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1683, 01
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Eur
511m
76831
Mercure
MSB
ی و د ا ی ن
<36624576600015
<36624576600015
S
Bayer. Staatsbibliothek
"
Youarie
MERCURE
CALANT
DEDIE A MONSEIGNEUR
LE DAUPHIN.
JANVIER (683.
A
PARIS ,
AV
PALAI
S.
N donnera toujours un Volume
premier jour de chaque Mois , & on
le vendra , auffi -bien que l'Extraordinaire
, Trente fols relié en Veau,
Vingt-cinq fols en Parchemin.
A PARIS,
Chez G. DE LUYNE, au Palais , dans la
Salle des Merciers , à la Juſtice.
Chez C. BLAGEART , Rue S Jacques,
à l'entrée de la Rue du Plâtre,
Et en la Boutique Court- Neuve du Palais ,
AU DAUPHIN.
ET. GIRARD , au Palais, dans la Grande
Salle, à l'Envie.
M. DC . LXXXIII .
MEC PRIVILEGE DV ROI.
Bayerische
Staatsbibliothek
Mirchen
ses22-ss25522-2555
TABLE DES MATIERES,
contenues dans ce Volume.
PElogedu Roy , en Vers, 4
13
Sujet du Difcours de M. Herfanprononcé
au College du Plessis,
Converſation de Pomone , de Flore , &
Céres,
Malte,
20
44
M. de Maupeou eft reçeu Confeiller au
Parlement, so
Manufaure d'Ecarlate fine , à la maniere
dela Pourpre des Anciens, ·54
Paroles du Poëte Anaxagoras,
Etreines,
81
83
Réceptionde M. le Comte de Marcien au
Gouvernement de Grenoble,
Lettrecurieufe,
$4
196
Etabliffemement d'une nouvelle Chambre
105
Mort de M. le Comte de Maulevrier de
à
l'Arfenal,
Normandie,
Hiftoire,
a ij
TABLE.
Sonnet,
128
Madrigal, 130
Réponse,
131
Repliquefur les mefmes Rimes ,
Réponse à la Replique,
DelArt Oratoire,
132
133
133
Ecuries du Roy à Versailles,
148
Mort de M. de Matignon,
Mortde M.du Mats ,
Mort de Madame la Comteffe des Mai
157
161
rais,
Sonnet,
Expériences,
161
163
164
Mort du Prince Robert , & autres chofes
curieufes concernant l'ouverture de fon
corps,
170
Naiffance d'un Enfant à deux teftes, qua
tre bras, & deux jambes. 176
Méteore apparufur le Chasteau de Hombourg,
Frontiere d'Allemagne, 178
Temples démolis,
Converfion,
179
182
Mort de Madame de la Primaudaye, 184
Sonnet,
Modeftie du Roy,
187
189
193 . Avanture,
Eloge, Mort & Convoy de M. le Comte
TABLE.
du Véxin,
Charges,
Ouvrage galant , plein d'invention,
remply de Profe, & de Vers,
Tournon en Vivarez,
Nifmes,
200
217
219
232
237
Noms de tous les Envoyez Extraordinaires
qui font venus en France,fur le
fujet de la Naiffaince de Monfeigneur
le Ducde Bourgogne,
Madrigal,
Chaffes,
243
247
248
Mariage de M. le Marquis d' Ally , &
de Mademoiselle Gouffier, 255
Mort de Madame la Comteffe de Teffe,
1-256
Devifes
des
ferons
de
cette
année
,
Benediction
des
Drapeaux
,
Epreuve d'une nouvelle Poudre,
259
272
279
Mariage de M. le Marquis de Beauveau.
281
Explication en Vers d: la premiere
Enigme du dernier Mois,
282
Noms de ceux qui en ont trouvé le fens,
28;
Explication en Vers , & noms de ceux qui
a iij
TABLE.
ent trouvé le fens de la feconde Enigme,
288
Noms de ceuxqui ont expliqué toutes les
deux,
Enigme,
Autre Enigme,
Mortde de M. de Bellievre,
Mort de M. Guitonnean,
289
292
294
297
299
Accident de M. le Préfident Charreton,
300
Démolition du Temple de Montpellier,
305
Prife du Vaiffeau la Regle,
Divertiffemens de la Cour,
311
319
Réception du Sieur de Liancourt, Maiſtre
d'Armes, 323
M.le Président de Fourcy nommé Prevoft
des Marchands,
Jeu des Conqueftes du Roy,
324
326
326
Recueil des Sonnetsfur les Bouts- rimez
Rétabliſſement de lafanté de Madame la
de Pan & Guenuche ,
Ducheffe de la Feuillade, 328
Nouveaux Dialogues des Morts, 330
FIN.
25525-52255 525222
CATALOGVE DES PIECES
contenues dans le XX. Extraordi
naire duMercure Galant du Quar
tier d'Octobre 1682. donné au Publicle
15.Janvier 1683.
IL
CONTIENT,
IN Traité de l'origine & de l'anti-
Uquité des Couronnes .
Un Traité du Secret .
à
Un Traité de la Converfation.
Une Réponce en Profe , & une en
Vers , à la Queſtion , lequel est le plus
eftimer de l'Homme de Converſation, on
de celuy de Cabinet.
Une Réponce en Vers à la Queſtion ,
fi la vengeance produit de plus dangereux
effets dans le coeur d'une Femme irritée,
que dans celuy d'un Homme offence.
Une Réponse en Vers , & une en
Profe à la Queſtion , s'il eft mieuxfeant
un Chreftien de fe marier , que de fe retirer
dans un Convent : & fi un Homme
eftant marié , peut auffi-bienfervir Dieu,
qu'un Homme retiré dans un Monaftere.
Une Réponse en Profe , & une en
Vers à la Queftion, quel eft le lien qui
unit le Corps à l' Ame.
Une Réponse en Vers à la Queftion,
fi une Fille riche & laide, eft à préferer
à une autre qui n'a point de Bien , mais
qui est belle, & d'une humeur tres -douce.
Une Réponſe en Vers à la Queſtion,
file Sentiment de Phinée dans l'Opéra de
Perfee , eft d'un veritable Amant , lors
qu'il dit qu'il aime mieux voir Andromede
devorée par un Monftre , qu'entre
les bras d'un Rival.
Une Réponse en Vers à la Queſtion ,
fi l'amour qu'on a pour une Femme, doit
empefcher qu'on en prenne encor pour
toutes les belles Perfonnes qu'on rencontre.
Une Réponse en Vers à la Queſtion,
comment doit eftre fait un Homme pour
eftreparfaitement heureux .
Une Réponse en Vers à la Queſtion,
fur l'origine du Droit.
Une Réponse en Vers à la Queſtion,
quelles font les qualitez neceſſaires pour
la Converfation.
Une Réponſe à la Queſtion quel eft
Autheurdes Lunetes.
Une Réponſe d'un Docteur de Paris
au Difcours de M. le Franc , Docteur
de Montpellier, fur le fujet de la fréquente
Saignée.
ن م .
Le Portrait d'un Homme parfaite
ment heureux.
L'Expofition d'une premiere Ecriture
Univerfelle.
UnEchantillon du Dictionnaire Univerfel,
fuivant la méthode commune.
Seconde & troifiéme Partie de ce
Dictionnaire.
La manière d'exprimer les Variations
des mots de ce Dictionnaire.
Une feconde Partie du Dictionnaire
Univerfel , fuivant la méthode commune.
2
La derniere Partie de ce Dictionnaire
Univerfel.
Les Explications de l'Enigme en Profe
du dernier Extraordinaire.
Plufieurs Sonnets , & Madrigaux fur
les fix Enigmes des trois derniers Mois
Les Noms de ceux qui on expliqué les
deux Enigmes du dernier Mois.
Une réponſe à la Queſtion , lequel eft
le plus à eftimer de l'Homme de Converfation,
ou de celuy de Cabinet.
Une Piece en Vers contrela fréquente
Saignée .
QUESTIONS
A DECIDER
:
pour le XXI. Extraordinaire
.
I.
la beauté de l'efprit , eft plus propre
à charmer que celle du corps. St
IL
Pourquoy les Nouveautez plaifent
d'abord , & dégouftent dans la fuite.
III.
!
S'il faut plus d'Eloquence à un Ge
neral pour animer fon Armée au Com-
-bat , à un Avocat General , ou autre
Orateur, pour perfuader fes Juges de la
bonté de la Caufe qu'il défend , ou à
(
un Amant pour faire connoiftre fon
amour à fa Maifttreffe .
IV.
Quelles font les qualitez pour bien
écrire les Lettres , ou du ftile Epiſto
laire.
V.
Quelle eft l'origine des Cloches , &
leur antiquité.
Avis
L'A
pour placer les Figures.
' Air de Violon , doit regarder la
page 147 .
La Piece de Lut , doit regarder la
page 248.
La Planche des Jetons , doit regarderla
page 258.
;
MERCVRE
GALANT
JANVIER 1683
'AY prefque toûjours
commencé ma premiere
Lettre de chaque
Année , par un abregé des
Eloges du Roy , répandus
dans celles des onze derniers
Mois de la précedente . Je
Fanvier 1683.
A
2 MERCURE
m'en difpenferay celle - cy,
non feulement parce que cet
abregé demandant trop d'étendue
, occuperoit toute la
place que doivent remplir
les Nouvelles particulieres,
mais parce que toute la
Terre ayant lleess yeux attachez
fur ce grand Monarque
, il n'y a point de lieu
qui ne retentiſſe de ſes loüanges.
Les Souverains , qui le
regardent comme un parfait
Modelle des Roys , étudient
fes actions , & font à fon imitation
des Reglemens dans
leurs Etats. Cependant, Ma-
T
GALANT.
y
dame , pour ne point quiter
une matiere qui vous eſt ſt
agreable , il faut vous faire
entendre nos Mufes. M' Tavault
, Avocat au Parlement,
demeurant à Nuys en Bourgogne
, les a fait parler d'une
maniere fi fpirituelle fur les
merveilleufes qualitez de
LOUIS LE GRÂND , que fon
Ouvrage a reçeu l'approbation
des Connoiffeurs les plus
délicats. Vous demeurerez
d'accord , aprés l'avoir lû,
qu'il eft digne de la voſtre .
A ij
4. MERCURE
25525 52255 SESEEZ
ELOGE
p
DU ROY,
Villant Roy des François,
Monarque incomparable,
A qui doiventcéder les Héros de la
Fable.
Les Hercules, fameux par cent Travaux
divers,
Qui de Monftres cruels purgerent
l'Univers;
Achile fi vantéparson noble courage,
Etqui reçcut des Dieux la valeur pour
partage;
Des Indes le Vainqueur , le celébre
Bacchus,
GALANTS
Quifefit adorerpar cent Peuples
vaincuss
Le Prince des Troyens , le genéreux
Enée,
Qui laffa de Junon la colcre obe
ftinée;
mode
Hector, Ulyffe , Ajax, & tous ces
demy -Dieux
Que les Peuples groffiers placerent
dans les Cieux,
N'ontjamais poffedé la véritable
gloire,&
Quand leur Roman flateur feroit
mefme une Hiftaires da
Souvent on les y voit par le vice
abbatus, inary
Et parmy cent défauts on lit peu de
vertus.
Mais les Cieux, & Grand Prince, à nòs
vaux fi propices, kiksi
T'ont donné leurs Vertus exemptes
de leurs vices,
6 MERCURE
Erraſſemblé dans toy, par unfecret
nouveau,
2NNA
Tout ce que ces Héros poffedoient de
plus beau.
L'Autheur de la Nature en formant
ton visage,
A fait de fes Grandeurs la plus par
faite Images det
Ila mis dans ses yeux une douce
fierté,
Imprimé fur ton front un air de
majesté,
Une mine charmante & digne de
l'Empire, exi) es ani n
Qui te fait redouter dans le temps 3.
qu'on t'admire.typep
L'Esprit ne dément pas un fo riche
dehors,
Il renferme dans foy de precicux
tréfors.
Ileft vafte, élevé, genéreux, magnanime,
GALANT 7
Eclairé, penétrant , équitable, fu-\
blime,
Grand dans tous fes deffeins , jufte
dans fes projets, aзd Mig
Travaillant fans relâche au bien de
fes Sujets.
Les Jeux, les Carroufels , les Balets,
les Spectacles, mult
DuTheatre François ces furprenan's
miracles,
imt
La Chaffe , les Concerts , ces plaifirs
innocens,
Quipeuventd'an Monarque enchan
ter tous les fens , shemtā “4
Sembloient te delaffer dans tes nobles
fatigues;
Mais l'efpritprévenu de cespuiſſantès
Ligues,
y desp
Que formoient contre toy tes illuftres-
Rivaux ,
Tu méditois pour lors ces glorieux»
Travaux,
8 MERCURE
Qui t'ont rendu Vainqueurfur la
Terre & fur l'onde,
Et porté de ton Nom , la gloire away
nouveau Monde.
Tranquille en apparence au milieu du
repos,
Nousfaifant voir le Roy , tucachois
le Héros.
Teleftl'Aftre dujour , cet Aftrefa
lutaire,
Sijufle,fireglé , dansfoncours cir- \
culaire.
Il peint l'émail des Fleurs dans la
belle Saifon,
Il meûrit le Raifin , iljaunit la ?
Moiſſon,
Et du mefme rayon il tire de la
·Terre,
Les fubtiles vapeurs dont il fair lev
Tonnerre .
Aucun Prince avant toy dans le mé
tier de Mars,
GALANT 9
N'a tant vû de dangers , ny tenté
de bazards;
Iamais on n'a tantfait de Marches
Surprenantes,
Ny jamais tant donné de Batailles
fanglantes.
Tant d'Exploits diférens , tant de
Siégesfameux,
Entrepris de nos jours,furprendrons
nos Neveux.
Quel autre Conquérant ofe attaquer
des Places,
Quifemblent àcouvertpar la neige
& les glaces? 2 s
La fidelle Victoire attachée à tes
pás,
A toujours fecondé la force de ton
Bras. wir
Changeant en ta faveurfa nature
changeante,
Elle a fixépour toy fen humeur in
conftante.
to MERCURE
Sans tefaire éprouver aucun fâcheux
revers,
Elle alloit fous tes Loix ranger tout
l'Univers;
Mais quandrien ne réſiſte au pouvoir
de tes Armes,
On te voit tout d'un coup renoncer à
fescharmes,
Et de tes Ennemis prévenant les
Souhaits,
Applanir les chemins qui tendoient è
la Paix .
Alexandre le Grand, ce démon de la
Guerre,
Emporte d'un orgueilfifunefte à la
Terre ,
Ne peutfe contenir dans fes vaftes
Projets ,
Pour luy le Monde entier a trop pew.
de Sujets.
Cefar bannit la Paix defa prepre
Famille,
GALANT 11
Il ne voit qu'a regret le Mary defa
Fille
Partager avec luy le Souverain pou
voir,
Il vent tout poffeder , ou bien ne rien
avoir.
LOFIS , du Genre – Humain les T
nouvelles délicesines ta
Sçaitd'un coeur héroïque arreſter les
caprices.
Sagloire n'a pour luy que de faibles
appas,
Sile bien des Mortels ne s'y rencontre
pas.
C'est le plus haut degré de la valeur
Supréme,
Quand onpeut vaincre tout , defe
vaincrefoy - mefme.
D'une gloire nouvelle alors envir
ronné,
Grand Roy , je te connus pourle Rog
Dieu .donné,
12 MERCURE
En effet tes vertus , ta conduite dia
vine,
Nous font voir que le Ciel eft rafeule
v origines
L'ardeur
dont tufoutiens les droits
de fes Autels,
Te fera mériter des honneurs im
mortels.
Doux Climat, beau Pais, agreable ?
Contrée,
France , charmantfejour de la divine
Aftrée,
Tandis que tes Voifins au milieu des
horreurs
Eprouvoient des Soldatsles terribles
fureurs,
Lès Délices, les feux , les Feftins &
la Dance ,
Le tranquille repos, & l'heureufe abondance.
Te faifoient reffentir leurs effets les
plus doux,
GALANT. 13
Et rendoient de ton fort mille Peuples
jaloux.
Dans cet heureux fejour où tout plaifir
abonde,
Regne le GRAND LOIS , la
Merveille du Monde.
La Naiffance de Monfeigneur
le Duc de Bourgogne
eftant une des plus illuftres
matieres qui puiffent jamais
exercer les Orateurs , M
Herfan , qui profeffe la Rhétorique
dans le celebre Col
lege du Pleffis - Sorbonne
avec un fuccés merveilleux,
& une réputation digne de
fon rare mérite, prononça un
14 MERCURE
1
des jours du mois dernier,
dans la Salle de ce College,
un Difcours tres- éloquent
fur ce fujet , en préſence de
M' l'Archevefque de Paris,
à la teſte d'un grand nombre
de Docteurs de cette Maifon
. Plufieurs Prélats, & au!
tres Perſonnes de confidé
ration , honorerent cette Cé
rémonie de leur préſence, &
tout le monde en fut extraordinairement
fatisfait.
Ce Difcours contenoit
deux Parties . Dans la pre
miere , l'Orateur fit voir le
bonheur du Roy dans la
GALANT 15
Naiffance de Monfeigneur
le Duc de Bourgogne , &
releva d'une maniere auffi
fpirituelle qu'agreable,la qualité
de Grand- Pere , qu'il fit
valoir plus que celles d'Invincible
, de Victorieux, d'Arbitre
de la Paix & de la Guerre.
Il exécuta cela avec une
éloquence incomparable ; &
pour diſtinguer ſon Difcours
des Actions profanes , il finit
cette premiere Partie par une
refléxion Chreftienne, attri
buant cette rare félicité du
Roy à fa pieté finguliere , &
à ce zele admirable qu'il fait
4
16 MERCURE
paroiftre pour la Religion .
Cette refléxion le fit entrer
fort naturellement dans un
Compliment qu'il fit à Mª
l'Archevefque de Paris, pour
marquer combien les fages
Confeils dót ce Prélat accompagne
le zele de Sa Majeſte,
contribuent
de jour en jour
au grand nombre de Conver
fions qui fe font dans toutes
les Provinces que l'heréfie
de Calvin a autrefois infectées
,
Dans la feconde Partie,
M Herfan fit voir le bonheur
de ce jeune Prince, faiGALANT.
17
fant confifter ce bonheur
principalement dans quatre
illuftres Perfonnes dont il
eft le Fils , fçavoir , le Roy,
la Reyne , Monfeigneur le
Dauphin, & Madame la Dauphine
, ce qui luy donna occafion
de faire le Portrait dé
ées quatre Perfonnes incom
parables. On peut dire que
fil Eloquence n'a jamais
men entrepris de fi beau ,
de fi difficile, ny de fi grand,
elle n'a jamais eu de fuccés
plus heureux . Cest quatre
Portraits font quatre chefd'oeuvres
, & je fuis perfuadé,
• Fanvier 1683.
B
18 MERCURE
Madame , que ces fameux
Peintres dont les noms font
immortels , n'ont rien fait de fi
brillant avec leurs couleurs ,
que ce que cet excellent Orateur
apeint avec les paroles .
Il finit , en congratulant la
France, & adreffant fes voeux
pour la durée & la félicité du
Regne de Sa Majeſté .
Comme les ordres de faire
des Réjoüiffances publiques
pour la Naiffance de Monfeigneur
le Duc de Bourgo
gne , n'ont efté envoyez
qu'aux plus confidérables
Villes de chaque Province,
J
GALANT 19
il y en a cu plufieurs à qui
l'exemple a fervy de regle.
Celles de Bourgognemont
prétendu qu'elles devoient
avoir toutes un privilege particulier
qui les diftinguaft
des autres , & c'est par là
qu'une de ces Villes s'ef
tant plainte de n'avoir point
reçeu d'ordre , trois Divinitez
qui préfident aux productions
de la Terre, ont eu
enſemble l'entretien qui
fuit. das
Bij
20 MERCURE
52522-5525522-2555
CONVERSATION
DE POMONE,
ET DE FLORE,
AVEC CERES LEUR VOISINE,
Sur Monfeigneur le Duc
de Bourgogne.
POMONE à CERE'S.
E
a
Stes- vous encore à fçavoir,
grande Déeffe , qu'il eft né
en France , au mois d'Augufte,
fous le Signe du Lyon , le jour de
Jupiter, d'une Mere appellée Vitoire
, un Enfant Royal le plus
beau du monde ?
GALANT. 21
FLORE
Et n'auriez - vous pas appris
qu'un Feu extraordinaire brilla
dans l'air la veille de cette Naiffance,
& qu'il s'en eft allumé
depuis par tout ce Royaume &
dans tous les Etats voisins , pour
en célébrer la joye en Terre , à l'i
mitation du Ciel ?
CERE'S
NO
Cette Naiffance m eft connue,
auffibien qu'à vous , mes cheres
Voifines , & je n'ignore aucune
des merveilles qui l'ont précedée,
accompagnée, & fuivie. Je fçay
que cet Enfant Royal eft le Fils
d'un Prince accomply , & d'une
t
22 MERCURE
Princeffe adorable ; le Petit-Fils
du plus grand Roy, & de la plus
vertu ufe Reyne , qui furent jamais
; le Protecteur de cette Province
; en un mot , Monfieur
le Duc de Bourgogne
. Je fçay
encore , & de bonne part, que le
tremblement
de Terre qui arriva
le fixième mois de fa formation,
eft un préfage certain qu'il fera
tout trembler, lors qu'il fera dans
fon fixiéme luftre. Les Infidelles
n'ont qu'à fe bien tenir ; ily aura
bien du malheur s'il ne Les renverfe
; e je fçay de plus , que
le Ciel a voulu confirmer
le préfage
de la Terre , par la Comete
GALANT. 23
qu'il a fait paroître apres le redoutable
tremblement.
POMONE...
Eh, puis que vous fçaviez tou-
Les ces chofes , dites- nous, de grace,
pourquoy vous ne vous en eftes
non plus remuée, que foelles n'avoient
pas efté de vostre connoiffance;
pourquoy la Kille que
nous voyons, & qui vous appelle
fon ancienne Déeffe , n'a pas fo
gnalé, comme les autres , la joye
qu'elle a d'un ft bel accroiffement
de la Famille Royale ? Voftre
immobilité vient - elle de vostre
2
admiration , & n'auriez - vous
pas averty vofire Ville de for
devoir?
24 MERCURE
CERE'S.
Ne nousflatons point. Si cette
Ville reconnoist la Déeffe des
Moiffons pourfa Déeffe du temps
paſſe , elle ne la reconnoist pas
pour celle du temps préſent, quoy
qu'elle ne fubfifte encore aujour
d'huy que de mes faveurs , &
que de celles de mon Amy , le
Dieu des Vandanges. A la ve
rité , le Temple que voila dans
fa Plaine , porte toujours mon
nom , puis qu'on l'appelle encore
Cerée , mais c'est tout ce qui
m'en reste. On ne my adreffe.
plus de prieres ny de voeux, d'offrandes
ny defacrifices ; on m'en
GALANT 25
a chaffée pour y arborer la Croixs
&comme je ne vois plus icy que
des Ingrats , je ne me mefle non
plus d'y donner des avis, que d'y
rendre des Oracles. votuaanoo stola
POM ONE
Il est vray que le changement
des Peuples eft étrange ; mais
vous n'eftespas la foute Divinité
qui en fouffre , c'eſt un mal commun
à toutes. Il meſemble neantmoins
qu'il estoit de la genérofité
celeste , de ne pas laiffer les Har
·bitans d'une Ville qui vous a
longtemps adorée , dans l'igno
rance de ce qu'ils avoient àfaire.
Ils cultivent uss Guérets, comme
Fanvier 1683.
C
afi
26 MERCURE
d'autres cultivent nos Vergers &
nos Parterres. C'est une espece de
culte qu'ils nous vendent, &qu'ils
nous rendront toûjours. Ilfaut
s'en contenter , puis qu'il n'y en
plus d'autres à attendre , &
dans le befoin, leur accorder noftre
affiftance, progen
FLORE " sa
F'avois bien cru qu'ils renouveleroient
les charmans Spéctacles
eg les agreables Concerts,
qu'ils employerent il y a 21 an
pour celebrer la Naiſſance du
Pere du nouveau Prince, & 23
ans auparavant celle de fon auguste
Ayoul; erje mefouvenois
Aven
GALANT 27
avecplaisir de ces temps heureux,
de ces Pyramides de fen, de ces
Obélifques de lumière , de ces
Etoiles nouvelles, de ces Harmonies
de Guerre & de Paix, &
de toutes les autres Réjouiſſances
qu'ils firent éclater dans Pune
dans l'autre occaſion ; mais ces
douxſouvenirs n'ont pas efté rafraîchis
, comme je l'espérois , La
joye eft demeurée, toute entière
renfermée dans leurs coeurs ; on
s'il en a paris quelque chofe au
dehors, ce n'a efté que dans leurs
yeux
CERE'S.in
Quelque fujer de plainte qu'ils
Cij
28 MERCURE
m'agent donné, je dois vous dire
à leur décharge, qu'il n'a pas tenu
à eux qu'ils n'ayent recommencé
les Réjouiffances dont vous parlez
mais vous fçavez que cet
Etat est fi bien policé , que rien
ne s'y faitfans ordre , & je vous
apprens qu'ils n'en ont point regeu
qui leur permist de s'affembler,
de fe mettre fous les armes
d'allumer des Feux, & de celé
brer enfin la nouvelle Feste du
Royaume, asun
TH FLORE.
24 Leur procedé ceffe de me furprendre
, mais je m'étonne de
l'omiffion de ces ordres , fur un
GALANT 29
fujet pour lequel on auroit plutoft
deu en envoyer cent fuperflus,
que d'en oublier un neceffaire.
Il est vray que chacun a estéfi
fort occupé à donner chez foy des
marques defon allégreſſe ,
mémoire a bien pú manquer dans ,
ces transports , elle qui manque
fouvent au milieu de la tranquillité.
POMONE.
que
la
· La Renommée aporté par tour
l'heureuſe Nouvelle dont nous
parlons , ca este un ordre
général qu'elle a donné à toutes
les Villes du Royaume , d'en témoigner
bantement leur joye;
C îij
30 MERCURE
rien qu'un defaut de zele na
pú retenir les Habitans de voſtre
Ville dans l'aifrueté & dans le
filence, tandis que l'Espagne &
l'Allemagne faifoient mefme des
Feux & des acclamations à la
gloire du nouveau Prince, g
CERES.
Pouvez- vous avoircette pens
fée d'une Ville Françoiſe , d'une
Ville Royale, d'une Ville
encore qui est de la Province
dont l'augufte Enfant porte le\
nom ? Faites luy plus de juftice,
j'en connois les coeurs. Il en est
peu de plus fenfibles au bonheur
de la Couronnes or la grande
GALANT 31
Princeffe à qui ils appartiennent,
leur imprime trop bien cettefenfabilité
par fon exemples pour
en manguer, quand bien toutes
les autresraiſons cefferoient. Mais
quoy, c'eſtaux grands Peuples à
regler la conduite des petits
Leurs Voifins, qui habitent com
me eux les bords de la Seine, c
qui les furpaffent en puiffance,
n'ont rien entrepris , fans enavoir
regeu auparavant des ordres particuliers
. Il a dons fallu qu'ils en
attendiffent. Leur attente a efté
inutile ”, il n'en eſt point venu.
Ceft leur malheur , & non pas
leurfautedet
C
iiij
32 MERCURE
POMONEST
Ils devoient s'en plaindre, on
leur en auroit fait raison ; ou
plutoft ils devoient paſſer outre.
Qui l'auroit pú trouvermauvais ?
Mais la coutume, direz- vous, les
a trompez. Eh bien, excufons-les
donc, & fupléons mefme à leur
defaur , puis que c'eſt un party
plus honnefte que celuy de les
blameru na nos
FLORE.
Nous ne pouvons rien faire de
mieux. Voila l'Arbre Fée à cent
de nous. C'est le plusfameux
du Pais; mettons y le feu de
tandis que ce
pas
toutes parts ;
1
1
GALANT 33
Flambeau vivant changera en
beaujour cettefombre nuit, chantons
chacune une Chanfon à la
gloire des Princes qui forment la.
Maifon Royale L'Echo de la
Perriere nous répondra ;
Nymphes d'Arfe , d'Ourſe ,
les
de Leigne, qui ontjoint celle de
Seine dans voftre Contrée, nous
écouteront avec elle ; puis témoins
de noftre Fefte, elles en iront en
Lemble porter la nouvelle à Paris
à Versailles, où Mercure qui
feait tout cequ'onyyodit, l'annoncerabientost
à toute la Terre.
POMONE.
Nous fommes dans la faifon
34 MERCURE
des Ardans , & nous pouvons
encore inviter la Seine d'en faire
paroître quelques uns pour dancer
fur fes Eaux, ou dans cette Prai
rie,
tand
, tandis que nous chanterons;
& il nefiera pas mal aux Na.
pées de fe mefler avec eux , s'ils
viennentfur le rivage. Je ferois
mefme d'avis que nous priaffions
la Nuit de diffiper fon obſcurité,
afin que l'air eftant fans nuages,
Le Ciel nous donne par fon bet
azur, &par le bel ordre & le
doux brillant de fes Etoiles , la
plus belle des Illuminations.
CERES.
Je n'aygarde, mes cheres ComGALANT
38
pagnes , de défaprouver des penfees
fraisonnables; il enfaut venir
aux effets; & pour commen
cer , voicy ce que je chanteray à
l'a gloire de l'augufte Monar
que.
Louis LE GRAND reffemble aut
puiffant Jupiter,
Il en a le regard, la majefté, tout
l'air.
Titans, Géans, craignez fa
foudre;
Il vous a pardonné , mais ne l'offencez
plus.
Cris, regrets , feroient fuper.
Aus,
C
I
pou
.!
Il vous réduiroit tous en poudre.
36 MERCURE
POMONE.
Voila s'attacher de bonne grase
à la Tige. Pour moy , je me prendray
à la Branche; & voicy ce
que je diray du Fils de ce Grand
Roy.
Le genéreux DAUPHIN tient de
noftre Dieu Mars, 20
Il en a l'action, lebras , & le cou--
rage.
Aigles , Lions, & Léopards,
Tréve d'humeur vaine & fauvage;
Apprenez aujourd'huy ,
Que quelque bruit.
union faffe,
que voftre
La Guerre contre vous ne feroit
rien pour luy
Qu'un divertiffemet de Chaffe .
GALANT. 37
FLORE
Il me reste donc à parler de la
Fleur, & du jeune Lys qui fort
des deux autres ; & cette Chanfon
expliquera ce que j'en pense.
Ce cher Enfant eft beau comme
l'Amour, Isilon
Il en a les traits & les graces. !'
Combien nous luy verrons un
રહે jour
Donner d'Affauts
, prendre
de Places !
Sçachez , fieres Beautez , & vous ,
fiers Ennemis, o
Que par la douceur de fes chardiossmes,
thoW 971000 5 :19μi
Ou par la force de fes armes,
Tout luy fera foûmis,
38 MERCURE
CERE'S.
Ces louanges nefont pas indignes
de ces Princes , & nous ne
pouvions mieux les comparer qu'à
nos Dieux. Mais ajoutons en faveur
du Nouveau- né quelquesques
uns de ces fouhaits efficaces ,
qui ne manquent jamais d'arriver
quand ils partent du fonds
de nos coeurs .
FLORE.
Nous vous obéirons avecjoyes
pour ne point diférer, je fou
haite & refouhaite que tout ce
que je viens de dire du jeune
Prince , fe trouve veritable dans
le temps; que lesJeux , les Ris,
GALANT 39
& tous les honneftes Exercices,
fleuriffent avec luy; que la Galanterie
, la Fortune , & la Vi
toire , l'accompagnent par tout;
es qu'ilfoit comme fon Ayeut,
un fujet continuel d'admiration
& d'amour, boo) 277-96
-
ΡΟΜΟΝΕέας
ανέστει
Je fouhaite de mesme, qu'il ait
un fonds inépuisable de bonté ,
qu'il ne paffe paint de jour fans
faire beaucoup de bien , qu'il
mette dans cette profufion fon
plus grand plaifir & Ja princi
cipale gloire que le fruit
d'une inclination fi louable foir
l'engagement volontaire de tou40
MERCURE
tes les Nations aux Loix de fon
Empire.
CERE'S.
Et moy je fouhaite que fon
Regne ait plus de felicité & de
durée que celuy d' Augufte ; que
l'Abondance la Paix enfoient
infeparables que les Arts , les
Sciences, & toutes les Vertus,
s'y pouffent dans la plus haute
perfection ; & que ce Prince furpaffe
autant en mérites fes Sujess
, qu'ils furpafferont alors en
bonheur tous les autres Peuples
de la Terre.
smoly
POMONE al
Son illuftre Naiffance ayant
GALANT 41
fervy de fondement à nos fou
baits, il eft impoffible qu'il ne foit
unjour infiniment brave, galant,
bienfaifant,fage , & heureux;
mais pour achever fa félicité , il
me femble qu'il y a encore un
fouhait à former , dont l'impor
tance demandes noftre jonction.
C'est qu'ilfe voye un jour, comme
fon Ageul fe voit aujourd buy,
un Fils qui foit veritablement
dignement de luy, & un Petit-
Fils qui luy donne de belles efpérances
de parvenir à la meſme
gloire.
Les deux autres Deeffes
approuverent & confirme
Fanvier1683.
'D
42 MERCURE
rent ce favorable fouhait ;
apres quoy, l'exécution fuivit
leurs projets. Il n'en couta
A.
pourtant que les Branches à
Arbre Fée , la Tige eft demeurée
en fon entier, dod
Le Berger de Flore qui
ouit cet agreable entretien,
& qui en vit l'effet , comme
il retournoit de la Ville de
queftion dans fon Hameau,
eft celuy qui m'en a donné
la connoiffance
; mais quel¹
quefécondité qu'il y ait dans
les fouhaits de ces Déeffes
champeftres
, il a trouvé qu'il
y manquoit encore quelque
GALANTA 43
chofe , & c'eft que le jeune
Prince , plus heureux que
François II. que Charles le
Sage , que Philippe de Bel
& que S.Louis, qui eurent le
bonheur de voir les fameux
Roys leurs Ayeux , mais feulement
durant de petits ef
paces de temps, voye le hien
pendant un grand nombre
dannées , afin qu'il puiffe
apprendre à regler fes moeurs
& les actions fur la veue de
celles du plus fage des Mo
marques, & recevoir des Leçons
dé bien regner, du plus
grand Mailtre en cet Art qui
fut jamais.
"
44 MERCURE
Je croy en effet qu'on ne
luy peut rien fouhaiter de
plus avantageux , quelques
fouhaits qu'on faffe à fon
avantage .
Comme il faut du temps
pour recevoir les Nouvelles
des Lieux éloignez , je n'ay
appris que depuis fort peu de
jours ce qui s'eft paffé à Malte
à l'occafion de cette mef
me Nailfance . On n'en fut
pas plûtoſt informé dans
I'Ifle, que Monfieur le Grand
Mailtre, de l'illuftre Maiſon
des Caraffes , & le facré ConGALANTM
45
feil, ordonnerent un Feu d'ar
tifice , dont le deffein fut
formé avec beaucoup d'art
& de foin , & executé avec
une entiere magnificence,
fous la conduite & les ordres
de Male Chevalier de Beaujeu
d'Arles , Commandeur
de l'Artillerie de la Religion,
qui donna cette Fefte publi
que le Dimanche au foir 18 .
d'octobre, avec la décharge
de toute l'Artillerie. Le Cler
gé de la grande Eglife Conventuelle
chanta le Te Deum
en Pontificat , & fit le mefme
jour une Proceffion folem
46 MERCURE
nelle, où toute la Religion
affifta. Le Feu de joye eftoit
compofé de quatre grandes
Tours . Elles foûtenoient des
1
Galeries & des
Trophées
d'armes ,
portées par quatret
grands Dauphins , qui firent
feu tres - longtemps . Des
Vers Latins
compofez par
M' de Champoffin , Preftre
Conventuel de l'Auberge de
Provence, fe lifoient aux qua
tre faces des Tours. Les Ar
mes de France , de Baviere,
& des Pais Conquis , en fai- ,
foient l'ornement
extérieur.
Les Peintures &oles Devifest
GALANT 47
occuperent agreablement les
yeux d'un nombre infiny de
Spectateurs . Le lendemain
19. Monfieur le Grand Maître
fit fon Feu particulier au
Palais , avec mille marques
de grandeur , & de joye.
Toute la Ville ou Cité Valefe
, fut illuminée pendant
trois nuits . On y permit tout
le Dimanche, Lundy & Mardy,
la liberté de fe déguifer
en mafque , & les autres di
vertiffemens du Carnaval.
L'Auberge de Provence ,
comme la premiere , fit fa
Fefte particuliere le Lundy,
48 MERCURE
& donna une Fontaine de
Vin au Peuple. Elle couloit
par quatre Canaux devant fal
maiftreffe Porte . Le Te Deum ,
fut chanté à la Chapelle de
Sainte Barbe , au fon de l'Artillerie
du premier ! Baſtion
de Provence, L'Auberge
d'Auvergne , qui eft la fe
conde en préeminence , fit
la mefme chofe le Mardy &
Mrs les Chevaliers de Carros ,
& de la Fare , conduifirent le
deffein , comme Procureurs
Le Dimanche fuivant, 25. du
mefme mois , l'Auberge de
France s'acquita du mefme
devoirs
GALANT 49
devoir avec grand éclat. Il y
cut deux Fontaines de Vin ,
l'une devant la Porte de la
Chapelle de S.Louis à l'entrée
du Port , & l'autre devant la
Porte de l'Auberge. Les Galeres
de l'Ordre donnerent
auffi le Spectacle d'une Fefte
aux frais de l'Ordre . Il n'y
avoit rien de fi beau à voir,
que le Feu qu'elles firent
lors que la nuit commença .
Tout ce qu'on le peut imaginer
de marques de joye
fincere , parut dans les Vivat
du Peuple , des Soldats , &
mefme des Efclaves , qui fui
·Janvier 1683.
E
50 MERCURE
admirablement l'es virent
xemple des Chefs .
Le huitiéme de ce mois, M
de Maupeou fut réçeu Confeiller
au Parlement, avec une
approbation generale. Il a
efté Chevalier de Malte, & eft
Fils de M' de Maupeou , Préfident
en la Premiere Chambre
des Enqueftes , & de Dame
Marie Doujat . J'ay fi fou
vent parlé dans mes Lettres
precédentes, de la Famille &
du mérite de cet illuftre Préfident,
que je me contenteray
de repéter que M' fon
Pere eftoit Préfident en la
1
GALANT SE
#
1,
Cour des Aydes, & qu'ila eu
pour Enfans feu M' l'Evefque
de Châlons-fur-Saone , &
quatre Capitaines aux Gardes
, qui font tous morts au
fervice de Sa Majefté. Le
dernier avoit ofté Major des
Gardes & eftoit Gouver
neur d'Athelors qu'il eft
morth M Evefqué de Cat
tres eft Frere du Confeiller
nouvellement reçeu. Lors
qu'il a efté nommés à cette
Charge , ilexerçoit celle d'A
vocat General au GrandCon
feil , qu'il avoit euë par la
mort de Mfon Frere , qui
Eij
52, MERCURE
s'en acquittoit tres -dignement.
3
La Famille de Madame la
Préfidente de Maupeou n'eft
pas moins illuftre . Elle eft
Fille de feuM' Doujat, Confeiller
en la Grand Chambre,
qui s'eft acquis peridant cinquante
ans , une haute efti
me dans les fonctions de cette
Charge ; & Soeur de M
Doujar, Confeiller en la mefme
Chambre, dont la capacité
eft connuë de tout le
monde. M' Doujat eftoit Fils
de Meffire Jean Doujat,Confeiller
en la Cour des Aydes,
r
GALANT 53
I
que fa fcience & fa probite
avoient mis dans une fi gran
de réputation que M ChevalierPremierPrefident
de cette
Compagnie , le propofa dans
la Harangue qu'il ficle lende
main de la Saint Martin en
l'année 1611, comme le modelle
d'un parfait Magiftrat.
M'Doujat fon Pere avoit efté
Avocat General au Grand
Confeil, & c'eft cette mefme
Charge que Meffieurs de
Maupeou fes Petits - Fils , ont
fi dignement exercée depuis
peu.
On travaille à l'Etabliffe
E iij
54 MERCURE
ment d'une Manufacture
d'Ecarlate fixe , par le moyen
des Eaux de Verfailles. Cette
Ecarlate que rien ne fçauroit
tacher , eft à la maniere de la
Pourpre des Anciens , fur laquelle
je vous ay déja cnvoyé
trois Difcours tres-curieux
dans mes Lettres Extraordinaires
. Cependant le Mémoire
qui vient de tomber
entre mes mains , me donne
lieu de vous en dire encor des
chofes nouvelles.ap
La Pourpre qui fit tant de
bruit autrefois , & dont les
Hiſtoires Sainte & Prophane
"
GALANT 55
nous parlent en mille endroits
, n'eftoit le fymbole de
la Puiffance fouveraine , que
parce qu'elle eft la veritable
couleur du Feu , qui eft fupérieur
aux trois autres Elé
mens. Ainfi l'on peut dire
que files Roys s'en parent
encor en certaines occafions,
auffi -bien que les Princes de
L'Eglife , dont la Pourpre n'eft
diférente de celle des Monarques
que par fon feu violet
, qu'ils prétendent eftre
de plus ardent & le plus épuré,
c'eft feulement
pour marquer
à leurs Sujets leur auto-
E uij
56 MERCURE
"
rité fouveraine. Les Autheurs
Latins , qui par excellence
nomment la Pourpre Purpura
d'un mot Grec qui fignifie
double éclat , ou d'un autre
qui veut dire feu , raportent
que les Empereurs avoient
tant d'eftime pour cette couleur
, que non feulement ils
creérent des Charges importantes
pour y avoir une tres
exacte inſpection dans leurs
Etats , mais encore qu'ils la
dédierent à Jupiter , & qu'à
cet effet ils en firent appendre
des Pieces dans le Capitole
, comme le Chefd'oeuvre
GALANTI $ 7
de la Teinture & un effet
miraculeux de l'artifice des
Hommes ,quelsastation
Quelques-uns affurent que,
trois raifons bien remarqua
bles , da firent particulierement
honorer par les An
ciens. La premiere , parce
qu'elle eftoit la feule couleur
fixe & ineffaçable , à la diférence
des autres couleurs qui
fe perdent en fort peu de
temps ; ce qui a donné lieu
de foutenir qu'il y avoit la
mefme diférence à faire de
cette Teinture fixebdont
nous avons perdut le fecret, à
58 MERCURE
celle de l'Ecarlate qui fe fait
aujourd'huy , ' quel d'une
Pierre précieufe d'Orient
dont la couleur eft naturellement
fixe , à un morceau de
Verre teint. Auffr eft ce pour
cela que la Pourpre fe vendoit
au poids de l'or , & que
de Grand Alexandre fit, felon
Plutarque, plus de cas de la
Pourpre d'Hermione qu'il
trouva parmy les riches Dépouilles
que ce Monarque
remporta de la prife de Suze,
dont il y avoit pour plus de
cinquante mille Talens, que
Aes Roys de Perfe y faifoient
GALANT: so
conferver depuis prés de
deux cens ans , que de toutes
les Pierres précieufes qui y
eftoicnt en une prodigicufe
quantité , parce que comme
il estoit magnifique , & qu'il
en fçavoit bien l'inaltérable
fixité , ce Prince méditoit
d'en laiffer à la Poftérité des
monumens pour fa gloire.
La feconde raifon , c'eft que
non feulemét la Pourpre étoit
fixe, mais encor intachable,
s'il eft permis de fe fervir de ce
terme . Ce fut ce qui obligea
les Romains , autrefois fi politiques
, à n'en permettre l'u
60 MERCURE
•
fage qu'à ceux d'entre eux
qui fe trouvoient élevez en
dignité. Auffi les Sénateurs
fe tenoient-ils bien plus ho
norez du titre de Peres Em
pourpres , Patres Purpurati,
que de tout autre éloge , par
ce qu'outre que la Pourpre
leur donnoit par analogie la
glorieufe marque d'eftre eftimez
irrépréhenfibles , & fans
tache , cette augufte couleur.
faifoit encor briller en eux la
Puiffance fouveraine .
-¡ La troiſième , c'est qu'ils
eftoient bien affurez qu'elle
n'avoit rien de contraire à la
GALANT. 61
୮
fanté. La teinture ne s'en faifoit
qu'avec le Sel , le Vin &
le Miel , avec lefquels & le
fang du petit Poiffon qui fervoit
à cetufage , on en faifoit
la compofition ; & c'eft auffi
pour cette raiſon que quelques
Medecins appliquoient
des pieces de Pourpre für le
coeur aux palpitations, & fur
la tefte de ceux qui eſtoient
travaillez de migraines aigués
, particulierement des
Enfans qui avoient trop long.
temps la fontaine de la teffe
ouverte. Mais ce qui eftbien
plus remarquable , les Enfans
62 MERCURE
des Empereurs de Conſtantinople
, n'eftoient nommez
Porphirogenites
( qualité dont
on faifoit tant d'état ) quel
parce que les Impératrices
faifoient leurs Couches dans !
l'Apartement le plus facré,
auffi-bien que le plus fecret
du Palais , qui s'appelloit la
Pourpre , dont les Murs incruftez
de Porphire eftoient
tapiffez de pieces de Pourpre.
Le Lit , & les Langes,
tout eftoit de cette précieuſe
matiere, tant on eftoit alors
perfuadé qu'elle fortifioit
la fanté de ces Enfans, fi préGALANT.
63
tieux à l'Empire, En un mot,
l'excellence de cette exquife
Teinture, fe tire du privilege
qu'il falloit avoir pour en
faire la confection & le tra
fic , & de l'honneur qui luy
eftoit rendu par l'ufage au
quel elle eftoit ordinaire ,
ment deſtinée.
On a perdu cette maniere
de teindre , &&, il eft certain
que l'on ne voit point d'Autheurs
aujourd'huy ny de
Voyageurs, qui nous difent
qu'il y ait aucune Contrée,
où il foit refté le moindre
ufage de cette Teinture , ce
64 MERCURE
qui eft affez digne d'étonnement,
apres la vogue qu'elle
a cue anciennement preſque
par toute la Terre . On tâche
pourtant de réparer cette
perte en quelque maniere,
& de contrefaire autant que
l'on peut la Pourpre , par le
moyen de l'Ecarlate , & des
autres Couleurs rouges de
cette nature , mais qui bien
loin d'avoir cette fixitéfi res
commandable qu'avoit la
Pourpre, perdent auffi -toft
leurs couleurs dans les Tapif
feries , les Ameublemens , &
les Paremens des Egliſes , où
GALANT 65
l'on ne s'en peut plus fervir
qu'avec chagrin , les rouges
y paroiffant bien plûtoſt effacez
que toutes les autres
couleurs où il n'y eut jamais
de fixité. Bien loin encor que
nos rouges modernes foient
intachables comme l'étoient
les rouges des Anciens , ceux
qui font obligez de s'en ferviraujourd'huy
, ne s'apperçoivent
que trop toft qu'une
goute d'eau , un peu de boue,
d'urine ou chofes femblables,
les stachent fans aucun remede
, & l'on voir tous les
jours les Soldats obligez de
Fanvier 1683.
F
66 MERCURE
porter leurs Habillemens à
moitié déteints , par les ta
ches qui s'y font prefque
auffi- toft qu'ils en font vétus .
Pour ce qui regarde ce
qu'on peut nommer la falubrité
fi averée dans la Pourpre,
l'on eft bien éloigné de
la rencontrer dans l'Ecarlate ,
puis que nous n'en avons
point à préfent en laine ny
en foye qui ne foit empoifonnée
par l'Arfenic & par
l'Eau- forte , qui comme on
fçait font des poifons fans remede
, & fans lefquels toute.
fois on ne fçait point faire
*
GALANT. 67
aces couleurs , vice qui fait
qu'on ne fçauroit affez s'éstonner
, que jufqu'icy , l'oh
n'ait pas averty le Public du
danger qu'il y a de fe couvrir
le nez d'uns Manteau
d'Ecarlate , & c'eſt apparemment
auffi pour cela que l'on
a ceffe de recevoir les Enfans
des Souverains, dans des
Langes de cette Teinture
moderne , ce qui empefche
qu'on ne les nomme comme
autrefois Porphirogenices
. Mais comme ce fiecle
eſt celuy des prodiges & des
miracles , l'on ne doit pas
È
ij
68 MERCURE
ceftre furpris que le fecret
d'une Teinture qui fe fait de
la mefme maniere , & qui av
les mefmes qualitez à peu
prés qu'avoit la Pourpre, fe
foit heuteufement découvert
fous le Regne , & dans leb
Royaume de noftre grand
Monarque , avec les mefmes
prérogatives qu'autrefois .
Il eft vray que l'eau qui eftT
neceffaire à fa confection , fe
trouve par tout fort bonne
aux environs de Paris , mais
particulierement à Verfailles,
où elle eft admirable par fa
nature pour la fixité de la cou
GALANTM 69
que
leur , & pour la penetration
de la teinture qui ne fe trouve
point dans les Ecarlates
ordinaires,quine font teintes
fuperficiellement . On a
des preuves inconteſtables
de ce que je dis , par les expériences
réïterées qui ven
ont efté faites de l'ordre des
Puiffances , en préſence de
Perfonnes choifies & fort
éclairées, fur le raifonnement
phifique & naturel qui ne
laiffer pas douter, quenplus.
l'eau qui fert de véhicule aux
Teintures, eft meûrie, batuë,
& divifée, plus elle concentre
70 MERCURE
le fel qui contribuéjà la fixité,
-& c'est par cette taifon que
celle de la Riviere des Gobelins
a efté jufques icy eftimée
plus propre aux Teintures ,
que toutes les autres du
Royaume. Il ya cependant
une fenfible diférence entre
les eaux de Verfailles , & les
autres eaux dont on fe fert,
non feulement pour la legereté
, mais encor parce que
dans l'épreuve qui s'en fait
aifément , celle de Verfailles
élevel fenfiblement la cou!
leur beaucoup plus que les
autres , quoy que fort efti
GALANT. 71
mées , qui femblent, en comparaifon
de celle de Verfailles,
la meurtrir , d'où s'enfuiventles
taches violetes qui
fe voyent aux Ecarlates modernes
, ce qui ne peut
arriver à la Couleur qu'on
propofe , & comme il n'y eut
jamais d'eau plus circulée
que celle de Verfailles , qui
fe trouve féparée dans l'air en
mille particules par les Jets
d'eau , elle y reçoit aufli plus
aifément l'impreffion de l'ef
prit aftral & lumineux , qui
fait en toutes les Teintures la
perfection des Couleurs hau72
MERCURE
tes , auffi bien que leur di
verſité, ammoɔçzsonbun 2 :9
- left conftant que cette
Couleur de feu propofée , à
la mefme fixité que celle des
Anciens , puis que l'éxamen
ordinaire du Tartre & de l'Alun
, qui eft l'épreuve reglée
par l'ordonnance , auffi- bien
que celuy du Soulphre & du
Savon qui détruit toutes les
autres Ecarlates , exalte la
couleur de celle- cy au lieu de
l'alterer, & fur ce pié- là , il fe
pourroit faire des Tapifleries
en maniere de Camayeux
dont les ombres font marcon
voquées
GALANTM 73
quées par la feule diverfité
des nuances, comme on peut
le faire comprendre aux Intelligens
en ce travail. Ces
Tapifleries fe pourroient aiſément
favonner , pour en faire
revivre les couleurs
, & par ce
moyen elles laifferoiét à ceux
qui nous furvivront apres plufieurs
ficcles , les incroyables
Actions de celuy cy , & julques
au coloris mefme des
Perfonnes de la Cour d'au
jourd'huy , que le Bronze &
le Marbre , qui ne reçoivent
point de couleur comme font
les Tapifleries , ne sçauroient
Fanvier 1683.
G
74 MERCURE
avec leur dureté transmettre
à la Poftérité dans une pa
reille perfection
.
Heft encor vray que cette
Ecarlate eft intachable, c'eſtà
dire, que les Exofes qui en
font teintes , fe peuvent favonner
comme la Toile , ce
qui , comme on peut juger,
n'eft pas d'un médiocre fecours
au Soldat , auquel , au
lieu de Linge,on peut donner
des Cravates & autres menues
Hardes de cette fixe couleur,
qui fera d'autant plus agreable
à voir, que jufques icy
l'on ne s'en eft point encor
avile.
