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AUa.,
Rlen ne peut mieux eflre refeu du Ptoblic,
que l'aeflé le dernier Mercure. Ce
riest p is que ce
Livre nefoit toujours également
travaillé, mais la matière nese trouve
pas toi);ourségale.LesHabits qui sortent
de la main des bons Ouvriersyfont anssi bien
faits avec de la Serge, qu'avec du Brocard
J'ar, mais les uns
brillent
moins aux yeux
que les autres. On voit dans les Mercurss
ce que fHistoire riapprendrapoint, & qui
demeurerait enfevely dans un oubly eternel.
Si du temps des Romains on AVDÎt écrit un
pareil détail, nom enffaurions mille choses
IlfimdJ que leurs Histoiresriont pufaire
deviner qua ceux qui vivaient de ce tempslie,
& qui connoissoient leurs Loixl, leurs
Cauturnes,leurs Festes, & leurs mllniercs.
elagir en toutes choses. Cela ne fufftt pas
mesme encore ; car ceux qui auront Itu les
Gaz..ete! & nofireHistoire>nepourrontpar
le gros de la Nouvelle, deviner le détail qui
est dans les Mercures. On a traité trois matieres
afond le mois paJJë. C'est ce qui avoit
obligé de réserver plujîeursArticlesausquels
il asalu donner place dansceVolume. Cela
na pas empefebé que l'on n'ait fait une Relation
très-curieuje de tout ce qui s'est passé
* S.Denys le jour de l'Inhumation du < S.Denys nbumatjon Corps
de la Reyne. Jamais en pareille occasion n'a on descendu dans un détail si exaEl. On y
Voit des choses quin'ont point encore esté imprimées
,ny peut-eflreremarquées. Vn si
long Article ayant prit beaucoup de place,
in ria su ri*en mettre dans ce folume touchant
VAffaire<fAlger. On en donneraia
fuite le mois prochain avec la mesme exatlitude
quon a déjà fait le commencement.
Quanta£Article de la ConjpirationetAngleterre
quonavoit promis, & que plusieurs :
ont demandé, on ne le donnera point que tout :
ce qui la regardenefoitfiny. Qgoy qu'on ait <
receu un grand nombre de Mémoirestouchant
les Services qui ont esié faits pour lai
Reyne dans les Provinces, on n'a pû parler*
que de ceux de S. Denys & de N. Damen
qui riofit point taisséde place pour les autres..
Ona trie etailleurs qu'il n'enfallait pas tantk
mettre dans le mesme Yllume) parce que Im
,Plume , la
diversitê plaist, & que la mesme matiern
ènnuye. quelque belle quellepuiffe eflre. Om
en renet donc beaucoup pour le mois pro.,
chaen, mais on ne parlera que de ceux qui onu
eu quelque chosedefingulier dasleurPompen
& son en retranchera toutes les choses quA fon fçak qui font communes 4 toutes ln
Cérémoniesde cette nature.
t,(îzàE,RE,
ISEPTEMBRE 1683. L m'est fortaisé, Madame,
de m'imaginer les
vives alarmes que vous
avez eues de la dangereuse chute de Sa Majesté. rJamais
Monarque n' ayant esté si
cher à la France tout ce qui
fait craindre pour une font*
aussi prétieuse que la sienne
met d'abord l'esprit en trouble,
& quand les nouvelles
de cette nature se répandroient
dans l'exactevérité
ilsuffit - qu'on aime, pourne
les pouvoir apprendre, sans
se figurer en mesme temps
les suites les plusfacheuses
que peuventavoirde pareils
malheurs. Vous avez sceu
l'accident; en voicy les circonstances.
Le Jeudy 2. de
ce mois,le Roy alla à la
Chasse dans la Plaine de la
Boissiere, qui est sur le clie-,
min de Paris, à deux lieuës
de Fontainebleau. Malheureusement
il y avoit au milieu
de la Bruyere, deux ou
trois trous deLapin,qu'on n'avoit
pas découverts pour les
boucher, comme on bouche
tous les autres depuis quelque
temps. Le Cheval que
montoitSa Majesté, mit le
pied dans un de ces trous,
5c quelque effortqu'Elle fïst
pour leretenir, ilserenversa
d'une maniere, que n'ayant
pû empescher qu'il ne s'abaist,
Elle se trouva engagée
lessous. La chute de ce
Chevalet trembler tous ceux
quiestoiétprésens. On avoit
à craindre, ou qu'il n'etoufast
le Roy, ou qu'en faisainteffort
pour se relever, il ne le
blessast dangereusement. Ur
Garde de Sa Majesté, promp-
ôc adroit, se jetta à terre au
mesme instant, courut au
Cheval, & luy prit la teste
parce que dans cet état, le
Chevaux ne font aucun mou
vement. Ce Prince eut la
temps de se dégager, & di
en se relevant, J'ay le bn
assé,ilfaut vouloirce qu'ilplait
jSich ; imts toutmon regret ~et
quecet accidentnemesoit pasarrivé
dans une meilleureoccasion.
Ces paroles qui glacerent
l'ame de chacun, furenttrouvéessidignes
d'un Roy, qui
se possede toujours, qu'elles
ne causerent pas moins d'admiration
que de frayeur. Un
autre se seroit écrié sur un accident
si malheureux; un autre
eust parlé de ce qu'il auroit
souffert. C'est ce qu'on
fait naturellement. La violence
du mal ne laisse aucun
temps aux refléxions, & ce
qu'on sent vivement, arrache
des plaintes qui le font connoistre;
mais quelque force
qu'ait ht douleur surl'esprit
des Hommes, elle ne peut
rien sur l'esprit de ce Monarque.
Si elle se fait sentir, c'estl,
sans le surprendre. Toutes,
ses paroles sont nobles, tous
-
ses sentimens sont relevez, &
dans toutce qu'il fait, il n'a
que le bien&la gloire de l'Etat
en veuë. C'est à quoy il
travaille incessamment. Il y
resve mesme lors qu'on le:
croit occupé du seul plaisir
de la Chasse;&si elle effc
quelquefois un délagèmenin
pour luy, c'est parce que l'êxercice
contribuë à ia santé,
qu'il est d'un grand Roy de
monter souvent à cheval; &
que ce Prince estant enfermé
pendant des journées entieres,&
appliqué sans relâche
à un travail qui l'échaufe,
il est absolument necessaire
qu'il prenne l'air. Je ne parle
qu'apres ceux qui ont l'honneur
de l'approcher tous les
jours. Si-toil: que le Roy se
fut relevé le Chirurgien de
quartier, qui est obligé de le
suivre toûjours à la Chasse,
voulut luy donner quelque
&cour$• maisMrle Duc de la
Rochefoucaut repréfcnta à
Sa Majesté, Quencore que ce
Chirurgien eut beaucoup dexpérience,
on ne pouvoitseservir de
trop de précaution pour une Janter*
si chere à l'Etat, qu'en se laijpint
pansèr dans la Plaine
, apres
quElle auroitsouffert de grandes
douleurs, l'ébranlement du Car-
YOffi luy en pourroit causer de nouvelles,
quiàlapanser
encore une fois, & quilifmkloit
qdueevopitour toucherà son bras, on
attendre qu'on fust dans
un lieu, où rien ne manquast, er
dans lequel ily eust plus d'un ha.
bile Homme, afin qu'onpuftfAirt
consultation surson accident, si
l'onjugeoit
qu'ilen
on _,eolt qui fust besoin.
Cet avis futtrouvéjudicieux,
le Roy l'approuva, & dit,
Qu'ilattendroit bien qu'ilfutarrivé
à Fontainebleau, qu'en allass
chercher MrFelix, &qu'il
siJs toutpréparer dansson Cabinet
pouryfairel'opération. Cependant
MrBesson, qui estoit le
Chirurgien de quartier, mit
le bras du Royen état de le
faire moins soufrir. Il le ièûtint
par une maniere d'Echarpe
qu'on fit avec deux
Cravates, dont l'une estoit à
M de Chasteauneuf, & l'autreà
M Guéry, Enseigne des
Gardes-du-Corps. Vous pou-
-
vez juger que la douleur de
- ce Prince estoit violente,
quoyqu'il ne le témoignast
par aucune plainte. Son mal
estoitau bras gauche. Il voulut
deux fois le prendre avec
sa main droite; son bras luy
échapa toutes les deux fois,&
depuis le coude jusqu'en bas.,
le devant tourna derriere, &j
changea de place. Ainsi c'estoit
comme un bras rompu, 1
qui pendoit sans conserver
aucun mouvement. Je croy
Madame, vous voir saisie deFrayeur,&
toute agitée, en
lisant cecy, tandis que le Roy
demeure tranquille. Pouvons-
nous assez admirer sa
fermeté? On luy conseille
d'attendre qu'il soit à Fontainebleau
pour chercher
quelque soulagement à son
mal, &il n'a aucune peine à
se résoudre d'attendre. Il ne
fait paroistre ny inquiétude,
hy impatience, & l'on diroit
à le voir, & à l'entédre parler,
[ue la douleur le respecte.
Il est pourtantvray qu'elle ne
connoist personne. Ce Prince
est Homme pour en soufrir
les atteintes; mais il est Roy
pour les suporter, &si la douleur
se rend sensiblepour luy,
il sçait la braver en dédaignant
de s'en plaindre. Comme
il n'y avoit aucun temps
à perdre pour s'en retourner,
Mr le Duc de la Rochefoucaut,
toûjours animé de ce
zele ardent qu'il fait éclater
pour tout ce qui regarde le
Roy
,
pritla liberté de dire à
Sa Majesté, qu'il ne falloit
- pas qu'Elle se remist dans fà
Calesche, êc qu'Elle devoit
monter dans un grand Carrolle
pour y estre accompagnée,&
par ce moyen plûtost
ecouruë, en cas que le mal
devint prcffant. Le Roy y
consentist,& ne fut pas plûtost
en carrosse, qu'il dit,
Que s'ilavoit le bras rompu au
lieu où il sentoit lA douleur, qui
êtoit à l'endroitdu coude,qu'il
faudroit le luy couper plus haut. Ilprononça ces paroles, &
montraensuite l'endroit où il
croyoit que l'opération devoitestre
faite, avec un song
froid
,
qui étonna d'autant
plus,que ccuxà qui il parloit,
nignoroient pas que ce Monarque
intrépide,sçavoit
quelle estoit mortelle en cet
endroit, pour la plûpart de
ceux qui sont obligez de l'endurer
Quand il cust sceu le
contraire, il n'auroit pas parle
autrement, & de la manierd
qu'il s'ex pliquoit, oncustdilj
qu'il estoit persuadé, non
seulement de guérir, mais en-"
core, qu'on luy couperoi®c^
b--asWians qu'il foufriftau-i
cune douleur.Avoüez, Ma-j
dame, que vous ne pouvezi
,r. uef- vous représenter l'erac où eItoit
ce Prince, sans que cette ]
idée vous fasse frémir. C'est
luy quiressent je mal; ceftj
uy qui se voit dans le peril;
l ne doute presque pas que
ce qui vient de luy arriver ne
doive dans peu luy couster la
~vie, &ilconserve luy seul un
repos d'esprit, que la pensée
de ce qu'il endure ne peut
soufrir dans les autres.Il craint
assez peu la mort, pour la mébriser
dans le fond de l'ame;
nais en ne disant aucune parole
qui découvre qu'il la
brave, il se montre digne
l'en estre épargné, il regar de
d'un oeil ferme ce qu'aucun
le ses Sujets riV-fè envisager;
5c cette constance dans un
accidentsi dangereux,le mets
au- dessus de tous les Héros,
que l'Antiquité nous vante.
En effet, est-il quelqu'un
la Terre quidust mieux que
luy gouster la douceur dc<
vivre? Rien ne manque ny à
sa félicité
, ny à sa gloire ô~
il n'a besoin que d'un grand
nombre d'années pour en
joüir. Cette gloire, ce bonheur,
tout est au dessousdei
luy. Illes possedesansattachement;
s'il faut les quiter
ce fera sans peine;l'Arrest
qui l'ordonnera n'a rien qui
l'étonne, & son intrépidité
faitvoir que la flaterie n'a aucune
part au surnom de
GRAND qu'on luy a donné.
Enfin il arrive à Fontainebleau,
sans que dans tout le
chemin il ait cherché à soulager
sa douleur par la moindre
plainte. Il n'en est pas de
mesme du Peuple. Sur le
bruit qui s'est répandu de
cet accident, tout est en alarmes,
tout est. en pleurs. Les
endroits par où le Roy doit
passer,sont remplisde nionde,
& chacun travaille pour couvrir
les Ruës de paille & de
fumier, afin que le Carrosse
en roulant plus doucement,
luy cause moins d'agitation.
Ce Prince, qui voit ce spéctacle,
cache ce qu'il soufre,
& soûrit au Peuple pour faire
cesser là crainte. Ceux qui
l'examinent de plus prés remarquent
pourtant la contrainte
qu'il se fait. Son visàge
est tout en feu, & l'effort
du mal y fait voir une sueur,
qui fait connoistre ce qu'il
cherche à déguiser. S'il est
maistre de luy-mesme, en
suportant ses douleurs patiemment,
il ne l'est p:s des
effetsdela Nature; mais elle
beau travailler son corps,
Ile ne peut abatre ion ame.
Estant arrivé au Chasseau,au
ravers d'un Peuple désolé,
l'apperçeur à la Porte de la
Court des Cuisines, M le
Duc de S. Aignan,à qui sa
tendresse pour Sa Majesté, &
a crainte que le mal ne fut
plus,grand, faisoit verser des
,annes; il le montra en soûriant
à M les Ducs de Lu-
Ket-nbotircr & de la Rochefoucaut.
Il trouva ensuite au
bas de l'Escalier un autre
spéctacle fort touchant. Madamela
Dauphine y fondoit
en larmes, avec toutes ses
Dames de la Cour. Dé.
qu'issut aupres de cette Princesse
; Ce n'est rien Madame^
luy dit-iL Voyez l'état où
UQHM
tjles j&nefongezç ql/J vout
conserver. Puis adressant la parole
aux autres; Je ruousfuiS;,
obligé,Mesdames, ajoutait-t-il,
mais iln'yapas lieudes'affliger
tant. Il monta ensuitelesdegrez,
sans s'appuyer sur personne,
ôç il les monta d'un
pas aussiferme que s'il ne lUIi
fust rien arrivé. Lors que cal
Prince fut rentré chez luy, ilj
donna son bras à Mr Félix
qui cft son Premier Chirurbien,
& luy dit;Félix, ne
m' épargnez
- pas. Mr Félix,
qui avoit tenu toutes choses
prestes, commença à examiner
la grandeur du mal
, ôc dit
au Roy que ce n'estoit qu'une
dislocation. Toutes les réfléxions
estant faites,on se
mit en devoir de remedier à
cet accident MrFélix fit la
réduction M Besson tenoit
la partie principale du bras;
& Mr Dionis
,
Premier Chirurgien
de Madame la Dauphine,
se trovvant là p ar hazard
,
aida à tenir le haut du
bras, jusqu'à ce que la réductionfust
entièrement faite.
On ne peut, ny avec plus
d'adresse, nyavec plus d'habileté,
réüssiràune Opération
aussi hazardeuse que:
celle-là, puis que les plus
consommez en cet u(age„
auroient eu beaucoup de
peine à la faire dans uni
temps, où les os avoient fait:
un fracas extraordinaire dans
les chairs, à cause du changement
de leurs situations,
ôc de la séparation de l'un
d'avec l'autre, qui avoit causé
une tension, & un gonflement
de muscles terrible.
L'ancien usageestd'attendre
quelesaccidens soient passez,
& apres on travaille à la
réduction, qui est beaucoup
plus périlleuse que quand on
La fait sur l'heure. Pour la faire
ainsi avec un entier succés,
il faut estre habile, adroit, &c
mardy; Onsçaitque MrFélix
est tout cela. Il panfa le Roy
avec des Remedes qu'on appelle
Véfenfifs. Il est venu à
bout de ce grand désordre
les os disloquez j& tout a
esté conduit par sonesprit, &
3ar son sçavoir. L'os ne pue
se remettre dans sa naturelles
situation, sans qu'il fit un
tres-grand bruit, ce qui abli-=:
gea le Roy à faire un cry,autant
de surprise que de douuT
leur. Ce que ce Prince fou~!
frit, parut d'une telle violence,
que M les Ducs des
la Rochef nicaut, & de GeC-T
vres, s'en évanoüirent, tant
ilsy entrerent vivement. Si
, la seule pensée des douleurs
du Roy causa en eux cet
effet, ju^ez combien elles
furenr m-anijs, & de quelles
fermeté il suit s'armer pour
les suporteravec une patiences
au/ïîf!
aussi digne d'admiration que
celle qu'il fit paroistre. Tous
ceux qui ce trouverent présens,
passerent tout-à-coup
d'un extréme abatement au
plus grand excés de joye; ôc
la plûpart n'en pouvant retenir
les transports, embrasserent
Mr Félix, luy donnerent
mille loüanges, & le remercierent
de les avoirdélivrez
de crainte, & si promptement,&
avec tant de succés.
Apres l'Opération, on
eut bien de la peine à obtenir
du Roy qu'il se mist au Lit.
Il vouloit diminuer son mal,
quoy qu'il fust grand. Il dit,
Que ce ne seroit rien de considérable
pour un Particulier, Or
qu' en y auroit peu d'égard;
mais qu'àcause de son rang,
on prenaitplaisir à exagérer
On continua de panser ce
Prince deux fois chaquejour.
Mr Besson, Chirurgien de
quartier, & MrLartet, aussi
Chirurgien de Sa Majesté,
servant pour lors au pres de
MMoonnsseeiiggnneeuurrllee DDaauupphhiinn~,
ont eu l'honeur d'y estreprésens.
Cet accident n'a point
empesché le Roy de travailler
(OÛjours aux Affaires de
l'Etat avec la mesme assiduité.
Il semble que les maux aue.
quels la Nature nous assujetit,
ne soient faits que pour
Augmenter sa gloire. Il en
tire de toutes choses, ôc
quand la douleur devroit
l'égaler aux Hommes, elle le
met au dessus de tous les
Héros. Elle ne luy fait rien
faire d'indigne de l'auguste
Personnage qu'il soûtient ssir
le Théatre du Monde; je ne
dis pas comme Roy de France,
ce Personnageluy seroit
commun avec ses Prédeces-
[èurs) mais comme Louis
LE GRAND,c'est à dire,comme
un Prince incomparable
qui ne doit rien qu'à luy.
mesme, & qui tire plus de
gloire de la grandeur d'ame
qu'il s'estformée, & de fo
actions toutes merveilleuses
que du haut rang où sa Naif.
sance l'a mis. Il fait les grandes
choses tellement par habitude,
qu'il ne s'en apperçoit
pas. On ne se prépare
point contre la douleur
quand les coups fontimpré
veus; & souvent mesme, en
s'y préparant, on ne la surmonte
pas. Lors qu'elle n'agît
que sur l'esprit, on peut
la cacher, quoy qu'onsoit
touché veritablement; mais
quand le corps soufre, il est
difficile de n'en point donner
de marques. Je ne sçay si
l'action de Scévole est plus
estimable que ce que nous
venons de voir. Il s'estoit préparé
à une douleur de courte
durée, & le Roy n'avoit point
prévu une douleur perçante
qui penétre jusqu'au coeur,
& qui dura fort longtemps.
Cependant il la soufrit avec
une fermeté toujours éçale
pendant deux lieuës de chemin.
Monseigneur le Dauphin
estoit alors à Paris,oùil
venoit rendre les derniers
devoirs à la Reyne. Il yap.
prit cette nouvelle par Mrle
Marquis de Moiïy, qui estant
à la-Chasse avec le Roydans
le temps de l'accident
partit aussitost pour l'envenir
avertir. On ne sçauroit citri
plus touché que le fut ce
Prince. Il envoya dans 11
mesme instantchercher
des
Chevaux de poste, & [eroit
party, s'il n'eust receu del
nouvelles de Sa Majesté
avec des ordres de demeure
pour le Service solemnel qui
se devoit faire deux jours
apres à Notre-Dame. Monsieur
parut aussi tres- sensible
à cette triH:b.J)ouvelle, & s'en
seroit retourné à Fontainebleau,
s'il n'eust esté arresté
icy par les mesmes ordres.
Voicy des Madrigaux qui
ont esté faits sur cet accident.
Le premier est de Mademoiselle
deScudery; le second,
de Mr Diéreville; & le dernier,
de MrGuyonnet de Vertron,
Historiographe du
Roy.
c MADRIGAL. E Brdi quifit trembler tintdt
fiers tnnemis,
Taitmaintenant tremblerUs Coeurs
les pltï<feûmisi
La France i'ddoroity &commence à
le plaindra
Maisnon! rendonsau Cieldesbenneurs
immort, Is,
Un Brds quifouticut lesAutels,
NeJçauroitatoir rien à crllindrt..
NMADRIGAL. E riez,point,fers Ennemis^
Le Bras bUssé du Grand
Loris,
A Félix nejt pas incurable;
Craignez, plutoH qu'aux champs
de ].",IIrf) j
Ce Bras Pourvoto si redoutable,
A7<rroiverfç encsr vis Ramfarts.
vINPROMPTU. OHre chute, GrandRoy,fait
du bruit dans le monde.
rIiM avez, bien cornu*nojtre douleur
profonde,
TYolmusda'vZe)fzZ,udaannss 'vVo6sS mmlaluuxx cépprroouuvveé
vos Sujets.
.ff2.!!eferaient devenm tant de nobles
Fyojrfs!
J)ueferions-nous belas?si.gardons
le silence;
Maisgardez,vofirt BrlUnlctJlàirt
À lit France,
Heurcufcmentilefremisy
Gardez-te pour vos Ennemis.
Vous attendez le détail
de ce qui te passale jour de
la Feste de S, Louisà l'Acat
déie François, & je vaY'{
vous satisfaire.Cetteillustre
& sçavante Compagnie, regardantce
Saint comme les
Patron de Loüis LE GRANDE
en fait faire tous les ans les
Panégyrique. Il est précédés
d'une Messe, celebrée dans la.
Chapelle du Louvre par Mrs
l'Abbé duPont, qui enest
leChapelain. LaMusique y
est chantée par un grand
nombre des plus belles Voix
de France, & jusques icy elles
a toujours esté de la composition
de Mr Oudot. MrlJ
l'Abbé Savary a esté choisy
cette année pour prononcer
le Panégyrique de S. Loüis.
Quoy qu'il foit encore fort
jeune, il a déjà paru avec applaudissement
dans les meilleures
Chaires de Paris; mais
ce qui doit vous convaincre
de son mérite plus qu'aucune
cholè, c'est le choix de Mrs,
de l'Académie. Non seulement
il faut avoirdel'esprit
& de l'érudition,mais il faut
encore sçavoir bien parler,
pour soûtenir de semblables
actions devant les Maistres
dela Langue. Tout cela se
trouve dans Mr l'Abbé Sa..,
vary, & l'on peut dire de lur
que le sçavoir n'a point attendu
le nombre de ses années.
Malgré son air doux
& insinuant, l'ardeur de son
zele luy donne beaucoup de
feu, & il a l'art de penetrer
les coeurs agreablement &
vivement. Il donna un tour
aussi nouveau que spirituel
à tout ce qu'il dit. Il ne divisa
point son Discours, 6c
cependart les pauses s'y rencontrerent
aussi naturellement,
que si une division
dans les regles y eust donné
lieu. Apres avoir faitunPortrait
des Roys parfaits, il fit
voir que ce Portrait convenoità
S. Loüis; & toutes les
choses qu'il marqua estant
reconnuës dans les actions
du Roy, chacun le nóma sans
que le Prédicateur parlait de
luy. De pareilles loüanges ne
sont point forcées, & il faut
qu'elles ayent un raport parfait
à la Personne à qui on les
applique,lors que l'Auditeur,
ou leLecteur,en fait luy-mesme
l'application. Comme il
avoit pris pour texte ces paroles
de l'Exode, Quissimilis inï
in fortibus?~c~
tlitatejerrwilis atque laudabilis,
facwns mirabilia ? il dit, Qu'on
ne devoit point estresurpris que
les Roys eussent l'avantage pardessus
le reste des Hommes,d'estre
appellez les vivantes Images de
Dieu;qu'àlavéritéiln'yavoit
personne, qui outre ce caractère
universeldesaDivinitéque nous
tenons de nostre origine, nepusi
encorejèfaire remarquerparquelque
trait particulier de ressemblance
à cet Estre infiny; mais
que les Roys seuls estoient capablesde
lesportertous ensemble,&
qu'onpouvoitdire mesmequ'iln'y
avoit qu'eux,qui eussent bonne
grace àvouloirseparerdelagloi-
~e
de la pins parfaite conformité
~c Dieu; £)uesa douceur,sa
~ontesamiséricorde sa justice,
patience, tous les autres Atributs,
qui l'ontfait nommer le
DieuSaint, leSaint des Saints,
stoient des chosessur lesquelles les
Homes ordinaires devoienttâcher
deseformer; maisquesamagnifience,
saforce,sagrandeur,sa maesté,
estoientplus particulierement
e partage des Souverains;Qu'il ,., ~appartenoit proprement qu a
eux que VÚu avoitsubstituez en
ra place sur UTerre,d'affecter de
U ressemblance avec luj, lors
qHilJefaitappeller UrDieiiFort,C
le Dieu Terrible, le Dieu Puis—
fant, le Dieu des Arme'es&qùiï\
sembleroit mefine que ce seroit des
honorer en quelque forte le rang*
eu[AProvidence les avoitplacez
s'ilsagiraient à lagloire desSaints.
4U mépris de celle dont il voulois
que brillastleur Diadème ; QiiJÚ
fallait qu'une heureuse alliance,
réunilf en eux ces vertus écU»i
tîntes f& magnifiques
)
qui nev
conviennent qu'aux Princes, fiA.
les vertus douces tranquilles^,
^uifont les Chrestiens & le-
Saints;Que leurs mainsnede--
voientjamaiscesser d immolerde
yi£limesy & d'offrir de l'Encens
Ílrlej AutelsduTres-Haut,mais
quecetemploy religieux~saint,
ne devoit pas les rendre moins
propres à lancer lafoudresur des
gestesorgueïlleuses ou criminelles;
Qu'il falloitqu'ils écoutassent
avec respect, exécutassent
avechumilité ces Loix adorables,
qu'un Dieu avoitvoulu qui leur
fussentcommunes avec le moindre
de leurs Sujets ; maisque lors qu'a
leur tour, hour user du droit qui
riapartient qu'aux Souverains,ils
vouloient imposer des Loix aux
Peuples qui leur estoient (OÛ'¡;w"j
ilfalloit qiiih les prononçassent
avecce tov de cz.i>randur5&ctrt
airde m.tjefté qui ficdstbter> «USK
Roys;Qu'ilfalloit que toutes
leurs aft.onsj-ujj nt& héroïques
erlintei;qu'une (xtréme1.aleur,"
qu'une prudente conduite
lesuccés de leurs Armes toûjours
jush-s; que l'équité,ou la modération,
en pust arrester le cours dw
milieu mesme de laviéloire; que: laPaixsustl'uniqueprix quilà
en espérassent; qu'ils ne joiiijjento
de ses douceurs quepourle bien det
leurs Erltts) &pourlagloire dn1
celuy qui prend entre Jesplus\
beaux Titresceluy de Dieu pacifiqnei
quilsnelaissassentaucunem
~crime impuny
, aucune vertusans
recompense;que leur nom fust
ïeffroydetImpie,£<r 1 espérance
du juste ; enfinqu'ilssussent la
terreur de leurs Ennemis, la proteélion
de leurs Alliez, l'admiration
des- Etrangers, l'ornement
deleurpropre Cour, les délices de
leurs Peuples, le plusferme ap"u.¡
de la Religion
} & que l'uni-
,'Vers s'il se pouvoitnevistrien
deplusgrand, nydeplussaint.
jr Apres avoir fait connoistre
par un détail éloquent, que
è ce Portraitmagnifique qu'il
venoit de faire des Roys,
convenoit admirablement à
Saint Louis, il ajoûta,Qu'il
rij avoit jamais quel' équitéde%
lafin que l'on se proposoit dd-nlt
la guerre, qui la pust justifier;;
Quelle entraînoit trop de malheurs
apres elle, pour rien faire
pas d'abord concevoir une idéequi
donnoit unesecrete horreur;quorti
y voyoitdes Villes désolées, des (
Campagnes arroséesdesang, der,
Moissons embrassées
,
des Peuples '(
éperdus, des Autelsprofanezdes
Temples détruits, le cti'te du Sei-
<
gneur, ou détruit, ou abandonné; ù qu' encore que ce ne fust la*
equst'uonietcpaaursteie,ildrfsalmloaiutxsoduovnent teqlfuee
les Princes~firmassent les yeux
sur tant de ~miseres,pourneplus
voir que les Juflts sujets qui les
dévoient obliger à prendre les
Armes; qu'alors réduisant la brustale
fureur du Soldat aux termes
efune veritable valeury & empeschantparunesevere
dijciplmey
la licence, le desordre & tim.
ptrté, illeur estoitpermis de profilce
ou de leur bonheur, ou de
leurscience, cLins ce grand Artsi
dignedesHéros,~s qui a donné
si souvent du Maistresàl'Uniive'r-
ç;& quec'estoitsurdes motifs
fCHfFsaints quéquitables, que
le gcRej dont il faisoit le
Panegyrique,avoit porte laguerre
en Orient. Il décrivit lis demi
Voyages audela des Mers.
sa Prise dans l'un, &: sa ~Mori
dansl'autre, & finit en di
sant,Que dans l'étatglorieuse
&fortunéou estoit la France,
nmu avionsquelque choft à ~ob
tenir par les prieres de S. LouiÉ teftoltque Dieufixast nostresi
licite, à laquelle il ne manqu
plus rienqu'unedurée eternelle
puisque nous avionsponrAdaiftr*
Loüis LE GRAND, tlnvÍ1
cible,l'Aimable, le 71aciliq
& que dans un don si ~prétieuse
le Ciel avoitprisjoin de ~rassen
bler tous ces dons divers,qui repandus
separément sur
plusieurs
Peuplesdiférens
, pourroient leur
faire croire qu'ilseroient les
seuls heureux. Il mesla un
court éloge de la Keyne,
dont la perte venoit d'interrompre
ce long cours de
gloire & de bonheur, dont il
auroit eu à tracer l'image. il
dit, que cettePrincesse ayant (JIé
la plus grande de nos Rejnesy
& un des plus beaux Ornemens
de la Cour,si quelque chosepouvoit
nous consoler de fia w<?'T,
c'estoit l'assurance certaine quefies
Wtus nous donnaient, quelle
n'avoit que change de lieu pour
regnrr, &qu'on ne poHnjdit douter
quelle neust reçeu dans le
Ciel une Couronne plus bette,
plus éclatante, e plus durable
que telle y/elle portoit icy-bas.
Lapicictinee de ce mesme
jour, les Prix de l'Eloquence
& de la Poesie qui se donnent
tous les deux ans, furent
distribuezdansl'une des
Salles du Louvre, où Mrs de
l'A adémie s'assemblent. Le
Sujet de celuy de l'Eloquence,
estoit sur crs paroles, ~Ecc
enim ex hec beatam me dicem
tmmsgenerationes, fici;,
mihiï
mibimagna qui potens est. Ce
Prix fut remporté par Mr
Tourreil,Fils de feu Mr Toureil
,
Procureur General au
Parlement de Toulouse. C'est
e seçond qu'il a eu dans une
Pareille occasion. Le Sujet
u Prix de la Poësie, estoit
surlesgrandes choses que leRoy
faites pour la Religion Caathoique.
Mrde Santeüil, Chaoine
de Saint Victor, dont
ous connoissez l'excellent
énie
,
avoit fait une Ode
Latine sur cette mesme maiere
,
sans prévoirqu'elle seoit
proposée pour le Prix des
Vers de cette année. Mr de
la Monnoye
,
de Dijon, la
trouva si belle, qu'il crut ne
pouvoir mieux mériter le
Prix,qu'en la traduisant en
Vers François. Il ne se trompa.
pas. Une partie de l'Académie
l'en jugea digne, & l'autre
se déclara pour un autre
Ouvrage. Cette égalité de
voix fut cause
, que pour
rendrejustice aux deux Autheurs,
ces Messieurs réfolurent
de séparer la Médaille
qui devoit servir de Prix,
Ainsi l'on en fit deux de
moindre valeur, l'une poun
F d: la Monnoye, l'autre
cursonConcurrent. M de
Monnoye ayant appris le
ccés que la Tradudtion
voit eu, envoya aussi-tost
ne Procuration à M deSanüil
,
afin qu'il reçeust le
rix qu'ildéclaroit luy apartenir
,
puis qu'iln'avoit
it quetraduire ses pensées.
le fut donc Mrde Santeüil
lui le remporta. Le procédé
e Mrde la Monnoye fut fort
ftimé de l'Assemblé, deant
laquelle on lût cette
rocuration,aussi-bien que
es trois Pieces, qui avoient
remporteles Prix. Mrl'Abbe
Régnier, qui a esté depuis
peu éleu Secretaire perpétue
de l'Académie en la place de
feu Mr de Mezéray, lût tous
ces Ouvrages. Quoy qu'ils
soient remplis de grandes
beaurez, la maniere dontil
les lût sembla leur en prestes
de nouvelles. Ensuite plusieurs
Académiciens voulu
rent bien donner à l'Assemblée
le plaisir d'entendre
quelques-uns des leurs. Mr
Quinaut, lût un Madrigal
sur le Voyage du Roy. M
l'Abbé Tallemant le jeune,
ecita une maniéréde Fable
lui parut très-belle. Elle
stoit surune Fontaine d'une
Maison qui appartient à Mrs
errault
; & comme Mr Perault
de l'Académie Françoise
r a répondu, illût sa Réponse,
vec une Ode sur ce qui s'est
.a£fé devant Alger, depuis
quel'ArméeNavale de France
est devant cette Place.
Les expressions en sont si
portes, que l'Auditeur croyoit
entendrele bruit des Bomes,
& voir le fracas qu'elles
:>nt fait. Mr de Benserade,
ût la galante Epistre que je
vous ay envoyée dans m;f.
dermerc/Lettre
,
sur le retour
de Monsieur le Prince ~d
- Conry. Jamais Ouvrage TItI:
fut applaudy
,
ny plus haute
ment,ny plus ge-nëralci-nenir
Toute l'Assemblée. se récri
prei,que à, chaque Vers. M~
Boyer finit par un Madrigah
auquel on donna beaucoup
de louanges. Là matier
n'enpouvoit estre plus tristo
puis qu'il estoit sur la mort d
la Reyne. Je ne vous répeu
point ce que je vous ay déjj!
àiten d'autresoccasions,
la fondation de ces Prix.
- -
vaut mieux que je vous entretienne
de ce qui se fit au
commmencemcnt du dernier
mois, dans une Solemnité,
fondée par Mademoi
[elle Martineau à Asnieres
surOise3 poury estre celebrée
tous les ans le 6.Aoust,
jour de la Naissance de Monseigneur
le Duc de Bourgogne.
La mort de la Reyne a
esté cause qu'on en a retranché
cette année toutes les
marques de joye qui devoient
l'accompagner; mais
si la Musique
,
les Concerts
de Voix& d'Instrumens, les
Feux d'artifice,& d'autres
choses semblables y ont marw
que
,
le zele de la Fondatrice
y a paru d'autant plus exadtxd
qu'elle a voulu qu'on ait commencélaFeste
par des Prieres
publiques pour le repos des
l'Ame de cette Princeuc./
C'est ce que va vous apprendre
la Relation qui fuit.
Elle estde MrComiersd'Ambrun,
Professeur des Mathématiques
à Paris,dont le mérite
vous est si connu par [cs 2
Ouvrages.
tELATION
DE LA FESTE
CELEBREE A ASNIERES
le 6. Aoust iéSj. LE Ciel nous avoit annoncé
l'a Naiffince de Monfeirneur
le Duc de Bourgogne ptr
me de sa brillantes Comette,
Semblable en tout * celley qui au
rAport de Pltne}mérité, des honneurssacrez,
dans l'un du plus
fupcrbet Temples de l'ancienne
sRaomlue,Fpoeujrtaevsocijruéeclla'EiremlepseJreeuuxr
Augujle c:ltirait à lhonneur dJ
sa Mere Venus. CL'ud/en) en
illujlrePoète que!e Dauphins
prejia autrefois 4 la Cour Poi
traîne,ajjuye que la Cor ete qu
parut en l'année38p. leJour di
la naifsncc d3Hononus} lu,
avoitpresagé Jon élévation
c
l'Empire. Il ajeutr, que la lu
miere qui couronna le Berceau di
petitÂscagne,auoiteflelaugur
desafuturegrandeur.Quels pré
ft^ei ne tireroit-ilpas de la lu
miere éclatante qui parut sur l
Palais de Veifailles, ($f quisu
observée à Bourbon- Lancy PC1
Mr ÏAbbe Motbeati, penddt
la nuit de la naijjance du jeune
Prince que le Ciel notiï a donné?
Puis qne les Grccs prédirent la
Monarchie de toute la Terre au
Grand Aléxandre) parce qu'une
Comete éclaira du haut de El
qu ¡teur la nuit de sa naijjance,
quifut le13.Aoufide tannée du
Monde 3628. les AJlrologues ont
raison de tout promettre à Montfeitneur
le Duc de Bourgogne.
Sa naijjance a tantfait allumer
de Feux de joye dans toutes les
Parties duvieux&du nouveau
Monde, quetoutes les Mations
ont employé les termes de laSainte
Ecriture, Quis putas puer iste
erit? Que ne doit-on pas atten-'*
dre de ce Prince, Petit- Fils do)
Loiiis LE GRAND?
Afademoijelle M"rtinrAU:lt
Petite-FiUe de la Nourrice*
d'HenryIV. fitdes Vceux pourv
la Grojjèjje de Afadme la Dau--
phinc. Elle prédit enfuite que*
cette Prinaffi combleroit ceux de
toute la France, en luy donnante
un Prince;lors quelle en eut i
dpprx rheureuje naijjance
,
elle•
se profitma auxpieds des Autels,
c. demanda la conservation de ce •
Fruit ifprétieux
,
(éf pour toh--
tenir> ellefonda àperpétuitéune -
*réndeMejje, qui dpit estre ceIL
<
tree le Ó. Aoust avec toutes la
rolemnite% que l'on a coutume
ïobjerverdanslesgrandes Fcjles,
Sermon, Te Deum., al Salut,
?» tEghJe d'AJhieresJurOiJe,
Cette petite Ville efioit Autrefois,
tr, du temps de S. Louis, une
des plus agréables Villes de Franre,
fou. le nom de Royalmonty ou
Royaumont. Nos anciens Roy)
en avoientfait leur Lieu de plaisance,
& nos Reynet y alloient
faire leurs Couches, pour la honte
de l'air&des eaux, comme il ell
pertedans les Cronicjues.J'aylû
dans des Lettres Royaux du 1'.
May 1446. obtenues par les Re:
digieux3Abkê3 & Consent de
*
Noslre
-
Dame de Royaumont,
Ordre t de Cifieaux
,
qu'en mî..
S. Loüis navoit donné par la
5
Fondation que la moitié du Do-
-
maine de la Ville d\Ajniemy & •
qu'en1339. Philippe de Valois
avoitdonne l'autre moitié avec
la JujTce Haute, Moyenne, &
Bajjei excepté,commt dit Ch-cr.
les V.fumomme leSage, nostre
Manoir, Parc & Forest, & la
Souveraineté,. QQuua. nt 7LI aceManoir9
ou MaisonRoyale, Loiiif
XIII. le donna à Madamesa
Nourrice.
v
Ce pieux zele de Mademoifltle
Xîartineau pourun Prince naifint,
eftfldtnsexemple., si en ne le
rend en la personned'Accu
laurentia.,Nourrice de Romular,
lui fonda la faille de Rome l'an
le la création du monde 3113. U
remiere année de la septieme
Oylmpiade, &7fo ans avant 14
iaiffance du Sauveur.
Cette Nourrice de Romulus
tvoit de coutume. comme dit Fui.
rence, defaire tous les ans un
Sacrifice
}
pour demander aux
Dieux la proIferité deson Nourriçon.
Elley faisoit affifler sa
douze Fils. L'un des douze estant
mort, Romulut qui eflçit
men-aise defeconder la dévotion
de sa Nourrice
, 'OC'UfA la place
du Défunt, (y comme Petit-Fils
de NumitorXVI. Roy du Pais
Latin, ilse rendit Chefde ces
ordonna qu'on appelleroit
cette Société>LeColleté
des Freres Arvales, du t) mot
Latin Arvum, qui fgmfie
Champs, en mémoire de ce qu'il
avoitelfénourry dans les Champs
avecson Frere Rémus.par Fauf
tulaj, Gardien des Troupeaux du
Roy Emiluu, leur Oncle paternel
,
lequel Fauftulus les ayant
trouve% sur le rivage du Tibre,
ou ils avoient esiE exposez, lu
porta a Acca Laurenttasa Femme.
Il n'y a perjonne qui ne
Ççache que le mauvais ufa&e
qu'elle fit lieu de sa beauté, donna
de dire qu'ils avaient esté
nourri* par une Louve. Ce College
des Frères Arvales fat Je.
fuis toujourscomposé dej Romains des Maisons les plus
illuftru. C'efi à mon avis le
premier Ordre de la Noblejjc
que l'on ait creE. Il avoit un
Grand- Maifoey rY un Sous-
Grand
- Maiflre. Ils s'affimhloient
le troisiéme des Nones de
Janvier, àcinq milles de Romr,
sur le chemin appelle ViaCampana,
dans leBonf!cré de U
:
Dêejje Dia, la Grand' A/terc -
des Dieux, qui donna [on nom ; a la Ville de Die en Dauphinc,
Ily a liïoj ans que fous le Con-
• Julat de Luciws Cejonus Commodiis,
& de Dcamus Novids
Prifeusy ces Freres Jrvales def-
, tinerent le mesme jour troisiéme
de Janvier afaire des Voeux &
des Sacrifices pour la pinte de
l'Empereur Vefpdfien, &de
Titus son Fils, comme on le voit
par l3Inscription d'un Marbre
en id Vizne Montalto à Rome,
que les Curieux trouveront en
Upage 7J. des Recherches
d'Antiquité, que le doéie Mr.
Spon a données au Public depuis
peu de temps.
Le Kele de Mademoiftllc
Martineau,quoj que pojlérieur
de 24(2 ansa celuy d'Acca Laurentia,
est en toutes manierePplus
Aupajle. Elle a sçeu accorder en
un mesme jource c^u:ledeuil de
la France exigeoit de nous avec u lesJentimens de réjouissance en
délions de grâces à Dieu pour
l'hrureufe naijjance de lIdonfiigneur
le Duc de Bourgogne,
Voicy le détail de cette Soientnlte.
Les nouvelles de la mort de la
Reyne ayantfaitcrjfer les préparatifs
du Feu dartifice que
Afademoifefle MartineAH e
tnoyavions résolu de faire tirer
d Asnieres, je my rendis le
Alercredy 4. du mois d'Aotijl.
Le 4ndemain au matin nous rifilmes
la conduite de la Fesie,
})allay voir enfuiteleChasseau
Royal, qui rieft qu'à trois cens
pas au dessus derEglise. Je remarquay
dans lA Chapelle du
Roy, que Sainte Anne en ejloil
anciennement la Patronne, &
finféray que cette Ville porte le
nom d'Asnieres> par corruption
de celuy de Sainte Anne. Ce
Chaftra" est jirt; les MUrAiUrJ
en font hautes & epaissesy &
bien flanquées par de greffes
Tours. Le seir, lei Clechet commencerent
par leurs trisses fins a
convier toutes les Paroijjesvoisines
d'affiler le lendemain an
Service éjni se devait faire pour
les Morts. Le Vendredjau matin
6. du ma*u, on trouva tAutel
tendu de nOIr) ainsi que toute
l'Eghfe, avec une Representation
au milieu du Choeur. L'Ofsice
des Mms eslans achevé^
Ml leCuredeViarme, Homme
de mérité e dune vie exemflaire1
célébrafilemndlement 1,4
McJfe de Requiem,J'eU! l'honneur
d'officier en Chape dans le
Choeur. A la veuë de la Représentation
}je me conjolay d'abord
par ces paroles de la Sagefje}au
Chapitre 4. Immortalis est
memoria illius, &: in perpetuum
coronata triumphat.
En effet, la Rejne ayanttoujours
pratiqué avec une pieté,
filide toutes les Vertus Chrefliennes3
elle est sortie de ce monde
par un doux sommeily qui est la
mort du Juste, pour entrer dans
la vénération de la gloire éternelle.
Elleréznemaintenantdans
le Ciel avec le Roy des ggs, &
le Soleil de Juflice.Apres les
Prieresfolemnelu-spourlesMorts,
on dit des AleJJes biffes de Requiem
en tous lesAutels. Sur
les dix heures) Eglise changea
jon Deuil (gjr ses Tentures de
noir3 enTapijJeries & en riches
Ornemens. On entendit tout
d'uncoup le carrillon desClochel,
aprèsquoy on fit l'Expofltion accoûtumée>
& en fuite on commençaJolemnellement
la Grand'
Messè, pour demander a Dieu la
conservation de Monseigneur le
Duc de Bourgogne. Le /?. P,
Dom Benoist, Sous-Prieurs &
d'autres Religieux de l'Abbaye
de Reyau nQnr, y ajjijlerenrl
comme Seigneurs de la Ville, AC-
,
compAognez de MM1' ddee la CChhai--
pelle, Avocat au Parlement, leur
Prevost, & des antres Oiffciers
de Jnflice.Mts du Chapitre de
la ifdie de LUZArch(J où font les
Corps de S. Ctfme&de S. Damien,
y députèrent, pendant que
dans leur Eghfe ils Hnijjoient de
coeur leurs ferventes prieres aux
noflres. M" les Cure'{ des Paroiiffs
voijfness'y rendirent3 &
l'alffuenceduPeupleyfuttelle,
que ton eut bcftin de (iard-spour
co'tferver le Choeur de l'Eglisê
libre4uxPrcftres, & aux Officiant.
dans. La Fondatriceoffrit un
Pain à bénir, couronné de douze
grandes Banderoles deTafetas
lieu, aux Armespleines de
FrAnce. L'Offertoire faitey le
R. P. Basile de Paris, Religieux
Penitent du Convent de Picpus,
monta en Chaire.C'est un Homme
qui a la noix agreable} fléxible
,&forte, & laftiond'un
WOrateur. Ses termesfontbien
:hoifs. Il eji cloquent & fort
Pathétique, & on luy pressa
grande attention. Il prit deux
Textespour bien remplir les deux
wotïfs de cette Solemnité. Il tira
le premier de l'Evangile felm
S.jean. Lorsqu'une Femme
enfante, elle est dans la douleur
; mais apres qu'elle a enfanté
un Fils, elle ne Se fouvient
plus de ses maux, dans
la joye qu'elle a d'avoir mis
un Homme au monde. Le
Prophète Roy luy fournit son
second Texte, dans ces paroles du
Pseaume 40. Dominus conservet
cum, êc vivificet eum,
ejucfeu Mr Godeau, Eiicfyne
de Graffe
, a renduësainsi en
nofireLangue.
Que la divinf Providence
Qu'elle proie soin de *sesy
Qu'il soit comblé parelle&de
biens, & degloire;
^Qae sur sesEnnemis il gagne une
:
Victoire
Dont le boheur dure toûjours.
Ilfitcomoiflreàfion Auditoire,
que puis que Dieu avoit accorde
Àdonfietvneur le Duc de Bour-
-
gogne aux Voeux de la France,
nous devions luy en demander la
confirmationj avec du priera
£autantplus ardenta ,que fin
enfance tendre & déllcAte, lexposiaux
mefimes infirmiténaturelles,
que les Enfins du çemm
mmdes Hommes; à quoy il api
pliqua lestermes du Livre de la
S.a,gec, Cbap.&du Prophetè
Roj9 Pseaume si. C'efl fansdoute
par cette taison que S.Paul
dans sa I. à Tmothée, Cbap.z.
s)écrie3 Je vous conjure donc
avant toutes choses, que l'on
faffe des implications, des
prieres, des demandes, & des
atrions de grâces pour le
Roy, & pour tous ceux qui
-font élevez en dignité.Il
passaen fuite 6tU Panégyrique
de Sa MdjeJté) de Monseigneur
le Dauphiny gjr de Madame la
Daupbinei apres quoy il conclut
que nous devions demander à
Dieu) que Monseigneur le Duc
de 'Bourgogne sufl une fidelle
Copie de Loiiis LE GRAND,
& l'Imitateur defis rvertus. Jl
ajouta que dans cette Priere nojfs
demandions tout À Dieu pour ce
jeune Princes puis que dans la
personne du Roysetrouventréu-
* nies en un degré éminent lapieté
>deCtot-—I-C la G£randeur>de Char- lemagne,le%elcardentde
S.Louis,lamagnanimité de
Henry IV. 0* l'equité de Loiiii
hjxfîe. Dans tout ce Panégyrique,
il n'oublia à toucher qu'une
feule chose, quele doae Machiavel
fouhaitottdanssonPrince. ¡finsfDn Princ-e.
Dcvc ancora un Principe
mofirarfi amatore delle virtù,
& honorare li excellend
in ciafcuna arte. C'est ce que
toute l'Europe admiredansnoflre
augufleAfoxiarque^quipendant
les excejjîvesdépcnfesdeldguerre>
a toujêutssaitflrunrlesSciences
& les Arts, répandantcontinuellementCes
libéralitérravalei
sur J tous les beauxGéniesde l'Europe5
qui ont eu l'avantage d'en
eflre connus, jiujfi ceux qui ne
peuvent reffintir lesfavorables
influences de ce Soleil toujours
bienfaisant, ne Je plaignent que
de manquer d'unFatrtn quiparle
pour eux $ disent ce que U
Malade dit au Sauveur du monde>
pres la Piscinemiraculeuse
de Iérufalem. Non habeo heu
minem
,
je nay personne pour
moy.
LaAfeJfe eslans achevée
3 on
chanta le Te Deum;tmapres
que la Benédiflion eut eslé donnée,
on fit les Prieres folemnelles
pour le Roy, & pour toute 1,4
AîaifonRoyale. Au sortir de
l'Eglise, onserendit
chez
Ma.;-
demoiselle Martineau. llyavoit
dans toutes les Chambres plusieurs
Tables si bien fervieSj que
toute la Compagnie, quoy que
tres_nombreuse.,y trouva partout
un Dînefflendide.l'allay le foir
Àl'Abbayr de Royaumont. L'Egl'tfi
efl une des plusbelles qu'il
y ait en France. Effe paroiss si
neuve j
qu'on croiraitquelle ne
vient que desortir de la main des
Ouvriers. Elle est enrichie du
Tombeausacré des Reliques de
S. Louis. Les 13afiimens font
d)une magnificence Royale. Les
Jardins(y leslets d'eau tiennent
dela beauté de ceux de Verflilleso
Les Religieuxyfont véritablement
Religieux, & avec cela
civils &jçavans. Ils ont le
bonheurd*avoirpourAbbeMrc
Alfonje-Loukde Lorraine, Çbcpalier
d'Harcourt, Primat de
Lorraine, Commandeur deLagny-
le-Sec. C'est un Prince aujji
iUuftreparfinmérite quepar sa
naijptnce. il parut Hê>nme dés
le "Berceau, & jamais on n'a
trouvé de traits de jeuneffi dans
sa conduite. Sa pieté rJIfolidr,
son fçavoèr profond) &Ja valeur
reverée^ mesme des Jnfîdrlles.
Ils se Jouviennent queit
l'année 1666. il sortit de Malttavec
vingt Chevaliers3 ,u'it
mena a Jesd1é/pens au SSecours
de Candie. Cepetit nombre de
Braves> animez par l'exemplede
leur Chef fit des aélions tre$+
glorieufcs. Ce vaillentPrince^]
ayantesié J.ir¡grreufiment ilejfé
d'un Mousquet a /4 défense Ju
BaflionPanigra,fut oblige de
forcir de Candie sur les Galeres
du Pape> SaSaintetéluy envoya
h brevet de Grand-Croix a Ci..
njitauccchia,Eslansdepuis General
des Galeres de la Religion3 il
courut tout l'Archipel, & enfin
le30.&31.May1675.A/yecunc
petite Efcoütde de cinq Galeres
de Malte, il défit au Canal de
Rhodes la grande Caravane des
Turcs qui venoit d'Alexandrie9
çomposée de cinq Galiotesy de huit
V*ijfeaux,&de quinze Saicjues*
rfrit le GalienAmiraiy, un Autre ràtliên,^ deuxVAiffiaux. Deniscetemps-
laJes Croix de Lerune
font la terreur des Turcs3
infi epiellesfont la joye des Re-
'gieux de Royaumont.
C. C0MIERS.,
Dansk mesmetempsque
cette Solemnité fut faite à
Asnieres, on en fit une autre
Beley, qui métite bien que
le vous en parle. C'est la reception
de Madame de Rivirie
en qualitéd'Abbesse,
dans la celebre Abbaye de
Bons. Ellefut nommée il y a
quelques mois par Sa Ma
jessé, après le deceds deMa
dame du Chastelard, qu
avoit dignement remply cet
te place pendant unassez
granduombre d'années.Ma
dame de la Rlviric,distingué
par sois mérite, & d'une de
plus anciennes Famillesde
Forests, alliée à tout ce qu'i
y a de considérable dans la
Province,estoit Religieuse
dans l'Abbaye de Laval en.
Dauphiné, de l'Ordre de
Cisteaux, aussi-bien quecella
de Bons. Le jour choisy pour
sa prise de possession estant
five, ellele rendit le matin r le Rhône dans une Maim
de Chartreux à unelieuë
e Beley. Cette Maison s'apelle
Pierrechâtel,& estForcresse
& Monastere tout-ài-
fois. MrlePrieur de cette
Chartreuse,ôcCommandant
le la Place, reçeut cette Abiefle
avec toutes les honicftetez
qui luy estoient
leuës. Madame l'Abbesse de
Laval l'accompagnoit. On
rervit un magnifique Dîné,
nLoamCbroemuspea,gnie se trouva.
tout ce qu'il y a
le remarquable dans Beley
1
,& aux environs, s'estantemi
pressé de venir rendre ses des
•
voirs à cette nouvelle Ab
besse. On passatoute l'apres
dînée dans la Chartreuse
pour éviter la chaleur, ôc on
arriva à Beley sur les sept heut
res du soir, avec un for
grand Cortege de Carrosses
M le Grand-Vicaire, Frere
de Mr Bruyset,MajorGenera
des Dragons, se trouva em
Habit de cerémonie à laPorto
de l'Eglise, en l'absence do Mrl'Evesque de Beley. Cetta
néEegl.ise estoit richement or- Il introduisit l'Abbesse
dans le Convent, & rue témoin
de tous les Acres qu'on,
est obligécie faire en une
semblable occasion. Les Religieuses,
qui ont toutes
beaucoup de naissance, n'oublièrent
rien pour marquer
leur joye & leurs respects à
leur nouvelle Supérieure.
Comme les trois Articles
dont est composé ma der- --
niere Lettre, ont esté trop
étendus, pour y laisser place
aux Nouvelles ordinaires du
mois, elles pourront vous
paroistre vieilles. Cependant
j'espere que si on vous en a
¿éja mandé quelques-unes,
vous n'en sçaurez pas si bien
les circonstances, que je n'y
puisse encore ajoûter quelquechose
de nouveau. Ainsi
vous aurez appris que Madame
laPrincesse Eléctorale
de Brandebourg est marre;
mais peut-estre ignorezvous
qu'elle est morte pendant
qu'on a crû qu'elle reposoit.
Jugez quelle affliction 8c
quellesurprise pour le Prince
son Mary, qui ne l'a point
veuë,à cause de la petite vérôle
dont elle estoit atta- * quée.J
Le Parlement de Roüen
àperdu son illustre Chef en
la personne de Mre Claude
Pellot, Seigneur de Port-David,
des Deffends, Trévieres,
& autres Lieux, qui mourut
icy le 3.
d'Aoust apres une
maladie de deux mois. Il
avoir 64 ans, & estoit Fils de
M Claude Pellot, Seigneur
dePort-David,& de Sandars,
Conseiller d'Etat, qui avoit
elle choisy comme une Personne
d'un rare mérite par le
feu Roy, pour accompagner
M'leCardinal de Richelieu,
Archevesque de Lyon, en
son Ambassade à Romei
Apres avoir estéConseiller
au Parlement de Roüen, il
sur Maistre des Requestes;
& Sa Majesté, à qui sa capacité
estoit connue, l'envoya
Intendant enDauphiné-dans
le temps des guerres d'Italie,
& en Roussillon, pour faire
observer la diicipline aux
Troupes qui y passoient. Il
sur en fuite employé dans les
Intendances de Poitou, de
Limosin, & de Guyenne, oii
il exécuta les ordres du Roy
avec une fermetédigne de
son zeic. Le succes en suc
fort grand, principalement
dans la Guyenne, qui estoit
remplie de Bandits &deScélerats,
du cesté de la Chalosse ,
& du Bearn. Il en purgea le
Païs, & les réduisit à l'obeïs-
|
sance. Le grand nombre de
belles reparations qu'il a fait
faire en plusieurs Villes decesProvinces,
rend pour luy
un glorieux témoignage de
l'entiere application qu'il a
toujours eue a ce qui pou-
Voit contribuer au bien pu:.
blic. Apres quinze ans de
f services rendus dans les Intendances,
Sa Maiestél'honora
en 1669. de la Charge:
de Premier Président du Parlement
de Normandie. Ill'a
exercée pres de quatorze anN
avec beaucoup d'honneur &:.
d'e stime. Son principal fàim
estoit d'établir de l'ordre era
toutes choses, sur tout au Palais,
où ila introduit des usages
tres-utiles,& fait en forte:
que les jeunes Conseillers,
qui avoient peu d'occupation
auparavant, en ayent aOEe:tn
pour se rendre capables des
leurs Charges.L'établissement
quil a fait d'un Hôpital
General pour les Pauvres de:
lm
la Ville, est une marque du
zele qui le portoit à les soulager.
