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MNERECRe%CUURMR-Eà CAL
DEDIE' A MONSEIGNEUR
A PARIS,
AVPALAIS.
ON donnera toûjours un Volume
nouveau du Mercure Galant le
lperemier jour de chaque Mois, & on
vendra, aussi-bien que l'Extraordinaire
, Trente sols relié en Veau,
& Vingt-cinq sols en Parchemin.
A PARIS,
Chez G. DE LUYNE,au Palais, dansla
Salle des Merciers, àlaJustice.
Chez C.BLAGEART, Rue S. Jacques,
à l'entrée de la Ruë du Plâtre,
Et en la Boutique Court-Neuve du Palais,
AU DAUPHIN,
Et T. GIRARD, au Palais, dans la Grande
Salle, à l'Envie.
M. DC. LXXXIII.
JflrEC PRIVILEGE OV Ror.
AU LECTEUR. ! cE n'estqu'après beaucoup
de soins & de recherches
qu'on a fait une troisième Ke,
lation d'Alger, qu'on trouvera
dans ce Volume. Elle finit par
lesdernieres Nouvelles de ce
qui s'estpassédevantcettePlace,
éc l'on peut s'assurerqu'ayant ces
trois Relations, on aura la Campagne
entiere; ce qu'onne sçauroit
trouver complet que dans
-
le Mercure. On n'a mis que les
grands évenemensdans les Nouvellespubliques,
& l'on n'a pas crû que le reste méritast d'estre
sçeu. Cependant il est constant.
AU LECTEUR.
qu'encor qu'on ne remporte pas
toûjours de grandes Victoires,
plusieurs avantages moins considérables
remportez separément,
valent quelquefois bien
ensemble une Victoire parfaite.
C'est ce qui serencontre dans
l'Affaire d'Alger, dont aucune
circonstance nedoitestre ignorée.
On trouvera dans ce Volume
toutes celles qui restoient
à sçavoir. La Relation de Vienne
n'a pû y trouver place. On
croyoit ne lafaire que de ce qui
s'estpassé à la Retraite desTurcs;
mais comme on a eu le bonheur
de trouver des Mémoiresassez
fïdelles pour donner lieu de faire
un Journal de toutle Siege, on a
esté absolument obligé d'en faire
une Relation séparée, qui ser
4
AV LECTEUR.
vviirraaddeel'lcecçooilnddVVooluumm,e:au MMz~rf--
cure.Elle,esttirée detant de
Relations diférentes,qu'on peut
assurer qu'elle n'a jamais esté.
veuëen uncorps, &peut-estre
y trouvera-t-on des particu larLtez
quiont jusques icy esté inconnuës.
Les contrarietez qui se
rencontrent sur ce sujet, & qui
causenttous les joursdesdisputes
dans les Conversations, rendent
la modère Sftenfè
;
c'est pour
quoy on tâchera de n'y rien dire
que devray, du du moins de
vraysemblable; & sur tout il
n'yaura rien dans cette Relation
qui se contrarie.
TABLE DES MATIERES
contenuës dans ce Volume.
PRélude, ! Arrcfl du C,onreilaetat, en ~favem
des Sujets du Roy,
5
Devise, 10
Conversion de M. de Bordenave
, Ministre
de Castelnau,
Conversion deMademoiselle de Merlat,
Fille du 1I1i1Jiftrl1 de Xaintes, IJ
Abjuration du ~Judatfrw, faite par un
JuifPortugais, 15
Servicesfaitspour la Reyne, 16
FesteFunèbre représentéeauxJésuites de
Roüen, au lieu de Tragédie, 59
Descriptiond'une ~Tl.lfetres-cu^ieufe,
où l'on voitplus de huit cens Po".
traits, 65
Relation de Venise, 71
.Mar»Ile de ~V. le Comte de Rochefort,
d- deMademoiselle des Porcelets, 16)
JJiftoiret
-
III
TABLE.
Assemblée de l'Académienouvellement
établie à Nismes. li6
Autres Servicesfaits pour la Reyne, 139
Noms de tous les VaisseauxdesFlottes
de DiJnnemarck., & de Hollande, avec
les noms des Commandans, & le nombre
des Canons & des Hommes qui
fontsur ces Vaisseaux, 171
Mort du Roy de Portugal, 185
TfJut ce qui lest pare devant Alger, depuis
la seconde Relation qui en aesiê
donnéedans le Mercure, 188
Haranguesfaitespar M.leRecteeur,au
Roy,à Monfvgntur le Dauphin, &
à Madame la Dauphine.
251
Autres Servicesfaits pour la Reyne, 161
Mozrt dje mlaldamye la,C1omte8sse d2e Pr.i- Mortde Madame de la Maigrie 2S4»
Mortde dela othe-Fenelon, 284.
Mort de M. delaGalissonniere, 285
Mort de M. du Jardin
,
Beaufrere de
A .le Camus-fAextenantC;vil 2S5
Mort de l'Abb de RérJtfl" 286
Mortde M. de Bailleut, capitung.mx
<?~TAB-LE~. M. Bénard de Rezé est fait Conseiller
d'Etat ordinaire, 137
M. Fieubet, Chancelier de lafeuë Reyne,
monte à la mefrne Dignité, 288
M. Daguesseau, & M. de Ribere,sont
faitsConseillerd'EtatSemestres, 289
JV/. le Comte d'Avaux est aussifait Conseillerd'Etat,
~~ï
Intendancesdonnées par le Roy à Messieurs
de Breteuil, Chauvelin, & de
laFonds, 292
Mariage de Mademoisellede Vaillac. 19}
Sonnet, à M. de Louvoys, 194
Audience", congé donnée à M. de Foscarini,
Ambassadeurde Venise, 296
Le Pere Loüis de Jully est élu Provincial
des Capucins, 298
Te(te Romaine, i01
Mariage de M. de Seve & de MademoiselledeBernage,
32)
ComédieaArlequin Prothée & Avocat,
332
NouveauxDialogues des Morts traduitsen
Italien &en Anglois, 334
TABLE.
Refléxions nouvellessurl'acide, &sur
rAl!zq,Ii, 336
Noms de ceux qui ont expliqué la
premlereEnigme du mois passe,339
Noms de ceux qui ont expliqué la seconde,
341
Nolms'ade ceuux qtuironteexpl,iq3ué l4'une2&
Enigme, 343
Autre Enigme, 345
Nouvelles de Vienne, 546
Fin de la Table.
CALe-.~,NT
,IOCTOBRE16S3. Attendois, Madame, les
remercîmensque vous
me faites. Vous ne doutiez
point que ma Lettre du
dernier mois, ne vousapprift
l'Accident du Roy dans toutes
ses circonstances mais
quand vous vous estiez promis
ce détail, vous n'aviez
point crû que j'y dûsse ramasser
toutes ses paroles depuis
sachute,jusqu'au temps
qu'il fut pansé. Vous avez
raison de les trouver dignes
de ce grand Monarque. Elles
font connoiltre avec combien
d'intrépidité il regarde
le péril; & si l'on vouloit exagerer
les plus fermes sentimens,
il seroit bien difficile
de dire plus que ce qu'elles
font entendre. Ces sortes
d'Articles ne font point de
ceux qui font accuser l'Autheur
d'avoir donné des
louanges qui nestoient pas
deuës. Ils renferment des paroles
,
& le Hérosest loué
par là. Toutestdeluy,&il
n'y arien de celuy qui les raporte.
Quoy que le Roy ait
toûjours connu l'amour que
luy portent ses Sujets, jamais
cet amour n'avoit tant paru
- que dans cette occasion.
Outre ce que je vous ay déjà
marqué que l'on jetta dans
les Ruës de Fontainebleau,
afin que le Carrosse roulast
avec moins d'ébranlement,
quelques Habitans tirerent
les Matelats de leurs Lits:
& les étendirent dans les
passages. Enfuiteils monterent
au Chasteau, & beaucoup
qui n'avoient jamais
pris cette liberté, pouffez par
leur zele, & excitez par la
crainte,traverserent les Apartemens,
& allerent jusqu'à la
Porte du lieu où ce Prince
estoit, afin d'avoir de seûres
nouvelles de sa fanté. Il s'y
trouva en fort peu de temps
une foule de Personnes de
toutes conditions, & Sa Majesté
l'ayant appris, dit apres
qu'on l'eut pansée; Qu'on les
[aiffi entrer. Cela m'incommodera;
mais il faut leur donnercette
satisfaction. J'oubliay à vous
manderla derniere fois, que
Mrle Duc de laTrémoüille
fut un de ceux qui s'évanoüirent
en voyant soufrir le
Roy.
Si le zele des Sujets est
grand, on peut dire que la
bonté du Prince est encore
plus grande. Sa Majesté qui
connoist de quel avantage
est la Quaisse des Emprunts
pour quantité de Particuliers,
; a ordonnédepuis peu par un Arrest du Conseil d'Etat, Que
lefond de cette ghtaijje demeurera
limite à lasomme de vingt
millionsdelivres, & que cependant
on continuera les rembourjemens
à ceux qui les voudront recevoir.
Ce que cet effet des
bontez du Roy a de remarquable
,
c'est que dans l'état
où font présentement les Finances,
ce Prince n'a aucun
besoin des
-'
grandes sommes,
que la confiance de ses Su-
-
jets fait porter à cetteQuasse,
& qu'il ne cherche à la faire
subsister que pour la commodité
de ceux qui ayantdes deniers
à remplacer, font bien
aises d'en avoir lesintérests,
jusqu'à ce qu'ils ayent trouvé
l'occasion de les employer
aux Aquisitions qui leur peuvent
estre propres. Sa Majestéafait
encore davantage.
Pour faciliter les remboursemens
qu'on demandera, &
procurer d'autres avantages
à ceux, qui ne pourront plus
porter leur argentàla Quaisse
des Emprunts
,
jusqu' à ce
qu'elle soit réduite au fond
de vingt millions, où illuy
a plu de la fixer, Elle a ordonné
que ce qui reste à remplir
du dernier Million de livres
aliené au denier vingt
sur lesAydes & Gabelles, par
l'Edit du mois de Fevrier 1682.
fera vendu & constitué par
les Prevost des Marchands
& Echevins de Paris? au denier
dix-huit seulenlent; afin
que les sommes quiproviendront
de ces Constitutions,
fervent avec d'autres que Sa
Majesté ordonnera, à rembourser
ceux qui voudrot retirer
leur argent de laQuaisse
des Emprunts. Le mesme
Arrest porte une autre chose
fort avantageuse aux Propriétaires
des Rentes constituées
sur l'Hôtel de Ville. Les
Prevost des Marchands &
Echevins ,ont ordre de recevoir
incessamment les Mémoires
de ceux des Rentiers
des Constitutions suprimées,
ausquelsil est deub des débets
d'anciens arrerages de
Rentes. Le Roy veut non
feulement que ces arrerages
soientacquitez, mais aussi
que les remboursemens qui
restent à faire des Rentes
suprimées, soient faits aussitost
que les Rentiers les demanderont,
& qu'ils auront
fait lever les empesçhemens
qui pourront y estre survenus
par leur fait.
Voyez, Madame, si quand
ce grand Prince fait tant de
chosesdignes du haut rang
où Dieu l'a placé, Mr Magnin,
dont je vous ay déjà
parlé tant de fois, n'a pas eu
raison de dire, après avoir fait
une Devise qui a le Soleil
pour corps, & ces paroles
pour ame, Proximus à primo.
Qu'ilestbrillantdanssa carriere!
JVu'it'estgrandiileflglorieux.
Ainsi CAutheur de la lumiere
Traceson Image à nos yeux. *
Ce Dieu, dont la sagesse, &fublimt
&profonde, f
wwverne tout,fit tout de rien,
N'ajamaisfaitd'Ouvrage
au mode,
£lui le représentesi bien.
Les grands Articles qui
nt remply mes dernieres
ettres ,
m'ontempesché de
ous parler des Conversions,
ont le zele de Sa Majesté
our la Religion Catholique,
st toujours la cause. Je ne
ous en apprendray que de
emarquables.
Le 4. du dernier mois, Mr
e Bordenave, Ministre de
Castelnau en Bigorre, Dioese
de Tarbes,abjura l'Héésie
de Calvin, entre les
mains de Mrl'Evesque d'Ai
en Gascogne, en préfenc
de Mr l'Evesque deTarbe
& d'une tres nombreule A
semblée. ilavoiteu plusieur
Conférences par écrit avec c
Prélat, & il en avoir reçe
un éclaircissement si fort su
ses doutes, qu'estant con
vaincu entièrement de la ve
rité, il l'a fait connoistre
plusieurs Personnes de soi
party qu'il a ramenées à l'E
glise, avec cinq de ses En
sans. Mrl'Evesque d'Aire, ed
celuy qui s'est acquis tan
de gloire dans les meilleure
aires de Paris, tous le nom
Mr l'Abbéde Fromentie-
; Tout le monde l'admira,
ns la celebre Action, qu'il
à la Profession de MadalaDuchesse
de Vaujours.
a santéégaloit son zele, la
e de son éloquence, joina
sa profonde érudition,
droit à l'Eglisebeaucoup,
ames égarées; mais il peut
ulement écrire, sans pouoir
beaucoup parler.
Sur la fin, dumesme mois,
.-d-emoi[elle Merlat, Fille
Sr Merlat, autrefois Mistre
de Xaintes, &Femme
-
de M d'Aunis, Sr de Ti
seran, fit une pareille Abjuri
tion à Xaintes, entre h
mains de M du PleffislaBri
netiere qui en est Evefqii
Ce pieuxPrélat n'a pas p
contribué par ses Exhord
tions à luy faire ouvrir lj
yeux sur les erreurs où e
estoitnée. Les soins affidi
que Mrde Bonfonds son. P
rent, Conseiller de la mefi
Ville, a eus de luy éclajri
les Points de nostre Religi
luy avoient rendu lasiena
suspecte; mais le plusgran~
coupaefté donnéparMr~
chard, Curé de Médis, ou
elle faisoit sa résidence ordinaire.
Je ne vous parleray point
le plusieurs autres Abjura-
- tions qu'a reçeuës le Pere du
~Rue Théatin
,
qui continue à
prescher les Controverses
avec un tres-grand succés. Je
vous diray feulement que le
Lundy 21. Septembre, Feste
de S. Mathieu, un JuifPortugais
,
qui avoir esté baptisé
âgé de 34. ans, abjura le Judaisme
entre ses mains, apres
avoir conferé avec luy pendant
deux mois touchant sa
Conversion. Plusieurs Personnes
de qualitéassisterent
à cette Cerémonie, qui se
termina par un beau Ditcours,
que ce Pere prononça
sur la vérité du Mistere de
l'Incarnation.
Je viens aux Servicesqui
ont esté faits pour le repos de
lame de la Reyne. Mrs de
l'Abbaye de Sainte Geneviesve,
aux prieres desquels
on eut recours dans le peu
de temps que dura sa maladie.)
s'acquiterent de ce devoir
le Lundy second jour
d'Aoust avec beaucoup de
solemnité. Ils avaient élcy¿
une Représentation magnisique
sur le Tombeau du premier
denos Roys Chrestiens.
Le Pere Fleuriau, Abbé de
cette Maison, & General de
la Congrégation, celébra la
Mené. On donnacemesme -
jour des marques du mesme
zele dans l'Eglise Paroiaiale"
de Saint Estienne du Mont,
dont un Religieux de cette
Abbaye est toujours Curé.
Le Lundy 9. les Dames
Religieuses de S. Dominique,
dites Emmurées, dontle
Convent a esté fondé par
S. Louis, se distinguerent à
Roüen entre tous les autres
Monasteres. Toute l'Eglise
estoit tendue de trois rangs
de Drap noir
,
charge des
Armes de la Reyne, &au
milieu de la Nef, on avoitélevé
une espece de Mausolée,
sur une Estrade à six degrez,
couverte d'un grand Drap
mortuaire de bleu-mourant,
d'or, d'argent& de soye, &
environnée d'un grand nombre
de Flambeaux de cire
blanche. La Meflfe fut chantée
par la Musique de la Cathédrale,
& parune lugubre
Simphoniededivers ïnftrurnens,
le tout dela composition
de Mrle Sueur, l'un
des plus habiles Maistres de
France.
- Swofi: que la nouvelle de
la mort de la Reyne eut esté
portée à Arras, on fit sonner
toutes les grosses Cloches de
Nostre-Dame, qui en est la
Cathédrale, ausquelles répondirent
en mesme temps
toutes celles des Parois-
[es) & des Convents de la
Ville.Celugubre son fut
continué pendant quinze
jours, une heure le matin,
, une heure a midy,&une
heure le soir. Le Mardy 17.
ayant esté choisy pour leService,
on tendit toute l'Eglise,
quiasoixante-sixtoises de
longueur, & dix-neufde largeur,
d'une double Tenture
de deüil,avec deux Bandes
de Velours noir, chargées de
o-rands Ecussons portant de
France, & d'Espagne. Trois
cens douze Chandeliers,
chargez d'autant de gros
Cierges, estoient autour du
Jubé & detoutle Choeur,
outre soixante autres posez
sur la grande Perche qui le
traverse. Une haute&vaste
Chapelle ardente estoitélevée
au milieu du Choeur. Des
Bandes de Velours noir ornées
de riches Ecussons, en
environnoient le Ciel & les
Colomnes; & une Couronne
Royale de mesme largeur, &
d'une hauteur égale à ces Colomnes,
en faisoit le comble
& la couverture. Cette Couronne
estoit chargée dans
son tour, & dans ses rainseaux,
de quatre cens quarante
Cierges
,
sans y comprendre
ceux quiregnoient
à double rangs sur la grande
- Corniche, & qui estantallumez
-, en faisoient comme les
pierreries & les brillans. Une
-
Estrade élevée sur quatre de-,
grez, & toute tenduë de
deüil, estoit fous cette
ChaJ
pelle ardente; & sur cette
Estrade
,
la Représentation,
mortuaire, couverte duii;
grand Poele de Velours noir
traversé d'une large Croix d
Drap d'or, & orné de quatre
riches Ecussons. Une grand
Couronne de vermeil,voilé
d'ungrandCrespe
,
~estos
posée sur ce Tombeau,au
pied duquel on avoit mi
une Table couverte d'un Tapis
traînant de Velours noir,
sur laquelle estoit une haute
Croix, & six gros Chandeliers
de vermeil doré ,avec
un grand Benîtier. Sur les
quatre degrez de cette Estrade
,
estoient six vingts Chandeliers
de mesme matiere,
chargez d'autant de gros
Cierges, & vingt-quatre En-
~ans vétusdelongues Robes
le deüil,tenoient chacun un
lambeau de six livres,orné
le deux Ecussons adossez. La
Messefut celebrée pontificaement
parMl'Evesque, accompagne
à l'Autel de dix":
huit Officiers,tousrevêtus de
riches Ornemens noirs, &
chantée par laMusique. Les
Voix estoient accompagnées
d'Initmmens
,
& les tons
aussiplaintifs que mélodieux.
Mr Doré, Maistre de Musique
de la Cathédrale, l'avoit
composée
,
& il en reçeut
beaucoup de loüanges. Je
ne vous dis rien de la cerémonie
des Encensemens, des
Corps en deüil qui se trouverent
à ce Service, & de l'affluence
du Peuple quiremplit
jusques auxVoûtes. Cela-
-
esflt-:
est commun à tous les lieux,
où l'on fait des Pompes de
, cette nature.
A Nogent-le-Roy ,les
Boutiques furent fermées le
Jeudy 19. pendant tout le
jour. MrBouchet, qui en est
l'ancien Curé, y prononça
l'Oraison Funébre, & prit
pour son texte ces paroles du
Chapitre 4. des Cantiques.
Veni de libano, Sponsa mea, veni
de libano, veni, coronaberis.
Il fitvoir que Dieu invitoit
l'illustre Marie-Thérese, à
aller prendre une Couronne
dans le Ciel, comme elle en
avoit possedéune sur la Terre,
& que cette Couronne
qui luy estoit promise nectoit
pas une Couronne fragile
& sujete à se flestrir, comme
celles de Mirthe, de Palme
,
de Laurier,d'Apium,
ou d'Herbe qui se donnoient
aux Athletes, ou à ceux qui
remportoient le Prix aux
Jeux Olimpiques
,
mais une
:
Couronne d'Immortalité &
de Pierres prétieuses, 'P'!fuifti
in capite ejus coronam de lapide
pretioso, & cela, pour avoir
combatu genéreusement, &
fidellement remply les trois
devoirs de la pieté Chrétienne
envers Dieu, par sa devotion
& sa ferveur; envers
le prochain, par sa charité;
èc enverselle-mesme, par sa
justice.
Lemesme jour 19. les Minimes
de la Ville de Chauny,
firent un Service des plus [0-
lemnels. Leur Egliseestoit
tenduë de noir, & de violet,
& un Crespon noir à fleurons
d'or couvroit tout le Tabernacle.
Dans le milieu de l'Eglise,
il y avoit un Lit de parade
de Satin noir à Crespines
d'argent, soûtenu d'une Estrade,
& couronné de Fleursde-
Lys, &de Cierges. Ilrenfermoit
une Représentation
de Velours noir, sur laquelle
estoituneCouronnne Royale,
couverted'unCrespe. Au
fond de l'Eglise paroissoit un
un autre Poële de Velours,
qui faisoit une Perspective
lugubre d'une seconde Représentation.
Toute l'Eglise
estoit environnée d' Ecussons,
de Chifres de la Reyne,
& de sept Devises qui exprimoient
sa vie, sa mort, & sa
gloire dans le Ciel. Celle du
milieu, qui estoit une Lune
éclipsée,avoitcesparolespour
ame ,
Ecce Luna etiam non
splendet. Elles servirent de
texte au Pere d'Auvergne,
Religieux dumesme Ordre,
&Prédicateur de la Ville, qui
prononça l'Oraison Funébre.
Les six autres Devises estoient,
un Soleil & une Lune,
avec un Monde au milieu,
& ces paroles, Etsoror& conjux;
Une Lune éclairant le
Monde, ViftJltlitumuras; Un
Soleil répandant une pluye
d'or, & une Lune répandant
une pluye d'argent,Sparsit
fi} ipjà; Un Soleil sans Lune,
Sufficit orbi; Une Lune au
Ciel, Luceat ipsa;& en fin
uneLune entourée d'Etoiles,
Proesit & Afiw. Ce Pere
raportatout son Discoursà
ces Devises. Il dit Que le Sorleil
eslansle Hiérogliphe du Roy,
il pouvoit comparer la Reyne à
laLune; que comme la Lune est
la Compagn~r la Soeurdu So^
leil, dont elle porte le nom de
Phoebé,demesme la Reyne
avoit esle la Compagne & la
Soeur du Roy, felon l'expression
de l'Ecriture, qui appelle Frères
Soeurs les Enfans de Frere
& de Soeur; que les avantages
de la Lune consistant en sa beau
téyensa lumiere & en ses influences,
les mérites de la Reyne
avaient consisté dans la beauté de
son Corps, dans l'éclatdesesVerttés
, & dans la profusion de ses
Graces; que parsa beauté, elle
avoit touché le coeur du Roy ; que
par les vertus, elle avoit instruit
la Cour; que parses libéralitez,
elle avoit soulagé son Peuple;
&qu'ainsi toute la Franceavoit
sujet de pleurersamort, puis que
le Roy perdoitune aimable Epouse
,
lit Cour une Sainte Souveraine,
& le Peuple une tendre
Mere. Il prouva toutes ces
choses avec beaucoup d'éloquence
& fîtvoir,que comme
une Lune éclatante, elle
avoir dissipé les obscuritez de
la Cour, Dispulit um?m, en
y faisant briller la pieté, la
modestie, & la modération.
Il dit entr'autreschoses sur sa
pieté, qu'avant qu'elle fist
ion Entrée publique à Paris
en 1660. elle voulut faire ses
Dévotions dans le Convent
des Minimes de Vincennes.
Il ajoûta sur sa modération
dans lesRichesses, que si le
Roy comme un Soleil, avoit
versé sur son Peuple une
pluye dor dans tous ses Voyages,
la Reyne comme une
Lune, avoit versé une pluye
d'argent, Sparsit &ipsa, ôc
qu'ilavoit veue recevoir les
Placets des Misérables avec
une bonté surprenante. Il
termina son Discours par
l'explication des autres Devises
; & dit que cette Lune,
apres avoir charmé le Roy
par sabeauté, instruitlaCour
par ses vertus, soulagé le
Peuple par ses influences,
restoitenfin éclipsée, Ecce Lu-
TUf, etiamnon splendet; que Marie.
Thérese d'Autriche cc.
toit morte avec la con[ola:..:
tion de laisser sur la Terre un
Epoux capable de la gouverner,
Sussicit orbi; qu'un Roy
Très-Chrestien esperoit la
résurrection Luceat ipsa
; &:
que toute la France souhaitoit
qu'elle regnaft dans le
Ciel, comme elle avoit regné
sur la Terre, Proesit &'
Le Lundy 23. les Religieux
Benédictins de l'Abbaye
Royale de S. Remy de
Rheims, marquerent leur
zele par une magnificence
extraordinaire, &ils se cruJrcnt
d'autant plusobligez à
la faire paroistre avec grand -
éclat,qu'outre qu'ils ont
deux Corps de nos>,Roy¡, qui
reposent dans leur Choeur,
sçavoir celuy deLoüis d'Outremer,&
celuy de Lothaire,
sans plusieurs Reynes qui
ont choisy leur Sépulture
dans cette Eglise, ils font
Gardiens de la Sainte Ampoule,
dont on se sert pour
le Sacre de nos Souverains. Il
estvray que s'ils se font distinguez
danscette rencontre,
ils onttiré de fort grands
avantages du Lieu. Cette
Eglise est d'une beautéadmirable,
& le Choeur un des
plus augustesqu'il y ait en
France pour sa grandeur,
mais particulièrement pour
la largeur de sa Voûte, qui]
couvre quarante pieds de
large, sur cent pieds de long
dans oeuvre, sans y comprendre
la Nef & le derriere du
Choeur. Son Pavéà la Mosaïque
,
est un Ouvrage, qui
apres sept cens ans, se trouve
encore au ssi beau que le premier
jour qu'il sortit des
mains de l'Ouvrier. L'Architecture
du Maistre-Autel
estunePyramide des mieux
entenduës, soûtenuë par des
Colomnes de Marbre. On
avoit disposé la Pompe funèbre
fous une Couronne
de plus de 60. pieds de diametre,
qui est une marque
d'une belle antiquité, puis
qu'elle représente par son circuit
le lieu où fut tenu le
Concile de Rheims, où le
Pape Leon IX. assista en personne.
Ce Pape, pour empescher
la contestation des
Archevesques de Rheims &
deTréves pour la présséance,
voulut que ce Concile se tinst
en cercle, en forte qu'il prii
place au milieu, ayant neantj
moins l' Archevesque de
Rheims de front;& depuis,3
pour marque de cette ce-i,
lébre Action, cçttc-Couron-j
ne fut suspendue de laVoûtel
à l'endroit mesme où ellej
s'estoit passée. On 1éclairadei
cent Cierges ce jour-là. LTLC-j
trade estoit au dessous, éle-j
vée de quatre degrez, char- j
gez de six-vingts Chandeliers
d'argent. La Leftiquc1
qui se trouva posée sur cette j
Estrade, estoit couverte d'unj
Daiz de Velours noir aux
Armes de la Reyne, soûte-
~nue par quatre Colomnes
ussirevétuës de Velours
oir, élevé à la hauteur de
ouze pieds au dessus de la
ectique
,
qui estoit couerte
d'un Poële des plus
magnifiques de Velours noir,
arréd'une Croix de Moire
'argent, cantonnée de qua-
.c grands Ecussons de Broerie
des plus riches. Sur
ette Lectique, on voyoit
ne Figure reptéfentant au
aturel l'auguste Princesse
our qui sefaisoit la triste Cerémonie.
Cette Figure estoit
vétuë à la Royale d'un grand
Manteau bleu, semé de
Fleurs-de-Lys d'or, fourre
d'Hermines, & par dessus un
Crespe fort fin,& fort ample.
Tous les Connoisseurs ont
admiré l'attitude de la Figure,
qui, estoit à genoux , ayant
devant elle une Couronne de
vermeil doré,chargée de Pierreries
fines, & couverte d'un
Crespe, aussibien que le
Sceptre Royal. Le Daiz qui
la couvroit, estoit tout environnné
de Cierges attachez
sur une Corniche couleur
d'Ebeine qui regnoit toutà
l'entour, & qui portoit une
grande Couronne de trois
pieds & demy de diametre,
close à l'Impériale. Toutes
ses branches estoient couvertes
de Luminaire, qui se
terminoit insensiblement au
coeur de la premiere grande
Couronne dont je viens de
vous parler, ck qui entouroit
toute la Pompe funebre par
la grandeur extraordinaire.
Le Maistre-Autel estoit orné
autant qu'il le pouvoit effare*
Cess: une Pyramide de plus
le 35. pieds de hauteur, qui
le trouvoitéclairée d'unnombre
infiny de Ciergesàplusieurs
rangs, chargez d'Ecussons
aux Armes de la
Reyne. Pour Parement bas,
on y voyoit une Table d'or
massif enrichie d'une quantité
surprenante de Pierreries.
Pour Retable, ou Parement
haut, ily avoit un fort grand
Parement de Velours noir,
barré d'une Croixde Moire
d'argent; & sur les Gradins
de l'Autel, une grande Croix
d'argent avec les six Chandeliers
de mesme matiere, la
coûtume n'yen soufrant jamais
davantage. Tout lie
1
grand espace depuis la Nef
jusque derrierelegrand Autel,
estoit tendu de noir à la
hauteur de vingt-cinq pieds,
depuis les Chaires en haut.
La Messe fut celebrée par le
Supérieur de cette Maison,
Lors que les Officiers parurent
au bas de laNef, comme
c'est la coûtume dans les
Cerémonies extraordinaires
, de faire ce grand circuit pour
aller à l'Autel, l'on fut furpris
d'unaccord de sixTrompetes
funebres, joëées par
autant de Gardes-du-Corps
desaMaiesté, Ces Trompetesestoient
soûtenuës pour
Baffes, par deux Timbales,
qui par leuraccenslugubres,
entretenoient agreablement
la tristesse des Assistans. Les
Officiers, en entrant au
Choeur, furent précedez de
vingt Pauvres, revêtus&chaperonnez
d'une Piece d'E-
,
sose de Drap gris, qui devoit
leur rester apres la Cerémonie,
par un effet de la charité
desReligieux. Ilsassisterent
tant que la Messe dura, autour
de l'Estrade, un Cierge
à la main, & à genoux.Les
Instrumens se firent encore
eenntteennddrree ààlll''CO~fffierrttooiirree,,aà l'EE--
levation, & à la fin de la
MeÍfe, pendant que le Celébrant
se disposoit avec quatre
autres Supérieurs de l'Ordre,
voisines de Rheims,
pour faire les cinqAbsolutions
comme on les a fait à
S. Denys en France en de pareilles
occasions. Chaque
Supérieur fit la sienne, ôc
tandis que les Chantres chantoientlesRépons
de chaque
Absolution, ils estoient assîs
dans des Fauteüils aux quatre
coinsdela Lectique , 8c
«eluy qui avoit celebre la
Messe estant au milieu du
Choeur, acheva la sienne la
-
derniere. Dans cous les silences
que la Cerémonie de
l'Aspersion, &de l'Encensement
éxige, les Instrumens
faisoient retentir les Airs les
plus lugubres. ?
Madame de Bérulle,Abbesse
duConvent de Nostre-
Dame de Nazaret d'Aix en
Provence, dit S. Barthelemy,
apres avoir fait un Service le
26. Aoust, comme toutes les'
Paroisses, & les autres Convents
de la Ville en firent ce:
mesme jour, par l'ordre d^
Mr le Cardinal de Bonzi Archevesque
d'Aix,en fit un
fecond le4Septembre, dans,
l'Eglise de ion Monastere,
avec. tous les préparatifs quipouvoient
marquer son zele.
On para-sur la Porte de l'Eglise
un grand Drap noir,
qui servoit d'ornement à un
Tableau placé audessus. Ce
Tableau représentoit les Génies
de la France, habillez
en Dalmatiques violetes, &
semées de Fleurs-de-Lys. Ils.
portoient le Buste de laReyne,&
appuyoient leurs mains,
gauches sur, deux Cartouches,
où l'on voyoit deux
Emblémes. Dans l'un eftoiij
un petit Génie, qui ayant!
cueilly une Rose, la plaçoitj
au Ciel. On lisoit ce VersaûJ
tour duCartouche. j
Longius exalto castum dijftmdcu
odorem. :
Dans l'autre estoit, représentée
une nouvelle Etoile,
rayonnante dans l'Empirée,
& des Anges qui ladmi-
-
roient. Au bas de f'Embléme,.1
deux petits Pleureurs et
-
toient sur un Globe, avec ces
motstout autour. J Angelorum gauditim, France
rum luitm. I
Entre les deux Cartouches,
~paroissoient les Armes de la
Reyne, & au bas, les Armes
lu Monastere. L'Eglise ell
~soit éclairée d'un tres-grand
nombre de Lustres, & de
chandeliers à bras. Dans le
Choeur estoit une Estrade
le six pieds de haut, & de
~lix en quarré, la petitesse du
~eu n'en pouvant permettre
~ne plus grande. CetteEstrale
estoit chargée d'un tresgrandnombre
de Flambeaux
~'argent, & de Girandoles.
~aux quatre coins s'élevoient
~uatre Piédestaux quarrez,
dont les Faces estoient embellies
d'Hiérogliphes de la
vie & de la mort, & des Médailles
des Ancestres de la
Reyne. Ils portoient quatre
Guéridons d'argent, sur lesquels
estoient de gros Flambeaux.
Le Tombeau de cinq
pieds de long, & de trois de
large, estoit un sujet d'admiration&
de larmes en mesme
temps. La Face en estoit enrichied'une
fort belle Médaille
de la Reyne, portée par
deux Génies qui fondoient
en pleurs. Dans l'espace qui
les séparoit, on lisoit cette
Epitaphe.
MAMATHERESIA AUSTRIACA,
FRANCORUM REGINA
INCOMPARABILIS, VlXIT,
t.ElA RARA TERRIS SUPEltl
-
INVIDENT.
Des Pleureurs, &desMédailles
des Signes Celestes,
qui ont présidéaux mois de
la naissance & de la mort de
cette Princesse, achevoient
l'ornement de la Représen-
~ation. Quatre Génies portoient
les Houpes du Car- -
~reau de Velours noir, bordé
le Passemens d'or, sur lequel
reposoit la Couronne
couverte d'un Crespe. La
Renommée suspenduë au
milieu du Mausolée, fous un
Daiz environné de Festons
de Crêpe, de Masques de
Mort, & des Armes de la
Reyne
,
paroissoit en Robe
violete parsemée de Fleurs:
de Lys. D'une main elle portoit
une Trompete, & de
l'autre, une Urne d'or., avec
ce Vers, J)
Urna capit cineres, nomen non
oi&e tenetur.
La Planche que vous trouverez
icy,représente ce Mausoléè.
Mrde Viany, Chevalier
de S. Jean de jérufalein)
--APrieur
de S. Jean d'Aix, &
Frere du Grand
-
Prieur de
S. Jean de Malte, célébra la
Messe, qui fut solemnellement
chanrée par les Dames
Religieuses, avec une mélodie
des plus lugubres. Il
estoit assisté d'un fort grand
nombre de Prestres. Mr
l'Abbé de Tournon, Professeur
en Théologie dans
l'Univerfitéd'Aix, prononça.
l'Oraison Funebre. Vous serez
surprise, quand je vous
diray qu'il est aveugle. Vous
jugez bien par l'employ
quil a, que son-esprit ne se
ressent point de cette incommodité.
Il en estpeu d'aussi
éclairez. Aussi fit-il un Discours
tres -
éloquent dans
l'occasion dont je vous parle.
M Marin, Premier Président
au Parlement d'Aix, assistaà
ce Service, accompagné de
plusieurs Présidens & Conseillers
du Parlement & des
Comptes, & il n'y eut aucune
Dame qualifiée qui ne
s'y trouvait
Ce que les Jesuites de
Roüen ont fait, mérite bien
de trouvericy sa place. Quoy
que la mort de la Reyne y
ait donné lieu, ce n'est point
une fuite de Services dont je
vay vous faire la description.
C'est quelque chose de fort
singulier, inventé avec esprit,
& digne d'estre sçeu des Curieux.
Au lieu delaTragédie
& des Ballets dont ils ont accoutumé
de donner le Spectacle
tous les ans das le mois
d'Août pour la distribution
des Prix, ils suprimérent la
Piece que l'on avoit préparée,
& en firent représenter une
autre par leurs Ecoliers, sur la
mort de laReyne, le 13.Septembre,
en présence du Parlement,
quiafondé les Prix,
& des principaux Membres
des autres Corps de la Ville.
La Salle, dont on se servit
pour cette Action,estoit tendue
de Drap noir depuis le
haut jusqu'au bas. Il y avoit
tout autour deux Bandes de
Larmes,d'où pendoient les
Ecussons de France & d'Autriche,
entremeslez des quartiers
d'Espagne, & de quantiré
d'Emblèmes & de Devues
sur cette Princesse. La
Piece estoit divisée en trois
Parties. Dans la premiere,
quelques Auteurs parurentsur,
le Théâtre ordinaire,
comme pour commencer la
Tragédie: & le Ballet; mais -
ils en furent empeschez par
le Génie de la France, qui
leur apprit la mort de la
Reyne., &parThémis, qui
leur ordonna de changer les
Jeux qu'ils avoient préparez
par son ordre, en des Spétta.-
cles lugubres, & de prendre
part à la douleur générale de
la France. - En mesme temps
la Scenechangea, & l'on vit
paroistre tout d'un coup au
commencement de la seconde
Partie, un second
- Théâtre en deüil, sur lequel
estoitélevé un grand TomJ
beau de marbre. Sur ceTonv
- beau estoit une Urne,
que
quatre Amours pleurans tenoient
embrassée. Chacun
avoit son Symbole. L'un
éteignoit son Flambeau avec
ses larmes. L'autre accablé1
de douleur, se perçoit le
coeur d'une de les Fléches.
Le troisiéme brûloit des Parfums
; &le quatrième jettoi
des Fleurs sur le Tombeau.
La Religion & la Pieté et
toient au pied, aussi avec
leurs Simboles. Au dessus
de l'Urne estoit une Mort,
& au dessus de cette Mort,
paroissoit la Renommée. Elle
tenoit l'Image de la Reyne,
victoriense de la Mort, &
s'élevant vers le Ciel. Pour
marquer le triomphe de
cette Princesse sur la Mort,
au lieu de Cyprès, on avoit
mis autour du Tombeau des
Palmiers qui occupoient
toute la Scene. Ils estoient
chargez de trois fortes de
Couronnes; d'une Couronne
Royale de France, d'une
Couronne de Fleurs, & d'une
Couronne d'Etoiles. Ce Spéctacle,
auquel on ne sat-j
tendoit pas, surprit d'abord
toute l'Assemblée; mais elle
fut beaucoup plus surprise,
quand les Statues de marbre
qui estoient sur le Tombeau,
& ausquelles il sembloit quil
ne manquait que la voix,
cómencerent a parler, apres
en avoir reçeu l'ordre de,
Thémis. Chacune de ces
Statuës pleura la Reyne
ef-i
Ion lecaractere qu'elle foûtenoit.
LaReligion ex
prima
par ses Vers le deüil de l'Eglise;
la Pieté, la douleur des
Pauvres & des Misérables,
our la perte de leur Bien-
Lidrice. Les quatre Amours
rent entendre les regrets du
oy, de la Famille Royale,
e la Cour, & de toute la
lation Françoise. Ces Vers
gubres furent suivis d'un
Concert de Musique formé
ar Apollon & par les Muses,
u'onsuposoit avoir élevé ce
Tombeau dans le Parnasse.
les Echos qui estoient dans
Tombeau,répondoient à
es Cpncerts. La troisiéme
artieestoit une espece d'Aotheose.
D abord les A-
~rs. en suite Apollon &
les Muses, le Génie de la
France, & Thémis, celébrerent
tantost par des Vers,
tantost par desChants, le
triomphe de la Reyne dans
le Ciel. Tout cela fut terminé
par un Compliment
au Parlement, que prononça
Mr l'Abbé de Médavi de
Grancé, Petit-Fils du Maréchal
de ce nom, & Petit-
Neveu de Mrl'Archevesque
de Roüen. Ce jeune Abbé
avoit composé une partie des
Vers Latins. Voicy ce qu'il
ditauParlement.
Inifins deThémis, dignes
Sujets du Prince
lui réglé parvos Loix cette grande
Province,
rs que la France éclate en regrets
fuperfiu*,
Qu'une Reyne, l'honneur& l'appuy
des Vertus,
re de tom les coeurs des plaintes
inutiles,
}uen ne donne àsa mort que des
larmesstériles,
nimezparvossoins d'un zele bien
plus beau,
es Enfansd'Apollon luy dressent
un Tombeau,
>fans avoir recours aux présens de
la France,
eurs travaux ont chez vous leur
iuf}e récompense.
Ainjijttdù le ChefdesTroyens si
vanté,
Jîhù sceut à la valeur joindre la
pietés,
Ouvrant à la Jeuneffi une illustre
carriere,
Fit celébrer des Feux au Tombeau
deson Pere,
Etpour encourager ces timides
Ejjrits,
Couronna les Vainqueurs, & leur
donna des Prix.
Le jeune Abbé qui avoir
prononcé ce Compliment,
remporta le premier Prix de
Poësie en Rhétorique; &
Mrle Chevalier de Grancé
son Frere, en remporta un
autre en Seconde.
En vous parlant d'Ouvrages
d'invention,je ne dois
pas oublier la plus belle
These qui ait jamais esté
Faite. L'on y trouve jusques
à cent huit Portraits tous
bien faits, sans quantité
d'autres choses dont voicy
un court détail. Le Dessein
de cette These, qui a esté
dédiée au General des Jéu~
ites, & qui fut soûtenuë à
Lyon le Jeudy 9. de l'autre
moi,est du Pere Ménestrier,
fameux par le grand nom-
~re d'Ouvrages qu'il a donnez
au Public. Celuy qui la
dédiée à ce General, y vouloit
faire graver son Portrait,
mais la modestie de ce Pere
s'estant opposée à ce deflek^
il a estéobligé de seservirdu
Portrait de Saint Ignace. Il l'a
regardé comme Fondateur
& Premier General de la
Compagnie, & luy faisant
une Couronne des Portraits
des autres Généraux qui luy
ont succedé, il a fait de l'E-1
ledion de ce dernier, laBase Ji
du Portrait de ce Saint, dont
l'unique but a esté de chercher
en toutes choses la plu e1
grande gloire deDieu. Ce
Portrait est accompagné de
iix grandes Médailles
;,
qui
font wir les fondions des
Jéfoites. La premiere, où
S. Ignace écrit ses Constitutions,
fait connoistre qu'ils
ont choisy la Vie du Sauveur
eu Monde pour Modele de
la leur. Dans la seconde, il
leur distribuë le Monde,
comme le Theatre de leurs
Travaux. Dans la troisiéme,
le Fils de Dieu se présente à
luy, chargé de sa Croix
, pour
luy prédire les persécutions
qu'il souffriroit. Dans la quatriéme,
le Pape confirmant
la Cornpagnie, donne à ceux
qui s'en seront mis, le pouvoir
d'aller prescher par toute
la Terre. Dans la cinquiéme,
S. François Xavier convertit
le Japon, & en baptise les
Roys; & dans la sixiéme, le
Pere Jacques Laynez paroist
au Concile de Trente, comme
Théologien du Pape,&
y fait connoistre la Compagnie
dont l'Institut fut approuvé
par ce Concile. L'Election
du dernier General,
Successeur de la Dignité de
S. Ignace, eH: représentée
dansleBas-relief,audcffus1
del'Epître dédicatoire. Comme
cette Election s'est faite
par tous les suffrages des Députez
de toutes les Provinces
du Monde, qui se trouverent
m la Congrégation douziémey
tenuë à Rome en 1682,
)n y voit tous les Peres asemblez
qui luy vont baiser
a main. Les Provinces de la
Compagnie,distinguées par
es Armoiries des Princes ou
les Pais dans lesquels elles
ontsituées5 font le haut ôc
e bas de la Bordure, avec la
Devise d'un Cercle, dont
outes les lignestirées de la
circonférence,vont s'unirau
mesme centre. Les autre
Devises qui accompagnent
les Portraits des Genéraux
marquent qu'ils tirent tout
leur gloire de S. Ignace, &
qu'ils ont eu foin de conserver
son esprit. Les Portrait
de la Bordure, sont ceux de
Hommes illustres, qui ont
esté Apostre,Prédicateurs,
Docteurs, & considérables
envertu ; &comme les Positions
sont de Philosophie,de
Mathématique, & de Théo
logie, on voit tout autour les
Médailles des Philosophes
des Mathématiciens, & des
Théologiens les plus célebres.
Les malheurs qui estoient
névitables, si les Turcs eusent
pu venir à bout de prendre
Vienne, ayant obligé Sa
ainteté de recourir à raniCance
divine contre des fores
si redoutables, Elle accorda
une Indulgence pleniere,
ou Jubilé universel, à
:ous ceux quiaccompliraient
n veritables Chrestiens,les
hoses contenuës dans son
refdu II. du mois d'Aoust
ernier. Il y a eu des devotions
extraordinaires à Venise
pendant ce temps, & je
croy que vous ne ferez pas
fâchée de les apprendre. La
Lettre de Mr Chassebras de
Cramailles à Madame ChaÇk
sebras du Breau, sa
Bellel
Soeur, vous en instruira. Jc"¡
vous en envoye une Copie.
Rien n'est plus curieusement
remarqué que tout ce que
vous y trouverez. Tous les
Officiers qui composent la
Seigneurie, y font dans leur
ordre, avee la diférence des
Habits qui les distinguent.
C'estce qu'on n'ajamais veu
ensemble
veu ensemble dans une mesme
Relation. Vous observe- rez deux choses dans cellecy
; l'une, que le Patriarche
de Venise n'aétably les Stations
que dans trois Eglises,
àl'imitation de Rome, où
telles^ftoient feulement dans
celles de S. Jean de Latran,
ddee S. Pierre du Vatican, &
Sainte Marie Majeure; &
l'autre,que les charitez qui
se sont faites, n'ont point esté
pour les Eglises, où estoient
les Stations.
RELATION
De ce qui s'est passé à Venise,
dans le temps du JUbIlé. sA Saintetén'eut pas plûtost
envoyéson Brefà Venise,1
pour leJubilé Universel
,
que le
Patriarche en fitfaire la publication
dans toutes les Paroisses de
la Ville, & établit les Stations
dans l'Eglise Patriarchale de
Saint Pierre, dans l'Egl'se Ducale
de S. Marc, & dans l'Eglise
Patriarchale& Collegiale,
~f~~ aux Saints ApostreSJqu'on
appellevulgairementSant'Apostolo
, & quise trouve presque
dans le milieu de la faille. Le
Jubilé ayant commencé le Dimanche
22. du mois d'Aoust) le
Patriarche alla en Procession visiter
ces trois Eghjes le Mercredy
au matin 25. de ce mois, qui estoitl'un
des troisjours du Jeûne
prescrit par le Bref Il rflolt à la
teste deson Chapitre, & de la
plus grande partie des Curez,
des Prestres, & des Ecclesiastiques
de Venise. Un nombre extraordinaire
de Peuple lesuivoit,
la tefie nuë, chacun un Cierge à
la main; &l'Ecole, ou Confraternité
de S. Pierre précedoit le
Clergé avec cent Flambeaux de
cire blanche,tous de dix-huit à
vingt livres, & trente ou 40
grands Chande liers d'argent de
six aJept pieds de haut, que l'on
portoit au bout d'un Baston.
Les Magistratsquicomposent
le College de Venise,&quelques-
uns desprincipaux Officiers,
firent ensuite leurs Stations dans
lesmesmesEglises,Ilsestoienten
Corps
, & alloient le long des
Canaux,quisontdepetits Dafiimens
de Mer,couverts,peints,
,
(g£r dorez. On leur avoitpréparé }
dans les Eglises des Prié-Dieu
de Damas, gjr de Velours rouge,
& le Clergé les reçeut avec la
Croix, & l'Eau-benîte.Voicy
en peu de mots les noms de ces
Officiers, suivant le rang dans
lequel ils marchaient à l' entrée,
& à lasortie des Bucentaures.
Vous remarquerez que les Habits
dont ils estoient vêtusssont
ceux qu'ils portent ordinairement
l'Eté dans les Tribunaux,(y
qui les diflinguent les uns des autres
,parce que quelques- uns sont
vêtus d'une autre maniere dans
les grandes cerémonies.
Les Capitaines marchoient
lespremiers. Ils avoient de courtes
Vestes en manieres de long
Juste au corps, ou de Honorelines
à demy-jambe, d'Etofe de
Soyerouge; une autre Vestesans
manches , par dessus,de Camelot
violet; les Bas rouges, & le
Poignard ou Stilet à la ceinture. Ensuite alloient plusieurs Ecuyers
duDoge, en Habit&
Manteau de Tafetas noir ordinaire
, avec le Rabatuny.
Le Capitaine-Grand, qui
est comme le Grand Prevost,
alloitàcosté du Maistre des
CerémoniesduDoge. Le
premierefloit en Veste de IDàmtâ
roug figuré.Cette Veste luy
descendoit jusqu'au bas des jambes,)
Çjjr il avoit par deffoes3 une
fécondé J7efle de Camelot violet
tabisé,doublée aujJi deDamas
rourei fenduë
, & liée parles
costez avec des cordons&houpes
defoye
,
la Ceinture à l'Indienne,
les cBé$&les Souliers rouges. Le
fecond estoitenPourpoint,Hautde-
chauffe Bas & Souliers routes
, avec une JTeFle sans doublûre,
de Camelotviolet tabisé.
Les Secretaires du Sénat, font tous de l'ordre des Citadins;,
estoient en Vcfle de Drap
noirt la Stole de mefrne} & les
Manches courtes, qui estlHabitdes
Gentilshommes&des Citadins
La Stole est une piece d'Esose
d'environ un quartier de
large, & d'une aune de long.
Elle se metsurl'épaule gauche,
comme le Chaperon des Graduez
en France.
Le Grand Chancelier, qui
est aujji un Citadin, en Vesle de
Camelotviolet tabisé,àManches
Ducales.CesManches ontautant
de tour que le bas de laV°.fle3
sontsiamples quelles descendent
jusques à terre.
Le Doge ou Chefde la RépubliqueenVeste
de Satin
rougeuny3 à grandes Manches;
unepetite Coëse de toile blanche
finet défendant en pointe sur les
oreilles, qui luy fert de Diadéme;
la Couronne ou Corne Ducale
de Satin rougepardessus;les Bas,
& les Souliersoro,u,ges. Sa Veste
estoitsoûtenuë par deux de ses
Ecuyers en Manteau noir, qui
ne la quitoient point encore qu'il
fust à genoux.
Les sixConseillers de la
Seigneurie, en Vesle de Camelot
t'ouge tabisé, a Manches Ducales.
Cessix Conseillersfont pour
assister le Doge dans toutes les * Affaires, fontchoisis de six diferens
Quartiersde la Viste.
Les trois Chefs dela Quarante
Criminelle, en VCsle de
TDrap violet, la Stoledemesme,
& les Manchesétroites à L'ordinaire.
Cette Ouarantie est une
Compagnie de quarante Adagistratspourjugerles
Aif::'ru criminelies.'
Ces trois Chefs, lessix
Conseillers, & le Doge, composent
la Seigneurie de Venise, où
l'on juge les Causesprivilégiées
quise plaident au College.
Les si x Sages Grands, en
Veste de Camelot violet tabisé,
à ManchesDucales. Cefontceux
qui consultent
,
c-pro,Defent les
Affaires qui doivent allerau Sénat.
Les trois Avogadors en
VeRe de Camelot noirtabisé,
les Manches Ducales,& la Stole
de Drap rouge. Leur fonction
approche de celle des Procureurs
& Avocats Genéraux des Tribunaux
de France..
Les trois Caï, ou Chefs du
ConseildesDix,vestuscomme
les Avogadors. Ce Conseil est
de dix desprincipaux Magistrats,
qui connoissent descrimesd'Etats
@J de Leze-Majestépublique.
Ces trois Chefs ont le foin de
beaucoup dechoses, concernant 1,4
Police,& laseûrete de la fille.
Les deux Cenleurs* en
Veste de Camelot noirtabisé,les
Manche; Ducales,&la Stolede
Drap violet. Ilsontveuësurles
moeurs des Particuliers, sur les
sausses brigues qui se font pour
obtenir les Charges
, & ajjîflent
aux Causescriminelles.
Les cinq Sages de Terreferme,
en veste de Camelot
noirtabisé, les ManchesDucales.
Ils consultent, & proposent au
Sénat lesAffaires de laMilice&
de la Guerre.
Les cinq Sages des Ordres,
enVeste de Drap violet, la Stole
de merme,c- les Manchesétroi
tes, comme les trois Chefs de la
Quarantiecriminelle. Cesontde
jeunes Gentilshommes, quiont
entrée au College, & au Sénat;
pourseformer aux affairesans
y avoir de voix délibérativesinon
dans quelques affaires de
Mer, d'où 'Vient que leurveritable
nom l'si Sages de Mer.
