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1683, 04, t. 22 (Extraordinaire) (Lyon)
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Bibliothecæ quam Illuftriffimus
Archiepifcopus &Prorex Lugdunenfis
Camillus de Neufville Collegio SS .
Trinitatis Patrum Societatis JESU
Teftamenti
tabulis attribuit anno 1693 .
1
EXTRAORDINAIRE
DU MERCURE
GALAN T.
QUARTIER D'AVRIL 1683 .
TOME XXII.
DE
Led
LYON
VILA
Imprimé à Paris ; & fevend
A LYON ,
Chez T. AMAULRY , Ruë Merciere,
au Mercure Galant.
M. D C. LXXXIII.
AVEC PRIVILEGE DU ROT.
N donnera toûjours un Volunte
nouveau du Mercure Galant le
premier jour de chaque Mois , & on
le vendra , auffi -bien que l'Extraor
dinaire , Trente fols relié en Veau,
& Vingt-cinq fols en Parchemin.
A PARIS ,
Chez G. DE LUYNE, au Palais , dans la
Salle des Merciers, à la Juſtice .
Chez C. BLAGEART , Rue S. Jacques,
à rentrée de la Rue du Plâtre,
Et en fa Boutique Court- Neuve du Palais,
AU DAUPHIN.
It T. GIRARD , au Palais , dans la Grande
Salle , à l'Envie .
M. DC. LXXXIII.
AVEC PRIVILEGE DV ROI.
EXTRAORDINAIRE
DU MERCURE
GALANT.
QUARTIER D'AVRIL
TOME XXII.
THE FE
LYON
E commence cet Extraordinaire
par lafuite
du Traité des Couronnes
dont vous
>
avez veu le commencement
dans le dernier, & que M³ Ger-
A
Q.d'Avril 1683.
Extraordinaire
main de Caën , qui en eft l'Autheur,
a divifé en deux Parties , n'ayant
pû renfermer en une feule , tout ce
qu'il a trouvé à dire fur cette vafte.
matiere.. Elles font fi longues toutes
deux , par la quantité de chofes curienfes
qu'il a ramaffées , qu'apres
que je vous auray donné la fin de la
premiere , je paſſeray à d'autres Ouvrages,
afin que chacun de ceux qui
m'ontfait la grace de m'en envoyer,
ait fujet d'eftre content. Ainfi, Madame
, vous n'aurez ce Traité entier
que dans les Extraordinaires fuivans.
Plus les Matieres font diverfifiées
dans ces fortes de Recueils,
plus la lecture vous en doit eftre
agreable.
du Mercure Galant. 3
25525-52255-525ZZZ
SVITEDE LA PREMIERE
Partie du Traité des Conronnnes.
E qui a efté
observé
par
l'Antiquité Payenne , dans
les Myſteres prophanes de fa fuperftition
à l'égard des Couronnes
, l'a auffi efté dans les Cerémonies
faintes de la veritable Religion
, tant de la Loy ancienne
que de la nouvelle . Nous apprénons
du 1. Livre des Machabées
Chapitre 4. que les Capitaines
du Peuple Hebreu firent préfent
auDieu des Armées, de quantité
de Couronnes , qu'ils firent
fufpendre au frontispice de fon
A ij
4
Extraordinaire
Temple , lors qu'ils en renouvellerent
la Dédicace , comme autant
de Monumens de leur dépendance
, Ornaveruntfaciem Tem.
pli Coronis aureis. Le mefme Livre
Chpitre 1. nous apprend encore,
que parmy les riches dépouilles
que l'impie Antiochus enleva du
Temple de Jerufalem , il y avoit
plufieurs riches Couronnes d'or ,
que les Princes Hebreux y
avoient fans doute confacrées à
Dieu en divers temps , apres
avoir conquifes fur leurs Ennemis.
Enfin nous apprenons du
Livre de l'Exode , que l'Arche
d'Alliance , la plus fainte & la
plus venerablePiece du Sanctuai
re , que la Table des Pains de
Propofition , l'Autel des Encenfemens
, & plufieurs autres Meules
du Mercure Galant.
S
bles facrez fervant au miniftere
du Temple , avoient chacun une
Couronne d'or pour ornement.
Nous lifons de plus dans Jofephe,
que le Grand Preftre & Souverain
Sacrificateur , portoit en de
certains jours fur fes Habits de
cerémonie , une Couronne d'or
à triple étage , de la forme que
cet Hiftorien la décrit dans fes
Antiquitez Judaïques , Hunc Corona
aurea triplici ordine circumdabat
, in qua fpectabantur caliculi
aurei , &c. L'Autheur du Livre
de l'Ecclefiaftique , parle en ter
mes pompeux & magnifiques de
cette Thiare facrée , ou triple,
Couronne Pontificale , lors qu'il
Pappelle , Gloriam honoris , opus
fortitudinis , oculorum defiderium,
& . Les autres Preftres portoient
A iij
6 Extraordinaire
"
auffi des Couronnes fúr leurs
teftes dans le Temple de leur miniftere
, moins riches toutefois,
& diférentes de celle du Grand
Preftre , puis que felon Lyranus,
fur le 39. Chapitre de l'Exode,
ces Miniftres n'en portoient
qu'une chacun fur leur Mitre, qui
n'eftoit mefme que de Lin en
forme de Diadéme. Il fe fonde
fur ce paffage du mefme Chapitre
de l'Exode , Facies és tunicas
byfinas opere textili , &filius , &
Mitras cum coronulis fuis ex biffo.
Enfin les Preftres non feulement
eftoient couronnez chez les Hebreux
mais fi l'on en croit les
Autheurs dont parle Lorinus, en
fes Commentaires fur les Actes
des Apoftres Chapitre 14. les
Victimes que l'on offroit à Dieu
du Mercure Galant.
7
en Sacrifice l'eftoient auffi , &
nommément celles qui eftoient
immolées aux Feftes de Pafques,
que l'on couronnoit de Fleurs
& de Rameaux , dans le temps
qu'on les préfentoit au Temple
pour y eftre facrifiées . Tous ces
témoignages prouvent aſſez , ce
me femble , l'afage des Couronnes
dans les Cerémonies de la
Loy ancienne , & font voir que
Tertullien s'eft trompé , lors qu'il
a dit dans fon Livre de la Couronne
du Soldat Chapitre 9. qu'il
ne trouve point dans l'Ecriture
qu'aucun Patriarche , ny Prophete
, ny Preftre , ny Lévite,
ait efté couronné , & qu'il ne
croit mefme
pas le Temple
du Seigneur , l'Arche du Teftament
, le Propitiatoire , l'Autel ,
que
A iiij
8 Extraordinaire
ny le Candelabre , fuffent parez
en aucune forte de cet Örnement.
Voicy fes paroles. Quis
denique Patriarchés , quis Prophetés,
quis Levités , aut Archon invenitur
coronatus ?Puto nec ipfum Dei Templum
, nec arca Teftamenti , nec Tabernaculum
teftimonij , nec Altare,
nec Candelabrum, &c.
Pour ce qui regarde la Loy
nouvelle , je veux dire l'Egliſe
Chreftienne , on ne fçauroit nier
que les Couronnes n'y ayent efté
pareillement en ufage de toute
antiquité , car quoy qu'il fem.
ble qu' elle fe foit abftenuë de
tout Ornement dans les premiers
temps de la publication de
l'Evangile , foit dans la Décoration
de fes Autels , foit dans la
Veſture de ſes Miniſtres , pour
du Mercure Galant.
ne point paroiftre fimbolifer
avec la fuperftition payenne qu'-
elle venoit détruire , où l'ufage
des Couronnes eftoit univerfellement
étably , il eſt certain qu²-
elle ne fut pas longtemps dans
cette fcrupuleufe retenue , &
qu'ayant crû pouvoir avec toute
forte dejuftice appliquer au culte
du vray Dieu ces marques d'honneur
, que l'aveugle Gentilité
avoit injuftement appropriées au
fervice de fes fauffes Divinitez,
elle ne tarda guére auffi à les
prendre. Cela paroift par le témoignage
de S. Auguftin , dans
la defcription qu'il fait fort au
long au 22. Livre de la Cité de
Dieu , de la Cerémonie obſervée
à la Tranflation des facrées Reliques
de Saint Efſtienne ; par ce10
" Extraordinaire
luy de S. Jerôme , dans les louan .
ges qu'il donne à Népotien dans
fon Epiftre à Héliodore pour le
foin que ce pieux Ecclefiaftique
avoit d'orner les Eglifes , & de
parer les Autels , & les Tombeaux
des Martyrs aux jours de
leurs Feftes , avec des Couronnes
& des Feftons de Fleurs ; &
encore par celuy de S. Paulin
Evefque de Nole , & Contemporain
de ces deux grands Docteurs
de l'Eglife , qui prouve manifeftement
cet ufage dans fon
doce Poëme fur la vie & la mort
de S. Felix Martyr , Livre 3. Le
venerable Bede , dans fon Hif
toire d'Angleterre Livre 1. Chapitre
20. écrit que c'eftoit une
coûtume fort ancienne dans l'E
glife , d'attacher des Couronnes
du Mercure Galant. I
contre les Murailles
des Temple
, & au deffus des Autels , &
mefme d'en orner les Images aux
Feftes les plus folemnelles
de
Pannée. Métaphrafte
témoigne
dans la vie de S. Severian , que
l'on couronnoit
les Sepulchres
&
les Chaffes où étoient renfermées
les Reliques
des Martyrs . Zo
nare raporte que l'Empereur
Leon , furnommé
Porphirogenete
, ayant eu l'impieté
d'enlever
une Couronne
d'or pleine de
Diamans , de Rubis , & d'Eſcarboucles
, que l'Empereur
Heraclius
avoit confacrée
à Dieu , &
dont l'on avoit couronné
une
riche Statuë repréfentant
le Sauveur
du Monde dans le Temple
de Sainte Sophie , il ne l'eut pas
plutoft mife fur fa tefte , qu'il s'y
12
Extraordinaire
fentit attaqué d'une douleur intolérable
, avec des charbons ou
puftules enflâmées , qui luy pararent
le long des temples & du
front , luy faifant une autre efpece
de Couronne , & qui luy
cauferent une fievre furieuſe qui
l'emporta en tres peu de temps.
Ce dernier témoignage fait voir
évidemment que la coûtume eftoit
dans l'Eglife d'offrir à Dieu
des Couronnes précieuses , & que
les Princes Chreftiens faifoient
gloire d'honorer fes . Temples
de ces auguftes marques ' de
leurs foûmiffions envers celuy
qui eftoit leur Souverain . C'eſt
ce qui porta le grand Conftantin
à faire préſent de fon Diademe
Impérial au Rédempteur
de tous les Hommes , pour eftre
du Mercure Galant.
13
1
J
1
}
fufpendu devant un de fes Autels
, dans la principale Eglife de
la Nouvelle Rome. Maurice ,
un de fes Succeffeurs , fit la mef
me chofe du fien dans l'Eglife
dediée à la Sageffe Eternelle en la
mefme Ville ; & Clovis , le premier
Chreftien de nos Roys , en
voya felon Flodoard , & Phi
lippe de Bergome , une Couronne
éclatante d'or & de Pierre.
ries à Rome , pour y eſtre ſuſpen .
duë devant l'Autel dedié à Dieu ,
fous l'invocation des Princes des
Apoftres. L'Empereur Henry
fit préfent à l'Eglife de Cluny,
d'une Couronne d'or , & d'un
Monde d'or , enrichy de Diamans
& d'autres Pierres précieufes,
& le Pape Zacharie donna
à l'Eglife de S. Pierre de Rome,
f
14
Extraordinaire
une grande Couronne d'argent,
chargée de Dauphins , du poids
de fix vingts livres , comme le té ,
moigne Anaſtaſe le Bibliothequaire
en la Vie de ce Pontife,
Item fecit Coronam de argento puriffimo
cum Delphinis ex proprio,
penfantem libras centum vinginti.
L'on peut voir encore quantité
d'exemples pareils dans les Annales
de Baronius , que je paffe
fous filence , pour venir au témoignage
de Lazius , Autheur
affez renommé , qui dans le 9.
Livre de fes Commentaires fur la
République Romaine Chapitre
19. décrivant la forme des diverſes
Figures des fauffes Divinitez
qui ornoient les Temples
des Gentils , dit qu'ils avoient
coûtume de leur mettre fur la
du Mercure Galant.
15
tefte , ce que l'Eglife a mis depuis
fur celle de fes Images ; fçavoir,
un Cercle de Cuivre , ou autre
Métal diademé par deffus,
qui leur entouroit le Chef, & le
Couvroit à la maniere d'une Couronne
fermée à l'Impériale ; coû
tume qui ne fut pas longtemps
fans eftre prife par les Chreftiens,
qui ne virent pas plutoft l'Eglife
paifible , qu'ils commencerent
auffi d'orner les Statues & les
Images des Martyrs , & des autres
Saints , avec de femblables Couronnes.
Voicy fes paroles. Cum
aheneafphæra ftatua ; ut hodiefimulacrba
Sanctorum exprimuntur ; fupra
quorum capita circulusfemispha-
ES ram referens nestebatur , quod &
ipfum erat coronationis ftatuarum
la genus , à Chriftianis poftomodum
t
16 Extraordinaire
•
receptum, &fimulachris qua Martyri.
bus & Sanctis Dei ob merita in Reli
gionem ponebantur, impofitum. L'E.
glife a trouvé à propas de mettre
cet Ornement fur la tefte des
Saints , tant pour repréſenter la
Couronne de gloire qu'ils poffedent
dans le Ciel , que pour marquer
leur victoire , car il eft vray,
comme dit Pafchal Livre 2. des
Couronnes , Chapitre 9. que l'on
couronnoit autrefois ceux qui
apres une longue Navigation ,
abordoient heureusement
Port , comme des Vainqueurs
de la fureur des Flors , & de la
violence des Vents , en leur mettant
fur la tefte une Couronne
qui s'appelloit la Couronne de
falut , Corona falutis ; à combien
plus forte raiſon doit- on couronau
du Mercure Galant.
=
1
ner les Saints , qui ont fi vaillam.
ment combatu , & fi glorieuſement
furmonté les tentations de
cette vie ? C'est pour cela que
l'Eglife couronne leurs Images ,
ne les pouvant couronner euxmefmes
, d'une Couronne qu'on
peut appeller Coronafelicitatis , la
Couronne de felicité , qui marque
, pour parler dans les termes
du Prophete Ifaïe , Coronam gloria,
Diadema fpeciei , la Couronne
de gloire , le Diademe de beauté
& de fplendeur , dont ils brilleront
éternellement dans le
Ciel .
L'Eglife fe fervoit encore des
Couronnes pour des Nouveauxbaptifez
, les couronnant autrefois
apres leur Baptême, de Guirlandes
de Myrthe , de Palme , ou
Q.d'Avril1683.
B
1
18 Extraordinaire
5
de Fleurs , comme il eft porté
dans la defcription des cerémonies
obfervées par les Abyffins,
& les autres Chreftiens Orientaux
dans ce Sacrement , & dans
celuy de la Confirmation &
comme on le peut voir chez Severe
Alexandrin , dans fon docte
Traité des Cerémonies du Bap
tême ; & c'eft de là qu'on peut
dire qu'eft venu l'ufage du Crêmeau
, dont on couvre la reſte
des Enfans au Baptême . Il
roift par le témoignage de S. Au
guftin , que les Nouveaux - baptifez
portoient anciennement
cette forte de Couronne , ou Ornement
de teſte, auffi bien que la
Robe blanche , pendant les huiť
premiers jours qui fuivoient ce
Luy de leur Baptême . Voicy de
padu
Mercure Galant.
19
quelle maniere il en parle dans
fon 160. Sermon du temps, Chapitre
2. Hodie octava dicuntur infantium
, revelanda funt capita corum
, quod eft indicium libertatis.
Pour ce qui regarde les Prélats
, & les autres principaux Miniftres
de la mefine Eglife , on ne .
peut douter qu'ils n'ayent eu pa
reillement l'ufage des Couronnes
, dés le commencement meſme
de la publication de l'Evangile
, puis que fi l'on en croit Po
licrate , Evefque d'Ephefe , qui
vivoit dans le deuxième Siecle,
S.Jean l'Evangeliſte fon Préde.
ceffeur s'en fervoit dans les fon-.
ctions facrées de fon Miniftere,.
& portoit pour marque viſible
de fa dignité Epifcopale une
Couronne d'or en forme de Dia-
B. ij
20 Extraordinaire
deme , ou de Cercle , fur lequel
eftoient gravez en gros caracteres
les mefmes mots que portoit la
Lame d'or , qui couvroit le front *
du Souverain Pontife des He
breux , Sanctum Domino . C'eſt ce
que raporte ce Prélat dans l'Epitre
qu'il écrivit au Pape
Victor , où parlant de ce bien aimé
entre les Apoftres , il dit , His
accedit Foannes qui fupra pectus Domini
in Cena recubuit , qui Sacerdos
fuit , qui Laminam auream gef
tavit , &c. S. Epiphane Héréfie
29. & 78. & S. Jérôme dans fon
Hiftoire des Ecrivains Ecclé.
fiaftiques , rapportent la meſme
chofe apres S. Clément & Eufebe
, de l'Apoftre S. Jacques
premier Evefque de Jerufalem,
voulant qu'il fe foit ſervy d'une
du Mercure Galant. 21
pareille Couronne dans la celébration
des divins Myſteres ; ce
qui n'a pas efté fi particulier , dit
Baronius , à ces deux Apoftres,
qu'on ne le puiffe auffi appliquer
à tous les autres , qui ont pu
avec juftice s'approprier l'ufage
de ce Royal Ornement , pour
marquer que le Sacerdoce Royal
d'Aaron avoit paffé à leurs Perfonnes
apres avoir premierement
paffé en celle du Sauveur du
Monde , le fouverain & le veri.
table Prêtre felon l'ordre de Melchifedec
. Il eſt à croire que leurs
Succeffeurs ne manquerent pas
autant qu'ils le pûrent , de pratiquer
la mefme chofe à leur
exemple. On le peut probablement
conjecturer , tant de ce.
que raporte Ammian Marcellin
22 Extraordinaire
.
quand il dit dans fon 19. Livre
qu'un certain Mafcizel Tyran
d'Afrique , voulant rentrer en
grace avec l'Empereur Théodofe
, contre lequel il s'eftoit révolté
, luy renvoya parmy les
fignes militaires la Couronne Sacerdotale
,dont il s'eftoit emparé;
que de ce que dit Eufebe dans le
Panegyrique qu'il adreffe , aux.
Prélats de l'Eglife , & qui fe trouve
dans le ro. Livre de fon Hif
toire Chapitre 4 A quoy l'on
peut ajoûter ce qu'écrit le Poëte :
Ennodius , parlant des Ornemens
Sacerdotaux , dont S. Am.
broiſe avoit coûtume de fe veſtir.
dans les Offices divins.
Serta redimitus geftabat lucida
fronte,
Diftinctâ gemmis ; øre parabat
apus ..
du Mercure Galant.
23
L'ufage de cette Couronne
Sacerdotale qui paroift en quelque
façon , felon ces Autheurs,
avoir efté commun dans les premiers
Siecles de l'Eglife à tous les
Evefques , qui en font à propre
ment parler les premiers Preftres,.
fe réduifit peu à peu dans la fuite
à la feule Perfonne du Pontife de
Rome , comme au feul Souve.
rain Preftre , & Chef unique de
tous les autres , les Papes feuls
en cette qualité , qui ne leur peut
eftre légitimement conteſtée,
ayant retenu comme par pécipur,
la glorieuſe prérogative de porter
ce royal Ornement , foit que,
felon Théodore Balſamon , Patriarche
d'Antioche , le privilege
leur en ait efté accordé , ou plutoft
confirmé par le grand Con
24
Extraordinaire
•
ftantin , lors qu'il donna au Pape
Silveftre & à tous fes Succeffeurs
, l'Empire Occidental , confiftanten
la Ville de Rome & en
toutes les Provinces & les Villes.
de fon reffort , au moins pour ce
qui eft renfermé dans l'Italie,
avec le pouvoir de porter le Diademe
en teſte à la façon d'un
Empereur ; foit qu'ils foient redevables
de cet honneur à la
pieufe libéralité de nos Roys, par
le don que le grand Clovis , à la
perfuafion de S. Remy , en fit au
Pape Hormifda , lors qu'il luy
envoya , dit le Sçavant Hincmar
Archevefque de Rheims , la Cou
ronne d'or enrichie de Pierreries ,
de laquelle nous avons déja parlé
, que ce religieux Prince avoit
vouée à S. Pierre , & dont ce
Pape
du Mercure Galant.
25
り
I
2
}
Pape fit fon Ornement de tefte,
& l'appella par excellence Regnum
, foit enfin comme l'écrit
Anaftafe le Bibliothequaire, dans
la Vie de Gregoire II . que les
Papes tiennent cette prérogative
de la pieté de Charlemagne , à
quil'on peut dire que le Saint
Siege a l'obligation toute entiere
de la meilleure partie du Domaine
qu'il poffede , tant par la ratification
que ce grand Prince fit
de la Donation que le Roy Pepin
fon Pere avoit faite à l'Eglife
Romaine de l'Exarcat de Ravenne
, & de la Marche d'Ancone
, que par la Donation qu'il
fit auffi de fon chef à la meſme
Eglife de toute la Sabine , & des
Duchez de Spolete , & de Bene
vent , aufquels il ajoûta encore
2.d'Avril1683.
C
26
Extraordinaire
quantité de riches Préfens , qu'il
fit à la Bafilique de S. Pierre , par-,
my leſquels eftoit une Couronne
d'or enrichie de grandes Pierres
précieufes , du poids de cinquante-
cinq livres.Tant de Biens
& d'honneurs , & la poffeffion
effective de tant de riches Pro
vinces , obligerent les Papes de
prendre pour marque de leur
double Souveraineté , & fpiri
tuelle & temporelle , la Cou
ronne Royale , que les Italiens
appellent il Regno , ne portant auparavant
qu'un fimple Diademe,
ou Cercle d'or à l'entour de leur
Thiare ou Mitre . Et de fait , fi
l'on en croit le P .. Pierre de
S. Romual Feuillant , dane
le
fecond Tome de fon Tréfor Cro.
nologique , le premier de tous les
du Mercure Galant. 27
de
Papes qui fe foit fervy de la Cou
ronne enfuite de cette Donation ,
c'eft Nicolas I. furnommée le
Grand , qui vivoit du temps
l'Empereur Charles le Chauve.
Boniface VIII . au raport du mel
me Autheur , ajoûta une feconde
Couronne à la premiere ; & enfin
Urbain V. qui vint 60. ans apres ,
en prit encore une troifiéme , les
mettant toutes trois par divers
étages fur fa Mitre , donnant le
nom de Thiare à ce triple Diadéme
, qui porte fur fon fommet
un Globe , & une Croix d'or &
de Pierreries , avec deux Pendans
au derriere du bas de la
Thiare, femez de Croifettes d'or.
Les raifons morales que l'on
donne ordinairement de cette
Triple- Couronne Pontificale, fe
Cij
28 Extraordinaire
lon Antoine Mazaron dans fon
Traité De tribus Pontificiis Coronis,
font celles qui fuivent ; l'une,
que les Papes font au deffus de
tous les Roys de la Terre , pour
le fpirituel , & par cette raiſon
ils portent une Thiare à trois
Couronnes , que l'on veut avoir
du raport aux trois Lettres Capitales
qui eftoient figurées fur la
Lame d'or , qui couvroit le front
du Souverain Pontife des Hebreux
, & qui formoient le nom
admirable de Fehova , qui marquoit
l'univerfalité de toutes
chofes , fignifiée par le nombre
ternaire ,fuivant cet Anxiome du
Philofophe , Triafunt omnia , ideft,
prima omnia ; l'autre, que les Papes
font revétus de trois eminentes
qualitez,fçavoir de Gand
du Mercure Galant. 29
Sacrificateur , de Souverain Juge
en ce qui regarde les chofes de
la Foy, & de fupréme Légiſlateur
des Chreftiens ; & la derniere
, que le Pape renferme en
fa Perfonne les trois plus hauts
degrez de l'Eglife Catholique,
eftant tout enſemble , comme dit
Bellarmin , Evefque , Archevefque
, & Patriarche . Enfin certain
Poëte, moralifant à fa mode
fur ce fujet , apporte une qua
triéme raiſon , dans l'allufion ingénieufe
qu'il fait de cette triplet
Couronne du Souverain Pontife,
à la triple Croix que porte fon
Bafton Paftoral ; ce qu'il renferme
dans ce Diftique qu'il adreffe
au Pape Gregoire.
Cur tibi Crux triplex , Gregori , tri.
plexque Corona eft?
}
Cij
30
Extraordinaire
Annefuamfequitur quæque Corona
Crucem?
Les Couronnes Royales qui
parent la tefte facrée des Souverains
, n'ont pas toûjours eu la
mefme forme qu'elles ont préfentement.
Celles dont les Roys
fe fervoient autrefois , reffem.
bloient pour la plupart à des
rayons de lumieres , à la maniere
de celles que l'on mettoit ordinairement
fur la tefte des Simulachres
d'Apollon , lefquelles eftoient
compofées d'un Cercle
d'or , orné tout autour de douze
pointes ou rayons dreſſez en haut,
& enrichies de Pierres précieufes
, comme le témoigne Sené.
que dans fon Hercule furieux
Acte 1. & apres luy Martian. Capella
1. 1. Nupt. Solis auguftum cadu
Mercure Galant.
31
put radiis perfufum , circumactumque.
Outre que l'antiquité de
l'ufage de ces Couronnes rayonnées
, fe juftifie affez
par l'inf
pection des Médailles anciennes,
comme entr'autres celles des
Rhodiens dans leurs Monnoyes;
celles des Empereurs Romains;
comine les Médailles de M. Antoine
, de Galien , de Probus,
d'Aurelien , de Trajan , de Plautius
, d'Adrien , de Conftantin ,
& d'une infinité d'autres , qu'on
peut voir chez chez ceux qui
ont fait une curieufe recherche
de ces fortes d'Antiquitez. Cela
fe
prouve encore plus manifeſtement
par le témoignages de nos
plus graves Autheurs . Virgile
en parlant de l'ajustement du
Roy Latin , lors qu'il alloit pour
C iiij
32
Extraordinaire
eftre le Spectateur du Combat
entre Turnus & Enée , luy donne
une Couronne toute brillante de
rayons d'or. Suétone dans la
Vie d'Augufte , témoigne que
cet Empereur en portoit quel
quefois une pareille à celle de ce
Roy ; & Velleius Paterculus le
confirme dans le 2. Livre de fon
Hiftoire , difant que ce Prince fe
fit voir une fois à fon Entrée
triomphante dans Rome , por
tant für fa tefte une Couronne
d'or , fleuronnée de rayons &
de croiffans , pareille à celles
que l'on donnoit aux Statuës du
Soleil , & de la Lune ; Cum intraret
urbem Solis orbis fuper caput ejus
curvatus æqualiter veluti Coronam
tanti mox viri capiti imponens , &
Coronas diftinctas Solis ac Lune
du Mercare Galant.
33
fpecie , & . Le melme Suétone en
dit autant de Caligula , Pline le
jeune , de Trajan , Florus , de
Jules-Céfar ; Claudien , de Pom
pée , Stace , de Domitien ; Silius
Italicus , de fon Fils ; & Ammian
Marcellin, de Maximien . S. Pier.
re de Chryfologue dans fon Sermon
20. attribue une femblable
Couronne aux Roys de Perfe,
lors qu'il dit , Ne fimus ut Perfarum
Reges , qui fubjecta nunc pedibus
fuis fphæra , ut polumfe calcare
per vices mentiantur , nunc radiato
capite , nefint homines , Solis refident
in figura , &c. La raifon pour
laquelle les Roy anciens , & les
Empereurs , fe plaifoient à emprunter
cet Ornement du Prince
des Aftres , eftoit peut - etre afin
de marquer qu'ils eftoient com
34
Extraordinaire
me les petits Dieux , & les Soleils
des Peuples qui dépendoient de
leur puiffance , comme l'Aftre du
jour l'eft de tous les autres Aftres
qui participent à fes lumieres.
Quoy que ces Couronnes rayon.
nées, paroiffent avoir eſté les plus
en uſage chez les anciens Monarques
, il faut pourtant reconnoiftre
qu'il y en avoit encore de
plufieurs autres fortes. Nous ap .
prenons d'Alexandre Napolitain
, que les premiers Roys d'Egypte
portoient pour Couronne
un Cercle d'or , fcuronné de
diverfes figures d'Animaux , tantoft
de Lions , de Loups , ou de
Taureaux , tantoft de Dragons,
ou d'Afpics tantoft de Feuilles
d'Arbres , ou de Fleurs , & tantoft
de diverfes Plumes d'Oi
du Mercure Galant.
35
feaux , comme le veut Pierius
dans le 41. Livre de fes Hieroglyphes.
Ceux des Juifs , felon l'opinion
de Hamer. Novefian . in cap. 14.
Genef. portoient une Couronne
d'or maffif, dont le Cercle eftoit
tout émaillé de Saphirs & d'Hyacinthes
, furmonte d'Etoiles tout
autour , & portant fur fon com.
ble un Cherubin qui tenoit
d'une main, un Soleil brillant , &
de l'autre un Rouleau d'or, fur
lequel eftoit figuré le nom de
Dieu . Quelques Interpretes raifonnant
fur cette mystérieuse
Couronne , difent que l'or incorruptible
qui en faifoit le corps ,
marquoit la fainteté inaltérable
dont un Prince doit eſtre revétu;
que les Saphirs & les Hyacintes
36
Extraordinaire
qui regnoient à l'entour , déno
foient la nobleffe de fes affetions
, qui doivent bien moins
s'attacher à la Terre , que s'éle-·
ver vers le Ciel figuré par les
Etoiles, & par la couleur celefte de
ces Pierreries ; & qu'enfin le Che
rubin , qui fignifie la plénitude
de la Science , eftoit pour luy apprendre
qu'il doit fe rendre fça .
vant dans tout ce qui dépend de
fa Charge , & particulièrement
dans tout ce qui regarde la gloire
& les intéreſts de Dieu , dont il
doit faire connoiftre & adorer le
faint Nom dans tout les Etats qui
relevent de fon Domaine , de la
mefme maniere que le Soleil répand
fes lumieres fur tout l'Univers
qui eft foumis à fes Influences.
du Mercure Galant.
37
en
Les Rabins donnent un autre
forte de Couronne à Solomon .
Ils disent que ce plus Sage de
tous les Monarques , ne fe contentant
pas de la Couronne que
le Roy David ſon Pere luy laiffa ,
& qu'il avoit conquife fur Hannon
Roy des Ammonites ,
fit faire une autre dés le commencement
de fon Regne , qui
eftoit composée d'un Cercle
d'or , chargé de Fleurs - de- Lys
au naturel, entrelaffées d'un Cor
don d'épines telles que
les produit
le Terroir de Judée , avec
cette Devife gravée à l'entour
en caracteres Hebraïques , Victo
ria amoris. Les Autheurs qui rapportent
cecy , appellent cette
Couronne Makeda , & ils ajoûtent
que ce fage Prince dit à
38
Extraordinaire
Reyne de Saba , qui luy deman
doit la raison de ces Lys & de ces
Epines mellées enfemble , que
Dieu avoit une confidération
toute particuliere pour les Fleurs--
de-Lys , & que c'eftoit pour cela
qu'il avoit ordonné à Moïfe
d'en orner les Vaiffeaux du Tem
ple ; que d'ailleurs par cette noble
Fleur , qui en élevant fa tige
au deffus de toutes les autres, eft
le fimbole de la Royauté , il
vouloit figurer une Vierge qui
naiftroit un jour de fa Race , dont
l'infigne pureté , jointe à fes autres
admirables vertus , auroit le
bonheur d'attirer dans fon chafte
fein le Roy de tous les Roys , qui
viendroit y prendre naiffance
dans le temps qu'il avoit déterminé
, & qui apres avoir beau
du Mercure Galant.
39
coup foufert , feroit enfin couronné
d'Epines , & endureroit la
mort pour obtenir une entiere
félicité à fes Peuples , par le mérite
infiny de fes foufrances. C'eft
ce que raporte le P. Dinet , dans
fon - Theatre François Livre 1.
Chapitre 16.
Les anciens Roys de Perfe,
portoient pour Couronne une
efpece de Thiare en forme d'un
long Bonnet finiffant en pointe,
& entouré d'un Cercle d'or par
le bas , ou bien en façon de Tour
rayonnée & crenelée par le haut,
parfemée d'Etoiles tout autour,
& chargée d'un ou de deux Diadémes
, comme le montrent les
Médailles mifes au jour par Golt
zius , avec deux Fanons ou Ban
des pendantes fur les épaules, pa
›
40
Extraordinaire
reilles à celles de la Mitre de nos
Evefques ; ou bien enfin , c'eftoit.
une forme de Chapeau , tel que
le dépeint Solérius dans fon
Traité De Pileo , compofé d'une
riche Etofe , & fourré de Peaux
précieuſes , portant ſur ſon tour
un Diadéme d'or , garny de plufieurs
petites Lunes ou Croiffans,
parce que la Lune cftoit le fim.
bole ordinaire des Perfes , felon
Q. Curce Livre 4. S. Pierre
Chryfologue attribuë cette derniere
forte de Couronne à ces
Monarques dont nous parlons,
quand il dit d'eux ; Nunc impofitis
fibi cornibus , quafi viros effe doleant
, effeminantur in Lunam . Sidonius
en fait auffi mention avant
luy , dans fon Poëme fecond , à
Authemius.
du Mercure Galant.
1
Flectit Achamenius Lunatum Perſa
Tiaram.
La Couronne que portent aujourd'huy
les Monarques de ce
grand Royaume , fuivant la pein
ture que nous en donne le Sieur
Chardin , dans fon Hiftoire du
Couronnement de Soleiman II.
Roy de Perfe , eft telle. C'eſt
un Bonnet plat , à peu près comme
le Mortier des Préfidens du
Parlement , qui s'étreffiffant peu
à peu vers le bas , porte en fon
milieu une pointe médiocrement
longue , & ronde par le haut en
forme de Bouton . Le fond en
eft de fin Drap d'or épais , fur
lequel eft couchée tout le long
da bord une Echarpe d'une Toi
le de Coton tres -fine tiffuë
d'argent , qui l'entoure à la lar-
Q. d' Avril 1683. D
7
42
Extraordinaire
geur de deux doigts en forme de
Turban . La pointe du tuyau qui
eft au milieu , eft chargée d'une
groffe applique de Diamans qui
la couvre toute. De cette applique
fortent plufieurs petites
chaînes de Pierreries , qui viennent
tomber for le Bonnet , lequel
en eft auffi tout couvert.
Tout à l'entour s'élevent des Ai.
gretes des plus belles Pierreries
de la Couronne , d'où l'on voit
fortir de petites Plumes de Héron,
& d'Oiseau de Paradis. Tour
le tour du Turban eft pareillement
chargé de Chaînetes attachées
aux Aigretes , qui ne font
composées que de Diamans , de
Rubis , & d'Emeraudes. Au devant
& juſtemement fur le front,
s'éleve une Aigrete beaucoup
du Mercure Galant.
43
plus grande & plus riche que les
autres , d'où pendent des Perles
& des Diamans , & du haut de
Jaquelle fortent trois tuyaux de
Pierreries , qui foûtiennent de
petites Maffes de Plumes de Hé
ron .
Cette Couronné , ou Taag,
comme cet Autheur dit que l'appellent
les Perfans , eft beaucoup
diférente de l'habillement de
tefte que porte l'Empereur des
Turcs , tant pour la richeffe, que
pour la figure. Cet ornement du
Grand Seigneur , que les Turcs
nomment Turban , Tulban , ou
d'Hulbant , felon le mefine Autheur
, n'eft autre chofe qu'un
grand Bonnet double vuide par
le dedans , & couvert par le dehors
d'une fine Toile de coton
Dij
44
Extraordinaire
plus blanche que la neige . Il eft
enflé en rond par le moyen d'un
fil d'archal qui le tient tendu de
cette forte, il eft orné & enrichy
aux deux coftez de deux tres - ri
ches Enſeignes de Diamans &
d'Efcarboucles , d'où fortent
deux ou trois touffes de Plumes
de Héron noires, & d'où pendent
de groffes Perles , avec des Croiffans
de Pierreries , eftant au furplus
chargé de deux Chaînetes
de mefme matiere , quifont
attachées aux deux Enſeignes de
Diamans, qui traverſent de l'un
à l'autre fur le devant du Turban.
Les premiers Empereurs Ro .
mains de la Race des Céfars , ne
pient , comme nous avons
ja dit , ny Diademe ny Coudu
Mercure Galant.
45
ronne , de peur d'eftre foupçonnez
d'affecter la Royauté ; & s'ils
en portoient quelquesfois , comme
dans les Cerémonies
du
Triomphe , ce n'eftoit feulement
que de Laurier , foit à caufe que
la Couronne triomphale
en devoit
cftre compofée
, foit pour la
croyance qu'ils avoient que les
feuilles de cet Arbre n'eftoient
jamais frapées du Foudre de Jupiter
, qui feul eftoit capable de
leur donner de la terreur . Mais
ils ſe défirent peu à peu de cette
crainte fcrupuleufe
; & Héliogabale
fut celuy , dit Lampride ,
qui paffant par deffus , porta le
premier de tous une Couronne
d'or fleuronnée , fur fon Cercle
de. Rofes de Diamans & d'autres
Pierres précieuſes ; en quoy l'on
46 Extraordinaire
ne voit pas clairement qu'il ait
efté imité par aucun de fes Succeffeurs
, jufqu'à l'Empereur Aurélien
, qui ayant repris cet Or.
nement royal , donna lieu à tous
ceux qui tinrent l'Empire apres
luy,de le prendre à fon exemple.
Codinus dans fon Traité des
Offices de la Cour de Conſtantinople
, dit quedes Empereurs de
la nouvelle Rome , portoient
certaines Couronnes faites en façon
de Chapeaux , qu'il appelle
Crinonia , parce qu'elles eftoient
ornées tout autour d'une espece
de Fleur-de- Lys rouge , que les
Grecs , au fentiment de Pline,
appellent Crinon , ou bien elles
s'appelloient Tetraphilla , parce,
dit Gretfer. L. 3. Comment. in Cod.
6.1.§. 8. qu'elles eftoient rehauf
du Mercure Galant.
47
fées de Fleurons d'or à quatre
füilles.
Les Empereurs d'Occident,
depuis Charlemagne leur Fondateur
& leur Chef, qui fit faire
une belle Couronne d'or enrichie
de Pierres précieufes , & rehauffée
de quatre grands Fleu
rons en Fleurs -de- Lys , ( elle fe
conſerve encor dans le Tréfor de
S. Denis ) ont toûjours porté la
Couronne , comme la plus augufte
marque de leur fupréme
dignité, mais il eſt à remarquer
qu'ils ne le font pas contentez
tous d'une feule Couronne ; car
fi l'on en croit Othon Evefque
de Frifingue , & Oncle de l'Empereur
Fridéric I. 1'Empereur
Commene fe fit couronner de
cinq Couronnes tout à la fois.
48
Extraordinaire
مج
La premiere eftoit pour le
Royaume de France , quoy
qu'il n'y poffedaft pas un pied
de terre la feconde , pour
celuy d'Allemagne , ou de Ĝermanie
; la troifiéme , pour celuy
de Lombardie , la quatriéme
, pour l'Empire d'Occident ;
& la derniere , pour le Royaume
d'Italie. Le Sieur d'Audiger,
dans fon Hiftoire de l'Origine
des François , dit que les Empereurs
d'Allemagne fe faifoient or
dinairement couronner de quatre
Couronnes , en quatre diférens
Lieux ; fçavoir à Aix la Chapelle
, comme Roys de Germanie
, à Arles , comme Roys des
Gaules ; à Munza ou Milan ,
comme Roys de Lombardie ; &
enfin à Rome , comme Empereurs
du Mercure Galant.
49
reurs d'Italie . It raporte à ce
propos ces fix Vers Latins de
Godefroy de Viterbe , qui vivoit
dans lepy ziéme Siecle , &
qui prouvent évidemment ce
qu'il avance.
Scribere vera volens quotfint loca
vera corona;
Quatuor Impery fedes video ratione.
Nomina proponam , ficut & acta
Jonant.
Primus Aquifgrani locus eft , pofthat
Arelati,
Inde Modoëtia regalifede locari,
Poftfolet Italiafumma Corona dari.
Mais toutes leurs Hiftoires
font foy , qu'à la réf.rve de la
Couronne d'Arles , dont ils ne
poffederent plus le Royame apres
le Traité d'Albert I. qui ceda au
Q. d'Avril 1683.
E
So
Extraordinaire
nom de l'Empire tous les droits
qu'il pouvoit prétendre fur ce
Royaume , en faveur de Philippes
- le- Bel , ils ontcojûjours con.
tinué jufqu'au dernier Siecle les
trois Couronnemens d'Aix la
Chapelle, de Milan, & de Rome,
fe faifant couronner dans la pre
miere de ces Villes , d'une Cou
ronne d'argent , dans la feconde,
d'une Couronne de fer ; & dans
la troifiéme , d'une Couronne
d'or.
Il ne fera pas hors de propos
de rapporter icy , d'où peut ve
nir cette Couronne de fer , que
les Empereurs avoient coûtume
de prendre à Munza , ou Milan .
Voicy felon Vignier , ce qui a
donné lieu à cet ufage. L'an 591,
Antharis, Roydes Lombards, ef
du Mercure Galant.
tant mort fans Enfans , & n'ayant
point nommé de Succeffeur , fes
Sujets s'affemblerent à Milan, Ca
pitale du Royaume de Lombar
die , afin de luy en nommer un,
& fe donner à eux mefmes un
nouveau Maiftre ; mais ne pouvant
s'accorder fur le choix , leurs
fuffrages fe trouvant toûjours
trop partagez , ils convinrent enfin
que Theodelinde , Veuve de
leur défunt Roy , Princeffe fort
vertueufe , & pour laquelle ils
avoient tous une finguliere affection
, demeureroit leur Reyne,,
& que celuy de la Nation qu'ellevoudroit
choifir pour fon Mary,
feroit auffi reconnu pour leur
Roy. Cet accord éftant arrefté
& figné par tous ceux qui avoient
droit à l'Election , fut enfuite
1
E ij
52
Extraordinaire
préfenté àThéodelinde, qui avất
quelque temps apres aflemblé
fon Confeil für cette affaire , dé.
pefcha enfuite un Courrier ex ,
prés à Aigulphe , Duc de Thurin
, parent de fon défunt Mary,
& eftimé de tout le monde pour
fa fageffe , & pour fa valeur , luy
mandant de venir à la Cour pour
conférer avec elle d'affaires d'im
portance , fans s'expliquer davantage
. Ce Duc qui ne penfoit
à rien moins qu'à eſtre Roy , la
vint auffi - toft trouver à Milan .
-Peu de jours apres fon arrivée , la
Reyne ayant fait apprefter un
fuperbe Feftin , y convia avec
Aigulphe , les plus qualifiez
de fa Cour. Vers le milieu du
Repas , Théodelinde prenant
une Coupe de Vin , en bût une
du Mercure Galant.
53
partie à la fanté d'Aigulphe , &
luy préfenta enfuite le refte , à la
mode du Païs , afin qu'il luy fift
raifon, Aigulphe ayant reçeu la
Coupe , fe leva , & s'eftant mis
genoux pour baiſer la main de
la Reyne avant que de boire à fa
fanté , elle luy préfenta la bou
che au lieu de la main , en luy difant
, Ce n'est pas la main qu'ilfaut
•que vous me baissez , mais la bouche,
puis que je vous ay choify pourpartager
mon Lit& mon Trône . Toute
I'Affemblée applaudiffant au ju
dicieux chois de la Reyne , changea
ce Régale au Banquet des
Nôces du Roy & d'elle , qui
couronna enfuite fon nouvel E.
poux d'une Couronne d'or , qu'
elle avoit fait entrelaffer d'un petit
Cercle de fer , afin de le faire
E iij
$4
Extraordinaire
1
fouvenir que l'honneur fupréme
où il fe voyoit élevé , n'eftoit ny
un droit de fa Naiffance , ny unprix
de fa Conquefte , ny une fa
veur de la Fortune , mais un effet
de l'amour fage & difcret de fa
Souveraine. Et c'eft de là , dit
cet'Autheur, qu'eft venue la Ce
rémonie qui ſe pratiquoit autrefois
, lors que les Empereurs prenoient
poffeffion du Duché de
Milan, où cette Action fe fit. Ils
s'y faifoient pareillement couronner
d'une Couronne de fer,
non pas qu'elle fuft toute com .
pofée de ce Métal , mais elle eftoit
ainfi appellée à cauſe qu'elle
avoit de petites Lames de fer à
fon fommet , tout le refte eftant
d'or , & fort enrichy de Pierreries.
*
du Mercure Galant.
Préfentement les Empereurs ,
au fentiment de Louis du May
dans fon Etat de l'Empire , ne fe
font plus couronner que de deux
Couronnes , dont l'une eft gar.
dée à Nuremberg , & peſe , à ce
que dit cet Autheur , quatorze
livres , & l'autre que l'on con.
ferve à Aix la Chapelle , qui n'eft
pas de la moitié fi pelante , &
toutes deux font de fin or. Au
refte les Empereurs ne vont plus
chercher de Couronne ny à Milan
, ny à Rome. Celle dont ils
fe fervent dans les Cerémonies ,
& qui fait le Timbre de l'Ecuf
fon de leurs Armes , eft auffi d'or,
enrichie de Pierreries en quantité
, couverte & rehauffée en
façon de Mitre à deux pointes,
ayant leur ouverture fur le front,
E iiij
$6
Extraordinaire
-
& au milieu un Diadéme qui s'éleve
en forme d'arc , ou de demy
cercle, portant fur fa cime un
Globe croifeté de Perles .
Nos anciens Roys ; dit l'Autheur
du Livre de la Science Héroïques
& mefme tous ceux de
la premiere Race , ne porterent
point de Couronnes , fe contentant
de fimples Cercles ou Diadémes
d'or , qu'ils mettoient fur
leurs Cafques ; & ce ne fut , à
proprement parler , qu'apres
I'Empereur Charlemagne que
l'ufage de la Couronne leur fut
plus familier ; mais celle dont
ils fe fervoient le plus ordinairement
, tant à leur Sacre , qu'en
d'autres Cerémonies , eftoit la
Couronne que ce grand Monarque
avoit fait faire, & de laquelle
44
du Mercure Galant.
57
nous avons déja fait mention.
Cette Couronne eft la premiere
que l'on met fur la tefte de nos
Roys le jour de leur Sacre , avant
que de les couronner de celle
qu'ils portent enfuite dans les
autres occafions. Celle - cy eft
d'or auffi -bien que l'autre , mais
elle a cela de particulier , qu'elle
eft fermée à l'Impériale , garnie
de huit hautes Fleurs - de. Lys ,
qu'elle a fon Cercle enrichy de
Pierreries, & qu'elle eft rehauffée
de huit Bandes ou demy Diade
mes , relevez & aboutiffans dans
le haut de la Couronne à une
double Fleur- de - Lys d'or , qui
eft le Cimier de France..
La Couronne des Roys d'Ef
pagne eft auffi fermée à l'Impétiale
, rehauffée de Fleurons , &
58
Extraordinaire
mes ,
couverte de huit demy Diadé
aboutiffans à un Globe.
croifeté. Celle d'Angleterre eft
fermée de mefme , & rehauffée
de quatre Fleurs - de - Lys , à caufe
de l'imaginaire prétention que
les Roys de la Grand'Bretagne
ont fur le Royaume de France,
& de quatre Croix faites comme
celles des Chevaliers de Malte,
à caufe du titre qu'ils prennent
de Défenfeurs de la Foy. Elle eft
de plus couverte de quatre demy
Diadémes , qui aboutiffent à un
Globe croifeté d'une pareille
Croix d'or. Celles de Pologne,
de Portugal , de Suede , & de
Dannemarc,ont peu de diférence
entr'elles. Elles font toutes Fleuronnées
, rehauffées , & fermées
d'une mefme maniere à quatre
du Mercure Galant.
59
demy Cercles , furmontez d'un
Monde d'or croiſeté.
La Couronne dont les Roys
de Hongrie ont tous efté couronnez
depuis Saint Ladiftas, fuivant
la peinture que nous en a
laiffée Mart. Fumée dans le Li.
vre 3. de fon Hiftoire de Hongrie
, eft une espece de Chapeau
ou Bonnet pointu , couvert de
Lames d'or toutes femées de Pier.
reries , & portant fur fa pointe
une Croix de mefme matieré . Cet
Autheur adjoûte que cette Couronne
a toûjours efté en tres .
grade venération dans ce Royau
me , parce que l'on y
tient par
tradition qu'elle a efté apportée
du Ciel par un Ange , lors du Sacre
de ce Saint Roy. On la croit
de telle neceffité pour le Cou
60 Extraordinaireronnement
de fes Succeffeurs,
qu'aucun d'eux n'eſt censé veritablement
Roy , ny pouvoir valablement
exercer les fonctions
qui dépendent de l'authorité
Royale , à moins qu'il n'en ait
efté couronné ; Abfque câ ·regno
legitimè potiri hand quaquàm poffe
putabatur , dit M' de Sponde dans
la continuation des Annales de
Baronius fur l'année 1458. C'eſt
ce qui obligea , dit ailleurs ce
fçavant Prélat , le Roy Matthias
d'employer toutes fortes de
moyens , pour retirer cette fatale
Couronne , de l'Empereur Fridéric
III. qui la gardoit depuis
24. ans fans la vouloir rendre;
car quoy qu'il y euft déja fix an ..
nées que ce . Prince avoit efté
éleu Roy de Hongrie , qu'il en
du Mercure Galant. 61
fuft mefme on poffeffion , & que
d'ailleurs il fuft affez aimé de fes
Sujets , neantmoins ils n'avoient
pas pour luy toute la foûmiffion
qu'ils eftoient obligez de luy rendre
, par la raiſon feule , qu'ils ne
luy avoient point veu cette Cou
ronne fur la tefte , mais enfin il
fit fi bien , tant par armes que
par prieres , que l'Empereur con.
fentit de la luy rendre , muis à des
conditions , qui quoy que dures
& onéreufes , ne laifferent pas
de fembler legeres à ces Peuples,
tant l'envie de ravoir ce précieux
Joyau , d'où ils faifoient dépendre
toute la fortune de l'Etat,
les poffedoit ; A qua regni incolumitatem
, ipfumque regnum pendere
exiftimabant. Ces conditions, felon
Bonfin L. 8. de fon Hiftoire, Dé.
62
Extraordinaire
"
cade 3. & 4. eftoient entr'autres,
Que le Roy Matthias fe qualifie
roit le Fils adoptif de Frideric;
Que s'il mouroit fans Enfans
mâles légitimes , le Royaume de
Hongrie retourneroit à l'Empe
reur , ou à celuy de fes Fils que
l'Affemblée des Etats auroit
éleu , Que l'Empereur auroit
ert aines Villes & Places fortes
dans l'enceinte de la Hongrie,
dont il auroit la Souveraineté,
avec Jurifdiction Royale , & le
titre mefme de Roy de Hongrie,
outre foixante mille écus d'or qui
Juy feroient pavez lors qu'il fe
défaifiroit de la Couronne qu'on
luy demandoit. Cet Accord fait
entre Frideric & Mathias , fut
ratifié par les Etats du Royaume,
enfuite de laquelle ratification ,
du Mercure Galant.
63
on envoya des Ambaffadeurs à
L'Empereur avec une fuite de
trois mille Chevaux ; la Cou
ronne leur eftant renduë , on la
rapporra en Hongrie , où elle fut
reçeuë avec toute la pompe & la
venération poffible , tout le mon
de fe profternant devant elle,
comme fi c'euft efté quelque cho
fe de divin , & fi. toft que le Roy
Matthias en eut efté couronné,
on la porta avec grande efcorte
dans le fort Chafteau de
Bude , où l'on mit une groffe Gar
nifon pour fa garde.
La Couronne des Ducs de
Savoye eft garnie de huit Fleu .
rons , & fermée par quatre demy
Cercles couverts de Perles, abou
tiffans à un Globe furmonté d'u .
ne Croix treflée , qui eft celle
64
Extraordinaire
de S. Maurice , ou de l'Ordre de
l'Annonciade. Ces Princes
por.
tent la Couronne fermée, à caufe
des prétentions qu'ils ont fur le
Royaume de Cypre , dont ils
prennent la qualité de Roys,
Celle des Grands Ducs de Tofcane
, a quelque chofe d'affez fingulier.
C'eft un Cercle d'or relevé
tout autour de plufieurs pointes
ou rayons , à la maniere de
celles des anciens Roys , dont
nous avons parlé . Ces pointes
font un peu courbées dehors , &
il y en a la moitié qui fe terminent
en petites Fleurs - de - Lys ,
par raport à celle que ces Princes
portent dans le milieu de leur
Ecu , par la conceffion de nos
Roys. Cette Couronne eft outre
cela , rehauffée de deux grandes
du Mercure Galant. 65
Fleurs - de- Lys d'or naturelles &
épanouyes , pareilles à celle qui
fert d'Armoiries à leur Ville de
Florence. Les Doges , ou Ducs
de Venife , portoient il n'y a pas
longtemps pour Couronne , un
Bonnet pointu à la Polonnoife,
dont le deffus eftoit de Drap
d'or , environné par le bas d'un
Cercle d'or enrichy de Pierreries,
avec deux Oreillettes , ou Pendans
aux deux coftez fur les
oreilles ; mais à préfent , ils por
tent une Couronne à la Royale.
La Couronne des Archiducs
d'Autriche , eft fermée en haut
d'un Bonnet rond d'Ecarlate , environné
par le bas d'un Cercle
d'or , relevé de huit hauts Fleurons
, & Diademé de deux demy
Cercles , tempeftez de Perles,
Q.d'Avril 1683.
F
66 Extraordinaire
aboutiffans à un Globe croiſeté
d'or , comme celuy des Empereurs.
La Couronne , ou plûtoft
le Bonnet des Electeurs , eft auffi
d'Ecarlate, rebraffé d'Hermines,
Diadémé d'un demy Cercle d'or
tout couvert de Perles , & exauffé
d'un Monde croiſeté d'or,
La Couronne des Princes du
Sang de France ( fans parler de
Monſeigneur le Dauphin , qui
eft un Diadéme d'or, rehauffé de
Fleur-de- Lys , & fermé à l'Impériale
par quatre Dauphins,
dont les queues aboutiffent à un
Bouton , qui foûtient une Fleurde-
Lys à quatre angles )´eft un
Cercle d'or Fleuronné de huit
hautes Fleurs- de- Lys , & enrichy
de Pierreries & de Perles. Les
autres Princes , & les Ducs auffidu
Mercure Galant. 67
bien qu'eux , portent la Couronne
d'or rehauffée de huit Trefles
ou Fleurons ; les Marquis , rehauffée
de quatre , leur entredeux
garny de douze groffes
Perles les Comtes , rehauffée
fur fon Cercle d'or de neufgroffes
Perles , les Barons ont un Cercle
d'or , émaillé , & environné de
trois tours de Perles enfilées, & c.,
;
. ז
Il n'eft pas hors de propos,
avant que de finir cet Article des
Couronnes
Royales , de dire encore
quelque chofe de certaines
Couronnes affez bizarres & particulières
, dont quelques Princes
fefont autrefois avifez de fe. parer.
Comme entr'autres
le Roy
Antigonus , qui prenoit plaifir
dans les plus auguftes Cerémonies
, comme dans la Reception
Fij
68 Extraordinaire
des Ambaffadeurs , dans les AL
femblées des Etats , dans fon Lit
de Juftice , & mefme dans les
Temples , de fe couronner de
Lierre , & de porter un Tirfe
au lieu de Sceptre ; ce qu'il faifoit
dans le deffein d'honorer
Bacchus. Plutarque dit qu'Age,
filaüs , Roy de Sparte , fe contentoit
d'une fimple Couronne
de Papier , qu'il portoit d'ordi
naire dans toutes fortes d'occafions
, pour marque de fa Royauté
; dequoy l'on fe doit d'autant
moins étonner, que felon le
raport d'Elian , ce Prince eftoit
fi peu curieux de l'ajustement de
fa Perfonne , qu'il n'avoit jamais
qu'un feul Habit pour fe veftir,
encore affez fimple , de forte que
quand il l'envoyoit au Foulon
du Mercure Galant.
69
pour le dégraiffer , il eftoit contraint
de garder la Chambre ,
parce qu'il n'en avoit point d'autre
à changer. Mariana, dans fon
Hiftoire d'Espagne L. 10. C. 9.
& d'autres Hiftoriens , écrivent
que Pierre , Roy d'Arragon , s'étant
acheminé à Rome à deffein
de s'y faire couronner par le
Saint Pere , felon la coûtume de
fes Anceftres ; & ayant entendu
dire par des Ennemis fans doute
du S. Siege , ou par des Gens qui
prenoient plaifir à le tromper,
que les Papes mettoient la Cou
ronne fur la tefte des Roys avec
le pied , ce Prince, pour ne point
s'expofer à une baffeffe fi indigne
de la Majefté Royale , s'avifa
de fe faire aprefter une Couronne
de Pain fans levain , dans la pensée
70
Extraordinaire
que pour le refpect qui eft deû au
Pain , le Souverain Pontife ne fe
ferviroit pas de fon pied , mais de
fes mains, pour la luy mettre fur la
tête.Quoy qu'il en foit de l'action
de ce Prince, que je croy fabuleu
fe, & entierement fuppofée, fi l'on
en croit l'Anualifte Roger , elle
n'eſt pas tout à fait fans fondement
, car cet Autheur , dans la
Vie de l'Empereur Henry V.
écrit que lors que ce Prince regent
du Pape Celeftin la Couronne
Impériale , avec l'Impératrice
fa Femme , ce Pontife eftoit
affis fur fon Trône , tenant une
Couronne d'or entre fes pieds , &
que l'Empereur profterné la face
contre terre , la reçeut en cette
forme des pieds de Sa Sainteté ,
ce que fit auffi l'Impératrice
; &
du Mercure Galant.
71
que l'un & l'autre demeurant
toûjours profternez , le Pape
frapant de fon pied la Couronne
de l'Empereur , la jetta par terre,
mais qu'incontinent les Cardinaux
la releverent , & la luy remirent
fur la tefte . C'eft ce que dit
Roger , à quoy le S ' de S. Lazare
dans le 24. Livre de l'Hiftoire
Romaine , ajoûte que le Pape
en ufa exprés de la forte à l'égard
de ce Prince , parce qu'eftant Fils
& Succeffeur d'un Empereur qui
avoit fi mal mérité de l'Eglife Ro
' maine , & qui l'avoit cruellement
perfécutée apres en avoir reçeu
mille bien faits , avec la Couronne
de l'Empire , il vouloit
le Fils s'imprimaft mieux dans
l'efprit que fon Pere n'avoit fait ,
les obligations qu'il avoit auffi .
que
72
Extraordinaire
bien que luy à cette mefme Eglife
, & ne les payaft pas d'oubly
& d'ingratitude comme luy ; &
voila pourquoy il trouva à propos
que fon couronnement fe fift
de cette maniere. Honédeüş ,
dans fes Croniques , dit queJean,
furnommé Sans - Terre , Roy
d'Angleterre, & dernier Duc de
Normandie , fut couronné lors
de fon Sacre , d'une Couronne
faire de Plumes de Paon , entrelaffée
ingénieufement avec de
l'or , qui avoit eſté envoyée à ce
deffein par le Pape Urbain III.
au Roy Richard fon Pere. Cela
ne me paroift pas toutefois trop
véritable ; parce que Mathieu
Paris, qui dans fon Hiſtoire d'Angleterre
décrit amplement la Vie
de ce Prince , parlant de fon
Couronnedu
Mercure Galant.
73
A
Couronnement à Londres , ne
fait aucune mention de cette
Couronne , quoy qu'il décrive
fort au long toutes les circonf
tances du Couronnement. Il en
5. parle encore moins dans la Def
cription de la Cerémonie qui fut
faite à Rouen lors de fon inftallation
au Duché de Normandie ;
au contraire, il dit pofitivement
que l'Archevefque & Primat de
cette riche Province mit fur la
tefte de ce nouveau Duc un
Cercle d'or fleuronné tout autour,
& rehauffé de quantité de
Rofes d'or d'un fingulier arti .
fice , qui eftoit apparemment la
Couronne ordinaire des Ducs
de Normandie. Voicy fes paroles
; Archiepifcopus memoratus, ante
majus altare in capite ejuspofuit cir-
Q. d'Avril 1683. G
74
Extraordinaire '
culum aureum , habentem in fummitate
per gyrum rofulas aureas artificialiter
fabricatas.
Il ne me refte plus rien à dire
fur le fujet des Couronnes Royales
, finon
que les Roys & les
2.
Princes ne fe font. pas contentez
de fe fervir de Couronnes , pour
en orner leurs Teftes facrées , &
fe diftinguer par ces auguftes
marques d'avec ceux que la Providence
a foûmis à leur autorité
Souveraine ; mais qu'ils les ont
encore prifes fouvent pour Symbole
& pour Devife . Parmy le
grand nombre d'exemples que
I'Hiftoire nous en fournit , je
n'en trouve point de plus ancienne
ny de plus mystérieuse
que celle que Pineda & quelques
autres Autheurs donnent
du Mercure Galant. 75
à Salomon. Ce fage Monarque,
felon eux, fit préſent à la Reyne
de Saba, lors qu'elle prit congé
de luy, d'un riche Anneau d'or,
dans le Chaton duquel eftoit
une Pierre précieuſe d'une valeur
inestimable , & fur laquelle paroiffoit
gravée, avec un merveilleux
artifice , la Devife ordinaire
de ce grand Prince . C'eſtoient
deux Couronnes, l'une d'épines,
& l'autre d'or , pofées l'une fur
l'autre , avec les mefmes paroles
tout autour, qui eftoient écrites
fur fa Couronne Royale , Victoria
Amoris , par lefquelles ces Autheurs
difent que Salomon vou
loit faire entendre à tous les Potentats
en general , & en particulier
à cette Princeffe, que pour
arriver au Temple de l'honneur,
G ij
76
Extraordinaire
& s'acquérir une place au Roy
aume de la gloire, il faut effuyer
une infinité de peines & de tra.
vaux , la Vertu n'eftant jamais
couronnée qu'apres avoir legiti
mement combatu & remporté
la victoire , fuivant ces paroles
de l'Apoftre ; Non coronabitur,
nifi qui legitime certaverit. Cette
Royale Deviſe me fait fouvenir
d'une pareille, qu'on dit eftre en
la Gallerie du Palais Royal à
Paris , & qui a beaucoup de raport
avec celle- cy , foit pour la
figure , foit pour le fens. C'eft
une Couronne d'Epines , qui en
a une autre de Laurier au deffus
d'elle , avec ces mots , Hac itur
ad illam.
La Devife que portoit Marie
d'Autriche , Reyne de Boheme
du Mercure Galant,
77
& de Hongrie, n'eftoit pas moins
pieufe que glorieufe . C'eftoit un
Tortis , ou Fefton de feuilles &
de fruits en forme de Couronne,
coupé par le milieu d'un Arc- en-
Ciel . Au deffus paroiffoit une
Couronne d'or , marquetée de
huit Etoiles brillantes , & furmontée
de quatre autres Couronnes,
dont les trois en mefme
ligne eftoient l'Impériale pour
le milieu , & les Royales aux
coftez , celle de Hongrie au
droit , & celle de Boheme au
gauche , & plus bas , comme
pour foubaffement, eftoit repréfentée
une Couronne d'Epines,
ornée des cinq Playes du Sauveur,
avec ces paroles autour ,
Sola fpesmea. Marie Stuart, Reyne
d'Ecoffe , mariée en premieres
G üij
78 Extraordinaire
F nôces à François II. Roy de
France , avoit pris du vivant de
ce premier Mary trois Couron
nes pour Devife, dont deux paroiffoient
plus proches que la
troifiéme qui paroiffoit dans l'éloignement
, avec ces mots,
Aliamque moratur. Par les deux
premieres , cette Princeffe vouloit
défigner celles de France &
d'Ecoffe, dont elle eftoit en poffeffion
; & par la derniere , celle
d'Angleterre qu'elle attendoit,
ou comme plus proche Heritiere,
ou comme luy appartenant
de droit. Jacques V. Roy d'Ecoffe
, avoit pris pour Devife
une Couronne pofée fur un Rocher,
battu des vents & des flots,
avec ces paroles , Adhuc ftat. Ce
Prince marquoit par là fon
du Mercure Galant.
79
=
courage , fa conftance , & fa
refolution contre les injuftes
entrepriſes des Anglois , qui
faifoient tous leurs efforts , ou
pour troubler , ou pour envahir.
fon Royaume
.
Enfin perfonne n'ignore la
Devife que prit Henry III. à
fon retour de Pologne , apres
qu'il eut efté facré Roy de
France. C'eftoient trois Cou
ronnes, dont la plus haute eftoit
environnée d'Etoiles , avec cette
ame , Manet ultima coelo. Par les
deux Couronnes mifes enſemble
l'une aupres de l'autre, ce Prince
vouloit marquer les Royaumes
de Pologne & de France , dont
il avoit efté couronné Roy , &
par la troifiéme qui eftoit au
deffus , il vouloit entendre la
Giiij
80 Extraordinaire
Couronne de gloire qu'il efpé
roit recevoir dans le Ciel apres
cette vie.
GERMAIN , de Caën.
52 :$$$$$ &$52525 :52
SUR LES QUESTIONS
du XX. Extraordinaire.
Si la beauté de l'Esprit eft plus
propre à charmer que celle
du Corps.
Uy, la beautédu Corps mérite nos
louanges,
Et jadis elle a remporté
Le prix fur toute autre beauté,
S'il eft vray ce qu'on dit des Anges,
On vit ces Efprits bienheureux
Pour elle defcendre des Cieux,
du Mercure Galant.
Attirez icy-bas par les charmes des
Femmes:
Et fentir les mefmes transports
Que nous reffentons dans nos ames,
Lors qu'elles brûlentpour les Corps.
3
C'est un conte, dit- on, mais le raifonne
-3
ment
Prouve encor mieux cefentiment.
Noftre ame unie à la matiere,
Pour tout ce qui la touche a de l'empref-
Sement,
Et s'abandonne toute entiere
Al'Objet qui luyfemble avoir quelque
agrément.
Lesfens la trompent aisément,
Et la Raifonféduite écoute la Naturè.
L'Amefuit donc ce mouvement.
Et fans craindre fon imposture, e
Cherche de la beauté dans le Corpsfeulement.
82 Extraordinaire
Pourquoy les Nouveautez plaifent
d'abord , & dégoûtent
dans la fuite.
L'A
'Homme eft fujet au changement,
Et j'approuvefort cet Amant,
Qui répondit un jour à ſa Maîtreffe
émeuë !
De ce qu'il avoit fait de nouvelles
amours .
Aminthe m'a charmné , je ne l'avois
point veuë,
Et pour vous , je fuis las de vous voir
tous les jours.
03
Mais l'Homme, à parlerfainement,
Eft capable d'attachement,
Et fuit toûjoursfon habitude;
Ainfi j'aime mieux l'autre Amant,
Qui répondit en fage & prude,
Enfaveur de l'Objet qu'il voyoit tous
les jours .
La nouveauté, Philis , eft fans-doute
agreable;
du Mercure Galant.
83
Mais fi l'on veut aimer autant qu'on
eft aimable,
Il n'eft encor rien tel que les vieilles
amours.
3
Sur ces deuxfentimens je raiſonne à ma
mode,
Et je dis que noftre ame ennuyée icy bas;
Et des mefmes objets, & des mefmes
appas,
Cherche en la nouveauté le bien qui l'accommode,
Mais elle ne l'y trouve pas.
03
Auffitoft cet Objet qu'elle trouvoit f
bean,
Ne luy paroiftplus qu'un lambeau
De quelque vieille réverie ;
Qu'un antique Portrait d'un moderne
Pinceau
Dont elle voit la tromperie ;
Enfin c'eft un Bouchon nouveau,
Mais c'est la mefme Hôtellerie
$4
Extraordinaire
S'il faut plus d'éloquence à un
General pour animer fon Ar
mée , à un Orateur pour perfuader
fes Juges ; ou à un
Amant pour faire connoiftre
fon amour à fa Maîtreffe.
PEt luyfaire tout entreprendre,
Our encourager un Soldat,
Ilfaut eftre dans le Combat,
Ou Cefar, ou bien Alexandre.
03
Pour charmer une Belle, &
faire aimer,
pour
s'en
Par un langage doux & tendre,
A moins que de trop préſumer,
Ilfaut eftre en amour, Céladon, ou Silvandre.
*
Pour baranguer avec éclat
Devant une Cour Souveraine,
1 faut eftre dans le Sénat ,
Ou Cicéron, on Dimofthene
du Mercure Galant.
85
*3
Mais pourfçavoir lequel des trois
Méritejuftement leprix de l'Eloquence,
Favoue icy mon ignorance,
Et m'en tiens, Mercure, à ta voix.
Cependant, que l'amour dans les yeux
d'un Amant
Donne à fes difcours d'agrément,
Quand il n'a rien qui nous rebate!
Et qu'un Capitaine eft charmant,
Qui ne dit rien qu'il n'exécute,
Dont pourperfuader le courage fuffit,
Dont le brasfuit la langue, & fait ce
qu'elle dit !
Mais j'estime qu'un Orateur,
Que n'y l'amour, ny la valeur,
Ne rendent pas recommandable,
Quidefon proprefond tire ce beau talent,
Aux deux autres eft préferable,
Et doit avec raifon s'appeller éloquent.
86 Extraordinaire
Quelles font les qualitez neceflaires
pour bien écrire des
Lettres.
Lfaut eftregalant, ilfaut eftre coquet,
Et qu'à bien écrire on excelle,
Si l'on prétend par un Billet
Avoir l'eftime d'une Belle.
ton
Maisfi l'on n'a bien de l'esprit,
Si l'on ne prend un bon modelle,
Si l'on ne fuit quand on écrit
Le Phebus & le Cacozelle ,
On ne peut pas, à ce qu'on dit,
Amoins que defe compromettre,
Compofer une belle Lettre.
Enfin pour les Lettres d'amour,
Amans, je le dirayfans ceffe,
Si vous n'aimez à voſtre tour,
Nefouffrez jamais que la Preffe
A vos Poulets donne le jour,
du Mercure Galant. 87
Sur l'Origine des Cloches .
DE
Faces Langues defer l'aigre &
perçant langage
N'a pas toujours efté d'usage:
Par d'autres Inftrumens le Peuple s'af
fembloit,
Et venoit rendre au Ciel hommage
Des
graces
dont il le combloit.
