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1683, 07
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Eur.
511
m
1683.7
Eur
. 511
m
1683,7
Mercure
<36624576540012
S
<36624576540012
Bayer. Staatsbibliothek
V
ปี

MERCURE
GALANT
DEDIE A MONSEIGNEUR
LE DAUPHIN.
JUILLET 168.3.
AF
A PARIS
PALAIS.
2
N donnera toujours un Volume
nouveau du Mercure Galant le
premier jour de chaque Mois , & on
le vendra , auffi -bien que l'Extraor➡
dinaire , Trente fols ' relié en Veau,
& Vingt-cinq fels en Parchemin ..
A PARIS ,
Chez G. DE LUYNE, au Palais , dans le
Salle des Merciers, à la Juſtice,
Chez C. BLAGEART , Rue S. Jacques;
à l'entrée de la Rue du Plâtre,
Et en la Boutique Court-Neuve du Palais,
AU DAUPHIN.
Et T. GIRARD , au Palais, dans la Grande
Salle, à l'Envie,
M. DC . LXXXIII .
AVEC PRIVILEGE DY ROH
Bayerische
Staatsbibliothek
München
1
MERCVRE
GALANT
JUILLET 1683.
E l'avoue , Madame.
J'aurois efté bien fur
pris , fi les Difcours de
Mrs Gilly & Courdil , que je
vous ay envoyez huit jours
apres ma Lettre de Juin , ne
vous avoient pas donné au-
A '
Juillet 1683.
2 MERCURE
tant de plaifir que vous me
marquez en avoir reçeu de
leur lecture. Les raiſons qui
les ont fait changer de Reli…
gion , ſont ſi preſſantes contre
les Prétendus Réformez,
que fi ceux de ce Party qui
voudront agir de bonne foy,
n'en demeurent pas entierement
convaincus , ils auront
au moins fujet de douter, &
dans leurs doutes , ils ne pourront
recevoir que de tresutiles
éclairciffemens. Ces
Converfions, dont on voit le
nombre augmenter de jour
en jour , font l'effet du zele
GALANT.
3
de Louis LE GRAND , qui
croit ne pouvoir rien faire de
plus glorieux que de tâcher
par toute forte de voyes de
rendre à l'Eglife ce qu'elle a
perdu fous les Regnes précedens.
L'avantage de détruire
l'Heréfie apres avoir
triomphe de fes Ennemis,
eftoit réfervé à cet auguſte
Monarque , & c'est ce qui a
porté les Mufes de Fontenay
le Comte en Poitou , à luy
adreffer les Vers quifuivent.
A ij
4 MERCURE
AU ROY,
SUR LA CONVERSION
des Herétiques .
G
Rand Roy, lors que
nosjuftes fouhaits,
touché de
Tu voulus bienfonger à nous donner
la Paix,
Et qu'arreftant ton cours au fort de la
- Victoire,
Tu pûs nous immoler son panchant
pourla Gloire,
Helas, que ce Traité confta cher à ton
coeur ,
Et combien ta grande ame y trouva
de rigueur!
Pouvantfoumettre tout par ta valeur
extréme,
Tubornas ton triomphe à te vaincre
toy-mesme;
J
GALANT.
5
Et cette heureufe Paix qui terminoit
nos maux,
Sembloit te menacer d'un tropfombre
reposs
Car regler tes Etats , maintenir la
Iuftice,
Elever la Vertu , faire punir le
Vice,
Inftituer des Loix qu'on respecte en
tous lieux,
Faire tout par toy-meſme , & voir
tout par tes yeux ;
Enfin ce grandfardeau de régir un
Empire,
Où l'on n'avoit point veu de Monarque
fuffire,
N'eft enToy de tesfoins qu'un noble
amufement; a
Et quand le Hollandois, l'Espagnol,
l'Allemand,
Pour mieux te refifter , ne firent
qu'une Armée,
6 MERCURE
Contre ces Ennemis ta valeur aniz
mée
Ne t'empefcha jamais de reglertes
· Etats,
Et la Tefte agiffoit encor mieux que
le
Bras.
L'on gémiffoit par toutfous lafureur
des
armes,
Nousfeuls eftions exempts de ces
rudes alarmes;
Tous ces fers Ennemis affemblez
contre nous,
Nous voyoient à regret dans un
reposfidoux;
Tes Lauriers nous mettant à couvert
du Tonnerre,
La France eftoit en Paix au milieu
de la Guerre.
Cette Guerre ceffa , je plaignis ton”
grand coeur,
Le plaignis ta vertu, jeplaignis tom
ardeur.
GALANT. 7
Le crûs quepour tesjours mefme l'on
devoit craindre.
Helas! qu'en cet état j'eftois moymefme
àplaindre,
De borner la grandeur de ton vafte
pouvoir
A ce que mon efprit en pouvoit concevoir,
Et quejefçavois peujusqu'où sepeut
étendre
Ba vertu d'un Héros qui peut tour
entreprendre!
La Paix à ta valeur n'apoint donné
de Loix ,
Elle n'a pointborné tes rapides Exploits,
Et l'on te voit encordans une Guerre
Sainte
Remplir tes Ennemis d'épouvante
& de crainte.
Tu combats l'Heréfie, &brûlé d'un
beau feu,
8 MERCURE
Tu pourſuis vivement les intéreſts
deDieu
Tes Ayeux autrefois pouſſez d'un
divin zele,
Allaient dela les Mers attaquer l'Infidelle;
Mais tu combats, plus jufte en tes
vaftes projets,
L'Infidelle chez toy dans tespropres
Sujets.
Qui pourroit exprimer tesfoins &
ton adreffe?
On te voit employer la rigueur , la
tendreffes
Mais jamais la rigueur, ſans un profond
regret,
Tufrapes l'Herétique, &flates le
Sujet.
Auffi chacun par tout ſe rend à tes
manieres;
On voit avecplaisir des Provinces
entieres
GALANT.
Renoncer hautement à leurs vieilles
erreurs;
Tufais plus millefois que les Prédi
cateurs.
LOV IS , le plus augufte , & leplus
grand des Princes,
Convertit aujourd'huy des Villes , des
Provinces;
Et ce que n'a pointfait ny Livre,
ny Sçavant,
LOV IS en vient à bout, fi - tof qu'il
l'entreprend.
Ces Faits chez nos Neveux neferont
point croyables,
Ils lirrnt tes Exploits ainſi qu'on lit
des Fables;
Ilsfontfi merveilleux,que moymême,
Grand Roy,
Qui les vois, qui lesfçais, à peine
je les cray.
To MERCURE
Je vous ay parlé dans quel
qu'une de mes Lettres de la
démolition du Temple de
Montpellier. Le Parlement
de Toulouſe l'avoit ordonnée
par fon Arreft du 15. Novembre
dernier, fur ce que
les Miniftres de ce Temple
avoient reçeu Mademoiſelle
Paulet à leur Communion,
contre les défenfes des Déclarations
de Sa Majesté, qui
portent expreffément qu'aucun
Catholique , ny aucune
autre Perfonne , ayant une
fois abjuré la Religion des
Prétendus Réformez , ne
GALANT. II
fera reçeue par eux à la pro
feffer. C'eft ce qui eftoit ar
rivé en la perfonne de Mademoiſelle
Paulet , Fille de
M' Pauler, Confeiller au Préfidial
de Montpellier , qui
eftant née dans les erreurs de
Calvin , les avoit quittées &
repriſes . Quoy que l'on cuft
abatu ce Temple il y a déja
quelque temps , ceux de
cette Religion n'avoient pas
laiffé de continuer leurs Procédures
au Parlement de
Touloufe , & par un fecond
Arreft du 15. de May qui confirme
le premier , il fut or12
MERCURE
donné qu'on éleveroit une
Croix fur un Piédeſtal ™, à la
place où eftoit le Temple,
Î'Exercice de la Religion Prétenduë
Réformée demeurant
interdit à jamais dans
la Ville & Jurifdiction de
Montpellier. La Cerémonie
de la Benédiction de cette
Croix fut faite le Jeudy 10.
de Juin par une Proceffion
générale, la plus folemnelle
qui euft efté veuë depuis fort
longtemps en ce Pais - là .
Non feulement toutes les
Communautez Religieufes,
tous les Chapitres, & tous les
GALANT. 13
Corps de Juftice & de Police
y affifterent, mais encore
tous les Preftres du
Dioceſe , M ' l'Evefque de
Montpellier qui avoit voulu
benir luy - mefme la Croix ,
ayant convoqué fon Synode
ce jour- là , afin d'augmenter
la pompe de cette Cerémonie.
Il y eut un concours extraordinaire
de Perfonnes de
tout fexe , de tout âge , & de
toutes conditions , & l'on remarqua
que la plus grande
partie des Chefs de tous les
Corps , eftoient nouveaux
Convertis . La Proceffion
"
14 MERCURE
partit de l'Eglife Cathédrale
de S.Pierre, où tout le monde
s'eftoit affemblé
; & apres
que l'on eut fait le tour de
la Ville , on vint fe ranger à
la Place du Temple démoly,
fous des Tentes qu'on y avoit
fait dreffer pour éviter l'ardeur
du Soleil. M ' l'Evefque
Y eftant arrivé, reveftu de fes
Habits Pontificaux , fe mit
à genoux, & auffitoft la Mufique
fit entendre ce Motet,
que ce Prélat avoit compofe
exprés , Ecce Crucem Domini,
fugite partes adverfa, dum Crux
erigitur, Hærefis confunditur, ad
GALANT. 15
volate, Fideles, ad Crucis triumphum.
Le Motet finy , M'I'Evefque
dit plufieurs Oraifons
, & benit la Croix qu'il
encenfa
; apres quoy
apres quoy il s'affit
fur un Fauteuil qu'on luy
avoit préparé, pour recevoir
l'Abjuration de trente- deux
Perfonnes que la connoif
fance de la Verité faifoit renoncer
à leurs erreurs . M
Gauteron, Avocat en la Cour
des Aydes de Montpellier,
fut le premier qui fe préſenta.
leftoit en Robe. Si- toft qu'il
parut devant ce Prélat , il fe
mit à genoux , comme pour
16 MERCURE
faire reparation à la Croix
des irréverences qu'il avoit
commiſes contr'elle , & demanda
pardon à Dieu publiquement
d'avoir perſiſté ſi
longtemps dans l'Heréfic .
Apres qu'il l'eut abjurée avec
cinq de fes Enfans , M'I'Eveſque
luy dit que l'ordre de
l'Eglife eftoit d'impofer une
penitence à ceux qui avoient
vefcu dans une fauffe Religion
, mais qu'il ne lajugeoit
pas neceffaire à fon égard,
parce que l'humilité avec la
quelle il venoit de faire reparation
en préſence de tout
GALANT. 17
le tour Royal,
un grand Peuple , luy tenoit
lieu des plus fortes penitences
. Ce Prélat reçeut encore
l'abjuration de quelques Perſonnes,
& remit les autres apres
les Vêpres . On acheva lá
Proceffion
par
& quand la Benédiction Epif
copale eut efté donnée dans
l'Eglife de S. Pierre, la Compagnie
de M's les Penitens,
qui font toûjours pleins de
zele , voulant témoigner
la
joye qu'elle avoit de voir
triompher la Croix dans un
Lieu , où l'Heréſie avoit regné
fi longtemps avec tant
"Juillet 1683.
B
18 MERCURE
d'empire , s'y rendit tout de
nouveau, & y chanta un Motet
particulier.
Quelques jours apres, c'eft
à dire, le 27. du mefine mois,
Mademoiſelle Paulet , dont
la rechûte a caufé la démolition
du Temple de Mont.
pellier , s'eftant fait inftruire
fond des Veritez Catholi
ques , fit fon Abjuration entre
les mains de M'l'Arche
vefque de Touloufe, en préfence
de M's les Evefques de
Lodeve & de S. Papoul, & de
Mr le Procureur General du
Parlement , qui avoit eſté fa
rs
GALANT. 19
Partie dans le Procés où elle
a eu tant de part. Cette Action
fut faite folemnellement
dans l'Eglife Métropolitaine
de Toulouſe , avec un concoursinconcevable
de monde
, & l'édification de tous
ceux qui pûrent eſtre té--
moins de fon repentir.
Le mefme jour 27.de Juin ,
deux Gentilshommes de
l'Auxerrois , nommez M" du
Moter, dont la Famille avoit
toûjours efté tres - conſidérable
dans le Party de la Reli
gion Prétendue Reformée ,
en firent icy l'abjuration avec
Bij
20 MERCURE
Mademoiſelle du Motet leur
Soeur. Apres avoir fenty
longtemps plufieurs doutes,
fur lefquels ils effayoient de
s'éclaircir dans la Province ,
ils eftoient venus depuis
deux mois à Paris , où les
conférences preſque continuelles
qu'ils eurent avec
des Gens auffi fçavans que
pieux , leur avoient enfin
donné l'entier éclairciffe
ment des Veritez qu'ils cherchoient.
Madame la Maréchale
de la Mote , dont ils
ont l'honneur d'eftre connus
particulierement , les avoit
GALANT. 21
adreffez à M' l'Evefque de
Meaux, qui leur ayant trouvé
la difpofition de coeur,& d'ef
prit neceffaire pour une Action
de cette importance, en
fit la Cerémonie le jour que
je viens de vous marquer,
dans le Choeur de l'Eglife
Royale du Val- de - Grace , à
l'ouverture de la Grille . Ce
grand Prélat leur fit un Dif
cours digne de la force & de
la douceur de fon efprit , &
de toute la réputation qu'il
s'eft acquife. Tous ceux qui
l'entendirent en furent charmez.
La Cerémonie fut faite
22 MERCURE
en préſence de Mademoifelle
d'Orleans, de Mefdames
les Ducheffes d'Aumont, de
Roquelaure , & d'Epernon ,
de Madame l'Abbeffe du
Val-de - Grace, & de toute fa
Communauté
,& d'un grand
nombre d'Amis de ceux
pour qui elle fe faifoit. Ils
prononcerent l'Acte de leur
Abjuration avec un zele
plein de modeftie , dont il
n'y eut perfonne qui ne fuft
touché.
Vous avez veu des Ouvra
fi galans de l'Autheur
de la Lettre que vous allez
ges
GALANT. 23 .
5
5
lire , que vous n'en pouvez
attendre qu'un fort grand
plaifir.
$52525252:5525225.
LETTRE
DU BERGER FLEURISTE,
A une defes nouvelles Voisines,
Sur ce qu'il ne luy avoit point
encore rendu viſite .
Oname
Mar.Ther. que
N' m'a rapporté, char:
Ο
vous demandiez ces jours paſſez
comment il fe pouvoit faire
que je fuffe civil & galant,
& que depuis fix mois que
24 MERCURE
vous habitez fur la Frontiere
des Ambarriens, je ne vous euffe
point encore rendu de vifite.
J'avoue que ce procedé a lieu de
vous furprendre ; mais en voicy
la raifon fans déguisement, & il
me femble qu'elle eft affez forte
pour me juftifier aupres de vous.
ne dis rien de vos Parens,.
c'eftoit à eux à me faire fçavoir
leur arrivée, fuivant la mode du
Païs. Ils n'en ont pas voulu
prendre la peine, leur exemple
n'a pas regle ma conduite ; c'eft
vous feule, aimable & jeune
Bergere. Vous eftes belle , à ce que
tout le monde public;
Je
Mais
GALANT . 25
Mais belle à peindre, & belle à
tout charmer,
Belle à faire des Infidelles,
Belle à ternir toutes les autres
Belles ,
Belle à vous faire aimer
Des moins foumis à l'amoureux
Empire,
Belle enfin plus qu'on ne peut
dire.
Cette grande réputation de
beauté
que vous avez, & qui
d'abord a fait courir toute la
Contrée pour vous voir, eft justement
la raison qui m'a empefché
d'avoir cet honneur. Je n'ay
pû penser à tant de charmes,fans
redouter leur puiffance ; & la
Juillet 1683 .
C
26 MERCURE
crainte que j'ay euë pour mon
coeur, s'eft oppofée à la fatisfaction
de mesyeux. Ce n'est pas que je
fois fort amy du calme , mais je
fuis ennemy des grandes inquié
tudes , & il eft impoffible que
vostre veuë en caufe de petites.
Quand mille attraits brillent das
une Belle ,
Au plaifir de la voir on met tous
fes plaifirs
;
Et lors qu'il faut s'éloigner
d'elle ,
Cent mouvemens divers comba.
tent nos defirs .
Plus on eftoit heureux, plus la
peine eft cruelle.
Le devoir, la raiſon, les fens,
Se font dans ces momens
GALANT. 27

Une guerre mortelle .
Les uns nous font partir, les autres
demeurer,
Leurs efforts troublent la cér
velle.
La fâcheufe querelle !
Des deux coftez on ſe ſent déchirer.
Sij'alloisvoir l'éclat que labeanté
vous donne ,
J'aurois en vous quittant, à fouf.
frir tous ces maux ,
Qui m'en confoleroit ? perfonne.
Il vaut donc mieux
pour moy,
demeurer en repos.
Si c'eftoit là tout le danger
toute la peine , peut- estre encore
en échaperois- je auffi bien que les
Cij
28 MERCURE
autres , mais la fuite auroit quelque
chofe de bien plus fâcheux
que
le commencement.
Je connois mon coeur, il eſt
tendre,
Il ne pourroit pas fe défendre,
En vous voyant, d'adorer vos
appas.
Je n'ay rien qui vous puiffe
plaire,
J'aimerois feul, vous ne m'aime.
riez
pas;
Ce feroit une affire
Pire pour moy que le trépas .
Je fuis d'avis den'en rien faire,
Quelque pachant qui me porte
à l'amour,
Serviteur, s'il eft fans retour,
Ce n'est pas qu'avec un peu
GALANT. 29
་ -
C
d'efprit on ne trouve des expédiens
à toutes chofes ; & s'il eſt
vray que voussoyez auffi bonne
que vous estes belle , comme Tircis
& Califte men affurent, je vais
vous en propofer un , dont il ne
vous fera pas difficile de vous
fervir, pourpeu que vous foubaitiez
que j'aye l'honneur de vous
voir. C'est de me donner une
part à vostre amitié , avant que
je reçoive cet honneur ; non pas
telle qu'on l'accorde au
une
part
prochain par ddeevvooiirr de Religion,
ou au Voifin parforce d'habitu
de , mais comme la mériteroit un
Berger,
C isj
30 MERCURE
Qui pour vous , de tout temps,
auroit au fond de l'ame
Une auffi noble & vive flâme
Qu'on la doit reffentir pour la
Divinité;
Car j'aimerois ainſi voſtre rare
beauté,
Si le Deſtin, dés voſtre enfance,
M'en euft donné la connoiffance.
Je le juge aux tranſports dont je
fuis agité,
Au feul nom de voſtrePerfonne .
N'en doutez pas , la preuve eft
bonne .
Les premiers mouvemens marquent
la verité.
Mais il faudra encore ajoûter
à ce don de vostre préticufe ami
T
GALANT. 31
tié, une ferme promeffe de ne me
la pas ofter, quand vous m'aurez
veu ; autrement ce feroit comme
donner & retenir, ce qui n'est
pas recevable en bonne juſtice .
Voftre parolefuffira pour me perfuader
de l'une
de l'autre
grace , tant j'ay bonne opinion
de
vous.
Apres cela, jeune Bergere,
J'iray d'un pas hardy m'expofer à
vos traits,
Et voir de tous mes yeux ces merveilleux
attraits »
Que tout le mode envous trouve,
admire, & révere.
Duffay je alors rencontrer mon
cercueil
,
C iiij
32 MERCURE
Sur quelque Mer queje m'en
gage,
Aupres d'un fi charmất écueil
Je ne craindray point le nau
frage.
Vous demanderez peut - eftre
comme on pourroit faire pour
concevoir de l'amitié en faveur
d'une Perfonne qu'on n'a jamais
veuë'; je vous réponds , que l'inclination
, ou l'eftime , peuvent
produire cet effet; mais comme ce
font des routes qui ne font ouvertes
qu'aux Dieux & aux
Héros , je leur en laiffe la gloire
le plaifir. Il peut
autre fondement à cette amitié;
y
avoir un
GALANT. 33
c'eft de difpofer par exemple
vostre reconnoiffance à devancer
de quelques mois mes fervices &
mesfoins , & à eftre dés aujourd'huy
toute auffi grande pour
moy, quefi j'avois déjafait mille
chofes propres à vous
à vous obliger
à vous plaire ; car enfin mon intention
a ce but , & tres-feûrement,
&
Lors que j'auray commencé de
vous voir,
Il n'eft point de devoir
Queje ne tâche de vous rendre.
J'auray pour vous tout ce qu'om
peut avoir
De plus empreffé , de plus
tendre;
34 MERCURE
Une honnefte affiduité ,
Une fincere complaifance,
Beaucoup de fenfibilité ,
Ardeur, difcretion , conſtance,
Plus mefme que je ne promets;
Et fi je manquois à pas une
Des qualitez qu'ont les Amis
parfaits,
Faites-moy perdre ma fortune,
Défendez-moy de vous revoir
jamais .
Il ne s'agit donc que de prendre
la volonté pour l'effet , & l'avenir
pour le paßé ; car comme
on vous repréfente infiniment genéreufe,
vous n'aurez pas plutoft
pense que vous eftes obligée à
mon amitié , que vous m'accorGALANT.
35
1.
le
derez la vostre. Confultez- vous
donc là- deſſus ; & fi vous eftes
d'humeur à faire pour moj cet
effort d'imagination & de coeur,
ayez la bonté de m'en avertir,
afin que je me rende aupres de
vous. Mais préparez - vous en
fuite à mettre bas tout le férieux
tout le froid , à quoy quoy les premieres
vifites font fujettes ; an
trement je ferois affez malheu
reux pour me perfuader que vous
auriez regret de vous eftre engagée
imprudemment àme traiter en
Amy, & à me regarder comme
veftre Serviteur.
36 MERCURE
J'attens de vous des remercîmens
fur l'Air nouveau
que je vous envoye. Il eſt de
l'illuftre M' Lambert ; fon
nom vous dit tout.
AIR NOUVEAU.
Li
Aimable faifon des Zéphirs
Peut bien donner quelques
plaifirs
Aux Amans infidelles;
Maispour les coeurs constans,
Tous les temps
Ont des douceurs nouvelles.
M' le Vicelégat d'Avignon
ayant efté averty que les Galeres
deſtinées pour la con
GALANT. 37
duite de M ' Ranucci, Nonce
de Sa Sainteté , portant le
Préfent des Langes à Monfeigneur
le Duc de Bourgogne
, eftoient arrivées heureufement
au Port de Marfeille,
& que ce Prélat pafferoit
par cette Ville-là le 18 .
de May, donna tous les ordres
neceffaires , afin qu'on
n'épargnaft rien pour luy
rendre les honneurs qui luy
eftoient deûs. Il alla le recevoir
jufqu'au Port de la Durance,
accompagné des Confuls,
& fuivy de quarante Carroffes
remplis du plus beau
38 MERCURE
monde d'Avignon , & de la
Compagnie des Chevaux-
Legers, & le mena dans fon
Palais, où il arriva fur les fix
heures du foir, au bruit des
falves de la Moufqueterie &
du Canon , qui firent un feu
continuel pendant plus d'une
heure. Toute la Ville témoigna
beaucoup de joye de fon
arrivée, & il fut complimenté
par l'Affeffeur , en préſence
d'une grande foule de Gens
de marque. Il luy répondit -
en François d'une maniere
qui fit voir à tout le monde
que les beautez de noſtre
"
GALANT. 39
y
Langue luy eftoient cónuës .
Le Soupé fut magnifique.
La profufion de tout ce qu'il
avoit alors de rare s'y trou
va auffi- bien que le bel ordre
& la propreté. Deux Neveux
de M' le Nonce y prirent
place avec fon Auditeur , &
un autre Abbé Italien . M le
Vicelégat avoit prić M ' l'Evefque
de Cavaillon , M le
Commandeur
Capitaine de Chevaux-Legers
, M' Nini Commandant
de la Garniſon , l'un & l'autre
Freres de Cardinaux , M
l'Abbé de Cabanes de . Ge-
Madalchini
40 MERCURE
rentes Prevolt d'Avignon ,M
le Marquis de Goult , M' de
Paffis Frere de M ' le Marquis
d'Aubignan , M'le Chevalier
de Mafan, & quelques autres
Perfonnes de qualité. Apres
le Soupé, M' Eymenier de la
mefme Ville d'Avignon , Fils
d'un des plus celebres Jurif
confultes de l'Europe , vint
préſenter à M' le Nonce un
Ouvrage en Vers Latins , fur
le choix que Sa Sainteté avoit
fait de luy pour cette Nonciature.
Cet Ouvrage plût
extrémement à toute la Compagnie,
qui luy donna beauGALANT.
41
S
$
coup d'aplaudiffemens.
Le nom de Mt de Templery
, Gentilhomme d'Aix
en Provence, ne vous eſt pas
inconnu. Les Vers que je
vous ay déja envoyez de luy
fur divers Sujets , vous ont
appris combien il a de talent
pour la Poëfie. Vous le
connoiftrez encore mieux
en lifant ceux-cy , qui me
font tombez depuis peu entre
les mainș.a mga con vi
Fuillet 1683.
D
42 MERCURE
25555-55225552: 255
LES
SEPT PECHEZ
MORTELS.
Stances Morales & Galantes.
V
A IRIS.
Ous dont les paffionefont fi
bie maîtrifees,
Vous dont lapietémérite des Autels,
Et qui, fans rien fçavoir des fept
Pechez mortels,
Pratiquez les vertus qui leurfont
opposées;
Sans doute vous direx qu'il ne m'eſt
pas permis ,
Selon les bonnestes Maximes,
ر و ص ت ي
GALANT. 43
De parler avec vous des crimes
Que vous n'avezjamais commis.
Mais comme l'equitéfe voitpar l'injustice,
Qu'on conçoit par la nuit ce que c'eft
que lejour,
Et qu'enfin par la haine on reconnoift
l'amour,
Ainfi vous connoistrez la verta par
le vice.
Bien quejefois certain d'ailleurs,
Que jamais le peché nefut de voftre
usage,
On peut entretenir les Muets du Lan
gage,
Et les Aveugles des Couleurs.
AVARICES
I..
Quoy ! tantdefoin & de cotrainte
Pour des Biens paffagers dont onfais
fon bonheur,
44 MERCURE
Qu'on n'amaffe qu'avecfueur,
Qu'on ne poffede qu'avec crainte,
Et qu'on neperd qu'avec douleur!
L'Avare , dans fon humeur noire,
Ainfi que l'Hydropique, efttoûjours
alteré,
Et d'un defir immoderé,
Plus il boit, plus il voudroit boire.
Cet Attrabilaire achevé
Manque de Biens dans l'abondance,
V.Il eſtpauvre dans l'opulence,
Pour lesplus douxplaiſirsfon gouſt
・est dépravé,
Et dansla folle erreur qui fans ceffe
Robfede, ...
Il nejouit non -plus des tréfors qu'il
poffede, Av
Que de ceux dont il eft privé.
Faifons de la vertu nos tréfers les
plusvares,
GALANT. 45
Employons y nos jours juſqu'aux
moindres inftans;
Enfin, s'il nous faut estre avares,
Il nefaut l'eftre que du temps.
Iris, jefçay que bien des Gens,
Tâchant de vous trouver un vice,
Vous accufentfort d'avarice.
Ils disent que c'est là lefeul de vos
vainqueurs,
Que vous eftes avare enfin autant
qu'une autres
Carbien que tous les jours on vous
donne des coeurs ,
Vous ne donnez jamais le vostre.
EN VIE.
2.
L'envie est un dépit qu'on ne peut
modérer,
Un Tyran qui toûjours ou détefte
au.defires
46 MERCURE
Il rit fi- toft qu'il voit pleurer,
Etpleure fi -toft qu'il voit rive.
Cet Antipode du bonfens,
Chagrin defes traits impuiſſans,
Contre luy-mefme les relance;
Et d'abord qu'on fubitfes Loix,
Déchirantfon Autheur d'une vive
Soufrance,
Elimite ce Ver qui naiſſant dans le
Bois,
Ronge le mefine Bois dont ilprendfa
naissance.
Du mérite d'autruy ce Bizarre eſt
jaloux,
Etla prospéritél'irrite .
Mais, Iris ,fi l' Envie attaque le mérite,
Peut-onla condamner de s'attaquer
à
vous,
Vous, qui par los vertus dont brille
vostre vie,
GALANT. 47
Etpar vos éclatans appas ,
Endonnant à tous de l'envie,
Donnez ce que vous n'avezpas ?
Non, ce vicefur vous n'eutjamais
depuiffance;
Car quepourriez - vous envier?
Seroit- ce la beauté , l'esprit , ou la
naiſſance?
N'avez- vous pas dequoy vous en
glorifier?
Maispuis qu'onvous voit accomplie
De tout ce que la Terre a de plus
glorieux,
A-moins
que vous porticz vosfor
baitsjufqu'aux Cieux,
Qu'est- ce qui peurvousfaire envie?
ORGUEI L.
3.
O Mortels orgueilleux, qui d'un culte
frivole
48 MERCURE
N'adorez que du vent, qu'unepompeufe
Idole,
Dans les honneurs où vous courez,
Quand memecent Lanriers ombrageroient
vos teftes,
Sanspenfer à ce que vous estes ,
·Penfez à ce que vous ferez.
Lors que les Parques ennemies
Auront tranché lefil de vosfuperbes
vies,
Et que de vosgrandeurs vous ferez
dépouillez,
Quels chagemensferont les voftres?
Dans un Champ les épis d'un beau
verd émailles,
·Sontplus hauts les uns que les autres,
Mais ilsfonttous égaux d'abordqu'ils
font tailler.
Ouvrez le Tombeau d'Alexandre,
delas! dans fon riche Cercueil,
Le
GALANT. 49
Le feu qui le brûloit & d'envie, &
d'orgueil
,
Eft éteintfous un peu de cendre;
Etluy, qui des Pais oùfon coeur l'entraîneit,
Ne fit qu'un vafte Cimetiere,
Ayant àtant de Roys donné de la
pouffiere,
Ef devenu ce qu'il donnoit.
