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1683, 01, t. 21 (Extraordinaire) (Lyon)
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Texte
Bibliothecæ
quam
Illuftriffimus
Archiepifcopus
&Prorex
Lugdunenfis
Camillus
de Neufville
Collegio
SS .
Trinitatis
Patrum
Societatis
JESU
Teftamenti
tabulis
attribuit
anno 1693 .
JN
6
:
EXTRAORDINAIRE
DU
MERCURE
GALAN T.
QUARTIER DE JANVIER 1683.
TOME XXI.
DE
LA
VIL
LYON
NCE
Imprimé à Paris, &fe vend
A LYON,
Chez T. AMAULRY, Rue Merciere,
au Mercure Galant.
M. DC. LXXXIII.
AVEC PRIVILEGE DV ROT,
ON
N donnera toujours un Volume
nouveau du Mercure Galant le
premier jour de chaque
Mois , & on
le vendra , auffi - bien que l'Extraor
Trente fols relié en Veau, dinaire
& Vingt-cinq fols en Parchemin.
A PARIS ,
1
Chez G. DE LUYNE, au Palais , dans la
Salle des Merciers, à la Juftice .
Chez C. BLAGEART , Rue S. Jacques,
à l'entrée de la Rue du Plâtre,
Et en la Boutique Court - Neuve du Palais,
AU DAUPHIN
E : T. GIRARD, au Palais , dans la Grande
Salle, à l'Envie,
M. DC. LXXXIII.
AVEC PRIVILEGE, DV ROT.
Avis pour placer les Figures .
A Planche troifiéme doit regarder
page 121 .
LA
L'autre Planche du Binocle doit re
garder la page 184 .
EXTRAORDINAIRE
DU MERCURE
GALAN T.
QUARTIER DE JANVIER
TOME XXI.
LYON
1893
BE
VILLE
L ne me fera pas difficile,
Madame, defournir
ma Lettre Extraor
dinaire de ce Quartier,
puis que les Ouvrages
que je vous manday la derniere fois
queje réfervois, me laifferont peu de
A
Q. deFanvier 1683.
2 Extraordinaire
place pour les nouveaux qui m'ont.
efté envoyez depuis ce temps-là, Je
commence par celuy qui m'estoit resté
de Mr la Selve de Nifmes . La notteté
avec laquelle il écrit , vous fait
aimer tout ce qui porte Ton nom ;
mais quand le Traité que vous allez
voir de luy ,feroit d'un Autheur dont
vous n'auriez point encore entendu
parler, vous l'eftimericz par l'utilité
de la matiere. Vous fuivez la veritable
Philofophie, en cherchant à vi
vre heureufe ; & ce Traité nous apprend
en quoy la vie heureufe confifte.
Ainfi il n'aura aucune peine à vous
attirer dans fon party , puis que de la
maniere qu'il raifonne, il ne dit rien
qui ne foit conforme à ce que l'onfait
que vous pensez.
་
her dig
A
du Mercure Galant.
twod o
A
22522522222ESS252
TRAITE
DE
M
LA VIE HEUREUSE. sa
A condition des Hommes,
Lâvraydire , n'eft pas tout- àfait
li déplorable que quelques
Philofophes l'ont crû. Nous na
vigeons tous fur une Mer, dont le
calme & la tempefte dépendent
de noftre volonté. Il nous eft
facile d'éviter les écueils qu'elle
cache , nous pouvons abatre la
fureur des vents qui l'irritent, ib
nous eft aifé d'abaiffer l'orgueil
des flots qu'elle fouleve , il eſt en
A ij
4
Extraordinaire
5
noftre pouvoir de faire, fucceder
la tranquillité à l'orage, le calme
à la tempefte , & la paix à la
guerre. Il n'eſt point d'objets
que nous ne puiffions méprifer,
d'opinions que nous ne puiffions
corriger de paffions que nous
ne puillons vaincre. Noftre fortune
eft entre nos mains , la viétaire
dépend de nous , noftre
bonheur eft attaché à noftre defir,
il ne faut avoir qu'un peu de
courage pour vivre heureufement
dans ce monde , car je ne fuis
point du fentiment de cet Ancien
, qui vouloit que les Dieux,
faifoient feulement naître les
Hommes, pour les punir de leurs,
crimes, Je ne crois pas aufli qu'
Euripide ait dit vray, lors qu'il a
Loûtenu qu'aucun Mortel ne
du Mercure Galant.
pouvoit eftre heureux ; mais je
dis au contraire avec S. Auguſtin ,
que la vie de l'Homme , qui eft
orné de tolites les vertus & de
tous les biens du corps & de l'ef
prit , s'appelle communément
heureuſe. Le divin Platon affure
auffi , que nous pouvons eftre
contens fur la terre, quoy que le
nombre des Gens heureux foit
fort petit , & que leur bonheur
ne foit que comme anticipé , &
encore imparfait , jufques à ce
qu'ils paffent à une meilleure vie,
ou le nombre des Bienheureux
fera plus grand, & leur beatitude
plus entiere & plas parfaite.
Tout le monde veut vivre heu
reuſement , die Seneque , il n'eft
perfonne qui ne veuille oftre heus
reux , die St Auguſtin , tous les
A iij
Extraordinaire ,
Hommes foûpirent apres la Béa
titude , dit S. Thomas. Si vous
demandez à deux Hommes diférens
, s'ils veulent aller à la
guerre , peut arriver que l'un
dira qu'il le veut , & l'autre qu'il
ne le veut pas , mais fi vous leur
demandez s'ils veulent eftre heureux,
l'un & l'autre vous réponront
d'abord qu'ils ne defirent
rien tant que cela , & fi l'un, ne
veut pas aller à la guerre lors que
l'autre y veut aller , c'est par la
mefine raiſon , je veux dire, afin,
d'acquérir plus facilement la vie
heureuſe. Lors que les Philofophes
ont entrepris des voyages
tres pénibles , lors qu'ils ont parcouru
les Royaumes les plus inconnus,
& les plus éloignez lors
qu'ils ont vilité les Nations les
du Mercure Galant.
7
plus barbares & les plus reculées ;
ce n'a efte, dit l'Orateur Romain ,
que pour arriver plus facilement
à la poffeffion de la vie heureufe .
Tous les Hommes ont reçeu da
Cielan defir naturel qui les porte
à fouhaiter leur félicité , pour
cela il ne faut eftre ny Prifice,
ny grand Seigneur , c'eft affez
d'eftre Promine: Comment fe
peut-il done faire que la Nature ,
cette Mere fi fage, fi éclairée , '&
qui ne fait rien en vain, ait produit
inutilement dans tous les
Hommes le defir qu'ils ont d'eftre
heureux ; ce qui feroit arrive
fans doute , fi l'on ne pouvoit
jouir de quelque bonheur en
cette vie? Je fay & le Prince
des Philofophes l'a dit déja,
qu'on ne fçauroit eftre parfaite-
A iiij
& Extraordinaire
4
ment heureux fur la terre, & que
les Hommes ne peuvent estre
heureux qu'autant que l'infirmité
de leur nature, qui eft fujerte au
changement & à mille révolu
tions , le peut permettre. Dans
le Ciel , les Bienheureux ne peu
vent jamais devenir miférables,
n'en déplaife à Origene , qui a
foutenu le contraire, imbu qu'il
eftoit des opinions de certains
Philofophes. Sur la Terre, ceux
qui font heureux, peuvent changer
dans un moment d'état & de
bonheur , ils font toûjours menacez
des fleaux que la Fortune
tient en fes mains . Ils peuvent
pourtant conferver leur bonheur,
& vivre heureufement dans cette
incertitude , dans cette in conf
tance des chofes humaines ; ils
du Mercure Galant.
n'ont qu'à modérer leurspaffions,
qu'à regler leurs defirs , qu'à faire
feulement ce qui peut contribuer
à les rendre heureux. Il eft vray,
dit Seneque , qu'il n'y a que les
Dieux immortels qui foient par
faitement heureux ; nous ne
voyons qu'une ombre des biens
qu'ils poffedent. Nous pouvons
bien certainement approcher de
la grandeur de leur félicité, mais
il nous eft impoffible d'y parve
nir. Cela me fait fouvenir de la
réponse que fit Serapis à un Roy
d'Egypte, qui lay demandoit, s'il
y avoit quelqu'un plus heureux
queluy, Dieu premierement, luy
dit-il en fuite le Verbe, & apres
le S.Efpritionempuh
Principio Deus eft, tumfermo & Spiritus
iftis
10 Extraordinaire. "
Additur, æquæða hæc funt & ten
dentia in unum ,XSUS
f
Apulée dansla Philofophie de
Platon, appelle Dieu heureux, &
celuy qui rend les autres heureux ,
& qui feul füffie pour achever le
bonheur de tous les Hommes,
L'illuftre Boëce croit que les
heureux ſont des Dieux , auffi it
h'eft pas impoffible qu'il y ait
plufieurs Dieux par participation,
fuivant la doctrine de S. Cyprien
, & conformément aux
Saintes Ecritures, où Dicu par
lant à Moïfe , luy dit , qu'il le
donne pour Dieu à Pharaon. Le
Roy Prophete dit auffi dans let
Pleaumes, que nous fommes tous
des Dieux, & les Enfans du Tresp
haut. Ego dixi dy effis , fily excelfi
omnes, Pfalm. 81. Ce qui fait voir
du Mercure Galant.
H
clairement qu'il y peut avoir plu
fiéurs heureux auffi bien que plu
fieurs Dieux , par participation .
Il eſt vray, & tout le monde en
demeure d'accord , que nous ne
pas acquérir en cette vie la parfaite
Béatitude, qui eft réservée
aux Bienheureux. L'autorité
mefme de l'Egliſe a décidé cette
verité, & cela , dans un Concile
oecuménique , dans le Concile de
Vienne tenu fous Clément V.
comme on le peut voir dans la
Clémentine Ad noftram de Hareticis
, où parmy les erreurs des
Beguards & des Beguines , il eft
dit que ces Herétiques croyoient
que les Hommes pouvoient ac
querir dans ce monde la parfaite
félicité, qui fait le bonheur des
Compréhenfeurs , & l'espérance
12 Extraordinaire
des Voyageurs. La Nature, dit
un Poëte , a donné dequoy fuffi .
famment à tous les Hommes ;
pour pouvoir eftre heureux, s'its
fçavent s'en fervirà proposa
Natura beatis (uti
Omnibus effe, dedit fi quis cognoverit
Il faut qu'ils fuivent les fages
confeils qu'elle leur donne, qu'ils
le fervent des moyens utiles qu '
elle leur procure, & qu'ils écou
tent les préceptes falutaires qu'i
elle leur dicte. C'eft ainfi qu'ils
trouveront un chemin tout femé
de fleurs, qui les menera à la vie
heureuſe , & qui eft prefque in
connu , car bien que tous les
Hommes veuillent eftre heu
feux , dit Seneque , neantmoins
ils ne voyent goûte dans, le fen
tier qui mené à cette vie heureuſe
du Mercure Galånt.
13
3
qu'ils defitent fi ardemment.
Leur aveuglement mefme leur
elbfi funelte, que plus ils fe ha
tent poorly arriver, plus ils s'e
cartent de cet heureux terme,
s'ils ne font pas dans la veritable
voye, & ils n'y feauroient eftre
fans le fecours d'un Guide fidelle
qui les éclaire de fon flambeau ,
& qui les conduife dans cette
voye étroite & épineufe, Pour
moy , j'ay cent fois admiré que
les Hommes qui font naturellement
curieux, de qui l'efprit veut
fonder les fecrets les plus cachez,
penétrer jufques au centre de la
Terre s'élever au deffus des
Cieux , pour tâcher de connoiftre
ce qui paffe leur connoiffance,
s'appliquent fi peu à connoiftre
la vie heureuſe qu'ils defirent
14
Extraordinaire
5130
avec tant d'ardeur . C'eſt pour
cela que je tâcheray de faire voir
en quoy confifte cette vie heu
reuſe . Dans la premiere Partie
de ce Difcours , je rapporteray
les fentimens des anciens Philofophes
, dans la feconde ,je mon?
treray de quelle maniere on peut
eftre heureux en cette vie, & jjëe
feray le portrait d'un Homme
heureux.
8
Les anciens Philofophes qui
fe font appliquez à connoiſtre le
fouverain Bien , ont fait voir à
toute la Poftérité qu'ils ne voyoient
goute dans une voye difficile
& tenébreufe , où ils mar .
choient fans flambeau, ny guide .
Ceux- cy , dit S. Auguftin , ont
fait confifter le bonheur de
l'Homme dans le corps, ou dans
2164
2
du Mercure Galant.
l'efprit , og dans l'un & l'autre,
ceux- là dans la volupté, ou dans ,
la vertu , ou dans l'un & l'autre,
es uns dans le repos, ou
ou dans la
ou dans tous les deux , les
les
verty,
a
autres alumn biens
de la Fortune
ou dans la vertu , ou dans
l'un
& l'autre
, mais
ils ont efte
fivains
& fi préfomptueux
, ajoute
ce Pere, qu'ils
ont crû eftre
euxmefmes
la caufe
de leur
félicité
,
qui eft un pur don
de l'Arbitre
fouverain
de l'Univers
. Les plus
illuftres
& les plus
fçavantes
A ca
démies
d'Athénes
& de Rome
,
ont
employé
tous
leurs
foins
,
toutes
leurs
lumieres
, tout
leur
fçavoir
, pour
connoiſtre
la nature
du fouverain
Bien
. Toutefois
il
eft
évident
, dit S. Profper
, que
toutes
leurs
fueurs
, toutes
leurs
16 Extraordinaire
veilles , & toutes leurs fatigues,
ont esté infructueufes ; & ces
beaux Elprits qui compofoient
ces fameufes Univerſitez, & qui
rempliffoient le Monde du bruit
de leur nom , apres tant d'années
confumées inutilement & fans
fruit, ont eu la confufion de voir
qu'ils ne pouvoient pas venir à
bout de leur deffein . Ariftippe
& Antifthene , fortis de l'Ecole
de Socrate , ont eu des opinions
fi contraires touchant le fouverain
Bien, que l'an a foûtenu que
c'eftoit la volupté, & l'autre que
c'eftoit la vertu . D'où vient cette
diverfité de fentimens entre les
Difciples du meſme Maiſtre
C'eft , dit S. Auguftin , parce
qu'ils ont raiſonné comme des
Hommes, & comme des Hom
du Mercure Galant.
17.
•
mes , que la grace , de l'Evangile
m'avoit pas encore éclairez. Leurs
veues eſtoient courtes & limitées;
leurs lumieres n'eftoient pas fuffi
fantes pour connoiftre la verité,
& pour la découvrir à travers les
voiles du menfonge. De cette
mefme ſource eft venue cette
multitude étonnante de divers
fentimens que Varron, au raport
de S. Auguftin, a remarquez. En
effet , ce grand Perfonnage a dit
qu'il fe pouvoit former deux cens
quatre- vingts huit Sectes qui au
roient des opinions diférentes fur
le fouverain Bien . On les peut
voir toutes en détail dans le 19 .
Livre de la Cité de Dieu . Il ya
quatre opinions principales tou
chant le fouverain Bien , dit le
Prince de l'Eloquence . Premie
Q. de Janvier 1683.
B
1
18. Extraordinaire
rement , celle des Stoïciens , qui
croyoient que la vertu , & tout ce
qui eft honnefte , eftoit le feul
bien qui fuft dans le monde. La
feconde eft celle d'Epicure , qui
faifoit confifter la vie heureufe
dans la volupté . La troifiéme eft
celle deJerôme, natif de l'Ile de
Rhodes , qui ne reconnoiſſoit
pour fouverain Bien que la pri-.
vation de la douleur. La quatriéme
eft celle du Philofophe
Carnéades , fi contraire à la do
&trine de Zénon, qui vouloit que
tout le bonheur del'Homme fuft
dans la joüiffance des biens de la
Fortune, & des avantages de la
Nature. Ces quatre opinions
font les plus celebres & les plus
conruës, & celles qui ont eu des
Partifans plus illuftres & plus fea
du Mercure Galant.
19
re
vans. Il y en a plufieurs autres
qui n'ont pas fait tant de bruit,
parce que ny le mérite, ny la ré
putation de leurs Autheurs , ne
fuffifoient ppaass ppoouurr avoir des Sé
&tateurs , renommez pour leur
vertu & pour leur doctrine. Dinomachus
& Callypho ont voulu
joindre la volupté avec la vertu,
& ont fait confifter le fouverain
Bien dans ces deux chofes fi contraires
. Diodore , de la Secte des
Péripatéticiens prétendit unir
la privation de la douleur avec la
vertu, foûrenant que le bonheur
de l'Homme confiftoit dans ces
deux chofes affemblées. Hérillus
Philofophe , natif de Chalce
doine , & Difciple de Zénon
ayant appris des Leçons de fon
Maifure , qu'Ariftore & Théor
Bij
20
Extraordinaire
phrafte avoient fait le Panégyrique
de la Science , affura que
c'eftoit en elle que confiftoit le
fouverain Bien . Laerce dans les
Vies des Philofophes, & Seneque
dans fon Epiftre 31. écrivent que
Socrate eftoit de ce fentiment.
Le divin Platon , & fes Difciples ,
faifoient profeffion de fuivre la
Nature en toutes chofes , & tenoient
que pour vivre heureuſe.
ment , il falloit vivre naturelle .
ment. Ariftote & les Péripatéticiens
ont crû que la vie heureuſe
confiftoit veritablement dans la
vertu, mais ils pretendoient qu'
elle ne rendoit pas tres heureux
ceux qui la poffedoient fans les
biens du Corps & de la Fortune;
& le Prince des Orateurs fe plaint
de ce que Theophraſte à rendu
Mercure Galant. 21
verfé la doctrine de fesMaiftrès,
& dépouillé la vertu de ce qu'elle
avoit de plus beau & de plus prétieux
, en difant qu'elle feule ne
pouvoit rendre les Hommes heureux
; & mefme dans fon Livre
De Vita Beata , il donne à la Fortune
ce qu'il a injuftement ravy.
à la Vertu . Le Philofophe moral
de la Secte des Stoïciens , a fait
un Livre de la Vie heureufe , dédié
à fon Frere adoptif, nommé
Gallion, où il prouve que le bon .
heur de l'Homme confifte feulement
dans la vertu . Il faut main .
tenant examiner les opinions de
tous ces Philofophes.
Celle des Stoïciens qui ne reconnoiffoient
pour fouverain
: Bien que la vertu , & tout ce qui
eft honnefte , eft fans contredit
22 Extraordinaire
plus vray-femblable que toutes
les autres. S. Gregoire de Nazianze
dans fon Epiftre 64. à Philaginus,
la préfere à celle des Péripatéticiens
, qui s'imaginoient
que les biens de la Fortune, & les
avantages extérieurs, eftoient effentiels
& neceffaires à la vie heureufe,
en telle forte que felon leur
fentiment un Homme valetudinaire
, pauvre & mépriſable', de
baffe naiſſance, banny de ſa Patrie
, accablé de tous les maux
imaginables , abandonné de fes
Amis, pourfuivy de fes Eunemis,
cruellement perfecuté de la For
tune , ne fçauroit eftre heureux
mais les Difciples de Zénon, qui
jugent bien plus fainement des
chofes, foûtiennent que les biens,
ny les maux qui nous arrivent en
du Mercure Galant.
23
ce monde , ne contribuent nullement
à nous rendre heureux ,
ou malheureux ; & cette opinion ,
ce me femble , approche plus de
la verité du Chriftianifme que
l'autre S. Auguftin, mefme la
confirme dans fes Ouvrages, lors
qu'il dit que les Efclaves & les
Maiftres,les Hommes & les Femmes
, les Sujets & les Roys , font
également capables de poffeder
la félicité. Auffi Dieu, devant qui
il n'eft ny Gentil, ny Juif, ny Bar.
bare, ny Scythe, ny Eſclave, ny
Libre, felon ce que dit l'Apoftre,
diftribue également fes graces
& fes dons , aux petits & aux
grands , aux pauvres & aux riches,
aux fages & aux foux,
La feconde opinion eft celle
d'Epicure , qui vouloit que la
A
"
24
Extraordinaire
volupté fuft le fouverain Bien.
Quelques uns pourtant ont crû
qu'il n'avoit entendu parler que
du plaifir de l'efprit , & non pas
de celuy des fens. Lactance
mefme l'excuſe dans fes Inftitutions
divines ; & le Poëte Lucrece
l'éleve infiniment au deffus
de tous les Philofophes qui ont
jamais paru , & dit en ſa faveur
que tout de mefine que l'Aftre
du jour obfcurcit & efface la
fplendeur & la beauté des Etoiles
, Epicure a terny tout l'éclat
& toute la gloire des anciens
Philofophes . Cependant on lifoit
cette Infcription fur la Porte
de fon Jardin . Hofpes bic bene manebis
, hicfummum bonum voluptas
eft. Vous ferez bien icy , la volupté
y eft le fouverain. Bien
Ariſtippe,
du Mercure Galant. 25
Ariftippe, Difciple de Socrate,
avoitenfeigné quelque temps auparavant
, que la volupté & le
plaifir des fens faifoient tout le
bonheur des Hommes ; & fa Fille
Areta qui luy fucceda dans
fon Ecole , fut du mefme fentiment.
Ariftote dans le Livre 10 .
de fes Morales, rejette ce Dogme
comme pernicieux & à l'Etat &
à la Religion. Xénophon.com ~
pofa un Livre contre Ariftippe,
dedié à Socrate , où il refuta par
des raifons folides & convaincantes
le fentiment de ce Philofophe
voluptueux. Lactance eft d'avis
qu'on ne doit pas feulement répondre
aux Argumens d'Ariftippe,
parce qu'il eftoit continuellement
plongé dans les Feftins &
dans la Débauche , & que la pa-
Q. deJanvier 1683. C
•
26 Extraordinaire
role feule l'avoit diftingué des
Beftes. S. Epiphane dans le Livre
3. contres les Herefies , condamne
ce Dogme & fon Autheur.
La troifiéme opinion eft celle
de Jerome de Rhodes , au fentiment
duquel la privation de la
douleur eftoit le fouverain Bien.
Ce Philofophe Infulaire, fije ne
me trompe, n'eſt pas fort орро-
fé à Ariftippe; car lors que celuy-
Ey difoit que la volupté eftoit le
fouverain Bien , il prétendoit en
mefme temps que la douleur fuft
le plus grand mal qui puft arriver
aux Hommes. Orfi cela eftoit
veritable , perſonne ne pourroit
eftre heureux en ce monde,
où il eft prefqu'impoffible de vivre
, fans endurer quelque doudu
Mercure Galant.
27
leur, fans fouffrir quelques amertumes,
quelques angoiffes, quelques
chagrins.
La quatriéme opinion eft celle
de Carneades , qui affuroit que
le fouverain Bien confiftoit dans
la poffeffion des biens de la Fortune
, & dans les avantages du
corps ; ce qui bien loin d'eftre
pas mefme une ombre viay, n'a
de vray- femblance ; car tout le
monde fçait , & l'Ange de l'Ecole
l'a dit il y a quatre cens ans, que
la Béatitude de l'Homme ne
confifte point dans les richeffes ,
ny dans les honneurs, ny dans la
gloire , ny dans la puiffance de
l'autorité, ny dans quelque bien
du corps ou de l'efprit ; & fi cela
eftoit autrement , les Pauvres, les
Gens inconnus & méprifez de
Cij
28 Extraordinaire
tout le monde , fans pouvoir &
fans crédit , dénüez de tous les
biens de la Fortune , & de tous
les avantages extérieurs , pourroient
fe plaindre avec raiſon
d'eftre injuftement exclus de la
félicité à laquelle tout le monde
a droit de prétendre. Dinomachus
& Callypho ont entrepris
d'accorder la Volupté avec la
Vertu. Cette entrepriſe paroift
fans.doute témeraire ; auffi c'eſt
vouloir, ſi je l'ofe dire, joindre le
Sauveur du Monde avec Belial ,
la lumiere avec les tenebres , la
vertu avec le vice , la juftice avec
l'iniquité. La volupté a rendu
malheureux tous ceux qui gémiffent
fous le joug des travaux &
des miferes de leur vie , ce qui ne
feroit pas arrivé , dit le Philofodu
Mercure Galant.
29
phe moral, fi la volupté pouvoit
s'accorder en quelque maniere
avec la vertu , qui fait tout le bonheur
des Hommes. La vertu eft
quelque chofe de grand , de fublime
, de royal , de magnifique,
& de puiffant. La volupté au
contraire eft baffe & méprifable ,
fervile, foible & périffable, dont
la demeure eft dans les Cabarets,
& dans ces Lieux qui craignent
la vifite des Ediles ; tandis que la
vertu réside dans les Temples .
dans les Eglifes, au pied des Autels
, dans les Ecoles des Philofo .
phes & des Sages , enfin dans tous
les Lieux confacrez à la Religion
& à la Sageffe. La volupté ſe cache
; elle cherche les tenebres,
& fuit la clarté du jour . La vertu
fe manifefte ; & le fait connoiſtre
C iij
30 Extraordinaire
à tout le monde , elle n'appréhende
point la lumiere , parce
qu'elle eft bien.aife que fes actions
foient veuës de chacun.
Elle les foûmer volontiers à
la cenfure de tous ceux qui les
voyent. Voila deux chofes bien
contraires. Comment les accorder
, puis qu'elles ont reçeu du
Ciel des caracteres fi oppofez ,
& une antipathie naturelle qui
rend leur union tout -4 - fait im
poffible ?
Diodore eftoit perfuadé qu'un
Homme heureux devoit eftre
vertueux & fans douleur . Je penfe
qu'il n'auroit pas efté d'accord
avec les Difciples de Zénon , qui
donnent à la vertu feule le pouvoir
de rendre les Hommes heureux
; & leur opinion , ce me femdu
Mercure Galant .
31
ble, eft bien plus foûtenable que
celle de ce Philofophe ; car il eft
conftant que les Sages , les нommes
de vertu & de probité , font
toûjours heureux , & mefme au
milieu des tourmens les plus
cruels , des tortures les plus violentes
, & des fuplices les plus
douloureux .
L'opinion d'Hérillus , qui vouloit
que la Science fuft le fouverain
Bien , fouffre beaucoup de
doutés & de difficultez , elle eſt
expofée à une foule d'objections
aufquelles on ne peut répondre
qu'avec peine . Le fouverain Bien
doit eftre parfait & accomply
dans toutes fes parties , & nous
ne fçaurions avoir dans ce monde
une entiere connoiffance , une
fcience parfaite. La vie de l'Hom-
C iiij
32
Extraordinaire
me eft trop courte pour acquérir
une fcience accomplie en toutes
chofes , & ce que le Prince de la
Medecine a dit de cet Art divin ,
fe peut appliquer à toutes les
"
Sciences du monde. La matiere
eſt étenduë, il eſt vray ; le champ
eft vafte & fpatieux , mais le
temps que les Dieux nous ont
donné eft trop court. Ars longa,
vita brevis. D'ailleurs le fouverain
Bien contente & raffafie
ceux qui le poffedent , & la
Science la plus parfaite n'a ja
mais fatisfait pleinement celuy
qui l'avoit acquife.
4
L'opinion des Platoniciens,
qui faifoient confifter la felicité
des Hommes à vivre naturelle.
ment , pourroit , ce me femble,
autorifer les défordres & la li
du Mercure Galant.
33
•
cence des Libertins , aufquels il
feroit facile de fe prévaloir d'une
doctrine qu'ils n'entendent pas.
Il fera mefme bon de les avertir
que ces Philofophes fupofoient
que la Nature eftoit dans fa premiere
pureté, & qu'ils ne la pre.
noient pour leur conduite , que
parce qu'ils s'imaginoient qu'elle
avoit confervé fon innocence ;
car dans l'état de la Nature pure,
les maux n'eſtoient point meflez
avec les biens, & les qualitez des
Elémens eftoient ſi bien tempérées
, que l'Homme en recevoit
du contentement, & n'en reffentoit
point de déplaifir. Il n'avoit
point de défordres à reformer,
point d'Ennemis à combattre,
point de malheur à éviter. Il
trouvoit en fa demeure tout ce
34 Extraordinaire
qu'il pouvoit fouhaiter ; il n'éprouvoit
rien en fa perfonne qui
fuft capable de l'incommoder.
Sa conftitution eftoit excellente,
fa fanté ne pouvoit eſtre altérée;
& fi le temps pouvoit l'affoiblir,
il prévenoit ce malheur par l'ufage
du Fruit de Vie , qui reparant
fes forces , luy donnoit tou
jours une nouvelle vigueur. Le
premier Homme eftoit le Maître,
& le Roy de toutes les Creatures,
dit S.Macaire. Tout eftoit foûmis
à fes Loix ; tout ce qui refpiroit
dans ce vafte Univers , reconnoiffoit
fa puiffance ; fa volonté
n'avoit que de belles & de nobles
inclinations ; fes affections
n'eftoient point vitieufes ; & fes
defirs eftoient fi bien réglez , que
rien ne pouvoit troubler fon redu
Mercure Galant.
35.
pos. Toutefois il ne dépend que
de nous dans cette Vallée de miferes
, d'eftre plus heureux que
nos premiers Parens ne l'eftoient
dans ce Jardin de delices , où les
Fleurs eftoient toûjours vives ,
où le Printemps , où la joye régnoit
toûjours. Un Hommejufte
& fage, dit S. Auguftin , dans l'état
meſme du monde le plus miférable
& le plus infortuné, eft plus
heureux que le premier Homme
dans le Paradis terreftre , parce
qu'il efpere de jouir un jour de
la focieté des Anges , & de la
vifion du fouverain Bien , qui fait
tout le bonheur des Bienheureux
dans le Ciel , au lieu qu'Adam encor
incertain de fa chute , nepouvoit
concevoir de fi belles efpérances
Je paffe à la Seconde Partie
36
Extraordinaire
de ceDifcours , où vous allez voir
le portrait d'un нomme heureux .
La Béatitude eſt un état parfait
, par l'affemblage de tous les
biens, dit Boëce ; & comme ny
le feu , ny l'eau , ny la terre , ny
l'air pris féparément & en particulier
, ne font pas le monde ,
mais plutoft leur union , leur accord
merveilleux forme ce vaſte
Univers ; tout de mefme , dit
Philon leJuif, la felicité ne confifte
pas dans les biens de la Fortune
ou dans les avantages du
corps , ou dans les grandes qualitez
de l'ame, mais dans toutes fes
parties unies enfemble. Ainfi il
eft tout visible qu'il faut plus
d'une choſe pour faire le bonheur
de l'Homme d'où vient
que les Hébreux , pour montrer
;
du Mercure Galant.
37
plus clairement cette verité , le
fervent d'un nom pluriel , lors
qu'ils veulent fignifier un нomme
heureux . On ne doit pas
pourtant trouver étrange que je
faffe confifter tout notre bonheur
dans l'amour de la fageffe,
qui amene avec elle tous les
biens, dont la main bienfaiſante
de Dieu favorife les Mortels .
Venerunt mihi omnia bona pariter
cum illa & innumerabilis honeftas
per manus illius , difoit autrefois le
plus fage des Monarques . Le
Sage doit poffeder tant de fi belles
qualitez , il doit eftre orné de
tant de vertus fi héroïques, qu'il
ne fe peut faire que toutes ces
chofes qui concourent à le rendre
fage , ne contribuënt pareillement
à le faire heureux . La
38
Extraordinaire
fageffe, ce Rayon de la Divinité,
ce Miroir fans tache de la Lumiere
eternelle , cette Image de
la grandeur & de la bonté de
Dieu, cette augufte Fille du Ciel ,
eft la Mere de tout bien , la fource
de toutes les faveurs que les
Hommes reçoivent d'Enhaut,
la caufe de toutes les vertus qui
font l'ornement & la felicité de
la vie humaine. Heureux celuy
qui trouve cet or divin ! heureux
celuy qui trouve la ſageſſe!
Beatus homo qui invenit Sapientiam,
Prov.3. Celuy qui la poſſede, eſt
plus riche & plus heureux que
ceux qui ont amaffé des richeffes
immenfes, qu'ils confervent avec
plus de peine qu'ils ne les ont acquifes
. Dequoy fervent les richeffes
à un Fou , dit l'Ecriture ,
du Mercure Galant.
39
tout fon qui avec tout fon or ,
argent , ne peut point acheter la
fageffe, qui eft plus prétieufe que
tous les biens du monde ? Ses
voyes font belles, fes routes font
pacifiques. Elle fait ſentir à ceux
qui marchent fidellement dans
fes voyes , une paix qui furpaffe .
toute intelligence, felon ce que
dit l'Apoftre, au lieu qu'elle punit
tres-rigoureuſement ceux qui
l'abandonnent. Elle châtie avec
feverité ceux qui méprifent indignement
fes ordres ; elle les rend
eternellement malheureux . Sapientiam
qui abycit infælix eft,
Sap.3. Ceux - là ne trouvent qu'
affliction , que malheur, que miferes
dans leurs voyes . Ils ne connoiffent
point la paix, dit le Roy
Prophete ; ils ignorent ce beau
40 Extraordinaire
chemin où il faut entrer pour
trouver cette illuftre Fille du
Ciel, qui fait tout le bonheur des
Hоmmes , au fentiment de S. Auguftin.
Beatitudo hominis in pace
confiftit, Aug. L.19. de Civit. cap.10 .
Ils fe laffent dans la voye d'ini .
quité & de perdition ; ils mar
chent aveuglement dans les chemins
difficiles , leur fentier eft
remply de pierres & de cailloux ,
& les mene aux Portes de l'Enfer
, où ils trouvent quelque
choſe de bien plus dur , de bien
plus intolérable , que tous les
maux de ce monde , que tous les
Aleaux de la vie humaine , Heu ..
reux celuy qui n'ouvre point fon
coeur dans leur confeil, qui ne
marche point dans leur voye !
Heureux celuy qui croit fermedu
Mercure Galant .
41
ment les veritez etern fles qu'oa
preſche dans la Chaire de Vérité ,
& qui n'adhére point au menfonge
, à l'erreur qui fe debite
dans la Chaire de peftilence !
Heureux celuy qui dans les
Saintes Ecritures médite jour &
nuit pour accomplir la volonté
du Seigneur , & pour fuivre fes
ordres facrez & inviolables !
C'eſt un Arbre planté ſur le bord
des eaux, qui produira des fruits
prêtieux dans fon temps , & dont
les feuilles conferveront toûjours
leur premiere couleur. Ce font
là les vrayes productions de la fageffe
, ce font les fruits légitimas
de ce don de Dieu ; ce font les
biens , les avantages , & les faveurs
qu'elle verſe dans l'ame de
fes Enfans . C'eft la Mere de tout
D
Q.deFanvier 1683.
4.2 Extraordinaire
ce qu'il y a de plus beau & de
plus précieux dans la vie humaine.
Elle enfeigne aux нommes
la fobrieté , la prudence ,
la juſtice , & la vertu , qui font
ce qu'il y a de plus utile dans
le monde , au fentiment du Sge
. Une illuftre Princeffe avoit
bien raifon de s'écrier fur le
bonheur des Serviteurs & des
Domestiques du plus fage des
Roys. En effet , quel bonheur,
quelle félicité plus grande , de
pouvoir commodément entendre
tous les jours cer Oracle
divin , cette Bouche facrée,
par où la Sageffe prononçoit
fes Arrefts , & parloit avec tant
de prudence , qu'elle attiroit les
Puiffances des Régions les plus
reculées , qui quittoient leurs
du Mercure Galant.
43
Royaumes & leur Patrie , pour
venir entendre les veritez mer-;
veilleufes qui partoient du fein
de cette augufte Fille du Ciel ?
Elle eft fi belle, fes voyes font fi
pleines d'attraits , que fi elle pa
roiffoit à nos yeux avec toutes les
graces, nous en ferions tous charmez,
dit le divin Maistre des Philofophes
. Le nombre des Sages
feroit beaucoup plus grand , &
plus de Perfonnes employeroient
tous leurs foins pour acquérir .
cette belle vertu , qui feroit la
Mere de toutes les vertus de leur
ame , & la cauſe du bonheur de
leur vie. La fageffe eft le fouverain
Bien de l'efprit de l'Homme,
dit Seneque, & perfonne ne peut,
vivre heureuſement fans l'amour.
de cette excellente vertu. La fat
Dij
44
Extraordinaire
1
geffe commence de nous inftruire
par nous infpirer la crainte de
Dieu , qui rend un Homme heureux.
Beatus vir qui timet Dominum
, Ffalm. 110. Heureux celuy
qui a reçeu du Ciel cette crainte
falutaire , ce faint refpect , cette
fainte terreur ! Beatus homo cui
donatum eft habere timorem Dei , dit
Jefus Fils de Syrach. Craignez
Dieu , obſervez fes faints Commandemens
, & c'est en quoy
confifté tout voſtre devoir ; c'eft
là tout ce que vous devez faire ,
dit le Sage . La fageffe qui connoift
l'avenir ainfi que le préfent,
qui n'ignore point la caufe des
miracles qui raviffent nos efprits ,
qui fçait la fource des prodiges
qui étonnent nos imaginations ,
& qui voit d'où viennent les
2
du Mercure Galant.
45
Monftres qui effrayent nos
coeurs , qui prévoit tout ce qui
fe paffe dans la Nature de plus
furprenant & de plus extraordinaire,
qui communique à fes Enfans
les plus belles connoiffances
du monde ; la fageffe , dis-je ,
nous fait connoiftre Dieu , l'Arbitre
fouverain de l'Univers , la
connoiffance duquel fait tout le
bonheur des Hommes. Dei cognitio
perfectafelicitas, ditJamblicus.
Malheureux eft celuy, s'écrie
S. Auguftin, qui connoiſt toutes
chofes , & qui ne vous connoiſt
pas, mon Dieu Bienheureux eft
celuy qui vous connoift , quoy
qu'il les ignore? Or celuy qui
vous connoift, & connoift auffi
ces chofes , il n'en eft pas plus
heureux pour les connoiftre,
46
Extraordinaire.
mais c'eft la feule connoiffance
qu'il a de vous qui le rend heu-.
reux , pourveu qu'en vous connoiffant
comme Dieu , il vous
glorifie auffi comme Dieu, qu'il
vous rende graces de vos dons ,
& qu'il ne fe perde point dans la
vanité de fes penfées. La fageffe
nous infpire des fentimens de
pieté, nous donne de la devotion ,
puis qu'il n'eft point de veritable
fageffe fans Religion , ny de veritable
Religion fans fageffe , au
fentiment de Lactance . C'eft elle
qui nous fait implorer le fecours.
du Ciel , qui répand dans nos
coeurs des mouvemens fi religieux
, qui nous procure tant de
graces falutaires , que nous luy
fommes redevables du plus bel
ornement de noſtre vie , je veux
du
Mercure Galant. 47
dire de la pieté. Le commencement
de la fageffe, c'eſt de la poffeder
, dit l'Ecriture ; mais pour
arriver à cette heureufe poffef
fion , il faut implorer le fecours
d'Enhaut , car il eſt tout viſible
que fans l'affiftance de Dieu ,
c'eft en vain que l'on prétendroit
à l'acquifition de cette excellente
vertu, puis qu'il n'y a de fageffe
veritable que celle qui procede
de fon Efprit faint . La fin de
l'Homme, felon le fentiment de
Pythagore, de Zénon , & mefme
du Législateur des Hébreux , eft
de fuivre Dieu. Finis fecundum
Moifem fequi Deum , dit Philon .
C'eft la fageffe qui confeille aux
Hommes de fuivre leur Créateur
; c'est elle qui les rend Gens
de bien, & capables de poffeder
Extraordinaire.
la felicité que Dieu ne donne
qu'auxJuftes, qu'à fes Serviteurs ;
car on ne peut point appeller
heureux , ceux aufquels la plus
fçavante Antiquité mefme a
donné ce nom glorieux . Metellus
, fi renommé dans l'Hiftoire
pour fon bonheur extraordinaire,
eftoit orné des plus belles
qualitez du corps & de l'efprit .
Il fut Souverain Pontife , deux
fois Conful , Dictateur, & Colonel
de la Cavalerie . Il unit en fa
perfonne dix grandes chofes , à la
recherche defquelles les 'Sages.
s'eftoient de tout temps appliquez.
Il fut le premier Capitaine
de fon temps , le plus éloquent
Orateur, l'Empereur le plus puiffant.
Il fut l'Ouvrier de toutes
les grandes Entrepriſes qui fe fi
rent
du Mercure Galant.
49
rent durant la vie. Il fut honoré
de tout le
»
Extrêmement
par
fage, un tres habile Sénateur. Il
acquit des richeffes immenfes
des voyes pourtant juſtes & lé.
gitimes. Il fe vit fur la fin de fes
jours une nombreuſe Famille,
une longue Pofterité de Neveux
qui s'empreffoient à l'envy pour
fecourir la vieilleffe de leur Pere.
Il fut enfin en tres- grande réputation
dans Rome , & cette Ca.
pitale du Monde eftoit remplie
du bruit de fon nom . Mais avec
tout cela, il ne joüiffoit point de
la félicité que Dieu fait fentir
auxJuftes. Comment , dit S Au
guftin, y pouvoit - il avoir un ye
ritable bonheur, une parfaite félicité
, fi au lieu d'une pieté fainte
& veritable , il n'y avoit qu'une
Q'de Janvier 1683. E
Extraordinaire
Religion fauffe & menſongere?
Quomodo ibi effet vera felicitas
abi vera non erat pietas. Archelaus
, qui paffoit pour l'Homme
le plus fortuné de fon temps ;
Cornelius Sylla, qui fut appellé
heureux , mais qui ne le fut pas;
Aglaüs , qui demeura toute fa
vie dans un coin de l'Arcadie , &
qui pour cela fut eftimé heu.
reux , Erichtonius , Fils de Dardanus
& de Batée , que les premiers
Habitans de la Grece jugerent
le plus heureux des Hom
mes ; Ballus , qui fut honoré du
glorieux furnom d'heureux & de
fortuné , tous ces Nourriffons de
la Fortune n'ont jamais joüy du
bonheur que Dieu fait goufter
aux Juftes , aux Geps de bien ,
parce qu'ils manquoient de pieté,
du Mercure Galant.
Si
de cette belle vertu qui eft la baie
& le fondement de la vie heu
re uſe . Quomodo ibi effet verafelicitas
ubi vera non erat pietas . Polycrates
, ce fameux Tyran de
P'Ile de Samos, qui poffedoit de
fi grands trésors , qui joüiffoit
tranquillement de tout ce qu'il
y a de plus rare & de plus excellent
dans le monde, qui fut appellé
pendant fa vie l'Enfant de
la Fortune , fut encore moins
heureux que tous les autres. Cependant
il ne luy arriva jamais
rien de fâcheux , il n'endura jamais
aucune peine , aucun malheur
, contre fon gré . Une feule
chofe fembla troubler fon bon,
heur. Il avoit un Anneau d'un
prix tres confidérable ; il le laiffe
tomber dans la Mer ; mais auffi-
4
E ij
52
Extraordinaire
toft tous les Animaux s'empreffent
pour achever le bonheur
apparent de cet injufte Souverain
, il trouve ce qu'il a perdu
dans les entrailles d'un Poiffon.
Le voila heureux tout de meſme
qu'auparavant , mais enfin fes
crimes fi fouvent réïtérez , fes
rapines trop fréquentes , fes concuffions
fi injuftes , lafferent les
Dieux qui le punirent avec autant
de rigueur que la licence,
que le débordement de les moeurs
le méritoit. Apres cela fi quelqu'un
croit que cet indigne Ufurpateur
d'une Couronne qui eftoit
refervée à une Puiffance legitime,
a vefcu heureufement dans ee
monde , qu'il fe détrompe , qu'il
entende ces divines paroles de
la bouche d'un Orateur profane.
du Mercure Galant.
$3
Perfonne ne peut eſtre heureux
fans la vertu , Beatus effe fine virtute
nemo poteft. La fageffe & la vertu
nous rendent dignes de l'amour
de Dieu qui eft l'auteur de la feli
Cité des Hommes ; & comme dit
S. Auguftin dans fon Epiftre 120 .
à Honoratus , il a voulu faire voir
que la felicité temporelle dépendoit
entierement de luy , en don.
nant à fon Eglife l'ancien Teftament
où il nous la promet , d'où
vient auffi qu'il promet quelquefois
des biens temporels , comme
aux Patriarches la Terre de Chanaam
, cette Terre heureuſe où
couloit le lait & le miel , & ailleurs
une grande abondance de
Bled , de Vin , d'Huile , & des autres
choſes neceffaires à la vie de
l'Home. La felicité n'eſt pas donc
Eij
54 Extraordinaire
une Déeffe , & l'Antiquité avoit
beau luy élever des Autels , luy
bâtir des Temples, luy confacrer
des Preftres, luy ordonner des Fê
tes folemnelles , nous n'ajoûteronsjamais
foy à une chofe fi ab
furde. Si la Béatitude, dit S. Auguftin
, eft la recompenfe de la
vertu , comme dit Ariftote , elle
n'eft point par conféquent une
Déeffe , mais plutoft un don de
Dieu. La fageffe nous enfeigne
comme nous devons regler nos
paffions, car la perfection des Sages
n'eft pas de n'avoir point de
paffions , mais de commander à
ces movvemens déreglez qui emportent
les Sors , & gouvernent le
vulgaire. Le Sage fecouru de la
Grace, les peut modérer en telle
forte qu'ils né contribueront nuldu
Mercure Galant.
55
lement à troubler fon bonheur.
Il faut qu'il oppoſe la joye à la
douleur, qu'il réprime la crainte
par l'efpérance , qu'il regle fes defirs
par la peine qui accompagne
leur accompliffement. S'il ceffe
d'efperer , il ceffera de craindre,
s'il borne fes defirs , il bornera fes
efpérances , & s'il n'a point d'amour
pour les richeffes, il n'aura
point d'inquiétudes ny de crainte
pour elles. Son efprit fera toujours
dans une mefme affiette
il jouira de ce repos , de cette
belle tranquillité , dont il fait
tout fon trefor , il fera toûjours
tranquille , & paifible comme
le monde qui eft au deffus de la
Lune,dit Seneque ; Perpetuum nulla
temeratus nube Serenum dit un Poë.
te. Son coeur goûtera continuel-
E iij
56 Extraordinaire
lement une joye fenfible qui fera
l'effet de l'affemblage de toutes
les vertus dans fon ame ; car à dire
vray, les ris & les jeux ne font
point ennemis de la fageffe ny de
la vertu , puis qu'il n'y a dejoyeny
de volupté que dans le fein de ces
auguftes Filles du Ciel . Le Sage
fans faire effort pour s'élever , fe
trouve par fa naturelle fituation
au deffus des accidens les plus redoutables.
S'il marche dans les
tenebres & dans l'ombre de la
mort, comme le Roy Prophete,
fon coeur eft libre de crainte , il
n'appréhende rien , parce que
Dieu qui ne l'abandonne jamais,
eft toujours avec luy pour le fecourir
dans les conjonctures les
plus épineufes . S'il voit devant
luy des Armées rangées en badu
Mercure Galant.
57
taille , s'il voit fes Ennemis qui
s'arment pour l'opprimer injuftement
, il implore le fecours d'Enhaut
, il met fa confiance en la
Divine miféricorde. Si confiftant
adverfum me Caftra, non timebit cor
meum,fi exurgat adverfum meprelium
, in hoc fperabo , Pfalm.26. Il ne
craint ny la Fleche qui vole de
jour , ny la Pefte qui chemine
pendant la nuit. Son coeur eft
fans trifteffe , fans crainte ; le
voila donc heureux. Quifine timore
eft , beatus eft , dit Seneque.
Le Sage eft content de foy , en
telle forte qu'il ne veut pas pourtant
eftre fans Amis , quoy qu'il
le puiſſe faire , mais il ne le fera
jamais ; & fi le Ciel le prive de
cette chere moitié de luy- mef
me, il fuportera cette perte avec
58
Extraordinaire
•
patience, parce qu'il eſt toûjours.
en état de la reparer. Il yyaa mefme
plus de plaifir, difoit un Ancien
, à faire un Amy , qu'à le
poffeder déja . Un Amy , au
fentiment du Prince des Philofophes
, dans le Livre 10.
de fes Morales , eft abſolument
neceffaire pour achever la fe
licité du Sage. Auffi l'amour
eft la plus fainte de nos paffions
, & le plus grand avantage
que nous avons reçeu du
Ciel. C'eft par fon moyen
que nous pouvons nous lier
aux bonnes chofes , & perfe-
&tionner noftre ame en les aimant.
C'est l'efprit de la vie ,
c'eft le lien de l'Univers, c'eft un
artifice innocent, par lequel nous
changeons de condition fans
duMercure Galant.
59
changer de nature , & nous nous
transformons en la perfonne que
nous aimons . Amor amantem extra
&
feponit, & eum quodammodo in amatum
transfert, dit S. Denys au quatriéme
Livre des Noms divins.
Mais fi un pur & veritable Amy
eft un fi prétieux tréfor , il faut
avouer avec Seneque , que c'eft
quelque chofe de bien rare ,
que la Nature demeure quelquefois
tout un ficcle, pour en former
un feul . S'il y a un Amy veritable
& fincere, il y en a bien
de faux & de trompeurs, & Dion
Chryfoftome demande avec raifon
, s'il y a eu plus de Perfonnes
trahics par des Amis feints &
diffimulez, que par des Ennemis
avoüez & reconnus pour tels .
Un Amy fidelle eſt un puiſſant
60 Extraordinaire
Protecteur, dit l'Ecriture , & celuy
qui eſt aſſez heureux pour le
trouver , ſe peut vanter d'avoir
trouvé un tréfor ineftimable . II
n'y a rien fur la terre qu'on puiffe
comparer avec la fidelité d'un
Amy. Tout l'or , tout l'argent,
toutes les richeffes du monde, ne
font rien en
confidération de la
fincerité de fa foy. Enfin Dieu
le donne pour
récompenfe à ceux
qui le craignent , qui appréhen
dent fes juftes
châtimens. Qui
metuunt dominum invenient illum .
Heureux celuy qui trouve un
Amy veritable & fincere ! Beatus
qui invenitamicum verum , Eccli.2s.
De toutes les chofes que la fageffe
nous procure pour nous
faire vivre
heureuſemet , il n'en eft
point, dit Epicure, de plus utile,
du Mercure Galant.
61
de plus agreable , & de plus propre.
La plus douce confolation
que nous puffions recevoir en
cette vie pleine de miferes & de
chagrins , c'eft fans- doute , dit
S. Auguftin , celle que nous peut
donner une foy fincere,un amour
mutuel , une parfaite union de
bons & veritables Amis . Le plaifir
le plus fenfible que nous puif
fions goûter en ce monde , c'eft,
dit S. Ambroife , d'avoir un Amy
fidelle, auquel il nous foit permis
d'ouvrir noftre coeur , de communiquer
nos plus douces & nos
plus fecretes penfées. Auffi tous
les Hommes ont une averfion naturelle
pour la folitude , & une
forte inclination pour la focieté .
Le Sage doit quitter les erreurs
& les føles paſſions du monde ; il
62 Extraordinaire
loit faire confifter toute fa feli
cité dans la bienveillance, da ns
l'amour de Dieu, qui aime ſeulement
ceux qui demeurent avec
la fageffe. Neminem diligit Deus
nifi eum qui cumfapientia inhabitat,
Sap.7. & c'eft là fe vray bonheur
de la vie. Tout le refte n'eſt qu'illufion
, & ne fe paffe qu'à s'in.
quiéter fur les faux honneurs, ou
fur les fauffes infamies.
Falfushonosjuvat& mendax infamia
terret.
Voila une Béatitude , à vray
dire , bien diférente de celle des
anciens Philofophes , car, comme
dit S. Auguftin, les Diſciples d'Epicure
ne connoiffoient point
d'autre plaifir que la volupté;
les Stoïciens n'eftimoient point
d'autre bonheur que la vertu , &
du Mercure Galant.
63
Les Chreftiens , les Sages , ne
trouvent point d'autre felicité
que la Grace . Les premiers foùmettent
l'efprit au corps, & ré
duifent les Hommes à la vie des
Beftes . Les ſeconds rempliffent
l'ame de vanité ; & dans la mifere
de leur condition , ils imitent
l'orgueil des Démons. Les der
niers avoüant leur foibleffe , &
connoiffant par expérience que
la Nature & la Raifon ne les peuvent
délivrer , ils implorent le
Lecours de la Grace , & n'entreprennent
point de combatre les
vices , & d'acquérir les vertus ,
que par l'affiſtance du Ciel . Ces
Philofophes euret quelques conférence
avec S. Paul durant fon
fejour à Athenes. Les Epicuriens
qui vivoient ſelon la chair , di,
$4
Extraordinaire
vray .
En
folent , Nobis frui carne bonum eft.
Les Difciples de Zénon , qui vivoient
felon l'efprit , Nobis frui
noftramente bonum eft, & l'Apoftre
qui vivoit felon Dieu , Mihi adharere
Deo bonum eft. Les Epicuriens
dit Saint Auguſtin , font dans
l'erreur ; les Stoïciens fe trompent
; & l'Apoftre dit
effet, heureux eft celuy qui s'attache
entierement à Dieu , qui
écoute fes faints enfeignemens,
qui obeït à les divins préceptes.
Beatus quem tu erudieris , Domine,
Pfalm.93. Heureux celuy qui fait
tout ce que la fageffe luy inſpire
pour le culte de Dieu , pour l'amour
du prochain , & pour la
propre felicité ! Heureux enfin
celuy qui demeurera eternellement
dans la fageffe , qui fera de
du Mercure Galant.
65
fon coeur le Temple inviolable
du S Elprit. Beatus qui infapientia
morabitur. Eccl. 14.
LA SELVE, de Nifmes..
22522522222ESSESZ
Si la beauté de l'Eſprit eft plus
propre à charmer que celle
du Corps .
&
DE L'Esprit & du Corps l'une ♣
l'autre beauté,
Sont desfacrez rayons de la Divinité,
Quide ce grand Principe empruntent leur
lumiere.
L'une & l'autre ont bon air, toutes deux
font fracas,
Chacune a fes brillans, chacune a fes
appas,
Auffi bien que fon caractere.
Q. deJanvier 1683. F
661
Extraordinaire
£3
La beauté de l'Espritfans- doute a bien
des charmes,
Et fe fait admirer des plus indiferens;
Mais la beauté du Corps régnefouvent
fans armes,
Et fefait adorer des plus fiers Conquérans.
Aux pieds d'une belle Perfonne,
On met fouvent Sceptre & Couronne.
Cependant je remarque entre ces deux
Beautez,
Dont les Mortels font enchantez,
Une diférence notable
Que ma síufe en deux Vers veut bien
vous étaler;
La beauté de l'Esprit eftpermanente &
ftable,
Mais la beauté du Corps paſſe comme u
Eclair.
En effet, que font devenuës
Cesfamenfes Beautex, cesBeautezfi com
unes,
du Mercure Galant. 67
Dont l'orgueilleux éclat avoit tant de
renom?
Andromede, Lucrece, Heléne, Cléopatre,
Vous n'éblouiffez plus , fi ce n'est au
Théatre;
Etfans la Comédie, oùferoit voftre nom?
Mais lefeu d'un Esprit, tout divin, rare,
& beau,
Triomphe de la Parque, & brave le
Tombean,
Il attire en tout temps de glorieux hom
mages.
Seneque, Cicéron, Demofthene, Platon,
Ifocrate, Zénon, Diogene, Caton,
Vivent-ils pas encor dans leursfçavans
Ouvrages?
**
Pour éviter les difcoursfuperflus,
Voicy donc ce que je conclus.
Pour peu qu'on ait le coeurfenfible
Aux attraits d'un Objet qui paroift gra
tieux,
Et pour peu que d'amour le coeurfois
Susceptible
68 Extraordinaire
On eft bientoftpris par les yeux.
03
Mais fi l'Homme fe mett en paffe
De tout faire de bonne grace ;
Mais fil Homme attend un moment
Pour écouter la voix de fon raiſonnement,
Voix douce, & non tumultueuse,
Avant que l'onfoit défarmé,
La beauté de l'Espritfera victoriense,
Et de ce cofté-là l'on restera charmé.
L. BOUCHET, ancien Curé
de Nogent le Roy.
Pourquoy les Nouveautez plaifent
d'abord , & dégoûtent
dans la fuite-
Eft une incontestable & claire ve
C'Erité,
Que ce qu'on nomme nouveauté,
Charme & delete tout le monde.
Mais d'où vient cette impreffion
Quifait ladélectation?
du Mercure Galant.
69
C'eft la-deffus qu'ilfaut que je réponde.
8
L'infatiable ardeur d'apprendre chaque
jour
Quelque évenement, quelque chofe,
Fait de la nouveauté l'inépuisable amour,
Et de cet appétit on augmente la doze,
Quand un Spectacle merveilleux
Sepréfente à l'efprit, on vient fraper
les yeux.
*
Ajoûtez que l'ame eft épriſe
D'unefecrete volupté,
Quand une agreableſurpriſe
Flate la curiofité
Qui l'entraîne, & qui la maîtrife;
Et c'est ainsi qu'on trouve bean
Tout ce qui s'offre de nouveau.
Ces changemens fifubits de Théatre,
Dont le Spectateur idolâtre,
Eft enchanté dans l'Opéra,
Qu'on endife ce qu'on voudra,
N'ont rien de charmāt dans leur eſtre,
Queparce qu'en unfeul inftant,
70
Extraordinaire
Lors qu'on n'y pense pas, ils viennent à
paroître,
Et forment tout-à-coup nnSpéctacle écla➡
tant.