Il laisse trois Fils; l'un,
Conseiller au Parlement de
Paris, qui s'est signalé dans
le Barreau par plusieurs Actions
publiques, &: qui a
voyagé dans la plus grande
partie de l'Europe, le second,
Capitaine dans le Régiment
du Roy; &letroisiéme,Abbé
de la Croix S. Leuffroy, Diocefe
d'Evreux.
Je vous envoye un Air
nouveau, que je suis fort ail
su é que vous chanterez avec
plaisir. Il est de l'illustre M*
Lambert. Ce nom vous dit
tout. 1
AIR NOUVEAU.
I
R IpN Ien n'cft égal 2 ma dêuleurf, 7 mesens naurirenlagueur 1
FsurlesyeuxdeCLimem. 1
Ah, fouYqttoy faut iltjuemtncoettr
Adore uneInhumaine! é
Beauxyeux aoûtjaaèrelesauj>sv
La crainte de veftre coartux à
M'oblige àme contraindre,
4
Je ne mi plains fas devant 'Z/OUi;
J!<.!::Il'IllZ- vêtu À vowpt.zindr,¡ *
J'ay rcçeu quatre Sonnets
sur le Sujet qui avoit elle
proposé d'un Pionétalant fal
epeuë. La moralité cmpeutJ
stre utileà ceux qui vouront
en profiter. Je vous les
nvoye. Les deux premiers
ont de Mr Vignier de Richelieu
, & le troisiéme de
vi Diéreville du Pontlevesque.
L'Autheur du dernier
11est inconnu. 'sonnets
SUR LE PAON. t
1.
1NcêwtpAYâhleOyseau, dent laricieleextrême,
De mesmetjtte le Cielfaitvêir millt,
[ Jflendct*Ys>
Fam qui desires flaire, Cr teplais i\
tey-mefmey
Lors quen voyant ta Roue, onfait
des crisflateurs.
setis échantillon de la Beautéfapréme
Jî^uisefaitadmirer dans tes vives
couleurs,
Ce ness pas sansraisonquele mondtl
les aime,
JEUcs ne passent point comme cdlo
des Fleurs.
Mais que te rcvum-il d'unsichar-
Mani Plumage,
Si loin de t'élever à la Terre ilt'en-*
gar.
S'il te rendpluspesant, llm vaÍII,
fin* gltrieux?
Vom
Veut qui brillez,parfont avecfliu
d*AVantAg€y
Fuites que vostreAmourncjlant que
pour lu deux,
VfH4unijft aux Beaurez, dont vota
esses lImage.
Q II. Vedy'eux, que de Soleils, qm
demCLgnlicence.
Quandle Paonfaitla rauêy éblo#.¡:
F fent nosyeux!
Et que ce Favory de la Reyne des
deux
lut du Grand Alexandre unejuste
t *Ordoiccf
* Aléxandicdéfendit de tuer au-cu*
Paon) sur peinede la vie.
Lors quil paroiss U -haut, efi bien
moins gracieux,
Jlue les vivcs couleurs de ce Paon
glorieuxy
Simbole de concorde ainji que ddbondance.
-.
Ma# tontes ces bcautez, ne durentpak
toujours,
Elles ont leur éclat, elles ont leur
decoursy
Et celuy qui les perd Je va ÇAcher
de honte.
four n'cjlrcpOÙJJjÙja a Cinfta*
bilité"
Four trouver icy-bds dr dans le Ckl\
ioncompte,
Chrcftien, brille en tom lieux parttw
humilité.
III. r E ne veux point Aimer,importune
Liftte,
"our les jeux innocensjen'dy plta
de loifirsi
ivec un autre Amant accorde tes
dtfirs,
)u dance touteseult aufin de ta
Musis(,
Ppvrmefaire quiter mxpaijible retrlllfl,
En vain tu me promets les plut charmans
plaijtrs.
\ifallois técouter, bun-tost mille
I soupirs
rrOllbÜrOitnlle repos de ma douceur
IJltrftite.
le Monde tJlcomme un l'aD»,dont!4
1 queue éblouit
Au moment qu'.à, nosyeuxellIel s',é~-
panouit,
Maà dont l'éclatfeperdfi-toifqu'il
U resserre.
LespUiJîrs quicy -bas onpeutse
procurer,
Tassentcommeun Eclairquiprévient^
le Tonnerre,
Etle malqui lesfuitnefçaitque trog
durer.
IV. OYfiAU; couvre tes pieds de ce -
charmant plumage
fQaui'aruexécyeluaxtcdressSpectateurs tuveux
Four avoir moinsd'orgueil, tu doit
les consulter,
leurextrêmeUidmt'injlruiï4 d^\
vantage.
Du vain fa/le des Grands tu me
fourni*l*Im@age. Ces hautes Dignitésouje les voy
monter,
Ces honneurs dont le charmeAsceu
les enchanter) a
Nefontque des éclairs qui précèdent
l'orage.
Leur cerveau pénétré de fubtiUi
vapeurs, - Fait donner de
l'éclat
auxplusfimbres
couleurs,
Etproduire a grands frais deI,mpenjè
s fittifis.
Envertu du brillant dont ils fini
rtvtflu-s.,
Unprogrésd'amourpropre,un art
de conviitifcsy
1
t pour leç e ïajfintpourles effets des plut rares
vertu*.
Je ne doute point, Ma
dame, que ces fortes deSon
nets ne vous plaisent davan
tage que ceux quise font
sur des Bouts-aimez qui en
déterminent toûjours la pen
sée, & la rendent fort souvent
extravagante. On n'en peut
avoir que dqp relevées sur le
Soleil, si onveutchoisircette
nlanere.
Le Mardy 10. Aoust, jour
de S. Laurens, Madame Bé
rat,.,,, Bellesoeur de MrCol
bert de Croissy, Abbesse ï
Trésor, Diocese de Roüett
fut benîte dans l'Eglise c|
- ,
l'Abbaye aux Bois. Le Grand
Autel estoit magnifiquemt ZD paré, & deux Tentures de riches
Tapisseries, dont l'une êtoit
au dessous de l'autre, ornoient
tout le tour duChoeur.
Du côté de l'Epistre êtoit une
Estrade couverte d'unDaiz de
velours rouge cran-iolfyfra"ge'-
& passementéd'or,&ondoyé
de quatre Bouquets de Plumes,
pour Mr l'Archevesque
de Paris,qui celébra la Messe,
& fit la cerémonie de la Benédiction.
Madame duTrésor
eut pour Assistantes Madame
l'Abbesse de S. Antoine des
Champs, & Madame de
Chaune,Coadjutrice de I'ALN
baye aux Bois. Madame de
Croissy y fit les Honneurs aur
dedans du Monastere,accompagnée
de Madame la£
Maréchale d'Estrées, de Ma-^
dame la Duchesse de Mortemar,
& d'autres Dames
qualifiées. Mr le Marquis de:
Torsy,en l'absence deMrde
Croissy son Pere qui estoit
indisposé, fit la mesmechoses
au dehors envers Mr le Coadjuteur
de Roüen,& plusieurs
autresPersonnes de qualité.
LaCerémonie se termina parj
un Régale aussisomptueux
que bien ordonne.
Trois jours apres,MFAbbc
de Croissy soûtint des Theses
de Logique & de Morale au
College d'Harcourt. LaDispute
me
ouverte avec beaucoup
de surcés par Mr le
Comte de Beaumont, Fils
aîné de Mr le Procureur General
du Parlement de Paris.
Mrs l'Abbé & Commandeur
de Louvoys, la continuerent
par les plus fortsArgumens.
Mr l'Abbé de Croissyn'en
fut pointembarassé. Il en dénoua
toutes les difficultez,&
y réponditsisolidement,qu'il
fut admiré de tous ceux qui
l'entendirent. L'Assemblée
estoit illustre &: nombreuse
Mrs les Archevesques de Sens
& deRoüen,&Mr l'Evesque
d'Amiens, s'y trouverent,
avec les principaux Magistrats.
Je puis vous parler icy
d'un effort de mémoire qui
vous surprendra. S. Pierre de
Luxembourg, Cardinal, eC
tant un des Protecteurs de la*
Ville d'Avignon, on y célébre
la Feste le 5. de Juillet
dans l'EglisedesCelestins
MrleVicelégat,&Mrle Viguier
accompagné des Consuls,
ont accoûtumé d'assistet
à une grande Messe que l'on
y celebre tous les ans,& apres
laquelle ils écoutent le Panégyrique
du Saint. C'est une
Oraison Latine qui dure du
moins une demy-heure, &
qui est toûjours recitée par
un Ecolier. Celuy que le Régent
de Rhétorique avoit
employécetteannée, tomba
malade deux jours avant la
Feste, & elle se fust passée
sans Oraison, si un jeune
Gentilhomme de l'ifie dans
le COlTItat, âgé feulement de
treize ans, nommé de Donodey,
n'eust appris en vingtquatre
heures, ce que les
autres étudient pendant uni
mois. Il sacquita de cette
Action avec une grace qui
ne fut pas moins admirée que
sa hardiesse. Il y avoit Uli1
Compliment à M le Vicelégat
& aux Consuls. Il prononça
tout également bien.
MrRoüillé, Conseillerau
Chastelet,aesté reçeu depuis;
peu de jours en la Charge de
:
Lieutenant General des Eaux;
&Forests de France, dont te;
&oy luy avoit accordé l'agrément,
avec la dispense de
plusieurs années d'âge. Les
fonctions de cette Charge
sont fort agreables. Aussi
a-t-elle esté remplie par plusieurs
Personnes de distin-
£tion, entre lesquelles sont
Mrs Hotman, Sanguin, de
Villemor,Saint-Yon,&c. Je
vous ay déjàparlé de M*
Roüillé, quand il épousa
Mademoiselle Bitaut, d'une
des meilleures Familles de la
Robe.
L'amour le plus violent
n'est pas celuy qui dure le
plus, & on a toujours a.te
défier de ces Amans trop
passionnez, qui n'ont pour
but dans leurs marques de
tendresse, que de satisfaire
leurs desirs.C'est de cette
source que sont venus les
malheurs d'une jeune Damoiselle,
à qui mille belles
qualitezfaisoientmériter une,,
moins cruelle destinée.
Ou-j
tre les charmes du corps, &-
la beauté de l'esprit, elle avoitj
une vertu naturelle, qui eC.
tant fortifiée par une
heureuse
éducation, l'avoit toû- i
jours défenduë des foiblessèsI
\,
ordinaires à celles de fou
sexe &de son âge. Son coeur
estoit tendre, mais quelque
rendre qu'il fust, son seul
devoir en régloit les mouvemens,
& il ne pouvoit luy
faire aucune surprise, dont [a
raison ne vinst aisément à
bout. A peine eut elle seize
ans, que ion mérite fit bruit.
On parloit d'elle avec admiration,
ôcilyavok d'autant
plus d'empressement à luy
donner des louanges, que sa
sagesse répondant à sa vertu,
on voyoit en elle une Personne
accomplie. Un Gen,
rilhommevoisin,assezriche,
& fort bien fait, âgé seulement
de vingt-six ans, quii
l'avoit connuë dés son ensance,
commença alors à lai
regarder d'un oeil moins indiférent
qu'il n'avoir fait jusque-
là. La Mere de la Demoiselle
s'en apperçut aussitost,
& le Gentilhomme
ayant laissé échaper quelques
paroles qui faisoient connoître
les sentimens qu'il avoit,
elle disposa sa Fille à l'écouter
favorablement. Son Pere entra
dans la mesme complaisance.
Le Parry luy ayant
paru assez sortable, il dit seulement
que sa Fille estant
trop jeune pour la marier sitost,
il falloir toujours ménager
le Gentilhomme, sans
prendre avec luy tropd'engagement.
C'estoit un Homme
d'esprit, qui avoit sa politique.
Il ne doutoit point que
la beauté de sa Fille ne luy
attirast force Adorateurs, ôc
il estoit bien-aise de le tenir
en état de pouvoir choisir ce
qui tourneroit le plus à son
avantage. Les chosessepasferent
de cette forte pendnt
un an tout entier. Le Gentilhomme
redoubloit ses soin
aupres de laBelle; & cetto
aimable Personne, autorisé
par ceux à qui elle devoir
tout, en ne luy montrant
que de l'estime, prenoit ini
sensiblement de tendres imi|
pressions, contre lesquelles
elle croyoit n'avoir pas à G
précautionner. Enfin parmy
quantité d'Amans qui le prés
{èntereat.,malheureufemen/
pour le Gentilhomme, un
Cavalier beaucoup plus riche
que luy, prit le dessein de r;
déclarer. Il n'avoit ven qtl':i
une fois la Belle, & çctw
il
premiere veuë l'avoir tellement
frapé, qu'il ne perdit
point de temps. Il alla trouver
le Pere, qui luy voyant
de grands Biens, reçeut sa
recherche avec beaucoup de
plaisir.LaBelle ayant eu ordre
de regarder comme
celuy qu'elle devoit époufer
dans peu de jours,sentit tout
d'un coup que son coeur estoit
plus engagé qu'elle navoit
crû. L'effort qu'il luy
salut faire pour en arracher
le Gentilhomme, qu'elle
voyoit depuis si longtemps,
avéc.- quelque (brie d'espérance
de vivre toûjours pouf
luy, luy fit connoistre qu'une
habitude agreable ne se perd
pas aisément. Sa Mere, qui
avoit aidé à faire naître les.
sentimens qu'il falloit qu'elle
étoufast, ne fut pas moinsi
touchée qu'elle de
cettel
cruelle nécenné. Le Gentilhomme
avoit tant de bonnes
qualitez, que si l'affaire euftii
dépendu de ion choix,ellcij
l'auroitpréferé, quoy que
moins riche, au Cavalier
quil
se présentoit; mais elle tachai
inutilement de gagnerlefpric;
de son Mary. Il voulut laii
chose d'une autorité si abfb-,
luë, que l'obeissance fut le
seul party qu'elle vit à prendre.
Dans ce triste état,elle
pria le Gentilhomme de ne
la plus voir, & nepût luy
refuser la vaine consolation
de luy apprendre que si on
lavoit laissée maîtresse de ses
volontez, elle auroit trouvé
beaucoup de plaisir à luy
prouver
que son coeur estoit
sensible au mérite plus qu'à
ucune autre chose. Rien ne
peut estre plus tendre que le
ur l'adieu du Gentilhomme.
il dit àla Belle les choses du
monde les plus touchantes;
& si elle ne le fust retirées
tout-à-coup sans luy répondre,
toute là vertu n'eust puL
l'empescher de laisser paroiftreplus
qu'ilne lembloijj
luy dire permis. Se voyant
contrainte de le donner à uip
autre,elle demanda du cemps'
pour y préparer son coeur
Ce futinutilement qu'elle sîjs
cette demande. Le Cavalier
devint amoureux si éperduë
ment, qu'il ne laissoit nul l'dl:
pos au Pere. Ses empressemens
alloient jusqu'a le pori
rer à l'extravagance.Pour
peu qu'on parlast de recarder,
c'estoitrésoudre sa mort,
¡& il auroit acheté de toutes
choses le prompt accomplissement
du bonheur qu'il souhaitoit.
Vous jugez bien que
le Pere qui estoit habile, le
voyant siplein d'ardeur, profita
comme il devoir de ra-
I,veuglement de sa passion. Il
donnoit fort peu de chose à |£tFille-, & ne laissa pourtant
pas de trouver moyen de luy
^aflurer par le Contract une
Dot considerable. Tout foc
signé, &le Mariage le fit en
six jours. Quoy que cette aimableFille
fust remplie eser
trouble d'abandonner ui~
Amant qui ne luy déplaisoit
pas, elle sçeur si bien le posseder,
qu'on n'en pust rien
découvrir, ny sur son visage
ny dans aucune de fZs ac-*
tions. Son coeur se soûmit àÍ
- sa raison, ôc elle parut auit
contente qu'une grande ma.
destie luypouvoit permettre
de le laisser voir. Elle ne fut
pas si-tostmariée, qu'envisageantl'étroiteobligation
où elle estoit d'aimer son
M tfV, elle n'eust en veu
quede luy donner
sessoins
&
i& toutes ses complaisances.
Si ses devoirs furent partagez,
ce fut feulement du costé de
Dieu. Encore estoit-elle si
persuadée qu'elle trouvoit
! Dieu dans tout ce qui la rendoit
agréable à son Mary,
qquu'ellenedonnoitàsesexer-
'ellene donnoit à fés exercices
de religion ôc de pieté,
qu'autant de temps qu'elle
en pouvoit ménager sans luy
déplaire. Comme il n'avoit
rien dans sa personne qui fuit
capable de 12 dégoûter, elle
l'aima véritablement, Si en
peu de temps elle se sentit si
dégagée de ce qui avoit occupéfoncoeur)
que le Cava- 1
lier en fut seul le maistre,
Mais si sa tendresse augmenta
pour luy de jour en
jour, il n'en alla pas ainsi du
Cavalier pour la Belle.
- Sa
passion avoit eu d'abord trop
de violence. La possession
l'ayant satisfaite, il la laissa
rallentir, & peu-à-peu, ce
quiavoit estél'objet detous
ses desirs, le piquant moins
vivement, il tomba dans des
négligences de froideur,
dont illuy fut impossiblede,1
se garantir. La Belle les euw
bientost remarquées; & convj
froc les continuelles marques
d'amour qu'elle luy donnoit,
comméçoient à estrepayées de beaucoup d'indiférence,
relle luy en faisoit quelquefois
la guerre, & luy disoit
[d'une manière toute enga-
[geante, que le mariage les
voit changez tous deux,
[ puis qu'ellefaisoit le person- nage d'Amant, &luy celuy
de Maîtresse reservée.Cependant
quelque déplaisir
qu'elle reçeust de ce changernent,
elle deguisa ce qu'-
ellesoufroit, peur luy paroijtre
toujours debelle humeur
& tâcher par là de le ramener;
mais quand on néglige
de remédier aux premiers
dégoûts que produit le mariage,
rien n'est plus à craindre
que les malheurs qui en
naissent. Le Cavalier guéry
de sa passion, en prit aussitost
une autre. Il fitconnoissances
avec une jeune Veuve, bien
moins belle que sa Femme,
mais dont la personne & les
manières avoient je-ne-sçayquoy
de si attirant, qu'il fit
tout son bonheur de la voir.
Ses soins firent grand éclat
ôc en peu de temps toute 1^
Ville en fut informée. La
Belle, qui avoit le principal
intérest à cette nouvelle,
l'apprit apres tous les autres.
Ce fut pour elle un coup de
tonnerre. Lors qu'elle en fut
un peu revenue, elle se crût
obligée de s'expliquer avec
luy, & ayant pris pour cela
toutes les précautions qui
estoient à prendre, elle luy
dit avec une honnesteté mêlée
de douleur & de tendresse,
que Dieu luy estoittémoin
qu'elle ne trouveroit
jamais rien a condamner
dans ce qui seroit sa joye,
que si elle sevoyoit assez
heureuse pour estre en pouvoir
de faire tout son bon- 1 heur, comme il faisoit tout
le sien, elle luy sacrifiëroit
avec plaisir tous les momens t
de sa vie; qu'elle vouloir j
éroire que ses complaifinces
pour la Dame qu'il voyoit,
estoient remplies d' inno-*
cence, mais que la malignité
des Hommes les portant à
mal juger des intentions les,
plus sinceres, ilne pouvoir
la voir
-
si assiduëment [ans
tliuoynfdaéirseFtoemrtm;qcsuie-elsatorsé?pluiéta--
licate au point d'estre blessée
de fort peu de chose; qu'il
devoit d'ailleurs le défier de
luy-mesme; que ce qui n'cftoit
d'abord qu'un amusement
de galant Homme,
pouvoit devenir une veritable
affaire de coeur;qu'il
avoit à craindre pour ses propres
intérests dele trop abandonner
aux emportemens
d'une passionqui n'a ny regles
ny bornes, & qui luy
estant infructueuse ne serviroit
qu'à luy faire perdre
son repos. Le Cavalier reçeut
cet avis fort indignement, &:
se permettant jusqu'à la rnc^
nace, il répondit à la Belle,
que si jamais elle s'avitoitde
luy tenir de pareils discours,
ce ne seroit pas sans qu'elle
eust sujet de s'en repentir.
Elle se tût, & ne chercha
plusà,le,)gagnerque par quel- ZD-f ques larmes qui luy échaperent;
mais loin d'en estre
touché, il devint plus assidu
aupres de la jeune Veuve.
Tous ceux qui voyoient la
Belle affligée,faisoient tomber
l'entretien sur ses griefs
de chagrin, dans le dessein
de la consoler. C'estoit ina."
- ]
tilementqu'ils la mettoient
sur cette matiere. Elle leur
fermoit aussitost la bouche,
en les assurant d'un virage
satisfait, que les soupçons
qu'onprenoit de son Mary
elloient fort injustes,qu'il
avoit pourelle les plus obligeans
égards, & que s'il
svaonysoit des Femmes, c'estoit
luy rien oster de sa tendresse,&
par le seul usage du
ponde. Le Gentilhomme,
oui l'avoit aimée avec tant
de passion, l'ayant rencontrée
dans une visite, elle luy
fit la mesme réponse sur ce
qu'illuy dit de son malheur;
& quelques instancesqu'il
put faire en luy demandant
permission de la voir, il n'en
pût rien obtenir.Elle demeura
ferme sur le refus, &luy fit
connoistre combien ce qu'il
souhaitoitluy seroit injurieux,
puis que tout le monde
voulant se persuader quelle
avoit lieu de se plaindre, on
publiëroit infailliblement,
qu'elle ne l'auroit reçeu chez
elle que pourlevanger des
prétendues infidélitez deson
Mary. Tant de vertu redoubla
l'admiration qu'on avoir
pour elle. Elle pleuroit dans
Ifà Chambre, se consolois ait
pied des Autels, & ne rece-
4
voit personne dans la condidence
de ses déplaisirs. On
ne laissa pas de les pénétrer,
& de chercher à les adoucir.
| On fit parler à la Veuve, *ôc
on luyreprésenta le tort quelle
se ffaalisfooiitt ddee mmeettttrree aaiinnsfii
la division dans un mariagemais
soit
-
qu'elle eust pris
trop d'attachement pour le
Cavalier, soit que sa vertu ne
sust pas fort scrupuleuse, elle ne put se résoudre à le bannir.
Ilsoupoitsouvent chez
elle.) & n'en revenoit qu'à
une heure apres minuit. À
son retour il trouvoit la Belle,
toujours complailante, toûjours
sansaigreur, & dans
une apparence de tranquillité
qui cachoit ses déplaisirs;
mais si elle s'empeschoit de
luy faire des
fo
reproches, la
veue,à ces heures-là, luy en
faisoit de cruelles. Il voulut
enfin se les épargner, & luy
dit un jour,quil rentra fort
tard, que n'estant pas juste
qu'illa fin attendre, ny qu'il
réveillast en revenant, illuy
laisseroit son Apartement à
l'avenir,&coucheroitdans
un autre. Cela fut fait dés le
lendemain, malgré les prieres
que luy fit la Belle de ne
point s'inquiéter si elleveilloit
ou non, & de soufrir
quelle eust toûjours soin de
voir s'il ne manquoit de rien
quand il revenoit la nuit.
Comme les Domestiques
n'ont point de secret, cette
espece de divorce fut sçeu'c
aussitotf dans toute la Ville.
On en conçeut beaucoup
d'indignation cotrelaVeuve
qui en estoit cause, & vous
pouvez vous imaginer lg§
contes qu'on fit de ce que le
Cavalier passoitlaplûpart des
nuits chez elle. Tous les Parens
de la Belle luy confeillerent
de se separer, mais
elle rejetta cette proposition,
comme une pensée tres-criminelle.
Elle disoit que les injustices
de son Mary, quad el-j
les seroient encore plus grandes,
ne pouvoient l'autoriser à
manquer à son devoir; qu'
elle estoit toûjours sa Fern
Ine, ôc dans l'obligation de
ne se pas rebuter d'un égarement
qui pouvoit finir; que
sa présence luy faisoittoûours
garder beaucoup de
mesures, ôc que si elle n'estoit
plus aupres de luy, il
pourroit tomber dans des
desordres qu'elle auroit sans
:eifc à se reprocher. Ces raisons
estoient d'une personne
tres-sage;mais son Pere, qui
estoit unHomme violent ôc
entreprenant, [e lassa d'y déférer.
Un jour qu'elle vint le
voir, il l'arreftamalgré elle,
&envoya dire a son Mary
qu'il la retenoit pour la mener
avec luy le lendemain
passer quelques jours à la
Campagne. Le Cavalier fit
répondre qu'il le laissoit
maistre de sa Fille, & qu'illa
pouvoit garder autant qu'il
voudroit. On fit le voyage,
&huitjours apres le Pere re.
vint, la laissant avec sa Mere,
& quelques Dames,qui s'empresserent
pour la divertir.
Elle écrivit plusieurs fois à
son Mary
,
ëenen recevant
aucunes nouvelles, elle demanda
à revenir seule, *puis;
1 • qu'on ne parloit point encor
du retour; mais elle eut beau
presser son depart,elle s'ap
perceut bientost qu'on neL
toit pas d'humeur à y
conJ
lèntir) & quon la tenoit
comme priiomuere. Deux
mois se passerent de cette
sorte, ôc son Pere l'estant
enfin venu retrouver, luy
apprit qu'il l'avoitmise en
repos, ôc que par un Jugement
qu'il avoit fait rendre
contre son Mary, elle en esÊoit
séparée de biens & decorps.
Il avoit beaucoup d' Amis
dans la Ville, où il estoit
fort consideré; &le Cavalier
ni ne demandoit qu'à vivre
ansFemme,s'estant défendu
égerement, avoit mieux ai-
Ifné abandonner une partie
de sonBien, que de demeurer
dans la contrainte où le
retenoit un reste d'honnefc
teté. La douleur que cette:
affaire causa à la Belle, suc
égale àsasurprise. Les avan-j.
tages qu'elle en retiroit nm
pûrent la consoler, & elle nd
fut pas si-tost de retour, aved
son Pere, qu'elle alla che
son Mary, desavoüant t0111
ce qui avoir ejfté fait lani
qu'on l'en eust consultée., s'ro,frant 'àddemeurer avec 1lujj
comme auparavant. Le Ca
valier traita sa soûmission d
feinte, & d'adresse concertée! •â
Il luy dit que puis qu'elle
avoit voulu l'abandonner,
qcu'e'setloleit pour toute sa vie, &
ne devoit jamais cc.
pérer qu'il la reprist. Elle refusalongtemps
deretourner
chez son Pere, mais il le voulut
absolument, & la laissa
seule
toute en pleurs, avec
protestation de ne point rentrer
chez luy qu'apres qu'il
sçauroit qu'elle en fust sortie.
Ce sentiment devertu qui la
faisoit renoncer à son repos,
luy attira de fâcheuxreproches.
Son Pere se prétcndit
offensé de ce qu'elle condamnoit
par cette démarche
ce qu'il venoit de faire pour
elle
-r & toute soûmise qu'elle
estoit à son devoir, elle eut à
soufrir des deuxcostez.Sa
patience la mit au dessus de
ces traverses. Quoy qu'elle
sçeust quelles'expodoit à Iau
violente humeur de son Pere
en se montrant résoluë à 19
quitter, elle fit prier vingt
fois son Mary de la voúloir
recevoir, & ses prieres furent
toûjourssuivies d'unrefus.
Il y avoit un an que ce di-i
vorceduroit, Ws qu'on luyj
agprit qu'il estoit tombé MQ4;
lade.Elle ne balança point
sur ce qu'elle avoit à faire.
Son devoir l'occu pant uniquement,
elle voulut luy servir
de Garde,& se rendit dans
sa Chambre sans l'avoir fait
avertir. Il ne l'eut pas plutost
apperçeuë, qu'il tourna la
telle de l'autre costé, & quoy
qu'elle pust luy dire d'honneste
& de tendre, illuy répondit
toûjours qu' elle le
laissast soufrir en repos. Sa
venuë il l'avoit si fort agité, &
entra dans une si grande
impatience de ce qu'elle
s'obstinoit à ne vouloir pas
sortir, que les Medecinsluy
conseillerent de seretirer,
dans la peur qu'ils eurent que
le sècours qu'elle venoit luy
ofrir, ne produifift un effet
contraire à ce qu'elle souhaitoit.
Elle sortit toute en larmes,
mais ce ne sut que pour
s'airester dans l'Antichambre,
où elle passa les jours Se
les nuits tant qu'il demeura
au Lit, pour pren dre foin de
ce qui pouvoir le plus contribuer
à sa guerison. On
n'osaluy dire pendant tout
ce temps, ce qu'elle saisoit
pour luy
; & quand apres sa
fantéentièrement recouvrer
on luy sit connoistre ce qu'il
devoit à cette aimable Per,
sonne,ilreçeut avec dédain
tout ce qu'on luy dit à fort
avantage, & ne voulut entendre
parler d'aucun raccommodement
La Belle
contrainte de retourner chez
son Pere, eut à essuyer de
nouveaux rebuts. Elle les
soufrit sans murmorer;mais
quoy que l'austere vertu qu'-
elle pratiquoit luy sist suporter
avec une entiere ré{lgnation
les infortunes qu'elle
méritoit si peu, elle ne put
i
;,
résister longtemps à l'accablement
où elles la mirent.
Elle tomba inssensiblement
dans une langueur, qui ef.
tant suivie de siévre, donna
bientost lieu d'appréhender
pour sa vie. La premiere
chose qu'ellesit, fut de demander
à voir son Mary. Il
dit à ceux qu'on luy envoya,
que rien ne pressoit encore,
&: qu'il la verroitquand il
seroit temps. Pendant tout
le cours de sa maladie, elle
ne parla que du regret qu'-
elle avoit de ce que son Pere
avoit fait en dépit d'elle; ôc
la
laviolence du mal l'avant
enfin emporté sur l'habileté
des Medecins, qui ne luy
promettaient pas encore
trois jours de vie, elle demanda
tout de nouveau,
mais avec les instances les
plus fortes, qu'on fist venir
son Mary. L'état où il sçeut
A.u'il la trouverait, ne luy
bermit pas de refuier ce que
souhaitoit une Mourante. Il
s'approcha de son Lit, & en,
royant la mort peinte sur
on virage, il ne laissa pas de
remarquer dans ses yeux
toute
la tendressequ'une
Femme doit à son Mary.
Elle le conjura d'abord de
luy pardonner la séparation
forcée quiavoit pû donner
lieu à son entier refroidissement.
Elle l'assura qu'elle
ne gardoit aucun souvenir
desinjustices qu'il luyavoit
faites; luy dit qu'elle mou-,
roit d'autant plus contente,
que depuis longtemps la vie
luy estoit insuportable, non
feulement parce qu'elle n'avoit
pû se rendre digne desa,
tendresse, mais parce que
cette vie qu'elle se voyoit,
preste de quiter, estoit un
..811
obstacleàsonsalut, que les
assiduitez aupres de laDame,
quiestoit pour luy plus aimable
qu'elle, toutes innocentes
qu'elle les croyoit,
ne laissoient pas de causer un
scandalegénéral, qu'il alloit
estre en pouvoir de le reparer en l'épousant; qu'elle le prioit
de le faire si-tost qu'elle
-
seroit
morte, & en mesme
temps de n'avoir des que yeux
pour elle feule, & de ne
soufrir jamais qu'aucune au- tre Femme partageast son
r coeur que Dieu qui par sa
bonté pardonne souvent les
premieres fautes, s'armoit
de rigueur contre les secondes
; qu'elle luy souhaitoit
dans ce nouveau mariage
tout le repos & tout le bon
heur qu'elle eust tâché de
luy procurer, si elle eust puj
se faire aimer veritablement;
& que si apres sa mort, [es
- prieres pouvoient avoir quel-i
que force, elle n'en seroit
que pour attirer sur luy les
graces du Ciel. Elle ajouta
beaucoup d'autres choses qui
sirent pleurer tous ceux qui
estoient présens; & s'estants
tournée vers son Confesseurs
elle luy parla encore, & expiraun
quart-d'heure apres,
On ne sçauroit exprimer
l'effet que ce discours,& la
mort qui le suivit
,
firent sur
l'esprit du Cavalier. Il demeura
immobile, ôc dans
une espece de stupidité, qui
luy osta toute connoissance
Il ne pleura point, il ne parla
point, & se laissa remener
chez luy sans sçavoir où il
alloit Si-tost qu'il y sut, il
se jetta sur un Lit, où ayant
passé plus de trois heures
sans dire un seul mot, il poussa
de longssoûpirs, versa quelques
larmes, -& dit qu'il estoit
le pluscriminel de tous les
Hommes. Ses Amis le vinrent
voir, & crûrent d'abord
que sa douleur estoit affectée;;
mais il en donna des témoignages
sivifs, qu'ils virent?
bientost qu'ilenestoit pénétre.
Il rappelloit toute la
vertu & tout le mérite de sa
Feti-irne, & [e voyant cause
de sa mort,il détestoit l'aveuglement
qui l'avoit perdu.
La jeune Veuve luy envoya
faire compliment, & il pria
qu'on luy répondist ce qu'on
voudroit. Il passa la nuit dans
il
un état pitoyable, régla tout
le jour suivant quelques assaires,
& sur le soir, il se retira
dans un des plus austeres
Convents de la Ville. La plûpart
voulurent croire quil
navoit choisy cette retraite
que pour mieux cacher aux
yeux du monde l'embarras
où il estoit d'avoir à se contrefaire
, &: on se persuada
qu'il en fortiroit peu de jours
apres. La Veuve le crût comme
beaucoup d'autres, &
n'en eut pas grande inquiétude;
mais il y passa trois
mois entiers sans y vouloir
recevoir aucune visite, & on
fut fort étonné lors qu'apres
ce temps on luy vit prendre
l'Habit. Ce changement fit
beaucoup d'éclat. Chacun
vouloir démentir ses yeux;
& laDame qui s'estant flatée
d'estre maîtresse de ses vOJ!'-
lontez, avoit peine encore à
croire qu'il pust se réfoudreà
l'abandonner, mais il
deJ
meura inébranlable dans sa
résolution. L'année de son
Novitiats'écoula, & il fit ses-4
Voeux sur la fin du mois de
Juin dernier. La Veuve desesperéed'avoir
hazardé
si
gloire inutilement, n'a pû
soufrir le mépris où elle s'est
veuë dans toute la Ville. La
honte l'a obligée de se retirer
à six lieuës de là dans une
Maison de campagnequi est
à elle, & on ne croit pas
qu'elle en revienne si-tost.
Le Roy ayant convoqué
les Etats de Bretagne à Vitré,
Mle Duc de Chaunes en
fit l'ouverture le Lundy 2. du
mois d'Aoust. On avoit drestfé
dans le Palais un grand
Théatre, tendu tout autour
de Tapisserie. Au fond du
Théâtre estoient les Sieges
des Présidens des TroisEtats
M de Lavardin Evesque de
Rennes, occupoit celuy de:
la droite, comme Président
du Clergé. M le Marquis de
Coislin avoit celuy de la gauche,
comme Président de lai
Noblesse, en l'absence de:
Mr le Duc de Rohan, quii
n'arriva que quatre jours
après; & Mr l'Aloüé de
Rennes estoit au dessous du.
Clergé,comme Président du
Tiers Etat. L'on avoit placé
des Siegesélevez, l'un pour
Mrle Duc de Chaunes Gouverneur
de la Province; &
les autres plus bas, pour Mr
de Lavardin Lieutenant de
Roy, & pour Mrs les Commissaires.
Les Trois Etats
estant assemblez, députerent
elon lacoûtume, vers Mrle
Duc de Chaunes, qui estoit
ttogé au Chasteau, pour le
prier de venir faire l'ouveraure.
Il fs rendit au Palais,
ccompagné de M" de Lavardin
& deCaumartin,Com-
,, miÍfaires du Roy, &: de beaucoup
de Personnes de la rmiere pre- qualité, précedé des
ii.Maréchauffées, à la teste deslqudlcs
estoit Mr le Grand
Prevost, & de lesGardes
ayant leurs Casaques veftuësi
&le Mousquet sur l'épaule
-
Lors qu'ils furent arrivez à la
Porte du Palais, les Etats dé-
, puterent les plus confidérables
de leurs Corps pour les
recevoir. Ils entrerent au son
des Trompetes, & ayant salüé
les Dames qui estoient
dans un lieu élevé, ils prirent
chacun leurs places. Mr le
Duc de Chaunes parla le premier,
témoignant avec l'éloqutnce
qui luy est ordinaire
la naturelle inclination qu'il
a pour le bien de laProvince
4-' le Marquis de Lavardin
parla apres luy; & en fuite
vt1 de Caumartin ayant remontré
les grands soins que
brenoit Sa Majesté pour la
sonservation de ses Sujets, &
aprincipalement pour ceux de
Province de Bretagne, en
les maintenant dans leurs
tParnivt ileges, & en leur facilile
Commerce, par le
grand nombre deBastimens,
de Ports,&de Havres,qu'Elle
fait coftruire incessamment,
il dit qu'il ne doutoit point
que MrsdesEtats naccordas.
sent lessommes ordinaires
d'un Don gratuit, d'autant
plus considérables,quele
Roy avoit pour eux de grandes
bontez,& qu'ils pouvoient
faire monter ce Don
à deuxmillionsquatre cens
mille livres, qui font deux
cens mille livres de plus qu'à
la derniere tenue des Etats.
Cette somme ayant estéaccordée
tout d'une voix, l'Asfemblée
se sépara. Le reste
du jour fut employé à se divertir.
Les Trompetes, les
Hautbois, & les Violons, se
faisoient entendre par tout.
Les Dames estoient dans
eur plus magnifiqueajustenent,
& parmy elles on
oyoit briller Madame de
avardin,&Madame laMarquise
du Bois de la Roche.
..le lendemain, les Etats s'asemblerent,
& les Tables
estant ouvertes, il se trouva
grande Compagnie au Dîné
ie Mrle Duc de Chaunes,
qui fut servy au ion des
Trompetes, & des autres
instrumens. Chacun ne pensoit
qu'à faire grand'chere,
lors qu'une Lettre qu'on luy
apporta le fit changer de
visage. Tout le monde rc;
marqua que cette Lettre lUI
apprenoit quelque chose de
fâcheux. Ce Duc soûpira,&
dit tout haut; Trompetes
Hautbois, & Violons, taife^\
mous;&vous, Mtiîleursepleurez
avec moyla perte que 7<<!
France vient de faire par IÀ
mort de la plus grande, de laà
plus de la pltH pieuses
Princesse, qu'elle ait jamais euë
pour Reyne. On sortit de ta,
ble, &: ce fut bientost dans
toute la Ville une désolation
générale. Chacun - prit lcj
deüil,&oncongédia les Comédiens
qui devoient faire
Ce jour-làl'ouverture de leur
Théatre. Les Etats ont duré
un mois,& pendant ce temps
on a travaillé aux Affaires de
la Province. Les Dames se
sont diverties à la promenade
du Parc, qui est la plus belle
de la Province. Tout le monde
a admiré le Parterre, & les
choses curieuses que Madame
la Princesse de Tarente
ayuassfiait placer. Elles se sont
promenées au Rocher,
Maison de plaisance de M le
Marquis de Sevignié, qui les -a régaléesplusieurs fois. Il
ne s'est rien fait de considérable
dans tout ce temps,si
ce n'est la Conversion de
MRebondi, qui a abjuré
entre les mains & par les instructions
de M l'Evesque de
Rennes. Il eH: fort sçavant,
âge de 56 ans, & d'une des
meilleures Familles de Vitré.
M des Mordeaux, S' de la
Bourgeaudiere, son Parent,
avoit déja fait la mesme abjurationà
Rennes.
La mort de la Reyne ayant
causé un deüil general en
France, on en a donné des
marques par tout, & en toutes
choses. Je vous ay déja
mandé que cette mort avoit
fait suprimer dans les Colleges
les Jeux de Théâtre, qui
précedent tous les ans la
distributiondesPrix. Cette
distribution se fit au College
l'Harcourt le Mardy 24. du
derniermois, apres qu'on eut
fait entendre les Eloges de
cette vertueusePrincesse. Ils
inrent lieu de la Tragédie
que l'on devoit représenter
dans la Court, & dont les
préparatifs estoient déja fort
avancez, lors que cette perte
changea toutes les réjoüiss~
anncceess en ttrriiésetes srereggrertestsLL''oonn
abatit le Théâtre qui dévoie
servir à la Tragédie, & YÔXÉ
en dressa un autre
danshl
Salle, sur lequel Mrle Chevalier
Turgot de S. Clair pro-t
nonçauneOraison funebre,
avec autant de grace que de;
hardiesse. Toute rAuemblés
qui estoit nombreuse,& conin
posée de Personnes confidé-*
rables par leur qualité & pari
leur sçavoir, luymarqua par
ses loüanges combien oni
eOEÔit content de cette Ac-
- tion. Douze autres reciterent
des Vers Latins & Fransois
de plusieurs sortes,& ils
furent tousécoutez avec plaisir.
La Salle estoit tendue de
noir, avec desEcussionsaux
Armes de la Reyne. Il y
avoit une tres-belle Décoration
en peinture, éclairée de
plusieurs Lustres
,
& dans le
fond duThéâtreestoit la représentation
d'un magnifique
Tombeau.
Les Députez du Parlement,
de la Chambre des
Comptes, de la Cour des
Aydes, & de la Cour des
Monnoyes, s'citant rendus
a Fontainebleau, y firent les
Complimens à Sa Majesté
sur la mort de la Reyne le
Mercredy 18.Aoust Ils furent
conduits à l'Audience
par Mrle Marquis de Rhodes
Grand-Maistre des Cérémonies
, & par M de Saintot
Maistre des Cérémonies.
Mrle Marquis de Seignelay,
Secretaire d'Etat,les présenta.
Voicy ce que M de No-,ion.,
Premier P sident du Parlsement,
dit au Roy. IRE,
IlfautqueDieu ait bienaimé
la France, pour luy donner un
Roy comme VÔTRE MAJESTÉ',
Il faut que h France l'ait bien
offinct, pour luyoster une Prin-
:e/Jeaujjivenueuje que laReyne.
Voflre valeur, SIREy efl venue
I hout de tout ce qu'Elle a entrepris.
Rien ne luy a pu rififler;
le Ciel ria jamais rien refusé
zux prières de la Reyne.Quand
Elle ejioit parmy nom, tous set
fouhatts epoient pour V. MAJESTE
; & dans le Ciel ou elle
rstJ nous fçavons que ses voeux
feront toujours François. Nota
efiérQn$> SIRE, que cejl icy U
derniere perte quefera V.MAjESTE,
fT que ce que le CielA
retranché des jours de cettegrande
Reyne, fera joint aux wfln
fourrlulaprporlootnogner.» Régnez
SIRE, régne7^ btureux. R.
gnez longtempspour noflre bon
heur,&pour celuy de la Frana
Cefontlesfouhzits que font in
ceff-'.mmentpoury. MAjESTB
ses très-humbles 1 éY, , tru-obeïjfa
&très-fidflies Sujets.1
Ce Compliment reçeu
beaucoup d'aplaudissement
Il me seroit inutile d'en ~rie
dire, puis qu'il parle assez cï
luy-mesme. Ceux deMN
colaï, Premier Présidenti~
la Chambre des Compre
& de Mrle Camus, Premie
Présidens
Présidens: de la Cour des
Aydes, leur attirérent de
grandes loüanges. Mr de
Chauvry, Premier Président
de la Cour des Monnoyes,
fit en ces termes les Complismens
de sa Compagnie. IRE,
Nous estions encore dans la
ioye de l'heureux retour de V.
yiAjESTE'i elle pamjjbit sur
nos vifkges
3 t? sa conduite
werveilleufe jrajoitnostre plus
ordinaire entretien.Aprésent
kont ejimalheureusement changé.
Dn Toit une conflernation bitblique
& univerfelie. L'exemple
de la charité & de la bonté>
la vertu dr la pieté »jefme., riesi
plus,,ije dans cet accidentfun('fttl
il ne nous refle que des pleurs &-
des gémiJlèmens. Nous n'entre,
prenonspas,SIREylaconsolation
d'une perte aujjifenftble que celll
que V.Majeste'vient de faire.
EUe la trouvera dans la gram
deur defin ame3& dans lafore
de son esprit. Nousvenons nom
consolernous-mesmes par la pr£
fencede V. MAjEsTE'. Elle
t:.J¡
lajource de nos efpérances3 g h
remede a nos maux. Nous /!
fuplhns avec un profondrefpeft
dagreer le devoir, que luy rend
en cette occafton de douleur, une
Compagnie pleine de %ele &
d'affeélion pourfon[ervice.
Le mesme jour, Mr Pomereu,
Prevoit des Marchands,
fit les mesmes Complimens
de condoléance. Il
estoit accompagnédesEchevins,
& des autres Officiers
de la Ville. Deux jours apres,
le Grand Conseil s'acquita
du mesme devoir par la bouche
de Mr le Président Barentin.
Il parla avec beaucoup
de force & de grâce.
Le Dimanche22. du mesme
mois, MrRanucci, Evesque
de Fano, Nonce Extraordinaire
de Sa Sainteté, fit
son Entrée publique à Fontainebleau.
Il estoit à Moret,,
où Mrle Prince de Lislebonne,
& Mrde Bonneüil Introducteur
des Ambassadeurs,
l'allerent prendre avec les
Garrosses du Roy, & de
Madame la Dauphine, Suivis
de ceux de Monsieur,,
de Madame,.& des Princes
& Princesses du Sang.
Apres qu'ils l'eurentconduit
à l'Hostel qu'on luyavoit
préparé,Mr le Marquis de:
Gelvres, Premier Gentilhomme
de la Chambre, le
vint complimenter au nom
du Roy, M le Marquis de
Belfonds, Premier Ecuyer de
Madame la Dauphine, au
nom de cette Princesse; ôc
M le Duc de Choiseüil, Premier
Gentilhomme de la
Chambre de Monsieur, &
Mrle Marquis de Bron, Premier
Ecuyer de Madame,
au nom de Leurs Altesses
Royales. Le Lundy 15. il eut
Audience publique de Sa
Majesté dans le grand Aparrement
de la Reyne, qui
estoit tout tendu de Drap
violet. LeMardy24.leRoy
luy donna une feconde Audience
dans la Chambre du
Lit à la Ruelle. Des deux
costez de Sa Majesté, efl
toient Monseigneur le Dauphin,
Monsieur, Monsieur,
le Duc, Messieurs les Princes
de Conty,& de la Roche-fur- 1
Yon, & les principaux Seigneurs
de la CourôeOSciers
de la Couronne. Vous obferverez
qu'à ces Audiences,
tous ces Princes&Seigneurs
estoient en Manteau & en
Rabat, & les Princesses Se ]
- à
Duchesses en Mantes, &que
la Cour estant fort grosse, ces,
ASemblées avoient quelque;
choses de grand, malgré le
noir des Habits. Toute la
Suite de M leNonceestoit
aussi en Rabat & en Manteau.
CePrélat ayant donné
au Roy un Bref du Pape,
SaMajesté passa dans le grand
Cabinet, où Mrle Nonce luy
présenta les Langes benitsde
la main de Sa Sainteté, &
envoyez à Monseigneur le
Duc de Bourgogne. Le Roy
les trouva tres-beaux, & en
fuite toute la Cour les alla
considérer. Tout est chargé
des Chifres du Pape, & dci
ceux deSaMajesté,deMonseigneur
le Dauphin, de Madame
la Dauphine, & de
MonfcicrneurleDuc deBourgogne.
Le fond en est b)eu..
Il y a cinq Langes,deuxCarreaux)
un Manteau Ducal,
une Epée, & un Ceinturon
enrichy de Pierreries,
avec des Miniatures tresfines.
Le Linge efi: tout de
Point de Venise, avec des
Chifres, & des figures d'Animaux,
& des Armes d'un
travail fort singulier. Il y aa
environquarante Pieces de
Point, qui sont propres à un
Enfant, avec trois Cofres de
Velours cramoisy, garnis
d'argent. les anneaux, les
pieds, & les serrures, aussi
d'argent. Au sortir du grand
Cabinet duRoy,Mr leNonce ut conduit chez Monseigneur
leDauphin,chezMonsieur,
& chez Madame; &
toutes ces Audiences estant
î" finies, on le remena à son lHostel. Mr Langlois, Maistre
[ d'Hostel du Roy, le traita
magnifiquement pendant
t quatre jours par ordre de
,
Sa Majetté,
Le Mercredy 25. les Ministres
EtrangersCatholiques
qui sont à la Cour, firent les
Complimens de cõdoléance
sur la mort de laReyne,dans
le grand Apartement. Ces
Audiencesn'eurent point de
rang. M Rezzini., Envoyé
Extraordinaire de Mr le Duc
de Modene, y fut conduit le
premier, & après luy)l'Mtle
Nonce, Mrl'Ambassadeur
de Venise, Mr l'Ambassadeur
de Savoye, Mr l'Envoyé de
Portugal, & Mr l'Envoyé de
Mantouë. Ils furent menez
en fuite à l'Audience de Monbigneur
le Dauphin, & de
Monsieur.L'apresdînée ils
llerent tous dans le mesme
rdre côplimenter Madame
Dauphine. Toutes les Danes
du Palais, en Mantes de
rêpe à grades queuës,estoiét
.es deux costez du Fauteüil
le cette Princesse, avec ses
illes d'honneur. Ils se renlirent
de là chez Madame,
qu'ils trouverent aussi acompagnée
de plusieurs Danes,&
de sesFilles d'honneur.
-
Le Roy ayant marqué le
8. du mois d'Aoust, pour
ecevoir le Compliment de
l'Académie Françoise sur lamort
de la Reyne, cette
Compagnie se rendit à Fontainebleau
le jour de devant,
& le matin du 28. elle s'afsembla
dans la Salle des SuiC
ses, proche celle des Gardes
du Corps. Sur les dix heures
du matin, MrleMarquis de
Rhodes, Grand-Maistredes
Ccrémonies de France, l'yi
vint prendignt Mr Charpentier, qui devoit
porter la parole, & qui marcha
accompagné de Mr l'Evesque
de Meaux, Chaniï
celier de la Compagnie. En
uite marchèrent selon l'or-
Ire de leur reception, M"
le Villayer Doyen des Coneillers
d'Etar, le Duc de Saint
Aignan,l'AbbéTestu,l'Abbé
rallement le jeune, le Marquis
de Danjeau, l'Abbé
Renier,Quinault, M l'Archevesque
de Paris,Mrs
Perrault, l'Abbé Fleschier,
Racine, & Rose Secretaire
du Cabinet. Mrle Marquis
de Seignelay, Secretaire dEtat,
qui les vint recevoir à la
Porte de la Chambre, les présenta
au Roy qui estoit assis,
ayant à sa droite Monseigneur
le Dauphin, debout
&à gauche Monsieur le Duc:
-
& plusieurs autres Princes 8!
Seigneurs; & apres deux
profondes revérences, M
sCharpentier die. 1, ,.': -..N IRE,: Il efl arriveenfin dans la 'vii
deVOSTRE MAJESTE'un cv?
nement dont il nous Jeroit plm
Avantageux de nous taire que dl
parler. La ,fi,ge"jfeJde njos Comfeilsy la profperitédeVGSArmctt\
'Uos Victoiressuos Triompha, on
Jervyjufcjuàpresent de matier
£Ànosdifcours. Nous n'avons tp
in peine que de trouver des paroles
assiz nobles pour répondre
à la dignité de nestre fujct; aujourdbujjSjRE.
nousirenffaurions
trouver qui répondent à
l'excès de noflre douleur;& loccajton
qui nous amene devant
V.M.semble ne demander que
le fi/ence. Il faut étouffer dans
le fonds de nos coeurs nos plus
tendra ressentimens,pournepoint
aigrir la playe dont toute la
France vient d'estrefrâpée. Il
faut dérober à l'incomparable
Rryne que nous pleurQns) les
Eloges qui luyfont deubs, de
crainte de retracer àvosyeux les
funfies images de sa mort précipitee
Pardonnez-moy donc,
Divne Princtjje,qnimentendez
du Ciel, où vous frez dé-
Jformais un des Ames tutdaires
yde la France, sipaurlant dansun
Palais dont vous dtvek esté le'
bonheur eg- l'ornement, je ne dis
rien
3 rien., nn~yy de vofireaugujle naif- vol,,,r
fame, ny deyoflreferventepiete,
ny de vofire tendresse cordiale
envers les Pauvres, qualitést
rare dans les Personnes de vofire
rang, ny de vostre heureuse fécondité
quiaaffermy le bonheur,
de l Etat, ny de tous les autres
avantages
perissablesque la chain
Jr le fang vous avoient donne
ry de toutes les Couronnes que
vous ave% portées5 puis que vous
n pojjede% une dans le fein de
a DivÍnité, qui effacel'éclat
le toutes les autres. Pardonne%-
ttoy, si je ne wMtechc point À
tint de titresfiublimes, qui vous
voient élevée presque au dejfits
'e" la condition humaine; aujJiieny
dans quel esprit pourroisje
Yentreptendre en présence de
loflre augufle Epouxf Si cejl
our exagérer la grandeur de
ostre perte:) ne 4.t-ilpassentie
lusvivement que nous? Si cejt
our l'en consoler efi-ce de nous
qu'il Attend lesgrandes réfoltttions
qu'ilsçaitprendre? Non,
SIRE,voflre confiance ne doit,
point estre l'effet des exhortation#
d'un Orateur) elle ne peut eflrcf
que le fruit de voflre propre cou-.
rage. Tout efi original dans les,-
Hé*r,os -/ r comme "vous; ilsfont leJ
grands exemples3 ils ne
les imitentpoint.
Leurs ttélionsfOntlest
idées de nos préceptes, nospréceptes
ne font peint les motifs de
leurs aftions. Le Cielqui veilla
fivifiblementfurvoflre Perfonm
sacrée, &qui vous a fourny le,
occasions d'exercer tant devertuà
de magnificence&d'éclat, vom
devoitaufifairenaître une ocmfionpour
exercervoflrepatience
ty"vojlreforce. IllasaisySIRE*.
.*n un temps que V. M. ne sy
tttenddit pas. Il njom a surpris
ïar cette njijtte douloureuje; Sh
;ombien defois vous a-t-ilfurpris
ïar des njiïloires& par des conjueflas
au delà de vojhe efpéwnce
? Peut-estre qu'en ce moment
mefyitilvousprïpare quelque
nouvelle gloire que toute la
brudence humaine ne sçauroit
découvrir. C'est par ces coups
immpprree-vveeuuss, qu'il diflingue du , qu 1
commun des Roys, ceuxsur qui il4
imprimeplusefficacement lefcellu
dept toute-puissance. Il ne fdi
faut-rien que desurprenant,ilnejm
fautrien que d'extraordinaire dan
une vie toute pleinedemiracles,
En suite, l'Académie pait
dans le mesme ordre à FA
partement de Monseigneu
le Dauphin, à qui M Char
pentier dit. MrONSEIGNEVK, •
LïAcadémieFrançoise aura
fort dejiré3 que la premiere sa
quellevotu rendses tres humbl
reJpeÛs3 c'eufl esté pour un fup
moins trisse que celuy-cy.Ain
son devoir ne luy Uijfant pas
liberté du choix, elleJe tient toûjours
tres- honorée de paroiflre
de'VdntVous, en un temps ou devantVous,entempson
les Premieres Compagnies du
» Royaume s'emprejjent de vous
témoigner la part qu'elles prennent
a vojîre douleur. Les faveurs
que nous avons reçeues de
Louis LE GRAND, ont surpassé
-
nos eJpéranceSj & nous devrions
vous en parler, si nous osions
*
mcflernostre reconnoijjance avec
la trifJefJè, & si vous pouviez^
maintenant écouter autre choft
que des soûpirs @r des plaintes.
- La mort denoffre auguste Reyne*
çccupe aujoudr huy toutes vos
pensees& tentes les noflres, &
mus crânons mesme faire un
effort injuste, si nous voulions
nous eppofer aux mouvemens de
vostre tendresse & de voflre
pieté. Ilfaut, MONSEIGNEUR,
vous latffir le temps de vous accoutumer
aune Réparation si
a4m~~erref c&~' si p~ef~u a~ttfendue'. Il
sfiasuert vous laissèr le temps de prodessecours
que vous pouve%
tirer de la Philosophie & de
l'étude des bettes Lettres. Véritablement
a vous regarder de ce
co/fe-la, vous paroifif% invincible
aux paifions, apres vous
ejîre fortifié avec tant de foin
eontre toutes leursattaques.Mail
à dire la vérité, la Philosophie
riapointpourbut>d'éteindre dans
un bon coeurJ tous les fentimtm
que la Nature jnfpire. Elle ne
défend pointau Sage de s'affliger
quelquefois, elle ne prétend pas e transformer en une Plante insensible3
ou en une Statué qui
marche. Il efljufle, ilefi honefle.,
defentlr vivement les grandes
pertess qui ne se peuventjamais
reparer. Permettez-nous seulement
de vous dire3 MONSEIGNEUR
J que le Fils de Loiiis
LE GRAND ne doit point avoir
de douleur inconsolable, tandis
que le Ciel nous conservera,Jon
aurufte Pere.