On lesappelleAussiPetits Sages,
à cause de leur jeunesse; car ce
nom de Sage t'st icy donné à certainsMagiflrats,
pour montrer
qu'ils doiventsurpasser les autres
en prudence eenfagef-te.
LescinqSages des Ordres, les
cinq Sagesde Terre-ferme, lessix
Sages Grands)& la Seigneurie,
faisantentout le nombre de vingtsix
Personnes,composent le CuL
lege> où s'examinent toutes les
affairesd'Etat,& où les^m.
bassadeurs ont Audience. Tout
ces Magistrats & Officiers, Ici
Doge excepté, ont tous la Ba-.
rete C'est un petit Bonnet des
Laine nOIre, que les Gentilshommes
& Citadins portent en
tout temps. Il a tout autour
un Cordon de deux travers des
doigt, qui estfait avec les bord:]
de la Lave.
Quoyqu il manquast em
cette Cérémonie quelques
- une.
des Magistrats que je vus ax
ntJmmez ,
quipouvoientestre
malades, j'ajy crû vous devoir
marquer le veritable nombre
qu'ils dévoientestre. Vous remarquerez
encore, que le Camelot
dont la plûpart des Officiers
font habillez, est une Etofe de
poil de Chevre
, ou d'autre
minimal
,
qui a cela d'avantageux
par dejJiu la Soye,
qu'elle ne s'engr.ujjepont,&
qu'en conservant son lustre
3
elle
ne reçoit pas aisément la pondre.
Al'exemple duPatriarche, les
Paroijjes deVenist au nombre de
soixante-douze, la plus grande
partie des ConventsdeReligieux,
les Hôpitaux
,
t;tJ quantité de
Sufrages&Confrairies, ont visité
chacun unefois les trois Eglises
des Stations, en sorte que
pendant les quatorze jours du
Jutiléy l'on ne pouvoit pajjer
par les Ruës qu'avecbeaucoup de
difficulté, pour le grand nombres
de Processions que l'on rencontroits
soir er matin, Celles des PA-.
roissesalloient en cette maniere.
D'abord venoientsoixante,
quatre-vingts, cent, & jufqum
iSo. Personnes vejluës de longsi
Habits de Toile, avec des Ca-.
pucessurla tesie) tenant chacunes
un Flambeau de cire blanche, de
dix-huit, vingt,vingt-cinq gjf
trente livres de peranteur,la.
plupartayant des bricoles de cuir,
pour lessoûtenir, comme nos Porteurs
de Bannieres.Quantité
d'autres en pareil Habits portoient
des Chandeliers de six à
sept piedsde haut, çjsr des Fiambeaux
depoing au dessus. D'autres
avaient des Fanaux, ou de
grandes Lanternes dorées; & au milieu decetteabondance de
lumieres, marchoient trois Gentilshommes
Venitiens
, portant
alternativement,unegrande
Croixavecun forijl, toute enrichie
de Fleurs, de Rubans, de
Points
,
de TJentelles d'w &
d'argent, de Brocard 'd'' Perles,
&de Pierreries. Ils estoientvétus
en Penitens, avec de longues
Robes de Toile blanche ou noire,
des Cordons de soye garnis de
grvjfts 7-fû~~ Campanes
pour Ceintures
,
le visage couvert,
& les pieds nus dans des
Sandales. C'estoient eux quifaisoient
la dépense desFlambeaux.
Devant le Christ,alloientà
reculons les Battuti, ou Flagellans,
se donnantsur le dos de
grands coups de Dijciphne,faites
de plusieurs Cordes, où estoient
attachées depetites Etoiles ou
Point"s de Fer. Ily en avoit en
la plupart des Processions. Ils
estoientvestus de méchante Toile,
avec le vïsage dans un Sac, le
dos découvert, tout enfantante\
&la plûpart lespiedsnus. Quelques-
uns avoient des Capucessur
leurs teftes3 élevezjusques à trois
pieds de haut. On voyoit venir
: en suite un grLtnd nombre de Penitens
ÇTIS, bleus, blancs, ou noirs,
selon les Sufrages & Confrater-
; nÚez dont ilsestoient, ayant tous
! le visage couvert, & un Cierge
d'une livre & demie, ou de deux
livres, à la main,
Apres alloient les Ptesters gjjr
le Clergé,puis tousles Paroissiens
deuxà deux, un Cierre à la
main,&la teste nuë, les Gentilshommes
& Citadins tenant la
gauc-beparbuïnilité-,&les Marchands
& Artisans ayant la
droite.
Enfuitevenoient les Femmes.
Plusieurs avoient le vifageloile'
& estoient vestues de Toile en a
Penitentes. L'une des principales
portait une grande Croix de bon
comme les Hommes, & les autres
de gros Flambeaux de cire
blanche. Quelques Prestres al--
loient avec elles autour de U\
Croix, chantant les Litanies; &
toutes les autres Femmes fuivoient
deux à deux dans leurs
Habits ordinaires, y en ayant
quelqu'une d'espace en ejpace>
qui chantoit aussi les Litanies,
@J à laquelle répondoient toutes
les autres. Dans quelques Paroisses,
les Filles estoient séparées
des Femmes. Elles marchoient à
droite avec un Voile de Toile
blanche qui leur couvrait le vi-
/~c; les Femmes àgauche
en Voile de Tafetas noir. Il se
1 trouva mesmequelques Femmes
qui alloient à reculons devant le
Crucifix,&qui se disciplinoient
comme les Hommes; mais ce fut
en petitnombre.
Les Convents desReligieux
avoient anjji quantité de Penitens
avec des Croix, & de gros
Flambeaux,plusieursConfraternirez
de devotion accompagnant
leurs Processions. Celle de
S.Françoiss'estoit jointe aux
Cordeliers ; celle de S.François
de Paule, aux Minimes; celle
de S. Dominique,auxJacobins,
£<rainsî des autres. Les Confreres
estoient vestus d'un Habit4
pareil à celuydesReligieux. Ils
avoient lA teste cachée dans une
maniere deSacde lamesme Etofe
de l'Habit, a1)eC des Cartons de
testes & d'os deMort cousus au
dejjo''ts du rflenton, &des Chapelets
à la ceinture. Tous les
Particuliers qui accompagnoient
la Procejjion, portoient duffi un
Cierge a A.,marne
Les Adminifirateurs & Gouverneurs
des quatre grandsHôpitaux,
marchoient avec les Filles
du Choeur, que l'on éleve &
qu'on entretientpour la Musique.
Elles estoient toutes voilées, &
portaientunHabit simple &
modefie3 de la couleur qui est
particuliere à chaqueHôpital.
Celles desMendicantes efloknî
vefluè'sdegris ; cellesdesHospitaletes,
de blanc; celles de la
Pieté, de rouge; & celles des
Incurables, debleu. Tous les
petits Enfans de l'Hôpital, &
les Pauvres qui pouvaient mar.,
cher, alloient les premiers habil
lez de la me(me couleur. Ce.
Administrateurs sont des Gen
tilsbomnes, des Citadinst &des
Marchands des plus conjidéra.
bles. Les premiers avoient ced,'
la droite aux derniers dans certi
Cerémonie.
Outre cesProcessions genérales
en rencontraitencoreplusieurs
Personnes qui allaientenfembh
Ó¡,¡.
JL.
pardevotion,vestuës en Penitens,
avec des Croix & des Flam-
!tbeaux,
psalmodiant dans tout le
chemin.Ily avoitdes troupes de
lr. Femmes tontesvoilees, quifai-
Soient aujjl des Procéssions partiï-
ctilieres. Quelques-unes alloiers
ifèules chargées de Croix & de ;Disciplines. 1"envis une monter a genoux les degrez de l'Eglise
deS.Marc. Elle alla en cette
sposturehumiliante jusquà la
Porte du Choeur3&s'en retourna
de mesme à reculons, toujours à
genoux, avec une grosse Croix e bois sur ses épaulés,dont la
pesanteur sembloit l'accabler à
tous momens.Au sortir de
S. Marc, elle se leva, portant
toujourssaCroix, marchant les
pieds nus, la teste couverte, &
entra de mesme à genoux dam.
les Églises de S. Pierre du
Saut' Apostolo.
Il cft difficile de s'imaginer la
quantité de Cire qui s est confus
mée durant et temps.Ala Pro
cession de Sant Apostolo,ilavoitdes
Cierges de trente livrer
Ily en avoit de quarante a celle
des Religieux de S. François&
la Vigne, & cela ne doit ~pe
vous étonner. c'efl l'usage
Venise d'en mettre quelques grer
aux Processions. On voit icy des
Particuliers, qui s'eflantfauve^
de quelque périlconsidérable,offrent
à la Vierge un Cierge d'une
troffiurextraordinaire, dont ils
firlt présent à une Eglise en maniered'ExVoto.
lly en a deux
dans le Monastere de la Madonna
de la Miracoli. Le
plus gros a dix pieds de hautsur
un pied de diametre) (ü pese du
moins cent cinquante livres. Il
est attache contre la Muraille
avec des Cercles, & de gros
Crampons defer.
Toutes les Aumônes qui se
sontfaites dans les trois Eglise
des Stations à l'occasion dufubilé,
ontesté distribuées au Monastere
des Religieuses Converties, où
l'on recoit les Filles Penitentes,
qui se retirent de la Débauche,
& aux quatre grands Hôpitaux
de la Pietéy des Incurables, des
Mendicantes, & des Hospitaletes.
La grande devotion des Partieuliers,
(gfr le zele ardent de
tout lePeupley ayantoccupépresque
tous les Confesseurs dans ces
deux semaines, le Patriarche a
remis le Fubilé des Religieuses,
,
apres celuy des Religieux&des
Séculiers.Ainsi on l'a publié
dans les MonasteresdesFilles le
Dimanche s. de ce mois de Septembre}
& il doit finir demain
1Dimanche 19.Les charitez qui
t se feront faites dans ces Monasi
teres par les Abbessesy les Vicaires
? ou Prieures, les Religieuses& les
Pensionnaires, doiventestre données
aux pauvres Religieuses de
Candie., qui sesont retirées à Ve-
Ini[e, à mesure que lesInfidellesse
yont rendus maifires de cette isle.
LeurMonapere estdansIsle de
San Servolo, à un ou deux milles
diiey. Il y en a de l'Ordre de
S. Benoist, de l'Ordre de S. D.-
minique,&de celuy de S. François
; (èf ce qUl estdefortsingulier,
elles logent toutes dans le
mesme Convent, quoy qu'elles
ajtent chacune leur Abbesse,
Vicaire ou Prieure particulière,
qu'elles observent la Regle
de leur Ordre. Elles font en tout
quatre-vingts cinq, chaque
Ordre a son Autel sépare dans
la mesmeEglise, avec le mesme
Patronqu'ellesavoient en Candie,
(çavoir) les Dominicaines,
S-iinte Catherine; les Franciscaines,
S. Jerôme; st) les Bené.
dictines,Nostre. Dame du Rosasse.
Jefuis,Madame,vostre
&c. A Venise ce 18,Septembre 1683.
Mr le Comte de Rocheart,
après deux années de
oins & de constance, s'en
est veu enfin glorieusement
récompensé, en épousant
Mademoiselle des Porcelets,
qui est une belle & grande
Héritière. Ce Mariagre>s'est fait avec toute la solemnité
que demandoit la naissance
de l'un & de l'autre. Ce
sont deux Personnes trèsbien
assorties, & dont l'union
parfaite charme tous
ceux qui en sont témoins.
Mrle Comte de Rochefort
est Fils de feu Mrde Brancas,
Marquis de Cereft ôc. de
Courbon, Baron de Vitroles,
& de la belle Marquise du
mesme nom de la Maison de
Cambis, nom que le Baron
d'Alés a rendu illustre par
les grands Emplois qu'il a
eus à l'Armée,&parles belles
actions qu'il y a faites.
Feu Mrle Comte de Brancas,
Chevalier d'Honneur de la.
Reyne Mere, estoit Oncle
de celuy dont je vous parle.
Vous sçavez, Madame, qu'il
n'a laine que deux Filles,l'une.
mariée à MrlePrinced'Harcourt
de la Maison de Lorraine,
& la plus jeune à Mle
Duc de Villars, sonCousin
germain
,
Chef de la Maisonde
Brancas. Il y a deux autres
Branches de cette Maison.
L'une est celle de Mrle
[ Comte de Brancas, Frere de
Mrle Comte de Rochefort,
qui vient de se marier; &
cette Branche est établie en
Provence. La derniere est
celle de M.1 le Marquis de
Brancas, établie à Avignon.
C'est un Gentilhomme debeaucoup
d'esprit & de mérite,
qui a épousé la Soeur
unique de Mademoiselle des
Porcelets. Ainsi les deux:
Cousins germains delaMaiion
de Brancas,ont
les deux Soeurs de celle des
Porcelets. Je ne vous dis'
point que cette premiere a
toujours tenu en France un
rang très-considérable. Tout
le monde sçait que ceux de
ce nom y ont possedé les plus
importantes Charges de l'Etat,
& qu'il y en a eu de
Grands Amiraux, & des Chevaliers
de l'Ordre. Outre les
Brancas de France, il s'en
trouve plusieurs Branches
dans le Royaume de Naples, ;:
sontceux qui en sont ont
a qualité de Ducs & dePrin-
-
ces. Cette Maison a au ai
onné plusieurs Cardinaux,
fcil en est mort deux depuis
peud'années,
Mademoiselle des Porceets,
auj ourd'huy Madame
à Comtesse de Rochefort,
estFilledefeuMreHenrydes
Porcelets, Marquis du Baye,
& de S. Roman, Comte de
Laudun, & de Rochefort,
Sénéchal d'Arles: & de feuë
Loiiise d'Albenas, Dame.
d'une pieté singuliere, 3c une des plus qualifiées Maifons
du Languedoc. Mr le
MarquisduBaye avoit servy
le Roy dans ses premieres
années, & s'estoit toujours
fort distingué par sa probité
par son esprit, & par ion mérite.
On peut dire aussi que
ce sont les appanages de la-
Maison des Porcelets, dont.
le ChefestMrle Marquis de
Maillane, qui s'est fait assez
connoistre à l'Armée en fervant
d'Ayde de Camp à
Monsieurle Prince, & à
Monsieur le Duc. Il y a encore
trois Branches decette
Famille,uneàBeaucaire,&
deux à Arles, où elles font
une tres-grande figure. Leurs
Alliances sont des plus considérables,
puis que ce sont celles des Maisons de Montmorency,
d'U zés, de Laval,
de Calvisson, du Roure, &c.
En mesme temps que Mademoiselle
des Porcelets s'est
mariée, elle a fait une démisssion
de la Charge de Grand
Sénéchal d'Arles, que feu Mrle
Marquis son Pere avoit
acquise en faveur de Mr le
î Marquis deBoche sonCousin
germain. mander Il en est venu de- l'agrément au Roy;
i
& Sa Majesté ayant une par
faite connoissance des services
que ce Marquis luy 4
rendus, soit en qualité d
Volontaire dans ses Armées
navales,soit enqualitéd'Ayde
de Camp, & de Major de Bri
gade de Gendarmerie en"^ei
Armées de Flandre, foit en
celle, de Capitaine & Commandant
d'un Regiment de:
Cavalerie en sesArméesd'Allemagne,
où il s'est toujours
signalé, a bien voulu luy
accorder cette impottalltal
Charge, qui le met à la teste
dune Noblesseaussi braver
t & aussi illustre qu'il y en ait
dans tout le Royaume.
t Il y auroit plus d'Amans
heureux que l'on n'en voit,
si on laissoit l'amour maistre
de ses entreprises; mais s'il
peut toucher les coeurs quand
illuy plaist, il n'a pas toûjours
le pouvoir de.. les unir.
Des obstacles invincibles
renversent souvent ses plus
grands desseins., ôccequiejH
le plus chagrinant, c'estqu'il
se rencontre des occasions
où il le nuit par luy-mesme.
>
Un jeune Homme de qualité,
qui ayant un Marquisat
estoit Marquis à bon titre,
devint amoureux d'une des
plus aimables Perionnes de
la Ville où il derneuroit. Elle..
estoit d'une Famille de Robe,
&. un Frere unique qu'elle
avoit
,
estoitConseiller au
Parlement de sa Province,
mais ils'attendoitbien à
monter avec l'âcge?dans des Charges plus considérables.
Ce Frere estoit alors sur le:
point de revenir d'un voyage: d'Italie, & quoy que son re-.
tour fust fort proche, le ;
Marquis ne laissa pas de faire
allez de progrésdans le coeur
Je cette Belle, avant qu'il
Fust revenu. Elle eiloit vive
naturellement
,
pleine de
soins & de zele pour ce
qu'elle aimoit, &: si sensible
à l'amitié qu'on luy témoignoit,
qu'il y avoit sujet d'esperer
que les empressèmens
de l'amour ne luy seraient
pas indiférens. Elle trouva le
Marquisassez aimable, pour
se perluader qu'elle en pouvoitestreaimée,&
elleestoit
Top sincere pour douter
ongtemps de la sincerité des
lutres, sur tout quand ils efioient
agreables. Enfin de la
maniéré dont le Conseiller
vit les choies dilpolees à ion
retour,il jugea bien qu'il ne
seroit plus chargé de se Soeur,
qu'autant que des Articles
de mariage à relier le demanderoient,
car elle ne dépendoit
que deluy. Le Marquis
fit tous les pas necessaires,
& les Amans alloient
estre heureux, s'il n'y eult
point eu d'autre amour que
le leur dans leur Famille. Le
Marquis avoit une Cousinegermaine,
qui estoit delneurée
feuleHeritiere d'un grand
Bien, par lamort de son Pere
& de sa Mere. Elle estoit
tombée fous sa Tutelle,
parce qu'un autre Tuteur
qu'elle avoit eu d'abord,
estoit mort depuis six mois.
C'estoit au jeune Tuteurà
disposer de la jeune Pupille;
mais elle avoit disposé ellemesme
de son coeur, sans
avis de
-
Parens. Un Gentilhomme
fort spirituel, &
qui avoit assez de naissançc},
pourpouvoir prendre
1l_etity-e") de Comte, avoit
(créonsdeplaire à la
Belle, & luy avoit plu. Il
âvoit fait diversesCampagnes
avec beaucoup de dépense,
& assez de réputation.
Cela ébloüissoit fort
l'aimable Héritiere, quiavoit
le coeur très -
bien placé.
Par malheur pour le Marquis,
le Concilier la vit trop
souvent, & son coeur en fut
touché. Elleavoit tout l'air
d'une Fille denaissance, une
certaine fierté qui luy seyoit
bien, moins de beauté que
de maniérés agreables, ëcun
art - particulierde se faire extrêmement
valoir, sans avoir
pourtant d'orguëil qui choquast.
yPeut-eftre1auroit-il
choqué dans une Personne.
qui eust eu moins de nainance
, moins de jeunesse., <3c
moins. de Bien. Elle ne regardoit
guére les Hommes,
qu'avec une espece de dédain.
Le Comte estoit le plus
excepté
; encore le traitoitelle
quelquefois comme les,
autres, quand elle en avoit
envie. Tout cela charma le
Conseiller. Il estoitassezrische
pour ne devoir pas estre
toupçonné d'aimer la jeune
Heritiere pour son Bien. Cependant
il ne laissa peut-estre
sas d'avoir quelques v.eue&
de ce costé-là. Ce quiluy
parut d'un fort bon augurer
pour sa passion, ce fut l'amour
du Mirquis & desa
Soeur. Il trouvoic mesme
quelque chose d'agreable àJ
s'imaginerla double allianc
de leurs Maisons, & l'échan
ge Qu'elles feroient entre
elles de ces deux jeunes Persondes.
Il découvrit son desfein
au Marquis, & luy exagera
fort le plaisir qu'il se &—
roit de devenir son Cousingermain,
en mesme temps
qu'il devien droit son Beaufrere.
Le Marquis ne reçeus
point cette proposition avec
jutant de joye qu'il eust deû
tuturellument la recevoir. Il
luy parut aussi-tost, falR qu'il
rçuH:
trop pourquoy,que c'ef
toit
une difficulté survenue à
es affaires; il eust beaucoup
tnieux aimé qu'on n'eust parlé
que d'une alliance. Cependant
quand il y eut- fait refléxion
il ne trouva pas que le
mariage du Conseiller avec
sa Parente,dustestre une
phose si malaisée,& il se per-
Tuada, ou il tâcha de se le
jeperluader, que quand met il ne se
1
feroit pas,celan'apporterait
point dobstacleà
ion bonheur. Il alladonc
proposèr le Conseiller
à sa Cousine, avec toute l'adreilè
dont sa passion le rendoit
capable ; mais elle luy fit
connoistre combien, elle estoit
peu disposée à songer
à ce Party. Il prit encore
trois ou quatre fois le temps
le plus favorable qu'il put,,
pour traiter la mesme matiere,
mais ce fut toûjours
inutilement. Le Comte n'et:
toit point trop connu pourun
Amant delaParente du
Marquis, & moins encore
pous''
pour un Amant qu'elle aimast.
Elle avoit avec luy une
maniéré d'agirsiinégalé,
que l'on eitoit bien emba- rasse à pouvoir juger de ce
quiestoit entre eux. Ainsile
Marquis ne sceut pas précisement
s'il devoir se prendre
au Comte, de l'éloignement
que sa Cousine montroit
pour le Conseiller, ou s'il ne
devoit s'en prendre qu'au
peu d'inclination qu'elle faisoit
voir en general pour la
Robe, ce qui ermbloit estre
assez naturel à une jeune Personne,
dont les yeux sont
plus flatez de l'équipage d'un
Cavalier, que de celuy d'un
Magistrat, & dont lesoreilles
se plaisent davantage au récit
dune Campagne, qu'à celuy
du jugement d un Procès Le
Marquis fitentendre au Conseiller,
le plus honnestement
qu'illuy fut possible,le mauvais
succés de là négotiation.
Il ne luy en dit qu'une partie,
pour l'accoûtumer doucement
au déplaisir d'estre refuse,&
il quita ce discours
fort viste, pour luy parler de
ce qui le regardoit; mais le
ConieilTer luy parut fort refroidy
sur le mariage de sa
Saur, & le Marquis jugea
bien déslors qu'il auroitde
la peine à estre le Beaufrere
du Conseiller, s'il ne devenoit
aussi ion Cousin. Il fit
de nouveaux efforts sur sa Parente,
qui luy parut toûjours
moins disposée à faire ce qu'il
vouloir. IlloüaleConseilier
& toute la Robe,& dit tout
le mal qu'il put des Gens d'Epée.
Il alla mesme jusqua
tourner le Comte en ridicule,
&jusqua le décrier, sans é-
[ pargner que son nom ; mais
tout cela ne gagna rien sur
cette Parente. A la fin voyant
qu'il ne pouvoit luy donner
degoust pour le Conseiller,
il crut devoir le dégoûter
d'elle. Il luy dit en confidence
qu'elle n'estoit pas
d'une humeur aisée, & qu'elle:
donneroit assez de peine à un,,
Mary; que mesmeelle a»av
voit pas autantde Bien
qu'on s'imaginoit, & qu'il le
sçavoit mieux qu'un autre,
puis qu'il estoitsonTuteur;
mais le Conseiller ne se ren-16
dit point à ces artifices. 11*
soupçonna que le Marquis
ne les employoit que pour fol
dlspenser de le fcrvir de tout
(on pouvoir,&: dans l'humeur
chagrine où il se trouva,
i" il luy déclara fort nettement
•que le seul moyen d'obtenir
sa Soeur, estoit de le faire aimer
de la Parente. Le Marquis
qui estoit for amoureux,
fut au desespoir. Il représenta
au Conseiller, avec toute la
force & toute la vivacité imaginable
,
qu'il ne devoit pas
estre puny des bizarreries de
sa Pupille; mais le Conseiller
fut inéxorable. Sa Serue commença
à sentir pour la jeune
Heritiere, toute la haine
qu'elle eust pû avoir pour
-
une Rivale. Elle n'en parloic
jamais que comme d'une Demoiselle
de Capagne, qu'une
fierté ridicule rendoit insuportable
par tout, & qui le
croyoit d'une meilleure Maison
qu'une autre, parce que
ses Parensn'avoient pas coutume
de demeurer dans les
Villes. Le Comte estoit charmé
de la résistance qu'on faisoit
pour luy aux volontez du
Marquis; mais il fut au desespoir,
quand le Marquis dit
un jour à sa Cousine, d'un
ton ferme & presqueabsolu,
que si c'estoit à cause du
Comte qu'elle refusoit le
Conièlller, elle dévoie s'asseurer
qu'il sopposeroit toûjours
de tout son pouvoir aux
prétentions de cet Amant.
Elle nia que le Comte fust
son Amant, & qu'elle l'eust
jamaisregardé sur ce pied-là.
Le Comte qui vit ses affaires
en déiordre, s'aviia d'un expédient
assez extraordinaire.
Il considera que s'il pouvoit
rompre l'union du Marquis,
& de l'aimable Personne à
qui il estoit si fort attaché, le
Marquis ne s'obstineroit plus
à vouloir donner sa Parerst-fc*
au Conseille-riigaisconiau
ConÍelUer; mais con1-
ment
-.
mettre maiensanble
deux Personnes qui s' aimoient
si tendrement? Il estoit
enrreprenant, ne desesperoit
jamais de rien, & sur
1mi il comptoit beaucoup
sur l'inconstance des Fern.
mes. Ainsi de concert avec
la jeune Heritiere, il reiolut
de se feindre Amant de la
Soeur du Conseiller, & de la
conduire à faire une infidéli-
- té au Marquis. Il se rendit
peu à peu & sans marque -d'affeéta.ciorÍ, plus assidu à la
oir. Comme il n'estoit pas
Amant déclarede l'Heritiere,
a Conduite ne parut pas si
étrange. Le Conseilier luyixefme
qui le soupçonnoit
d'estre ion Rival,estoit bien
aise de commencer à avoir
icu d'en douter. L'Heritiere
de son costé, quivouloir savoriser
lesassiduitez du Comte
chez la Soeur du Conseiller,
recevoit le Conseilier bien
plus agreablement
,
depuis
que le Comte alloit moins
scuvent chez elle. Ainsi il y avoit que le Marquis à
qui le nouvelattachement du
Comte ne plaisoit pas trop,
Elle estoitnée pour la tendresse
, mais non pas pour la
constance. Elle avoir un coeur
qui recevoit desimpressions
assez vivement, mais encore
plus facilement. Enfin elle
estoitfaitecomme laplupart
des Femmes ont accoûtumé
de l'estre.. Le Comte avoit de
l'ascendant sur le Marquis. Il
l'étoufoit, & l'empeschant
de paroistre en sa présence,
il poussoit la convention
jusqua un ton de gayeté &
d'enjonëment, où le Marcluisnepotivoitaher
&avok
radrëOEe de mettre toujours
son Rival hors de son génie
naturel. La diférence quiet
toit entre eux, frapoit trop
les yeux de la Belle,pour ne
la pas déterminer en faveur
[du Comte. D'abord elle iluy applaudissoit bien plus
qu'au Marquis. Ensuite elle
le trouva beaucoup plus à
dire quand il n'estoit pas
chez elle, que quand le
Marquis n'y estoit pas.Enfin
soit par ses regards, foit par
ses manieres,elle luy donna
une préférence si visible,que
le Marquis, apres plusieurs
plaintes qui furentassez mal
reçeuës, ne put douter qu'il
ne fust trahy. Le Conseiller
quile crut heureux,sur ce
qu'il ne trouvoit plus le Comte
en son chemin, & quis'apercevoit
qu'il estoit mieux
dans l'esprit de l'Heritiere,
s'imagina que le temps estoit
favorable pour presser le Marquis
d'achever ce qu'il avoit
commencé;mais le Marquis
luy répondit sechement, que
sa Soeur avoir changé, qu'elle
l'avait quité pour un autre,
qu'il ne (bngeok plus à elle;
& vous ne devez pas trouver
mauvais,poursuivit il, que
je vous redise ce que vous
m'avez dit si souvent, que
nous ne pouvons faire aucune
alliance, si nous n'en
saisons deux à la fois. Jamais
le Conseiller ne fut plus furpris.
Il querella sa Soeur, &
luy fit mille reproches. Il
éloignatout-à-fait le Comte
de chez luy, & le Comte en
fut très-content. La Soeur
mesme qui soupçonna quelque
trahison, auroitsouhaité
de tout ion coeur se raccommoder
avec le Marquis. Le
Conseiller y travailla de tout
son pouvoir;mais le Marquis
ne put digerer l'injure qu'on
luy avoit faite. Le Comte
qui estoit cause de toute cette
révolution, ne fut pas plus
heureux que les autres. Son
dessein luy avoir paru plaisànt
à imaginer, & a executerd
mais il n'en avoit pas aflczbienpréveu
les suites. Le,
Marquis conceut pour luy
toute la haine que l'on peut,
avoir pour un Rival. Il mit
bon ordre à empescher qu'il
ne pust voir souvent la eune
Heritiere. & il souleva tel ement
toute la Parenté contre
ruy ,
qu'il n'auroit pas esté
sien reçeu à parler de Mariage.
Ainsi personne ne se
maria; ce ne fut que division.
de tous costez. Peut-estre
quand la belle Heritiere fera
en âge de disposerd'elle, elle
fera choix du Comte qui l'aime
toûjours; mais dans le
temps qu'il faudra attendre,
c'est grande merveille, si
l'une des deux passions ne
s'affoiblit. Apres tout pourtant,
elles pourront ne s'affoiblir
pas, car les deux Amans
me se voyent guere.
Le 29. du dernier mois,
l'Académie des belles Lettres
établie à Nismes par Edit de
Sa Majesté, fit une AfTem*
blée publique pour honorer
la mémoire de la Reyne,
Tous les Académiciens se
rendirent en Habit de deüil
chez Mrde la Baume, ConseillerauPrésidial,
dans une
Salle tenduë de noir, & se
rangerent en la forme accoutumée
autour d'une longue
Table, couverte d'un Tapis.
noir, & environnéedeChaises
garnies de mesme,au
bout de laquelle on avoit mis
un Fauteüil plus élevé que les
utres , pour celuy qui devoir
parler. L'Assemblée estoit
Oinposée des Personnes les
plus qualifiées de la Ville, &
d'un fort grand nombre d'Erangers.
Mr le Comte du.
Roure,Lieutenant General
oftfle Royen Languedoc,
fut présentà cetteSolemnité.
il estoit placé dans un FaueüilgarnydeVelours
noir,sur
me grandeEstrade couverte
l'un Tapis de pied, vis-à-vis
de l'Orateur à quelque difance
de l'Assemblée, &avoit
sa gauche un peu derriere,
les -eonfu15 de la Ville en
Chaperon, & à sa droite fin
la mesme ligne des Gentilshommes
qui l'accompagnoient.
Tous les Auditeurs
estoient sur des Siegesnoirs,
& il n'y avoit rien dans ce
lieu que de lugubre, & qui
ne servist à exprimer la douleur
de cette Académie, qui
fait paroistre dans toute sa
conduite un attachement
particulierauservice du Roy,
& une extrêmesensibilité
pour ce qui regarde les intérests
de son augusteFamille,
& la gloire de son Régne.
LaSéance fut ouverte
par Mr Mustret Directeur,
qui adressa ion Discours à
Mr le Comte du Roure, &
exposa en peu de paroles,
maisavec beaucoup de politetTc)
le Sujet que l'on avoit
àtraiter. Apres celaMr Ménard,
Prieur d'Aubers, l'un
des Académiciens, prononça
l'Eloge Funcbre de la
Reyne. Ce fut un Discours
d'une heure, fort patetique
& fort éloquent, dont toute
la Compagnie témoigna une
satisfaction entiere.
L'admiration que l'on
avoit pour les vertus de cette
grande Princesse,aestécause
qu'on s'est empressé dans
toutesles Villes à faire des
Services solemnels pour le
repos de son ame. Je vay
vous parler encore de quelques-
uns; mais vous voulez
bien, Madame, que je supprime
les Tentures, les Ecusson,
les Chandeliers, & toutes
les autres choses dont la
repétition seroit ennuyeuse.
La Ville de Jarnac signala
son zele le II. Aoust, par les
ordres de Mrle Comte de
Jarnac, Lieutenant de Roy
de Xaintonge & d'AngouEOiS.
Toute la Noblesse du
J.ï-s en deüil, conduite par
M le Chevalier de Jarnac se
rendit dans l'Eglise Paroiffia-
£y où il y avoit une tres- elle Representation élevée
u milieu du Choeur.
Mrle Comte d'Entremonr,
lieutenant General pour Sa
Majesté des Provinces de
kefle5 Bugey, Valromay,
&eGez,fit faire dans le mes- temps une Pompe Fuenebre
des plus magnifiques.
Discours qui fut prononcédans
ce Service, tira des
armes de toute TAflcmblée.
Ml'Eveque de Poitiers
en fit faire un le 26. du metme
mais dans sa Cathédrale
de S. Pierre, qJi par sa grandeur,
&: par la beauté de sa
structure, passe pour une des
plus considéra bles Eglises de
France. Mr Rabereul,Doyen
du Chapitre,prononça r0
raison Funebre', avec un ap
plaudissement général. Son
nomestassez connu par l.
quantité d'éclatantes aâiorü
qu'il a faites pour la destrut
ction de l'Héresie. Il a lui
seul do~riné ,[ seuldonné l'Absolution.
plus de trente mille noi
veaux Convertis, & il continuë
à marquer son zele en faifant
rebastir les Eglises que
les Calvinistes avoient abatuës.
Le 28. Mrs les Chanoines
de S. Hilaire, qui ont le
Roy pour Abbé de leur
Eglise, s'acquiterent du mesme
devoir. Leur exemple
sutsuivyle premierjour de
Septembre, par les Religieuses
de l'Abbaye
,
de la Trinité
,
Ordre de S, Benoist, de
la Congrégation du Calvaire.
Elles firent unChoeur de Musique,
qui répondoitau Plein-
J; chant d'une maniere entier
ment-propre à.cette lugubre
Cerémonie. Dom Jean Vatel
,
Religieux Benédictin,
prononça l'Oraison Funebre
avec beaucoup de succés.
Mrs du Chapitre de Sainte
Radegonde, ayantuneReyne
de France pour Patronne,
se crûrent particulièrement
obligez de se distinguer dans
les meimes Cerémonies. Le
Discours que fit Mr l'Abbé
de Sainte Anne, Chanoine
de la mesme Eglise, montra
la délicatesse de son esprit. Il
compara les admirables vertus
de la Reyne, avec les
rares
rares qualitez de laPatronne, prouva que lune avoit
autant mérité par la pratique
dde ces vertus au milieu de
la Cour.) que l'autre dans la
retraite qu'elle avoit choisie.
Mrde Piancourt, Evesque
deMande, à qui son profond
sçavoir & sa pieté font tenir n si beau rang parmy les
prélats de France) n'oublia
rien dans ce mesme mois de e qui pouvoit donner de la
pompe au Service folcmnel
qu'il fit faire dans sa Cathédrale.
Toute la Noblesse de
laVille, & des environs, qui
a pour luy une estime singuliere,
assista à cette Cérémonie,
dans laquelle il officia
en Habits Pontificaux.
Le 29. Aoust, il y eut à
Troyes,Capitale de Champagne,
une grande Solemnité
dans la Cathédrale. Le
lendemain toutes les Paroisses
firent chacune un Service
particulier. M Charles, Vicaire
de S. Remy, surpassa
toutes les autres, par le Mausoléesuperbe
qu'il fit élever.
Le 2. de Septembre, les
Relie eux de la célébré Abbaye
de Corbie, de Fondation
Royale, immédiate au
Saint Siege, de l'Ordre de
S. Benoist, Congrégation de
S. Maur, marquercnt leur
zele dans la Pompera laquelle
se trouverent tous les Curez
de laVille & de la Campagne,
suivant le Mandement du
Pere Grand-Prieur, Official
; de l'Exemption, & Vicaire
General de Mrle Prince Philippe
de Savoye, Abbé & -de Corbie. Au milieu
,du Choeur estoituneEstrade
de trois degrez, sur laquelle,
au dessousd'un Daiz soûtenu
de quatre Colomnes, on.
avoir posé une Lectique,
couverte d'un grand Poële
de Velours noir, croised'une - ] Toiled'argent, &au dessus
une Couronne voilée sur un
Carreau de Velours. Le jour
précedent, les cinq Cliqueteurs
de la Ville, revestus de
leursHabits de deüil). précedez
par le Roy d'Armes
du Comté de Corbie,
en
'deüil, aussi avec sa Cotte
- d'Armes, & son Ballon
couvert d'un Crêpe noi
abaissé, accompagné de deux
SergensàVerge, & d^ceuJ
Cercles de nuit, avoient este
dans toutes les Rues, fonnant
leurs Clochetes, & annonçant
la mort de la
Reyne.
-
Le 4. du iï>efme mois, tous
les Ordres Religieux de Pamiers,
lesConfrairies, & la
Congrégation qui est dans e College des]eiùires) précédantle
Chapitre de la Cathédrale,
&celuydel'Eglise
Collégiale, se rendirent à
'Hostel de Mrle Mirquis de
Mirepoix, Gouverneur de la
Ville. Apres que l'Officiant
eut aspersé le Drap Mortuaire
, qui fut portépar les
quatre Consuls en Robes
de cerémonie, on marcha
vers l'Eglise Cathédrale. Les
Religieux & les Chapitres
gardoient leur rang ordinaire
, & tous les Corps les
suivoient dans l'ordre qu'ils
doivent tenir. Un Exempt,
& quatre Gardes, précedoient
cinquante Filles, couvertes
d'un Drap gris, qui
leur tomboit sur la teste en
forme de Capusson. Deux
Brigadiers, & quelques Gardes
, marchoient devant M
Poële lugubre. M le Marquis.
de Mirepoixn'en estoit
séparé que par le reste de ses
Gardes. Il n'y avoit rien de
plusmagnifique que son
deuil. Trois Gentilshommes
portoient la queue de son
Manteau; & comme ils avoient
eux-mesmes des Manteaux
fort longs, d'autres Officiers
portoient leur queuë.
LaNoblesse de la Province
quiavoit accouru en fort
grand nombre, se tenoit auepres
de Mrle Gouverneur. Corps du Senéchal & du
Présidial venoit en fuite. Mr
de Malenfant, Juge -
Mage,
Président,estoit à leur teste
en Robe rouge, &enManteau
d'Hermine. Quantité
de Femmes en grand deüil
fermoientCetteMarche, qui
fut accompagnée du bruit
lugubre & touchant que sirent
les Tambours & les
Trompetes. Le Chapitre de
l'Eglise Cathédrale, assisté
de celuy de l'Eglise Collégiale,
célébra l'Office; &110-0
raison Funebre fut prononcée
par Mrl'Abbé de Rodeille,
Chanoine d'Alet, avec l'aplaudissement
que ses Ser-4
mons ont tant de fois mérité
dans les Chaires de Paris.
Le mesme jour, l'Eglise
Royale de Nostre-Dame de
Mante sur Seine, se distingua
ar une Chapelle ardente
fortmagnifique,dequinze
pieds de hauteur. Ml'Abbé
du Quesnay, qui prononça
l'Oraison Funebre, prit pour
son Texte ces paroles de
l'apocalypse, Data est ei Corona,
& exivitvincens
,
& fit
paroistrel'auguste Défunte
ornée d'une double Couronne,
& Reyne de deux
Peuplesdiférens; de sesPassions,
qu'elle domptoit par
ffa vertu; des François,qu'elle
engageoit par mille manieres
bienfaisantes. Chose admirable9
dit-il,&tout-à fait digne
desa grande ame ! Dans un rang
si élevé, elle ne se réserveque lA
peine deleÎOütenir,eren-t-oye
4 Dieu toute lagloire.Ellene
devient Reyne de France, que
pour fairerégner Dieu dans le
coeur deses Sujets;elle ne devient
Reyne de ses PaJ!ianl, que pour
embrasserlejoug du Seigneur, rd:1
devenir sa Servante. Cette
Actionacquit beaucoup de
loüanges à cejeune Abbé. 1
Les Celestins du Monastere
Royal d'Avignon, si..
rent aussi le 4. Septembre un
Service solemnel, dans leur
Chapelle de S. Pierre de Luxembourg,
située à costé de
leur Choeur, de 16. à 18. toises
de longueur, sur cinq de largeur.
L'Autel est relevé au
fond de 12. à 13. marches par
une Rampe de chaque costé,
ornéedeBalustres, & sous
l'Autel est une Chapelle voû- tée où est le Mausolee du
Saint. Cet Autel cnrichy de
tous les embellissemens de
l'Architecture, ca composé
de deux Ordres Corinthiens
l'un sur l'autre, qui forment
deuxAîlesaussî largesqueles
Rampes. Le premier Ordr
est avec des Colomnes Iso
lées, & le second avec di
petites Arcades ou espece
de Niches,quifontungrand
Arcau milieu de la hauteur
de la Chapelle, le tout richement
doré.Un Drap de Velours
noir cachoit les Tableaux
des deux ordres.,
de l'Attique, & couvroit en
core les Arcades & especes
de Niches qui sont à coste
de l'Autel, &, au second Ordre
des Aîles. Le grand Arc
estoitorné de Pentes &de
Boüillons de la mesme Etofe,
evec un Couronnement au
cffus. Il y avoit aussi des
lntt,S & des Boüillons fous
tous les Architraves des Aîes.
Les huit grandes Vitres
de la Chapelle estoient fermées
avec des Poëles aussi
de Velours noir. Au milieu
de cette Chapelle,estoit élevé
un Monument de quatre
degrez d'un pied de haut. Il
y avoit des Piédestaux de
mesme hauteur aux quatre
coins, avec un amortissementaudiffus.
SurcesPiéestaux
estoient des Urnes
de Marbre noir hautes de
troispieds, & garnies chacune
de deux Festons en
croix de Cyprés. Onvoyoit
sur les degrez un gros Piédestal
de dix pieds de long
sur six de large, avec deux
Pilastres Attiques à chaque
coin. Dans les quatre Faces
de ce Piédestal, de mesme
que dans celles des petits,
estoient des Tables de Marbre
noir, sur lesquelles il y
avoit des Chifres d'argent,
avec une Couronne au dessus,
& des Sceptres entrelasfez.
Ce Piédestal avoit une
1
~Oise de hauteur, sans le
l'éle au dessus sur lequel esit
posée la Représentation,
couverte d'un grand Drap
de Velours noir, avec une
Croix de Moire d'argent.
Une Impériale de la longueur,
& de la largeur du
Piédestal qui portoit la Représentation,
couronnoit le
tout. Le fond enestoit tendu leVelours noir, avec une
,.,..rOlX de Satin blãc, entourée
d'une Frise de Velours noir,
avec une grande Dentelle
d'argent. Cette Frise de Velours,
d'où pendoient encore
des Boüillons & des Feston
de Crépe tout autour, estoit
terminée par une Corniche
Dix grandes Consoles d'argent
formoient une iympa
riale qui s'élevoit au dessus
de six pieds, sans les deux
Fleurs-de-Lys d'or,que l'ox.
voyoit au dessus. Ces Confoies
estoient liées de l'uneà
l'autre par de gros Festonsde
Cyprès. Jugezdel'effet qu
produisoient un nombre in
finy d'Armoiries & de Lu
mieres, meslées dans tout ce
- que je viens de vousdécrire
Cette Funebre Décoration
ont tout le monde a admiré
le dégagement, & le bel
ordre, estoit l'idée du fçaant
M Mignard, Archieére
du Roy, qui l'avait
donnée en Crayon aux Ouvriers
,
& qui avoit pris le
soin de la conduire, pour la
mettre dans la perfection
qu'elleaeuë La planche que
e vous envoye gravée.vous
a représentera. Mr l'Abbé
icolini, Vice-Légat de la
Légation d' Avignonyaiïiftaà
cette Cerémonie, & fuç
placé sur un Trône élevé de
cinqousix marches,sous un -
grand Daiz de Satin violer
LePère Sainfray
,
Provincial
General des Célestins de
Francecélébra la Messe; &
le Pere de Baye Minime, si
l'Eloge de laReyne. Il yeut
raprefdînée une Aumônegé
nerale.
A la Reolle en Guyenne,
la mesme Cerémonie se fit le
7. dans l'Eglise Collégiale de
S. Michel. Mr Pastoret, Chanoine
de l'Eglise Cathédrale
de S.Jean deBazas, celébra lat
Messè,en qualité de Vicairc
Ceneral de ce Diocese;&
MrGrangier, Chanoine
de
il
>Ia mesme Cathédrale,&Pro-
; moteur de ce mesme Diocese
,prononça l'Oraison Funebre,
avec ion éloquence
ordinaire. Tout le Parlement
sy trouva en Corps.
t] Dans le mesme temps, Madame de Souvré
,
Abbessé jdeVillers-Canivet, marqua
ijson zele avec beaucoup de magnificence. Elle avoir fait
Iélever au milieu du Choeur
de son Eglise, une Chapelle
ardente, qui faisoit comme
une Couronne Royaie,avec
quatre grandes Figures aux
quatre coins. Ces Figures représentoient
les vertus de la
Reyne.
M l'Evesque
,
Duc de
Langres, que je vous ay marqué
pour le Prélat Celébrant,
dans la description du Service
solemnel de S. Denys,estant
de retour en son Diocese, en
fit un tres-magnifique le
Lundy20. du mesmemois,
dans l'Eglise de l'Oratoire,
bqluei est un Ouvrage admiradans
toutes ses parties.
Mr Amatre, Supérieur de
cette Maison, & Grand Vicaire
de Langres, prit foin de
la faire orner. Le Mausolée
estoit élevé de dix degrez.
Sur le dernier, estoit posée
la Représentation, couverte
d'un grand Poële de Velours
noir, croisé de Moire d'argent,
& au dessus une Couronne
fermée le tout sous
un Daiz de Velours noir à
grandes Crépinesd'argent,
avec des Bouquets de Plumes
, & des Aigretes aux uatre coins. La Musique
ut excellente; & Mr l'Abbé
de Boulogne, Grand Archi-
- diacre, qui prononça l'OraisonFunebre,
remplit parfaitement
l'attente de tous ceux
qui estoient presens. C'estun
Homme qui joint la pureté
du langage, & la bonne grace
du corps, à une grande
capacité & à une profonde
érudition.
M de l'Ozeillere, Allaire,
Procureur de l'Eglise de
S. Jean l'Evangeliste de Chateaugontier,
fit faire aussiun
Service dans son Eglise le
mesme Lundy. On avoit
dressé dans le Chanceau de
cette E<ilifc>une grande Salle
tendue d'un Crêpon parfènléi
de Chifres, couronnez de
larmes, qui formoient la
rrom de Marie-Thérese. La
Porte de cette Salle estoit ornée
de trois Cartouches. Celuy
du milieu faisoit voir une
Aigle, qui quitant le monde,
représenté par un Globe,
chargé de trois Fleurs- de-
Lys d'or, & senvolant dans
un Ciel ouvert, abandonnoit
un Aiglon qu'elle portoit sur
j^fes aîles dans les rayons d'un
Soleil pleurant. Ces mots estoient
autour du Cartouche,
Coram ipjo ministravi, pour
faire connoistrequ'en présence
mesme de Sa Majesté,
la Reyne avoit contribué de
tout son pouvoir par les bon
exemples, à l'éducation d
Monseigneur le Dauphin.L
sécond Cartouche, porto
pour -. couronnement
,
un
Teste deMort; & aux ce
tez, des Pendans d'oreilles
& des Pierreries, qui se chan
; geoient en Larmes & enOJ
femens. Au bas estoit un
Couronne Royale renversee
autour de laquelle on avoi
entrelassé quelques branche
deCyprès. Ces mots,Non
respexitin vanitates, faisoien
voir que les Pompes de la
Cour n'avoient jamais touché
l'Ame de cette Princesse.
Le dernier Cartouche représentoit
une Charité, dont les
mainslaissoient tomber de
l'argent. On y lisoit ces paf
rôles, Dispersit dedu Pauperibus.
Tout le monde sçait
combien la Reyne estoit libérale
pour les Pauvres. Dans
cette Salle, quioccupoit la
largeur& la hautcur delE
glise, il y avoit un Lit de Parade
sur lequel estoitun coeur
enflâmé
»
avec un Sceptre au
pied,le tout couvert d'une
Couronne voilée Les Flambeaux
de ire Hanche, qui
estoient disposez autour du
- Lit en fort grand nombre,
formoient quantité de Fleursde-
Lys, estantallumez.
-
Le mesme jour on sacqUital
du mesme devoir à
Joigny dans l'Eglise Prima-
Mr Nau, Prieur Claustral de
cette Eglise, ce lébra la Meuc.
Le Mausolée avoit douze ou
quatorze piçds d'élévation.
Le premier de Septembre
on fit aussi un Service solemnel
dans l'Eglise Collégiale
de Sainte Marthe de
Tarasconx. L'Oraison Funcbre
fut prononcée par le
R. P. Bonaventure de Breiiil^
Gardien des Freres Mineurs
Conventuels de S. François
de la mesme Ville, & tout
l'Auditoire en reçeut beaucoup
de Cuisfachon.
Comme on parle depuis
'longtemps des Flotes de
Dannemarck, & de Hollandeje
croy vous faire plaisir
de vous en envoyerle détail.
LISTE DES VAISSEAVX
VANOIS.
VAISSEAUX.
Christianus V.
Cuhy-printben.
Le Lyon de Norvegue.
LeCygne.
Le Prince George,
Le Mercure.
Mars,
; COMMANDANS. Canons. Hom.
NielsJuelamiral 84 600
General.
Chrestien Bielk, 74 500
2. Admiral.
Henry Span,3 84 500
Admiral.
Cornelis Wit,1. 64400
Vice-Admirai.
Joseph Hop,2. 80 -' 500
Vice-Admiral.
FrédéricGedde, 78 500 3.Vice-Admirdl-
André Dreger, 1. 74 500
Contre-Admirai
Anna Sophia.
Charlote Amélie.
: Le Dragên vert.
ChristianusIV.
FredericusIII.
ErnaWorme
Guldenleu.
NettelBlat.
LeNeptune.
UAnge.
ViBorid.
L'Eprévier de Suéde.
Delmenhort.
LeGref-volant.
: Billo, 2. ) 64 35°
Contre-Admiral.
Mathias $paufèn,,\ 64; 350
3. ContreAdmiral.
Reyer Pich. 66 400 ••••••*••••• 56 350
Pitcr Andric.,54» 350
François Bon. 50 300
Piter Carlfon. 50 300
Nils~Barforc. 52 300
Jean~Beniamin. 42 200
Henry Knaben 41 100
Harver.
Handie Haanson. 36 200
Michel de Fosse. 44.230
; Baga~Knultfcn. 44 130
GeorgesMajer.40, 200
, Wrangel Palais.
~O
jLa Syrene de Danemark.
Le Dragon Soldat.
~LefPadt.
Le~Marjvùn. *
Le Levraut.
LaFusée.
Le Paon.
Le Poijjon volant.
LeMaquereau.
Le ~Charilué.
Le Portefaix.
L'Espérance.
Il y a encore trois Brûlons.
Jeahn JeeansnJon.s- 36~V 180;
PiterLoiiiafren. 30 \150
Jean Brun. 30- 150
Loüis Cote. 30 200
GeorgesBarnes. 302.00
Jacob Gabriel. 16 ~V 90
Chrestien Pals. 18 90
Martin ~Pirericn. 16 90
Nicolas Gintal- 10 50
berge
Bis~Maflzet.< 10 50
Brûlots.
UnHollandois. 8 30
UnHollandois. 4 50
Un Danois.
2. 25
14818795
Quoy que cette Flote soit
tres-belle, le Roy de Dannemarck
estant Allié de celuy
de France, & ce dernier ne
faisant que des choies extraordinaires
pour ses Alliez,
comme la derniere Paix l'a
fait connoistre, Sa Majesté
a bien voulu grossirl'Armée
Navale de Dannemarck de
plusieurs Vaisseaux. Les
Commandans, sont
Mrle Marquis de Preüilly.
Lieutenant General.
MrGabaret,Chefd'Escadre.
Mrde Châteaurenaud,Chef
d'Escadre.
) MPanetier.
-
Mr du Magnou.
'< M de Montortié.
M Damblimont.
MrDesnots.
(
Mrde Langeron.
i.
Mrle Chevalier deRosmadec.
Mrde Machaut.
-- Mr de Méricourt.
Mr de Coëtlogon.
Ceux qui commandentles
Brulots,sont
Mrdu Rivau.
M'le Chevalier de la Borde.
Mrde Lonchamp.
MrBarbeau.
MrGratien. -
MrChamoreau.
Je ne vous parte point de
l'Equipage de ces
Vaisseaux.
Ils ont esté armez en France,
& c'eit tout dire. On ne
sçauroit exprimer la maniere
obligeante dont ilsontesté
reçeus en Dannemarck, &
l'honneur qu'on leur a fait.
Tous ces Commandans y
ont esté souvent régalez; &
Leurs MajestezDanoises voulurent
bien il y aquelque
temps, faire l'honneur à Mr
de Preiiilly d'aller souper à
son Bord. Il y eut une infinité
~bde coups de Mousquet & de
Canon tirez dans l'Escadre.
