Mfk
Maire, l'un des Curez du
Doyenné fit l'Eloge de la
Reyne.
Toutes les Paroisses &
Convents de la Ville de
Chauny, se font acquitez du
mesme devoir avec beaucoup
dezele& de pompe.
Un Chanoine Régulier de
Sainte Croix entreprit en
une nuit l'Oraison Funébre
de cette illustre Princesse,
& la prononça le lendemain
d'une maniere à devoir estre
content du succés qu'elle
eut. Il divisa son Discours
en trois Parties, fondées for
trois auguiles Titres, qui
composoient la Personne de
la Reyne Reyne de France,
Epouse du Roy Tres Chrestien,
Infante d'Espagne. Tout y fut
digne de la grandeur du Sujet,
& de la réputation de
l'Orateur. Les Minimes (è
diftmouerent, comme ils
font dans toutes les grandes
oçcaúans,
Au Service qui fut fait le
18. Septembre dans l'Eglise
de Nostre-Dame d'Etampes,
plusieurs Figures & Deviiès
composoient le Mausolée.
Ces Figures estoient la France
en deüil fous l'Habit d'une
DéeÍfc, avec ces mots, Fubes
reno-vare dolorem, pour faire
connoistre qu'il n'y a pas
encore dix-sept ans qu'elle
pleuroit la perte de laReyne
Anne d'Austriche.
La Renommée en Habit
lugubre, sonnant sa Trompere,
Itclamor Coelo. Lestristes
cris que la mort de la Reyne
a fait pouffer, ont elle juiques
au Ciel.
La Reyne soutenue par
deux Anges qui l'enlevent.
Vim patïtur Coelum. On ne
peut entrer au Ciel qu'en,
possedant les vertus de cette
auguste Pnacesse, qui doit
servir d'exemple à toutes les
Personnes de ion rang.
Le Soleil. Occidit & oritur)
Cette incomparable Reyne
paroistdans le Ciel comme
un Soleil naifk.nr, avec beaucoup
plus d'éclat que celuy
qui nous ^c!aî;e.
Une Junon. Juno Gallici
jovis. Les Poëtes disent que
Junon est appellée Déesse
des Royaumes & des Richesses,
& qu'elle a pris son
nom Àjuvandoy comme Ju".
piter est dit Juvans Pater.
La Reyne prosternée au
bpoiecd d'un Crucifix. Non de
mundv Peznvm.
Le Roy ayant une Epée
à sa main droite, & un Trident
à lagauche, & fous les
pieds un Globe terrestre.
Solo & Sd/o imperat.Toutes
ces Devises répondoient à
une Epitaphe de cinq Vers
Latins qui selifoienclurle
Mauiolée.
Le mesmejour 16. de Septembre,
les Religieux de
rabbayeRoyale de S. Gertnain
des Prez firent un Service
particulier avec une cntiere
magnificence. Dans la
Nef,à trente pieds du grand
Autel, qui est environ le milieu
de l'Eglile, estoit élev
UnMausoléedefigure quarrée,
sur un Socle de deux
pieds, posé sur trois degrez,
& au dessus un Piédeitalcontinu,
dont les quatre angles
cftoient renfoncez à doubles
pans, pour p^rre. huit F'^utes,
qui rcpï,"se,utoint lep
Vertus de laReyne. Ces figures
estoientattifes iur un
Socle, &appuyées sur lePiédestal'quifaisoit
une avance.
Au dessus de ce Piédéstâl on
avoir posé quatre Colomnes
de marbre noir, & d'ordre
Corinthien, chacune defquelles
estoit entourée de
Branches de Cyprès, enrichies
d'or, avec des Lampes
mires dessus. Les Chapiteaux
'& les Bases de ces Colomnes
cftoknt de bronze, & au deC
las des mtlmes Colomnes,
il y avoit untntablement
4con*ifoie delafeule Corniche
& Frite. Sur cette Frise eltoient
potées des Campanes,
chargées de Fleurs-de-Lys
d'or5 & de Tours de Caltille
à Houpes d'or & d'argent;
& dans le milieu de chaque
Face on voyoit un petit Fronton
que composoient deux
Enfans en relief, assis, & tenant
chacun une Torche
-
renversée qui s'éteignoit.
Ces Enfans estoient drapez
de gaze d'or, aussi-bien que
des Testes de Mort, qui paroissoient
au milieudu haut
de ces Frontons. Pour couronner
le Mausolee, on avoit
fait un Amortissement, sur
lequel estoit posée la Figure
de laReyne, avec son Ange
tutelaire, qui luy montrok
la gloire à laquelle elle afpiroir.
Ces deux Figures avoient
esté moulées en cire
par le SrBenoist. Sous les
quatre Colomnes qui fai-
[oienc une manière de Daii,
cftoit la Représentationélevée
sur trois degrez, & couverre
d'un grand Poçle de
Velours croisé de toile d'argent.
La Couronne voilée
d'un Crêpe, eiioit sur un
Carreau à la tee de la ft&s
préfenration; & auxpieds, le
Manteau Royal, avec la Figure
aussi en cire) de l'Eu..
rope deiolée.
Tout ce Maufolce que )'ay
fait graver dans la Planche
que je vous envoye,estoit
couvert d'un grand Pavillon
garny d'Hermines, dont les
lix aîles defeeodoient lur (ix
Piliers,quisoûtenoient quatre
grandes Arcades, o rnées
de Velours en ceintre, chargé
de Larmes & de Fleursde-
Lys, & bordées de Campane
de toile d'argent à Houpes
de mesme, chaque Arcade
estant separée de l'autre
par un Pilatre de Velours,
aussi chargé de Fleurs-de-Lys
d'or, & de Larmes. Le Grand
Autel qui est entre la Nef&
le Choeur, estoit seulement
orné d'une fort grande Croix,
& de vingt grands Chandeliers
d'argent, avec un riche
Parement d'Autel de vermeil
doré du cofté du Mausolée,
& d'unautre de Velours
croisë d'argent du cofté du
Choeur.
A la droite, au pied de la
première Colomne de ce
JMaufolée, estoitl'Elpérance,
avec ion Ancre a la main, &
les yeux au Ciel.L'Oyièau
de Paradis en l'air, & ces
1110t5, Plus Coeld um Solo)
faisoient la Devise du Piédeflal.
A cofté de l'Erpérance
paroissoit la Charité, tenant
un Coeur embraie, & jettant
les yeux vers le Ciel. Dans
le Piédestal estoit un Miroir
arclant,retféchiflant (es rayÓs
vers le Soleil, RefleÛitadunumy
pour faire voir que la Reyne
ayant reçeu des graces excraordinaire
sde Dieu, ne s'en
est jamais lervy que pour Ça
gloire.
LaMajefté3 la Couronne
en resse, & le Sceptre en
main, estoit placée à la feconde
Colomne du mesme:
coHé; & sur le Piédestal, on1
avoit peint une riche Montres
couronnée, avec cesmots.,,
Æmu! Sohs, pour dire que3
ce que le Roy faisoit pour-il
l'Etat par les viétoires, la&
Reyne le faisoit auprès des,
Dieu par sa pieté.
A l'autre face de limcfmcaj
Colomne, estoit laSoûmiH
fi=in; & au Piédcfiai) unn
Quadran en maniéré d'An-r
neau percée au travers duquel
le Soleil marquoit l' heure
par un rayon' de lumiere,
Horasluminesignat. LaReyne
a réglé toutes ses avions par
les lumieres que Dieu luy
donaoit.
A la troisiéme Colomne,
paroissoit la Paix, tenant une
Branche d'Olivier- & au
Piédestal estoit la Colombe
revenant dans l'Arehe de
Noé, avec uneautre Branche
d'Olivieren son bec.
Optate&bajula paris Le preniier
Fruit du Mariage de la
Reyne, fut la Paix crené;ile
avec tous les Princes der avectousles PrWccs d(,- I"Eqn
L'Histoirecouronnée de
Laurier, & tenant un Livre
& une Plume, estoit représènsée
à l'autre face de cette
Colomne; & sur le Piedestal
estoit un Cédre abatu pour
en faire quelque Ouvrage.
Hinc opus æternum. Commel
le Cèdreest un Arbre qui ne,;
pourrit point, on s'en
ièrvoic:
autrefois pourécrire ce qu'-
on vouloit quine fust jamais
--rois enoubly LaReyneafaia
tant d'aionsdevertuquJlelle
mérite que la mémoir-a
en foit icujours consèrvée.
La Forcc,avec Ion SymboI.
- pi dinaire.
ordinaire,estoit à la quatriéme
Colomne; & au Piédestal,
rUne Allée de Cyprès,tirée à
la ligne. Immoto ordine crescit,
pour marquer la fermeté de
Ja Reyne à pratiquer toûjours
la vertu, la justesse du
choix qu'elle a fait des vertus
propres à son état, & la
serveur avec laquelle elle s'y
est perfectionnée.
A l'autre face de cette Co- -
lomne, on voyoit la Religion
tenant une Croix; & au
Piédestal, une Bibleriche-
- -
qu'encore que les grands
exemples de pieté que donnoit
la Reyne, fussent d'un
tres grand éclat, sa principale
gloire consistoit dans les
sentimens intérieurs deReligion
qui ont animé les
actions.
Sous l'Impériale du Mausoléeau
pied de la Représentation,
estoit l'Europe affligce.,
ayant pour Devise un
grand Arbre, tombant (ur
quantité d'autres plus petits,
qu'il renversoit par là chûte,
Casus non spectat ad unam. La
France n'est pas la feule qui
soufre de la mort de la Reyne;
tous les Etats de l'Europe
y perdent aussibien
qu'elle.
Sur les quatre faces de
l'Estrade ervpre les Bases des
Colomnes, estoient ces quatre
Devises dans quatre Cartouches.
Un Vaisseauchargé de
"Marchandi[e) faisant voile à
la sortie du Port,Onusta recedit.
La Reyne fort du monde,
chargée des mérites que ses
bonnes oeuvres luy ont acquis.
Un Coin de Monnoyc,
avec un Loüis d'or quiviend'enestre
frapé, Sic parit IU
parem. La Reyne a donné è
la France dans la Personne
de Monseigneurle Dauphin
un Prince qui nous repréfente
les Actions merveilleusesde
Loiiis LE GRAND.
Deux Palmiers qui se joi-.
gnent par dessus une Riviere,
avecces deux demy
Vers de Vénance Fortunat,
au sujet du Mariage de Sigebert,
Roy de France, avec
Brunehaut, Infante d'Erpa"
gne.
;---- Nihilm^mmÀm*nt&HS i
obflat.
Quos jungi divina volunt.
Pour représenter l'union,des
deux Royaumes par le Mariage
du Roy avec la Reyne,
qui se fit sur la Riviere de Biaffoa.
UnBaffin de Fontaine, recevantl'image
du Soleil, Fulgida
Sole fuo. La gloire du
Roy, a toujours esté comme
par refléxion, celle de la
Reyne.
Sur les quatre faces de la.
Corniche, estoient quatre
autres Devises dans leurs
Cartouches, relevez en or.
Un Tabernacle bien doré
& fermé.Plena Deo. On
sçait que la Reyne estoit toû-,
jours remplie de l'esprit de
Dieu.
Un Jeu d'Orgues, Spiritus
intus agit. Le S. Esprit, que
l'Ecriture nous représente
fous le symbole du Vent, a
toujoursanimé les actions de
la Reyne, bz fait l'harmonie
de sesvertus.
Une Fusée volante, d'où
s'élevoient en l'air cinq Etoiles
en forme de Couronne,
& qui laissoit tomber vers la
terre un feu artificiel ayant la
figure d'un Dauphin, Foetu
i ctarafuo. La Reyne a donné
cinq de les Enfans au Ciel,
--
& fait le bonheur de la France,
en luy donnant Monseigneur
le Dauphin.
Une Lampe d'Eglise allumée.
Deo & Ecclesiæ. La
Reyne n'a jamais employé
les lumieres de sa Foy, ny
les ardeurs de sa Charité,que
pour la gloire de Dieu, & le
service de son Eglise.
Dom Antoine Gallois, Religieux
de l'Ordre, qui prononça
l'Oraison Funébre, est
l'Autheur deces Devises; &
le Mausolée avoit esté fait sur
le Dessein de MrBullet,dont
je vous ay déjaparlé, & qui
a fait tant de choses pour
l'embellissement de Paris.
Je vous envoye quelques
Vers, sur la mort de cette
auguste Princesse. MOurir efi lefort des Hitmains;
Les Sujets, ny les Souverains,
Ne peuvent appetler de cet Arrejt
funefie.
On le reçoit diferemment^
Selon que la grâce celefic ,~e
Nom imprimefon mouvement.
siAIsjamais dans un rangsihaut&
si charmant,
Qu l'on ne trouve rien qui ne flatc
& neplaifey
On na viu cefatalmoment -
Avecque ta»td.joje&de dllllche.
ment,
£#lel'a veu Caugufle THEklSE.
~Q ,
Ce Madrigal est de Mr le
Président de laTournelle de
Lyon. M Rault de Roüen,
achoisy l'Apus, ou l'Oyseau
de Paradis, pour en faire une
Devise, dont ces mots font
l'ame. Terræ commercia nescit,
L'Oyseau de Paradis, quiest
d'une beauté merveilleuse, ôc
d'une espece rare & particuliere,
füittoujoursla Terre,
êc vole incessamment vers le
Ciel. Aussi tient-on que cet
Oyseau est sans pieds, & que
la Nature luy a donné un
filer,avec lequelil s'accroche
aux Arbres, pour se re-
JpoSLserIla nuit.
CApm d'une aile legere,
Fuit la Terre, ér s*eleve au haut de t émifplure,
Foury jouir etun airpur & délu
deux,
ZI-le ne fait pas THE^ESE, à qui
fin origine
Dit que fan efîre vient d'uneSource
divine?
Bile enfuit du monde, cr va t.
joindre aux CÙIJX.
Mr Dumats deJoigne,est
Autheur du premier des deux
Sonnets qui suivent. MrAvice
de Caën,a fait le second
SUR LA MORT
DE LA REYNE. LEsplusbrillantes FleursPllffint
dans un Parterra
Et ilS Loy aes Dej/ilis qutnepardonné
arien,
Sans avoir nul égardptur le plus
be4H litN)
Fait à tout ce qui vit une mortelle
guerre.
THERESE,cette Fleur l'ornement
deU Terre.
Lagloire tkj François, leur Rcyne,
leutfoutien,
Apres avoir tfié leurpltpssolïde
kUny
faroift en un moment comme linfra»
rile Verre.
Lecteurs qui prenez part aux regrets
de sa mort,
Árrcjh;".vUJ unpeupourApprendre
fin fort, 4J
Vous efara avancez pour voirson
Mausolée.
Sftcbez, quesi le Ciel lenlevant à
nosjeux,
faitle deuilde 14 Franet) &lA rend
dcfoléey
Elitaugmente des Saints le mmlre
glorieux.
SUR LE MESME SUJET. LA Parque nous ravit une Reyne
Adorahlt,
.f<!!,t l'on vit toujours humble aufein
de lagrandeur.
Son égalité d'amc,çrfa rare donceury
Aux Siecles à venir la rendront mémorable.
Cettefige Trincejje en tout incomparable,
Donnoit a ta vertu toutpouvoirsur t fin coeur.
Jamais dans £Oraifin vit-on plaê :
deferveur,
ÆI dansses cbaritez, eut-elleifnfcm»
hlAblef
Attachée a remplirfis devoirs chaque
jour,
Ta/finpieux exemple elle infruifiit
la Cour,
En livrant aux lechez une eternelie
guerre.
TÛJ qu'acharmésa vie, Qr quesi
mortftrprcnd,
Etênne-toy plutost dans un malheur sigrand,
.f<.!;'MilAnge aitdemeurésilongtemps
sur lA Terre.
Le plaisir que vous avez
pris a tout ce que jevous ay
écrit des diversesMillions
des Peres Jesuites dans les
Pais éloignez, me fait croire
que vous ne ferez pas fâchée
d'apprendre quelque chose
de celle que le Pere Haudiguer
entreprit l'année derniere
avec le Frere Claude
Desmoulins, du cofté deTripoli.
Comme les Chrestiens
de ces quartiers-là ne font
veus de leurs Pasteurs que
deux ou trois fois l'année,
parcequ'estant là parmy les
Turcs dans des Métairies féparées
les unes des autres, &
éloignées des Villages, ils ne
peuvent pas aisément faire
venir des Prestres, ny en aL
ler chercher, ils manquent
presque toûjours d'instru-
6hon & de consolation spirituelle;
cela est cause qu'encore
que la plupart ne soient
ny si misérables, ny si pauvres,
que ceux des Montagnes
qui tirent vers le Midy
ils longent à le retirer de là,
aimant rr ieux, disent
-
ils,
estre malheureux parmy les
Maronites, qui font sous la
dominationd'unGouverneur
Chrestien, que d'estre à leur
aise dans les Métairies des
Infidelles. Le premier Vil-,
lage, où ces deux zélez
Millionnaires arriverent,s
pelle Safra. Ily avoit un Curé,
& le nombre des Paroissiens
y est d'environ quinze ou
vingt Maisons. Apres les
avoir instruits de toutes les
choses qui regardoient kui
salut, ils se rendirent à une
Métairie qui estoit à une
,
lieuë &: demie de ce Village,
r
sur une Montagne roide àc
escarpée. La Cabane de ces
bonnes Gens, longue de
vingt ou trente pieds, &
large de six ou sept,n'avoit
pour muraille & pour toit
que des
-
Epines seches, ôc
au dedans il y avoit six ou
sept rangs de Tabletes, chacun
de cinq ou six étages,
les uns sur les autres, faits de
Cannes & de Roseaux. Ils
regnoient depuis un bout de
la Cabane jusques à rautrej
& sur ces Tabletes estoient
les Vers à soye mangeant les
feuilles de Meurier. C'est
ainsi que ce font en ce lieulà
les Cabanes pour les Vers
à foye. Ces. Vers mangent
nuit & jour,à l'exception de
trois ou quatre jours qu'ils,
jeûnent, apres quoy ilsfont !
leur soye. Vous jugez bien
que les deux Millionnaires.
ne quiterent pas cette Cabane
sans donner des preuves
aux Chrestiens qui l'habitoient,
de la charité qui les
avoit attirez. Le lendemain
ilsallerent à un Bourg nommé
Lebail, qui est sur le ri
-
vage de la Mer, & avertirent
tous ceux des Cabanes
quiestoient sur leur chemin,
de s'y trouver le Dimanche.
Tous les Païsans des environs
ne manquèrent pas de
se rendre ce jour-là à la Chapelle
du Bourg, outre laquelle
il y a une fort belle
Eglise, bastie régulièrement
comme les Eglises de France.
Elle a une Nefconsidérable,
des Aîles, & une Voûte de
pierre fort haute, soûtenuë
sur des Piliers assezdélicats;
mais elle est profanée par les
Turcs, qui s'en serventcomme
d'une Ecurie. Au sortir
du Bourg, ils prirent le chemin
des Montagnes, & arriverent
a Edde, à Gafe, & à
Bentael. Ce sont de petits
Villagesruinez
,
où demeurent
les Chrestiens, & où il
y a des Eglises qui paroissent
anciennes, mais elles n'ont
rien de rare, & font basties
fort grossierement. Ce qu'il
y a de plus remarquable surces
Montagnes,c'est le nombre
prodigieux de MonaC.
<
reres ruinez, & de Chapelles,
dont les restes sont voir la
pieté des anciens Chrétiens.
Le Caresme que ces bonnes
Gens observent en ces lieuxlà,
est bien diférent du nôtre.
Ils commencentà jeûner des
le Lundy, sans user ny de
Beurre, ny de Lait.'Y mais
tous les Samedis, toutes les
Festes ôc Dimanches du Caresme,
ils ne jeûnent point.