De là, cette Compagnie toûjours
conduite par le Grand-
Maistre des Cerémonies, se
rendit chez Madame la Dauphine,
àlaquelle M CharpMentier
parla en ces termes. ADAME,
La prrtf que la France vient
JefÚre;, vous doitavoir eftétresfinfible.
Vous 4vez perdu U
meilleure de toutes les Meres,
nous avons perdH la plus vertueuse
de toutes les Reynes. Ceux
qui s'approchent des Personnes de
vofirc
4
qu- vanre rang en de pareilles occ*
ions,semblent avoir dejjein de
es conjoler. Oferay
- je dires
MADAME, que c'estattjourd'huy
ont le contrairey que cest
',Tous qui nous confoltz ? Le
3rince que vous nous a'L'eZ
lonné, celuy que nous attendons
le Vousfont les remedes infailiblesanoflre
deulenr. Parcez
[âges Précieux, le Sang de '0 CI> JOÜIS LE GRAND estassuré
nos Descendans, il n'y a point
'n.,fT 'i(' ,
]e tnitr)}'? qui puijje tenir contre
me penfec.D'ailleurs, MA-
)AME, qui peut nierque la D'i-
Jine THERESE en difùaroifîant
*N no- syeux c w J , ne foitentrée dans
la gloire ? C'est de 14 qu'Elle
obtiendra de nouveaux Triomphes
A sonaugujleEpoux,aÇm
cher Filsy($fà toute voflre Royale
Poflérité. Donnons donc À lA
Nature & À la coûtume, le$i
larmes, les crêpes, & toutcet
Appareilfunebre ; mais gardons-,
nous bien de pleurer àla maniera,
ordinAire, une Princejje dont le
nom fera révéré sur nos j4utelsi{
& dont la mortfera quelque jour
une de nos Fefies.
Ces trois Discours reçeurent
les applaudissemens des
toute la Cour, & vous ne
-f
nous en étonnerez pas, Malame,
sçachant qu'ilsfont de
vif Charpentier. Les beaux
Ouvrages qu'il a publiez par
e passé, & les deux Volumes
qu'il vient de nous donner
ouchant l'Excellence de It
langueFrançoije, justisient
assez que sa réputation n'est
ras établiepar cabale. Vous
érezpeut-estre bien-aisè de
çavoir le jugement qu'un
grandMinistre d'Etat avoit
ait de ce dernier Ouvrage
eu de temps avant ia mort,
quand il dit, Que léloquence
avec laquelleAirCharpentier
avoit soûtenu l'Excellence d)
nostreLangue,estoit la plus con1
vancante desespreuves; je no
vous en diray pas davantage;
puis qu'il n'y a pas deux avir
sur ce sujet. Il vous souviens
dra sans-doute, qu'il yacincî
ou six ans, que Mr Char
pentier fit imprimer un au
tre Livre, intituléDésence d
la Langue Françoise, pour
lln\
scription de VArc-de-Triomphé*
dans lequel il fait voir par de:;
argumens invincibles, qui
l'Arc- de- Triomphe qu'on
éleve à la gloire de Sa Ma.1
jesté, doit estre accompagnJ
d'une Inscription Françoise.
c'est ce premier Volume qui |taie naître les deux derniers, ù il acheve d'établir si fortement
lemérite & les droits
de nostre Langue, qu'il n'y a
plus que la prévention & l' opiniâtreté
qui s'y puissent
opposer. 9 Le Jeudy 2. de ce mois, Mr
de Spanheim, Envoyé Extraordinaire
de Mrl'Electeur de
Brandebourg, fut reçeu à
l'Audience de Sa Majesté, à
laquelle il fit les mesmes
Complimens de condoléance
, ôc en suite à Madame la
Dauphine. Comme Mon
seigneur le Dauphin estoi
alors à Paris, ainsi que Leur
AltesesRoyales, il ne les 6
à ce Prince que le 7. non
plus qu'à Monsieur & à Ma
dame.
Le Mardy 6. l'Universit
remplit les mesmes devoirs
la parole estantportée par
MrTavernier, qui en est Recleur.
Par sesStatuts, elleni
doit jamais sortir de Paris
mais il n'en est point de Í;
anciens, dont lacrrandeur-dii
Roy ne dispense.
L'Estampe que je vous en*
voye, contient un Piodige
fort particulier. Un Boucher
de Marni en Italie, ouvrant
un Mouton il y a deux mois,
trouva dans son ventre toutes
les Figures que l'on voit
icy marquées. Celles des
Couteaux estoient de couleur
de sang,du coste que l'on
s'en sert pour couper. Cest
ce que le Marquis Petrella a
écrit de Pérouge, comme témoin
oculaire, au Seigneur
Hippolito Ricci de Florence.
Ils croyent que ce Mouton,
Animal timide de sa nature,
avoit veu les Couteaux sanglans,
avec l'ombre de la
Tour, dans la Boutique di,
Boucher, & que cette veui
avoit fait les mesmes impres
sions dans ses entrailles, que
la veuë de certains objets fai
aux Femmes grosses.
J'aurois tr°llaà dire, si je
vous parlois de tous les Ser.
vices qui ont este faits pour
le repos de l'ame de laReyne
mais je les remets juiqu'au
mois prochain, pour venir à
celuy de S. Denys, dont k
détail est fort long. Jamais
JOn n'a examiné sià fond ce
dtÙ regarde les Cerémonies.
que dans cette occasion, &
jfe vay vous dire des choies
qui n'ont point encore esté
remarquées,ny imprimées
dans aucune Relation. Ainsi
Ifce que je vous manderay
fera peut-estre digne {\'efire
tonfèrvé,parl'utilitéqu'on
en peut tirer un jour.
Le Corps de la Reyne
„ ayant etté transporté du milieu
du Choeur de S. Denys
dans la Chapelle haute, y a
reposé fous une Chapelle ardente
jusques au jour qui a , précedé celuy du Service (o- ;
lemnet qu'on a fait pour finhumer.
Des Gardes,& deux
Religieux, relevez de temps
en temps, ont toujoursesté
auprès du Corps. Mr l'Abbé
d'Hantecour, Aumônierde
la Reyne de quartier, estoit
de cetiombrcimais il y avoit
cette diference, quen'estant
point relevé, on peut dire
qu'il n'a point abandonné le
Corps jusqu'àcequ'il ait esté
mis dans la Sépulture. Comme
la Maison de la Reyne
n'eitoit point rompuë,& que
les Tables estoient servies à
S. Denys, les Officiers y venoient
les uns apres les autres.
Quelques Dames venoient
aussi de temps en
temps de Paris pour garder
le Corps, quoy qu'elles n'y
fussent plus obligées que par
leur zele pour la Reyne, qui
y faisoit souvent venir des Personnes
de la plus haute qualité.
On a aussi remarqué une
Dame, qui estoit siattachée à -
cette Princessepar devoir, par
inclination, &par l'honneur
qu'elle avoit d'en estre estimée,
quelle n'a pas quitté le
Corps un moment. Depuis
cinq heures du matin jusques
àune heure apres-midy, on
disoit des Mésses chaque joufl
pour le repos de son ame, &
chaque jour on faisoit un
Service. Le Corps fut misau
milieu du Choeur leMardy
31. du derniermois.
Le jour précedent, les
Compagnies furent invitées
au Service solemnel de cette
Princesse par Mrde Saintot
MaistredesCerémonies de
France. Il se trouva sur les
sept heures du marin à la
Sainte Chapelle du Palais a
Paris, où se rendirent le Roy
d'Armes, sixHérautsd'Ar-
:mes de France, & les trente
urez Crieurs. Ils allerent en
a Grand' Chambre du Parement,
& en suite aux autres
Compagnies, en cet ordre.
Les Six Hérauts d'Armes
marchoient deux à deux en
Robes de deüil, la Cotted'Armes
par dessous, qui est
de Velours violet, &unChaperon
aussi par dcfïiis, le
deüil rabatu sur l'épaule. Ces
Robes estoientsemées de
trois grandes Fleurs-de-Lys
d'or, & marquée sur la Manche
d'une Devise, ou Titre
particulier, comme Charolois,
Xaintonge, &c. Ils
t
avoient chacun un Caducée
à la main, voilé d'un Crêpe.
C'est un Baston couvert de
Velours fleurdelisé.
Le Roy d'Armes de France
suivoit seul, vestu comme les
six aurres, &ayant comme
eux un Chapeau en forme
de Toque, avec un long
Crêpe. Sa queuë traînante
estoit portée par un Domestique,
& son Caducée diféroit
des autres,à cause d'une
Fleur-de-Lys d'or qui estoit
au plus haut de ce Caducée,
que quelques-uns nomment
Sceptre.
Mrde Saintot, Maistre des
Cerémonies,venoitseul apres
e Roy d'Armes. Il estoit
vestu d'une Robe de deüil à
ongue queue, portée par un
le ses Domestiques, ayant
un grand Chaperon de deüil
enversé sur le dos, le Bonnet
quarré en teste, l'Epée au
costé,&le Baston de Maistre
les Cérémonies à la main.
En suite alloient les trente
Jurez Crieurs de la Ville de
Paris, en Robes de deüil, le
Bonnet quarré en teste, tenant
des Clochetes, & ayant
au devant & au derriere de
leurs Robes, des Ecuubns
peints aux Armes de la Reyne
Lors qu'ils furent arrivez
en la Grand' Chambre, l'Audience
estant ouverte, M de
Saintot, MaistredesCerémonies
, prit sa séance apres le
dernier des Conseillers; &
leRoy d'Armes, &les Hérauts,
demeurerent debout
& couverts derriere le Barreau,
& les Crieurs testes
nues en forme de demy cercle.
Le Maistre des Cerémonies
avant dir à la Cour les
ordres qu'il avoit du Roy,
pour l'avertir de se trouver
au Service & à l'Inhumation
de la Reyne à S. Denys, ôc à
Nostre-Dame de Paris, il
présenta la Lettre deCachet,
iue Mrle Premier Président
nit entre les mains d'un des
conseillersqui en fit la lecture;
apres laquelle, Mr le
reiiiier President dit, que 1.4
'::ouY'_exécuteroit les ordres de St
Majesté. Alors le Roy d'Armes
dit; JurezCrieurs, faites
vostre devoir. Au mesme ins-
:ant, le Sieur Spens, l'un des
Crieurs, s'estant avancé, dit
tout haut.
MESSIEURS,priez Dieu
pour l'ame de Tres- Haute, Trespuissante,
Tres-Excellente, 0*
TresVertueusePrincesse, Murie-
Thérese
,
Infante d Efjtagne%
Reyne de France * de Navarre.
Dans ce moment tous
les Jurez Crieurs sonnerent
de leurs Clocheres, & le
•S Spens continua.
Prie% Dieu pour lame de
Très - Haute, Très
-
Pueante.
Tru-Excellente, & TreB-Vertueuse
Princeffi, Marie-Théreft,
Infante d'Espagne, Reyne de
France st) de Navarre?Epouse
de Très-Haut) Très- Puijfwt, Crres-
Excellent Prince, Louis,
far la grâce de Dieu, Roy dt
France & de Navarre, décedée
iu ChafleautodeVerfatlles le 30.
le JUillet. Tous les Crieurs
onnerent une icconde fois
le leurs ClochetesJ & le
prieur aJouf'; tJ.
I Tour l'ame de laquelle Sa
Majefiéfaitfaire drux Service>
olemnels;lepremierf Mercredy
prochain1. Septembre, en l'Edise
de S. Denys, où Jon Corps
spose
j & ou se fera fan Inhuna*>
on; le fécond
,
le S-imedy
ruivant 4. du mesme mois, en
VErhfedeParis* Demain,
deux heures aprèsmidyJediront,
Vfpm &Vlgzles des AIortsen,
l'Eglise de S. Dinys; (èy Vendredyy
à PareUp Ifeure, en tE-.
gllfe d,'Paris.Prie% Dieupour
le repos de Jon ame. Tous les
Crieurs sonnerent pour la
tcroishiémeefoits ede lseur.s .CloJ 4
Le Maistre des Cerémonies
estant sorty de la Grand'
Chambre, alla dans le meC
me ordre en la Chambre des
Comptes, en la Cour des
Aydes, en la Cour des Monnoyes,
en l'Election de Paris,
puis en la grande Salle du
Palais, à l'endroit où estoit
autrefois la Table de Marbre,
vis-à-vis laGrand'Chambre;
en suite à l'Université,
qui estoit assemblée en la
>Salle duCollege de Navarre,
où demeure le Recreur,a
l'Ancien & au Nouveau
Chasteler,àl'Hostel de Ville,
devant la Porte du Louvre,
& enfin devant la principale
Porte de l'Eglise de Paris.
Il donna à chaque Compagnï.
une Lettre de Cachet
du Roy, & l'invitation s'y fit
de la meîrne forte qu'au Parlement,
à l'exception que le
Maistre des Cerémonies cuti
la séance à la Cour des Mon-
<
noyes, au dessous duDoyen
de cette Cour; à runiversité,
à la gauche du Keâeur;
ainsi qu'aux Chastelers, à la
gauche des Lieutenans Civils;&
àl'Hostel deVille for
le Banc,à la gauche du Prevost
des Marchands.
A l'égard de la Table de-
2D Marbre, de la Porte du Lou-
, vre, & de la Porte de l'Eglise
de Paris, la Proclamation s'y
fit par les Jurez Crieurs au
son des Clochera & ces
Proclamations furent faites
aux Compagnies,&auxPlaces
publiques alternativeîTient,
par lesS LoüisSpens,
&: Laurens le Blanc, Jurez
Crieurs, qui au lieu cleMe
sieurs, dirent à
rUnk£rfiu,y^
Nobles & Scientifique Personnes.
Le Mercredy i, Septembre,
les Compagnies partirent de
Paris pour se rendre à S Denys,
où elles descendirent
dans les Mations &Convents
qui leur avoient esté marquez;
le Parlement, à l'Abbaye
de S. Denys; la Chambre
des Comptes, aux Filles
deSainte Marie; la Cour des
Aydes, aux Carmelites; la
, Cour des Monnoyes, aux
Filles de l'Annonciade;l'UJfcivcrfité,
auxRécoletsj les
deuxChastelets,aussi Récolets; aux & l'Election, aux
Ursulines. En venant de
Paris, quelques unes de ces
Compagnies avoient des Archers
devant elles, & entreaurres
la Cour des Aydes,qui
avoit les Archers des Gabelles
&des Tailles. Le Prevost
General des Monnoyes 8c
Maréchaussée, à latestede
sa Compagnie, dont les Arclçiers
chers avoient des Casaques
rouges, précedoit la Cour
des Monnoyes. L'Hostel de
Ville avoit ses Archers avec
leurs Casaques bleuës ordi-
-- naires.,
Toutes ces Compagnies
qui estoient en Robes de
deüil de Drap noir, à l'ex,
ception du Parlement & de
l'Université, sortirent toutes
séparement du lieu où elles
estoient descendues à S. Denys,
& se rendirent en l'Eglise
de l'Abbaye dans l'ordre
suivant, les Bonnets quarrez
en teste.
Les Huissiers du Parlement,
deux à deux, en Robes
ordinaires noires, avec
leurs Baguetes.
Les Notaires & Secrétaires
de la Cour, & le Greffier Criminel,
en Robes & Chaperons
rouges.«
Mr Jaques, Greffier en
chef, vestu de son Epitoge
ôc Manteau rouge fourré
d'Hermines,seul, sans Ba."
guete. ,«4
Le Premier Huissier, ayant
en sa teste son Bonnet quarré
de Drap d'or, fourré, & rebordé
d'Hermines, avec fàj
Roberouge, seul.
* Mr Potier de Novion, Prenier
Président,ayantà sa
gauche Mr le Président de
lailleul.
Mts lesPrésidens deNes
nond,&de Meimes, enfem-
>le.
Mr le Président Molé de
Champlastreux,ayant à sa
gaucheMrde la Brisse, Coneiller
d' honneur au Parlenent.
Quatre Maistres des Requestes,
deuxà deux.
Mrs les Conseillers de la
grand Chambre,Laïques
& Clercs; & parmy eux,
Mrs les Présidens des Enquestes,&
des Requestes du
Palais.
Mrs les Conseillers des Enquestes
& des Requestes,
tant Clercs que Laïques,
deux à deux, suivant l'ordre
de leurs receptions.
Mr Talon, Ancien Avocat
General,Mr de Harlay Procureur
General) & Mr de
Lamoignon, Second Avocat
General, tous trois ensemble;
Mr de Harlay au milieu.
Mrs les Présidens avoient
eurs grands Manteaux decarlate,
fourrez d'Hermines,
k retroussez sur l'épaule. Les
conseillers d' honneur, les
s/laiftres des Requestes, les
Côseillers Laïques & Clercs,
es Avocats & Procureur Genéraux,
estoient en Robes
rouges, avec des Chaperons
fourrez d'Herminesblan-
:hes sur leurs épaules. Ils furent
placez dans tout le costé
droit du Choeur en entrant,
à la réserve des quatre dernieres
places, aprèsMesdames
les Princesses, y ayant
des places vuides entr'elles
- & le Parlement. Les Gens
du Roy, Greffiers, & Premier
Huissier) eurent place dans
les Chaises basses du mesme
costé, au dessous du Parlement.
Il y avoit aussi des
Bancs de secours pour placer
ceux qui ne pouvoient estre
aux hautes Chaises.
La Chambre des Comptes
vint en cet ordre.
Les Huissiers, deux à deux,
la Baguete en main.
Le Premier Huissier seul,
sans Baguete.
Les deux Greffiers ensemble.
MrNicolaïPremierPrésident,
& Mrs les Présidens,
deux à deux.
Mrs les Maistres, Correcteurs,
& Auditeurs, deux à
deux.
MrNicolaï AvocatGeneral,
& Mr Girard Procureur General,
ensemble.
Ils furent placez dans le
costé gauche du Choeur, en
quatorze Chaises, après Monseigneur
le Dauphin, & Mrs
les Princes, y ayant des places
vuides entre Mrs les Princes
& la Chambre des Comptes.
Les Gens du Roy,Greffiers,
& Premier Huissiet,occuperent
les Chaises basses
du mesmecosté, au defTous*
de la Chambre des Comptes,
Ceux qui ne pûrent estre aux
hautes Chaises) eurentaussi
des Bancs de secours. toM—
Voicy l'ordre dans lequel.
la Cour des Aydes marcha.
Les Huissiers., deux a deux).-*
avec leurs Baguetes. v Le Premier Huissier seul.
Le Greffier seul. ,q
- Mr le Camus Premier Président,
& Mrs les Présidens,
deux à deux.
Mrs les Conseillers, deux à
deux.
MRavot d'Ombreval,Anien
Avocat General; Mr
Bosc du Bois, Procureur Geeral;
& Mrde Monchal
second AvocatGeneral, tous
rois ensemble
;
le Procureur
General entre les deux Aveu
ues Généraux.
Ils furent placez en [cpt
nautes Chaises à gauche, à
a fuite de la Chambre des
Comptes; & les Gens du
Koy,Greffier, & Premier
Huissier, aux Chaises baffes
au dessous, avec deux Bancs
de secours.
Les Huissîersde la Cour
des Monnoyes vinrent aulT
deux à deux la Baguete et
main.
,- Le Premier Huissier fcul,
sans Baguete.
Deux Commis au Greffe
ensemble.
Le Greffier en chef, seul.
- MrCotignon de Chauvry,
Premier Président, & Mrs les
Présidens, deux à deux.
Mrs les Conseillers, deux à
deux.
Mrle Vacher Ancien Avocat
General, Mrde Selve Procureur
General, & Mr Guilloire
Second Avocat General,
cous trois ensemble.
Ils furent placez à la suite
des hautes Chaises, du costé
gauche, apres la Cour des
Aydes; les Gens du Roy,
Greffier, &PremierHuissier,
aux baffes Chaises au desfous,
& en deux Bancs de
secours.
L'Universitégarda cet ordre.
Les Bedeaux vestus de leurs
Robes noires à manches plisfées,
le Bonnet quarré en
teste, &: les Masses de vermeil
doré sur l'épaule, deux
à deux.
Les Procureurs des Quatre
Nations de France, Picardie,
Normandie, & Allemagne,
deux à deux, celuy de France
estant le premier, tous vestus
de Robes noires; des Représentans
les Maistres és Arts
de l'Université, des Docteurs
des Facultez de Theologie
Droit Canon, & Medecine;
en fuite les Doyens de ces
trois Facultez, &c Mr Tavernier
Reâeur, tous deux à
deux.
Le Recteur estoit vestu
d'une Robe violete à manches
froncées,avec une Cemure
d'un tissu de foye, aux
pendans de laquelle estoie
ttachée une grande Escarcelle
de Velours violet, garnie
de Boutons & Galons
Lulli d'or, avec un Mantelet
d'Hermine blanche sur ses
épaules, qui luy descendoit
jusqu'àla moitié des bras.
Les Docteurs en Theologie
avoient de grandes Chapes
ou Robes noires, avec
leurs Fourrures par deuus,
en maniere de tour de col,
d'Hermine blanche.
Les Docteurs en Droit Canon
estoient en Robes rouges,
avec des Chaperonsfourrez
d'Hermines sur l'épaule.
Les Docteurs en Medecine
cftoient aussi en Chapes ou
Robes rouges,&avoient des
Fourrures blanches sur leurs
épaules.
L'Université fut placée aux
quatre dernieres places à
droite en entrant, à la fuite
du Parlement, & en un Banc
de sècours qu'on y avoit mis,
ainsi qu'on en mit tout du
long des hautes Chaires,pour
placer plus aisément les Officiers
de chaque Compagnie.
Les deuxChastelets,ancien,,
: nouveau, vinrent ensemle
,
iuivant l'ordre de leurs
cepttons.
Les Huissiers Audianciers,
eux à deux.
Le Greffier en chef, seul.
Mrle Camus, & Mr Girarlin,
Lieutenans Civils; Mr
Deffita, & Mr Chopin, Lieuenanscriminels;
& MesFerand
& de Vienne, Lieuteans
Particuliers, deux à
deux.
M les Confeillcrs des deux
Chastlets, deux à deux.
Mrs les Avocats & Procureurs
Genéraux) tant, de
l'ancien que du nouveau.
Ils furent placez en neuf
baffes Chaisesà droite, à la
fixité des Gens du Roy &
Greiffers du Parlement; &
les Gens du Roy & autres,
en deux Bancs de fccours,
mis au devant d'eux.
-
Le Corps de Ville de Paris,
arriva en faite. ,;
Les Huissiers de la Ville,
deux à deux. -
LeGreffier seul.
Mrde Pomereu,Concilier
d'Etat, Prevost des Marchands,
ayant à sa gaucho
Mrle Brun, Premier Eche-
Mrs Gamare , Chauvin, 6c
arque, Echevins; MrTruc,
rocureur du Roy-, Mr Bouot,
Receveur- Cx Conseil-
,rs) & quatre Quarteniers,
eux à deux.
Ils furent placez en cinq
asses Ckiaisesducosté gauhe)
au dessous de la Chamre
des Compres, à la faite
es Gens du Roy & Greffiers
e la mesme Chambre, 3c en
eux Bancs de secours que
on avoit mis au devant
l'eux.
Les Huiiliers de l'EkéHon
de Paris, & des Tailles, deux
à deux, avec Baguetes.
Le Premier Huissier, seul,
tans Baguete.
Le Greffier en chef, seul.
Mrde Chenevieres Président,
les Lieutenant Assesseur,
Eleus, & Controlleurs,
deux à deux.
MrdeChenedé., Avocat&
Procureur du R oy, seul.
Ils furent placez en quatre
Chaises basses, au costé droit
au dessous de l'Université, &
en deux Bancs de sècours
mis au devant d'eux.
Dans le temps que chaque
Compagnie arrivoit, les JuezCrieurs
qui estoient des
ieux costez de la Nef, fonloient
de leurs Clocheces;
k alorsMrde Saintot,Maistre
les Cérémonies,sortoit du
Choeur, les recevoir,& les y
rassoit entrer & placer. Les
Gardes du Corps estoient
wx Portes du Choeur, &
toutes les avenues de 1'£..
glise.
M les Archevesques &
Evesques, que les Agens du
Clergé avoient invitez, eurent
leurs places vers l'Autel,
du collé de l'Epistre. Ils e£
toient en Rochet & en Camail.
Le Conseil de la Reyne
estoir placé à quelque dit
tance du mesme coHé; & en
fuitesur la mesmeligne, mais
plus pres du Corps, Madame
de Montespan, Sur-Intendante
de la Maison de cette
Princesse; Madame la Duchesse
de Créquy, Dame
d'Honneur; Madame de Béthune,
Dame d'Arc"": quelques
Dames du Palais; &
derriere elles, les Femmes de
Chambre dela Reyne. Vis-àis
duConseil,furentplacer
es principaux Officiers de la
Maison, & les Darnes du Paais,
plus pres du Corps. Mr
e Duc de Montausier,. avec
les Personnes de qualité de
a Suite de Monseigneur le
Dauphinestoit proche de la.
Chaire du Prédicateur. Le
Lieutenant qui commande
es Gardes du Roy qui serrent
aupres de Monseigneur
e Dauphin, estoit derriere
M' le Q'dC de Montausier.
Les Aumôniers de la Reyne
estoient vis-à-vis du Caveau,
dans lequel on devoit dcfl
cendre le Corps de cette
Princdïc.
Monseigneur le Dauphin,
Monsieur, Madame, Mademoiselle,
Mademoiselle d'Orleans,
& Monsieur leDuc,
arrivèrent sur les onze heures
à l'Abbaye, & après avoir iftc
conduits aux Apartemens
tendus de deüil qu'on leur
avoit préparez, ils le rendirent
à l'Eglise par la grande
Porte.
Trois cens Pauvres veftua
dé gris, marchoient devant
eux. Ils portorent chacun
un Flambeau de cire blanche,
& estoient suivis des
rente Crieurs.
@
Apres venoirent
trois, Hérauts, & le
Roy d'Armes,puis M- Martinet
Ayde des- Cérémonies,
Mrde Saintot Maittre desCérémonies
, MleMarquis de
Rhodes Grand-Maitredes
Cerémonies&Mrde la Vieuville
Chevalier d'Honneur
de la Reyne, comme Chef
du Convoy, tous vestus de
longues Robes de deüil, le
Chaperon en forme.
Monseigneur le Dauphin.
Monsieur, & Mont r re
Duc) estoient en Manteaux
longs, & avoient le Collier
de l'Ordre par dessus. Leurs
queuës n'eitoient point portées,
parce que les Princesses
représetntoient le Deüil, &:
que les Princes nettoient
que pour les accompagner.
Ce sont les Femmes qui représentent
le Deüil à la mort
des Femmes, comme les
Hommes le représentent à
celle des Hommes.
Madame,Mademoiselle, &
Mademoiselle d'Orléans, eftoient
en Mantes Mle Marquis
d'Estamnes Chevalier
d'Honneur de Madame, Mr
Ic
e Marquis de Bron son Premier
Ecuyer, &: Mrle Chevalier
de Nantouüillet portoit
a queuë de la Mante de cette
Princesse.
Celle de Mademoiselle es
coit portée parM le Marquis
d'Effiat Premier Ecuyer de
Monsieur, & par Mrle Marquis
de Flamarin Premier
Maistre-d'Hostel de Son AItesse
Royale.
- Mr le Comted'Escars, Se
M le Comte de Beauveau,
sécond Fils de Mrle Marquis
du Riveau, portoient celle
de Mademoiselle d'Orléans.
Madame fut conduite à sa.
place à la droite par Monseigneur
le Dauphin; Mademoiselle.,
par Mansieur; &
Mademoilelled'Orléans, par
Monsieur le Duc. Ces Princes
allerent en fuite se placer
à la gauche, & firent l'honneur
aux Princesses, parce
qu'elles représentoient le
Deüil.
Les quatre coins du Cercueil
furent occupez par le
Stle Lievre Roy d'Armes, au
Titre deS.Denys-Monrjoye;
& par les Ses de Chaume, au
Titre de Normandie; le
-
Blanc, au Titre de Xainonge
; Bezincour, au Titre
le Bourgogne; ôc Daubini,
u Titre de Charolois. Le
Roy d'Armes estoità la droile
premierHéraut, à la
gauche; & les deux autres,
ux deux autres coins.
Mrle Comte de Montignac,
Premier Ecuyer de la
Reyne, se plaça au pied de
a Chapelle ardente; & M le
)uc de la Vieuville se mit à
a teste. Ils estoient en Capot
&Bonnet quarré,aussi-bien
que Mr de Villacerf Premier
Maistre-d'Hostel,MDevizé
Maistred'Hostel ordinaire,
& les quatre Maistres-d'Hô-,
tel de quartier. Le reste de
la Maisonestoit en Rabat, &
en long Manteau.
Mrle Marquis de Rhodes,
Mr deSaintot, & Mr Martinet,
GrandMaistre,Maistre,
&Ayde des Cerémonies, prirent
leurs places pres de la
Chapelleardente.
Il faut vous dire présentement
en peu de mots quelle
estoit la Décoration de l'Egîsse
, dont l'invention est
deuë au Pere MenestrierJefuite.
A l'entrée du Choeurestoit
ne Pcrfpé£tivc5 qui faisoit
>ar»iftre un Temple ouvert.
In voyoit des deux costez
es Tombeaux des Roys de
;rance. Les Images de la
ri.rt, de Immortalité,
[•rtoienf une Inscription
.latine, qui faisoit entendre
e^uLfait. Mants des mo-
Ar,u. inhumez dansces Tomeduxi
ivenek au devant du
orps,de Marie-Therese, Reyne
eFrance. Voila où se rédulfentî
mtes lesgrandeurs de la Terre.
\Â AfajefleSouveraine quipar
}Ht ailleurs ejîJtpuissante &si
reverée, n'est icy qu'un peu da
cendre.
Dans un Fronton elevéau
dessus dece Temple, paroissoient
les Saints de la Maison
Royale, sçavoir, Clovis, Dagobert,
Charlemagne, Robert,
S.Loüis,SainteBathilde,
Sainte Radegonde, Sainte
Isabelle Soeur de S. Louis, la
Reyne Blanche leur Mere,
& plusieurs autres. Ils montroient
tous un Trône de lumière
prépare pour l'ame de
laReyne. Il y avoit au deffons
duTrône quelques mots
Latins, qui sembloient faire
ire à tous ces Saints, comme
dils c'uussennt parlé à la Reyne, Trône à l'autre,
& req^ne^parmy nous.
Au dessus de ce Fronton
Stoient des Ecussons de la
Reyne, & l'on voyoit une
Teste de Mort avec des aîles
le Chauvesouris dans le haut,
qui séparoit les Armoiries de
rance & d'Espagne. On
oyoitaussi pour simboles de
a Résurrection
, une Croix
ntre deux Lampes allumées,
Elle surmontoit un Globe du
Monde. Deux Phares allunez
sur des Rochers, exprimoient
la mesme chose.
On avoit opposé huit Devises
les unes aux autres, &
ces Devises marquoient l'incertitude
de cette vie, & l'et
pérance de la vie eternelle,
dont joüissent les Bienheureux.
Elles avoient toutes
pour ame des paroles Latines
, que vous trouverez icy
renduës par autant de Vers
François.
La première estoit une Horloge
de fable.
Son coursjepré1cipité en ce y--aje-,
fragile.
Laseconde, qui luy eltoÍÇ:
apposée, faisoit paroistre un
Dyseau de Paradis, qui de-Il
chargé des soins de la vie, ne
egarde que leCiel.
Je 'vivray ,. pour le Ciel, en vi-
; njant de iEfprit. 1.7 La troisiéme, un Bucher
d'Aporhéosè, où les Romains
prûloient les Corps de leurs
Empereurs, avec des dorures,
des parfums, ëc des meubles
prétieux.
Et tout cela bientojtnefera plus
t que cendre.
La quatrième, le mesme
Bucher, d'où une Aigle s'elevoit,
si-tost que le fil qui
l'y retenait,estoitbrûlé.
Au milieu de la mm il confrve
i savie.. >
La cinquième, un Arc-en-
Ciel.
D'un grand éclat, maisdepeu
de durée.
La sixiéme, un Flambeau
fumant, qui se rallumoità un
autre.
Et J'un peu defumée il tire un
çrand éclat.
La septiéme, la constellation
de Cassiopée, où l'an
1572. parut une nouvelle
Etoile, qui ne fut veuë que
pendantdeuxans.
OHjadis on lavit,elle neparoist
plus.
L'Echelle de Jacob, au haut
de laquelle ce Prophete vit
.a Divinité, & par laquelle
montoient & deseendoient
des Anges.
Le Ciel nous l'a donnee3& le
Ciella retire.
Deux Inscriptions, & deux
Revers de Médailles, estoient
aux bases des Piédestaux. La
premiere Inicription vouloit
dire
,
Sa mémoiresera immortelle,
parce qu'elle à estéconnuë
de Dieu (rr des Hommes. La
secondé, Tandisquelleavescu,
-tUe a estéun Modele à imiter.
On la desire après fit mort, &
entrant dans L'Eternité, une Cou-
- ronne immortellefaitson triomphe.
Le premier Revers estoit
d'une Médaille de Tite. La
Paix que l'on y voyoit rcpréfenrée
avec ces mots, Pax
oeterna,faisoit connoistre que
la Paix qu'elle nous avoir
apportée par [on Mariage,luy
avoit fait mériter une Paix
eternelle dans le Ciel. L'autre
Revers estoit une Imitation
dune Médaille de Trajan, &
d'une autre dePertinax. On
voyoit la Reyne tendre les
ras à un Globe qui defcenoit
du Ciel, & fouler aux
ieds un autre Globe, avec
es paroles, Providentioe auustx,
pour faire entendre
que par une sage prévoyan-
;e, .a Reyne avoit pensé à
Eternité au milieu des plai-
- irs du monde. Sur la frisc
cégnoient quelques motsLatins,
qui signifient,
- Pratiquer lavertieefije rendre
immortel.
Le reste de la Nef, qui efÉûàt
toute tenduë de deüil
depuis le haut jusqu'au bas,
avoir pour ornemens de grandes
Armoiries de cette Princesse,
avec des Sceptres croisez,
& au dessus une Couronne
Royale.
Une Chapelle ardente,composée
de six Colomnes de
lumières, estoit das le Choeur
au dessus du Corps, avec autant
de Consoles, qui portoient
une Pyramide de lumiere.
On n'y avoit point
dressé de Mausolée, parce
que toutel'Eglise sert deMausolée
par elle-mesme à nos
Roys & à nosReynes. Ainsi
l'on n'y fait jamais qu'une
Chapelle ardente.
Au dessus des sixcolomnes,
levées au zele, à la charité,
la pieté, & aux autres vertus
le la Reyne, comme autant
le monumens des victoires
lU'elle a remportées sur les
grandeurs & les vanitez du
nonde, estoient l'Image&
es Chiffes de cette Princesse,
k au dessus de son Corps, une
Couronne de lumière, avec
les paroles de l'Ecriture, qui
narquoient que cette Couronne
ne luy seroit jamais
ostée.
Quatre Devises faisoient
l'ornement des quatre costez
de cette Chapelle ardente.-
La premiere, repréfentéc
par une Flâme de feu, estoit
pour la Reyne.
- Elle estoitpourle Ciel, & non
paspour la Terre.
- - La seconde estoit un Phénix
mourant.
Sije meursycejîlefendes chopi
naturelles.
La troisiéme,unPhénix qui
renaissoit en regardant le Soleil
Et je dots ahSoleil une immorteuevit.
La quatrième, pour MonseigneurleDauphin,
estoit
L
constellation du Dauphin
ttachée à laVove de lait.
Attachepar amour, &par reconnoi/
Jance.
Seize Figures couchées sur
's ceintres des huit Arcades
ui entourent le Choeur, rerésentoient
les divers avanages
de la Fortune, que la
eyne n'avoit regardez que
omme des moyens offerts
our arriver à une plus partite
pratique de lavertu.
La N'aissanceestoit re préntée
par une Figure, dont
Habit estoitsemé des Tours
e Castille, &des Lyons de
La Distinctoin son Habit en
Echiquier.
La Félicité, ses Simboles ordinaires.
Le Choeur estoit tendu de
noir, avec trois Lez de Velours,
chargez de Larmes
d'argent, de Fleurs-de-Lys
d'or, de Chifres ôc Armoiries
de la Reyne, de Testes de
Mort, d'O(Terriens croisez,
& de Festons de crêpe, pendans
au dessous des Consoles.
Vousobserverez, Madame,
qu'il n'y a que les Souverains
qui ayent ces trois
Lez ou Bandes. On en met
e nombre, pour marquer
eurs trois supérioritez sur les
sois Etats du Royaume.
Il y avait de grands Draps
oirs placez au dessous des
chattes du Choeur, avec ces
ix-neuf Devises sur les prinipaux
évenemens de la vie
e la Reyne, & sur les ver-
S.
Pour sa naissance le 20 Setembre.
Le Globe de la
erre fous le Signe de la
balance.
Tout efl aurufle en votes depuis
voflre nafjpmce.
Pour les vertus de son ensance.
Le Soleil levant.
En un moment tout paroifllumineux.
Pour ses premieres actions.
Le Plan d'un grand Bastiment.
On voitqueue fera sonélevatien.
Pour son Mariage. Une Pis-.
tole d'Espagne, qui fous le
Balancier des Monnoyes,
change de figure, & devient - - un Louis d'or. Ilmeflavantageux de changer
de ifeure.
Pour son respect envers le
Roy. Un Girasol qui fuit le
Soleil, la teste panchée.
J SonrefyeÛefl ameur, &Jon
amour rrfpeél.
Pour la naissance de Monseigneur
le Dauphin.Une
Perle dans une Nacre.
Ce Fruit est digne J'elle, &
,
gne d'ege, digne des Couronnes.
Pour ses soins donnez également
à Dieu i5e au Roy.
Un de ces Tableaux canelez
à trois figures, dont l'une est
Un Christ; l'autre, le Roy;&
celle du milieu, la Reyne.
Sons dij-érensafpeéls on y voit
l'un &l'Autre.
Pour ses Communions fréquentes.
Laconstellation du i
Poisson Austral, qui selon les
figures de nos Globes, voit
un Fleuve de lumiere dans
le Ciel.
Sa nourriture (si celefle &
divine. a
Pour sa conduite reglée en 1,
toutes choses. Un Compas
de proportion.
Riensansmejure &fins préportion.
Pour son obeïssance envers
Dieu, accompagnée de la
crainte de l'offencer. Une
Boussole,dontl'Eguile cherche
le Pôle en tremblant.
C'est
C'ejl en tremblant quellefuit
< sesattraits. -.
Pour l'accord de sesplus
petites actions de pietéavec
celles de cerémonie. Une ,.
Harpe, dont les Cordes inégales
de Baffes & de Dessus,
font un Concert agreable.
i Quel accord merveilleux de
(jordes inégales! +
Pour sa charité envers les
Pauvres. Une Grenade ouverte,
d'où sortent les grains.
(L'abondance du coeur faitses
t
-
profusions.
1 Pour sa puissance, qui estoit
plutost un effet de sa vertu,
que de sa grandeur. Une:
Pierre d'Ayrman.
Son pouvoir estl'effet d'unc^
"vertu fecrote.
Pour cette mesme puissance.
Le Roy des Abeilles,
qui n'ayant point d'éguillon,
ne laisse pas de se fairesuivres
paramour. L'exemple est lëruillon quipm
, teut le faitCuivre.
-"
*
Pour son sage discernement
dans le choix des Personnes,
& la pratique des choses.Une
Main qui tient la Balance
d'un Trébuchet pour peferdes
Pieces d'or, & qui a aU-4
prèsune Pierre de touche
pour les éprouver.
- Pour en faire un bon choix9 &
pour les bien connoiflre.
Pour son desir ardent de
voir Dieu. Le Soleil caché
fous des nuages, & un Aigle
qui le cherche.
Le desir de le voir, l'oblige a le
chercher.
Pour l'innocence de sa vie
LaVoye de Lait.
Ce qu'on en voit n'rflqur lumiere.
Pour son application à faire
justice à tout le monde. Un
Bastiment commencé, avec
un Equerre, un Plomb, une
Règle,&c.
Que de foins pour le rendre
agreable e)-solid,1
Pour le temps qu'elle donnoit
à penser à la mort. Une:
Chapelle ardénte, avec une
Représentation, sur laquelle:
estoient une Couronne &une
Sceptre.
Il ne refle des Rays que ces tfifîen
dépoüzlles.
Pour sa mort. Un Bastiment
achevé, où l'on met le couronnement.
AprCl un long travail, la Jim
ejlU Couronne.
On voyoit un superbe Pavillon
entre le Daiz qui couvroit
l'Autel, & celuy que
l'on avoit élevé au dessus de
la Chapelle ardente. Les
Pentes de ce
Pavillon, qui
estoit semé de Larmes & de
Fleurs-de-Lys., & bordé
d' Hermines, estoient attachées
aux quatre Piliers de
la grande Croisée de l'Eglise,
& servoient comme de Couronne
au lieu où [e devoient
faire les Cérémonies.Toute
cette enceinteestoitflanquée
de quatre Pyramides,
chacune à deux faces, feintes
de marbre, & semées de Larmes,
avec huit Camayeu
antiques pour ornemens. at
Toutes les choseseftann
ainsi disposées, & les séances;
ayant e(le7 prises, M'l'Evesque:
de Langres, qui avoit ofEcié||
pontifïcalement aux Vel-r
& aux Vigiles, que les Reli^7
gieux de l'Abbaye avoient
chantées le jour precedent,
commença la Messe, revestu
de ses Habits Pontificaux.
Mrs les Evesques de Troyes
& de S. Orner, en Chape &|
enMitre, luy servirent d'Assistans;
& ceux de Châlons
l:'
r&. de Boulogne, firent les
fonctions de Diacre & de
SousDiacre, l'un & l'autre
en Dalmatique. Ses Aumôniers,
lesOffkiers de xla Chapelle
de la Reyne,& plusieurs
Religieux de l'Abbaye, faifant
Choeur avec la Musique
de la Chapelle & de la Chambre
du Roy, estoient aussi
Assistans.
Lors que l'Evangile eut eilé
dite, le Prélat célébrant se
plaça dans unFauteuil qu'on
luy avoit préparé un peu au
deça de l'Autel, & il y reçeut
les Offrandes. Les quatre
autres Prélats s'attirent aussi
dans des Fauteüils, ni
Le Srle Liévre, Roy d'Armes,
après avoir fait les reverences
à l'Autel, à la Repré':"
sentation de Louis XIII. au
Clergé,au Corps de laReyne,
à Monseigneurle Dauphin,
à Monsieur,àMadame,à Mademoiselle,
à Mademoiselle:
d'Orleans,àMonsieurleDuc,
au Parlement, à la Chambre
des Comptes, à la Cour des
Aydes, à la Cour des Monnoyes,
à l'Université, à l'Ancien
& au Nouveau Chastelet,
au Corps de Ville> &à'
:r l'Election, allase ranger au
costé droit de l'Autel, avec
un Cierge de l'Offrande. En
mesme temps, M'Le Marquis
de Rhodes, Grand-Maistre
des Cérémonies, invita Monseigneur
le Dauphin à l'Offrande
par les mesmes revé-
[ rences; & ce Prince, en
ayant fait à l'Autel, à la Représentation
du feu Roy, au
Corps de la Reyne, & aux
Compagnies,alla prendre
Madame. Ilsfirenttoutes les
revérences que le Roy d'Armes
avoit faites; & s'approcherent
en fuite de l'Evesque x
célébrant. MrleMarquis de
Rhodesprésenta à Madame
un Cierge qu'il prit des
mains du Roy d'Armes; &:
cette Princesse s'estant miten
à genoux ssir un Carreau,.
baisal'anneau deMdeLangres,
& luy présenta le Cierge;
apres quoy Monseigneur
•
le Dauphin la reconduisit à,
sa place, & retourna à la
sienne.
Cette premiere Cerémonie
estant faite, le SrleBlanc Pre-
• mier Héraut d'Armes, fit les
mesmesrevérences,ainsique
Mrde Gaintot, pour inviter
Monsieur à aller à l'Offrande,
Son Altesse Royale y mena
Mademoiselle, qui présenta
le Cierge à genoux, ainsi
qu'avoit fait Madame. Le
reste se passa de la mesme
sorte.
Monsieur leDuc mena en
fuite Mademoiselle d'Orleans
à l'Offrande. Ce fut MrMartinet
Ayde des Cerémonies,
qui l'invita par ses révérences,
apres que le Sr Bezincour
second Héraut d'Armes, eut
fait les siennes.
Les Offrandes estant achevées,
le SrDaubini troisiéme
Héraut, alla prendre à l'Abbaye
M l'Evesque deMeaux,
qui vint prononcer l'Orailoiu
Funèbre. Jenevousdispoint
avec quel succés. Sa hautes
réputation dans la Chaire, &
les sçavans Livres qu'il a donnez
au Public, vous persuadent
assez de sons.çavoir. III
mesla beaucoup d'éruditions
dans son Discours, & apostropha
Monseigneur le Dauphin
, à qui il fit voir que:
pour estre parfait, il n'avoit
qu'à imirer les grandes actions
du Roy, ôc la pieté de
la Reyne.
Le Prélat officiant acheva
la Messe,après laquelle il
vint vers le Corps, ainsi que
les quatre autres qui avoient
servy d'Assistans, de Diacre,
ôcde Sous-Diacre. Ils avoient
la Mitre en teste, & estoient
suivis de leurs Aumôniers, &
des Religieux de l'Abbaye.
Ils firent les Prieres, les Encensemens,.&
les Aspersions
ordinaires, ce qui s'appelle
Absolution. Chaque Prélat
fit la sienne, les quatre autres
demeurant assis dans des
Fauteuils pendant ce temps.
Apres cela, douze Gardes du
Corps ayant descendu le Ccr-tcueil
de dessus l'Estrade, 1er:
portèrentauCaveau.Mrs dejî
Novion, Premier Pré{ident,j
& Mrs deBailleul, de NeC-ji
mond, & de Mesme, Prefî-j^
dens au Mortier,tenoient lesfji
quatre coins du Drap Mor..,,
tuaire. En mesme temps, les
Roy d'Armes estant au hauc:=
des degrez du Caveau,ap-ii
pella les Honneurs en cesii
termes. c
M1 leMarquis de VilLccrf,•
Premier Matfbre
-
d'Hoftrl de\
la P.,e-Yne
J
Cha<vreneg% faeire.^*vofirm
JbîzDeviné,Maistre-dHojiel,
ordinaire de laRejne9 lene^faire
vofîre Charre,
., •Il se servit en fuite des mesmes
paroles pour appeller.
MIr de Vaudetart & de Beaumont,
Mrle Baron de Par
lieres, ôcM Delbournais. Ce
font les Maistres-d'Hostels
qui servoient la Reyne par
quartier.
Le Manteau Royal fut
apportépar Mrde Montignac
Premier Ecuyer de la Reyne;
& la Couronne, par M"le
Duc de la Vieuville, Chevalier
d'Honneur. Illa tenoit
couverte d'un Crêpe, sur un
Carreau de Velours n01r,i
garny de Galon &deHoupes
d'argent, Le Roy d'Armes
reçeut le Manteau Royal, la^
Couronne, - & les Baston
Royaux,aussi couverts dej
Crêpe, des mains de ces Osis
ficiers; àcà mesure que ces
choses luy estoient données,
il les remettoitau Srle Blanc,
qui les recevoit de mesme
au milieu du degré par où
l'on avoitdescendu le Corps,
& en fuite les donnoit à deux
Religieux qui estoient au bas
du degré. CesReligieuxmectoient
tout sur le Cercueil qui
,
renferme le Corps dela Reyne,
&.° qui est envelopé de
Velours noir, croiséde MOÜCre
d'argent,&bordé deGalon
d'argent. Les Bastons du Premier
Maistre-d'Hostel,& des
Maistres-d'Hostel ordinaire
& de quartier,furent rompus;
& alors le Roy d'Armes s'avança
trois pas du costé du
Choeur, & cria deux fois;
Marie-Thérese, Infanteà Eji
fagne3 Epouse de LOÜIS LE
GRAND, est morte;priezDieu
pourson ame. Ces tristes paroles
firent répandre des larmes
à tous les Assistans,don
le Dies iræ, T)ic$illa} & le cr] frefondis, qui furent chante
en Musique, l'un & l'auttr
de la composition de Mr db
Lully, avoient déjà fort aix
tendry le coeur. Ils estoien
remplis de tons si touchant
querien ne pouvoit iiiieu-L
entretenir la douleur que cau
foit la perte d'une si grande
Princesse. Jamais il n'yavoc
eu de Cerémonie en Frano
exécutée avec plus d'ordre-
& moins de confusion, mai
gré le grand monde qui s'
trouva. Ce fut un effet de
foins de Mrle Duc deNoailles,
& de l'exactitude avec
laquelle MrdeS.Esteve,Lieutenant
des Gardes du Corps,
s'acquita des choses dont il
s'estoitreposé sur luy.
MrleMarquis de Rhodes,
Mde Saintot,& Mr Martinet,
reconduisirent Monseigneur
le Dauphin, Monsieur, Madame,
Mademoiselle, Mademoiselle
d'Orleans, & Monsieur
le Duc, au mesme en,
droit où ils les avoient reçeus.
Les Compagnies sortirent
aussi par les principale Porte
du Choeur, à l'exception de
la Chambre des Comptes
qui sortit par la Porte qui est
du costé de l'Evangile. EHc.s r»* furent en suite., sçavoirlePan
lement, la ChambredesCom
ptes, ôc la Cour des Aydes
dans le Réfectoir de l'Ab.
baye, & les autres Compa
gnies, en divers lieux, où elles
furent magnifiquement
traitées à dîner par les Officiers
de la Maison du Roy.
il y avoit quatre-vingts Couverts
pour le Parlement, soixante
pour la Chambre des
Comptes, quarante pour la
Cour des Aydes, vingt pour
la Cour des Monnoyes,vingt
pour l'Université, quarante
pour les deux Chastelets, dix
pour l'Election, & vingt pour
le Corps de Ville. Toutes ces
Tables furent servies avec
beaucoup de magnificence
& de propreté, par les soins
de M de Morfontaine-Hotman,
Maistred'Hôtel duRoy.
Apres la Cerémonie, Mr
'Faverel,Tréforier des Offrandes,
Aumônes, ôeDevonons
deSaMajesté, fit une distribution
considérable par les
ordres de Mrle Cardinal de
Boüillon, à plus de quatre
mille Pauvres qui s'eftoiic
assemblez dans la Court
Récollets. Cette ~distribu
se fit en présence deM l'A
bé d'Hantecour, Aumône
de laReyne.
Je ne vous ay point
graver de Mausolée, pacj
qu'il n'y avoit qu'une C)
- pelle ardente à S. Denys
vous en ay dit la raison; ; -
au lieu d'un Mausolée, qujp
se fait jamais dans un l
qui de luy-mesmeest
Mausolée, je vous ~env
quelque chose de plus
rieux. C'en le Plan de l'E'd
,
elle S. Denys, telle qu'elle cc. oit le jour de cette Pompe
unebre. On y a marqué les
aJÇlaccs de tous ceux qu'on y avoit invitez.
J Le Samedy suivant 4. de
3~e mois, on fit le Service solITIJlemnel
de Nostre-Dame. Il
5/m'y eut que la Décoration de
[pH'lEglile qui fut diférente, puis
sujque les Cérémonies furent
ileos mensmes qu'à S. Denys, à qu'il y en eut moins, a cause que le Corps
£jHe la Reyne n'y estant pas, il n'y eut point d'Inhumation,
p "M que les Officiers de cette
Princesse n'eurent aucu:
fonction à y remplir. VOJ
de quelle maniere l'Eg
estoitdécorée.
On avoit tendu de
toute la Nef depuis le
juiques à la Voûte, avec tr
Lez de Velours, ornez d
pace en espace de Chifre
des Armes dela Reyne. 0
Ecussons & ces Chifres
toient sept ou huit fois Fi
grands que ceux qu'on employe
ordinairement en
occasions de cette natu
Cela convenoit tres-bien
un aussi grand Vaisseau c
ce:
::celuy de Nostre-Dame.
h, A la Porte du Choeur, du
jxoltc qui regarde la Nef,
iseftoit un Tableauen maniere
îtde Bas-relief, de Marbre
(cblanc, sur un fond noir. La eyne sortant du Tombeau,
y estoit représentée.Elle ef..
toit appuyée sur un Ange,
(fHui tenoit son Coeur, & sembloit
l'offriràDieu.Un autre
i/Ange luy donnoit la main,
comme pour la conduire au Ciel. cas On voyoit la îviort au du Tombeau. Elletenoit
unRouleau, sur lequel estoient
des paroles de l'Ecriture,
qui vouloient dire,
:fl
LtMortdorejnavantnepottrfe
riensurelle. *
Tout le Choeur estoit aujj
tendu de noir jusques à ',
Voûte. Les Arcades avoie
pour ornement de grande
Cartouches aux Armes
France & d'Espagne. D
trois Bandes de Velours il nrj
avoit que celle du milieu q
fust droite. Les deuxautr
estoient rattachées en Fa:
tons,& toutes les trois semé
de Fleurs-de-Lys d'or,
d'Armes. Des manieres
Frontons séparez les uns 4,
--' L'
autres par des Obélisques de
ièizc pieds de hauteur,servoient
d'ornement tout auour
à la Corniche des Chaies.
Ces Frontons estoient
ordez de Flambeaux decire
olanche. Il y avoit au milieu
une Teste de Mort couverte
Je Crêpe, & soûtenant une
Urne, d'où une grosse flâme
ortoit. Les Obélisques, qui
voient chacune une lntèriiiition
Latine sur leur Piédesfffll
,estoient aussi bordez de
flambeaux. Imaginez-vous
effetquefaisoit ce grand
fichu de lumieres. Chaque
Obélisque posé sur une Testo
de Mort, estoit couronnée
d'une Fleur-de-Lys, de la-j
quelle pendoit un Cartouchoj
orné de branches de Cyprès?
avec une Devise au milieux
Ces Devises estoient confor.-J
mes aux Inscriptions, qui
jointes ensemble, compo-c
soient l'Epitaphe de laReyne
rendu par ces mots en nostro:
Langue.
A LA MEMOIRE
DEMARIE-THERESED'AUSTRICHE,
REYNE DE FRANCE ETDE NAVARRE,
TRES-DIGNE EPOUSE DE LOüIS
T*. LE GRAND,
SA TRES-CHERE COMPAGNE,
[ DE LAQUELLE IL N'A JAMAIS REÇEUAUCUN
DEPLAISIR,
QUE CELUY DE SA MORT,
: MERE AUGUSTE DU DAUPHIN,
'? :FEMME D'UN RARE EXEMPLE, TRES-PIEUSE,
TRES- ILLUSTRE,
*
NEE POUR LE BIEN DUROYAUME,
UNIQUEMENT ATTACHEE
A LA FRANCE,
TRES-FIDELLE A LA RELIGION,
RECOMMANDABLE PAR TOUTES
SORTES DE VERTUS.
LA FRANCE AFFLIGEE,
FLEURANT SA MORT TROP PRECIPITEE
LUY REND SI-TOST, CONTRE
SON ATTENTE,
,. LES DERNIERS DEVOIRS. -
Vous neieriez pas con--
tente, si je n'ajoûtois toutes
ces Devises avec leur raport
aux Inscriptions. Rien ne
peut cftre plus dignedevôtre
curiosité, puis qu'elles sont
de Mr l'Abbé Tallemant le
jeune, de l'Academie Fran—
çoise, Intendant des Devises
du Roy.
Métrie-Thérese d'AufiricIJr. i
Un Jet d'eau fort élevé,&
ces paroles pour ame,
SUBLIMES ARGUIT ORTUS.
Il montre en sélevant, Uhautenrs
de sa source.
Les nobles & admirables
qualitez de la Reyne marquoient
la grandeur de sa
maissance.
\Reyne de France &de Navarre.
c
UnLys,&cesmots,
CANDORE IMPERAT.
Ilejtparsa blancheurpréferavtc
a toute autre.
La candeur & la vertu de
la Reyne, la rendoient digne
de commander.
Tres-digne Epouse de Loüis
LE GRAND.
Une Aigle.
UNA HÆC DIGNA jOVE.
Seule ellea mérité le choix de
Jupiter.
La Reyne feule estoitdigne
d'estre l'Epouse deLoüis LE
GRAND.
Sa tres-chere Compagne.
L'EtoiledeVénus.
COMES FIDISSIMA SOLIS.
Elle ne quitte pointlegrand
Astre du jour.
Cette Devises'explique par
e!le-mefirx.
De laquelle il ria jamais reçcuaucun
déplaisir que celuy de
sa mort.
Un Oyseau de Paradis.
TERRIS MORARI METUENS.
J'ttrrefler sur lA Terie,effce qu'il;
craintleplus.
Cet Cyseau estant sans
pieds, craint de s'arrester sur
la Terre, de peur de ne pouvoir
plus s'élever pour prendre
son vol. Il semble que la
[Reyne ne soit morte si jeune,
que parce qu'elle craignoit
de s'attacher auxgrandeurs,
tfi elle s'arrestoit trop sur la
'Terre.
1
Mert auguflc de Adênjeigneur
le Dauphin.
Un Phénix qui se consume
:
sur son Bucher.
NON OMNIS MORITUR.