[Le Roy, & la Reyne ion
Epouse,descendirent en quelque
façon du rang où leur
grandeur les éleve, afin de
~lè rendre plus communicables,
& voulurent que ~Ms
de Preüilly, Gabaret, Châ-
~teaurenaud, & Déclufeaux
Intendant de l'Armée, fus-
~fent placez àtable avec eux.
Ce Monarque leur fit donner
à dîner le lendemain,
dans une de ses Maisons de
Plaisance à l'un des bouts de
~Copenhagucn. Mrle Comte,
de Roye y sut aussi convié.
Le Grand Maréchal fit les
honneurs du Régale, qui
fut ~lon:ptucux. La joye y
régna, & malgré le grand
nombre de Santez qui furent
~beuës, les François sortirent
de ce Repas, d'une manitre
qui fit voir que rien ne les
peut abatre.
Voicy un détail de l'Armée
Navale de Hollande.
VAISSEAUX HOLLANDOIS. '
Roterdam. ~Carioni.Hom.
LaLibrrtf. 84 jook
LéVifltdeGonwm* 46 j8Q\
LaVilledeRoterdam. 46 1S0
La Ville ~dVtrecht. 50 300
Hardervvick. 36 140
K,. Amsterdam.
La Hollande. 80 450
La Ville de Voërden. 72 400
Le Gedeon. 60 270
Le Passetemps. 54 130
Le Prince à cheval. 54 230
Les Lions. 50 130
Le Dôme d'Utrecht.
42 175
Le PetitGouda.
A2, xi%
~Jacrfuelt.
42 175 Zélande.
L•L'Is'lOederVaanlcgkeere.n6. o7i6?c45i°
~£4 viur de Gvef.
40 17$
LaVilledeDelft. 40 175
Nord Hollande.
La~Weftjiife. 80 45Q
La Nord-Hollande. 72 380
LeJupiter. 50 225
Le Mercure. 30 11S
Frise.
Le Prince Casimir. 80 450
La Ville de Groningue. 80 450
L1eL4aur4ier1. 46 1801 707$
Outre ces Vaisseaux, il y a encore;
six Galiotes de 16 à 22 ~Pieceiî
de Canon, & dix Brulots.
Le 12. du dernier mois,
Dom Alphonse, ~VL du nom,
Roy de Portugal, mourut
subitement d'apopléxie, au Château de Cintra, à sept
lieuës de Lisbonne. Ses Titres
étaient, Roy de Portugal
&des Algarbes, Duc de
Bragance, & de Barcellos,
Seigneur de la Guinée, de la
Navigation, Conquête, &
Commerce d'Ethiopie, d'Arabie,
de Perse, & des Indes.
Il était Fils de Jean IV. qui
fut rétably sur le Trône des
Roys ses Ancêtres,par le
consentement genéral des
Etats en 1640. & de Loïifc
de Guzman, Fille aînée du
Duc de Médina Sidonia, &
de Jeanne de Sandoval de
Lerme. Cette Princesse fut
quelques années egenre,
pendant la minoritéd'Alphonse
son Fils, qui nâquit
le 20. i^yuft 1643. & succeda
à la Couronne en 1656. Il
épousa le lyjuin 1666. Marie-
Elizabeth-Françoise de Sa- 1
voye, Fille puînée de Charles
Amédée de Savoye, Duc de
Nemours & d'Aumale, &
d'Elizabeth de Vendosme.
Madame Royale est la Soeur
aînée de cette Reyne. L'incapacité
de Dom Alphonse.
!àt
l'ayant fait interdire du Gouvernement
de, les Etats, il
fut donné à son Frere Dom
Pedro. Ce Prince qui pouvoit
déslors prendre la qualité
de Roy, ne voulut que
celle de Régent. Le Mariage rde D>om Alphonse fut dcé> -
clarénulle 24. Mars 1668. &,
ce Prince ayant été arrêté
à Lisbonne, fut conduit en
l'Isle de Tercere l'année suivante.
Dans cette même
année, Dom Pedro qui avoit
1 été déclaré Prince Régent,
épousa la Reyne sa Bellesoeur.
La Cerémonie de ce
Mariage se fit dans la Chapelle
du Château. de Lisbonne
la nuit du 18. au 29.
de Mars, avec le consentement
du Pape. L'Infante de
Portugal qui en est sortie,
naquit à Liibonne le 6. Janvier
1669. Le Roy Dom Alphonse
fut transferé de l'Isle
de Tercere au Château de
Cintra, parce que les Ennemis
de l'Etat avaient voulu
le faire enlever, dans le der..
sein d'exciter une guerre civile
dans le Royaume. ,(-•
Ilest temps, Madame, de
satisfaire vôtre curiosité sur
ce qui regarde les Algériens
Tous ceux qui ont commencé
à faire des Relations
de cette importanteExpédition,
les ont laissées imparfaites
; & quand jevous en
apprens aujourd'huy la fuite,
je croy pouvoir dire que ce
n'est que dans mes Lettres,
que l'on trouvera l'entier
[Journal de cette Campagne.
[Vous vous souvenezque dang.,
celle du mois d'Août, je
vous écrivis l'effet qu'avaient
fait nos Bombes jusqu'au 6.
du même mois. Je vous y
marquay que la nuit du ~31.
de Juillet,une Chaloupe que
commandait Mr de Choifeuil
,
Parent de celuy qui
avait cité tué quelques jours
auparavant, ayant eu ordre
de joindre celles qui gardaient
à veuë un Bâtiment
qu'on croyoit être Saletin,
estoit tombéeparmi les Chaloupes
d'Alger, sans qu'elle
se fût mise en défense, parce
qu'elle avait crû que c'étoient
les nostres. Je vous
écrivis encore que les Algériens
, enragez de voir que
l'on se fût hazardé à tirer de
jour, avoientcrû que ce dessein
n'avoit été pris que sur
quelque signaldonné par le
Pere le Vacher, Consul de
France; qu'aussi-tôt ils luy
avaient proposé la mort, ou
le changementdeReligion,
j,& que l'ayant veu obstiné à
refuser de se faire Maholllétan
,
ilsl'avaient tiré dans un
de leurs gros Canons. Personnen'a
expliqué sur quoy
ils fonderent le soupçon qui
fut cause de sa mort je vay
vous l'apprendre. Ce Pere
estoit à Alger depuis plusieurs
années,estimé des
Algériens, & regardé mefmç
1
comme un Homme def-intéressé.
Ses Domestiques
ayant du Lingeàfaire iècher,
l'étendirent sur sa Maison qui
était en Plateforme. Cela arriva
malheureusementun peu
avant que les François tirassent
des Bombes de jour,
pour la premiere fois dans la
Ville. La Canaille qui remarqua
ce Linge étendu, le
crutun signalquiavaitaverti
Mrdu Quesne, que ceux
que la peur des Bombeschassait
la nuit de la Ville, yétaient
rentrez. Comme elles 1
y firent un fort grand fracas, |
jugez1
jugez dequoy un Peuple
cruel estcapable contre celuy
à qui il impute un pareil
desordre. La vengeance qu'il
prit du Pere le Vacher, donna
lieu aux Séditieux & aux Insolens,
de mettre aussi des
Esclaves dans des Canons.
On n'auroit pas pris un si
barbare dessein dans une délibération
; mais rien ne se
faisait plus dans les formes.
Mézomortoétait dans les
premiers jours de sonRegne;
5c ce nouveau Roy mal affer-
DY) n'osait soppofer à l'emportement
d'un Peuple, dont
il était peut-être bien aise
de laisser satisfaire la fureur,
afin que pendant ce temps,
il ne songeât point à le troubler
dans sa dignité nouvelle.
Depuis, voyant qu'il n'y
avait plus moyen de parler
de Paix, sans qu'on dei-nanl,
dât raison des cruautez qu'il
avait souffert que l'on exerJ
çât,il a soûtenu soncaractcn
re, & mieux aimévoir ruiner,
la Ville
, que de permettre!
que l'on proposât aucun ac3
commodement. Quand on
s'en: mis une ro'" dans un
état, dont on ne ~sait p!us
raf- où se tirer,c'est l'ordinaire
des Ambitieux, d'agir,
gn désesperez. Voila comme
quelquefois un Hommeseul,
pour les intérêts particuliers,
peutruiner sa Patrie. Les
Algériens connaissent bien
qu'ils ne doivent plus atten-
~dre de grace,& c'est seule-
¡m,eent par les cruautez que
desespoir se peut soulager,
quand il s'e st sàisy du coeur
d'un Barbare.
Le 7. d'Août, la Mer é-
~ant entierement calme, les
~ept Galiotes se posterentde-
~ant la Ville si-tôt que4e
jour parut, & y jetterent
175. Bombes juiques à huit
heures du matin. La Mena-
çante se retira un peu avantles
autres, à cause de quelques
coups de Canon quelle reçeut,
qui luy faifoienc faire
beaucoup d'eau. Les Turcs
entirerent 950. LaBrûUnte%
l'Ardante, & la Cruelle, reprirent
leurs postes à trois
heures après midy, & tirerent
jusqu'au foir. Elles jet
terent encore deux cen|
Bombes, ausquelles les En
nemis répondirent de nou
veau par 750. coups de Ca
jnon, dont plusieurs estoient
sans bales. Ils vinrent le ma-
?
tin dans des Brigantins tirer
: de fort loin quelques coups
de Mousqueterie. Plusieurs jde11
ces Bombes porterent
fc
dans les Bateries du Mole,
&. dans le Port, ce que l'on
connut par la Hune d'un
.Vai£(cau que l'on vit tom- ber. Ce succés unit ceux
d'Alger dans une telle furie,
que dix François à qui ils of-
-frirent le Turban,ne l'ayant
pas voulu accepter,ils les
firent servir de Boulets à pareille un nombre de Canons
Un VaisseauAnglois, qui
sortit du Port le lendemain,
apporta une Lettre de Mr de
Choiseüil, par laquelle Mr
du Quesne apprit cette cruauté.
Illuy mandoit que si on
•
continuoit à jetter des Bombes,
on le tireroit le lendemain
comme les autres;qu'il
avoit esté attaché le jour précedent
pour estre tiré, mais
que le Capitaine de la Caravelle
prise par Mrle Chevalier
de Lhéry, voulant reconnoistre
l'honnesteté avec laquelle
on l'avoit renvoyé à
Babahassan sans nulle rançon,
avoir si bien fait, qu'il
uy avoit sàuvéjusques-là la
vie. On apprit encore par
quelques Esclaves qui s'échaperent
, que les Bombes
avoient fair par tout un si
grand desordre, que le ren-
'-ycriemène des Maisons ne
laissoit presque plus aucun
passage dans les Ruës; qu'il y
avoit diférensPartisses uns
pour la maniere de gouver- ner dde Babahoaffam -
,
les autres
pour celle de Mézomorto,
&que trente ou quarante
Hommes avaient esté
tuez pour cela; que ce dernier
témoignoit ne se mett~
pas en peine de l'Attaqu
des François, & qu'il pr
testoit tout haut qu'il ne vous
loit point d'accommode
ment. On ne doit pas s'e
tonner de cette fausse arro~
gance. Les Algériens son~
assez punis,& le triste éta~
où l'on a réduit leur Vill
les met dans un entier be
foin de la Paix-, mais Mézo
morto qui voit que s'ilsla
font à cause des Bombes ils
ne peuvent plus éviter leu~
perte, les faitrésoudre à sou~
frir les plus fâcheuses extre
mitez, plûtost quede s^c7
poser à estre traitez
dela
me(metbrce, par toutes les
autres Puissances, avec lei:
quelles illeur seroit desavantageux
d'avoir la Paix àla
fois, puis qu'ilsnesubsistent
-que par leur Pyrateries. Cependant
s'ils faisoientresléxion
sur le sujet de leur crainte,
ils la trouveroient assez
-mal fonàée, peu de Souverains
estant en pouvoir de
faire les excessivesdepenses
*jue le Roy soûtient pour les
réduire.
L'envie qu'on eut de retirer
M de Choiseüil des
mains de ces Infidelles, fit
que l'on tâcha d'en faire un
échangé avec un Officier
Turc que lesFrançoisavoient
pris, & qu'on sçavoit estre
fort consideré de Mezomorto.
On fit écrire cet Officier
Turc; mais il eut beau mander
à son Capitaine ( c'estoit
le Reys que Mr du Quesne
avoit rendu) qu'onle menaçoit
de le traiter, commeles
François estoient traitez à
Alger, & qu'il ne doutoin
point qu'on ne fust bien aise
de le renvoyer, si Mézomorto
vouloit consentir à
»rendre Mr de Choiseüil. Mézomorto
rejetta cette proposition
, disant fièrement
qu'il ne donneroit pas Mrde
Choiseüil pour tous les Turcs
quiestoient Esclaves;& le
Capitaine , forcé d'entrer
dans le caractere de ce Roy,
dontilluyfutimpossible de
rien obtenir, sir la Réponse
qui suit à cet Officier,
Mon cher Fils Derviche,
1 après vous avoirsalüé,si vous
demandez de mes nouvelles,sçache%
cjue je me porte bien. Fe
Jalhëaujjï Corchut Mehémit
/,(~f le Tripolin Aly
.-er tous ceux de la Religion de
MalJometJ nos Freres. Vouî
nous alJez mandé que les Insidellesvous
tirerontavec des Bombes.
Prenezgardedevons mettre
cela dans /~r/f~ naye^ pas
peur; ilsn'oseroient lefaire. Vous
avez dit dans vostreLettrey que
si l Infidelle qui nous l'a apportée
est caution, nous laissionsaller
l'autre. Mais comment le laiffèrions
nous aller? Peut il délivrer
tous nos Esclaves? Nous ne concevons
pas comment cela seront.
Cependant lors que j'ay sceu que
cet Infidelle qu'on nous demande
appartenoit au General qui nous
a pris
, me souvenant des bons
traitemens quej'ayreçeusde ltyt9
j'aypris ma teste entre mes mains
c'est à dire, j'aypris ma résolutions
&fuis allé dix foisde fuite baifer
les mains gjr les pieds deson
ExcellenceleDey, ensorte que
j'ay délivré cet Infidelle de lt
gueule du Canon, & jusqu'a
présent on luy a laissé la vie.
C'estpourquoyje vous prie,mon
Fils, de me faire sçavoir par
vostre Lettre, de quelle maniéré
l'entendent ces Infidelles
,
quelle
est leur intention,& à quoy ils
fontrefolus.Soye-% joyeux,Dieu
estgrand,&libéral.
-. Mrle Chevalier de Lhéry
répondit de ion colléàMr
de Choiseüil, & tâcha de le1
consoler, par le plaisir qu'il
devoit sentir d'avoir exposésa
vie pour le plus grand
Roy du monde,& par l'assurance
qu'illuy donna que
l'onvangeroit la n-ofr, siii
Mzomorto exécutoit ses
menaces. J'ayoublié de vous
dire, que dans le temps qu'-
on jettoit des Bombes le
jour que je viens de vous
marquer,MlaVarenne Aube,
Licuccnanr de la Galiore
hFulminante, y eut la jambej
lmfiupirortée, & que sept ou
Hommesyfurent tuez,
ou blessez.
Le 8. le Convoy des Vivres
n'arrivantpoint, & les Galeres
n'en ayant plus que
pour dix ou douze jours, Mr
le Chevalier de Noailles,
Lieutenant General, & les
autres Officiers Généraux des --
Galeres, en donnerent avis à
MrduQuesne. OntintConseil,
& il fut résolu qu'on les
envoyeroit à Yviceaudevant
de ce Convoy, pour revenir
avec luy, si elles le rencontroient,
ou pour retourner
en France, si elles ne le
rencontroient pas. Ainsi les
Galeres partirent ce mesme,
jour a minuit avec un petit
vent de terre.Mrle Duc de
Mortemar s'embarqua dessus,
accompagné de Mr de
laPorte.
Le 9. la Mer estant belle,
les Galiotes tirerent le marin:
225. Bombes, ôc les Ennemis
900. coups de Canon. Ils sortirent
de leur Port avec auetJ
ques Brigantins, & desChaloupes
armées, que lesFrançois
repousserent avec beaucoup
de vigueur. Il n'y ~eut
ce jour-là qu un Garde Marine
blessé dans une Chaloupe
du Prudent, commandée
par M' de la Barre. Le Convoy
des Vivres, escorté par
Mr de S. Mars, arriva le soir. Ilarriva aussi une Barque,
commandée par un Munitionnaire
des Galeres, qu'on
1 croyoit prise ou perdue. Elle
: avoit esté à Oran, & de là à
Alican d'où elle revenoit.
MrduQuesne renvoya sur le
champ cette Barqueaux Galeres
, avec ordre de revenir
incessamment.
Le 10. les Galiotesse placerent
à la pointe du jour, &
jetterent jusques à neuf heuj
res du matin environ go
Bombes. Les Ennemis ré
pondirent par 300. coups de
Canon;&apres qu'ils eurenj
fôcrifïé quelques François,ili
tournerent leur rage contrd
un Juif, qu'ils tirerent en li
place d'un boulet. Ce lui
ayant reçeu un souflet de
quelqu'un d'entre eux,~avoit
fait des
imprécationscontre
leur Ville,souhaitant que les
François l'abîmassent, &que
le Roy se rendit maistre cU
- tout leurPais.
Le 1les Galiotes se hallerent
deux heures avant le
jour, pour tirer des Bombes.
La Fulminante, qui estoit
le plus au Nord,avait tout
son Equipage, qui est cette
année de prés de soixante
Hommessur chaque Galiote,
comme je croy vous l'avoir
déja malade. Mrle Marquis
;
de la Breteche la commandoit
depuis la perte de Mrde
Chevigny son Capitaine, blef
- sé d'un coup de Canon, &
mort ensuite. La Chaloupe de Mr de Tourville estoit à
son Bord, commandée par
Mr de Languillet, Lieutenant.
M deBrucour,Lieutenant
de Mr leComte de
Sepville ion Frere, commandoit
quatre Chaloupes du
costé du Nord, pour escorter
& secourir les Galiotes que
les Turcs attaqueroienc; &
Mr de Chafteaumorand en
commandoit quatre au Sud.
LesEnnemis croyant profiter
du départ de nos Galeres,
pour enlever quelque Galiote,
s'avancerent aussi de
leur costé une heure avant le
jour dans une vieille Galere,
abandonnée depuis quelque.
emps, qu'ilsavoient fait raccommoder
depuis que l'aure
dont ils le iervoient, avoir
esté fracassée par nos Bomes.
Cette Galere estoit arnée
de cinq cens Hommes
:hoisis
,
-
& accompagnée
une Galiote, de trois BPÎgantins,&:
de douze Chaoupes,
qui portoient encore
?lus de trois cens Hommes.
LaFulminante, qui aperçcut
a Galere Turque, tira un
oup de Canon pour avertir.
Cette Galere se voyant déouverte,
vint aborder la Gar
iotepar son Avant, enfaisont
sa décharge de Mous
queterie;& dans le temps ~d
son abordage,tous les Ma
telots qui tenoient encan
l'Amarre, pour le paumer du
casté du Navire qui avoit si
Touë, se jetterentà la Mer
& quelques autres à leu
exemple. La GalioteTurque
qui devoit aborderde l'autre
costé, ne le fit pas,& le
Brigantins & Chaloupes s
contenterent de faire ~fe
avec leur Mousqueterie. M
de Brucour, qui commam
doit les quatre Chaloupes du
costé du Nord, accourut aIl
mesmeinstant, &: monta à
Bord de la Galiote, criant
aux autres Chaloupes de le
suivre, ce que firent MIs de la
Garde, des Granges, & Languillet,
avec plusieurs Gardes
Marines, quelques Grenadiers,
& des Volontaires. On
jetta un si grand nombre de
Grenades dans la Galere, que
les Turcs furent contraints
ddeistonger à la retraite. On qu'un seul Matelot en
jetta J.plus de 80. en se plantant
sur le Beaupré de la Galiote,
à la bouche des Mousquets
des Ennemis. Malgré
cette vigoureuse résistance
quelques-uns d'entr'eux sau
terent,
*
le Sabre à la main
- sur l'Avant de la Galiote, &
citant montez avec beau,
coup de resolution sur le
Chasteau de prouë,ils s'er
rendirent les maistres. Dans
cette confusion, MrGombaut,
Enseigne du S. Esprits
qui commandoit pour lors
en qualité de Lieutenant de:
la Galiote, estant en bas proj
che les Mortiers, mit si l
propos le feu dans l'un, quo
ceux qui ne sauterent pas
ec trej l'air, sevirentforcez derenj
trer dans leur Galere, & de
déborder au mesme moment.
Mr de la Guiche tira
un autre coup de Mortier
dans le temps que cette Galere
débordoit. On croit
qu'il y fit beaucoup de désordre.
Un Esclave Portugais
quiestoit dedans, &
qui se sauva le lendemain,
raporta qu'il y eut 44. Turcs,
& 8. Chrestiens de la Chiourme
tuez, & plusieurs blessez
des uns & des autres. Nous
y perdîmes Mr de Brucour,
qui reçeut deux coups de
Mousquet, dont il mourut
presque sans parler. On peut
dire qu'on luy doit la plus
grande partie de la gloire de
cette Attion. Elle pourroit
estre appellée une Conqueste,
puis que sans le secours
qu'il donna, la Galiote
ne pouvoit résister à la Galere
qui l'avoit abordée par
son Ancre, la plus grande
partie de son Equipage ayant 1
sauté à la Mer. Il estoit Frère
de Mrs de Sepville,dont l'aîné!
est Envoyé par le Roy vers
l'Empereur, &: l'autre Capitaine
Commandant d'un des ]
Vaisseaux de l'AnnéeNa- : ,J=.1
vale. Cette Famille cft connuë
de tout le monde. Mrle
Marquis de la Breteche reçeut
aussi deux coups de
Mousquet,l'un dans lecorps,
!& l'autre à l'épaule; il en
mourut quelques jours après
Mr Tauxier, & Mr Lange,
Volontaires sur laGaliote, &
Mr Dagoin, Volontaire sur le
Prudent, furent tuez. Mrle
Chevalier de Corberon, &
Mr de Penard
,
Volontaire
ur la Syrenne, eurent un bras
emporté. Mrle Marquis de
a Sablonniere eut une conusion
à l'estomach; &Mrle
ChevalierdeMarillac, Garde
de la Marine, reçeut un coup
de Mousquet au bras. Mr de
Boisjoly, Enseigne du Fleuron,
reçeut aussi un coup de
Mousquet au travers de la
cuiiTe, en allant avec sa Chaloupe
au secours de la Galiote.
MrServon, & MrBell
loGer, furent blessez d'uiî
cou p de Canon. Il y eutaussi
quelques Bombardiers tuez,
& une vingtaine de Soldat
ou Matelots tuez ou blessez
On ne peut douter de
bravoure de tous ces Messieurs,
apres de si glorieuse
-i
preuves. Mrs de Gombaut,
- Languillet, de Lamon,des
Grandes
,
de Boulainvilliers
& de la Garde
,
firent des
merveilles. Quantité d'autres
, ,. auroient eu part a cette
.Aétion, si elle eust duré un
peu plus longtemps, Tous
les Officiers de l'Armée y accoururent,
exceptéceuxqui
estoient dans desPostes qu'il
ne leur estoit pas permis d'abandonner;
& si les autres
Chaloupes qui estoient du
-sosié du Sud,eussent pu arriver
avant la fuite de la Galere,
il eust esté impossible
qu'elle se suit échapée. Cette
Attaque n' empescha pas
quenosGaliotes ne tirassent
160. Bombes dans la Ville, sitost
qu'il fut jour. Elle y répondit
par cent coups de Canon.
Le 12 on apprit par un Esclave
qui se sauva, que le
Capitaine de la Galere avoit.
esté banny du Royaume, &
celuy de la Galiote, cassé
pour n'avoir pas abordé en
mesme temps que la Galere;
& qu'un autre Turc, nommé
Aly, auquel les Bombes
avoient fait couler son Vais-
10
seau à fond, &: abatu sa Maison
, avoit demandé à commander
la Galere, en saisant
ferment sur l'Alcoran qu'il
perdroit lavie, ou qu'il pren-
,
droit une de nos Galiotes.
On travailla aussi tost à les
mettre hors d'état de pouvoir
estre insultées, & on
prit des mesures pour enlever
la Galere elle-mesme, si
elle osoit revenir à l'abordage.
D'ailleurs
, au lieu de
douze Chaloupes qu'on avoit
accoû1t\ui-né1 de mettre en
;e
Garde, on commença à en
: mettre trente, dont six estoient
à Canon, neuf àMortiers
, & les autres avec des
Pierriers à l'ordinaire,
Le 13. la Galere Turque
sortit, & s'alla ranger du
casté du Fort de Babahassam,
avec les Bastimens de sa
suite, maiselle n'osa venir à
Bord, & secontenta de faire
une fanfaronnade d'une tresbelle
salve de Mousqueterie,
& de son Canon, quoy que
hors de portée. Quelques
Chaloupes des Turcs se voulurent
avancer pour faire le
coup de Pistolet, mais elles
furent fort surprises, quand
1
celles des nostres sur lesquelles
on avoit fait monter
du Canonde quatre à six
livres de baies, s'estant détachées
un peu du gros, firent
joüer leur Artillerie,à
laquelle elles ne s'attendoient
pas, ce qui les fit fuir avec
grand deiordre. Mr le Chevalier
de Villars qui commandoit
ces Chaloupes, avoit
grande envie de suivre
mais il s'arresta à causede la
Galere qui s'avançoit pour
soûtenir les Brigantins Turcs.
Elleeut sa part de la canonnade,
&- quelques éclats de
ses Rames lefirent con.
noiftre- Le Canon de no:
Chaloupes fut tres-bien sèrs
vy, 5" quoy que cela neufj
duré qu'un moment, M M
Comte de Monros du Quel
ne, qui en commandoitune
tira jusques à sept coups.
Là
- jours suivans, la Galcreavél
les Chaloupes, &les Brigand
-.
tins, vint encore efcarmoui
cher, tantost les Galiotesdd
Sud que commandoit Ml
du Quesne-Mosnier, tantos
vers celles du Nord corhmandées
par Mr Gombaur
depuis la mort de Mrde
Breteche
; mais quelques efforts.
que fissent les Ennemis,
on les reduisit toujours
à prendre la fuite, & le nouveau
Reys de la Galere, malgré
leferment qu'il en avoit
rait3tâcha inutilemét de prendre
une Galiote. Pour leur épargner
la peine de ces fortes
d'escarmouches, onfit avancer
au Sud le Cheval Marin,
& le Laurier; & au Nord, le
Fleuron,.& l'Etoile, quiatteignant
deloin avec leur Canon
,leur firent perdre l'envie
de sortir du Port. J'ay oublié
devous dire que quand -
ces escarmouches se firent,
MrleChevalier de Tourville,
Mrle Marquis d'Amfreville,
& MrleChevalier de Lhéry,
vinrent dans leurs Canots le
meslerparmy nos Chaloupes,
pour les soûtenir.
Le 14. on jettaencore des
Bombes, & quatre Esclaves
qui se sauverent, donnerent
avis que les Ennemis avoient
dessein sur nos Bastimens de
charge, ce qui obligeaMr du
Quethea. les renforcer de
Soldats, & à les faire environner
de Vaisseaux de guerre,
avec ordre de faire bonne
garde la nuit, & de tenir
des Canons dans le haut
Bord de la Sainte Barbe, ÔC
de l'Arriere, & des Armes sur
leTillac.
Le 15.
le Flibot qui estoit
à la sortie de la Chaîne, &
qu'on avoit crû d'abord un
Saletin
,
appareilla & vint
avec un Pavillon Anglois
moüiller fous le vent des
! Navires de l'Armée. Il apt
partenoit à un Marchand
Anglois, & avoir rendu tous
les services possibles aux Es-
L claves qui avoient esté faits
Ifur nos Vaisseaux. liarépondu
de la rançon du Fils
de Mrle Président de Caillery,
qui estoit avec sa Soeur
Esclave de Mézomorto. Ille
fit sortir dans son Bastiment,>
& l'envoya en son Païs querir
- dix mille Ecus pour se racheter,
& douzemille pour sa
Soeur qui est encore à Alger. 1
Le Patron de ce Bastiment
apporta à Mrde Lhéry
,
une
Lettre de Mr de Choiseüil,
par laquelle il luy mandoit,
qu'on l'avoit attaché trois
fois à la bouche du Canon,
mais que le Capitaine Turc,
rendu par Mrdu Quesne, luy
veit sauvé la vie toutes les
trois fois aupéril de la sienne;
qu'il n'y avoitrien qu'il neust
tenté pourcela;qu'il s'estoit
toûjours mis à son costé à la
bouche du Canon, en disant
l^u'il vouloitmourir avec luy;
que ses prieres & ses protestations
devant Mézomorto,
n'ayant pû rien obtenir, il
estoit venu armé la derniere
fois , ik- menaçant tout le
monde
;
qu'il avoitdit que
sion vouloit avoir la vie de
cette OfficierFrançois, il fapouiitsqcoum'imleesntcoeript
ar lasienne,
résolu dela
défendre jufcma la derniere
goute de son fàng; que c'efi
toit la moindre choie qu'il
devoit aux bons traitemens
qu'il avoitreçeus, apres avoir
•
esté pris par Mr de Lhéry;
que quoy que personne n'eût
esté assez hardy pour luy
rien faire depuis ce temps-là,
c'estoit toûjours à recommencer,
parce qu'on s'opiniastroit
à le vouloit mettre
dans un Canon.
Une genérosité si bien
soûtenuë,estquelque chose
de singulier dans un Turc,
qui ayant l'ame barbare,semble
estre incapable de ces
sentimens. M de Choiseüil
prioitun Officier par la IneC
mesme Lettre, de donner
tout ce qu'il pourroit àun
Neveu de ce Capitaine, que
M de Lhéry avoit pris avec
son Oncle, & qui avoit esté
mis sur les Galeres lors qu'elles
estoient parties.
Le 16. nps Galiotes rirc.
rent environ 200. Bombes,
& les Ennemis autant de
coups de Canon. Il se sauva
ce jour-là cinq Esclaves Anglois&
Espanols,qui raporterent
que les Turcs estoient
entierement desunis, ce qui
avoir facilité leur évasion;
que Mézomorto avoit fait
tuer le Commandant du
Camp du Ponant, nommé
Thevégi; qu'ils estoient au
dcfcfpoir de n'avoir point
fait la Paix, qui ne se pouvoit
plus faire présentement
sans qu'on envoyast sa teste,
& qu'ils voyoient bien que
c'estoit par la crainte de la
perdre qu'il s'y oppofoit de
tout son pouvoir; que si le
Roy de France vouloit envoyer
vers eux tout autre
que M du Quesne, ils accorderoient
tout ce qu'il
demanderoit, espérant qu'il
auroit ordre de leur imposer
des conditions moins rigoureuses,
que celles quils
pouvoient attendre de ce
Genéral.
Le 17. les Galiotes jetterent
encore quantité de
Bombes dans la Ville, &
les Turcs tirerent sur elles
plus foiblement qu'ils n'avoient
accoûtumé, soit à
cause des Pieces démontées
dans leurs Bateries, soit à
cause de la grande lumiere
de leurs Canons, ce qui parut
par le feu de leurs amorces.
La Galere Turque, qui
estoit avec sa iuice au Sud de
Babahassam, détacha un Brigantin
& douze Chaloupes,
&: les envoya du costé du
Nord, escarmoucher les
Chaloupes de Garde, mais
comme leur Mousquet ne
venoit presque point jusqu'a
ces Chaloupes, on se con- 1
tenta de tirer quelques coups
de Canon, pour les obliger
à faire retraite. Il arriva sur
le soir une Tartane des Gakresque
M le Chevalier
deNoailles envoyoitàMr du
Quesne,pourluy mander
qu'il estoit à la Rade de
Poüillance en l'Isle de Majorque,
avec toutes les Galeres
; que l'on travailloit à
les faire espalmer, & à faire
de l'eau & du bois, & quelles
partiroient pour revenir au
premier temps favorable. Mr
du Quesne-Mosnier s'est fort
distinguédansson Employ,
pendant tout ee temps. Il a
reçeu plus de coups de Canon
luy seul que tous les autres,
& a eu une grosse corù
tusion, qui auroirt> obligé un
lèioaune moins brave <ju4
n'est, à garder le Lit; maisil
a négligé sa santépour ne
perdre aucune occasion de
se signaler, & il s'est toûs
jours trouvé debout dans sa
Galiote. Mr de Lhéry
-
a
pensé estre tué d'un coupde
Canon, qui donna dans son
Canot.
Le 18. à la pointe du jour
un Esclave Hollandois se
sauva d'Alger, & on feeud
par luy que Mézomort
avoitesté estropié d'un écla
de Bombe dans la Tour du
Fanal, & qu'il marchaitavec
des Bequilles; que plusieurs
Vaisseaux avoient estécoulez
bas, &que presque tous
estoient si incolnrnodez.)
qu'onne les soûtenoir plus
qu'à force de Pompes; que
tous les Reys avoient reproilié
à Mézomorto, que puis
qu'il agissoit envers les François
avec tant de cruauté,ils
ne pouvoient plus aller à la
Mer, parce qu'ilsseroient
trairez de la mesme sorte, &
que Mézomorto avoit répondu
qu'il faisoit cela ex:.
prés, afin de les obliger de
se défendre jusques à la mort,
lors qu'ils seroient attaquez
par les François. Cemesme
Esclave ajoûta, que le Camp
du Sud estoit arrivé, ce qui
produiroit bientost du changement,
sur tout quand le
Camp de Levant, qu'on attendoit
à toute heure seroit
arrivé; qu on ne doutoit
point qu'alors on ne coupait
la testeàMézomorto, qui
avoit fait mourir B.ib-ihadànl.,
pour s'emparerdequatre
millions en Sequins qui luy
apoartenoint, & que deux
EsclavesEspagnols luy avoient
indiquez afin
d'obtenir
leur liberté
; que leSj
Maures
Maures s'estoient attroupez
dans les Montagnes;qu'ils
disoienttouthaut, que quand
ils seroient réduitsàl'extré-
I-ULCJ ils viendroient piller
& le Trésor & la Ville, &
roient ensuite demeurer à
rltinis, ou à Tripoly; ô. que
déja laplûpart çrioient, qu'il
)lmft à Dieu de permettre
que le Roy de France chassât
es Turcs de leurs Terres,
& san rendistmaistresuivant
es anciennes Prophéties. La
laine qu'on a pour Mézonorto
est si generale, que
'il ie tire du pas où il cA.
il pourrapasser pour habile
Homme. Quelques jours
apres son election pour la
dignité de Roy, trois Freres,
Gens d'autorité, acompa-,
gnez de trois autres, cnrre-,J
prirent de l'assassiner, mais
ils furent soupçonnez en allant
chez luy. La Garde les
arresta à la Porte, & ayant
crié que c'estoient des Traîtres
à la Patrie, on les assomma.
Depuis ce temps on n'a
rien appris de ce qui s"est
tramé contre luy. Ce qui
peut beaucoup servir à luy
nuire ,c'est que dans les premiers
jours de sa Royauté , il
arriva à Alger un Chiaoux
du Grand-Seigneur
,
qui apportait
le Caretan à Babahassam,
de la part de Sa Hautesse.
L'ayant trouvé mort,
il s'en retourna, & ne voulut
point le donner à Mézomorto
quoy qu'il le luy eust
fait demander. On dit que
cela a fort consterné les Algériens
,
qui craignent que
le Grand-Seigneur ne soit
irrité de la mort de Babahassam.
Cafetan est une espece
de Manteau
Les Bombes ont ruiné
toute la Basse-Ville du costé
de Babaloüet, qui est le plus
beau Quartier.Lesdernieres
qu'on a tirées, ont cité de
celles quavoit apportées Mr
Bidaut, arrivé depuis peu de
temps. Tous ceux qui ont
esté dans la Ville, disent
qu'il y a des Maisons de
trente mille Ecus. On tient
que quatre de leurs Vaisseaux
font tout-à-fait hors
d'état d'estre relevez, &
qu'ainsi ils n'en pourront
faire iortir que quatre ou
cinq cet Hwer.
, ;rrto. ¡u;cz, Madame, combien
toutes les Puissances qui font
en guerre avec les Algériens,
font obligées à Sa Majesté,
qui depuis pres d'une année
tenant leurs Vaisseaux enfermez
dans leurs Port, lesa
empeschez toutl'Eté depyrater.
Combien de Prises leur
ont échapé,& combien d-£C
clavesqu'ils anroient pû faire!
Combien mesme s'en est-il
sauvé de toutes les Nations,
pendant le désordre quia regné
dans Alger! Je ne croy
point me tromper, en disant
qu'on ne sçauroit faire plus
de bien à la Chrestienté que
leRoy luy en a fait seul,&à ses
frais, en attaquant ces Corsaires.
Ils auroient esté ruinez
entièrement cette Campagne,
si des Gens craintifs,
ou plûtost jaloux de la gloire
de Sa Majesté, ne leureusfent
porté de la Poudre &
des Boulets, qu'ils sont venus
prendre dans des lieux
marquez. Le temps,& le
zele du Roy pour garantir
les Chrestiens des insultes
des Pyrates, en viendront à
bout. Il a déja fait plus que
Charles V. Le retour de la
Saisonfavorable, doit faire
trembler ceux qui viennent
de sentir combienla puissance
est redoutable. La Paix
que fit le fameux Ruiter avec
les Algériens, ne
-
produisit
aucun avantage aux Hollandois,
sinon qu'ils auroient
permission deracheter leurs
Esclavesàgrand prix, encore
ne leur rendit on que ceux
qu'on voulut, & qu'ils fourniroient
à ces Corsaires de la
Poudre & du Canon. On
n'auroit pas proposé une Paix
comme celle-là, à des François
qui vivent sous le RÉgne
de LouisLEGRAND. On
nous la demandent à genoux)
& on commençoit par nous
rendre tous nos esclaves sans
conditions. Il ne s'agit pas
de voir si elle est conclue ou
non; il faut examiner ce
qu'on a fait, & ce qu'on
peut faire, & considerer que
la Paix offerte, qui auroit
mis les autres Nations dans
le comble de la gloire, n'est.
toit pas, encore as-sez pour
nostre auguste Monarque.
Il y a déjà quelque temps
que nos Galeres sont de retour
en France, où nos Galiotes
viennent d'arriver, es.
cortées par Mr du Quesnele
Fils,& par Mr Delgoutes.
On a eu nouvelle que Mr,
Vilete,&Mrde S. Mars Colbert,&
Mr le Comte d'Estrées,
alloient desarmer en Ponant.
Le 9. de ce mois, l'Escadre
que commande Mr le Chevalier
de Lhéry, apres avoir
carené, partit de Toulon,avec
Mrs deSepville, &deBelleisle,
pour aller joindre devant
Alger Mrs Foran, Gravier,
& Bidaut. Ils y demeureront
une partie de l'Hiver,
après lequel temps d'autres
Vaisseaux iront prendre leur
place, ce qui donne beaucoup
d'inquiétude aux Algérions,
& les empesche de
faire sortir quelques Vaisseaux
qu'ils ont relevez
dont les Commandans , craignent
d'éprouver les mefines,
suplices, qu'ils ont fait loufrir
au Pere le Vacher, ainsi
qu'à plusieurs de nos Esclaves.
Si l'onavoir,esté aussi
barbare que ces Pyrates, on
n'auroit pas tardé si longtemps
à les traiter avec lai
mesme cruauté, puis que de.
puis les Esclaves qu'ils nous,
ont rendus, nous en ayonsi
toujours beaucoup plus eu
les leurs, qu'il ne leur en
estresté des noitres. Je vous ay marqué dans
Lettre de Septembre,
que le Lundy 6. du mesme
mois, l'Université de Paris
avoit esté à Fontainebleau,
faire fesComplimens decondoleance
à Sa Majesté. Les
Députez de ce Corps s'estant
rendus dans la grande Salle
des Gardes au nombre de
vingt, avec leurs Habits de
cerémonie, précédez de huit
Massiers, dont les Masses
estoient couvertes de Crèpea
Mr de Saintot, Maistre de
Cérémonies, les y vint pren
dre, & les conduisit dans
Cabinet du Roy. Ce Prince
qui nestoit point habillé,
cause de sa blessure, estos
environné de plusieurs Sei
gneurs, &deses principaux
Officiers, & vétu d'unegran
deRobe violete. Mr Taver
nier Recteur, porta la parole
eSn ces termes. IRE,
Le coup imprévu qui vient d*
nous enlever la plus grande &
plus vertueuse VrinceJJe de la Terre
ne laijfemt aucun tdoucijfemem à
illre dont' ur ,
si ,',OUj st U/VJjor~
vrt nii'("NdU. z qui ses h.iuUncr-
14, fjui sa.Jo', i.1 iiy lUit partie de
tTir( lonk si1 tout lejicn pré-
Kiimn.id.'ïtsirCn Nou) la coniÙu,;,
f, SIRE, comme un de ces
- J'l,lIJi,r Liuin, qui, Dieu 't'tut
'rOi <.?>\oytr sur la Terre de temps
i rePlps, pour do),ntr aux plus
tdht-,j ïyii*ces,&à leurs TlUp/,'s,
j marquesvisites de saprotittton%
* ucs xffityA,,cis infaillibles ae ses
i"j ~IhY eux, ~<& qu'il yappelle aussii-
kluj,tors qu'ils ont remply itur
nmtisrtee,râe,jeunifeinfallleasDreijioiitnitactrmeea[mhuer,
de
iuremlttre
dansleur premier
poi,cju"iLgoûtentjanstroubleà*
L'incomparableFrinccjfe, aDlllt.
pethuQU<: est aujourd'hui si doitfou*
reu/è)dVOit contribue infiniment à
assurer le repos de ce grand Etat, par
l'Allfttnceauguste dont vous l'hono-
Yafîes par la aix des Pyrénées que
V()U) donnastes à toute eutope, dr
dont lUtfUI tout-ensemble le gage &
leprix. Elle en affermit les tjjkrancespeu
detemps apresparlariaifsanceheureuse
de Monseigneur le
Dauphin
,
dont les suites pleines de
beneditfoonnepyometteni fÙ/IJ moins
à ce triomphantEmpire, quun bonheursansfin,&
une étenduesans
bornes. Ellesoûunoitparses VIE¡¡":
& par laforce de ses prieres, le brasi
puissant de V. M. dans t'exhutÍolll
de ses glorieuses entreprises, doritlesi
succéssurprenans font l%admiration*
detoute la Terre, mais le Cieln'a
pasjugénecessaire qu'ellefuîfvifiblk
lutlongtimpspour ul/trfr sur I.dÚ4
ïw ets fameux avantages. Il a
emply (es desirs; il l'a placée dans
lieu oùson aine s' élevoit une injiité
defois chaquejour, euplutost
elle s'y est retirée elle- mefmf par la,
vretdesestransportsVLYS le Ciel,
sis'ajouter une Couronne de gloire
cellequ'elle possedoit iiy avec V. M.
C'eflde ce sejour faunux,dr de tTfQnt de lumiere,quejettant coninutli
ment sur Vota des yLUX de
.*nA- sse
,
ûsurvosPeuples des rearas
uijfiftioh & de bonté, elle
\condera pu>jfrt>nurtt vos dessins,
f*injf>irera à vos Sujets de nouveaux
centimens de zele,ae joum-Jjionà*
e rcfpitt pour V. M. Nom nous
percevons déjà qu'ils s'augmentent
ans noscoeurs &nousvenonsd'en
prouver un sensible effets par la
fr Jtttt que les prenons~ttt~
rAltidem ainiéaipui peu dejom
à*F. M.nousacausée a îoui cm
qmfout(eu*toojlreconduite,âuftjtm
nom htnfiighdus rien avec ~tm
jJ'-llfpIÙaIÙilJ Ó:.. deJ&in qtte L*oil^
gation indifpenjalle oùilsfwtct
bien que nottoy aemployerleur* bieta
deverser leur sang, &' de
dottm
leurs vies pour la an/èrvMtiçn
(die de V. M. quintvs est luf*
pdw prêtieuse que toutes les nostre LeRoy,aveccetaird
LeRoy,avec cet air de
bonté qui luy estsinaturel
répondit qu'il estoit tres- fia
tissait de la part que cette
Compagnie prenoitaux~c
fts quile regardoient, cjgju
tconiervoittoujours beaucoupd'estime
pour elle, &
r qu'illuy feroit sentir les effets
de sa protection en toutes
rencontres. Ces Députez suf
rent ensuite conduits chez
Î Monseigneur 'le Dauphin, (auquel le mesme Mr Tavert
nier fit ce Compliment. M
ONSF'i'GNEVi?,
Ledon quelaReynefitaux Fran- çois,
lors que le Ciel voulut bien estre
\fécondé par Elle pour vous donner la
naijjknce, est quelque chose de trop fréticux pour n'en pas goûter la pjfi
fecfjffeiot a avec un plaijîrparfait. £#
'iuiy que la perte de ctte au
guste Princtffc nomsoit tres-jênjitlt,
nous nepouvons croire qu'avecpeine
que nous en soyonsprivez, tantque
nom avons le bien de voir revivre
en Vous toutes les grandes guilitez
qui l'ontfaitaimer de tous les Pew.
ples. Sa pieté qui efface celle
deF
Théodoses & des Constantins, si
grandeur d'ame égale à celle de
Henrys & des Charles
,
sa douant
bienfaisante semblable à celle de
Tites & des Antonins, si candeur
pareille à celle desi Couronne; tout
sela, MONSEIGNEUR, brille en rOtN, avec mille autres vertu4
dont le glorieuxassemblagefait voir]
que le Ciel vom a formépour efire\
avec justice l'unique Heritier de
Loüis le Grand, & de Marie-y
Théresed)Aufiriche.
Cesi dans la VCHC de toutesc
perfections, ~& dans la pensée des
biens dont elles sont unesource abondante
pournous, que nous poussons à
chaque momentdes voeux vers le
Ciel, pour luy demander la continuation
desessoinssur Vous &sur
vos Descendans, quifontaujourd'hui
nos plus cheres espérances, dl' qui
dans tous les temps à ver. irferont le
bonheur de nos Successeurs.
Voicy ce qu'il dit à l' Audience
de Madame la Dauphine.
MADAME,
L'augusteAlliance qui T/~
a fait entrer dans la FamtUt Royale
de France, nous consoled'autantplus
de la perte que noUl avonsfait
, q'se
vous nous retracez, d'une ma^ie<
toute éclatants les grand, s qUlllttZj
de la Reyne. Ses dvertw, dont vous
estes tHerÙÙre) jointes à mille autresperse
citonsperfinnellcs-,fonten
Vous une dispositionbien avantageuse
pour l'estre un jour de fia Dignitéavec
tout le méritequelle dewaude.
il en fautbeaucoup poursuccederà
Marie-Thérese d'Ausriche;
mais^ MADAME,quandon
adéjà la gloire d'avoir donné à
Loüis le Grand des slaccejfeurs., 1
qui en marchantsurfispas, puijjent
quelquejour gouverner sonEmpire,
j drfioiïtenir fia Couronne, on est bien
dignedeportersonSceptre.
£>ue le Ciel, htniffi cette belle
Poflerité}quil vous donne la joyey
~&anous la consolationdevoir ni'
tre hientofl deVous unifcondHéros>
pour la fittûfaftiên entiere de nostre
invincibleMonarque, & pour l'e-
Hxml assermissementdeses Etats.
f Le Mercredy 13. de ce
mois, la mesme Université
fit celébrer un Service solemnel
pour la Reyne
,
dans l'Eglise
du College Royal de
Navarre. Le jouren fut marqué
par un Mandement exprés,
que Mrle Recteur fit
afficher dans toutes les Places
de cette Ville. On avoit
dressé au milieu du Choeur
une très-belle Représentaion
sur une Estrade fort lar-
~e, & élevée sur quatre derrez.
Elle estoit ('un couverte Poële de Drap d'or,
livec un grand Daiz au dessus,
penduàla Voûte. Les
quatre costez du Daiz estoient
repliez & attachezau
haut des Piliers du Choeur
QuatreDevisesfaisoient ~l'of
nement des quatre Piliers c~
Lit Funebre.
La premiere estoit un
Lune dans ion plein, a
qui arrive lors qu'elle est dan
le plus grand éloignement
qui luy donne sa lumiere
Elle avoit ces motspourame
Quo magis abfcedit.
Laseconde, une Fleur
qu'on nomme Belle-de-nuit
qui tient sesfeüilles ressérrée
le jour, & ne les dévelopé
que pendant la nuit.Mediis
tlfCUJ explicat umbris.
r". La troisiéme
, un grand
Chefrie
,
qui apres avoirpousfé
tes racines bien avant dans
la terre, éleve ses branches
julques aux nuës. Tantum ad
fyderatendit.
k La quatriéme, une Flâme
qui s'envole en haut avec
d'autant plus de promptitude,
que la matiere dont
elle se nourrit est moins
terrestre
, Citius quo purior
ivolat.
Messieursdu Clergé, que
l'on avoit invitez à ce Ser
vice, s'estantrevétus de leur
Habits d'Eglise, dans rA.
partement de Mr Guischard
Maistre de ce College
, en
trerent en Corps, passerent
par la Nefau travers de deux
rangs de Crieurs, qui les &
lüerent au son de leurs Clochetes,&
furent conduits
dans des Sieges qui leur
avoient esté préparez du
costé de l'Evangile au dessous
du Célebrant. Ensuite vinrent
le Recteur, & les Facultez
les unes apres les autres,
precedées de leurs Officiers
cîcrs &Massiersen dcüll.%-au
bruit des mesmesClochetes.
Le Recteur prit la premiere
place à droite en entrant
dans le Choeur, & apres luy
les Docteurs , en Theologie,
& en Medecine. L'autre
cofté fut remply par les
Docteurs en Droit, & par
1 ceux des Arts. Les Bacheliers
estoient en bas sur des
Bancs, disposez pour eux de
part & d'autre, vis-à-vis de
leurs Facultez. A l'opposite
de Mrs les Prélats,estoient
plusieurs Personnes de qualité,
tantde Robe que d'Epée.
Lors que tout le monde
fut placé, M.1 l'Archevesque,
de Paris entra, précedé de
ses Assistans
,
des
Officiers
& du Hérault de l'Université.
Il s'habilla sur ion Estrades
& commença la Messe, qui
fut chantée par une excellente
Musique de laCompo
sition deMMignon, Maître
de Chant de l'Eglise de Paris.
Lors que l'on eut fait
l'Offerte, le R ecteur quita sa
place, & alla d'un bout du
Choeur à l'autre, précédé de
quatorze Massiers jusques à
la Chaire
,
d'où il prononce
-l'Eloge Funebre en Latin,
avec une entiere satisfaction
^de l'Assemblée. Apres avoir
déplore la perte que la France
venoit de faire, & qui pouvoite ne pouvoitessttrree éeggaalééeepar aucun
deüil, il représenta les
principales vertus de la Reyne,
dans sa soûmission aux
volontez de Dieu, en veuë
de l'excellence de cet Estre
Souverain, & dans sa conformité
aux ordres du Roy,
en veuë des perfections extraordinaires
de ce Prince.
La Cerémonie estant achevée,
Mr l'Archevesque traita
avec sa magnificence ordinaire
dans ion Palais Archiépiscopal
, ses Assistans, & les
1
Chefs des Compagnies qui
composentl'Université.
Le Lundy 20. du dernier
mois, la nlefme Cérémonie]
fut faite dans l'E^life de 3' Nostre Dame du Havre,
avec tout le zele,&toute la
pompe qu on pouvoit atten-l
dre dans une pareille occa
sion.Aumilieu du Choeur,
sur deux Gradins environnez
d'une Balustradecantonnée
de Testes de Mort, & de
Cassoletes,estoit placée une
Représentation, composée
d'un premier Corps ou Tombeau
-
,
à l'un des costez duquel
on voyoit la France, représentée
par une Femme
couchée négligemment, tenant
lePortrait de la Reyne
d'une -lnain, & s'appuyant
de l'autre sur une Cassolete
fumante, soûtenuë d'une
tcItc de Mort, avec ces
lm9tî Dolet olet, pour
faire connoistre que la douleur
que ressent la France de
la perte qu'elle a faite, est
moderée en quelque façon,
par la consolation dela bonne
odeur que nous laissent
apres la mort les rares vertus
de cette pieusePrincesse. De
l'autre costé, la Renommée
tenoit la Trompete d'une
main, & portoit l'autre sur
une Horloge de Sable, avec
ces paroles, Nulla te tcllns
filet, pour faire voir qu'il ne
reste apres la mort, représentée
par cetteHorloge qui
a paffé, que la seuleréputation
de la bonne ou mauvaisevie,&
qu'à l'égard de
laReynecette réputation est
si éclatante, qu'elle est connuë
dans le Cielaussibien que
sur la Terre. A l'un des bouts,
estoit une Coquille à Nacre
entr'ouvert,à lasuperficie de
laMer, s'ouvrant aux rayons
du Soleil, avec cette ame,
Exibitpulchrior;& sur l'autre
bout, il y avoitunPhénix,
se brûlant sur un Bucher aux
mefines rayons,avec ce
mot, Renovabitur, pour faire
entendre que la mort de la
Reyne n'estoit qu'un agréable
passage, & le renouveL
lement d'une vie plus heureuse,
& immortelle.