Ils font seulement abstinence
de Viande, de Beurre, & de
Laitage; & depuis Pasques
jusques à la Pentecoste,ils
font toûjours gras, sans faire
nulle abstinenceny le Mereredy,
ny leVendredy, qui
font les deux jours d'abstinence
qu'ils font dans la semaine
tout le reste de l'année
, comme nous la faisons
en Occident le Vendredy &
le Samedy. Ce qu'il y a de
plus rigoureux, c'est que les
Gens de ce Pais-là ne mangent
jamais avant trois heures
apres midy, & n'osent
mesme boire une goûte d'eau
avant ce temps, a moins
qu'ils ne soient malades à
l'extrémité. Les Enfans commencent
à jeûner régulièrement
à 1âge de six à sept ans.
Il y a des Religieux dans
quelques Convents Maronites,
quigardent l'ancienne
coutume de l'Eglise, qui est
de ne manger qu'apres le
Soleil couché; & la principale
devotion des Religieuses
du Pais, est de demeurer
deux jours, & quelquefois
trois, sans manger aucune
chose. Le Patriarche, les
Evesques, & les Religieux,
font maigre toute leur vie,
si ce n'est lors qu'ils font
dangereusement malades, , encore quelques-uns aiment
ils mieux mourir, que de
manger de la Viande. Outre
lejeûne qu'observent les Maronites
dans le mesme temps
que nous faisons icy le Caresme
,ils ont encore trois
abstinences. La premiere est
de vingt jours, & s'observe
avant la Nativité du Sauveur
du Monde. La seconde est
celle de Notre-Dame; & la
troisiéme, des Apostres Saint
Pierre &Saint Paul. Ces deux
dernieres font chacune de
quinze jours. Pendant ces
abstinences, ils ne mangent
ny Viande, ny Beurre, ny
Lait; & comme ils sont extrémement
pauvres, la plu-1
part
]
art d'entr'eux se trouvent
réduits au Pain secs qu'ils
trempent dans l' huile, ou
dans l'eau. Plusieurs jeûnent
aussi durant le temps de ces
abstinences, mais ce font
jeûnes de dévotion. Ils sont
tres-exacts dans cette pratique,
& cest la plus considérable
vertu du Pais. Ils ont
encore beaucoup de fermeté
dans la Foy, & une venération
particulière pour le Pape.
Ainsiquand on leur en montre
quelque Bulle, ils la baisent,
& la mettent en suite
sur leur front & sur leur teste
pour marque de vénération
& de respect. On en voit peu
parmy eux qui se fassent
Turcs; au lieu que les Grecs
font profession du Mahométisme
à la moindre occasion
qu'ils en ont. Il y a environ
trois ans qu'un Archevelque.
Maronite s'embarqua pour
aller demander à Sa Sainteté
la confirmation du Patriarche
des Maronites, desquels
il menoit avec luy trois jeunes
Gaçons, pour les faire
instruire & élever au College
de Rome. Ils furent tous pris
par les Corsaires de Tripoli.
L'Archevesque, & deux de ps'abEonrfda,ns, furent rachetez
& remis en liberté.
Les Infidelles garderent le
troisiéme,&tâcherent par
toute forte de voyes de l'obliger
à trahir sa Foy. Illeur
résista avec un courage pareil
à celuy des Martyrs, & leur
dit, que quand ils le couperoient
par morceaux, il ne
cesseroit jamais d'estre Chrétien
, parce que la Religion
Chrestienne,leur disoit,il)Sélevoit
autant au dessus des
autres Religions, que l'huile
s'éleve au dessus de l'eau.
Ces Infidelles croientetonnez
d'entendre parler un
jeune Maronite de douze à
treize ans, avec tant de résolution
& de courage. Ils
luy brûloientles bras, en luy
appliquant sur la chair des
Clous tout rougesde feu;
mais ce jeune Enfontpréve-J
noit la fureur de ces Barbares,
& ofroit son corps à brûler.
auxflâmes avec une conCtance
admirable,sans donner
aucune marque de crainte
ny de douleur. Il s'attira par
là l'estime & la venération,
des Turcs mesme,qui le mé-*
lagerent en suite, & le traiicrene
avec moins de cruauté.
Enfin desespérant de le
pervertir, ils prirent la rançon'
que Sa Sainteté envoya
pour luy, ôc le laisserent aller
à Rome. Cette fermeté fait
voir que s'il y avoit dequoy
entretenir un plus grand
nombre de Missionnaires
pour cultiver les Chrestiens
de ce Païs-là, on y feroit de
grands fruits, & que les charitez
de ceuxquiassistentles
Missions du Levant, ne peuvent
estre employées plus
utilement.
bien les aller instruire. Ainsi
ils passement cinq ou (Ix jours
dans ces Jardins, où il y avoit
plusieurs Cabanes de Païsans.
Quelques Gens du Païs
assurerent le Pere Haudiguer,
que proche de là il y
avoir une Caverne, où l'on
voyait deux monceaux, l'un
d'or, l'aurre d'argent, dont
une partie estoit en lingots,
& le rcite monnoyé. Un
fort honneste Homme, dont
la probitéestoit reconnuë en
toutes choses, luy prôtesta
qu'il avoit esté luy-mefmc
dans cette Caverne, ainsi
que deux ou trois Personnes
qu'illuy nomma, & qu'ils
avoient tous veu ce Tréior.
Il ajoûtoit une chose qui
tient beaucoup de la Fable,
& qu'apparemment vous ne
croirez pis- c'estqu'un petit
Ruisseau couloit dans la
Grote, &: qu'on le paissoit êc
repassoit aisément, pourveu
qu'on n'em portaitrien, mais
que lors qu'on prenoit quel
-
que lingot, ou quelque piece
d'or ou d'argent, l'eau croissoit
tourà coup jusqu'à la
hauteur d'un Homme, & ne
diminuoit pointqu'on n'eust,
remis ce qu'on emportoit;
&que quand on faisoit quelques
Machines pour enleuer
ces Trésors sans entrer dans
la Caverne, tour se brisoit
aussitost, en sorte qu'il eltoic
impossibled'yréünir. Parmy
les Chrestiens de ce Païs-là,
il y en a quelques-uns, qui
pour estre fort éloignez des
Pasteurs, tiennent beaucoup
plus du Turc que du Chrêtien.
C'est pour cela que
quand il passe quelquePrêtre
dans leur Cantonils se disent
Chrcftiens en secret; &
quand le Turc, qui fait l'o£-
sice de Pasteur, vient aussi
les visiter,ils sa déclarent
Turcs,&luy font un présent
comme ils en font au Curé
- Deux ou trois journées
au dele de Ragarra, en tirant
vers le Septentrion,il y a
une Nation appellée les Kesbiens,,-
c'està dire,les Adora- teurs Chiens. Ces Peuples
ont un mélange de
toutes fortes de Religions
£c beaucoup de dispositionà
recevoir la nofuc) mais ils
n'osèroientenfaire une prosessionpublique
, à
-
cause
qu'ils sont fous la domination
des Turcs.Le manque
de bien des choses, empes
cha les deux Missionnaires
dontje vous parle,daller de
ce cofte'-là/. ils prirent leur
route vers le Levant, & continuant
leur Mission parmy lesChrestiens des Montagnes
du Liban, ils visiterent
ceux de Kaserhhaoura d'Evieba,&
de plusieurs autres
Villages & Hameaux
)
& arriverent
enfin à Cannobin, où
le Patriarche des Maronites
fait sa rendence. Ils le (allièrent,
Zc en furent tres- bien
reçeus. Illes conduisit dans
un Monastere, & leur en fit
considerer le dedans, & le
dehors. Il estsitué dans le
fonds d'une Vallée affreuse,
qui s'enfonce d'une maniere
àfaire peur, entre deux Montagnes
tres-élevées,& fort
voisines l'une de l'autre. L'Egliseest
tres-obscure,& nfeft
percée que d'un costé. Il y a
quatre ou cinq Chambres
assez sombres, & peu saines.
Ils n'y demeurerent qu'une
nuit, &: partirent le lendemain
pour aller aux Cédres
du Liban. Ils marchoient
toujours entre ces deux
Montagnes, fort charmez de
voir les Ruisseaux qui se précipitent
de toutes parts de la
pointe des Rochers extrément
élevez, & qui le réiinissant
dans le fond de la
1 f {' 1 Vaüce, portent enfuite leurs
eaux avec une rapidité surprenante,
depuis le Liban
juiqu'à la Mer. C'est ce qui
est marqué dans l'Ecriture,
Quoe fluunt impetu de Libano.
On voit dans cette Vallée
pluficurs Grotes dans le Roc,
dont la plûpart ont esté faites
par laNature,&où pluficurs
Solitaires ont autrefois mené
une vie qui tenoit moins de
l'Homme que de l'Ange.
Elles font maintenantabandonnées
,à cause de la tyrannie
des Turcs quirégnent en
ce Lieu-là. Il y en a encore
deux ou trois qui font habitées.
Le Pcre Haudiguerentra
dans une, où estoit mort
depuis peu de temps en
odeur de sainteté un Gentilhomme
Provençal, nomme
Chasteüil. Il estoit d'une des
plus illustres Familles de Provence
, de laquelle Moréri
fait une ample mention dans
la seconde Edition de son
DictionnaireHistorique. Il
avoit une grande connoissance
des Lo angues Orientales,
& s'y estoit perfectionné
dans un voyage qu'il fit
à Constantinople
, avec le
Comte de Morcheville, qui
y alloit en qualité d'Ambassadeur.
Sa pieté l'engagea à
visiter la Terre-Sainte, &
son inclination à l'étude des
Livres sacrez, luy fit choisir
la retraite du Mont-Liban,
afin de s'y appliquer avec
moins de distraction. Il y
vécut dans une pénitence
continuelle. L'Histoire de ià
Vie a esté imprimée à Paris,
& à Aix en Provence, & ces
deux Editions n'empeschent
pas qu'elle ne iÕ:r devenue
tres-rare.
Au sortir de cette Vallée,
les Missionnaires prirent le
chemin de la Montagne des
Cédres. Il faut monter depuis
le Rivage de la Mer environ
deux jours, avant que
d'arriver à ces Arbres si fameux
qui couronnent la
Montagne ,
où ils paroissent
de loin, & qui font le plus
bel ornement, & la plus
grande partie de la gloire du
Liban. Il s'en trouve de me£
meespece dans quelques au*
très endroits de ces Montagnes
, mais ilsne sont point
sibeaux que ceux-cy.Il riy
en a que douze ou treizedans
cet endroit, ôc ils ne sontpasd'une
hauteur extraordinaire
pour ce qui regarde le corps
,
de l'Arbre; mais outre qu'ils
font sur des Montagnes tresélevées,
ils ont encore des
bras, & desbranches fort
grosses, fort hautes, & tresépanduës.
Le corps de l'Arbre
est~peuuny. Le plus gros
peutestreaisément embràflS
par trois Hommes, & iln'a
pas plus de six ou iepe pieds
de hauteur, mais ille divisa
ensuite en plusieurs branchs,
dont la grosseur & la
hauteur égale les Chesnes
ordinaires de France. La
Feüille est comme celle de
l'If, les Fruits, font ièinbla*
blesaux Pommes de Pin; &
le bois au dedans a la couleur
l'odeur,&les veines pareilles
a celles du Sapin. Ce bois
duretres-longtemps & on
n2 sçait pas précisément
quand ont commencé ces
r.Ai1,A_lLJJf$..J'ln*a1.S ILY.:. a dl b eScaaches
qui pourrissent & tombent
de temps en temps, ôc
quand le bois a esté coupé
& exposé au grand air & à la
pluyc, il devient vermoulu.
Les Capucins qui sont en ce
Païs-là, disent qu'ils en ont
veu pourrir chez eux. Ce qui
est tres-vray, c'est que ce
bois se conserve plusieurs
siecles sur son pied, ôc lors
qu'il est mis en oeuvrer pour
veu qu'on~en prenne soin.
Le Pere Haudiguer dit la
Messe sous ces Arbres, sur
des Pierres dressées enforme
d'Autel au pied del'un deces
Cédres, apres quoy il palfæ
avec (On Compagnon par
dessus les Montagnes opposées
au Monastere de Cannobin,
& parcourut tous les
Villages des MaranimsCOMme
ilavoit fait de l'autre côté
des Montagnes; Outre les
difficultez des chemins, its
avoient encore à craindre les
Turcs, qui estant en guerre
lesunscontre lesautres, faisoient
mille actes cruels d'ho..
stilté.Ainsi lesChrestiens
chez qui ilspassoient les
nuits, estoient contraint de
coucher avec euxsous les armes,
pour éviter la surprise,
ôc n estre pis égorgez ians
se défendre, comme l'avoient
esté quelquesuns des Hameaux
voisins. Ils travaillerent
par tout à leur Mission,
sans éprouver aucun ~fâcheux
accident, & parcoururent de
nouvelles Montagnes , où
ils trouvèrent de la neige sur
la fin de Juillet, dans les plus
beaux jours, & dans les plus
grandes ch leurs de l'année.
Ils marchoient dessus
, tant
elle estoit épaisse & solide.
Prés de ces hautes tvlongnesest
un Village, nanxaa
Tannourin, où le Curé avoit
esté contraint depuis longtempsd'abandonnerlesChrêtiens,
à causede la Taille
dont il estoit surchargé. L'Eglise
de ce Village est bastie
dePierres biensolides, entre
lesquelles ilyen a une dans
un Pilier, qui devient extrémement
humide une ou
deux fois la semaine. Quoy
qu'il y en ait plusieurs de la
mesme espece
,
elle est la
feule d'où l'eau degoute de
cette forte. Le Mercredy &
le Vendredy, les Gens du
Païs viennent témoigner la
venération particulière qu'ds
ont pour cette Pierre, qu'ils
ditent avoir touché aux Reliques
du Saint dont l'Eglise
porte le nom. De là ils allerent
à Akoura, où ilsvirent
des marques anciennes des
Romains, qui onttaillé dans
le Roc un chemin large de
plus de quinze ou vingt
pieds, & long de plus d'un
demy-quart de lieuë. Ils y
trouvèrent ces paroles gravées
sur la Pierre en caractere
Romain, Imp. DomitianiAug.
S.ïr. Tjussu Apresavoirveu
quelques autres Antiquirez
qu'ils
sur les effets qu'il produit,
quand vous aurez lu une Lettre
qui m'est tombee par hazard
entre les mains. Je ne
connois
, ny celuy qui l'a
écrite, ny celuy à qui elleest
adressée. Je sçay seulement
qu'elle est conceuë en ces
termes.
A Lile ce 6. Nov.1683. .LEs Medecins de cette ViUt','
'Alon(itur, ont eu une contteftation
a/fi forteentreuxy au
.,ruiet de
~;Kforte ent eux, sujet LAntimoine. Vous ne
stre pas fâchéque je vous en
rende compte. Ils s'ejldient diui-
PZ en trotsFaâions. La première,
dontMr de la "Barre cftoitle
Chef,fonienoitquetAntimoine
ejioitunfort bon Remede,
& propre pour la guérifen de
toutesfortes de Maladies3quand
il efloît Vien prépAré. Lafécondé,
4 la resse de laquelle paroissoit
JA- Douchet,prétendait que
l'Antimoine suil un poison qui
tùoit tous les Malades, de quelque
maniéréjjfuonteufl préparé;,
parce quillaissoit toûjours après
foy une qualité maligne dans les
lifcereSjqmfaifoit crevertHom
"Ú t'st ou tard
t
mesme plus de
'Vingt ans apru lavoir pris, 99
€juc qu.*nd il estoit unefois entre
dans le corps humAin,iln'enfortiJitjamAu
, mais hruloit
3
&
confumoit peu à peu l'ejîomach
(gp les entrailles. La troiiféme
FaSlion, plw politique
s
setemit
dans le milieusansJe résoudre i
prendreparty.LafécondéFaùhcn,
compefee des plus anciens Médecins>
Ïauroit emporte par leur
nombre, gjr par le crédit qu'ils
ont parmy le Teuple, sans l'autorité
de M: de la Rahliere,
nostre Commandant,&sans un
accidentarrivé, dontjenjayvont
dire les circonftancc.
Vn Enfantdyenviron fixans5
tomba maladeiuneEpilepfe dont
il mourut, après queson Medecin
ordinaire luy eut ordonne
lEmetique. La faflion opposee
A ce Remede
>
rienfut pas plutofl
injiruite3quelle donnaun placet
ÀMeJfieHrs du Afdgiftrllt, contenant
que l'Emétique avoit
encorefait mourir cet Enfant3 ce
qu'onpouvoit voir parsalangue
qu'il avoit toute noire, Ër gangrtnfe,
& que U violencedu
Remede luy Avoitfait tirer bon
de la bouche. Ainsi ceux de ce
Party concliïoientj a ce auilplufl
à Mefi*urs du Magiflrat
3
de
leur permettre de faire ouvrir le
Cadavreypourfaireconnlftre i
tout le monde, que l'Emérique
qu'ils traitoient de poison , efloit
cause de la mort de cet Enfant.
Mess:"urs du Magiflrat3 avec
la prudence qui leur efl ordinaire,
fourarrefler lescontedations, &
rendre juflice à qui il appartienaroitJ
ordonnèrentque leCadavre
fereit ouverten leurprejencer
A l'intervention des Chefs des
deux Fafiions contraires. L'ouverture
ayantesle faite
,
st)
leflomacb tiré hors du corps, on
examina avecune entiere exatfitude,
les parties tant vitales que
naturelles. L'examen fait, on
connut3 & M Doucbet le pr.
mier,q14,zlny avottaucunepartic
mAlade,nyinfellée de poyàn,
&que (Enfanteftoit mort dune
mort naturelle, causeeparlafeule
EpilepJie. Mesme bten loin de
trouver la languegangrenée^
comme l'avoitsoûtenu la fécondé
Faéïion, on la trouva fort belley
excepté qu'elle avoit esté moraui
entre les dents. C'cft ce qui est
jufhfié par le Procèsverbal de.
cette Viftte. Comme la plupart
desAfedecinsfuiventfort fouvent
les sentimens qu'ilscroyent
les plus propres a remplir leur
bourse3 on a crû que ceux de la
fécondéFaftion,avôient pour
butd'empejcher ceux de la premiere
d'avoir beaucoup de Pratiques
3
parce que guérilJànr promptement
lesMalades par leur AntimoineyJls
en déroboient quantité
aux Anciens, qui ignorant
les secrets de la Chimie,& par
conséquent la maniéré de bien
préparer tEmEtique, s*attachent
a la Saignéey aux Purgationst
& aux Lavemens,qu'ils rEittrentfouvent,
ordonnant des breuvages,
de petits-laits, &autru
bagatelles qui sint languirles
Malades plusse-urs années3Juivant
encela les avis de leurs Anriens,
Maladus deuil-il crevare,
comme afort bien ditMoliere.
Cela n'a point empesché
que ceux de la féconde &troisiémde
FoaSnlionnn'aéyentfowvent or- mdu ils l'ont
faitfout des noms Jéguzflz)pONY
conserver leurs Pratiques, tant ce
Remede efloit en horreurparmy
le Peuple
t & cela
>
par les dif*
cours de ceux de la fécondé FA*
élionj qui nefloit pas feulement
plus nombreuse que la prtmier)
maïs encoreappuyéepar les Apotiquaires
)
qui ne fondent pas
moins à leur intéressparticulier
que les Medccinsytant parce que fEmétique les prive du benefice
quils trouvent à denner des Purgâtions,
e des LaernensJ que
parce q5se ceux de la premiete
Faélion préparent eux-mejmes
l'Antimoineysans le secours des
Apotiquaires
,
qui ne font pas
toujoursponflueh a bien executer
les Ordonnances. -JUautoritéde M1noiïreCommandant,
qui efl tres-sçavant,
&qui connoifl les merveilleuses
ljualtte de l'Antimoine.quandil
ejlbien prépaé, a imposeftlence
aux Medecins qui sejhient dé''
Jc/arez contre ce Remede. Voila,
'tt.Monsieur, de quelle maniéré les
tcbofessefontpayées. Vouspoul/
vez men cmre , puis que vous
rfçaez que je ne fuis ny Merdecin3
ny Antiquaire,maisplus
quepernne du monde voHre
tres, st) c.
Je me fuis informé, Madame,
de ce qu'on vous adit
qu'il y avoir eu de particulier
aux Theses soûtenues Q. Arles
dans le College des Peres Jefuites.