Ilne meurt pas entier,ilUijfér
finJembUblc..
La Reyne ne meurt pas
tout-à-fait, puis qu'elle nous
laisse un Fils heritier de ses
vertus.
, Femme dun rare exemple.
La Reyne des Abeilles qui
fuit ion Essain.
OMNIBUS EXEMPLUM
PRÆBET.
Atoutes,sans relâche, elledonne
l'exemple.
La Reyne estoit exacte à
tous ses devoirs, & servoit
d'exemple à toute la Cour.
- Trèspnufe.
Un Cierge allumé sur un
Autel.
,
TOTA sacrisvita.
Il se consume entier pour les
0-- sacrezOffices.
La Reyne employoit toute
,sa vie aux exercices de pieté.
>
Tres-illuflre.
Une Grenade qui créve.
( CLARIORDUM dissolviturJ
i Cequi lafaitpérir,augmente
Ik [onéclat.
i La Reyne devient plusécla-
! tante par sa mort, puis qu'elle
r partage dans le Ciel la gloire
des Saints.
Néepour le bien du Poyaume--
f Une Perle dans sa Nacre.
I E CÆLODELAPSUMMUNUS
1
Le Coiel Fra,samrosee aefoinrde .lai Ia Reyne est un veritable
don du Ciel.
Uniquement attachée a la,
France.
- UnCygne suruneRiviere,
suivy de ses Petits. l'
TOTA SUIS, PATRIÆ
IMMEMOR.
ToutAUXSiens,sansftngeraux
lieuxdesa naissance.
-
Comme cetOyseau, dés
qu'il a fait ses Petits, ne conserve
plus aucun desir de retourner
aux lieux où il est né>:
la Reyne n'avoit dans le
coeurque l'intérest dela France,
par l'attachement qu'elle
avoitpris pour le Roy,&pour
Monièigneur le Dauphin.
TrèsfideUe2 laReligion.
Un Phare.
DIRIGIT ERRANTES.
j Au milieu des ecueilsje montre
; lechemin.
f La Reyne montre a toutes
(les Reynes, & à tous ceux
qui vivent dans les vanitez
& dans les grandeurs, le chemin
qu'ils doivent tenir pour
[ se sauver.
t Recommanbiblepartoutesforte*
> - Je vertus*
Une Boussole.
CÆLO MEDIJS IN FLUCTIBUS
I-IJERENS,
Toujours malgrél'orage ede, efi.1
tournée au Pôle. 4
LaReyne,au milieu de la-i
Cour, estoit uniquement attachée
à Dieu.
La France afftigér.
UneHirondelle qui passe la
Mer.
TEMPORALÆTA,VALETE.
jdpres l'avoirperdue, il nejlpluf
de beaux jours.
L'application de cette De- :
vise est aisée.
1 Tleurantsaferte trop prcci- j
pitée, <
UneFlâme.
IMPATIENSCÆLO REDDI.
Le Feu cherche toujours à monter
à[on centre.
La Reyne attachée à Dieu,
semble avoir eu impatience
de se joindre à luy.
Luy rendsi-tost, contrefin attente,
les derniers devoirs.
De l'Encens qui brûle sur
un Autel.
DEO MORITUR.
Il meurt fcarrendu a Dieu le
Cultequ'onluydoit.
La Reyne meurt pour aller
à Dieu.
Un Tombeau feint de
Porphire à l'antique, avec les
Armes de cette Princeue/
estoitélevé au milieu du
Choeur. Il avoit un Piédestal
auquel on montoit par croisi
degrez, & il estoit paCé par
le milieu ssir une Urne,ornéo
de Bas-reliefs, ainsi que 10
Piédestal. Quatre Figures
feintes de Marbre blanc, rev
présentant la Foy, TElpétî
rance, la Charité, & laPieté,
portoient ce Tombeau. Lase
Représentation estoit deifus..
couverte du Poësle Royal,
avec la Couronne vo lée
d'un Crêpe, & posée sur uni
Carreau. Aux quatre coins
estoient des Torcheres, jettant
des Parfums. Au milieu.
de chaque face du Piédestal,
on remarquoit des Testes de
Mort de bronze, couronnées
de avec des
Aîles de Chauvesouris, & il
en sortoit deux Branches de
Chandeliers5qui portoient de
gros Flambeaux. Les Angles
estoient garnis de Consoles
cie bronze. Sur ces Consoles
estoient des Cassoletes fumantes,
& ilen sortoitaussi
deux Branches de Chandeliers
avec des Flambeaux.
Quatre Obélisques, ornezà
chaque face d'une Médaille
de bronze, & desChifres de
la Reyne occupoient les
quatre coins du Mausolée.
Ils avoient leurs Piédestaux
remplis de Bas-reliefs, &esitoient
posez sur des Testes
de Mort, couronnées de Cy-,
prés,& couvertes de Crêpe
comme les autres.Ils efloicnti
aussi accompagnez de Vases
qui jettoient de grosses fla--i
mes; & tous les endroits doj
Tombeau, la corniche du
Piédestal,& les degrez,estoientsipleinsdelunûercsx
a
qu'oncroyoit tout voir en
feu.
Il yavoit au dessus de la
Représentation, un grand
Daiz orné d'Hermine, de
Gaze d'argent, & de Crêpe.
Il estoitextrémement élevé,
&ilen sortoit quatre grandes
Pentes, qui formoient une
maniere de Pavillon magnifiqued'Etofe
noire, meslée
d'Hermine. Ces Pentes ettoient
attachées aux quatre
coins du Choeur.L'Autel
estoitorné d'une maniere si
agreable, qu'oneust pû l'a_
nommergalante dans un autreoccasion.
Ç'eltoit quelque
chose de fllrprenant que
le nombre presque infiny de
lumieres,dot il cftoit éclairé.
Un grand Cartouche aux
Armes de la Reyne, avec des
Testes de Mort, des Sceptres
bnk z, & des Couronnes renversées,
avoit esté mis dans le
milieudu Jubé, qui est à l'autre
bout du Choeur. Deux
grands Obélisques de feu aux
deux costez, accopagnoient
ce triste appareil.
Toute la Décoration de
l'Eglise, & le Maufolé~, estoient
du Dessein de MrBerjpin,
Désignateur ordinaire
du Cabinet du Roy,quiavoit
pris mesme le foin de tout
faire exécuter. Cela est des
fonctions de la Charge;&
s'il n'a point travaillé à S. Denys,
c'est parce qu'il n'y avoit
point de Mausolée à y élever,
& que les deux Services [e
devoient faire presqueen
mefmc temps. Ainsi l'onts'estoit
servy des Tapissiers
du Roy, afin que tout fust
plutost prest à S. Denys. Je
ne vous envoye point le Desfein
du Mausolée que je
viens de vous décrire, parce
qu'on en a fait gravertrois
grandes Planches, à ravoir,
un des costez du Choeur,
les Devises,&laReprésenfentationa.
- Les Compagnies furent
placées de la mesme
forte
qu'elles l'avoient elle à Saint
Denys; mais la Cour d
Monnoyes nese trouva pn
à Nostre-Dame, non pliii
que l'Election. Ce n'est pas
qu'elle n'aille toûjours au
Services à S. Denys err fort
rang de Cour Souveraine,&
qu'elle, ne fasse les Compiù
mens aux Roys &aux Ktnes
en ce mesme rang, ainsi
que les autres Cours; elle a
mesme toûjours esté à N.
Dame, mais depuis un Démeslé
quelle y a eu, elle a
cessé d'y aller.
Monseigneur le Dauphin,
Monsieur, Madame, Mademoiselle,
Mademoiselle d'Orleans,
& Monsieur leDuc,
estant descendus à l'Archivesché
entre neuf& dix heures
du matin, Mr l'Archevesque
les y reçeut,& les conduisit
aux Apartemens qu'il
avoit fait préparer. Ils se rendirent
de là à Nostre-Dame,
menez avec les mesmes ce
rémonies dont je vous ay,
déja parlé, c'est à dire, trois
cens Pauvres vestus de gris,
marchant les premiers avec
des Flambeaux de Cire blanche;
en suite les JurezCrieurs,
puis trois Hérauts d'Armes,
ôc apres eux, le Grand-Maistre,
le Maistre, ôeFAyde des^
Cerémonies. -',' ")
Les Séancesestant -prises,
Mr l'Archevesque, revestu de
fts Habits Pontificaux, &
avant pour Diacre Mrl'Abbé
de la Morhe Archidiacre, &'
pour Sous-Diacre Ml'Abbé Parfait,
Parfait, le plus ancien Chanoine,
commença la Messe,
quifut chantée par la Musique
del'Eglise.
"Je ne vous dis rien des Offrandes.
Elles se firent comme
à S. Denys, apres les Invitations
& les Revérences.
MrdeGrighan, Coadjuteur
d'Arles, prononça l'Oraison
Funebre avec un applaudissement
général. Il fit voir
que laReyne avoit rendu la
Grandeur agreable à Dieu,
Ôc .lajV¡e-rtu agreable aux Hommes; la Grandeur, en ladépoüillàt de son fastueux
orgueil, &: de tout ce qui aCJ -
compagne les vanitez de il
Terre; la Vertu, en laren
dant douce &facile, &en
fuprimant ces grandes aue..,
téritez qui épouvantent. Il
ajouta, que bien que cetteJ
Princessen'affedaft que des
vertus qu'on pouvoit nom-*!
meraisées, elleen pratiquoitj
beaucoup qui ne paroissoient :
pas, &quejamais il n'yavoit :
eu de dévotion plus réglées
lx plus également suivie que
la sienne.
Apres les Prieres, les Aspersions,
& les Encensemens
qui furent faits à la fin de la
Messe selon la coûtume, les
Compagnies se retirerent, &
M'leMarquis de Rhodes,
Mr de Saintot, & M Martinet,
conduisirentMonseigneur
leDauphin, Monsieur,
Mademoiselle,Mademoiselle
d'Orleans, & Monsieur le
Duc, au Palais Archiépiscopal
Mr l'Archevesque les y
traita avec toute la magnificencepossible.
Les Aumônes furent faites
dans le Cloistre de S. Donys
du Pas à tout ce quis'y trouva
de Pauvres, par le mesme
Mr Faverel, qui les avoic fai- <
tes apres le Service de S. De-j
nys. Mrl'Abbé de Brou, Au-I
mônier du Roy, y estoit pré-,
sent. C'eust esté àunAumônier
de la Reyne à s'y trouver,
mais la Maiion de cette
Princesse ne subsistoit plus.
Si en vous parlant la derniere
fois du transport du
Corps de la Reyne à S.Denys,
je ne vous dis rien de
Mrle Duc de Gesvres, Premier
Gentilhomme de la
Chambre en année, c'est
parce que vous n'ignorez
pas que tout ce qui regard
les dépenses ordinaires &
extraordinaires de l'Argenterie
& des Menus Plaisirs &
Affaires de la Chambre du
Roy, pour la Personne &
hors la Personne de Sa Majesté,
est ordonnépar Mr les
Premiers Gentilshommes de
la Chambre, & que celle des
Pompes funebres de la Reyne
fait partie des dépenses
extraordinaires, qui consistent
en plusieurs choses considérables,
comme Sacres &
Couronnemens desRoys &
desReynes, Mariages, Baptémes
des Enfans de France,
Tournois, Carousels, Balers" ;
Opéra, Comédies, & une j
infinité d'autres. Ils ont fous
eux les Intendans & Controlleurs
Genéraux de l'Ar- •
genterie,&des Menus Plaiirs
& Affaires de la Chambre
du Roy,quiexécutent,
& qui font le détail de toutes
choses.MrDuché est présensentement
en année,comme, !
il a bien paru par ses foins,
par sa vigilance, & par son
exactitude dans tout ce qui
a esté fait pour les Pompes à
funebres. MrdeSoubeiran, I
& Melique, Trésoriers Ge-|
néraux de l' Argenterie & des
Menus Plaisirs,sont en exercice.
Le Mardy 7. de ce mois,
Mr de Rians, Procureur du
Roy de l'Ancien Chastelet,
fit celébrer une Messe solemnelle
en la Paroisse de S.Germain
l'Auxerrois, qui est la
sienne, en aaion de graces
de la protéétian particulière
de Dieu sur la Personne facrée
du Roy, dans l'accident
de sa chute. Al'issuë de cette
Messe, il fit faire une distribution
de pain & d'argent à
tous les Pauvres qu'on y avoit
appeliez, &qui le trouverent
en fort grand nombre. Le
mesmeMrdeRians avoit fait
faire, incontinent apres la
mort de la Reyne, des Services
au Grand & au Petit
Chastelet, pour le repos de
l'ame de cette Princesse. Il
en racheta plusieurs Prisonniers,
que l'on élargit, & fit
donner à disner, & distribuer
de l'argent à ceux qui voulurent
bien le recevoir.
Vous attendez que jevous
parle de la mort de Mr Colbert
, & je dois satisfaire
vostre curiosité. Ses Titres!
estoient, Marquis de Seignelay,
& de Chafteauneuf sur
Cher, Baron de Sceaux, Limours,
&autres Lieux, Conseiller
du Roy ordinaire en
tous ses Conseils, du Conseil
Royal, Ministre&Secretaire
d'Etat, & des Commandemens
de Sa Majesté,Commandeur,
ôc Grand Trésorier
de ses Ordres, Controlleur
General de ses Finances, Sur-
Intendant, lX Ordonnateur
General de ses Bastimens,
Arts, ôc Manufactures de
France. Il estoit Fils de Nicolas
Colbert, Srde Vandieres,
&de Marie Puffort, Sceur.
de MPuffortConlciller dEtat,
& avoit épousé Marie )
Charron, Fille de Jacques
* Charron Srde Menars, Bailly
de Blois, &de Marie Begon.
De ce Mariage sont sortis <
plusieurs Enfans, sçavoir,
Mrle Marquis de Seignelay,i
-
M le Coadjuteur de Roüen,
M le Bailly Colbert, Mr le
Marquis de Bleinville, Mr
l'AbbéColbert, Mrle Chevalier
de Sceaux, & M'eÍaames
les Duchesses de Chevreuse,
deBeauvilliers, &de
Mortemar. Il est mort âgéfl
de 64ans,accablé parle travail
excessif qu'il a soûtenu
dés ses premièresannées, ê*
jjjmi luy avoit causëcliver
incommoditez. Ilavoitcom-
:
mencé à faire connoistre son
génie laborieux fous Mr lç
~Tellie!: aujourd'huy Chancelier
de France. Mr le Cardinal
Mazarin ayant besoin
d'un Homme d'une capacité
pareille à lg sienne,Mr le
Tellier voulut bien s'en priver
en sa faveur. Il fut infatigable
dans les services qu'il
luy rendix, & le fit avec tans
.r?rdre)queSon Eminence
en parla souvent au Roy. Sa
Majestés'en souvint,lors que
ce Ministre fut mort; & apres
plusieurs entretiens qu'Elle
eut avec Mr Colbert, Elle
commença à s'en servirpour
rétablir l'ordre dans ses Finances.
Son Domaine estoit
engagé, & le Roy avoit touché
d'avance plusieurs années
de son Revenu. On ne
doit pas en estre surpris. La
Guerre qu'on venoit de terminer,
avoit duré vingt-cinq
années sans aucun relâche,
& les Mouvemens civils
avoient longtemps divisé la
France pendant la Minorité
de ce Monarque. Toutes ces
,,choses avoient épuisé les Finances;
elles pouroient s'épuiser
à moins. Il falloit les
rétablir. Il y alloit du repos,
de la gloire, ôc de la seûreté
de l'Etat, & la France cft 1obligée à Sa Majesté d'avoir
jetté les yeux dur MrColbert,
puis que par le rétablissement
qu'il en a fait, il l'a mise en
état de se faire craindre par
la Guerre, & de se faire ad-
I mirer en faisantfleurir les
beaux Arts chez elle, & en
donnant par ce moyen à la
Capitale du Royaume la
splendeur qu'avoit l'ancienne
Rome. Vous n'aurez pas de
peine à en convenir, si vous
longez que le Roy joüissant
de tout son Revenu, apres
qu'on eut rétably ses Finances,
& retire ses Domaines
par le remboursement de
ceux a qui on les avoit enga-
# <rez, ce Prince connut ses
forces, & sevit le maistre de
tout ce qui luy appartenoit
légitimement; ce qui n'estoit
jamais arrivé à aucun de les^
Prédecesseurs. Par là il se vit
seul aussi puissant en revenu
4
que tous les Souverains de
l'Europe ensemble. Je n'y
comprens point le Grand
Seigneur. Il est regardé comme
un Prince d'Afie. Le
Roy se vit de plus maistre
d'unPeuple aguerry, &
d'un Royaume abondant
en Hommes, & assez fertile,
pour pouvoir fournir beaucoup
de choses aux autres
Nations. Il falloit un Souverain
sage, & qui aimast (es
Sujets & la gloire, pour bien
user de ces avantages. En
effet, il n'y a rien de plus
dangereux que les richesses
& le pouvoir dans les mains
d'un Prince qui ne sçait pas
gouverner. Par l'usage que
le Roy fit d'abord de ses Finances,
il sembla vouloir en
rendre comme un compte
public à ses Sujets, en les
employant pour la gloire de
la Nation, qui met toute sa
joye à voir paroistre son Sou-1
verain au dessus des autres,
parce qu'elle tire tout son
éclat de cette grandeur. Un
employ si justement ordonné,
estoitnecessaire pour remettre
dãs une entiere splendeur
tout ce que de longues
Guerres,étrangeres & civiles,
avoient fait dissiper pendant
la Minorité du Prince; & il
falloir que le Roy, ayant fait
remettre ses Finances dans
un si bon ordre, parust avec
tout l'éclat du plus grand
Monarque de l'Univers. Il
ne le pouvoit par la Guerre,
elle venoit de finir. Ainsi Sa
Majesté ne songea qu'à faire
remplir les Garde-meubles
de toutes les Maiions Royales
de Meubles superbes, &
les Apartemens de Peintures;
qu'à faire travailler à des Ouvrages
d'Orfèvrerie qui en
fissentl'ornement;qu'à augmenter
le nombre des Pierreries
de la Couronne, ôc
enfin qu'à amasser tout ce
qui faitl'éclat des grands
Roys, en faisant celuy des
Nations, & qu'un Souverain
est obligé d'avoir, parce qu'il
marque par là sa puissance
aux Etrangers. On ne peut
assez admirer ce que leRoy
fit en cette occasion pour le : bien de ses Sujets. Ce Prince
nevoulant point que l'argent
sortist de France pour la plû-
;
part de ces choses, il fit rra..:
vailler à l'avancement des
Arts dans ion Royaume, &
fleurir les Gobelins, qui en
renferment une Pépiniere.
L'Académie de Peinture &
de Sculpture eut les mesmes
avantages. Il y fit distribuer
des Prix tous les ans, & entretint
desEtudians enItalie,
pour venir à leur retour tenir
leur place dans cette Academie
de Peintres & de Sculpteurs
Il fit travailler aux
Bastimens de toutes les Maisons
Royales, au rétablissement
de la Marine, aux Ma- l,
nufactures de tout ce qui est
necessaire à l'armement des
Vaisseaux, à la construction
des Arsenaux de Marine,&
à plusieurs Porcs ôc Bastimens
magnifiques. Il établit
une Académie des Sciences,
comme du temps du feu Roy
on en avoit étably une pour
la LangueFrançoise. Il sist
bastir t'Observatoire pour laj
plûpart de ceux qui compofent
cette Académie des
Sciences, & donna un fond
pour faire chaque année des
gratifications aux Gens de
Lettres, tant François qu'Etrangers.
Enfin on peut dire
que le Roy fit seul plus queH
tous lesautresRoysdeFrance
n'avoient jamais fait ensemble.
Ce Monarque s'estant
chargé de toutes les Affaires
de l'Etat apres la mort de
Mr le Cardinal Mazarin, ne
pouvoit donner tous ses soins
à tant de diverses choses qu'il
avoit résoluës,&il n'estoit pas
mesme de sa dignité d'entrer
dans tout le détail qu'elles
demandoient. Il falloit pour
cela choisir un Homme, non
seulement intelligent & laborieux,
mais encore qui eust
beaucoup d'ordre & d'exactitude
dans ce qu'il faisoit,
&le Roy ne pouvoirfaire un
plus digne choix qu'en la
personne de MColbett, qui.
avoit mis un si bon ordre
dans ses Finances. Il estoit
infatigable; ëccomme ilne
prenoit presque jamais de
repos, il croyoit que ceux
quiservoientSaMajesté,pouvoient
comme luy soufrir un
travail continuel. Ce que je
vous dis parut un jour, lors
qu'ayant fait donner à un fameuxAvocat
ungrand nombre
de Papiers, qui demandoient
au moins huit jours
de lecture sans aucune autre
occupation, iln'en pût passer
que trois sans luy en envoyer
demander des nouvelles.
L'Avocat luy répondit,qu'il
ne les avoit que depuis trois jours;
& M.Colbertluy fit dire,qu'il
yavoitaussitrois nuits qu'il les
avoit eus. il en passoit peu
d'entiercs dans sonLit; il s'endormoit
dans le travail, &on
le deshabilloit tout endormy.
MrleChancelier arendu justiceàsamémoire,
lorsqu'après
sa mort il a dit en plein Conseil,
avec l'honnesteté qui luy
est ordinaire, qu'on ne pouvoit
mieuxservir le Roy que ceMinistreavoirfait.
Il a elle assisté
à la mort par Mr Cornuaille
Vicaire de S. Eustache, & par
le Pere Bourdalouë Jesuite.
Pendant les quatre ou derniers
jours de sa maladie, on
ne luy a point caché qu'il
n'en pouvoit revenir Il a fait
sonTestament, & mis ordre
à ses affaires, sans montrer
d'attachement pour le monde.
Lors qu'il se vit à l'extrémité,
il voulut entretenir
ses Enfans les uns apres les
autres,&ayant reçeu tous
ses Sacremens d'une maniere
tres-édifiante, il mourut le
Lundy
Lundy6. de ce mois, avec
ulne grande fermeté. v.i ^Si-tôftqu'il futmort,Sa.
Majesté nomma MrlePelieder,
Conseillerau Gonseil
Royal,& Controlleur Generaldés.
Finances.. Quand
lin Princeentièrement eclairé
Connoît unSujetdignede
remplir un grand Poste, il ne
balance point à se déclarer
dans lé moment qu'il voit ce
Poste vacant. Aussî' le Roy lui ric-s'estja-maIStrompé
dansaucun choix, & qui
connoissoit à fondMrle Pellétkr^
ad'abordjette les yeux
sur luy pour luy faire occuper
la place que je viens de
vous marquer. J'avoue, Ma--
dame, que je me trouve iCf'
dans un fort grand embarras.
Vous avez souffert que mesa
Lettres devinrent publiques;;.
& si je rens justice à lavérité,
en vous apprenant mille clio-i
ses glorieuses touchant ces
nouveau Ministre, sa modeftie
qui a toujours fuy ré.:
clat, en fera blessée. Cependant
si je la respecte aÍfe.
pour me résoudre à les tairer
je suprime les justeséloge,
qui sont dûs au Roy. Cet in-Sï
cerest le doit emporter, &
puis qu'il y va de la gloire de
ce Prince, dont les
lumieres
n'éclatent jamais davantage
que dans le choix des Personnes
qu'il èleve aux grands
Emplois, je serois blâmable,,
si en publiantlemérité de
Mrle Pelletier, je ne faisois
voir avec combien de justice
Sa Majesté se repose sur ses
soins de l'Administration
qu'Elle luy confie. Ce que
je vous en diray plaira aux
Peuples, qui en sçavent une
partie. Il apprendra aux Etrangersce
que la
-
France
doit espérer de sa vigilance
& de sa sagesse
; & aux En-:
nemis de la France, qu'elle <
fera toûjours en état de leur t
résister. Le Peuple & la Cour
font satisfaits de son éleva-i
tion. C'est ce qui arrive fortà
rarement. Il est neantmoin.
si vray qu'elle a esté applau-i
die de tout le monde, quunn
Duc & Pair prit la liberté deJ:
dire au Roy si-tost qu'ileutÏJ
déclaré son choix, qu'il luy en*
faisoit compliment au nom de,
toute la Çour& de tout le Rgau.4
me. La joye devint générale;
en un instant, & elle fut fit
i
grande parmy tout le Peuplé
de Paris,pour, qui ce nouveau
Ministre a fait de tres-grandes
choses, que s'ileust osé,
il eust esté enfairesesremercîmens
à Sa Majesté.Quelque
grand Monarque que
l'on soit, cette qualité n'est
pas ce qui fait que l'on juge
toujours juste. Au contraire,
comme on tend de tous cotez
des pieges aux Roys pour
surprendre leurs faveurs, ils
ont une peine extrême à bien
distinguer ceux qui les méritentveritablemét,
puis quesi
Ton voit de faux Devots dans
le monde, on trouve à la
Cour des Hipocrites d'autant
plus adroits,qu'ils sont élevez;
dans le Lieu où l'on apprend
: à feindre. Les uns & les autres
ont le mesme extérieur,
& il est bien mal-aisé de dé-.
mester le vray mérite d'avec
le faux. Malgré ces difficultez,
les acclamations publi-
•
ques font voir que le Roy
ne s'est point trompé. C'est :
un sujet de loüange d'autant:
plus grand pour ce Prince,
( que lors que son rang oblige
:
les Hommes à se déguiserdevantluv,
afin de n'en estre :
pas connus, les lumières de
son esprit luy font penétrer
jusques au fond de leursames,
pour y découvrir la
vérité,quel'envie des'élever
les engageàtenir cachée.
Mrle Pelletier a estéConseiller
au Parlement, Président
aux Enqueftes, Prevost
des Marchands, & Conseilier
d'Etat ordinaire. Ilatoûjours
eu la réputation d'un Juge
exact,vigilant, & judicieux;
& son intégrité a esté remarquée
jusque-là, que les Plaideurs
souhaitoient de voir
leurs Procèsdistinbuez dans
la Chambre, afin de l'avoir,
pour Juge. On s'est mellne
remis fort souvent à luy pour
des Arbitrages. Il seroit difsicile
de trouver un Homme
plus honneste, & plus éclairé
en tout. Il aime,il connoît
les belles Lettres, fx a l'espris;
cxcrememenc pénétrantes*
sagesse l3c sa modération pnç
toujours esté dignes de servir
d'exemple, & il ne s'est jamais
prévalu de la faveur où
son mérite & [es alliances
l'ont fait arriver. Il a eul'honneur
d'estreTuteur des Ensans
de feu Mrle Ducd'Orleans,
Fils de France,Frere de
LoüisXIII. & Oncle du Roy,
Ce choix est si glorieux pour
luy, que je me tais, n'en pou..
vant rien dire qui ne fust infiniment
au dessous des avan.
tages qu'il en peut tirer. J'ay
assez de choses à vous apprendre
touchant ce qu'il a
fait pendant qu'il a esté Prevost
des Marchands. Quoy
quecetteDigniténe sexerce
qu'un certain nombre d'années,
elleluy a estécontinuée
trois ou quatre fois; & si l'on
avoit pû la luy laisser toute sa
vie,ilauroit toûjoursremply
ce Poite. On peut voir par là
avec combien d'applaudissement
il l'a occupé. Il a garanty
les Pauvres de l'oppres-,
sion, les a préferez aux Riches
; & le grand nombre
d'Ouvrages importans qu'il
a fait faire pour l'embellussement
& l'utilité de Paris, &
pour la gloire de la France,
estpresque incroyable. Les,
bons Archireétes, & les meilleurs
Ouvriers,y ont toujours
esté employez,& le sèul mérite
l'a déterminé dans le
choix qu'il en a fait. Voicy
le détail de ces Ouvrages.
En l'année 1670. il commença
à faire travailler au
grand Mur du Rampart entre
les deux Bastions de la
Porte S.Antoine, pour y faire
un Cours planté d'Arbres.
On coupa neuf à dix pieds
de terre en divers endroits,
& on les rejetta dans d'autres
qui servoient alors de Jeux
de Paume & de Jeux de
Boule. C'estoit un Cahos,
d'ordures, accompagne de
Retraites, où des Vagabonds;
s'alloient cacher dans des
trous pour y jouer. A ce
Iiiefrne endroit, on a explané
toute la superficie dela terre,
& l'on a planté un Cours de
trois Allées,depuis la Porte
S. Antoine jusques au coin.
des Murs du Calvaire,vis-àla
Vieille Ruë du Temple.
Ce Cours a elle revestu de
Murs de toute sa longueur,
qui est de six cens toises,dont
la grande Allée en a dix de
large,&chacune des Contre-
Allées trois.
En 1671. il fit rebastir la
Porte S. Antoine.Cestoit
l'Arc-de. Triomphe qui fut
fait à l'Entrée de Henry III,
à son retour de Pologne, de
c'est en partie par cette raison,&
à cause desFleuvesque
l'on estime beaucoup, & qui
font de MrPonse, fameux
Architecte,qu'onla conservé.
Cequ'il y a de singulier
en cet Arc, c'est une
Arriere-vousure du costé de
la Ville. Cet Ouvrage est le
premier qui ait paru de ce
genre. Aussi a-t-il donné le
nom à tous ceux qui ont esté
faits depuis à son exemple.
[Pour rendre cette Porte plus
commode, on en a fait deux
grandes aux deux collez de
l'ancienne,à la place de deux
petites,qui nettoient que
pour les Gens de pied. On a
marié pour cela la nouvelle
addition d'Architecture avec
l'ancienne,&l'on a fait deux
Arriere-vousures semblables
à l'Original. Il y avoir à l'entrée
de la mesmePorte, du
costé du Fauxbourg, une
Chauffée fort étroite; on l'a
abatuë,&on l'a fait en fuite
plus large. On a aussi fait une
grande Demy-lune pour les
avenuës duFauxbourgàcette
Porte, & l'on y a porté les
anciennes Figures dHercule
&de Pallas, qui estoient pofl
t..
fées plus avant. Dans le mesme
temps on a fait le Quay
Malaquais du Fauxbourg
S. Germain, depuis le College
des Quatre Nations juc.
ques au Pont-rouge. C'est
un des plus grands Ouvrages
que l'on ait faits à Paris.
1
1
Il
En 1672. l'on abatit 1ancienne
Porte S.Denys, qui
estoit un passage tres-étroit,
>&. tres-difficile. L'on éleva
la nouvelle Porte; & parce
que dans la mesme année le
Roy alla en Hollande, où il
conquit grand nombre de
jjvïlles, & passa plusieurs Rivieres,
l'on mit des Pyramides
pour y attacher des Pentes
de Trophées, & au bas
de ces Pyramides, on repré-
(enraieRhinôdaMeufë liib-j
juguez, avec des Inscriptions
qui se rapportent a ses Conquestes.
En fuite on commua
le Cours depuis la Porte
S. Denys jusques à la Porte
S.Martin. On le revestit d'un
grand Mur de Rampart,
l'on y planta plusieurs Arbres.
En 674.on bastit la Porte)
S.Martin& l'on démolit
l'ancienne. C'estoit un gro
Pavillon moderne, fait par
les ordres de Mrle Cardinal
de Richelieu. Cette nouvelle
Porte est un morceau d'Architecture
rustique, avec un-
Attique au dessus, où sont les
Inscriptions. Dans les quatre
Angles des deux costezde
la mesme Porte, sont des Basreliefs.
La Prise de Beiançon
est marquée das l'un de ceux
qui sont du costé de la Ville,
& dans l'autre, on voit laRupture
de la Triple-Alliance,
représentée par le Royen
Hercule,quiavaincu Gérion.
Du costé du dehors, est la.
Défaite des Allemans, fous k
figureallégorique de Mars,
quirepousse un Aigle on
voit de l'autre collé la Prite.)
de la Ville de Limbourg. On
aélargy l'entrée de la Pueen
dedans la Ville, des deux côtez
de la Porte, &. l'on y a fait
des Maisons neuves. On a travaillé das le mesme temps
à la Porte S. Bernard. On
s'etf servy de la Masse de 1an-*
cienne Porte , qui estoit un
gros Pavillon &" l'on a fait
deuxgrandes Arcades pour
la commoditépublique, à l'i..
mitation de quelques Arcs
anciens. Il y a dans cette
Porte deux grands Bas-reliefs,
qui représentent leCommerce
pour la Navigation.
L'on a aussi fait dans la mesme
année le Quay S. Bernard,
& de Nesmond.
En 1675. on a fait le Qiîay
de la Gréve, appellé le gfuay
Pelletier. C'estoit auparavant
le derriere des Maisons des
Taneurs, & de l Ruë de la
Tanerie, partageétroit, & de
mauvaise senteur. On a osté
les Taneurs, & l'on a fait un
Mur dans la Riviere pour soûtenir
ce Quay, avec une Banquete
de six p!ed$(:1).f3\r.
Ce passage, qui estoit le plus
vilain de Paris, en est présentement
le plus beau. On a
aussi fait un Pont dans la
Grève pour la commodité
des Marchands, & séparé &
osté les choses qui embarassoient
dans cette Place. On
a fait dans la mesme année
plusieurs autres Ouvrages,
parmy lesquels il y a deux
Pompes considérables fous
le Pont NostreDame L'une,
qui est de M Manse, & d'une
invention nouvelle, a donné
80 pouces d'eau; l'autre est
aeMrJoly, &euadonne40.
A l'entrée du lieu où sont ces
Machines, on a fait un Portail
d'Architecture, avec des
Attributs au sujet des Eaux.
On y voit aussi des Médailles
deSaMajesté. Onaélargy
le bout du Pont N. Dame
dans la Ruë des Arcis, jusques
à l'Eglise de S Jacques
de la Boucherie; & à l'autre
bout, la Ruë de laDraperie,
qui conduit au Palais. On a
abatu dans le Fauxbourg
S. Germain les anciennes
Portes, Dauphine, de Bussy,,
t& de S.Germain, qui estoient
inutiles, lX l'on a retranche
proche la Grève la Ruë
de S. Jean, qui regardoit
S.Gervais; celle delaCoûtellerie,
le bout de celle de
la Verrerie, & plusieurs autres.
L'on a ramassé toutes
les Eaux qu'on a pu, de Rongis,
d' Arcueil,& deBelleville,
& pour les distribuer, ona
fait dix Fontaines publiques,
Enfin M le Pelletier,. pour
couronner tant d'Ouvrages,
a fait faire un Plan general
de Paris par les ordres de Sa
M jestépour faire connoître
l'état où est aujourd' huyi
cette grande Ville, & celuy
où elle doit estre dans quelque
temps. On y a marqué
tous les retranchemens,additions,)
& embellissemens
qu'on aréslolu d'y faire, selon
qu'il a esté conclu par le Roy
dans son Conseil. Tous ces;
Ouvrages onc esté faits sur
les Desseins, &. sous la conduitedeM
Bulet,Architecte
>& Ingénieur du Roy,&de la
Ville.Son sçavoir paroist dans
ce qu'il a exécuté, & dans le
choix que Mle Pelletier æ
fait de luy. le devrois vous
donner icy les Inscriptrions,
mais il me reste &: trop peu
de temps, & trop peu de
place. On doit estreconvaincu
qu'un Homme qui
aime les belles Lettres com- <
me Mr le Pelletier, n'a rien
fait faire quine soit tres-digne i
d'estre coniervé. Le Public
sçait que celles des Fontaines,
qui sont de Mr de Santeüil,
ont esté fort estimées.
Je dois, à propos de ces InC
criptions,vous dire une chose
surprenante de la modestie
de M le Pelletier. Quoy que
la maniere dont en ont usé la
plupart de ceux qui ont estes
avant
avant luy Prevoit des Marchands,
luy fournift plusieurs
exemples fondez sur l'usage,
qui l'autorisoient à laisser
mettre son nom sur les Ouvrages
qu'il a fait faire pendantqu'il
a possedé cette Dignité,
il ne l'a jamais voulu
soufrir, & s'est contenté d'avoir
donné tous ses soins à
l'utilité de sa Patrie, sans se
mettre en peine que la Posterité
en fust informée. Cet
Effet de sa modération est
d'autant plusestimable, qu'il
pouvoit, ainsi que les autres,
déférér à la coûtume, sans
estre accusé de vanité. Il fut
élû Prévost des Marchands
au mois d'Aoust 1668. & continué
dans les troisElections
suivantes. Paris luy doit l'élargissement
de sesRuës, car
dans ces fortes de choses,
avoir commencé
,
c'est avoir j
tout fait. Cependant la peine j
de ces Ouvrages confiftoiu
moins dans l'Ouvrage mef--
me, que dans ce qui n'a
point paru à nos yeux. Cca
n'estoit pas peu que le rem,",
boursement de mille ôc millet
Particuliers, la
plûpartsantasques,
& quin'examinant
- 'M
pas la justice qu'il y a de préfererl'intérest
public à tout,
sont chagrins de voir qu'on
abate leurs Maisons. M le
Pelletier est venu à bout de
les contenter,& s'estattiré
par là mille benédiétions.
rCeft ce qui fait que le Peuple
en donne au Roy, pour
l'avoirélevé dans le rang où
il l'a mis, & ce qui nous
oblige en mesme temps d',!d--
mirer la bonté de ce Monarque
, & la parfaite connoiC
tfance qu'il a du méritedistin-
,rue de ses Sujets.
r, Ce choix de Sa Majesté
avoit esté précédé d'un autre,
qui n'avoit pas moins reçeu
d' applaudilîemens.Mrle
Marquis de Blainville, quai
triéme Fils de Mr Colbert
avoit la Survivance de la
Charge de Sur-Intendant, ôc
Ordonnateur General de ses |
Bastimens, Arts, &Manufa-|
ctures de France. Ce Marquis
estant encore dans u âge fort peu avance,
n'agir
foit dans les fonctions d,
cette Charge, que fous M
Colbert qui en avoit la prinJ
cipale direction. Il falloirqu
Mr de Blainville l'exerçai!
entièrement apres la mort
de ce Ministre. Il devoitdisposer
de plusieurs Millions
par an, & ce n'eust pas esté
trop que d'avoir vieilly dans
un Employ de cette nature,
pour l'exercer avec l'application
& l'exactitude qu'il
demande. Ainsi le Royen
payant cette Charge, a pû
avec justice la donner à un
autre. On assure mesme que
Sa Majesté en estoit convenuë
avec M Colbert. Aussi
Mr de Blainville a-t-il (Jonsency
comme ille devoit à
ses
-
volontez
; & pourmarquer
qu'il n'avoit point d'autre
passion que de servir toûjours
ce Monarque, il a pris
le party de la Guerre;& dans
le dessein d'apprendre ce noble
Mestier, il s'est fait fim.
ple Lieutenant dans le Regiment
de Picardie. Cette
maniere d'agir a estéfort approuvée
, & j'aurois peine aj
vous expliquer tous les applaudissemens
qu'il en areçeus.
5
Je viens à Mrde Louvoys,
dont la conduite a donné
tant de satisfaction à Mrle
Chancelier, qu'on peut dire
que la joye qu'il en reçoit, le.
fait vivre. C'est en quoy ce
grand Chef de la Justice a
toûjours eu l'avantage d'exceller
, puis que dans les
temps difficiles, il s'est fait
aimer également de tous les
Partis; ce qui s'esttrouvé
plusieurs fois utile aux Affaires
de Sa Majesté. Vous
sçavez, Madame, qu'il n'a
[pas esté moins chéry du Peuple,
qui pendant les maladies
que son grand âge luy a
uelquefois
caufées
, quelquefois causées, a efsfté
souvent veu pleurant autour
ide son Hostel, & faisant des
voeux pour sa guérison. pIusieurs
mesme ont poussé leur
zele jusqu'à rendre graces à
Dieu du recouvrement de sa
fanté, par desMessessolemnelles.
J'aurois pu me dispenserd'en
rien dire icy;
mais comme l'estime & la
réputation sont les seules
choses qui restent de nous,
lors que nous avons cessé de
vivre, il est justed'enparler,
afin que ce grand Homme
qui ell si cher à la France,
connoisse dés son vivant ce
que l'on dira de luyaprès sa
mort. C'est une espece de
récompense, dont Dieu permet
qu'il joiiiffe dés ce monde
pour le prix de ses vertus;
& nous avons lieu de croire,
que comme il comble le Roy
de prospéritez, il ne luyenlevera
pas si-tost un Sujet qui
luy est si necessaire. Il ne se
pouvoir que le Fils d'un Pere
si remply de zele,n'eust toutes
les qualitez dont on peut
avoir besoin pour bien servir
ce grand Prince. Comme
c'est loüer Sa Majesté, que
de faire voir la justice de son
choix, je dois à ce choix
au moins un court éloge de
M de Louvoys. Quelque
court qu'il soit, je le puis faire
fort grand, en nommant
cinq choses, dont j'ay parlé
au long, & separément, en
plusieurs occasions. Elles se
font faites depuis qu'il est
dans le Ministere, ôc c'est
par ses foins qu'elles se sont
faites. Il y a trois Etablissemens
qu'on ne peut trop
estimer
;
l'Etablissement des
Invalides, celuy des Magazins
d'Armes fous la conduite
de M Titon, & celuy
des jeunes Gentilshommes,
au nombre de quatre nulle,
instruits dans le Mestier de
la Guerre en diverses Places
du Royaume. Joignez à cela
les soins qu'il a donnez pour
faire passer les Commanderies
de S.Lazare,aux Officiers
qui ont esté blessez dans le
Service. Les Fortifications.
qu'il a fait faire depuis quinze
ans, peuvent tenir icy leur
place, puis qu'il est inoüy
que depuisplusieurs Siecles,
on en ait fait autant dans
tout le inonde. Le détail de
toutes ces choses demanderoit
des Volumes. Cependant
MrdeLouvoys seulest
-
venu à bout de faire exécuterles
volontez du Roy sur
tout ce qui les regarde, ôc
cela, sans s'appliquer moins
aux Affaires de son Département
de la Guerre, qui ont
toûjours demandé un attachemcnt
qui répondift à la
maniere dont Sa Majesté I
s'estdiHinguée par ses Conquestes.
Apres les grandes
choses que Mrde Louvoys
a exécutéesavecunefacilité
furprenanre, il sembloit qu'il
n'y eust que luy qui putt foûtenir
l'Employ de feu Mr
Colbert dans les Bastimens.
I
La magnificence du Roy
ayant rendu cette Charge
l'une des plus importantes
du Royaume, quel autre et.
toit plus capable d'en porter
le poids qu'un Homme, a,
qui les Fortifications ont apprisce
que c'estque de bafiir;
qui les a, pourainsi dire, fait
sortir de terre )
& qui a toujours
fait trouver dans les
temps, tout ce qui estoit necessaire
aux grandec Armées
du Roy? Il ne faut pas s'étonner
apres cela, si le choix
de SaMajesté aesté si genéralement
applaudy,
,
Ce qui
doit surprendre, c'est que
dans un âge si peu avancé,
Mr de Louvoys ait fait tant
de grandes choses. On luy
pourroit faire la mesme queflj
tion qu'on sir autrefoisàAléxandre,
en luy demandant,
comment àson âge il avoit pû
faire tant de Conquestes; & il
auroitsujet de répondre àl'égard
des diférensEmplois
.-
qu'il a remplis avec tant de
gloire, qu'il s'en est si bien ac-
Ijurt,e, en ne remettant jamais
rien àfaire au lendemain. Il fit;
voir quelle est son aétiviré,!
si-tost qu'il eut la nouvelle
Charge dont le Roy l'a honoré.
CinquanteLettres partirent
incontinent apres pour
tous ceuxqui ont employ das
les Bastimens. Il alla visiter
ceux de Versailles,de Marly,
& de S. Germain, & fit venir
(tous les Ouvriers, ausquels
il ne plusieurs quefiions, ôc
qu'il écouta les uns apres les
autres. Il parla à ceux qui excellent
dans les Arts, avec
unecivilité qui les égaloit
presque à luy.Cette honnetteté
marque qu'il sçait
connoistre le mérite acquis,
qui est celuy qu'on doit le
ik
plus estimer. Ce sont des IIlustres
que la Nature ne fçauroit
produire. Il faut que le
temps, l'étude,& l'esprit, leur
donnent les connoissances
qu'ils ont. On naist avec de
la qualité & des richesses,
maison ne peutestreBernin,
ny le Brun, & il n'y auroit
point de grands Hommes,
s'ils ne travailloient à sefaire
eux-mesmes. Quand Mrde
Louvoys fera reçeu ProfeC
feur des Arts dans l'Académie
de Peinture & de Sculpture,
ce que je vous diray à
l'avantage de ces Arts, & des
Privilèges qu'ils onteus chez
les Anciens, vous fera connoistre
combien il est glorieux
d'estre Protecteur de
cequi pourroit immortaliser
l'Univers, s'il est permis de
parler ainsi d'une chose qui
doit finir.
b MrMagnin, Conseiller au
Présidial de Mâcon, a fait
Dne Devise sur la promptitude
de ce vigilant Ministre
à exécuter les desseins du
Roy. Un Eclair qui fort de
la Nuë en fait le corps, de
ellea ces mots pourame,
: Proecurfcrfulminti erit. -
Le mesme MrMagnin en
a donné l'explication par ce
Madrigal.
U V acfivitésurprenante
.tsais pdfjer en un iuftant
De lorient a tOccident7
Par tout ilsime t'ép()llvantt.
Du Tonnerre, en marchant, il annonce
le bruit;
Dés qSoî levoit paroifire, on n'a
quà[eréfoudre.
Le Monarque dés Cieux, dontl'efyrit
le conduit.
Ne faitpasaprèsluytoujoursJuivre
la Foudre,
Mats trèsferventellefuit.
Mrle Marquis de Seignelay,
qui exerçoit par SurvivancelaChargedeSecretaired'état.
à laquelle le Département
de la Maiion du
Roy ôc la Marine sont des
c hoses attachées, en joüit
présentement en chef. Le
Clergé, le Commerce, & les
Eaux &Forefu, sont encore
de sa fonâioii,aulli-bien que
les Manufactures,à la réserve
de celles qui se font aux Gobelins
&à la Savonnerie, &
de tout ce qui regarde les
Meubles & les Arts qui peuvent
contribuer àl'embellis,
sement des Maisons Royales,
&qui par cette raisonsont
joints a la Sur-Intendance
des Bastimens. On peut juger
par le nombre des Emplois
qui restent à MldeSeignelay,
qu'il doit estre laborieux, &
bquleesess saeruvicRes soonyt a.gre~ rA
Enfin, Madame, jevous
envoye la Seconde Partie des
Dialogues des Morts, si souhaitée,
& tant de fois demandées
depuis six mois. Quand elle
n'auroit pas esté déjà fort
avancée des le temps que la
Premiere parut, l'Autheuo
n'auroit pû la refuser àTern
pressement du
Publicquï
s'est imaginé qu'il devoit une
Suite au grand & presque incroyable
succés de ses premiers
Dialogues, & qui l'a
attenduc^omme ne pouvant
douter qu'il ne la donnaft.
Ainsi il s'estsenty obligé à
revoir avec grand foinàe qu'il
avoit déja
fait
de cette Seconde
Partie, & à la continuer.
Ce travail est d'autant
plus long & plus pénible,
que ne s'agifranr que de Faits,
il faut sçavoir à fond l'HiCtoire
genérale du monde.
Un seul Dialogue renferme
la Vie de deux grands Hom-
L
$Des,ou de deuxPersones (14
tinguées par des choses,do»J
la mémoire le conierver^
éternellement-, ôc bien foui
ventmefinel'Hiltoire de touss
un Siècles'y trouve dépeint
Comme ces deux Voliu
contiennent une espece. dfl
Recueil des plus belles asid
tions des grands Hbm
ou de ce que d'autres-ouf
fait de sottiles échuantes
Public y peut beaucoup, prql
siter, & s'instruire ense
-
dm
vertissant. La Morale quiJW
Jbuie ordinairement le baM
Sexe, est si agreablement
neslée dans l'un & dans l'au-
'C, qu'elle ycil leuë des Dales
avecbeaucou p de plaiir
Ce n'est pas assez que de
amasser des traits historiues,
il en faut trouver qui
~rapent, & qui donnent lieu
cette Morale insinuante
ui se fait sentir d'abord par
~svéritez qu'elle découvre.
Ce sont ces traits fort heureu-
:nlenr choisîs, qui font estiner
ces Dialogues. On en
eut faire de tres-galants, ôc
ui feront mesme tres-bien
crits; mais comme ces fortes
'Ouvrages veulent plus de
Faits resserrez avec esprit,que
de Discours étendus avec
moins deFaits, je ne sçay si
l'assortimentseroit semblable,
& si l'on n'y remarqueroit
pas la diférence qu'il y
eut toûjours d'un Original i
une Copie. QIOY qu'il en
soit, en vous envoyant la Se
conde Partie des Dialo1gu1e)s je ne vous dis point ny quelle
est Ineilleure, ny qu'elle est
moins bone que la Premierej
C'est ce qui me paroist inl
possible de décider. Si ces
de iK Parties ne contenoient
chacune qu'un Dialogue,la
matière
matiere pourroit rendre l'une
)lus agreable, & mesme plus
fortequel'autre, sans qu'il yeust
delafautedel'Autheur mais je
ne croy pas quededeuxVolumes
:ontenant chacun dixhuitDiaoguessurdes
sujetsdiférens, on
ust bien fondé à dire que l'un
'emporteroit de beaucoup. Il ya
nefme une impossibilité absolüe
cela, &, les dix-huit nouveaux
Dialogues de la Seconde Partie
ne peuvent estre tous plus parfaits
que ceux de la Première.On
peutdire qu'il yenadeplus &de
noins beaux dans chaque Partie;
encore cette diférence ne peut-
,Ile estre que selon les goufts, les
uns admirant souvent ce que les
~tutres condamnent, &les autres
:rouvant moins de beautez dans
ce que les premiers approuvent.
- Il y a quelques jours que l'on trouva
dans la Cave d'un des six Ammaistres
de Strasbourg, six Rats qui estoient
sortis d'un trou, attachez ensemble par
la queuë, de la maniere que représente
l'Estampe que je vous envoyé. Ceux
qui accoururent au bruit que faisoient
ces Rats, les tuerent, à la réserve d'un
qui se détacha, & se sauva pendant
qu'on tuoitles autres. Un Medecin de
la Ville les a embaumez
,
& on remarque
que le noeud qui les tient attache*:
est si méslé, qu'il n'est pas possible de
le défaire sans couper quelques-unes
des queuës. Cela donne lieu à diférensj
Pronostics.
Vous trouverez les noms de ceux qui
ont expliqué lesdernieres Enigmes dans,
ma Lettre Extraordinaire, que je vous
envoyeray le 15. d'Octobre prochaine
cependant je vous envoye deux Enig
mes nouvelles.
MrVignier de Richelieu afaitlapre
miere;lafeconde estde MrdeLigniere.
t'
ENIGME. - QXJandje fondufein.de ma Mere,
Jefuis desifacheuse humeur,
Et IC/AHaUJJl tant de peur.
QueIon riofe approcher mon Pere.
out le monde pour luy marque de l'amitié;
Mais si lors qu'on s'emprep a jouir de
ses charmes,
oans refpetl de personne, & sans nulle
amitié,
4ses meilleurs Amis jefaisverser des
lArmes,
\uelques-uns enfuyant tâchent defe
guérir,
Les autres plus mutins,foudam courent
Afin de mefairepérir; (aux armes,
Mttis en dépt de leur colere.
On nepeutmefaire mourir,
Sansfaire Aussi mourir rnon Pere.
cAUTRE ENIGME. Eluy qui me conn'ift) biensouvent
me carresse,
Tantofl pour ma beauté
J
tantoif pour
mon adresse;
Alais ce dernier bonheur ma confie bien
despleurs.
Quoy cjuon eslime »esrervices,
Etque ton/ours cjnelcjuun,pourcauser
desma'heurs,
Soit press d'allerfous mes
auirpces,
Cependant, le Printemps, cette aimable
faison,
M.*soblige avec chagrin de garderla
jidaifon.
En dautres temps, sansgrand bruit,
jeprifage
Le bonheur de monAiaiflre, & d'aucuns
le?nalheur. j
Quoy qu'il enfait,siton m'eff dit l'AH-. i
theur, j
Cestpoureflre tropfâge. j
Comme il ne se peut que les Nouvelles
publiques ne vous ayent appris
depuis quelques
- jours la Levée
d
Siegede Vienne, je ne doute point que
vous n'en cherchiez les circonstances
dans la fin de cette Lettre. Elles font
encore si inconnuës, que ne voulant
rien dire que de vray ,
je me contenteray
anjourd'huy de reprendre d'un peu
haut l'histoire de ce Siege,quoy qu'il1
t difficile de le faire sans y mesler
elque chose de ce que je vous ay déja
:. Le Grand Vizir n'ayant rien fait
~ssezéclatant pour la gloire de l'Em-
:c Othoman depuis qu'il est dans le
mistere,résolutil y a quelquesannées
porter la guerre en Hongrie, & en
~ttiche, & fit travailler pendant ce
nps-là à de grands préparatifs dans
us les lieux del'obeïssance du Sultan.
amusa l'Envoyé de l'Empereur à
ontstantinople,&les Turcs nefaisant
s grand scrupule de rompre la Paix,
la Treve, selon qu'il y va de leurs
antages, il prit le dessëin d'entrer en
ongrie un an avant que la Treve
ustfinir. Il sçavoit qu'il n'estoit pas
né à la Porte, &il vouloir se rendre
nfidérable an Grand Seigneur par des
ploits extraordinaires. Les Grands
la Porte s'opposoientàcette guerre,
cette opposition mettant aucoeur du
izir une ardeur plus forte de se fignar,
il fit faire des apprêts capables d'enthir
le plus grand Empire.Vous fça-
;z son arrivée en Hongrie, &ce qui
éceda la déroute des Allemands; je
vous ay fait un long détail de toutes
ceschoses. Le Grand Vizir se vit alors
enétatdetoutoser. Il n'avoitque deutf*
partis à prendre, l'un d'attaquer les-.
Places quiestoient sur son partage pour
aller à Vienne;l'autre
,
d'assieger Vienne.
Son Arméeestant formidable., &';¡
pourveuë de toutes choses, il estoit [tûrr
d'emporter ces Places ; mais il ne doutoit
pas aussi que pendant ce temps
Vienne ne se mit en état dese défendre.
&que les Chrestiens nes'anemblanent
de toutes parts pour arrêter ses progrès
au lieu qu'en prenant Vienne, il se te'
noit afliiré queles Places qu'il auroit.
laislées derriere luy se rendroient en
fuite, quelques fortes quelles fussent
La prise de cette Ville le rendoit maîV
tre de toute l'Allemagne,& de coun:
l'Italie. Le coup estoit beau,mais ilne
lefaloitpas manquer, il y pouvoir rés
firs'ileud esté plus habile. Je vous a
marquél'état de la Place dans ma derniere
Lettre. On la pouvoit prendre eit
l'attaquant dans les formes, commeau
roient faitdes Peuples de l'Europe,dj*|
Places de cette conséquencene pouvait
estre insultées. Pendant qu'ilperdroit
ainsi du temps dans un Siege irrégulier,
le Comte deStaremberg,Gouverneur
de Vienne, Homme de coeur & dereste,
a pris des mesures pour sebiendéfendre.
La cruauté des Attaquans, & le
zele pour la Religion, avoient faitde
grands effets sur les Habitans. Ils priret
résolution de vendre bien cher leurs
vies; & comme ils estoient mal attaquez,
quoy que rudement, les Turcs
ont esté repoussez en tant d'Assauts,
qu'ils ont à la fin perdu courage. Je devrois
vous donner un Journal de ces
Attaques; mais ce qu'on en a dit de
vraya esté mesté de tant de choses fausses,
qu'il faut attendre pour en parler
seurement On a fait trois grandes
Relations entièrement fabuleuses. pendant
que les Turcs ontesté devant la
Place. La premiere,marqueunCombat,
dans lequel on a feint que le Grand
Vizir avoitesté pris. Dans la seconde
Bataille imaginaire,en a fait balancer
la victoire, & tüer neuf on dix mille
Hommes de part, & d'autre, pendant
qu'on faisoit entrer six milleHuffars
dansVienne,dont en vouloit que le Siege sust
levé. Enfinles Relations des Couriers quiont
apporté les vrayes nouvelles de la levée de ce
Siege, se sont trouvées toutes remplies de
feussetez. On y a méfié un Combat qui n'a
point esté donné, & l'on a fait prendre de richesTentes,
avec tout le Trésor des Turcs.
dans un grand nombre de Coffres forts. Cependant
il demeure pour certain que lesTurcs'
ayant résolu de leverleSiege, l'ont faiten
bon ordre, & qu'il n'y a point eu de Combat.
Vous aurez peut-estie de la peine à me croire,
parce que toutes les Nouvelles imprimées.
parlent de ce grand Combat; il est pourtant !
aussi imaginaire que les deux autres, Se je puis
vous assurer qu'il n'y a de véritable que 1»<-i
levéedu Siege. Je suis, &c.
A Parm,ce 50. Septemb- re16ge-À.
Il vient d'arriver des Nouvelles qui marlq'AuernmtqéeuI'mappréèrsialalelevée
du Siege de Vienne, !
ayant poursuivy celle dcs-
Turcs, cette derniere a esté batuë. Je le veux.
croire; mais vous mepermettrez de douter
encore du premier Combat. Jepubliraytcù—«
jours avec beaucoup de plaisir tout ce qui regardera
l'avantage des Armes Chrestiennes,
mais jene puis affiner uneNouvelleàlaquelle
je ne voy nulle certitude. On la croit, parce:
{lll'cn la souhaite. mais la seule veritédoit:
Rlen ne peut mieux eflre refeu du Ptoblic,
que l'aeflé le dernier Mercure. Ce
riest p is que ce
Livre nefoit toujours également
travaillé, mais la matière nese trouve
pas toi);ourségale.LesHabits qui sortent
de la main des bons Ouvriersyfont anssi bien
faits avec de la Serge, qu'avec du Brocard
J'ar, mais les uns
brillent
moins aux yeux
que les autres. On voit dans les Mercurss
ce que fHistoire riapprendrapoint, & qui
demeurerait enfevely dans un oubly eternel.