Mais voftre bumilité qui furpaffe
toute autre,
Fait, Iris, quejufqu'aujourd'huy,
Bien que vous connoiffiez le mérite
d'autruy
,
Vous ne connoiffez point le vostre.
Ainfide vos vertus ignorat les appas,
Par le mépris que vous enfaites ,
Tout le mondefçait qui vous estes,
Vous-feule ne lefçavez pas.
Juillet 1683.
E
50 MERCURE
GOURMANDISE.
4.
Ce vice fenfuel de gouft & de faveur,
Par qui le premier Homme , helas , fe
vit coupable,
Dont Satan s'efforça de tenter le Sau
veur,
Quifit commettre à Loth un crime
épouvantable,
Eft la Portepar où, malgré tous nos
efforts .
L'impureté nous livre une rude efcarmouche.
Et qui croiroit que par la bouche
On empoisonne l'ame, auffi bien que
le corps ?
Quelle honte à l'esprit, que la chair
le maîtrife,
Luy qui doit toûjours commander!
GALANT. SI
On ne peut l'affranchir de l'affront
de céder,
Qu'en gourmandant la Gourmandife.
Maispeut-on feperfuader
Que lors que vous gardez, belle Iris ,
l'abstinence
,
Vous inspiriez l'intempérance ,
Puis qu'on ne peut vous regarder
Sans une avidité qui n'a point de
fecondes
Oüy, comme un Mets délicieux,
Toutle monde aujourd'huy vom mage
avec les yeux,
Car vous eftes, Iris , du gouft de
tout le monde.
PARESSE.
3.
Tout ce que Dieu créafur la terre &
Sur l'onde,
E ij
48 MERCURE
N'adorez que du vent, qu'une pontpeufe
Idote,
Dans les honneurs où vous courez,
Quandmemecent Lanriers ombrageroientvos
teftes,

Sanspenfer à ce que vous estes,
· Penfez à ce que vous ferez :
Lors que les Parques ennemies
Auront tranché le filde vosfuperbes
vies,
Et que de vosgrandeurs vous ferez
dépouillez,
Quels chagemensferont lesvoftres?
Dans un Champ les épis d'un b
verd émailler,
Sontplus hauts les ue
tres
Mais ilsfont
font
Ouvr
Hie
GALANT. 49
Le feu qui le brûloit & d'envie , &
d'orgueil,
Eft éteintfous un peu de cendre;
Etluy, qui des Pais oùfon coeur l'entrainoit,
Ne fit qu'un vafte Cimetiere,
Ayant à tant de Roys donné de la
Pouliere,
Ef devenu ce qu'il donnoit.
Mais voftre humilité qui ſurpaſſe
toute autre,
Fait, Iris , quejufqu'aujourd'huy,
Bien que vous connoiffiez le mérite
d'autruy,
ne connoiffez point le vostre.
levertus ignorat les appas,
que vous enfaites,
(çait qui vous esta
lefçavezpas.
E
48 MERCURE
N'adorez que du vent, qu'une pompeufe
Idole,
Dans les honneurs où vous courez,
Quandmeme cent Lanriers ombrageroient
vos teftes,
Sanspenser à ce que vous estes,
· Penfez à ce que vousferez.
Lors que les Parques ennemies
Auront tranché le fil de vosfuperbes
vies,
Et que de vos grandeurs vousferez
dépouillez,
Quelschagemensferont lesvoftres ?
Dans un Champ les épis d'un beau
verd émaillez,
Sontplus hauts les uns que les autres
Mais ilsfont tous égaux d'abordqu'ils
font tailler.
Ouvrez le Tombeau d'Aléxandre,
Helas ! dans fon riche Cercueil,
Le
GALANT. 49
Le feu qui le brûloit & d'envie , &
d'orgueil,
Eft éteintfous un peu
de cendre;
Etluy, qui des Pais où fon coeur l'entrainoit,
Nefit qu'un vafte Cimetiere,
Ayant à tant de Roys donné de la
ponfiere,
Ef devenu ce qu'il donneit.
Mais voftre humilité qui ſurpaſſe
toute autre,
Fait, Iris, quejufqu'aujourd'huy,
Bien que vous connoiffiez le mérite
d'autruy,
Vous ne connoiffez point le vostre.
Ainfi de vos vertus ignorat les appas,
Par le mépris que vous enfaites,
Tout le mondefçait qui vous estes,
Vous-feule ne lefçavezpas.
Juillet 1683 .
E

1
50 MERCURE
GOURMANDISE..
4.
Ce vice fenfuel de gouft & de faveur,
Par qui le premier Homme, helas , fe
vit coupable,
Dont Satan s'efforça de tenter le Sau
veur,
Quifit commettre à Loth un crime
épouvantable,
Eft la Portepar où, malgré tous nos
efforts .
L'impureté nous livre une rude efcarmouche.
Et qui croiroit que par la bouche
On empoisonne l'ame, auffi bien que
le corps?
Quelle honte à l'esprit, que la chair
le maîtrife ,
Luy qui doit toûjours commander!
GALANT. 51
On ne peut l'affranchir de l'affront
de céder,
Qu'engourmandant la Gourmandife.
Maispeut-on feperfuader
Quelors que vous gardez, belle Iris,
l'abstinence,
Vous inspiriez l'intempérance ,
Puis qu'on ne peut vous regarder
Sans une avidité qui n'a point de
feconde;
Oйy, comme un Mets délicieux,
Tout le monde aujourd'huy vou mäge
avec les yeux,
Car vous eftes, Iris , du gouft de
tout le monde.
PARESSE .
3.
Tout ce que Dieu créafur la terre
furl'onde,
E ij
52 MERCURE
Contre ce vice nous inftruit.
L'Aftre dujour, l'oeil de la nuit,
Sans prendre aucun repos , font tout
le tour du monde,
Et ces brillantes fleurs dont le Ciel
est paré,
Nous prefchent contre la Pareffe,
Car d'un mouvement mesuré
Dans leur voûte d'azur elles roulent
fans ceffe.
Enfin ne voit- on pas que la Terre &
la Mer
Par leurs productions marquent la
diligence ,
Et que toutfuit la nonchalance,
Iufqu'auxpetits Hoftes de l'air,
Fut- il jamais pour nous une honte
Semblable,
Que tous les Animaux nousfaſſent
la leçon ,
Et que l'Homme, à quifcal Dicu dona
la raison,
GALANT. 53
Soit fouvent le moins raisonnable?
Mais comme la Pareffe agit avec
lent eur,
Et ne peut rienfinirfans une peine
extréme,
Iris, fije trainois ce difcours en longueur,
Vous m'en accuferiez moy-meme.
COLERE .
6 .
Une haine naiſſante agit moderément,
L'amour estfoible en fon entrée,
Et la crainte eftpetite en fon commencement,"
.
Mais la colere eft grande auffi - toft
qu'elle est née.
Le temps eft inutile à fon accroiffe
ment,
Elle a dansfon Berceau lafoudre &
la tempefte,
54 MERCURE
Et ce Monstre de bile & de déchaînement
Porte comme un Serpentſon poiſon
à la tefte.
Prévenons donc l'occafion
De cette ardentepaffion.
Peut-estre avez- vous ouy dire
Qu'autrefois un Prince d'Epire,
A qui l'on fitpréfent de Vafes de
cristal,
Prévoyant les effets defon couroux
brutal,
Si quelqu'un de fes Gens les caffeit
par mégarde,
Prit ces Vafes fi délicats,
Les trouva merveilleux , en fit beaude
cas,
coup
Et voulant fe tenir contre luy - mefme
en garde,
Les mit enfuite en mille éclats.
C'eftainfi que nous devons faire
GALANT.
55
Four détourner lesfeux de nos emportemens.
Mais pour vous, douce Iris, vous n'avez
pas affaire
De tous ces beaux enfeignemens;
Car vous n'avez jamais reconnu la
Colere
Que dans lesyeux de vos Amans ,
Quand vous leur eftes tropfevere.
LUXURE .
7 .
Ce qui me reste encore à dire,
Eft obfeurpour vous ; mais enfin ,
Belle Iris , vous le pourrez live
Commefi vous lifiez du Grec, ou du
Latins
Et
Et puis que vous n'avez aucune connoiffance
D'un vice dont l'horreur fait trembler
nos Autels,
E iiij
56 MERCURE
Ce n'est quepourfinir les Sept Pechez
mortels
Quej'ajoûte encor cette Stance.
Rien n'eft fansfin, oufans delais .
Avant que l'onprononce, onfurçeoit
les Procés,
Un pénible travail ſeſuſpend, ou
s'acheve,
La haine a bienſouvent des relâches
fecrets,
Laguerre afapaix &ſa tréve,
Mais la lubricité n'a ny tréve , ny
paix.
Ce Tyran contre qui l'on ne voitpoint
d'aziles ,
Ce Poifon de la Chafteté,
Cette Idole de volupté
Qui caufa le Deluge , & fit bruler
cingVilles,
Si-toft qu'il est entré comme un Séditieux
GALANT. 57
Onpar l'oreille, on par lesyeux,
Dans les ames les plus tranquilles,
De fes fleches & de fes traits
El allume unbrazier qui ne s'éteint
jamais.
Des autres paffions quand on veutſe
défendre,
On peut les attaquer, & l'on peut les
attendre;
Mais contre ce vice attrayant,
Pour remporter quelque avantage,
Sans le regarder au visage,
Ilfautle combatre enfuyant.
Voila de la Luxure une groffiere
images
Ie n'ofe , chafte Iris, lafinir davan
tage,
Pour ne me rendre pas pres de vous
criminel;
Car fi devant vosyeuxj'entreprenois
de mettre
58 MERCURE
Avec des traitsplusvifs .evicefefuel,
En vous le peignant mieux , je craindrois
de commettre
Un huitiéme Peché mortel.
Le Dimanche 9. de May ,
on fit à Grenoble la Ceremonie
de mettre la premiere
Pierre de l'Eglife des Carmes
Déchauffez. Il y a pres de
quarante ans que ces bons
Religieux s'y font établis , &
la Solitude eftant l'efprit de
leur Inftitut , ils fe fonc logez
dans un Fauxbourg , hors
la Porte de Trois - Cloiftres.
Une Aîle de leur Baſtiment
qui eft déja faite , donne de
GALANT. 59
grandes idées de tout l'Edifice
, quand il fera achevé.
Ils ont une Allée de Tilleux
fort longue & fort large , qui
leur fournit un tres- agreable
lieu de promenade. Ce fut
fous la verdure de ces Arbres,
qu'on fit la Cerémonie , dont
je vais vous marquer les circonftances
. M' le Marquis
de S. André , Premier Préfident
du Parlement de Grenoble
, fi connu par les importans
Emplois dont le Roy
l'a toûjours honoré , ayant
efté prié par ces Peres de
mettre le premier Fonde60
MERCURE
ment de leur Egliſe , ſe rendit
chez eux apres les Vefpres,
accompagnéd'un grand
nombre d'Officiers du Parlement.
Comme c'eft une
action confacrée par noftre
Religion , que le pofement:
des premieres Pierres de nos
Eglifes , & que les Carmes
Déchauffez font aimez generalement
de tout Grenoble
pour
la fainteté de leur vie, &
pour l'utilité que le Public en
reçoit , l'Hôtel de Ville affifta
à cette Cerémonie , & les
Confuls y vinrent en Corps,
& en Chaperon . Les Dames
GALANT. 61
les plus qualifiées de la Ville
s'y trouverent , & vous jugez
bien que l'on y vit accourir
le Peuple en foule. Un
Détachement de trois cens
Hommes proprement armez
, ſe poſta ſur une ligne
le long de l'Allée. Ils eſtoient
commandez par les Officiers
du Penonnage , que ces Peres
régalerent d'une Collation,
qui auroit excedé la Pauvreté
Religieufe , fi la Fefte
n'en euft excufé la magni
ficence. Ils firent plufieurs
Salves à diférentes reprifes; &
fi le bruit de leurs armes fe
62 MERCURE
faifoit entendre , les Hymnes
que chantoient les Ecclefiaftiques,
ne retentiffoient pas
moins. M l'Abbé de Lefcot
fut prié de faire la Benédiction
de la Pierre. Comme il
eft Official General du Diocefe
, c'eſtoir à luy que cet
honneur eftoit deû . Son fçavoir
, fon éloquence , & fa
pieté , le font diftinguer par
tout ; mais les Peres Carmes
eſtoient encore obligez de
le choisir pour cette action,
par reconnoiffance des bienfairs
qu'ils reçoivent de få Famille
, qui eft une des plus
GALANT. 63
nobles de la Province . Madame
la Préfidente la Mere
leur a dóné cinq cens écus depuis
peu de temps, pour commencer
leur Eglife . Tout ce
beau monde eftant affemblé
fous les Tilleux dont je viens
de vous parler , le P. Hyacinthe
, Prieur de ce Convent,
fi eftimé dans tout l'Ordre
par fon grand mérite , fit
un excellent Difcours à M
le Premier Préfident. Il luy
dit , Que lors que Dieu voulut
créer le Ciel , qui eft l'auguse
Temple qu'il a bafty pourja gloire
, il y mit une premiere Pierre,
64 MERCURE
fur laquelle ce grand Edifice fut
affermy; que cette Pierre futfon
Fils & fon Verbe , Ver- propre
bo Domini Cæli firmati funt.
Que dans les fuites des temps,
Dieu ayant voulu baftir la Ville
la Montagne de Sion , dont
il eft tant parlé dans les faintes
Ecritures , & qui n'est autre
que l'Eglife Univerſelle , compofée
des Anges & des Bienheureux
dants le Ciel, & des Hom
mes Voyageursfur la Terre , ce
grand Architecte y mit une Pierre
fondamentale , angulaire ,
précieufe , qui fut encore fon:
Verbe , mais incarné , & fait
GALANT. 65
1
Homme , Ecce ego ponam in
fundamentis Sion Lapidem
angularem , pretiofum. Que
le Fils de Dieu fait lors
que
Homme , entreprit icy bas de bâtir
une Egliſe viſible , compofée des
feuls Hommes voyageurs , il prit
le foin d'y mettre luy-meſme la
premiere Pierre en choififfant
un defes Difciples qu'il mir dans
• les Fondemens , & auquel il
changea le nom de Simon en
celuy de Pierre , Tu es Petrus
, & fuper hanc Petram
ædificabo Ecclefiam meam.
Que quand les premiers Chré
tiens commencerent à baftir des
Juillet 1683..
E
66 MERCURE
Eglifes au vray Dieu , fur les
Ruines des Temples de l'Idolátrie
, les Empereurs & les Roys
fe firent un grand honneur de
mettre la premiere Pierre à ces
auguftes Sanctuaires , où la Majefté
de Dieu venoit habiter ; que
fut dans cet efprit que le Grand
Conftantin voulut mettre luymefme
la premiere Pierre deplu
fieurs Eglifes qu'il fit baftir, &fur
tout de celles de S. Pierre à Rome,
& du Saint Sepulchre à Férufalem;
& que M¹ de S. André,
Grand. Pere de M le Premier
Préfident , avoit mis de la pari du
Roy Henry IV. lapremiere PierGALANT.
67
re de l'Eglife des Capucins ,
des Recolets hors la Ville de Grenoble
. Il fit enfuite l'éloge de
ce Magiftrat , & le fit d'une
maniere qui luy attira l'applaudiffement
de tous ceux
qui l'entendirent. La Benédiction
de la Pierre ayant eſté
faite , elle fut placée avec
cette Inſcription.
V
D. O. M.
Sedente in Pontificatu Innocen
tio XI. regnante in Gallia
Ludovico Magno XIV. il
luftriffimus ac ampliſſimus D..
D. Nicolaus de Prunier, D..
de Saint André , Marquio de
Fij
68 MERCURE
Virieu, Regi abomnibus Cona
filiis , in fupréma Delphinatus
Curia Protopræfes , totiuf
que Provincia pro Rege moderator
ac rector , necnon &
apud Venetos Exlegatus ex-.
cellentiffimus , hunc primum ·
Lapidem Ecclefia Sancta
Maria de Monte Carmelo,
SanctiJofeph Carm . Dif
cal. in perpetuum pietatis ac
benevolentia Monumentum
,
in angulo majoris Capella pofuit,
Anno Domini M.DC..
LXXXIII
, die 9. Maij.
Vous aurez peut eftré enGALANT.
69
tendu parler de ce qui eft ar
rivé à Rheims depuis peu de
temps. L'Avanture eft remarquable
, & accompagnée
de circonftances qui la rendent
finguliere. Je les ay apprifes
de Gens qui ont eu part:
à toute l'affaire . Voicy ce que
c'eft . Une Femme d'une affez:
heureufe phyfionomie , habillée
de noir d'une maniere:
tres-fimple , & ne portant
que du Linge uny , choiſit ſa
retraite à Rheims il y a deux
ans ou environ . Elle y fut d'abord
reçeue chez un Homme
d'une tres-abjecte Pro70
MERCURE
}
feffion , qui luy donna une
efpece de Grenier pour tout
logement. Elle luy fit croire
qu'elle revenoit d'un Pelerinage
de Noftre - Dame de
Lieffe. Pendant fix femaines
qu'elle y demeura , elle ne
parla qu'à un Inconnu de peu
d'apparence qui lavint chercher
deux ou trois fois , &
qu'elle difoit luy eftre envoyé
par ceux qui prenoient
le foin de fes affaires. Sa vie
eftoit fort reglée . Elle ne
fortoit que pour aller à l'Eglic
, où elle fe fit bien tolt
remarquer , & par la ferveur
GALANT. 71
de ſes prieres , & par le long
temps qu'elle y employoit.
Il luy falloit peu de chofe
pour fa nourriture , & ce
qu'elle avoit apporté d'argent
pouvoit aisément fournir à
fes befoins. Sa charité pour
les Pauvres, jointe au zele ardent
qui la faifoit affifter à
tout le Service de fa Paroiffe,
ayant attiré les yeux de quelques
Devotes , l'une d'entr'-
elles qui la vit fortir un jour
de chez fon Hofte, luy demanda
fi elle logeoit dans
cette Maiſon ; & l'honnefteté
avec laquelle elle répondit à
72 MERCURE
cette demande , & à quel
ques autres , luy faifant juger
que c'eftoit une Femme de
naiffance , elle luy offrit fes
foins pour
la mettre en lieu,
où elle feroit avec plus de
bienfeance.La Dame accepta
cette offre , & cinq ou fix
jours apres , on luy fit donner
un Apartement chez une
Veuve à Manches étroites,
qui la laiffa vivre comme
elle voulut. Afin de n'incommoder
perfonne dans cette
Maifon , elle fouhaita quel
qu'un pour la fervir, & la Fille
d'un Sergent s'eftant préfen
tée
GALANT. 73
tée entre plufieurs autres , elle
la choifit parce qu'elle eftoit
Devote. Un Eccléfiaftique
tres-pieux & tres -zelé , à qui
la qualité de Directeur donnoit
accés chez la Veuve,
de temps connoiffit
en
peu
fance
avec
la Dame
. Ils eurent
enſemble
quelques
converfations
particulieres
, dans
lefquelles
il l'entendit
toûjours
foûpirer
; & ſes manieres
honneftes
& infinuantes
,
l'ayant
obligé
plufieurs
fois
de l'affurer
qu'il
fe feroit
un
plaifir
fenfible
de luy
pouvoir
donner
quelque
confolation
Juillet
1683.
G
74 MERCURE
dans des malheurs qu'il
croyoit qu'elle cachoit , &
dont il n'ofoit luy demander
l'éclairciffement, elle luy dit
enfin un jour qu'elle ſe ſentoit
forcée de luy avoüer, que
ce luy feroit un fort grand
foulagement de confier tout
le fecret de la vie , à un Homme
d'une probité auffi genéralement
connuë que l'eftoit
la fienne , & qu'auffi bien
elle fe trouvoit dans un état
où il eftoit neceffaire qu'une
Perfonne de mérite & de
vertu , vouluft bien répondre
d'elle. La fuite de ce Prélude
GALANT. 75
fut,qu'elle eftoit Marquife de
Chaſtillon, Niêce de M' l'Evefque
de Geneve , de la
Maiſon de Lufinge , illuftre
Famille d'Aniffy ; qu'ayant de
grands Biens , dont une partie
luy eftoit difputée par des
Parens qui avoient fait durer
quinze ans un Procés contré
fon Tuteur, fon Mary, Home
tres-intelligent dans les affaires,
eftoit preft d'obtenir contre
eux gain entier de Cauſe,
lors qu'il avoit efté affafliné
un foir à Paris ; qu'on ne doutoit
point que ceux qui plaidoient
contre elle n'euffent
Gij
76 MERCURE
fait faire le coup , & qu'elle
en eftoit d'autant plus perfuadée,
qu'elle fçavoit de fort
bonne part qu'ils avoient
auffi deffein de la faire afſaffiner
, parce qu'ils eftoient
fes Heritiers ; qu'elle s'eftoit
trouvée groffe de ſix ſemai-
Res, & que fes Amis luy ayant
tous confeillé d'abandonner
une Maiſon de Campagne
où elle avoit toûjours demeuré
, & de fe tenir cachée ,
elle avoit choify la Ville de
Rheims pour le lieu de
fa retraite , fans qu'elle ofaft
y paroiftre en équipage de
GALANT. 77
Veuve, de peur qu'un grand
deüil ne la trahift . L'Ecclefiaftique
entra fortement
dans fes intérefts . Les larmes
dont fon recit fut
accompagné
, avoient fait fur luy une
impreffion tres- favorable , &
fa conduite , auffi vertueufe
que modefte , eftoit un fi
feûr garand de la verité de ſes
malheurs , qu'il fe fit un vray
honneur de ce qu'une Femme
de fon rang avoit bien
voulu luy découvrir ce qu'il
luy eftoit important de cacher
à tout le monde. Comme
elle ne pouvoit plus diffi-
G iij
78 MERCURE
muler fa groffeffe , il l'affu
ra que fur ce qu'il en diroit,
elle n'avoit rien à craindre de
la médifance . En effet il publia
auffi-toft par tout , qu'il
ſçavoit qui elle eſtoit ; que ſa
Maifon , auffi - bien celle
que
de fon Mary , eftoit tres -illuftre
, que fa groffeffe ne devoit
rien faire croire de contraire
à fa vertu , & que par
plufieurs raifons qu'il ne pouvoit
expliquer , elle eftoit
contrainte de vivre ainſi retirée
, fans fe faire mieux connoiftre.
Chacun raiſonna fur
l'Avanture , mais fans former
GALANT. 79
de foupçons qui fiffent tort à
la Dame , tant le témoignage
de cet Ecclefiaftique qui vivoit
tres- faintement , eftoit
d'un grand poids en toutes
chofes. Il continua fes foins
aupres d'elle , & entra fi fort
dans fa confidence , qu'elle
n'eut plus rien de caché pour
luy. C'eftoit chez luy que
toutes les Lettres qu'on luy
écrivoit , eftoient adreffées.
Elle les ouvroit en fa préfence
, & comme elle vouloit
toûjours qu'il les lût , il apprenoit
par cette lecture que
fon Procés alloit bien , &
Güij
80 MERCURE
qu'on pourſuivoit une Provifion
tres- conſidérable
,pour
la faire vivre felon ſa naiſſance.
La crainte qu'il eut que
l'argent ne luy manquaft , l'obligea
fouvent à la prier de fe
fervir de fa Bource. Il avoit
du Bien , & pouvoit la fecourir
fans s'incommoder
, mais
toutes les offres furent longtemps
inutiles . Elle luy difoit
toûjours , que fi quelque
choſe la faifoit foufrir dans la
longueur extraordinaire de
fon Procés , c'eftoit de ne
pouvoir affifter quantité de
Miférables qu'elle connoif
GALANT. 81
4
foit , mais que Dieu fe contentoit
du defir quand l'effet
ne pouvoit fuivre. Là-deſſus
l'Ecclefiaftique ne manquoit
jamais de la conjurer d'agir
avec luy fans nulle réſerve,
& il le fit un jour avec tant
d'inftance , qu'elle confentit
enfin qu'il luy avançaſt ce
qu'on luy avoit mandéla derniere
fois qu'on luy envoyeroit
dans peu de jours. La
fomme eftoit affez forte , & à
peine la luy eut- il miſe entre
les mains , qu'elle en em
ploya une partie à faire des
charitez. Elle vifita les Hô82
MERCURE
pitaux , foulagea plufieurs Fa
milles qu'elle fceu eftre en
neceffité , & fit dire un fort
grand nombre de Meffes
dans tous les Convens . Des
actions fi chreftiennes luy
acquirent une tres-grande
réputation . Peu de temps
apres, l'Ecclefiaftique luy ap
porta une Lettre dans laquelle
elle en trouva une autre
de Change, de la moitié de
la fomme qu'il avoit bien voulu
luy prefter. Elle le pria de la
recevoir , en attendant qu'on
luy envoyaft une feconde
Lettre de Change qu'on luy
GALANT. 83
5
promettoit dans peu . Il te
moigna qu'il prenoit pour un
outrage cet empreffement
de s'acquiter avec luy , & l'obligea
de garder ce qu'elle
youloit luy rendre . Elle s'en
fervit à un ufage , qui fit
grand bruit dans toute la
Ville. Cette Fille de Sergent
qu'elle avoit prife aupres
d'elle , témoignoit toûjours
fi elle avoit un peu de que
fortune , elle ne prendroit ja
mais d'autre party que celuy
de fe faire Religieufe. La
Dame luy demanda fi elle
eftoit veritablement dans
84 MERCURE ·
cette penſée , & fur la réponfe
elle alla trouver une Supérieure
de Convent avec
qui elle avoit quelque habitude.
Les conditions furent
arreftées. La Dame paya
comptant une partie du prix
dont elles convinrent , &
promit de payer l'autre dans
le temps de la Profeffion .
Une récompenfe de cette
nature , faite à une Fille qui
ne l'avoit fervie que quatre
ou cinq mois , fut d'un tel
mérite aupres des Devots,
qu'on les vit tous s'empreffer
à faire liaiſon avec la Dame,
GALANT. 85
& plus encore à lay offrir
chacun quelque fomme, puis
qu'elle faifoit un fi bon uiage
de l'argent qu'on luy preftoit.
Sur tout un autre Ecclefiaftique,
Amy du premier, qui l'avort
inftruit de fes grands
Biens & de fa naiffance , l'engagea
à difpofer d'un petit
Tréfor qu'il amaffoit depuis
fort longtemps. Ce qui luy
attira cette confiance , outre
l'eftime qu'on avoit pour fa
verte, c'eft quel'argent d'une
feconde Lettre de Change
qu'on luy envoya , fut employé
à rendre de petites
86 MERCURE
fommes , qu'elle acquita avec
une libéralité admirable, c'eft
à dire , en forçant les Géns
d'accepter prefque le double
de ce qu'elle avoit reçeu . Ces
manieres genereuſes ne laifferent
plus douter qu'elle ne
fuft d'une auffi haute naiffance
que le difoit l'Ecclefiaftique.
Le Peuple alla mefme
jufqu'à croire que c'ef
toit une Princeffe qui fe déguifoit,
lors qu'eftant accouchée
d'un Fils , elle fit paroiftre
ce qu'il devoit eftre un
jour , par la magnificence de
fes Langes. La joye qu'elle
GALANT. 87
eut de ce Fils luy dura peu .
Il ne vécut que deux mois ,
& elle n'épargna rien pour
donner de la pompe à fes
funérailles. Toute la Ville
l'alla confoler fur cette mort,
dont elle marqua beaucoup
de douleur. Dans ce mefme
temps elle ſe fentit attaquée
de fiévre , & en eut quelques
accés affez violens. Elle dit
que rien ne l'attachant à la
vie apres qu'elle avoit perdu
fon Fils , elle eftoit tres-contente
de mourir , & vouloit
fonger à faire fon Teſtament.
On fitvenirun Notaire qui le
88 MERCURE
dreffa dans les formes. L'Ecclefiaftique
qui avoit fa confidence
, & à qui elle laiffa
cinquante mille livres , en fut
fait Executeur. Elle n'oublia
aucun de ceux qui luy avoient
prefté quelque fomme,
& ce fut un grand ſujet
de chagrin pour les Avares
qui ne luy avoient offert aucun
fecours , de n'y avoir
point de part. Ses accés diminuercnt
, & la fievre la
quita. Elle fe fouvint alors
qu'elle n'avoit rien donné
dans fon Teftament à fon
premier Hofte. Il avoit un
GALANT. 89
Fils qui avoit étudié ; & pour
reconnoiftre les foins qu'on
avoit eus d'elle dans cette
Maiſon , elle pria l'Ecclefiaftique
de vouloir bien ſe défaire
en fa faveur d'une Chapelle
qu'il avoit , de quatre
cens livres de revenu . Il le
fit avec plaifir , croyant ne
pouvoir jamais affez bien
répondre aux extrémes obligations
qu'il avoit à cette
Dame. Si - toft qu'elle fut
guérie , elle envoya pour Préfent
quatre Chandeliers , &
un Saint d'argent à la Paroiffe,
& fit faire en mefme temps
Juillet 1683.
H
90 MERCURE
༡༠
pour deux mille livres de
Vaiffelle , que l'Orfévre luy
livra , fans fe mettre en peine
du payement. Comme fa
fanté ne paroiffoit
pas encore
entierement
rétablie , on luy
confeilla de prendre l'air , &
un des Principaux de la Ville
fe priva pour elle d'une Maifon
de Plaifance , qui n'ef
toit éloignée de Rheims que
d'une lieuë , & qu'il luy laiſſa
toute meublée. Elle acheta
des Chevaux & un Carroffe,
& alla fouvent
s'y promener
.
Cette dépense que fa qualité
autorifoit, n'empéchoit point
GALANT. 91
qu'elle ne prift toûjours foin
des Pauvres , & qu'en toute
occafion elle n'exerçaft fa
charité. Toutes les Lettres
qu'elle recevoit , marquoient
qu'elle devoit eftre jugée au
plûtoft , que le gain de fon
Procés eftoit infaillible , &
qu'elle fe verroit dans peu
en poffeffion de plus de trente
mille livres de rente . Ces
nouvelles eftoient répanduës
par l'Ecclefiaftique , en qui
chacun avoit beaucoup de
croyance , & cela eftoit caufe
que la plupart des Bourgeois
Luy apportoient de l'argent
Hij
92 MERCURE
enfoule , dans l'efpérance de
le retirer avec un profit confidérable.