GALANT. 75
pas
Pour la troifiéme condi
tion , puis que cetre Ecarlate
n'eft faite qu'avec des chofes
qui font amies de l'Homme,
& qui mefme luy peuvent
fervir d'aliment , on ne peut
raifonnablement douter ,
qu'elle ne foit fort bonne,
pour la fanté , & qu'à la diférence
des autres Teintureries ,
dont les vapeurs font malfaifantes
, celles de la Manufacture
propofée ne foient
agreables, & aromatiques .
Et comme l'on juge affez
que le Royfera faire un examen
tres - exact de ce qui
Gij
76 MERCURE
entre dans leur compofition ,
avát que d'en permettre l'établiffement
dans un Lieu qu'il
honore ſouvent de ſa royale
préſence , ou dans aucun autre
endroit , où l'on pourroit
eſtre obligé de faire apporter
ces
de ces eaux
d'un
Layoir qui
caux , par le
trouver commode
ne
fe
up
es
les eaux courantes l'on ofe
s'aflurer qu'il ne fera rien
trouvé de téméraire dans toutes
les parties de cette propo
ſition , dont ceux qui l'exa
ccus
mineront avec le plus de riferont
convaincus
gueur
hie
15
le défaut
peut
que
dans
GALANT 77
fenfiblement par telles expériences
qu'il fera jugé à propos
de faire, & qui fe font ailément,
& en fort peu de temps.
Ainfi,s'il plaift à Sa Majeſté de
favorifer l'établiffement de
cette Royale Manufacture,
& d'accorder à cet effet ce
qui fe perd des eaux de Verfailles
, apres qu'elles auront
fervy à la divertir , foit pour
les employer fur le lieu , ſoit
pour les tranfporter ailleurs
par le défaut de Lavoir ,
a fujet d'efpérer que le plus
fuperbe Lieu du Monde ,
comme le plus heureux par
on
G iij
78 MERCURE
la Naiſſance d'un augufte
Porphirogénite , deviendra
bien-toft une des plus gran+
des Villes du Royaume,parce
qu'un tel établiffement en attirera
neceffairement plufieurs
autres tres - confidéra
匪
Je
bles. Voila, Madame, ce que
contient le Mémoire que l'on
m'a donné
fur cet Article
n'ay rien changé aux termes,
pour laiffer le fens dans toute
fa force.d
Les Vers qui fuivent fur
divers fujets font tous de
M5 Daubaine. Vous fçavez,
Madame , qu'il conte agrea-
อ
GALANT. 79
&
blement , que for nom eſt
un éloge fort grand pour tous
les Ouvrages qui le portent .
J
1st
BEAU DIT D'UNE
Servante d'Hôtellerie.
Elogeay l'autre jour dans une
Hôtellerie,
23
Oùje trouvay bon Vin, & Servante
jolie; dy
Le gifte n'estoit pas mauvais.
Attendant le Soupé, je gabe deux
- oeufs frais , 325854c
Etje
bois
230
ROM
quatre coups. La-deffus
Claudincte
( C'est la Servante ) eſtant dans la
Chambre où j'eftousut 15
F'entre en bureur, jepoſſe in flenI
rete.
80 MERCURE
De l'air dont je la debitats,
Fauroisfort avancé l'affaires
Mais nous effrons en préſence de
Gens ofer sl
Qui ne nous auroientpas peut- eftre
taillefaire.
Je réfous done de prendre mieux
mon temps:
Tom -a- propos, dans Ventrefaite,
Claudinete fortit, & s'en allafeulete
Dans le Grenier à foin, le lafuis
5s pas-a -pas
Croyant déja que c'eftoit villeprife.
Vrayment, Drayment, je ne la re
d:og si
nois pas.
Mon
procedé
l'offence
, elle s'enfor
malife.s.509
904 30208
) 02
l'ay beauluy protester
quefes char
mans
appas
Mefonttout-de-bonfa conqueſte;
De mon honneur j'eus toûjours
un grand foin,
GALANT 81
Medit - elle, en prenant un gros bouchon
de Foin, 10) Aramala
Avancez feulement, je vous caffe
la tefte . RAD
PAROLES DU POETE
xem Anaxagoras . by
AN
Ntigonuscampé, vit Anaxagoras
૬૪.૫૫ લ
Fricaffer àgrands tours de bras
Des Congres, & d'abords'avifa de
Bryday diresto's swą
Crois- tu qu'Homere éternifoit
le nom
Dugrand Agamennon ,
En tenant une Poële à frire ?
Now, répondit le Poete, en fe prenant
à rires
Mais, dit-il à fon tour, Antigonus,
fçais- tu ad aom +
82 MERCURE
Que ce Roy dont le coeur & la
grande vertu
Répondirent
fi bien à ſa noble
origine,
Vifitoit fon Camp pour feavoir
Si le Soldat y faifoit fon devoir ,
Et non pour critiquer Homere
en fa Cuifine.
Se
Anaxagoras cut raison;
Ce qu'ildit eft une Leçon
Que tout Cenfeur devroit
prendre,
ap
Et que Cenfeur jamais n'apprit.
Tel quifemefle de reprendre,
Mérikroitfouvent qu'on le reprift.
GALANT! 83
V
ETREINES.
Jus le fçavez, Iris. Tadis à
tout moment,
( Maisprincipalement
Dans le temps des Etreines) (" G.
Je vom faifois vers, Chanfons, ip
Billets dogs
Le tout,fans de fort grades peines;
Et la raison , c'est que pour vous
L'amour me donnoit du génie.
vy Šur voſtre teint,far vos cheveux,
Sur voftre bouche, fur vos yeux, 1
Ic trouveis matiere infinie,
Etj'effois toujours bien-difant.
Ce n'estpas de meſmeàpréfent;
D.pais que vous avez ceffé d'estre
fidelles tortowo zrnola
Jefais pour vous louer des efforts
Superflus.
84 MERCURE
Ma Mufe mefontient que vous n'eftes
point belle,
Etjepenfe qu'enfinje ne vous aime
plus.
Je croy , Madame , vous
avoir déja dit plus d'une fois
que Grenoble cft une des
Villes de France , qui honore
le plus fes Magiftrats , par la
venération qu'elle a naturellement
pour tout ce qui luy
vient de la part du Roy. En
voicy de nouvelles marques.
La mortde M' le Duc de Lef
diguieres ayant fait vaquer
plufieurs Gouvernemens
par
ticuliers, qui luy avoient efté
GALANT. 8
accordez par Sa Majefté avec
le Gouvernement de Dauphiné,
en reconnoiffance des
importans fervices de ceux
de cette Maiſon , Mile Comte
de Marcieu a été pourvû de
celuy de Grenoble, Ville Capi
tale de cette Province , de fon
Arfenal , & de toute l'étendue
du Bailliage de Graiſivaudan .
D'abord le Corps de Ville , &
les Capitaines de la Milice ,ré
folurent de rendre les honneurs
deûs à leur nouveau
Gouverneur , & en allerent
prendre les ordres de M le
Marquis de S. André Virieu,
86. MERCURE
Premier Préfident au Parle
ment de la mefme Ville
Commandant dans la Province
en l'abfence de Mi le
Maréchal Duc de la Feüillade,
qui en eſt préfentement
Gouverneur , & de M' le
Comte de Tallard , quien eft
Lieutenant General. Le Mardy
15. du dernier mois ,M' de
Marcieu alla au Palais ac
compagné d'un grand nombre
de Gentilshommes. Il
prefta le ferment dans la Premiere
Chambre , & fut reçeu
publiquement par Arreſt
prononcé par M' de S. Any
GALANT. 87
dré, contenant le dénombre
ment des obligations du Gou
verneur. Cette prononciation
fut faite avecl'air majeſtueux,
qui eft fi naturel à ce Magiftrat.
Tous ceux qui compofent
cette Chambre y ef
toient auffi , & entre autres.
M de la Pocpe S. Jullin , fecond
Préfident , & M² le Baron
de Montmiral de Miftral,
Doyen des Confeillers de la
meline Chambre , Pere du
Sous-Lieutenant aux Gardes,
connu fous le nom de M de
Bagnols . Le lendemain , M
de Marcieu alla à la Cham
88 MERCURE
bre des Comptes , faire enregiſtrer
ſés Proviſions ; & le
foir un Détachement des
Compagnies de Milice commandé
par un des Capitaines
, vint faire des falves devant
fa Maiſon. Le jour fuivant
17. de Decembre , on fit
un pareil Acte de regiſtre
ment au Bureau des Finanes
; & auffi - toft apres , les
Confuls vintent en ceremo
nie Confulaire , le compli
menter par
la bouche de M
Chorier leur Avocat. Son
nom eft celebre par divers
Ouvrages , & particuliere
GALANT. 89
ment par l'Hiftoire de Dau
phiné qu'il a donnée au Pu
blic. Le mefme jour, les Capitaines
, & autres Officiers
des onze Penonnages , accompagnez
de leurs Ser
gens portant leurs Hallebardes
, au nombre de quatre
de la Compagnie Colonelle,
& de deux de chaque autre
Compagnie , le complimen
terent auffi M Reynaud,
fecond Capitaine porta la parole.
had
f
Le Vendredy 18. les Tambours
batirent la Genérale
dés fix heures du matin, &
Fanvier 1683.
H
60 MERCURE
entre dix & onze , toutes les
Compagnies furent affemblées
. Elles pafferent , chacune
felon fon rang , devant
laMaifon de ce nouveau Gouverneur
, & après qu'elles
curent file, && qquuee cchaque
Officier eut fait le falut de la
Pique à M' de Marcieu qui'
eftoit à la Porte avec quantité
de Gentilshommes , M' de
& Sauveur Lafrey les rangea
en haye, depuis cette Maiſon
jufqu'à la Porte de l'Arſenal.
La haye fut doublée à mefure
qu'on aprochoit du terrain de
cette Place, & que le nombre
S
GALANT: 91
des Soldats y pouvoit fournir.
M de Marcieu paffa au mi
lieu, & fe rendit dans la Place
pour en prendre poffeffion.
Dés qu'il fut entré, la Garni→
fon parut rangée en bataille
dans la Place d'armes , & àla
tefte du Bataillon , M Ver
nay Major , fit reconnoiftra
Mule -Comte de Marcieu
pour Gouverneur. Ce Comte
reçeut enfuite M de Moran
fol pour Lieutenant de Roy
dans la mefme Place ; & en
mefme temps , le bruit des
Boëtes & du Canon fe melle
rent pariny les congratula
Hij
92 MERCURE
tions qu'ils reçeurent de tout
le monde. Cela eftant fait,
MdeMarcieu retourna chez
luy par les mefmes Ruës, qui
demeurerent toûjours bordées
des mefmes Compa
gniesy & fut une feconde
fois faliié des Officiers , & de
la Moufqueterie. On avoit
orné d'un Obélifque le fronrifpice
de fon Hôtel , & l'on
y avoit joint une Devife qui
convenoit à fa dignité nou
velle . Ce n'eft
n'eft pas la pre
miere qui ait efté dans fa Fa
mille , puis qu'on y trouve
des Préſidens , & des Con-
I
GALANT 93
feillers au Parlement de Grenoble
, & au Sénat de Turin,
des Maiftres des Requeſtes,
& des Confeillers d'État. Le
nom de Madame ſa Mere, eft
Monteynard. Ceft une Maifon
dans laquelle il y a eu
trois Lieutenans de Roy en
Dauphiné, des Chambellans,
des Lieutenans Genéraux
dans les Armées , & des Che
valiers de l'Ordre du Roy.
Son Tris Ayeul maternel fut
le celebre Chevalier de Bou
tieres , Guigues de Guifray,
dont la Vieca efté écrite par
M² le Préfident Allard , &
94 MERCURE
qui tient rang parmy les Hé
ros de la France , s'eftant ac
quis une réputation extraordinaire
dans les Guerres d'Itale
, fous les Roys Charles
VIII. & Louis XII .. Mª de
Marcicu eft d'une finguliere
picté , & fa douceur, fon honnefteté
, & fa prudence , le
font confidérer & armer de
tout le monde . Il a fervy en
qualité de Capitaine de Cava
Ferie , & s'eſt troqvé à l'Expédition
de Givery , où l'un de
fes Freres fut tué. Il porte d'a-
Zura l' Agneau paffant d'argent,
au Chef d'or chargé de trois
GALANT. 95
rencontres de Vache de fable.
Madame la Comteffe de Marcieu
fa Femme, eft de la Maifon
de Grolicz , ancienne &
confidérable dans le Lyonnois
. M' fon Pere , connu
fous le nom de M' de Caf
fout , eftoit Homme de mé
rite , & a efté Prevoft des
Marchands . Les Genéalo
gies d'Emé de Monteynard,
& de Guifray , paroiftront
bien- toft parles foins du mefme
Préfident Allard .
M' de Moranfol , a fervy
dans le Régiment de Sault .
Il fut enfuite Corneté de la
96 MERCURE !
Compagnie des Gardes de
M' le Duc de Lefdiguieres
,
& Major de la Ville de Rye.
Il eft Fils de M' Dauby , qui
eftoit Lieutenant au Gouvernement
de la mefme Ville
de Grenoble . C'eftoit un des
plus fages Hommes de fon
temps. Auffi toutes les Perfonnes
de qualité alloient
prendre fon avis , fur leurs af
faires les plus importantes
.
Je vous ay parlé de plufieurs
Enfans nez doubles.
en divers lieux. Ce que je
vous en ay écrit , a donné
lieu à la Lettre que vous allez
voir.
·
GALANT 97
25$ 25 $2255 $25222
A M DE CHAMBON.
imp , vdQ4 96 297 to
E doutefort, Monfieur, fi en-
Ifinjene me lafferay point d'eftre
de vos Amis, Vous me demandez
trop, & à trop bon marché, pour
garder entre nous quelque efpece
de juftice. Quand vous m'avez
demandé ce que je penſe du monftrueux
Enfant de Gramat, dont il
eftparlé dans l'un des Mercures il
falloit me prévenir, en m'apprenant
quel est voftre fentimentfur
cette naiffance. Mais il eft trop
tardde me plaindre . Vous eftes en
Fanvier 168 .
I
98 MERCURE
poffeffion d'en ufer de mesme , &
je devrois avoir contracte l'habi
sude de vous donner toujoursfans
intereft. Favoue avec Meffieurs
de Medecine , que leurs anciens
Autheurs ne font mention d'aucun
Enfant qui reffemble à celuycy
par toutes fes parties ; mais il
faut auffi reconnoiftre que ce n'est
pas un prodige tout-à -fait inoüy.
Les Chirurgiens modernes , qui
ont écrit les monstrueufes naiſſances
arrivées de leur temps, en rapportent
quelques-unes à peu prés
femblables ; ou du meins on trouveroit
en plufieurs les diferentes
parties du nouveau né.
1
GALANT. 99
Au mois de Juillet 1676. à Breteuil
en Normandie , Loüife de
Fontaines, Femme de Guillaume
Preferel Boucher , accoucha d'un
Enfant parfaitement ſemblable,
au moins pour ce qui regarde les
parties exterieures , avec la difé
rencedufexe. eftoient deux Fil
les bien formées, continuës depuis
•le Sternum jusqu'à l'Ombilic.
L'accouchement en fut difficile ,
parce que la Sage-Femme n'eftoit
pas accoutumée à de pareilles
vantures; fibien qu'un de ces En-
-fans fouffrit contortion aux par-
•ties principales , & cela fit que la
vie de tous les deux ne fut pas de
I ij
100 MERCURE
en
longue durée. Ils vécurent trois
jours entiers & une nuit. Le Bapreſme
fut conferé à chacund'eux
en particulier, on leur donna › &
les noms d'Anne & de Madelaine.
Celle qui avoit efté bleffée
nnaiſſant, ne prit aucune nourriture.
Anne eftoit vigoureuſe ,
ufoir tous les alimens qu'on luy
faifoitprendre, & toutes deux avoient
un mouvementfort vivant
dens toutes leurs parties, finon que
Madelaine
eftoit languiffante
.
La curiofité m'engagea à les voir,
je remarquay avec tous ceux
qui s'y trouverent, au nombre de
plus de cent cinquante, à divers
a
GALANT. IOI
temps ; que quandla petite Anne
avoit pris le lait qu'on luyfaifoit
teter par le moyen d'un petit Va
fe , que les Nourrices du Païs ap
pellent un Biberon , Madelaine
revenoit auffi- toft defa langueur,
mais fifoiblement qu'onjugea bien
dés-lors que fes jours ne feroient
pas fort longs ; elle changea bien.
toft de couleur, & on la crút morte
dés le deuxième jour de fa naiffance.
Cependant elle vivoit de la
vie de fa Soeur, & elle luy furvecut
d'unpetitfoupir. Les Chirur
giens du lieu affez expérimentez
dansleurProfeffion,s'offrirent d'en
faire l'ouverture, mais la Mere
I iij
102 MERCURE
ne voulut pas le permettre. Ainft
on ne peut en juger que par l'exterieur.
Ces deux Enfans n'avoient
qu'un nombril , comme ceux
d'aujourd'huy ; mais il eft fans
conteftation que n'étant unis qu'an
Sternum , ils avoient chacun un
eoeur. On ne befita point à croire
que ce double corps avoit deux
ames. Le principe d'Ariftote ,
quand il feroit vray, ne répugne
point à ce jugement , puis qu'il y
avoit deux coeurs . Si vous voulez
que je vous découvre icy mon fen
timent, je vous avoüray que l'axiome
de ce Philofophe ne paffe
pas chez moypour infaillible. Je
GALANT 103
d
ne trouve point d'abſurdité qu'un
coeur fuffife à deux corps infor
mez chacun d'une ame, Fattens
que vous metiriez de cette erreur,
fi c'en est une
Si le fentiment de M² Def
cartes eftoit fuivy , ma pensée ne
fouffriroir pas de difficulté. Vous
fçavez ce qu'il a crú de lapartie
où l'ame fait immédiatement fes
fonctons, & qu'il luy donne pour
fiege principal la petite glandule
que le cerveau renferme au milieu
defa fubftance, au deffus du canal
par où les efprits des cavitez anterieures
ont communication avec
ceux de la pofterieure ; d'où il
I iiij
104 MERCURE
s'enfuioroit que l'Enfant de Gra
mat ayant deux teftes & deux
cerveaux bienformez , auroit eu
neceſſairement deux ames , parce
qu'une ame ne peut pas faire fes
opérations immediates en deux
endroits. Par exemple, s'il avoit
vécu jufqu'à un âge de difcernement,
& que fes deux teftes fe
fiffent à la fois diféremment appliquées
aux exercices de leurs
fens extérieurs , comment une
feule ame auroit-elle pû former
nettement les appréhensions des
divers objets, dont elle auroit reçeu
les images diférentes , confu-
Les, oppofées , & peut- eftre incom
GALANT 105
patibles. Mais laiffons cette matiere
aux Sçavans , qui ne manqueront
pas de raifonnerfur ces
nouveaux prodiges. Je fuis vôtre
, & c.
$
DU MOULIN
Du
Le Roy ayant efté averty
par M le Marquis de Louvois
, ( vous fçavez, Madame,
que ce Miniftre a le département
de la Guerre , comme
Secretaire d'Etat ) qu'il s'ef
toit commis beaucoup d'abus
pendant les dernieres
Guerres , dans la diftribution
& le payement des fommes
pour les Troupes de Cavale
106 MERCURE
rie & d'Infanterie , par quel
ques Tréforiers Provinciaux
& Commiffaires des Guerres,
Sa Majesté au mois de Juin
dernier , nomma MS de la
Fond de la Beuvriere , Maî
tre des Requeſtes, pour faire
l'inftruction des Procés cri
minels desCoupables; & à cet
effet il fe rendit à Abbeville .
M Quentin de Richebourg,
de Breteuil, Benoife, & d'Arnothon,
Maiftres des Requeftes
, furent en fuite nommez
, pour juger en dernier
reffort les Accufez , avec les
Officiers du Préfidial d'Abbe
GALANT. 107
ville ; ce qui fut executé au
mois de Septembre dernier,
quelques-uns des Coupables
ayant efté condamnez à des
peines afflictives, les uns aux
Galeres, d'autres à faire amende
honorable , & les autres
à un
banniſſement perpetuel
hors le Royaume , & à reftituer
au Roy les fommes mal
prifes à Sa Majefté. Comme
ce Jugement porte des Decrets
de prife de corps , contre
plufieurs autres Coupables
des mefmes abus & malver
fations, Sa Majesté voulant
que la juftice en foit entiere
a
108 MERCURE
ment faite , afin de prévenir
la fuite de ces défordres, a étably
une Chambre à l'Arſenal,
compofée de M Boucherat
Confeiller d'Etat & au Confeil
Royal , & de M'S de Ri,
bere , Quentin de Riche,
bourg , du Gué-Bagnolle, de
la Fond-de la Beuvriere , de
Gourgues, & du Buiffon,Maîtres
des Requeſtes , pourjuger
fouverainement & en
dernier reffort tous les Procez
civils & criminels concernant
cette matiere. Tous
ces Meffieurs font d'une probité
, & d'une penétration
GALANT. 109
d'efprit reconnuë. Je ne vous
rapporte point en combien
d'occafions ils ont fervy le
Roy & l'Etat , j'aurois trop à
vous dire. M' de Chenedé,
Procureur & Avocat du Roy
en l'Election de Paris, a efté
nommépour faire la fonction
de Procureur de Sa Majesté
dans cette Chambre. Le
-choix de cet Officier eft fondé
fur la diftinction qu'il s'eft
acquife dans les Charges &
dans les Emplois qu'il a exercez
depuis vingt années. Il a
efté Maire de la Ville d'Angers
dés l'âge de vingt- cinq
110 MERCURE
ans, & aeſté depuis employé
dans plufieurs Commiffions
extraordinaires pour les affaires
du Roy.
J'ay oublié de vous apren
dre la mort de M' le Comte
deMaulevrier de Normandie ,
dont je vous appris le mariage
il y a trois ans avec Mademoiſelle
de Montelon . Cette
mort est arrivée à Rouen depuis
deux mois. Il eftoit dans
fes plus belles années, & c'eſt
quelque chofe de ſurprenant
que la réſignation avec laquelle
il s'eft préparé à ce tèrrible
paffage dans un âge fi
GALANT. III
peu avancé.
Madame la
Comteffe de Maulevrier fa
Veuve , qui eft une perfonne
tres -bien faite & d'un grand
mérite , eft demeurée dans
une défolation & une douleur
, qu'il n'eft pas facile de
s'imaginer, à moins que d'avoir
connu l'étroite union
qui eftoit entr'eux.
Il y a des momens inévita
bles pour aimer , & en vain
chercheroit- on la raifon pourquoy
ces momens ont plus
de force que d'autres. Un
Homme qui avoit déja paſſé
trente années de fa vie dans
JIZ MERCURE
le monde , fans y prendre aucane
paffion bien vive , fe
leve un matin , fort de fa
Chambre , & ne s'attend pas
qu'il n'y rentrera qu'avec de
l'amour. En paffant par une
Gallerie , il voit dans une
Chambre d'une Maiſon voi.
fine , dont la Feneftre eftoit
ouverte , une jeune Perfonne
qui jouoit du Claveffin. Elle
étoit dans un defhabillé affez
propre. Les Manches d'une
Robe de Chambre luy tomboient
fur les bras , & les
couvroient à demy ; mais ce
qu'elles en laiffoient voir, pa-
1
GALANT. 113
róiffoit fort beau , & fes mains
voloient fur le Claveffin avec
beaucoup de viteffe & de
grace. Elle accompagnoit de
quelques petits mouvemens
de tefte tout ce qu'ellejoüoit;
& à voir ces mouvemens, on
pouvoit juger que l'air eftoit
languiffant & tendre. Auffi
c'est ce que crût le Cavalier,
car il eftoit trop éloigné pour
entendre l'Air. L'agrément
qu'avoit laDemoiselle à jouer
du Claveffin , la propreté de
l'équipage où elle eftoit , fa
taille qui luy paroiffoir jolie,
Les bras qu'il croyoit beaux
Fanvier 1683.
K
114 MERCURE
quoy que de loin , l'idée qu'il
conçeut
qu'elle s'eftoit levée
matin pour jouer quelque
chofe de doux , & de conforme
à fes penfées
, & pour
révér avec fon Claveffin
; enfin
la fatalité
du moment
,
tout cela fit fon effet fur le
Cavalier
. Il ne la voyoit
que
de cofté , & de forte qu'il ne
découvroit
rien de fon vifage.
Cependant
il fe figura qu'elle
eftoit belle , & fouhaita
mille
fois qu'elle fe détournaſt
vers
luy ; mais elle eftoit trop appliquée
à ce qu'elle
faifoit .
Cet air d'application
le conGALANT.
HIS
P
firma dans la penſée qu'elle
révoit tendrement, & fur cela
il fe l'imaginoit encor plus aimable
. Il cuft déja fouhaité
eftre celuy à qui elle penfoit;
cet Air de Clavellin joüé
pour luy , luy auroit paru
d'un grand prix. Il s'arreftoit
à la regarderfans pouvoir lever
les yeux de deffus elle,
toûjours dans l'efpérance
qu'elle fe détourneroit. Il ſe
fentoit déja une certaine émotion
qui annonce l'amour,
ou qui eft l'amour elle - mefme
, & laveuë des plus aimables
Perfonnes ne luy avoit
Kij
116 MERCURE
rien infpiré de fi tendre , que
le Claveffin , & les mains, &
l'air d'une Perfonne qu'il ne
voyoit point. Euſt- elle crû
que dans le moment qu'elle
eftoit feule dans fa Cham- ˆ
bre , à ne s'occuper que de ce
qu'elle joüoit , elle faifoit une
conqueſte ? Enfin elle fortit
que le Cavalier euft vû
fon vilage. Il demeura quel
que temps dans la Gallerie,
tout remply d'elle . Il l'avoit
tropvûe, & trop peu. Il connut
bien d'abord la bizarrerie,
& peut-eftre mefme l'extravagance
des mouvemens
fans
GALANT. 117
qu'il ſentoit ; mais il ne laiſſa
pas de s'y abandonner. C'eftoit
un de ces Hommes d'imagination
, qui ne ſont jamais
gouvernez que par des
regles de fantaifie . Il n'avoit
point vû celle qu'il commençoit
d'aimer , & ne doutant
nullement qu'elle ne fuft
belle , il foûpiroit déja pour
la beauté qu'il luy donnoit
luy-mefme, Il ne fçavoit point
du tout qui elle eftoit. Ily
avoit peu de ter
geoit dans la Mailon qu'il occupoit
alors , & , ainfi qu'il
arrive fouvent à Paris , il ne
temps
qu'il lo
118 MERCURE
connoiffoit point fon voifinage.
Il s'en informa , & apprit
que la Maifon où il avoit
vû l'aimable Joüeufe de Claveffin
, eftoit tenue par un
Gentilhomme qui avoit trois
Filles , & qui vivoit à Paris ,
apres s'eftre retiré du ſervice.
Le Cavalier l'alla voir à droit
de Voifin. Il en fut fort bien
reçeu , & vitles trois Demoifelles,
qui fans cftre des beau
tez régulieres , eftoient toutes
trois fort agreables . Il y avoit
entre-elles peu de diférence
d'agrément . Si l'une avoit le
viſage plus joly , l'autre avoit
GALANT. 119
la taille plus fine; fi l'une avoit
la bouche plus petite , l'autre
avoit les yeux plus grands. Il
en eftoit de mefme de l'ef
prit. L'une réparoit par une
langucur douce , ce qu'elle
avoit d'enjouëment & de vivacité
moins que l'autre.
Cette égalité de mérite embaraffa
le Cavalier . Il s'eftoit
tenu bien fûr que celle qu'il
aimoit, eftoit la plus aimable,
& qu'à cette marque al ne
manqueroit
pas de la reconnoiftre
; mais par malheur
les trois Soeurs s'entrevaloient
bien. Il eft vray qu'il
120 MERCURE
n'avoit qu'à laiffer parler fon
coeur ; mais il avoit peur que
fon coeur ne fe mépriſt , & ne
choifift pas jufte celle qui
avoit joué du Claveffin , car
c'eftoit abfolument à celle-là
qu'il en vouloit. Ainfi , quoy
que la Cadette luy paruft la
plus touchante par des airs
doux & languiffans qu'elle
avoit , il n'ofa en croire toutà
- fait ce qu'il fentoit pour
elle , & il fufpendit fon choix
jufqu'à ce qu'il fceuft fi c'eftoit
elle qu'il avoit veuë de fa
Gallerie. Il crût qu'il avoit un
moyen infaillible de le ſçavoir,
GALANT. 121
voir , en s'informant fi elle
joüoit du Claveffin , mais il
ne put s'en éclaircir à laa premiere
vifite , & il partit bien
für qu'il aimoit l'une des
trois , fans fçavoir pourtant
laquelle , mais fouhaitant que
ce fuft la Cadette. Peu de
jours apres , il retourna chez
fes aimables Voifines , & il
rencotra heureuſement cette
Cadette dans la Chambre où
eftoit le Clavcffin
. Il ne manqua
pas de luy dire qu'il n'y
avoit pas d'apparence qu'elle
laiffaft cet Inftrument inutile..
Elle en convint, & auffi- toſt,
·Janvier 1683.
L
122 MERCURE
comme il crut que c'eftoit
elle qu'il avoit veuë , il ſe détermina
à l'aimer . Les deux
autres Soeurs entrerent , & il
les trouva beaucoup moins
belles . Il eftoit trop plein de
la Cadette , & de fon Clavef
fin , pour ne la prier pas d'en
jouer. Elle s'en défendit fort
modeftement , & là –deffus
l'Aînée dit que fa Soeur
, par
les façons qu'elle faifoit, donneroit
lieu de croire qu'elle
eftoit bonne Joüeufe de Clavellin
, & que cependant la
verité eftoit qu'elles n'en
joüoient pas aſſe z- bien toutes
GALANT. 123
trois pour fe faire prier. Cette
déclaration embarraffa de
nouveau le Cavalier. C'eftoit
trop que trois Soeurs qui
joiaffent du Claveffin . Il ne
pouvoit plus diftinguer celle
qu'il aimoit qu'à une feule
marque ; je veux dire , à la
4
Robe de chambre qu'il luy
avoit veuë. Il fe fouvenoit
qu'elle eftoit bleue ,car l'idée
de toute fon avanture luy
eftoit demeurée bien vive , &
il n'efpéra plus qu'en cette
Robe de chambre. Il conta
à ces Demoifelles que de fa
Gallerie il en avoit vû une
Lij
124 MERCURE
a
jouer du Claveffin , & qu'il
avoit bien envie de fçavoir
laquelle c'eftoit. Il leur nomma
le jour , mais elles ne s'en
fouvinrent point. Enfin il leur
demanda à laquelle des trois
eftoit la Robe de chambre
bleue. Il fe trouva qu'elle ef
toit à la Cadette, mais que les
deux autres ne laiffoiét pas de
la prendre quelquefois . Ainfi
il ne fortoit point d'embarras.
Claveflin, Robe de chambre,
tout eftoit commun aux trois
Soeurs. Ce n'eft pas qu'il ne fe
fentift plus de panchant pour
la Cadette , & qu'il ne fuft
a
GALANT. 125
310
deja en état de l'aimer, quand
mefine ce n'euft pas efté elle
qu'il euft vû jouer ; mais enfin
il auroit bien voulu que
ç'cuft efté elle , & peut- eftre
c'eftoit parce qu'il l'aimoit
plus qu'il ne penfoit , qu'il
avoit envie de luy pouvoir
appliquer l'agreable idée
qu'il avoit conçeuë de la
tite Joueule de Claveffin. Cependant
il n'y avoit plus de
moyen de la démêler. Il euft
falu qu'il euſt vû de fa Gallerie
, les trois Soeurs jouer en
Robe de chambre bleue ,
pour tâcher à reconnoiltre a
Lüj
pe126
MERCURE
celle qu'il avoit déja veuë ,
mais comme il n'eftoit pas
aifé de faire cette expérience ,
il fut réduit à aimer la Cadette
, fans avoir bien é
claircy la chofe. Enfin il en
vint au point de ne douter
plus que ce n'cuft eſté elle
pour qui fon coeur avoit fi
fortement parlé, & les fentimens
qu'il conçeut l'aſſurerent
que ceux qu'il avoit
conçeus auparavant ne pouvoient
regarder qu'elle . Il
la demanda à fon Pere , &
l'obtint fans peine ; & cette
aimable Perfonne , depuis
GALANT. 127
"
qu'elle fut mariée , ne négligea
pas le Claveffin , qui
avoit fait pour elle les commencemens
d'une Conquête
affez agreable
.
On m'a fait part d'un Sonnet
que vous ferez bien-aiſe
de voir. Il eft de M' de Maupertuis
, Gentilhomme de
Normandie , qui l'envoya le
premier jour de l'Année à
M' Berthelot , Secretaire des
Commandemens de Mada
me la Dauphine.
Lüij
128 MERCURE
SONNET.
Ans ce jour où par tout on .
commence l'Année
DA
Par des voeux établis fous de communes
Loix,
Soufrez que jusqu'à vous j'oſe porter
ma voix,
Pour vous la fouhaiter tranquile &
fortunée.
52
Bu plus rare bonheur voftre vie eft
ornée,
Tout abonde chez vous, la Faveur,
les
Emplois ,
L'Autorité , l'Eftime ; & le plus
grand des Roystonenvon
Denne un oeilfavorable à vostre def
tinée.
GALANT. 129
Mais ces titres d'honneur fuivis de
tantd'éclat,
Cette bellefortune , & ce rangdans
l'Etat,
N'ontjamais eu pour vous des appas
veritables.
ES
Le feul bien qui vous touche, & qui
vousfemble doux,
C'eft lors que vousjettez des regards
favorables
Sar mille Malheureux qui périroiens
fans vous.
Voicy d'autres Vers de
M'Petit de Rouen
, quevous
trouverez fort agreables.
130 MERCURE
IRIS A LISANDRE.
J
MADRIGAL.
E vous vois d'un oeil affez doux ,
Le meplaisfort à vous entendre,
Que veut dire cela, Lifandre?
Aurois-je de l'amour pour vous?
Puis qu'enfin Califte eft partie,
Puis-je profiter du moment,
Et luy dérobant un Amant,
Surprendre voftre fympathie?
Toutfemble autorifer cette nouvelle
ardeur.
Califte eft éloignée ; & moy, je fuis
préfente.
Tandis que la place eft vacante,
Parlez , la pourroit- on remplir dans
vostre coeur?
GALANT. 131
V
REPONSE.
Ous pouvez tout , aimable
Iris,
Le piaifir de vous voir m'enchante ;
Si mon coeur n'eft pas déjapris ,
Fe fens qu'il n'en perd que l'attente.
Tandis que Caliste eft abfente,
De qui le puis -je micux remplir
Que d'un objet d'une beauté charmante?
Il a déja pour vous poufféplus d'un
Joûpir.
Ie vous parlefans artifice.
Entrez, entrez-y donc, pourjamais
Don'en fortir,
Il est fort à vostrefervice.
132 MERCURE
REPLIQUE
Sur les mefmes Rimes.
L
E beau Régale pour Iris,
S'il eft vray qu'elle vous enchante,
De ne voir vostre coeur encor qu'à
demy pris,
Et de languir dans cette vaine attente!
Tandis que Califte eft abfente,
Dequoy le puis-je mieux replir,
Dites- vous ? En effet, la fleurete eft
charmante!
Lifandre, ce Tandis ne vautpas un
foûpir.
C'eft me direfans artifice,
Qu'à fon retour vous m'en ferez
Sortir,
Et que le pis- aller eft fort à mon
Service.
GALANT. 133
I
REPONSE A LA REPLIQUE.
Ris , mon coeur n'eftpas de ces coeurs
du
vulgaire
,
Qui n'ont qu'unfeul apartement;
Plus d'une agreable Bergere`
Ypeut loger commodément.
Entrez-y donc, & hardiment.
Quefi vous prétendez eftrefa feule
Hoftiffe,
Ie le veux bien ; mais en ce cas,
Que le vostre àfon tourjamais ne
s'intéreffe
PourTircis , ny pour Lycidas.
Quoy que beaucoup de
Parties foient neceffaires à
un parfait Orateur , il y en a
deux qui contribuënt ordi134
MERCURE
nairement plus que les autres
à luy attirer ces nombreufes
Affemblées , qui mettent
en réputation ceux qui
parlent en public . Il en eft
traité dans le Difcours 'dont
je vous envoye une Copie.
L'Autheur nous cache fon
nom, mais il ne peut cacher
fon efprit. Lifez , Madame,
& vous ferez de mon fentiment.
您
GALANT. 135
$2522-5525522-2555 ,
DE L'ART
C
ORATOIRE.
E n'eft pas affez qu'un
Orateur ait de l'esprit pour
raifonnerjudicieusement, &pour
parler avec politeffe ; qu'il ait de
la mémoire , pour prononcer un
Difcours ; il faut de plus qu'il
ait un extérieur agreable , afin
de perfuader, & de plaire à mefme
temps. Nos fens font les premiers
Fuges qui connoiffent dune
Oraifon . On ne peut gagner ces
136 MERCURE
Fuges que par l'action & par la
parole. C'estpourquoy l'on veut
bien traiter icy de l'une & de
l'autre, mais d'une maniere nouvelle
, qui ne fera peut - eftre
pas audeffous de l'Eloquence mo
derne .
La Parole n'a jamais plus de
charme, que quand elle plaift aux
oreilles , ce qui dépend principalement
de la voix ; & comme rien
n'apprend mieux à conduire la
voix, que la Musique, on neve fait
pas difficulté d'avancer que
Mufique feroit neceffaire à un
Orateur. La propofition n'eft pas
fi hardie , qu'on ne puiffe bien la
foutenir.
la
GALANT 137.
ne
Pour l' Action, comme fa beauté
dépend du gefte , & que le gefte
fe regle que par les diverfes
fituations du Corps , on peut dire
que pour avoir des geftes bien
compofez , ilfaut avoir appris à
dancer.
The
Il paroift d'abord furprenant,
pour ne dire pas abfurde , qu'on
weuille faire fervir la Muſique
& la Dance à l'Art Oratoire;
une telle propofition mérite
bien un peu d'éclairciffement.
La Mufique eft utile à un
Orateur pour la conduite de fa
voix, dont les infléxions doivent
s' accommoder à la diverfité des
Fanvier 1683 .
M
138 MERCURE
Sujets qu'il traite. Ceux qui ont
donnédespréceptesfur l' Art Oratoire,
conviennent qu'on doit élever
plus ou moins la voix aux
diférentes parties d'une Oraifon;
que l'on doit continuer, & finir
autrement
que
l'on ne
commence;
qu'on n'agite pas toutes les paffions
d'une égale maniere ; &
qu'ainfi on ne garde pas toujours
le mesme ton de voix dans le
Difcours. Ily a des tons propres
à certains fentimens ; d'où vient
qu'on parle autrement en colere,
que de fangfroid; d'où vient
que la joye la triſteſſe s'expriment
diverfement, & que
GALANT. 139
T'on ne répond pas toujours fur le
mefme ton que l'on eft interrogé.
Onpeut remarquer que lesdivers
tons de voix viennent fouvent
des diférentes paffions qui nous
agitent ; & lespaffions dépendent
quelquefois des humeurs qui dominent
dans nos corps, tant il y a
de raport entre le corps & l'efprit.
Ce raport eft d'autant plus
fort, que c'eft la Nature ellemefme
qui l'a formé. Auſſi on ne
fçauroit féparer les paffions des
humeurs. C'est pour cela
Paroles font les images de nos
penfees , & qu'elles nous expriment
au dehors ce que nous fenque
les
M ij
140 MERCURE
tons an dedans. La Parole eft
éloquente , felon qu'elle s'accommode
aux oreilles de ceux qui l'écoutent.
Je diray plus . Les fons
mefme peuvent exciter en nous
des
quelque paffion ; de forte qu'à la
Guerre on n'estjamaisplus animé
que par le bruit du Canon , O
par celuy des Tambours
Trompetes. L'Hiftoire rapporte
qu'un Capitaine Grec fe fervoit
A l'Armée d'un Instrument pour
fonner tantoft la Charge , tantoft
la Retraite , fuivant qu'il en
jouoit d'une maniere élevée , ou
tendre. L'expérience nous montre
, que les plus beaux fentimens
GALANT. 141
no
ne
perdent toute leurforce quand ils
font pas foutenuspar une voix
qui leur foit propre. Les Comedies
& les Tragédies en Mufique
efont plus agreables que les autres
, que parce que le Chant y
rend les paffions plus naturelles.
C'est là où l'on fent bien mieux
qu''oonn ne le peut dire , le raport
qu'il y a entre la douceur de la
voix, & la tendreffe de l'amour,
& où l'on éprouve qu'onfe laiffe
aifément perfuader par desfons,
qui femblent fairs pour nos humeurs,
&pour nos tempéramens .
Mais puis que l'Eloquence n'eft
pas moins utile au Barreau qu'à
142 MERCURE
la Chaire, onpeut remarquer des
exemples moins profanes . La
Religion ne nous en préfentet-
elle pas de tres - beaux dans
l'Ancien Teftament , où Dieu
fembloit fe plaire aux Cantiques
& aux Inftrumens ? La Mufique
n'est pas moins agreable
dans l'Eglife , puis que quand elle
jeft bien chantée, elle éleve l'ame
à Dieu , & luy donne , s'il faut
ainfi dire , un avant -gouft des
plaifirs du Ciel.
La Dance eft utile à une Perfonne
qui doit parler en public,
non feulement pour luy fortifier
organes de la voix ( comme les
GALANT 143
1
nous apprend Démoftene qui prononçoit
fouvent un Difcours à
haute voix en montant avec
violence fur une haute Montagne)
mais encore pour luyformer
une action qui n'ait rien de géné
ny de contraint ; d'où vient qu'anciennement
les Orateurs parloient
publicfurdes Galeries ; & à
leur exemple en Italie les Prédi
cateurs prefchent encore dans de
grandes Chaires , où ils peuvent
facilementfepromener, & avoir
une action libre . On ne voudroit
pourtant pas donner un Orateur
Italien pour modelle à un François.
Un Italien feroit plus pro144
MERCURE
pre àformer un Bouffon de Theatre
, qu'à faire l'ornement d'une
Chaire. Il faut de la modération
e de la retenue dans l'action.
C'eftpourquoy l'action Françoife.
eft fi agreable. Elle n'eft point
contrainte ; elle eft libre , hardie;
ell s'accommode
au Difcours
,
des que mouvemens naturels
On ne doute pas que les geftes ne
foient quelquefois auffi éloquens
que les paroles. Pour marque
cela , l'Inquifition d'Espagne
a
efté obligée de défendre la Sarabande
, à cause qu'elle excitoit
trop les paffions. On peut dire que
le gefte eft proprement l'ame de
n'a
de
l'action.
GALANT. 145
temps
L'action. En effet , Ciceron ne fir
pas difficulté ( pour perfectionaer
fon gefte) de confulter longdes
Comédiens, comme des
Gens qui font profeffion deplaire
parlà. Il n'y a que la Dance qui
phiffe faire acquérir cette perfe
ction de gefte , qui eftfi propre
perfuader, qu'on tient que Socrate .
n'apprit à dancerfur la fin defes.
jours, qu'afin depouvoir profeffer
la Philofophie avec une action
plus libre & plus infinuante.
Cependant pour tirer quelque
fruit de ce Difcours , il faut re-.
marquer qu'on n'entend pas impofer
icy aux Orateurs une ne-
Fanvier 1683.
N
146 MERCURE
ceffité abfoluë de chanter, & de
dancer. On prétend feulement
leur faire connoiftre combien le
Chant & la Dance pourroient
leur eftre utiles pour gagner un
Auditoire , s'ils en fçavoient
faire un bon ufage; la Mufique
Servant à parler d'un ton ' propre
à perfuader , foit en fléchiffant
la voix dans les diferentes
paffions , foit en l'accommodant
aux parties du Difcours
Auditeurs , & au Lieu où l'on
parle ; la Dance Servant à
aux
fortifier le gefte , à donner une
fituation naturelle au Corps , à
enhardir l'Orateur , à le faire
GALANT. 147
C
parler de bonne grace , & d'une
maniere agreable ; de forte qu'il
eft à préfumer qu'avec une voix
une action reglées par la Mufique
& par la Dance, on auroit
acquis deux belles difpofitions à
perfuader & àplaire dans l' Art
Oratoire.
Les Airs de Violon qui
eftoient dans ma Lettre du
mois paffé , ayant efté trouvez
beaux , j'en ay
fait
graver
une Suite que je vous envoye.
Vous trouverez le veritable
nom de l'Autheur
dans la mefme Planche . Je
dis veritable, parce qu'on le
Nij
148 MERCURE
donna peu correct la derniere
fois , & qu'on y mit des lettres
pour d'autres. A peine
a-t-il eu le temps de revoir
cette feconde Planche de fes
Airs , eftant party pour retourner
aupres de M' l'Eleteur
de Saxe fon Prince, qui
veut l'employer pour les divertiffemens
du Carnaval.
Je vous ay déja parlé des
fuperbes Ecuries du Chateau
de Verfailles. Leur magnificence
& leur grandeur , ont
dequoy donner de la furpriſe
& de l'admiration à tous ceux
qui les regardent. Le Roy y
GALANT. 149
mena le mois paffé M la Dau,
phine , pour luy en faire voir
la beauté. Rien n'eft égal à la
propreté avec laquelle on
tient les Chevaux dans ces
Ecuries. Ce Prince comença
par la Grande. Mi le Grand
l'attendoit à la Porte, & apres
l'avoir reçeu à la defcente de
fon Carroffe , il luy préſenta
un Foüet & une Houffine, Sa
Majefté prit la Houfline , &
fit en fuite le tour. Elle vit
tous les Chevaux de main de
manége, & les Coureurs qu'-
Elle monte quand Elle va à
la Chaffe. Le tout fut trouvé
Nij
150 MERCURE
admirable. Madame la Dauphine
qui fuivoit le Roy à
pied , menée par M' le Maréchal
de Bellefond, ne pou
voit fe laffer d'admirer l'ordre
avec lequel Sa Majesté eft
fervic dans cet endroit. De là
ils rentrerent dans leur Carroffe
, & allerent voir la Petite
Ecurie, qu'ils ne trouverent
pas moins belle, la quantité
d'Attelages de Carroffe
de Chevaux Etrangers qu'on
n'avoit jamais veus en France,
& celle des Coureurs que
Sa Majesté y tient pour
Perfonne, comme auffi ceux
fa
GALANT KI
de Monfeigneur le Dauphin
qui en occupent une partie,
la rendant admirable . Madame
la Dauphine paroiffoit
tres-fatisfaite, & le parut encor
davantage , lors qu'elle
entra dans la Sellerie. Ceft
un endroit où l'on tient tous
les Harnois des Chevaux de
Selle que monte Monfeigneur
le Dauphin ,
peut rien voir de plus magnifique
ny de plus propre . Les
Houffes en broderie , & gadonnées
, eftoient rangées
dans de grandes Armoires
qui laiffoient voir leur beauté
On ne
N iiij
152 MERCURE
& leur richeffe. Les Selles
eftoient auffi en tres - bon
ordre, avec un Billet au bout
de chacune . Ce Billet faifoit
connoiftre pour quel Cheval
elle eftoit. Les Brides ne furent
pas moins admirées.
Toutes ces chofes firent la
Cour de M' du Mont , qui
eftoit alors en Normandie,
puis que c'eft à luy que l'on
en doit la propreté & le bel
ordre. Mr du Mont eft un
Gentilhomme , qui a efté
nourry Page de la Chambre
du Roy, & qui s'eft toûjours.
diftingué par l'application
GALANT. 153
qu'il a euë à bien faire fes
Exercices , & par une fageffe
naturelle
. Sa Majefté
, apres
l'avoir mis quelque temps
dans fes Gardes du Corps, luy
donna la conduite de l'Ecurie
de Monfeigneur
le Dauphin.
Il s'en acquite fi bien, que les
agrémens qu'il reçoit de fes
Maiftres , doivent luydonner
une tres-grande fatisfaction .
Au fortir de la Petite Ecurie
, Sa Majefté mena Ma
dame la Dauphine , Monſeigneur
le Dauphin, Monſieur,
& Madame , tous dans un
mefme Carroffe, au Manége
14 MERCURE
de couvert, où M' le Comte
de Brione fit la Charge de
Grand Ecuyer , en montant
un des plus beaux Chevaux
que l'on puiffe voir. Il luy fit
faire diverfes paffades , qu'il
alloit toûjours finir devant le
Roy. Apres luy , on vit paroiftre
dans la Carriere Mile
Prince Camille , fecond Fils
de M❜le Grand , & Frere de
Mole Comte de Brione .
Quoy qu'il n'ait encor que
douze ans, ou environ , il mania
deux ou trois Chevaux
avec une adreffe furprenante .
M' du Pleffis , comme Pre-
A
GALANT 155
mier Maiftre, entra apres ces
deux Princes. Il eft inutile
de parler de fon adreffe, puis
qu'elle eft connue de tout le
monde. M'Deneau , Second
Maiftre , parut apres M du
Pleffis, & fit à ſon ordinaire,
c'eft à dire, qu'il s'attira beau
coup d'a laudiffement . Monfeigneur
le Dauphin, qui ne
pût voir tant d'habiles Gens
à cheval , fans fentir une loüable
émulation, fortit du Carroffe
de Sa Majefté. Un Page
qui alloit paroiftre à cheval,
luy donna fes Eperons , &
ainfi en Bas de foye , il en
156 MERCURE
monta deux avec une vie
gueur admirable. Il leur fit
faire des chofes qui ne mar
querent pas moins fa force
que fon adreffe ,& dot le Roy
fut tres-fatisfait. M' le Grand
Admiral le releva, & comme
il réüffit à ſouhait, & que M
du Pleffis en prend de grands
foins , il parut un des plus
beaux Hommes de cheval
que nous ayons . On fit en
fuite monter cinq ou fix Pages
du Roy, qui par
leur
a
dreffe firent voir le fruit qu'ils
retirent des Leçons de Mª du
Pleffis . Il y en eut quelquesGALANT.
157
uns qui monterent des Sauteurs
. Mile Comte de Brione
en monta un, qui donnoit de
la terreur à tous ceux qui le
voyoient, & qui oſoient s'en
approcher à portée. On ne
vitjamais un Cheval de cette
force. La nuit qui-furvint,
mit fin à ces Exercices, nois
Henry de Matignon, Comf
te de Torigny , proche Allie
des Maifons de Soiffons , &
de Longueville , Lieutenant
General de la Baffe-Normandie
, & Gouverneur de Cherbourg,
de Granville , de S.Lo,
& des Illes de Chauzay,
158 MERCURE
mourut à Caen la nuit du 27!
au 28. de Decembre, dans le
temps qu'on croyoit qu'il fuft
hors de péril. Il avoit dormy
tranquillement jufques à minuit.
A fon réveil , il fe fit
donner fon Crucifix , & apres
avoir dit des chofes fort chrê
tiennes fur le devoir des
Hommes envers Dieu , il
demanda l'abfolution , &
mourut auffi-toft qu'il l'eut
reçcue. Il avoit esté longtemps
Meſtre de Camp du
Régiment du Roy de Cava,
lerie , où il avoit paru avec
gloire ; & il s'en eftoit démis
GALANT. 159
entre les mains de M' de Torigny
fon Frere , à préſent M
de Matignon. Il n'a laiffé que
deux Filles , dont l'Aînée à
époufé le mefme M' de Tosigny
fon Oncle ; & la Cadette
,Mile Marquis de Seignelay
, Miniftre & Secretaire
d'Etat. Feu M' de Matignon
ne s'eft jamais démenty
dans aucune occa
fion ,fur l'exacte fidelité qu'il
devoit à fon Prince , ayant
toûjours efté dans les plus
grands Troubles inviolable.
ment attaché à fon devoir.
Il faifoit de grandes & conti160
MERCURE
It
nuelles aumônes , & Meffieurs
fes Frerés fuivoient fon
exemple. Il a fondé par fon
Teftament , un Hôpital fur
fes Terres. Cet Hôpital paroiftra
dans peu de temps.
a imité en cela plufieurs de
fes Anceftres . Je vous ay déja
parlé de M de Torigny l'un
de fes Freres ; les autres font,
M' de Gaffé, Succeffeur d'un
Frere du mefme nom qui fut
tué à la Bataille de Senef; &
Mellieurs les Evefques de Lifieux
, & de Condom. Feu
M' de Matignon eftoit Beau-
Frere de Mle Comte de CoGALANT.
161
gny , Gouverneur de Caën,
Commandant du Régiment
Royal de Cavalerie , & de
M' le Marquis de Névet,
qui a efté la terreur des Rebelles
de Bretagne. Je n'ay
rien a adjoûter à ce que je
yous ay dit plufieurs fois de
Filluftre Maifon de Matignon.
co
Nous avons perdu dans le
mefme mois M du Mars,
Maréchal des Camps & Ar
mées du Roy, & Gouverneur
de l'Ile de Ré.