Ce premier Corps estoit
surmonté d'un autre moindre
en grandeur, de fîçnire
octogone ,en forme deVase
antique, femé de Fleursde
Lys d'or, qui estoit la Représentation
pour le Coeur de
cette Princesse. Ce moindre
Corps portoit le Carreau, la
Couronne, & les Sceptres
Royaux, avec ces paroles au
pied du Vase, Coronabitur,&
cor honorabitur.
- Ce Mausolée estoit couvert
d'un Daiz couronné,
soûtenu & cantonné par quatre
Figures, représentant les
quatre Vertus,qui faisoient le
plus parfait ornement. de sa
vie. La premiere, estoit la
Religion, avec ces deux
mots, Semper fortis, tenant
une Croix avec le Livre des
Evangiles. La seconde , 14
Charité, Semper ardens, tenant
une Corne d'abondance,
& ayant lenom duSauveur
du Monde à la poitrine
La troisiéme, la Prudence,
Semper eadem, tenant un Miroir
à l'antique, le manche
entortillé d'un Serpent;& la
quatrième, la Mansuétude,
Semper dulcis, tenant uneColombe
blanche. Ces quatre -
Figures soûtenoient de leur
autre main les coins d'un
riche Drap mortuaire, qui
couvroit le grand Corps dtM
TOinbeau, le petit estand
ctourveert d'sun C-répfonidenSoy.^j
Au dessous, & au milieu
de la Couronne du Daiz,
estoit la Figure de l'Ame
bienheureuse, qui représentoit
une grande Femme
coëfée proprement, mais
modestement de ses che.,'
veux. Elle avoit les yeux ôc
les mains tournées vers le
Ciel, un pied en l'air, &une
Couronne d'Immortelles sur
sa teste. Une Robe blan-
~cne seméedeFleurs-de Lys,
& d'Etoiles d'or, avec une
Cincuse & des Aîlesd'un
bleuceleste, saisoitsonHabillement.
Le Choeurestoit
orné de plusieurs Emblêmes,
le tout de l'invention de Mr
Morel, l'un des Echevins du
Havre, à qui on devoit tout
rordre deceDessein.Mrde
Clieu,Curé deNostre-Dame,
celébra laMesse yôc prononça
l'Oraison Funébre.
sa-y oublié de vous dire,
quelle fut prononcéeàJarnac
par le Pere Fulgence
Fontaine, Lecteur de Théologie
desRécolets de la Province
de Guyenne.Les bélier
choses qu'il dic surprirent {o.-
Auditoire, par le peu de
temps qu'il avoit eu à se pré- parer. Harsleur,seconde Ville du
Gouvernement du Havre,a
-
fait aussi éclater beaucoup
de magnificence dans le Service
qu'elle a fait faire. Vous
jugez bien,
connoissantle
zele de Mr de S. Aignan,
que ce Duc na pas épargné
ks foins, pour recommander
que l'on donnast tout
l'éclatpossible à cette lugubre
Pompe.
Le Vendredy 17. de Septembre,
on fit aussi un Service
avec beaucoup de falemnité
dans l'Eglise Collégiale
de Nostre- Dame du
Grand Andely. Le Pere du
Moncel Jesuite y prononça
l'Oraison Funebre, & prit ces
paroles de l'Ecclesiastique
pour Texte,Spiritu magno
vidit ultima fb' consolata est
lugentes in Sion. Le sujet de
son Discours fut que la vie
& la mort de la Reync
avoientesté une veuë continuelle
de ce quidevoit lum
arriver enquittantla terre,
Il fit voir dans sa diftribu
tion, que l'Esprit de Dieu luj
avoit fait heureusementco
duire à cette derniere fin l'u
sage qu'elle devoit faire d
avantages qu'elle avoit reçeus
de la Nature, les devoirs
de la Royauté,&l'obligation
de faire triompher la Religion
Catholique. Il donna
un tres-beau tour à chacun
de ces trois Points lesCorps ; & tous de la Ville, qui assisterent
à cette Cerémonie,
rendirent justice à^loftdo-,
quence.
Mr des Auzieres, Curéde
S. Sillainde Périgueux, a fait
paroistre sa reconnoissance,
pour l'honneur que Mr des
Auzieres son Frere a reçeu
d'avoir servy la Reyne,en
qualité de Valet de Chambre,
par un Service qu'il a
fait faire dans sa Paroisse,
avec la Musique de la Cathédrale.
M Doria, Docteur
en Theologie, y prononça
l'Oraison Funébre. L'appareil
de ce Service fut trouve
si beau pour laProvince, que lePrésidial,l'Election&le
Coniulat du Lieu, y assisterent
en Corps,bien qu'ils se
fussent déja trouvez à celuy
de Mr l'Evesque de Périgueux.
Une pareille magnificence
dans laquelle je n'entre
point, fait voir que le
zele pour cette grande Princesse
, a fait faire autant aux
Particuliers,que les grands
Corps faisoient autrefois.
Mr l'Evesque d'Angers a
fait faire aussi un Service solemnel
dans sa Cathédrale.
Le Présidial, la Maison de
Ville, l'Université
,
la Prevosté,
les Elûs, & les autres
Compagnies, s'y trouverent,
ayant à leur teste Md'Autichamp,
Lieutenant de Roy.
Ce Prelat officia en Habits
Pontificaux, & l'OraisonFunébre
fut prononcée avec
beaucoup de succéspar le
Pere du Vivier Benédictin,
de la Congrégation de Saint
Maur. Lors que le mesme
Service se fit dans la Cathédrale
de Soissons, Mr l'Evesque
qui officioit, fondit en
larmes en prononçant les
noms de Baptesme de la
Reyne, dans l'Oraison de la
Messe, ce qui luy fit faire
uneassez longue paufe avant
quede l'achever. On peut
connoistre par là, dequelle
douleur son coeur estoit penetré.
On a eu nouvelles que la
Reyne Mere d'Espagne s'estoit
évanoüye, en apprenant
la mort de cette Princesse.
J'oubliay la derniere fois
à vous apprendre celle de
Madame la Comtesse de Vézilly,
de l'illustre Maison de
Chastillon sur Marne, arrivée
en son Chasteau de Bouleuse
proche Rheims le premier
de l'autre mois. Elle estoit
la derniere de ce nom,
de la Branche des Seigneurs
de Marigny, séparée de celle
d'Argenton, lors que Charles
de Chastillon, Seigneur de
Marigny, descendu de Pere
en Fils du grand Gaucher de
Chastillon,Connestable de
France, & d'Isabeau de
Dreux,épousa Catherine
Chabot. Magdelaine de Châtillon,
dont je vous parle,
estoit Femme de Chriftophle
deConslans, Comte de Vézilly,
issu des anciens Comtes
de Conflans. Ils avoient
cfté mariez en iéiî. & elle
est morte dans sa 73,année.
Anne Marcel, Veuve de
Messire LoüisLesné, Seigneur
de la Margrie,Conseiller
-
d'Etat ordinaire, est
morte aussi.C'estoit une Dame
d'une trs-grande vertu. .- On a perdu dans le mesme
temps Messire Antoine de
Salagnat
:J
Marquis de la
Mote-Fenelon, Lieutenant
de Roy de la Marche. Tous
les Gens de bien, avec qui
avoit beaucoup de liaison, le
regretent fort. Comme il
n'avoit pas moins de valeur
que de pieté
,
il avoir estéen
Candie par le ieul desir de
servir contre les lnfidelles. Il
y perdit un Fils, & il ne luy
resta qu'une Fille, qu'il maria
à Mr le Marquis de Laval,
Frere deMadame la Duchesse
de Roquelaure.
J'ay encore à vous apprendre
la mort de deux Officiers.
L'un
,
est Mr de la Galissonniere;
& l'autre, Mr du
Jardin, Secretaire du Roy,
Beaufrere etc Mrle Camus,
Lieutenant Civil. Il avoit esté
Conseiller en la Cour des
Aydes,'.&- est mort âgé de
89. ans.
Mr de la Galissonniereestoit
d'une fort bonne Maison
de Bretagne, tres-habile
Homme, &aimant les belles
Lettres. Son nom deFamille
estoit Barin.
-
Il avoit elle fai
Conseiller detat au sortir de
lntendancès.
Les Carmelites ont fait de
leur costé une grande pert
en la personne de Mrde Bé
rulle, Abbé de Ponlevoy3
leur Supérieur. Mr TAbbt
Chanu leur a écrit pour le
eonfoler. On imprime si
-
Lettré. MrAbbédeBérull
estoit Docteur en Théol
gie, Neveu du Cardinal de
Bérulle,d'une ancienne Maison
de Champagne, & Homme
d'une grande pieté, &
ddi'nuaniere.modération extraor-
Il n'avoit jamais voulu
que la feule Abbaye de
Ponlevoy.
On vient aussi de me dire
que Mr de Bailleul, Capitaine
aux Gardes, est mort.
MrBénard de Rezé, apres
avoir passé par toutes' les
Charges de la Robe, a esté
fait Conseillier d'Etat Semestre,
& depuis peu Conseiller
d'Etat ordinaire. C'est un
Hommecapable des premiers
Emplois, & qui a toû
jours cfté diitingué par sa
capacité, & par ion exacti
tude à rendre justice à tou
le monde. Il a un Fils Con
seiller, & un autre Abbe
qu'on estime fort. Il a au
un Frere Concilier de la
Grand' Chambre, qui es
Conseiller d'Eglise, & are
fusé l'Evesché de Lavaur.
Mrde Fieubet, Chancelie
de la feuë Reyne, Homm
d'une égale réputation pour
la probité & pour l'esprit, a
esté fait Conseiller d'Etator
dinaire dans le mesme temps
Il sçait parfaitement les belles
Lettres, & a une senesse &
une délicatcffe dans l'esprit,
qui se trouvent rarement.
On a veu deluy des Vers
Latins & François, qui sont
admirables. Mr de Fieubet
son Pcre, estoit Trésorier de
l' Epargne. Il a un Frere
Maistre des Requestes. Madame
de Fieubet sa Femme
est cotinuellement employée
aux oeuvres de pieté, & dans
une grande réputation parmy
les véritables Dévots.
Les Charges de Conseiller
l'Etat Semestre qu'avoient
MrdeRezé & Mrde Fieuber,
ont este remplies par MrDaguesseau
,
& par Mr de Ribere.
Mr Daguesseau a esié Intendant
en Limousin
,
puis
en Guyenne, & en suite en
Languedoc, toujours regreté
quand il partoir, & souhaité
par tout pour le service du
Roy, & la consolation des
Peuples.
Mrde Ribere est Fils de
Mrle Lieutenant General de
Rion en Auvergne, & Gendre
de Mrle Premier Présidene.
C'est un fort bon Ra-j
pCorteur.iIlva estéiLlieu.tenant Mrle Comte d'AvauxAmbassadeur
Extraordinaire de
SaMajesté auprès des Etats
Généraux des Provinces Unies,
a esté fait aussi Conseiller
d'Etat en la place de
Mr de la Galiffonniere. Il a eu
la qualitédePlénipotentiaire
à la Paix de Nimégue,après
avoir esté Ambassadeur à
Venise., & il marchedignement
sur les traces de Mr
,
d'Avaux son Oncle.
Il y a eu trois Intendances
données, celle de Flandres,
à MrdeBréteuil, qui a exercé
longtemps l'intendance de
Picardie,& qui est Fils de
Mr de Bréteüil, Conseiller
d'Etat ordinaire, &: auparavant
Controlleur General des
Finances; celle de Picardie,
à Mr Chauvelin, dont je vous
ay parlé depuis peu- & celle
de Franche-Comté, à Mr de
la Fonds, fort eitimé de tous
ceux qui le connoissent,
qui a donné des marques
de sa probité en beaucoup
d'occasions.
Je ne vousdis rien de Mademoiselle
deVaillac, quia
ij
épousé Mrle Comte de Montaut.
Je vous connois si parfaitement
de ses Amies, & je
vous ay tant de fois entendu
parler de sa naissance, de la
vertu, de son esprit, & de toutes
ses belles qualitez, que
je suis persuadé que vous
sçavez mieux quemoy les
particularitez de ion Mariage.
On ne peut rien
ajoûter à la magnificence
& à la galanterie des Présens
de Nôce que le Marié
a faits.
Mr de Louvoys servant
toûjours le Roy avec uns
égalé activité dans les diférens
Emplois dont. Sa Majessé
le repoiè lui* ce Ministre.
M1 Magnin, dont vous avez
déjà veu tantd e beaux Ouvrages,
a (Üt pour luy le Sonnet
que je vous envoyé. C'est
une Allusion à la Devise de
ce grand Monarque, Nec
pluribusimpur.
POUR. MONSIEUR.
LE MARQUIS MDINEISLTOREUDV'EOTAYTS.,
.)
SONNET. DUnMinistreagissani,le
foi»W-'ori-ux
Doit fiiond-rlesjoins d.sJupremcs
Dmspig!oirefnprtme atnfi le Roy
des Cieux,
Pour agir an dehors, asis Intelligences.
ss- Un Monarque charge d'un Sceptre
glorieux,
Seul, ne scauroitfournir àses devoirs
immensre;,s.
IIfaut quepou/ tout :7-.'on, il emprunte
des }tIlX,
Et des bras,pours*étendreauxplus
'f)ajlcs distances.
Un Rty, plus élevé que tous les PO"
tCUtdtS,
Trouve d.r:j Louvoysseultous ces
yeux, tousres bras,
Laprompte âtfruitê, Ufagcjft profonde.
UnaffcmbUge heureux de talens
¡¡JOUIS;
EtjÎLOf"1Sfitffit à régirplus d'un
Monde,
Quelle gloire à Louvoys desuffire àLOVIS?
MrFoscarini, Ambassadeur
de Venise, eut son Audience
de congé le 20. du dernier
mois.Il parla au Roy de la
mort de la Reyne, & de la
chûte de Sa Majesté, dans
son Compliment, &il le fit
avec tant de grace, qu'il fut
généralement applaudy. Le
Roy, qui l'a fait Chevalier de
l'Accollade, selon l'ancien
usagepratiqué par nos Roys,
à l'égard de tous les Ambassadeurs
de Venise qui partent
de France, luy a donné des
témoignages particuliers d'estime
& de satisfaction de fôri
Ministere, qui a esté plus
lojag que decoûtume, cet
Ambassadeur ayant demeure
icy quatre ans. On ne fçaui
roit assez dire avec combien
d'éclat & de réputation il x
toujours soûtenu son caraî
ctere. Il se11 attiré l'affedtion
de tout le monde, par des
manieres extrêmement en
gageantes, &afait voir beaucoup
de sagesse, de prudence,
& de pénétration dans des
Affaires épineuses,&dans des
conjonctures délicates.
*
Le Mcrcredy 20. de ce
mois, les Capucins de la Pro-j
vince de Paris tinrent leur
Chapitre Provincial dans le
Grand Convent de la Ruë
6. Honoré, où le R. P. Loüis
de Jully,Définiteur General
de son Ordre, fut éleu Provincial
pour la seconde fois.
pres sa premiers élection,
Il fut obligé d'aller à Rome
au Chapitre General qui se
tint en 1678. Son grand mérite
s'y estant fait distinguer,
Il fut choisy pour la Charge
le Définiteur General de son
Ordre. On peut dire que
dans toutes ces élections son
illustrenaissance, & sa profonde
doctrine, n'ont pas
esté lesseuls motifs qui ont
-
fait jetter les yeux sur luy
mais ses vertus, ion humilité
sa pieté toute édifiante, & soi
zele ardent & infatigabl
pour le bien de ses Freres
Aussi a-til toujours esté élevé
à ces diférentes Charges avec
l'applaudissement &: la jov
parfaite de tous ses Reli
gieux.
La Lettre qui fuit, vous
plaira par sa matiere. Vou
aimez les Tableaux, & plu
encore, ce qui regarde la
gloire du Roy. Vous y trouverez
dequoy estre satisfaite
sur ces deux Articles. Sa date
vous fait connoistre qu'il y a
éja quelque temps que je
ay reçeuë.
A Rome ce 21.Juin 1683.
DAns la Relation que je
vous envoyay l'annéepase
des Rejoüissances que l'en fit
y pour la Naissance de Monigneur
le Duc de Bourgogne,
"UoUi marquayparticulièrement
lles de Ad"de la Chausse,Agent
feu Mrle Cardinal de Retz.
n trouve dans tout ce qu'il 4 itquelque chose departiculier,
& qui découvre la délicatesse d
son esprit, & c'est pourcela que
je veuxvousfaire part de ce qui
afait depuisquelquesjours. C'est
une ancienne coutume à Rome
d'exposer des Tableaux à certai
nes Festes, soit poury attirer un
plus grand concours de Peuple
soit poursatisfaire le rgouft de
Curieux, ou pour exciter la Jeu
nesseautravail, en luyfaisan
voir les Ouvrages des grand
Hommes. Ceuxquifont chargeo:.
dusoin de ces Festes, emprunten
pour cet effet un grand nombre d
Tableaux des meilleurs Peintre#
desorte quesi l'on doit,lasatisfa
Bion que l'on y trouve au soin
de quelque Particulier, on peut
dire que tout le Public y contribue.
Mr de la Chausse s'est'tJoulu
léupyarfgenuelr3cet embarras, enfaisant
ce queplusieursPersonnes
auraienteu de lapeine àfaire
ensemble. Ce fut le jour qu'on
celebreleMystere de la Trinité,
qu'ayantfaittapisser le Cloistre
des Peres Minimes de la Trinité
du A4ont} ily fit porterplus de
cent cinquante Tableaux deson
Cabinet, ornez, de riches Bordures,
peints par les plus excellens
Afaiflres. Vous en conviendrez
lors que njousfçaurez qu'il
y en avoit un du Titien, représentant
la Sainte Famille.
Vn d'Annibal Carache.
Vn êHAugHjlini Carache.
Vn du vieuxBassan.
Vn du Lanfranque.
Trois de l'Albane.
Vn d'AndréCamaséo.
Vn du Guarchin.
Quatre de Mole.
Vn du Masteletti.
Vn de Pietro de Cortone.
Vn d'Aléxandre Véronese.
Vn de Cornelio Satira.
Deux du Bourguignon.
Vne BatailleduJesuiste.
Vn du Brandi.
SrptdsCarloAfoeratte,entre
lesquels
~on p:ut dire o^ny ca
avoit trois c\'tïfont des L'!>(-
d'æu1Jrrs;
jç.i\oir3
un M,;n.::"'
e
de Sainte Catherine, que plusieurs
Sçavans auroient pris pour Uri.
desplus beaux Tableaux de Paul
Véronese, sila t"'Jivacité des couleurs
rieutffaitconnoistre qu'il ejf
peint depuis peu d'années. Le
second représente une Vierge qui CI> enseigne à lire au petit
},:su!'.
Le coloris,ladisposition, la force
du dessein, & la grace ,
se font
également distinguerdans ce T.!,-
bleau, & semblent si vouloir
dijpiter la préference. Le troi*
siéme fIlle Portrait de Mr de
laChausse surune Toille de cinq
palmes, st) large de quatre. On
ne peut assiz faire l'éloge de ce
Tableau; il suffit de dire que le
St CarloMaratta a voulufaire
voir que l'Artpeut en quelque
façon arriver à la verité du na-
< turel-
Six de Filippo Laori.
Un Païsagedefeu ClaudeLo
rain.
Deux du Bolognese.
Six Païsages de Gafparo
POMfFn.
UndeMichelange des Batailles.
Un du Bambocce.
Plusieurs Persp:cliucs3 &Païftçes
avec des Figures, de Michelange
des "Batailles,&de
Filippo Laori.
UneGuirlande de Fleurs, de
Mario de Fiori.
Quatre de feu Mr Bodeson-
Septgrands Tableaux, représentant
des Animaux vivans &
morts, peints par le Sr David de
Coeninch, Flamand. C'est un
des plus habilesHommes qu'ily
ait jamais eu en ce genre.
Plusieurs autres Tableaux de
Batailles, de Pttîfâgu) de Perfteflives,
de Fleurs & de Fruits,
que je nemarque pointicy, pour
n'estrepas ennuyeux.
"un Cabinet remply d'aussi
beaux Tableaux
, que celuy de
Mr de la Chausse, rJ1 une marque
assurée deson bon goHfî; mais
cen'esloit pas 1.CZ pourluy -ta.
njcirdonné cette satisfaction au
Public. Lafidelitépleinedezele
qu'il a pourson Roy, ne luy permettoit
pas d'en demeurer
-
la,
&c'est pourcesujetqu'ilfitpeindre
trois grands Tableaux chargez
de Devises,qu'ilplaçadans 1
les trois costez du Cloistre. |
Celuy du milieu, qui estoitle
plusgrand,efioit orne de huit
C<~~c~,~f de cette Inscription
au milieu.
R!:Gl OPT. MAX.
Sov^vi: îiivitl.), ¡:";I\,..::r ei'i;nnphcîiî i
LU1)OV!CO M AGNO
ORBIS iJACATOR1,
ET BENEFACTORI.
Audejlts essai"pein.-un Soleil,
avecces paroles, Omnia ab illo.
Tous les Biens dontn.nsjSùfflns)
du nombre desquels (It la
Paix
,
sont des Présens du Roy
Au d jJJtu de IltfènptlOn) efi
toitpeint le mesme Soleil
, avec
ces autres paroles. Qni fine
illo. Toute la Terre cjl 4s
persuadée qu'on ne peut rien catreprendre
de glorieux,sans le
[ecours de Sa Majesté.
Dans le troisiéme Cartouche,
tftoitrepréfentE cet Astre de Lumière
dans un Cielserain. Ces
mots estoi ent autour, Tranquillitas
temporum. C e/l aux
bOYJtez de Sa Majesté que toute
l'Europe doitson repos.
Dans le quatriéme, on remarqduoiit
le Soleil parcourant le Zo- , avec ces paroles, Indefessus
agit.Les plus grandes ftïvues ne sont pas capables dayv.
refier le Roy, lo*s qu'il s'agit de
sa gloire
, & du bien de ses
Sujets,
Onvoyoitdans lecinquième,un
Soleil avec un Globe terrestre au
dessous.Cesmots estoientau dersus,
Ex le cuncta videt. La vigilance
du Roy, qui ne luypermet
pas desereposersur jes Sujets du
poids desa Couronne, en est une
preuve convainquante.
La sixiéme
,
representoit ce
mesme AjlfeJ qui par ses influences
&sonfavorable aspect,faisoitcroistrequantité
de Fleurs @r
de Plantes sur la Terre On lisoit
ces Parolesautour,Non fibi,
fed nobis. Nous éprouvons a
PZ que le Roy travaille moins
pour luy, quepourle bonheur de
ses Peuples.
-
,
DanS la septiéme,estoit peint
unSalcil levant, dont lr-srayoilt
Jffipojcl't. d'iïbôÀà une grande
'(jUantité>de nüages. Ces motsestoient-
défias,Venir, vidit, vi-
.cit. Ld. Conejvefte de la Holla,,
de en deuxmots de temps,fait
assiz connoistre que la présence
du Roy peuttout, & que et*paroles
luy-convimiroten? mieux
quà cet ancienRotain^fîsa
mode(lie pouvwrles soufrir.
Onvovoii danslahuitième ce
tnefne Soleily perçantde- fès
rayons les nti-^s les plusépais,
qui fdnblo'rirvaloir SotJporer
àluy. On ilioi,,cesparoles, Nil
illi
illiimpervium. Sa Majestéa
des lumieres qui luyfont connoistre
toutes lesentreprisedeses
Ennemis, & non
seulement il
trouve moyen de les dtjjîper>mak
il en scaitprofiterparsaprudence,
(tJ parfoncourage.
LesecondTableauestoitcharge
de cinq Cartouches, un au
milieu, &les autres auxquatre
coins.
Dans celle du WJiliru, onvoyoit
un Soleil,&un Olivierau dessus,
à l'ombre duquel reposoient un
Aigle & un Lion. Cesparoles
estoient autour, Tutos ded
esse sub umbra. La Paix qui
le Roy a donnée à ses Ennemis>
ejdoitseule capable de les mettre
en t: seûreté.
': La seconde représentoit une
Lunedansun Qrelferain$arvec
ces mots ,
Tranquillum post
fulminatcmpus. Onefiajfe%
persuadé que les peines dela R yney
n'ont pas peu contribué à Ils
Paix dont nousjou'Jfons.
On remarquoit dans la troisième
un Aigle regardant fixementleSoleil.
Cesparoles estoient
AU dessus, Sustinet immotis
.ocuhs. Quel autre, que MonÇctgneur3
peut soûtenirl'éclat,
Ci la majestéd'unsigrandRoy
La quatrièmeestoitfaite pour
AdadAme la Dauphine, st) représentoit
un Arbre chargé de
Fleurs, avec ces mots, Novos
in tempora fructus. Cette Devisemarque
les voeux de tous les
François, qui attendent avecmè
loüable impatience les nouveaux
Fruits queJa grossesse leur saiç
tftérer.
La derniere faisoit voir un
petitAiglon, qui à l'imitation de tAigle, commençoit à s'accoûtumer
àlasplendeurdu Soleil.On
lisoit ces parolesautour,Juvenis
sequiturvestigiaPatris. Nous
nedevonspasattendre autre chofi
deMonseigneurle DueAs Bout. lune.
Le troisiémeTableau conte*
noit quatre Devises. Dans It
milieu du Tableau estoitune
grande Cartouche, où l'onvoyoit
unTrophéede Couronnes,deChapeaux
de Cardinal, de Mitres,
de Croix du S. Esprit,deCanons,
de *Bajlons de Maréchaux de
France,&d'Ancres,quisont
les Dignité^ qu'a possedées, dr
Isit possedeencore aujourd'hui
l'j/luftre Maisond'Estrées. Les
Armesde cette grande Famille
ejloient audejjtis* avec ces parties,
Çkro cum sanguine
virtus. ct" nejl pas feulementlà
naissance qui amis tant de digftL
tez & d'honneurs dans iet#
Maison; la vertu dont tous M
grands Hommes qui ensontforiïs,
ontf.tity&fontencôreaUjouÂ
d'huy profession, fait connoistre,
qu' en France particulierementfout-
unRegne auJ/i
éclairé que celuy de Loüis Llf"
GRAND, les honneurs& les dï±
gvnitezesontrla rétcomupense.de U;'
La premiere Devifereprefenl
toitun Soleil,& un Chapeau
de Cardinal au JtjJsu, Ces pal
rslcs ejloient autour, Tegit il
,
lu stratus. Cesparoles se font
fjpZ entendre d'elles-mesmes. Si
A41 le Cardinal d'Estrées a tfi;
honorédu Cardinalat,cette Eminence
rend du moins autant de
Infère au Chapeau,qu'elle en
reçoit,
Lasecondefaisoitvoir un Cie1'4
étoile, avec ces mots au dessus,
Sapiens dominabitur illis. La
prudencede M1leDucd'EJlréesy
Ambajjadeur de Sa Majesté en
cette Cour, a bienfaitvoirpendant
le Pontificat passé, que le
Sageferatoujours au dcjJUI des
Aftm.
La troisiéme&laquatriéme,
estoient pour Mr le Maréchal
d'Estrées. Dans lapremiere estoit
un Vaisseau de France, dont
toutes les Voiles enflées par le
vent ,
luy faisoientcingler la
Mer avec rapidité.Ces mots
estoient autour, Nusquam meta
mihi.CeGénéral afait ajfe%
connoistre parsavaleur,que les
Vaisseauxde Sa Majestépassent
facilementd'uneMeràl'autre,&
ne trouventpasmesme de bornes
dans le Nouveau-Monde.
La secondereprésentoit un
Foudre quitomboit danslaMer,
avec cesparoles, Terret utrumque.
LesMers des deux Mondesàfit
éprouvé le courage,dl
t!'Jm. tr,é.pJdtédeCeMaréc/'hhal1.
C'est le Neptune de la France,
& pour tout dire, le digne Frere
de Mr le Cardinal,&de Ai*
le Duc d'Estrées.
Tout ce qu'ily a de Curieux
à Rome, se trouverent à cette
fejle.M LeCardinald'Estrées,
crAl ljfmbtjJadeurJ*honorèrent
deleurprésence, commeplusieurs
autres Cardinaux, Princes,
Prélats,& Cavaliers. La disposition
des Tableaux , &lebon
gouss, n'yfurentpas moins AJmirek
que la quantité; & l'on
avoitpeine acroire, qu'uneseule
Persornne enfl pû fournir "fff':(.
de Table-tsix, pouren rempliram
si grand Cloistre,sans en empPrruunntetrerà,
ad'attira. Je suis
Quoy que les- anciens
Noelssoient communs, parce
que l'Eglise nous les taie,
entendre tous les ans pendant
le temps de l'Avent,
Mr Gigault, Organiste de
S. Nicolas des Champs, a.
trouvé moyen de leur donner
un tour particulier qui
les renouvelle,& qui les
rend tres- agreables à estre
touchez, non feukmcm sur
Forgue,ôdeGlaveilin, maisausti
sur les Violes, Violons,
te Flustes. La Planche que
je vous envoye, vous en fera
voir un pour modelle. Il est
nouveau, & n'apointencore
paru. Ce Noël estant le premier
de ceux sur lequel tant
deMaistres deMusique ont
travaillé,vous le voyezneantmoins
avec un accompagnement
nouveau&particulier,
ce qui peut donnerenvie aux
Sçavans en Musique de le
toucher. Comme il peut se
faire entendre à deux & trois
^dla/Vtmu
¿%d.
a2.
J)curty £j.
Parties sur l'Orgue, le Clavediti,
laHarpe,la Viole, la
Flûte, & turlc Violon, l'Aut'h
theeuurr de ce Noeël y aa. trrraa.-.
vaillé) afin que chacun piJll
se satisfaire selon son goust.
Il vend un Livre,oùtousles
autres Noëls font,& dans
lequel on les trouvera diverfifiez
de plusieurs manieres.
Il en fait un autre d'Orgue,
qu'il mettra dans peuau
jour.
Mr de Seve, Sr de Gomerville,
qui a esté Capitaine au
Régiment des Gardes,aépoufé
depuis peu Mademoitelle
de Bernage,de la Familles
des de Bernage, Seigneurs
de Maurepas, originaire de
Flandre. Feu Messire Louise
de Bernage ,Aumônierdu
Roy ,':& ensuite Evesque de
©-/ace, estoit de cette Fa-f
mule. Mrde Betnage reçeu
en 1643, Concilier auGrand
Go1Ïkil,cnc:tau ssi.Elleest
alliée aux Chevalier, le Pi-
Gare> le Maçon-de-Bucy en
Bourgogne, duVoyer-d'Argenson,
le Gras, Hémanddu
Perron, le Tonnelier de Breïeiiil,
& porte J?acede gueules,
<âr d'or, desixPieces. 'r :
Mrde SevedeGomerville
a deux Freres. Son aîné est
Guillaume de Seve,St de
Chastillon-le-Roy,Premier
Président au Parlement de
Metz, &auparavantMaistre
desRe uestes,Intendantde
Justice en Guyenne& Languedoc,
quia épouÍcAnne
le Clerc deLesseville, Soeur
deNicolas leClerc deLesse-
»iille, Président en laCinquiéme
des Enquestes, &
Fille de feu Nicolas le Clerc
de Lesseville
,
Maistre des
Comptes,& deMarie deSuramond,
à présentsaVeuve.
L'autre Frere cil:i Guy ":de!
Seve de Rochechoüart,Evesque.
d'Arras, Président ne
dès-Etats d'Artois, Abbéde
S. Michel en Tiérache. Leur
Soeur estoitClaudeFrançoise
de Seve,Femme de Henry
, .Testude Balincourt, Con-|
:seiller auGrand Conseil.Ils
ibntFils de feu Aléxandre de
.,Çcve, Seigneur deChan- ]
rignonville, Conseillerau
-Grand Conseil,puisMaistre
desRequestes , Prevost des
Marchands de laVillede Pa-g
-ris pendant huit années;en
,fuite Conseillerd'Etats.&*iï
- *
ConseilRoyaldesFinances,
qui a rendu des services sidérables con- à l'Etat. Madame
de Seve leur Mcre, estoit
Magdeleine de Rochechoüart,
Dame de ChaitiL
lon- e-Roy ,de l'illustreMaisonde
l\.ocbe.hoü ~rt. Leur
Ayeul, Guillaume de Seve,
StdeS. Julien, avoit épousé
Catherine Catin, Fille de
Jean Catin, Stde Plorard, &
& de Catherine de Rochefort,
descenduë desChartier
d'Alainville,& des Fondateurs
de la Maison & Col-
IcgedeBoluyà Paris,alliée
aux de Mégrigny-Vandeuvre,
Moléde Champlatreux,
de Montholon , Baillet de
Vaugregnan, deLongueil-
Maisons, de Belleforiere-
Soyecourt,Chassebras du
Breau, le Doux de Melleville,
de Sainctes,de Bra-.
gelongne, &c. Pierre de
Seve, Sr de Montely,leur
Bisayeul, avoit pris pour
Femme Marguerite Camus,
de la Famille desCamus, Seigneurs
de pontcarré, du Perron/
teBagno!s,ôe deS. Boâ--
net,dont il ya eu des Intendans
des Finances,Cônfeillers
d'Etat,Maistresdes Requestes,
Conseillers au Par,..
lement, & autres Compagnies
Supérieures,& dont
citoic Jean-Pierre Camus,
Evesque du Bellay, qui a
donné au Publicun si grand
nombre d'Ouvrages.
La Famille des de Seve est
originaire d'Italie, & porte
Facé d'or v de sa,1A's de dix
Pieces^ àlaBordure componée
de l'unenl'autre. Elle a diférentesBranches,
dont l'une
qui est établie à Lyon, ya donné plusieurs Lieutenans
Genéraux, & Préfidcii* au
Parlement de Dombes. Celles
des de Seve, Seigneurs
d'Aubeville
,
Fromentes, la
Forest, & Stainville, ont donné
plusieurs Maistres desRequestes,
Conseillers au Parlement
de Paris, & un Pré--
mier Président de la Cour
des Aydes.
Feu Jean de Seve, St do
Plotard, Président en la Cour
des Aydes
,
Frere aîné de
Guillaume de Seve, Conseiller
au Conseil Royal,
avoit épouséRenée de Guénegaud,
dontest venuë une
Fille unique Claude de Seve; |
Femme d'Antoine Girard,
St de Villetaneuse, Procureur
General au Grand Conkil.
Claude de Seve, Soeur
du mesme Guillaume de
Seve Conseiller au Conseil
Royal, avoit estémariée à
Loüis Tronson, Secretaire
du Cabinet du Roy. De ce
Mariage sont sortis Charles
Tronson,morten1682.Conseiller
de la GrandChambre;
Guillaume Tronfon, Secretaire
du Cabinet du Roy;
Loüis Trondon
,
Prieur de
Chandier, Supérieur du Séminaire
de Saint Sulpice;
Antoine Tronson
,
Abbé;
Jean Tronson,Capitaine au
Régiment de Picardie, Jean-
Pierre Tronson, St de Chenevieres;&
Alexandre Tronion)
srde Mauleon.
Jamais la Comédie Italienne
n'aesté ny si applaudie,
ny si suivie en France, qu'elle
Tell presentement.Aussi les.
Comédiens Italiens ne sontils
jamais si bien entrez dans
nos manieres,qu'ils y entrent
depuis quelque temps.
Ilsjoignent l'utile à l'agréable,
& il y a beaucoup à prohte,
dans toutes leurs Pieces,
sur tout dans la derniere,ou*
l'on connoist par le grand
nombre de Procédures d'ArlequinAvocat
, combien il est
dangereux de plaider, &
qu'il ny a point de Procés
qui ne puisse ruinerun Homme
,quand mesme il ne s'agiroit
entre les Parties que
d'une chose de peu d'importance.
Si Arlequinestinimitable
dans les divers rôlesqu'on
luy voit joüer dans
cette Piece,ses deux Filles
ne le font pas moins. Les
diférenspersonnages qu'elles
oûtiennent font si bienremplis,
qu'elles se sont attiré
l'applaudissement de tout
Paris, qui ne se peut lasser de
les admirer. Jamais on n'a
veu tant d'intelligence pour
la Comédie, avec une si
j grandejeunesse. Il n'y a point
de caractere dans lequel elles
n'entrent, & elles s'en a-cquitent
de si bonne grace,
que lors qu'elles paroissent.
dans quelque Scene , elles
semblent estre uniquement
nées pour le Personnage1
qu'elles représentent. um-, i
Les Nouveaux Dialogues des
Morts n'ont pas moins plû<)
aux Etrangers,qu'aux François.
Un fort habile Romain
en atraduit la Premiere Partie
en sa Langue,avecune fidélice
si exacte, qu'il s'est attaché
à suivre l'Autheur jusque
dansle tour des Vers.
On me mande que cette PremierePartie:
est imprimée,
ôc que le Traducteur ayant
donné ordre qu'on luy envoyastla
Seconde, si-tots
qu'elle paroistroit, il a coirw
mencé déja à y travailler
Comme vous aimez extrémement
cette Langue, je
vous ; envoyeray les deux
•
Parties dans le mesme temps
que je leS"atlray reçeuës. La
Premierea esté aussi traduite
enAnglois, à ce qu'on m'a
assuré. Apparemment la Seconde
suivra au plutôt;mais
la LangueAngloise vous est
inconnuë, & je chercherais
inutilement à lier commerce
en ce Païs-là, pour vous les
faire venir.
; Le SieurAmaulry, Libraire
de Lyon, a imprimé depuis
peu un Livre tres-curieux,
intirulé, Réflexions
Nouvelles pArl'Acide,&sur
l'Alk^k* Quoy que cettema-j1
uerc]
tiere foit toute dePhysique
&mesme de Chimie, Mr
Bertrand., AggregéauCollege
des Medecins de Marseille,
l'a traitée avec tant
d'ordre lkde netteté, qu'on
la peut entendre facilement,
pourveu qu'on ait quelque
teinture dePhilosophie. L'Acide
& l'Alkali, font deux especes
diférentes de Sels,
dont Fanioneir trèsremarquable
dans une infinitéd'effets
de la Nature ; mais les
Chimistes qui font fort (IL.
ts, à s'enrester, ont pousse
plus loin qu'il ne falloit la
vertu de ces deux lortes de
Sels, & ont prétendu en
faire les premiers principes
de toutes choses. Mr Bertrand
réfute tres-solidement
cette erreur, & en mesme
temps renferme-l'Acide &
l'Alkalidans leurs véritables
bornes, en faisant voir que
quoy qu'ils ne soient pas
premiers principes, ils font
neantmoins les causes cachées
d'un trés-grand nombre
de Phénomenes. Il découvre
par leur moyen ,
la
source des maladies les plus
confidirables, &entr'autres
GALANT. 319
Ics maladies----c-o-nt-,ag-i-eu5se5s-7,
~c explique sur ce principe,
[ack remèdes y doivent
stre propres. Tout cet Ourage
est remply d'Expéences
tres-curieuses
, & de
~Lisonnemens les plus justes
lie puisse fournir la nou. :11e Phisique qui est si: catte.Ilièvend à Paris,
~lez leSieur Blageart Liaire
, Court-Neuve du
~LIais.
La premiere des deux
~ugmesdumois passé, estoit
FumEr. Ceux qui l'ont ex- 1Vcc dans [on vray sens
font, M" Charles, Valet~AE
Cham bre de Mademoiselle
d'Orléans-, Le Fébvre, de
Péronne
; De la Roque des
Bornes, Secretaire de Mr ~M
Marquis de S. Luc. Cette
mesme Enigme a aussi ~efd
expliquée en Vers, par ~Ml
L. Bouchet, ancien Curé ~dJ
Nogent-le-Roy; Dela~Trdl
che, de Rouen Avice,~cl
Caën; CHutuge, d'Orléans
demeurant à Metz; Raulrf
de Roüen; Le Roux D. Medecin,
de VicreenBretagne:
Gyges, du Havre; & Her
mophiled'Antifer, du me
me lieu; & par Mademoiselle
de Montbrou, de la Ruë
S. Loüis; La PrincesseEmile; 1:; La Joly Bouquinette, du
Havre;La Belle Nourriture,
l'dudic lieu; L'Exilée de la
Ville Françoise, aussi de la
mesme Ville-,L'Aimable
Queston, de l'isle Nostre-
Dame; & Quantine de Joigny
, ou l'Amante de Palere.
Le Chien couchant estoit le
Mot de la seconde Enigme.
Elle a esté expliquée par la
belle Hongroise, & par l'aimable
MoulinedeChamlay.
Ceux qui ont envoyé l'Ex.,
plication de l'une, & de
l'autre, fane, Mf. Diéreville;
L'Epinay Buret, de Vitré en
Bretagne; Carriere & Gary,
du mesme lieu, (tous ces quatre
enVers;) & l'Arbitre sans
fin, d'Amiens. Mesdemoiselles
de Villers Fransures;
DelaFosse; De Flers; Doncurel;
Lagrené & Pezé, toutes
d'Amiens; Les aimables
Soeurs, de la Rue de Beauregard;
La charmante Brune
de la Ruë de Mer, à l'Ana-
, grame, Je range toutfous ma
Loy; & Mimie D. D. ont aussi
rouvé le vray sens de ces
eux Enigmes.
Jevous envoye deux Enigmes
nouvelles. L'une est de
Mr de Beaurepaire) Gentilhomme
d'Argentan; & l'autre,
de Mr Diéreville
,
du
Pontlevesque. A -:.
ENIGME- DEux Femmes,par un droitou
juste, ou tyrannique,
Domptentlesplussiers Potentats,
Et commandentmesmeaux Etats
Ou regne encor la Loy Salique.
Elles ont un pouvoir égal*
Toutefois par un coup fatal,
La seconde éteint la premiere,
}, Et luy dérobe la lumière.
L'one en naissantporte le Sceptre
en main7
Etdun Empire Souverain
Défendles droits delàJustice,
Réduit à leur devoir les timides
Mortels,
Recompense les bons,poursuitles Criminels,
Et Ils ~L./(damne elle mesme au suplice.
L'autre,quoy qued>> tres-baslieuy
Tirannise la Terre nou4 commande
en Dieu.
Sans châtiment,sans récompense,
Elle établitsabizarrepuissance,
Etbien quau crime elle doive lejour,
On feroit criminel de luy nténquer
d'amour.
Enjinpourfinir, la première
Naistd'un Pere éclairé, noble,sage,
&puissant;
Maislaseconde pour un Pere,
En pourroit compterplus de cent.
AUTRE ENIGME. J Esuis un Corpsformé de diverses
parties,
Toûjours assez bien assorties,
A les prendre ar lalongueur,
Car elles sont '/ù/tVC¡¡t de bizarre
couleur.
Elles ne tiennent qu'à ma teste
Etsont libres par le bas bout;
Ce qui fait que chacune efl presse,
Sans la quiter, d'allerpartout.
La matiere qui me compose,
Entre dans les Habits des Princes
&des Roys.
*>uoy que l'or &l'argentme parent
quelquefois
Celane va pas à grand'chose
Plaignez,l'étatouje mevois;
A maplace, Lecteur, vous mourriez
de triflcjji,
Je ne puism'acquiterde mes plut
beauxEmploisy >r(
Queje nesoistoûjours en prefe.
Le Gouverneur de Vienne
ayant donné des marques de
l'extrémité où il estoit,l'Armée
Chrestiennedescendit
des MontagnesdeKahsenberg
pour le secourir, le Dir-
unchs 12. Septembre. Les
Turcs voulurent s'opposer à
cetted1est""cente & sfiurent
chatTez¿':.. leur poste, & sur
le soir ils abandonnerent leur
Camp principal. Le Roy de
Pologne entra dans la Place
le lendemain, & l'Empereur
le jour suivant. Chacune de
ces choses ayant beaucoup
de Particularitez, & qui demandent
une grande étenduë,
& ma Lettre estant déjà
trop remplie, je me trouve
obligé d'en faire une seconde
pour servir de suite à cellecy.
Je la commenceray par
le Détail du Siege de Vienne,
&je tâcheray à vous donner
des lumieres qui vous aideront
à développer la fausseté
de la plûpart des Relations
qui ont couru. Je suis,&c.
A Paris ceJO. Ottobre 113i.
AVIS ET CATAL0GFE
des Livres qui se vendent chtz,
le sieur Blageart. REcherches curieuses d'Antiquité,
contenues en plusieurs Dissertations,
sur des Médailles Bas-reliefs,
Statuës, Mosaïques,&Inscriptions
antiques, enrichies d'un grand nombre
de Figures en taille-douce. In 4. 71.
Sentimens sur les Lettres & sur l'His-
Itoirn-e."daveoc dues Szcruepu.le3s sur0le Stile. s.
Lettres diverses de M. le Chevalier
ëtJer. Indouze. 30 f.
Nouveaux Dialogues des Morts.
Premiere Partie. In douze.30f.
Seconde partie des Dialogues des
Morts. ln douze. 30 f.
La Duchesse d'Eftramene. Deux
Volumes indouze. 40 s.
LeNapolitain.Nouv.Indouze.20 f.
L'Académie Galance./wftwsr. JofReflexions
nouvelles sur l'Acide&
sur l'Alcali. Indouze30f La Devineresse, Comedie. 151.
L'Axtaxerce, avec sa Critique. 15 f.
La Comete, Comedie. 10 f.
ConversionsdeM.Gilly&Courdil.20f.
Cent dix Volumesdu Mercure, avec
les Relations & les Extraordinaires. Il
y a huit Relations qui contiennent
-
Ce qui s'est passé à la Ceremonie du
Mariage de Mademoiselle avecle Roy
d'Espagne.
Le Mariage de Monsieur le Prince
deConty avec Mademoiselle de Blois.
Le Mariage de MonseigneurleDauphin
avec la Princesse Anne-Chreftienne-
Victoire de Baviere.
Le Voyage du Roy en Flandre en
1680.
LaNégotiation du Mariage de M.le
Duc de Savoye avec l'Infante de Portugal.
Deux Relations des Réjoüissances
qui se font faites pour la Naissance de
Monseigneur le Duc de Bourgogne.
Une Description entiere du Siegede
Vienne, depuis le commencement jusqu'à
la levée du Siegeen 1683.
Il y a vingt-trois Extraordinaires,qui
outre les Questions galantes, & d'érudition,
& les Ouvrages de Vers, contiennent
plusieurs Discours, Traitez,
& Origines, sçavoir.
Des Indicesqu'on peut tirer sur la
maniere dont chacun forme son Ecriture.
Des Devises, Emblèmes, & Revers
de Médailles. De la Peinture, &
de la Sculpture. Du Parchemin, & du
Papier. Du Verre. DesVerirezquisont
contenuës dansles Fables, & de l'excellence
de la Peinture. De la Contestation.
Des Armes,Armoiries,& deleur
progrés. De l'Imprimerie. Des Rangs
& Cérémonies. Des Talismans. Dela
Poudre à Canon. De la Pierre Philosophale.
Des Feux dont les Anciens se
servoientdans leurs Guerres,& de leur
composition. De la fimpathie, & de
l'anthipatie des Corps. De la Dance,
de ceux qui l'ontinventée, SedeTes
rentes especes. De ce qui contribuë
lus des cinq sens de Nature à lanaaction
de l'Homme. De l'usagede
Glace. De la nature des Esprits fo-
,
s'ils font de tous Païs, & ce qu'ils
fait. De l'Harmonie, de ceux qui
it inventée, & de ses effets. Dufréent
usage de la Saignée. De la Nosse.
Du bien & dn mal que la fréente
Saignée peut faire. Des effets
l'Eau minérale. De la Superstition.
les Erreurs populaires.De la Chasse.
s Metéores, & de la Comete appaen
1680. Des Armes de quelques
milles de Fiance. Du Secret d'une
riture d'une nouvelleinventiontresopre
à estre rendue universelle, avec
uy d'une Languequi en résulte, l'un
l'autre d'un usage facile pour lacomunication
des Nations. De l'air du
onde, de la veritable Politesse, 6c en
loy il consiste. De la Medecine. Des
ogrés & de l'état présent de la Mecine.
Des Peintres anciens,& deleurs
anieres. De l'Eloquence ancienne &C.
tnoderne. DuVin.De l'HonneA:coté,U
de la veritable Sagesse. De la Pourpre
&del'Ecarlate, de leur diférence,&
de leur usage. Dela marque la plus essentielle
de la veritable amitié. L'AbrégéduDictionnaireUniversel.
Du
mépris de la Mort. De l'origine des
Couronnes, ôc de leurs especes. Des
Machines anciennes &modernes pour
élever les Eaux. Des Lunetes. Du Secret.
De la Conversation. De la Vie
heureuse. Des Cloches,& de leur anti- quité. On fera une bonne composition à
ceux qui prendront les cent dix Volumes,
ou la plus grande partie. Quant
aux nouveaux qui se débitent chaque
mois, le prix fera todjours de trente
scols ehn veaeu, &mde vingti-cinnq en.pa.r- Outre les Livres contenus aussi dans
ce Catalogue, on vend aussi chez le
Sieur Blageart toutes fortes de Livres
nouveaux,& autres. On nemarqueicy
que ceux qu'il a imprimez, à la reserve j
echerches d'antiquité, dont en
îchez tres-peu d'autres Libraires.
sucera à ce Catalogue les Livres
>a*x qu'il donnera de temps en
au Public.
ne prend aucunargent pour les
oires qu'onemployé dans le Mermettra
tous ceux qui ne desobliet
personne,& ne Meileronc point
destie des Dames.
faut affranchir les Lettres qu'on-
[ira. chez le St Blageart,Imprir-
Libraire,RuëS. Jacques,àrenr
del'aRuëduPlastre
fera toûjours les Paquets gratis
les Particuliers & pour les Lires
de Provinces. Ils n'auront le
L que d'en acquiter le port fut les
axe
Ceux qui envoyent des Mémoires,
vent écrire les noms propresencaracteres
bien formez-
On ne met point les Pieces trop difîles
à lire.
On met tous les bons Ouvrages à
leur tour, & les Autheurs ne sedoivent
point impatienter.
Il est inutile d'envoyer des Enigmes
sur des Mots qui ont déja servy desujet
à d'autres.
On prie ceux qui auront plusieurs
Memoires,ouplusieurs Ouvrages àenvoyer
en mesme temps, de les écrire
sur des papiers separez.
On avertit que les Mercures qui s'impriment
en Hollande, & en quelques
Villes d'Allemagne, sont fort peucor-
J'eas) & tronquez en beaucoup d'endroits.
ATALOGVEDESPIECES
contenues dans le XXIII. Extraordinaire
du MercureGalant,
QUARTIERde Iuillet, donné au Publicle
15.Octobre1683,
UN DiscourssurleStileEpistolaire.
Une Réponse à la Question,
çavoir, Si la beauté du visage est plus
ropre à plaire, que la beaué delataille.
Une Réponse a la Question
,
sçaoir,
Pourquoy un Bien, dont lacon-
Imefie nous a confié des fatigues, quoy
qu'ilsoit depeu de conséquence, noUl est
,lHl cher qu'un autre infiniment plus
prètieux, que nous avons acquis sans
peine
Une Réponse à la Question, sçavoit
Si les Astres ont h pouvoir sur
r, inclinations des Hommes.
UneRéponse à la Q^ftion, (çajroii,
Si un Amant passi
~oné
<iè, qui anm$
reçeu un outraged'une Personne trelli
consideréedesa maîtresse,devroit ^conterson
rc.!flnt;rr.ent, & obeïr plûtost à
Chonneuryttà£amour.
Une Réponse à la Que stion, sçavoir,
Lequelde ces MlJts prononcez
par la Personneaimée, J vous aime,
ou Esperez, doit estre le plus agreable à
un Amant.
Une Relation du dernierVoyagedu
Roy, avec une Descriptiondetous les
Lieux oùil a passé.
La Veue du Palais Royal de Tolede.
Une Epistre enVers à M. de Cominge.
Deux Discours sur la Médisance,&
les maux qu'elle peutcauser.
Maniere d'exprimer les Variations
«Its Mots du Second Dictionaire.
Une Réponse à la Question, S'il eftfini
nobled'aimer que d'estre aimé.
UnDiscours de l'origine des Harangues
Funébres, appellées présentement
Oraisons, leurs progrés, & les.
cérémonies qui y ont esté jprçmieJTôî -
- jnentebieivées.
Une Réponse à la Qjctëioti", Z~
elle est'-a, préferer de la beautédu teint,
de ailedestraits..
Madrigaux sur les quatre dernieres
gracs.
suite du Traité des Couronnes.
QUESTIONS A DECIDER.
I.
Il est permis àun Hommequi aime
avec passion, de souhaiter que la
sonne qu'il aime, ne luy survive
d'un moment.
II.
~aquelle est à préferer, de la beauté
a bouche,ou de celle des yeux;de
beauté des cheveux, ou de celle du
~it. III.
On demande à estreéclaircy du
, ou du mauvais usage de la Lo*
ce.. IV. -
Dequelle maniere les Images de§>
Objets sênsîbles,fontrcçeucsdansIe£
facultez corporelles.
IV.
S'ilest plus seûr,& plus avanta
geux, quand on eÍl: malade, de se servir
de la méthode de Galien, oppofanr
contraria contrariis, que de celle d
Paracelse, opposant JîmiliaJîmllibtts^
pour le recouvrement de sa fanté.
AvispourplacerlesFigures.
1
LE Mausolée marqué A. doit re1
garderla page <çz.