£3
Mais par un effet tout contraire,
Ce qui plaifoit, ceffe de plaire,
Semblefade, & n'a rien de beau,
Lors qu'un fréquent uſage en ſuit la
jouiffance.
D'où peut venir cette inconſtance?
C'est qu'il ceffe d'eftre nouveau.
Le mefme.
du Mercure Galant.
71
25525-52255-52SZZZ
QUEL CHOIX DOIT FAIRE
un Homme, qui ayant le coeurfenfible
à l'esprit & à la beauté , n'eft
point affez riche pour vivre fans
chagrin avec uneFemme qui ne luy
apporteroit aucun bien . On luy propofe
trois Partys pour le Mariages
une Fille tres -riche , mais tres-laide ,
& n'ayant aucun efprit ; une autre
parfaitement belle , d'une fageffe
reconnue, d'une humeur tres - douce ,
mais fans bien; & enfin une troifiéme
, qui par fon efprit fe fait
admirer de tout le monde , mais qui
n'any bien , ny beauté.
Q
Uoy qu'un Homme de la
qualité fpecifiée
par la
Queition, foit affez embaraffé
72
Extraordinaire
fur le choix qu'il doit faire des
trois Partys qu'on luy propofe
pour le Mariage, parce qu'il s'agit
d'examiner la nature & la dignité
des avantages contenus
dans chaque Party , & que la
bonté du choix ne dépend que
d'un jufte difcernement à bien
juger de la préférence de ces
avantages , je croy neantmoins
que le mieux qu'il puiffe faire
dans cette neceffité de choifir,
c'eft de prendre une Fille parfaitement
belle , d'une fagelſe reconnuë',
& d'une humeur tresdouce
, quoy qu'elle n'ait aucun
bien .
Pour démontrer que ce fenti
ment eft jufte , je remarque d'abord
dans ce choix, que les deux
premiers fouhaits de cet Homme,
fçavoir,
du Mercure Galant.
73
fçavoir , l'Esprit & la Beaute,
font avantageuſement remplis.
La fageffe de cette Fille , & la
douceur de fon naturel , font des
attraits puiffans pour le fatisfaire
à l'égard de l'Esprit , & la Beauté
à laquelle il a le coeur fenfible,
s'y rencontre auſſi dans un degré
parfait. Il eft vray que l'avantage
du bien ne s'y trouve point;
mais cet inconvenient a ſes remedes
, fi l'on confidere que
cette Fille trouvera dans fa fageffe
mefme les moyens de régler
le Ménage avec un ordre qui
procurera en peu de temps une
abondance de biens fuffifante
pour contenter le coeur de cet
Homme , puis que nous voyons
tous les jours des exemples fi fameux
des effts furprenans de
Q. deJanvier1683. G
74
Extraordinaire
l'oeconomie , dont l'ufage eft l'unique
& le plus important fecret
qu'on puiffe avoir pour conferver,
& mefme pour augmenter
le revenu d'une Famille.
D'ailleurs , s'il eft veritable
que l'excés des biens cauſe une
infinité de defordres, & que c'eſt
une occafion funefte pour fo.
menter les paffions & le luxe , il
n'y a pas un Homme raifonnable
qui ne préfere fans difficulté une
fageffe reconnuë , à une abondance
de biens qui pourroit porter
une Femme à fe glorifier de
cer avantage , à rechercher fes
plaifirs avec trop de paffion &
de liberté , & en un mot à maî.
trifer fon Mary , en luy repro.
chant à toute heure qu'elle luy a
fait la fortune. Il n'eſt pas abſo
du Mercure Galant.
75
lument neceffaire de potleder un
grand revenu pour vivre avec
douceur dans le monde. Un bien
médiocre , gouverné avec jugement,
& fecondé d'une frugalité
loüable , eft fuffifant pour un
Homme & une Femme qui veulent
vivre éloignez des traverſes
& des embarras du monde . Les
Grecs & les Romains ont mefme
eftimé qu'il eftoit plus avantageux
de vivre dans la pauvreté
que dans l'abondance , & on ne
s'attiroit pas moins de blâme en
ne fe contentant pas de la fucceffion
de fon Pere ( foft- elle peu
confidérable ) que fi on cuft dif
fipé le bien de fes Anceftres par
des profufions immenfes , parce
qu'ils éprouvoient comme une
verité manifefte, que la pauvreté
Gij
76
Extraordinaire
eftoit d'un grand fecours pour
dompter les efforts des paffions
humaines, & pour les foumettre
à la raiſon. En effet , ils avoient
une horreur fi grande pour le
luxe, & pour les delices de la vie ,
qu'ils drefferent dans le Temple
de Thebes une Colomne , où ils
avoient gravé d'étranges imprécations
contre le Roy Menis ,
qui fut entre les Thébains le
premier Secateur d'une vie délicieuſe,
Ce fut alors que la cor.
ruption des moeurs commença
de prendre racine en ce Païs - là
par les déréglemens du Peuple,
qui fecoüa le joug de la pauvreté,
concevant , à l'exemple de ce
Roy voluptueux , un appétit infatiable
des biens de la terre. Ce
defordre paffa jufques aux Ro
du Mercure Galant. 77
mains , & obligea quantité de
Magiftrats à faire des Loix ex
prés, comme la Loy Oppia, Cornelia,
Papia, Ancia, & c, pour re
trancher le luxe & les excés de
la bonne chere. Lycurge fiſt aufli
des Loix d'une ſeverité furprenante
pour le mefme fujet, & à
deffein de corriger les excés des
Repas fomptueux , qu'il regar
doit comme les attraits de la con
cupifcence, & comme la fource
fatale des défordres de la Répu
blique. C'eftoit auffi une coûtume
pratiquée chez les Spartes,
d'ordonner des peines à ceux qui
recherchoient l'alliance des Riches
, dans la veuë d'amaffer de
grands biens, en profitant de leur
bonne fortune. Je ne dis rien des
autres Nations qui ont eftimé la
G iij
78 Extraordinaire
pauvreté comme une vertu , &
qui ont toûjours eu un extréme
dégouft pour le luxe.
Mais pour ne porter pas plus
loin cette digreffion , un Homme
tel que la Queſtion nous le pro
pofe, ne fait point un jufte choix,
S'il s'attache au premier Party;
car quelle douceur peut- il goûter
dans un Mariage de cette qualité?
L'extréme richeffe de cette Fille
le confolera - t - elle du manque
d'efprit & de beauté ? Si elle n'a
point d'efprit , aura-t- elle de la
conduite ? Si elle n'a point de
conduite , fera -t - elle capable de
bien élever une Famille , Et enfin,
fi elle eft ignorante dans l'éducation
d'une Famille, pourrat
-elle plaire à fon Mary , & l'un
& l'autre jouiront - ils de cette
du Mercure Galant.
79
fatisfaction commune qui réfulte
du foin d'un Ménage bien ordonné
? A l'égard de la Beauté,
quoy qu'on ne doive pas tant ef
timer fes charmes que ceux de
l'Eſprit, ils font toûjours affez
puiffans dans une Femme , pour
attirer l'amour & la complaifance
de fon Mary, & pour
établir entr'eux
une amitié réciproque.
Le dernier Party efl encor
moins propre pour cet Homme,
& il est fort vray-femblable que
le defaut de deux avantages dont
il est touché également , feroit
un redoublement de chagrin
pour luy dans le Mariage, qui luy
donneroit du mépris pourfa Femme,
& le rendroit enfin infenfible
aux charmes de fon efprit.
Mais cft- il un Homme affez
G iiij
80
Extraordinaire
ingrat, pour ne pas aimer June
Femme fage, belle, & d'une humeur
engageante ? Le manque
de bien empefchera- t- il qu'on
ne rende juſtice a fon merites
Et aura-t-on moins d'égard pour
elle , que pour une Fille à qui la
Fortune a efté fort libérale , &
à qui la Vertu n'a rien donné,
qui fera peut- eftre une Emportée
, une Délicieuſe , une Coquete
? La fageffe & le bon na .
turel font deux qualitez fingulieres
qu'on doit rechercher dans
une Fille. La premiere eſt une
régle infaillible, pour entretenir
toûjours une agreable oeconomie
, pendant laquelle le Mary
& la Femme ne doivent point
redouter les atteintes de la pauvreté
, & l'autre eft comme un
fecret merveilleux pour refferrer
da Mercure Galant . 81
J
1
1
1
les noeuds de l'amitié conjugale,
qui en éloignant les conteftations
importunes , fi contraires à la
douceur de la vie, fera naître dans
leur famille un repos & une tranquillité
toûjours agreable. Un
Mariage où la paix fe fait admi-
A rer , a des charmes incroyables ,
Celuy qui a le malheur d'eftré
fujet à la divifion , n'a que des
amertumes à répandre. Ainſi je
donne avis à cet Homme de ne
pas négliger un Party fi confidé.
rable ; & fans s'attacher à l'inté
reft, qu'il s'eftime heureux , qu'il
s'aplaudiffe de fon choix , & enfin
qu'il regarde la beauté , la douceur
, & la fageffe de fa Femme,
comme une refource avantageufe
pour paffer la vie agreablement .
DECAVILLY, Avocat à Peries
en Normandie.
82 Extraordinaire
Les Explications que vous allez
lire , m'ont efté envoyées fur les
Enigmes de Decembre , dont les Mots
eftoient l'Ecran & la Taupe .
1.
Entre les mains de la belle Silvie,
Qu de la charmante Philis,
Mon deftin eft digne d'envie,
Puis que de leur beau teint je conferve
les Lys,
Dont la blancheurferoit bientoft ravie
Par la vivacité
D'unfeu brûlant, & plein d'activité.
Pendant ce doux employ j'en reçoy cent
careffes.
Que de douceurs, que de tendreffes
Sentiroit un Amant, s'il pouvoit eftre
Ecran
Pendant quatre ou cinq mois de l'an!
ALLARD.
du Mercure Galant.
83
Q
II.
Vandje vois chaquejour l'adorable
Catin
Se promener dans le Jardin,
D'un air qui n'a rien de la Gaupe,
Je m'écrie auffiteft : Ah, qui n'aimeroit
pas
Tant de charmes , & tant d'appas ,
Seroit bienplus aveugle que la Taupe.
N
III.
Le mefme.
' Eft- ce pas oublier l'inconftance des
Belles,
Que de leur donner un Ecran ?
Ce Commode préfent qu'on voit eftimé
d'elles,
Avant que nous foyons à la moitié de
l'an,
Sera mis avec joye au rang des bagatelles.
AVICE , de Caën, Rue
de la Harpe.
84
Extraordinaire
LE
IV.
Efeu qui livreſur la terre
A cent Corps diferens une cruelle guerre,
Nepeut fouffrir d'obstacle àfon activité.
Cependant entous lieux unfoible Ecran
le demte,
Il luyfait respecter le teint d'une Beauté,
Et cefier Elément en eft rouge de honte.
N
V.
Le mefme.
Ous reconnoiffons tous les jours
Qu'iln'eft point de laides amours.
Quand on aime,fuft- ce une Gaupe,
Si l'onvoitboire à fafanté,
Celuy qui s'en trouve enchanté,
Ne ceffe pas de dire Taupe.
Neceffe
VIGNIER, de Richelieu.
VI.
St-ce parce queje difois
E
embra
fois,
Que vous voulez, jeune Camille,
du Mercure Galant. 85
Entre nous mettre plus d'un mille?
Ah,lefâcheux Ecran où je me réduifois.
DROWART DE ROCONVAL,
de la Porte S.Antoine.
VII,
'
Individu mauſſade & gaupe,
Choque mon inclination
;
L
Choque
Mais je ne puisfouffrir fans indignation
Les dégafts que fait une Taupe.
La Taupe d'unFardin defole la beauté.
Par l'outrage fecret qu'ellefait aux Parterres
;
LaTaupe d'un Feftin, déregle lafanté,
Dans le combatfatal des Brindes & des
Verres.
L. BOUCHET, ancien Curé
de Nogent le Roy.
VIII.
PHilis, an premier jour de l'an,
Que chacun à l'envy vous offre des Etrennes;
Recevez, s'il vous plaiſt, les miennes,
C'eft pour votre beau teint un prétieux
Ecran, RAULT, de Rojien .
86
Extraordinaire
IX.
E ne veux plus aimer, nargue de vos
JEappas.
Allez , infenfible, inhumaine,
Fay beau vous parler de mapeine,
Vous ne me plaignez pas;
Bacchus parmyles Pots, les Verres,& les
Vame vangerde voftre haine. (Plats,
Allons, Bacchus, je suis à toy,
L'Amour merend l'humeur trop noire.
Je ne veux plusfonger qu'à boire,
Tu vas voirfi jefgay bien dire, Taupe
à moy.
D
DIEREVILLE, du Pontleveſque .
X.
Es vrais Amans, & des Ecrans,
Les offices font diférens.
Les Ecrans gardent de la flâme,
Et de l'ardeur d'un trop grandfeu;
Mais d'un Amant le plus doux jeu,
Se voit à l'allumer dans le coeur de fa
Dame.
Le Marquis inconnu de la belle
Françoife Jofephine .
du Mercure Galant. 87
XI.
APeugle & cruel Animal,
Plein d'horreur & de rage,
Qui mets tout au pillage,
Et nefais que du mal;
Arrefte-toy du moins en terre
Aravager tousfes trésors,
Taupe,fans emprunter le Verre,
Pour détruire nos corps.
O
E. FOYNEAU, Sous- Chantre de
la Cathédrale de Vennes.
XII.
N connoift le defir dont Mercure
eft atteint;
Je cherche àplaire à l'aimable Sylvie,
Par cet Ecran qui luy conferve un teint
Qu'elle eftime plus que fa vie.
N
C. HUTUGE, d'Orleans,
demeurant à Metz.
XIII.
O dit quel'Amour ne voisgoute,
Je croy le mefme de Bacchus:
Card'empefcher de dire plus,
88
Extraordinaire
Taupe aux Buveurs, c'eft les mettre en
déroute.
V
Le Marquis inconnu de la belle
Françoiſe Jofephine.
XIV.
Ous ne vousfervez d'un Ecran
Que la moitié de l'an,
Et vous luyfaites cent careſſes.
Que doit donc attendre un Amant
Qui s'offre à vousfervir toûjours également?
Vous luy devez, Philis, mille & mille
tendreffes
.
Le Cavalier inconnu de
l'aimable Picarde .
XV .
SAns fotiller au fond de mon coeur,
Ainfi quel Animal qui fait des Taupinieres,
• Contentez-vous, Philis , qu'on boive des
premieres
Voftrefanté, difant au plus hardy Bu
veur,
du Mercure Galant. 89
Je Taupe à cette Belle : imitez-moy,
Monfieur.
XVI.
Le mefme
E rèçeus l'autre jour, Mercure,
Un bel Ecran par la Voiture,
Dont on admire lafaçon;
Je vous enfgay bon gré, car il eft defaifon .
La belle Nourriture du Havre.
XVII.
QQui des Buveursfe dit la Loy!
Ve cette Enigme m'embaraſſe,
Je n'y vois goute, fur mafoy,
Et d'y refver je fuis trop laffe.
J'y vois comme une Taupe, & d'efprits
& des yeux;
N'eftant pas de mon mal encor bien revenue,
Pardonnez à mon peu de veuë,
„Une autrefois jeverray mieux .
La mefme
Q. deFanvier 1683.
H
90
Extraordinaire
E
XVIII.
Ncor fi voftre Enigme avoit tant de
brillant,
Qu'elle donnaft trop dans la veuë,
On loueroit voftre retenuë,
Et chacun trouveroit le procedé galant.
Mais dans l'obscurité profonde
Qui régne dans ces Vers du premier jour
de l'an,
N'est- ce pasfe moquer du monde,
Que de nous donner un Ecran ?
L'Ennemy d'Amour à l'Anagramme,
L'Héroïne my
entraîne.
XIX .
E toutes les Saifons que l'on-voit
D²
arriver,
L'Ecran nefert que dans l'Hyver;
-En autre temps on le méprife;
Il faut qu'il vienne un vent de biſe,'
Pour le remettre dansfes droits .
Il fe chauffe , on le tient, fans brûler de
fon bois;
Ilne va pas chez la Canaille,
du Mercure Galant, 91
Il eft d'une diforme taille,
Puis qu'il eft plat & rond ; tel enfin que ,
je fuis,
Il m'a parlé d'amour, fans que je fois ·
trop belle;
Ilpeut parfes plaiſans recits
Forcerfouvent une Cruelle
A ne pouvoir le rebater ;
On litfes Vers qu'on peut chanter,
Et mefme il a cet avantage,
Soit qu'il touche, ou non, quelques
coeurs ,
Qu'estant baisé par badinage ,
Il a toujours quelques faveurs.
LA
FORTEAU, Avocat de Semurs .
XX.
A Taupe a l'inclination
Toujours attachée à la terre;
Elle eft dans ce deffeinfans ceffe en action ;
On luyfait tres-fouvent laguerre;
Dansles Jardins les mieux entretenus,
On la cherche malgré fes chemins inconnus
,
Où ne vajamais la lumiere ;
Hij
92 Extraordinaire
Maisdans les horreurs de fa nuit,
Les Guetteurs fans faire de bruit,
Laprennent quelquefois au fort de fa
carriere,
Et dans ce déplorable fort ,
Cet Animal trouve la mort.
Si quelque chofe luy peut plaire ,
Apres unfi cruel deftin ,
C'eft qu'on fait defon nom l'ornement
d'un Feftin ;
On dit Taupe en buvant , c'eſt l'ame de
la Chere;
Et fifur cefujet je dois parler de moy,
Ilfaut tauper fouvent pour mefaire la
loy.
XXI.
Efuis une jeune Beauté
JE
Le mefme.
Quifçais peu l'amoureux miftere;
Mais je croy que pour plaire,
Il ne faut point tant d'infidélité.
L'Ecran me dites - vous parle d'amour
aux Belles;
Avonez-le, Mercure, en l'art de coquetteż
du Mercure Galant.
93
Sur tous vousfçavez l'emporter;
A toutes vous jurez des amours éter-
Ilfuffit de vous écouter. (nelles,
La belle Prifonniere du
Fauxbourg S.Antoine.
XXII.
Olontiers je vous laiſſe une Bêche
à la main Vol
Dans vosJardins au guet poursurprendre
des Taupes;
Fe meplais mieux à table unplein Verre
à la main,
Pouryfaire le guet aux gaillards mots
de Topes.
Q v
Le Manan de la Belle Etoile
de la Rue S.Antoine.
XXIII.
Voy que m'ait défendu Maman,
Qui dit que je ne dois prendre rien de
perfonne,
Je ne puis refufer l'Ecran
Que Mercure aujourd'huy me donne.
La Belle à l'Anagramme,
Je n'aime rien hors le mérite,
de la Ruë de la Licorne.
94
Extraordinaire
XXIV .
Honi nonsporte tous vers la
A méchante inclination ,
Quinous
terre !
Pour elle l'on nous voit toûjours dans
l'action ;
Nos Directeurs ont beau nous en faire
la
guerre,
Pour nous faire changer, ils font entretenus
;
Mais que bien peu lefont! Ilsfont presque
inconnus.
Plus qu'une Taupe, helas! nous fuyons
la lumiere,
Rifquant d'eftre furpris d'une eternelle
nuit.
Quoy qu'un Pafteur s'enplaigne, & faſſe
ben du bruit ,
Sans le vouloir entendre, on pourſuitfa
carriere ,
Et par un déplorable fort,
On veut refter aveugle, & ſourd juſqu'à
la mort.
du Mercure Galant.
95
Funefte aveuglement! comment peux-tu
nous plaire ,
Toy qui nousfaisfouffrir un fifâcheux
deftin?
Fuyons-le, chers Amis , mefme dans un
Feftin,
Et que le Tope & Maſſe, enfaifant bonne
chere,
Ne nous empefche pas de prendre (croyez
moy }
L'Honneur pour noftre régle, & la Vertu
pourloy.
GYGES, du Havre,
Fuftes
XXV.
Uftes- vous jamais plus Galant,
Mercure, qu'en ce mois ? Avec ce beau
talent
De nous debiter des Nouvelles,
Vous donnez un Ecran aux Belles,
Et dequoy faire Tope à tous les bons
Buveurs.
Mafoy, vous lesfaites tous rire,
Un chacun a de vos faveurs,
96 Extraordinaire
Et voit que vousfçavez faire auffi-bien. que
dire
Le mefme.
XXVI .
UNCertain,faisant & Aftrologue,
Nous difait l'autre jour d'un ton de Pédagogue;
Sçavez- vous bien que Mercredy,
Úne heure, ou deux apres midy,
De l'Orbe le plus haut doit arriver l'Eclipfe?
De grace, expliquez-nous cela,
Dimes-nous auffitoft. Là-deffus il parla
D'unftile plus obfcur que n'est l'Apoca
lipfe,
D'interpofition,
Et de conjonction,
De longitude,
De latitude,
De paralelle, & d'horizon.
A vous autres, dit- il, qui n'eftes pas d'étude,
Je m'en vay vous donner une comparaiſon
Enfaçon de fimilitude.
du Mercure Galant. 397
Lorsque vous vous trouvez auprés de
voſtrefeu,
Sivous vous brulez tant-foit-pen,
Vous mettez devant vous dequoy voni
en défendre;
Et ce que vous mettez parfon opacité,
Empefche que dufeu l'extréme activité
Ne puiffe jufqu'àvous s'étendre.
C'eft de la fortequ'ilfautprendre.
L'évenement qui vous furprend,
La Lune, de la Terre eft justement
l'Ecran.
XXVII.
Ercure, voftre Ecran est unpréſent
bonneste,
Auffi le reçoit-onfort agreablement;
Mais voftre Taupe eft une Befte
Quin'apournous rien de charmant.
La Nymphe de S. Paul,
avec la Suite .
XXVIII.
Velque temps qui puiffe arriver,
L'Ecran nefert que das l'Hyver;
On l'abandonne, on le mépriſe,
Q. deJanvier 1683.
Ι
98 Extraordinaire
...
S'il ne vient quelque vent de bile
Qui le remette dans fes droits .
Ilfe chauffepar tout, fans brûler defon
bois;
Le beau Sexe l'employe, & nonpoint la
Canaille,
"
Quoy qu'ilfoit de diforme taille.
Ah! s'il eftoit comme je fuis ,
Qu'il pût parler d'amour aux Belles,
Qu'il leur fift de plaifans recits ,
Et qu'il vift que les pluscruelles
Nepuffent pas le rebuter,
Et pour en dire davantage,
Qu'ilpût enfin toucher leurs coeurs ,
Dans fon innocent badinage,
Il auroit bien d'autresfaveurs.
Le Secretaire du Parnaffe.
XXIX .
Donnerpour Etrenne un Ecran ,
N'eft-cepas avoirfoin desBelles?
'Mercure, Taupe à toy, ce premier mois
de l'an,
du Mercure Galant.
و ل و
Je bois à tafanté pour elles.
BD B. à l'Anagramme, Le
Blond joly, Lieutenant General
au Regiment Royal
des Vailleaux .
XXX.
'Onſervez voſtre teint,ma charmante
Lesbie, Co
Unique & cher Objet pour qui j'aime
lavio,
Et contre l'attentat du brûlant Dien
Vulcan,
Armez-vous d'un Ecran,
GIRAULT, de Paris.
Q
XXXI.
Vand Lifette m'accorde unpeu de
fes faveurs,
Mon coeur alors paroist le plus conftant
des coeursi
Je jure par l' Amour, que je n'aimeray
qu'elle;
Mais un moment apres je deviens infidelle,
THEQUE
BIBLIO
THE
DE
LA
LYON
*1893
I ij
100 Extraordinaire
J'entretiens de mesfeux la jeune Ama
rillis,
Quand je prétens encor dire Taupe à
Philis.
Le mefine.
Le Chifre quifuit , cache un Madrigal
qui explique la premiere de
ces deux Enigmes fur l'Ecran. Il eft
de l'invention de M de Flefel de
Vermolet d'Amiens. C'est une nouvelle
espece d'Enigme pour ceux qui
voudront bien fe donner la peine d'en
chercher le fens. Le point sépare la
lettre , & les deux points féparent le
mot. Ilfaut obferver qu'on n'a point
compris la lettre K dans cet Alphabet,
parce qu'elle est presque toûjours inu
tile.
du Mercure Galant. 101-
1
Explication en Chifre de l'Enigme
de l'Ecran .
2131.4554. 5635. 1312. 6574.3652.
16453. 3112 : 7546. 6322 : 6723.
2112. 5311. 6212 : 9711. 3443 : 2111.
1818 : 6624.2112.12.2
. 5553.3112.
2111.1733 . 9652. 3333 : 9625. 4611 :
1221.3461.3421.5633 : 8181.7312 .
2731.2462,3432 : 2212.2110 3412 .
= 3425: 4322. 2011 ; 3242. 6543 : 1221 .
6283.2121.3452 . 6574.4755: 2110.
2210 : 8712. 2121. 113. 2178.3211.
8824.6455: 6624.2111 : 2475.3211 .
4231. 5536. 6565. 3281 : 9324.2110 .
2213 : 4464. 5636 : 3210.6912.6229 .
3611. 6723.6711 . 3276.3211 . 2322.
3411.6844 : 1211.8231.8428.6434:
4824. 3612: 2000 . 3421. 6322. 3213 .
6411.86223611. 4123. 2111 : 8163 .
2110. 2222 : 6212. 8527. 2212. 5636 .
1863 .
I iij .
102 Extraordinaire
Lors que je vous eus envoyé le
commencement du Traité des Luneres
employé dans le XIX. Tome de
l'Extraordinaire , vous me témoignastes
que puis qu'il estoit dédié à
Monfeigneur le Duc de Bourgogne,
vous feriez bien - aife d'en voir l'E
piftre , parce qu'il avoit parufingu
lier à quelques -uns qu'on euft adreffe
un Traité de cette nature à un Prince
qui eftoit encor dans le Berceau. Li.
fez, Madame, & faites lire à tous vos
Amis cette Epistre qu'ils attendent
avec tant d'impatience. Ils la trouweront
tres- digne defon Autheur, &
je ne doutepoint qu'apres l'avoir lûe,
ils n'avoient que les chofes les plus
éloignées entr'elles , peuvent avoir
du raport, pourveu qu'on les fçache
bien tourner. Voicy de quelle maniere
' du
Mercure Galant. 103
M' Comiers parle à Monseigneur le
Duc de Bourgogne.
VOUS
Ous repofez , MONSEIGNEUR
, fans foin & fans
chagrin dans un Berceau Royal ,
à l'ombre d'une Moiffon de Palmes
, & de Lauriers du plus augufte
& du plus grand des Mo
narques de la Terre , duquel on
ne peut dignement faire le Panégyrique
, qu'avec les mefmes ter.
mes que le S. Efprit employa
dans le premier Chapitre des Li
vre des Machabées , pour faire
celuy d'Aléxandre le Grand . Siluit
Terra in confpectu ejus . Tous les
Princes de la Terre trembloient
en fa préfence, Mais , MONSEIGNEUR
, avec l'âge , vous vous
fentirez eftre né pour occuper di
I iiij
104
Extraordinaire
gnement la Renommée à publier .
dans tous les coins de l'Univers ,
vos faits plus qu'héroïques. Vous
ferez toûjours chery de la Victoi
re ; vous ferez toûjours la terreur
des Ennemis , & la joye des
François . Enfin comme,
Parvos non Aquilis , fas cft educere
fætu ,
..
Antefidem Solis judiciumque Poli.
Vous ferez par vous mefme , autant
que par voftre naiſſance , un
Prince incomparable ; & pour .
dire tout en un mot , vous ferez ,
MONSEIGNEUR , en tout lieu &
en tout temps , un Fils digne du
Pere & du Grand Pere.
: Mais
MONSEIGNEUR , Vous
aurez le mefme fujet que cet Alé--
xandre Macédonien , Fondateur
de la Monarchie des Grecs , de
du Mercure Galant . 105
5,
vous plaindre que toute l'Europe
cedant déja par tout aux Armes
du Roy toûjours victorieuſes ,
vous ferez obligé d'aller chercher
un nouveau Monde pour
fournir de matiere à voftre bras,
& trouver des Ennemis de la
France.
C'est pour cela , MONS EIGNEUR
, que dans voftre Berceau
mefme , je vous préfente
des Lunetes de longue veuë , pour
voir ces autres Mondes fi éloi
gnez de nous , & qu'on a commencé
à découvrir dans ce Sie.
cle plein de Miracles , par le
moyen des Téleſcopes , qui par
une innocente Magie , rendent
préfentes à nos yeux les chofes
les plus cachées dans leur grand
éloignement, C'est par le moyen
106 Extraordinaire
des Lunetes que la divine Aftronomie,
digne un jour de vos plus
belles Etudes , penetre les Cieux,
& fait un nouveau commerce
dans les Aftres .
...
Tranfcendit ad Aftra
Difciplina audax , inquirit fedula
motus ,
Veftigatque Situs , oculis nova Sidera
luftrat,
Et gemino fubnixa Vitro, miracula
pandit.
C'eft ,
MONSEIGNEUR , par le
moyen des Télescopes , qu'on reconnoift
par expérience ce que
dit l'Eccléfiaftique Chap. 11. &
43 que les Ouvrages du Treshaut
font pleins de majeſté , cachez
& inconnus au commun
des Hommes ; & que nous pouvons
dire comme S. Jean dans le
du Mercure Galant . 107
21. Chapitre de l'Apocalipse , f'ay
vú un Ciel nouveau , & une nonvelle
Terre. Vous ferez , MONSEIGNEUR,
de ce nombre . Le Ciel
a allumé l'un de fes Flambeaux
extraordinaires , pour annoncer
voftre Naiffance à toute la Terre;
& cette heureuſe nuit du 6. du
mois d'Aouft dernier 1682. fut
éclairée à Verſailles durant quelques
heures par un Feu celefte ,
& qui furprit tous ceux qui le virent.
Ainfi , MONSEIGNEUR , j'ay
d'affez bonnes Lunetes pour lire
dans l'avenir , & dans les Etoiles
du Ciel , que le Prophete Ifaye
Chapitre 34. Verfet 4. compare
à un Livre , & le Prophete Baruch
Chap . 6. Verfet 59. nous affure
Que les Etoiles refplendiſſantes
08 Extraordinaire
beiffent , quand elles font envoyées
pour chofes utiles. C'est pourquoy,
MONSEIGNEUR
,
Credite me vobis , folium recitare
Sibilla,
& que je fuis, & c.
25522-5525522-2555
SUITE DU TRAITE'
DES LUNETES,
Par M' Comiers d'Ambran , Prevoſt
de Ternant , Profeſſeur des Mathématiques
à Paris.
NOU
Ous donnons icy la conftruction
des fimples Télefcopes
, ou Lunetes de longue veuë,
qui n'ont que deux Verres, l'un
du Mercure Galant. 109
objectif, toûjours plan- convexe,
ou convexe des deux coftez , &un
oculaire , plan- concave ou concave
des deux coftez ; ou planconvexe
ou convexe des deux
coftez . C'est pourquoy il y a deux
genres de Télescopes , car le Verre
oculaire du premier genre eft
concave , par lequel on voit l'objet
dans fa fituation naturelle ; &
leVerre oculaire de l'autre genre
de Lunete eft convexe , qui fait
voir les objets renverfez , maist
qui en échange fait découvrir
tout à coup , & en mefme temps,
cent fois plus de terrain , ou plus
grande baze du conevifuel , que
ne fait la Lunere à l'oculaire concave.
Deux Lunetes de mefme
genre & d'égale puiffance,
forment les Bezicles Télescopiques ,
ΣΤΟ Extraordinaire
S
&
qu'on appelle Binocles. Nous démontrerons
en quel temps ,
par qui ils ont efté inventez .
Bien que Guftchonius ait démontré
que la réfraction du Verre
eftant à la réfraction de l'air
comme 13. à 20. l'unique efpece
des figures hyperboliques & fections
propres pour les Verres
des Lunetes , eft de 42. degrez
32. minutes ; neantmoins comme
tous les Verres conoïdes ne fubfiftent
que dans l'idée , puis qu'on
ne peut les bien travailler à cauſe
de la diformité réguliere de leur
figure , les feuls Verres fphériques
peuvent produire un bon
effet , parce qu'ils peuvent eftre
exactement travaillez , à caufe de
leur figure uniforme en toutes fes
parties ; & fi on compare les produ
Mercure Galant. III
prietez dé l'hyperbole , avec les
proprietez du cercle dans fes finus,
on trouvera qu'un Veire
fphérique n'ayant que peu de degrez
à découvert , n'eft que de
tres -peu inférieur au Verre qui
féroit hyperboliquement formé;
outre que fi la figure hyperbolique
eft preférable à la circulaire,
pour la précife réunion des
rayons émanez du point de l'objet
qui fe trouvera dans l'axe , elle
n'eft pas fi avantageufe que la figure
fphérique pour la réunion
des radiations des points latéraux
de l'objet .
Je dis que toute la fcience de la
Conftruction des Lunetes de lon.
gue veuë , que Keppler dans la
Préface de fa Dioptrique appelle
un ail artificiel , dépend de fix
chofes,
112 Extraordinaire
la
1. A déterminer la diſtance
du Verre, à l'image de l'objet ;
diſtance de l'objet au Verre ef
tant donnée.
2. A démontrer la grandeur
de cette image.
3. A donner une jufte ouverture
au Verre objectif, propor
tionnée à la longueur de fon
Foyer folaire , & à fon oculaire
A connoiſtre la juſte proportion
du diametre du Verre objectif,
au diametre du Verre ocu
laire.
4.
5. A l'arrangement des Verres
dans le Tuyau de la Lunete .
6. A bien efpacer dans la lon.
gueur des Tuyaux certains anneaux
ou diaphragmes.
. 1. A déterminer dans tout éloignement
de l'objet , au Verre
du Mercure Galant. 113
IN
objectif de la Lunete , la lon .
gueur ou diſtance du Verre à fon
Foyer objectif, peinture ou baze
de diftinction de l'image de l'objet
, telle qu'on la voit fur un Papier
dans une Chambre noire,
ou fur la Retine d'un oeil artificiel
; car le Verre objectif produit
prés de l'autre bout de la Lu
nete dont l'oculaire eſt un Verre
convexe , une tres - petite image
de l'objet , peinte de toutes fes
couleurs , & dans la fimétrie de
toutes les parties ; nous regardons
enfuite dans la Lunete cet
objet aërien tres - proche de l'oeil ,
ou plútoft nous en recevons les
radiations de chaque point fur
un Verre oculaire convexe , qui
fert à peindre à la renverfe fur le
fonds de l'oeil ce petit objet aë-
Q.de Fanvier1683. K
114
Extraordinaire
rien beaucoup augmenté ; de
mefme que lors que nous confidcrons
de fort prés les plus petits
objets avec un Microscope. C'eft
pourquoy le Télescope eft un Microſcope
renversé , qui fait que
l'apparence artificielle de cette
petite image aeriene qui y tient
lieu d'objet , augmente extraor
dinairement l'aparence naturelle
de l'objet.
La diſtance de ce Foyer ob.
jectif , ou baze de diſtinction de
l'image aeriene de l'objet , ne
confifte pas dans un point indivifible
, puis qu'eſtant reçeuë un
peu plus loin , ou un peu plus
prés , il n'en arrive pas une fenble
confufion .
Pour déterminer la diſtance
du Verre objectif à l'image de
du Mercure Galant. 15
1
les
l'objet , que nous appellons Foyer
objectif réel , il faut premierement
connoiftre la longueur ou diftance
du mefme Verre à l'image
réelle du Soleil , que nous nommerons
Foyer Solaire. Il faut en
fuite remarquer. 1. Que fi l'ob-
-jet n'eft éloigné du Verre ob.
jectif que de la longueur de fon
Foyer Solaire antérieur
rayons de l'objet en fortiront ра.
ralleles , & ne fourniront aucune
image de l'objet. 2. Que fi l'ob
jet eft encor plus proche du Verre
, c'eſt à dire , s'il eft entre fon
Foyer Solaire antérieur , & le
Verre , les rayons de chaque
point de l'objet tombant trop divergens
fur le Verre, ils en fortiront
divergens , en forte que s'ils
eftoient reproduits en ligne droi-
Kij
116 Extraordinaire
te , ils iroient concourir du cofté
de l'objet à une certaine diftance
ou endroit que nous appellons
Foyer virtuel ; car les rayons de
chaque point de l'objet fortiront
du Verre autant divergens , que
fi effectivement l'objet eftoit en
ce Foyer virtuel , & qu'entre l'objet
& noftre oeil , il n'y cuſt aucun
Verre interpoſć .
2
Les Verres plan- concaves , &
ceux qui font concaves des deux
coftez , ont leur Foyer Solaire
toûjours virtuel autant éloigné
, que le Foyer réel Solaire
d'un Verre plan- convexe de mefme
diametre ou fphénicité , ou
d'un Verre convexe des deux
coftez.
Quant à la diſtance du Verre
convexe à l'image du Soleil , que
du Mercure Galant . 117
par analogic j'appelle FoyerSolaire,
je dis que fi le Verre eft planconvexe
, quelle des deux fuperficies
que vous préſentiez directement
au Soleil , le Foyer ſera éloigné
du Verre de la longueur de
l'axe de la Sphere dont le Verre
eft un fegment , ou de la longueur
du diametre de la convexité du
Verre , ce qui eft la mefme choſe.
Que fi le Verre eſt également
convexe des deux coftez , je dis
que le Foyer Solaire fe fera à la
diftance d'un demy - diametre ,
n'ayant pas égard à l'épaiffeur du
Verre, laquelle porte le Foyer un
peu plus loin.
Je n'ay auffi point d'égard , que
la longueur du Foyer Solaire eft
infenfiblement plus courte dans
l'apogée , que dans le perigée du
"
118 Extraordinaire
Soleil , que j'expliquay dans l'Académie
Royale des Sciences ,
par la moindre impreffion de
mouvement que les rayons du Soleil
font far les Mers qui font fous
le Tropique d'Hyver ; c'eft pourquoy
la maffe de tout le Tourbillon
de la Terre s'enfonce , &
s'abîme davantage vers le centre
de l'Univers en s'approchant du
Soleil ; & au contraire le pouffement
des rayons du Soleil , qui *
Aluent & refluent dans le corps
liquide du Soleil , comme j'ay expliqué
en 1665. dans mon Livre
de La Nouvelle Science des Cometes,
faifant plus d'effort , & plus d'impreffion
de mouvementfur la furface
folide des Terres qui font
fous le Tropiques d'Eté , chaffent
& repouffent plus loin noftret
du Mercure Galant.
119
Terre , en nous éloignant davantage
du centre de l'Univers ; de
mefine que le preffement caufé
fur les Mers , par le paffage du
Tourbillon de la Lune , produit
le flux & reflux de la Mer : & en
faifant changer de place le centre
de gravité de la Terre, & c. l'eau
monte au fommet des plus hautes
Montagnes , puis qu'au Mont
S.Michel l'eau de la Mer s'y éléve
juſques à 60. pieds plus qu'à l'ordinaire
, & que plufieurs Fontaines
ceffent de couler pendant
le reflux de la Mer. Cette éle .
vation a encor cette caufe partiale
, qu'une égale hauteur d'eau
de Mer eftant devenuë douce
par les filtres des terres & de fables
, pele moins ; outre que le
feul mouvement diurne de la
ΙΣΟ Extraordinaire
Terre fur fon axe d'Occident en
Orient, qui eft tres -rapide fous la
Zone Toride , eft une caufe fuffi.
fante pour forcer l'eau dans les
Canaux foûterrains à monter, &
remplir continuellement les Ré.
fervoirs qui font dans les creux
des Montagnes , car l'embouchûre
inférieure de ces Tuyaux
foûterrains qui fe trouvent tournez
vers l'Orient , heurtent con.
tinuellement avec violence les
eaux de la Mer , & la forcent à
monter fur les Montagnes . Comme
à celle de S. Guillaume , l'une
des plus hautes des Alpes , qui eft
au Septentrion de la Ville d'Am.
brun , fur laquelle on trouve un
grand Lac, qui fournit à plufieurs
Ruiffeaux toûjours également
Hyver & Eté . M ' le Comte de
Keffel,
THEUVE
DE
LYON
BIBLIO
BIB
THEQUE
bild
LYON
du Mercure Galant. 121
Keffel m'a dit qu'en Ecoffe à
trois lieuës de fon Château , il y a
un Rocher dans la Mer , du fommet
duquel fortent plufieurs
Ruiffeaux d'eau douce , de mef
me que des Montagnes de l'Ifle
Sainte Hélene .
Revenons au premier Probléme
general de la conftruction des
Télescopes , ou Lunetes à longue
veuë.
Eftant donnez la distance de l'ob
jet , au Verre objectif plan- convexe,
ou convexe des deux coſtez , trouver
la distance du Verre au Foyer objectif,
ouimage deftincte de l'objet.
1. Si l'objet eft au point du
Foyer Solaire du Verre , comme
en la Figure I. les rayons de la
radiation d'un meſme point de
l'objet en fortiront paralleles .
Q. de Janvier 1683. L
122 Extraordinaire
2. Si l'objet eft plus éloigné
du Verre que fon Foyer Solaire,
comme en la Figure 2. les rayons
en fortiront convergens , & ferontun
Foyer réel objectif, ou ima.
'ge diftincte de l'objet , telle que
par expérience on la voit fur un
Papier dans une Chambre noire,
ou fur la Retine d'un oeil artifi
ciel.
3. Si l'objet n'eft pas éloigné
du Verre de la longueur de fon
Foyer Solaire , comme dans la Figure
III. & IV . les rayons en for
tiront divergens , & le Foyer ob
jectiffera virtuel , tel que
vons expliqué en la page.
nous l'a-
1. Probleme , Figure II . Eftant
donnez , la diftance AD , de l'objet
AB , au Verre plan.convexe D , comme
auffi DF , longueur de fon Foyer Sodu
Mercure Galant.
123
laire. Trouver la longueur D , on
diftance du verre D , à l'image ba,
diftincte & renversée de l'objet a B.
Analogie AF . FD :: AD . Dy.
Exemple. Soit AF 45 , FD 15,
AD fera 60, & D , requiſe ſera 20.
2. Probleme Figure II . Eftant
donnez de pofitione D , diffance de la
Table d'attante , Foyer réel objectif
ou image future de l'objet au Perre
D, comme auffi la distance DF fon
Foyer Solaire. Trouver la distance.
DA, en laquelle doit eftre placé l'objet
2B , afin que le Verre D porte fonimage
diftincte en bea.
Analogie D--DF: DF :: • D.DA.
Corollaire. Donc fi l'objet eft
en A,on image eft en e ;
& fi l'ob.
jet eft en , fon image
eft en A.
C'eft icy le principe
de la Lanterne
Magique
, dont nous avons
Lij
124
Extraordinaire
donné la conſtruction , dans la
premiere partie , qui eft dans le
Mercure Extraordinaire d'Octobre
dernier , car elle confifte à
faire voir dans un lieu tres-obſcur
, l'image gigantefque peinte
de vives couleurs d'un objet
prototype de deux ou trois pou
ces de diametre , eftant à obfer.
ver qu'il ne faut que renverfer le
petit prototype, pour en faire pa,
roiftre l'image redreffée , & gigantefque.
C'eft fur ces réfléxions . qu'en
1652. eftant au Fort de l'Eclufe,
.......Sic dulce fciendi
Formentum , & ftudÿ fubit infidiofa
voluptas.a
que faifant mes expériences
Dioptriques, je trouvay le moyen
de faire fervir de Microfcope les
du Mercure Galant. 125
longues Lunetes d'approche,
mettant le petit objet quelques
lignes plus éloigné du Verre objectif
, que de la longueur de fon
Foyer Solaire , car cette diftance
du petit objet au Verre , eftant
connue & prife à volonté , je cón
nus par le premier Probleme la
diſtance du Verre obje&if à l'i. ·
mage de l'objet , j'adjoûtay en
fuite comme on fait ordinaire.
ment aux Lunetes d'approche,
un Verre oculaire concave en
dedans de cette image , ou un
Verre oculaire convexe au deça
de cette image , éloigné de la
longueur de fon Foyer Solaire.
En l'année 1655. j'en fis à Dijon
voir l'expérience à M Mariote,
& à plufieurs autres Sçavans
chez M le Confeiller Lantin.
L iij
126 Extraordinaire
J'en ay apres indiqué la maniere
dans la 53. page
de mon Livre de
La Nouvelle Science des Cometes,
imprimé à Lyon en 1665. Cette
Invention plût fi fort , fix ans
apres que je l'eus rendu publique
à M'Gracculus de Phedre , qu'il
en orna la Dioptrique Oculaire, im
primée en 1671. Voicy les ter.
mes de fa 265. page. Feſtime , ditil
, cette utilitéfinguliere, &jufques
à préfent inconnue .... Fadvouë,
adjoûte-t-il , que l'effet admirable
de l'Oculaire en ce fujet , m'a fouvent
furpris&portéjusqu'à l'étonnement.
Puis que ce Adioptricien ſi fameux
par tant de Volumes de vi.
fions , fe plaint dans la 266. page
•de la Dioptrique Oculaire , qu'il ne
luy a pas efté permis d'en pouvoir
fatisfaire entierementfa curiofité, par
du Mercure Galant. 127
le défaut , dit- il , de lieu commode
pour contenir fon Tuyan étendu de
70. ou de 80. pieds qu'il luy auroit
falu de longueur , pour l'expérimenterfur
lespetits objets proches , c'eſtà
dire , ( cefontfes propres termes )
pafez diftans de fon Verre objectif
plan-convexe , peu plus que la longueur
defon diametre de 20. pieds.
Je dis contre ces Alleguez.
1. Qu'un Tuyau de dix pouces
fuffit pour le Verre objectif , &
un Tuyau d'un pied pour le Verre
oculaire , car les axes de ces
deux Tuyaux , auffi bien que les
axes des Verres eftant en une
mefme ligne droite & libre , &
les Verres dans leur éloignement
proportionné à la diftance d'un
petit objet , on n'a pas beſoin de
cette continuation de longueur
4.
Liiij
128 Extraordinaire
de Tuyau d'un Verre à l'autre , &
le Tuyau garny du Verre ob .
jectif, peut eftre placé dans un
petit trou fait à la Muraille d'un
Jardin , au delà de laquelle fera
T'objet fortement éclairé , & le
Tuyau du Verre oculaire fera
auffi placé dans un trou du Mur
opposé dans voftre Chambre,
l'entre - deux pouvant eftre un
Jardin , une Place publique , &c.
Je me fuis diverty autrefois de la
mefme maniere ; & comme on
peut faire voir fucceffivement la
repréſentation de diférens objets
, cela paroiftra tres -furprenant
de voir par une Lunete à
travers la Muraille , des objets
qu'on ne peut mefme ſoupçonner
eftre en quelque part , d'autant
que la Muraille du Jardin les coudu
Mercure Galant.
129
vre de la veuë naturelle,
2. Sur le peu plus que vingt
pieds de diſtance de l'objet au
Verre plan- convexe de vingt
pieds de diametre , dont a parlé
Ï'Autheur de la Dioptrique Oculaire
de l'année 1671.Je dis que fonpeu
plui que de 20.pieds ne fe peur entendre
que de quelques pouces,
& non pas d'un pied ; car file
peu plus que 20. pieds vaut un
pied , on doit dire que le tout eft
21. pieds.
3
Suppofons donc , fon peu plus
valoir 4. pouces , pour lors le
Tuyau de la Lunete par mon pre
mier Probleme feroit de 1220.
fans parler de la longueur du
Foyer Solaire de l'oculaire , s'il eft
convexe ; ainfi fon Tuyau feroic
de 1140. pieds plus long que les
130
Extraordinaire
80. pieds qu'il dit qu'il luy faudroit.
Suppofons maintenant que
fon peu
plus
de 20. pieds
valut
21. pieds
de diftance
de
l'objet
au
Verre
objectif
planconvexe
de
20.
pieds
de diametre
, la diftance
du
Verre
à l'image
de
l'ojet
ou
longueur
de
la Lunete
fera
de
420
.
pieds
, fans
mefme
y comprendre la longueur
du
Foyer
Solaire
du
Verre
oculaire
, s'il
eſt convexe
;
ainfi
l'Etuy
de
la Lunete
feroit
de 340.
pieds
plus
long
que
les
80.
pieds
que
luy
affigne
cet
Auheur
Agéometre
, fi celébre
par
tant
de Volumes
de
vifions
. Car
comme
dit
le grand
Seneque
, à
la fin de
fa 79.
Lettre
, Paucis
imponit
leviter
extrinfecus
inducta
fa- cies.
du Mercure Galant.
131
3. Probleme, Figure II . Eftant
donné lagrandeur a в de l'objet. AD,
fon éloignement au Verre D , & fon
Foyer Solaire DF , trouver la grandeur
ba, de fon image. Trouvez par
le 2. Probleme Do, la distance du
Verre del'image, vous aurez enfuite
Sa grandeur par la fuivante.
Analogie , DA . a B : D. ba,
requis.
Corollaire. Quand la diftance
AD, eft double du Foyer Solaire
DF , l'objet BC eſt égal à fon
image , & l'objet & l'image font
également diftans du Verre D.
4. Probleme , Figure III. Eftant
donné Ao , diftance de l'objet àfon
image , déterminer le plus grand
Foyer du Verre qui puiffe produire
cette image.
1. Je dis que la quatrième par
132
Extraordinaire
tie de la diftance Ae , donne la
longueur du Foyer Solaire du Verre
requis.
2. Que le Verre doit eftre placé
en égale diſtance du point A,
au point .
3. Que la grandeur de l'image
fera égale à la grandeur de l'objet
, & que c'eft icy le fecret de
peindre au naturel un Homme,
par le moyen des efpeces reçeuës
dans la Chambre noire .
S.
[ s. Probleme Figure III. Eftant
donné A , diftance de l'objet à fon
image, DF & la longueur du Foyer
Solaire du Verre qui la produite . Trouver
le point D , place du verre , ou
AD, & Do fes diſtances à l'objet
& à l'image.
Soit par exemple dans la Ligure
III. A , 80. la diſtance de
du Mercure Galant.
133
l'objet A, à fon image , & foit
D, 1. la longueur du Foyer Solaire
du Verre. Donc, A -2DF
AX so, Donc fa moitié Ay,
25. & l'autre moitié fy 25. & zf,
eft is. parce qu'elle eſt égale á
DF 15. longueur du Foyer Solaire
du Verre. Donc par là 47.
du 1. des Élémens d'Euclide , de
625. Quarré de z f, 25. oftant 225.
Quarre de zf, 15. reſte 400. pour
le Quarré de y z , dont la racine
Quarrée eft 20. Donc y z, eft 20.
Donc Ay, eft 25. + yz , 20. +
zf, Is. AD , 60. pour la diftance
de l'objet au Verre. Donc
AX so - AZ 45. = ZX , ou Do,
. diftance requife du Verre à l'i
mage.
Apres avoir remarqué que
pour la folution des Problemes
134
Extraordinaire
concernant la diſtance desFoyers
réels objectif , on peut auffi employer
icy la fuivante Analogie,
AF . FD :: FD . DZ. car DZ +
FD = D.
Je paffe à ce qui concerne let
Foyer Virtuel objectif ou imaginaire
des objets , qui font entre le .
Verre & fon Foyer Solaire. Comme
dans la Figure III . & dis,
1. Que ce Foyer virtuel ob.
jectifest du cofté de l'objet , &
toujours plus éloigné du verre
que l'objet mefme , car les rayons
de la radiation de chaque point
de l'objet tombant trop divergens
fur le verre plan- convexe
ou convexe des deux coftez , en
fortent moins divergens , c'eſt
pourquoy fi on les imagine eftre
reproduits du cofté l'objet , ils
du Mercure Galant . 135
iront le réunir plus loin que n'ett
l'objet , & ce point de reunion
eft un Foyer virtuel partial de
tout le Foyer virtuel de cet objet
; car fi l'objet eftoit placé en
ce Foyer virtuel , & qu'il n'y eut
point de verre interpofé entre
l'objet & noſtre oeil , les
rayons
en viendroient avec la meſme
divergence qu'ils fortent du ver
re , quand l'objet n'eſt pas éloigné
du verre de la longueur de
fon Foyer.
1. Probleme. Eftant donnez la
distance de l'objet au Verre , moindre
que la longueur de fon Foyer Solaire,
trouverla diftance de l'objet.
Comme la diſtance de l'objet
au verre , plus la moitié de la
longueur de fon Foyer Solaire,
Eft à la longueur , du Foyer So.
laire.
196
Extraordinaire
Ainfi la diftance de l'objet au:
Verre,
Eft à la diſtance de fon Foyer
virtuel.
A cette distance trouvée de
l'objet à ſon Foyer virtuel , ajoûtez
la diſtance du Verre à l'objet;
( car comme nous avons déja remarqué
, le Foyer virtuel eft tou
jours plus que l'objet éloigné du
Verre & vous aurez la diftance
requife du Verre au Foyer virtuel
de l'objet .
En voicy des exemples. Soit
dans la Figure III . le Verre D
plan-convexe , & la longueur de
fon diametre , ou Foyer Solaire
DF 24. pieds , & DC fa moitié
ou demy- diametre 12. & l'objet
foit en G éloigné de 8. pieds
de la convexité du Verre. Je
du Mercure Galant. 3377
:
dis que fuivant l'Analogic ,
GD
8. GH 93
S
୨
DC = 20. DF 24 :: :: GD
Donc ' DG GH17 pieds
3 diſtance du verre D , au Foyer
virtuel H , de l'objet. Si l'objet
eftoit au milieu de la longueur du
Foyer Solaire entre D & F , fon
Foyer virtuel feroit préciſement
au mefme point F.
Soit maintenant dans la IV. Figure
le mefine verre , & l'objet
en Là 20. pieds de la convexité
du verre D. Je dis que,
LD
+
DC = 32. pieds, DF 24
:: LD 20. LM, 15.
Donc LD LM = 35. pieds.
diſtance du verre D au Foyer
virtuel M de l'objet L.
Examinons maintenant ce qui
arrive aux verres plan - concaves,
Q. deJanvier 1683. M
138 Extraordinaire
ou concaves des deux coftez , qui
n'ont jamais qu'un Foyer Solaire
virtuel antérieur.
Probleme. Eftant donnez la longueur
du Foyer Solaire virtuel d'un
Verre plan -concave , on concave des
deux coftez , & la distance du Verre
à l'objet , plus éloigné que de la longueur
du Foyer Solaire du Verre.
Trouver la diftance du Foyer objectif
virtuel, au Foyer Solaire virtuel ; &
enfuite la diftance du Verre au Foyer
objectif virtuel , & la distance de
l'objet àfon Foyer virtuel, &lagrandeur
du Foyer virtuel
Vous trouverez premierement
la diftance du Foyer objectif virtuel
au Solaire virtuel , par cette
Analogie.
Comme la distance de l'objet à la
concavité du Verre , plus la longueur
電子
duMercure Galant. 139
du føyer Solaire virtuel du Verre,
Eft à la longueur du foyer Solaire
virtucl du verre .
Ainfi la mefme longueur du foyer .
Solaire virtuel du verre,
Eft à la diftance du foyer virtuet
Solaire , au foyer virtuel objectif,
à conter du cofté du verre , car le
foyer virtuel objectif, en est toujours .
plusprés que le foyer virtuel Solaire .
Soit par exemple dans la VI.
Figure l'objet a B éloigné de 48.
pieds du Verre plan - concave D,
duquel le diametre Df, ou lon
gueur du Foyer Solaire virtuel
eft
24.
ADDƒ72. f D 24 ::ƒD
24. f 8.
8 .
Mais D24.Doncf D--f
.
D 16. diſtance du VerreD
au point . Foyer virtuel de l'ob-
Mij
140 ·Extraordinaire
jet A. Donc DA 48.- D9 16 =
A 32. diſtance de l'objet à fon
Foyer objectif virtuel .
Vous aurez maintenant la grandeur
du Foyer virtuel objectif, ou
image imaginaire boa de l'objet
AB , par la 4 propofition du vI .
Livre des Elemens d'Euclide
DA. aB Dz ab .
Examinous maintenant ce qui
arrive aux rayons d'un point de
l'objet , lefquels au fortir d'un
Verre convexe tombent convergens
fur un Verre concave mis
entre le Verre convexe & fon
Foyer objectif ou point de concours
des rayons qu'il a rendu
convergens .
Il ya 3. cas diférens : car , où le
Verre concave a le point fde fon
Foyer folaire virtuel préciſement
du Mercure Galant.
141
avec le point F foyer Réel obje-
&tif du Verre convexe , comme
dans la Fig. vit. où fon point f
eft plus éloigné que le point F du
verre convexe , comme dans la
Fig. 1. où enfin fon pointfest
entre le Verre convexe & le point
F Foyer ou concours de rayons
convergens , comme dans la Fi
gure VIII.
Dans le premier cas , que les
points f& F s'uniffent comme
dans la Figure vit . en laquelle
par le moyen du Verre convexe
les rayons divergens de la radia .
tion d'un point de l'objet devenus
convergens RF. RF tombent
fur le Verre concave , je dis qu'ils
en fortiront paralleles par les
lignes rtrt , de mefme que fi l'objet
n'eftoit éloigné du Verre con142
Extraordinaire
cave que de la longueur de fon
Foyer virtuel folaire ; car pour
lors les rayons de la radiation de
chaque point de l'objet tombant
divergens fur le Verre concave ,
en fortiront ainsi paralleles com .
me on voit dans la Fig. v. C'eft
en cela que confifte tout le myftere
de l'effet admirable du Telefcope
ou Lunette d'approche, dont
le Verre oculaire eft concave ,
auquel on applique l'oeil le plus
prés qu'il eft poffible . Car les
rayons de la radiation de chaque
point de l'objet , tombant paralleles
fur l'humeur ccriftalin de
ceux qui ont la vûë longue , les
rend convergens & ils portent fur
la Retine leur Foyer, concours ou
pinceau de rayons , avec lesquels
ils peignent l'image de l'objet .
du Mercure alant.