SA
Dans une oreille délicate
Les Clochesfont un importunfracàs ;
Ainfi je ne m'étonnepas
Qu'on s'éloigne des lieux où ce grand
bruit éclate.
63
De tous les autresfons avec empreffe
ment
Nous voyons que chacun s'approches
Maisilfaut eftre bien Normand,
Pourfe plaire aufon d'une Cloche.
1 )
Il eft vray qu'en de certains temps
La Cloche plaift à bien des Gens,
88
Extraordinaire
.
Quand elle les appelle à table;
Mais qui s'y laiffe gouverner,
Eft fans-doute bien miférable;
Tous les coups qu'on l'entend fonner,
Ne difent pas, venez dîner .
Ne cherchons doncpas dans l'Hiftoire
Quelfut jadisfon Inventeurs
Comme il méritoit peu d'honneur,
Il acquit auffi peu de gloire.
Son nom dans la terre il enfouit,
les airsfa mémoire
Et parmy
Avec lefon s'évanouit.
О
*
Mais quoy? je me mets en colere
Contre cet Inftrument pieux,
Que l'on confacré en tant de lieux,
Et que dans l'Eglife on révere.
Deux Papes, à ce que l'on dit,
Mirent les Cloches en crédit,
Et les firent fervir avec cérémonie,
Lors qu'enfix censfix, le Deftin
Leur donna dans la Campanie
L'origine & le nom Latin,
du Mercure Galant. 8.9
Dans la Grece, cent ans apres,
Par les Venitiens la Clochefut portée,
Et chez tout ce Peuple ufitée,
Avec un merveilleux progrés.
Ainfi par tout le monde elle sefait entendre.
Maispourmieux nousfaire coprendre,
Que rien ne la peut égaler,
Voicy comme on lafait parler.
On ne fait point fans moy de Fefte
folemnelle .
A louer du vray Dieu la grandeur im
mortelle
Je fais tous les jours mille efforts .
J'appelle les Vivans, & je pleure les
Morts.
Je repouffe icy- bas l'air malin & funefte,
J'écarte le Tonnerre , & je chaffe la
Pefte.
Du ROSIER .
Q.d'Avril 1683 .
H
90 Extraordinaire
SSES25252:5525:225
TRAITE'
SUR
L'ORIGINE DU DROIT.
L
Es Loix ont efté de tout
temps fi utiles aux Hommes
, & fi avantageufes à la So.
cieté civile , que les Anciens
avoient coûtume d'en attribuer
l'invention au Dieu qu'ils adoroient
. L'Homme , dit l'un des
plus fçavans du fiecle d'Augufte,
avec toute la vivacité de fon efprit
, & avec toute la folidité de
fon jugement ; les Peuples & les
Nations avec toute leur politique
, n'ont jamais pû venir à
du Mereure Galant.
91
i
bout d'une fi grande entreprife,
laquelle devoit eftre l'ouvrage
d'une Divinité qui gouvernaft
le monde par des refforts cachez ,
& par des Commandemens &
des Défenſes juftes & raiſonnables
. Hanc igitur video fapientif
fimorum fuiffe fententiam , legem
neque hominum ingenijs excogitatam
, neque fcitum aliquod effe populorum
, fed aternum quiddams
quod univerfum mundum regeret
imperandi prohibendique fapientia.
Cic. 2. de Leg. 8. C'est pour cette
raifon fans -doute que les Payens
faifoient paffer leurs Legiflateurs
pour des Divinitez , ou pour des
Intelligences ; car Zamolxis ef
toit chez les Schytes la Déeffe
Vefta ; Zoroaftre chez les Ba-
Ariens & chez les Perfes, le Dieu
Hij
92 Extraordinaire
Oromafus ; Hermes chez les
Egyptiens, Mercure ; Carondas
chez les Carthaginois , Saturne ;
Dracon & Solon chez les Athéniens
, Minerve , Mahomet chez
les Arabes , l'Archange Gabriel ;
Platon chez les Siciliens , Apol
lon ; Minos chez les Candiots ,
Jupiter , Lycurgue chez les La.
cedémoniens, Apollon . Darius,
Pere de Xerces , & le fixiéme
Legislateur des Egyptiens , fut
honoré comme une Divinité.
Numa , pour fe concilier plus
facilement la bienveillance des
Romains , & pour leur faire ap
prouver plus aifément les Loix
& les Cerémonies qu'il venoit
d'établir , tâcha de leur perfuader
que ces Commandemens qui ne
regardoient que la pureté de la
du Mercure Galant.
93
Religion , & la confervation de
l'Etat , eftoient plutoft l'ouvrage
de la fageffe de la Nymphe Egérie
, qu'un effet de fa volonté
fans raifon . Moïfe fut le Legiflateur
des Hébreux, foit que Dieu
fe fervift de luy pour donner fes
ordres , & pour porter fes Loix
aux Ifraëlites ; foit qu'il ne fuft
que l'Interprete de fes volontez
& de fes commandemens , comme
quelques Autheurs l'affurent.
Tzincifcanis , Homme de baffe
naiffance , donna des Loix aux
Peuples de Scythie . Zeleucus ,
cet Homme fi exact & fi religieux
, qu'il fe tua luy - mefme
dans le Sénat , pour avertir fest
Sujets de ne rien faire qui fuftcontraire
aux Loix , comme il
venoit de faire luy- mefme, ayant
94
Extraordinaire
porté l'Epée dans le Sénat , ce
qu'il avoit toûjours défendu ;
Z leucus , dis -je , fut le Legiſla
teur des Locres , Philon , des
Corinthiens , Hippodamus , des
Miléfiens ; Philolaüs , des Thé
bains ; Phaleas , des Carthaginois
; Bocchorus , des Egyptiens .
Cécrops , le Roy & le Fondateur
d'Athénes , donna des Loix à fes
Sujets dans le Siecle où Moïfe
vivoit. Phoronée fut le fecond
Roy des Argonautes & leur Legiflateur
; c'eft de luy que les
Latins ont appellé le Barreau
Forum. Quelque temps apres
que Cerés eut appris aux Hommes
la maniere de cultiver la
terre, pour en recevoir des fruits
proportionnez à leurs travaux,
les Procés & les Chicanes qui
du Mercure Galant.
95
commencerent alors fur les li
mites des terres , les obligerent
d'avoir recours au Tribunal de
la Déeffe, qui fit des Loix & des
Ordonnances pour les mettre
d'accord ; d'où vient que les
Grecs l'appellerent Thefmophoron
, comme celle qui leur avoit
porté des Loix. Les Mages eftoient
les Juges des Perfes , les
Preftres , des Egyptiens ;
Chaldéens , des Affyriens ; les
Galeotes , des Siciliens , les Gy.
mnoſophiſtes , des Indiens. Les
Drüides rendoient la juftice dans
les Forefts , & d'ordinaire à l'ombre
d'un Cheſne ; leur reffort
s'étendoit depuis les Gaules jufque
dans la plus grande partie de
l'Allemagne. Dracon , l'an de la
création du monde 3361. établit
les
96 Extraordinaire
des Loix à Athénes , fi rigoureufes,
& mefme fi cruelles , qu'elles
condamnoient à mort auffi bien
pour la plus petite faute que pour
le plus énorme de tous les cri
mes ; ce qui fit dire à Démades
qu'elles avoient eſté écrites avec
du fang, plutoft qu'avec de l'encre.
Solon , un des Sages de la
Grece , vint en fuite environ l'Olympiade
47. ou 56. comme veulent
quelques Autheurs , & anean.
tit toutes ces Loix , horfmis celles
qui faifoient mourir les Ho
micides. Lycurgue , le Legiſlateur
des Lacedemoniens , apres
avoir fait de tres beaux Reglemens
dans la Ville de Sparte ,
feignit d'avoir encore quelque
chofe à confulter avec l'Oracle
de Delphes, & il fe fit promettre
avec
du Mercure Galant. 97
avec ferment par ces Peuples,
qu'ils garderoient inviolablement
fes Loix jufqu'à ſon retour
, mais ils l'attendirent longtemps
fans le voir jamais arri
ver i car il mourut à Delphes,
& ne revint plus à Sparte , pour
laiffer les Lacedémoniens daus
sette heureufe neceffité de vivre,
fuivant les Loix qu'il leur avoit
données .
La premiere Audience criminelle
fe tint dans le Champ de
Mars , l'an de la Création du
Monde 2475. Le Dieu Mars
ayant tué le Fils de Neptune
Halirrhotius , qui avoit violé ſa
Fille Alcipe , Neptune le cita ,
& l'accufa d'homicide devant le
Tribunal de douze Dieux , qui
tinrent leurs féances dans l'AQ.
d'Avril 1683.
I
98 Extraordinaire
reopage . Mars , pour ne pas
tomber en défaut , vint compa
roître dans fes Terres ; & l'affaire
ayant efté examinée à fond
ayant
par les Areopagites , il y eut enfin
fix Dieux qui opinerent en
faveur du Dieu Mars , lequel les.
avoit fortement follicitéz, & le
délivrerent du fuplice qu'il méritoit.
Plufieurs Autheurs font
foy de ce jugement , comme Hellanic
. 1. Hift . Alex . ab Alex . 1.
3. c. 5. & l. 4. c. 11. & l . 6. c. 31 .
cal. Rhod. 1. 7. c. 17. Budaus in
pandectis Erafm . in Chiliad. Les
Habitans de Rome naiffante fe
gouvernerent fans Loix dans
leurs commencemens , jufqu'à
ce que le premier de leurs Roys
partagea la Ville en trente Quar.
tiers , qui furent appellez Curia,
du Mercure Galant.
99
& qu'il fit des Loix & des Or
donnances neceffaires qu'on ap
pella Leges Curiata . Ses Succef
feurs firent pareillement plufieurs
Loix que Sextus Papyrius,
durant le regne de Tarquin le
Superbe , recueillit en un feul
Livre , c'eft ce qui fut appellé
Fus civile Papyrianum . Quelque
temps apres ,toutes ces Loix qui
avoient efté établies par autorité
Royale , furent abolies entiere.
ment , lors que les Romains,
pour vanger la mort & l'honneur
de la chafte Lucrece, fecoüerent
le joug de la Monarchie. Ils
envoyerent enfuite chez les
Grecs , environ trois cens ans
apres la fondation de Rome ,
certaines Perfonnes choifies pour
en apporter des Loix , fur lef
I ij
2.
THEQUE
DE
LA
BIBLIO
LYON
#1893
VILLE
100 Extraordinaire
quelles ils vouloient jetter les
fondemens de leur Republique
naiffante. Titelive. 5. decad. 1. &
Aulugelle 1. 17. c. 21. affurent
qu'on n'y envoya que trois
Hommes , & que les Decemvirs
furent élus à Rome apres le retour
de ces trois Ambaffadeurs,
qui apporterent ces Loix écrites
fur des Tables d'Yvoire ou d'Ai.
rain , fi nous en croyons Denys
d'Halicarnaffe lib. 10. Ces Decemvirs
, qui eftoient Appius
Claudius, Titius Genutius , Publius
Feftius , Lucius Veturius ,
Cajus Julus , Aulus Manlius ,
Publius Sulpitius , Publius Curiatius
, Titius Romulius, & Spu
rius Pofthumius , eurent enfuite
le pouvoir d'interpreter ces
Loix , & fuivant le confeil d'un
du Mercure Galant. 101
certain Hermodore d'Ephefe ,
ils y en ajoûterent deux autres ,
d'où eft venu la Loy des douze
Tables, de laquelle il nous refte
encore quelques Fragmens qui
parlent des ceremonies des Anciens
envers leurs Dieux , du
Droit public , & du Droit privé .
Jus triplex Tabula quod terfanxere
quaterna
Sacrum, privatum, populi commune
quodufquam eft. Aufone.
Les Romains avoient une fi
grande veneration pour ces Loix ,
qu
les faifoient apprendre
par coeur à leurs Enfans , témoin
Ciceron . Difcebamus pueri duodecim
, ut Carmen neceffarium , quas
jam nemodifcit. 2. de legib. Cnejus
Flavius, Greffier d'Appius Clau-
I iij
102 Extraordinaire
dius , ayant pris le Livre où fon
Maître avoit ramaffé ce qu'on
appelloit Legis actiones , le donna
au Peuple, quien recompenfe le
fit Tribun & Sénateur , & ce
Livre fut appellé de fon nom
Jus civile Flavianum , de la meſ.
me maniere que le Livre de SextusÆlius
fut apellé fus Ælianum.
Quelque temps apres, la Populace
s'eftant brouillée avec le
Sénat , fit fes Reglemens qui fu
rent appellez Plebiscita ; mais
comme cette multitude ne caufoit
que de la confufion & du
trouble dans Rome , les Sénateurs
firent des Ordonnances
qu'on nomma Senatas confulta.
Tiberius Corumcanius fut le
premier qui commença d'enfeigner
les Loix en public un peu
du Mercure Galant. 103
་
avant le temps du Decemvirat .
Appius Claudius, de la mefme
Famille que le premier des Decemvirs
, dont il porte le nom ,
fut un tres fçavant Jurifconfulte,
& fit un fort beau Livre des
Ufurpations, lequel nous n'avons
pas ; c'eft luy qui trouva la lettre
R. La fcience de Sempronius
dans les Loix, le mit fi fort
au deffus des Hommes de fon
fiecle , qu'on luy donna le nom
de Sophos, c'eſt à dire Sage. Cajus
Scipion Nafica, que le Sénat fit
appeller optimus , fut fi renommé
pour fa doctrine , qu'on luy
acheta aux dépens du Public, un
fort beau logement dans la Voye
Sacrée , afin qu'il fuft plus aifé
aux Romains de l'y aller confulter
touchant leurs affaires.
I iiij
104
Extraordinaire
Quintus Mucius qui alla à Car
thage demander à ces Rivaux
de l'ancienne Rome , ce qu'ils
aimoient mieux , ou la paix ou
la guerre, fut un très- habile Jurifconfulte
. Sextus Elius , &
Publius Ælius , vinrent enfuite
avec Publius Attilius, auquel le
Peuple donna le nom de Sage.
Sextus lius , qu'Ennius loüc
fi fort , fit un Livre intitulé
Tripertita, où il explique la Loy
des douze Tables , qui a trois
viſages, comme nous l'avons déja
dit. Marcus Cato , Chef de la
Famille Porcia , nous a laiffé
plufieurs Livres du Droit . Publius
Mucius , Brutus , & Man
lius, s'adonnerent avec fuccés à
l'étude du Droit Civil ; le premier
compofa dix Livres , le
du Mercure
Galant. 105
fecond fept, & le troifiéme trois.
Publius Rutilius Rufus , treshabile
Jurifconfulte, fut Conful
à Rome , & Proconful en Afie.
Paulus Virginius , & Quintus
Tubero, fe diftinguerent apres
par leur fcience & par leur doarine.
Cælius Antipater s'adonna
avec un plus grand foin à
l'éloquence du Barreau qu'à l'étude
du Cabinet , auffi bien que
Lucius Craffus , que Cicéron
appelle le plus éloquent de tous
les Jurifconfultes de fon temps.
Quintus Mucius, Grand Pontife,
qui eut une infinité d'Ecoliers
fous luy , compofa dix- huit Livres
du Droit Civil , Aquilius
Gallus, Balbus Lucilius , Sextus
Papyrius , Cajus Juventius , furent
enfuite connus pour leur fcience
106 Extraordinaire
*
& pour leur doctrine . Saricius
Sulpitius , depuis le reproche
que luy fit un jour Quintus Munius
, s'adonna fi fort à l'étude
du Droit Civil , qu'il compofa
plus de cent quatre- vingts Livres
, de maniere que le Peuple
Romain luy fit dreffer une Statuë
apres fa mort . Plufieurs ha
biles Gens vinrent enfuite, com.
me Alfenus Varus , Cajus , Aulus
Ofilius , Titius Cæfius , Aufidius
Tucca , Aufidius Namufa,
Flavius Prifcus , Cajus Attejus
Pacubius, Labeo Antiftius , Cinna
, Publicius Gellius , parmy
lefquels les plus fameux furent
Varus qui fut Conful , & filius
Chevalier Romain , grand Amy
de Céfar , qui fit de fort beaux
Livres , où il parle de la Jurif
du Mercure Galant. 107
$
-
diction & des Edits du Préteur.
Trebatius , & Aulus Cafcelius,
parurent apres eux ; celuy - là
eftoit plus fçavant que celuycy
, quoy qu'il ne fuft pas fi
éloquent. Tubero Patricius tresprofond
dans le Droit, eft celuy
qui accufa Quintus Ligarius,
que l'Orateur Romain défendit
avec tant d'éloquence . Attejus
Capito, Grand Jurifconfulte, fut
Conful à Rome. Labeon Antiftius,
que la grandeur de fes lévres
fit appeller ainfi , refufa le
Confulat des mains d'Augufte,
pour s'adonner avec une plus
grande liberté à l'étude des Loix.
Le premier fe contenta de demeurer
dans les opinions de fon
Maiftre , fans vouloir rien in .
nover , le fecond, fecouru de la
1
108 Extraordinaire
force de fon efprit , & de la profondeur
de fa doctrine, entreprit
de bouleverfer toutes les Loix,
& voulut rafiner par deffus tous
les grands Jurifconfultes qui s'ef
toient rendus celebres dans l'é.
tude du Droit ; ce qui fit une
efpece de Schifme dans laJurif
prudence. Voicy ceux qui fuivirent
le party d'Attejus Capiton.
Le Chevalier Maffurius qui
eut la permiffion de profeffer en
public du temps de l'Empereur
Tibere ; Cajus Caffius Longin ,
Neveu de Tuberon , & petit
Neveu de Servius Sulpitius , qui
fut Conful à Rome dans le temps
que ces deux Sectes furent appellées
, l'une celle de Caffius
l'autre celle de Proculus , bien
qu'elles euffent pris naiffance de
du Mercure Galant. 109
Capiton & de Labcon . Cælius
fut fort eftimé du temps de Vef
pafien . Prifcus Javolenus
, Valens,
Tufcien, & Julien , fuivirent
auffi le mefme party . Les Sectateurs
de Labeon furent Nerva ,
grand Amy de Céfar , Proculus
qui fit appeller de fon nom le
party qu'il fuivoit , Pégale qui
fut Préfet de la Ville , Celfus
le Pere & le Fils auffi bien que
Prifcus Neratius . Cecilius Gallus
enfeignoit le Droit à Rome,
du temps d'Aulugelle , qui en
fait mention dans fes Ouvrages,
& nous affure qu'il fit un Li
vre de la fignification des mots
qu'on employe dans le Droit
Civil. Ulpian , natif de Tyr ,
fut un tres- fçavant Jurifconfulte
du temps de l'Empereur
110 Extraordinaire
Adrien, duquel il fut Secretaire .
L'Empereur Juftinien s'appli
qua avec un tres- grand foin à
faire mettre dans un feul Livre
toutes les Conſtitutions de fes
Prédeceffeurs , & toutes les Loixqui
eftoient parfemées avec plus .
de confufion que d'ordre dans
les Codes Gregorien , Theodofien
, & Hermogenien . Il fut
fecondé dans cette entrepriſe,
de dix fameux Compilateurs fort
verfez dans la Jurifprudence ,
dont voicy les noms , Jean Leontius
, Phocas , Bafilides , Thomas,
Tribonien , Conftantin' , Theo.
phile , Diofcore , & Præfentin,
Ces beaux efprits firent le Code.
Juftinien , qui fut reveu & corrigé
par Tribonien , Dorothée,
Conftantin, Menna, & Jean , &
du Mercure Galant.
1 le tout fous l'autorité de Juftinien
, qui vivoit l'an de la fondation
de Rome 1400. & de N. S.
647. Le Code fut fait l'année
troifiéme de fon Empire , fous
le Confulat de Decius en 649.
Il ordonna enfuite à Tribonien,
Conftantin , Theophile, Dorothée,
Anatolius , Cratinus, & à
dix autres habiles Jurifconfultes,
de lire toutes les Loix qui a
voient efté faites jufques alors,
& ils firent les Pandectes & le
Digefte avec l'approbation de
l'Empereur en 654. Quelque
temps apres Tribonien , Theophile
, & Dorothée , firent les
Inftituts par ordre de l'Empereur
, qui fit faire enfuite une
feconde édition de fon Code, à
Tribonien, Dorothée, Conſtan
112 Extraordinaire
1
tin , Menas , & Jean , auquel il
infera cinquante nouvelles Conftitutions
qu'il venoit de faire ,
ce qui fut appellé, Codex repetita
pralectionis. Prés de cent Ordonnances
furent auffi mifes
dans le Livre intitulé , Liber
Authenticorum , que quelques.uns
confondent avec celuy qu'on
appella Novella Conftitutiones.
Enfin toutes les Ordonnances
des Empereurs ont eſté renfermées
dans douze Livres , neuf
defquels font compris dans le
Code , & trois dans ce qu'on
appelle Volumen. Le Code contient
331. Rubriques & 3608 .
Loix , le Volumen 227. Rubri
ques & 954. Loix ; le Digefte
vieux 152. Rubriques & 2918.
Loix , l'Infortiat 101. Rubriques
du Mercure Galant.
113
& 2234. Loix , le Digefte nouveau
172 Rubriques & 2983
Loix. Quarnerius commença
d'interpreter les Loix à Boulogne
, apres avoir apris le Droit de
luy- mefme. Il fut fi fçavant &
fi habile dans la Jurifprudence ,
qu'on l'appelloit communément
Lucerna Furis. La premiere Somme
du Droit fut faite par Roger,
le Maistre de Rofredus de
Benevent. Placentin fit de fort
beaux Ecrits fur le Code & fur
les Inftituts. Jean Baſian de Cremone
fit une Somme tres - courte
furfles Pandectes l'an 1200. Son
Difciple Azon fit de belles Remarques
fur le Digefte vieux , il
eftoit fieftimé, que Balde l'appelle
Fons legum & was electionis.
Rofredus compofa de fort beaux
Q. d' Avril 1683. K
114
Extraordinaire
Ouvrages fur le Droit Civil &
Canon . Accurfe de Florence fit
une Glofe fur le Digefte , fur le
Code, fur les Inftituts , & fur le
Livre des Autentiques du temps
du Pape Gregoire IX . Innocent
IV . Genois , de la Maiſon de
Flifco , qui fut élevé au Pontifi
cat en 1270. apres avoir étudié
longtemps dans le Droit Civil
& Canon , fit les Décretales à
Louvain , & fon Chapelain Bernard
de Compoftella , fit un
tres-beau Commentaire fur le
premier Livre de ces Decretales.
Henry Cardinal d'Hoftie , écrivit
auffi ſur ce meſme fujer. Guy
de Buifio Archidiacre de Boulogne
, commença au mefine
temps le fixiéme Livre des De.
cretales. Boniface VIII. en1297-
du Mercure Galant.
ns
fit pareillement de beaux Ouvrages
qui nous reftent encore.
Jacques de Ravenne, Lorrain ,
Profeffeur en Droit & en Theo.
logie , Evefque de Verdun , écrivit
fur l'Infortiat, & fur le Code.
Pierre de Belba parut dans le
treiziéme Siecle , fuivy de Jacques
de Arena de Parmes , de
Barthelemy de Naples , & de
François Accurſe . Le Cardinal
Richard, qui fut un des Compilateurs
du fixiéme Livre des De
cretales , mourut à Gennes en
1314. Richard Malumbre de
Cremone , qui lifoit à Padou
du temps du Roy Robert , fut
alors foupçonné d'Herefie . Jean
André s'adonna avec une fi grande
application à l'étude du Droit
Canon , qu'il en eut une tres-
Kij
116 Extraordinaire
grande connoiffance , & écrivit
fur les Decretales , fur les Cle.
entines , & fur les Mercuriales,
il fit en 1347. un Livre intitulé ,
Opus Additionum fpeculi . On avoit
une veneration fi particuliere
pour luy , qu'un jour le Saint
Pere , au rapport de Nicolas
Everard , luy dit en le voyant
arriver à Rome , Soyez le bien
venu , la Lumiere du Monde. Jean
Fabry écrivit ſur le Code & fur
les Inftituts . Bartole de Picene
nâquit en 1309. & commença
d'étudier en Droit Civil à l'âge
de quatorze ans , fous fes Mat.
tres Jean Fabry , & Reiner de
Forlivio , il s'y rendit fi habile,
qu'on eut des déferences pour
luy plus que pour aucun de ceux
qui l'avoient précedé. En Eſpadu
Mercure Galant.
117
gne & en Portugal , lors que
dans un confeil les fentimens
des Docteurs font partagez fur
une affaire , l'opinion de Bartole
eft preferée fans contredit
par Ordonnance des Roys du
Pais.
Militia vexillafacræ fert Bartolus ,
errat
Qui fibi valt alium propofuiffe
ducem .
Balde compofa un Livre qu'il
appella Divinum Confilium , ſur
le grand Schifme d'Occident ,
en faveur d'Urbain VI . contre
le Pape Clement VII . Il mourut
en 1423. & fut enterré à
Pavie dans l'Eglife des Freres
Mineurs . Pierre de Ancha de
Boulogne , écrivit fur le fixiéme
des Decretales , & fur les Cle118
Extraordinaire
་
mentines. Raphaël Fulgofius , &
Raphaël de Come, eftoient en
vogue à Padouë en 1420. Iean
de Imola, apres avoir compofé
fur le premier, le fecond , le troifiéme
, & le fixiéme Livre des
Decretales , mourut en 1436.
lean Pontan commença de fe
faire connoiftre en 1430. Son
autorité fut d'un fi grand poids
dans le Concile de Bafle, qu'apres
y avoir fait condamner le
Pape Eugene , il fit rentrer tous
les Peres dans le party du Pape,
Enfin nous pouvons dire que
depuis ce temps la Iurifprudence
eft venue au plus haut degré
de fa perfection fous le
regne de
Louis LE GRAND , qui s'ap
plique avec un foin tout particu
lier à établir des Univerfitez dans
du Mercure Galant.
119
fon Royaume, pour y faire apprendre
le Droit à fes Sujets , il
tâche mefme d'attirer dans ces
Académies , par fes liberalitez
& fes récompenfes , les plus habiles
Iurifcofultes qui foient dans
le monde , pour pouvoir fournir
à la France des Docteurs qui
foient un jour capables de furpaffer
en fcience & en doctrine
les Cujas & les Bartoles . Toute
l'Europe unie a reffenty les effets
de fa puiffance , & toute la France,
tranquille par les foins , reffent
encore tous les jours les effets de
fa bonté & de fa juftice . Que
n'a-t- il pas fait pour bannir de
fes Cours , ces chicanes & ces
delais affectez , qui rendent
amers les fruits les plus doux
de la juſtice , felon le langage
120 Extraordinaire
du Prophete ? Toutes ces belles
& grandes actions , qui à
peine trouveront quelque foy
parmy nos Neveux , nous doivent
bien perfuader que noftre
invincible Monarque confacrera
fon nom à l'immortalité , en
établiffant les Loix par la lumiere
& par la droiture de fon
efprit ; comme il a fceu fe faire,
craindre & admirer de tout l'Univers
, par la force & par le
fuccés de fes Armes.
•
LA SELVE, de Nifmes.
Je vous envoye les Explications
en Vers , fur les deux Enigmes du
mois de Mars , dont les Mots eftoient
la Corde , & la lettre N.
1
du Mercure Galant. 121
L
I.
Ors qu'ilfaut deviner de gentilles
Enigmes,
Mercure, avec plaifir je reſve fur les
Rimes,
Et cela calme un peu mes amoureux
ennuis.
Je veux que l'agréable au curieux s'accorde;
Maisfi-toft que je voy qu'il y va de
la Corde,
Un Normad doit la craindre; au diantre
fij'ensuis.
C
DIEREVILLE, du Pontlevefque.
II.
Omme il nefait pas bon icy,
Fe paffe vifte à lafeconde,
Queje marque au milieu du monde,
Sans me donner plus defoucy .
III.
Le mefme.
Vousdevenez de tout mestier,
Mercure , je nesçay comment cela s'accorde.
Q. d'Avril 1683.
L
122 Extraordinaire
L'autre jour vous eftiez Potier,
Aujourd'huy vous eftes Cordier,
Et pour chef-d'oeuvre entier
Vous nous donnez la Corde.
CONSTANTIN RENNEVILLE.
IV .
N
eft fimple au milieu du Monde,
N eft double dans un Tonneaus
N qu'on voit ausein de l'Onde,
Nefe trouve jamais dans l'Eau.
RAULT, de Rouen.
V.
Oyant un Filou l'autre jour,
Apres l'avoir échapé belle,
Fouer encor un nouveau tour,
Je dis, c'est un Fripon qui n'a point de
cervelle;
Ce train, ouje me trompe fort,
Luy pronostique unfâcheuxfort,
Fay peur qu'avec l'Enigme un jour il
ne s'accorde,
Car ilfile déja fa Corde.
C. HUTUGE , d'Orleans,
demeurant à Metz.
du Mercure Galant.
123
VI .
De De deviner dans le Mercure
Des deux Enigmes le vray Mot.
D'abord jay deviné celuy de la premiere
,
Enfuite j'ay trouvé le fens de la der
niere .
Je demande qu'on paye, on me traite
de Sot.
La feconde n'eft qu'une Lettre,
Me dit- onpourme chagriner,
Elle n'a point de Mot à deviner.
Mercure, décidez, on doit vous le per
mettre,
Cela doit- il m'empeſcher de gagner?
CAUDRON, d'Abbeville.
VII.
Es Enigmesfouvent (pour moyje
te l'accorde)
Par leurfubtilité demandent un Devin,
L'air en eft délicat, le tour en eft tres-fin
Mais celle-cy montre la Corde.
Lejeune TADIRAM.
Lij
124
Extraordinaire
VIII.
Llefinit le ViN, l'Eau n'eft pasfon
Joûtien,
Ellefinie
Le MoNde ne feroit fans elle qu'une
mode:
D'ellepour demy- cent un bon Grec l'accommade;
Maisparmy les François elle aboutit
arieN.
IX.
Le mefme
Treis ce .... parait tout irritė,
Il cherche en vain le fens de la premiere
Enigme.
Mercure avecfes Vers eft injufte en
Ja Rime,
Dec
ainfi ce qu'il a merité.
DELANGE, de Falaife.
X.
Dieux!fije pouvois, trop aimable
Nannon,
Soulager mon amour autant defoisfans.
crime,
du Mercure Galant.
125
Qu'o'on peut fansfe gefner trouver dans
vostre nom
Dequoy former le fens de la feconde
Enigme.
83
Ab, j'irois quatre fois baifer avec ardeur
Cette bouche à mes yeux fi charmante
& fi belle,
Quatre fois ce beau fein l' Idole de mon
coeur,
Quatre fois ... mais, helas , vous etes trop
cruelle.
XI.
Le meſme.
Our le bien du Public, la Corde ef
P
neceffaire ,
Et pour le bien de l'Ame elle eft fort
falutaire.
Un Pendard n'en eft pas d'accord,
Lors qu'on lefait monter à la Potences
Un Capucin en récompenfe,
Enfe difciplinant , luy prouve qu'il a
tort.
DE LA TRONCHE , de Rouen,
Lüj
126 Extraordinaire
XII.
Our attraper le Mot de l'Enigme
Po
seconde,
Je cherchay , je fouillay jufqu'au centre
du Monde,
Je vifitay centfois le dedans d'un Tonnean,
courus, je voguay fur l'onde,
Sans me tremperjamais dans l'eau;
Mais mon efpérancefut vaine,
Et pour tout le prix de mapeine,
Je me vis attaqué d'un mal
Qui penfa bien m'eftrefatal;
La tefte m'en tournoit , la caufe eftoit.
dans l'N.
XIII.
P. L'HERMITE.
Ans les honneftes pafletemps .
DQue la bellefaifon m'accorde,
Mercure, je nefçay fii'ay perdu mon
temps,
Mais je n'ay trouvé qu'une Corde.
du Mercure Galant. 127
Si chez les Vertueux elle fe fait valoir,
Elle eft des Scélerats le jufte defefpoir.
L. BOUCHET, ancien Curé
de Nogent le Roy.
XIV .
CE qui fait de Nembrosh la lettre
initiale,
小
Ce qui de Nephtalifait le commencement,
Ce quifait de Nevers le premier ornement,
Ce qui nefe voit pointfur la Mer glaciale,
Ce qui felon mon fens fubfifte fans
peché,
Eft ce qui meparoift fous l'Enigme
caché.
XV .
Le mefme.
Ens devots, qui craignez de lire
GEIle Mercure,
Par un efprit trop fcrupuleux,
Vous luy donnez à tort une rude cenfure,
L iiij
128 Extraordinaire
En lefaifant paffer toûjours pour fcandaleux.
Il faut dire plutoft qu'il eft miraculeux
Pour les Efprits portez àfaire penitence,
Puis que pendant ce mois, une Corde à
la main,
Il veutfervir tous ceux qu'une humble
repentance
Engage à rechercher quelque fecours),E.
divin,
Pour purger les defauts que renferme
leurfein.
ALCIDOR, du Havre.
XVI.
'N fe voit toûjours dans le milieu de
L'Nfevoit
Monde,
Ellefe met deuxfois lors qu'on écrit
Tonneau;
Sans elle l'on nepeut produire le mot
d'Onde,
Mais neceffairement on s'en paffe pour
l'Eau .
Le mefme.
1
du
Mercure Galant . 129
XVII.
"Avoispeine à trouver le Mot de cha-
& que Enigme,
Lors que me promenant j'apperçens un
Moulin,
Dont un Vieillard qu'on nomme An-
Stime,
Defcendoit une Corde en main.
Bon, dis -je, affurément voila pour la pre
miere;
Puis eftant en bas defcendu,
Il fit un grand belas ! difant, jeſuis
Gre perdu,
Ma pauvre Afne fe meurt , elle cloft la
panpiere,
Fe la croy, fans mentir, à fon beure derniere.
Ho, ho , dis-je auffitoft , que vent dire
cecy?
Voila pour la feconde auffy;
Ce n'est pasune Afne de charge,
Mais une N de l'Alphabet,
Qui m'a plus fait chercher que nefait
unBarbet,
130 Extraordinaire
ง
Quandfon Gibier s'enfuit dans un lien
vafie & large.
XVIII.
Le mefme.
eft au milieu du Monde,
NAquatrepieds dans un Tonneau;
Neft toûjours deffus l'onde,
Elle n'eft jamais dans l'Eau.
LEPINAY BURET, de Vitré
en Bretagne,
XIX .
Vevoftre Enigme fent la Gorde,
Elle fait peur à bien des Gens,
Qui pour n'eftrepas indigens,
N'ont pas toûjours aimé la paix & la
concorde.
SYLVIE, du Havre.
XX .
Our vous dire en un Vers lefens de
Pour
voftre Enigme,
L'Alphabet me l'apprend , & IN me
l'exprime.
Le Medecin Amant de la belle
Manon de Xaintes.
du Mercure Galant.
131
Q
XXI.
Vi blame le Parnaffe, incague les
NeufSoeurs,
Et du grand Apollon méprife les douceurs,
Quifans refpect & fans miféricorde
Se moque de leurs Sectateurs,
Cefont Gens de Sac & de Corde,
Joueurs, Tvrognes , & Fumeurs.
Vi
La Belle Nourriture du Havre.
XXII.
peut eftre au milieu du Monde,
A quatre pieds dans un Tonneau?
C'eft une N toujours fur l'Onde,
Qui n'est jamais dans le mot Eau.
XXIII.
La mefme.
Honnavoléfur le minuit
Elas ! tout malheur me pourfuit,
On
Aes deux Flambeaux d'argent , ilsfont
marquez d'une N ;
132
Extraordinaire
Mais quoy, c'est mon Valet, quelqu'un
me l'a féduit.
Ne crains- tupaint, Maraut, qu'un Sergent
ne te prenne?
Ce n'eft pas affez qu'àgenoux
Tu demandes pardon ; pour moy, je te
l'accorde;
Mais fi d'orefnavant tu fais de pareils
coups,
Soudain tire de long, & prens garde à
la Corde .
L'Albaniſte de Rouen."
du Mercure Galent. 133
S$5:52225 52255252
Entiere Expofition d'unefeconde
Ecriture Univerſelle.
Po
Our peu que l'imagination
foit féconde , elle fournit
plus d'idées qu'on ne veut pour
les deffeins que l'on entreprend.
D'abord , Monfieur , je n'avois
penfé qu'à une forte d'Ecriture,
& dans la fuite je me ſuis trouvé
en poffeffion de deux . Je vous
ay fait part de l'une , dans ma
derniere Lettre , voicy l'autre.
Le fort de celle que vous avez
veuë , eft d'exprimer fes mots par
de diférens nombres primitifs ,
' quoy qu'elle n'ait pû raiſonnablement
s'empefcher d'en expri134
Extraordinaire
mer plufieurs par les mefmes. Elle
en a employé cent à l'expreffion
des articles , & des pronoms ; &
une bien plus grande quantité à
marquer les parties invariables
du difcours , & s'eft ainfi amplement
étendue à l'égard des autres
parties. La méthode que
vous allez voir eft toute contraire
à celle- là ; fon fort eft de fignifier
plufieurs mots par les mefmes
nombres , bien qu'elle ne fe puiffe
défendre d'en fignifier quelquesuns
par de diférens . Elle n'en
met que fix en uſage , pour la
des articles & des pro- marque
noms ; & que trois , pour celle de
toutes les parties invariables du
diſcours , & fe refferre de la meſ.
me maniere dans tout le reſte .
La méthode précedente a af
du Mercure Galant.
135
fez bien fuivy mon Projet du
Dictionnaire Univerfel dans l'expreffion
des eftres , & dans celle
des- verbes , quoy qu'elle en ait
pouffé les nombres beaucoup au
dela des bornes de ce Projet.
Celle- cy le fuit en tout , & avec
autant d'éxactitude qu'il eft polfible
; de forte qu'on peut dire
avec raifon , qu'elle eft leveritable
Extrait de ce Dictionnaire..
L'autre méthode ne s'eſt ſervie
des chifres auxiliaires , que pour
marquer les variations des mots,
& que pour diftinguer les articles
d'avec quelques pronoms,
certains verbes d'avec ces pronoms
& ces articles , & le gros
des verbes d'avec les noms fubalternes
des eftres . Celle - cy s'en
fert non feulement pour expri-,
136 Extraordinaire
mer toutes fortes de variations,
mais encore pour fignifier ces
noms fubalternes , & les attacher
ainfi plus particulierement à leurs
fources ou racines ; i bien que je
me trouve obligé d'affocier ces
chifres auxiliaires avec les primi
tifs , dans les expreffions du Dictionnaire
dont je vais donner
l'Echantillon , afin de ne pas recommencer
deux fois la meſme
choſe.
Voila les diférences les plus
confidérables de ces deux méthodes
. Les autres fe diront
bien.toft , mais pour celles qui
ne regardent que la maniere diverſe
dont j'employe les chifres
auxiliaires à l'expreffion des variations
directes , ou obliques des
mots , elles fe feront affez con
4
du Mercure Galant.
137
noiftre fans que j'en dife icy rien
davantage .
Echantillon du Dictionnaire
Univerfel , fuivant la Méthode
particuliere.
E divife ce. Dictionnaire en
ItroisParties , comme le precédent.
La premiere que voicy , exprime
tout ce qui eft étalé dans
le Projet , excepté les noms propres
des lieux , & des Perfonnes
celébres , que je déplace comme
dans l'autre méthode , pour
les raifons que j'y ay dites ; &
cette Partie contient par conféquent
plus que la premiere de
l'autre Méthode , les parties invariables
du difcours , & les proverbes.
La feconde Partie mar
M
Q. d'Avril 1683.
138 Extraordinaire
que les noms numéraux , & la
troifiéme comprend les noms,
exceptez que je viens de marquer.
On ne fçauroit fe paffer du
premier & du fecond membre de
cette divifion , à cauſe des deux
expreffions , la naturelle & l'é
trangere qu'ont les mefmes chifres
; & quoy que le troifiéme
puft eftre joint au premier , &
mis à fa fin , j'ay jugé à propos de
l'en féparer , pour ne le pas abandonner
tout entier aux grands
nombres, neantmoins il fera libre
de l'y réunir.
Je diftingue auffi comme dans
l'autre Méthode ces trois Parries
, par la diférente fituation de
leurs enfeignes. La premiere à la
fienne inferée , ou deffus. La fedu
Mercure Galant.
139
conde l'a inferée & deffous , ou
feulement deffous ; & la troifiéme
l'a inferée , & deffus tout enfemble.
Cet ordre n'eſt pas femblable
à celuy de la Méthode
précedente , à caufe des parties
invariables du difcours , & des
proverbes , qui n'occupent pas la.
mefme place en celle- cy , qu'en
celle- là , comme je le viens de
dire. Je me tais de l'expreffion
des voyelles , & des confonnes,
j'en feray mention à part à la fin
de cette Lettre , comme j'ay fait
à la fin de ma derniere .
Quant à la fignification des
enfeignes , celles que je mets fur
les chifres , celle que je place
deffous , & l'apostrophe qui eft
une des enfeignes inferées , marquent
en general les mefmes par-
M ij
140
Extraordinaire
ties du difcours dans les deux Méthodes
; mais il en va autrement
de leur détail , comme il s'y verra ,
& encore de l'autre enfeigne inferée
, je veux dire, de la divifion.
Vous avez veu , Monfieur,
que j'ay employé cette derniere
enfeigne de trois façons dans la
Méthode précedente. La premiere
, comme une barre ou ligne
droite , la feconde , comme une
barre courbe ; & la derniere ,
comme une barre circonflexe ,
& que j'ay marqué par la barre
droite les noms fubftantifs de
qualité , les adjectifs qui s'y rapportent
, & leurs adverbes ; &
de plus les trois temps de l'infinitif
de tous lès verbės , par la barre
Courbe , les autres temps & les
du Mercure Galant.
141
autres variations du verbe perfonnel
; &
par la barre circonfl
xe , celles du verbe imperfonnel.
?
L'ufage que je fais icy de ces
trois barres , a plufieurs chofes
femblables à celuy- là , & beaucoup
plus de diférentes, La barre
droite n'y aide bien à exprimer
les trois temps des infinitifs , mais
je m'en fers encore à marquer la
déclinaifon des pronoms perfonnels
, des articles , & de la plû
part des noms fubftantifs . La
barre courbe y contribuë de mef
me à fignifier les variations du
verbe perfonnel , mais de plus je
m'en fers à exprimer celles du
verbe imperfonnel , le gros des
pronoms , & la plupart des noms
fubftantifs , des adjectifs & de
+42 Extraordinaire
leurs adverbes ; & j'y employe
la barre circonflexe à marquer
feulement le refte de ces noms,
& de ces adverbes. Voila la conformité
, & la diférence de la fignification
de cette enfeigne
dans les deux méthodes .
Je fubdivife la premiere Partie
de ce Dictionnaire à l'imitation
du Projet. Les neuf nombres
fimples y expriment comme dans
le Chapitre préliminaire , les fix
cas de l'article , avec tous les pronoms,
& encore les parties inva
riables du difcours , que je réduits
à trois.
Les nombres de deux chifres y
marquent , comme dans les neuf
premiers Chapitres , toutes les
fortes d'eftres , avec leurs accom
pornemens.
2
du Mercure Galant.
143
Et les nombres de trois chifres
y fignifient , comme dans le refte
des Chapitres , les verbes , avec
les noms verbaux , mais je diſtingue
les verbes en deux , comme
les noms des eftres , je veux dire,
en principaux & enfubalternes ; &
ce n'eft que les verbes principaux
que je marque par trois
Chifres , j'en employe quatre à
exprimer les autres. C'eſt - là
l'ordre de cette premiere Partie,
& la divifion de fes chifres primitifs
. Voicy un Echantillon de
fon détail , & le commencement
du Dictionnaire .
1. fignifie l'Article general au
nominatif, & au vocatif , 2. au
genitif, 3. au datif 4. à l'accufatif,
s . au cas libre , & 6. à l'abla-
>
144
Extraordinaire
th . Jappelle cet article , article
general, parce qu'on le peut employer
au lieu du définy , ou de
l'indefiny , & pour toutes fortes
de genres . Ila efte auffi inventé
pour marquer fimplement les cas
dans les Langues , qui ne les diftin- »
guent point par de diférentes .
terminaifons. Il fera pourtant lilis
bre de s'en fervir dans cette Mé .
thode , parce que tout ce qui s'y
décline a fes cas diverfifiez , & exprimez
par ces mefmes chifres,
come dans la Méthode préceden
mais d'une maniere diverfe,
ce qui s'éclaircira dans la fuite :
Les expreffions de cet article general
doivent avoir une barre fur
elles , & c'eft ce qui les diftingue
des pronoms & des articles parti .
culiers qui ont la barre inferée , &
re ,
que
du Mercure Galant.
145
que j'exprime par les mefmes chifres
à l'exemple du Projet. Et
ainfi cèt article fait icy une exception
aux regles generales,
comme dans l'autre Méthode ;
mais de peu de confidération
veu
fon peu d'étenduë , & veu la liberté
qu'on a de s'en paffer , en
toutes deux .
J'avois dit dans ma Lettre de
la Grammaire Uuiverfelle
, que
je mettrois les pronoms au genre
libre. Toutesfois cette abbré.
viation m'ayant moins plû dans
la fuite , que la diftinction des
trois genres , d'où réſulte une
plus parfaite expreffion ', j'ay reformé
ce principe dans ma Lettre
de voſtre XIX . Extraordinaire
page 299: lors que j'y ay
marqué que je diftinguerois
les trois
Q.d'Avril
1683.
N
146
Extraordinaire
genres dans les adjectifs , & que j'é
tendrois mefmes cette diverfité jufqu'auxpronoms
perfonnels. En effet
je l'ay pratiqué de la forte dans la
Méthode précedente , & j'en
ufe de mefme en celle - cy . Ainfi ,
1't , fignifie je , ou moy , premier
pronom perfonnel au maſculin .
1'2 le fignifie au feminin, 1'3 , ay
genre libre.
J'attache à la fuite de ce pro.
nom , les pronoms poffefifs qui
luy appartiennent .
1'4 . fignific mon ou le mien au
mafculin. 1's . ma ou la mienne au
feminin , 1'6 . mon ou le mien au
genre libre. 1'7 . fignific noftre ou
le noftre au mafculin . 1'8 . noftre
où la noftre au feminin 1'9 . noftre
ou le noftre au genre libre.
1101. fignifie le pronom de
du Mercure Galant. 147
I
mon Pais au mafculin , 110z le fignifie
au feminin. 1103. au gere
libre. 1104 fignifie le pronom
demaFamille au mafculin. i 105.
au feminin. 106.au genre li
bre. 1107. fignifie le pronom
de ma Religion au mafculn : 1 108 ,
au feminin. 109. au genre
libre.
1201. 1 À 202. I1 ~ 203. figni-~
fient le pronom de noftre Puis en
fes trois genres. 1204. &c.celuy
de noftre Famille , & 1207.
& c. celuy de noftre Religion, s
C'eft ainfi que je joints fans
confufion , & fans équivoque , les
dépendances & les dérivez à
leurs ſources ou racines ; & c'eſt
auffi , Monfieur , le grand fecret
de cette Ecriture. Vous jugez
bien par ce debut , que j'ay le
Nij
148
Extraordinaire
champ libre pour ajoûter un
bien plus grand nombre de pronoms
à la fuite du premier perfonnel
, fi je le veux ; mais je ne
trouve pas à propos d'y en mettre
davantage , parce que ceuxlà
font les feuls qui luy appar
tiennent naturellement , & je ne
puis avoir de meilleure regle que
la nature.
2'1. fignifie tu ou toy , fecond
pronom perfonnel au mafculin .
2'2 . le fignifie au feminin. 2'3 . au
genre libre. Comme ce pronom
a des fuites égales au premier , je
les exprime de mefme . Leur diférence
n'eft que dans leurs chifres
primitifs.
3'1 . fignifie il oufoy , troifiéme
pronom perfonnel au mafculin.
3'2 fignifie elle 3'3 . il. Ce pronom
du Mercure Galant.
149
a auffi des fuites pareilles aux précedens
; mais je luy en donne
encore d'autres , & je luy joints
qui ou lequel, avec les pronoms
d'interrogation. Ainfi ,
3301. fignifie qui ou lequel,
pour la Perfonne. 3304. le fignifie
pour la choſe. 3307.
pour les deux. 33 404011.. fignifie
qui? qui eft- ce qui ? 3 ~ 404. qui
eft là ?qui va là ? 3 407. quel? lequel?
3 for . fignifie qui ou lequel
des doux , de luy ou de l'autre , &c.
Je n'ay marqué que le genre mafculin
de ces pronoms , parce
qu'il eft aifé de former les deux
autres genres , fur le modele des
pronoms precédens .
Apres les trois pronoms perfonnels
& les fuites que je leur
donne , je place les trois articles
Particuliers,
150
Extraordinaire
4. fignifie le article définy.
4'2 . la , 43. le 5'1 . fignifie un article
indéfiny , 5 ' une . 5'3. un 6's.
fignifie l'article double , ou le
pronom l'un l'autre, &c. L'ufage
de ces articles eft plus exact que
celuy de l'article general , &
quoy qu'on s'en puiffe paffer,
auffi bien que de luy , au moins
des deux premiers , on pourra
pourtant, s'en fervir pour plus
d'amphafe , comme j'ay dit dans
l'autre Méthode , ou les exclure
pour abreger.
Fajoûte à leur fuite les autres
pronoms pour l'exécution du
Projet, mais je laiffe fans employ
leurs fix derniers chifres auxiliaires
fimples , tels que font 4'4.
4's. 46. 4'7. & c . 5'4. 6'4. &c.
afin qu'il y ait une diſtance redu
Mercure Galant.
151
marquable entre ces articles &
ces pronoms , & je mets dix - huit
pronoms apres chacun de ces Ar
ticles.
Ainfi 4 101. fignifie un , l'un .
4104. un certain . 4 107. quelque,
quelqu'un . 4 201. il , le , cet,
& C.40 c.4 301. l'aprochant. 4 ~ 405 .
autre , un autre. 4501. cet autre
4 601.Véloigner, &c.
5 101. fignifie quiconque, &c.
& 6 101. fignifie le refte des
pronoms,
Il feroit inutile de les raporter
tous. Il fuffit de faire connoiftre
la maniere de les exprimer . J'au
rois pû les placer à la fuite des
trois chifres
primitifs des pronoms
perfonels , & on le pourra
faire fi on le veut ; mais j'ay crú
en devoir charger auffi ceux des
Niiij
152
Extraordinaire
articles , afin qu'eſtant diftribuez
en plus de chifres primitifs , il y
ait entre eux une diférence plus
facile à obferver.
7. feul , ou fuivy d'un , ou de
plufieurs chifres , avec fon enfei
gne fous luy, fignifie les adver
bes ordinaires , & les interje
ctions. 8. de mefme, exprime les
conjonctions ; & 9. les prépofi
tions. Voicy quelques exemples
de leurs expreffions, & premierement
des adverbes.
7. fignifie d'accord, 71. oũy, 72.
non , 73. ne , ne pas. 74. plus , 75-
moins , 76. auſſi , autant , 77. bien,
fort, beaucoup , 78. mal , peu , 79.
entre deux , paffablement , ny bien
ny mal.
711. fignific oüy en verité, €712,
du Mercure Galant.
153
non feurement , 713. ne , ne point,
Les expreffions des adver
bes eftant achevées , qui montent
à deux cens ou environ , comme
je l'ay dit dans l'autre Méthode,
les interjections commencenr.
s
7201 fignifie belas ! 7202. ah,
ah ! ohimé ! 7203, ah Dieu ! ô Dieux!
jufte Ciel ! &c.
8. fignifie la conjonction &,
81. la fignific encore, 82. fignifie
ny ,83.ou , fait.
2
9. fignifie la prépoſition en ,
dans , 91. dedans, 92. prés, auprés,
proche, 91. chez , 94. avec, &c.
C'eft ainfi que j'exprime les
parties invariables du difcours, &
on less pourra pouffer fi loin
qu'on voudra , pourveu que l'on
commence toûjours leurs ex154
Extraordinaire
preffions par leur chifre de diftinction
, qui eft le premier en chacune.
La diférence qu'il y a dans
cette Méthode entre les adverbes
ordinaires , & ceux des adjectifs
, eft que les ordinaires ont
leur premier chifre , ou chifre prémitif
borné à 7. & ont tous les
autres libres , au lieu que les adverbes
des adjectifs commencent
par toutes fortes de chifres , ainfi
que les noms d'où ils dérivent,
& féterminent par 7.
Sur cela , Monfieur , il eft bon
de vous avertir que dans les ex
preffions de toutes ces parties invariables
, il n'y a que le premier
chifre qui foit primitif , & que
tous les autres font auxiliaires ; &
que je ne mets l'enfeigne fur ces
du Mercure Galant, 155
expreffions , que pour les faire
connoiftre avec plus de facilité
& de promptitude , mais que
dans le fonds , c'est comme fi je
l'inferois entre leur premier chifre
, & ceux de fa fuite , & que
je marquaffe par exemple , 71.
7-19.& 7, 201, au lieu de figurer
75.719. & 7201. avec l'enfeigne
fur eux .
Il en eft de mefme de l'expreffion
de conjonctions & des prépofitions,
comme de celles- là ; ce
qui fait voir que je n'employe pas
davatage que le Projet, de chifres
primitifs , à marquer toutes ces
parties invariables , contre ce
quivous a pú fembler d'abord.
Quant aux premieres de leurs
expreffions , qui confiftent dans
un feul chifre avec l'enfeigne fur
156
Extraordinaire
Tuy , comme font auffi celles de
l'article general , on ne peut pas
changer cette enfeigne en inferée
, puis que ce chifre eft feul,
& n'a point de fuite . Toutesfois
on le pourra , fi on le veut , mais
il faudra fupofer un zéro apres
l'enſeigne , & comme s'il y avoit
7'0.8'0. 9'0 . au lieu de 7. 8. 9 .
feuls , avec le trait deffus.
Voila la maniere dont j'exprime
diſtinctement par les feuls
nombres fimples , tout le détail
des cinq ou fix parties du difcours
qui font contenues dans les neuf
premieres Sections du Projet.
Je fignifie enfuite par les nombres
de deux chifres , tous les
noms principaux , & les fubalternes
des eftres , qui font comdu
Mercure Galant. 157
pris avec leurs dépendances dans
les quatre vingts dix Sections fui.
vantes.
10. eft la marque de la premiere
de ces Sections , & le nombre
primitif du fouverain des
eftres. Je vais rapporter les chifres
auxiliaires dont je me fers
pour fon expreffion , & pour celle
de fes attributs genéraux , & de
fes particuliers,
10'1 . fignific eftre , nom princi
pal & attribut general . 10'2. fignifie
fubftance , nom de mefme
nature 103. fignifie efprit, nom
de mefme,10'4. fignifie Dicu ..
Voicy les dépendances du nom
eftre, 10 100, fignifie la qualité ,
effence. 10 10. fon adjectif au
mafculin , effentiel. to 102. au
feminin , effentielle. 10 103. au
3
3
158
Extraordinaire
genre libre, ou effentiel, & 10 171 .
fon adverbe effentiellement.
Voicy les noms fubalternes
qui regardent ce nom principal.
101001.fignifie
unité . 10 1002 .
verité. 101003 bonté, &c.
Voicy les dépendances de cès
noms fubalternes. 101101. fignifie
l'adjectif d'unité au mafculin
, ou un. 101102. au feminin
, ou une. 101103. au genre
libre , ou un . 101171. fon ad.
verbe.
५५
10 1201. fignifie l'adjectif de
verité au mafculin , ou veritable.
10 1202. au feminin . 101203 .
au genre libre. 0 1171. fon ad .
verbe, veritablement. 101301. fignifie
l'adjectif de bonté au maf
culin , bon. 101302 au feminin,
du Mercure Galant.
159
ou bonne. 10 1303. au genre 11-
bre , ou bon. 101371. fon adverbe
, bonnement.
Telle eft l'expreffion de tous.
les noms principaux , de tous
les poms fubalternes , & de
la dépendance des uns & des
autres , & il eft prefque inutile
que j'en rapporte d'autres exemples
, d'autant que vous jugez
bien par celuy - là que 10 201.
fignifie fubftantiel. 10 301.
Spirituel, & 10 400. divinté.
10 401. divin, 10 471. divinement.
104001. indépendance.
10410. indépendant.
10 4171. indépendamment,
104002. fimplicité. 104003.
immutabilité. 104004 infinité,
&c.
Neantmoins je vais encore ajoû.160
Extraordinaire
ter icy l'exemple des Animaux
à quatre pieds , afin que l'un ferve
d'éclairciffement à l'autre.
46'1 fignifie Animal à quatre
pieds en general . 46'2 . fafemelle.
46'30 464. leur Petit: 46'5 .
leur Petite. 46'6. leur Troupeau.
46'7. celuy qui en a foin. 46'8.
celle qui en a foin. 46'9 . leur gifte
ou leur retraite.
46100. fignifie la qualité de
l'Animal. 46101. fon adjectif.
46 171. fon adverbe , 46 ~ 200.
la qualité de fa femelle. 46 201.
fon adjectif. &c. 46400. la
qualité de leur Petit. 45 500.
la qualité de leur Petite, &c.
46 1001. fignific Elephant.
46 2001. fignifie Dromadaire.
463001. Chameau. 46 ~ 4001.
Cheval, &c.
du Mercure Galant. 161
Quant au détail , 46 ~ 4001 .
fignifie Cheval. 404002.
Cavalle. 464003. Hongre.
46 4004. Poulain . 46 ~ 4005,
Poulaine. 464006. Haras.
46 4007. Ecuyer. 464007 .
Palefrenier. 464008. Ecuyere.
46 4008". Palefreniere.
464009. Ecurie.
S
464100. fignifie la qualité
du Cheval. 464101 , fon adjectif.
46 4171. fon adverbe.
46 ↳ 4200 , la qualité de la Cavalle.
46 4300, la qualité du
Hongre , &c. Il en eft de mefme
des dépendances de tous les autres
noms qui font compris dans
cette neuvaine , chacun a fa qualité
, fon adjectif , avec fes trois
genres diftincts & fon adverbe .
Jay dit dans ma Lettre de la
Q.d'Avril 1683. O
162 Extraordinaire
Grammaire Univerfelle , que je
mettrois les noms de Dieu , &
des Efprits , au genre mafculin,
mais j'ay penfé depuis qu'on n'y
devoit mettre que ce qui eftoit
doué du fexe mafculin , & que
tout le reste appartenoit au genre
libre. L'obfervation qu'il faut
joindre à cette réforme , eft qu'il
n'y a que l'es pronoms & les noms.
adjectifs , dont je marque les
genres par les chifres ; ceux des
noms fubftantifs font marquez
par la nature , & cela fuffit . Ce
n'eft pas que quand j'ay à exprimer
des noms fubftantifs qui font
doüez de fexe , je ne leur affigne
toûjours des auxiliares , qui ont
du rapport avec les genres des
adjectifs , mais dans le fonds ces .
chifres n'expriment que l'ordre
du Mercure Galant. 163
des fubftantifs dans les neuvaines
, & s'ils fignifient auffi le
genre , ce n'eft que par rencontre
& par accident . Cette obferva .
tion eft pour la Méthode précedere,
auffibien que pour celle- cy .
Vous avez veu , Monfieur,
dans cette premiere Methode,
qu'où la fécondité du détail des
Sections excede les bornes ordinaires
, j'ay recours pour y fournir
aux trois accents Grecs , que
je nomme pour cet effet a cents
d'augmentation , que je les place
fur le dernier, chifre de mes expreffions
abondantes , & puis fur.
le penultiéme de leurs quatre
primitifs , pour ne pas embaraf.
fer leurs deux premiers , d'aucun
mélange , à caufe qu'ils marquent
leurs fources ou racines.
O ij
164 Extraordinaire
Cette feconde Méthode recourt
auffi dans le beſoin à ces accents,
mais la crainte de l'embarras
dont je viens de parler , l'em
pefche de les mettre fur les chifres
primitifs de fes expreffions
lors qu'elles n'en ont que deux,
& les luy fait placer fur leurs chi
fres auxiliaires ; & comme ces
chifres font d'ordinaire au nom.
bre de quatre également fufcepti
bles de ces accents , il en refulte
une fois autant d'expreffions di
férentes que dans l'autre { Mé .
thode , c'est à dire, 3402.000
Je me fers auffi comme elle,
du premier de ces accents à d'au
tres ufages , ce qui a déja paru
dans la maniere dont j'ay diftin
gué le caractere du Palefrenier,
d'avec celuy d'Ecuyer, & ce qui
du Mercure Galant. 165
1
paroiftra dans la fuite .
Apres l'expreffion des eftres,
& avant celle des verbes , je place
les proverbes , comme j'ay
propofé de le faire dans le Projet,
& j'employe à les marquer , les
nombres de trois, & de quatre
chifres qui finiffent par un zero,
avec la barre fureux , à commencer
par 110. 120. 130, & c. comme
dans l'autre Méthode.. Surquoy
il faut obferver , que c'eft comme
fi je les exprimois par deux ,&
par trois chifres primitifs avec
l'apostrophe inferée ,
& que le
zero fuft auxiliaire , & que je
marquaffe par exemple , 11'0,
12'0. 101'0. 102'o. &c. au lieu de
110. 120, 101o . & 1020, avec la
barre deflus.
166
Extraordinaire A
Je les divife auffi en neuf clefs,
comme dans la Méthode précedente
, & ce que j'en ay dit là,
fervira icy, puis qu'il n'y a point
d'innovation , & qu'il feroit inu
tile de repeter deux fois la mefme
chofe.
Les verbes s'expriment dans le
Projet , par les nombres de trois
chifres , & j'imite cet ordre à l'é
gard des verbes principaux .
100-10. fignifie eftre defoy- me/me,
ou parfa propre vertu , verbe affir
matif. 100-20. fignifie devoir fon
eftre , fon oppofé ou négatif.
100-30 & 100-30 . les retours d'a
ction de ces deux verbess
100-40 . fignific estrefouverain,
dominer 100 50. efire fujer, dépendre
100. 60. & 1006' . leurs.
f
du Mercure Galant. 167
retours . 100.70. fignifie ere de
tout temps. 100-80 . eftre de nouveau,
fon négatif. 100.90 . & 100-90,
leurs retours. Ces verbes font
particuliers à cette Méthode, &
apartienent en general à la dixjéme
Section qui regarde Dieu &.
fes attributs , & fe forment com
me il fe voit , par l'adition d'un
zero primitif à fon nombre 10.
101-10. fignifie eftre ou exifter,
&c. 101-40 . fignifie paroiftre.
20150. eftre inviſible. fon negatif.
101 70. agir. 101-80 . eftré fans
actions Ces verbes font deubs au
non eftre , que j'ay exprimé par
10'1. par où l'on connoift la maniere
dont ils fe forment , qui eft
par le changement du chifre auxiliaire
du nom en chifre primitif,
& parla jonction au nombre
168 Extraordinaire
de la Section . Uſage qui eft
commun à la compofition de tous
les autres verbes particuliers qui
ont trois chifres primitifs. Ainfi,
102-10. fignifie fubfifter. 103-10,
penetrer. 104-10 . creer. 104-20.
aneantir. 104 30. & 104-30. les
retours d'action de ces deux der.
niers verbes. Il en eft de mefine de
la fuite des précedens , & de celle
des fuivans. 104-40. fignifie conferver.
104 59. délaiffer ou négli
ger , &c. verbes qui appartiennent
àfubstance , à efprit , à Dieu.
105-10 .fignifie commencer, 195-20.
finir.105 40.continuer, &c. verbes
detravail dont Dieu a donné l'é.
xemple à l'Homme.
460-10. fignifie fervir de nourriturc
nourir. 460-40 . porter.
460-70. tiver. verbes qui appar
tiennent
du Mercure Galant. 169
tiennent en general aux Animaux
à quatre pieds , qui font de
fervice .
1461.10. couvrir. 461.40 . & c.
verbes qui appartiennent au
mafle. 462-10 . fignifie retenir.
462-40. eftre pleine . 462.70 . faire
Petits, &c. verbes qui appartiennent
à la femelle . 463-10 . & fui
vans , verbes qui appartiennent
au Hongre. 464-10. & c. ver
bes qui appartiennent au Petit
, &c .
Quant aux noms verbaux qui
dérivent des verbes principaux ,
ils s'expriment par leurs troischifres
primitifs , voicy leurs fubftantifs
.
Un feul chifre auxiliaire , marque
les fubftantifs qui contien-
Q.d'Avril 1683. P
170 Extraordinaire
nent l'action ou la paffion du
verbe , & trois auxiliaires expriment
les autres. Ainfi,
104'1 . fignifie creation. 104101
fignifie Createur. 104 102. Creatrice.
104 103. fignifieroit le
nom du temps , fi le verbe creer
en avoit un , comme regner à regne
, & comme veilleir & veillir,
ont veille & veilleffe . 104 104.
fignific Creature , relation directe...
104 105. Creature , encore fil'on
veut le premier au gere mafculin ,
& l'autre au feminin, 10, 106 .
fignifient le nom de l'Inftrument,
fi ce verbe en avoit un, comme
encenfer à Encenfoir , & comme
mefurer à Mefure. 104 107. &
104 108. fignifieroient auffi
des noms de relation indirecte
s'il en avoit , comme boire
3
du Mercure Galant.
171
&
à beuvetier & beuvetiere ;
104 109. fignifiroit le nom du
lieu , s'il y en avoit , comme regher
à Royaume , & comme boire à
Beuvette. Le tout par rapport à
l'autre Méthode .
Les adjectifs des verbes s'expriment
par quatre auxiliaires .
1044101. fignifie le premier
adjectif du verbe actif conferver.
104 4201 : le fecond.1044301 .
le troifiéme. 1044401. fignifie
le premier adjectif du verbe
paffif eftre confervé. 1044501. le
ſecond . 104 4601 , le troffiéme .
104 ~ 4701. fignifie le premier
adjectif du verbe meflé , fe conferver.
104 4801. le fecond , &
104 4901.le troifiéme.
Tous les autres noms fubftantifs
ou adjectifs des verbes , fe
Pij
172
Extraordinaire
marquent par ces mefmes chifres
auxiliaires.
Les verbes fubalternes s'expriment
par les nombres de
quatre chifres primitifs. Ainfi,
101-10. fignifie unir . 1011 20,
def -unir. 1011-30 . réunir. 1011-30 .
redef-unir. 1011-40.joindre. 1C11-50,
divifer, disjoindre. 1011-70 . affembler.
1011-80, feparer , &c.
1012-10. fignifie dire la verité,
1012-20 . mentir.
1013-10 . fignifie abonir. 1013-20.
empirer. 1013-40. ameliorer. 1013-50 .
déteriorer. 10r3-70. rendre par.
fait. 1013-80 . fon negatif, verbes
qui appartiennent aux qualitéz
naturelles de l'estre.
4640-10. fign, hennir. 4640-40.
&c. verbes qui appartiennent en
du Mercure Galant . 173
general à Cheval , à Cavalle,
à Hongre , & encore au fecondternaire
de leur neuvaine.
4641-10. fign . faillir. 4641 40 .
&c . verbes qui appartiennent au
Cheval. 4642-10 . fignifie retenir..
4642 40. eftre pleine . 4642-70,
poulainer , verbes qui appartien
nent à la Cavalle , & c.
4647 10. fignifie monter à che
val. 4647-40. aller à cheval.
4647-70. exercer le Cheval , faire
manége , verbes qui appartiennent
à l'Ecuyer . 4647-10.fignifie
panfcr.4647-40.étriller. 4647-70
bouchonner , verbes qui appartiennent
au Palefrenier.
T
Il faut remarquer que des
verbes generaux de quatre chifres
, fe forment par l'adition du
premier & du fecond chifre
P iij
174
Extraordinaire
auxiliaire dés noms, à qui ils appartiennent,
aux chifres primitifs
de ces noms. Ainfi , 4640-10 .
verbe general qui fignfie hennir,
vient de 464001 , caractere du
Cheval , ou de 46
4002. caractere
de la Cavalle , ou de
464003 caractere du Hongre,
& c. mais les verbes particuliers ,
fe forment par l'adition du premier
& du quatrième auxiliaire.
Ainfi, 4641 10. verbe particulier
qui fignifie faillir , vient de
464001 , caractere de Cheval.
4642 10. verbe de mefme , qui
fign. retenir, vient de 46 - 4002.
caractere de la Cavalle, &c.
Vous voyez par là , Monfieur,
qu'il n'y a pas un ſeul nom à qui
cette Méthode ne, puiffe attribuer
particulierement trois verdu
Mercure Galant.
175.
*
bes affirmatifs , trois negatifs , &
fix de retours d'action , fans
compter les verbes genéraux ou
communs , & à qui elle n'attribue
toutes ces fortes de verbes,
fuivant fa nature & fa portée ;
d'où il réfulte pour cette feconde
Ecriture , une abondance infinie
d'expreffions exactes & délicates ,
qui n'a point fon égale dans
la précedente , ny dans aucune
autre.
न
Les noms de ces verbes fube
alternes , ont quatre chifres primitifs
comme eux , & leurs auxi
liaires font tels que ceux des
noms des verbes principaux.
Ainfi , 1012'2 . fignifie menterie , ou
menfonge. 1012 201. fignifie
menteur, 1012 202. menteufe.
1012203. & C,
*
176 -Extraordinaire
10122101. fignifie le premier
adjectif actif du verbe mentir.
10122401. fignifie le premier
adjectif paffif , & 10122701.
fignifie le premier adjectif du
verbe mellé.
SECONDE PARTIE.
L
..
Es nombres qui demeurent
en leur nature , & qui ne
fignifient rien d'étranger , font
le fujet de cette Partie , comme
dans l'autre Méthode . Elle met
comme elle , une enfeigne particuliere
fous leurs chifres , qui eft
une barre droite pour les nom.
bres cardinaux , & une courbe
pour les ordinaux. Je fuppofe
Pune & l'autre , pour épargner
de la peine à ceux qui s'en fervi
du Mercure Galant.
177
ront, & voicy quel est le refte
de leur expreffion
.
Les nombres cardinaux peuvent
/ eftre.confiderez comme
indéclinables , & comme déclinables
. Si on les employe de la
premiere façon , ils n'ont befoin
que de leur enfeigne particulière ,
mais fi on les met en ufage comme
déclinables , il leur faut ajoûter
l'enſeigne inferée. Ainfi .
z'ï fignifie deux au mafculin du
nombre pluriel , parce que le nom
n'a point de fingulier , non plus
que tous ceux des nombres qui le
fuivent . 2'2 . le fignifie au feminin.
2'3 . au genre libre . 2'4 . fignifie
double au mafculin. 2'5 . le fignifie
au feminin . 2'6. au genre libre .
2.71 . fignifie deux fois , adverbe .