Elle reçeut de fi
fréquentes vifites dans fa
Maiſon de plaifance , qu'elle
réſolut d'y donner un grand
Repas à tout ce qu'il y avoit
de diftingué dans la Ville ; &
comme dans un Feftin de
cette importance , on a befoin
de beaucoup de chofes,
elle emprunta de la Vaiſſelle
d'argent à divers Particuliers,
qui furent ravis de la luy pref-
Malheureufement
pour ter.
elle , un petit Homme mutin
, à qui elle devoit quelque
GALANT. 93
fomme; ne fut point des Conviez
. Il prit cet oubly pour
un outrage , & un jour avant
celuy de la Fefte , il alla luy
dire qu'il avoit befoin de
fon argent. Elle venoit de
donner une groffe fomme à
cet Inconnu qu'elle voyoit
quelquefois , & qu'elle difoit
eftre fon Solliciteur d'affaires.
On le chercha où il avoit accoûtumé
de loger ; il eftoit
déja party. Ce tranſport d'ar
gent donna du foupçon. Le
Creancier qui avoit commencé
à faire du bruit, le redoubla
, & ne voulant accep
94 MERCURE
ter aucune des Cautions
qu'elle offrit de luy donner,
& qui n'eftoient que de Parens
de fes Domeftiques
, if
mit Garnifon dans fes deux
Maiſons .
eftoit abfent , & il n'y eut pas
moyen de remedier à ce dé
fordre. Chacun demanda ce
qu'il avoit prefté de Vaiffelle .
Une partie eftoit déja enlevée
, parce qu'elle en avoit
emprunté beaucoup plus.
qu'il n'en falloit , & qu'apparemment
elle n'avoit pas envie
de la rendre . On luy demanda
raifon de cette Vaif
L'Eccléfiaftique
GALANT. 95.
!
felle .Elle répondit pour toute
chofe, qu'il falloit qu'on l'euft
volée , & l'embarras où elle
parut donnant de forts in-
3 dices contre elle , tous fes
Creanciers s'unirent , & demanderent
à eſtre payez . II
trouva que les fommes empruntées
montoient à vingtmille
Ecus. On la garda chez
elle pendant quatre jours , &
enfin fur le refus qu'elle fit
de donner des preuves de
ce qu'elle eftoit , elle fut menée
en priſon à la requeſte
de M' le Procureur du Roy.
Je ne vous puis dire ce qui
96 MERCURE
fe paffa dans les Procédures,
je fçay feulement qu'on découvrit
qu'elle donnoit fon
argent à cet Inconnu qui la
venoit voir , qu'il le faifoit
tenir à Paris , & que de ce
mefme argent on luy envoyoit
les Lettres de Change
qu'elle recevoit de temps en
temps . Ses tours d'adreffe
ayant eſté avérez , le Préſidial
donna Sentence
le 12. du
dernier mois , par laquelle
elle fut condamnée
au Foüet
& à la Fleur- de-Lys , ce qui
fut executé le mefme jour, au
grand étonnement
de toute
la
GALANT 97

la Ville , qui eftoit fort prévenuë
en faveur de cette
Femme .
Comme la derniere Imita .
tion que je vous ay envoyée
de la Ode du
9..
3. Livre
C'eſt
d'Horace vous a extrémement
plû, je vous en envoye
encore deux autres.
dans ces fortes d'Ouvrages
,
qui demandent peu de Vers,
qu'on eft bien aife de voir la
diverfité des génies , par le
tour diférent dont chacun.
fe fert.
Juillet 1683.
98 MERCURE
IMITATION
DU DIALOGUE
D'HORACE ,
Donec gratus eram tibi.
Par M' Levallon du Havre,
L
TIRSIS .
Ors queje régnois dans ton
coeur,
Qu'aux autres tu faifois la guerre,
Le fort des Maiftres de la Terre
N'approchoitpas de mon bonheur.
IRIS.
Lors que d'une
ardeur
fans feconde
Tu me préferois à Cloris,
Le fort des plus Belles du monde
N'égaloit pas celuy d'Iris.
GALANT. 99.
TIRSIS.
Ouy, Cloris metient dans fa chaîne,
Ellefait mes maux & mès biens ,
Etj'abandonnerois fans peine
Mesjours, pour conferver les fiens.
IRIS.
Philene a mon ame ravie,
C'eft luyfeul qui mefaitfouffrir;
Et pourfauverfa belle vie,
Je voudrois mille fois mourir.
TIRSIS.
Mais fi ma renaiffante flame
Oublioit Cloris en ce jour,
Pour te rendre toute mon ame
Avec un eternel amour ?
"
IRIS.
Philene cft plus beau que l'Aurore,
Tu n'as point d'ardeur, ny defoy ;
Je choifirois pourtant encore
De vivre & mourir avec toy.
"
I ij
100 MERCURE
AUTRE IMITATION
DU MESME DIALOGUE ,
Q
Par M' de Lofme.
MIRTIL.
Vand jeplaifois à tesyeux,
I'avois l'amefi ravie,
Que le fortdes plus grands Dieux
Ne m'auroit point fait d'envie.
CLORIS .
Quand ton coeurplein de tendreſſe
Ne refpiroit que ma Loy,
Eftoit-il une Déeffe
Auffi contente que moy?
MIRTIL.
Une
nouvelle Bergere
Eft maîtreffe
de mon coeur.
GALANT. ΙΟΙ
CLORIS.
Un Berger tendre & fincere
Fait aujourd'huy mon bonheur .
MIRTIL.
Daphné qu'on trouvéfi belle,
M'eft plus chere que mes yeux.
Ab! fi je mourois pour elle,
Que je mourrois glorieux!
CLORIS.
Tircis , ce Berger charmant,
Flate luy feul mon envie.
unfi cher Amant Ab!
pour
Ie perdrois cent fois la vie.
MIRTIL.
Mais de ma premiere ardeur
Si quelque nouvelle trace,
Chaffant Daphné de mon coeur,
Te remettoit en fa place?
CLORIS.
Bien que tu fois un volage,
Que Tircis gardefafoy,
I iij
102 MERCURE
De tout mon coeurje m'engage
A vivre & mourir pour toy.
Ce qui fuit eft du meſme
M' de Lofme .
IMITATION.
DE LA 72. EPIGRAMME
du 8. Livre de Martial.
AVIS AUX AUTHEURS.
Utheurs, qui ne cherchez qu'
A plaire,
Scavez- vous bien ce qu'il fautfaire?
Aimez, & qu'en tous vos Ecrits
L'amour anime vos efprits.
C'estle moyen d'eftre agreables,
C'efl'amour qui vous rend aimables,
L'amour eft l'amedes beaux Vers,
L'amourplaiſt à tout l'Univers,
GALANT. 103
<
Sans luy le délicat Tibulle
Auroit pafépour ridicule,
Sans luy Catulle fi vanté
N'eutpas eula moindre beauté.
Properce, & le charmant Ovide,
N'auroient qu'une veine infipide,
Si l'amour à tous leurs Ecrits
Ne donnoit le luftre, & le prix.
Vous done, Nouriffons du Permeſſe,
Qui cherchez la délicateffe ,
Vous la trouverez dans l'amour,
C'estlà qu'elle faitfon fejour.
Pour moy qui tranche icy du Maistre,
Quoy que nefaisant que de naiftre,
Et qui veux donner des avis ,
Queje n'ay pas encorfuivis,
Si freins la belle Icuneffe,
Ie m'abandonne
à la tendreſſes
Heureux, fi dans chaque fujet
L'amour peut- eftre mon objet.
I iiij.
104 MERCURE
Meffire Ferdinand de Furftemberg
, Evefque de Munfter
& de Paderbon , Burgrave
de Stromberg , Prince
du S. Empire , Comte de Pyrmont
, Seigneur de Barcкeloe
& Baron libre , mourut le
26. du dernier mois , dans fon
Chafteau de Neuhaus , à une
lieuë de Paderbon. Il eftoit
dans fa 57. année , & avoit
efté contraint de fe faire tailler
par les douleurs violentes
que la pierre luy caufoit. L'opération
ſembloit heureuſe,
& on en avoit d'abord efpere
beaucoup , mais les fuites ont
GALANT. 105
bien- toft détruit ces espérances
. Cc Prince s'eftoit acquis
une eftime generale dans
toute l'Europe par fes grandes
qualitez. Il eftoit Fils de
Fridéric de Furftemberg feptiéme
du nom , Seigneur de
Bilſtein , & de Waldenburg ,
qui mourut
le 9.
d'Aouft
1646. & d'Anne - Marie de
Kerpen
, Dame d'Illingen
; &
avoit pour Freres Fridéric
de
Furftemberg
huitiéme
du
nom , mort le 7. Juillet 1662.
qui a continué
la pofterité
;
Théodore
- Gafpard
, Chanoi
ne de Mayence
, Guillaume
,
106 MERCURE
Suffragant de Tréves , Prewoft
de Munſter , Chanoine
de Salzbourg , de Paderborn ,
& de Liege ; François- Guillaume
, Archicommandant
de l'Ordre Teutonique dans
la Weftphalie ; & Jean Adolphe,
Camérier de Paderborn ,
Chanoine de Munſter , &
Prevoft d'Hildesheim . Il nâquit
à Bilstein le 21. Octobre
1626. & fut élevé dans les
belles connoiffances, qui font
le plus illuftre heritage de
ceux de cette Maifon . Depuis
, il fut Prevoft de Sainte
Croix d'Heildesheim
, ChaGALANT.
107
noine de Paderborn & de
Munſter , & Camérier du
Pape Alexandre VII qui l'ho
nora d'une eftime particuliere.
Il eftoit à Rome lors
qu'il fut éleu Evefque de Paderborn
le 20. d'Avril 1661.
Paderborn eft une Ville
Anfeatique d'Allemagne en
Weftphalie
, dont l'Eveſché
eft Suffragant
de Mayence.
L'Evefque
eft Seigneur temporel
de la Ville , & du Diocefe
, qui comprend
Brackel
& Warburg, entre les Duchez
de Brunfvic , & de Weftphalie
, le Diocefe de Munſter, &
108 MERCURE
le Païs de Heffe Caffel. Char
lemagne y tint une Affemblée
ou Parlement en l'année
777. On dit que c'eft luy
qui fonda l'Evelché de la
Ville de Paderborn , qui fur
brûlée en 999. On la répara
dans la fuite. Elle est aujourd'huy
tres-agreable , & affez
bien fortifiée. Ferdinand de
Fürftemberg , dont j'ay commencé
à vous parler , fut fait
Coadjuteur de Munfter le
Juillet 1667. & entra en pof
par
19.
feffion de cet Eveſché la
mort de Bernard de Galen,
arrivée en 1678. La Nature luy
GALANT. 109
avoit donné un excellent efprit
, qu'il cultiva tres - heureufement.
Nous avons de
luy un Recueil de Poëfies
Latines , & un autre Livre
tres-curieux , intitulé Monumenta
Paderbornenſia , imprimé
à Amfterdam en 1672. & embelly
d'un fort grand nombre
de Planches. L'amour qu'il
a toûjours eu pour les belles
Lettres , l'avoit rendu Prorecteur
de tous ceux quien font
profeffion. Il y en a peu qui
n'ayent eu part à ſes libéralitez.
Il a travaillé de tout fon
pouvoir au repos de l'Alle-
1
110 MERCURE
magne , & a fait paroiftre un
zele extraordinaire
pour la
Religion Catholique , en faifant
baftir ou réparer quantité
d'Eglifes , & en établiſ
fant quinze Miffions , confiées
à trente- fix Miffionnaires.
Il y en a quatorze dans
les Evefchez de Paderborn
& de Munſter , dans le Duché
de Weftphalie , & dans
tout le Septentrion juſqu'aux
bords de la Mer Glaciale . La
quinziéme eft dans la Chine .
Il donna vingt - cinq mille
Ecus pour y entretenir huit
Preftres , lors qu'il eut leû la
GALANT. III
Lettre du Pere Ferdinand
Verbieft Jefuite , Vice-Provincial
de la Miffion de ce
grand Royaume , écrite de la
Cour de Pekin , à tous les
Jéfuites de l'Europe le 15.
d'Aouft 1678. Cette Lettre
repréſente
d'une maniere fi
pathétique la perte & le malheur
éternel d'une infinité
d'ames , qui périffent , faute
d'Ouvriers qui donnent leurs
foins à leur falut , que ce
grand Prélat en fut vivement
touché . Ainfi il ajoûta auffitoft
cette quinziéme Miffion
aux quatorze qu'il avoit fon112
MERCURE
dées , & pour lesquelles il a
donné cent & un mille fept
cens quarante Ecus , qui font
cinq mille quatre-vingts-ſept
Ecus de revenu tous les ans.
Cela eft bien digne de la pieté
d'un Evefque , & de la magnificence
d'un Prince. Vous
fçavez , Madame , que la
Maiſon de Fürftemberg eft
tres- noble , & tres -ancienne,
dans la Weftphalie , où depuis
Frideric qui vivoit en
elle a donné de grands
Hommes à l'Allemagne . Une
Bulle de l'Empereur Léopold
du 26. Avril 1660. par laquelle
1115 .
GALANT. 113
.9
Sa MajestéImpériale crée Ba
rons Libres tous ceux de
cette , Famille , dit qu'elle
tire fon origine dés le temps
de Charlemagne . Elle a cu
divers Confeillers des Electeurs
de Mayence & de Cologne
, des Capitaines , grand
nombre de Chanoines dans
les Eglifes de Tréves , Colologne,
Spire & Munſter, tous
Amis des Lettres , & Défenfeurs
de la Foy , plufieurs Chevaliers
&Commandeurs, tant
de l'Ordre Theutonique
,que
de celuy de Livonie , & des
Prélats d'un mérite fingulier.
Juillet 1683.
K
114 MERCURE
Entre ceux- cy , on compte
Théodore de Furftemberg,
dont le nom s'eft rendu tresrecommandable
. Il nâquit
en 1546. fut Chanoine de
Tréves , & éleu Evefque &
Prince de Paderborn en 1583 .
Il rétablit la Religion Catholique
dans ſon Dioceſe , qu'il
gouverna avec beaucoup de
lageffe dans un temps tresdifficile.
Il fonda un College
de Jéfuites dans fa Ville
Epifcopale , fit de grands
biens aux Eglifes , & mourut
en 1618. âgé de 71. ans. Il ef
toit Grand- Oncle de M ' l'EGALANT.
115
vefque de Munfter , dont je
vous apprens la mort.
Madame la Préfidente Nicolai
eft morte auffi , comme
je vous l'ay mandé en finiſ
fant ma derniere Lettre . Elle
eftoit âgée de 73. ans, & a paſ
fé fa vie en des actions continuelles
de pieté & de charité,
s'eftant renduë la Mere des
Pauures de cette Ville , & de
la Campagne. Elle s'appelloit
Marie Amelot , & ef
toir de la feconde Branche
de la Famille des Amelot, qui
portent d'azur à trois Coeurs
d'or, furmontez d'un Soleil de
Kij
116 MERCURE
mefme . Cette Maifon eft il
luftre , & vous ne férez pas
fâchée d'en avoir une connoiffance
particuliere
.
Jacques Amelot , S ' de
Carnetin , celebre Avocat au
Parlement
fous le regne de
François I. épousa Jeanne
Vialart , Soeur d'Antoine Vialart
, Archevefque de Bourges
, & Fille de Jean Vialart,
Lieutenant Civil à Paris, puis
Préfident au Parlement de
Roüen , & de Jeanne Poncet.
La Famille des Vialart eft
alliée aux Hotman , Hennequin
, Seguier , Fauchet , de
GALANT. 117
Ligny , Chippard , Sanguin,
Aymeret , Pelletier-la - Houf
faye , & autres. De ce Mariage
eft venu Jean Amelot,
Maistre des Requeſtes , puis
Préſident aux Enquestes du
Parlement de Paris , qui époufa
Marie de S ' Germain ,
dont il eut trois Fils, Jacques ,
Jean , & Denys Amelot , qui
ont fait les trois Branches de
cette Famille. Cette Marie
de S. Germain l'ayant furvécu
, fe remaria à Michel de
Marillac , Garde des Sceaux
de France .
Jacques Amelot , S de
118 MERCURE
Carnetin , Mauregard ,le Mefnil
, & autres Lieux , Préfident
en la Premiere Chambre
des Requeftes du Palais,
Fils aîné de Jean Amelot,
Préfident aux Enqueftes , fut
marié à Charlote du Tillay,
dont il eut un Fils , & deux
Filles. L'Aînée épouſa M le
Marquis d'Aumont , & l'autre
M Maignart de Bernieres
, Maistre des Requeftes .
Le Fils fut Jacques Amelot,
Marquis de Mauregard - Amelot
, Seigneur de Carnetin, le
Mefnil, &c. Maiftre des Requeftes
, & enfuite Premier
r
GALANT. 119
"
Préfident en la Cour des
Aydes . Ce fut un des plus
grands
Orateurs
de fon
temps. Il fe faifoit admirer
dans les
Harangues qu'il faifoit
à Leurs
Majeftez , & en
la Cour des Aydes . De fon
Mariage avec Elifabeth
du
Pré, à préſent ſa Veuve, font
fortis quatre Enfans , fçavoir,
Jaques - Charles Amelot , qui
luy a
fuccedé en fa Charge de
Premier
Préfident, & eft
mort fans alliance ; Charles
Amelot , Marquis des mefmes
Lieux , Confeiller en la
Troifiéme
Chambre des En120
MERCURE
queftes, aujourd'huy Chef de
cette Famille ; Louiſe Amelot
, & Elifabeth Amelot,
Prieure de Villarceau .
Jean Amelot , Sieur de
Gournay , Maiftre des Requeftes
, & Préſident au
Grand Confeil , fecond Fils.
de Jean Amelot , Préſident
aux Enquestes , a fait la feconde
Branche. Il époufa Catherine
de Creil, dont il eut
fix Enfans , fçavoir , Charles
Amelot de Gournay, Maiſtre
des Requeſtes , & Préfident
au Grand Confeil, qui a époufé
Marie Lionne ; Michel
Amelot,
GALANT. 121
Amelot , Evefque de Lavaur,
puis Archevefque de Tours ;
Madame la Préſidente Nicolaï,
qui a donné lieu à cet
article , Jeanne Amelot, Femme
de Guillaume Briçonnet ,
Maistre des Requeſtes , &
Préfident au Grand Confeil ;
& deux Religicufes . Du Mariage
de Charles Amelot de
Gournay , & de Marie Lionne
, font venus Michel Amelot
, Marquis de Gournay,
Maistre des Requeſtes , &
Ambaffadeur pour Sa Majefté
à Venife ; M l'Abbé
Amelot , & Madame la Mar-
Juillet 1683.
L
122 MERCURE
quiſe de Vaubecourt.
Denys Amelot, S ' de Chaillou
, Doyen des Maiftres des
Requeſtes , & troifiéme Fils
de Jean Amelot , Préfident
aux Enqueftes , a fait la troifiéme
Branche de cette Fa→
mille. Il époufa Marguerite
du Drac , Vicomteffe d'Ay,
dont il a eu deux Fils & une
Fille , qui a époufé M le
Marquis du Macé . L'Aîné
des Fils eft Jean Amelot, Seigneur
de Biffeüil , Maiſtre
des Requeſtes , marié à Charlote
Brulart. Il en a deux
Filles , dont l'Aînée a épouſé
GALANT. nz
M' le Marquis de Fallin . Le
fecond Fils eft Jacques Amelot
, S ' de Chaillou , auffi Maître
des Requeftes , qui n'a
qu'un Fils.
Quant à la Famille des Nicolaï
, Jean Nicolaï , Maiſtre
des Requeftes , Chancelier
du Royaume de Naples fous
Charles VIII. rendit de tresgrands
fervices à l'Etat , ce
qui fut cauſe que le Roy
Louis XII. le fit Premier Préfident
en la Chambre des
Comptes en 1506. Son Fils
Aimard Nicolaï , Seigneur
de S. Victor , luy fucceda en
Lij
124 MERCURE
cette Charge fous François I.
en 1518. Il épousa Anne Bail
ler , Fille de Thibault Baillet,
Seigneur de Sceaux , Préſident
à Mortier au Parlement
de Paris , & de Jeanne d'Aunay
, Dame de Trefmes &
de Silly , dont eft venu Antoine
Nicolaï , Seigneur de
Gouffainville , reçeu auffi
Premier Préfident en la
Chambre des Comptes , fous
Henry II . en 1553. Cet Antoine
époufa Jeanne Luillier ,
Fille de Jean Luillier , S¹ de
Boulancourt , & de S. Mef
min , Préfident en la Cham
GALANT. 125
Jre des Comptes ; & de ce
Mariage fortit Jean Nicolai,
Seigneur de Gouffainville,
qui fut reçeu dans la meſme
Charge de Premier Préſident
en 1987. Il prit pour Femme
Marie de Billy , Fille de Louis
de Billy , Baron de Courville,
dont il eut Antoine Nicolaï ,
Marquis de Gouffainville,
Seigneur d'Yvor , qui luy fucceda
dans la Charge de Premier
Préfident en la Chambre
des Comptes fous Louis
XIII. Ilépoufa Marie Amelot
qui vient de mourir , & en
eut un Fils & une Fille. Le
Lj
126 MERCURE
?
Fils eft Nicolas Nicolai , Mar
quis de Gouffainville , Comte
d'Yvor , aujourd'huy Premier
Préfident en la Chambre des
Comptes , & le fixiéme de
Pere en Fils , qui ait poffedé
cette grande Charge . Il a
époufé Elifabeth de Fieubet,
dont il a eu Antoine. Loüis
Nicolaï mort fans alliance ;
Jean -Aimar Nicolai , Avocat
General en la Chambre
des Comptes ; Nicolas Ni
colaï , Colonel , & Marie Elifabeth
Nicolaï . La Fille d'An
toine Nicolai , & de Marie
Amelot , fut Catherine Ni
GALANT. 127
colaï , Femme de René dú
Bec , Marquis de Wardes ,
Chevalier des Ordres du
Roy , Capitaine des Cent
Suiffes de la Garde du Corps
de Sa Majefté . De ce Mariage
eft venuë Marie-Elifabeth
du Bec- Crefpin , qui a
époufé Louis de Rohan Chabot
, Duc de Rohan , Pair de
France, Comte de Porchoet,
Vicomte
de Leon , dont
eft venu Loüis -Bretagne de
Rohan.
Le Barreau a perdu beaucoup
dans le mefine temps
en perdant M Pageau , ce
Lij
128 MERCURE
lébre Avocat . La mort nous
l'a enlevé dans un âge , qui
eftoit encore peu avancé. Je
ne puis vous le faire mieux
connoiftre , que par la peinture
qui a efté faite de luy
dans un Manufcrit qui a
couru depuis quelques an
nées , & qui a pour Titre,
Portraits des Avocats. Voicy
en quels termes on en parle.
M Pageau a une éloquence naturelle
, qui plaiſt d'autant plus
qu'il y a moins d'art, une facilité
d'efprit merveilleuſe pour tourner
bien un Fait , & une heureufe
abondance de paroles & de rais
GALANT. 1291
fons , dont la douceur & laforce.
charment & enlevent l'Auditeur.
Son difcours eft net, fluïde,
& infinuant. Il emprunte peu
d'ornemens des Autheurs anciens;
tout paroift defonfond ; & s'il
fefert quelquefois des penfées des
autres , il fçait fi bien ſe les approprier,
qu'on ne les reconnoift
plus. Il évite avec foin ces façons
de parlerfaftueufes & empoulées
, ces ornemens recherchez,
dont quelques- uns tâchent d'ébloüir
les Ignorans . C'eft de là
que des Gens de mauvais gouft,
& qui n'aiment les excés,
que
& les emportemens d'une imagi.
130 MERCURE
nation déreglée , ont pris fujet de
dire que fes Plaidoyers n'avoient
pas affez de fel, & rampoient
quelquefois ; mais je croy que c'eft
faute de connoiftre les veritables
beautez d'une Piece d'éloquence.
S'il paroift vuide & rampans,
c'est qu'il est égal dans fon ftile,
modefte dans fes figures , jufte
dansfes penfées , évitant égale--
ment la baffeffe des uns ,
faux brillant des autres . Ainfi il
doit eftre regardé comme un Fleuve
tranquille , qui fe renferme
dans le lit qu'il s'eft formé, t
qui roulant doucement fes eaux,
porte la fécondité dans les Cam
& be
GALANT. IZE
par
pagnes voisines , & réjouit les
Habitans qui fontfurfes bords.
Il s'infinue dans les efprits par la
douceur de fon ftile , les charme
la netteté de fon raiſonnement,
& divertit les fuges en
les enfeignant. Toujours égal à
buy- mefme , il fe renferme dans
tes bornes de la droite raifon ; il
s'éleve fans emportement
,
s'abbaiffe fans rien perdre defa
dignité. Cette grande uniformi
té de ftile n'empefche
pas qu'il ne
foit pathérique. Ilfçait émouvoir
les paffions à propos , & ſe rend
maistre des affections , d'autant
plus quefon artifice eft caché , es
132 MERCURE
Sa
qu'on eft moins préparé à s'en défendre.
On peut ajoûter à cela
une prononciation agreable , un
gefte libre , naturel , engageant,
qui prévient les Auditeurs en
faveur, avant qu'il ait ouvertla
bouche pour parler. S'il a les qualitez
propres pour le Barreau , il
a encore celles qui font neceffaires
pour la focieté civile. Il eft hon
neste , obligeant , facile , enjoüé
au milieu de fes plus grandes
affaires , galant avec les Femmes ,
agreable avec fes Amis. Il aime
la joye & le plaifir , y
tout le temps qu'il peut dérober à
y contribuant fes occupations ,
donnant
GALANT: 133
plus qu'aucun autre. Il est tel
enfin , qu'on peut l'imiter & dans
fa vie privée , & dans fes actions
publiques ; plus heureux , plus
grand peut eftre par ses vertus
domestiques , que par la gloire
qu'il s'eft acquiſe dans le Barreau.
Voila de grandes loüanges,
mais qui ne font point au
deffus du merite , que tout le
monde reconnoiffoit en M
Pageau . On peut dire encore
de luy qu'il eftoit ennemy
de la Satire , & que la veuë
d'aucun intéreft ne l'a jamais
fait engager mal-à - propos fes
Parties à foûtenir un Procés.
34 MERCURE
M le Premier Préfident luy
a rendu un témoignage fort
glorieux , qui eft , qu'il l'avoit
Louvent éprouvé , & qu'il n'a
voit jamais rien ciré dont il
n'euft les Pieces. Il eft mort
d'un abcés , qui l'a fait languir
quelque temps .
Je vous envoye une Fable
toute allégorique , c'eſt à dire
qu'elle a un entier rapport à
une avanture veritable , &
que les Oifeaux qui y paroiffent
, ont leur caractere naturel
, & celuy des Perfonnes
qu'ils repréſentent. C'eſt un
Ouvrage de M' Richebourg,
GALANT. 135
Avocat au Parlement de
Toulouſe , dont vous en avez
déja veu quelques- uns que
vous avez fort eftimez. Il eft
furprenant qu'un Homme
qui depuis vingt ans , donne
tous fes foins & toute fon application
aux affaires du Barreau
, ait confervé le tour facile
de Vers que vous trouverez
dans cette Piece.
136 MERCURE
SS2525252:SSES 225
LE CYGNE
MOURANT.
S'
FABLE.
I la Mere d'Amour met à fon
Char des Cygnes,
Ce n'eft pas tantpour leur blancheur,
Queparce que, Seachant lefecret de
leur coeur,
Par leur tendreffe elle les en vois
dignes;
Rien n'est égal aux feux de ces
Oyfiaux,
Cefont des Brûlotsfur les eaux.
Que s'ils chantent mourans, mieux
qu'à leurordinaire;
GALANT. 137
S'ils pouffent ces doux cris de leur
coeur enflâmé,
C'estqu'ils font, en perdantl'Objet
qu'ils ont aimé,
Leur dernier effort pour luy plaire.·´
$2
Un grand Cygne doux &galant,›
Voulant s'aparicr, cherchoit une Femelle;
Il en vit unejeune & belle,
Qui defe faire aimer avoit l'heureux
talent;
Saify d'abord d'un amour violent,
Ilfend les eaux, & court vers
elle .
Elle luy fit un accueil gracieux;
Autant qu'ilput lire en fesyeux,
Illuy voyoit un efprit affez fouple,
Et,fans allerplus loin, il eut trouvé
Jon Couple,
Etfait crever les Envieux.
M
Juillet 1683.
138 MERCURE
Maispar malheur quelques mandites
Oyes,
Pour rompre ces beaux noeuds, chercherent
mille voyess.
Elles luy vouloient mal, parce que cet
Amant,
Méprifoit leur cancan, & leursfetes
rifées..
Cette Belle affez prudemment,
D'ailleurs fe défioit de ces Vieilles
rufées,
Ayant connu qu'aux champs , ce que
touche leur bec,
Ne croiftjamais, & devientſec.
Ces Friponnesalors prenat lour avantage,
Pourdonner bonne iffuë àleur complot:
malin,
Firent qu'unejeune Oye, àpeupres:
de mefme âge,
Sa grande: Amie, & de meſme plumage,
GALANT. 139
Qu'on ne foupçonnoit pas
tant de venin,
d'avoir
Prit intéreft à rompre la partie.
Cette jeune Oye inftruite, & pervertie,
En caquetant, l'aborda donc un
jour,
Qu'elle eftoit fort incommodée.
( C'est en ce temps qu'on a moins de
gouft pour l'amour. ).
Vrayment, dit- elle, il fait beau
voir une Accordée
Languir ainfi, pendant que les
plaifirs
Vont couronner fes amoureux
defirs.
Moy? je ne le fuis pas, dit la Belle,
interdite.
Hé bien donc je te félicite
D'avoir fait un Galant,& trouvé
ton égal ;
Mit
140 MERCURE
Il eft honnefte, & ne chante pas
mal ;
Mais on dit que fa voix a quelque
chofe d'aigre,
Et puis , fi tu fçavois , helas , il eft
fi maigre,
Que les os luy percent la peau ..
Il n'eft pas de noftre volée.
Je te le dis , ( & n'en fois point :
troublée )
Il eft grand, mais il n'eft pas
beau .