143
Eftant bien à remarquer qu'afin
que l'image d'un objetfoit peinte
diftinctement fur la Retine , il faut
neceffairement que les rayons de
la radiation de chacun des points
de l'objet, tombent fur l'humeur
cristalin , ou phifiquement paralleles
quand l'objet eſt tres- éloigné
, ou fenfiblement divergens
quand l'objet eft fort proche; car
la nature n'a que des rayons divergens
d'un mefme point de l'objet
eftant du tout impoffible qu'ils
foient naturellement convergens.
Dans le fecond cas , auquel
comme on voit dans la Figure
VII . le point F Foyer objectif du
Verre convexe , eft entre le Ver,
re concave & fon Foyer Solaire
virtuel f, les rayons RF RF tombez
convergens fur le Verre con144
Extraordinaire
cave , en fortiront moins convergens
, & par conféquent leur
Foyer ou concours ſera retardé ,
& porte plus loin en , & l'image
de l'objet en fera par conféquent
beaucoup plus grande ; c'eft pour
quoy afin de beaucoup augmenter
& mefme rendre plus diftinctes
les images renversées des objets
qu'on reçoit dans la Chambre
noire fur un papier ou linge
tendu , nous mettons à la Lunete
ordinaire une plus grande portien
d'un Verre concave d'un
plus grand diametre que n'eftoit
le Verre concave oculaire , & nous
allongeons la Lunete d'appro
che , ayant mis dans le trou fait
au volet de la feneftre de la
Chambre noire , le bout du tuyau
de la Lunete garny de fon Vérre
objectif
du Mercure Galant. $ 45
objectifconvexe , file Verre ocu
laire eft concave des deux côtez
il fait encor mieux.
I
Ce nouveau Foyer réel du
Verre convexe porté plus loin
parl'interpofition du Verre concave,
mérite le fuivant.
Probléme . Le point du concours
des rayons eftantentre le Verre plan
concave & l'extrémité de fon Axe
Figure VIII . déterminer la longueur
D distance du Verre concave au
nouveau Foyer objectifréel , prolongé..
Faites l'Analogie fuivante,
Comme fr , la distance des deux
Foyers f virtuel du Verre concave ,
& Fréel du verre convexe,
Eft à fD, longueur du Foyer wirtuelfolaire
du verre concave.
Ainfi DF la distance du verre con-
Q. deJanvier1683.
N
146
Extraordinaire
cave au Foyer objectifdu Verreconvexe,
,
Eft à De distance du Verre con
cave au nouveau Foyer prolongé
requis, ou image réelle de l'objet.
Soit dans la Figure viii . le point
du concours des rayons convergens
à 16. pieds duVerre concave
Dfeftant 24. & DF eftant 16. Ff, fera
8. & par l'Analogie fr 8. fD 24::
FD 16. D48 . Foyer objectif prolongé.
Et par raifon converſe fi
l'objet eftoit en à 48. pieds du
Verre concave , fes rayons tombant
divergens fur le Verre concave
en fortiroient plus divergens,
& auroient pour leur Foyer
virtuel le meſme point F à 16.
pieds du Verre concave de mefdans
la Figure vi.
me que
1
• 9D 48¬DF 2472. Df 24:: DF
24. fF 8 .
du Mercure Galant.
147
Mais fD 24-fF 8 FD 16. diftance
requiſe du Verre au Foyer
virtuel F de l'objet .
Quant au 3. cas , auquel le
point f Foyer Solaire virtuel du
Verre concave, eft entre le Verre
concave & le point F, concours
des rayons convergens ou Foyer
réel objectif du Verre convexe ;
Je dis que les rayons qui tombent
ainfi convergens fur le Verre concave
, en fortiront divergens &
auront un Foyer virtuel .
Probléme. Estant donné la diftance
du Verre concave an Foyer réel
objectifdu Verre convexe, plus grande
que n'est la distance du Verre
concave àfon Foyer Solaire virtuel,
déterminer la distance du Verre concave
au foyer virtuel qu'il caufera par
fon interpofition , en rendant diver
Nij
48
Extraordinaire
as les rayons convergens du Verre
Convexe.
Analogie. Comme l'excés de la
diftance du Verre concave au
point de concours ou Foyer objectif
du Verre convexe, par deffus
la longueur du Foyer Solaire
virtuel du Verre concave ,
Eft à la longueur du Foyer Solaire
virtuel du Verre concave .
Ainfi la diſtance du Verre concave
au concours des rayons convergens
,
Eft à la diftance du Verre
concave , au Foyer virtuel re.
quis.
Soit dans la Figure v . le Verre
plan - concave duquel le diametre
Df, ou longueur de fon Foyer folaire,
foit 12. pieds ,& foit le point
F foyer réel objectif du Verre
du Mercure Galant. 149
convexe ou point du concours
des rayons éloigné de 18. pieds
du Verre concave . Donc Ff fera
6. pieds, faites l'Analogic.
Ff. 6. fD . 12:: FD 18. C 36.
pieds .
Paffons à l'ufage : les Miopes
ou courtes veuës ont befoin de
rayons fenfiblement divergens,
car ils ne voyent diftinctement
que les objets qui font fort proches
, racourciffent le Telescope ou
Lunete d'approche , car par ce
moyen le point F du concours des
rayons rendus convergens par le
Verre convexe, eftant au deça du
point of foyer virtuel folaire du
Verre concave , les rayons en
fortent divergens , & tombent
fur l'humeur criftalin , autant divergens
que s'ils eftoient partis
Niij
150
Extraordinaire
du point foyer objectif virtuel
ou image imaginaire de l'objet.
Ainfi les Miopes ont ordinairement
la veuë plus diftincte , plus fubtile
& plus ferme que ceux qui ont
la veuë longue , parce que les
Miopes reçoivent les rayons divergens
du foyer virtuel ob.
jectif , qui eft plus proche du
Verre concave , & par confé.
quent de l'oeil qu'on met tout
contre, que n'eft le foyer objectif
virtuel des rayons paralleles qui
eſt éloigné du Verre concave de
la longueur de fon foyer folaire
, lequel foyer objectif virtuel
eft par conféquent plus éloigné
de l'oeil de ceux qui ont la veuë
longue.
du Mercure Galant.
ISI
De la jufte ouverture ou partie
découverte du Verre objectif
du Teleſcope.
PA
Ar ce mot Teleſcope ou Lunete
d'approche , qui fait
voir diftinctement les objets éloignez,
nous entendons un tuyau
droit & cilindrique , dont chaque
bout paroit garny d'un Verre
fpheriquement travaillé : le
Verre qu'on préfente à l'objet eft
appellé Verre objectif, & l'autre
eft nommé Verre oculaire, parce
qu'on l'approche de l'oeil pour
voir les objets éloignez comme
s'ils eftoient proches . Nous avons
dit ailleurs que la Lunete
d'approche eftoit comme un oeil
artificiel , C'est pourquoy fi l'ou-
Nij
152
Extraordinaire
verture du Verre objectif en trop
grande , les rayons de la radia
tion despoints latéraux de l'objet ,
tombant trop obliquement fur
les bords du Verre , lefquels d'ail
leurs font toûjours moins bien
fpheriquement travaillez , font
plûtoft leur concours ; c'eft pourquoy
apres leur decuffation le
pefle- mêlent au Foyer des
rayons de la radiation des autres
points de l'objet , lefquels eftant
tombez peu inclinez & fort prés
du fommet de l'âxe du Verre ,
font leurs concours plus loin
c'eft pourquoy l'image aeriene de
l'objet qui fe forme au Foyer
eftant confuſe , la vifion n'en
peut eftre diftincte.
Si cette ouverture du Verre
objectif est trop petite , l'image
du Mercure Galant . 153
de l'objet en fera tres - diftincte
& bien terminée , mais fombre
ou peu éclairée , principalement
fi le Verre oculaire eft d'une fort
petite portée , ou petite longueur
de Foyer virtuel Solaire , parce
qu'il augmente davantage l'image
de l'objet , laquelle ne peut
par conféquent eftre vive & bien
éclairée, n'eftant formée que par
une tres-petite quantité de rayons
de la radiation de chaque point
de l'objet .
Il faut donc convenir avec
M' Hook , ce docte & illuftre
Anglois , à préfent Secretaire de
la Societé Royale d'Angleterre ,
qu'un Verre objectif d'un mefme
Teleſcope peut fouffrir diférens
diametres d'ouverture , fuivant le
plus ou le moins de lumiere de
154
Extraordinaire
l'objet ainfi une moindre ouver.
ture eft meilleure pour voir diftin-
&tement les Etoiles & Venus ; &
une plus grande ouverture eft avantageufe
pour voir à la pointe
du jour la Lune , Mars , Jupiter &
Saturne ; ainfi on verra diſtin-
&tement Saturne avec un bon Te.
leſcope de 12. pieds de longueur,
dont le diametre de l'ouverture
du Verre objectif plan- convexe
fera prefque de 3. pouces , & le
Verre oculaire de deux pouces
& convexe de deux côtez. Enfin
la jufte ouverture du Verre objectif,
eft une des chofes les plus
effentielles à la bonté d'une Lunette.
Je conclus , r° . Que la parfaite
veuë artificielle de l'objet , c'eſt à
dire, claire , forte , nette , gaye,
du Mercure Galant.
155
diftincte & bien terminée , dépend
autant de la jufte ouverture
du Verre objectif, què de la
bonté de fon travail.
2º. Que fon trop d'ouverture
nuit davantage à l'oculaire convexe
qu'à l'oculaire concave.
la
3°. Que le Verre objectifėga.
lement convexe des deux coftez ,
fouffrira une plus grande ouverture
qu'un objectif plan- convexe
de mefme portée , parce que
convexité de celuy- là eft moins
élevée eftant d'un diametre deux
fois plus long , les rayons tom.
bent moins inclinez fur fa furface
& fe réuniffent mieux en un melme
point du Foyer. C'eſt par la
mefme raifon que les Verres oculaires
doivent eftre également
convexes des deux coftez pour
156
Extraordinaire
fouffrir une plus grande ouvertu
re , outre qu'il eft moralement
impoffible de trouver un Verre,
dont la fuperficie foit bien pleine
comme il est neceffaire. Je fis la
mefme remarque en l'année 1665.
dans la 485. page de mon Livre
de La nouvelle Science, de la Nature
& Préfage des Cometes.
4°.Que de plufieurs Verres obje
aifs de même puiffance, le meilleur
& le mieux travaillé , eſt celuy
qui avec une plus grande ouverture
& à vec une oculaire de
moindre portée fera voir les ob
jets mieux terminez & diftincts ,
parce que en mefme temps ils paroiftront
plus grands & plus
clairs. Car une excellente Lunete
eft celle qui repréſente l'objet
diftinct, net, bien terminé , clair,
du Mercure Galant.
157
lumineux & gay , c'eft à dire dans
la vivacité de fes couleurs , & tel
qu'il paroift fans Lunete à ceux
qui en font fort proches .
5° . Je dis que les Verres obje
Aifs des grandes Lunetes , ne
peuvent fouffrir avec. diftinction
de l'objet tant d'ouverture que
les objectifs des petites Lunetes,
à proportion de leurs longueurs,
& par conféquent l'objet ne paroiftra
jamais fi clair qu'avec les
petites qui groffiffent moins ; car
un bien objectif d'un pied de
portée , doit fouffrir huit lignes
d'ouverture , & le meilleur objectif
de 4. pieds ne peut fouffrir
que 16. lignes d'ouverture .
6°. Je dis que les diametres des
ouvertures des objectifs excellement
bien travaillez , doivent tou153
Extraordinaire
jours eftre en raifon fous - double
de la longueur de leurs Foyers Sc .
laire , dautant que le Sinus verfus
qui eft la hauteur de la convexité
que les Italiens appellent Col.
mezza, doit eftre le mefme en tous
les fegmens qu'on laiffe décou
vert aux Verres objectifs plan-
& c. c'est pourquoy convexes ,
puis que mon excellent Verre ob
jectifde 4. pieds de puiffance ou
longueur de Foyer Solaire fouffre
avec diftinction une ouverture de
16.lignes de diametre , Je dis qu'un
tres.excellent Verre objectif de
-16. pieds de puiffance pourra
fouffrir une ouverture.de 32. li
gnes de diametre . C'est pour.
quoy fi le verre objectif de la
Lunete de 140. pieds, dont parle
M' Hevelius dans les 382. & 404.
du Mercure Galant.
159
pages de fon Livre Machina caleftis
, imprimé en l'année 1673. eft
excellent , il peut fouffrir une ouverture
de huit pouces de diametre.
Le R. P. de Rheita Capucin
Allemand , dit dans fon Livre
Oculus Enoch & Elia , qu'il faut di
vifer le pied Romain en 10000.
parties égales , & pour chacun
pied de longueur du Foyer Solaire
du verre objectif , donner
130 de ces parties au diametre de
l'ouverture de l'objectif. Pour appliquer
cette Regle à nos mefures
; je dis que le pied Romain eft
au pied de Roy comme 653. à
720.
Je fçay que le R. P. de Chales
dans le 2. Tome de fon Mundus
Mathematicus , page 634. donne
160 Extraordinaire
4. pouces & demy au diametre
de l'ouverture d'un bon verre
objectif plan- convexe de 60 .
pieds de diametre ou longueur de
Foyer Solaire , & qu'il ajoûte.
Puto radios diftantes tantum ab Axe
uno gradu & 40. minutis poffe effe
utiles ad conftituendum Telefcopium.
Dautant que tres-rarement on
trouve des verres objectifs travaillez
dans la derniere perfection
; nous fommes obligez de
diminuer fon ouverture , afin d'en
exclure l'entrée aux rayons , qui
tombant trop obliquement n'i
roient pas concourir avec les autres
rayons du mefme point de
l'objet: eftant à remarquer qu'ordinairement
les objectifs des
grandes Lunetes font mal tradu
Mercure Galant. 161
que de- vaillez fur les bords ; &
plus une trop grande ouverture
nuit davantage aux grandes Lunetes,
parce que l'image de l'objet
eftant plus grande , tous les
défauts du verre objectifdevien
nent fenfibles & troublent l'image
artificielle de l'objet.
Il faut donc trouver par expérience
quelle ouverture peuvent
fouffrir les verres des grandes
Lunetes , fans nuire à la diftinction
de la veuë artificielle de
l'objet, & voicy comment.
Coupez plufieurs Cartons
noirs tous égaux à la furface du
verre objectif , vuidez - en un
centralement , luy donnant l'ouverture
telle que le verre pour.
roit fouffrir par noftre regle ge
nerale , vuidez enfuite tous les
O
Q. deJanvier 1683.
162
Extraordinaire
autres concentriquement , diminuant
toûjours d'enuiron
quart de ligne le diametre de leur
ouverture .
un
Appliquez premierement fur
le verre objectif le Carton de la
plus grande ouverture , & toûjours
fucceffivement le Carton
de moindre ouverture , juſques à
tant qu'ayant expofé voftre verre
directement au Soleil , vous
trouviez fon image ou Foyer du
plus petit diametre poffible , où
qu'un objet bien éclairé & treséloigné
vous paroiffe en mefme
temps diftinct & bien éclairé , car
une moindre ouverture de l'objectif
repréſente l'objet plus net,
plus diftinct & mieux terminé,
mais fombre : & une plus grande
ouverture fait voir l'objet plus
du Mercure Galant. 163
clair mais moins diftinct . En cela
la veuë a de diférens fentimens
de même que le gouft, vous choifirez
ce que vous trouvez le mieux.
De la proportion du Verre objectifau
Verre oculaire.
C
' Eft d'icy que dépend l'augmentation
de l'apparence
artificielle de l'objet par deffus
l'apparence, naturelle .
Pour bien déterminer de quel.
le longueur de Foyer Solaire doit
eſtre le verre oculaire , concave
ou convexe , il faut avoir égard
à la longueur du Foyer Solaire
du verre objectif & de l'ouverture
qu'il peut fouffrir ; car il ne
fert de rien
d'augmenter fi fort
l'apparence artificielle de l'objet
O ij
164
Extraordinaire
par un verre oculaire de petite
portée ; fi cette apparence eft
foible , fombre & trifte par le
manque de fuffifante quantité de
rayons de la radiation de chaque
point de l'objet.
Le R. P. de Rheita Capucin ,
le docte & le veritable Grand - Pere
des grands Binocles , eft le premier
qui a déterminé la raiſon du
verre oculaire à ſon objectif, En
voicy la maniere dans fon Oculus
Enoch Elia imprimé en 1645.
Il divife un pied Romain en 100.
parties égales , & fi le verre objectifeft
travaillé dans une écuelle
de ro . pieds de diametre , il travaille
fon verre oculaire convexe
dans une écuelle d'un quart de
pied de diamettre , & ainfi des
autres à proportion , qui eft comdu
Mercure Galant. 165
me 40. à 1. par conféquent les
plus petites Lunetes augmenteroient
autant l'apparence de l'objet
que les plus petites qui n'au
roient que le feul avantage de
faire voir les objets plus éclairez ,
à caufe de leur plus grande ouverture
.
Le R. P. de Chales dans la 671 .
page du 2. Tome de fon Mundus
Mathematicus , croit qu'à un verre
objectif de 27. pouces de foyer,
on doit donner trois oculaires
convexes d'égale force, chacun
de 2. pouces de foyer folaire .
Je dis donc que cette proportion
peut augmenter à mefure
que les Lunettes font plus longues
. J'ay eu en 1652. au Fort
de l'Eclufe à 4. lieues de Gene.
ve , un objectif de 12. pieds de
166 Extraordinaire
foyer, auquel par la Regle du P.
Rheita on n'auroit doné qu'un oculaire
de 35.lignes de longueur de
foyer, & n'auroit par conféquent
augmenté que 49. fois & 13. 35
mes le diametre de l'apparence
artificielle de l'objet , cependant
fon verre oculaire n'eftoit que de
18. lignes de longueur de foyer,
& augmentoit par conféquent
96. fois l'apparence naturelle de
l'objet en fon diametre & 9216 .
fois en la furface, &c.
J'ay eu de bonnes Lunetes ,
dont le verre objectif de 16. pouces
avoit fon oculaire d'un pouce,
& l'objectif de 36. pouces , n'avoit
fon oculaire que d'un pouce &
demy qui eft comme 24. à 1. &
le mefme oculaire d'un pouce &
demy, fervoit encore à une au
du Mercure Galant.
167
tre Lunete d'un objectif de 20.
pieds , qui eft comme 48 à 1.
M' Hevelius dans fa Selenographie
imprimée en 1647. dit
que le verre objectif convexé de
deux coftez dans une écuelle de
4. pieds de diametre, doit avoir
fon oculaire concavé des deux
coftez fur un Globe de 4. poucès
& demy de diametre ; & un
objectif convexé dans une écuelle
de 5. preds de diametre , aura
fon oculaire concave fur un Globe
de 5. pouces & demy de diametre
, & fait fervir ce mefme
oculaire à diférens objectifs convexes
des deux coftez fur des
Globes de 8. de 10. & de 12. pieds
de diametre : il parle du pied de
Danzic qui eft au pied de Paris,
à
comme 914 , a loss.
168. Extraordinaire
Le Pere Cotignez Jeſuite à Rome;
à 2. bons Teleſcopes , celuy
de 23. Palmes Romaines à fon
oculaire de 3. onces , celuy de 32 .
Palmesa fon oculaire de 3. onces
& demy ; un Palme Romain vaut
8. onces , & chaque Palme vaut
8. de nos pouces & 3. lignes .
Il s'agit donc de bien combiner
& accorder ces trois chofes ,
Clarté , Diftinction , & Augmentation
de l'apparence ou veuë artificielle
de l'objet .
De l'ouverture du verre obje
ctif dépend la Clarté & la plus
grande ou moindre diftinction
de l'apparence artificielle de l'objet
, car la trop grande ouverture
la rend confufe , & la trop petite
la rend fombre .
De la diférente proportion du
verre
du Mercure Galant. 169
verre objectif à ſon oculaire, vient
l'augmentation de l'apparence
de l'objet , car l'apparence artificielle
de l'objet eft à l'apparence
naturelle, comme la longueur du
foyer folaire du verre objectif eft
à la longueur du Foyer Solaire
du Verre oculaire , foit qu'il foit
convexe, ou qu'il foit concave.
D'où je conclus que fi de so.
pas vous lifez un écriteau fans
Lunetes , pour le lire de mille pas,
il faut une Lunete qui augmente
20. fois la longueur & la largeur
des lettres , & par conféquent la
longueur du foyer du verre objectifdoit
contenir 20. fois la longueur
du foyer de l'oculaire.
Comme dans les choſes Phyfico-
Mathématiques l'expérience
doit décider , vous y aurez re-
Q de Janvier 1683.
P
1
170 Extraordinaire
cours, donnant fucceffivement au
verre objectif plufieurs verres
oculaires de diférent foyer & re-..
tiendrez celuy avec lequel vous
lirez mieux un écriteau tres.éloigné
.
Si vous retournez la Lunete ,
faifant fervir le verre oculaire
d'objectif , & regardant par le
verre objectif , l'objet paroiſtra
tres -petit & par conféquent treséloigné,
parce qu'en ce cas l'apparence
artificielle de l'objet diminuë
d'autant I apparence naturele,
qu'elle augmente lors qu'on
regarde par le veritable verre
oculaire.
Il y a des Lunetes de toute
longueur que le Pere de Rheita a
enfeigné en 1645. dans fon Oculus
Enoch & Elia.Il faut mettre deux
du Mercure Galant.
171
verres objectifs , égaux ou non ,
dans les tuyaux de la Lunete , en
forte que vous puiffez approcher
ou éloigner ce fecond verre ob .
jectif du premier , car par ce
moyen en une feule Lunete vous
aurez ' comme il dit , dix ou 20 .
autres Lunetes de diférente lohgueur,
& l'apparence artificielle
de l'objet augmentera à propor
tion que vous allongerez la Lunete
, & diminuëra à proportion
que vous le racourcirez en approchant
les 2. objectifs. La raifon
de cet effet eft, que les rayons
rendus convergens par le premier
objectif , tombant conver
gens fur le fecond Verre objectif,
leurs concours ou Foyer eft acceleré
, & fe fait plûtoft ; c'eft
pourquoy à chaque fois que vous
Pij
172
Extraordinaire
approcherez ou éloignerez ces
deux objectifs , il faut neceffairement
approcher ou éloigner le
Verre oculaire .
Les Sçavans ne compteront
pas, fur ce que le R. P. Cherubin
, a dit dans la 2. page de la
Préface de ſes parfaites Visions ,
dédiées au Roy en 1677. Qu'on
n'en trouve point passé 20. ou 30 .
pieds , dont la proportion puiffe eftre
pouffée avec un excellent effet. Puis
que ce bon Homme qui avoit
fait faire ces premiers Binocles
& Machines à deffigner de loin,
au Sieur Querreau , Maiſtre Lunetier
aux trois Croiffans , luy
avoüa ingénument dans fa Lettre
du 2. Decembre 1676. depuis
remiſe entre les minutes de
Mi le Franc le Jeune , Notaire
du Mercure Galant . 173
du Roy , qu'il y avoit plus de 20 .
ans qu'il avoit defifté de travailler
au Verre ; auffi tous les plus Curieux
& Sçavans de l'Europe ,
voyent avec plaifir à l'Obſervatoire
Royal , l'effet furprenant
d'une tres- excellente Lunete de
foixante & dix - fept pieds de
longueur , dont les Verres ont
efté travaillez par M Borelly,
de l'Académie Royale des Sciences
, qui eftant compofée d'illuftres
Sçavans , qui font l'un des
plus auguftes Ornemens de la
France, perfectionnent tres-avantageufement
les Arts & les Sciences
, par les foins de Monſeigneur
Colbert , ce Miniftre infatiga
ble & fi neceffaire aux Sçavans &
à l'Etat .
Quant à l'anncienneté des Lu-
Piij
174
Extraordinaire
netes d'aproche, ou Tubo - Specilles,
je dis qu'au rapport de Diodore,
de Diogene Laërtien , de Philon
le Juif, de Jamblichus & d'Eufebe
, la principale partie de la
Sageffe des Egiptiens eftoit la
Science Aftronomique , qu'A .
braham avoit appris en Chaldée ,
& que Moïle apprit des Egip .
tiens , puis que S. Eftienne affura
dans les Actes des Apoftres
Chap. 7. verfet 22. que Moife fut
inftruit dans toute la Sageffe des Egip
tiens ; C'est pourquoy fi Flave Jofeph
eftoit encor vivant , il foûtiendroit
qu'Abraham avoit l'ufage
des Lunetes , & qu'il diroit
avec S. Pierre , Spectamus novos
Cælos & novam Terram . Il diroit
que les Satellites de Jupiter , le
Cercle & les Lunes de Saturne,
du Mercure Galant. 175
avoiết porté le Pere des Croyans
à reconnoistre & enfeigner , qu'il
y'avoit un fupréme Directeur de
l'Univers , comme il affure au
Chapitre 8. des AntiquitezJudai
ques. & Philon le Juif feroit de
mefme fentiment , puis qu'il dit
que Moïfe avoit appris l'Aftronomie
des Egiptiens .
L'Ecclefiaftique femble n'a.
voir pas prêché fans connoiffance
du fait , aux Chapitres 11. &
43. que plufieurs des plus grands
& admirables Ouvrages de Dieu ,
eftoient cachez à la veuë ordinaire
des Homines.
Les premiers Aftronomes ont
fans doute dit , que Saturne dévoroit
fes Enfans à caufe des An
fes de l'Anneau qu'ils obfervoient
difparoistre de temps à
Piiij
176 Extraordinaire
"
autre . Que Jupiter eftoit le plus
grand des Dieux , ayant veu les
quatre Planetes ou Satellites qui
luy font la Cour. Que Mars ef
toit le Dieu de la Guerre , parce
qu'il eft affez hardy pour marcher
tout feul , & qu'il paroift
tout enflâmé de colere. Que
Vénus eftoit la Mere d'Amour,
parce qu'avec les Lunetes d'approche
, ils la voyent cornuë,
croiſtre , devenir pleine & diminuer
; c'eft ce qui porta Ariftarque
Samien à démontrer qu'-
elle rouloit autour du Soleil . Ils
appellerent Mercure, le Meffager
des Dieux , parce que fon mouvement
eft tres - vifte ; & les Lar
rons le prennent pour Patron ,
parce qu'il fe dérobe preſque
toûjours à noſtre veuë. Le Sateldu
Mercure Galant. 177
lite de noftre Terre , fut appellé
Luna à Lacunis , qu'on y découvre
avec le Télescope .
Si la Monarchie des Egiptiens
fubfiftoit encor , on trouveroit
qu'il y a du moins 1789. ans que
leurRoy Ptolomée II . dit Everget.
tes , ou Bienfaicteurs , qui fut empoifonné
en l'année 3833. du mon .
de , c'eſt à dire , 176.- ans avant la
Naiffance de Jefus . Chriſt , avoit
un tres- excellent Télescope Catop-
Dioptrique immobile, dans le Phare
, avec lequel il voyoit fur la
Mer les Navires à 60. milles , &
ce qui fe paffoit dans les Plaines
d'Egipte , c'eft pourquoy on
avoit raiſon de dire de luy,
Centum oculis , Argus partes fpecta
vit in omnes,
Uno, ac immobili , plus videt ille
Tubo.
178 Extraordinaire
C'eſt pourquoy Licetus Libro
De Novis Aftris, luy attribue l'Invention
des Lunetes d'approche,
que les Souverains tenoient auffi
fecrettes , que les Miſteres de
leur Théologie. Le docte & curieux
Porta Napolitain , eft de
ce fentiment dans fa Magie Natu
relle , imprimée en l'année 1549,
& dans la feconde impreffion faite
à Naples en l'année 1584. car au
Livre de Catoptricis , au Chapitre
11. page 270. De fpecillis quibus fupra
omne cogitatum , quis confpicere
longiffime queat , il parle en ces
termes. Diximus de Ptolomei fpeculo
, five fpecillo potius quo, &e.
Docere tentabimus at per aliquot millia
cognofcere amicos poffimus , & le
gere minimos caracteres è remoto,
idque vel levi artificio ;fed res non
*
du Mercure Galant. 179
adeo vulgaribus promulganda , fed
perspectivis clara , aufquels ma
Figure XII. doit fuffire , avec ce
que j'ay dit dans la 323. page du
Journal de Medecine du Tome de
1681. & dans une Differtation
des Miroirs Ardans , qu'on trouvera
dans le Mercure du mois de
Juin 1681. Conftituatur ergo vifus in
centro valentiffimi fpeculi , qui foit
de fonte, & c . & par ces termes,
Speculum concavum columnare , aqui
diftantibus lateribus , Tuyau cilindrique
garny à ſes extrémitez
des deux Verres , & c . Et confectum
erit fpeculum , ad id quod diximus
utile.
Cyfatus dans fon Livre de la
Comete de 1618. dit que les Anciens
Aftronomes fe fervoient
communément des grandes Lu180
Extraordinaire
netes d'approche. Fuiffe enim,
dit- il , ufum Tubi - optici antiquis
etiam Aftronomis Familiarem , teftatur
Liber vetuftiffimus in Bibliotheca
Monafterij Schevrenfis fcriptus ante
400. annos.
Frémundus dans le 3. Livre
des Metéores au Chapitre 2. Article
3. diſoit en l'année 1627 Nu.
per in Hannonia , inter veterem cujufdam
caftelli fupellectilem , Dioptricus
Tubus repertus narratur , aru=
ginofus & multaantiquitatis.
Porta Napolitain, eft le premier
qui en l'année 1549. dans la premiere
impreffion de la Magie Naturelle
, & en la feconde faite en
l'année 1584 a doctement enfei.
gné la conftruction des deux ef
peces de Lunetes d'approche.
Voicy fes termes du Chapitre 10.
Mancues Calant.
THEQUE
BIBLIO
LYON
DE
LA
du Mercure Galant. 181
du 17. Livre page 269. Si lentes
multiplicare noveris non vereor quin
per centumpaffus minimam litteram
confpiceris , ut ex una in alteram
majores reddantur caracteres , qui
id recte fciverit accommodare non
parvum nancifcetur fecretum. Voila
pour les Lunetes d'approche , &
pour les Microſcopes , dont tous
les verres font lenticulaires , c'eſt
à dire , convexes . Il enfeigne immédiatement
la conſtruction des
Lunetes dont le verre oculaire eft
concave. Concavo , dit-il , longe
parva vides , fed perfpicua , convexo
propinqua majorafed turbida, fi
utrumque recte componere noveris,
& longinqua , & proxima majora &
clara videbis.
Voicy maintenant l'Hiſtoire
des Lunetes qui font venuës fi
182 Extraordinaire
communes. Jacques Metius d'Al
marie en Hollande , Frere d'A.
drianus Métius grand Mathématicien
, ayant étudié ce que Porta
en avoit dit , en executa une partie
; il fit en l'année 1609. travail.
ler un verre convexe & un verre
concave , par un Faifeur de Bezicles
nommé Jean Lippenfein ,
de Midelbourg en Zélande , lequel
prit garde que Métius pour
effayer les verres , éloignoit peu à
peu le verre convexe du verre
concave auquel il appliquoit
l'oeil pour regarder les objets ;
cet Ouvrier en fit le lendemain
pour luy ; & pour les manier commodement
, il les enferma com ..
modement , il les enferma dans
un Tuyau . Ce nouveau Inftrument
Dioptrique fit tant de
du Mercure Galant. 183
bruit , qu'il fut préſenté au Prince
Maurice , & paffa au Marquis
Spinola , qui eftoit à la Haye,
pour traiter de la Sufpenfion
d'armes avec Meffieurs les Etats
d'Hollande , Spinola en fit Préfent
à l'Archiduc Albert.
A la veuë , ou au recit de l'effet
de cet Inftrument Dioptrique,
qu'on appella Lunete d'Hollande
, on étudia Porta , & on tra.
vailla des Verres dans toute l'Eu
rope. Galilei Mathématicien du
Grand-Duc de Tofcane, y réüffit
le mieux ; c'eft pourquoy on les
nomma Lunetes de Galilei , auf.
quelles le verre eftoit auffi concave
.
Tous les Sçavans ont reconnu
devoir au Signor Porta Napolitain
, l'Invention des Lunetes
184
Extraordinaire
de l'une & de l'autre cfpece ; c'eſt
pourquoy le S Fabri , Medecin
& Botanique du Pape, dans le Livre
de Galilei , qui a pour titre,
Libra Aftronomica , parlo en ces
termes décififs .
Porta tenet primas , habeas germane
fecundas,
Sunt Galilee tuus ,tertia regna labor.
Keppler, ce grand Aſtronome
Copernicien , donna enfuite fa
Dioptrique , imprimée à Aufbourg
en l'année 1611. Son Probleme
86. porte , Duobuus®convexis
, majora & diftincta præftare vifibilia
,fed everfo fitu ; & fon Probeme
89. porte , Tribus convexis ,
erea & diftincta & majora preftare
vifibilia ; mais il n'a déterminé
aucune proportion des verres. Le
premier qui l'ait enfeigné eft le
du Mercure Galant. 185
R. P. Antoine - Maria de Rheyta,
Capucin Allemand , le veritable
Pere des grands Binocles , & que
les Sçavans fçavent bien diftinguer
de l'autre , parce qu'il eftoit
vir aquè Religiofus ac doctus,
mihique familiariter notus , auffibien
qu'au R. P. Schot Jefuite,
duquel j'ay emprunté ces beaux
termes de la 494. page de fon
premier Tome Magia Univerfalis
Natura & Artis , imprimé en l'année
1658. Car tous les Sçavans
reconnoiffent , que le docte &
Artifte Denis Chorez eft le
Grandpere des Binocles , qui les
préfenta au Roy en l'annnée
1625. & en publia en mefme
temps la conftruction & la figure
que vous trouverez dans
cette Planche ; & la Figure XII .
Q. de Janvier 1683. a
186 "Extraordinaire
de ma troifiéme Planche , repré
fente le moyen d'adjuſter' facilement
les deux Lunetes , pour
faire de longs Binocles .
Si l'on me demande comment
l'ufage des Lunetes a efté enſevely
pendant une fi longue fuite de
fiecles , jufqu'à ce que Porta les
a fait revivre , je répondray que
le boulverfement continuel des
Etats en Egipte , & autres Parties
du Monde , a caufé la perte
des plus belles Inventions , ayant
obligé Minerve de ceder à Mars ,
parce que la Terre n'avoit pas
encor porté un Loüis LE
GRAND , Quo nihil majus , nec
melius dedere Dÿj , nec potuere dare,
qui fçait faire fleurir Minerve,
les Arts , & les Sciences dans fon
Royaume , & porter les Armes
du Mercure Galant. 187
en mefme temps , comme un autre
Dieu Mars toûjours victorieux,
dans toutes les Parties du Monde.
Auffi eft -il vray , que de 21. en zi .
Regne , nos Monarques ont toû
jours efté par deffus les autres
Roys , autant que les Héros de
l'antiquité par deffus le commun
des Capitaines . Clovis , Charle
magne , S. Louis , & Louis LE
GRAND heureuſement regnant,
prouvent ce que j'avance .
On donnera la fuite de ce Traité des
Lunetes dans les fuivans Extraordi
naires da Mercure.
Qij
188 Extraordinaire
225 225 222ZZZSSZSZ
Si la beauté de l'Esprit eft plus
propre à charmer , que celle
du Corps.
Q
Ve la belle Iris a de charmes!
Les plus fiers luy rendent les
armes;
Mais que Célimene a d'efprit!
Que d'agrément dans tout ce qu'elle dit!
Pour celle-là le plus galantfoûpire,
Tout penétré de fes appass
Mais celle- cy , que leplus fage admire,
Qu'un Etourdy ne confidere pas,
Tire des plus fenfez un amour veritable
Qui reconnoît l'Esprit un plus noble
vainqueur,
Et par un charme inévitable,
Tient toûjours ferme dans le coeur.
Quoy! la Queſtion demandée
du Mercure Galant. 18 ·
Eft- elle déja décidée,
Et feroit-il vray que l'Esprit
Eblouift, touchaft davantage
Que tous les traits d'un beau visage,
Tels que ces traits brillans dont Iris
s'applaudit ?
Il eft vray qu'il en eft capable;
Mais, helas, qu'un Eſpritfoitfublime,
admirable,
Et qu'il ait mefme affez d'appas
Pour charmer l'Univers , il ne lefera pasi
C'est plus à luy qu'onfait la guerre,
Qu'à la beauté du Corps à qui tout eft
foumis,
Et qui n'a jamais fur la terre
Encor rencontré d'Ennemis.
**
On adonc beau vanter l'efprit de Célimene,
Desplus beaux qu'elle foit la Reyne.
Comme toûjours en tout on s'attache au
dehors,
Ce n'eft pointpour Eſprit qu'on cherche
tant àplaires
190
Extraordinaire
S'il eft aimé, c'est pour le Corps,
Par un gouft dépravé qui nous eft ordinaire.
03
Quand lefeu de la Guerre allumée autrefois,
Enfaveur de la belle Hélene,
Perdit tant de Héros , défola tant de
Roys,
Et fut d'unefi longue haleine,
N'eftoit- ce pas pourſa beauté?
Jamais Efprit le plus vanté
N'en afait autant par fes charmes;
Non, non, c'eft pour le Corps que l'on a
pris les armes.
*3
Si pourtant il eft vray qu'un charme fi
puiſſant
Anime les transports d'un Amant
fa Belle,
pour
Et qu'on eft moins touché pour lafpirituelle,
Que nous n'admirons qu'en paſſant,
C'est que ne voulant pas approfondir la
chofe,
du Mercure Galant.
191
Noftrefoible raifonfe trompe, & nous
impofe.
GYGES, du Havre.
25525-52255 :525222
TRADUCTION
DE L'ODE D'HORACE,
Qui commence par Donco graius
eram , erc.
DIALOGUE.
Lors
HORACE.
Ors que l'agreable Lide
Paffoit avecque moy les beaux jours de
Sa vies
Lors
que
de mes Rivaux, les foins , & la
langueur,
N'estoient payez que de rigueur,
Que rien de nos deux coeurs ne troubloit
le commerce,
Fe vivois heureux comme un Roy;
192
Extraordinaire
Et celuy qui jouit des trésors de la Perfe,
N'eftoit pas plus content que moy.
Lors
que
LIDIE .
mon infidelle Horace
M'aimoit avec ardeur, fansfeinte, fans
grimace ;
Lors que defa Chloé, l'air doux & languiffant,
N'eftoit qu' un attrait impuiſſant,
Que feule enfon efprit je paſſois pour
jolie;
F'eftois au comble de mes voeux,
Tousmes jours eftoient beaux, & lafameufe
Ilie
N'avoit pas unfort plus heureux.
HORACE.
Pour Chloé, dont la voix touchante
Jointe aux accords du Luth, charme, ravit,
enchante,
D'un mutuel amourjefens les doux tranfports.
Lefort de ces illuftres Morts
Qui verferent leur fangpour Glicere, &.
Sylvie
du Mercure Galant.
193
Pourroit un jour eftre mon fort,
Sila Bellepouvoit me voir finir ma vie,
Sans vouloirfe donner la mort .
LIDIE.
Un coeurplein de délicateſſe,
Un Amant fans defauts, m'aime, & me
fuitfans ceffe;
C'eft le jeune Calis, qui toûjours obligeant,
Toujours difcret, tendre , engageant,
Afibien fçen trouver lefoible de mon
ame,
Quepour luy j'irois expirer,
Si deux cours penetrez d'une fi belle
flâme
Pouvoient enfin fe feparer.
HORACE.
Mais enfin, aimable Bergere,
Si quittant cette humeur inconftante &
légere,
Je rallumois lesfeux de mon premier
amour,
Si j'allois groffir voftre Cour,
Obtenir le pardon pour cette ame rebelle,
Q.deJanvier 1683.
R
Extraordinaire
194
Ou bien mourir à vos genoux ,
Si je quittois Chloé, trop
Cruelle,
charmante
Comment me recevriez - vous?
LIDIE .
Ingrat, vousfçavez, mafoibleffe ;
Ony , pourpeu qu'au retour vostre coeur
fier s'empreffe,
Quoy qu'à mesyeux Calis foit plus bean
que le jour,
Qu'ilm'aime d'unfidelle amour,
Que vous soyez mutin, inégal, intraitable;
Calis, digne d'unfort plus doux,
A mon injufte coeur paroistra moins ai-
I
mable,
Et je ne vivray que pour vous.
BARDOU , de Poitiers.
MADRIGAL.
Ris, dans quel état puis- je eftre encor
pour vous?
Carje les veux éprouver tous.
du Mercure Galant. 195
Je vous ay tendrement aimée ;
Ouy, de vosyeux brillans mon ame eftoit
charmée;
Et la haine aujourd'huy fuccede à mon
Je
Amour
Dans la derniere violence .
ne puis plus avoir que de l'indiférences
Elle aura deformais fon tour.
DIEREVILLE.
M Bouchet, ancien Curé de No
gent le Roy, a répondu par les Vers
qui fuivent , à deux Questions du
dernier
Extraordinaire .
Rij
196
Extraordinaire
25522
5525522-2555
S'il faut plus d'Eloquence
à un
General pour animer fon Armée
au Combat , à un Avocat,
ou autre Orateur , pour perfuader
fesJuges de la bonté de
fa Cauſe qu'il défend ; ou à un
Amant , pour faire connoiftre
fon amour à fa Maîtreffe .
L
'Eloquence eft l'Art de Bien dire,
Art dont le merveilleux
empire
Soumet àfes puiffantes Loix
Jufqu'à la volonté des Roys,
Fufqu'aux coeurs les plus inflexibles,
Jufqu'aux ames les moins fenfibles .
C'eft un affemblage de mots
Prononcez & dits à propos,
Dont la charmante tyrannie
Agite, gouverne, & manie
du Mercure Galant.
Les plus héroïques Efprits,
Quifans qu'ils y penfent ,fontp
*3
LYON
DE
7711
Pour l'Eloquence Militaire,
Quiporte un Soldat à bien faire
Qui d'un Poltronfait un Héros,
Luy dût- il coufterfon repos,
Prodiguantfa vie & fes peines,
C'eft le fait des grands Capitaines.
Céfar nefut jamais Vainqueur,
Qu'apres qu'il eutfait l'Orateur,
Et que d'une voix animée
Il eut baranguéfon Armée;
Ses paroles pleines d'ardeur,
Banniffoient la crainte & lapeur.
Autant en ont fait Miltiade,
Coriolan , Alcibiade,
Agis, Annibal, Scipion,
Philopamen, & Phocion.
Autant Antoine, autant Pompée
Quand ilfalloit tirer l'Epée,
Unefeule de leurs Leçons
Valloit cent coups d'Eftramaçons;
R iij
198 Extraordinaire
Unefeule de leurs Préfaces
Valloit mieux que mille Cuiraffes.
Pour l'Eloquence du Barreau,
Qui met tant de Plaideurs en eau,
C'est d'un Avocat le partage.
Là fa langue diferte &fage
Travaille avec fincerité
A maintenir la probité,
A bienfoutenir la Justice
Ala confufion du Vice,
Pourven qu'en défendant le Droit,
On n'allégue que ce qu'on doit,
Sansfaire rougir l'Innocence
Par trop de langue & de licence.
Pourpeu que l'on foit malheureux,
Unflux de bouche eft dangereux.
**
Pour l'Eloquence de Ruelle,
Qui tend à vaincre une Cruelle,
Dont le rigoureux traitement
Met au defefpoir un Amant,
C'est une espece d'Eloquence
Dont l'ayfort peu d'intelligence.
du Mercure Galant. 199
*3
Mais difons pour conclufion,
Pour éviter confufion, "
Qu'à qui commande une Cohorte
Ilfaut une Eloquenceforte,
Une Eloquencefans détour,
Plus réfonnante qu'un Tambour,
Plus terrible qu'une Trompete,
Plus bruyante qu'une Mufetes
Qu'un ton de voix impérieux
Aux Capitaines fied des mieux;
Car tout grand Guerrier qui préfide,
Doit au befoin tenir en bride
Dans les Exercices de Mars
Les Compagnons defes hazards.
Ainsi, lors qu'il ouvre la bouche,
Il est néceffaire qu'il touche.
**
Il faut à l'Avocat plaideur,
Soit Demandeur,foit Défendeur,
S'il veut rendre fa Cauſe heureuſe,
Une Eloquence vigoureufe,
Quifans bleffer la charité,
Etabliffe la verité,
Riiij
100 Extraordinaire
Et le bon droit defa Partie;
Ilfaut qu'elle foit affortie
Defortes raifons, de bon fens,
Pourprotéger les Innocens,
Pour eftre un charitable azile
Ala Veuve ainfi qu'au Pupille,
Etfaire la guerre aux Méchans;
Mais, Intéreſt, battez les champs,
Quittez, quittez noftre Hémisphere,
Car vous gaftez tout le mysteres
L'Avocat, qui n'aime le Sac
Quepour enrichirfon Biffac,
Ne méritepas qu'on le loue,
Et de luy le Démonfe jouë.
Quifait le contraire eft Chreftien,
Et paffepour Homme de bien.
**
Pour l'Eloquence affectueuse,
Ilfaut qu'eftant refpectueuse
Elle flate agreablement,
Qu'elleparle modeftement,
Qu'elle touche, s'il eft poffible,
L'endroit du coeur le plusfenfible
du Mercure Galant. 201
-
De l'Objet dont on eft charmé.
De foupirs ilfaut eſtre armé,
Pour adoucir une ame altiere;
Maisje quitte cette matiere ,
Car du Climat & de la Cour,
De ce que l'on appelle Amour,
Je n'ay jamais bienfçeu la Carte,
Etpuis, mon Etat m'en écarte.
Mais voyonsfans tant barguigner,
Qui des trois le Prix doit gagner,
Le Proteftant, le Capitaine,
Ou l'Avocat qui tantſe peine.
+3
Comme l'Avocat doit parler,
Et fa Rhétorique étaler
Devant des Gens de conféquence,
Quifçavent où gift l'Eloquence,
Devant les plus fçavans Amis
De l'incorruptible Thémis,
Devant des Juges venérables,
Dont les Arrefts irrévocables
Décident en dernier reffort
Et de la vie, & de la mort;
202 Extraordinaire
D'ailleurs (ce que l'expérience )
Montre encor mieux que lafcience)
Comme la réputation
Dépendfouvent d'une Action,
D'un Plaidoye fait à merveille,
Où mille Gens preftent l'oreille,
Gens d'efprit fin de bon gouft,
A qui l'Eloquence eft ragouft;
Les avis & fentimens noftres,
Sont, le dût-on trouver mauvais,
Que l'Eloquence du Palais
L'emportefur celle des autres.
Quelles font les qualitez neceffaires
pour écrire les Lettres ,
& du ftile Epiftolaire .
Ansles Lettres que l'on écrit,
Ilfaut ménagerfon efprit,
En faisant choix de fes paroles,
En évitant les hyperboles ,
Les figures à contretemps;
Ilfe fantfaire un paffetemps
du Mercure Galant. 203
D'écrirejufte, & dans unftile
Où rien ne paroiffe inutile.
Qui ne lefait, ne manque pas
Defaire un galimatḥias ,
Unefuite de refveries ,
Un amas de Pédanteries .
Quifont d'un gouft désesperé
Pour un Homme bien éclairé.
Si dans leftile Epiftolaire
On doit traiter de quelque affaire,
Apres le premier Compliment,
On en doit parler fimplement,
Sans pourtantfarcir une page
D'un impertinent verbiage,
Autrement un tel entretien
Eft celuy d'un Difeur de rien.
Deplus, fi parfois il arrive
Que l'on envoye une Miſſive
Ades Gens d'élevation ,
Il faut de la précaution,
Les traiter d'honnefte maniere,
Toujoursfuivant leur caractere,
Et conformement à leur rang;
Car qui voudroit traiter un Grand,
204
Extraordinaire
Qu'un mérite éclatant rehauffe,
Comme unfimple Fermier de Beauce,
Ou comme un Cordonnier de Sens,
Ceferoit manquer de bonsfens,
Chaque chofe va par étage.
Pour conferver l'ordre : L'ufage
Donne aux Papes la Sainteté,
Aux Monarques la Majeſté;
Les Princes font traitez d'Alteſſe,
Le Prince Othoman de Hauteffe.
Pour les illuftres Cardinaux,
Quifont comme les Arfenaux
Et lesforts Remparts du Saint Siege,
Ils poffedent le privilege
De l'Eminence . Ambassadeur,
On vous traitera de Grandeur,
Ou fi vous voulez d'Excellence.
L'une & l'autre, comme je pense,
Peut indiquer la qualité
Où le Deftin vous a monté,
Et l'une avec l'autrefe charge.
Dufoin de marquer voſtre Charge.
Pour les Venérables Prélats,
Qui du Clergéfont les Atlas,
du Mercure Galant. 205
Et les Lumieres de l'Eglife,
A qui Dieu noftre ame afoûmife ,
On les traite de Meffeigneurs,
Car à tous Seigneurs tous honneurs.
$3
Ondoit fuir ainfi que la Pefte
Toute diction immodeste,
Qui peut dansfa refléxion
Salir l'imagination ;
Ce quifoit dit pour tout ouvrage,
Qui fait àla pudeur outrage.
$3
On doit encor dans fes Ecrits
Fuir ce quifent les cheveux gris,
Et bannir au dela du Tage
Les mots de l'ancien langage ,
Car ces mots à tout bon Parleur
Sont efpeces de maux de coeur.
t
On ne doit décharger fa bile
Par aucune Lettre incivile,
Ny par Ecrit morguer abfens
Ceux qu'on n'ofe toucher préfens :
206 Extraordinaire
En ufer ainsi, c'eſt baſſeſſe,
Et marque une grandefoibleffe.
L
Le commerce des Billets doux,
Pour tromper un Mary jaloux,
Pourfaire nouvelle conquefte,
Ou ménager un tefte - à- teste
Qui trame une infidélité,
Eft un commerce détesté:
Il nefaut jamais rien écrire,
Qui nefe puiffe faire, ou dire :
Et quand on a laplume en main ,
Grand refpe &tpourfon Souverain.
Mais dans leftile Epiftolaire,
Pourréaffir, quefaut- ilfaire?
Lifez les Oeuvres de Balzac,
De Sorbieres, de Priézac,
De Sarrafin, & de Voiture.
Ajoutez à cette lecture
Cent autres Ecrivains récens ,
Pleins dejufteffe, & de bon fens.
L'habitude de bien écrire,
S'acquiert àforce de bien lire.
du Mercure Galant. 207
On dit depuis Noftradamus ,
Fabricando , Fabri fimus.
Bien avant luy, dans tout Royaume
L'on ufoit de cet Axiome.
$255:52522-5522522
DE L'ORIGINE
DES CLOCHES,
ET DE LEUR ANTIQUITE',
O
Voyque l'on donne l'Invention
& l'antiquité
de la
Forge , de l'Enclume
& du Marreau,
à Tubal Fils de Lamech ,
pour avoir efté le premier qui
ait mis en uſage le Fer , l'Airain
& les autres Métaux , en les faifant
paffer par la Fournaiſe
& par
le Peu , nous ne trouvons aucuns
Autheurs
, qui rapportent
l'anti208.
Extraordinaire
quité des Cloches fi loin .
Emanuel Thefaurus , en la Vie
de fes Patriarches , & Zuingerus
en fon Livre des Mécaniques , donnent
bien l'Invention de divers
Inftrumens & Machines , qui
regardent la Forge & la Fonte,
à ce premier Forgeron , mais non
pas celle des Cloches.
Jofephe , Livre 3. des Antiquitez
Iudaïques , & Origene en fon Expofition
fur l'Exode , parlant des
Grands Preftres des Hébreux,
& de leurs Habits Pontificaux ,
rapportent qu'Aaron , dans les
Ceremonies de fes Sacrifices , fe
fervoit de Veftemens de Pourpre
, à la Frange defquels plufieurs
petites Clochettes d'Or
eftoient attachées d'efpace en
efpace , avec autant de Grenadu
Mercure Galant.
209
des ; pour marquer aux Peuples
le filence & le refpect qu'ils devoient
garder , quand le Grand
Pontife entroit dans le Sanctuai
re , & pendant le temps des Sacrifices
. Cette remarque fait voir
non feulemet la veneration qu'on
portoit aux Temples , & à leurs
Miniftres ; mais que l'ufage des
Clochettes eftoit déja du temps
des premiers Hébreux , & quelque
temps après le paffage de la
Mer Rouge
.
Eufebe , Livre 6. Chap. 4. de
la Préparation des Gentils à l'Evangile
, dit que le Roy Salomon ,
ayant fait conftruire fon magnifique
Temple , fit ajoûter à diverfes
Tourelles , qui eftoient au
deffus de la couverture , jufques à
quarantes Clochettes , d'un tim-
2. deJanvier1683.
S
210 Extraordinaire
•
bre fort clair & réfonnant , dont
l'ufage eftoit de faire fuir les
Oifeaux , qui pouvoient fe rencontrer
au deffus du Temple,
pendant le temps du Sacrifice &
des Cerémonies.
Hierome Magius , d'Amſterdam
, dans le temps qu'il eftoit
Prifonnier de guerre à Conftantinople
, ayant efté pris par les
Turcs au Siege de Famagoufte,
dans l'Ile de Chypre , a travaillé
à un Traité merveilleux fur cette
` matiere , quoy qu'il fuft fans Li-
-vres. Ce Traité a eſté enfin donné
au Public, & l'on y trouve parſes
recherches curieufes , que
my
- du temps des Anciens Grecs , dás
les premiers Siecles de la Religion
Chreftienne , au lieu de Cloches ,
on fe fervoit de certaines Plandu
Mercure Galant. 211
ches de bois larges & minces
appellées Symandres, fur lefquelles
on frappoit avec deux petits
maillets de bois , qui y eftoient
attachez , & que le bruit en retentiffoit
fort loin . Ce mefme Au.
theur dit que l'ufage de ces Symandres,
pour convoquer le Peupleaux
Temples , eftoit auffi commun
chez eux , que celuy des Clo
ches le peut eftre parmy nous.
Ces mêmes Grecs font perfuadez
, felon que rapporte encor
Magius , que le Patriarche Noë,
avoit inventé l'ufage de ces Sy
mandres , avant le temps du Deluge
, & qu'il s'en fervit pour appeller
tous les Animaux dans l'Arche
, qu'il avoit baftie , & où ils
devoient eftre enfermez, pendant
que les Eaux Couvriroient la terre .
Sij
212 as ! Extraordinaire
Les Grecs encore des derniers
Siecles ' , qui fuivent la Liturgie
dans les Parties Orientales , comme
dit le même Autheur , au lieu
de Symandres , fe fervent de Pla
ques de Fer , rondes & fufpendues
à des Cordes , fur lefquelles
ils frappent par intervales , avec
un morceau de Fer , quand ils
vont porter le Sacré Viatique à
leurs Malades.
"On trouve toutefois que l'ufage
des Cornets , avant celuy des
Cloches , a efté fort commun
chez diverfes Nations, & principalement
chez les Egyptiens,
quand on vouloit appeller lesPeuples
aux Temples . Pour confirmer
cette verité , Magius rapporte
qu'il en fut trouvé un de fin Or
le 20. deJuillet , l'an 1639. qu'on
du Mercure Galant.
213
croit avoir efté apporté d'Egypte.
Il eftoit enfoüy dans la terre ,
fur
le chemin de Ripen , dans le Norder
- Jutland , proche des Ruines
d'un Monument fort antique . II
avoit la longueur du bras , & approchoit
de la même groffeur par
le bout qui fervoit d'iffuë à la
voix ; & l'autre bout eftoit plus
étroit pour l'emboucher.
La gravûre tres - délicate qui
eftoit deffus , auffi bien que certaines
aifles qui eftoient autour,
où l'on trouva plufieurs figures
hieroglyphiques , en firent admirer
la rareté , & on le trouva aſſez
curieux pour eftre preſenté au
Roy de Danemark , qui le receut
avec beaucoup d'eftime , & le fit
mettre en fon Tréfor Royal .
Cette découverte fit tant de
214
Extraordinaire
bruit dans le Noder . Jutland,
que Vuormius fort fçavant dans
les Antiquitez des Egyptiens,
ayant vû ce Cornet , fit un Commentaire
pour expliquer les Hieroglyphes
qui y eftoient gravez.
Les figures eftoient pareilles à
d'autres qu'on voit encore fur des
Medailles Antiques , qui viennent
des Egyptiens .
Athanafe Kircher , en fon Trai
té qu'il intitule l'Oedipe Hicroglyphique
, dit avoir trouvé dans la
Bibliotheque du Vatican , à Rome
, un Livre fort ancien manuf
crit , qui parloit de pareils Cor
nets , qui du temps des Egyptiens
au lieu de Cloches , fervoient à la
convocation des Peuples en leurs
Temples , & à d'autres ufages , où
ce fçavant Perfonnage donne
du Mercure Galant.
215
l'explication des figures Egyptiennes.
La rareté de fon Oedipe
fait connoître le grand génie de
cet Autheur.