8-74 fignific doublement , autre
178 Extraordinaire
adverbe. 2 40. fignifie doubler.
2 50. fignifie dédoubler. 2-60. redoubler.
2-6′o.redédoubler. 2: 401 .
doubleur. 2402. doubleufe.
2403. doublement. 1406. duplicité.
Ces deux derniers nons
occupent ces places qui demeureroient
vuides , parce que ces
verbes ne marquent ny la cir
conftance du temps , ny celle de
l'inftrument , & ils pourroient
difficilement eftre mieux placez
ailleurs que là. 24101. fignifie
le premier adjectif actif du verbe
doubler. 24401. fignifie le
premier adjectif paffif. &
24701. le premier adjectif du
verbe mellé. Sur le modelle de
l'expreffion de ce nombre , on
peut former les expreffions de
tous les autres.
du Mercure Galant.
179
L'ordinal , deuxième, par exem
ple fe marque comme deux , &
au fingulier auffi-bien qu'au pluriel
, fecond comme double , druxiémement
comme deux fois , fecon.
dement comme doublement, ſeconder
comme doubler , & c. leurs caracte
res ne diferent que par la diver-
-fire des barres qu'ils ont fous eúx.
Il faut pourtant fçavoir , que
pour marquer la deuxième fois ou
- lafeconde fois , on doit employer
le 8. au lieu du 7. qui eſt deſtiné
l'expreffion des adverbes ordinaires.
Ce qui fe fait fans danger
d'équivoque.
Ainfi il fe voit qu'il en est de
mefme de l'expreffion des nombres
ordinaux,que des cardinaux;
& que cette Méthode ne tombe
pas dans l'embarras de la prèce180
Extraordinaire
dente , au fujet de leurs verbes
negatifs , de leurs verbes de
retour d'action , & des noms qui
dérivent des uns & des autres.
Les exemples quej'en ay rappor
tez , fuffifent pour apprendre à
marqueravec toutes leurs dé- les
pendances.
DERNIERE PARTIE.
CE
Ette Partie regarde les
noms des Lieux , & des
Perfonnes celébres , & fe borne
à leurs expreffions . Elle a une
enfeigne particuliere fur les 'chifres
qui marquent ces noms,
outre l'inferée , comme dans
l'autre Méthode. Je fupofe cette
enfeigne particuliere , voyez l'autre
avec fes chifres .
du Mercure Galant. 181
11. fignifie l'Afie . 1'4. Afiatique
au mafculin . r's . au feminin . 1'6 .
au genre libre, 1'71 . Aſiatiquement,
adverbe,
21. fignifie l'Europe. 31. l'A
frique. 41. l'Amérique, s' . la
Terre Auftrale .
11 ' . fignifie la Chine. 11'4.
Chinois. 11'5. Chinoife , & c . 12'1.
la Tartarie. 13'1 . le Japon. 14'1.
l'Inde Orientale , & c.
11-01 . fignifie Foby , premier
Roy de la Chine. 11.02 . Xinnung,
deuxième Roy. 11-03 . Hoang,
troifiéme Roy, &c. H-09. le
neufviéme Roy. II 100. le
dixieme Roy. 11 101. l'onziéme
Roy, &c. 11 200, le vingtiéme
Roy. 300. le trentiéme.
11909. le quatre- vingts- dixneuviémę
.
£82 Extraordinaire
II1001. fignifie Canton , pre- ;
miere Province de la Chine .
II 1004. fon adjectif Cantonnois .
11 2001. Quamfi , feconde Province.
113001. Yunxan₂ troifié
me Province, & c .
111101. fignifie Canton , Ville
Capitale de la Province de Canton.
I 1104. fon adjectif Cantonnois.
111201. feconde Ville
de cette Province . 11 1301. troifiéme
Ville , & c. 12101. fignifie
la Ville Capitale de la Province
de Quamfi. 113101, celle de la
Province d'Yunxam , & c.
1111101. fignifie un Homme
celébre par la valeur , de la Ville
de Canton . I11102 . une Femme
fameufe par la mefme qualité.
II 11201. un Homme celébre
par la fageffe , du mefme lieu.
du Mercure Galant.
183
11 11301. un Homme celébre
par les Sciences de ce mefme lieu,
&c.11 12101. unHomme illuftre
par la valeur , de la feconde
Ville de la mefme Province.
11 13101. un Homme pourveu
de la mefme qualité , de la troifiéme
Ville , & c. 11 21101. un
Homme eftimé par la valeur , de
la feconde Province. 1131101. ,
un Homme en mefme eſtime, de
la troifiéme Province , & c .
, pour
Le premier accent d'augmentation
, eft employé icy comme
dans l'autre Méthode
marquer les Etats , les Provinces,
& les Villes confidérables des
Provinces , qui font au dela de
neuf, & pour redoubler auffi le
nombre des Perfonnes celebres .
Cet accent fe met fur le chifre
184
Extraordinaire
3
auxiliaire , dont on veut agmen
ter l'expreffion . 11 feroit fuperflu
d'en rapporter des exemples, cet
ufage eft affez intelligible fans.
leur fecours , & l'on en peut voir
dans la Méthode précedente , fi
l'on en a befoin .
Voila , Monfieur , un Echantillon
du fecond Dictionnaire
Univerfel dans fes trois Parties,
& le chemin ouvert pour leur
donner toute leur étendue , avec
ordre , & fans peine. Je fuis
voftre, & c .
DE VIENNE- PLANCY.
Sa
du Mercure Galant. 185
S2-SSSSS2S52525: 52
RELATION D'UNE
Fefte donnée aux Dieux par
Neptune. dans fon Palais , à
l'occafion de la Naiffance de
Monfeigneur le Duc de
Bourgogne
.
"
LA
A Seine n'eut pas plûtoſt
informé Neptune de l'heureufe
naiffance du Prince, Petit-
Fils de Louis XIV . que ce
Dieu , pour faire mieux éclater
fa joye , dépefcha un Triton vers
Eole , pour l'inviter à la Feſte
qu'il préparoit. Par cet Exprés,
il le prioit d'envoyer à l'inftant
par toute la Terre , comme au
186 Extraordinaire
Ciel , & mefme aux Champs.
Elifées , des Vents pour donner
avis à toutes les Divinitez de fe
rendre inceffamment dans fon
Palais. Toutes chofes fe trouverent
preftes à leur arrivée , ce
puiffant Dieu de la Mer n'ayant
eu befoin que d'une parole, pour
rendre ce Palais auffi magnifi
que & auffi pompeux qu'il le
devoit eftre pour une Fefte de
cette importance . Des Murs de
Criftaux s'éleverent en un inf
tant , & ils furent extraordinairement
illuminez par les Aftres
qui estoient attachez à leur
voûte, comme autant de Luftres
fans prix ; le Soleil ayant laiffe
ces Aftres dans l'onde , afin de
fournir la carriere . Des Rubis ,
des Saphirs , des Emeraudes, des
du Mercure Galant. 187
Opales, & une infinité de Pierreries
mifes en oeuvre dans ces
Murs fuperbes, rendoient encore
une lueur furprenante . La Salle
où le Feftin eftoit préparé, avoit
d'un côté des Cartouches qui
s'échapoient des Feftons de Rofeaux,
Ornement convenable à
la demeure du Dieux des Eaux .
Ces Feftons regnoient un peuplus
bas que la Corniche de la
Voute. On avoit , mis des Rofeaux
tout autour de ces Cartouches,&
on les avoit compofez
chacun d'une écaille de Tortue
de Mer , à peu prés de l'étenduë
d'une Rondache ou Bouclier
où fe voyoient les Devifes qui
fuivent. Mais pour faire que
graveure en paruft . davantage ,
des grains de fable d'or pris dans
la
Q ij
188
Extraordinaire
quez
le Pactole , avoient efté appli
dans les rayes gravées fur
ces Ecailles. Le premier Cartouche
contenoit une Devile
pour Loüis LE GRAND. Le
corps de la Devife eftoit un Trident
fur une Mer , & avoit ces
mors pour ame,
Hoc moventur, & fedantur.
Pour marquer que comme
Neptune peut agiter les Flots
de la Mer & les calmer d'un
coup de Trident ; de, mefme le
Roy de France , qui méritè fi
bien de porter le Sceptre, a luy
feul le pouvoir de mettre en
guerre tous les Peuples de l'Europe
, & de leur rendre la Paix ,
Dans le fecond Cartouche eftoit
la Deviſe de la Reyne, dont une
du Mercure Galant. 189
"riche Perle faifoit le Corps , ani
mé de ce Vers ,
Fe fuis riche dedans autant que par
› debors.
Ce qui faifoit entendre que les
perfections du coeur de cette
grande Princeffe , ne le cedoient
point à celles de fon corps. Le
Cartouche fuivant repréſentoit
un Dauphin , avec ces paroles,
Comitate & præftantia.
A caufe que Monſeigneur le
Dauphin n'eft pas moins recommandable
par fa douceur
que par fon rang . Madame la
Dauphine avoit dans fa Deviſe
une Syrene, avec ces mots,
Mavoix enchante les Mortels .
En effet, cette Princeffe parle
d'une maniere fi jufte , qu'elle
charme tous ceux qui l'enten190
Extraordinaire
dent. Le dernier Cartouche ren
fermoit la Deviſe du petit Prin
le corps eftoit une branche
de Corail expofée à l'air , envi
ronnée de ce Vers,
ce ;
On verra croiftre aujour maforce &
ma vertu.
a
Voila ce qui fe voyoit à l'un
des côtez de la Salle. De l'autre
eftoient autant de Cartouches,
mais dans la mefme fituation
que ceux des Devifes. Les Armes
des mefmes Perfonnes Royales
eftoient arborées dans ces Cartouches.
Le jeune Prince eſtant
l'ame de la Fefte , Neptune avoit
fait mettre fon nom fur le Mur ,.
qui faifoit le fond de la Place,
I eftoit marqué en groffes lettres
capitales de Rubis , de Nacre,
& de Coquillage, avec tout
du Mercure Galant.
191
il
l'artifice & toute la richeffe pof.
fible ; & au deffus de ce nom ,
y avoit un Daiz qui le cou
vroit, enrichy de toute forte de
Pierreries du travail d'Amphi .
trite . Des quatre coins du Daiz
pendoient quatre Couronnes
que des Syrenes avoient cteillies
fur des Plages diférentes . Les
deux Couronnes qu'on voyoit
fur le devant , eftoient de Laurier
& d'Olivier , les deux autres
du fond , d'Epics & de Rofes,
pour marquer que ce jeune Prince
ayant pris naiffance en un
temps , où par les foins de Louis
LE GRAND fon Ayeul, regnoient
la Vertu & la Paix , l'Abondance
& les Plaifirs , il ne pouvoit manquer
d'eftre heureux , riche , puif-
Lant, & glorieux toute fa vie . Au
192 Extraordinaire
bas du Mur s'élevoit , un Trône
fur le creux d'une large Conque.
La Salle eftant fuperbement
préparée de cette maniere, & le
Couvert mis , les Dieux fe rendirent
tous au Palais de Neptune;
mais Jupiter arrivant des derniers
, & fendant la foule des
Tritons pour entrer dans la Salle,
Mercure qui le précédoit le
Caducée fur l'épaule , crioit,
place, place à Fupiter , & enfuite
s'adreffoit aux Dieux de cette
maniere. Affurément Jupiter a
plus de fujet qu'aucun de vous ,
de fe réjouir de la naiffance du
Duc de Bourgogne , puis que
ce jeune Prince doit eftre un
jour des Succeffeurs de Francion
, ce Francion fi chery de
Jupiter , qu'il le déroba à l'em-.
brafement
du Mercure Galant.
193
braſement de Troye . Depuis ce
temps-là ce Troyen , & tous ceux
qui luy ont fuccedé, ont efté les
Favoris de Jupiter , plus particulierement
que tous les autres
defcendans du Héros . Tous les
Dieux tõbant d'accord de cette
verité, alleret embraffer la cuiffe
à leur Souverain , & chacun luy
baifa la main l'un apres l'autre ;
apres quoy Jupiter commença le
premier à fe depoüiller du férieux
& de la contrainte , & les
autres Dieux à fon exemple ne
penferent qu'à la joye . Ils fe
mirent à table fur des Sieges de
Mouffe , & d'abord ils donnerent
fortement fur l'Ambroisie
qui eftoit accommodée de cent
façons diférentes , mais délicates .
Cependant les Fluftes douces,
Q.d Avril 1683. R
194
Extraordinaire
& les Hautbois faifoient une
Symphonie charmante . Echo ,
qui s'eftoit multipliée dans tous
les coins du Palais , rendoit le
Concert plus agreable. Durant
le Repas , la converſation roula
fur ce que Loüis XIV. avoit
toutes les vertus des plus grands
Héros. On affura qu'il parloit
bien , & faifoit de mefme ; &
qu'il gouvernoit l'Empire des
François avec tant de prudence,
qu'il méritoit de gouverner tout .
le Monde ; Que jamais on n'avoit
veu un Monarque plus digne
de porter le Diadéme ; &
que comme on ne verroit jamais
fon pareil , il eftoit à fouhaiter
pour les Sujets qu'il fe vift beaucoup
de Succefleurs de fon vivant
, afin qu'il les portât luy-
1
du Mercure Galant.
195
mefme à la vertu par
fon
exemple.
Cela donna lieu à Apollon
de compoſer fur le champ cette
Epigramme.
LES
Es Dieux ayant comblé de gloire
LOUIS cet illuftre Vainqueur,
'Luyfont naître en ce jour un ſecond
Succeffeur,
Pourde ce trait encore embellir fon
Hiftoire.
Couvert defes Lauriers , dans un heureux
repos,
LOUIS für fon Modelle éleva des
Héros.
Chaque Dieu s'efforça d'imiter
Apollon , & voulut donner
des Vers fur le mefme fujet. Il
n'y eut pas jufqu'à Momus qui
n'en montraft. Comme il luy
eft impoffible de fe démentir fur
fes manieres badines & folaftres,
Rij
196
Extraordinaire
il tira de fa poche plufieurs Papiers.
Sur l'un eftoit , Requeste
aux Dieux , pour envoyer en France.
un fecond Moliere . Sur un autre
on lifoit , Avanture touchant le
Cramoify. Sur un autre encore ,
Beauté de Philis comparée à une
Haye d'Epines. Enfin fur le quatriéme
Papier eſtoit , Sonnet en
Bouts-rimez , au fujet de la Naiffance
du Duc de Bourgogne. C'eſt
un Impromptu , dit- il, qui m'eſt
échapé ce matin dans l'Anti-
Chambre de Jupiter , lors qu'on
y parloit d'aller chez Neptune.
Le Peigne à la main , & demandant
s'il eftoit jour chez ce
Dieu , j'ay révé aux Boutsrimez,
& avant qu'il m'ait fallu
le falüer, j'ay achevé le Sonnet,
Vous verrez bien qu'il eft fait
du Mercure Galant.
197
pour eftre montré dans la Fefte
que donne Neptune .
SONNET.
Ans ce Palaisfuperbe où l'on voit
D
Jupiter,
Efculape au befoin noftre Pharmacopole,
Silene, avec fon Fils Bacchus ce bon
Frater,
Et la venerable Ops , cette vieille
Nicole ;
3
Où Coclus eft auffi , cet impuiſſant
Pater,
Mars qui dans lesCombats pourLOUIS,
caracole,
Thémis dans le Barreau quifait tant
difputer,
Neptune fur les Eaux qui régit la
Bouffole;
**
Où fe trouvent encor l'Echanfon im;
mortel,
R üj
198 Extraordinaire
La Concorde, & la Paix, fans crainte
du Cartel,
Et le Dien qui fait naître une amourenfe
affaire;
03
Enfin , où l'on rencontre avec le Dien
des Vers ,
Chaque Déeffe, & Dien de ce vafte
Univers,
S'ils ne bûvoient au Duc , èb
droient-ils faire?
que vou
Tous les Dieux fe mirent à rire
fur la fin de ce Sonnet , & il n'y
en eut aucun qui ne fe fift donner
du Nectar, Momus voyant qu'-
Apollon s'impatientoit & hauf
foit la tefte ; Il me femble, dit - il ,
que le Dieu des Mufes méprife
& critique mon Sonnet. J'avouë
qu'il n'a pas les marques d'un
chef-d'oeuvre de la verfification
Françoife , mais auffi il faut tomdu
Mercure Galant.
SE
YON
ber d'accord que la concluon
en eft affez bonne , puis qu'a s
fin de fa lecture tous ceux de la
Réjouiffance fe font mis à boire.
Ii eft vray que les Dieux cele..
brerent fi bien la fanté du Prince
nouvellement né , & qu'ils bu
rent tant , que Momus au fortir
de table , eftoit de l'opinion de
Copernic , & tenoit avec luy
que la Terre & l'Eau tournoient,
& que le Ciel eftoit immobile.
Ils pafferent tous dans une autre
Salle pour y prendre d'autres
divertiffemens. Neptune qui retient
dans l'onde toutes les Images
des corps qui s'y préfentent ,
en avoit choifi les plus belles
pour en orner cette Salle. On y
voyoit de tres - beaux panchans
de Rives couverts d'Arbres &
R iiij
200 Extraordinaire
d'Herbes fleuries , des Oifeaux
d'un plumage extraordinaire ,
des Perſonnages au naturel contre
les Murs , comme un Nar.
ciffe, & d'autres , fur tout une
Philis qui fe miroit dans l'eau
quelquefois, & qui fe faifoit mille
Adorateurs. Ce qu'on ne doit
pas ômettre, c'eft que la Renommée
ayant
ayant fouvent parcouru les
Mers avec le Portrait de Loüis
LE GRAND fur la Banderolle
de fa Trompette, & quelquefois
avec ceux des Princes de la Maifon
Royale , ces Portraits s'y
voyoient en parade , enrichis de
riches Broderies. Au fond de la
Salle eftoit un Theatre, où l'on
repréſenta la Comédie en préfence
des Immortels , DesTritons
& des Syrenes joüerent les rôles
du Mercure Galant. 201
de toute la Piéce. Dans les Entre
actes, on dança un Ballet , dont
le fujet eftoit la deſtinée de M
le Duc de Bourgogne . Dans la
premiere Entrée , des Tritons habillez
à la Françoiſe alloient confulter
la Sybille de Cumes, pour
fçavoir d'elle jufqu'à quel degré
de gloire montera un jour ce jeune
Duc . La Sybille leur jettoit
des Feuilles , fur lesquelles il
eftoit écrit que ce Prince dans
toute l'étenduë de fa vie , aura
trois Maiſtreſſes , à fçavoir, la
Vertu , la Sageffe , & la Gloire.
Dans la feconde Entrée paroiffoit
l'Enfance , accompagnée de
ſes jeux. La Vertu , la Sageffe, &
la Gloire , s'y trouvoient auffi ,
mais fans qu'on puft bien les dif
tinguer. La troifiéme Entrée
202 Extraordinaire
eftoit l'Adolefcence, & à fa fuite
les Exercices de la Dance , des
Armes , & du Manege. Les plaifirs
de la Chaffe , du Jeu, & d'au
tres convenables à un Prince
bien élevé, fe mêloient dans cet
te Entrée. Les trois Maiſtreſſes
deſtinées au jeune Duc, y venoient,
mais ayant le vifage plus
découvert que la premiere fois.
Dans la quatriéme Entrée l'Age
viril fe montroit. La Guerre , la
Paix , arrivoient fur le Theatre,
& les trois Maiftreffes ne manquoient
pas de s'y trouver avec
toutes les Livrées qui les diftin.
guent. La cinquiéme Entrée
eftoit compofée de la Vieilleffe ,
du Repos, & de la Tranquillité.
La Vertu , la Sageffe, & laGloire,
y paroiffoient dans tout leur jour,
du Mercure Galant. 203
& eftoient mefme embellies . On
n'eut pas plûtoft finy le Ballet,
& par conféquent la Comédie ,
que les Dieux témoignerent eftre
fatisfaits de l'un & de l'autre . Ils
tomberent d'accord tout d'une
fois que fi le jeune Duc cheriffoit,
jamais les trois Maiftreffes
que luy donnoit la Sybille , avec
autant d'ardeur que Lours LE
GRAND les cheriffoit , il feroit
digne que l'Empire François por
tât fes Lys plus loin que ne volerent
autrefois les Aigles Romaines
, & que le Soleil n'en
vit jamais les ruines , comme il
voit à préfent celles de Rome qui
fut fi floriffante . Ils fortiret apres
cela , mais dans la réfolution de
fe fignaler tous par de magnifiques
réjouiffances , afin qu'on
204
Extraordinaire
pulife dire effectivement
que
la
joye que fa Naiffance a caufée
eft univerfelle , & que l'on en
voit des témoignages
au Ciel
auffi bien que fur la terre .
DE LA SALLE, Sieur de Leftang.
Voicy plufieurs Madrigaux qui
ont eftéfaits fur les deux Enigmes
du mois d' Avril, dont les Mots eftoient
la Cheminée & le Louis
d'or.
Cak
I.
Hacun pouffe divers defirs;
Pour moy , je mets tous mes plaifirs
A boire aupres dufen lors que l'Hyver dufen
nous glace.
La Cheminée eft mon réduit,
J'y pafferois toute la nuit,
Si Bacchus avec moy tenoit toûjoursfa
place.
DE LA TRONCHE, de Rouen.
du Mercure Galant.
205
v
II.
A fentnom d'un Héros ton E- nigme feconde
S'explique bien à mon avis;
Car de tous les Héros du monde.
Je ne reconnois qu'un Loüis.
VN
DE RAMPAN , Ecuyer .
ordinaire du Roy,
III.
N Prureur de ma Patrie,
D'ailleurs Homme defainte vie,
La crainte de Dieu dans le fein,
Fut un jour voir un Capucin.
Làfantifiant fes rapines,
Il nommoit desfaveurs divines
Les biens qui luy fautoient aux yeux,
Aforcedefaire des Gueux.
F'admire en verité, dit -il, la Providence,
L'argent chez moy vient en telle abondance,
Que mes fens enfont ébloüis.
Un jourfeul me vaut mieux qu'aux au❤
tres une année,
206 Extraordinaire
Et l'on diroit que par ma Cheminée
Le Cielfait pleuvoir des Louis .
P. DE LA CROIXx , de Beauvais .
IV.
METErcure réuffit en tout ;
Il n'eft rien, comme on voit, dont il ne
vienne à bout;
Sa genérofité ne peut eftre bornée ;
Il nousfait tous les mois despréfens aſſez
doux,
Et graces au dernier de tous,
Maintenant la Cuiſine eft par tout bien
ornée,
Il nous avoit donné Tournebroches &
Pots,
Cramailleres, Chénets , & d'autres Vftenciles,
Qui loin d'eftre mal-a-propos ,
Eftoient des Pieces fort utiles,
Cependant à mon gré la meilleure y manquoit,
Un chacun de nous s'en choquoit,
Et plaignoit fortfa deftinée ;
du Mercure Galant. 207
Mais ce Dieu clairvoyant calme tout
aujourd'huy ,
Il nous donne la Cheminée ,
Dont on avoit befoin pour chaffer cet
ennuy.
LE Dieu
V.
DE GRAMMONT .
E Dieu Mercure tout furpris
Des auguftes vertus de nostre grand
Monarque,
Les publie avecfoin, & par ses beaux
Ecrits
Le veut rendre immortel en dépit de la
Parque.
On le voit plein d'ardeurpour ce Héros
parfait ,
Il en parle en tous lieux d'une noble
maniere,
Il aime tout de luy jufques à fon Portrait,
Sur tout quand l'or enfait l'éclatante
matiere.
Onfçait que jusqu'icy ce Métal prétieux
208
Extraordinaire
A toujours éblouy ses yeux;
Et dans fon Enigme derniere
Il ne peut s'empefcher de nous marquer
encor
Sapaffion particuliere,
Tant pour Lours LE GRAND, que pour.
le Louis d'or.
VI.
Le mefme.
Mercure, àquoy bon tant tourner?
Lors qu'une Cheminée à nos befoins
utile
Eft fortfale, & tres-difficile,
Eft- ce trop d'un Louis pour la bien ramonner
?
L'Honnefte Homme de Chaſtillon ,
Commis aux Aydes à Troyes.
-VII.
D'Alcidalis, qu'on croit plein de
tranquilité,
L'ame eft aife nent mutinée;
On le voit pour un mot , d'un visage
irrité,
Fumer comme une Cheminée.
L'ALGERIEN, de Paris .
du Mercure Galant. 209
Non
VIIL
On, belle Iris, je ne fuis point
volage,
J'aimerais mieux perdre le jour,
Que de manquer pour vous d'amour;
Mais je veuxfuir le Mariage
Comme un écueilfatal aux plaifirs amoureux
.
Reftons, toujours Amans , brûlons de
mefmes feux,
Rien n'eft plus doux que noftre vie,
Nous la paffons dans les ris & les jeux ;
Et fi demain l'Hymen nous lioit parfes
noeuds,
De cent chagrins cuifans nous la verrions.
Suivie.
Dés qu'on eft marié, l'on ſe trouve bien
pris,
Adien les jeux, adieu les ris ,
On a bien d'autres foins en tefte ,
Que defonger à quelque Fefte.
L'amour aujourd'huy qui nous plaift,
Alors cefferoit de nous plaire;
Nous trouvons noftre dîné preft ,
Q. d' Avril 1683.
S
210 Extraordinaire
Sans prendrefoin de cet apreft ;
Ce feroit une étrange affaire,
S'ilfalloit nous- mefme lefaire,
N'ayant peut-eftre pas dequoy
Pourfaire bouillir la Marmite,
Car entre vous moy
Noftre Bource eft petite,
Et nous aimons tous deux àfaire un bon
repas.
Croyez moy, belle Iris, que ce deffein
vous quitte;
Pour fatisfaire à ce grand embarras,
Ilfaudroit des Louis , & nous n'en avons
pas.
DIEREVILLE , du Pontlevefque .
IX .
Oy qui nous aprens des nouvelles ,
Mercure , fçais- tu bien ce qu'on dit dans
Paris?
Vrayment à ton fujet on en conte de
belles,
Jamais je ne fusfi furpris.
On dit que fous la Cheminée
A faire des Louis tupaſſes tout le temps:
du Mercure Galant. 211
C'est un meftierfatal à noftre destinée ,
Je ne fçais comment tu l'entens ;
Ma's pour moy je crainIrois , comme bien
& autres Gens ,
De mal pafer quelquejournée .
X.
Leftoit de ma deftinée
Le mefme.
D'entrer au rang des beaux Efprits,
Quant Mercure dans fes Ecrits
Baftiroit une Cheminée .
L
CHARTRAIRI , de Semur.
X I.
'Or vant toujours fon prix,
Et de foy- meme eft agreable;
Mais rien ne le rendplus aimable
Que le nom de Louis .
X II.
Le mefine.
N'Est-ce pas trouver un Trèfor,
Quand pour gayment paffer une froide
journée ,
L'on rencontre en Hyver, pres de la
Cheminée ,
Sij
212 Extraordinaire
Bacchus , les Ris, lesfeux, lesPaifirs
d'accord?
•
Qu'heureuse eft cette deftinée,
Sur tout lors qu'il n'en coufte argent, ny
Louis d'or!
PA
B. D. B. à
l'Anagramme,
Le Blond joly.
XIII.
Auvre Mercure , belas ! quelle eft ta
destinée!
Toy qu'on a toûjours crû le Meffager des
Dieux,
Quitteras-tu cet employ glorieux
Pour ramonner la Cheminée?
C. HUTUGE , d'Orleans,
demeurant à Metz.
XIV.
Ans Louis on périt de faim,
Sans Louis rien ne ss'exécute,
Sans Louis chacun nous rebute,
Sans Louis nul ne tend la main.
Le mefme.
du Mercure Galant .
213
D
XV .
Ans cette belle Cheminée
Que Mercure nous a donnée,
Jay bien trouvé des Loüis d'or .
On m'a dit que c'est un Trésor,
Et que j'en dois eftre plus chiche ;
Peut- eftre aurois-je le malheur,
Comme on ne me croit pasfort riche,
D'eftre pris pour Faux- monnoyeur .
L'Amant d'Uranie .
XVI.
E croyoisvoir un Monfire en voyant
voftre Enigme;
Mais , Galant Mercure, on l'eftime,
Et j'en admire lafaçon ;
C'est une Cheminée, elle est belle, com .
mode,
Et d'unfort habile Maçon.
Qu'il travaille bien à la mode!
ax
Fumera-t-elle ? non , elle eft du Sieur
Germain,
Qui dans cet excellent Ouvrage
Extraordinaire
214
A bien voulu mettre la main.
Lesplus experts en diront davantage.
La Belle Nourriture du Havre.
Q
XVII.
U'un Louis d'or chez moy déménagefouvent!
Fay beaule careffer, il est tout arrivant,
Quand j'ay le déplaifir de voir qu'il me
délaiffe,
Et que ce Vagabondfait une autre Maitreffe.
Ah,fi ce beau Portrait nous donne tant
d'ennuis,
Nousfache tant quand il nous quitte,
A quel preſſant malheur est une ame
réduite,
Quand on est délaiffe d'un Roy comme
LOUIS?
SD
XVIII.
La mefme.
Ur le point de finir l'agreable lecture
Des deux Enigmes du Mercure,
તે Dont le fens à mes yeux eftoit fort inconnu,
du Mercure Galant.
215
Un de mes Debiteurs , pauvre , mais
galant Homme,
Me dit, entrant chez moy , fuis- je le bien
venu?
Voicy dequoy payer mafomme.
J'auroispeine à lefaire encor,
Sans une heureufe deſtinée
Qui m'afait en cette journée,
Découvrir un riche Tréfor
Dans un coin de ma Cheminée ;
Cefont prefque tous Louis d'or.
Trouvez done bon que je m'acquite,
Avant que je vous quitte.
Vous mefaites plaifir, repartis-je à l'inf
tant,
Non pas que votre argent foit ce qui
me contènte;
Mais furpaffant l'effet de toute mon
attente,
Vous m'annoncez deux Mots que je
recherchois tant,
Afin d'expliquer les Enigmes
Dont je viens de lire les Rimes.
SYLVIE, du Havre..
216
Extraordinaire
XIX.
Poisqu'enfin lesZéphirs qui regnent
dans la Plaine
En ont chaffe l'Hyver par leurplus douce
baleine,
Et qu'ilfuit fous noftre Horizon ;
Sortons, adorable Climene ,
Et goûtons les douceurs de la belle Saifon.
Quoy, garder encor la Maifon
Pendant les beaux jours de l'année!
Non, non, Mercure eftfans raison,
De nous vouloir tenirpres de la Che-
Q
minée.
RAULT, de Rouen.
X X.
Ve Mercure envers tous a la main
libérale!
Par fa largeffe fans égale
Ilpourroit épuifer le plus riche Tréfor.
Mais admirez ce qu'il fçaitfaire;
Ce Dieu quifçait plus d'un myftere,
Sous fon Enigme en Vers cache des
Louis d'or.
Le mefine:
du Mercure Galant .
217
Q
XXI.
Ve Bacchus l'Hyver & l'Eté
Eft remply d'attraits & de charmes
!
Qu'ilfait divinement parfes douces
alarmes
Attirer en tout temps nos coeurs defon
cofté!
Dans l'ardeur de l'Eté, ce Dieu chaque
journée
Sous la Treille à fes pieds abatus il
nous voit;
En Hyver,pour nous vaincre, au Dien
de Cheminée
Ilfçait s'unir auffi das la rigueur dufroid;
Mais que centfois feroit plus noble fa
victoire,
Si lors qu'il prend nos coeurs, & qu'il
nousfait bien boire,
Il ne nousfaifoit point encor
Dépenfer tant de Louis d'or!
DE BILLY, Ingénieur pour le Roy,
& Lieutenant au Regiment
Royal des Vailleaux .
Q. d' Avril 1683 .
T
218
Extraordinaire
L
XXII..
Es Vignes, cher Grandmont, promettent
des merveilles ;
Les Bleds , les Fruits , fur tout tes charmans
Amandiers,
Defefperent les Ufuriers,
Quifont de tous coftez des plaintes nompareilles.
On s'étonne pourtant que dans ce Mois
de May,
Mois de tous les Mois le plus gay,
La froidure foit obſtinée;
Mefine encor hyer aufoir nos Dames à
leur jeu,
Affez pres de la Cheminée,
Ne fe plaignoient point d'un grand
LE
feu.
XXIII.
VIGNIER
E Mercure me charme en parlant
de LOUIS ;
Il exprime fi bien ce quefait ce grand
Homme,
Sa gloire,fes vertus , &fesfaits inouis,
du Mercure Galant. 219
Que pour l'Eternité luy-meſme fe renomme
.
ſe
L'Hiftoire qu'il nous dit encor
Dela Chaffe du Loup, me parutfi galante,
Qu'en me comptant des Loüis d'or,
Il n'auroitpas rendu mon ameplus contente
.
VN
XXIV.
Le meſme.
N Garçon noir en Diablotin,
Chantoit l'autre jour au matin
Sur le haut d'une Cheminée ,
Que pour un Louis d'or qu'il montroit
en fa main,
Il l'avoit tres- bien ramonnée.
Mercure voltigeant par hazard en ces
Lieux,
Mit la chofe en Enigme, & la lût dans
les Cieux
Comme pure galanterie;
Mais quand il lut que l'Or l'emportoit
fur les Dieux,
Ces Dieux entrerent en furie,
I
i
220 Extraordinaire
Et par desfentimens divers,
En traitant le Lecteur de grande effronterie,
Au jeune Tadiram renvoyerent les
Q
Vers.
XXV .
Velle métamorphofe , & quelle
deftinée !
Mercure, que l'on croit le Meffager des
Dieux,
Vientfaire le meftier aujourd'huy dans
ces lieux
D'un Ramonneur de Gheminée .
DE SAINTS, de Rouen,
L
XXVI.
E nom feul de LOUIS marque le
nom de Maiſtre,
Le plus grand des Héros ce nom fait
reconnoiftre,
Il eft & la terreur, & l'amour des Humains
, *
Des plusfiers Ennemis il défarme les
mains,
du Mercure Galant. 221
On le craint hors ces lieux, on l'aime
dans laFrance,
On réverefon nom mefme dés fa naiffance
;
Ce Monarque eft fi grand, & vient d'un
fi haut Lieu,
Que tout le monde croit qu'il eft donné
de Dieu.
XXVII.
Le mefme.
Brible
dispute
On Dieu ! le grand fracas , & l'hor-
Que je vis l'autre jour entre des Ramonneurs!
Dans l'espace d'une minute
Tout le monde accourut au bruit de leurs
clameurs.
Iis eftoient quatre ou cinq chacun avec
leur
gaule,
Frapant fans épargner la tefte ny l'épaule,
Fettant leurs pouches bas, leurs chapeaux
au ruiffeau.
Leurs habits par lambeaux voloient dru
comme l'herbe,
Tij
222 Extraordinaire ..
Surtout ceux d'un jeune Rouffeau ,
Qui paroiffoit avoir l'efprit fier & fuperbe.
Jefus avec Damon les tirer d'embaras,
Et fçavoir lefujet de leurprompte querelle,
Quifans-doute à quelqu'un auroit efté
mortelle
Par tous les pefans coups que déployoient
leurs bras.
Le Rouffeau dégagé, fut content, pour
nous plaire,
De nous inftruire de l'affaire,
Et voicy ce qu'il nous en dit.
Meffieurs, mes Compagnons sefont mis
à la teste
De m'enlever une conquefte
Que l'on me doit fans contredit,
Mefme laparole eft donnée,
Le Seigneur Mercure le fçait.
Commefans vanité je fuis le plus parfait
Pour ramonner la Cheminée,
Ce genéreux Seigneur me donne un
Louis d'or,
du Mercure Galant.
223
Qu'il doit tirer defon Tréfor,
Pour aller ramonner d'une belle méthode
Celle que l'an dernier il fit faire à la
mode.
C'eft, Meffieurs, lefujet qui de tous ces
Faloux
Vient de m'attirer le couroux.
ALCIDOR, du Havre .
XXVIII.
Ans la belle faifon propre à se pro-
Dansmener,
On aime la Campagne , on cherche le
grand air;
Mais quand unfâcheux vent de bife
Regne deffus la Seine, ou deffus la Tamife,
Répandant fafureur fur le toit des Maifons,
Telle eft des Gens la deftinée,
Qu'on le fait un plaifir de voir la Cheminée,
Et de lier commerce avecque les tifons .
L. BOUCHET, ancien Curé
de Nogent le Roy
Tiiij
224
Extraordinaire
XXIX.
Orce Gens quifont lafigure
Force unfamebeaux Esprits,
M'avoient bien dit que cent chofes de
prix
Se rencontroient dans le Mercure,
Mais j'ignorois encor
Qu'on y trouvaft un Louis d'or.
XXX.
Louis d'or dans le Mercure!
Neferoit-cepoint impoſture?
Non, car enfin je l'apperçoy,
Et fort agreable, mafoy,
En doit paroiftre l'avanture.
**
Ne me blâmez pas, fij'en jure,
Puis que perfonne en la nature
N'a jamais plus aimé que moy
Un Louis d'or.
Chacun pourtantfaitfa figure
·Pour l'attraper, je vous l'aſſure,
Le gardant cherement pourSoy;
Et bien des Gens, malgré la Loy,
du Mercure Galant . 225 .
Ne preftent guérefans ufure
Un Louis d'or.
D. H. V.de Nantes.
XXX I.
Mon coeur esttoutfumant plus
qu'une Cheminée;
L'ardeur de ce Foyer, qu'Amour, ce
petit Dieu,
Apris pour allumerfon feu,
Fait ma plus belle deftinée,
Quand les beaux yeux d'Iris, mon aderable
Objet,
Pour exciter ma flâme , y fervent de
Souflet,
L'Amant d'Euterpe, du Havre.
¿XXXII.
E voudrois, belle Iris, fansfaire tant
l'habile, JE
Etfans prendre beaucoup d'effor,
Qu'il m'euft confté cent Louis d'or,
Mefme je n'enplaindrois pas mille,
Pour vous bien régaler dans ce charmant
Sejour.
Je vous y ferois bonne chere.
226
Extraordinaire
Quand le fouhaitez vous , ma Chere?
Rien ne coufte jamais , lors qu'on a de
· l'amour.
XXXIII.
Le mefme .
A
Vares tout-puiffans , brillans Hommes
de terre,
Qui croyez eftre d'or, & n'eftes que de
verre,
De tous ces grands amas de Bien
Que lavarice vous propoſe,
Vous craignez tant de voir échaper
quelque chofe ,
Que chez vous, pour ne perdre rien,
Vous feriez, volontiers boucher vos Cheminées,
Voicy pourtant vos deftinées .
$ 3
Richards, qui n'eftes revestus
Que des épargnantes vertus,
Qui pour une feule Pistole
Laifferiez périr volontiers
Tous ceux qui de vos Biens doivent eftre
Heritiers,
du
Mercure Galant. 227
Ecoutez cette affreuse & terrible parole ;
Vous mourrez, ils vivront encor,
Et feront bonne chere avec vos Louis
d'or.
La Petite Affemblée , du Havre.
Do
XXXIV .
U haut en bas la Cheminée,
Crioit un jour un Ramonneur,
Lors qu'un Partifan enfaveur,
Tout enflé defa deftinée,
Dit, que l'on chaffe ce Coquin
Qui me réveille fi matin.
C'est qu'il ne vouloit pas entendre
Quefouvent on change depas ;
Ilcraignoit par trop de defcendre
Du haut en bas.
DE LA TRONCHE , de Rouen.
XXX V.
Eftois en grand befoin, Mercure,
Quand j'ay reçeu vos Louis d'or.
Si ce n'eftoit vous faire injure,
Je vouspricrois de m'en donner encor.
La Belle Nourriture du Havre.
228 Extraordinaire
XXXVI.
Mercure
, lesyeux noirs, la mine
Safrannée,
Caché fous un Habit qui ne vaut pas un
Liard,
S'en va comme autrefois troubler quelque
Hymenée.
Il s'enfaut défier, il est en Savoyard
En Ramonneur de Cheminée.
L'ALBANISTE, de Rouen .
S'
XXXVII.
I mes doigts par hazard touchent
quelques Louis,
Mesyeux n'en font point éblouis:
Non , jamais ce Métal ne m'a donné
d'envie.
On eft bien aife cependant
De conferverdurant ſa vie
L'Image defon Prince, & d'un grand
Conquérant.
Le mefme.
du Mercure Galant.
229
M
XXXVIII.
Ercure, on eft furpris d'un effet
affez rare;
Toy quifçaisfi bien feindre, & cacher
tes deffeins,
Qui depuis quelques jours nous parois fort
avare,
Dien rufé, dans ce Mois tu n'es pas des
plus fins.
Tu montres tes Louis , au hazard qu'on
les grippe;
Et t'érigeant en Sphinx, pour trouver
un Oedipe,
Tu découvres l'Enigme, en la marquant
d'un nom
Connu de Paris au Japon,
Et du Japon jufques à Rome.
Parle-t-on d'un Héros , dont les faits
inouis
L'élevent au deffus de l'Homme,
Qui ne dit aufitoft , que c'est le grand
LOUIS?
G. D. P. Difciple de la
fpirituelle P.
230 Extraordinaire
L
XXXIX .
E Mercure Galant eft un parfait
Tréfor,
Puis que chacun y peut trouver des
Louis d'or.
GUILL . HENRY DE HEUQUEVILLE.
X L.
VPlusquecelle de Diogenes
Oftre Lanterne vaut cent fois
L'Homme le plus parfait dans le plus
grand des Roys,
Par ellefe trouvefans peine;
Car que tous les Mortels de l'orfoient
éblouis,
Pour nous, nous n'avons d'yeux que pour
L
le grand LOUIS.
La Societé Françoife, de
l'Hoftel de Portugal.
XLI.
Ouis d'or vagabond, qui changes
tant de Maiſtre,
Qu'à peine defi loin je te puis recon
noiftre;
du Mercure Galant,
231
Image du Héros le plus grand des Humains,
Pourquoy nepeux- tu pas te rendre dans
mes mains?
J'aime l'Originalplus que tout Homme
en France,
F'ay l'honneur d'eftre né le jour de ſa
naillance;
Pour luy donner ma vie en tout temps,
en tout lieu,
ઢે
Elle eft à ce grand Roy, mais mon ame
eft à Dieu.
T
GYGES, du Havre.
XLII.
" Oy, dont le coeur s'attache à l'or,
Riche, pauvre dans l'abondance,
Et qui n'as point de fuffifance,
Qui dis toujours encor, encor,
Ton coeur eft un abîme , un creux inſatiable,
Et tafoifcroift autant que l'or croift en
ta main..
Parmy tous ces grands Biens, tonfort eft
miférable,
2.32
Extraordinaire
Ton Coffre fi remply, te quittera demain .
Ce nombre de Louis dont tufaisfa richeffe
,
Et dont je te vois ébloйy,
Ces Biens font de grands maux alors
qu'on les délaiffe,
On les quitte toûjoursfans en avoir
jouy.
XLIII.
Le mefine.
Lo
'On dit qu'on change lafaçon
De ces étroites Cheminées ;
Affurément on a raiſon,
Nepouvant eftre ramonnées
Que par des Enfans feulement,
Qui, pourle direfranchement ,
Ne lepeuvent jamais bien faire .
Il m'en coufte vingt Louis d'or.
La mienne n'eft pasfaite encor,
On lafait de cette maniere,
Elle en eft plus belle, il eft vray,
Ma Chambre en a plus d'apparence;
Mais mafor , felon ma croyance,
Chacun en eft trop enyvré.
du Mercure Galant. 233
Cette trop peu large vefture
Eft en Eté pourplaire auxyeux,
Mais n'eft point propre à la froidure,
Elle n'eft faite que pour deux.
Ο
XLIV .
Le mefme.
Vy , voftre Enigme , je le veux,
A quelque chofe d'épineuxs
Cependant je l'ay devinée ,
Et je tiens à beaucoup d'honneur
D'entrer dans voftre Cheminée
Mieux qu'un celebre Ramonneur.
LE CLERC DE BUSSY, Clerc de
Mr Thibault le jeune, Pro.
cureur en Parlement .
XLV .
L
E Métal éclatant de l'Enigme fe
conde
A bien la vogue dans ce monde,
Ilfait le mérite aujourd'huy.
Si j'en avois pour un Office,
Avec honneur dans l'exercice
F'en voudrois amaffer un muy.
Q.d'Avril 1683.
Le mefme.
V
234
Extraordinaire
Q
XLVI.
Vi l'auroit crû du Dieu Mercure,
Meffager de bonne avanture?
Jupiter pour huitjours voulant courir les
Champs,
Luy dit enbon &fage Pere,
Tenez, mon Fils, voilapourfaire
La dépense pendant ce temps ;
Je donne ce qu'ilfaut, & vous m'en rendrez
compte.
Apres ces mots, Jupiter monte
Sur des Chevaux qu'on tenoit prefts .
Mercure ayant tardé pourfaire quelque
emplette,
Met fur Pégaze la Malette,
Et pour l'attraper, court apres
Par Monts, par Vaux, & par Forefts,
Si promptement, qu'enfin tombe de fa
pochette
Quelque chofe de clair, qu'il n'entendit
jamais,
Car Pegazeportoit au col une Sonnette
Quifaifoit bien du carillon .
du Mercure Galant . 235
Apreshuitjours, & davantage,
Ils reviennent à la Maison,
Et Jupiter alors luy demande raifon
De la dépenfe du Voyage:
A calculer Mercure diligent,
En calculant, a beau chercherfon
compte;
Il compte vingtfois, il recompte,
Un Louis manque àfon argent.
Depuis quinze jours il s'informee,
Pour rendre ce Compte achevé ,
Si quelqu'un n'auroit pas trouvé.
Un Louis d'une telle forme.
Mercure dans l'Enigme, en motsfins &
cachez ,
Fenen trouve un ; eft- ce - là celuy que vous
cherchez?
DE LA CROIX DE BELLEBEC,
de Caux.
ib
236 Extraordinaire
Ss2525252:5 $25:225
SUITE DU TRAITE'
DES · LUNETES ,
Par M'Comiers d'Ambran , Docteur
en Theologie , Prevost de Ternant,
Profeffeur des Mathematiques à
Paris.
LA
A veuë Naturelle ſe fait feulement
par les rayons
émanez
divergens
de chaque
point
de l'objet
, lefquels
entrant
directement
dans
l'ocil par la Prunelle,
forment
fur l'humeur
criſtallin
, la baze du cone de leur
radiation
; & comme
chaque
point
de l'objet
envoye
fa radiation
fur l'humeur
cristallin
, il fe trouye
par tout
couvert
d'autant
du Mercure Galant. 237
T
de rayons diférens que l'objet a
depoints phifiques . Voyez la Figure
IV. Planche premiere. Et d'autant
que tous les rayons de la
radiation d'un mefme point de
l'objet , ayant penetré l'humeur
criftallin , en fortent convergens
par les loix naturelles de la Refraction
, qui les détermine à concourir
fur un mefme point de
Ja Retine , ils y peignent en fituation
renversée eu égard aux autres
parties , l'image du point de
l'objet, d'où ils font émanez &
ce par la pointe de leur pinceau
optique , ou fommet du cone renverfé
de leur Radiation fur l'hu
meur criſtallin , ce qu'on peut
facilement concevoir par la Fi
gure IV. Planchepremiere. Il arrive
par conféquent fur la Retine
238
Extraordinaire
dans l'oeil , la mefme choſe
que
fur le papier de l'oeil artificiel
Figure II. Planche, 2. ou fur le
papier de la Chambre noire Figure
III. de la meſme planche ;
car le Verre convexe dans le
trou fait au volet de la Feneftre,
Y tient lieu de l'humeur criftallin
, & le papier y fait l'office
de la Retine.
La veuë artificielle qui aug.
mente la puiffance mefme juf
ques à nous faire difcerner diftinctement
les petites parties des
objets tres - éloignez , & qui font.
hors de la portée de la veuë naturelle,
fe fait auffi de mefme ;
car les rayons émanez diver
gens de chaque point de l'objet
tres - él igné , rom ent phyfiquement
paralleles fur le verre objectif
du Mercure Galant. 139
plan - convexe du Teleſcope ou Lunete
de lõgueveuë, qui les difpofe
avec fon Verre oculaire à tomber
fur l'humeur criftallin , comme
fi l'objet eftoit moins éloigné ;
& parce que chaque point de
l'objet couvre de fes rayons toute
la furface de l'ouverture du
Verre objectif , laquelle eft toûjours
plus grande que l'ouverture
de la Prunelle , la peinture
de l'objet tres éloigné devient
fenfible , eftant ainfi formée fur
la Retine , par une plus grande
quantité de rayons émanez
de chaque point de l'objet que
s'ils entroient directement dans
l'oeil.
Je dois icy remarquer qu'il fe
peut rencontrer , mais rarement ,
des Hommes dont la Retine eft
240 Extraordinaire
fi proche du criſtallin qu'ils font
privez de la veuë naturelle , par-
Cqu'ils ont befoin de ce que la
Nature ne fçauroit produire
rayons
de
d'elle-mefme fans eftre fecouruë
de l'Art, c'eft à dire de
chaque point de l'objet qui tombent
un peu convergens fur l'humeur
cristallin ,
afin que
leur
concours en foit acceleré & racourcy
fur la Retine. Ces perfonnes
à qui la veuë naturelle manque
, auront une veuë artificielle
par le moyen d'une Lunete à
oculaire concave, laquelle eftant
un peu plus allongée que pour
ceux qui ont la veuë bonne , les
rayons en fortiront plus conver
gens , comme le démontre la Fi
gure VIII. de la troisiéme Plan.
che.
Les
du Mercure Galant.
242
Les rayons émanez divergens
de chaque point d'un objet treséloigné
eftant tombez phifi .
quement paralleles fur un Verre
Plan- concave , ou convexe des
deux côtez , en fortent conver→
gens , & fi leur inclination fur la
fuperficie du Verre eft moindre
de 15. degrez , ils concourent &
fe réuniffent en un mefme point ,
comme dans les Figures V. VI
&VII. de la premiere : Planche, &
dans la Figure 1. de la troisième
Planche.
Je rejette pour objectif le Verre
Ménifque , ainfi appellé par les
Grecs, & par les Latins Lunatus ,
eftant convexe d'un cofté &
concave de l'autre, d'une conca.
vité de plus grand diametre
parce que s'il eft de meſme puiſ,
Q.d Avril1683.
X
242
Extraordinaire
xe ,
·
fance qu'un Verre plan - conve
il fouffre moins d'ouverture,
car les rayons tomberoient trop
inclinez à cauſe de la plus grande
Convexité. Ces Verres n'onteſté
inventez que pour avoir des
Verres objectifs d'un tres -long
Foyer pour les plus grandes Lu
netes , n'eftant pas difficile de les
bien travailler ayant fa conve..
xité & fa concavité d'un dias
metre incomparablement moindre,
puis que la convexité eſtant,
par exemple d'une Sphere de 8.
pieds d'axe , & la concavité d'u
ne Sphere de 9. pieds, fon Foyer
fera de 72. pieds , mais au lieu
de 5. pour 8. lignes d'ouverture,
il n'en pourra fouffrit que 22.
lignes d'ouverture, par laquelle il
n'entrera pas la 8. partie tant
de rayons, qu'auplan- convexe.
du Mercure Galant. 243
On ne doit avoir aucun égard
à ce que porte la 143 page des
Viſions parfaites de 1677. car ce
bon Adioptricien, apres avoir parlé
du Soleil , affure , fans donner
caution , que fes rayons privativement
à tous autres , ont le privilege
de s'affembler apres leur refra-
Etion derriere les Verres convexes,
c'eft pourquoy fe fondant fur ce
privilege imaginaire, il conclut en
Barocco, que les rayons des autrês
Aftres n'ont pas la force de pénétrer
ces Verres, ny d'en fubir les refra-
Etions & les affembler en des points
de concours ; ce qui eft autant
contraire à l'experience , que ce
qu'il avoit foutenu dans les pa.
ges 173. 174. & 175. de fa Dioptrique
Oculaire. Que, un Verrè convexe
reduifoit toute la lumiere du
X ij
244
Extraordinaire
Soleil au Foyer dans un point.
Les rayons divergens de la
radiation de chaque point de
l'objet , ayant penétré le Verre
objectifconvexe , deviennentconvergens
, & par leur point de
concours forment dans le Tuyau
de la Lunete , fur une baze de
diſtinction parallele à la ſurface
du Verre , leur point particulier
de l'image de l'objet , & ainfi
toutes les radiations enfemble ,
peignent au Foyer l'image entiere
réelle & aëriene de l'ob.
jet.
Ces images aërienes de l'objet
qui fe forment dans le Tuyau
de la Lunete , font de la mefme
grandeur que lors que ces mef
mes efpeces ou peintures des objets
font receuës diftinctement
du Mercure Galant . 245
fur un Papier blanc dans la
chambre noire Figure III. Planche
2. & la quantité ou nombre
d'objets peints fur cette baze
aëriene dans la Lunete , eft précifément
égale à la quantité ou
nombre d'objets qui feroient
peints fur le Papier en la chambre
noire , dans un cercle dont
le diametre feroit égal au diametré
du Tuyau de la Lunete ;
car les rayons des éfpeces des
autres objets font interceptez
par les coftez interieurs du Tu
be qui les arreftent , & les empêchent
d'aller concourir & pein .
dre furun mefme Plan , comme
ils feroient dans la chambre noi
re, les images des autres objets
plus latéraux . Cette remarque
contient tout ce qui eft necef-
X iij
246
Extraordinaire
faire pour les Lunetes de la feconde
efpece , dont le Verre oculaire
eft convexe , parce que par
iceluy comme par un Mifcrof
fcope à fimple Lentille ou boulle
de Verre , nous regardons cette
petite image aëriene qui nous
fert d'objet immédiat , par lequel
nous voyons le veritable objet.
Vous apprendrez par l'expérience
qui eft toûjours la maîtreffe
des Arts , & quidécide en
fouveraine, Que l'oeil eftant pla
cé entre le Verre objectif & fon
Foyer ou image diftincte de l'objet
, il verra l'objet dans fa fituation
naturelle ; & que fon apparence
artificielle augmentera
à mefure que l'oeil en s'éloignant
directement du Verre le long de
fon Axe , s'approchera plus prés
du Mercure Galant . 247
de fon Foyer, & que l'objet pa.
roiftra plus confufément à proportion
que fon apparence augmentera
; & qu'enfin la fuperficie
anterieure de l'humeur crif
tallin`eftant arrivée au Foyer,
Phumeur criftallin fervira de
bazes de deftinction , puis que
fur ſa ſurface l'image de l'objet
y fera pente diftinctement , alors
on ne verra aucun objet , mais
une pare lumiere , puis que nous
avons démontré que pour avoir
fur la Retine la peinture diftinde
d'un objet , il faut que
fa
peinture foit dans une parfaite
confufion fur la furface anterieure
de l'humeur cristallin ,
comme dans la Figure IV. Planche
premiere.
2
Il faut donc tenir l'oeil entre
X iiij
248
Extraordinaire
le Verre & fon Foyer objectif
ou image de l'objet , & fort
prés . du Foyer ou desladite Ima
ge & on verra en même temps
que l'apparence artificielle de
l'objet fera fort confufe , mais
fort augmentée par deffus fon
apparence naturelle . Cette con
fufion procede de ce que les
rayons de la radiation de chaque
point de l'objet tombana
convergens fur l'humeur criftalliny
ils en fortent encore plus
convergens & font par conféquent
trop toft leur concours
dans l'humeur cristallin; c'est pourquoy
apres s'y eftre decaffez , c'eft
à dire les rayons qui estoient à la
main droite ayat paffè à la main
gauche, & les rayons fuperieurs
eftant devenus inferieurs, tomdu
Mercure Galant. 249
bent pefle- mefle fur la Retine
qui eft l'organe formel de la
veue , & la vifion par conféquent
ne peut eftre diftincte ,
puis que comme dit Kepler
Prop. LXI. Vifio eft fenfio affecte
Retiformis fpiritu vifivo plena ;
five, Videre, etfentire affectam Retiformem
, quatenus affecta.
Il eft pourtant vray que ceux
qui font extrémement Presbites
pour avoir l'humeur criftal .
lin trop plat, &{{ la Retine trop
proche, verront l'objet diftinctement
, parce qu'ils ont befoin
de rayons déja rendus convergens
avant leur arrivée fur l'humeur
criftallin, pour la raifon
que nous avons cy- devant -
duite , & au contraire ceux qui
font beaucoup Miopes pour avoir
250
Extraordinaire
l'humeur cristallin trop convexe,
rond & enflé , & la Retine trop
éloignée, ont befoin de rayons
plus divergens que ceux qui ont
bonne veüe , mettant la pru-
' nelle de l'oeil au trou de la Boite
à Pinnule, placée au lieu du Verre
oculaire convexe , bien au deça
du Foyer du Verre objectif ou
Image aëriene de l'objet , dans.
le bout d'une Lunete garnie de
fon feul Verre objectif, verront
l'apparence de l'objet augmentée
& diftincte , mais renverfée,
parce qu'ils recevront les rayons
divergens apres leur decuffation
& renversement qu'ils ont fouffert
au point du Foyer ou Image
achiene de l'objet .
Il faut bien diftinguer le Foyer
objectif, ou diftance du Verre ob
du Mercure Galant. 251
jectif à l'Image aëricne qu'il
produit de l'objet , laquelle s'éloigne
toûjours davantage du
Verre objectif , à mesure que
Pobjet s'approche davantage de
fon Foyer Solaire antcricur , lequel
eft toûjours éloigné du Verre
plan- convexe de la longueur du
diametre de fa convexité , ou
Axe de la Sphere dont il eft fegment,
& n'en est éloigné que
la longueur du femidiametre , fi
le Verre efté galement convexe
des deux coftez ; je ne parle que
des Verres également convexes,
car pour plufieurs bonnes raifons
je reprouve, tant pour fervir d'ob
jectif que pour fervir d'oculaire,
tous les Verres dont les deux
convexitez font de diférentes
Spheres . C'est pourquoy quand
de
252
Extraordinaire
nous parlerons cy- apres des Verres
oculaires convexes ou conca.
ves des deux cotez , nous entendrons
toûjours qu'ils foient également
convexes , ou également
concaves. L'Augmentation de
l'aparence de l'objet provient de
ce que le Verre convexe rend
plus convergens entr'eux les
rayons émanez de points extrémes
du diametre de l'objet , c'eſt
pourquoy entrant dans l'oeil apres
leur interfection plus divergens
que s'ils fuffent venus diretement
, forment une plus grande
image fur la Retine . La forte
impreffion ou clarté de cette
peinture de l'objet provient de
la convergence que le mefme
Verre procure aux rayons divergens
de la radiation de chaque
du Mercure Galant.
• 253
Point de l'objet , lefquels entrent
ainfi ferrez en plus grande quantité
par la Prunelle , & c.
Parce que le Verre objectif
augmente & confond en mefme
temps l'apparence de l'objet,
pour nous conferver cette augmentation
d'apparence & laren
dre diftincte , nous mettons à
l'autre bout du Tuyau de la Lunete
un Verre qu'on appelle ocu
laire , qui eftant placé devant ou
apres le Foyer du Verre objectif
ou Image aëriene de l'objet , fui,
vant que l'exige fa furface convexe
ou concave, corrige cette
convergence de rayons , & fuivant
qu'il en eft peu plus, ou peu
moins éloigné, les fait tomber
phyfiquement paralleles fur l'humeur
criſtallin de ceux qui ne
254 Extraordinaire
voyent diftinctement que les ou
jets éloignez , & au contraire
fuffifamment divergens fur l'humeur
cristallin de ceux qui ne
voyent diftinctement que les objets
proches , & ne peuvent lire
les écritures ordinaires que lors
qu'elles ne font éloignées de l'oeil
qu'environ demy picd.
L'office du Verre oculaire eſt
de difpofer les rayons émanez
de chaque point de l'objet , en
forte qu'ils tombent fur l'humeur
cristallin de la mefme ma-
1
niere
que fi l'objet
eftoit
plus
proche
, & à une
diftance
proportionnée
pour
eftre
veu
diftinctement
. C'est
pourquoy
les
Miopes
ou courte
veües
racourciffent
la Lunete
, pour
avoir
l'oeil
plus
prés
de l'Image
réelle
du Mercure Galant.
255
aëriene de l'objet , fi le Yerie
oculaire eft convexe ; & de l'image
virtuelle , fi l'oculaire eft
concave , parce qu'en enfonçant
davantage le Verre oculaire dans
la Lunete , les rayons tombent
plus convergens , il en racourcit
la diſtance de leur Foyer virtuel
qui eft toûjours anterieur du côté
de l'objet.
Ces deux efpeces de Verrcs
oculaires convexes ou concaves ,
font les deux premiers genres
des Teleſcopes ou Lunetes d'aproche
fimples , car nous parlerons
enfuite des Teleſcopes compofez
de plufieurs Verres , comme
auffi des Telescopes Catoptriques
, & des Teleſcopes mixtes.
Et pour def- à - préfent en
donner quelque chofe à l'impa,
256
Extraordinaire
tience des curieux , c'eft contre
le fentiment du R. P. de Chales,
dans fon Mundus Mathematics,
Tom. 2. pog. 689. que je dis qu'avec
un Segment de 18. degrez
d'un bon Miroir fpheriquement
concave de métal, ayant un poly
auffi vif & uny que celuy des Ver.
res , la viſion eſt plus diftincte &
plus forte qu'avec un Verre ob .
jectif.
La vifion eft plus diftincte,
1º . Parce qu'on peut n'en laiffer
à découvert qu'un Segment de
moins de degrez qu'aux Verres .
2º . Parce que le Miroir réünit
plus précisément les rayons pa
ralleles de la radiation de cha .
que point d'un objet tres -éloigné,
en un mefme point de Foyer
objectif, ou Image aeriene de
du Mercure Galant . 257
l'objet d'autant mefme que
tous les rayons folaires parallelės
à l'Axe , tombant fur le Segment
total de 18. degrez , ſe réüniffent
en un point du Foyer qui ne fera
jamais éloigné du fonds du Miroir
ou pole de l'Axe d'une partie
de cent foixante aufquelles
-feroit divifé le quart de la longueur
de l'Axe , ce que le Verre
Objectif ne peut faire , dautant
qu'il leur fait fouffrir deux refractions
, l'une en entrant , & l'autre
en fortant , & les rayons qui
tombent paralleles à l'Axe , mais
fur les bords du Verre , ſe réüniffent
plus prés du Verre .
La vifion fera plus forte, parce
que chaque point de l'Image
fera formé par tous les rayons
qui couvriroient fa furface , ce qui
Q.d'Avril 1683. Y
258
Extraordinaire
n'arrive pas aux Verres, dautant
que leur premiere ſurface en refléchit
une bonne partie, &c .
Je dis que le Miroir (pheri.
quement concave à fon Foyer
Solaire , au devant de foy à la
quatrième partie de la longueur
de fon Axe , & que par conféquent
pour déterminer le Foyer
objectif, c'eſt à dire , la diſtance
du fonds du Miroir , à l'Image
réelle & aëriene de l'objet , il faut
divifer le nombre quarré des
parties de la longueur du Foyer
Solaire du Miroir , par le nombre
d'égales parties de la diftance
de l'objet au mefme Foyer Solaire
du Miroir, & on aura la diftance
du Foyer Solaire du Miroir,
au Foyer objectif; c'eft pour-
.quoy ajoûtez à cette diſtance la
du Mercure Galant.
259
longueur du Foyer Solaire , &
vous aurez toute la diftance depuis
le fonds du Miroir, jufqueà
l'Image réelle & aeriene de
l'objet formée en l'air par les
rayons refléchis.
Je m'explique dans cet exemple.
Un Miroir de 16. pieds de
longueur d'Axe, ou de diametre
de fa concavité, aura fon Foyer
Solaire fur fon Axe éloigné de
4.
pieds du fonds ou pole du Miroir,
& l'objet estantfur l'Axe éloigné
de 13. pieds du fonds du Miroir
&par conféquent à 9. pieds feulement
du Foyer Solaire , l'Image
réelle aeriene de l'objet fera r.
pied 9. pouces & 4. lignes au de-
са du Foyer Solaire , c'est pour
que le Foyer objectif ou certe
Image réelle & aöriene de l'ob
Y ij
260 Extraordinaire
Se
jet , fera fur l'Axe éloigné de
pieds 9. pouces & 4. lignes du
pole ou fonds du Miroir,
Vous trouverez la mefme dif.
tance de l'Image aeriene de l'objet
refléchie par le Miroir , fi
vous employez cette Analogie.
Comme la Diſtance de l'objet ,
au Foyer Solaire du Miroir,
Eft à la Longueur ou distance du
Fonds du Miroiràfon. Foyer Solaires
Ainfi la Diſtance de l'objet au
Fonds du Miroir,
Eft à la Diſtance du Fonds du
Miroir, à l'Image aëriene de l'ob
jet.
Enfin pour fe fervir du Miroir
concave , il faut fuivant la longueur
de fon Foyer Solaire, proportionner
la longueur du Foyer
Solaire du Verre oculaire , & le
du Mercure Galant. 261
placer de mefme que nous di
rons des Verres oculaires avec
leurs Verres objectifs . Je m'en
fuis autrefois fervy. C'eſt le R. P.
Zucchius qui me porta à chercher
les démonftrations de tout ce
que deffus , apres avoir leu dans
la 127. page de la premiere Partie
de fon Opticà Philofophia , imprimée
à Lion en 1652. où il dit,
Speculi concavi ope ad Terreftria &
Cæleftia converfi , adhibito in convenienti
fitu ad oculum vitro cavo,
proportionaliter ut fit ad excipicndam
radiationem refractam convexi
in Tubo Optico, expertus fum ita
evenire , ut ratio fuadebat eventurum.
Nefis follicitus an Cavitas fpeculi
fit paucorum aut multorum graduum
, quià gradus qui abundant ,
dirigent reflexos ex fe , ad Fundum
262 Extraordinaire
"
Speculi , vel aliò ut nequeant interturbare
apparentias. Voila bien des
paroles pour ne rien enfeigner de
précis. C'eft pourquoy je crois
que , Qui loqui vult , quod nemo
intelligat , magnam rem præftat, fi
taceat , puis qu'il nous épargneroit
fouvent bien de la peine &
de la dépence ; car comme dit
Polybe Lib. 12. Hiftor . Illa rerum
curiofa inquifitio , magnis conftat
laboribus magnoque fumptu .Voyons
donc en détail tout ce qui concerne
la Theorie & la pratique.
Dés deux Efpeces de Telescopes
Simples.
Lefopes ,Lunctes d'aproche
A premiere efpece des Teou
de longue veue , dont Porta
du Mercure Galant.
263
Napolitain a le premier écrit en
l'année 1549. dans fa Magie Na-
⚫turelle , portent le furnom du
grand Galilei , parce qu'il eft le
premier en Europe qui les a bien
travaillé , donné au Public &
mis en ufage dans l'Aftronomie.
Ce grand Florentin , qu'avec
les termes tirez de la Preface
du Livre Enodatio Problematum
Gallicorum,&c. de fon illuftre Difciple
& Succeffeur M' Viviani ,
j'appelle Famâ fuper Ethera notum,
Natura interpretem , fervientifque
per tot facula Philofophiae audacem ,
felicemque affertorem , commença
le 7.Juin 1610. à découvrir les
quatre Lunes ou Satellites de
Jupiter.
La feconde efpece des Teleſco
pes, duquel tous les Aftronomes
264
Extraordinaire
fe fervent à préfent pour l'obfervation
des Aftres , doit porter
le nom de Rheïta , parce qu'il eft .
le premier en Europe qui les a
bien travaillé , donné au Public
en 1645. & employe à obferver
les Aftres , bien que Porta Napolitain
l'eut indiqué en 1588. &
que Kepler dans dans fa Dioptrique,
imprimée en 1611. aye
donné lé 86. Probleme , Duobus
Convexis Majora & diftincta Praftare
vifibilia, fed everfo fitu , bien
qu'il n'ait donné aucune proportion
du Verre objectif à ſon oculaire
, ayant fans- doute fuppofé
qu'on ne devoit pas ignorer que
la longueur du Foyer du Verre
oculaire convexe doit estre la
mefme que du concave.
L'une & l'autre efpece eft compofée
du Mercure Galant.
265
pofée de deux Verres fphoriquement
travaillez , l'un Objectif &
l'autre Oculaire .
Le Verre objectif eſt toûjours
Plan convexe , ou convexe des
deux coftez . Il peut neantmoins
eftre Menifque , comme parlent ;
les Grecs , ou Lunatus en Latin ,
c'eft à dire formé en Croiffant,
convexe d'un cofté, & concave
de l'autre d'un plus grand demy
diametre , qui foit pourtant toû
jours moindre que le triple du
diametre de la convexité . Vous
fçaurez la longueur du Foyer du
Verre Menifque par cette Analogie.
Comme la diférence des deux Diametres
Eft à un Diametre;
Ainfi l'autre Diametre
Q. d'Avril 1683.
Z
266 Extraordinaires
J.
Eft à la longueur du Foyer.
En voicy un exemple. Si la
convexité eft travaillée dans une,
Ecuelle de 3. pieds de diametre,
& la concavité fur une Boule
de 4. pieds , ce : Verre Menifque
aura 12 pieds de Foyer & il
augmentera autant l'apparence
de l'objet que s'il eftoit Plan
convexe travaillé dans une E
cuelle de 12. pieds de diametre .
Ces Ecuelles de grand diametre
auffi bien que les Verres font .
toûjours tres.difficiles à fairce
c'est pourquoy le verre Menif
que par le double travail y reme
die. J'ay dit que le demy diametre
de la concavité ne doit jamais
eftre triple du demy diametre
de la convexité , parce
que la furface convexe détermi
du Mercure Galant. 167
ne toûjours par la refraction , les
rayons paralleles à l'Axe, à concourir
à la longueur de trois demy
diametres ; ainfi les rayons eftant
entrez dans le Verre , tomberoient
tous perpendiculairement
fur la fuperficie concave du Ver.
re , & ils iroient par conféquent
fans fouffrir aucune refraction , fe
réunir au centre de la concavité,
& ne produiroient dans noftre
exemple qu'un Verre de 4. pieds
de Foyer, lequel fans aucune autre
avantage, rendroit l'apparence
plus obfcure , ne pouvant
fouffrir que l'ouverture qu'on
donne aux Verres de 3. pieds de
Foyer.
Le R. P. Fabry dans la 122.p.
de fon Synopfis Optica , imprimée
à Lion en 1667. parle du Menif
Z, ij
268 Extraordinaire
que en ces termes . Eft is ni fallor
novus , quo fcilicet convexa majoris
Sphere compenfantur. Il l'a cru
nouveau , bien que moy - mefme
dans la 485. page de mon Livre
de la Nouvelle Science de la Na
ture & Préfage des Cometes , imprimé
à Lion en 1665. j'en euffe
parlé en ces termes. Il est com
me impoffible de faire une Ecuelle
bien ronde de 20. pieds de diametre...