Voicy ce que j'en ay
sçeu. Le Pere Prost,Profesfeur
de la Rhétorique, ayant
lié amitiéavec la plupart de
ceux qui composent l'Académie
Royale de cette fiu
meuse Ville,crût qu'il ne
pouvoitmieuxréüssir à leur
donner des marques publiques
de l'estime qu'il faisoit
de leur Conlpagni, qu'en
leur faisant dedier des Theses
de son Art, comme aux
Juges les plus éclairez dans
toutes les belles connoissances.
Dans ce dessein, il jetta
les yeux sur un jeune Gentilhomme
de la Famille de
Mrs Eymin, dont la capacité
& l'espritpouvoient luy faire
espérer un heureuxiuccés
le cette entreprise, & quise
itun honneur de soûtenir
adépense d'une Action, qui
evoit avoirpourtémoins
out ce qu'il y a dans Arles
de Personnesdistinguées par
leur qualité & par leur ménite.
Le sçavant Mr Roullet,
revenu de Rome depuis
,,
quelque temps, (c chargea
du Dessein &de la Gravure
dela Planche,pendant qu'on
le prépara d'un autre costé à
répondre de toutes les Regles
de l'Eloquence, de celles
de la Poësie Latine & Françoise,
& de celles de l'Hit
toire, tant de la sacrée que de
la prophane. La plûpart des
Cens ne pouvoient croire
qu'un jeune Homme éuflpû
acquerir en si peu de temps
tant de connoissances si curieuses
& si vastes; & les autres
quétonnoitla nouveauté
d'un pareil dessein, mouroient
d'envie d'en voir le
succés. Le 26. du mois,
d'Aoust ayant filé choisy 1
pour cet Aéte, tout le monde
ic rendit en l'Eglise du Col-
,1 > .1 lege des Jesuites,où il y
avoit un Concert dlnstrumens
pour divertir lAffeni
lée, en attendant que l'on
commençant. Mrs del'Aca-
Hemie Royaleprirentplace
!:u premier rang qui n'estoie
Helliné que pour eux. Deririere
ce premier Cercle eC.
oient trois autres rangs de
Tauternis, qui furent remplis
d'uncofté par des Perlonnes
res - considérables-, & de
l'autre, par un grand nombre
de Dames) que quelques
Académiciens avoient inviitees,
a cause que les Disputes
Académiques, telles que de~
voient estre celles de cette
Action, ne font pas si [eche.
& si mysterieusès que celles
'- de la Philosophie, ôc que
mesme la plupart du temps
on devoit proposer en François.
Le Soûtenant commença
par un Compliment
Latin qu'il adressa à Mrs de
l'Académie. Illeur dit; Qu'il
pourrait semblerétrange que les
Muses Latines fjfent hommage
aux Françoises,& que les Aînées
recherchassent avec tant
d'empressement la protection de
leurs Cadetes; ecepenJnt
elles ne croyaientpassefaire tort,
ny men^ger malleur réputation,
ensesoûmettant à leursRivales,
si elles pou-voientmériterpar laleu£
protection ; Que l'Académe
Royale ne pouvoir leur r,:rt/e
cette ff4aveur ff
,
puis qu'elle leur
estoit redevable de tant degrand*
Hommes conftmmz dans la
Scienees> & qui avoient cuéilly
les Laurierssur le Parnasse Latin,
avant que d'en cueillir (ur,
le PArIJAjfi François' Ilajouta,
Que quelque fierté que durent
avtir les Mufes Latines, elles
ricftêient pas si entefiées de leur
mériteyquelles riavenajfentsqHe
cessoitàeuxqu'on devait lagloire
J'avoir relevé celle des beaux-
ArtsiQu'ilsavoientfrayé!ecbeProtcfleur
de toits les Sçavans%
& quifaisoit refleurirlesArts par
tout Jon ROYJurne avec tant de
glotre. Ce Compliment estant
acheve) le Concert recommença
pendant qu'on diftrU
bua les Theles.La Dispute fut
ensuite ouverte par des Queftious
que le Préfet du Collège
proposa sur les Réglés
de la Comédie & de la Tragédie,
sur les raporcs qu'elles.
ont l'une avec l'autre, & far
leur diférencey Si les Femmes
peuvent estre le sujer
d'une Tragédie, ce qui sur
bientostdécidé par les evem,
ples des Anciens & des Modernes
:Si la Tragédie donne
plus de plaisir que la Comédie
,
& en quoy consiste
la finesse de ces fortes de
Poëmes. On continua, en
agitant les diférens qui sont
entre les. Latins & les François;
S'il faut mesler beaucoup
de figures dans le Dis
cours, & sur tout de celles
qui outrent d'ordinaire la
penféc; S'il faut mettre parmy
les Ornemens de l'Elo..
quence, leslérogliphes, les
Enigmes les Devises, les
Emblêmes, & les Fables, S'il
faut faire les Inscriptions de
l'Arc de Triomphe, ôc des
Monumcns publics, en François,
ouenLatin. Ce furent
les Proportionsqu'attaqua
M l'Abbé Fleche qui s'eftant
détachéde l'Académie
en faveur du Soutenant,luy
donna lieu de déveloper tous
les mysteres des Sçavans
avec une facilité surprenante.
Comme il estoit échapé une
Proposition dans les Thefesy
qu'on croyoit une malice
que l'on vouloit faire aux
Femmes, Mrde Montblanc,
Frere de. Mr le Lieutenanç
General, qui s'est distingué
par plusieurs Campagnes en
Sicile & ailleurs,le crut obligé
de soutenir leur party. Il
le fit de la maniéré du monde
la plus délieare. Il cita en
leur faveur les traits les plus
curieux de rHifioire [ainte
& de la prophane, & tâcha
de justifïer leur innocence
par plusieurs endroits de l'Ecriture,
qu'il toucha fort
adroitement.La Dispute
passa à l'origine & aux reglés
de l' Histoire. Mr Arnaud
en rapportoit la nais-
(ancc au Nilofcope de Menv
1 -
phis, qui estoit une Colomne
une prodigieuse gran deur
sur laquelle on gravoit toas,
ies ans Ls accrossemens du
Nil, & sir paroistre là-dessus
rune érudition tres-profonde.
On répondit à toutes les,
dithcuhez, & l'on montra
qu'on devoit l'origine de
l'Histoire aux deux Colomnés
que les Hommesdresserent
avant le Deluge, pour
immortaliser les Préceptes
des Arts, & les Noms de
ceux qui les avoient inventez.
Mr Fraifchier finit la
Diipute en VersFrançois &
Et voir autant de galanterie
que d'esprit, dans le Sujet
qu'il traita. Apres qu'il se fut
fait éclaircir de rorigine de
la PoëGe, <k des premiers
Poëtes, tant parmy les Hébreux,
que parmy les Grecs
&les Latins, il s'arrefta à la
Poesïerimée, & soutint que
c'estoit 'aux Provençaux, &
non aux François, que l'on
en devoit la gloire. Onrapporra
des Poesies en l'une &
en l'autre Langue, de plus de
cinq cens ans, & on dit mille
jolies choies sur cette matiere.
On parla en suite des
caractères
caractères de toutes les petites
Poësies Latines & Françoilés,
dont le Soutenant
donna les Règles. L'admi- se L'admiration
qu'oneut pour la maniere
dont il se tira de tant
de Dispuces, redoubla par
une nouvelle épreuve qu'on
fit des avantages qu'il a dans
les belles Lettres. On présensa
une centaine de Billets
à tirer au fort, dont chacun
renfermoituneCKieftion eurieuse
& difficile,qu'il s'engageait
à déveloper sur le
champ. On fut étourdy de
cette avanee; & M'le Chevalier
de Romieu, Directeur!
de l'Académie,ayant tiré
un de ces Billets, trouva qu'il
renfermoit toute l'Histoire
d'Alexandre le Grand. Il n'y
eut personne qui ne renouvelait
son. attention pour
voir comment on se tireroit
d'affaire; mais on eut lieu
destre satisfait, quand ce
jeune Soutenant rapporta les
plus curieux endroits de
l'Histoire de Quinte-Curse,
les causes de la Guerre des
Grecs contre les Perses, les
préparatifs prodigieux du
coite de Darius, & ceux
d'Alexandre,quiestoientsi
peu considérablêsi la rcru
contre des deuxArmées aupres
du Granique, les suites
de cette Bataille, & les avantages
que les Grecs remporterent
de leurNiétoire. Apres
cet essay, ilnerestoit plus
qu'a répondre descaracteres
des Empereurs Romains depuis
Jules- César, jurqu)à.
Léopold-Ignacequircgne
aujourd'huy. C'estoit un Ouvrage
que le Prosefleur de la
.Rhétorique avoit ajouté aux
Thesès, que le Soûtenant
deyoit reciter & expliquer à.
tous ceux qui auroient voulu
se satisfaire sur ce sujet. Il
contenoit 149 Quatrains, sans
compter lescaracteres des
Roys de France,& des EmpereursTurcs',
sur lesquels
on s'estoit obligé de répondre.
On [c:::tontenta d'en
demander cinq ou six, quoy
que l'on eust prié l'Assemblée
d'en demander davantage;
mais l'Acte avoit déja duré
trois petites heures, & l'on
commençoit à se ressentir
des incommoditez de la saiibn.
Le Soûtenant fit donc
son dernier Compliment,
pour remercier Mrs de l'Academie
de la protection
dont ils l'avoient honoré; &
toute l'Assemblée, des applaudissemens
qu'elle luy
avoit donnez; Plûtost,dit-il,
fort modestement,pour k
rassurer dans ses combats5 que
pour accompagner son triomphe.
Apres qu'il eut cessé
de parler, toute la Compagnie
s'arresta pour entenvdre
M1le Chevalier de Romieu,
Directeur, qui devoit
complimenterce jeune Gentilhomme
de la partdel'AcademieVoicyles
termes
dont il le [ervit) en adressant
d'abord le Discours aux
Académiciens.
MFSS1ErRS,
Qu'il (si beau de voirfleurir
JesSClencet,ljuAlld le plus grand
des Roys les protégé
3
st) qu'il efi
avantageuxd'alisier au Triomphe
des klur ou l'onvoit accourir
un sigrand nombre dkenneftes
Cens!Apollon asesHéros
AUJftien que Mars;les Lauriers
que remportent les Vainqueurs, ne
Jont pas plus glorieux que ceux
qu'obtiennent les Sçavansi&let
uns g lesautresyfont place5
indifféremment dans le Temple
de la Gloire. On nenpeut doàter,
Mejjïeurs. Les avantages
que procurent les belles Lettres,
Jont tm-consîdérables. Ellesfont
tien souvent la cauft des Ààlions
les pluséclatantes, £<r donnent
de grandes frérogatives à ceux
qui les pojjedent.C'ejl par leur
moyen que s'entretiennent les
noeuds de l'honnefle Jociete, que
l'ejpritcommunique éloquemment
fespenfées* & que le coeurexprime
avec politcjje frînobles
mouvemens. Le commerce dei
belles Sciences n'cft pas incompatible
aveclafyoblejje.Joje dire
sans vouslfater,Meficurs,qiwe
l'étroite a lliance quevous en avck
faite, donne des marques convainquantes
de cette vérité Voiu
marchez glorieusement sur les
pas de Afonfteur le Duc de-S.'Ainan
t'lJ.:11e fameux Protcéleur,
qui asceudivinement bien allier
les plus profondes Connoissances
avec une Noblefe dijhnguée.
Voflre Corps est autant recom„
rr/andable par la haute naissance
de ceux qui le compofenty que par
la beauté de leur génie- Oüy,
Me/peurs. vous esses Illuflres
par vos Anceflres ;&par l'éclat
que vous tene^ dem vous mefmes«
vous a.'Vt'Z pris des moyens infaillibles
pourarriver a l'immortalité.
Veflre nobhjjesoûtenuè'
d'un courageintrépide} vous A
donné lieu dj prérendre3 mais les
talens dont vous tfies enrichisy
vous lajourentmalgrél'envie.
Ne tireg pas toute voflre gloire
de vous eflre Jignale^ dans le
Champ de Mars; la Fortum
peut avoir quelque part aux
u4citons devaleur;*voflre ardeur
pour les bellesLettres> qui
vous a fait obtenir l'alliance de
la prtmiere Académie du Monde,
vous diflingueparvoflremérite
particulier. G¡')riss(;-'Vo d'ejîrt
de nobles Sç<ivans,commed'efîre icrs ,
denobleshucr^crs,f{!10ccoonnttlninuuf'^':\
afatre chanter a aosMufes les
prodiges de guerre , que tous
a'tlez vus en fervent fous les
EtendarsdtLouis LE GRAND,
quifournit les Nations les plus
Jicresiparlafeule approche defis
firmes toujours triomphantes.
Faites.vous un honneur de ne
devoir qu'à vous la haute réputdtion
que vota a-LléK ftjuflement
acquise, par la déllCatcffi de vos
pensees, par laféconditédevojlre
imagination
>
d9 parla pohtejfe
de vos Ouvrages. AujJi personne
ne sétonnera que le jufle difeernement
des Revérends Perrs JEfuites3
les dit oligZ à 'Vous offrir
les premiers fruits des travaux
de leur Disciple. VOUI
leur stes pourtant redevables,
de vous avoir publie par cette
ARioncelébre comme les Arbitrees
de l'Eloquence. vous essesbeureux,Mopàt,
fleur, d'avoir de si parfaitsm&-
Jelles à imiterparmyvos Concitoyens,
gjr detrouvercbe^voug
desi beaux sujets démulation,
pour rependre au pânehant que
vous alJ refeu de la Natureï
Jleft certain que l'Hommeest nAturellementporlé
aprifer la 7erl".
su. Ces louablesmouvemennuy
soltinJjJirez par le Createur,
quirépand dansson ame, en luy.
donnant l'estre,les fernences du
bien. Ilnejîpasmoinsvéritable
que l'on juge du prix des Gens
par leur inclination, £0 par le
dtfirqu'ilfontparoiftre de poffcder
les telles Lettres. Qiie m
doit-on point attendre de <voust
qui façonde cettedisposition naturelle,&
quifaites voir tant
de sir-veur dans les Etudes, en
faisant tow vo* efforts pour devenirfç<
ivant? Vous Avez des
sentimens héroïques
s & vous
'om¡nençe dés vosjemts ans i
travailler pour l'immortalité.Ah
yuileflglorieux djaller parune
¡route qu'on Je trace foy-me/me
i£r qu'il ejlcharmant de porter
'¡tS Couronnes dont le brillant
:n'est pas emprunté ! Vous esses
Jans-doute convaincu, que ces
Adejjieurs tiennent aujourd'huy
par les belles connoiffincu un Ji
hautrang dans le Royanme,&
qu'ils tirent leur plusgrand éclat
de cette sourceféconde en fumiere.
Animéparl'exemple deces Jugu
Souverains des Lettru, gujdépar
les Revérends PeresJifuites,"Uos
fidelles Conducteurs,lesvéritablesOracles
de* Sciences>dont
tesvertus onttoujours fait l'Admiration
de la Chrcfhente3par
les solides avantagesquelle en
reçût chaque jour, '& mérité
J'estime des plus fanges Monarques
; cette illufire dr feinte
Compagnie ejiant d'une auffii
grande utilitéa l'Etat, aua la
Religion. Enfin inflruit par les
leçons d'un si habile Homme,
vous Pouvez^ esperer d'avoir une
gloneufe part aux récompenses
que distribue le grand ApQuon,
& vous mériterez en perfifiant
dans voïlre louable entreprift:
les mesmes honneurs que le
JMaiftre dubien dire. Lesdoute
nfails quevousuen?% aéclatrcir
surta Poefie, &sur i'Hissoire,
les jufles définitions que veut
'L'tZ données de l*tloquencet
nous perfuad-nt que vous esses
un digne Nourrijjon des Aiuses
Latines. Les Françoises, leurs
cberes SoeursJ auront un plafir
extreme de fairenoir en vous
leurparfaite unionfous les aufftices
de Louis LE GRAND., tr
toujours le mesme
>
je veux dire,
wentablcment Grand ;
Grand
dans textcutin
, comme dans le
projet; dujjt Grand dans ses
allions,quedans ses discours;
plus Grandparluy-mesme, que
parles avantages qu'il tient de
ta Fortunei&encoreplus Grand
parsa rare pieté qui luy attire les
Benédiélions celefies} dont on
voit deseffets sicharmans, parla
fécondité deson augujle Famille
quifait le bonheur des Franfoi;,
&celuy desesAllieLesfaveurs
de cies grands ProteE/eurs1 de toutes les .-Académies
, vous
donneront- moyen d'occuper une
place dans la neflre,& je puis
vous promettre, Monfieuf, sans
craindre d'estre defavotié} quelle
fera reservée a vofire rnerite.
Ce Discours, qui fut suivy
d'un applaudissement gêneral
, termina cette Action.
Peu de jours apres, on rat:
sembla l'Académie Royale
au College, avec une grande
foule de Gens de qualité,
pour entendre Mrl'Abbé de
Grille, Fils de Mle Marquis
deRobias-Estoublon, qui
n'avoit pu parler le jour que
se soutinrent lesTheses, à
cauie du peu de temps qu'il
yavoitpour tantdematieres.
Tout ce qu'il dit pendant
une demy-heure, fut dit avec
tant de grace & de jufieÍfe;
que tout le monde sur étonné.
•
de voir tant d'esprit & de
noble hardiesse dans un jeune
Gentilhomme de douze ans. Ilexpliquales mysteres dela
Planche faite par MrRouler.
Il en découvrit toutesles
beautez & tout l'artifice, &
fit une infinité d'Allusions
ingénieuses. Le Soutenant *se rendit huit jours apres au
Lieu où les Académiciens
s'estoient assemblez, pour
les remercier de nouveau de
l'honneur qu'on luy avoit fait
de luyassurer une Place dans
une Compagnie si illustre.
Les Paroles d: Al'ir nou187
oye,
Le
es a
,ajtn
1 fidrt
r.vema
inc
Ou UijJiz,.moyifnirmonemour &
-
mavie.
Le premier jour de ce
vtau que je vous envoye,
font de M de Méssange. Le
fameux Mr d'Ambruys les a
notées.
AIR NOUVEAU. vOU-( voulez, que jevivey afin
que jei'om aime,
El 'OtM netoulez-pas de la moindît
faveur
Payer les feux de mon amour ex*
dtrtme. barbareflaijir vous donne W4
d{)t¡/fttr?
Ah,finissez mes maux,inhumaine
sylvie,
Ou tliez,.moyjfnir mon emour &
ma vie.
Le premier jour de ce
mois, Feste de tous lesSaints,
M l'Abbé Bo:ileau prefcha
à Versailles,en présence de
Sa Majesté. Ce Sermon re,..
çeut une approbation genérale;
i.i zi &: Madamela Dauphine
qui l'admira, en ayant parlé
avec beaucoup d'avantage,
le Roydit, qu'ilseroit encore
plus beau sur le papier. Cette
loüange est tres-forte, puis
que le geste, la maniere
de prononcer, & les autres
agrémens extérieurs de l'Orateur
, contribuent souvent
beaucoup à faire paroistre,
ce qui seroit quelquefois fort
peu de choie dénüé de la*-
ction. Je ne vous dis rien de
la pieté édifiante de la Maison
Royale,qui sert d'exempic
à toute la Cour, & qui
fait ses Dévotions dans toutes
les Festessolemnelles.
J'ay apprisune chose fort
surprenante d'un Homme
tres-digne de foy, qui assure
qu'ils'estoittrouvé à Orange
le 25. du dernier mois chez
Mr l'Evesque
,
lors que ce
Prélat reçeut une Lettre d'un
Gentilhomme, qui luy mandoitcequi
suit.UneFemme
de la. Religion Prétendue
Réformée,demeurant dans
un Bourg de la Principauté
d'Orange, eut querelle avec,
une Femme Catholique.