Madame des Marais , Fille
de M' Berrier , Secretaire du
Fanvier 1683.
O
162 MERCURE
Confeil , & Femme de M'
Huraut , Comte des Marais ,
eft auffi morte depuis peu de
jours. Elle n'avoit que 32 .
ans. De pareilles morts nous
font tous les jours connoiftre,
que nous n'avons point de
jours affurez , & qu'il n'y a
rien qui paffe fi viſte . C'eſt
une penſée que vous trouverez
exprimée d'une maniere
fort fpirituelle dans le Sonnet
que vous allez voir . Il eſt
fait fur le fujet d'un Torrent,
qui a eftépropofé dans quel
qu'une de mes Lettres .
A
GALANT. 163
a
SUR UN TORRE NT .
SONNET.
Mcplus belles
journées,
Iroir vafte & pompeux des
Tu me fais concevoir par ce rapide
cours,
Que comme tu te perds apres ces
grands détours
Un coursprefque infenfible emporte
mes années.
52
Apeiné les reçois-je, ellesfont terminées.
L'inftant deleur croiffant m'en marque
le décours;
Enfin , comme tes eaux, elles font
tous les jours 4
Rapides, fansretour, orageuſes, bornées.
Nij
164 MERCURE
Se
Mais tu m'inftruis de plus par ta rapidité,
Queje cours dans le fein de la Di
Dervinité,
Sij'ay le coeur exempt d'attache criminelle
;
Se
Quefuivant les moyens qui doivent
m'y mener,
Fe difpofe mon cours à la Source eternelle,
Puis qu'en eftantforty, je dois y retourner.
M Hubin , Emailleur du
Roy , fi connu dans toute
l'Europe par les yeux poftiches
, & par les belles lumieres
qu'il a dans la nouvelle
GALANT. 165
Phyfique, eft de retour d'Angleterre
, où il eut l'honneur
de préfenter au Roy un Thermometre
, & un Barometre
de fa façon. Comme Sa Majefté
Britannique entend parfaitement
bien la belle Philofophic
, Elle prit plaifir à
voir toutes les Expériences
de la pefanteur de l'air , qu'il
fit avec fon adreffe accoûtumée
. M Hubin répondit ſi
folidement à toutes les fçavantes
objections du Roy,
que ce Prince déclara hautement
qu'il l'avoit convaincu
de la pefanteur de l'air. Il a
166 MERCURE
apporté d'Angleterre plufieurs
Phoſphores ou Matieres
lumineufes , defquels
il a fait préfent à M' Comiers
fon ancien Amy, qui a bien
voulu m'en faire voir les Expériences.
Le Phoſphore fec , femble
un morceau d'écorce d'O--
range. Il fe conſerve dans
l'eau commune. Il fume fitoft
qu'on l'a mis à l'air, & lors
qu'on en a écrit fur un papier
blanc, il ne paroift rien au jour
fur le papier , mais dans l'obcurité
l'écriture paroift tout
en feu, & dure plufieurs heur
GALANT. 167
res. On n'a qu'à s'en froter
le vifage , & il paroift aufli
tout en feu. On n'en reffent
pourtant aucune chaleur, e
L'autre Phofphore eft liquide.
On en met un pouce
de hauteur, dans une fiole de
verre cylindrique de cinq
pouces de hauteur , & fermée
tres- exactement avec un bouchon
de verre , qui eſt une
Invention admirable que
Glauber publia en l'année
1651. dans la cinquiéme Partie
des Fourneaux Philofophiques.
Ce Phoſphore liquide
eft de couleur orangé. Si dans
168 MERCURE
un lieu obfcur on ouvre tantfoit
peu la bouteille , on voit
defcendre une lumiere tresagreable
qui la remplit toute
entiere , & par le moyen de
cotte lumiere on peut diſtinguer
les lettres d'un Livre.
Lors qu'on bouche bien la
fiole , cette lumiere ceffe peu
àpeu , & enfin on ne voit plus
rien , à moins que de rouvrir
la bouteille .
MComiers , en me faifant
voir l'effet de ces deux
Phoſphores , m'a affure que
le Phofphore de Baldouin,
qui imbibe la lumiere du So
leil,
GALANT. 169
leil, du Feu, & de l'Air éclai
ré , eft un efprit de nitre fait
avec de la craye , avec lequel
on oingtun Corps blanc tres ,
poreux , tel que celuy des
Coupelles qu'on fait des cendres
d'os brulez ; & que le
liquide fe fait avec le fel
noir , car eftant diſtilé dans
l'obscurité , on voit monter
des ruiffeaux de feu dans la
cucurbite , lefquels ruiffeaux
de feu defcendent par l'alembic
dans le récipient. Il y en
à qui le font avec une huile,
ou foulfre concentré & exalté
d'urine de Bûveurs de Biere .;
Fanvier 1683.
a
Р
170 MERCURE
Il m'a en mefme temps
communiqué
la Lettre de M
Hubin le cadet , Chirurgien
de l'Hôpital Royal de Londres,
dattée du 9. Decembre
1682. Elle contient plufieurs
chofes extraordinaires trouvées
à l'ouverture du Corps
du Prince Robert , appellé
dans les Païs Etrangers le
Prince Rupert. Je vous promis
la derniere fois de vous
parler de fa mort , arrivée à
Londres le 9. Décembre , &
il eft jufte que je vous tienne
parole. Ce Prince avoit 63.
ans , & eftoit Fils de Fridéric
GALANT 171
V. Electeur Palatin , qui en
1613.époufa Elizabeth Stuard,
Fille de Jacques I. Roy de la
Grand Bretagne. Ses Titres
eftoient , Comte Palatin du
Rhin , Duc de Cumberland,
Comte d'Holderneffe , Chevalier
de la Jartiere , & Confeiller
du Confeil Privé du
Roy d'Angleterre. Je ne vous
dis rien de la grandeur de la
Maiſon Palatine , qui fans
contredit , tient le premier
rang apres la Maifon d'Autriche.
Il eſt certain que
de
puis l'an 1253. auquel Oton
Witelfpach , furnommé I'll
F
Pij
172 MERCURE
luftre Comte de Shiern ,
époufa Agnés , Heritiere du
Palatinat & de Baviere , ou
que ces Principautez eurent
efté données à fon mérite
( car il y a diverfité d'opinions
fur cette acquifition ; ) il eſt
certain , dis -je , que depuis
ce temps , cette Maiſon a
poffedé ces deux grandes
Principautez , avec la qualité
d'Electeur , & de Grand Maître
de l'Empire . Elle a donné
deux Empereurs à l'Allema .
gne , un Roy au Dannemarck
, à la Suede , & à la
Norvege conjointement , &
GALANT. 173
deux autres à la Suede feule,
fans compter une infinité de
Genéraux qui ont conduit
des Armées en Italie , en
Hongrie , en France , en Angleterre,
& en Dannemarck.
Le Corps du Prince Robert,
accompagné de plufieurs
Chevaliers de la Jartiere , &
de quantité de Perſonnes du
premier rang , fut porté lé 16.
du mefme mois , du Palais
de Weftminſter à l'Abbaye ,
& reçeu à la Porte de l'Eglife
par le Doyen , &les Chanoines
de Weſtminſter , qui avec
les Chantres , & les autres
P iij
174 MERCURE
Officiers du Choeur , le con
duifirent à la Chapelle de
Henry VII. où il fut inhumé
avec les Princes de la Famille
Royale , Mile Comte de Cra
ven menoit le Deüil , & un
des Hérauts d'Armes portoit
fa Couronne , & fon Ecuffon.
Pour revenir à la Lettre
de M Hubin le cadet , il mande
à M'Hubin fon Frere, que
lors qu'on ouvrit le Corps de
ce Prince, on luy trouva dans
le bas du Ventricule droit du
coeur , un os comme celuy
de la premiere phalange du
petit doigt, & de confiftance
GALANT 475
fort folide ; & dans le Rein
gauche , une Pierre pefant
deux onces & demie , de formentriangulaire
. On luy
rrouvaa auffi au deffous du
Crane , un os de la grandeur
& épaiffeur d'une Piece de
quinze fols , de couleur blanche,
& de confiftance fort fo
lide , dans un Lit que la Nature
luy avoit fait entre les
deux Peleuvres de la fubftan
ce cendrée du cerveau , qui
eftoit tout-à -fait détachée du
Crane . M Perfe , Premier
Chirurgien du Roy d'Angleterre,
ayant préfenté à Sa Ma-
P iiij
176 MERCURE
jefté ces os du coeur & du
cerveau , & cette pierre des
Reins , eut ordre de les mettre
dans le Cabinet de ce Prince,
qui eft remply de mille pro
ductions extraordinaires de
la Nature . On porta en meſme
temps au Roy,un Animal
fort monftrueux , qui tient
de la nature du Chat & du
Rat , & en effet il eft produit
de l'une & de l'autre efpece,
fçavoir , d'une Chate & d'un
Rat, duquel cette Chate en
a déja fait deux portées.
Le mefme M' Comiers m'a
auffi affuré , que le Samedy
GALANT. 177
9. de ce Mois , il avoit eſté
avec M le Prince de Bor
ghezy , & M Hubin l'aîné,
dans la Rue Jean- Robert , à
l'ouverture d'un Enfant à
deux teftes , & à quatre bras ,
& qui n'avoit que deux
jambes , le tout bien formé
& ce qui eft encor furprenant,
c'eft que la Mere ac
coucha enfuite d'un autre
Garçon , qui fe porte fort
bien , ainfi que la Mere. Il
m'a promis une ample Rela
tion de cet accouchement,
avec la Figure de cet Enfant
monstrueux . Je vous enferay
178 MERCURE
part le Mois prochain.
Je vous parlay il y a un
mois d'un Météore. Voicy
des nouvelles d'un autre, qui
femble ne rien prédire que
d'avantageux. Le Mardy 15 .
du dernier mois , il parut fur
le Chafteau d'Hombourg,
Frontiere d'Allemagne , un
Feu clair & fort brillant , qui
tomba du Ciel en forme de
Fufée volante. Il formoit plu
fieurs étoiles , & l'on enten
dit un bruit , tel que celuy
d'un coup de Canon , & en
fuite un autre moins grand,
comme celuy des falves de
GALANT. 179
Moufqueterie , ce qui dura
prefque un quart d'heure. La
fumée produite par ce Feu
eftoit en forme de nüée , &
alloit de l'Occident à l'O
rient. On y remarqua la fi
gure d'un Dauphin. non už
Il ne fe paffe aucun mois,
pendant lequel on ne démo
liffe quelques-uns des Temples
, où le faifoir l'exercice
de la Religion Prétenduë Ré
formée. Les ordres que Sa
Majefté donne pour cela,
font toûjours fondez fur de
fr juftes raifons , que ceux
que de pareilles démolitions
180 MERCURE
touchent le plus , demeurent
d'accord qu'il leur feroit impoffible
d'en trouver pour y
répondre. Celle du Temple
de S. Jean d'Angely , fut or
donnée le 4. de ce Mois par
un Arreſt du Confeil d'Etat,
& l'exercice de cette Religion
interdite dans la Ville.
Ses Habitans, qui en faifoient
prefque tous profeffion , s'é
tant revoltez fous Charles
IX. qui leur avoit pardonné,
oublierent la grace qu'ils avoient
reçeuë par ce pardon;
& en 1621. ils refuferent encor
d'ouvrir leurs Portes au feu
GALANT. 181
Roy. On les affiegea, & apres
une défenſe opiniâtrée , ils
furent contraints de fe rendre
à difcrétion . Sa Majefté les
punit de leur revolte en faifant
rafer leurs Murailles , &
les privant de tous leurs Privileges.
Celuy qui leur permettoit
de profeffer publiquement
leur Religion , ef
toit un des principaux . Cependant
ils en avoient toûjours
continué l'exercice fans
en avoir obtenu aucune permiffion
du Roy. Il a esté auffi
ordonné par le Confeil , que
le Temple de Bazac dans le
182 MERCURE
Dioceſe de Sarlat , & celuy
de Garreau en Xaintonge,
feroient démolis .
Si le Roy donne fes foins à
la converfion des Prétendus
Réformez , quantité de Perfonnes
de ce Party travaillent
de leur cofté à leur converfion
particuliere
, en recevant
les Inftructions
, qu'on
cherche par tout à leur doner
avecunzeletout
apoftolique
.
M' de Vefc , Fils de Meffire
Mary de Vefc , Seigneur de
Vefc , Compftruinas
, & autres
Lieux , abjura le 5. de
mois aux Jéfuites de la Rue
ce
GALANT. 183
S. Antoine , entre les mains
du R. Pere de la Chaife. Il
avoit efté inftruit par le Pere
Drouet , Jéfuite au Novitiat.
M ' de Montauban , Lieutenant
de Roy au Comté de
Bourgogne , M' de Montanegre
, Lieutenant de Roy
en Languedoc , & plufieurs
autres Perfonnes de qualité, y
eftoient préfens , comme Parens
de M' de Vefc, qui a fuivy
l'exemple de fon Frere aî¬
né. Le Roy a donné ordre à
M' de Fourbin d'équiper ce
dernier , & de luy donner
place dans fesMoufquetaires,
184 MERCURE
C'eft icy une occafion de
vous parler de Madame de
la Primaudaye, Veuve du Seigneur
de ce nom , d'une des
plus qualifiées Maiſons d'Anjou
, morte depuis quelque
temps en fon Chafteau de
Lyon en Beauffe , dans fa
vingt-cinquième année . Elle
eft regretée de tous ceux qui
fe connoiffent en mérite &
en beauté , peu de Femmcs
ayant jamais eu des qualitez
auffi eftimables pour l'efprit
& pour le corps . Ses Amis
fouhaitoient avec une paffion
extraordinaire de la voir
-
GALANT. 185
T
changer de Religion ; & fans
doute ils auroient eu cette
joye , fi dans les derniers
momens de fa vie , fa
toute
Famille n'euft mis divers obftacles
à fa converfion
, qu'
elle méditoit depuis longtemps
. Elle fe trouvoit fi fort
difpofée à exécuter un def.
ſein ſi avantageux à ſon falut,
que quelques inois avant
fon deceds , elle entendit
trois fois la Meffe dans la
Sainte Chapelle , en la préfence,
& à la perſuaſion d'un
de fes plus intimes Amis, auquel
elle protefta qu'elle ne
Fanvier 1683.
Q
Mi
186 MERCURE
mourroit jamais dans la Religion
de fes Anceftres, juf
que-là mefme , qu'elle eut
toûjours depuis ce temps-là
un Crucifix dans fa Chambre
, & plufieurs Tableaux
de devotion . Elle a laiffé des
Enfans fort jeunes , dont on
a lieu d'efperer beaucoup,
s'ils peuvent fe retirer de l'abîme
où ils fe trouvent malheureufement
engagez.
z . Les
Armes de fa Mailon font,
un Ecuffon en champ d'azur,
chargé de Fleurs de Lys d'or fansnombre,
& une Pate de Griffon
L'or traversant l'Ecuffon , conGALANT.
187
ronné d'une Couronne de Comte,
pour Suports, deux Salamandres.
Sa Devife, Le Feu est mon élement.
La perte de cette aimable
Perfonne
a jetté dans une
extréme
confternation
une
grande foule d'Amis qu'elle
avoit. Le Sonnet qui fuit fur
cette mort, eft de l'un d'eux.
E
SONNET.
Lle n'eft plus au monde, & le
Ciel l'a ravie;
De ce coup imprévu , Paffans, verfez
des pleurs.
La mort, dans on me peut éviter les
rigueurs,
& ij
188 MERCURE
Triomphe impunément des beaux
jours de Sylvie.
S &
Elle eftoit defon Sexe, & la gloire,
& l'envie,
Ses vertus lafaifoient régnerfur tous
les coeursi
1.
Et fes appas eftoient fuivis d' Adorateurs,
Quandla Parque coupa la trame de
fa vie.
$2
D'un trépas ficruel, tout l'Univers
endeuil,
Par des regrets publics honore fon
Cercücil;
Mais moy qui luyjurois une ardeur
toute entiere,
$2
Qui ne trouvois qu'en elle un veritable
bien,
GALANT. 189
Puis je voirfes beaux yeux privez
de la lumiere,
Et diférer d'unir mon trifte fort au
fien ?
*
Le Roy qui parmy tant de
Sujets d'admiration qu'il
donne de jour en jour, con
ſerve une modeftie qui
n'a jamais eu d'égale , entendant
parler à fon retour d'une
Chaffe , ceux qui avoient
l'honneur d'eftre auprés de
luy , de quelques Places que
l'on affiegea pendant la
guerre de Flandre , & leur
impoſant toûjours filence fur
ce qui le regardoit perfon190
MERCURE
1
nellement; quelqu'un ne laiffa
pas de prendre la liberté
de le faire fouvenir , que le
voyant monter fur la Tranchée
au Siege de Tournay, il
avoit ofé luy prendre les jambes
pour le faire rentrer dans
la Tranchée, tandis qu'un autre
luy oftoit fon chapeau
couvert de Plumes blanches .
Sa Majesté s'adreffa à M' le
Duc de S. Aignan , & luy dit
que c'eftoit tout ce qu'il auroit
pû faire, à quoy ce Duc
répondit , que ceux qui fe
trouvoient de fa fuite dans
r
ces fortes d'occafions,étoient
GALANT 191
trop heureux , puis qu'au
moins ils ſe voyoient le foir
hors d'inquiétude pour les
périls aufquels Sa Majeſté
s'eftoit expofée le jour ; & le
matin, pour les dangers qu'
Elle avoit courus la nuit, mais
que pour luy qui paffoit pref
que tout ce temps -là aux
foins qu'il devoit au gouver
nement du Havre , il n'avoit
point de veritable repos , connoiffant
le courage du Roy, &
le mépris qu'il faifoit des dangers
. Cette converfation fi
nit par les louanges qui fu
rent données
à ces quatre
192 MERCURE
Vers , que ce Duc fit In-
Fromptu .
ATS AU ROY.
G
Rand Roy , dont tout le monde
admire la valeur,
Je dois me confoler de n'avoir pú
vousfuivre.
La crainte de vous voir avec tant de
chaleur
En dangerde mourir, m'euftfait ceffer
de vivre.
Il eft aifé de voir par ces
Vers , que quelque proteſtation
que M' le Duc de Saint
Aignan ait faite de n'en faire
plus , il luy fera difficile de
s'en
GALANT. 192
s'en empefcher , quand il s'agira
de la gloire de Sa Majeſté.
Il est arrivé ces derniers
jours une chofe que vous
trouverez fort finguliere.
Plufieurs Perfonnes confide
rables par leur naiffance &
par leur mérite , s'eftant ren .
contrées dans une Maiſon,
où il ne vient ordinairement
que des Gens choifis , on y
parla d'abord de Nouvelles;
& un Mariage qui s'eftoit fait
le matin dans la Paroiffe voi
fine , fut mis auffi - toft fur le
tapis. Quelques louanges
Fanvier 1683.
R
194 MERCURE
ayant efté données à la Mariée,
la Dame chez qui cette
Affemblée fe tenoit, dit que
quoy qu'elle fuft de fon quartier
, elle ne l'avoit jamais
veuë , mais qu'elle en avoit
toûjours entendu parler d'une
maniere fort avantageuſe.
La -deffus une autre Dame
qui prétendoit la connoître,
sérendit fur fon mérite. Elle
ne trouva perſonne qui fuſt
contraire à fes fentimens
tant qu'elle vanta l'agrément
de fon cfprit, & l'égalité de
fon humeur , mais elle n'eut
pas fi -toft ajoûté qu'elle ef
toit de ces belles tailles que
GALANT.
195
Fon
diftingue par tout , que
trois ou quatre
Perfonnes
de
la Compagnie
la Darent
a
me qu'on avoit lieu de douter
qu'elle la connuft , puis
que la Mariée
dont il s'agiffoit,
eftoit
plutoft petite que
grande , quoy que d'une tail
le aifee & bien prife. La Dame
s'en fit redire le nom ; &
comme elle eftoit fort feûre
que la
Demoifelle
qu'on luy
nommoit s'eftoit mariée ce
mefme jour dans la Paroiſſe
qu'on avoit marquée d'abord,
elle répondit qu'à la ve
rité elle n'avoit avec elle au-
Rij
196 MERCURE
cun commerce qui la luy cuft
fait connoiftre particulierement
, mais que l'ayantveuë
plufieurs fois aux Tuileries
& ailleurs, il eftoit impoffible
qu'elle fe trompaſt. En meſ
me temps elle en voulut faire
le Portrait plus exactement,
& dit qu'elle avoit le vifage
affez rond , les yeux bleus,
le teint fort vif , & des cheveux
blonds les plus beaux ,
du monde. Les inefmes Perfonnes
qui l'avoient déją
combatue fur la grande taille,
la combatirent encor bien
plus fortement fur cette peinture.
On foûtint que la MaGALANT.
197
riée en queſtion avoit les
cheveux fort noirs , de vifage
ovale, & la difpute commen
çoit à s'échauffer, lors qu'un
Cavalier entra connu de la
Dame pour Amy du Pere
de la Demoifelle. La Dame
luy demanda auffi- toft s'il
fçavoit que da Fille de fon
Amy eftoit mariée . Il répon
dit qu'il venoit d'apprendre
que le Mariage s'eftoit fait
avant le jour , & fur la priere
qu'on luy fit de vouloir dire
comment la Mariée eftoir
faite , il la peignit grande,
avec des yeux bleus , & des
Rij
198 MERCURE
cheveux blonds. Ceux de
l'Affemblée qui ne la con
noiffoient point, ne fçavoient
que croire , de voir des Gens
entierement oppoſez fur le
mefme fait. Dans ce mo
ment furvint une Dame, qui
ayant appris le fujet de la dif
pute, soffrità lapterminer
comme eftant Amie particu
liere de la Mariée. Elle la fit
brune, d'une taille médiocre,
& luy donna un vifage ovale.
Des Portraits fi diférens euf
fent caufé de logs embaras, fi
par hazard quelqu'un n'euſt
nommé le Marié, qui eftoit
GALANT 199
Homme de Robe. Alors la
Dame , qui avoit toûjours
foûtenu que la Mariée eftoit
grande & blonde, dir qu'elle
ne fçavoit plus de qui l'on
parloit , puis que la Demoifelle
qui eftoit de fa connoiffance,
avoit épousé unOfficier
qui par de fort longs fervices
s'eftoir acquis beaucoup de
réputation à l'Armée . On s'informa
de la Rue ou demetroit
cette Mariée ; & comme
elle fe trouva diférente fefon
qu'on parloit de la blonde
ou de la brune , on connutenfin
que deux aimables
Rij
200 MERCURE
1
Perfonnes portant toutes
deux le mefme nom , s'étoient
mariées le mefine jour de
tres grand matin , & dans la
mefme Paroiffe. Cela parut
fort nouveau , & fit parler
longtemps de l'une & de l'au
tre.
Louis-Céfar de Bourbon,
Comte du Véxin , Légitimé
de France , eft mort le Dimanche
10. de ce mois , fort
regreté de tous ceux qui
l'ont connu. Il n'avoit que
dix ans , & quoy qu'il cuft
paffé les premiers jours de fa
vie dans des incommoditez
& t
GALANT 201
著
continuelles , il avoit avec un
efprit extraordinaire une cal
pacité fort au deffus de fon
âge. Il eftoit déja capable
des plus hautes Sciences , &
il fe donnoit ficentierement
à l'étude , qu'on peut dire
qu'il fatiguoit tous ceux qui
avoient efté mis aupres de
luy pour l'aider, de forte que
s'il avoit vécu , il y a fujet de
croire qu'il auroit eſté un
grand ornement de l'Etat Eccléfiaftique
où il eftoit deftiné.
Si ce Prince s'amufoit
quelquefois à jouer , &ſe divertiffoit
des chofes, qui font
202 MERCURE
-3
114
le plus fouvent toute l'occupation
des Perfonnes de fon
âge , il fémble que ce n'eſtort
que pour obeir à la Nature, à
qui ce petit relâchement ef
toit neceffaire. Ce qu'il a
fouffert pendant fa derniere
maladie eft incroyable, mais
la conftance avec laquelle il
a fouffert ne fçauroit fe concevoir.
Il vit le péril où il ef
toit avec une fermeté digne
des plus grandes Ames , &
la connoiffance
qu'il en eut
ne fervit qu'à luy faire fonger
à l'autre vie , & à faire des
actions méritoires pour lé
GALANT. 203
Ciel. Il demanda avec beau
coup d'empreffement qu'il
duy fuft permis de faire fa premiere
Communion . Il la re
ceut des mains de M' le Cure
de S. Germain l'Auxerrois,
& remplit d'étonnement
M' l'Evelque de Meaux , &
de Pere Confeffeur du Roy,
avec tous ceux qui fe trou
verent à cette Cerémonie ,
qui admirerent en mefme
temps fa connoiffance , fa fermeté
, & fi dévotion , M
J'Archevefque de Paris luy
donna l'Extréme-Onction , &
s'en retourna furpris , & édi
204 MERCURE
fié , d'avoir trouvé dans ce
jeune Prince , ce qu'on des
mande dans les Chreftiens les
plus éclairez , & les plus réfigneż
. On ne remarquoit
en luy rien qui ne fuft grand,
& qui ne fift defirer pour la
Terre , ce que le Ciel vouloir
luy ravir. On ne luy cachà
pas un inftant l'état où il
eftoit ; mais souhai
ter la vie , il ne fit rien que
pour la mort. Apres qu'il eur
reçeu tous fes Sacremens, on
eut quelque eſpérance que
les voeux d'une infinité de
Perfonnes qui s'intéreffoient
parut
GALANT 295
à fa confervation ,, feroient
exaucez ; mais le peu de jours
que Dieu accorda à leurs
prieres , ne luy fervit qu'à
donner à tous momens des
marques d'une entiere réſi,
gnation à fa volonté,& à faire
voir une conftance digne
des plus grands courages
,
& digne veritablement de
l'augufte Sang dont il eft forty
, auffi bien qu'à faire connoiftre
la folidité de fon ef
prit , & tout ce qu'on en de
voit attendre. Le jour de fa
mort venu, il l'enviſagea avec
la mefme intrépidité , & con206
MERCURE
A
nut l'extrémité où il eftoit,
fans autre regret que de ne
pouvoir pas faire affez pour
mériter le Ciel , mais il fai
foit fur tout paroiftre une
grande paffion de recevoir le
Saint Viatique , & la Benédiction
de fon Archeveſque,
qui arriva peu de temps apres.
Enfin on peut dire qu'il fe
trouva , comme il feroit à
fouhaiter à tous les Chrêtiens
d'eftre dans ces derniers momens.
Quelque fort que fuft
le defir que ce Prince avoit
de
communier avant que de
mourir , il ne fut pas poffible
1
GALANT 207
de luy donner cette confola
tion , à cauſe de fa foibleffe,
& de la violence d'une fluxion
qui l'étoufoit. M l'Ar
chevefque , en préſence du
Pere Confeffeur de Sa Majefté
, luy parla comme il a
accoûtumé de parler , c'eſt
à dire , d'une maniere toute
édifiante. Il luy fit voir l'im.
poffibilité qu'il y avoit de le
fatisfaire, & il le vit auffi-toft
fe foûmettre à fes raifons, avec
une humilité digne des Chrêtiens
les plus parfaits . Ceux
qui feront fon Hiftoire, vous
en diront davantage , & vous
208 MERCURE
1
apprendront des chofes qui
vous étonneront , quoy que
vous foyez affez accoûtumée
aux événemens extraordinaires.
!
Da Si- toſt que Sa Majeſté eut
appris la mort de ce jeune
Prince , Elle deftina de fon
propre choix , l'Eglife de
S.Germain des Prez pour le
lieu de fa Sépulture , & ordonna
à M ' de Seignelay, Secretaire
d'Etat , d'aller dés le
lendemain dans cette Abbaye
, pour convenir avec le
Pere Prieur , du lieu où le
Corps feroit inhumé. On
GALANT 209
choifit la place la plus hono
rable au milieu du Choeur,
entre l'Aigley & le Tombeau
du Roy Childebert , premier
Fondateur de ce celebre Monaftere.
On travailla dés ce
moment à tous les prépara
tifs neceffaires . neceffaires . On tendit
F'Eglife , le Choeur , & la Nef,
de quatre Lais d'Etofe blanche
; & fon dreffa devant le
Grand Autel, une Repréfen
tation tres -magnifique. Elle
eftoit portée fur une élevas
tion de cinq degrez , & cou
verte d'un Poële de Damas
blanc , croifé d'une Moëre
Fanvier 1683.
S
210 MERCURE
d'argent , & fous un riche
Dais de mefme couleur, char
gé des Ecuffons du Prince
défunt , & orné de fes Pommes
& de fes Crépines. Un
tres -grand nombre de Chan
deliers d'argent environnoit
cette Repreſentation. L'Autell
eftoit fort fuperbement
paré . On avoit découvert la
Contretabletoun
Devant
d'Autel , qui eft de vermeil
doré , femée de Pierreries,
d'un ouvrage fort ancien &
tres- excellent. Les Gradins
eftoient éclairez par vingtquatre
Cierges de Cire blan
GALANT 201
che , foûtenus par autant de
Chandeliers d'argent
On fonna durant presque
toute la journée les Cloches
de la groffe Tour , qui font
des plus belles , & des plus
harmonieufes du Royaume
& fur les cinq heures du foir,
les Religieux de cette Mail
fon ſe diſpoſerent à recevoiț
ce Corps, avec tout le refpec
& toute la pompe qu'on doit
aux Princes de cette naiffani
ce. Le Pere Brachet, Genéral
de la Congrégation , officia à
cette Ceremonie. Il eftoit
aflilté d'un Diacre , & d'un
Sij
212 MERCURE
Soûdiacre. Quatre Chantres
en Chapes l'accompagnoiér,
avec le refte des Officiers ordinaires
à ces Pompes funebres.
Plus de quatre-vingts
Religieux, chacun un Cierge
à la main , formoient une
double haye , qui occupoit
toute la Nef de l'Eglife , de
puis la grande Porte jufques
à l'Autel, M' le Marquis de
Seignelay arriva à fept heures
& demie, & bientoft apres
on vit yenir le Carroffe qui
portoit le Corps du Prince.
Voicy l'ordre de la marche
du Convoy, Soixante Pers
GALANT 213
fonnes en deuil de la Maifon
de M. le Comte du Véxin,
eftoient à la tefte , & tenoient
chacun un Flambeau de Cire
blanche . Douze Pages à cheval
, de la Petite-Ecurie, mar
choient enfuite , précedez de
leur Gouverneur, & portoient
auffi chacun un Flambeau.
Dix Grands, & dix Petits Va
lets de pied fuivoient , avec
plufieurs Officiers des Ecuries
de Sa Maiefté , le tout
montant juſqu'au nombre de
foixante. Ils avoient tous des
Flambeaux, & environnoient
le Carroffe qui portoit le
214 MERCURE
Corps. C'eftcit un de ceux
du Roy, Il eftoit à fix Chevaux
, auffi -bien que trois au
tres de Sa Majeſté qui le fui
voient. Mile Curé de S. Ger
main l'Auxerrois , & plu
fieurs Preftres de la Paroiffe
eftoient dans ce Carroffe , &
M de Beringhen , comme
Premier Ecuyer du Roy , ef
toit dans celuy qui marchoit
enfuite . Il y en avoit encor
plufieurs autres, remplis d'un
grand nombre de Perfonnes
qui compofoient le Deuil .
Mle Curé de S. Germain
l'Auxerrois préfenta le Corps
'
GALANT 215
du Prince, & fitune Harague
en Latin avec beaucoup d'é
loquence. Le Pere General,
qui le reçcut,luy répondit en
la mefme Langue . Les quatre
Chantres commencerent
l'Antienne accoûtumée , Subvenite
, & l'on porta le Corps
fur la Repréſentation , Les Rcligieux
précedoient en ordre .
Six d'entre eux portoient le
Corps , & quatre Aumôniers
foûtenoient les quatre coins
du Drap mortuaire . On chan .
ta enfuite les Vefpres des
Morts , & à la fin on fit l'Inhumination
avec les Ceré
216 MERCURE
monies , & les Prieres accous
rumées. Ondattachafur de
Cercueil de de jeune Princel
une Plaque de Cuivre , fur la
quelle on bavoit Igravé ces
motsoforms and t
TRES HAUT, TRES- PUISSANT ET
EXCELLENT PRINCE MONSEI
GNEUR LOUIS - CESAR DE BOURBON
, LEGITIME DE FRANCE ,
COMTE DU VEXIN , DECEDE¹
L'ONZIEME ANNEE DE SON AGE
LE 10. JANVIER 1683..
Le 20. du mefme mois , on
celébra dans la mefme Ab
baye de S. Germain des Prez,
par ordre de Sa Majeſté , un
Service tres-folemnel. L'Eglife
GALANT 217
glife eftoit parée comme le
jour de l'Enterrement ; & ces
Peres s'acquiterent de cette
Cérémonie avec toute la de
votion & la modeftie qui leur
eft ordinaire. Un Religieux
de cette fçavante Commu
nauté a reçeu beaucoup d'a
plaudiffement d'un Eloge funebre
Latin qu'il a compoſe
à l'avantage de ce jeune Prin
ce. Cet Eloge eſt fait en maniere
d'Epitaphe, & marque
les hautes efperances qu'on
avoit fujet de concevoir de
fes grandes qualitez .
Il y adu changement dins
Fanvier1683.
T
218 MERCURE
les Officiers des Gendarmes
Ecoffois. M le Baron de
Tauriac , qui eftoit Enfeigne
de ces Gendarmes , en a efté
fait Capitaine Sous - Lieutenant
, en la place de M' le
Marquis de Flamanville, qui
a acheté la Charge de Capitaine
- Lieutenant des Gendarmes
Bourguignons , qu'avoit
M* le Comte de Broglio.
Mr le Comte d'Onfeigne,
Neveu de M' le Marquis de
Pianeffe , & Frere de M' le
Marquis de Rivarole , qui
eftoit Guidon des mefmes
Gendarmes Ecoffois , en eſt
GALANT. 219
devenu l'Enſeigne , & M' de
Chanrond , Neveu de M le
Comte d'Amanzé, a achetê
le Guidon.
Comme jamais la gloire
d'un Souverain n'a efté dans
une fi haute élevation que
l'eft aujourd'huy celle du
Roy , jamais les évenemens
heureux des autres Monarques
n'ont caufé une fi fenfi
ble joye, que ce qui arrive à
Sa Majesté. C'est par là que
toute la France a fait des
Réjoüiffances fi extraordinaires
pour la Naiffance de
Monſeigneur le Duc de
Tij
220 MERCURE
Bourgogne. Les Particuliers,
qui font diftinguez dans le
monde par leur efprit, apres
avoir contribué à l'allégreſſe
publique par leurs Feux , &
par les autres démonſtrations
de joye , ont travaillé ſur cet
augufte Sujet. M' Perrault,
fi connu dans l'Empire des
beaux Arts & des belles Lettres,
eft un de ceux qui a témoigné
le plus de zele de
toutes manieres dans cette
importante occafion. Il a fait
paroître fur tout par un Ouvrage
d'une invention tresparticuliere,
combien il s'inGALANT.
221
téreffoit dans le bonheur de
la France. Je ne puis vous le
donner icy tout entier, parce
qu'il occuperoit trop de place
dans ma Lettre. Je vous di
ray ſeulement qu'il l'a intitulé
, Le Banquet des Dieux
pour la Naiffance de Monfeigneur
le Duc de Bourgogne. I
feint que fur la fin de ce Ce
lefte Repas , une Symphonie
de toutes fortes d'Inftrumens,
la plus grave & la plus
majestueuse qui fut jamais ,
furprit agreablement toute
l'Affemblée, & qu'apres qu
elle eut duré quelque temps,
Tiij
222 MERCURE
elle ceffa pour faire place à
une autre Symphonie moins
forte , mais qui n'eftoit pas
moins agreable, &fur laquelle
Jupiter chanta ces Vers.
Vous avez fceu , Troupe immortelle,
L'agreable nouvelle
Qui rend de toutesparts les Peuples
réjouis,
Et qui vient de combler le bonheur
de LOVIS.
Celebrons l'heureufe Naiffance
Du Héros qu en ce jour le Cicl donne
à la France.
Voicy ce qu'ajoûte l'Autheur
de ce mefme Ouvrage
.
Tous les Dieux ayant répeté
GALANT. 223
enfemble ces deux derniers
Vers , Jupiter pourfuivit de
cette forte .
C'eft lefangde LOVIS, ce Roy vi-
Etorieux,
Sous qui toute l'Europe tremble,
Etqui ne voit rienfous les Cieux
Qui l'égale , ou qui luy reffemble.
C'est pourluy queje vous aſſemble
Dans ce Palais délicieux .
Prenonspart tous ensemble
Au bonheur d'un Héros fi grand, fi
glorieux,
Le Modelle des Roys , & l'Image des
Dieux.
Le Choeur des Dieux ayant
répeté les trois - derniers Vers
de ce Couplet, & la grande
T iiij
224 MERCURE
Symphonie ayant jojié en ,
cor quelque temps, Apollon
prit la Lyre, & chanta fes Pa
roles fuivantes.
Je voy dans l'Avenir , malgréfes
replisfembres
Donimes regardspercent les ombres,
De cejeune Héros millè exploits éclatans
.
Famais la Fable, ny l'Hiftoire,
N'ont rien dit de plus beau dans la
fuite des temps,
Et rien n'égalerafon bonheur &fa
gloire.
Les Muſes, qui s'eſtoient
rangées aupres d'Apollon,
& qui avoient fait avec leurs
GALANT , 225
2
Inftrumens une Symphonie
admirable pendant qu'il
chantoit , reprirent les trois
derniers Vers ; apres quoy,
ce Dieu fe tournant vers el
les, & les regardant, chanta
ce qui fuit.
Combien defois les Exploits de
LOVIS,
Que vos beaux Vers àjamaisferont
vivre,
Fous ont-ils les yeux éblouis,
Et caufela douleur de ne les pouvoir
fuivre!
Filles de Iupiter, avouez entre nous,
Qu'apres tantde chats de Victoire,
Et tant de Monumens d'eternelle.
mémoire,
·Le repos vousſembleroit doux.
226 MERCURE
- Non, non , fon immortelle Race
· Suivrafa glorieuſe trace,
Il n'eftpoint de repospour vous.
Les Mufes ayant encor repris
les trois derniers de ce
Couplet , Apollon continua
en cette maniere.
Chantez cette aimable Princeſſe
Dont le Ciel a fait choix pour l'Empire
des Lys ,
"
Qui par la Naiffance d'un Fils
Le remplit de bonheur, de gloire , &
d'allégreffe,
Et rendtous fes voeux accomplis.
Chantez cette Princeffe beureusement
féconde,
Qui donne pourjamais des Roys
tout le Monde.
GALANT. 227
Le Choeur des Muſes ayant
répeté ces deux derniers
Vers , Vénus & Mars chanterent
ceux - cy en Dialogue.
VENUS .
Que nous verrons un jour de Festes
& de leux!
MARS.
Que nous verrons unjour de Combats
dangereux !
VENUS.
Héros ne futjamais plus beau, ny
plus aimable,
On nepourraluy refuſerſon coeur.
MARS.
Héros nefutjamais plus grand, plus
redoutable,
- Toutfléchirafousfa valeur.
228 MERCURE
VENUS.
Icunes Beautez, craignezfes charmes
MARS.
Braves Guerriers, craignezfes
armes.
VENUS.
Redoutez fa douceur.
MARS.
Redoutezfon couroux.
VENUS & MARS.
Son jòrtfera mille taloux,
Ilfera couronné de gloire
Par l'Amour, & par la victoire.
Ce Dialogue finy, les Gra
ces fe mirent à dancer une.
efpece de Ménüet ; & en
fuite Bacchus ayant le Verre
en main , fe tourna avec un
GALANT 229
air riant vers le Buffet , &
chanta ces paroles , en regardant
Silene, & les Satyres.
Allons, mes chers Enfans, & vous,
Pere Silene ,
a
Qui ne m'avezjamais abandonné
Buvons, buvons à Taffe pleine
An Prince qui nous eſt donné.
Que chacun de cejus enlumine fa
trogne,
Et faffe honneur au Prince firiuné
Du fameux terroirde Bourgogne.
Silene & les Sates ayant
répeté les trois derniers Vers,
Bacchus pourfuivit.
Il vaincra comme nous les Climats
de l'Aurore
,
Et lelongdu rivage More
230 MERCURE
Son Bras établira noftre Empire
divin ,
Et fonfoudroyant Cimeterre
Délivrera toute la Terre
De ce Peuple maudit qui ne boitpoint
deVin.
La Fefte fe termina par ces
Vers que Jupiter chanta ſur
une Symphonie grave & tresférieuſe
.
Que de bonheur!
que
d'abondance!
Que degloire, & que de repos
Aux Peuples qui vivront fous l'augufte
puissance
De LOVIS, defon Fils, & dujeune
Héros
·Dont nous celebrons la Naiffance!
Iamais le Ciel ne vit unfi longcours
D'heureux fuccés , & de beaux
jours.
GALANT. 231
Tous les Dieux reprirent
les deux derniers Vers , &
Jupiter continua.
Nous pouvons deformais dans une
Paix profonde
Iouir de nos beureux deftins ,
Et parmy las Plaifirs, les feux, &
bes Feftins,
Nous repofer fur eux de l'Empire
du Monde.
Tous ces Vers ont efté mis
en Mufique par M Oudot,
& chantez à la Cour , où ils
ont reçeu beaucoup d'aplaudiffemens.
Les Réjouiffances publiques
pour la Naiffance de
232 MERCURE
Monfeigneur le Duc deBour.
gogne ont continué , & il
s'en eft fait de tres -grandes à
Tournon en Vivarez , squi
commencerent le 28. Novembre.
Je paffe tout ce
qu'on y a veu de commun
aux autres Villes , pour vous
parler du Feu d'artifice que
l'on avoit préparéfur le Rhô
ne. C'eftoit une Machine
quarrée à trois étages . Sur le
plus bas , regnoient fur des
Pilaftres quatre Corniches
,
où l'onvoyoit les Armes des
Maiſons de Vantadour , de
Levy , de Tournon , & de la
>
A
GALANT. 233
Ville. Le fecond étage por
toit de mefme fur des Corniches
, les Armes de Monfeigneur
le Dauphin , de Madame
la Dauphine , & du
jeune Prince , & fur le plus
haut étage , s'élevoit une Pyramide
, qui foûtenoit les
Armes du Roy à fes quatre
faces , & portoit fur fa pointe
un grand Soleil , qui un peu
plus bas , en avoit deux au
tres moins grands à ſes câ
tez. Les Jefuites firent une
Fefte particuliere. Parmy les
Devifes dontils ornerent leur
Court, on remarqua ces qua
Fanvier1683.
V
234 MERCURE
tre fur toutes les autres.
La premiere eftoit un Soleil
au milieu de deux Parélies ,
Lux omnibus una.
Lafeconde,regardoit Monfeigneur
le Dauphin. C'eſtoit
un Parélie , avec ce demyVers
du Poëte ,
Quantum inftar in ipfo eft !
Les deux autres eftoient à
T'honneur du jeune Prince, &
avoient toutes deux le mefme
corps , c'eſt à dire , un Soleil
naiffant.L'une avec ces mots,
Quid nonfi crefcat ?
L'autre avec ceux-cy.
Nafcitur
orbi.
GALANT. 235
4
L'Illumination que firent
paroiftre ces Peres , attira
longtemps les yeux & l'admiration
de tout le monde.
On fut charmé fur tout du
Spectacle d'une Balustrade
de feu , qui regnoit le long
d'une Terraffe du College,
qui domine le Rhône. Ce
College de Tournon eſt
un des plus magnifiques
du Royaume. Il reconnoift
pour fon Fondateur , le
grand Cardinal de Tournon,
fi celebre dans l'Hiftoire fous
les Regnes de François I.
d'Henry II . & de leurs En
4
Vij
236 MERCURE
fans. La Maiſon de Tournon
eftoit des plus illuftres par
fon ancienneté , & par fes Alliances
avec les premieres
Maiſons de France . Elle s'éteignit
en 1644. par la mort
de Jufte- Louis II. Maréchal
de Camp des Armées du
Roy , & Lieutenant de Sa
Majefté dans les Provinces
de Dauphiné , & de Languedoc
, qui fut tué au Siege de
Philifbourg , où il fervoir fous
Monfieur le Prince , de qui
ilavoit l'honneur d'eftre proche
Parent. Madame la Ducheffe
de Vantadour , fon
GALANT. 237
Ayeule maternelle , en re
cueillit la Succeffion.
Parmy les diverfes Feftes
que l'on a faites à Nilmes
dans la mefme occafion,
Mrs du Préfidial fe font extrémement
diftinguez . Apres
avoir donnéà fouper aux Prifonniers
, & fait chanter le
Te Deum dans la Chapelle de
leur Palais , ils en fortirent
en Corps , & en habit de cerémonie
, précedez par la Ba
foche , qui faiſoit une Com→
pagnie de trois cens Clercs ,
ou Praticiens, tous fort leftes ,
& qui avoient des Tam238
MERCURE
3
bours , des Trompetes , des
Hautbois , & des Violon's à la
tefte de leur Drapeau. La
Maréchauffée fuivoit la Bafoche.
Les Huiffiers venoient
enfuite. Les Officiers du Préfidial
, portoient chacun un
Flambeau de Cire blanche.
Apres eux marchoit le College
des Avocats , auſſi en
Robes. Quoy que ce Corps
foit libre , & qu'il n'ait pas
accoûtumé de fe trouver dans
des occafions de réjoüiffance
, il ne voulut pas manquer
en celle-cy, pour mieux marquer
la part qu'il prenoit à
GALANT 239
la joye publique . Le Corps
des Procureurs marchoit le
dernier dans le mefme ordre,
& les uns & les autres portoiét
auffi des Flambeaux . On
avoit préparé dans la Placé de
la Tréforerie un fort beauFeu
d'artifice . C'eftoit une Pyramide
de vingt pieds de hau
teur , appuyée fur un grand
Piédeftal , dont les quatre faces
repréfentoient les quatre
Vertus morales. Ce Feu réüffit
admirablement. L'Obélif
que , au haut duquel brilloit
un Soleil , eftoit chargé de
quantité de Devifes , que M
240 MERCURE
Graverel Avocat , & qui eft
de l'Académie Royale , avoit
compofées. En voicy les principales.
L'Ecu de France fur le dos
de deux Dauphins,
Imperium fine fine.
*
Un Soleil, & dans les nues
qui luy font oppofées , deux
Parélies , l'un defquels commence
à fe former ,
» Surgit, non aliis Impar.
Un grand Lys couronné,
& un petit à chaque cofté,
fortant de la tige,
Nulli excelfitas major, par allu…
fion à ce que ditPline en par
lant
GALANT. 241
lant du Lys , Nulli Florum excelfitas
major.s
Un Anneau avec un gros
Diamant , accompagné
d'un
petit à chaque colté,
Quò plures , eòfplendidior.
Une Aigle , tenant dans fes
ferres un Aiglon, auquel elle
fait regarder le Soleil fixement,
Nec erit virtutis avita degener.
La Maffuë d'Hercule fur la
Peau d'un Lyon ,
Non inferiora fequetur.
Un Grenadier , chargé de
quelques Grénades, avec une
Grenade qui n'eft qu'en fleur.
Janvier 1683
X
242 MERCURE
Regios affumet honores.
Un Vaiffeau Fleurdeliſé,
fur les Mats duquel on voit
ces Feux qui préfagent le
calme,
Fubent fpes effe ratas.
Un Lierre au pied d'un Palmier,
Scandet veftigia.
Une Aigle fort élevée en
l'air , au deffous de laquelle
il y en a une plus petite qui
vole auffi , & fur terre une
Aire , où l'on voit un Aiglon
qui bat des aifles , pour tâcher
de voler comme les autres.
GALANT. 243
Aliquando.
Un Nid d'Alcions fur la
Mer,
Non opus ætates Gallis orare
ferenas.
Un Flambeau allumé , au
quel une Main en préſente
une autre pour l'allumer.
Splendore effulgebit eodem.
Vous m'avez demandé les
noms de ceux qui font venus
faire des Complimens à la
Cour , de la part des Princes
leurs Maiftres , fur la Naiffance
du Prince qui a donné
-lieu à toutes ces Feftes . Je
vous les envoye felon l'ordre
X ij
244 MERCURE
"
qu'ils font venus. Je vous
dirois inutilement qu'ils font
tous d'un mérite diftingué
dans la Cour de leurs Princes
, puis qu'on n'en choiſit
point d'autres pour venir
dans celle d'un Souverain,
qui fait aujourd'huy l'admi
ration de toute la Terre.
Milord Duras de Féverf
ham , Envoyé Extraordinaire
du Roy de la Grand Bretagne.
M' Graham, Envoyé de M
le Duc d'Yorck,
M'Ingelheim, Envoyé Extraordinaire
de M' l'Electeur
de Mayence
.
GALANT. 245
M' Witgenſtein , Envoyé
Extraordinaire de M' l'Electeur
Palatin .
M le Baron d'Alemagne,
Envoyé Extraordinaire de Savoye.
M' Chapeaurouge , Dépu
té de la Ville de Genève.
M' le Comte de Creange,
Envoyé Extraordinaire de
Baviere.
M le Marquis de Caftiglione
, Envoyé Extraordinaire
de Florence.
M' le Marquis de Briffac,
Neveu de M de Briffac, Major
des Gardes du Corps , Dé-
X iij
246 MERCURE
puté de la Ville d'Avignon .
M Sagramofi , Envoyé Extraordinaire
de Mantouë.
M' de Shutz , Envoyé Extraordinaire
de M' le Duc de
Zell .
M le Rhaugraff , Envoyé
Extraordinaire de Mle Duc
de Hanover.
M le Marquis de Gherardini
, Envoyé Extraordinaire
de Modene.
M' le Comte d'Anguifcio .
la , Envoyé Extraordinaire de
Parme.
M ' Imoff , EnvoyéExtraor
dinaire de M' le Duc de Wolfembutel
GALANT. 247
Dom Carlos -Antonio del
Caftillo , Envoyé Extraordinaire
d'Eſpagne.
Plufieurs autres Souverains
ont euvoyé aux Ambaſſadeurs
, & aux Envoyez qu'ils
ont icy , des Lettres de congratulation
fur la Naiffance
de Monſeigneur le Duc de
Bourgogne . Voicy un Madrigal
que cette Naiffance a
fait faire à M Daubaine ,
A MADAME
LA DAUPHINE.
Nnous donnantun Prince, adorable
Princeffe, EN
Pendant tout l'an paffe vous nousfiftes
joyeux.
248 MERCURE
Dica veuille en celuy- cy que pleine
d'allégreffe
La France puiffe en compter deux.
Non , nous ne fommes-pas au comble
de nos voeux.
Si par autant de Victoires gagnées
De l'augufte LOVIS nous comptons
Lesjournées,
dans cent ans,
Nous voudriens que
Luy.me/me comptaftfes années
Par autant de fes Defcendaus .
Comme je fçay que vous
eftimé beaucoup M'Gallot,
je vous envoye une de fes
Pieces de Lut, qui m'eft tombée
entre les mains , & que
jay fait graver. Cet habile
Maiftre eft revenu du long
NA
GALANT. 249
Voyage qu'il eftoit allé faire,
& qui a privé Paris des Concerts
qu'il donnoit tous les
Samedis au Public . Il les doit
recommencer dans peu de
temps , & l'on aura le plaifir
d'entendre cet excellent
Homme qui réüffit fi bien ,
tant pour la fineſſe du Jeu ,
que pour la pofition des
doigts, & la propreté.
Si je ne vous parle pas
tous les mois des Chaffes du
Roy,ce n'eftpas que ce divertiffement
ne foit fouvent un
de fes plaifirs. Comme l'exercice
contribue beaucoup à la
250 MERCURE
fanté, & que celuy-là , non
feulement entretient la vigueur
, mais repréſente toû
jours une image de la Guerre,
ce Prince a l'ame trop martiale
pour l'abandonner. Il
eft fervy en ce qui regarde la
Chaffe , comme en toutes les
autres chofes , c'est à dire ,
d'une maniere admirable , M
le Duc de la Rochefoucant
,
Grand Véneur de France ,
s'acquitant de cette Charge
avec le mefme zele , & la
mefine ponctualité , que de
celle de Grand - Maiftre de la
Garderobe . Rien n'eft mieux
GALANT. 251
imaginé que l'ordre qu'il ob
ferve , & qu'il fait obferver
dans les fonctions de l'une
& de l'autre. Il tient un Regiftre
de tous les Cerfs qu'on
prend chaque année , des
lieux où ont efté les Lauffezcourres,
du nom du Valet de
Limier qui a laiffé - courre;
comme auffi du lieu où le
Cerf a efté pris ou manqué.