A ce fujet le même Kircher,
en fon Livre de la diverfité d's Sons
Harmonieux & Organiques , & de
la maniere qu'ilsfe forment , rappor
te qu'Alexandre le Grand avoit
un Cornet particulier , de forme
ronde , dont le tour ou circuit
eftoit de cinq coudées , avec deux
tubes , l'un en haut pour l'emboucher
, & l'autre au bas , mais
beaucoup plus large , pour la fortie
du Son ou de la Voix ; & que
quand il vouloit convoquer fes
Troupes difperfées , il s'en fervoit .
Ce Cornet eftoit attaché à l'entrée
de fon Pavillon Royal , à un
Anneau..
216 Extraordinaire
Ce qui eftoit de merveilleux ,
c'eft que bien que les Troupes de
ce Prince fuffent écartées de plus
de cent ftades , qui valent dix
milles d'Italie , & plus de trois
lieues de France , elles ne laiffoient
pas d'en entendre le Son .
Le même Autheur dit avoir vû
dans un Livre de Secrets qu'Ariftote
adreffoit à Alexandre , la
fabrique & l'ufage de ce merveilleux
Cornet. Les Curieux pourront
en voir la figure dans fon
Livre des Inftrumens Harmonieux
& Organiques.
Properce & Zuingerus en fon
Volume des Mécaniques , parlent
auffi de ces Cornets , avant l'ufage
des Cloches . Il eſt encore à
remarquer , felon Pline , que
dans
la Toſcane , avant la Fondation
de
du Mercure Galant.
217
de Rome , & méme depuis , on ie
fervoit de Cornets pour appeller
les Peuples aux Temples des
Dieux . Evander Roy de Tofcane
en avoit l'ufage. Romulus
aprés la Fondation de Rome , &
Numa Pompilius , qui luy fucceda
, & qui inventa les Cérémonies
& les Sacrifices des Dieux , s'en
fervirent , & quoy que le Lituus
fuft le Bâton augural de ce Fondateur
de Rome , il ne laiffoit pas
de fignifier auffi une efpece de
Trompete , que nous appellons
Clairon , qui pouvoit fervir à un
double ufage. C'est pourquoy
Martial a fait allufion à ces tempslà
, ou à celuy des Romains poſtérieurs
, quand il a dit par cette
moitié de Vers ,
Redde pilam , fonat as Thermarum,
2. de Janvier 1683.
T
-218 Extraordinaire
rendez la Balle , le Cornet
fonne pour aller aux Bains . Voila
le fentiment de divers Autheurs
fur l'uſage des Cornets , avant
celuy des Cloches.
Mais pour venir à l'Origine &
à l'Antiquité des Cloches , il eſt
certain que plufieurs Nations
Payennes en avoit l'uſage depuis
un longtemps. Les Indiens , comme
dit Zuingerus , Volume 3, Liv,
3. des Arts Mecaniques , fe fervoient
anciennement des Clochetes ou
des Cymbales pour la convoca
tion de leur Milice ; & même encore
en nos temps , les Rois des
Indes , ayant confervé leur ancienne
coûtume , quand ils forrent
de leurs Palais pour voyager,
ou allerà l'Armée , on fonne des
Clochetes par intervales , avec
du Mercure Galant. 219
de petits Tambours , qui en marquent
le départ ; de la même ma
niere que dans d'autres Provinces
ou Royaumes , les Tambours , les
Trompetes & les Tymbales , font
connoître la Marche des Rois, &
des Princes. C'est ce que rappor
te Melchior Nugez , en fes Relations
des Indes.
Voyons encore ce que dit Varron
fur cette Antiquité, auffi bien
que Pline, Liv.36. Chapit. 13. L'un
& l'autre font la defcription du
fuperbe Tombeau du Roy Porfenna
, & difent qu'il fut enfevely
prés de Chiufi , dans la Toſcane.
Ce Monument, de qui la Bafe fervoit
de Tombeau , avoit cinq Pyramides
, dont quatre eftoient
élevées fur les quatre coins de la
Bafe ; & cette Baſe eftoit d'une
Tij
220 Extraordinaire
prodigieuse largeur , toute d'une
feule pierre ; & la cinquième qui
eftoit au milieu , eftoit foûtenuë
des quatres autres Pyramides.
Cette derniere avoit foixante
& quinze pieds en quarré , &
cinquante de hauteur ; au fommet
il y avoit un gros Timbre
de Bronze , en rond , qui la com,
prenoit toute , & fur ce timbre
eftoit élevée une Couronne Im
periale , où dans les ouvertures il
Y avoit plufieurs Clochetes ou
Cymbales , attachées à de petites
Chaînes , lefquelles eftant agitées
du vent , rendoient d'elles mêmes
un certain Son harmonieux , &
qui s'entendoit de fort loin . Enfin
Varron fait un prodige prefque
incroyable de ce Monument.
Hygin rapporte en ſa Mytholedu
Mercure Galant. 221
>
de
gie , Chap. 188. que dans le Temple
de Jupiter en la Foreft Dodone ,'
il y avoit une Cloche , qui d'elle
même fonnoit nuit & jour , &.
rendoit un fon mélodieux
même que les Chefnes y parloient
d'eux - mêmes , & rendoient des
Oracles. C'eft de là que l'on a tiré
ces mots , Es Dodonaum vocale ,
l'Airain parlant de Dodone. Ce
que rapporte auffi Aufone ,
Nec Dodonai ceffet tinnitus Aheni.
Strabon Liv. 10. dit que Cybele
Mere des Dieux , a efté la premiere
qui ait inventé la Clocheta
ou Cymbale , d'où vient que les
Preftres de cette Déeffe , dans les
Sacrifices qu'ils luy offroient , s'en
fervoient , & y mefloient le fon
de leurs Boucliers d'Airain , pendant
le temps de la Cerémonie.
Tiij
222
Extraordinaire
Mais quittant la Fable , voyons
ce que Zonaras rapporte de la
Coûtume des Romains . Il dit que
quand les Empereurs eftoient
portez dans leurs Chars deTriomphe
, pour aller au Capitole , on
attachoit ordinairement au devant
de ces Chars une Clochette ,
pour les avertir de ne s'enorgueillir
pas de leurs Victoires & de
leurs Triomphes , & qu'ils euffent
à fe fouvenir qu'ils pouvoient
tomber dans la même difgrace ,
où les Rois & les Princes qu'ils
avoient vaincus , eftqient tombez .
Rofinus , Liv. 9. Chap. 29. des
Antiquitez Romaines , dit que quãd
à Rome on puniffoit les Criminels,
condamnez à mort , on avoit
coûtume de leur attacher une
Clochete au Bras , de peur qu'au
du Mercure Galant.
223
cun ne les touchât , quand on les
menoit au Supplice , afin qu'on
ne fuft pas enfuite obligé à recou
rir à l'expiation , comme ayant
eftéfouillé de leur attouchement.
Ce que nous avons cité juſques
à prefent , ne regarde que les petites
Cloches. Il eft question des
grandes , & de l'art de les fondre.
Magius dont nous avons parlé,
refute Polydore Virgile , qui fait
S. Paulin , premier Evefque de
Nole dans la Campanie , inventeur
de l'Art des Cloches , & dic
qu'elles eftoient beaucoup plus
anciennes , & bien avant le temps
de ce Prelat. Il fe peut
faire que
l'Art de fondre les Cloches fous
terre , a efté trouvé à Nole dans
la Campanie , qui eft une des Provinces
de l'Italie , dont S. Paulin
T iiij
224
Extraordinaire
fut Evefque , & d'où on leur au
roit donné le nom de Nola , ou
de Campana , qui tous deux figni .
fient une Cloche. Plufieurs autres
Autheurs concourent à la même
opinion , à l'égard de la Fonte .
Bergomas a remarqué que l'ufage
des grandes Cloches n'a efté
introduit chez les Grecs dans
l'Afie , que depuis l'an 870. parce
qu'un certain Duc de Venife ,
nommé Urfus , en en voya douze
d'une grandeur affez confiderable
à l'Empereur Bafile , alors regnant
à Conftantinople ; ce qui
fait voir qu'on ne s'y fervoit que
de petites Cloches , ou de Symandres
jufques à ce temps là.
Mais puis que nous tombons fur
la grandeur des Cloches , il s'en
trouve de prodigieufes en tout, &
du Mercure Galant.
225
>
aufquelles la pefanteur s'égale à
la grandeur & à la largeur . Entre
les plus confiderables , l'on en
vante une à Milan , & l'autre à
Parme . Mais celle qui eft la plus
renommée de toute l'Europe , eft
dans l'Allemagne en la Ville
d'Erford . Le fon s'en étend juf
ques à fix lieuës d'Alemagne , qui
font vingt- quatre milles d'Italie,
& plus de huit lieuës de France.
C'eft de cette Cloche dont parlent
avec admiration Kircher en
fes Sons Harmonieux & Organiques ,
& Ortelius dans fon Traité de la
Turinge.
Ferdinand Mendez en fon
Voyage des Indes Orientales de
l'année 1554. rapporte des chofes
merveilleufes d'une Cloche , qui
eft dans le Royaume de Pégu..
226 Extraordinaire
Son circuit perte plus de quarante
cinq paulmes , & fon diamettre
plus de dix-fept; la hauteur & fon
poids répondent au refte . Elle
rend un bourdonnement qui s'entend
de fort loin , & le Timbre
s'en éclaircit plus on s'en éloigne ;
ce que Kircher & le Pere Mercenne
difent estre commun à
tous les Inftrumens Organiques .
Alvarez , dans fon Voyage d'Ethiopie
, Chap . 29. 44. rappor
te une chofe affez étonnante , &
qui n'eft pas moins curieufe. Il dit
que dans l'Ethiopie , & dans le
Royaume des Abyffins , il fe trouve
des Pierres d'une grandeur fi
prodigieufe , qu'en les creufant,
l'on en fait non feulement des
Cloches d'une grandeur déme
furée , dont le fon eft fi clair , fi
du Mercure Galant. 227
perçant , & fi harmónieux , qu'il
marque la folidité de la Pierre &
fon integrité , mais il ajoûte qu'on
en forme des Tombeaux , des
Chapelles, & d'autres Monumens
entiers , tous d'une feule piece. Il
affure en avoir vû de deux cens
paulmes de longueur , & de fix
vingts de largeur , à quoy la grof
feur avoit le même rapport.
Nous ne pafferons pas fous filence
cette Cloche fi renommée
dans toute la Normandie , & dans
tout le Royaume , qui fe voit dans
une des Tours de la Cathédrale
de Roüen . Elle fe nomme Georges
d'Amboife , du nom de l'Archevel
que & Cardinal , qui la fit fondre
& qui la donna . Cette grande
Machine peſe trente fix mille livres
, & fut fondue l'an 1so1 . le
2. d'Aouſt .
228 * Extraordinaire
Le Fondeur voyant fon ouvra.
ge achevé heureufement , en conçût
tant de joye qu'il en mourut
peu apres. Elle a trente fix pieds
de tour par le bord , dix pieds de
diametre , & dix de hauteur. II
ne faut pas moins de feize Hom
mes partagez en quatre , huit d'un
cofté & huit de l'autre , pour la
mettre en branle. Son ton eft, b
fa , bmi , bmol ; cinq tons au deffousde
la Clef defa ut fa. Le Batail
de cette Cloche peſe fept
cens dix livres . Dans fon repos
elle eft foûtenuë de poutres pour
fa pefanteur. Il vient peu d'Etrangers
qui ne foient curieux de la
voir. Autour de ce grand Vaiffeau
, ces Vers font écrits j
Iefuis nommée Georges d'Amboife
Qui bien trentefix mill: poife;
du Mercure Galant. 229
Et cil qui bien me poifera ,
Quarante mille
y trouvera.
Voicy encore d'autres Vers Latins
, qui fe lifent autour de la
même Cloche , & qui marquent
la Grandeur , la Dignité & le
Caractere de fon Donateur.
Ipfa ego fum quamvis fonitu veneranda
tonanti,.
Prima eft authori gloria danda meo.
Namque ter & denis cum ternis
millibus aris ,
Obtulithac vero dona dicata Deo.
Scilicet Ambofius qui Sanita Georgius
arma ,
Cunctaque Francigenis tractatha
benda viris,
Rothomagus tanto Felix Antiftite
gaudet ,
Cum fit Cardinci gloriafumma cbori.
230
Extraordinaire
Ces Vers ont eſté trouvez ainſi
traduits en noftre Langue.
Ce Son harmonicux qui flatte les
oreilles ,
Et qui perce les airs avec tant de
douceur
Annonce hautement le nom & les
merveilles
D'Amboifele Legat , mon Maiftre &
mon Seigneur.
Ce Prelat aimant Dieu , la France
& cette ville ,
Mefit faire à fes frais dans fes plus
grands emplois ,
Et voulut quemon poids fuft de trente
fix mille ,
Ce qui ravit les Coeurs des Princes &
des Reis.
C'est ce qui publirafon nom & fa
memoire
Iufqu'aux derniers confins de ce
vafte Vnivers ,
du Mercure Galant. 231
Et qui fur fon Tombeau tout rayon .
nant de gloire ,
Fera naiftre à jamais des Lauriers
toûjours verds.
On lit encore au tour ces paroles
, Anno à Natali Chrifti 1501.regnante
Ludovico 12 , Francorum Rege,
Ioannes le Maffen , Carnotenfis , me
conflavit.
Comme le Mercure a parlé de
la grande Cloche , nouvellement
placée dans Noftre Dame de
Paris , il fuffira de dire que fon
employ pour la premiere fois , fe
devant faire le Jour de l'Affomption
, fur prevenu de la Naiffance
de Monfeigneur le Duc de
Bourgogne , qu'elle celebra pendant
les Ceremonies deſtinées
pour l'heureuſe Naiffance de ce
Prince,
Extraordinaire
2:32
Pour ce qui est de l'Harmonie
des Cloches , Zenodotus cité par
Zuingerus en fon Livre des Mecaniques
, rapporte qu'un certain
Lybicus ayant fabriqué quatre
petites Cloches ou Cymbales
fut le premier qui en inventa l'ac
cord des fons de l'une à l'autre , à
proportion de l'épaiffeur des Organes
, ou de leurs Timbres. Sur
quoy les Curleux pourront voir
Kircher & le Pere Mercenne.
Balæus en fon Hiftoire des Il
luftres Ecrivains de la Bretagne , Centurie
2. dit que Jean 14. Natif de
Pavie , qui vint au Pontificat l'an
984.a efté le premier qui ait donné
le nom aux Cloches qui fervent
aux Miniſteres de la Reli
gion , & qu'il impofa le fien à celle
qu'on tient la principale de toutes
du Mercure Galant. 233
dans S. Jean de Latran , à Rome.
L'Hiftoire des Saxons , Liv. 8.
Chap. 9. raporte que Gregoire IX.
né d'Agnani , qui fut grand Pontife
l'an 1227. futle premier qui ait
ordonné qu'on fonnât la Cloche
en laCofecration de l'Euchariftic .
Boniface VIII . Romain, qui entra
l'an 1294. dans le Trône de
S. Pierre, comme dit Volaterran,
orna l'an 1300. la Bafilique de
S. Pierre à Rome , de Cloches
d'Airain , d'un fon merveilleux .
Ainfi les chofes fe font augmentées
fucceffivement , à l'égard de .
ces Organes fi neceffaires à exciter
les Fidelles aux exercices de la
Pieté & de la Religion.
Il eft prefentement queſtion du
Son des Cloches. Le Pere Mercenne
en ſon Livre des Inftrumens
V
Q.de Janvier 1683.
234 Extraordinaire
Harmonieux & Organiques , auffibien
que Kircher & Magius , remarquent
que celuy qui fort des
Cloches qui fonnēt dans les Plaines
, s'entend de beaucoup plus
loin , que le Son de celles qui fonnent
dans les Montagnes . La raifon
eft que la fraction de l'air fe
fait plus aifément dans les cavitez
& les réduits , qui fe trouvent
dans les Monts, que dans les vaftes
Campagnes.
Les Cloches qui fonnent dans
les Vallées , portent leur Son encore
plus loin que celles qui fonnent
dans les rafes Campagnes ;
parce que l'air qui fe renferme
dans les Vallées fe continue plus
loin & plus facilement , fans fraction
, fe trouvant preffé par les
deux coftez des Montagnes , qui
forment les Vallées .
du Mercure Galant.
235
Il en va de même fur les Rivieres
& fur la Mer , où le Son qui
s'étend avec plus de liberté fans
eſtre brifé , s'entend de plus loin
& plûtoft la nuit que le jour.
Les raifons du Pere Mercenne
& de Kircher fur toutes fortes de
Sons qui fortent de divers Inftrumens
organifez , font plaufibles
& fortes. C'eft d'où les ſcavans
Etrangers ont tiré beaucoup de
fecrets , qu'ils ont fait paffer de
leur propre invention , & non pas
des expériences & des puiffans
raifonnemens de ces deux Authears
, comme font celles de la
Trompete , qui a fait tant de bruit ,
& par le moyen de laquelle on
fe peut parlerjufques à deux lieuës
loin . Kircher en donne la figure .
Nous n'oublirons pas une autre
V jj
236 Extraordinaire
1
merveille auffi prodigieufe que
quelques - unes des précedentes ,
dont parlent Kircher, Liv. 2.Chap.
4. & Varius Liv. 2. des Fafcinations
, au fujet du Son furprenant
des Cloches. Il s'en voit une en la
Ville de Vililla , fituée ſur le bord
du Fleuve Ibere , en Eſpagne ,
dont le prodige eft tel , qu'elle
fonne d'elle - même , quand quelque
accident doit arriver aux premieres
Teſtes de l'Eftat ; ce que
les Gouverneurs de la Province
ont atteſté eftre plufieurs fois arrivé
, durant les plus grands troubles
de l'Espagne. Des Actes authentiques
paffez pardevant Notaires
, & confirmez par des Témoins
oculaires , auffi bien que
les Lettres des Perfonnes les plus
confiderables , ont fouvent fait
da Mercure Galant. 237,
foy de cette verité .
Marinus, Liv. 8. des Hiftoires memorables
d'Espagne , au ſujet d'une
Cloche pretenduë , rapporte une
Vangeace illuftre. Dans le temps
que l'Espagne eftoit divifée en
divers Royaumes , & que chacun
avoit fon Souverain , les Principaux
de celuy d'Arragon, avoient
coûtume de fe mocquer de Ramirus
, Fils de Varamondus , qui de
Moyne eftoit devenu Roy, & qui
pour fon peu d'expérience en l'adminiftration
des affaires de fon
Etat , avoit efté obligé d'affocier
Garcias , fon Frere , au Gouvernement
d'Arragon. Ce Prince outragé
de ce mépris , & des brocards
qui couroient de luy , pour
attirer les Principaux, qui estoient
lesAutheurs des Libelles injurieux
238 Extraordinaire
qui paffoient de main en main , &
qui l'expofoient à la riſée , & pour
ſe vanger en même temps , fit courir
le bruit qu'il faifoit travailler
à une Cloche fi grande & fi prodigieufe
, que le fon en feroit entendu
par toute l'Espagne , &
marqua le temps & le lieu qu'on
l'expoferoit aux yeux du Public.
Les Principaux d'Arragon , cu
rieux de voir cette grande Machine,
fe tranfporterent en laVille
d'Oca , qui eftoit le lieu défigné ,
où ayant efté pris jufques au nombre
de quinze , Ramirus leur fic
couper la tefte . Enſuite il fit venir
leurs Enfans , & leur fit voir
les teftes de leurs Peres , pour
leur apprendre par ces exemples ,
combien il eft dangereux de fe
jouer à ceux qui font dans le Trê
du Mercure Galant.
239
ne , & encore plus de les expofer
au mépris & à la riſée.
Sleidan , Liv. 25. de l'Hiftoire de
Bordeaux , fait mention que l'année
1547. les Habitans de cette
Ville , qui s'eftoient rebellez contre
Henry II . Roy de France ,
pour les droits des Salines & d'autres
Peages, furent privez de leurs
Cloches , pour une marque de la
foûmiffion qu'ils devoient avoir
aux ordres de ce Roy.
Olaüs le Grand , Archevefque de
Leipfal, Liv.3. Chap . 2. des Nations
Septentrionales , dit que les Goths
fe fervoient autrefois de Marteaux
d'Airain , d'une groffeur prodigieufe
, avec le bruit defquels , en
frapant fur des Enclumes ou d'au
tres Machines de Fer , ils détourpoient
les Foudres & les Tonner240
Extraordinaire
res , en agitant l'air , ce que d'autres
Nations , qui tirent vers le
Nort , font encore avec des coups
de Canon qu'elles déchargent de
leurs Forteresses ; & ailleurs avec
le fon des Cloches , felon que les
uns & les autres font en ufage dans
les Regions Septentrionales.
L'on remarquera dans Calchondile
en fon Hiftoire des Turcs , &
dans le Traité de Magius de l'Antiquité
des Cloches & du Cheval ,
ayant demeuré longtemps en
Turquie , & auparavant dans
l'Ile de Chypre , que dans tout
l'Empire du Grand Seigneur , il
n'y a aucun ufage de Cloches ; &
quoy que les Mofquées des Turcs.
ayent des Tours fort élevées , que
l'on ne s'y fert que de la voix de
certainsCrieurs, deſtinez pour appeller
du Mercure Galant. 241
peller du haut des Tours les Mufulmans,
qui font le Peuple Fidelle,
pour affifter aux Prières qui fe
font cinq fois le jour dans les
Mofquées .
Nous terminerons ce Difcours
par la rareté de quelques Clochers.
Les Relations du Voyage
d'Italie , font mention qu'il n'y
en a jamais eu , & qu'il n'y en aura
jamais de plus admirable , que celuy
que l'on voit dans la Ville de
Pife. Il eft conftruit tout de Marbre,
& ce qui eft de plus étonnant,
il panche tout d'un cofté , & femble
toûjours preft à tomber. Les
yeux en font tellement furpris ,
que ceux qui le voyent , le per.
fuadent que ce panchement luy
eft arrivé par un tremblement de
terre. Mais c'eft en quoy l'art &
Q. deJanvier 1683. X
242
Extraordinaire
l'induftrie de l'Architecte fe fait
le plus admirer car les feneftres ,
les ouvertures , les portes , & les
entablemens, font tous de niveau .
Ce n'eft pas feulement à Piſe où
cela fe remarque , mais en plufieurs
autres Villes de l'Italie fur
lefquelles le Clocher de Pife a
l'avantage , pour ſa ſtructure & fa
pour fa merveille.
RAULT, de Rouen.
L'Effieu , & le Pot de terre,
estoient les vrais Mots des deux
Enigmes de Fanvier , & c'est làdeffus
qu'on afait ces Madriganx.
25
du Mercure Galant. 243
1.
V Oyageant, jefaifois lecture
Du Sieur Mercure;
Ma Caléche alloit lentement,
Et doucement
Je metrouvay couché par terre.
En cette guerre
Fenfus quitte pour mon Efficu;
Encor ce Dieu,
Voulant reparerma diſgrace,
Et faire grace
A moy, Voyageur interdit,
Me le rendit.
C. HUTUGE, d'Orleans,
demeurant à Metz.
II.
Darlantde l'Enigme nonveks
Epuis deux jours certain Verrier,
Avecfon Voifin le Potier,
Commençoit d'entrer en querelle.
L'un & l'autre de fon Meftier
Vouloit qu'ellefuft lafigure;
Ilfallut qu'un Avanturier,
"
Xij
244
Extraordinaire
Pour terminer tout le murmure,
Contrefaisant le Jufticier,
Parces mots à lafin s'avifaft de conclure.
Non, l'Enigme n'eft point le Verre,
Ce n'eft qu'unfimple Pot de terre!
III.
Le meſme.
E tout ce que Mercure a jamais
De
inventé
Pour le plaifir & pour l'utilité
De cate vie,
Je trouve pour moy que ce Dien
vérite une gloire infinie,
De nous avoir donné la Bouteille &
l'Effieu.
GRA
Mad. DE SERY, de la Rue
Grenier S. Lazare.
IV.
Races à la Raifon, jefuis devenu
fages
Tu ne m'obfedes plus,ſource de tant de
maux,
Defir ambitieux d'aller àfix Chevaux,
du Mercure Galant. 245
Et de me voir toujours en pompeux équi
page.
F'eftime monfort fanspareil,
Et jefuis plus content dans ma Chaise
roulante,
Avec mon aimable Amaranthe,
Que fije conduifois le bean Char du
Soleil.
Il arriveparfois qu'en allantfi belle- erre,
Euft - on la tefte d'un Caton,
Onfe la caffe net, ainſi qu'un Pot de
terre,
2 Témoin le jeune Phaeton.
VIGNIER , de Richelieu.
V.
E me trouve à préſent dans une reſ
JEverie,
Qui m'ofte les plaifirs, juſqu'à ceux du
Repas.
L'Hombre où je gagnois fort, en pres
nant mes ébats,
N'eft plus dans mon eſprit qu'une
badinerie.
2
X iij
246
Extraordinaire
69
Je cours deça, dela, je vais dans l'E:
curie;
Tantoft je monte en- haut, puis je deſceni
en- bas;
Sije trouve quelqu'un, ilfait mon em-,
barras,
Et je m'enfuis de luy comme d'une
Furie.
Je nne regardeplus mes Cartes, mes Ta
bleaux,
LesVers que j'aimois tant, &les Livres
nouveaux ;
Orangers & Fafmins languiffent dans
ma Serre.
འ
Vous qui voyez l'état où jefuis aujourà
& buy,
Ne vous étonnez pas d'un fi cruel en
nuy,
Fy caffay l'autre jour mon plus beau
Pot de terre.
Le mefme,
du Mercure Galant. 247
VI.
E nous nommons Gros-Jean, j'allons
à la franquette,
Et j'entendons fort bianſtanpendant vos
détours.
Agaje devinonsfans beaucoup de difcours
Le Mot que vous boutez , lafifort en
cachette
Dans votre Eneigme en Vars, faite an
mois de Fanvier.
Je font pis qu'un Satan pour découvrir
vos rufes.
Dites-moyfans mentir, &fans trouver
d'excuses,
N'est- ce pas un Effieu de far, & non
d'acier?
U
Le nouveau Jardinie
d'Antony.
VII.
N bon Bouilly, un bon Potage,
Valent moins que le tripotage
Que tu nous donne dans ton Pot;
X
iiy
248 Extraordinaire
Il eft d'un fort bon gouft , mon appétit
m'en preſſe;
L'or & l'argent n'ont pas plus de délicateffe;
Quoy que de terre, il fait que je fuis de
L'écot.
VIII.
Le mefme.
L'Eſprit accablé de refver,
En cherchant le vray Mot de la premiere
Enigme,
Fallay voir Lycidas, dont onfait tant
d'eftime;
Mais il n'avoit point eu le temps de le
trouver,
Il mefit monter en Caroffe,
Il vouloit prendre l'air , &j'en avois
befoin.
Nous n'avions pas efté bien loin,
Qu'en passant aupres d'une Foffe,
On nous crie, arreftez, foudain au mefme
Lieu,
Nous nefentons que trop le débris de
l'Effieu,
du Mercure Galant. 249
Famais je ne mefuis trouvée en telle noce.
Embourbez ,
demeurer,
↓
par
là contraints de
Nous eûmes le loifir de bien confidérer
L'Effen plus long que large , & toute
fa figure,
Comme il n'a que deuxyeux, & deux
bras feulement,
Qu'il eftformé de matiere bien dure,
Que rien de durpourtant n'entre en fon
aliment.
Mais ce qui redoubloit noftre mal- avanture,
Les Roues, ces deux Soeurs, eftoientſans
mouvement;
Ce fut dans ce malbeur que je pûs rea
connoiftre
Ce que j'avois cherché, tant il eſt vray
que l'art
Cede quelquefois au hazard,
Qui de la Raifon mefme eft biensouvent
le maistre.
LA BELLE NOURRITURE
du Havre.
250
Extraordinaire
IX .
Ciel,que l'Homme eftgrand du
cofté de fon Pere!
Mais helas! qu'il eft vil du cofté de fa
Mere!
Un Pot de terre eft comme luy;
C'est ce que j'éprouve aujourd'huy,
Avecque cette diférence ,
Que l'Homme a bien plus d'excellence
Du cofté de fon Createur,
Que n'a le Pot defon Autheur.
Mais quant à leur commune Mere,
Ils font d'un tres- bas caractere,
Ils ont tous deux un meſme ſort,
Il nefautpas un grand effort
Pour les mettre tous deux par terre,
L'Homme eftfragile comme un Verre,
De cecofté- là qu'il eft fot,
Ainfi quefon Frere le Pat !
DE LATRONCHE, de Rouen.
X.
Njour le Pot & le Verre
Se déclarerent la guerre.
Le premierfut le plus fort,
du Mercure Galant.
252
Le Ciel leur rendit juftice :
C'eft affez pour avoir tort,
D'entrerfoible dans la Lice.
XI.
Le mefme!
E vous obftinez plus, je ſuis fort
affaré
NE
Que l'Enigme n'eft point faite pour le
Soulier;
C'eftpour un Inftrument de plus longue
durée,
Et dont vous conviendrez, l'entendant
publier.
Maisfans faire languir plus longtemps,
voftre envie ,
Prenez l'Enigme en main, lifez jufqu'au
milien;
Si vous y découvrez d'autre Mot que }
l'Effieu ,
Je veux n'eftre jamais SYLVIE
du Havte
252 Extraordinaire
Q
XII.
Vi voudra fefaffe la guerre
Pour la feconde de ce mois;
Si d'un Mot jefaifois le choix,
Ce ne feroit qu'un Pot de terre.
METC
XIII.
La mefme.
Ercure, ta premiere Enigme
Ne m'embarrafa quefort peus
Dés la cing, oufixième Rime,
Fe connus que c'eftoit l'Effieu .
Ouy,fans beaucoup rêver à ce joly mys
tere,
Je vis que c'en eftoit le Mot;
Mais il eft vray que la derniere
Mefit affez longtemps tourner autour
du Pot.
Ar
DIEREVILLE, du Pontleveſque.
XIV.
Per quelcoup de hazard, adorable
Sylvie,
Venez- vous prolonger la vie
D'un Malheureux qui meurt pour,
vons ?
du Mercure Galant.
253
Vous lefçavez, belle Inhumaine,
Mon mal vient de vostre couroux,
Devos mépris, de voſtre haine,
Euxfeuls m'ont mis en cet état;
Et quand la mort eſt prefte àfinir mon
martyre,
Vosyeux, ces doux Tyrans, par un double
attentat,
Viennent dans ce moment empefcher que
j'expire.
Encor fi c'eftoit par pitié,
Ou par quelque trait d'amitié,
Que mon bonheur feroit extréme!
Maisnon. Helas! j'apprens qu'un caprice
du Sort,
Afin de diférer ma mort,
Ne vous amene icy quepar un ftratagéme,
Permettant qu'un Effieu , rompu fortui
tement,
Vous oblige d'entrer dans mon Aparte,
ment;
Peut- eftre eft-ce d'amour un effet de vangeance.
254
Extraordinaire
S'il eft ainsi, changez votre rigueur;
Et puis que Cupidon entreprend ma.
défense,
N'empefchez plusfes traits de toucher
voftre coeur.
ALCIDOR , du Havre.
JⓇ
XV.
E protefte, Galant Mercure,
Que j'ay crainte defaire injuro
A voftre haute Dignité,
En publiant le mot de lafeconde Enigme,
Si j'aypû penétrer dansfon obſcurité,
Apres avoir longtemps rêvéſur chaque
Rime;
Mais quand je voudrois le cacher,
Je nesuis pas le feul qui l'ay pû rechercher.
Affez d'autresfans moy, l'ont fait en
diligence,
Ainfi je garderois vainement lefilence.
Ilvaut bien mieux pour s'expliqucê
Dire d'un ton plein d'affurance,
du Mercure Galant. 255
Qu'à vendre un Pot de terre, un Dien
vents'appliquer,
Apres avoir appris à le bienfabriquer.
XVI.
Le mefme .
Mercure, mordanbien, cuidić voú
qu'un Piconart
Eufche dans fé caboche l'art
D'adviné de ché moy lé genti Zaverlos,
Qui tant onfoay bugné por en trové les
Μός.
L'Effieu d'une Carette ó mitan du Courty,
N'eſt-che poen le premié toudy?
Et lePot de terre tou neu,
N'eft-che poen le derain morblen?
Phili
Le Piót Père Sanzenfans
d'Amiens.
XVII.
Hilis me voyant appliquer
Arelire l'Enigme, afin de l'expliquer,
Se mit àrire, & m'enfaisant la guerre,
Quoy, dit-elle, rêver fi longtemps pour
un Mot?
256 Extraordinaire
1
C'eft trop tourner autour du Pot,
Gardez de le caffer, ce n'est qu'un Pot
de terre.
XVIII.
ALLARD.
M Ercure,quiprévoitpar un ſoin
fans égal
Que l'on eft debiffe de trop vuider le
Verre,
Sçachant
bien
que
pour ce mal,
la Soupe eft propre
Pour en faire de bonne, il donne un Por
de
terre,
Afin qu'onfoit plus gay pendant le Carnaval.
F
AVICE de Caen, de la Ruë
de la Harpe.
XIX.
N voulant trouver le vray ſens
Des Enigmes de ce Mercure,
Je me mettois à la torture,
Et perdois apres tout& ma peine, &
mon temps,
+
du Mercure Galant.
257
Lors qu'unefâcheuse avanture
Me tira bientoft d'embaras.
Mon Carroffe roulant grande erre,
L'Effieufe rompit, crac, &fit un grand
fracas,
Ny plus, ny moins qu'un Pot de terre .
L'Amoureux Daigreville , du
Quartier des Cordeliers.
La
XX .
Es Hommes , & les Pots de terre
Ont bien fouvent un meſmefort;
Tous les Hommes fouffrent la mort,
Les Pots caffent comme le Verre.
La Fortune par fes faveurs -
Elevant les uns aux honneurs,
Net les autres dans l'infamie ;
Le Potier, felon fon humeur,
Fait d'une mefme maſſe un Pot d'ignominie,
•Auffi- bien qu'un Vafe d'honneur.
N. DALLEE , Curé de Fierville,
pres Caën.
2.deJanvier 1683.
Y
218
Extraordinaire
XXI .
Our unfeul Mot que je ne puis
Pour
trouver,
Mon pauvre efprit que je veux éprouver,
Depuis trois jours fe dérouille & s'aiguife
;
Mais j'ay bean faire, il faudra lâcher
priſe,
En vain au but je tâche d'arriver,
69
C'est malpourtant men honneur con-
Server,
Fay commencé, je devrois achever,
On ne doit pas quitter une entrepriſe
Pour unfeul Mot.
Duffay-je doncy geler, ou criver,
Je fais ferment de ne me point lever,
Que le fecret que Mercure déguiſe
Ne m'apparoiffe. Abbon, je m'en aviſe,
C'est un Effieu ; voila longtemps rêver
Pour un feul Mot,
DE FLESSEL DE VERMOLET,
d'Amiens .
du
Mercure Galant. 259
Lo
XXII.
que
du dernier Mercure
La derniere Enigme eft obfcure,
Qu'elle exerce l'habile auffi-bien que
lefot.
Il est vray que des Gens quifontfigure
en France,
Ont rêvé jour & nuit ſans en trouver
le Mot;
Es moy je l'ay trouvé dés la premiere
Stance,
Sans tant tourner autour du Pot.
GRAMMONT, de Richelieu.
X.X III.
MErcure, un bon Picard dans tout
qu'ilpeutfaire,
Vafranchement, & de bon jeu ;
€ eft pourquoyfans tant de myftere,
Je dis que l'Enigme premiere
N'eft autre chose que l'Effieu;
Etlafeconde, fi je n'erre,
Ne peut eftre qu'un Pot de terre.
SIRE VINDICIAN , du
Mont S. Eloy.
Y ij
260 Extraordinaire
T
XXIV .
On Régale eftoit trop petit ,
J'enfors avec mon appétit;
Tes meilleurs Platsfont des Nouvelles,
Et cela me repaift fort peu .
Adieu, Galant Mercure, adieu ;
Quandtu voudras traiter des Belles,
Tu mettras plus grandPot aufeu.
La Belle à l'Anagramme ,
Je n'aime rien hors le mérite,
de la Rue de la Licorne.
XXV .
L'Amede voſtre Enigme eftoit embarraffée
Entre deux Rouesfur l'Effieu ;
Sans crainte pouvoit- on la tirer de ce lien,
Où vous l'aviez, Mercure , adroitement
placée?
L'Albaniſte de Rouen.
XXVI.
J
E nefuis pointfurpris , fi l'aimable
Climene
Brille dans fon ajustement.
Je voisdansfon Apartement
du Mercure Galant. 261
Nombre de Pots de Porcelaine.
Prefque tous font remplis de Pommade
& de Fard;
Il n'enfaut qu'un de terre à mapauvre
Climene,
Pour cuire avec des Pois une Flique de
Lard,
C'est dont elle entretient fon teint, fa
bonne mine.
XXVII.
Le mefme.
L
E Mercure, Meffieurs, a mis le Pot
aufen
Depuis un mois, ou s'enfaut peu;
A la Cuifine admirez fa conduite,
La Chair n'en est pas plutoft cuite.
A
Le Marquis inconnu .
XXVIII.
Pres maintsgrands Emplois dans
la Paix, dans la Guerre,
Apprens-nous quel est ton deffein.
Veux-tu te faire Capucin,
Mercure, avec ton Pot de terre?
F. FOURMY, de Baugé en Anjou,
262 Extraordinaire
XXIX.
Uipeut mieux expliqner les Enigmes
du mois?
Qui
peut
mieux
Un Chartier la premiere, an Potier la
Seconde;
Carjeferois leplus trompé du monde,
Si ce n'est un Effieu, foit de fer, ou de
bois,
Avec un Pot de terre, agreable en Cuifine.
Lors qu'il est biengarny, qu'on nousfait
bonne mine!
GYGES, du Havre,
XXX.
Dites-nous,MercureGalant,
Quel myflere l'Enigme enferre.
C'eft quelque Ragouft excellent
Préparé dans un Pot de terre.
L'Amant difcret & fidelle.
$3
du Mercure Galant. 263
S255: 52522: SS22S22
Réponse à la Replique d'un prétendu
Docteur de la Faculté
de Medecine de Paris , fur le
fujet de la fréquente Saignée.
J'R
'Attendois, Monfieur, par vos
Repliques aux fentimens d'un
Medecin de Montpellier , quelque
chofe qui euft quelque air
de la folide Doctrine qu'on profeffe
dans la Faculté de Medecine
de Paris ; mais il me paroiſt
que cette Doctrine vous eft inconnuë
, & que vous n'avez écrit,
que pour vanter l'Efprit de
Vin compofé de l'Autheur de la
Tranſpiration desHumeurs .Je ne
264
1 Extraordinaire
fçay fi vous prenez intéreſt à faire
valoir ce Livre , mais comme
il n'eft pas queſtion d'en faire icy
l'examen, je viens à voftre Critique.
Vous m'accufez d'avoir
condamné les Nouvelles Découvertes
comine fauffes , feulement
parce qu'elles eftoient nouvelles .
C'eft ce que je n'ay point du tout
prétendu , ny qu'on en deuft demeurer
aux feules manieres de
nos Peres. J'ay foûtenu feulement
, & je les foûtiens encor,
que quand on n'y ajoûte quelque
chofe de nouveau que par
pure fantaisie , & dans l'efprit de
celuy qui brûla le Temple d'Ephefe
, pour faire parler de foy,
on fuit des routes où il eft im.
poffible qu'on ne s'égare. Les
anciens Autheurs que vous efti
mez
du Mercure Galant. 265
mez fi peu , nous ont conduit par
la main dans le chemin des Sciences
; & ily a de la témérité à dire
qu'ils n'ont pas affez creusé pour
trouver les caufes des effets de la
Nature , puis qu'il eft certain
que ceux qui prétendent avoir
rafiné fur eux , fe font trompez
lourdement , & ont toûjours expliqué
, obfcurum per obfcurius ,
quand on a voulu les poufferjufqu'aux
principes. En effet , ces
Meffieurs les beaux efprits n'ont
pû jamais faire entendre diftintement
le Modus agendi natura.
Ils ont obfervé certains effets
par des mixtions diférentes ; mais
fans en donner des raiſons folides
, ny bien expliquer de quelle
maniere cela ſe fait , & c'eft feulement
ce qu'il y a de plus affu-
Q. deJanvier 1683. Ꮓ
266 Extraordinaire
ré dans ces Nouvelles Décou
vertes. Ne foûtenez donc pas
davantage que les Anciens n'ont
pas efté auffi hardis que les jeu.
nes Sectateurs des nouveautez
pour deſcendre dans la profondeur
du Puis , où s'eſt retirée
cette verité que chacun s'efforce
de tirer de cette efpece de fepulchre,
afin de l'expoſer fans déguifement
aux regards de tout le
monde.
Ce n'eft pas peu , Monfieur
,
que vous confeffiez
qu'Hipocrate
ne peut eftre l'autheur
des
abus qu'on fait quelquefois
de la
Saignée
; & que ce n'eft pas par
l'effufion
de noftre fang qu'il a
mérité la qualité de Divin. Je ne
vous ay point difputé
cela , & il
n'y en a pas un mot dans mes
du Mercure Galant. 267
•
Sentimens , aufquels vous avez
crû devoir repliquer. Le feul
abus que l'on eft capable de commettre
dans la Saignée , ne peut
proceder que du peu de jugement
de ceux qui en ufent mal,
mais les judicieux Medecins fçavent
la pouffer au delà de la
Sphere d'activité de ces trembleurs,
que la petiteffe de leur génie
fait avoir recours à mille petits
remedes de bonnes Femmes
ou de Païfans. On leur dit
pour
les faire tomber dans le panneau,
que les uns purifient le fang ; &
que fi les autres ne font aucun
bien fenfible , du moins ils ne
nuifent point aux Malades. Cependant
on ne fonge pas qu'en
laiffant échaper les occafions
preffantes de faire des remedes
"
Zij
268 Extraordinaire
effentiels , on jette les Malades
dans mille inconveniens irrépa. ·
rables, qui font les caxexies , les
abcez, des ictericies, des fchirres
dans les principales parties nour
ricieres ; enfin une infinité d'autres
maladies , qui paffent la ver
tu de toutes ces belles Décou
vertes qui leurrent aujourd'huy
tant de Gens.
Il eft affez fingulier que vous
fafhez remarquer les confeils
d'Hypocrate, à ceux qui ne reconnoiffent
que luy pour Dire-
&eur de leurs conduites. Ces
grands Génies qui ont eu tant de
réputation dans Paris, & qui ont
fait tant de miracles par tant de
fréquentes Saignées , n'ont-ils
pas fuivy à la lettre les circonf
tances de fes confeils ; & voit- on
du Mercure Galant. 269
le moindre Candidat en Medecine,
qui ne foit inftruit de toutes
ces obfervations que vous mar.
quez fi neceffaires pour prefcrire
la Saignee Mais afin que nous
ne vous accufions pas injuftement
de reffembler à ces Miroirs,
qui ne reçoivent les images des
objets qu'on leur préfente , que
pour les défigurer , faites - nous
entendre ce que veulent dire ces
mots , dont vous vous fervez
en parlant d'Hypocrate. Les
Arabes , les Grecs , les Latins , &
les plus éclairez des autres Nations,
ont toujours déferé àſon ſentiment;
& je ne vois point de raison qui
nous oblige de le recevoir , & qui
nous difpenfe en mefme temps de le
faivre. Je ne trouve en cela qu'
obfcurité, & que contradiction.
نم
Z iij
270 Extraordinaire
Continuons, s'il vous plaift, l'e.
xamen de tout ce que vous avancez.
Vous demeurez d'accord
que la connoiffance particuliere
des tempéramens que nous appellons
Idiocrafie , eft fi difficile
qu'on n'y peut répondre que par
galimatias. Voyez combien vous
allez embaraffer ces Meffieurs
dont vous prenez fi fort le party.
Pour mieux parler fur toutes
leurs Nouvelles Découver
tes , vous les jettez dans un la.
byrinte, dont il ne vous fera pas
aiſé de les tirer , ny à eux- meſmes
d'y trouver une fortie, puis
que leurs plus vigoureufes expreffions
, & ces folides raifonnemens
que vous fouhaitez , ne
feront fondez qu'en hypothefes
paraboliques , qu'en comparaidu
Mercure Galant.
271
fons toûjours clochantes , ou tirées
des Méchaniques , qui ne
peuvent avoir un juſte rapport
aux chofes qu'on veut faire entendre
à fond , pour bien expliquer
les mouvemens de la Nature
. Ce font termes indéfinis
& univerfels qui ne prouvent
rien , eftant toûjours neceffaire
d'avoir recours à certaines parties
difpofées d'une certaine maniere
, & de certaines figures qui
font certains effets , fans qu'on
marque la caufe jufte de cet
arrangement ou de ces certai
nes figures , de peur d'admettre
ce que vous dites eftre la
réverie des Peripatéticreas , qui
font les formes fubftantielles
parce que par là on conçoit du
moins un principe immédiat qui
Z iiij
272
Extraordinaire
fait toûjours les mefmes figures,
& un mefme arrangement des
parties.
Quand ces rafinez Sectateurs
de la nouveauté auront pris la
peine de nous faire entendre fans
obfcurité , comment fe fait la
genération des Animaux , la co.
ction & diftribution des alimens,
& la fecretion de l'urine d'avec
les parties du fang , fans avoir
recours à la caufe premiere &
univerfelle de toutes chofes, fans
hypothefes ou comparaiſons défectueufes
en mille circonftances
, comme par celles des Cribles
compofez de diférens trous ,
par où paffe la diverfité des
grains mélangez de toutes efpeces
, tant par leurs
propres
figures
que par leur
péfanteur
, alors
du Mercure Galant. 273
leurs maximes pourront avoir
quelque poids . Jufques- là vous
trouverez bon que nous refufions
de renoncer à nos anciennes
expreffions , par leſquelles nous
concevons tout auffi bien ce que
vous voulez nous faire entendre
par des mots nouveaux , qui ne
peuvent rien fignifier de plus , &
qui ne nous font pas comprendre
le fond plus diftinctement .
Je ne combas point l'application
qu'on a pour les Nouvelles
Découvertes. Je fuis non feule
ment perfuadé, mais tres - convaincu
, que de fiecle en fiecle les
Sciences & les Arts fe perfectionnent
& fe poliffent par les refléxions
, que de plus habiles Gens
que vous & moy font tous les
jours dans leurs Cabinets . Les
274
Extraordinaire
fçavans Ouvrages qu'ils nous laiffent
, nous tracent de nouvelles
routes , qui nous font arriver fûrement
à la verité . Mais je ne
puis endurer qu'on vante fi fort
certaines Découvertes, dont les
effets font fi fautifs , & où le hazard
a toûjours bien plus de part
pour le fuccés, que la conduite
du bel efprit , qui a têvé creux
dans fon Etude; par exemple ,
cet Esprit de Vin compofé que
vous élevez fi haut , & qui en
excentrant les humeurs, pompe,
pour ainfi dire , leur pourriture
auffi bien que celle du fang, vous
en faites une Panacée nouvelle,
au dela mefme de tous les Sels
volatils , des poudres de Viperes,
des yeux d'Ecreviffes , des Acides
& des Alkalis , qui font de
du
Mercure Galant. 275
grands mots nouveaux , mais de
tres- petits remedes , qui tuent
plus qu'ils ne foulagent . En effet
ils font beaucoup au deffous de
nos grands remedes anciens , approuvez
de tout temps ,
foit par
leur compofition , foit pour leurs
effets inconteftables , comme nos
Theriaques , le Mithridat , l'Orvietan
, les confections d'Hyacin
the , & d'Alkermés ; pour fimples
le Befoüard, les Coraux &
les Perles qu'on quite à préfent,
& dont on veut fe paffer pour
prendre pis , en donnant dans
toutes les nouveautez inutiles
qui ne produifent que des effets
incertains , & qu'on devroit rejetter
; ne fuft- ce que par la longueur
du temps qu'on oblige tyranniquement
les
des à s'en fervir.
pauvres
Mala
276 Extraordinaire
Ces grands Faifeurs de miracles
fans la fréquente Saignée ,
ne confeillent pas moins que d'u
fer deux ou trois mois des yeux
d'Ecreviffe , de leurs Opiars compofez
'de Sels volatils , d'extraits
de Genievre, fucs de Pervanche,
Cariophyllata , & autres drogues
chaudes & feches , qui ne
peuvent qu'augmenter l'intemperie
des corps fecs, & maleficiez,
en calcinant doucement par un
feu fourd les humeurs , par un
long ufage de remedes ordonnez
fans indication jufte , & fans autre
refléxion que celle du fecret
infaillible de leur découverte.
Il n'y a que vous au monde
qui ayez trouvé la conduite de
l'Anglois réguliere , puis que tout
ce qu'il y a de Gens éclairez.
du Mercure Galant. 277
l'ont condamnée en toutes manieres
, & par toutes fes circonftances.
Si vous aviez bien compris
les raifons convainquantes
que j'ay avancées dans mes fentimens
, vous n'auriez pas prononcé
fi hardiment fur une conduite
auffi peu judicieuſe . Vous
auriez parlé plus jufte , fi vous
n'aviez jugé que du fuccés de fon
remede , qui n'a jamais efté defaprouvé
, parce que la cauſe en
eftoit connue, puis que ce n'eftoit
que le Quinquina déguifé , &
par le défaut de fa capacité & de
fon jugement , outré par les prifes
indifcretement réïterées l'efpace
de deux ou trois mois , aufquelles
tout eftoit deû , & rien à
la conduite de l'Anglois , que le
rifque qu'ont couru les Malades,
278
Extraordinairede
tomber dans de mortelles lan
gueurs par la féchereffe que le
Quinquina imprime dans les entrailles,
en vitiant infenfiblement
toutes les parties nourricieres ,
ce qui en a fait mourir plufieurs,
& caufé quantité de fterilitez
aux jeunes Femmes , pour en al
voir pris par excés eftant Filles .
On en pourroit citer un fatal
exemple dans un Sang illuftre
mais cela n'eft pas neceffaire.
Les preuves ne s'en trouvent que
trop fréquentes dans des Perfonnes
moins qualifiées .
Quant à ce que vous avanceź
que je fçay comme vous, Que file
remede n'a pas toujours fait ce qu'il
pouvoit, c'eft la Saignée qui l'en a
empefché , c'est ce que vous au
riez pû vous paffer de dire , auffi
du Mercure Galant . 279
bien que d'ajouter que j'infulte la
fageffe des Hæmaphobes de l'An.
tiquité , comme s'il y en avoit eu
entre les veritables Originaux de
la bonne Medecine. Rappellez
done dans vostre mémoire ces
premiers Autheurs de l'Autiquité,
qui font Hypocrate & Gallien
, feuls Chefs du confeil de la
grande effufion de fang que vous
condamnez , fans laquelle toute
fois point de falut pour les Ma
lades. Ces grands Hommes n'ont
jamais prétendu , ny moy apres
eux , comme vous ofez l'affurer
en termes exprés , Qu'il faut tirer
tout le fang des veines pour en ofler
la plenitude ; car il n'eſt pas vray
qu'il foit neceffaire d'en tant tirer
, pour diminuer la premiere
cfpece de plenitude qui faute aux
280 Extraordinaire
yeux , & qui eft toûjours la caufe
premiere & antecedentes de
toutes les maladies . C'est pour
emporter la feconde efpece de plenitude
qu'il en faut verſer davantage
, & tout le monde demeure
d'accord qu'on a beſoin d'un
folide jugement , & d'une délicate
pénétration pour conduire la
Saignée dans cette feconde efpece
, jufques dans toute fon étenduë.
Je ne fay pourquoy en prononçant
le contraire de mes Sentimens
, vous dites que c'eft ma
doctrine toute pure que vous avancez.
Lifez les encor une fois,
& vous avoürez , ou que vous les
aviez parcourus trop vifte fans y
reflèchir , ou que vous ne les
aviez pas conçus .
du Mercure Galant.
281
ne
Vous pouvez écrire tant qu'il
vous plaira fur le mérite des
Nouvelles Découvertes
croyez pas que je me mette da ….
vantage en peine de le combattre.
C'eſt un feu de paille qui
ne peut durer ; puis que , felon
vous-mefme , il ne faut qu'un
quart -d'heure pour eftre inftruit
de vos nouveautez . Je vous
confeille feulement de prendre
leraifonnement
qui fuit , comme
plus conforme que le vostre
à la bonne Philofophie , c'eſt de
donner beaucoup à l'autorité des
grands Hommes , tout à la raifon,
& tres- peu à l'expérience .
feule , parce quelle eft trompeu .
fe & périlleuse dans le fentiment
du divin Vieillard, pour qui j'auray
toute ma vie un profond ref
Q. deJanvier 1683. Aa
282 Extraordinaire
pect , & qui a prononcé comme
un Oracle dans fon premier Aphorifme
, Fudicium difficile , experimentum
periculofum .
LE FRANC, Docteur
de Montpellier.
Tous les Madrigaux quifuivent,
enfermentle vray Mot de la propiere
des deux Enigmes propofées au mois
de Fevrier.
I.
Ris, que vous eftes farouche!
quefans touche;
Vousfongez à vous reculer.
Helas! avez- vous peur que je ne veüille
aller
Sur voftrefein porter ma bouche
Non, je nefuis pas fi badin
Que vous pensez, je vous le jure.
Je ne veux quefentir le Bouquet que
Mercure
Vous apréfenté ce matin.
DIEREVILLE, du Pontlevefque
du Mercure Galant . 283
II.
Ax delices d'un grand Banquet,
Fuft- il pardes Traiteurs préparé, je vous
Illuftre & genéreux Mercure, (jure,
Je prefere voftre Bouquet.
C'est un enfantement des larmes de l'Au-
Son odeurfurpaffe l'Encens, ( rores
Ses beautez enchantent les fens,
Etfa varieté marque l'efprit de Flore.
L. BOUCHET, ancien Curé
de Nogent le Roy.
III.
Mercure, qu'on publie eftre le Prototipe
De ces Gens trop experts à jouer de ke
grippe,
Pourfe juftifier, affile fon caquet.
Ce Dieu, par une adreffe à nulle autre
feconde,
Réfolu de fe mettre en bonne odeur qu
monde,
Joint à mille autres dons , un raviſſant
Bouquet.
AVICE, de Cac
A a ij
284
Extraordinaire
A
IV .
Ercure eft tout-enfemble agreable
Mero
Zelé,
Son préfent eft galant autant qu'il eft
honnefte;
Il doit bien eftre régalé
Par tous ceux dont le mois renfermera
la Fefte.
Ils vont fairefans-doute unfomptueux
Banquet,
Voyant qu'un Dieu leur donne unfi riche
Bouquet,.
Lors que defes faveurs Flore eft encore
chiche.
Jeferois ravy d'eftre à ce fameux Repasi
Mais monfouhait demeure enfriche,
Eftant au mois de Mars, où mon Patron
n'eft pas.
Q
V.
Le mefme.
caquet Voy, faut-il tant de
Pour expliquer une Enigme?
Quand j'auray dit un Bouquet,
Je n'ay plus befoin de Rime .
DE LA TRONCHI, de Rouen?
du Mercure Galant. 285.
Q
VI.
Ve Mercure eft coquet!
Pour marquerfa tendreffe,
Il donne à fa Maitreſſe
Un tres-joly Bouquet .
Tous
VII.
Le mefine
Ous les Fleuristes curieux,
Afin de contenter leurs yeux,
Vont rendre vifite à Mercure.
Vous n'enfçavezpas lesujet ;
C'est pour contemplerfon Bouquet ,
Qui n'eftfait qu'enfimplepeinture.
La Phénicienne organifeć,
de Caën.
Me
VIII.
Ercure, ton Bouquet n'a pas lien
de meplaire,
Je fuis ennemy des odeurs;
A bien des Gens je fuis contraire,
J'aime mieux les Fruits que les Fleurs.
'Albanifte de Rouen .
286 Extraordinaire
Q
IX ..
V'attendez- vous de moy, Mer
cure,
Sur l'agreable portraiture
D'un Bouquet odoriférant?
Difpenfez ma veine infertile
Devousfaire un diſcours plus grand,
Pour expliquer au long voftre Enigme
Q
fubtile.
SYLVIE , du Havre.
X.
Voy, des Fleurs en Hyver ! C'eſt
à se coup, Mercure,
Que vous eftes vrayment Galant .
Dites- nous par quelle avanture
D'affortir un Bouquet vous avez le
talent.
Levoftre affurément vaut bien qu'on le
chériffe;
Il eft de prix, & d'un art tout nouveau.
Le Bouquet eft tres- bean,
Et je ne croy pas qu'il flétrisse.
CONSTANTIN RENNEVILLE
de Caen
du Mercure Galant. 287
M
XI.
Algre l'inconftance du temps,
Malgré l'Hyver, & ſafroidure,
Autheur du celebre Mercure,
Tu nousfais voir les douxfruits du Printemps,
Et tu fçais devancer quand tu veux la
12
Nature.
**
Depuis peu la Reyne des Fleurs
Voulut dedans ces Lieux paroiftre:
Mais n'ayant rien pû reconnoiftre
Dans nos triftes Jardins , elle verfa des
pleurs,
Et remonta,dit-on,dans le Celefte Cloître.
**
Mais toy, bien plus riche enfecrets;
Etfans te donner tant de peine ,
Sur le baut Hélicon, fur le bord d'Hy
pocrene ,
A l'abry desfrimats tu cueilles des Bou
quets
288
Extraordinaire
Et tu n'as pas befoin que la faifon re
vienne.