Il vautmieux pour le verre objectif,
faire un Verre Menifque , c'est à
dire concave d'un cofté & convexe
de la l'autre, pourveu que le diametre
de concavité foit plus grandenviron
d'un pied que le diamttre de la convexité.
Si le Verre Menifque remedie
à la difficulté de faire des grandes
Ecuelles pour travailler les
0
du Mercure Galant. 269
Verres objectifs Plan - convexes
des grandes Lunetes , il tombe
luy- méme dans un grand défaut,
qui eft de diminuer extraordinairement
la clarté , car le Menifque
de quelle longueur de
Foyer qu'il foit , ne peut fouffrir
avec diftinction que l'ouverture
qu'on donneroit à un Verre Planconvexe
de mefme diametre de
convexité , puis que les rayons
de chaque point de l'objet tombent
autant inclinez ſur le Verre
Menifque que fur le Verre Planconvexe
de mefme convexité
c'est pourquoy dans noftre exemple
le Menifque de 12. pieds de
Foyer , ne pourroit ſouffrir pour
excellent qu'il fut , que 14.
lignes d'ouverture , au lieu qu'un
Verre convexe de la mefme lon-
Z iij
270
Extraordainaire
gueur de 12. pieds de Foyer ef
tant tres . bien travaille peut fouf
frir 28. lignes d'ouverture , & il
recevroit par conféquent quatre
fois autant de rayons de chaque
point de l'objet, car les furfaces
des cercles , par la 2. du 12. des
Elemens d'Euclide, font entr'elles
comme les Quarrez de leurs diametres.
On verroit par confé.
quent l'objet trois fois plus clair,
qu'avec un Verre Menifque de
mefme puiffance ou longueur
de Foyer.
Et il faut tenir pour Regle
generale que la veue avec l'obje-
&tif Plan-convexe , fera d'autant
plus forte qu'avec l'objectif Menifque
, que la furface de fon ouverture
contiendra plus de fois la
Prunelle , que ne la contient
du Mercure Galant . 271
l'ouverture de l'objectif Menif
que.
Il faut pourtant dire à l'avan
tage du Menifque , que fa petite
Couverture ne luy portera aucun
préjudice , eftant employé pour
objectif dans un Teleſcope Heliofcope
, dont on fe fert depuis 75.
afis, pour contempler le Difque
du Soleil & fes Taches ou Ma .
cules ,, parce que le Soleil eft le
Pere de la Lumiere matériele; &
on n'a pas beſoin de grande ou
verture pour recevoir fuffifamment
de rayons , car fa lumiere
eft tres. forte . Pour prévenir ceux
qui par fimple curiofité s'expoferoient
à perdre la veue en regardant
le Soleil par une Lunete
ordinaire , les plus petites eftant
mefme plus dangereufe , parce
Z iiij
272 Extraordinaire
à
4.
Sol
que le foyer du Soleil eftant dans
un moindre efpace brûleroit tout
coup la Retine, dequoy l'Ecri
ture nous avertis par l'Ecclefiaf
tique Chap. 43. Verfet
refulgens, radiis fuis obcacat oculos.
Je donne icy avec M Hevelius
le moyen d'avoir tout à coup
avec toute forte de Telefcope un
Heliofcope pour voir le Difque du
Soleil, fes Taches ou Macules &
Mercure en conjonction , mettez
entre- deux Plans fort colorez
come font les verres verds , bleus ,
ou rouges des Vitres. , & coupez
bien rondement un Papier rond
auffi de mefme diametre percé
d'un feul petit trou dans fon
centre, Mettez tout autour des
bords de vos Verres de bon maſtic
, afin qu'ils ne ſe puiffent fédu
Mercure Galant. 273
parer , appliquez - les fur le Verre
oculaire concave des Teleſcopes,
& mettez l'oeil tout contre ,
Le Verre oculaire eft planconcave
, ou concave des deux
coftez ; ou bien il eft Plan - con.
vexe, ou convexe des deux côtez
: ou Menifque.
C'est donc la diférence de la
concavité ou convexité du Ver.
re oculaire qui fait les deux efpeces
de Teleſcopes.
Le Verre oculaire des Lunetes
de Galilei eft également concave
des deux coftez , ou du
moins Plan-concave.
Le Verre oculaire des Lunetes
de Kepler & de Rheïta eft
également convexe des deux côtez
,ou du moins Plan - convexe .
274 Extraordinaire
Du Télefcope de Galilei, dont le
Verre oculaire eft concave.
CE
Ess Télescopes
ont esté les
premiers
mis publiquement
en ufage , & à caufe de leur grande
diftinction
& clarté , & qu'ils
font voir les objets en leur ſituation
naturelle
, je les préfererois
à toutes les autres efpeces
de Téleſcopes
, dont les Verres
oculaires
font
convexes , s'ils pouvoient
comme
eux , eftant d'une
longucur
fuffifante
pour faire
voir les objets tres -éloignez
, découvrir
en mefme
temps & d'un
feul afpect , autant de champ , é
tenduë de Païs ou quantité
d'objets
, mais avec cette eſpece
de
Lunetes
, on ne peut voir d'un
du Mercure Galant. 27
mefme afpect que tres -peu d'ob.
jets , qui font ceux dont les
rayons tombent convergens fur
une ouverture d'environ trois
lignes de diametre qu'on donne
à l'oculaire concave , mis entre
deux cartons ou papiers bien.
noircis & concentriquement
ouvert de quatre lignes de diametre
pour le plus , car une plus
grande ouverture feroit inutile,
puis qu'il ne fert de rien qu'elle
excede l'ouverture de la prunelle,
laquelle s'agrandit à l'ombre,
comme nous avons déja dit ; ainfi
lors que l'oculaire eft fort aigû,
on ne découvre guére davantage
d'objets , que ce qui feroit contenu
de leurs images dans la Chambre
noire fur un rond de papier
égal à l'ouverture de la prunelle,
276
Exraordinaire
ce qui le rend tres incommode
lors qu'il s'agit de trouver l'objet
, au lieu que les Lunetes de
Kepler découvrent cent fois plus
d'eſpace , & vous font d'abord
reconnoiftre & trouver fans peine
l'objet qu'on veut confiderer
M' Gaffendi dans fa Lettre du
4. Avril 1643 écrite à M¹ Naudé
, fe plaint qu'avec la Lunete
que Mr Galilei luy avoit donné
, il ne pouvoit en mefme
temps voir Jupiter & fon quatriéme
Satellite , lors de fa plus
grande digreffion .
J'ajoute que les Lunetes de
Galilei font incommodes , mef
me pour voir les objets terref
tres, filcur longueur excede trois
pieds. C'est pourquoy il fuffit
que le Verre objectif également.
du Mercure Galant. 277
Convexe des deux coftez ait trois
pieds & demy de puiffance ou
longueur du Foyer Solaire , auquel
vous donnerez une ouver
ture de 14. lignes de diametre,
& un oculaire également conca.
ve des deux coftez , qui ait 18 .
lignes de longueur de Foyer Virtuel
, car il augmentera 28. fois
l'apparence naturelle du diame.
tre vifible de l'objet . J'ay veu
d'excellentes Lunetes , dont le
Verre objectif eftoit de 16. pou
ces de puiffance & fouffreit 8 .
bonnes lignes d'ouverture , &
dont l'oculaire n'eftoit que d'un
pouce de Foyer , & augmentoit
par confequent 16 fois l'apparence
naturelle ; car l'apparence
artificielle du diamettre d'un objer
croît par deffus l'apparence
278
· Extraordinaire
'
naturelle en la meſme raiſon qu'il
y a entre la longueur du Foyer
du Verre objectif à la longueur
du Foyer du Verre oculaire . Je
me fers préfentement d'une Lunere
qui n'a que 14. lignes de
longueur , elle eft du travail du
Sieur Querreau , Maiftre Lune.
tier aux deux Croiſfans d'argent
fur le Quay de l'Horloge ; ce
fçavant & expert Artifte qui at
fait les premiers grands Binocles
au tres R. P. Cherubim d'Orleans,
avec lefquels il commença en
l'année 1677. à fe faire confidé
rer , comme s'il en euft efté luymefme
l'Inventeur & le Fabricateur
, bien qu'il n'ait travaillé
ny les verres ny les Tuyaux, & c.
Ces petites Lunetes de Galilei
d'un pouce ou environ de londu
Mercure
Galant. 279
gueur font tres - utiles pour
ceux qui ont la vete fort courte.
Les Dames peuvent l'enfermer
dans le clou des baftons de l'Eventail
, les Hommes mettront
cette Lunete dans le poing fermé
, & par ce moyen les uns &
les autres verront diftinctement
les objets éloignez , car du fonds
du Parterre & de
l'Amphithea
tre , on verra d'un mefme afpect
les Décorations, les Machines ,
& les Acteurs de l'Opéra, auffi
diſtinctement que s'ils n'eftoient
qu'à 3 ou 4. pas loin .
J'ay autrefois fait monter les
Verres pour faire une excellente
Lunete de 4. pouces & demy de
longueur , l'objectif eftoir également
convexe des deux coftez,
& avoit 6 pouces de Foyer So.
280 Extraordinaire
laire , & 6. lignes d'ouverture,
fon oculaire eftoit également
concave des deux coftez , &
avoit 1. pouce & demy de longueur
de Foyer virtuel Solaire ,
& il augmentoit par conféquent
quatre fois l'apparence naturelle
de l'objet. Ceux qui en voudront
de 9. pouces de Foyer luy don
neront 7. lignes d'ouverture, &
8. lignes s'il eft d'un pied de
Foyer, & 9. lignes à un Verre
d'un pied & demy ; & enfin un
pouce d'ouverture fi le Verre a
2. pieds & demy de longueur de
Foyer Solaire.
Le Verre objectif de la Lunete
de Galilei , eftant enfoncé environ
un pouce dans le Tuyau , il
faut,
Placer le verre oculaire concave
du Mercure Galant. 281
dans le Tube, entre fon Verre objectif
& fon Foyer objectif, ou
Image aeriene de l'objet , afin
de corriger le trop de
convergence
que les rayons de chaque point
de l'objet ont aquis en pénétrant
le Verre objectif, & les rendre
phyfiquement paralleles, oufen
fiblement divergens pour les
Miopes.
J'ay ſpecifié le Foyer objectif,
parce que les objets cftant terreftres
, ou comme la Lune ,
Mars , Vénus & Mercure dans
leurs perigées moins éloignez
que le Soleil , leur Foyer ob .
jectif est toujours plus loin que
le Foyer Solaire , parce que les
rayons de chaque point de ces
objets tombent plus divergens
fur le Verre , & leur concours fe
Q. d'Avril 1683. Aa
282 Extraordinaire
fait plus loin ; c'est pour cela
qu'il faut allonger la Lunete
pour voir diftinctement les ob.
jets terreftres qui font moins éloignez
, & qu'au contraire il la
faut plus racourcir pour voir
diftinctement les objets qui font
fur la terre pour éloignez qu'ils
foient , puis qu'ils ne le peuvent
eftre autant que le Soleil ou la
Lune.
Il y a trois diférentes pofitions
du Verre oculaire concave.
Pour les bien entendre il fe faut
fouvenir que les Verres concaves
n'ont point de Foyer Solaire
réel , mais feulement un Foyer
Solaire virtuel qui eft toûjours
anterieur , nous nous fervirons
pourtant du mot de Foyer virtuel
pofterieur , pour fignifier cette
du Mercure Galant. 283
diſtance qui eft la longueur du
diametre de la concavité du Ver.
re s'il eft plan - concave , & n'eft
que la longueur du femydiame
tse s'il est également concave des
deux coftez .
Je dis donc 1 ° . que fi le Verre
oculaire , & fon Foyer Solaire Vir
tuel Poflericurf. eft entre le Verre
objectif & fon Foyer réel objectiff,
ou Image aëriene de l'objet ,
comme dans la Figure IX . de la
troifiéme Planche , les rayons en
fortiront divergens , tels qu'il les
faut pour procurer une vifion
diftincte de cet objet éloigné aux
Miopes, qui ne voyent diftincte
ment que les objets qui font fort
proches, par les rayons qui tombent
fenfiblement divergens fur
T'humeur criftallin de l'oeil ,
A a ij
284
Extraordinaire
2º. Je dis
que file Verre ocu
foit
laire concave eft entre le Verre
objectif , & fon Foyer objectif ;
& que le Foyer Solaire virtuel Pofterieur
de l'oculaire concave ,
au mefme point de l'Axe que le
Foyer objectif du Verre objectif,
comme dans la VII. Figure de la
troifiéme Planche , les rayons en
fortiront paralleles tels qu'il les
faut , pour les bonnes & ordinaires
veues qui voyent diftinctement
les objets éloignez par
des rayons qui tombent phyfiquement
paralleles fur l'humeur
cristallin.
3 °. Je dis que fi l'Image diftinde
de l'objet , ou Foyer F da
Verre objectif, eft entre le Verre
concave & fon Foyer Solaire virtuel
pofterieur f. comme dans la
du Mercure Galant. 285.
Figure VIII. de la troifiéme Planche
, les rayons en fortiront encore
convergens , & tels qu'il les
faut faire tomber fur l'humeur
cristallin des Presbites , afin qu'il
les puiffe rendre fi convergens ,
que leurs concours foit racourcy
jufques fur la Retine.
De ce que deffus , on peut connoiftre
que la Lunete eftant tirée
de jufte longueur comme dans la
Figure VII. Planche troisième, pour
les bonnes & ordinaires veües
qui ont befoin de rayons phifiquement
paralleles , parce qu'ils
voyent diftinctement les objets
éloignez , il faut que les Miopes
la racourciffent comme dans la
Figure IX. Planche troisième , pour
rendre les rayons fenfiblement
divergens , & au contraire il faut
286 Extraordinaire
que les Presbites l'alongent davantage
, comme dans la Figure
VIII. Planche troifiéme, pour rendre
les rayons paralleles ou mefme
un peu convergens.
Il faut metre l'oeil le plus prés
qu'on pourra de la concavité du Verre
ontaire , & faire en forte que le
centre de la Prunelle foit dans
l'Axe du Tuyau , qui tombant
perperriculairement fur toutes les
furfaces des Verres, paffe par les
centres de leurs furfaces & par les
cetres de leurs fphéricitez. L'oeil
eftant ainfi placé tout contre la
concavité de l'oculaire, reçoit
par la Prunelle une plus grande
baze du cone de la radiation de
l'objet , & en découvre en mefme
temps plus grande quantité
ou nombre d'objets , & l'appa
du Mercure Galant. 287
rence de chaque objet eft tresaugmentée,
plus diftincte & plus
forte, ayant égard qu'elle foit tirée
fuivant la longueur requife
du Foyer objectif qui eft plus
long , lors que les objets font
moins éloignez .
Les Vieillards qui ne peuvent
rien voir diftinctement avec la
Lunete à oculaire concave , parce
qu'ils ont la furface anterieure
du cristallin trop plate , n'ont
qu'à mettre leur Verre convexe
de Bezicle ordinaire , fur le Verre
oculaire concave de la Lunete , &
y appliquer l'oeil .
L'Autheur du Volume des
Parfaites vifions de 1677. a tresmal
placé dans fa figure 16. page
134 le centre de la concavité de
fon Verre oculaire Plan-concave,
288 Extraordinaire
au point du Foyer de fon Verre
objectif, car les rayons feroient
encore convergens au fortir du
Verre oculaire , & ne pourroient
par conféquent fervir qu'à ceux
qui font extrémement Presbites ,
defquels le nombre eft fi petit,
qu'entre mille Hommes à peine
s'en trouve. t- il un , & aufquels ce
bon Pere n'ajamais penfe.
Je finis cet article apres avoir
remarqué que la Lunete de Galilei
fait voir les objets dans leur
fituation naturelle , parce que
le Verre concave reçoit les
rayons avant leur concours &
nous les tranfmet dans l'oeil au
mefme ordre qu'ils viennent naturellement,
c'est pourquoy nous.
voyons l'objet en fa fituation na
turelle, car fon image eft peinte
renversée
du Mercure Galant . 289
renverféc fur la Retine , comme
dans la figure IV. Planche premiere,
de mefme que dans l'oeil artificiel
figure II. Planche feconde , & dans
la chambre noire figure III. de la
mefme Planche , où le Verre convexe
y tient lieu de l'humeur
Criſtallin , & le papier y fert de
*Retine.
Afin de voir dans la chambre
noire avec plus de plaifir, avec
le mefme Verre convexe de S. Ou
6. pieds de Foyer les images de
quelques objets beaucoup plus agrandies
, mais toûjours renverfées,
mettez comme en la figure
XIII. Planche premiere, le Tuyau
qui porte voftre oculaire dans la
Boule de bois engagée dans le
trou de la Feneftre dans lequel
on la peut tourner de tous côtez .
Q.d'Avril 1683. Bb
290 Extraordinaire
Recevez les efpeces renversées &
tres-diſtinctes des objets , fur une
planche couverte de papier blanc
& perpendiculairement oppofée.
à la lunete : ayez un Verre également
concave des deux coftez,
mais d'une plus grande Sphere
ou longueur de Foyer virtuel
folaire , que s'il devoit fervir de
Verre oculaire à la mefme Lunete,
mettez ce Verre concave dans
fon Tuyau particulier que vous
inferez dans le Tuyau du Verre
objectif ; & vous remarquerez
qu'à mesure que vous approcherez
ce Verre concave du Verre
objectif, en forte pourtant que
le foyer virtuel pofterieur du Verre
concave , foit toûjours comme
dans la Figure VIII. Planche troifiéme
plus loin du Verre objectif,
du Mercure Galant. 291.
que n'eftoit fon Foyer objectifon
cette premiere image des objets;
il faudra porter beaucoup plus
loin la Planche d'attente, afin d'y
recevoir ces images diftinctes ,
car la concavité de ce Verre rendra
les rayons un peu divergens,
en retardera le concours , & les
images s'y formoient par conféquent
beaucoup plus grandes.
Pour fe fervir de la Lunete ordi
naire, il ne faut qu'un peu allonger
le Tuyau,
Des Lunetes de toute longueur.
4vec deux Verres objectifs.
He
Lya de trois fortes de ces Lunetes
qui font plus curieuſes
qu'utiles . Il y en a deux fimples
, & une compofée , dont
Bb ij
292 Extraordinaire
nous parlerons en fon lieu .
J'en ay tiré la pratique de la
Dioptrique de Kepler imprimée
en 1611. en voicy la 125. propofition
Pofito cavo , due convexafimilia ,
applicata invicem proximè , pro uno,
ferè dimidiant longitudinem inftrumenti
, quod eorum convexorum
unum folum habet ; & fimul quantitatem
fpeciei minuunt, parce que
ce deuxième Verre objectif Figure
I. de la Planche VII . recevant
les rayons rendus convergens
par le Verre objectif externe &
de 4.ou 5. fois plus long Foyer en
accourcit le concours , c'eft pourquoy
, pour voir clairement &
diftinctement l'objet, il leur faut
donner un Verre oculaire , concave
, ou convexe , proportionné
à la plus grande longueur de
du Mercure Galant. 293
Foyer qu'ils ont eſtant joins en.
femble. J'ajoûte à la propofition
de Kepler , qu'en éloignent peu
à peu ce deuxième interne ob .
jectif du véritable premier Verre
objectif qui paroît au bout de la
Lunete , la longueur du Foyer
augmentera,& il faudra par conféquent
allonger la Lunete , &
Je tuyau qui porte l'oculaire , afin
qu'il foit en la diftance requife
au devant du Foyer s'il eft con
cave, & au deça du Foyer s'il eft
convexe , & que par ce moyen
l'objet paroîtra plus grand,mais
plus confufément & moins éclairé.
L'objet paroiſtra confufé
ment , parce que le Verre ocu.'
laire fera trop aigû , & il paroiftra
moins éclairé,parce que fon ima
ge agrandie ne fera peinte fur la
Bb iij
294
Extraordinaire
Retine qu'avec la mefme quanti
té de rayons qu'elle eftoit peinte
eftant petite.
Par ces mots Lunetes de toute
longueur, j'entens moindre que la
longueur ordinaire d'un feul pre--
mier Verre objectif & plus grande
que la longueur de leur Foyer
lors qu'ils font l'un contre l'autre.
Je me fuis ainfi expliqué , de peur
d'eftre crû auffi intelligent que
l'Autheur de la Dioptrique Oculaire
de l'année 1671. qui dans la
page 233. dit, qu'eftantpar exemple
de 10. pieds en fa plus grande longucur
, on le pourra reduire à moins
d'un pied , & nonobftant , il repréfentera
encore , ajoûte- t- il , en cet
extréme accourciffement , les objets
tres- clairement & diftinctement.
Comme tout ce que cet Autheur
du Mercure Galant. 195
produit eft tres- extraordinaire,
Les deux objectifs eftant d'égale
longueur de Foyer, un de fes 10 .
pieds quia efté pris égal à un des
noftres , en vaut maintenant 5.
dans cetextréme accourcissement , &
fon mefine Verre oculaire qui
fait voir les objets tres - clairement
& diftinctement , ayant pour objectifun
pied de Foyer , ne lairra
pas à ce qu'il doit , de faire voir
tres- clairement & diftinctement ,
lors qu'ayant allonge la Lunete
il aura un objectif de 10. pieds de
Foyer, qui augmentera par conféquent
9. fois plus l'apparence
*
à la verité , comme cela excede
Jes forces de la nature. Je ne puis
comprendre qu'en ces deux diférens
cas il voye les objets tresclairement&
diftinctement, à moins
Bb iiij
296
Extraordinaire
que ce ne foit par le mefme
moyen qu'il affure fincerement
dans la 296. page du meſme Livre
. Avoir ven dans la Lune , mais
par un moyen toutparticulier,juſques
icy inconnu, queje feray voir, ajoute-
t- il , en fon lieu. Voila qui mérite
qu'on le reconnoiffe dans la
Vignete de fon Volume des vi
fions Parfaites de 1681. & qu'on
avoue ce qu'il dit dans fa Ta-:
ble en la lettre N. que les noms
expriment fouvent la Realité de
la chofe.
J'ajoûte , que le mefme effec
s'enfuivra fi le Verre oculaire eft
également convexe des deux
côtez , pourveu qu'il foit toû
jours placé de la longueur de fon
Foyer Solaire , au deça de la longueur
du Foyer objectif ou image
du
Mercure Galant. 297-
aëriené de l'objet produite dans
le Tuyau par le concours des
rayons caufé par ces deux Verres
objectifs , & que l'oeil ne foit éloi
gné de ce Verre oculaire qu'un
peu moins que la longueur de
fondit Foyer Solaire , ce qui eft
la conſtruction des Teleſcopes de
Kepler & de Rheïta .
2.J'ajoûte que le mefme effet
s'enfuivra aux Lunetes compofées
de trois Verres oculaires également
convexes , lefquels ne
changent point de place entreeux
, eftant tous trois arreſtez
ferme dans un mefme Tuyau
que l'on éloignera à mesure qu'on
reculera le deuxième Verre objectif
du premier , afin qu'entre
leur Foyer & le premier des trois
oculaires il y ait toûjours la dif298
Extraordinaire
>
tance du Foyer Solaire de ce
premier Verre oculaire .
La 134 propofition de la Diop
trique de Kepler m'a fourny l'au
tre maniere d'avoir une Lunete
de toute longueur avec un feul
& mefme objectif de moindre
Foyer: c'eft de mettre un Verre
également concave des deux
corez mais d'une fphericité beaucoup
plus grande qu'à l'ordinaire
, au bout d'un Tuyau qu'on
inferera dans le Tuyau au devant
du foyer du Verre objeif
, il en changera par confé .
quent la longueur du Foyer , &
Pimage fera plus grande plus ce
Verre concave fera moins éloigné
du Foyer ou image aeriene
produite par l'objectif , il s'agit
donc de voir cette petite image
du Mercure Galant.
299
aeriene de l'objet bien agrandie
avec un Omphaloptre ou oculaire
convexe des deux côtez ,
mais de petite longueur de
Foyer. Cette Lunete a ce défaut
que l'objet agrandy paroiſtra
fort fombre, car le Verre concave
ayant rendu divergens les
rayons , il n'y en a que fort petite
quantité qui forment cette ima
ge. Je paffe fous filence de faire
une Lunete dont l'objectif & l'oculaire
foient concaves, ou que
l'objectif foit concave & l'oculaire
convexe .
Mettant au dehors la concavité d'un
Menifque pour objectif, ou un verre
concave , & au dernier un convexe
de moindre foyer. L'oculairefoit Me
nifque, mettant au dehors fa convexité
de moindre foyer que fa concavité.
300
Extraordinaire
Du Teleſcope Aftronomique de
Rheita, dont le Verre oculaire.
eft convexe.
E Teleſcope n'eft qu'un Microſcope
renversé CET
› parce
qu'avec un oculaire de petite
longueur de Foyer , nous regargardons
comme un veritable objet
, la petite image aëriene que
les rayons de la radiation de cha
que point de l'objet , ayant penétré
le Verre objectif, forment
par leur concours en fituation
renversée dans les tenebres &
obfcurité de la concavité du
Tuyau de la Lunete , comme en
la Figure X, Planche troifiéme.
Par ce Teleſcope , l'objet nous
paroiſt renversé , parce que fon
du Mercure Galant. 301
image aëriene eft renversée , &
que les rayons de chaque point
de l'objet s'eftant renverfez par
leur décuffation au Foyer obje-
Atif avant que de tomber fur le
cristallin , peignent les efpeces
de l'objet en fituation renverfée.
La longueur du Foyer du Verre
oculaire convexe , doit eſtre à
la longueur de fon Verre obje-
&tif, en la mefme raifon que s'il
eftoit concave , c'eſt à dire dans
les mediocres Lunetes, comme 1.¸·
à 36. ou à 40. car ces deux efpeces
d'oculaires augmentent également
l'apparence naturelle de
l'objet. La diférence des deux
Teleſcopes fimples , eft en cela
feulement que l'oculaire convexe
découvre un plus grand champ ,
302
Extraordinaire.
→
la baze du cone vifuel eſtant
comme cent fois plus grande , &
fait par conféquent voir d'un feul
afpect , cent fois plus d'objets que
l'oculaire
concave .
J'ay reconnu par experience
qu'une Lunete d'un pied de longueur,
dont l'oculaire eftoit con.
cave ne découvroit pas davantage
de Terrain qu'une Lunete de
15. pieds de longueur dont l'oculaire
eftoit convexe , & perfonne
n'ignore que dans l'une & dans
l'autre efpece de Teleſcopes fimples
, plus la Lunete eft longue ,
moins elle découvre de champ
ou étendüe de Païs , & qu'en é
change les objets paroiffent plus
grands à proportion ; c'eft pourquoy
avec une grunde Lunete
on ne peut voir en meſme temps
du Mercure Galant. 303
tout le Difque de la Lune pleine ,
bien que fon diametre apparent,
felon Tyco Brahé , ne foit que
de 33 minutes & 9. fecondes dans
fon Apogée , & de 34. minutes &
48. fecondes dans fon Perigée ;
& enfin de 36. minutes dans les
Quadratures , lors qu'elle cft le
moins éloignée de la terre.
J'ai pelle ce Teleſcope Aftro,
nomique , parce qu'il eft particulierement
affecté pour contempler
lesPlanetes , leurs taches ,
leurs Lunes, ou Satellites , & le
Pont volant. qui paroit autour
de Saturne, qu'il feroit trop difficile
de trouver dans leCiel avec
la Lunete de Galilei , qui n'en
découvre que tres - peu de minutes
d'un feul aſpect.
Le défaut de ce Teleſcope à
式
304
Extraordinaire
oculaire convexe , fi tant eft qu'il
en ait , eft de repréfenter tous .
les objets renverfez , mais cela
eft autant curieux qu'incommode
pour les objets terrestres , &
indiférent pour les objets celef
tes , puis qu'ils font Spheriques,
c'eft à dire ronds comme des
boules.
Tous les Sçavans fouhaitent
d'apprendre de l'Autheur des
Parfaites Vifions , le moyen tout
particulier, & jufques icy inconnu,
par lequel il affure avoir veu
dans la Lune , c'eſt en la 296 .
page de fa Dioptrique Oculaire de
l'année 1671. le R. Pere nous fera
fans.doute voir les endroits où
Mahomet fouda les pieces de la
Lune qui eftoient caffées , fuivant
qu'il eft rapporté dans l'Aldu
Mercure Galant.
305
coran Azoara. 63. il le doit don
ner au Public , ce moyen tout particulier
& jufques icy inconnu , puis
qu'il s'y eft obligé, même par
des
termes
facrez
tirez
de
l'Eccle- fiaftique
Chap
. 42.
Verfet
15.
Memor
ero igitur
operum
Domini
&
que
vidi
annuntiabo
. C'eſt
pour
fors
que
nous
verrons
comme
il
dit
dans
la page
234.
les Chiens courans
fur
le dos
; car
tous
les
Chiens
terreftres
courent
fur leurs
pieds
, & Sirius
& Procyon
,
le Grand
& le Petit
Chien
celefte
, font
immobiles
, n'ayant dos
ny jambes
, non
plus
que
Carbere
le grand
Chien
de Pluton
.
L'Oculaire convexe doit eftre
placé au deça du Foyer objectif
ou image aeriene de l'objet , en
forte qu'il en foit éloigné de la
Q. d'Avril 1683. Cc
306
Extraordinaire
longueur de fon Foyer Solaire ,
pour les bonnes & ordinaires
veücs, & un peu moins pour les
Miopes, & un peu davantage pour
les Presbites . Ainfi la lunete eftant
tirée & bien ajustée pour voir
diftinctement les objets terreftres
pour éloignez qu'ils foient ,
la diftance du Verre objectif à
fon verre oculaire convexe, fera
toûjours un peu plus grande que
les longueurs de leurs deux
Foyers Solaires prifes enfemble.
L'oeil doit eftre appliqué à la
Lunete , au deça du verre ocu
laire convexe , un peu moins
éloigné , que de la longueur de
fon Foyer Solaire ; car fi l'oeil:
eft trop proche du verre ocu
laire convexe, les rayons luy feront
voir de la couleur bleue , &
du Mercure Galant. 307
s'il en eft trop éloigné, il verra de
la couleur jaune. Afin de tenir
commodement l'oeil dans cette
diftance , le Tuyau qui porte le
verre oculaire le termine par
une Boëte Figure 11. Planche feptiéme
, dont le trou rond de la
Pinnule n'aque 3. ou 4. lignes de
diametre , afin que le centre de
la prunelle le trouve toûjours
plus facilement avec l'Axe de
tous les verres.
Il est donc évident que la lu
nete avec oculaire convexe eft
plus longue , qu'avec un oculaire
concave de trois fois la longueur
du Foyer Solaire de l'oculaire,
ainfi le verre objectif ayant ro.
pieds deFoyer Solaire , & fon oculaire
convexe trois pouces & 4.
lis
gnes, ce Teleſcope fera 10 pouces
Ccij
308 Extraordinaire
plus long que fi le verre oculaire
eftoit concave & d'u.
ne mefine longueur de Foyer
Solaire ; 1. Parce que cet oculaire
concave doit eftre placé
dans le Tuyau 3. pouces
& 4. lignes au de la de l'image
aëri ne de l'objet ; 2° . Parce
qu'on doit mettre l'oeil tout
contre l'oculaire concave , au
contraire cet oculaire convexe .
doit eftre placé 3 pouces & 4.
lignes au deça de l'image aëriene
de l'objet , & l'oeil doit eftre
placé 3. pouces & 4. lignes au
deça de cet oculaire convexe , ce
qui fait les to. pouces de la diférente
longueur de ces deux Telefcopes,
qui ont le mefme obje-
Atif de 10. pieds de Foyer & diférente
efpece d'oculaire , mais
du Mercure Galant. 309
d'égale longueur de Foyer qui
eft dans cet exemple une trentefixiéme
de la longueur du Foyer
du verre objectif.
Le P. Cherubim qui ne s'amufe
pas à calculer ny à Geo.
metrifer dans la 136. page de fa
Vifion Parfaite de 1677. fe contente
de dire que ces deux Lunetes
feront d'environ 10. pieds.
de longueur. Il faut neantmoins
remarquer qu'un obectif de ro .
pieds de Foyer , s'il eſt bien travaillé
, doit fouffrir un verre
oculaire qui n'aura que 3. pou
ces de longueur de Foyer , &
augmentera par conféquent 40 .
fois l'apparence de l'objet.
Nous voyons donc avec l'oculaire
convexe , tous les objets
dont les images aerienes font dif
310 Extraordinaire
tinctement peintes dans le
Tuyau de la lunete , & cette
quantité d'images des objets
qu'on voit par la lunete , eft la
mefme que celle qui feroit peinte
diftinctement & à la renverfedans
un cercle de mefme diame
A tre que
la concavité
du
Tuyau
Cilindrique
de la lunete
, mis fur
la Table
d'attente
de la cham
bre
noire
, ou Oeil
artificiel
des
Figures
11. & III. de la feconde
.
Planche
. Il eft vray
que
lors
que
les objets
paroiffent
comme
dans
une
nuće
ou
rond
brillant
des
couleurs
vives
de l'Arc
-en Ciel,
nous
retreciffons
cette
baze
de
diftinction
des
images
aërienes
des objets
, par un Diametre
noirmat
de
tous
côtez
Figure
III.
Planche
feptiéme
, auquel
nous
du Mercure Galant.
311
donnons l'ouverture que l'expérience
nous fait connoiftre la
plus propre ce Diametre cache
les images aerienes qui font fur
les bords de la baze circulaire de
diftinction , dont les rayons tomboient
trop inclinez fur les bords
de la furface du verre oculaire,
lefquels ayant fouffert une trop
grande réfraction venoient fe
confondre fur la Retine , & la
fraper plus fortement par cette
plus grande conftipation de
rayons caufée par leur incidence
trop oblique , c'eft pourquoy les
filaments nerveux qui forment
la Retine eftant fortement ébranlez
, nous voyons des vives
couleurs de l'Iris , de même qu'on
les voit dans un lieu tres - obfcur,
en tenant un Papier devant l'oeil ,
312
Extraordinaire
apres avoir regardé quelque
temps fixement une Figure ou
fimple Croix faite avec encre
comine fur le Papier du chaffis
de la Fenestre fortement éclairée
par le Soleil , c'est pour la mef
me raiſon qu'on met le Verre
oculaire entre deux Diafragmes
de Carton hoir- mat , & dont
l'ouverture eft fort grande pour
n'en couvrir que les bords , qui
font toûjours mal travaillez ,
laiffant toûjours l'ouverture de
l'oculaire plus grande que l'ouverture
de l'objectif. On eft
encore obligé de retreffir l'ouverture
de l'objectif, lors que le
Verre oculaire eft trop aigu
c'eſt à dire de trop petite lon.
gueur de Foyer , que les Ouvriers
difent Forcer l'objectif. Il le
faut
du Mercure Galant. 313
faut encore retraiffir davantage
pour voir bien terminez , c'eft à
dire bien ronds, fans couronnement
de rayons , les Aftres les
plus brillans de la premiere grandeur,
comme Sirius qui a 16. degrez
& 11. minutes de declinaifon
Auftrale , & qui eft fur le
Meridien avec le 6. degré 48 .
minutes de M' Hevelius ne
66 .
donnoit que 3. de nos lignes
d'ouverture à l'objectif de fa Lumediocrement
longue ; nete
>
j'en dis autant pour voir bien
terminé Vénus & Mars , lequel
ſe trouvant dans les Signes de≈≈,
ou de , pendant que le Soleil
eft en 2 , ou plûtoft la Terre en
s'approche fi fort de nous ,
qu'il paroift fi grand & fi brillant
, que plufieurs Perſonnes
Dd
Q.d'Avril1683.
314
Extraordinaire
l'ont pris pour Vénus.
De tout ce que deffus , que
j'ay mefme depuis plus de 30. ans
reconnu par experience ; Je conclus
que le Pere Eſchinard a eu
raifon de dire dans la 86. page
de fon Dialogi Optici parte tertia,
imprimée en l'année 1668. Tradunt
aliqui regulas determinatas pro
aperturis lentium objectivarum; nulla
tamen facta confideratione lentis
ocularis : Quod fane finè errore
fieri non poteft. Bien que luymefme
dans la 242. page de fon
Dialogi Optici parte Altera , impri
mée en 1666. fans avoir aucun
égard au Verre oculaire , eut
alluré que, Invitro objectivo decem
palmorum, fi femi-corda aperture fie
decima Palmi , Refractio eft valde
accurata. Or le Palme vaut 8.
pouces deux cinquièmes,
du Mercure Galant.
315
Puis que la Lunete à oculaire
convexe peint fur la Retine les
images des objets en leur fituation
naturelle , elle les peindra
auffi redreffées fur la Table d'attente
de la Chambre noire . Et
pour en prendre le divertiffement
, à un objectif de 3. ou 4.
pieds de Foyer , donnez un oculaire
convexe du moins d'un
demy pied de Foyer ; mettez
cette Lunete comme en la Figure
XIII. Planche premiere , au travers
de la Boule de bois engagée
dans le volet de la Feneftre, afin
de la contourner vers tous les
objets, & vous en recevrez les
Images tres- grandes , & redreffées
fur la Table d'attente couverte
de Papier blanc, & portée
toûjours perpendiculairement à
D dij
316 4
-Extraordinaire
3
la Lunete , comme la Figure le
démontre. AE
Sisa cette Lunete dans la
Chambre noireson y applique la
Machine que M Hevelius a
donné dans la 372. page de fon
Machina Cæleftis , on pourra fa
cilement décrire les taches ou
macules du Soleil, mais non pas
les macules de la Lune , quoy
que le R. P. de Chales dans la
690. page du 2. Volume de fon
Mundus Mathematicus , imprimé
en 1674. fe fiant trop au rapport
d'autruy ait écrit. Nonnulli Luna
rem radium per Teleſcopium tranfmittunt,
imagoque in charta excipitur.
L'experience l'auroit dé
trompé, puis qu'en cette Image
on ne peut remarquer aucunes
des macules que nous voyous
du Mercure Galant .
317
avec le Teleſcope fur la furface
ou Difque de la Lune .
Le mefme R. P. de Chales a
auffi dans la mefme 690. page
fait connoistre tout de fuite , ce
qu'il m'a mefme avoué dans une
Conférence au College de Cler.
mont, que pour avoir efté trop
credule à ce que le P. Cherubin
d'Orleans avoit écrit dans fa
Dioptrique Oculaire , il en avoit
gafté la Geometrie dans fon
Mundus Mathematicus, y ayant dit.
Aliam Praxim profert Pater Cheru
binus Aurelianenfis infua Dioptrica,
defumptam quidem ab inftrumento à
quadraginta circiter annis à Patre
Sebeinero Typis mandato.... Firmato
Telescopio; factaque prius in eo crena
circa bafim diftinctionis prima len,
tis, utitur parallelogrammo duplici,
Dd iij
318 Extraordinaire
majori & minori , immiſſo per cre
nam in Tubum ftilo B.valdefubtili,
& in puncto C. Graphium. Certum
eft autem ; voicy une aſſurance
contraire à la Geometrie , Simi.
lem motum, inæqualem tamen, perfici
à duobus punctis C. & B. puis que
les Figures que ces deux points
C, & B. décriront , ne feront jamais
femblables ; il fuffit de
confiderer les points L. D. dans
la Figure 2. Planche troifiéme , qui
eft celle du R.P.deChales, & coforme
à celles qui font aux pages
246. de la Dioptrique Oculaire,
& 147. & 151. du Tome des
Vifions Parfaites imprimées en
1681. Neantmoins le R. P. Cherubin
nous veut obliger à croire
pieuſement deux chofes bien
extraordinaires , l'une du tout
du Mercure Galant,
319
THEQUE
DE
LYON
* 1893
1
318
Extraordinaire
m
n
C
(
WATHERGE
DEC
LYON
1893
VILLE
du Mercure Galant.
319
impoffible , & l'autre entierement
contraire à la Geometrie , c'efl à
dire qu'au moyen de cet inftru
ment Tele graphique nouvellement
inventé , fans clouer comme
fit Jofüé la Lune au Ciel , il
en avoit contretiré d'icy bas le
Difque ou image apparent de 10.
pouces & demy de diametre qu'il
a donné dans la Planche 33. page.
296. de la Dioptrique Oculaire de
l'année 1671. & il nous affure dans
les pages 297. & 320. l'avoir faire
en la regardant par la Lunete,
bien qu'elle ne foit qu'une veri
table Copie , qu'il a tiré fur la
Figure de la face de la Lunepleine
que M' Hevelius avoit
donné en l'année 1647. dans la
262. page de la Selenographie
, ou
defcription de la Lune ; car elle eft
D d üj
3201
Extraordinaire
de mefme diametre, & en tout
femblable, & à les mefmes fautes..
Ce Terreftre contretireur des
objets celeftes feroit bien à quia,
fi on luy demandoit en quel figne
& en quel degré eftoit la Lunepleine
quand il l'a contretirée
pour confronter fi à caufe du
mouvement de Libration de
fon Difque fur ces poles varians,
pouvoit en cette pleine Lune
montrer les mefmes bords, Diffe
rentia enim inter maximam & minimam
librationem Luna, cft una 36, ª
pars totius diametri Luna , cette
diférence feroit par confequent
de 3. lignes & demie , dans le
diametre de 10. pouces & demy
de fa Figure Pleni- Lunaire , sale
Il nous obligeroit encore de
dire quelle Planete dominoit,
du Mercure Galant.
3217
lors qu'il contretiroit fa Lunepleine
, veuë par la Luuete au moyen
de l'inftrument Tele graphique, puis
qu'à préfent il eft formellement
de toute impoffibilité impoffible
de donner par fon Telefgraphique,"
qu'il augmente d'unes , ou contretireur
de loin , la Figure circulaire
au Difque de la Lune, quand
mefme elle feroit portée fixement
& inébranlable par les
tours de la Baſtille ; & qu'il
choifiroit l'endroit, la diftance ,&
la pofition la plus commode pour
faire fon obfervation . Il n'auroit
pas mieux réüffi , s'il eut eſté dans
la Paleſtine en la Vallée Hayalon,
lors qu'au commandement de
Jofüé Cap. X. Succeffeur de Moy
fe, Grand Capitaine de l'Armée
du Peuple de Dieu , le Soleil
322 Extraordainaire
& la Lune , Obediente Domino voci
hominis & pugnante pro Ifraël,
ayant fait ferme dans le Ciel , luy
fournirent le plus long jour qui
aye jamais efté , pour l'entiere
défaite des Armées des cinq
Roys Amorrhéens , qui combattoient
en perfonne.
Sol Stetit in Gabaon , mediique cacHmine
cæli ,
Fixit anhelantem dilato veſpère
Lucem ,
Infolitus franare diem; nee Luna
cucurrit
Ordine pigrafuo , donec populantibus
armis
Fervidus ingentem gladius confu.
meret hoftem
Conjurante polo.
Čette Lunete à oculaire con
vexe , a pardeffus les Lunetes de
du Mercure Galant.
323
rantad'un
efpa.
ulaire
ans la
mage
THEQUE
BIBLIO
LYON
#1893
DE
FILLE
tient
enfuit
agme
droit,
z par
foye
dans
y ar
forte
dans
Diftra
pluquoy
File
322
Extraordainaire
F
& la Lui
hominis
ayant fa
fournir
aye jan
défaite
Roys £
toient
Sol Stet
mi
Fixit a
La
Infolit
си
Ordine
bi
Fervi
n
Conju
THEQUE
BIBLIO
DE
LA
LYON
* 1893
VILLE
7
du Mercure Galant.
323
Galilei, d'autres grands avanta
ges que celuy de faire voir d'un
Teul afpect cent fois plus d'efpa .
ce; car puis qu'avec cet oculaire
convexe nous regardons dans la
Lunete mefme , cette image
aëriene renversée , qui y tient
lieu d'objet immediat, il s'enfuit
que fi l'ouverture du Diafragme
qu'on pouffe au mefme endroit,
eft tréliffée en petits quarrez par
plufieurs filets fimples de foye
plate noire & bien tendus dans
de legers traits de burin , y ar
reftez avec un peu de cole forte
ou cire d'Espagne ramollie dans
l'Esprit de Vin, l'objet paroiftra
eftre luy.mefme divifé en plufieurs
quarrez
c'eſt pourquoy
ayant tracé ſur le Papier ou Toile
d'attente un Echiquier avec des
324
"ማ
Extraordinaire
lignes occultes , dont les quarrez
feront de telle grandeur qu'il
vous plaira , & du moins en auffi
grand nombre que le Treillis
qui eft au Foyer du Verre obje
Atif de la Lunete : ces lignes qui
forment l'Echiquier fur la Table
d'attente , peuvent eſtre faites
avec un pinceau du Carmin fort
clair, comme quand on travaille
en Mignature fur le Velin. Si
par une imagination forte & mé
morative, on rapporte bien proportionnellement
dans les grands
quarrez de l'Echiquier , ce que
L'on voit dans les petits quarrez
du Treillis , dont les filets pa
roiffent eftre appliquez fur l'ob
jet , parce qu'ils font dans la baze
de diftinction ou image aëriene ,
fon objet fera tiré au naturel.
du Mercure Galant.
325
Jay pratiqué affez heureuſe.
ment & pour la premiere fois
cette maniere de contretirer les
objets éloignez eftant au Fort de
L'Eclufe fur le Rofne, en l'année
1652. apres avoir leu dans la
page 119. de la premiere Partie
de La Perfpective Pratique, imprimée
à Paris en l'année 1651. la
Pratique XCIV . qui a pour titre
Belle invention pour pratiquer la
Perfpective fans la fçavoir , cet
Autheur Jefuite & tres- fçavant,
comme font tous ceux de cette
illuftre Compagnie , qui ont
bien voulu y recevoir deux de
mes Neveux , regardoit feulement
par un petit trou de 2. où
3. lignes de diametre , comme on
voit dans fa Figure , les Païſages
à travers un grand Chaffis d'un
326
Extraordinaire
pied & demy en quarré, divifé
en petits quarrez d'un pouce ou
environ par des filets noirs deliez
& bien tendus. Et bien qu'il
n'employat aucun Verre obje.
ctif ny aucun Verre oculaire , il
donna neantmoins à ce petit trou
ou fimple Dioptre le nom de Lunete.
Ce mot feul de Lunete
me fit d'abord aviſer de paſſer
ma Lunete à oculaire convexe
dans une Boule enchaffée dans
le volet d'une Feneftre , comme
j'avois veu à Geneve, dans la Figure
de la page 119. de la Selenographie
de M Hevelius , imprimée
à Dantzic en l'année 1647.
pour pouvoir contourner ma Lunete
aux objets fixes que je voulois
tirer au naturel.
J'eus bien-toft ajuſté comme
du Mercure Galant. 327
dans mes Figures IV . V. VI . VII.
& VIII. un Parallelogramme
pour le redre Telegraphique pour
contretirer de loin les objets
terreftres & fixes , mettant la
pointe E de l'Index dans la fente
faite au cofté du Tuyau de
ma Lunete à l'endroit de l'image
aëriene de l'objet éloigné,
ou Foyer du Verre objectif de
trois pieds de puiffance ,auquel je
ne donnay que 10 ,lig. d'ouverture,
& un oculaire également convexe
des deux coftez d'un pouce
& demy de Foyer , lequel par
conféquent augmentoit 24. fois
l'apparence de l'objet , que je
regardois par le trou rond ou
Dioptre d'une demie ligne d'ouverture
, & conduifant de la
main droite le crayon S , en forte
328
Extraordinaire
qu'à l'oeil la pointe E de l'Index ,
parcouroit tous les cantons &
traits de l'objet , j'en avois fa
peinture au naturel .
Je reconnois avoir tiré les principes
Ideaux de ce Tele graphe
tres facile & tres -fimple du Livre,
Pantographia feu Ars delinean
di res quaflibet , per Parallelogrammum
lineare , feu cavum mechanicum
mobile , imprimé à Rome en
l'an 1631. Le R. P. Scheiner Jefuite
compofa ce Livre , dans la
croyance d'avoir trouvé le méme
fecret de contretirer de loin , que
pratiquoit le Peintre George Contract,
qu'il dit avoir connu en
l'année 1603. Dilinga in Accademia
Suavice Nationis.
C'eft par une femblable oc
cafion que le R. P. Cherubin
du Mercure Galant. 329
d'Orleans , ayant appris ce qu'en
1654 :j'avois à Lion communiqué
de mon Tele graphe au R. P. Maria
de Rheita , Capucin Allemand,
en échange de fon Binocle , duquel
il me montra l'interieur ; &
ayant mefme peut - eftre recou
vré quelque Copie d'un Extrait
de ma Dioptrique que j'envoyay
au R. P. François Ignace Bau
det , Japonois, de la Compagnie
de Jelus , duquel j'ay encore des
Lettres du 27. Aoust 1654. écri
tes de Vannes , où leur Vaiffeau
eftoit venu charger ; ce bon Pere
Cherubin entreprit fa Dioptrique
Oculaire, qu'il fit imprimer en
1671. & la finit par la maniere des
plus longs oculaires , qui eft la mefme
que j'avois donnée dans la
derniere page de mon Traité des
Q.d'Avril 1683. Ee
330
Extraordinaire
Lunetes , imprimé à Lion en l'an.
née 1665. avec ma Nouvelle
Science de la Nature & des Prefages
des Cometes. J'ay donc efté à ce
R.P. Cherubin, ce que Job dit au
Ch.xxix.V.15. OculusfuiCaco , page
198. de la vifion Parfaite de 1681 .
Le R. P. Cherubin a fait com
me un Singe ou Compas de reduction,
& machine Telefgraphi
que , qui n'a que deux défauts,
d'eftre tres-composée & tresfauffe.
Il l'a donné en 1671. dans
fa Dioptrique oculaire , & dans la
page 237. il dit qu'il la donne
fincerement, & fans Reticence aucune
; neantmoins dans la page
$ 44. de fa vifion Parfaite de 1677.
protefte d'y fuppléer librement les
Reticences , dont j'avois efté, dit -il,
contraint d'ufer pour ma feureté en
du
Mercure Galant. 331
imprimant la Dioptrique. Il commence
le 9. & dernier Chapitre
de cette Viſion de 1677. par
ces mots , La Démonftration Théorique
ou Speculative de cette maniere
de Reduction proportionnele eft trescertaine
& tres- évidente de la 24 .
Prop. du o. d'Euclide. Mais il l'a
tres mal employé dans le Telegraphe
de la Machine Royale .
Il eft vray qu'ayant veu chez
M Butterfield le Tele graphe
Geométrique que je fis faire pour
M' de Tavel , Gentilhomme de
Berne en Suiffe, & apres qu'il eut
receu l'Eſtampe de ma Pantographie
, que luy porta un certain
Homme deparmy le monde, fon treshumble
Serviteur L. A. D. C. avec
Favis par écrit de preffer l'im
preffion de fa Vifion Latinizée,
Ee ij
332
Extraordinaire
comme il avoue dans la 371. paï
ge du Tranfcendant Livré de sa
Contiquité des Corps ; il me vint
voir à l'Hoftel de Heffe , où luy
ayant de vive voix démontré
fon Paralogifme, & le moyen
de corriger fon Tele graphe fans
changer la conduite de fon Index
,
pour s'excufer en 1678. de
P'erreur du Tele graphe de la
Machine Royale , il dit dans la
page 171 , tacitâ quafi fultus approbatione
exactiorem infttrumenti hujus
conftructionem haud effe requiren
dam exiftimandi anfam præbuere,
Jeremie Chap.48 . 10. & dans la
page 173. il conclut , Ecce quidquid
Geometrica exactitudinis , vel ipfa
feverior Critica in boc inftrumento
quiret exigere: cependant comme
il n'a pas bien employé la cordu
Mercure Galant.
333
rection que j'avois donnée à fon
ancien Parallelogramme dans
ma Figure X I. Je démontre
que fon Telegraphe eft encore
faux, ou inutile , & qu'il n'a pas
mefme fceu bien calculer jufques
à onze & demy .
-Car à la fin de la 151. page , ik
fait les Regles Ef gf. Duabus
lineis versus F longiores & quatuor
lineis Latas , & dans la page 172.
ne donne qu'une ligne & demie,
de faillie à fon Index depuis le
centre F. Donc la pointe de cet
Index reſtera toûjours fur la lar
geur des Regles Ef. gf. & fera
par conféquent inutile. Car la
longueur de la faillie de l'Index
depuis F jufques à ſa pointe, doit
eftre du moins de 3. lignes , &
ainfi n'ayant pas fçeu profiter de
334
Extraordinaire
la correction que j'avois donnée
à fon Telegraphe, il l'a donné encore
faux, & comme impraticable
par l'embarras de dix Regles.
& de deux Conduites , au lieu de
fe fervir de quelqu'un de mes anciens
Tele graphes de 1652.qui font
tres- fimples, tres -doux & libres
en leur mouvement , n'eftat compofez
que de fix Regles , come on
voit dans les Figures IV . V. VI .
VII . VIII . Planche feconde . Mais.
c'est trop geométrizer avec un ſi
celebre Ageometre , qui dans la
page 152. n'a pas fceu calculer la
diftribution des onze lignes &
demie de fes petites Regles HK .
HI. Illas namque, dit- il, undecim
cum dimidia lineas longas , &c.
COMTERS .
On donnera la fuite de ce Traité dans
les fuivans Mercures Extraordinaires .
du Mercure Galant. 335
Ilfaut vous donner l'Explication
du Chifre du dernier Extraordinaire,
qui renferme un Madrigal ſur l'Ecran
. Tout lefecret eft que la derniere
lettre de l'Alphabet qui cftz , y tient
lieu de la premiere qui eft a, & ainſi
des autres , en oftant la lettre de
l'Alphabet, comme eftant inutile dans
noftre Langue. De cette façon z eftant
mis pour a , & eftant en nombre
la vingt-deuxième lettre de l'Alphabet
, on marque la lettre a par
quatre chifres , comme 8527 , qui
font ensemble vingt- deux. Il fa
encore obferver que la derniere lettre
de ce Madrigal en chifre , doit marcher
la premiere, & que les cing der
niers nonibres composent le premier
mot du premier Vers. 1683 font 18 ,
& par conféquent la dix - huitiéme
lettre qui eft s . La lettre s'eftprife
336 Extraordinaire
pour e dans l'Alphabet renversé. Le
fecres de ce Chifre n'a efté découvert
que par une feule Perfonne , qui a
propofe un autre Chifrefur les Enigmes
de la Cheminée, & du Louis
d'or, en m'envoyant ce qui fuit.
EXPLICATION DU
Chifre de M' de Fleffel, propofé
dans le dernier Extraordinaire
du Mercure,
E
Cran, que ton employ me fait appréhender!
Ce que j'adore te careffe ;
Tu baifes en un jour mille fois ma Maitreffe,
Et je n'ofe la regarder.
Ce Chifre me donne occafion
d'en propofer un autre bien plus
fimple & plus facile à mettre en
pratique,
du Mercure Galant.
337
pratique , máis infiniment plus
difficile à deviner. En voicy un
échantillon fur les deux dernieres
Enigmes du mois d'Avril, expliquées
fur la Cheminée & fur le
Louis d'or. Chaque lettre du Chifre
répond à chaque lettre de
l'Original dans le mefme ordre,
& dans le mefme nombre , fans
aucune tranſpoſition.
Dpqitdqqaatisgfpulndse
bpqlqxhcdactutpdqmbatbp
hsex
doasuofdoaoougrqpmp
tedcmqmdlqcuodhuqgdlimb
Si j'apprens que cet artifice foit
nouveau , & de quelque utilité,
j'en expliqueray le miftere quand
il fera beloin. Ñ. M. D. L.
#Q. d'Avril 1683.
Ff
338 Extraordinaire
Fe reçois préfentement la mefme
Explication du Madrigal de l'Ecran,
dont lafecret a esté auſſi trouvé
par une Perfonne de vostre sexe,
qu'on n'a voulu me faire connoiftre
que par le nom de L' Abregédes Merveilles
àl' Anagramme , Să vertu me
régira feul , & auparavant , La
Guerre eft fur ma vie , d'Amiens .
La mefme Perfonne a expliqué la
premiere Enigme du mois de May,
par cette Traduction des treize dermiers
Vers du 4. Livre de l'Eneide.
I.
Unon, le coeur touché de fa longue
mifere,
Dipefche de l'Olimpe Iris, fa Meſſagere,
Pour rompre les liens, & briſer les refforts
du Mercure Galant.
339
Qui tenoient enchaîné ſon eſprit àſon
corps;
Car n'eftant pas encore arrivé aux limites
"Qu'avoit la Deftinée à fa courſe prefcrites,
Et le Cheveu fatal n'eftant point arraché,
Où lefil defes jours demeuroit attaché:
Iris en ce moment au Soleil oppofée,
Peinte de cent couleurs , & moite de
rofée,
Vientfondre furfa tefte, & ſuivantfon,
pouvoir,
La dévoue à la mort, & remplit fon
devoir.
J'offre au Dieu des Enfers , dit- elle,
cette Hoftie,
Et délivre ce corps du fardeau de la
vie.
Alors le Cheveu tombe, & dans le mefme
temps
L'ame avec la chaleur s'exhale dans les
vents.
Ff ij
340
Extraordinaire
Voicy d'autres Explications fur
l'Iris, ou l'Arc- en- Ciel , qui eftoit
le vray Mot de cette Enigme.
I.
Mercure abeau vanter cette Beauté
charmante
Qui l'emportefur Amarante ;
Je nefuis pointfenfible au pouvoir de
fes traits;
En Célimene qui m'enchante
Je trouve de certains attraits,
Quefon Iris n'aura jamais.
DIEREVILLE, du Pontlevefque.
Ο
II.
N vous connoift, Iris , malgré les
voiles fombres
Que vostre Mere brune opposoit à nos
yeux.
Ainfi malgré l'effort des plus épaiffes
ombres,
Veftre Pere éclatant paroift dedans les
Cieux.
du
Mercure Galant. 341
$3
Sous un Arc triomphant plus beau
ceux de Rome,
que
Voftre Trône eft égal à celuy du Soleil;
On connoift vos deux noms affezfans
qu'on les nomme ;
L'unfe voit dans ces Vers, & l'autre
dans le Ciel.
Du PIN, Lieurenant en l'Election
d'Iffoudun en Berry.
III.
Tircisfeplaignant l'autre jour
Des rigueurs que luy fait éprouverfa
Bergere,
Exageroit fur la Fougere
Le grand nombre de maux que luy cau
foit l'amour.
**
Iris, difeit-il, voftre nom
Avec voftre employ n'a point de conve
nance;
Car d'ofter jufqu'à l'espérance
Au plus conftant Berger, vous avez le
renom.
Ff üj
342
Extraordinaire
*K
Toujours décen dansfes projets
Ilfe figure en vain du repos fur la terrea
Iris, vous annoncez la Guerre,
Et cependant Iris doit annoncer la Paix .
C. HUTUGE , d'Orleans,
demeurant à Metz.
IV.
MNous arrivant bors defaifort, Ercure, voftre Iris fächenfe
Vient de gafter noftre moiſſon,
Pour avoir efté trop pleureuse.
La Roux, Medecin de Vitré.
V.
CQue l'Enigme nous cache icy,
E n'eft pas l'Iris de Florence
Mais c'eft l'Iris par excellence
Qu'on nommel Arc- en-Ciel auffy .
CARRIERE,de Vitré en Bretagne.
VI.
E l'avonë, il n'eft point de plus rare
merveille, JE,
Rien deplus raviffant, & qui nous plaiſe
mieux,
du Mercure Galant.
343
Que cette Beauté fans pareille,
Dont le moindre des traits charme en
frapant les yeux.
03
L'éclat qui l'enrichit, nous éblouit la
venë,
De fes vives couleurs un chacun eft
épris,
Lors que de ce beau rien, qui brille dans
la nuë,
Un Dieu, defes pinceaux, en a tracé
l'Iris .
Ph
DE SAINTZ, de Roüen.
VII.
Lus une choſe eft rare, ou du moins
impréveuë,
Plus nous y portons noftre veuë,
Il n'eft rien def naturel;
Et quand Phébus fournit fon oblique
carriere,
On n'obferve pas tant ce Globe de lumiere,
Qu'une trifte Comete , ou le moindre
Arc- en-Ciel .
AVICE, de Caen, de la Ruë
de la Harpe.
344
Extraordinaire
CH
VIII.
C'Eftfeulement de jour qu'on voit
P'Iris paroiftre
:
Cet Iris, on cet Arc, certes charme les
yeux;
Mais l'Iris tres-fouvent , lors qu'elle
vient de naître,
Périt, & ne dépend que de l'ordre des
I
Dieux.
LEPINAY-BURET, de Vitré
en Bretagne.
IX.
Ris eft la Beauté qui nous charme à
merveille,
Elle prend du Soleil l'éclat de fes har
bits;
'Mais toute autre jamais ne luy fera pareille,
Quand on la chargeroit de Perles, de
Rubis.
La Belle Nourriture du HavrC.
DIVA
du Mercure Galant . 345
X.
Toy, qu'on voitfibien mis, qui donnes
tant d'éclat,
Qui n'as rien de travèrs, nyrien de bas
que l'ame,
Et crois que tous lescoeursfontpour toy
tout deflâme,
Sous tant de propreté leur déguiſant un
Fat :
Qu'on t'afçeu bien nommer la Corneille
d'Horace!
Ton plumage eft d'autruy, n'ayant que
lasurface.
Que tu reffembles bien
Al'Arc- en- Ciel, ce brave rien!
Tu brilles comme lxy, mais voy ta ref
Semblance,
Iln'a qu'une vaine apparence ,
Il est beau par dehors, & n'eft rien au
dedans:
N'es-tupas de mefme en tout temps?
GYGES, du Havre
346 Extraordinaire
XI.
TVparoisfoûtenir les Voûtes mer-
T%veilleuses,
Et nous ramener le beau temps;
Mais en charmani nos yeux, Iris, tu
nous apprens
Que les grandes Beautez font bienfou
vent trompeuses.
Our
Le jeune TADIRAM.
XII.
Our vous le faire court, voftrefaçon
m'ennuye
, Po
Iris, je fuis laffe d'éprouver vos ri
guears.
Semblable à l'Arc-en- Ciel quipriſage
la pluye,
Vous m'obligez toujours à répandre des
pleurs. Le Berger Extravagant,'
d'Orleans .
XIV.
Ris eft la Beauté qui me charme à
IR
merveilles
C'estJunon qui l'envoye, & quifais fes
Habits:
du Mercure Galant. 347
Amarante jamais ne luy fera pareille,
Quand elle porteroit des Perles , des
Rubis.
Le Soleil prend plaiſir à le produire an
monde;
La Nue, en l'enfantant, nefent point
de douleurs;
Quand on voit cette Mere en deux Iris
féconde,
On peut dire que c'eft de la pluye , ou
des pleurs.
Iris & l'Arc-en- Ciel font ces noms de
miftere,
Qui nous marquent tous deux fes charmes,
fes appas.
Ses couleurs qui n'ont rien du tein brun
defa Mere,
Font que le fien plus vifne luy reſſemble
pas.
Jamais pendant la nuit on ne le voit
paroistres
Sa diverfité charme & l'efprit, & les
yeux,
Fort fouvent ilfinit en commençant à
naître,
348 Extraordinaire
Jamais il ne paroift que par l'ordre des
Dieux.
XV .
COLIN, de Sens .
E me raffure enfin, ma peur fe dimi-
I nuë,
L'orage eft diffipé , le Ctel paroift ferein,
Il ne reste plus qu'une nuë,
Quiforme au milieu defonfein
L'Iris , ou l'Arc- en - Ciel , pour figne d'alliance
Que Dieu par fa bontéfait avec les
Mortels;
Exempte depéril, je vay pres des Autels
Marquer pour ce bienfait quelque reconnoiffance.
SYLVIE, du Havre.
XVI.
vrageprécieux , Surprenante
Merveile,
Iris , bel Arc en- Ciel , dont les riches
Habits
Surpaffent de beaucoup le brillant des
Rubis
du Mercure Galant. 349
Par les couleurs quifont ta beauté fans
pareille.
93
Mais que cette beauté qui nous ſemble
vermeille,
Eft fujette à trouver de changemens
fubits!
Le moment où tu nais, voitsouvent ton
débris,
Paffant plus promptement que le vol
d'une Abeille.
**
Vray Miroir desplaifirs que l'on trouve
icy-bas,
Un inftant les voit naître , & courir au
trépas,
Ce n'est qu'au Ciel qu'ils font d'eternelle
durée.
**
O fol! qui t'en promets fans chagrins,
fans douleurs,
Crois cette verité comme toute affurée,
Qu'un moment de plaifir, coûte un torrent
de pleurs.
ALCIDOR, du Havre
350 Extraordinaire
XVII.
C'Eftfeulement
de jour que
voit paroître,
l'on te
Arbalefte divine, Iris , charme des yeux3.
Mais helas! tu péris en commençant à
naître,
Beauté que l'on admire, & c'est l'ordre
des Dieux.
La petite Affemblée du Havre.
Ce mefme Mot a efté trouvé par
Mefdemoiselles de Bignon ; de la
Bonnelais, de Vitré ; de la Vergne,
àl'Anagramme , L'Ame Royale,
& par Meffieurs l'Abbé Marcelat,
Chanoine de Sens ; Le Petit P. de
Quitteville Charles , Valet de
Chambre de Mademoiselle d'Orleans;
Afton Ogden; Colin, de Sens; B.D.B.
à l'Anagramme, Le Blond joly, de
Brifac ; C. Tartel , Difciple de Laurens
Vallée ; Tircis à l'Anagramme,
du Mercure Galant. 351
Il t'adorera ; La Veuve & charmante
Blonde du Marais ; L'aimable.
&fâcheufe Agnés du mesme Quarsier
; La fpirituelle Gogo ; &fon in-
Séparable Amie, l'aimable Toinon de
Lile en Flandre.
Je n'ay reçeu que les trois Madrigaux
fuivans , fur le veritable Mot
de l'autre Enigme
.
N
I.
Ousfammes dans une faiſon
Qui fait grace à l'esprit , qui n'a rien
defublime.
L'on s'y peut paffer de Raifon,
Mais icy l'on ne peut fe paffer de la.
Rime.
P. C. DE LA VERGETE , Amant
paffionné de la belle Peredoux
de la Rue des Carmes d'Orleans.
352
Extraordinaire
II.
Marie,quoyque de travers,
On efpritfifouvent s'abime
A
Quefans le fecours de la Rime ,
J'aurois peine à finir men Vers.
M
Le Perroquet mignon de la Ruë
S. Bon, à prefent à Monceaux .
III.
Ercure, l'autrejourpour deviner
l'Enigme
Dont vous nous avezfait unfort joly
préſent,
Je conrus plus longtemps pour attraper
la Rime,
Que
pour
àpréfent
.
DIEREVILLE
, du Pontlevefque
.
la mettre en Vers je ne fais
Le Medecin Amant conftant de la
belle Manon de Xaintes , &l'Amant
de la Belle àl'Anagramme, Amour,
viens obeïr , ont trouvé ce mefme
Mot. Les autres fens que l'on a dondu
Mercure Galant. 353
nez à cette Enigme ,font, la Jartiere,
la Fontaine , une Rouë , une
Boule à jouer , une Cloche , de
l'Encre , une Balance , une Ombre
, le Valet d'une Porte , une
Boucle , une Bote, un Soulier.
F'ajoûte deux Explications de
Pune & de l'autre.
I.
Ris , & l'Arc -en- Ciel , n'est qu'une
IR
mesme
choſe ,
Et quoy que Mercure propofe,
Ces deux font le vray Mot defon premier
Sonnet.
Il reste le fecond, dont lefens eftfublime;
L'on auroit beau cent fois chercher fous
fon bonnet,
L'on ne finiroit pas, fi l'on manquoit
de Rime.
La Brune de la Porte Banniere
d'Orleans, à l'Anagramme,
F'aime la liberté.
Q.d'Avril 1683. Gg
354 Extraordinaire
11.
´N Poëte inconnu , d'un efprit peu
UN
Sublime,
Pourtrouver trois bons Mots, vaparconrir
le Ciel,
Sans pouvoir découvrir Iris , & l'Arcen-
Ciel,
Etfanger qu'enfes Vers il a beſoin de
Rime.
La Belle Nannette de la Ruë
de la Ruedes trois Fauchets
d'Orleans.
Ceux qui ont encore trouvé le
vray fens des deux. Enigmes , font
Meffieurs de Singlas , Autheur de
la Comedie des Bouts -rimez ; Cornavin
; L'Argumentateur à toute
outrance , de la Ruë S. Bon ; & la
Brune de la Porte Banniere d'or-
Ieans , à l'Anagramme , J'aime la
liberté.
du Mercure Galant. 355
QUESTIONS A DECIDER.
SI
I.
I quand on eft affuré d'eftre aimé,
& qu'on aime avec excés, on peut
mourir pour la Perfonne qu'on aime.
II.
On demande un Difcours fur la Médi
fance, & les maux qu'elle peut caufer .
III.
S'il eft plus noble d'aimer , que d'eftre
aimé.
IV.
L'origine des Harangues funebres ,
appellées à prefent Oraifons , leur progrés
, & les cerémonies qui y ont efté
premierement obfervées
V.
Laquelle eft à préferer, de la beauté
du teint, ou de celle des traits.
Jefuis, Madame, voftre, &c.
A Paris ce 15. Juillet 1683 .
2555:52522: sszesez
TABLE DES MATIERES
contenues dans ce Volume.
Svite de la Premiere Partie du Traité
des Couronnes, par M. Germain de
Ciên ,
37
Sentimens en Vers de M. du Rofier ,fur
les Questions du XX. Extraordinaire,
80
Traité de l'Origine du Droit , par
M.
90
la Selve de Nifmes ,
Madrigauxfur les Enigmes de la Corde
& de la lettre N.
121
Entiere Expofition d'une feconde Ecriture
univerfelle , par M. de Vienne-
Plancy, 4x33
Relation d'une Fete donnée aux Dieux
par Neptune dans fon Palais , à l'occafion
de le Naiffance de Monseigneur
le Duc de Bourgogne , par M. de la
Salle, Sieur de Leftang,
Madrigaux fur les Enigmes de la Cheminée
du Louisd'or.
185
204
TABLE.
Suite du Traité des Lunetes par M. Comiers,
236
Explication du Madrigal en Chifre fur
l'Ecran,
336
Nouvean Madrigal en Chifre, 337
Madrigaux fur les Enigmes de l'Iris &
.. de la Rime,
Questions à décider,
338
355
LA
Avis pour placer les Figures .
A feconde Planche doit regarder
page 317.
la
La Planche troifiéme doit regarder
la page 318.