Jamais Homme n'a eu plus
d'attachement , & d'exactitude
que ce Duc , dans tous
les fervices qu'il rend à Sa
Majefté. Tous ceux qui ont
l'honneur de fervir fous fes
252 MERCURE
ordres , en reçoivent beaucoup
d'agrément. Feu M ' de
Poids , qui a commandé cet
Equipage fous ce Duc , a eu
longtemps ce plaifir. Il eftoit
tres-capable de cet Employ,
& l'on a toûjours parlé de luy,
comme d'un Homme fort
expérimenté dans les chofes
de Chaffe dont il fe méloit. Il
mourut l'année derniere de
fa mort naturelle , apres avoir
fait cent cheûtes terribles,
inévitables pour ceux de fa
profeffion , & qui devoient
plufieurs fois luy avoir coûté
la vie. Celuy qui luy a fuc
GALANT 253
cedé, n'entend pas moins
bien le meftier de la Chaffe;
& Mr le Grand Véneur , qui
en connoift la capacité & le
mérite , n'a pas attendu long.
temps apres la mort de M' de
Poids , à le faire joüir du fruit
qu'il pouvoit attendre de fes
fervices. Il fe nomme M' de
Fourcy. C'est un Gentilhomme
bien fait , honnefte , &
judicieux. Il eftoit , du temps
de M' de Poids, l'un des quatre
Lieutenans , que Sa Majefté
entretient dans cet Equipage
fous le nom de Lieutenans.
Il tient auffi un Regiſtre
254 MERCURE
de tous les Cerfs qu'on prend
chaque année , avec le mefme
ordre que celuy de fon
Supérieur. Il s'en trouva l'année
derniere cent de forcez
& pris , quoy que le Roy
n'euft commencé à chaffer
cette année-là que fur la fin
de Fevrier. L'année 1681 fut
plus forte de trois Cerfs . M's
de la Rochette , de la Borde,
de Varfenay , & de Nonchelle
, font les
tenans dont je viens de vous
parler. Ils font tres -habiles
dans leur Employ . Il feroit
quatre
Lieu
.
malaifé qu'ils ne le fuffent,
GALANT 255
ayant un Chef auffi vigilant
& auffi éclairé , que l'eſt Mª le
Grand Véneur,
ge
J'ay veu des Lettres d'A .
miens qui portent , qu'il s'y
eft fait depuis peu un Mariatres-
confidérable , entre
M' le Marquis d'Ally de l'ancienne
Maifon d'Ally , & Mademoiſelle
de Gouffier , Fille
de M' le Marquis d'Epagny
de l'illuftre Maifon de Gouffier.
Toute la Province a pris
part à une alliance fi fortable.
La Cérémonie fe fit par Με
l'Evefque d'Amiens . M' l'Intendant
y affifta , avec un
256 MERCURE
grand nombre de Perfonnes
de qualité
.
Dame Magdelaine de
Beaumanoir de Lavardin ,
Comteffe de Teffé , Veuve
de Meffire René de Froullay,
Comte de Teffé , Lieutenant
General des Armées du Roy,
mourut icy fur la fin de l'autre
mois , âgée de 64. ans.
Elle eftoit Petite-Fille du Maréchal
de Lavardin , Soeur de
Mª l'Evefque du Mans le dernier
mort , & do M' le Marquis
de Lavardin , Pere de
celuy d'aujourd'huy. Elle a
laiffé deux Fils, Mile Comte,
GALANT. 257
& M' le Chevalier de Teffé,
tous deux Colonels de Dragons.
L'Aîné eft Brigadier
General. Je vous ay fouvent
parlé de l'un & de l'autre . Madame
la Comteffe de Teffé
leur Mere , eftoit d'un mérite
genéralement connu . Jamais
Femme n'eut tant d'efprit,
de grandeur d'ame , & de
beauté tout enfemble. On ne
peut avoir plus de diftinction
dans les Armes , qu'en a M
le Comte de Teffe, Brigadier,
& Lieutenant de Roy du
Maine. Il eft tres-bien fait,
& a époufé l'Heritiere de la
Janvier 1683. Y
258 MERCURE
Maiſon d'Aunay aupres de
Caën , qui eſt une des meilleures
, & des plus anciennes
de la Province. Il y a une
Abbaye dans la Terre d'Aunay,
fondée par ceux de cette
Maifon. C'eft M' Hüet de
chez Monfeigneur le Dauphin
, qui en eft Abbé préfentement.
Je viens à l'Article des.
Jetons que l'on fait batre
pour eſtre diftribuez le
premier
Jour de l'An , & dont je
vous envoye toûjours une
Planche gravée dans ma
Lettre de Janvier,
GALANT
I.-
. 259
Le
Tréfor
Royal.
Cette
Devife
repréſente une
Urne, fur
laquelle
un
Dieu
de
Fleuve
eft
appuyé , &
d'où
fortent
des
eaux en
abondance,
qui
forment
une
Riviere ,
avec
ces
mots de
Virgile ,
Semperque
recentes.
Cette
Urne
eft
l'image du
Tréfor
Royal,
d'où
les
Finances
de
Sa
Majefté ,
tou
jours
inépuisabl
coulent injours
nouve
ceffamment pour porter l'abondance
dans le
Royaume.
Le Dieu du Fleuve appuyé
Y ij
256 MERCURE
grand nombre de Perſonnes
de qualité
.
Dame Magdelaine de
Beaumanoir de Lavardin ,
Comteffe de Teffé , Veuve
de Meffire René de Froullay,
Comte de Teffé , Lieutenant
General des Armées du Roy,
mourut icy fur la fin de l'autre
mois , âgée de 64. ans.
Elle eftoit Petite-Fille du Maréchal
de Lavardin , Soeur de
M' l'Evefque du Mans le dernier
mort , & de M' le Marquis
de Lavardin , Pere de
celuy d'aujourd'huy. Elle a
laiffé deux Fils, Mile Comte,
GALANT. 257
& M' le Chevalier de Teffé,
tous deux Colonels de Dragons.
L'Aîné eft Brigadier
General. Je vous ay fouvent
parlé de l'un & de l'autre. Madame
la Comteffe de Teffé
leur Mere , eftoit d'un mérite
genéralement connu . Jamais
Femme n'eut tant d'efprit,
de grandeur d'ame , & de
beauté tout enſemble. On ne
peut avoir plus de diftinction
dans les Armes , qu'en a M
le Comte de Teffe, Brigadier,
& Lieutenant de Roy du
Maine. Il eft tres -bien fait,
& a époufé l'Heritiere de la
Fanvier 1683. Y
258 MERCURE
Maifon d'Aunay aupres de
Caën , qui eſt une des meilleures
, & des plus anciennes.
de la Province . Il y a une
Abbaye dans la Terre d'Aunay,
fondée par ceux de cette
Maifon. C'eft Mr Huet de
chez Monfeigneur le Dauphin
, qui en eft Abbé préfentement.
Je viens à l'Article des.
Jetons que l'on fait batre
pour eftre diftribuez le
premier
Jour de l'An, & dont je
vous envoye toûjours une
Planche gravée dans ma
Lettre de Janvier.
GALANT
I.
.
259
Le
Tréfor
Royal.
Cette
Devife
repréſente une
Urne, fur
laquelle
un
Dieu de
Fleuve
eft
appuyé , &
d'où
fortent
des
eaux en
abondance,
qui
forment une
Riviere ,
avec
ces
mots de
Virgile ,
Semperque
recentes.
Cette
Urne
eft
l'image
du
Tréfor
Royal ,
d'où
les
Finances
de Sa
Majeſté ,
toûjours
inépuifables
, &
toû
jours
nouvelles
,
coulent
inceffamment
pour
porter
l'abondance
dans le
Royaume.
Le
Dieu du
Fleuve
appuyé
Yij
260 MERCURE
fur l'Urne , marque qu'il y a
quelque chofe de plus qu'humain
dans l'ordre merveilleux
qui eft étably dans les
Finances. Cette Devife eft
de M' Quinaut, & du nombre
des cinq que M Colbert
choifit, & qu'il diftribuë aux
Graveurs qu'il juge les plus
habiles . M Chéron a eu
cette année le Tréſor Royal .
Il a pour fon droit deux mille
cinq cens livres. Les cinq
Devifes que M Colbert
prend foin de choiſir tous
les ans entre plufieurs que
l'on luy préfente, font
GALANT. 261
1
Le Tréfor Royal,
Les Bâtimens,
Les Revenus Cafuels,
L'Admirauté,
Et les Galeres.
Il faut pour le Tréfor Royal
huit ccns Jetons d'or , & deux
mille fix cens d'argent. Ces
Jetons font diftribuez par le
Garde du Tréfor Royal en
année. Vous fçavez , Madame,
que ce grand Employ
eft remply par deux Perfonnes
qui fervent alternativement
, qui font M's de Bertillac,
& du Metz . M'du Metz
eft entré en exercice cette
262 MERCURE
année. Cet Employ n'eft pas
le feul dans lequel il fert le
Roy avec un zcle & une fidelité
éprouvées depuis fort
longtemps.
II.
Ce Jeton eft pour la Reyne.
Il en faut fix mille cent d'argent.
M du Vaux qui les dif
tribuë , eft Tréforier de la
Maiſon de cette Princeffe .
La Devife eft un Lys épanoiy,
fur lequel des goutes
de Lait tombent du Ciel. Elle
a efté trouvée par Mr Vielle,
Premier Commis de M' Berrier,
GALANT. 263
Les Poëtes difent que Ju
non ayant épanché quelques
goutes de Lait de fes mamelles,
des Lys en fortirent.
Ce Jeton a efté gravé par
M'Chéron.
III.
Les Revenus Cafuels . C'eſt
un Port de Mer , où l'on voit
quelques Vaiffeaux, avec ces
mots ,
Tuti quos recipit.
Un Port de Mer eſt une
image parfaite des Parties
Cafuelles , où les Officiers.
qui ont efté reçeus , font dans
une entiere feûreté , '& cef264
MERCURE
1
fent d'eftre expofez au péril
de perdre leurs Charges . La
Deviſe eft de M Quinaut.
Ce Jeton a efté gravé par M
le Ferme . Il en faut cent d'or,
& trois mille cinq cens d'argent.
M' Teftu eft Tréforier.
IV.
L'Admirauté. Une Bombe,
& un Port de Mer. Cette
Devife eft de M
Charpentier
de l'Académie Françoife, &
a efté gravée par M Rottier.
Il faut quatre mille cinq cens
Jetons d'argent. M Lubert
eft Tréforier de la Marine.
GALANT 265
V
Les Galeres, La Foudre, avec
ces mots ,
Obluctantia quærit.
Comme c'eft le propre de
la Foudre, de chercher
de la
réfiftance , c'eft auffi ce que
le Roy veut que fes Galeres
entreprennent, en attaquant
tout ce qu'il y a de plus redoutable
& de plus grand.
La Devife eft de MiQuinaut
,
& le Jeton gravé par M' Loir .
Il en faut deux mille huit
cens d'argent. M' Henry eft
Tréforier des Galeres ."
Fanvier 1683.
Ꮓ
266 MERCURE
VI.
L'Artillerie. Ce Jeton eft
gravé par M' Aury.
VII.
Les Bâtimens. Un Apollon
debout, appuyant fa Lyre fur
un Pilaftre , pendant qu'il
ordonne à des Ouvriers d'élever
un Palais,
Nec ceffat luftrare orbem .
Quoy que le Soleil , ou
Apollon qui repréſente le
Roy , donne fes foins à faire
il ne laiffe
bâtir , pas
d'éclairer
le Monde
. On croit
que
cette
belle
Devife
a eftéfaite
par
M' Colbert
. Elle
a efté
71
GALANT. 267
gravée par M Bernard . Il
faut feize cens Jettons d'argent
pour les Bâtimens . M
de la Planche en eftoit Tréforier
, mais il a depuis peu
vendu fa Charge à M' Ma
neffier , qui entre cette année
en exercice.
DEST
Voicy des Vers qui ont
efté faits pour la Devife des
Bâtimens de cette année.
Dans le temps qu'il conftruit de pompeux
Bâtimens,
De fon noble loifir legers amusemens,
} }
Mais chef-d'oeuvres parfaits d'éternelle
mémoire,
Il ne ceffe , occupede mille emplois
divers,
T
268 MERCURE
Deporterfesfoins &ſagloire
Dans tous les coins de l'UniveIS.
VII.
Ordinaire des Guerres . Cette
Devife représente un Grénadier,
Dat Fructus , datque coronas.
Rien n'eft plus intelligible .
M' Paparel en eft Trélorier.
Le Jeton a esté gravé par
Mr Chéron.
IX.
Extraordinaire des Guerres.
Un Trophée d'Armes gravé
par le mefme M' Chéron .
X.
La Chambre aux Deniers.
GALANT. 269
Un Autel , fur lequel il y
des Epis de Bled, des Fruits,
& des Raifins,
Primitia fuperis.
Cette Devife eft du Pere
Meneftrier Jefuite. Le Jeron
eft encor gravé par M Cheron,
ainfi que celuy qui fuit.
XI..
Les Ponts & Chauffées. La
Devife a ces paroles pour
ame,
Vicit Iterdurum.
XII.
La Ville de Paris. Un Lys,
avec deux Rejetons,
· Et ab unoflore quid ambo?
Z iij
268 MERCURE
De porterfesfoins fa gloire .
Dans tous les coins de l'Univers.
VHI.
Ordinaire des Guerres . Cette
Deviſe repréſente un Grénadier,
i
Dat Fructus, datque coronas.
Rien n'eft plus intelligible.
M' Paparel en eft Trélorier.
Le Jeton a esté gravé par
M' Chéron.
IX.
Extraordinaire des Guerres.
Un Trophée d'Armes gravé
par le mefme M' Chéron .
X.
La Chambre aux Deniers.
GALANT. 269
Un Autel , fur lequel il y a
des Epis de Bled, des Fruits,
& des Raifins,
Primitia fuperis.
Cette Devife eft du Pere
Meneftrier Jefuite. Le Jeron
eft encor gravé par M' Chéron,
ainfi que celuy qui fuit.
X I..
&
Les Ponts & Chauffées. La
Devife a ces paroles pour
ame,
Vicit Iter durum.
XII.
La Ville de Paris. Un Lys,
avec deux Rejetons,
Et ab uno flore quid ambo?
Z iij
270 MERCURE
Cette Devife eft de M de
Santeüil. Elle eft gravée par
M² Aury.
XIII.
Pour les Notaires. Cette Devife
eft fur le fujet de la
Naiffance de Monſeigneur
le Duc de Bourgogne
,
Quieta tempora damus.
Elle eft gravée par M Rottier.
?
XIV.
Pour les Gardes Marchands
de Vin. Sept Vaiffeaux , &
une Grape de Raifin , qui
font les Armes de la Com
pagnie, avec une Coupe fur
un Autel,
GALANT 271
Regum menfis, arifque Deorum.
La Devife eft de M' de
Santeüil , & le Jeton gravé
par M'Rottier. &
XV.
Huiffiers du Confeil.
XXVI
Pour les Etats de Bourgogne.
Le Signe du Belier fur le
Zodiaque , avec ces mots,
Noftrum uni exfuperis nomen.
Le Belier qui portoit une
Toifon d'or , donna le nom
à la premiere Maiſon du So ,
leil. Ainfi la Duché de Bour,
gogne, où l'Ordre de la Toi
fon a efté inftitué, a eu l'hon
Z iiij
272 MERCURE
neur de voir donner fon nom
áu Petit Fils LOUIS LE
GRAND , dont le Soleil eft
le Symbole. Cette Deviſe
eft de M' l'Abbé Tallemant
Intendant des Devifes. Elle
eft gravée par M' Chéron .
Tay reçeu fi-tard le Jeton
de Madame la Dauphine,
que je fuis obligé de le réferver
pour le mois pro
chain.
Le Mardy 19. de ce mois ,
on fit la Cerémonie de la Benédiction
des trente Dra
peaux du Régiment des
Gardes . On avoit fait un dé-
43
GALANT. 273
1
tachement de dix Moufquetaires
par Compagnie , qui
font trois cens Hommes,
dont trente furent poftez
avec trois Sergens , aux trois
Portes du Choeur de Noftre-
Dame , pour empefcher la
confufion ; & les deux cens
foixante & dix autres Mouf
quetaires firent une haye
dans la Ruë, des deux coftez ,
à commencer depuis la Porte
de l'Eglife autant que l'on
put s'étendre. La marche des
trente Drapeaux fe fit de
cette maniere .
Le Tambour Major , vétu
274 MERCURE
d'un Jufte-au-corps bleu , ga
lonné d'argent, avec un Baudrier
de Tabis gris , piqué
d'argent, fortit des Tuilleries
pour aller à Noftre-Dame,
fuivy de foixante Tambours
battans , veftus de Jufte-aucorps
bleus , chamarrez en
Trompetes de Galon de foye
rouge , argent & bleu ,
Livrées du Roy. Ils avoient
des Baudriers de Buffe galon
nez du mefme Galon argent
& bleu , des Chapeaux auffi
galonneż , des Echarpes de
foye , avec des Rubans affor
tiffans au Chapeau , & à la
4
des
GALANT. 275
Cravate. On voyoit les Armes
du Roy fur leurs Caiffes .
En fuite paroiffoit M ' d'Artagnan
Major , à cheval , fuivy
de Mrs de
Montdegeorge , &
de Vitry , Aydes Major, & de
M's Luzancy, Vauroiiy, Candot
, & Cliffon , Sous- Aydes
Major , tous à cheval. Soi
xante Sergens à pied , fix de
front, marchoient apres eux,
armez de leurs Hallebardes .
Ils eftoient vétus d'un Jufte
au- corps bleu galonné d'argent
, & avoient un Baudrier.
de Buffe galonné de mefme,
la Culote, & des Bas rouges
,
276 MERCURE
un Chapeau gris , avec urt
Ruban couleur de feu à l'Epée
& à la Cravate . Les trente
Enſeignes fuivoient à cheval,
portant chacun leur Drapeau.
Ils alloient quatre de
front, & précedoient foixante
autres Sergens vétus comme
les premiers , & fuivis de foixante
autre Tambours.Quad
ils arriverent prés de Noftre
Dame , Ms le Major , fes
Aydes , & les Enfeignes, mirent
pied à terre , & entrerent
dans la Nef, où les Ser
gens & Tambours fe mirent
en haye à droit & à gauche..
GALANT. 277
1
Les Enfeignes & Drapeaux
occuperét dans le milieu . Un
peu apres , M' le Major & fes
Aydes , avec les trente Enfei
gnes & leurs Drapeaux , fu
rent reçeus dans le Choeur,
où le trouva Monfieur l'Archevefque
affis dans un Fauteuil
au pied des Marches du
Maiſtre Autel. Ce fut là qu'il
fit la Cerémonie. Le Drapeau
blanc qui eft pour la
Colonelle , eftoit le premier.
Il y avoit cinq Couronnes
peintes en or dans ce Drapeau.
Les vingt- neuf autres
eftoient de Taffetas bleu
278 MERCURE
Fleurdelifé auffi en or , avec
une . Croix blanche où ef
toient les cinq Couronnes.
L'Enfeigne qui portoit ce
premier Drapeau , ſe mit à
genoux aux pieds de Mª l'Archevefque
, & fe releva apres
avoir reçeu l'Eau-benifte . La
mefme chofe fe fit pour tous
les autres Drapeaux . En fuite
M' l'Archevelque fe leva, &
s'alla mettre dans fa Chaife
Archicpifcopale , où il dit les
Oraiſons , avec la Mufique.
On y chanta le Veni Creator;
& cela fait , on fortit dans le
mefme ordre qu'on eftoit
GALANT. 279
entré. Lors qu'on fur hors de
l'Eglife, chaque Compagnie
des dix Moufquetaires &
Sergens , qu'on avoit poftez
en haye dans la Ruë , prit les
Drapeaux d'entre les mains
des Enfeignes, & les emporta
chacune dans fon Quartier
de Compagnie des Fauxbourgs
de Paris .
M³ Chaiffon , de Montelimart
en Dauphiné , s'eftant
rendu à l'Arſenal le Lundy
25. de ce mois , y fit l'épreuve
de fa Poudre foudroyante , en
préfence de M' le Duc du
Lude. Un Canon de l'Hôtel
280 MERCURE
de Ville , du calibre de fix livres
de bale , y avoit eſté
conduit. Il le chargea de deux
livres de fa Poudre renforcée,
& puis , de fa Boëte fou
droyante . Elle avoit environ
trois pouces de diametre , &
dix pouces en longueur. Elle
eftoit de dix-huit livres de
poids. La force de cette Poudre
porta la Boëte juſques au
Moulin prés de Ville- juif,
qui eft à une lieuë de l'Arfenal.
Elle éclata avec tant de
bruit, & fit un fi grandfracas,
qu'on la peut nommer un
nouveau Foudre de guerre.
GALANT. 281
Vous aurez fans doute appris
que M le Marquis de
Beauveau a efté reçeu Capitaine
des Gardes de Monfieur.
C'eſt un Poſte digne
des Perfonnes de la plus haute
naiffance. Auffi ce Marquis
eft- il d'une des plus confidérables
Maifons du Royaume.
Il eft Frere de M ' l'Evefque de
Nantes , & a époufé depuis
peu Mademoiſelle de S. An .
dré , âgée de dix -fept ans.
Cette jeune Mariée a beaucoup
d'efprit , & fçait tout
ce qu'une Perfonne de fon
Sexe peut fçavoir pour eftre
Fanvier 1683.
A a
282 MERCURE
eftimée parfaite .
La premiere des deux
Enigmes du mois de Decembre,
a efté expliquée par ce
Madrigal de l'Albaniſte de
Rouen .
S4
Ans vous plaindre , Philis , des rigueurs
de l'Hyver,
Approchez- vous dufeu ,pourquoy vous
en priver?!
Sifa brûlante ardeur vous gaste le
visage,
Mercure vous oblige au premier jour
And
del'An;
Nvons étreine d'un Ecran ,
Vous pouvez le mettre en usage.
Ceux qui l'ont encore expliquée
fur l'Ecran, font M's
GALANT 283
de la Martiniere , d'Epoiffe
en Auxois , au Duché de
Bourgogne De Vallaunay,
Sous -Brigadier dans les Chevaux
- Legers ; L. Serrant,
Curé de Nogent le Roy;
Louvart , I. B. du Moulin , de
la Rue S.Denys , Des Portes,
Faillet, & Bailly, de la mefme
Ruë , Pinchon , de Roüen,
D.Teftard ; Leger de la Verbiffonne
, Crochat , de Torchefelon
en Dauphiné, Profeffeur
és Mathématiques;
L'aimable Comte de C...
Penfionnaire au College de
Harcourt & le Parifien fo-
A a ij
284 MERCURE
litaire du Cabinet obfcur, de
Tours ; Mefdemoiſelles Serain
; Marie Dourdilly , de
la Rue S. Denys , Nanon
Provins , de la mefme Ruë ;
Madelon Proüais ; Baron,
de la Rue S. Bon ; Journet,
de l'Hoftel des Urfins ; Le
Mary jaloux , de Dreux ; L'Amant
tenébreux des delices
du bon Vin, d'Amiens ; L'Indiférend
de l'aimable Philis,
du Marais ; L'Indiférend chatoüilleux
de S. Germain en
Laye , du Quartier des Recolets
; Le Medecin Amant
de la belle Manon, de XainGALANT.
285
4
tes, Le Roy, & labelle Reyne
du fecond Bal de la Rue de
la Verrerie, proche la Ruë de
Mouffy ; La belle Lyfete, de
Dreux ; La belle Terbocher,
à l'Anagramme Bel Aftre cher
objet, de la Ruë S. Victor ; La
belle Edrobale , de la Rue
Grenier S. Lazare , La charmante
Brune du Fauxbourg
Cauchoife de Rouen , L'infidelle
Mere de l'amoureuſe
Fille ; L'Amante defefperée
de réfolution de par le peu
fon Pere La Beauté Affri
quaine , du Quay de la Megifferie
, L'aimable Cataut
286 MERCURE
du mefme lieu , fa Maîtreffe;
La Blondine à
l'Anagramme
A fa veuë il n'y a guère d'ame
libre , de devant l'Eſtrapade ;
La Bergere de la Rue Simon
le Franc , La Mufete à l'Anagramme
L'efprit hafté & delié,
de la Rue Grenelle , L'aima
ble future Champenoife ; &
fon infenfible Soeur du Quar
tier des Halles . En Vers , M
Rault, de Rouen , Avice, de
Caën , Ruë de la Harpe , Bu
rel , de Vitré en Bretagne;
Carriere , du meine lieu ,
Le Secretaire du Parnaffe ;
Forteau, Avocat à Semeur,
GALANT. 287
Droüart de Roconval ; &
L'Ennemy d'amour , à l'Anagramme
L'Héroïne m'y entraine
; Mademoiſelle Guillemete
Manin , de Semeur;
La belle Prifonniere du Fauxbourg
S. Antoine , La Belle
à l'Anagramme Je n'aime rien
hors le mérite , de la Rue de la
Licorne ; La Blondine à l'Anagramme
Héroïne cache d'attraits
mortels, de laRue Trouffe
vache ; & la Brunete à l'Anagramme
H. M. eft àſa Cour,
de la mefme Ruë.
Le Manchon & le Paravent
font les autres Mots fur lef
288 MERCURE
quels on a expliqué la meL
me Enigme.
M' Vignier de Richelieu
a renfermé le vray Mot de
la feconde Enigme dans cet
autre Madrigal.
Ous reconnoiffons tous les
Nous
reco
Qu'iln'eft point de laides amours .
Quandon aime, fuft- ce uneGaupe,
Si l'on voit boire à fa santé,
Celuy qui s'en trouve enchanté,
Neceffe pas de dive, Taupe .
rs
M's Bouchet, ancien Curé
de Nogent le Roy ; Vilain,
de Rouen , Diéreville , La
fpirituelle Nanon du Pont
S.
GALANT. 289
尊
8. Michel; & le trop patient
Cavalier en amour , ont expliqué
cette mefme Enigme
fur le Mot de Taupe .
Un Liévre , une Bale , un
Verre à boire , du Sel , & un
Champignon , font les autres
fens qu'on luy a donnez.
J'ajoûte les noms de ceux
qui ont expliqué l'une &
l'autre Enigme. M Semu
lier , Maire de Semeur en
Auxois ; Conftantin Renneville
, de Caën ? Mignot , de
la Court du Palais ; B. D. B.
à l'Anagramme Le Blondjoly,
Lieutenant au Regiment
Fanvier 1683. Bb
290 MERCURE
4
Royal des Vaiffeaux ; Le
Grand , Controlleur de la
Porte Cauchoiſe à Rouen;
Mademoiſelle Aubin , de la
Rue de la Verrerie ; M. D. B.
à l'Anagramme A midy je
brille, de la Rue Villedor ; Les
trois Vierges de la Vigne, de
la Rue groffe Horloge de
Rouen , Le Becot vermeil,
de la mefme Ruë ; Tamirifte,
de la Ruë de la Cerifaye ; Le
bon Gonneffier ; Les deux
Voyageurs d'Orient & d'Occident
; La belle Blonde de
la Ruë neuve des Petits-
Champs ; La fpirituelle Mere
GALANT 291
des charmantes Blondes de
Dreux ; La jeune Beauté de
la Rue Parifie de la mefme
Ville , La fçavante Minerve
de la Rue Monconfeil ; Les
trois aimables & belles Brunes,
chéries d'Apollon & des
Muſes , de la Rue S. Denys.
En Vers. Mrs de Fleffel de
Vermolet, d'Amiens ; De la
Tronche, de Rouen ; Allard;
C. Hutuge d'Orleans , demeurant
à Metz; E. Foineau,
Sous-Chantre de la Cathé
drale de Vennes ; L'Amant
difcret & fidelle ; Le Manan
de la Belle Etoile de la Ruë
Bb ij
292 MERCURE
S. Antoine , Le Marquis inconnu
de la belle Françoiſe
Jofephine ; L'aimable à l'Anagramme
La Guerre eft fur
ma vie , d'Amiens ; & la Nymphe
de S. Paul, avec fa Suite.
Je vous envoye deux nouvelles
Enigmes, La premiere
eft de M Germain de Caën;
& la feconde , de . M' de la
Barre de Tours.
ENIGME.
Voy que je fois formé d'une
matiere dure,
Rien de dur toutefois n'entre en mon
aliment.
T
GALANT. 293
Mon corpsplus long que large eft de
tellefigure,
Que je n'ay que deux yeux, & deux
bras feulement.
Se
Ces deux bras pour agir me feroien
inutiles,
Sans l'aide de deux Soeurs , qui d'un
commun effort,
Faifantdemon travail & le foible,
& le fort,
Mepromenent partout dans les Chaps
& les Villes .
$ 2
Je fers également le Sujet & le Ray.
Que l'on me couvre d'or , qu'on me
charge d'ordure,
Je n'enfaispas moins mon employ;
Et fi quelquefoisje murmure,
Ce n'estjamais de ma parure ,
M'eftant indiférent quoy qu'on mette
fur moy.
294 MERCURE
AUTRE ENIGME .
Jaylamesme Mere que l' Homme;
Chez mille Autheurs l'on me compare
à luys
Mon ufage merendfi commun aujourd'huy,
Qu'on me voit au "apon comme on -
me voit à Rome.
Se
Si je tombe, au moment qu'on me
donne le jour,
Mon Perepar un heureux tour,
Des débris de mon Corps fait une
Creature,
Qu'on peut dire mon Frere ; admirez
mon amour!
Pour purger les defauts de mapauvre
Nature,
GALANT 295
A peine fuis-je fait, qu'on me met
dans le feu;
I'y fouffre , j'y rougis , &je wy
plains unpeu,
Mais ma vie en devient & plusforte,
&pluspurc.
$2
Malgré mesfoins pour plaire en diverfesfaçons
,
Et malgré lesfecours que je donne
à la vie,
L'Homme jamais n'a l'ame plus
ravie,
Qu'en me voyantpres des tifons.
S&
Pour vous montrer combien j'aime
mon Perc,
Te le nourris quand il m'afait;
Pour le produire, helas , il entr'ouvre
ma Mere,
า .
Bb iiij
296 MERCURE
Etplus en me faifantfa main paroift
fevere,
Etplusjefuisparfait.
S&
Icfuis en bonne odeur felon qui je
fréquentes
Quelquefoisje fens bon , fouventje
fens mauvais;
Ie donne du dégonft, je donne des
attraits ,
Selon que le casfe préfente.
$2
L'onde & le feu , qui font élemens
oppofez,
Par mon moyen apprivoifez,
Pareiffent l'un & l'autre eftre d'accord
ensemble,
Quand dans mon corps j'affemble
Un Tout deplufieurs compofez.
GALANT 297
$2
Mais enfin , comme l'Homme , &
mortel, & fragile,
Selon quej'ayfouffert pendant que
jayvécu
Un soufle bienfouvent, ou le mindre
feftu,
Me tüe, & me rend inutile.
M' de Bellievre , Marquis
de Grignan , Confeiller d'honneur
au Parlement de Paris,
eft mort icy le Mardy vingtfixiéme
de ce mois. Meffire
Pompone de Belliévre ,
qui apres avoir efté Ambaffadeur
en Angleterre , &
-Plénipotentiaire
au Traité de
Paix conclu à Vervins en
"
298 MERCURE
1598. fut fait Chancelier de
France par Henry IV. laiſſa
pour
Fils Meffire Nicolas de
Bellievre , Préfident à Mortier
au Parlement de Paris,
Confeiller d'Etat , & Doyen
du Confeil . De Nicolas de
Bellievre font fortis , Mcffire
Pompone de Bellievre , qui
a efté Ambaffadeur
en Italie,
en Hollande , & en Angle
terre , & Premier Préfident
au Parlement ; & Meffire
Pierre de Bellievre , qui eft
celuy dont je vous parle , &
qui a efté auffi envoyé Ambaffadeur
en Angleterre
. Il
GALANT. 299
eftoit Abbé de S. Vincent
de Metz , & eft mort âgé de
72. ans.
Mr Guitoneau , Premier
Valet'de Garderobe du Roy,
qui eft mort quelques jours
auparavant , n'en avoit encor
que quarante-fept. Il eftoit
Fils de M Guitoneau ,l'un des
plus anciens Secretaires du
Roy que nous ayons , & fort
entendu dans ce qui regardoit
la fonction de fa Charge.
Il fervoit le Roy fort à fon
gré. Auffi en avoit-il reçeu
des bienfaits confidérables,
puis qu'il en tenoit une Ab300
MERCURE
baye , & qu'il joüiſſoit outre
cela d'une Penſion confidérable
fur un autre Benéfice .
Voyez, Madame , la diverfité
des chofes du monde . Les
uns meurent jeunes , & les
autres fe tirent des bras de la
mort dans un âge fort avan
cé. C'eft ce qui arriva le dernier
mois à M' le Préſident
Charreton, dont vous me demandez
des nouvelles. Le
bruit de fa mort qui s'est répandu
jufqu'en voftre Ville,
femble avoir couru par tout.
Voicy ce qui a donné occafron
à ce bruit . Cet illuftre
GALANT. 301
Préfident eftant follicité par
plufieurs Perfonnes de la premiere
qualité , de fe trouver
à fa Chambre un jour que fa
fanté ne le devoit pas permettre
, il fe fit un devoir d'y
aller, pour rendre ſervice à fes
Amis . A peine y fut-il arrivé,
qu'il luy prit une foibleffe
qui alarma tous ceux qui
eftoient préfens, à caufe de
fon grand âge . Elle fut fuivie
d'une feconde , qui parut encor
plus dangereufe , & il
en eut une troifiéme fi
de , qu'on la prit pour l'effet
d'une apoplexie. Au bruit
gran302
MERCURE
qui en courut d'abord au Palais
, la plupart des Préſidens
& des Confeillers , vinrent
s'informer eux - mefmes de
l'état où il eftoit, & fa Chambre
en fut auffi-toft remplie.
Mile Préſident de la Barde y
vint des premiers , & dans
l'incertitude
du retour de fa
fanté, il commença ce qu'il
avoit à luy dire ,, par
fes qui regardoient fon falut
, & fut mefme fur le point
de luy donner l'abfolution.
Vous fçavez qu'il eft d'Eglife ,
& revétu des caracteres néceffaires
pour adminiſtrer ce
les choGALANT.
303
que
Sacrement. Mais le bon fens,
& une parfaite connoiffance
que M Charreton conferva
toûjours , luy firent juger
la chofe ne preffoit pas.
On le remporta chez luy, où
la bonté de fon tempérament,
& fa forte conftitution ,
ont plus fervy à le rétablir,
que toute la ſcience, &l'habileté
des Medecins . Cela doit
paroiſtre extraordinaire dans
un Homme de fon âge . Il eſt
Sous-Doyen du Parlement ,
où il fut reçeu Confeiller le
17. Janvier de l'année 1626 .
c'est à dire , qu'il y a cin-
!
304 MERCURE
-
quante -fept ans paſſez qu'il
poffede cette Charge ; & ce
que vous trouverez d'affez
fingulier , c'eſt que Mª de
la Douze Charreton fon
Pere , qui mourut Confeiller
de la Grand'Chambre à Paris
en 1625. avoit eſté reçeu dans
fa Charge en 1584. Ainfi le
Pere & le Fils , ont quatrevingts-
dix - huit années de
fervice dans le Parlement
,
fans autre interruption
que
celle de quelques mois ; &
comme il ne s'en manque
plus que deux pour faire le
fiecle , M' le Préfident Char
GALANT. 305
reton peut efpérer d'aller au
dela.
Je ne vous ay point encor
parlé du retour de M le Duc
de Noailles , quoy qu'il foit
arrivé dés l'autre mois , mais
un peu indifpofé, tant à cauſe
de la fatigue du chemin, que
de la continuelle application
avec laquelle il a donné tous
fes foins aux Affaires de Sa
Majefté. Je vous ay fait le
détail de fon Voyage , & de
tout ce qui s'eft paffé fur fa
route , & aux Etats de Languedoc.
Il ne me reſte à vous
entretenir aujourd'huy , que
Janvier 1683.
.
Cc
306 MERCURE
de fa promptitude pleine de
zele à executer les ordres du
Roy pour le fervice de l'Eglite
. Le Parlement de Tou.
louze , par Arreft du 16. de
Novembre , avoir défendu
l'exercice de la Religion Prétendue
Réformée dans la
Ville de Montpellier, & ordonné
que le Temple qui y
eft , feroit razé jufqu'aux fondemens
, parce qu'au préjudice
de la Déclaration donnée
en 1680. les Religionnaires
avoient reçeu à leur Prêche
, & mefme à leur Cene,
une Demoifelle qui avoit
a
GALANT. 307
fait profeffion de la Religion
-Catholique. L'execution de
cet Arreft ayant efté diferée,
M le Duc de Noailles en
fut chargé par un ordre qu'il
receut le premier jour de Decembre
; & ce qui eft fort remarquable
, c'est que dés ce
mefme jour toutes les chofes
néceffaires fe trouverent prêtes
, non feulement pour ce
qui regardoit la démolition
du Temple , mais encor
pour tout ce qui pouvoit empefcher
le défordre dans une
pareille occafion , ceux meſmes
qui en devoient avoir de
Cc ij
308 MERCURE
la joye , pouvant caufer quelque
trouble par l'avidité d'ef
tre Spéctateurs de ce qu'on
alloit executer . M' de Noail
les qui avoit prévû à tout,
trouva en peu d'heures tous
les Ouvriers dont il eut befoin
. Il fe rendit donc dés le
mefme jour à la Porte de ce
Temple , accompagné de
toute la Nobleffe des Etats
de Languedoc aſſemblez à
Montpellier , & de plufieurs
Bourgeois , & apres avoir déclaré
les ordres du Roy , il
donna le fignal , & vit commencer
la démolition
; apres
GALANT. 309
quoy il monta à cheval , &
fuivy de fes Gardes , & de
plufieurs Gentilhommes , il
..paffà dans toutes les Ruës,
où tout eftoit fort tranquille.
La Bourgeoifie eftoit fous les
armes , & un Détachement
de la Garnifon de la Citadelle
gardoit les Portes de la Ville .
Ce qu'il y cut d'étonnant,
c'eft que le Temple fut démoly
en beaucoup moins de
temps que ne portoient les
ordres du Roy , tant M' le
Duc de Noailles avoit pris des
mefures juftes pour les faire
-exécuter avec promptitude .
+
310 MERCURE
Čes ordres ne pouvoient
tomber en de meilleures
mains que dans celles de ce
ོ་
Duc. Quand on a une veritable
pieté, on ne s'applique
à rien avec plus d'ardeur
qu'à fervir l'Eglife ; & quand
on eft honnefte Homme,
qu'on fait fon devoir , &
qu'on n'a point une vertu
farouche, on eft aimé mefme
de ceux contre qui on eft
obligé d'agir. C'eſt ce qui
eft arrivé à M de Noailles,
pour qui tout le Peuple de
Montpellier a fait des prieres
, jufques aux ReligionGALANT
311
དགཏི
naires mefme. Voila comme
les manieres honneftes fçavent
gagner tout le monde.
Tant que M de Noailles a
denicuré à Montpellier , il a
! donné audience à tous ceux
qui ont fouhaité de luy parler
, & il a plus vuidé d'affaires
en quelques jours, qu'on
n'en avoit fait en ce Pais -là
en plufieurs années ; & cela,
fans avoir voulu permettre
K que perſonné de fa Maiſon
ait pris aucuns droits.
J'aurois pû vous parler fur
la fin du mois paflé , de la
prife du Vaiffeau nommé
312 MERCURE
la Regle, faite par M' Forant;
mais comme mes Lettres
font moins pour vous apprendre
les premieres nouvelles
de ce qui fe paffe de
fingulier, que pour vous en
faire un recit exact , je ne
vous mande jamais ce qui fe
publie d'une Affaire fur les
premiers bruits qui s'en répandent
, parce que
chacun
parlant felon fa paffion ou
fon intéreft , il eft rare que
ces bruits fe trouvent entierement
veritables . Ce n'eſt
que de la prife d'un feul Vaif
feau qu'il s'agit icy , mais les
circonstances
GALANT. 313
circonftances de cette
action
la rendent fi
gloricule pour
les François , qu'il eft des
rencontres ou des Batailles
gagnées le font moins pour
les Vamqueurs . ? Vous en ju
gerez fut ce que je vay vous
dire. Le Vailleau nommé
la Regle , ayant eſté enlevé
aux Maloüins par les Corfaires
d'Alger, tous nos Vaif
feaux curent ordre de le reprendre
. Ce n'eftoit pas une
chofe aifée , un Vaiffeau feul
ne fe retrouvant ppas fort fa
cilement fur de vaftes Mers ,
mais le Roy le fouhaitoit, &
Fanvier 1683.
Dd
314 MERCURE
ce Vaiffeau ne pouvoit éviter
d'être repris. Deux Juifs d'Alger
l'acheterent , & l'ayant
monté de Matelots Hollandois,
ils l'envoyerent en Hol
lande pour s'y fournir de mu
nitions de guerre, & des cho
fes neceffaires pour l'équipement
des Vaiffeaux. Ce Na
vire ſe joignit au retour à une
Flote de trente Vaiffeaux
Marchands Hollandois , ef
cortez par trois Vaiffeaux de
guerre, dont l'un eftoit monté
de foixante Pieces de Canon,
l'au e de quarante-fix,
& le de ier de quarante
. Il
GALANT. 315
rs
arriva au commencement du
mois dernier à la Rade d'Alicante.
Ms Forant , & de
S. Aubin, qui croifoient dans
ces Mers - là , eftant allez
moüiller dans la mefme Ra
de , ayant eu avis de fon arri
vée , l'envoyerent reconnoître
par leur Chaloupe , & par
quelques MatelotsMalouins ,
qui le trouverent à l'anchre
entre la Flote & les Fortereffes
d'Alicante , de maniere
que tout ce qui l'environnoit
pouvoit fervir à le mettre en
feûreté , puis qu'il pouvoit
eftre défendu du Canon des
2
D dij
316 MERCURE
Fortereffes & qu'outre les
Vaiſſeaux Hollandois, il y en
avoit plus de cinquante au
tres de diverfes Nations ;
mais rien n'eft capable d'étonner
des François , &
comme le péril augmente
la gloire , ” il ne fert jamais
qu'à les exciter. M" de Palieres
& de Sainte Maure ,
eurent ordre de fe rendre
maîtres de ce Vaiffeau avec
deux Chaloupes armées qu'-
ils commandoient. Ils s'en
emparerent à la faveur de la
nuit avec beaucoup d'intrépidité
& de conduite , mon-
Pbqa
GALANT. 317
•
terent dedans , & le remori
querent à travers tous les
Vaiffeaux dont je viens de
vous parler. Les Comman
dans Hollandois s'en eftant
apperçeus trop tard , envoyerent
demander ce qui
obligeoit les François d'en
ufer de cette forte , puis que
le Vaiffeau qu'on avoit pris
portoit le Pavillon de Hol
lande , & qu'il eftoit ſous la
protection des Etats . Les
mefmes qui furent envoyez,
avoient ordre de dire , que fi
l'on refufoit de le rendre, on
feroit obligé de l'avoir par
Dd iij
318 MERCURE
>
force. Cela fut caufe que les
François fe mirent en état de
bien recevoir ceux qui entreprendroient
de les attaquer.
Les trois Capitaines
Hollandois l'ayant appris,
vinrent à bord de M' Forant,
pour luy perfuader de rendre
fa prife. Il leur répondit que
ce Navire appartenoit à des
Juifs d'Alger , qu'il eftoit
deftiné pour la mefme Ville,
& chargé de Munitions de
guerre , & de plufieurs autres
chofes dont les Algériens
avoient befoin , & qu'enfin
il n'avoit ny connoiſſement,
GALANT 319
ny charte partie. Ces trois
Commandans ne fçachant
que répondre à de fi juftes
raifons , le prierent de montrer
fes ordres , ce qu'il voulut
bien leur accorder. Ils
s'en retournerent auffi- toft
apres , & les François fe retirerent
avec leur prife , à
la veuë des Vaiffeaux de diverfes
Nations.
La Cour de France qui
eft non feulement la plus
grande & la plus galante de
l'Europe, mais encor la plus
floriffante & la plus tranquille
, continue à prendre
Dd iiij
320 MERCURE
part aux plaifirs que le Roy
a la bonté de luy procurer)
Il y en a de marquez pour
chaque jour de la femaine.
Le Lundy , le Mercredy , &
le Vendredy , font deſtinez
pour le Jeu , & ces trois
jours -là font toûjours nommez
Jours d'Apartement. Les
vous en fis il y a un mois
une affez longue deſcription,
pour ne vous en point parler
davantage, Le Dimanche,
le Mardy , & le Jeudy , font
marquez. Il y a Bal & Comédie
Françoife ou Italienne.
L'Opéra eft le divertiſſement
CH
GALANT! 321
du Samedy. Celuy qu'on y
repréfente, eft intitule Phaeton
. Les Vers font de M
Quinaut, Auditeur des Com
ptes , & la Musique ; de Mỹ
de Lully. On affure qu'il n'y
a rien de plus beau que celle
de cette Piece, & que la Symphonie
en eft admirable .
Comme il n'y a point encor
d'affez grande Salle à Ver-i
failles pour y faire des Ma-l
chines , il n'y en a point dans
cet Opéra de forte que la
grandeur du Spectacle dé !
pend des Habits . My Berrih!
Deffignateur
ordinaire dul
322 MERCURE
Cabinet du Roy, n'en a pas
feulement fait les Deffeins,
mais il a auffi pris foin de les
faire exécuter. On les a trouvez
tres- bien entendus , &
d'une façon toute finguliere.
Je croy devoir encor vous
apprendre, avant que de fortir
de Verſailles , que Leurs
Majeftez , & toute la Maiſon
Royale, y ont fait l'honneur
à M de Chasteaurenard,
Confeiller au Parlement , &
Fils de M' Daquin Premier
Medecin de Sa Majesté Į de
figner fon Contract de Ma
a
.
2
GALANT 323
4
riage. Il a épouse depuis peu
de jours Mademoiſelle de
l'Ifle, Fille du Secretaire du
Roy de ce nom ... ?
Rien n'eft plus noble que
le Meftier des Armes ; mais
comme ceux qui le font le
mieux , l'ont appris , il eft
neceffaire qu'on reçoive des
Maiftres pour en inftruire les
autres. Cette Réception eft
affez éclatante , & le fait toûjours
en préfence de M le
Procureur du Roy , entre les
mains duquel le nouveau
Maiftre prefte le ferment. La
derniere fut faite dans la
324 MERCURE
>
Grande Ecurie du Roy, & M*
de Rians áffifta à cette Ce²
rémonie , avec M' de Grand-
Mailon , Prevolt de l'inte . Le
S de Liancourt , eftoit celuy
quifoûtenorrles Affauts pour
eftre reçeu. Le combat fe fit
à l'Epée & au Poignard, Parmy
tous les Maitres qui firent
affaut , le S Girier fe fignala.
Toute la Compagnie
fut enfuite traitée par M Renard
, Doyen des Maitres
en-fait- d'Armes , & Oncle
de celuy qui venoit d'eftre
LeRoyayant nommé
GALANT
335
a
}
M' le
Préſident de Fourcy
pour remplir la place de
Preyoft des Marchands, apres
M de Pomereu , ce Préſident
reçeut le jour meſme un
Paquet où eftoient ces quatre
Yersonal ,
tregomvillig
La Fortune aujourd'huy vous rend
1) une visite,
Faloufe de montrer envers vousfon
devoir
Mais elle pourra bien épuiferfon
Sans qu'elle égale encor vaſtre race
merite.
M' le Préfident de Fourcy
eft genéralement
eftimé. Il
eft tres- habile , & tres -hon
326 MERCURE
nefte Homme, & d'une naiffance
illuftre.iqra
Je ne vous dis rien de la
Foire de S. Germain , dont
l'ouverture fe doit faire dans
deux jours! Tous fes Diver
tiffemens n'y feront pas fans
utilité , puis que Mª de Jaugeon
, qui l'année derniere
fit jouer au Jeu du Monde,
fera voir cette année le Jeu
des Conqueftes du Roy, avec
les Lieux où elles fe font
faites . Il en donnera la def
cription le mois prochain .
y
Vous vous fouvenez , Madame
, que M Mignon, Maî
GALANT 327
tre de la Mufique de l'Eglife
de Paris , propofa il y a quel
que mois , des Bouts-rimez
remplis à la louange du Roy,
fur les Rimes de Pan & Guer
nuche, & promit la Médaille
de Sa Majesté à celuy qui fe
roit le plus beau Sonnet. Celuy
qui a remporté le Prix
commence par
Foins un courage d'Aigle à lafierté “
d'un Pan.
On le trouvera à la tefte,
d'un Recueil , que le S Quinet
Libraire , dans la Gal , des
Prifonniers , a fait imprimer.
Ce Recueil contient la plus
328 MERCURE
grande partie des Sonnets
C qui ont efté faits fur ces
Bouts-rimez. Ils ont chacun
leur beauté , & font connoiftre
la diverfité des Gé
nies. Perfonne n'eft venu demander
le Prix , que M² Mignon
eft preft de délivrer
celuy qui luy fera [ connoiftre
que le Sonnet eſt de
fa façon. Ceux qui ont bien
voulu préfider au jugement
de ces Sonnets , font d'un
rang du premier ordre , &
d'un efprit tres - diftingué.
Il eft vray que Madame la
Ducheffe de la Feuillade,
GALANT $ 329
pour laquelle vous me témoi
gnez de l'inquiétude, a efté
condamnée des Medecins ,
mais comme ils ne jugent
pas en dernier reffort , leurs
Arretts demeurent fouvent
fans effet. Cette Ducheſſe
ayant un efprit folide , & de
bon gouft , avec une grande
modeftiera bien caufe des
alarmes à toutes les Perfonfonnes
qui aiment le vray
mérite.
-Les Modes nouvelles font
rares, & d'ailleurs , la Cour eft
en deuil depuis la mort de
Mole Comte du Vexin. Ce
E e
Janvier 1683.
330 MERCURE
pendant j'en ay tine grande
à vous mander , c'eft que les
Femmes portent préfentement
des Manteaux, & des
Jupes , des mefines Damas
dont on fait les Lits.ni
Voftre impatience pour
les Dialogues des Morts , dont
je vous parlay la derniere
fois, fera fatisfaite au premier
jour. Les Sieurs Blageart &
Quinet, Libraires, commenceront
à les debiter cette fe
maine. Ils font dédiez à Lucien
, qui a fourny à l'Autheur
l'idée de faire parler
des Morts. Le Volume con
a
GALANT. 331
fix
tient dix - huit Dialogues,
fix de Morts anciens
de Morts anciens avec des
modernes , & fix autres de
Morts modernes , Vous y
trouverez par tout un tour/
fin & délicat, qui vouss en
rendra la Morale tres agreable
; & je fuis perfuadé que!
les Dialogues de Socrate aved
Montagne , & d'Anacreon
avec Ariftote, quoy, que fur
des matieres férieuſes, ne fev
ront pas moins de voſtre
gouft , que ceux d'Alexandre:
avec Phriné , & de Sapho
avec Laure dont les fujets
PA
Ee iij
332 MERCURE
font galans, Vous m'en fe
rez fçavoir voſtre ſentiment.
Comme il n'eft point d'Ou
vrage parfait , l'Autheur qui
a beaucoup d'eftime pour
vous , vous demande une
Critique, aljon des
Je me fuis trompé en vous
mandant il y a un mois que
M de la Prouftiere eftoit
Préfident de la Cinquiéme
des Enquestes. Je devois
vous dire, de la Quatrième.
Une Belle, pleine de mé
rité & de vertu , prétend n'avoir
que de l'eftime pour un
Cavalier, qui luy écrit tresGALANT
1333
fouvent avec beaucoup de
tendreffe. Luy-mefme il lan
porte à brûler fes Lettres,
mais quoy qu'elle fe dife tous
les jours à elle-mefme , qu
elle doit le faire , à caufe des
conféquences que l'on en
pourroit tirer s'il arrivoit qu'-
elles fuffent veuës , elle ne
peut s'y réfoudre. Croyezvous
, Madame , , que fon
coeur agiffe de bonne - foy
avec elle, & qu'il ne luy cache
pas une partie de ce qu'il
reffent pour le Cavalier, s'il
eft vray qu'elle foit perfuadée
que l'eftime feule a part
334 MER . GAL:
au plaifir qu'elle fe fait de
recevoir de les Lettres ?