DE VAULX, Avocat de Noyon
en Picardie.
XII.
Ous vous raillez de nous, Mer
Voucure,
De nous préfenter en peinture
Un Bouquet dans cette faifon,
Où les Fleursfont en abondance
En cent & cent Lieux de plaisances
C'est là n'avoir pas de raison :
Le Phénix des Meffagers de Caën.
XIII.
SE
E voit- il rien de plus honnefte
Que Mercure l'eft cettefois?
Quelqu'un l'aurafans-doute averty que
ce mois
Eftjustement le mois auquel tombe ma
Fefte;
Et c'e aujourd'huy ce quifait
Qu'il me vient donner le Bouquet .
Le Berger Valentin
du Mercure Galant. 289
PONY
XIV.
Our faire un beau Bouquet, fans
qu'ily manque rien,
Le fçavant Rault l'entend tres-bien.
Sur les autres Bouquets Le fien Pavan
tage
De réduire les coeurs dans un doux eſclavage,
Par un fecret cachéfous les noeuds du
Lien.
Le plus fevere des Amans
Se rendroit aux Loix de l'Amour,
Sifon Amant pouvoit un jour
Luy faire recevoirfes raretez galantes.
Elle diroitfansfin ; Mon Dieu, que je
me plais
Avoir de ce Bouquet tous les charmans
attraits!
Je croy qu'il eftfait par les Graces ,
Tant onvoit que les Fleurs occupent bien
leursplaces.
Q.deJanvier 1683. Bb
290
Extraordinaire
Apprenez, cher Amant, qu'il m'a touché
le coeur;
Etje veux déformais, quoy que l'on ait
pû croire,
Rendre vos jours pleins de bonheur,
Si ma poffeffion peutfaire vostre gloire.
Ma
ALCIDOR, du Havre,
XV.
Ercure, les plus belles chofes
Ont toûjours trouvé des Cen
feurs;
Quelquefois pour de foibles caufes,
On trouve des Réformateurs.
Soit dit, Mercure ,fans offence ,
Carje veux, fi c'est mon deffein,
Que le plus lâche de la France
Meplante un Poignard dans le fein,
Jessay bien que chacun admire vos Ouvrages,
De tous les bons Efprits vous avez les
Suffrages,
Et fans-doute moy feul trouve à vous
critiquer.
du Mercure Galant.
291
Je le fais cependant d'une ame bien
forcée;
Mais je nepeuxfonffrir qu'on nousfaſſo
expliquer
Au milieu de Hyver un Bouquet de
Pensée.
Le mefme.
XVI.
No
On, je n'ay point de peine à croire
pone
Que d'un Bouquet , ou d'une
Fleur,
Qui des Dames cherche le coeur,
Dans unjourpériffe la gloire.
L'EPINAY- BURET, de Vitré
en Bretagne.
XVII.
Plainte d'un nouveau Marié.
Tun
Un'es qu'un beau Bouquet . Hymen,
dont l'on n'a rien
Bienfouventque d'emprunt : Tu dis que
je fuis bien,
Quel'onme baife tant; Ahle bel avantage
!
Bb ij
292
Extraordinaire
Tu m'as réduit à l'esclavage,
Chaine qu'ilfaut ufer, dur &fâcheux
Lien.
**
Si tu fers les Amans ainfque les Amantes
,
En donnant tes faveurs , tu couronnes ·
l'Amour .
cès
Helas ! que ces appas trompent en ce
bean jour,
Et qu'elles durent peu, ces raretez ga,
lantes!
#3
Ony, c'est la nouveauté qui fait que tu
nous plais,
Que nous trouvons en toy quelques rians
attraits .
Nous régnons fur le Trône , où les Ris
& les Graces,
Avec lesJeux trouvent fouvent leurs
places;
Mais ce qu'on cherche tant , le trouvet-
on ce coeur?
Non, c'est un Vagabond qui m'en afait
ac-croire;
du Mercure Galant. 293
Monfort, comme un Bouquet, n'a pas
plus de bonheur ,
Pay veu dans un jourſeul périr toute
ma gloire.
A
GYGES, du Havre;
XVIII .
Greable Bouquet, beau Feftin de
l'Amour,
Allez trouver Iris, elle eft dans fon grand
jour.
Repofezfur fon coeur , baiſez fon beau
visage,
Et dans unfi douxfort tenez -luy ce lan
gage.
Tircis me donne à vous pour gage de
fa foy,
Il eft dans vos liens plus qu'on n'en
voit chez moy.
Le mefme.
Ceux qui ont expliqué la mefme
Enigme fur le Bouquet , font Meffieurs
Harriveau ; De Bellefontaine
Bb iij
294
Extraordinaire
Fay
de la Rue Simon le Franc ; Le Chevalier
d'Argence d'Angouleme ; D
deVernon ; P. Carricr de Roüen;
Clement Apoticaire du Roy en fa
Chancellerie ; Thierat Chapelain de
Noftre-Dame ; Boiffeau ; Angely de
la Martiniere , d'Epoiffe en Auxois ;
Mefdemoiselles M. A. le Marchand,
Fille de M le Marchand , Confeiller
de Rouen ; M. Provais ; De la Neve,
de la Ruë S. Médéric ; La Charmante
Manon de Rouen , Amante du Meaccin
; Les trois Mannetes du Quarvier
S. Médéric; A. à l'Anagramme
,Je Pleine d'années , de la Ruë
de la Sourdiere ; La belle Manon de
Foix, proche les Andelis ; La Belle
à l'Anagramme , Ma Coufine en
rien ; La Phénicienne Organisée de
Caën ; L'honnefte Societé d'Argenton
; L'Amantde la jeune Marianne
.
du Mercure Galant . 295
de Rouen ; Le Poëte Moderne dès
Belles de la Ville d'Eu ; Tamirifte
de la Ruë de la Cérifaye ; Le Chaffeur
infatigable fur les Terres conju
gales ; Le Charmant Paris , de la
Rue Quinquempoix ; L'Amant paſfionné
de l'Enchantée ; N. du Quartier
S. Leu ; Et le tres -fubtil Renard.
On a encore expliqué cette Enig
me fur la Perruque. Le vray Mot
de la feconde eftoit la Poire , & voicy
les Explications que j'en ay reçcuës
en Vers.
CE
I.
Edez icy, Melon , cédez Raifin
mufcat,
Pefche, Olive, Abricot, Figue an fuc
délicat:
Il eft un Fruit plus délectable,
Le gouft en fçait juger autrement que
les yeux,
Bb iiij
296 Extraordinaire
Ilpourroit mefme entrer dans le Banquet
des Dieux,
Y fervir de Deffert , & couronner la
Table
*3
Mercure qui connoift l'excellence des
Fruits,
Sçait où de pareilsfont produits,
Et que tous leur cede la gloires,
Mais ne feroit-ce point ce Fruit fi renommé,
Qui des Délicats eft aimé ?
Ce l'eftfans-doute, c'eft la Poire.
LE
RAULT , de Rouen .
I I.
E Fruit dansfa maturité
Mérite d'eftre préfenté :
Mais ce feroit une imprudence,
S'il eftoit cueilly par avance;
Il faut l'examiner avant que d'y toucher
,
On s'y doitbien connoistre avant que l'arracher.
Ainfi quand le Mercure a préfenté fa
Poire,
du Mercure Galant. 297
Elle doit eftre meûre , il afoin de fa
gloire.
DE LA GIRAUDIERE, Ruë Maubüć .
C
III.
Ela feroit tort à ma gloire,
( mans, Si malgré tes déguisemens
Je ne connoiffois pas la Poire .
A d'autres, Mercure Galant,
Qui n'ayeni point tant de talent .
DIEREVILLE, du Pontlevefque.
IV .
Plainte d'un Nouveau Marić.
Elle Iris , ton vifage a du Lys la
blancheur,
BE
Et ton teint eft de Rofe, il en a la fraîcheur,
Il eft poly comme une Glace,
On te croit parfaite en tout point;
Tes attraits font puiſſans, rien n'a meilleure
grace,
L'on admire ton embonpoint;
Ta peau délicate vermeille,
Jamais enfermeté n'a trouvé de pareille ;
298
Extraordinaire
Et la plus belle enfin que l'on vanta
jamais,
Moins que toy paroîtroit mignonne.
Criarde, apprens pourtant que quand tu
ne te tais,
Tu me dégouftosplus qu'une Laide eftant
bonne.
Une Poire quigronde, eft belle dans la
main ;
Tu luy reſſemblesfort, ta maniere eſt
friponne,
Mais rien n'eft, comme toy, plus amer
dans le fein.
GYGES, du Havre .
V.
Q
V'on nous afait un beau préſent!
Il nous fera toujours préfent;
C'est une belle & bonne Poire,
Dont le gouft plus doux que le Miel,
Nous montre qu'elle vient d'unfort bon
territoire,
Et qui n'eft pas hay du Ciel.
On reconnoît l'Autheur ; qu'il a l'esprit
fertile!
du Mercure Galant. 299
Qu'en mérite il eft grand! c'est l'honneur
de la Ville.
VI.
Le mefme .
C'estunePoire ravissante,
E Fruit eft auffi bon que beau,
Qui la langue & les yeux contente,
Et qui fe taiftfous le Couteau .
C. HUTUGE , d'Orleans ,
demeurant à Metz ,
VII.
'Autre jour au Ballet du Rey
Lfavois bien foifen bonne-foy,
Je n'avois plus d'Orange , &je ne pouvois
boire;
Mais Mercure en un coin caché,
Voyant qu'à cesujetjeparoiffois faché,
M'affrit honneftement la moitié d'une
Poire.
GIRAULT, de Paris,
1
300 Extraordinaire
VIII.
Endant ce faint temps de Caresme,
Temps de mortification,
Ce quifait une peine extréme
Dans la devotion,
C'eft qu'ilfaut fe paffer de manger ca
qu'on aime,
Prendre de la Salade avec diſcretion,
Et que des Mandians, ou quelque Poire
bléme,
A la Table oùje fuis foient ma Collation.
IX.
ALLARD .
Mercure , voussentez approcher la
Où vous pouvez avec raiſon
Nous donner une Poire,
Car outre qu'elle fert à la Collation,
Elle empefche de boire.
CONSTANTIN RENNEVILLE,
de Caen.
du Mercure Galant. 301
·
X.
La feconde, comme je crois , A
Mérite bien qu'on fe donne lapeine
Defaire travaillerfa veine,
Puis quefon Autheur afait choix
D'une Poirefort excellente,
Afin de la cacher d'unefaçon galante.
A
SYLVIE, du Havre,
XI.
Ujeu rarement je m'engage,
m'en défens tant que je puis ;
Je
Si jejoue, c'est quand jefuis
Entre la Poire & le Fromage.
D
L'Albanifte de Rouen,
XII.
E voftre fein, Philis , l'agreable
blancheur
Cache au deffous tant de fraîcheur,
Que vostre coeurpour moy n'eſt plus rien
qu'une glace.
Quoy?feray-je longtemps malheureux à
point,
De ne pas
grace,
obtenir de vous la moindre
302
Extraordinaire
•
Pour reprendre un peu d'embonpoint ?
Faut-il que ma jeunesse encor toute vermeille,
Souffre une douleurfans pareille,
Auprintemps de mes jours, qui paſſe
pour jamais?
Changez, mais au plutoft , adorable Mignonne,
Pour la moindre faveur auffitoft je me
tais,
Ne fuft-ce qu'une Poire ; Ah ! qu'elle
feroit bonne,
Venant de voftre belle main ;.
Elle auroit le pouvoir , cette aimable.
Friponne,
De ranimer mon coeur prefque mort dans
mon fein.
Pour les deux enſemble.
Sans faire une trop longue Hiftoire
Pour renfermer les Mots des Enigmes
du mois,
Je me contente cette fois ,
Pour l'une d'un Bouquet , pour l'autre
d'une Poire .
ALCIDOR, du Havre.
du Mercure Galant. 303
RE
XIII.
Efvantfur lafeconde Enigme,
D'un efprit fort embaraffe,
Philis dont jefais grande eſtime,
Voyant que j'estois empreffe,
Me dit; Eftes- vous infenfe,
Defatiguer voftre mémoire,
Pour ne rechercher qu'une Poire?
Le mefme ,
Cette mefme Enigne a efté expliqué
fur la Poire , par Mademoiselle
de la Boiffiere de la Rue Plaftriere ,
par Mr Rembault de la Rue des
cing Diamans . D'autres Particuliers
l'ont expliquée fur une Orange, un
Pavis, une Pomme d'Apis, & une
Chataigne.
Je commence les Explications de
ceux qui les ont données en vers de
Pune de l'autre , par celle de Mademoiselle
de Buerolles, Fille de M
304
Extraordinaire
1
de Bufferoles de Vienne , dontje vous
appris la mort il y a quelques années.
Elle n'a encor que buit à neuf
ans; mais eftant d'une Famille qui
eft tout efprit , il ne faut pas s'étonnerfi
à cet age elle a des lumieres fi
pénétrantes.
Ble
I.
len que jefois encore Enfant,
Vous fçaurez, Mercure Galant,
Que j'ay trouvé le Mot de vos derniers
Grimoires,
Sans hésiter unfeul moment,
Parce que je n'aime rien tant
que
Que les jolis Bouquets , &
Poires.
les bonnes
CAROLA DE VIENNA
CLERANTONIA.
II.
L
E Mercure Galant, enjoüé, tendre,
prude,
Goguenard auffi quelquefois,
du Mercure Galant. 305
Des Fleurs defon Parnaſſe, & Fruits de
fon Etude,
Nous vient régaler chaque mois .
Moy, jeluy fçay bon gré d'une telle dé
penfe,
Chacun defon préfent s'applique le meilleur.
Les uns defa Fleurete eftiment plus
l'odeur,
Les autres defes Fruits recherchent l'a
bondance;
Mais du coeurd'une Fille exprimons le
talent .
Il n'en eft point , un peu jalouſe de ſa
gloire,
Quin'aimaft mieux de fon Galant
Avoir un Bouquet qu'une Poire.
La Devote Druide Lyonnoife,
de la Rue S. Jean de Lyon .
ME
III.
de changemens
Marmourfait naître dans une Ercure, que de chang
L'Amour
ame!
Sepeut-il qu'une belle flâme
2Q.. deFanvier 1683. Ce
306
Extraordinaire
Dure fi peu de temps?
Pourmoy, je ne puis le comprendre.
Autrefois mon Iris avoit le coeur fors.
tendre,
Et le mien ne l'eftoit pas moins;
Nous avions tous deux mefmes foins,
Iln'eftoit point d'amour plus belle
la noftre;
que
Nous eftions fi contens de vivre l'un pour
l'autre,
Que nousfaifions nos plus charmans
plaifirs
Deprévenir tous nos defirs.
Quandje voyois venirfa Fefte,
Pour luyfaire unBouquet , j'allois cueillir
des Fleurs
Des plus belles couleurs.
A le bien recevoir elle eftoit toujours
prefte.
Je ne l'envoyoispointfans quelques jolis
Vers,
Qui l'affuroient que l'inconftance
Famais ne briferoit mesfers .
Elle en eftoit charmée, &pour reconnoif•
Lance,
du Mercure Galant. 307
Elleme juroit quefon coeur
Seroit avec le mien toujours d'intelligence,
Et brûleroit de meſme ardeur.
Feftois fimple affez pour le croire.
Mais qui n'euft pas crû ceferment
Fait en mordant tous deux dans une
mesme Poire?
Helas, je voy pourtant
Que ce coeurfi conftant,
N'eft qu'un coeur infidelle ;
Et qu'au mépris de mon amour,
Cette Ingratefouffre aupres d'elle
Mon Rival qui luyfait la Cour.
. DIEREVILLE , du Pontlevefque.
T
IV.
E ne veux point tant de caquet
Pour expliquer les deux Enigmes.
F leveux faire en quatre Rimes,
En mettant une Poire avec un beau
Bouquet.
La Belle Nourriture du Havre,
Cc ij
308 Extraordinaire
!
Q
V.
Voy , des Fleurs àpréſent! La chofe
eft bien nouvelle,
Le Mercure Galant vous en donne un
Bouquet ;
Recevez-le, Philis, c'eft un Amant fidelle,
Et fon difcours n'a rien quifente le
caquet;
Pâris donna la Pomme, il vous donne
la Poire;
Vous eftes la Vénus, quel bonheur, quelle
gloire!
M
L'Amant d'Euterpe , du Havre.
V I.
Ercure eft digne de loüange,
De nousfaire un tres-beau mêlange
D'une agreable Poire , & d'un joly
Bouquet.
Apréfent ilfait voir ce que n'a pû perfonne;
Ne croyez pas qu'il n'ait que du caquet,
du Mercure Galant.
309
En Mars ilfçait donner le Printemps,
& l'Automne.
DE LATRONCHE, de Rouen.
V II.
Vous eftesplus Galant, Mercure,
cette fois,
Que vous ne l'eftiez l'autre mois,
Dont encor j'ay bonne mémoire;
Voftrejolypréfent d'un Bouquet, d'une
Poire,
Eftfort agreable en ce temps ;
Flore à votre priere avance le Printemps.
GYGES , du Havre.
VIII.
On aimable Bouquet, Mercure, me
T
Turprend,
Il eft des plus jolis , fon odeur eft charmante,
Et celuy qui l'a fait, fur mon honneur,
l'entend.
Que la façon en eft galante!
Ta Poire eft d'un gouft merveilleux,
310
Extraordinaire
Il n'en eft point de mefme en toute la
Nature;
L'on voit bien qu'elle vient des Dieux,
Puis que c'est un préfent que nous afait
Mercure.
L'Amant de Thalie, du Havre .
Pajoûte les noms de ceux qui ont
trouvé les vrays Mots des deux
Enigmes. Meffieurs Leger de la Verbiffonne
; René des Noyers ; de Flef
fel de Vermalet, d'Amiens ; de la
Giraudicre ; Carriere , de Vitré en
Bretagne ; Afton Ogden ; N. Midy,
de Rouen ; L'Abbé de la Faye ; L'A.
vocat Dalmas ; Le Chanoine Lacques-
Iacques ; Mademoiselle de Sommelfdick
à la Nocle ; La Marquise à
l'Anagramme , Pure image de la
Vertu ; La Marquise Diane d'Alcleon
; Mcfdemoiselles Cochet de la
Rüe S. Paul; de Milly de Vernon
du Mercure Galant.
ZIL
De Briac ; A. Bouvier de Falleron ,
de Caen ; De Coubertin la Cadette ;
La Chere Lifette ; Le N. du Quartier
des Halles ; La Beauté languiffante,
de Vuaßy en Champagne ; La
charmante Brune Loüifon , de Sezanne
en Brie ; La Meffagere de
Bretcville ; L'Orgueilleufe , de Caen;
La Perfide , de ta Paroiffe S. Sauveur;
La jeune Commere radoucie
par curiofités La Mufe naiſſante, du
Quartier Simon le Franc ; L'aima.
ble Poitevine , de Caen ; L'aimable
àl'Anagramme , La Guerre eft fur
ma vie , d'Amiens ; L'Inconnu du
Languedoc ; L'Intime du Galant
François , de la Cour de Stutgard; Le
jeune Compere inflexible aux fauffes
douceurs ; Le Héros parmy les
Efprits Financiers ; L'Autheurfutur
contre toute apparence ; L'Amaħt cmExtraordinaire
312
baraffe dans le choix de trois Maî.
treffes également belles & riches : G.
B. L. ou les trois Inféparables , du
Second étage, de la Rue Poirée; Le
Berger Contentin ; Le Medecin Amant
de la belle Manon de Xaintes;
Le Voyageur Africain ; Le fidelle
Amant de la charmante Brune Lou
fon , de Sexanne- en Brie ; Le N.
du mefme lieu ; Le Spirituel Abbé
de Vuaßy en Champagne ; L'Avocat
fans immatricule, de Chaumont en
Baffigny ; Le fincere & perfeverant
Blondin du Quartier S. Sauveur ;
Et le Berger défolé, à l'Anagramme,
As- tu lié le Cocq.
23
du Mercure Galant.
313
S255:52522: SS22S22
TRAITE'
DES COURONNES ,
A MONSEIGNEUR
LE DUC DE BOURGOGNE.
Ciel , Soleil
Digne
préfent du Ciel,
encor naiffant,
Illuftre Petit- Fils du plus grand Roy
du monde,
Prince, qui régnerezſur la Terre &
fur l'onde,
Etmettrezfur vos Loix & l'Aigle &
le Croiffant;
Tandis que de Louis les faits plus
qu'héroïques,
Servant àfon Dauphin d'exemples
magnifiques,
Q. deJanvier 1683. Dd
314
Extraordinaire
Vous vont de l'Univers le Domaine
affurer,
Souffrez qu'en attendant une gloirefi
rare,
Sous vostre augufte Nom j'ofe icy
figurer
Les Couronnes qu'on vous prépare.
Pour donner quelque ordre à
ce Traité , je diray d'abord que
les Couronnes eftoient anciennement
de deux efpeces principales
, & comme primitives , qui fe
diftinguoient , la premiere fous
le nom de Diadéme , & l'autre
fous celuy de Couronne .
Le Diademe, ainfi appellé d'un
mot Grec qui fignifie Lier , eftoit
une forte de Bandelete ou Fronteau,
dont les Roys fe ceignoient .
C'est la peinture que les Anciens
duMercure Galant.
315
nous en ont laiffée ; témoin ce
qu'en dit Tacite , qui dans le 15.
de fes Annales , décrivant la ce.
rémonie qui fut faite à Rome
au Couronnement de Tiridate
Roy d'Arménie , rapporte que
l'Empereur Néron luy donna
pour Couronne un Diadéme
dont il luy ceignit la tefte, Diademate
caput Tiridatis evinxit. Plutarque
écrit que Monime , l'une
des Femmes de Mitridate Roy
de Pont , traitée barbarement de
ſon Mary , & fur quelque faux
foupçon conçeu mal à propos de
fa fidelité , condamnée à périr
route innocente qu'elle eftoit ,
par celuy mefme qui devoit le
plus s'intéreffer à la confervation
de fa vie , fans autre grace que
de laiffer le genre de fa mort à
Dd ij
316
Extraordinaire
fon choix ; cette infortunée Princeffe
voulant executer elle..mef
me cet Arreſt fur fa perfonne , détacha
de fa tefte un Bandeau
Royal , & fe l'eftant, paffé autour
du col à deffein de s'en étrangler
, il arriva que le Bandeau
fe rompit par la péfanteur
de fon corps , dequoy cette Reyne
toute indignée fe l'arrachant,
le jetta par terre , & le foula aux
pieds avec indignation.
Juftin 1. 15. de fon Hiftoire ,
écrit que Lyfimachus , un des
Favoris du grand Alexandre
ayant efté bleffé en une cuiffe ,
par la Lance de ce Prince , lors
qu'il defcendoit de Cheval ; cer
officieux Conquérant outré de
douleur pour le mal qu'il venoic
de faire innocemment à ſon Amy,
du Mercure Galant.
317
s'arracha promptement le Diadéme
de la tefte , dont il banda
luy- méme la bleffure qu'il avoit
faite , ce qui fut un heureux préfage
à Lyfimachus , de la Royauté
où il parvint apres la mort
d'Alexandre .
Pour venir à la deſcription du
Diadéme , c'eſtoit une espece de
Bindeau pliant, tiffu de Soye , de
Fil , ou de Laine , duquel les Roys
avoient coûtume de fe ceindre le
front. Pour ce qui eft de fa couleur,
la plus ufitée eftoit le blanc .
Il feroit aifé de le juftifier par
les témoignages que nous en
fourniffent Valere Maxime Liv.
6. Chap. 2. Lucien , in navigio,
Favonius , Suetone dans les Vies
des Douze Céfars , Aléxandre
Napolitain en fes Jours Géniaux,
Dd iij
318 Extraordinaire
Silius Italicus , & quantité d'autres
.
Ceux qui moralifent fur ces
Veftemens Sacrez , dont on ornoit
la perfonne des Princes , veulent
que la raifon pour laquelle
le Diadéme Royal eftoit teint de
couleur blanche , eftoit parce
que cette couleur eft la plus noble
, la plus pure , auffi bien que
la plus fimple , & la plus utile
de toutes les couleurs , n'y en
ayant prefque aucune , au rapport
de Columelle , qui n'emprunte
quelque chofe du blanc ,
au lieu que le blanc n'emprunte
jamais rien des autres couleurs,
trouvant en fon propre fonds
toute fa perfection . Ex hoc colore
plurimifiunt, hic non ex alio. Columella
l . 6. c. 2. Joignez à cela que
du Mercure Galant.
319
la blancheur eft le Symbole &
comme le caractere de l'innocen
ce & de la fageffe ; vertus qu'un
Roy doit toûjours poffeder, mais
d'une façon éminente par deffus
tous fes Sujers ; & que la blancheur
du Diadéme apprenoit à
celuy qui le portoit , qu'il de
voit plûtoft chercher à ſe rendre
recommandable aux Peuples
qui luy eftoient ſoûmis , par la
probité de fes moeurs & par la
candeur de fa juftice , dont l'adminiſtration
devoit faire un de
fes principaux foins , que non pas
de le faire craindre & reſpecter
par l'éclat de fa Pourpre , & par
les autres marques de fon autorité.
De là vient que parmy les
Romains , ceux qui briguoient les
Charges de Magiftrature , por-
Dd ijij
320 Extraordinaire
toient des Habits blancs , pour
donner à entendre par cette couleur
la pureté d'intention qu'ils
avoient en briguant ces Charges,
& la réfolution où ils eftoient de
les exercer avec toute l'intégrité
requife. C'est pour cela qu'on
les appelloit Candidats , à caufe
de la blancheur de leurs Robes,
couleur qu'ils ne portoient pas
feulement dans le temps de leur
brigue, mais encore dans les fonctions
de leur Charge.
L'on dit auffi que les anciens
Roys fe veſtoient ordinairement
de cette couleur , foit pour les
mefmes raifons que nous venons
de dire , foit qu'ils fuiviffent en
cela l'exemple de Salomon , le
plus fage de tous les Monarques;
que Jofephe dans le 8. Liv. de fes
du Mercure Galant.
321
Antiq. dit avoir eu l'ufige de
cette mefine couleur dans fes Habits
Royaux , qu'il portoit d'ordinaire
tous blancs ( contre ce
que dit Lineda , qui veut que fon
Veftement Royal fuſt une Robe
de Drap d'or parfemé de Lys
d'argent ) ce que ce grand Prince
ne faifoit fans doute, que pour
s'exciter par l'aspect continuel
de cette blancheur , à la pratique
des vertus dont elle eft le Hicroglyphe
; ou bien parce que les
Habits blancs font affez fouvent
dans l'Ecriture attribuez à Dieu ,
dont les Roys font les vivantes
images Auffi voyons nous dans
la mefme Ecriture que cette
couleur blanche fembloit eftre
propre & ordinaire aux Roys ,
quand elle nous dit qu'Herode
322 Extraordinaire
en fit veftir Noftre - Seigneur,
pour le moquer de la Royauté .
Et illufit indutum vefte alba . Luc.
23. Quoy qu'il en foit , fi l'on ne
peut pas prouver bien clairement
que tous les Roys fe ferviffent
d'habillemens blancs , il est
conftant que la plupart por- <
toient le Diadéme de cette couleur
.
i
Je dis pour la plupart , parce
que l'on en remarque quelquesuns
qui l'ont porté d'une autre
forte , comme bleu , ou de couleur
de Pourpre témoin les
Roys de Perfe , dont le Diadéme
au rapport de Q. Curce l . 3 .
c. 7. eftoit fait d'une Bandelete
bleue tiffuë de blanc , Cidarim
( Perfa regium capitis vocabant infigne
carulea faſcia albo diftinéta
du Mercure Galant.
323
circuibat. Celuy de Darius dont
Alexandre le Grand fe ceignit le
chef apres la mort de ce Prince,
eftoit felon le mefme Autheur,
* d'un Drap de Pourpre meflé de
blanc . Alexander itaque purpureum
Diadema diftinctum albo, quale Da.
rius habuerat , capiti circumdedit.
Idem . l. 6. 11.
Les Roys fe fervoient commu.
nément de deux fortes de Diadémes
; l'un pompeux & riche,
l'autre fimple& fans parure. Ils ne
prenoient le premier qu'en de certains
jours, & lors que dans quel
ques Cerémonies publiques , ils
vouloient paroiftre dans l'éclat
de leur pompe Royale , avec le
Manteau, le Sceptre , & les autres
ornemens de leur Dignité;
car pour lors ils avoient la tefte
324
Extraordinaire
ร
couronnée d'un Diadéme , compofé
d'une riche étoffe d'or
toute parfemée de Pierres precieuſes.
Curopalate dans fon Traité
des Charges de l'Empire , le décrit
en cette maniere ; Id autem
Diadema erat textile aureum , cum
lapillis & margaritis , pofitum ad
Imperatoris frontem , & pone revinctam
cerebrum verfùs.
La feconde forte de Diaɗéme
, beaucoup plus fimple &
moins précieux , n'eftoit qu'un
Bandeau d'étoffe, tout uny, fans
or & fans pierreries , remarquable
feulement par fa forme &
par fa couleur. Les Roys n'alloient
jamais fans le Diademe ,
& ne le quittoient en aucune
maniere , comme on l'apprend
du
Mercure
Galant. 325
d'Apulée , lors qu'il dit que les
Roys n'alloient non plus fans
leur Diadéme , que Diogene &
Antiftene fans beface & fans bâton
. Quod Diogeni & Antiftheni
pera & baculus , hoc Regibus Diade
ma. Plutarque le confirme dans
la fortune d'Alexandre , & en
plufieurs endroits de fon Hiſtoi.
re des Hommes Illuftres ; ce que
fait auffi Victor - Aurelius dans
celle de Conftantïn, & pluſieurs
autres .
L'Hiftoire ancienne nous ap、
prend qu'il s'eft trouvé des Roys
qui ne fe font pas contentez de
fe couronner d'un feul Diadéme
à la fois, mais qu'ils en ont voulu
porter tout autant qu'ils poffedoient
de Royaumes. C'eſt
ce qu'on lit entr'autres d'Arta
326 Extraordinaire
ban , que Herodian 1. 6. dit avoir
porté deux Diadémes , l'un
comme Roy de Perfe , & l'autre
comme Roy d'Arménie , & l'Hif
toire Sacrée des Machabées , dit
pareillement que Ptolomée en
portoit deux , l'un pour l'Afie ,
l'autre pour l'Egypte. Ptolemaus
impofuit duo Diademala capiti fuo ,
Egypti & Afia. Machab. 1.c. 11.
Au refte cet ornement de tefte
eftoit fi particulier à la perfonne
des Roys , qu'on ne le pouvoit
prendre , fans eftre cenfé vouloir
fe déclarer pour tel , comme la
mefme Hiſtoire des Machabées
en fait foy , lors qu'elle dit qu'a
pres la mort du grand Alexan .
dre , les plus grands Seigneurs
de la Cour ayant partagé en.
tr'eux les Provinces que ce Mo
du Mercure Galant . 327
narque avoit conquiſes à la pointe
de fon Epée , ils s'en qualifierent
les Roys par la prife du
Diademe , que chacun fe mit fur
la tefte ; Et impofuerunt omnes fibi
Diademata poft mortem ejus, Comme
au contraire quiter cet ornement,
c'eftoit fe dépoüilller en
mefme temps de toute Souve
raineté , comme il fe lit de Tigranes
Roy d'Arménie , lequel
ayant efté défait par Pompée ,
& s'eftant rendu fon Prifonnier,
s'arracha le Diadéme de la tefte ,
& le jetta aux pieds de ce grand
Capitaine , pour marque de l'abdication
abfoluë qu'il faifoit entre
fes mains de fa dignité Royale
, mais qui luy fut dés l'heure
mefme confirmée de nouveau
par ce genereux Roy , qui luy
1
328
Extraordinaire
fit reprendre fon Diadéme.
Les Roys eftoient tellement jaloux
de cet ornement , qu'ils faifoient
un crime de Leze. Majefté
à ceux qui fans deffein , ou mefme
par neceffité ,fe le fuffent mis fur
la teſte. Arian dans le Livre 7. de
fon Hiftoire, raconte qu'un Matelot
s'eftant jetté dans la Mer
au peril de fa vie, pour retirer le
Diadéme d'Alexandre , qui eftoit
tombé dans l'eau , & l'ayant pris
& mis fur fa tefte , afin de nager
plus facilement lors qu'il auroit
les mains libres , ce Prince le
voyant arrivé à bord en cet état,
apres luy avoir fait compter une
groffe fomme d'argent pour prix
de fa peine , luy fit enfuite abatre
la tefte , pour punition de ce
qu'il avoit eu l'audace de fe padu
Mercure Galant. 329
rer de cet ornement . J'ajoûteray
à cet exemple ce qu'on raconte
de Pompée le Grand , qui fut
accufé, & peut. eftre mal - à- propos,
d'afpirer à la Royauté à caufe
qu'eftant bleffé à une cuiffe , il fe
fervit d'une Bandelette blanche
pourbanderfa playe ; & fur ce qu'il
alleguoit , que ce n'eftoit pas fa
tefte qu'il avoit ceinte de ce Dia .
déme prétendu , mais feulement
fa cuiffe , marque qu'il n'avoit
eu aucune idée de ce qu'on luy
imputoit ; on luy répondit qu'il
importoit peu en quelle partie
du corps on portaft cette marque
Royale , & qu'il fuffifoit de
la voir fur luy pour le foupçonner
de vouloir fe faire le Maiftre
de la République , tant il eft
vray que les Romains avoient
Ee
14
Q. deFanvier 1683.
330
Extraordinaire
horreur pour tout ce qui pouvoit
fentir le nom de Roy parmy eux;
jufque là qu'ils ne pouvoient pas
mefme fouffrir, que les Statuës de
leurs Conquérans portaffent non
feulement le Diadéme , mais la
moindre chofe qui en euſt l'apparence
. Ce fut, au rapport de
Suetone , ce qui porta les Tribuns
du Peuple à faire arracher
de la tefte d'une Statuë de Céfar
une Couronne de Laurier qu'un
Particulier y avoit mife ; & cela,
parce qu'elle eftoit attachée d'un
petit Ruban blanc. Celuy qui
l'avoit mife fur cette Statuë fut
envoyé prifonnier & condamné
à une groffe amende . C'eft ce
qui fait que depuis les premiers
Roys de Rome , qui porterent
tous le Diadéme , il ne fe lic
du Mercure Galant.
331
point qu'aucun de ceux qui gou .
vernerent la Republique, Confuls
, Dictateurs ou Empereurs ,
ait ofé porter cette augufte marque
, tant ils avoient peur de s'at
tirer la haine du Peuple. Le premier
des Empereurs qui prit une
liberté fi dangereufe, fut Caligula,
fi l'on en croit Victor- Aure.
lius , qui comme s'il avoit oublié
ce qu'il a écrit d'abord
l'attribue enfuite à Aurelien ,
qui vint fort long- temps apres
Caligula , & qui ne fut que le
37. Empereur des Romains . C'eft
luy dont les Hiſtoriens ont dit
qu'il n'eftoit redevable de l'Empire
qu'à fes vertus & à ſon cou .
rage. Ils rapportent que n'eftant
que le Fils d'un Païlan de la
Pannonie , il quitta la Charruë
Ee ij
332
Extraordinaire
de fon Pere pour prendre party
dans la Milice Romaine , où il
donna tant de preuves de valeur,
qu'apres avoir paffé par tous les
degrez de cette Profeffion , il
parvint enfin au plus élevé de
tous , ayant efté proclamé Empereur
par fon Armée victorieufe
. Les heureux préfages que ce
Guerrier eut de fa future Gran .
deur , ne font pas éloignez de
mon fujet. On dit entr'autres
que le mefme jour qu'il vint au
monde , il nâquit dans fon Village
un Veau plus blanc que la
neige , qui portoit fur l'épaule
droite la forme d'un Diadéme
de Pourpre , ce qui fit conjecturer
aux Devins qu'il regneroit
quelque jour. On dit de plus
que dans le Baffin où il fè ladu
Mercure Galant.
333
voit les mains , il trouva plufieurs
fois un Serpent entortillé
en forme de Diademe , fans.
qu'il fuft poffible de le tuer , ce
qui joint à d'autres prodiges , le
fortifiant toûjours dans l'efpérance
de la plus haute fortune ,
luy fit prendre pour Deviſe fur
fon Bouclier la meſme Eſpéran.
ce , fous la figure d'une Femme
habillée de vert , portant une
Couronne de Fleurs fur fa tefte,
& l'Amour entre fes bras à qui
elle donnoit à téter ; & lors qu'il
vit cette Efpérance remplie par
fon élevation , pour conferver la
memoire des heureux préfages
qu'il en avoit eus , il ne fit point
de difficulté de prendre le Diadéme
qui luy avoit eſté tant de
fois figuré, fe parant d'un orne334
Extraordinaire
ment qu'aucun Empereur n'avoit
porté avant luy . Alexandre
Napolitain 1. 1. c . 28. attribuề
auffi à Aurelien le premier ufage
du Diadéme , mais Jornandez
le donne à Direletien . Cedre
nus, & les faftes Siciliens, en reculent
la prife jufqu'à Conftantin
le Grand .
Je viens à fon origine. Pline
1. 7. c. 5. de fon Hiftoire , écrit
que Bacchus a efté le premier
Inventeur du Diadéme , comme
il veut qu'il l'ait efté du Triomphe
& du Commerce . Pierius
dans fes Hierogliphes liv. 14
veut que le premier ufage de
cet ornement ait esté introduit
pour la confervation de la fanté,
comme l'écrit Athenée , parce
que dans les Feftins la coûtume
du Mercure Galant.
335
à
eftant de fe provoquer à boire ,
les Anciens trouverent par expérience
que pour empefcher que
le Vin pris largement ne fift
monter au cerveau des vapeurs
nuifibles , il eftoit bon de fe lier
la tefte avec quelques Bandeletes
; & la Pofterité ajoûtant de
l'ornement à une invention fiuti.
le , on commença peu
à peu
orner ces Bandeletes ou Fronteau
, premierement avec des
Fleurs , puis avec de la Broderie
d'or & d'argent , & enfin avec
des Perles & des Pierres precieufes.
Mais parce que dans la fuite
du temps , ces fortes de Bandeaux
vinrent à fervir de mar.
ques d'honneur & de preéminence
parmy les Hommes , qui
fe faifoient conſidérer , d'autant
336
Extraordinaire
plus qu'ils en portoient de plus
riches, il arriva que les Roys les
trouvant à leur gré , fe les approprierent
, comme des ornemens
propres à les diftinguer du refte
de leurs Sujets. Ainfi les Peuples
cefferent de s'en fervir , pour
ofter tout fujet de jaloufie à leurs
Souverains ; & ce qui avoit efté
libre jufques alors & commun à
tout le monde , devint enfin propre
& particulier à la ſeule Per.
fonne des Princes .
La Couronne , qui eft un autre
forte d'ornement de tefte diférent
du Diademe , peut avoir
efté ainfi appellé , felon quelques-
uns , du mot de Corne , qui
fe prend ordinairement dans les
faintes Lettres , ou pour la perfonne
du Roy , ou pour la puif
fance
du Mercure Galant. 337
fance Royale, à caufe d'une cer
taine reſseblance qui fe rencontre
entre la Corne & le Rayon, dont
les Couronnes des Roys eſtoient
autrefois ornées . De là vint, dit
Pierius dans fes Hieroglyphés ,
que Moïfe eft quelquefois repré.
fenté la face cornuë , qui devroit
eftre rayonnée , parce qu'ayant
eſté illuminée par la fplendeur du
Soleil de la Divinité , avec lequel
il avoit eu l'honneur de conver
fer durant quarante jours ſur la
Montagne de Sinay , elle en eftoit
devenue toute brillante , &
toute environuée de rayons de
feu , qui rendoient une clarté ſi
vive , que ne pouvant eftre fuportée
par la foibleffe des yeux
desIfraëlites,ils prierent ce Grand
Patriarche de voiler fa face pour
Ff
Q.deJanvier 1683.
338 Extraordinaire
leur donner le moyen de luy parler.
D'autres veulent que la Cou
ne prenne fa dénomination à
Choro , qui fignifie Choeur, Cercle
, ou affemblée de Dance en
rond , parce que la coûtume an
cienne eftoit de fe couronner la
tefte en ces fortes d'exercices.
D'où vient qu'ils difent que
mot Latin Corona, doit eftre écrit
avec la lettre afpirale H , en cette
maniere , Cherona. D'autres
enfin tiennent que le nom de
Couronne eft dérivé d'un mot
Grec Koronis, qui fignifie la partie
fuperieure d'une voûte ou d'un
arc , telle que la porte ordinairele
ment les Couronnes que nous appellons
fermée à l'Impériale, ou
Diademées par deflus en forme
de demy cercle.
du Mercure Galant. 339
Les Autheurs ne s'accordent
pas touchant le premier Inven
teur des Couronnes. Quelquesuns,
comme les Poëtes, veulent
que Jupiter en ait porté le premier;
ce qu'il commença de faire,
dit Diodore, à la fortie du Combat
, que luy & les autres Dieux
eurent avec les Titans , où les
ayant entierement défaits , il fe
couronna de Laurier pour marque
de la victoire. Pherecidés
n'eft pas de cet avis , tenant que
c'eft Saturne , non plus qu'Hefiode,
qui croit que ce foit Pandore.
D'autres attribuent l'invention
des Couronnes à Promethée
, difant qu'apres qu'il fuft
délivré par Hercule des chaînes
qui le tenoient attaché fur le
Mont Caucafe , pour punition
Ff ij
340
Extraordinaire
d'avoir dérobé le feu du Ciel , il
fe couronna le chef d'une Guir.
lande felon quelques- uns , & felon
les autres d'une Couronne qu'il
forma défes propres Liens. D'autres
Autheurs difent que cette
invention eſt venue des Egyp
tiens. Elanicus qui eft de ce nombre
, rapporte qu'il y avoit autrefois
en Egypte une Ville appellée
Tindon , fituée fur le bord
du Nil , dans laquelle les Principaux
du Pais
s'affembloient
une
fois l'année , pour déliberer des
affaires de la Religion , & que
leur affemblée fe tenoit dans un
magnifique Temple bâty au milieu
de la Ville , qui eftoit orné
tout à l'entour de quantité de
Couronnes copofées de feuilles
de Vigne & de Pampres , parla-
L
du Mercure Galant. 341
quelle décoration , ces Peuples
vouloient renouveller la mémoire
de ce que les Dieux avoient mis
jadis en dépoft dans le mefme
Lieu de pareilles Guirlandes, lors
qu'ils eurent apris du Deftin que
Babis,autrement Typhon , devoit
un jour regner fur toute l'Egypte.
Le mefme Elanicus rapporte que
par le moyen d'une Couronne
tiffuë de diverfes Fleurs fymbo
liques , Amali parvint au Trône
d'Egypte , parce qu'en ayant fait
préfent au Roy Parthémis , ce
Prince luy enfçeut fi bon gré,qu'
apres luy avoir doné le comman,
dement de les Armées, il le déclara
encore le Succeffeur de fon
Royaume, dont il prit poffeffion
apres la mort.
Tertullien fait l'ufage des Cou
Ff ij
342
Extraordinaire
Tonnes bien plus ancien , difant
qu'Eve fe couronna de feuilles
apres fon peché, Potius cinxit pudendafuafoliis
, quàm caputfloribus.
1.de Cor. Milit.Mais comme il ne fe
trouve rien de pofitif de leur origine
dans les anciens Autheurs,
je croy qu'il la faut rapporter à
ce que nous avons dit de celle du
Diadéme .
Quant à leur divifion , il me
femble que la plus generale fe
peut établir de quatre fortes ou
efpece principales qui en contiennent
plufieurs autres. Ces quatre
efpeces de couronner font , les
Divines, les Royales, les Militaifes
, & les Populaires . J'appelle
Couronnes Divines ou Sacrées,
celles dont la Gentilité fe fervoit
ou pour couronner les Simuladu
Mercure Galant.
343
chres de fes faux Dieux, ou pour
orner leurs Temples , leurs Autels,
& les Victimes qui leur ef
toient immolées , ou pour parer
leurs Sacrificateurs & leurs Miniftres
. Je comprens dans ce nom
bre celles que la veritable Religion,
tant Mofaïque que Chré
tienne , a employées & employe
encor , ( au moins pour la derniere
) dans le culte du vray Dieu
& dans la fonction de fes facrées
cerémonies. Les Royales font
celles qui ont efté & qui font encor
en uſage parmy les Monarques
& les Souverains ; les Militaires
, celles dont on recompenfoit
autrefois les Gens de Guerre;
& enfin fous le nom de Couronnes
Populaires , j'entens la plûpart
de cellés qui ont eu quelque
F f iiij
344
Extraordinaire
credit dans les diférens exercices
de la vie des Hommes.
Que les Payens couronnaffent
les images de leurs fauffes Divinitez
, toute l'Hiftoire ancienne en
fait foy. Pline, Tite - Live , Athenée
,Juvenal, Tertullien, Lactance,
& quantité d'autres , nous en
fourniffent une infinité d'exemples
que je ne rapporte point icy,
parce que perfonne ne revoque
en doute cet ufage, Mais ce que
tout le monde ne fçait pas , c'est
que les Couronnes qui paroient
les Idoles n'eftoient pas toutes
compofées d'une mefme matiere ;
car elles eſtoient diverfifiées , ou
felon le caprice & la coûtume
des Peuples qui les préſentoient
à leurs Dieux , ou felon ce qu'ils
s'imaginoient eftre le plus propre
du Mercure Galant . 345
& le plus naturel à chacun de ces
mefmes Dieux. Les Thraces ,
felon Alex. Napol. I. 4. les cou
ronnoient de Lierre ; les Cappadociens,
d'Ache , les Gaulois, de
Chefne , les Parthes , de Chiendent
, ceux d'Hermione , d'Hyacinthe
, les Egyptiens, d'une ef
pece de Plante qui a donné le
nom au Papier ; d'autres , d'Heliocryfon
ou d'Immortelle , quelques
autres, de Haiftre , de Pal
mier, de Laurier , d'Olivier , &c.
d'autres enfin leur donnoient des
Couronnes d'Herbes , de Plantes
, & de Fleurs de diverſes fortes.
Mais on ne fe contentoit pas
de leur en donner de fi communes
; on leuren donnoit encor de
tres - riches , comme de Perles,
de Pierreries , d'or, d'argent, &
346
Extraordinaire
d'autres métaux ; témoin entre
les Autheurs facrez , ce qu'en dit
le Prophete Baruch ch . 6. v. 9 .
Coronas certe aurcas habent fuper capitafua
Di illorum. Et parmy les
Prophanes, Silius Italicus Poëte
ancien , 1. 7. où parlant d'un Voeu
folemnel , fait par les Dames Ro.
maines à Junon , pour implorer
fon affiftance contre Annibal
qui eftoit venu fondre fur l'Italie
avec une Armée effroyable de
Carthaginois , leur fait promettre
à cette Déeffe une Couronne
d'or chargée de Rubis ,
Les Anciens ne fe contentoient
pas de mettre des Couronnes fur
la tefte de leurs Idoles ; ils en appendoient
encor dans leurs Tem.
ples, & en entouroient leurs Autels.
Deux ou trois exemples juftidu
Mercure Galant . 347
fieront cette verité. Tite. Live
dans fa 3. Decade 1. 8. écrit que
le Sénat , apres les Jeux de P.
Scipion , envoya des Ambaffa-
-deurs à Delphes pour y préfenter
à Apollon au nom de la Repubilque
Romaine , quelques
préfens , faifant partie du butin
gagné fur Afdrubal . Parmy ces
préfens eftoit une Couronne d'or
pefant deux cens livres , qui fut
appendue dans le Temple de ce
faux Dieu ; & dans fa 4. Decade
1. 2. il dit qu'Attalus Roy Ide
Pergame, envoya à Rome pour
reconnoiffance de ce que le Sénat
luy avoit donné l'inveſtiture
de fon Royaume , une Couronne
de mefme métal & du prix de
deux cens quarante.fix livres
pour entre mife comme un Mo-
>
348
Extraordinaire
nument perpetuel de fa dépen .
dance,au deffus de l'Autel de Jupiter
Capitolin . Le même Hiſtorien
dans fa 5. Decade 1. 2. témoigne
encor que ceux de Pamphilio en
envoyerent une femblable du prix
de vingt mille Philipes,pour eftre
pareillement placée devant l'Autel
de ce meſme Dieu. Athenée
1 . 5. rapporte que le Roy Prolomée
en offrir une aux Dieux Tutelaires
de l'Egypte , toute d'or
maffive, & chargée de Pierreries,
dont l'étenduë eftoit fi vafte,
qu'elle avoit quatre- vingts cou
dées de tour , en forte qu'elle cou
vroit tout le frontispice du Temple
où elle fut mife. Virgile fait
mention de cette coûtume d'ar.
ner de Couronnes les Temples
des Dieux , lors que parlant dans
du Mercure Galant. 349
fon Eneïde des réjoüiflances qui
furent faites fur ceux de Troye à
la reception du Cheval de bois ,
qui caufa la perte de leur Ville ,
il fait ainsiparler Enée à Didon .
Sans penfer au malheur qui de prés
nous talonne
+
Chacun de nous à qui mieux mieux
Alloit d'un coeur devet préfenterfa ·
Couronne,
Pour parer les Temples des Dieux.
Tibulle raconte que dans le
temps de la recolte des Grains on
avoit coûtume d'orner le Fron-'
tifpice & les Portes du Temple
de Cerés , de quantité de Conrõnes
composée d'Epics de toute
forte de Bled. La mefme coûtu .
me eft confirmée par Juvenal cn
plufieurs endroits de fes Satyres,
pár Apulée dans fon Afne d'or,
350 Extraordinaire
par Suetone dans la Vie des Céfars,
par Tertullien dans fes Livres
, de Corona Milit. de Idolol.de
Spectacul. & par plufieurs autres.
Les Reliques , les Offemens &
les Cendres des Défunts, eftoient
pareillement ornées de Couronnes,
comme l'affure le même Tertullien,
& avant luy Athenée, qui
dans le L. 14. de fes Dipnofophiftes
, rapporte que ceux de Corinthe
portoient tous les ans à la Fefte
des Héloties , pompeufement
en Proceffion dans un précieuſe
Chaffe , les Os & les Reliques
d'Europe Fille d'Agenor Roy de
Phénice , fur un Char de Triomphe
, au milieu une Couronne de
Myrthe qui avoit vingt braffes de
tour.Plutarque raconte que Mar.
cellus , le plus brave Capitaine
du Mercure Galant.
35r
.
qui ait jamais commande les Ar
mées Romaines , ayant efté tuć
dans une embuche qu'Annibal
Juy avoit dreffée , ce Prince Africain
, pour rendre à la mémoire
de ce grand Guerrier , dont il a÷
voit efté batu plus d'une fois
une partie de la gloire qui luy ef
toit deuë, fit brûler honorablement
fon corps ; & en ayant fait
recueillir les cendres ,il les fit met.
tre dans une Urne d'argent, avec
une Couronne d'or au deffus , &
les envoya enſuite à Rome à fon
Fils , avec un Cortege magnifique.
L'Hiftoire Romaine nous
apprend qu'Octave Céfar eftant
dans Alexandrie, eut la curiofité
de fe faire montrer le corps d'Alé
xandre le Grand, quieftoit en dé
poft au milieu de la grande Place
352.
Extraordinaire
de cette Ville , dans un Tombeau de
Cryftal ; & que l'ayant veu tout à fon
aife ,jufqu'à le toucher, il l'honora d'une
Couronne d'or , & de plufieurs autres
de toutes fortes de Fleurs .
Les Preftres , les Sacrificateurs , &
les autres Miniftres de la Superftition
Payenne, avoient auffi l'ufage des Couronnes
dans les fonctions de leur minif
tere , qu'ils s'ajuftoient , dit Andretas
Tenédien dans fon Voyage de la Propontide,
d'une diférente maniere ; car,
ou ils les mettoient en forme de Guirlandes
fur le fommet de leurs teftes, ou
ils les faifoient defcendre fur leur front,
ou bien ils les abaifoient jufques fur
leurs épaules. Pour la matiere dont elles
eftoient compofées, elle eftoit ou d'or
enrichy de Pierreries , telle qu'eftoit au
rapport de Philoftrate in Thianao 1. 2.
& 3. celle des Brachmanes Preftres
des Indiens , qui ne faifoient aucunes
fonctions Sacerdotales , fans avoir la
tofte ornée d'une Couronne d'or maf
fif, greflée de Perles, ou femée dePierres
du Mercure Galant.
353
préticufes en quantité , Celle que por
toit le Grand Preftre de la Déelle Syria
eftoit de cette nature, au témoignage
de Lucien , & fuivant celuy du Poëte
Prudence dans le Martyre de S. Ro
main. Le Souverain Pontife de la Su
perftition Romaine en avoit une femblable
en certaines cerémonies . Ou
bien ces Couronnes eftoient d'argent,
ou de quelque étoffe préticufe ; ou enfin
elles eftoient faites de Rameaux &
de feuilles d'Arbres , d'Herbes , & de
Fleurs , felon la qualité des Dieux à
qui l'on avoit affaire . Les dernieres
Couronnes eftoient appellées pour cela
par les Latins , apres les Grecs , Pancarpias
Coronas , c'est à dire des Couronnes
tiffues de plufieurs fortes de feüilles
de Fleurs .
Celles dont on fe fervoit d'ordinaire
dans les Sacrifices qu'on préfentoit à
Jupiter, eftoient, felon Pline, de Plane
ou de Chefne ; celles des cerémonies de
Junon eftoient de Vigne ; celles d'Apol
Ton, de Laurier ; celles de Pallas, d'O
livier ; celles de Vénus, de Myrthe ou
Q. deJanvier 1683. Gg
354
Extraordinaire
de Rofes ; celles d'Hercule , de Peu
plier ou d'Ache ; celles de Bacchus ,
eftoient ou de Lierre , comine le veut
Denis en fa Cofinographie Grecque, ou
bien de Myrthe , comme le marque
Ariftophane dans fa Comédie des Grenoüilles.
Dans les Feftes d'Ifis on fe
fervoit de Couronnes faites d'Epics de
Bled, parce qu'on croyoit que cette
Déelle ayant trouvé la premiere l'invention
& la culture du Bled pour la
nourriture des Hommes , elle s'en eftoit
fait auffi la premiere une Couronne
de fes Epics, comme le dit Tertullien ,
Ifis prima repertas fpicas capite circumtulit.
de Cor. Mil. c. 7. Les mefmes
Couronnes d'Epics eftoient en ufage
dans les Festes de Cerés, pour la mefine
raiſon . On le fervoit encore dans le
Culte de la mefme Cerés de Couronnes
compofées de Myrthe, d'If,de Narciffe ,
de Saffran , d'Agnus Caftus , mais fur
tout de Chefne, dans une Fefte que
celebroit à fon honneur au temps de la
Moiffon , & avant que d'abatre les
Bleds. Virgile en fait mention dans fes
Georgiques.
l'on
du Mercure Galant.
355
Dans les Festes de Janus on fe couronnoit
de Laurier , & la Statuë de ce
Dieu portoit tout le long de l'année la
Couronne qu'on luy en avoit mife fur
la tefte aux Calendes de Janvier, qui
eftoit le jour marqué pour le renouvellement
des Couronnes qu'on luy offroit
tous les ans, en oftant les vieilles pour
luy en donner de nouvelles . Cette cerémonie
, felon Solin ch . 3. Pelyhiftor.
s'appelloit Mutatio Laurearum . Ovide
en fait mention au 3. des Faftes .
Laureaflaminibus qua toto perftitit anno
Tollitur, & frondesfunt in honora nova.
Ce n'eftoient pas feulement les Mi-
. niftres des Idoles qui fe couronnoient
dans le temps de leur Office , mais la
mefme chofe fe pratiquoit auffi à l'égard
des Autels, des Victimes, des Va
fes , & des autres chofes qui fervoient
au Sacrifice. Pour les Victimes, l'Ecriture
Sainte le montre dans le 14. ch.
des Actes des Apoftres , où elle dit que
ceux de Lyftre ayant veu les miracles
qu'opérerent en leur préfence S. Paul
& S. Barnabé, entr'autres celuy que fit
Gg ij
-356
Extraordinaire
S.Paul à l'égard d'un Homme toutper
clus de fes jambes , le guériffant entierement
par une feule parole ; ces Peu
ples prenant ces deux Apoftres pour
des Dieux , l'un pour Jupiter , l'autre
pour Mercure, vinrent au devant d'eux
accopagnez du Sacrificateur duTemple
de Jupiter, amenant des Taureaux avec
des Couronnes, à deffein de les facrifier
à leur honneur , Sacerdos quoque Jovis,
qui erat ante civitatem, Tauros & Cora
nas ante Fanuam afferens cum populis volebat
facrificare. Ac Lor.c.4. v.12. Pline
prouve encore cet ufage dans le 16. L.
de fon Hift . c.4. Xenophon dans fa
Cyropedie L.3 . Strabon L 15. & Juvenal
dans le 13. de fes Satyres.
Queque Coronata luftrari debeat agnâ.
Pour le Couronnement des Vaiffeaux
& autres uftenciles, outre le témoignage
de Tertullien, & de quelques- uns des
Autheurs que nous venons de citer, Virgile
en eft garant dans le 3.de fon Eneï
de, où faiſant la defcription du Sacrifice
que le Pere d'Enée fit aux Dieux Marine,
il dit qu'il couronna un grand Vafe
du Mercure Galant.