Si du temps des Romains on AVDÎt écrit un
pareil détail, nom enffaurions mille choses
IlfimdJ que leurs Histoiresriont pufaire
deviner qua ceux qui vivaient de ce tempslie,
& qui connoissoient leurs Loixl, leurs
Cauturnes,leurs Festes, & leurs mllniercs.
elagir en toutes choses. Cela ne fufftt pas
mesme encore ; car ceux qui auront Itu les
Gaz..ete! & nofireHistoire>nepourrontpar
le gros de la Nouvelle, deviner le détail qui
est dans les Mercures. On a traité trois matieres
afond le mois paJJë. C'est ce qui avoit
obligé de réserver plujîeursArticlesausquels
il asalu donner place dansceVolume. Cela
na pas empefebé que l'on n'ait fait une Relation
très-curieuje de tout ce qui s'est passé
* S.Denys le jour de l'Inhumation du < S.Denys nbumatjon Corps
de la Reyne. Jamais en pareille occasion n'a on descendu dans un détail si exaEl. On y
Voit des choses quin'ont point encore esté imprimées
,ny peut-eflreremarquées. Vn si
long Article ayant prit beaucoup de place,
in ria su ri*en mettre dans ce folume touchant
VAffaire<fAlger. On en donneraia
fuite le mois prochain avec la mesme exatlitude
quon a déjà fait le commencement.
Quanta£Article de la ConjpirationetAngleterre
quonavoit promis, & que plusieurs :
ont demandé, on ne le donnera point que tout :
ce qui la regardenefoitfiny. Qgoy qu'on ait <
receu un grand nombre de Mémoirestouchant
les Services qui ont esié faits pour lai
Reyne dans les Provinces, on n'a pû parler*
que de ceux de S. Denys & de N. Damen
qui riofit point taisséde place pour les autres..
Ona trie etailleurs qu'il n'enfallait pas tantk
mettre dans le mesme Yllume) parce que Im
,Plume , la
diversitê plaist, & que la mesme matiern
ènnuye. quelque belle quellepuiffe eflre. Om
en renet donc beaucoup pour le mois pro.,
chaen, mais on ne parlera que de ceux qui onu
eu quelque chosedefingulier dasleurPompen
& son en retranchera toutes les choses quA fon fçak qui font communes 4 toutes ln
Cérémoniesde cette nature.
t,(îzàE,RE,
ISEPTEMBRE 1683. L m'est fortaisé, Madame,
de m'imaginer les
vives alarmes que vous
avez eues de la dangereuse chute de Sa Majesté. rJamais
Monarque n' ayant esté si
cher à la France tout ce qui
fait craindre pour une font*
aussi prétieuse que la sienne
met d'abord l'esprit en trouble,
& quand les nouvelles
de cette nature se répandroient
dans l'exactevérité
ilsuffit - qu'on aime, pourne
les pouvoir apprendre, sans
se figurer en mesme temps
les suites les plusfacheuses
que peuventavoirde pareils
malheurs. Vous avez sceu
l'accident; en voicy les circonstances.
Le Jeudy 2. de
ce mois,le Roy alla à la
Chasse dans la Plaine de la
Boissiere, qui est sur le clie-,
min de Paris, à deux lieuës
de Fontainebleau. Malheureusement
il y avoit au milieu
de la Bruyere, deux ou
trois trous deLapin,qu'on n'avoit
pas découverts pour les
boucher, comme on bouche
tous les autres depuis quelque
temps. Le Cheval que
montoitSa Majesté, mit le
pied dans un de ces trous,
5c quelque effortqu'Elle fïst
pour leretenir, ilserenversa
d'une maniere, que n'ayant
pû empescher qu'il ne s'abaist,
Elle se trouva engagée
lessous. La chute de ce
Chevalet trembler tous ceux
quiestoiétprésens. On avoit
à craindre, ou qu'il n'etoufast
le Roy, ou qu'en faisainteffort
pour se relever, il ne le
blessast dangereusement. Ur
Garde de Sa Majesté, promp-
ôc adroit, se jetta à terre au
mesme instant, courut au
Cheval, & luy prit la teste
parce que dans cet état, le
Chevaux ne font aucun mou
vement. Ce Prince eut la
temps de se dégager, & di
en se relevant, J'ay le bn
assé,ilfaut vouloirce qu'ilplait
jSich ; imts toutmon regret ~et
quecet accidentnemesoit pasarrivé
dans une meilleureoccasion.
Ces paroles qui glacerent
l'ame de chacun, furenttrouvéessidignes
d'un Roy, qui
se possede toujours, qu'elles
ne causerent pas moins d'admiration
que de frayeur. Un
autre se seroit écrié sur un accident
si malheureux; un autre
eust parlé de ce qu'il auroit
souffert. C'est ce qu'on
fait naturellement. La violence
du mal ne laisse aucun
temps aux refléxions, & ce
qu'on sent vivement, arrache
des plaintes qui le font connoistre;
mais quelque force
qu'ait ht douleur surl'esprit
des Hommes, elle ne peut
rien sur l'esprit de ce Monarque.
Si elle se fait sentir, c'estl,
sans le surprendre. Toutes,
ses paroles sont nobles, tous
-
ses sentimens sont relevez, &
dans toutce qu'il fait, il n'a
que le bien&la gloire de l'Etat
en veuë. C'est à quoy il
travaille incessamment. Il y
resve mesme lors qu'on le:
croit occupé du seul plaisir
de la Chasse;&si elle effc
quelquefois un délagèmenin
pour luy, c'est parce que l'êxercice
contribuë à ia santé,
qu'il est d'un grand Roy de
monter souvent à cheval; &
que ce Prince estant enfermé
pendant des journées entieres,&
appliqué sans relâche
à un travail qui l'échaufe,
il est absolument necessaire
qu'il prenne l'air. Je ne parle
qu'apres ceux qui ont l'honneur
de l'approcher tous les
jours. Si-toil: que le Roy se
fut relevé le Chirurgien de
quartier, qui est obligé de le
suivre toûjours à la Chasse,
voulut luy donner quelque
&cour$• maisMrle Duc de la
Rochefoucaut repréfcnta à
Sa Majesté, Quencore que ce
Chirurgien eut beaucoup dexpérience,
on ne pouvoitseservir de
trop de précaution pour une Janter*
si chere à l'Etat, qu'en se laijpint
pansèr dans la Plaine
, apres
quElle auroitsouffert de grandes
douleurs, l'ébranlement du Car-
YOffi luy en pourroit causer de nouvelles,
quiàlapanser
encore une fois, & quilifmkloit
qdueevopitour toucherà son bras, on
attendre qu'on fust dans
un lieu, où rien ne manquast, er
dans lequel ily eust plus d'un ha.
bile Homme, afin qu'onpuftfAirt
consultation surson accident, si
l'onjugeoit
qu'ilen
on _,eolt qui fust besoin.
Cet avis futtrouvéjudicieux,
le Roy l'approuva, & dit,
Qu'ilattendroit bien qu'ilfutarrivé
à Fontainebleau, qu'en allass
chercher MrFelix, &qu'il
siJs toutpréparer dansson Cabinet
pouryfairel'opération. Cependant
MrBesson, qui estoit le
Chirurgien de quartier, mit
le bras du Royen état de le
faire moins soufrir. Il le ièûtint
par une maniere d'Echarpe
qu'on fit avec deux
Cravates, dont l'une estoit à
M de Chasteauneuf, & l'autreà
M Guéry, Enseigne des
Gardes-du-Corps. Vous pou-
-
vez juger que la douleur de
- ce Prince estoit violente,
quoyqu'il ne le témoignast
par aucune plainte. Son mal
estoitau bras gauche. Il voulut
deux fois le prendre avec
sa main droite; son bras luy
échapa toutes les deux fois,&
depuis le coude jusqu'en bas.,
le devant tourna derriere, &j
changea de place. Ainsi c'estoit
comme un bras rompu, 1
qui pendoit sans conserver
aucun mouvement. Je croy
Madame, vous voir saisie deFrayeur,&
toute agitée, en
lisant cecy, tandis que le Roy
demeure tranquille. Pouvons-
nous assez admirer sa
fermeté? On luy conseille
d'attendre qu'il soit à Fontainebleau
pour chercher
quelque soulagement à son
mal, &il n'a aucune peine à
se résoudre d'attendre. Il ne
fait paroistre ny inquiétude,
hy impatience, & l'on diroit
à le voir, & à l'entédre parler,
[ue la douleur le respecte.
Il est pourtantvray qu'elle ne
connoist personne. Ce Prince
est Homme pour en soufrir
les atteintes; mais il est Roy
pour les suporter, &si la douleur
se rend sensiblepour luy,
il sçait la braver en dédaignant
de s'en plaindre. Comme
il n'y avoit aucun temps
à perdre pour s'en retourner,
Mr le Duc de la Rochefoucaut,
toûjours animé de ce
zele ardent qu'il fait éclater
pour tout ce qui regarde le
Roy
,
pritla liberté de dire à
Sa Majesté, qu'il ne falloit
- pas qu'Elle se remist dans fà
Calesche, êc qu'Elle devoit
monter dans un grand Carrolle
pour y estre accompagnée,&
par ce moyen plûtost
ecouruë, en cas que le mal
devint prcffant. Le Roy y
consentist,& ne fut pas plûtost
en carrosse, qu'il dit,
Que s'ilavoit le bras rompu au
lieu où il sentoit lA douleur, qui
êtoit à l'endroitdu coude,qu'il
faudroit le luy couper plus haut. Ilprononça ces paroles, &
montraensuite l'endroit où il
croyoit que l'opération devoitestre
faite, avec un song
froid
,
qui étonna d'autant
plus,que ccuxà qui il parloit,
nignoroient pas que ce Monarque
intrépide,sçavoit
quelle estoit mortelle en cet
endroit, pour la plûpart de
ceux qui sont obligez de l'endurer
Quand il cust sceu le
contraire, il n'auroit pas parle
autrement, & de la manierd
qu'il s'ex pliquoit, oncustdilj
qu'il estoit persuadé, non
seulement de guérir, mais en-"
core, qu'on luy couperoi®c^
b--asWians qu'il foufriftau-i
cune douleur.Avoüez, Ma-j
dame, que vous ne pouvezi
,r. uef- vous représenter l'erac où eItoit
ce Prince, sans que cette ]
idée vous fasse frémir. C'est
luy quiressent je mal; ceftj
uy qui se voit dans le peril;
l ne doute presque pas que
ce qui vient de luy arriver ne
doive dans peu luy couster la
~vie, &ilconserve luy seul un
repos d'esprit, que la pensée
de ce qu'il endure ne peut
soufrir dans les autres.Il craint
assez peu la mort, pour la mébriser
dans le fond de l'ame;
nais en ne disant aucune parole
qui découvre qu'il la
brave, il se montre digne
l'en estre épargné, il regar de
d'un oeil ferme ce qu'aucun
le ses Sujets riV-fè envisager;
5c cette constance dans un
accidentsi dangereux,le mets
au- dessus de tous les Héros,
que l'Antiquité nous vante.
En effet, est-il quelqu'un
la Terre quidust mieux que
luy gouster la douceur dc<
vivre? Rien ne manque ny à
sa félicité
, ny à sa gloire ô~
il n'a besoin que d'un grand
nombre d'années pour en
joüir. Cette gloire, ce bonheur,
tout est au dessousdei
luy. Illes possedesansattachement;
s'il faut les quiter
ce fera sans peine;l'Arrest
qui l'ordonnera n'a rien qui
l'étonne, & son intrépidité
faitvoir que la flaterie n'a aucune
part au surnom de
GRAND qu'on luy a donné.
Enfin il arrive à Fontainebleau,
sans que dans tout le
chemin il ait cherché à soulager
sa douleur par la moindre
plainte. Il n'en est pas de
mesme du Peuple. Sur le
bruit qui s'est répandu de
cet accident, tout est en alarmes,
tout est. en pleurs. Les
endroits par où le Roy doit
passer,sont remplisde nionde,
& chacun travaille pour couvrir
les Ruës de paille & de
fumier, afin que le Carrosse
en roulant plus doucement,
luy cause moins d'agitation.
Ce Prince, qui voit ce spéctacle,
cache ce qu'il soufre,
& soûrit au Peuple pour faire
cesser là crainte. Ceux qui
l'examinent de plus prés remarquent
pourtant la contrainte
qu'il se fait. Son visàge
est tout en feu, & l'effort
du mal y fait voir une sueur,
qui fait connoistre ce qu'il
cherche à déguiser. S'il est
maistre de luy-mesme, en
suportant ses douleurs patiemment,
il ne l'est p:s des
effetsdela Nature; mais elle
beau travailler son corps,
Ile ne peut abatre ion ame.
Estant arrivé au Chasseau,au
ravers d'un Peuple désolé,
l'apperçeur à la Porte de la
Court des Cuisines, M le
Duc de S. Aignan,à qui sa
tendresse pour Sa Majesté, &
a crainte que le mal ne fut
plus,grand, faisoit verser des
,annes; il le montra en soûriant
à M les Ducs de Lu-
Ket-nbotircr & de la Rochefoucaut.
Il trouva ensuite au
bas de l'Escalier un autre
spéctacle fort touchant. Madamela
Dauphine y fondoit
en larmes, avec toutes ses
Dames de la Cour. Dé.
qu'issut aupres de cette Princesse
; Ce n'est rien Madame^
luy dit-iL Voyez l'état où
UQHM
tjles j&nefongezç ql/J vout
conserver. Puis adressant la parole
aux autres; Je ruousfuiS;,
obligé,Mesdames, ajoutait-t-il,
mais iln'yapas lieudes'affliger
tant. Il monta ensuitelesdegrez,
sans s'appuyer sur personne,
ôç il les monta d'un
pas aussiferme que s'il ne lUIi
fust rien arrivé. Lors que cal
Prince fut rentré chez luy, ilj
donna son bras à Mr Félix
qui cft son Premier Chirurbien,
& luy dit;Félix, ne
m' épargnez
- pas. Mr Félix,
qui avoit tenu toutes choses
prestes, commença à examiner
la grandeur du mal
, ôc dit
au Roy que ce n'estoit qu'une
dislocation. Toutes les réfléxions
estant faites,on se
mit en devoir de remedier à
cet accident MrFélix fit la
réduction M Besson tenoit
la partie principale du bras;
& Mr Dionis
,
Premier Chirurgien
de Madame la Dauphine,
se trovvant là p ar hazard
,
aida à tenir le haut du
bras, jusqu'à ce que la réductionfust
entièrement faite.
On ne peut, ny avec plus
d'adresse, nyavec plus d'habileté,
réüssiràune Opération
aussi hazardeuse que:
celle-là, puis que les plus
consommez en cet u(age„
auroient eu beaucoup de
peine à la faire dans uni
temps, où les os avoient fait:
un fracas extraordinaire dans
les chairs, à cause du changement
de leurs situations,
ôc de la séparation de l'un
d'avec l'autre, qui avoit causé
une tension, & un gonflement
de muscles terrible.
L'ancien usageestd'attendre
quelesaccidens soient passez,
& apres on travaille à la
réduction, qui est beaucoup
plus périlleuse que quand on
La fait sur l'heure. Pour la faire
ainsi avec un entier succés,
il faut estre habile, adroit, &c
mardy; Onsçaitque MrFélix
est tout cela. Il panfa le Roy
avec des Remedes qu'on appelle
Véfenfifs. Il est venu à
bout de ce grand désordre
les os disloquez j& tout a
esté conduit par sonesprit, &
3ar son sçavoir. L'os ne pue
se remettre dans sa naturelles
situation, sans qu'il fit un
tres-grand bruit, ce qui abli-=:
gea le Roy à faire un cry,autant
de surprise que de douuT
leur. Ce que ce Prince fou~!
frit, parut d'une telle violence,
que M les Ducs des
la Rochef nicaut, & de GeC-T
vres, s'en évanoüirent, tant
ilsy entrerent vivement. Si
, la seule pensée des douleurs
du Roy causa en eux cet
effet, ju^ez combien elles
furenr m-anijs, & de quelles
fermeté il suit s'armer pour
les suporteravec une patiences
au/ïîf!
aussi digne d'admiration que
celle qu'il fit paroistre. Tous
ceux qui ce trouverent présens,
passerent tout-à-coup
d'un extréme abatement au
plus grand excés de joye; ôc
la plûpart n'en pouvant retenir
les transports, embrasserent
Mr Félix, luy donnerent
mille loüanges, & le remercierent
de les avoirdélivrez
de crainte, & si promptement,&
avec tant de succés.
Apres l'Opération, on
eut bien de la peine à obtenir
du Roy qu'il se mist au Lit.
Il vouloit diminuer son mal,
quoy qu'il fust grand. Il dit,
Que ce ne seroit rien de considérable
pour un Particulier, Or
qu' en y auroit peu d'égard;
mais qu'àcause de son rang,
on prenaitplaisir à exagérer
On continua de panser ce
Prince deux fois chaquejour.
Mr Besson, Chirurgien de
quartier, & MrLartet, aussi
Chirurgien de Sa Majesté,
servant pour lors au pres de
MMoonnsseeiiggnneeuurrllee DDaauupphhiinn~,
ont eu l'honeur d'y estreprésens.
Cet accident n'a point
empesché le Roy de travailler
(OÛjours aux Affaires de
l'Etat avec la mesme assiduité.
Il semble que les maux aue.
quels la Nature nous assujetit,
ne soient faits que pour
Augmenter sa gloire. Il en
tire de toutes choses, ôc
quand la douleur devroit
l'égaler aux Hommes, elle le
met au dessus de tous les
Héros. Elle ne luy fait rien
faire d'indigne de l'auguste
Personnage qu'il soûtient ssir
le Théatre du Monde; je ne
dis pas comme Roy de France,
ce Personnageluy seroit
commun avec ses Prédeces-
[èurs) mais comme Louis
LE GRAND,c'est à dire,comme
un Prince incomparable
qui ne doit rien qu'à luy.
mesme, & qui tire plus de
gloire de la grandeur d'ame
qu'il s'estformée, & de fo
actions toutes merveilleuses
que du haut rang où sa Naif.
sance l'a mis. Il fait les grandes
choses tellement par habitude,
qu'il ne s'en apperçoit
pas. On ne se prépare
point contre la douleur
quand les coups fontimpré
veus; & souvent mesme, en
s'y préparant, on ne la surmonte
pas. Lors qu'elle n'agît
que sur l'esprit, on peut
la cacher, quoy qu'onsoit
touché veritablement; mais
quand le corps soufre, il est
difficile de n'en point donner
de marques. Je ne sçay si
l'action de Scévole est plus
estimable que ce que nous
venons de voir. Il s'estoit préparé
à une douleur de courte
durée, & le Roy n'avoit point
prévu une douleur perçante
qui penétre jusqu'au coeur,
& qui dura fort longtemps.
Cependant il la soufrit avec
une fermeté toujours éçale
pendant deux lieuës de chemin.
Monseigneur le Dauphin
estoit alors à Paris,oùil
venoit rendre les derniers
devoirs à la Reyne. Il yap.
prit cette nouvelle par Mrle
Marquis de Moiïy, qui estant
à la-Chasse avec le Roydans
le temps de l'accident
partit aussitost pour l'envenir
avertir. On ne sçauroit citri
plus touché que le fut ce
Prince. Il envoya dans 11
mesme instantchercher
des
Chevaux de poste, & [eroit
party, s'il n'eust receu del
nouvelles de Sa Majesté
avec des ordres de demeure
pour le Service solemnel qui
se devoit faire deux jours
apres à Notre-Dame. Monsieur
parut aussi tres- sensible
à cette triH:b.J)ouvelle, & s'en
seroit retourné à Fontainebleau,
s'il n'eust esté arresté
icy par les mesmes ordres.
Voicy des Madrigaux qui
ont esté faits sur cet accident.
Le premier est de Mademoiselle
deScudery; le second,
de Mr Diéreville; & le dernier,
de MrGuyonnet de Vertron,
Historiographe du
Roy.
c MADRIGAL. E Brdi quifit trembler tintdt
fiers tnnemis,
Taitmaintenant tremblerUs Coeurs
les pltï<feûmisi
La France i'ddoroity &commence à
le plaindra
Maisnon! rendonsau Cieldesbenneurs
immort, Is,
Un Brds quifouticut lesAutels,
NeJçauroitatoir rien à crllindrt..
NMADRIGAL. E riez,point,fers Ennemis^
Le Bras bUssé du Grand
Loris,
A Félix nejt pas incurable;
Craignez, plutoH qu'aux champs
de ].",IIrf) j
Ce Bras Pourvoto si redoutable,
A7<rroiverfç encsr vis Ramfarts.
vINPROMPTU. OHre chute, GrandRoy,fait
du bruit dans le monde.
rIiM avez, bien cornu*nojtre douleur
profonde,
TYolmusda'vZe)fzZ,udaannss 'vVo6sS mmlaluuxx cépprroouuvveé
vos Sujets.
.ff2.!!eferaient devenm tant de nobles
Fyojrfs!
J)ueferions-nous belas?si.gardons
le silence;
Maisgardez,vofirt BrlUnlctJlàirt
À lit France,
Heurcufcmentilefremisy
Gardez-te pour vos Ennemis.
Vous attendez le détail
de ce qui te passale jour de
la Feste de S, Louisà l'Acat
déie François, & je vaY'{
vous satisfaire.Cetteillustre
& sçavante Compagnie, regardantce
Saint comme les
Patron de Loüis LE GRANDE
en fait faire tous les ans les
Panégyrique. Il est précédés
d'une Messe, celebrée dans la.
Chapelle du Louvre par Mrs
l'Abbé duPont, qui enest
leChapelain. LaMusique y
est chantée par un grand
nombre des plus belles Voix
de France, & jusques icy elles
a toujours esté de la composition
de Mr Oudot. MrlJ
l'Abbé Savary a esté choisy
cette année pour prononcer
le Panégyrique de S. Loüis.
Quoy qu'il foit encore fort
jeune, il a déjà paru avec applaudissement
dans les meilleures
Chaires de Paris; mais
ce qui doit vous convaincre
de son mérite plus qu'aucune
cholè, c'est le choix de Mrs,
de l'Académie. Non seulement
il faut avoirdel'esprit
& de l'érudition,mais il faut
encore sçavoir bien parler,
pour soûtenir de semblables
actions devant les Maistres
dela Langue. Tout cela se
trouve dans Mr l'Abbé Sa..,
vary, & l'on peut dire de lur
que le sçavoir n'a point attendu
le nombre de ses années.
Malgré son air doux
& insinuant, l'ardeur de son
zele luy donne beaucoup de
feu, & il a l'art de penetrer
les coeurs agreablement &
vivement. Il donna un tour
aussi nouveau que spirituel
à tout ce qu'il dit. Il ne divisa
point son Discours, 6c
cependart les pauses s'y rencontrerent
aussi naturellement,
que si une division
dans les regles y eust donné
lieu. Apres avoir faitunPortrait
des Roys parfaits, il fit
voir que ce Portrait convenoità
S. Loüis; & toutes les
choses qu'il marqua estant
reconnuës dans les actions
du Roy, chacun le nóma sans
que le Prédicateur parlait de
luy. De pareilles loüanges ne
sont point forcées, & il faut
qu'elles ayent un raport parfait
à la Personne à qui on les
applique,lors que l'Auditeur,
ou leLecteur,en fait luy-mesme
l'application. Comme il
avoit pris pour texte ces paroles
de l'Exode, Quissimilis inï
in fortibus?~c~
tlitatejerrwilis atque laudabilis,
facwns mirabilia ? il dit, Qu'on
ne devoit point estresurpris que
les Roys eussent l'avantage pardessus
le reste des Hommes,d'estre
appellez les vivantes Images de
Dieu;qu'àlavéritéiln'yavoit
personne, qui outre ce caractère
universeldesaDivinitéque nous
tenons de nostre origine, nepusi
encorejèfaire remarquerparquelque
trait particulier de ressemblance
à cet Estre infiny; mais
que les Roys seuls estoient capablesde
lesportertous ensemble,&
qu'onpouvoitdire mesmequ'iln'y
avoit qu'eux,qui eussent bonne
grace àvouloirseparerdelagloi-
~e
de la pins parfaite conformité
~c Dieu; £)uesa douceur,sa
~ontesamiséricorde sa justice,
patience, tous les autres Atributs,
qui l'ontfait nommer le
DieuSaint, leSaint des Saints,
stoient des chosessur lesquelles les
Homes ordinaires devoienttâcher
deseformer; maisquesamagnifience,
saforce,sagrandeur,sa maesté,
estoientplus particulierement
e partage des Souverains;Qu'il ,., ~appartenoit proprement qu a
eux que VÚu avoitsubstituez en
ra place sur UTerre,d'affecter de
U ressemblance avec luj, lors
qHilJefaitappeller UrDieiiFort,C
le Dieu Terrible, le Dieu Puis—
fant, le Dieu des Arme'es&qùiï\
sembleroit mefine que ce seroit des
honorer en quelque forte le rang*
eu[AProvidence les avoitplacez
s'ilsagiraient à lagloire desSaints.
4U mépris de celle dont il voulois
que brillastleur Diadème ; QiiJÚ
fallait qu'une heureuse alliance,
réunilf en eux ces vertus écU»i
tîntes f& magnifiques
)
qui nev
conviennent qu'aux Princes, fiA.
les vertus douces tranquilles^,
^uifont les Chrestiens & le-
Saints;Que leurs mainsnede--
voientjamaiscesser d immolerde
yi£limesy & d'offrir de l'Encens
Ílrlej AutelsduTres-Haut,mais
quecetemploy religieux~saint,
ne devoit pas les rendre moins
propres à lancer lafoudresur des
gestesorgueïlleuses ou criminelles;
Qu'il falloitqu'ils écoutassent
avec respect, exécutassent
avechumilité ces Loix adorables,
qu'un Dieu avoitvoulu qui leur
fussentcommunes avec le moindre
de leurs Sujets ; maisque lors qu'a
leur tour, hour user du droit qui
riapartient qu'aux Souverains,ils
vouloient imposer des Loix aux
Peuples qui leur estoient (OÛ'¡;w"j
ilfalloit qiiih les prononçassent
avecce tov de cz.i>randur5&ctrt
airde m.tjefté qui ficdstbter> «USK
Roys;Qu'ilfalloit que toutes
leurs aft.onsj-ujj nt& héroïques
erlintei;qu'une (xtréme1.aleur,"
qu'une prudente conduite
lesuccés de leurs Armes toûjours
jush-s; que l'équité,ou la modération,
en pust arrester le cours dw
milieu mesme de laviéloire; que: laPaixsustl'uniqueprix quilà
en espérassent; qu'ils ne joiiijjento
de ses douceurs quepourle bien det
leurs Erltts) &pourlagloire dn1
celuy qui prend entre Jesplus\
beaux Titresceluy de Dieu pacifiqnei
quilsnelaissassentaucunem
~crime impuny
, aucune vertusans
recompense;que leur nom fust
ïeffroydetImpie,£<r 1 espérance
du juste ; enfinqu'ilssussent la
terreur de leurs Ennemis, la proteélion
de leurs Alliez, l'admiration
des- Etrangers, l'ornement
deleurpropre Cour, les délices de
leurs Peuples, le plusferme ap"u.¡
de la Religion
} & que l'uni-
,'Vers s'il se pouvoitnevistrien
deplusgrand, nydeplussaint.
jr Apres avoir fait connoistre
par un détail éloquent, que
è ce Portraitmagnifique qu'il
venoit de faire des Roys,
convenoit admirablement à
Saint Louis, il ajoûta,Qu'il
rij avoit jamais quel' équitéde%
lafin que l'on se proposoit dd-nlt
la guerre, qui la pust justifier;;
Quelle entraînoit trop de malheurs
apres elle, pour rien faire
pas d'abord concevoir une idéequi
donnoit unesecrete horreur;quorti
y voyoitdes Villes désolées, des (
Campagnes arroséesdesang, der,
Moissons embrassées
,
des Peuples '(
éperdus, des Autelsprofanezdes
Temples détruits, le cti'te du Sei-
<
gneur, ou détruit, ou abandonné; ù qu' encore que ce ne fust la*
equst'uonietcpaaursteie,ildrfsalmloaiutxsoduovnent teqlfuee
les Princes~firmassent les yeux
sur tant de ~miseres,pourneplus
voir que les Juflts sujets qui les
dévoient obliger à prendre les
Armes; qu'alors réduisant la brustale
fureur du Soldat aux termes
efune veritable valeury & empeschantparunesevere
dijciplmey
la licence, le desordre & tim.
ptrté, illeur estoitpermis de profilce
ou de leur bonheur, ou de
leurscience, cLins ce grand Artsi
dignedesHéros,~s qui a donné
si souvent du Maistresàl'Uniive'r-
ç;& quec'estoitsurdes motifs
fCHfFsaints quéquitables, que
le gcRej dont il faisoit le
Panegyrique,avoit porte laguerre
en Orient. Il décrivit lis demi
Voyages audela des Mers.
sa Prise dans l'un, &: sa ~Mori
dansl'autre, & finit en di
sant,Que dans l'étatglorieuse
&fortunéou estoit la France,
nmu avionsquelque choft à ~ob
tenir par les prieres de S. LouiÉ teftoltque Dieufixast nostresi
licite, à laquelle il ne manqu
plus rienqu'unedurée eternelle
puisque nous avionsponrAdaiftr*
Loüis LE GRAND, tlnvÍ1
cible,l'Aimable, le 71aciliq
& que dans un don si ~prétieuse
le Ciel avoitprisjoin de ~rassen
bler tous ces dons divers,qui repandus
separément sur
plusieurs
Peuplesdiférens
, pourroient leur
faire croire qu'ilseroient les
seuls heureux. Il mesla un
court éloge de la Keyne,
dont la perte venoit d'interrompre
ce long cours de
gloire & de bonheur, dont il
auroit eu à tracer l'image. il
dit, que cettePrincesse ayant (JIé
la plus grande de nos Rejnesy
& un des plus beaux Ornemens
de la Cour,si quelque chosepouvoit
nous consoler de fia w<?'T,
c'estoit l'assurance certaine quefies
Wtus nous donnaient, quelle
n'avoit que change de lieu pour
regnrr, &qu'on ne poHnjdit douter
quelle neust reçeu dans le
Ciel une Couronne plus bette,
plus éclatante, e plus durable
que telle y/elle portoit icy-bas.
Lapicictinee de ce mesme
jour, les Prix de l'Eloquence
& de la Poesie qui se donnent
tous les deux ans, furent
distribuezdansl'une des
Salles du Louvre, où Mrs de
l'A adémie s'assemblent. Le
Sujet de celuy de l'Eloquence,
estoit sur crs paroles, ~Ecc
enim ex hec beatam me dicem
tmmsgenerationes, fici;,
mihiï
mibimagna qui potens est. Ce
Prix fut remporté par Mr
Tourreil,Fils de feu Mr Toureil
,
Procureur General au
Parlement de Toulouse. C'est
e seçond qu'il a eu dans une
Pareille occasion. Le Sujet
u Prix de la Poësie, estoit
surlesgrandes choses que leRoy
faites pour la Religion Caathoique.
Mrde Santeüil, Chaoine
de Saint Victor, dont
ous connoissez l'excellent
énie
,
avoit fait une Ode
Latine sur cette mesme maiere
,
sans prévoirqu'elle seoit
proposée pour le Prix des
Vers de cette année. Mr de
la Monnoye
,
de Dijon, la
trouva si belle, qu'il crut ne
pouvoir mieux mériter le
Prix,qu'en la traduisant en
Vers François. Il ne se trompa.
pas. Une partie de l'Académie
l'en jugea digne, & l'autre
se déclara pour un autre
Ouvrage. Cette égalité de
voix fut cause
, que pour
rendrejustice aux deux Autheurs,
ces Messieurs réfolurent
de séparer la Médaille
qui devoit servir de Prix,
Ainsi l'on en fit deux de
moindre valeur, l'une poun
F d: la Monnoye, l'autre
cursonConcurrent. M de
Monnoye ayant appris le
ccés que la Tradudtion
voit eu, envoya aussi-tost
ne Procuration à M deSanüil
,
afin qu'il reçeust le
rix qu'ildéclaroit luy apartenir
,
puis qu'iln'avoit
it quetraduire ses pensées.
le fut donc Mrde Santeüil
lui le remporta. Le procédé
e Mrde la Monnoye fut fort
ftimé de l'Assemblé, deant
laquelle on lût cette
rocuration,aussi-bien que
es trois Pieces, qui avoient
remporteles Prix. Mrl'Abbe
Régnier, qui a esté depuis
peu éleu Secretaire perpétue
de l'Académie en la place de
feu Mr de Mezéray, lût tous
ces Ouvrages. Quoy qu'ils
soient remplis de grandes
beaurez, la maniere dontil
les lût sembla leur en prestes
de nouvelles. Ensuite plusieurs
Académiciens voulu
rent bien donner à l'Assemblée
le plaisir d'entendre
quelques-uns des leurs. Mr
Quinaut, lût un Madrigal
sur le Voyage du Roy. M
l'Abbé Tallemant le jeune,
ecita une maniéréde Fable
lui parut très-belle. Elle
stoit surune Fontaine d'une
Maison qui appartient à Mrs
errault
; & comme Mr Perault
de l'Académie Françoise
r a répondu, illût sa Réponse,
vec une Ode sur ce qui s'est
.a£fé devant Alger, depuis
quel'ArméeNavale de France
est devant cette Place.
Les expressions en sont si
portes, que l'Auditeur croyoit
entendrele bruit des Bomes,
& voir le fracas qu'elles
:>nt fait. Mr de Benserade,
ût la galante Epistre que je
vous ay envoyée dans m;f.
dermerc/Lettre
,
sur le retour
de Monsieur le Prince ~d
- Conry. Jamais Ouvrage TItI:
fut applaudy
,
ny plus haute
ment,ny plus ge-nëralci-nenir
Toute l'Assemblée. se récri
prei,que à, chaque Vers. M~
Boyer finit par un Madrigah
auquel on donna beaucoup
de louanges. Là matier
n'enpouvoit estre plus tristo
puis qu'il estoit sur la mort d
la Reyne. Je ne vous répeu
point ce que je vous ay déjj!
àiten d'autresoccasions,
la fondation de ces Prix.
- -
vaut mieux que je vous entretienne
de ce qui se fit au
commmencemcnt du dernier
mois, dans une Solemnité,
fondée par Mademoi
[elle Martineau à Asnieres
surOise3 poury estre celebrée
tous les ans le 6.Aoust,
jour de la Naissance de Monseigneur
le Duc de Bourgogne.
La mort de la Reyne a
esté cause qu'on en a retranché
cette année toutes les
marques de joye qui devoient
l'accompagner; mais
si la Musique
,
les Concerts
de Voix& d'Instrumens, les
Feux d'artifice,& d'autres
choses semblables y ont marw
que
,
le zele de la Fondatrice
y a paru d'autant plus exadtxd
qu'elle a voulu qu'on ait commencélaFeste
par des Prieres
publiques pour le repos des
l'Ame de cette Princeuc./
C'est ce que va vous apprendre
la Relation qui fuit.
Elle estde MrComiersd'Ambrun,
Professeur des Mathématiques
à Paris,dont le mérite
vous est si connu par [cs 2
Ouvrages.
tELATION
DE LA FESTE
CELEBREE A ASNIERES
le 6. Aoust iéSj. LE Ciel nous avoit annoncé
l'a Naiffince de Monfeirneur
le Duc de Bourgogne ptr
me de sa brillantes Comette,
Semblable en tout * celley qui au
rAport de Pltne}mérité, des honneurssacrez,
dans l'un du plus
fupcrbet Temples de l'ancienne
sRaomlue,Fpoeujrtaevsocijruéeclla'EiremlepseJreeuuxr
Augujle c:ltirait à lhonneur dJ
sa Mere Venus. CL'ud/en) en
illujlrePoète que!e Dauphins
prejia autrefois 4 la Cour Poi
traîne,ajjuye que la Cor ete qu
parut en l'année38p. leJour di
la naifsncc d3Hononus} lu,
avoitpresagé Jon élévation
c
l'Empire. Il ajeutr, que la lu
miere qui couronna le Berceau di
petitÂscagne,auoiteflelaugur
desafuturegrandeur.Quels pré
ft^ei ne tireroit-ilpas de la lu
miere éclatante qui parut sur l
Palais de Veifailles, ($f quisu
observée à Bourbon- Lancy PC1
Mr ÏAbbe Motbeati, penddt
la nuit de la naijjance du jeune
Prince que le Ciel notiï a donné?
Puis qne les Grccs prédirent la
Monarchie de toute la Terre au
Grand Aléxandre) parce qu'une
Comete éclaira du haut de El
qu ¡teur la nuit de sa naijjance,
quifut le13.Aoufide tannée du
Monde 3628. les AJlrologues ont
raison de tout promettre à Montfeitneur
le Duc de Bourgogne.
Sa naijjance a tantfait allumer
de Feux de joye dans toutes les
Parties duvieux&du nouveau
Monde, quetoutes les Mations
ont employé les termes de laSainte
Ecriture, Quis putas puer iste
erit? Que ne doit-on pas atten-'*
dre de ce Prince, Petit- Fils do)
Loiiis LE GRAND?
Afademoijelle M"rtinrAU:lt
Petite-FiUe de la Nourrice*
d'HenryIV. fitdes Vceux pourv
la Grojjèjje de Afadme la Dau--
phinc. Elle prédit enfuite que*
cette Prinaffi combleroit ceux de
toute la France, en luy donnante
un Prince;lors quelle en eut i
dpprx rheureuje naijjance
,
elle•
se profitma auxpieds des Autels,
c. demanda la conservation de ce •
Fruit ifprétieux
,
(éf pour toh--
tenir> ellefonda àperpétuitéune -
*réndeMejje, qui dpit estre ceIL
<
tree le Ó. Aoust avec toutes la
rolemnite% que l'on a coutume
ïobjerverdanslesgrandes Fcjles,
Sermon, Te Deum., al Salut,
?» tEghJe d'AJhieresJurOiJe,
Cette petite Ville efioit Autrefois,
tr, du temps de S. Louis, une
des plus agréables Villes de Franre,
fou. le nom de Royalmonty ou
Royaumont. Nos anciens Roy)
en avoientfait leur Lieu de plaisance,
& nos Reynet y alloient
faire leurs Couches, pour la honte
de l'air&des eaux, comme il ell
pertedans les Cronicjues.J'aylû
dans des Lettres Royaux du 1'.
May 1446. obtenues par les Re:
digieux3Abkê3 & Consent de
*
Noslre
-
Dame de Royaumont,
Ordre t de Cifieaux
,
qu'en mî..
S. Loüis navoit donné par la
5
Fondation que la moitié du Do-
-
maine de la Ville d\Ajniemy & •
qu'en1339. Philippe de Valois
avoitdonne l'autre moitié avec
la JujTce Haute, Moyenne, &
Bajjei excepté,commt dit Ch-cr.
les V.fumomme leSage, nostre
Manoir, Parc & Forest, & la
Souveraineté,. QQuua. nt 7LI aceManoir9
ou MaisonRoyale, Loiiif
XIII. le donna à Madamesa
Nourrice.
v
Ce pieux zele de Mademoifltle
Xîartineau pourun Prince naifint,
eftfldtnsexemple., si en ne le
rend en la personned'Accu
laurentia.,Nourrice de Romular,
lui fonda la faille de Rome l'an
le la création du monde 3113. U
remiere année de la septieme
Oylmpiade, &7fo ans avant 14
iaiffance du Sauveur.
Cette Nourrice de Romulus
tvoit de coutume. comme dit Fui.
rence, defaire tous les ans un
Sacrifice
}
pour demander aux
Dieux la proIferité deson Nourriçon.
Elley faisoit affifler sa
douze Fils. L'un des douze estant
mort, Romulut qui eflçit
men-aise defeconder la dévotion
de sa Nourrice
, 'OC'UfA la place
du Défunt, (y comme Petit-Fils
de NumitorXVI. Roy du Pais
Latin, ilse rendit Chefde ces
ordonna qu'on appelleroit
cette Société>LeColleté
des Freres Arvales, du t) mot
Latin Arvum, qui fgmfie
Champs, en mémoire de ce qu'il
avoitelfénourry dans les Champs
avecson Frere Rémus.par Fauf
tulaj, Gardien des Troupeaux du
Roy Emiluu, leur Oncle paternel
,
lequel Fauftulus les ayant
trouve% sur le rivage du Tibre,
ou ils avoient esiE exposez, lu
porta a Acca Laurenttasa Femme.
Il n'y a perjonne qui ne
Ççache que le mauvais ufa&e
qu'elle fit lieu de sa beauté, donna
de dire qu'ils avaient esté
nourri* par une Louve. Ce College
des Frères Arvales fat Je.
fuis toujourscomposé dej Romains des Maisons les plus
illuftru. C'efi à mon avis le
premier Ordre de la Noblejjc
que l'on ait creE. Il avoit un
Grand- Maifoey rY un Sous-
Grand
- Maiflre. Ils s'affimhloient
le troisiéme des Nones de
Janvier, àcinq milles de Romr,
sur le chemin appelle ViaCampana,
dans leBonf!cré de U
:
Dêejje Dia, la Grand' A/terc -
des Dieux, qui donna [on nom ; a la Ville de Die en Dauphinc,
Ily a liïoj ans que fous le Con-
• Julat de Luciws Cejonus Commodiis,
& de Dcamus Novids
Prifeusy ces Freres Jrvales def-
, tinerent le mesme jour troisiéme
de Janvier afaire des Voeux &
des Sacrifices pour la pinte de
l'Empereur Vefpdfien, &de
Titus son Fils, comme on le voit
par l3Inscription d'un Marbre
en id Vizne Montalto à Rome,
que les Curieux trouveront en
Upage 7J. des Recherches
d'Antiquité, que le doéie Mr.
Spon a données au Public depuis
peu de temps.
Le Kele de Mademoiftllc
Martineau,quoj que pojlérieur
de 24(2 ansa celuy d'Acca Laurentia,
est en toutes manierePplus
Aupajle. Elle a sçeu accorder en
un mesme jource c^u:ledeuil de
la France exigeoit de nous avec u lesJentimens de réjouissance en
délions de grâces à Dieu pour
l'hrureufe naijjance de lIdonfiigneur
le Duc de Bourgogne,
Voicy le détail de cette Soientnlte.
Les nouvelles de la mort de la
Reyne ayantfaitcrjfer les préparatifs
du Feu dartifice que
Afademoifefle MartineAH e
tnoyavions résolu de faire tirer
d Asnieres, je my rendis le
Alercredy 4. du mois d'Aotijl.
Le 4ndemain au matin nous rifilmes
la conduite de la Fesie,
})allay voir enfuiteleChasseau
Royal, qui rieft qu'à trois cens
pas au dessus derEglise. Je remarquay
dans lA Chapelle du
Roy, que Sainte Anne en ejloil
anciennement la Patronne, &
finféray que cette Ville porte le
nom d'Asnieres> par corruption
de celuy de Sainte Anne. Ce
Chaftra" est jirt; les MUrAiUrJ
en font hautes & epaissesy &
bien flanquées par de greffes
Tours. Le seir, lei Clechet commencerent
par leurs trisses fins a
convier toutes les Paroijjesvoisines
d'affiler le lendemain an
Service éjni se devait faire pour
les Morts. Le Vendredjau matin
6. du ma*u, on trouva tAutel
tendu de nOIr) ainsi que toute
l'Eghfe, avec une Representation
au milieu du Choeur. L'Ofsice
des Mms eslans achevé^
Ml leCuredeViarme, Homme
de mérité e dune vie exemflaire1
célébrafilemndlement 1,4
McJfe de Requiem,J'eU! l'honneur
d'officier en Chape dans le
Choeur. A la veuë de la Représentation
}je me conjolay d'abord
par ces paroles de la Sagefje}au
Chapitre 4. Immortalis est
memoria illius, &: in perpetuum
coronata triumphat.
En effet, la Rejne ayanttoujours
pratiqué avec une pieté,
filide toutes les Vertus Chrefliennes3
elle est sortie de ce monde
par un doux sommeily qui est la
mort du Juste, pour entrer dans
la vénération de la gloire éternelle.
Elleréznemaintenantdans
le Ciel avec le Roy des ggs, &
le Soleil de Juflice.Apres les
Prieresfolemnelu-spourlesMorts,
on dit des AleJJes biffes de Requiem
en tous lesAutels. Sur
les dix heures) Eglise changea
jon Deuil (gjr ses Tentures de
noir3 enTapijJeries & en riches
Ornemens. On entendit tout
d'uncoup le carrillon desClochel,
aprèsquoy on fit l'Expofltion accoûtumée>
& en fuite on commençaJolemnellement
la Grand'
Messè, pour demander a Dieu la
conservation de Monseigneur le
Duc de Bourgogne. Le /?. P,
Dom Benoist, Sous-Prieurs &
d'autres Religieux de l'Abbaye
de Reyau nQnr, y ajjijlerenrl
comme Seigneurs de la Ville, AC-
,
compAognez de MM1' ddee la CChhai--
pelle, Avocat au Parlement, leur
Prevost, & des antres Oiffciers
de Jnflice.Mts du Chapitre de
la ifdie de LUZArch(J où font les
Corps de S. Ctfme&de S. Damien,
y députèrent, pendant que
dans leur Eghfe ils Hnijjoient de
coeur leurs ferventes prieres aux
noflres. M" les Cure'{ des Paroiiffs
voijfness'y rendirent3 &
l'alffuenceduPeupleyfuttelle,
que ton eut bcftin de (iard-spour
co'tferver le Choeur de l'Eglisê
libre4uxPrcftres, & aux Officiant.
dans. La Fondatriceoffrit un
Pain à bénir, couronné de douze
grandes Banderoles deTafetas
lieu, aux Armespleines de
FrAnce. L'Offertoire faitey le
R. P. Basile de Paris, Religieux
Penitent du Convent de Picpus,
monta en Chaire.C'est un Homme
qui a la noix agreable} fléxible
,&forte, & laftiond'un
WOrateur. Ses termesfontbien
:hoifs. Il eji cloquent & fort
Pathétique, & on luy pressa
grande attention. Il prit deux
Textespour bien remplir les deux
wotïfs de cette Solemnité. Il tira
le premier de l'Evangile felm
S.jean. Lorsqu'une Femme
enfante, elle est dans la douleur
; mais apres qu'elle a enfanté
un Fils, elle ne Se fouvient
plus de ses maux, dans
la joye qu'elle a d'avoir mis
un Homme au monde. Le
Prophète Roy luy fournit son
second Texte, dans ces paroles du
Pseaume 40. Dominus conservet
cum, êc vivificet eum,
ejucfeu Mr Godeau, Eiicfyne
de Graffe
, a renduësainsi en
nofireLangue.
Que la divinf Providence
Qu'elle proie soin de *sesy
Qu'il soit comblé parelle&de
biens, & degloire;
^Qae sur sesEnnemis il gagne une
:
Victoire
Dont le boheur dure toûjours.
Ilfitcomoiflreàfion Auditoire,
que puis que Dieu avoit accorde
Àdonfietvneur le Duc de Bour-
-
gogne aux Voeux de la France,
nous devions luy en demander la
confirmationj avec du priera
£autantplus ardenta ,que fin
enfance tendre & déllcAte, lexposiaux
mefimes infirmiténaturelles,
que les Enfins du çemm
mmdes Hommes; à quoy il api
pliqua lestermes du Livre de la
S.a,gec, Cbap.&du Prophetè
Roj9 Pseaume si. C'efl fansdoute
par cette taison que S.Paul
dans sa I. à Tmothée, Cbap.z.
s)écrie3 Je vous conjure donc
avant toutes choses, que l'on
faffe des implications, des
prieres, des demandes, & des
atrions de grâces pour le
Roy, & pour tous ceux qui
-font élevez en dignité.Il
passaen fuite 6tU Panégyrique
de Sa MdjeJté) de Monseigneur
le Dauphiny gjr de Madame la
Daupbinei apres quoy il conclut
que nous devions demander à
Dieu) que Monseigneur le Duc
de 'Bourgogne sufl une fidelle
Copie de Loiiis LE GRAND,
& l'Imitateur defis rvertus. Jl
ajouta que dans cette Priere nojfs
demandions tout À Dieu pour ce
jeune Princes puis que dans la
personne du Roysetrouventréu-
* nies en un degré éminent lapieté
>deCtot-—I-C la G£randeur>de Char- lemagne,le%elcardentde
S.Louis,lamagnanimité de
Henry IV. 0* l'equité de Loiiii
hjxfîe. Dans tout ce Panégyrique,
il n'oublia à toucher qu'une
feule chose, quele doae Machiavel
fouhaitottdanssonPrince. ¡finsfDn Princ-e.
Dcvc ancora un Principe
mofirarfi amatore delle virtù,
& honorare li excellend
in ciafcuna arte. C'est ce que
toute l'Europe admiredansnoflre
augufleAfoxiarque^quipendant
les excejjîvesdépcnfesdeldguerre>
a toujêutssaitflrunrlesSciences
& les Arts, répandantcontinuellementCes
libéralitérravalei
sur J tous les beauxGéniesde l'Europe5
qui ont eu l'avantage d'en
eflre connus, jiujfi ceux qui ne
peuvent reffintir lesfavorables
influences de ce Soleil toujours
bienfaisant, ne Je plaignent que
de manquer d'unFatrtn quiparle
pour eux $ disent ce que U
Malade dit au Sauveur du monde>
pres la Piscinemiraculeuse
de Iérufalem. Non habeo heu
minem
,
je nay personne pour
moy.
LaAfeJfe eslans achevée
3 on
chanta le Te Deum;tmapres
que la Benédiflion eut eslé donnée,
on fit les Prieres folemnelles
pour le Roy, & pour toute 1,4
AîaifonRoyale. Au sortir de
l'Eglise, onserendit
chez
Ma.;-
demoiselle Martineau. llyavoit
dans toutes les Chambres plusieurs
Tables si bien fervieSj que
toute la Compagnie, quoy que
tres_nombreuse.,y trouva partout
un Dînefflendide.l'allay le foir
Àl'Abbayr de Royaumont. L'Egl'tfi
efl une des plusbelles qu'il
y ait en France. Effe paroiss si
neuve j
qu'on croiraitquelle ne
vient que desortir de la main des
Ouvriers. Elle est enrichie du
Tombeausacré des Reliques de
S. Louis. Les 13afiimens font
d)une magnificence Royale. Les
Jardins(y leslets d'eau tiennent
dela beauté de ceux de Verflilleso
Les Religieuxyfont véritablement
Religieux, & avec cela
civils &jçavans. Ils ont le
bonheurd*avoirpourAbbeMrc
Alfonje-Loukde Lorraine, Çbcpalier
d'Harcourt, Primat de
Lorraine, Commandeur deLagny-
le-Sec. C'est un Prince aujji
iUuftreparfinmérite quepar sa
naijptnce. il parut Hê>nme dés
le "Berceau, & jamais on n'a
trouvé de traits de jeuneffi dans
sa conduite. Sa pieté rJIfolidr,
son fçavoèr profond) &Ja valeur
reverée^ mesme des Jnfîdrlles.
Ils se Jouviennent queit
l'année 1666. il sortit de Malttavec
vingt Chevaliers3 ,u'it
mena a Jesd1é/pens au SSecours
de Candie. Cepetit nombre de
Braves> animez par l'exemplede
leur Chef fit des aélions tre$+
glorieufcs. Ce vaillentPrince^]
ayantesié J.ir¡grreufiment ilejfé
d'un Mousquet a /4 défense Ju
BaflionPanigra,fut oblige de
forcir de Candie sur les Galeres
du Pape> SaSaintetéluy envoya
h brevet de Grand-Croix a Ci..
njitauccchia,Eslansdepuis General
des Galeres de la Religion3 il
courut tout l'Archipel, & enfin
le30.&31.May1675.A/yecunc
petite Efcoütde de cinq Galeres
de Malte, il défit au Canal de
Rhodes la grande Caravane des
Turcs qui venoit d'Alexandrie9
çomposée de cinq Galiotesy de huit
V*ijfeaux,&de quinze Saicjues*
rfrit le GalienAmiraiy, un Autre ràtliên,^ deuxVAiffiaux. Deniscetemps-
laJes Croix de Lerune
font la terreur des Turcs3
infi epiellesfont la joye des Re-
'gieux de Royaumont.
C. C0MIERS.,
Dansk mesmetempsque
cette Solemnité fut faite à
Asnieres, on en fit une autre
Beley, qui métite bien que
le vous en parle. C'est la reception
de Madame de Rivirie
en qualitéd'Abbesse,
dans la celebre Abbaye de
Bons. Ellefut nommée il y a
quelques mois par Sa Ma
jessé, après le deceds deMa
dame du Chastelard, qu
avoit dignement remply cet
te place pendant unassez
granduombre d'années.Ma
dame de la Rlviric,distingué
par sois mérite, & d'une de
plus anciennes Famillesde
Forests, alliée à tout ce qu'i
y a de considérable dans la
Province,estoit Religieuse
dans l'Abbaye de Laval en.
Dauphiné, de l'Ordre de
Cisteaux, aussi-bien quecella
de Bons. Le jour choisy pour
sa prise de possession estant
five, ellele rendit le matin r le Rhône dans une Maim
de Chartreux à unelieuë
e Beley. Cette Maison s'apelle
Pierrechâtel,& estForcresse
& Monastere tout-ài-
fois. MrlePrieur de cette
Chartreuse,ôcCommandant
le la Place, reçeut cette Abiefle
avec toutes les honicftetez
qui luy estoient
leuës. Madame l'Abbesse de
Laval l'accompagnoit. On
rervit un magnifique Dîné,
nLoamCbroemuspea,gnie se trouva.
tout ce qu'il y a
le remarquable dans Beley
1
,& aux environs, s'estantemi
pressé de venir rendre ses des
•
voirs à cette nouvelle Ab
besse. On passatoute l'apres
dînée dans la Chartreuse
pour éviter la chaleur, ôc on
arriva à Beley sur les sept heut
res du soir, avec un for
grand Cortege de Carrosses
M le Grand-Vicaire, Frere
de Mr Bruyset,MajorGenera
des Dragons, se trouva em
Habit de cerémonie à laPorto
de l'Eglise, en l'absence do Mrl'Evesque de Beley. Cetta
néEegl.ise estoit richement or- Il introduisit l'Abbesse
dans le Convent, & rue témoin
de tous les Acres qu'on,
est obligécie faire en une
semblable occasion. Les Religieuses,
qui ont toutes
beaucoup de naissance, n'oublièrent
rien pour marquer
leur joye & leurs respects à
leur nouvelle Supérieure.
Comme les trois Articles
dont est composé ma der- --
niere Lettre, ont esté trop
étendus, pour y laisser place
aux Nouvelles ordinaires du
mois, elles pourront vous
paroistre vieilles. Cependant
j'espere que si on vous en a
¿éja mandé quelques-unes,
vous n'en sçaurez pas si bien
les circonstances, que je n'y
puisse encore ajoûter quelquechose
de nouveau. Ainsi
vous aurez appris que Madame
laPrincesse Eléctorale
de Brandebourg est marre;
mais peut-estre ignorezvous
qu'elle est morte pendant
qu'on a crû qu'elle reposoit.
Jugez quelle affliction 8c
quellesurprise pour le Prince
son Mary, qui ne l'a point
veuë,à cause de la petite vérôle
dont elle estoit atta- * quée.J
Le Parlement de Roüen
àperdu son illustre Chef en
la personne de Mre Claude
Pellot, Seigneur de Port-David,
des Deffends, Trévieres,
& autres Lieux, qui mourut
icy le 3.
d'Aoust apres une
maladie de deux mois. Il
avoir 64 ans, & estoit Fils de
M Claude Pellot, Seigneur
dePort-David,& de Sandars,
Conseiller d'Etat, qui avoit
elle choisy comme une Personne
d'un rare mérite par le
feu Roy, pour accompagner
M'leCardinal de Richelieu,
Archevesque de Lyon, en
son Ambassade à Romei
Apres avoir estéConseiller
au Parlement de Roüen, il
sur Maistre des Requestes;
& Sa Majesté, à qui sa capacité
estoit connue, l'envoya
Intendant enDauphiné-dans
le temps des guerres d'Italie,
& en Roussillon, pour faire
observer la diicipline aux
Troupes qui y passoient. Il
sur en fuite employé dans les
Intendances de Poitou, de
Limosin, & de Guyenne, oii
il exécuta les ordres du Roy
avec une fermetédigne de
son zeic. Le succes en suc
fort grand, principalement
dans la Guyenne, qui estoit
remplie de Bandits &deScélerats,
du cesté de la Chalosse ,
& du Bearn. Il en purgea le
Païs, & les réduisit à l'obeïs-
|
sance. Le grand nombre de
belles reparations qu'il a fait
faire en plusieurs Villes decesProvinces,
rend pour luy
un glorieux témoignage de
l'entiere application qu'il a
toujours eue a ce qui pou-
Voit contribuer au bien pu:.
blic. Apres quinze ans de
f services rendus dans les Intendances,
Sa Maiestél'honora
en 1669. de la Charge:
de Premier Président du Parlement
de Normandie. Ill'a
exercée pres de quatorze anN
avec beaucoup d'honneur &:.
d'e stime. Son principal fàim
estoit d'établir de l'ordre era
toutes choses, sur tout au Palais,
où ila introduit des usages
tres-utiles,& fait en forte:
que les jeunes Conseillers,
qui avoient peu d'occupation
auparavant, en ayent aOEe:tn
pour se rendre capables des
leurs Charges.L'établissement
quil a fait d'un Hôpital
General pour les Pauvres de:
lm
la Ville, est une marque du
zele qui le portoit à les soulager.