DEDIE' A MONSEIGNEUR
A PARIS,
AVPALAIS.
ON donnera toûjours un Volume
nouveau du Mercure Galant le
lperemier jour de chaque Mois, & on
vendra, aussi-bien que l'Extraordinaire
, Trente sols relié en Veau,
& Vingt-cinq sols en Parchemin.
A PARIS,
Chez G. DE LUYNE,au Palais, dansla
Salle des Merciers, àlaJustice.
Chez C.BLAGEART, Rue S. Jacques,
à l'entrée de la Ruë du Plâtre,
Et en la Boutique Court-Neuve du Palais,
AU DAUPHIN,
Et T. GIRARD, au Palais, dans la Grande
Salle, à l'Envie.
M. DC. LXXXIII.
JflrEC PRIVILEGE OV Ror.
AU LECTEUR. ! cE n'estqu'après beaucoup
de soins & de recherches
qu'on a fait une troisième Ke,
lation d'Alger, qu'on trouvera
dans ce Volume. Elle finit par
lesdernieres Nouvelles de ce
qui s'estpassédevantcettePlace,
éc l'on peut s'assurerqu'ayant ces
trois Relations, on aura la Campagne
entiere; ce qu'onne sçauroit
trouver complet que dans
-
le Mercure. On n'a mis que les
grands évenemensdans les Nouvellespubliques,
& l'on n'a pas crû que le reste méritast d'estre
sçeu. Cependant il est constant.
AU LECTEUR.
qu'encor qu'on ne remporte pas
toûjours de grandes Victoires,
plusieurs avantages moins considérables
remportez separément,
valent quelquefois bien
ensemble une Victoire parfaite.
C'est ce qui serencontre dans
l'Affaire d'Alger, dont aucune
circonstance nedoitestre ignorée.
On trouvera dans ce Volume
toutes celles qui restoient
à sçavoir. La Relation de Vienne
n'a pû y trouver place. On
croyoit ne lafaire que de ce qui
s'estpassé à la Retraite desTurcs;
mais comme on a eu le bonheur
de trouver des Mémoiresassez
fïdelles pour donner lieu de faire
un Journal de toutle Siege, on a
esté absolument obligé d'en faire
une Relation séparée, qui ser
4
AV LECTEUR.
vviirraaddeel'lcecçooilnddVVooluumm,e:au MMz~rf--
cure.Elle,esttirée detant de
Relations diférentes,qu'on peut
assurer qu'elle n'a jamais esté.
veuëen uncorps, &peut-estre
y trouvera-t-on des particu larLtez
quiont jusques icy esté inconnuës.
Les contrarietez qui se
rencontrent sur ce sujet, & qui
causenttous les joursdesdisputes
dans les Conversations, rendent
la modère Sftenfè
;
c'est pour
quoy on tâchera de n'y rien dire
que devray, du du moins de
vraysemblable; & sur tout il
n'yaura rien dans cette Relation
qui se contrarie.
TABLE DES MATIERES
contenuës dans ce Volume.
PRélude, ! Arrcfl du C,onreilaetat, en ~favem
des Sujets du Roy,
5
Devise, 10
Conversion de M. de Bordenave
, Ministre
de Castelnau,
Conversion deMademoiselle de Merlat,
Fille du 1I1i1Jiftrl1 de Xaintes, IJ
Abjuration du ~Judatfrw, faite par un
JuifPortugais, 15
Servicesfaitspour la Reyne, 16
FesteFunèbre représentéeauxJésuites de
Roüen, au lieu de Tragédie, 59
Descriptiond'une ~Tl.lfetres-cu^ieufe,
où l'on voitplus de huit cens Po".
traits, 65
Relation de Venise, 71
.Mar»Ile de ~V. le Comte de Rochefort,
d- deMademoiselle des Porcelets, 16)
JJiftoiret
-
III
TABLE.
Assemblée de l'Académienouvellement
établie à Nismes. li6
Autres Servicesfaits pour la Reyne, 139
Noms de tous les VaisseauxdesFlottes
de DiJnnemarck., & de Hollande, avec
les noms des Commandans, & le nombre
des Canons & des Hommes qui
fontsur ces Vaisseaux, 171
Mort du Roy de Portugal, 185
TfJut ce qui lest pare devant Alger, depuis
la seconde Relation qui en aesiê
donnéedans le Mercure, 188
Haranguesfaitespar M.leRecteeur,au
Roy,à Monfvgntur le Dauphin, &
à Madame la Dauphine.
251
Autres Servicesfaits pour la Reyne, 161
Mozrt dje mlaldamye la,C1omte8sse d2e Pr.i- Mortde Madame de la Maigrie 2S4»
Mortde dela othe-Fenelon, 284.
Mort de M. delaGalissonniere, 285
Mort de M. du Jardin
,
Beaufrere de
A .le Camus-fAextenantC;vil 2S5
Mort de l'Abb de RérJtfl" 286
Mortde M. de Bailleut, capitung.mx
<?~TAB-LE~. M. Bénard de Rezé est fait Conseiller
d'Etat ordinaire, 137
M. Fieubet, Chancelier de lafeuë Reyne,
monte à la mefrne Dignité, 288
M. Daguesseau, & M. de Ribere,sont
faitsConseillerd'EtatSemestres, 289
JV/. le Comte d'Avaux est aussifait Conseillerd'Etat,
~~ï
Intendancesdonnées par le Roy à Messieurs
de Breteuil, Chauvelin, & de
laFonds, 292
Mariage de Mademoisellede Vaillac. 19}
Sonnet, à M. de Louvoys, 194
Audience", congé donnée à M. de Foscarini,
Ambassadeurde Venise, 296
Le Pere Loüis de Jully est élu Provincial
des Capucins, 298
Te(te Romaine, i01
Mariage de M. de Seve & de MademoiselledeBernage,
32)
ComédieaArlequin Prothée & Avocat,
332
NouveauxDialogues des Morts traduitsen
Italien &en Anglois, 334
TABLE.
Refléxions nouvellessurl'acide, &sur
rAl!zq,Ii, 336
Noms de ceux qui ont expliqué la
premlereEnigme du mois passe,339
Noms de ceux qui ont expliqué la seconde,
341
Nolms'ade ceuux qtuironteexpl,iq3ué l4'une2&
Enigme, 343
Autre Enigme, 345
Nouvelles de Vienne, 546
Fin de la Table.
CALe-.~,NT
,IOCTOBRE16S3. Attendois, Madame, les
remercîmensque vous
me faites. Vous ne doutiez
point que ma Lettre du
dernier mois, ne vousapprift
l'Accident du Roy dans toutes
ses circonstances mais
quand vous vous estiez promis
ce détail, vous n'aviez
point crû que j'y dûsse ramasser
toutes ses paroles depuis
sachute,jusqu'au temps
qu'il fut pansé. Vous avez
raison de les trouver dignes
de ce grand Monarque. Elles
font connoiltre avec combien
d'intrépidité il regarde
le péril; & si l'on vouloit exagerer
les plus fermes sentimens,
il seroit bien difficile
de dire plus que ce qu'elles
font entendre. Ces sortes
d'Articles ne font point de
ceux qui font accuser l'Autheur
d'avoir donné des
louanges qui nestoient pas
deuës. Ils renferment des paroles
,
& le Hérosest loué
par là. Toutestdeluy,&il
n'y arien de celuy qui les raporte.
Quoy que le Roy ait
toûjours connu l'amour que
luy portent ses Sujets, jamais
cet amour n'avoit tant paru
- que dans cette occasion.
Outre ce que je vous ay déjà
marqué que l'on jetta dans
les Ruës de Fontainebleau,
afin que le Carrosse roulast
avec moins d'ébranlement,
quelques Habitans tirerent
les Matelats de leurs Lits:
& les étendirent dans les
passages. Enfuiteils monterent
au Chasteau, & beaucoup
qui n'avoient jamais
pris cette liberté, pouffez par
leur zele, & excitez par la
crainte,traverserent les Apartemens,
& allerent jusqu'à la
Porte du lieu où ce Prince
estoit, afin d'avoir de seûres
nouvelles de sa fanté. Il s'y
trouva en fort peu de temps
une foule de Personnes de
toutes conditions, & Sa Majesté
l'ayant appris, dit apres
qu'on l'eut pansée; Qu'on les
[aiffi entrer. Cela m'incommodera;
mais il faut leur donnercette
satisfaction. J'oubliay à vous
manderla derniere fois, que
Mrle Duc de laTrémoüille
fut un de ceux qui s'évanoüirent
en voyant soufrir le
Roy.
Si le zele des Sujets est
grand, on peut dire que la
bonté du Prince est encore
plus grande. Sa Majesté qui
connoist de quel avantage
est la Quaisse des Emprunts
pour quantité de Particuliers,
; a ordonnédepuis peu par un Arrest du Conseil d'Etat, Que
lefond de cette ghtaijje demeurera
limite à lasomme de vingt
millionsdelivres, & que cependant
on continuera les rembourjemens
à ceux qui les voudront recevoir.
Ce que cet effet des
bontez du Roy a de remarquable
,
c'est que dans l'état
où font présentement les Finances,
ce Prince n'a aucun
besoin des
-'
grandes sommes,
que la confiance de ses Su-
-
jets fait porter à cetteQuasse,
& qu'il ne cherche à la faire
subsister que pour la commodité
de ceux qui ayantdes deniers
à remplacer, font bien
aises d'en avoir lesintérests,
jusqu'à ce qu'ils ayent trouvé
l'occasion de les employer
aux Aquisitions qui leur peuvent
estre propres. Sa Majestéafait
encore davantage.
Pour faciliter les remboursemens
qu'on demandera, &
procurer d'autres avantages
à ceux, qui ne pourront plus
porter leur argentàla Quaisse
des Emprunts
,
jusqu' à ce
qu'elle soit réduite au fond
de vingt millions, où illuy
a plu de la fixer, Elle a ordonné
que ce qui reste à remplir
du dernier Million de livres
aliené au denier vingt
sur lesAydes & Gabelles, par
l'Edit du mois de Fevrier 1682.
fera vendu & constitué par
les Prevost des Marchands
& Echevins de Paris? au denier
dix-huit seulenlent; afin
que les sommes quiproviendront
de ces Constitutions,
fervent avec d'autres que Sa
Majesté ordonnera, à rembourser
ceux qui voudrot retirer
leur argent de laQuaisse
des Emprunts. Le mesme
Arrest porte une autre chose
fort avantageuse aux Propriétaires
des Rentes constituées
sur l'Hôtel de Ville. Les
Prevost des Marchands &
Echevins ,ont ordre de recevoir
incessamment les Mémoires
de ceux des Rentiers
des Constitutions suprimées,
ausquelsil est deub des débets
d'anciens arrerages de
Rentes. Le Roy veut non
feulement que ces arrerages
soientacquitez, mais aussi
que les remboursemens qui
restent à faire des Rentes
suprimées, soient faits aussitost
que les Rentiers les demanderont,
& qu'ils auront
fait lever les empesçhemens
qui pourront y estre survenus
par leur fait.
Voyez, Madame, si quand
ce grand Prince fait tant de
chosesdignes du haut rang
où Dieu l'a placé, Mr Magnin,
dont je vous ay déjà
parlé tant de fois, n'a pas eu
raison de dire, après avoir fait
une Devise qui a le Soleil
pour corps, & ces paroles
pour ame, Proximus à primo.
Qu'ilestbrillantdanssa carriere!
JVu'it'estgrandiileflglorieux.
Ainsi CAutheur de la lumiere
Traceson Image à nos yeux. *
Ce Dieu, dont la sagesse, &fublimt
&profonde, f
wwverne tout,fit tout de rien,
N'ajamaisfaitd'Ouvrage
au mode,
£lui le représentesi bien.
Les grands Articles qui
nt remply mes dernieres
ettres ,
m'ontempesché de
ous parler des Conversions,
ont le zele de Sa Majesté
our la Religion Catholique,
st toujours la cause. Je ne
ous en apprendray que de
emarquables.
Le 4. du dernier mois, Mr
e Bordenave, Ministre de
Castelnau en Bigorre, Dioese
de Tarbes,abjura l'Héésie
de Calvin, entre les
mains de Mrl'Evesque d'Ai
en Gascogne, en préfenc
de Mr l'Evesque deTarbe
& d'une tres nombreule A
semblée. ilavoiteu plusieur
Conférences par écrit avec c
Prélat, & il en avoir reçe
un éclaircissement si fort su
ses doutes, qu'estant con
vaincu entièrement de la ve
rité, il l'a fait connoistre
plusieurs Personnes de soi
party qu'il a ramenées à l'E
glise, avec cinq de ses En
sans. Mrl'Evesque d'Aire, ed
celuy qui s'est acquis tan
de gloire dans les meilleure
aires de Paris, tous le nom
Mr l'Abbéde Fromentie-
; Tout le monde l'admira,
ns la celebre Action, qu'il
à la Profession de MadalaDuchesse
de Vaujours.
a santéégaloit son zele, la
e de son éloquence, joina
sa profonde érudition,
droit à l'Eglisebeaucoup,
ames égarées; mais il peut
ulement écrire, sans pouoir
beaucoup parler.
Sur la fin, dumesme mois,
.-d-emoi[elle Merlat, Fille
Sr Merlat, autrefois Mistre
de Xaintes, &Femme
-
de M d'Aunis, Sr de Ti
seran, fit une pareille Abjuri
tion à Xaintes, entre h
mains de M du PleffislaBri
netiere qui en est Evefqii
Ce pieuxPrélat n'a pas p
contribué par ses Exhord
tions à luy faire ouvrir lj
yeux sur les erreurs où e
estoitnée. Les soins affidi
que Mrde Bonfonds son. P
rent, Conseiller de la mefi
Ville, a eus de luy éclajri
les Points de nostre Religi
luy avoient rendu lasiena
suspecte; mais le plusgran~
coupaefté donnéparMr~
chard, Curé de Médis, ou
elle faisoit sa résidence ordinaire.
Je ne vous parleray point
le plusieurs autres Abjura-
- tions qu'a reçeuës le Pere du
~Rue Théatin
,
qui continue à
prescher les Controverses
avec un tres-grand succés. Je
vous diray feulement que le
Lundy 21. Septembre, Feste
de S. Mathieu, un JuifPortugais
,
qui avoir esté baptisé
âgé de 34. ans, abjura le Judaisme
entre ses mains, apres
avoir conferé avec luy pendant
deux mois touchant sa
Conversion. Plusieurs Personnes
de qualitéassisterent
à cette Cerémonie, qui se
termina par un beau Ditcours,
que ce Pere prononça
sur la vérité du Mistere de
l'Incarnation.
Je viens aux Servicesqui
ont esté faits pour le repos de
lame de la Reyne. Mrs de
l'Abbaye de Sainte Geneviesve,
aux prieres desquels
on eut recours dans le peu
de temps que dura sa maladie.)
s'acquiterent de ce devoir
le Lundy second jour
d'Aoust avec beaucoup de
solemnité. Ils avaient élcy¿
une Représentation magnisique
sur le Tombeau du premier
denos Roys Chrestiens.
Le Pere Fleuriau, Abbé de
cette Maison, & General de
la Congrégation, celébra la
Mené. On donnacemesme -
jour des marques du mesme
zele dans l'Eglise Paroiaiale"
de Saint Estienne du Mont,
dont un Religieux de cette
Abbaye est toujours Curé.
Le Lundy 9. les Dames
Religieuses de S. Dominique,
dites Emmurées, dontle
Convent a esté fondé par
S. Louis, se distinguerent à
Roüen entre tous les autres
Monasteres. Toute l'Eglise
estoit tendue de trois rangs
de Drap noir
,
charge des
Armes de la Reyne, &au
milieu de la Nef, on avoitélevé
une espece de Mausolée,
sur une Estrade à six degrez,
couverte d'un grand Drap
mortuaire de bleu-mourant,
d'or, d'argent& de soye, &
environnée d'un grand nombre
de Flambeaux de cire
blanche. La Meflfe fut chantée
par la Musique de la Cathédrale,
& parune lugubre
Simphoniededivers ïnftrurnens,
le tout dela composition
de Mrle Sueur, l'un
des plus habiles Maistres de
France.
- Swofi: que la nouvelle de
la mort de la Reyne eut esté
portée à Arras, on fit sonner
toutes les grosses Cloches de
Nostre-Dame, qui en est la
Cathédrale, ausquelles répondirent
en mesme temps
toutes celles des Parois-
[es) & des Convents de la
Ville.Celugubre son fut
continué pendant quinze
jours, une heure le matin,
, une heure a midy,&une
heure le soir. Le Mardy 17.
ayant esté choisy pour leService,
on tendit toute l'Eglise,
quiasoixante-sixtoises de
longueur, & dix-neufde largeur,
d'une double Tenture
de deüil,avec deux Bandes
de Velours noir, chargées de
o-rands Ecussons portant de
France, & d'Espagne. Trois
cens douze Chandeliers,
chargez d'autant de gros
Cierges, estoient autour du
Jubé & detoutle Choeur,
outre soixante autres posez
sur la grande Perche qui le
traverse. Une haute&vaste
Chapelle ardente estoitélevée
au milieu du Choeur. Des
Bandes de Velours noir ornées
de riches Ecussons, en
environnoient le Ciel & les
Colomnes; & une Couronne
Royale de mesme largeur, &
d'une hauteur égale à ces Colomnes,
en faisoit le comble
& la couverture. Cette Couronne
estoit chargée dans
son tour, & dans ses rainseaux,
de quatre cens quarante
Cierges
,
sans y comprendre
ceux quiregnoient
à double rangs sur la grande
- Corniche, & qui estantallumez
-, en faisoient comme les
pierreries & les brillans. Une
-
Estrade élevée sur quatre de-,
grez, & toute tenduë de
deüil, estoit fous cette
ChaJ
pelle ardente; & sur cette
Estrade
,
la Représentation,
mortuaire, couverte duii;
grand Poele de Velours noir
traversé d'une large Croix d
Drap d'or, & orné de quatre
riches Ecussons. Une grand
Couronne de vermeil,voilé
d'ungrandCrespe
,
~estos
posée sur ce Tombeau,au
pied duquel on avoit mi
une Table couverte d'un Tapis
traînant de Velours noir,
sur laquelle estoit une haute
Croix, & six gros Chandeliers
de vermeil doré ,avec
un grand Benîtier. Sur les
quatre degrez de cette Estrade
,
estoient six vingts Chandeliers
de mesme matiere,
chargez d'autant de gros
Cierges, & vingt-quatre En-
~ans vétusdelongues Robes
le deüil,tenoient chacun un
lambeau de six livres,orné
le deux Ecussons adossez. La
Messefut celebrée pontificaement
parMl'Evesque, accompagne
à l'Autel de dix":
huit Officiers,tousrevêtus de
riches Ornemens noirs, &
chantée par laMusique. Les
Voix estoient accompagnées
d'Initmmens
,
& les tons
aussiplaintifs que mélodieux.
Mr Doré, Maistre de Musique
de la Cathédrale, l'avoit
composée
,
& il en reçeut
beaucoup de loüanges. Je
ne vous dis rien de la cerémonie
des Encensemens, des
Corps en deüil qui se trouverent
à ce Service, & de l'affluence
du Peuple quiremplit
jusques auxVoûtes. Cela-
-
esflt-:
est commun à tous les lieux,
où l'on fait des Pompes de
, cette nature.
A Nogent-le-Roy ,les
Boutiques furent fermées le
Jeudy 19. pendant tout le
jour. MrBouchet, qui en est
l'ancien Curé, y prononça
l'Oraison Funébre, & prit
pour son texte ces paroles du
Chapitre 4. des Cantiques.
Veni de libano, Sponsa mea, veni
de libano, veni, coronaberis.
Il fitvoir que Dieu invitoit
l'illustre Marie-Thérese, à
aller prendre une Couronne
dans le Ciel, comme elle en
avoit possedéune sur la Terre,
& que cette Couronne
qui luy estoit promise nectoit
pas une Couronne fragile
& sujete à se flestrir, comme
celles de Mirthe, de Palme
,
de Laurier,d'Apium,
ou d'Herbe qui se donnoient
aux Athletes, ou à ceux qui
remportoient le Prix aux
Jeux Olimpiques
,
mais une
:
Couronne d'Immortalité &
de Pierres prétieuses, 'P'!fuifti
in capite ejus coronam de lapide
pretioso, & cela, pour avoir
combatu genéreusement, &
fidellement remply les trois
devoirs de la pieté Chrétienne
envers Dieu, par sa devotion
& sa ferveur; envers
le prochain, par sa charité;
èc enverselle-mesme, par sa
justice.
Lemesme jour 19. les Minimes
de la Ville de Chauny,
firent un Service des plus [0-
lemnels. Leur Egliseestoit
tenduë de noir, & de violet,
& un Crespon noir à fleurons
d'or couvroit tout le Tabernacle.
Dans le milieu de l'Eglise,
il y avoit un Lit de parade
de Satin noir à Crespines
d'argent, soûtenu d'une Estrade,
& couronné de Fleursde-
Lys, &de Cierges. Ilrenfermoit
une Représentation
de Velours noir, sur laquelle
estoituneCouronnne Royale,
couverted'unCrespe. Au
fond de l'Eglise paroissoit un
un autre Poële de Velours,
qui faisoit une Perspective
lugubre d'une seconde Représentation.
Toute l'Eglise
estoit environnée d' Ecussons,
de Chifres de la Reyne,
& de sept Devises qui exprimoient
sa vie, sa mort, & sa
gloire dans le Ciel. Celle du
milieu, qui estoit une Lune
éclipsée,avoitcesparolespour
ame ,
Ecce Luna etiam non
splendet. Elles servirent de
texte au Pere d'Auvergne,
Religieux dumesme Ordre,
&Prédicateur de la Ville, qui
prononça l'Oraison Funébre.
Les six autres Devises estoient,
un Soleil & une Lune,
avec un Monde au milieu,
& ces paroles, Etsoror& conjux;
Une Lune éclairant le
Monde, ViftJltlitumuras; Un
Soleil répandant une pluye
d'or, & une Lune répandant
une pluye d'argent,Sparsit
fi} ipjà; Un Soleil sans Lune,
Sufficit orbi; Une Lune au
Ciel, Luceat ipsa;& en fin
uneLune entourée d'Etoiles,
Proesit & Afiw. Ce Pere
raportatout son Discoursà
ces Devises. Il dit Que le Sorleil
eslansle Hiérogliphe du Roy,
il pouvoit comparer la Reyne à
laLune; que comme la Lune est
la Compagn~r la Soeurdu So^
leil, dont elle porte le nom de
Phoebé,demesme la Reyne
avoit esle la Compagne & la
Soeur du Roy, felon l'expression
de l'Ecriture, qui appelle Frères
Soeurs les Enfans de Frere
& de Soeur; que les avantages
de la Lune consistant en sa beau
téyensa lumiere & en ses influences,
les mérites de la Reyne
avaient consisté dans la beauté de
son Corps, dans l'éclatdesesVerttés
, & dans la profusion de ses
Graces; que parsa beauté, elle
avoit touché le coeur du Roy ; que
par les vertus, elle avoit instruit
la Cour; que parses libéralitez,
elle avoit soulagé son Peuple;
&qu'ainsi toute la Franceavoit
sujet de pleurersamort, puis que
le Roy perdoitune aimable Epouse
,
lit Cour une Sainte Souveraine,
& le Peuple une tendre
Mere. Il prouva toutes ces
choses avec beaucoup d'éloquence
& fîtvoir,que comme
une Lune éclatante, elle
avoir dissipé les obscuritez de
la Cour, Dispulit um?m, en
y faisant briller la pieté, la
modestie, & la modération.
Il dit entr'autreschoses sur sa
pieté, qu'avant qu'elle fist
ion Entrée publique à Paris
en 1660. elle voulut faire ses
Dévotions dans le Convent
des Minimes de Vincennes.
Il ajoûta sur sa modération
dans lesRichesses, que si le
Roy comme un Soleil, avoit
versé sur son Peuple une
pluye dor dans tous ses Voyages,
la Reyne comme une
Lune, avoit versé une pluye
d'argent, Sparsit &ipsa, ôc
qu'ilavoit veue recevoir les
Placets des Misérables avec
une bonté surprenante. Il
termina son Discours par
l'explication des autres Devises
; & dit que cette Lune,
apres avoir charmé le Roy
par sabeauté, instruitlaCour
par ses vertus, soulagé le
Peuple par ses influences,
restoitenfin éclipsée, Ecce Lu-
TUf, etiamnon splendet; que Marie.
Thérese d'Autriche cc.
toit morte avec la con[ola:..:
tion de laisser sur la Terre un
Epoux capable de la gouverner,
Sussicit orbi; qu'un Roy
Très-Chrestien esperoit la
résurrection Luceat ipsa
; &:
que toute la France souhaitoit
qu'elle regnaft dans le
Ciel, comme elle avoit regné
sur la Terre, Proesit &'
Le Lundy 23. les Religieux
Benédictins de l'Abbaye
Royale de S. Remy de
Rheims, marquerent leur
zele par une magnificence
extraordinaire, &ils se cruJrcnt
d'autant plusobligez à
la faire paroistre avec grand -
éclat,qu'outre qu'ils ont
deux Corps de nos>,Roy¡, qui
reposent dans leur Choeur,
sçavoir celuy deLoüis d'Outremer,&
celuy de Lothaire,
sans plusieurs Reynes qui
ont choisy leur Sépulture
dans cette Eglise, ils font
Gardiens de la Sainte Ampoule,
dont on se sert pour
le Sacre de nos Souverains. Il
estvray que s'ils se font distinguez
danscette rencontre,
ils onttiré de fort grands
avantages du Lieu. Cette
Eglise est d'une beautéadmirable,
& le Choeur un des
plus augustesqu'il y ait en
France pour sa grandeur,
mais particulièrement pour
la largeur de sa Voûte, qui]
couvre quarante pieds de
large, sur cent pieds de long
dans oeuvre, sans y comprendre
la Nef & le derriere du
Choeur. Son Pavéà la Mosaïque
,
est un Ouvrage, qui
apres sept cens ans, se trouve
encore au ssi beau que le premier
jour qu'il sortit des
mains de l'Ouvrier. L'Architecture
du Maistre-Autel
estunePyramide des mieux
entenduës, soûtenuë par des
Colomnes de Marbre. On
avoit disposé la Pompe funèbre
fous une Couronne
de plus de 60. pieds de diametre,
qui est une marque
d'une belle antiquité, puis
qu'elle représente par son circuit
le lieu où fut tenu le
Concile de Rheims, où le
Pape Leon IX. assista en personne.
Ce Pape, pour empescher
la contestation des
Archevesques de Rheims &
deTréves pour la présséance,
voulut que ce Concile se tinst
en cercle, en forte qu'il prii
place au milieu, ayant neantj
moins l' Archevesque de
Rheims de front;& depuis,3
pour marque de cette ce-i,
lébre Action, cçttc-Couron-j
ne fut suspendue de laVoûtel
à l'endroit mesme où ellej
s'estoit passée. On 1éclairadei
cent Cierges ce jour-là. LTLC-j
trade estoit au dessous, éle-j
vée de quatre degrez, char- j
gez de six-vingts Chandeliers
d'argent. La Leftiquc1
qui se trouva posée sur cette j
Estrade, estoit couverte d'unj
Daiz de Velours noir aux
Armes de la Reyne, soûte-
~nue par quatre Colomnes
ussirevétuës de Velours
oir, élevé à la hauteur de
ouze pieds au dessus de la
ectique
,
qui estoit couerte
d'un Poële des plus
magnifiques de Velours noir,
arréd'une Croix de Moire
'argent, cantonnée de qua-
.c grands Ecussons de Broerie
des plus riches. Sur
ette Lectique, on voyoit
ne Figure reptéfentant au
aturel l'auguste Princesse
our qui sefaisoit la triste Cerémonie.
Cette Figure estoit
vétuë à la Royale d'un grand
Manteau bleu, semé de
Fleurs-de-Lys d'or, fourre
d'Hermines, & par dessus un
Crespe fort fin,& fort ample.
Tous les Connoisseurs ont
admiré l'attitude de la Figure,
qui, estoit à genoux , ayant
devant elle une Couronne de
vermeil doré,chargée de Pierreries
fines, & couverte d'un
Crespe, aussibien que le
Sceptre Royal. Le Daiz qui
la couvroit, estoit tout environnné
de Cierges attachez
sur une Corniche couleur
d'Ebeine qui regnoit toutà
l'entour, & qui portoit une
grande Couronne de trois
pieds & demy de diametre,
close à l'Impériale. Toutes
ses branches estoient couvertes
de Luminaire, qui se
terminoit insensiblement au
coeur de la premiere grande
Couronne dont je viens de
vous parler, ck qui entouroit
toute la Pompe funebre par
la grandeur extraordinaire.
Le Maistre-Autel estoit orné
autant qu'il le pouvoit effare*
Cess: une Pyramide de plus
le 35. pieds de hauteur, qui
le trouvoitéclairée d'unnombre
infiny de Ciergesàplusieurs
rangs, chargez d'Ecussons
aux Armes de la
Reyne. Pour Parement bas,
on y voyoit une Table d'or
massif enrichie d'une quantité
surprenante de Pierreries.
Pour Retable, ou Parement
haut, ily avoit un fort grand
Parement de Velours noir,
barré d'une Croixde Moire
d'argent; & sur les Gradins
de l'Autel, une grande Croix
d'argent avec les six Chandeliers
de mesme matiere, la
coûtume n'yen soufrant jamais
davantage. Tout lie
1
grand espace depuis la Nef
jusque derrierelegrand Autel,
estoit tendu de noir à la
hauteur de vingt-cinq pieds,
depuis les Chaires en haut.
La Messe fut celebrée par le
Supérieur de cette Maison,
Lors que les Officiers parurent
au bas de laNef, comme
c'est la coûtume dans les
Cerémonies extraordinaires
, de faire ce grand circuit pour
aller à l'Autel, l'on fut furpris
d'unaccord de sixTrompetes
funebres, joëées par
autant de Gardes-du-Corps
desaMaiesté, Ces Trompetesestoient
soûtenuës pour
Baffes, par deux Timbales,
qui par leuraccenslugubres,
entretenoient agreablement
la tristesse des Assistans. Les
Officiers, en entrant au
Choeur, furent précedez de
vingt Pauvres, revêtus&chaperonnez
d'une Piece d'E-
,
sose de Drap gris, qui devoit
leur rester apres la Cerémonie,
par un effet de la charité
desReligieux. Ilsassisterent
tant que la Messe dura, autour
de l'Estrade, un Cierge
à la main, & à genoux.Les
Instrumens se firent encore
eenntteennddrree ààlll''CO~fffierrttooiirree,,aà l'EE--
levation, & à la fin de la
MeÍfe, pendant que le Celébrant
se disposoit avec quatre
autres Supérieurs de l'Ordre,
voisines de Rheims,
pour faire les cinqAbsolutions
comme on les a fait à
S. Denys en France en de pareilles
occasions. Chaque
Supérieur fit la sienne, ôc
tandis que les Chantres chantoientlesRépons
de chaque
Absolution, ils estoient assîs
dans des Fauteüils aux quatre
coinsdela Lectique , 8c
«eluy qui avoit celebre la
Messe estant au milieu du
Choeur, acheva la sienne la
-
derniere. Dans cous les silences
que la Cerémonie de
l'Aspersion, &de l'Encensement
éxige, les Instrumens
faisoient retentir les Airs les
plus lugubres. ?
Madame de Bérulle,Abbesse
duConvent de Nostre-
Dame de Nazaret d'Aix en
Provence, dit S. Barthelemy,
apres avoir fait un Service le
26. Aoust, comme toutes les'
Paroisses, & les autres Convents
de la Ville en firent ce:
mesme jour, par l'ordre d^
Mr le Cardinal de Bonzi Archevesque
d'Aix,en fit un
fecond le4Septembre, dans,
l'Eglise de ion Monastere,
avec. tous les préparatifs quipouvoient
marquer son zele.
On para-sur la Porte de l'Eglise
un grand Drap noir,
qui servoit d'ornement à un
Tableau placé audessus. Ce
Tableau représentoit les Génies
de la France, habillez
en Dalmatiques violetes, &
semées de Fleurs-de-Lys. Ils.
portoient le Buste de laReyne,&
appuyoient leurs mains,
gauches sur, deux Cartouches,
où l'on voyoit deux
Emblémes. Dans l'un eftoiij
un petit Génie, qui ayant!
cueilly une Rose, la plaçoitj
au Ciel. On lisoit ce VersaûJ
tour duCartouche. j
Longius exalto castum dijftmdcu
odorem. :
Dans l'autre estoit, représentée
une nouvelle Etoile,
rayonnante dans l'Empirée,
& des Anges qui ladmi-
-
roient. Au bas de f'Embléme,.1
deux petits Pleureurs et
-
toient sur un Globe, avec ces
motstout autour. J Angelorum gauditim, France
rum luitm. I
Entre les deux Cartouches,
~paroissoient les Armes de la
Reyne, & au bas, les Armes
lu Monastere. L'Eglise ell
~soit éclairée d'un tres-grand
nombre de Lustres, & de
chandeliers à bras. Dans le
Choeur estoit une Estrade
le six pieds de haut, & de
~lix en quarré, la petitesse du
~eu n'en pouvant permettre
~ne plus grande. CetteEstrale
estoit chargée d'un tresgrandnombre
de Flambeaux
~'argent, & de Girandoles.
~aux quatre coins s'élevoient
~uatre Piédestaux quarrez,
dont les Faces estoient embellies
d'Hiérogliphes de la
vie & de la mort, & des Médailles
des Ancestres de la
Reyne. Ils portoient quatre
Guéridons d'argent, sur lesquels
estoient de gros Flambeaux.
Le Tombeau de cinq
pieds de long, & de trois de
large, estoit un sujet d'admiration&
de larmes en mesme
temps. La Face en estoit enrichied'une
fort belle Médaille
de la Reyne, portée par
deux Génies qui fondoient
en pleurs. Dans l'espace qui
les séparoit, on lisoit cette
Epitaphe.
MAMATHERESIA AUSTRIACA,
FRANCORUM REGINA
INCOMPARABILIS, VlXIT,
t.ElA RARA TERRIS SUPEltl
-
INVIDENT.
Des Pleureurs, &desMédailles
des Signes Celestes,
qui ont présidéaux mois de
la naissance & de la mort de
cette Princesse, achevoient
l'ornement de la Représen-
~ation. Quatre Génies portoient
les Houpes du Car- -
~reau de Velours noir, bordé
le Passemens d'or, sur lequel
reposoit la Couronne
couverte d'un Crespe. La
Renommée suspenduë au
milieu du Mausolée, fous un
Daiz environné de Festons
de Crêpe, de Masques de
Mort, & des Armes de la
Reyne
,
paroissoit en Robe
violete parsemée de Fleurs:
de Lys. D'une main elle portoit
une Trompete, & de
l'autre, une Urne d'or., avec
ce Vers, J)
Urna capit cineres, nomen non
oi&e tenetur.
La Planche que vous trouverez
icy,représente ce Mausoléè.
Mrde Viany, Chevalier
de S. Jean de jérufalein)
--APrieur
de S. Jean d'Aix, &
Frere du Grand
-
Prieur de
S. Jean de Malte, célébra la
Messe, qui fut solemnellement
chanrée par les Dames
Religieuses, avec une mélodie
des plus lugubres. Il
estoit assisté d'un fort grand
nombre de Prestres. Mr
l'Abbé de Tournon, Professeur
en Théologie dans
l'Univerfitéd'Aix, prononça.
l'Oraison Funebre. Vous serez
surprise, quand je vous
diray qu'il est aveugle. Vous
jugez bien par l'employ
quil a, que son-esprit ne se
ressent point de cette incommodité.
Il en estpeu d'aussi
éclairez. Aussi fit-il un Discours
tres -
éloquent dans
l'occasion dont je vous parle.
M Marin, Premier Président
au Parlement d'Aix, assistaà
ce Service, accompagné de
plusieurs Présidens & Conseillers
du Parlement & des
Comptes, & il n'y eut aucune
Dame qualifiée qui ne
s'y trouvait
Ce que les Jesuites de
Roüen ont fait, mérite bien
de trouvericy sa place. Quoy
que la mort de la Reyne y
ait donné lieu, ce n'est point
une fuite de Services dont je
vay vous faire la description.
C'est quelque chose de fort
singulier, inventé avec esprit,
& digne d'estre sçeu des Curieux.
Au lieu delaTragédie
& des Ballets dont ils ont accoutumé
de donner le Spectacle
tous les ans das le mois
d'Août pour la distribution
des Prix, ils suprimérent la
Piece que l'on avoit préparée,
& en firent représenter une
autre par leurs Ecoliers, sur la
mort de laReyne, le 13.Septembre,
en présence du Parlement,
quiafondé les Prix,
& des principaux Membres
des autres Corps de la Ville.
La Salle, dont on se servit
pour cette Action,estoit tendue
de Drap noir depuis le
haut jusqu'au bas. Il y avoit
tout autour deux Bandes de
Larmes,d'où pendoient les
Ecussons de France & d'Autriche,
entremeslez des quartiers
d'Espagne, & de quantiré
d'Emblèmes & de Devues
sur cette Princesse. La
Piece estoit divisée en trois
Parties. Dans la premiere,
quelques Auteurs parurentsur,
le Théâtre ordinaire,
comme pour commencer la
Tragédie: & le Ballet; mais -
ils en furent empeschez par
le Génie de la France, qui
leur apprit la mort de la
Reyne., &parThémis, qui
leur ordonna de changer les
Jeux qu'ils avoient préparez
par son ordre, en des Spétta.-
cles lugubres, & de prendre
part à la douleur générale de
la France. - En mesme temps
la Scenechangea, & l'on vit
paroistre tout d'un coup au
commencement de la seconde
Partie, un second
- Théâtre en deüil, sur lequel
estoitélevé un grand TomJ
beau de marbre. Sur ceTonv
- beau estoit une Urne,
que
quatre Amours pleurans tenoient
embrassée. Chacun
avoit son Symbole. L'un
éteignoit son Flambeau avec
ses larmes. L'autre accablé1
de douleur, se perçoit le
coeur d'une de les Fléches.
Le troisiéme brûloit des Parfums
; &le quatrième jettoi
des Fleurs sur le Tombeau.
La Religion & la Pieté et
toient au pied, aussi avec
leurs Simboles. Au dessus
de l'Urne estoit une Mort,
& au dessus de cette Mort,
paroissoit la Renommée. Elle
tenoit l'Image de la Reyne,
victoriense de la Mort, &
s'élevant vers le Ciel. Pour
marquer le triomphe de
cette Princesse sur la Mort,
au lieu de Cyprès, on avoit
mis autour du Tombeau des
Palmiers qui occupoient
toute la Scene. Ils estoient
chargez de trois fortes de
Couronnes; d'une Couronne
Royale de France, d'une
Couronne de Fleurs, & d'une
Couronne d'Etoiles. Ce Spéctacle,
auquel on ne sat-j
tendoit pas, surprit d'abord
toute l'Assemblée; mais elle
fut beaucoup plus surprise,
quand les Statues de marbre
qui estoient sur le Tombeau,
& ausquelles il sembloit quil
ne manquait que la voix,
cómencerent a parler, apres
en avoir reçeu l'ordre de,
Thémis. Chacune de ces
Statuës pleura la Reyne
ef-i
Ion lecaractere qu'elle foûtenoit.
LaReligion ex
prima
par ses Vers le deüil de l'Eglise;
la Pieté, la douleur des
Pauvres & des Misérables,
our la perte de leur Bien-
Lidrice. Les quatre Amours
rent entendre les regrets du
oy, de la Famille Royale,
e la Cour, & de toute la
lation Françoise. Ces Vers
gubres furent suivis d'un
Concert de Musique formé
ar Apollon & par les Muses,
u'onsuposoit avoir élevé ce
Tombeau dans le Parnasse.
les Echos qui estoient dans
Tombeau,répondoient à
es Cpncerts. La troisiéme
artieestoit une espece d'Aotheose.
D abord les A-
~rs. en suite Apollon &
les Muses, le Génie de la
France, & Thémis, celébrerent
tantost par des Vers,
tantost par desChants, le
triomphe de la Reyne dans
le Ciel. Tout cela fut terminé
par un Compliment
au Parlement, que prononça
Mr l'Abbé de Médavi de
Grancé, Petit-Fils du Maréchal
de ce nom, & Petit-
Neveu de Mrl'Archevesque
de Roüen. Ce jeune Abbé
avoit composé une partie des
Vers Latins. Voicy ce qu'il
ditauParlement.
Inifins deThémis, dignes
Sujets du Prince
lui réglé parvos Loix cette grande
Province,
rs que la France éclate en regrets
fuperfiu*,
Qu'une Reyne, l'honneur& l'appuy
des Vertus,
re de tom les coeurs des plaintes
inutiles,
}uen ne donne àsa mort que des
larmesstériles,
nimezparvossoins d'un zele bien
plus beau,
es Enfansd'Apollon luy dressent
un Tombeau,
>fans avoir recours aux présens de
la France,
eurs travaux ont chez vous leur
iuf}e récompense.
Ainjijttdù le ChefdesTroyens si
vanté,
Jîhù sceut à la valeur joindre la
pietés,
Ouvrant à la Jeuneffi une illustre
carriere,
Fit celébrer des Feux au Tombeau
deson Pere,
Etpour encourager ces timides
Ejjrits,
Couronna les Vainqueurs, & leur
donna des Prix.
Le jeune Abbé qui avoir
prononcé ce Compliment,
remporta le premier Prix de
Poësie en Rhétorique; &
Mrle Chevalier de Grancé
son Frere, en remporta un
autre en Seconde.
En vous parlant d'Ouvrages
d'invention,je ne dois
pas oublier la plus belle
These qui ait jamais esté
Faite. L'on y trouve jusques
à cent huit Portraits tous
bien faits, sans quantité
d'autres choses dont voicy
un court détail. Le Dessein
de cette These, qui a esté
dédiée au General des Jéu~
ites, & qui fut soûtenuë à
Lyon le Jeudy 9. de l'autre
moi,est du Pere Ménestrier,
fameux par le grand nom-
~re d'Ouvrages qu'il a donnez
au Public. Celuy qui la
dédiée à ce General, y vouloit
faire graver son Portrait,
mais la modestie de ce Pere
s'estant opposée à ce deflek^
il a estéobligé de seservirdu
Portrait de Saint Ignace. Il l'a
regardé comme Fondateur
& Premier General de la
Compagnie, & luy faisant
une Couronne des Portraits
des autres Généraux qui luy
ont succedé, il a fait de l'E-1
ledion de ce dernier, laBase Ji
du Portrait de ce Saint, dont
l'unique but a esté de chercher
en toutes choses la plu e1
grande gloire deDieu. Ce
Portrait est accompagné de
iix grandes Médailles
;,
qui
font wir les fondions des
Jéfoites. La premiere, où
S. Ignace écrit ses Constitutions,
fait connoistre qu'ils
ont choisy la Vie du Sauveur
eu Monde pour Modele de
la leur. Dans la seconde, il
leur distribuë le Monde,
comme le Theatre de leurs
Travaux. Dans la troisiéme,
le Fils de Dieu se présente à
luy, chargé de sa Croix
, pour
luy prédire les persécutions
qu'il souffriroit. Dans la quatriéme,
le Pape confirmant
la Cornpagnie, donne à ceux
qui s'en seront mis, le pouvoir
d'aller prescher par toute
la Terre. Dans la cinquiéme,
S. François Xavier convertit
le Japon, & en baptise les
Roys; & dans la sixiéme, le
Pere Jacques Laynez paroist
au Concile de Trente, comme
Théologien du Pape,&
y fait connoistre la Compagnie
dont l'Institut fut approuvé
par ce Concile. L'Election
du dernier General,
Successeur de la Dignité de
S. Ignace, eH: représentée
dansleBas-relief,audcffus1
del'Epître dédicatoire. Comme
cette Election s'est faite
par tous les suffrages des Députez
de toutes les Provinces
du Monde, qui se trouverent
m la Congrégation douziémey
tenuë à Rome en 1682,
)n y voit tous les Peres asemblez
qui luy vont baiser
a main. Les Provinces de la
Compagnie,distinguées par
es Armoiries des Princes ou
les Pais dans lesquels elles
ontsituées5 font le haut ôc
e bas de la Bordure, avec la
Devise d'un Cercle, dont
outes les lignestirées de la
circonférence,vont s'unirau
mesme centre. Les autre
Devises qui accompagnent
les Portraits des Genéraux
marquent qu'ils tirent tout
leur gloire de S. Ignace, &
qu'ils ont eu foin de conserver
son esprit. Les Portrait
de la Bordure, sont ceux de
Hommes illustres, qui ont
esté Apostre,Prédicateurs,
Docteurs, & considérables
envertu ; &comme les Positions
sont de Philosophie,de
Mathématique, & de Théo
logie, on voit tout autour les
Médailles des Philosophes
des Mathématiciens, & des
Théologiens les plus célebres.
Les malheurs qui estoient
névitables, si les Turcs eusent
pu venir à bout de prendre
Vienne, ayant obligé Sa
ainteté de recourir à raniCance
divine contre des fores
si redoutables, Elle accorda
une Indulgence pleniere,
ou Jubilé universel, à
:ous ceux quiaccompliraient
n veritables Chrestiens,les
hoses contenuës dans son
refdu II. du mois d'Aoust
ernier. Il y a eu des devotions
extraordinaires à Venise
pendant ce temps, & je
croy que vous ne ferez pas
fâchée de les apprendre. La
Lettre de Mr Chassebras de
Cramailles à Madame ChaÇk
sebras du Breau, sa
Bellel
Soeur, vous en instruira. Jc"¡
vous en envoye une Copie.
Rien n'est plus curieusement
remarqué que tout ce que
vous y trouverez. Tous les
Officiers qui composent la
Seigneurie, y font dans leur
ordre, avee la diférence des
Habits qui les distinguent.
C'estce qu'on n'ajamais veu
ensemble
veu ensemble dans une mesme
Relation. Vous observe- rez deux choses dans cellecy
; l'une, que le Patriarche
de Venise n'aétably les Stations
que dans trois Eglises,
àl'imitation de Rome, où
telles^ftoient feulement dans
celles de S. Jean de Latran,
ddee S. Pierre du Vatican, &
Sainte Marie Majeure; &
l'autre,que les charitez qui
se sont faites, n'ont point esté
pour les Eglises, où estoient
les Stations.
RELATION
De ce qui s'est passé à Venise,
dans le temps du JUbIlé. sA Saintetén'eut pas plûtost
envoyéson Brefà Venise,1
pour leJubilé Universel
,
que le
Patriarche en fitfaire la publication
dans toutes les Paroisses de
la Ville, & établit les Stations
dans l'Eglise Patriarchale de
Saint Pierre, dans l'Egl'se Ducale
de S. Marc, & dans l'Eglise
Patriarchale& Collegiale,
~f~~ aux Saints ApostreSJqu'on
appellevulgairementSant'Apostolo
, & quise trouve presque
dans le milieu de la faille. Le
Jubilé ayant commencé le Dimanche
22. du mois d'Aoust) le
Patriarche alla en Procession visiter
ces trois Eghjes le Mercredy
au matin 25. de ce mois, qui estoitl'un
des troisjours du Jeûne
prescrit par le Bref Il rflolt à la
teste deson Chapitre, & de la
plus grande partie des Curez,
des Prestres, & des Ecclesiastiques
de Venise. Un nombre extraordinaire
de Peuple lesuivoit,
la tefie nuë, chacun un Cierge à
la main; &l'Ecole, ou Confraternité
de S. Pierre précedoit le
Clergé avec cent Flambeaux de
cire blanche,tous de dix-huit à
vingt livres, & trente ou 40
grands Chande liers d'argent de
six aJept pieds de haut, que l'on
portoit au bout d'un Baston.
Les Magistratsquicomposent
le College de Venise,&quelques-
uns desprincipaux Officiers,
firent ensuite leurs Stations dans
lesmesmesEglises,Ilsestoienten
Corps
, & alloient le long des
Canaux,quisontdepetits Dafiimens
de Mer,couverts,peints,
,
(g£r dorez. On leur avoitpréparé }
dans les Eglises des Prié-Dieu
de Damas, gjr de Velours rouge,
& le Clergé les reçeut avec la
Croix, & l'Eau-benîte.Voicy
en peu de mots les noms de ces
Officiers, suivant le rang dans
lequel ils marchaient à l' entrée,
& à lasortie des Bucentaures.
Vous remarquerez que les Habits
dont ils estoient vêtusssont
ceux qu'ils portent ordinairement
l'Eté dans les Tribunaux,(y
qui les diflinguent les uns des autres
,parce que quelques- uns sont
vêtus d'une autre maniere dans
les grandes cerémonies.
Les Capitaines marchoient
lespremiers. Ils avoient de courtes
Vestes en manieres de long
Juste au corps, ou de Honorelines
à demy-jambe, d'Etofe de
Soyerouge; une autre Vestesans
manches , par dessus,de Camelot
violet; les Bas rouges, & le
Poignard ou Stilet à la ceinture. Ensuite alloient plusieurs Ecuyers
duDoge, en Habit&
Manteau de Tafetas noir ordinaire
, avec le Rabatuny.
Le Capitaine-Grand, qui
est comme le Grand Prevost,
alloitàcosté du Maistre des
CerémoniesduDoge. Le
premierefloit en Veste de IDàmtâ
roug figuré.Cette Veste luy
descendoit jusqu'au bas des jambes,)
Çjjr il avoit par deffoes3 une
fécondé J7efle de Camelot violet
tabisé,doublée aujJi deDamas
rourei fenduë
, & liée parles
costez avec des cordons&houpes
defoye
,
la Ceinture à l'Indienne,
les cBé$&les Souliers rouges. Le
fecond estoitenPourpoint,Hautde-
chauffe Bas & Souliers routes
, avec une JTeFle sans doublûre,
de Camelotviolet tabisé.
Les Secretaires du Sénat, font tous de l'ordre des Citadins;,
estoient en Vcfle de Drap
noirt la Stole de mefrne} & les
Manches courtes, qui estlHabitdes
Gentilshommes&des Citadins
La Stole est une piece d'Esose
d'environ un quartier de
large, & d'une aune de long.
Elle se metsurl'épaule gauche,
comme le Chaperon des Graduez
en France.
Le Grand Chancelier, qui
est aujji un Citadin, en Vesle de
Camelotviolet tabisé,àManches
Ducales.CesManches ontautant
de tour que le bas de laV°.fle3
sontsiamples quelles descendent
jusques à terre.
Le Doge ou Chefde la RépubliqueenVeste
de Satin
rougeuny3 à grandes Manches;
unepetite Coëse de toile blanche
finet défendant en pointe sur les
oreilles, qui luy fert de Diadéme;
la Couronne ou Corne Ducale
de Satin rougepardessus;les Bas,
& les Souliersoro,u,ges. Sa Veste
estoitsoûtenuë par deux de ses
Ecuyers en Manteau noir, qui
ne la quitoient point encore qu'il
fust à genoux.
Les sixConseillers de la
Seigneurie, en Vesle de Camelot
t'ouge tabisé, a Manches Ducales.
Cessix Conseillersfont pour
assister le Doge dans toutes les * Affaires, fontchoisis de six diferens
Quartiersde la Viste.
Les trois Chefs dela Quarante
Criminelle, en VCsle de
TDrap violet, la Stoledemesme,
& les Manchesétroites à L'ordinaire.
Cette Ouarantie est une
Compagnie de quarante Adagistratspourjugerles
Aif::'ru criminelies.'
Ces trois Chefs, lessix
Conseillers, & le Doge, composent
la Seigneurie de Venise, où
l'on juge les Causesprivilégiées
quise plaident au College.
Les si x Sages Grands, en
Veste de Camelot violet tabisé,
à ManchesDucales. Cefontceux
qui consultent
,
c-pro,Defent les
Affaires qui doivent allerau Sénat.
Les trois Avogadors en
VeRe de Camelot noirtabisé,
les Manches Ducales,& la Stole
de Drap rouge. Leur fonction
approche de celle des Procureurs
& Avocats Genéraux des Tribunaux
de France..
Les trois Caï, ou Chefs du
ConseildesDix,vestuscomme
les Avogadors. Ce Conseil est
de dix desprincipaux Magistrats,
qui connoissent descrimesd'Etats
@J de Leze-Majestépublique.
Ces trois Chefs ont le foin de
beaucoup dechoses, concernant 1,4
Police,& laseûrete de la fille.
Les deux Cenleurs* en
Veste de Camelot noirtabisé,les
Manche; Ducales,&la Stolede
Drap violet. Ilsontveuësurles
moeurs des Particuliers, sur les
sausses brigues qui se font pour
obtenir les Charges
, & ajjîflent
aux Causescriminelles.
Les cinq Sages de Terreferme,
en veste de Camelot
noirtabisé, les ManchesDucales.
Ils consultent, & proposent au
Sénat lesAffaires de laMilice&
de la Guerre.
Les cinq Sages des Ordres,
enVeste de Drap violet, la Stole
de merme,c- les Manchesétroi
tes, comme les trois Chefs de la
Quarantiecriminelle. Cesontde
jeunes Gentilshommes, quiont
entrée au College, & au Sénat;
pourseformer aux affairesans
y avoir de voix délibérativesinon
dans quelques affaires de
Mer, d'où 'Vient que leurveritable
nom l'si Sages de Mer.