Elles estoient grosses toutes
deux, & n'attendoient l'une
& l'autre que le moment
d'accoucher. Elles s'échauferent
insensiblement dans
leur dispute, dont tout le
Bourg fut témoin,& les raisons
particulieres leur manquant,
elles y mélerent celles
de la Religion. La chose alla
dans un celle excés, que la
Femme Calviniste pria Dieu
de vouloir permettre que
celle des deux qui estoit
dans la fausse Religion, accouchait
d'un Diable. Trois
jours apres,à cinq heures du
matin
, cette Femme sentit
de grandes douleurs,& ces
douleurs luy firent pousser
de si effroyables cris ,
qu'ils
donnerent l'alarme à tous
ceux du Bourg. On accourut
en foule chez elle. Le Ministre
y vint pour la consoler
; & ce qu'illuyvit soufrir
l'ayanr fait mettre en prieres,
à peine y eût-ilesté quelques
momens, qu'elle accoucha
non pas d'un Enfant, mais
d'un Monstre
,
quin'avoit
que des grises & une bouche
toujours ouverte. * Il
aboyoit comme un Chien, &
tout le monde en fut effrayé.
Rien ne sçauroit estreégal
à la consternation où demeura
le Ministre, voyant
un si grand concours de
Peuple témoin de cet accident.
Le Gentilhomme qui
l'a écrit à Mr l'Evesque d'Orange
,eit dans la Chambre
de la Calviniste, & n'en
sortit point qu'il n'eust veu
la fin du Monstre, qui fut
étoufé entre deux Matelats.
Vous,
Vous tirerez telles conséquences
qu'il vous plaira de
centeAvanture. Je vous dis
le fait sans raisonnement.
Je me souviens que
vous m'avez souvent demandé
de quelle maniere
on avoit puny les Religionnaires
séditieux du Vivarets.
Le Roy qui panche toûjours
du costé de la clémence, a
pardonné à tous ceux qui retourneroient
dans leurs Maisons,&
il ne faut pas douter
que cette douceur nempefche
la continuation des troubles
dont vous avez entendu
parler. Je vous envoye la
Copie des Lettres d'abolition
que Sa Majesté leur a
accordées.
DE PAR LE ROY.
AmmftiepourlesRelivionnairt}
de la Province de Dauphiné.
1 - 1 LOUIS PAR LA GRACE
DE DIEU, Roy de France
ôc de Navarre, Dauphin de
Viennois, Comte de Valentinois,
& Dyois. A tous présens
& àvenir, SALUT. Le
principal objet que nous
avons eu depuisnostre Régne,
a toujours esté non seulement
de soulager nos Peuples
, mais aussi de les faire
jouir d'une parfaitetranqui-
Iite; & nous nous estions
persuadezque le bon ordre
que nous avions établydans
toutes les Provinces olli nous
sont touilles, l'apolicaûon
que nous avons eu dans tous
les tem ps pourréprimer les
abus qui s'y estoient introduits,
& les grandes àc importantes
Conquestes que
nousavons faites pourmettre
nos Frontières à couvert
de l'insulte de nos Ennemis,
devoient empecher qu'aucuns
de nos Sujets manquassent
à l'obeïssance qui nous
est deuë; Cependant nous
avons appris qu'au mois de
Juillet dernier, quelques Habitans
de laR.P.R. denostre
Province de Dauphiné, abusez
par les artifices de quelques
Ministres & autres de
ladite Religion, mal-intentionnez
à nostre service, &
ennemis du repos public,
s'estoientarmez &attroupez
en grand nombre dans quelqucs
endroits de nostredite
Province, pour empecher
l'exécution de nos Edits, Déclarations,
& Arrests rendus
sur le fait de ladite R. P. R.
Et comme toutes les voyes
de douceur que nous avons
mises en usage pour porter les
Factieux à rentrer dans leur
devoir, ont esté inutiles,
Nous avons esté obligez
d'envoyer dans nostredite
Province deDauphiné quelques
Troupes sous le commandement
du Sieur de Saint
Rhu, Maréchal de Camp, èc
Lieutenant des Gardes de
nostre Corps, pour paj
force de nos armes réduire
ces Mutins à rentrer dans
leur devoir; & nous avons
ordonné en mesme temp.
au Sieur le Bret, Conseiller
ennosContent Maistre des
Requestes ordinaire de noC
tre Hairel). & Commissaire
départy pour l'exécution de
nos ordres dans nostredite
Province de Dauphiné, de
se transporter sur lesLieux
où se sont faits lesdits attroupemens,
pour informer
desdites rebellions, & faire
le procés,aux Coupables,
conformement à l'Arrest de
nostre Conieil d'Etat du 15.
Aoust dernier; en exécution,
dequoy nos Troupes estant
arrivéesdansnostredite Province,
elles auroient rencontréle
29. dudit moisune partie
des Séditieux au nombre
de trois cens, leiquels ayant
refusé de se soûmettre & de
quitter les armes, ôc s'estanc
mis en état de défense, les
uns auroient porté sur le
champ la peine de leur crime
, & les autres se seroient
sauvez dans les Montagnes.
Mais quoy que cette rebellion,
& plusieursautres violences
& voyes de fait commises
par quelques uns de
lad ite R. P. R mériteroient
autant de châtimens exemplaires
qu'il y a de Complices;
neantmoins la compassion
qu'a excité en nous l'aveu
& la détestation que la
plu grande partie de ces Séditieux
ont fait de leur faute,
& des crimes où leur aveuglement
les avoit jettez;
d'ailleurs la fidélité inébranlable
de tous les autres nos
Sujets de ladite R.P.R. nous
a porté à prendreplutost
pour les Coupables des sentimens
de clemence que de
rigueur, & d'user d'autant
plus de miséricorde & de
modération envers eux,qu'il
a plû à Dieu d'augmenter
par ses benédictions les
moyens d'exercer la puis-
Canee qu'il nous a mise en
main, Nous souhaiterions
mesme pouvoir accorder une
Abolition genérale à tous les
autres Complices de tant de
desordres. Mais ce que nous
devons à l'Etat & à la Justice,
ne nous permettant pas de
dissimuler entièrement des
crimes si atroces, & dont
l'entiere impunitépourroit
attirer dessuitestres-fàcheuses,
Nous avons résolu de
restraindre ce châtiment à
quelques-uns des plus coupables,
quiserviront d'exemple
à retenirdoresnavant tousles
autres dans leur devoir, &
contribueront davantage à
mesme temps à affermir la
tranquilitépublique. POUR
CES CAUSES, & autres Gon
sidérations à ce nous mouvans,
Avons de nostregrace
spéciale, pleine puissance, 8c
.utûri¡é Royale, éteint, abo
ly,&assoupy,& parcesPrélerires
signéesde nostre
main, éteignons,abolissons,
& assoupissons tous les Crimes
de révoltes, rebellions,
soûlevemens, & attroupemens,
avec port d'Armes,
meurtres, résistance contre
nos Troupes, Prennes, &
Aiïemblées dans les Lieux
défendus par nosArrefrSj3c
autres violencescommises à
l'occasion & pendant le
cours desdites séditions, en
quelque forte & maniere
qu'ils soient avenus depuis
lepremier Juillet juiqu'à présent.
VOULONS que tous les
Autheurs ôc Coupablesdesdits
desordres & Üiditions.) ôc
leurs Complices, à l'exception
seulement de ceux qui
serontcy -apres spécifiez,
demeurent déchargez de
toutes les poursuites & recherches
qui leur peurroient
estre faites à l'avenir pour
raison des Crimes commis
durant lesdites rebellions,
bien qu'ils ne soient icy
particulièrement déclarez.
Leuravons à cet effet remis,
quitté, & pardonné, remettons,
quittons, & pardonnons,
tant en general qu'en
particulier, tout ce qui pourroit
estreimputé à l'occasion
desdits attroupemens, port
d'Armes, Presches,& Assemblées
dans les Lieux où l'Exercice
de ladite Religion a
esté défendu ou interdit par
nos Arrests, & genéralement
de tous autres crimes & desordres
qui peuvent avoir
esté commis, sans qu'ils en
puissent estre recherchez,
molestez, ny inquiétez par
quelques Personnes, ou fous
quelque prétexte que ce
puisse estre, leur remettant
toutes peines, amende, &
punition corporelle & civile,
lesquels pour raison desdits
Crimes ils pourroient avoir
encourus envers Nous & la
Justice.Mettons à cette finau
neant toutes Informations lur
ce faites, Decrets, Jugemens,
&: Arrests donnez en conséquence,
imposant silence
perpétuel ànostre Procureur
General, ses Substituts présens
& à venir, & à tous autres;
à condition toutefois
premierement que les Temples
de Bordeaux & de Befaudun,
situez dans ladite
Province de Dauphiné, serontrasez
aux frais & dépens
des Habitans desdits Lieux
de la R. P. R. & qu'il fera
basty à la place de. chacun
d'iceux une Pyramide, sur
laquelle fera écrit, que pour
punition des rebellions cornmises
par les Habitans desdits
Lieux de ladite R. P. R. &
de l'insolence qu'ils ont euë
de charger nos Troupes, lesdits
Temples ont esté rasez,
avec défensed'y faire à l'avenir,
fous peine de la vie,
aucuns Presches.Assemblées,
ny Exercice de ladite Religio;
Et en second lieu, que
ceux de ladite Religion quii
desirerontjoüir de la présente
Abolition, [e remettront
dans leurs Maisons
quinze jours après la publication
des Présentes, y vivront
dans l'obeissance &
dans la soumisssionqu'ils doivent
à nos ordres, & ne se
porteront jamais plus à de
semblables actions, soulevemens,
attroupemens, & violences
, à peine d'estre décheus
de nostre présente
Grace, en laquelle n'entendons
comprendre la mémoire
& biens de ceux qui
ont este tuez les armes à la
main, ou executez a mort,
ks Ministres qui auront pres-
"èhé ou assisté aux Presches
dans les Lieux défendus par
nos Edits & Arrests, les Condamnez
aux Galeres, <5c les
nommez
ny ceux qui sont actuellement
prisonniers, ausquels
le Procés continuëra d'estre
fait; à laréserveaussi des Sacrileges&
autres crimesexécrables
,
si aucuns ont esté
commis tant sur les Prestres
que Séculiers. VOULONS
aussi que la reparation des
dommages causez tant aux
Carholiques qu'à ceux de
ladite R. P. R. qui sont demeurez
dans leur devoir, soit
prise sur les Biens de ceux
qui sont exceptez de cette
Abolition. SI DONNONS EN:
MANDEMENTa nos amez &
seaux les Gens tenans nostre
Cour de Parlement de Grenoble,
& à tous autres nos
Officiers & Justiciers qu'il
appartiendra, que ces pré
fentes Lettres d'Amnistie,
Grace, & Abolition, ils fassent
lire, publier & enregistrer,
& du contenu en icelles
jouir & user pleinement &
paisiblement, ôc perpétuel..
lement, les Autheurs & Coupables
desdites séditions,
leurs Complices & Adhérans,
tout ainsi & en la mesme
maniere que si chacun
d'eux y estoit particulierement
dénomme, a l'exclusion
toutefois de ceux cydessus
spécifiez, sans permettre
qu'il leur soit fait à
présent ny à l'avenir en leurs.
personnes ou biens aucuns
troubles ny empeschemens,
& sans qu'il soit besoin qu'aucun
d'eux soit tenu de le représenteren
personne, &se
mettre en état pour l'entérinement
desditesLettres,dont
nous lesavons relevez &dis
pensèz, relevons & dispensons,
nonobstant nosdits Arrests,
Ordonnances, Reglemens,
& Lettres à ce contraires,
ausquels & aux dérogaroires
des dérogatoires y
contenus, nous avons dérobé&
dérogeons par cesdires
Présentes; CAR TEL
EST NOSTRE PLAISIR. Et
afinque ce soit chose ferme
& stableàtoujours, Nous
avons fait mettre nostre Scel
à ces Présentes, sauf en autres
choises nostre droit, &
l'autruy en toutes. DONNEà
Fontainebleau au mois de
Septembre, l'an de grâce mil
six cens quatre-vingts trois,
Et de nostre Regne le quarante-
unième. SignéLOUIS,.
VisaLETELLER- Er plus 1 bas, Par I& Roy Dauphin,
COLBERT, Et scelléduGsRAND
Sceau de cire verte.
Je viens à ce qui s'est passé
en Flandre depuis quelque
temps. Toute l'Europe sçait
que depuis la Paix de Nimégue,
le Roy n'a pu tirer
raison des Espanols, touchant
le Comte d'Alost, le
Vieux-Bourg de Gand, &
les autres Lieux qui luy appartiennent.
Ils ont voulu
soûtenir la réputation qu'ils
avoient autrefois d'efire habiles
Politiques, en se défendant
par de longsdétours,.
& ils ont crû qu'ils leur tiendroient
encor lieu de Troupes
, êc de Canons, mais tout
a changé pour eux; & la
France, sous le Régne de
Louis LE GRAND ne s'est:
pas trouvée moins habile
dans le Cabinet, que fçavante
dans l'art de Conquérir.
Cen'est pas quelajustice
estant entierement, & visiblement
du costé du Roy
Sa Majesté ait eu besoin.
d'employer des raisons étudiées,
pour faire connoistre
combien ses prétentionset
toient équitables. Au contraire
, ce Monarque en a
usé comme tous ceux qui
ne se défiant point de la
bonté de leur Cause, & en
estant entierement iûrs veulent
bien la remettre en Arbitrage
, ce qui auroit elle
hazarde beaucoup s'il n'avait
pas eu un droit plus que
juste, si l'on peur parler ainsi;
les Arbitres n'ayant jamais la
mesme severité des JLIges,
puis qu'enfaveur de l'accommodement
,
& de la
confiance que les deux Parties
ont en eux, ils ostent
toujours quelque chose à
ceux qui ont le plus de droit,
afin de ne ren dre pas la Partic
qui en a le moins cnrierement
rérnént malheureuseVous
voyez par là qu'un Prince
moins genéreux que le Roy,
&quiseseroit moins soucié
de la Paix de l'Europe,ne le
seroit pas fournis a un Arbitrage
5
puis qu'il s'ex posoit
par là à perdre quelque chose
de ce qu'il pouvoit avoir, ou
par la force de son droit, ou
par celle de ses armes. Cependant
le Roy, pour montrera
toute l'Europe-qu'il ne
demandoit rien que de juille,
a bien vouluse remettre à
l'Arbitrage duRoyd'Angleterrel
Tout seferoit terminé
,
par cettevoye, mais ce aleftoit
pas le but de ceux qui
vouloient faire traîner les
choses en longueur, pu
n'envoirjamais la fin. Çomr
me ce qui doit appartenir au
Roy est au dela de la Barrière
, la difficulté de le ceder
à Sa Majesté devoit paroistre
grande, &cilsembloitqueles
Hollandois y dûssent encore
moins consentir que les Espagnols.
Je ne sçay si vous
vous souvenez de ce que
c'eit que cette Barriere, &
si pour en rafraîchir vostre
iwcjxioire., ]zi.e dois point
vous dire, que dans le dernier
Traité de Paix que les
Hollandois ent conclu avec
la France,ils font convenus
que le Roy n'auroit de Places,
qu'à une certaine diitance
de celles qui leur apartiennent,
&: tout ce quipasse
cette distance
,
est appellé
la Barrière. Il est arrivé que
ceque le Roy prétend aujourd'huy,
& qui devrortluy
avoir esté remis par les Efpa-
'gnols il y a plusieurs années,
suivant le Traité de Niméque
,est au dela de cette
Barriere. Admirez icv la
justice, & le procédé hounerte
du Roy. Ce Prince ne
voulant rien perdre de ce
qui luy est justement acquis
par des Traitezsolemnels,&
ne voulant point aussi donner
de chagrin aux Hollandais,
en s'approchant de leurs
Places, a demande aux Espagnols
un Equivalent en
deça de la Barriere, & c'est
ce qui cause Il dispute qui
faitaujourd'huy tant de bruit,
& surlaquelle coure l'Europe
a iesyeux ouverts. Les Espagnols
voudroient ne rien
accorder. Dans ce dessein, ils
se font servis jusques icy de
tout ce que la Politique &
la Chicane ont cité capables
de leur inspirer; & voyant la
gloire du Roy dans un degré
d'élévation qui les ébloüiten
dépit d'eux, ils voudraient
que coûtel'Europe prist leur
party ,s fin que lors qu'elle
travailleroit à faire diminuer
ce brillant éclat, ils travaitlent
de leur costéà profiter
seuls de cette conjonctu
re. C'est ce qui les porte à
vouloir gagner du temps, es
pérant toûjours en de certains
evcnemens qu'on n'a pas
lieu de prévoir, & qui ont
souvent sauvé la Maison
d'Autriche. Voila l'état des
Espagnols avec nous. Quant
aux Hollandais, ceux qui
veulent la guerre parmy eux,
font bienembarassez
,
& ne
sçavent quel prétexte prendre
pour broüiller. Ce que le
Roy demande luy est légitimement
dû. Il auroit pu
s'en rendre maistredepuis
pluficursannées,il ne l'a pas.
fait. Il auroit pu avoir des
Places par dela la Barriere,il
a demandé un Equivalent,
afin qu'on,luy en donnait ea
deça. Il estoit assez puissant
pour estre luymesme Juge
en sa propre Cause, & se
faire raison par luymesme, &
cependant il a bien voulu se
remettre à un Arbitre. Quoy
qu'onnele puisse plaindre
de -luy,certainesPmfïànccs
en secret à ses prétentions
les plusjustes, contre l'interest
de leur Païs, qui devroit
n'avoir aucun demelie
avec le Roy, puis qu'il ne
veut rien ftu dela de la Barriere;
mais comme ces Puis
sancesne peuvent regner
que parmy les troubles, il
faut que toute l'Europe soit
ci armes, pour établir l'autorité
d'un Prince qui ne
sçauroit air en Souverain
que pendant la guerre. Le
Royvoyant qu'avec un pareilobstacte,
illuy seroitimpossible
d'obtenir jamais aucune
chose par la force de son
droit, & de ses raisons a demandé
plus vivement depuis
deux mois, qu'on luy rendist
justice. Il a mesme fait en.-
trer des Troupes sur les Tertes
d'Espagne, pour les engager
à s'expliquer. Ces
Troupes ne commettoient
point d'actes d'hostilité, ce
qui chagrinait beaucoup
ceux qui cherchoient tous
les prétextes imaginables
pour entrer en guerre; mas
enfin connoissant la modération
du Roy, & desèspérant
de le voir rompre le premier
,.ils ont si bien fait que
ceux de leur party ont enlevé
des Gardes-avancées-Ilsont
tué,ils ont pris quelques
Chasteaux, & se sont servis
du fer ôc du feu, que les
Troupes du Roy avoient
jusques-là eu ordre de ne.
fit bastir un Chasteau. Cette
liHe est tres-marchande, &
ait un grand commerce de
)raps & de Toiles. Elle a
ne bonne Citadelle, &: un
Territoire fort étendu. Cette
)1.1ce a esté plusieurs fois
rile ôc repriie par les Franois.
Vous la pouvez voir'
ans la Planche que je vous
nvoye, & que j'ay pris soiiv
e faire graver exprés. Le
)imanche 31. du dernier
lois, l'Armée que Mr le
Maréchal de Humieres comlandoit,
décampa de Let
mes, sans sçavoir de quel
coné elle alloit Elle sur conn
duite à Ainay, petite Villol
qui appartient au Comte doi
Nailau, & qui cftfituee au-i
pres dOudcnarde. L'ftArméo:
fccut en arrivanr, qu'on las.
menoit à Courtray. lillea
campa [ur les Hauteurs, to
'arriva le lendemain à midy"
devant Li Place. Commet
toutes les Troupesdéifloient:
pour se rendre dans leurs-
< Quartiers le Gouverneur
de Courtray envoya demander
à M le Maréchal de Hu-
---- - -• mieres par un Trompete) ce
quesignifioit la quantité de
Troupes qu'il voyoit défiler
Bevant ia Place. Mele Maréchal
de Humieres répondit
lu Gouverneur par ce Trometc,
qu'il luy conseilloit de
ie rendre, s il vouloit confcrlier
les Habitans de Courtray.
Cette Ville avoit esté
investie deux jours auparavant
par M'le Marquis de
[Bouffiers. On acheva le reste
>dujour de (è rendre dans les
>Quartiers qui avoient esté
dittribuez. On marqua celuy
t du Roy à Harlebec, qui cft:
à une lieue de la Place. Mrle
Maréchal de Humieres qui
Maulevrier-Colbert estoit de
jour. Mrs les Princes s'y
trouvèrent malgré le grand
feu que firent les Assiégez.