THELUE
•BIBLIO
DEC
LYON
Archiepifcopus &Prorex Lugdunenfis
Camillus de Neufville Collegio SS .
Trinitatis Patrum Societatis JESU
Teftamenti
tabulis attribuit anno 1693 .
1
EXTRAORDINAIRE
DU MERCURE
GALAN T.
QUARTIER D'AVRIL 1683 .
TOME XXII.
DE
Led
LYON
VILA
Imprimé à Paris ; & fevend
A LYON ,
Chez T. AMAULRY , Ruë Merciere,
au Mercure Galant.
M. D C. LXXXIII.
AVEC PRIVILEGE DU ROT.
N donnera toûjours un Volunte
nouveau du Mercure Galant le
premier jour de chaque Mois , & on
le vendra , auffi -bien que l'Extraor
dinaire , Trente fols relié en Veau,
& Vingt-cinq fols en Parchemin.
A PARIS ,
Chez G. DE LUYNE, au Palais , dans la
Salle des Merciers, à la Juſtice .
Chez C. BLAGEART , Rue S. Jacques,
à rentrée de la Rue du Plâtre,
Et en fa Boutique Court- Neuve du Palais,
AU DAUPHIN.
It T. GIRARD , au Palais , dans la Grande
Salle , à l'Envie .
M. DC. LXXXIII.
AVEC PRIVILEGE DV ROI.
EXTRAORDINAIRE
DU MERCURE
GALANT.
QUARTIER D'AVRIL
TOME XXII.
THE FE
LYON
E commence cet Extraordinaire
par lafuite
du Traité des Couronnes
dont vous
>
avez veu le commencement
dans le dernier, & que M³ Ger-
A
Q.d'Avril 1683.
Extraordinaire
main de Caën , qui en eft l'Autheur,
a divifé en deux Parties , n'ayant
pû renfermer en une feule , tout ce
qu'il a trouvé à dire fur cette vafte.
matiere.. Elles font fi longues toutes
deux , par la quantité de chofes curienfes
qu'il a ramaffées , qu'apres
que je vous auray donné la fin de la
premiere , je paſſeray à d'autres Ouvrages,
afin que chacun de ceux qui
m'ontfait la grace de m'en envoyer,
ait fujet d'eftre content. Ainfi, Madame
, vous n'aurez ce Traité entier
que dans les Extraordinaires fuivans.
Plus les Matieres font diverfifiées
dans ces fortes de Recueils,
plus la lecture vous en doit eftre
agreable.
du Mercure Galant. 3
25525-52255-525ZZZ
SVITEDE LA PREMIERE
Partie du Traité des Conronnnes.
E qui a efté
observé
par
l'Antiquité Payenne , dans
les Myſteres prophanes de fa fuperftition
à l'égard des Couronnes
, l'a auffi efté dans les Cerémonies
faintes de la veritable Religion
, tant de la Loy ancienne
que de la nouvelle . Nous apprénons
du 1. Livre des Machabées
Chapitre 4. que les Capitaines
du Peuple Hebreu firent préfent
auDieu des Armées, de quantité
de Couronnes , qu'ils firent
fufpendre au frontispice de fon
A ij
4
Extraordinaire
Temple , lors qu'ils en renouvellerent
la Dédicace , comme autant
de Monumens de leur dépendance
, Ornaveruntfaciem Tem.
pli Coronis aureis. Le mefme Livre
Chpitre 1. nous apprend encore,
que parmy les riches dépouilles
que l'impie Antiochus enleva du
Temple de Jerufalem , il y avoit
plufieurs riches Couronnes d'or ,
que les Princes Hebreux y
avoient fans doute confacrées à
Dieu en divers temps , apres
avoir conquifes fur leurs Ennemis.
Enfin nous apprenons du
Livre de l'Exode , que l'Arche
d'Alliance , la plus fainte & la
plus venerablePiece du Sanctuai
re , que la Table des Pains de
Propofition , l'Autel des Encenfemens
, & plufieurs autres Meules
du Mercure Galant.
S
bles facrez fervant au miniftere
du Temple , avoient chacun une
Couronne d'or pour ornement.
Nous lifons de plus dans Jofephe,
que le Grand Preftre & Souverain
Sacrificateur , portoit en de
certains jours fur fes Habits de
cerémonie , une Couronne d'or
à triple étage , de la forme que
cet Hiftorien la décrit dans fes
Antiquitez Judaïques , Hunc Corona
aurea triplici ordine circumdabat
, in qua fpectabantur caliculi
aurei , &c. L'Autheur du Livre
de l'Ecclefiaftique , parle en ter
mes pompeux & magnifiques de
cette Thiare facrée , ou triple,
Couronne Pontificale , lors qu'il
Pappelle , Gloriam honoris , opus
fortitudinis , oculorum defiderium,
& . Les autres Preftres portoient
A iij
6 Extraordinaire
"
auffi des Couronnes fúr leurs
teftes dans le Temple de leur miniftere
, moins riches toutefois,
& diférentes de celle du Grand
Preftre , puis que felon Lyranus,
fur le 39. Chapitre de l'Exode,
ces Miniftres n'en portoient
qu'une chacun fur leur Mitre, qui
n'eftoit mefme que de Lin en
forme de Diadéme. Il fe fonde
fur ce paffage du mefme Chapitre
de l'Exode , Facies és tunicas
byfinas opere textili , &filius , &
Mitras cum coronulis fuis ex biffo.
Enfin les Preftres non feulement
eftoient couronnez chez les Hebreux
mais fi l'on en croit les
Autheurs dont parle Lorinus, en
fes Commentaires fur les Actes
des Apoftres Chapitre 14. les
Victimes que l'on offroit à Dieu
du Mercure Galant.
7
en Sacrifice l'eftoient auffi , &
nommément celles qui eftoient
immolées aux Feftes de Pafques,
que l'on couronnoit de Fleurs
& de Rameaux , dans le temps
qu'on les préfentoit au Temple
pour y eftre facrifiées . Tous ces
témoignages prouvent aſſez , ce
me femble , l'afage des Couronnes
dans les Cerémonies de la
Loy ancienne , & font voir que
Tertullien s'eft trompé , lors qu'il
a dit dans fon Livre de la Couronne
du Soldat Chapitre 9. qu'il
ne trouve point dans l'Ecriture
qu'aucun Patriarche , ny Prophete
, ny Preftre , ny Lévite,
ait efté couronné , & qu'il ne
croit mefme
pas le Temple
du Seigneur , l'Arche du Teftament
, le Propitiatoire , l'Autel ,
que
A iiij
8 Extraordinaire
ny le Candelabre , fuffent parez
en aucune forte de cet Örnement.
Voicy fes paroles. Quis
denique Patriarchés , quis Prophetés,
quis Levités , aut Archon invenitur
coronatus ?Puto nec ipfum Dei Templum
, nec arca Teftamenti , nec Tabernaculum
teftimonij , nec Altare,
nec Candelabrum, &c.
Pour ce qui regarde la Loy
nouvelle , je veux dire l'Egliſe
Chreftienne , on ne fçauroit nier
que les Couronnes n'y ayent efté
pareillement en ufage de toute
antiquité , car quoy qu'il fem.
ble qu' elle fe foit abftenuë de
tout Ornement dans les premiers
temps de la publication de
l'Evangile , foit dans la Décoration
de fes Autels , foit dans la
Veſture de ſes Miniſtres , pour
du Mercure Galant.
ne point paroiftre fimbolifer
avec la fuperftition payenne qu'-
elle venoit détruire , où l'ufage
des Couronnes eftoit univerfellement
étably , il eſt certain qu²-
elle ne fut pas longtemps dans
cette fcrupuleufe retenue , &
qu'ayant crû pouvoir avec toute
forte dejuftice appliquer au culte
du vray Dieu ces marques d'honneur
, que l'aveugle Gentilité
avoit injuftement appropriées au
fervice de fes fauffes Divinitez,
elle ne tarda guére auffi à les
prendre. Cela paroift par le témoignage
de S. Auguftin , dans
la defcription qu'il fait fort au
long au 22. Livre de la Cité de
Dieu , de la Cerémonie obſervée
à la Tranflation des facrées Reliques
de Saint Efſtienne ; par ce10
" Extraordinaire
luy de S. Jerôme , dans les louan .
ges qu'il donne à Népotien dans
fon Epiftre à Héliodore pour le
foin que ce pieux Ecclefiaftique
avoit d'orner les Eglifes , & de
parer les Autels , & les Tombeaux
des Martyrs aux jours de
leurs Feftes , avec des Couronnes
& des Feftons de Fleurs ; &
encore par celuy de S. Paulin
Evefque de Nole , & Contemporain
de ces deux grands Docteurs
de l'Eglife , qui prouve manifeftement
cet ufage dans fon
doce Poëme fur la vie & la mort
de S. Felix Martyr , Livre 3. Le
venerable Bede , dans fon Hif
toire d'Angleterre Livre 1. Chapitre
20. écrit que c'eftoit une
coûtume fort ancienne dans l'E
glife , d'attacher des Couronnes
du Mercure Galant. I
contre les Murailles
des Temple
, & au deffus des Autels , &
mefme d'en orner les Images aux
Feftes les plus folemnelles
de
Pannée. Métaphrafte
témoigne
dans la vie de S. Severian , que
l'on couronnoit
les Sepulchres
&
les Chaffes où étoient renfermées
les Reliques
des Martyrs . Zo
nare raporte que l'Empereur
Leon , furnommé
Porphirogenete
, ayant eu l'impieté
d'enlever
une Couronne
d'or pleine de
Diamans , de Rubis , & d'Eſcarboucles
, que l'Empereur
Heraclius
avoit confacrée
à Dieu , &
dont l'on avoit couronné
une
riche Statuë repréfentant
le Sauveur
du Monde dans le Temple
de Sainte Sophie , il ne l'eut pas
plutoft mife fur fa tefte , qu'il s'y
12
Extraordinaire
fentit attaqué d'une douleur intolérable
, avec des charbons ou
puftules enflâmées , qui luy pararent
le long des temples & du
front , luy faifant une autre efpece
de Couronne , & qui luy
cauferent une fievre furieuſe qui
l'emporta en tres peu de temps.
Ce dernier témoignage fait voir
évidemment que la coûtume eftoit
dans l'Eglife d'offrir à Dieu
des Couronnes précieuses , & que
les Princes Chreftiens faifoient
gloire d'honorer fes . Temples
de ces auguftes marques ' de
leurs foûmiffions envers celuy
qui eftoit leur Souverain . C'eſt
ce qui porta le grand Conftantin
à faire préſent de fon Diademe
Impérial au Rédempteur
de tous les Hommes , pour eftre
du Mercure Galant.
13
1
J
1
}
fufpendu devant un de fes Autels
, dans la principale Eglife de
la Nouvelle Rome. Maurice ,
un de fes Succeffeurs , fit la mef
me chofe du fien dans l'Eglife
dediée à la Sageffe Eternelle en la
mefme Ville ; & Clovis , le premier
Chreftien de nos Roys , en
voya felon Flodoard , & Phi
lippe de Bergome , une Couronne
éclatante d'or & de Pierre.
ries à Rome , pour y eſtre ſuſpen .
duë devant l'Autel dedié à Dieu ,
fous l'invocation des Princes des
Apoftres. L'Empereur Henry
fit préfent à l'Eglife de Cluny,
d'une Couronne d'or , & d'un
Monde d'or , enrichy de Diamans
& d'autres Pierres précieufes,
& le Pape Zacharie donna
à l'Eglife de S. Pierre de Rome,
f
14
Extraordinaire
une grande Couronne d'argent,
chargée de Dauphins , du poids
de fix vingts livres , comme le té ,
moigne Anaſtaſe le Bibliothequaire
en la Vie de ce Pontife,
Item fecit Coronam de argento puriffimo
cum Delphinis ex proprio,
penfantem libras centum vinginti.
L'on peut voir encore quantité
d'exemples pareils dans les Annales
de Baronius , que je paffe
fous filence , pour venir au témoignage
de Lazius , Autheur
affez renommé , qui dans le 9.
Livre de fes Commentaires fur la
République Romaine Chapitre
19. décrivant la forme des diverſes
Figures des fauffes Divinitez
qui ornoient les Temples
des Gentils , dit qu'ils avoient
coûtume de leur mettre fur la
du Mercure Galant.
15
tefte , ce que l'Eglife a mis depuis
fur celle de fes Images ; fçavoir,
un Cercle de Cuivre , ou autre
Métal diademé par deffus,
qui leur entouroit le Chef, & le
Couvroit à la maniere d'une Couronne
fermée à l'Impériale ; coû
tume qui ne fut pas longtemps
fans eftre prife par les Chreftiens,
qui ne virent pas plutoft l'Eglife
paifible , qu'ils commencerent
auffi d'orner les Statues & les
Images des Martyrs , & des autres
Saints , avec de femblables Couronnes.
Voicy fes paroles. Cum
aheneafphæra ftatua ; ut hodiefimulacrba
Sanctorum exprimuntur ; fupra
quorum capita circulusfemispha-
ES ram referens nestebatur , quod &
ipfum erat coronationis ftatuarum
la genus , à Chriftianis poftomodum
t
16 Extraordinaire
•
receptum, &fimulachris qua Martyri.
bus & Sanctis Dei ob merita in Reli
gionem ponebantur, impofitum. L'E.
glife a trouvé à propas de mettre
cet Ornement fur la tefte des
Saints , tant pour repréſenter la
Couronne de gloire qu'ils poffedent
dans le Ciel , que pour marquer
leur victoire , car il eft vray,
comme dit Pafchal Livre 2. des
Couronnes , Chapitre 9. que l'on
couronnoit autrefois ceux qui
apres une longue Navigation ,
abordoient heureusement
Port , comme des Vainqueurs
de la fureur des Flors , & de la
violence des Vents , en leur mettant
fur la tefte une Couronne
qui s'appelloit la Couronne de
falut , Corona falutis ; à combien
plus forte raiſon doit- on couronau
du Mercure Galant.
=
1
ner les Saints , qui ont fi vaillam.
ment combatu , & fi glorieuſement
furmonté les tentations de
cette vie ? C'est pour cela que
l'Eglife couronne leurs Images ,
ne les pouvant couronner euxmefmes
, d'une Couronne qu'on
peut appeller Coronafelicitatis , la
Couronne de felicité , qui marque
, pour parler dans les termes
du Prophete Ifaïe , Coronam gloria,
Diadema fpeciei , la Couronne
de gloire , le Diademe de beauté
& de fplendeur , dont ils brilleront
éternellement dans le
Ciel .
L'Eglife fe fervoit encore des
Couronnes pour des Nouveauxbaptifez
, les couronnant autrefois
apres leur Baptême, de Guirlandes
de Myrthe , de Palme , ou
Q.d'Avril1683.
B
1
18 Extraordinaire
5
de Fleurs , comme il eft porté
dans la defcription des cerémonies
obfervées par les Abyffins,
& les autres Chreftiens Orientaux
dans ce Sacrement , & dans
celuy de la Confirmation &
comme on le peut voir chez Severe
Alexandrin , dans fon docte
Traité des Cerémonies du Bap
tême ; & c'eft de là qu'on peut
dire qu'eft venu l'ufage du Crêmeau
, dont on couvre la reſte
des Enfans au Baptême . Il
roift par le témoignage de S. Au
guftin , que les Nouveaux - baptifez
portoient anciennement
cette forte de Couronne , ou Ornement
de teſte, auffi bien que la
Robe blanche , pendant les huiť
premiers jours qui fuivoient ce
Luy de leur Baptême . Voicy de
padu
Mercure Galant.
19
quelle maniere il en parle dans
fon 160. Sermon du temps, Chapitre
2. Hodie octava dicuntur infantium
, revelanda funt capita corum
, quod eft indicium libertatis.
Pour ce qui regarde les Prélats
, & les autres principaux Miniftres
de la mefine Eglife , on ne .
peut douter qu'ils n'ayent eu pa
reillement l'ufage des Couronnes
, dés le commencement meſme
de la publication de l'Evangile
, puis que fi l'on en croit Po
licrate , Evefque d'Ephefe , qui
vivoit dans le deuxième Siecle,
S.Jean l'Evangeliſte fon Préde.
ceffeur s'en fervoit dans les fon-.
ctions facrées de fon Miniftere,.
& portoit pour marque viſible
de fa dignité Epifcopale une
Couronne d'or en forme de Dia-
B. ij
20 Extraordinaire
deme , ou de Cercle , fur lequel
eftoient gravez en gros caracteres
les mefmes mots que portoit la
Lame d'or , qui couvroit le front *
du Souverain Pontife des He
breux , Sanctum Domino . C'eſt ce
que raporte ce Prélat dans l'Epitre
qu'il écrivit au Pape
Victor , où parlant de ce bien aimé
entre les Apoftres , il dit , His
accedit Foannes qui fupra pectus Domini
in Cena recubuit , qui Sacerdos
fuit , qui Laminam auream gef
tavit , &c. S. Epiphane Héréfie
29. & 78. & S. Jérôme dans fon
Hiftoire des Ecrivains Ecclé.
fiaftiques , rapportent la meſme
chofe apres S. Clément & Eufebe
, de l'Apoftre S. Jacques
premier Evefque de Jerufalem,
voulant qu'il fe foit ſervy d'une
du Mercure Galant. 21
pareille Couronne dans la celébration
des divins Myſteres ; ce
qui n'a pas efté fi particulier , dit
Baronius , à ces deux Apoftres,
qu'on ne le puiffe auffi appliquer
à tous les autres , qui ont pu
avec juftice s'approprier l'ufage
de ce Royal Ornement , pour
marquer que le Sacerdoce Royal
d'Aaron avoit paffé à leurs Perfonnes
apres avoir premierement
paffé en celle du Sauveur du
Monde , le fouverain & le veri.
table Prêtre felon l'ordre de Melchifedec
. Il eſt à croire que leurs
Succeffeurs ne manquerent pas
autant qu'ils le pûrent , de pratiquer
la mefme chofe à leur
exemple. On le peut probablement
conjecturer , tant de ce.
que raporte Ammian Marcellin
22 Extraordinaire
.
quand il dit dans fon 19. Livre
qu'un certain Mafcizel Tyran
d'Afrique , voulant rentrer en
grace avec l'Empereur Théodofe
, contre lequel il s'eftoit révolté
, luy renvoya parmy les
fignes militaires la Couronne Sacerdotale
,dont il s'eftoit emparé;
que de ce que dit Eufebe dans le
Panegyrique qu'il adreffe , aux.
Prélats de l'Eglife , & qui fe trouve
dans le ro. Livre de fon Hif
toire Chapitre 4 A quoy l'on
peut ajoûter ce qu'écrit le Poëte :
Ennodius , parlant des Ornemens
Sacerdotaux , dont S. Am.
broiſe avoit coûtume de fe veſtir.
dans les Offices divins.
Serta redimitus geftabat lucida
fronte,
Diftinctâ gemmis ; øre parabat
apus ..
du Mercure Galant.
23
L'ufage de cette Couronne
Sacerdotale qui paroift en quelque
façon , felon ces Autheurs,
avoir efté commun dans les premiers
Siecles de l'Eglife à tous les
Evefques , qui en font à propre
ment parler les premiers Preftres,.
fe réduifit peu à peu dans la fuite
à la feule Perfonne du Pontife de
Rome , comme au feul Souve.
rain Preftre , & Chef unique de
tous les autres , les Papes feuls
en cette qualité , qui ne leur peut
eftre légitimement conteſtée,
ayant retenu comme par pécipur,
la glorieuſe prérogative de porter
ce royal Ornement , foit que,
felon Théodore Balſamon , Patriarche
d'Antioche , le privilege
leur en ait efté accordé , ou plutoft
confirmé par le grand Con
24
Extraordinaire
•
ftantin , lors qu'il donna au Pape
Silveftre & à tous fes Succeffeurs
, l'Empire Occidental , confiftanten
la Ville de Rome & en
toutes les Provinces & les Villes.
de fon reffort , au moins pour ce
qui eft renfermé dans l'Italie,
avec le pouvoir de porter le Diademe
en teſte à la façon d'un
Empereur ; foit qu'ils foient redevables
de cet honneur à la
pieufe libéralité de nos Roys, par
le don que le grand Clovis , à la
perfuafion de S. Remy , en fit au
Pape Hormifda , lors qu'il luy
envoya , dit le Sçavant Hincmar
Archevefque de Rheims , la Cou
ronne d'or enrichie de Pierreries ,
de laquelle nous avons déja parlé
, que ce religieux Prince avoit
vouée à S. Pierre , & dont ce
Pape
du Mercure Galant.
25
り
I
2
}
Pape fit fon Ornement de tefte,
& l'appella par excellence Regnum
, foit enfin comme l'écrit
Anaftafe le Bibliothequaire, dans
la Vie de Gregoire II . que les
Papes tiennent cette prérogative
de la pieté de Charlemagne , à
quil'on peut dire que le Saint
Siege a l'obligation toute entiere
de la meilleure partie du Domaine
qu'il poffede , tant par la ratification
que ce grand Prince fit
de la Donation que le Roy Pepin
fon Pere avoit faite à l'Eglife
Romaine de l'Exarcat de Ravenne
, & de la Marche d'Ancone
, que par la Donation qu'il
fit auffi de fon chef à la meſme
Eglife de toute la Sabine , & des
Duchez de Spolete , & de Bene
vent , aufquels il ajoûta encore
2.d'Avril1683.
C
26
Extraordinaire
quantité de riches Préfens , qu'il
fit à la Bafilique de S. Pierre , par-,
my leſquels eftoit une Couronne
d'or enrichie de grandes Pierres
précieufes , du poids de cinquante-
cinq livres.Tant de Biens
& d'honneurs , & la poffeffion
effective de tant de riches Pro
vinces , obligerent les Papes de
prendre pour marque de leur
double Souveraineté , & fpiri
tuelle & temporelle , la Cou
ronne Royale , que les Italiens
appellent il Regno , ne portant auparavant
qu'un fimple Diademe,
ou Cercle d'or à l'entour de leur
Thiare ou Mitre . Et de fait , fi
l'on en croit le P .. Pierre de
S. Romual Feuillant , dane
le
fecond Tome de fon Tréfor Cro.
nologique , le premier de tous les
du Mercure Galant. 27
de
Papes qui fe foit fervy de la Cou
ronne enfuite de cette Donation ,
c'eft Nicolas I. furnommée le
Grand , qui vivoit du temps
l'Empereur Charles le Chauve.
Boniface VIII . au raport du mel
me Autheur , ajoûta une feconde
Couronne à la premiere ; & enfin
Urbain V. qui vint 60. ans apres ,
en prit encore une troifiéme , les
mettant toutes trois par divers
étages fur fa Mitre , donnant le
nom de Thiare à ce triple Diadéme
, qui porte fur fon fommet
un Globe , & une Croix d'or &
de Pierreries , avec deux Pendans
au derriere du bas de la
Thiare, femez de Croifettes d'or.
Les raifons morales que l'on
donne ordinairement de cette
Triple- Couronne Pontificale, fe
Cij
28 Extraordinaire
lon Antoine Mazaron dans fon
Traité De tribus Pontificiis Coronis,
font celles qui fuivent ; l'une,
que les Papes font au deffus de
tous les Roys de la Terre , pour
le fpirituel , & par cette raiſon
ils portent une Thiare à trois
Couronnes , que l'on veut avoir
du raport aux trois Lettres Capitales
qui eftoient figurées fur la
Lame d'or , qui couvroit le front
du Souverain Pontife des Hebreux
, & qui formoient le nom
admirable de Fehova , qui marquoit
l'univerfalité de toutes
chofes , fignifiée par le nombre
ternaire ,fuivant cet Anxiome du
Philofophe , Triafunt omnia , ideft,
prima omnia ; l'autre, que les Papes
font revétus de trois eminentes
qualitez,fçavoir de Gand
du Mercure Galant. 29
Sacrificateur , de Souverain Juge
en ce qui regarde les chofes de
la Foy, & de fupréme Légiſlateur
des Chreftiens ; & la derniere
, que le Pape renferme en
fa Perfonne les trois plus hauts
degrez de l'Eglife Catholique,
eftant tout enſemble , comme dit
Bellarmin , Evefque , Archevefque
, & Patriarche . Enfin certain
Poëte, moralifant à fa mode
fur ce fujet , apporte une qua
triéme raiſon , dans l'allufion ingénieufe
qu'il fait de cette triplet
Couronne du Souverain Pontife,
à la triple Croix que porte fon
Bafton Paftoral ; ce qu'il renferme
dans ce Diftique qu'il adreffe
au Pape Gregoire.
Cur tibi Crux triplex , Gregori , tri.
plexque Corona eft?
}
Cij
30
Extraordinaire
Annefuamfequitur quæque Corona
Crucem?
Les Couronnes Royales qui
parent la tefte facrée des Souverains
, n'ont pas toûjours eu la
mefme forme qu'elles ont préfentement.
Celles dont les Roys
fe fervoient autrefois , reffem.
bloient pour la plupart à des
rayons de lumieres , à la maniere
de celles que l'on mettoit ordinairement
fur la tefte des Simulachres
d'Apollon , lefquelles eftoient
compofées d'un Cercle
d'or , orné tout autour de douze
pointes ou rayons dreſſez en haut,
& enrichies de Pierres précieufes
, comme le témoigne Sené.
que dans fon Hercule furieux
Acte 1. & apres luy Martian. Capella
1. 1. Nupt. Solis auguftum cadu
Mercure Galant.
31
put radiis perfufum , circumactumque.
Outre que l'antiquité de
l'ufage de ces Couronnes rayonnées
, fe juftifie affez
par l'inf
pection des Médailles anciennes,
comme entr'autres celles des
Rhodiens dans leurs Monnoyes;
celles des Empereurs Romains;
comine les Médailles de M. Antoine
, de Galien , de Probus,
d'Aurelien , de Trajan , de Plautius
, d'Adrien , de Conftantin ,
& d'une infinité d'autres , qu'on
peut voir chez chez ceux qui
ont fait une curieufe recherche
de ces fortes d'Antiquitez. Cela
fe
prouve encore plus manifeſtement
par le témoignages de nos
plus graves Autheurs . Virgile
en parlant de l'ajustement du
Roy Latin , lors qu'il alloit pour
C iiij
32
Extraordinaire
eftre le Spectateur du Combat
entre Turnus & Enée , luy donne
une Couronne toute brillante de
rayons d'or. Suétone dans la
Vie d'Augufte , témoigne que
cet Empereur en portoit quel
quefois une pareille à celle de ce
Roy ; & Velleius Paterculus le
confirme dans le 2. Livre de fon
Hiftoire , difant que ce Prince fe
fit voir une fois à fon Entrée
triomphante dans Rome , por
tant für fa tefte une Couronne
d'or , fleuronnée de rayons &
de croiffans , pareille à celles
que l'on donnoit aux Statuës du
Soleil , & de la Lune ; Cum intraret
urbem Solis orbis fuper caput ejus
curvatus æqualiter veluti Coronam
tanti mox viri capiti imponens , &
Coronas diftinctas Solis ac Lune
du Mercare Galant.
33
fpecie , & . Le melme Suétone en
dit autant de Caligula , Pline le
jeune , de Trajan , Florus , de
Jules-Céfar ; Claudien , de Pom
pée , Stace , de Domitien ; Silius
Italicus , de fon Fils ; & Ammian
Marcellin, de Maximien . S. Pier.
re de Chryfologue dans fon Sermon
20. attribue une femblable
Couronne aux Roys de Perfe,
lors qu'il dit , Ne fimus ut Perfarum
Reges , qui fubjecta nunc pedibus
fuis fphæra , ut polumfe calcare
per vices mentiantur , nunc radiato
capite , nefint homines , Solis refident
in figura , &c. La raifon pour
laquelle les Roy anciens , & les
Empereurs , fe plaifoient à emprunter
cet Ornement du Prince
des Aftres , eftoit peut - etre afin
de marquer qu'ils eftoient com
34
Extraordinaire
me les petits Dieux , & les Soleils
des Peuples qui dépendoient de
leur puiffance , comme l'Aftre du
jour l'eft de tous les autres Aftres
qui participent à fes lumieres.
Quoy que ces Couronnes rayon.
nées, paroiffent avoir eſté les plus
en uſage chez les anciens Monarques
, il faut pourtant reconnoiftre
qu'il y en avoit encore de
plufieurs autres fortes. Nous ap .
prenons d'Alexandre Napolitain
, que les premiers Roys d'Egypte
portoient pour Couronne
un Cercle d'or , fcuronné de
diverfes figures d'Animaux , tantoft
de Lions , de Loups , ou de
Taureaux , tantoft de Dragons,
ou d'Afpics tantoft de Feuilles
d'Arbres , ou de Fleurs , & tantoft
de diverfes Plumes d'Oi
du Mercure Galant.
35
feaux , comme le veut Pierius
dans le 41. Livre de fes Hieroglyphes.
Ceux des Juifs , felon l'opinion
de Hamer. Novefian . in cap. 14.
Genef. portoient une Couronne
d'or maffif, dont le Cercle eftoit
tout émaillé de Saphirs & d'Hyacinthes
, furmonte d'Etoiles tout
autour , & portant fur fon com.
ble un Cherubin qui tenoit
d'une main, un Soleil brillant , &
de l'autre un Rouleau d'or, fur
lequel eftoit figuré le nom de
Dieu . Quelques Interpretes raifonnant
fur cette mystérieuse
Couronne , difent que l'or incorruptible
qui en faifoit le corps ,
marquoit la fainteté inaltérable
dont un Prince doit eſtre revétu;
que les Saphirs & les Hyacintes
36
Extraordinaire
qui regnoient à l'entour , déno
foient la nobleffe de fes affetions
, qui doivent bien moins
s'attacher à la Terre , que s'éle-·
ver vers le Ciel figuré par les
Etoiles, & par la couleur celefte de
ces Pierreries ; & qu'enfin le Che
rubin , qui fignifie la plénitude
de la Science , eftoit pour luy apprendre
qu'il doit fe rendre fça .
vant dans tout ce qui dépend de
fa Charge , & particulièrement
dans tout ce qui regarde la gloire
& les intéreſts de Dieu , dont il
doit faire connoiftre & adorer le
faint Nom dans tout les Etats qui
relevent de fon Domaine , de la
mefme maniere que le Soleil répand
fes lumieres fur tout l'Univers
qui eft foumis à fes Influences.
du Mercure Galant.
37
en
Les Rabins donnent un autre
forte de Couronne à Solomon .
Ils disent que ce plus Sage de
tous les Monarques , ne fe contentant
pas de la Couronne que
le Roy David ſon Pere luy laiffa ,
& qu'il avoit conquife fur Hannon
Roy des Ammonites ,
fit faire une autre dés le commencement
de fon Regne , qui
eftoit composée d'un Cercle
d'or , chargé de Fleurs - de- Lys
au naturel, entrelaffées d'un Cor
don d'épines telles que
les produit
le Terroir de Judée , avec
cette Devife gravée à l'entour
en caracteres Hebraïques , Victo
ria amoris. Les Autheurs qui rapportent
cecy , appellent cette
Couronne Makeda , & ils ajoûtent
que ce fage Prince dit à
38
Extraordinaire
Reyne de Saba , qui luy deman
doit la raison de ces Lys & de ces
Epines mellées enfemble , que
Dieu avoit une confidération
toute particuliere pour les Fleurs--
de-Lys , & que c'eftoit pour cela
qu'il avoit ordonné à Moïfe
d'en orner les Vaiffeaux du Tem
ple ; que d'ailleurs par cette noble
Fleur , qui en élevant fa tige
au deffus de toutes les autres, eft
le fimbole de la Royauté , il
vouloit figurer une Vierge qui
naiftroit un jour de fa Race , dont
l'infigne pureté , jointe à fes autres
admirables vertus , auroit le
bonheur d'attirer dans fon chafte
fein le Roy de tous les Roys , qui
viendroit y prendre naiffance
dans le temps qu'il avoit déterminé
, & qui apres avoir beau
du Mercure Galant.
39
coup foufert , feroit enfin couronné
d'Epines , & endureroit la
mort pour obtenir une entiere
félicité à fes Peuples , par le mérite
infiny de fes foufrances. C'eft
ce que raporte le P. Dinet , dans
fon - Theatre François Livre 1.
Chapitre 16.
Les anciens Roys de Perfe,
portoient pour Couronne une
efpece de Thiare en forme d'un
long Bonnet finiffant en pointe,
& entouré d'un Cercle d'or par
le bas , ou bien en façon de Tour
rayonnée & crenelée par le haut,
parfemée d'Etoiles tout autour,
& chargée d'un ou de deux Diadémes
, comme le montrent les
Médailles mifes au jour par Golt
zius , avec deux Fanons ou Ban
des pendantes fur les épaules, pa
›
40
Extraordinaire
reilles à celles de la Mitre de nos
Evefques ; ou bien enfin , c'eftoit.
une forme de Chapeau , tel que
le dépeint Solérius dans fon
Traité De Pileo , compofé d'une
riche Etofe , & fourré de Peaux
précieuſes , portant ſur ſon tour
un Diadéme d'or , garny de plufieurs
petites Lunes ou Croiffans,
parce que la Lune cftoit le fim.
bole ordinaire des Perfes , felon
Q. Curce Livre 4. S. Pierre
Chryfologue attribuë cette derniere
forte de Couronne à ces
Monarques dont nous parlons,
quand il dit d'eux ; Nunc impofitis
fibi cornibus , quafi viros effe doleant
, effeminantur in Lunam . Sidonius
en fait auffi mention avant
luy , dans fon Poëme fecond , à
Authemius.
du Mercure Galant.
1
Flectit Achamenius Lunatum Perſa
Tiaram.
La Couronne que portent aujourd'huy
les Monarques de ce
grand Royaume , fuivant la pein
ture que nous en donne le Sieur
Chardin , dans fon Hiftoire du
Couronnement de Soleiman II.
Roy de Perfe , eft telle. C'eſt
un Bonnet plat , à peu près comme
le Mortier des Préfidens du
Parlement , qui s'étreffiffant peu
à peu vers le bas , porte en fon
milieu une pointe médiocrement
longue , & ronde par le haut en
forme de Bouton . Le fond en
eft de fin Drap d'or épais , fur
lequel eft couchée tout le long
da bord une Echarpe d'une Toi
le de Coton tres -fine tiffuë
d'argent , qui l'entoure à la lar-
Q. d' Avril 1683. D
7
42
Extraordinaire
geur de deux doigts en forme de
Turban . La pointe du tuyau qui
eft au milieu , eft chargée d'une
groffe applique de Diamans qui
la couvre toute. De cette applique
fortent plufieurs petites
chaînes de Pierreries , qui viennent
tomber for le Bonnet , lequel
en eft auffi tout couvert.
Tout à l'entour s'élevent des Ai.
gretes des plus belles Pierreries
de la Couronne , d'où l'on voit
fortir de petites Plumes de Héron,
& d'Oiseau de Paradis. Tour
le tour du Turban eft pareillement
chargé de Chaînetes attachées
aux Aigretes , qui ne font
composées que de Diamans , de
Rubis , & d'Emeraudes. Au devant
& juſtemement fur le front,
s'éleve une Aigrete beaucoup
du Mercure Galant.
43
plus grande & plus riche que les
autres , d'où pendent des Perles
& des Diamans , & du haut de
Jaquelle fortent trois tuyaux de
Pierreries , qui foûtiennent de
petites Maffes de Plumes de Hé
ron .
Cette Couronné , ou Taag,
comme cet Autheur dit que l'appellent
les Perfans , eft beaucoup
diférente de l'habillement de
tefte que porte l'Empereur des
Turcs , tant pour la richeffe, que
pour la figure. Cet ornement du
Grand Seigneur , que les Turcs
nomment Turban , Tulban , ou
d'Hulbant , felon le mefine Autheur
, n'eft autre chofe qu'un
grand Bonnet double vuide par
le dedans , & couvert par le dehors
d'une fine Toile de coton
Dij
44
Extraordinaire
plus blanche que la neige . Il eft
enflé en rond par le moyen d'un
fil d'archal qui le tient tendu de
cette forte, il eft orné & enrichy
aux deux coftez de deux tres - ri
ches Enſeignes de Diamans &
d'Efcarboucles , d'où fortent
deux ou trois touffes de Plumes
de Héron noires, & d'où pendent
de groffes Perles , avec des Croiffans
de Pierreries , eftant au furplus
chargé de deux Chaînetes
de mefme matiere , quifont
attachées aux deux Enſeignes de
Diamans, qui traverſent de l'un
à l'autre fur le devant du Turban.
Les premiers Empereurs Ro .
mains de la Race des Céfars , ne
pient , comme nous avons
ja dit , ny Diademe ny Coudu
Mercure Galant.
45
ronne , de peur d'eftre foupçonnez
d'affecter la Royauté ; & s'ils
en portoient quelquesfois , comme
dans les Cerémonies
du
Triomphe , ce n'eftoit feulement
que de Laurier , foit à caufe que
la Couronne triomphale
en devoit
cftre compofée
, foit pour la
croyance qu'ils avoient que les
feuilles de cet Arbre n'eftoient
jamais frapées du Foudre de Jupiter
, qui feul eftoit capable de
leur donner de la terreur . Mais
ils ſe défirent peu à peu de cette
crainte fcrupuleufe
; & Héliogabale
fut celuy , dit Lampride ,
qui paffant par deffus , porta le
premier de tous une Couronne
d'or fleuronnée , fur fon Cercle
de. Rofes de Diamans & d'autres
Pierres précieuſes ; en quoy l'on
46 Extraordinaire
ne voit pas clairement qu'il ait
efté imité par aucun de fes Succeffeurs
, jufqu'à l'Empereur Aurélien
, qui ayant repris cet Or.
nement royal , donna lieu à tous
ceux qui tinrent l'Empire apres
luy,de le prendre à fon exemple.
Codinus dans fon Traité des
Offices de la Cour de Conſtantinople
, dit quedes Empereurs de
la nouvelle Rome , portoient
certaines Couronnes faites en façon
de Chapeaux , qu'il appelle
Crinonia , parce qu'elles eftoient
ornées tout autour d'une espece
de Fleur-de- Lys rouge , que les
Grecs , au fentiment de Pline,
appellent Crinon , ou bien elles
s'appelloient Tetraphilla , parce,
dit Gretfer. L. 3. Comment. in Cod.
6.1.§. 8. qu'elles eftoient rehauf
du Mercure Galant.
47
fées de Fleurons d'or à quatre
füilles.
Les Empereurs d'Occident,
depuis Charlemagne leur Fondateur
& leur Chef, qui fit faire
une belle Couronne d'or enrichie
de Pierres précieufes , & rehauffée
de quatre grands Fleu
rons en Fleurs -de- Lys , ( elle fe
conſerve encor dans le Tréfor de
S. Denis ) ont toûjours porté la
Couronne , comme la plus augufte
marque de leur fupréme
dignité, mais il eſt à remarquer
qu'ils ne le font pas contentez
tous d'une feule Couronne ; car
fi l'on en croit Othon Evefque
de Frifingue , & Oncle de l'Empereur
Fridéric I. 1'Empereur
Commene fe fit couronner de
cinq Couronnes tout à la fois.
48
Extraordinaire
مج
La premiere eftoit pour le
Royaume de France , quoy
qu'il n'y poffedaft pas un pied
de terre la feconde , pour
celuy d'Allemagne , ou de Ĝermanie
; la troifiéme , pour celuy
de Lombardie , la quatriéme
, pour l'Empire d'Occident ;
& la derniere , pour le Royaume
d'Italie. Le Sieur d'Audiger,
dans fon Hiftoire de l'Origine
des François , dit que les Empereurs
d'Allemagne fe faifoient or
dinairement couronner de quatre
Couronnes , en quatre diférens
Lieux ; fçavoir à Aix la Chapelle
, comme Roys de Germanie
, à Arles , comme Roys des
Gaules ; à Munza ou Milan ,
comme Roys de Lombardie ; &
enfin à Rome , comme Empereurs
du Mercure Galant.
49
reurs d'Italie . It raporte à ce
propos ces fix Vers Latins de
Godefroy de Viterbe , qui vivoit
dans lepy ziéme Siecle , &
qui prouvent évidemment ce
qu'il avance.
Scribere vera volens quotfint loca
vera corona;
Quatuor Impery fedes video ratione.
Nomina proponam , ficut & acta
Jonant.
Primus Aquifgrani locus eft , pofthat
Arelati,
Inde Modoëtia regalifede locari,
Poftfolet Italiafumma Corona dari.
Mais toutes leurs Hiftoires
font foy , qu'à la réf.rve de la
Couronne d'Arles , dont ils ne
poffederent plus le Royame apres
le Traité d'Albert I. qui ceda au
Q. d'Avril 1683.
E
So
Extraordinaire
nom de l'Empire tous les droits
qu'il pouvoit prétendre fur ce
Royaume , en faveur de Philippes
- le- Bel , ils ontcojûjours con.
tinué jufqu'au dernier Siecle les
trois Couronnemens d'Aix la
Chapelle, de Milan, & de Rome,
fe faifant couronner dans la pre
miere de ces Villes , d'une Cou
ronne d'argent , dans la feconde,
d'une Couronne de fer ; & dans
la troifiéme , d'une Couronne
d'or.
Il ne fera pas hors de propos
de rapporter icy , d'où peut ve
nir cette Couronne de fer , que
les Empereurs avoient coûtume
de prendre à Munza , ou Milan .
Voicy felon Vignier , ce qui a
donné lieu à cet ufage. L'an 591,
Antharis, Roydes Lombards, ef
du Mercure Galant.
tant mort fans Enfans , & n'ayant
point nommé de Succeffeur , fes
Sujets s'affemblerent à Milan, Ca
pitale du Royaume de Lombar
die , afin de luy en nommer un,
& fe donner à eux mefmes un
nouveau Maiftre ; mais ne pouvant
s'accorder fur le choix , leurs
fuffrages fe trouvant toûjours
trop partagez , ils convinrent enfin
que Theodelinde , Veuve de
leur défunt Roy , Princeffe fort
vertueufe , & pour laquelle ils
avoient tous une finguliere affection
, demeureroit leur Reyne,,
& que celuy de la Nation qu'ellevoudroit
choifir pour fon Mary,
feroit auffi reconnu pour leur
Roy. Cet accord éftant arrefté
& figné par tous ceux qui avoient
droit à l'Election , fut enfuite
1
E ij
52
Extraordinaire
préfenté àThéodelinde, qui avất
quelque temps apres aflemblé
fon Confeil für cette affaire , dé.
pefcha enfuite un Courrier ex ,
prés à Aigulphe , Duc de Thurin
, parent de fon défunt Mary,
& eftimé de tout le monde pour
fa fageffe , & pour fa valeur , luy
mandant de venir à la Cour pour
conférer avec elle d'affaires d'im
portance , fans s'expliquer davantage
. Ce Duc qui ne penfoit
à rien moins qu'à eſtre Roy , la
vint auffi - toft trouver à Milan .
-Peu de jours apres fon arrivée , la
Reyne ayant fait apprefter un
fuperbe Feftin , y convia avec
Aigulphe , les plus qualifiez
de fa Cour. Vers le milieu du
Repas , Théodelinde prenant
une Coupe de Vin , en bût une
du Mercure Galant.
53
partie à la fanté d'Aigulphe , &
luy préfenta enfuite le refte , à la
mode du Païs , afin qu'il luy fift
raifon, Aigulphe ayant reçeu la
Coupe , fe leva , & s'eftant mis
genoux pour baiſer la main de
la Reyne avant que de boire à fa
fanté , elle luy préfenta la bou
che au lieu de la main , en luy difant
, Ce n'est pas la main qu'ilfaut
•que vous me baissez , mais la bouche,
puis que je vous ay choify pourpartager
mon Lit& mon Trône . Toute
I'Affemblée applaudiffant au ju
dicieux chois de la Reyne , changea
ce Régale au Banquet des
Nôces du Roy & d'elle , qui
couronna enfuite fon nouvel E.
poux d'une Couronne d'or , qu'
elle avoit fait entrelaffer d'un petit
Cercle de fer , afin de le faire
E iij
$4
Extraordinaire
1
fouvenir que l'honneur fupréme
où il fe voyoit élevé , n'eftoit ny
un droit de fa Naiffance , ny unprix
de fa Conquefte , ny une fa
veur de la Fortune , mais un effet
de l'amour fage & difcret de fa
Souveraine. Et c'eft de là , dit
cet'Autheur, qu'eft venue la Ce
rémonie qui ſe pratiquoit autrefois
, lors que les Empereurs prenoient
poffeffion du Duché de
Milan, où cette Action fe fit. Ils
s'y faifoient pareillement couronner
d'une Couronne de fer,
non pas qu'elle fuft toute com .
pofée de ce Métal , mais elle eftoit
ainfi appellée à cauſe qu'elle
avoit de petites Lames de fer à
fon fommet , tout le refte eftant
d'or , & fort enrichy de Pierreries.
*
du Mercure Galant.
Préfentement les Empereurs ,
au fentiment de Louis du May
dans fon Etat de l'Empire , ne fe
font plus couronner que de deux
Couronnes , dont l'une eft gar.
dée à Nuremberg , & peſe , à ce
que dit cet Autheur , quatorze
livres , & l'autre que l'on con.
ferve à Aix la Chapelle , qui n'eft
pas de la moitié fi pelante , &
toutes deux font de fin or. Au
refte les Empereurs ne vont plus
chercher de Couronne ny à Milan
, ny à Rome. Celle dont ils
fe fervent dans les Cerémonies ,
& qui fait le Timbre de l'Ecuf
fon de leurs Armes , eft auffi d'or,
enrichie de Pierreries en quantité
, couverte & rehauffée en
façon de Mitre à deux pointes,
ayant leur ouverture fur le front,
E iiij
$6
Extraordinaire
-
& au milieu un Diadéme qui s'éleve
en forme d'arc , ou de demy
cercle, portant fur fa cime un
Globe croifeté de Perles .
Nos anciens Roys ; dit l'Autheur
du Livre de la Science Héroïques
& mefme tous ceux de
la premiere Race , ne porterent
point de Couronnes , fe contentant
de fimples Cercles ou Diadémes
d'or , qu'ils mettoient fur
leurs Cafques ; & ce ne fut , à
proprement parler , qu'apres
I'Empereur Charlemagne que
l'ufage de la Couronne leur fut
plus familier ; mais celle dont
ils fe fervoient le plus ordinairement
, tant à leur Sacre , qu'en
d'autres Cerémonies , eftoit la
Couronne que ce grand Monarque
avoit fait faire, & de laquelle
44
du Mercure Galant.
57
nous avons déja fait mention.
Cette Couronne eft la premiere
que l'on met fur la tefte de nos
Roys le jour de leur Sacre , avant
que de les couronner de celle
qu'ils portent enfuite dans les
autres occafions. Celle - cy eft
d'or auffi -bien que l'autre , mais
elle a cela de particulier , qu'elle
eft fermée à l'Impériale , garnie
de huit hautes Fleurs - de. Lys ,
qu'elle a fon Cercle enrichy de
Pierreries, & qu'elle eft rehauffée
de huit Bandes ou demy Diade
mes , relevez & aboutiffans dans
le haut de la Couronne à une
double Fleur- de - Lys d'or , qui
eft le Cimier de France..
La Couronne des Roys d'Ef
pagne eft auffi fermée à l'Impétiale
, rehauffée de Fleurons , &
58
Extraordinaire
mes ,
couverte de huit demy Diadé
aboutiffans à un Globe.
croifeté. Celle d'Angleterre eft
fermée de mefme , & rehauffée
de quatre Fleurs - de - Lys , à caufe
de l'imaginaire prétention que
les Roys de la Grand'Bretagne
ont fur le Royaume de France,
& de quatre Croix faites comme
celles des Chevaliers de Malte,
à caufe du titre qu'ils prennent
de Défenfeurs de la Foy. Elle eft
de plus couverte de quatre demy
Diadémes , qui aboutiffent à un
Globe croifeté d'une pareille
Croix d'or. Celles de Pologne,
de Portugal , de Suede , & de
Dannemarc,ont peu de diférence
entr'elles. Elles font toutes Fleuronnées
, rehauffées , & fermées
d'une mefme maniere à quatre
du Mercure Galant.
59
demy Cercles , furmontez d'un
Monde d'or croiſeté.
La Couronne dont les Roys
de Hongrie ont tous efté couronnez
depuis Saint Ladiftas, fuivant
la peinture que nous en a
laiffée Mart. Fumée dans le Li.
vre 3. de fon Hiftoire de Hongrie
, eft une espece de Chapeau
ou Bonnet pointu , couvert de
Lames d'or toutes femées de Pier.
reries , & portant fur fa pointe
une Croix de mefme matieré . Cet
Autheur adjoûte que cette Couronne
a toûjours efté en tres .
grade venération dans ce Royau
me , parce que l'on y
tient par
tradition qu'elle a efté apportée
du Ciel par un Ange , lors du Sacre
de ce Saint Roy. On la croit
de telle neceffité pour le Cou
60 Extraordinaireronnement
de fes Succeffeurs,
qu'aucun d'eux n'eſt censé veritablement
Roy , ny pouvoir valablement
exercer les fonctions
qui dépendent de l'authorité
Royale , à moins qu'il n'en ait
efté couronné ; Abfque câ ·regno
legitimè potiri hand quaquàm poffe
putabatur , dit M' de Sponde dans
la continuation des Annales de
Baronius fur l'année 1458. C'eſt
ce qui obligea , dit ailleurs ce
fçavant Prélat , le Roy Matthias
d'employer toutes fortes de
moyens , pour retirer cette fatale
Couronne , de l'Empereur Fridéric
III. qui la gardoit depuis
24. ans fans la vouloir rendre;
car quoy qu'il y euft déja fix an ..
nées que ce . Prince avoit efté
éleu Roy de Hongrie , qu'il en
du Mercure Galant. 61
fuft mefme on poffeffion , & que
d'ailleurs il fuft affez aimé de fes
Sujets , neantmoins ils n'avoient
pas pour luy toute la foûmiffion
qu'ils eftoient obligez de luy rendre
, par la raiſon feule , qu'ils ne
luy avoient point veu cette Cou
ronne fur la tefte , mais enfin il
fit fi bien , tant par armes que
par prieres , que l'Empereur con.
fentit de la luy rendre , muis à des
conditions , qui quoy que dures
& onéreufes , ne laifferent pas
de fembler legeres à ces Peuples,
tant l'envie de ravoir ce précieux
Joyau , d'où ils faifoient dépendre
toute la fortune de l'Etat,
les poffedoit ; A qua regni incolumitatem
, ipfumque regnum pendere
exiftimabant. Ces conditions, felon
Bonfin L. 8. de fon Hiftoire, Dé.
62
Extraordinaire
"
cade 3. & 4. eftoient entr'autres,
Que le Roy Matthias fe qualifie
roit le Fils adoptif de Frideric;
Que s'il mouroit fans Enfans
mâles légitimes , le Royaume de
Hongrie retourneroit à l'Empe
reur , ou à celuy de fes Fils que
l'Affemblée des Etats auroit
éleu , Que l'Empereur auroit
ert aines Villes & Places fortes
dans l'enceinte de la Hongrie,
dont il auroit la Souveraineté,
avec Jurifdiction Royale , & le
titre mefme de Roy de Hongrie,
outre foixante mille écus d'or qui
Juy feroient pavez lors qu'il fe
défaifiroit de la Couronne qu'on
luy demandoit. Cet Accord fait
entre Frideric & Mathias , fut
ratifié par les Etats du Royaume,
enfuite de laquelle ratification ,
du Mercure Galant.
63
on envoya des Ambaffadeurs à
L'Empereur avec une fuite de
trois mille Chevaux ; la Cou
ronne leur eftant renduë , on la
rapporra en Hongrie , où elle fut
reçeuë avec toute la pompe & la
venération poffible , tout le mon
de fe profternant devant elle,
comme fi c'euft efté quelque cho
fe de divin , & fi. toft que le Roy
Matthias en eut efté couronné,
on la porta avec grande efcorte
dans le fort Chafteau de
Bude , où l'on mit une groffe Gar
nifon pour fa garde.
La Couronne des Ducs de
Savoye eft garnie de huit Fleu .
rons , & fermée par quatre demy
Cercles couverts de Perles, abou
tiffans à un Globe furmonté d'u .
ne Croix treflée , qui eft celle
64
Extraordinaire
de S. Maurice , ou de l'Ordre de
l'Annonciade. Ces Princes
por.
tent la Couronne fermée, à caufe
des prétentions qu'ils ont fur le
Royaume de Cypre , dont ils
prennent la qualité de Roys,
Celle des Grands Ducs de Tofcane
, a quelque chofe d'affez fingulier.
C'eft un Cercle d'or relevé
tout autour de plufieurs pointes
ou rayons , à la maniere de
celles des anciens Roys , dont
nous avons parlé . Ces pointes
font un peu courbées dehors , &
il y en a la moitié qui fe terminent
en petites Fleurs - de - Lys ,
par raport à celle que ces Princes
portent dans le milieu de leur
Ecu , par la conceffion de nos
Roys. Cette Couronne eft outre
cela , rehauffée de deux grandes
du Mercure Galant. 65
Fleurs - de- Lys d'or naturelles &
épanouyes , pareilles à celle qui
fert d'Armoiries à leur Ville de
Florence. Les Doges , ou Ducs
de Venife , portoient il n'y a pas
longtemps pour Couronne , un
Bonnet pointu à la Polonnoife,
dont le deffus eftoit de Drap
d'or , environné par le bas d'un
Cercle d'or enrichy de Pierreries,
avec deux Oreillettes , ou Pendans
aux deux coftez fur les
oreilles ; mais à préfent , ils por
tent une Couronne à la Royale.
La Couronne des Archiducs
d'Autriche , eft fermée en haut
d'un Bonnet rond d'Ecarlate , environné
par le bas d'un Cercle
d'or , relevé de huit hauts Fleurons
, & Diademé de deux demy
Cercles , tempeftez de Perles,
Q.d'Avril 1683.
F
66 Extraordinaire
aboutiffans à un Globe croiſeté
d'or , comme celuy des Empereurs.
La Couronne , ou plûtoft
le Bonnet des Electeurs , eft auffi
d'Ecarlate, rebraffé d'Hermines,
Diadémé d'un demy Cercle d'or
tout couvert de Perles , & exauffé
d'un Monde croiſeté d'or,
La Couronne des Princes du
Sang de France ( fans parler de
Monſeigneur le Dauphin , qui
eft un Diadéme d'or, rehauffé de
Fleur-de- Lys , & fermé à l'Impériale
par quatre Dauphins,
dont les queues aboutiffent à un
Bouton , qui foûtient une Fleurde-
Lys à quatre angles )´eft un
Cercle d'or Fleuronné de huit
hautes Fleurs- de- Lys , & enrichy
de Pierreries & de Perles. Les
autres Princes , & les Ducs auffidu
Mercure Galant. 67
bien qu'eux , portent la Couronne
d'or rehauffée de huit Trefles
ou Fleurons ; les Marquis , rehauffée
de quatre , leur entredeux
garny de douze groffes
Perles les Comtes , rehauffée
fur fon Cercle d'or de neufgroffes
Perles , les Barons ont un Cercle
d'or , émaillé , & environné de
trois tours de Perles enfilées, & c.,
;
. ז
Il n'eft pas hors de propos,
avant que de finir cet Article des
Couronnes
Royales , de dire encore
quelque chofe de certaines
Couronnes affez bizarres & particulières
, dont quelques Princes
fefont autrefois avifez de fe. parer.
Comme entr'autres
le Roy
Antigonus , qui prenoit plaifir
dans les plus auguftes Cerémonies
, comme dans la Reception
Fij
68 Extraordinaire
des Ambaffadeurs , dans les AL
femblées des Etats , dans fon Lit
de Juftice , & mefme dans les
Temples , de fe couronner de
Lierre , & de porter un Tirfe
au lieu de Sceptre ; ce qu'il faifoit
dans le deffein d'honorer
Bacchus. Plutarque dit qu'Age,
filaüs , Roy de Sparte , fe contentoit
d'une fimple Couronne
de Papier , qu'il portoit d'ordi
naire dans toutes fortes d'occafions
, pour marque de fa Royauté
; dequoy l'on fe doit d'autant
moins étonner, que felon le
raport d'Elian , ce Prince eftoit
fi peu curieux de l'ajustement de
fa Perfonne , qu'il n'avoit jamais
qu'un feul Habit pour fe veftir,
encore affez fimple , de forte que
quand il l'envoyoit au Foulon
du Mercure Galant.
69
pour le dégraiffer , il eftoit contraint
de garder la Chambre ,
parce qu'il n'en avoit point d'autre
à changer. Mariana, dans fon
Hiftoire d'Espagne L. 10. C. 9.
& d'autres Hiftoriens , écrivent
que Pierre , Roy d'Arragon , s'étant
acheminé à Rome à deffein
de s'y faire couronner par le
Saint Pere , felon la coûtume de
fes Anceftres ; & ayant entendu
dire par des Ennemis fans doute
du S. Siege , ou par des Gens qui
prenoient plaifir à le tromper,
que les Papes mettoient la Cou
ronne fur la tefte des Roys avec
le pied , ce Prince, pour ne point
s'expofer à une baffeffe fi indigne
de la Majefté Royale , s'avifa
de fe faire aprefter une Couronne
de Pain fans levain , dans la pensée
70
Extraordinaire
que pour le refpect qui eft deû au
Pain , le Souverain Pontife ne fe
ferviroit pas de fon pied , mais de
fes mains, pour la luy mettre fur la
tête.Quoy qu'il en foit de l'action
de ce Prince, que je croy fabuleu
fe, & entierement fuppofée, fi l'on
en croit l'Anualifte Roger , elle
n'eſt pas tout à fait fans fondement
, car cet Autheur , dans la
Vie de l'Empereur Henry V.
écrit que lors que ce Prince regent
du Pape Celeftin la Couronne
Impériale , avec l'Impératrice
fa Femme , ce Pontife eftoit
affis fur fon Trône , tenant une
Couronne d'or entre fes pieds , &
que l'Empereur profterné la face
contre terre , la reçeut en cette
forme des pieds de Sa Sainteté ,
ce que fit auffi l'Impératrice
; &
du Mercure Galant.
71
que l'un & l'autre demeurant
toûjours profternez , le Pape
frapant de fon pied la Couronne
de l'Empereur , la jetta par terre,
mais qu'incontinent les Cardinaux
la releverent , & la luy remirent
fur la tefte . C'eft ce que dit
Roger , à quoy le S ' de S. Lazare
dans le 24. Livre de l'Hiftoire
Romaine , ajoûte que le Pape
en ufa exprés de la forte à l'égard
de ce Prince , parce qu'eftant Fils
& Succeffeur d'un Empereur qui
avoit fi mal mérité de l'Eglife Ro
' maine , & qui l'avoit cruellement
perfécutée apres en avoir reçeu
mille bien faits , avec la Couronne
de l'Empire , il vouloit
le Fils s'imprimaft mieux dans
l'efprit que fon Pere n'avoit fait ,
les obligations qu'il avoit auffi .
que
72
Extraordinaire
bien que luy à cette mefme Eglife
, & ne les payaft pas d'oubly
& d'ingratitude comme luy ; &
voila pourquoy il trouva à propos
que fon couronnement fe fift
de cette maniere. Honédeüş ,
dans fes Croniques , dit queJean,
furnommé Sans - Terre , Roy
d'Angleterre, & dernier Duc de
Normandie , fut couronné lors
de fon Sacre , d'une Couronne
faire de Plumes de Paon , entrelaffée
ingénieufement avec de
l'or , qui avoit eſté envoyée à ce
deffein par le Pape Urbain III.
au Roy Richard fon Pere. Cela
ne me paroift pas toutefois trop
véritable ; parce que Mathieu
Paris, qui dans fon Hiſtoire d'Angleterre
décrit amplement la Vie
de ce Prince , parlant de fon
Couronnedu
Mercure Galant.
73
A
Couronnement à Londres , ne
fait aucune mention de cette
Couronne , quoy qu'il décrive
fort au long toutes les circonf
tances du Couronnement. Il en
5. parle encore moins dans la Def
cription de la Cerémonie qui fut
faite à Rouen lors de fon inftallation
au Duché de Normandie ;
au contraire, il dit pofitivement
que l'Archevefque & Primat de
cette riche Province mit fur la
tefte de ce nouveau Duc un
Cercle d'or fleuronné tout autour,
& rehauffé de quantité de
Rofes d'or d'un fingulier arti .
fice , qui eftoit apparemment la
Couronne ordinaire des Ducs
de Normandie. Voicy fes paroles
; Archiepifcopus memoratus, ante
majus altare in capite ejuspofuit cir-
Q. d'Avril 1683. G
74
Extraordinaire '
culum aureum , habentem in fummitate
per gyrum rofulas aureas artificialiter
fabricatas.
Il ne me refte plus rien à dire
fur le fujet des Couronnes Royales
, finon
que les Roys & les
2.
Princes ne fe font. pas contentez
de fe fervir de Couronnes , pour
en orner leurs Teftes facrées , &
fe diftinguer par ces auguftes
marques d'avec ceux que la Providence
a foûmis à leur autorité
Souveraine ; mais qu'ils les ont
encore prifes fouvent pour Symbole
& pour Devife . Parmy le
grand nombre d'exemples que
I'Hiftoire nous en fournit , je
n'en trouve point de plus ancienne
ny de plus mystérieuse
que celle que Pineda & quelques
autres Autheurs donnent
du Mercure Galant. 75
à Salomon. Ce fage Monarque,
felon eux, fit préſent à la Reyne
de Saba, lors qu'elle prit congé
de luy, d'un riche Anneau d'or,
dans le Chaton duquel eftoit
une Pierre précieuſe d'une valeur
inestimable , & fur laquelle paroiffoit
gravée, avec un merveilleux
artifice , la Devife ordinaire
de ce grand Prince . C'eſtoient
deux Couronnes, l'une d'épines,
& l'autre d'or , pofées l'une fur
l'autre , avec les mefmes paroles
tout autour, qui eftoient écrites
fur fa Couronne Royale , Victoria
Amoris , par lefquelles ces Autheurs
difent que Salomon vou
loit faire entendre à tous les Potentats
en general , & en particulier
à cette Princeffe, que pour
arriver au Temple de l'honneur,
G ij
76
Extraordinaire
& s'acquérir une place au Roy
aume de la gloire, il faut effuyer
une infinité de peines & de tra.
vaux , la Vertu n'eftant jamais
couronnée qu'apres avoir legiti
mement combatu & remporté
la victoire , fuivant ces paroles
de l'Apoftre ; Non coronabitur,
nifi qui legitime certaverit. Cette
Royale Deviſe me fait fouvenir
d'une pareille, qu'on dit eftre en
la Gallerie du Palais Royal à
Paris , & qui a beaucoup de raport
avec celle- cy , foit pour la
figure , foit pour le fens. C'eft
une Couronne d'Epines , qui en
a une autre de Laurier au deffus
d'elle , avec ces mots , Hac itur
ad illam.
La Devife que portoit Marie
d'Autriche , Reyne de Boheme
du Mercure Galant,
77
& de Hongrie, n'eftoit pas moins
pieufe que glorieufe . C'eftoit un
Tortis , ou Fefton de feuilles &
de fruits en forme de Couronne,
coupé par le milieu d'un Arc- en-
Ciel . Au deffus paroiffoit une
Couronne d'or , marquetée de
huit Etoiles brillantes , & furmontée
de quatre autres Couronnes,
dont les trois en mefme
ligne eftoient l'Impériale pour
le milieu , & les Royales aux
coftez , celle de Hongrie au
droit , & celle de Boheme au
gauche , & plus bas , comme
pour foubaffement, eftoit repréfentée
une Couronne d'Epines,
ornée des cinq Playes du Sauveur,
avec ces paroles autour ,
Sola fpesmea. Marie Stuart, Reyne
d'Ecoffe , mariée en premieres
G üij
78 Extraordinaire
F nôces à François II. Roy de
France , avoit pris du vivant de
ce premier Mary trois Couron
nes pour Devife, dont deux paroiffoient
plus proches que la
troifiéme qui paroiffoit dans l'éloignement
, avec ces mots,
Aliamque moratur. Par les deux
premieres , cette Princeffe vouloit
défigner celles de France &
d'Ecoffe, dont elle eftoit en poffeffion
; & par la derniere , celle
d'Angleterre qu'elle attendoit,
ou comme plus proche Heritiere,
ou comme luy appartenant
de droit. Jacques V. Roy d'Ecoffe
, avoit pris pour Devife
une Couronne pofée fur un Rocher,
battu des vents & des flots,
avec ces paroles , Adhuc ftat. Ce
Prince marquoit par là fon
du Mercure Galant.
79
=
courage , fa conftance , & fa
refolution contre les injuftes
entrepriſes des Anglois , qui
faifoient tous leurs efforts , ou
pour troubler , ou pour envahir.
fon Royaume
.
Enfin perfonne n'ignore la
Devife que prit Henry III. à
fon retour de Pologne , apres
qu'il eut efté facré Roy de
France. C'eftoient trois Cou
ronnes, dont la plus haute eftoit
environnée d'Etoiles , avec cette
ame , Manet ultima coelo. Par les
deux Couronnes mifes enſemble
l'une aupres de l'autre, ce Prince
vouloit marquer les Royaumes
de Pologne & de France , dont
il avoit efté couronné Roy , &
par la troifiéme qui eftoit au
deffus , il vouloit entendre la
Giiij
80 Extraordinaire
Couronne de gloire qu'il efpé
roit recevoir dans le Ciel apres
cette vie.
GERMAIN , de Caën.
52 :$$$$$ &$52525 :52
SUR LES QUESTIONS
du XX. Extraordinaire.
Si la beauté de l'Esprit eft plus
propre à charmer que celle
du Corps.
Uy, la beautédu Corps mérite nos
louanges,
Et jadis elle a remporté
Le prix fur toute autre beauté,
S'il eft vray ce qu'on dit des Anges,
On vit ces Efprits bienheureux
Pour elle defcendre des Cieux,
du Mercure Galant.
Attirez icy-bas par les charmes des
Femmes:
Et fentir les mefmes transports
Que nous reffentons dans nos ames,
Lors qu'elles brûlentpour les Corps.
3
C'est un conte, dit- on, mais le raifonne
-3
ment
Prouve encor mieux cefentiment.
Noftre ame unie à la matiere,
Pour tout ce qui la touche a de l'empref-
Sement,
Et s'abandonne toute entiere
Al'Objet qui luyfemble avoir quelque
agrément.
Lesfens la trompent aisément,
Et la Raifonféduite écoute la Naturè.
L'Amefuit donc ce mouvement.
Et fans craindre fon imposture, e
Cherche de la beauté dans le Corpsfeulement.
82 Extraordinaire
Pourquoy les Nouveautez plaifent
d'abord , & dégoûtent
dans la fuite.
L'A
'Homme eft fujet au changement,
Et j'approuvefort cet Amant,
Qui répondit un jour à ſa Maîtreffe
émeuë !
De ce qu'il avoit fait de nouvelles
amours .
Aminthe m'a charmné , je ne l'avois
point veuë,
Et pour vous , je fuis las de vous voir
tous les jours.
03
Mais l'Homme, à parlerfainement,
Eft capable d'attachement,
Et fuit toûjoursfon habitude;
Ainfi j'aime mieux l'autre Amant,
Qui répondit en fage & prude,
Enfaveur de l'Objet qu'il voyoit tous
les jours .
La nouveauté, Philis , eft fans-doute
agreable;
du Mercure Galant.
83
Mais fi l'on veut aimer autant qu'on
eft aimable,
Il n'eft encor rien tel que les vieilles
amours.
3
Sur ces deuxfentimens je raiſonne à ma
mode,
Et je dis que noftre ame ennuyée icy bas;
Et des mefmes objets, & des mefmes
appas,
Cherche en la nouveauté le bien qui l'accommode,
Mais elle ne l'y trouve pas.
03
Auffitoft cet Objet qu'elle trouvoit f
bean,
Ne luy paroiftplus qu'un lambeau
De quelque vieille réverie ;
Qu'un antique Portrait d'un moderne
Pinceau
Dont elle voit la tromperie ;
Enfin c'eft un Bouchon nouveau,
Mais c'est la mefme Hôtellerie
$4
Extraordinaire
S'il faut plus d'éloquence à un
General pour animer fon Ar
mée , à un Orateur pour perfuader
fes Juges ; ou à un
Amant pour faire connoiftre
fon amour à fa Maîtreffe.
PEt luyfaire tout entreprendre,
Our encourager un Soldat,
Ilfaut eftre dans le Combat,
Ou Cefar, ou bien Alexandre.
03
Pour charmer une Belle, &
faire aimer,
pour
s'en
Par un langage doux & tendre,
A moins que de trop préſumer,
Ilfaut eftre en amour, Céladon, ou Silvandre.
*
Pour baranguer avec éclat
Devant une Cour Souveraine,
1 faut eftre dans le Sénat ,
Ou Cicéron, on Dimofthene
du Mercure Galant.
85
*3
Mais pourfçavoir lequel des trois
Méritejuftement leprix de l'Eloquence,
Favoue icy mon ignorance,
Et m'en tiens, Mercure, à ta voix.
Cependant, que l'amour dans les yeux
d'un Amant
Donne à fes difcours d'agrément,
Quand il n'a rien qui nous rebate!
Et qu'un Capitaine eft charmant,
Qui ne dit rien qu'il n'exécute,
Dont pourperfuader le courage fuffit,
Dont le brasfuit la langue, & fait ce
qu'elle dit !
Mais j'estime qu'un Orateur,
Que n'y l'amour, ny la valeur,
Ne rendent pas recommandable,
Quidefon proprefond tire ce beau talent,
Aux deux autres eft préferable,
Et doit avec raifon s'appeller éloquent.
86 Extraordinaire
Quelles font les qualitez neceflaires
pour bien écrire des
Lettres.
Lfaut eftregalant, ilfaut eftre coquet,
Et qu'à bien écrire on excelle,
Si l'on prétend par un Billet
Avoir l'eftime d'une Belle.
ton
Maisfi l'on n'a bien de l'esprit,
Si l'on ne prend un bon modelle,
Si l'on ne fuit quand on écrit
Le Phebus & le Cacozelle ,
On ne peut pas, à ce qu'on dit,
Amoins que defe compromettre,
Compofer une belle Lettre.
Enfin pour les Lettres d'amour,
Amans, je le dirayfans ceffe,
Si vous n'aimez à voſtre tour,
Nefouffrez jamais que la Preffe
A vos Poulets donne le jour,
du Mercure Galant. 87
Sur l'Origine des Cloches .
DE
Faces Langues defer l'aigre &
perçant langage
N'a pas toujours efté d'usage:
Par d'autres Inftrumens le Peuple s'af
fembloit,
Et venoit rendre au Ciel hommage
Des
graces
dont il le combloit.