Je t'aime , tu le fçais ; tout le
monde s'étonne
Qu'une Beauté fi jeune, & fr
mignonne,
Borne tous les appas à de fi foibles
feux ;
Les Cygnes de Vénus te croiroient
dignes d'eux .
Ne te repais donc pas de fa flâme
importune;
GALANT. 141
Efpere plus de ta bonne fortune ,,
Tu ne peux trouver moins, & tu
peux trouver mieux .
S
Enfin cette Amic infidelle,
L'accompagnant par tout, luy fit centr
faux raports;
De vingt Galans luy contant les
tranfports,
Elle juroit, que tous mouroient pour
Et
elle,
que plufieurs en estoient déja :
morts.
Gette Simple la crût. Voicy le plus
grand figne
Defa froideur pourfon Amant;
Trois fois elle évital'entretien de ce
Cygne,
Quiluy venoitparler de fon tourment.
Comme jamais Oyſeau n'eut une ame :
fitendre, 2
142 MERCURE
El ne pût,fans mourir, fuporter ce
mépris...
Ce Cygnefentant donc quefon coeur
s'alloit fendre, bea
Pour mieux chanterfa mort, recueillit
Les efprits;
Les Echos l'entendoient répondant à
fes cris,
L'ingraté lepûtbien entendre.
Adieu Prez, cria- t-il, adieu charmant
fejour ,
Adieu Ruiffeaux, adieu claire
Fontaine,
Vous elliez autrefois témoins de
mon amour,.
Soyez témoins de ma derniere
peine.
D'autres, pour ſe vanger d'une
ingrate Beauté,
Auroient brûlé d'une flâme
nouvelle ,,
GALANT. 143
Mais je laiffe à cette Cruelle
La honte de fa dureté,
Et j'emporte , en mourant , l'hom
neur d'eftre fidèlle .
2
Amour, injuſte Amour, fi tu fça
vois régner,
Quand tu mets ton feu dans
une ame,
Soufrireis - tu qu'on l'ofaft dé
daigner,
Et qu'on ne brulaft
pareille Alâme ?
pas d'une
Fay beaume plaindre , helastu
te plais , Inhumain ,
Ajoüir de mes maux, quand je te
rens les armes ...
Hé bien , foûle- toy de mes lar
mes;
Mais puis que l'on te prie en
vain ,
Roy de nos Eaux , Dieu de la:
Seine,.
344 MERCURE
C'eft à vous feul que j'ay recours
;
Bien loin dans l'Océan vous dif
tinguez fon cours;
:
Du renom de fes flots toute la
Terre eft pleine.
Si les Fleuves voifins trembloient
tout étonnez ,
Y voyant pulluler des Dauphins
couronnez ,
De fagrandeur ils craignoient
le prefage..
Elle a rendujaloux la Tamife, &
le Tage.
Combien ce Siecle eft.il heu .
reux ,
Où vos foins, vos bienfaits
infignes ,
Ont daigné transformer fes Gré--
nouilles en Cygnes,
Qui pouffentlibrement leurs fouspirs
amoureux !
·
GALANT. 145
Vous donc, qui pour combler
vos faveurs immortelles ,
Avez fait des Edits pour noftre
feûreté,
Vous qui donnez des prix à la
fécondité,
Etabliffez des Loix pour punir
les Cruelles.
Faites que mon trépas foit le der
nier effet
D'une vângeance illégitime,
Que ma mort foit le dernier
crime
Qu'en amour la Diſcorde air
fait.
Mânes, que dans les lieux de repos
, ou de crainte,
Pluton retiet fous fon pouvoir,
Si fur le Fleuve noir
L'on voit noftre candeur, écou
tez-y ma plainte .
Juillet 1683.
N
146 MERCURE
Que mon Ombre y déplore une
fi dure Loy ;
Lors que cette Crédule y ſera
pres de moy ,
Qu'en reproches ma voix éclate;
Mais non , qu'elle vive , l'In
grate;
Je n'auray plus unfort fi rigoureux,
J'y chanteray pour lors parmy les
Bienheureux .
Mais helas ! mon ame fe flate,
Où trouver du repos quand on
eft amoureux?
Que nous fert -il , Vénus , Mere
des Charmes ,
De traîner avec vous les Jeux, &
les Amours,
Si vous nous laiffez fans fecours,
GALANT. 147
Troublez d'amoureuſes alarmes?
Recevez mon efprit, conſidérez
mes pleurs;
Et toy Cruelle, adieu, je meurs.
SS
Vénus, du Ciel vit ce trifte fpé-
Etacle,
Elle eut pitié de cet Amant,
Etfans diférer un moment,
Elle prononça cet Oracle.
Malheur à ces Oyfeaux qui troublent
noftre Cour,
Se meflant de broüiller dans
l'Empire d'Amour.
Ces Friponnes verront bientoſt
finir leur joye,
Les Cygnes chanterốt en toutes
les faifons,
Lors que des Loups elles feront
la proye;
Nij
148 MERCURE
La crédule Beauté, pour avoir
crû cette Oye ,
Ne trouvera jamais d'Amans ,
que des Oyfons ;
Ettoy, qui meurs d'une mort
avancée,
Pour eftre trop fidelle Amant,
Tu vivras . O Mercure , allez
inceffamment;
Touchez ce Mort de voftre
Caducée,
Je veux que cet Oyfeau vive eternellement.
Sa
Le bruit court , aimable Sylvie ,
Qu'un de vos Amans perd la vie,
Et que c'est un effet de votre cruauté.
Si vous avez l'humeur trop inhumaine
,
Et la mefme crédulité,
Appréhendez la mefme peine.
GALANT. 149
Le premier jour de ce
mois , Mª l'Archeveſque de
Paris benit dans fa grande
Chapelle , magnifiquement
parée , Dame Françoife - Charlote
- Radegonde de Montaut
de Benac , Abbeffe de
l'Abbaye Royale de Poitiers,
Fille aînée de M' le Maré .
chal Duc Navailles , & de
Dame Sufanne de Baudean
de Parabere. Les deux Abbeffes
affiftantes furent Madame
de la Rochefoucaut,
ancienne Abbeffe du Paraclet
, Soeur de feu MⓇ le Duc
de la Rochefoucaut, & Tante
Niij
10 MERCURE
du Duc qui porte aujour
d'huy ce nom ; & Madame
de Tourville , Abbeffe de
Pantemont. La Cerémonie
eftant faite , M' l'Archevefque
donna un fort grand Repas
à l'Affemblée , compofée
de ces trois Abbeffes , &
de cinq ou fix Religieufes
afſiſtantes , parmy leſquelles
eftoient Madame de Navailles
, Religieufe Urfeline, Soeur
de l'Abbeffe benite , & Madame
de Château-Morand,
Niêce de Madame l'Abbeffe
de Pantemont. M' & Madame
la Ducheffe de Navailles ,
GALANT. IFI
fe trouverent auffià ce Feftin ,
avec Mademoiſelle de Froulay,
Niece de cette Ducheffe ,
M ' le Marquis de S. Geniez,
Gouverneur de S. Omer ,
Frere de M le Maréchal de
Navailles , & M le Comte
de Pardaillan Couſin-germain
de Madame de Navailles
, & Licutenant de Roy
de Poitou. Plufieurs autres
Perfonnes de qualité aſſiſterent
à la Cerémonie , mais il
n'y eut que celles- cy qui demeurerent
au Dîné. On fervit
deux Tables , l'une de
quatorze Couverts , & l'au-
N iiij
152 MERCURE
tre de huit , & toutes deux
avec autant de profuſion que
de propreté.
Je manquerois à la promeffe
que je vous ay faite de
vous parler de tout ce qui
mérite d'eftre fçeu , fi je ne
vous difois rien d'une Serénade
qui fut donnée à Madame
de Thiange , le 9. de
ce mois fur les dix heures du
foir. Elle fut chantée à un
Deffus & à une Baffe , & ne
furprit pas moins par fa nouveauté
, que par la beauté
de
fa fimphonie
. Le nom de
M' Laurenzani
, qui la donGALANT.
153
noit , y attira une grande
quantité de Perfonnes de
toutes Nations , qui s'en retournerent
avec l'admiration
que l'on a toûjours pour les
Ouvrages de ce merveilleux
Romain, Madame de Thiange
n'eut pas moins de plaifir
que celles qui en reçeurent
le plus. Elle aime la Muſi
que , comme elle fait toutes
les belles chofes , & elle s'y
connoift parfaitement. Ainfi
les beautez , ny les défauts,
ne luy échapent jamais . Cette
Serénade la toucha extrémement
, auffi -bien que Mefde.
154 MERCURE
moifelles de la Rochefourcaut
, qui eftoient alors avec
elle. Vous fçavez , Madame,
que ces Illuftres Perſonnes
ont toutes les qualitez qui
peuvent rendre une grande
naiſſance recommandable.
M' l'Abbé de Marfillac leur
Frere eftoit de la compagnie.
Son mérite vous eft connu.
Vous n'ignorez pas qu'il n'y
a perfonne au deffus de luy
pourtout ce qui regarde l'efprit
, & qu'avec une grande
folidité , il a tous les agré
mens qu'on peut fouhaiter.
Il joint à cela une probité ſi
GALANT. 155
fcrupuleufe , qu'on peut dire
fans le flater, que c'eſt un des
plus parfaitement honneftes
Hommes du Royaume. Les
Paroles fur lesquelles M' Laurenzani
avoit compoſé la Mufique
, eftoient de cette incomparable
Romaine Donna
Anna Caroufo , dont je vous
ay fi fouvent entretenuë.
Cette Dame , apres s'eftre
fait admirer de tous ceux
qui l'ont connue en France ,
eft retournée en Italie , où
j'apprens qu'on l'a reçeuë
avec la mefme joye qu'on reçoit
d'ordinaire les biens
156 MERCURE
dont on a efté privé longtemps
, & qu'on defire toujours
avec paffion . Ces paroles
font agreables , pleines
de bon fens , &
marquent
beaucoup de délicateffe d'ef
prit; mais j'entens dire qu'elle
a fait d'autres Ouvrages , qui
luy ont acquis une eftime
generale dans les plus celé
brcs Académies d'Italie . Vous
jugerez de ce qu'elle eft capable
de faire , par les Vers
qui furent chantez d'elle
dans la Sérena de dont je vous
parle , Les voicy.
GALANT. 157
SERENATA.
Cantata a Soprano & Baffo .
TIRSI , SILVIO.
TIR .
Ο
Vanto é dolce illanguire
Per due vaghe pupille!
Son care le faville,
·E 'foave il morire.
Ah , che dentro il mio feno
Ebbro di fue dolcezze il cor vien
meno.
Aventurofa forte?
SIL. Mifero , tu deliri in preda à
morte.
TIR. E qual ftrano defio,
Con follecite cure,
Ti muove à prefagir le mie fventure?
158
MERCURE
SİL. Fuggi , fuggi , infelice ,
Del faretrato Nume
Il barbaro coftume ;
Son finte le gioie ,
Veraci gl'affanni.
TIR . Troppo in vero t'inganni,
Solo chi fegue amor,ſperi gioire,
Che dentro l'impero
Del picciolo Arciero
Non alberga dolor, non v'é martire,
Solo chi fegue amor,ſperi gioire.
SIL . Abche ben io m'aveggio,
Che dal letargo oppreſſo
De' tuoi fenfi rubelli,
Frenetico d'amor cofifavelli!
TIR. Graditi contenti
SIL. Spietati tormenti
TIR.
Mi
Billa}
Nel
cuore
SIL . Tiftilla
à 2. Il Nume Bambin.
SIL. Paventa il rigore
GALANT. 159
TIR. Non temo il rigore
à 2. Di fiero deſtin.
SIL. Carico di catene,
Oggetto a mille pene,
Vivefempre chi fegue il Dio di
Gnido;
Nulla giova effer fido,
Nullagiova adorar fermo é coftante,
Poi che fol per penar nasce un
Amante.
Nauffragante , e quafi afforio,
Fra procelle difperate
Iltuo cuor languendo ſtá..
Vieni , vieni al dolce porto,
Fuggi l'onde difpietate,
Torna, torna in libertá.
TIR. Ah, che pur troppo é vero !
Ben giufto é il tuo pensiero .
Degl'amorofi affetti
Scuoto il giogo tiranno ,
160 MERCURE
Efcorgo che i diletti
Altro non fon che mafcherato inganno.
à 2. Sú fú donque agoder lalibertá;
Sciolgafi
Frangafi
Il crudo laccio difervitú.
SIL. Non ti lusinghi
TIR. Non mi lufinga } più
à 2. Il fallace balen d'una beltá.
Súfú donque a goder la libertá.
-
On a eu avis d'Eſpagne
que le Marquis d'Aguilar, &
quelques autres Officiers ,
s'eftoient rendus à Cadix, où
ils preffoient l'armement de
la Flote ; mais qu'elle n'eftoit
pas encore en état de partir
GALANT. 161
fi-toft. L'Efcadre de Biſcaye
eft allée la joindre . Cadix eft
à cent lieuës de Madrid, & à
fept de Gibraltar , qui a donné
le nom au Détroit. Le
Chemin qui y conduit entre
la grande Mer & le Golphe,
eft tres- étroit jufqu'à une demie
lieuë de la Ville , où la
terre s'élargit un peu . Il y en
a eu beaucoup d'emporté, en
forte que l'Eglife qui eſtoit
autrefois au milieu , eft aujourd'huy
toute fur le bord
de la Mer , qui a déja miné
une grande partie de la Maifon
de l'Evefque. Je vous en
Juillet 1683.
162 MERCURE
voye la Veuë de la grande
Place de cette Ville -là que
j'ay fait graver.
Il s'eft fait un Mariage fort
confidérable depuis peu de
temps. C'est celuy de M' le
Marquis de Putange , Gouverneur
desVille & Chafteau
de Falaife , & de Mortagne
au Perche , Fils de feu M de
Putange , Capitaine aux Gardes
, Gouverneur de Mortagne
, avec Mademoiſelle de
Grancey , Fille de M le
Comte de Crancey , & Petite-
Fille du feu Maréchal de
ce nom. Ce font deux jeunes
"
GALANT. 163
Perfonnes tres -bien afforties,
& dont le mérite eft fort
connu . La cerémonie fut
faite à Médavy, le 26. du dernier
mois , par M' l'Arche
vefque de Rouen , Grand
Oncle de Mademoiſelle de
Grancey. Les Mariez en partirent
le lendemain , accompagnez
de M' le Comte de
Médavy , de M ' & de Madame
la Marquife de Courcy,
Soeur de la Mariée , & de plufieurs
autres Perfonnes de
qualité . Ils allerent dîner à
Argentan chez Madame la
Marquife de Grancey, Veuve
o ij
164 MERCURE
de M' le Marquis de Gran
cey, Chef d'Efcadre , qui les
conduifit enfuite juſques à
Falaife . M le Chevalier de
Corday, qui en eft Lieute
nant de Roy , vint au devant
d'eux plus d'une lieuë , avec
un gros Eſcadron de Cavalerie.
Apres qu'il eut fait fon
compliment aux Mariez , il
les fuivit dans le mefme ordre
qu'il eftoit venu , juſque
dans le Chafteau , avec toute
la Bourgeoifie qui alla auffi
au devant d'eux hors le Fauxbourg
de Guibray , & qui
s'eftoit mife fous les armes
GALANT. 165
au bruit des Tambours , Fi
fres & Hautbois , au nombre
de plus de deux mille,
tous fort leftes. Ils fe rangerent
enfuite en bataille dans
la Place du Chafteau , où
ayant fait pluſieurs décharges
de leur Moufqueterie,
qui fut précedée de celle des
Canons , Mortiers , & Boëtes,
ils défilerent dans le mefme
ordre qu'ils avoient paru d'abord.
La nouvelle Mariée receut
les complimens de tous
les Corps de la Ville ; du
Clergé , par M¹ le Curé de la
Trinité , du Corps de Ville,
166 MERCURE
par
M' le Vicomte & Maire;
du Bailliage , par M de Noirville
, Lieutenant General,
de l'Election , par M ' de
S. Bafile , Préfident ; & de
toutes les Communautez Religieufes
, par leurs Supérieurs.
Elle répondit à tous avec autant
de jufteffe , que fi elle
euft fceu ce que chaque
Corps luy devoit dire . Il y
eut le foir un magnifique
Régale , avec de tres-grandes
profufions de Vin pour le
Peuple. La Fefte euſt eſté
parfaite,fi l'on y euft pû ajoû
ter le Bal , mais le deuil de
GALANT. 167
Madame de Putange , Ayeu
le du Marié , ne le permit
pas.
M' Vignier de Richelieu
a fait deux Sonnets fur l'Arcen-
Ciel , qui eftoit le Mot
que l'on avoit propofé la derniere
fois pour cette forte
d'Ouvrage. Je vous les envoye
. Un Paon étalant fa
queue , pourroit donner lieu
à d'agreables
penſées . On ſeroit
bien aife de voir des Son
nets fur ce fujet..
168 MERCURE

SONNET
SUR L'ARC - EN - CIEL .
Q
and Dieu noya le Monde,
ingrat àfes biens -faits,
Sa Bouté toûjours prefte envers la
Creature ,
Luy donna l´Arc- en - Ciel , pourfigne
de la Paix,
Qu'il vouloit accorder à toute la
Nature.
25
LOVIS , qui des Mortels , fait micux
voir fa figure,
Ce Monarque brillant de tant d'il·
Luftres Faits ,
Bien loin de conferver dansfon coeur
une injure,
Serend le Protecteur de ceux qu'il a
défaits..
GALANT. 169
S&
De cet Arc merveilleux s'apliquant la
Nuance,
Le Bleu , montrefa Foy ; le Verd,fon
Espérance;
Le Feu , la Charité qui regne dans
fon Coeur.
S2
Princes , vous le fçavez par vostre
expérience,
Que de vos Ennemis il est toujours
vainqueur,
Quand les Lys arborez font voirfon
alliance.
SUR LE MESME SUJET .
L
'Iris , dont on ne peut imiter la
Nüance,
Quife fait admirer dans fon immenfité,
Juillet 1683.
P
170 MERCURE
N'eft plus à noftre égard un signe
de vengeance
,
C'eft un Signe d'amour , & de benignité.
S&
Environnant le Ciel avec magni-
Jficence,
Son tour est éclatant , & plein de
majesté;
Dieu l'étend defa Main pour montrer
L'Alliance
Qu'il veut entretenir avec l'Humanité.
Sa
Il l'appellafon Arc, comme un illuftre
Ouvrage,
Quifçait de fa Beauté repréſenter
l'image,
Et qui fera fon Trôné au jour
Jugement
.
dis
GALANT. 171
Se
Illeforma fans Fleche afin de nous
1
inftruire,
Qu'il veut épouvanter les Mortels
Seulement,
Maisque fa Charité ne veut pas les
détruire.
M' le Duc de S. Aignan,
qui joint une pieté folide à
toutes les grandes qualitez
qui diftinguent les Perfonnes
de fa naiffance , a reçeu ces
derniers jours une joye fenfible
de la Converfion du
S' Mathurin Coquenas , fon
Premier Valet de Chambre.
C'eſt un Homme de quarante
ans , né en Languedoc
Pij
172 MERCURE
dans la Religion Prétenduë
Réformée. Ily en a quatorze
qu'il eft au fervice de ce Duc,
qui avoit toûjours efperé ce
changement par la connoiffance
qu'il avoit de fes bonnes
moeurs. Il a eu longtemps
l'obſtination des Herétiques
qui demeurent dans
leurs erreurs , parce qu'ils ne
veulent pas écouter ceux qui
en les combatant font capables
de les détruire ; mais
enfin le zele de M le Duc
de S. Aignan la emporté fur
l'opiniâtre refus qu'il faifoit
d'entendre parler des Veritez
GALANT. 173
Catholiques. Il l'a mis entre
les mains du Perè du Bue
Théatin ; & ce Pere, dont les
doctes Controverfes ramenent
tous les jours tant d'Egarez
, luy a fait connoiftre
la fauffeté des maximes de
Calvin. Il les abjura le 17.
de ce mois , dans la Chapelle
du Château d'Alincourt
prés Magny, appartenant à
Mr le Maréchal de Villeroy
, entre les mains de MF
de Buquet , Curé de Parres ,
Paroiffe de ce Chafteau . La
Cerémonie fe fit en préſence
de M le Duc de S. Aignan , de
Pij
174 MERCURE
Madame la Ducheffe fa Femme,
& de toute leur Famille.
Il y a eu de grandes Réjoüiffances
à Mondidier, à l'occafion
d'un Prix general du Jeu
de l'Arc , que cette Ville a
rendu aux autres, avec beaucoup
d'éclat & de pompe. Ce
Jeu commença le Dimanche,
quatrième de ce mois , & continua
jufqu'au Dimanche fuivant.
Il y avoit pour onze
mille francs d'Argenterie , &
une Epée de fix Louis d'or,
que Fére en Tartanois , de la
dépendance de M' le Prince
de Conty , a remportée, avec
GALANT. 175
Ca
W1-
n
1.
e
X
un Baflin , & deux Aiguieres
d'argent. Il s'eft trouvé jufqu'à
deux cens foixante Tireurs
, qui ont difputé l'avantage
de ce Jeu . Ils eftoient
tous dans une tres- grande
propreté , & il y en a eu mefme
qui ont changé tous les
jours d'Habits. Ceux qui s'y
font diftinguez par leur adreffe
, ont donné des marques
de leur genérofité , fur
tout la Ville de Ham en Picardie
, qui en a remporté le
Bouquet. Mondidier l'avoit
reçeu la derniere fois de celle
ce
de Péronne .
C
Piiij
176 MERCURE
Vous apprendrez avec déplaifir
la mort d'un de nos
Illuftres . M' de Mezéray,
Hiftoriographe de France ,
& Secretaire perpétuel de l'Académie
Françoiſe , apres avoir
eu longtemps une fanté
fort douteufe , a laiffé enfin
une Place vacante dans cette
celebre Compagnie. Il eftoit
d'un âge fort avancé ; mais
quoy qu'indiſpoſé depuis plufieurs
années , il ne l'eftoit
pas plus qu'à l'ordinaire le
jour qu'il mourut . Il entretint
le matin plufieurs de fes
Amis qui eftoient venus le
GALANT. 177
voir , & leur dit qu'il efpéroit
les aller remercier dans peu.
L'aprefdînée , la Goute luy
remonta , & il ne vécut plus
que trois ou quatre heures .
La perte qu'on fait en luy eſt
d'autant plus grande , qu'il
avoit entrepris de revoir les
trois Volumes infolio de
l'Hiftoire de France qu'il a
donnez au Public . Il n'avoit
encore achevé que le premier.
Son Abregé de la mefme
Hiftoire , eft entre les
mains de tout le monde , &
dit plus que je ne pourrois
dire de fon efprit .
178 MERCURE
Le mefme jour , qui futle
ro . de ce Mois , Meflire François
Pean de la Croullardiere,
Preftre , Docteur en Théologie
, Aumônier de Mademoiſelle
d'Orleans , Souveraine
de Dombes , mourut
âgé de 80. ans , dans la Maifon
des Peres Théatins , où il
s'eftoit retiré depuis deux
années , pour fe difpofer au
paffage terrible du temps à
Péternité. La pieté qu'il a
fait paroiftre dans toutes les
actions de fa vie , en a acompagné
les derniers momens.
Il a donné au Public
Com
GALANT. 179
beaucoup d'Ouvrages ; mais
ceux de Controverfe méri
tent l'applaudiffement , &
les louanges de tous les Catholiques.
Il y a défendu les
Veritez de la Foy avec tant
de force , qu'on peut dire
que
Dieu l'avoit fufcité dans.
Oce Siecle , pour convaincre
ceux qui fe font malheureufer
fement féparez du Corps de
Eglife . Auffi a-t-il eu la joye
de voir fes Travaux couronnez
, par un grand nombre
12 de Converfions .
aa
5 M
Meffire Eftienne Boucher,
Pub Preftre , Docteur de la Mai180
MERCURE
fon & Societé de Sorbonne,
Chanoine de l'Eglife de Paris
, & un des Supérieurs de
l'Hôtel- Dieu , eft mort auffi
le 18. de ce mois.
On m'a fait voir plufieurs
Lettres de Dijon , qui marquent
toutes qu'on y a fort
regreté Meffire Jean Go
dran , S de Chazans , qui
eftoit le feul reftant de fon
nom de l'ancienne Famille
des Godran , Barons d'An
illy en Bourgogne. C'eſtoit
un Homme des plus confommez
dans l'Hiftoire Antique
& dans la Moderne, &
GALANT. 181
qui avoit une connoiffance
particuliere des Embémes &
Devifes. Odinet Godran,
51 vivant fous les Regnes de
Charles VI. & de Charles VII.
fut un des Bienfaicteurs des.
Jacobins de Dijon . Il y fonda Ily
une Chapelle dans laquelle
il fut inhumé , & qui a fervy
de Sépulture à fes Defcen
dans. Jacques Godran fut
Premier Préfident au Parlement
de Dole , Chef du Confeil
de l'Empereur Maximilien
, qui l'employa en plufiears
Négotiations impor
rantes, & le fit ſon Ambaſſa182
MERCURE
deur en Angleterre . Jac- .
ques Godran fon Fils , Baron
d'Antilly , Seigneur de
Champfu , Lauchien & Villefablon
, reçeu en 1538. Prélident
à Mortier au Parlement
de Dijon , & Garde des
Sceaux de la Chancellerie de
Bourgogne , eut une fi grande
eftime pour les Jéſuites,
lors que leur Ordre commençoit
à naître , qu'il voulut les
établir à Dijon , & leur fit de
tres - grands biens . Odinet
Godran fon Fils, Baron d'Antilly
, reçeu en 1563. Préfident
à Mortier au mefme ParleGALANT.
183
ment de Dijon , en confir
mant la Fondation de fon
Pere , donna fa Baronnie
d'Antilly , & d'autres Biens,
pour conftruire à Dijon le
College de ces Peres , qui
s'appelle le College des Godran
. Il fonda auffi une Ecole
de Filles , pour
leur apprendre
à lire , écrire , & travailler
à toutes fortes d'Ouvrages
de Fil & de Laine . Il
mourut le 2 .
de May 1581. &
la Ville de Dijon garde fon
Portrait, comme de fon Bienfaicteur.
Zacharie Godran ,
Chevalier de l'Ordre de
184 MERCURE
pris
S. Jean de Jéruſalem , fut
des Turcs , mené Efclave
à Biffeftre Ville de Barbarie,
en la mefme année 1581. &
depuis qu'il en fut racheté,
il continua de fe fignaler en
toutes occafions , & mourut
de pefte à Conftantinople.
Jean Godran ſon Frere,
Chevalier de Malte , s'eft fi
gnalé de la mefme forte , &
eft mort des bleffures qu'il
avoit reçeuës en divers Combats
. Ces deux Chevaliers
eftoient Oncles de M' Godran
de Chazans qui vient
de mourir , & qui a laiſſé
V
GALANT. 185
deux Fils , Jean Godran Re.
ligieux de Citeaux , & Pierre
Godran S' de Chazans . Marguerite
Godran , Soeur d'Odinet
, époufa Claude Regnier
, Seigneur de Montmoyen,
Préfident en laChambre
des Comptes de Dijon,
dont font venus les Scigneurs
de Montmoyen , Latrechey
, Chiſſey , & Veſu
rote . Marguerite Godran ,
Soeur de Jacques
, époufa
Jacques le Maçon , Seigneur
de Bucy , don't viennent les
Seigneurs du Breau , Nanteüil
& Cramailles , du fur
Juillet 1683.
Q
186 MERCURE
nom de Chaffebras . Les Godran
, portent d'azur au Quadran
d'or , aux Rais & Eguille
d'azur , & Heures de fable,
l'Eguille eftant entre dix & onze
heures.
Tout le Traité des Phof
phores , ou Matieres artifi
cielles lumineufes , n'ayan
pû entrer dans ma Lettre di
mois de Juin , en voicy k
refte . Vous vous fouvene:
que M* Comiers , Profeſſeu
des Mathématiques à Paris
en eft l'Autheur.
GALANT. 187
52·5$52525 :5255SS&
SUITE
DU TRAITE'
DES PHOSPHORES.
pour
Our démontrer que la
premiere invention des
Phofphores de ce fiecle eft
deue à la France , je rapporte
icy les termes du & dernier
Probléme de la feconde
Partie des Recreations Mathé
matiques , imprimée à Paris
en 1638.
45 .
"
Qij
188 MERCURE
Conferver lefeu fi longtemps qu'on
voudra , imitant le feu inextinguible
des Veftales.
Apres avoir tiré l'efprit ar
dent du fel de par les degrez
du feu, fuivant l'art des
Chymiftes , le feu eſtant é:
teint de luy-mefme, caffe z la
Cornue , & les Feces qui fe
trouveront au fond , s'enflâ
meront , & paroiftront comme
charbons ardens fi -toft
qu'ils auront fenty l'air , lefquels
fi vous enfermez
promptement dans une Phiole
de verre , & que vous
bouchiez auffi - toft avec
GALANT. 189
quelque bon lut , ou pour
le mieux fi vous la fcel- ·
lez du fceau d'Hermés , de
peur que l'air n'y entre , le
feu fe gardera fans s'éteindre
plus de mille ans , & en l'ouvrant
, on y trouvera du feu
fitoft que les Feces fortiront
à l'air , dequoy vous pourrez
allumer une allumete. Ce fe
cret -là , dit l'Autheur , mérite
bien qu'on travaille à ſa pratique;
& j'ajoûte que pour perfectionner
les Arts , & la
belle Phyſique , on auroit
befoin d'une Acadérnie Expérimentale
, & ouverte à
190 MERCURE
tous les Curieux & Artiftes.
Quelques Italiens veulent
honorer leur Païs par l'invention
des Phoſphores ; &
pour toute démonſtration , ils
rapportent le 22. Chapitre
d'un Livre , intitulé , Vallo,
imprimé à Veniſe en l'année
1531.
Per far una mistura in pietra da
pizzarfuoco che fi accenda con
aqua overſputo.
Piglia calcina ivaparte una .
Tuffia aleffandrina non preparata
parte una. Salnitro refinato piu,
piu volte parte una. Sulphuro
GALANT. 191
vivo parte doe , camphora parte
doe , pietra calamitta parte una.