M'le Maréchal de Humicreç,
nepûtles obliger d'ensortir,.
jk fut réduit à leur dire, que
ïls, continuoient à expoier
ainsi. leurs Personnes3 il leyeroit
le Siege, pour ne les
pas voir davantage dans le
péril, & qu'il le feroit sçavoir
llURoy. Lamesmenuiton
fit deux Attaques à la Ville,
£c, une fausse à la Citadelle.
Les deux de la Ville furent
faites par les Gardes, & par
Picardie;&celle de la Citadelle
, par le Régiment du
Roy, à quiles Ennemis laisserent
faire deux grands
Boyaux de six à sept cens
pas, sans leur tirer un leul
coup de Mousquet. Ils firent
un grand feu toute la nuit
sur les deux autres Attaques.
La Tranchée estant achevée,
onenvoya à quatre- heures
du matin un Sergcnr,avec dix
Hommes
,
les iniulteriur les
Contrescarpes. La Sentinelle
luy cria, Qii ra laï & en
inefme temps tira son coup.
Lesautres Sentinelles en firent
de mesme, & l'on essuyâ.
dix ou douze coups de Mousquet.
Le Régiment de Fiffer
fit une trolfiénle Attaque à
la Ville, entre la CiradclleSe
la Rivière, & il Il poussa juc.
à trois pas derrière luy. Les
Assiégez demandèrent à capituler
le Jeudy 4. du mois à
dix heures du matin, & se
rendirent a pres dix-huit heures
deTranchée ouverte. Des
.le mesme jour,Mrle Maréchal
de Humieres donna ses
ordres pour l'Attaque de la
Citadelle. On perça les Maisons
dela Ville, on barra les
Ruës, on fit des Lignes de
communication,&l'on commença
à dresser des Bateries.
Celle de l'Attaque dePicardie
tira le 5. à la pointe dujour.
On en fit une de deux MorDemy-
Lunes du coste de lét
Ville, leur Pont abatu, & une
grande Brèche, appréhenderent
qu'on ne montaità l'At:
faut la nuit suivante; car outre
cela, on avoir encore saigné
le Fossé à la Porte de lt
Ville, du costé de laCitadelle,
ce qui fut cause qu'ils demandèrent
à capituler. On envoya
des Ostages; & comme
il estoit déja tard, la Garnison
ne sortit que le lendemain
pour aller à Gand, juiques où
elledevoit estre
cfcorrée.
M le Marquis deVargnie,
Gouverneur de laVille,eltoie
à cheval à la telle de sa Car-,
nsson, qui marchoic Tambour
batant, & Mèche allumée
par les deux bouts, Armes
& BLagag'es. Ils avoienc demandé douze Chariots.
couvertsymais on ne leur ert
accorda que sixdecoLiverts,,
pour porter leurs Equipages,,
ou leurs Malades. Prelque
tous les Cavaliers avoienr.
chacun deuxEnfans entre.
leurs bras. Il n'y a pas eu plus
de cinq ou six Soldats blcf,-
fez,& six de tuez, à l'Attaque
de la Citadelle. La valeur ôc
ladiligence pour lesTravaux,
n'ont pas manque dans nos
Troupes; & Mrdu Metz,
Lieutenant General de l'Artillerie,
a fait dresser toutes
les Bateries avec une promptitude
qui égale son expérience
& son zele. Mrle Marquis
d'U xelles commande
dans la Place, où l'on a laissé
le Régiment d'Auvergne, un
RégimentSuisse,& quelques
autres. Mr le Maréchal de
Humieres marcha en soste
du costé de Dixmude, mais
le Commandant de la Place
jugeant bienqu'il enrrepren.
droit inutilement d'en soûtenir
le Siège, consentitque
les Mâgistrats vinssent au
devant de ce Maréchal luy
en apporter les Clefs. Il Ce
rendit dans la Place, & ramena
les Troupes, qui ont
cfté miles en Quartier d'Hyver.
Dixrnude est une Ville
sort agreable, située sur llperle,
à trois lieues de Nieuport,
& presque autant de
Furnes. Quelque temps après,
Mr le Prince de Chimay
attaqua le Chasteau de
la MarK. il n'estoit défendu:
que par cinquante Hommes,,
commandez par MrdePei
nés, Capitaine dans le Régiment
des Vaisseaux. Il souf.
frit le Canon sans le rendre;
& M le Prince deChimay
sçachant que MdeLambert
approchoit avec des Troupes
, [c retira. Fort peu de
jours s'estant écoulez, Mrle
Marquis du Bordage;Brigadier,
& M deChanterenne,
qui commande un Bataillon
Dauphin,forcerent un Poste
très-considerable, à deux
lieuës de Namur. MrdeChanterennc
se rendit en fuite
maigre de deux Villages qui
en dépendent. On y trouva
plus
plus de cens Vaches, trois
cens Moutons, & cent Chevaux.
Il fut défendu de tüer
aucun Habitant, & de rien
brûler dans ces Villages. Mr
de Chanterenne se distingua
beaucoup, & demeuratrente
heures à cheval, sans manger
ny boire. Vous voyez,
Madame, l'heureux succes
des Armes de Sa Maje(le,
tant pour attaquer que pour
se défendre, lors qu'onn'use
point de surprise comme on
a fait,en enlevantune Garde,
& prenant des Chasteaux,
pour engager la guerre.
Courtray, pris en dix-huit
heures de Tranchée ouverte,
& Dixmude rendu à la feule
approche des Troupes, sont
voir que si le Roy avoit voulu
continuer les Conquestes,
la plupart desVilles de Flandres
luy auroient ouvert leurs
Portes. Cependantlamodération
l'arreste
, & après avoir
fait voir ce qu'il peut, il ne
veut pas faire tout ce qu'il
pourrait. Il interropt le cours
de les Vi..foires, [!..: fait délivrer
par écrit le Mémoire suivant
aux Etats de Hollande.
MESSIEVRS,
ComWZf l'intention du Roy,
mon Maistre
3 a toujours este&
tfl encore présentementtd'affermir•
la Pix) tant avec tEmpire,
qu'avec l'Efpag,ne,a"'vecdes conditions
quisoientconvenablesa la
justiceJefis prétentions, @r quipijjent
établir pour toujours la
Juretéde ruStijets,C,1a tranquilité
de toute l' Europe>Sa Majesséarésolu
d'en donnerconnois.
Jance a tous les Princes @" Etats
qui syinterejjent le plus, afin
lJue s'ils s'engagent a (oûtenir
opiniajfreté <d,e, st>EfpaKnols, <&
le*hojlilite% que le Marqua de
Grand acommencé d'exercercontre
les Sujets de Sa Majefie
j
ils
Joient inftrmedu facilitez
quElleApporte a la conclujion
dm bon Accommodement.
Cejl pour cet effet, Messieurs,
que dins le mesmetemps que Sa
Afaiefié a ordonné a A/Jr le
MaréchaldeHumieres.,d'attaquer
quelqu'une des Tlaces de
Flandres appartenant lu Roy
Catholique, Ellema commandé
de déclarera Vos Seigneuries', de
o ~, bouche, çjjr par écrit
y quepour
parvenir a un Accommodement
jujîerasionnabletquiétablijje
1 eta
~,
e
une Paix ferme gjf fiable dans
toute l' Europe, çjT qui termina
tons les Jémrjlez qui la pourraient
troubler, ElleAIoit bien voulu
remettre tous les difèrensqu'Elit
ta, airc le Roy Catholique> a Arbit"({e du Roy d' Angleterre;
& qu' encore que la Ville de Luxembourg
environne?des PUces
st) Paisqui appartiennent a Sa
MAjestéJ ne foit plut guère en
etut de nuire à ses Sujets,ny mef
me d'rftre à Sa Majefie d'une
grande utilité Ion quellefera dcrnolie,
&' que les Espagnols la
voudront ceerJ "'VIC le peu de
Villages qui en dépendent; neanU
moins comme eeete Ville ne peut
donner aucune atteinte à la Barrière
que rvos Seigneuries ont toujours
cru neceffaire au maintien
de Li Paix, Sa Majefié avoit
offert de s'en contenter, pour lEquivalent
de ses Prétentionssur
le ComtédAlofl, Vieux Bourg
de uand, £<r sur tous les autres
Lieux qui ont ctédemandez par
:(on Procureur Generalaux Con.
férences de Couriray.
Cependant la lenteur des Espagnols
à prendre un party raisonnable
, a enfin obligé Sa ArIAjefié
de faire avancerfis Troupes
enFUnclm,pourporter ~f~
le Marquis de Grana à luy donner
la jfattsfaflion qUI luyeft
ieuè; mais'riayAns répendu aux
injlances u; hry en ont efléjraitesy
que bar des arles dhojhhtc peu C,Qnvent!,leesI!a le'étatattpréjent des , jtffraires ÀFfpgne;SaMajefié
ria pas cru devoirdijérer plus
'/orl:¿tempJ aJeseruir des moyens
queDteu luyamt^en mainypour
Jefaire raison. Toutefois comme
le principal but de Sa Majeflé,
a toujours eslé,ecft encore, d'affermir
la Paix dans toute lEurope
,
Elle a eslé bienaije défaire
fç/voir a Vos Seigneuries, la
Conditions dont Elle veut bienfc
contencer pour lEquivalent de
ses Droits, st) Prétentions, sur
A oftj Vieux-Bourg de Gand,
& autres.
I.
L'Equivalentqui peut terminer
le plus promptement le diférent
que Sa AfajeJïé a avec
l'Espagne, cft/a ceffian de la Ville
de Luxembourg en l'état qu'elle
efl, ou mcfme démolie, avec le
peu de Villages& Hameaux
cpùen dépendent, &quineconfiant
qu'en quatorze ou quinze. II.
Si toutefois les Espagnols s'o
pinhiflrcntarefnfercettePropofition,
le fécondEquivalent au_.
quel Sa Ada]efiécQnfntiroitj
feroitDixmude, & Courtray9
avec leurs dépendances
,
dont
neantmoins l'a Vzlle de Dints la
dépendances (quoy que ce foit
une des Verges qui composent la
Chastellenie de Courtray) deweunroit
à l'Espagne3 C7' les
Fortifications de Dixmude fç) de
Courtrayferaientrayées,mesme
la Citadelle de Courtray
3 en
forte qu'ilnenfleroit qu'une
Afuraitle de cloflHre, pour la
fureté de la ManufaElure
, &
du commerce de ces deux Vdlcs.
Plus, lesVillagesde la ChtÆflel:
lenied'Ath,qui ont (ftE cy-detUant
joints au Gouvernement de
T r,':IY) & à la diftfaction
d jij > Sa ivlajeftéa bienvoulu
donne, les mains parleTraitéde
jV*>c*•"*,pour ne Vasapporter du
) L
1 r
retardement au yétabhjjement de
laPa>x;Beinmontst)Bouvine, aijrc&Lieux quien
'depsi nc, d-.fq:t?lsil ne rest
que q ' tre o: cznq, tous les auri
r: [' ,.r tres aywt re Iris fmtç l'obeïssancede
Sa Majesté
, par la
pojfi/fon qui en a esté mfe en son
nom avant la levée du Blocus de
Luxembourg. Finalement Chim;
I avecJes dépendances. Et
comme par le moyen de cet Accommodement
il ne resteroit plus
dans lapute du tempsaucunsujet
de rup ure; toutes les prétentions
de p,rt& dautre eslansréduites
à ii feulepcjpjjion dans laquelle
on el? depm plus dun an ,
sans
qt-»-'ily-eue aucun autre chanzement
que ce qui doit eompojcr cet
Equivalent, on n'durait pas de
peine À maintenir dans les-Pats-
Bas, la tranquilité que Vos Seigneurietémoignentdesirer.
III.
Quesile Roy Catholique aim,
mieux donner à Sa Majeftc un
Equivalent dans la Catalogne,,
ou dins la Navarre, Sa Ma;
jessése contenteroita ïégardde la
Catalogne, decequi refle à tErpagnf
du Comté de Sardaigney
dont Puicerda qui efl entièrement
démolyfait Partie
}
de la Sue-
Duro?eL 7,de Canredon. & de
Castel Foht> avec leurs dépendances.
IV.
Ou bien de Roses. Girorne.
&Cap-de-Orneres, avec leurs
dépendances.
V.
Et à l'égard de la rfontière
de Navarre,- ,s,,Àvaiefl ~, p .1
}
Sa MajefiéprétendroitPampelune
$Fontar*-
hic, avec leurs dépendances.
Ce fontlà, MessieursJ les
conditions surlesquelles un peut
encore établir Avant la fin de
tannée, une benne (ifJure Paix;
gr pour ne donner aucun Jujet de
la troubler du cossédel'Empire,
le Roy
y
mon Adaiflrefveut bien
aussi quefaye l'honneur de déclarer
de sa part a Vos Seigneuries,
que pourveu que l'Empereur &
la Diete de Ratubonne
j acceptent
dans le mesmetemps la Trente
que Sa Majeflé a offerte5 foit
pour trente) vingt cinq, ou rnef
me vingt années, Elle donnera
encore pouvoir au Comte de
Crecy de la conclure ,I& elle
consentiraqve tous les Princes
& Etats de l'Europe, (oient
Garands de ces deux Acctm*
modemens.
Afais si aucune de ses Proportionsy
dont Sa Majestélaiffi
le choix au Pc Catholique,
rieft acceptée avant la fin de
cette annéey & si les Lieux
qt/Ellr offre de prendre pour
Equlfvalcnt) ne font remis en la
pcfjcjjïjn de SaAfajefté, non
fieaiement Elle ne prétend plus
eflre tenue aux mefimes Conditions
, mais encore, Elle croira
tflre bienfondée àsifaire donner
un jujle dédommagement
>
des
dépenses extraordinaires qu'Ell
aura fIléobligée de faire,pour si
mettre en pôjfcjfon de ce qui luy
appartient ; & l'on ne pourra
iimmppuutteerr qquu'aa il'Espagne, & à
tappuy que luy donnentJesAl-
/ie:{, tous les malheurs dune
Guerrequellea commencée,) apres
avoir rej-nfé toutes lest'oyes
d)Accommodement.
Si parmy tant d'Alternatives
que Sa Majesté propose,
on n'enveutchoisiraueune,
ilfaut que ceux que la
Guerre accommode ayent si
bien pris leurs mesures, que
les Suffragescessent d'estre
libres, & qu'on se déclare
entièrement contre laraison,
puis qu'il est impossible que
de tant de choies diférentes,
il n'y en ait quelqu'une qui
puisse satisfaire les intéressez,
à moins qu'ils ne veuillent
point d'accommodement.
Ce qu'il y a de surprenant
dans les Propositions du
Roy, c' est
11 qu'il est en possession
d'une partie de ce qu'il
demande, par l'une de ces
Alternatives, & qu'il est en
état de se rendre maistre du
reste, sans qu'on osastentreprendre
de luy résister. Cependant
ce Monarque a la
bonté de donner autant d,:
temps qu'il en faut, pour
conlùlter à loisir sur toutes
les Alternatives qu'il propose.
Mais afin que ses Ennemis
ne s'en prévalent pas
pour armer, il arme de son
costé. Il est à croire que s'ils
s' obrtinentà vouloir la Guerre
,
ils en pourront payer tous
les frais; c'est le moindre des
malheurs que leur opiniâtreté
à refuser la Paix leur
puiuc attirer.
Loüise - Marie
-
Thérese
deMelun, qui avoit épousé
le 28. Octobre1680. Armand
de Bérhune, Marquis de Charost,
ion Cousin germain, est
morte de la petite verole le
31.dumesme mois 1683. apres
trois ans &: troisjours de mariage.
On impure ce mal-
- heur à l'imprudence de la
Fille qui la servoit. Elle luy
appliqua sur le visage du Jus
de Guimauve, qui est extrêmement
froid, & qui fit rentrer
la petite verole qui lortoit
abondammant depuis
onze jours. Il devoit estre
fâcheux à cette jeune Pcrsonne
de se voir condamnée
à mourir à l'âge de dix-sept
ans. Cependant elle se rcligna
fort chrestiennement
la volonté de Dieu; Se comme
elle aimoit tres-tendrement
son Mary, qui est dansle
Régiment Royal en Flandre,
elle luy écrivit un Billet
en des termes si touchans,
qu'il faudraitestreinsensible
pour le lire sans douleur. Il
l'aimoit beaucoup aussi estoit-
elle fort aimable,&: d'une
grande sagesse. Elle luy a
laissedeux Enfans.
M le Marquis de Charost,
que cette perte rend inconsolable
est Fils d'Armand de
Béthune, Duc de Bethune-
Charost, Gouverneur de Calais,
cy-devant Capitaine des
Gardes du Corps de Sa Majessé;
& de Marie Fouquet,
Fille de Nicolas Fouquet,
Vicomte de Vaux, Procureur
General au Parlement, &
Sur-Intendant des Finances.
Son Ayeul estoit Louis de
Béthune, Duc de Bethune-
Charoît, Chevalier des Ordresdu
Roy, & Capitaine
des Gardes du Corps; Son
Bisayeul, Philippes deBéthune,
Comte de Selles &
de Charost, qui avoit épousé
Catherine le Bouteiller de
Senlis; SonTrisayeul, François
deBéthune, Baron de
Rosny, marie à Charlote
Dauvet; Son Quartayeul Jean deBéthune, Baron de,
Baye, qui épousa Anne de
Melun, Baronne de Roiny,
Fille d'Hugues de Melun,
Vicomte de Gand, Baron de
Rosny, Chevalier de l'Ordre
de la Toison d'or, Gouverneur
d'Arras; & son QuintayeulAlpinde
Béthune,Baron
de Baye & de Mareüil,
qui se maria avec Jeanne-Ju
venal des Ursins. - "CetteMaison deBéthune.
tire son origine desanciens
Seigneurs de la Ville de Béthune,
dont Robert de Béthunepremier
du nom, estoit,
Seigneur enl'an ion. & dont
tous les Descendansse fomj
signalez fous la troisième
Race de nos Roys en plurieurs
occasions importantes.
Robert de Béthune, fep-c
tiéme du nom,Seigneur do
Béthune, Tenremonde,Ri
chebourg
, Se Warnestonn
mort en 1248. fut inhumé
en l'Eglise de S. Walt d'Arras,
fous un magnifique Tombeau
de Marbre, où il est représenté
armé &. éperonné,
l'Epée àlaceinture, & à fort
Bouclier [c voit l'Ecu des
Armes de Béthune, qui est
d'argent à la face de gueules.
Mahaut de Béthune sa Fille,»
épousa Guy, Comte de Flandres.
,,' - Là Maison de Béthune
subsiste en trois Branches.
La premiere, est celle de
Maximilien-Pierre
-
François
deBéthune, Duc de Sully
Pair de France, Prince d'Enrichemont
& de Boisbelle,
Marquis de Rosny, descendu
de Maximilien de Béthune,
Duc de Sully, Pair,Maréchal
de France, Grand Maître
de l'Artillerie,Sur-Intendant
des Finances du Roy
Henry IV. qui eutune confiance
particulière en sa probité
& en sa valeur. Il estoit
Filsaîné de François de9'éet
une, Baron deRosny, &
de Charlote Dauvet. La feconde
Branche descend de
François de Béthune, Duc:
d'Orval, Chevalier des Ordres
dres du Roy, Premier Ecuyer
de la feuë Reyne Mere, Fils
puîné de Maximilien, Duc
de Sully,dont est venu M le
Marquis de Béthune, qui a
épouié en premières noces
'C;'lLhrine de La Porte & en
Jècondes, Àn>cd'Harville
[Palaifeau,Filk;deM kMar-
>
qùis d' Harvilk-
-
p.L:icau,
Chcvalieî' desOrdres de Sa
[Majcité. La rroifc ne Brin-
)cbc)cft cellede M le Duc
ule Béthune-Chirest.