357
plein de Vin , & qu'il le leur prefenta
pour offrande :
Tum Pater Anchifes magnum cratera
Corona
·Induit, implevitque mero, Divafque
vocavit. GERMAIN, de Caën.
Cet Extraordinaire eft déja fi long,
que je fuis contraint d'interrompre icy
ce dernier Traité. Vous en trouverez la
fuite dans le prochain Extraordinaire.
S
QUESTIONS A DECIDER .
I.
I la beauté du Viſage eft plus propre
à plaire , que la beauté de la
Taille. II.
Pourquoy un Bien , dont la conquefte
nous a coufté des fatigues, quoy
qu'il foit de peu de conféquence, nous
eft neantmoins plus cher qu'un autre
infiniment plus précieux , que nous
avons acquis fans peine.
III.
Si les Aftres ont du pouvoir fur les
inclinations des Hommes.
358 Extraordinaire
bien
que
IV.
On demande l'Origine des Bains .
Comme il reste toûjours beaucoup do
matiere , on propofe pen de Questions.
Ceux qui voudront écrire fur celles qui
ant efté proposées , & fur lesquelles on
n'a point , ou peu travaillé , le pourront
faire en tout temps. On employera toujours
les Pieces quiferont bonnes , aufficelles
qui n'ont pu encor trouver
de place dans les Extraordinaires. Ainfi
perfonne ne travaillera inutilement fur
quelque matiere que ce foit , cuft- elle efte
propofée dés que l'on a commencé ces fortes
de Lettres. Il eft juste qu'on donne
cette fatisfaction à ceux, qui parce qu'ils
eftoient abfens ou malades , n'ont pû écrire
fur des Sujets qui leur plaiſent. Il y a
deja un an qu'on a demandé quelle eft
l'origine du Droit, & ' ay la- deffus un
fort beau Traité de M de la Selve de
Nifmes, que je n'ay pû encore employer.
Il en eft ainfi de divers Ouvrages , qui
auront leur tour. Jefuis, Madame, voſtre
res
FOURParis ce 15.
BLIO
THE
Tapis ce 15. Avril 1683,
LYON
# 1893*
quam
Illuftriffimus
Archiepifcopus
&Prorex
Lugdunenfis
Camillus
de Neufville
Collegio
SS .
Trinitatis
Patrum
Societatis
JESU
Teftamenti
tabulis
attribuit
anno 1693 .
JN
6
:
EXTRAORDINAIRE
DU
MERCURE
GALAN T.
QUARTIER DE JANVIER 1683.
TOME XXI.
DE
LA
VIL
LYON
NCE
Imprimé à Paris, &fe vend
A LYON,
Chez T. AMAULRY, Rue Merciere,
au Mercure Galant.
M. DC. LXXXIII.
AVEC PRIVILEGE DV ROT,
ON
N donnera toujours un Volume
nouveau du Mercure Galant le
premier jour de chaque
Mois , & on
le vendra , auffi - bien que l'Extraor
Trente fols relié en Veau, dinaire
& Vingt-cinq fols en Parchemin.
A PARIS ,
1
Chez G. DE LUYNE, au Palais , dans la
Salle des Merciers, à la Juftice .
Chez C. BLAGEART , Rue S. Jacques,
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E : T. GIRARD, au Palais , dans la Grande
Salle, à l'Envie,
M. DC. LXXXIII.
AVEC PRIVILEGE, DV ROT.
Avis pour placer les Figures .
A Planche troifiéme doit regarder
page 121 .
LA
L'autre Planche du Binocle doit re
garder la page 184 .
EXTRAORDINAIRE
DU MERCURE
GALAN T.
QUARTIER DE JANVIER
TOME XXI.
LYON
1893
BE
VILLE
L ne me fera pas difficile,
Madame, defournir
ma Lettre Extraor
dinaire de ce Quartier,
puis que les Ouvrages
que je vous manday la derniere fois
queje réfervois, me laifferont peu de
A
Q. deFanvier 1683.
2 Extraordinaire
place pour les nouveaux qui m'ont.
efté envoyez depuis ce temps-là, Je
commence par celuy qui m'estoit resté
de Mr la Selve de Nifmes . La notteté
avec laquelle il écrit , vous fait
aimer tout ce qui porte Ton nom ;
mais quand le Traité que vous allez
voir de luy ,feroit d'un Autheur dont
vous n'auriez point encore entendu
parler, vous l'eftimericz par l'utilité
de la matiere. Vous fuivez la veritable
Philofophie, en cherchant à vi
vre heureufe ; & ce Traité nous apprend
en quoy la vie heureufe confifte.
Ainfi il n'aura aucune peine à vous
attirer dans fon party , puis que de la
maniere qu'il raifonne, il ne dit rien
qui ne foit conforme à ce que l'onfait
que vous pensez.
་
her dig
A
du Mercure Galant.
twod o
A
22522522222ESS252
TRAITE
DE
M
LA VIE HEUREUSE. sa
A condition des Hommes,
Lâvraydire , n'eft pas tout- àfait
li déplorable que quelques
Philofophes l'ont crû. Nous na
vigeons tous fur une Mer, dont le
calme & la tempefte dépendent
de noftre volonté. Il nous eft
facile d'éviter les écueils qu'elle
cache , nous pouvons abatre la
fureur des vents qui l'irritent, ib
nous eft aifé d'abaiffer l'orgueil
des flots qu'elle fouleve , il eſt en
A ij
4
Extraordinaire
5
noftre pouvoir de faire, fucceder
la tranquillité à l'orage, le calme
à la tempefte , & la paix à la
guerre. Il n'eſt point d'objets
que nous ne puiffions méprifer,
d'opinions que nous ne puiffions
corriger de paffions que nous
ne puillons vaincre. Noftre fortune
eft entre nos mains , la viétaire
dépend de nous , noftre
bonheur eft attaché à noftre defir,
il ne faut avoir qu'un peu de
courage pour vivre heureufement
dans ce monde , car je ne fuis
point du fentiment de cet Ancien
, qui vouloit que les Dieux,
faifoient feulement naître les
Hommes, pour les punir de leurs,
crimes, Je ne crois pas aufli qu'
Euripide ait dit vray, lors qu'il a
Loûtenu qu'aucun Mortel ne
du Mercure Galant.
pouvoit eftre heureux ; mais je
dis au contraire avec S. Auguſtin ,
que la vie de l'Homme , qui eft
orné de tolites les vertus & de
tous les biens du corps & de l'ef
prit , s'appelle communément
heureuſe. Le divin Platon affure
auffi , que nous pouvons eftre
contens fur la terre, quoy que le
nombre des Gens heureux foit
fort petit , & que leur bonheur
ne foit que comme anticipé , &
encore imparfait , jufques à ce
qu'ils paffent à une meilleure vie,
ou le nombre des Bienheureux
fera plus grand, & leur beatitude
plus entiere & plas parfaite.
Tout le monde veut vivre heu
reuſement , die Seneque , il n'eft
perfonne qui ne veuille oftre heus
reux , die St Auguſtin , tous les
A iij
Extraordinaire ,
Hommes foûpirent apres la Béa
titude , dit S. Thomas. Si vous
demandez à deux Hommes diférens
, s'ils veulent aller à la
guerre , peut arriver que l'un
dira qu'il le veut , & l'autre qu'il
ne le veut pas , mais fi vous leur
demandez s'ils veulent eftre heureux,
l'un & l'autre vous réponront
d'abord qu'ils ne defirent
rien tant que cela , & fi l'un, ne
veut pas aller à la guerre lors que
l'autre y veut aller , c'est par la
mefine raiſon , je veux dire, afin,
d'acquérir plus facilement la vie
heureuſe. Lors que les Philofophes
ont entrepris des voyages
tres pénibles , lors qu'ils ont parcouru
les Royaumes les plus inconnus,
& les plus éloignez lors
qu'ils ont vilité les Nations les
du Mercure Galant.
7
plus barbares & les plus reculées ;
ce n'a efte, dit l'Orateur Romain ,
que pour arriver plus facilement
à la poffeffion de la vie heureufe .
Tous les Hommes ont reçeu da
Cielan defir naturel qui les porte
à fouhaiter leur félicité , pour
cela il ne faut eftre ny Prifice,
ny grand Seigneur , c'eft affez
d'eftre Promine: Comment fe
peut-il done faire que la Nature ,
cette Mere fi fage, fi éclairée , '&
qui ne fait rien en vain, ait produit
inutilement dans tous les
Hommes le defir qu'ils ont d'eftre
heureux ; ce qui feroit arrive
fans doute , fi l'on ne pouvoit
jouir de quelque bonheur en
cette vie? Je fay & le Prince
des Philofophes l'a dit déja,
qu'on ne fçauroit eftre parfaite-
A iiij
& Extraordinaire
4
ment heureux fur la terre, & que
les Hommes ne peuvent estre
heureux qu'autant que l'infirmité
de leur nature, qui eft fujerte au
changement & à mille révolu
tions , le peut permettre. Dans
le Ciel , les Bienheureux ne peu
vent jamais devenir miférables,
n'en déplaife à Origene , qui a
foutenu le contraire, imbu qu'il
eftoit des opinions de certains
Philofophes. Sur la Terre, ceux
qui font heureux, peuvent changer
dans un moment d'état & de
bonheur , ils font toûjours menacez
des fleaux que la Fortune
tient en fes mains . Ils peuvent
pourtant conferver leur bonheur,
& vivre heureufement dans cette
incertitude , dans cette in conf
tance des chofes humaines ; ils
du Mercure Galant.
n'ont qu'à modérer leurspaffions,
qu'à regler leurs defirs , qu'à faire
feulement ce qui peut contribuer
à les rendre heureux. Il eft vray,
dit Seneque , qu'il n'y a que les
Dieux immortels qui foient par
faitement heureux ; nous ne
voyons qu'une ombre des biens
qu'ils poffedent. Nous pouvons
bien certainement approcher de
la grandeur de leur félicité, mais
il nous eft impoffible d'y parve
nir. Cela me fait fouvenir de la
réponse que fit Serapis à un Roy
d'Egypte, qui lay demandoit, s'il
y avoit quelqu'un plus heureux
queluy, Dieu premierement, luy
dit-il en fuite le Verbe, & apres
le S.Efpritionempuh
Principio Deus eft, tumfermo & Spiritus
iftis
10 Extraordinaire. "
Additur, æquæða hæc funt & ten
dentia in unum ,XSUS
f
Apulée dansla Philofophie de
Platon, appelle Dieu heureux, &
celuy qui rend les autres heureux ,
& qui feul füffie pour achever le
bonheur de tous les Hommes,
L'illuftre Boëce croit que les
heureux ſont des Dieux , auffi it
h'eft pas impoffible qu'il y ait
plufieurs Dieux par participation,
fuivant la doctrine de S. Cyprien
, & conformément aux
Saintes Ecritures, où Dicu par
lant à Moïfe , luy dit , qu'il le
donne pour Dieu à Pharaon. Le
Roy Prophete dit auffi dans let
Pleaumes, que nous fommes tous
des Dieux, & les Enfans du Tresp
haut. Ego dixi dy effis , fily excelfi
omnes, Pfalm. 81. Ce qui fait voir
du Mercure Galant.
H
clairement qu'il y peut avoir plu
fiéurs heureux auffi bien que plu
fieurs Dieux , par participation .
Il eſt vray, & tout le monde en
demeure d'accord , que nous ne
pas acquérir en cette vie la parfaite
Béatitude, qui eft réservée
aux Bienheureux. L'autorité
mefme de l'Egliſe a décidé cette
verité, & cela , dans un Concile
oecuménique , dans le Concile de
Vienne tenu fous Clément V.
comme on le peut voir dans la
Clémentine Ad noftram de Hareticis
, où parmy les erreurs des
Beguards & des Beguines , il eft
dit que ces Herétiques croyoient
que les Hommes pouvoient ac
querir dans ce monde la parfaite
félicité, qui fait le bonheur des
Compréhenfeurs , & l'espérance
12 Extraordinaire
des Voyageurs. La Nature, dit
un Poëte , a donné dequoy fuffi .
famment à tous les Hommes ;
pour pouvoir eftre heureux, s'its
fçavent s'en fervirà proposa
Natura beatis (uti
Omnibus effe, dedit fi quis cognoverit
Il faut qu'ils fuivent les fages
confeils qu'elle leur donne, qu'ils
le fervent des moyens utiles qu '
elle leur procure, & qu'ils écou
tent les préceptes falutaires qu'i
elle leur dicte. C'eft ainfi qu'ils
trouveront un chemin tout femé
de fleurs, qui les menera à la vie
heureuſe , & qui eft prefque in
connu , car bien que tous les
Hommes veuillent eftre heu
feux , dit Seneque , neantmoins
ils ne voyent goûte dans, le fen
tier qui mené à cette vie heureuſe
du Mercure Galånt.
13
3
qu'ils defitent fi ardemment.
Leur aveuglement mefme leur
elbfi funelte, que plus ils fe ha
tent poorly arriver, plus ils s'e
cartent de cet heureux terme,
s'ils ne font pas dans la veritable
voye, & ils n'y feauroient eftre
fans le fecours d'un Guide fidelle
qui les éclaire de fon flambeau ,
& qui les conduife dans cette
voye étroite & épineufe, Pour
moy , j'ay cent fois admiré que
les Hommes qui font naturellement
curieux, de qui l'efprit veut
fonder les fecrets les plus cachez,
penétrer jufques au centre de la
Terre s'élever au deffus des
Cieux , pour tâcher de connoiftre
ce qui paffe leur connoiffance,
s'appliquent fi peu à connoiftre
la vie heureuſe qu'ils defirent
14
Extraordinaire
5130
avec tant d'ardeur . C'eſt pour
cela que je tâcheray de faire voir
en quoy confifte cette vie heu
reuſe . Dans la premiere Partie
de ce Difcours , je rapporteray
les fentimens des anciens Philofophes
, dans la feconde ,je mon?
treray de quelle maniere on peut
eftre heureux en cette vie, & jjëe
feray le portrait d'un Homme
heureux.
8
Les anciens Philofophes qui
fe font appliquez à connoiſtre le
fouverain Bien , ont fait voir à
toute la Poftérité qu'ils ne voyoient
goute dans une voye difficile
& tenébreufe , où ils mar .
choient fans flambeau, ny guide .
Ceux- cy , dit S. Auguftin , ont
fait confifter le bonheur de
l'Homme dans le corps, ou dans
2164
2
du Mercure Galant.
l'efprit , og dans l'un & l'autre,
ceux- là dans la volupté, ou dans ,
la vertu , ou dans l'un & l'autre,
es uns dans le repos, ou
ou dans la
ou dans tous les deux , les
les
verty,
a
autres alumn biens
de la Fortune
ou dans la vertu , ou dans
l'un
& l'autre
, mais
ils ont efte
fivains
& fi préfomptueux
, ajoute
ce Pere, qu'ils
ont crû eftre
euxmefmes
la caufe
de leur
félicité
,
qui eft un pur don
de l'Arbitre
fouverain
de l'Univers
. Les plus
illuftres
& les plus
fçavantes
A ca
démies
d'Athénes
& de Rome
,
ont
employé
tous
leurs
foins
,
toutes
leurs
lumieres
, tout
leur
fçavoir
, pour
connoiſtre
la nature
du fouverain
Bien
. Toutefois
il
eft
évident
, dit S. Profper
, que
toutes
leurs
fueurs
, toutes
leurs
16 Extraordinaire
veilles , & toutes leurs fatigues,
ont esté infructueufes ; & ces
beaux Elprits qui compofoient
ces fameufes Univerſitez, & qui
rempliffoient le Monde du bruit
de leur nom , apres tant d'années
confumées inutilement & fans
fruit, ont eu la confufion de voir
qu'ils ne pouvoient pas venir à
bout de leur deffein . Ariftippe
& Antifthene , fortis de l'Ecole
de Socrate , ont eu des opinions
fi contraires touchant le fouverain
Bien, que l'an a foûtenu que
c'eftoit la volupté, & l'autre que
c'eftoit la vertu . D'où vient cette
diverfité de fentimens entre les
Difciples du meſme Maiſtre
C'eft , dit S. Auguftin , parce
qu'ils ont raiſonné comme des
Hommes, & comme des Hom
du Mercure Galant.
17.
•
mes , que la grace , de l'Evangile
m'avoit pas encore éclairez. Leurs
veues eſtoient courtes & limitées;
leurs lumieres n'eftoient pas fuffi
fantes pour connoiftre la verité,
& pour la découvrir à travers les
voiles du menfonge. De cette
mefme ſource eft venue cette
multitude étonnante de divers
fentimens que Varron, au raport
de S. Auguftin, a remarquez. En
effet , ce grand Perfonnage a dit
qu'il fe pouvoit former deux cens
quatre- vingts huit Sectes qui au
roient des opinions diférentes fur
le fouverain Bien . On les peut
voir toutes en détail dans le 19 .
Livre de la Cité de Dieu . Il ya
quatre opinions principales tou
chant le fouverain Bien , dit le
Prince de l'Eloquence . Premie
Q. de Janvier 1683.
B
1
18. Extraordinaire
rement , celle des Stoïciens , qui
croyoient que la vertu , & tout ce
qui eft honnefte , eftoit le feul
bien qui fuft dans le monde. La
feconde eft celle d'Epicure , qui
faifoit confifter la vie heureufe
dans la volupté . La troifiéme eft
celle deJerôme, natif de l'Ile de
Rhodes , qui ne reconnoiſſoit
pour fouverain Bien que la pri-.
vation de la douleur. La quatriéme
eft celle du Philofophe
Carnéades , fi contraire à la do
&trine de Zénon, qui vouloit que
tout le bonheur del'Homme fuft
dans la joüiffance des biens de la
Fortune, & des avantages de la
Nature. Ces quatre opinions
font les plus celebres & les plus
conruës, & celles qui ont eu des
Partifans plus illuftres & plus fea
du Mercure Galant.
19
re
vans. Il y en a plufieurs autres
qui n'ont pas fait tant de bruit,
parce que ny le mérite, ny la ré
putation de leurs Autheurs , ne
fuffifoient ppaass ppoouurr avoir des Sé
&tateurs , renommez pour leur
vertu & pour leur doctrine. Dinomachus
& Callypho ont voulu
joindre la volupté avec la vertu,
& ont fait confifter le fouverain
Bien dans ces deux chofes fi contraires
. Diodore , de la Secte des
Péripatéticiens prétendit unir
la privation de la douleur avec la
vertu, foûrenant que le bonheur
de l'Homme confiftoit dans ces
deux chofes affemblées. Hérillus
Philofophe , natif de Chalce
doine , & Difciple de Zénon
ayant appris des Leçons de fon
Maifure , qu'Ariftore & Théor
Bij
20
Extraordinaire
phrafte avoient fait le Panégyrique
de la Science , affura que
c'eftoit en elle que confiftoit le
fouverain Bien . Laerce dans les
Vies des Philofophes, & Seneque
dans fon Epiftre 31. écrivent que
Socrate eftoit de ce fentiment.
Le divin Platon , & fes Difciples ,
faifoient profeffion de fuivre la
Nature en toutes chofes , & tenoient
que pour vivre heureuſe.
ment , il falloit vivre naturelle .
ment. Ariftote & les Péripatéticiens
ont crû que la vie heureuſe
confiftoit veritablement dans la
vertu, mais ils pretendoient qu'
elle ne rendoit pas tres heureux
ceux qui la poffedoient fans les
biens du Corps & de la Fortune;
& le Prince des Orateurs fe plaint
de ce que Theophraſte à rendu
Mercure Galant. 21
verfé la doctrine de fesMaiftrès,
& dépouillé la vertu de ce qu'elle
avoit de plus beau & de plus prétieux
, en difant qu'elle feule ne
pouvoit rendre les Hommes heureux
; & mefme dans fon Livre
De Vita Beata , il donne à la Fortune
ce qu'il a injuftement ravy.
à la Vertu . Le Philofophe moral
de la Secte des Stoïciens , a fait
un Livre de la Vie heureufe , dédié
à fon Frere adoptif, nommé
Gallion, où il prouve que le bon .
heur de l'Homme confifte feulement
dans la vertu . Il faut main .
tenant examiner les opinions de
tous ces Philofophes.
Celle des Stoïciens qui ne reconnoiffoient
pour fouverain
: Bien que la vertu , & tout ce qui
eft honnefte , eft fans contredit
22 Extraordinaire
plus vray-femblable que toutes
les autres. S. Gregoire de Nazianze
dans fon Epiftre 64. à Philaginus,
la préfere à celle des Péripatéticiens
, qui s'imaginoient
que les biens de la Fortune, & les
avantages extérieurs, eftoient effentiels
& neceffaires à la vie heureufe,
en telle forte que felon leur
fentiment un Homme valetudinaire
, pauvre & mépriſable', de
baffe naiſſance, banny de ſa Patrie
, accablé de tous les maux
imaginables , abandonné de fes
Amis, pourfuivy de fes Eunemis,
cruellement perfecuté de la For
tune , ne fçauroit eftre heureux
mais les Difciples de Zénon, qui
jugent bien plus fainement des
chofes, foûtiennent que les biens,
ny les maux qui nous arrivent en
du Mercure Galant.
23
ce monde , ne contribuent nullement
à nous rendre heureux ,
ou malheureux ; & cette opinion ,
ce me femble , approche plus de
la verité du Chriftianifme que
l'autre S. Auguftin, mefme la
confirme dans fes Ouvrages, lors
qu'il dit que les Efclaves & les
Maiftres,les Hommes & les Femmes
, les Sujets & les Roys , font
également capables de poffeder
la félicité. Auffi Dieu, devant qui
il n'eft ny Gentil, ny Juif, ny Bar.
bare, ny Scythe, ny Eſclave, ny
Libre, felon ce que dit l'Apoftre,
diftribue également fes graces
& fes dons , aux petits & aux
grands , aux pauvres & aux riches,
aux fages & aux foux,
La feconde opinion eft celle
d'Epicure , qui vouloit que la
A
"
24
Extraordinaire
volupté fuft le fouverain Bien.
Quelques uns pourtant ont crû
qu'il n'avoit entendu parler que
du plaifir de l'efprit , & non pas
de celuy des fens. Lactance
mefme l'excuſe dans fes Inftitutions
divines ; & le Poëte Lucrece
l'éleve infiniment au deffus
de tous les Philofophes qui ont
jamais paru , & dit en ſa faveur
que tout de mefine que l'Aftre
du jour obfcurcit & efface la
fplendeur & la beauté des Etoiles
, Epicure a terny tout l'éclat
& toute la gloire des anciens
Philofophes . Cependant on lifoit
cette Infcription fur la Porte
de fon Jardin . Hofpes bic bene manebis
, hicfummum bonum voluptas
eft. Vous ferez bien icy , la volupté
y eft le fouverain. Bien
Ariſtippe,
du Mercure Galant. 25
Ariftippe, Difciple de Socrate,
avoitenfeigné quelque temps auparavant
, que la volupté & le
plaifir des fens faifoient tout le
bonheur des Hommes ; & fa Fille
Areta qui luy fucceda dans
fon Ecole , fut du mefme fentiment.
Ariftote dans le Livre 10 .
de fes Morales, rejette ce Dogme
comme pernicieux & à l'Etat &
à la Religion. Xénophon.com ~
pofa un Livre contre Ariftippe,
dedié à Socrate , où il refuta par
des raifons folides & convaincantes
le fentiment de ce Philofophe
voluptueux. Lactance eft d'avis
qu'on ne doit pas feulement répondre
aux Argumens d'Ariftippe,
parce qu'il eftoit continuellement
plongé dans les Feftins &
dans la Débauche , & que la pa-
Q. deJanvier 1683. C
•
26 Extraordinaire
role feule l'avoit diftingué des
Beftes. S. Epiphane dans le Livre
3. contres les Herefies , condamne
ce Dogme & fon Autheur.
La troifiéme opinion eft celle
de Jerome de Rhodes , au fentiment
duquel la privation de la
douleur eftoit le fouverain Bien.
Ce Philofophe Infulaire, fije ne
me trompe, n'eſt pas fort орро-
fé à Ariftippe; car lors que celuy-
Ey difoit que la volupté eftoit le
fouverain Bien , il prétendoit en
mefme temps que la douleur fuft
le plus grand mal qui puft arriver
aux Hommes. Orfi cela eftoit
veritable , perſonne ne pourroit
eftre heureux en ce monde,
où il eft prefqu'impoffible de vivre
, fans endurer quelque doudu
Mercure Galant.
27
leur, fans fouffrir quelques amertumes,
quelques angoiffes, quelques
chagrins.
La quatriéme opinion eft celle
de Carneades , qui affuroit que
le fouverain Bien confiftoit dans
la poffeffion des biens de la Fortune
, & dans les avantages du
corps ; ce qui bien loin d'eftre
pas mefme une ombre viay, n'a
de vray- femblance ; car tout le
monde fçait , & l'Ange de l'Ecole
l'a dit il y a quatre cens ans, que
la Béatitude de l'Homme ne
confifte point dans les richeffes ,
ny dans les honneurs, ny dans la
gloire , ny dans la puiffance de
l'autorité, ny dans quelque bien
du corps ou de l'efprit ; & fi cela
eftoit autrement , les Pauvres, les
Gens inconnus & méprifez de
Cij
28 Extraordinaire
tout le monde , fans pouvoir &
fans crédit , dénüez de tous les
biens de la Fortune , & de tous
les avantages extérieurs , pourroient
fe plaindre avec raiſon
d'eftre injuftement exclus de la
félicité à laquelle tout le monde
a droit de prétendre. Dinomachus
& Callypho ont entrepris
d'accorder la Volupté avec la
Vertu. Cette entrepriſe paroift
fans.doute témeraire ; auffi c'eſt
vouloir, ſi je l'ofe dire, joindre le
Sauveur du Monde avec Belial ,
la lumiere avec les tenebres , la
vertu avec le vice , la juftice avec
l'iniquité. La volupté a rendu
malheureux tous ceux qui gémiffent
fous le joug des travaux &
des miferes de leur vie , ce qui ne
feroit pas arrivé , dit le Philofodu
Mercure Galant.
29
phe moral, fi la volupté pouvoit
s'accorder en quelque maniere
avec la vertu , qui fait tout le bonheur
des Hommes. La vertu eft
quelque chofe de grand , de fublime
, de royal , de magnifique,
& de puiffant. La volupté au
contraire eft baffe & méprifable ,
fervile, foible & périffable, dont
la demeure eft dans les Cabarets,
& dans ces Lieux qui craignent
la vifite des Ediles ; tandis que la
vertu réside dans les Temples .
dans les Eglifes, au pied des Autels
, dans les Ecoles des Philofo .
phes & des Sages , enfin dans tous
les Lieux confacrez à la Religion
& à la Sageffe. La volupté ſe cache
; elle cherche les tenebres,
& fuit la clarté du jour . La vertu
fe manifefte ; & le fait connoiſtre
C iij
30 Extraordinaire
à tout le monde , elle n'appréhende
point la lumiere , parce
qu'elle eft bien.aife que fes actions
foient veuës de chacun.
Elle les foûmer volontiers à
la cenfure de tous ceux qui les
voyent. Voila deux chofes bien
contraires. Comment les accorder
, puis qu'elles ont reçeu du
Ciel des caracteres fi oppofez ,
& une antipathie naturelle qui
rend leur union tout -4 - fait im
poffible ?
Diodore eftoit perfuadé qu'un
Homme heureux devoit eftre
vertueux & fans douleur . Je penfe
qu'il n'auroit pas efté d'accord
avec les Difciples de Zénon , qui
donnent à la vertu feule le pouvoir
de rendre les Hommes heureux
; & leur opinion , ce me femdu
Mercure Galant .
31
ble, eft bien plus foûtenable que
celle de ce Philofophe ; car il eft
conftant que les Sages , les нommes
de vertu & de probité , font
toûjours heureux , & mefme au
milieu des tourmens les plus
cruels , des tortures les plus violentes
, & des fuplices les plus
douloureux .
L'opinion d'Hérillus , qui vouloit
que la Science fuft le fouverain
Bien , fouffre beaucoup de
doutés & de difficultez , elle eſt
expofée à une foule d'objections
aufquelles on ne peut répondre
qu'avec peine . Le fouverain Bien
doit eftre parfait & accomply
dans toutes fes parties , & nous
ne fçaurions avoir dans ce monde
une entiere connoiffance , une
fcience parfaite. La vie de l'Hom-
C iiij
32
Extraordinaire
me eft trop courte pour acquérir
une fcience accomplie en toutes
chofes , & ce que le Prince de la
Medecine a dit de cet Art divin ,
fe peut appliquer à toutes les
"
Sciences du monde. La matiere
eſt étenduë, il eſt vray ; le champ
eft vafte & fpatieux , mais le
temps que les Dieux nous ont
donné eft trop court. Ars longa,
vita brevis. D'ailleurs le fouverain
Bien contente & raffafie
ceux qui le poffedent , & la
Science la plus parfaite n'a ja
mais fatisfait pleinement celuy
qui l'avoit acquife.
4
L'opinion des Platoniciens,
qui faifoient confifter la felicité
des Hommes à vivre naturelle.
ment , pourroit , ce me femble,
autorifer les défordres & la li
du Mercure Galant.
33
•
cence des Libertins , aufquels il
feroit facile de fe prévaloir d'une
doctrine qu'ils n'entendent pas.
Il fera mefme bon de les avertir
que ces Philofophes fupofoient
que la Nature eftoit dans fa premiere
pureté, & qu'ils ne la pre.
noient pour leur conduite , que
parce qu'ils s'imaginoient qu'elle
avoit confervé fon innocence ;
car dans l'état de la Nature pure,
les maux n'eſtoient point meflez
avec les biens, & les qualitez des
Elémens eftoient ſi bien tempérées
, que l'Homme en recevoit
du contentement, & n'en reffentoit
point de déplaifir. Il n'avoit
point de défordres à reformer,
point d'Ennemis à combattre,
point de malheur à éviter. Il
trouvoit en fa demeure tout ce
34 Extraordinaire
qu'il pouvoit fouhaiter ; il n'éprouvoit
rien en fa perfonne qui
fuft capable de l'incommoder.
Sa conftitution eftoit excellente,
fa fanté ne pouvoit eſtre altérée;
& fi le temps pouvoit l'affoiblir,
il prévenoit ce malheur par l'ufage
du Fruit de Vie , qui reparant
fes forces , luy donnoit tou
jours une nouvelle vigueur. Le
premier Homme eftoit le Maître,
& le Roy de toutes les Creatures,
dit S.Macaire. Tout eftoit foûmis
à fes Loix ; tout ce qui refpiroit
dans ce vafte Univers , reconnoiffoit
fa puiffance ; fa volonté
n'avoit que de belles & de nobles
inclinations ; fes affections
n'eftoient point vitieufes ; & fes
defirs eftoient fi bien réglez , que
rien ne pouvoit troubler fon redu
Mercure Galant.
35.
pos. Toutefois il ne dépend que
de nous dans cette Vallée de miferes
, d'eftre plus heureux que
nos premiers Parens ne l'eftoient
dans ce Jardin de delices , où les
Fleurs eftoient toûjours vives ,
où le Printemps , où la joye régnoit
toûjours. Un Hommejufte
& fage, dit S. Auguftin , dans l'état
meſme du monde le plus miférable
& le plus infortuné, eft plus
heureux que le premier Homme
dans le Paradis terreftre , parce
qu'il efpere de jouir un jour de
la focieté des Anges , & de la
vifion du fouverain Bien , qui fait
tout le bonheur des Bienheureux
dans le Ciel , au lieu qu'Adam encor
incertain de fa chute , nepouvoit
concevoir de fi belles efpérances
Je paffe à la Seconde Partie
36
Extraordinaire
de ceDifcours , où vous allez voir
le portrait d'un нomme heureux .
La Béatitude eſt un état parfait
, par l'affemblage de tous les
biens, dit Boëce ; & comme ny
le feu , ny l'eau , ny la terre , ny
l'air pris féparément & en particulier
, ne font pas le monde ,
mais plutoft leur union , leur accord
merveilleux forme ce vaſte
Univers ; tout de mefme , dit
Philon leJuif, la felicité ne confifte
pas dans les biens de la Fortune
ou dans les avantages du
corps , ou dans les grandes qualitez
de l'ame, mais dans toutes fes
parties unies enfemble. Ainfi il
eft tout visible qu'il faut plus
d'une choſe pour faire le bonheur
de l'Homme d'où vient
que les Hébreux , pour montrer
;
du Mercure Galant.
37
plus clairement cette verité , le
fervent d'un nom pluriel , lors
qu'ils veulent fignifier un нomme
heureux . On ne doit pas
pourtant trouver étrange que je
faffe confifter tout notre bonheur
dans l'amour de la fageffe,
qui amene avec elle tous les
biens, dont la main bienfaiſante
de Dieu favorife les Mortels .
Venerunt mihi omnia bona pariter
cum illa & innumerabilis honeftas
per manus illius , difoit autrefois le
plus fage des Monarques . Le
Sage doit poffeder tant de fi belles
qualitez , il doit eftre orné de
tant de vertus fi héroïques, qu'il
ne fe peut faire que toutes ces
chofes qui concourent à le rendre
fage , ne contribuënt pareillement
à le faire heureux . La
38
Extraordinaire
fageffe, ce Rayon de la Divinité,
ce Miroir fans tache de la Lumiere
eternelle , cette Image de
la grandeur & de la bonté de
Dieu, cette augufte Fille du Ciel ,
eft la Mere de tout bien , la fource
de toutes les faveurs que les
Hommes reçoivent d'Enhaut,
la caufe de toutes les vertus qui
font l'ornement & la felicité de
la vie humaine. Heureux celuy
qui trouve cet or divin ! heureux
celuy qui trouve la ſageſſe!
Beatus homo qui invenit Sapientiam,
Prov.3. Celuy qui la poſſede, eſt
plus riche & plus heureux que
ceux qui ont amaffé des richeffes
immenfes, qu'ils confervent avec
plus de peine qu'ils ne les ont acquifes
. Dequoy fervent les richeffes
à un Fou , dit l'Ecriture ,
du Mercure Galant.
39
tout fon qui avec tout fon or ,
argent , ne peut point acheter la
fageffe, qui eft plus prétieufe que
tous les biens du monde ? Ses
voyes font belles, fes routes font
pacifiques. Elle fait ſentir à ceux
qui marchent fidellement dans
fes voyes , une paix qui furpaffe .
toute intelligence, felon ce que
dit l'Apoftre, au lieu qu'elle punit
tres-rigoureuſement ceux qui
l'abandonnent. Elle châtie avec
feverité ceux qui méprifent indignement
fes ordres ; elle les rend
eternellement malheureux . Sapientiam
qui abycit infælix eft,
Sap.3. Ceux - là ne trouvent qu'
affliction , que malheur, que miferes
dans leurs voyes . Ils ne connoiffent
point la paix, dit le Roy
Prophete ; ils ignorent ce beau
40 Extraordinaire
chemin où il faut entrer pour
trouver cette illuftre Fille du
Ciel, qui fait tout le bonheur des
Hоmmes , au fentiment de S. Auguftin.
Beatitudo hominis in pace
confiftit, Aug. L.19. de Civit. cap.10 .
Ils fe laffent dans la voye d'ini .
quité & de perdition ; ils mar
chent aveuglement dans les chemins
difficiles , leur fentier eft
remply de pierres & de cailloux ,
& les mene aux Portes de l'Enfer
, où ils trouvent quelque
choſe de bien plus dur , de bien
plus intolérable , que tous les
maux de ce monde , que tous les
Aleaux de la vie humaine , Heu ..
reux celuy qui n'ouvre point fon
coeur dans leur confeil, qui ne
marche point dans leur voye !
Heureux celuy qui croit fermedu
Mercure Galant .
41
ment les veritez etern fles qu'oa
preſche dans la Chaire de Vérité ,
& qui n'adhére point au menfonge
, à l'erreur qui fe debite
dans la Chaire de peftilence !
Heureux celuy qui dans les
Saintes Ecritures médite jour &
nuit pour accomplir la volonté
du Seigneur , & pour fuivre fes
ordres facrez & inviolables !
C'eſt un Arbre planté ſur le bord
des eaux, qui produira des fruits
prêtieux dans fon temps , & dont
les feuilles conferveront toûjours
leur premiere couleur. Ce font
là les vrayes productions de la fageffe
, ce font les fruits légitimas
de ce don de Dieu ; ce font les
biens , les avantages , & les faveurs
qu'elle verſe dans l'ame de
fes Enfans . C'eft la Mere de tout
D
Q.deFanvier 1683.
4.2 Extraordinaire
ce qu'il y a de plus beau & de
plus précieux dans la vie humaine.
Elle enfeigne aux нommes
la fobrieté , la prudence ,
la juſtice , & la vertu , qui font
ce qu'il y a de plus utile dans
le monde , au fentiment du Sge
. Une illuftre Princeffe avoit
bien raifon de s'écrier fur le
bonheur des Serviteurs & des
Domestiques du plus fage des
Roys. En effet , quel bonheur,
quelle félicité plus grande , de
pouvoir commodément entendre
tous les jours cer Oracle
divin , cette Bouche facrée,
par où la Sageffe prononçoit
fes Arrefts , & parloit avec tant
de prudence , qu'elle attiroit les
Puiffances des Régions les plus
reculées , qui quittoient leurs
du Mercure Galant.
43
Royaumes & leur Patrie , pour
venir entendre les veritez mer-;
veilleufes qui partoient du fein
de cette augufte Fille du Ciel ?
Elle eft fi belle, fes voyes font fi
pleines d'attraits , que fi elle pa
roiffoit à nos yeux avec toutes les
graces, nous en ferions tous charmez,
dit le divin Maistre des Philofophes
. Le nombre des Sages
feroit beaucoup plus grand , &
plus de Perfonnes employeroient
tous leurs foins pour acquérir .
cette belle vertu , qui feroit la
Mere de toutes les vertus de leur
ame , & la cauſe du bonheur de
leur vie. La fageffe eft le fouverain
Bien de l'efprit de l'Homme,
dit Seneque, & perfonne ne peut,
vivre heureuſement fans l'amour.
de cette excellente vertu. La fat
Dij
44
Extraordinaire
1
geffe commence de nous inftruire
par nous infpirer la crainte de
Dieu , qui rend un Homme heureux.
Beatus vir qui timet Dominum
, Ffalm. 110. Heureux celuy
qui a reçeu du Ciel cette crainte
falutaire , ce faint refpect , cette
fainte terreur ! Beatus homo cui
donatum eft habere timorem Dei , dit
Jefus Fils de Syrach. Craignez
Dieu , obſervez fes faints Commandemens
, & c'est en quoy
confifté tout voſtre devoir ; c'eft
là tout ce que vous devez faire ,
dit le Sage . La fageffe qui connoift
l'avenir ainfi que le préfent,
qui n'ignore point la caufe des
miracles qui raviffent nos efprits ,
qui fçait la fource des prodiges
qui étonnent nos imaginations ,
& qui voit d'où viennent les
2
du Mercure Galant.
45
Monftres qui effrayent nos
coeurs , qui prévoit tout ce qui
fe paffe dans la Nature de plus
furprenant & de plus extraordinaire,
qui communique à fes Enfans
les plus belles connoiffances
du monde ; la fageffe , dis-je ,
nous fait connoiftre Dieu , l'Arbitre
fouverain de l'Univers , la
connoiffance duquel fait tout le
bonheur des Hommes. Dei cognitio
perfectafelicitas, ditJamblicus.
Malheureux eft celuy, s'écrie
S. Auguftin, qui connoiſt toutes
chofes , & qui ne vous connoiſt
pas, mon Dieu Bienheureux eft
celuy qui vous connoift , quoy
qu'il les ignore? Or celuy qui
vous connoift, & connoift auffi
ces chofes , il n'en eft pas plus
heureux pour les connoiftre,
46
Extraordinaire.
mais c'eft la feule connoiffance
qu'il a de vous qui le rend heu-.
reux , pourveu qu'en vous connoiffant
comme Dieu , il vous
glorifie auffi comme Dieu, qu'il
vous rende graces de vos dons ,
& qu'il ne fe perde point dans la
vanité de fes penfées. La fageffe
nous infpire des fentimens de
pieté, nous donne de la devotion ,
puis qu'il n'eft point de veritable
fageffe fans Religion , ny de veritable
Religion fans fageffe , au
fentiment de Lactance . C'eft elle
qui nous fait implorer le fecours.
du Ciel , qui répand dans nos
coeurs des mouvemens fi religieux
, qui nous procure tant de
graces falutaires , que nous luy
fommes redevables du plus bel
ornement de noſtre vie , je veux
du
Mercure Galant. 47
dire de la pieté. Le commencement
de la fageffe, c'eſt de la poffeder
, dit l'Ecriture ; mais pour
arriver à cette heureufe poffef
fion , il faut implorer le fecours
d'Enhaut , car il eſt tout viſible
que fans l'affiftance de Dieu ,
c'eft en vain que l'on prétendroit
à l'acquifition de cette excellente
vertu, puis qu'il n'y a de fageffe
veritable que celle qui procede
de fon Efprit faint . La fin de
l'Homme, felon le fentiment de
Pythagore, de Zénon , & mefme
du Législateur des Hébreux , eft
de fuivre Dieu. Finis fecundum
Moifem fequi Deum , dit Philon .
C'eft la fageffe qui confeille aux
Hommes de fuivre leur Créateur
; c'est elle qui les rend Gens
de bien, & capables de poffeder
Extraordinaire.
la felicité que Dieu ne donne
qu'auxJuftes, qu'à fes Serviteurs ;
car on ne peut point appeller
heureux , ceux aufquels la plus
fçavante Antiquité mefme a
donné ce nom glorieux . Metellus
, fi renommé dans l'Hiftoire
pour fon bonheur extraordinaire,
eftoit orné des plus belles
qualitez du corps & de l'efprit .
Il fut Souverain Pontife , deux
fois Conful , Dictateur, & Colonel
de la Cavalerie . Il unit en fa
perfonne dix grandes chofes , à la
recherche defquelles les 'Sages.
s'eftoient de tout temps appliquez.
Il fut le premier Capitaine
de fon temps , le plus éloquent
Orateur, l'Empereur le plus puiffant.
Il fut l'Ouvrier de toutes
les grandes Entrepriſes qui fe fi
rent
du Mercure Galant.
49
rent durant la vie. Il fut honoré
de tout le
»
Extrêmement
par
fage, un tres habile Sénateur. Il
acquit des richeffes immenfes
des voyes pourtant juſtes & lé.
gitimes. Il fe vit fur la fin de fes
jours une nombreuſe Famille,
une longue Pofterité de Neveux
qui s'empreffoient à l'envy pour
fecourir la vieilleffe de leur Pere.
Il fut enfin en tres- grande réputation
dans Rome , & cette Ca.
pitale du Monde eftoit remplie
du bruit de fon nom . Mais avec
tout cela, il ne joüiffoit point de
la félicité que Dieu fait fentir
auxJuftes. Comment , dit S Au
guftin, y pouvoit - il avoir un ye
ritable bonheur, une parfaite félicité
, fi au lieu d'une pieté fainte
& veritable , il n'y avoit qu'une
Q'de Janvier 1683. E
Extraordinaire
Religion fauffe & menſongere?
Quomodo ibi effet vera felicitas
abi vera non erat pietas. Archelaus
, qui paffoit pour l'Homme
le plus fortuné de fon temps ;
Cornelius Sylla, qui fut appellé
heureux , mais qui ne le fut pas;
Aglaüs , qui demeura toute fa
vie dans un coin de l'Arcadie , &
qui pour cela fut eftimé heu.
reux , Erichtonius , Fils de Dardanus
& de Batée , que les premiers
Habitans de la Grece jugerent
le plus heureux des Hom
mes ; Ballus , qui fut honoré du
glorieux furnom d'heureux & de
fortuné , tous ces Nourriffons de
la Fortune n'ont jamais joüy du
bonheur que Dieu fait goufter
aux Juftes , aux Geps de bien ,
parce qu'ils manquoient de pieté,
du Mercure Galant.
Si
de cette belle vertu qui eft la baie
& le fondement de la vie heu
re uſe . Quomodo ibi effet verafelicitas
ubi vera non erat pietas . Polycrates
, ce fameux Tyran de
P'Ile de Samos, qui poffedoit de
fi grands trésors , qui joüiffoit
tranquillement de tout ce qu'il
y a de plus rare & de plus excellent
dans le monde, qui fut appellé
pendant fa vie l'Enfant de
la Fortune , fut encore moins
heureux que tous les autres. Cependant
il ne luy arriva jamais
rien de fâcheux , il n'endura jamais
aucune peine , aucun malheur
, contre fon gré . Une feule
chofe fembla troubler fon bon,
heur. Il avoit un Anneau d'un
prix tres confidérable ; il le laiffe
tomber dans la Mer ; mais auffi-
4
E ij
52
Extraordinaire
toft tous les Animaux s'empreffent
pour achever le bonheur
apparent de cet injufte Souverain
, il trouve ce qu'il a perdu
dans les entrailles d'un Poiffon.
Le voila heureux tout de meſme
qu'auparavant , mais enfin fes
crimes fi fouvent réïtérez , fes
rapines trop fréquentes , fes concuffions
fi injuftes , lafferent les
Dieux qui le punirent avec autant
de rigueur que la licence,
que le débordement de les moeurs
le méritoit. Apres cela fi quelqu'un
croit que cet indigne Ufurpateur
d'une Couronne qui eftoit
refervée à une Puiffance legitime,
a vefcu heureufement dans ee
monde , qu'il fe détrompe , qu'il
entende ces divines paroles de
la bouche d'un Orateur profane.
du Mercure Galant.
$3
Perfonne ne peut eſtre heureux
fans la vertu , Beatus effe fine virtute
nemo poteft. La fageffe & la vertu
nous rendent dignes de l'amour
de Dieu qui eft l'auteur de la feli
Cité des Hommes ; & comme dit
S. Auguftin dans fon Epiftre 120 .
à Honoratus , il a voulu faire voir
que la felicité temporelle dépendoit
entierement de luy , en don.
nant à fon Eglife l'ancien Teftament
où il nous la promet , d'où
vient auffi qu'il promet quelquefois
des biens temporels , comme
aux Patriarches la Terre de Chanaam
, cette Terre heureuſe où
couloit le lait & le miel , & ailleurs
une grande abondance de
Bled , de Vin , d'Huile , & des autres
choſes neceffaires à la vie de
l'Home. La felicité n'eſt pas donc
Eij
54 Extraordinaire
une Déeffe , & l'Antiquité avoit
beau luy élever des Autels , luy
bâtir des Temples, luy confacrer
des Preftres, luy ordonner des Fê
tes folemnelles , nous n'ajoûteronsjamais
foy à une chofe fi ab
furde. Si la Béatitude, dit S. Auguftin
, eft la recompenfe de la
vertu , comme dit Ariftote , elle
n'eft point par conféquent une
Déeffe , mais plutoft un don de
Dieu. La fageffe nous enfeigne
comme nous devons regler nos
paffions, car la perfection des Sages
n'eft pas de n'avoir point de
paffions , mais de commander à
ces movvemens déreglez qui emportent
les Sors , & gouvernent le
vulgaire. Le Sage fecouru de la
Grace, les peut modérer en telle
forte qu'ils né contribueront nuldu
Mercure Galant.
55
lement à troubler fon bonheur.
Il faut qu'il oppoſe la joye à la
douleur, qu'il réprime la crainte
par l'efpérance , qu'il regle fes defirs
par la peine qui accompagne
leur accompliffement. S'il ceffe
d'efperer , il ceffera de craindre,
s'il borne fes defirs , il bornera fes
efpérances , & s'il n'a point d'amour
pour les richeffes, il n'aura
point d'inquiétudes ny de crainte
pour elles. Son efprit fera toujours
dans une mefme affiette
il jouira de ce repos , de cette
belle tranquillité , dont il fait
tout fon trefor , il fera toûjours
tranquille , & paifible comme
le monde qui eft au deffus de la
Lune,dit Seneque ; Perpetuum nulla
temeratus nube Serenum dit un Poë.
te. Son coeur goûtera continuel-
E iij
56 Extraordinaire
lement une joye fenfible qui fera
l'effet de l'affemblage de toutes
les vertus dans fon ame ; car à dire
vray, les ris & les jeux ne font
point ennemis de la fageffe ny de
la vertu , puis qu'il n'y a dejoyeny
de volupté que dans le fein de ces
auguftes Filles du Ciel . Le Sage
fans faire effort pour s'élever , fe
trouve par fa naturelle fituation
au deffus des accidens les plus redoutables.
S'il marche dans les
tenebres & dans l'ombre de la
mort, comme le Roy Prophete,
fon coeur eft libre de crainte , il
n'appréhende rien , parce que
Dieu qui ne l'abandonne jamais,
eft toujours avec luy pour le fecourir
dans les conjonctures les
plus épineufes . S'il voit devant
luy des Armées rangées en badu
Mercure Galant.
57
taille , s'il voit fes Ennemis qui
s'arment pour l'opprimer injuftement
, il implore le fecours d'Enhaut
, il met fa confiance en la
Divine miféricorde. Si confiftant
adverfum me Caftra, non timebit cor
meum,fi exurgat adverfum meprelium
, in hoc fperabo , Pfalm.26. Il ne
craint ny la Fleche qui vole de
jour , ny la Pefte qui chemine
pendant la nuit. Son coeur eft
fans trifteffe , fans crainte ; le
voila donc heureux. Quifine timore
eft , beatus eft , dit Seneque.
Le Sage eft content de foy , en
telle forte qu'il ne veut pas pourtant
eftre fans Amis , quoy qu'il
le puiſſe faire , mais il ne le fera
jamais ; & fi le Ciel le prive de
cette chere moitié de luy- mef
me, il fuportera cette perte avec
58
Extraordinaire
•
patience, parce qu'il eſt toûjours.
en état de la reparer. Il yyaa mefme
plus de plaifir, difoit un Ancien
, à faire un Amy , qu'à le
poffeder déja . Un Amy , au
fentiment du Prince des Philofophes
, dans le Livre 10.
de fes Morales , eft abſolument
neceffaire pour achever la fe
licité du Sage. Auffi l'amour
eft la plus fainte de nos paffions
, & le plus grand avantage
que nous avons reçeu du
Ciel. C'eft par fon moyen
que nous pouvons nous lier
aux bonnes chofes , & perfe-
&tionner noftre ame en les aimant.
C'est l'efprit de la vie ,
c'eft le lien de l'Univers, c'eft un
artifice innocent, par lequel nous
changeons de condition fans
duMercure Galant.
59
changer de nature , & nous nous
transformons en la perfonne que
nous aimons . Amor amantem extra
&
feponit, & eum quodammodo in amatum
transfert, dit S. Denys au quatriéme
Livre des Noms divins.
Mais fi un pur & veritable Amy
eft un fi prétieux tréfor , il faut
avouer avec Seneque , que c'eft
quelque chofe de bien rare ,
que la Nature demeure quelquefois
tout un ficcle, pour en former
un feul . S'il y a un Amy veritable
& fincere, il y en a bien
de faux & de trompeurs, & Dion
Chryfoftome demande avec raifon
, s'il y a eu plus de Perfonnes
trahics par des Amis feints &
diffimulez, que par des Ennemis
avoüez & reconnus pour tels .
Un Amy fidelle eſt un puiſſant
60 Extraordinaire
Protecteur, dit l'Ecriture , & celuy
qui eſt aſſez heureux pour le
trouver , ſe peut vanter d'avoir
trouvé un tréfor ineftimable . II
n'y a rien fur la terre qu'on puiffe
comparer avec la fidelité d'un
Amy. Tout l'or , tout l'argent,
toutes les richeffes du monde, ne
font rien en
confidération de la
fincerité de fa foy. Enfin Dieu
le donne pour
récompenfe à ceux
qui le craignent , qui appréhen
dent fes juftes
châtimens. Qui
metuunt dominum invenient illum .
Heureux celuy qui trouve un
Amy veritable & fincere ! Beatus
qui invenitamicum verum , Eccli.2s.
De toutes les chofes que la fageffe
nous procure pour nous
faire vivre
heureuſemet , il n'en eft
point, dit Epicure, de plus utile,
du Mercure Galant.
61
de plus agreable , & de plus propre.
La plus douce confolation
que nous puffions recevoir en
cette vie pleine de miferes & de
chagrins , c'eft fans- doute , dit
S. Auguftin , celle que nous peut
donner une foy fincere,un amour
mutuel , une parfaite union de
bons & veritables Amis . Le plaifir
le plus fenfible que nous puif
fions goûter en ce monde , c'eft,
dit S. Ambroife , d'avoir un Amy
fidelle, auquel il nous foit permis
d'ouvrir noftre coeur , de communiquer
nos plus douces & nos
plus fecretes penfées. Auffi tous
les Hommes ont une averfion naturelle
pour la folitude , & une
forte inclination pour la focieté .
Le Sage doit quitter les erreurs
& les føles paſſions du monde ; il
62 Extraordinaire
loit faire confifter toute fa feli
cité dans la bienveillance, da ns
l'amour de Dieu, qui aime ſeulement
ceux qui demeurent avec
la fageffe. Neminem diligit Deus
nifi eum qui cumfapientia inhabitat,
Sap.7. & c'eft là fe vray bonheur
de la vie. Tout le refte n'eſt qu'illufion
, & ne fe paffe qu'à s'in.
quiéter fur les faux honneurs, ou
fur les fauffes infamies.
Falfushonosjuvat& mendax infamia
terret.
Voila une Béatitude , à vray
dire , bien diférente de celle des
anciens Philofophes , car, comme
dit S. Auguftin, les Diſciples d'Epicure
ne connoiffoient point
d'autre plaifir que la volupté;
les Stoïciens n'eftimoient point
d'autre bonheur que la vertu , &
du Mercure Galant.
63
Les Chreftiens , les Sages , ne
trouvent point d'autre felicité
que la Grace . Les premiers foùmettent
l'efprit au corps, & ré
duifent les Hommes à la vie des
Beftes . Les ſeconds rempliffent
l'ame de vanité ; & dans la mifere
de leur condition , ils imitent
l'orgueil des Démons. Les der
niers avoüant leur foibleffe , &
connoiffant par expérience que
la Nature & la Raifon ne les peuvent
délivrer , ils implorent le
Lecours de la Grace , & n'entreprennent
point de combatre les
vices , & d'acquérir les vertus ,
que par l'affiſtance du Ciel . Ces
Philofophes euret quelques conférence
avec S. Paul durant fon
fejour à Athenes. Les Epicuriens
qui vivoient ſelon la chair , di,
$4
Extraordinaire
vray .
En
folent , Nobis frui carne bonum eft.
Les Difciples de Zénon , qui vivoient
felon l'efprit , Nobis frui
noftramente bonum eft, & l'Apoftre
qui vivoit felon Dieu , Mihi adharere
Deo bonum eft. Les Epicuriens
dit Saint Auguſtin , font dans
l'erreur ; les Stoïciens fe trompent
; & l'Apoftre dit
effet, heureux eft celuy qui s'attache
entierement à Dieu , qui
écoute fes faints enfeignemens,
qui obeït à les divins préceptes.
Beatus quem tu erudieris , Domine,
Pfalm.93. Heureux celuy qui fait
tout ce que la fageffe luy inſpire
pour le culte de Dieu , pour l'amour
du prochain , & pour la
propre felicité ! Heureux enfin
celuy qui demeurera eternellement
dans la fageffe , qui fera de
du Mercure Galant.
65
fon coeur le Temple inviolable
du S Elprit. Beatus qui infapientia
morabitur. Eccl. 14.
LA SELVE, de Nifmes..
22522522222ESSESZ
Si la beauté de l'Eſprit eft plus
propre à charmer que celle
du Corps .
&
DE L'Esprit & du Corps l'une ♣
l'autre beauté,
Sont desfacrez rayons de la Divinité,
Quide ce grand Principe empruntent leur
lumiere.
L'une & l'autre ont bon air, toutes deux
font fracas,
Chacune a fes brillans, chacune a fes
appas,
Auffi bien que fon caractere.
Q. deJanvier 1683. F
661
Extraordinaire
£3
La beauté de l'Espritfans- doute a bien
des charmes,
Et fe fait admirer des plus indiferens;
Mais la beauté du Corps régnefouvent
fans armes,
Et fefait adorer des plus fiers Conquérans.
Aux pieds d'une belle Perfonne,
On met fouvent Sceptre & Couronne.
Cependant je remarque entre ces deux
Beautez,
Dont les Mortels font enchantez,
Une diférence notable
Que ma síufe en deux Vers veut bien
vous étaler;
La beauté de l'Esprit eftpermanente &
ftable,
Mais la beauté du Corps paſſe comme u
Eclair.
En effet, que font devenuës
Cesfamenfes Beautex, cesBeautezfi com
unes,
du Mercure Galant. 67
Dont l'orgueilleux éclat avoit tant de
renom?
Andromede, Lucrece, Heléne, Cléopatre,
Vous n'éblouiffez plus , fi ce n'est au
Théatre;
Etfans la Comédie, oùferoit voftre nom?
Mais lefeu d'un Esprit, tout divin, rare,
& beau,
Triomphe de la Parque, & brave le
Tombean,
Il attire en tout temps de glorieux hom
mages.
Seneque, Cicéron, Demofthene, Platon,
Ifocrate, Zénon, Diogene, Caton,
Vivent-ils pas encor dans leursfçavans
Ouvrages?
**
Pour éviter les difcoursfuperflus,
Voicy donc ce que je conclus.