Et tutte queste cose bifogna che
fiano ben pistate , & tamifate
bene , &poi le lega benftretto con
pezza nova dans un fachet
rond de toile neuve , & hab.
bi doi grandi orzuoli , Creusets
d'Orfévre , & metti laditta
mistura dentre l'uno & l'altro,
poi copri , & in cattena con
ferro filato , avec fil de fer recuit
, afin qu'il ne fe caffe pas
en le ployant , & poi habbi
lotafapientia , &revoltaglibe_
ne , attale che non fiata , & falli
un puocho refeccare , &rema
192 MERCURE
nira giallo , & poi mettegli in
unafornace , à Brique , quando
vefi mette gli mattoni , o vero
vafi , & date fuoco , & quando
fera il tempo di cavar l'uno , fera
fatto come gli mattoni pietra. Il
en donne encore une autre
maniere dans le Chapitre 23 .
Ces Matieres de Vallo ne
méritent pas le beau nom
de Phoſphore. Je l'aimerois
mieux donner au mélange
de Chaux vive , Tartre , Litarge
& Cinnabre , lefquels
apres avoir longtemps bien
bouilly dans du Vinaigre
tres-fort , eftant enfuite dans
un
GALANT. 193
un Vaſe bien luté , mis dans
une Fournaiſe de Verrier, ou
autre , fi apres quelques mois
on ouvre ce Vaſe , cette Matiere
eftant expoſée à l'air,
s'enflâme .
Les Curieux n'ignorent
pas , que prenant parties égales
de l'Huile de Petreole , &
de Therébentine, de la Chaux
vive , Graiffe de Mouton , &
Sein de Porc , tout cela batu
enſemble pour le bien incorporer
, & diftilé fur les
cendres chaudes ou char
bons ardens , donne une
Huile ou Eau artificielle , dite
1 Juillet 1683 .
R
194 MERCURE
Cafimir, qui brûle fur la paulme
de la main fans faire aucun
mal.
Je conclus que les Lampes
fépulchrales ne contenoient
pas une flâme luifante
, que leur feu ne paroiffoit
que lors qu'elles eftoient
caffées , & l'on ne démontrera
jamais qu'il y ait une
Huile qui brûle fans fe confumer.
Je fçay que les
Hiftoriens rapportent que le
gros doigt du pied droit de
Pyrrhus , ne fut pas confum
dans fon Bucher . Je n'ignore.
pas auffi , que M ' de Thou
GALANT. 195
f
dans le Livre de fes Hiftoi-
I.
res, dit que le coeur du Miniſtre
Suiſſe Zvvingle , qui
fut tué à la tefte de fes Troupes
en 1531. ne pût eftre confumé
par le feu .
e dans
Je finis ce Traité par une
Obfervation autant curieufe
dans la Medecine , que
la belle Phyfique . En voicy
le détail. Mon Phoſphore liquide
ayant efté épuisé de fa
Matiere lumineuſe , pour avoir
efté trop fouvent enflâmée
en ouvrant la Phiole, j'en
verfay quelques goutes dans
un Verre à boire , je verfay
Rij
196 MERCURE
par deffus à la hauteur d'un
pouce , d'une certaine Eau
tranſparente , fans odeur , ny
faveur , qu'on peut en tout
temps & à peu de frais faire
facilement
, mefme en grande
quantité. Le tout jetta
bien haut des fumées & exhalaifons
fubtiles , qui parurent
lumineuſes dans la grande
obfcurité , & toute la partie
vuide du Verre parut pleine
de lumiere , laquelle dura
tres-longtemps , l'ayant cou
vert avec la paulme de la
main . Laffé de la tenir fur
le Verre , l'air fit diſparoître
GALANT. 197
C
tout à coup cette lumiere ,
& à la moindre fecouffe
que
je donnois au Verre , cette
Liqueur répandoit quantité
d'éclairs .
Comme il eft bon de donner
lieu aux Curieux , & veritables
Eleves d'Hermés , de
chercher la nature & compofition
de cette Eau , je la
donne icy dans les 23. Lettres
de trois mots , deux & un, de
cette Ecriture occulte , que
M' Roffignol eftima , & m'avoua
eftre la plus facile , &
la plus fûre de toutes celles
que je luy communiquay de
R iij
198 MERCURE
ma Steganographie.
CNTIRVENNIFFESIOIE
NILGI.
J'en donneray l'interprétation
, avec la maniere d'é
crire ainfi occultement auffi
vifte que l'Ecriture ordinaire,
fi perfonne ne devine le Secret
de ces vingt - trois Lettres,
COMIERS
Apres que le Roy eut
donné à Mademoiſelle de
Scudéry , la Penfion dont je
vous parlay il y a deux mois,
elle alla luy en faire fes reGALANT.
199

mercîmens. Sa Majefté l'écouta,
& l'entretint avec cet
air affable qui luy eft fi ordinaire,
& qu'Elle accorde fi
bien avec fa grandeur. C'eſt
ce qu'on appelle Audience ,
& furquoy les Vers que vous
allez lire ont efté faits . Ils
font de Madame de Plabuif
fon , qui ayant une eſtime
tres - particuliere pour cette
Illuftre Sapho de noſtre Sie.
cle , luy en a voulu donner
des marques par ce galant
& ingénieux Ouvrage.
R iiij
1
200 MERCURE
A MADEMOISELLE
DE SCUDERY
,
Sur l'Audience que le Roy
luy a donnée.
L
E Dieu , de qui l'éclat embellia
tout le monde,
Unjour eftantforty du vaftefein de
l'onde,
Brillant de millefeux,
Abandonnefon Char, & defcend an
Parnaffe.
Mules, leur dit le Dieu , déguiſezmoy
de
grace,
Oftez-moy ces rayons, bruniſſez
mes cheveux ,
Je veux tromper Sapho, cette
admirable Fille.
GALANT. 201
Une Muſe auffitoft, & l'ajuste , &
l'habille;
Mais cet air tout divin, ces graces,
ces apas,
Quoy que bien déguisé, ne le quitterent
pas.
Alors dans un Palais , brillant &
magnifique,
Apollon enfecret, d'un air doux &
charmant,
Maispourtant héroïque ,
De l'illuftre Sapho reçeut le compliment.
Quellefut defon coeur l'agreable furprife!
Le plus puissant des Dieux, pour la
voir,fe déguife;
pût tromperfesyeux , maisjamais
fon efprit
Ne s'y méprits
D'un plaifir inconnu le charme inexplicable,
202 MERCURE
La fit fe récrier, Mortels audacieux
,
Malheur à vos apas , quand on a
veu les Dieux ,
On ne trouve plus rien d'aimable.
Je vous appris la derniere
fois tout ce qui s'eftoit paffé
dans le Camp fur la Saône,
juſques au départ de Leurs
Maieftez. Quoy que de fi
belles Troupes dûffent eftre
fatisfaites des loüanges
&
des gratifications qu'elles
avoient reçeuës du Roy, elles
le virent neantmoins
partir
avec chagrin , & elles auroient
bien voulu que leur
GALANT. 203
demeurée
1
valeur ne ne fuft pas
oifive. Plufieurs
Perfonnes
d'un rang élevé , & d'une nobleſſe
diſtinguée
, s'eſtoient
rendues
au Camp dans l'ef
pérance
de fe fignaler
, fi l'oc
cafion s'en préfentoit
. M' le
Comte
d'Entremont
, Lieutenant
General
pour Sa Maefté
des Provinces
de Breffe,
Bugey , Valormey
, & Gez,
eftoit de ce nombre
. Il avoit
un tres- grand Equipage, qui
ne luy a fervy que pour demeurer
au Camp pendant
le
fejour que le Roy y a fait.
M' de Chauvelin
, Intendant
204 MERCURE
de la Franche- Comté , y eftoit
en qualité d'Intendant de
l'Armée. Vous pouvez croire
qu'il y remplit avec beaucoup
d'exactitude & de zele,
tous les devoirs de ce grand
Employ.
Avant que d'entrer dans
la fuite du Voyage , je dois
vous apprendre que M'I'Abbé
de Cifteaux , General de
fon Ordre , eftant venu à
Bellegarde prier Leurs Majeftez
de vouloir nommer
une Cloche , qu'il avoit fait
fondre
pour fon Abbaye , pefant
quinze milliers , le Roy
GALANT. 205
envoya ordre à M ' le Comte
d'Amanfé , fon Premier Lieutenant
dans le Gouvernement
de Bourgogne , de ſe
trouver en fon nom à cette
Cerémonie
. La Reyne donna
le mefme ordre à Madame
Brulart , Femme de M le
Premier Préfident du Parlement
de Dijon ; & le 22.
Juin ayant efté choify pour
cela , M' l'Abbé de Cifteaux
alla le jour précedent les attendre
à Gilly , où il leur donna
un magnifique Soupé.
Gilly eft une grade Terre, qui
dépend de l'Abbaye . Il par206
MERCURE
tit le lendemain de fort grand
matin , pourvoir fi tout eftoit
preft ; & quand M' d'Amanfé
& Madame Brulart furent
arrivez , des Religieux vinrent
les prendre pour les conduire
au Grand Autel , & de
là au lieu où eftoit la Cloche.
M' le Comte d'Amanfé fe
mit à la droite , comme repréſentant
le Roy , & on obferva
dans cette Benédiction
les cerémonies accoûtumées.
Quantité de Perſonnes de
qualité en furent témoins , &
l'on y vit une partie des Officiers
du Camp de Bellegarde,
GALANT 207
Y
que M' l'Abbé régala avec
beaucoup de magnificence.
Le 15. de Juin, Monfeigneur
le Dauphin revint de
ce Camp à cinq heures du
matin. Ce Prince avoit fait
monter les Troupes à cheval
à deux heures apres minuit,
& les avoit fait défiler pour fe
rendre aux Quartiers qu'on
leur donna prés de S. Jean de
Laune. Toute la Cour partit
ce jour-là de Bellegarde pour
aller coucher à Dole , où le
Roy fut reçeu par M' de la
Feüillée qui en eft Gouver
neur. Sa Majefté monta auffi208
MERCURE
toft à cheval , viſita les Fortifications
de la Place , & fit la
Reveue des Troupes qui y
font en Garniſon. Les acclamations
du Peuple furent
grandes , & le foir la Ville
parut toute brillante des Lumieres
qui furent miſes aux
Feneftres. M' de Louvois
s'eftoit rendu à Besançon dés
le matin de ce mefme jour.
Le Roy n'y devoit arriver
que le lendemain au ſoir ;
mais ce vigilant Miniftre,
voulut voir luy-mefme l'état
où eftoient les chofes. Il
monta à la Citadelle ; il en viGALANT.
209
·
fita tous les endroits , & fit
voir qu'il a une parfaite connoiffance
de tout ce qui regarde
le Métier de la Guerre .
Le 16. le Corps du Magiftrat
s'eftant affemblé à l'Hôtel
de Ville , y fit plufieurs
Reglemens . Il ordonna que
tous les Habitans mettroient
des Lumieres à leurs Fenêtres
, fi-toft que la nuit approcheroit.
Il commanda aux
Sergens de la Ville , de faire
mettre à tous les Carrefours.
des Réchauts remplis de feu
d'artifice . ( Ils appellent ainfi
une matiere combustible qui
Juillet 1683. S
210 MERCURE
donne longtemps . de la clar
té. ) Il fit attacher à toutes
les Feneftres de l'Hôtel de
Ville , des Bras qui portoient
chacun un Flambeau de Cire
blanche du poids de
quatre
livres . Il ordonna auffi que
la Fontaine qui repréſente
Charles- Quint , feroit ornée
de Devifes , & de Feuillages;
qu'elle répandroit du Vin
tout le jour ; que vis-à-vis de
cette Fontaine , on planteroit
cinq Poteaux , fur leſquels il
y auroit des feux d'artifice
qui brûleroient pendant la
nuit ; & que toutes les CloGALANT.
211
ches carrillonneroient. Vous
obferverez , Madame , que
M* de Besançon comptoient
tout cela pour rien , en comparaiſon
de la dépense qu'ils
avoient réfolu de faire , pour
marquer leur zele , & l'excés
de joye où les mettoit la venuë
du Roy ; mais on leur a
voit envoyé des ordres exprés,
qui marquoient que cePrince
vouloit eftre reçeu fans cerémonie
, & fans Harangues.
Quelque temps avant ſon arrivée
, le Corps du Magiftrat,
dont M Maistre eft le Chef,
fe rendit à la Porte de la Ville,
Sij
212 MERCURE
pour en préfenter
les Clefs
à Sa Majesté. Ils eftoient
tous
revétus de leurs Robes violetes
, fourrées
d'Hermine
.
M' le Duc de Duras , Gou
verneur
de la Province
, ſe
mit à leur tefte , & les pré
fenta
, ils eftoient
à genoux
.
Le Roy eut la bonté de les
faire relever , & leur parla de
cette maniere
pleine de grandeur
& de douceur
tout enfemble
, qui a tant de char:
mes pour gagner
les coeurs .
Le Parlement
en Robes rouges,
eftoit à l'Hôtel de Grandvelle
, où Sa Majefté
devoit
GALANT 213
loger. M de la Cathédrale,
dont le Chapitre eft l'un des
plus celébres de l'Europe , y
eftoient auffi pour s'acquiter
du mefme devoir , ayant M
l'Archevefque de Befançon
à leur tefte. M' Fiard , Lieutenant
General , s'y eftoit
rendu de fon cofté avec tout
le Bailliage . Tous les Officiers
de la Garniſon avoient
fait habiller leurs Soldats de
neuf. Ils eftoient vétus d'un
Drap fin , gris -blanc , avec
des Baudriers de la mefme
Etofe , garnis de Boucles dorées
, une Frange d'or à leurs
214 MERCURE
Gants , & une Plume blanche
à leur Chapeau . Les Officiers
fe diftinguoient par leur
ajuſtement. Toutes ces Troupes
bordoient les Ruës , depuis
la Porte de la Ville , juf
ques au Lieu où Leurs Majeftez
devoient loger. Le
Roy y eftant arrivé , M' l'Archevefque
fit fon Compli
ment , que SaMajefté reçeut
d'une maniere qui marquoit
que la pieté , & le mérite de ce
Prélat luy eftoient connus.
M' Jobelot , Premier Préfident
, s'avança enſuite à la
Tefte de fa Compagnie
, &
GALANT. 215
quoy que fon Difcours fuft
renfermé
dans un tres- petit
nombre
de paroles , il ne laiffoit
pas de fignifier beaucoup.
Le Roy luy fit connoiftre
par une réponſe obligeante
, qu'il eftoit content:
de fa conduite . Ces Corps.
eurent à peine rendu leurs
refpects , que Sa Majeſté , au
lieu de fe rafraîchir apres une
longue traite , monta à che
val , & alla vifiter la Citadelle
& les Dehors de la Ville ,
qu'Elle trouva en tres -bon
état. Pendant
ce temps ,
tout retentiffoit des cris de
216 MERCURE
Vive le Roy , & on les entendoit
mefme dans les Lieux
où ce Prince n'eſtoit pas
. La nuit
ne
fut
pas
plûtoft
venue
,
que
tout
Befançon
parut
éclairé
. Les
Rues
y font
longues
, les Maifons bafties au
niveau , & percées de beaucoup
de Feneftres , & il n'y
en eut aucune qui ne fuft
chargée de Lumieres . Les
Magiftrats préfenterent les
plus excellens Vins à Sa Majefté
, & offrirent des Confitures
à la Reyne , avec tous
les Rafraîchiffemens
qu'on
peut trouver en cette Saifon.
Le
GALANT. 217
Le lendemain , jour de la
Fefte du S. Sacrement , Leurs
Majeſtez entendirét la Meſſe
dans l'Eglife Cathédrale de
Saint Jean , celebrée par M
l'Abbé de Gramont , Neveu
de M' l'Archevefque de Befançon
, & Doyen de cette
Eglife . Elles affifterent à la
Proceffion , pendant laquelle
on entendit à deux diverfes
repriſes le bruit de cent
Pieces de Canon. La Reyne
avoit communié auparavant
dans l'Eglife des Carmes, par
les mains de M' le Cardinal
de Bonzy , fon Grand Au
Fuillet 1683.
T
218 MERCURE
mônier , & Monfeigneur le
Dauphin , par celles de M
l'Abbé Fleury , Aumônier du
Roy. L'aprefdînée , Sa Majefté
, apres avoir entendu
Vefpres , fe rendit dans un
hieu appellé le Champ de
Mars , où Elle fit la Reveue
des Troupes qui font en
Garnifon dans la Ville . De- là ,
Elle monta à la Citadelle
dont Elle viſita les Dehors ;
apres quoy, Elle fit faire l'Exercice
à ce qu'il y a de jeune
Nobleffe entretenuë en cette
Ville -là. On ne peut eftre
mieux inftruit dans tous les
GALANT. 219
Exercices Militaires , que le
font les jeunes Gentilshommes
, qu'on y éleve au nombre
de plus de quatre cens.
Les louanges que le Roy
leur donna , ferviront beaucoup
à redoubler l'ardeur
qu'ils témoignent de ſe rendre
parfaits dans le Métier
de la Guerre. Les deux plus
petits , & les deux plus jeunes
de ces Gentilshommes , firent
faire l'Exercice à la Compagnie
, & le Roy connur
par- là dequoy les autres eftoient
capables. Sa Majeſté
donna une Epée à l'un & à
Tij
220 MERCURE
l'autre , pour récompenfer
leur adreffe. M' le Duc du
Maine qui eftoit préfent,
chargea l'un des Officiers de
cette Compagnie , de conduire
chez luy le lendemain
quarante des plus jeunès Cadets
, pour leur voir faire l'E
xercice encore une fois . Il
témoigna y prendre un fort
grand plaifir. Cette action
qu'il fit de fon propre mouvement
, mérite bien d'eftre
remarquée . Elle fait voir les
nobles inclinations de ce
jeune Prince. On fçait qu'il
eft tout coeur , & tout efprit,
GALANT. 221
& qu'il ne luy manque que
la vigueur , qu'il doit efpérer
de l'âge .
Apres vous avoir entretenuë
des Cadets , il eft jufte
de vous parler de celuy qui
fait nouvoir ce Corps , &
qui en eft comme l'ame, puis
que tous ces jeunes Gentilshommes
font élevez par ſes
foins . C'eft M' le Chevalier
de Montcault , dont on ne
peut trop louer la vigilance
& l'exactitude
. Le Roy luy
témoigna qu'il eftoit content
de luy , & luy en donna des
preuves en augmentant fes
Tiij
222 MERCURE
appointemens
. Ce Chevalier,
avoit donné l'ordre neceffaire
pour faire fervir le meſ
me jourune magnifique Collation
dans la Citadelle . Il
n'ofoit la présenter à la Reyne
, & dit qu'elle n'eftoit préparée
que pour les Dames
qui avoient accompagné
cette Princeffe. Le Roy qui
s'en apperçeut , la préſenta à
la Reyne , & fit l'honneur à
M' de Moncault de luycommander
de la fervir. Quoy
que ce Prince dût eftre affez
fatigué pour fe repoſer , il ne
laiffa pas d'aller voir les Troua
GALANT. 223
pes de fa Maiſon , qui ef
toient campées fur le bord
du Doub, hors les Portes de
la Ville . Ce Camp eftoit compofé
des Grenadiers de la
Maifon de Sa Majefté , commandez
par M' Riotot ; des
quatre Compagnies des Gardes-
du- Corps , des Gendar
mes , & des Chevaux Legers
de la Garde ; & des deux
Compagnies de Moufque
taires. M' le Duc de Noailles
eft General de ces Troupes
,
-qui ont fervy d'Eſcorte à la
Cour depuis Befançon . Elles
ont toûjours campé aux
Tiiij
224 MERCURE
Portes du Quartier du Roy,
& fourny les Gardes ordinaires
chaque jour . Il feroit
fort difficile de trouver dans
tout le reste de la Terre , le
meſme nombre d'une auffi
lefte , & auffi bonne Cavalerie.
La Reyne alla auffi viſiter
ce Camp , & fit Collation
chez Mile Duc de Noailles.
La Table de ce General a
toûjours efté d'une magnificence
extraordinaire , &
cette dépenſe doit ſurprendre
d'autant plus , qu'elle a continué
pendant tout le temps
que le Roy a marché avec
toute fa Maiſon.
GALANT. 225
-
Le 18. Leurs Majeftez entendirent
la Meffe à l'Eglife
de S. Jean , dans la Chapelle
du S. Suaire , qu'Elles baiferent
, auffi -bien que tous les
Seigneurs & Dames de la
Cour. Le Roy s'en eftant retourné
, reçeut une Députation
de huit Chanoines. Ils
faifoient porter un Baffin de
Vermeil doré , dans lequel
eftoient deux Echarpes de
Taffetas , l'une blanche , &
l'autre rouge, &fur ces Echarpes,
il y avoit un petit S. Suaire
à l'endroit du coeur. C'eft
un Préfent qu'on fait d'ordi226
MERCURE
naire aux Grands , & dont
on affure qu'on a vû des
effets miraculeux . Il y avoit
encore un S. Suaire fur de la
Toile blanche , de la grandeur
du veritable ; & afin que
dans la fuite des temps , cette
Copie ne paffaſt pas pour l'Original
, on y avoit fait écrire
ces paroles. Repréfentation du
S. Suaire de Befançon . • M de
Gramont , Doyen de cette
Eglife , préſenta au Roy ces
deux Echarpes , & le S. Suaire
à la Reyne. Leurs Majeftez
receurent ces Préfens avec
leur pieté ordinaire. Le Roy
GALANT. 227
fit encore ce jour- là une Reveuë
des Troupes de fa Maifon
, & enfuite il mena la
Reyne à la Citadelle , parce
qu'elle avoit témoigné ſouhaiter
de voir faire l'Exercice
aux Cadets , fur ce que le
Roy luy en avoit dit. Cette
Princeffe eut le plaifir de voir
de jeunes Gentilshommes
capables de commander , avant
que d'en avoir acquis
l'expérience dans les Emplois
par le nombre des années .
Ils font confommez dans le
Métier de la Guerre , fans y
avoir jamais efté ; ils fçavent
228 MERCURE
l'Art de fortifier les Places,
de les attaquer , & de manier
le Crayon , la Plume , l'Epée,
la Picque & le Moufquet.
Pendant que ces chofes fe
paffoient , Ms les Chanoines
de S. Jean fatisfirent la devotion
du refte de la Cour, &
de tous les Peuples de la Province
, qui eftoient accourus
pour voir Leurs Majeſtez . Le
S. Suaire fut expofé publiquement
, comme il l'eft le jour
de Pafques , & le Dimanche
d'apres l'Afcenfion.
Monfeigneur le Dauphin
couroit en mefme temps
GALANT. 229
les Teftès , dans l'Académie
de Besançon , avec
les Princes && lleess Seigneurs
de la Cour ; & comme
c'eſt une Ville pourveuë
de Chevaux fort propres
pour cet Exercice , il n'en
voulut point monter d'autres.
Il les travailla avec une
adreſſe , & une grace furprenante
, & fit l'honneur à M
de Beaumarché , de luy dire
que fes Chevaux eftoient
tres -bons. Rien n'eftant capable
de détourner la Reyne
de fa pieté ordinaire , cette
Princeſſe viſita plufieurs Mor
230 MERCURE
nafteres , & fit l'honneur aux
Religieufes d'entrer dans
leurs Convents. Pendant le
fejour de Leurs Majeſtez à
Belançon , toutes les Ruës
furent illuminées , de meſme
que le jour de leur arrivée ,
& l'on connut aifément que
ces démonſtrations
extraordinaires de joye ef
toient des effets de l'amour,
dont les coeurs des Habitans
eftoient pénétrez pour le
Roy. Ce Prince , outre de
grandes charitez répanduës
par fon ordre fur les Hôpitaux
de la Ville , fit donner
toutes
GALANT. 231
des fommes confidérables à
M.l'Archevefque , pour eftre
diftribuées aux pauvres Eglifes
de fon Diocefe , & n'oublia
pas les Prifonniers . M
le Marquis de Montauban ,
Lieutenant de Roy de la Province
, qui s'eft fait aimer
dans tous les endroits où il
a commandé , fit les honneurs
de la Ville d'une maniere
éclatante. Sa Table fut
toûjours propre , délicieuſe,
& abondante en toutes chofes
; & les Princes , & les Seigneurs
de la Cour, luy firent
fouvent l'honneur d'y man232
MERCURE
ger. M's de Besançon
avoient
fait orner le frontiſpice
de
leur Hôtel de Ville , où les
Armes du Roy paroiffoient
accompagnées
de plufieurs
Devifes. On celébra
une
Meffe folemnelle pour Sa
Majeſté apres fon départ,
dans l'Eglife de l'Hôpital du
S. Efprit , où la Nobleffe , &
tous les Corps de Ville, furent
' invitez. L'ouverture s'en fit
par un Exaudiat en Mufique,
& un Difcours à la loüange
de ce Prince , prononcé par
un Preftre de la Maiſon ,
Docteur de Paris . M' BeuGALANT:
233
ne
que , Commandeur
de l'Hô
pital , fit l'Office ; & quoy
qu'il y euft grande Simphonie
, le Corps de Muſique de
F'Eglife Métropolitaine
laifla pas de ſe diſtinguer. Le
Commandeur
que je viens
de vous nommer, voulut don
-ner par-là une marque pu
blique de fa gratitude
, pour
F'Aumône que le Roy avoit
faite à l'Hôpital
le jour qu'il
partit de Befançon. Je ne
dois pas finir cet Article fans
vous parler des Fortifications
que Sa Majeſté y a fait faire.
Elle a fait relever & hauffer
Juillet 1683, V
234 MERCURE
1
les Ouvrages de la Citadelle
, & travailler à d'autres
fort importans devant les
deux Portes. On les a taillez
dans le Roc , & élevez à une
juſte hauteur ; & comme la
Citadelle eftoit commandée
de deux Montagnes
, on a
fait faire des Traverfes qui en
empeſchent les veuës . Derriere
ces Traverſes , il y a des
Bateries , & des Places d'Armes
qui ne peuvent eftre endommagées
d'aucune part .
La Ville a efté auffi fortifiée
de plufieurs Baſtions & Dehors
, & l'on a fait au milieu
GALANT 235
ES
de ces Ouvrages un Chafteau
pour la défendre .
La Cour alla coucher le 19 .
à Montbozon , où Elle campa.
On y fit percer deux Logis
, afin de donner communication
aux Apartemens du
Roy & de la Reyne. Le 20.
on coucha à Leure , & le 21
au Village de Champigny."
On y avoit dreffé les Tentes
de Sa Majesté. Le zz. on fe
rendit à Beffort. Le Roy n'y
fut pas plutoft arrivé , qu'il
alla voir les Fortifications du

Chafteau. Le 23. il vint coucher
à Cerney , & le 24.
V ij
236 MERCURE
Colmar , où fuivant la coûtur
me de faire complimenter les
Souverains qui vifitent leurs
Frontieres,lesCantons Suiffes
avoient envoyé quatre Dé
putez , qui eurent Audience
de Leurs Majeftez , de Monfeigneur
le Dauphin , de
Monfieur , & de Madame . Ils
furent conduits par M de
Bonneuil , Introducteur des
Ambaffadeurs. M' de Gondreville,
Gouverneur de Sche
leftat,vint falüer le Roy à Col
mar . M' de Montclar s'y ren
dit auffi de fonCamp deMolf
heim , & préfenta à Sa Ma
a
GALANT. 237
jefté fix cens jeunes Gentilshommes
qui font entretenus
à Brifac. Elle leur vit faire l'Exercice
, & témoigna eftre
fort contente de leur adreffe..
Le 25. la Cour vint cou
cher à Beinfeldt , & en partit
le 26. pour Molsheim , où la
Reyne fe rendit , pendant
que le Roy prit le chemin de
Strasbourg , pour en viſiter
les Fortifications . Il arriva fur
les onze heures aux Portes de
cette Ville , où M le Marquis
de Chamilly qui en eft
Gouverneur
, & les Bourguemeftres
, le reçeurent fous
238 MERCURE
une Tente qu'ils avoient eu
foin de faire dreffer. Sa Majeftéfans
entrer dans la Place ,
alla voir la Citadelle , qui a
cinq Baſtions , & eft fituée
entre la Ville & le Rhin . Elle
eft baſtie de Pierres dures,
qu'on tire des Carrieres qui
font aux environs de Molf
heim. On a fait un Canal exprés
pour le tranſport de ces
Matériaux , & on n'a employé
que vingt mois à venir
à bout d'un travail de vingt
années. La chofe paroift impoffible
, & cependant on
n'en peut douter. La Pofté
GALANT. 239
rité ne le croiroit pas fous un
autre Regne que celuy de
Louis LE GRAND . Sa Majefté
vifita auffi le Fort de
Kiel , qui eft de quatre Baftions
, deux petits Forts qui
font dans deux Ifles , & une
Plate - forme au milieu du
Pont du Rhin. On a fait d'a-
I bord tous ces Ouvrages de
terre , & enfuite on les a revétus
de pierre. De l'autre
cofté de la Ville , on a conftruit
deux grands Baftions
qui font fermez d'Ouvrages
du cofté de la Ville , & qui
forment encore comme deux
1
240 MERCURE
petites Citadelles . Il faut ob
ferver que les pierres de la
Citadelle , au lieu d'eftre mifes
de largeur , font placées de
longueur , ce qui la rend
beaucoup plus forte , parce
qu'eftant par ce moyen une
fois auffi épaiffe de pierre que
les Fortifications
ordinaires
,
il eft prefque impoffible
que
les boulets de Canon pené
trent jufques au bout de la
pierre ; outre que ces pierres
préfentant une face moins
large , il eft bien plus difficile.
qu'elles s'éclatent . On voit
par-là qu'il en eft entré une
fois
GALANT. 241
fois autant dans cet Ouvrage,
qu'on en employeroit dans
un pareil , où les pierres
ne feroient pas pofées de la
mefme forte , & qu'ainfi la
dépenſe a efté double. Le
Roy ayant fait le tour de la
Ville de Strasbourg , fit la Reveuë
de fix cens jeunes Gentilshommes
qu'il entretient
dans cette Place , de deux
Bataillons du Regiment de
Sault , chacun de huit cens
Hommes, & des autres Trou-
Ipes qui compoſent la Garnifon.