,,
ant à Madame la Mar-
Xluilè de Charost, dont je
NOUsapprens la mort, elle
eftoic Fille de feuM le Prince
d'Epinoy,&de Louise-Anne
de Béthune-Charost. Mr le
Princed'Epinoyson Pere, venoit
des Princes d'Epinoy du
surnom de Melun, Vicomtes
de Gand, Seigneurs d'Anthoin,
dont il y a plusieurs
Chevaliers de l'Ordre de la
Toison, & des Connestables
de Flandres. Cette Maison
de Melun, qui est une des
plus illustres du Royaume,a
pour sa Tige Josselin, Vicomte
de Melun, fous les
Roys Hugues Capet & Robert,
d'où font descendus
es Vicomtes de Melun, &
es Comtes de Tancarville,
qui ontpossedéles premieres
charges de la Couroi-ine,&
:u des alliances avec les priacipales
Maisons des Princes
le l'Europe. Elle porte d'azur
sept Tkfms d'or, au chf de
wepne..
On mevient d'apprendrela
mort d'une Dame, que son
esprit arenduë illustre, &qui
a paru dans le monde fous
trois noms; sçavoir, de Mademoiselle
des Jardins,de Madame
deVilledieu,&de Madame
de Chate.Elle avoit une
maniéré d'écrireaussi calante
que tendre, & peu de Personnes
ont un stile aussi aisé
Les Ouvrages qu'elle a donnez
au Public, sont (,., ,,
Les Amours des GrandsHom- mes. mes. , Les Annales Galantes.
Cdrrllante) H¡ft°ire.Grrqu.
Les Exile'
, •; :
Les Fables Allégoriques.
Les Galanteries Grenadines.
Les Nouvelles Afriquaines.
hes Oeuvres ces.
t
,
! Lejournal Amoureux. r
Les Dffordres de l'Amour.
Le S Barbin qui a imprime
1
tous ces Ouvrages
, ..en a
encorebeaucoup d'elle 6c
le premier qu'ilmettra au
jour, a pour titre
,
Le Portrait
des Foihlejfes-bumames. Ils ont
tnoouuss eu uunns-sii ggrraanndd iiuuccccéés', u s~ on peut en attendre uir
pareil de ce dernier.
le nom de Belfond. EUc)
estoit Soeur de feu Madame
l'Abbesse de Montivilliers,
morte depuis quelques mois.
& Tante de M le Maréchal
de Bclfond. Son profond
sçavoir dans les belles Let-
[rcs) & dans les Langues,
estoit ce qui éclatoit le moins
en elle. Sa modestie luy fàU
soit cacher tous ces avantages,
& elle fuyoit tellement
le nom d'illustrequeseslumieres
sur toutes choses luy
faisoient donner, qu'elle ne
les dévelopoit qu'avec des
Personnes en qui elle avoit
une entire confiance. Tant
de qualitez admirables estoient
soûtenuës par une vertu
solide, & une pieté édi-
;
fiante, qui servoit d'exemple
à toute sa Communauté,
que sa perte a llliiè dans une
douleur inconcevable. Elle
est morte âgée de 72. ans,
fort regretée de toutes les
Personnes rares, qui avoient
pour elle une estime particuliere.
Aussi peut-on dire
qu'elle estoitelle-mesmeune
Personne tres-rare.
Mr Gilbert, Seigneur de
Voysins,Conseilier en laSeconde
Chambre desEnquelles
du Parlement., &
épousédepuis peu Mademoiselle
D-o-n-gois, Fillede Mr DC?ng.Q.ii, Secr-ctaire duRoy,
& de la Cour de Parlement,
&Nièce de MrDongoisChanoine
de la Sainte-Chapelle.
Le Pere & l'Ayeul de Mr Gilbertde
Voysins, ont elle
Confcillers de la Grand'
Chambre du Parlement 4^
Paris, où cette Famille a donné
plusieursConseillers depuis
l'an 1523. que Michel
GilhçrtjSeigneurdeVoyfins.
y fut receu Conseiller. Elle
porte d'azur à la Croix entre
lée d'argent,accompagnée de
quatre CroiJJans montans d'or.
Les Globes que le Pere
CoronelliVénitien, de l'Ordre
des Mineurs Conventuels,
faisoit icy pour le Roy
par l'ordre deMrle Cardinal
d'Estrées, sont dans leur état
de perfection. Ce sont les
plus sçavans, les plus curieux,
& les plus grands que
l'on ait veus jamais en Europe.
Leur-diametre est de
plus de douze pieds. Sa Majessédestine
pour Versailles
le Présent que luy en fera
cette Eminence; mais comme
le Lieu où l'on doit mettre
ces Globes n'est pas encore
prest
, on les a enfermez:
dans les Quaisses qui doivent:
servir à les traniporter, afin,
de ne les pas laisser exposez:
aux injures de l'Hyver.Cela,
donnera le temps à cePere de
faire un voyage en Italie. Cependant
comme ces choses,
font tres-curieuses, & qu'elles.
méritent une entiere description,
je tâcheray de vous la;
donner lors que j'en auray
une plus parfaite connoissance.
La Loy& la Coûtume, composoient
le Mot de la premiere
Enigme du Mois patTe.
Ceux qui l'ont trouvé sont,
Meilleursd'Amiens, Avocat
en la Ville du mesme nom;
L'Abbé Marcelat, Chanoine
de Sens, L Boucher, ancien
Curé d..- Nogent-le-Roy; Ôc
l'Epinay Buret, de Vitré en
Bretagne; ces deux derniers
enVers.
Le Sinet estoitle vray Sens
de la secon de. Elle a esté
expliquée par M Charles,
Valet de Chambre de Mademoiselle
d'Orleans. Ceux quv
suivent en ont donné des Explications
en Vers. M" la
Tronche, de RoüenCygés,
duHavre: C.Hutuge, cTOïleans;
L'Inconnu à l'Anagramme,
Qui vices enpige dé prisa;LabelleNourriture
du Havre,&lajolie Bouqui.
nette du Hoc, de la mefrne
Ville.
Le veritable Mot des deux,
a esté trouvé par Mri Marin
de Langeac, en Auvergne;
Douceur Organiste de Soissons;
& l'Abbé de Vitfroy,
Chanoine dudit lieu.Four-,
my, de Vitré en Bretagne.
Mrle Moine, de Dormans
les aexpliquées enVersMesdemoiselles
Loüison dtL Souçanîe.;
Petit de Grand Maison,
deChasteau -Thierry;
iJîTTarCjdke de Castor; &
Antiffier; La belle Huguenote;
L'Héroïne, de Dormans
;.
la Belle sans norn;
Le Rimeur à la mode; l'Exilé
du ParnalTe
; & l'Hermaphrodite,
en ont aussi deviné
le mot.
- Jevous envoye deux Enigmes
nouvelles.
ENIGMEJ
E Mehaufe,&puùje me baisse,
Ftj'ay tat deforceen mes dents,
jOuefansqu'aucunfardeau maftiffi,
J-en portefluvent de pesans.
Mon Frere efifortpetite maisefiant
avec moy, Il efigrand, &se tient dejfm fin
quant-à moy. Il ejf Brunet, mon teintparoisietune
lcrefiJta,
Mais on ne laisse pas de nomfaire
la CfJur;
Etpourfirvir Hommes&Femmes,
Sans que nom redoutions lu fames)
On nomy trouvenuit (}jour.
Ala Campagne d- dam les Villcr,
.NlUi n'e*faifeons pourtantpaspius
les entendus}
Carà moins que £tftrependus,
Nom leurefrionsfort inutiles.
AUTRE ENIGME. SOuvent Von me defere,&tod.
jours on mefuit; ,Jzuandjatrape quelquun,jelefats
marchervijle;
,
Quelquefoisjefurprens,quelquefois
on n* évite,
El je viens rarement efinsfaire quelque
bruit.
Je puisfaire lé mal, de me/me que
fuilse bien; abfeolument utile &nécefe.
faire;
Sijepuiscontenter,jepuis aflffi dé.
plaire. ,
Et tc..;cbvjijqujo.tt,sans moy ne
(hvientrien. ,;il * Je vais fendantla mitaujji-bien que
lejour;
Etquoy que quelquefois je CAufc rie
dcptnif,
L'on ne peutfcpajjlrlongtemps de
mapréfînee,1 Et ton ftit frtjouvent des voeux
pourmon retour.
Quelque déplaisir que l'on,
conierve apres la perte des
Perfunnes qui doivent toucher,
& quelque deüil qu'on
en ait dans le coeur, & qu'on,
en porte au dehors, pour satisfaire
à l'usage, à la douleur,,
a! nlacete;ndresse, ôea. la bienl'esprit
de l'Homme,
aui veut satisfaire à toutes
ces choses avec le plus de
régularité ne sçauroit estre
tou jours appliqué à ce qu'il
relient. Il faut du relâche, &
Je plus rage est obligé d'en
chercher, pour ne succomber
oas à ce qu'il soufre. Il est
des attachernens, ou pour
mieux dire des amulemens
nnocens que l'on ne peut
appelle r plaisirs, ôe sans leffrjuels
on demeurcroit dans ne indolence quifermoirblâ
nier un
-
Mommed'êsprit,
Quand celuy qui est frapé de
cettevive douleur, est dans
un rang élevé, ou qu'il tient
celuy de Souverain, il faut
qu'en faveur desa Cour, il ait]
la complaisance de la renfermer,
ce qui le fait beaucoup,
plus soufrirau dedans. Mais
qui regne sur les autres, doit]
sçavoir regner sur (oy-meCme,
& songer que quoy
qu'on témoigne entrer âM
dans nos sentimens, on net
sent jamais ce qui nous touche
au mesme point que nous
le sentons. Ainsi il est de IaJ
fagciTeJ de la prudence&:
de l'esprit d'un Prince affligé.
de s'occuper afin d'occuper
sa Cour,& de s'attacher après
le premier cours de sa douleur,
à des choses qui lemblent
la luy faire oublier
pour un temps,quoy qu'elle
soittoujours forte au fond
de ion ame,&quisoient
plutost des delassemensd'eTprit,
que de ces divertissemens,
qui font mesler l'emportement
à la joye. C'est ce qu'aEutjudiciculementle
Roy,pluspoursaCour que
pour luy. Ce Princearand
dans les Fcltes, comme ill
Fest dans toutes ses Entreprisèes,
y est servy avec le
mesme secret, & de la mefmc
maniere. Il ordonne, tout
le fait, tout travaille, rien ne
paroist, toutle remuë, rien
n'est entendu, on est au milieu
de tout ce qui doit briller,
& rien n'éclate. Cela
vous paroist preique impossible.
Cependant ce que je
vay vous apprendre, vous en
convaincra. Le Roy invita
dernièrement Madame la
Dauphine à une simple Promenade
à Marly. Il s'y rendit
le premier, parce que
-cette Princesse y vint - en
Chaise, à cause de sa gros
Me. Elle y fut accompagnée
d'un fort grand nombre de
Dames. On y vit d'abord les
Eaux,on se promena, Sc l'on
ijofu en fuite dans le grand
Sallon. Je ne vous décriray
point encore ce délicieux
[Palais. Il faut attendre qu'il
soit achevé, & alors jevous
3en feray la description enniere.
Aujourd'huy je vous
diray feulement, que le Sallon
où l'on se mit à joüer,
est, dans le Pavillon du milieu,
qu'ilestoctogone par
dedans, & que par quatre
endroits de ceSallon qui représente
l'Année, on entre
dans quatre Apartemens,
qui sont les quatre Saisons.
Il y a quatre Pieces enhaut,
sçavoir dans les quatre angles
, & dans les quatre milieux.
On entre dans ces
Chambres par des Coridors
qui regnent tout autour de
ce Pavillon. Le Sallon où
l'on joüa,estoit magnifiquement
paré, & tout brillant
de Lumieres. Apres qu'on
eut joüé quelque temps, le
Roy dit
,
jé viens d'apprendre
queTOjJeliereflicy, quït
des chofisdffrZ ctirieufes.Soyons
les;&ft ce qu'il a apporté el
beau3 nous le jouerons.
Je ne vous dis point, Madame,
ce que c'est que l'oyselier.
Vous sçavez fansdoute
que c'est un Marchand
qui vend non seulement toutes
fortes de Bijoux comme
font les Joüaliers, mais encore
tout ce que l'on peut
s'imaginer de plus curieux.
Comme il a commencé (a
Fortune en vendant des Ca..
ges de prix, & des Oyseaux,
le nom de l'oyselier luy est
demeuré. LeRoyayantproposéde
jouer, on ne répliqua
qu'en le suivant, & chacun
monta dans les Chambres
hautes dont je viens de vous
parler. D'abord qu'on entra
dans les Coridors, on fut
frapédel'éclatdesLumieres
qui les remplissoient., & de
toutes les Richesses qui
ébloüirent les yeux dans. la
premiere Chambre où l'on
entra. On n'avoitoüy aucun
bruit; on n'avoit entendu
marcher personne
; on n'avoit
rien veu apporter;ny
briller aucunesLumières par
les
les Portes, ny par les Fenêtres.
Cependant on découvre
une Chambre garnie de
mille choses qu'on sçavoit
bien qui n'y devoient point
estre naturellement pour la
parer. Ce n'est pas qu'on
ne duO: croire qu'elles appartenoient
à l'Oyselier, &
qu'il avoit apporté pour le
Roy ce qu'il avoit de plus
beau. Comme on crovoit
que tout ce que l'on devoit
voir estoit renfermé dans
cette première Chambre, on
s'y arrestaassezlongtemps;
mais l'éclat des Lumières du
Coridor ayant fait avancer
quelques Courtisans, [ans;
qu'ilssçeussent où ils alloient,
ils rencontrerent une
autre Chambre remplie comme
la premiere. Vous jugez,
bien que leur surprise fut
grande. Ce ne fut pas tout.
Les Lumieres du Coridor les
ayant portez à poursuivre
leur chemin, ils découvrirent
une troisième Chambre aussi
magnifiquement garnie que
les autres. Ilsallèrent encore
plus loin, & en trouvèrent
une quatrième, qui ne cédoit
en rien à toutes celles
quils venoient devoir. Ces
quatre Chambres estoient
celles des quatre milieux du
Pavillon.Voicy dequoy elles
estoient ornées, & comment
., on y avoit apporté ce qui les
ornoit. Il y avoit dans chacune
de ces Chambres un
Amphitéatreremply de Gradins
depuis le haut jusqu'au
bas, avec quantité de Tables;
& ces Tables & ces Gradins
estoient chargez de tout ce
qui peut estre à l'usage des
Dames, & servir à orner des
Cabinets. Il y en avoit mes
me pour les Hommes, quoy
que cette galanterie ne le fist
pas pour eux. On ne voyoic
que des Ouvrages de la
Chine, de Perse, des Indes,
d'Allemagne, & de France,
des Porcelaines des plusbelles,
des Cannes avec des poignées
d'or garnies de Diamans,
& mille autres fortes
de petits Bijoux d'or qui en
estoit aussi couverts. Quant
à ce qui regarde les Hardes,
comme Robes de Chambre,
ôc Rubans tissus d'or, le Roy
avoit voulu qu'ils fussent d'u
sage pour le temps, c'est à
dire, qu'il y eust du noir
mcesleé. Ilsy avoit entre toutes plusieursGirandoles
garnies deBougies, qui
jointes aux lumieres des Lustré's:
donnoient un nouvel
éclat àce brillant amas de
Richesses. Des Marchands
fort propres estoient dans
chacune de ces Chambres,
au devant de plusieurs Comptoirs,
sur lesquels il y avoit
des Cornets, & des Dez.
Toutestoit parfaitement
bien entendu dans toutes,
soit pour ls choix des Raretez
qu'elles contenoient, soit
pour l'arangement. Il yavoit
jusquesà des Cabinetsgarnis
de Plaques d'or & d'argent,
d'un ouvrage merveilleux.
La surprise de ceux qui estoient
entrez dans les trois
premieres Chambres, ayant
toûjours augmente, ils demeurèrent
quelque temps
müets d'étonnement en entrant
dans la derniere. Les
Marchands conviérent les
Dames à joüer dans chacune,
ce qu'elles firent. La premiere
qui perdit, demanda
au Marchand le prix de ce
qu'elle avoitjoüé, ôc il feignit
de ne. pas l'entendre.
Une autre ayant demandé la
mesme chose, apres avoir
perdu, onluy repondit qu'-
elle l'apprendrait bientost.
Une troisiéme reçeut une
autre réponse, qui ne l'éclaircit
pas davantage; &
ceux qui estoient commis
pour délivrer ce que l'on
avoit gagné, senacquiterent
sans en demander d'argent,
quoy qu'ils n'eussent peutestre
jamais joüé ce personnage.
Cependant il y avoit
des Gens qui sans estre remarquez,
écrivoit les noms
de ceux qui gagnoient des
choses qu'ils ne pouvoient
emporter, afin de les envoyer
chez eux. Le Roy qui estoit
en quelque sorte descendu
de sa grandeur, sans cesser
d'estre toujours3 grand par
luy-mesme, prenoit cet air
tout charmant, & ces manieres
affables & engageantes
qui luy sont si naturelles,
afin d'exciter toutes les Da.
mes à joüer encore plus souvent
qu'elles ne faisoient, 8c
mesme à joüer plusieurs Bijoux
à la fois; & l'on remarqua
que s'estent approché
d'une Maréchale de
France, qui joüoir un petit
Cabinet, il luy conseilla de
joüer les deux
, parce qu'ils
ne devoient pas estrë séparez.
) Comme il est des secrets
qui ne peuvent e stre
toujours cachez, qui ne sont
pas mesme faits pour cela, &
que celuy du Roy darfS ce
divertissementestoit de cette
nature, le bruit de sa galanterie
commença à le répandre,
tz l'on publia bientost,
que chacun devoit ce qui
avoit gagné "1 * àla magnificence
J!e ce Monarque, & que les
'eiu¡.) n'avoientàpayerait
cune c,-io,c pour ce qu'ils
avoientjoüé. Il s'éleva alors
une espece de petit bruit causé
par des acclamations, &
forme par un concert des
louanges du Roy. Les uns
parloient du plaisir, que leur
donnoit une surprise si agreable
!w& les autres, de celuy
que leur causoir la galanterie
deSaMajesté. D'autres s'en
fasioientunfortsensible, d'avoir
une occasion si favorable
deloüer ce Prince, & d'examiner
la joye qu'il témoignoit
à donner. Ce leur en
estoit aussi une bien grande
de le voir surpasser en toutes
choses tous les Souverains
du Monde. L'ardeur de joüer
redoubla; &quoy que l'on
{àristiit la passion dans une
rencontre où le desir de gagner,
pouvoir toucher d'autant
plus qu'on ne risquoit
rien, on sattachoit pourtant
encore plus au Jeu, par le
plaisir qu'on voyoit que le
Royen recevoit, ce Prince
ayant une noble impatience,
de voir tout ce qu'il avoit fait
préparer, estre le butin des
Dames. Il n'y avoit point
de souhait, que l'on ne pust
satisfaire,& l'oeil n'avoitqu'à
choisir. Qacl autre Prince a
jamais donné d'une maniere
aussiagréable? Monseigneur
le Dauphin joüa beaucoup,
&: fie des libéralitez de toutes
les choses qu'ilgagna. Cette
galante Joui rné*e (car on ne
peut pas donner le nom de
Feste à ce qui s'y passa, &
l'intention de Sa Majesté n'a
pas esté d'en faire une,) ayant
suivy de prés la conqueste
des Places, dont on aforcé
ce Prince de le rendre maître,
en luy prenant plusieurs
Châteaux, l'a f-uc voir en
mesme temps,vainqueur &
moderé, en ne poursuivant
pas ses progrés; galant, aussibien
que magnifique,par ses
dons; & fage & prudent
dans ses divertissemens, qui
ne tiennent rien du Spéctacle,
quandil n'est pas faison
d'en donner. On ne doit pas
s'étonner apres cela, si l'on
vient de toutes les Parties du
Monde pour voir ce Monarque.