Il laisse trois Fils; l'un,
Conseiller au Parlement de
Paris, qui s'est signalé dans
le Barreau par plusieurs Actions
publiques, &: qui a
voyagé dans la plus grande
partie de l'Europe, le second,
Capitaine dans le Régiment
du Roy; &letroisiéme,Abbé
de la Croix S. Leuffroy, Diocefe
d'Evreux.
Je vous envoye un Air
nouveau, que je suis fort ail
su é que vous chanterez avec
plaisir. Il est de l'illustre M*
Lambert. Ce nom vous dit
tout. 1
AIR NOUVEAU.
I
R IpN Ien n'cft égal 2 ma dêuleurf, 7 mesens naurirenlagueur 1
FsurlesyeuxdeCLimem. 1
Ah, fouYqttoy faut iltjuemtncoettr
Adore uneInhumaine! é
Beauxyeux aoûtjaaèrelesauj>sv
La crainte de veftre coartux à
M'oblige àme contraindre,
4
Je ne mi plains fas devant 'Z/OUi;
J!<.!::Il'IllZ- vêtu À vowpt.zindr,¡ *
J'ay rcçeu quatre Sonnets
sur le Sujet qui avoit elle
proposé d'un Pionétalant fal
epeuë. La moralité cmpeutJ
stre utileà ceux qui vouront
en profiter. Je vous les
nvoye. Les deux premiers
ont de Mr Vignier de Richelieu
, & le troisiéme de
vi Diéreville du Pontlevesque.
L'Autheur du dernier
11est inconnu. 'sonnets
SUR LE PAON. t
1.
1NcêwtpAYâhleOyseau, dent laricieleextrême,
De mesmetjtte le Cielfaitvêir millt,
[ Jflendct*Ys>
Fam qui desires flaire, Cr teplais i\
tey-mefmey
Lors quen voyant ta Roue, onfait
des crisflateurs.
setis échantillon de la Beautéfapréme
Jî^uisefaitadmirer dans tes vives
couleurs,
Ce ness pas sansraisonquele mondtl
les aime,
JEUcs ne passent point comme cdlo
des Fleurs.
Mais que te rcvum-il d'unsichar-
Mani Plumage,
Si loin de t'élever à la Terre ilt'en-*
gar.
S'il te rendpluspesant, llm vaÍII,
fin* gltrieux?
Vom
Veut qui brillez,parfont avecfliu
d*AVantAg€y
Fuites que vostreAmourncjlant que
pour lu deux,
VfH4unijft aux Beaurez, dont vota
esses lImage.
Q II. Vedy'eux, que de Soleils, qm
demCLgnlicence.
Quandle Paonfaitla rauêy éblo#.¡:
F fent nosyeux!
Et que ce Favory de la Reyne des
deux
lut du Grand Alexandre unejuste
t *Ordoiccf
* Aléxandicdéfendit de tuer au-cu*
Paon) sur peinede la vie.
Lors quil paroiss U -haut, efi bien
moins gracieux,
Jlue les vivcs couleurs de ce Paon
glorieuxy
Simbole de concorde ainji que ddbondance.
-.
Ma# tontes ces bcautez, ne durentpak
toujours,
Elles ont leur éclat, elles ont leur
decoursy
Et celuy qui les perd Je va ÇAcher
de honte.
four n'cjlrcpOÙJJjÙja a Cinfta*
bilité"
Four trouver icy-bds dr dans le Ckl\
ioncompte,
Chrcftien, brille en tom lieux parttw
humilité.
III. r E ne veux point Aimer,importune
Liftte,
"our les jeux innocensjen'dy plta
de loifirsi
ivec un autre Amant accorde tes
dtfirs,
)u dance touteseult aufin de ta
Musis(,
Ppvrmefaire quiter mxpaijible retrlllfl,
En vain tu me promets les plut charmans
plaijtrs.
\ifallois técouter, bun-tost mille
I soupirs
rrOllbÜrOitnlle repos de ma douceur
IJltrftite.
le Monde tJlcomme un l'aD»,dont!4
1 queue éblouit
Au moment qu'.à, nosyeuxellIel s',é~-
panouit,
Maà dont l'éclatfeperdfi-toifqu'il
U resserre.
LespUiJîrs quicy -bas onpeutse
procurer,
Tassentcommeun Eclairquiprévient^
le Tonnerre,
Etle malqui lesfuitnefçaitque trog
durer.
IV. OYfiAU; couvre tes pieds de ce -
charmant plumage
fQaui'aruexécyeluaxtcdressSpectateurs tuveux
Four avoir moinsd'orgueil, tu doit
les consulter,
leurextrêmeUidmt'injlruiï4 d^\
vantage.
Du vain fa/le des Grands tu me
fourni*l*Im@age. Ces hautes Dignitésouje les voy
monter,
Ces honneurs dont le charmeAsceu
les enchanter) a
Nefontque des éclairs qui précèdent
l'orage.
Leur cerveau pénétré de fubtiUi
vapeurs, - Fait donner de
l'éclat
auxplusfimbres
couleurs,
Etproduire a grands frais deI,mpenjè
s fittifis.
Envertu du brillant dont ils fini
rtvtflu-s.,
Unprogrésd'amourpropre,un art
de conviitifcsy
1
t pour leç e ïajfintpourles effets des plut rares
vertu*.
Je ne doute point, Ma
dame, que ces fortes deSon
nets ne vous plaisent davan
tage que ceux quise font
sur des Bouts-aimez qui en
déterminent toûjours la pen
sée, & la rendent fort souvent
extravagante. On n'en peut
avoir que dqp relevées sur le
Soleil, si onveutchoisircette
nlanere.
Le Mardy 10. Aoust, jour
de S. Laurens, Madame Bé
rat,.,,, Bellesoeur de MrCol
bert de Croissy, Abbesse ï
Trésor, Diocese de Roüett
fut benîte dans l'Eglise c|
- ,
l'Abbaye aux Bois. Le Grand
Autel estoit magnifiquemt ZD paré, & deux Tentures de riches
Tapisseries, dont l'une êtoit
au dessous de l'autre, ornoient
tout le tour duChoeur.
Du côté de l'Epistre êtoit une
Estrade couverte d'unDaiz de
velours rouge cran-iolfyfra"ge'-
& passementéd'or,&ondoyé
de quatre Bouquets de Plumes,
pour Mr l'Archevesque
de Paris,qui celébra la Messe,
& fit la cerémonie de la Benédiction.
Madame duTrésor
eut pour Assistantes Madame
l'Abbesse de S. Antoine des
Champs, & Madame de
Chaune,Coadjutrice de I'ALN
baye aux Bois. Madame de
Croissy y fit les Honneurs aur
dedans du Monastere,accompagnée
de Madame la£
Maréchale d'Estrées, de Ma-^
dame la Duchesse de Mortemar,
& d'autres Dames
qualifiées. Mr le Marquis de:
Torsy,en l'absence deMrde
Croissy son Pere qui estoit
indisposé, fit la mesmechoses
au dehors envers Mr le Coadjuteur
de Roüen,& plusieurs
autresPersonnes de qualité.
LaCerémonie se termina parj
un Régale aussisomptueux
que bien ordonne.
Trois jours apres,MFAbbc
de Croissy soûtint des Theses
de Logique & de Morale au
College d'Harcourt. LaDispute
me
ouverte avec beaucoup
de surcés par Mr le
Comte de Beaumont, Fils
aîné de Mr le Procureur General
du Parlement de Paris.
Mrs l'Abbé & Commandeur
de Louvoys, la continuerent
par les plus fortsArgumens.
Mr l'Abbé de Croissyn'en
fut pointembarassé. Il en dénoua
toutes les difficultez,&
y réponditsisolidement,qu'il
fut admiré de tous ceux qui
l'entendirent. L'Assemblée
estoit illustre &: nombreuse
Mrs les Archevesques de Sens
& deRoüen,&Mr l'Evesque
d'Amiens, s'y trouverent,
avec les principaux Magistrats.
Je puis vous parler icy
d'un effort de mémoire qui
vous surprendra. S. Pierre de
Luxembourg, Cardinal, eC
tant un des Protecteurs de la*
Ville d'Avignon, on y célébre
la Feste le 5. de Juillet
dans l'EglisedesCelestins
MrleVicelégat,&Mrle Viguier
accompagné des Consuls,
ont accoûtumé d'assistet
à une grande Messe que l'on
y celebre tous les ans,& apres
laquelle ils écoutent le Panégyrique
du Saint. C'est une
Oraison Latine qui dure du
moins une demy-heure, &
qui est toûjours recitée par
un Ecolier. Celuy que le Régent
de Rhétorique avoit
employécetteannée, tomba
malade deux jours avant la
Feste, & elle se fust passée
sans Oraison, si un jeune
Gentilhomme de l'ifie dans
le COlTItat, âgé feulement de
treize ans, nommé de Donodey,
n'eust appris en vingtquatre
heures, ce que les
autres étudient pendant uni
mois. Il sacquita de cette
Action avec une grace qui
ne fut pas moins admirée que
sa hardiesse. Il y avoit Uli1
Compliment à M le Vicelégat
& aux Consuls. Il prononça
tout également bien.
MrRoüillé, Conseillerau
Chastelet,aesté reçeu depuis;
peu de jours en la Charge de
:
Lieutenant General des Eaux;
&Forests de France, dont te;
&oy luy avoit accordé l'agrément,
avec la dispense de
plusieurs années d'âge. Les
fonctions de cette Charge
sont fort agreables. Aussi
a-t-elle esté remplie par plusieurs
Personnes de distin-
£tion, entre lesquelles sont
Mrs Hotman, Sanguin, de
Villemor,Saint-Yon,&c. Je
vous ay déjàparlé de M*
Roüillé, quand il épousa
Mademoiselle Bitaut, d'une
des meilleures Familles de la
Robe.
L'amour le plus violent
n'est pas celuy qui dure le
plus, & on a toujours a.te
défier de ces Amans trop
passionnez, qui n'ont pour
but dans leurs marques de
tendresse, que de satisfaire
leurs desirs.C'est de cette
source que sont venus les
malheurs d'une jeune Damoiselle,
à qui mille belles
qualitezfaisoientmériter une,,
moins cruelle destinée.
Ou-j
tre les charmes du corps, &-
la beauté de l'esprit, elle avoitj
une vertu naturelle, qui eC.
tant fortifiée par une
heureuse
éducation, l'avoit toû- i
jours défenduë des foiblessèsI
\,
ordinaires à celles de fou
sexe &de son âge. Son coeur
estoit tendre, mais quelque
rendre qu'il fust, son seul
devoir en régloit les mouvemens,
& il ne pouvoit luy
faire aucune surprise, dont [a
raison ne vinst aisément à
bout. A peine eut elle seize
ans, que ion mérite fit bruit.
On parloit d'elle avec admiration,
ôcilyavok d'autant
plus d'empressement à luy
donner des louanges, que sa
sagesse répondant à sa vertu,
on voyoit en elle une Personne
accomplie. Un Gen,
rilhommevoisin,assezriche,
& fort bien fait, âgé seulement
de vingt-six ans, quii
l'avoit connuë dés son ensance,
commença alors à lai
regarder d'un oeil moins indiférent
qu'il n'avoir fait jusque-
là. La Mere de la Demoiselle
s'en apperçut aussitost,
& le Gentilhomme
ayant laissé échaper quelques
paroles qui faisoient connoître
les sentimens qu'il avoit,
elle disposa sa Fille à l'écouter
favorablement. Son Pere entra
dans la mesme complaisance.
Le Parry luy ayant
paru assez sortable, il dit seulement
que sa Fille estant
trop jeune pour la marier sitost,
il falloir toujours ménager
le Gentilhomme, sans
prendre avec luy tropd'engagement.
C'estoit un Homme
d'esprit, qui avoit sa politique.
Il ne doutoit point que
la beauté de sa Fille ne luy
attirast force Adorateurs, ôc
il estoit bien-aise de le tenir
en état de pouvoir choisir ce
qui tourneroit le plus à son
avantage. Les chosessepasferent
de cette forte pendnt
un an tout entier. Le Gentilhomme
redoubloit ses soin
aupres de laBelle; & cetto
aimable Personne, autorisé
par ceux à qui elle devoir
tout, en ne luy montrant
que de l'estime, prenoit ini
sensiblement de tendres imi|
pressions, contre lesquelles
elle croyoit n'avoir pas à G
précautionner. Enfin parmy
quantité d'Amans qui le prés
{èntereat.,malheureufemen/
pour le Gentilhomme, un
Cavalier beaucoup plus riche
que luy, prit le dessein de r;
déclarer. Il n'avoit ven qtl':i
une fois la Belle, & çctw
il
premiere veuë l'avoir tellement
frapé, qu'il ne perdit
point de temps. Il alla trouver
le Pere, qui luy voyant
de grands Biens, reçeut sa
recherche avec beaucoup de
plaisir.LaBelle ayant eu ordre
de regarder comme
celuy qu'elle devoit époufer
dans peu de jours,sentit tout
d'un coup que son coeur estoit
plus engagé qu'elle navoit
crû. L'effort qu'il luy
salut faire pour en arracher
le Gentilhomme, qu'elle
voyoit depuis si longtemps,
avéc.- quelque (brie d'espérance
de vivre toûjours pouf
luy, luy fit connoistre qu'une
habitude agreable ne se perd
pas aisément. Sa Mere, qui
avoit aidé à faire naître les.
sentimens qu'il falloit qu'elle
étoufast, ne fut pas moinsi
touchée qu'elle de
cettel
cruelle nécenné. Le Gentilhomme
avoit tant de bonnes
qualitez, que si l'affaire euftii
dépendu de ion choix,ellcij
l'auroitpréferé, quoy que
moins riche, au Cavalier
quil
se présentoit; mais elle tachai
inutilement de gagnerlefpric;
de son Mary. Il voulut laii
chose d'une autorité si abfb-,
luë, que l'obeissance fut le
seul party qu'elle vit à prendre.
Dans ce triste état,elle
pria le Gentilhomme de ne
la plus voir, & nepût luy
refuser la vaine consolation
de luy apprendre que si on
lavoit laissée maîtresse de ses
volontez, elle auroit trouvé
beaucoup de plaisir à luy
prouver
que son coeur estoit
sensible au mérite plus qu'à
ucune autre chose. Rien ne
peut estre plus tendre que le
ur l'adieu du Gentilhomme.
il dit àla Belle les choses du
monde les plus touchantes;
& si elle ne le fust retirées
tout-à-coup sans luy répondre,
toute là vertu n'eust puL
l'empescher de laisser paroiftreplus
qu'ilne lembloijj
luy dire permis. Se voyant
contrainte de le donner à uip
autre,elle demanda du cemps'
pour y préparer son coeur
Ce futinutilement qu'elle sîjs
cette demande. Le Cavalier
devint amoureux si éperduë
ment, qu'il ne laissoit nul l'dl:
pos au Pere. Ses empressemens
alloient jusqu'a le pori
rer à l'extravagance.Pour
peu qu'on parlast de recarder,
c'estoitrésoudre sa mort,
¡& il auroit acheté de toutes
choses le prompt accomplissement
du bonheur qu'il souhaitoit.
Vous jugez bien que
le Pere qui estoit habile, le
voyant siplein d'ardeur, profita
comme il devoir de ra-
I,veuglement de sa passion. Il
donnoit fort peu de chose à |£tFille-, & ne laissa pourtant
pas de trouver moyen de luy
^aflurer par le Contract une
Dot considerable. Tout foc
signé, &le Mariage le fit en
six jours. Quoy que cette aimableFille
fust remplie eser
trouble d'abandonner ui~
Amant qui ne luy déplaisoit
pas, elle sçeur si bien le posseder,
qu'on n'en pust rien
découvrir, ny sur son visage
ny dans aucune de fZs ac-*
tions. Son coeur se soûmit àÍ
- sa raison, ôc elle parut auit
contente qu'une grande ma.
destie luypouvoit permettre
de le laisser voir. Elle ne fut
pas si-tostmariée, qu'envisageantl'étroiteobligation
où elle estoit d'aimer son
M tfV, elle n'eust en veu
quede luy donner
sessoins
&
i& toutes ses complaisances.
Si ses devoirs furent partagez,
ce fut feulement du costé de
Dieu. Encore estoit-elle si
persuadée qu'elle trouvoit
! Dieu dans tout ce qui la rendoit
agréable à son Mary,
qquu'ellenedonnoitàsesexer-
'ellene donnoit à fés exercices
de religion ôc de pieté,
qu'autant de temps qu'elle
en pouvoit ménager sans luy
déplaire. Comme il n'avoit
rien dans sa personne qui fuit
capable de 12 dégoûter, elle
l'aima véritablement, Si en
peu de temps elle se sentit si
dégagée de ce qui avoit occupéfoncoeur)
que le Cava- 1
lier en fut seul le maistre,
Mais si sa tendresse augmenta
pour luy de jour en
jour, il n'en alla pas ainsi du
Cavalier pour la Belle.
- Sa
passion avoit eu d'abord trop
de violence. La possession
l'ayant satisfaite, il la laissa
rallentir, & peu-à-peu, ce
quiavoit estél'objet detous
ses desirs, le piquant moins
vivement, il tomba dans des
négligences de froideur,
dont illuy fut impossiblede,1
se garantir. La Belle les euw
bientost remarquées; & convj
froc les continuelles marques
d'amour qu'elle luy donnoit,
comméçoient à estrepayées de beaucoup d'indiférence,
relle luy en faisoit quelquefois
la guerre, & luy disoit
[d'une manière toute enga-
[geante, que le mariage les
voit changez tous deux,
[ puis qu'ellefaisoit le person- nage d'Amant, &luy celuy
de Maîtresse reservée.Cependant
quelque déplaisir
qu'elle reçeust de ce changernent,
elle deguisa ce qu'-
ellesoufroit, peur luy paroijtre
toujours debelle humeur
& tâcher par là de le ramener;
mais quand on néglige
de remédier aux premiers
dégoûts que produit le mariage,
rien n'est plus à craindre
que les malheurs qui en
naissent. Le Cavalier guéry
de sa passion, en prit aussitost
une autre. Il fitconnoissances
avec une jeune Veuve, bien
moins belle que sa Femme,
mais dont la personne & les
manières avoient je-ne-sçayquoy
de si attirant, qu'il fit
tout son bonheur de la voir.
Ses soins firent grand éclat
ôc en peu de temps toute 1^
Ville en fut informée. La
Belle, qui avoit le principal
intérest à cette nouvelle,
l'apprit apres tous les autres.
Ce fut pour elle un coup de
tonnerre. Lors qu'elle en fut
un peu revenue, elle se crût
obligée de s'expliquer avec
luy, & ayant pris pour cela
toutes les précautions qui
estoient à prendre, elle luy
dit avec une honnesteté mêlée
de douleur & de tendresse,
que Dieu luy estoittémoin
qu'elle ne trouveroit
jamais rien a condamner
dans ce qui seroit sa joye,
que si elle sevoyoit assez
heureuse pour estre en pouvoir
de faire tout son bon- 1 heur, comme il faisoit tout
le sien, elle luy sacrifiëroit
avec plaisir tous les momens t
de sa vie; qu'elle vouloir j
éroire que ses complaifinces
pour la Dame qu'il voyoit,
estoient remplies d' inno-*
cence, mais que la malignité
des Hommes les portant à
mal juger des intentions les,
plus sinceres, ilne pouvoir
la voir
-
si assiduëment [ans
tliuoynfdaéirseFtoemrtm;qcsuie-elsatorsé?pluiéta--
licate au point d'estre blessée
de fort peu de chose; qu'il
devoit d'ailleurs le défier de
luy-mesme; que ce qui n'cftoit
d'abord qu'un amusement
de galant Homme,
pouvoit devenir une veritable
affaire de coeur;qu'il
avoit à craindre pour ses propres
intérests dele trop abandonner
aux emportemens
d'une passionqui n'a ny regles
ny bornes, & qui luy
estant infructueuse ne serviroit
qu'à luy faire perdre
son repos. Le Cavalier reçeut
cet avis fort indignement, &:
se permettant jusqu'à la rnc^
nace, il répondit à la Belle,
que si jamais elle s'avitoitde
luy tenir de pareils discours,
ce ne seroit pas sans qu'elle
eust sujet de s'en repentir.
Elle se tût, & ne chercha
plusà,le,)gagnerque par quel- ZD-f ques larmes qui luy échaperent;
mais loin d'en estre
touché, il devint plus assidu
aupres de la jeune Veuve.
Tous ceux qui voyoient la
Belle affligée,faisoient tomber
l'entretien sur ses griefs
de chagrin, dans le dessein
de la consoler. C'estoit ina."
- ]
tilementqu'ils la mettoient
sur cette matiere. Elle leur
fermoit aussitost la bouche,
en les assurant d'un virage
satisfait, que les soupçons
qu'onprenoit de son Mary
elloient fort injustes,qu'il
avoit pourelle les plus obligeans
égards, & que s'il
svaonysoit des Femmes, c'estoit
luy rien oster de sa tendresse,&
par le seul usage du
ponde. Le Gentilhomme,
oui l'avoit aimée avec tant
de passion, l'ayant rencontrée
dans une visite, elle luy
fit la mesme réponse sur ce
qu'illuy dit de son malheur;
& quelques instancesqu'il
put faire en luy demandant
permission de la voir, il n'en
pût rien obtenir.Elle demeura
ferme sur le refus, &luy fit
connoistre combien ce qu'il
souhaitoitluy seroit injurieux,
puis que tout le monde
voulant se persuader quelle
avoit lieu de se plaindre, on
publiëroit infailliblement,
qu'elle ne l'auroit reçeu chez
elle que pourlevanger des
prétendues infidélitez deson
Mary. Tant de vertu redoubla
l'admiration qu'on avoir
pour elle. Elle pleuroit dans
Ifà Chambre, se consolois ait
pied des Autels, & ne rece-
4
voit personne dans la condidence
de ses déplaisirs. On
ne laissa pas de les pénétrer,
& de chercher à les adoucir.
| On fit parler à la Veuve, *ôc
on luyreprésenta le tort quelle
se ffaalisfooiitt ddee mmeettttrree aaiinnsfii
la division dans un mariagemais
soit
-
qu'elle eust pris
trop d'attachement pour le
Cavalier, soit que sa vertu ne
sust pas fort scrupuleuse, elle ne put se résoudre à le bannir.
Ilsoupoitsouvent chez
elle.) & n'en revenoit qu'à
une heure apres minuit. À
son retour il trouvoit la Belle,
toujours complailante, toûjours
sansaigreur, & dans
une apparence de tranquillité
qui cachoit ses déplaisirs;
mais si elle s'empeschoit de
luy faire des
fo
reproches, la
veue,à ces heures-là, luy en
faisoit de cruelles. Il voulut
enfin se les épargner, & luy
dit un jour,quil rentra fort
tard, que n'estant pas juste
qu'illa fin attendre, ny qu'il
réveillast en revenant, illuy
laisseroit son Apartement à
l'avenir,&coucheroitdans
un autre. Cela fut fait dés le
lendemain, malgré les prieres
que luy fit la Belle de ne
point s'inquiéter si elleveilloit
ou non, & de soufrir
quelle eust toûjours soin de
voir s'il ne manquoit de rien
quand il revenoit la nuit.
Comme les Domestiques
n'ont point de secret, cette
espece de divorce fut sçeu'c
aussitotf dans toute la Ville.
On en conçeut beaucoup
d'indignation cotrelaVeuve
qui en estoit cause, & vous
pouvez vous imaginer lg§
contes qu'on fit de ce que le
Cavalier passoitlaplûpart des
nuits chez elle. Tous les Parens
de la Belle luy confeillerent
de se separer, mais
elle rejetta cette proposition,
comme une pensée tres-criminelle.
Elle disoit que les injustices
de son Mary, quad el-j
les seroient encore plus grandes,
ne pouvoient l'autoriser à
manquer à son devoir; qu'
elle estoit toûjours sa Fern
Ine, ôc dans l'obligation de
ne se pas rebuter d'un égarement
qui pouvoit finir; que
sa présence luy faisoittoûours
garder beaucoup de
mesures, ôc que si elle n'estoit
plus aupres de luy, il
pourroit tomber dans des
desordres qu'elle auroit sans
:eifc à se reprocher. Ces raisons
estoient d'une personne
tres-sage;mais son Pere, qui
estoit unHomme violent ôc
entreprenant, [e lassa d'y déférer.
Un jour qu'elle vint le
voir, il l'arreftamalgré elle,
&envoya dire a son Mary
qu'il la retenoit pour la mener
avec luy le lendemain
passer quelques jours à la
Campagne. Le Cavalier fit
répondre qu'il le laissoit
maistre de sa Fille, & qu'illa
pouvoit garder autant qu'il
voudroit. On fit le voyage,
&huitjours apres le Pere re.
vint, la laissant avec sa Mere,
& quelques Dames,qui s'empresserent
pour la divertir.
Elle écrivit plusieurs fois à
son Mary
,
ëenen recevant
aucunes nouvelles, elle demanda
à revenir seule, *puis;
1 • qu'on ne parloit point encor
du retour; mais elle eut beau
presser son depart,elle s'ap
perceut bientost qu'on neL
toit pas d'humeur à y
conJ
lèntir) & quon la tenoit
comme priiomuere. Deux
mois se passerent de cette
sorte, ôc son Pere l'estant
enfin venu retrouver, luy
apprit qu'il l'avoitmise en
repos, ôc que par un Jugement
qu'il avoit fait rendre
contre son Mary, elle en esÊoit
séparée de biens & decorps.
Il avoit beaucoup d' Amis
dans la Ville, où il estoit
fort consideré; &le Cavalier
ni ne demandoit qu'à vivre
ansFemme,s'estant défendu
égerement, avoit mieux ai-
Ifné abandonner une partie
de sonBien, que de demeurer
dans la contrainte où le
retenoit un reste d'honnefc
teté. La douleur que cette:
affaire causa à la Belle, suc
égale àsasurprise. Les avan-j.
tages qu'elle en retiroit nm
pûrent la consoler, & elle nd
fut pas si-tost de retour, aved
son Pere, qu'elle alla che
son Mary, desavoüant t0111
ce qui avoir ejfté fait lani
qu'on l'en eust consultée., s'ro,frant 'àddemeurer avec 1lujj
comme auparavant. Le Ca
valier traita sa soûmission d
feinte, & d'adresse concertée! •â
Il luy dit que puis qu'elle
avoit voulu l'abandonner,
qcu'e'setloleit pour toute sa vie, &
ne devoit jamais cc.
pérer qu'il la reprist. Elle refusalongtemps
deretourner
chez son Pere, mais il le voulut
absolument, & la laissa
seule
toute en pleurs, avec
protestation de ne point rentrer
chez luy qu'apres qu'il
sçauroit qu'elle en fust sortie.
Ce sentiment devertu qui la
faisoit renoncer à son repos,
luy attira de fâcheuxreproches.
Son Pere se prétcndit
offensé de ce qu'elle condamnoit
par cette démarche
ce qu'il venoit de faire pour
elle
-r & toute soûmise qu'elle
estoit à son devoir, elle eut à
soufrir des deuxcostez.Sa
patience la mit au dessus de
ces traverses. Quoy qu'elle
sçeust quelles'expodoit à Iau
violente humeur de son Pere
en se montrant résoluë à 19
quitter, elle fit prier vingt
fois son Mary de la voúloir
recevoir, & ses prieres furent
toûjourssuivies d'unrefus.
Il y avoit un an que ce di-i
vorceduroit, Ws qu'on luyj
agprit qu'il estoit tombé MQ4;
lade.Elle ne balança point
sur ce qu'elle avoit à faire.
Son devoir l'occu pant uniquement,
elle voulut luy servir
de Garde,& se rendit dans
sa Chambre sans l'avoir fait
avertir. Il ne l'eut pas plutost
apperçeuë, qu'il tourna la
telle de l'autre costé, & quoy
qu'elle pust luy dire d'honneste
& de tendre, illuy répondit
toûjours qu' elle le
laissast soufrir en repos. Sa
venuë il l'avoit si fort agité, &
entra dans une si grande
impatience de ce qu'elle
s'obstinoit à ne vouloir pas
sortir, que les Medecinsluy
conseillerent de seretirer,
dans la peur qu'ils eurent que
le sècours qu'elle venoit luy
ofrir, ne produifift un effet
contraire à ce qu'elle souhaitoit.
Elle sortit toute en larmes,
mais ce ne sut que pour
s'airester dans l'Antichambre,
où elle passa les jours Se
les nuits tant qu'il demeura
au Lit, pour pren dre foin de
ce qui pouvoir le plus contribuer
à sa guerison. On
n'osaluy dire pendant tout
ce temps, ce qu'elle saisoit
pour luy
; & quand apres sa
fantéentièrement recouvrer
on luy sit connoistre ce qu'il
devoit à cette aimable Per,
sonne,ilreçeut avec dédain
tout ce qu'on luy dit à fort
avantage, & ne voulut entendre
parler d'aucun raccommodement
La Belle
contrainte de retourner chez
son Pere, eut à essuyer de
nouveaux rebuts. Elle les
soufrit sans murmorer;mais
quoy que l'austere vertu qu'-
elle pratiquoit luy sist suporter
avec une entiere ré{lgnation
les infortunes qu'elle
méritoit si peu, elle ne put
i
;,
résister longtemps à l'accablement
où elles la mirent.
Elle tomba inssensiblement
dans une langueur, qui ef.
tant suivie de siévre, donna
bientost lieu d'appréhender
pour sa vie. La premiere
chose qu'ellesit, fut de demander
à voir son Mary. Il
dit à ceux qu'on luy envoya,
que rien ne pressoit encore,
&: qu'il la verroitquand il
seroit temps. Pendant tout
le cours de sa maladie, elle
ne parla que du regret qu'-
elle avoit de ce que son Pere
avoit fait en dépit d'elle; ôc
la
laviolence du mal l'avant
enfin emporté sur l'habileté
des Medecins, qui ne luy
promettaient pas encore
trois jours de vie, elle demanda
tout de nouveau,
mais avec les instances les
plus fortes, qu'on fist venir
son Mary. L'état où il sçeut
A.u'il la trouverait, ne luy
bermit pas de refuier ce que
souhaitoit une Mourante. Il
s'approcha de son Lit, & en,
royant la mort peinte sur
on virage, il ne laissa pas de
remarquer dans ses yeux
toute
la tendressequ'une
Femme doit à son Mary.
Elle le conjura d'abord de
luy pardonner la séparation
forcée quiavoit pû donner
lieu à son entier refroidissement.
Elle l'assura qu'elle
ne gardoit aucun souvenir
desinjustices qu'il luyavoit
faites; luy dit qu'elle mou-,
roit d'autant plus contente,
que depuis longtemps la vie
luy estoit insuportable, non
feulement parce qu'elle n'avoit
pû se rendre digne desa,
tendresse, mais parce que
cette vie qu'elle se voyoit,
preste de quiter, estoit un
..811
obstacleàsonsalut, que les
assiduitez aupres de laDame,
quiestoit pour luy plus aimable
qu'elle, toutes innocentes
qu'elle les croyoit,
ne laissoient pas de causer un
scandalegénéral, qu'il alloit
estre en pouvoir de le reparer en l'épousant; qu'elle le prioit
de le faire si-tost qu'elle
-
seroit
morte, & en mesme
temps de n'avoir des que yeux
pour elle feule, & de ne
soufrir jamais qu'aucune au- tre Femme partageast son
r coeur que Dieu qui par sa
bonté pardonne souvent les
premieres fautes, s'armoit
de rigueur contre les secondes
; qu'elle luy souhaitoit
dans ce nouveau mariage
tout le repos & tout le bon
heur qu'elle eust tâché de
luy procurer, si elle eust puj
se faire aimer veritablement;
& que si apres sa mort, [es
- prieres pouvoient avoir quel-i
que force, elle n'en seroit
que pour attirer sur luy les
graces du Ciel. Elle ajouta
beaucoup d'autres choses qui
sirent pleurer tous ceux qui
estoient présens; & s'estants
tournée vers son Confesseurs
elle luy parla encore, & expiraun
quart-d'heure apres,
On ne sçauroit exprimer
l'effet que ce discours,& la
mort qui le suivit
,
firent sur
l'esprit du Cavalier. Il demeura
immobile, ôc dans
une espece de stupidité, qui
luy osta toute connoissance
Il ne pleura point, il ne parla
point, & se laissa remener
chez luy sans sçavoir où il
alloit Si-tost qu'il y sut, il
se jetta sur un Lit, où ayant
passé plus de trois heures
sans dire un seul mot, il poussa
de longssoûpirs, versa quelques
larmes, -& dit qu'il estoit
le pluscriminel de tous les
Hommes. Ses Amis le vinrent
voir, & crûrent d'abord
que sa douleur estoit affectée;;
mais il en donna des témoignages
sivifs, qu'ils virent?
bientost qu'ilenestoit pénétre.
Il rappelloit toute la
vertu & tout le mérite de sa
Feti-irne, & [e voyant cause
de sa mort,il détestoit l'aveuglement
qui l'avoit perdu.
La jeune Veuve luy envoya
faire compliment, & il pria
qu'on luy répondist ce qu'on
voudroit. Il passa la nuit dans
il
un état pitoyable, régla tout
le jour suivant quelques assaires,
& sur le soir, il se retira
dans un des plus austeres
Convents de la Ville. La plûpart
voulurent croire quil
navoit choisy cette retraite
que pour mieux cacher aux
yeux du monde l'embarras
où il estoit d'avoir à se contrefaire
, &: on se persuada
qu'il en fortiroit peu de jours
apres. La Veuve le crût comme
beaucoup d'autres, &
n'en eut pas grande inquiétude;
mais il y passa trois
mois entiers sans y vouloir
recevoir aucune visite, & on
fut fort étonné lors qu'apres
ce temps on luy vit prendre
l'Habit. Ce changement fit
beaucoup d'éclat. Chacun
vouloir démentir ses yeux;
& laDame qui s'estant flatée
d'estre maîtresse de ses vOJ!'-
lontez, avoit peine encore à
croire qu'il pust se réfoudreà
l'abandonner, mais il
deJ
meura inébranlable dans sa
résolution. L'année de son
Novitiats'écoula, & il fit ses-4
Voeux sur la fin du mois de
Juin dernier. La Veuve desesperéed'avoir
hazardé
si
gloire inutilement, n'a pû
soufrir le mépris où elle s'est
veuë dans toute la Ville. La
honte l'a obligée de se retirer
à six lieuës de là dans une
Maison de campagnequi est
à elle, & on ne croit pas
qu'elle en revienne si-tost.
Le Roy ayant convoqué
les Etats de Bretagne à Vitré,
Mle Duc de Chaunes en
fit l'ouverture le Lundy 2. du
mois d'Aoust. On avoit drestfé
dans le Palais un grand
Théatre, tendu tout autour
de Tapisserie. Au fond du
Théâtre estoient les Sieges
des Présidens des TroisEtats
M de Lavardin Evesque de
Rennes, occupoit celuy de:
la droite, comme Président
du Clergé. M le Marquis de
Coislin avoit celuy de la gauche,
comme Président de lai
Noblesse, en l'absence de:
Mr le Duc de Rohan, quii
n'arriva que quatre jours
après; & Mr l'Aloüé de
Rennes estoit au dessous du.
Clergé,comme Président du
Tiers Etat. L'on avoit placé
des Siegesélevez, l'un pour
Mrle Duc de Chaunes Gouverneur
de la Province; &
les autres plus bas, pour Mr
de Lavardin Lieutenant de
Roy, & pour Mrs les Commissaires.
Les Trois Etats
estant assemblez, députerent
elon lacoûtume, vers Mrle
Duc de Chaunes, qui estoit
ttogé au Chasteau, pour le
prier de venir faire l'ouveraure.
Il fs rendit au Palais,
ccompagné de M" de Lavardin
& deCaumartin,Com-
,, miÍfaires du Roy, &: de beaucoup
de Personnes de la rmiere pre- qualité, précedé des
ii.Maréchauffées, à la teste deslqudlcs
estoit Mr le Grand
Prevost, & de lesGardes
ayant leurs Casaques veftuësi
&le Mousquet sur l'épaule
-
Lors qu'ils furent arrivez à la
Porte du Palais, les Etats dé-
, puterent les plus confidérables
de leurs Corps pour les
recevoir. Ils entrerent au son
des Trompetes, & ayant salüé
les Dames qui estoient
dans un lieu élevé, ils prirent
chacun leurs places. Mr le
Duc de Chaunes parla le premier,
témoignant avec l'éloqutnce
qui luy est ordinaire
la naturelle inclination qu'il
a pour le bien de laProvince
4-' le Marquis de Lavardin
parla apres luy; & en fuite
vt1 de Caumartin ayant remontré
les grands soins que
brenoit Sa Majesté pour la
sonservation de ses Sujets, &
aprincipalement pour ceux de
Province de Bretagne, en
les maintenant dans leurs
tParnivt ileges, & en leur facilile
Commerce, par le
grand nombre deBastimens,
de Ports,&de Havres,qu'Elle
fait coftruire incessamment,
il dit qu'il ne doutoit point
que MrsdesEtats naccordas.
sent lessommes ordinaires
d'un Don gratuit, d'autant
plus considérables,quele
Roy avoit pour eux de grandes
bontez,& qu'ils pouvoient
faire monter ce Don
à deuxmillionsquatre cens
mille livres, qui font deux
cens mille livres de plus qu'à
la derniere tenue des Etats.
Cette somme ayant estéaccordée
tout d'une voix, l'Asfemblée
se sépara. Le reste
du jour fut employé à se divertir.
Les Trompetes, les
Hautbois, & les Violons, se
faisoient entendre par tout.
Les Dames estoient dans
eur plus magnifiqueajustenent,
& parmy elles on
oyoit briller Madame de
avardin,&Madame laMarquise
du Bois de la Roche.
..le lendemain, les Etats s'asemblerent,
& les Tables
estant ouvertes, il se trouva
grande Compagnie au Dîné
ie Mrle Duc de Chaunes,
qui fut servy au ion des
Trompetes, & des autres
instrumens. Chacun ne pensoit
qu'à faire grand'chere,
lors qu'une Lettre qu'on luy
apporta le fit changer de
visage. Tout le monde rc;
marqua que cette Lettre lUI
apprenoit quelque chose de
fâcheux. Ce Duc soûpira,&
dit tout haut; Trompetes
Hautbois, & Violons, taife^\
mous;&vous, Mtiîleursepleurez
avec moyla perte que 7<<!
France vient de faire par IÀ
mort de la plus grande, de laà
plus de la pltH pieuses
Princesse, qu'elle ait jamais euë
pour Reyne. On sortit de ta,
ble, &: ce fut bientost dans
toute la Ville une désolation
générale. Chacun - prit lcj
deüil,&oncongédia les Comédiens
qui devoient faire
Ce jour-làl'ouverture de leur
Théatre. Les Etats ont duré
un mois,& pendant ce temps
on a travaillé aux Affaires de
la Province. Les Dames se
sont diverties à la promenade
du Parc, qui est la plus belle
de la Province. Tout le monde
a admiré le Parterre, & les
choses curieuses que Madame
la Princesse de Tarente
ayuassfiait placer. Elles se sont
promenées au Rocher,
Maison de plaisance de M le
Marquis de Sevignié, qui les -a régaléesplusieurs fois. Il
ne s'est rien fait de considérable
dans tout ce temps,si
ce n'est la Conversion de
MRebondi, qui a abjuré
entre les mains & par les instructions
de M l'Evesque de
Rennes. Il eH: fort sçavant,
âge de 56 ans, & d'une des
meilleures Familles de Vitré.
M des Mordeaux, S' de la
Bourgeaudiere, son Parent,
avoit déja fait la mesme abjurationà
Rennes.
La mort de la Reyne ayant
causé un deüil general en
France, on en a donné des
marques par tout, & en toutes
choses. Je vous ay déja
mandé que cette mort avoit
fait suprimer dans les Colleges
les Jeux de Théâtre, qui
précedent tous les ans la
distributiondesPrix. Cette
distribution se fit au College
l'Harcourt le Mardy 24. du
derniermois, apres qu'on eut
fait entendre les Eloges de
cette vertueusePrincesse. Ils
inrent lieu de la Tragédie
que l'on devoit représenter
dans la Court, & dont les
préparatifs estoient déja fort
avancez, lors que cette perte
changea toutes les réjoüiss~
anncceess en ttrriiésetes srereggrertestsLL''oonn
abatit le Théâtre qui dévoie
servir à la Tragédie, & YÔXÉ
en dressa un autre
danshl
Salle, sur lequel Mrle Chevalier
Turgot de S. Clair pro-t
nonçauneOraison funebre,
avec autant de grace que de;
hardiesse. Toute rAuemblés
qui estoit nombreuse,& conin
posée de Personnes confidé-*
rables par leur qualité & pari
leur sçavoir, luymarqua par
ses loüanges combien oni
eOEÔit content de cette Ac-
- tion. Douze autres reciterent
des Vers Latins & Fransois
de plusieurs sortes,& ils
furent tousécoutez avec plaisir.
La Salle estoit tendue de
noir, avec desEcussionsaux
Armes de la Reyne. Il y
avoit une tres-belle Décoration
en peinture, éclairée de
plusieurs Lustres
,
& dans le
fond duThéâtreestoit la représentation
d'un magnifique
Tombeau.
Les Députez du Parlement,
de la Chambre des
Comptes, de la Cour des
Aydes, & de la Cour des
Monnoyes, s'citant rendus
a Fontainebleau, y firent les
Complimens à Sa Majesté
sur la mort de la Reyne le
Mercredy 18.Aoust Ils furent
conduits à l'Audience
par Mrle Marquis de Rhodes
Grand-Maistre des Cérémonies
, & par M de Saintot
Maistre des Cérémonies.
Mrle Marquis de Seignelay,
Secretaire d'Etat,les présenta.
Voicy ce que M de No-,ion.,
Premier P sident du Parlsement,
dit au Roy. IRE,
IlfautqueDieu ait bienaimé
la France, pour luy donner un
Roy comme VÔTRE MAJESTÉ',
Il faut que h France l'ait bien
offinct, pour luyoster une Prin-
:e/Jeaujjivenueuje que laReyne.
Voflre valeur, SIREy efl venue
I hout de tout ce qu'Elle a entrepris.
Rien ne luy a pu rififler;
le Ciel ria jamais rien refusé
zux prières de la Reyne.Quand
Elle ejioit parmy nom, tous set
fouhatts epoient pour V. MAJESTE
; & dans le Ciel ou elle
rstJ nous fçavons que ses voeux
feront toujours François. Nota
efiérQn$> SIRE, que cejl icy U
derniere perte quefera V.MAjESTE,
fT que ce que le CielA
retranché des jours de cettegrande
Reyne, fera joint aux wfln
fourrlulaprporlootnogner.» Régnez
SIRE, régne7^ btureux. R.
gnez longtempspour noflre bon
heur,&pour celuy de la Frana
Cefontlesfouhzits que font in
ceff-'.mmentpoury. MAjESTB
ses très-humbles 1 éY, , tru-obeïjfa
&très-fidflies Sujets.1
Ce Compliment reçeu
beaucoup d'aplaudissement
Il me seroit inutile d'en ~rie
dire, puis qu'il parle assez cï
luy-mesme. Ceux deMN
colaï, Premier Présidenti~
la Chambre des Compre
& de Mrle Camus, Premie
Présidens
Présidens: de la Cour des
Aydes, leur attirérent de
grandes loüanges. Mr de
Chauvry, Premier Président
de la Cour des Monnoyes,
fit en ces termes les Complismens
de sa Compagnie. IRE,
Nous estions encore dans la
ioye de l'heureux retour de V.
yiAjESTE'i elle pamjjbit sur
nos vifkges
3 t? sa conduite
werveilleufe jrajoitnostre plus
ordinaire entretien.Aprésent
kont ejimalheureusement changé.
Dn Toit une conflernation bitblique
& univerfelie. L'exemple
de la charité & de la bonté>
la vertu dr la pieté »jefme., riesi
plus,,ije dans cet accidentfun('fttl
il ne nous refle que des pleurs &-
des gémiJlèmens. Nous n'entre,
prenonspas,SIREylaconsolation
d'une perte aujjifenftble que celll
que V.Majeste'vient de faire.
EUe la trouvera dans la gram
deur defin ame3& dans lafore
de son esprit. Nousvenons nom
consolernous-mesmes par la pr£
fencede V. MAjEsTE'. Elle
t:.J¡
lajource de nos efpérances3 g h
remede a nos maux. Nous /!
fuplhns avec un profondrefpeft
dagreer le devoir, que luy rend
en cette occafton de douleur, une
Compagnie pleine de %ele &
d'affeélion pourfon[ervice.
Le mesme jour, Mr Pomereu,
Prevoit des Marchands,
fit les mesmes Complimens
de condoléance. Il
estoit accompagnédesEchevins,
& des autres Officiers
de la Ville. Deux jours apres,
le Grand Conseil s'acquita
du mesme devoir par la bouche
de Mr le Président Barentin.
Il parla avec beaucoup
de force & de grâce.
Le Dimanche22. du mesme
mois, MrRanucci, Evesque
de Fano, Nonce Extraordinaire
de Sa Sainteté, fit
son Entrée publique à Fontainebleau.
Il estoit à Moret,,
où Mrle Prince de Lislebonne,
& Mrde Bonneüil Introducteur
des Ambassadeurs,
l'allerent prendre avec les
Garrosses du Roy, & de
Madame la Dauphine, Suivis
de ceux de Monsieur,,
de Madame,.& des Princes
& Princesses du Sang.
Apres qu'ils l'eurentconduit
à l'Hostel qu'on luyavoit
préparé,Mr le Marquis de:
Gelvres, Premier Gentilhomme
de la Chambre, le
vint complimenter au nom
du Roy, M le Marquis de
Belfonds, Premier Ecuyer de
Madame la Dauphine, au
nom de cette Princesse; ôc
M le Duc de Choiseüil, Premier
Gentilhomme de la
Chambre de Monsieur, &
Mrle Marquis de Bron, Premier
Ecuyer de Madame,
au nom de Leurs Altesses
Royales. Le Lundy 15. il eut
Audience publique de Sa
Majesté dans le grand Aparrement
de la Reyne, qui
estoit tout tendu de Drap
violet. LeMardy24.leRoy
luy donna une feconde Audience
dans la Chambre du
Lit à la Ruelle. Des deux
costez de Sa Majesté, efl
toient Monseigneur le Dauphin,
Monsieur, Monsieur,
le Duc, Messieurs les Princes
de Conty,& de la Roche-fur- 1
Yon, & les principaux Seigneurs
de la CourôeOSciers
de la Couronne. Vous obferverez
qu'à ces Audiences,
tous ces Princes&Seigneurs
estoient en Manteau & en
Rabat, & les Princesses Se ]
- à
Duchesses en Mantes, &que
la Cour estant fort grosse, ces,
ASemblées avoient quelque;
choses de grand, malgré le
noir des Habits. Toute la
Suite de M leNonceestoit
aussi en Rabat & en Manteau.
CePrélat ayant donné
au Roy un Bref du Pape,
SaMajesté passa dans le grand
Cabinet, où Mrle Nonce luy
présenta les Langes benitsde
la main de Sa Sainteté, &
envoyez à Monseigneur le
Duc de Bourgogne. Le Roy
les trouva tres-beaux, & en
fuite toute la Cour les alla
considérer. Tout est chargé
des Chifres du Pape, & dci
ceux deSaMajesté,deMonseigneur
le Dauphin, de Madame
la Dauphine, & de
MonfcicrneurleDuc deBourgogne.
Le fond en est b)eu..
Il y a cinq Langes,deuxCarreaux)
un Manteau Ducal,
une Epée, & un Ceinturon
enrichy de Pierreries,
avec des Miniatures tresfines.
Le Linge efi: tout de
Point de Venise, avec des
Chifres, & des figures d'Animaux,
& des Armes d'un
travail fort singulier. Il y aa
environquarante Pieces de
Point, qui sont propres à un
Enfant, avec trois Cofres de
Velours cramoisy, garnis
d'argent. les anneaux, les
pieds, & les serrures, aussi
d'argent. Au sortir du grand
Cabinet duRoy,Mr leNonce ut conduit chez Monseigneur
leDauphin,chezMonsieur,
& chez Madame; &
toutes ces Audiences estant
î" finies, on le remena à son lHostel. Mr Langlois, Maistre
[ d'Hostel du Roy, le traita
magnifiquement pendant
t quatre jours par ordre de
,
Sa Majetté,
Le Mercredy 25. les Ministres
EtrangersCatholiques
qui sont à la Cour, firent les
Complimens de cõdoléance
sur la mort de laReyne,dans
le grand Apartement. Ces
Audiencesn'eurent point de
rang. M Rezzini., Envoyé
Extraordinaire de Mr le Duc
de Modene, y fut conduit le
premier, & après luy)l'Mtle
Nonce, Mrl'Ambassadeur
de Venise, Mr l'Ambassadeur
de Savoye, Mr l'Envoyé de
Portugal, & Mr l'Envoyé de
Mantouë. Ils furent menez
en fuite à l'Audience de Monbigneur
le Dauphin, & de
Monsieur.L'apresdînée ils
llerent tous dans le mesme
rdre côplimenter Madame
Dauphine. Toutes les Danes
du Palais, en Mantes de
rêpe à grades queuës,estoiét
.es deux costez du Fauteüil
le cette Princesse, avec ses
illes d'honneur. Ils se renlirent
de là chez Madame,
qu'ils trouverent aussi acompagnée
de plusieurs Danes,&
de sesFilles d'honneur.
-
Le Roy ayant marqué le
8. du mois d'Aoust, pour
ecevoir le Compliment de
l'Académie Françoise sur lamort
de la Reyne, cette
Compagnie se rendit à Fontainebleau
le jour de devant,
& le matin du 28. elle s'afsembla
dans la Salle des SuiC
ses, proche celle des Gardes
du Corps. Sur les dix heures
du matin, MrleMarquis de
Rhodes, Grand-Maistredes
Ccrémonies de France, l'yi
vint prendignt Mr Charpentier, qui devoit
porter la parole, & qui marcha
accompagné de Mr l'Evesque
de Meaux, Chaniï
celier de la Compagnie. En
uite marchèrent selon l'or-
Ire de leur reception, M"
le Villayer Doyen des Coneillers
d'Etar, le Duc de Saint
Aignan,l'AbbéTestu,l'Abbé
rallement le jeune, le Marquis
de Danjeau, l'Abbé
Renier,Quinault, M l'Archevesque
de Paris,Mrs
Perrault, l'Abbé Fleschier,
Racine, & Rose Secretaire
du Cabinet. Mrle Marquis
de Seignelay, Secretaire dEtat,
qui les vint recevoir à la
Porte de la Chambre, les présenta
au Roy qui estoit assis,
ayant à sa droite Monseigneur
le Dauphin, debout
&à gauche Monsieur le Duc:
-
& plusieurs autres Princes 8!
Seigneurs; & apres deux
profondes revérences, M
sCharpentier die. 1, ,.': -..N IRE,: Il efl arriveenfin dans la 'vii
deVOSTRE MAJESTE'un cv?
nement dont il nous Jeroit plm
Avantageux de nous taire que dl
parler. La ,fi,ge"jfeJde njos Comfeilsy la profperitédeVGSArmctt\
'Uos Victoiressuos Triompha, on
Jervyjufcjuàpresent de matier
£Ànosdifcours. Nous n'avons tp
in peine que de trouver des paroles
assiz nobles pour répondre
à la dignité de nestre fujct; aujourdbujjSjRE.
nousirenffaurions
trouver qui répondent à
l'excès de noflre douleur;& loccajton
qui nous amene devant
V.M.semble ne demander que
le fi/ence. Il faut étouffer dans
le fonds de nos coeurs nos plus
tendra ressentimens,pournepoint
aigrir la playe dont toute la
France vient d'estrefrâpée. Il
faut dérober à l'incomparable
Rryne que nous pleurQns) les
Eloges qui luyfont deubs, de
crainte de retracer àvosyeux les
funfies images de sa mort précipitee
Pardonnez-moy donc,
Divne Princtjje,qnimentendez
du Ciel, où vous frez dé-
Jformais un des Ames tutdaires
yde la France, sipaurlant dansun
Palais dont vous dtvek esté le'
bonheur eg- l'ornement, je ne dis
rien
3 rien., nn~yy de vofireaugujle naif- vol,,,r
fame, ny deyoflreferventepiete,
ny de vofire tendresse cordiale
envers les Pauvres, qualitést
rare dans les Personnes de vofire
rang, ny de vostre heureuse fécondité
quiaaffermy le bonheur,
de l Etat, ny de tous les autres
avantages
perissablesque la chain
Jr le fang vous avoient donne
ry de toutes les Couronnes que
vous ave% portées5 puis que vous
n pojjede% une dans le fein de
a DivÍnité, qui effacel'éclat
le toutes les autres. Pardonne%-
ttoy, si je ne wMtechc point À
tint de titresfiublimes, qui vous
voient élevée presque au dejfits
'e" la condition humaine; aujJiieny
dans quel esprit pourroisje
Yentreptendre en présence de
loflre augufle Epouxf Si cejl
our exagérer la grandeur de
ostre perte:) ne 4.t-ilpassentie
lusvivement que nous? Si cejt
our l'en consoler efi-ce de nous
qu'il Attend lesgrandes réfoltttions
qu'ilsçaitprendre? Non,
SIRE,voflre confiance ne doit,
point estre l'effet des exhortation#
d'un Orateur) elle ne peut eflrcf
que le fruit de voflre propre cou-.
rage. Tout efi original dans les,-
Hé*r,os -/ r comme "vous; ilsfont leJ
grands exemples3 ils ne
les imitentpoint.
Leurs ttélionsfOntlest
idées de nos préceptes, nospréceptes
ne font peint les motifs de
leurs aftions. Le Cielqui veilla
fivifiblementfurvoflre Perfonm
sacrée, &qui vous a fourny le,
occasions d'exercer tant devertuà
de magnificence&d'éclat, vom
devoitaufifairenaître une ocmfionpour
exercervoflrepatience
ty"vojlreforce. IllasaisySIRE*.
.*n un temps que V. M. ne sy
tttenddit pas. Il njom a surpris
ïar cette njijtte douloureuje; Sh
;ombien defois vous a-t-ilfurpris
ïar des njiïloires& par des conjueflas
au delà de vojhe efpéwnce
? Peut-estre qu'en ce moment
mefyitilvousprïpare quelque
nouvelle gloire que toute la
brudence humaine ne sçauroit
découvrir. C'est par ces coups
immpprree-vveeuuss, qu'il diflingue du , qu 1
commun des Roys, ceuxsur qui il4
imprimeplusefficacement lefcellu
dept toute-puissance. Il ne fdi
faut-rien que desurprenant,ilnejm
fautrien que d'extraordinaire dan
une vie toute pleinedemiracles,
En suite, l'Académie pait
dans le mesme ordre à FA
partement de Monseigneu
le Dauphin, à qui M Char
pentier dit. MrONSEIGNEVK, •
LïAcadémieFrançoise aura
fort dejiré3 que la premiere sa
quellevotu rendses tres humbl
reJpeÛs3 c'eufl esté pour un fup
moins trisse que celuy-cy.Ain
son devoir ne luy Uijfant pas
liberté du choix, elleJe tient toûjours
tres- honorée de paroiflre
de'VdntVous, en un temps ou devantVous,entempson
les Premieres Compagnies du
» Royaume s'emprejjent de vous
témoigner la part qu'elles prennent
a vojîre douleur. Les faveurs
que nous avons reçeues de
Louis LE GRAND, ont surpassé
-
nos eJpéranceSj & nous devrions
vous en parler, si nous osions
*
mcflernostre reconnoijjance avec
la trifJefJè, & si vous pouviez^
maintenant écouter autre choft
que des soûpirs @r des plaintes.
- La mort denoffre auguste Reyne*
çccupe aujoudr huy toutes vos
pensees& tentes les noflres, &
mus crânons mesme faire un
effort injuste, si nous voulions
nous eppofer aux mouvemens de
vostre tendresse & de voflre
pieté. Ilfaut, MONSEIGNEUR,
vous latffir le temps de vous accoutumer
aune Réparation si
a4m~~erref c&~' si p~ef~u a~ttfendue'. Il
sfiasuert vous laissèr le temps de prodessecours
que vous pouve%
tirer de la Philosophie & de
l'étude des bettes Lettres. Véritablement
a vous regarder de ce
co/fe-la, vous paroifif% invincible
aux paifions, apres vous
ejîre fortifié avec tant de foin
eontre toutes leursattaques.Mail
à dire la vérité, la Philosophie
riapointpourbut>d'éteindre dans
un bon coeurJ tous les fentimtm
que la Nature jnfpire. Elle ne
défend pointau Sage de s'affliger
quelquefois, elle ne prétend pas e transformer en une Plante insensible3
ou en une Statué qui
marche. Il efljufle, ilefi honefle.,
defentlr vivement les grandes
pertess qui ne se peuventjamais
reparer. Permettez-nous seulement
de vous dire3 MONSEIGNEUR
J que le Fils de Loiiis
LE GRAND ne doit point avoir
de douleur inconsolable, tandis
que le Ciel nous conservera,Jon
aurufte Pere.