Pour peu qu'on ait le coeurfenfible
Aux attraits d'un Objet qui paroift gra
tieux,
Et pour peu que d'amour le coeurfois
Susceptible
68 Extraordinaire
On eft bientoftpris par les yeux.
03
Mais fi l'Homme fe mett en paffe
De tout faire de bonne grace ;
Mais fil Homme attend un moment
Pour écouter la voix de fon raiſonnement,
Voix douce, & non tumultueuse,
Avant que l'onfoit défarmé,
La beauté de l'Espritfera victoriense,
Et de ce cofté-là l'on restera charmé.
L. BOUCHET, ancien Curé
de Nogent le Roy.
Pourquoy les Nouveautez plaifent
d'abord , & dégoûtent
dans la fuite-
Eft une incontestable & claire ve
C'Erité,
Que ce qu'on nomme nouveauté,
Charme & delete tout le monde.
Mais d'où vient cette impreffion
Quifait ladélectation?
du Mercure Galant.
69
C'eft la-deffus qu'ilfaut que je réponde.
8
L'infatiable ardeur d'apprendre chaque
jour
Quelque évenement, quelque chofe,
Fait de la nouveauté l'inépuisable amour,
Et de cet appétit on augmente la doze,
Quand un Spectacle merveilleux
Sepréfente à l'efprit, on vient fraper
les yeux.
*
Ajoûtez que l'ame eft épriſe
D'unefecrete volupté,
Quand une agreableſurpriſe
Flate la curiofité
Qui l'entraîne, & qui la maîtrife;
Et c'est ainsi qu'on trouve bean
Tout ce qui s'offre de nouveau.
Ces changemens fifubits de Théatre,
Dont le Spectateur idolâtre,
Eft enchanté dans l'Opéra,
Qu'on endife ce qu'on voudra,
N'ont rien de charmāt dans leur eſtre,
Queparce qu'en unfeul inftant,
70
Extraordinaire
Lors qu'on n'y pense pas, ils viennent à
paroître,
Et forment tout-à-coup nnSpéctacle écla➡
tant.
£3
Mais par un effet tout contraire,
Ce qui plaifoit, ceffe de plaire,
Semblefade, & n'a rien de beau,
Lors qu'un fréquent uſage en ſuit la
jouiffance.
D'où peut venir cette inconſtance?
C'est qu'il ceffe d'eftre nouveau.
Le mefme.
du Mercure Galant.
71
25525-52255-52SZZZ
QUEL CHOIX DOIT FAIRE
un Homme, qui ayant le coeurfenfible
à l'esprit & à la beauté , n'eft
point affez riche pour vivre fans
chagrin avec uneFemme qui ne luy
apporteroit aucun bien . On luy propofe
trois Partys pour le Mariages
une Fille tres -riche , mais tres-laide ,
& n'ayant aucun efprit ; une autre
parfaitement belle , d'une fageffe
reconnue, d'une humeur tres - douce ,
mais fans bien; & enfin une troifiéme
, qui par fon efprit fe fait
admirer de tout le monde , mais qui
n'any bien , ny beauté.
Q
Uoy qu'un Homme de la
qualité fpecifiée
par la
Queition, foit affez embaraffé
72
Extraordinaire
fur le choix qu'il doit faire des
trois Partys qu'on luy propofe
pour le Mariage, parce qu'il s'agit
d'examiner la nature & la dignité
des avantages contenus
dans chaque Party , & que la
bonté du choix ne dépend que
d'un jufte difcernement à bien
juger de la préférence de ces
avantages , je croy neantmoins
que le mieux qu'il puiffe faire
dans cette neceffité de choifir,
c'eft de prendre une Fille parfaitement
belle , d'une fagelſe reconnuë',
& d'une humeur tresdouce
, quoy qu'elle n'ait aucun
bien .
Pour démontrer que ce fenti
ment eft jufte , je remarque d'abord
dans ce choix, que les deux
premiers fouhaits de cet Homme,
fçavoir,
du Mercure Galant.
73
fçavoir , l'Esprit & la Beaute,
font avantageuſement remplis.
La fageffe de cette Fille , & la
douceur de fon naturel , font des
attraits puiffans pour le fatisfaire
à l'égard de l'Esprit , & la Beauté
à laquelle il a le coeur fenfible,
s'y rencontre auſſi dans un degré
parfait. Il eft vray que l'avantage
du bien ne s'y trouve point;
mais cet inconvenient a ſes remedes
, fi l'on confidere que
cette Fille trouvera dans fa fageffe
mefme les moyens de régler
le Ménage avec un ordre qui
procurera en peu de temps une
abondance de biens fuffifante
pour contenter le coeur de cet
Homme , puis que nous voyons
tous les jours des exemples fi fameux
des effts furprenans de
Q. deJanvier1683. G
74
Extraordinaire
l'oeconomie , dont l'ufage eft l'unique
& le plus important fecret
qu'on puiffe avoir pour conferver,
& mefme pour augmenter
le revenu d'une Famille.
D'ailleurs , s'il eft veritable
que l'excés des biens cauſe une
infinité de defordres, & que c'eſt
une occafion funefte pour fo.
menter les paffions & le luxe , il
n'y a pas un Homme raifonnable
qui ne préfere fans difficulté une
fageffe reconnuë , à une abondance
de biens qui pourroit porter
une Femme à fe glorifier de
cer avantage , à rechercher fes
plaifirs avec trop de paffion &
de liberté , & en un mot à maî.
trifer fon Mary , en luy repro.
chant à toute heure qu'elle luy a
fait la fortune. Il n'eſt pas abſo
du Mercure Galant.
75
lument neceffaire de potleder un
grand revenu pour vivre avec
douceur dans le monde. Un bien
médiocre , gouverné avec jugement,
& fecondé d'une frugalité
loüable , eft fuffifant pour un
Homme & une Femme qui veulent
vivre éloignez des traverſes
& des embarras du monde . Les
Grecs & les Romains ont mefme
eftimé qu'il eftoit plus avantageux
de vivre dans la pauvreté
que dans l'abondance , & on ne
s'attiroit pas moins de blâme en
ne fe contentant pas de la fucceffion
de fon Pere ( foft- elle peu
confidérable ) que fi on cuft dif
fipé le bien de fes Anceftres par
des profufions immenfes , parce
qu'ils éprouvoient comme une
verité manifefte, que la pauvreté
Gij
76
Extraordinaire
eftoit d'un grand fecours pour
dompter les efforts des paffions
humaines, & pour les foumettre
à la raiſon. En effet , ils avoient
une horreur fi grande pour le
luxe, & pour les delices de la vie ,
qu'ils drefferent dans le Temple
de Thebes une Colomne , où ils
avoient gravé d'étranges imprécations
contre le Roy Menis ,
qui fut entre les Thébains le
premier Secateur d'une vie délicieuſe,
Ce fut alors que la cor.
ruption des moeurs commença
de prendre racine en ce Païs - là
par les déréglemens du Peuple,
qui fecoüa le joug de la pauvreté,
concevant , à l'exemple de ce
Roy voluptueux , un appétit infatiable
des biens de la terre. Ce
defordre paffa jufques aux Ro
du Mercure Galant. 77
mains , & obligea quantité de
Magiftrats à faire des Loix ex
prés, comme la Loy Oppia, Cornelia,
Papia, Ancia, & c, pour re
trancher le luxe & les excés de
la bonne chere. Lycurge fiſt aufli
des Loix d'une ſeverité furprenante
pour le mefme fujet, & à
deffein de corriger les excés des
Repas fomptueux , qu'il regar
doit comme les attraits de la con
cupifcence, & comme la fource
fatale des défordres de la Répu
blique. C'eftoit auffi une coûtume
pratiquée chez les Spartes,
d'ordonner des peines à ceux qui
recherchoient l'alliance des Riches
, dans la veuë d'amaffer de
grands biens, en profitant de leur
bonne fortune. Je ne dis rien des
autres Nations qui ont eftimé la
G iij
78 Extraordinaire
pauvreté comme une vertu , &
qui ont toûjours eu un extréme
dégouft pour le luxe.
Mais pour ne porter pas plus
loin cette digreffion , un Homme
tel que la Queſtion nous le pro
pofe, ne fait point un jufte choix,
S'il s'attache au premier Party;
car quelle douceur peut- il goûter
dans un Mariage de cette qualité?
L'extréme richeffe de cette Fille
le confolera - t - elle du manque
d'efprit & de beauté ? Si elle n'a
point d'efprit , aura-t- elle de la
conduite ? Si elle n'a point de
conduite , fera -t - elle capable de
bien élever une Famille , Et enfin,
fi elle eft ignorante dans l'éducation
d'une Famille, pourrat
-elle plaire à fon Mary , & l'un
& l'autre jouiront - ils de cette
du Mercure Galant.
79
fatisfaction commune qui réfulte
du foin d'un Ménage bien ordonné
? A l'égard de la Beauté,
quoy qu'on ne doive pas tant ef
timer fes charmes que ceux de
l'Eſprit, ils font toûjours affez
puiffans dans une Femme , pour
attirer l'amour & la complaifance
de fon Mary, & pour
établir entr'eux
une amitié réciproque.
Le dernier Party efl encor
moins propre pour cet Homme,
& il est fort vray-femblable que
le defaut de deux avantages dont
il est touché également , feroit
un redoublement de chagrin
pour luy dans le Mariage, qui luy
donneroit du mépris pourfa Femme,
& le rendroit enfin infenfible
aux charmes de fon efprit.
Mais cft- il un Homme affez
G iiij
80
Extraordinaire
ingrat, pour ne pas aimer June
Femme fage, belle, & d'une humeur
engageante ? Le manque
de bien empefchera- t- il qu'on
ne rende juſtice a fon merites
Et aura-t-on moins d'égard pour
elle , que pour une Fille à qui la
Fortune a efté fort libérale , &
à qui la Vertu n'a rien donné,
qui fera peut- eftre une Emportée
, une Délicieuſe , une Coquete
? La fageffe & le bon na .
turel font deux qualitez fingulieres
qu'on doit rechercher dans
une Fille. La premiere eſt une
régle infaillible, pour entretenir
toûjours une agreable oeconomie
, pendant laquelle le Mary
& la Femme ne doivent point
redouter les atteintes de la pauvreté
, & l'autre eft comme un
fecret merveilleux pour refferrer
da Mercure Galant . 81
J
1
1
1
les noeuds de l'amitié conjugale,
qui en éloignant les conteftations
importunes , fi contraires à la
douceur de la vie, fera naître dans
leur famille un repos & une tranquillité
toûjours agreable. Un
Mariage où la paix fe fait admi-
A rer , a des charmes incroyables ,
Celuy qui a le malheur d'eftré
fujet à la divifion , n'a que des
amertumes à répandre. Ainſi je
donne avis à cet Homme de ne
pas négliger un Party fi confidé.
rable ; & fans s'attacher à l'inté
reft, qu'il s'eftime heureux , qu'il
s'aplaudiffe de fon choix , & enfin
qu'il regarde la beauté , la douceur
, & la fageffe de fa Femme,
comme une refource avantageufe
pour paffer la vie agreablement .
DECAVILLY, Avocat à Peries
en Normandie.
82 Extraordinaire
Les Explications que vous allez
lire , m'ont efté envoyées fur les
Enigmes de Decembre , dont les Mots
eftoient l'Ecran & la Taupe .
1.
Entre les mains de la belle Silvie,
Qu de la charmante Philis,
Mon deftin eft digne d'envie,
Puis que de leur beau teint je conferve
les Lys,
Dont la blancheurferoit bientoft ravie
Par la vivacité
D'unfeu brûlant, & plein d'activité.
Pendant ce doux employ j'en reçoy cent
careffes.
Que de douceurs, que de tendreffes
Sentiroit un Amant, s'il pouvoit eftre
Ecran
Pendant quatre ou cinq mois de l'an!
ALLARD.
du Mercure Galant.
83
Q
II.
Vandje vois chaquejour l'adorable
Catin
Se promener dans le Jardin,
D'un air qui n'a rien de la Gaupe,
Je m'écrie auffiteft : Ah, qui n'aimeroit
pas
Tant de charmes , & tant d'appas ,
Seroit bienplus aveugle que la Taupe.
N
III.
Le mefme.
' Eft- ce pas oublier l'inconftance des
Belles,
Que de leur donner un Ecran ?
Ce Commode préfent qu'on voit eftimé
d'elles,
Avant que nous foyons à la moitié de
l'an,
Sera mis avec joye au rang des bagatelles.
AVICE , de Caën, Rue
de la Harpe.
84
Extraordinaire
LE
IV.
Efeu qui livreſur la terre
A cent Corps diferens une cruelle guerre,
Nepeut fouffrir d'obstacle àfon activité.
Cependant entous lieux unfoible Ecran
le demte,
Il luyfait respecter le teint d'une Beauté,
Et cefier Elément en eft rouge de honte.
N
V.
Le mefme.
Ous reconnoiffons tous les jours
Qu'iln'eft point de laides amours.
Quand on aime,fuft- ce une Gaupe,
Si l'onvoitboire à fafanté,
Celuy qui s'en trouve enchanté,
Ne ceffe pas de dire Taupe.
Neceffe
VIGNIER, de Richelieu.
VI.
St-ce parce queje difois
E
embra
fois,
Que vous voulez, jeune Camille,
du Mercure Galant. 85
Entre nous mettre plus d'un mille?
Ah,lefâcheux Ecran où je me réduifois.
DROWART DE ROCONVAL,
de la Porte S.Antoine.
VII,
'
Individu mauſſade & gaupe,
Choque mon inclination
;
L
Choque
Mais je ne puisfouffrir fans indignation
Les dégafts que fait une Taupe.
La Taupe d'unFardin defole la beauté.
Par l'outrage fecret qu'ellefait aux Parterres
;
LaTaupe d'un Feftin, déregle lafanté,
Dans le combatfatal des Brindes & des
Verres.
L. BOUCHET, ancien Curé
de Nogent le Roy.
VIII.
PHilis, an premier jour de l'an,
Que chacun à l'envy vous offre des Etrennes;
Recevez, s'il vous plaiſt, les miennes,
C'eft pour votre beau teint un prétieux
Ecran, RAULT, de Rojien .
86
Extraordinaire
IX.
E ne veux plus aimer, nargue de vos
JEappas.
Allez , infenfible, inhumaine,
Fay beau vous parler de mapeine,
Vous ne me plaignez pas;
Bacchus parmyles Pots, les Verres,& les
Vame vangerde voftre haine. (Plats,
Allons, Bacchus, je suis à toy,
L'Amour merend l'humeur trop noire.
Je ne veux plusfonger qu'à boire,
Tu vas voirfi jefgay bien dire, Taupe
à moy.
D
DIEREVILLE, du Pontleveſque .
X.
Es vrais Amans, & des Ecrans,
Les offices font diférens.
Les Ecrans gardent de la flâme,
Et de l'ardeur d'un trop grandfeu;
Mais d'un Amant le plus doux jeu,
Se voit à l'allumer dans le coeur de fa
Dame.
Le Marquis inconnu de la belle
Françoife Jofephine .
du Mercure Galant. 87
XI.
APeugle & cruel Animal,
Plein d'horreur & de rage,
Qui mets tout au pillage,
Et nefais que du mal;
Arrefte-toy du moins en terre
Aravager tousfes trésors,
Taupe,fans emprunter le Verre,
Pour détruire nos corps.
O
E. FOYNEAU, Sous- Chantre de
la Cathédrale de Vennes.
XII.
N connoift le defir dont Mercure
eft atteint;
Je cherche àplaire à l'aimable Sylvie,
Par cet Ecran qui luy conferve un teint
Qu'elle eftime plus que fa vie.
N
C. HUTUGE, d'Orleans,
demeurant à Metz.
XIII.
O dit quel'Amour ne voisgoute,
Je croy le mefme de Bacchus:
Card'empefcher de dire plus,
88
Extraordinaire
Taupe aux Buveurs, c'eft les mettre en
déroute.
V
Le Marquis inconnu de la belle
Françoiſe Jofephine.
XIV.
Ous ne vousfervez d'un Ecran
Que la moitié de l'an,
Et vous luyfaites cent careſſes.
Que doit donc attendre un Amant
Qui s'offre à vousfervir toûjours également?
Vous luy devez, Philis, mille & mille
tendreffes
.
Le Cavalier inconnu de
l'aimable Picarde .
XV .
SAns fotiller au fond de mon coeur,
Ainfi quel Animal qui fait des Taupinieres,
• Contentez-vous, Philis , qu'on boive des
premieres
Voftrefanté, difant au plus hardy Bu
veur,
du Mercure Galant. 89
Je Taupe à cette Belle : imitez-moy,
Monfieur.
XVI.
Le mefme
E rèçeus l'autre jour, Mercure,
Un bel Ecran par la Voiture,
Dont on admire lafaçon;
Je vous enfgay bon gré, car il eft defaifon .
La belle Nourriture du Havre.
XVII.
QQui des Buveursfe dit la Loy!
Ve cette Enigme m'embaraſſe,
Je n'y vois goute, fur mafoy,
Et d'y refver je fuis trop laffe.
J'y vois comme une Taupe, & d'efprits
& des yeux;
N'eftant pas de mon mal encor bien revenue,
Pardonnez à mon peu de veuë,
„Une autrefois jeverray mieux .
La mefme
Q. deFanvier 1683.
H
90
Extraordinaire
E
XVIII.
Ncor fi voftre Enigme avoit tant de
brillant,
Qu'elle donnaft trop dans la veuë,
On loueroit voftre retenuë,
Et chacun trouveroit le procedé galant.
Mais dans l'obscurité profonde
Qui régne dans ces Vers du premier jour
de l'an,
N'est- ce pasfe moquer du monde,
Que de nous donner un Ecran ?
L'Ennemy d'Amour à l'Anagramme,
L'Héroïne my
entraîne.
XIX .
E toutes les Saifons que l'on-voit
D²
arriver,
L'Ecran nefert que dans l'Hyver;
-En autre temps on le méprife;
Il faut qu'il vienne un vent de biſe,'
Pour le remettre dansfes droits .
Il fe chauffe , on le tient, fans brûler de
fon bois;
Ilne va pas chez la Canaille,
du Mercure Galant, 91
Il eft d'une diforme taille,
Puis qu'il eft plat & rond ; tel enfin que ,
je fuis,
Il m'a parlé d'amour, fans que je fois ·
trop belle;
Ilpeut parfes plaiſans recits
Forcerfouvent une Cruelle
A ne pouvoir le rebater ;
On litfes Vers qu'on peut chanter,
Et mefme il a cet avantage,
Soit qu'il touche, ou non, quelques
coeurs ,
Qu'estant baisé par badinage ,
Il a toujours quelques faveurs.
LA
FORTEAU, Avocat de Semurs .
XX.
A Taupe a l'inclination
Toujours attachée à la terre;
Elle eft dans ce deffeinfans ceffe en action ;
On luyfait tres-fouvent laguerre;
Dansles Jardins les mieux entretenus,
On la cherche malgré fes chemins inconnus
,
Où ne vajamais la lumiere ;
Hij
92 Extraordinaire
Maisdans les horreurs de fa nuit,
Les Guetteurs fans faire de bruit,
Laprennent quelquefois au fort de fa
carriere,
Et dans ce déplorable fort ,
Cet Animal trouve la mort.
Si quelque chofe luy peut plaire ,
Apres unfi cruel deftin ,
C'eft qu'on fait defon nom l'ornement
d'un Feftin ;
On dit Taupe en buvant , c'eſt l'ame de
la Chere;
Et fifur cefujet je dois parler de moy,
Ilfaut tauper fouvent pour mefaire la
loy.
XXI.
Efuis une jeune Beauté
JE
Le mefme.
Quifçais peu l'amoureux miftere;
Mais je croy que pour plaire,
Il ne faut point tant d'infidélité.
L'Ecran me dites - vous parle d'amour
aux Belles;
Avonez-le, Mercure, en l'art de coquetteż
du Mercure Galant.
93
Sur tous vousfçavez l'emporter;
A toutes vous jurez des amours éter-
Ilfuffit de vous écouter. (nelles,
La belle Prifonniere du
Fauxbourg S.Antoine.
XXII.
Olontiers je vous laiſſe une Bêche
à la main Vol
Dans vosJardins au guet poursurprendre
des Taupes;
Fe meplais mieux à table unplein Verre
à la main,
Pouryfaire le guet aux gaillards mots
de Topes.
Q v
Le Manan de la Belle Etoile
de la Rue S.Antoine.
XXIII.
Voy que m'ait défendu Maman,
Qui dit que je ne dois prendre rien de
perfonne,
Je ne puis refufer l'Ecran
Que Mercure aujourd'huy me donne.
La Belle à l'Anagramme,
Je n'aime rien hors le mérite,
de la Ruë de la Licorne.
94
Extraordinaire
XXIV .
Honi nonsporte tous vers la
A méchante inclination ,
Quinous
terre !
Pour elle l'on nous voit toûjours dans
l'action ;
Nos Directeurs ont beau nous en faire
la
guerre,
Pour nous faire changer, ils font entretenus
;
Mais que bien peu lefont! Ilsfont presque
inconnus.
Plus qu'une Taupe, helas! nous fuyons
la lumiere,
Rifquant d'eftre furpris d'une eternelle
nuit.
Quoy qu'un Pafteur s'enplaigne, & faſſe
ben du bruit ,
Sans le vouloir entendre, on pourſuitfa
carriere ,
Et par un déplorable fort,
On veut refter aveugle, & ſourd juſqu'à
la mort.
du Mercure Galant.
95
Funefte aveuglement! comment peux-tu
nous plaire ,
Toy qui nousfaisfouffrir un fifâcheux
deftin?
Fuyons-le, chers Amis , mefme dans un
Feftin,
Et que le Tope & Maſſe, enfaifant bonne
chere,
Ne nous empefche pas de prendre (croyez
moy }
L'Honneur pour noftre régle, & la Vertu
pourloy.
GYGES, du Havre,
Fuftes
XXV.
Uftes- vous jamais plus Galant,
Mercure, qu'en ce mois ? Avec ce beau
talent
De nous debiter des Nouvelles,
Vous donnez un Ecran aux Belles,
Et dequoy faire Tope à tous les bons
Buveurs.
Mafoy, vous lesfaites tous rire,
Un chacun a de vos faveurs,
96 Extraordinaire
Et voit que vousfçavez faire auffi-bien. que
dire
Le mefme.
XXVI .
UNCertain,faisant & Aftrologue,
Nous difait l'autre jour d'un ton de Pédagogue;
Sçavez- vous bien que Mercredy,
Úne heure, ou deux apres midy,
De l'Orbe le plus haut doit arriver l'Eclipfe?
De grace, expliquez-nous cela,
Dimes-nous auffitoft. Là-deffus il parla
D'unftile plus obfcur que n'est l'Apoca
lipfe,
D'interpofition,
Et de conjonction,
De longitude,
De latitude,
De paralelle, & d'horizon.
A vous autres, dit- il, qui n'eftes pas d'étude,
Je m'en vay vous donner une comparaiſon
Enfaçon de fimilitude.
du Mercure Galant. 397
Lorsque vous vous trouvez auprés de
voſtrefeu,
Sivous vous brulez tant-foit-pen,
Vous mettez devant vous dequoy voni
en défendre;
Et ce que vous mettez parfon opacité,
Empefche que dufeu l'extréme activité
Ne puiffe jufqu'àvous s'étendre.
C'eft de la fortequ'ilfautprendre.
L'évenement qui vous furprend,
La Lune, de la Terre eft justement
l'Ecran.
XXVII.
Ercure, voftre Ecran est unpréſent
bonneste,
Auffi le reçoit-onfort agreablement;
Mais voftre Taupe eft une Befte
Quin'apournous rien de charmant.
La Nymphe de S. Paul,
avec la Suite .
XXVIII.
Velque temps qui puiffe arriver,
L'Ecran nefert que das l'Hyver;
On l'abandonne, on le mépriſe,
Q. deJanvier 1683.
Ι
98 Extraordinaire
...
S'il ne vient quelque vent de bile
Qui le remette dans fes droits .
Ilfe chauffepar tout, fans brûler defon
bois;
Le beau Sexe l'employe, & nonpoint la
Canaille,
"
Quoy qu'ilfoit de diforme taille.
Ah! s'il eftoit comme je fuis ,
Qu'il pût parler d'amour aux Belles,
Qu'il leur fift de plaifans recits ,
Et qu'il vift que les pluscruelles
Nepuffent pas le rebuter,
Et pour en dire davantage,
Qu'ilpût enfin toucher leurs coeurs ,
Dans fon innocent badinage,
Il auroit bien d'autresfaveurs.
Le Secretaire du Parnaffe.
XXIX .
Donnerpour Etrenne un Ecran ,
N'eft-cepas avoirfoin desBelles?
'Mercure, Taupe à toy, ce premier mois
de l'an,
du Mercure Galant.
و ل و
Je bois à tafanté pour elles.
BD B. à l'Anagramme, Le
Blond joly, Lieutenant General
au Regiment Royal
des Vailleaux .
XXX.
'Onſervez voſtre teint,ma charmante
Lesbie, Co
Unique & cher Objet pour qui j'aime
lavio,
Et contre l'attentat du brûlant Dien
Vulcan,
Armez-vous d'un Ecran,
GIRAULT, de Paris.
Q
XXXI.
Vand Lifette m'accorde unpeu de
fes faveurs,
Mon coeur alors paroist le plus conftant
des coeursi
Je jure par l' Amour, que je n'aimeray
qu'elle;
Mais un moment apres je deviens infidelle,
THEQUE
BIBLIO
THE
DE
LA
LYON
*1893
I ij
100 Extraordinaire
J'entretiens de mesfeux la jeune Ama
rillis,
Quand je prétens encor dire Taupe à
Philis.
Le mefine.
Le Chifre quifuit , cache un Madrigal
qui explique la premiere de
ces deux Enigmes fur l'Ecran. Il eft
de l'invention de M de Flefel de
Vermolet d'Amiens. C'est une nouvelle
espece d'Enigme pour ceux qui
voudront bien fe donner la peine d'en
chercher le fens. Le point sépare la
lettre , & les deux points féparent le
mot. Ilfaut obferver qu'on n'a point
compris la lettre K dans cet Alphabet,
parce qu'elle est presque toûjours inu
tile.
du Mercure Galant. 101-
1
Explication en Chifre de l'Enigme
de l'Ecran .
2131.4554. 5635. 1312. 6574.3652.
16453. 3112 : 7546. 6322 : 6723.
2112. 5311. 6212 : 9711. 3443 : 2111.
1818 : 6624.2112.12.2
. 5553.3112.
2111.1733 . 9652. 3333 : 9625. 4611 :
1221.3461.3421.5633 : 8181.7312 .
2731.2462,3432 : 2212.2110 3412 .
= 3425: 4322. 2011 ; 3242. 6543 : 1221 .
6283.2121.3452 . 6574.4755: 2110.
2210 : 8712. 2121. 113. 2178.3211.
8824.6455: 6624.2111 : 2475.3211 .
4231. 5536. 6565. 3281 : 9324.2110 .
2213 : 4464. 5636 : 3210.6912.6229 .
3611. 6723.6711 . 3276.3211 . 2322.
3411.6844 : 1211.8231.8428.6434:
4824. 3612: 2000 . 3421. 6322. 3213 .
6411.86223611. 4123. 2111 : 8163 .
2110. 2222 : 6212. 8527. 2212. 5636 .
1863 .
I iij .
102 Extraordinaire
Lors que je vous eus envoyé le
commencement du Traité des Luneres
employé dans le XIX. Tome de
l'Extraordinaire , vous me témoignastes
que puis qu'il estoit dédié à
Monfeigneur le Duc de Bourgogne,
vous feriez bien - aife d'en voir l'E
piftre , parce qu'il avoit parufingu
lier à quelques -uns qu'on euft adreffe
un Traité de cette nature à un Prince
qui eftoit encor dans le Berceau. Li.
fez, Madame, & faites lire à tous vos
Amis cette Epistre qu'ils attendent
avec tant d'impatience. Ils la trouweront
tres- digne defon Autheur, &
je ne doutepoint qu'apres l'avoir lûe,
ils n'avoient que les chofes les plus
éloignées entr'elles , peuvent avoir
du raport, pourveu qu'on les fçache
bien tourner. Voicy de quelle maniere
' du
Mercure Galant. 103
M' Comiers parle à Monseigneur le
Duc de Bourgogne.
VOUS
Ous repofez , MONSEIGNEUR
, fans foin & fans
chagrin dans un Berceau Royal ,
à l'ombre d'une Moiffon de Palmes
, & de Lauriers du plus augufte
& du plus grand des Mo
narques de la Terre , duquel on
ne peut dignement faire le Panégyrique
, qu'avec les mefmes ter.
mes que le S. Efprit employa
dans le premier Chapitre des Li
vre des Machabées , pour faire
celuy d'Aléxandre le Grand . Siluit
Terra in confpectu ejus . Tous les
Princes de la Terre trembloient
en fa préfence, Mais , MONSEIGNEUR
, avec l'âge , vous vous
fentirez eftre né pour occuper di
I iiij
104
Extraordinaire
gnement la Renommée à publier .
dans tous les coins de l'Univers ,
vos faits plus qu'héroïques. Vous
ferez toûjours chery de la Victoi
re ; vous ferez toûjours la terreur
des Ennemis , & la joye des
François . Enfin comme,
Parvos non Aquilis , fas cft educere
fætu ,
..
Antefidem Solis judiciumque Poli.
Vous ferez par vous mefme , autant
que par voftre naiſſance , un
Prince incomparable ; & pour .
dire tout en un mot , vous ferez ,
MONSEIGNEUR , en tout lieu &
en tout temps , un Fils digne du
Pere & du Grand Pere.
: Mais
MONSEIGNEUR , Vous
aurez le mefme fujet que cet Alé--
xandre Macédonien , Fondateur
de la Monarchie des Grecs , de
du Mercure Galant . 105
5,
vous plaindre que toute l'Europe
cedant déja par tout aux Armes
du Roy toûjours victorieuſes ,
vous ferez obligé d'aller chercher
un nouveau Monde pour
fournir de matiere à voftre bras,
& trouver des Ennemis de la
France.
C'est pour cela , MONS EIGNEUR
, que dans voftre Berceau
mefme , je vous préfente
des Lunetes de longue veuë , pour
voir ces autres Mondes fi éloi
gnez de nous , & qu'on a commencé
à découvrir dans ce Sie.
cle plein de Miracles , par le
moyen des Téleſcopes , qui par
une innocente Magie , rendent
préfentes à nos yeux les chofes
les plus cachées dans leur grand
éloignement, C'est par le moyen
106 Extraordinaire
des Lunetes que la divine Aftronomie,
digne un jour de vos plus
belles Etudes , penetre les Cieux,
& fait un nouveau commerce
dans les Aftres .
...
Tranfcendit ad Aftra
Difciplina audax , inquirit fedula
motus ,
Veftigatque Situs , oculis nova Sidera
luftrat,
Et gemino fubnixa Vitro, miracula
pandit.
C'eft ,
MONSEIGNEUR , par le
moyen des Télescopes , qu'on reconnoift
par expérience ce que
dit l'Eccléfiaftique Chap. 11. &
43 que les Ouvrages du Treshaut
font pleins de majeſté , cachez
& inconnus au commun
des Hommes ; & que nous pouvons
dire comme S. Jean dans le
du Mercure Galant . 107
21. Chapitre de l'Apocalipse , f'ay
vú un Ciel nouveau , & une nonvelle
Terre. Vous ferez , MONSEIGNEUR,
de ce nombre . Le Ciel
a allumé l'un de fes Flambeaux
extraordinaires , pour annoncer
voftre Naiffance à toute la Terre;
& cette heureuſe nuit du 6. du
mois d'Aouft dernier 1682. fut
éclairée à Verſailles durant quelques
heures par un Feu celefte ,
& qui furprit tous ceux qui le virent.
Ainfi , MONSEIGNEUR , j'ay
d'affez bonnes Lunetes pour lire
dans l'avenir , & dans les Etoiles
du Ciel , que le Prophete Ifaye
Chapitre 34. Verfet 4. compare
à un Livre , & le Prophete Baruch
Chap . 6. Verfet 59. nous affure
Que les Etoiles refplendiſſantes
08 Extraordinaire
beiffent , quand elles font envoyées
pour chofes utiles. C'est pourquoy,
MONSEIGNEUR
,
Credite me vobis , folium recitare
Sibilla,
& que je fuis, & c.
25522-5525522-2555
SUITE DU TRAITE'
DES LUNETES,
Par M' Comiers d'Ambran , Prevoſt
de Ternant , Profeſſeur des Mathématiques
à Paris.
NOU
Ous donnons icy la conftruction
des fimples Télefcopes
, ou Lunetes de longue veuë,
qui n'ont que deux Verres, l'un
du Mercure Galant. 109
objectif, toûjours plan- convexe,
ou convexe des deux coftez , &un
oculaire , plan- concave ou concave
des deux coftez ; ou planconvexe
ou convexe des deux
coftez . C'est pourquoy il y a deux
genres de Télescopes , car le Verre
oculaire du premier genre eft
concave , par lequel on voit l'objet
dans fa fituation naturelle ; &
leVerre oculaire de l'autre genre
de Lunete eft convexe , qui fait
voir les objets renverfez , maist
qui en échange fait découvrir
tout à coup , & en mefme temps,
cent fois plus de terrain , ou plus
grande baze du conevifuel , que
ne fait la Lunere à l'oculaire concave.
Deux Lunetes de mefme
genre & d'égale puiffance,
forment les Bezicles Télescopiques ,
ΣΤΟ Extraordinaire
S
&
qu'on appelle Binocles. Nous démontrerons
en quel temps ,
par qui ils ont efté inventez .
Bien que Guftchonius ait démontré
que la réfraction du Verre
eftant à la réfraction de l'air
comme 13. à 20. l'unique efpece
des figures hyperboliques & fections
propres pour les Verres
des Lunetes , eft de 42. degrez
32. minutes ; neantmoins comme
tous les Verres conoïdes ne fubfiftent
que dans l'idée , puis qu'on
ne peut les bien travailler à cauſe
de la diformité réguliere de leur
figure , les feuls Verres fphériques
peuvent produire un bon
effet , parce qu'ils peuvent eftre
exactement travaillez , à caufe de
leur figure uniforme en toutes fes
parties ; & fi on compare les produ
Mercure Galant. III
prietez dé l'hyperbole , avec les
proprietez du cercle dans fes finus,
on trouvera qu'un Veire
fphérique n'ayant que peu de degrez
à découvert , n'eft que de
tres -peu inférieur au Verre qui
féroit hyperboliquement formé;
outre que fi la figure hyperbolique
eft preférable à la circulaire,
pour la précife réunion des
rayons émanez du point de l'objet
qui fe trouvera dans l'axe , elle
n'eft pas fi avantageufe que la figure
fphérique pour la réunion
des radiations des points latéraux
de l'objet .
Je dis que toute la fcience de la
Conftruction des Lunetes de lon.
gue veuë , que Keppler dans la
Préface de fa Dioptrique appelle
un ail artificiel , dépend de fix
chofes,
112 Extraordinaire
la
1. A déterminer la diſtance
du Verre, à l'image de l'objet ;
diſtance de l'objet au Verre ef
tant donnée.
2. A démontrer la grandeur
de cette image.
3. A donner une jufte ouverture
au Verre objectif, propor
tionnée à la longueur de fon
Foyer folaire , & à fon oculaire
A connoiſtre la juſte proportion
du diametre du Verre objectif,
au diametre du Verre ocu
laire.
4.
5. A l'arrangement des Verres
dans le Tuyau de la Lunete .
6. A bien efpacer dans la lon.
gueur des Tuyaux certains anneaux
ou diaphragmes.
. 1. A déterminer dans tout éloignement
de l'objet , au Verre
du Mercure Galant. 113
IN
objectif de la Lunete , la lon .
gueur ou diſtance du Verre à fon
Foyer objectif, peinture ou baze
de diftinction de l'image de l'objet
, telle qu'on la voit fur un Papier
dans une Chambre noire,
ou fur la Retine d'un oeil artificiel
; car le Verre objectif produit
prés de l'autre bout de la Lu
nete dont l'oculaire eſt un Verre
convexe , une tres - petite image
de l'objet , peinte de toutes fes
couleurs , & dans la fimétrie de
toutes les parties ; nous regardons
enfuite dans la Lunete cet
objet aërien tres - proche de l'oeil ,
ou plútoft nous en recevons les
radiations de chaque point fur
un Verre oculaire convexe , qui
fert à peindre à la renverfe fur le
fonds de l'oeil ce petit objet aë-
Q.de Fanvier1683. K
114
Extraordinaire
rien beaucoup augmenté ; de
mefme que lors que nous confidcrons
de fort prés les plus petits
objets avec un Microscope. C'eft
pourquoy le Télescope eft un Microſcope
renversé , qui fait que
l'apparence artificielle de cette
petite image aeriene qui y tient
lieu d'objet , augmente extraor
dinairement l'aparence naturelle
de l'objet.
La diſtance de ce Foyer ob.
jectif , ou baze de diſtinction de
l'image aeriene de l'objet , ne
confifte pas dans un point indivifible
, puis qu'eſtant reçeuë un
peu plus loin , ou un peu plus
prés , il n'en arrive pas une fenble
confufion .
Pour déterminer la diſtance
du Verre objectif à l'image de
du Mercure Galant. 15
1
les
l'objet , que nous appellons Foyer
objectif réel , il faut premierement
connoiftre la longueur ou diftance
du mefme Verre à l'image
réelle du Soleil , que nous nommerons
Foyer Solaire. Il faut en
fuite remarquer. 1. Que fi l'ob-
-jet n'eft éloigné du Verre ob.
jectif que de la longueur de fon
Foyer Solaire antérieur
rayons de l'objet en fortiront ра.
ralleles , & ne fourniront aucune
image de l'objet. 2. Que fi l'ob
jet eft encor plus proche du Verre
, c'eſt à dire , s'il eft entre fon
Foyer Solaire antérieur , & le
Verre , les rayons de chaque
point de l'objet tombant trop divergens
fur le Verre, ils en fortiront
divergens , en forte que s'ils
eftoient reproduits en ligne droi-
Kij
116 Extraordinaire
te , ils iroient concourir du cofté
de l'objet à une certaine diftance
ou endroit que nous appellons
Foyer virtuel ; car les rayons de
chaque point de l'objet fortiront
du Verre autant divergens , que
fi effectivement l'objet eftoit en
ce Foyer virtuel , & qu'entre l'objet
& noftre oeil , il n'y cuſt aucun
Verre interpoſć .
2
Les Verres plan- concaves , &
ceux qui font concaves des deux
coftez , ont leur Foyer Solaire
toûjours virtuel autant éloigné
, que le Foyer réel Solaire
d'un Verre plan- convexe de mefme
diametre ou fphénicité , ou
d'un Verre convexe des deux
coftez.
Quant à la diſtance du Verre
convexe à l'image du Soleil , que
du Mercure Galant . 117
par analogic j'appelle FoyerSolaire,
je dis que fi le Verre eft planconvexe
, quelle des deux fuperficies
que vous préſentiez directement
au Soleil , le Foyer ſera éloigné
du Verre de la longueur de
l'axe de la Sphere dont le Verre
eft un fegment , ou de la longueur
du diametre de la convexité du
Verre , ce qui eft la mefme choſe.
Que fi le Verre eſt également
convexe des deux coftez , je dis
que le Foyer Solaire fe fera à la
diftance d'un demy - diametre ,
n'ayant pas égard à l'épaiffeur du
Verre, laquelle porte le Foyer un
peu plus loin.
Je n'ay auffi point d'égard , que
la longueur du Foyer Solaire eft
infenfiblement plus courte dans
l'apogée , que dans le perigée du
"
118 Extraordinaire
Soleil , que j'expliquay dans l'Académie
Royale des Sciences ,
par la moindre impreffion de
mouvement que les rayons du Soleil
font far les Mers qui font fous
le Tropique d'Hyver ; c'eft pourquoy
la maffe de tout le Tourbillon
de la Terre s'enfonce , &
s'abîme davantage vers le centre
de l'Univers en s'approchant du
Soleil ; & au contraire le pouffement
des rayons du Soleil , qui *
Aluent & refluent dans le corps
liquide du Soleil , comme j'ay expliqué
en 1665. dans mon Livre
de La Nouvelle Science des Cometes,
faifant plus d'effort , & plus d'impreffion
de mouvementfur la furface
folide des Terres qui font
fous le Tropiques d'Eté , chaffent
& repouffent plus loin noftret
du Mercure Galant.
119
Terre , en nous éloignant davantage
du centre de l'Univers ; de
mefine que le preffement caufé
fur les Mers , par le paffage du
Tourbillon de la Lune , produit
le flux & reflux de la Mer : & en
faifant changer de place le centre
de gravité de la Terre, & c. l'eau
monte au fommet des plus hautes
Montagnes , puis qu'au Mont
S.Michel l'eau de la Mer s'y éléve
juſques à 60. pieds plus qu'à l'ordinaire
, & que plufieurs Fontaines
ceffent de couler pendant
le reflux de la Mer. Cette éle .
vation a encor cette caufe partiale
, qu'une égale hauteur d'eau
de Mer eftant devenuë douce
par les filtres des terres & de fables
, pele moins ; outre que le
feul mouvement diurne de la
ΙΣΟ Extraordinaire
Terre fur fon axe d'Occident en
Orient, qui eft tres -rapide fous la
Zone Toride , eft une caufe fuffi.
fante pour forcer l'eau dans les
Canaux foûterrains à monter, &
remplir continuellement les Ré.
fervoirs qui font dans les creux
des Montagnes , car l'embouchûre
inférieure de ces Tuyaux
foûterrains qui fe trouvent tournez
vers l'Orient , heurtent con.
tinuellement avec violence les
eaux de la Mer , & la forcent à
monter fur les Montagnes . Comme
à celle de S. Guillaume , l'une
des plus hautes des Alpes , qui eft
au Septentrion de la Ville d'Am.
brun , fur laquelle on trouve un
grand Lac, qui fournit à plufieurs
Ruiffeaux toûjours également
Hyver & Eté . M ' le Comte de
Keffel,
THEUVE
DE
LYON
BIBLIO
BIB
THEQUE
bild
LYON
du Mercure Galant. 121
Keffel m'a dit qu'en Ecoffe à
trois lieuës de fon Château , il y a
un Rocher dans la Mer , du fommet
duquel fortent plufieurs
Ruiffeaux d'eau douce , de mef
me que des Montagnes de l'Ifle
Sainte Hélene .
Revenons au premier Probléme
general de la conftruction des
Télescopes , ou Lunetes à longue
veuë.
Eftant donnez la distance de l'ob
jet , au Verre objectif plan- convexe,
ou convexe des deux coſtez , trouver
la distance du Verre au Foyer objectif,
ouimage deftincte de l'objet.
1. Si l'objet eft au point du
Foyer Solaire du Verre , comme
en la Figure I. les rayons de la
radiation d'un meſme point de
l'objet en fortiront paralleles .
Q. de Janvier 1683. L
122 Extraordinaire
2. Si l'objet eft plus éloigné
du Verre que fon Foyer Solaire,
comme en la Figure 2. les rayons
en fortiront convergens , & ferontun
Foyer réel objectif, ou ima.
'ge diftincte de l'objet , telle que
par expérience on la voit fur un
Papier dans une Chambre noire,
ou fur la Retine d'un oeil artifi
ciel.
3. Si l'objet n'eft pas éloigné
du Verre de la longueur de fon
Foyer Solaire , comme dans la Figure
III. & IV . les rayons en for
tiront divergens , & le Foyer ob
jectiffera virtuel , tel que
vons expliqué en la page.
nous l'a-
1. Probleme , Figure II . Eftant
donnez , la diftance AD , de l'objet
AB , au Verre plan.convexe D , comme
auffi DF , longueur de fon Foyer Sodu
Mercure Galant.
123
laire. Trouver la longueur D , on
diftance du verre D , à l'image ba,
diftincte & renversée de l'objet a B.
Analogie AF . FD :: AD . Dy.
Exemple. Soit AF 45 , FD 15,
AD fera 60, & D , requiſe ſera 20.
2. Probleme Figure II . Eftant
donnez de pofitione D , diffance de la
Table d'attante , Foyer réel objectif
ou image future de l'objet au Perre
D, comme auffi la distance DF fon
Foyer Solaire. Trouver la distance.
DA, en laquelle doit eftre placé l'objet
2B , afin que le Verre D porte fonimage
diftincte en bea.
Analogie D--DF: DF :: • D.DA.
Corollaire. Donc fi l'objet eft
en A,on image eft en e ;
& fi l'ob.
jet eft en , fon image
eft en A.
C'eft icy le principe
de la Lanterne
Magique
, dont nous avons
Lij
124
Extraordinaire
donné la conſtruction , dans la
premiere partie , qui eft dans le
Mercure Extraordinaire d'Octobre
dernier , car elle confifte à
faire voir dans un lieu tres-obſcur
, l'image gigantefque peinte
de vives couleurs d'un objet
prototype de deux ou trois pou
ces de diametre , eftant à obfer.
ver qu'il ne faut que renverfer le
petit prototype, pour en faire pa,
roiftre l'image redreffée , & gigantefque.
C'eft fur ces réfléxions . qu'en
1652. eftant au Fort de l'Eclufe,
.......Sic dulce fciendi
Formentum , & ftudÿ fubit infidiofa
voluptas.a
que faifant mes expériences
Dioptriques, je trouvay le moyen
de faire fervir de Microfcope les
du Mercure Galant. 125
longues Lunetes d'approche,
mettant le petit objet quelques
lignes plus éloigné du Verre objectif
, que de la longueur de fon
Foyer Solaire , car cette diftance
du petit objet au Verre , eftant
connue & prife à volonté , je cón
nus par le premier Probleme la
diſtance du Verre obje&if à l'i. ·
mage de l'objet , j'adjoûtay en
fuite comme on fait ordinaire.
ment aux Lunetes d'approche,
un Verre oculaire concave en
dedans de cette image , ou un
Verre oculaire convexe au deça
de cette image , éloigné de la
longueur de fon Foyer Solaire.
En l'année 1655. j'en fis à Dijon
voir l'expérience à M Mariote,
& à plufieurs autres Sçavans
chez M le Confeiller Lantin.
L iij
126 Extraordinaire
J'en ay apres indiqué la maniere
dans la 53. page
de mon Livre de
La Nouvelle Science des Cometes,
imprimé à Lyon en 1665. Cette
Invention plût fi fort , fix ans
apres que je l'eus rendu publique
à M'Gracculus de Phedre , qu'il
en orna la Dioptrique Oculaire, im
primée en 1671. Voicy les ter.
mes de fa 265. page. Feſtime , ditil
, cette utilitéfinguliere, &jufques
à préfent inconnue .... Fadvouë,
adjoûte-t-il , que l'effet admirable
de l'Oculaire en ce fujet , m'a fouvent
furpris&portéjusqu'à l'étonnement.
Puis que ce Adioptricien ſi fameux
par tant de Volumes de vi.
fions , fe plaint dans la 266. page
•de la Dioptrique Oculaire , qu'il ne
luy a pas efté permis d'en pouvoir
fatisfaire entierementfa curiofité, par
du Mercure Galant. 127
le défaut , dit- il , de lieu commode
pour contenir fon Tuyan étendu de
70. ou de 80. pieds qu'il luy auroit
falu de longueur , pour l'expérimenterfur
lespetits objets proches , c'eſtà
dire , ( cefontfes propres termes )
pafez diftans de fon Verre objectif
plan-convexe , peu plus que la longueur
defon diametre de 20. pieds.
Je dis contre ces Alleguez.
1. Qu'un Tuyau de dix pouces
fuffit pour le Verre objectif , &
un Tuyau d'un pied pour le Verre
oculaire , car les axes de ces
deux Tuyaux , auffi bien que les
axes des Verres eftant en une
mefme ligne droite & libre , &
les Verres dans leur éloignement
proportionné à la diftance d'un
petit objet , on n'a pas beſoin de
cette continuation de longueur
4.
Liiij
128 Extraordinaire
de Tuyau d'un Verre à l'autre , &
le Tuyau garny du Verre ob .
jectif, peut eftre placé dans un
petit trou fait à la Muraille d'un
Jardin , au delà de laquelle fera
T'objet fortement éclairé , & le
Tuyau du Verre oculaire fera
auffi placé dans un trou du Mur
opposé dans voftre Chambre,
l'entre - deux pouvant eftre un
Jardin , une Place publique , &c.
Je me fuis diverty autrefois de la
mefme maniere ; & comme on
peut faire voir fucceffivement la
repréſentation de diférens objets
, cela paroiftra tres -furprenant
de voir par une Lunete à
travers la Muraille , des objets
qu'on ne peut mefme ſoupçonner
eftre en quelque part , d'autant
que la Muraille du Jardin les coudu
Mercure Galant.
129
vre de la veuë naturelle,
2. Sur le peu plus que vingt
pieds de diſtance de l'objet au
Verre plan- convexe de vingt
pieds de diametre , dont a parlé
Ï'Autheur de la Dioptrique Oculaire
de l'année 1671.Je dis que fonpeu
plui que de 20.pieds ne fe peur entendre
que de quelques pouces,
& non pas d'un pied ; car file
peu plus que 20. pieds vaut un
pied , on doit dire que le tout eft
21. pieds.
3
Suppofons donc , fon peu plus
valoir 4. pouces , pour lors le
Tuyau de la Lunete par mon pre
mier Probleme feroit de 1220.
fans parler de la longueur du
Foyer Solaire de l'oculaire , s'il eft
convexe ; ainfi fon Tuyau feroic
de 1140. pieds plus long que les
130
Extraordinaire
80. pieds qu'il dit qu'il luy faudroit.
Suppofons maintenant que
fon peu
plus
de 20. pieds
valut
21. pieds
de diftance
de
l'objet
au
Verre
objectif
planconvexe
de
20.
pieds
de diametre
, la diftance
du
Verre
à l'image
de
l'ojet
ou
longueur
de
la Lunete
fera
de
420
.
pieds
, fans
mefme
y comprendre la longueur
du
Foyer
Solaire
du
Verre
oculaire
, s'il
eſt convexe
;
ainfi
l'Etuy
de
la Lunete
feroit
de 340.
pieds
plus
long
que
les
80.
pieds
que
luy
affigne
cet
Auheur
Agéometre
, fi celébre
par
tant
de Volumes
de
vifions
. Car
comme
dit
le grand
Seneque
, à
la fin de
fa 79.
Lettre
, Paucis
imponit
leviter
extrinfecus
inducta
fa- cies.
du Mercure Galant.
131
3. Probleme, Figure II . Eftant
donné lagrandeur a в de l'objet. AD,
fon éloignement au Verre D , & fon
Foyer Solaire DF , trouver la grandeur
ba, de fon image. Trouvez par
le 2. Probleme Do, la distance du
Verre del'image, vous aurez enfuite
Sa grandeur par la fuivante.
Analogie , DA . a B : D. ba,
requis.
Corollaire. Quand la diftance
AD, eft double du Foyer Solaire
DF , l'objet BC eſt égal à fon
image , & l'objet & l'image font
également diftans du Verre D.
4. Probleme , Figure III. Eftant
donné Ao , diftance de l'objet àfon
image , déterminer le plus grand
Foyer du Verre qui puiffe produire
cette image.
1. Je dis que la quatrième par
132
Extraordinaire
tie de la diftance Ae , donne la
longueur du Foyer Solaire du Verre
requis.
2. Que le Verre doit eftre placé
en égale diſtance du point A,
au point .
3. Que la grandeur de l'image
fera égale à la grandeur de l'objet
, & que c'eft icy le fecret de
peindre au naturel un Homme,
par le moyen des efpeces reçeuës
dans la Chambre noire .
S.
[ s. Probleme Figure III. Eftant
donné A , diftance de l'objet à fon
image, DF & la longueur du Foyer
Solaire du Verre qui la produite . Trouver
le point D , place du verre , ou
AD, & Do fes diſtances à l'objet
& à l'image.
Soit par exemple dans la Ligure
III. A , 80. la diſtance de
du Mercure Galant.
133
l'objet A, à fon image , & foit
D, 1. la longueur du Foyer Solaire
du Verre. Donc, A -2DF
AX so, Donc fa moitié Ay,
25. & l'autre moitié fy 25. & zf,
eft is. parce qu'elle eſt égale á
DF 15. longueur du Foyer Solaire
du Verre. Donc par là 47.
du 1. des Élémens d'Euclide , de
625. Quarré de z f, 25. oftant 225.
Quarre de zf, 15. reſte 400. pour
le Quarré de y z , dont la racine
Quarrée eft 20. Donc y z, eft 20.
Donc Ay, eft 25. + yz , 20. +
zf, Is. AD , 60. pour la diftance
de l'objet au Verre. Donc
AX so - AZ 45. = ZX , ou Do,
. diftance requife du Verre à l'i
mage.
Apres avoir remarqué que
pour la folution des Problemes
134
Extraordinaire
concernant la diſtance desFoyers
réels objectif , on peut auffi employer
icy la fuivante Analogie,
AF . FD :: FD . DZ. car DZ +
FD = D.
Je paffe à ce qui concerne let
Foyer Virtuel objectif ou imaginaire
des objets , qui font entre le .
Verre & fon Foyer Solaire. Comme
dans la Figure III . & dis,
1. Que ce Foyer virtuel ob.
jectifest du cofté de l'objet , &
toujours plus éloigné du verre
que l'objet mefme , car les rayons
de la radiation de chaque point
de l'objet tombant trop divergens
fur le verre plan- convexe
ou convexe des deux coftez , en
fortent moins divergens , c'eſt
pourquoy fi on les imagine eftre
reproduits du cofté l'objet , ils
du Mercure Galant . 135
iront le réunir plus loin que n'ett
l'objet , & ce point de reunion
eft un Foyer virtuel partial de
tout le Foyer virtuel de cet objet
; car fi l'objet eftoit placé en
ce Foyer virtuel , & qu'il n'y eut
point de verre interpofé entre
l'objet & noſtre oeil , les
rayons
en viendroient avec la meſme
divergence qu'ils fortent du ver
re , quand l'objet n'eſt pas éloigné
du verre de la longueur de
fon Foyer.
1. Probleme. Eftant donnez la
distance de l'objet au Verre , moindre
que la longueur de fon Foyer Solaire,
trouverla diftance de l'objet.
Comme la diſtance de l'objet
au verre , plus la moitié de la
longueur de fon Foyer Solaire,
Eft à la longueur , du Foyer So.
laire.
196
Extraordinaire
Ainfi la diftance de l'objet au:
Verre,
Eft à la diſtance de fon Foyer
virtuel.
A cette distance trouvée de
l'objet à ſon Foyer virtuel , ajoûtez
la diſtance du Verre à l'objet;
( car comme nous avons déja remarqué
, le Foyer virtuel eft tou
jours plus que l'objet éloigné du
Verre & vous aurez la diftance
requife du Verre au Foyer virtuel
de l'objet .
En voicy des exemples. Soit
dans la Figure III . le Verre D
plan-convexe , & la longueur de
fon diametre , ou Foyer Solaire
DF 24. pieds , & DC fa moitié
ou demy- diametre 12. & l'objet
foit en G éloigné de 8. pieds
de la convexité du Verre. Je
du Mercure Galant. 3377
:
dis que fuivant l'Analogic ,
GD
8. GH 93
S
୨
DC = 20. DF 24 :: :: GD
Donc ' DG GH17 pieds
3 diſtance du verre D , au Foyer
virtuel H , de l'objet. Si l'objet
eftoit au milieu de la longueur du
Foyer Solaire entre D & F , fon
Foyer virtuel feroit préciſement
au mefme point F.
Soit maintenant dans la IV. Figure
le mefine verre , & l'objet
en Là 20. pieds de la convexité
du verre D. Je dis que,
LD
+
DC = 32. pieds, DF 24
:: LD 20. LM, 15.
Donc LD LM = 35. pieds.
diſtance du verre D au Foyer
virtuel M de l'objet L.
Examinons maintenant ce qui
arrive aux verres plan - concaves,
Q. deJanvier 1683. M
138 Extraordinaire
ou concaves des deux coftez , qui
n'ont jamais qu'un Foyer Solaire
virtuel antérieur.
Probleme. Eftant donnez la longueur
du Foyer Solaire virtuel d'un
Verre plan -concave , on concave des
deux coftez , & la distance du Verre
à l'objet , plus éloigné que de la longueur
du Foyer Solaire du Verre.
Trouver la diftance du Foyer objectif
virtuel, au Foyer Solaire virtuel ; &
enfuite la diftance du Verre au Foyer
objectif virtuel , & la distance de
l'objet àfon Foyer virtuel, &lagrandeur
du Foyer virtuel
Vous trouverez premierement
la diftance du Foyer objectif virtuel
au Solaire virtuel , par cette
Analogie.
Comme la distance de l'objet à la
concavité du Verre , plus la longueur
電子
duMercure Galant. 139
du føyer Solaire virtuel du Verre,
Eft à la longueur du foyer Solaire
virtucl du verre .
Ainfi la mefme longueur du foyer .
Solaire virtuel du verre,
Eft à la diftance du foyer virtuet
Solaire , au foyer virtuel objectif,
à conter du cofté du verre , car le
foyer virtuel objectif, en est toujours .
plusprés que le foyer virtuel Solaire .
Soit par exemple dans la VI.
Figure l'objet a B éloigné de 48.
pieds du Verre plan - concave D,
duquel le diametre Df, ou lon
gueur du Foyer Solaire virtuel
eft
24.
ADDƒ72. f D 24 ::ƒD
24. f 8.
8 .