On lesappelleAussiPetits Sages,
à cause de leur jeunesse; car ce
nom de Sage t'st icy donné à certainsMagiflrats,
pour montrer
qu'ils doiventsurpasser les autres
en prudence eenfagef-te.
LescinqSages des Ordres, les
cinq Sagesde Terre-ferme, lessix
Sages Grands)& la Seigneurie,
faisantentout le nombre de vingtsix
Personnes,composent le CuL
lege> où s'examinent toutes les
affairesd'Etat,& où les^m.
bassadeurs ont Audience. Tout
ces Magistrats & Officiers, Ici
Doge excepté, ont tous la Ba-.
rete C'est un petit Bonnet des
Laine nOIre, que les Gentilshommes
& Citadins portent en
tout temps. Il a tout autour
un Cordon de deux travers des
doigt, qui estfait avec les bord:]
de la Lave.
Quoyqu il manquast em
cette Cérémonie quelques
- une.
des Magistrats que je vus ax
ntJmmez ,
quipouvoientestre
malades, j'ajy crû vous devoir
marquer le veritable nombre
qu'ils dévoientestre. Vous remarquerez
encore, que le Camelot
dont la plûpart des Officiers
font habillez, est une Etofe de
poil de Chevre
, ou d'autre
minimal
,
qui a cela d'avantageux
par dejJiu la Soye,
qu'elle ne s'engr.ujjepont,&
qu'en conservant son lustre
3
elle
ne reçoit pas aisément la pondre.
Al'exemple duPatriarche, les
Paroijjes deVenist au nombre de
soixante-douze, la plus grande
partie des ConventsdeReligieux,
les Hôpitaux
,
t;tJ quantité de
Sufrages&Confrairies, ont visité
chacun unefois les trois Eglises
des Stations, en sorte que
pendant les quatorze jours du
Jutiléy l'on ne pouvoit pajjer
par les Ruës qu'avecbeaucoup de
difficulté, pour le grand nombres
de Processions que l'on rencontroits
soir er matin, Celles des PA-.
roissesalloient en cette maniere.
D'abord venoientsoixante,
quatre-vingts, cent, & jufqum
iSo. Personnes vejluës de longsi
Habits de Toile, avec des Ca-.
pucessurla tesie) tenant chacunes
un Flambeau de cire blanche, de
dix-huit, vingt,vingt-cinq gjf
trente livres de peranteur,la.
plupartayant des bricoles de cuir,
pour lessoûtenir, comme nos Porteurs
de Bannieres.Quantité
d'autres en pareil Habits portoient
des Chandeliers de six à
sept piedsde haut, çjsr des Fiambeaux
depoing au dessus. D'autres
avaient des Fanaux, ou de
grandes Lanternes dorées; & au milieu decetteabondance de
lumieres, marchoient trois Gentilshommes
Venitiens
, portant
alternativement,unegrande
Croixavecun forijl, toute enrichie
de Fleurs, de Rubans, de
Points
,
de TJentelles d'w &
d'argent, de Brocard 'd'' Perles,
&de Pierreries. Ils estoientvétus
en Penitens, avec de longues
Robes de Toile blanche ou noire,
des Cordons de soye garnis de
grvjfts 7-fû~~ Campanes
pour Ceintures
,
le visage couvert,
& les pieds nus dans des
Sandales. C'estoient eux quifaisoient
la dépense desFlambeaux.
Devant le Christ,alloientà
reculons les Battuti, ou Flagellans,
se donnantsur le dos de
grands coups de Dijciphne,faites
de plusieurs Cordes, où estoient
attachées depetites Etoiles ou
Point"s de Fer. Ily en avoit en
la plupart des Processions. Ils
estoientvestus de méchante Toile,
avec le vïsage dans un Sac, le
dos découvert, tout enfantante\
&la plûpart lespiedsnus. Quelques-
uns avoient des Capucessur
leurs teftes3 élevezjusques à trois
pieds de haut. On voyoit venir
: en suite un grLtnd nombre de Penitens
ÇTIS, bleus, blancs, ou noirs,
selon les Sufrages & Confrater-
; nÚez dont ilsestoient, ayant tous
! le visage couvert, & un Cierge
d'une livre & demie, ou de deux
livres, à la main,
Apres alloient les Ptesters gjjr
le Clergé,puis tousles Paroissiens
deuxà deux, un Cierre à la
main,&la teste nuë, les Gentilshommes
& Citadins tenant la
gauc-beparbuïnilité-,&les Marchands
& Artisans ayant la
droite.
Enfuitevenoient les Femmes.
Plusieurs avoient le vifageloile'
& estoient vestues de Toile en a
Penitentes. L'une des principales
portait une grande Croix de bon
comme les Hommes, & les autres
de gros Flambeaux de cire
blanche. Quelques Prestres al--
loient avec elles autour de U\
Croix, chantant les Litanies; &
toutes les autres Femmes fuivoient
deux à deux dans leurs
Habits ordinaires, y en ayant
quelqu'une d'espace en ejpace>
qui chantoit aussi les Litanies,
@J à laquelle répondoient toutes
les autres. Dans quelques Paroisses,
les Filles estoient séparées
des Femmes. Elles marchoient à
droite avec un Voile de Toile
blanche qui leur couvrait le vi-
/~c; les Femmes àgauche
en Voile de Tafetas noir. Il se
1 trouva mesmequelques Femmes
qui alloient à reculons devant le
Crucifix,&qui se disciplinoient
comme les Hommes; mais ce fut
en petitnombre.
Les Convents desReligieux
avoient anjji quantité de Penitens
avec des Croix, & de gros
Flambeaux,plusieursConfraternirez
de devotion accompagnant
leurs Processions. Celle de
S.Françoiss'estoit jointe aux
Cordeliers ; celle de S.François
de Paule, aux Minimes; celle
de S. Dominique,auxJacobins,
£<rainsî des autres. Les Confreres
estoient vestus d'un Habit4
pareil à celuydesReligieux. Ils
avoient lA teste cachée dans une
maniere deSacde lamesme Etofe
de l'Habit, a1)eC des Cartons de
testes & d'os deMort cousus au
dejjo''ts du rflenton, &des Chapelets
à la ceinture. Tous les
Particuliers qui accompagnoient
la Procejjion, portoient duffi un
Cierge a A.,marne
Les Adminifirateurs & Gouverneurs
des quatre grandsHôpitaux,
marchoient avec les Filles
du Choeur, que l'on éleve &
qu'on entretientpour la Musique.
Elles estoient toutes voilées, &
portaientunHabit simple &
modefie3 de la couleur qui est
particuliere à chaqueHôpital.
Celles desMendicantes efloknî
vefluè'sdegris ; cellesdesHospitaletes,
de blanc; celles de la
Pieté, de rouge; & celles des
Incurables, debleu. Tous les
petits Enfans de l'Hôpital, &
les Pauvres qui pouvaient mar.,
cher, alloient les premiers habil
lez de la me(me couleur. Ce.
Administrateurs sont des Gen
tilsbomnes, des Citadinst &des
Marchands des plus conjidéra.
bles. Les premiers avoient ced,'
la droite aux derniers dans certi
Cerémonie.
Outre cesProcessions genérales
en rencontraitencoreplusieurs
Personnes qui allaientenfembh
Ó¡,¡.
JL.
pardevotion,vestuës en Penitens,
avec des Croix & des Flam-
!tbeaux,
psalmodiant dans tout le
chemin.Ily avoitdes troupes de
lr. Femmes tontesvoilees, quifai-
Soient aujjl des Procéssions partiï-
ctilieres. Quelques-unes alloiers
ifèules chargées de Croix & de ;Disciplines. 1"envis une monter a genoux les degrez de l'Eglise
deS.Marc. Elle alla en cette
sposturehumiliante jusquà la
Porte du Choeur3&s'en retourna
de mesme à reculons, toujours à
genoux, avec une grosse Croix e bois sur ses épaulés,dont la
pesanteur sembloit l'accabler à
tous momens.Au sortir de
S. Marc, elle se leva, portant
toujourssaCroix, marchant les
pieds nus, la teste couverte, &
entra de mesme à genoux dam.
les Églises de S. Pierre du
Saut' Apostolo.
Il cft difficile de s'imaginer la
quantité de Cire qui s est confus
mée durant et temps.Ala Pro
cession de Sant Apostolo,ilavoitdes
Cierges de trente livrer
Ily en avoit de quarante a celle
des Religieux de S. François&
la Vigne, & cela ne doit ~pe
vous étonner. c'efl l'usage
Venise d'en mettre quelques grer
aux Processions. On voit icy des
Particuliers, qui s'eflantfauve^
de quelque périlconsidérable,offrent
à la Vierge un Cierge d'une
troffiurextraordinaire, dont ils
firlt présent à une Eglise en maniered'ExVoto.
lly en a deux
dans le Monastere de la Madonna
de la Miracoli. Le
plus gros a dix pieds de hautsur
un pied de diametre) (ü pese du
moins cent cinquante livres. Il
est attache contre la Muraille
avec des Cercles, & de gros
Crampons defer.
Toutes les Aumônes qui se
sontfaites dans les trois Eglise
des Stations à l'occasion dufubilé,
ontesté distribuées au Monastere
des Religieuses Converties, où
l'on recoit les Filles Penitentes,
qui se retirent de la Débauche,
& aux quatre grands Hôpitaux
de la Pietéy des Incurables, des
Mendicantes, & des Hospitaletes.
La grande devotion des Partieuliers,
(gfr le zele ardent de
tout lePeupley ayantoccupépresque
tous les Confesseurs dans ces
deux semaines, le Patriarche a
remis le Fubilé des Religieuses,
,
apres celuy des Religieux&des
Séculiers.Ainsi on l'a publié
dans les MonasteresdesFilles le
Dimanche s. de ce mois de Septembre}
& il doit finir demain
1Dimanche 19.Les charitez qui
t se feront faites dans ces Monasi
teres par les Abbessesy les Vicaires
? ou Prieures, les Religieuses& les
Pensionnaires, doiventestre données
aux pauvres Religieuses de
Candie., qui sesont retirées à Ve-
Ini[e, à mesure que lesInfidellesse
yont rendus maifires de cette isle.
LeurMonapere estdansIsle de
San Servolo, à un ou deux milles
diiey. Il y en a de l'Ordre de
S. Benoist, de l'Ordre de S. D.-
minique,&de celuy de S. François
; (èf ce qUl estdefortsingulier,
elles logent toutes dans le
mesme Convent, quoy qu'elles
ajtent chacune leur Abbesse,
Vicaire ou Prieure particulière,
qu'elles observent la Regle
de leur Ordre. Elles font en tout
quatre-vingts cinq, chaque
Ordre a son Autel sépare dans
la mesmeEglise, avec le mesme
Patronqu'ellesavoient en Candie,
(çavoir) les Dominicaines,
S-iinte Catherine; les Franciscaines,
S. Jerôme; st) les Bené.
dictines,Nostre. Dame du Rosasse.
Jefuis,Madame,vostre
&c. A Venise ce 18,Septembre 1683.
Mr le Comte de Rocheart,
après deux années de
oins & de constance, s'en
est veu enfin glorieusement
récompensé, en épousant
Mademoiselle des Porcelets,
qui est une belle & grande
Héritière. Ce Mariagre>s'est fait avec toute la solemnité
que demandoit la naissance
de l'un & de l'autre. Ce
sont deux Personnes trèsbien
assorties, & dont l'union
parfaite charme tous
ceux qui en sont témoins.
Mrle Comte de Rochefort
est Fils de feu Mrde Brancas,
Marquis de Cereft ôc. de
Courbon, Baron de Vitroles,
& de la belle Marquise du
mesme nom de la Maison de
Cambis, nom que le Baron
d'Alés a rendu illustre par
les grands Emplois qu'il a
eus à l'Armée,&parles belles
actions qu'il y a faites.
Feu Mrle Comte de Brancas,
Chevalier d'Honneur de la.
Reyne Mere, estoit Oncle
de celuy dont je vous parle.
Vous sçavez, Madame, qu'il
n'a laine que deux Filles,l'une.
mariée à MrlePrinced'Harcourt
de la Maison de Lorraine,
& la plus jeune à Mle
Duc de Villars, sonCousin
germain
,
Chef de la Maisonde
Brancas. Il y a deux autres
Branches de cette Maison.
L'une est celle de Mrle
[ Comte de Brancas, Frere de
Mrle Comte de Rochefort,
qui vient de se marier; &
cette Branche est établie en
Provence. La derniere est
celle de M.1 le Marquis de
Brancas, établie à Avignon.
C'est un Gentilhomme debeaucoup
d'esprit & de mérite,
qui a épousé la Soeur
unique de Mademoiselle des
Porcelets. Ainsi les deux:
Cousins germains delaMaiion
de Brancas,ont
les deux Soeurs de celle des
Porcelets. Je ne vous dis'
point que cette premiere a
toujours tenu en France un
rang très-considérable. Tout
le monde sçait que ceux de
ce nom y ont possedé les plus
importantes Charges de l'Etat,
& qu'il y en a eu de
Grands Amiraux, & des Chevaliers
de l'Ordre. Outre les
Brancas de France, il s'en
trouve plusieurs Branches
dans le Royaume de Naples, ;:
sontceux qui en sont ont
a qualité de Ducs & dePrin-
-
ces. Cette Maison a au ai
onné plusieurs Cardinaux,
fcil en est mort deux depuis
peud'années,
Mademoiselle des Porceets,
auj ourd'huy Madame
à Comtesse de Rochefort,
estFilledefeuMreHenrydes
Porcelets, Marquis du Baye,
& de S. Roman, Comte de
Laudun, & de Rochefort,
Sénéchal d'Arles: & de feuë
Loiiise d'Albenas, Dame.
d'une pieté singuliere, 3c une des plus qualifiées Maifons
du Languedoc. Mr le
MarquisduBaye avoit servy
le Roy dans ses premieres
années, & s'estoit toujours
fort distingué par sa probité
par son esprit, & par ion mérite.
On peut dire aussi que
ce sont les appanages de la-
Maison des Porcelets, dont.
le ChefestMrle Marquis de
Maillane, qui s'est fait assez
connoistre à l'Armée en fervant
d'Ayde de Camp à
Monsieurle Prince, & à
Monsieur le Duc. Il y a encore
trois Branches decette
Famille,uneàBeaucaire,&
deux à Arles, où elles font
une tres-grande figure. Leurs
Alliances sont des plus considérables,
puis que ce sont celles des Maisons de Montmorency,
d'U zés, de Laval,
de Calvisson, du Roure, &c.
En mesme temps que Mademoiselle
des Porcelets s'est
mariée, elle a fait une démisssion
de la Charge de Grand
Sénéchal d'Arles, que feu Mrle
Marquis son Pere avoit
acquise en faveur de Mr le
î Marquis deBoche sonCousin
germain. mander Il en est venu de- l'agrément au Roy;
i
& Sa Majesté ayant une par
faite connoissance des services
que ce Marquis luy 4
rendus, soit en qualité d
Volontaire dans ses Armées
navales,soit enqualitéd'Ayde
de Camp, & de Major de Bri
gade de Gendarmerie en"^ei
Armées de Flandre, foit en
celle, de Capitaine & Commandant
d'un Regiment de:
Cavalerie en sesArméesd'Allemagne,
où il s'est toujours
signalé, a bien voulu luy
accorder cette impottalltal
Charge, qui le met à la teste
dune Noblesseaussi braver
t & aussi illustre qu'il y en ait
dans tout le Royaume.
t Il y auroit plus d'Amans
heureux que l'on n'en voit,
si on laissoit l'amour maistre
de ses entreprises; mais s'il
peut toucher les coeurs quand
illuy plaist, il n'a pas toûjours
le pouvoir de.. les unir.
Des obstacles invincibles
renversent souvent ses plus
grands desseins., ôccequiejH
le plus chagrinant, c'estqu'il
se rencontre des occasions
où il le nuit par luy-mesme.
>
Un jeune Homme de qualité,
qui ayant un Marquisat
estoit Marquis à bon titre,
devint amoureux d'une des
plus aimables Perionnes de
la Ville où il derneuroit. Elle..
estoit d'une Famille de Robe,
&. un Frere unique qu'elle
avoit
,
estoitConseiller au
Parlement de sa Province,
mais ils'attendoitbien à
monter avec l'âcge?dans des Charges plus considérables.
Ce Frere estoit alors sur le:
point de revenir d'un voyage: d'Italie, & quoy que son re-.
tour fust fort proche, le ;
Marquis ne laissa pas de faire
allez de progrésdans le coeur
Je cette Belle, avant qu'il
Fust revenu. Elle eiloit vive
naturellement
,
pleine de
soins & de zele pour ce
qu'elle aimoit, &: si sensible
à l'amitié qu'on luy témoignoit,
qu'il y avoit sujet d'esperer
que les empressèmens
de l'amour ne luy seraient
pas indiférens. Elle trouva le
Marquisassez aimable, pour
se perluader qu'elle en pouvoitestreaimée,&
elleestoit
Top sincere pour douter
ongtemps de la sincerité des
lutres, sur tout quand ils efioient
agreables. Enfin de la
maniéré dont le Conseiller
vit les choies dilpolees à ion
retour,il jugea bien qu'il ne
seroit plus chargé de se Soeur,
qu'autant que des Articles
de mariage à relier le demanderoient,
car elle ne dépendoit
que deluy. Le Marquis
fit tous les pas necessaires,
& les Amans alloient
estre heureux, s'il n'y eult
point eu d'autre amour que
le leur dans leur Famille. Le
Marquis avoit une Cousinegermaine,
qui estoit delneurée
feuleHeritiere d'un grand
Bien, par lamort de son Pere
& de sa Mere. Elle estoit
tombée fous sa Tutelle,
parce qu'un autre Tuteur
qu'elle avoit eu d'abord,
estoit mort depuis six mois.
C'estoit au jeune Tuteurà
disposer de la jeune Pupille;
mais elle avoit disposé ellemesme
de son coeur, sans
avis de
-
Parens. Un Gentilhomme
fort spirituel, &
qui avoit assez de naissançc},
pourpouvoir prendre
1l_etity-e") de Comte, avoit
(créonsdeplaire à la
Belle, & luy avoit plu. Il
âvoit fait diversesCampagnes
avec beaucoup de dépense,
& assez de réputation.
Cela ébloüissoit fort
l'aimable Héritiere, quiavoit
le coeur très -
bien placé.
Par malheur pour le Marquis,
le Concilier la vit trop
souvent, & son coeur en fut
touché. Elleavoit tout l'air
d'une Fille denaissance, une
certaine fierté qui luy seyoit
bien, moins de beauté que
de maniérés agreables, ëcun
art - particulierde se faire extrêmement
valoir, sans avoir
pourtant d'orguëil qui choquast.
yPeut-eftre1auroit-il
choqué dans une Personne.
qui eust eu moins de nainance
, moins de jeunesse., <3c
moins. de Bien. Elle ne regardoit
guére les Hommes,
qu'avec une espece de dédain.
Le Comte estoit le plus
excepté
; encore le traitoitelle
quelquefois comme les,
autres, quand elle en avoit
envie. Tout cela charma le
Conseiller. Il estoitassezrische
pour ne devoir pas estre
toupçonné d'aimer la jeune
Heritiere pour son Bien. Cependant
il ne laissa peut-estre
sas d'avoir quelques v.eue&
de ce costé-là. Ce quiluy
parut d'un fort bon augurer
pour sa passion, ce fut l'amour
du Mirquis & desa
Soeur. Il trouvoic mesme
quelque chose d'agreable àJ
s'imaginerla double allianc
de leurs Maisons, & l'échan
ge Qu'elles feroient entre
elles de ces deux jeunes Persondes.
Il découvrit son desfein
au Marquis, & luy exagera
fort le plaisir qu'il se &—
roit de devenir son Cousingermain,
en mesme temps
qu'il devien droit son Beaufrere.
Le Marquis ne reçeus
point cette proposition avec
jutant de joye qu'il eust deû
tuturellument la recevoir. Il
luy parut aussi-tost, falR qu'il
rçuH:
trop pourquoy,que c'ef
toit
une difficulté survenue à
es affaires; il eust beaucoup
tnieux aimé qu'on n'eust parlé
que d'une alliance. Cependant
quand il y eut- fait refléxion
il ne trouva pas que le
mariage du Conseiller avec
sa Parente,dustestre une
phose si malaisée,& il se per-
Tuada, ou il tâcha de se le
jeperluader, que quand met il ne se
1
feroit pas,celan'apporterait
point dobstacleà
ion bonheur. Il alladonc
proposèr le Conseiller
à sa Cousine, avec toute l'adreilè
dont sa passion le rendoit
capable ; mais elle luy fit
connoistre combien, elle estoit
peu disposée à songer
à ce Party. Il prit encore
trois ou quatre fois le temps
le plus favorable qu'il put,,
pour traiter la mesme matiere,
mais ce fut toûjours
inutilement. Le Comte n'et:
toit point trop connu pourun
Amant delaParente du
Marquis, & moins encore
pous''
pour un Amant qu'elle aimast.
Elle avoit avec luy une
maniéré d'agirsiinégalé,
que l'on eitoit bien emba- rasse à pouvoir juger de ce
quiestoit entre eux. Ainsile
Marquis ne sceut pas précisement
s'il devoir se prendre
au Comte, de l'éloignement
que sa Cousine montroit
pour le Conseiller, ou s'il ne
devoit s'en prendre qu'au
peu d'inclination qu'elle faisoit
voir en general pour la
Robe, ce qui ermbloit estre
assez naturel à une jeune Personne,
dont les yeux sont
plus flatez de l'équipage d'un
Cavalier, que de celuy d'un
Magistrat, & dont lesoreilles
se plaisent davantage au récit
dune Campagne, qu'à celuy
du jugement d un Procès Le
Marquis fitentendre au Conseiller,
le plus honnestement
qu'illuy fut possible,le mauvais
succés de là négotiation.
Il ne luy en dit qu'une partie,
pour l'accoûtumer doucement
au déplaisir d'estre refuse,&
il quita ce discours
fort viste, pour luy parler de
ce qui le regardoit; mais le
ConieilTer luy parut fort refroidy
sur le mariage de sa
Saur, & le Marquis jugea
bien déslors qu'il auroitde
la peine à estre le Beaufrere
du Conseiller, s'il ne devenoit
aussi ion Cousin. Il fit
de nouveaux efforts sur sa Parente,
qui luy parut toûjours
moins disposée à faire ce qu'il
vouloir. IlloüaleConseilier
& toute la Robe,& dit tout
le mal qu'il put des Gens d'Epée.
Il alla mesme jusqua
tourner le Comte en ridicule,
&jusqua le décrier, sans é-
[ pargner que son nom ; mais
tout cela ne gagna rien sur
cette Parente. A la fin voyant
qu'il ne pouvoit luy donner
degoust pour le Conseiller,
il crut devoir le dégoûter
d'elle. Il luy dit en confidence
qu'elle n'estoit pas
d'une humeur aisée, & qu'elle:
donneroit assez de peine à un,,
Mary; que mesmeelle a»av
voit pas autantde Bien
qu'on s'imaginoit, & qu'il le
sçavoit mieux qu'un autre,
puis qu'il estoitsonTuteur;
mais le Conseiller ne se ren-16
dit point à ces artifices. 11*
soupçonna que le Marquis
ne les employoit que pour fol
dlspenser de le fcrvir de tout
(on pouvoir,&: dans l'humeur
chagrine où il se trouva,
i" il luy déclara fort nettement
•que le seul moyen d'obtenir
sa Soeur, estoit de le faire aimer
de la Parente. Le Marquis
qui estoit for amoureux,
fut au desespoir. Il représenta
au Conseiller, avec toute la
force & toute la vivacité imaginable
,
qu'il ne devoit pas
estre puny des bizarreries de
sa Pupille; mais le Conseiller
fut inéxorable. Sa Serue commença
à sentir pour la jeune
Heritiere, toute la haine
qu'elle eust pû avoir pour
-
une Rivale. Elle n'en parloic
jamais que comme d'une Demoiselle
de Capagne, qu'une
fierté ridicule rendoit insuportable
par tout, & qui le
croyoit d'une meilleure Maison
qu'une autre, parce que
ses Parensn'avoient pas coutume
de demeurer dans les
Villes. Le Comte estoit charmé
de la résistance qu'on faisoit
pour luy aux volontez du
Marquis; mais il fut au desespoir,
quand le Marquis dit
un jour à sa Cousine, d'un
ton ferme & presqueabsolu,
que si c'estoit à cause du
Comte qu'elle refusoit le
Conièlller, elle dévoie s'asseurer
qu'il sopposeroit toûjours
de tout son pouvoir aux
prétentions de cet Amant.
Elle nia que le Comte fust
son Amant, & qu'elle l'eust
jamaisregardé sur ce pied-là.
Le Comte qui vit ses affaires
en déiordre, s'aviia d'un expédient
assez extraordinaire.
Il considera que s'il pouvoit
rompre l'union du Marquis,
& de l'aimable Personne à
qui il estoit si fort attaché, le
Marquis ne s'obstineroit plus
à vouloir donner sa Parerst-fc*
au Conseille-riigaisconiau
ConÍelUer; mais con1-
ment
-.
mettre maiensanble
deux Personnes qui s' aimoient
si tendrement? Il estoit
enrreprenant, ne desesperoit
jamais de rien, & sur
1mi il comptoit beaucoup
sur l'inconstance des Fern.
mes. Ainsi de concert avec
la jeune Heritiere, il reiolut
de se feindre Amant de la
Soeur du Conseiller, & de la
conduire à faire une infidéli-
- té au Marquis. Il se rendit
peu à peu & sans marque -d'affeéta.ciorÍ, plus assidu à la
oir. Comme il n'estoit pas
Amant déclarede l'Heritiere,
a Conduite ne parut pas si
étrange. Le Conseilier luyixefme
qui le soupçonnoit
d'estre ion Rival,estoit bien
aise de commencer à avoir
icu d'en douter. L'Heritiere
de son costé, quivouloir savoriser
lesassiduitez du Comte
chez la Soeur du Conseiller,
recevoit le Conseilier bien
plus agreablement
,
depuis
que le Comte alloit moins
scuvent chez elle. Ainsi il y avoit que le Marquis à
qui le nouvelattachement du
Comte ne plaisoit pas trop,
Elle estoitnée pour la tendresse
, mais non pas pour la
constance. Elle avoir un coeur
qui recevoit desimpressions
assez vivement, mais encore
plus facilement. Enfin elle
estoitfaitecomme laplupart
des Femmes ont accoûtumé
de l'estre.. Le Comte avoit de
l'ascendant sur le Marquis. Il
l'étoufoit, & l'empeschant
de paroistre en sa présence,
il poussoit la convention
jusqua un ton de gayeté &
d'enjonëment, où le Marcluisnepotivoitaher
&avok
radrëOEe de mettre toujours
son Rival hors de son génie
naturel. La diférence quiet
toit entre eux, frapoit trop
les yeux de la Belle,pour ne
la pas déterminer en faveur
[du Comte. D'abord elle iluy applaudissoit bien plus
qu'au Marquis. Ensuite elle
le trouva beaucoup plus à
dire quand il n'estoit pas
chez elle, que quand le
Marquis n'y estoit pas.Enfin
soit par ses regards, foit par
ses manieres,elle luy donna
une préférence si visible,que
le Marquis, apres plusieurs
plaintes qui furentassez mal
reçeuës, ne put douter qu'il
ne fust trahy. Le Conseiller
quile crut heureux,sur ce
qu'il ne trouvoit plus le Comte
en son chemin, & quis'apercevoit
qu'il estoit mieux
dans l'esprit de l'Heritiere,
s'imagina que le temps estoit
favorable pour presser le Marquis
d'achever ce qu'il avoit
commencé;mais le Marquis
luy répondit sechement, que
sa Soeur avoir changé, qu'elle
l'avait quité pour un autre,
qu'il ne (bngeok plus à elle;
& vous ne devez pas trouver
mauvais,poursuivit il, que
je vous redise ce que vous
m'avez dit si souvent, que
nous ne pouvons faire aucune
alliance, si nous n'en
saisons deux à la fois. Jamais
le Conseiller ne fut plus furpris.
Il querella sa Soeur, &
luy fit mille reproches. Il
éloignatout-à-fait le Comte
de chez luy, & le Comte en
fut très-content. La Soeur
mesme qui soupçonna quelque
trahison, auroitsouhaité
de tout ion coeur se raccommoder
avec le Marquis. Le
Conseiller y travailla de tout
son pouvoir;mais le Marquis
ne put digerer l'injure qu'on
luy avoit faite. Le Comte
qui estoit cause de toute cette
révolution, ne fut pas plus
heureux que les autres. Son
dessein luy avoir paru plaisànt
à imaginer, & a executerd
mais il n'en avoit pas aflczbienpréveu
les suites. Le,
Marquis conceut pour luy
toute la haine que l'on peut,
avoir pour un Rival. Il mit
bon ordre à empescher qu'il
ne pust voir souvent la eune
Heritiere. & il souleva tel ement
toute la Parenté contre
ruy ,
qu'il n'auroit pas esté
sien reçeu à parler de Mariage.
Ainsi personne ne se
maria; ce ne fut que division.
de tous costez. Peut-estre
quand la belle Heritiere fera
en âge de disposerd'elle, elle
fera choix du Comte qui l'aime
toûjours; mais dans le
temps qu'il faudra attendre,
c'est grande merveille, si
l'une des deux passions ne
s'affoiblit. Apres tout pourtant,
elles pourront ne s'affoiblir
pas, car les deux Amans
me se voyent guere.
Le 29. du dernier mois,
l'Académie des belles Lettres
établie à Nismes par Edit de
Sa Majesté, fit une AfTem*
blée publique pour honorer
la mémoire de la Reyne,
Tous les Académiciens se
rendirent en Habit de deüil
chez Mrde la Baume, ConseillerauPrésidial,
dans une
Salle tenduë de noir, & se
rangerent en la forme accoutumée
autour d'une longue
Table, couverte d'un Tapis.
noir, & environnéedeChaises
garnies de mesme,au
bout de laquelle on avoit mis
un Fauteüil plus élevé que les
utres , pour celuy qui devoir
parler. L'Assemblée estoit
Oinposée des Personnes les
plus qualifiées de la Ville, &
d'un fort grand nombre d'Erangers.
Mr le Comte du.
Roure,Lieutenant General
oftfle Royen Languedoc,
fut présentà cetteSolemnité.
il estoit placé dans un FaueüilgarnydeVelours
noir,sur
me grandeEstrade couverte
l'un Tapis de pied, vis-à-vis
de l'Orateur à quelque difance
de l'Assemblée, &avoit
sa gauche un peu derriere,
les -eonfu15 de la Ville en
Chaperon, & à sa droite fin
la mesme ligne des Gentilshommes
qui l'accompagnoient.
Tous les Auditeurs
estoient sur des Siegesnoirs,
& il n'y avoit rien dans ce
lieu que de lugubre, & qui
ne servist à exprimer la douleur
de cette Académie, qui
fait paroistre dans toute sa
conduite un attachement
particulierauservice du Roy,
& une extrêmesensibilité
pour ce qui regarde les intérests
de son augusteFamille,
& la gloire de son Régne.
LaSéance fut ouverte
par Mr Mustret Directeur,
qui adressa ion Discours à
Mr le Comte du Roure, &
exposa en peu de paroles,
maisavec beaucoup de politetTc)
le Sujet que l'on avoit
àtraiter. Apres celaMr Ménard,
Prieur d'Aubers, l'un
des Académiciens, prononça
l'Eloge Funcbre de la
Reyne. Ce fut un Discours
d'une heure, fort patetique
& fort éloquent, dont toute
la Compagnie témoigna une
satisfaction entiere.
L'admiration que l'on
avoit pour les vertus de cette
grande Princesse,aestécause
qu'on s'est empressé dans
toutesles Villes à faire des
Services solemnels pour le
repos de son ame. Je vay
vous parler encore de quelques-
uns; mais vous voulez
bien, Madame, que je supprime
les Tentures, les Ecusson,
les Chandeliers, & toutes
les autres choses dont la
repétition seroit ennuyeuse.
La Ville de Jarnac signala
son zele le II. Aoust, par les
ordres de Mrle Comte de
Jarnac, Lieutenant de Roy
de Xaintonge & d'AngouEOiS.
Toute la Noblesse du
J.ï-s en deüil, conduite par
M le Chevalier de Jarnac se
rendit dans l'Eglise Paroiffia-
£y où il y avoit une tres- elle Representation élevée
u milieu du Choeur.
Mrle Comte d'Entremonr,
lieutenant General pour Sa
Majesté des Provinces de
kefle5 Bugey, Valromay,
&eGez,fit faire dans le mes- temps une Pompe Fuenebre
des plus magnifiques.
Discours qui fut prononcédans
ce Service, tira des
armes de toute TAflcmblée.
Ml'Eveque de Poitiers
en fit faire un le 26. du metme
mais dans sa Cathédrale
de S. Pierre, qJi par sa grandeur,
&: par la beauté de sa
structure, passe pour une des
plus considéra bles Eglises de
France. Mr Rabereul,Doyen
du Chapitre,prononça r0
raison Funebre', avec un ap
plaudissement général. Son
nomestassez connu par l.
quantité d'éclatantes aâiorü
qu'il a faites pour la destrut
ction de l'Héresie. Il a lui
seul do~riné ,[ seuldonné l'Absolution.
plus de trente mille noi
veaux Convertis, & il continuë
à marquer son zele en faifant
rebastir les Eglises que
les Calvinistes avoient abatuës.
Le 28. Mrs les Chanoines
de S. Hilaire, qui ont le
Roy pour Abbé de leur
Eglise, s'acquiterent du mesme
devoir. Leur exemple
sutsuivyle premierjour de
Septembre, par les Religieuses
de l'Abbaye
,
de la Trinité
,
Ordre de S, Benoist, de
la Congrégation du Calvaire.
Elles firent unChoeur de Musique,
qui répondoitau Plein-
J; chant d'une maniere entier
ment-propre à.cette lugubre
Cerémonie. Dom Jean Vatel
,
Religieux Benédictin,
prononça l'Oraison Funebre
avec beaucoup de succés.
Mrs du Chapitre de Sainte
Radegonde, ayantuneReyne
de France pour Patronne,
se crûrent particulièrement
obligez de se distinguer dans
les meimes Cerémonies. Le
Discours que fit Mr l'Abbé
de Sainte Anne, Chanoine
de la mesme Eglise, montra
la délicatesse de son esprit. Il
compara les admirables vertus
de la Reyne, avec les
rares
rares qualitez de laPatronne, prouva que lune avoit
autant mérité par la pratique
dde ces vertus au milieu de
la Cour.) que l'autre dans la
retraite qu'elle avoit choisie.
Mrde Piancourt, Evesque
deMande, à qui son profond
sçavoir & sa pieté font tenir n si beau rang parmy les
prélats de France) n'oublia
rien dans ce mesme mois de e qui pouvoit donner de la
pompe au Service folcmnel
qu'il fit faire dans sa Cathédrale.
Toute la Noblesse de
laVille, & des environs, qui
a pour luy une estime singuliere,
assista à cette Cérémonie,
dans laquelle il officia
en Habits Pontificaux.
Le 29. Aoust, il y eut à
Troyes,Capitale de Champagne,
une grande Solemnité
dans la Cathédrale. Le
lendemain toutes les Paroisses
firent chacune un Service
particulier. M Charles, Vicaire
de S. Remy, surpassa
toutes les autres, par le Mausoléesuperbe
qu'il fit élever.
Le 2. de Septembre, les
Relie eux de la célébré Abbaye
de Corbie, de Fondation
Royale, immédiate au
Saint Siege, de l'Ordre de
S. Benoist, Congrégation de
S. Maur, marquercnt leur
zele dans la Pompera laquelle
se trouverent tous les Curez
de laVille & de la Campagne,
suivant le Mandement du
Pere Grand-Prieur, Official
; de l'Exemption, & Vicaire
General de Mrle Prince Philippe
de Savoye, Abbé & -de Corbie. Au milieu
,du Choeur estoituneEstrade
de trois degrez, sur laquelle,
au dessousd'un Daiz soûtenu
de quatre Colomnes, on.
avoir posé une Lectique,
couverte d'un grand Poële
de Velours noir, croised'une - ] Toiled'argent, &au dessus
une Couronne voilée sur un
Carreau de Velours. Le jour
précedent, les cinq Cliqueteurs
de la Ville, revestus de
leursHabits de deüil). précedez
par le Roy d'Armes
du Comté de Corbie,
en
'deüil, aussi avec sa Cotte
- d'Armes, & son Ballon
couvert d'un Crêpe noi
abaissé, accompagné de deux
SergensàVerge, & d^ceuJ
Cercles de nuit, avoient este
dans toutes les Rues, fonnant
leurs Clochetes, & annonçant
la mort de la
Reyne.
-
Le 4. du iï>efme mois, tous
les Ordres Religieux de Pamiers,
lesConfrairies, & la
Congrégation qui est dans e College des]eiùires) précédantle
Chapitre de la Cathédrale,
&celuydel'Eglise
Collégiale, se rendirent à
'Hostel de Mrle Mirquis de
Mirepoix, Gouverneur de la
Ville. Apres que l'Officiant
eut aspersé le Drap Mortuaire
, qui fut portépar les
quatre Consuls en Robes
de cerémonie, on marcha
vers l'Eglise Cathédrale. Les
Religieux & les Chapitres
gardoient leur rang ordinaire
, & tous les Corps les
suivoient dans l'ordre qu'ils
doivent tenir. Un Exempt,
& quatre Gardes, précedoient
cinquante Filles, couvertes
d'un Drap gris, qui
leur tomboit sur la teste en
forme de Capusson. Deux
Brigadiers, & quelques Gardes
, marchoient devant M
Poële lugubre. M le Marquis.
de Mirepoixn'en estoit
séparé que par le reste de ses
Gardes. Il n'y avoit rien de
plusmagnifique que son
deuil. Trois Gentilshommes
portoient la queue de son
Manteau; & comme ils avoient
eux-mesmes des Manteaux
fort longs, d'autres Officiers
portoient leur queuë.
LaNoblesse de la Province
quiavoit accouru en fort
grand nombre, se tenoit auepres
de Mrle Gouverneur. Corps du Senéchal & du
Présidial venoit en fuite. Mr
de Malenfant, Juge -
Mage,
Président,estoit à leur teste
en Robe rouge, &enManteau
d'Hermine. Quantité
de Femmes en grand deüil
fermoientCetteMarche, qui
fut accompagnée du bruit
lugubre & touchant que sirent
les Tambours & les
Trompetes. Le Chapitre de
l'Eglise Cathédrale, assisté
de celuy de l'Eglise Collégiale,
célébra l'Office; &110-0
raison Funebre fut prononcée
par Mrl'Abbé de Rodeille,
Chanoine d'Alet, avec l'aplaudissement
que ses Ser-4
mons ont tant de fois mérité
dans les Chaires de Paris.
Le mesme jour, l'Eglise
Royale de Nostre-Dame de
Mante sur Seine, se distingua
ar une Chapelle ardente
fortmagnifique,dequinze
pieds de hauteur. Ml'Abbé
du Quesnay, qui prononça
l'Oraison Funebre, prit pour
son Texte ces paroles de
l'apocalypse, Data est ei Corona,
& exivitvincens
,
& fit
paroistrel'auguste Défunte
ornée d'une double Couronne,
& Reyne de deux
Peuplesdiférens; de sesPassions,
qu'elle domptoit par
ffa vertu; des François,qu'elle
engageoit par mille manieres
bienfaisantes. Chose admirable9
dit-il,&tout-à fait digne
desa grande ame ! Dans un rang
si élevé, elle ne se réserveque lA
peine deleÎOütenir,eren-t-oye
4 Dieu toute lagloire.Ellene
devient Reyne de France, que
pour fairerégner Dieu dans le
coeur deses Sujets;elle ne devient
Reyne de ses PaJ!ianl, que pour
embrasserlejoug du Seigneur, rd:1
devenir sa Servante. Cette
Actionacquit beaucoup de
loüanges à cejeune Abbé. 1
Les Celestins du Monastere
Royal d'Avignon, si..
rent aussi le 4. Septembre un
Service solemnel, dans leur
Chapelle de S. Pierre de Luxembourg,
située à costé de
leur Choeur, de 16. à 18. toises
de longueur, sur cinq de largeur.
L'Autel est relevé au
fond de 12. à 13. marches par
une Rampe de chaque costé,
ornéedeBalustres, & sous
l'Autel est une Chapelle voû- tée où est le Mausolee du
Saint. Cet Autel cnrichy de
tous les embellissemens de
l'Architecture, ca composé
de deux Ordres Corinthiens
l'un sur l'autre, qui forment
deuxAîlesaussî largesqueles
Rampes. Le premier Ordr
est avec des Colomnes Iso
lées, & le second avec di
petites Arcades ou espece
de Niches,quifontungrand
Arcau milieu de la hauteur
de la Chapelle, le tout richement
doré.Un Drap de Velours
noir cachoit les Tableaux
des deux ordres.,
de l'Attique, & couvroit en
core les Arcades & especes
de Niches qui sont à coste
de l'Autel, &, au second Ordre
des Aîles. Le grand Arc
estoitorné de Pentes &de
Boüillons de la mesme Etofe,
evec un Couronnement au
cffus. Il y avoit aussi des
lntt,S & des Boüillons fous
tous les Architraves des Aîes.
Les huit grandes Vitres
de la Chapelle estoient fermées
avec des Poëles aussi
de Velours noir. Au milieu
de cette Chapelle,estoit élevé
un Monument de quatre
degrez d'un pied de haut. Il
y avoit des Piédestaux de
mesme hauteur aux quatre
coins, avec un amortissementaudiffus.
SurcesPiéestaux
estoient des Urnes
de Marbre noir hautes de
troispieds, & garnies chacune
de deux Festons en
croix de Cyprés. Onvoyoit
sur les degrez un gros Piédestal
de dix pieds de long
sur six de large, avec deux
Pilastres Attiques à chaque
coin. Dans les quatre Faces
de ce Piédestal, de mesme
que dans celles des petits,
estoient des Tables de Marbre
noir, sur lesquelles il y
avoit des Chifres d'argent,
avec une Couronne au dessus,
& des Sceptres entrelasfez.
Ce Piédestal avoit une
1
~Oise de hauteur, sans le
l'éle au dessus sur lequel esit
posée la Représentation,
couverte d'un grand Drap
de Velours noir, avec une
Croix de Moire d'argent.
Une Impériale de la longueur,
& de la largeur du
Piédestal qui portoit la Représentation,
couronnoit le
tout. Le fond enestoit tendu leVelours noir, avec une
,.,..rOlX de Satin blãc, entourée
d'une Frise de Velours noir,
avec une grande Dentelle
d'argent. Cette Frise de Velours,
d'où pendoient encore
des Boüillons & des Feston
de Crépe tout autour, estoit
terminée par une Corniche
Dix grandes Consoles d'argent
formoient une iympa
riale qui s'élevoit au dessus
de six pieds, sans les deux
Fleurs-de-Lys d'or,que l'ox.
voyoit au dessus. Ces Confoies
estoient liées de l'uneà
l'autre par de gros Festonsde
Cyprès. Jugezdel'effet qu
produisoient un nombre in
finy d'Armoiries & de Lu
mieres, meslées dans tout ce
- que je viens de vousdécrire
Cette Funebre Décoration
ont tout le monde a admiré
le dégagement, & le bel
ordre, estoit l'idée du fçaant
M Mignard, Archieére
du Roy, qui l'avait
donnée en Crayon aux Ouvriers
,
& qui avoit pris le
soin de la conduire, pour la
mettre dans la perfection
qu'elleaeuë La planche que
e vous envoye gravée.vous
a représentera. Mr l'Abbé
icolini, Vice-Légat de la
Légation d' Avignonyaiïiftaà
cette Cerémonie, & fuç
placé sur un Trône élevé de
cinqousix marches,sous un -
grand Daiz de Satin violer
LePère Sainfray
,
Provincial
General des Célestins de
Francecélébra la Messe; &
le Pere de Baye Minime, si
l'Eloge de laReyne. Il yeut
raprefdînée une Aumônegé
nerale.
A la Reolle en Guyenne,
la mesme Cerémonie se fit le
7. dans l'Eglise Collégiale de
S. Michel. Mr Pastoret, Chanoine
de l'Eglise Cathédrale
de S.Jean deBazas, celébra lat
Messè,en qualité de Vicairc
Ceneral de ce Diocese;&
MrGrangier, Chanoine
de
il
>Ia mesme Cathédrale,&Pro-
; moteur de ce mesme Diocese
,prononça l'Oraison Funebre,
avec ion éloquence
ordinaire. Tout le Parlement
sy trouva en Corps.
t] Dans le mesme temps, Madame de Souvré
,
Abbessé jdeVillers-Canivet, marqua
ijson zele avec beaucoup de magnificence. Elle avoir fait
Iélever au milieu du Choeur
de son Eglise, une Chapelle
ardente, qui faisoit comme
une Couronne Royaie,avec
quatre grandes Figures aux
quatre coins. Ces Figures représentoient
les vertus de la
Reyne.
M l'Evesque
,
Duc de
Langres, que je vous ay marqué
pour le Prélat Celébrant,
dans la description du Service
solemnel de S. Denys,estant
de retour en son Diocese, en
fit un tres-magnifique le
Lundy20. du mesmemois,
dans l'Eglise de l'Oratoire,
bqluei est un Ouvrage admiradans
toutes ses parties.
Mr Amatre, Supérieur de
cette Maison, & Grand Vicaire
de Langres, prit foin de
la faire orner. Le Mausolée
estoit élevé de dix degrez.
Sur le dernier, estoit posée
la Représentation, couverte
d'un grand Poële de Velours
noir, croisé de Moire d'argent,
& au dessus une Couronne
fermée le tout sous
un Daiz de Velours noir à
grandes Crépinesd'argent,
avec des Bouquets de Plumes
, & des Aigretes aux uatre coins. La Musique
ut excellente; & Mr l'Abbé
de Boulogne, Grand Archi-
- diacre, qui prononça l'OraisonFunebre,
remplit parfaitement
l'attente de tous ceux
qui estoient presens. C'estun
Homme qui joint la pureté
du langage, & la bonne grace
du corps, à une grande
capacité & à une profonde
érudition.
M de l'Ozeillere, Allaire,
Procureur de l'Eglise de
S. Jean l'Evangeliste de Chateaugontier,
fit faire aussiun
Service dans son Eglise le
mesme Lundy. On avoit
dressé dans le Chanceau de
cette E<ilifc>une grande Salle
tendue d'un Crêpon parfènléi
de Chifres, couronnez de
larmes, qui formoient la
rrom de Marie-Thérese. La
Porte de cette Salle estoit ornée
de trois Cartouches. Celuy
du milieu faisoit voir une
Aigle, qui quitant le monde,
représenté par un Globe,
chargé de trois Fleurs- de-
Lys d'or, & senvolant dans
un Ciel ouvert, abandonnoit
un Aiglon qu'elle portoit sur
j^fes aîles dans les rayons d'un
Soleil pleurant. Ces mots estoient
autour du Cartouche,
Coram ipjo ministravi, pour
faire connoistrequ'en présence
mesme de Sa Majesté,
la Reyne avoit contribué de
tout son pouvoir par les bon
exemples, à l'éducation d
Monseigneur le Dauphin.L
sécond Cartouche, porto
pour -. couronnement
,
un
Teste deMort; & aux ce
tez, des Pendans d'oreilles
& des Pierreries, qui se chan
; geoient en Larmes & enOJ
femens. Au bas estoit un
Couronne Royale renversee
autour de laquelle on avoi
entrelassé quelques branche
deCyprès. Ces mots,Non
respexitin vanitates, faisoien
voir que les Pompes de la
Cour n'avoient jamais touché
l'Ame de cette Princesse.
Le dernier Cartouche représentoit
une Charité, dont les
mainslaissoient tomber de
l'argent. On y lisoit ces paf
rôles, Dispersit dedu Pauperibus.
Tout le monde sçait
combien la Reyne estoit libérale
pour les Pauvres. Dans
cette Salle, quioccupoit la
largeur& la hautcur delE
glise, il y avoit un Lit de Parade
sur lequel estoitun coeur
enflâmé
»
avec un Sceptre au
pied,le tout couvert d'une
Couronne voilée Les Flambeaux
de ire Hanche, qui
estoient disposez autour du
- Lit en fort grand nombre,
formoient quantité de Fleursde-
Lys, estantallumez.
-
Le mesme jour on sacqUital
du mesme devoir à
Joigny dans l'Eglise Prima-
Mr Nau, Prieur Claustral de
cette Eglise, ce lébra la Meuc.
Le Mausolée avoit douze ou
quatorze piçds d'élévation.
Le premier de Septembre
on fit aussi un Service solemnel
dans l'Eglise Collégiale
de Sainte Marthe de
Tarasconx. L'Oraison Funcbre
fut prononcée par le
R. P. Bonaventure de Breiiil^
Gardien des Freres Mineurs
Conventuels de S. François
de la mesme Ville, & tout
l'Auditoire en reçeut beaucoup
de Cuisfachon.
Comme on parle depuis
'longtemps des Flotes de
Dannemarck, & de Hollandeje
croy vous faire plaisir
de vous en envoyerle détail.
LISTE DES VAISSEAVX
VANOIS.
VAISSEAUX.
Christianus V.
Cuhy-printben.
Le Lyon de Norvegue.
LeCygne.
Le Prince George,
Le Mercure.
Mars,
; COMMANDANS. Canons. Hom.
NielsJuelamiral 84 600
General.
Chrestien Bielk, 74 500
2. Admiral.
Henry Span,3 84 500
Admiral.
Cornelis Wit,1. 64400
Vice-Admirai.
Joseph Hop,2. 80 -' 500
Vice-Admiral.
FrédéricGedde, 78 500 3.Vice-Admirdl-
André Dreger, 1. 74 500
Contre-Admirai
Anna Sophia.
Charlote Amélie.
: Le Dragên vert.
ChristianusIV.
FredericusIII.
ErnaWorme
Guldenleu.
NettelBlat.
LeNeptune.
UAnge.
ViBorid.
L'Eprévier de Suéde.
Delmenhort.
LeGref-volant.
: Billo, 2. ) 64 35°
Contre-Admiral.
Mathias $paufèn,,\ 64; 350
3. ContreAdmiral.
Reyer Pich. 66 400 ••••••*••••• 56 350
Pitcr Andric.,54» 350
François Bon. 50 300
Piter Carlfon. 50 300
Nils~Barforc. 52 300
Jean~Beniamin. 42 200
Henry Knaben 41 100
Harver.
Handie Haanson. 36 200
Michel de Fosse. 44.230
; Baga~Knultfcn. 44 130
GeorgesMajer.40, 200
, Wrangel Palais.
~O
jLa Syrene de Danemark.
Le Dragon Soldat.
~LefPadt.
Le~Marjvùn. *
Le Levraut.
LaFusée.
Le Paon.
Le Poijjon volant.
LeMaquereau.
Le ~Charilué.
Le Portefaix.
L'Espérance.
Il y a encore trois Brûlons.
Jeahn JeeansnJon.s- 36~V 180;
PiterLoiiiafren. 30 \150
Jean Brun. 30- 150
Loüis Cote. 30 200
GeorgesBarnes. 302.00
Jacob Gabriel. 16 ~V 90
Chrestien Pals. 18 90
Martin ~Pirericn. 16 90
Nicolas Gintal- 10 50
berge
Bis~Maflzet.< 10 50
Brûlots.
UnHollandois. 8 30
UnHollandois. 4 50
Un Danois.
2. 25
14818795
Quoy que cette Flote soit
tres-belle, le Roy de Dannemarck
estant Allié de celuy
de France, & ce dernier ne
faisant que des choies extraordinaires
pour ses Alliez,
comme la derniere Paix l'a
fait connoistre, Sa Majesté
a bien voulu grossirl'Armée
Navale de Dannemarck de
plusieurs Vaisseaux. Les
Commandans, sont
Mrle Marquis de Preüilly.
Lieutenant General.
MrGabaret,Chefd'Escadre.
Mrde Châteaurenaud,Chef
d'Escadre.
) MPanetier.
-
Mr du Magnou.
'< M de Montortié.
M Damblimont.
MrDesnots.
(
Mrde Langeron.
i.
Mrle Chevalier deRosmadec.
Mrde Machaut.
-- Mr de Méricourt.
Mr de Coëtlogon.
Ceux qui commandentles
Brulots,sont
Mrdu Rivau.
M'le Chevalier de la Borde.
Mrde Lonchamp.
MrBarbeau.
MrGratien. -
MrChamoreau.
Je ne vous parte point de
l'Equipage de ces
Vaisseaux.
Ils ont esté armez en France,
& c'eit tout dire. On ne
sçauroit exprimer la maniere
obligeante dont ilsontesté
reçeus en Dannemarck, &
l'honneur qu'on leur a fait.
Tous ces Commandans y
ont esté souvent régalez; &
Leurs MajestezDanoises voulurent
bien il y aquelque
temps, faire l'honneur à Mr
de Preiiilly d'aller souper à
son Bord. Il y eut une infinité
~bde coups de Mousquet & de
Canon tirez dans l'Escadre.