De là, cette Compagnie toûjours
conduite par le Grand-
Maistre des Cerémonies, se
rendit chez Madame la Dauphine,
àlaquelle M CharpMentier
parla en ces termes. ADAME,
La prrtf que la France vient
JefÚre;, vous doitavoir eftétresfinfible.
Vous 4vez perdu U
meilleure de toutes les Meres,
nous avons perdH la plus vertueuse
de toutes les Reynes. Ceux
qui s'approchent des Personnes de
vofirc
4
qu- vanre rang en de pareilles occ*
ions,semblent avoir dejjein de
es conjoler. Oferay
- je dires
MADAME, que c'estattjourd'huy
ont le contrairey que cest
',Tous qui nous confoltz ? Le
3rince que vous nous a'L'eZ
lonné, celuy que nous attendons
le Vousfont les remedes infailiblesanoflre
deulenr. Parcez
[âges Précieux, le Sang de '0 CI> JOÜIS LE GRAND estassuré
nos Descendans, il n'y a point
'n.,fT 'i(' ,
]e tnitr)}'? qui puijje tenir contre
me penfec.D'ailleurs, MA-
)AME, qui peut nierque la D'i-
Jine THERESE en difùaroifîant
*N no- syeux c w J , ne foitentrée dans
la gloire ? C'est de 14 qu'Elle
obtiendra de nouveaux Triomphes
A sonaugujleEpoux,aÇm
cher Filsy($fà toute voflre Royale
Poflérité. Donnons donc À lA
Nature & À la coûtume, le$i
larmes, les crêpes, & toutcet
Appareilfunebre ; mais gardons-,
nous bien de pleurer àla maniera,
ordinAire, une Princejje dont le
nom fera révéré sur nos j4utelsi{
& dont la mortfera quelque jour
une de nos Fefies.
Ces trois Discours reçeurent
les applaudissemens des
toute la Cour, & vous ne
-f
nous en étonnerez pas, Malame,
sçachant qu'ilsfont de
vif Charpentier. Les beaux
Ouvrages qu'il a publiez par
e passé, & les deux Volumes
qu'il vient de nous donner
ouchant l'Excellence de It
langueFrançoije, justisient
assez que sa réputation n'est
ras établiepar cabale. Vous
érezpeut-estre bien-aisè de
çavoir le jugement qu'un
grandMinistre d'Etat avoit
ait de ce dernier Ouvrage
eu de temps avant ia mort,
quand il dit, Que léloquence
avec laquelleAirCharpentier
avoit soûtenu l'Excellence d)
nostreLangue,estoit la plus con1
vancante desespreuves; je no
vous en diray pas davantage;
puis qu'il n'y a pas deux avir
sur ce sujet. Il vous souviens
dra sans-doute, qu'il yacincî
ou six ans, que Mr Char
pentier fit imprimer un au
tre Livre, intituléDésence d
la Langue Françoise, pour
lln\
scription de VArc-de-Triomphé*
dans lequel il fait voir par de:;
argumens invincibles, qui
l'Arc- de- Triomphe qu'on
éleve à la gloire de Sa Ma.1
jesté, doit estre accompagnJ
d'une Inscription Françoise.
c'est ce premier Volume qui |taie naître les deux derniers, ù il acheve d'établir si fortement
lemérite & les droits
de nostre Langue, qu'il n'y a
plus que la prévention & l' opiniâtreté
qui s'y puissent
opposer. 9 Le Jeudy 2. de ce mois, Mr
de Spanheim, Envoyé Extraordinaire
de Mrl'Electeur de
Brandebourg, fut reçeu à
l'Audience de Sa Majesté, à
laquelle il fit les mesmes
Complimens de condoléance
, ôc en suite à Madame la
Dauphine. Comme Mon
seigneur le Dauphin estoi
alors à Paris, ainsi que Leur
AltesesRoyales, il ne les 6
à ce Prince que le 7. non
plus qu'à Monsieur & à Ma
dame.
Le Mardy 6. l'Universit
remplit les mesmes devoirs
la parole estantportée par
MrTavernier, qui en est Recleur.
Par sesStatuts, elleni
doit jamais sortir de Paris
mais il n'en est point de Í;
anciens, dont lacrrandeur-dii
Roy ne dispense.
L'Estampe que je vous en*
voye, contient un Piodige
fort particulier. Un Boucher
de Marni en Italie, ouvrant
un Mouton il y a deux mois,
trouva dans son ventre toutes
les Figures que l'on voit
icy marquées. Celles des
Couteaux estoient de couleur
de sang,du coste que l'on
s'en sert pour couper. Cest
ce que le Marquis Petrella a
écrit de Pérouge, comme témoin
oculaire, au Seigneur
Hippolito Ricci de Florence.
Ils croyent que ce Mouton,
Animal timide de sa nature,
avoit veu les Couteaux sanglans,
avec l'ombre de la
Tour, dans la Boutique di,
Boucher, & que cette veui
avoit fait les mesmes impres
sions dans ses entrailles, que
la veuë de certains objets fai
aux Femmes grosses.
J'aurois tr°llaà dire, si je
vous parlois de tous les Ser.
vices qui ont este faits pour
le repos de l'ame de laReyne
mais je les remets juiqu'au
mois prochain, pour venir à
celuy de S. Denys, dont k
détail est fort long. Jamais
JOn n'a examiné sià fond ce
dtÙ regarde les Cerémonies.
que dans cette occasion, &
jfe vay vous dire des choies
qui n'ont point encore esté
remarquées,ny imprimées
dans aucune Relation. Ainsi
Ifce que je vous manderay
fera peut-estre digne {\'efire
tonfèrvé,parl'utilitéqu'on
en peut tirer un jour.
Le Corps de la Reyne
„ ayant etté transporté du milieu
du Choeur de S. Denys
dans la Chapelle haute, y a
reposé fous une Chapelle ardente
jusques au jour qui a , précedé celuy du Service (o- ;
lemnet qu'on a fait pour finhumer.
Des Gardes,& deux
Religieux, relevez de temps
en temps, ont toujoursesté
auprès du Corps. Mr l'Abbé
d'Hantecour, Aumônierde
la Reyne de quartier, estoit
de cetiombrcimais il y avoit
cette diference, quen'estant
point relevé, on peut dire
qu'il n'a point abandonné le
Corps jusqu'àcequ'il ait esté
mis dans la Sépulture. Comme
la Maison de la Reyne
n'eitoit point rompuë,& que
les Tables estoient servies à
S. Denys, les Officiers y venoient
les uns apres les autres.
Quelques Dames venoient
aussi de temps en
temps de Paris pour garder
le Corps, quoy qu'elles n'y
fussent plus obligées que par
leur zele pour la Reyne, qui
y faisoit souvent venir des Personnes
de la plus haute qualité.
On a aussi remarqué une
Dame, qui estoit siattachée à -
cette Princessepar devoir, par
inclination, &par l'honneur
qu'elle avoit d'en estre estimée,
quelle n'a pas quitté le
Corps un moment. Depuis
cinq heures du matin jusques
àune heure apres-midy, on
disoit des Mésses chaque joufl
pour le repos de son ame, &
chaque jour on faisoit un
Service. Le Corps fut misau
milieu du Choeur leMardy
31. du derniermois.
Le jour précedent, les
Compagnies furent invitées
au Service solemnel de cette
Princesse par Mrde Saintot
MaistredesCerémonies de
France. Il se trouva sur les
sept heures du marin à la
Sainte Chapelle du Palais a
Paris, où se rendirent le Roy
d'Armes, sixHérautsd'Ar-
:mes de France, & les trente
urez Crieurs. Ils allerent en
a Grand' Chambre du Parement,
& en suite aux autres
Compagnies, en cet ordre.
Les Six Hérauts d'Armes
marchoient deux à deux en
Robes de deüil, la Cotted'Armes
par dessous, qui est
de Velours violet, &unChaperon
aussi par dcfïiis, le
deüil rabatu sur l'épaule. Ces
Robes estoientsemées de
trois grandes Fleurs-de-Lys
d'or, & marquée sur la Manche
d'une Devise, ou Titre
particulier, comme Charolois,
Xaintonge, &c. Ils
t
avoient chacun un Caducée
à la main, voilé d'un Crêpe.
C'est un Baston couvert de
Velours fleurdelisé.
Le Roy d'Armes de France
suivoit seul, vestu comme les
six aurres, &ayant comme
eux un Chapeau en forme
de Toque, avec un long
Crêpe. Sa queuë traînante
estoit portée par un Domestique,
& son Caducée diféroit
des autres,à cause d'une
Fleur-de-Lys d'or qui estoit
au plus haut de ce Caducée,
que quelques-uns nomment
Sceptre.
Mrde Saintot, Maistre des
Cerémonies,venoitseul apres
e Roy d'Armes. Il estoit
vestu d'une Robe de deüil à
ongue queue, portée par un
le ses Domestiques, ayant
un grand Chaperon de deüil
enversé sur le dos, le Bonnet
quarré en teste, l'Epée au
costé,&le Baston de Maistre
les Cérémonies à la main.
En suite alloient les trente
Jurez Crieurs de la Ville de
Paris, en Robes de deüil, le
Bonnet quarré en teste, tenant
des Clochetes, & ayant
au devant & au derriere de
leurs Robes, des Ecuubns
peints aux Armes de la Reyne
Lors qu'ils furent arrivez
en la Grand' Chambre, l'Audience
estant ouverte, M de
Saintot, MaistredesCerémonies
, prit sa séance apres le
dernier des Conseillers; &
leRoy d'Armes, &les Hérauts,
demeurerent debout
& couverts derriere le Barreau,
& les Crieurs testes
nues en forme de demy cercle.
Le Maistre des Cerémonies
avant dir à la Cour les
ordres qu'il avoit du Roy,
pour l'avertir de se trouver
au Service & à l'Inhumation
de la Reyne à S. Denys, ôc à
Nostre-Dame de Paris, il
présenta la Lettre deCachet,
iue Mrle Premier Président
nit entre les mains d'un des
conseillersqui en fit la lecture;
apres laquelle, Mr le
reiiiier President dit, que 1.4
'::ouY'_exécuteroit les ordres de St
Majesté. Alors le Roy d'Armes
dit; JurezCrieurs, faites
vostre devoir. Au mesme ins-
:ant, le Sieur Spens, l'un des
Crieurs, s'estant avancé, dit
tout haut.
MESSIEURS,priez Dieu
pour l'ame de Tres- Haute, Trespuissante,
Tres-Excellente, 0*
TresVertueusePrincesse, Murie-
Thérese
,
Infante d Efjtagne%
Reyne de France * de Navarre.
Dans ce moment tous
les Jurez Crieurs sonnerent
de leurs Clocheres, & le
•S Spens continua.
Prie% Dieu pour lame de
Très - Haute, Très
-
Pueante.
Tru-Excellente, & TreB-Vertueuse
Princeffi, Marie-Théreft,
Infante d'Espagne, Reyne de
France st) de Navarre?Epouse
de Très-Haut) Très- Puijfwt, Crres-
Excellent Prince, Louis,
far la grâce de Dieu, Roy dt
France & de Navarre, décedée
iu ChafleautodeVerfatlles le 30.
le JUillet. Tous les Crieurs
onnerent une icconde fois
le leurs ClochetesJ & le
prieur aJouf'; tJ.
I Tour l'ame de laquelle Sa
Majefiéfaitfaire drux Service>
olemnels;lepremierf Mercredy
prochain1. Septembre, en l'Edise
de S. Denys, où Jon Corps
spose
j & ou se fera fan Inhuna*>
on; le fécond
,
le S-imedy
ruivant 4. du mesme mois, en
VErhfedeParis* Demain,
deux heures aprèsmidyJediront,
Vfpm &Vlgzles des AIortsen,
l'Eglise de S. Dinys; (èy Vendredyy
à PareUp Ifeure, en tE-.
gllfe d,'Paris.Prie% Dieupour
le repos de Jon ame. Tous les
Crieurs sonnerent pour la
tcroishiémeefoits ede lseur.s .CloJ 4
Le Maistre des Cerémonies
estant sorty de la Grand'
Chambre, alla dans le meC
me ordre en la Chambre des
Comptes, en la Cour des
Aydes, en la Cour des Monnoyes,
en l'Election de Paris,
puis en la grande Salle du
Palais, à l'endroit où estoit
autrefois la Table de Marbre,
vis-à-vis laGrand'Chambre;
en suite à l'Université,
qui estoit assemblée en la
>Salle duCollege de Navarre,
où demeure le Recreur,a
l'Ancien & au Nouveau
Chasteler,àl'Hostel de Ville,
devant la Porte du Louvre,
& enfin devant la principale
Porte de l'Eglise de Paris.
Il donna à chaque Compagnï.
une Lettre de Cachet
du Roy, & l'invitation s'y fit
de la meîrne forte qu'au Parlement,
à l'exception que le
Maistre des Cerémonies cuti
la séance à la Cour des Mon-
<
noyes, au dessous duDoyen
de cette Cour; à runiversité,
à la gauche du Keâeur;
ainsi qu'aux Chastelers, à la
gauche des Lieutenans Civils;&
àl'Hostel deVille for
le Banc,à la gauche du Prevost
des Marchands.
A l'égard de la Table de-
2D Marbre, de la Porte du Lou-
, vre, & de la Porte de l'Eglise
de Paris, la Proclamation s'y
fit par les Jurez Crieurs au
son des Clochera & ces
Proclamations furent faites
aux Compagnies,&auxPlaces
publiques alternativeîTient,
par lesS LoüisSpens,
&: Laurens le Blanc, Jurez
Crieurs, qui au lieu cleMe
sieurs, dirent à
rUnk£rfiu,y^
Nobles & Scientifique Personnes.
Le Mercredy i, Septembre,
les Compagnies partirent de
Paris pour se rendre à S Denys,
où elles descendirent
dans les Mations &Convents
qui leur avoient esté marquez;
le Parlement, à l'Abbaye
de S. Denys; la Chambre
des Comptes, aux Filles
deSainte Marie; la Cour des
Aydes, aux Carmelites; la
, Cour des Monnoyes, aux
Filles de l'Annonciade;l'UJfcivcrfité,
auxRécoletsj les
deuxChastelets,aussi Récolets; aux & l'Election, aux
Ursulines. En venant de
Paris, quelques unes de ces
Compagnies avoient des Archers
devant elles, & entreaurres
la Cour des Aydes,qui
avoit les Archers des Gabelles
&des Tailles. Le Prevost
General des Monnoyes 8c
Maréchaussée, à latestede
sa Compagnie, dont les Arclçiers
chers avoient des Casaques
rouges, précedoit la Cour
des Monnoyes. L'Hostel de
Ville avoit ses Archers avec
leurs Casaques bleuës ordi-
-- naires.,
Toutes ces Compagnies
qui estoient en Robes de
deüil de Drap noir, à l'ex,
ception du Parlement & de
l'Université, sortirent toutes
séparement du lieu où elles
estoient descendues à S. Denys,
& se rendirent en l'Eglise
de l'Abbaye dans l'ordre
suivant, les Bonnets quarrez
en teste.
Les Huissiers du Parlement,
deux à deux, en Robes
ordinaires noires, avec
leurs Baguetes.
Les Notaires & Secrétaires
de la Cour, & le Greffier Criminel,
en Robes & Chaperons
rouges.«
Mr Jaques, Greffier en
chef, vestu de son Epitoge
ôc Manteau rouge fourré
d'Hermines,seul, sans Ba."
guete. ,«4
Le Premier Huissier, ayant
en sa teste son Bonnet quarré
de Drap d'or, fourré, & rebordé
d'Hermines, avec fàj
Roberouge, seul.
* Mr Potier de Novion, Prenier
Président,ayantà sa
gauche Mr le Président de
lailleul.
Mts lesPrésidens deNes
nond,&de Meimes, enfem-
>le.
Mr le Président Molé de
Champlastreux,ayant à sa
gaucheMrde la Brisse, Coneiller
d' honneur au Parlenent.
Quatre Maistres des Requestes,
deuxà deux.
Mrs les Conseillers de la
grand Chambre,Laïques
& Clercs; & parmy eux,
Mrs les Présidens des Enquestes,&
des Requestes du
Palais.
Mrs les Conseillers des Enquestes
& des Requestes,
tant Clercs que Laïques,
deux à deux, suivant l'ordre
de leurs receptions.
Mr Talon, Ancien Avocat
General,Mr de Harlay Procureur
General) & Mr de
Lamoignon, Second Avocat
General, tous trois ensemble;
Mr de Harlay au milieu.
Mrs les Présidens avoient
eurs grands Manteaux decarlate,
fourrez d'Hermines,
k retroussez sur l'épaule. Les
conseillers d' honneur, les
s/laiftres des Requestes, les
Côseillers Laïques & Clercs,
es Avocats & Procureur Genéraux,
estoient en Robes
rouges, avec des Chaperons
fourrez d'Herminesblan-
:hes sur leurs épaules. Ils furent
placez dans tout le costé
droit du Choeur en entrant,
à la réserve des quatre dernieres
places, aprèsMesdames
les Princesses, y ayant
des places vuides entr'elles
- & le Parlement. Les Gens
du Roy, Greffiers, & Premier
Huissier) eurent place dans
les Chaises basses du mesme
costé, au dessous du Parlement.
Il y avoit aussi des
Bancs de secours pour placer
ceux qui ne pouvoient estre
aux hautes Chaises.
La Chambre des Comptes
vint en cet ordre.
Les Huissiers, deux à deux,
la Baguete en main.
Le Premier Huissier seul,
sans Baguete.
Les deux Greffiers ensemble.
MrNicolaïPremierPrésident,
& Mrs les Présidens,
deux à deux.
Mrs les Maistres, Correcteurs,
& Auditeurs, deux à
deux.
MrNicolaï AvocatGeneral,
& Mr Girard Procureur General,
ensemble.
Ils furent placez dans le
costé gauche du Choeur, en
quatorze Chaises, après Monseigneur
le Dauphin, & Mrs
les Princes, y ayant des places
vuides entre Mrs les Princes
& la Chambre des Comptes.
Les Gens du Roy,Greffiers,
& Premier Huissiet,occuperent
les Chaises basses
du mesmecosté, au defTous*
de la Chambre des Comptes,
Ceux qui ne pûrent estre aux
hautes Chaises) eurentaussi
des Bancs de secours. toM—
Voicy l'ordre dans lequel.
la Cour des Aydes marcha.
Les Huissiers., deux a deux).-*
avec leurs Baguetes. v Le Premier Huissier seul.
Le Greffier seul. ,q
- Mr le Camus Premier Président,
& Mrs les Présidens,
deux à deux.
Mrs les Conseillers, deux à
deux.
MRavot d'Ombreval,Anien
Avocat General; Mr
Bosc du Bois, Procureur Geeral;
& Mrde Monchal
second AvocatGeneral, tous
rois ensemble
;
le Procureur
General entre les deux Aveu
ues Généraux.
Ils furent placez en [cpt
nautes Chaises à gauche, à
a fuite de la Chambre des
Comptes; & les Gens du
Koy,Greffier, & Premier
Huissier, aux Chaises baffes
au dessous, avec deux Bancs
de secours.
Les Huissîersde la Cour
des Monnoyes vinrent aulT
deux à deux la Baguete et
main.
,- Le Premier Huissier fcul,
sans Baguete.
Deux Commis au Greffe
ensemble.
Le Greffier en chef, seul.
- MrCotignon de Chauvry,
Premier Président, & Mrs les
Présidens, deux à deux.
Mrs les Conseillers, deux à
deux.
Mrle Vacher Ancien Avocat
General, Mrde Selve Procureur
General, & Mr Guilloire
Second Avocat General,
cous trois ensemble.
Ils furent placez à la suite
des hautes Chaises, du costé
gauche, apres la Cour des
Aydes; les Gens du Roy,
Greffier, &PremierHuissier,
aux baffes Chaises au desfous,
& en deux Bancs de
secours.
L'Universitégarda cet ordre.
Les Bedeaux vestus de leurs
Robes noires à manches plisfées,
le Bonnet quarré en
teste, &: les Masses de vermeil
doré sur l'épaule, deux
à deux.
Les Procureurs des Quatre
Nations de France, Picardie,
Normandie, & Allemagne,
deux à deux, celuy de France
estant le premier, tous vestus
de Robes noires; des Représentans
les Maistres és Arts
de l'Université, des Docteurs
des Facultez de Theologie
Droit Canon, & Medecine;
en fuite les Doyens de ces
trois Facultez, &c Mr Tavernier
Reâeur, tous deux à
deux.
Le Recteur estoit vestu
d'une Robe violete à manches
froncées,avec une Cemure
d'un tissu de foye, aux
pendans de laquelle estoie
ttachée une grande Escarcelle
de Velours violet, garnie
de Boutons & Galons
Lulli d'or, avec un Mantelet
d'Hermine blanche sur ses
épaules, qui luy descendoit
jusqu'àla moitié des bras.
Les Docteurs en Theologie
avoient de grandes Chapes
ou Robes noires, avec
leurs Fourrures par deuus,
en maniere de tour de col,
d'Hermine blanche.
Les Docteurs en Droit Canon
estoient en Robes rouges,
avec des Chaperonsfourrez
d'Hermines sur l'épaule.
Les Docteurs en Medecine
cftoient aussi en Chapes ou
Robes rouges,&avoient des
Fourrures blanches sur leurs
épaules.
L'Université fut placée aux
quatre dernieres places à
droite en entrant, à la fuite
du Parlement, & en un Banc
de sècours qu'on y avoit mis,
ainsi qu'on en mit tout du
long des hautes Chaires,pour
placer plus aisément les Officiers
de chaque Compagnie.
Les deuxChastelets,ancien,,
: nouveau, vinrent ensemle
,
iuivant l'ordre de leurs
cepttons.
Les Huissiers Audianciers,
eux à deux.
Le Greffier en chef, seul.
Mrle Camus, & Mr Girarlin,
Lieutenans Civils; Mr
Deffita, & Mr Chopin, Lieuenanscriminels;
& MesFerand
& de Vienne, Lieuteans
Particuliers, deux à
deux.
M les Confeillcrs des deux
Chastlets, deux à deux.
Mrs les Avocats & Procureurs
Genéraux) tant, de
l'ancien que du nouveau.
Ils furent placez en neuf
baffes Chaisesà droite, à la
fixité des Gens du Roy &
Greiffers du Parlement; &
les Gens du Roy & autres,
en deux Bancs de fccours,
mis au devant d'eux.
-
Le Corps de Ville de Paris,
arriva en faite. ,;
Les Huissiers de la Ville,
deux à deux. -
LeGreffier seul.
Mrde Pomereu,Concilier
d'Etat, Prevost des Marchands,
ayant à sa gaucho
Mrle Brun, Premier Eche-
Mrs Gamare , Chauvin, 6c
arque, Echevins; MrTruc,
rocureur du Roy-, Mr Bouot,
Receveur- Cx Conseil-
,rs) & quatre Quarteniers,
eux à deux.
Ils furent placez en cinq
asses Ckiaisesducosté gauhe)
au dessous de la Chamre
des Compres, à la faite
es Gens du Roy & Greffiers
e la mesme Chambre, 3c en
eux Bancs de secours que
on avoit mis au devant
l'eux.
Les Huiiliers de l'EkéHon
de Paris, & des Tailles, deux
à deux, avec Baguetes.
Le Premier Huissier, seul,
tans Baguete.
Le Greffier en chef, seul.
Mrde Chenevieres Président,
les Lieutenant Assesseur,
Eleus, & Controlleurs,
deux à deux.
MrdeChenedé., Avocat&
Procureur du R oy, seul.
Ils furent placez en quatre
Chaises basses, au costé droit
au dessous de l'Université, &
en deux Bancs de sècours
mis au devant d'eux.
Dans le temps que chaque
Compagnie arrivoit, les JuezCrieurs
qui estoient des
ieux costez de la Nef, fonloient
de leurs Clocheces;
k alorsMrde Saintot,Maistre
les Cérémonies,sortoit du
Choeur, les recevoir,& les y
rassoit entrer & placer. Les
Gardes du Corps estoient
wx Portes du Choeur, &
toutes les avenues de 1'£..
glise.
M les Archevesques &
Evesques, que les Agens du
Clergé avoient invitez, eurent
leurs places vers l'Autel,
du collé de l'Epistre. Ils e£
toient en Rochet & en Camail.
Le Conseil de la Reyne
estoir placé à quelque dit
tance du mesme coHé; & en
fuitesur la mesmeligne, mais
plus pres du Corps, Madame
de Montespan, Sur-Intendante
de la Maison de cette
Princesse; Madame la Duchesse
de Créquy, Dame
d'Honneur; Madame de Béthune,
Dame d'Arc"": quelques
Dames du Palais; &
derriere elles, les Femmes de
Chambre dela Reyne. Vis-àis
duConseil,furentplacer
es principaux Officiers de la
Maison, & les Darnes du Paais,
plus pres du Corps. Mr
e Duc de Montausier,. avec
les Personnes de qualité de
a Suite de Monseigneur le
Dauphinestoit proche de la.
Chaire du Prédicateur. Le
Lieutenant qui commande
es Gardes du Roy qui serrent
aupres de Monseigneur
e Dauphin, estoit derriere
M' le Q'dC de Montausier.
Les Aumôniers de la Reyne
estoient vis-à-vis du Caveau,
dans lequel on devoit dcfl
cendre le Corps de cette
Princdïc.
Monseigneur le Dauphin,
Monsieur, Madame, Mademoiselle,
Mademoiselle d'Orleans,
& Monsieur leDuc,
arrivèrent sur les onze heures
à l'Abbaye, & après avoir iftc
conduits aux Apartemens
tendus de deüil qu'on leur
avoit préparez, ils le rendirent
à l'Eglise par la grande
Porte.
Trois cens Pauvres veftua
dé gris, marchoient devant
eux. Ils portorent chacun
un Flambeau de cire blanche,
& estoient suivis des
rente Crieurs.
@
Apres venoirent
trois, Hérauts, & le
Roy d'Armes,puis M- Martinet
Ayde des- Cérémonies,
Mrde Saintot Maittre desCérémonies
, MleMarquis de
Rhodes Grand-Maitredes
Cerémonies&Mrde la Vieuville
Chevalier d'Honneur
de la Reyne, comme Chef
du Convoy, tous vestus de
longues Robes de deüil, le
Chaperon en forme.
Monseigneur le Dauphin.
Monsieur, & Mont r re
Duc) estoient en Manteaux
longs, & avoient le Collier
de l'Ordre par dessus. Leurs
queuës n'eitoient point portées,
parce que les Princesses
représetntoient le Deüil, &:
que les Princes nettoient
que pour les accompagner.
Ce sont les Femmes qui représentent
le Deüil à la mort
des Femmes, comme les
Hommes le représentent à
celle des Hommes.
Madame,Mademoiselle, &
Mademoiselle d'Orléans, eftoient
en Mantes Mle Marquis
d'Estamnes Chevalier
d'Honneur de Madame, Mr
Ic
e Marquis de Bron son Premier
Ecuyer, &: Mrle Chevalier
de Nantouüillet portoit
a queuë de la Mante de cette
Princesse.
Celle de Mademoiselle es
coit portée parM le Marquis
d'Effiat Premier Ecuyer de
Monsieur, & par Mrle Marquis
de Flamarin Premier
Maistre-d'Hostel de Son AItesse
Royale.
- Mr le Comted'Escars, Se
M le Comte de Beauveau,
sécond Fils de Mrle Marquis
du Riveau, portoient celle
de Mademoiselle d'Orléans.
Madame fut conduite à sa.
place à la droite par Monseigneur
le Dauphin; Mademoiselle.,
par Mansieur; &
Mademoilelled'Orléans, par
Monsieur le Duc. Ces Princes
allerent en fuite se placer
à la gauche, & firent l'honneur
aux Princesses, parce
qu'elles représentoient le
Deüil.
Les quatre coins du Cercueil
furent occupez par le
Stle Lievre Roy d'Armes, au
Titre deS.Denys-Monrjoye;
& par les Ses de Chaume, au
Titre de Normandie; le
-
Blanc, au Titre de Xainonge
; Bezincour, au Titre
le Bourgogne; ôc Daubini,
u Titre de Charolois. Le
Roy d'Armes estoità la droile
premierHéraut, à la
gauche; & les deux autres,
ux deux autres coins.
Mrle Comte de Montignac,
Premier Ecuyer de la
Reyne, se plaça au pied de
a Chapelle ardente; & M le
)uc de la Vieuville se mit à
a teste. Ils estoient en Capot
&Bonnet quarré,aussi-bien
que Mr de Villacerf Premier
Maistre-d'Hostel,MDevizé
Maistred'Hostel ordinaire,
& les quatre Maistres-d'Hô-,
tel de quartier. Le reste de
la Maisonestoit en Rabat, &
en long Manteau.
Mrle Marquis de Rhodes,
Mr deSaintot, & Mr Martinet,
GrandMaistre,Maistre,
&Ayde des Cerémonies, prirent
leurs places pres de la
Chapelleardente.
Il faut vous dire présentement
en peu de mots quelle
estoit la Décoration de l'Egîsse
, dont l'invention est
deuë au Pere MenestrierJefuite.
A l'entrée du Choeurestoit
ne Pcrfpé£tivc5 qui faisoit
>ar»iftre un Temple ouvert.
In voyoit des deux costez
es Tombeaux des Roys de
;rance. Les Images de la
ri.rt, de Immortalité,
[•rtoienf une Inscription
.latine, qui faisoit entendre
e^uLfait. Mants des mo-
Ar,u. inhumez dansces Tomeduxi
ivenek au devant du
orps,de Marie-Therese, Reyne
eFrance. Voila où se rédulfentî
mtes lesgrandeurs de la Terre.
\Â AfajefleSouveraine quipar
}Ht ailleurs ejîJtpuissante &si
reverée, n'est icy qu'un peu da
cendre.
Dans un Fronton elevéau
dessus dece Temple, paroissoient
les Saints de la Maison
Royale, sçavoir, Clovis, Dagobert,
Charlemagne, Robert,
S.Loüis,SainteBathilde,
Sainte Radegonde, Sainte
Isabelle Soeur de S. Louis, la
Reyne Blanche leur Mere,
& plusieurs autres. Ils montroient
tous un Trône de lumière
prépare pour l'ame de
laReyne. Il y avoit au deffons
duTrône quelques mots
Latins, qui sembloient faire
ire à tous ces Saints, comme
dils c'uussennt parlé à la Reyne, Trône à l'autre,
& req^ne^parmy nous.
Au dessus de ce Fronton
Stoient des Ecussons de la
Reyne, & l'on voyoit une
Teste de Mort avec des aîles
le Chauvesouris dans le haut,
qui séparoit les Armoiries de
rance & d'Espagne. On
oyoitaussi pour simboles de
a Résurrection
, une Croix
ntre deux Lampes allumées,
Elle surmontoit un Globe du
Monde. Deux Phares allunez
sur des Rochers, exprimoient
la mesme chose.
On avoit opposé huit Devises
les unes aux autres, &
ces Devises marquoient l'incertitude
de cette vie, & l'et
pérance de la vie eternelle,
dont joüissent les Bienheureux.
Elles avoient toutes
pour ame des paroles Latines
, que vous trouverez icy
renduës par autant de Vers
François.
La première estoit une Horloge
de fable.
Son coursjepré1cipité en ce y--aje-,
fragile.
Laseconde, qui luy eltoÍÇ:
apposée, faisoit paroistre un
Dyseau de Paradis, qui de-Il
chargé des soins de la vie, ne
egarde que leCiel.
Je 'vivray ,. pour le Ciel, en vi-
; njant de iEfprit. 1.7 La troisiéme, un Bucher
d'Aporhéosè, où les Romains
prûloient les Corps de leurs
Empereurs, avec des dorures,
des parfums, ëc des meubles
prétieux.
Et tout cela bientojtnefera plus
t que cendre.
La quatrième, le mesme
Bucher, d'où une Aigle s'elevoit,
si-tost que le fil qui
l'y retenait,estoitbrûlé.
Au milieu de la mm il confrve
i savie.. >
La cinquième, un Arc-en-
Ciel.
D'un grand éclat, maisdepeu
de durée.
La sixiéme, un Flambeau
fumant, qui se rallumoità un
autre.
Et J'un peu defumée il tire un
çrand éclat.
La septiéme, la constellation
de Cassiopée, où l'an
1572. parut une nouvelle
Etoile, qui ne fut veuë que
pendantdeuxans.
OHjadis on lavit,elle neparoist
plus.
L'Echelle de Jacob, au haut
de laquelle ce Prophete vit
.a Divinité, & par laquelle
montoient & deseendoient
des Anges.
Le Ciel nous l'a donnee3& le
Ciella retire.
Deux Inscriptions, & deux
Revers de Médailles, estoient
aux bases des Piédestaux. La
premiere Inicription vouloit
dire
,
Sa mémoiresera immortelle,
parce qu'elle à estéconnuë
de Dieu (rr des Hommes. La
secondé, Tandisquelleavescu,
-tUe a estéun Modele à imiter.
On la desire après fit mort, &
entrant dans L'Eternité, une Cou-
- ronne immortellefaitson triomphe.
Le premier Revers estoit
d'une Médaille de Tite. La
Paix que l'on y voyoit rcpréfenrée
avec ces mots, Pax
oeterna,faisoit connoistre que
la Paix qu'elle nous avoir
apportée par [on Mariage,luy
avoit fait mériter une Paix
eternelle dans le Ciel. L'autre
Revers estoit une Imitation
dune Médaille de Trajan, &
d'une autre dePertinax. On
voyoit la Reyne tendre les
ras à un Globe qui defcenoit
du Ciel, & fouler aux
ieds un autre Globe, avec
es paroles, Providentioe auustx,
pour faire entendre
que par une sage prévoyan-
;e, .a Reyne avoit pensé à
Eternité au milieu des plai-
- irs du monde. Sur la frisc
cégnoient quelques motsLatins,
qui signifient,
- Pratiquer lavertieefije rendre
immortel.
Le reste de la Nef, qui efÉûàt
toute tenduë de deüil
depuis le haut jusqu'au bas,
avoir pour ornemens de grandes
Armoiries de cette Princesse,
avec des Sceptres croisez,
& au dessus une Couronne
Royale.
Une Chapelle ardente,composée
de six Colomnes de
lumières, estoit das le Choeur
au dessus du Corps, avec autant
de Consoles, qui portoient
une Pyramide de lumiere.
On n'y avoit point
dressé de Mausolée, parce
que toutel'Eglise sert deMausolée
par elle-mesme à nos
Roys & à nosReynes. Ainsi
l'on n'y fait jamais qu'une
Chapelle ardente.
Au dessus des sixcolomnes,
levées au zele, à la charité,
la pieté, & aux autres vertus
le la Reyne, comme autant
le monumens des victoires
lU'elle a remportées sur les
grandeurs & les vanitez du
nonde, estoient l'Image&
es Chiffes de cette Princesse,
k au dessus de son Corps, une
Couronne de lumière, avec
les paroles de l'Ecriture, qui
narquoient que cette Couronne
ne luy seroit jamais
ostée.
Quatre Devises faisoient
l'ornement des quatre costez
de cette Chapelle ardente.-
La premiere, repréfentéc
par une Flâme de feu, estoit
pour la Reyne.
- Elle estoitpourle Ciel, & non
paspour la Terre.
- - La seconde estoit un Phénix
mourant.
Sije meursycejîlefendes chopi
naturelles.
La troisiéme,unPhénix qui
renaissoit en regardant le Soleil
Et je dots ahSoleil une immorteuevit.
La quatrième, pour MonseigneurleDauphin,
estoit
L
constellation du Dauphin
ttachée à laVove de lait.
Attachepar amour, &par reconnoi/
Jance.
Seize Figures couchées sur
's ceintres des huit Arcades
ui entourent le Choeur, rerésentoient
les divers avanages
de la Fortune, que la
eyne n'avoit regardez que
omme des moyens offerts
our arriver à une plus partite
pratique de lavertu.
La N'aissanceestoit re préntée
par une Figure, dont
Habit estoitsemé des Tours
e Castille, &des Lyons de
La Distinctoin son Habit en
Echiquier.
La Félicité, ses Simboles ordinaires.
Le Choeur estoit tendu de
noir, avec trois Lez de Velours,
chargez de Larmes
d'argent, de Fleurs-de-Lys
d'or, de Chifres ôc Armoiries
de la Reyne, de Testes de
Mort, d'O(Terriens croisez,
& de Festons de crêpe, pendans
au dessous des Consoles.
Vousobserverez, Madame,
qu'il n'y a que les Souverains
qui ayent ces trois
Lez ou Bandes. On en met
e nombre, pour marquer
eurs trois supérioritez sur les
sois Etats du Royaume.
Il y avait de grands Draps
oirs placez au dessous des
chattes du Choeur, avec ces
ix-neuf Devises sur les prinipaux
évenemens de la vie
e la Reyne, & sur les ver-
S.
Pour sa naissance le 20 Setembre.
Le Globe de la
erre fous le Signe de la
balance.
Tout efl aurufle en votes depuis
voflre nafjpmce.
Pour les vertus de son ensance.
Le Soleil levant.
En un moment tout paroifllumineux.
Pour ses premieres actions.
Le Plan d'un grand Bastiment.
On voitqueue fera sonélevatien.
Pour son Mariage. Une Pis-.
tole d'Espagne, qui fous le
Balancier des Monnoyes,
change de figure, & devient - - un Louis d'or. Ilmeflavantageux de changer
de ifeure.
Pour son respect envers le
Roy. Un Girasol qui fuit le
Soleil, la teste panchée.
J SonrefyeÛefl ameur, &Jon
amour rrfpeél.
Pour la naissance de Monseigneur
le Dauphin.Une
Perle dans une Nacre.
Ce Fruit est digne J'elle, &
,
gne d'ege, digne des Couronnes.
Pour ses soins donnez également
à Dieu i5e au Roy.
Un de ces Tableaux canelez
à trois figures, dont l'une est
Un Christ; l'autre, le Roy;&
celle du milieu, la Reyne.
Sons dij-érensafpeéls on y voit
l'un &l'Autre.
Pour ses Communions fréquentes.
Laconstellation du i
Poisson Austral, qui selon les
figures de nos Globes, voit
un Fleuve de lumiere dans
le Ciel.
Sa nourriture (si celefle &
divine. a
Pour sa conduite reglée en 1,
toutes choses. Un Compas
de proportion.
Riensansmejure &fins préportion.
Pour son obeïssance envers
Dieu, accompagnée de la
crainte de l'offencer. Une
Boussole,dontl'Eguile cherche
le Pôle en tremblant.
C'est
C'ejl en tremblant quellefuit
< sesattraits. -.
Pour l'accord de sesplus
petites actions de pietéavec
celles de cerémonie. Une ,.
Harpe, dont les Cordes inégales
de Baffes & de Dessus,
font un Concert agreable.
i Quel accord merveilleux de
(jordes inégales! +
Pour sa charité envers les
Pauvres. Une Grenade ouverte,
d'où sortent les grains.
(L'abondance du coeur faitses
t
-
profusions.
1 Pour sa puissance, qui estoit
plutost un effet de sa vertu,
que de sa grandeur. Une:
Pierre d'Ayrman.
Son pouvoir estl'effet d'unc^
"vertu fecrote.
Pour cette mesme puissance.
Le Roy des Abeilles,
qui n'ayant point d'éguillon,
ne laisse pas de se fairesuivres
paramour. L'exemple est lëruillon quipm
, teut le faitCuivre.
-"
*
Pour son sage discernement
dans le choix des Personnes,
& la pratique des choses.Une
Main qui tient la Balance
d'un Trébuchet pour peferdes
Pieces d'or, & qui a aU-4
prèsune Pierre de touche
pour les éprouver.
- Pour en faire un bon choix9 &
pour les bien connoiflre.
Pour son desir ardent de
voir Dieu. Le Soleil caché
fous des nuages, & un Aigle
qui le cherche.
Le desir de le voir, l'oblige a le
chercher.
Pour l'innocence de sa vie
LaVoye de Lait.
Ce qu'on en voit n'rflqur lumiere.
Pour son application à faire
justice à tout le monde. Un
Bastiment commencé, avec
un Equerre, un Plomb, une
Règle,&c.
Que de foins pour le rendre
agreable e)-solid,1
Pour le temps qu'elle donnoit
à penser à la mort. Une:
Chapelle ardénte, avec une
Représentation, sur laquelle:
estoient une Couronne &une
Sceptre.
Il ne refle des Rays que ces tfifîen
dépoüzlles.
Pour sa mort. Un Bastiment
achevé, où l'on met le couronnement.
AprCl un long travail, la Jim
ejlU Couronne.
On voyoit un superbe Pavillon
entre le Daiz qui couvroit
l'Autel, & celuy que
l'on avoit élevé au dessus de
la Chapelle ardente. Les
Pentes de ce
Pavillon, qui
estoit semé de Larmes & de
Fleurs-de-Lys., & bordé
d' Hermines, estoient attachées
aux quatre Piliers de
la grande Croisée de l'Eglise,
& servoient comme de Couronne
au lieu où [e devoient
faire les Cérémonies.Toute
cette enceinteestoitflanquée
de quatre Pyramides,
chacune à deux faces, feintes
de marbre, & semées de Larmes,
avec huit Camayeu
antiques pour ornemens. at
Toutes les choseseftann
ainsi disposées, & les séances;
ayant e(le7 prises, M'l'Evesque:
de Langres, qui avoit ofEcié||
pontifïcalement aux Vel-r
& aux Vigiles, que les Reli^7
gieux de l'Abbaye avoient
chantées le jour precedent,
commença la Messe, revestu
de ses Habits Pontificaux.
Mrs les Evesques de Troyes
& de S. Orner, en Chape &|
enMitre, luy servirent d'Assistans;
& ceux de Châlons
l:'
r&. de Boulogne, firent les
fonctions de Diacre & de
SousDiacre, l'un & l'autre
en Dalmatique. Ses Aumôniers,
lesOffkiers de xla Chapelle
de la Reyne,& plusieurs
Religieux de l'Abbaye, faifant
Choeur avec la Musique
de la Chapelle & de la Chambre
du Roy, estoient aussi
Assistans.
Lors que l'Evangile eut eilé
dite, le Prélat célébrant se
plaça dans unFauteuil qu'on
luy avoit préparé un peu au
deça de l'Autel, & il y reçeut
les Offrandes. Les quatre
autres Prélats s'attirent aussi
dans des Fauteüils, ni
Le Srle Liévre, Roy d'Armes,
après avoir fait les reverences
à l'Autel, à la Repré':"
sentation de Louis XIII. au
Clergé,au Corps de laReyne,
à Monseigneurle Dauphin,
à Monsieur,àMadame,à Mademoiselle,
à Mademoiselle:
d'Orleans,àMonsieurleDuc,
au Parlement, à la Chambre
des Comptes, à la Cour des
Aydes, à la Cour des Monnoyes,
à l'Université, à l'Ancien
& au Nouveau Chastelet,
au Corps de Ville> &à'
:r l'Election, allase ranger au
costé droit de l'Autel, avec
un Cierge de l'Offrande. En
mesme temps, M'Le Marquis
de Rhodes, Grand-Maistre
des Cérémonies, invita Monseigneur
le Dauphin à l'Offrande
par les mesmes revé-
[ rences; & ce Prince, en
ayant fait à l'Autel, à la Représentation
du feu Roy, au
Corps de la Reyne, & aux
Compagnies,alla prendre
Madame. Ilsfirenttoutes les
revérences que le Roy d'Armes
avoit faites; & s'approcherent
en fuite de l'Evesque x
célébrant. MrleMarquis de
Rhodesprésenta à Madame
un Cierge qu'il prit des
mains du Roy d'Armes; &:
cette Princesse s'estant miten
à genoux ssir un Carreau,.
baisal'anneau deMdeLangres,
& luy présenta le Cierge;
apres quoy Monseigneur
•
le Dauphin la reconduisit à,
sa place, & retourna à la
sienne.
Cette premiere Cerémonie
estant faite, le SrleBlanc Pre-
• mier Héraut d'Armes, fit les
mesmesrevérences,ainsique
Mrde Gaintot, pour inviter
Monsieur à aller à l'Offrande,
Son Altesse Royale y mena
Mademoiselle, qui présenta
le Cierge à genoux, ainsi
qu'avoit fait Madame. Le
reste se passa de la mesme
sorte.
Monsieur leDuc mena en
fuite Mademoiselle d'Orleans
à l'Offrande. Ce fut MrMartinet
Ayde des Cerémonies,
qui l'invita par ses révérences,
apres que le Sr Bezincour
second Héraut d'Armes, eut
fait les siennes.
Les Offrandes estant achevées,
le SrDaubini troisiéme
Héraut, alla prendre à l'Abbaye
M l'Evesque deMeaux,
qui vint prononcer l'Orailoiu
Funèbre. Jenevousdispoint
avec quel succés. Sa hautes
réputation dans la Chaire, &
les sçavans Livres qu'il a donnez
au Public, vous persuadent
assez de sons.çavoir. III
mesla beaucoup d'éruditions
dans son Discours, & apostropha
Monseigneur le Dauphin
, à qui il fit voir que:
pour estre parfait, il n'avoit
qu'à imirer les grandes actions
du Roy, ôc la pieté de
la Reyne.
Le Prélat officiant acheva
la Messe,après laquelle il
vint vers le Corps, ainsi que
les quatre autres qui avoient
servy d'Assistans, de Diacre,
ôcde Sous-Diacre. Ils avoient
la Mitre en teste, & estoient
suivis de leurs Aumôniers, &
des Religieux de l'Abbaye.
Ils firent les Prieres, les Encensemens,.&
les Aspersions
ordinaires, ce qui s'appelle
Absolution. Chaque Prélat
fit la sienne, les quatre autres
demeurant assis dans des
Fauteuils pendant ce temps.
Apres cela, douze Gardes du
Corps ayant descendu le Ccr-tcueil
de dessus l'Estrade, 1er:
portèrentauCaveau.Mrs dejî
Novion, Premier Pré{ident,j
& Mrs deBailleul, de NeC-ji
mond, & de Mesme, Prefî-j^
dens au Mortier,tenoient lesfji
quatre coins du Drap Mor..,,
tuaire. En mesme temps, les
Roy d'Armes estant au hauc:=
des degrez du Caveau,ap-ii
pella les Honneurs en cesii
termes. c
M1 leMarquis de VilLccrf,•
Premier Matfbre
-
d'Hoftrl de\
la P.,e-Yne
J
Cha<vreneg% faeire.^*vofirm
JbîzDeviné,Maistre-dHojiel,
ordinaire de laRejne9 lene^faire
vofîre Charre,
., •Il se servit en fuite des mesmes
paroles pour appeller.
MIr de Vaudetart & de Beaumont,
Mrle Baron de Par
lieres, ôcM Delbournais. Ce
font les Maistres-d'Hostels
qui servoient la Reyne par
quartier.
Le Manteau Royal fut
apportépar Mrde Montignac
Premier Ecuyer de la Reyne;
& la Couronne, par M"le
Duc de la Vieuville, Chevalier
d'Honneur. Illa tenoit
couverte d'un Crêpe, sur un
Carreau de Velours n01r,i
garny de Galon &deHoupes
d'argent, Le Roy d'Armes
reçeut le Manteau Royal, la^
Couronne, - & les Baston
Royaux,aussi couverts dej
Crêpe, des mains de ces Osis
ficiers; àcà mesure que ces
choses luy estoient données,
il les remettoitau Srle Blanc,
qui les recevoit de mesme
au milieu du degré par où
l'on avoitdescendu le Corps,
& en fuite les donnoit à deux
Religieux qui estoient au bas
du degré. CesReligieuxmectoient
tout sur le Cercueil qui
,
renferme le Corps dela Reyne,
&.° qui est envelopé de
Velours noir, croiséde MOÜCre
d'argent,&bordé deGalon
d'argent. Les Bastons du Premier
Maistre-d'Hostel,& des
Maistres-d'Hostel ordinaire
& de quartier,furent rompus;
& alors le Roy d'Armes s'avança
trois pas du costé du
Choeur, & cria deux fois;
Marie-Thérese, Infanteà Eji
fagne3 Epouse de LOÜIS LE
GRAND, est morte;priezDieu
pourson ame. Ces tristes paroles
firent répandre des larmes
à tous les Assistans,don
le Dies iræ, T)ic$illa} & le cr] frefondis, qui furent chante
en Musique, l'un & l'auttr
de la composition de Mr db
Lully, avoient déjà fort aix
tendry le coeur. Ils estoien
remplis de tons si touchant
querien ne pouvoit iiiieu-L
entretenir la douleur que cau
foit la perte d'une si grande
Princesse. Jamais il n'yavoc
eu de Cerémonie en Frano
exécutée avec plus d'ordre-
& moins de confusion, mai
gré le grand monde qui s'
trouva. Ce fut un effet de
foins de Mrle Duc deNoailles,
& de l'exactitude avec
laquelle MrdeS.Esteve,Lieutenant
des Gardes du Corps,
s'acquita des choses dont il
s'estoitreposé sur luy.
MrleMarquis de Rhodes,
Mde Saintot,& Mr Martinet,
reconduisirent Monseigneur
le Dauphin, Monsieur, Madame,
Mademoiselle, Mademoiselle
d'Orleans, & Monsieur
le Duc, au mesme en,
droit où ils les avoient reçeus.
Les Compagnies sortirent
aussi par les principale Porte
du Choeur, à l'exception de
la Chambre des Comptes
qui sortit par la Porte qui est
du costé de l'Evangile. EHc.s r»* furent en suite., sçavoirlePan
lement, la ChambredesCom
ptes, ôc la Cour des Aydes
dans le Réfectoir de l'Ab.
baye, & les autres Compa
gnies, en divers lieux, où elles
furent magnifiquement
traitées à dîner par les Officiers
de la Maison du Roy.
il y avoit quatre-vingts Couverts
pour le Parlement, soixante
pour la Chambre des
Comptes, quarante pour la
Cour des Aydes, vingt pour
la Cour des Monnoyes,vingt
pour l'Université, quarante
pour les deux Chastelets, dix
pour l'Election, & vingt pour
le Corps de Ville. Toutes ces
Tables furent servies avec
beaucoup de magnificence
& de propreté, par les soins
de M de Morfontaine-Hotman,
Maistred'Hôtel duRoy.
Apres la Cerémonie, Mr
'Faverel,Tréforier des Offrandes,
Aumônes, ôeDevonons
deSaMajesté, fit une distribution
considérable par les
ordres de Mrle Cardinal de
Boüillon, à plus de quatre
mille Pauvres qui s'eftoiic
assemblez dans la Court
Récollets. Cette ~distribu
se fit en présence deM l'A
bé d'Hantecour, Aumône
de laReyne.
Je ne vous ay point
graver de Mausolée, pacj
qu'il n'y avoit qu'une C)
- pelle ardente à S. Denys
vous en ay dit la raison; ; -
au lieu d'un Mausolée, qujp
se fait jamais dans un l
qui de luy-mesmeest
Mausolée, je vous ~env
quelque chose de plus
rieux. C'en le Plan de l'E'd
,
elle S. Denys, telle qu'elle cc. oit le jour de cette Pompe
unebre. On y a marqué les
aJÇlaccs de tous ceux qu'on y avoit invitez.
J Le Samedy suivant 4. de
3~e mois, on fit le Service solITIJlemnel
de Nostre-Dame. Il
5/m'y eut que la Décoration de
[pH'lEglile qui fut diférente, puis
sujque les Cérémonies furent
ileos mensmes qu'à S. Denys, à qu'il y en eut moins, a cause que le Corps
£jHe la Reyne n'y estant pas, il n'y eut point d'Inhumation,
p "M que les Officiers de cette
Princesse n'eurent aucu:
fonction à y remplir. VOJ
de quelle maniere l'Eg
estoitdécorée.
On avoit tendu de
toute la Nef depuis le
juiques à la Voûte, avec tr
Lez de Velours, ornez d
pace en espace de Chifre
des Armes dela Reyne. 0
Ecussons & ces Chifres
toient sept ou huit fois Fi
grands que ceux qu'on employe
ordinairement en
occasions de cette natu
Cela convenoit tres-bien
un aussi grand Vaisseau c
ce:
::celuy de Nostre-Dame.
h, A la Porte du Choeur, du
jxoltc qui regarde la Nef,
iseftoit un Tableauen maniere
îtde Bas-relief, de Marbre
(cblanc, sur un fond noir. La eyne sortant du Tombeau,
y estoit représentée.Elle ef..
toit appuyée sur un Ange,
(fHui tenoit son Coeur, & sembloit
l'offriràDieu.Un autre
i/Ange luy donnoit la main,
comme pour la conduire au Ciel. cas On voyoit la îviort au du Tombeau. Elletenoit
unRouleau, sur lequel estoient
des paroles de l'Ecriture,
qui vouloient dire,
:fl
LtMortdorejnavantnepottrfe
riensurelle. *
Tout le Choeur estoit aujj
tendu de noir jusques à ',
Voûte. Les Arcades avoie
pour ornement de grande
Cartouches aux Armes
France & d'Espagne. D
trois Bandes de Velours il nrj
avoit que celle du milieu q
fust droite. Les deuxautr
estoient rattachées en Fa:
tons,& toutes les trois semé
de Fleurs-de-Lys d'or,
d'Armes. Des manieres
Frontons séparez les uns 4,
--' L'
autres par des Obélisques de
ièizc pieds de hauteur,servoient
d'ornement tout auour
à la Corniche des Chaies.
Ces Frontons estoient
ordez de Flambeaux decire
olanche. Il y avoit au milieu
une Teste de Mort couverte
Je Crêpe, & soûtenant une
Urne, d'où une grosse flâme
ortoit. Les Obélisques, qui
voient chacune une lntèriiiition
Latine sur leur Piédesfffll
,estoient aussi bordez de
flambeaux. Imaginez-vous
effetquefaisoit ce grand
fichu de lumieres. Chaque
Obélisque posé sur une Testo
de Mort, estoit couronnée
d'une Fleur-de-Lys, de la-j
quelle pendoit un Cartouchoj
orné de branches de Cyprès?
avec une Devise au milieux
Ces Devises estoient confor.-J
mes aux Inscriptions, qui
jointes ensemble, compo-c
soient l'Epitaphe de laReyne
rendu par ces mots en nostro:
Langue.
A LA MEMOIRE
DEMARIE-THERESED'AUSTRICHE,
REYNE DE FRANCE ETDE NAVARRE,
TRES-DIGNE EPOUSE DE LOüIS
T*. LE GRAND,
SA TRES-CHERE COMPAGNE,
[ DE LAQUELLE IL N'A JAMAIS REÇEUAUCUN
DEPLAISIR,
QUE CELUY DE SA MORT,
: MERE AUGUSTE DU DAUPHIN,
'? :FEMME D'UN RARE EXEMPLE, TRES-PIEUSE,
TRES- ILLUSTRE,
*
NEE POUR LE BIEN DUROYAUME,
UNIQUEMENT ATTACHEE
A LA FRANCE,
TRES-FIDELLE A LA RELIGION,
RECOMMANDABLE PAR TOUTES
SORTES DE VERTUS.
LA FRANCE AFFLIGEE,
FLEURANT SA MORT TROP PRECIPITEE
LUY REND SI-TOST, CONTRE
SON ATTENTE,
,. LES DERNIERS DEVOIRS. -
Vous neieriez pas con--
tente, si je n'ajoûtois toutes
ces Devises avec leur raport
aux Inscriptions. Rien ne
peut cftre plus dignedevôtre
curiosité, puis qu'elles sont
de Mr l'Abbé Tallemant le
jeune, de l'Academie Fran—
çoise, Intendant des Devises
du Roy.
Métrie-Thérese d'AufiricIJr. i
Un Jet d'eau fort élevé,&
ces paroles pour ame,
SUBLIMES ARGUIT ORTUS.
Il montre en sélevant, Uhautenrs
de sa source.
Les nobles & admirables
qualitez de la Reyne marquoient
la grandeur de sa
maissance.
\Reyne de France &de Navarre.
c
UnLys,&cesmots,
CANDORE IMPERAT.
Ilejtparsa blancheurpréferavtc
a toute autre.
La candeur & la vertu de
la Reyne, la rendoient digne
de commander.
Tres-digne Epouse de Loüis
LE GRAND.
Une Aigle.
UNA HÆC DIGNA jOVE.
Seule ellea mérité le choix de
Jupiter.
La Reyne feule estoitdigne
d'estre l'Epouse deLoüis LE
GRAND.
Sa tres-chere Compagne.
L'EtoiledeVénus.
COMES FIDISSIMA SOLIS.
Elle ne quitte pointlegrand
Astre du jour.
Cette Devises'explique par
e!le-mefirx.
De laquelle il ria jamais reçcuaucun
déplaisir que celuy de
sa mort.
Un Oyseau de Paradis.
TERRIS MORARI METUENS.
J'ttrrefler sur lA Terie,effce qu'il;
craintleplus.
Cet Cyseau estant sans
pieds, craint de s'arrester sur
la Terre, de peur de ne pouvoir
plus s'élever pour prendre
son vol. Il semble que la
[Reyne ne soit morte si jeune,
que parce qu'elle craignoit
de s'attacher auxgrandeurs,
tfi elle s'arrestoit trop sur la
'Terre.
1
Mert auguflc de Adênjeigneur
le Dauphin.
Un Phénix qui se consume
:
sur son Bucher.
NON OMNIS MORITUR.