Sa Majefté ſe rendit enfutie
à la Blancherie
, qui eſt
Juillet 1683.
X

242 MERCURE
·
à un quart de lieuë de Strafbourg
, où Elle fit l'honneur
aux principaux Seigneurs de
fa Cour , & aux Officiers Generaux
de fes Armées qui s'y
trouverent , de les faire dîner
avec Elle. Le Repas fut fervy
dans une Grange qu'on avoit
fait préparer. Tous les dehors
eftoient environnez de
verdure. Ainfi on l'euft prife
pour un grand Berceau . Il y
en avoit auffi au dedans , mais
feulement dans les coins , &
pour donner du frais . Tout
le reſte de la Grange eftoit
proprement orné , & le miGALANT.
243
lieu , remply d'une grande
Eſtrade fur laquelle eſtoit la
Table. Le Roy vint enfuite
le long du Canal à Molsheim ,
où la Reyne eftoit arrivée de
Beinfeldt , & le lendemain il
fit la Reveue du Régiment
des Dragons Dauphins , des
Gendarmes de Bourgogne,
de ceux de la Reyne , & de
quelques autres Corps. Ces
Troupes eftoient commandées
par M' le Comte de
Montclar ; & ce Camp ne
doit eftre appellé qu'unCamp
volant , parce qu'elles n'y eltoient
pas campées pour fe-
X ij
244 MERCURE
journer , comme celles des
autres Camps. Monſeigneur
le Dauphin y paffa devant
Sa Majesté à la tefte de fon
Regiment , & la falüa de l'Epée.
Le mefme jour, le Roy
donna Audience à M Forftner,
Envoyé Extraordinaire
de Monfieur le Duc de Wir
temberg , qui l'eut enfuite de
la Reyne , & de toute la Maifon
Royale , eftant conduit
par M' de Bonneüil , Introducteur
des Ambaffadeurs,
qui avoit efté le prendre avec
les Caroffes de Sa Majefté. Le
28. M ' le Baron de Groneck ,
8123
GALANT
. 245
1.
Envoyé de M' le Marquis de
Bade- Dourlach , eut les mef-
I mes Audiences avec les mef
mes cerémonies . Ces Miniftres
, apres avoir fait leurs
Complimens de la part de
leurs Maiftres , s'en retournerent
charmez de Sa Majefté.
Ce Prince , qui pendant
tout fon Voyage s'eft
fait un plaifir de rendre tous
fes momens utiles , alla ce
jour-là 28. voir les Carrieres
d'où l'on tire les pierres
qu'on employe aux Fortifications
de Strasbourg. Ces
Carrieres font à demy-lieuë
X iij
246 MERCURE
de Molsheim. Sa Majeftévit
auffi le Canal
que
l'on a fait
pour tranſporter
ces Matériaux.
Mile Marquis de Louvois
ayant effuyé de grandes
fatigues dans tout le Voyage,
où ila preſque toûjours
eſté
expofé au Soleil , & n'ayant
que tres-peu repofé chaque
nuit , à caufe du travail continuel
que luy donne le foin
de toutes les Fortifications
,
& de toutes les Troupes
de
France,tomba malade à Molfheim
. Son mal eftoit une
Pleuréfie . Il fut auffi-toft faigné
par M' Gervais , Premier
Y
GALANT. 247
I
1.
Chirurgien de la Reyne , &
conduit à Strasbourg , où Sa
Majefté luy donna M Aliot,
l'un de fes Medecins de Quartier
, qui le fit encore faigner
plufieurs fois . Apres quelques
jours d'une maladie qui
n'étoit caufée que par la fatigue
, & par l'ardeur de fervir
& de faire fervir le Roy,
ce Miniftre recouvra fa fanté
prefque entierement , & alla
rejoindre la Cour à Metz.
Cependant Leurs Majeſtez
partirent de Molsheim le 20.
& vinrent coucher à Boufvil
liers. Le 30. Elles arriverent
X iiij
248 MERCURE
à Bouquenon. Le Camp en
eftoit à une lieuë. Le Roy
avoit réfolu de le voir dés ce
jour-là , mais le mauvais téps
fut cauſe qu'il alla ſeulement
ſe promener le long de la Ligne
des Camps , où ce Prince
vit les Bataillons de front , &
en Bandiere. Ce Camp, compofé
de vingt -huit Bataillons
de la plus belle , & de la plus
lefte Infanterie , dont on ait
jamais oùy parler en France,
eftoit fous les ordres de M'le
Duc de Villeroy , Lieutenant
General. On peut affurer
qu'il ne s'eft jamais rien offert
GALANT 249
I
I
de plus agreable , ny de plus
fingulier à la veuë. A fix pas
des Tentes des Sergens , on
voyoit des faiſceaux de Piquès
dreffez , & quatre pas
plus loin , on voyoit ceux des
Moufquets ; ce qui faifoit une
belle tefte de Camp . Les intervales
des Allées eftoient
fablez , & au deffus des Piques
& des Moufquets , on
avoit mis des Arbriffeaux
qu'on s'eftoit donné la peine
de tailler. Ainfi cela reffembloit
aux Allées des Tuileries.
Le premier jour de Juillet
, Monſeigneur le Dauphin
250 MERCURE
fe rendit au Camp. Il y eut
trois coups de Canon tirez .
Au premier , les Soldats prirent
les Armes ; ils fe mirent
en bataille au fecond ; & au
troifiéme , ils marcherent
hors du Camp. L'aprefdînée
le Roy alla voir cette Infanterie
, qui fit les mefmes mouvemens
. Ils furent réiterez
le lendemain, quand Sa Majesté
retourna au Camp , où
les Troupes furent encore
affemblées. Lorsqu'ils eurent
efté faits , le Roy paffa dans
une grande Prairie au deffous
du Camp , & les Troupes
GALANT. 251
1
s'eftant mifes en bataille fur
une mefme Ligne , il en fit la
Reveuë qui fut commencée
par l'Aîle droite . Ces Troupes
marcherent enfuite pour
s'élargir , & fi-toft qu'elles
eurent occupé leur terrain,
on tira trois coups de Canon ,
qui fervirent come de fignal
à la Moufqueterie pour un
pareil nombre de décharges.
On remarqua une chofe qui
mérite bien d'eftre obfervée.
C'est que Monſeigneur le
Dauphin ne falua le Roy, que
alors qu'il paffa devant les
p Dragons de la Reyne , qui
252 MERCURE
1
eftoient à cheval à la Garde
de la tefte du Camp ; il fe mit
alors à leur tefte , & falüa Sa
Majefté. Il attendit cette occafion
, parce que c'eſtoient
les feules Troupes à cheval,
& qu'un Generaliffime ne
falue jamais à pied. Le 3. Sa
Majefté fit une Reveuë plus
exacte que les précedentes
.
Il y avoit à cette Reveuë , outre
les Commiffaires naturels
des Régimens , & les Commiffaires
de l'Armée , M' de
S. Poüange , & M' de la Goupilicre,
Intendant de l'Armée.
Les Troupes défilerent par
GALANT. 253
I
que
Bataillons , les Bataillons par
Compagnies , & les Compagnies
par huit Hommes de
front. Les Malades fuivoient
les Bataillons , & il fembloit
la veuë du Roy leur fiſt
reprendre leurs forces , ou
qu'elle leur fift du moins oublier
leur mal. Il eſt impoſſible
de faire une peinture de
cette Reveuë fans en avoir
efté témoin , & ceux- mefme
qui ont eu ce plaifir , auroient
de la peine à décrire tout ce
qu'ils ont vû . Rien n'eftoit
plus agreable , & plus magnifique
tout enſemble , que la
254 MERCURE
diverfité des Habillemens de
chaque Regiment ; rien de
plus furprenant, que la bonne
mine des Soldats ; rien de
plus grand , que l'air guerrier
des Officiers , & rien de plus
fier, & de plus foûmis tout
enfemble , que la maniere
dont ils falüerent tous le Roy.
Mr le Comte de Vermandois
charma toute la Cour. Tous
les Officiers fe firent admirer,
& mériterent des gratifications
, à cauſe de la beauté de
leurs Compagnies . Je ne
puis m'empefcher de vous
parler de celle de M le MarGALANT.
255
quis de Maloze , Colonel du
Regiment de Rouergue.
Tous les Soldats qui la compofent
, font chacun de fix
pieds de haut , & leur ajuſte-
N
ment répondoir à la fierté
qu'ils faifoient paroître . Le 4.
Monfeigneur
le Dauphin
fe rendit dés le matin au
Camp , & donna les ordres
neceffaires
pour
1' attaque
E d'un Fort , qui eftoit fur
I une hauteur yoifine.
Prince fit enfuite l'honneur à
M' le Duc de Villeroy, d'aller
dîner chez luy. Une Grange
fort fpaticufe luy fervoit de
a
Ce
256 MERCURE
Logement. Elle eftoit ouverte
par le milieu , & l'on
voyoit plufieurs Pieces à
droit, & à gauche. La Chambre
de parade de ce Duc ef
toit parquetée , & il y avoit
un grand Lit d'Ange fort magnifique
, avec quantité de
Tableaux de prix . On joüa
dans cette Chambre avant
qu'on fe mift à table . A
cofté , il y en avoit une petite
, dans laquelle M' le Duc
de Villeroy couchoit . Vis- àvis
de la grande Chambre,
eftoit la Salle où l'on devoit
manger. On avoit dreffé la
GALANT. 257
Table fur une tres - grande
Eftrade , avec un Dais au deffus
qui la couvroit toute . Le
Buffet eftoit fous une Feuillée
, placée dans l'enfoncement.
Tout ce qui faifoit
l'ornement de ce Buffet , eftoit
de Vermeil doré , & l'on
ne fervit à table aucune
Vaiffelle blanche. Ceux qui
mangerent avec Monfeigncur
le Dauphin , furent
M' le Comte de Vermandois,
Mile Duc du Maine , M' le
Maréchal Duc de Vivonne,
Mi de Sainte Maure , M' le
Marquis d'Effiat , & pluſieurs
Juillet 1683.
Y
258 MERCURE
autres. M' le Duc de Villeroy
vouloit fervir Monſeigneur le
Dauphin , mais ce Prince luy
commanda fi abfolument de
fe mettre à table , qu'il ne
put fe défendre d'obeïr. On
bût d'abord de tres -excellent
Vin de Champagne, on paffa
enfuite au Vin de Mofelle,
avec lequel plufieurs Santez
furent beuës. Les Violons fe
firent entendre au commencement
de ce Repas ; les
Hautbois des Dragons jouerent
enfuite ; les Tambours
prirent leur place peu de
temps apres , & l'on comGALANT.
259
6
mença la Santé du Roy debout
& découvert. On la but
huit ou dix fois. Les Tambours
batoient la Charge à
chaque coup , & cent Mouf
quetaires tiroient auffi -toff.
M' le Duc de Villeroy avoit
fait préparer un grand Baffin
remply de Pipes , pour ceux
quife plaisent à fumer , & qui
veulent fe faire une habitude
de la fatigue , à laquelle les
Guerriers doivent eftre endurcis
, parce que les plus
grands Seigneurs ne fçachant
pas les occafions où ils
peuvent fe rencontrer , ny
Y
ij
260 MERCURE
dequoy ils auront beſoin dans
le rude Métier de la Guerre,
doivent toûjours eftre prépa
rez à tout.
1
M' le Duc de Villeroy,
dont la valeur & l'efprit répondent
parfaitement à l'air
noble & grand qui le diſtingue
par tout , remplit avec
beaucoup d'avantage ce que
tant d'illuftres Hoftes avoient
attendu de luy dans une occafion
de cette naturel . M
le Marquis d'Uxelles donna
à dîner dans le mefme temps
à Meffieurs les Princes de
Conty, & de la Roche-fur-
4
GALANT. 26
Yon, à M le Prince de Com
mercy , à M' le Comte de
Brionne , & à pluſieurs autres.
Le Repas fut magnifique
, & digne de ceux qui
s'y trouverent. L'aprefdînée,.
le Roy vint au Camp, accompagné
de toute la Cour. Les
Dames eftoient à cheval. Sa
Majefté fe promena à la tefte
de fon Regiment , & fut falüée
de la Pique. Les Soldats
firent le maniement des Armes
avec beaucoup d'adreffe .
L'Exercice finy , le Roy fit
appeller M de Montchevreuil
qui commande ce Re262
MERCURE
giment , & luy dit qu'il vou
foit le voir défiler , ce qui
fut exécuté dans le mefme
temps. Ces mouvemens fe
firent à la tefte de toute l'Armée
, qui defcendoit dans la
Prairie , pour venir faire l'attaque
du Fort. Pendant ce
temps , Monfeigneur le Dauphin
donna fes ordres pour
cette attaque. Ce Prince alla
reconnoiftre la Place avec
Mr le Duc de Villeroy , qur
donna auffi les ordres pour fa
défenſe. M le Chevalier de
Sourdis la gardoit , avec les
Bataillons de Champagne,
2
GALANT. 263
Normandie, Navarre,Roüer
gue , la Marine , & Vielle-
Marine , des Fusiliers & des
Dragons de la Reyne , defquels
il y avoit un Détachement
au pied de la Place. On
en fit plufieurs , & l'on envoyales
Compagnies de Grénadiers
prendre des Munitions
, & l'Artillerie . Toute
l'Armée eftoit en bataille
fur les Aîles à l'un & l'autre
coſté du Fort , & le long des
Bois , fans qu'on puft le remarquer.
Le Regiment du
Roy qui avoit toujours efté
en bataille au milieu de la
264 MERCURE
Prairie en face de la Place , fe
des deux coftez , à
partagea
la droite , & à la gauche. Cependant
il fe faifoit toûjours
quelques efcarmouches des
Dehors de la Place , & des
Buiffons où l'on s'eftoit retranché.
Monfeigneur le Dauphin
ayant envoyé M le
Prince de Turenne pour reconnnoiftre
, M' le Duc de
Villeroy qui s'en apperçeut,
détacha apres luy fix Dragons
qui le firent Priſonnier,
luy ofterent de la main la
Bride de fon Cheval , & l'amenerent
en cet état à Monſeigneur
GALANT. 265
feigneur le Dauphin. Il paya
.farançon fur l'heure aux Dragons
. La Reyne arriva au
Camp , apres avoir fait Colla
tion dans celuy de M de
Noailles , & chez ce Duc ,
comme les jours précedens.
Il eftoit huit heures du foir.
L'Armée fe mit auffi- toft en'
bataille , on la fit marcher,
La droite & la gauche ſe vinrent
joindre , & dans fort
peu de temps la Place fut inveftie
, & la Prairie couverte
de Troupes , qui demeurerent
prés d'une heure en préfence
, pendant que l'Artil-
Juillet 1683.
Z
266 MERCURE
lerie de la Place , celle des
Affiégeans , & les Bombes,
faifoient un grand bruit . Le
fignal fut donné , par le feu
qu'on mit à une traînée de
poudre.
Dauphin cria en meſme
temps , Marche , & auffi - toft
les Troupes marcherent juſ
ques au Glacis du Fort , fans
tirer , quoy que ceux qui eftoient
derriere , fiffent leurs
décharges en fe retirant dans
les Paliffades . Le feu com-
Monfeigneur let
mença
enfin
de part & d'autre
, & l'on donna un Affaut
general . On tira du moins
GALANT. 267
3
Strois cens coups de Canon ,
apres lefquels le bruit de plus
de fix vingts mille coups de
Moufquet, & de plus de deux
mille Grenades , fans comp
ter celuy de cinquante Bombes
, fe fit entendre pendant
une heure & demie , de la
plus extraordinaire maniere
dont on ait jamais oüy parler.
On auroit perdu beaucoup
de monde fi l'on avoit pris le
Fort d'affaut ; mais il y avoit
ordre aux Affiégeans de n'al
ler que juſqu'à la Paliſſade . Il ✔
y avoit plus , & l'on eftoit.
convenu d'un fignal qui euft

Z ij
268 MERCURE
fait ceffer l'attaque , fi l'ardeur
Françoife qui n'écoute
& ne voit rien , n'euft efté
caufe qu'on ne s'en appergeut
pas. Ainfi le Combat
dura jufqu'à ce que la Poudre
eut manqué. Madame
l'Electrice Douairiere Palatine
, que Monfieur & Madame
avoient efté voir quelque
temps auparavant à une
lieuë de Bouquenon , fut préfente
à tout ce qu'on fit au
Camp. Monfeigneur le Dauphin
luy dit un peu avant
l'attaque du Fort , qu'elle
alloit voir comment les FranGALANT.
269
çois attaquoient . Cette Princeffe
avoua, quand les Affiégeans
fe retirerent
, que quoy
qu'elle euft efperé de voir, fon
attente eftoit remplie au dela
de tout ce qu'elle avoit pû
s'en imaginer. Beaucoup de
Princes , & de Gens de qualité
des environs
, prirent le
mefme divertiffemét
, & il leur
caufa autant de plaifir que
furprife . Il eftoit prés d'onze
heures du foir quand la Cour
s'en retourna. M' le Prince
de Conty , & plufieurs Perfonnes
du premier
rang,
meurerent àfouper chez M
de
de-
Z iij
270 MERCURE
le Duc de Villeroy , qui joignit
la Comédie à un Régale
tres- propre , & tres- magnifique.
On affure que le Camp
demeurera encore fix femaines
au mefme endroit , parce.
que les Soldats y font occupez
à défricher une Foreſt
pour en faire une Prairie ,
comme ils ont déja fait du
Camp où ils fout. Trois mille
Hommes travailleront chaque
jour à cet Ouvrage.
Le Regiment de Picardie a
gardé le Roy , tant qu'il
a efté à Bouquenon . M¹ le
Marquis d'Harcour qui en
GALANT. 271
7
eft Colonel , & qui eſt auſſi
Brigadier , a toûjours commandé.
Le 6. Monfeigneur le Dauphin
partit de Bouquenon à
trois heures du rnatin . Il fut
accompagné jufques à Sa
lerbe parM' le Duc de Villeroy
, & par tous les principaux
Officiers de l'Armée:
Ce Prince fe mit à la tefte de
la Maiſon du Roy pour - la
commander , ainſi qu'avoit
fait M' le Dac de Noailles
depuis Befançon . Tous les
Commandans qui eftoient
au Voyage , ou qui n'eftoient
Y iii
272 MERCURE
point de fervice aupres de Sa
Majefté , fe mirent à la tefte
de leurs Corps , & Mile Duc
de Duras fe mit à la teſte de
fa Compagnie des Gardes.
On marcha au petit pas , &
Monseigneur le Dauphin
donna tous les ordres , &
remplit toutes les fonctions
d'un General d'Armée. Je
vous ay déja nommé les
Corps qui compofoient ces
brillantes Troupes ; comme
elles font toutes de Cavalerie
, & remplies de beaucoup
de Gens de qualité, le nom.
bre des Valets en eft fort
GALANT. 273
1
grand. Cela fut caufe qu'on
les fépara en deux Corps, aufquels
on donna deux Drapeaux
de diférente couleur.
Un Brigadier , & deux Gardes,
marcherent à la tefte de
chacun. Cette diverfité de
Drapeaux produiſoit deux
bons effets ; elle empefchoit
que ces Corps ne s'écartaffent
, & qu'ils ne commiffent
quelques défordres . On en
tiroit encore un autre avantage.
C'eftoit que par le
moyen des couleurs de leurs
Drapeaux , ils fe rendoient
plus aifément & plûtoft, au274
MERCURE
pres de leurs Maiſtres . Avant
que Monfeigneur le Dauphin
fe mift à la tefte de fes
Troupes , ce grand nombre
de Valets marchoit devant;
mais comme l'on jugea que
ce Prince en pourroit recevoir
de l'incommodité
, on
les fit marcher derriere . Mon
ſeigneur le Dauphin a com
mandé ce Corps d'Armée
depuis Bouquenon juſques à
Verdun. Il a campé , marqué
le Camp , donné les ordres ,
& s'eft toûjours levé à quatre
heures du matin. Le mefme
jour 6. le Roy & la Reyne
GALANT. 275
partirent auffi de Bouquenon
, accompagnez de Monfieur
& de Madame , & vinrent
coucher à Sarbric , où
M' de Chanteraine reçeut le
Roy à la tefte de fa Garniſon.
Le lendemain 7. la Cour arriva
à Vaudrevange , & paffa
par le Camp des Troupes de
la Garnifon de Sar-Loüis ,
compofée des Bataillons de
Picardie , de Navarre , de la
Couronne , de Humieres , de
Vaubecourt , de Cruffol , du
Regiment Dauphin , & de
quatre Compagnies
des Dragons
Dauphins . On a donné
276 MERCURE
à ce Camp le nom de la Nouvelle
Candie , & en voicy la
raifon.
Lors que les Turcs affiégerent
la Ville de Candie , ils
demeurerent plufieurs années
devant la Place , & comme
de temps en temps ils faifoient
de petits Baſtimens
dans leur Camp , pour eſtre
logez avec un peu de commodité
, il fe trouva qu'au
bout de quelques années , ils
en avoient prefque fait une
Ville. Les Troupes dont je
viens de vous parler , ont fait
plus encore. Il y a trois ans
GALANT. 277
qu'elles campent , & qu'elles
fe relevent pour travailler aux
Fortifications de Sar- Louis .
Pendant ce temps , elles fe
font baſty des Maiſons . Elles
ont planté des Arbres , parmy
lefquels il y a beaucoup
de Ciprés , & tous les Officiers
ont des Jardins avec des
Parterres. Il y a de fort bonnes
Hôtelleries , & tous les Equipages
de la Cour y ont logé.
Des Troupes de ce Camp,
Fauquel le Roy a fait des libéralitez
à proportion des
autres Camps , fervent tour
tour de Garniſon à Sarbric.
278 MERCURE
Le 8. Sa Majesté monta à
cheval , & alla voir les Travaux
de Sar-Louis . Ce fera
une Place digne du nom qu'-
elle porte. Les Ouvrages qu'-
on y voit , font de ceux que
le Roy ſeul eſt capable d'êntreprendre
& d'achever. La
Reyne qui les alla voir auffi,
apres avoir fait Collation
chez M' le Duc de Noailles,
avoua qu'il n'y avoit rien de
cette nature qui méritaſt plus
d'eftre admiré. Le 9. la Cour
partit de Vaudrevange pour
fe rendre à Mets ; la petite
vérole qui eftoit à Boula , &
GALANT. 279
en d'autres lieux , fit changer
Fordre de la Marche qui
avoit eſté réſoluë lors qu'on
partit de Verſailles. Le Roy
vit à Metz la jeune Nobleſſe
qu'il y entretient , & en fut
tres. fatisfait. Leurs Majeſtez
pafferent enſuite par Malatour
, Verdun , & Sainte Menehout,
pour ſe rendre à Châlons
. Monfeigneur le Dauphin
les quitta à Verdun,
d'où eftant party de tresgrand
matin , il arriva le meſ
me jour à Versailles avant
cinq heures du foir. Le jufte
empreffement qu'avoit Ma280
MERCURE
dame la Dauphine de revoir
ce Prince, luy avoit fait doner
de fi bons ordres , qu'à peine
parut-il à Ville-d'Avray, que
cette Princeffe en fut avertie.
Elle avoit fait pofter des Gens
de de lieuë en quart de
quart
lieuë, & ordonné qu'on tiraft
deux coups de Fufil lors qu'il
approcheroit de l'Avenue de
Verſailles. Cet ordre fut exécuté
ponctuellement. Madame
la Dauphine defcendit
au bas de l'Escalier , pour recevoir
Monſeigneur le Dauphin.
Tous ceux qui estoient
alors à Verſailles , fe trouve
GALANT. 281
cueil
rent à cette Réception , avec
un grand nombre de Perfonnes
qui eftoient venuës exprés
de Paris.
Monfeigneur le
Duc de Bourgogne y eftoit
auffi . On ne peut voir plus
de
tendreſſe meflée de grandeur
, qu'il en parut dans l'aque
ces auguftes Perfonnes
fe firent. Auffi faut-il
avouer que les manieres de
Monfeigneur le Dauphin
font fi
engageantes pour Madame
la
Dauphine , qu'il feroit
fort malaifé qu'elle n'y
répódift pas. Ce Prince ayant
trouvé aux environs de Straf
A a
Juillet 1683.
282 MERCURE
bourg un Diamant d'une
beauté extraordinaire
, l'acheta
& , l'envoya à cette
Princeffe . Il est bien doux
& bien agreable , de trouver
dans un Mary la galanterie.
d'un Amant .
à La Cour arriva le I's.
Châlons. M l'Evefque &
Comte de ce lieu , donna
une magnifique Collation à
Leurs Majeftez , au Jare. Je
vous ay décrit ailleurs cette
belle & délicieuſe Promena
de. Le lendemain , la Reyne
alla à la Cathédrale , où elle
fut reçeue par M' l'Evefque,
GALANT. 283
accompagné de fon Chapi
tre , & conduite à fon Prie
Dieu . Elle communia par les
mains de M l'Abbé Antecour
, l'un de fes Aumôniers ,
Le mefme jour 16. la Cour
coucha à Vertus ; le à
;*
17.
Montmirel , le 18. à la Fertéfous-
Jouare, où le Roy reçeut
les nouvelles de l'Expédition
d'Alger;le 19 à Lagny,& le 20.
à Verfailles, Sa Majesté ayant
pris de fi juftes mefures pour
tout ce qu'Elle avoit deffein
de faire dans fon Voyage,
I que fon retour s'eft trouvé
avancé de quatre jours.
Aa_ij}
284 MERCURE
Je ne puis finir fans vous
faire part d'une Devife que
Mr.Magnin , Confeiller au
Préfidial de Mâcon , a faite
fur ce Voyage . Elle a pour
corps , le Soleil au Signe du
Lion dardant fes rayons fur
une Troupe de Lions affemblez
dans une Plaine, & pour
ame ces paroles , Tanto fub
Lydere fortes. Il l'a expliquée
par ce Sonnet,
D
Ans les arides Champs de
l'Afrique brûlante,
Les Lions, au fortir de leurs Antres
affreux,
Reçoivent du Soleil cette influence
ardente,
GALANT. 285
Qui les rend fi vaillans, fiforts,
fi genéreux.
S2
De leur noble couroux l'ardeur impatiente
Redouble chaque jour fous cet aſpect
heureux;
Auxplus fiers Animaux ils donnent
l'épouvante,
Tont tremble , toutfrémit , rien ne
tient devant eux .
$ 2
Ainfi lors que LOVIS vifite fes
Armées ,
A la voix du Héros les Troupes
animées,
D'un air grand & vainqueurfui
vent fes Etendarts;
$2
Et l'ame d'un transport de courage
occupée,
286 MERCURE
Le Soldat honoré d'un fiul de fes
regards,
Ne voit plus que Victoire au bout
de fon Epée.
Vous vous fouvenez , Madame
, de la Relation que je
vous envoyay l'année der
niere, de tout ce qui ſe paſſa
devant Alger, dans le temps
que M' le Marquis du Quêlne
, Lieutenant General des
Armées Navales de France,
alla reconnoiftre cette Place .
Je vous fis une ample defcription
de la Ville , de fon origine
, de fes forces , du grand
nombre de Vaiffeaux & de
GALANT. 287
Galeres que
l'Empereur
Charles-Quint y mena en
1541. lors qu'il voulut l'affiéger
, & de la déroute de fon
Armée. Ce morceau d'Hif
toire qui vous parut alors de
faifon , ne le feroit pas moins
aujourd'huy , mais ce n'eſt
pas ma coûtume de vous
écrire deux fois une mefme
chofe. Si quelques- unes deces
circonftances
vous font:
échapées , ma Lettre du mois
d'Octobre vous en rafraîchira
la memoire . Quelque
furprenant que vous y trou
viez l'extraordinaire
. fuccés .
288 MERCURE
des Armes du Roy, on ne le
peut attribuer au bonheur.
left deû entierement à la
prudence de ce `grand Monarque
, qui fçait faire des
entrepriſes à propos , qui ne
choifit que des Perfonnes
capables de les bien exécuter
, & qui n'épargne rien
pour en rendre l'évenement
glorieux. Combien de chofes
méritent d'eftre admirées
dans cette Expédition ! Il a
fait paroître qu'il avoit deffein
d'en venir à bout , il ne
change point de fentimens,
& la fait poursuivre dés que
le
GALANT. 289
"
le temps favorable eſt de retour.
La deftruction des Algériens
le regarde moins que
fes Sujets, à qui ces Corfaires
oftent la liberté du Commer
ce ; & quelque dépenfe qu'il
faille faire pour les mettre au
moins das la neceffité de vouloir
la Paix, la bonté qu'il a
pour ceux dont il eſt le Sou
verain & le Pere, ne luy laiffe
point examiner ce qu'il luy
coufte pour les garantir de
toute infulte. Joignez à ces
fujets d'admiration ; la continuelle
activité des Perfonnes
intelligétes qui ont ſoin de la
"Juillet 1683.
Bb
290 MERCURE
Marine , leur empreffement
à faire travailler aux Machines
étonnantes qu'on doit
employer dans les grands
deffeins , la conduite, l'intrépidité
, l'adreffe , & l'efprit du
General, & fur tout la haute
& nouvelle maniere d'accorder
la Paix à des Barbares .
Apres cela je n'ay plus rien
à vous dire , finon que lors
que le Roy vifitoit fes Forces
de Terre , qui brûloient de
combatre , & dont fa prudence
retenoit l'ardeur , fes
Armées Navales triophoient
fur Mer , comme fi le Ciel
GALANT. 291
euft voulu récompenfer la
victoire qu'il remportoit fur
Luy-mefme, lors qu'il s'empefchoit
fur Terre de courir
à des Conqueftes , qu'il n'avoit
qu'à fouhaiter pour eftre
feûr de les faire . Je viens à
l'Entrepriſe d'Alger.
M' le Marquis du Quefne
eftant party de Toulon le 6.
de May avec fix Navires de
Guerre , avoit donné ordre
aux Vaiffeaux , Galeres , Galiotes
à Mortiers , & autres
Baltimens qui devoient compofer
l'Armée Navale cette
Campagne dans la Méditer-
Bb ij
292 MERCURE
ranée , de fe rendre aux Ifles
Fromentieres , proche d'Yviça.