[Le Roy, & la Reyne ion
Epouse,descendirent en quelque
façon du rang où leur
grandeur les éleve, afin de
~lè rendre plus communicables,
& voulurent que ~Ms
de Preüilly, Gabaret, Châ-
~teaurenaud, & Déclufeaux
Intendant de l'Armée, fus-
~fent placez àtable avec eux.
Ce Monarque leur fit donner
à dîner le lendemain,
dans une de ses Maisons de
Plaisance à l'un des bouts de
~Copenhagucn. Mrle Comte,
de Roye y sut aussi convié.
Le Grand Maréchal fit les
honneurs du Régale, qui
fut ~lon:ptucux. La joye y
régna, & malgré le grand
nombre de Santez qui furent
~beuës, les François sortirent
de ce Repas, d'une manitre
qui fit voir que rien ne les
peut abatre.
Voicy un détail de l'Armée
Navale de Hollande.
VAISSEAUX HOLLANDOIS. '
Roterdam. ~Carioni.Hom.
LaLibrrtf. 84 jook
LéVifltdeGonwm* 46 j8Q\
LaVilledeRoterdam. 46 1S0
La Ville ~dVtrecht. 50 300
Hardervvick. 36 140
K,. Amsterdam.
La Hollande. 80 450
La Ville de Voërden. 72 400
Le Gedeon. 60 270
Le Passetemps. 54 130
Le Prince à cheval. 54 230
Les Lions. 50 130
Le Dôme d'Utrecht.
42 175
Le PetitGouda.
A2, xi%
~Jacrfuelt.
42 175 Zélande.
L•L'Is'lOederVaanlcgkeere.n6. o7i6?c45i°
~£4 viur de Gvef.
40 17$
LaVilledeDelft. 40 175
Nord Hollande.
La~Weftjiife. 80 45Q
La Nord-Hollande. 72 380
LeJupiter. 50 225
Le Mercure. 30 11S
Frise.
Le Prince Casimir. 80 450
La Ville de Groningue. 80 450
L1eL4aur4ier1. 46 1801 707$
Outre ces Vaisseaux, il y a encore;
six Galiotes de 16 à 22 ~Pieceiî
de Canon, & dix Brulots.
Le 12. du dernier mois,
Dom Alphonse, ~VL du nom,
Roy de Portugal, mourut
subitement d'apopléxie, au Château de Cintra, à sept
lieuës de Lisbonne. Ses Titres
étaient, Roy de Portugal
&des Algarbes, Duc de
Bragance, & de Barcellos,
Seigneur de la Guinée, de la
Navigation, Conquête, &
Commerce d'Ethiopie, d'Arabie,
de Perse, & des Indes.
Il était Fils de Jean IV. qui
fut rétably sur le Trône des
Roys ses Ancêtres,par le
consentement genéral des
Etats en 1640. & de Loïifc
de Guzman, Fille aînée du
Duc de Médina Sidonia, &
de Jeanne de Sandoval de
Lerme. Cette Princesse fut
quelques années egenre,
pendant la minoritéd'Alphonse
son Fils, qui nâquit
le 20. i^yuft 1643. & succeda
à la Couronne en 1656. Il
épousa le lyjuin 1666. Marie-
Elizabeth-Françoise de Sa- 1
voye, Fille puînée de Charles
Amédée de Savoye, Duc de
Nemours & d'Aumale, &
d'Elizabeth de Vendosme.
Madame Royale est la Soeur
aînée de cette Reyne. L'incapacité
de Dom Alphonse.
!àt
l'ayant fait interdire du Gouvernement
de, les Etats, il
fut donné à son Frere Dom
Pedro. Ce Prince qui pouvoit
déslors prendre la qualité
de Roy, ne voulut que
celle de Régent. Le Mariage rde D>om Alphonse fut dcé> -
clarénulle 24. Mars 1668. &,
ce Prince ayant été arrêté
à Lisbonne, fut conduit en
l'Isle de Tercere l'année suivante.
Dans cette même
année, Dom Pedro qui avoit
1 été déclaré Prince Régent,
épousa la Reyne sa Bellesoeur.
La Cerémonie de ce
Mariage se fit dans la Chapelle
du Château. de Lisbonne
la nuit du 18. au 29.
de Mars, avec le consentement
du Pape. L'Infante de
Portugal qui en est sortie,
naquit à Liibonne le 6. Janvier
1669. Le Roy Dom Alphonse
fut transferé de l'Isle
de Tercere au Château de
Cintra, parce que les Ennemis
de l'Etat avaient voulu
le faire enlever, dans le der..
sein d'exciter une guerre civile
dans le Royaume. ,(-•
Ilest temps, Madame, de
satisfaire vôtre curiosité sur
ce qui regarde les Algériens
Tous ceux qui ont commencé
à faire des Relations
de cette importanteExpédition,
les ont laissées imparfaites
; & quand jevous en
apprens aujourd'huy la fuite,
je croy pouvoir dire que ce
n'est que dans mes Lettres,
que l'on trouvera l'entier
[Journal de cette Campagne.
[Vous vous souvenezque dang.,
celle du mois d'Août, je
vous écrivis l'effet qu'avaient
fait nos Bombes jusqu'au 6.
du même mois. Je vous y
marquay que la nuit du ~31.
de Juillet,une Chaloupe que
commandait Mr de Choifeuil
,
Parent de celuy qui
avait cité tué quelques jours
auparavant, ayant eu ordre
de joindre celles qui gardaient
à veuë un Bâtiment
qu'on croyoit être Saletin,
estoit tombéeparmi les Chaloupes
d'Alger, sans qu'elle
se fût mise en défense, parce
qu'elle avait crû que c'étoient
les nostres. Je vous
écrivis encore que les Algériens
, enragez de voir que
l'on se fût hazardé à tirer de
jour, avoientcrû que ce dessein
n'avoit été pris que sur
quelque signaldonné par le
Pere le Vacher, Consul de
France; qu'aussi-tôt ils luy
avaient proposé la mort, ou
le changementdeReligion,
j,& que l'ayant veu obstiné à
refuser de se faire Maholllétan
,
ilsl'avaient tiré dans un
de leurs gros Canons. Personnen'a
expliqué sur quoy
ils fonderent le soupçon qui
fut cause de sa mort je vay
vous l'apprendre. Ce Pere
estoit à Alger depuis plusieurs
années,estimé des
Algériens, & regardé mefmç
1
comme un Homme def-intéressé.
Ses Domestiques
ayant du Lingeàfaire iècher,
l'étendirent sur sa Maison qui
était en Plateforme. Cela arriva
malheureusementun peu
avant que les François tirassent
des Bombes de jour,
pour la premiere fois dans la
Ville. La Canaille qui remarqua
ce Linge étendu, le
crutun signalquiavaitaverti
Mrdu Quesne, que ceux
que la peur des Bombeschassait
la nuit de la Ville, yétaient
rentrez. Comme elles 1
y firent un fort grand fracas, |
jugez1
jugez dequoy un Peuple
cruel estcapable contre celuy
à qui il impute un pareil
desordre. La vengeance qu'il
prit du Pere le Vacher, donna
lieu aux Séditieux & aux Insolens,
de mettre aussi des
Esclaves dans des Canons.
On n'auroit pas pris un si
barbare dessein dans une délibération
; mais rien ne se
faisait plus dans les formes.
Mézomortoétait dans les
premiers jours de sonRegne;
5c ce nouveau Roy mal affer-
DY) n'osait soppofer à l'emportement
d'un Peuple, dont
il était peut-être bien aise
de laisser satisfaire la fureur,
afin que pendant ce temps,
il ne songeât point à le troubler
dans sa dignité nouvelle.
Depuis, voyant qu'il n'y
avait plus moyen de parler
de Paix, sans qu'on dei-nanl,
dât raison des cruautez qu'il
avait souffert que l'on exerJ
çât,il a soûtenu soncaractcn
re, & mieux aimévoir ruiner,
la Ville
, que de permettre!
que l'on proposât aucun ac3
commodement. Quand on
s'en: mis une ro'" dans un
état, dont on ne ~sait p!us
raf- où se tirer,c'est l'ordinaire
des Ambitieux, d'agir,
gn désesperez. Voila comme
quelquefois un Hommeseul,
pour les intérêts particuliers,
peutruiner sa Patrie. Les
Algériens connaissent bien
qu'ils ne doivent plus atten-
~dre de grace,& c'est seule-
¡m,eent par les cruautez que
desespoir se peut soulager,
quand il s'e st sàisy du coeur
d'un Barbare.
Le 7. d'Août, la Mer é-
~ant entierement calme, les
~ept Galiotes se posterentde-
~ant la Ville si-tôt que4e
jour parut, & y jetterent
175. Bombes juiques à huit
heures du matin. La Mena-
çante se retira un peu avantles
autres, à cause de quelques
coups de Canon quelle reçeut,
qui luy faifoienc faire
beaucoup d'eau. Les Turcs
entirerent 950. LaBrûUnte%
l'Ardante, & la Cruelle, reprirent
leurs postes à trois
heures après midy, & tirerent
jusqu'au foir. Elles jet
terent encore deux cen|
Bombes, ausquelles les En
nemis répondirent de nou
veau par 750. coups de Ca
jnon, dont plusieurs estoient
sans bales. Ils vinrent le ma-
?
tin dans des Brigantins tirer
: de fort loin quelques coups
de Mousqueterie. Plusieurs jde11
ces Bombes porterent
fc
dans les Bateries du Mole,
&. dans le Port, ce que l'on
connut par la Hune d'un
.Vai£(cau que l'on vit tom- ber. Ce succés unit ceux
d'Alger dans une telle furie,
que dix François à qui ils of-
-frirent le Turban,ne l'ayant
pas voulu accepter,ils les
firent servir de Boulets à pareille un nombre de Canons
Un VaisseauAnglois, qui
sortit du Port le lendemain,
apporta une Lettre de Mr de
Choiseüil, par laquelle Mr
du Quesne apprit cette cruauté.
Illuy mandoit que si on
•
continuoit à jetter des Bombes,
on le tireroit le lendemain
comme les autres;qu'il
avoit esté attaché le jour précedent
pour estre tiré, mais
que le Capitaine de la Caravelle
prise par Mrle Chevalier
de Lhéry, voulant reconnoistre
l'honnesteté avec laquelle
on l'avoit renvoyé à
Babahassan sans nulle rançon,
avoir si bien fait, qu'il
uy avoit sàuvéjusques-là la
vie. On apprit encore par
quelques Esclaves qui s'échaperent
, que les Bombes
avoient fair par tout un si
grand desordre, que le ren-
'-ycriemène des Maisons ne
laissoit presque plus aucun
passage dans les Ruës; qu'il y
avoit diférensPartisses uns
pour la maniere de gouver- ner dde Babahoaffam -
,
les autres
pour celle de Mézomorto,
&que trente ou quarante
Hommes avaient esté
tuez pour cela; que ce dernier
témoignoit ne se mett~
pas en peine de l'Attaqu
des François, & qu'il pr
testoit tout haut qu'il ne vous
loit point d'accommode
ment. On ne doit pas s'e
tonner de cette fausse arro~
gance. Les Algériens son~
assez punis,& le triste éta~
où l'on a réduit leur Vill
les met dans un entier be
foin de la Paix-, mais Mézo
morto qui voit que s'ilsla
font à cause des Bombes ils
ne peuvent plus éviter leu~
perte, les faitrésoudre à sou~
frir les plus fâcheuses extre
mitez, plûtost quede s^c7
poser à estre traitez
dela
me(metbrce, par toutes les
autres Puissances, avec lei:
quelles illeur seroit desavantageux
d'avoir la Paix àla
fois, puis qu'ilsnesubsistent
-que par leur Pyrateries. Cependant
s'ils faisoientresléxion
sur le sujet de leur crainte,
ils la trouveroient assez
-mal fonàée, peu de Souverains
estant en pouvoir de
faire les excessivesdepenses
*jue le Roy soûtient pour les
réduire.
L'envie qu'on eut de retirer
M de Choiseüil des
mains de ces Infidelles, fit
que l'on tâcha d'en faire un
échangé avec un Officier
Turc que lesFrançoisavoient
pris, & qu'on sçavoit estre
fort consideré de Mezomorto.
On fit écrire cet Officier
Turc; mais il eut beau mander
à son Capitaine ( c'estoit
le Reys que Mr du Quesne
avoit rendu) qu'onle menaçoit
de le traiter, commeles
François estoient traitez à
Alger, & qu'il ne doutoin
point qu'on ne fust bien aise
de le renvoyer, si Mézomorto
vouloit consentir à
»rendre Mr de Choiseüil. Mézomorto
rejetta cette proposition
, disant fièrement
qu'il ne donneroit pas Mrde
Choiseüil pour tous les Turcs
quiestoient Esclaves;& le
Capitaine , forcé d'entrer
dans le caractere de ce Roy,
dontilluyfutimpossible de
rien obtenir, sir la Réponse
qui suit à cet Officier,
Mon cher Fils Derviche,
1 après vous avoirsalüé,si vous
demandez de mes nouvelles,sçache%
cjue je me porte bien. Fe
Jalhëaujjï Corchut Mehémit
/,(~f le Tripolin Aly
.-er tous ceux de la Religion de
MalJometJ nos Freres. Vouî
nous alJez mandé que les Insidellesvous
tirerontavec des Bombes.
Prenezgardedevons mettre
cela dans /~r/f~ naye^ pas
peur; ilsn'oseroient lefaire. Vous
avez dit dans vostreLettrey que
si l Infidelle qui nous l'a apportée
est caution, nous laissionsaller
l'autre. Mais comment le laiffèrions
nous aller? Peut il délivrer
tous nos Esclaves? Nous ne concevons
pas comment cela seront.
Cependant lors que j'ay sceu que
cet Infidelle qu'on nous demande
appartenoit au General qui nous
a pris
, me souvenant des bons
traitemens quej'ayreçeusde ltyt9
j'aypris ma teste entre mes mains
c'est à dire, j'aypris ma résolutions
&fuis allé dix foisde fuite baifer
les mains gjr les pieds deson
ExcellenceleDey, ensorte que
j'ay délivré cet Infidelle de lt
gueule du Canon, & jusqu'a
présent on luy a laissé la vie.
C'estpourquoyje vous prie,mon
Fils, de me faire sçavoir par
vostre Lettre, de quelle maniéré
l'entendent ces Infidelles
,
quelle
est leur intention,& à quoy ils
fontrefolus.Soye-% joyeux,Dieu
estgrand,&libéral.
-. Mrle Chevalier de Lhéry
répondit de ion colléàMr
de Choiseüil, & tâcha de le1
consoler, par le plaisir qu'il
devoit sentir d'avoir exposésa
vie pour le plus grand
Roy du monde,& par l'assurance
qu'illuy donna que
l'onvangeroit la n-ofr, siii
Mzomorto exécutoit ses
menaces. J'ayoublié de vous
dire, que dans le temps qu'-
on jettoit des Bombes le
jour que je viens de vous
marquer,MlaVarenne Aube,
Licuccnanr de la Galiore
hFulminante, y eut la jambej
lmfiupirortée, & que sept ou
Hommesyfurent tuez,
ou blessez.
Le 8. le Convoy des Vivres
n'arrivantpoint, & les Galeres
n'en ayant plus que
pour dix ou douze jours, Mr
le Chevalier de Noailles,
Lieutenant General, & les
autres Officiers Généraux des --
Galeres, en donnerent avis à
MrduQuesne. OntintConseil,
& il fut résolu qu'on les
envoyeroit à Yviceaudevant
de ce Convoy, pour revenir
avec luy, si elles le rencontroient,
ou pour retourner
en France, si elles ne le
rencontroient pas. Ainsi les
Galeres partirent ce mesme,
jour a minuit avec un petit
vent de terre.Mrle Duc de
Mortemar s'embarqua dessus,
accompagné de Mr de
laPorte.
Le 9. la Mer estant belle,
les Galiotes tirerent le marin:
225. Bombes, ôc les Ennemis
900. coups de Canon. Ils sortirent
de leur Port avec auetJ
ques Brigantins, & desChaloupes
armées, que lesFrançois
repousserent avec beaucoup
de vigueur. Il n'y ~eut
ce jour-là qu un Garde Marine
blessé dans une Chaloupe
du Prudent, commandée
par M' de la Barre. Le Convoy
des Vivres, escorté par
Mr de S. Mars, arriva le soir. Ilarriva aussi une Barque,
commandée par un Munitionnaire
des Galeres, qu'on
1 croyoit prise ou perdue. Elle
: avoit esté à Oran, & de là à
Alican d'où elle revenoit.
MrduQuesne renvoya sur le
champ cette Barqueaux Galeres
, avec ordre de revenir
incessamment.
Le 10. les Galiotesse placerent
à la pointe du jour, &
jetterent jusques à neuf heuj
res du matin environ go
Bombes. Les Ennemis ré
pondirent par 300. coups de
Canon;&apres qu'ils eurenj
fôcrifïé quelques François,ili
tournerent leur rage contrd
un Juif, qu'ils tirerent en li
place d'un boulet. Ce lui
ayant reçeu un souflet de
quelqu'un d'entre eux,~avoit
fait des
imprécationscontre
leur Ville,souhaitant que les
François l'abîmassent, &que
le Roy se rendit maistre cU
- tout leurPais.
Le 1les Galiotes se hallerent
deux heures avant le
jour, pour tirer des Bombes.
La Fulminante, qui estoit
le plus au Nord,avait tout
son Equipage, qui est cette
année de prés de soixante
Hommessur chaque Galiote,
comme je croy vous l'avoir
déja malade. Mrle Marquis
;
de la Breteche la commandoit
depuis la perte de Mrde
Chevigny son Capitaine, blef
- sé d'un coup de Canon, &
mort ensuite. La Chaloupe de Mr de Tourville estoit à
son Bord, commandée par
Mr de Languillet, Lieutenant.
M deBrucour,Lieutenant
de Mr leComte de
Sepville ion Frere, commandoit
quatre Chaloupes du
costé du Nord, pour escorter
& secourir les Galiotes que
les Turcs attaqueroienc; &
Mr de Chafteaumorand en
commandoit quatre au Sud.
LesEnnemis croyant profiter
du départ de nos Galeres,
pour enlever quelque Galiote,
s'avancerent aussi de
leur costé une heure avant le
jour dans une vieille Galere,
abandonnée depuis quelque.
emps, qu'ilsavoient fait raccommoder
depuis que l'aure
dont ils le iervoient, avoir
esté fracassée par nos Bomes.
Cette Galere estoit arnée
de cinq cens Hommes
:hoisis
,
-
& accompagnée
une Galiote, de trois BPÎgantins,&:
de douze Chaoupes,
qui portoient encore
?lus de trois cens Hommes.
LaFulminante, qui aperçcut
a Galere Turque, tira un
oup de Canon pour avertir.
Cette Galere se voyant déouverte,
vint aborder la Gar
iotepar son Avant, enfaisont
sa décharge de Mous
queterie;& dans le temps ~d
son abordage,tous les Ma
telots qui tenoient encan
l'Amarre, pour le paumer du
casté du Navire qui avoit si
Touë, se jetterentà la Mer
& quelques autres à leu
exemple. La GalioteTurque
qui devoit aborderde l'autre
costé, ne le fit pas,& le
Brigantins & Chaloupes s
contenterent de faire ~fe
avec leur Mousqueterie. M
de Brucour, qui commam
doit les quatre Chaloupes du
costé du Nord, accourut aIl
mesmeinstant, &: monta à
Bord de la Galiote, criant
aux autres Chaloupes de le
suivre, ce que firent MIs de la
Garde, des Granges, & Languillet,
avec plusieurs Gardes
Marines, quelques Grenadiers,
& des Volontaires. On
jetta un si grand nombre de
Grenades dans la Galere, que
les Turcs furent contraints
ddeistonger à la retraite. On qu'un seul Matelot en
jetta J.plus de 80. en se plantant
sur le Beaupré de la Galiote,
à la bouche des Mousquets
des Ennemis. Malgré
cette vigoureuse résistance
quelques-uns d'entr'eux sau
terent,
*
le Sabre à la main
- sur l'Avant de la Galiote, &
citant montez avec beau,
coup de resolution sur le
Chasteau de prouë,ils s'er
rendirent les maistres. Dans
cette confusion, MrGombaut,
Enseigne du S. Esprits
qui commandoit pour lors
en qualité de Lieutenant de:
la Galiote, estant en bas proj
che les Mortiers, mit si l
propos le feu dans l'un, quo
ceux qui ne sauterent pas
ec trej l'air, sevirentforcez derenj
trer dans leur Galere, & de
déborder au mesme moment.
Mr de la Guiche tira
un autre coup de Mortier
dans le temps que cette Galere
débordoit. On croit
qu'il y fit beaucoup de désordre.
Un Esclave Portugais
quiestoit dedans, &
qui se sauva le lendemain,
raporta qu'il y eut 44. Turcs,
& 8. Chrestiens de la Chiourme
tuez, & plusieurs blessez
des uns & des autres. Nous
y perdîmes Mr de Brucour,
qui reçeut deux coups de
Mousquet, dont il mourut
presque sans parler. On peut
dire qu'on luy doit la plus
grande partie de la gloire de
cette Attion. Elle pourroit
estre appellée une Conqueste,
puis que sans le secours
qu'il donna, la Galiote
ne pouvoit résister à la Galere
qui l'avoit abordée par
son Ancre, la plus grande
partie de son Equipage ayant 1
sauté à la Mer. Il estoit Frère
de Mrs de Sepville,dont l'aîné!
est Envoyé par le Roy vers
l'Empereur, &: l'autre Capitaine
Commandant d'un des ]
Vaisseaux de l'AnnéeNa- : ,J=.1
vale. Cette Famille cft connuë
de tout le monde. Mrle
Marquis de la Breteche reçeut
aussi deux coups de
Mousquet,l'un dans lecorps,
!& l'autre à l'épaule; il en
mourut quelques jours après
Mr Tauxier, & Mr Lange,
Volontaires sur laGaliote, &
Mr Dagoin, Volontaire sur le
Prudent, furent tuez. Mrle
Chevalier de Corberon, &
Mr de Penard
,
Volontaire
ur la Syrenne, eurent un bras
emporté. Mrle Marquis de
a Sablonniere eut une conusion
à l'estomach; &Mrle
ChevalierdeMarillac, Garde
de la Marine, reçeut un coup
de Mousquet au bras. Mr de
Boisjoly, Enseigne du Fleuron,
reçeut aussi un coup de
Mousquet au travers de la
cuiiTe, en allant avec sa Chaloupe
au secours de la Galiote.
MrServon, & MrBell
loGer, furent blessez d'uiî
cou p de Canon. Il y eutaussi
quelques Bombardiers tuez,
& une vingtaine de Soldat
ou Matelots tuez ou blessez
On ne peut douter de
bravoure de tous ces Messieurs,
apres de si glorieuse
-i
preuves. Mrs de Gombaut,
- Languillet, de Lamon,des
Grandes
,
de Boulainvilliers
& de la Garde
,
firent des
merveilles. Quantité d'autres
, ,. auroient eu part a cette
.Aétion, si elle eust duré un
peu plus longtemps, Tous
les Officiers de l'Armée y accoururent,
exceptéceuxqui
estoient dans desPostes qu'il
ne leur estoit pas permis d'abandonner;
& si les autres
Chaloupes qui estoient du
-sosié du Sud,eussent pu arriver
avant la fuite de la Galere,
il eust esté impossible
qu'elle se suit échapée. Cette
Attaque n' empescha pas
quenosGaliotes ne tirassent
160. Bombes dans la Ville, sitost
qu'il fut jour. Elle y répondit
par cent coups de Canon.
Le 12 on apprit par un Esclave
qui se sauva, que le
Capitaine de la Galere avoit.
esté banny du Royaume, &
celuy de la Galiote, cassé
pour n'avoir pas abordé en
mesme temps que la Galere;
& qu'un autre Turc, nommé
Aly, auquel les Bombes
avoient fait couler son Vais-
10
seau à fond, &: abatu sa Maison
, avoit demandé à commander
la Galere, en saisant
ferment sur l'Alcoran qu'il
perdroit lavie, ou qu'il pren-
,
droit une de nos Galiotes.
On travailla aussi tost à les
mettre hors d'état de pouvoir
estre insultées, & on
prit des mesures pour enlever
la Galere elle-mesme, si
elle osoit revenir à l'abordage.
D'ailleurs
, au lieu de
douze Chaloupes qu'on avoit
accoû1t\ui-né1 de mettre en
;e
Garde, on commença à en
: mettre trente, dont six estoient
à Canon, neuf àMortiers
, & les autres avec des
Pierriers à l'ordinaire,
Le 13. la Galere Turque
sortit, & s'alla ranger du
casté du Fort de Babahassam,
avec les Bastimens de sa
suite, maiselle n'osa venir à
Bord, & secontenta de faire
une fanfaronnade d'une tresbelle
salve de Mousqueterie,
& de son Canon, quoy que
hors de portée. Quelques
Chaloupes des Turcs se voulurent
avancer pour faire le
coup de Pistolet, mais elles
furent fort surprises, quand
1
celles des nostres sur lesquelles
on avoit fait monter
du Canonde quatre à six
livres de baies, s'estant détachées
un peu du gros, firent
joüer leur Artillerie,à
laquelle elles ne s'attendoient
pas, ce qui les fit fuir avec
grand deiordre. Mr le Chevalier
de Villars qui commandoit
ces Chaloupes, avoit
grande envie de suivre
mais il s'arresta à causede la
Galere qui s'avançoit pour
soûtenir les Brigantins Turcs.
Elleeut sa part de la canonnade,
&- quelques éclats de
ses Rames lefirent con.
noiftre- Le Canon de no:
Chaloupes fut tres-bien sèrs
vy, 5" quoy que cela neufj
duré qu'un moment, M M
Comte de Monros du Quel
ne, qui en commandoitune
tira jusques à sept coups.
Là
- jours suivans, la Galcreavél
les Chaloupes, &les Brigand
-.
tins, vint encore efcarmoui
cher, tantost les Galiotesdd
Sud que commandoit Ml
du Quesne-Mosnier, tantos
vers celles du Nord corhmandées
par Mr Gombaur
depuis la mort de Mrde
Breteche
; mais quelques efforts.
que fissent les Ennemis,
on les reduisit toujours
à prendre la fuite, & le nouveau
Reys de la Galere, malgré
leferment qu'il en avoit
rait3tâcha inutilemét de prendre
une Galiote. Pour leur épargner
la peine de ces fortes
d'escarmouches, onfit avancer
au Sud le Cheval Marin,
& le Laurier; & au Nord, le
Fleuron,.& l'Etoile, quiatteignant
deloin avec leur Canon
,leur firent perdre l'envie
de sortir du Port. J'ay oublié
devous dire que quand -
ces escarmouches se firent,
MrleChevalier de Tourville,
Mrle Marquis d'Amfreville,
& MrleChevalier de Lhéry,
vinrent dans leurs Canots le
meslerparmy nos Chaloupes,
pour les soûtenir.
Le 14. on jettaencore des
Bombes, & quatre Esclaves
qui se sauverent, donnerent
avis que les Ennemis avoient
dessein sur nos Bastimens de
charge, ce qui obligeaMr du
Quethea. les renforcer de
Soldats, & à les faire environner
de Vaisseaux de guerre,
avec ordre de faire bonne
garde la nuit, & de tenir
des Canons dans le haut
Bord de la Sainte Barbe, ÔC
de l'Arriere, & des Armes sur
leTillac.
Le 15.
le Flibot qui estoit
à la sortie de la Chaîne, &
qu'on avoit crû d'abord un
Saletin
,
appareilla & vint
avec un Pavillon Anglois
moüiller fous le vent des
! Navires de l'Armée. Il apt
partenoit à un Marchand
Anglois, & avoir rendu tous
les services possibles aux Es-
L claves qui avoient esté faits
Ifur nos Vaisseaux. liarépondu
de la rançon du Fils
de Mrle Président de Caillery,
qui estoit avec sa Soeur
Esclave de Mézomorto. Ille
fit sortir dans son Bastiment,>
& l'envoya en son Païs querir
- dix mille Ecus pour se racheter,
& douzemille pour sa
Soeur qui est encore à Alger. 1
Le Patron de ce Bastiment
apporta à Mrde Lhéry
,
une
Lettre de Mr de Choiseüil,
par laquelle il luy mandoit,
qu'on l'avoit attaché trois
fois à la bouche du Canon,
mais que le Capitaine Turc,
rendu par Mrdu Quesne, luy
veit sauvé la vie toutes les
trois fois aupéril de la sienne;
qu'il n'y avoitrien qu'il neust
tenté pourcela;qu'il s'estoit
toûjours mis à son costé à la
bouche du Canon, en disant
l^u'il vouloitmourir avec luy;
que ses prieres & ses protestations
devant Mézomorto,
n'ayant pû rien obtenir, il
estoit venu armé la derniere
fois , ik- menaçant tout le
monde
;
qu'il avoitdit que
sion vouloit avoir la vie de
cette OfficierFrançois, il fapouiitsqcoum'imleesntcoeript
ar lasienne,
résolu dela
défendre jufcma la derniere
goute de son fàng; que c'efi
toit la moindre choie qu'il
devoit aux bons traitemens
qu'il avoitreçeus, apres avoir
•
esté pris par Mr de Lhéry;
que quoy que personne n'eût
esté assez hardy pour luy
rien faire depuis ce temps-là,
c'estoit toûjours à recommencer,
parce qu'on s'opiniastroit
à le vouloit mettre
dans un Canon.
Une genérosité si bien
soûtenuë,estquelque chose
de singulier dans un Turc,
qui ayant l'ame barbare,semble
estre incapable de ces
sentimens. M de Choiseüil
prioitun Officier par la IneC
mesme Lettre, de donner
tout ce qu'il pourroit àun
Neveu de ce Capitaine, que
M de Lhéry avoit pris avec
son Oncle, & qui avoit esté
mis sur les Galeres lors qu'elles
estoient parties.
Le 16. nps Galiotes rirc.
rent environ 200. Bombes,
& les Ennemis autant de
coups de Canon. Il se sauva
ce jour-là cinq Esclaves Anglois&
Espanols,qui raporterent
que les Turcs estoient
entierement desunis, ce qui
avoir facilité leur évasion;
que Mézomorto avoit fait
tuer le Commandant du
Camp du Ponant, nommé
Thevégi; qu'ils estoient au
dcfcfpoir de n'avoir point
fait la Paix, qui ne se pouvoit
plus faire présentement
sans qu'on envoyast sa teste,
& qu'ils voyoient bien que
c'estoit par la crainte de la
perdre qu'il s'y oppofoit de
tout son pouvoir; que si le
Roy de France vouloit envoyer
vers eux tout autre
que M du Quesne, ils accorderoient
tout ce qu'il
demanderoit, espérant qu'il
auroit ordre de leur imposer
des conditions moins rigoureuses,
que celles quils
pouvoient attendre de ce
Genéral.
Le 17. les Galiotes jetterent
encore quantité de
Bombes dans la Ville, &
les Turcs tirerent sur elles
plus foiblement qu'ils n'avoient
accoûtumé, soit à
cause des Pieces démontées
dans leurs Bateries, soit à
cause de la grande lumiere
de leurs Canons, ce qui parut
par le feu de leurs amorces.
La Galere Turque, qui
estoit avec sa iuice au Sud de
Babahassam, détacha un Brigantin
& douze Chaloupes,
&: les envoya du costé du
Nord, escarmoucher les
Chaloupes de Garde, mais
comme leur Mousquet ne
venoit presque point jusqu'a
ces Chaloupes, on se con- 1
tenta de tirer quelques coups
de Canon, pour les obliger
à faire retraite. Il arriva sur
le soir une Tartane des Gakresque
M le Chevalier
deNoailles envoyoitàMr du
Quesne,pourluy mander
qu'il estoit à la Rade de
Poüillance en l'Isle de Majorque,
avec toutes les Galeres
; que l'on travailloit à
les faire espalmer, & à faire
de l'eau & du bois, & quelles
partiroient pour revenir au
premier temps favorable. Mr
du Quesne-Mosnier s'est fort
distinguédansson Employ,
pendant tout ee temps. Il a
reçeu plus de coups de Canon
luy seul que tous les autres,
& a eu une grosse corù
tusion, qui auroirt> obligé un
lèioaune moins brave <ju4
n'est, à garder le Lit; maisil
a négligé sa santépour ne
perdre aucune occasion de
se signaler, & il s'est toûs
jours trouvé debout dans sa
Galiote. Mr de Lhéry
-
a
pensé estre tué d'un coupde
Canon, qui donna dans son
Canot.
Le 18. à la pointe du jour
un Esclave Hollandois se
sauva d'Alger, & on feeud
par luy que Mézomort
avoitesté estropié d'un écla
de Bombe dans la Tour du
Fanal, & qu'il marchaitavec
des Bequilles; que plusieurs
Vaisseaux avoient estécoulez
bas, &que presque tous
estoient si incolnrnodez.)
qu'onne les soûtenoir plus
qu'à force de Pompes; que
tous les Reys avoient reproilié
à Mézomorto, que puis
qu'il agissoit envers les François
avec tant de cruauté,ils
ne pouvoient plus aller à la
Mer, parce qu'ilsseroient
trairez de la mesme sorte, &
que Mézomorto avoit répondu
qu'il faisoit cela ex:.
prés, afin de les obliger de
se défendre jusques à la mort,
lors qu'ils seroient attaquez
par les François. Cemesme
Esclave ajoûta, que le Camp
du Sud estoit arrivé, ce qui
produiroit bientost du changement,
sur tout quand le
Camp de Levant, qu'on attendoit
à toute heure seroit
arrivé; qu on ne doutoit
point qu'alors on ne coupait
la testeàMézomorto, qui
avoit fait mourir B.ib-ihadànl.,
pour s'emparerdequatre
millions en Sequins qui luy
apoartenoint, & que deux
EsclavesEspagnols luy avoient
indiquez afin
d'obtenir
leur liberté
; que leSj
Maures
Maures s'estoient attroupez
dans les Montagnes;qu'ils
disoienttouthaut, que quand
ils seroient réduitsàl'extré-
I-ULCJ ils viendroient piller
& le Trésor & la Ville, &
roient ensuite demeurer à
rltinis, ou à Tripoly; ô. que
déja laplûpart çrioient, qu'il
)lmft à Dieu de permettre
que le Roy de France chassât
es Turcs de leurs Terres,
& san rendistmaistresuivant
es anciennes Prophéties. La
laine qu'on a pour Mézonorto
est si generale, que
'il ie tire du pas où il cA.
il pourrapasser pour habile
Homme. Quelques jours
apres son election pour la
dignité de Roy, trois Freres,
Gens d'autorité, acompa-,
gnez de trois autres, cnrre-,J
prirent de l'assassiner, mais
ils furent soupçonnez en allant
chez luy. La Garde les
arresta à la Porte, & ayant
crié que c'estoient des Traîtres
à la Patrie, on les assomma.
Depuis ce temps on n'a
rien appris de ce qui s"est
tramé contre luy. Ce qui
peut beaucoup servir à luy
nuire ,c'est que dans les premiers
jours de sa Royauté , il
arriva à Alger un Chiaoux
du Grand-Seigneur
,
qui apportait
le Caretan à Babahassam,
de la part de Sa Hautesse.
L'ayant trouvé mort,
il s'en retourna, & ne voulut
point le donner à Mézomorto
quoy qu'il le luy eust
fait demander. On dit que
cela a fort consterné les Algériens
,
qui craignent que
le Grand-Seigneur ne soit
irrité de la mort de Babahassam.
Cafetan est une espece
de Manteau
Les Bombes ont ruiné
toute la Basse-Ville du costé
de Babaloüet, qui est le plus
beau Quartier.Lesdernieres
qu'on a tirées, ont cité de
celles quavoit apportées Mr
Bidaut, arrivé depuis peu de
temps. Tous ceux qui ont
esté dans la Ville, disent
qu'il y a des Maisons de
trente mille Ecus. On tient
que quatre de leurs Vaisseaux
font tout-à-fait hors
d'état d'estre relevez, &
qu'ainsi ils n'en pourront
faire iortir que quatre ou
cinq cet Hwer.
, ;rrto. ¡u;cz, Madame, combien
toutes les Puissances qui font
en guerre avec les Algériens,
font obligées à Sa Majesté,
qui depuis pres d'une année
tenant leurs Vaisseaux enfermez
dans leurs Port, lesa
empeschez toutl'Eté depyrater.
Combien de Prises leur
ont échapé,& combien d-£C
clavesqu'ils anroient pû faire!
Combien mesme s'en est-il
sauvé de toutes les Nations,
pendant le désordre quia regné
dans Alger! Je ne croy
point me tromper, en disant
qu'on ne sçauroit faire plus
de bien à la Chrestienté que
leRoy luy en a fait seul,&à ses
frais, en attaquant ces Corsaires.
Ils auroient esté ruinez
entièrement cette Campagne,
si des Gens craintifs,
ou plûtost jaloux de la gloire
de Sa Majesté, ne leureusfent
porté de la Poudre &
des Boulets, qu'ils sont venus
prendre dans des lieux
marquez. Le temps,& le
zele du Roy pour garantir
les Chrestiens des insultes
des Pyrates, en viendront à
bout. Il a déja fait plus que
Charles V. Le retour de la
Saisonfavorable, doit faire
trembler ceux qui viennent
de sentir combienla puissance
est redoutable. La Paix
que fit le fameux Ruiter avec
les Algériens, ne
-
produisit
aucun avantage aux Hollandois,
sinon qu'ils auroient
permission deracheter leurs
Esclavesàgrand prix, encore
ne leur rendit on que ceux
qu'on voulut, & qu'ils fourniroient
à ces Corsaires de la
Poudre & du Canon. On
n'auroit pas proposé une Paix
comme celle-là, à des François
qui vivent sous le RÉgne
de LouisLEGRAND. On
nous la demandent à genoux)
& on commençoit par nous
rendre tous nos esclaves sans
conditions. Il ne s'agit pas
de voir si elle est conclue ou
non; il faut examiner ce
qu'on a fait, & ce qu'on
peut faire, & considerer que
la Paix offerte, qui auroit
mis les autres Nations dans
le comble de la gloire, n'est.
toit pas, encore as-sez pour
nostre auguste Monarque.
Il y a déjà quelque temps
que nos Galeres sont de retour
en France, où nos Galiotes
viennent d'arriver, es.
cortées par Mr du Quesnele
Fils,& par Mr Delgoutes.
On a eu nouvelle que Mr,
Vilete,&Mrde S. Mars Colbert,&
Mr le Comte d'Estrées,
alloient desarmer en Ponant.
Le 9. de ce mois, l'Escadre
que commande Mr le Chevalier
de Lhéry, apres avoir
carené, partit de Toulon,avec
Mrs deSepville, &deBelleisle,
pour aller joindre devant
Alger Mrs Foran, Gravier,
& Bidaut. Ils y demeureront
une partie de l'Hiver,
après lequel temps d'autres
Vaisseaux iront prendre leur
place, ce qui donne beaucoup
d'inquiétude aux Algérions,
& les empesche de
faire sortir quelques Vaisseaux
qu'ils ont relevez
dont les Commandans , craignent
d'éprouver les mefines,
suplices, qu'ils ont fait loufrir
au Pere le Vacher, ainsi
qu'à plusieurs de nos Esclaves.
Si l'onavoir,esté aussi
barbare que ces Pyrates, on
n'auroit pas tardé si longtemps
à les traiter avec lai
mesme cruauté, puis que de.
puis les Esclaves qu'ils nous,
ont rendus, nous en ayonsi
toujours beaucoup plus eu
les leurs, qu'il ne leur en
estresté des noitres. Je vous ay marqué dans
Lettre de Septembre,
que le Lundy 6. du mesme
mois, l'Université de Paris
avoit esté à Fontainebleau,
faire fesComplimens decondoleance
à Sa Majesté. Les
Députez de ce Corps s'estant
rendus dans la grande Salle
des Gardes au nombre de
vingt, avec leurs Habits de
cerémonie, précédez de huit
Massiers, dont les Masses
estoient couvertes de Crèpea
Mr de Saintot, Maistre de
Cérémonies, les y vint pren
dre, & les conduisit dans
Cabinet du Roy. Ce Prince
qui nestoit point habillé,
cause de sa blessure, estos
environné de plusieurs Sei
gneurs, &deses principaux
Officiers, & vétu d'unegran
deRobe violete. Mr Taver
nier Recteur, porta la parole
eSn ces termes. IRE,
Le coup imprévu qui vient d*
nous enlever la plus grande &
plus vertueuse VrinceJJe de la Terre
ne laijfemt aucun tdoucijfemem à
illre dont' ur ,
si ,',OUj st U/VJjor~
vrt nii'("NdU. z qui ses h.iuUncr-
14, fjui sa.Jo', i.1 iiy lUit partie de
tTir( lonk si1 tout lejicn pré-
Kiimn.id.'ïtsirCn Nou) la coniÙu,;,
f, SIRE, comme un de ces
- J'l,lIJi,r Liuin, qui, Dieu 't'tut
'rOi <.?>\oytr sur la Terre de temps
i rePlps, pour do),ntr aux plus
tdht-,j ïyii*ces,&à leurs TlUp/,'s,
j marquesvisites de saprotittton%
* ucs xffityA,,cis infaillibles ae ses
i"j ~IhY eux, ~<& qu'il yappelle aussii-
kluj,tors qu'ils ont remply itur
nmtisrtee,râe,jeunifeinfallleasDreijioiitnitactrmeea[mhuer,
de
iuremlttre
dansleur premier
poi,cju"iLgoûtentjanstroubleà*
L'incomparableFrinccjfe, aDlllt.
pethuQU<: est aujourd'hui si doitfou*
reu/è)dVOit contribue infiniment à
assurer le repos de ce grand Etat, par
l'Allfttnceauguste dont vous l'hono-
Yafîes par la aix des Pyrénées que
V()U) donnastes à toute eutope, dr
dont lUtfUI tout-ensemble le gage &
leprix. Elle en affermit les tjjkrancespeu
detemps apresparlariaifsanceheureuse
de Monseigneur le
Dauphin
,
dont les suites pleines de
beneditfoonnepyometteni fÙ/IJ moins
à ce triomphantEmpire, quun bonheursansfin,&
une étenduesans
bornes. Ellesoûunoitparses VIE¡¡":
& par laforce de ses prieres, le brasi
puissant de V. M. dans t'exhutÍolll
de ses glorieuses entreprises, doritlesi
succéssurprenans font l%admiration*
detoute la Terre, mais le Cieln'a
pasjugénecessaire qu'ellefuîfvifiblk
lutlongtimpspour ul/trfr sur I.dÚ4
ïw ets fameux avantages. Il a
emply (es desirs; il l'a placée dans
lieu oùson aine s' élevoit une injiité
defois chaquejour, euplutost
elle s'y est retirée elle- mefmf par la,
vretdesestransportsVLYS le Ciel,
sis'ajouter une Couronne de gloire
cellequ'elle possedoit iiy avec V. M.
C'eflde ce sejour faunux,dr de tTfQnt de lumiere,quejettant coninutli
ment sur Vota des yLUX de
.*nA- sse
,
ûsurvosPeuples des rearas
uijfiftioh & de bonté, elle
\condera pu>jfrt>nurtt vos dessins,
f*injf>irera à vos Sujets de nouveaux
centimens de zele,ae joum-Jjionà*
e rcfpitt pour V. M. Nom nous
percevons déjà qu'ils s'augmentent
ans noscoeurs &nousvenonsd'en
prouver un sensible effets par la
fr Jtttt que les prenons~ttt~
rAltidem ainiéaipui peu dejom
à*F. M.nousacausée a îoui cm
qmfout(eu*toojlreconduite,âuftjtm
nom htnfiighdus rien avec ~tm
jJ'-llfpIÙaIÙilJ Ó:.. deJ&in qtte L*oil^
gation indifpenjalle oùilsfwtct
bien que nottoy aemployerleur* bieta
deverser leur sang, &' de
dottm
leurs vies pour la an/èrvMtiçn
(die de V. M. quintvs est luf*
pdw prêtieuse que toutes les nostre LeRoy,aveccetaird
LeRoy,avec cet air de
bonté qui luy estsinaturel
répondit qu'il estoit tres- fia
tissait de la part que cette
Compagnie prenoitaux~c
fts quile regardoient, cjgju
tconiervoittoujours beaucoupd'estime
pour elle, &
r qu'illuy feroit sentir les effets
de sa protection en toutes
rencontres. Ces Députez suf
rent ensuite conduits chez
Î Monseigneur 'le Dauphin, (auquel le mesme Mr Tavert
nier fit ce Compliment. M
ONSF'i'GNEVi?,
Ledon quelaReynefitaux Fran- çois,
lors que le Ciel voulut bien estre
\fécondé par Elle pour vous donner la
naijjknce, est quelque chose de trop fréticux pour n'en pas goûter la pjfi
fecfjffeiot a avec un plaijîrparfait. £#
'iuiy que la perte de ctte au
guste Princtffc nomsoit tres-jênjitlt,
nous nepouvons croire qu'avecpeine
que nous en soyonsprivez, tantque
nom avons le bien de voir revivre
en Vous toutes les grandes guilitez
qui l'ontfaitaimer de tous les Pew.
ples. Sa pieté qui efface celle
deF
Théodoses & des Constantins, si
grandeur d'ame égale à celle de
Henrys & des Charles
,
sa douant
bienfaisante semblable à celle de
Tites & des Antonins, si candeur
pareille à celle desi Couronne; tout
sela, MONSEIGNEUR, brille en rOtN, avec mille autres vertu4
dont le glorieuxassemblagefait voir]
que le Ciel vom a formépour efire\
avec justice l'unique Heritier de
Loüis le Grand, & de Marie-y
Théresed)Aufiriche.
Cesi dans la VCHC de toutesc
perfections, ~& dans la pensée des
biens dont elles sont unesource abondante
pournous, que nous poussons à
chaque momentdes voeux vers le
Ciel, pour luy demander la continuation
desessoinssur Vous &sur
vos Descendans, quifontaujourd'hui
nos plus cheres espérances, dl' qui
dans tous les temps à ver. irferont le
bonheur de nos Successeurs.
Voicy ce qu'il dit à l' Audience
de Madame la Dauphine.
MADAME,
L'augusteAlliance qui T/~
a fait entrer dans la FamtUt Royale
de France, nous consoled'autantplus
de la perte que noUl avonsfait
, q'se
vous nous retracez, d'une ma^ie<
toute éclatants les grand, s qUlllttZj
de la Reyne. Ses dvertw, dont vous
estes tHerÙÙre) jointes à mille autresperse
citonsperfinnellcs-,fonten
Vous une dispositionbien avantageuse
pour l'estre un jour de fia Dignitéavec
tout le méritequelle dewaude.
il en fautbeaucoup poursuccederà
Marie-Thérese d'Ausriche;
mais^ MADAME,quandon
adéjà la gloire d'avoir donné à
Loüis le Grand des slaccejfeurs., 1
qui en marchantsurfispas, puijjent
quelquejour gouverner sonEmpire,
j drfioiïtenir fia Couronne, on est bien
dignedeportersonSceptre.
£>ue le Ciel, htniffi cette belle
Poflerité}quil vous donne la joyey
~&anous la consolationdevoir ni'
tre hientofl deVous unifcondHéros>
pour la fittûfaftiên entiere de nostre
invincibleMonarque, & pour l'e-
Hxml assermissementdeses Etats.
f Le Mercredy 13. de ce
mois, la mesme Université
fit celébrer un Service solemnel
pour la Reyne
,
dans l'Eglise
du College Royal de
Navarre. Le jouren fut marqué
par un Mandement exprés,
que Mrle Recteur fit
afficher dans toutes les Places
de cette Ville. On avoit
dressé au milieu du Choeur
une très-belle Représentaion
sur une Estrade fort lar-
~e, & élevée sur quatre derrez.
Elle estoit ('un couverte Poële de Drap d'or,
livec un grand Daiz au dessus,
penduàla Voûte. Les
quatre costez du Daiz estoient
repliez & attachezau
haut des Piliers du Choeur
QuatreDevisesfaisoient ~l'of
nement des quatre Piliers c~
Lit Funebre.
La premiere estoit un
Lune dans ion plein, a
qui arrive lors qu'elle est dan
le plus grand éloignement
qui luy donne sa lumiere
Elle avoit ces motspourame
Quo magis abfcedit.
Laseconde, une Fleur
qu'on nomme Belle-de-nuit
qui tient sesfeüilles ressérrée
le jour, & ne les dévelopé
que pendant la nuit.Mediis
tlfCUJ explicat umbris.
r". La troisiéme
, un grand
Chefrie
,
qui apres avoirpousfé
tes racines bien avant dans
la terre, éleve ses branches
julques aux nuës. Tantum ad
fyderatendit.
k La quatriéme, une Flâme
qui s'envole en haut avec
d'autant plus de promptitude,
que la matiere dont
elle se nourrit est moins
terrestre
, Citius quo purior
ivolat.
Messieursdu Clergé, que
l'on avoit invitez à ce Ser
vice, s'estantrevétus de leur
Habits d'Eglise, dans rA.
partement de Mr Guischard
Maistre de ce College
, en
trerent en Corps, passerent
par la Nefau travers de deux
rangs de Crieurs, qui les &
lüerent au son de leurs Clochetes,&
furent conduits
dans des Sieges qui leur
avoient esté préparez du
costé de l'Evangile au dessous
du Célebrant. Ensuite vinrent
le Recteur, & les Facultez
les unes apres les autres,
precedées de leurs Officiers
cîcrs &Massiersen dcüll.%-au
bruit des mesmesClochetes.
Le Recteur prit la premiere
place à droite en entrant
dans le Choeur, & apres luy
les Docteurs , en Theologie,
& en Medecine. L'autre
cofté fut remply par les
Docteurs en Droit, & par
1 ceux des Arts. Les Bacheliers
estoient en bas sur des
Bancs, disposez pour eux de
part & d'autre, vis-à-vis de
leurs Facultez. A l'opposite
de Mrs les Prélats,estoient
plusieurs Personnes de qualité,
tantde Robe que d'Epée.
Lors que tout le monde
fut placé, M.1 l'Archevesque,
de Paris entra, précedé de
ses Assistans
,
des
Officiers
& du Hérault de l'Université.
Il s'habilla sur ion Estrades
& commença la Messe, qui
fut chantée par une excellente
Musique de laCompo
sition deMMignon, Maître
de Chant de l'Eglise de Paris.
Lors que l'on eut fait
l'Offerte, le R ecteur quita sa
place, & alla d'un bout du
Choeur à l'autre, précédé de
quatorze Massiers jusques à
la Chaire
,
d'où il prononce
-l'Eloge Funebre en Latin,
avec une entiere satisfaction
^de l'Assemblée. Apres avoir
déplore la perte que la France
venoit de faire, & qui pouvoite ne pouvoitessttrree éeggaalééeepar aucun
deüil, il représenta les
principales vertus de la Reyne,
dans sa soûmission aux
volontez de Dieu, en veuë
de l'excellence de cet Estre
Souverain, & dans sa conformité
aux ordres du Roy,
en veuë des perfections extraordinaires
de ce Prince.
La Cerémonie estant achevée,
Mr l'Archevesque traita
avec sa magnificence ordinaire
dans ion Palais Archiépiscopal
, ses Assistans, & les
1
Chefs des Compagnies qui
composentl'Université.
Le Lundy 20. du dernier
mois, la nlefme Cérémonie]
fut faite dans l'E^life de 3' Nostre Dame du Havre,
avec tout le zele,&toute la
pompe qu on pouvoit atten-l
dre dans une pareille occa
sion.Aumilieu du Choeur,
sur deux Gradins environnez
d'une Balustradecantonnée
de Testes de Mort, & de
Cassoletes,estoit placée une
Représentation, composée
d'un premier Corps ou Tombeau
-
,
à l'un des costez duquel
on voyoit la France, représentée
par une Femme
couchée négligemment, tenant
lePortrait de la Reyne
d'une -lnain, & s'appuyant
de l'autre sur une Cassolete
fumante, soûtenuë d'une
tcItc de Mort, avec ces
lm9tî Dolet olet, pour
faire connoistre que la douleur
que ressent la France de
la perte qu'elle a faite, est
moderée en quelque façon,
par la consolation dela bonne
odeur que nous laissent
apres la mort les rares vertus
de cette pieusePrincesse. De
l'autre costé, la Renommée
tenoit la Trompete d'une
main, & portoit l'autre sur
une Horloge de Sable, avec
ces paroles, Nulla te tcllns
filet, pour faire voir qu'il ne
reste apres la mort, représentée
par cetteHorloge qui
a paffé, que la seuleréputation
de la bonne ou mauvaisevie,&
qu'à l'égard de
laReynecette réputation est
si éclatante, qu'elle est connuë
dans le Cielaussibien que
sur la Terre. A l'un des bouts,
estoit une Coquille à Nacre
entr'ouvert,à lasuperficie de
laMer, s'ouvrant aux rayons
du Soleil, avec cette ame,
Exibitpulchrior;& sur l'autre
bout, il y avoitunPhénix,
se brûlant sur un Bucher aux
mefines rayons,avec ce
mot, Renovabitur, pour faire
entendre que la mort de la
Reyne n'estoit qu'un agréable
passage, & le renouveL
lement d'une vie plus heureuse,
& immortelle.