Je vous entretiendray le
mois prochain de plufieurs
grands Mariages. Je fuis,
Madame, voftre &c.
A Paris, ce31 Ianvier 1683.
511m
76831
Mercure
MSB
ی و د ا ی ن
<36624576600015
<36624576600015
S
Bayer. Staatsbibliothek
"
Youarie
MERCURE
CALANT
DEDIE A MONSEIGNEUR
LE DAUPHIN.
JANVIER (683.
A
PARIS ,
AV
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premier jour de chaque Mois , & on
le vendra , auffi -bien que l'Extraordinaire
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M. DC . LXXXIII .
MEC PRIVILEGE DV ROI.
Bayerische
Staatsbibliothek
Mirchen
ses22-ss25522-2555
TABLE DES MATIERES,
contenues dans ce Volume.
PElogedu Roy , en Vers, 4
13
Sujet du Difcours de M. Herfanprononcé
au College du Plessis,
Converſation de Pomone , de Flore , &
Céres,
Malte,
20
44
M. de Maupeou eft reçeu Confeiller au
Parlement, so
Manufaure d'Ecarlate fine , à la maniere
dela Pourpre des Anciens, ·54
Paroles du Poëte Anaxagoras,
Etreines,
81
83
Réceptionde M. le Comte de Marcien au
Gouvernement de Grenoble,
Lettrecurieufe,
$4
196
Etabliffemement d'une nouvelle Chambre
105
Mort de M. le Comte de Maulevrier de
à
l'Arfenal,
Normandie,
Hiftoire,
a ij
TABLE.
Sonnet,
128
Madrigal, 130
Réponse,
131
Repliquefur les mefmes Rimes ,
Réponse à la Replique,
DelArt Oratoire,
132
133
133
Ecuries du Roy à Versailles,
148
Mort de M. de Matignon,
Mortde M.du Mats ,
Mort de Madame la Comteffe des Mai
157
161
rais,
Sonnet,
Expériences,
161
163
164
Mort du Prince Robert , & autres chofes
curieufes concernant l'ouverture de fon
corps,
170
Naiffance d'un Enfant à deux teftes, qua
tre bras, & deux jambes. 176
Méteore apparufur le Chasteau de Hombourg,
Frontiere d'Allemagne, 178
Temples démolis,
Converfion,
179
182
Mort de Madame de la Primaudaye, 184
Sonnet,
Modeftie du Roy,
187
189
193 . Avanture,
Eloge, Mort & Convoy de M. le Comte
TABLE.
du Véxin,
Charges,
Ouvrage galant , plein d'invention,
remply de Profe, & de Vers,
Tournon en Vivarez,
Nifmes,
200
217
219
232
237
Noms de tous les Envoyez Extraordinaires
qui font venus en France,fur le
fujet de la Naiffaince de Monfeigneur
le Ducde Bourgogne,
Madrigal,
Chaffes,
243
247
248
Mariage de M. le Marquis d' Ally , &
de Mademoiselle Gouffier, 255
Mort de Madame la Comteffe de Teffe,
1-256
Devifes
des
ferons
de
cette
année
,
Benediction
des
Drapeaux
,
Epreuve d'une nouvelle Poudre,
259
272
279
Mariage de M. le Marquis de Beauveau.
281
Explication en Vers d: la premiere
Enigme du dernier Mois,
282
Noms de ceux qui en ont trouvé le fens,
28;
Explication en Vers , & noms de ceux qui
a iij
TABLE.
ent trouvé le fens de la feconde Enigme,
288
Noms de ceuxqui ont expliqué toutes les
deux,
Enigme,
Autre Enigme,
Mortde de M. de Bellievre,
Mort de M. Guitonnean,
289
292
294
297
299
Accident de M. le Préfident Charreton,
300
Démolition du Temple de Montpellier,
305
Prife du Vaiffeau la Regle,
Divertiffemens de la Cour,
311
319
Réception du Sieur de Liancourt, Maiſtre
d'Armes, 323
M.le Président de Fourcy nommé Prevoft
des Marchands,
Jeu des Conqueftes du Roy,
324
326
326
Recueil des Sonnetsfur les Bouts- rimez
Rétabliſſement de lafanté de Madame la
de Pan & Guenuche ,
Ducheffe de la Feuillade, 328
Nouveaux Dialogues des Morts, 330
FIN.
25525-52255 525222
CATALOGVE DES PIECES
contenues dans le XX. Extraordi
naire duMercure Galant du Quar
tier d'Octobre 1682. donné au Publicle
15.Janvier 1683.
IL
CONTIENT,
IN Traité de l'origine & de l'anti-
Uquité des Couronnes .
Un Traité du Secret .
à
Un Traité de la Converfation.
Une Réponce en Profe , & une en
Vers , à la Queſtion , lequel est le plus
eftimer de l'Homme de Converſation, on
de celuy de Cabinet.
Une Réponce en Vers à la Queſtion ,
fi la vengeance produit de plus dangereux
effets dans le coeur d'une Femme irritée,
que dans celuy d'un Homme offence.
Une Réponse en Vers , & une en
Profe à la Queſtion , s'il eft mieuxfeant
un Chreftien de fe marier , que de fe retirer
dans un Convent : & fi un Homme
eftant marié , peut auffi-bienfervir Dieu,
qu'un Homme retiré dans un Monaftere.
Une Réponse en Profe , & une en
Vers à la Queftion, quel eft le lien qui
unit le Corps à l' Ame.
Une Réponse en Vers à la Queftion,
fi une Fille riche & laide, eft à préferer
à une autre qui n'a point de Bien , mais
qui est belle, & d'une humeur tres -douce.
Une Réponſe en Vers à la Queſtion,
file Sentiment de Phinée dans l'Opéra de
Perfee , eft d'un veritable Amant , lors
qu'il dit qu'il aime mieux voir Andromede
devorée par un Monftre , qu'entre
les bras d'un Rival.
Une Réponse en Vers à la Queſtion ,
fi l'amour qu'on a pour une Femme, doit
empefcher qu'on en prenne encor pour
toutes les belles Perfonnes qu'on rencontre.
Une Réponse en Vers à la Queſtion,
comment doit eftre fait un Homme pour
eftreparfaitement heureux .
Une Réponse en Vers à la Queſtion,
fur l'origine du Droit.
Une Réponse en Vers à la Queſtion,
quelles font les qualitez neceſſaires pour
la Converfation.
Une Réponſe à la Queſtion quel eft
Autheurdes Lunetes.
Une Réponſe d'un Docteur de Paris
au Difcours de M. le Franc , Docteur
de Montpellier, fur le fujet de la fréquente
Saignée.
ن م .
Le Portrait d'un Homme parfaite
ment heureux.
L'Expofition d'une premiere Ecriture
Univerfelle.
UnEchantillon du Dictionnaire Univerfel,
fuivant la méthode commune.
Seconde & troifiéme Partie de ce
Dictionnaire.
La manière d'exprimer les Variations
des mots de ce Dictionnaire.
Une feconde Partie du Dictionnaire
Univerfel , fuivant la méthode commune.
2
La derniere Partie de ce Dictionnaire
Univerfel.
Les Explications de l'Enigme en Profe
du dernier Extraordinaire.
Plufieurs Sonnets , & Madrigaux fur
les fix Enigmes des trois derniers Mois
Les Noms de ceux qui on expliqué les
deux Enigmes du dernier Mois.
Une réponſe à la Queſtion , lequel eft
le plus à eftimer de l'Homme de Converfation,
ou de celuy de Cabinet.
Une Piece en Vers contrela fréquente
Saignée .
QUESTIONS
A DECIDER
:
pour le XXI. Extraordinaire
.
I.
la beauté de l'efprit , eft plus propre
à charmer que celle du corps. St
IL
Pourquoy les Nouveautez plaifent
d'abord , & dégouftent dans la fuite.
III.
!
S'il faut plus d'Eloquence à un Ge
neral pour animer fon Armée au Com-
-bat , à un Avocat General , ou autre
Orateur, pour perfuader fes Juges de la
bonté de la Caufe qu'il défend , ou à
(
un Amant pour faire connoiftre fon
amour à fa Maifttreffe .
IV.
Quelles font les qualitez pour bien
écrire les Lettres , ou du ftile Epiſto
laire.
V.
Quelle eft l'origine des Cloches , &
leur antiquité.
Avis
L'A
pour placer les Figures.
' Air de Violon , doit regarder la
page 147 .
La Piece de Lut , doit regarder la
page 248.
La Planche des Jetons , doit regarderla
page 258.
;
MERCVRE
GALANT
JANVIER 1683
'AY prefque toûjours
commencé ma premiere
Lettre de chaque
Année , par un abregé des
Eloges du Roy , répandus
dans celles des onze derniers
Mois de la précedente . Je
Fanvier 1683.
A
2 MERCURE
m'en difpenferay celle - cy,
non feulement parce que cet
abregé demandant trop d'étendue
, occuperoit toute la
place que doivent remplir
les Nouvelles particulieres,
mais parce que toute la
Terre ayant lleess yeux attachez
fur ce grand Monarque
, il n'y a point de lieu
qui ne retentiſſe de ſes loüanges.
Les Souverains , qui le
regardent comme un parfait
Modelle des Roys , étudient
fes actions , & font à fon imitation
des Reglemens dans
leurs Etats. Cependant, Ma-
T
GALANT.
y
dame , pour ne point quiter
une matiere qui vous eſt ſt
agreable , il faut vous faire
entendre nos Mufes. M' Tavault
, Avocat au Parlement,
demeurant à Nuys en Bourgogne
, les a fait parler d'une
maniere fi fpirituelle fur les
merveilleufes qualitez de
LOUIS LE GRÂND , que fon
Ouvrage a reçeu l'approbation
des Connoiffeurs les plus
délicats. Vous demeurerez
d'accord , aprés l'avoir lû,
qu'il eft digne de la voſtre .
A ij
4. MERCURE
25525 52255 SESEEZ
ELOGE
p
DU ROY,
Villant Roy des François,
Monarque incomparable,
A qui doiventcéder les Héros de la
Fable.
Les Hercules, fameux par cent Travaux
divers,
Qui de Monftres cruels purgerent
l'Univers;
Achile fi vantéparson noble courage,
Etqui reçcut des Dieux la valeur pour
partage;
Des Indes le Vainqueur , le celébre
Bacchus,
GALANTS
Quifefit adorerpar cent Peuples
vaincuss
Le Prince des Troyens , le genéreux
Enée,
Qui laffa de Junon la colcre obe
ftinée;
mode
Hector, Ulyffe , Ajax, & tous ces
demy -Dieux
Que les Peuples groffiers placerent
dans les Cieux,
N'ontjamais poffedé la véritable
gloire,&
Quand leur Roman flateur feroit
mefme une Hiftaires da
Souvent on les y voit par le vice
abbatus, inary
Et parmy cent défauts on lit peu de
vertus.
Mais les Cieux, & Grand Prince, à nòs
vaux fi propices, kiksi
T'ont donné leurs Vertus exemptes
de leurs vices,
6 MERCURE
Erraſſemblé dans toy, par unfecret
nouveau,
2NNA
Tout ce que ces Héros poffedoient de
plus beau.
L'Autheur de la Nature en formant
ton visage,
A fait de fes Grandeurs la plus par
faite Images det
Ila mis dans ses yeux une douce
fierté,
Imprimé fur ton front un air de
majesté,
Une mine charmante & digne de
l'Empire, exi) es ani n
Qui te fait redouter dans le temps 3.
qu'on t'admire.typep
L'Esprit ne dément pas un fo riche
dehors,
Il renferme dans foy de precicux
tréfors.
Ileft vafte, élevé, genéreux, magnanime,
GALANT 7
Eclairé, penétrant , équitable, fu-\
blime,
Grand dans tous fes deffeins , jufte
dans fes projets, aзd Mig
Travaillant fans relâche au bien de
fes Sujets.
Les Jeux, les Carroufels , les Balets,
les Spectacles, mult
DuTheatre François ces furprenan's
miracles,
imt
La Chaffe , les Concerts , ces plaifirs
innocens,
Quipeuventd'an Monarque enchan
ter tous les fens , shemtā “4
Sembloient te delaffer dans tes nobles
fatigues;
Mais l'efpritprévenu de cespuiſſantès
Ligues,
y desp
Que formoient contre toy tes illuftres-
Rivaux ,
Tu méditois pour lors ces glorieux»
Travaux,
8 MERCURE
Qui t'ont rendu Vainqueurfur la
Terre & fur l'onde,
Et porté de ton Nom , la gloire away
nouveau Monde.
Tranquille en apparence au milieu du
repos,
Nousfaifant voir le Roy , tucachois
le Héros.
Teleftl'Aftre dujour , cet Aftrefa
lutaire,
Sijufle,fireglé , dansfoncours cir- \
culaire.
Il peint l'émail des Fleurs dans la
belle Saifon,
Il meûrit le Raifin , iljaunit la ?
Moiſſon,
Et du mefme rayon il tire de la
·Terre,
Les fubtiles vapeurs dont il fair lev
Tonnerre .
Aucun Prince avant toy dans le mé
tier de Mars,
GALANT 9
N'a tant vû de dangers , ny tenté
de bazards;
Iamais on n'a tantfait de Marches
Surprenantes,
Ny jamais tant donné de Batailles
fanglantes.
Tant d'Exploits diférens , tant de
Siégesfameux,
Entrepris de nos jours,furprendrons
nos Neveux.
Quel autre Conquérant ofe attaquer
des Places,
Quifemblent àcouvertpar la neige
& les glaces? 2 s
La fidelle Victoire attachée à tes
pás,
A toujours fecondé la force de ton
Bras. wir
Changeant en ta faveurfa nature
changeante,
Elle a fixépour toy fen humeur in
conftante.
to MERCURE
Sans tefaire éprouver aucun fâcheux
revers,
Elle alloit fous tes Loix ranger tout
l'Univers;
Mais quandrien ne réſiſte au pouvoir
de tes Armes,
On te voit tout d'un coup renoncer à
fescharmes,
Et de tes Ennemis prévenant les
Souhaits,
Applanir les chemins qui tendoient è
la Paix .
Alexandre le Grand, ce démon de la
Guerre,
Emporte d'un orgueilfifunefte à la
Terre ,
Ne peutfe contenir dans fes vaftes
Projets ,
Pour luy le Monde entier a trop pew.
de Sujets.
Cefar bannit la Paix defa prepre
Famille,
GALANT 11
Il ne voit qu'a regret le Mary defa
Fille
Partager avec luy le Souverain pou
voir,
Il vent tout poffeder , ou bien ne rien
avoir.
LOFIS , du Genre – Humain les T
nouvelles délicesines ta
Sçaitd'un coeur héroïque arreſter les
caprices.
Sagloire n'a pour luy que de faibles
appas,
Sile bien des Mortels ne s'y rencontre
pas.
C'est le plus haut degré de la valeur
Supréme,
Quand onpeut vaincre tout , defe
vaincrefoy - mefme.
D'une gloire nouvelle alors envir
ronné,
Grand Roy , je te connus pourle Rog
Dieu .donné,
12 MERCURE
En effet tes vertus , ta conduite dia
vine,
Nous font voir que le Ciel eft rafeule
v origines
L'ardeur
dont tufoutiens les droits
de fes Autels,
Te fera mériter des honneurs im
mortels.
Doux Climat, beau Pais, agreable ?
Contrée,
France , charmantfejour de la divine
Aftrée,
Tandis que tes Voifins au milieu des
horreurs
Eprouvoient des Soldatsles terribles
fureurs,
Lès Délices, les feux , les Feftins &
la Dance ,
Le tranquille repos, & l'heureufe abondance.
Te faifoient reffentir leurs effets les
plus doux,
GALANT. 13
Et rendoient de ton fort mille Peuples
jaloux.
Dans cet heureux fejour où tout plaifir
abonde,
Regne le GRAND LOIS , la
Merveille du Monde.
La Naiffance de Monfeigneur
le Duc de Bourgogne
eftant une des plus illuftres
matieres qui puiffent jamais
exercer les Orateurs , M
Herfan , qui profeffe la Rhétorique
dans le celebre Col
lege du Pleffis - Sorbonne
avec un fuccés merveilleux,
& une réputation digne de
fon rare mérite, prononça un
14 MERCURE
1
des jours du mois dernier,
dans la Salle de ce College,
un Difcours tres- éloquent
fur ce fujet , en préſence de
M' l'Archevefque de Paris,
à la teſte d'un grand nombre
de Docteurs de cette Maifon
. Plufieurs Prélats, & au!
tres Perſonnes de confidé
ration , honorerent cette Cé
rémonie de leur préſence, &
tout le monde en fut extraordinairement
fatisfait.
Ce Difcours contenoit
deux Parties . Dans la pre
miere , l'Orateur fit voir le
bonheur du Roy dans la
GALANT 15
Naiffance de Monfeigneur
le Duc de Bourgogne , &
releva d'une maniere auffi
fpirituelle qu'agreable,la qualité
de Grand- Pere , qu'il fit
valoir plus que celles d'Invincible
, de Victorieux, d'Arbitre
de la Paix & de la Guerre.
Il exécuta cela avec une
éloquence incomparable ; &
pour diſtinguer ſon Difcours
des Actions profanes , il finit
cette premiere Partie par une
refléxion Chreftienne, attri
buant cette rare félicité du
Roy à fa pieté finguliere , &
à ce zele admirable qu'il fait
4
16 MERCURE
paroiftre pour la Religion .
Cette refléxion le fit entrer
fort naturellement dans un
Compliment qu'il fit à Mª
l'Archevefque de Paris, pour
marquer combien les fages
Confeils dót ce Prélat accompagne
le zele de Sa Majeſte,
contribuent
de jour en jour
au grand nombre de Conver
fions qui fe font dans toutes
les Provinces que l'heréfie
de Calvin a autrefois infectées
,
Dans la feconde Partie,
M Herfan fit voir le bonheur
de ce jeune Prince, faiGALANT.
17
fant confifter ce bonheur
principalement dans quatre
illuftres Perfonnes dont il
eft le Fils , fçavoir , le Roy,
la Reyne , Monfeigneur le
Dauphin, & Madame la Dauphine
, ce qui luy donna occafion
de faire le Portrait dé
ées quatre Perfonnes incom
parables. On peut dire que
fil Eloquence n'a jamais
men entrepris de fi beau ,
de fi difficile, ny de fi grand,
elle n'a jamais eu de fuccés
plus heureux . Cest quatre
Portraits font quatre chefd'oeuvres
, & je fuis perfuadé,
• Fanvier 1683.
B
18 MERCURE
Madame , que ces fameux
Peintres dont les noms font
immortels , n'ont rien fait de fi
brillant avec leurs couleurs ,
que ce que cet excellent Orateur
apeint avec les paroles .
Il finit , en congratulant la
France, & adreffant fes voeux
pour la durée & la félicité du
Regne de Sa Majeſté .
Comme les ordres de faire
des Réjoüiffances publiques
pour la Naiffance de Monfeigneur
le Duc de Bourgo
gne , n'ont efté envoyez
qu'aux plus confidérables
Villes de chaque Province,
J
GALANT 19
il y en a cu plufieurs à qui
l'exemple a fervy de regle.
Celles de Bourgognemont
prétendu qu'elles devoient
avoir toutes un privilege particulier
qui les diftinguaft
des autres , & c'est par là
qu'une de ces Villes s'ef
tant plainte de n'avoir point
reçeu d'ordre , trois Divinitez
qui préfident aux productions
de la Terre, ont eu
enſemble l'entretien qui
fuit. das
Bij
20 MERCURE
52522-5525522-2555
CONVERSATION
DE POMONE,
ET DE FLORE,
AVEC CERES LEUR VOISINE,
Sur Monfeigneur le Duc
de Bourgogne.
POMONE à CERE'S.
E
a
Stes- vous encore à fçavoir,
grande Déeffe , qu'il eft né
en France , au mois d'Augufte,
fous le Signe du Lyon , le jour de
Jupiter, d'une Mere appellée Vitoire
, un Enfant Royal le plus
beau du monde ?
GALANT. 21
FLORE
Et n'auriez - vous pas appris
qu'un Feu extraordinaire brilla
dans l'air la veille de cette Naiffance,
& qu'il s'en eft allumé
depuis par tout ce Royaume &
dans tous les Etats voisins , pour
en célébrer la joye en Terre , à l'i
mitation du Ciel ?
CERE'S
NO
Cette Naiffance m eft connue,
auffibien qu'à vous , mes cheres
Voifines , & je n'ignore aucune
des merveilles qui l'ont précedée,
accompagnée, & fuivie. Je fçay
que cet Enfant Royal eft le Fils
d'un Prince accomply , & d'une
t
22 MERCURE
Princeffe adorable ; le Petit-Fils
du plus grand Roy, & de la plus
vertu ufe Reyne , qui furent jamais
; le Protecteur de cette Province
; en un mot , Monfieur
le Duc de Bourgogne
. Je fçay
encore , & de bonne part, que le
tremblement
de Terre qui arriva
le fixième mois de fa formation,
eft un préfage certain qu'il fera
tout trembler, lors qu'il fera dans
fon fixiéme luftre. Les Infidelles
n'ont qu'à fe bien tenir ; ily aura
bien du malheur s'il ne Les renverfe
; e je fçay de plus , que
le Ciel a voulu confirmer
le préfage
de la Terre , par la Comete
GALANT. 23
qu'il a fait paroître apres le redoutable
tremblement.
POMONE...
Eh, puis que vous fçaviez tou-
Les ces chofes , dites- nous, de grace,
pourquoy vous ne vous en eftes
non plus remuée, que foelles n'avoient
pas efté de vostre connoiffance;
pourquoy la Kille que
nous voyons, & qui vous appelle
fon ancienne Déeffe , n'a pas fo
gnalé, comme les autres , la joye
qu'elle a d'un ft bel accroiffement
de la Famille Royale ? Voftre
immobilité vient - elle de vostre
2
admiration , & n'auriez - vous
pas averty vofire Ville de for
devoir?
24 MERCURE
CERE'S.
Ne nousflatons point. Si cette
Ville reconnoist la Déeffe des
Moiffons pourfa Déeffe du temps
paſſe , elle ne la reconnoist pas
pour celle du temps préſent, quoy
qu'elle ne fubfifte encore aujour
d'huy que de mes faveurs , &
que de celles de mon Amy , le
Dieu des Vandanges. A la ve
rité , le Temple que voila dans
fa Plaine , porte toujours mon
nom , puis qu'on l'appelle encore
Cerée , mais c'est tout ce qui
m'en reste. On ne my adreffe.
plus de prieres ny de voeux, d'offrandes
ny defacrifices ; on m'en
GALANT 25
a chaffée pour y arborer la Croixs
&comme je ne vois plus icy que
des Ingrats , je ne me mefle non
plus d'y donner des avis, que d'y
rendre des Oracles. votuaanoo stola
POM ONE
Il est vray que le changement
des Peuples eft étrange ; mais
vous n'eftespas la foute Divinité
qui en fouffre , c'eſt un mal commun
à toutes. Il meſemble neantmoins
qu'il estoit de la genérofité
celeste , de ne pas laiffer les Har
·bitans d'une Ville qui vous a
longtemps adorée , dans l'igno
rance de ce qu'ils avoient àfaire.
Ils cultivent uss Guérets, comme
Fanvier 1683.
C
afi
26 MERCURE
d'autres cultivent nos Vergers &
nos Parterres. C'est une espece de
culte qu'ils nous vendent, &qu'ils
nous rendront toûjours. Ilfaut
s'en contenter , puis qu'il n'y en
plus d'autres à attendre , &
dans le befoin, leur accorder noftre
affiftance, progen
FLORE " sa
F'avois bien cru qu'ils renouveleroient
les charmans Spéctacles
eg les agreables Concerts,
qu'ils employerent il y a 21 an
pour celebrer la Naiſſance du
Pere du nouveau Prince, & 23
ans auparavant celle de fon auguste
Ayoul; erje mefouvenois
Aven
GALANT 27
avecplaisir de ces temps heureux,
de ces Pyramides de fen, de ces
Obélifques de lumière , de ces
Etoiles nouvelles, de ces Harmonies
de Guerre & de Paix, &
de toutes les autres Réjouiſſances
qu'ils firent éclater dans Pune
dans l'autre occaſion ; mais ces
douxſouvenirs n'ont pas efté rafraîchis
, comme je l'espérois , La
joye eft demeurée, toute entière
renfermée dans leurs coeurs ; on
s'il en a paris quelque chofe au
dehors, ce n'a efté que dans leurs
yeux
CERE'S.in
Quelque fujer de plainte qu'ils
Cij
28 MERCURE
m'agent donné, je dois vous dire
à leur décharge, qu'il n'a pas tenu
à eux qu'ils n'ayent recommencé
les Réjouiffances dont vous parlez
mais vous fçavez que cet
Etat est fi bien policé , que rien
ne s'y faitfans ordre , & je vous
apprens qu'ils n'en ont point regeu
qui leur permist de s'affembler,
de fe mettre fous les armes
d'allumer des Feux, & de celé
brer enfin la nouvelle Feste du
Royaume, asun
TH FLORE.
24 Leur procedé ceffe de me furprendre
, mais je m'étonne de
l'omiffion de ces ordres , fur un
GALANT 29
fujet pour lequel on auroit plutoft
deu en envoyer cent fuperflus,
que d'en oublier un neceffaire.
Il est vray que chacun a estéfi
fort occupé à donner chez foy des
marques defon allégreſſe ,
mémoire a bien pú manquer dans ,
ces transports , elle qui manque
fouvent au milieu de la tranquillité.
POMONE.
que
la
· La Renommée aporté par tour
l'heureuſe Nouvelle dont nous
parlons , ca este un ordre
général qu'elle a donné à toutes
les Villes du Royaume , d'en témoigner
bantement leur joye;
C îij
30 MERCURE
rien qu'un defaut de zele na
pú retenir les Habitans de voſtre
Ville dans l'aifrueté & dans le
filence, tandis que l'Espagne &
l'Allemagne faifoient mefme des
Feux & des acclamations à la
gloire du nouveau Prince, g
CERES.
Pouvez- vous avoircette pens
fée d'une Ville Françoiſe , d'une
Ville Royale, d'une Ville
encore qui est de la Province
dont l'augufte Enfant porte le\
nom ? Faites luy plus de juftice,
j'en connois les coeurs. Il en est
peu de plus fenfibles au bonheur
de la Couronnes or la grande
GALANT 31
Princeffe à qui ils appartiennent,
leur imprime trop bien cettefenfabilité
par fon exemples pour
en manguer, quand bien toutes
les autresraiſons cefferoient. Mais
quoy, c'eſtaux grands Peuples à
regler la conduite des petits
Leurs Voifins, qui habitent com
me eux les bords de la Seine, c
qui les furpaffent en puiffance,
n'ont rien entrepris , fans enavoir
regeu auparavant des ordres particuliers
. Il a dons fallu qu'ils en
attendiffent. Leur attente a efté
inutile ”, il n'en eſt point venu.
Ceft leur malheur , & non pas
leurfautedet
C
iiij
32 MERCURE
POMONEST
Ils devoient s'en plaindre, on
leur en auroit fait raison ; ou
plutoft ils devoient paſſer outre.
Qui l'auroit pú trouvermauvais ?
Mais la coutume, direz- vous, les
a trompez. Eh bien, excufons-les
donc, & fupléons mefme à leur
defaur , puis que c'eſt un party
plus honnefte que celuy de les
blameru na nos
FLORE.
Nous ne pouvons rien faire de
mieux. Voila l'Arbre Fée à cent
de nous. C'est le plusfameux
du Pais; mettons y le feu de
tandis que ce
pas
toutes parts ;
1
1
GALANT 33
Flambeau vivant changera en
beaujour cettefombre nuit, chantons
chacune une Chanfon à la
gloire des Princes qui forment la.
Maifon Royale L'Echo de la
Perriere nous répondra ;
Nymphes d'Arfe , d'Ourſe ,
les
de Leigne, qui ontjoint celle de
Seine dans voftre Contrée, nous
écouteront avec elle ; puis témoins
de noftre Fefte, elles en iront en
Lemble porter la nouvelle à Paris
à Versailles, où Mercure qui
feait tout cequ'onyyodit, l'annoncerabientost
à toute la Terre.
POMONE.
Nous fommes dans la faifon
34 MERCURE
des Ardans , & nous pouvons
encore inviter la Seine d'en faire
paroître quelques uns pour dancer
fur fes Eaux, ou dans cette Prai
rie,
tand
, tandis que nous chanterons;
& il nefiera pas mal aux Na.
pées de fe mefler avec eux , s'ils
viennentfur le rivage. Je ferois
mefme d'avis que nous priaffions
la Nuit de diffiper fon obſcurité,
afin que l'air eftant fans nuages,
Le Ciel nous donne par fon bet
azur, &par le bel ordre & le
doux brillant de fes Etoiles , la
plus belle des Illuminations.
CERES.
Je n'aygarde, mes cheres ComGALANT
38
pagnes , de défaprouver des penfees
fraisonnables; il enfaut venir
aux effets; & pour commen
cer , voicy ce que je chanteray à
l'a gloire de l'augufte Monar
que.
Louis LE GRAND reffemble aut
puiffant Jupiter,
Il en a le regard, la majefté, tout
l'air.
Titans, Géans, craignez fa
foudre;
Il vous a pardonné , mais ne l'offencez
plus.
Cris, regrets , feroient fuper.
Aus,
C
I
pou
.!
Il vous réduiroit tous en poudre.
36 MERCURE
POMONE.
Voila s'attacher de bonne grase
à la Tige. Pour moy , je me prendray
à la Branche; & voicy ce
que je diray du Fils de ce Grand
Roy.
Le genéreux DAUPHIN tient de
noftre Dieu Mars, 20
Il en a l'action, lebras , & le cou--
rage.
Aigles , Lions, & Léopards,
Tréve d'humeur vaine & fauvage;
Apprenez aujourd'huy ,
Que quelque bruit.
union faffe,
que voftre
La Guerre contre vous ne feroit
rien pour luy
Qu'un divertiffemet de Chaffe .
GALANT. 37
FLORE
Il me reste donc à parler de la
Fleur, & du jeune Lys qui fort
des deux autres ; & cette Chanfon
expliquera ce que j'en pense.
Ce cher Enfant eft beau comme
l'Amour, Isilon
Il en a les traits & les graces. !'
Combien nous luy verrons un
રહે jour
Donner d'Affauts
, prendre
de Places !
Sçachez , fieres Beautez , & vous ,
fiers Ennemis, o
Que par la douceur de fes chardiossmes,
thoW 971000 5 :19μi
Ou par la force de fes armes,
Tout luy fera foûmis,
38 MERCURE
CERE'S.
Ces louanges nefont pas indignes
de ces Princes , & nous ne
pouvions mieux les comparer qu'à
nos Dieux. Mais ajoutons en faveur
du Nouveau- né quelquesques
uns de ces fouhaits efficaces ,
qui ne manquent jamais d'arriver
quand ils partent du fonds
de nos coeurs .
FLORE.
Nous vous obéirons avecjoyes
pour ne point diférer, je fou
haite & refouhaite que tout ce
que je viens de dire du jeune
Prince , fe trouve veritable dans
le temps; que lesJeux , les Ris,
GALANT 39
& tous les honneftes Exercices,
fleuriffent avec luy; que la Galanterie
, la Fortune , & la Vi
toire , l'accompagnent par tout;
es qu'ilfoit comme fon Ayeut,
un fujet continuel d'admiration
& d'amour, boo) 277-96
-
ΡΟΜΟΝΕέας
ανέστει
Je fouhaite de mesme, qu'il ait
un fonds inépuisable de bonté ,
qu'il ne paffe paint de jour fans
faire beaucoup de bien , qu'il
mette dans cette profufion fon
plus grand plaifir & Ja princi
cipale gloire que le fruit
d'une inclination fi louable foir
l'engagement volontaire de tou40
MERCURE
tes les Nations aux Loix de fon
Empire.
CERE'S.
Et moy je fouhaite que fon
Regne ait plus de felicité & de
durée que celuy d' Augufte ; que
l'Abondance la Paix enfoient
infeparables que les Arts , les
Sciences, & toutes les Vertus,
s'y pouffent dans la plus haute
perfection ; & que ce Prince furpaffe
autant en mérites fes Sujess
, qu'ils furpafferont alors en
bonheur tous les autres Peuples
de la Terre.
smoly
POMONE al
Son illuftre Naiffance ayant
GALANT 41
fervy de fondement à nos fou
baits, il eft impoffible qu'il ne foit
unjour infiniment brave, galant,
bienfaifant,fage , & heureux;
mais pour achever fa félicité , il
me femble qu'il y a encore un
fouhait à former , dont l'impor
tance demandes noftre jonction.
C'est qu'ilfe voye un jour, comme
fon Ageul fe voit aujourd buy,
un Fils qui foit veritablement
dignement de luy, & un Petit-
Fils qui luy donne de belles efpérances
de parvenir à la meſme
gloire.
Les deux autres Deeffes
approuverent & confirme
Fanvier1683.
'D
42 MERCURE
rent ce favorable fouhait ;
apres quoy, l'exécution fuivit
leurs projets. Il n'en couta
A.
pourtant que les Branches à
Arbre Fée , la Tige eft demeurée
en fon entier, dod
Le Berger de Flore qui
ouit cet agreable entretien,
& qui en vit l'effet , comme
il retournoit de la Ville de
queftion dans fon Hameau,
eft celuy qui m'en a donné
la connoiffance
; mais quel¹
quefécondité qu'il y ait dans
les fouhaits de ces Déeffes
champeftres
, il a trouvé qu'il
y manquoit encore quelque
GALANTA 43
chofe , & c'eft que le jeune
Prince , plus heureux que
François II. que Charles le
Sage , que Philippe de Bel
& que S.Louis, qui eurent le
bonheur de voir les fameux
Roys leurs Ayeux , mais feulement
durant de petits ef
paces de temps, voye le hien
pendant un grand nombre
dannées , afin qu'il puiffe
apprendre à regler fes moeurs
& les actions fur la veue de
celles du plus fage des Mo
marques, & recevoir des Leçons
dé bien regner, du plus
grand Mailtre en cet Art qui
fut jamais.
"
44 MERCURE
Je croy en effet qu'on ne
luy peut rien fouhaiter de
plus avantageux , quelques
fouhaits qu'on faffe à fon
avantage .
Comme il faut du temps
pour recevoir les Nouvelles
des Lieux éloignez , je n'ay
appris que depuis fort peu de
jours ce qui s'eft paffé à Malte
à l'occafion de cette mef
me Nailfance . On n'en fut
pas plûtoſt informé dans
I'Ifle, que Monfieur le Grand
Mailtre, de l'illuftre Maiſon
des Caraffes , & le facré ConGALANTM
45
feil, ordonnerent un Feu d'ar
tifice , dont le deffein fut
formé avec beaucoup d'art
& de foin , & executé avec
une entiere magnificence,
fous la conduite & les ordres
de Male Chevalier de Beaujeu
d'Arles , Commandeur
de l'Artillerie de la Religion,
qui donna cette Fefte publi
que le Dimanche au foir 18 .
d'octobre, avec la décharge
de toute l'Artillerie. Le Cler
gé de la grande Eglife Conventuelle
chanta le Te Deum
en Pontificat , & fit le mefme
jour une Proceffion folem
46 MERCURE
nelle, où toute la Religion
affifta. Le Feu de joye eftoit
compofé de quatre grandes
Tours . Elles foûtenoient des
1
Galeries & des
Trophées
d'armes ,
portées par quatret
grands Dauphins , qui firent
feu tres - longtemps . Des
Vers Latins
compofez par
M' de Champoffin , Preftre
Conventuel de l'Auberge de
Provence, fe lifoient aux qua
tre faces des Tours. Les Ar
mes de France , de Baviere,
& des Pais Conquis , en fai- ,
foient l'ornement
extérieur.
Les Peintures &oles Devifest
GALANT 47
occuperent agreablement les
yeux d'un nombre infiny de
Spectateurs . Le lendemain
19. Monfieur le Grand Maître
fit fon Feu particulier au
Palais , avec mille marques
de grandeur , & de joye.
Toute la Ville ou Cité Valefe
, fut illuminée pendant
trois nuits . On y permit tout
le Dimanche, Lundy & Mardy,
la liberté de fe déguifer
en mafque , & les autres di
vertiffemens du Carnaval.
L'Auberge de Provence ,
comme la premiere , fit fa
Fefte particuliere le Lundy,
48 MERCURE
& donna une Fontaine de
Vin au Peuple. Elle couloit
par quatre Canaux devant fal
maiftreffe Porte . Le Te Deum ,
fut chanté à la Chapelle de
Sainte Barbe , au fon de l'Artillerie
du premier ! Baſtion
de Provence, L'Auberge
d'Auvergne , qui eft la fe
conde en préeminence , fit
la mefme chofe le Mardy &
Mrs les Chevaliers de Carros ,
& de la Fare , conduifirent le
deffein , comme Procureurs
Le Dimanche fuivant, 25. du
mefme mois , l'Auberge de
France s'acquita du mefme
devoirs
GALANT 49
devoir avec grand éclat. Il y
cut deux Fontaines de Vin ,
l'une devant la Porte de la
Chapelle de S.Louis à l'entrée
du Port , & l'autre devant la
Porte de l'Auberge. Les Galeres
de l'Ordre donnerent
auffi le Spectacle d'une Fefte
aux frais de l'Ordre . Il n'y
avoit rien de fi beau à voir,
que le Feu qu'elles firent
lors que la nuit commença .
Tout ce qu'on le peut imaginer
de marques de joye
fincere , parut dans les Vivat
du Peuple , des Soldats , &
mefme des Efclaves , qui fui
·Janvier 1683.
E
50 MERCURE
admirablement l'es virent
xemple des Chefs .
Le huitiéme de ce mois, M
de Maupeou fut réçeu Confeiller
au Parlement, avec une
approbation generale. Il a
efté Chevalier de Malte, & eft
Fils de M' de Maupeou , Préfident
en la Premiere Chambre
des Enqueftes , & de Dame
Marie Doujat . J'ay fi fou
vent parlé dans mes Lettres
precédentes, de la Famille &
du mérite de cet illuftre Préfident,
que je me contenteray
de repéter que M' fon
Pere eftoit Préfident en la
1
GALANT SE
#
1,
Cour des Aydes, & qu'ila eu
pour Enfans feu M' l'Evefque
de Châlons-fur-Saone , &
quatre Capitaines aux Gardes
, qui font tous morts au
fervice de Sa Majefté. Le
dernier avoit ofté Major des
Gardes & eftoit Gouver
neur d'Athelors qu'il eft
morth M Evefqué de Cat
tres eft Frere du Confeiller
nouvellement reçeu. Lors
qu'il a efté nommés à cette
Charge , ilexerçoit celle d'A
vocat General au GrandCon
feil , qu'il avoit euë par la
mort de Mfon Frere , qui
Eij
52, MERCURE
s'en acquittoit tres -dignement.
3
La Famille de Madame la
Préfidente de Maupeou n'eft
pas moins illuftre . Elle eft
Fille de feuM' Doujat, Confeiller
en la Grand Chambre,
qui s'eft acquis peridant cinquante
ans , une haute efti
me dans les fonctions de cette
Charge ; & Soeur de M
Doujar, Confeiller en la mefme
Chambre, dont la capacité
eft connuë de tout le
monde. M' Doujat eftoit Fils
de Meffire Jean Doujat,Confeiller
en la Cour des Aydes,
r
GALANT 53
I
que fa fcience & fa probite
avoient mis dans une fi gran
de réputation que M ChevalierPremierPrefident
de cette
Compagnie , le propofa dans
la Harangue qu'il ficle lende
main de la Saint Martin en
l'année 1611, comme le modelle
d'un parfait Magiftrat.
M'Doujat fon Pere avoit efté
Avocat General au Grand
Confeil, & c'eft cette mefme
Charge que Meffieurs de
Maupeou fes Petits - Fils , ont
fi dignement exercée depuis
peu.
On travaille à l'Etabliffe
E iij
54 MERCURE
ment d'une Manufacture
d'Ecarlate fixe , par le moyen
des Eaux de Verfailles. Cette
Ecarlate que rien ne fçauroit
tacher , eft à la maniere de la
Pourpre des Anciens , fur laquelle
je vous ay déja cnvoyé
trois Difcours tres-curieux
dans mes Lettres Extraordinaires
. Cependant le Mémoire
qui vient de tomber
entre mes mains , me donne
lieu de vous en dire encor des
chofes nouvelles.ap
La Pourpre qui fit tant de
bruit autrefois , & dont les
Hiſtoires Sainte & Prophane
"
GALANT 55
nous parlent en mille endroits
, n'eftoit le fymbole de
la Puiffance fouveraine , que
parce qu'elle eft la veritable
couleur du Feu , qui eft fupérieur
aux trois autres Elé
mens. Ainfi l'on peut dire
que files Roys s'en parent
encor en certaines occafions,
auffi -bien que les Princes de
L'Eglife , dont la Pourpre n'eft
diférente de celle des Monarques
que par fon feu violet
, qu'ils prétendent eftre
de plus ardent & le plus épuré,
c'eft feulement
pour marquer
à leurs Sujets leur auto-
E uij
56 MERCURE
"
rité fouveraine. Les Autheurs
Latins , qui par excellence
nomment la Pourpre Purpura
d'un mot Grec qui fignifie
double éclat , ou d'un autre
qui veut dire feu , raportent
que les Empereurs avoient
tant d'eftime pour cette couleur
, que non feulement ils
creérent des Charges importantes
pour y avoir une tres
exacte inſpection dans leurs
Etats , mais encore qu'ils la
dédierent à Jupiter , & qu'à
cet effet ils en firent appendre
des Pieces dans le Capitole
, comme le Chefd'oeuvre
GALANTI $ 7
de la Teinture & un effet
miraculeux de l'artifice des
Hommes ,quelsastation
Quelques-uns affurent que,
trois raifons bien remarqua
bles , da firent particulierement
honorer par les An
ciens. La premiere , parce
qu'elle eftoit la feule couleur
fixe & ineffaçable , à la diférence
des autres couleurs qui
fe perdent en fort peu de
temps ; ce qui a donné lieu
de foutenir qu'il y avoit la
mefme diférence à faire de
cette Teinture fixebdont
nous avons perdut le fecret, à
58 MERCURE
celle de l'Ecarlate qui fe fait
aujourd'huy , ' quel d'une
Pierre précieufe d'Orient
dont la couleur eft naturellement
fixe , à un morceau de
Verre teint. Auffr eft ce pour
cela que la Pourpre fe vendoit
au poids de l'or , & que
de Grand Alexandre fit, felon
Plutarque, plus de cas de la
Pourpre d'Hermione qu'il
trouva parmy les riches Dépouilles
que ce Monarque
remporta de la prife de Suze,
dont il y avoit pour plus de
cinquante mille Talens, que
Aes Roys de Perfe y faifoient
GALANT: so
conferver depuis prés de
deux cens ans , que de toutes
les Pierres précieufes qui y
eftoicnt en une prodigicufe
quantité , parce que comme
il estoit magnifique , & qu'il
en fçavoit bien l'inaltérable
fixité , ce Prince méditoit
d'en laiffer à la Poftérité des
monumens pour fa gloire.
La feconde raifon , c'eft que
non feulemét la Pourpre étoit
fixe, mais encor intachable,
s'il eft permis de fe fervir de ce
terme . Ce fut ce qui obligea
les Romains , autrefois fi politiques
, à n'en permettre l'u
60 MERCURE
•
fage qu'à ceux d'entre eux
qui fe trouvoient élevez en
dignité. Auffi les Sénateurs
fe tenoient-ils bien plus ho
norez du titre de Peres Em
pourpres , Patres Purpurati,
que de tout autre éloge , par
ce qu'outre que la Pourpre
leur donnoit par analogie la
glorieufe marque d'eftre eftimez
irrépréhenfibles , & fans
tache , cette augufte couleur.
faifoit encor briller en eux la
Puiffance fouveraine .
-¡ La troiſième , c'est qu'ils
eftoient bien affurez qu'elle
n'avoit rien de contraire à la
GALANT. 61
୮
fanté. La teinture ne s'en faifoit
qu'avec le Sel , le Vin &
le Miel , avec lefquels & le
fang du petit Poiffon qui fervoit
à cetufage , on en faifoit
la compofition ; & c'eft auffi
pour cette raiſon que quelques
Medecins appliquoient
des pieces de Pourpre für le
coeur aux palpitations, & fur
la tefte de ceux qui eſtoient
travaillez de migraines aigués
, particulierement des
Enfans qui avoient trop long.
temps la fontaine de la teffe
ouverte. Mais ce qui eftbien
plus remarquable , les Enfans
62 MERCURE
des Empereurs de Conſtantinople
, n'eftoient nommez
Porphirogenites
( qualité dont
on faifoit tant d'état ) quel
parce que les Impératrices
faifoient leurs Couches dans !
l'Apartement le plus facré,
auffi-bien que le plus fecret
du Palais , qui s'appelloit la
Pourpre , dont les Murs incruftez
de Porphire eftoient
tapiffez de pieces de Pourpre.
Le Lit , & les Langes,
tout eftoit de cette précieuſe
matiere, tant on eftoit alors
perfuadé qu'elle fortifioit
la fanté de ces Enfans, fi préGALANT.
63
tieux à l'Empire, En un mot,
l'excellence de cette exquife
Teinture, fe tire du privilege
qu'il falloit avoir pour en
faire la confection & le tra
fic , & de l'honneur qui luy
eftoit rendu par l'ufage au
quel elle eftoit ordinaire ,
ment deſtinée.
On a perdu cette maniere
de teindre , &&, il eft certain
que l'on ne voit point d'Autheurs
aujourd'huy ny de
Voyageurs, qui nous difent
qu'il y ait aucune Contrée,
où il foit refté le moindre
ufage de cette Teinture , ce
64 MERCURE
qui eft affez digne d'étonnement,
apres la vogue qu'elle
a cue anciennement preſque
par toute la Terre . On tâche
pourtant de réparer cette
perte en quelque maniere,
& de contrefaire autant que
l'on peut la Pourpre , par le
moyen de l'Ecarlate , & des
autres Couleurs rouges de
cette nature , mais qui bien
loin d'avoir cette fixitéfi res
commandable qu'avoit la
Pourpre, perdent auffi -toft
leurs couleurs dans les Tapif
feries , les Ameublemens , &
les Paremens des Egliſes , où
GALANT 65
l'on ne s'en peut plus fervir
qu'avec chagrin , les rouges
y paroiffant bien plûtoſt effacez
que toutes les autres
couleurs où il n'y eut jamais
de fixité. Bien loin encor que
nos rouges modernes foient
intachables comme l'étoient
les rouges des Anciens , ceux
qui font obligez de s'en ferviraujourd'huy
, ne s'apperçoivent
que trop toft qu'une
goute d'eau , un peu de boue,
d'urine ou chofes femblables,
les stachent fans aucun remede
, & l'on voir tous les
jours les Soldats obligez de
Fanvier 1683.
F
66 MERCURE
porter leurs Habillemens à
moitié déteints , par les ta
ches qui s'y font prefque
auffi- toft qu'ils en font vétus .
Pour ce qui regarde ce
qu'on peut nommer la falubrité
fi averée dans la Pourpre,
l'on eft bien éloigné de
la rencontrer dans l'Ecarlate ,
puis que nous n'en avons
point à préfent en laine ny
en foye qui ne foit empoifonnée
par l'Arfenic & par
l'Eau- forte , qui comme on
fçait font des poifons fans remede
, & fans lefquels toute.
fois on ne fçait point faire
*
GALANT. 67
aces couleurs , vice qui fait
qu'on ne fçauroit affez s'éstonner
, que jufqu'icy , l'oh
n'ait pas averty le Public du
danger qu'il y a de fe couvrir
le nez d'uns Manteau
d'Ecarlate , & c'eſt apparemment
auffi pour cela que l'on
a ceffe de recevoir les Enfans
des Souverains, dans des
Langes de cette Teinture
moderne , ce qui empefche
qu'on ne les nomme comme
autrefois Porphirogenices
. Mais comme ce fiecle
eſt celuy des prodiges & des
miracles , l'on ne doit pas
È
ij
68 MERCURE
ceftre furpris que le fecret
d'une Teinture qui fe fait de
la mefme maniere , & qui av
les mefmes qualitez à peu
prés qu'avoit la Pourpre, fe
foit heuteufement découvert
fous le Regne , & dans leb
Royaume de noftre grand
Monarque , avec les mefmes
prérogatives qu'autrefois .
Il eft vray que l'eau qui eftT
neceffaire à fa confection , fe
trouve par tout fort bonne
aux environs de Paris , mais
particulierement à Verfailles,
où elle eft admirable par fa
nature pour la fixité de la cou
GALANTM 69
que
leur , & pour la penetration
de la teinture qui ne fe trouve
point dans les Ecarlates
ordinaires,quine font teintes
fuperficiellement . On a
des preuves inconteſtables
de ce que je dis , par les expériences
réïterées qui ven
ont efté faites de l'ordre des
Puiffances , en préſence de
Perfonnes choifies & fort
éclairées, fur le raifonnement
phifique & naturel qui ne
laiffer pas douter, quenplus.
l'eau qui fert de véhicule aux
Teintures, eft meûrie, batuë,
& divifée, plus elle concentre
70 MERCURE
le fel qui contribuéjà la fixité,
-& c'est par cette taifon que
celle de la Riviere des Gobelins
a efté jufques icy eftimée
plus propre aux Teintures ,
que toutes les autres du
Royaume. Il ya cependant
une fenfible diférence entre
les eaux de Verfailles , & les
autres eaux dont on fe fert,
non feulement pour la legereté
, mais encor parce que
dans l'épreuve qui s'en fait
aifément , celle de Verfailles
élevel fenfiblement la cou!
leur beaucoup plus que les
autres , quoy que fort efti
GALANT. 71
mées , qui femblent, en comparaifon
de celle de Verfailles,
la meurtrir , d'où s'enfuiventles
taches violetes qui
fe voyent aux Ecarlates modernes
, ce qui ne peut
arriver à la Couleur qu'on
propofe , & comme il n'y eut
jamais d'eau plus circulée
que celle de Verfailles , qui
fe trouve féparée dans l'air en
mille particules par les Jets
d'eau , elle y reçoit aufli plus
aifément l'impreffion de l'ef
prit aftral & lumineux , qui
fait en toutes les Teintures la
perfection des Couleurs hau72
MERCURE
tes , auffi bien que leur di
verſité, ammoɔçzsonbun 2 :9
- left conftant que cette
Couleur de feu propofée , à
la mefme fixité que celle des
Anciens , puis que l'éxamen
ordinaire du Tartre & de l'Alun
, qui eft l'épreuve reglée
par l'ordonnance , auffi- bien
que celuy du Soulphre & du
Savon qui détruit toutes les
autres Ecarlates , exalte la
couleur de celle- cy au lieu de
l'alterer, & fur ce pié- là , il fe
pourroit faire des Tapifleries
en maniere de Camayeux
dont les ombres font marcon
voquées
GALANTM 73
quées par la feule diverfité
des nuances, comme on peut
le faire comprendre aux Intelligens
en ce travail. Ces
Tapifleries fe pourroient aiſément
favonner , pour en faire
revivre les couleurs
, & par ce
moyen elles laifferoiét à ceux
qui nous furvivront apres plufieurs
ficcles , les incroyables
Actions de celuy cy , & julques
au coloris mefme des
Perfonnes de la Cour d'au
jourd'huy , que le Bronze &
le Marbre , qui ne reçoivent
point de couleur comme font
les Tapifleries , ne sçauroient
Fanvier 1683.
G
74 MERCURE
avec leur dureté transmettre
à la Poftérité dans une pa
reille perfection
.
Heft encor vray que cette
Ecarlate eft intachable, c'eſtà
dire, que les Exofes qui en
font teintes , fe peuvent favonner
comme la Toile , ce
qui , comme on peut juger,
n'eft pas d'un médiocre fecours
au Soldat , auquel , au
lieu de Linge,on peut donner
des Cravates & autres menues
Hardes de cette fixe couleur,
qui fera d'autant plus agreable
à voir, que jufques icy
l'on ne s'en eft point encor
avile.
GALANT. 75
pas
Pour la troifiéme condi
tion , puis que cetre Ecarlate
n'eft faite qu'avec des chofes
qui font amies de l'Homme,
& qui mefme luy peuvent
fervir d'aliment , on ne peut
raifonnablement douter ,
qu'elle ne foit fort bonne,
pour la fanté , & qu'à la diférence
des autres Teintureries ,
dont les vapeurs font malfaifantes
, celles de la Manufacture
propofée ne foient
agreables, & aromatiques .