SA
Dans une oreille délicate
Les Clochesfont un importunfracàs ;
Ainfi je ne m'étonnepas
Qu'on s'éloigne des lieux où ce grand
bruit éclate.
63
De tous les autresfons avec empreffe
ment
Nous voyons que chacun s'approches
Maisilfaut eftre bien Normand,
Pourfe plaire aufon d'une Cloche.
1 )
Il eft vray qu'en de certains temps
La Cloche plaift à bien des Gens,
88
Extraordinaire
.
Quand elle les appelle à table;
Mais qui s'y laiffe gouverner,
Eft fans-doute bien miférable;
Tous les coups qu'on l'entend fonner,
Ne difent pas, venez dîner .
Ne cherchons doncpas dans l'Hiftoire
Quelfut jadisfon Inventeurs
Comme il méritoit peu d'honneur,
Il acquit auffi peu de gloire.
Son nom dans la terre il enfouit,
les airsfa mémoire
Et parmy
Avec lefon s'évanouit.
О
*
Mais quoy? je me mets en colere
Contre cet Inftrument pieux,
Que l'on confacré en tant de lieux,
Et que dans l'Eglife on révere.
Deux Papes, à ce que l'on dit,
Mirent les Cloches en crédit,
Et les firent fervir avec cérémonie,
Lors qu'enfix censfix, le Deftin
Leur donna dans la Campanie
L'origine & le nom Latin,
du Mercure Galant. 8.9
Dans la Grece, cent ans apres,
Par les Venitiens la Clochefut portée,
Et chez tout ce Peuple ufitée,
Avec un merveilleux progrés.
Ainfi par tout le monde elle sefait entendre.
Maispourmieux nousfaire coprendre,
Que rien ne la peut égaler,
Voicy comme on lafait parler.
On ne fait point fans moy de Fefte
folemnelle .
A louer du vray Dieu la grandeur im
mortelle
Je fais tous les jours mille efforts .
J'appelle les Vivans, & je pleure les
Morts.
Je repouffe icy- bas l'air malin & funefte,
J'écarte le Tonnerre , & je chaffe la
Pefte.
Du ROSIER .
Q.d'Avril 1683 .
H
90 Extraordinaire
SSES25252:5525:225
TRAITE'
SUR
L'ORIGINE DU DROIT.
L
Es Loix ont efté de tout
temps fi utiles aux Hommes
, & fi avantageufes à la So.
cieté civile , que les Anciens
avoient coûtume d'en attribuer
l'invention au Dieu qu'ils adoroient
. L'Homme , dit l'un des
plus fçavans du fiecle d'Augufte,
avec toute la vivacité de fon efprit
, & avec toute la folidité de
fon jugement ; les Peuples & les
Nations avec toute leur politique
, n'ont jamais pû venir à
du Mereure Galant.
91
i
bout d'une fi grande entreprife,
laquelle devoit eftre l'ouvrage
d'une Divinité qui gouvernaft
le monde par des refforts cachez ,
& par des Commandemens &
des Défenſes juftes & raiſonnables
. Hanc igitur video fapientif
fimorum fuiffe fententiam , legem
neque hominum ingenijs excogitatam
, neque fcitum aliquod effe populorum
, fed aternum quiddams
quod univerfum mundum regeret
imperandi prohibendique fapientia.
Cic. 2. de Leg. 8. C'est pour cette
raifon fans -doute que les Payens
faifoient paffer leurs Legiflateurs
pour des Divinitez , ou pour des
Intelligences ; car Zamolxis ef
toit chez les Schytes la Déeffe
Vefta ; Zoroaftre chez les Ba-
Ariens & chez les Perfes, le Dieu
Hij
92 Extraordinaire
Oromafus ; Hermes chez les
Egyptiens, Mercure ; Carondas
chez les Carthaginois , Saturne ;
Dracon & Solon chez les Athéniens
, Minerve , Mahomet chez
les Arabes , l'Archange Gabriel ;
Platon chez les Siciliens , Apol
lon ; Minos chez les Candiots ,
Jupiter , Lycurgue chez les La.
cedémoniens, Apollon . Darius,
Pere de Xerces , & le fixiéme
Legislateur des Egyptiens , fut
honoré comme une Divinité.
Numa , pour fe concilier plus
facilement la bienveillance des
Romains , & pour leur faire ap
prouver plus aifément les Loix
& les Cerémonies qu'il venoit
d'établir , tâcha de leur perfuader
que ces Commandemens qui ne
regardoient que la pureté de la
du Mercure Galant.
93
Religion , & la confervation de
l'Etat , eftoient plutoft l'ouvrage
de la fageffe de la Nymphe Egérie
, qu'un effet de fa volonté
fans raifon . Moïfe fut le Legiflateur
des Hébreux, foit que Dieu
fe fervift de luy pour donner fes
ordres , & pour porter fes Loix
aux Ifraëlites ; foit qu'il ne fuft
que l'Interprete de fes volontez
& de fes commandemens , comme
quelques Autheurs l'affurent.
Tzincifcanis , Homme de baffe
naiffance , donna des Loix aux
Peuples de Scythie . Zeleucus ,
cet Homme fi exact & fi religieux
, qu'il fe tua luy - mefme
dans le Sénat , pour avertir fest
Sujets de ne rien faire qui fuftcontraire
aux Loix , comme il
venoit de faire luy- mefme, ayant
94
Extraordinaire
porté l'Epée dans le Sénat , ce
qu'il avoit toûjours défendu ;
Z leucus , dis -je , fut le Legiſla
teur des Locres , Philon , des
Corinthiens , Hippodamus , des
Miléfiens ; Philolaüs , des Thé
bains ; Phaleas , des Carthaginois
; Bocchorus , des Egyptiens .
Cécrops , le Roy & le Fondateur
d'Athénes , donna des Loix à fes
Sujets dans le Siecle où Moïfe
vivoit. Phoronée fut le fecond
Roy des Argonautes & leur Legiflateur
; c'eft de luy que les
Latins ont appellé le Barreau
Forum. Quelque temps apres
que Cerés eut appris aux Hommes
la maniere de cultiver la
terre, pour en recevoir des fruits
proportionnez à leurs travaux,
les Procés & les Chicanes qui
du Mercure Galant.
95
commencerent alors fur les li
mites des terres , les obligerent
d'avoir recours au Tribunal de
la Déeffe, qui fit des Loix & des
Ordonnances pour les mettre
d'accord ; d'où vient que les
Grecs l'appellerent Thefmophoron
, comme celle qui leur avoit
porté des Loix. Les Mages eftoient
les Juges des Perfes , les
Preftres , des Egyptiens ;
Chaldéens , des Affyriens ; les
Galeotes , des Siciliens , les Gy.
mnoſophiſtes , des Indiens. Les
Drüides rendoient la juftice dans
les Forefts , & d'ordinaire à l'ombre
d'un Cheſne ; leur reffort
s'étendoit depuis les Gaules jufque
dans la plus grande partie de
l'Allemagne. Dracon , l'an de la
création du monde 3361. établit
les
96 Extraordinaire
des Loix à Athénes , fi rigoureufes,
& mefme fi cruelles , qu'elles
condamnoient à mort auffi bien
pour la plus petite faute que pour
le plus énorme de tous les cri
mes ; ce qui fit dire à Démades
qu'elles avoient eſté écrites avec
du fang, plutoft qu'avec de l'encre.
Solon , un des Sages de la
Grece , vint en fuite environ l'Olympiade
47. ou 56. comme veulent
quelques Autheurs , & anean.
tit toutes ces Loix , horfmis celles
qui faifoient mourir les Ho
micides. Lycurgue , le Legiſlateur
des Lacedemoniens , apres
avoir fait de tres beaux Reglemens
dans la Ville de Sparte ,
feignit d'avoir encore quelque
chofe à confulter avec l'Oracle
de Delphes, & il fe fit promettre
avec
du Mercure Galant. 97
avec ferment par ces Peuples,
qu'ils garderoient inviolablement
fes Loix jufqu'à ſon retour
, mais ils l'attendirent longtemps
fans le voir jamais arri
ver i car il mourut à Delphes,
& ne revint plus à Sparte , pour
laiffer les Lacedémoniens daus
sette heureufe neceffité de vivre,
fuivant les Loix qu'il leur avoit
données .
La premiere Audience criminelle
fe tint dans le Champ de
Mars , l'an de la Création du
Monde 2475. Le Dieu Mars
ayant tué le Fils de Neptune
Halirrhotius , qui avoit violé ſa
Fille Alcipe , Neptune le cita ,
& l'accufa d'homicide devant le
Tribunal de douze Dieux , qui
tinrent leurs féances dans l'AQ.
d'Avril 1683.
I
98 Extraordinaire
reopage . Mars , pour ne pas
tomber en défaut , vint compa
roître dans fes Terres ; & l'affaire
ayant efté examinée à fond
ayant
par les Areopagites , il y eut enfin
fix Dieux qui opinerent en
faveur du Dieu Mars , lequel les.
avoit fortement follicitéz, & le
délivrerent du fuplice qu'il méritoit.
Plufieurs Autheurs font
foy de ce jugement , comme Hellanic
. 1. Hift . Alex . ab Alex . 1.
3. c. 5. & l. 4. c. 11. & l . 6. c. 31 .
cal. Rhod. 1. 7. c. 17. Budaus in
pandectis Erafm . in Chiliad. Les
Habitans de Rome naiffante fe
gouvernerent fans Loix dans
leurs commencemens , jufqu'à
ce que le premier de leurs Roys
partagea la Ville en trente Quar.
tiers , qui furent appellez Curia,
du Mercure Galant.
99
& qu'il fit des Loix & des Or
donnances neceffaires qu'on ap
pella Leges Curiata . Ses Succef
feurs firent pareillement plufieurs
Loix que Sextus Papyrius,
durant le regne de Tarquin le
Superbe , recueillit en un feul
Livre , c'eft ce qui fut appellé
Fus civile Papyrianum . Quelque
temps apres ,toutes ces Loix qui
avoient efté établies par autorité
Royale , furent abolies entiere.
ment , lors que les Romains,
pour vanger la mort & l'honneur
de la chafte Lucrece, fecoüerent
le joug de la Monarchie. Ils
envoyerent enfuite chez les
Grecs , environ trois cens ans
apres la fondation de Rome ,
certaines Perfonnes choifies pour
en apporter des Loix , fur lef
I ij
2.
THEQUE
DE
LA
BIBLIO
LYON
#1893
VILLE
100 Extraordinaire
quelles ils vouloient jetter les
fondemens de leur Republique
naiffante. Titelive. 5. decad. 1. &
Aulugelle 1. 17. c. 21. affurent
qu'on n'y envoya que trois
Hommes , & que les Decemvirs
furent élus à Rome apres le retour
de ces trois Ambaffadeurs,
qui apporterent ces Loix écrites
fur des Tables d'Yvoire ou d'Ai.
rain , fi nous en croyons Denys
d'Halicarnaffe lib. 10. Ces Decemvirs
, qui eftoient Appius
Claudius, Titius Genutius , Publius
Feftius , Lucius Veturius ,
Cajus Julus , Aulus Manlius ,
Publius Sulpitius , Publius Curiatius
, Titius Romulius, & Spu
rius Pofthumius , eurent enfuite
le pouvoir d'interpreter ces
Loix , & fuivant le confeil d'un
du Mercure Galant. 101
certain Hermodore d'Ephefe ,
ils y en ajoûterent deux autres ,
d'où eft venu la Loy des douze
Tables, de laquelle il nous refte
encore quelques Fragmens qui
parlent des ceremonies des Anciens
envers leurs Dieux , du
Droit public , & du Droit privé .
Jus triplex Tabula quod terfanxere
quaterna
Sacrum, privatum, populi commune
quodufquam eft. Aufone.
Les Romains avoient une fi
grande veneration pour ces Loix ,
qu
les faifoient apprendre
par coeur à leurs Enfans , témoin
Ciceron . Difcebamus pueri duodecim
, ut Carmen neceffarium , quas
jam nemodifcit. 2. de legib. Cnejus
Flavius, Greffier d'Appius Clau-
I iij
102 Extraordinaire
dius , ayant pris le Livre où fon
Maître avoit ramaffé ce qu'on
appelloit Legis actiones , le donna
au Peuple, quien recompenfe le
fit Tribun & Sénateur , & ce
Livre fut appellé de fon nom
Jus civile Flavianum , de la meſ.
me maniere que le Livre de SextusÆlius
fut apellé fus Ælianum.
Quelque temps apres, la Populace
s'eftant brouillée avec le
Sénat , fit fes Reglemens qui fu
rent appellez Plebiscita ; mais
comme cette multitude ne caufoit
que de la confufion & du
trouble dans Rome , les Sénateurs
firent des Ordonnances
qu'on nomma Senatas confulta.
Tiberius Corumcanius fut le
premier qui commença d'enfeigner
les Loix en public un peu
du Mercure Galant. 103
་
avant le temps du Decemvirat .
Appius Claudius, de la mefme
Famille que le premier des Decemvirs
, dont il porte le nom ,
fut un tres fçavant Jurifconfulte,
& fit un fort beau Livre des
Ufurpations, lequel nous n'avons
pas ; c'eft luy qui trouva la lettre
R. La fcience de Sempronius
dans les Loix, le mit fi fort
au deffus des Hommes de fon
fiecle , qu'on luy donna le nom
de Sophos, c'eſt à dire Sage. Cajus
Scipion Nafica, que le Sénat fit
appeller optimus , fut fi renommé
pour fa doctrine , qu'on luy
acheta aux dépens du Public, un
fort beau logement dans la Voye
Sacrée , afin qu'il fuft plus aifé
aux Romains de l'y aller confulter
touchant leurs affaires.
I iiij
104
Extraordinaire
Quintus Mucius qui alla à Car
thage demander à ces Rivaux
de l'ancienne Rome , ce qu'ils
aimoient mieux , ou la paix ou
la guerre, fut un très- habile Jurifconfulte
. Sextus Elius , &
Publius Ælius , vinrent enfuite
avec Publius Attilius, auquel le
Peuple donna le nom de Sage.
Sextus lius , qu'Ennius loüc
fi fort , fit un Livre intitulé
Tripertita, où il explique la Loy
des douze Tables , qui a trois
viſages, comme nous l'avons déja
dit. Marcus Cato , Chef de la
Famille Porcia , nous a laiffé
plufieurs Livres du Droit . Publius
Mucius , Brutus , & Man
lius, s'adonnerent avec fuccés à
l'étude du Droit Civil ; le premier
compofa dix Livres , le
du Mercure
Galant. 105
fecond fept, & le troifiéme trois.
Publius Rutilius Rufus , treshabile
Jurifconfulte, fut Conful
à Rome , & Proconful en Afie.
Paulus Virginius , & Quintus
Tubero, fe diftinguerent apres
par leur fcience & par leur doarine.
Cælius Antipater s'adonna
avec un plus grand foin à
l'éloquence du Barreau qu'à l'étude
du Cabinet , auffi bien que
Lucius Craffus , que Cicéron
appelle le plus éloquent de tous
les Jurifconfultes de fon temps.
Quintus Mucius, Grand Pontife,
qui eut une infinité d'Ecoliers
fous luy , compofa dix- huit Livres
du Droit Civil , Aquilius
Gallus, Balbus Lucilius , Sextus
Papyrius , Cajus Juventius , furent
enfuite connus pour leur fcience
106 Extraordinaire
*
& pour leur doctrine . Saricius
Sulpitius , depuis le reproche
que luy fit un jour Quintus Munius
, s'adonna fi fort à l'étude
du Droit Civil , qu'il compofa
plus de cent quatre- vingts Livres
, de maniere que le Peuple
Romain luy fit dreffer une Statuë
apres fa mort . Plufieurs ha
biles Gens vinrent enfuite, com.
me Alfenus Varus , Cajus , Aulus
Ofilius , Titius Cæfius , Aufidius
Tucca , Aufidius Namufa,
Flavius Prifcus , Cajus Attejus
Pacubius, Labeo Antiftius , Cinna
, Publicius Gellius , parmy
lefquels les plus fameux furent
Varus qui fut Conful , & filius
Chevalier Romain , grand Amy
de Céfar , qui fit de fort beaux
Livres , où il parle de la Jurif
du Mercure Galant. 107
$
-
diction & des Edits du Préteur.
Trebatius , & Aulus Cafcelius,
parurent apres eux ; celuy - là
eftoit plus fçavant que celuycy
, quoy qu'il ne fuft pas fi
éloquent. Tubero Patricius tresprofond
dans le Droit, eft celuy
qui accufa Quintus Ligarius,
que l'Orateur Romain défendit
avec tant d'éloquence . Attejus
Capito, Grand Jurifconfulte, fut
Conful à Rome. Labeon Antiftius,
que la grandeur de fes lévres
fit appeller ainfi , refufa le
Confulat des mains d'Augufte,
pour s'adonner avec une plus
grande liberté à l'étude des Loix.
Le premier fe contenta de demeurer
dans les opinions de fon
Maiftre , fans vouloir rien in .
nover , le fecond, fecouru de la
1
108 Extraordinaire
force de fon efprit , & de la profondeur
de fa doctrine, entreprit
de bouleverfer toutes les Loix,
& voulut rafiner par deffus tous
les grands Jurifconfultes qui s'ef
toient rendus celebres dans l'é.
tude du Droit ; ce qui fit une
efpece de Schifme dans laJurif
prudence. Voicy ceux qui fuivirent
le party d'Attejus Capiton.
Le Chevalier Maffurius qui
eut la permiffion de profeffer en
public du temps de l'Empereur
Tibere ; Cajus Caffius Longin ,
Neveu de Tuberon , & petit
Neveu de Servius Sulpitius , qui
fut Conful à Rome dans le temps
que ces deux Sectes furent appellées
, l'une celle de Caffius
l'autre celle de Proculus , bien
qu'elles euffent pris naiffance de
du Mercure Galant. 109
Capiton & de Labcon . Cælius
fut fort eftimé du temps de Vef
pafien . Prifcus Javolenus
, Valens,
Tufcien, & Julien , fuivirent
auffi le mefme party . Les Sectateurs
de Labeon furent Nerva ,
grand Amy de Céfar , Proculus
qui fit appeller de fon nom le
party qu'il fuivoit , Pégale qui
fut Préfet de la Ville , Celfus
le Pere & le Fils auffi bien que
Prifcus Neratius . Cecilius Gallus
enfeignoit le Droit à Rome,
du temps d'Aulugelle , qui en
fait mention dans fes Ouvrages,
& nous affure qu'il fit un Li
vre de la fignification des mots
qu'on employe dans le Droit
Civil. Ulpian , natif de Tyr ,
fut un tres- fçavant Jurifconfulte
du temps de l'Empereur
110 Extraordinaire
Adrien, duquel il fut Secretaire .
L'Empereur Juftinien s'appli
qua avec un tres- grand foin à
faire mettre dans un feul Livre
toutes les Conſtitutions de fes
Prédeceffeurs , & toutes les Loixqui
eftoient parfemées avec plus .
de confufion que d'ordre dans
les Codes Gregorien , Theodofien
, & Hermogenien . Il fut
fecondé dans cette entrepriſe,
de dix fameux Compilateurs fort
verfez dans la Jurifprudence ,
dont voicy les noms , Jean Leontius
, Phocas , Bafilides , Thomas,
Tribonien , Conftantin' , Theo.
phile , Diofcore , & Præfentin,
Ces beaux efprits firent le Code.
Juftinien , qui fut reveu & corrigé
par Tribonien , Dorothée,
Conftantin, Menna, & Jean , &
du Mercure Galant.
1 le tout fous l'autorité de Juftinien
, qui vivoit l'an de la fondation
de Rome 1400. & de N. S.
647. Le Code fut fait l'année
troifiéme de fon Empire , fous
le Confulat de Decius en 649.
Il ordonna enfuite à Tribonien,
Conftantin , Theophile, Dorothée,
Anatolius , Cratinus, & à
dix autres habiles Jurifconfultes,
de lire toutes les Loix qui a
voient efté faites jufques alors,
& ils firent les Pandectes & le
Digefte avec l'approbation de
l'Empereur en 654. Quelque
temps apres Tribonien , Theophile
, & Dorothée , firent les
Inftituts par ordre de l'Empereur
, qui fit faire enfuite une
feconde édition de fon Code, à
Tribonien, Dorothée, Conſtan
112 Extraordinaire
1
tin , Menas , & Jean , auquel il
infera cinquante nouvelles Conftitutions
qu'il venoit de faire ,
ce qui fut appellé, Codex repetita
pralectionis. Prés de cent Ordonnances
furent auffi mifes
dans le Livre intitulé , Liber
Authenticorum , que quelques.uns
confondent avec celuy qu'on
appella Novella Conftitutiones.
Enfin toutes les Ordonnances
des Empereurs ont eſté renfermées
dans douze Livres , neuf
defquels font compris dans le
Code , & trois dans ce qu'on
appelle Volumen. Le Code contient
331. Rubriques & 3608 .
Loix , le Volumen 227. Rubri
ques & 954. Loix ; le Digefte
vieux 152. Rubriques & 2918.
Loix , l'Infortiat 101. Rubriques
du Mercure Galant.
113
& 2234. Loix , le Digefte nouveau
172 Rubriques & 2983
Loix. Quarnerius commença
d'interpreter les Loix à Boulogne
, apres avoir apris le Droit de
luy- mefme. Il fut fi fçavant &
fi habile dans la Jurifprudence ,
qu'on l'appelloit communément
Lucerna Furis. La premiere Somme
du Droit fut faite par Roger,
le Maistre de Rofredus de
Benevent. Placentin fit de fort
beaux Ecrits fur le Code & fur
les Inftituts. Jean Baſian de Cremone
fit une Somme tres - courte
furfles Pandectes l'an 1200. Son
Difciple Azon fit de belles Remarques
fur le Digefte vieux , il
eftoit fieftimé, que Balde l'appelle
Fons legum & was electionis.
Rofredus compofa de fort beaux
Q. d' Avril 1683. K
114
Extraordinaire
Ouvrages fur le Droit Civil &
Canon . Accurfe de Florence fit
une Glofe fur le Digefte , fur le
Code, fur les Inftituts , & fur le
Livre des Autentiques du temps
du Pape Gregoire IX . Innocent
IV . Genois , de la Maiſon de
Flifco , qui fut élevé au Pontifi
cat en 1270. apres avoir étudié
longtemps dans le Droit Civil
& Canon , fit les Décretales à
Louvain , & fon Chapelain Bernard
de Compoftella , fit un
tres-beau Commentaire fur le
premier Livre de ces Decretales.
Henry Cardinal d'Hoftie , écrivit
auffi ſur ce meſme fujer. Guy
de Buifio Archidiacre de Boulogne
, commença au mefine
temps le fixiéme Livre des De.
cretales. Boniface VIII. en1297-
du Mercure Galant.
ns
fit pareillement de beaux Ouvrages
qui nous reftent encore.
Jacques de Ravenne, Lorrain ,
Profeffeur en Droit & en Theo.
logie , Evefque de Verdun , écrivit
fur l'Infortiat, & fur le Code.
Pierre de Belba parut dans le
treiziéme Siecle , fuivy de Jacques
de Arena de Parmes , de
Barthelemy de Naples , & de
François Accurſe . Le Cardinal
Richard, qui fut un des Compilateurs
du fixiéme Livre des De
cretales , mourut à Gennes en
1314. Richard Malumbre de
Cremone , qui lifoit à Padou
du temps du Roy Robert , fut
alors foupçonné d'Herefie . Jean
André s'adonna avec une fi grande
application à l'étude du Droit
Canon , qu'il en eut une tres-
Kij
116 Extraordinaire
grande connoiffance , & écrivit
fur les Decretales , fur les Cle.
entines , & fur les Mercuriales,
il fit en 1347. un Livre intitulé ,
Opus Additionum fpeculi . On avoit
une veneration fi particuliere
pour luy , qu'un jour le Saint
Pere , au rapport de Nicolas
Everard , luy dit en le voyant
arriver à Rome , Soyez le bien
venu , la Lumiere du Monde. Jean
Fabry écrivit ſur le Code & fur
les Inftituts . Bartole de Picene
nâquit en 1309. & commença
d'étudier en Droit Civil à l'âge
de quatorze ans , fous fes Mat.
tres Jean Fabry , & Reiner de
Forlivio , il s'y rendit fi habile,
qu'on eut des déferences pour
luy plus que pour aucun de ceux
qui l'avoient précedé. En Eſpadu
Mercure Galant.
117
gne & en Portugal , lors que
dans un confeil les fentimens
des Docteurs font partagez fur
une affaire , l'opinion de Bartole
eft preferée fans contredit
par Ordonnance des Roys du
Pais.
Militia vexillafacræ fert Bartolus ,
errat
Qui fibi valt alium propofuiffe
ducem .
Balde compofa un Livre qu'il
appella Divinum Confilium , ſur
le grand Schifme d'Occident ,
en faveur d'Urbain VI . contre
le Pape Clement VII . Il mourut
en 1423. & fut enterré à
Pavie dans l'Eglife des Freres
Mineurs . Pierre de Ancha de
Boulogne , écrivit fur le fixiéme
des Decretales , & fur les Cle118
Extraordinaire
་
mentines. Raphaël Fulgofius , &
Raphaël de Come, eftoient en
vogue à Padouë en 1420. Iean
de Imola, apres avoir compofé
fur le premier, le fecond , le troifiéme
, & le fixiéme Livre des
Decretales , mourut en 1436.
lean Pontan commença de fe
faire connoiftre en 1430. Son
autorité fut d'un fi grand poids
dans le Concile de Bafle, qu'apres
y avoir fait condamner le
Pape Eugene , il fit rentrer tous
les Peres dans le party du Pape,
Enfin nous pouvons dire que
depuis ce temps la Iurifprudence
eft venue au plus haut degré
de fa perfection fous le
regne de
Louis LE GRAND , qui s'ap
plique avec un foin tout particu
lier à établir des Univerfitez dans
du Mercure Galant.
119
fon Royaume, pour y faire apprendre
le Droit à fes Sujets , il
tâche mefme d'attirer dans ces
Académies , par fes liberalitez
& fes récompenfes , les plus habiles
Iurifcofultes qui foient dans
le monde , pour pouvoir fournir
à la France des Docteurs qui
foient un jour capables de furpaffer
en fcience & en doctrine
les Cujas & les Bartoles . Toute
l'Europe unie a reffenty les effets
de fa puiffance , & toute la France,
tranquille par les foins , reffent
encore tous les jours les effets de
fa bonté & de fa juftice . Que
n'a-t- il pas fait pour bannir de
fes Cours , ces chicanes & ces
delais affectez , qui rendent
amers les fruits les plus doux
de la juſtice , felon le langage
120 Extraordinaire
du Prophete ? Toutes ces belles
& grandes actions , qui à
peine trouveront quelque foy
parmy nos Neveux , nous doivent
bien perfuader que noftre
invincible Monarque confacrera
fon nom à l'immortalité , en
établiffant les Loix par la lumiere
& par la droiture de fon
efprit ; comme il a fceu fe faire,
craindre & admirer de tout l'Univers
, par la force & par le
fuccés de fes Armes.
•
LA SELVE, de Nifmes.
Je vous envoye les Explications
en Vers , fur les deux Enigmes du
mois de Mars , dont les Mots eftoient
la Corde , & la lettre N.
1
du Mercure Galant. 121
L
I.
Ors qu'ilfaut deviner de gentilles
Enigmes,
Mercure, avec plaifir je reſve fur les
Rimes,
Et cela calme un peu mes amoureux
ennuis.
Je veux que l'agréable au curieux s'accorde;
Maisfi-toft que je voy qu'il y va de
la Corde,
Un Normad doit la craindre; au diantre
fij'ensuis.
C
DIEREVILLE, du Pontlevefque.
II.
Omme il nefait pas bon icy,
Fe paffe vifte à lafeconde,
Queje marque au milieu du monde,
Sans me donner plus defoucy .
III.
Le mefme.
Vousdevenez de tout mestier,
Mercure , je nesçay comment cela s'accorde.
Q. d'Avril 1683.
L
122 Extraordinaire
L'autre jour vous eftiez Potier,
Aujourd'huy vous eftes Cordier,
Et pour chef-d'oeuvre entier
Vous nous donnez la Corde.
CONSTANTIN RENNEVILLE.
IV .
N
eft fimple au milieu du Monde,
N eft double dans un Tonneaus
N qu'on voit ausein de l'Onde,
Nefe trouve jamais dans l'Eau.
RAULT, de Rouen.
V.
Oyant un Filou l'autre jour,
Apres l'avoir échapé belle,
Fouer encor un nouveau tour,
Je dis, c'est un Fripon qui n'a point de
cervelle;
Ce train, ouje me trompe fort,
Luy pronostique unfâcheuxfort,
Fay peur qu'avec l'Enigme un jour il
ne s'accorde,
Car ilfile déja fa Corde.
C. HUTUGE , d'Orleans,
demeurant à Metz.
du Mercure Galant.
123
VI .
De De deviner dans le Mercure
Des deux Enigmes le vray Mot.
D'abord jay deviné celuy de la premiere
,
Enfuite j'ay trouvé le fens de la der
niere .
Je demande qu'on paye, on me traite
de Sot.
La feconde n'eft qu'une Lettre,
Me dit- onpourme chagriner,
Elle n'a point de Mot à deviner.
Mercure, décidez, on doit vous le per
mettre,
Cela doit- il m'empeſcher de gagner?
CAUDRON, d'Abbeville.
VII.
Es Enigmesfouvent (pour moyje
te l'accorde)
Par leurfubtilité demandent un Devin,
L'air en eft délicat, le tour en eft tres-fin
Mais celle-cy montre la Corde.
Lejeune TADIRAM.
Lij
124
Extraordinaire
VIII.
Llefinit le ViN, l'Eau n'eft pasfon
Joûtien,
Ellefinie
Le MoNde ne feroit fans elle qu'une
mode:
D'ellepour demy- cent un bon Grec l'accommade;
Maisparmy les François elle aboutit
arieN.
IX.
Le mefme
Treis ce .... parait tout irritė,
Il cherche en vain le fens de la premiere
Enigme.
Mercure avecfes Vers eft injufte en
Ja Rime,
Dec
ainfi ce qu'il a merité.
DELANGE, de Falaife.
X.
Dieux!fije pouvois, trop aimable
Nannon,
Soulager mon amour autant defoisfans.
crime,
du Mercure Galant.
125
Qu'o'on peut fansfe gefner trouver dans
vostre nom
Dequoy former le fens de la feconde
Enigme.
83
Ab, j'irois quatre fois baifer avec ardeur
Cette bouche à mes yeux fi charmante
& fi belle,
Quatre fois ce beau fein l' Idole de mon
coeur,
Quatre fois ... mais, helas , vous etes trop
cruelle.
XI.
Le meſme.
Our le bien du Public, la Corde ef
P
neceffaire ,
Et pour le bien de l'Ame elle eft fort
falutaire.
Un Pendard n'en eft pas d'accord,
Lors qu'on lefait monter à la Potences
Un Capucin en récompenfe,
Enfe difciplinant , luy prouve qu'il a
tort.
DE LA TRONCHE , de Rouen,
Lüj
126 Extraordinaire
XII.
Our attraper le Mot de l'Enigme
Po
seconde,
Je cherchay , je fouillay jufqu'au centre
du Monde,
Je vifitay centfois le dedans d'un Tonnean,
courus, je voguay fur l'onde,
Sans me tremperjamais dans l'eau;
Mais mon efpérancefut vaine,
Et pour tout le prix de mapeine,
Je me vis attaqué d'un mal
Qui penfa bien m'eftrefatal;
La tefte m'en tournoit , la caufe eftoit.
dans l'N.
XIII.
P. L'HERMITE.
Ans les honneftes pafletemps .
DQue la bellefaifon m'accorde,
Mercure, je nefçay fii'ay perdu mon
temps,
Mais je n'ay trouvé qu'une Corde.
du Mercure Galant. 127
Si chez les Vertueux elle fe fait valoir,
Elle eft des Scélerats le jufte defefpoir.
L. BOUCHET, ancien Curé
de Nogent le Roy.
XIV .
CE qui fait de Nembrosh la lettre
initiale,
小
Ce qui de Nephtalifait le commencement,
Ce quifait de Nevers le premier ornement,
Ce qui nefe voit pointfur la Mer glaciale,
Ce qui felon mon fens fubfifte fans
peché,
Eft ce qui meparoift fous l'Enigme
caché.
XV .
Le mefme.
Ens devots, qui craignez de lire
GEIle Mercure,
Par un efprit trop fcrupuleux,
Vous luy donnez à tort une rude cenfure,
L iiij
128 Extraordinaire
En lefaifant paffer toûjours pour fcandaleux.
Il faut dire plutoft qu'il eft miraculeux
Pour les Efprits portez àfaire penitence,
Puis que pendant ce mois, une Corde à
la main,
Il veutfervir tous ceux qu'une humble
repentance
Engage à rechercher quelque fecours),E.
divin,
Pour purger les defauts que renferme
leurfein.
ALCIDOR, du Havre.
XVI.
'N fe voit toûjours dans le milieu de
L'Nfevoit
Monde,
Ellefe met deuxfois lors qu'on écrit
Tonneau;
Sans elle l'on nepeut produire le mot
d'Onde,
Mais neceffairement on s'en paffe pour
l'Eau .
Le mefme.
1
du
Mercure Galant . 129
XVII.
"Avoispeine à trouver le Mot de cha-
& que Enigme,
Lors que me promenant j'apperçens un
Moulin,
Dont un Vieillard qu'on nomme An-
Stime,
Defcendoit une Corde en main.
Bon, dis -je, affurément voila pour la pre
miere;
Puis eftant en bas defcendu,
Il fit un grand belas ! difant, jeſuis
Gre perdu,
Ma pauvre Afne fe meurt , elle cloft la
panpiere,
Fe la croy, fans mentir, à fon beure derniere.
Ho, ho , dis-je auffitoft , que vent dire
cecy?
Voila pour la feconde auffy;
Ce n'est pasune Afne de charge,
Mais une N de l'Alphabet,
Qui m'a plus fait chercher que nefait
unBarbet,
130 Extraordinaire
ง
Quandfon Gibier s'enfuit dans un lien
vafie & large.
XVIII.
Le mefme.
eft au milieu du Monde,
NAquatrepieds dans un Tonneau;
Neft toûjours deffus l'onde,
Elle n'eft jamais dans l'Eau.
LEPINAY BURET, de Vitré
en Bretagne,
XIX .
Vevoftre Enigme fent la Gorde,
Elle fait peur à bien des Gens,
Qui pour n'eftrepas indigens,
N'ont pas toûjours aimé la paix & la
concorde.
SYLVIE, du Havre.
XX .
Our vous dire en un Vers lefens de
Pour
voftre Enigme,
L'Alphabet me l'apprend , & IN me
l'exprime.
Le Medecin Amant de la belle
Manon de Xaintes.
du Mercure Galant.
131
Q
XXI.
Vi blame le Parnaffe, incague les
NeufSoeurs,
Et du grand Apollon méprife les douceurs,
Quifans refpect & fans miféricorde
Se moque de leurs Sectateurs,
Cefont Gens de Sac & de Corde,
Joueurs, Tvrognes , & Fumeurs.
Vi
La Belle Nourriture du Havre.
XXII.
peut eftre au milieu du Monde,
A quatre pieds dans un Tonneau?
C'eft une N toujours fur l'Onde,
Qui n'est jamais dans le mot Eau.
XXIII.
La mefme.
Honnavoléfur le minuit
Elas ! tout malheur me pourfuit,
On
Aes deux Flambeaux d'argent , ilsfont
marquez d'une N ;
132
Extraordinaire
Mais quoy, c'est mon Valet, quelqu'un
me l'a féduit.
Ne crains- tupaint, Maraut, qu'un Sergent
ne te prenne?
Ce n'eft pas affez qu'àgenoux
Tu demandes pardon ; pour moy, je te
l'accorde;
Mais fi d'orefnavant tu fais de pareils
coups,
Soudain tire de long, & prens garde à
la Corde .
L'Albaniſte de Rouen."
du Mercure Galent. 133
S$5:52225 52255252
Entiere Expofition d'unefeconde
Ecriture Univerſelle.
Po
Our peu que l'imagination
foit féconde , elle fournit
plus d'idées qu'on ne veut pour
les deffeins que l'on entreprend.
D'abord , Monfieur , je n'avois
penfé qu'à une forte d'Ecriture,
& dans la fuite je me ſuis trouvé
en poffeffion de deux . Je vous
ay fait part de l'une , dans ma
derniere Lettre , voicy l'autre.
Le fort de celle que vous avez
veuë , eft d'exprimer fes mots par
de diférens nombres primitifs ,
' quoy qu'elle n'ait pû raiſonnablement
s'empefcher d'en expri134
Extraordinaire
mer plufieurs par les mefmes. Elle
en a employé cent à l'expreffion
des articles , & des pronoms ; &
une bien plus grande quantité à
marquer les parties invariables
du difcours , & s'eft ainfi amplement
étendue à l'égard des autres
parties. La méthode que
vous allez voir eft toute contraire
à celle- là ; fon fort eft de fignifier
plufieurs mots par les mefmes
nombres , bien qu'elle ne fe puiffe
défendre d'en fignifier quelquesuns
par de diférens . Elle n'en
met que fix en uſage , pour la
des articles & des pro- marque
noms ; & que trois , pour celle de
toutes les parties invariables du
diſcours , & fe refferre de la meſ.
me maniere dans tout le reſte .
La méthode précedente a af
du Mercure Galant.
135
fez bien fuivy mon Projet du
Dictionnaire Univerfel dans l'expreffion
des eftres , & dans celle
des- verbes , quoy qu'elle en ait
pouffé les nombres beaucoup au
dela des bornes de ce Projet.
Celle- cy le fuit en tout , & avec
autant d'éxactitude qu'il eft polfible
; de forte qu'on peut dire
avec raifon , qu'elle eft leveritable
Extrait de ce Dictionnaire..
L'autre méthode ne s'eſt ſervie
des chifres auxiliaires , que pour
marquer les variations des mots,
& que pour diftinguer les articles
d'avec quelques pronoms,
certains verbes d'avec ces pronoms
& ces articles , & le gros
des verbes d'avec les noms fubalternes
des eftres . Celle - cy s'en
fert non feulement pour expri-,
136 Extraordinaire
mer toutes fortes de variations,
mais encore pour fignifier ces
noms fubalternes , & les attacher
ainfi plus particulierement à leurs
fources ou racines ; i bien que je
me trouve obligé d'affocier ces
chifres auxiliaires avec les primi
tifs , dans les expreffions du Dictionnaire
dont je vais donner
l'Echantillon , afin de ne pas recommencer
deux fois la meſme
choſe.
Voila les diférences les plus
confidérables de ces deux méthodes
. Les autres fe diront
bien.toft , mais pour celles qui
ne regardent que la maniere diverſe
dont j'employe les chifres
auxiliaires à l'expreffion des variations
directes , ou obliques des
mots , elles fe feront affez con
4
du Mercure Galant.
137
noiftre fans que j'en dife icy rien
davantage .
Echantillon du Dictionnaire
Univerfel , fuivant la Méthode
particuliere.
E divife ce. Dictionnaire en
ItroisParties , comme le precédent.
La premiere que voicy , exprime
tout ce qui eft étalé dans
le Projet , excepté les noms propres
des lieux , & des Perfonnes
celébres , que je déplace comme
dans l'autre méthode , pour
les raifons que j'y ay dites ; &
cette Partie contient par conféquent
plus que la premiere de
l'autre Méthode , les parties invariables
du difcours , & les proverbes.
La feconde Partie mar
M
Q. d'Avril 1683.
138 Extraordinaire
que les noms numéraux , & la
troifiéme comprend les noms,
exceptez que je viens de marquer.
On ne fçauroit fe paffer du
premier & du fecond membre de
cette divifion , à cauſe des deux
expreffions , la naturelle & l'é
trangere qu'ont les mefmes chifres
; & quoy que le troifiéme
puft eftre joint au premier , &
mis à fa fin , j'ay jugé à propos de
l'en féparer , pour ne le pas abandonner
tout entier aux grands
nombres, neantmoins il fera libre
de l'y réunir.
Je diftingue auffi comme dans
l'autre Méthode ces trois Parries
, par la diférente fituation de
leurs enfeignes. La premiere à la
fienne inferée , ou deffus. La fedu
Mercure Galant.
139
conde l'a inferée & deffous , ou
feulement deffous ; & la troifiéme
l'a inferée , & deffus tout enfemble.
Cet ordre n'eſt pas femblable
à celuy de la Méthode
précedente , à caufe des parties
invariables du difcours , & des
proverbes , qui n'occupent pas la.
mefme place en celle- cy , qu'en
celle- là , comme je le viens de
dire. Je me tais de l'expreffion
des voyelles , & des confonnes,
j'en feray mention à part à la fin
de cette Lettre , comme j'ay fait
à la fin de ma derniere .
Quant à la fignification des
enfeignes , celles que je mets fur
les chifres , celle que je place
deffous , & l'apostrophe qui eft
une des enfeignes inferées , marquent
en general les mefmes par-
M ij
140
Extraordinaire
ties du difcours dans les deux Méthodes
; mais il en va autrement
de leur détail , comme il s'y verra ,
& encore de l'autre enfeigne inferée
, je veux dire, de la divifion.
Vous avez veu , Monfieur,
que j'ay employé cette derniere
enfeigne de trois façons dans la
Méthode précedente. La premiere
, comme une barre ou ligne
droite , la feconde , comme une
barre courbe ; & la derniere ,
comme une barre circonflexe ,
& que j'ay marqué par la barre
droite les noms fubftantifs de
qualité , les adjectifs qui s'y rapportent
, & leurs adverbes ; &
de plus les trois temps de l'infinitif
de tous lès verbės , par la barre
Courbe , les autres temps & les
du Mercure Galant.
141
autres variations du verbe perfonnel
; &
par la barre circonfl
xe , celles du verbe imperfonnel.
?
L'ufage que je fais icy de ces
trois barres , a plufieurs chofes
femblables à celuy- là , & beaucoup
plus de diférentes, La barre
droite n'y aide bien à exprimer
les trois temps des infinitifs , mais
je m'en fers encore à marquer la
déclinaifon des pronoms perfonnels
, des articles , & de la plû
part des noms fubftantifs . La
barre courbe y contribuë de mef
me à fignifier les variations du
verbe perfonnel , mais de plus je
m'en fers à exprimer celles du
verbe imperfonnel , le gros des
pronoms , & la plupart des noms
fubftantifs , des adjectifs & de
+42 Extraordinaire
leurs adverbes ; & j'y employe
la barre circonflexe à marquer
feulement le refte de ces noms,
& de ces adverbes. Voila la conformité
, & la diférence de la fignification
de cette enfeigne
dans les deux méthodes .
Je fubdivife la premiere Partie
de ce Dictionnaire à l'imitation
du Projet. Les neuf nombres
fimples y expriment comme dans
le Chapitre préliminaire , les fix
cas de l'article , avec tous les pronoms,
& encore les parties inva
riables du difcours , que je réduits
à trois.
Les nombres de deux chifres y
marquent , comme dans les neuf
premiers Chapitres , toutes les
fortes d'eftres , avec leurs accom
pornemens.
2
du Mercure Galant.
143
Et les nombres de trois chifres
y fignifient , comme dans le refte
des Chapitres , les verbes , avec
les noms verbaux , mais je diſtingue
les verbes en deux , comme
les noms des eftres , je veux dire,
en principaux & enfubalternes ; &
ce n'eft que les verbes principaux
que je marque par trois
Chifres , j'en employe quatre à
exprimer les autres. C'eſt - là
l'ordre de cette premiere Partie,
& la divifion de fes chifres primitifs
. Voicy un Echantillon de
fon détail , & le commencement
du Dictionnaire .
1. fignifie l'Article general au
nominatif, & au vocatif , 2. au
genitif, 3. au datif 4. à l'accufatif,
s . au cas libre , & 6. à l'abla-
>
144
Extraordinaire
th . Jappelle cet article , article
general, parce qu'on le peut employer
au lieu du définy , ou de
l'indefiny , & pour toutes fortes
de genres . Ila efte auffi inventé
pour marquer fimplement les cas
dans les Langues , qui ne les diftin- »
guent point par de diférentes .
terminaifons. Il fera pourtant lilis
bre de s'en fervir dans cette Mé .
thode , parce que tout ce qui s'y
décline a fes cas diverfifiez , & exprimez
par ces mefmes chifres,
come dans la Méthode préceden
mais d'une maniere diverfe,
ce qui s'éclaircira dans la fuite :
Les expreffions de cet article general
doivent avoir une barre fur
elles , & c'eft ce qui les diftingue
des pronoms & des articles parti .
culiers qui ont la barre inferée , &
re ,
que
du Mercure Galant.
145
que j'exprime par les mefmes chifres
à l'exemple du Projet. Et
ainfi cèt article fait icy une exception
aux regles generales,
comme dans l'autre Méthode ;
mais de peu de confidération
veu
fon peu d'étenduë , & veu la liberté
qu'on a de s'en paffer , en
toutes deux .
J'avois dit dans ma Lettre de
la Grammaire Uuiverfelle
, que
je mettrois les pronoms au genre
libre. Toutesfois cette abbré.
viation m'ayant moins plû dans
la fuite , que la diftinction des
trois genres , d'où réſulte une
plus parfaite expreffion ', j'ay reformé
ce principe dans ma Lettre
de voſtre XIX . Extraordinaire
page 299: lors que j'y ay
marqué que je diftinguerois
les trois
Q.d'Avril
1683.
N
146
Extraordinaire
genres dans les adjectifs , & que j'é
tendrois mefmes cette diverfité jufqu'auxpronoms
perfonnels. En effet
je l'ay pratiqué de la forte dans la
Méthode précedente , & j'en
ufe de mefme en celle - cy . Ainfi ,
1't , fignifie je , ou moy , premier
pronom perfonnel au maſculin .
1'2 le fignifie au feminin, 1'3 , ay
genre libre.
J'attache à la fuite de ce pro.
nom , les pronoms poffefifs qui
luy appartiennent .
1'4 . fignific mon ou le mien au
mafculin. 1's . ma ou la mienne au
feminin , 1'6 . mon ou le mien au
genre libre. 1'7 . fignific noftre ou
le noftre au mafculin . 1'8 . noftre
où la noftre au feminin 1'9 . noftre
ou le noftre au genre libre.
1101. fignifie le pronom de
du Mercure Galant. 147
I
mon Pais au mafculin , 110z le fignifie
au feminin. 1103. au gere
libre. 1104 fignifie le pronom
demaFamille au mafculin. i 105.
au feminin. 106.au genre li
bre. 1107. fignifie le pronom
de ma Religion au mafculn : 1 108 ,
au feminin. 109. au genre
libre.
1201. 1 À 202. I1 ~ 203. figni-~
fient le pronom de noftre Puis en
fes trois genres. 1204. &c.celuy
de noftre Famille , & 1207.
& c. celuy de noftre Religion, s
C'eft ainfi que je joints fans
confufion , & fans équivoque , les
dépendances & les dérivez à
leurs ſources ou racines ; & c'eſt
auffi , Monfieur , le grand fecret
de cette Ecriture. Vous jugez
bien par ce debut , que j'ay le
Nij
148
Extraordinaire
champ libre pour ajoûter un
bien plus grand nombre de pronoms
à la fuite du premier perfonnel
, fi je le veux ; mais je ne
trouve pas à propos d'y en mettre
davantage , parce que ceuxlà
font les feuls qui luy appar
tiennent naturellement , & je ne
puis avoir de meilleure regle que
la nature.
2'1. fignifie tu ou toy , fecond
pronom perfonnel au mafculin .
2'2 . le fignifie au feminin. 2'3 . au
genre libre. Comme ce pronom
a des fuites égales au premier , je
les exprime de mefme . Leur diférence
n'eft que dans leurs chifres
primitifs.
3'1 . fignifie il oufoy , troifiéme
pronom perfonnel au mafculin.
3'2 fignifie elle 3'3 . il. Ce pronom
du Mercure Galant.
149
a auffi des fuites pareilles aux précedens
; mais je luy en donne
encore d'autres , & je luy joints
qui ou lequel, avec les pronoms
d'interrogation. Ainfi ,
3301. fignifie qui ou lequel,
pour la Perfonne. 3304. le fignifie
pour la choſe. 3307.
pour les deux. 33 404011.. fignifie
qui? qui eft- ce qui ? 3 ~ 404. qui
eft là ?qui va là ? 3 407. quel? lequel?
3 for . fignifie qui ou lequel
des doux , de luy ou de l'autre , &c.
Je n'ay marqué que le genre mafculin
de ces pronoms , parce
qu'il eft aifé de former les deux
autres genres , fur le modele des
pronoms precédens .
Apres les trois pronoms perfonnels
& les fuites que je leur
donne , je place les trois articles
Particuliers,
150
Extraordinaire
4. fignifie le article définy.
4'2 . la , 43. le 5'1 . fignifie un article
indéfiny , 5 ' une . 5'3. un 6's.
fignifie l'article double , ou le
pronom l'un l'autre, &c. L'ufage
de ces articles eft plus exact que
celuy de l'article general , &
quoy qu'on s'en puiffe paffer,
auffi bien que de luy , au moins
des deux premiers , on pourra
pourtant, s'en fervir pour plus
d'amphafe , comme j'ay dit dans
l'autre Méthode , ou les exclure
pour abreger.
Fajoûte à leur fuite les autres
pronoms pour l'exécution du
Projet, mais je laiffe fans employ
leurs fix derniers chifres auxiliaires
fimples , tels que font 4'4.
4's. 46. 4'7. & c . 5'4. 6'4. &c.
afin qu'il y ait une diſtance redu
Mercure Galant.
151
marquable entre ces articles &
ces pronoms , & je mets dix - huit
pronoms apres chacun de ces Ar
ticles.
Ainfi 4 101. fignifie un , l'un .
4104. un certain . 4 107. quelque,
quelqu'un . 4 201. il , le , cet,
& C.40 c.4 301. l'aprochant. 4 ~ 405 .
autre , un autre. 4501. cet autre
4 601.Véloigner, &c.
5 101. fignifie quiconque, &c.
& 6 101. fignifie le refte des
pronoms,
Il feroit inutile de les raporter
tous. Il fuffit de faire connoiftre
la maniere de les exprimer . J'au
rois pû les placer à la fuite des
trois chifres
primitifs des pronoms
perfonels , & on le pourra
faire fi on le veut ; mais j'ay crú
en devoir charger auffi ceux des
Niiij
152
Extraordinaire
articles , afin qu'eſtant diftribuez
en plus de chifres primitifs , il y
ait entre eux une diférence plus
facile à obferver.
7. feul , ou fuivy d'un , ou de
plufieurs chifres , avec fon enfei
gne fous luy, fignifie les adver
bes ordinaires , & les interje
ctions. 8. de mefme, exprime les
conjonctions ; & 9. les prépofi
tions. Voicy quelques exemples
de leurs expreffions, & premierement
des adverbes.
7. fignifie d'accord, 71. oũy, 72.
non , 73. ne , ne pas. 74. plus , 75-
moins , 76. auſſi , autant , 77. bien,
fort, beaucoup , 78. mal , peu , 79.
entre deux , paffablement , ny bien
ny mal.
711. fignific oüy en verité, €712,
du Mercure Galant.
153
non feurement , 713. ne , ne point,
Les expreffions des adver
bes eftant achevées , qui montent
à deux cens ou environ , comme
je l'ay dit dans l'autre Méthode,
les interjections commencenr.
s
7201 fignifie belas ! 7202. ah,
ah ! ohimé ! 7203, ah Dieu ! ô Dieux!
jufte Ciel ! &c.
8. fignifie la conjonction &,
81. la fignific encore, 82. fignifie
ny ,83.ou , fait.
2
9. fignifie la prépoſition en ,
dans , 91. dedans, 92. prés, auprés,
proche, 91. chez , 94. avec, &c.
C'eft ainfi que j'exprime les
parties invariables du difcours, &
on less pourra pouffer fi loin
qu'on voudra , pourveu que l'on
commence toûjours leurs ex154
Extraordinaire
preffions par leur chifre de diftinction
, qui eft le premier en chacune.
La diférence qu'il y a dans
cette Méthode entre les adverbes
ordinaires , & ceux des adjectifs
, eft que les ordinaires ont
leur premier chifre , ou chifre prémitif
borné à 7. & ont tous les
autres libres , au lieu que les adverbes
des adjectifs commencent
par toutes fortes de chifres , ainfi
que les noms d'où ils dérivent,
& féterminent par 7.
Sur cela , Monfieur , il eft bon
de vous avertir que dans les ex
preffions de toutes ces parties invariables
, il n'y a que le premier
chifre qui foit primitif , & que
tous les autres font auxiliaires ; &
que je ne mets l'enfeigne fur ces
du Mercure Galant, 155
expreffions , que pour les faire
connoiftre avec plus de facilité
& de promptitude , mais que
dans le fonds , c'est comme fi je
l'inferois entre leur premier chifre
, & ceux de fa fuite , & que
je marquaffe par exemple , 71.
7-19.& 7, 201, au lieu de figurer
75.719. & 7201. avec l'enfeigne
fur eux .
Il en eft de mefme de l'expreffion
de conjonctions & des prépofitions,
comme de celles- là ; ce
qui fait voir que je n'employe pas
davatage que le Projet, de chifres
primitifs , à marquer toutes ces
parties invariables , contre ce
quivous a pú fembler d'abord.
Quant aux premieres de leurs
expreffions , qui confiftent dans
un feul chifre avec l'enfeigne fur
156
Extraordinaire
Tuy , comme font auffi celles de
l'article general , on ne peut pas
changer cette enfeigne en inferée
, puis que ce chifre eft feul,
& n'a point de fuite . Toutesfois
on le pourra , fi on le veut , mais
il faudra fupofer un zéro apres
l'enſeigne , & comme s'il y avoit
7'0.8'0. 9'0 . au lieu de 7. 8. 9 .
feuls , avec le trait deffus.
Voila la maniere dont j'exprime
diſtinctement par les feuls
nombres fimples , tout le détail
des cinq ou fix parties du difcours
qui font contenues dans les neuf
premieres Sections du Projet.
Je fignifie enfuite par les nombres
de deux chifres , tous les
noms principaux , & les fubalternes
des eftres , qui font comdu
Mercure Galant. 157
pris avec leurs dépendances dans
les quatre vingts dix Sections fui.
vantes.
10. eft la marque de la premiere
de ces Sections , & le nombre
primitif du fouverain des
eftres. Je vais rapporter les chifres
auxiliaires dont je me fers
pour fon expreffion , & pour celle
de fes attributs genéraux , & de
fes particuliers,
10'1 . fignific eftre , nom princi
pal & attribut general . 10'2. fignifie
fubftance , nom de mefme
nature 103. fignifie efprit, nom
de mefme,10'4. fignifie Dicu ..
Voicy les dépendances du nom
eftre, 10 100, fignifie la qualité ,
effence. 10 10. fon adjectif au
mafculin , effentiel. to 102. au
feminin , effentielle. 10 103. au
3
3
158
Extraordinaire
genre libre, ou effentiel, & 10 171 .
fon adverbe effentiellement.
Voicy les noms fubalternes
qui regardent ce nom principal.
101001.fignifie
unité . 10 1002 .
verité. 101003 bonté, &c.
Voicy les dépendances de cès
noms fubalternes. 101101. fignifie
l'adjectif d'unité au mafculin
, ou un. 101102. au feminin
, ou une. 101103. au genre
libre , ou un . 101171. fon ad.
verbe.
५५
10 1201. fignifie l'adjectif de
verité au mafculin , ou veritable.
10 1202. au feminin . 101203 .
au genre libre. 0 1171. fon ad .
verbe, veritablement. 101301. fignifie
l'adjectif de bonté au maf
culin , bon. 101302 au feminin,
du Mercure Galant.
159
ou bonne. 10 1303. au genre 11-
bre , ou bon. 101371. fon adverbe
, bonnement.
Telle eft l'expreffion de tous.
les noms principaux , de tous
les poms fubalternes , & de
la dépendance des uns & des
autres , & il eft prefque inutile
que j'en rapporte d'autres exemples
, d'autant que vous jugez
bien par celuy - là que 10 201.
fignifie fubftantiel. 10 301.
Spirituel, & 10 400. divinté.
10 401. divin, 10 471. divinement.
104001. indépendance.
10410. indépendant.
10 4171. indépendamment,
104002. fimplicité. 104003.
immutabilité. 104004 infinité,
&c.
Neantmoins je vais encore ajoû.160
Extraordinaire
ter icy l'exemple des Animaux
à quatre pieds , afin que l'un ferve
d'éclairciffement à l'autre.
46'1 fignifie Animal à quatre
pieds en general . 46'2 . fafemelle.
46'30 464. leur Petit: 46'5 .
leur Petite. 46'6. leur Troupeau.
46'7. celuy qui en a foin. 46'8.
celle qui en a foin. 46'9 . leur gifte
ou leur retraite.
46100. fignifie la qualité de
l'Animal. 46101. fon adjectif.
46 171. fon adverbe , 46 ~ 200.
la qualité de fa femelle. 46 201.
fon adjectif. &c. 46400. la
qualité de leur Petit. 45 500.
la qualité de leur Petite, &c.
46 1001. fignific Elephant.
46 2001. fignifie Dromadaire.
463001. Chameau. 46 ~ 4001.
Cheval, &c.
du Mercure Galant. 161
Quant au détail , 46 ~ 4001 .
fignifie Cheval. 404002.
Cavalle. 464003. Hongre.
46 4004. Poulain . 46 ~ 4005,
Poulaine. 464006. Haras.
46 4007. Ecuyer. 464007 .
Palefrenier. 464008. Ecuyere.
46 4008". Palefreniere.
464009. Ecurie.
S
464100. fignifie la qualité
du Cheval. 464101 , fon adjectif.
46 4171. fon adverbe.
46 ↳ 4200 , la qualité de la Cavalle.
46 4300, la qualité du
Hongre , &c. Il en eft de mefme
des dépendances de tous les autres
noms qui font compris dans
cette neuvaine , chacun a fa qualité
, fon adjectif , avec fes trois
genres diftincts & fon adverbe .
Jay dit dans ma Lettre de la
Q.d'Avril 1683. O
162 Extraordinaire
Grammaire Univerfelle , que je
mettrois les noms de Dieu , &
des Efprits , au genre mafculin,
mais j'ay penfé depuis qu'on n'y
devoit mettre que ce qui eftoit
doué du fexe mafculin , & que
tout le reste appartenoit au genre
libre. L'obfervation qu'il faut
joindre à cette réforme , eft qu'il
n'y a que l'es pronoms & les noms.
adjectifs , dont je marque les
genres par les chifres ; ceux des
noms fubftantifs font marquez
par la nature , & cela fuffit . Ce
n'eft pas que quand j'ay à exprimer
des noms fubftantifs qui font
doüez de fexe , je ne leur affigne
toûjours des auxiliares , qui ont
du rapport avec les genres des
adjectifs , mais dans le fonds ces .
chifres n'expriment que l'ordre
du Mercure Galant. 163
des fubftantifs dans les neuvaines
, & s'ils fignifient auffi le
genre , ce n'eft que par rencontre
& par accident . Cette obferva .
tion eft pour la Méthode précedere,
auffibien que pour celle- cy .
Vous avez veu , Monfieur,
dans cette premiere Methode,
qu'où la fécondité du détail des
Sections excede les bornes ordinaires
, j'ay recours pour y fournir
aux trois accents Grecs , que
je nomme pour cet effet a cents
d'augmentation , que je les place
fur le dernier, chifre de mes expreffions
abondantes , & puis fur.
le penultiéme de leurs quatre
primitifs , pour ne pas embaraf.
fer leurs deux premiers , d'aucun
mélange , à caufe qu'ils marquent
leurs fources ou racines.
O ij
164 Extraordinaire
Cette feconde Méthode recourt
auffi dans le beſoin à ces accents,
mais la crainte de l'embarras
dont je viens de parler , l'em
pefche de les mettre fur les chifres
primitifs de fes expreffions
lors qu'elles n'en ont que deux,
& les luy fait placer fur leurs chi
fres auxiliaires ; & comme ces
chifres font d'ordinaire au nom.
bre de quatre également fufcepti
bles de ces accents , il en refulte
une fois autant d'expreffions di
férentes que dans l'autre { Mé .
thode , c'est à dire, 3402.000
Je me fers auffi comme elle,
du premier de ces accents à d'au
tres ufages , ce qui a déja paru
dans la maniere dont j'ay diftin
gué le caractere du Palefrenier,
d'avec celuy d'Ecuyer, & ce qui
du Mercure Galant. 165
1
paroiftra dans la fuite .
Apres l'expreffion des eftres,
& avant celle des verbes , je place
les proverbes , comme j'ay
propofé de le faire dans le Projet,
& j'employe à les marquer , les
nombres de trois, & de quatre
chifres qui finiffent par un zero,
avec la barre fureux , à commencer
par 110. 120. 130, & c. comme
dans l'autre Méthode.. Surquoy
il faut obferver , que c'eft comme
fi je les exprimois par deux ,&
par trois chifres primitifs avec
l'apostrophe inferée ,
& que le
zero fuft auxiliaire , & que je
marquaffe par exemple , 11'0,
12'0. 101'0. 102'o. &c. au lieu de
110. 120, 101o . & 1020, avec la
barre deflus.
166
Extraordinaire A
Je les divife auffi en neuf clefs,
comme dans la Méthode précedente
, & ce que j'en ay dit là,
fervira icy, puis qu'il n'y a point
d'innovation , & qu'il feroit inu
tile de repeter deux fois la mefme
chofe.
Les verbes s'expriment dans le
Projet , par les nombres de trois
chifres , & j'imite cet ordre à l'é
gard des verbes principaux .
100-10. fignifie eftre defoy- me/me,
ou parfa propre vertu , verbe affir
matif. 100-20. fignifie devoir fon
eftre , fon oppofé ou négatif.
100-30 & 100-30 . les retours d'a
ction de ces deux verbess
100-40 . fignific estrefouverain,
dominer 100 50. efire fujer, dépendre
100. 60. & 1006' . leurs.
f
du Mercure Galant. 167
retours . 100.70. fignifie ere de
tout temps. 100-80 . eftre de nouveau,
fon négatif. 100.90 . & 100-90,
leurs retours. Ces verbes font
particuliers à cette Méthode, &
apartienent en general à la dixjéme
Section qui regarde Dieu &.
fes attributs , & fe forment com
me il fe voit , par l'adition d'un
zero primitif à fon nombre 10.
101-10. fignifie eftre ou exifter,
&c. 101-40 . fignifie paroiftre.
20150. eftre inviſible. fon negatif.
101 70. agir. 101-80 . eftré fans
actions Ces verbes font deubs au
non eftre , que j'ay exprimé par
10'1. par où l'on connoift la maniere
dont ils fe forment , qui eft
par le changement du chifre auxiliaire
du nom en chifre primitif,
& parla jonction au nombre
168 Extraordinaire
de la Section . Uſage qui eft
commun à la compofition de tous
les autres verbes particuliers qui
ont trois chifres primitifs. Ainfi,
102-10. fignifie fubfifter. 103-10,
penetrer. 104-10 . creer. 104-20.
aneantir. 104 30. & 104-30. les
retours d'action de ces deux der.
niers verbes. Il en eft de mefine de
la fuite des précedens , & de celle
des fuivans. 104-40. fignifie conferver.
104 59. délaiffer ou négli
ger , &c. verbes qui appartiennent
àfubstance , à efprit , à Dieu.
105-10 .fignifie commencer, 195-20.
finir.105 40.continuer, &c. verbes
detravail dont Dieu a donné l'é.
xemple à l'Homme.
460-10. fignifie fervir de nourriturc
nourir. 460-40 . porter.
460-70. tiver. verbes qui appar
tiennent
du Mercure Galant. 169
tiennent en general aux Animaux
à quatre pieds , qui font de
fervice .
1461.10. couvrir. 461.40 . & c.
verbes qui appartiennent au
mafle. 462-10 . fignifie retenir.
462-40. eftre pleine . 462.70 . faire
Petits, &c. verbes qui appartiennent
à la femelle . 463-10 . & fui
vans , verbes qui appartiennent
au Hongre. 464-10. & c. ver
bes qui appartiennent au Petit
, &c .
Quant aux noms verbaux qui
dérivent des verbes principaux ,
ils s'expriment par leurs troischifres
primitifs , voicy leurs fubftantifs
.
Un feul chifre auxiliaire , marque
les fubftantifs qui contien-
Q.d'Avril 1683. P
170 Extraordinaire
nent l'action ou la paffion du
verbe , & trois auxiliaires expriment
les autres. Ainfi,
104'1 . fignifie creation. 104101
fignifie Createur. 104 102. Creatrice.
104 103. fignifieroit le
nom du temps , fi le verbe creer
en avoit un , comme regner à regne
, & comme veilleir & veillir,
ont veille & veilleffe . 104 104.
fignific Creature , relation directe...
104 105. Creature , encore fil'on
veut le premier au gere mafculin ,
& l'autre au feminin, 10, 106 .
fignifient le nom de l'Inftrument,
fi ce verbe en avoit un, comme
encenfer à Encenfoir , & comme
mefurer à Mefure. 104 107. &
104 108. fignifieroient auffi
des noms de relation indirecte
s'il en avoit , comme boire
3
du Mercure Galant.
171
&
à beuvetier & beuvetiere ;
104 109. fignifiroit le nom du
lieu , s'il y en avoit , comme regher
à Royaume , & comme boire à
Beuvette. Le tout par rapport à
l'autre Méthode .
Les adjectifs des verbes s'expriment
par quatre auxiliaires .
1044101. fignifie le premier
adjectif du verbe actif conferver.
104 4201 : le fecond.1044301 .
le troifiéme. 1044401. fignifie
le premier adjectif du verbe
paffif eftre confervé. 1044501. le
ſecond . 104 4601 , le troffiéme .
104 ~ 4701. fignifie le premier
adjectif du verbe meflé , fe conferver.
104 4801. le fecond , &
104 4901.le troifiéme.
Tous les autres noms fubftantifs
ou adjectifs des verbes , fe
Pij
172
Extraordinaire
marquent par ces mefmes chifres
auxiliaires.
Les verbes fubalternes s'expriment
par les nombres de
quatre chifres primitifs. Ainfi,
101-10. fignifie unir . 1011 20,
def -unir. 1011-30 . réunir. 1011-30 .
redef-unir. 1011-40.joindre. 1C11-50,
divifer, disjoindre. 1011-70 . affembler.
1011-80, feparer , &c.
1012-10. fignifie dire la verité,
1012-20 . mentir.
1013-10 . fignifie abonir. 1013-20.
empirer. 1013-40. ameliorer. 1013-50 .
déteriorer. 10r3-70. rendre par.
fait. 1013-80 . fon negatif, verbes
qui appartiennent aux qualitéz
naturelles de l'estre.
4640-10. fign, hennir. 4640-40.
&c. verbes qui appartiennent en
du Mercure Galant . 173
general à Cheval , à Cavalle,
à Hongre , & encore au fecondternaire
de leur neuvaine.
4641-10. fign . faillir. 4641 40 .
&c . verbes qui appartiennent au
Cheval. 4642-10 . fignifie retenir..
4642 40. eftre pleine . 4642-70,
poulainer , verbes qui appartien
nent à la Cavalle , & c.
4647 10. fignifie monter à che
val. 4647-40. aller à cheval.
4647-70. exercer le Cheval , faire
manége , verbes qui appartiennent
à l'Ecuyer . 4647-10.fignifie
panfcr.4647-40.étriller. 4647-70
bouchonner , verbes qui appartiennent
au Palefrenier.
T
Il faut remarquer que des
verbes generaux de quatre chifres
, fe forment par l'adition du
premier & du fecond chifre
P iij
174
Extraordinaire
auxiliaire dés noms, à qui ils appartiennent,
aux chifres primitifs
de ces noms. Ainfi , 4640-10 .
verbe general qui fignfie hennir,
vient de 464001 , caractere du
Cheval , ou de 46
4002. caractere
de la Cavalle , ou de
464003 caractere du Hongre,
& c. mais les verbes particuliers ,
fe forment par l'adition du premier
& du quatrième auxiliaire.
Ainfi, 4641 10. verbe particulier
qui fignifie faillir , vient de
464001 , caractere de Cheval.
4642 10. verbe de mefme , qui
fign. retenir, vient de 46 - 4002.
caractere de la Cavalle, &c.
Vous voyez par là , Monfieur,
qu'il n'y a pas un ſeul nom à qui
cette Méthode ne, puiffe attribuer
particulierement trois verdu
Mercure Galant.
175.
*
bes affirmatifs , trois negatifs , &
fix de retours d'action , fans
compter les verbes genéraux ou
communs , & à qui elle n'attribue
toutes ces fortes de verbes,
fuivant fa nature & fa portée ;
d'où il réfulte pour cette feconde
Ecriture , une abondance infinie
d'expreffions exactes & délicates ,
qui n'a point fon égale dans
la précedente , ny dans aucune
autre.
न
Les noms de ces verbes fube
alternes , ont quatre chifres primitifs
comme eux , & leurs auxi
liaires font tels que ceux des
noms des verbes principaux.
Ainfi , 1012'2 . fignifie menterie , ou
menfonge. 1012 201. fignifie
menteur, 1012 202. menteufe.
1012203. & C,
*
176 -Extraordinaire
10122101. fignifie le premier
adjectif actif du verbe mentir.
10122401. fignifie le premier
adjectif paffif , & 10122701.
fignifie le premier adjectif du
verbe mellé.
SECONDE PARTIE.
L
..
Es nombres qui demeurent
en leur nature , & qui ne
fignifient rien d'étranger , font
le fujet de cette Partie , comme
dans l'autre Méthode . Elle met
comme elle , une enfeigne particuliere
fous leurs chifres , qui eft
une barre droite pour les nom.
bres cardinaux , & une courbe
pour les ordinaux. Je fuppofe
Pune & l'autre , pour épargner
de la peine à ceux qui s'en fervi
du Mercure Galant.
177
ront, & voicy quel est le refte
de leur expreffion
.
Les nombres cardinaux peuvent
/ eftre.confiderez comme
indéclinables , & comme déclinables
. Si on les employe de la
premiere façon , ils n'ont befoin
que de leur enfeigne particulière ,
mais fi on les met en ufage comme
déclinables , il leur faut ajoûter
l'enſeigne inferée. Ainfi .
z'ï fignifie deux au mafculin du
nombre pluriel , parce que le nom
n'a point de fingulier , non plus
que tous ceux des nombres qui le
fuivent . 2'2 . le fignifie au feminin.
2'3 . au genre libre . 2'4 . fignifie
double au mafculin. 2'5 . le fignifie
au feminin . 2'6. au genre libre .
2.71 . fignifie deux fois , adverbe .
8-74 fignific doublement , autre
178 Extraordinaire
adverbe. 2 40. fignifie doubler.