Ilne meurt pas entier,ilUijfér
finJembUblc..
La Reyne ne meurt pas
tout-à-fait, puis qu'elle nous
laisse un Fils heritier de ses
vertus.
, Femme dun rare exemple.
La Reyne des Abeilles qui
fuit ion Essain.
OMNIBUS EXEMPLUM
PRÆBET.
Atoutes,sans relâche, elledonne
l'exemple.
La Reyne estoit exacte à
tous ses devoirs, & servoit
d'exemple à toute la Cour.
- Trèspnufe.
Un Cierge allumé sur un
Autel.
,
TOTA sacrisvita.
Il se consume entier pour les
0-- sacrezOffices.
La Reyne employoit toute
,sa vie aux exercices de pieté.
>
Tres-illuflre.
Une Grenade qui créve.
( CLARIORDUM dissolviturJ
i Cequi lafaitpérir,augmente
Ik [onéclat.
i La Reyne devient plusécla-
! tante par sa mort, puis qu'elle
r partage dans le Ciel la gloire
des Saints.
Néepour le bien du Poyaume--
f Une Perle dans sa Nacre.
I E CÆLODELAPSUMMUNUS
1
Le Coiel Fra,samrosee aefoinrde .lai Ia Reyne est un veritable
don du Ciel.
Uniquement attachée a la,
France.
- UnCygne suruneRiviere,
suivy de ses Petits. l'
TOTA SUIS, PATRIÆ
IMMEMOR.
ToutAUXSiens,sansftngeraux
lieuxdesa naissance.
-
Comme cetOyseau, dés
qu'il a fait ses Petits, ne conserve
plus aucun desir de retourner
aux lieux où il est né>:
la Reyne n'avoit dans le
coeurque l'intérest dela France,
par l'attachement qu'elle
avoitpris pour le Roy,&pour
Monièigneur le Dauphin.
TrèsfideUe2 laReligion.
Un Phare.
DIRIGIT ERRANTES.
j Au milieu des ecueilsje montre
; lechemin.
f La Reyne montre a toutes
(les Reynes, & à tous ceux
qui vivent dans les vanitez
& dans les grandeurs, le chemin
qu'ils doivent tenir pour
[ se sauver.
t Recommanbiblepartoutesforte*
> - Je vertus*
Une Boussole.
CÆLO MEDIJS IN FLUCTIBUS
I-IJERENS,
Toujours malgrél'orage ede, efi.1
tournée au Pôle. 4
LaReyne,au milieu de la-i
Cour, estoit uniquement attachée
à Dieu.
La France afftigér.
UneHirondelle qui passe la
Mer.
TEMPORALÆTA,VALETE.
jdpres l'avoirperdue, il nejlpluf
de beaux jours.
L'application de cette De- :
vise est aisée.
1 Tleurantsaferte trop prcci- j
pitée, <
UneFlâme.
IMPATIENSCÆLO REDDI.
Le Feu cherche toujours à monter
à[on centre.
La Reyne attachée à Dieu,
semble avoir eu impatience
de se joindre à luy.
Luy rendsi-tost, contrefin attente,
les derniers devoirs.
De l'Encens qui brûle sur
un Autel.
DEO MORITUR.
Il meurt fcarrendu a Dieu le
Cultequ'onluydoit.
La Reyne meurt pour aller
à Dieu.
Un Tombeau feint de
Porphire à l'antique, avec les
Armes de cette Princeue/
estoitélevé au milieu du
Choeur. Il avoit un Piédestal
auquel on montoit par croisi
degrez, & il estoit paCé par
le milieu ssir une Urne,ornéo
de Bas-reliefs, ainsi que 10
Piédestal. Quatre Figures
feintes de Marbre blanc, rev
présentant la Foy, TElpétî
rance, la Charité, & laPieté,
portoient ce Tombeau. Lase
Représentation estoit deifus..
couverte du Poësle Royal,
avec la Couronne vo lée
d'un Crêpe, & posée sur uni
Carreau. Aux quatre coins
estoient des Torcheres, jettant
des Parfums. Au milieu.
de chaque face du Piédestal,
on remarquoit des Testes de
Mort de bronze, couronnées
de avec des
Aîles de Chauvesouris, & il
en sortoit deux Branches de
Chandeliers5qui portoient de
gros Flambeaux. Les Angles
estoient garnis de Consoles
cie bronze. Sur ces Consoles
estoient des Cassoletes fumantes,
& ilen sortoitaussi
deux Branches de Chandeliers
avec des Flambeaux.
Quatre Obélisques, ornezà
chaque face d'une Médaille
de bronze, & desChifres de
la Reyne occupoient les
quatre coins du Mausolée.
Ils avoient leurs Piédestaux
remplis de Bas-reliefs, &esitoient
posez sur des Testes
de Mort, couronnées de Cy-,
prés,& couvertes de Crêpe
comme les autres.Ils efloicnti
aussi accompagnez de Vases
qui jettoient de grosses fla--i
mes; & tous les endroits doj
Tombeau, la corniche du
Piédestal,& les degrez,estoientsipleinsdelunûercsx
a
qu'oncroyoit tout voir en
feu.
Il yavoit au dessus de la
Représentation, un grand
Daiz orné d'Hermine, de
Gaze d'argent, & de Crêpe.
Il estoitextrémement élevé,
&ilen sortoit quatre grandes
Pentes, qui formoient une
maniere de Pavillon magnifiqued'Etofe
noire, meslée
d'Hermine. Ces Pentes ettoient
attachées aux quatre
coins du Choeur.L'Autel
estoitorné d'une maniere si
agreable, qu'oneust pû l'a_
nommergalante dans un autreoccasion.
Ç'eltoit quelque
chose de fllrprenant que
le nombre presque infiny de
lumieres,dot il cftoit éclairé.
Un grand Cartouche aux
Armes de la Reyne, avec des
Testes de Mort, des Sceptres
bnk z, & des Couronnes renversées,
avoit esté mis dans le
milieudu Jubé, qui est à l'autre
bout du Choeur. Deux
grands Obélisques de feu aux
deux costez, accopagnoient
ce triste appareil.
Toute la Décoration de
l'Eglise, & le Maufolé~, estoient
du Dessein de MrBerjpin,
Désignateur ordinaire
du Cabinet du Roy,quiavoit
pris mesme le foin de tout
faire exécuter. Cela est des
fonctions de la Charge;&
s'il n'a point travaillé à S. Denys,
c'est parce qu'il n'y avoit
point de Mausolée à y élever,
& que les deux Services [e
devoient faire presqueen
mefmc temps. Ainsi l'onts'estoit
servy des Tapissiers
du Roy, afin que tout fust
plutost prest à S. Denys. Je
ne vous envoye point le Desfein
du Mausolée que je
viens de vous décrire, parce
qu'on en a fait gravertrois
grandes Planches, à ravoir,
un des costez du Choeur,
les Devises,&laReprésenfentationa.
- Les Compagnies furent
placées de la mesme
forte
qu'elles l'avoient elle à Saint
Denys; mais la Cour d
Monnoyes nese trouva pn
à Nostre-Dame, non pliii
que l'Election. Ce n'est pas
qu'elle n'aille toûjours au
Services à S. Denys err fort
rang de Cour Souveraine,&
qu'elle, ne fasse les Compiù
mens aux Roys &aux Ktnes
en ce mesme rang, ainsi
que les autres Cours; elle a
mesme toûjours esté à N.
Dame, mais depuis un Démeslé
quelle y a eu, elle a
cessé d'y aller.
Monseigneur le Dauphin,
Monsieur, Madame, Mademoiselle,
Mademoiselle d'Orleans,
& Monsieur leDuc,
estant descendus à l'Archivesché
entre neuf& dix heures
du matin, Mr l'Archevesque
les y reçeut,& les conduisit
aux Apartemens qu'il
avoit fait préparer. Ils se rendirent
de là à Nostre-Dame,
menez avec les mesmes ce
rémonies dont je vous ay,
déja parlé, c'est à dire, trois
cens Pauvres vestus de gris,
marchant les premiers avec
des Flambeaux de Cire blanche;
en suite les JurezCrieurs,
puis trois Hérauts d'Armes,
ôc apres eux, le Grand-Maistre,
le Maistre, ôeFAyde des^
Cerémonies. -',' ")
Les Séancesestant -prises,
Mr l'Archevesque, revestu de
fts Habits Pontificaux, &
avant pour Diacre Mrl'Abbé
de la Morhe Archidiacre, &'
pour Sous-Diacre Ml'Abbé Parfait,
Parfait, le plus ancien Chanoine,
commença la Messe,
quifut chantée par la Musique
del'Eglise.
"Je ne vous dis rien des Offrandes.
Elles se firent comme
à S. Denys, apres les Invitations
& les Revérences.
MrdeGrighan, Coadjuteur
d'Arles, prononça l'Oraison
Funebre avec un applaudissement
général. Il fit voir
que laReyne avoit rendu la
Grandeur agreable à Dieu,
Ôc .lajV¡e-rtu agreable aux Hommes; la Grandeur, en ladépoüillàt de son fastueux
orgueil, &: de tout ce qui aCJ -
compagne les vanitez de il
Terre; la Vertu, en laren
dant douce &facile, &en
fuprimant ces grandes aue..,
téritez qui épouvantent. Il
ajouta, que bien que cetteJ
Princessen'affedaft que des
vertus qu'on pouvoit nom-*!
meraisées, elleen pratiquoitj
beaucoup qui ne paroissoient :
pas, &quejamais il n'yavoit :
eu de dévotion plus réglées
lx plus également suivie que
la sienne.
Apres les Prieres, les Aspersions,
& les Encensemens
qui furent faits à la fin de la
Messe selon la coûtume, les
Compagnies se retirerent, &
M'leMarquis de Rhodes,
Mr de Saintot, & M Martinet,
conduisirentMonseigneur
leDauphin, Monsieur,
Mademoiselle,Mademoiselle
d'Orleans, & Monsieur le
Duc, au Palais Archiépiscopal
Mr l'Archevesque les y
traita avec toute la magnificencepossible.
Les Aumônes furent faites
dans le Cloistre de S. Donys
du Pas à tout ce quis'y trouva
de Pauvres, par le mesme
Mr Faverel, qui les avoic fai- <
tes apres le Service de S. De-j
nys. Mrl'Abbé de Brou, Au-I
mônier du Roy, y estoit pré-,
sent. C'eust esté àunAumônier
de la Reyne à s'y trouver,
mais la Maiion de cette
Princesse ne subsistoit plus.
Si en vous parlant la derniere
fois du transport du
Corps de la Reyne à S.Denys,
je ne vous dis rien de
Mrle Duc de Gesvres, Premier
Gentilhomme de la
Chambre en année, c'est
parce que vous n'ignorez
pas que tout ce qui regard
les dépenses ordinaires &
extraordinaires de l'Argenterie
& des Menus Plaisirs &
Affaires de la Chambre du
Roy, pour la Personne &
hors la Personne de Sa Majesté,
est ordonnépar Mr les
Premiers Gentilshommes de
la Chambre, & que celle des
Pompes funebres de la Reyne
fait partie des dépenses
extraordinaires, qui consistent
en plusieurs choses considérables,
comme Sacres &
Couronnemens desRoys &
desReynes, Mariages, Baptémes
des Enfans de France,
Tournois, Carousels, Balers" ;
Opéra, Comédies, & une j
infinité d'autres. Ils ont fous
eux les Intendans & Controlleurs
Genéraux de l'Ar- •
genterie,&des Menus Plaiirs
& Affaires de la Chambre
du Roy,quiexécutent,
& qui font le détail de toutes
choses.MrDuché est présensentement
en année,comme, !
il a bien paru par ses foins,
par sa vigilance, & par son
exactitude dans tout ce qui
a esté fait pour les Pompes à
funebres. MrdeSoubeiran, I
& Melique, Trésoriers Ge-|
néraux de l' Argenterie & des
Menus Plaisirs,sont en exercice.
Le Mardy 7. de ce mois,
Mr de Rians, Procureur du
Roy de l'Ancien Chastelet,
fit celébrer une Messe solemnelle
en la Paroisse de S.Germain
l'Auxerrois, qui est la
sienne, en aaion de graces
de la protéétian particulière
de Dieu sur la Personne facrée
du Roy, dans l'accident
de sa chute. Al'issuë de cette
Messe, il fit faire une distribution
de pain & d'argent à
tous les Pauvres qu'on y avoit
appeliez, &qui le trouverent
en fort grand nombre. Le
mesmeMrdeRians avoit fait
faire, incontinent apres la
mort de la Reyne, des Services
au Grand & au Petit
Chastelet, pour le repos de
l'ame de cette Princesse. Il
en racheta plusieurs Prisonniers,
que l'on élargit, & fit
donner à disner, & distribuer
de l'argent à ceux qui voulurent
bien le recevoir.
Vous attendez que jevous
parle de la mort de Mr Colbert
, & je dois satisfaire
vostre curiosité. Ses Titres!
estoient, Marquis de Seignelay,
& de Chafteauneuf sur
Cher, Baron de Sceaux, Limours,
&autres Lieux, Conseiller
du Roy ordinaire en
tous ses Conseils, du Conseil
Royal, Ministre&Secretaire
d'Etat, & des Commandemens
de Sa Majesté,Commandeur,
ôc Grand Trésorier
de ses Ordres, Controlleur
General de ses Finances, Sur-
Intendant, lX Ordonnateur
General de ses Bastimens,
Arts, ôc Manufactures de
France. Il estoit Fils de Nicolas
Colbert, Srde Vandieres,
&de Marie Puffort, Sceur.
de MPuffortConlciller dEtat,
& avoit épousé Marie )
Charron, Fille de Jacques
* Charron Srde Menars, Bailly
de Blois, &de Marie Begon.
De ce Mariage sont sortis <
plusieurs Enfans, sçavoir,
Mrle Marquis de Seignelay,i
-
M le Coadjuteur de Roüen,
M le Bailly Colbert, Mr le
Marquis de Bleinville, Mr
l'AbbéColbert, Mrle Chevalier
de Sceaux, & M'eÍaames
les Duchesses de Chevreuse,
deBeauvilliers, &de
Mortemar. Il est mort âgéfl
de 64ans,accablé parle travail
excessif qu'il a soûtenu
dés ses premièresannées, ê*
jjjmi luy avoit causëcliver
incommoditez. Ilavoitcom-
:
mencé à faire connoistre son
génie laborieux fous Mr lç
~Tellie!: aujourd'huy Chancelier
de France. Mr le Cardinal
Mazarin ayant besoin
d'un Homme d'une capacité
pareille à lg sienne,Mr le
Tellier voulut bien s'en priver
en sa faveur. Il fut infatigable
dans les services qu'il
luy rendix, & le fit avec tans
.r?rdre)queSon Eminence
en parla souvent au Roy. Sa
Majestés'en souvint,lors que
ce Ministre fut mort; & apres
plusieurs entretiens qu'Elle
eut avec Mr Colbert, Elle
commença à s'en servirpour
rétablir l'ordre dans ses Finances.
Son Domaine estoit
engagé, & le Roy avoit touché
d'avance plusieurs années
de son Revenu. On ne
doit pas en estre surpris. La
Guerre qu'on venoit de terminer,
avoit duré vingt-cinq
années sans aucun relâche,
& les Mouvemens civils
avoient longtemps divisé la
France pendant la Minorité
de ce Monarque. Toutes ces
,,choses avoient épuisé les Finances;
elles pouroient s'épuiser
à moins. Il falloit les
rétablir. Il y alloit du repos,
de la gloire, ôc de la seûreté
de l'Etat, & la France cft 1obligée à Sa Majesté d'avoir
jetté les yeux dur MrColbert,
puis que par le rétablissement
qu'il en a fait, il l'a mise en
état de se faire craindre par
la Guerre, & de se faire ad-
I mirer en faisantfleurir les
beaux Arts chez elle, & en
donnant par ce moyen à la
Capitale du Royaume la
splendeur qu'avoit l'ancienne
Rome. Vous n'aurez pas de
peine à en convenir, si vous
longez que le Roy joüissant
de tout son Revenu, apres
qu'on eut rétably ses Finances,
& retire ses Domaines
par le remboursement de
ceux a qui on les avoit enga-
# <rez, ce Prince connut ses
forces, & sevit le maistre de
tout ce qui luy appartenoit
légitimement; ce qui n'estoit
jamais arrivé à aucun de les^
Prédecesseurs. Par là il se vit
seul aussi puissant en revenu
4
que tous les Souverains de
l'Europe ensemble. Je n'y
comprens point le Grand
Seigneur. Il est regardé comme
un Prince d'Afie. Le
Roy se vit de plus maistre
d'unPeuple aguerry, &
d'un Royaume abondant
en Hommes, & assez fertile,
pour pouvoir fournir beaucoup
de choses aux autres
Nations. Il falloit un Souverain
sage, & qui aimast (es
Sujets & la gloire, pour bien
user de ces avantages. En
effet, il n'y a rien de plus
dangereux que les richesses
& le pouvoir dans les mains
d'un Prince qui ne sçait pas
gouverner. Par l'usage que
le Roy fit d'abord de ses Finances,
il sembla vouloir en
rendre comme un compte
public à ses Sujets, en les
employant pour la gloire de
la Nation, qui met toute sa
joye à voir paroistre son Sou-1
verain au dessus des autres,
parce qu'elle tire tout son
éclat de cette grandeur. Un
employ si justement ordonné,
estoitnecessaire pour remettre
dãs une entiere splendeur
tout ce que de longues
Guerres,étrangeres & civiles,
avoient fait dissiper pendant
la Minorité du Prince; & il
falloir que le Roy, ayant fait
remettre ses Finances dans
un si bon ordre, parust avec
tout l'éclat du plus grand
Monarque de l'Univers. Il
ne le pouvoit par la Guerre,
elle venoit de finir. Ainsi Sa
Majesté ne songea qu'à faire
remplir les Garde-meubles
de toutes les Maiions Royales
de Meubles superbes, &
les Apartemens de Peintures;
qu'à faire travailler à des Ouvrages
d'Orfèvrerie qui en
fissentl'ornement;qu'à augmenter
le nombre des Pierreries
de la Couronne, ôc
enfin qu'à amasser tout ce
qui faitl'éclat des grands
Roys, en faisant celuy des
Nations, & qu'un Souverain
est obligé d'avoir, parce qu'il
marque par là sa puissance
aux Etrangers. On ne peut
assez admirer ce que leRoy
fit en cette occasion pour le : bien de ses Sujets. Ce Prince
nevoulant point que l'argent
sortist de France pour la plû-
;
part de ces choses, il fit rra..:
vailler à l'avancement des
Arts dans ion Royaume, &
fleurir les Gobelins, qui en
renferment une Pépiniere.
L'Académie de Peinture &
de Sculpture eut les mesmes
avantages. Il y fit distribuer
des Prix tous les ans, & entretint
desEtudians enItalie,
pour venir à leur retour tenir
leur place dans cette Academie
de Peintres & de Sculpteurs
Il fit travailler aux
Bastimens de toutes les Maisons
Royales, au rétablissement
de la Marine, aux Ma- l,
nufactures de tout ce qui est
necessaire à l'armement des
Vaisseaux, à la construction
des Arsenaux de Marine,&
à plusieurs Porcs ôc Bastimens
magnifiques. Il établit
une Académie des Sciences,
comme du temps du feu Roy
on en avoit étably une pour
la LangueFrançoise. Il sist
bastir t'Observatoire pour laj
plûpart de ceux qui compofent
cette Académie des
Sciences, & donna un fond
pour faire chaque année des
gratifications aux Gens de
Lettres, tant François qu'Etrangers.
Enfin on peut dire
que le Roy fit seul plus queH
tous lesautresRoysdeFrance
n'avoient jamais fait ensemble.
Ce Monarque s'estant
chargé de toutes les Affaires
de l'Etat apres la mort de
Mr le Cardinal Mazarin, ne
pouvoit donner tous ses soins
à tant de diverses choses qu'il
avoit résoluës,&il n'estoit pas
mesme de sa dignité d'entrer
dans tout le détail qu'elles
demandoient. Il falloit pour
cela choisir un Homme, non
seulement intelligent & laborieux,
mais encore qui eust
beaucoup d'ordre & d'exactitude
dans ce qu'il faisoit,
&le Roy ne pouvoirfaire un
plus digne choix qu'en la
personne de MColbett, qui.
avoit mis un si bon ordre
dans ses Finances. Il estoit
infatigable; ëccomme ilne
prenoit presque jamais de
repos, il croyoit que ceux
quiservoientSaMajesté,pouvoient
comme luy soufrir un
travail continuel. Ce que je
vous dis parut un jour, lors
qu'ayant fait donner à un fameuxAvocat
ungrand nombre
de Papiers, qui demandoient
au moins huit jours
de lecture sans aucune autre
occupation, iln'en pût passer
que trois sans luy en envoyer
demander des nouvelles.
L'Avocat luy répondit,qu'il
ne les avoit que depuis trois jours;
& M.Colbertluy fit dire,qu'il
yavoitaussitrois nuits qu'il les
avoit eus. il en passoit peu
d'entiercs dans sonLit; il s'endormoit
dans le travail, &on
le deshabilloit tout endormy.
MrleChancelier arendu justiceàsamémoire,
lorsqu'après
sa mort il a dit en plein Conseil,
avec l'honnesteté qui luy
est ordinaire, qu'on ne pouvoit
mieuxservir le Roy que ceMinistreavoirfait.
Il a elle assisté
à la mort par Mr Cornuaille
Vicaire de S. Eustache, & par
le Pere Bourdalouë Jesuite.
Pendant les quatre ou derniers
jours de sa maladie, on
ne luy a point caché qu'il
n'en pouvoit revenir Il a fait
sonTestament, & mis ordre
à ses affaires, sans montrer
d'attachement pour le monde.
Lors qu'il se vit à l'extrémité,
il voulut entretenir
ses Enfans les uns apres les
autres,&ayant reçeu tous
ses Sacremens d'une maniere
tres-édifiante, il mourut le
Lundy
Lundy6. de ce mois, avec
ulne grande fermeté. v.i ^Si-tôftqu'il futmort,Sa.
Majesté nomma MrlePelieder,
Conseillerau Gonseil
Royal,& Controlleur Generaldés.
Finances.. Quand
lin Princeentièrement eclairé
Connoît unSujetdignede
remplir un grand Poste, il ne
balance point à se déclarer
dans lé moment qu'il voit ce
Poste vacant. Aussî' le Roy lui ric-s'estja-maIStrompé
dansaucun choix, & qui
connoissoit à fondMrle Pellétkr^
ad'abordjette les yeux
sur luy pour luy faire occuper
la place que je viens de
vous marquer. J'avoue, Ma--
dame, que je me trouve iCf'
dans un fort grand embarras.
Vous avez souffert que mesa
Lettres devinrent publiques;;.
& si je rens justice à lavérité,
en vous apprenant mille clio-i
ses glorieuses touchant ces
nouveau Ministre, sa modeftie
qui a toujours fuy ré.:
clat, en fera blessée. Cependant
si je la respecte aÍfe.
pour me résoudre à les tairer
je suprime les justeséloge,
qui sont dûs au Roy. Cet in-Sï
cerest le doit emporter, &
puis qu'il y va de la gloire de
ce Prince, dont les
lumieres
n'éclatent jamais davantage
que dans le choix des Personnes
qu'il èleve aux grands
Emplois, je serois blâmable,,
si en publiantlemérité de
Mrle Pelletier, je ne faisois
voir avec combien de justice
Sa Majesté se repose sur ses
soins de l'Administration
qu'Elle luy confie. Ce que
je vous en diray plaira aux
Peuples, qui en sçavent une
partie. Il apprendra aux Etrangersce
que la
-
France
doit espérer de sa vigilance
& de sa sagesse
; & aux En-:
nemis de la France, qu'elle <
fera toûjours en état de leur t
résister. Le Peuple & la Cour
font satisfaits de son éleva-i
tion. C'est ce qui arrive fortà
rarement. Il est neantmoin.
si vray qu'elle a esté applau-i
die de tout le monde, quunn
Duc & Pair prit la liberté deJ:
dire au Roy si-tost qu'ileutÏJ
déclaré son choix, qu'il luy en*
faisoit compliment au nom de,
toute la Çour& de tout le Rgau.4
me. La joye devint générale;
en un instant, & elle fut fit
i
grande parmy tout le Peuplé
de Paris,pour, qui ce nouveau
Ministre a fait de tres-grandes
choses, que s'ileust osé,
il eust esté enfairesesremercîmens
à Sa Majesté.Quelque
grand Monarque que
l'on soit, cette qualité n'est
pas ce qui fait que l'on juge
toujours juste. Au contraire,
comme on tend de tous cotez
des pieges aux Roys pour
surprendre leurs faveurs, ils
ont une peine extrême à bien
distinguer ceux qui les méritentveritablemét,
puis quesi
Ton voit de faux Devots dans
le monde, on trouve à la
Cour des Hipocrites d'autant
plus adroits,qu'ils sont élevez;
dans le Lieu où l'on apprend
: à feindre. Les uns & les autres
ont le mesme extérieur,
& il est bien mal-aisé de dé-.
mester le vray mérite d'avec
le faux. Malgré ces difficultez,
les acclamations publi-
•
ques font voir que le Roy
ne s'est point trompé. C'est :
un sujet de loüange d'autant:
plus grand pour ce Prince,
( que lors que son rang oblige
:
les Hommes à se déguiserdevantluv,
afin de n'en estre :
pas connus, les lumières de
son esprit luy font penétrer
jusques au fond de leursames,
pour y découvrir la
vérité,quel'envie des'élever
les engageàtenir cachée.
Mrle Pelletier a estéConseiller
au Parlement, Président
aux Enqueftes, Prevost
des Marchands, & Conseilier
d'Etat ordinaire. Ilatoûjours
eu la réputation d'un Juge
exact,vigilant, & judicieux;
& son intégrité a esté remarquée
jusque-là, que les Plaideurs
souhaitoient de voir
leurs Procèsdistinbuez dans
la Chambre, afin de l'avoir,
pour Juge. On s'est mellne
remis fort souvent à luy pour
des Arbitrages. Il seroit difsicile
de trouver un Homme
plus honneste, & plus éclairé
en tout. Il aime,il connoît
les belles Lettres, fx a l'espris;
cxcrememenc pénétrantes*
sagesse l3c sa modération pnç
toujours esté dignes de servir
d'exemple, & il ne s'est jamais
prévalu de la faveur où
son mérite & [es alliances
l'ont fait arriver. Il a eul'honneur
d'estreTuteur des Ensans
de feu Mrle Ducd'Orleans,
Fils de France,Frere de
LoüisXIII. & Oncle du Roy,
Ce choix est si glorieux pour
luy, que je me tais, n'en pou..
vant rien dire qui ne fust infiniment
au dessous des avan.
tages qu'il en peut tirer. J'ay
assez de choses à vous apprendre
touchant ce qu'il a
fait pendant qu'il a esté Prevost
des Marchands. Quoy
quecetteDigniténe sexerce
qu'un certain nombre d'années,
elleluy a estécontinuée
trois ou quatre fois; & si l'on
avoit pû la luy laisser toute sa
vie,ilauroit toûjoursremply
ce Poite. On peut voir par là
avec combien d'applaudissement
il l'a occupé. Il a garanty
les Pauvres de l'oppres-,
sion, les a préferez aux Riches
; & le grand nombre
d'Ouvrages importans qu'il
a fait faire pour l'embellussement
& l'utilité de Paris, &
pour la gloire de la France,
estpresque incroyable. Les,
bons Archireétes, & les meilleurs
Ouvriers,y ont toujours
esté employez,& le sèul mérite
l'a déterminé dans le
choix qu'il en a fait. Voicy
le détail de ces Ouvrages.
En l'année 1670. il commença
à faire travailler au
grand Mur du Rampart entre
les deux Bastions de la
Porte S.Antoine, pour y faire
un Cours planté d'Arbres.
On coupa neuf à dix pieds
de terre en divers endroits,
& on les rejetta dans d'autres
qui servoient alors de Jeux
de Paume & de Jeux de
Boule. C'estoit un Cahos,
d'ordures, accompagne de
Retraites, où des Vagabonds;
s'alloient cacher dans des
trous pour y jouer. A ce
Iiiefrne endroit, on a explané
toute la superficie dela terre,
& l'on a planté un Cours de
trois Allées,depuis la Porte
S. Antoine jusques au coin.
des Murs du Calvaire,vis-àla
Vieille Ruë du Temple.
Ce Cours a elle revestu de
Murs de toute sa longueur,
qui est de six cens toises,dont
la grande Allée en a dix de
large,&chacune des Contre-
Allées trois.
En 1671. il fit rebastir la
Porte S. Antoine.Cestoit
l'Arc-de. Triomphe qui fut
fait à l'Entrée de Henry III,
à son retour de Pologne, de
c'est en partie par cette raison,&
à cause desFleuvesque
l'on estime beaucoup, & qui
font de MrPonse, fameux
Architecte,qu'onla conservé.
Cequ'il y a de singulier
en cet Arc, c'est une
Arriere-vousure du costé de
la Ville. Cet Ouvrage est le
premier qui ait paru de ce
genre. Aussi a-t-il donné le
nom à tous ceux qui ont esté
faits depuis à son exemple.
[Pour rendre cette Porte plus
commode, on en a fait deux
grandes aux deux collez de
l'ancienne,à la place de deux
petites,qui nettoient que
pour les Gens de pied. On a
marié pour cela la nouvelle
addition d'Architecture avec
l'ancienne,&l'on a fait deux
Arriere-vousures semblables
à l'Original. Il y avoir à l'entrée
de la mesmePorte, du
costé du Fauxbourg, une
Chauffée fort étroite; on l'a
abatuë,&on l'a fait en fuite
plus large. On a aussi fait une
grande Demy-lune pour les
avenuës duFauxbourgàcette
Porte, & l'on y a porté les
anciennes Figures dHercule
&de Pallas, qui estoient pofl
t..
fées plus avant. Dans le mesme
temps on a fait le Quay
Malaquais du Fauxbourg
S. Germain, depuis le College
des Quatre Nations juc.
ques au Pont-rouge. C'est
un des plus grands Ouvrages
que l'on ait faits à Paris.
1
1
Il
En 1672. l'on abatit 1ancienne
Porte S.Denys, qui
estoit un passage tres-étroit,
>&. tres-difficile. L'on éleva
la nouvelle Porte; & parce
que dans la mesme année le
Roy alla en Hollande, où il
conquit grand nombre de
jjvïlles, & passa plusieurs Rivieres,
l'on mit des Pyramides
pour y attacher des Pentes
de Trophées, & au bas
de ces Pyramides, on repré-
(enraieRhinôdaMeufë liib-j
juguez, avec des Inscriptions
qui se rapportent a ses Conquestes.
En fuite on commua
le Cours depuis la Porte
S. Denys jusques à la Porte
S.Martin. On le revestit d'un
grand Mur de Rampart,
l'on y planta plusieurs Arbres.
En 674.on bastit la Porte)
S.Martin& l'on démolit
l'ancienne. C'estoit un gro
Pavillon moderne, fait par
les ordres de Mrle Cardinal
de Richelieu. Cette nouvelle
Porte est un morceau d'Architecture
rustique, avec un-
Attique au dessus, où sont les
Inscriptions. Dans les quatre
Angles des deux costezde
la mesme Porte, sont des Basreliefs.
La Prise de Beiançon
est marquée das l'un de ceux
qui sont du costé de la Ville,
& dans l'autre, on voit laRupture
de la Triple-Alliance,
représentée par le Royen
Hercule,quiavaincu Gérion.
Du costé du dehors, est la.
Défaite des Allemans, fous k
figureallégorique de Mars,
quirepousse un Aigle on
voit de l'autre collé la Prite.)
de la Ville de Limbourg. On
aélargy l'entrée de la Pueen
dedans la Ville, des deux côtez
de la Porte, &. l'on y a fait
des Maisons neuves. On a travaillé das le mesme temps
à la Porte S. Bernard. On
s'etf servy de la Masse de 1an-*
cienne Porte , qui estoit un
gros Pavillon &" l'on a fait
deuxgrandes Arcades pour
la commoditépublique, à l'i..
mitation de quelques Arcs
anciens. Il y a dans cette
Porte deux grands Bas-reliefs,
qui représentent leCommerce
pour la Navigation.
L'on a aussi fait dans la mesme
année le Quay S. Bernard,
& de Nesmond.
En 1675. on a fait le Qiîay
de la Gréve, appellé le gfuay
Pelletier. C'estoit auparavant
le derriere des Maisons des
Taneurs, & de l Ruë de la
Tanerie, partageétroit, & de
mauvaise senteur. On a osté
les Taneurs, & l'on a fait un
Mur dans la Riviere pour soûtenir
ce Quay, avec une Banquete
de six p!ed$(:1).f3\r.
Ce passage, qui estoit le plus
vilain de Paris, en est présentement
le plus beau. On a
aussi fait un Pont dans la
Grève pour la commodité
des Marchands, & séparé &
osté les choses qui embarassoient
dans cette Place. On
a fait dans la mesme année
plusieurs autres Ouvrages,
parmy lesquels il y a deux
Pompes considérables fous
le Pont NostreDame L'une,
qui est de M Manse, & d'une
invention nouvelle, a donné
80 pouces d'eau; l'autre est
aeMrJoly, &euadonne40.
A l'entrée du lieu où sont ces
Machines, on a fait un Portail
d'Architecture, avec des
Attributs au sujet des Eaux.
On y voit aussi des Médailles
deSaMajesté. Onaélargy
le bout du Pont N. Dame
dans la Ruë des Arcis, jusques
à l'Eglise de S Jacques
de la Boucherie; & à l'autre
bout, la Ruë de laDraperie,
qui conduit au Palais. On a
abatu dans le Fauxbourg
S. Germain les anciennes
Portes, Dauphine, de Bussy,,
t& de S.Germain, qui estoient
inutiles, lX l'on a retranche
proche la Grève la Ruë
de S. Jean, qui regardoit
S.Gervais; celle delaCoûtellerie,
le bout de celle de
la Verrerie, & plusieurs autres.
L'on a ramassé toutes
les Eaux qu'on a pu, de Rongis,
d' Arcueil,& deBelleville,
& pour les distribuer, ona
fait dix Fontaines publiques,
Enfin M le Pelletier,. pour
couronner tant d'Ouvrages,
a fait faire un Plan general
de Paris par les ordres de Sa
M jestépour faire connoître
l'état où est aujourd' huyi
cette grande Ville, & celuy
où elle doit estre dans quelque
temps. On y a marqué
tous les retranchemens,additions,)
& embellissemens
qu'on aréslolu d'y faire, selon
qu'il a esté conclu par le Roy
dans son Conseil. Tous ces;
Ouvrages onc esté faits sur
les Desseins, &. sous la conduitedeM
Bulet,Architecte
>& Ingénieur du Roy,&de la
Ville.Son sçavoir paroist dans
ce qu'il a exécuté, & dans le
choix que Mle Pelletier æ
fait de luy. le devrois vous
donner icy les Inscriptrions,
mais il me reste &: trop peu
de temps, & trop peu de
place. On doit estreconvaincu
qu'un Homme qui
aime les belles Lettres com- <
me Mr le Pelletier, n'a rien
fait faire quine soit tres-digne i
d'estre coniervé. Le Public
sçait que celles des Fontaines,
qui sont de Mr de Santeüil,
ont esté fort estimées.
Je dois, à propos de ces InC
criptions,vous dire une chose
surprenante de la modestie
de M le Pelletier. Quoy que
la maniere dont en ont usé la
plupart de ceux qui ont estes
avant
avant luy Prevoit des Marchands,
luy fournift plusieurs
exemples fondez sur l'usage,
qui l'autorisoient à laisser
mettre son nom sur les Ouvrages
qu'il a fait faire pendantqu'il
a possedé cette Dignité,
il ne l'a jamais voulu
soufrir, & s'est contenté d'avoir
donné tous ses soins à
l'utilité de sa Patrie, sans se
mettre en peine que la Posterité
en fust informée. Cet
Effet de sa modération est
d'autant plusestimable, qu'il
pouvoit, ainsi que les autres,
déférér à la coûtume, sans
estre accusé de vanité. Il fut
élû Prévost des Marchands
au mois d'Aoust 1668. & continué
dans les troisElections
suivantes. Paris luy doit l'élargissement
de sesRuës, car
dans ces fortes de choses,
avoir commencé
,
c'est avoir j
tout fait. Cependant la peine j
de ces Ouvrages confiftoiu
moins dans l'Ouvrage mef--
me, que dans ce qui n'a
point paru à nos yeux. Cca
n'estoit pas peu que le rem,",
boursement de mille ôc millet
Particuliers, la
plûpartsantasques,
& quin'examinant
- 'M
pas la justice qu'il y a de préfererl'intérest
public à tout,
sont chagrins de voir qu'on
abate leurs Maisons. M le
Pelletier est venu à bout de
les contenter,& s'estattiré
par là mille benédiétions.
rCeft ce qui fait que le Peuple
en donne au Roy, pour
l'avoirélevé dans le rang où
il l'a mis, & ce qui nous
oblige en mesme temps d',!d--
mirer la bonté de ce Monarque
, & la parfaite connoiC
tfance qu'il a du méritedistin-
,rue de ses Sujets.
r, Ce choix de Sa Majesté
avoit esté précédé d'un autre,
qui n'avoit pas moins reçeu
d' applaudilîemens.Mrle
Marquis de Blainville, quai
triéme Fils de Mr Colbert
avoit la Survivance de la
Charge de Sur-Intendant, ôc
Ordonnateur General de ses |
Bastimens, Arts, &Manufa-|
ctures de France. Ce Marquis
estant encore dans u âge fort peu avance,
n'agir
foit dans les fonctions d,
cette Charge, que fous M
Colbert qui en avoit la prinJ
cipale direction. Il falloirqu
Mr de Blainville l'exerçai!
entièrement apres la mort
de ce Ministre. Il devoitdisposer
de plusieurs Millions
par an, & ce n'eust pas esté
trop que d'avoir vieilly dans
un Employ de cette nature,
pour l'exercer avec l'application
& l'exactitude qu'il
demande. Ainsi le Royen
payant cette Charge, a pû
avec justice la donner à un
autre. On assure mesme que
Sa Majesté en estoit convenuë
avec M Colbert. Aussi
Mr de Blainville a-t-il (Jonsency
comme ille devoit à
ses
-
volontez
; & pourmarquer
qu'il n'avoit point d'autre
passion que de servir toûjours
ce Monarque, il a pris
le party de la Guerre;& dans
le dessein d'apprendre ce noble
Mestier, il s'est fait fim.
ple Lieutenant dans le Regiment
de Picardie. Cette
maniere d'agir a estéfort approuvée
, & j'aurois peine aj
vous expliquer tous les applaudissemens
qu'il en areçeus.
5
Je viens à Mrde Louvoys,
dont la conduite a donné
tant de satisfaction à Mrle
Chancelier, qu'on peut dire
que la joye qu'il en reçoit, le.
fait vivre. C'est en quoy ce
grand Chef de la Justice a
toûjours eu l'avantage d'exceller
, puis que dans les
temps difficiles, il s'est fait
aimer également de tous les
Partis; ce qui s'esttrouvé
plusieurs fois utile aux Affaires
de Sa Majesté. Vous
sçavez, Madame, qu'il n'a
[pas esté moins chéry du Peuple,
qui pendant les maladies
que son grand âge luy a
uelquefois
caufées
, quelquefois causées, a efsfté
souvent veu pleurant autour
ide son Hostel, & faisant des
voeux pour sa guérison. pIusieurs
mesme ont poussé leur
zele jusqu'à rendre graces à
Dieu du recouvrement de sa
fanté, par desMessessolemnelles.
J'aurois pu me dispenserd'en
rien dire icy;
mais comme l'estime & la
réputation sont les seules
choses qui restent de nous,
lors que nous avons cessé de
vivre, il est justed'enparler,
afin que ce grand Homme
qui ell si cher à la France,
connoisse dés son vivant ce
que l'on dira de luyaprès sa
mort. C'est une espece de
récompense, dont Dieu permet
qu'il joiiiffe dés ce monde
pour le prix de ses vertus;
& nous avons lieu de croire,
que comme il comble le Roy
de prospéritez, il ne luyenlevera
pas si-tost un Sujet qui
luy est si necessaire. Il ne se
pouvoir que le Fils d'un Pere
si remply de zele,n'eust toutes
les qualitez dont on peut
avoir besoin pour bien servir
ce grand Prince. Comme
c'est loüer Sa Majesté, que
de faire voir la justice de son
choix, je dois à ce choix
au moins un court éloge de
M de Louvoys. Quelque
court qu'il soit, je le puis faire
fort grand, en nommant
cinq choses, dont j'ay parlé
au long, & separément, en
plusieurs occasions. Elles se
font faites depuis qu'il est
dans le Ministere, ôc c'est
par ses foins qu'elles se sont
faites. Il y a trois Etablissemens
qu'on ne peut trop
estimer
;
l'Etablissement des
Invalides, celuy des Magazins
d'Armes fous la conduite
de M Titon, & celuy
des jeunes Gentilshommes,
au nombre de quatre nulle,
instruits dans le Mestier de
la Guerre en diverses Places
du Royaume. Joignez à cela
les soins qu'il a donnez pour
faire passer les Commanderies
de S.Lazare,aux Officiers
qui ont esté blessez dans le
Service. Les Fortifications.
qu'il a fait faire depuis quinze
ans, peuvent tenir icy leur
place, puis qu'il est inoüy
que depuisplusieurs Siecles,
on en ait fait autant dans
tout le inonde. Le détail de
toutes ces choses demanderoit
des Volumes. Cependant
MrdeLouvoys seulest
-
venu à bout de faire exécuterles
volontez du Roy sur
tout ce qui les regarde, ôc
cela, sans s'appliquer moins
aux Affaires de son Département
de la Guerre, qui ont
toûjours demandé un attachemcnt
qui répondift à la
maniere dont Sa Majesté I
s'estdiHinguée par ses Conquestes.
Apres les grandes
choses que Mrde Louvoys
a exécutéesavecunefacilité
furprenanre, il sembloit qu'il
n'y eust que luy qui putt foûtenir
l'Employ de feu Mr
Colbert dans les Bastimens.
I
La magnificence du Roy
ayant rendu cette Charge
l'une des plus importantes
du Royaume, quel autre et.
toit plus capable d'en porter
le poids qu'un Homme, a,
qui les Fortifications ont apprisce
que c'estque de bafiir;
qui les a, pourainsi dire, fait
sortir de terre )
& qui a toujours
fait trouver dans les
temps, tout ce qui estoit necessaire
aux grandec Armées
du Roy? Il ne faut pas s'étonner
apres cela, si le choix
de SaMajesté aesté si genéralement
applaudy,
,
Ce qui
doit surprendre, c'est que
dans un âge si peu avancé,
Mr de Louvoys ait fait tant
de grandes choses. On luy
pourroit faire la mesme queflj
tion qu'on sir autrefoisàAléxandre,
en luy demandant,
comment àson âge il avoit pû
faire tant de Conquestes; & il
auroitsujet de répondre àl'égard
des diférensEmplois
.-
qu'il a remplis avec tant de
gloire, qu'il s'en est si bien ac-
Ijurt,e, en ne remettant jamais
rien àfaire au lendemain. Il fit;
voir quelle est son aétiviré,!
si-tost qu'il eut la nouvelle
Charge dont le Roy l'a honoré.
CinquanteLettres partirent
incontinent apres pour
tous ceuxqui ont employ das
les Bastimens. Il alla visiter
ceux de Versailles,de Marly,
& de S. Germain, & fit venir
(tous les Ouvriers, ausquels
il ne plusieurs quefiions, ôc
qu'il écouta les uns apres les
autres. Il parla à ceux qui excellent
dans les Arts, avec
unecivilité qui les égaloit
presque à luy.Cette honnetteté
marque qu'il sçait
connoistre le mérite acquis,
qui est celuy qu'on doit le
ik
plus estimer. Ce sont des IIlustres
que la Nature ne fçauroit
produire. Il faut que le
temps, l'étude,& l'esprit, leur
donnent les connoissances
qu'ils ont. On naist avec de
la qualité & des richesses,
maison ne peutestreBernin,
ny le Brun, & il n'y auroit
point de grands Hommes,
s'ils ne travailloient à sefaire
eux-mesmes. Quand Mrde
Louvoys fera reçeu ProfeC
feur des Arts dans l'Académie
de Peinture & de Sculpture,
ce que je vous diray à
l'avantage de ces Arts, & des
Privilèges qu'ils onteus chez
les Anciens, vous fera connoistre
combien il est glorieux
d'estre Protecteur de
cequi pourroit immortaliser
l'Univers, s'il est permis de
parler ainsi d'une chose qui
doit finir.
b MrMagnin, Conseiller au
Présidial de Mâcon, a fait
Dne Devise sur la promptitude
de ce vigilant Ministre
à exécuter les desseins du
Roy. Un Eclair qui fort de
la Nuë en fait le corps, de
ellea ces mots pourame,
: Proecurfcrfulminti erit. -
Le mesme MrMagnin en
a donné l'explication par ce
Madrigal.
U V acfivitésurprenante
.tsais pdfjer en un iuftant
De lorient a tOccident7
Par tout ilsime t'ép()llvantt.
Du Tonnerre, en marchant, il annonce
le bruit;
Dés qSoî levoit paroifire, on n'a
quà[eréfoudre.
Le Monarque dés Cieux, dontl'efyrit
le conduit.
Ne faitpasaprèsluytoujoursJuivre
la Foudre,
Mats trèsferventellefuit.
Mrle Marquis de Seignelay,
qui exerçoit par SurvivancelaChargedeSecretaired'état.
à laquelle le Département
de la Maiion du
Roy ôc la Marine sont des
c hoses attachées, en joüit
présentement en chef. Le
Clergé, le Commerce, & les
Eaux &Forefu, sont encore
de sa fonâioii,aulli-bien que
les Manufactures,à la réserve
de celles qui se font aux Gobelins
&à la Savonnerie, &
de tout ce qui regarde les
Meubles & les Arts qui peuvent
contribuer àl'embellis,
sement des Maisons Royales,
&qui par cette raisonsont
joints a la Sur-Intendance
des Bastimens. On peut juger
par le nombre des Emplois
qui restent à MldeSeignelay,
qu'il doit estre laborieux, &
bquleesess saeruvicRes soonyt a.gre~ rA
Enfin, Madame, jevous
envoye la Seconde Partie des
Dialogues des Morts, si souhaitée,
& tant de fois demandées
depuis six mois. Quand elle
n'auroit pas esté déjà fort
avancée des le temps que la
Premiere parut, l'Autheuo
n'auroit pû la refuser àTern
pressement du
Publicquï
s'est imaginé qu'il devoit une
Suite au grand & presque incroyable
succés de ses premiers
Dialogues, & qui l'a
attenduc^omme ne pouvant
douter qu'il ne la donnaft.
Ainsi il s'estsenty obligé à
revoir avec grand foinàe qu'il
avoit déja
fait
de cette Seconde
Partie, & à la continuer.
Ce travail est d'autant
plus long & plus pénible,
que ne s'agifranr que de Faits,
il faut sçavoir à fond l'HiCtoire
genérale du monde.
Un seul Dialogue renferme
la Vie de deux grands Hom-
L
$Des,ou de deuxPersones (14
tinguées par des choses,do»J
la mémoire le conierver^
éternellement-, ôc bien foui
ventmefinel'Hiltoire de touss
un Siècles'y trouve dépeint
Comme ces deux Voliu
contiennent une espece. dfl
Recueil des plus belles asid
tions des grands Hbm
ou de ce que d'autres-ouf
fait de sottiles échuantes
Public y peut beaucoup, prql
siter, & s'instruire ense
-
dm
vertissant. La Morale quiJW
Jbuie ordinairement le baM
Sexe, est si agreablement
neslée dans l'un & dans l'au-
'C, qu'elle ycil leuë des Dales
avecbeaucou p de plaiir
Ce n'est pas assez que de
amasser des traits historiues,
il en faut trouver qui
~rapent, & qui donnent lieu
cette Morale insinuante
ui se fait sentir d'abord par
~svéritez qu'elle découvre.
Ce sont ces traits fort heureu-
:nlenr choisîs, qui font estiner
ces Dialogues. On en
eut faire de tres-galants, ôc
ui feront mesme tres-bien
crits; mais comme ces fortes
'Ouvrages veulent plus de
Faits resserrez avec esprit,que
de Discours étendus avec
moins deFaits, je ne sçay si
l'assortimentseroit semblable,
& si l'on n'y remarqueroit
pas la diférence qu'il y
eut toûjours d'un Original i
une Copie. QIOY qu'il en
soit, en vous envoyant la Se
conde Partie des Dialo1gu1e)s je ne vous dis point ny quelle
est Ineilleure, ny qu'elle est
moins bone que la Premierej
C'est ce qui me paroist inl
possible de décider. Si ces
de iK Parties ne contenoient
chacune qu'un Dialogue,la
matière
matiere pourroit rendre l'une
)lus agreable, & mesme plus
fortequel'autre, sans qu'il yeust
delafautedel'Autheur mais je
ne croy pas quededeuxVolumes
:ontenant chacun dixhuitDiaoguessurdes
sujetsdiférens, on
ust bien fondé à dire que l'un
'emporteroit de beaucoup. Il ya
nefme une impossibilité absolüe
cela, &, les dix-huit nouveaux
Dialogues de la Seconde Partie
ne peuvent estre tous plus parfaits
que ceux de la Première.On
peutdire qu'il yenadeplus &de
noins beaux dans chaque Partie;
encore cette diférence ne peut-
,Ile estre que selon les goufts, les
uns admirant souvent ce que les
~tutres condamnent, &les autres
:rouvant moins de beautez dans
ce que les premiers approuvent.
- Il y a quelques jours que l'on trouva
dans la Cave d'un des six Ammaistres
de Strasbourg, six Rats qui estoient
sortis d'un trou, attachez ensemble par
la queuë, de la maniere que représente
l'Estampe que je vous envoyé. Ceux
qui accoururent au bruit que faisoient
ces Rats, les tuerent, à la réserve d'un
qui se détacha, & se sauva pendant
qu'on tuoitles autres. Un Medecin de
la Ville les a embaumez
,
& on remarque
que le noeud qui les tient attache*:
est si méslé, qu'il n'est pas possible de
le défaire sans couper quelques-unes
des queuës. Cela donne lieu à diférensj
Pronostics.
Vous trouverez les noms de ceux qui
ont expliqué lesdernieres Enigmes dans,
ma Lettre Extraordinaire, que je vous
envoyeray le 15. d'Octobre prochaine
cependant je vous envoye deux Enig
mes nouvelles.
MrVignier de Richelieu afaitlapre
miere;lafeconde estde MrdeLigniere.
t'
ENIGME. - QXJandje fondufein.de ma Mere,
Jefuis desifacheuse humeur,
Et IC/AHaUJJl tant de peur.
QueIon riofe approcher mon Pere.
out le monde pour luy marque de l'amitié;
Mais si lors qu'on s'emprep a jouir de
ses charmes,
oans refpetl de personne, & sans nulle
amitié,
4ses meilleurs Amis jefaisverser des
lArmes,
\uelques-uns enfuyant tâchent defe
guérir,
Les autres plus mutins,foudam courent
Afin de mefairepérir; (aux armes,
Mttis en dépt de leur colere.
On nepeutmefaire mourir,
Sansfaire Aussi mourir rnon Pere.
cAUTRE ENIGME. Eluy qui me conn'ift) biensouvent
me carresse,
Tantofl pour ma beauté
J
tantoif pour
mon adresse;
Alais ce dernier bonheur ma confie bien
despleurs.
Quoy cjuon eslime »esrervices,
Etque ton/ours cjnelcjuun,pourcauser
desma'heurs,
Soit press d'allerfous mes
auirpces,
Cependant, le Printemps, cette aimable
faison,
M.*soblige avec chagrin de garderla
jidaifon.
En dautres temps, sansgrand bruit,
jeprifage
Le bonheur de monAiaiflre, & d'aucuns
le?nalheur. j
Quoy qu'il enfait,siton m'eff dit l'AH-. i
theur, j
Cestpoureflre tropfâge. j
Comme il ne se peut que les Nouvelles
publiques ne vous ayent appris
depuis quelques
- jours la Levée
d
Siegede Vienne, je ne doute point que
vous n'en cherchiez les circonstances
dans la fin de cette Lettre. Elles font
encore si inconnuës, que ne voulant
rien dire que de vray ,
je me contenteray
anjourd'huy de reprendre d'un peu
haut l'histoire de ce Siege,quoy qu'il1
t difficile de le faire sans y mesler
elque chose de ce que je vous ay déja
:. Le Grand Vizir n'ayant rien fait
~ssezéclatant pour la gloire de l'Em-
:c Othoman depuis qu'il est dans le
mistere,résolutil y a quelquesannées
porter la guerre en Hongrie, & en
~ttiche, & fit travailler pendant ce
nps-là à de grands préparatifs dans
us les lieux del'obeïssance du Sultan.
amusa l'Envoyé de l'Empereur à
ontstantinople,&les Turcs nefaisant
s grand scrupule de rompre la Paix,
la Treve, selon qu'il y va de leurs
antages, il prit le dessëin d'entrer en
ongrie un an avant que la Treve
ustfinir. Il sçavoit qu'il n'estoit pas
né à la Porte, &il vouloir se rendre
nfidérable an Grand Seigneur par des
ploits extraordinaires. Les Grands
la Porte s'opposoientàcette guerre,
cette opposition mettant aucoeur du
izir une ardeur plus forte de se fignar,
il fit faire des apprêts capables d'enthir
le plus grand Empire.Vous fça-
;z son arrivée en Hongrie, &ce qui
éceda la déroute des Allemands; je
vous ay fait un long détail de toutes
ceschoses. Le Grand Vizir se vit alors
enétatdetoutoser. Il n'avoitque deutf*
partis à prendre, l'un d'attaquer les-.
Places quiestoient sur son partage pour
aller à Vienne;l'autre
,
d'assieger Vienne.
Son Arméeestant formidable., &';¡
pourveuë de toutes choses, il estoit [tûrr
d'emporter ces Places ; mais il ne doutoit
pas aussi que pendant ce temps
Vienne ne se mit en état dese défendre.
&que les Chrestiens nes'anemblanent
de toutes parts pour arrêter ses progrès
au lieu qu'en prenant Vienne, il se te'
noit afliiré queles Places qu'il auroit.
laislées derriere luy se rendroient en
fuite, quelques fortes quelles fussent
La prise de cette Ville le rendoit maîV
tre de toute l'Allemagne,& de coun:
l'Italie. Le coup estoit beau,mais ilne
lefaloitpas manquer, il y pouvoir rés
firs'ileud esté plus habile. Je vous a
marquél'état de la Place dans ma derniere
Lettre. On la pouvoit prendre eit
l'attaquant dans les formes, commeau
roient faitdes Peuples de l'Europe,dj*|
Places de cette conséquencene pouvait
estre insultées. Pendant qu'ilperdroit
ainsi du temps dans un Siege irrégulier,
le Comte deStaremberg,Gouverneur
de Vienne, Homme de coeur & dereste,
a pris des mesures pour sebiendéfendre.
La cruauté des Attaquans, & le
zele pour la Religion, avoient faitde
grands effets sur les Habitans. Ils priret
résolution de vendre bien cher leurs
vies; & comme ils estoient mal attaquez,
quoy que rudement, les Turcs
ont esté repoussez en tant d'Assauts,
qu'ils ont à la fin perdu courage. Je devrois
vous donner un Journal de ces
Attaques; mais ce qu'on en a dit de
vraya esté mesté de tant de choses fausses,
qu'il faut attendre pour en parler
seurement On a fait trois grandes
Relations entièrement fabuleuses. pendant
que les Turcs ontesté devant la
Place. La premiere,marqueunCombat,
dans lequel on a feint que le Grand
Vizir avoitesté pris. Dans la seconde
Bataille imaginaire,en a fait balancer
la victoire, & tüer neuf on dix mille
Hommes de part, & d'autre, pendant
qu'on faisoit entrer six milleHuffars
dansVienne,dont en vouloit que le Siege sust
levé. Enfinles Relations des Couriers quiont
apporté les vrayes nouvelles de la levée de ce
Siege, se sont trouvées toutes remplies de
feussetez. On y a méfié un Combat qui n'a
point esté donné, & l'on a fait prendre de richesTentes,
avec tout le Trésor des Turcs.
dans un grand nombre de Coffres forts. Cependant
il demeure pour certain que lesTurcs'
ayant résolu de leverleSiege, l'ont faiten
bon ordre, & qu'il n'y a point eu de Combat.
Vous aurez peut-estie de la peine à me croire,
parce que toutes les Nouvelles imprimées.
parlent de ce grand Combat; il est pourtant !
aussi imaginaire que les deux autres, Se je puis
vous assurer qu'il n'y a de véritable que 1»<-i
levéedu Siege. Je suis, &c.
A Parm,ce 50. Septemb- re16ge-À.
Il vient d'arriver des Nouvelles qui marlq'AuernmtqéeuI'mappréèrsialalelevée
du Siege de Vienne, !
ayant poursuivy celle dcs-
Turcs, cette derniere a esté batuë. Je le veux.
croire; mais vous mepermettrez de douter
encore du premier Combat. Jepubliraytcù—«
jours avec beaucoup de plaisir tout ce qui regardera
l'avantage des Armes Chrestiennes,
mais jene puis affiner uneNouvelleàlaquelle
je ne voy nulle certitude. On la croit, parce:
{lll'cn la souhaite. mais la seule veritédoit:
Qualité de la reconnaissance optique de caractères