Et comme l'on juge affez
que le Royfera faire un examen
tres - exact de ce qui
Gij
76 MERCURE
entre dans leur compofition ,
avát que d'en permettre l'établiffement
dans un Lieu qu'il
honore ſouvent de ſa royale
préſence , ou dans aucun autre
endroit , où l'on pourroit
eſtre obligé de faire apporter
ces
de ces eaux
d'un
Layoir qui
caux , par le
trouver commode
ne
fe
up
es
les eaux courantes l'on ofe
s'aflurer qu'il ne fera rien
trouvé de téméraire dans toutes
les parties de cette propo
ſition , dont ceux qui l'exa
ccus
mineront avec le plus de riferont
convaincus
gueur
hie
15
le défaut
peut
que
dans
GALANT 77
fenfiblement par telles expériences
qu'il fera jugé à propos
de faire, & qui fe font ailément,
& en fort peu de temps.
Ainfi,s'il plaift à Sa Majeſté de
favorifer l'établiffement de
cette Royale Manufacture,
& d'accorder à cet effet ce
qui fe perd des eaux de Verfailles
, apres qu'elles auront
fervy à la divertir , foit pour
les employer fur le lieu , ſoit
pour les tranfporter ailleurs
par le défaut de Lavoir ,
a fujet d'efpérer que le plus
fuperbe Lieu du Monde ,
comme le plus heureux par
on
G iij
78 MERCURE
la Naiſſance d'un augufte
Porphirogénite , deviendra
bien-toft une des plus gran+
des Villes du Royaume,parce
qu'un tel établiffement en attirera
neceffairement plufieurs
autres tres - confidéra
匪
Je
bles. Voila, Madame, ce que
contient le Mémoire que l'on
m'a donné
fur cet Article
n'ay rien changé aux termes,
pour laiffer le fens dans toute
fa force.d
Les Vers qui fuivent fur
divers fujets font tous de
M5 Daubaine. Vous fçavez,
Madame , qu'il conte agrea-
อ
GALANT. 79
&
blement , que for nom eſt
un éloge fort grand pour tous
les Ouvrages qui le portent .
J
1st
BEAU DIT D'UNE
Servante d'Hôtellerie.
Elogeay l'autre jour dans une
Hôtellerie,
23
Oùje trouvay bon Vin, & Servante
jolie; dy
Le gifte n'estoit pas mauvais.
Attendant le Soupé, je gabe deux
- oeufs frais , 325854c
Etje
bois
230
ROM
quatre coups. La-deffus
Claudincte
( C'est la Servante ) eſtant dans la
Chambre où j'eftousut 15
F'entre en bureur, jepoſſe in flenI
rete.
80 MERCURE
De l'air dont je la debitats,
Fauroisfort avancé l'affaires
Mais nous effrons en préſence de
Gens ofer sl
Qui ne nous auroientpas peut- eftre
taillefaire.
Je réfous done de prendre mieux
mon temps:
Tom -a- propos, dans Ventrefaite,
Claudinete fortit, & s'en allafeulete
Dans le Grenier à foin, le lafuis
5s pas-a -pas
Croyant déja que c'eftoit villeprife.
Vrayment, Drayment, je ne la re
d:og si
nois pas.
Mon
procedé
l'offence
, elle s'enfor
malife.s.509
904 30208
) 02
l'ay beauluy protester
quefes char
mans
appas
Mefonttout-de-bonfa conqueſte;
De mon honneur j'eus toûjours
un grand foin,
GALANT 81
Medit - elle, en prenant un gros bouchon
de Foin, 10) Aramala
Avancez feulement, je vous caffe
la tefte . RAD
PAROLES DU POETE
xem Anaxagoras . by
AN
Ntigonuscampé, vit Anaxagoras
૬૪.૫૫ લ
Fricaffer àgrands tours de bras
Des Congres, & d'abords'avifa de
Bryday diresto's swą
Crois- tu qu'Homere éternifoit
le nom
Dugrand Agamennon ,
En tenant une Poële à frire ?
Now, répondit le Poete, en fe prenant
à rires
Mais, dit-il à fon tour, Antigonus,
fçais- tu ad aom +
82 MERCURE
Que ce Roy dont le coeur & la
grande vertu
Répondirent
fi bien à ſa noble
origine,
Vifitoit fon Camp pour feavoir
Si le Soldat y faifoit fon devoir ,
Et non pour critiquer Homere
en fa Cuifine.
Se
Anaxagoras cut raison;
Ce qu'ildit eft une Leçon
Que tout Cenfeur devroit
prendre,
ap
Et que Cenfeur jamais n'apprit.
Tel quifemefle de reprendre,
Mérikroitfouvent qu'on le reprift.
GALANT! 83
V
ETREINES.
Jus le fçavez, Iris. Tadis à
tout moment,
( Maisprincipalement
Dans le temps des Etreines) (" G.
Je vom faifois vers, Chanfons, ip
Billets dogs
Le tout,fans de fort grades peines;
Et la raison , c'est que pour vous
L'amour me donnoit du génie.
vy Šur voſtre teint,far vos cheveux,
Sur voftre bouche, fur vos yeux, 1
Ic trouveis matiere infinie,
Etj'effois toujours bien-difant.
Ce n'estpas de meſmeàpréfent;
D.pais que vous avez ceffé d'estre
fidelles tortowo zrnola
Jefais pour vous louer des efforts
Superflus.
84 MERCURE
Ma Mufe mefontient que vous n'eftes
point belle,
Etjepenfe qu'enfinje ne vous aime
plus.
Je croy , Madame , vous
avoir déja dit plus d'une fois
que Grenoble cft une des
Villes de France , qui honore
le plus fes Magiftrats , par la
venération qu'elle a naturellement
pour tout ce qui luy
vient de la part du Roy. En
voicy de nouvelles marques.
La mortde M' le Duc de Lef
diguieres ayant fait vaquer
plufieurs Gouvernemens
par
ticuliers, qui luy avoient efté
GALANT. 8
accordez par Sa Majefté avec
le Gouvernement de Dauphiné,
en reconnoiffance des
importans fervices de ceux
de cette Maiſon , Mile Comte
de Marcieu a été pourvû de
celuy de Grenoble, Ville Capi
tale de cette Province , de fon
Arfenal , & de toute l'étendue
du Bailliage de Graiſivaudan .
D'abord le Corps de Ville , &
les Capitaines de la Milice ,ré
folurent de rendre les honneurs
deûs à leur nouveau
Gouverneur , & en allerent
prendre les ordres de M le
Marquis de S. André Virieu,
86. MERCURE
Premier Préfident au Parle
ment de la mefme Ville
Commandant dans la Province
en l'abfence de Mi le
Maréchal Duc de la Feüillade,
qui en eſt préfentement
Gouverneur , & de M' le
Comte de Tallard , quien eft
Lieutenant General. Le Mardy
15. du dernier mois ,M' de
Marcieu alla au Palais ac
compagné d'un grand nombre
de Gentilshommes. Il
prefta le ferment dans la Premiere
Chambre , & fut reçeu
publiquement par Arreſt
prononcé par M' de S. Any
GALANT. 87
dré, contenant le dénombre
ment des obligations du Gou
verneur. Cette prononciation
fut faite avecl'air majeſtueux,
qui eft fi naturel à ce Magiftrat.
Tous ceux qui compofent
cette Chambre y ef
toient auffi , & entre autres.
M de la Pocpe S. Jullin , fecond
Préfident , & M² le Baron
de Montmiral de Miftral,
Doyen des Confeillers de la
meline Chambre , Pere du
Sous-Lieutenant aux Gardes,
connu fous le nom de M de
Bagnols . Le lendemain , M
de Marcieu alla à la Cham
88 MERCURE
bre des Comptes , faire enregiſtrer
ſés Proviſions ; & le
foir un Détachement des
Compagnies de Milice commandé
par un des Capitaines
, vint faire des falves devant
fa Maiſon. Le jour fuivant
17. de Decembre , on fit
un pareil Acte de regiſtre
ment au Bureau des Finanes
; & auffi - toft apres , les
Confuls vintent en ceremo
nie Confulaire , le compli
menter par
la bouche de M
Chorier leur Avocat. Son
nom eft celebre par divers
Ouvrages , & particuliere
GALANT. 89
ment par l'Hiftoire de Dau
phiné qu'il a donnée au Pu
blic. Le mefme jour, les Capitaines
, & autres Officiers
des onze Penonnages , accompagnez
de leurs Ser
gens portant leurs Hallebardes
, au nombre de quatre
de la Compagnie Colonelle,
& de deux de chaque autre
Compagnie , le complimen
terent auffi M Reynaud,
fecond Capitaine porta la parole.
had
f
Le Vendredy 18. les Tambours
batirent la Genérale
dés fix heures du matin, &
Fanvier 1683.
H
60 MERCURE
entre dix & onze , toutes les
Compagnies furent affemblées
. Elles pafferent , chacune
felon fon rang , devant
laMaifon de ce nouveau Gouverneur
, & après qu'elles
curent file, && qquuee cchaque
Officier eut fait le falut de la
Pique à M' de Marcieu qui'
eftoit à la Porte avec quantité
de Gentilshommes , M' de
& Sauveur Lafrey les rangea
en haye, depuis cette Maiſon
jufqu'à la Porte de l'Arſenal.
La haye fut doublée à mefure
qu'on aprochoit du terrain de
cette Place, & que le nombre
S
GALANT: 91
des Soldats y pouvoit fournir.
M de Marcieu paffa au mi
lieu, & fe rendit dans la Place
pour en prendre poffeffion.
Dés qu'il fut entré, la Garni→
fon parut rangée en bataille
dans la Place d'armes , & àla
tefte du Bataillon , M Ver
nay Major , fit reconnoiftra
Mule -Comte de Marcieu
pour Gouverneur. Ce Comte
reçeut enfuite M de Moran
fol pour Lieutenant de Roy
dans la mefme Place ; & en
mefme temps , le bruit des
Boëtes & du Canon fe melle
rent pariny les congratula
Hij
92 MERCURE
tions qu'ils reçeurent de tout
le monde. Cela eftant fait,
MdeMarcieu retourna chez
luy par les mefmes Ruës, qui
demeurerent toûjours bordées
des mefmes Compa
gniesy & fut une feconde
fois faliié des Officiers , & de
la Moufqueterie. On avoit
orné d'un Obélifque le fronrifpice
de fon Hôtel , & l'on
y avoit joint une Devife qui
convenoit à fa dignité nou
velle . Ce n'eft
n'eft pas la pre
miere qui ait efté dans fa Fa
mille , puis qu'on y trouve
des Préſidens , & des Con-
I
GALANT 93
feillers au Parlement de Grenoble
, & au Sénat de Turin,
des Maiftres des Requeſtes,
& des Confeillers d'État. Le
nom de Madame ſa Mere, eft
Monteynard. Ceft une Maifon
dans laquelle il y a eu
trois Lieutenans de Roy en
Dauphiné, des Chambellans,
des Lieutenans Genéraux
dans les Armées , & des Che
valiers de l'Ordre du Roy.
Son Tris Ayeul maternel fut
le celebre Chevalier de Bou
tieres , Guigues de Guifray,
dont la Vieca efté écrite par
M² le Préfident Allard , &
94 MERCURE
qui tient rang parmy les Hé
ros de la France , s'eftant ac
quis une réputation extraordinaire
dans les Guerres d'Itale
, fous les Roys Charles
VIII. & Louis XII .. Mª de
Marcicu eft d'une finguliere
picté , & fa douceur, fon honnefteté
, & fa prudence , le
font confidérer & armer de
tout le monde . Il a fervy en
qualité de Capitaine de Cava
Ferie , & s'eſt troqvé à l'Expédition
de Givery , où l'un de
fes Freres fut tué. Il porte d'a-
Zura l' Agneau paffant d'argent,
au Chef d'or chargé de trois
GALANT. 95
rencontres de Vache de fable.
Madame la Comteffe de Marcieu
fa Femme, eft de la Maifon
de Grolicz , ancienne &
confidérable dans le Lyonnois
. M' fon Pere , connu
fous le nom de M' de Caf
fout , eftoit Homme de mé
rite , & a efté Prevoft des
Marchands . Les Genéalo
gies d'Emé de Monteynard,
& de Guifray , paroiftront
bien- toft parles foins du mefme
Préfident Allard .
M' de Moranfol , a fervy
dans le Régiment de Sault .
Il fut enfuite Corneté de la
96 MERCURE !
Compagnie des Gardes de
M' le Duc de Lefdiguieres
,
& Major de la Ville de Rye.
Il eft Fils de M' Dauby , qui
eftoit Lieutenant au Gouvernement
de la mefme Ville
de Grenoble . C'eftoit un des
plus fages Hommes de fon
temps. Auffi toutes les Perfonnes
de qualité alloient
prendre fon avis , fur leurs af
faires les plus importantes
.
Je vous ay parlé de plufieurs
Enfans nez doubles.
en divers lieux. Ce que je
vous en ay écrit , a donné
lieu à la Lettre que vous allez
voir.
·
GALANT 97
25$ 25 $2255 $25222
A M DE CHAMBON.
imp , vdQ4 96 297 to
E doutefort, Monfieur, fi en-
Ifinjene me lafferay point d'eftre
de vos Amis, Vous me demandez
trop, & à trop bon marché, pour
garder entre nous quelque efpece
de juftice. Quand vous m'avez
demandé ce que je penſe du monftrueux
Enfant de Gramat, dont il
eftparlé dans l'un des Mercures il
falloit me prévenir, en m'apprenant
quel est voftre fentimentfur
cette naiffance. Mais il eft trop
tardde me plaindre . Vous eftes en
Fanvier 168 .
I
98 MERCURE
poffeffion d'en ufer de mesme , &
je devrois avoir contracte l'habi
sude de vous donner toujoursfans
intereft. Favoue avec Meffieurs
de Medecine , que leurs anciens
Autheurs ne font mention d'aucun
Enfant qui reffemble à celuycy
par toutes fes parties ; mais il
faut auffi reconnoiftre que ce n'est
pas un prodige tout-à -fait inoüy.
Les Chirurgiens modernes , qui
ont écrit les monstrueufes naiſſances
arrivées de leur temps, en rapportent
quelques-unes à peu prés
femblables ; ou du meins on trouveroit
en plufieurs les diferentes
parties du nouveau né.
1
GALANT. 99
Au mois de Juillet 1676. à Breteuil
en Normandie , Loüife de
Fontaines, Femme de Guillaume
Preferel Boucher , accoucha d'un
Enfant parfaitement ſemblable,
au moins pour ce qui regarde les
parties exterieures , avec la difé
rencedufexe. eftoient deux Fil
les bien formées, continuës depuis
•le Sternum jusqu'à l'Ombilic.
L'accouchement en fut difficile ,
parce que la Sage-Femme n'eftoit
pas accoutumée à de pareilles
vantures; fibien qu'un de ces En-
-fans fouffrit contortion aux par-
•ties principales , & cela fit que la
vie de tous les deux ne fut pas de
I ij
100 MERCURE
en
longue durée. Ils vécurent trois
jours entiers & une nuit. Le Bapreſme
fut conferé à chacund'eux
en particulier, on leur donna › &
les noms d'Anne & de Madelaine.
Celle qui avoit efté bleffée
nnaiſſant, ne prit aucune nourriture.
Anne eftoit vigoureuſe ,
ufoir tous les alimens qu'on luy
faifoitprendre, & toutes deux avoient
un mouvementfort vivant
dens toutes leurs parties, finon que
Madelaine
eftoit languiffante
.
La curiofité m'engagea à les voir,
je remarquay avec tous ceux
qui s'y trouverent, au nombre de
plus de cent cinquante, à divers
a
GALANT. IOI
temps ; que quandla petite Anne
avoit pris le lait qu'on luyfaifoit
teter par le moyen d'un petit Va
fe , que les Nourrices du Païs ap
pellent un Biberon , Madelaine
revenoit auffi- toft defa langueur,
mais fifoiblement qu'onjugea bien
dés-lors que fes jours ne feroient
pas fort longs ; elle changea bien.
toft de couleur, & on la crút morte
dés le deuxième jour de fa naiffance.
Cependant elle vivoit de la
vie de fa Soeur, & elle luy furvecut
d'unpetitfoupir. Les Chirur
giens du lieu affez expérimentez
dansleurProfeffion,s'offrirent d'en
faire l'ouverture, mais la Mere
I iij
102 MERCURE
ne voulut pas le permettre. Ainft
on ne peut en juger que par l'exterieur.
Ces deux Enfans n'avoient
qu'un nombril , comme ceux
d'aujourd'huy ; mais il eft fans
conteftation que n'étant unis qu'an
Sternum , ils avoient chacun un
eoeur. On ne befita point à croire
que ce double corps avoit deux
ames. Le principe d'Ariftote ,
quand il feroit vray, ne répugne
point à ce jugement , puis qu'il y
avoit deux coeurs . Si vous voulez
que je vous découvre icy mon fen
timent, je vous avoüray que l'axiome
de ce Philofophe ne paffe
pas chez moypour infaillible. Je
GALANT 103
d
ne trouve point d'abſurdité qu'un
coeur fuffife à deux corps infor
mez chacun d'une ame, Fattens
que vous metiriez de cette erreur,
fi c'en est une
Si le fentiment de M² Def
cartes eftoit fuivy , ma pensée ne
fouffriroir pas de difficulté. Vous
fçavez ce qu'il a crú de lapartie
où l'ame fait immédiatement fes
fonctons, & qu'il luy donne pour
fiege principal la petite glandule
que le cerveau renferme au milieu
defa fubftance, au deffus du canal
par où les efprits des cavitez anterieures
ont communication avec
ceux de la pofterieure ; d'où il
I iiij
104 MERCURE
s'enfuioroit que l'Enfant de Gra
mat ayant deux teftes & deux
cerveaux bienformez , auroit eu
neceſſairement deux ames , parce
qu'une ame ne peut pas faire fes
opérations immediates en deux
endroits. Par exemple, s'il avoit
vécu jufqu'à un âge de difcernement,
& que fes deux teftes fe
fiffent à la fois diféremment appliquées
aux exercices de leurs
fens extérieurs , comment une
feule ame auroit-elle pû former
nettement les appréhensions des
divers objets, dont elle auroit reçeu
les images diférentes , confu-
Les, oppofées , & peut- eftre incom
GALANT 105
patibles. Mais laiffons cette matiere
aux Sçavans , qui ne manqueront
pas de raifonnerfur ces
nouveaux prodiges. Je fuis vôtre
, & c.
$
DU MOULIN
Du
Le Roy ayant efté averty
par M le Marquis de Louvois
, ( vous fçavez, Madame,
que ce Miniftre a le département
de la Guerre , comme
Secretaire d'Etat ) qu'il s'ef
toit commis beaucoup d'abus
pendant les dernieres
Guerres , dans la diftribution
& le payement des fommes
pour les Troupes de Cavale
106 MERCURE
rie & d'Infanterie , par quel
ques Tréforiers Provinciaux
& Commiffaires des Guerres,
Sa Majesté au mois de Juin
dernier , nomma MS de la
Fond de la Beuvriere , Maî
tre des Requeſtes, pour faire
l'inftruction des Procés cri
minels desCoupables; & à cet
effet il fe rendit à Abbeville .
M Quentin de Richebourg,
de Breteuil, Benoife, & d'Arnothon,
Maiftres des Requeftes
, furent en fuite nommez
, pour juger en dernier
reffort les Accufez , avec les
Officiers du Préfidial d'Abbe
GALANT. 107
ville ; ce qui fut executé au
mois de Septembre dernier,
quelques-uns des Coupables
ayant efté condamnez à des
peines afflictives, les uns aux
Galeres, d'autres à faire amende
honorable , & les autres
à un
banniſſement perpetuel
hors le Royaume , & à reftituer
au Roy les fommes mal
prifes à Sa Majefté. Comme
ce Jugement porte des Decrets
de prife de corps , contre
plufieurs autres Coupables
des mefmes abus & malver
fations, Sa Majesté voulant
que la juftice en foit entiere
a
108 MERCURE
ment faite , afin de prévenir
la fuite de ces défordres, a étably
une Chambre à l'Arſenal,
compofée de M Boucherat
Confeiller d'Etat & au Confeil
Royal , & de M'S de Ri,
bere , Quentin de Riche,
bourg , du Gué-Bagnolle, de
la Fond-de la Beuvriere , de
Gourgues, & du Buiffon,Maîtres
des Requeſtes , pourjuger
fouverainement & en
dernier reffort tous les Procez
civils & criminels concernant
cette matiere. Tous
ces Meffieurs font d'une probité
, & d'une penétration
GALANT. 109
d'efprit reconnuë. Je ne vous
rapporte point en combien
d'occafions ils ont fervy le
Roy & l'Etat , j'aurois trop à
vous dire. M' de Chenedé,
Procureur & Avocat du Roy
en l'Election de Paris, a efté
nommépour faire la fonction
de Procureur de Sa Majesté
dans cette Chambre. Le
-choix de cet Officier eft fondé
fur la diftinction qu'il s'eft
acquife dans les Charges &
dans les Emplois qu'il a exercez
depuis vingt années. Il a
efté Maire de la Ville d'Angers
dés l'âge de vingt- cinq
110 MERCURE
ans, & aeſté depuis employé
dans plufieurs Commiffions
extraordinaires pour les affaires
du Roy.
J'ay oublié de vous apren
dre la mort de M' le Comte
deMaulevrier de Normandie ,
dont je vous appris le mariage
il y a trois ans avec Mademoiſelle
de Montelon . Cette
mort est arrivée à Rouen depuis
deux mois. Il eftoit dans
fes plus belles années, & c'eſt
quelque chofe de ſurprenant
que la réſignation avec laquelle
il s'eft préparé à ce tèrrible
paffage dans un âge fi
GALANT. III
peu avancé.
Madame la
Comteffe de Maulevrier fa
Veuve , qui eft une perfonne
tres -bien faite & d'un grand
mérite , eft demeurée dans
une défolation & une douleur
, qu'il n'eft pas facile de
s'imaginer, à moins que d'avoir
connu l'étroite union
qui eftoit entr'eux.
Il y a des momens inévita
bles pour aimer , & en vain
chercheroit- on la raifon pourquoy
ces momens ont plus
de force que d'autres. Un
Homme qui avoit déja paſſé
trente années de fa vie dans
JIZ MERCURE
le monde , fans y prendre aucane
paffion bien vive , fe
leve un matin , fort de fa
Chambre , & ne s'attend pas
qu'il n'y rentrera qu'avec de
l'amour. En paffant par une
Gallerie , il voit dans une
Chambre d'une Maiſon voi.
fine , dont la Feneftre eftoit
ouverte , une jeune Perfonne
qui jouoit du Claveffin. Elle
étoit dans un defhabillé affez
propre. Les Manches d'une
Robe de Chambre luy tomboient
fur les bras , & les
couvroient à demy ; mais ce
qu'elles en laiffoient voir, pa-
1
GALANT. 113
róiffoit fort beau , & fes mains
voloient fur le Claveffin avec
beaucoup de viteffe & de
grace. Elle accompagnoit de
quelques petits mouvemens
de tefte tout ce qu'ellejoüoit;
& à voir ces mouvemens, on
pouvoit juger que l'air eftoit
languiffant & tendre. Auffi
c'est ce que crût le Cavalier,
car il eftoit trop éloigné pour
entendre l'Air. L'agrément
qu'avoit laDemoiselle à jouer
du Claveffin , la propreté de
l'équipage où elle eftoit , fa
taille qui luy paroiffoir jolie,
Les bras qu'il croyoit beaux
Fanvier 1683.
K
114 MERCURE
quoy que de loin , l'idée qu'il
conçeut
qu'elle s'eftoit levée
matin pour jouer quelque
chofe de doux , & de conforme
à fes penfées
, & pour
révér avec fon Claveffin
; enfin
la fatalité
du moment
,
tout cela fit fon effet fur le
Cavalier
. Il ne la voyoit
que
de cofté , & de forte qu'il ne
découvroit
rien de fon vifage.
Cependant
il fe figura qu'elle
eftoit belle , & fouhaita
mille
fois qu'elle fe détournaſt
vers
luy ; mais elle eftoit trop appliquée
à ce qu'elle
faifoit .
Cet air d'application
le conGALANT.
HIS
P
firma dans la penſée qu'elle
révoit tendrement, & fur cela
il fe l'imaginoit encor plus aimable
. Il cuft déja fouhaité
eftre celuy à qui elle penfoit;
cet Air de Clavellin joüé
pour luy , luy auroit paru
d'un grand prix. Il s'arreftoit
à la regarderfans pouvoir lever
les yeux de deffus elle,
toûjours dans l'efpérance
qu'elle fe détourneroit. Il ſe
fentoit déja une certaine émotion
qui annonce l'amour,
ou qui eft l'amour elle - mefme
, & laveuë des plus aimables
Perfonnes ne luy avoit
Kij
116 MERCURE
rien infpiré de fi tendre , que
le Claveffin , & les mains, &
l'air d'une Perfonne qu'il ne
voyoit point. Euſt- elle crû
que dans le moment qu'elle
eftoit feule dans fa Cham- ˆ
bre , à ne s'occuper que de ce
qu'elle joüoit , elle faifoit une
conqueſte ? Enfin elle fortit
que le Cavalier euft vû
fon vilage. Il demeura quel
que temps dans la Gallerie,
tout remply d'elle . Il l'avoit
tropvûe, & trop peu. Il connut
bien d'abord la bizarrerie,
& peut-eftre mefme l'extravagance
des mouvemens
fans
GALANT. 117
qu'il ſentoit ; mais il ne laiſſa
pas de s'y abandonner. C'eftoit
un de ces Hommes d'imagination
, qui ne ſont jamais
gouvernez que par des
regles de fantaifie . Il n'avoit
point vû celle qu'il commençoit
d'aimer , & ne doutant
nullement qu'elle ne fuft
belle , il foûpiroit déja pour
la beauté qu'il luy donnoit
luy-mefme, Il ne fçavoit point
du tout qui elle eftoit. Ily
avoit peu de ter
geoit dans la Mailon qu'il occupoit
alors , & , ainfi qu'il
arrive fouvent à Paris , il ne
temps
qu'il lo
118 MERCURE
connoiffoit point fon voifinage.
Il s'en informa , & apprit
que la Maifon où il avoit
vû l'aimable Joüeufe de Claveffin
, eftoit tenue par un
Gentilhomme qui avoit trois
Filles , & qui vivoit à Paris ,
apres s'eftre retiré du ſervice.
Le Cavalier l'alla voir à droit
de Voifin. Il en fut fort bien
reçeu , & vitles trois Demoifelles,
qui fans cftre des beau
tez régulieres , eftoient toutes
trois fort agreables . Il y avoit
entre-elles peu de diférence
d'agrément . Si l'une avoit le
viſage plus joly , l'autre avoit
GALANT. 119
la taille plus fine; fi l'une avoit
la bouche plus petite , l'autre
avoit les yeux plus grands. Il
en eftoit de mefme de l'ef
prit. L'une réparoit par une
langucur douce , ce qu'elle
avoit d'enjouëment & de vivacité
moins que l'autre.
Cette égalité de mérite embaraffa
le Cavalier . Il s'eftoit
tenu bien fûr que celle qu'il
aimoit, eftoit la plus aimable,
& qu'à cette marque al ne
manqueroit
pas de la reconnoiftre
; mais par malheur
les trois Soeurs s'entrevaloient
bien. Il eft vray qu'il
120 MERCURE
n'avoit qu'à laiffer parler fon
coeur ; mais il avoit peur que
fon coeur ne fe mépriſt , & ne
choifift pas jufte celle qui
avoit joué du Claveffin , car
c'eftoit abfolument à celle-là
qu'il en vouloit. Ainfi , quoy
que la Cadette luy paruft la
plus touchante par des airs
doux & languiffans qu'elle
avoit , il n'ofa en croire toutà
- fait ce qu'il fentoit pour
elle , & il fufpendit fon choix
jufqu'à ce qu'il fceuft fi c'eftoit
elle qu'il avoit veuë de fa
Gallerie. Il crût qu'il avoit un
moyen infaillible de le ſçavoir,
GALANT. 121
voir , en s'informant fi elle
joüoit du Claveffin , mais il
ne put s'en éclaircir à laa premiere
vifite , & il partit bien
für qu'il aimoit l'une des
trois , fans fçavoir pourtant
laquelle , mais fouhaitant que
ce fuft la Cadette. Peu de
jours apres , il retourna chez
fes aimables Voifines , & il
rencotra heureuſement cette
Cadette dans la Chambre où
eftoit le Clavcffin
. Il ne manqua
pas de luy dire qu'il n'y
avoit pas d'apparence qu'elle
laiffaft cet Inftrument inutile..
Elle en convint, & auffi- toſt,
·Janvier 1683.
L
122 MERCURE
comme il crut que c'eftoit
elle qu'il avoit veuë , il ſe détermina
à l'aimer . Les deux
autres Soeurs entrerent , & il
les trouva beaucoup moins
belles . Il eftoit trop plein de
la Cadette , & de fon Clavef
fin , pour ne la prier pas d'en
jouer. Elle s'en défendit fort
modeftement , & là –deffus
l'Aînée dit que fa Soeur
, par
les façons qu'elle faifoit, donneroit
lieu de croire qu'elle
eftoit bonne Joüeufe de Clavellin
, & que cependant la
verité eftoit qu'elles n'en
joüoient pas aſſe z- bien toutes
GALANT. 123
trois pour fe faire prier. Cette
déclaration embarraffa de
nouveau le Cavalier. C'eftoit
trop que trois Soeurs qui
joiaffent du Claveffin . Il ne
pouvoit plus diftinguer celle
qu'il aimoit qu'à une feule
marque ; je veux dire , à la
4
Robe de chambre qu'il luy
avoit veuë. Il fe fouvenoit
qu'elle eftoit bleue ,car l'idée
de toute fon avanture luy
eftoit demeurée bien vive , &
il n'efpéra plus qu'en cette
Robe de chambre. Il conta
à ces Demoifelles que de fa
Gallerie il en avoit vû une
Lij
124 MERCURE
a
jouer du Claveffin , & qu'il
avoit bien envie de fçavoir
laquelle c'eftoit. Il leur nomma
le jour , mais elles ne s'en
fouvinrent point. Enfin il leur
demanda à laquelle des trois
eftoit la Robe de chambre
bleue. Il fe trouva qu'elle ef
toit à la Cadette, mais que les
deux autres ne laiffoiét pas de
la prendre quelquefois . Ainfi
il ne fortoit point d'embarras.
Claveflin, Robe de chambre,
tout eftoit commun aux trois
Soeurs. Ce n'eft pas qu'il ne fe
fentift plus de panchant pour
la Cadette , & qu'il ne fuft
a
GALANT. 125
310
deja en état de l'aimer, quand
mefine ce n'euft pas efté elle
qu'il euft vû jouer ; mais enfin
il auroit bien voulu que
ç'cuft efté elle , & peut- eftre
c'eftoit parce qu'il l'aimoit
plus qu'il ne penfoit , qu'il
avoit envie de luy pouvoir
appliquer l'agreable idée
qu'il avoit conçeuë de la
tite Joueule de Claveffin. Cependant
il n'y avoit plus de
moyen de la démêler. Il euft
falu qu'il euſt vû de fa Gallerie
, les trois Soeurs jouer en
Robe de chambre bleue ,
pour tâcher à reconnoiltre a
Lüj
pe126
MERCURE
celle qu'il avoit déja veuë ,
mais comme il n'eftoit pas
aifé de faire cette expérience ,
il fut réduit à aimer la Cadette
, fans avoir bien é
claircy la chofe. Enfin il en
vint au point de ne douter
plus que ce n'cuft eſté elle
pour qui fon coeur avoit fi
fortement parlé, & les fentimens
qu'il conçeut l'aſſurerent
que ceux qu'il avoit
conçeus auparavant ne pouvoient
regarder qu'elle . Il
la demanda à fon Pere , &
l'obtint fans peine ; & cette
aimable Perfonne , depuis
GALANT. 127
"
qu'elle fut mariée , ne négligea
pas le Claveffin , qui
avoit fait pour elle les commencemens
d'une Conquête
affez agreable
.
On m'a fait part d'un Sonnet
que vous ferez bien-aiſe
de voir. Il eft de M' de Maupertuis
, Gentilhomme de
Normandie , qui l'envoya le
premier jour de l'Année à
M' Berthelot , Secretaire des
Commandemens de Mada
me la Dauphine.
Lüij
128 MERCURE
SONNET.
Ans ce jour où par tout on .
commence l'Année
DA
Par des voeux établis fous de communes
Loix,
Soufrez que jusqu'à vous j'oſe porter
ma voix,
Pour vous la fouhaiter tranquile &
fortunée.
52
Bu plus rare bonheur voftre vie eft
ornée,
Tout abonde chez vous, la Faveur,
les
Emplois ,
L'Autorité , l'Eftime ; & le plus
grand des Roystonenvon
Denne un oeilfavorable à vostre def
tinée.
GALANT. 129
Mais ces titres d'honneur fuivis de
tantd'éclat,
Cette bellefortune , & ce rangdans
l'Etat,
N'ontjamais eu pour vous des appas
veritables.
ES
Le feul bien qui vous touche, & qui
vousfemble doux,
C'eft lors que vousjettez des regards
favorables
Sar mille Malheureux qui périroiens
fans vous.
Voicy d'autres Vers de
M'Petit de Rouen
, quevous
trouverez fort agreables.
130 MERCURE
IRIS A LISANDRE.
J
MADRIGAL.
E vous vois d'un oeil affez doux ,
Le meplaisfort à vous entendre,
Que veut dire cela, Lifandre?
Aurois-je de l'amour pour vous?
Puis qu'enfin Califte eft partie,
Puis-je profiter du moment,
Et luy dérobant un Amant,
Surprendre voftre fympathie?
Toutfemble autorifer cette nouvelle
ardeur.
Califte eft éloignée ; & moy, je fuis
préfente.
Tandis que la place eft vacante,
Parlez , la pourroit- on remplir dans
vostre coeur?
GALANT. 131
V
REPONSE.
Ous pouvez tout , aimable
Iris,
Le piaifir de vous voir m'enchante ;
Si mon coeur n'eft pas déjapris ,
Fe fens qu'il n'en perd que l'attente.
Tandis que Caliste eft abfente,
De qui le puis -je micux remplir
Que d'un objet d'une beauté charmante?
Il a déja pour vous poufféplus d'un
Joûpir.
Ie vous parlefans artifice.
Entrez, entrez-y donc, pourjamais
Don'en fortir,
Il est fort à vostrefervice.
132 MERCURE
REPLIQUE
Sur les mefmes Rimes.
L
E beau Régale pour Iris,
S'il eft vray qu'elle vous enchante,
De ne voir vostre coeur encor qu'à
demy pris,
Et de languir dans cette vaine attente!
Tandis que Califte eft abfente,
Dequoy le puis-je mieux replir,
Dites- vous ? En effet, la fleurete eft
charmante!
Lifandre, ce Tandis ne vautpas un
foûpir.
C'eft me direfans artifice,
Qu'à fon retour vous m'en ferez
Sortir,
Et que le pis- aller eft fort à mon
Service.
GALANT. 133
I
REPONSE A LA REPLIQUE.
Ris , mon coeur n'eftpas de ces coeurs
du
vulgaire
,
Qui n'ont qu'unfeul apartement;
Plus d'une agreable Bergere`
Ypeut loger commodément.
Entrez-y donc, & hardiment.
Quefi vous prétendez eftrefa feule
Hoftiffe,
Ie le veux bien ; mais en ce cas,
Que le vostre àfon tourjamais ne
s'intéreffe
PourTircis , ny pour Lycidas.
Quoy que beaucoup de
Parties foient neceffaires à
un parfait Orateur , il y en a
deux qui contribuënt ordi134
MERCURE
nairement plus que les autres
à luy attirer ces nombreufes
Affemblées , qui mettent
en réputation ceux qui
parlent en public . Il en eft
traité dans le Difcours 'dont
je vous envoye une Copie.
L'Autheur nous cache fon
nom, mais il ne peut cacher
fon efprit. Lifez , Madame,
& vous ferez de mon fentiment.
您
GALANT. 135
$2522-5525522-2555 ,
DE L'ART
C
ORATOIRE.
E n'eft pas affez qu'un
Orateur ait de l'esprit pour
raifonnerjudicieusement, &pour
parler avec politeffe ; qu'il ait de
la mémoire , pour prononcer un
Difcours ; il faut de plus qu'il
ait un extérieur agreable , afin
de perfuader, & de plaire à mefme
temps. Nos fens font les premiers
Fuges qui connoiffent dune
Oraifon . On ne peut gagner ces
136 MERCURE
Fuges que par l'action & par la
parole. C'estpourquoy l'on veut
bien traiter icy de l'une & de
l'autre, mais d'une maniere nouvelle
, qui ne fera peut - eftre
pas audeffous de l'Eloquence mo
derne .
La Parole n'a jamais plus de
charme, que quand elle plaift aux
oreilles , ce qui dépend principalement
de la voix ; & comme rien
n'apprend mieux à conduire la
voix, que la Musique, on neve fait
pas difficulté d'avancer que
Mufique feroit neceffaire à un
Orateur. La propofition n'eft pas
fi hardie , qu'on ne puiffe bien la
foutenir.
la
GALANT 137.
ne
Pour l' Action, comme fa beauté
dépend du gefte , & que le gefte
fe regle que par les diverfes
fituations du Corps , on peut dire
que pour avoir des geftes bien
compofez , ilfaut avoir appris à
dancer.
The
Il paroift d'abord furprenant,
pour ne dire pas abfurde , qu'on
weuille faire fervir la Muſique
& la Dance à l'Art Oratoire;
une telle propofition mérite
bien un peu d'éclairciffement.
La Mufique eft utile à un
Orateur pour la conduite de fa
voix, dont les infléxions doivent
s' accommoder à la diverfité des
Fanvier 1683 .
M
138 MERCURE
Sujets qu'il traite. Ceux qui ont
donnédespréceptesfur l' Art Oratoire,
conviennent qu'on doit élever
plus ou moins la voix aux
diférentes parties d'une Oraifon;
que l'on doit continuer, & finir
autrement
que
l'on ne
commence;
qu'on n'agite pas toutes les paffions
d'une égale maniere ; &
qu'ainfi on ne garde pas toujours
le mesme ton de voix dans le
Difcours. Ily a des tons propres
à certains fentimens ; d'où vient
qu'on parle autrement en colere,
que de fangfroid; d'où vient
que la joye la triſteſſe s'expriment
diverfement, & que
GALANT. 139
T'on ne répond pas toujours fur le
mefme ton que l'on eft interrogé.
Onpeut remarquer que lesdivers
tons de voix viennent fouvent
des diférentes paffions qui nous
agitent ; & lespaffions dépendent
quelquefois des humeurs qui dominent
dans nos corps, tant il y a
de raport entre le corps & l'efprit.
Ce raport eft d'autant plus
fort, que c'eft la Nature ellemefme
qui l'a formé. Auſſi on ne
fçauroit féparer les paffions des
humeurs. C'est pour cela
Paroles font les images de nos
penfees , & qu'elles nous expriment
au dehors ce que nous fenque
les
M ij
140 MERCURE
tons an dedans. La Parole eft
éloquente , felon qu'elle s'accommode
aux oreilles de ceux qui l'écoutent.
Je diray plus . Les fons
mefme peuvent exciter en nous
des
quelque paffion ; de forte qu'à la
Guerre on n'estjamaisplus animé
que par le bruit du Canon , O
par celuy des Tambours
Trompetes. L'Hiftoire rapporte
qu'un Capitaine Grec fe fervoit
A l'Armée d'un Instrument pour
fonner tantoft la Charge , tantoft
la Retraite , fuivant qu'il en
jouoit d'une maniere élevée , ou
tendre. L'expérience nous montre
, que les plus beaux fentimens
GALANT. 141
no
ne
perdent toute leurforce quand ils
font pas foutenuspar une voix
qui leur foit propre. Les Comedies
& les Tragédies en Mufique
efont plus agreables que les autres
, que parce que le Chant y
rend les paffions plus naturelles.
C'est là où l'on fent bien mieux
qu''oonn ne le peut dire , le raport
qu'il y a entre la douceur de la
voix, & la tendreffe de l'amour,
& où l'on éprouve qu'onfe laiffe
aifément perfuader par desfons,
qui femblent fairs pour nos humeurs,
&pour nos tempéramens .
Mais puis que l'Eloquence n'eft
pas moins utile au Barreau qu'à
142 MERCURE
la Chaire, onpeut remarquer des
exemples moins profanes . La
Religion ne nous en préfentet-
elle pas de tres - beaux dans
l'Ancien Teftament , où Dieu
fembloit fe plaire aux Cantiques
& aux Inftrumens ? La Mufique
n'est pas moins agreable
dans l'Eglife , puis que quand elle
jeft bien chantée, elle éleve l'ame
à Dieu , & luy donne , s'il faut
ainfi dire , un avant -gouft des
plaifirs du Ciel.
La Dance eft utile à une Perfonne
qui doit parler en public,
non feulement pour luy fortifier
organes de la voix ( comme les
GALANT 143
1
nous apprend Démoftene qui prononçoit
fouvent un Difcours à
haute voix en montant avec
violence fur une haute Montagne)
mais encore pour luyformer
une action qui n'ait rien de géné
ny de contraint ; d'où vient qu'anciennement
les Orateurs parloient
publicfurdes Galeries ; & à
leur exemple en Italie les Prédi
cateurs prefchent encore dans de
grandes Chaires , où ils peuvent
facilementfepromener, & avoir
une action libre . On ne voudroit
pourtant pas donner un Orateur
Italien pour modelle à un François.
Un Italien feroit plus pro144
MERCURE
pre àformer un Bouffon de Theatre
, qu'à faire l'ornement d'une
Chaire. Il faut de la modération
e de la retenue dans l'action.
C'eftpourquoy l'action Françoife.
eft fi agreable. Elle n'eft point
contrainte ; elle eft libre , hardie;
ell s'accommode
au Difcours
,
des que mouvemens naturels
On ne doute pas que les geftes ne
foient quelquefois auffi éloquens
que les paroles. Pour marque
cela , l'Inquifition d'Espagne
a
efté obligée de défendre la Sarabande
, à cause qu'elle excitoit
trop les paffions. On peut dire que
le gefte eft proprement l'ame de
n'a
de
l'action.
GALANT. 145
temps
L'action. En effet , Ciceron ne fir
pas difficulté ( pour perfectionaer
fon gefte) de confulter longdes
Comédiens, comme des
Gens qui font profeffion deplaire
parlà. Il n'y a que la Dance qui
phiffe faire acquérir cette perfe
ction de gefte , qui eftfi propre
perfuader, qu'on tient que Socrate .
n'apprit à dancerfur la fin defes.
jours, qu'afin depouvoir profeffer
la Philofophie avec une action
plus libre & plus infinuante.
Cependant pour tirer quelque
fruit de ce Difcours , il faut re-.
marquer qu'on n'entend pas impofer
icy aux Orateurs une ne-
Fanvier 1683.
N
146 MERCURE
ceffité abfoluë de chanter, & de
dancer. On prétend feulement
leur faire connoiftre combien le
Chant & la Dance pourroient
leur eftre utiles pour gagner un
Auditoire , s'ils en fçavoient
faire un bon ufage; la Mufique
Servant à parler d'un ton ' propre
à perfuader , foit en fléchiffant
la voix dans les diferentes
paffions , foit en l'accommodant
aux parties du Difcours
Auditeurs , & au Lieu où l'on
parle ; la Dance Servant à
aux
fortifier le gefte , à donner une
fituation naturelle au Corps , à
enhardir l'Orateur , à le faire
GALANT. 147
C
parler de bonne grace , & d'une
maniere agreable ; de forte qu'il
eft à préfumer qu'avec une voix
une action reglées par la Mufique
& par la Dance, on auroit
acquis deux belles difpofitions à
perfuader & àplaire dans l' Art
Oratoire.
Les Airs de Violon qui
eftoient dans ma Lettre du
mois paffé , ayant efté trouvez
beaux , j'en ay
fait
graver
une Suite que je vous envoye.
Vous trouverez le veritable
nom de l'Autheur
dans la mefme Planche . Je
dis veritable, parce qu'on le
Nij
148 MERCURE
donna peu correct la derniere
fois , & qu'on y mit des lettres
pour d'autres. A peine
a-t-il eu le temps de revoir
cette feconde Planche de fes
Airs , eftant party pour retourner
aupres de M' l'Eleteur
de Saxe fon Prince, qui
veut l'employer pour les divertiffemens
du Carnaval.
Je vous ay déja parlé des
fuperbes Ecuries du Chateau
de Verfailles. Leur magnificence
& leur grandeur , ont
dequoy donner de la furpriſe
& de l'admiration à tous ceux
qui les regardent. Le Roy y
GALANT. 149
mena le mois paffé M la Dau,
phine , pour luy en faire voir
la beauté. Rien n'eft égal à la
propreté avec laquelle on
tient les Chevaux dans ces
Ecuries. Ce Prince comença
par la Grande. Mi le Grand
l'attendoit à la Porte, & apres
l'avoir reçeu à la defcente de
fon Carroffe , il luy préſenta
un Foüet & une Houffine, Sa
Majefté prit la Houfline , &
fit en fuite le tour. Elle vit
tous les Chevaux de main de
manége, & les Coureurs qu'-
Elle monte quand Elle va à
la Chaffe. Le tout fut trouvé
Nij
150 MERCURE
admirable. Madame la Dauphine
qui fuivoit le Roy à
pied , menée par M' le Maréchal
de Bellefond, ne pou
voit fe laffer d'admirer l'ordre
avec lequel Sa Majesté eft
fervic dans cet endroit. De là
ils rentrerent dans leur Carroffe
, & allerent voir la Petite
Ecurie, qu'ils ne trouverent
pas moins belle, la quantité
d'Attelages de Carroffe
de Chevaux Etrangers qu'on
n'avoit jamais veus en France,
& celle des Coureurs que
Sa Majesté y tient pour
Perfonne, comme auffi ceux
fa
GALANT KI
de Monfeigneur le Dauphin
qui en occupent une partie,
la rendant admirable . Madame
la Dauphine paroiffoit
tres-fatisfaite, & le parut encor
davantage , lors qu'elle
entra dans la Sellerie. Ceft
un endroit où l'on tient tous
les Harnois des Chevaux de
Selle que monte Monfeigneur
le Dauphin ,
peut rien voir de plus magnifique
ny de plus propre . Les
Houffes en broderie , & gadonnées
, eftoient rangées
dans de grandes Armoires
qui laiffoient voir leur beauté
On ne
N iiij
152 MERCURE
& leur richeffe. Les Selles
eftoient auffi en tres - bon
ordre, avec un Billet au bout
de chacune . Ce Billet faifoit
connoiftre pour quel Cheval
elle eftoit. Les Brides ne furent
pas moins admirées.
Toutes ces chofes firent la
Cour de M' du Mont , qui
eftoit alors en Normandie,
puis que c'eft à luy que l'on
en doit la propreté & le bel
ordre. Mr du Mont eft un
Gentilhomme , qui a efté
nourry Page de la Chambre
du Roy, & qui s'eft toûjours.
diftingué par l'application
GALANT. 153
qu'il a euë à bien faire fes
Exercices , & par une fageffe
naturelle
. Sa Majefté
, apres
l'avoir mis quelque temps
dans fes Gardes du Corps, luy
donna la conduite de l'Ecurie
de Monfeigneur
le Dauphin.
Il s'en acquite fi bien, que les
agrémens qu'il reçoit de fes
Maiftres , doivent luydonner
une tres-grande fatisfaction .
Au fortir de la Petite Ecurie
, Sa Majefté mena Ma
dame la Dauphine , Monſeigneur
le Dauphin, Monſieur,
& Madame , tous dans un
mefme Carroffe, au Manége
14 MERCURE
de couvert, où M' le Comte
de Brione fit la Charge de
Grand Ecuyer , en montant
un des plus beaux Chevaux
que l'on puiffe voir. Il luy fit
faire diverfes paffades , qu'il
alloit toûjours finir devant le
Roy. Apres luy , on vit paroiftre
dans la Carriere Mile
Prince Camille , fecond Fils
de M❜le Grand , & Frere de
Mole Comte de Brione .
Quoy qu'il n'ait encor que
douze ans, ou environ , il mania
deux ou trois Chevaux
avec une adreffe furprenante .
M' du Pleffis , comme Pre-
A
GALANT 155
mier Maiftre, entra apres ces
deux Princes. Il eft inutile
de parler de fon adreffe, puis
qu'elle eft connue de tout le
monde. M'Deneau , Second
Maiftre , parut apres M du
Pleffis, & fit à ſon ordinaire,
c'eft à dire, qu'il s'attira beau
coup d'a laudiffement . Monfeigneur
le Dauphin, qui ne
pût voir tant d'habiles Gens
à cheval , fans fentir une loüable
émulation, fortit du Carroffe
de Sa Majefté. Un Page
qui alloit paroiftre à cheval,
luy donna fes Eperons , &
ainfi en Bas de foye , il en
156 MERCURE
monta deux avec une vie
gueur admirable. Il leur fit
faire des chofes qui ne mar
querent pas moins fa force
que fon adreffe ,& dot le Roy
fut tres-fatisfait. M' le Grand
Admiral le releva, & comme
il réüffit à ſouhait, & que M
du Pleffis en prend de grands
foins , il parut un des plus
beaux Hommes de cheval
que nous ayons . On fit en
fuite monter cinq ou fix Pages
du Roy, qui par
leur
a
dreffe firent voir le fruit qu'ils
retirent des Leçons de Mª du
Pleffis . Il y en eut quelquesGALANT.
157
uns qui monterent des Sauteurs
. Mile Comte de Brione
en monta un, qui donnoit de
la terreur à tous ceux qui le
voyoient, & qui oſoient s'en
approcher à portée. On ne
vitjamais un Cheval de cette
force. La nuit qui-furvint,
mit fin à ces Exercices, nois
Henry de Matignon, Comf
te de Torigny , proche Allie
des Maifons de Soiffons , &
de Longueville , Lieutenant
General de la Baffe-Normandie
, & Gouverneur de Cherbourg,
de Granville , de S.Lo,
& des Illes de Chauzay,
158 MERCURE
mourut à Caen la nuit du 27!
au 28. de Decembre, dans le
temps qu'on croyoit qu'il fuft
hors de péril. Il avoit dormy
tranquillement jufques à minuit.
A fon réveil , il fe fit
donner fon Crucifix , & apres
avoir dit des chofes fort chrê
tiennes fur le devoir des
Hommes envers Dieu , il
demanda l'abfolution , &
mourut auffi-toft qu'il l'eut
reçcue. Il avoit esté longtemps
Meſtre de Camp du
Régiment du Roy de Cava,
lerie , où il avoit paru avec
gloire ; & il s'en eftoit démis
GALANT. 159
entre les mains de M' de Torigny
fon Frere , à préſent M
de Matignon. Il n'a laiffé que
deux Filles , dont l'Aînée à
époufé le mefme M' de Tosigny
fon Oncle ; & la Cadette
,Mile Marquis de Seignelay
, Miniftre & Secretaire
d'Etat. Feu M' de Matignon
ne s'eft jamais démenty
dans aucune occa
fion ,fur l'exacte fidelité qu'il
devoit à fon Prince , ayant
toûjours efté dans les plus
grands Troubles inviolable.
ment attaché à fon devoir.
Il faifoit de grandes & conti160
MERCURE
It
nuelles aumônes , & Meffieurs
fes Frerés fuivoient fon
exemple. Il a fondé par fon
Teftament , un Hôpital fur
fes Terres. Cet Hôpital paroiftra
dans peu de temps.
a imité en cela plufieurs de
fes Anceftres . Je vous ay déja
parlé de M de Torigny l'un
de fes Freres ; les autres font,
M' de Gaffé, Succeffeur d'un
Frere du mefme nom qui fut
tué à la Bataille de Senef; &
Mellieurs les Evefques de Lifieux
, & de Condom. Feu
M' de Matignon eftoit Beau-
Frere de Mle Comte de CoGALANT.
161
gny , Gouverneur de Caën,
Commandant du Régiment
Royal de Cavalerie , & de
M' le Marquis de Névet,
qui a efté la terreur des Rebelles
de Bretagne. Je n'ay
rien a adjoûter à ce que je
yous ay dit plufieurs fois de
Filluftre Maifon de Matignon.
co
Nous avons perdu dans le
mefme mois M du Mars,
Maréchal des Camps & Ar
mées du Roy, & Gouverneur
de l'Ile de Ré.
Madame des Marais , Fille
de M' Berrier , Secretaire du
Fanvier 1683.