2 50. fignifie dédoubler. 2-60. redoubler.
2-6′o.redédoubler. 2: 401 .
doubleur. 2402. doubleufe.
2403. doublement. 1406. duplicité.
Ces deux derniers nons
occupent ces places qui demeureroient
vuides , parce que ces
verbes ne marquent ny la cir
conftance du temps , ny celle de
l'inftrument , & ils pourroient
difficilement eftre mieux placez
ailleurs que là. 24101. fignifie
le premier adjectif actif du verbe
doubler. 24401. fignifie le
premier adjectif paffif. &
24701. le premier adjectif du
verbe mellé. Sur le modelle de
l'expreffion de ce nombre , on
peut former les expreffions de
tous les autres.
du Mercure Galant.
179
L'ordinal , deuxième, par exem
ple fe marque comme deux , &
au fingulier auffi-bien qu'au pluriel
, fecond comme double , druxiémement
comme deux fois , fecon.
dement comme doublement, ſeconder
comme doubler , & c. leurs caracte
res ne diferent que par la diver-
-fire des barres qu'ils ont fous eúx.
Il faut pourtant fçavoir , que
pour marquer la deuxième fois ou
- lafeconde fois , on doit employer
le 8. au lieu du 7. qui eſt deſtiné
l'expreffion des adverbes ordinaires.
Ce qui fe fait fans danger
d'équivoque.
Ainfi il fe voit qu'il en est de
mefme de l'expreffion des nombres
ordinaux,que des cardinaux;
& que cette Méthode ne tombe
pas dans l'embarras de la prèce180
Extraordinaire
dente , au fujet de leurs verbes
negatifs , de leurs verbes de
retour d'action , & des noms qui
dérivent des uns & des autres.
Les exemples quej'en ay rappor
tez , fuffifent pour apprendre à
marqueravec toutes leurs dé- les
pendances.
DERNIERE PARTIE.
CE
Ette Partie regarde les
noms des Lieux , & des
Perfonnes celébres , & fe borne
à leurs expreffions . Elle a une
enfeigne particuliere fur les 'chifres
qui marquent ces noms,
outre l'inferée , comme dans
l'autre Méthode. Je fupofe cette
enfeigne particuliere , voyez l'autre
avec fes chifres .
du Mercure Galant. 181
11. fignifie l'Afie . 1'4. Afiatique
au mafculin . r's . au feminin . 1'6 .
au genre libre, 1'71 . Aſiatiquement,
adverbe,
21. fignifie l'Europe. 31. l'A
frique. 41. l'Amérique, s' . la
Terre Auftrale .
11 ' . fignifie la Chine. 11'4.
Chinois. 11'5. Chinoife , & c . 12'1.
la Tartarie. 13'1 . le Japon. 14'1.
l'Inde Orientale , & c.
11-01 . fignifie Foby , premier
Roy de la Chine. 11.02 . Xinnung,
deuxième Roy. 11-03 . Hoang,
troifiéme Roy, &c. H-09. le
neufviéme Roy. II 100. le
dixieme Roy. 11 101. l'onziéme
Roy, &c. 11 200, le vingtiéme
Roy. 300. le trentiéme.
11909. le quatre- vingts- dixneuviémę
.
£82 Extraordinaire
II1001. fignifie Canton , pre- ;
miere Province de la Chine .
II 1004. fon adjectif Cantonnois .
11 2001. Quamfi , feconde Province.
113001. Yunxan₂ troifié
me Province, & c .
111101. fignifie Canton , Ville
Capitale de la Province de Canton.
I 1104. fon adjectif Cantonnois.
111201. feconde Ville
de cette Province . 11 1301. troifiéme
Ville , & c. 12101. fignifie
la Ville Capitale de la Province
de Quamfi. 113101, celle de la
Province d'Yunxam , & c.
1111101. fignifie un Homme
celébre par la valeur , de la Ville
de Canton . I11102 . une Femme
fameufe par la mefme qualité.
II 11201. un Homme celébre
par la fageffe , du mefme lieu.
du Mercure Galant.
183
11 11301. un Homme celébre
par les Sciences de ce mefme lieu,
&c.11 12101. unHomme illuftre
par la valeur , de la feconde
Ville de la mefme Province.
11 13101. un Homme pourveu
de la mefme qualité , de la troifiéme
Ville , & c. 11 21101. un
Homme eftimé par la valeur , de
la feconde Province. 1131101. ,
un Homme en mefme eſtime, de
la troifiéme Province , & c .
, pour
Le premier accent d'augmentation
, eft employé icy comme
dans l'autre Méthode
marquer les Etats , les Provinces,
& les Villes confidérables des
Provinces , qui font au dela de
neuf, & pour redoubler auffi le
nombre des Perfonnes celebres .
Cet accent fe met fur le chifre
184
Extraordinaire
3
auxiliaire , dont on veut agmen
ter l'expreffion . 11 feroit fuperflu
d'en rapporter des exemples, cet
ufage eft affez intelligible fans.
leur fecours , & l'on en peut voir
dans la Méthode précedente , fi
l'on en a befoin .
Voila , Monfieur , un Echantillon
du fecond Dictionnaire
Univerfel dans fes trois Parties,
& le chemin ouvert pour leur
donner toute leur étendue , avec
ordre , & fans peine. Je fuis
voftre, & c .
DE VIENNE- PLANCY.
Sa
du Mercure Galant. 185
S2-SSSSS2S52525: 52
RELATION D'UNE
Fefte donnée aux Dieux par
Neptune. dans fon Palais , à
l'occafion de la Naiffance de
Monfeigneur le Duc de
Bourgogne
.
"
LA
A Seine n'eut pas plûtoſt
informé Neptune de l'heureufe
naiffance du Prince, Petit-
Fils de Louis XIV . que ce
Dieu , pour faire mieux éclater
fa joye , dépefcha un Triton vers
Eole , pour l'inviter à la Feſte
qu'il préparoit. Par cet Exprés,
il le prioit d'envoyer à l'inftant
par toute la Terre , comme au
186 Extraordinaire
Ciel , & mefme aux Champs.
Elifées , des Vents pour donner
avis à toutes les Divinitez de fe
rendre inceffamment dans fon
Palais. Toutes chofes fe trouverent
preftes à leur arrivée , ce
puiffant Dieu de la Mer n'ayant
eu befoin que d'une parole, pour
rendre ce Palais auffi magnifi
que & auffi pompeux qu'il le
devoit eftre pour une Fefte de
cette importance . Des Murs de
Criftaux s'éleverent en un inf
tant , & ils furent extraordinairement
illuminez par les Aftres
qui estoient attachez à leur
voûte, comme autant de Luftres
fans prix ; le Soleil ayant laiffe
ces Aftres dans l'onde , afin de
fournir la carriere . Des Rubis ,
des Saphirs , des Emeraudes, des
du Mercure Galant. 187
Opales, & une infinité de Pierreries
mifes en oeuvre dans ces
Murs fuperbes, rendoient encore
une lueur furprenante . La Salle
où le Feftin eftoit préparé, avoit
d'un côté des Cartouches qui
s'échapoient des Feftons de Rofeaux,
Ornement convenable à
la demeure du Dieux des Eaux .
Ces Feftons regnoient un peuplus
bas que la Corniche de la
Voute. On avoit , mis des Rofeaux
tout autour de ces Cartouches,&
on les avoit compofez
chacun d'une écaille de Tortue
de Mer , à peu prés de l'étenduë
d'une Rondache ou Bouclier
où fe voyoient les Devifes qui
fuivent. Mais pour faire que
graveure en paruft . davantage ,
des grains de fable d'or pris dans
la
Q ij
188
Extraordinaire
quez
le Pactole , avoient efté appli
dans les rayes gravées fur
ces Ecailles. Le premier Cartouche
contenoit une Devile
pour Loüis LE GRAND. Le
corps de la Devife eftoit un Trident
fur une Mer , & avoit ces
mors pour ame,
Hoc moventur, & fedantur.
Pour marquer que comme
Neptune peut agiter les Flots
de la Mer & les calmer d'un
coup de Trident ; de, mefme le
Roy de France , qui méritè fi
bien de porter le Sceptre, a luy
feul le pouvoir de mettre en
guerre tous les Peuples de l'Europe
, & de leur rendre la Paix ,
Dans le fecond Cartouche eftoit
la Deviſe de la Reyne, dont une
du Mercure Galant. 189
"riche Perle faifoit le Corps , ani
mé de ce Vers ,
Fe fuis riche dedans autant que par
› debors.
Ce qui faifoit entendre que les
perfections du coeur de cette
grande Princeffe , ne le cedoient
point à celles de fon corps. Le
Cartouche fuivant repréſentoit
un Dauphin , avec ces paroles,
Comitate & præftantia.
A caufe que Monſeigneur le
Dauphin n'eft pas moins recommandable
par fa douceur
que par fon rang . Madame la
Dauphine avoit dans fa Deviſe
une Syrene, avec ces mots,
Mavoix enchante les Mortels .
En effet, cette Princeffe parle
d'une maniere fi jufte , qu'elle
charme tous ceux qui l'enten190
Extraordinaire
dent. Le dernier Cartouche ren
fermoit la Deviſe du petit Prin
le corps eftoit une branche
de Corail expofée à l'air , envi
ronnée de ce Vers,
ce ;
On verra croiftre aujour maforce &
ma vertu.
a
Voila ce qui fe voyoit à l'un
des côtez de la Salle. De l'autre
eftoient autant de Cartouches,
mais dans la mefme fituation
que ceux des Devifes. Les Armes
des mefmes Perfonnes Royales
eftoient arborées dans ces Cartouches.
Le jeune Prince eſtant
l'ame de la Fefte , Neptune avoit
fait mettre fon nom fur le Mur ,.
qui faifoit le fond de la Place,
I eftoit marqué en groffes lettres
capitales de Rubis , de Nacre,
& de Coquillage, avec tout
du Mercure Galant.
191
il
l'artifice & toute la richeffe pof.
fible ; & au deffus de ce nom ,
y avoit un Daiz qui le cou
vroit, enrichy de toute forte de
Pierreries du travail d'Amphi .
trite . Des quatre coins du Daiz
pendoient quatre Couronnes
que des Syrenes avoient cteillies
fur des Plages diférentes . Les
deux Couronnes qu'on voyoit
fur le devant , eftoient de Laurier
& d'Olivier , les deux autres
du fond , d'Epics & de Rofes,
pour marquer que ce jeune Prince
ayant pris naiffance en un
temps , où par les foins de Louis
LE GRAND fon Ayeul, regnoient
la Vertu & la Paix , l'Abondance
& les Plaifirs , il ne pouvoit manquer
d'eftre heureux , riche , puif-
Lant, & glorieux toute fa vie . Au
192 Extraordinaire
bas du Mur s'élevoit , un Trône
fur le creux d'une large Conque.
La Salle eftant fuperbement
préparée de cette maniere, & le
Couvert mis , les Dieux fe rendirent
tous au Palais de Neptune;
mais Jupiter arrivant des derniers
, & fendant la foule des
Tritons pour entrer dans la Salle,
Mercure qui le précédoit le
Caducée fur l'épaule , crioit,
place, place à Fupiter , & enfuite
s'adreffoit aux Dieux de cette
maniere. Affurément Jupiter a
plus de fujet qu'aucun de vous ,
de fe réjouir de la naiffance du
Duc de Bourgogne , puis que
ce jeune Prince doit eftre un
jour des Succeffeurs de Francion
, ce Francion fi chery de
Jupiter , qu'il le déroba à l'em-.
brafement
du Mercure Galant.
193
braſement de Troye . Depuis ce
temps-là ce Troyen , & tous ceux
qui luy ont fuccedé, ont efté les
Favoris de Jupiter , plus particulierement
que tous les autres
defcendans du Héros . Tous les
Dieux tõbant d'accord de cette
verité, alleret embraffer la cuiffe
à leur Souverain , & chacun luy
baifa la main l'un apres l'autre ;
apres quoy Jupiter commença le
premier à fe depoüiller du férieux
& de la contrainte , & les
autres Dieux à fon exemple ne
penferent qu'à la joye . Ils fe
mirent à table fur des Sieges de
Mouffe , & d'abord ils donnerent
fortement fur l'Ambroisie
qui eftoit accommodée de cent
façons diférentes , mais délicates .
Cependant les Fluftes douces,
Q.d Avril 1683. R
194
Extraordinaire
& les Hautbois faifoient une
Symphonie charmante . Echo ,
qui s'eftoit multipliée dans tous
les coins du Palais , rendoit le
Concert plus agreable. Durant
le Repas , la converſation roula
fur ce que Loüis XIV. avoit
toutes les vertus des plus grands
Héros. On affura qu'il parloit
bien , & faifoit de mefme ; &
qu'il gouvernoit l'Empire des
François avec tant de prudence,
qu'il méritoit de gouverner tout .
le Monde ; Que jamais on n'avoit
veu un Monarque plus digne
de porter le Diadéme ; &
que comme on ne verroit jamais
fon pareil , il eftoit à fouhaiter
pour les Sujets qu'il fe vift beaucoup
de Succefleurs de fon vivant
, afin qu'il les portât luy-
1
du Mercure Galant.
195
mefme à la vertu par
fon
exemple.
Cela donna lieu à Apollon
de compoſer fur le champ cette
Epigramme.
LES
Es Dieux ayant comblé de gloire
LOUIS cet illuftre Vainqueur,
'Luyfont naître en ce jour un ſecond
Succeffeur,
Pourde ce trait encore embellir fon
Hiftoire.
Couvert defes Lauriers , dans un heureux
repos,
LOUIS für fon Modelle éleva des
Héros.
Chaque Dieu s'efforça d'imiter
Apollon , & voulut donner
des Vers fur le mefme fujet. Il
n'y eut pas jufqu'à Momus qui
n'en montraft. Comme il luy
eft impoffible de fe démentir fur
fes manieres badines & folaftres,
Rij
196
Extraordinaire
il tira de fa poche plufieurs Papiers.
Sur l'un eftoit , Requeste
aux Dieux , pour envoyer en France.
un fecond Moliere . Sur un autre
on lifoit , Avanture touchant le
Cramoify. Sur un autre encore ,
Beauté de Philis comparée à une
Haye d'Epines. Enfin fur le quatriéme
Papier eſtoit , Sonnet en
Bouts-rimez , au fujet de la Naiffance
du Duc de Bourgogne. C'eſt
un Impromptu , dit- il, qui m'eſt
échapé ce matin dans l'Anti-
Chambre de Jupiter , lors qu'on
y parloit d'aller chez Neptune.
Le Peigne à la main , & demandant
s'il eftoit jour chez ce
Dieu , j'ay révé aux Boutsrimez,
& avant qu'il m'ait fallu
le falüer, j'ay achevé le Sonnet,
Vous verrez bien qu'il eft fait
du Mercure Galant.
197
pour eftre montré dans la Fefte
que donne Neptune .
SONNET.
Ans ce Palaisfuperbe où l'on voit
D
Jupiter,
Efculape au befoin noftre Pharmacopole,
Silene, avec fon Fils Bacchus ce bon
Frater,
Et la venerable Ops , cette vieille
Nicole ;
3
Où Coclus eft auffi , cet impuiſſant
Pater,
Mars qui dans lesCombats pourLOUIS,
caracole,
Thémis dans le Barreau quifait tant
difputer,
Neptune fur les Eaux qui régit la
Bouffole;
**
Où fe trouvent encor l'Echanfon im;
mortel,
R üj
198 Extraordinaire
La Concorde, & la Paix, fans crainte
du Cartel,
Et le Dien qui fait naître une amourenfe
affaire;
03
Enfin , où l'on rencontre avec le Dien
des Vers ,
Chaque Déeffe, & Dien de ce vafte
Univers,
S'ils ne bûvoient au Duc , èb
droient-ils faire?
que vou
Tous les Dieux fe mirent à rire
fur la fin de ce Sonnet , & il n'y
en eut aucun qui ne fe fift donner
du Nectar, Momus voyant qu'-
Apollon s'impatientoit & hauf
foit la tefte ; Il me femble, dit - il ,
que le Dieu des Mufes méprife
& critique mon Sonnet. J'avouë
qu'il n'a pas les marques d'un
chef-d'oeuvre de la verfification
Françoife , mais auffi il faut tomdu
Mercure Galant.
SE
YON
ber d'accord que la concluon
en eft affez bonne , puis qu'a s
fin de fa lecture tous ceux de la
Réjouiffance fe font mis à boire.
Ii eft vray que les Dieux cele..
brerent fi bien la fanté du Prince
nouvellement né , & qu'ils bu
rent tant , que Momus au fortir
de table , eftoit de l'opinion de
Copernic , & tenoit avec luy
que la Terre & l'Eau tournoient,
& que le Ciel eftoit immobile.
Ils pafferent tous dans une autre
Salle pour y prendre d'autres
divertiffemens. Neptune qui retient
dans l'onde toutes les Images
des corps qui s'y préfentent ,
en avoit choifi les plus belles
pour en orner cette Salle. On y
voyoit de tres - beaux panchans
de Rives couverts d'Arbres &
R iiij
200 Extraordinaire
d'Herbes fleuries , des Oifeaux
d'un plumage extraordinaire ,
des Perſonnages au naturel contre
les Murs , comme un Nar.
ciffe, & d'autres , fur tout une
Philis qui fe miroit dans l'eau
quelquefois, & qui fe faifoit mille
Adorateurs. Ce qu'on ne doit
pas ômettre, c'eft que la Renommée
ayant
ayant fouvent parcouru les
Mers avec le Portrait de Loüis
LE GRAND fur la Banderolle
de fa Trompette, & quelquefois
avec ceux des Princes de la Maifon
Royale , ces Portraits s'y
voyoient en parade , enrichis de
riches Broderies. Au fond de la
Salle eftoit un Theatre, où l'on
repréſenta la Comédie en préfence
des Immortels , DesTritons
& des Syrenes joüerent les rôles
du Mercure Galant. 201
de toute la Piéce. Dans les Entre
actes, on dança un Ballet , dont
le fujet eftoit la deſtinée de M
le Duc de Bourgogne . Dans la
premiere Entrée , des Tritons habillez
à la Françoiſe alloient confulter
la Sybille de Cumes, pour
fçavoir d'elle jufqu'à quel degré
de gloire montera un jour ce jeune
Duc . La Sybille leur jettoit
des Feuilles , fur lesquelles il
eftoit écrit que ce Prince dans
toute l'étenduë de fa vie , aura
trois Maiſtreſſes , à fçavoir, la
Vertu , la Sageffe , & la Gloire.
Dans la feconde Entrée paroiffoit
l'Enfance , accompagnée de
ſes jeux. La Vertu , la Sageffe, &
la Gloire , s'y trouvoient auffi ,
mais fans qu'on puft bien les dif
tinguer. La troifiéme Entrée
202 Extraordinaire
eftoit l'Adolefcence, & à fa fuite
les Exercices de la Dance , des
Armes , & du Manege. Les plaifirs
de la Chaffe , du Jeu, & d'au
tres convenables à un Prince
bien élevé, fe mêloient dans cet
te Entrée. Les trois Maiſtreſſes
deſtinées au jeune Duc, y venoient,
mais ayant le vifage plus
découvert que la premiere fois.
Dans la quatriéme Entrée l'Age
viril fe montroit. La Guerre , la
Paix , arrivoient fur le Theatre,
& les trois Maiftreffes ne manquoient
pas de s'y trouver avec
toutes les Livrées qui les diftin.
guent. La cinquiéme Entrée
eftoit compofée de la Vieilleffe ,
du Repos, & de la Tranquillité.
La Vertu , la Sageffe, & laGloire,
y paroiffoient dans tout leur jour,
du Mercure Galant. 203
& eftoient mefme embellies . On
n'eut pas plûtoft finy le Ballet,
& par conféquent la Comédie ,
que les Dieux témoignerent eftre
fatisfaits de l'un & de l'autre . Ils
tomberent d'accord tout d'une
fois que fi le jeune Duc cheriffoit,
jamais les trois Maiftreffes
que luy donnoit la Sybille , avec
autant d'ardeur que Lours LE
GRAND les cheriffoit , il feroit
digne que l'Empire François por
tât fes Lys plus loin que ne volerent
autrefois les Aigles Romaines
, & que le Soleil n'en
vit jamais les ruines , comme il
voit à préfent celles de Rome qui
fut fi floriffante . Ils fortiret apres
cela , mais dans la réfolution de
fe fignaler tous par de magnifiques
réjouiffances , afin qu'on
204
Extraordinaire
pulife dire effectivement
que
la
joye que fa Naiffance a caufée
eft univerfelle , & que l'on en
voit des témoignages
au Ciel
auffi bien que fur la terre .
DE LA SALLE, Sieur de Leftang.
Voicy plufieurs Madrigaux qui
ont eftéfaits fur les deux Enigmes
du mois d' Avril, dont les Mots eftoient
la Cheminée & le Louis
d'or.
Cak
I.
Hacun pouffe divers defirs;
Pour moy , je mets tous mes plaifirs
A boire aupres dufen lors que l'Hyver dufen
nous glace.
La Cheminée eft mon réduit,
J'y pafferois toute la nuit,
Si Bacchus avec moy tenoit toûjoursfa
place.
DE LA TRONCHE, de Rouen.
du Mercure Galant.
205
v
II.
A fentnom d'un Héros ton E- nigme feconde
S'explique bien à mon avis;
Car de tous les Héros du monde.
Je ne reconnois qu'un Loüis.
VN
DE RAMPAN , Ecuyer .
ordinaire du Roy,
III.
N Prureur de ma Patrie,
D'ailleurs Homme defainte vie,
La crainte de Dieu dans le fein,
Fut un jour voir un Capucin.
Làfantifiant fes rapines,
Il nommoit desfaveurs divines
Les biens qui luy fautoient aux yeux,
Aforcedefaire des Gueux.
F'admire en verité, dit -il, la Providence,
L'argent chez moy vient en telle abondance,
Que mes fens enfont ébloüis.
Un jourfeul me vaut mieux qu'aux au❤
tres une année,
206 Extraordinaire
Et l'on diroit que par ma Cheminée
Le Cielfait pleuvoir des Louis .
P. DE LA CROIXx , de Beauvais .
IV.
METErcure réuffit en tout ;
Il n'eft rien, comme on voit, dont il ne
vienne à bout;
Sa genérofité ne peut eftre bornée ;
Il nousfait tous les mois despréfens aſſez
doux,
Et graces au dernier de tous,
Maintenant la Cuiſine eft par tout bien
ornée,
Il nous avoit donné Tournebroches &
Pots,
Cramailleres, Chénets , & d'autres Vftenciles,
Qui loin d'eftre mal-a-propos ,
Eftoient des Pieces fort utiles,
Cependant à mon gré la meilleure y manquoit,
Un chacun de nous s'en choquoit,
Et plaignoit fortfa deftinée ;
du Mercure Galant. 207
Mais ce Dieu clairvoyant calme tout
aujourd'huy ,
Il nous donne la Cheminée ,
Dont on avoit befoin pour chaffer cet
ennuy.
LE Dieu
V.
DE GRAMMONT .
E Dieu Mercure tout furpris
Des auguftes vertus de nostre grand
Monarque,
Les publie avecfoin, & par ses beaux
Ecrits
Le veut rendre immortel en dépit de la
Parque.
On le voit plein d'ardeurpour ce Héros
parfait ,
Il en parle en tous lieux d'une noble
maniere,
Il aime tout de luy jufques à fon Portrait,
Sur tout quand l'or enfait l'éclatante
matiere.
Onfçait que jusqu'icy ce Métal prétieux
208
Extraordinaire
A toujours éblouy ses yeux;
Et dans fon Enigme derniere
Il ne peut s'empefcher de nous marquer
encor
Sapaffion particuliere,
Tant pour Lours LE GRAND, que pour.
le Louis d'or.
VI.
Le mefme.
Mercure, àquoy bon tant tourner?
Lors qu'une Cheminée à nos befoins
utile
Eft fortfale, & tres-difficile,
Eft- ce trop d'un Louis pour la bien ramonner
?
L'Honnefte Homme de Chaſtillon ,
Commis aux Aydes à Troyes.
-VII.
D'Alcidalis, qu'on croit plein de
tranquilité,
L'ame eft aife nent mutinée;
On le voit pour un mot , d'un visage
irrité,
Fumer comme une Cheminée.
L'ALGERIEN, de Paris .
du Mercure Galant. 209
Non
VIIL
On, belle Iris, je ne fuis point
volage,
J'aimerais mieux perdre le jour,
Que de manquer pour vous d'amour;
Mais je veuxfuir le Mariage
Comme un écueilfatal aux plaifirs amoureux
.
Reftons, toujours Amans , brûlons de
mefmes feux,
Rien n'eft plus doux que noftre vie,
Nous la paffons dans les ris & les jeux ;
Et fi demain l'Hymen nous lioit parfes
noeuds,
De cent chagrins cuifans nous la verrions.
Suivie.
Dés qu'on eft marié, l'on ſe trouve bien
pris,
Adien les jeux, adieu les ris ,
On a bien d'autres foins en tefte ,
Que defonger à quelque Fefte.
L'amour aujourd'huy qui nous plaift,
Alors cefferoit de nous plaire;
Nous trouvons noftre dîné preft ,
Q. d' Avril 1683.
S
210 Extraordinaire
Sans prendrefoin de cet apreft ;
Ce feroit une étrange affaire,
S'ilfalloit nous- mefme lefaire,
N'ayant peut-eftre pas dequoy
Pourfaire bouillir la Marmite,
Car entre vous moy
Noftre Bource eft petite,
Et nous aimons tous deux àfaire un bon
repas.
Croyez moy, belle Iris, que ce deffein
vous quitte;
Pour fatisfaire à ce grand embarras,
Ilfaudroit des Louis , & nous n'en avons
pas.
DIEREVILLE , du Pontlevefque .
IX .
Oy qui nous aprens des nouvelles ,
Mercure , fçais- tu bien ce qu'on dit dans
Paris?
Vrayment à ton fujet on en conte de
belles,
Jamais je ne fusfi furpris.
On dit que fous la Cheminée
A faire des Louis tupaſſes tout le temps:
du Mercure Galant. 211
C'est un meftierfatal à noftre destinée ,
Je ne fçais comment tu l'entens ;
Ma's pour moy je crainIrois , comme bien
& autres Gens ,
De mal pafer quelquejournée .
X.
Leftoit de ma deftinée
Le mefme.
D'entrer au rang des beaux Efprits,
Quant Mercure dans fes Ecrits
Baftiroit une Cheminée .
L
CHARTRAIRI , de Semur.
X I.
'Or vant toujours fon prix,
Et de foy- meme eft agreable;
Mais rien ne le rendplus aimable
Que le nom de Louis .
X II.
Le mefine.
N'Est-ce pas trouver un Trèfor,
Quand pour gayment paffer une froide
journée ,
L'on rencontre en Hyver, pres de la
Cheminée ,
Sij
212 Extraordinaire
Bacchus , les Ris, lesfeux, lesPaifirs
d'accord?
•
Qu'heureuse eft cette deftinée,
Sur tout lors qu'il n'en coufte argent, ny
Louis d'or!
PA
B. D. B. à
l'Anagramme,
Le Blond joly.
XIII.
Auvre Mercure , belas ! quelle eft ta
destinée!
Toy qu'on a toûjours crû le Meffager des
Dieux,
Quitteras-tu cet employ glorieux
Pour ramonner la Cheminée?
C. HUTUGE , d'Orleans,
demeurant à Metz.
XIV.
Ans Louis on périt de faim,
Sans Louis rien ne ss'exécute,
Sans Louis chacun nous rebute,
Sans Louis nul ne tend la main.
Le mefme.
du Mercure Galant .
213
D
XV .
Ans cette belle Cheminée
Que Mercure nous a donnée,
Jay bien trouvé des Loüis d'or .
On m'a dit que c'est un Trésor,
Et que j'en dois eftre plus chiche ;
Peut- eftre aurois-je le malheur,
Comme on ne me croit pasfort riche,
D'eftre pris pour Faux- monnoyeur .
L'Amant d'Uranie .
XVI.
E croyoisvoir un Monfire en voyant
voftre Enigme;
Mais , Galant Mercure, on l'eftime,
Et j'en admire lafaçon ;
C'est une Cheminée, elle est belle, com .
mode,
Et d'unfort habile Maçon.
Qu'il travaille bien à la mode!
ax
Fumera-t-elle ? non , elle eft du Sieur
Germain,
Qui dans cet excellent Ouvrage
Extraordinaire
214
A bien voulu mettre la main.
Lesplus experts en diront davantage.
La Belle Nourriture du Havre.
Q
XVII.
U'un Louis d'or chez moy déménagefouvent!
Fay beaule careffer, il est tout arrivant,
Quand j'ay le déplaifir de voir qu'il me
délaiffe,
Et que ce Vagabondfait une autre Maitreffe.
Ah,fi ce beau Portrait nous donne tant
d'ennuis,
Nousfache tant quand il nous quitte,
A quel preſſant malheur est une ame
réduite,
Quand on est délaiffe d'un Roy comme
LOUIS?
SD
XVIII.
La mefme.
Ur le point de finir l'agreable lecture
Des deux Enigmes du Mercure,
તે Dont le fens à mes yeux eftoit fort inconnu,
du Mercure Galant.
215
Un de mes Debiteurs , pauvre , mais
galant Homme,
Me dit, entrant chez moy , fuis- je le bien
venu?
Voicy dequoy payer mafomme.
J'auroispeine à lefaire encor,
Sans une heureufe deſtinée
Qui m'afait en cette journée,
Découvrir un riche Tréfor
Dans un coin de ma Cheminée ;
Cefont prefque tous Louis d'or.
Trouvez done bon que je m'acquite,
Avant que je vous quitte.
Vous mefaites plaifir, repartis-je à l'inf
tant,
Non pas que votre argent foit ce qui
me contènte;
Mais furpaffant l'effet de toute mon
attente,
Vous m'annoncez deux Mots que je
recherchois tant,
Afin d'expliquer les Enigmes
Dont je viens de lire les Rimes.
SYLVIE, du Havre..
216
Extraordinaire
XIX.
Poisqu'enfin lesZéphirs qui regnent
dans la Plaine
En ont chaffe l'Hyver par leurplus douce
baleine,
Et qu'ilfuit fous noftre Horizon ;
Sortons, adorable Climene ,
Et goûtons les douceurs de la belle Saifon.
Quoy, garder encor la Maifon
Pendant les beaux jours de l'année!
Non, non, Mercure eftfans raison,
De nous vouloir tenirpres de la Che-
Q
minée.
RAULT, de Rouen.
X X.
Ve Mercure envers tous a la main
libérale!
Par fa largeffe fans égale
Ilpourroit épuifer le plus riche Tréfor.
Mais admirez ce qu'il fçaitfaire;
Ce Dieu quifçait plus d'un myftere,
Sous fon Enigme en Vers cache des
Louis d'or.
Le mefine:
du Mercure Galant .
217
Q
XXI.
Ve Bacchus l'Hyver & l'Eté
Eft remply d'attraits & de charmes
!
Qu'ilfait divinement parfes douces
alarmes
Attirer en tout temps nos coeurs defon
cofté!
Dans l'ardeur de l'Eté, ce Dieu chaque
journée
Sous la Treille à fes pieds abatus il
nous voit;
En Hyver,pour nous vaincre, au Dien
de Cheminée
Ilfçait s'unir auffi das la rigueur dufroid;
Mais que centfois feroit plus noble fa
victoire,
Si lors qu'il prend nos coeurs, & qu'il
nousfait bien boire,
Il ne nousfaifoit point encor
Dépenfer tant de Louis d'or!
DE BILLY, Ingénieur pour le Roy,
& Lieutenant au Regiment
Royal des Vailleaux .
Q. d' Avril 1683 .
T
218
Extraordinaire
L
XXII..
Es Vignes, cher Grandmont, promettent
des merveilles ;
Les Bleds , les Fruits , fur tout tes charmans
Amandiers,
Defefperent les Ufuriers,
Quifont de tous coftez des plaintes nompareilles.
On s'étonne pourtant que dans ce Mois
de May,
Mois de tous les Mois le plus gay,
La froidure foit obſtinée;
Mefine encor hyer aufoir nos Dames à
leur jeu,
Affez pres de la Cheminée,
Ne fe plaignoient point d'un grand
LE
feu.
XXIII.
VIGNIER
E Mercure me charme en parlant
de LOUIS ;
Il exprime fi bien ce quefait ce grand
Homme,
Sa gloire,fes vertus , &fesfaits inouis,
du Mercure Galant. 219
Que pour l'Eternité luy-meſme fe renomme
.
ſe
L'Hiftoire qu'il nous dit encor
Dela Chaffe du Loup, me parutfi galante,
Qu'en me comptant des Loüis d'or,
Il n'auroitpas rendu mon ameplus contente
.
VN
XXIV.
Le meſme.
N Garçon noir en Diablotin,
Chantoit l'autre jour au matin
Sur le haut d'une Cheminée ,
Que pour un Louis d'or qu'il montroit
en fa main,
Il l'avoit tres- bien ramonnée.
Mercure voltigeant par hazard en ces
Lieux,
Mit la chofe en Enigme, & la lût dans
les Cieux
Comme pure galanterie;
Mais quand il lut que l'Or l'emportoit
fur les Dieux,
Ces Dieux entrerent en furie,
I
i
220 Extraordinaire
Et par desfentimens divers,
En traitant le Lecteur de grande effronterie,
Au jeune Tadiram renvoyerent les
Q
Vers.
XXV .
Velle métamorphofe , & quelle
deftinée !
Mercure, que l'on croit le Meffager des
Dieux,
Vientfaire le meftier aujourd'huy dans
ces lieux
D'un Ramonneur de Gheminée .
DE SAINTS, de Rouen,
L
XXVI.
E nom feul de LOUIS marque le
nom de Maiſtre,
Le plus grand des Héros ce nom fait
reconnoiftre,
Il eft & la terreur, & l'amour des Humains
, *
Des plusfiers Ennemis il défarme les
mains,
du Mercure Galant. 221
On le craint hors ces lieux, on l'aime
dans laFrance,
On réverefon nom mefme dés fa naiffance
;
Ce Monarque eft fi grand, & vient d'un
fi haut Lieu,
Que tout le monde croit qu'il eft donné
de Dieu.
XXVII.
Le mefme.
Brible
dispute
On Dieu ! le grand fracas , & l'hor-
Que je vis l'autre jour entre des Ramonneurs!
Dans l'espace d'une minute
Tout le monde accourut au bruit de leurs
clameurs.
Iis eftoient quatre ou cinq chacun avec
leur
gaule,
Frapant fans épargner la tefte ny l'épaule,
Fettant leurs pouches bas, leurs chapeaux
au ruiffeau.
Leurs habits par lambeaux voloient dru
comme l'herbe,
Tij
222 Extraordinaire ..
Surtout ceux d'un jeune Rouffeau ,
Qui paroiffoit avoir l'efprit fier & fuperbe.
Jefus avec Damon les tirer d'embaras,
Et fçavoir lefujet de leurprompte querelle,
Quifans-doute à quelqu'un auroit efté
mortelle
Par tous les pefans coups que déployoient
leurs bras.
Le Rouffeau dégagé, fut content, pour
nous plaire,
De nous inftruire de l'affaire,
Et voicy ce qu'il nous en dit.
Meffieurs, mes Compagnons sefont mis
à la teste
De m'enlever une conquefte
Que l'on me doit fans contredit,
Mefme laparole eft donnée,
Le Seigneur Mercure le fçait.
Commefans vanité je fuis le plus parfait
Pour ramonner la Cheminée,
Ce genéreux Seigneur me donne un
Louis d'or,
du Mercure Galant.
223
Qu'il doit tirer defon Tréfor,
Pour aller ramonner d'une belle méthode
Celle que l'an dernier il fit faire à la
mode.
C'eft, Meffieurs, lefujet qui de tous ces
Faloux
Vient de m'attirer le couroux.
ALCIDOR, du Havre .
XXVIII.
Ans la belle faifon propre à se pro-
Dansmener,
On aime la Campagne , on cherche le
grand air;
Mais quand unfâcheux vent de bife
Regne deffus la Seine, ou deffus la Tamife,
Répandant fafureur fur le toit des Maifons,
Telle eft des Gens la deftinée,
Qu'on le fait un plaifir de voir la Cheminée,
Et de lier commerce avecque les tifons .
L. BOUCHET, ancien Curé
de Nogent le Roy
Tiiij
224
Extraordinaire
XXIX.
Orce Gens quifont lafigure
Force unfamebeaux Esprits,
M'avoient bien dit que cent chofes de
prix
Se rencontroient dans le Mercure,
Mais j'ignorois encor
Qu'on y trouvaft un Louis d'or.
XXX.
Louis d'or dans le Mercure!
Neferoit-cepoint impoſture?
Non, car enfin je l'apperçoy,
Et fort agreable, mafoy,
En doit paroiftre l'avanture.
**
Ne me blâmez pas, fij'en jure,
Puis que perfonne en la nature
N'a jamais plus aimé que moy
Un Louis d'or.
Chacun pourtantfaitfa figure
·Pour l'attraper, je vous l'aſſure,
Le gardant cherement pourSoy;
Et bien des Gens, malgré la Loy,
du Mercure Galant . 225 .
Ne preftent guérefans ufure
Un Louis d'or.
D. H. V.de Nantes.
XXX I.
Mon coeur esttoutfumant plus
qu'une Cheminée;
L'ardeur de ce Foyer, qu'Amour, ce
petit Dieu,
Apris pour allumerfon feu,
Fait ma plus belle deftinée,
Quand les beaux yeux d'Iris, mon aderable
Objet,
Pour exciter ma flâme , y fervent de
Souflet,
L'Amant d'Euterpe, du Havre.
¿XXXII.
E voudrois, belle Iris, fansfaire tant
l'habile, JE
Etfans prendre beaucoup d'effor,
Qu'il m'euft confté cent Louis d'or,
Mefme je n'enplaindrois pas mille,
Pour vous bien régaler dans ce charmant
Sejour.
Je vous y ferois bonne chere.
226
Extraordinaire
Quand le fouhaitez vous , ma Chere?
Rien ne coufte jamais , lors qu'on a de
· l'amour.
XXXIII.
Le mefme .
A
Vares tout-puiffans , brillans Hommes
de terre,
Qui croyez eftre d'or, & n'eftes que de
verre,
De tous ces grands amas de Bien
Que lavarice vous propoſe,
Vous craignez tant de voir échaper
quelque chofe ,
Que chez vous, pour ne perdre rien,
Vous feriez, volontiers boucher vos Cheminées,
Voicy pourtant vos deftinées .
$ 3
Richards, qui n'eftes revestus
Que des épargnantes vertus,
Qui pour une feule Pistole
Laifferiez périr volontiers
Tous ceux qui de vos Biens doivent eftre
Heritiers,
du
Mercure Galant. 227
Ecoutez cette affreuse & terrible parole ;
Vous mourrez, ils vivront encor,
Et feront bonne chere avec vos Louis
d'or.
La Petite Affemblée , du Havre.
Do
XXXIV .
U haut en bas la Cheminée,
Crioit un jour un Ramonneur,
Lors qu'un Partifan enfaveur,
Tout enflé defa deftinée,
Dit, que l'on chaffe ce Coquin
Qui me réveille fi matin.
C'est qu'il ne vouloit pas entendre
Quefouvent on change depas ;
Ilcraignoit par trop de defcendre
Du haut en bas.
DE LA TRONCHE , de Rouen.
XXX V.
Eftois en grand befoin, Mercure,
Quand j'ay reçeu vos Louis d'or.
Si ce n'eftoit vous faire injure,
Je vouspricrois de m'en donner encor.
La Belle Nourriture du Havre.
228 Extraordinaire
XXXVI.
Mercure
, lesyeux noirs, la mine
Safrannée,
Caché fous un Habit qui ne vaut pas un
Liard,
S'en va comme autrefois troubler quelque
Hymenée.
Il s'enfaut défier, il est en Savoyard
En Ramonneur de Cheminée.
L'ALBANISTE, de Rouen .
S'
XXXVII.
I mes doigts par hazard touchent
quelques Louis,
Mesyeux n'en font point éblouis:
Non , jamais ce Métal ne m'a donné
d'envie.
On eft bien aife cependant
De conferverdurant ſa vie
L'Image defon Prince, & d'un grand
Conquérant.
Le mefme.
du Mercure Galant.
229
M
XXXVIII.
Ercure, on eft furpris d'un effet
affez rare;
Toy quifçaisfi bien feindre, & cacher
tes deffeins,
Qui depuis quelques jours nous parois fort
avare,
Dien rufé, dans ce Mois tu n'es pas des
plus fins.
Tu montres tes Louis , au hazard qu'on
les grippe;
Et t'érigeant en Sphinx, pour trouver
un Oedipe,
Tu découvres l'Enigme, en la marquant
d'un nom
Connu de Paris au Japon,
Et du Japon jufques à Rome.
Parle-t-on d'un Héros , dont les faits
inouis
L'élevent au deffus de l'Homme,
Qui ne dit aufitoft , que c'est le grand
LOUIS?
G. D. P. Difciple de la
fpirituelle P.
230 Extraordinaire
L
XXXIX .
E Mercure Galant eft un parfait
Tréfor,
Puis que chacun y peut trouver des
Louis d'or.
GUILL . HENRY DE HEUQUEVILLE.
X L.
VPlusquecelle de Diogenes
Oftre Lanterne vaut cent fois
L'Homme le plus parfait dans le plus
grand des Roys,
Par ellefe trouvefans peine;
Car que tous les Mortels de l'orfoient
éblouis,
Pour nous, nous n'avons d'yeux que pour
L
le grand LOUIS.
La Societé Françoife, de
l'Hoftel de Portugal.
XLI.
Ouis d'or vagabond, qui changes
tant de Maiſtre,
Qu'à peine defi loin je te puis recon
noiftre;
du Mercure Galant,
231
Image du Héros le plus grand des Humains,
Pourquoy nepeux- tu pas te rendre dans
mes mains?
J'aime l'Originalplus que tout Homme
en France,
F'ay l'honneur d'eftre né le jour de ſa
naillance;
Pour luy donner ma vie en tout temps,
en tout lieu,
ઢે
Elle eft à ce grand Roy, mais mon ame
eft à Dieu.
T
GYGES, du Havre.
XLII.
" Oy, dont le coeur s'attache à l'or,
Riche, pauvre dans l'abondance,
Et qui n'as point de fuffifance,
Qui dis toujours encor, encor,
Ton coeur eft un abîme , un creux inſatiable,
Et tafoifcroift autant que l'or croift en
ta main..
Parmy tous ces grands Biens, tonfort eft
miférable,
2.32
Extraordinaire
Ton Coffre fi remply, te quittera demain .
Ce nombre de Louis dont tufaisfa richeffe
,
Et dont je te vois ébloйy,
Ces Biens font de grands maux alors
qu'on les délaiffe,
On les quitte toûjoursfans en avoir
jouy.
XLIII.
Le mefine.
Lo
'On dit qu'on change lafaçon
De ces étroites Cheminées ;
Affurément on a raiſon,
Nepouvant eftre ramonnées
Que par des Enfans feulement,
Qui, pourle direfranchement ,
Ne lepeuvent jamais bien faire .
Il m'en coufte vingt Louis d'or.
La mienne n'eft pasfaite encor,
On lafait de cette maniere,
Elle en eft plus belle, il eft vray,
Ma Chambre en a plus d'apparence;
Mais mafor , felon ma croyance,
Chacun en eft trop enyvré.
du Mercure Galant. 233
Cette trop peu large vefture
Eft en Eté pourplaire auxyeux,
Mais n'eft point propre à la froidure,
Elle n'eft faite que pour deux.
Ο
XLIV .
Le mefme.
Vy , voftre Enigme , je le veux,
A quelque chofe d'épineuxs
Cependant je l'ay devinée ,
Et je tiens à beaucoup d'honneur
D'entrer dans voftre Cheminée
Mieux qu'un celebre Ramonneur.
LE CLERC DE BUSSY, Clerc de
Mr Thibault le jeune, Pro.
cureur en Parlement .
XLV .
L
E Métal éclatant de l'Enigme fe
conde
A bien la vogue dans ce monde,
Ilfait le mérite aujourd'huy.
Si j'en avois pour un Office,
Avec honneur dans l'exercice
F'en voudrois amaffer un muy.
Q.d'Avril 1683.
Le mefme.
V
234
Extraordinaire
Q
XLVI.
Vi l'auroit crû du Dieu Mercure,
Meffager de bonne avanture?
Jupiter pour huitjours voulant courir les
Champs,
Luy dit enbon &fage Pere,
Tenez, mon Fils, voilapourfaire
La dépense pendant ce temps ;
Je donne ce qu'ilfaut, & vous m'en rendrez
compte.
Apres ces mots, Jupiter monte
Sur des Chevaux qu'on tenoit prefts .
Mercure ayant tardé pourfaire quelque
emplette,
Met fur Pégaze la Malette,
Et pour l'attraper, court apres
Par Monts, par Vaux, & par Forefts,
Si promptement, qu'enfin tombe de fa
pochette
Quelque chofe de clair, qu'il n'entendit
jamais,
Car Pegazeportoit au col une Sonnette
Quifaifoit bien du carillon .
du Mercure Galant . 235
Apreshuitjours, & davantage,
Ils reviennent à la Maison,
Et Jupiter alors luy demande raifon
De la dépenfe du Voyage:
A calculer Mercure diligent,
En calculant, a beau chercherfon
compte;
Il compte vingtfois, il recompte,
Un Louis manque àfon argent.
Depuis quinze jours il s'informee,
Pour rendre ce Compte achevé ,
Si quelqu'un n'auroit pas trouvé.
Un Louis d'une telle forme.
Mercure dans l'Enigme, en motsfins &
cachez ,
Fenen trouve un ; eft- ce - là celuy que vous
cherchez?
DE LA CROIX DE BELLEBEC,
de Caux.
ib
236 Extraordinaire
Ss2525252:5 $25:225
SUITE DU TRAITE'
DES · LUNETES ,
Par M'Comiers d'Ambran , Docteur
en Theologie , Prevost de Ternant,
Profeffeur des Mathematiques à
Paris.
LA
A veuë Naturelle ſe fait feulement
par les rayons
émanez
divergens
de chaque
point
de l'objet
, lefquels
entrant
directement
dans
l'ocil par la Prunelle,
forment
fur l'humeur
criſtallin
, la baze du cone de leur
radiation
; & comme
chaque
point
de l'objet
envoye
fa radiation
fur l'humeur
cristallin
, il fe trouye
par tout
couvert
d'autant
du Mercure Galant. 237
T
de rayons diférens que l'objet a
depoints phifiques . Voyez la Figure
IV. Planche premiere. Et d'autant
que tous les rayons de la
radiation d'un mefme point de
l'objet , ayant penetré l'humeur
criftallin , en fortent convergens
par les loix naturelles de la Refraction
, qui les détermine à concourir
fur un mefme point de
Ja Retine , ils y peignent en fituation
renversée eu égard aux autres
parties , l'image du point de
l'objet, d'où ils font émanez &
ce par la pointe de leur pinceau
optique , ou fommet du cone renverfé
de leur Radiation fur l'hu
meur criſtallin , ce qu'on peut
facilement concevoir par la Fi
gure IV. Planchepremiere. Il arrive
par conféquent fur la Retine
238
Extraordinaire
dans l'oeil , la mefme choſe
que
fur le papier de l'oeil artificiel
Figure II. Planche, 2. ou fur le
papier de la Chambre noire Figure
III. de la meſme planche ;
car le Verre convexe dans le
trou fait au volet de la Feneftre,
Y tient lieu de l'humeur criftallin
, & le papier y fait l'office
de la Retine.
La veuë artificielle qui aug.
mente la puiffance mefme juf
ques à nous faire difcerner diftinctement
les petites parties des
objets tres - éloignez , & qui font.
hors de la portée de la veuë naturelle,
fe fait auffi de mefme ;
car les rayons émanez diver
gens de chaque point de l'objet
tres - él igné , rom ent phyfiquement
paralleles fur le verre objectif
du Mercure Galant. 139
plan - convexe du Teleſcope ou Lunete
de lõgueveuë, qui les difpofe
avec fon Verre oculaire à tomber
fur l'humeur criftallin , comme
fi l'objet eftoit moins éloigné ;
& parce que chaque point de
l'objet couvre de fes rayons toute
la furface de l'ouverture du
Verre objectif , laquelle eft toûjours
plus grande que l'ouverture
de la Prunelle , la peinture
de l'objet tres éloigné devient
fenfible , eftant ainfi formée fur
la Retine , par une plus grande
quantité de rayons émanez
de chaque point de l'objet que
s'ils entroient directement dans
l'oeil.
Je dois icy remarquer qu'il fe
peut rencontrer , mais rarement ,
des Hommes dont la Retine eft
240 Extraordinaire
fi proche du criſtallin qu'ils font
privez de la veuë naturelle , par-
Cqu'ils ont befoin de ce que la
Nature ne fçauroit produire
rayons
de
d'elle-mefme fans eftre fecouruë
de l'Art, c'eft à dire de
chaque point de l'objet qui tombent
un peu convergens fur l'humeur
cristallin ,
afin que
leur
concours en foit acceleré & racourcy
fur la Retine. Ces perfonnes
à qui la veuë naturelle manque
, auront une veuë artificielle
par le moyen d'une Lunete à
oculaire concave, laquelle eftant
un peu plus allongée que pour
ceux qui ont la veuë bonne , les
rayons en fortiront plus conver
gens , comme le démontre la Fi
gure VIII. de la troisiéme Plan.
che.
Les
du Mercure Galant.
242
Les rayons émanez divergens
de chaque point d'un objet treséloigné
eftant tombez phifi .
quement paralleles fur un Verre
Plan- concave , ou convexe des
deux côtez , en fortent conver→
gens , & fi leur inclination fur la
fuperficie du Verre eft moindre
de 15. degrez , ils concourent &
fe réuniffent en un mefme point ,
comme dans les Figures V. VI
&VII. de la premiere : Planche, &
dans la Figure 1. de la troisième
Planche.
Je rejette pour objectif le Verre
Ménifque , ainfi appellé par les
Grecs, & par les Latins Lunatus ,
eftant convexe d'un cofté &
concave de l'autre, d'une conca.
vité de plus grand diametre
parce que s'il eft de meſme puiſ,
Q.d Avril1683.
X
242
Extraordinaire
xe ,
·
fance qu'un Verre plan - conve
il fouffre moins d'ouverture,
car les rayons tomberoient trop
inclinez à cauſe de la plus grande
Convexité. Ces Verres n'onteſté
inventez que pour avoir des
Verres objectifs d'un tres -long
Foyer pour les plus grandes Lu
netes , n'eftant pas difficile de les
bien travailler ayant fa conve..
xité & fa concavité d'un dias
metre incomparablement moindre,
puis que la convexité eſtant,
par exemple d'une Sphere de 8.
pieds d'axe , & la concavité d'u
ne Sphere de 9. pieds, fon Foyer
fera de 72. pieds , mais au lieu
de 5. pour 8. lignes d'ouverture,
il n'en pourra fouffrit que 22.
lignes d'ouverture, par laquelle il
n'entrera pas la 8. partie tant
de rayons, qu'auplan- convexe.
du Mercure Galant. 243
On ne doit avoir aucun égard
à ce que porte la 143 page des
Viſions parfaites de 1677. car ce
bon Adioptricien, apres avoir parlé
du Soleil , affure , fans donner
caution , que fes rayons privativement
à tous autres , ont le privilege
de s'affembler apres leur refra-
Etion derriere les Verres convexes,
c'eft pourquoy fe fondant fur ce
privilege imaginaire, il conclut en
Barocco, que les rayons des autrês
Aftres n'ont pas la force de pénétrer
ces Verres, ny d'en fubir les refra-
Etions & les affembler en des points
de concours ; ce qui eft autant
contraire à l'experience , que ce
qu'il avoit foutenu dans les pa.
ges 173. 174. & 175. de fa Dioptrique
Oculaire. Que, un Verrè convexe
reduifoit toute la lumiere du
X ij
244
Extraordinaire
Soleil au Foyer dans un point.
Les rayons divergens de la
radiation de chaque point de
l'objet , ayant penétré le Verre
objectifconvexe , deviennentconvergens
, & par leur point de
concours forment dans le Tuyau
de la Lunete , fur une baze de
diſtinction parallele à la ſurface
du Verre , leur point particulier
de l'image de l'objet , & ainfi
toutes les radiations enfemble ,
peignent au Foyer l'image entiere
réelle & aëriene de l'ob.
jet.
Ces images aërienes de l'objet
qui fe forment dans le Tuyau
de la Lunete , font de la mefme
grandeur que lors que ces mef
mes efpeces ou peintures des objets
font receuës diftinctement
du Mercure Galant . 245
fur un Papier blanc dans la
chambre noire Figure III. Planche
2. & la quantité ou nombre
d'objets peints fur cette baze
aëriene dans la Lunete , eft précifément
égale à la quantité ou
nombre d'objets qui feroient
peints fur le Papier en la chambre
noire , dans un cercle dont
le diametre feroit égal au diametré
du Tuyau de la Lunete ;
car les rayons des éfpeces des
autres objets font interceptez
par les coftez interieurs du Tu
be qui les arreftent , & les empêchent
d'aller concourir & pein .
dre furun mefme Plan , comme
ils feroient dans la chambre noi
re, les images des autres objets
plus latéraux . Cette remarque
contient tout ce qui eft necef-
X iij
246
Extraordinaire
faire pour les Lunetes de la feconde
efpece , dont le Verre oculaire
eft convexe , parce que par
iceluy comme par un Mifcrof
fcope à fimple Lentille ou boulle
de Verre , nous regardons cette
petite image aëriene qui nous
fert d'objet immédiat , par lequel
nous voyons le veritable objet.
Vous apprendrez par l'expérience
qui eft toûjours la maîtreffe
des Arts , & quidécide en
fouveraine, Que l'oeil eftant pla
cé entre le Verre objectif & fon
Foyer ou image diftincte de l'objet
, il verra l'objet dans fa fituation
naturelle ; & que fon apparence
artificielle augmentera
à mefure que l'oeil en s'éloignant
directement du Verre le long de
fon Axe , s'approchera plus prés
du Mercure Galant . 247
de fon Foyer, & que l'objet pa.
roiftra plus confufément à proportion
que fon apparence augmentera
; & qu'enfin la fuperficie
anterieure de l'humeur crif
tallin`eftant arrivée au Foyer,
Phumeur criftallin fervira de
bazes de deftinction , puis que
fur ſa ſurface l'image de l'objet
y fera pente diftinctement , alors
on ne verra aucun objet , mais
une pare lumiere , puis que nous
avons démontré que pour avoir
fur la Retine la peinture diftinde
d'un objet , il faut que
fa
peinture foit dans une parfaite
confufion fur la furface anterieure
de l'humeur cristallin ,
comme dans la Figure IV. Planche
premiere.
2
Il faut donc tenir l'oeil entre
X iiij
248
Extraordinaire
le Verre & fon Foyer objectif
ou image de l'objet , & fort
prés . du Foyer ou desladite Ima
ge & on verra en même temps
que l'apparence artificielle de
l'objet fera fort confufe , mais
fort augmentée par deffus fon
apparence naturelle . Cette con
fufion procede de ce que les
rayons de la radiation de chaque
point de l'objet tombana
convergens fur l'humeur criftalliny
ils en fortent encore plus
convergens & font par conféquent
trop toft leur concours
dans l'humeur cristallin; c'est pourquoy
apres s'y eftre decaffez , c'eft
à dire les rayons qui estoient à la
main droite ayat paffè à la main
gauche, & les rayons fuperieurs
eftant devenus inferieurs, tomdu
Mercure Galant. 249
bent pefle- mefle fur la Retine
qui eft l'organe formel de la
veue , & la vifion par conféquent
ne peut eftre diftincte ,
puis que comme dit Kepler
Prop. LXI. Vifio eft fenfio affecte
Retiformis fpiritu vifivo plena ;
five, Videre, etfentire affectam Retiformem
, quatenus affecta.
Il eft pourtant vray que ceux
qui font extrémement Presbites
pour avoir l'humeur criftal .
lin trop plat, &{{ la Retine trop
proche, verront l'objet diftinctement
, parce qu'ils ont befoin
de rayons déja rendus convergens
avant leur arrivée fur l'humeur
criftallin, pour la raifon
que nous avons cy- devant -
duite , & au contraire ceux qui
font beaucoup Miopes pour avoir
250
Extraordinaire
l'humeur cristallin trop convexe,
rond & enflé , & la Retine trop
éloignée, ont befoin de rayons
plus divergens que ceux qui ont
bonne veüe , mettant la pru-
' nelle de l'oeil au trou de la Boite
à Pinnule, placée au lieu du Verre
oculaire convexe , bien au deça
du Foyer du Verre objectif ou
Image aëriene de l'objet , dans.
le bout d'une Lunete garnie de
fon feul Verre objectif, verront
l'apparence de l'objet augmentée
& diftincte , mais renverfée,
parce qu'ils recevront les rayons
divergens apres leur decuffation
& renversement qu'ils ont fouffert
au point du Foyer ou Image
achiene de l'objet .
Il faut bien diftinguer le Foyer
objectif, ou diftance du Verre ob
du Mercure Galant. 251
jectif à l'Image aëricne qu'il
produit de l'objet , laquelle s'éloigne
toûjours davantage du
Verre objectif , à mesure que
Pobjet s'approche davantage de
fon Foyer Solaire antcricur , lequel
eft toûjours éloigné du Verre
plan- convexe de la longueur du
diametre de fa convexité , ou
Axe de la Sphere dont il eft fegment,
& n'en est éloigné que
la longueur du femidiametre , fi
le Verre efté galement convexe
des deux coftez ; je ne parle que
des Verres également convexes,
car pour plufieurs bonnes raifons
je reprouve, tant pour fervir d'ob
jectif que pour fervir d'oculaire,
tous les Verres dont les deux
convexitez font de diférentes
Spheres . C'est pourquoy quand
de
252
Extraordinaire
nous parlerons cy- apres des Verres
oculaires convexes ou conca.
ves des deux cotez , nous entendrons
toûjours qu'ils foient également
convexes , ou également
concaves. L'Augmentation de
l'aparence de l'objet provient de
ce que le Verre convexe rend
plus convergens entr'eux les
rayons émanez de points extrémes
du diametre de l'objet , c'eſt
pourquoy entrant dans l'oeil apres
leur interfection plus divergens
que s'ils fuffent venus diretement
, forment une plus grande
image fur la Retine . La forte
impreffion ou clarté de cette
peinture de l'objet provient de
la convergence que le mefme
Verre procure aux rayons divergens
de la radiation de chaque
du Mercure Galant.
• 253
Point de l'objet , lefquels entrent
ainfi ferrez en plus grande quantité
par la Prunelle , & c.
Parce que le Verre objectif
augmente & confond en mefme
temps l'apparence de l'objet,
pour nous conferver cette augmentation
d'apparence & laren
dre diftincte , nous mettons à
l'autre bout du Tuyau de la Lunete
un Verre qu'on appelle ocu
laire , qui eftant placé devant ou
apres le Foyer du Verre objectif
ou Image aëriene de l'objet , fui,
vant que l'exige fa furface convexe
ou concave, corrige cette
convergence de rayons , & fuivant
qu'il en eft peu plus, ou peu
moins éloigné, les fait tomber
phyfiquement paralleles fur l'humeur
criſtallin de ceux qui ne
254 Extraordinaire
voyent diftinctement que les ou
jets éloignez , & au contraire
fuffifamment divergens fur l'humeur
cristallin de ceux qui ne
voyent diftinctement que les objets
proches , & ne peuvent lire
les écritures ordinaires que lors
qu'elles ne font éloignées de l'oeil
qu'environ demy picd.
L'office du Verre oculaire eſt
de difpofer les rayons émanez
de chaque point de l'objet , en
forte qu'ils tombent fur l'humeur
cristallin de la mefme ma-
1
niere
que fi l'objet
eftoit
plus
proche
, & à une
diftance
proportionnée
pour
eftre
veu
diftinctement
. C'est
pourquoy
les
Miopes
ou courte
veües
racourciffent
la Lunete
, pour
avoir
l'oeil
plus
prés
de l'Image
réelle
du Mercure Galant.
255
aëriene de l'objet , fi le Yerie
oculaire eft convexe ; & de l'image
virtuelle , fi l'oculaire eft
concave , parce qu'en enfonçant
davantage le Verre oculaire dans
la Lunete , les rayons tombent
plus convergens , il en racourcit
la diſtance de leur Foyer virtuel
qui eft toûjours anterieur du côté
de l'objet.
Ces deux efpeces de Verrcs
oculaires convexes ou concaves ,
font les deux premiers genres
des Teleſcopes ou Lunetes d'aproche
fimples , car nous parlerons
enfuite des Teleſcopes compofez
de plufieurs Verres , comme
auffi des Telescopes Catoptriques
, & des Teleſcopes mixtes.
Et pour def- à - préfent en
donner quelque chofe à l'impa,
256
Extraordinaire
tience des curieux , c'eft contre
le fentiment du R. P. de Chales,
dans fon Mundus Mathematics,
Tom. 2. pog. 689. que je dis qu'avec
un Segment de 18. degrez
d'un bon Miroir fpheriquement
concave de métal, ayant un poly
auffi vif & uny que celuy des Ver.
res , la viſion eſt plus diftincte &
plus forte qu'avec un Verre ob .
jectif.
La vifion eft plus diftincte,
1º . Parce qu'on peut n'en laiffer
à découvert qu'un Segment de
moins de degrez qu'aux Verres .
2º . Parce que le Miroir réünit
plus précisément les rayons pa
ralleles de la radiation de cha .
que point d'un objet tres -éloigné,
en un mefme point de Foyer
objectif, ou Image aeriene de
du Mercure Galant . 257
l'objet d'autant mefme que
tous les rayons folaires parallelės
à l'Axe , tombant fur le Segment
total de 18. degrez , ſe réüniffent
en un point du Foyer qui ne fera
jamais éloigné du fonds du Miroir
ou pole de l'Axe d'une partie
de cent foixante aufquelles
-feroit divifé le quart de la longueur
de l'Axe , ce que le Verre
Objectif ne peut faire , dautant
qu'il leur fait fouffrir deux refractions
, l'une en entrant , & l'autre
en fortant , & les rayons qui
tombent paralleles à l'Axe , mais
fur les bords du Verre , ſe réüniffent
plus prés du Verre .
La vifion fera plus forte, parce
que chaque point de l'Image
fera formé par tous les rayons
qui couvriroient fa furface , ce qui
Q.d'Avril 1683. Y
258
Extraordinaire
n'arrive pas aux Verres, dautant
que leur premiere ſurface en refléchit
une bonne partie, &c .
Je dis que le Miroir (pheri.
quement concave à fon Foyer
Solaire , au devant de foy à la
quatrième partie de la longueur
de fon Axe , & que par conféquent
pour déterminer le Foyer
objectif, c'eſt à dire , la diſtance
du fonds du Miroir , à l'Image
réelle & aëriene de l'objet , il faut
divifer le nombre quarré des
parties de la longueur du Foyer
Solaire du Miroir , par le nombre
d'égales parties de la diftance
de l'objet au mefme Foyer Solaire
du Miroir, & on aura la diftance
du Foyer Solaire du Miroir,
au Foyer objectif; c'eft pour-
.quoy ajoûtez à cette diſtance la
du Mercure Galant.
259
longueur du Foyer Solaire , &
vous aurez toute la diftance depuis
le fonds du Miroir, jufqueà
l'Image réelle & aeriene de
l'objet formée en l'air par les
rayons refléchis.
Je m'explique dans cet exemple.
Un Miroir de 16. pieds de
longueur d'Axe, ou de diametre
de fa concavité, aura fon Foyer
Solaire fur fon Axe éloigné de
4.
pieds du fonds ou pole du Miroir,
& l'objet estantfur l'Axe éloigné
de 13. pieds du fonds du Miroir
&par conféquent à 9. pieds feulement
du Foyer Solaire , l'Image
réelle aeriene de l'objet fera r.
pied 9. pouces & 4. lignes au de-
са du Foyer Solaire , c'est pour
que le Foyer objectif ou certe
Image réelle & aöriene de l'ob
Y ij
260 Extraordinaire
Se
jet , fera fur l'Axe éloigné de
pieds 9. pouces & 4. lignes du
pole ou fonds du Miroir,
Vous trouverez la mefme dif.
tance de l'Image aeriene de l'objet
refléchie par le Miroir , fi
vous employez cette Analogie.
Comme la Diſtance de l'objet ,
au Foyer Solaire du Miroir,
Eft à la Longueur ou distance du
Fonds du Miroiràfon. Foyer Solaires
Ainfi la Diſtance de l'objet au
Fonds du Miroir,
Eft à la Diſtance du Fonds du
Miroir, à l'Image aëriene de l'ob
jet.
Enfin pour fe fervir du Miroir
concave , il faut fuivant la longueur
de fon Foyer Solaire, proportionner
la longueur du Foyer
Solaire du Verre oculaire , & le
du Mercure Galant. 261
placer de mefme que nous di
rons des Verres oculaires avec
leurs Verres objectifs . Je m'en
fuis autrefois fervy. C'eſt le R. P.
Zucchius qui me porta à chercher
les démonftrations de tout ce
que deffus , apres avoir leu dans
la 127. page de la premiere Partie
de fon Opticà Philofophia , imprimée
à Lion en 1652. où il dit,
Speculi concavi ope ad Terreftria &
Cæleftia converfi , adhibito in convenienti
fitu ad oculum vitro cavo,
proportionaliter ut fit ad excipicndam
radiationem refractam convexi
in Tubo Optico, expertus fum ita
evenire , ut ratio fuadebat eventurum.
Nefis follicitus an Cavitas fpeculi
fit paucorum aut multorum graduum
, quià gradus qui abundant ,
dirigent reflexos ex fe , ad Fundum
262 Extraordinaire
"
Speculi , vel aliò ut nequeant interturbare
apparentias. Voila bien des
paroles pour ne rien enfeigner de
précis. C'eft pourquoy je crois
que , Qui loqui vult , quod nemo
intelligat , magnam rem præftat, fi
taceat , puis qu'il nous épargneroit
fouvent bien de la peine &
de la dépence ; car comme dit
Polybe Lib. 12. Hiftor . Illa rerum
curiofa inquifitio , magnis conftat
laboribus magnoque fumptu .Voyons
donc en détail tout ce qui concerne
la Theorie & la pratique.
Dés deux Efpeces de Telescopes
Simples.
Lefopes ,Lunctes d'aproche
A premiere efpece des Teou
de longue veue , dont Porta
du Mercure Galant.
263
Napolitain a le premier écrit en
l'année 1549. dans fa Magie Na-
⚫turelle , portent le furnom du
grand Galilei , parce qu'il eft le
premier en Europe qui les a bien
travaillé , donné au Public &
mis en ufage dans l'Aftronomie.
Ce grand Florentin , qu'avec
les termes tirez de la Preface
du Livre Enodatio Problematum
Gallicorum,&c. de fon illuftre Difciple
& Succeffeur M' Viviani ,
j'appelle Famâ fuper Ethera notum,
Natura interpretem , fervientifque
per tot facula Philofophiae audacem ,
felicemque affertorem , commença
le 7.Juin 1610. à découvrir les
quatre Lunes ou Satellites de
Jupiter.
La feconde efpece des Teleſco
pes, duquel tous les Aftronomes
264
Extraordinaire
fe fervent à préfent pour l'obfervation
des Aftres , doit porter
le nom de Rheïta , parce qu'il eft .
le premier en Europe qui les a
bien travaillé , donné au Public
en 1645. & employe à obferver
les Aftres , bien que Porta Napolitain
l'eut indiqué en 1588. &
que Kepler dans dans fa Dioptrique,
imprimée en 1611. aye
donné lé 86. Probleme , Duobus
Convexis Majora & diftincta Praftare
vifibilia, fed everfo fitu , bien
qu'il n'ait donné aucune proportion
du Verre objectif à ſon oculaire
, ayant fans- doute fuppofé
qu'on ne devoit pas ignorer que
la longueur du Foyer du Verre
oculaire convexe doit estre la
mefme que du concave.
L'une & l'autre efpece eft compofée
du Mercure Galant.
265
pofée de deux Verres fphoriquement
travaillez , l'un Objectif &
l'autre Oculaire .
Le Verre objectif eſt toûjours
Plan convexe , ou convexe des
deux coftez . Il peut neantmoins
eftre Menifque , comme parlent ;
les Grecs , ou Lunatus en Latin ,
c'eft à dire formé en Croiffant,
convexe d'un cofté, & concave
de l'autre d'un plus grand demy
diametre , qui foit pourtant toû
jours moindre que le triple du
diametre de la convexité . Vous
fçaurez la longueur du Foyer du
Verre Menifque par cette Analogie.
Comme la diférence des deux Diametres
Eft à un Diametre;
Ainfi l'autre Diametre
Q. d'Avril 1683.
Z
266 Extraordinaires
J.
Eft à la longueur du Foyer.
En voicy un exemple. Si la
convexité eft travaillée dans une,
Ecuelle de 3. pieds de diametre,
& la concavité fur une Boule
de 4. pieds , ce : Verre Menifque
aura 12 pieds de Foyer & il
augmentera autant l'apparence
de l'objet que s'il eftoit Plan
convexe travaillé dans une E
cuelle de 12. pieds de diametre .
Ces Ecuelles de grand diametre
auffi bien que les Verres font .
toûjours tres.difficiles à fairce
c'est pourquoy le verre Menif
que par le double travail y reme
die. J'ay dit que le demy diametre
de la concavité ne doit jamais
eftre triple du demy diametre
de la convexité , parce
que la furface convexe détermi
du Mercure Galant. 167
ne toûjours par la refraction , les
rayons paralleles à l'Axe, à concourir
à la longueur de trois demy
diametres ; ainfi les rayons eftant
entrez dans le Verre , tomberoient
tous perpendiculairement
fur la fuperficie concave du Ver.
re , & ils iroient par conféquent
fans fouffrir aucune refraction , fe
réunir au centre de la concavité,
& ne produiroient dans noftre
exemple qu'un Verre de 4. pieds
de Foyer, lequel fans aucune autre
avantage, rendroit l'apparence
plus obfcure , ne pouvant
fouffrir que l'ouverture qu'on
donne aux Verres de 3. pieds de
Foyer.
Le R. P. Fabry dans la 122.p.
de fon Synopfis Optica , imprimée
à Lion en 1667. parle du Menif
Z, ij
268 Extraordinaire
que en ces termes . Eft is ni fallor
novus , quo fcilicet convexa majoris
Sphere compenfantur. Il l'a cru
nouveau , bien que moy - mefme
dans la 485. page de mon Livre
de la Nouvelle Science de la Na
ture & Préfage des Cometes , imprimé
à Lion en 1665. j'en euffe
parlé en ces termes. Il est com
me impoffible de faire une Ecuelle
bien ronde de 20. pieds de diametre...