Il paffa le 18. à la veuë
des Terres de Barcelone,
où ayant appris qu'il avoit
paru quelques Vaiſſeaux
Corfaires d'Alger qui avoient
fait des defordres fur la Cofte,
il détacha M❜le Chevalier de
Lhéry , Chef d'Eſcadre , qui
de
en prit
un
mon Pieces
de Canon , monté de 150 .
Hommes. Il ne fe rendit
qu'apres qu'on luy en eut
tué trente , & bleffé autant.
Trente Efclaves Chreftiens
qui eftoient fur ce Vaiffeau,
GALANT. 293
9. avec
furet mis en liberté. L'Armée
arriva au rédezvous le 2.Juin,
& les Vaiffeaux le Laurier &
l'Etoile y arriverent le
les Galiotes. On y attendit
les Galeres jufqu'au 14. & l'on
employa ce temps à faire faire
l'Exercice aux Grenadiers , à
charger les Bombes, Carcaſ
fes, & autres Artifices , à dref
fer des Echelles, & à difpofer
tout ce qui pouvoit eſtre neceffaire
pour la defcente,
dans le deffein que l'on avoit
pris d'attaquer Ålger. Enfin
voyant que les Galeres ne
Evenoient point , & M' de
·Bb iij
294 MERCURE
Monros , Enſeigne de Vaiffeau
, fecond Fils de M le
Marquis du Quefne , que ce
General avoit envoyé à Barcelone
pour en avoir des
nouvelles, eftant revenu fans
luy en pouvoir rien dire de
pofitif, il réfolut de partir fans.
elles pour fe rendre devant la
Ville d'Alger , contre laquelle
il eft inutile de rien entreprendre
lors qu'on a laiſſé
paffer la faifon des calmes .
La Cofte eft tres- dangereuſe
,
& les Vaiffeaux font en péril
d'y donner dans les autres
temps , fur tout lors que le
GALANT 295
vent foufle du cofté du Nord.
IS & Ainfi l'on appareilla le
l'on fit route vers Alger , où
l'on moüilla l'Anchre le 20 .
fur les cinq heures du foir.
On y trouva cinq Navires
commandez.par
M' le Marquis
d'Amfreville, qui avoit
repris un Vaiffeau Anglois ,
ayant une Commiffion des
Corfaires de Salé qui s'en
eftoient rendus maiftres. II
y avoit trente Algériens fur
fon Bord. M' Triton , Lieutenant
de M ' Colbert- S.Mars,
fut bleffé dans cette attaque.
M's Septemne , de Villete,
Bb iiij
296 MERCURE
à
du Mené, & Colbert- S.Mars ,
eftoient auffi arrivez
cette Rade avec leurs Vaiffeaux.
Le 21. & le 22. furent
employez à tenir Confeil.
Il fut réfolu qu'on ſe ſerviroit
des Galiotes fans attendre
les Galeres ; que fept Navires
de guerre , rangez fur
une Ligne un peu courbe,
faifant la mefme figure que
le Mole, en deça de la grande
portée du Canon , les efcorteroient
, & que deux autres
feroient pofez au bout des
deux Aîles pour flanquer la
Ligne , en cas que les EnneGALANT.
297
mis fiffent fortie fur les Galiotes
avec leurs quatre Galeres
, dont on difoit que
deux eftoicnt preftes , & les
deux autres en état de fortir
bientoft . Pendant ces deux
jours , on prépara les Touës
des fept Galiotes , & celles
des deux Vaiffeaux des Aîles
, c'est à dire neufAnchres ,
fur lefquelles il y avoit quinze
à feize cens braffes de Cables
moyens. Le 23. à dix heures
du matin, les Commandans
des Vaiffeaux porterent
leurs Anchres à fix cens toifes
pres du Mole . C'eftoit le
298 MERCURE
Pofte que les Galiotes devoient
prendre pour tirer
contre la Ville . Ils les y jetterent
, & s'en retournerent
en fuite. Leurs Touës, ou Cables
, eftant attachées d'un
bout à l'Anchre, l'eftoient de
l'autre au Vaiffeau qui s'éloignoit,
en forte que le Cable
demeuroit tendu depuis
le lieu où l'on avoit jetté
l'Anchre, jufques à celuy où
le Vaiffeau s'eftoit retiré , &
fervoit ainfi à faire aller &
venir les Galiotes à la maniere
des Bacs. Plufieurs
Hommes mettoiet les mains
GALANT. 299
à ces Cables , & le premier
ſe trouvant au bout , alloit ſe
remettre le dernier , jufqu'à
ce qu'ils euffent amené la
Galiote où ils la vouloient
conduire. Quoy que les Anchres
, fur lefquelles les Galiotes
devoient touer tous
les foirs , ayent eſté jettées
en plein jour , & que les
Chaloupes qui les jetterent
fuffent affez pres du Mole,
les Algériens les regarderent
tranquillement fans tirer
un coup , parce que les
voyant toutes venir les unes
apres les autres , fans qu'il
300 MERCURE
10
paruft Cordage
ny Anchre,
le tout eftant ajusté en forte
qu'il fembloit
qu'elles n'alloient
à autre deffein que
celuy de confidérer
le Mole,
ils eftcient bien-aiſes qu'on
le vift affez garny de Canon
pour foûtenir la plus vigoureuſe
attaque . Ainfi on leur
déroba cette action , qui les
furprit dans la fuite . Les fept
Galiotes qui fe devoient haler
fur les Anchres attachées
à chaque Vaiffeau , eſtoient
la Foudroyante
, la Brûlante,
la Bombarde , la Cruelle , la
Menaçante
, & l'Ardente,

}
GALANT. 301

commandées par M de
Chevigny , de Piaudiere , de
la Mote- d'Eran, de Combe,
de Pointy , Goëton , & du
Quefne-Mounier, Neveu de
M' le Marquis du Quefne ,
& les ſept Vaiſſeaux auſquels
les Anchres à touer eftoient
attachées , le Fleuron , le Ferme
, la Syrene , le Prudent ,
l'Aimable , le Vigilant , &
le Laurier, commandez par
M le Comte d'Eftrées , le
Chevalier de Tourville , le
Comte de Sepville , lesChevaliers
de Lhéry, & de Septemne
, & les Marquis d'Amfre
302 MERCURE
ville , & du Quefne le Fils.
Les Anchres des deux bouts
eftoient un peu plus à terre,
& c'eftoit fur elles que fe halloient
le Cheval Marin , du
cofté de la Pefquerie au Sud-
Eft ; l'Etoile , du cofté du
Fanal au Noord- Oücft, Ces
deux Vaiffeaux eftoient commandez
par M de Belle- Ifle,
& le Commandeur des Goutes
, & devoient flanquer les
Galiotes , comme je vous l'ay
déja marqué . Chacun des
fept autres Navires devoit
prendre fein d'une Galiote,
qui luy eftoit particuliere
GALANT. 393
ment deftinée , tant pour la
pofter , que pour la foûtenir
en cas d'attaque. Dans chacune
efloient embarquez,
outre l'Equipage accoûtumé,
dix Gardes de Marine , &
dix Grénadiers , avec dix Soldats
choifis ; & deux Chaloupes
armées , & commandées
par des Officiers . des
Vaiffeaux , luy fervoient
d'Eſcorte . Il Y avoit outre
cela deux Corps de Garde de
Chaloupes , l'une au Nord ,
& l'autre au Sud de la Ligne.
& quelques Canots legers de
Rames , poftez vers l'entrée

304 MERCURE
du Port , qui devoient
brûler des amorces s'ils
voyoient les Ennemis fe difpoſer
à fortir , afin qu'à ce
fignal toutes les Chaloupes
marchaffent vers les Galiotes
qui pourroient eſtre attaquées.
M' de Tourville porta
l'Anchre du Vaiffeau du
Nord , & M d'Amfreville
celle de celuy du Sud , qui
devoient eftre les plus proches
de la Ville , & M de
Lhery porta l'Anchre du milieu
, fe reglant fur les deux
des Aîles. Enfuite , celles des
intervales furent portées par
GALANT. 305
les Capitaines des Vaiffeaux,
fur lesquels on devoit attacher
les bouts des Touës. Ils
fe regloient, fur les trois qui
avoient leurs Chaloupes fur
les Anchres. Ces Anchres
furent jettées plus prés les
unes des autres, que n'eftoiét
les Vaiffeaux, qui avoient beſoin
d'un plus grand eſpace ,
pour n'eftre point en péril par
les changemens des Vents
& des Marées , au lieu qu'il
eftoit avantageux que les Galiotes
ne fiffent pas un fr
grand front, afin que les deux
Vaiffeaux poftez aux Aîles,
Juillet 1683.
Cc
306 MERCURE
euffent plus de facilité à les
foûtenir. La Planche que je
vous envoye vous fera mieux
concevoir comment le tout
eftoit difpofé.
Toutes les Anchres ayant
efté portées le 23. on employa
le refte du jour à donner
les ordres neceffaires
.
pour empefcher
les Ennemis
de les venir lever, pendant la
nuit , & dans ce deffein , M
Raimondi
Major , meña des
Chaloupes
en garde le foir,
mais ils n'avoient pas remarqué
ce qui s'eftoit fait , tant
la chofe avoit efté bien execu
}
GALANT. 307.
tée, & ils ne fortirent point.
Le lendemain, la Mer s'eftant
trouvée trop groffe pour permettre
de rien entreprendre,
M' le Marquis du Quefne 'fe
contenta de donner les mef
mes ordres pour les Chaloupes
de garde . Les Marées les
ayant portées proche des
Murailles , les Algériens firent
quelques coups de
Moufquet , & ne blefferent
perfonne. Le mauvais temps
qui continua , fut cauſe qu'on
faire avancer les Gane
put
liotes
que
la nuit
du 26.
&
mefme
il faifoit
encore
une
Ccij
308 MERCURE
groffe Mer qui leur fut fort
incommode
. Les fept Galiotes
s'eftant conduites par
les toües aux Poftes qu'elles
devoient occuper
, avec les
deux Vaiffeaux
aux deux
Aîles , & trente Chaloupes
armées pour aller où il feroit
eceffaire
, on commença
à tirer à une heure apres minuit
jufqu'à 90. Bombes,
toutes de treize & quinze
livres de poudre. Le Tancage
fit faire quelques coups.
courts. C'eft un mouvement
de vagues , qui agitant la Galiote
quand on tire , fait que
GALANT. 309
la Bombe ne va pas fi loin.
Elles réüffirent toutes affezbien.
Il y en cut peu qui ne
tombaffent dans la Ville, ou
dans le Mole. On en vit une
portée dás le haut de la Tour
du Fanal , d'où elle roula
dans les Bateries d'en bas , &
y fit un grand défordre. Les
Ennemis répondirent à cela
par un tres-grand feu de leur
Canon , au nombre de trois
cens coups , qu'ils tiroient
comme des décharges de
Moufqueterie , lors qu'ils
voyoient mettre le feu à la
Fufée de la Bombe. Leurs
310 MERCURE
Galeres n'eftoient pas en état
de fortir fur nos Galiotes. Ils
les avoient defarmées , ayant
découvert que la Chiourme
avoit réfolu de venir fe mettre
au milieu de nos Navires , &
de crier Liberté. Pendant deux
heures qu'on tira des Bombes
, M de Tourville & de
Lhery alloient & venoient
dans leurs Canots , & eftoient
préfens à tout. M le Duc de
Mortemar eftoit dans celuy
de M de Tourville , accompagné
de M's de la Porte , de
Blenac , & le Motheux ; &
M de Lhéry avoit dans le
GALANT. 311
1
fien , M's les Chevaliers de
Gefvres , de Belle- Fontaine,
d'Aligre , de Combes , & M
de Combes l'Ingénieur . Beaucoup
d'Officiers , & autres
Volontaires de qualité , eftoient
dans d'autres Chaloupes.
Un vent de Terre eftant
furvenu , M le Marquis du
Quefne fit tirer deux coups
de Canon , qui eftoit le ſignal
de la retraite. Deux Vaiffeaux
Anglois furent fort embaraf
fez cette nuit-là . Ils eftoient
moüillez au Port ; & ceux
d'Alger ne voulant point
avoir de témoins de ce qui fe
312 MERCURE
pafferoit , leur ordonnerent
de fe retirer. Ils avoient porté
des Toues , pour paffer entre
la Ville , & les Navires de
France , & ils fe trouverent
juſtement entre les deux
feux , d'où ils furent fort heureux
de pouvoir fortir fans
autre mal que la peur.
Le temps qu'il fit le foir
du lendemain 27. ne donnoit
pas espérance de rien tenter.
L'air remply d'éclairs & d'orages
fembloit préfager quelque
fâcheux coup de vent.
On fe tint pourtant toûjours
en état d'avancer
au premier
fignal;
GALANT. 313.
fignal ; & comme fur les dix
heures les nuages fe diffiperent
, & que la Mer eftoit
fort unie , on profita de cet
intervale , & l'on prit fon
temps entre deux grains . On
appelle ainfi ces gros nuages
noirs & épais , qui menacent
de la pluye . Les Galiotes s'a
vancerent , & en deux heu
res, elles jetterent cent vingtfept
Bombes qui réüffirent
admirablement
. Il en tomboit
quelquefois trois ou
quatre enſemble , que l'on
entendoit créver avec un fort
grand fracas . Il y en eut dans
Fuillet 1683 .
Dd
314 MERCURE
i
La Ville qui renverferent
la
Maifon de Baba Haſſan,Gendre
du Roy , & le plus puiffant
dans le Païs . Quantité
d'autres
Maifons
furent renverfées
, & pres de ſeprà huit
cens Perfonnes
ensevelies
fous les ruines. Les plus riches
Magazins
furent abatus,
& les Marchandiſes
miſes
au pillage, ſe trouvant
mélées
parmy les pierres des Baſtîmens.
Enfin quand on auroit
mis les Bombes
avec les
mains , elles n'euffent
pas
mieux réüfly pour incommoder
les Ennemis
. Il y
GALANT. 315
en eut une entre-autres , qui
- ayant creuſé deux pieds de
terre dans une Baterie , ne
fit qu'une embrafeure de
quatre ou cinq pieds , où elle
démonta plufieurs Pieces de
Canon , & tua plus de cinquante
Hommes qui les fervoient.
Une autre tomba
dans une Barque preſte à
pour la courfe , où il y
fortir
avoit cent Hommes qu'elle
enleva auffi bien que le Bafti-
¿ ment. Un petit Navire de
Salé fut auffi coulé à fond. Il
en tomba d'autres dans les
Vaiffeaux , mais elles n'y fi-
Dd ij.
316 MERCURE
rent pas beaucoup de mal , à
caufe des précautions
que
les Algériens avoient prifes,
avec quantité de Cables qui
amortiffoient le feu de la
Bombe. Au commencement
les Ennemis firent un feu
extraordinaire , avec leurs
plus gros Canons , dont ils tirerent
jufqu'à plus de fix cens
coups. Ils avoient fait mef
me allumer un grand nom
bre de Fagots à la Cofte , afin
de mieux voir les Galiotes;
mais cette clarté découvrant
la Ville , fervoit à donner plus
de jufteffe pour tirer les Bom-
"
GALANT. 317
1
bes. Toute leur Canonnade
n'eut d'effet que fur une Chaloupe
qui foûtenoit une Galiote
, & que comandoit alors
M de Choifeuil - d'Ambouville,
deChampagne. Un coup
de Boulet luy ayant emporté
le bas ventre , il vint mourir
dans un des Vaiffeaux , où il
expira une heure apres s'eftre
confeffé. Il eftoit d'un mérite
fi diftingué , qu'il a efté pleuré
de M' de Lhéry dont il
eftoit Enfeigne , & fort regreté
de toute l'Armée . Ce
mefme coup emporta un Matelot,
avec un Soldat . Quel-
..
Dd iij
318 MERCURE
ques-uns porterent fur les
Galiotes , & Ardente entre
autres , que M du Quefne-
Mounier commandoit
, en
Comme reçeut plufieurs.
elle eftoit le plus prés de la
Ville , elle eut toûjours un
grand feu à effuyer ; mais le
peu de dommage que les
Galiotes recevoient
, eftoit
fort aifé à réparer , & c'eftoit
un grand fujet de furpriſe
pour les Ennemis , de les voir
à la clarté des feux de la
Cofte , fe retirer dans le mef
me état qu'elles s'eftoient approchées.
Elles firent re

GALANT. 319
en
5
traite la feconde nuit deux
heures avant le jour , untourbillon
de vent s'eftant élevé
qui les mit en defordre ,
brouilla les Amares des Vaiffeaux
,& en rompit quelquesunes.
M le Duc de Morte-
S
I mar , avec les mefmes Perfonnes
qui l'avoient accompagné
la premiere nuit , fut
préfent à tout ce qui ſe paffa
dans cette feconde attaque ,
1 en laquelle M' de Tourville,
de Lhéry , & d'Amfreville,
n'oublierent rien de tout ce
qui pouvoit contribuer au
fuccés qu'elle cut. Il ne pou
Dd j
320 MERCURE
voit eftre plus
avantageux,
puis que la confternation
fut
generale
dans toute la Ville .
La Populace
, & fur tout les
Femmes ,
allerent
trouver
Baba Haffan. Les unes luy
portoient
la tefte de leurs
Marys , les autres , les bras ou
les jambes
de leurs Enfans ,
& les tenant d'une main , &
un poignard
de l'autre . Tiens,
luy difoient- elles , voy ce que
nous t'apportons
. Si tu n'es pas
fatisfait
de tant defang répandu,
ordonne nous de nous poignarder.
Nous voulons la Paix , ou que
-tu nous menes contre les Ennemis.
GALANT. 321
Nous nous ferons tueravec joye,
mais il est trop dur de mourir ainfi
dans nos Maifons. La Taiffe,
qui eft une Milice d'Etran
gers, commença de ſon coſté
à fe foulever. Ils dirent au
Bafla avec menaces, qu'ils ne
vouloient pas fe voir expofez
aux Bombes , ny garder la
Ville , tandis
tandis
que les Taga-
*
rins en eftoient dehors. Les
Tagarins font des Mores ,
qui ayant efté chaffez d'Ef
pagne , vinrent habiter Al
ger , & prirent ce nom que
leurs Defcendans ont confervé.
Cette fierté fit peur
322 MERCURE
au Baffa , qui dépend en quel
que forte des douze mille Soldats
qui compofent cette Milice.
Ce font prefque tous
Renégats, Gens perdus, fans
Religion , fugitifs de la Chrêtienté
, & de la Turquie. Il
eft obligé de leur faire livrer
leur paye au renouvellement
de chaque Lune , & s'il diféroit
feulement trois heures,
il fe mettroit en péril d'eftre
maffacré. Ils obfervent fes
ordres lors qu'ils les approuvent
, & s'ils n'ont pas envie
de les fuivre , ils le forcent de
les changer. Ainfi en 1642-
GALANT. 323
un Roy Tributaire d'Alger,
s'eftant mis en campagne
avec une Armée pour ne pas
payer
le Tribut , le Baffa
Yfouf refufa inutilement de
luy tenir tefte ; les Soldats le
forcerent de combatre. Ils
firent plus en 1661. contre Ramadan
Baffa , qui avoit excedé
fon droit dans un partage
de Prife. Its luy couperent
gorge, & à 28. de fon Confeil,
dont ils jetterent les corps
aux Chiens dans la Rue,
apres quoy ils tirerent de
prifon un autre Baffa qu'ils
y avoient mis depuis quelque
..
324 MERCURE
temps , parce qu'il n'avoit pas
payé ponctuellement
la Solde
, & luy donnerent de nouveau
le Gouvernement
, mais
ce Baffa rétably ne fongea
qu'à fevanger d'un Aga , qui
avoit efté caufe de fa dif
grace . Il promit dix mille
Patagons à deux Soldats
pour l'affaffiner , & l'Aga
ayant découvert cette entreprife
, alla s'en plaindre aux
Soldats , qui fe faifirent de
luy , & l'enfermerent entre
quatre murailles ouvertes par
deffus , où il n'y avoit def
"
pace que pour s'affeoir , avec
GALANT. 325
!
un trou pour luy donner
manger. L'Aga ayant remercié
les Soldats de leur
juftice , s'offrit à eux pour
8
Baffa , avec promeffe d'augmenter
leur Solde , ce qu'ils
accepterent. La neceffité de
cette prompte paye , fait que
le Baffa n'a autre but dans
toutes les actions que d'avoir
de l'argent par droit , ou par
violence ; & c'est ce qui eſt
caufe qu'il n'obferve aucun
Traité. Jugez à quoy le porterent
les plaintes de la Milice
, apres les defordres qu'avoient
fait les Bombes. Le
326 MERCURE
Divan s'eftant affemblé le 28.
de grand matin , pour réſou
dre ce qu'il y avoit à faire , le
Baffa parla en termes tresforts
, & dit qu'il eftoit d'une
neceffité abfoluë qu'ils fiffent
la Paix avec les François. Il
adjoûra qu'apres qu'ils auroient
beaucoup fouffert par
les Bombes , il ne voyoit pas
qu'ils euffent affez de forces
à nous oppofer ; qu'à la Mer
nous les prenions , nos Navires
eftant à preſent meilleurs
Voiliers que les leurs,
& qu'il ne luy paroiffoit pas
que tant de coups de Canon
GALANT. 327
tirez fur nos Galiotes , euffent
rien produit ; qu'ainfi il eftoit.
réfolu d'aller à Thunis , fi on
s'obſtinoit à ne pas vouloir la
Paix, & de mander à la Porte,
que par leur opiniaftreté , ils
mettoient la Ville d'Alger en
ruine , & hors d'état de payer
le Carach à Sa Hauteffe . C'eft
un Tribut que payent les Algériens
au Grand- Seigneur,
depuis qu'ils ont efté obligez
de fe mettre fous fa protection
ce qui eft arrivé de
cette forte . La Ville d'Oran
ayant efté fubjuguée en 1509.
par le Roy Ferdinand , il en328
MERCURE
fe
voya une puiſſante Armée
Navale , pour détruire Alger
avec fes Corfaires . Selim Eutemi
, Prince des Alarbes, en
eftoit alors Seigneur. Les Algériens
craignant la tempefte
qui alloit fondre fur eux ,
rendirent
au Roy d'Espagne
,
qui pour les tenir en bride,
fit faire un Fort dans une Iſle
qui eftoit devant la Ville , &
y mit un Capitaine , & 200.
Soldats. Ils luy payerent d'ail
leurs Tribut jufques à fa mort,
qui arriva en 1516. Alors fe
voulant défaire , & du Tribut
& du Fort , ils appelleGALANT:
329
rent Aruch Barberouffe , qui
vine auffi-toft avec fes Turcs.
Selim Eutemi le logea dans
fon Palais , & pour récompenfe
Barberouffe l'ayant furpris
dans le Bain , l'y fit étrangler.
Enfuite il fe rendit maître
d'Alger , où il exerça mille
violences , fans avoir pû détruire
pourtant la Fortereffe
de l'ille. Les Alarbes dégoûtez
d'un gouvernement fi infuportable
, fe réfolurent de
prendre le Roy de Tunis
pour leur Protecteur. Barberouffe
fe prépara à la Guerre ,
& laiffant fon Frere . Chere-
Ee
Fuillet 1683.
330 MERCURE
din dans Alger avec une pe
tite Garnifon , il fe mit en
campagne , rencontra fes Ennemis
qu'il défit entierement
, ſe fit déclarer Roy de
Tunis , & bien-toſt apres de
Tremifen , dont les Habitans
luy envoyerent
la teſte de
leur Prince. Cela fe paffa en
1517. Dans ce mefme temps,
Charles Roy d'Espagne
,Petit-
Fils de Ferdinand
, & qui a
efté depuis Empereur
, accorda
dix mille Soldats à
Abucheumen
, Roy de Trémiſen
, réfugié à Oran , pour
faire la Guerre à Barberouffe
,
GALANT. 331
1
& aux Turcs , fous la conduite
du Marquis de Comares.
Ce Marquis eftant à
la veuë de Trémifen , Barberouffe
réfolut d'en fortir de
nuit , & de gagner Alger en
fuyant. Le Marquis le fuivit
avec tant de promptitude,
qu'il l'atteignit à huit lieuës
de là au paffage d'une Ri
viere. Barberouffe avoit 1500.
Turcs , qui furent tous tuez
avec luy. Ainfi mourut ce
fameux Corfaire , apres avoir
demeuré quatorze ans en
C
Barbarie. Le Marquis de Comares
eftant de retour àOran,
Ee ij
-332 MERCURE
& ayant fait embarquer tous
fes Soldats , pour retourner
en Efpagne , la Milice Turque
, avec les Corſaires , éleut
Cheredin pour Roy d'Alger.
La premiere choſe qu'il fit
eftant en poffeffion de ce
Royaume , au commencement
de l'an 1519. fut d'en-
-voyer demander protection
contre les Chreftiens au
Grand - Seigneur , luy promettant
de payer Tribut , ou
de remettre Alger entre fes
mains avec tout ce qu'il
poffedoit en Barbarie . Le
Grand Seigneur accepta cette
GALANT. 333
offre , & luy envoya un Secours
de deux mille Turcs.
En 1530. Cheredin vint à bout
de la Fortereffe que
les Chrétiens
tenoient encore fur l'Ifle
devant le Port , & fit faire un
Mole depuis la Ville jufques
à cette Ifle .
Baba Haffan , fort troublé
des menaces du Baſſa , &
de celles de la Populace émeuë
, fit venir M' de Beaujeu
, Capitaine d'un Vaiſſeau
du Roy, pris il y avoit dixhuit
mois fur un petit Baftiment
, & vendu douze mille
Ecus. Si- toft qu'il paruſt , il
334 MERCURE
luy fit ofter fa Chaîne , & luy
dit que pour récompenſe de
la liberté qu'il luy donnoit, il
luy demandoit un bon confeil
fur l'état préfent des chofes.
M' de Beaujeu luy répondit
que le feul party qu'il cuft
à prendre, c'eftoit d'aller trouver
le General des Armées de
l'Empereur de France , de luy
demander pardon de la faute
qu'il avoit faite , de fe foûmettre
à toutes fes volontez ,
& qu'il ne l'affuroit pas qu'a
vec tout cela il voulut luy
pardonner. Moy , cria Baba
Haffan , j'irois demander parGALANT.
335
don ! Faimerois mieux voir toute
la Ville àfeu & àfang. Il ne
laiffa pas , malgré cet emportement
, d'appeller le Pere
Vacher Miffionnaire , qui
exerce le Confulat de France
à Alger , & de l'envoyer avec
un Turc de fes Confidens,
& un Interprete , pour demander
la Paix aux François.
Ainfi il parut une Lanche
fortant d'Alger , avec le Pavillon
blanc , & voguant vers
l'Amiral , malgré le gros vent
contraire . Ils arriverent aupres
du Navire à neuf heures
du matin, & la Sentinelle
1
336 MERCURE
ayant demandé ce qu'ils vouloient
, ils répondirent qu'ils
venoient parler au General.
Alors M le Marquis du
Quefne leur fit crier qu'ils
paffaffent à la Poupe , & là,
de deffus la Galerie , il les interrogea
luy-mefme. Le Pere
Vacher luy dit qu'on venoit
de la part de Baba Haſſan , du
Divan & de la Taiffe , pour
luy demander la Paix. M' le
Marquis du Quefne ne voulant
pas que le Conful s'en
meflaft, luy dit qu'il reftaft
dans la Chaloupe , & fit
monter l'Envoyé Turc , &
fon
GALANT. 337
fon Interprete. Cet Envoyé
ayant dit la meſme chofe que
le Conful , M' le Marquis du
Quefne luy répondit, qu'afin
qu'il raportaft au Divan fans
rien déguiſer , à quelles conditions
on pouvoit leur accorder
ce qu'ils fouhaitoient,
il alloit mettre fes Prétentions
par écrit ; ce qu'il fit
fur l'heure en ces termes .
Le General de l'Armée Navale
de l'Empereur de France,
qui est préfentement à la Rade
d'Alger, dit pour Réponse aux
Envoyez de la part des trois Puiffances,
& Gouverneurs duRoyau-
Fuillet 1683.
Ff
338 MERCURE
me d'Alger; qu'il n'entendra à
aucune propofition de Paix , que
premierement lefdites Puiffances
n'ayent mis en liberté , & renvoyé
francs & quites à Bord des
Vaiffeaux de l'Armée , genéralement
tous les François , & autres
Sujets de Sa Majesté , &
mefme tous autres de quelque
Nation qu'ils foient , qui ont efté
pris fur les Vaiffeaux & Ban
nieres de France ,fans en excepter
aucun. Fait à Bord du Vaif
feau de l'Empereur de France,
ce 28. Juin 1683.
M' le Marquis du Quefne
figna cet Ecrit , & dit à l'EnGALANT.
339
voyé en le luy donnant , Avi
fez bien à ce que vous avez à
faire là- deffus. L'Envoyé fut
fort furpris quand fon Interprete
luy eut expliqué ce que
cela vouloit dire. Quoy, ditil
, cet Homme pourra encore nous
faire la Guerre, apres qu'il aura
eu nos Efclaves ? On a ſceu
cela d'un Interprete François
qui les entendoit , & qu'ils ne
connoiffoient point. L'Envoyé
s'en retourna , & revint
deux heures apres , toûjours
avec le Pavillon blanc . Ilapportoit
une Lettre ; mais
comme elle eftoit écrite en
Ff ij
340 MERCURE
François , & par le Conful,
M ' le Marquis du Quefne ne
la voulut point ouvrir , & dit
qu'il n'eftoit point queſtion
de capituler , mais d'executer
ce que portoit fon Ecrit .
L'Envoyé voyant qu'il n'obtenoit
rien , le pria de luy
donner au moins quelqu'un
de créance, pour venir à terre
voir les Efclaves qu'il y trouveroit
, & les amener. M'le
Marquis du Queſne luy repliqua
d'un ton fier & rude , &
propre à traiter avec des Barbares
, que tant de façons
eftoient inutiles , & qu'à
GALANT. 341
.
moins qu'ils n'amenaffent les
Efclaves eux - mefmes , & fort
promptement , ils n'avoient
qu'à fe préparer aux Bombes.