Jamais aucun autre Souverain
ne s'estoit fait distinguer
par tant de diférens
avantages. Marcher sur les
pas des Conquérans, ce n'est
que les irnirer; faire plus
qu'eux, c'est renchérir sur
ce qu'ils ont fait; mais répandre
ses libéralitezcomme
le Roy les répand, c'est estre
Autheur d'une maniere de
donner, toute Royale, &
toute nouvelle. Il confond
par là sans y penser,& en
suivant seulement son panchant
naturel à la libéralité,
tout ce que la politique de
ses Envieuxpublie, contre
l'Etat florissant de la France.
Depuis toutes les Oraisons
Funébres que je vous ay dit
avoir esté faites pourlaReyne,
on en a encore prononcé
plusieurs en cette Ville avec
beaucoup de succés. Le Pere
Mothier Jesuite en fit une
tres-belle dans l'Eglise des
Filles Religieuses Augustines
Penitentes de la Ruë S.Denys,
lors que les Maistres de
Gardes des Six Corps des
Marchands firent celébrer
un Service. Je ne vous en
puis décrire la pompe, faute
de temps & de place. Les
Nouvelles Catholiques en
ont fait aussi un tres-beau.
Mrl'AbbéHérony sir. l'Oraison
Funébre, dont il s'acquitaparfaitement
bien. On
en a fait deux Latines; l'une
au College du Plessis-Sorbonne,
& l'autre au College
de la Marche. MrHersan,
Régent de Rhétorique dans
le premier, charma tout son
Auditoire, comme il fit à la
Naissance de Monseigneur
le Duc de Bourgogne. Mr
l'Archevesque, qui connostre
l'étenduë de son esprit, yt~
assista. L'Assemblée y fut
nombreuse, aussi-bien qu'autre
College de la Marche, oùt]
MrdeHault prononça l'autro
Oraison Latine, en présence
de MrleResteur. MTAbbc
Anselme en a fait une dans
1.Eglilè de S. Germain de
l'Auxerrois, où il s'attira de
grands applaudissemens. Ce
Service qu'on doit au zele
des Marguilliers, fut trouvé
tres- beau. On en estima la
Musique; & les Aumônes
qu'ils distribuerent, leur firent
donner beaucoup de
benédictions.
Comme le Coeur de la
Reyne repose au Convent
du Val-de Grace, le Roy y
a fait faire un Service &-
lemnel. Tout y estoit tres
bien entendu, & tout ce qui
entroit danscette Pompe
Funébre avoit une magnificence,
quine marquoit pas
IlloÍns de grandeur que de
trissesse. Il y avoir trois Représentations,
l'une fous le
milieu du Dônle, l'autre dans
la Chapelle où repose leCoeur
de la Reyne Mere, & la troisiéme
dans le Choeur desReligieuses,
où le Coeur de la
Reyne esten dépost.CesReprésentationsestant
toutes
trois sur la mesme ligne, jettoient
un éclat lugubre qui
surprenoit par sa nouveauté.
Monseigneur le Dauphin,
Monsieur, Madame, Mademoiselle
)
les Princes, & les
Princesses du Sang,&les principaux
Officiers de la Maison
de laReyne, assistèrent à ce
Service. Mrl'Evesque Ducde
Ligres yofficia; & M'FAbbc
Fléchier,Aumônier ordinaire
de Madame la Dauphine, fit
l'Eloge de laReyne. Jamais
Homme n'a mieux réüssy
que luy dans tout ce qu'il a
voulu entreprendre. Ses Ouvrages
de jeunesse sur des Su*
jets moins sérieux, ont roiu
jours esté regardecomedes
Chefd'oeuvres; & ses Livres,
ses Sermons, & ses Oraisons
Funébres, n'ont jamais manqué
d'avoir l'approbation
publique. Il a fait dans cette
dernicre comme dans toutes
les autres, c'est à dire qu'il a
répondu à l'attente generale.
Je ne puis mieux vous marquer
qu'il a eu tout le succés
qu'il pouvoir attendre.
tant en parfaite santé, &brûlant
d'envie d'apprendre le
mestier de la Guerre, Ce ren"-
dit dans l'Armée de Mrle
Maréchal de Humieres,quelque
temps avant le Siege de
Courtray. Vous Jugez-bien
que ce jeune Prince ne manqua
pas de se trouver des
premiers à l'attaque de cette
place, & de s'exposer dans
la Tranchée. Apres que la.
Ville Ce fut rendue, il écrivit
à Sa Majesté une Relation
de ce Siege, qui faisoit déja
connoistre son esprit, [oa
courage, & l'intelligence
d'esprit,quoy qu'il soit encore
dans sa plus grande jeunesse,
qu'il est difficile de le
croire a moins qu on nen ait
esté témoin. On ne peut
efire plus beau qu'il est. La
petite vérole dont il a esté
attaqué, avoit donné lieu de
craindre pour luy. Il se porte
mieux,&tousceuxqui le
connoissent,ontfaitdesfouhaits
pour la santé.
Comme je ne sçay point
[ la Langue Arabe, je ne me
fuis pas aperçeu que l'Eten
dard qui a esté pris. sur les
Turcs & que je vous ay eîv
voyé dansmaRelation du
Siege de Vienne, est gravé
à contresens, & qu'ainsi il le
faut lire par derriere, parce
que les Arabes commencent
comme les Hébreux à lire de
la droite à la gauche. On
peut encore lire les lettres
qui sont sur cet Etendard, en
le présèntant à un Miroir,
parce qu'alors elles paroîtront
dans leur veritable situation.
Je ne sçay pour-.
quoy, vous qui entendez fil
bien l'Italien, vous ne vous:
contentez pas de l'explica--
tion de ces lettres Arabes,
que3
que je vous ay envoyée en
cette Langue, ainsi que je
l'ay reçeuë de Rome. Cependant
il suffit que vous m'en
demandiez une Françoise,
pour m'obligera vous fatisfaire.
Il y a dans la partie fiipérieure
de letendard; Dieu,
nous t'avons certainement ouvert
une ouverture manifefle,
Afin que Dieu te pardonne ce qui
est procédé de ton prché & ce
qui A esié unesuite, & qu'il
perfectionne sur toy sa grace
(Mahomet) Omare) & qu'il te
guide par une voje droite. Dans
le milieu de l'Etendard, on
lit deux fois,Iln'yapoint de
Dieu,sinon DieuiÂîahomet
Envoyé de Dieu. Dans la
partie inférieure du mesme
Etendard, .A.bNbro. drine
Dieut'assiste avec un seours
puijjknt. Il est celuy qui aj-kit
habiter le repos sèûr dAn.s les
coeurs des Fidelles,afin qu'ils
augmentent en Foy (Omare)
(Omare) avecleur Foy, & ;
Dieu.
-
Vous - avez eité(urprHc,
Madame, de ce que ne vous
ayant jamaisrien dit dans
mes Lettres qui futft desobligeant:
pour perionne'jije
., VOUSI'D'IY néanmoinsparié
contre la Relation de Besançon.
A vous dire vray,je ne
l'ay jamais regardée que comme
un amas de Nouvelles
fàúÍfes, la plûpart faites par
des Libraires, qui fçachanc
que je vous avois promislexaéte
Relation du Sicge de
Vienne,n'onteupour butque
de luy en opposer une, afin
qu'émane plutostfaite,elle
pull surprendre par le Titre.
Ainsi n'ayant point regardé'
d'Autheur là-dedansy & ne
la croyant quede pieces raluaffées,
ay prétendu ne
parler courre ptrionne. En
effet, il n'y a pas d'apparence
qu'un Homme qui auroit
cité dans Vienne, où l'on
supose que l'Aucheur à qui
en l'attribue estoit pendant
tout le Siège, cuit dit que le
Roy de Pologne avoit esté
faire chanter le Te Deum dans
l'Eglise Cathédrale. de Saint
Estienne. On Içait le contraire;
& comme il n'est pas
besoin de preuves pour réfuter
cet endroir, il n'en faut
point non plus pour prouver
la fausseté de cetteRelation.
Si on disoit qu'elle fust écrite
sur les Mémoires d'autruy,
on pourroit navoir manqué
que dans cette circonstance;
mais quand on écrit ce q ue
l'on doit avoirveu,c'est une
marque qu'on ne parle plus
comme témoin oculaire.,
mais seulement sur des raports
diférens 6c confus, ou
plutost que l'on a tout invente,
comme sont la plupart
des Faiseurs d'Almanachs,
quimettent du froid
au moisdeJanvier, & de la
chaleur dans 11 Canicule.
Ainsi ceux quiontcomposé
ces Relations, ont crû pouvoir
faire donner des Assauts
à une
Place
assiégée, & estre
maistres de la vie de plusieurs
milliersd Hornrnes, parce
qu'ils sçavoient qu'on n'iroit »pas les compter. Maisils
n'ontpasprisgarde qu'il y a
une certaine vraysemblance
necessaire à observer,& qu'on
n'est plus cru lors qu'on en
fort tout-à-fait. S'il estoit
possible qu'il Íè rencontrait
quelqu'un qui n'eust jamais
entendu parler du Siege de
Vienne, & qui ne jugeast de
la Relation que je vous ay
envoyée,& de celles qui ont
couru, que par la vray-semblance,
il connoistroit que
les dernieres rapportent des
Faits absolument impossibles,
& dont il n'y a point
d'exemple à beaucoup pres
depuislacréation duMonde.
IvLis comment en trouveroit-
on, puis qu'il n'y a point
de FloHjbiliré Ces Faits font
marquez dans maRelation,
& la repétition vous en Çcroit
ennuyeuse. Mr le Comte
de Staremberg, à qui j'ay
rendu justice, & que j'ay fait
plus fage que ne l'ont fait
ceux qui ont parlé autrement
que moy, eustesté bien iraprudent,
s'il eustainsiexposé
ses Trou pes, luy qui avoit
intérest de les ménager comme
il a fait, pour cHu: en
état d'attendre du Secours.
Les dixou douze mille Hommes
des Ennemis, ôc jusques
à quinze mille, qu'on veut
qu'il ait fait périr presque
tous les jours, auroient bien
affoibly la Garnison;&quand
elle n'auroit fait que tuer,
sans perdre un seul Homme,
elle auroit esté si accablée
de fatigues,qu'ellesl'auroient
fait périr plus d'un mois avant
l'arrivée du Secours. On ne
voit que des contrarietez
dans toutes ces fausses Rélations.
Si l'on a toûjours
repoussé les Turcs en leur
tuant dix ou douzemille
Hommes chaque fois qu'ils
ont voulu prendre un pouce
deterre, comment font-ils
arrivez au corps de la Place,
où l'on demeure d'accord
qu'ils estoient, lors que la
Ville a esté secouruë? Les
Gens de bon sens, mais qui
ne le sont pas d'abord donné
la peine d'examiner les chok
ses à fond, connoistront bien
que je dis la verité, & ne
pourront me blamer que de
ce que je la fais voirdans des
endroits qu'il n eil pas absolument
necessaire de la
montrer; mais s'ils fontun
peu de refléxion sur ces endroits-
là, ils verront que je
donne aux Chrestiensl'avantage
qui leur est deû dans
tous les Faits principaux,&
qle lescirconstances que je
combats, ne regardent que
la vanité des Particulier,
chacun n'ayant songé qu'à
cc qui l'intéressoit, & ayant
parlé diversement des mesmes
Faits. Cependant il clt
impossible de contenter à la
fois tant de Personnes diférentes,
& la verité ne peut
estre qu'une. -.
Ainsi on ne
petu la faireconnoistre, qu'il
n'y ait quelqu'un qui en {ot
blessé.J'aurois peut-estre
laissé chacun dans ses senti-
111ens , fiins en parler, si je
ne m'estois crû obligé de
dire honnestement des veritéz
à ceux qui publient injurieusement
des faussetez
contre la France, ôc qui
croyent que parce qu'ils ont
fait beaucoup de bruit dans
toutes les Cours de l'Europe,
ils ont secouru l'A llemagne
en faisant le procésà ceux
dont on'ne vouloit point de
Secours, par les motifs que
j'ay fait voir dans ma Relation.
Il est certain que l'on
craignoit tant d'en recevoir
d'eux, qu'on n'a pas voulu,
contre la coutume pratiquée
de tout temps, leur faire part,
comme l'on a fait par tout
ailleurs, de l'entrée des Turcs
en Autriche, de peur que s'ils
offroient publiquement du
Secours, on ne fust obligé
de l'accepter. Ce que jedis
cA un Fait, & vous sçavez
que dans toutes les Cours
des Souverains, la coûtume
est d'ignorer la mort d'un
autre Souverain, & de n'en
point prendre le deüil, jusqu'à
ce qu'un Ministre public
lait fait sçavoir. Que
de réjoüissances nous aurions
vleûses si tout se fust fait dans
regles ! lesregles!MMaaiissnnoouuss nn'aa--
vons pû nous réjoüir que
dans le coeur d'un avantage
qu'onavoulu que nousignorassions.
Vous aurez vu dans ma
derniere Relation, des Articles
diférens sur une mesme
chose. Je sçay qu'ils ne devroient
pasestreséparez;mais
quoy que j'aye écrit pres de
deux mois apres la Levée
du Siege de Vienne, je n"a-.
vois pas encore en commençant,
tous les éclaircissemens
qui me sont venus surla fin,
& j'ay crû devoir alors rectifier
des endroits que j'avois
mal misaucommencement.
Quelques-uns m'en ont blânie.,
au lieu de loüer mon
exactitude. J'aurois biendes
choses à répondre la-de(Tus/1
en faifanc voir qu'il y a des
faits de telle nature,qu'on
s'en peut dédire Gins qu'ils
portent aucun préjudice au
reste. Bien loin que de telles
corrections doivent tourner
contre moy, lors que je les
fais moy-mesme, c'est une
marque que puis que la verité
a bien de la peine à estre
éclaircie apres deux mois de
temps , on ne doit point
ajoûter defoy aux Relations
quiont esté faites sur l'heure
-' -
éc avant qu'on pustsçavoir),
si les choses que l'on rapportoit,
estoient vrayes, Il est
melmc arrivé un assez plaisant
Incident touchant ces
Relations. Vous [avcz qu'il
en a paru une d'un Combat,
& de la LevéeduSiege de
Vienne, qui n'estoit qu'imaginaire
, parce qu'elle avoit
esté composée avant que le
Siege fuit levé. Elle estoit
meïme datée d'un temps qui
marquoit qu'elle estoitfausse,
parce qu'il ne s'estoit encore
rien passé. Cependant j'en ay
vusoûtenir des endroits avec
le dernier emportement. Il
en: vray que c'estoit par ces
opiniastres qui n'ont aucune
teinture des affaires du monde,
mais ils ne laissent pas
de faire impression sur les
Personnes qui n'entendent
point les matières dont on
parle. Je ne me luis jamais
fait une honte de me dédire,
& si je croyois qu'il y cuit
quelque choiede faux dans
la Relation que je vous ay
envoyée, je le ferois encore
pretenrement;mais tout ce
quej'ay apri-s- djepuis qANuDe, lle
a estédonné au Public, me
fait connoistre qu'elle ne
contient rien qui ne 6yt vray,
& quelle estdugout detous
»jugent sainement
des choses, & qui ne font
pont préoccu pez. Je dois
ajourer icy ouon tira aufort
poourtriAerrâque de Kalem- cette Attaque
tomba lur Mr l'Electeur de
Saxe; que ce Prince yfit
paroistrebeaucoup de conduire,
ôcde valeur,& qu'on
Yy laissa longtemps exposé.
Je devroisvous donnericy
un Article de tout ce qui
s'est fait depuis la prise d<J
Gran; mais si l'on veut dire
quelque chose de vray, sur
les Nouvellesd'Allemagne,.
on n'en doit jamais parler
que deux mois apres que les
choses le ion!: passées. On
a déjà recommencé à faire
de fausse Relations, comme
on en voyoit du temps du
Siege de Vienne. Onafait
surprendre Bude, fk égorger
toute la Garnison; & l'on a
fait une Histoire d^ la more
du Grand Vizir. Je ne fçaurois
publier toutes ces choiès,
quand je içay qu'elles ne
font pas véritables. Ceux
dontje pourrayestre blâmé
d' abord, me loüeront enfuite.
Je feroistort àlArmée
Chrestienne, si je répandois
des faussetez, qu'on sçauroit
bien ne pouvoir venir d'autre
part. Elle cft trimphantes;
& quand je diray vray, je
n'en puis parler qu'avantageusement.
Je viens d'apprendre une
avanture navale, dans laquelle
vous trouverez des
chosessingulieres. Mr du
Quesmeestant de retour à
Toulon, apprit par des pescheurs
qu'il y avoitdepuis
huit jours une Barque à Porquerolles,
l'une des Isles
d'Hieres, dont l'Equipage
s'informoit avec beaucoup
defoin de l'état de nos Vaisseaux
,
& de ce qui se faisoit
à Toulon. Il eut la curiosité
de s'informer à son tour, de
ce qu'elle faisoit elle-mesme.
Il envoya d'abord son Canot
avec un Officier. On ne le
voulut pas laisser approcher,
& après l'avoirinsulté de parole,
on luy jetta des pierres.
M de Monros s'approcha
avecsaBarque, & fit crier
qu'il estoit François. On ne
luy répondir que par des injures;
& mesme comme il
s'approchoit, ceux qui estoient
dans la Barque luy
tirerent cinq coups de Mousquet,
dont ils tuerent un
Garde de Marine, il aborda
aussi-tost la Barque, & luy
jetta cinquante Hommes sur
son Pont, qui ne trouverent
aucunerésistance. Comme
la nuit estoit obscure, les
Matelots entrerent les premiers
dans la CI-iatiibre;ils
ytrouvèrentunHomme qui
leurestoit inconnu, ils le depouutercnc,
ôc le blesserent
mesme à la teste, avant que
la présence des Officiers put
arresterle desordre, parce
qu'ilsavoient d'abord elle à
la Duncre, à cause qu'il y
avoit paru du monde. Les
choses estoient en cet état,
lors que le bruitserépandit
que le Prince deMontefarchioestoit
dans cette Barque.
M de Monros le fit
aussi-tost chercher, & il le
trouva que l'Homme blessé
& dépoüillé
,
& ce Prince,
n'estoient qu'une mesme
chose. Mr de Monros luy fit
civilité, & luy dit que s'il
s'estoit fait connoistre, ce
malheur ne luy seroit pas arrivé.
Illuy offrit toute forte
de secours, mais sa blessure
se trouva legere. Ce Prince
dit qu'ilalloit à Madrid par
ordre du Roy son Maistre &
qu'il avoit laisse l'Armée
d'Espagne,dont ilestoit General,
neraI.; fous le commandement
de Ton Fils. Ses réponses
n'ont paseilé justes,&il
a parlé diversement. Ce qu'il
y a* de conitant, c'estqu'il
s'est informé pendant huit
jours de l'état de nos Vaic.
seaux à Toulon. Ce n'est pas
à moy à jugerde ce qu'on
en doit croire, ny de la fuite
que cette Avanture pourra
avoir. Je dois seulementvous
dire que ce Prince citant un
peu remis de sa frayeur, dit
qu'on luy avoit volr une C.¡C
fete où il y avoit beaucoup
de Pierreries. M'de Monros.
apres une recherche fort
exacte, sçeut qu'elle avoït
esté prise par un Matelot. Il
l'avoüa, mais il dit qu'il avoit
tout jetté dans la Mer, ce
qui causa une nouvelle
frayeur au Prince; mais enfin
le Matelot s'expliqua,&
fit connoistre qu'ayant ouvert
le Cofre où estoient les
Pierreries, il les en avoit tirées,
les avoir mises dans un
Sac, & avaitjetté le Sac dans
la Mer, mais qu'il estoit au
taché, & qu'il sçavoit comment
l'en retirer, ce quifut
fais Cette Avanture me donnant
lieu de vous entretenir
des Isles dont je vous viens
de parler, je vous diray que
Porquerolles est une des Isles
d'Hieres, situéesàcinq lieuës
au Levant de Toulon. Ces
Isles,estoient appellées par
les Anciens, Isles Stacades, à
cause duStacas, qui est un
Simple rare, & d'une grande
vertu,qui s'y trouve en abondance.