Il vautmieux pour le verre objectif,
faire un Verre Menifque , c'est à
dire concave d'un cofté & convexe
de la l'autre, pourveu que le diametre
de concavité foit plus grandenviron
d'un pied que le diamttre de la convexité.
Si le Verre Menifque remedie
à la difficulté de faire des grandes
Ecuelles pour travailler les
0
du Mercure Galant. 269
Verres objectifs Plan - convexes
des grandes Lunetes , il tombe
luy- méme dans un grand défaut,
qui eft de diminuer extraordinairement
la clarté , car le Menifque
de quelle longueur de
Foyer qu'il foit , ne peut fouffrir
avec diftinction que l'ouverture
qu'on donneroit à un Verre Planconvexe
de mefme diametre de
convexité , puis que les rayons
de chaque point de l'objet tombent
autant inclinez ſur le Verre
Menifque que fur le Verre Planconvexe
de mefme convexité
c'est pourquoy dans noftre exemple
le Menifque de 12. pieds de
Foyer , ne pourroit ſouffrir pour
excellent qu'il fut , que 14.
lignes d'ouverture , au lieu qu'un
Verre convexe de la mefme lon-
Z iij
270
Extraordainaire
gueur de 12. pieds de Foyer ef
tant tres . bien travaille peut fouf
frir 28. lignes d'ouverture , & il
recevroit par conféquent quatre
fois autant de rayons de chaque
point de l'objet, car les furfaces
des cercles , par la 2. du 12. des
Elemens d'Euclide, font entr'elles
comme les Quarrez de leurs diametres.
On verroit par confé.
quent l'objet trois fois plus clair,
qu'avec un Verre Menifque de
mefme puiffance ou longueur
de Foyer.
Et il faut tenir pour Regle
generale que la veue avec l'obje-
&tif Plan-convexe , fera d'autant
plus forte qu'avec l'objectif Menifque
, que la furface de fon ouverture
contiendra plus de fois la
Prunelle , que ne la contient
du Mercure Galant . 271
l'ouverture de l'objectif Menif
que.
Il faut pourtant dire à l'avan
tage du Menifque , que fa petite
Couverture ne luy portera aucun
préjudice , eftant employé pour
objectif dans un Teleſcope Heliofcope
, dont on fe fert depuis 75.
afis, pour contempler le Difque
du Soleil & fes Taches ou Ma .
cules ,, parce que le Soleil eft le
Pere de la Lumiere matériele; &
on n'a pas beſoin de grande ou
verture pour recevoir fuffifamment
de rayons , car fa lumiere
eft tres. forte . Pour prévenir ceux
qui par fimple curiofité s'expoferoient
à perdre la veue en regardant
le Soleil par une Lunete
ordinaire , les plus petites eftant
mefme plus dangereufe , parce
Z iiij
272 Extraordinaire
à
4.
Sol
que le foyer du Soleil eftant dans
un moindre efpace brûleroit tout
coup la Retine, dequoy l'Ecri
ture nous avertis par l'Ecclefiaf
tique Chap. 43. Verfet
refulgens, radiis fuis obcacat oculos.
Je donne icy avec M Hevelius
le moyen d'avoir tout à coup
avec toute forte de Telefcope un
Heliofcope pour voir le Difque du
Soleil, fes Taches ou Macules &
Mercure en conjonction , mettez
entre- deux Plans fort colorez
come font les verres verds , bleus ,
ou rouges des Vitres. , & coupez
bien rondement un Papier rond
auffi de mefme diametre percé
d'un feul petit trou dans fon
centre, Mettez tout autour des
bords de vos Verres de bon maſtic
, afin qu'ils ne ſe puiffent fédu
Mercure Galant. 273
parer , appliquez - les fur le Verre
oculaire concave des Teleſcopes,
& mettez l'oeil tout contre ,
Le Verre oculaire eft planconcave
, ou concave des deux
coftez ; ou bien il eft Plan - con.
vexe, ou convexe des deux côtez
: ou Menifque.
C'est donc la diférence de la
concavité ou convexité du Ver.
re oculaire qui fait les deux efpeces
de Teleſcopes.
Le Verre oculaire des Lunetes
de Galilei eft également concave
des deux coftez , ou du
moins Plan-concave.
Le Verre oculaire des Lunetes
de Kepler & de Rheïta eft
également convexe des deux côtez
,ou du moins Plan - convexe .
274 Extraordinaire
Du Télefcope de Galilei, dont le
Verre oculaire eft concave.
CE
Ess Télescopes
ont esté les
premiers
mis publiquement
en ufage , & à caufe de leur grande
diftinction
& clarté , & qu'ils
font voir les objets en leur ſituation
naturelle
, je les préfererois
à toutes les autres efpeces
de Téleſcopes
, dont les Verres
oculaires
font
convexes , s'ils pouvoient
comme
eux , eftant d'une
longucur
fuffifante
pour faire
voir les objets tres -éloignez
, découvrir
en mefme
temps & d'un
feul afpect , autant de champ , é
tenduë de Païs ou quantité
d'objets
, mais avec cette eſpece
de
Lunetes
, on ne peut voir d'un
du Mercure Galant. 27
mefme afpect que tres -peu d'ob.
jets , qui font ceux dont les
rayons tombent convergens fur
une ouverture d'environ trois
lignes de diametre qu'on donne
à l'oculaire concave , mis entre
deux cartons ou papiers bien.
noircis & concentriquement
ouvert de quatre lignes de diametre
pour le plus , car une plus
grande ouverture feroit inutile,
puis qu'il ne fert de rien qu'elle
excede l'ouverture de la prunelle,
laquelle s'agrandit à l'ombre,
comme nous avons déja dit ; ainfi
lors que l'oculaire eft fort aigû,
on ne découvre guére davantage
d'objets , que ce qui feroit contenu
de leurs images dans la Chambre
noire fur un rond de papier
égal à l'ouverture de la prunelle,
276
Exraordinaire
ce qui le rend tres incommode
lors qu'il s'agit de trouver l'objet
, au lieu que les Lunetes de
Kepler découvrent cent fois plus
d'eſpace , & vous font d'abord
reconnoiftre & trouver fans peine
l'objet qu'on veut confiderer
M' Gaffendi dans fa Lettre du
4. Avril 1643 écrite à M¹ Naudé
, fe plaint qu'avec la Lunete
que Mr Galilei luy avoit donné
, il ne pouvoit en mefme
temps voir Jupiter & fon quatriéme
Satellite , lors de fa plus
grande digreffion .
J'ajoute que les Lunetes de
Galilei font incommodes , mef
me pour voir les objets terref
tres, filcur longueur excede trois
pieds. C'est pourquoy il fuffit
que le Verre objectif également.
du Mercure Galant. 277
Convexe des deux coftez ait trois
pieds & demy de puiffance ou
longueur du Foyer Solaire , auquel
vous donnerez une ouver
ture de 14. lignes de diametre,
& un oculaire également conca.
ve des deux coftez , qui ait 18 .
lignes de longueur de Foyer Virtuel
, car il augmentera 28. fois
l'apparence naturelle du diame.
tre vifible de l'objet . J'ay veu
d'excellentes Lunetes , dont le
Verre objectif eftoit de 16. pou
ces de puiffance & fouffreit 8 .
bonnes lignes d'ouverture , &
dont l'oculaire n'eftoit que d'un
pouce de Foyer , & augmentoit
par confequent 16 fois l'apparence
naturelle ; car l'apparence
artificielle du diamettre d'un objer
croît par deffus l'apparence
278
· Extraordinaire
'
naturelle en la meſme raiſon qu'il
y a entre la longueur du Foyer
du Verre objectif à la longueur
du Foyer du Verre oculaire . Je
me fers préfentement d'une Lunere
qui n'a que 14. lignes de
longueur , elle eft du travail du
Sieur Querreau , Maiftre Lune.
tier aux deux Croiſfans d'argent
fur le Quay de l'Horloge ; ce
fçavant & expert Artifte qui at
fait les premiers grands Binocles
au tres R. P. Cherubim d'Orleans,
avec lefquels il commença en
l'année 1677. à fe faire confidé
rer , comme s'il en euft efté luymefme
l'Inventeur & le Fabricateur
, bien qu'il n'ait travaillé
ny les verres ny les Tuyaux, & c.
Ces petites Lunetes de Galilei
d'un pouce ou environ de londu
Mercure
Galant. 279
gueur font tres - utiles pour
ceux qui ont la vete fort courte.
Les Dames peuvent l'enfermer
dans le clou des baftons de l'Eventail
, les Hommes mettront
cette Lunete dans le poing fermé
, & par ce moyen les uns &
les autres verront diftinctement
les objets éloignez , car du fonds
du Parterre & de
l'Amphithea
tre , on verra d'un mefme afpect
les Décorations, les Machines ,
& les Acteurs de l'Opéra, auffi
diſtinctement que s'ils n'eftoient
qu'à 3 ou 4. pas loin .
J'ay autrefois fait monter les
Verres pour faire une excellente
Lunete de 4. pouces & demy de
longueur , l'objectif eftoir également
convexe des deux coftez,
& avoit 6 pouces de Foyer So.
280 Extraordinaire
laire , & 6. lignes d'ouverture,
fon oculaire eftoit également
concave des deux coftez , &
avoit 1. pouce & demy de longueur
de Foyer virtuel Solaire ,
& il augmentoit par conféquent
quatre fois l'apparence naturelle
de l'objet. Ceux qui en voudront
de 9. pouces de Foyer luy don
neront 7. lignes d'ouverture, &
8. lignes s'il eft d'un pied de
Foyer, & 9. lignes à un Verre
d'un pied & demy ; & enfin un
pouce d'ouverture fi le Verre a
2. pieds & demy de longueur de
Foyer Solaire.
Le Verre objectif de la Lunete
de Galilei , eftant enfoncé environ
un pouce dans le Tuyau , il
faut,
Placer le verre oculaire concave
du Mercure Galant. 281
dans le Tube, entre fon Verre objectif
& fon Foyer objectif, ou
Image aeriene de l'objet , afin
de corriger le trop de
convergence
que les rayons de chaque point
de l'objet ont aquis en pénétrant
le Verre objectif, & les rendre
phyfiquement paralleles, oufen
fiblement divergens pour les
Miopes.
J'ay ſpecifié le Foyer objectif,
parce que les objets cftant terreftres
, ou comme la Lune ,
Mars , Vénus & Mercure dans
leurs perigées moins éloignez
que le Soleil , leur Foyer ob .
jectif est toujours plus loin que
le Foyer Solaire , parce que les
rayons de chaque point de ces
objets tombent plus divergens
fur le Verre , & leur concours fe
Q. d'Avril 1683. Aa
282 Extraordinaire
fait plus loin ; c'est pour cela
qu'il faut allonger la Lunete
pour voir diftinctement les ob.
jets terreftres qui font moins éloignez
, & qu'au contraire il la
faut plus racourcir pour voir
diftinctement les objets qui font
fur la terre pour éloignez qu'ils
foient , puis qu'ils ne le peuvent
eftre autant que le Soleil ou la
Lune.
Il y a trois diférentes pofitions
du Verre oculaire concave.
Pour les bien entendre il fe faut
fouvenir que les Verres concaves
n'ont point de Foyer Solaire
réel , mais feulement un Foyer
Solaire virtuel qui eft toûjours
anterieur , nous nous fervirons
pourtant du mot de Foyer virtuel
pofterieur , pour fignifier cette
du Mercure Galant. 283
diſtance qui eft la longueur du
diametre de la concavité du Ver.
re s'il eft plan - concave , & n'eft
que la longueur du femydiame
tse s'il est également concave des
deux coftez .
Je dis donc 1 ° . que fi le Verre
oculaire , & fon Foyer Solaire Vir
tuel Poflericurf. eft entre le Verre
objectif & fon Foyer réel objectiff,
ou Image aëriene de l'objet ,
comme dans la Figure IX . de la
troifiéme Planche , les rayons en
fortiront divergens , tels qu'il les
faut pour procurer une vifion
diftincte de cet objet éloigné aux
Miopes, qui ne voyent diftincte
ment que les objets qui font fort
proches, par les rayons qui tombent
fenfiblement divergens fur
T'humeur criftallin de l'oeil ,
A a ij
284
Extraordinaire
2º. Je dis
que file Verre ocu
foit
laire concave eft entre le Verre
objectif , & fon Foyer objectif ;
& que le Foyer Solaire virtuel Pofterieur
de l'oculaire concave ,
au mefme point de l'Axe que le
Foyer objectif du Verre objectif,
comme dans la VII. Figure de la
troifiéme Planche , les rayons en
fortiront paralleles tels qu'il les
faut , pour les bonnes & ordinaires
veues qui voyent diftinctement
les objets éloignez par
des rayons qui tombent phyfiquement
paralleles fur l'humeur
cristallin.
3 °. Je dis que fi l'Image diftinde
de l'objet , ou Foyer F da
Verre objectif, eft entre le Verre
concave & fon Foyer Solaire virtuel
pofterieur f. comme dans la
du Mercure Galant. 285.
Figure VIII. de la troifiéme Planche
, les rayons en fortiront encore
convergens , & tels qu'il les
faut faire tomber fur l'humeur
cristallin des Presbites , afin qu'il
les puiffe rendre fi convergens ,
que leurs concours foit racourcy
jufques fur la Retine.
De ce que deffus , on peut connoiftre
que la Lunete eftant tirée
de jufte longueur comme dans la
Figure VII. Planche troisième, pour
les bonnes & ordinaires veües
qui ont befoin de rayons phifiquement
paralleles , parce qu'ils
voyent diftinctement les objets
éloignez , il faut que les Miopes
la racourciffent comme dans la
Figure IX. Planche troisième , pour
rendre les rayons fenfiblement
divergens , & au contraire il faut
286 Extraordinaire
que les Presbites l'alongent davantage
, comme dans la Figure
VIII. Planche troifiéme, pour rendre
les rayons paralleles ou mefme
un peu convergens.
Il faut metre l'oeil le plus prés
qu'on pourra de la concavité du Verre
ontaire , & faire en forte que le
centre de la Prunelle foit dans
l'Axe du Tuyau , qui tombant
perperriculairement fur toutes les
furfaces des Verres, paffe par les
centres de leurs furfaces & par les
cetres de leurs fphéricitez. L'oeil
eftant ainfi placé tout contre la
concavité de l'oculaire, reçoit
par la Prunelle une plus grande
baze du cone de la radiation de
l'objet , & en découvre en mefme
temps plus grande quantité
ou nombre d'objets , & l'appa
du Mercure Galant. 287
rence de chaque objet eft tresaugmentée,
plus diftincte & plus
forte, ayant égard qu'elle foit tirée
fuivant la longueur requife
du Foyer objectif qui eft plus
long , lors que les objets font
moins éloignez .
Les Vieillards qui ne peuvent
rien voir diftinctement avec la
Lunete à oculaire concave , parce
qu'ils ont la furface anterieure
du cristallin trop plate , n'ont
qu'à mettre leur Verre convexe
de Bezicle ordinaire , fur le Verre
oculaire concave de la Lunete , &
y appliquer l'oeil .
L'Autheur du Volume des
Parfaites vifions de 1677. a tresmal
placé dans fa figure 16. page
134 le centre de la concavité de
fon Verre oculaire Plan-concave,
288 Extraordinaire
au point du Foyer de fon Verre
objectif, car les rayons feroient
encore convergens au fortir du
Verre oculaire , & ne pourroient
par conféquent fervir qu'à ceux
qui font extrémement Presbites ,
defquels le nombre eft fi petit,
qu'entre mille Hommes à peine
s'en trouve. t- il un , & aufquels ce
bon Pere n'ajamais penfe.
Je finis cet article apres avoir
remarqué que la Lunete de Galilei
fait voir les objets dans leur
fituation naturelle , parce que
le Verre concave reçoit les
rayons avant leur concours &
nous les tranfmet dans l'oeil au
mefme ordre qu'ils viennent naturellement,
c'est pourquoy nous.
voyons l'objet en fa fituation na
turelle, car fon image eft peinte
renversée
du Mercure Galant . 289
renverféc fur la Retine , comme
dans la figure IV. Planche premiere,
de mefme que dans l'oeil artificiel
figure II. Planche feconde , & dans
la chambre noire figure III. de la
mefme Planche , où le Verre convexe
y tient lieu de l'humeur
Criſtallin , & le papier y fert de
*Retine.
Afin de voir dans la chambre
noire avec plus de plaifir, avec
le mefme Verre convexe de S. Ou
6. pieds de Foyer les images de
quelques objets beaucoup plus agrandies
, mais toûjours renverfées,
mettez comme en la figure
XIII. Planche premiere, le Tuyau
qui porte voftre oculaire dans la
Boule de bois engagée dans le
trou de la Feneftre dans lequel
on la peut tourner de tous côtez .
Q.d'Avril 1683. Bb
290 Extraordinaire
Recevez les efpeces renversées &
tres-diſtinctes des objets , fur une
planche couverte de papier blanc
& perpendiculairement oppofée.
à la lunete : ayez un Verre également
concave des deux coftez,
mais d'une plus grande Sphere
ou longueur de Foyer virtuel
folaire , que s'il devoit fervir de
Verre oculaire à la mefme Lunete,
mettez ce Verre concave dans
fon Tuyau particulier que vous
inferez dans le Tuyau du Verre
objectif ; & vous remarquerez
qu'à mesure que vous approcherez
ce Verre concave du Verre
objectif, en forte pourtant que
le foyer virtuel pofterieur du Verre
concave , foit toûjours comme
dans la Figure VIII. Planche troifiéme
plus loin du Verre objectif,
du Mercure Galant. 291.
que n'eftoit fon Foyer objectifon
cette premiere image des objets;
il faudra porter beaucoup plus
loin la Planche d'attente, afin d'y
recevoir ces images diftinctes ,
car la concavité de ce Verre rendra
les rayons un peu divergens,
en retardera le concours , & les
images s'y formoient par conféquent
beaucoup plus grandes.
Pour fe fervir de la Lunete ordi
naire, il ne faut qu'un peu allonger
le Tuyau,
Des Lunetes de toute longueur.
4vec deux Verres objectifs.
He
Lya de trois fortes de ces Lunetes
qui font plus curieuſes
qu'utiles . Il y en a deux fimples
, & une compofée , dont
Bb ij
292 Extraordinaire
nous parlerons en fon lieu .
J'en ay tiré la pratique de la
Dioptrique de Kepler imprimée
en 1611. en voicy la 125. propofition
Pofito cavo , due convexafimilia ,
applicata invicem proximè , pro uno,
ferè dimidiant longitudinem inftrumenti
, quod eorum convexorum
unum folum habet ; & fimul quantitatem
fpeciei minuunt, parce que
ce deuxième Verre objectif Figure
I. de la Planche VII . recevant
les rayons rendus convergens
par le Verre objectif externe &
de 4.ou 5. fois plus long Foyer en
accourcit le concours , c'eft pourquoy
, pour voir clairement &
diftinctement l'objet, il leur faut
donner un Verre oculaire , concave
, ou convexe , proportionné
à la plus grande longueur de
du Mercure Galant. 293
Foyer qu'ils ont eſtant joins en.
femble. J'ajoûte à la propofition
de Kepler , qu'en éloignent peu
à peu ce deuxième interne ob .
jectif du véritable premier Verre
objectif qui paroît au bout de la
Lunete , la longueur du Foyer
augmentera,& il faudra par conféquent
allonger la Lunete , &
Je tuyau qui porte l'oculaire , afin
qu'il foit en la diftance requife
au devant du Foyer s'il eft con
cave, & au deça du Foyer s'il eft
convexe , & que par ce moyen
l'objet paroîtra plus grand,mais
plus confufément & moins éclairé.
L'objet paroiſtra confufé
ment , parce que le Verre ocu.'
laire fera trop aigû , & il paroiftra
moins éclairé,parce que fon ima
ge agrandie ne fera peinte fur la
Bb iij
294
Extraordinaire
Retine qu'avec la mefme quanti
té de rayons qu'elle eftoit peinte
eftant petite.
Par ces mots Lunetes de toute
longueur, j'entens moindre que la
longueur ordinaire d'un feul pre--
mier Verre objectif & plus grande
que la longueur de leur Foyer
lors qu'ils font l'un contre l'autre.
Je me fuis ainfi expliqué , de peur
d'eftre crû auffi intelligent que
l'Autheur de la Dioptrique Oculaire
de l'année 1671. qui dans la
page 233. dit, qu'eftantpar exemple
de 10. pieds en fa plus grande longucur
, on le pourra reduire à moins
d'un pied , & nonobftant , il repréfentera
encore , ajoûte- t- il , en cet
extréme accourciffement , les objets
tres- clairement & diftinctement.
Comme tout ce que cet Autheur
du Mercure Galant. 195
produit eft tres- extraordinaire,
Les deux objectifs eftant d'égale
longueur de Foyer, un de fes 10 .
pieds quia efté pris égal à un des
noftres , en vaut maintenant 5.
dans cetextréme accourcissement , &
fon mefine Verre oculaire qui
fait voir les objets tres - clairement
& diftinctement , ayant pour objectifun
pied de Foyer , ne lairra
pas à ce qu'il doit , de faire voir
tres- clairement & diftinctement ,
lors qu'ayant allonge la Lunete
il aura un objectif de 10. pieds de
Foyer, qui augmentera par conféquent
9. fois plus l'apparence
*
à la verité , comme cela excede
Jes forces de la nature. Je ne puis
comprendre qu'en ces deux diférens
cas il voye les objets tresclairement&
diftinctement, à moins
Bb iiij
296
Extraordinaire
que ce ne foit par le mefme
moyen qu'il affure fincerement
dans la 296. page du meſme Livre
. Avoir ven dans la Lune , mais
par un moyen toutparticulier,juſques
icy inconnu, queje feray voir, ajoute-
t- il , en fon lieu. Voila qui mérite
qu'on le reconnoiffe dans la
Vignete de fon Volume des vi
fions Parfaites de 1681. & qu'on
avoue ce qu'il dit dans fa Ta-:
ble en la lettre N. que les noms
expriment fouvent la Realité de
la chofe.
J'ajoûte , que le mefme effec
s'enfuivra fi le Verre oculaire eft
également convexe des deux
côtez , pourveu qu'il foit toû
jours placé de la longueur de fon
Foyer Solaire , au deça de la longueur
du Foyer objectif ou image
du
Mercure Galant. 297-
aëriené de l'objet produite dans
le Tuyau par le concours des
rayons caufé par ces deux Verres
objectifs , & que l'oeil ne foit éloi
gné de ce Verre oculaire qu'un
peu moins que la longueur de
fondit Foyer Solaire , ce qui eft
la conſtruction des Teleſcopes de
Kepler & de Rheïta .
2.J'ajoûte que le mefme effet
s'enfuivra aux Lunetes compofées
de trois Verres oculaires également
convexes , lefquels ne
changent point de place entreeux
, eftant tous trois arreſtez
ferme dans un mefme Tuyau
que l'on éloignera à mesure qu'on
reculera le deuxième Verre objectif
du premier , afin qu'entre
leur Foyer & le premier des trois
oculaires il y ait toûjours la dif298
Extraordinaire
>
tance du Foyer Solaire de ce
premier Verre oculaire .
La 134 propofition de la Diop
trique de Kepler m'a fourny l'au
tre maniere d'avoir une Lunete
de toute longueur avec un feul
& mefme objectif de moindre
Foyer: c'eft de mettre un Verre
également concave des deux
corez mais d'une fphericité beaucoup
plus grande qu'à l'ordinaire
, au bout d'un Tuyau qu'on
inferera dans le Tuyau au devant
du foyer du Verre objeif
, il en changera par confé .
quent la longueur du Foyer , &
Pimage fera plus grande plus ce
Verre concave fera moins éloigné
du Foyer ou image aeriene
produite par l'objectif , il s'agit
donc de voir cette petite image
du Mercure Galant.
299
aeriene de l'objet bien agrandie
avec un Omphaloptre ou oculaire
convexe des deux côtez ,
mais de petite longueur de
Foyer. Cette Lunete a ce défaut
que l'objet agrandy paroiſtra
fort fombre, car le Verre concave
ayant rendu divergens les
rayons , il n'y en a que fort petite
quantité qui forment cette ima
ge. Je paffe fous filence de faire
une Lunete dont l'objectif & l'oculaire
foient concaves, ou que
l'objectif foit concave & l'oculaire
convexe .
Mettant au dehors la concavité d'un
Menifque pour objectif, ou un verre
concave , & au dernier un convexe
de moindre foyer. L'oculairefoit Me
nifque, mettant au dehors fa convexité
de moindre foyer que fa concavité.
300
Extraordinaire
Du Teleſcope Aftronomique de
Rheita, dont le Verre oculaire.
eft convexe.
E Teleſcope n'eft qu'un Microſcope
renversé CET
› parce
qu'avec un oculaire de petite
longueur de Foyer , nous regargardons
comme un veritable objet
, la petite image aëriene que
les rayons de la radiation de cha
que point de l'objet , ayant penétré
le Verre objectif, forment
par leur concours en fituation
renversée dans les tenebres &
obfcurité de la concavité du
Tuyau de la Lunete , comme en
la Figure X, Planche troifiéme.
Par ce Teleſcope , l'objet nous
paroiſt renversé , parce que fon
du Mercure Galant. 301
image aëriene eft renversée , &
que les rayons de chaque point
de l'objet s'eftant renverfez par
leur décuffation au Foyer obje-
Atif avant que de tomber fur le
cristallin , peignent les efpeces
de l'objet en fituation renverfée.
La longueur du Foyer du Verre
oculaire convexe , doit eſtre à
la longueur de fon Verre obje-
&tif, en la mefme raifon que s'il
eftoit concave , c'eſt à dire dans
les mediocres Lunetes, comme 1.¸·
à 36. ou à 40. car ces deux efpeces
d'oculaires augmentent également
l'apparence naturelle de
l'objet. La diférence des deux
Teleſcopes fimples , eft en cela
feulement que l'oculaire convexe
découvre un plus grand champ ,
302
Extraordinaire.
→
la baze du cone vifuel eſtant
comme cent fois plus grande , &
fait par conféquent voir d'un feul
afpect , cent fois plus d'objets que
l'oculaire
concave .
J'ay reconnu par experience
qu'une Lunete d'un pied de longueur,
dont l'oculaire eftoit con.
cave ne découvroit pas davantage
de Terrain qu'une Lunete de
15. pieds de longueur dont l'oculaire
eftoit convexe , & perfonne
n'ignore que dans l'une & dans
l'autre efpece de Teleſcopes fimples
, plus la Lunete eft longue ,
moins elle découvre de champ
ou étendüe de Païs , & qu'en é
change les objets paroiffent plus
grands à proportion ; c'eft pourquoy
avec une grunde Lunete
on ne peut voir en meſme temps
du Mercure Galant. 303
tout le Difque de la Lune pleine ,
bien que fon diametre apparent,
felon Tyco Brahé , ne foit que
de 33 minutes & 9. fecondes dans
fon Apogée , & de 34. minutes &
48. fecondes dans fon Perigée ;
& enfin de 36. minutes dans les
Quadratures , lors qu'elle cft le
moins éloignée de la terre.
J'ai pelle ce Teleſcope Aftro,
nomique , parce qu'il eft particulierement
affecté pour contempler
lesPlanetes , leurs taches ,
leurs Lunes, ou Satellites , & le
Pont volant. qui paroit autour
de Saturne, qu'il feroit trop difficile
de trouver dans leCiel avec
la Lunete de Galilei , qui n'en
découvre que tres - peu de minutes
d'un feul aſpect.
Le défaut de ce Teleſcope à
式
304
Extraordinaire
oculaire convexe , fi tant eft qu'il
en ait , eft de repréfenter tous .
les objets renverfez , mais cela
eft autant curieux qu'incommode
pour les objets terrestres , &
indiférent pour les objets celef
tes , puis qu'ils font Spheriques,
c'eft à dire ronds comme des
boules.
Tous les Sçavans fouhaitent
d'apprendre de l'Autheur des
Parfaites Vifions , le moyen tout
particulier, & jufques icy inconnu,
par lequel il affure avoir veu
dans la Lune , c'eſt en la 296 .
page de fa Dioptrique Oculaire de
l'année 1671. le R. Pere nous fera
fans.doute voir les endroits où
Mahomet fouda les pieces de la
Lune qui eftoient caffées , fuivant
qu'il eft rapporté dans l'Aldu
Mercure Galant.
305
coran Azoara. 63. il le doit don
ner au Public , ce moyen tout particulier
& jufques icy inconnu , puis
qu'il s'y eft obligé, même par
des
termes
facrez
tirez
de
l'Eccle- fiaftique
Chap
. 42.
Verfet
15.
Memor
ero igitur
operum
Domini
&
que
vidi
annuntiabo
. C'eſt
pour
fors
que
nous
verrons
comme
il
dit
dans
la page
234.
les Chiens courans
fur
le dos
; car
tous
les
Chiens
terreftres
courent
fur leurs
pieds
, & Sirius
& Procyon
,
le Grand
& le Petit
Chien
celefte
, font
immobiles
, n'ayant dos
ny jambes
, non
plus
que
Carbere
le grand
Chien
de Pluton
.
L'Oculaire convexe doit eftre
placé au deça du Foyer objectif
ou image aeriene de l'objet , en
forte qu'il en foit éloigné de la
Q. d'Avril 1683. Cc
306
Extraordinaire
longueur de fon Foyer Solaire ,
pour les bonnes & ordinaires
veücs, & un peu moins pour les
Miopes, & un peu davantage pour
les Presbites . Ainfi la lunete eftant
tirée & bien ajustée pour voir
diftinctement les objets terreftres
pour éloignez qu'ils foient ,
la diftance du Verre objectif à
fon verre oculaire convexe, fera
toûjours un peu plus grande que
les longueurs de leurs deux
Foyers Solaires prifes enfemble.
L'oeil doit eftre appliqué à la
Lunete , au deça du verre ocu
laire convexe , un peu moins
éloigné , que de la longueur de
fon Foyer Solaire ; car fi l'oeil:
eft trop proche du verre ocu
laire convexe, les rayons luy feront
voir de la couleur bleue , &
du Mercure Galant. 307
s'il en eft trop éloigné, il verra de
la couleur jaune. Afin de tenir
commodement l'oeil dans cette
diftance , le Tuyau qui porte le
verre oculaire le termine par
une Boëte Figure 11. Planche feptiéme
, dont le trou rond de la
Pinnule n'aque 3. ou 4. lignes de
diametre , afin que le centre de
la prunelle le trouve toûjours
plus facilement avec l'Axe de
tous les verres.
Il est donc évident que la lu
nete avec oculaire convexe eft
plus longue , qu'avec un oculaire
concave de trois fois la longueur
du Foyer Solaire de l'oculaire,
ainfi le verre objectif ayant ro.
pieds deFoyer Solaire , & fon oculaire
convexe trois pouces & 4.
lis
gnes, ce Teleſcope fera 10 pouces
Ccij
308 Extraordinaire
plus long que fi le verre oculaire
eftoit concave & d'u.
ne mefine longueur de Foyer
Solaire ; 1. Parce que cet oculaire
concave doit eftre placé
dans le Tuyau 3. pouces
& 4. lignes au de la de l'image
aëri ne de l'objet ; 2° . Parce
qu'on doit mettre l'oeil tout
contre l'oculaire concave , au
contraire cet oculaire convexe .
doit eftre placé 3 pouces & 4.
lignes au deça de l'image aëriene
de l'objet , & l'oeil doit eftre
placé 3. pouces & 4. lignes au
deça de cet oculaire convexe , ce
qui fait les to. pouces de la diférente
longueur de ces deux Telefcopes,
qui ont le mefme obje-
Atif de 10. pieds de Foyer & diférente
efpece d'oculaire , mais
du Mercure Galant. 309
d'égale longueur de Foyer qui
eft dans cet exemple une trentefixiéme
de la longueur du Foyer
du verre objectif.
Le P. Cherubim qui ne s'amufe
pas à calculer ny à Geo.
metrifer dans la 136. page de fa
Vifion Parfaite de 1677. fe contente
de dire que ces deux Lunetes
feront d'environ 10. pieds.
de longueur. Il faut neantmoins
remarquer qu'un obectif de ro .
pieds de Foyer , s'il eſt bien travaillé
, doit fouffrir un verre
oculaire qui n'aura que 3. pou
ces de longueur de Foyer , &
augmentera par conféquent 40 .
fois l'apparence de l'objet.
Nous voyons donc avec l'oculaire
convexe , tous les objets
dont les images aerienes font dif
310 Extraordinaire
tinctement peintes dans le
Tuyau de la lunete , & cette
quantité d'images des objets
qu'on voit par la lunete , eft la
mefme que celle qui feroit peinte
diftinctement & à la renverfedans
un cercle de mefme diame
A tre que
la concavité
du
Tuyau
Cilindrique
de la lunete
, mis fur
la Table
d'attente
de la cham
bre
noire
, ou Oeil
artificiel
des
Figures
11. & III. de la feconde
.
Planche
. Il eft vray
que
lors
que
les objets
paroiffent
comme
dans
une
nuće
ou
rond
brillant
des
couleurs
vives
de l'Arc
-en Ciel,
nous
retreciffons
cette
baze
de
diftinction
des
images
aërienes
des objets
, par un Diametre
noirmat
de
tous
côtez
Figure
III.
Planche
feptiéme
, auquel
nous
du Mercure Galant.
311
donnons l'ouverture que l'expérience
nous fait connoiftre la
plus propre ce Diametre cache
les images aerienes qui font fur
les bords de la baze circulaire de
diftinction , dont les rayons tomboient
trop inclinez fur les bords
de la furface du verre oculaire,
lefquels ayant fouffert une trop
grande réfraction venoient fe
confondre fur la Retine , & la
fraper plus fortement par cette
plus grande conftipation de
rayons caufée par leur incidence
trop oblique , c'eft pourquoy les
filaments nerveux qui forment
la Retine eftant fortement ébranlez
, nous voyons des vives
couleurs de l'Iris , de même qu'on
les voit dans un lieu tres - obfcur,
en tenant un Papier devant l'oeil ,
312
Extraordinaire
apres avoir regardé quelque
temps fixement une Figure ou
fimple Croix faite avec encre
comine fur le Papier du chaffis
de la Fenestre fortement éclairée
par le Soleil , c'est pour la mef
me raiſon qu'on met le Verre
oculaire entre deux Diafragmes
de Carton hoir- mat , & dont
l'ouverture eft fort grande pour
n'en couvrir que les bords , qui
font toûjours mal travaillez ,
laiffant toûjours l'ouverture de
l'oculaire plus grande que l'ouverture
de l'objectif. On eft
encore obligé de retreffir l'ouverture
de l'objectif, lors que le
Verre oculaire eft trop aigu
c'eſt à dire de trop petite lon.
gueur de Foyer , que les Ouvriers
difent Forcer l'objectif. Il le
faut
du Mercure Galant. 313
faut encore retraiffir davantage
pour voir bien terminez , c'eft à
dire bien ronds, fans couronnement
de rayons , les Aftres les
plus brillans de la premiere grandeur,
comme Sirius qui a 16. degrez
& 11. minutes de declinaifon
Auftrale , & qui eft fur le
Meridien avec le 6. degré 48 .
minutes de M' Hevelius ne
66 .
donnoit que 3. de nos lignes
d'ouverture à l'objectif de fa Lumediocrement
longue ; nete
>
j'en dis autant pour voir bien
terminé Vénus & Mars , lequel
ſe trouvant dans les Signes de≈≈,
ou de , pendant que le Soleil
eft en 2 , ou plûtoft la Terre en
s'approche fi fort de nous ,
qu'il paroift fi grand & fi brillant
, que plufieurs Perſonnes
Dd
Q.d'Avril1683.
314
Extraordinaire
l'ont pris pour Vénus.
De tout ce que deffus , que
j'ay mefme depuis plus de 30. ans
reconnu par experience ; Je conclus
que le Pere Eſchinard a eu
raifon de dire dans la 86. page
de fon Dialogi Optici parte tertia,
imprimée en l'année 1668. Tradunt
aliqui regulas determinatas pro
aperturis lentium objectivarum; nulla
tamen facta confideratione lentis
ocularis : Quod fane finè errore
fieri non poteft. Bien que luymefme
dans la 242. page de fon
Dialogi Optici parte Altera , impri
mée en 1666. fans avoir aucun
égard au Verre oculaire , eut
alluré que, Invitro objectivo decem
palmorum, fi femi-corda aperture fie
decima Palmi , Refractio eft valde
accurata. Or le Palme vaut 8.
pouces deux cinquièmes,
du Mercure Galant.
315
Puis que la Lunete à oculaire
convexe peint fur la Retine les
images des objets en leur fituation
naturelle , elle les peindra
auffi redreffées fur la Table d'attente
de la Chambre noire . Et
pour en prendre le divertiffement
, à un objectif de 3. ou 4.
pieds de Foyer , donnez un oculaire
convexe du moins d'un
demy pied de Foyer ; mettez
cette Lunete comme en la Figure
XIII. Planche premiere , au travers
de la Boule de bois engagée
dans le volet de la Feneftre, afin
de la contourner vers tous les
objets, & vous en recevrez les
Images tres- grandes , & redreffées
fur la Table d'attente couverte
de Papier blanc, & portée
toûjours perpendiculairement à
D dij
316 4
-Extraordinaire
3
la Lunete , comme la Figure le
démontre. AE
Sisa cette Lunete dans la
Chambre noireson y applique la
Machine que M Hevelius a
donné dans la 372. page de fon
Machina Cæleftis , on pourra fa
cilement décrire les taches ou
macules du Soleil, mais non pas
les macules de la Lune , quoy
que le R. P. de Chales dans la
690. page du 2. Volume de fon
Mundus Mathematicus , imprimé
en 1674. fe fiant trop au rapport
d'autruy ait écrit. Nonnulli Luna
rem radium per Teleſcopium tranfmittunt,
imagoque in charta excipitur.
L'experience l'auroit dé
trompé, puis qu'en cette Image
on ne peut remarquer aucunes
des macules que nous voyous
du Mercure Galant .
317
avec le Teleſcope fur la furface
ou Difque de la Lune .
Le mefme R. P. de Chales a
auffi dans la mefme 690. page
fait connoistre tout de fuite , ce
qu'il m'a mefme avoué dans une
Conférence au College de Cler.
mont, que pour avoir efté trop
credule à ce que le P. Cherubin
d'Orleans avoit écrit dans fa
Dioptrique Oculaire , il en avoit
gafté la Geometrie dans fon
Mundus Mathematicus, y ayant dit.
Aliam Praxim profert Pater Cheru
binus Aurelianenfis infua Dioptrica,
defumptam quidem ab inftrumento à
quadraginta circiter annis à Patre
Sebeinero Typis mandato.... Firmato
Telescopio; factaque prius in eo crena
circa bafim diftinctionis prima len,
tis, utitur parallelogrammo duplici,
Dd iij
318 Extraordinaire
majori & minori , immiſſo per cre
nam in Tubum ftilo B.valdefubtili,
& in puncto C. Graphium. Certum
eft autem ; voicy une aſſurance
contraire à la Geometrie , Simi.
lem motum, inæqualem tamen, perfici
à duobus punctis C. & B. puis que
les Figures que ces deux points
C, & B. décriront , ne feront jamais
femblables ; il fuffit de
confiderer les points L. D. dans
la Figure 2. Planche troifiéme , qui
eft celle du R.P.deChales, & coforme
à celles qui font aux pages
246. de la Dioptrique Oculaire,
& 147. & 151. du Tome des
Vifions Parfaites imprimées en
1681. Neantmoins le R. P. Cherubin
nous veut obliger à croire
pieuſement deux chofes bien
extraordinaires , l'une du tout
du Mercure Galant,
319
THEQUE
DE
LYON
* 1893
1
318
Extraordinaire
m
n
C
(
WATHERGE
DEC
LYON
1893
VILLE
du Mercure Galant.
319
impoffible , & l'autre entierement
contraire à la Geometrie , c'efl à
dire qu'au moyen de cet inftru
ment Tele graphique nouvellement
inventé , fans clouer comme
fit Jofüé la Lune au Ciel , il
en avoit contretiré d'icy bas le
Difque ou image apparent de 10.
pouces & demy de diametre qu'il
a donné dans la Planche 33. page.
296. de la Dioptrique Oculaire de
l'année 1671. & il nous affure dans
les pages 297. & 320. l'avoir faire
en la regardant par la Lunete,
bien qu'elle ne foit qu'une veri
table Copie , qu'il a tiré fur la
Figure de la face de la Lunepleine
que M' Hevelius avoit
donné en l'année 1647. dans la
262. page de la Selenographie
, ou
defcription de la Lune ; car elle eft
D d üj
3201
Extraordinaire
de mefme diametre, & en tout
femblable, & à les mefmes fautes..
Ce Terreftre contretireur des
objets celeftes feroit bien à quia,
fi on luy demandoit en quel figne
& en quel degré eftoit la Lunepleine
quand il l'a contretirée
pour confronter fi à caufe du
mouvement de Libration de
fon Difque fur ces poles varians,
pouvoit en cette pleine Lune
montrer les mefmes bords, Diffe
rentia enim inter maximam & minimam
librationem Luna, cft una 36, ª
pars totius diametri Luna , cette
diférence feroit par confequent
de 3. lignes & demie , dans le
diametre de 10. pouces & demy
de fa Figure Pleni- Lunaire , sale
Il nous obligeroit encore de
dire quelle Planete dominoit,
du Mercure Galant.
3217
lors qu'il contretiroit fa Lunepleine
, veuë par la Luuete au moyen
de l'inftrument Tele graphique, puis
qu'à préfent il eft formellement
de toute impoffibilité impoffible
de donner par fon Telefgraphique,"
qu'il augmente d'unes , ou contretireur
de loin , la Figure circulaire
au Difque de la Lune, quand
mefme elle feroit portée fixement
& inébranlable par les
tours de la Baſtille ; & qu'il
choifiroit l'endroit, la diftance ,&
la pofition la plus commode pour
faire fon obfervation . Il n'auroit
pas mieux réüffi , s'il eut eſté dans
la Paleſtine en la Vallée Hayalon,
lors qu'au commandement de
Jofüé Cap. X. Succeffeur de Moy
fe, Grand Capitaine de l'Armée
du Peuple de Dieu , le Soleil
322 Extraordainaire
& la Lune , Obediente Domino voci
hominis & pugnante pro Ifraël,
ayant fait ferme dans le Ciel , luy
fournirent le plus long jour qui
aye jamais efté , pour l'entiere
défaite des Armées des cinq
Roys Amorrhéens , qui combattoient
en perfonne.
Sol Stetit in Gabaon , mediique cacHmine
cæli ,
Fixit anhelantem dilato veſpère
Lucem ,
Infolitus franare diem; nee Luna
cucurrit
Ordine pigrafuo , donec populantibus
armis
Fervidus ingentem gladius confu.
meret hoftem
Conjurante polo.
Čette Lunete à oculaire con
vexe , a pardeffus les Lunetes de
du Mercure Galant.
323
rantad'un
efpa.
ulaire
ans la
mage
THEQUE
BIBLIO
LYON
#1893
DE
FILLE
tient
enfuit
agme
droit,
z par
foye
dans
y ar
forte
dans
Diftra
pluquoy
File
322
Extraordainaire
F
& la Lui
hominis
ayant fa
fournir
aye jan
défaite
Roys £
toient
Sol Stet
mi
Fixit a
La
Infolit
си
Ordine
bi
Fervi
n
Conju
THEQUE
BIBLIO
DE
LA
LYON
* 1893
VILLE
7
du Mercure Galant.
323
Galilei, d'autres grands avanta
ges que celuy de faire voir d'un
Teul afpect cent fois plus d'efpa .
ce; car puis qu'avec cet oculaire
convexe nous regardons dans la
Lunete mefme , cette image
aëriene renversée , qui y tient
lieu d'objet immediat, il s'enfuit
que fi l'ouverture du Diafragme
qu'on pouffe au mefme endroit,
eft tréliffée en petits quarrez par
plufieurs filets fimples de foye
plate noire & bien tendus dans
de legers traits de burin , y ar
reftez avec un peu de cole forte
ou cire d'Espagne ramollie dans
l'Esprit de Vin, l'objet paroiftra
eftre luy.mefme divifé en plufieurs
quarrez
c'eſt pourquoy
ayant tracé ſur le Papier ou Toile
d'attente un Echiquier avec des
324
"ማ
Extraordinaire
lignes occultes , dont les quarrez
feront de telle grandeur qu'il
vous plaira , & du moins en auffi
grand nombre que le Treillis
qui eft au Foyer du Verre obje
Atif de la Lunete : ces lignes qui
forment l'Echiquier fur la Table
d'attente , peuvent eſtre faites
avec un pinceau du Carmin fort
clair, comme quand on travaille
en Mignature fur le Velin. Si
par une imagination forte & mé
morative, on rapporte bien proportionnellement
dans les grands
quarrez de l'Echiquier , ce que
L'on voit dans les petits quarrez
du Treillis , dont les filets pa
roiffent eftre appliquez fur l'ob
jet , parce qu'ils font dans la baze
de diftinction ou image aëriene ,
fon objet fera tiré au naturel.
du Mercure Galant.
325
Jay pratiqué affez heureuſe.
ment & pour la premiere fois
cette maniere de contretirer les
objets éloignez eftant au Fort de
L'Eclufe fur le Rofne, en l'année
1652. apres avoir leu dans la
page 119. de la premiere Partie
de La Perfpective Pratique, imprimée
à Paris en l'année 1651. la
Pratique XCIV . qui a pour titre
Belle invention pour pratiquer la
Perfpective fans la fçavoir , cet
Autheur Jefuite & tres- fçavant,
comme font tous ceux de cette
illuftre Compagnie , qui ont
bien voulu y recevoir deux de
mes Neveux , regardoit feulement
par un petit trou de 2. où
3. lignes de diametre , comme on
voit dans fa Figure , les Païſages
à travers un grand Chaffis d'un
326
Extraordinaire
pied & demy en quarré, divifé
en petits quarrez d'un pouce ou
environ par des filets noirs deliez
& bien tendus. Et bien qu'il
n'employat aucun Verre obje.
ctif ny aucun Verre oculaire , il
donna neantmoins à ce petit trou
ou fimple Dioptre le nom de Lunete.
Ce mot feul de Lunete
me fit d'abord aviſer de paſſer
ma Lunete à oculaire convexe
dans une Boule enchaffée dans
le volet d'une Feneftre , comme
j'avois veu à Geneve, dans la Figure
de la page 119. de la Selenographie
de M Hevelius , imprimée
à Dantzic en l'année 1647.
pour pouvoir contourner ma Lunete
aux objets fixes que je voulois
tirer au naturel.
J'eus bien-toft ajuſté comme
du Mercure Galant. 327
dans mes Figures IV . V. VI . VII.
& VIII. un Parallelogramme
pour le redre Telegraphique pour
contretirer de loin les objets
terreftres & fixes , mettant la
pointe E de l'Index dans la fente
faite au cofté du Tuyau de
ma Lunete à l'endroit de l'image
aëriene de l'objet éloigné,
ou Foyer du Verre objectif de
trois pieds de puiffance ,auquel je
ne donnay que 10 ,lig. d'ouverture,
& un oculaire également convexe
des deux coftez d'un pouce
& demy de Foyer , lequel par
conféquent augmentoit 24. fois
l'apparence de l'objet , que je
regardois par le trou rond ou
Dioptre d'une demie ligne d'ouverture
, & conduifant de la
main droite le crayon S , en forte
328
Extraordinaire
qu'à l'oeil la pointe E de l'Index ,
parcouroit tous les cantons &
traits de l'objet , j'en avois fa
peinture au naturel .
Je reconnois avoir tiré les principes
Ideaux de ce Tele graphe
tres facile & tres -fimple du Livre,
Pantographia feu Ars delinean
di res quaflibet , per Parallelogrammum
lineare , feu cavum mechanicum
mobile , imprimé à Rome en
l'an 1631. Le R. P. Scheiner Jefuite
compofa ce Livre , dans la
croyance d'avoir trouvé le méme
fecret de contretirer de loin , que
pratiquoit le Peintre George Contract,
qu'il dit avoir connu en
l'année 1603. Dilinga in Accademia
Suavice Nationis.
C'eft par une femblable oc
cafion que le R. P. Cherubin
du Mercure Galant. 329
d'Orleans , ayant appris ce qu'en
1654 :j'avois à Lion communiqué
de mon Tele graphe au R. P. Maria
de Rheita , Capucin Allemand,
en échange de fon Binocle , duquel
il me montra l'interieur ; &
ayant mefme peut - eftre recou
vré quelque Copie d'un Extrait
de ma Dioptrique que j'envoyay
au R. P. François Ignace Bau
det , Japonois, de la Compagnie
de Jelus , duquel j'ay encore des
Lettres du 27. Aoust 1654. écri
tes de Vannes , où leur Vaiffeau
eftoit venu charger ; ce bon Pere
Cherubin entreprit fa Dioptrique
Oculaire, qu'il fit imprimer en
1671. & la finit par la maniere des
plus longs oculaires , qui eft la mefme
que j'avois donnée dans la
derniere page de mon Traité des
Q.d'Avril 1683. Ee
330
Extraordinaire
Lunetes , imprimé à Lion en l'an.
née 1665. avec ma Nouvelle
Science de la Nature & des Prefages
des Cometes. J'ay donc efté à ce
R.P. Cherubin, ce que Job dit au
Ch.xxix.V.15. OculusfuiCaco , page
198. de la vifion Parfaite de 1681 .
Le R. P. Cherubin a fait com
me un Singe ou Compas de reduction,
& machine Telefgraphi
que , qui n'a que deux défauts,
d'eftre tres-composée & tresfauffe.
Il l'a donné en 1671. dans
fa Dioptrique oculaire , & dans la
page 237. il dit qu'il la donne
fincerement, & fans Reticence aucune
; neantmoins dans la page
$ 44. de fa vifion Parfaite de 1677.
protefte d'y fuppléer librement les
Reticences , dont j'avois efté, dit -il,
contraint d'ufer pour ma feureté en
du
Mercure Galant. 331
imprimant la Dioptrique. Il commence
le 9. & dernier Chapitre
de cette Viſion de 1677. par
ces mots , La Démonftration Théorique
ou Speculative de cette maniere
de Reduction proportionnele eft trescertaine
& tres- évidente de la 24 .
Prop. du o. d'Euclide. Mais il l'a
tres mal employé dans le Telegraphe
de la Machine Royale .
Il eft vray qu'ayant veu chez
M Butterfield le Tele graphe
Geométrique que je fis faire pour
M' de Tavel , Gentilhomme de
Berne en Suiffe, & apres qu'il eut
receu l'Eſtampe de ma Pantographie
, que luy porta un certain
Homme deparmy le monde, fon treshumble
Serviteur L. A. D. C. avec
Favis par écrit de preffer l'im
preffion de fa Vifion Latinizée,
Ee ij
332
Extraordinaire
comme il avoue dans la 371. paï
ge du Tranfcendant Livré de sa
Contiquité des Corps ; il me vint
voir à l'Hoftel de Heffe , où luy
ayant de vive voix démontré
fon Paralogifme, & le moyen
de corriger fon Tele graphe fans
changer la conduite de fon Index
,
pour s'excufer en 1678. de
P'erreur du Tele graphe de la
Machine Royale , il dit dans la
page 171 , tacitâ quafi fultus approbatione
exactiorem infttrumenti hujus
conftructionem haud effe requiren
dam exiftimandi anfam præbuere,
Jeremie Chap.48 . 10. & dans la
page 173. il conclut , Ecce quidquid
Geometrica exactitudinis , vel ipfa
feverior Critica in boc inftrumento
quiret exigere: cependant comme
il n'a pas bien employé la cordu
Mercure Galant.
333
rection que j'avois donnée à fon
ancien Parallelogramme dans
ma Figure X I. Je démontre
que fon Telegraphe eft encore
faux, ou inutile , & qu'il n'a pas
mefme fceu bien calculer jufques
à onze & demy .
-Car à la fin de la 151. page , ik
fait les Regles Ef gf. Duabus
lineis versus F longiores & quatuor
lineis Latas , & dans la page 172.
ne donne qu'une ligne & demie,
de faillie à fon Index depuis le
centre F. Donc la pointe de cet
Index reſtera toûjours fur la lar
geur des Regles Ef. gf. & fera
par conféquent inutile. Car la
longueur de la faillie de l'Index
depuis F jufques à ſa pointe, doit
eftre du moins de 3. lignes , &
ainfi n'ayant pas fçeu profiter de
334
Extraordinaire
la correction que j'avois donnée
à fon Telegraphe, il l'a donné encore
faux, & comme impraticable
par l'embarras de dix Regles.
& de deux Conduites , au lieu de
fe fervir de quelqu'un de mes anciens
Tele graphes de 1652.qui font
tres- fimples, tres -doux & libres
en leur mouvement , n'eftat compofez
que de fix Regles , come on
voit dans les Figures IV . V. VI .
VII . VIII . Planche feconde . Mais.
c'est trop geométrizer avec un ſi
celebre Ageometre , qui dans la
page 152. n'a pas fceu calculer la
diftribution des onze lignes &
demie de fes petites Regles HK .
HI. Illas namque, dit- il, undecim
cum dimidia lineas longas , &c.
COMTERS .
On donnera la fuite de ce Traité dans
les fuivans Mercures Extraordinaires .
du Mercure Galant. 335
Ilfaut vous donner l'Explication
du Chifre du dernier Extraordinaire,
qui renferme un Madrigal ſur l'Ecran
. Tout lefecret eft que la derniere
lettre de l'Alphabet qui cftz , y tient
lieu de la premiere qui eft a, & ainſi
des autres , en oftant la lettre de
l'Alphabet, comme eftant inutile dans
noftre Langue. De cette façon z eftant
mis pour a , & eftant en nombre
la vingt-deuxième lettre de l'Alphabet
, on marque la lettre a par
quatre chifres , comme 8527 , qui
font ensemble vingt- deux. Il fa
encore obferver que la derniere lettre
de ce Madrigal en chifre , doit marcher
la premiere, & que les cing der
niers nonibres composent le premier
mot du premier Vers. 1683 font 18 ,
& par conféquent la dix - huitiéme
lettre qui eft s . La lettre s'eftprife
336 Extraordinaire
pour e dans l'Alphabet renversé. Le
fecres de ce Chifre n'a efté découvert
que par une feule Perfonne , qui a
propofe un autre Chifrefur les Enigmes
de la Cheminée, & du Louis
d'or, en m'envoyant ce qui fuit.
EXPLICATION DU
Chifre de M' de Fleffel, propofé
dans le dernier Extraordinaire
du Mercure,
E
Cran, que ton employ me fait appréhender!
Ce que j'adore te careffe ;
Tu baifes en un jour mille fois ma Maitreffe,
Et je n'ofe la regarder.
Ce Chifre me donne occafion
d'en propofer un autre bien plus
fimple & plus facile à mettre en
pratique,
du Mercure Galant.
337
pratique , máis infiniment plus
difficile à deviner. En voicy un
échantillon fur les deux dernieres
Enigmes du mois d'Avril, expliquées
fur la Cheminée & fur le
Louis d'or. Chaque lettre du Chifre
répond à chaque lettre de
l'Original dans le mefme ordre,
& dans le mefme nombre , fans
aucune tranſpoſition.
Dpqitdqqaatisgfpulndse
bpqlqxhcdactutpdqmbatbp
hsex
doasuofdoaoougrqpmp
tedcmqmdlqcuodhuqgdlimb
Si j'apprens que cet artifice foit
nouveau , & de quelque utilité,
j'en expliqueray le miftere quand
il fera beloin. Ñ. M. D. L.
#Q. d'Avril 1683.
Ff
338 Extraordinaire
Fe reçois préfentement la mefme
Explication du Madrigal de l'Ecran,
dont lafecret a esté auſſi trouvé
par une Perfonne de vostre sexe,
qu'on n'a voulu me faire connoiftre
que par le nom de L' Abregédes Merveilles
àl' Anagramme , Să vertu me
régira feul , & auparavant , La
Guerre eft fur ma vie , d'Amiens .
La mefme Perfonne a expliqué la
premiere Enigme du mois de May,
par cette Traduction des treize dermiers
Vers du 4. Livre de l'Eneide.
I.
Unon, le coeur touché de fa longue
mifere,
Dipefche de l'Olimpe Iris, fa Meſſagere,
Pour rompre les liens, & briſer les refforts
du Mercure Galant.
339
Qui tenoient enchaîné ſon eſprit àſon
corps;
Car n'eftant pas encore arrivé aux limites
"Qu'avoit la Deftinée à fa courſe prefcrites,
Et le Cheveu fatal n'eftant point arraché,
Où lefil defes jours demeuroit attaché:
Iris en ce moment au Soleil oppofée,
Peinte de cent couleurs , & moite de
rofée,
Vientfondre furfa tefte, & ſuivantfon,
pouvoir,
La dévoue à la mort, & remplit fon
devoir.
J'offre au Dieu des Enfers , dit- elle,
cette Hoftie,
Et délivre ce corps du fardeau de la
vie.
Alors le Cheveu tombe, & dans le mefme
temps
L'ame avec la chaleur s'exhale dans les
vents.
Ff ij
340
Extraordinaire
Voicy d'autres Explications fur
l'Iris, ou l'Arc- en- Ciel , qui eftoit
le vray Mot de cette Enigme.
I.
Mercure abeau vanter cette Beauté
charmante
Qui l'emportefur Amarante ;
Je nefuis pointfenfible au pouvoir de
fes traits;
En Célimene qui m'enchante
Je trouve de certains attraits,
Quefon Iris n'aura jamais.
DIEREVILLE, du Pontlevefque.
Ο
II.
N vous connoift, Iris , malgré les
voiles fombres
Que vostre Mere brune opposoit à nos
yeux.
Ainfi malgré l'effort des plus épaiffes
ombres,
Veftre Pere éclatant paroift dedans les
Cieux.
du
Mercure Galant. 341
$3
Sous un Arc triomphant plus beau
ceux de Rome,
que
Voftre Trône eft égal à celuy du Soleil;
On connoift vos deux noms affezfans
qu'on les nomme ;
L'unfe voit dans ces Vers, & l'autre
dans le Ciel.
Du PIN, Lieurenant en l'Election
d'Iffoudun en Berry.
III.
Tircisfeplaignant l'autre jour
Des rigueurs que luy fait éprouverfa
Bergere,
Exageroit fur la Fougere
Le grand nombre de maux que luy cau
foit l'amour.
**
Iris, difeit-il, voftre nom
Avec voftre employ n'a point de conve
nance;
Car d'ofter jufqu'à l'espérance
Au plus conftant Berger, vous avez le
renom.
Ff üj
342
Extraordinaire
*K
Toujours décen dansfes projets
Ilfe figure en vain du repos fur la terrea
Iris, vous annoncez la Guerre,
Et cependant Iris doit annoncer la Paix .
C. HUTUGE , d'Orleans,
demeurant à Metz.
IV.
MNous arrivant bors defaifort, Ercure, voftre Iris fächenfe
Vient de gafter noftre moiſſon,
Pour avoir efté trop pleureuse.
La Roux, Medecin de Vitré.
V.
CQue l'Enigme nous cache icy,
E n'eft pas l'Iris de Florence
Mais c'eft l'Iris par excellence
Qu'on nommel Arc- en-Ciel auffy .
CARRIERE,de Vitré en Bretagne.
VI.
E l'avonë, il n'eft point de plus rare
merveille, JE,
Rien deplus raviffant, & qui nous plaiſe
mieux,
du Mercure Galant.
343
Que cette Beauté fans pareille,
Dont le moindre des traits charme en
frapant les yeux.
03
L'éclat qui l'enrichit, nous éblouit la
venë,
De fes vives couleurs un chacun eft
épris,
Lors que de ce beau rien, qui brille dans
la nuë,
Un Dieu, defes pinceaux, en a tracé
l'Iris .
Ph
DE SAINTZ, de Roüen.
VII.
Lus une choſe eft rare, ou du moins
impréveuë,
Plus nous y portons noftre veuë,
Il n'eft rien def naturel;
Et quand Phébus fournit fon oblique
carriere,
On n'obferve pas tant ce Globe de lumiere,
Qu'une trifte Comete , ou le moindre
Arc- en-Ciel .
AVICE, de Caen, de la Ruë
de la Harpe.
344
Extraordinaire
CH
VIII.
C'Eftfeulement de jour qu'on voit
P'Iris paroiftre
:
Cet Iris, on cet Arc, certes charme les
yeux;
Mais l'Iris tres-fouvent , lors qu'elle
vient de naître,
Périt, & ne dépend que de l'ordre des
I
Dieux.
LEPINAY-BURET, de Vitré
en Bretagne.
IX.
Ris eft la Beauté qui nous charme à
merveille,
Elle prend du Soleil l'éclat de fes har
bits;
'Mais toute autre jamais ne luy fera pareille,
Quand on la chargeroit de Perles, de
Rubis.
La Belle Nourriture du HavrC.
DIVA
du Mercure Galant . 345
X.
Toy, qu'on voitfibien mis, qui donnes
tant d'éclat,
Qui n'as rien de travèrs, nyrien de bas
que l'ame,
Et crois que tous lescoeursfontpour toy
tout deflâme,
Sous tant de propreté leur déguiſant un
Fat :
Qu'on t'afçeu bien nommer la Corneille
d'Horace!
Ton plumage eft d'autruy, n'ayant que
lasurface.
Que tu reffembles bien
Al'Arc- en- Ciel, ce brave rien!
Tu brilles comme lxy, mais voy ta ref
Semblance,
Iln'a qu'une vaine apparence ,
Il est beau par dehors, & n'eft rien au
dedans:
N'es-tupas de mefme en tout temps?
GYGES, du Havre
346 Extraordinaire
XI.
TVparoisfoûtenir les Voûtes mer-
T%veilleuses,
Et nous ramener le beau temps;
Mais en charmani nos yeux, Iris, tu
nous apprens
Que les grandes Beautez font bienfou
vent trompeuses.
Our
Le jeune TADIRAM.
XII.
Our vous le faire court, voftrefaçon
m'ennuye
, Po
Iris, je fuis laffe d'éprouver vos ri
guears.
Semblable à l'Arc-en- Ciel quipriſage
la pluye,
Vous m'obligez toujours à répandre des
pleurs. Le Berger Extravagant,'
d'Orleans .
XIV.
Ris eft la Beauté qui me charme à
IR
merveilles
C'estJunon qui l'envoye, & quifais fes
Habits:
du Mercure Galant. 347
Amarante jamais ne luy fera pareille,
Quand elle porteroit des Perles , des
Rubis.
Le Soleil prend plaiſir à le produire an
monde;
La Nue, en l'enfantant, nefent point
de douleurs;
Quand on voit cette Mere en deux Iris
féconde,
On peut dire que c'eft de la pluye , ou
des pleurs.
Iris & l'Arc-en- Ciel font ces noms de
miftere,
Qui nous marquent tous deux fes charmes,
fes appas.
Ses couleurs qui n'ont rien du tein brun
defa Mere,
Font que le fien plus vifne luy reſſemble
pas.
Jamais pendant la nuit on ne le voit
paroistres
Sa diverfité charme & l'efprit, & les
yeux,
Fort fouvent ilfinit en commençant à
naître,
348 Extraordinaire
Jamais il ne paroift que par l'ordre des
Dieux.
XV .
COLIN, de Sens .
E me raffure enfin, ma peur fe dimi-
I nuë,
L'orage eft diffipé , le Ctel paroift ferein,
Il ne reste plus qu'une nuë,
Quiforme au milieu defonfein
L'Iris , ou l'Arc- en - Ciel , pour figne d'alliance
Que Dieu par fa bontéfait avec les
Mortels;
Exempte depéril, je vay pres des Autels
Marquer pour ce bienfait quelque reconnoiffance.
SYLVIE, du Havre.
XVI.
vrageprécieux , Surprenante
Merveile,
Iris , bel Arc en- Ciel , dont les riches
Habits
Surpaffent de beaucoup le brillant des
Rubis
du Mercure Galant. 349
Par les couleurs quifont ta beauté fans
pareille.
93
Mais que cette beauté qui nous ſemble
vermeille,
Eft fujette à trouver de changemens
fubits!
Le moment où tu nais, voitsouvent ton
débris,
Paffant plus promptement que le vol
d'une Abeille.
**
Vray Miroir desplaifirs que l'on trouve
icy-bas,
Un inftant les voit naître , & courir au
trépas,
Ce n'est qu'au Ciel qu'ils font d'eternelle
durée.
**
O fol! qui t'en promets fans chagrins,
fans douleurs,
Crois cette verité comme toute affurée,
Qu'un moment de plaifir, coûte un torrent
de pleurs.
ALCIDOR, du Havre
350 Extraordinaire
XVII.
C'Eftfeulement
de jour que
voit paroître,
l'on te
Arbalefte divine, Iris , charme des yeux3.
Mais helas! tu péris en commençant à
naître,
Beauté que l'on admire, & c'est l'ordre
des Dieux.
La petite Affemblée du Havre.
Ce mefme Mot a efté trouvé par
Mefdemoiselles de Bignon ; de la
Bonnelais, de Vitré ; de la Vergne,
àl'Anagramme , L'Ame Royale,
& par Meffieurs l'Abbé Marcelat,
Chanoine de Sens ; Le Petit P. de
Quitteville Charles , Valet de
Chambre de Mademoiselle d'Orleans;
Afton Ogden; Colin, de Sens; B.D.B.
à l'Anagramme, Le Blond joly, de
Brifac ; C. Tartel , Difciple de Laurens
Vallée ; Tircis à l'Anagramme,
du Mercure Galant. 351
Il t'adorera ; La Veuve & charmante
Blonde du Marais ; L'aimable.
&fâcheufe Agnés du mesme Quarsier
; La fpirituelle Gogo ; &fon in-
Séparable Amie, l'aimable Toinon de
Lile en Flandre.
Je n'ay reçeu que les trois Madrigaux
fuivans , fur le veritable Mot
de l'autre Enigme
.
N
I.
Ousfammes dans une faiſon
Qui fait grace à l'esprit , qui n'a rien
defublime.
L'on s'y peut paffer de Raifon,
Mais icy l'on ne peut fe paffer de la.
Rime.
P. C. DE LA VERGETE , Amant
paffionné de la belle Peredoux
de la Rue des Carmes d'Orleans.
352
Extraordinaire
II.
Marie,quoyque de travers,
On efpritfifouvent s'abime
A
Quefans le fecours de la Rime ,
J'aurois peine à finir men Vers.
M
Le Perroquet mignon de la Ruë
S. Bon, à prefent à Monceaux .
III.
Ercure, l'autrejourpour deviner
l'Enigme
Dont vous nous avezfait unfort joly
préſent,
Je conrus plus longtemps pour attraper
la Rime,
Que
pour
àpréfent
.
DIEREVILLE
, du Pontlevefque
.
la mettre en Vers je ne fais
Le Medecin Amant conftant de la
belle Manon de Xaintes , &l'Amant
de la Belle àl'Anagramme, Amour,
viens obeïr , ont trouvé ce mefme
Mot. Les autres fens que l'on a dondu
Mercure Galant. 353
nez à cette Enigme ,font, la Jartiere,
la Fontaine , une Rouë , une
Boule à jouer , une Cloche , de
l'Encre , une Balance , une Ombre
, le Valet d'une Porte , une
Boucle , une Bote, un Soulier.
F'ajoûte deux Explications de
Pune & de l'autre.
I.
Ris , & l'Arc -en- Ciel , n'est qu'une
IR
mesme
choſe ,
Et quoy que Mercure propofe,
Ces deux font le vray Mot defon premier
Sonnet.
Il reste le fecond, dont lefens eftfublime;
L'on auroit beau cent fois chercher fous
fon bonnet,
L'on ne finiroit pas, fi l'on manquoit
de Rime.
La Brune de la Porte Banniere
d'Orleans, à l'Anagramme,
F'aime la liberté.
Q.d'Avril 1683. Gg
354 Extraordinaire
11.
´N Poëte inconnu , d'un efprit peu
UN
Sublime,
Pourtrouver trois bons Mots, vaparconrir
le Ciel,
Sans pouvoir découvrir Iris , & l'Arcen-
Ciel,
Etfanger qu'enfes Vers il a beſoin de
Rime.
La Belle Nannette de la Ruë
de la Ruedes trois Fauchets
d'Orleans.
Ceux qui ont encore trouvé le
vray fens des deux. Enigmes , font
Meffieurs de Singlas , Autheur de
la Comedie des Bouts -rimez ; Cornavin
; L'Argumentateur à toute
outrance , de la Ruë S. Bon ; & la
Brune de la Porte Banniere d'or-
Ieans , à l'Anagramme , J'aime la
liberté.
du Mercure Galant. 355
QUESTIONS A DECIDER.
SI
I.
I quand on eft affuré d'eftre aimé,
& qu'on aime avec excés, on peut
mourir pour la Perfonne qu'on aime.
II.
On demande un Difcours fur la Médi
fance, & les maux qu'elle peut caufer .
III.
S'il eft plus noble d'aimer , que d'eftre
aimé.
IV.
L'origine des Harangues funebres ,
appellées à prefent Oraifons , leur progrés
, & les cerémonies qui y ont efté
premierement obfervées
V.
Laquelle eft à préferer, de la beauté
du teint, ou de celle des traits.
Jefuis, Madame, voftre, &c.
A Paris ce 15. Juillet 1683 .
2555:52522: sszesez
TABLE DES MATIERES
contenues dans ce Volume.
Svite de la Premiere Partie du Traité
des Couronnes, par M. Germain de
Ciên ,
37
Sentimens en Vers de M. du Rofier ,fur
les Questions du XX. Extraordinaire,
80
Traité de l'Origine du Droit , par
M.
90
la Selve de Nifmes ,
Madrigauxfur les Enigmes de la Corde
& de la lettre N.
121
Entiere Expofition d'une feconde Ecriture
univerfelle , par M. de Vienne-
Plancy, 4x33
Relation d'une Fete donnée aux Dieux
par Neptune dans fon Palais , à l'occafion
de le Naiffance de Monseigneur
le Duc de Bourgogne , par M. de la
Salle, Sieur de Leftang,
Madrigaux fur les Enigmes de la Cheminée
du Louisd'or.
185
204
TABLE.
Suite du Traité des Lunetes par M. Comiers,
236
Explication du Madrigal en Chifre fur
l'Ecran,
336
Nouvean Madrigal en Chifre, 337
Madrigaux fur les Enigmes de l'Iris &
.. de la Rime,
Questions à décider,
338
355
LA
Avis pour placer les Figures .
A feconde Planche doit regarder
page 317.
la
La Planche troifiéme doit regarder
la page 318.
THELUE
•BIBLIO
DEC
LYON
Qualité de la reconnaissance optique de caractères