Il s'en alla encore une fois , &
revint fur les fept heures du
foir affurer M le Marquis du
Quefne , qu'on luy donneroit
fatisfaction entiere ; mais que
comme il eftoit tard , & impoffible
de ramaffer un fi
grand nombre d'Eſclaves en
fi peu de temps , Baba Haffan,
& tous ceux d'Alger, demandoient
en grace , qu'on
leur accordaft la Tréve juf
qu'au lendemain , & qu'ils
Ff iij
342 MERCURE
donnoient leur parole qu'on
ameneroit juſques au , dernier.
M le Marquis du
Quefne s'eftant fait prier,
leur accorda cette nuit de
tréve . Il euft efté difficile de
la refufer , la plupart des
Amares ayant efte rompuës
par le mauvais temps qu'il
avoit fait. Onvoulut luy propofer
de rendre auffi réciproquement
tous les Efclaves
Turcs que les François avoient
pris ; mais il répondit
qu'il n'y falloit pas penſer , &
qu'il n'écoutéroit rien qu'il
n'euft tous les Prifonniers.
GALANT. 343
L'Envoyé n'inſiſtant point làdeffus
, pria M le Marquis
du Quefne de vouloir faire
tirer un coup de Canon, pour
rendre le repos à la Ville,
parce que c'eftoit le fignal
dont il eftoit convenu , s'il
obtenoit la grace qu'il eftoit
venu luy demander. Ce coup
de Canon qui fut tiré auffi-
´toft , mit autant de joye parmy
le Peuple , à ce qu'on a
fceu depuis , que le bruit des
Bombes luy avoit cauſé d'alarmes.
L'Envoyé s'en retourna
, apres avoir dit à M
du Quefne, en luy touchant
Ff iiij
344 MERCURE
dans la main , qu'ils avoient
rompu avec les François
pour cinquante Gueux , mais
qu'à l'avenir ils feroient la
Paix fi ferme , qu'elle dureroit
toujours . Quelques affurances
qu'il euft données , on
ne laiſſa pas de travailler toute
la nuit à relever les Anchres,
& à fe mettre en état de recommencer
l'attaque , fi les
Algériens n'executoient pas
ce qui leur eftoit preſcrit.
Ils commencerent dés le
lendemain 29. ainſi qu'ils l'avoient
promis , & fur les dix
heures du matin , on vit fortir
GALANT. 345
de la Ville une douzaine de
Chaloupes chargées de Gens,
qui nageoient à force vers
l'Armée , encore que la Mer
fuft groffe, & le vent tresrude.
Elles arriverent à Bord
vers le midy , & amenerent
142. Efclaves , parmy leſquels
eftoit M' de Beaujeu. Le
mefme Envoyé les accompa
gnoit , & dit que Baba Haffan
eftoit au defefpoir , de
n'en pouvoir renvoyer alors
davantage , parce que la plûparteftoient
retirez à la Campagne
avec leurs Patrons;
mais qu'on les raffembleroit
346 MERCURE
inceffamment pour les amener
tous avant qu'il fuft peu.
Mr le Marquis du Quefne
donna cinq jours pour cela.
Cependant ils voulurent entrer
avec luy en Traité ; mais
il répondit qu'il ne fçavoit
dire qu'Efelaves , Efclaves ,
jufqu'à ce qu'il les euft tous,
& qu'en fuite il expliqueroit
les volontez de l'Empereur
fon Maiftre. L'Envoyé le pria
avec grinde inftance de la
part de Baba Haſſan , de luy
rendre le Capitaine du Navire
que M' de Lhéry avoit
pris, diſant qu'il avoit trois ou
2
GALANT. 347
..
quatre censParens qui ne ceffoient
point de le demander,
& que fa tefte eftoit en péril
s'il n'obtenoit pas fa liberté.
M' le Marquis du Quefne le
refufa, & le renvoya pourtant
deux jours apres , comme un
Préfent qu'il faifoit à Baba
Haffan , fans tirer à conféquence.
Il crut que
preffement
qu'il témoignoit
pour le retirer , venoit de
la curiofité de fçavoir l'état
de noftre Armée , & il ne
craignit pas qu'il luy apprift
rien qui nous fift tort, quand
ce Capitaine luy rapportel'em348
MERCURE
roit qu'on l'avoit fait entrer
luy vingt - cinquiéme dans .
une de nos Bombes. Le 30.
on amena 126. Efclaves ; le
premier de Juillet, 152 ; le fecond,
83 ; & le troifiéme , encore
plufieurs, avec quatre
Femmes , dont il y en avoit
trois Meffinoifes de la Famille
de Guenegaut -Jura , de Meffine
, & une Marſeilloife . II
s'en trouvoit ce jour- là 546. &
il en reftoit encore beaucoup
à la Campagne , & dans les
Villes , que l'on devoit renvoyer.
Il en eftoit mort trois
à quatre cens de la Pefte,
GALANT. 349
L'empreffement de les ame
ner a efté fi grand , que quoy
que la Mer fuft tres -furieufe,
les Chaloupes ne laiſſoient
pas de partir. On voyoit les
vagues paſſer par deffus, & il
y en eut beaucoup en péril
d'eftre noyez . On a ſçeu par
eux , qu'il avoit penſé arriver
un foulevement dans Alger
fur cette reftitution , les Proprietaires
difant qu'on leur
faifoit rendre leurs Efclaves,
qu'ils avoient achetez fort
cher, fans leur parler d'aucun
dédommagement , & fans
leur donner des affurances
350 MERCURE
que les François ne jetteroient
plus de Bombes ny
de Grenades dans la Ville, fi
on ne leur accordoit pas tout
ce qu'ils demanderoient.
Le 3. de ce mois , M ' le Marquis
du Quefne nomma les
Oftages qu'il vouloit , pour
convenir des Articles de la
Paix. C'eftoient les principaux
de la Ville , & les plus
riches , que M' de Beaujeu
luy avoit indiquez , Cela
étonna fort les Algériens
,
qui ne laifferent pas de
confentir à les envoyer. Depuis
ce temps -là , ils font-
*
GALANT. 351
2
porter tous les jours des
Régales aux Officiers , avec
des Rafraîchiffemens
pour
l'Armée ; & difent eux - mefmes
, que puis que les François
ont obligé la plus forte
Place de l'Afrique à leur demander
la Paix , ils
peuvent
naviger fur toutes les Mers
dans des Chaloupes
, fans appréhender
aucune infulte . Je
croy vous avoir déja marqué
que M ' du Quefne Mounier
, qui commandoit la Galiote
l'Ardente , faifoit la tefte
de l'Aîle gauche , qui eſtant
beaucoup plus proche du
352 MERCURE
و
Mole que l'Aîle droite , eftoit
par conféquent plus exposée
au feu , & du Mole & de la
Ville. Il y fit tout ce qu'on
pouvoit attendre de fon courage
, de fa conduite & de fon
nom auffi-bien que M ' de
Celle-Ifle , dont le Vaiffeau
le Cheval Marin qu'il com- ...
mande , & qui flanquoit cette
Aîle , eftoit fur la meſme ligne
, & à égale diſtance du
Mole . On peut dire que M'
le Marquis du Quefne , pour
achever cette Action fans
exemple , & luy donner fa
perfection , a fupleé par le
GALANT. 353
foudre de fes paroles, au beau
temps & aux Galeres qui luy
ont manqué , & fans lef
quelles il paroiffoit que cette
Expédition eftoit impoffible.
Cependant quoy que depuis
fon arrivée à la Rade d'Al
ger , la groffe Mer & les vents
ne luy ayent pas permis de
tirer plus de deux cens Bombes,
fa contenance, la difpofition
& le bon ordre de fon
attaque , & fa réſolution or
dinaire , luy ont tenu lieu de
tout. Il n'avoit que dix Na
vires de combat , & fept Galiores
à Mortiers ; le refte des
Juillet 1683. Gg
354 MERCURE
Baftimens n'eftant que pour
fervir de Magazins & d'Hôpital.
Il avoit à faire à des`
Corfaires , qui avoient plus
de quatre cens Pieces de Canon
en Baterie , & qui fe préparoient
depuis deux ans à
une vigoureuſe
réſiſtance.
Leur Milice eftoit de quatorze
mille Hommes de
Troupes reglées , accoûtumées
au feu , & aguerries par
leurs Combats , & par leurs
Courſes continuelles . Enfin
fans qu'il ait efté tiré un ſeul
coup de Mouſquet , la gloire
des Armes du Roy , l'expé
GALANT. 355
rience de M' du Queſne , &
deux cens Bombes , ont rendu
fupliante une Ville qui
fembloit vouloir s'enfevelir
dans fes Ruines , plûtoſt
de rendre des Efclaves qu'on
n'auroit pas
rachetez à prix
que
d'argent. Ce fage & refolu
General , a eu l'avantage de
fe les faire amener à Bord,
juſques au dernier , fans nulle
rançon , & avant que d'avoir
voulu entendre parler d'aucun
Traité. C'eft ce qui a
donné occafion de faire ce
Madrigal à M' de S. Autheur
du Sonnet , que je vous ay
Gg ij
356 MERCURE
déja envoyéfur le Mariage de
M' le Marquis du Quefne , le
Fils.
A MONSIEUR
LE MARQUIS
Q
DU QUESN E.
Voy, malgré les efforts d'un
Barbare indompté,
Délivrer nos François d'un cruel
esclavage,
Et par l'effet d'un grand courage
Leur faire dans Alger trouver la
liberté;
C'est ce qu'on auroit peine à croire,
Si l'on nesçavoit pas , que toûjours
la Victoire
Accompagne dans vos Exploits
Les Armes du plusjufte & du plus
granddes Rois.
GALANT 357
Je ne fçay , Madame , fi vous
ferez fatisfaite de cette Relation .
J'en ay leû quatorze venuës de
la Rade d'Alger , & j'ay trouvé
que bien qu'elles fuffent toutes
femblables pour l'Action principale,
il n'y en avoit aucune qui
n'euft quelque circonſtance ou
particuliere , ou plus étenduë.
Ainfi je puis dire que celle que
je vous envoye eft l'unique à
laquelle il ne manque aucune
chofe, puis qu'elle renferme tout
ce qui a efté écrit fur ce ſujet,
& qu'on ne le peut fçavoir qu'en
la lifant , ou en fe donnant la
peine de lire attentivement quatorze
Relations . Ce travail eft
' d'une telle longueur , que vous
devez me pardonner fi je ne vous
dis rien aujourd'huy des grandes
358 MERCURE
Affaires d'Allemagne & d'Angleterre.
Quand on donne des
Relations auffi exactes que celles
que j'ay accoûtumé de vous en
voyer, on n'en peut donner plufieurs
tout- à- la- fois. J'ay pourtant
joint ce mois - cy l'Expédi
tion d'Alger à la fuite du Voyage
de la Cour,
Quoy que nos Armées Navales
foient dans un état auquel il
ne manque rien , on travaille à
rendre eternellement la Marine
floriffante , puis qu'il y a de la
jeune Nobleffe qu'on commence
à élever dans tout ce qui la regarde,
comme on en éleve pour
les Armées de Terre . Vous fçavez
la fatisfaction qu'elle a don.
née à Sa Majesté dans fon Voyage.
Il y a fujet de croire qu'elle
GALANT. 359
en fera de meſme à l'égard de la
Marine , puis qu'elle ne fera pas
inftruite avec moins de foin .
La premiere Enigme du dernier
mois a efté expliquée fur
Le Tapis de Turquie, qui en eftoit
le vray Mot , par Madame du
Pont , & par Meffieurs Guyard
de l'Amerye , Chartrain ; Charles
, Valet de Chambre de Mademoiſelle
d'Orleans ; Le Phi
lofophe vifionnaire , Miran , Do-
&eur amoureux , de Caën ; Les
Affociez de la Ruë S. Honoré,
Le petit Volontaire , de la Ruë
Simon le Franc ; De Bellefontaine
, ou petit Homme de la
jeune des Davos ; Le grand
Brailleur, de la Rue S. Bon ; Le
Rat de Cave, de la mefme Ruë;
}
360 MERCURE
I'Amant fidelle de la Belle à
l'Anagramme , Seule inestimable;
Le Cor étoilé , de Péronne , Le
beau Couple de Soeurs , du Marché
aux Chevaux de Chartres ;
& Mademoiſelle Fizet . En Vcrs,
Meffieurs Bouchet, ancien Curé
de Nogent le Roy ; Carriere , de
Vitré en Bretagne , De la Tronche
, de Rouen , Gygés , du Havre
; Lajeune Mariane , des quatre
coins d'Orleans ; & le petit
Colonel Gedoin de Chevreux,
de Soiffons. On a expliqué la
meline Enigme fur ces autres
Mots , la Porcelaine , le Guéridon,
l'oeil, le Vin, la Bougie , & le Bois
de Sapin
.
Le vray Mot de la feconde,
que quelques- uns ont expliquée
fur la Table, eftoit la Saliere . Ce
Mot
GALANT. 361
Mot a efté trouvé par Meffieurs
Gilluy , Chanoine de Soiffons ,
Moreau le Cadet, General de la
Maifon de Madame la Dauphine
, De Bergues ; D. L. des
trois Trefles de Joinville ; Graffet,
de Clamecy ; De Clereville,
du College de Juftice , Mefdemoiſelles
Efprit Blincour , du
Frénoy; de Faverolle , du Turc,
dite de Caftor , Cheutin , & fon
Dauphin , C. R. heureux Amy,
& Amant malheureux de fa
belle Coufine , de la Ruë de la
Reale ; Le Grand Véneur du
Trône , Le Spadaffin , de Dormans
; L'Hermaphrodite , Tamiriſte,
de la Ruë de la Ceriſaye ;
Le Malade de l'Eftiboudois, de
l'Hoſtel S. Auguftin ; La nouvelle
Convertie de D. L'Héroïne
de Dormans ; La Belle
Juillet 1683.
Hh
362 MERCURE
Amelin , de la Rue Montorgueil,
& la belle Cabaretiere du Fauxbourg
Martainville de Rouen .
En Vers, Meffieurs le Moine , de
Dormans, Langlois, à la Devife,
Feftina lente ; Antoine Bonhom .
me , Avocat au Parlement ; &
Magd . P. Lycidas d'Antifer .
J'ajoute les noms de ceux qui
ont expliqué toutes les deux.
Meffieurs de Fleffel de Vermolet,
d'Amiens ; F. R. de Roüen ;
Elie Noel, Greffier de Rumigny,
L'Epinay Buret , & fon Frere, de
Vitré en Champagne , L'Abbé,
Marcelat , Chanoine de Sens ;
Le Spirituel R. de Martainville ,
E. à l'Anagrame , Qui Vices en
Sage déprifa ; Mefdemoiselles
Defarbois, de Rheims , F. Menneffier,
& Angélique Serain , de
la Ruë S.Martin , La charmante
. ༽ ་ ་
GALANT. 363
Brune , qui porte pour Devife,
Avant que de vous voirj'estois invulnerable
; De Sommelsdicks ,
Dalmas, & Ramus ; Manon Al
vares ; M. D. B. à l'Anagramme,
Je brille à midy ; Tircis , à l'Ana.
gramme, Iladorera ; B. D. B. à
l'Anagramme , Le Blond joly;
Pinchon , de Rouen , Droüer,
l'Amoureux afpirant, du Cloiftre
Sainte Oportune ; Verrier le
Docteur, Mary de Lubine , Les
Favoris des Mufes du Monthé .
licon ; L'Amant conftant de la
belle Manon , de Xaintes ; Le
Solitaire de la Verdure ; Le Berger
Tircis, à l'Anagramme, Siccle
d'amour; F. Ch. à l'Anagramme,
Fin Or caché au Soleil ; F. Cler, á
l'Anagramme, Franche en la croit;
La Marquife à l'Anagramme ,
Par Image de vertu ; La Marquife
Hhij
364 MERCURE
Diane , de la Foreft d'Alcleon;
La Belle Aymeret , du petit
Cloiftre Sainte Oportune ; La
Procureuſe enjoüée , du mefme
lieu ; La Belle de la Ruë Royale
de Tours ; L'Aimable , à l'Anagramme
, Tu raviras Mufe legere,
cy- devant, la Guerre eft furma vies
& la jeune Veuve , à l'Anagramme
, Dis la bel Ange. En Vers,
Meffieurs Vignier , de Richelieu ; "
Rault , de Rouen , De Saintz , de
la mefme Ville ; Afton Ogden,
C. Hutuge , d'Orleans , demeurant
à Metz ; Turbot, & Glo.
quet, Preftres à Ponteaudemer;
L'Albanifte de Rouen ; Conftantin
Renneville , de la mefme
Ville, Le Meffager devenu Maî
tre , Procureur à Vitré en Bre--
tagne, Le Bonhomme de la mefme
Ville , S.Roch , Dom Jofeph,
GALANT. 365
l'agreable Malouine , & le Me
decin Amant, du meſme lieu ; Le
Solitaire du Parnaffe de Rheims
Alcidor, Sylvie, la belle Nour
riture, & la petite Aſſemblée , du
Havre ; & l'Amante d'Eulalie.
Les deux nouvelles Enigmes
que vous trouverez icy , m'ont
eſté envoyées fans nom d'Autheur.
J
ENIGME.
E fuis d'une bizarre forme ,
Tortu , contrefait, & diformes
I'ay quelquefois une bouche , & deux
yeux,
Matefte fans cervelle eftpresque toujours
ronde.
Iefers à la plupart du monde,
Qui de m'avoir eftcurieux.
Je ne marche jamais ; pourtant dams
mes affaires
Hh üj
1
366 MERCURE
Plufieurs pieds me font neceffaires.
C'est par eux que jefuis de quelque
utilité,
Bienplus en Hyverqu'en Eté.
AUTRE ENIGME .
E fuis toujours volage, inégale,
inconftante, JE
Iamais des bas Lieux habitante.
l'ay quantitéd'Amans qui me font
tous la cour,
Mais je n'ay pouraucun une fincere
Amour.
Cependant au plusfort je demeure
affervie,
Etfouvent je m'en plains, ( quoy que
jefois fans vie ,)
Mais inutilement, puis que ma li
berté
Dépend defon pouvoir , & de få
volontés
,
GALANT. 367
Mais comme avec le temps fa force
diminuë,
Son pouvoir auffitoft ceffe, & dif- ›
continuë,
De forte qu'à fes yeux dans le mefme
moment
Le change , & mefoûmets aux Loix
d'un autre Amant.
Je croy que l'on vous aura
déja appris la mort de M ' le
Bouchu , Confeiller d'Etat , &
Intendant de Bourgogne. On a
choify M' de Harlay- Beaumont,
Gendre de M' Boucherat, & qui
a efté avec Mr de S. Romain
Plénipotentiaire
en Allemagne,
pour remplir cette Intendance ,
& M' Pelletier , Intendant en
Flandre , a esté nommé Confeiller
d'Etat en fa place. Il eft
Frere de M' Pelletier, Confeiller
Hh i
368 MERCURE
d'Etat , qui s'eft ſi bien acquité
de l'Employ de Prevoft des Mar
chands.
Quelque preffe que je fois de
finir ma Lertre , il faut encore
vous dire qu'on a eu nouvelles
que M Colbert de S. Mars,
party de la Rade d'Alger le 9 .
de ce mois , eft arrivé le 15: à
Toulon , où il a eſcorté trois
Fluftes , dans deux defquelles il
y avoit 363. Efclaves , François,
ou prisfous la Baniere de France,
& 150. dans une autre Flufte ve
nue fous la mefme Eſcorte , &
qu'on attendoit à toute heure.
Il y en a d'ailleurs 300, que M'
Je Marquis du Quefne a diftribuez
dans l'Armée , & qui ont
voulu achever cette Campagne
avec leur Libérateur. Ainfi ce
font plus de mille Efclaves qu'il
V
GALANT. 369
-
a retirez , fans qu'il ait employé
plus de deux cens Bombes des
Lix mille qu'il avoit portées.
C'eft dequoy mettre les Algériens
à la raiſon , s'ils ne faifoient
pas tout ce qu'il voudra . La fai
fon eft favorable , & il ne fçausoit
manquer de Vivres , puis
qu'on luy en envoye inceffame
ment de Toulon pour le refte
de l'année . Outre les Efclaves,
ils nous ont rendu deux Baftimens
, qui font déja arrivez à
Toulon. C'eft par là qu'ils ont
commencé la reftitution que cet
illuftre General leur fait faire
avec grande exactitude des Vaiffeaux
& Effets qu'ils nous ont
pris .
Tout ce qui regarde les Sou
verains va fi loin en peu de temps,
que vous fçaurez la mort de la
370 MER. GAL
Reyne , avant que ma Lettre
tombe entre vos mains . Cette
Princeffe n'a efté malade que
trois jours , & mourut hyer Vendredy
à deux heures apres midy,
auffi regretée , qu'elle eftoit aimée
de toute la France. Adieu ,
Madame , vous aurez fans faute
fur la fin du mois prochain La
Seconde Partie des Dialogues des
Morts , que vous trouverez une
tres digne Suite de la Prémiere.
Je fuis voftre & c .
A Paris ce 31. Juillet 1683 .
On s'eft trompé dans la Relation
du Voyage , à l'égard du
Commandant du Fort. Il eftoit
défendu par M le Duc de Villeroy.
2555-52522 SS22522
TABLE DES MATIERES
contenues dans ce Volume.
PRélude,
Vers au Roy fur la Converfion des Herétiques,
4
10
Cerémoniefaite à Montpellier,
Abjuration de trente-deux Perfonnes, 15:
Abjuration de Mademoiselle Paulet,
faire entre les mains de M. l'Archevefque
de Toulonse,
18
Autres Abjurations faites au Val-de-
Grace,
Lettre en Profe & en Vers,
19
23
Réception faite àAvignon à M.le Nonce
Ranucci, 36.
41
Les Sept Pechez mortels , Stances morales
, & galantes,
Grande Ceremonie faite à Grenoble , $8
Hiftoire veritable arrivée à Rheims ,
Imitation d'un Dialogue d'Horace, 98
Autre Imitation,
68
100
Amitation d'un Epigramme de Martial,
102
TABLE.
Mort de M. l'Evefque de Munster, 104
Mort de Madame la Préfidente Nicolaï,
Mortde M. Pagean,
Le Cygne mourant , Fable,
115
127
137
Cerémonie faite à l' Archeuefché, 149
Serenade donnée à Madame de Thian-
152
ge,
Mariage de M. le Marquis de Putange,
& de Mademoiselle de Grancey, 162
Sonnets,
Réjouifancesfaites A Mondidier,
167
Conversion, 171
174
Mort de M. de Mezéray , 176
Mort de M. Pean, 178
Mort de M. Boucher, 179
Mort de M. Godran de Chazans , 180
187
Suite du Traité des Phoſphores,
A Mademoiſelle de Scudery , fur l'Audiance
que le Roy luy a donnée,
Voyage du Roy,
200
202
Attaque de la Ville d'Alger , par l'Armée
Navale du Roy, 286
Madrigal à M. le Marquis du Queſnev
356
TABLE.
Noms de ceux qui ont expliqué la premiere
Enigme du Mois deJuin, 359
Noms de ceux qui ont expliqué la fe-
360
Noms deceux qui ont trouvé le Mot de
conde Enigme,
toutes les deux,
Enigme,
Autre Enigme,
362
365
366
Mortde M. le Bouchu , Confeiller d'Etat
, & Intendant de Bourgogne, 367
Arrivée de M. Colbert S. Mars , à
Toulon ,
Mort de la Reyne,
Avis pour placer les Figures.
L'A
368
370
'Air qui commence par L'aimable
faifon des Zephirs , doit regarder
la page 36.
La Veuë de la grande Place de Se
ville , doit regarder la page 162.
L'Attaque d'Alger, doit regarder la
page 306.
AVIS ET CATALOGVE
des Livres qui fe vendent chez
le Sieur Blageart.
Echerches curieufes d'Antiquité,
Rcontenues en plufieurs Differtations
, fur des Médailles , Bas - reliefs ,
Statues , Mofaïques , & Infcriptions
antiques, enrichies d'un grand nombre
de Figures en taille-douce. Inquarto.
Sentimens fur les Lettres & fur l'Hif
toire , avec des Scrupules fur le Stile.
Indouz.e.
Lettres diverfes de M. le Chevalier
d'Her. Indouze.
Nouveaux, Dialogues des Morts .
Indouze.
La Ducheffe d'Eftramene . Deux
Volumes indouze.
Le Napolitain , Nouvelle, Indonze..
L'Académie Galante. Indouze.
La Devinereffe, Comedie.
L'Artaxerce, avec la Critique.
Cent cinq Volumes du Mercure, avec
les Relations & les Extraordinaires . Il
y a fept Relations, qui contiennent
Ce qui s'eft paffé à la Cerémonie du
Mariage de Mademoifelle avec le
Roy d'Espagne.
Le Mariage de Monfieur le Prince de
Conty avec Mademoiſelle de Blois .
Le Mariage de Monfeigneur le Dau
phin avec la Princelle Anne - Chreftienne-
Victoire de Baviere.
Le Voyage du Roy en Flandre en
1680.
La Négotiation du Mariage de M. le
Duc deSavoye avec l'Inf. de Portugal .
Deux Relations des Réjoüiflances
qui fe font faites pour la Naiffance de
Monfeigneur le Duc de Bourgogne.
Il y a vingt-un Extraordinaires, qui
outre les Queſtions galantes , & d'érudition,
& les Ouvrages de Vers , contiennent
plufieurs Difcours , Traitez ,
& Origines, fçavoir.
Des Indices qu'on peut tirer fur la
maniere dont chacun forme fon Ecri
T
ture. Des Devifes , Emblêmes, & Revers
de Médailles . De la Peinture , &
de la Sculpture. Du Parchemin , & du
Papier. DuVerre. Des Veritez qui font
contenues dans les Fables , & de l'excellence
de la Peinture. De la Conteftation.
Des Armes , Armoiries , & deleur
progrés. De l'Imprimerie. Des Rangs
& Cerémonies : Des Taliſmans . De la
Poudre à Canon. De la Pierre Philo.
fophale. Des Feux dont les Anciens fe
fervoient dans leurs Guerres, & de leur
compofition. De la fimpathie, & de
l'anthipatie des Corps . De la Dance,
de ceux qui l'ont inventée , & de fes
diférentes efpeces . De ce qui contribuë
le plus des cinq fens de Nature à la fatisfaction
de l'Homme. De l'ufage de
la Glace. De la nature des Elprits fo.
lets , s'ils font de tous Pais, & ce qu'ils
ont fait. De l'Harmonie, de ceux qui
l'ont inventée, & de fes effets . Du fréquent
ufage de la Saignée . De la Nobleffe
. Du bien & du mal que la fréquente
Saignée peut faire. Des effets
·
de l'Eau minérale. De la Superftition,
& des Erreurs populaires. De la Chaffe .
Des Metéores , & de la Comnete apparuë
en 1680. Des Armes de quelques
Familles de France . Du Secret d'une
Ecriture d'une nouvelle invention , tres
propre à eftre rendue univerfelle, avec
celuy d'une Langue qui en réfulte , l'un
& l'autre d'un ufage facile pour la com
munication des Nations . De l'air du
Monde, de la veritable Politeffe , & en
quoy il confifte. De la Medecine. Des
progrés & de l'état préfent de la Medecine
. Des Peintres anciens , & de leurs
manieres. De l'Eloquence ancienne &
moderne. Du Vin. De l'Honnefteté, &
de la veritable Sageffe. De la Pourpre
& de l'Ecarlate , de leur diférence , &
de leur ufage. Dela marque la plus effentielle
de la veritable amitié. L'A
bregé du Dictionnaire Univerfel. Du
mépris de la Mort. De l'origine des
Couronnes, & de leurs efpeces. Des
Machines anciennes & modernes pour
élever les Eaux . Des Lunetes. Du Se
Ii
Juillet 1683.
cret. De la Converfation . De la Vie
heureufe. Des Cloches, & de leur antiquité
.
On fera une bonne compofition à
ceux qui prendront les cent cinq Volumes
, ou la plus grande partie. Quant
aux nouveaux qui fe debitent chaque
mois , le prix fera toujours de trente
fols en veau, & de vingt- cinq en parchemin.
Outre les Livres contenus auffi dans
ce Catalogue , on vend auffi chez le
Sieur Blageart toutes fortes de Livres
nouveaux, & autres . On nemarque icy
que ceux qu'il a imprimez, à la refervé
des Recherches d'antiquité , dont on
trouve chez tres -peu d'autres Librai
rés..
Il ajoûtera à ce Catalogue les Livres
nouveaux qu'il donnera de temps en
temps au Public.
On ne prend aucun argent pour les
Memoires qu'on employe dans le Mercure.
On mettra tous ceux qui ne defobligeront
perfonne, & ne blefferont point
la modeftie des Dames.
Il faut affranchir les Lettres qu'on
adreffera chez le St Blageart , Impri
meur- Libraire, Rue S. Jacques , à l'entrée
de la Rue du Plaftre.
Il fera toûjours les Paquets gratis
pour les Particuliers & pour les Libraires
de Provinces. Ils n'auront le
foin que d'en acquiter le port fur les
Lieux .
:
Ceux qui envoyent des Memoires,
doivent écrire les noms propres en ca
racteres bien formez.
On ne met point les Pieces trop difficiles
à lire.
On met tous les bons Ouvrages à
leur tour, & les Autheurs ne fe doivent
point impatienter.
Il eft inutile d'envoyer des Enigmes
fur des Mots qui ont déja fervy defujer
à d'autres.
On prie ceux qui auront plufieurs
Memoires, ou plufieurs Ouvrages à envoyer
en mefme temps , de les écrire
fur des papiers feparez.
On avertit que les Mercures qui s'im
priment en Hollande, & en quelques
Villes d'Allemagne , font fort peu correats
, & tronquez en beaucoup d'endraits,
FIN
On a donné depuis peu de jours au
Public, unLiore intitulé Converfion de
M Gilly,Miniftre de Baugé en Anjou ;
& de Mr Courdil , Miniftre de Chasteau
du Loir; Avec les Difcours qu'ils ont
faits dans le Synade de la Religion Pre
vendue Réformée, affemble à Sorges prothe
d'Angers , par permiffion du Roy,
touchant les raisons qu'ils ont euës de
fe réunir à l'Eglife Catholique.
Qualité de la reconnaissance optique de caractères
Soumis par lechott le