Elles font encore
nomméesIslesd'or, & Isles
d'Hieres
, parce qu'elles sonc
vis-à-vis de la Ville qui porre
ce nom ,
& depuis on les a
nommées Isles de Porquerolles;
cela vient de ce que
les Porcs d'une Barque qui
en estoit chargée, ôc qui y fit
naufrage, y multiplièrent si
fort en peud'années,qu'on a
esté longtemps sans en pouvoir
épuiser l'Isle où il y en
avoit encore grande quantité
en 1660.
Enfin, Madame, fay une
grande Nouvelle à vous apprendre,
& dont il y a lieu
d'e croire que le repos de
l'Europe dépendoit.Lalevée
de seize mille Hommes que
les Espagnols attendaient
des Hollandois, ne se sera
chose qui auroit paru genéralement
juste. Comme prêt
que cLns toutes les Affaires
qui sedecidétà la pluralitédes
voix, il y a des Gens gagnez,
& qu'il le trouve des timides
& des foibles, lors qu'on s'imagine
que les suites en peuvent
estre à craindre, le passé
fit peur à plusieurs des Depurez
des Etats, lluicrûrenr
ne devoir pas s'opposer à
cette Levée. Ceux delaVille
d'Amsterdam s'y opposerent
de tout leur pouvoir, & furent
cause qu'on la laissa indécise,
car les Etats ne peuvent
conclure aucune chose,
ou du moins ils ne peuvent
exécuter aucune de leurs résolutions,
quand la Ville
d'Amsterdam n' y consent
pas. Il y en a plusieursraisons,
dont voicy les principales.
Dans toutes les Levées
& Charges de l'Etat, elle
paye feule trente-huit pour
cent. C'est plus que le tiers,
& on peut juger par là que
lors qu'il manque un tiers à
une Levée, dont la femme
est entièrement necessaire,
les deux autres tiers font inutiles.
Il y a plus. La Ville
d'Amsterdam estant sort riche
, preste souvent à la plupart
des autres Provinces l'argent
dõt elles ontbesoin pour
fournir ce qu'elles doivent
payer. On peut ajouter à tout
cela, que s'estant misesur le
pied de ne craindre aucune
Puissance, elle ne fait riCR
par brigue, & qu'ainsi elle
41e content qu'à des choses
justes, & que l'examen le
plus exact luy fait croire
avantageuiès au bien des
Etats. L'opposition de la
Ville d'Amsterdam ayant
empesché de rien conclure
à la Haye pour la levéedes
seize mille Hommes, toutce
qu'on y résolut, fut de faire
une Réputation de six Pcrsonnes
à Mrs de Villed'Amsterdam.
Pour luy donner
plus de poids, on mit de ce
nombre Mr Fragel, Pensionnaire
des Etats, qui devoit
porter la parole. Monsieur
le Prince d'Orange devoit,
comme Gouverneur de
la Province, estre à la teste
de cette Députation, afin de
l'appuyer. Ils furent très bien
reçeus à Amstierdam, oùle
Prince d'Orange ne voulut
pas qu'on luy fist aucune
honneurs. Le Pensionnaire
Fragel fit un tressions DiP s i" cours pour montrer que la
levée des seize mille Hommes
estoitnecessaire, 6c
-
il
donna ce Discours par écrit. -
Onrépondit qu'on erj. délibereroit,
mais qu'il falloit
voir auparavant le Traite
d'Alliance conclu avecl'Espagne.
Cette réponse ne devoit
rien faire espérer de favorable
aux Députez Je Hollande.
CeTraité porte que les
Etats ne doivent donner aucun
Secours aux Espagnols,
qu'après qu'ilsaurôtfaitvoir
qu'ils ont quarante mille H6-
mes effectifs en Flandre, Ôc
ilest cettain qu'ilsn'ensçauroient
montrer dix. Cette
Députation fit murmurer ôe
comme elle sembloit estre
appuyée de la force, elle donna
lieu à Mrs d'Amsterdam
de dire qu'il n'y avoit point
de liberté de suffrages. On
ne laissa pas de prier le Prince
d'Orange à dîner à l'Hôtel
de Ville, & d'ypréparer un
magnifique Repas. Il s'y rendit
à midy;mais ayant reçeu
june Lettre sur le point de se
mettre àtable, il ne voulut
point dîner, &: partit dans 1c;
mesmemomentpour retournerala
Haye. On ne sçait ny1
de quiestoit cette Lettre, ny
cequelle contenoit, mais 11:
cIl: à présumer qu'elle dmnoit
avis à ce Prince qu'il
n'obtiendrait: pas cTAmiterdam
tout ce qu'il en espéroit.
Mrs de Ville s'assemblerent
le lendemain,& M'Vambeuningue,
comme Bourguemestre,
porta la parole.C'est
un Homme connu par un
grand nombre d'Ambanades
& de Negotiationintrépide,
ntelligent,qui ne veut -que
bien de sa Patrie, & trop
çavant dans l'Affaire dont il
,:agi{foicj par ce quiluy estoit
déjaarrivé dans une conjencture
presque pareille, comne
je vous feray voir dans la
suite de cet Article. Le Discours
qu'il fit, remplit l'at-
:ente qu'on avoit de luy. Il
1.1r tres-beau, & tres-fort, ôc
temps seraconnoistre que
::e Discours aura sauvé la Hollande,
causé la tranquilité de
l'Europe, & donné moyen à
tous les Princes Chrestiens
de tourner leurs armes contre
le Turc. Il expoû que
dans l'état où estoit l'Espagne,
bien loin qu'une levée
de seize mille Hommes servist
à la secourir,elle attireroit
sa ruine, & celle de la Hollande
entiere; que le Prince
d'Orange estoit un grand
Prince, mais que les François
estant tres- puissans en Troupes,
on ne devoir pas luy donner
un Secours sifoible pour
s'opposeraux armes d'un,
Monarque grand entout, ôc
toûjours victorieuxqu'ilJ
estoitnecessaire de faire au
moins une levée de cinquate:
ou soixante mille Hommes,
& que si le Prince d'Orange
en pouvoit trouver le fonds
dans laBource de ses Alliez,
ou de ses Amis, les Etats y
consentiroient;qu'à moins
de cela, ce seroit les exposer;
que cependant ils ne pouvoient
entreprédre la guerre
avec moins de force; qu'ils
n'avoient point de fonds, &
qu'on ne leuravoit pas rendu
compte de quatre cens millions
qui avoient esté em- ployez depuisl'année 1672.
qu'il leur venoit d'arriver de
*nouveaux malheurs qui les
pourroient accaBler,. si Ionentreprenoit
une guerre en
mesme temps;qu'ils vej
noient de perdre un 1 gran
d
nombre de Vaisseaux Marchands
, ôc de Vaisseaux de
guerre, & que le desordre de
leurs affaires ayant fait partir
ces derniers sans le consentement
genéral des Etats, on
en pourroit demander raison
à ceux dont ils avoient reçeu
l'ordre; que des Digues venoient
aussi de rompre chez
eux, & qu'on leurdemandoit
déjadequoy les reparer,quoy
qu'ils ne sussent pas encore
remis des frais de la premiers
guerre. Il marqua dans son
Discours, qu'on avoirdessein
iùr leur libetté, & dit., sans
qu'il désignast personne, que
troisHommesvouloient mettre
le feu dans toute l'Europe;
mais qu'il estoit de la fagcÍfc
des Etats de s'y opporer.
L'avis de M Vambcuninguefut
suivy. Onrésolut à
Amsterdam de ne point consentir
à la levée des seize
mille Hommes,& l'on députa
à la I-aye)pour en donner
la nouvelle. Celuy qui
porta la parole, marqua toq
ce que je viens de dire, mais
en des termes beaucoup plus
forts, & en dit mesme beaucoup
davantage. On l'écouta
sans l'interrompre, & l'on
ne combatit aucune de (es
radon; il sembloit au contraire,
qu'on estoit charmé
del'entendre si bien parler
pour le repos de la Patrie. Ce
Discoursestant finy, le PrindOrange
voyant qu'on n'y
repliquoit pas, se retira brusquemét.
Je nevous dis point
ce qu'il pésoit de la résolution
de laVille d'Amsterdam, personne
ne le petit ignorer.
Les Etats se séparerent en
suite avec quelque forte de
précipitation;chaqueDéputé
reprit le chemin de la Ville,
d'où il avoit esté envoyé; Ôc
deux heures apres que rAC.
semblée se fut séparée, il n'en
restoit aucun à la Haye,
Je vous ay promis de
vous faire voir que Mr Vambeuningue
a eu raison'ae'
parlercomme il a fait, je
m'acquite de ma parole. il
estoit Autheur de la Triple;
alliance; mais ence tempslà,
tout autre que luy en auroit,
fait autant en sa place, ôc il
semble qu'il ne l'ait alors proposée
que pour faire connostre
la gloire du Roy, &
la relever. Lors que l'on conclut
cette Alliance, la République
de Hollande paroissoit
le plus florissant Etat de
l'Europe. Plusieurs Souverains
s'estaient par force, ou
autrement, raportez à elle de
beaucoup de diférens. Elle
pretendoit estre l'Arbitre des
Roys, & s'estoit donné ce
titre dans les Inscriptions de
quelques Médailles.Quoy
que cette République fust
alors dans son plus haut degré
de puissance, MVambeuningue
crut bien qu'elle
nesustroit pas avec lEipagne,
pours'opposer aux Progrés
de la France mais enfin
il se persuada que sanscompter
l'Espagne, en joignant
deux Roys à la République
ce qu'on appella la Tripealliance)
il pourroit empescher
Sa Majesté de faire jamais
aucunes Conqueliestu
Flandres. C'estoitdéja préfumer
beaucoup du Roy,de
croire qu'ilfalloit unir plusieursPuissances
pour l'arrester;
mais ce qu'il fit fut
encore dans la fuite bien plus
glorieux à ce Monarque,
puis qu'il luy fournit rocçasion
de punir la Hollande;
en forte que dans une mesme
Campagne cette fiere République,
cet Arbitre de l'Europe,
qui se croyoit au dessus
des Roys,sevit presque entierement
soumise à Louis
LE GRAND, dont les Troupes
s'avancerent jusquesaux Portes
de la Haye, & d'Amsterdam.
C'estoit presque tout
ce qui luyrestoit, parce qu'-
elle avoit estéobligée d'inonder
le peu qu'elle conserva
M Vabeunimnie, rage
Ôc prudent par sa propre expérience
, a voulu épargner
cette année le mesme malheur
à sa Patrie. Quand la
Hollande fut desolée, elle
estoit armée &: florissante;
elle ne devoit rien, & prenoit
la qualité d'Arbitre des Koys-.
Quelles conquestes n'y feroit-
on point à présseent qquu'--
elle n'est pas encore remise
des pertes & des frais de
cette guerre, que personne
en Europe n'est en état de la
secourir contre le Roy, que
Sa Majestéest plus puissante
que jamais dans le Cabinet
& en Campagne, que les
Etats ont des Boulevards
qu'on ne sçauroit envisager
sans frayeur,&quel'Espagne
plus foible qu'elle n'a encore
erré, navoit fondé son espérance
que sur son Secours?
On ne peut donner apres
cela trop de louanges à Mr
ValllbeuOJngue) ny trop
7) 3 admirer la (âge & judicieuse
conduite de Mrs dat-nflerdam.
Les Espagnolsvoyant
l'avidité que le Prince d'Orange
avoir pour la guerre,
avoient laisse lesPais-Bas
dégarnis,
dégarnis, afin d'avoir des
Troupes en Italie, sur leurs
Frontieres, & sur leur Flote,
Ainsi lesHollandais auroient
estéobligezd'en fournir
seuls tous les frais, toute
l'Europe estant embarassée
dans d'autres Projetsque
ceux de la guerre de Flandres.
Il est vray que la Politique
de ceux qui vouloient
exciter la gtieri-c,eftoit
plutostd'affoiblir les
Hollandois, que de les rendre
puissans, afin de venir
plus facilement à bout de
leursdessins. Ainsi tout leur
Armement n'auroit cité que
contr'eux, & pour l'élevation
des Particuliers. En confentant
à la levée des seize mille
Hommes,ils auroient fuporté
tout le faix de cette guerre.
Ils se feroient fait un Maistre,
& il leur auroit salu trouver
des sommes immenses, ce
qui leur auroit esté impossible,
puis qu'ils doivent encore
tout ce qu'il coûta pour
la Flote qu'ils envoyerent en
Sicile. D'ailleurs, ils ont
beaucoup de Places Frontieres
qui ne font pas fermées
, & l'interruption de
leur Commerce leur auroit
esté d'ungrandpréjudice.
J'apprens en finissant cet
Article, que le nombre des
Vaisseaux Hollandois,&tous
Marchands, qui ont péry, se
monte à dix-sept, & qu'il y
enaneuf deguerre, & huit
Barques. Le Prince d' Orange
avoir envoyé en Suede
laFlote dont ils faisoient par- tie,croyantqu'ils en rameneroient
quinze mille Homjnes,
maisils en revenoient
àvuide. La perte de cette
JFrloJtei ayant faitpérir beaucoup
d'Officiers, de Soldats^
ôc de Matelots, la plûpart de
leurs Femmes & de leurs
Enfans s'estoient assemblez
a Amsterdam, pour venir
faire des plaintes au Prince
d Orange. Il appréhenda
qu'on ne les fist avec trop de
chaleur, & il avoit raison, ce
fut ce qui l'obligea de quitter
Amiterdam avec tant de
siaste, & l'avis que luy donnoit
le Billet qu'il reçeut
avant [on depart.
Je remets au mois prochain,
faute de place, à vous
parler de l'Ouverture du Parlement.
Comme celle de la
Cour des Aydes se fait la
premiere
,
je vous diray que
Mr du Bois, qui en est Procureur
General, y charma
l'Assemblée par unDiscours
qu'il fit sur la connoissance
de (oy-me(me,6c par un Eloge
duRoy. Il parla aussi du choix
que Sa Majesté a fait deMr
le Pelletier. Je suis vostre &c.
A Paru ce J0. Novembre 16$3.
Je viens derecevoir une Lettre qui
devroitm'avoir este renduë trois semaines
plutost; ce qu'elle contient auroit
trouvé place dans l'Article du
Siege de Courtray, & rien n'yauroit
manqué. Cependant j'aime mieux vous
parler deux fois d'une mesmechose,que
de donner lieu de se plaindre de moy
aux Braves, dont vous verrez les noms
-
dans la Lettre que je vous envoye. f
ACourtray le6.Nov.1683.
Quartiers efinnt frtlo, la Tramhée
fut ouverte de troislefhz.Lapremière
Attaque fut faite par le Régimentdes
Gardes FMnçoifès érSuiJJèsy
&commandéepar M1de M¡tttlevrier,
Lieutenant General de jour. La féconde,
par Picardie, commandée par
Mt le Comte de Brogho, Maréchal de
Camp, drpar M1 le Marquisd'Har-
-court, Brigllditr. La troijiéme, qui
(JToit lufausse Attaqui, fut faite du
cossé de la Citadelle. Elle efioit commandée
par M1 le chevalier de$our-d
dis, Lieutenant General. Si U nuity
dont le clair de Lunefai[bit unpetit
jour, servitauxEnnemis a pouvoir
ajuflcr leurs coups sur nos Gens qui
tjloient a découvert, elle ne fut pas
inutile pour les no(1res, puis qu'elle
leur fit pouffer leurs
que le Soldat txpejé hastajifortfin
Ouvrage,qua onze heuresdufoirm
efiolt couvert, quel'Ouvrage tfioit
pOlissé, &que le Logemet efiottfaitsur
JeGlacts aux deux Attaques des Gardes
& de Picardie,avec tau Ligne de
communication. Du moment que l'on
sofa la première Fifcine, Mx le
Frince de Conty, M'le Comte deVermandoû,
MI le Duc de NortumbcL
land, &soixante tant Princes qu<rutr(
sSeigneurs de lapremtere qtialilé,
C" l'élitede ia Nobltjfe de France,
tù'is Volontaires, s*expofirentsiadé-
(ouvcrr, que lesEnmmupvuvoient
choisir le rouge ou le bleu, (J tirer
deffrn a leur fantaisie. Comme cela
attiroit un fort grand feu fitr nos
Travailleurs,& que l'oncraignoit
fertpeurles Princes,M*leMaréchal
leur envoya M1 le Marqués de Flammvillefluifaifoitla
Charged'Aydt
de Ctmp, pour leur déclarer quil en
êcriroit au Roy,sils nefie retiroicht,
dr quil feroit contraint de levé- le
Siere. Le Travail avançant Iv/J- OJ jours, peu-a peu tousUs Volontaires
si retrouvèrent aux deux Attaques
dans le temps que l'on approchait le
Glacù, 6"" que le Logement de lg
ContrefUrpe fc fit. Le feu des Ennemis
fut grand sur les dix heures
'cf;- demie du colé des Gardes,&fc
réchauffa fin du cossé de Picardir.
Cependantles Ouvrages cHantavancez
, drleLogement f-ilil,l'on acheva
defc couvrir avec assiz detrauqui«*
lité.Le uJ\ matin, le Magiflratjit
batrela chamade, les Espagnols s'efi.
tanty tirez dans la Citadelle. LAC.
cord futslitsur le pitddc 1667. que
cette Ville se rtndit au Roy> à- I4
mit du 4. au J. on ouvrit la i-ran.
ehée devant la citadelle cette Ville
d eoujlé deux cens trente Soldats^
onze officiers morts ou b!lfiz) pa1 my
lefejuelsfont M' le Cbevalier
taçnan^ Lieutenantaux Gardu; M.
Mcnil, CapitaineSuijfc;M'du Tnmblay.
LieutenantavxGardes,quicornjÛittloitlesEnfans
perdu*> M' de
Péril;nJ LÙulcÍJant aux Gardes;
Mxdt'Vaubany Ingfnifllr,Paroit du
MaréchaldeCamp,• M'leChtualier
deCont•in-sue. V8lontaire. Mlle Comte
deKoniyfnarji^a eufisHabitspercez.
M1 CLHauteville, ofifcierdans
fon Régiment, qui efloit auprès de
luy, aesiéhltfféalajambe. VII Li(f.
tenant, & le Major des VaiJfeaux.
Les noms des Biefe-- portent leur
éloge. CduJ de Mxle chevalierIi'Ar..
tagnan en porte fin qui parleplus
que ce quejen fournis, dire. .L\t
de Vengny efifiU du Prefidtntde
cenom, (7, nepromet pM moins di>'éclat
dans les Armes, qu'enAfaitMc
fin Pere dans lA Robe. Al du TrembUy
ne soutientp*s mliru bien tiltuflre
Sangdontilf'oirrttLLaa CCadmmpia_gZnnee
d*Algera déjà donnéfitjet deparler
du ChevalierdeCominge ctmme dun
brave & Jit'ltRêJet,,, de cette iliujhre
Famille, qui a donné tant de
,
grands Nommes, ilfut blessé dans
une Chaloupe dun coup de Miufquet
4juiluy tiaverfe 1omoplate, dont il cft
tfiropié du bras droit, c? dans cette
>iccafi»n J'lin coup de Moussues au •traders la cuisse.M1cCHautevilie e(b
,.Ii Homme despris, & aune 1aleur
tdiftinguée, éjui a dufcrvice,&l\ritimed'une
partie de cette belle NQ- ,blesse. On le ditGentilhomme Sf*tdvû
,de nation. A/r du Ménil>Capitaine
StiijJc>&MLieutenant des Vaifi
Jeaux MTlcchevalierd'Artagnan,
font lesplus dangereuftmentbltfâz,,
ayant les os desj&nbes-cajîfz*. prtf=
q te toutes les blessuresofntduventre
en bas.
Jenesçay point parquicetteLettre
m'aesteécrire, mais elle ne peut venir
que d'un galant Homme, puis qu'il a
foin de lagloiredes Braves, & quefans
luy jen'aurois point rendu âplufieurs
toute la justcequileur estdeuë-
Lors tle Ml' Vambl'uningued\t;
dans le Discours que vous venez de
voir, que le Prince d'Orange psuQ
1ever cinquanteoisoixante milleHommes,
en ci-, qu'il en trouva le fondsdans
la Bo rec, ondans celle de les*
Al!ir-z:l il luvofe que ces Troupes fo
Qualité de la reconnaissance optique de caractères