Ce premier Corps estoit
surmonté d'un autre moindre
en grandeur, de fîçnire
octogone ,en forme deVase
antique, femé de Fleursde
Lys d'or, qui estoit la Représentation
pour le Coeur de
cette Princesse. Ce moindre
Corps portoit le Carreau, la
Couronne, & les Sceptres
Royaux, avec ces paroles au
pied du Vase, Coronabitur,&
cor honorabitur.
- Ce Mausolée estoit couvert
d'un Daiz couronné,
soûtenu & cantonné par quatre
Figures, représentant les
quatre Vertus,qui faisoient le
plus parfait ornement. de sa
vie. La premiere, estoit la
Religion, avec ces deux
mots, Semper fortis, tenant
une Croix avec le Livre des
Evangiles. La seconde , 14
Charité, Semper ardens, tenant
une Corne d'abondance,
& ayant lenom duSauveur
du Monde à la poitrine
La troisiéme, la Prudence,
Semper eadem, tenant un Miroir
à l'antique, le manche
entortillé d'un Serpent;& la
quatrième, la Mansuétude,
Semper dulcis, tenant uneColombe
blanche. Ces quatre -
Figures soûtenoient de leur
autre main les coins d'un
riche Drap mortuaire, qui
couvroit le grand Corps dtM
TOinbeau, le petit estand
ctourveert d'sun C-répfonidenSoy.^j
Au dessous, & au milieu
de la Couronne du Daiz,
estoit la Figure de l'Ame
bienheureuse, qui représentoit
une grande Femme
coëfée proprement, mais
modestement de ses che.,'
veux. Elle avoit les yeux ôc
les mains tournées vers le
Ciel, un pied en l'air, &une
Couronne d'Immortelles sur
sa teste. Une Robe blan-
~cne seméedeFleurs-de Lys,
& d'Etoiles d'or, avec une
Cincuse & des Aîlesd'un
bleuceleste, saisoitsonHabillement.
Le Choeurestoit
orné de plusieurs Emblêmes,
le tout de l'invention de Mr
Morel, l'un des Echevins du
Havre, à qui on devoit tout
rordre deceDessein.Mrde
Clieu,Curé deNostre-Dame,
celébra laMesse yôc prononça
l'Oraison Funébre.
sa-y oublié de vous dire,
quelle fut prononcéeàJarnac
par le Pere Fulgence
Fontaine, Lecteur de Théologie
desRécolets de la Province
de Guyenne.Les bélier
choses qu'il dic surprirent {o.-
Auditoire, par le peu de
temps qu'il avoit eu à se pré- parer. Harsleur,seconde Ville du
Gouvernement du Havre,a
-
fait aussi éclater beaucoup
de magnificence dans le Service
qu'elle a fait faire. Vous
jugez bien,
connoissantle
zele de Mr de S. Aignan,
que ce Duc na pas épargné
ks foins, pour recommander
que l'on donnast tout
l'éclatpossible à cette lugubre
Pompe.
Le Vendredy 17. de Septembre,
on fit aussi un Service
avec beaucoup de falemnité
dans l'Eglise Collégiale
de Nostre- Dame du
Grand Andely. Le Pere du
Moncel Jesuite y prononça
l'Oraison Funebre, & prit ces
paroles de l'Ecclesiastique
pour Texte,Spiritu magno
vidit ultima fb' consolata est
lugentes in Sion. Le sujet de
son Discours fut que la vie
& la mort de la Reync
avoientesté une veuë continuelle
de ce quidevoit lum
arriver enquittantla terre,
Il fit voir dans sa diftribu
tion, que l'Esprit de Dieu luj
avoit fait heureusementco
duire à cette derniere fin l'u
sage qu'elle devoit faire d
avantages qu'elle avoit reçeus
de la Nature, les devoirs
de la Royauté,&l'obligation
de faire triompher la Religion
Catholique. Il donna
un tres-beau tour à chacun
de ces trois Points lesCorps ; & tous de la Ville, qui assisterent
à cette Cerémonie,
rendirent justice à^loftdo-,
quence.
Mr des Auzieres, Curéde
S. Sillainde Périgueux, a fait
paroistre sa reconnoissance,
pour l'honneur que Mr des
Auzieres son Frere a reçeu
d'avoir servy la Reyne,en
qualité de Valet de Chambre,
par un Service qu'il a
fait faire dans sa Paroisse,
avec la Musique de la Cathédrale.
M Doria, Docteur
en Theologie, y prononça
l'Oraison Funébre. L'appareil
de ce Service fut trouve
si beau pour laProvince, que lePrésidial,l'Election&le
Coniulat du Lieu, y assisterent
en Corps,bien qu'ils se
fussent déja trouvez à celuy
de Mr l'Evesque de Périgueux.
Une pareille magnificence
dans laquelle je n'entre
point, fait voir que le
zele pour cette grande Princesse
, a fait faire autant aux
Particuliers,que les grands
Corps faisoient autrefois.
Mr l'Evesque d'Angers a
fait faire aussi un Service solemnel
dans sa Cathédrale.
Le Présidial, la Maison de
Ville, l'Université
,
la Prevosté,
les Elûs, & les autres
Compagnies, s'y trouverent,
ayant à leur teste Md'Autichamp,
Lieutenant de Roy.
Ce Prelat officia en Habits
Pontificaux, & l'OraisonFunébre
fut prononcée avec
beaucoup de succéspar le
Pere du Vivier Benédictin,
de la Congrégation de Saint
Maur. Lors que le mesme
Service se fit dans la Cathédrale
de Soissons, Mr l'Evesque
qui officioit, fondit en
larmes en prononçant les
noms de Baptesme de la
Reyne, dans l'Oraison de la
Messe, ce qui luy fit faire
uneassez longue paufe avant
quede l'achever. On peut
connoistre par là, dequelle
douleur son coeur estoit penetré.
On a eu nouvelles que la
Reyne Mere d'Espagne s'estoit
évanoüye, en apprenant
la mort de cette Princesse.
J'oubliay la derniere fois
à vous apprendre celle de
Madame la Comtesse de Vézilly,
de l'illustre Maison de
Chastillon sur Marne, arrivée
en son Chasteau de Bouleuse
proche Rheims le premier
de l'autre mois. Elle estoit
la derniere de ce nom,
de la Branche des Seigneurs
de Marigny, séparée de celle
d'Argenton, lors que Charles
de Chastillon, Seigneur de
Marigny, descendu de Pere
en Fils du grand Gaucher de
Chastillon,Connestable de
France, & d'Isabeau de
Dreux,épousa Catherine
Chabot. Magdelaine de Châtillon,
dont je vous parle,
estoit Femme de Chriftophle
deConslans, Comte de Vézilly,
issu des anciens Comtes
de Conflans. Ils avoient
cfté mariez en iéiî. & elle
est morte dans sa 73,année.
Anne Marcel, Veuve de
Messire LoüisLesné, Seigneur
de la Margrie,Conseiller
-
d'Etat ordinaire, est
morte aussi.C'estoit une Dame
d'une trs-grande vertu. .- On a perdu dans le mesme
temps Messire Antoine de
Salagnat
:J
Marquis de la
Mote-Fenelon, Lieutenant
de Roy de la Marche. Tous
les Gens de bien, avec qui
avoit beaucoup de liaison, le
regretent fort. Comme il
n'avoit pas moins de valeur
que de pieté
,
il avoir estéen
Candie par le ieul desir de
servir contre les lnfidelles. Il
y perdit un Fils, & il ne luy
resta qu'une Fille, qu'il maria
à Mr le Marquis de Laval,
Frere deMadame la Duchesse
de Roquelaure.
J'ay encore à vous apprendre
la mort de deux Officiers.
L'un
,
est Mr de la Galissonniere;
& l'autre, Mr du
Jardin, Secretaire du Roy,
Beaufrere etc Mrle Camus,
Lieutenant Civil. Il avoit esté
Conseiller en la Cour des
Aydes,'.&- est mort âgé de
89. ans.
Mr de la Galissonniereestoit
d'une fort bonne Maison
de Bretagne, tres-habile
Homme, &aimant les belles
Lettres. Son nom deFamille
estoit Barin.
-
Il avoit elle fai
Conseiller detat au sortir de
lntendancès.
Les Carmelites ont fait de
leur costé une grande pert
en la personne de Mrde Bé
rulle, Abbé de Ponlevoy3
leur Supérieur. Mr TAbbt
Chanu leur a écrit pour le
eonfoler. On imprime si
-
Lettré. MrAbbédeBérull
estoit Docteur en Théol
gie, Neveu du Cardinal de
Bérulle,d'une ancienne Maison
de Champagne, & Homme
d'une grande pieté, &
ddi'nuaniere.modération extraor-
Il n'avoit jamais voulu
que la feule Abbaye de
Ponlevoy.
On vient aussi de me dire
que Mr de Bailleul, Capitaine
aux Gardes, est mort.
MrBénard de Rezé, apres
avoir passé par toutes' les
Charges de la Robe, a esté
fait Conseillier d'Etat Semestre,
& depuis peu Conseiller
d'Etat ordinaire. C'est un
Hommecapable des premiers
Emplois, & qui a toû
jours cfté diitingué par sa
capacité, & par ion exacti
tude à rendre justice à tou
le monde. Il a un Fils Con
seiller, & un autre Abbe
qu'on estime fort. Il a au
un Frere Concilier de la
Grand' Chambre, qui es
Conseiller d'Eglise, & are
fusé l'Evesché de Lavaur.
Mrde Fieubet, Chancelie
de la feuë Reyne, Homm
d'une égale réputation pour
la probité & pour l'esprit, a
esté fait Conseiller d'Etator
dinaire dans le mesme temps
Il sçait parfaitement les belles
Lettres, & a une senesse &
une délicatcffe dans l'esprit,
qui se trouvent rarement.
On a veu deluy des Vers
Latins & François, qui sont
admirables. Mr de Fieubet
son Pcre, estoit Trésorier de
l' Epargne. Il a un Frere
Maistre des Requestes. Madame
de Fieubet sa Femme
est cotinuellement employée
aux oeuvres de pieté, & dans
une grande réputation parmy
les véritables Dévots.
Les Charges de Conseiller
l'Etat Semestre qu'avoient
MrdeRezé & Mrde Fieuber,
ont este remplies par MrDaguesseau
,
& par Mr de Ribere.
Mr Daguesseau a esié Intendant
en Limousin
,
puis
en Guyenne, & en suite en
Languedoc, toujours regreté
quand il partoir, & souhaité
par tout pour le service du
Roy, & la consolation des
Peuples.
Mrde Ribere est Fils de
Mrle Lieutenant General de
Rion en Auvergne, & Gendre
de Mrle Premier Présidene.
C'est un fort bon Ra-j
pCorteur.iIlva estéiLlieu.tenant Mrle Comte d'AvauxAmbassadeur
Extraordinaire de
SaMajesté auprès des Etats
Généraux des Provinces Unies,
a esté fait aussi Conseiller
d'Etat en la place de
Mr de la Galiffonniere. Il a eu
la qualitédePlénipotentiaire
à la Paix de Nimégue,après
avoir esté Ambassadeur à
Venise., & il marchedignement
sur les traces de Mr
,
d'Avaux son Oncle.
Il y a eu trois Intendances
données, celle de Flandres,
à MrdeBréteuil, qui a exercé
longtemps l'intendance de
Picardie,& qui est Fils de
Mr de Bréteüil, Conseiller
d'Etat ordinaire, &: auparavant
Controlleur General des
Finances; celle de Picardie,
à Mr Chauvelin, dont je vous
ay parlé depuis peu- & celle
de Franche-Comté, à Mr de
la Fonds, fort eitimé de tous
ceux qui le connoissent,
qui a donné des marques
de sa probité en beaucoup
d'occasions.
Je ne vousdis rien de Mademoiselle
deVaillac, quia
ij
épousé Mrle Comte de Montaut.
Je vous connois si parfaitement
de ses Amies, & je
vous ay tant de fois entendu
parler de sa naissance, de la
vertu, de son esprit, & de toutes
ses belles qualitez, que
je suis persuadé que vous
sçavez mieux quemoy les
particularitez de ion Mariage.
On ne peut rien
ajoûter à la magnificence
& à la galanterie des Présens
de Nôce que le Marié
a faits.
Mr de Louvoys servant
toûjours le Roy avec uns
égalé activité dans les diférens
Emplois dont. Sa Majessé
le repoiè lui* ce Ministre.
M1 Magnin, dont vous avez
déjà veu tantd e beaux Ouvrages,
a (Üt pour luy le Sonnet
que je vous envoyé. C'est
une Allusion à la Devise de
ce grand Monarque, Nec
pluribusimpur.
POUR. MONSIEUR.
LE MARQUIS MDINEISLTOREUDV'EOTAYTS.,
.)
SONNET. DUnMinistreagissani,le
foi»W-'ori-ux
Doit fiiond-rlesjoins d.sJupremcs
Dmspig!oirefnprtme atnfi le Roy
des Cieux,
Pour agir an dehors, asis Intelligences.
ss- Un Monarque charge d'un Sceptre
glorieux,
Seul, ne scauroitfournir àses devoirs
immensre;,s.
IIfaut quepou/ tout :7-.'on, il emprunte
des }tIlX,
Et des bras,pours*étendreauxplus
'f)ajlcs distances.
Un Rty, plus élevé que tous les PO"
tCUtdtS,
Trouve d.r:j Louvoysseultous ces
yeux, tousres bras,
Laprompte âtfruitê, Ufagcjft profonde.
UnaffcmbUge heureux de talens
¡¡JOUIS;
EtjÎLOf"1Sfitffit à régirplus d'un
Monde,
Quelle gloire à Louvoys desuffire àLOVIS?
MrFoscarini, Ambassadeur
de Venise, eut son Audience
de congé le 20. du dernier
mois.Il parla au Roy de la
mort de la Reyne, & de la
chûte de Sa Majesté, dans
son Compliment, &il le fit
avec tant de grace, qu'il fut
généralement applaudy. Le
Roy, qui l'a fait Chevalier de
l'Accollade, selon l'ancien
usagepratiqué par nos Roys,
à l'égard de tous les Ambassadeurs
de Venise qui partent
de France, luy a donné des
témoignages particuliers d'estime
& de satisfaction de fôri
Ministere, qui a esté plus
lojag que decoûtume, cet
Ambassadeur ayant demeure
icy quatre ans. On ne fçaui
roit assez dire avec combien
d'éclat & de réputation il x
toujours soûtenu son caraî
ctere. Il se11 attiré l'affedtion
de tout le monde, par des
manieres extrêmement en
gageantes, &afait voir beaucoup
de sagesse, de prudence,
& de pénétration dans des
Affaires épineuses,&dans des
conjonctures délicates.
*
Le Mcrcredy 20. de ce
mois, les Capucins de la Pro-j
vince de Paris tinrent leur
Chapitre Provincial dans le
Grand Convent de la Ruë
6. Honoré, où le R. P. Loüis
de Jully,Définiteur General
de son Ordre, fut éleu Provincial
pour la seconde fois.
pres sa premiers élection,
Il fut obligé d'aller à Rome
au Chapitre General qui se
tint en 1678. Son grand mérite
s'y estant fait distinguer,
Il fut choisy pour la Charge
le Définiteur General de son
Ordre. On peut dire que
dans toutes ces élections son
illustrenaissance, & sa profonde
doctrine, n'ont pas
esté lesseuls motifs qui ont
-
fait jetter les yeux sur luy
mais ses vertus, ion humilité
sa pieté toute édifiante, & soi
zele ardent & infatigabl
pour le bien de ses Freres
Aussi a-til toujours esté élevé
à ces diférentes Charges avec
l'applaudissement &: la jov
parfaite de tous ses Reli
gieux.
La Lettre qui fuit, vous
plaira par sa matiere. Vou
aimez les Tableaux, & plu
encore, ce qui regarde la
gloire du Roy. Vous y trouverez
dequoy estre satisfaite
sur ces deux Articles. Sa date
vous fait connoistre qu'il y a
éja quelque temps que je
ay reçeuë.
A Rome ce 21.Juin 1683.
DAns la Relation que je
vous envoyay l'annéepase
des Rejoüissances que l'en fit
y pour la Naissance de Monigneur
le Duc de Bourgogne,
"UoUi marquayparticulièrement
lles de Ad"de la Chausse,Agent
feu Mrle Cardinal de Retz.
n trouve dans tout ce qu'il 4 itquelque chose departiculier,
& qui découvre la délicatesse d
son esprit, & c'est pourcela que
je veuxvousfaire part de ce qui
afait depuisquelquesjours. C'est
une ancienne coutume à Rome
d'exposer des Tableaux à certai
nes Festes, soit poury attirer un
plus grand concours de Peuple
soit poursatisfaire le rgouft de
Curieux, ou pour exciter la Jeu
nesseautravail, en luyfaisan
voir les Ouvrages des grand
Hommes. Ceuxquifont chargeo:.
dusoin de ces Festes, emprunten
pour cet effet un grand nombre d
Tableaux des meilleurs Peintre#
desorte quesi l'on doit,lasatisfa
Bion que l'on y trouve au soin
de quelque Particulier, on peut
dire que tout le Public y contribue.
Mr de la Chausse s'est'tJoulu
léupyarfgenuelr3cet embarras, enfaisant
ce queplusieursPersonnes
auraienteu de lapeine àfaire
ensemble. Ce fut le jour qu'on
celebreleMystere de la Trinité,
qu'ayantfaittapisser le Cloistre
des Peres Minimes de la Trinité
du A4ont} ily fit porterplus de
cent cinquante Tableaux deson
Cabinet, ornez, de riches Bordures,
peints par les plus excellens
Afaiflres. Vous en conviendrez
lors que njousfçaurez qu'il
y en avoit un du Titien, représentant
la Sainte Famille.
Vn d'Annibal Carache.
Vn êHAugHjlini Carache.
Vn du vieuxBassan.
Vn du Lanfranque.
Trois de l'Albane.
Vn d'AndréCamaséo.
Vn du Guarchin.
Quatre de Mole.
Vn du Masteletti.
Vn de Pietro de Cortone.
Vn d'Aléxandre Véronese.
Vn de Cornelio Satira.
Deux du Bourguignon.
Vne BatailleduJesuiste.
Vn du Brandi.
SrptdsCarloAfoeratte,entre
lesquels
~on p:ut dire o^ny ca
avoit trois c\'tïfont des L'!>(-
d'æu1Jrrs;
jç.i\oir3
un M,;n.::"'
e
de Sainte Catherine, que plusieurs
Sçavans auroient pris pour Uri.
desplus beaux Tableaux de Paul
Véronese, sila t"'Jivacité des couleurs
rieutffaitconnoistre qu'il ejf
peint depuis peu d'années. Le
second représente une Vierge qui CI> enseigne à lire au petit
},:su!'.
Le coloris,ladisposition, la force
du dessein, & la grace ,
se font
également distinguerdans ce T.!,-
bleau, & semblent si vouloir
dijpiter la préference. Le troi*
siéme fIlle Portrait de Mr de
laChausse surune Toille de cinq
palmes, st) large de quatre. On
ne peut assiz faire l'éloge de ce
Tableau; il suffit de dire que le
St CarloMaratta a voulufaire
voir que l'Artpeut en quelque
façon arriver à la verité du na-
< turel-
Six de Filippo Laori.
Un Païsagedefeu ClaudeLo
rain.
Deux du Bolognese.
Six Païsages de Gafparo
POMfFn.
UndeMichelange des Batailles.
Un du Bambocce.
Plusieurs Persp:cliucs3 &Païftçes
avec des Figures, de Michelange
des "Batailles,&de
Filippo Laori.
UneGuirlande de Fleurs, de
Mario de Fiori.
Quatre de feu Mr Bodeson-
Septgrands Tableaux, représentant
des Animaux vivans &
morts, peints par le Sr David de
Coeninch, Flamand. C'est un
des plus habilesHommes qu'ily
ait jamais eu en ce genre.
Plusieurs autres Tableaux de
Batailles, de Pttîfâgu) de Perfteflives,
de Fleurs & de Fruits,
que je nemarque pointicy, pour
n'estrepas ennuyeux.
"un Cabinet remply d'aussi
beaux Tableaux
, que celuy de
Mr de la Chausse, rJ1 une marque
assurée deson bon goHfî; mais
cen'esloit pas 1.CZ pourluy -ta.
njcirdonné cette satisfaction au
Public. Lafidelitépleinedezele
qu'il a pourson Roy, ne luy permettoit
pas d'en demeurer
-
la,
&c'est pourcesujetqu'ilfitpeindre
trois grands Tableaux chargez
de Devises,qu'ilplaçadans 1
les trois costez du Cloistre. |
Celuy du milieu, qui estoitle
plusgrand,efioit orne de huit
C<~~c~,~f de cette Inscription
au milieu.
R!:Gl OPT. MAX.
Sov^vi: îiivitl.), ¡:";I\,..::r ei'i;nnphcîiî i
LU1)OV!CO M AGNO
ORBIS iJACATOR1,
ET BENEFACTORI.
Audejlts essai"pein.-un Soleil,
avecces paroles, Omnia ab illo.
Tous les Biens dontn.nsjSùfflns)
du nombre desquels (It la
Paix
,
sont des Présens du Roy
Au d jJJtu de IltfènptlOn) efi
toitpeint le mesme Soleil
, avec
ces autres paroles. Qni fine
illo. Toute la Terre cjl 4s
persuadée qu'on ne peut rien catreprendre
de glorieux,sans le
[ecours de Sa Majesté.
Dans le troisiéme Cartouche,
tftoitrepréfentE cet Astre de Lumière
dans un Cielserain. Ces
mots estoi ent autour, Tranquillitas
temporum. C e/l aux
bOYJtez de Sa Majesté que toute
l'Europe doitson repos.
Dans le quatriéme, on remarqduoiit
le Soleil parcourant le Zo- , avec ces paroles, Indefessus
agit.Les plus grandes ftïvues ne sont pas capables dayv.
refier le Roy, lo*s qu'il s'agit de
sa gloire
, & du bien de ses
Sujets,
Onvoyoitdans lecinquième,un
Soleil avec un Globe terrestre au
dessous.Cesmots estoientau dersus,
Ex le cuncta videt. La vigilance
du Roy, qui ne luypermet
pas desereposersur jes Sujets du
poids desa Couronne, en est une
preuve convainquante.
La sixiéme
,
representoit ce
mesme AjlfeJ qui par ses influences
&sonfavorable aspect,faisoitcroistrequantité
de Fleurs @r
de Plantes sur la Terre On lisoit
ces Parolesautour,Non fibi,
fed nobis. Nous éprouvons a
PZ que le Roy travaille moins
pour luy, quepourle bonheur de
ses Peuples.
-
,
DanS la septiéme,estoit peint
unSalcil levant, dont lr-srayoilt
Jffipojcl't. d'iïbôÀà une grande
'(jUantité>de nüages. Ces motsestoient-
défias,Venir, vidit, vi-
.cit. Ld. Conejvefte de la Holla,,
de en deuxmots de temps,fait
assiz connoistre que la présence
du Roy peuttout, & que et*paroles
luy-convimiroten? mieux
quà cet ancienRotain^fîsa
mode(lie pouvwrles soufrir.
Onvovoii danslahuitième ce
tnefne Soleily perçantde- fès
rayons les nti-^s les plusépais,
qui fdnblo'rirvaloir SotJporer
àluy. On ilioi,,cesparoles, Nil
illi
illiimpervium. Sa Majestéa
des lumieres qui luyfont connoistre
toutes lesentreprisedeses
Ennemis, & non
seulement il
trouve moyen de les dtjjîper>mak
il en scaitprofiterparsaprudence,
(tJ parfoncourage.
LesecondTableauestoitcharge
de cinq Cartouches, un au
milieu, &les autres auxquatre
coins.
Dans celle du WJiliru, onvoyoit
un Soleil,&un Olivierau dessus,
à l'ombre duquel reposoient un
Aigle & un Lion. Cesparoles
estoient autour, Tutos ded
esse sub umbra. La Paix qui
le Roy a donnée à ses Ennemis>
ejdoitseule capable de les mettre
en t: seûreté.
': La seconde représentoit une
Lunedansun Qrelferain$arvec
ces mots ,
Tranquillum post
fulminatcmpus. Onefiajfe%
persuadé que les peines dela R yney
n'ont pas peu contribué à Ils
Paix dont nousjou'Jfons.
On remarquoit dans la troisième
un Aigle regardant fixementleSoleil.
Cesparoles estoient
AU dessus, Sustinet immotis
.ocuhs. Quel autre, que MonÇctgneur3
peut soûtenirl'éclat,
Ci la majestéd'unsigrandRoy
La quatrièmeestoitfaite pour
AdadAme la Dauphine, st) représentoit
un Arbre chargé de
Fleurs, avec ces mots, Novos
in tempora fructus. Cette Devisemarque
les voeux de tous les
François, qui attendent avecmè
loüable impatience les nouveaux
Fruits queJa grossesse leur saiç
tftérer.
La derniere faisoit voir un
petitAiglon, qui à l'imitation de tAigle, commençoit à s'accoûtumer
àlasplendeurdu Soleil.On
lisoit ces parolesautour,Juvenis
sequiturvestigiaPatris. Nous
nedevonspasattendre autre chofi
deMonseigneurle DueAs Bout. lune.
Le troisiémeTableau conte*
noit quatre Devises. Dans It
milieu du Tableau estoitune
grande Cartouche, où l'onvoyoit
unTrophéede Couronnes,deChapeaux
de Cardinal, de Mitres,
de Croix du S. Esprit,deCanons,
de *Bajlons de Maréchaux de
France,&d'Ancres,quisont
les Dignité^ qu'a possedées, dr
Isit possedeencore aujourd'hui
l'j/luftre Maisond'Estrées. Les
Armesde cette grande Famille
ejloient audejjtis* avec ces parties,
Çkro cum sanguine
virtus. ct" nejl pas feulementlà
naissance qui amis tant de digftL
tez & d'honneurs dans iet#
Maison; la vertu dont tous M
grands Hommes qui ensontforiïs,
ontf.tity&fontencôreaUjouÂ
d'huy profession, fait connoistre,
qu' en France particulierementfout-
unRegne auJ/i
éclairé que celuy de Loüis Llf"
GRAND, les honneurs& les dï±
gvnitezesontrla rétcomupense.de U;'
La premiere Devifereprefenl
toitun Soleil,& un Chapeau
de Cardinal au JtjJsu, Ces pal
rslcs ejloient autour, Tegit il
,
lu stratus. Cesparoles se font
fjpZ entendre d'elles-mesmes. Si
A41 le Cardinal d'Estrées a tfi;
honorédu Cardinalat,cette Eminence
rend du moins autant de
Infère au Chapeau,qu'elle en
reçoit,
Lasecondefaisoitvoir un Cie1'4
étoile, avec ces mots au dessus,
Sapiens dominabitur illis. La
prudencede M1leDucd'EJlréesy
Ambajjadeur de Sa Majesté en
cette Cour, a bienfaitvoirpendant
le Pontificat passé, que le
Sageferatoujours au dcjJUI des
Aftm.
La troisiéme&laquatriéme,
estoient pour Mr le Maréchal
d'Estrées. Dans lapremiere estoit
un Vaisseau de France, dont
toutes les Voiles enflées par le
vent ,
luy faisoientcingler la
Mer avec rapidité.Ces mots
estoient autour, Nusquam meta
mihi.CeGénéral afait ajfe%
connoistre parsavaleur,que les
Vaisseauxde Sa Majestépassent
facilementd'uneMeràl'autre,&
ne trouventpasmesme de bornes
dans le Nouveau-Monde.
La secondereprésentoit un
Foudre quitomboit danslaMer,
avec cesparoles, Terret utrumque.
LesMers des deux Mondesàfit
éprouvé le courage,dl
t!'Jm. tr,é.pJdtédeCeMaréc/'hhal1.
C'est le Neptune de la France,
& pour tout dire, le digne Frere
de Mr le Cardinal,&de Ai*
le Duc d'Estrées.
Tout ce qu'ily a de Curieux
à Rome, se trouverent à cette
fejle.M LeCardinald'Estrées,
crAl ljfmbtjJadeurJ*honorèrent
deleurprésence, commeplusieurs
autres Cardinaux, Princes,
Prélats,& Cavaliers. La disposition
des Tableaux , &lebon
gouss, n'yfurentpas moins AJmirek
que la quantité; & l'on
avoitpeine acroire, qu'uneseule
Persornne enfl pû fournir "fff':(.
de Table-tsix, pouren rempliram
si grand Cloistre,sans en empPrruunntetrerà,
ad'attira. Je suis
Quoy que les- anciens
Noelssoient communs, parce
que l'Eglise nous les taie,
entendre tous les ans pendant
le temps de l'Avent,
Mr Gigault, Organiste de
S. Nicolas des Champs, a.
trouvé moyen de leur donner
un tour particulier qui
les renouvelle,& qui les
rend tres- agreables à estre
touchez, non feukmcm sur
Forgue,ôdeGlaveilin, maisausti
sur les Violes, Violons,
te Flustes. La Planche que
je vous envoye, vous en fera
voir un pour modelle. Il est
nouveau, & n'apointencore
paru. Ce Noël estant le premier
de ceux sur lequel tant
deMaistres deMusique ont
travaillé,vous le voyezneantmoins
avec un accompagnement
nouveau&particulier,
ce qui peut donnerenvie aux
Sçavans en Musique de le
toucher. Comme il peut se
faire entendre à deux & trois
^dla/Vtmu
¿%d.
a2.
J)curty £j.
Parties sur l'Orgue, le Clavediti,
laHarpe,la Viole, la
Flûte, & turlc Violon, l'Aut'h
theeuurr de ce Noeël y aa. trrraa.-.
vaillé) afin que chacun piJll
se satisfaire selon son goust.
Il vend un Livre,oùtousles
autres Noëls font,& dans
lequel on les trouvera diverfifiez
de plusieurs manieres.
Il en fait un autre d'Orgue,
qu'il mettra dans peuau
jour.
Mr de Seve, Sr de Gomerville,
qui a esté Capitaine au
Régiment des Gardes,aépoufé
depuis peu Mademoitelle
de Bernage,de la Familles
des de Bernage, Seigneurs
de Maurepas, originaire de
Flandre. Feu Messire Louise
de Bernage ,Aumônierdu
Roy ,':& ensuite Evesque de
©-/ace, estoit de cette Fa-f
mule. Mrde Betnage reçeu
en 1643, Concilier auGrand
Go1Ïkil,cnc:tau ssi.Elleest
alliée aux Chevalier, le Pi-
Gare> le Maçon-de-Bucy en
Bourgogne, duVoyer-d'Argenson,
le Gras, Hémanddu
Perron, le Tonnelier de Breïeiiil,
& porte J?acede gueules,
<âr d'or, desixPieces. 'r :
Mrde SevedeGomerville
a deux Freres. Son aîné est
Guillaume de Seve,St de
Chastillon-le-Roy,Premier
Président au Parlement de
Metz, &auparavantMaistre
desRe uestes,Intendantde
Justice en Guyenne& Languedoc,
quia épouÍcAnne
le Clerc deLesseville, Soeur
deNicolas leClerc deLesse-
»iille, Président en laCinquiéme
des Enquestes, &
Fille de feu Nicolas le Clerc
de Lesseville
,
Maistre des
Comptes,& deMarie deSuramond,
à présentsaVeuve.
L'autre Frere cil:i Guy ":de!
Seve de Rochechoüart,Evesque.
d'Arras, Président ne
dès-Etats d'Artois, Abbéde
S. Michel en Tiérache. Leur
Soeur estoitClaudeFrançoise
de Seve,Femme de Henry
, .Testude Balincourt, Con-|
:seiller auGrand Conseil.Ils
ibntFils de feu Aléxandre de
.,Çcve, Seigneur deChan- ]
rignonville, Conseillerau
-Grand Conseil,puisMaistre
desRequestes , Prevost des
Marchands de laVillede Pa-g
-ris pendant huit années;en
,fuite Conseillerd'Etats.&*iï
- *
ConseilRoyaldesFinances,
qui a rendu des services sidérables con- à l'Etat. Madame
de Seve leur Mcre, estoit
Magdeleine de Rochechoüart,
Dame de ChaitiL
lon- e-Roy ,de l'illustreMaisonde
l\.ocbe.hoü ~rt. Leur
Ayeul, Guillaume de Seve,
StdeS. Julien, avoit épousé
Catherine Catin, Fille de
Jean Catin, Stde Plorard, &
& de Catherine de Rochefort,
descenduë desChartier
d'Alainville,& des Fondateurs
de la Maison & Col-
IcgedeBoluyà Paris,alliée
aux de Mégrigny-Vandeuvre,
Moléde Champlatreux,
de Montholon , Baillet de
Vaugregnan, deLongueil-
Maisons, de Belleforiere-
Soyecourt,Chassebras du
Breau, le Doux de Melleville,
de Sainctes,de Bra-.
gelongne, &c. Pierre de
Seve, Sr de Montely,leur
Bisayeul, avoit pris pour
Femme Marguerite Camus,
de la Famille desCamus, Seigneurs
de pontcarré, du Perron/
teBagno!s,ôe deS. Boâ--
net,dont il ya eu des Intendans
des Finances,Cônfeillers
d'Etat,Maistresdes Requestes,
Conseillers au Par,..
lement, & autres Compagnies
Supérieures,& dont
citoic Jean-Pierre Camus,
Evesque du Bellay, qui a
donné au Publicun si grand
nombre d'Ouvrages.
La Famille des de Seve est
originaire d'Italie, & porte
Facé d'or v de sa,1A's de dix
Pieces^ àlaBordure componée
de l'unenl'autre. Elle a diférentesBranches,
dont l'une
qui est établie à Lyon, ya donné plusieurs Lieutenans
Genéraux, & Préfidcii* au
Parlement de Dombes. Celles
des de Seve, Seigneurs
d'Aubeville
,
Fromentes, la
Forest, & Stainville, ont donné
plusieurs Maistres desRequestes,
Conseillers au Parlement
de Paris, & un Pré--
mier Président de la Cour
des Aydes.
Feu Jean de Seve, St do
Plotard, Président en la Cour
des Aydes
,
Frere aîné de
Guillaume de Seve, Conseiller
au Conseil Royal,
avoit épouséRenée de Guénegaud,
dontest venuë une
Fille unique Claude de Seve; |
Femme d'Antoine Girard,
St de Villetaneuse, Procureur
General au Grand Conkil.
Claude de Seve, Soeur
du mesme Guillaume de
Seve Conseiller au Conseil
Royal, avoit estémariée à
Loüis Tronson, Secretaire
du Cabinet du Roy. De ce
Mariage sont sortis Charles
Tronson,morten1682.Conseiller
de la GrandChambre;
Guillaume Tronfon, Secretaire
du Cabinet du Roy;
Loüis Trondon
,
Prieur de
Chandier, Supérieur du Séminaire
de Saint Sulpice;
Antoine Tronson
,
Abbé;
Jean Tronson,Capitaine au
Régiment de Picardie, Jean-
Pierre Tronson, St de Chenevieres;&
Alexandre Tronion)
srde Mauleon.
Jamais la Comédie Italienne
n'aesté ny si applaudie,
ny si suivie en France, qu'elle
Tell presentement.Aussi les.
Comédiens Italiens ne sontils
jamais si bien entrez dans
nos manieres,qu'ils y entrent
depuis quelque temps.
Ilsjoignent l'utile à l'agréable,
& il y a beaucoup à prohte,
dans toutes leurs Pieces,
sur tout dans la derniere,ou*
l'on connoist par le grand
nombre de Procédures d'ArlequinAvocat
, combien il est
dangereux de plaider, &
qu'il ny a point de Procés
qui ne puisse ruinerun Homme
,quand mesme il ne s'agiroit
entre les Parties que
d'une chose de peu d'importance.
Si Arlequinestinimitable
dans les divers rôlesqu'on
luy voit joüer dans
cette Piece,ses deux Filles
ne le font pas moins. Les
diférenspersonnages qu'elles
oûtiennent font si bienremplis,
qu'elles se sont attiré
l'applaudissement de tout
Paris, qui ne se peut lasser de
les admirer. Jamais on n'a
veu tant d'intelligence pour
la Comédie, avec une si
j grandejeunesse. Il n'y a point
de caractere dans lequel elles
n'entrent, & elles s'en a-cquitent
de si bonne grace,
que lors qu'elles paroissent.
dans quelque Scene , elles
semblent estre uniquement
nées pour le Personnage1
qu'elles représentent. um-, i
Les Nouveaux Dialogues des
Morts n'ont pas moins plû<)
aux Etrangers,qu'aux François.
Un fort habile Romain
en atraduit la Premiere Partie
en sa Langue,avecune fidélice
si exacte, qu'il s'est attaché
à suivre l'Autheur jusque
dansle tour des Vers.
On me mande que cette PremierePartie:
est imprimée,
ôc que le Traducteur ayant
donné ordre qu'on luy envoyastla
Seconde, si-tots
qu'elle paroistroit, il a coirw
mencé déja à y travailler
Comme vous aimez extrémement
cette Langue, je
vous ; envoyeray les deux
•
Parties dans le mesme temps
que je leS"atlray reçeuës. La
Premierea esté aussi traduite
enAnglois, à ce qu'on m'a
assuré. Apparemment la Seconde
suivra au plutôt;mais
la LangueAngloise vous est
inconnuë, & je chercherais
inutilement à lier commerce
en ce Païs-là, pour vous les
faire venir.
; Le SieurAmaulry, Libraire
de Lyon, a imprimé depuis
peu un Livre tres-curieux,
intirulé, Réflexions
Nouvelles pArl'Acide,&sur
l'Alk^k* Quoy que cettema-j1
uerc]
tiere foit toute dePhysique
&mesme de Chimie, Mr
Bertrand., AggregéauCollege
des Medecins de Marseille,
l'a traitée avec tant
d'ordre lkde netteté, qu'on
la peut entendre facilement,
pourveu qu'on ait quelque
teinture dePhilosophie. L'Acide
& l'Alkali, font deux especes
diférentes de Sels,
dont Fanioneir trèsremarquable
dans une infinitéd'effets
de la Nature ; mais les
Chimistes qui font fort (IL.
ts, à s'enrester, ont pousse
plus loin qu'il ne falloit la
vertu de ces deux lortes de
Sels, & ont prétendu en
faire les premiers principes
de toutes choses. Mr Bertrand
réfute tres-solidement
cette erreur, & en mesme
temps renferme-l'Acide &
l'Alkalidans leurs véritables
bornes, en faisant voir que
quoy qu'ils ne soient pas
premiers principes, ils font
neantmoins les causes cachées
d'un trés-grand nombre
de Phénomenes. Il découvre
par leur moyen ,
la
source des maladies les plus
confidirables, &entr'autres
GALANT. 319
Ics maladies----c-o-nt-,ag-i-eu5se5s-7,
~c explique sur ce principe,
[ack remèdes y doivent
stre propres. Tout cet Ourage
est remply d'Expéences
tres-curieuses
, & de
~Lisonnemens les plus justes
lie puisse fournir la nou. :11e Phisique qui est si: catte.Ilièvend à Paris,
~lez leSieur Blageart Liaire
, Court-Neuve du
~LIais.
La premiere des deux
~ugmesdumois passé, estoit
FumEr. Ceux qui l'ont ex- 1Vcc dans [on vray sens
font, M" Charles, Valet~AE
Cham bre de Mademoiselle
d'Orléans-, Le Fébvre, de
Péronne
; De la Roque des
Bornes, Secretaire de Mr ~M
Marquis de S. Luc. Cette
mesme Enigme a aussi ~efd
expliquée en Vers, par ~Ml
L. Bouchet, ancien Curé ~dJ
Nogent-le-Roy; Dela~Trdl
che, de Rouen Avice,~cl
Caën; CHutuge, d'Orléans
demeurant à Metz; Raulrf
de Roüen; Le Roux D. Medecin,
de VicreenBretagne:
Gyges, du Havre; & Her
mophiled'Antifer, du me
me lieu; & par Mademoiselle
de Montbrou, de la Ruë
S. Loüis; La PrincesseEmile; 1:; La Joly Bouquinette, du
Havre;La Belle Nourriture,
l'dudic lieu; L'Exilée de la
Ville Françoise, aussi de la
mesme Ville-,L'Aimable
Queston, de l'isle Nostre-
Dame; & Quantine de Joigny
, ou l'Amante de Palere.
Le Chien couchant estoit le
Mot de la seconde Enigme.
Elle a esté expliquée par la
belle Hongroise, & par l'aimable
MoulinedeChamlay.
Ceux qui ont envoyé l'Ex.,
plication de l'une, & de
l'autre, fane, Mf. Diéreville;
L'Epinay Buret, de Vitré en
Bretagne; Carriere & Gary,
du mesme lieu, (tous ces quatre
enVers;) & l'Arbitre sans
fin, d'Amiens. Mesdemoiselles
de Villers Fransures;
DelaFosse; De Flers; Doncurel;
Lagrené & Pezé, toutes
d'Amiens; Les aimables
Soeurs, de la Rue de Beauregard;
La charmante Brune
de la Ruë de Mer, à l'Ana-
, grame, Je range toutfous ma
Loy; & Mimie D. D. ont aussi
rouvé le vray sens de ces
eux Enigmes.
Jevous envoye deux Enigmes
nouvelles. L'une est de
Mr de Beaurepaire) Gentilhomme
d'Argentan; & l'autre,
de Mr Diéreville
,
du
Pontlevesque. A -:.
ENIGME- DEux Femmes,par un droitou
juste, ou tyrannique,
Domptentlesplussiers Potentats,
Et commandentmesmeaux Etats
Ou regne encor la Loy Salique.
Elles ont un pouvoir égal*
Toutefois par un coup fatal,
La seconde éteint la premiere,
}, Et luy dérobe la lumière.
L'one en naissantporte le Sceptre
en main7
Etdun Empire Souverain
Défendles droits delàJustice,
Réduit à leur devoir les timides
Mortels,
Recompense les bons,poursuitles Criminels,
Et Ils ~L./(damne elle mesme au suplice.
L'autre,quoy qued>> tres-baslieuy
Tirannise la Terre nou4 commande
en Dieu.
Sans châtiment,sans récompense,
Elle établitsabizarrepuissance,
Etbien quau crime elle doive lejour,
On feroit criminel de luy nténquer
d'amour.
Enjinpourfinir, la première
Naistd'un Pere éclairé, noble,sage,
&puissant;
Maislaseconde pour un Pere,
En pourroit compterplus de cent.
AUTRE ENIGME. J Esuis un Corpsformé de diverses
parties,
Toûjours assez bien assorties,
A les prendre ar lalongueur,
Car elles sont '/ù/tVC¡¡t de bizarre
couleur.
Elles ne tiennent qu'à ma teste
Etsont libres par le bas bout;
Ce qui fait que chacune efl presse,
Sans la quiter, d'allerpartout.
La matiere qui me compose,
Entre dans les Habits des Princes
&des Roys.
*>uoy que l'or &l'argentme parent
quelquefois
Celane va pas à grand'chose
Plaignez,l'étatouje mevois;
A maplace, Lecteur, vous mourriez
de triflcjji,
Je ne puism'acquiterde mes plut
beauxEmploisy >r(
Queje nesoistoûjours en prefe.
Le Gouverneur de Vienne
ayant donné des marques de
l'extrémité où il estoit,l'Armée
Chrestiennedescendit
des MontagnesdeKahsenberg
pour le secourir, le Dir-
unchs 12. Septembre. Les
Turcs voulurent s'opposer à
cetted1est""cente & sfiurent
chatTez¿':.. leur poste, & sur
le soir ils abandonnerent leur
Camp principal. Le Roy de
Pologne entra dans la Place
le lendemain, & l'Empereur
le jour suivant. Chacune de
ces choses ayant beaucoup
de Particularitez, & qui demandent
une grande étenduë,
& ma Lettre estant déjà
trop remplie, je me trouve
obligé d'en faire une seconde
pour servir de suite à cellecy.
Je la commenceray par
le Détail du Siege de Vienne,
&je tâcheray à vous donner
des lumieres qui vous aideront
à développer la fausseté
de la plûpart des Relations
qui ont couru. Je suis,&c.
A Paris ceJO. Ottobre 113i.
AVIS ET CATAL0GFE
des Livres qui se vendent chtz,
le sieur Blageart. REcherches curieuses d'Antiquité,
contenues en plusieurs Dissertations,
sur des Médailles Bas-reliefs,
Statuës, Mosaïques,&Inscriptions
antiques, enrichies d'un grand nombre
de Figures en taille-douce. In 4. 71.
Sentimens sur les Lettres & sur l'His-
Itoirn-e."daveoc dues Szcruepu.le3s sur0le Stile. s.
Lettres diverses de M. le Chevalier
ëtJer. Indouze. 30 f.
Nouveaux Dialogues des Morts.
Premiere Partie. In douze.30f.
Seconde partie des Dialogues des
Morts. ln douze. 30 f.
La Duchesse d'Eftramene. Deux
Volumes indouze. 40 s.
LeNapolitain.Nouv.Indouze.20 f.
L'Académie Galance./wftwsr. JofReflexions
nouvelles sur l'Acide&
sur l'Alcali. Indouze30f La Devineresse, Comedie. 151.
L'Axtaxerce, avec sa Critique. 15 f.
La Comete, Comedie. 10 f.
ConversionsdeM.Gilly&Courdil.20f.
Cent dix Volumesdu Mercure, avec
les Relations & les Extraordinaires. Il
y a huit Relations qui contiennent
-
Ce qui s'est passé à la Ceremonie du
Mariage de Mademoiselle avecle Roy
d'Espagne.
Le Mariage de Monsieur le Prince
deConty avec Mademoiselle de Blois.
Le Mariage de MonseigneurleDauphin
avec la Princesse Anne-Chreftienne-
Victoire de Baviere.
Le Voyage du Roy en Flandre en
1680.
LaNégotiation du Mariage de M.le
Duc de Savoye avec l'Infante de Portugal.
Deux Relations des Réjoüissances
qui se font faites pour la Naissance de
Monseigneur le Duc de Bourgogne.
Une Description entiere du Siegede
Vienne, depuis le commencement jusqu'à
la levée du Siegeen 1683.
Il y a vingt-trois Extraordinaires,qui
outre les Questions galantes, & d'érudition,
& les Ouvrages de Vers, contiennent
plusieurs Discours, Traitez,
& Origines, sçavoir.
Des Indicesqu'on peut tirer sur la
maniere dont chacun forme son Ecriture.
Des Devises, Emblèmes, & Revers
de Médailles. De la Peinture, &
de la Sculpture. Du Parchemin, & du
Papier. Du Verre. DesVerirezquisont
contenuës dansles Fables, & de l'excellence
de la Peinture. De la Contestation.
Des Armes,Armoiries,& deleur
progrés. De l'Imprimerie. Des Rangs
& Cérémonies. Des Talismans. Dela
Poudre à Canon. De la Pierre Philosophale.
Des Feux dont les Anciens se
servoientdans leurs Guerres,& de leur
composition. De la fimpathie, & de
l'anthipatie des Corps. De la Dance,
de ceux qui l'ontinventée, SedeTes
rentes especes. De ce qui contribuë
lus des cinq sens de Nature à lanaaction
de l'Homme. De l'usagede
Glace. De la nature des Esprits fo-
,
s'ils font de tous Païs, & ce qu'ils
fait. De l'Harmonie, de ceux qui
it inventée, & de ses effets. Dufréent
usage de la Saignée. De la Nosse.
Du bien & dn mal que la fréente
Saignée peut faire. Des effets
l'Eau minérale. De la Superstition.
les Erreurs populaires.De la Chasse.
s Metéores, & de la Comete appaen
1680. Des Armes de quelques
milles de Fiance. Du Secret d'une
riture d'une nouvelleinventiontresopre
à estre rendue universelle, avec
uy d'une Languequi en résulte, l'un
l'autre d'un usage facile pour lacomunication
des Nations. De l'air du
onde, de la veritable Politesse, 6c en
loy il consiste. De la Medecine. Des
ogrés & de l'état présent de la Mecine.
Des Peintres anciens,& deleurs
anieres. De l'Eloquence ancienne &C.
tnoderne. DuVin.De l'HonneA:coté,U
de la veritable Sagesse. De la Pourpre
&del'Ecarlate, de leur diférence,&
de leur usage. Dela marque la plus essentielle
de la veritable amitié. L'AbrégéduDictionnaireUniversel.
Du
mépris de la Mort. De l'origine des
Couronnes, ôc de leurs especes. Des
Machines anciennes &modernes pour
élever les Eaux. Des Lunetes. Du Secret.
De la Conversation. De la Vie
heureuse. Des Cloches,& de leur anti- quité. On fera une bonne composition à
ceux qui prendront les cent dix Volumes,
ou la plus grande partie. Quant
aux nouveaux qui se débitent chaque
mois, le prix fera todjours de trente
scols ehn veaeu, &mde vingti-cinnq en.pa.r- Outre les Livres contenus aussi dans
ce Catalogue, on vend aussi chez le
Sieur Blageart toutes fortes de Livres
nouveaux,& autres. On nemarqueicy
que ceux qu'il a imprimez, à la reserve j
echerches d'antiquité, dont en
îchez tres-peu d'autres Libraires.
sucera à ce Catalogue les Livres
>a*x qu'il donnera de temps en
au Public.
ne prend aucunargent pour les
oires qu'onemployé dans le Mermettra
tous ceux qui ne desobliet
personne,& ne Meileronc point
destie des Dames.
faut affranchir les Lettres qu'on-
[ira. chez le St Blageart,Imprir-
Libraire,RuëS. Jacques,àrenr
del'aRuëduPlastre
fera toûjours les Paquets gratis
les Particuliers & pour les Lires
de Provinces. Ils n'auront le
L que d'en acquiter le port fut les
axe
Ceux qui envoyent des Mémoires,
vent écrire les noms propresencaracteres
bien formez-
On ne met point les Pieces trop difîles
à lire.
On met tous les bons Ouvrages à
leur tour, & les Autheurs ne sedoivent
point impatienter.
Il est inutile d'envoyer des Enigmes
sur des Mots qui ont déja servy desujet
à d'autres.
On prie ceux qui auront plusieurs
Memoires,ouplusieurs Ouvrages àenvoyer
en mesme temps, de les écrire
sur des papiers separez.
On avertit que les Mercures qui s'impriment
en Hollande, & en quelques
Villes d'Allemagne, sont fort peucor-
J'eas) & tronquez en beaucoup d'endroits.
ATALOGVEDESPIECES
contenues dans le XXIII. Extraordinaire
du MercureGalant,
QUARTIERde Iuillet, donné au Publicle
15.Octobre1683,
UN DiscourssurleStileEpistolaire.
Une Réponse à la Question,
çavoir, Si la beauté du visage est plus
ropre à plaire, que la beaué delataille.
Une Réponse a la Question
,
sçaoir,
Pourquoy un Bien, dont lacon-
Imefie nous a confié des fatigues, quoy
qu'ilsoit depeu de conséquence, noUl est
,lHl cher qu'un autre infiniment plus
prètieux, que nous avons acquis sans
peine
Une Réponse à la Question, sçavoit
Si les Astres ont h pouvoir sur
r, inclinations des Hommes.
UneRéponse à la Q^ftion, (çajroii,
Si un Amant passi
~oné
<iè, qui anm$
reçeu un outraged'une Personne trelli
consideréedesa maîtresse,devroit ^conterson
rc.!flnt;rr.ent, & obeïr plûtost à
Chonneuryttà£amour.
Une Réponse à la Que stion, sçavoir,
Lequelde ces MlJts prononcez
par la Personneaimée, J vous aime,
ou Esperez, doit estre le plus agreable à
un Amant.
Une Relation du dernierVoyagedu
Roy, avec une Descriptiondetous les
Lieux oùil a passé.
La Veue du Palais Royal de Tolede.
Une Epistre enVers à M. de Cominge.
Deux Discours sur la Médisance,&
les maux qu'elle peutcauser.
Maniere d'exprimer les Variations
«Its Mots du Second Dictionaire.
Une Réponse à la Question, S'il eftfini
nobled'aimer que d'estre aimé.
UnDiscours de l'origine des Harangues
Funébres, appellées présentement
Oraisons, leurs progrés, & les.
cérémonies qui y ont esté jprçmieJTôî -
- jnentebieivées.
Une Réponse à la Qjctëioti", Z~
elle est'-a, préferer de la beautédu teint,
de ailedestraits..
Madrigaux sur les quatre dernieres
gracs.
suite du Traité des Couronnes.
QUESTIONS A DECIDER.
I.
Il est permis àun Hommequi aime
avec passion, de souhaiter que la
sonne qu'il aime, ne luy survive
d'un moment.
II.
~aquelle est à préferer, de la beauté
a bouche,ou de celle des yeux;de
beauté des cheveux, ou de celle du
~it. III.
On demande à estreéclaircy du
, ou du mauvais usage de la Lo*
ce.. IV. -
Dequelle maniere les Images de§>
Objets sênsîbles,fontrcçeucsdansIe£
facultez corporelles.
IV.
S'ilest plus seûr,& plus avanta
geux, quand on eÍl: malade, de se servir
de la méthode de Galien, oppofanr
contraria contrariis, que de celle d
Paracelse, opposant JîmiliaJîmllibtts^
pour le recouvrement de sa fanté.
AvispourplacerlesFigures.
1
LE Mausolée marqué A. doit re1
garderla page <çz.
Qualité de la reconnaissance optique de caractères