O
162 MERCURE
Confeil , & Femme de M'
Huraut , Comte des Marais ,
eft auffi morte depuis peu de
jours. Elle n'avoit que 32 .
ans. De pareilles morts nous
font tous les jours connoiftre,
que nous n'avons point de
jours affurez , & qu'il n'y a
rien qui paffe fi viſte . C'eſt
une penſée que vous trouverez
exprimée d'une maniere
fort fpirituelle dans le Sonnet
que vous allez voir . Il eſt
fait fur le fujet d'un Torrent,
qui a eftépropofé dans quel
qu'une de mes Lettres .
A
GALANT. 163
a
SUR UN TORRE NT .
SONNET.
Mcplus belles
journées,
Iroir vafte & pompeux des
Tu me fais concevoir par ce rapide
cours,
Que comme tu te perds apres ces
grands détours
Un coursprefque infenfible emporte
mes années.
52
Apeiné les reçois-je, ellesfont terminées.
L'inftant deleur croiffant m'en marque
le décours;
Enfin , comme tes eaux, elles font
tous les jours 4
Rapides, fansretour, orageuſes, bornées.
Nij
164 MERCURE
Se
Mais tu m'inftruis de plus par ta rapidité,
Queje cours dans le fein de la Di
Dervinité,
Sij'ay le coeur exempt d'attache criminelle
;
Se
Quefuivant les moyens qui doivent
m'y mener,
Fe difpofe mon cours à la Source eternelle,
Puis qu'en eftantforty, je dois y retourner.
M Hubin , Emailleur du
Roy , fi connu dans toute
l'Europe par les yeux poftiches
, & par les belles lumieres
qu'il a dans la nouvelle
GALANT. 165
Phyfique, eft de retour d'Angleterre
, où il eut l'honneur
de préfenter au Roy un Thermometre
, & un Barometre
de fa façon. Comme Sa Majefté
Britannique entend parfaitement
bien la belle Philofophic
, Elle prit plaifir à
voir toutes les Expériences
de la pefanteur de l'air , qu'il
fit avec fon adreffe accoûtumée
. M Hubin répondit ſi
folidement à toutes les fçavantes
objections du Roy,
que ce Prince déclara hautement
qu'il l'avoit convaincu
de la pefanteur de l'air. Il a
166 MERCURE
apporté d'Angleterre plufieurs
Phoſphores ou Matieres
lumineufes , defquels
il a fait préfent à M' Comiers
fon ancien Amy, qui a bien
voulu m'en faire voir les Expériences.
Le Phoſphore fec , femble
un morceau d'écorce d'O--
range. Il fe conſerve dans
l'eau commune. Il fume fitoft
qu'on l'a mis à l'air, & lors
qu'on en a écrit fur un papier
blanc, il ne paroift rien au jour
fur le papier , mais dans l'obcurité
l'écriture paroift tout
en feu, & dure plufieurs heur
GALANT. 167
res. On n'a qu'à s'en froter
le vifage , & il paroift aufli
tout en feu. On n'en reffent
pourtant aucune chaleur, e
L'autre Phofphore eft liquide.
On en met un pouce
de hauteur, dans une fiole de
verre cylindrique de cinq
pouces de hauteur , & fermée
tres- exactement avec un bouchon
de verre , qui eſt une
Invention admirable que
Glauber publia en l'année
1651. dans la cinquiéme Partie
des Fourneaux Philofophiques.
Ce Phoſphore liquide
eft de couleur orangé. Si dans
168 MERCURE
un lieu obfcur on ouvre tantfoit
peu la bouteille , on voit
defcendre une lumiere tresagreable
qui la remplit toute
entiere , & par le moyen de
cotte lumiere on peut diſtinguer
les lettres d'un Livre.
Lors qu'on bouche bien la
fiole , cette lumiere ceffe peu
àpeu , & enfin on ne voit plus
rien , à moins que de rouvrir
la bouteille .
MComiers , en me faifant
voir l'effet de ces deux
Phoſphores , m'a affure que
le Phofphore de Baldouin,
qui imbibe la lumiere du So
leil,
GALANT. 169
leil, du Feu, & de l'Air éclai
ré , eft un efprit de nitre fait
avec de la craye , avec lequel
on oingtun Corps blanc tres ,
poreux , tel que celuy des
Coupelles qu'on fait des cendres
d'os brulez ; & que le
liquide fe fait avec le fel
noir , car eftant diſtilé dans
l'obscurité , on voit monter
des ruiffeaux de feu dans la
cucurbite , lefquels ruiffeaux
de feu defcendent par l'alembic
dans le récipient. Il y en
à qui le font avec une huile,
ou foulfre concentré & exalté
d'urine de Bûveurs de Biere .;
Fanvier 1683.
a
Р
170 MERCURE
Il m'a en mefme temps
communiqué
la Lettre de M
Hubin le cadet , Chirurgien
de l'Hôpital Royal de Londres,
dattée du 9. Decembre
1682. Elle contient plufieurs
chofes extraordinaires trouvées
à l'ouverture du Corps
du Prince Robert , appellé
dans les Païs Etrangers le
Prince Rupert. Je vous promis
la derniere fois de vous
parler de fa mort , arrivée à
Londres le 9. Décembre , &
il eft jufte que je vous tienne
parole. Ce Prince avoit 63.
ans , & eftoit Fils de Fridéric
GALANT 171
V. Electeur Palatin , qui en
1613.époufa Elizabeth Stuard,
Fille de Jacques I. Roy de la
Grand Bretagne. Ses Titres
eftoient , Comte Palatin du
Rhin , Duc de Cumberland,
Comte d'Holderneffe , Chevalier
de la Jartiere , & Confeiller
du Confeil Privé du
Roy d'Angleterre. Je ne vous
dis rien de la grandeur de la
Maiſon Palatine , qui fans
contredit , tient le premier
rang apres la Maifon d'Autriche.
Il eſt certain que
de
puis l'an 1253. auquel Oton
Witelfpach , furnommé I'll
F
Pij
172 MERCURE
luftre Comte de Shiern ,
époufa Agnés , Heritiere du
Palatinat & de Baviere , ou
que ces Principautez eurent
efté données à fon mérite
( car il y a diverfité d'opinions
fur cette acquifition ; ) il eſt
certain , dis -je , que depuis
ce temps , cette Maiſon a
poffedé ces deux grandes
Principautez , avec la qualité
d'Electeur , & de Grand Maître
de l'Empire . Elle a donné
deux Empereurs à l'Allema .
gne , un Roy au Dannemarck
, à la Suede , & à la
Norvege conjointement , &
GALANT. 173
deux autres à la Suede feule,
fans compter une infinité de
Genéraux qui ont conduit
des Armées en Italie , en
Hongrie , en France , en Angleterre,
& en Dannemarck.
Le Corps du Prince Robert,
accompagné de plufieurs
Chevaliers de la Jartiere , &
de quantité de Perſonnes du
premier rang , fut porté lé 16.
du mefme mois , du Palais
de Weftminſter à l'Abbaye ,
& reçeu à la Porte de l'Eglife
par le Doyen , &les Chanoines
de Weſtminſter , qui avec
les Chantres , & les autres
P iij
174 MERCURE
Officiers du Choeur , le con
duifirent à la Chapelle de
Henry VII. où il fut inhumé
avec les Princes de la Famille
Royale , Mile Comte de Cra
ven menoit le Deüil , & un
des Hérauts d'Armes portoit
fa Couronne , & fon Ecuffon.
Pour revenir à la Lettre
de M Hubin le cadet , il mande
à M'Hubin fon Frere, que
lors qu'on ouvrit le Corps de
ce Prince, on luy trouva dans
le bas du Ventricule droit du
coeur , un os comme celuy
de la premiere phalange du
petit doigt, & de confiftance
GALANT 475
fort folide ; & dans le Rein
gauche , une Pierre pefant
deux onces & demie , de formentriangulaire
. On luy
rrouvaa auffi au deffous du
Crane , un os de la grandeur
& épaiffeur d'une Piece de
quinze fols , de couleur blanche,
& de confiftance fort fo
lide , dans un Lit que la Nature
luy avoit fait entre les
deux Peleuvres de la fubftan
ce cendrée du cerveau , qui
eftoit tout-à -fait détachée du
Crane . M Perfe , Premier
Chirurgien du Roy d'Angleterre,
ayant préfenté à Sa Ma-
P iiij
176 MERCURE
jefté ces os du coeur & du
cerveau , & cette pierre des
Reins , eut ordre de les mettre
dans le Cabinet de ce Prince,
qui eft remply de mille pro
ductions extraordinaires de
la Nature . On porta en meſme
temps au Roy,un Animal
fort monftrueux , qui tient
de la nature du Chat & du
Rat , & en effet il eft produit
de l'une & de l'autre efpece,
fçavoir , d'une Chate & d'un
Rat, duquel cette Chate en
a déja fait deux portées.
Le mefme M' Comiers m'a
auffi affuré , que le Samedy
GALANT. 177
9. de ce Mois , il avoit eſté
avec M le Prince de Bor
ghezy , & M Hubin l'aîné,
dans la Rue Jean- Robert , à
l'ouverture d'un Enfant à
deux teftes , & à quatre bras ,
& qui n'avoit que deux
jambes , le tout bien formé
& ce qui eft encor furprenant,
c'eft que la Mere ac
coucha enfuite d'un autre
Garçon , qui fe porte fort
bien , ainfi que la Mere. Il
m'a promis une ample Rela
tion de cet accouchement,
avec la Figure de cet Enfant
monstrueux . Je vous enferay
178 MERCURE
part le Mois prochain.
Je vous parlay il y a un
mois d'un Météore. Voicy
des nouvelles d'un autre, qui
femble ne rien prédire que
d'avantageux. Le Mardy 15 .
du dernier mois , il parut fur
le Chafteau d'Hombourg,
Frontiere d'Allemagne , un
Feu clair & fort brillant , qui
tomba du Ciel en forme de
Fufée volante. Il formoit plu
fieurs étoiles , & l'on enten
dit un bruit , tel que celuy
d'un coup de Canon , & en
fuite un autre moins grand,
comme celuy des falves de
GALANT. 179
Moufqueterie , ce qui dura
prefque un quart d'heure. La
fumée produite par ce Feu
eftoit en forme de nüée , &
alloit de l'Occident à l'O
rient. On y remarqua la fi
gure d'un Dauphin. non už
Il ne fe paffe aucun mois,
pendant lequel on ne démo
liffe quelques-uns des Temples
, où le faifoir l'exercice
de la Religion Prétenduë Ré
formée. Les ordres que Sa
Majefté donne pour cela,
font toûjours fondez fur de
fr juftes raifons , que ceux
que de pareilles démolitions
180 MERCURE
touchent le plus , demeurent
d'accord qu'il leur feroit impoffible
d'en trouver pour y
répondre. Celle du Temple
de S. Jean d'Angely , fut or
donnée le 4. de ce Mois par
un Arreſt du Confeil d'Etat,
& l'exercice de cette Religion
interdite dans la Ville.
Ses Habitans, qui en faifoient
prefque tous profeffion , s'é
tant revoltez fous Charles
IX. qui leur avoit pardonné,
oublierent la grace qu'ils avoient
reçeuë par ce pardon;
& en 1621. ils refuferent encor
d'ouvrir leurs Portes au feu
GALANT. 181
Roy. On les affiegea, & apres
une défenſe opiniâtrée , ils
furent contraints de fe rendre
à difcrétion . Sa Majefté les
punit de leur revolte en faifant
rafer leurs Murailles , &
les privant de tous leurs Privileges.
Celuy qui leur permettoit
de profeffer publiquement
leur Religion , ef
toit un des principaux . Cependant
ils en avoient toûjours
continué l'exercice fans
en avoir obtenu aucune permiffion
du Roy. Il a esté auffi
ordonné par le Confeil , que
le Temple de Bazac dans le
182 MERCURE
Dioceſe de Sarlat , & celuy
de Garreau en Xaintonge,
feroient démolis .
Si le Roy donne fes foins à
la converfion des Prétendus
Réformez , quantité de Perfonnes
de ce Party travaillent
de leur cofté à leur converfion
particuliere
, en recevant
les Inftructions
, qu'on
cherche par tout à leur doner
avecunzeletout
apoftolique
.
M' de Vefc , Fils de Meffire
Mary de Vefc , Seigneur de
Vefc , Compftruinas
, & autres
Lieux , abjura le 5. de
mois aux Jéfuites de la Rue
ce
GALANT. 183
S. Antoine , entre les mains
du R. Pere de la Chaife. Il
avoit efté inftruit par le Pere
Drouet , Jéfuite au Novitiat.
M ' de Montauban , Lieutenant
de Roy au Comté de
Bourgogne , M' de Montanegre
, Lieutenant de Roy
en Languedoc , & plufieurs
autres Perfonnes de qualité, y
eftoient préfens , comme Parens
de M' de Vefc, qui a fuivy
l'exemple de fon Frere aî¬
né. Le Roy a donné ordre à
M' de Fourbin d'équiper ce
dernier , & de luy donner
place dans fesMoufquetaires,
184 MERCURE
C'eft icy une occafion de
vous parler de Madame de
la Primaudaye, Veuve du Seigneur
de ce nom , d'une des
plus qualifiées Maiſons d'Anjou
, morte depuis quelque
temps en fon Chafteau de
Lyon en Beauffe , dans fa
vingt-cinquième année . Elle
eft regretée de tous ceux qui
fe connoiffent en mérite &
en beauté , peu de Femmcs
ayant jamais eu des qualitez
auffi eftimables pour l'efprit
& pour le corps . Ses Amis
fouhaitoient avec une paffion
extraordinaire de la voir
-
GALANT. 185
T
changer de Religion ; & fans
doute ils auroient eu cette
joye , fi dans les derniers
momens de fa vie , fa
toute
Famille n'euft mis divers obftacles
à fa converfion
, qu'
elle méditoit depuis longtemps
. Elle fe trouvoit fi fort
difpofée à exécuter un def.
ſein ſi avantageux à ſon falut,
que quelques inois avant
fon deceds , elle entendit
trois fois la Meffe dans la
Sainte Chapelle , en la préfence,
& à la perſuaſion d'un
de fes plus intimes Amis, auquel
elle protefta qu'elle ne
Fanvier 1683.
Q
Mi
186 MERCURE
mourroit jamais dans la Religion
de fes Anceftres, juf
que-là mefme , qu'elle eut
toûjours depuis ce temps-là
un Crucifix dans fa Chambre
, & plufieurs Tableaux
de devotion . Elle a laiffé des
Enfans fort jeunes , dont on
a lieu d'efperer beaucoup,
s'ils peuvent fe retirer de l'abîme
où ils fe trouvent malheureufement
engagez.
z . Les
Armes de fa Mailon font,
un Ecuffon en champ d'azur,
chargé de Fleurs de Lys d'or fansnombre,
& une Pate de Griffon
L'or traversant l'Ecuffon , conGALANT.
187
ronné d'une Couronne de Comte,
pour Suports, deux Salamandres.
Sa Devife, Le Feu est mon élement.
La perte de cette aimable
Perfonne
a jetté dans une
extréme
confternation
une
grande foule d'Amis qu'elle
avoit. Le Sonnet qui fuit fur
cette mort, eft de l'un d'eux.
E
SONNET.
Lle n'eft plus au monde, & le
Ciel l'a ravie;
De ce coup imprévu , Paffans, verfez
des pleurs.
La mort, dans on me peut éviter les
rigueurs,
& ij
188 MERCURE
Triomphe impunément des beaux
jours de Sylvie.
S &
Elle eftoit defon Sexe, & la gloire,
& l'envie,
Ses vertus lafaifoient régnerfur tous
les coeursi
1.
Et fes appas eftoient fuivis d' Adorateurs,
Quandla Parque coupa la trame de
fa vie.
$2
D'un trépas ficruel, tout l'Univers
endeuil,
Par des regrets publics honore fon
Cercücil;
Mais moy qui luyjurois une ardeur
toute entiere,
$2
Qui ne trouvois qu'en elle un veritable
bien,
GALANT. 189
Puis je voirfes beaux yeux privez
de la lumiere,
Et diférer d'unir mon trifte fort au
fien ?
*
Le Roy qui parmy tant de
Sujets d'admiration qu'il
donne de jour en jour, con
ſerve une modeftie qui
n'a jamais eu d'égale , entendant
parler à fon retour d'une
Chaffe , ceux qui avoient
l'honneur d'eftre auprés de
luy , de quelques Places que
l'on affiegea pendant la
guerre de Flandre , & leur
impoſant toûjours filence fur
ce qui le regardoit perfon190
MERCURE
1
nellement; quelqu'un ne laiffa
pas de prendre la liberté
de le faire fouvenir , que le
voyant monter fur la Tranchée
au Siege de Tournay, il
avoit ofé luy prendre les jambes
pour le faire rentrer dans
la Tranchée, tandis qu'un autre
luy oftoit fon chapeau
couvert de Plumes blanches .
Sa Majesté s'adreffa à M' le
Duc de S. Aignan , & luy dit
que c'eftoit tout ce qu'il auroit
pû faire, à quoy ce Duc
répondit , que ceux qui fe
trouvoient de fa fuite dans
r
ces fortes d'occafions,étoient
GALANT 191
trop heureux , puis qu'au
moins ils ſe voyoient le foir
hors d'inquiétude pour les
périls aufquels Sa Majeſté
s'eftoit expofée le jour ; & le
matin, pour les dangers qu'
Elle avoit courus la nuit, mais
que pour luy qui paffoit pref
que tout ce temps -là aux
foins qu'il devoit au gouver
nement du Havre , il n'avoit
point de veritable repos , connoiffant
le courage du Roy, &
le mépris qu'il faifoit des dangers
. Cette converfation fi
nit par les louanges qui fu
rent données
à ces quatre
192 MERCURE
Vers , que ce Duc fit In-
Fromptu .
ATS AU ROY.
G
Rand Roy , dont tout le monde
admire la valeur,
Je dois me confoler de n'avoir pú
vousfuivre.
La crainte de vous voir avec tant de
chaleur
En dangerde mourir, m'euftfait ceffer
de vivre.
Il eft aifé de voir par ces
Vers , que quelque proteſtation
que M' le Duc de Saint
Aignan ait faite de n'en faire
plus , il luy fera difficile de
s'en
GALANT. 192
s'en empefcher , quand il s'agira
de la gloire de Sa Majeſté.
Il est arrivé ces derniers
jours une chofe que vous
trouverez fort finguliere.
Plufieurs Perfonnes confide
rables par leur naiffance &
par leur mérite , s'eftant ren .
contrées dans une Maiſon,
où il ne vient ordinairement
que des Gens choifis , on y
parla d'abord de Nouvelles;
& un Mariage qui s'eftoit fait
le matin dans la Paroiffe voi
fine , fut mis auffi - toft fur le
tapis. Quelques louanges
Fanvier 1683.
R
194 MERCURE
ayant efté données à la Mariée,
la Dame chez qui cette
Affemblée fe tenoit, dit que
quoy qu'elle fuft de fon quartier
, elle ne l'avoit jamais
veuë , mais qu'elle en avoit
toûjours entendu parler d'une
maniere fort avantageuſe.
La -deffus une autre Dame
qui prétendoit la connoître,
sérendit fur fon mérite. Elle
ne trouva perſonne qui fuſt
contraire à fes fentimens
tant qu'elle vanta l'agrément
de fon cfprit, & l'égalité de
fon humeur , mais elle n'eut
pas fi -toft ajoûté qu'elle ef
toit de ces belles tailles que
GALANT.
195
Fon
diftingue par tout , que
trois ou quatre
Perfonnes
de
la Compagnie
la Darent
a
me qu'on avoit lieu de douter
qu'elle la connuft , puis
que la Mariée
dont il s'agiffoit,
eftoit
plutoft petite que
grande , quoy que d'une tail
le aifee & bien prife. La Dame
s'en fit redire le nom ; &
comme elle eftoit fort feûre
que la
Demoifelle
qu'on luy
nommoit s'eftoit mariée ce
mefme jour dans la Paroiſſe
qu'on avoit marquée d'abord,
elle répondit qu'à la ve
rité elle n'avoit avec elle au-
Rij
196 MERCURE
cun commerce qui la luy cuft
fait connoiftre particulierement
, mais que l'ayantveuë
plufieurs fois aux Tuileries
& ailleurs, il eftoit impoffible
qu'elle fe trompaſt. En meſ
me temps elle en voulut faire
le Portrait plus exactement,
& dit qu'elle avoit le vifage
affez rond , les yeux bleus,
le teint fort vif , & des cheveux
blonds les plus beaux ,
du monde. Les inefmes Perfonnes
qui l'avoient déją
combatue fur la grande taille,
la combatirent encor bien
plus fortement fur cette peinture.
On foûtint que la MaGALANT.
197
riée en queſtion avoit les
cheveux fort noirs , de vifage
ovale, & la difpute commen
çoit à s'échauffer, lors qu'un
Cavalier entra connu de la
Dame pour Amy du Pere
de la Demoifelle. La Dame
luy demanda auffi- toft s'il
fçavoit que da Fille de fon
Amy eftoit mariée . Il répon
dit qu'il venoit d'apprendre
que le Mariage s'eftoit fait
avant le jour , & fur la priere
qu'on luy fit de vouloir dire
comment la Mariée eftoir
faite , il la peignit grande,
avec des yeux bleus , & des
Rij
198 MERCURE
cheveux blonds. Ceux de
l'Affemblée qui ne la con
noiffoient point, ne fçavoient
que croire , de voir des Gens
entierement oppoſez fur le
mefme fait. Dans ce mo
ment furvint une Dame, qui
ayant appris le fujet de la dif
pute, soffrità lapterminer
comme eftant Amie particu
liere de la Mariée. Elle la fit
brune, d'une taille médiocre,
& luy donna un vifage ovale.
Des Portraits fi diférens euf
fent caufé de logs embaras, fi
par hazard quelqu'un n'euſt
nommé le Marié, qui eftoit
GALANT 199
Homme de Robe. Alors la
Dame , qui avoit toûjours
foûtenu que la Mariée eftoit
grande & blonde, dir qu'elle
ne fçavoit plus de qui l'on
parloit , puis que la Demoifelle
qui eftoit de fa connoiffance,
avoit épousé unOfficier
qui par de fort longs fervices
s'eftoir acquis beaucoup de
réputation à l'Armée . On s'informa
de la Rue ou demetroit
cette Mariée ; & comme
elle fe trouva diférente fefon
qu'on parloit de la blonde
ou de la brune , on connutenfin
que deux aimables
Rij
200 MERCURE
1
Perfonnes portant toutes
deux le mefme nom , s'étoient
mariées le mefine jour de
tres grand matin , & dans la
mefme Paroiffe. Cela parut
fort nouveau , & fit parler
longtemps de l'une & de l'au
tre.
Louis-Céfar de Bourbon,
Comte du Véxin , Légitimé
de France , eft mort le Dimanche
10. de ce mois , fort
regreté de tous ceux qui
l'ont connu. Il n'avoit que
dix ans , & quoy qu'il cuft
paffé les premiers jours de fa
vie dans des incommoditez
& t
GALANT 201
著
continuelles , il avoit avec un
efprit extraordinaire une cal
pacité fort au deffus de fon
âge. Il eftoit déja capable
des plus hautes Sciences , &
il fe donnoit ficentierement
à l'étude , qu'on peut dire
qu'il fatiguoit tous ceux qui
avoient efté mis aupres de
luy pour l'aider, de forte que
s'il avoit vécu , il y a fujet de
croire qu'il auroit eſté un
grand ornement de l'Etat Eccléfiaftique
où il eftoit deftiné.
Si ce Prince s'amufoit
quelquefois à jouer , &ſe divertiffoit
des chofes, qui font
202 MERCURE
-3
114
le plus fouvent toute l'occupation
des Perfonnes de fon
âge , il fémble que ce n'eſtort
que pour obeir à la Nature, à
qui ce petit relâchement ef
toit neceffaire. Ce qu'il a
fouffert pendant fa derniere
maladie eft incroyable, mais
la conftance avec laquelle il
a fouffert ne fçauroit fe concevoir.
Il vit le péril où il ef
toit avec une fermeté digne
des plus grandes Ames , &
la connoiffance
qu'il en eut
ne fervit qu'à luy faire fonger
à l'autre vie , & à faire des
actions méritoires pour lé
GALANT. 203
Ciel. Il demanda avec beau
coup d'empreffement qu'il
duy fuft permis de faire fa premiere
Communion . Il la re
ceut des mains de M' le Cure
de S. Germain l'Auxerrois,
& remplit d'étonnement
M' l'Evelque de Meaux , &
de Pere Confeffeur du Roy,
avec tous ceux qui fe trou
verent à cette Cerémonie ,
qui admirerent en mefme
temps fa connoiffance , fa fermeté
, & fi dévotion , M
J'Archevefque de Paris luy
donna l'Extréme-Onction , &
s'en retourna furpris , & édi
204 MERCURE
fié , d'avoir trouvé dans ce
jeune Prince , ce qu'on des
mande dans les Chreftiens les
plus éclairez , & les plus réfigneż
. On ne remarquoit
en luy rien qui ne fuft grand,
& qui ne fift defirer pour la
Terre , ce que le Ciel vouloir
luy ravir. On ne luy cachà
pas un inftant l'état où il
eftoit ; mais souhai
ter la vie , il ne fit rien que
pour la mort. Apres qu'il eur
reçeu tous fes Sacremens, on
eut quelque eſpérance que
les voeux d'une infinité de
Perfonnes qui s'intéreffoient
parut
GALANT 295
à fa confervation ,, feroient
exaucez ; mais le peu de jours
que Dieu accorda à leurs
prieres , ne luy fervit qu'à
donner à tous momens des
marques d'une entiere réſi,
gnation à fa volonté,& à faire
voir une conftance digne
des plus grands courages
,
& digne veritablement de
l'augufte Sang dont il eft forty
, auffi bien qu'à faire connoiftre
la folidité de fon ef
prit , & tout ce qu'on en de
voit attendre. Le jour de fa
mort venu, il l'enviſagea avec
la mefme intrépidité , & con206
MERCURE
A
nut l'extrémité où il eftoit,
fans autre regret que de ne
pouvoir pas faire affez pour
mériter le Ciel , mais il fai
foit fur tout paroiftre une
grande paffion de recevoir le
Saint Viatique , & la Benédiction
de fon Archeveſque,
qui arriva peu de temps apres.
Enfin on peut dire qu'il fe
trouva , comme il feroit à
fouhaiter à tous les Chrêtiens
d'eftre dans ces derniers momens.
Quelque fort que fuft
le defir que ce Prince avoit
de
communier avant que de
mourir , il ne fut pas poffible
1
GALANT 207
de luy donner cette confola
tion , à cauſe de fa foibleffe,
& de la violence d'une fluxion
qui l'étoufoit. M l'Ar
chevefque , en préſence du
Pere Confeffeur de Sa Majefté
, luy parla comme il a
accoûtumé de parler , c'eſt
à dire , d'une maniere toute
édifiante. Il luy fit voir l'im.
poffibilité qu'il y avoit de le
fatisfaire, & il le vit auffi-toft
fe foûmettre à fes raifons, avec
une humilité digne des Chrêtiens
les plus parfaits . Ceux
qui feront fon Hiftoire, vous
en diront davantage , & vous
208 MERCURE
1
apprendront des chofes qui
vous étonneront , quoy que
vous foyez affez accoûtumée
aux événemens extraordinaires.
!
Da Si- toſt que Sa Majeſté eut
appris la mort de ce jeune
Prince , Elle deftina de fon
propre choix , l'Eglife de
S.Germain des Prez pour le
lieu de fa Sépulture , & ordonna
à M ' de Seignelay, Secretaire
d'Etat , d'aller dés le
lendemain dans cette Abbaye
, pour convenir avec le
Pere Prieur , du lieu où le
Corps feroit inhumé. On
GALANT 209
choifit la place la plus hono
rable au milieu du Choeur,
entre l'Aigley & le Tombeau
du Roy Childebert , premier
Fondateur de ce celebre Monaftere.
On travailla dés ce
moment à tous les prépara
tifs neceffaires . neceffaires . On tendit
F'Eglife , le Choeur , & la Nef,
de quatre Lais d'Etofe blanche
; & fon dreffa devant le
Grand Autel, une Repréfen
tation tres -magnifique. Elle
eftoit portée fur une élevas
tion de cinq degrez , & cou
verte d'un Poële de Damas
blanc , croifé d'une Moëre
Fanvier 1683.
S
210 MERCURE
d'argent , & fous un riche
Dais de mefme couleur, char
gé des Ecuffons du Prince
défunt , & orné de fes Pommes
& de fes Crépines. Un
tres -grand nombre de Chan
deliers d'argent environnoit
cette Repreſentation. L'Autell
eftoit fort fuperbement
paré . On avoit découvert la
Contretabletoun
Devant
d'Autel , qui eft de vermeil
doré , femée de Pierreries,
d'un ouvrage fort ancien &
tres- excellent. Les Gradins
eftoient éclairez par vingtquatre
Cierges de Cire blan
GALANT 201
che , foûtenus par autant de
Chandeliers d'argent
On fonna durant presque
toute la journée les Cloches
de la groffe Tour , qui font
des plus belles , & des plus
harmonieufes du Royaume
& fur les cinq heures du foir,
les Religieux de cette Mail
fon ſe diſpoſerent à recevoiț
ce Corps, avec tout le refpec
& toute la pompe qu'on doit
aux Princes de cette naiffani
ce. Le Pere Brachet, Genéral
de la Congrégation , officia à
cette Ceremonie. Il eftoit
aflilté d'un Diacre , & d'un
Sij
212 MERCURE
Soûdiacre. Quatre Chantres
en Chapes l'accompagnoiér,
avec le refte des Officiers ordinaires
à ces Pompes funebres.
Plus de quatre-vingts
Religieux, chacun un Cierge
à la main , formoient une
double haye , qui occupoit
toute la Nef de l'Eglife , de
puis la grande Porte jufques
à l'Autel, M' le Marquis de
Seignelay arriva à fept heures
& demie, & bientoft apres
on vit yenir le Carroffe qui
portoit le Corps du Prince.
Voicy l'ordre de la marche
du Convoy, Soixante Pers
GALANT 213
fonnes en deuil de la Maifon
de M. le Comte du Véxin,
eftoient à la tefte , & tenoient
chacun un Flambeau de Cire
blanche . Douze Pages à cheval
, de la Petite-Ecurie, mar
choient enfuite , précedez de
leur Gouverneur, & portoient
auffi chacun un Flambeau.
Dix Grands, & dix Petits Va
lets de pied fuivoient , avec
plufieurs Officiers des Ecuries
de Sa Maiefté , le tout
montant juſqu'au nombre de
foixante. Ils avoient tous des
Flambeaux, & environnoient
le Carroffe qui portoit le
214 MERCURE
Corps. C'eftcit un de ceux
du Roy, Il eftoit à fix Chevaux
, auffi -bien que trois au
tres de Sa Majeſté qui le fui
voient. Mile Curé de S. Ger
main l'Auxerrois , & plu
fieurs Preftres de la Paroiffe
eftoient dans ce Carroffe , &
M de Beringhen , comme
Premier Ecuyer du Roy , ef
toit dans celuy qui marchoit
enfuite . Il y en avoit encor
plufieurs autres, remplis d'un
grand nombre de Perfonnes
qui compofoient le Deuil .
Mle Curé de S. Germain
l'Auxerrois préfenta le Corps
'
GALANT 215
du Prince, & fitune Harague
en Latin avec beaucoup d'é
loquence. Le Pere General,
qui le reçcut,luy répondit en
la mefme Langue . Les quatre
Chantres commencerent
l'Antienne accoûtumée , Subvenite
, & l'on porta le Corps
fur la Repréſentation , Les Rcligieux
précedoient en ordre .
Six d'entre eux portoient le
Corps , & quatre Aumôniers
foûtenoient les quatre coins
du Drap mortuaire . On chan .
ta enfuite les Vefpres des
Morts , & à la fin on fit l'Inhumination
avec les Ceré
216 MERCURE
monies , & les Prieres accous
rumées. Ondattachafur de
Cercueil de de jeune Princel
une Plaque de Cuivre , fur la
quelle on bavoit Igravé ces
motsoforms and t
TRES HAUT, TRES- PUISSANT ET
EXCELLENT PRINCE MONSEI
GNEUR LOUIS - CESAR DE BOURBON
, LEGITIME DE FRANCE ,
COMTE DU VEXIN , DECEDE¹
L'ONZIEME ANNEE DE SON AGE
LE 10. JANVIER 1683..
Le 20. du mefme mois , on
celébra dans la mefme Ab
baye de S. Germain des Prez,
par ordre de Sa Majeſté , un
Service tres-folemnel. L'Eglife
GALANT 217
glife eftoit parée comme le
jour de l'Enterrement ; & ces
Peres s'acquiterent de cette
Cérémonie avec toute la de
votion & la modeftie qui leur
eft ordinaire. Un Religieux
de cette fçavante Commu
nauté a reçeu beaucoup d'a
plaudiffement d'un Eloge funebre
Latin qu'il a compoſe
à l'avantage de ce jeune Prin
ce. Cet Eloge eſt fait en maniere
d'Epitaphe, & marque
les hautes efperances qu'on
avoit fujet de concevoir de
fes grandes qualitez .
Il y adu changement dins
Fanvier1683.
T
218 MERCURE
les Officiers des Gendarmes
Ecoffois. M le Baron de
Tauriac , qui eftoit Enfeigne
de ces Gendarmes , en a efté
fait Capitaine Sous - Lieutenant
, en la place de M' le
Marquis de Flamanville, qui
a acheté la Charge de Capitaine
- Lieutenant des Gendarmes
Bourguignons , qu'avoit
M* le Comte de Broglio.
Mr le Comte d'Onfeigne,
Neveu de M' le Marquis de
Pianeffe , & Frere de M' le
Marquis de Rivarole , qui
eftoit Guidon des mefmes
Gendarmes Ecoffois , en eſt
GALANT. 219
devenu l'Enſeigne , & M' de
Chanrond , Neveu de M le
Comte d'Amanzé, a achetê
le Guidon.
Comme jamais la gloire
d'un Souverain n'a efté dans
une fi haute élevation que
l'eft aujourd'huy celle du
Roy , jamais les évenemens
heureux des autres Monarques
n'ont caufé une fi fenfi
ble joye, que ce qui arrive à
Sa Majesté. C'est par là que
toute la France a fait des
Réjoüiffances fi extraordinaires
pour la Naiffance de
Monſeigneur le Duc de
Tij
220 MERCURE
Bourgogne. Les Particuliers,
qui font diftinguez dans le
monde par leur efprit, apres
avoir contribué à l'allégreſſe
publique par leurs Feux , &
par les autres démonſtrations
de joye , ont travaillé ſur cet
augufte Sujet. M' Perrault,
fi connu dans l'Empire des
beaux Arts & des belles Lettres,
eft un de ceux qui a témoigné
le plus de zele de
toutes manieres dans cette
importante occafion. Il a fait
paroître fur tout par un Ouvrage
d'une invention tresparticuliere,
combien il s'inGALANT.
221
téreffoit dans le bonheur de
la France. Je ne puis vous le
donner icy tout entier, parce
qu'il occuperoit trop de place
dans ma Lettre. Je vous di
ray ſeulement qu'il l'a intitulé
, Le Banquet des Dieux
pour la Naiffance de Monfeigneur
le Duc de Bourgogne. I
feint que fur la fin de ce Ce
lefte Repas , une Symphonie
de toutes fortes d'Inftrumens,
la plus grave & la plus
majestueuse qui fut jamais ,
furprit agreablement toute
l'Affemblée, & qu'apres qu
elle eut duré quelque temps,
Tiij
222 MERCURE
elle ceffa pour faire place à
une autre Symphonie moins
forte , mais qui n'eftoit pas
moins agreable, &fur laquelle
Jupiter chanta ces Vers.
Vous avez fceu , Troupe immortelle,
L'agreable nouvelle
Qui rend de toutesparts les Peuples
réjouis,
Et qui vient de combler le bonheur
de LOVIS.
Celebrons l'heureufe Naiffance
Du Héros qu en ce jour le Cicl donne
à la France.
Voicy ce qu'ajoûte l'Autheur
de ce mefme Ouvrage
.
Tous les Dieux ayant répeté
GALANT. 223
enfemble ces deux derniers
Vers , Jupiter pourfuivit de
cette forte .
C'eft lefangde LOVIS, ce Roy vi-
Etorieux,
Sous qui toute l'Europe tremble,
Etqui ne voit rienfous les Cieux
Qui l'égale , ou qui luy reffemble.
C'est pourluy queje vous aſſemble
Dans ce Palais délicieux .
Prenonspart tous ensemble
Au bonheur d'un Héros fi grand, fi
glorieux,
Le Modelle des Roys , & l'Image des
Dieux.
Le Choeur des Dieux ayant
répeté les trois - derniers Vers
de ce Couplet, & la grande
T iiij
224 MERCURE
Symphonie ayant jojié en ,
cor quelque temps, Apollon
prit la Lyre, & chanta fes Pa
roles fuivantes.
Je voy dans l'Avenir , malgréfes
replisfembres
Donimes regardspercent les ombres,
De cejeune Héros millè exploits éclatans
.
Famais la Fable, ny l'Hiftoire,
N'ont rien dit de plus beau dans la
fuite des temps,
Et rien n'égalerafon bonheur &fa
gloire.
Les Muſes, qui s'eſtoient
rangées aupres d'Apollon,
& qui avoient fait avec leurs
GALANT , 225
2
Inftrumens une Symphonie
admirable pendant qu'il
chantoit , reprirent les trois
derniers Vers ; apres quoy,
ce Dieu fe tournant vers el
les, & les regardant, chanta
ce qui fuit.
Combien defois les Exploits de
LOVIS,
Que vos beaux Vers àjamaisferont
vivre,
Fous ont-ils les yeux éblouis,
Et caufela douleur de ne les pouvoir
fuivre!
Filles de Iupiter, avouez entre nous,
Qu'apres tantde chats de Victoire,
Et tant de Monumens d'eternelle.
mémoire,
·Le repos vousſembleroit doux.
226 MERCURE
- Non, non , fon immortelle Race
· Suivrafa glorieuſe trace,
Il n'eftpoint de repospour vous.
Les Mufes ayant encor repris
les trois derniers de ce
Couplet , Apollon continua
en cette maniere.
Chantez cette aimable Princeſſe
Dont le Ciel a fait choix pour l'Empire
des Lys ,
"
Qui par la Naiffance d'un Fils
Le remplit de bonheur, de gloire , &
d'allégreffe,
Et rendtous fes voeux accomplis.
Chantez cette Princeffe beureusement
féconde,
Qui donne pourjamais des Roys
tout le Monde.
GALANT. 227
Le Choeur des Muſes ayant
répeté ces deux derniers
Vers , Vénus & Mars chanterent
ceux - cy en Dialogue.
VENUS .
Que nous verrons un jour de Festes
& de leux!
MARS.
Que nous verrons unjour de Combats
dangereux !
VENUS.
Héros ne futjamais plus beau, ny
plus aimable,
On nepourraluy refuſerſon coeur.
MARS.
Héros nefutjamais plus grand, plus
redoutable,
- Toutfléchirafousfa valeur.
228 MERCURE
VENUS.
Icunes Beautez, craignezfes charmes
MARS.
Braves Guerriers, craignezfes
armes.
VENUS.
Redoutez fa douceur.
MARS.
Redoutezfon couroux.
VENUS & MARS.
Son jòrtfera mille taloux,
Ilfera couronné de gloire
Par l'Amour, & par la victoire.
Ce Dialogue finy, les Gra
ces fe mirent à dancer une.
efpece de Ménüet ; & en
fuite Bacchus ayant le Verre
en main , fe tourna avec un
GALANT 229
air riant vers le Buffet , &
chanta ces paroles , en regardant
Silene, & les Satyres.
Allons, mes chers Enfans, & vous,
Pere Silene ,
a
Qui ne m'avezjamais abandonné
Buvons, buvons à Taffe pleine
An Prince qui nous eſt donné.
Que chacun de cejus enlumine fa
trogne,
Et faffe honneur au Prince firiuné
Du fameux terroirde Bourgogne.
Silene & les Sates ayant
répeté les trois derniers Vers,
Bacchus pourfuivit.
Il vaincra comme nous les Climats
de l'Aurore
,
Et lelongdu rivage More
230 MERCURE
Son Bras établira noftre Empire
divin ,
Et fonfoudroyant Cimeterre
Délivrera toute la Terre
De ce Peuple maudit qui ne boitpoint
deVin.
La Fefte fe termina par ces
Vers que Jupiter chanta ſur
une Symphonie grave & tresférieuſe
.
Que de bonheur!
que
d'abondance!
Que degloire, & que de repos
Aux Peuples qui vivront fous l'augufte
puissance
De LOVIS, defon Fils, & dujeune
Héros
·Dont nous celebrons la Naiffance!
Iamais le Ciel ne vit unfi longcours
D'heureux fuccés , & de beaux
jours.
GALANT. 231
Tous les Dieux reprirent
les deux derniers Vers , &
Jupiter continua.
Nous pouvons deformais dans une
Paix profonde
Iouir de nos beureux deftins ,
Et parmy las Plaifirs, les feux, &
bes Feftins,
Nous repofer fur eux de l'Empire
du Monde.
Tous ces Vers ont efté mis
en Mufique par M Oudot,
& chantez à la Cour , où ils
ont reçeu beaucoup d'aplaudiffemens.
Les Réjouiffances publiques
pour la Naiffance de
232 MERCURE
Monfeigneur le Duc deBour.
gogne ont continué , & il
s'en eft fait de tres -grandes à
Tournon en Vivarez , squi
commencerent le 28. Novembre.
Je paffe tout ce
qu'on y a veu de commun
aux autres Villes , pour vous
parler du Feu d'artifice que
l'on avoit préparéfur le Rhô
ne. C'eftoit une Machine
quarrée à trois étages . Sur le
plus bas , regnoient fur des
Pilaftres quatre Corniches
,
où l'onvoyoit les Armes des
Maiſons de Vantadour , de
Levy , de Tournon , & de la
>
A
GALANT. 233
Ville. Le fecond étage por
toit de mefme fur des Corniches
, les Armes de Monfeigneur
le Dauphin , de Madame
la Dauphine , & du
jeune Prince , & fur le plus
haut étage , s'élevoit une Pyramide
, qui foûtenoit les
Armes du Roy à fes quatre
faces , & portoit fur fa pointe
un grand Soleil , qui un peu
plus bas , en avoit deux au
tres moins grands à ſes câ
tez. Les Jefuites firent une
Fefte particuliere. Parmy les
Devifes dontils ornerent leur
Court, on remarqua ces qua
Fanvier1683.
V
234 MERCURE
tre fur toutes les autres.
La premiere eftoit un Soleil
au milieu de deux Parélies ,
Lux omnibus una.
Lafeconde,regardoit Monfeigneur
le Dauphin. C'eſtoit
un Parélie , avec ce demyVers
du Poëte ,
Quantum inftar in ipfo eft !
Les deux autres eftoient à
T'honneur du jeune Prince, &
avoient toutes deux le mefme
corps , c'eſt à dire , un Soleil
naiffant.L'une avec ces mots,
Quid nonfi crefcat ?
L'autre avec ceux-cy.
Nafcitur
orbi.
GALANT. 235
4
L'Illumination que firent
paroiftre ces Peres , attira
longtemps les yeux & l'admiration
de tout le monde.
On fut charmé fur tout du
Spectacle d'une Balustrade
de feu , qui regnoit le long
d'une Terraffe du College,
qui domine le Rhône. Ce
College de Tournon eſt
un des plus magnifiques
du Royaume. Il reconnoift
pour fon Fondateur , le
grand Cardinal de Tournon,
fi celebre dans l'Hiftoire fous
les Regnes de François I.
d'Henry II . & de leurs En
4
Vij
236 MERCURE
fans. La Maiſon de Tournon
eftoit des plus illuftres par
fon ancienneté , & par fes Alliances
avec les premieres
Maiſons de France . Elle s'éteignit
en 1644. par la mort
de Jufte- Louis II. Maréchal
de Camp des Armées du
Roy , & Lieutenant de Sa
Majefté dans les Provinces
de Dauphiné , & de Languedoc
, qui fut tué au Siege de
Philifbourg , où il fervoir fous
Monfieur le Prince , de qui
ilavoit l'honneur d'eftre proche
Parent. Madame la Ducheffe
de Vantadour , fon
GALANT. 237
Ayeule maternelle , en re
cueillit la Succeffion.
Parmy les diverfes Feftes
que l'on a faites à Nilmes
dans la mefme occafion,
Mrs du Préfidial fe font extrémement
diftinguez . Apres
avoir donnéà fouper aux Prifonniers
, & fait chanter le
Te Deum dans la Chapelle de
leur Palais , ils en fortirent
en Corps , & en habit de cerémonie
, précedez par la Ba
foche , qui faiſoit une Com→
pagnie de trois cens Clercs ,
ou Praticiens, tous fort leftes ,
& qui avoient des Tam238
MERCURE
3
bours , des Trompetes , des
Hautbois , & des Violon's à la
tefte de leur Drapeau. La
Maréchauffée fuivoit la Bafoche.
Les Huiffiers venoient
enfuite. Les Officiers du Préfidial
, portoient chacun un
Flambeau de Cire blanche.
Apres eux marchoit le College
des Avocats , auſſi en
Robes. Quoy que ce Corps
foit libre , & qu'il n'ait pas
accoûtumé de fe trouver dans
des occafions de réjoüiffance
, il ne voulut pas manquer
en celle-cy, pour mieux marquer
la part qu'il prenoit à
GALANT 239
la joye publique . Le Corps
des Procureurs marchoit le
dernier dans le mefme ordre,
& les uns & les autres portoiét
auffi des Flambeaux . On
avoit préparé dans la Placé de
la Tréforerie un fort beauFeu
d'artifice . C'eftoit une Pyramide
de vingt pieds de hau
teur , appuyée fur un grand
Piédeftal , dont les quatre faces
repréfentoient les quatre
Vertus morales. Ce Feu réüffit
admirablement. L'Obélif
que , au haut duquel brilloit
un Soleil , eftoit chargé de
quantité de Devifes , que M
240 MERCURE
Graverel Avocat , & qui eft
de l'Académie Royale , avoit
compofées. En voicy les principales.
L'Ecu de France fur le dos
de deux Dauphins,
Imperium fine fine.
*
Un Soleil, & dans les nues
qui luy font oppofées , deux
Parélies , l'un defquels commence
à fe former ,
» Surgit, non aliis Impar.
Un grand Lys couronné,
& un petit à chaque cofté,
fortant de la tige,
Nulli excelfitas major, par allu…
fion à ce que ditPline en par
lant
GALANT. 241
lant du Lys , Nulli Florum excelfitas
major.s
Un Anneau avec un gros
Diamant , accompagné
d'un
petit à chaque colté,
Quò plures , eòfplendidior.
Une Aigle , tenant dans fes
ferres un Aiglon, auquel elle
fait regarder le Soleil fixement,
Nec erit virtutis avita degener.
La Maffuë d'Hercule fur la
Peau d'un Lyon ,
Non inferiora fequetur.
Un Grenadier , chargé de
quelques Grénades, avec une
Grenade qui n'eft qu'en fleur.
Janvier 1683
X
242 MERCURE
Regios affumet honores.
Un Vaiffeau Fleurdeliſé,
fur les Mats duquel on voit
ces Feux qui préfagent le
calme,
Fubent fpes effe ratas.
Un Lierre au pied d'un Palmier,
Scandet veftigia.
Une Aigle fort élevée en
l'air , au deffous de laquelle
il y en a une plus petite qui
vole auffi , & fur terre une
Aire , où l'on voit un Aiglon
qui bat des aifles , pour tâcher
de voler comme les autres.
GALANT. 243
Aliquando.
Un Nid d'Alcions fur la
Mer,
Non opus ætates Gallis orare
ferenas.
Un Flambeau allumé , au
quel une Main en préſente
une autre pour l'allumer.
Splendore effulgebit eodem.
Vous m'avez demandé les
noms de ceux qui font venus
faire des Complimens à la
Cour , de la part des Princes
leurs Maiftres , fur la Naiffance
du Prince qui a donné
-lieu à toutes ces Feftes . Je
vous les envoye felon l'ordre
X ij
244 MERCURE
"
qu'ils font venus. Je vous
dirois inutilement qu'ils font
tous d'un mérite diftingué
dans la Cour de leurs Princes
, puis qu'on n'en choiſit
point d'autres pour venir
dans celle d'un Souverain,
qui fait aujourd'huy l'admi
ration de toute la Terre.
Milord Duras de Féverf
ham , Envoyé Extraordinaire
du Roy de la Grand Bretagne.
M' Graham, Envoyé de M
le Duc d'Yorck,
M'Ingelheim, Envoyé Extraordinaire
de M' l'Electeur
de Mayence
.
GALANT. 245
M' Witgenſtein , Envoyé
Extraordinaire de M' l'Electeur
Palatin .
M le Baron d'Alemagne,
Envoyé Extraordinaire de Savoye.
M' Chapeaurouge , Dépu
té de la Ville de Genève.
M' le Comte de Creange,
Envoyé Extraordinaire de
Baviere.
M le Marquis de Caftiglione
, Envoyé Extraordinaire
de Florence.
M' le Marquis de Briffac,
Neveu de M de Briffac, Major
des Gardes du Corps , Dé-
X iij
246 MERCURE
puté de la Ville d'Avignon .
M Sagramofi , Envoyé Extraordinaire
de Mantouë.
M' de Shutz , Envoyé Extraordinaire
de M' le Duc de
Zell .
M le Rhaugraff , Envoyé
Extraordinaire de Mle Duc
de Hanover.
M le Marquis de Gherardini
, Envoyé Extraordinaire
de Modene.
M' le Comte d'Anguifcio .
la , Envoyé Extraordinaire de
Parme.
M ' Imoff , EnvoyéExtraor
dinaire de M' le Duc de Wolfembutel
GALANT. 247
Dom Carlos -Antonio del
Caftillo , Envoyé Extraordinaire
d'Eſpagne.
Plufieurs autres Souverains
ont euvoyé aux Ambaſſadeurs
, & aux Envoyez qu'ils
ont icy , des Lettres de congratulation
fur la Naiffance
de Monſeigneur le Duc de
Bourgogne . Voicy un Madrigal
que cette Naiffance a
fait faire à M Daubaine ,
A MADAME
LA DAUPHINE.
Nnous donnantun Prince, adorable
Princeffe, EN
Pendant tout l'an paffe vous nousfiftes
joyeux.
248 MERCURE
Dica veuille en celuy- cy que pleine
d'allégreffe
La France puiffe en compter deux.
Non , nous ne fommes-pas au comble
de nos voeux.
Si par autant de Victoires gagnées
De l'augufte LOVIS nous comptons
Lesjournées,
dans cent ans,
Nous voudriens que
Luy.me/me comptaftfes années
Par autant de fes Defcendaus .
Comme je fçay que vous
eftimé beaucoup M'Gallot,
je vous envoye une de fes
Pieces de Lut, qui m'eft tombée
entre les mains , & que
jay fait graver. Cet habile
Maiftre eft revenu du long
NA
GALANT. 249
Voyage qu'il eftoit allé faire,
& qui a privé Paris des Concerts
qu'il donnoit tous les
Samedis au Public . Il les doit
recommencer dans peu de
temps , & l'on aura le plaifir
d'entendre cet excellent
Homme qui réüffit fi bien ,
tant pour la fineſſe du Jeu ,
que pour la pofition des
doigts, & la propreté.
Si je ne vous parle pas
tous les mois des Chaffes du
Roy,ce n'eftpas que ce divertiffement
ne foit fouvent un
de fes plaifirs. Comme l'exercice
contribue beaucoup à la
250 MERCURE
fanté, & que celuy-là , non
feulement entretient la vigueur
, mais repréſente toû
jours une image de la Guerre,
ce Prince a l'ame trop martiale
pour l'abandonner. Il
eft fervy en ce qui regarde la
Chaffe , comme en toutes les
autres chofes , c'est à dire ,
d'une maniere admirable , M
le Duc de la Rochefoucant
,
Grand Véneur de France ,
s'acquitant de cette Charge
avec le mefme zele , & la
mefine ponctualité , que de
celle de Grand - Maiftre de la
Garderobe . Rien n'eft mieux
GALANT. 251
imaginé que l'ordre qu'il ob
ferve , & qu'il fait obferver
dans les fonctions de l'une
& de l'autre. Il tient un Regiftre
de tous les Cerfs qu'on
prend chaque année , des
lieux où ont efté les Lauffezcourres,
du nom du Valet de
Limier qui a laiffé - courre;
comme auffi du lieu où le
Cerf a efté pris ou manqué.
Jamais Homme n'a eu plus
d'attachement , & d'exactitude
que ce Duc , dans tous
les fervices qu'il rend à Sa
Majefté. Tous ceux qui ont
l'honneur de fervir fous fes
252 MERCURE
ordres , en reçoivent beaucoup
d'agrément. Feu M ' de
Poids , qui a commandé cet
Equipage fous ce Duc , a eu
longtemps ce plaifir. Il eftoit
tres-capable de cet Employ,
& l'on a toûjours parlé de luy,
comme d'un Homme fort
expérimenté dans les chofes
de Chaffe dont il fe méloit. Il
mourut l'année derniere de
fa mort naturelle , apres avoir
fait cent cheûtes terribles,
inévitables pour ceux de fa
profeffion , & qui devoient
plufieurs fois luy avoir coûté
la vie. Celuy qui luy a fuc
GALANT 253
cedé, n'entend pas moins
bien le meftier de la Chaffe;
& Mr le Grand Véneur , qui
en connoift la capacité & le
mérite , n'a pas attendu long.
temps apres la mort de M' de
Poids , à le faire joüir du fruit
qu'il pouvoit attendre de fes
fervices. Il fe nomme M' de
Fourcy. C'est un Gentilhomme
bien fait , honnefte , &
judicieux. Il eftoit , du temps
de M' de Poids, l'un des quatre
Lieutenans , que Sa Majefté
entretient dans cet Equipage
fous le nom de Lieutenans.
Il tient auffi un Regiſtre
254 MERCURE
de tous les Cerfs qu'on prend
chaque année , avec le mefme
ordre que celuy de fon
Supérieur. Il s'en trouva l'année
derniere cent de forcez
& pris , quoy que le Roy
n'euft commencé à chaffer
cette année-là que fur la fin
de Fevrier. L'année 1681 fut
plus forte de trois Cerfs . M's
de la Rochette , de la Borde,
de Varfenay , & de Nonchelle
, font les
tenans dont je viens de vous
parler. Ils font tres -habiles
dans leur Employ . Il feroit
quatre
Lieu
.
malaifé qu'ils ne le fuffent,
GALANT 255
ayant un Chef auffi vigilant
& auffi éclairé , que l'eſt Mª le
Grand Véneur,
ge
J'ay veu des Lettres d'A .
miens qui portent , qu'il s'y
eft fait depuis peu un Mariatres-
confidérable , entre
M' le Marquis d'Ally de l'ancienne
Maifon d'Ally , & Mademoiſelle
de Gouffier , Fille
de M' le Marquis d'Epagny
de l'illuftre Maifon de Gouffier.
Toute la Province a pris
part à une alliance fi fortable.
La Cérémonie fe fit par Με
l'Evefque d'Amiens . M' l'Intendant
y affifta , avec un
256 MERCURE
grand nombre de Perfonnes
de qualité
.
Dame Magdelaine de
Beaumanoir de Lavardin ,
Comteffe de Teffé , Veuve
de Meffire René de Froullay,
Comte de Teffé , Lieutenant
General des Armées du Roy,
mourut icy fur la fin de l'autre
mois , âgée de 64. ans.
Elle eftoit Petite-Fille du Maréchal
de Lavardin , Soeur de
Mª l'Evefque du Mans le dernier
mort , & do M' le Marquis
de Lavardin , Pere de
celuy d'aujourd'huy. Elle a
laiffé deux Fils, Mile Comte,
GALANT. 257
& M' le Chevalier de Teffé,
tous deux Colonels de Dragons.
L'Aîné eft Brigadier
General. Je vous ay fouvent
parlé de l'un & de l'autre . Madame
la Comteffe de Teffé
leur Mere , eftoit d'un mérite
genéralement connu . Jamais
Femme n'eut tant d'efprit,
de grandeur d'ame , & de
beauté tout enfemble. On ne
peut avoir plus de diftinction
dans les Armes , qu'en a M
le Comte de Teffe, Brigadier,
& Lieutenant de Roy du
Maine. Il eft tres-bien fait,
& a époufé l'Heritiere de la
Janvier 1683. Y
258 MERCURE
Maiſon d'Aunay aupres de
Caën , qui eſt une des meilleures
, & des plus anciennes
de la Province. Il y a une
Abbaye dans la Terre d'Aunay,
fondée par ceux de cette
Maifon. C'eft M' Hüet de
chez Monfeigneur le Dauphin
, qui en eft Abbé préfentement.
Je viens à l'Article des.
Jetons que l'on fait batre
pour eſtre diftribuez le
premier
Jour de l'An , & dont je
vous envoye toûjours une
Planche gravée dans ma
Lettre de Janvier,
GALANT
I.-
. 259
Le
Tréfor
Royal.
Cette
Devife
repréſente une
Urne, fur
laquelle
un
Dieu
de
Fleuve
eft
appuyé , &
d'où
fortent
des
eaux en
abondance,
qui
forment
une
Riviere ,
avec
ces
mots de
Virgile ,
Semperque
recentes.
Cette
Urne
eft
l'image du
Tréfor
Royal,
d'où
les
Finances
de
Sa
Majefté ,
tou
jours
inépuisabl
coulent injours
nouve
ceffamment pour porter l'abondance
dans le
Royaume.
Le Dieu du Fleuve appuyé
Y ij
256 MERCURE
grand nombre de Perſonnes
de qualité
.
Dame Magdelaine de
Beaumanoir de Lavardin ,
Comteffe de Teffé , Veuve
de Meffire René de Froullay,
Comte de Teffé , Lieutenant
General des Armées du Roy,
mourut icy fur la fin de l'autre
mois , âgée de 64. ans.
Elle eftoit Petite-Fille du Maréchal
de Lavardin , Soeur de
M' l'Evefque du Mans le dernier
mort , & de M' le Marquis
de Lavardin , Pere de
celuy d'aujourd'huy. Elle a
laiffé deux Fils, Mile Comte,
GALANT. 257
& M' le Chevalier de Teffé,
tous deux Colonels de Dragons.
L'Aîné eft Brigadier
General. Je vous ay fouvent
parlé de l'un & de l'autre. Madame
la Comteffe de Teffé
leur Mere , eftoit d'un mérite
genéralement connu . Jamais
Femme n'eut tant d'efprit,
de grandeur d'ame , & de
beauté tout enſemble. On ne
peut avoir plus de diftinction
dans les Armes , qu'en a M
le Comte de Teffe, Brigadier,
& Lieutenant de Roy du
Maine. Il eft tres -bien fait,
& a époufé l'Heritiere de la
Fanvier 1683. Y
258 MERCURE
Maifon d'Aunay aupres de
Caën , qui eſt une des meilleures
, & des plus anciennes.
de la Province . Il y a une
Abbaye dans la Terre d'Aunay,
fondée par ceux de cette
Maifon. C'eft Mr Huet de
chez Monfeigneur le Dauphin
, qui en eft Abbé préfentement.
Je viens à l'Article des.
Jetons que l'on fait batre
pour eftre diftribuez le
premier
Jour de l'An, & dont je
vous envoye toûjours une
Planche gravée dans ma
Lettre de Janvier.
GALANT
I.
.
259
Le
Tréfor
Royal.
Cette
Devife
repréſente une
Urne, fur
laquelle
un
Dieu de
Fleuve
eft
appuyé , &
d'où
fortent
des
eaux en
abondance,
qui
forment une
Riviere ,
avec
ces
mots de
Virgile ,
Semperque
recentes.
Cette
Urne
eft
l'image
du
Tréfor
Royal ,
d'où
les
Finances
de Sa
Majeſté ,
toûjours
inépuifables
, &
toû
jours
nouvelles
,
coulent
inceffamment
pour
porter
l'abondance
dans le
Royaume.
Le
Dieu du
Fleuve
appuyé
Yij
260 MERCURE
fur l'Urne , marque qu'il y a
quelque chofe de plus qu'humain
dans l'ordre merveilleux
qui eft étably dans les
Finances. Cette Devife eft
de M' Quinaut, & du nombre
des cinq que M Colbert
choifit, & qu'il diftribuë aux
Graveurs qu'il juge les plus
habiles . M Chéron a eu
cette année le Tréſor Royal .
Il a pour fon droit deux mille
cinq cens livres. Les cinq
Devifes que M Colbert
prend foin de choiſir tous
les ans entre plufieurs que
l'on luy préfente, font
GALANT. 261
1
Le Tréfor Royal,
Les Bâtimens,
Les Revenus Cafuels,
L'Admirauté,
Et les Galeres.
Il faut pour le Tréfor Royal
huit ccns Jetons d'or , & deux
mille fix cens d'argent. Ces
Jetons font diftribuez par le
Garde du Tréfor Royal en
année. Vous fçavez , Madame,
que ce grand Employ
eft remply par deux Perfonnes
qui fervent alternativement
, qui font M's de Bertillac,
& du Metz . M'du Metz
eft entré en exercice cette
262 MERCURE
année. Cet Employ n'eft pas
le feul dans lequel il fert le
Roy avec un zcle & une fidelité
éprouvées depuis fort
longtemps.
II.
Ce Jeton eft pour la Reyne.
Il en faut fix mille cent d'argent.
M du Vaux qui les dif
tribuë , eft Tréforier de la
Maiſon de cette Princeffe .
La Devife eft un Lys épanoiy,
fur lequel des goutes
de Lait tombent du Ciel. Elle
a efté trouvée par Mr Vielle,
Premier Commis de M' Berrier,
GALANT. 263
Les Poëtes difent que Ju
non ayant épanché quelques
goutes de Lait de fes mamelles,
des Lys en fortirent.
Ce Jeton a efté gravé par
M'Chéron.
III.
Les Revenus Cafuels . C'eſt
un Port de Mer , où l'on voit
quelques Vaiffeaux, avec ces
mots ,
Tuti quos recipit.
Un Port de Mer eſt une
image parfaite des Parties
Cafuelles , où les Officiers.
qui ont efté reçeus , font dans
une entiere feûreté , '& cef264
MERCURE
1
fent d'eftre expofez au péril
de perdre leurs Charges . La
Deviſe eft de M Quinaut.
Ce Jeton a efté gravé par M
le Ferme . Il en faut cent d'or,
& trois mille cinq cens d'argent.
M' Teftu eft Tréforier.
IV.
L'Admirauté. Une Bombe,
& un Port de Mer. Cette
Devife eft de M
Charpentier
de l'Académie Françoife, &
a efté gravée par M Rottier.
Il faut quatre mille cinq cens
Jetons d'argent. M Lubert
eft Tréforier de la Marine.
GALANT 265
V
Les Galeres, La Foudre, avec
ces mots ,
Obluctantia quærit.
Comme c'eft le propre de
la Foudre, de chercher
de la
réfiftance , c'eft auffi ce que
le Roy veut que fes Galeres
entreprennent, en attaquant
tout ce qu'il y a de plus redoutable
& de plus grand.
La Devife eft de MiQuinaut
,
& le Jeton gravé par M' Loir .
Il en faut deux mille huit
cens d'argent. M' Henry eft
Tréforier des Galeres ."
Fanvier 1683.
Ꮓ
266 MERCURE
VI.
L'Artillerie. Ce Jeton eft
gravé par M' Aury.
VII.
Les Bâtimens. Un Apollon
debout, appuyant fa Lyre fur
un Pilaftre , pendant qu'il
ordonne à des Ouvriers d'élever
un Palais,
Nec ceffat luftrare orbem .
Quoy que le Soleil , ou
Apollon qui repréſente le
Roy , donne fes foins à faire
il ne laiffe
bâtir , pas
d'éclairer
le Monde
. On croit
que
cette
belle
Devife
a eftéfaite
par
M' Colbert
. Elle
a efté
71
GALANT. 267
gravée par M Bernard . Il
faut feize cens Jettons d'argent
pour les Bâtimens . M
de la Planche en eftoit Tréforier
, mais il a depuis peu
vendu fa Charge à M' Ma
neffier , qui entre cette année
en exercice.
DEST
Voicy des Vers qui ont
efté faits pour la Devife des
Bâtimens de cette année.
Dans le temps qu'il conftruit de pompeux
Bâtimens,
De fon noble loifir legers amusemens,
} }
Mais chef-d'oeuvres parfaits d'éternelle
mémoire,
Il ne ceffe , occupede mille emplois
divers,
T
268 MERCURE
Deporterfesfoins &ſagloire
Dans tous les coins de l'UniveIS.
VII.
Ordinaire des Guerres . Cette
Devife représente un Grénadier,
Dat Fructus , datque coronas.
Rien n'eft plus intelligible .
M' Paparel en eft Trélorier.
Le Jeton a esté gravé par
Mr Chéron.
IX.
Extraordinaire des Guerres.
Un Trophée d'Armes gravé
par le mefme M' Chéron .
X.
La Chambre aux Deniers.
GALANT. 269
Un Autel , fur lequel il y
des Epis de Bled, des Fruits,
& des Raifins,
Primitia fuperis.
Cette Devife eft du Pere
Meneftrier Jefuite. Le Jeron
eft encor gravé par M Cheron,
ainfi que celuy qui fuit.
XI..
Les Ponts & Chauffées. La
Devife a ces paroles pour
ame,
Vicit Iterdurum.
XII.
La Ville de Paris. Un Lys,
avec deux Rejetons,
· Et ab unoflore quid ambo?
Z iij
268 MERCURE
De porterfesfoins fa gloire .
Dans tous les coins de l'Univers.
VHI.
Ordinaire des Guerres . Cette
Deviſe repréſente un Grénadier,
i
Dat Fructus, datque coronas.
Rien n'eft plus intelligible.
M' Paparel en eft Trélorier.
Le Jeton a esté gravé par
M' Chéron.
IX.
Extraordinaire des Guerres.
Un Trophée d'Armes gravé
par le mefme M' Chéron .
X.
La Chambre aux Deniers.
GALANT. 269
Un Autel , fur lequel il y a
des Epis de Bled, des Fruits,
& des Raifins,
Primitia fuperis.
Cette Devife eft du Pere
Meneftrier Jefuite. Le Jeron
eft encor gravé par M' Chéron,
ainfi que celuy qui fuit.
X I..
&
Les Ponts & Chauffées. La
Devife a ces paroles pour
ame,
Vicit Iter durum.
XII.
La Ville de Paris. Un Lys,
avec deux Rejetons,
Et ab uno flore quid ambo?
Z iij
270 MERCURE
Cette Devife eft de M de
Santeüil. Elle eft gravée par
M² Aury.
XIII.
Pour les Notaires. Cette Devife
eft fur le fujet de la
Naiffance de Monſeigneur
le Duc de Bourgogne
,
Quieta tempora damus.
Elle eft gravée par M Rottier.
?
XIV.
Pour les Gardes Marchands
de Vin. Sept Vaiffeaux , &
une Grape de Raifin , qui
font les Armes de la Com
pagnie, avec une Coupe fur
un Autel,
GALANT 271
Regum menfis, arifque Deorum.
La Devife eft de M' de
Santeüil , & le Jeton gravé
par M'Rottier. &
XV.
Huiffiers du Confeil.
XXVI
Pour les Etats de Bourgogne.
Le Signe du Belier fur le
Zodiaque , avec ces mots,
Noftrum uni exfuperis nomen.
Le Belier qui portoit une
Toifon d'or , donna le nom
à la premiere Maiſon du So ,
leil. Ainfi la Duché de Bour,
gogne, où l'Ordre de la Toi
fon a efté inftitué, a eu l'hon
Z iiij
272 MERCURE
neur de voir donner fon nom
áu Petit Fils LOUIS LE
GRAND , dont le Soleil eft
le Symbole. Cette Deviſe
eft de M' l'Abbé Tallemant
Intendant des Devifes. Elle
eft gravée par M' Chéron .
Tay reçeu fi-tard le Jeton
de Madame la Dauphine,
que je fuis obligé de le réferver
pour le mois pro
chain.
Le Mardy 19. de ce mois ,
on fit la Cerémonie de la Benédiction
des trente Dra
peaux du Régiment des
Gardes . On avoit fait un dé-
43
GALANT. 273
1
tachement de dix Moufquetaires
par Compagnie , qui
font trois cens Hommes,
dont trente furent poftez
avec trois Sergens , aux trois
Portes du Choeur de Noftre-
Dame , pour empefcher la
confufion ; & les deux cens
foixante & dix autres Mouf
quetaires firent une haye
dans la Ruë, des deux coftez ,
à commencer depuis la Porte
de l'Eglife autant que l'on
put s'étendre. La marche des
trente Drapeaux fe fit de
cette maniere .
Le Tambour Major , vétu
274 MERCURE
d'un Jufte-au-corps bleu , ga
lonné d'argent, avec un Baudrier
de Tabis gris , piqué
d'argent, fortit des Tuilleries
pour aller à Noftre-Dame,
fuivy de foixante Tambours
battans , veftus de Jufte-aucorps
bleus , chamarrez en
Trompetes de Galon de foye
rouge , argent & bleu ,
Livrées du Roy. Ils avoient
des Baudriers de Buffe galon
nez du mefme Galon argent
& bleu , des Chapeaux auffi
galonneż , des Echarpes de
foye , avec des Rubans affor
tiffans au Chapeau , & à la
4
des
GALANT. 275
Cravate. On voyoit les Armes
du Roy fur leurs Caiffes .
En fuite paroiffoit M ' d'Artagnan
Major , à cheval , fuivy
de Mrs de
Montdegeorge , &
de Vitry , Aydes Major, & de
M's Luzancy, Vauroiiy, Candot
, & Cliffon , Sous- Aydes
Major , tous à cheval. Soi
xante Sergens à pied , fix de
front, marchoient apres eux,
armez de leurs Hallebardes .
Ils eftoient vétus d'un Jufte
au- corps bleu galonné d'argent
, & avoient un Baudrier.
de Buffe galonné de mefme,
la Culote, & des Bas rouges
,
276 MERCURE
un Chapeau gris , avec urt
Ruban couleur de feu à l'Epée
& à la Cravate . Les trente
Enſeignes fuivoient à cheval,
portant chacun leur Drapeau.
Ils alloient quatre de
front, & précedoient foixante
autres Sergens vétus comme
les premiers , & fuivis de foixante
autre Tambours.Quad
ils arriverent prés de Noftre
Dame , Ms le Major , fes
Aydes , & les Enfeignes, mirent
pied à terre , & entrerent
dans la Nef, où les Ser
gens & Tambours fe mirent
en haye à droit & à gauche..
GALANT. 277
1
Les Enfeignes & Drapeaux
occuperét dans le milieu . Un
peu apres , M' le Major & fes
Aydes , avec les trente Enfei
gnes & leurs Drapeaux , fu
rent reçeus dans le Choeur,
où le trouva Monfieur l'Archevefque
affis dans un Fauteuil
au pied des Marches du
Maiſtre Autel. Ce fut là qu'il
fit la Cerémonie. Le Drapeau
blanc qui eft pour la
Colonelle , eftoit le premier.
Il y avoit cinq Couronnes
peintes en or dans ce Drapeau.
Les vingt- neuf autres
eftoient de Taffetas bleu
278 MERCURE
Fleurdelifé auffi en or , avec
une . Croix blanche où ef
toient les cinq Couronnes.
L'Enfeigne qui portoit ce
premier Drapeau , ſe mit à
genoux aux pieds de Mª l'Archevefque
, & fe releva apres
avoir reçeu l'Eau-benifte . La
mefme chofe fe fit pour tous
les autres Drapeaux . En fuite
M' l'Archevelque fe leva, &
s'alla mettre dans fa Chaife
Archicpifcopale , où il dit les
Oraiſons , avec la Mufique.
On y chanta le Veni Creator;
& cela fait , on fortit dans le
mefme ordre qu'on eftoit
GALANT. 279
entré. Lors qu'on fur hors de
l'Eglife, chaque Compagnie
des dix Moufquetaires &
Sergens , qu'on avoit poftez
en haye dans la Ruë , prit les
Drapeaux d'entre les mains
des Enfeignes, & les emporta
chacune dans fon Quartier
de Compagnie des Fauxbourgs
de Paris .
M³ Chaiffon , de Montelimart
en Dauphiné , s'eftant
rendu à l'Arſenal le Lundy
25. de ce mois , y fit l'épreuve
de fa Poudre foudroyante , en
préfence de M' le Duc du
Lude. Un Canon de l'Hôtel
280 MERCURE
de Ville , du calibre de fix livres
de bale , y avoit eſté
conduit. Il le chargea de deux
livres de fa Poudre renforcée,
& puis , de fa Boëte fou
droyante . Elle avoit environ
trois pouces de diametre , &
dix pouces en longueur. Elle
eftoit de dix-huit livres de
poids. La force de cette Poudre
porta la Boëte juſques au
Moulin prés de Ville- juif,
qui eft à une lieuë de l'Arfenal.
Elle éclata avec tant de
bruit, & fit un fi grandfracas,
qu'on la peut nommer un
nouveau Foudre de guerre.
GALANT. 281
Vous aurez fans doute appris
que M le Marquis de
Beauveau a efté reçeu Capitaine
des Gardes de Monfieur.
C'eſt un Poſte digne
des Perfonnes de la plus haute
naiffance. Auffi ce Marquis
eft- il d'une des plus confidérables
Maifons du Royaume.
Il eft Frere de M ' l'Evefque de
Nantes , & a époufé depuis
peu Mademoiſelle de S. An .
dré , âgée de dix -fept ans.
Cette jeune Mariée a beaucoup
d'efprit , & fçait tout
ce qu'une Perfonne de fon
Sexe peut fçavoir pour eftre
Fanvier 1683.
A a
282 MERCURE
eftimée parfaite .
La premiere des deux
Enigmes du mois de Decembre,
a efté expliquée par ce
Madrigal de l'Albaniſte de
Rouen .
S4
Ans vous plaindre , Philis , des rigueurs
de l'Hyver,
Approchez- vous dufeu ,pourquoy vous
en priver?!
Sifa brûlante ardeur vous gaste le
visage,
Mercure vous oblige au premier jour
And
del'An;
Nvons étreine d'un Ecran ,
Vous pouvez le mettre en usage.
Ceux qui l'ont encore expliquée
fur l'Ecran, font M's
GALANT 283
de la Martiniere , d'Epoiffe
en Auxois , au Duché de
Bourgogne De Vallaunay,
Sous -Brigadier dans les Chevaux
- Legers ; L. Serrant,
Curé de Nogent le Roy;
Louvart , I. B. du Moulin , de
la Rue S.Denys , Des Portes,
Faillet, & Bailly, de la mefme
Ruë , Pinchon , de Roüen,
D.Teftard ; Leger de la Verbiffonne
, Crochat , de Torchefelon
en Dauphiné, Profeffeur
és Mathématiques;
L'aimable Comte de C...
Penfionnaire au College de
Harcourt & le Parifien fo-
A a ij
284 MERCURE
litaire du Cabinet obfcur, de
Tours ; Mefdemoiſelles Serain
; Marie Dourdilly , de
la Rue S. Denys , Nanon
Provins , de la mefme Ruë ;
Madelon Proüais ; Baron,
de la Rue S. Bon ; Journet,
de l'Hoftel des Urfins ; Le
Mary jaloux , de Dreux ; L'Amant
tenébreux des delices
du bon Vin, d'Amiens ; L'Indiférend
de l'aimable Philis,
du Marais ; L'Indiférend chatoüilleux
de S. Germain en
Laye , du Quartier des Recolets
; Le Medecin Amant
de la belle Manon, de XainGALANT.
285
4
tes, Le Roy, & labelle Reyne
du fecond Bal de la Rue de
la Verrerie, proche la Ruë de
Mouffy ; La belle Lyfete, de
Dreux ; La belle Terbocher,
à l'Anagramme Bel Aftre cher
objet, de la Ruë S. Victor ; La
belle Edrobale , de la Rue
Grenier S. Lazare , La charmante
Brune du Fauxbourg
Cauchoife de Rouen , L'infidelle
Mere de l'amoureuſe
Fille ; L'Amante defefperée
de réfolution de par le peu
fon Pere La Beauté Affri
quaine , du Quay de la Megifferie
, L'aimable Cataut
286 MERCURE
du mefme lieu , fa Maîtreffe;
La Blondine à
l'Anagramme
A fa veuë il n'y a guère d'ame
libre , de devant l'Eſtrapade ;
La Bergere de la Rue Simon
le Franc , La Mufete à l'Anagramme
L'efprit hafté & delié,
de la Rue Grenelle , L'aima
ble future Champenoife ; &
fon infenfible Soeur du Quar
tier des Halles . En Vers , M
Rault, de Rouen , Avice, de
Caën , Ruë de la Harpe , Bu
rel , de Vitré en Bretagne;
Carriere , du meine lieu ,
Le Secretaire du Parnaffe ;
Forteau, Avocat à Semeur,
GALANT. 287
Droüart de Roconval ; &
L'Ennemy d'amour , à l'Anagramme
L'Héroïne m'y entraine
; Mademoiſelle Guillemete
Manin , de Semeur;
La belle Prifonniere du Fauxbourg
S. Antoine , La Belle
à l'Anagramme Je n'aime rien
hors le mérite , de la Rue de la
Licorne ; La Blondine à l'Anagramme
Héroïne cache d'attraits
mortels, de laRue Trouffe
vache ; & la Brunete à l'Anagramme
H. M. eft àſa Cour,
de la mefme Ruë.
Le Manchon & le Paravent
font les autres Mots fur lef
288 MERCURE
quels on a expliqué la meL
me Enigme.
M' Vignier de Richelieu
a renfermé le vray Mot de
la feconde Enigme dans cet
autre Madrigal.
Ous reconnoiffons tous les
Nous
reco
Qu'iln'eft point de laides amours .
Quandon aime, fuft- ce uneGaupe,
Si l'on voit boire à fa santé,
Celuy qui s'en trouve enchanté,
Neceffe pas de dive, Taupe .
rs
M's Bouchet, ancien Curé
de Nogent le Roy ; Vilain,
de Rouen , Diéreville , La
fpirituelle Nanon du Pont
S.
GALANT. 289
尊
8. Michel; & le trop patient
Cavalier en amour , ont expliqué
cette mefme Enigme
fur le Mot de Taupe .
Un Liévre , une Bale , un
Verre à boire , du Sel , & un
Champignon , font les autres
fens qu'on luy a donnez.
J'ajoûte les noms de ceux
qui ont expliqué l'une &
l'autre Enigme. M Semu
lier , Maire de Semeur en
Auxois ; Conftantin Renneville
, de Caën ? Mignot , de
la Court du Palais ; B. D. B.
à l'Anagramme Le Blondjoly,
Lieutenant au Regiment
Fanvier 1683. Bb
290 MERCURE
4
Royal des Vaiffeaux ; Le
Grand , Controlleur de la
Porte Cauchoiſe à Rouen;
Mademoiſelle Aubin , de la
Rue de la Verrerie ; M. D. B.
à l'Anagramme A midy je
brille, de la Rue Villedor ; Les
trois Vierges de la Vigne, de
la Rue groffe Horloge de
Rouen , Le Becot vermeil,
de la mefme Ruë ; Tamirifte,
de la Ruë de la Cerifaye ; Le
bon Gonneffier ; Les deux
Voyageurs d'Orient & d'Occident
; La belle Blonde de
la Ruë neuve des Petits-
Champs ; La fpirituelle Mere
GALANT 291
des charmantes Blondes de
Dreux ; La jeune Beauté de
la Rue Parifie de la mefme
Ville , La fçavante Minerve
de la Rue Monconfeil ; Les
trois aimables & belles Brunes,
chéries d'Apollon & des
Muſes , de la Rue S. Denys.
En Vers. Mrs de Fleffel de
Vermolet, d'Amiens ; De la
Tronche, de Rouen ; Allard;
C. Hutuge d'Orleans , demeurant
à Metz; E. Foineau,
Sous-Chantre de la Cathé
drale de Vennes ; L'Amant
difcret & fidelle ; Le Manan
de la Belle Etoile de la Ruë
Bb ij
292 MERCURE
S. Antoine , Le Marquis inconnu
de la belle Françoiſe
Jofephine ; L'aimable à l'Anagramme
La Guerre eft fur
ma vie , d'Amiens ; & la Nymphe
de S. Paul, avec fa Suite.
Je vous envoye deux nouvelles
Enigmes, La premiere
eft de M Germain de Caën;
& la feconde , de . M' de la
Barre de Tours.
ENIGME.
Voy que je fois formé d'une
matiere dure,
Rien de dur toutefois n'entre en mon
aliment.
T
GALANT. 293
Mon corpsplus long que large eft de
tellefigure,
Que je n'ay que deux yeux, & deux
bras feulement.
Se
Ces deux bras pour agir me feroien
inutiles,
Sans l'aide de deux Soeurs , qui d'un
commun effort,
Faifantdemon travail & le foible,
& le fort,
Mepromenent partout dans les Chaps
& les Villes .
$ 2
Je fers également le Sujet & le Ray.
Que l'on me couvre d'or , qu'on me
charge d'ordure,
Je n'enfaispas moins mon employ;
Et fi quelquefoisje murmure,
Ce n'estjamais de ma parure ,
M'eftant indiférent quoy qu'on mette
fur moy.
294 MERCURE
AUTRE ENIGME .
Jaylamesme Mere que l' Homme;
Chez mille Autheurs l'on me compare
à luys
Mon ufage merendfi commun aujourd'huy,
Qu'on me voit au "apon comme on -
me voit à Rome.
Se
Si je tombe, au moment qu'on me
donne le jour,
Mon Perepar un heureux tour,
Des débris de mon Corps fait une
Creature,
Qu'on peut dire mon Frere ; admirez
mon amour!
Pour purger les defauts de mapauvre
Nature,
GALANT 295
A peine fuis-je fait, qu'on me met
dans le feu;
I'y fouffre , j'y rougis , &je wy
plains unpeu,
Mais ma vie en devient & plusforte,
&pluspurc.
$2
Malgré mesfoins pour plaire en diverfesfaçons
,
Et malgré lesfecours que je donne
à la vie,
L'Homme jamais n'a l'ame plus
ravie,
Qu'en me voyantpres des tifons.
S&
Pour vous montrer combien j'aime
mon Perc,
Te le nourris quand il m'afait;
Pour le produire, helas , il entr'ouvre
ma Mere,
า .
Bb iiij
296 MERCURE
Etplus en me faifantfa main paroift
fevere,
Etplusjefuisparfait.
S&
Icfuis en bonne odeur felon qui je
fréquentes
Quelquefoisje fens bon , fouventje
fens mauvais;
Ie donne du dégonft, je donne des
attraits ,
Selon que le casfe préfente.
$2
L'onde & le feu , qui font élemens
oppofez,
Par mon moyen apprivoifez,
Pareiffent l'un & l'autre eftre d'accord
ensemble,
Quand dans mon corps j'affemble
Un Tout deplufieurs compofez.
GALANT 297
$2
Mais enfin , comme l'Homme , &
mortel, & fragile,
Selon quej'ayfouffert pendant que
jayvécu
Un soufle bienfouvent, ou le mindre
feftu,
Me tüe, & me rend inutile.
M' de Bellievre , Marquis
de Grignan , Confeiller d'honneur
au Parlement de Paris,
eft mort icy le Mardy vingtfixiéme
de ce mois. Meffire
Pompone de Belliévre ,
qui apres avoir efté Ambaffadeur
en Angleterre , &
-Plénipotentiaire
au Traité de
Paix conclu à Vervins en
"
298 MERCURE
1598. fut fait Chancelier de
France par Henry IV. laiſſa
pour
Fils Meffire Nicolas de
Bellievre , Préfident à Mortier
au Parlement de Paris,
Confeiller d'Etat , & Doyen
du Confeil . De Nicolas de
Bellievre font fortis , Mcffire
Pompone de Bellievre , qui
a efté Ambaffadeur
en Italie,
en Hollande , & en Angle
terre , & Premier Préfident
au Parlement ; & Meffire
Pierre de Bellievre , qui eft
celuy dont je vous parle , &
qui a efté auffi envoyé Ambaffadeur
en Angleterre
. Il
GALANT. 299
eftoit Abbé de S. Vincent
de Metz , & eft mort âgé de
72. ans.
Mr Guitoneau , Premier
Valet'de Garderobe du Roy,
qui eft mort quelques jours
auparavant , n'en avoit encor
que quarante-fept. Il eftoit
Fils de M Guitoneau ,l'un des
plus anciens Secretaires du
Roy que nous ayons , & fort
entendu dans ce qui regardoit
la fonction de fa Charge.
Il fervoit le Roy fort à fon
gré. Auffi en avoit-il reçeu
des bienfaits confidérables,
puis qu'il en tenoit une Ab300
MERCURE
baye , & qu'il joüiſſoit outre
cela d'une Penſion confidérable
fur un autre Benéfice .
Voyez, Madame , la diverfité
des chofes du monde . Les
uns meurent jeunes , & les
autres fe tirent des bras de la
mort dans un âge fort avan
cé. C'eft ce qui arriva le dernier
mois à M' le Préſident
Charreton, dont vous me demandez
des nouvelles. Le
bruit de fa mort qui s'est répandu
jufqu'en voftre Ville,
femble avoir couru par tout.
Voicy ce qui a donné occafron
à ce bruit . Cet illuftre
GALANT. 301
Préfident eftant follicité par
plufieurs Perfonnes de la premiere
qualité , de fe trouver
à fa Chambre un jour que fa
fanté ne le devoit pas permettre
, il fe fit un devoir d'y
aller, pour rendre ſervice à fes
Amis . A peine y fut-il arrivé,
qu'il luy prit une foibleffe
qui alarma tous ceux qui
eftoient préfens, à caufe de
fon grand âge . Elle fut fuivie
d'une feconde , qui parut encor
plus dangereufe , & il
en eut une troifiéme fi
de , qu'on la prit pour l'effet
d'une apoplexie. Au bruit
gran302
MERCURE
qui en courut d'abord au Palais
, la plupart des Préſidens
& des Confeillers , vinrent
s'informer eux - mefmes de
l'état où il eftoit, & fa Chambre
en fut auffi-toft remplie.
Mile Préſident de la Barde y
vint des premiers , & dans
l'incertitude
du retour de fa
fanté, il commença ce qu'il
avoit à luy dire ,, par
fes qui regardoient fon falut
, & fut mefme fur le point
de luy donner l'abfolution.
Vous fçavez qu'il eft d'Eglife ,
& revétu des caracteres néceffaires
pour adminiſtrer ce
les choGALANT.
303
que
Sacrement. Mais le bon fens,
& une parfaite connoiffance
que M Charreton conferva
toûjours , luy firent juger
la chofe ne preffoit pas.
On le remporta chez luy, où
la bonté de fon tempérament,
& fa forte conftitution ,
ont plus fervy à le rétablir,
que toute la ſcience, &l'habileté
des Medecins . Cela doit
paroiſtre extraordinaire dans
un Homme de fon âge . Il eſt
Sous-Doyen du Parlement ,
où il fut reçeu Confeiller le
17. Janvier de l'année 1626 .
c'est à dire , qu'il y a cin-
!
304 MERCURE
-
quante -fept ans paſſez qu'il
poffede cette Charge ; & ce
que vous trouverez d'affez
fingulier , c'eſt que Mª de
la Douze Charreton fon
Pere , qui mourut Confeiller
de la Grand'Chambre à Paris
en 1625. avoit eſté reçeu dans
fa Charge en 1584. Ainfi le
Pere & le Fils , ont quatrevingts-
dix - huit années de
fervice dans le Parlement
,
fans autre interruption
que
celle de quelques mois ; &
comme il ne s'en manque
plus que deux pour faire le
fiecle , M' le Préfident Char
GALANT. 305
reton peut efpérer d'aller au
dela.
Je ne vous ay point encor
parlé du retour de M le Duc
de Noailles , quoy qu'il foit
arrivé dés l'autre mois , mais
un peu indifpofé, tant à cauſe
de la fatigue du chemin, que
de la continuelle application
avec laquelle il a donné tous
fes foins aux Affaires de Sa
Majefté. Je vous ay fait le
détail de fon Voyage , & de
tout ce qui s'eft paffé fur fa
route , & aux Etats de Languedoc.
Il ne me reſte à vous
entretenir aujourd'huy , que
Janvier 1683.
.
Cc
306 MERCURE
de fa promptitude pleine de
zele à executer les ordres du
Roy pour le fervice de l'Eglite
. Le Parlement de Tou.
louze , par Arreft du 16. de
Novembre , avoir défendu
l'exercice de la Religion Prétendue
Réformée dans la
Ville de Montpellier, & ordonné
que le Temple qui y
eft , feroit razé jufqu'aux fondemens
, parce qu'au préjudice
de la Déclaration donnée
en 1680. les Religionnaires
avoient reçeu à leur Prêche
, & mefme à leur Cene,
une Demoifelle qui avoit
a
GALANT. 307
fait profeffion de la Religion
-Catholique. L'execution de
cet Arreft ayant efté diferée,
M le Duc de Noailles en
fut chargé par un ordre qu'il
receut le premier jour de Decembre
; & ce qui eft fort remarquable
, c'est que dés ce
mefme jour toutes les chofes
néceffaires fe trouverent prêtes
, non feulement pour ce
qui regardoit la démolition
du Temple , mais encor
pour tout ce qui pouvoit empefcher
le défordre dans une
pareille occafion , ceux meſmes
qui en devoient avoir de
Cc ij
308 MERCURE
la joye , pouvant caufer quelque
trouble par l'avidité d'ef
tre Spéctateurs de ce qu'on
alloit executer . M' de Noail
les qui avoit prévû à tout,
trouva en peu d'heures tous
les Ouvriers dont il eut befoin
. Il fe rendit donc dés le
mefme jour à la Porte de ce
Temple , accompagné de
toute la Nobleffe des Etats
de Languedoc aſſemblez à
Montpellier , & de plufieurs
Bourgeois , & apres avoir déclaré
les ordres du Roy , il
donna le fignal , & vit commencer
la démolition
; apres
GALANT. 309
quoy il monta à cheval , &
fuivy de fes Gardes , & de
plufieurs Gentilhommes , il
..paffà dans toutes les Ruës,
où tout eftoit fort tranquille.
La Bourgeoifie eftoit fous les
armes , & un Détachement
de la Garnifon de la Citadelle
gardoit les Portes de la Ville .
Ce qu'il y cut d'étonnant,
c'eft que le Temple fut démoly
en beaucoup moins de
temps que ne portoient les
ordres du Roy , tant M' le
Duc de Noailles avoit pris des
mefures juftes pour les faire
-exécuter avec promptitude .
+
310 MERCURE
Čes ordres ne pouvoient
tomber en de meilleures
mains que dans celles de ce
ོ་
Duc. Quand on a une veritable
pieté, on ne s'applique
à rien avec plus d'ardeur
qu'à fervir l'Eglife ; & quand
on eft honnefte Homme,
qu'on fait fon devoir , &
qu'on n'a point une vertu
farouche, on eft aimé mefme
de ceux contre qui on eft
obligé d'agir. C'eſt ce qui
eft arrivé à M de Noailles,
pour qui tout le Peuple de
Montpellier a fait des prieres
, jufques aux ReligionGALANT
311
དགཏི
naires mefme. Voila comme
les manieres honneftes fçavent
gagner tout le monde.
Tant que M de Noailles a
denicuré à Montpellier , il a
! donné audience à tous ceux
qui ont fouhaité de luy parler
, & il a plus vuidé d'affaires
en quelques jours, qu'on
n'en avoit fait en ce Pais -là
en plufieurs années ; & cela,
fans avoir voulu permettre
K que perſonné de fa Maiſon
ait pris aucuns droits.
J'aurois pû vous parler fur
la fin du mois paflé , de la
prife du Vaiffeau nommé
312 MERCURE
la Regle, faite par M' Forant;
mais comme mes Lettres
font moins pour vous apprendre
les premieres nouvelles
de ce qui fe paffe de
fingulier, que pour vous en
faire un recit exact , je ne
vous mande jamais ce qui fe
publie d'une Affaire fur les
premiers bruits qui s'en répandent
, parce que
chacun
parlant felon fa paffion ou
fon intéreft , il eft rare que
ces bruits fe trouvent entierement
veritables . Ce n'eſt
que de la prife d'un feul Vaif
feau qu'il s'agit icy , mais les
circonstances
GALANT. 313
circonftances de cette
action
la rendent fi
gloricule pour
les François , qu'il eft des
rencontres ou des Batailles
gagnées le font moins pour
les Vamqueurs . ? Vous en ju
gerez fut ce que je vay vous
dire. Le Vailleau nommé
la Regle , ayant eſté enlevé
aux Maloüins par les Corfaires
d'Alger, tous nos Vaif
feaux curent ordre de le reprendre
. Ce n'eftoit pas une
chofe aifée , un Vaiffeau feul
ne fe retrouvant ppas fort fa
cilement fur de vaftes Mers ,
mais le Roy le fouhaitoit, &
Fanvier 1683.
Dd
314 MERCURE
ce Vaiffeau ne pouvoit éviter
d'être repris. Deux Juifs d'Alger
l'acheterent , & l'ayant
monté de Matelots Hollandois,
ils l'envoyerent en Hol
lande pour s'y fournir de mu
nitions de guerre, & des cho
fes neceffaires pour l'équipement
des Vaiffeaux. Ce Na
vire ſe joignit au retour à une
Flote de trente Vaiffeaux
Marchands Hollandois , ef
cortez par trois Vaiffeaux de
guerre, dont l'un eftoit monté
de foixante Pieces de Canon,
l'au e de quarante-fix,
& le de ier de quarante
. Il
GALANT. 315
rs
arriva au commencement du
mois dernier à la Rade d'Alicante.
Ms Forant , & de
S. Aubin, qui croifoient dans
ces Mers - là , eftant allez
moüiller dans la mefme Ra
de , ayant eu avis de fon arri
vée , l'envoyerent reconnoître
par leur Chaloupe , & par
quelques MatelotsMalouins ,
qui le trouverent à l'anchre
entre la Flote & les Fortereffes
d'Alicante , de maniere
que tout ce qui l'environnoit
pouvoit fervir à le mettre en
feûreté , puis qu'il pouvoit
eftre défendu du Canon des
2
D dij
316 MERCURE
Fortereffes & qu'outre les
Vaiſſeaux Hollandois, il y en
avoit plus de cinquante au
tres de diverfes Nations ;
mais rien n'eft capable d'étonner
des François , &
comme le péril augmente
la gloire , ” il ne fert jamais
qu'à les exciter. M" de Palieres
& de Sainte Maure ,
eurent ordre de fe rendre
maîtres de ce Vaiffeau avec
deux Chaloupes armées qu'-
ils commandoient. Ils s'en
emparerent à la faveur de la
nuit avec beaucoup d'intrépidité
& de conduite , mon-
Pbqa
GALANT. 317
•
terent dedans , & le remori
querent à travers tous les
Vaiffeaux dont je viens de
vous parler. Les Comman
dans Hollandois s'en eftant
apperçeus trop tard , envoyerent
demander ce qui
obligeoit les François d'en
ufer de cette forte , puis que
le Vaiffeau qu'on avoit pris
portoit le Pavillon de Hol
lande , & qu'il eftoit ſous la
protection des Etats . Les
mefmes qui furent envoyez,
avoient ordre de dire , que fi
l'on refufoit de le rendre, on
feroit obligé de l'avoir par
Dd iij
318 MERCURE
>
force. Cela fut caufe que les
François fe mirent en état de
bien recevoir ceux qui entreprendroient
de les attaquer.
Les trois Capitaines
Hollandois l'ayant appris,
vinrent à bord de M' Forant,
pour luy perfuader de rendre
fa prife. Il leur répondit que
ce Navire appartenoit à des
Juifs d'Alger , qu'il eftoit
deftiné pour la mefme Ville,
& chargé de Munitions de
guerre , & de plufieurs autres
chofes dont les Algériens
avoient befoin , & qu'enfin
il n'avoit ny connoiſſement,
GALANT 319
ny charte partie. Ces trois
Commandans ne fçachant
que répondre à de fi juftes
raifons , le prierent de montrer
fes ordres , ce qu'il voulut
bien leur accorder. Ils
s'en retournerent auffi- toft
apres , & les François fe retirerent
avec leur prife , à
la veuë des Vaiffeaux de diverfes
Nations.
La Cour de France qui
eft non feulement la plus
grande & la plus galante de
l'Europe, mais encor la plus
floriffante & la plus tranquille
, continue à prendre
Dd iiij
320 MERCURE
part aux plaifirs que le Roy
a la bonté de luy procurer)
Il y en a de marquez pour
chaque jour de la femaine.
Le Lundy , le Mercredy , &
le Vendredy , font deſtinez
pour le Jeu , & ces trois
jours -là font toûjours nommez
Jours d'Apartement. Les
vous en fis il y a un mois
une affez longue deſcription,
pour ne vous en point parler
davantage, Le Dimanche,
le Mardy , & le Jeudy , font
marquez. Il y a Bal & Comédie
Françoife ou Italienne.
L'Opéra eft le divertiſſement
CH
GALANT! 321
du Samedy. Celuy qu'on y
repréfente, eft intitule Phaeton
. Les Vers font de M
Quinaut, Auditeur des Com
ptes , & la Musique ; de Mỹ
de Lully. On affure qu'il n'y
a rien de plus beau que celle
de cette Piece, & que la Symphonie
en eft admirable .
Comme il n'y a point encor
d'affez grande Salle à Ver-i
failles pour y faire des Ma-l
chines , il n'y en a point dans
cet Opéra de forte que la
grandeur du Spectacle dé !
pend des Habits . My Berrih!
Deffignateur
ordinaire dul
322 MERCURE
Cabinet du Roy, n'en a pas
feulement fait les Deffeins,
mais il a auffi pris foin de les
faire exécuter. On les a trouvez
tres- bien entendus , &
d'une façon toute finguliere.
Je croy devoir encor vous
apprendre, avant que de fortir
de Verſailles , que Leurs
Majeftez , & toute la Maiſon
Royale, y ont fait l'honneur
à M de Chasteaurenard,
Confeiller au Parlement , &
Fils de M' Daquin Premier
Medecin de Sa Majesté Į de
figner fon Contract de Ma
a
.
2
GALANT 323
4
riage. Il a épouse depuis peu
de jours Mademoiſelle de
l'Ifle, Fille du Secretaire du
Roy de ce nom ... ?
Rien n'eft plus noble que
le Meftier des Armes ; mais
comme ceux qui le font le
mieux , l'ont appris , il eft
neceffaire qu'on reçoive des
Maiftres pour en inftruire les
autres. Cette Réception eft
affez éclatante , & le fait toûjours
en préfence de M le
Procureur du Roy , entre les
mains duquel le nouveau
Maiftre prefte le ferment. La
derniere fut faite dans la
324 MERCURE
>
Grande Ecurie du Roy, & M*
de Rians áffifta à cette Ce²
rémonie , avec M' de Grand-
Mailon , Prevolt de l'inte . Le
S de Liancourt , eftoit celuy
quifoûtenorrles Affauts pour
eftre reçeu. Le combat fe fit
à l'Epée & au Poignard, Parmy
tous les Maitres qui firent
affaut , le S Girier fe fignala.
Toute la Compagnie
fut enfuite traitée par M Renard
, Doyen des Maitres
en-fait- d'Armes , & Oncle
de celuy qui venoit d'eftre
LeRoyayant nommé
GALANT
335
a
}
M' le
Préſident de Fourcy
pour remplir la place de
Preyoft des Marchands, apres
M de Pomereu , ce Préſident
reçeut le jour meſme un
Paquet où eftoient ces quatre
Yersonal ,
tregomvillig
La Fortune aujourd'huy vous rend
1) une visite,
Faloufe de montrer envers vousfon
devoir
Mais elle pourra bien épuiferfon
Sans qu'elle égale encor vaſtre race
merite.
M' le Préfident de Fourcy
eft genéralement
eftimé. Il
eft tres- habile , & tres -hon
326 MERCURE
nefte Homme, & d'une naiffance
illuftre.iqra
Je ne vous dis rien de la
Foire de S. Germain , dont
l'ouverture fe doit faire dans
deux jours! Tous fes Diver
tiffemens n'y feront pas fans
utilité , puis que Mª de Jaugeon
, qui l'année derniere
fit jouer au Jeu du Monde,
fera voir cette année le Jeu
des Conqueftes du Roy, avec
les Lieux où elles fe font
faites . Il en donnera la def
cription le mois prochain .
y
Vous vous fouvenez , Madame
, que M Mignon, Maî
GALANT 327
tre de la Mufique de l'Eglife
de Paris , propofa il y a quel
que mois , des Bouts-rimez
remplis à la louange du Roy,
fur les Rimes de Pan & Guer
nuche, & promit la Médaille
de Sa Majesté à celuy qui fe
roit le plus beau Sonnet. Celuy
qui a remporté le Prix
commence par
Foins un courage d'Aigle à lafierté “
d'un Pan.
On le trouvera à la tefte,
d'un Recueil , que le S Quinet
Libraire , dans la Gal , des
Prifonniers , a fait imprimer.
Ce Recueil contient la plus
328 MERCURE
grande partie des Sonnets
C qui ont efté faits fur ces
Bouts-rimez. Ils ont chacun
leur beauté , & font connoiftre
la diverfité des Gé
nies. Perfonne n'eft venu demander
le Prix , que M² Mignon
eft preft de délivrer
celuy qui luy fera [ connoiftre
que le Sonnet eſt de
fa façon. Ceux qui ont bien
voulu préfider au jugement
de ces Sonnets , font d'un
rang du premier ordre , &
d'un efprit tres - diftingué.
Il eft vray que Madame la
Ducheffe de la Feuillade,
GALANT $ 329
pour laquelle vous me témoi
gnez de l'inquiétude, a efté
condamnée des Medecins ,
mais comme ils ne jugent
pas en dernier reffort , leurs
Arretts demeurent fouvent
fans effet. Cette Ducheſſe
ayant un efprit folide , & de
bon gouft , avec une grande
modeftiera bien caufe des
alarmes à toutes les Perfonfonnes
qui aiment le vray
mérite.
-Les Modes nouvelles font
rares, & d'ailleurs , la Cour eft
en deuil depuis la mort de
Mole Comte du Vexin. Ce
E e
Janvier 1683.
330 MERCURE
pendant j'en ay tine grande
à vous mander , c'eft que les
Femmes portent préfentement
des Manteaux, & des
Jupes , des mefines Damas
dont on fait les Lits.ni
Voftre impatience pour
les Dialogues des Morts , dont
je vous parlay la derniere
fois, fera fatisfaite au premier
jour. Les Sieurs Blageart &
Quinet, Libraires, commenceront
à les debiter cette fe
maine. Ils font dédiez à Lucien
, qui a fourny à l'Autheur
l'idée de faire parler
des Morts. Le Volume con
a
GALANT. 331
fix
tient dix - huit Dialogues,
fix de Morts anciens
de Morts anciens avec des
modernes , & fix autres de
Morts modernes , Vous y
trouverez par tout un tour/
fin & délicat, qui vouss en
rendra la Morale tres agreable
; & je fuis perfuadé que!
les Dialogues de Socrate aved
Montagne , & d'Anacreon
avec Ariftote, quoy, que fur
des matieres férieuſes, ne fev
ront pas moins de voſtre
gouft , que ceux d'Alexandre:
avec Phriné , & de Sapho
avec Laure dont les fujets
PA
Ee iij
332 MERCURE
font galans, Vous m'en fe
rez fçavoir voſtre ſentiment.
Comme il n'eft point d'Ou
vrage parfait , l'Autheur qui
a beaucoup d'eftime pour
vous , vous demande une
Critique, aljon des
Je me fuis trompé en vous
mandant il y a un mois que
M de la Prouftiere eftoit
Préfident de la Cinquiéme
des Enquestes. Je devois
vous dire, de la Quatrième.
Une Belle, pleine de mé
rité & de vertu , prétend n'avoir
que de l'eftime pour un
Cavalier, qui luy écrit tresGALANT
1333
fouvent avec beaucoup de
tendreffe. Luy-mefme il lan
porte à brûler fes Lettres,
mais quoy qu'elle fe dife tous
les jours à elle-mefme , qu
elle doit le faire , à caufe des
conféquences que l'on en
pourroit tirer s'il arrivoit qu'-
elles fuffent veuës , elle ne
peut s'y réfoudre. Croyezvous
, Madame , , que fon
coeur agiffe de bonne - foy
avec elle, & qu'il ne luy cache
pas une partie de ce qu'il
reffent pour le Cavalier, s'il
eft vray qu'elle foit perfuadée
que l'eftime feule a part
334 MER . GAL:
au plaifir qu'elle fe fait de
recevoir de les Lettres ?
Je vous entretiendray le
mois prochain de plufieurs
grands Mariages. Je fuis,
Madame, voftre &c.
A Paris, ce31 Ianvier 1683.
Qualité de la reconnaissance optique de caractères