Mais D24.Doncf D--f
.
D 16. diſtance du VerreD
au point . Foyer virtuel de l'ob-
Mij
140 ·Extraordinaire
jet A. Donc DA 48.- D9 16 =
A 32. diſtance de l'objet à fon
Foyer objectif virtuel .
Vous aurez maintenant la grandeur
du Foyer virtuel objectif, ou
image imaginaire boa de l'objet
AB , par la 4 propofition du vI .
Livre des Elemens d'Euclide
DA. aB Dz ab .
Examinous maintenant ce qui
arrive aux rayons d'un point de
l'objet , lefquels au fortir d'un
Verre convexe tombent convergens
fur un Verre concave mis
entre le Verre convexe & fon
Foyer objectif ou point de concours
des rayons qu'il a rendu
convergens .
Il ya 3. cas diférens : car , où le
Verre concave a le point fde fon
Foyer folaire virtuel préciſement
du Mercure Galant.
141
avec le point F foyer Réel obje-
&tif du Verre convexe , comme
dans la Fig. vit. où fon point f
eft plus éloigné que le point F du
verre convexe , comme dans la
Fig. 1. où enfin fon pointfest
entre le Verre convexe & le point
F Foyer ou concours de rayons
convergens , comme dans la Fi
gure VIII.
Dans le premier cas , que les
points f& F s'uniffent comme
dans la Figure vit . en laquelle
par le moyen du Verre convexe
les rayons divergens de la radia .
tion d'un point de l'objet devenus
convergens RF. RF tombent
fur le Verre concave , je dis qu'ils
en fortiront paralleles par les
lignes rtrt , de mefme que fi l'objet
n'eftoit éloigné du Verre con142
Extraordinaire
cave que de la longueur de fon
Foyer virtuel folaire ; car pour
lors les rayons de la radiation de
chaque point de l'objet tombant
divergens fur le Verre concave ,
en fortiront ainsi paralleles com .
me on voit dans la Fig. v. C'eft
en cela que confifte tout le myftere
de l'effet admirable du Telefcope
ou Lunette d'approche, dont
le Verre oculaire eft concave ,
auquel on applique l'oeil le plus
prés qu'il eft poffible . Car les
rayons de la radiation de chaque
point de l'objet , tombant paralleles
fur l'humeur ccriftalin de
ceux qui ont la vûë longue , les
rend convergens & ils portent fur
la Retine leur Foyer, concours ou
pinceau de rayons , avec lesquels
ils peignent l'image de l'objet .
du Mercure alant.
143
Eftant bien à remarquer qu'afin
que l'image d'un objetfoit peinte
diftinctement fur la Retine , il faut
neceffairement que les rayons de
la radiation de chacun des points
de l'objet, tombent fur l'humeur
cristalin , ou phifiquement paralleles
quand l'objet eſt tres- éloigné
, ou fenfiblement divergens
quand l'objet eft fort proche; car
la nature n'a que des rayons divergens
d'un mefme point de l'objet
eftant du tout impoffible qu'ils
foient naturellement convergens.
Dans le fecond cas , auquel
comme on voit dans la Figure
VII . le point F Foyer objectif du
Verre convexe , eft entre le Ver,
re concave & fon Foyer Solaire
virtuel f, les rayons RF RF tombez
convergens fur le Verre con144
Extraordinaire
cave , en fortiront moins convergens
, & par conféquent leur
Foyer ou concours ſera retardé ,
& porte plus loin en , & l'image
de l'objet en fera par conféquent
beaucoup plus grande ; c'eft pour
quoy afin de beaucoup augmenter
& mefme rendre plus diftinctes
les images renversées des objets
qu'on reçoit dans la Chambre
noire fur un papier ou linge
tendu , nous mettons à la Lunete
ordinaire une plus grande portien
d'un Verre concave d'un
plus grand diametre que n'eftoit
le Verre concave oculaire , & nous
allongeons la Lunete d'appro
che , ayant mis dans le trou fait
au volet de la feneftre de la
Chambre noire , le bout du tuyau
de la Lunete garny de fon Vérre
objectif
du Mercure Galant. $ 45
objectifconvexe , file Verre ocu
laire eft concave des deux côtez
il fait encor mieux.
I
Ce nouveau Foyer réel du
Verre convexe porté plus loin
parl'interpofition du Verre concave,
mérite le fuivant.
Probléme . Le point du concours
des rayons eftantentre le Verre plan
concave & l'extrémité de fon Axe
Figure VIII . déterminer la longueur
D distance du Verre concave au
nouveau Foyer objectifréel , prolongé..
Faites l'Analogie fuivante,
Comme fr , la distance des deux
Foyers f virtuel du Verre concave ,
& Fréel du verre convexe,
Eft à fD, longueur du Foyer wirtuelfolaire
du verre concave.
Ainfi DF la distance du verre con-
Q. deJanvier1683.
N
146
Extraordinaire
cave au Foyer objectifdu Verreconvexe,
,
Eft à De distance du Verre con
cave au nouveau Foyer prolongé
requis, ou image réelle de l'objet.
Soit dans la Figure viii . le point
du concours des rayons convergens
à 16. pieds duVerre concave
Dfeftant 24. & DF eftant 16. Ff, fera
8. & par l'Analogie fr 8. fD 24::
FD 16. D48 . Foyer objectif prolongé.
Et par raifon converſe fi
l'objet eftoit en à 48. pieds du
Verre concave , fes rayons tombant
divergens fur le Verre concave
en fortiroient plus divergens,
& auroient pour leur Foyer
virtuel le meſme point F à 16.
pieds du Verre concave de mefdans
la Figure vi.
me que
1
• 9D 48¬DF 2472. Df 24:: DF
24. fF 8 .
du Mercure Galant.
147
Mais fD 24-fF 8 FD 16. diftance
requiſe du Verre au Foyer
virtuel F de l'objet .
Quant au 3. cas , auquel le
point f Foyer Solaire virtuel du
Verre concave, eft entre le Verre
concave & le point F, concours
des rayons convergens ou Foyer
réel objectif du Verre convexe ;
Je dis que les rayons qui tombent
ainfi convergens fur le Verre concave
, en fortiront divergens &
auront un Foyer virtuel .
Probléme. Estant donné la diftance
du Verre concave an Foyer réel
objectifdu Verre convexe, plus grande
que n'est la distance du Verre
concave àfon Foyer Solaire virtuel,
déterminer la distance du Verre concave
au foyer virtuel qu'il caufera par
fon interpofition , en rendant diver
Nij
48
Extraordinaire
as les rayons convergens du Verre
Convexe.
Analogie. Comme l'excés de la
diftance du Verre concave au
point de concours ou Foyer objectif
du Verre convexe, par deffus
la longueur du Foyer Solaire
virtuel du Verre concave ,
Eft à la longueur du Foyer Solaire
virtuel du Verre concave .
Ainfi la diſtance du Verre concave
au concours des rayons convergens
,
Eft à la diftance du Verre
concave , au Foyer virtuel re.
quis.
Soit dans la Figure v . le Verre
plan - concave duquel le diametre
Df, ou longueur de fon Foyer folaire,
foit 12. pieds ,& foit le point
F foyer réel objectif du Verre
du Mercure Galant. 149
convexe ou point du concours
des rayons éloigné de 18. pieds
du Verre concave . Donc Ff fera
6. pieds, faites l'Analogic.
Ff. 6. fD . 12:: FD 18. C 36.
pieds .
Paffons à l'ufage : les Miopes
ou courtes veuës ont befoin de
rayons fenfiblement divergens,
car ils ne voyent diftinctement
que les objets qui font fort proches
, racourciffent le Telescope ou
Lunete d'approche , car par ce
moyen le point F du concours des
rayons rendus convergens par le
Verre convexe, eftant au deça du
point of foyer virtuel folaire du
Verre concave , les rayons en
fortent divergens , & tombent
fur l'humeur criftalin , autant divergens
que s'ils eftoient partis
Niij
150
Extraordinaire
du point foyer objectif virtuel
ou image imaginaire de l'objet.
Ainfi les Miopes ont ordinairement
la veuë plus diftincte , plus fubtile
& plus ferme que ceux qui ont
la veuë longue , parce que les
Miopes reçoivent les rayons divergens
du foyer virtuel ob.
jectif , qui eft plus proche du
Verre concave , & par confé.
quent de l'oeil qu'on met tout
contre, que n'eft le foyer objectif
virtuel des rayons paralleles qui
eſt éloigné du Verre concave de
la longueur de fon foyer folaire
, lequel foyer objectif virtuel
eft par conféquent plus éloigné
de l'oeil de ceux qui ont la veuë
longue.
du Mercure Galant.
ISI
De la jufte ouverture ou partie
découverte du Verre objectif
du Teleſcope.
PA
Ar ce mot Teleſcope ou Lunete
d'approche , qui fait
voir diftinctement les objets éloignez,
nous entendons un tuyau
droit & cilindrique , dont chaque
bout paroit garny d'un Verre
fpheriquement travaillé : le
Verre qu'on préfente à l'objet eft
appellé Verre objectif, & l'autre
eft nommé Verre oculaire, parce
qu'on l'approche de l'oeil pour
voir les objets éloignez comme
s'ils eftoient proches . Nous avons
dit ailleurs que la Lunete
d'approche eftoit comme un oeil
artificiel , C'est pourquoy fi l'ou-
Nij
152
Extraordinaire
verture du Verre objectif en trop
grande , les rayons de la radia
tion despoints latéraux de l'objet ,
tombant trop obliquement fur
les bords du Verre , lefquels d'ail
leurs font toûjours moins bien
fpheriquement travaillez , font
plûtoft leur concours ; c'eft pourquoy
apres leur decuffation le
pefle- mêlent au Foyer des
rayons de la radiation des autres
points de l'objet , lefquels eftant
tombez peu inclinez & fort prés
du fommet de l'âxe du Verre ,
font leurs concours plus loin
c'eft pourquoy l'image aeriene de
l'objet qui fe forme au Foyer
eftant confuſe , la vifion n'en
peut eftre diftincte.
Si cette ouverture du Verre
objectif est trop petite , l'image
du Mercure Galant . 153
de l'objet en fera tres - diftincte
& bien terminée , mais fombre
ou peu éclairée , principalement
fi le Verre oculaire eft d'une fort
petite portée , ou petite longueur
de Foyer virtuel Solaire , parce
qu'il augmente davantage l'image
de l'objet , laquelle ne peut
par conféquent eftre vive & bien
éclairée, n'eftant formée que par
une tres-petite quantité de rayons
de la radiation de chaque point
de l'objet .
Il faut donc convenir avec
M' Hook , ce docte & illuftre
Anglois , à préfent Secretaire de
la Societé Royale d'Angleterre ,
qu'un Verre objectif d'un mefme
Teleſcope peut fouffrir diférens
diametres d'ouverture , fuivant le
plus ou le moins de lumiere de
154
Extraordinaire
l'objet ainfi une moindre ouver.
ture eft meilleure pour voir diftin-
&tement les Etoiles & Venus ; &
une plus grande ouverture eft avantageufe
pour voir à la pointe
du jour la Lune , Mars , Jupiter &
Saturne ; ainfi on verra diſtin-
&tement Saturne avec un bon Te.
leſcope de 12. pieds de longueur,
dont le diametre de l'ouverture
du Verre objectif plan- convexe
fera prefque de 3. pouces , & le
Verre oculaire de deux pouces
& convexe de deux côtez. Enfin
la jufte ouverture du Verre objectif,
eft une des chofes les plus
effentielles à la bonté d'une Lunette.
Je conclus , r° . Que la parfaite
veuë artificielle de l'objet , c'eſt à
dire, claire , forte , nette , gaye,
du Mercure Galant.
155
diftincte & bien terminée , dépend
autant de la jufte ouverture
du Verre objectif, què de la
bonté de fon travail.
2º. Que fon trop d'ouverture
nuit davantage à l'oculaire convexe
qu'à l'oculaire concave.
la
3°. Que le Verre objectifėga.
lement convexe des deux coftez ,
fouffrira une plus grande ouverture
qu'un objectif plan- convexe
de mefme portée , parce que
convexité de celuy- là eft moins
élevée eftant d'un diametre deux
fois plus long , les rayons tom.
bent moins inclinez fur fa furface
& fe réuniffent mieux en un melme
point du Foyer. C'eſt par la
mefme raifon que les Verres oculaires
doivent eftre également
convexes des deux coftez pour
156
Extraordinaire
fouffrir une plus grande ouvertu
re , outre qu'il eft moralement
impoffible de trouver un Verre,
dont la fuperficie foit bien pleine
comme il est neceffaire. Je fis la
mefme remarque en l'année 1665.
dans la 485. page de mon Livre
de La nouvelle Science, de la Nature
& Préfage des Cometes.
4°.Que de plufieurs Verres obje
aifs de même puiffance, le meilleur
& le mieux travaillé , eſt celuy
qui avec une plus grande ouverture
& à vec une oculaire de
moindre portée fera voir les ob
jets mieux terminez & diftincts ,
parce que en mefme temps ils paroiftront
plus grands & plus
clairs. Car une excellente Lunete
eft celle qui repréſente l'objet
diftinct, net, bien terminé , clair,
du Mercure Galant.
157
lumineux & gay , c'eft à dire dans
la vivacité de fes couleurs , & tel
qu'il paroift fans Lunete à ceux
qui en font fort proches .
5° . Je dis que les Verres obje
Aifs des grandes Lunetes , ne
peuvent fouffrir avec. diftinction
de l'objet tant d'ouverture que
les objectifs des petites Lunetes,
à proportion de leurs longueurs,
& par conféquent l'objet ne paroiftra
jamais fi clair qu'avec les
petites qui groffiffent moins ; car
un bien objectif d'un pied de
portée , doit fouffrir huit lignes
d'ouverture , & le meilleur objectif
de 4. pieds ne peut fouffrir
que 16. lignes d'ouverture .
6°. Je dis que les diametres des
ouvertures des objectifs excellement
bien travaillez , doivent tou153
Extraordinaire
jours eftre en raifon fous - double
de la longueur de leurs Foyers Sc .
laire , dautant que le Sinus verfus
qui eft la hauteur de la convexité
que les Italiens appellent Col.
mezza, doit eftre le mefme en tous
les fegmens qu'on laiffe décou
vert aux Verres objectifs plan-
& c. c'est pourquoy convexes ,
puis que mon excellent Verre ob
jectifde 4. pieds de puiffance ou
longueur de Foyer Solaire fouffre
avec diftinction une ouverture de
16.lignes de diametre , Je dis qu'un
tres.excellent Verre objectif de
-16. pieds de puiffance pourra
fouffrir une ouverture.de 32. li
gnes de diametre . C'est pour.
quoy fi le verre objectif de la
Lunete de 140. pieds, dont parle
M' Hevelius dans les 382. & 404.
du Mercure Galant.
159
pages de fon Livre Machina caleftis
, imprimé en l'année 1673. eft
excellent , il peut fouffrir une ouverture
de huit pouces de diametre.
Le R. P. de Rheita Capucin
Allemand , dit dans fon Livre
Oculus Enoch & Elia , qu'il faut di
vifer le pied Romain en 10000.
parties égales , & pour chacun
pied de longueur du Foyer Solaire
du verre objectif , donner
130 de ces parties au diametre de
l'ouverture de l'objectif. Pour appliquer
cette Regle à nos mefures
; je dis que le pied Romain eft
au pied de Roy comme 653. à
720.
Je fçay que le R. P. de Chales
dans le 2. Tome de fon Mundus
Mathematicus , page 634. donne
160 Extraordinaire
4. pouces & demy au diametre
de l'ouverture d'un bon verre
objectif plan- convexe de 60 .
pieds de diametre ou longueur de
Foyer Solaire , & qu'il ajoûte.
Puto radios diftantes tantum ab Axe
uno gradu & 40. minutis poffe effe
utiles ad conftituendum Telefcopium.
Dautant que tres-rarement on
trouve des verres objectifs travaillez
dans la derniere perfection
; nous fommes obligez de
diminuer fon ouverture , afin d'en
exclure l'entrée aux rayons , qui
tombant trop obliquement n'i
roient pas concourir avec les autres
rayons du mefme point de
l'objet: eftant à remarquer qu'ordinairement
les objectifs des
grandes Lunetes font mal tradu
Mercure Galant. 161
que de- vaillez fur les bords ; &
plus une trop grande ouverture
nuit davantage aux grandes Lunetes,
parce que l'image de l'objet
eftant plus grande , tous les
défauts du verre objectifdevien
nent fenfibles & troublent l'image
artificielle de l'objet.
Il faut donc trouver par expérience
quelle ouverture peuvent
fouffrir les verres des grandes
Lunetes , fans nuire à la diftinction
de la veuë artificielle de
l'objet, & voicy comment.
Coupez plufieurs Cartons
noirs tous égaux à la furface du
verre objectif , vuidez - en un
centralement , luy donnant l'ouverture
telle que le verre pour.
roit fouffrir par noftre regle ge
nerale , vuidez enfuite tous les
O
Q. deJanvier 1683.
162
Extraordinaire
autres concentriquement , diminuant
toûjours d'enuiron
quart de ligne le diametre de leur
ouverture .
un
Appliquez premierement fur
le verre objectif le Carton de la
plus grande ouverture , & toûjours
fucceffivement le Carton
de moindre ouverture , juſques à
tant qu'ayant expofé voftre verre
directement au Soleil , vous
trouviez fon image ou Foyer du
plus petit diametre poffible , où
qu'un objet bien éclairé & treséloigné
vous paroiffe en mefme
temps diftinct & bien éclairé , car
une moindre ouverture de l'objectif
repréſente l'objet plus net,
plus diftinct & mieux terminé,
mais fombre : & une plus grande
ouverture fait voir l'objet plus
du Mercure Galant. 163
clair mais moins diftinct . En cela
la veuë a de diférens fentimens
de même que le gouft, vous choifirez
ce que vous trouvez le mieux.
De la proportion du Verre objectifau
Verre oculaire.
C
' Eft d'icy que dépend l'augmentation
de l'apparence
artificielle de l'objet par deffus
l'apparence, naturelle .
Pour bien déterminer de quel.
le longueur de Foyer Solaire doit
eſtre le verre oculaire , concave
ou convexe , il faut avoir égard
à la longueur du Foyer Solaire
du verre objectif & de l'ouverture
qu'il peut fouffrir ; car il ne
fert de rien
d'augmenter fi fort
l'apparence artificielle de l'objet
O ij
164
Extraordinaire
par un verre oculaire de petite
portée ; fi cette apparence eft
foible , fombre & trifte par le
manque de fuffifante quantité de
rayons de la radiation de chaque
point de l'objet.
Le R. P. de Rheita Capucin ,
le docte & le veritable Grand - Pere
des grands Binocles , eft le premier
qui a déterminé la raiſon du
verre oculaire à ſon objectif, En
voicy la maniere dans fon Oculus
Enoch Elia imprimé en 1645.
Il divife un pied Romain en 100.
parties égales , & fi le verre objectifeft
travaillé dans une écuelle
de ro . pieds de diametre , il travaille
fon verre oculaire convexe
dans une écuelle d'un quart de
pied de diamettre , & ainfi des
autres à proportion , qui eft comdu
Mercure Galant. 165
me 40. à 1. par conféquent les
plus petites Lunetes augmenteroient
autant l'apparence de l'objet
que les plus petites qui n'au
roient que le feul avantage de
faire voir les objets plus éclairez ,
à caufe de leur plus grande ouverture
.
Le R. P. de Chales dans la 671 .
page du 2. Tome de fon Mundus
Mathematicus , croit qu'à un verre
objectif de 27. pouces de foyer,
on doit donner trois oculaires
convexes d'égale force, chacun
de 2. pouces de foyer folaire .
Je dis donc que cette proportion
peut augmenter à mefure
que les Lunettes font plus longues
. J'ay eu en 1652. au Fort
de l'Eclufe à 4. lieues de Gene.
ve , un objectif de 12. pieds de
166 Extraordinaire
foyer, auquel par la Regle du P.
Rheita on n'auroit doné qu'un oculaire
de 35.lignes de longueur de
foyer, & n'auroit par conféquent
augmenté que 49. fois & 13. 35
mes le diametre de l'apparence
artificielle de l'objet , cependant
fon verre oculaire n'eftoit que de
18. lignes de longueur de foyer,
& augmentoit par conféquent
96. fois l'apparence naturelle de
l'objet en fon diametre & 9216 .
fois en la furface, &c.
J'ay eu de bonnes Lunetes ,
dont le verre objectif de 16. pouces
avoit fon oculaire d'un pouce,
& l'objectif de 36. pouces , n'avoit
fon oculaire que d'un pouce &
demy qui eft comme 24. à 1. &
le mefme oculaire d'un pouce &
demy, fervoit encore à une au
du Mercure Galant.
167
tre Lunete d'un objectif de 20.
pieds , qui eft comme 48 à 1.
M' Hevelius dans fa Selenographie
imprimée en 1647. dit
que le verre objectif convexé de
deux coftez dans une écuelle de
4. pieds de diametre, doit avoir
fon oculaire concavé des deux
coftez fur un Globe de 4. poucès
& demy de diametre ; & un
objectif convexé dans une écuelle
de 5. preds de diametre , aura
fon oculaire concave fur un Globe
de 5. pouces & demy de diametre
, & fait fervir ce mefme
oculaire à diférens objectifs convexes
des deux coftez fur des
Globes de 8. de 10. & de 12. pieds
de diametre : il parle du pied de
Danzic qui eft au pied de Paris,
à
comme 914 , a loss.
168. Extraordinaire
Le Pere Cotignez Jeſuite à Rome;
à 2. bons Teleſcopes , celuy
de 23. Palmes Romaines à fon
oculaire de 3. onces , celuy de 32 .
Palmesa fon oculaire de 3. onces
& demy ; un Palme Romain vaut
8. onces , & chaque Palme vaut
8. de nos pouces & 3. lignes .
Il s'agit donc de bien combiner
& accorder ces trois chofes ,
Clarté , Diftinction , & Augmentation
de l'apparence ou veuë artificielle
de l'objet .
De l'ouverture du verre obje
ctif dépend la Clarté & la plus
grande ou moindre diftinction
de l'apparence artificielle de l'objet
, car la trop grande ouverture
la rend confufe , & la trop petite
la rend fombre .
De la diférente proportion du
verre
du Mercure Galant. 169
verre objectif à ſon oculaire, vient
l'augmentation de l'apparence
de l'objet , car l'apparence artificielle
de l'objet eft à l'apparence
naturelle, comme la longueur du
foyer folaire du verre objectif eft
à la longueur du Foyer Solaire
du Verre oculaire , foit qu'il foit
convexe, ou qu'il foit concave.
D'où je conclus que fi de so.
pas vous lifez un écriteau fans
Lunetes , pour le lire de mille pas,
il faut une Lunete qui augmente
20. fois la longueur & la largeur
des lettres , & par conféquent la
longueur du foyer du verre objectifdoit
contenir 20. fois la longueur
du foyer de l'oculaire.
Comme dans les choſes Phyfico-
Mathématiques l'expérience
doit décider , vous y aurez re-
Q de Janvier 1683.
P
1
170 Extraordinaire
cours, donnant fucceffivement au
verre objectif plufieurs verres
oculaires de diférent foyer & re-..
tiendrez celuy avec lequel vous
lirez mieux un écriteau tres.éloigné
.
Si vous retournez la Lunete ,
faifant fervir le verre oculaire
d'objectif , & regardant par le
verre objectif , l'objet paroiſtra
tres -petit & par conféquent treséloigné,
parce qu'en ce cas l'apparence
artificielle de l'objet diminuë
d'autant I apparence naturele,
qu'elle augmente lors qu'on
regarde par le veritable verre
oculaire.
Il y a des Lunetes de toute
longueur que le Pere de Rheita a
enfeigné en 1645. dans fon Oculus
Enoch & Elia.Il faut mettre deux
du Mercure Galant.
171
verres objectifs , égaux ou non ,
dans les tuyaux de la Lunete , en
forte que vous puiffez approcher
ou éloigner ce fecond verre ob .
jectif du premier , car par ce
moyen en une feule Lunete vous
aurez ' comme il dit , dix ou 20 .
autres Lunetes de diférente lohgueur,
& l'apparence artificielle
de l'objet augmentera à propor
tion que vous allongerez la Lunete
, & diminuëra à proportion
que vous le racourcirez en approchant
les 2. objectifs. La raifon
de cet effet eft, que les rayons
rendus convergens par le premier
objectif , tombant conver
gens fur le fecond Verre objectif,
leurs concours ou Foyer eft acceleré
, & fe fait plûtoft ; c'eft
pourquoy à chaque fois que vous
Pij
172
Extraordinaire
approcherez ou éloignerez ces
deux objectifs , il faut neceffairement
approcher ou éloigner le
Verre oculaire .
Les Sçavans ne compteront
pas, fur ce que le R. P. Cherubin
, a dit dans la 2. page de la
Préface de ſes parfaites Visions ,
dédiées au Roy en 1677. Qu'on
n'en trouve point passé 20. ou 30 .
pieds , dont la proportion puiffe eftre
pouffée avec un excellent effet. Puis
que ce bon Homme qui avoit
fait faire ces premiers Binocles
& Machines à deffigner de loin,
au Sieur Querreau , Maiſtre Lunetier
aux trois Croiffans , luy
avoüa ingénument dans fa Lettre
du 2. Decembre 1676. depuis
remiſe entre les minutes de
Mi le Franc le Jeune , Notaire
du Mercure Galant . 173
du Roy , qu'il y avoit plus de 20 .
ans qu'il avoit defifté de travailler
au Verre ; auffi tous les plus Curieux
& Sçavans de l'Europe ,
voyent avec plaifir à l'Obſervatoire
Royal , l'effet furprenant
d'une tres- excellente Lunete de
foixante & dix - fept pieds de
longueur , dont les Verres ont
efté travaillez par M Borelly,
de l'Académie Royale des Sciences
, qui eftant compofée d'illuftres
Sçavans , qui font l'un des
plus auguftes Ornemens de la
France, perfectionnent tres-avantageufement
les Arts & les Sciences
, par les foins de Monſeigneur
Colbert , ce Miniftre infatiga
ble & fi neceffaire aux Sçavans &
à l'Etat .
Quant à l'anncienneté des Lu-
Piij
174
Extraordinaire
netes d'aproche, ou Tubo - Specilles,
je dis qu'au rapport de Diodore,
de Diogene Laërtien , de Philon
le Juif, de Jamblichus & d'Eufebe
, la principale partie de la
Sageffe des Egiptiens eftoit la
Science Aftronomique , qu'A .
braham avoit appris en Chaldée ,
& que Moïle apprit des Egip .
tiens , puis que S. Eftienne affura
dans les Actes des Apoftres
Chap. 7. verfet 22. que Moife fut
inftruit dans toute la Sageffe des Egip
tiens ; C'est pourquoy fi Flave Jofeph
eftoit encor vivant , il foûtiendroit
qu'Abraham avoit l'ufage
des Lunetes , & qu'il diroit
avec S. Pierre , Spectamus novos
Cælos & novam Terram . Il diroit
que les Satellites de Jupiter , le
Cercle & les Lunes de Saturne,
du Mercure Galant. 175
avoiết porté le Pere des Croyans
à reconnoistre & enfeigner , qu'il
y'avoit un fupréme Directeur de
l'Univers , comme il affure au
Chapitre 8. des AntiquitezJudai
ques. & Philon le Juif feroit de
mefme fentiment , puis qu'il dit
que Moïfe avoit appris l'Aftronomie
des Egiptiens .
L'Ecclefiaftique femble n'a.
voir pas prêché fans connoiffance
du fait , aux Chapitres 11. &
43. que plufieurs des plus grands
& admirables Ouvrages de Dieu ,
eftoient cachez à la veuë ordinaire
des Homines.
Les premiers Aftronomes ont
fans doute dit , que Saturne dévoroit
fes Enfans à caufe des An
fes de l'Anneau qu'ils obfervoient
difparoistre de temps à
Piiij
176 Extraordinaire
"
autre . Que Jupiter eftoit le plus
grand des Dieux , ayant veu les
quatre Planetes ou Satellites qui
luy font la Cour. Que Mars ef
toit le Dieu de la Guerre , parce
qu'il eft affez hardy pour marcher
tout feul , & qu'il paroift
tout enflâmé de colere. Que
Vénus eftoit la Mere d'Amour,
parce qu'avec les Lunetes d'approche
, ils la voyent cornuë,
croiſtre , devenir pleine & diminuer
; c'eft ce qui porta Ariftarque
Samien à démontrer qu'-
elle rouloit autour du Soleil . Ils
appellerent Mercure, le Meffager
des Dieux , parce que fon mouvement
eft tres - vifte ; & les Lar
rons le prennent pour Patron ,
parce qu'il fe dérobe preſque
toûjours à noſtre veuë. Le Sateldu
Mercure Galant. 177
lite de noftre Terre , fut appellé
Luna à Lacunis , qu'on y découvre
avec le Télescope .
Si la Monarchie des Egiptiens
fubfiftoit encor , on trouveroit
qu'il y a du moins 1789. ans que
leurRoy Ptolomée II . dit Everget.
tes , ou Bienfaicteurs , qui fut empoifonné
en l'année 3833. du mon .
de , c'eſt à dire , 176.- ans avant la
Naiffance de Jefus . Chriſt , avoit
un tres- excellent Télescope Catop-
Dioptrique immobile, dans le Phare
, avec lequel il voyoit fur la
Mer les Navires à 60. milles , &
ce qui fe paffoit dans les Plaines
d'Egipte , c'eft pourquoy on
avoit raiſon de dire de luy,
Centum oculis , Argus partes fpecta
vit in omnes,
Uno, ac immobili , plus videt ille
Tubo.
178 Extraordinaire
C'eſt pourquoy Licetus Libro
De Novis Aftris, luy attribue l'Invention
des Lunetes d'approche,
que les Souverains tenoient auffi
fecrettes , que les Miſteres de
leur Théologie. Le docte & curieux
Porta Napolitain , eft de
ce fentiment dans fa Magie Natu
relle , imprimée en l'année 1549,
& dans la feconde impreffion faite
à Naples en l'année 1584. car au
Livre de Catoptricis , au Chapitre
11. page 270. De fpecillis quibus fupra
omne cogitatum , quis confpicere
longiffime queat , il parle en ces
termes. Diximus de Ptolomei fpeculo
, five fpecillo potius quo, &e.
Docere tentabimus at per aliquot millia
cognofcere amicos poffimus , & le
gere minimos caracteres è remoto,
idque vel levi artificio ;fed res non
*
du Mercure Galant. 179
adeo vulgaribus promulganda , fed
perspectivis clara , aufquels ma
Figure XII. doit fuffire , avec ce
que j'ay dit dans la 323. page du
Journal de Medecine du Tome de
1681. & dans une Differtation
des Miroirs Ardans , qu'on trouvera
dans le Mercure du mois de
Juin 1681. Conftituatur ergo vifus in
centro valentiffimi fpeculi , qui foit
de fonte, & c . & par ces termes,
Speculum concavum columnare , aqui
diftantibus lateribus , Tuyau cilindrique
garny à ſes extrémitez
des deux Verres , & c . Et confectum
erit fpeculum , ad id quod diximus
utile.
Cyfatus dans fon Livre de la
Comete de 1618. dit que les Anciens
Aftronomes fe fervoient
communément des grandes Lu180
Extraordinaire
netes d'approche. Fuiffe enim,
dit- il , ufum Tubi - optici antiquis
etiam Aftronomis Familiarem , teftatur
Liber vetuftiffimus in Bibliotheca
Monafterij Schevrenfis fcriptus ante
400. annos.
Frémundus dans le 3. Livre
des Metéores au Chapitre 2. Article
3. diſoit en l'année 1627 Nu.
per in Hannonia , inter veterem cujufdam
caftelli fupellectilem , Dioptricus
Tubus repertus narratur , aru=
ginofus & multaantiquitatis.
Porta Napolitain, eft le premier
qui en l'année 1549. dans la premiere
impreffion de la Magie Naturelle
, & en la feconde faite en
l'année 1584 a doctement enfei.
gné la conftruction des deux ef
peces de Lunetes d'approche.
Voicy fes termes du Chapitre 10.
Mancues Calant.
THEQUE
BIBLIO
LYON
DE
LA
du Mercure Galant. 181
du 17. Livre page 269. Si lentes
multiplicare noveris non vereor quin
per centumpaffus minimam litteram
confpiceris , ut ex una in alteram
majores reddantur caracteres , qui
id recte fciverit accommodare non
parvum nancifcetur fecretum. Voila
pour les Lunetes d'approche , &
pour les Microſcopes , dont tous
les verres font lenticulaires , c'eſt
à dire , convexes . Il enfeigne immédiatement
la conſtruction des
Lunetes dont le verre oculaire eft
concave. Concavo , dit-il , longe
parva vides , fed perfpicua , convexo
propinqua majorafed turbida, fi
utrumque recte componere noveris,
& longinqua , & proxima majora &
clara videbis.
Voicy maintenant l'Hiſtoire
des Lunetes qui font venuës fi
182 Extraordinaire
communes. Jacques Metius d'Al
marie en Hollande , Frere d'A.
drianus Métius grand Mathématicien
, ayant étudié ce que Porta
en avoit dit , en executa une partie
; il fit en l'année 1609. travail.
ler un verre convexe & un verre
concave , par un Faifeur de Bezicles
nommé Jean Lippenfein ,
de Midelbourg en Zélande , lequel
prit garde que Métius pour
effayer les verres , éloignoit peu à
peu le verre convexe du verre
concave auquel il appliquoit
l'oeil pour regarder les objets ;
cet Ouvrier en fit le lendemain
pour luy ; & pour les manier commodement
, il les enferma com ..
modement , il les enferma dans
un Tuyau . Ce nouveau Inftrument
Dioptrique fit tant de
du Mercure Galant. 183
bruit , qu'il fut préſenté au Prince
Maurice , & paffa au Marquis
Spinola , qui eftoit à la Haye,
pour traiter de la Sufpenfion
d'armes avec Meffieurs les Etats
d'Hollande , Spinola en fit Préfent
à l'Archiduc Albert.
A la veuë , ou au recit de l'effet
de cet Inftrument Dioptrique,
qu'on appella Lunete d'Hollande
, on étudia Porta , & on tra.
vailla des Verres dans toute l'Eu
rope. Galilei Mathématicien du
Grand-Duc de Tofcane, y réüffit
le mieux ; c'eft pourquoy on les
nomma Lunetes de Galilei , auf.
quelles le verre eftoit auffi concave
.
Tous les Sçavans ont reconnu
devoir au Signor Porta Napolitain
, l'Invention des Lunetes
184
Extraordinaire
de l'une & de l'autre cfpece ; c'eſt
pourquoy le S Fabri , Medecin
& Botanique du Pape, dans le Livre
de Galilei , qui a pour titre,
Libra Aftronomica , parlo en ces
termes décififs .
Porta tenet primas , habeas germane
fecundas,
Sunt Galilee tuus ,tertia regna labor.
Keppler, ce grand Aſtronome
Copernicien , donna enfuite fa
Dioptrique , imprimée à Aufbourg
en l'année 1611. Son Probleme
86. porte , Duobuus®convexis
, majora & diftincta præftare vifibilia
,fed everfo fitu ; & fon Probeme
89. porte , Tribus convexis ,
erea & diftincta & majora preftare
vifibilia ; mais il n'a déterminé
aucune proportion des verres. Le
premier qui l'ait enfeigné eft le
du Mercure Galant. 185
R. P. Antoine - Maria de Rheyta,
Capucin Allemand , le veritable
Pere des grands Binocles , & que
les Sçavans fçavent bien diftinguer
de l'autre , parce qu'il eftoit
vir aquè Religiofus ac doctus,
mihique familiariter notus , auffibien
qu'au R. P. Schot Jefuite,
duquel j'ay emprunté ces beaux
termes de la 494. page de fon
premier Tome Magia Univerfalis
Natura & Artis , imprimé en l'année
1658. Car tous les Sçavans
reconnoiffent , que le docte &
Artifte Denis Chorez eft le
Grandpere des Binocles , qui les
préfenta au Roy en l'annnée
1625. & en publia en mefme
temps la conftruction & la figure
que vous trouverez dans
cette Planche ; & la Figure XII .
Q. de Janvier 1683. a
186 "Extraordinaire
de ma troifiéme Planche , repré
fente le moyen d'adjuſter' facilement
les deux Lunetes , pour
faire de longs Binocles .
Si l'on me demande comment
l'ufage des Lunetes a efté enſevely
pendant une fi longue fuite de
fiecles , jufqu'à ce que Porta les
a fait revivre , je répondray que
le boulverfement continuel des
Etats en Egipte , & autres Parties
du Monde , a caufé la perte
des plus belles Inventions , ayant
obligé Minerve de ceder à Mars ,
parce que la Terre n'avoit pas
encor porté un Loüis LE
GRAND , Quo nihil majus , nec
melius dedere Dÿj , nec potuere dare,
qui fçait faire fleurir Minerve,
les Arts , & les Sciences dans fon
Royaume , & porter les Armes
du Mercure Galant. 187
en mefme temps , comme un autre
Dieu Mars toûjours victorieux,
dans toutes les Parties du Monde.
Auffi eft -il vray , que de 21. en zi .
Regne , nos Monarques ont toû
jours efté par deffus les autres
Roys , autant que les Héros de
l'antiquité par deffus le commun
des Capitaines . Clovis , Charle
magne , S. Louis , & Louis LE
GRAND heureuſement regnant,
prouvent ce que j'avance .
On donnera la fuite de ce Traité des
Lunetes dans les fuivans Extraordi
naires da Mercure.
Qij
188 Extraordinaire
225 225 222ZZZSSZSZ
Si la beauté de l'Esprit eft plus
propre à charmer , que celle
du Corps.
Q
Ve la belle Iris a de charmes!
Les plus fiers luy rendent les
armes;
Mais que Célimene a d'efprit!
Que d'agrément dans tout ce qu'elle dit!
Pour celle-là le plus galantfoûpire,
Tout penétré de fes appass
Mais celle- cy , que leplus fage admire,
Qu'un Etourdy ne confidere pas,
Tire des plus fenfez un amour veritable
Qui reconnoît l'Esprit un plus noble
vainqueur,
Et par un charme inévitable,
Tient toûjours ferme dans le coeur.
Quoy! la Queſtion demandée
du Mercure Galant. 18 ·
Eft- elle déja décidée,
Et feroit-il vray que l'Esprit
Eblouift, touchaft davantage
Que tous les traits d'un beau visage,
Tels que ces traits brillans dont Iris
s'applaudit ?
Il eft vray qu'il en eft capable;
Mais, helas, qu'un Eſpritfoitfublime,
admirable,
Et qu'il ait mefme affez d'appas
Pour charmer l'Univers , il ne lefera pasi
C'est plus à luy qu'onfait la guerre,
Qu'à la beauté du Corps à qui tout eft
foumis,
Et qui n'a jamais fur la terre
Encor rencontré d'Ennemis.
**
On adonc beau vanter l'efprit de Célimene,
Desplus beaux qu'elle foit la Reyne.
Comme toûjours en tout on s'attache au
dehors,
Ce n'eft pointpour Eſprit qu'on cherche
tant àplaires
190
Extraordinaire
S'il eft aimé, c'est pour le Corps,
Par un gouft dépravé qui nous eft ordinaire.
03
Quand lefeu de la Guerre allumée autrefois,
Enfaveur de la belle Hélene,
Perdit tant de Héros , défola tant de
Roys,
Et fut d'unefi longue haleine,
N'eftoit- ce pas pourſa beauté?
Jamais Efprit le plus vanté
N'en afait autant par fes charmes;
Non, non, c'eft pour le Corps que l'on a
pris les armes.
*3
Si pourtant il eft vray qu'un charme fi
puiſſant
Anime les transports d'un Amant
fa Belle,
pour
Et qu'on eft moins touché pour lafpirituelle,
Que nous n'admirons qu'en paſſant,
C'est que ne voulant pas approfondir la
chofe,
du Mercure Galant.
191
Noftrefoible raifonfe trompe, & nous
impofe.
GYGES, du Havre.
25525-52255 :525222
TRADUCTION
DE L'ODE D'HORACE,
Qui commence par Donco graius
eram , erc.
DIALOGUE.
Lors
HORACE.
Ors que l'agreable Lide
Paffoit avecque moy les beaux jours de
Sa vies
Lors
que
de mes Rivaux, les foins , & la
langueur,
N'estoient payez que de rigueur,
Que rien de nos deux coeurs ne troubloit
le commerce,
Fe vivois heureux comme un Roy;
192
Extraordinaire
Et celuy qui jouit des trésors de la Perfe,
N'eftoit pas plus content que moy.
Lors
que
LIDIE .
mon infidelle Horace
M'aimoit avec ardeur, fansfeinte, fans
grimace ;
Lors que defa Chloé, l'air doux & languiffant,
N'eftoit qu' un attrait impuiſſant,
Que feule enfon efprit je paſſois pour
jolie;
F'eftois au comble de mes voeux,
Tousmes jours eftoient beaux, & lafameufe
Ilie
N'avoit pas unfort plus heureux.
HORACE.
Pour Chloé, dont la voix touchante
Jointe aux accords du Luth, charme, ravit,
enchante,
D'un mutuel amourjefens les doux tranfports.
Lefort de ces illuftres Morts
Qui verferent leur fangpour Glicere, &.
Sylvie
du Mercure Galant.
193
Pourroit un jour eftre mon fort,
Sila Bellepouvoit me voir finir ma vie,
Sans vouloirfe donner la mort .
LIDIE.
Un coeurplein de délicateſſe,
Un Amant fans defauts, m'aime, & me
fuitfans ceffe;
C'eft le jeune Calis, qui toûjours obligeant,
Toujours difcret, tendre , engageant,
Afibien fçen trouver lefoible de mon
ame,
Quepour luy j'irois expirer,
Si deux cours penetrez d'une fi belle
flâme
Pouvoient enfin fe feparer.
HORACE.
Mais enfin, aimable Bergere,
Si quittant cette humeur inconftante &
légere,
Je rallumois lesfeux de mon premier
amour,
Si j'allois groffir voftre Cour,
Obtenir le pardon pour cette ame rebelle,
Q.deJanvier 1683.
R
Extraordinaire
194
Ou bien mourir à vos genoux ,
Si je quittois Chloé, trop
Cruelle,
charmante
Comment me recevriez - vous?
LIDIE .
Ingrat, vousfçavez, mafoibleffe ;
Ony , pourpeu qu'au retour vostre coeur
fier s'empreffe,
Quoy qu'à mesyeux Calis foit plus bean
que le jour,
Qu'ilm'aime d'unfidelle amour,
Que vous soyez mutin, inégal, intraitable;
Calis, digne d'unfort plus doux,
A mon injufte coeur paroistra moins ai-
I
mable,
Et je ne vivray que pour vous.
BARDOU , de Poitiers.
MADRIGAL.
Ris, dans quel état puis- je eftre encor
pour vous?
Carje les veux éprouver tous.
du Mercure Galant. 195
Je vous ay tendrement aimée ;
Ouy, de vosyeux brillans mon ame eftoit
charmée;
Et la haine aujourd'huy fuccede à mon
Je
Amour
Dans la derniere violence .
ne puis plus avoir que de l'indiférences
Elle aura deformais fon tour.
DIEREVILLE.
M Bouchet, ancien Curé de No
gent le Roy, a répondu par les Vers
qui fuivent , à deux Questions du
dernier
Extraordinaire .
Rij
196
Extraordinaire
25522
5525522-2555
S'il faut plus d'Eloquence
à un
General pour animer fon Armée
au Combat , à un Avocat,
ou autre Orateur , pour perfuader
fesJuges de la bonté de
fa Cauſe qu'il défend ; ou à un
Amant , pour faire connoiftre
fon amour à fa Maîtreffe .
L
'Eloquence eft l'Art de Bien dire,
Art dont le merveilleux
empire
Soumet àfes puiffantes Loix
Jufqu'à la volonté des Roys,
Fufqu'aux coeurs les plus inflexibles,
Jufqu'aux ames les moins fenfibles .
C'eft un affemblage de mots
Prononcez & dits à propos,
Dont la charmante tyrannie
Agite, gouverne, & manie
du Mercure Galant.
Les plus héroïques Efprits,
Quifans qu'ils y penfent ,fontp
*3
LYON
DE
7711
Pour l'Eloquence Militaire,
Quiporte un Soldat à bien faire
Qui d'un Poltronfait un Héros,
Luy dût- il coufterfon repos,
Prodiguantfa vie & fes peines,
C'eft le fait des grands Capitaines.
Céfar nefut jamais Vainqueur,
Qu'apres qu'il eutfait l'Orateur,
Et que d'une voix animée
Il eut baranguéfon Armée;
Ses paroles pleines d'ardeur,
Banniffoient la crainte & lapeur.
Autant en ont fait Miltiade,
Coriolan , Alcibiade,
Agis, Annibal, Scipion,
Philopamen, & Phocion.
Autant Antoine, autant Pompée
Quand ilfalloit tirer l'Epée,
Unefeule de leurs Leçons
Valloit cent coups d'Eftramaçons;
R iij
198 Extraordinaire
Unefeule de leurs Préfaces
Valloit mieux que mille Cuiraffes.
Pour l'Eloquence du Barreau,
Qui met tant de Plaideurs en eau,
C'est d'un Avocat le partage.
Là fa langue diferte &fage
Travaille avec fincerité
A maintenir la probité,
A bienfoutenir la Justice
Ala confufion du Vice,
Pourven qu'en défendant le Droit,
On n'allégue que ce qu'on doit,
Sansfaire rougir l'Innocence
Par trop de langue & de licence.
Pourpeu que l'on foit malheureux,
Unflux de bouche eft dangereux.
**
Pour l'Eloquence de Ruelle,
Qui tend à vaincre une Cruelle,
Dont le rigoureux traitement
Met au defefpoir un Amant,
C'est une espece d'Eloquence
Dont l'ayfort peu d'intelligence.
du Mercure Galant. 199
*3
Mais difons pour conclufion,
Pour éviter confufion, "
Qu'à qui commande une Cohorte
Ilfaut une Eloquenceforte,
Une Eloquencefans détour,
Plus réfonnante qu'un Tambour,
Plus terrible qu'une Trompete,
Plus bruyante qu'une Mufetes
Qu'un ton de voix impérieux
Aux Capitaines fied des mieux;
Car tout grand Guerrier qui préfide,
Doit au befoin tenir en bride
Dans les Exercices de Mars
Les Compagnons defes hazards.
Ainsi, lors qu'il ouvre la bouche,
Il est néceffaire qu'il touche.
**
Il faut à l'Avocat plaideur,
Soit Demandeur,foit Défendeur,
S'il veut rendre fa Cauſe heureuſe,
Une Eloquence vigoureufe,
Quifans bleffer la charité,
Etabliffe la verité,
Riiij
100 Extraordinaire
Et le bon droit defa Partie;
Ilfaut qu'elle foit affortie
Defortes raifons, de bon fens,
Pourprotéger les Innocens,
Pour eftre un charitable azile
Ala Veuve ainfi qu'au Pupille,
Etfaire la guerre aux Méchans;
Mais, Intéreſt, battez les champs,
Quittez, quittez noftre Hémisphere,
Car vous gaftez tout le mysteres
L'Avocat, qui n'aime le Sac
Quepour enrichirfon Biffac,
Ne méritepas qu'on le loue,
Et de luy le Démonfe jouë.
Quifait le contraire eft Chreftien,
Et paffepour Homme de bien.
**
Pour l'Eloquence affectueuse,
Ilfaut qu'eftant refpectueuse
Elle flate agreablement,
Qu'elleparle modeftement,
Qu'elle touche, s'il eft poffible,
L'endroit du coeur le plusfenfible
du Mercure Galant. 201
-
De l'Objet dont on eft charmé.
De foupirs ilfaut eſtre armé,
Pour adoucir une ame altiere;
Maisje quitte cette matiere ,
Car du Climat & de la Cour,
De ce que l'on appelle Amour,
Je n'ay jamais bienfçeu la Carte,
Etpuis, mon Etat m'en écarte.
Mais voyonsfans tant barguigner,
Qui des trois le Prix doit gagner,
Le Proteftant, le Capitaine,
Ou l'Avocat qui tantſe peine.
+3
Comme l'Avocat doit parler,
Et fa Rhétorique étaler
Devant des Gens de conféquence,
Quifçavent où gift l'Eloquence,
Devant les plus fçavans Amis
De l'incorruptible Thémis,
Devant des Juges venérables,
Dont les Arrefts irrévocables
Décident en dernier reffort
Et de la vie, & de la mort;
202 Extraordinaire
D'ailleurs (ce que l'expérience )
Montre encor mieux que lafcience)
Comme la réputation
Dépendfouvent d'une Action,
D'un Plaidoye fait à merveille,
Où mille Gens preftent l'oreille,
Gens d'efprit fin de bon gouft,
A qui l'Eloquence eft ragouft;
Les avis & fentimens noftres,
Sont, le dût-on trouver mauvais,
Que l'Eloquence du Palais
L'emportefur celle des autres.
Quelles font les qualitez neceffaires
pour écrire les Lettres ,
& du ftile Epiftolaire .
Ansles Lettres que l'on écrit,
Ilfaut ménagerfon efprit,
En faisant choix de fes paroles,
En évitant les hyperboles ,
Les figures à contretemps;
Ilfe fantfaire un paffetemps
du Mercure Galant. 203
D'écrirejufte, & dans unftile
Où rien ne paroiffe inutile.
Qui ne lefait, ne manque pas
Defaire un galimatḥias ,
Unefuite de refveries ,
Un amas de Pédanteries .
Quifont d'un gouft désesperé
Pour un Homme bien éclairé.
Si dans leftile Epiftolaire
On doit traiter de quelque affaire,
Apres le premier Compliment,
On en doit parler fimplement,
Sans pourtantfarcir une page
D'un impertinent verbiage,
Autrement un tel entretien
Eft celuy d'un Difeur de rien.
Deplus, fi parfois il arrive
Que l'on envoye une Miſſive
Ades Gens d'élevation ,
Il faut de la précaution,
Les traiter d'honnefte maniere,
Toujoursfuivant leur caractere,
Et conformement à leur rang;
Car qui voudroit traiter un Grand,
204
Extraordinaire
Qu'un mérite éclatant rehauffe,
Comme unfimple Fermier de Beauce,
Ou comme un Cordonnier de Sens,
Ceferoit manquer de bonsfens,
Chaque chofe va par étage.
Pour conferver l'ordre : L'ufage
Donne aux Papes la Sainteté,
Aux Monarques la Majeſté;
Les Princes font traitez d'Alteſſe,
Le Prince Othoman de Hauteffe.
Pour les illuftres Cardinaux,
Quifont comme les Arfenaux
Et lesforts Remparts du Saint Siege,
Ils poffedent le privilege
De l'Eminence . Ambassadeur,
On vous traitera de Grandeur,
Ou fi vous voulez d'Excellence.
L'une & l'autre, comme je pense,
Peut indiquer la qualité
Où le Deftin vous a monté,
Et l'une avec l'autrefe charge.
Dufoin de marquer voſtre Charge.
Pour les Venérables Prélats,
Qui du Clergéfont les Atlas,
du Mercure Galant. 205
Et les Lumieres de l'Eglife,
A qui Dieu noftre ame afoûmife ,
On les traite de Meffeigneurs,
Car à tous Seigneurs tous honneurs.
$3
Ondoit fuir ainfi que la Pefte
Toute diction immodeste,
Qui peut dansfa refléxion
Salir l'imagination ;
Ce quifoit dit pour tout ouvrage,
Qui fait àla pudeur outrage.
$3
On doit encor dans fes Ecrits
Fuir ce quifent les cheveux gris,
Et bannir au dela du Tage
Les mots de l'ancien langage ,
Car ces mots à tout bon Parleur
Sont efpeces de maux de coeur.
t
On ne doit décharger fa bile
Par aucune Lettre incivile,
Ny par Ecrit morguer abfens
Ceux qu'on n'ofe toucher préfens :
206 Extraordinaire
En ufer ainsi, c'eſt baſſeſſe,
Et marque une grandefoibleffe.
L
Le commerce des Billets doux,
Pour tromper un Mary jaloux,
Pourfaire nouvelle conquefte,
Ou ménager un tefte - à- teste
Qui trame une infidélité,
Eft un commerce détesté:
Il nefaut jamais rien écrire,
Qui nefe puiffe faire, ou dire :
Et quand on a laplume en main ,
Grand refpe &tpourfon Souverain.
Mais dans leftile Epiftolaire,
Pourréaffir, quefaut- ilfaire?
Lifez les Oeuvres de Balzac,
De Sorbieres, de Priézac,
De Sarrafin, & de Voiture.
Ajoutez à cette lecture
Cent autres Ecrivains récens ,
Pleins dejufteffe, & de bon fens.
L'habitude de bien écrire,
S'acquiert àforce de bien lire.
du Mercure Galant. 207
On dit depuis Noftradamus ,
Fabricando , Fabri fimus.
Bien avant luy, dans tout Royaume
L'on ufoit de cet Axiome.
$255:52522-5522522
DE L'ORIGINE
DES CLOCHES,
ET DE LEUR ANTIQUITE',
O
Voyque l'on donne l'Invention
& l'antiquité
de la
Forge , de l'Enclume
& du Marreau,
à Tubal Fils de Lamech ,
pour avoir efté le premier qui
ait mis en uſage le Fer , l'Airain
& les autres Métaux , en les faifant
paffer par la Fournaiſe
& par
le Peu , nous ne trouvons aucuns
Autheurs
, qui rapportent
l'anti208.
Extraordinaire
quité des Cloches fi loin .
Emanuel Thefaurus , en la Vie
de fes Patriarches , & Zuingerus
en fon Livre des Mécaniques , donnent
bien l'Invention de divers
Inftrumens & Machines , qui
regardent la Forge & la Fonte,
à ce premier Forgeron , mais non
pas celle des Cloches.
Jofephe , Livre 3. des Antiquitez
Iudaïques , & Origene en fon Expofition
fur l'Exode , parlant des
Grands Preftres des Hébreux,
& de leurs Habits Pontificaux ,
rapportent qu'Aaron , dans les
Ceremonies de fes Sacrifices , fe
fervoit de Veftemens de Pourpre
, à la Frange defquels plufieurs
petites Clochettes d'Or
eftoient attachées d'efpace en
efpace , avec autant de Grenadu
Mercure Galant.
209
des ; pour marquer aux Peuples
le filence & le refpect qu'ils devoient
garder , quand le Grand
Pontife entroit dans le Sanctuai
re , & pendant le temps des Sacrifices
. Cette remarque fait voir
non feulemet la veneration qu'on
portoit aux Temples , & à leurs
Miniftres ; mais que l'ufage des
Clochettes eftoit déja du temps
des premiers Hébreux , & quelque
temps après le paffage de la
Mer Rouge
.
Eufebe , Livre 6. Chap. 4. de
la Préparation des Gentils à l'Evangile
, dit que le Roy Salomon ,
ayant fait conftruire fon magnifique
Temple , fit ajoûter à diverfes
Tourelles , qui eftoient au
deffus de la couverture , jufques à
quarantes Clochettes , d'un tim-
2. deJanvier1683.
S
210 Extraordinaire
•
bre fort clair & réfonnant , dont
l'ufage eftoit de faire fuir les
Oifeaux , qui pouvoient fe rencontrer
au deffus du Temple,
pendant le temps du Sacrifice &
des Cerémonies.
Hierome Magius , d'Amſterdam
, dans le temps qu'il eftoit
Prifonnier de guerre à Conftantinople
, ayant efté pris par les
Turcs au Siege de Famagoufte,
dans l'Ile de Chypre , a travaillé
à un Traité merveilleux fur cette
` matiere , quoy qu'il fuft fans Li-
-vres. Ce Traité a eſté enfin donné
au Public, & l'on y trouve parſes
recherches curieufes , que
my
- du temps des Anciens Grecs , dás
les premiers Siecles de la Religion
Chreftienne , au lieu de Cloches ,
on fe fervoit de certaines Plandu
Mercure Galant. 211
ches de bois larges & minces
appellées Symandres, fur lefquelles
on frappoit avec deux petits
maillets de bois , qui y eftoient
attachez , & que le bruit en retentiffoit
fort loin . Ce mefme Au.
theur dit que l'ufage de ces Symandres,
pour convoquer le Peupleaux
Temples , eftoit auffi commun
chez eux , que celuy des Clo
ches le peut eftre parmy nous.
Ces mêmes Grecs font perfuadez
, felon que rapporte encor
Magius , que le Patriarche Noë,
avoit inventé l'ufage de ces Sy
mandres , avant le temps du Deluge
, & qu'il s'en fervit pour appeller
tous les Animaux dans l'Arche
, qu'il avoit baftie , & où ils
devoient eftre enfermez, pendant
que les Eaux Couvriroient la terre .
Sij
212 as ! Extraordinaire
Les Grecs encore des derniers
Siecles ' , qui fuivent la Liturgie
dans les Parties Orientales , comme
dit le même Autheur , au lieu
de Symandres , fe fervent de Pla
ques de Fer , rondes & fufpendues
à des Cordes , fur lefquelles
ils frappent par intervales , avec
un morceau de Fer , quand ils
vont porter le Sacré Viatique à
leurs Malades.
"On trouve toutefois que l'ufage
des Cornets , avant celuy des
Cloches , a efté fort commun
chez diverfes Nations, & principalement
chez les Egyptiens,
quand on vouloit appeller lesPeuples
aux Temples . Pour confirmer
cette verité , Magius rapporte
qu'il en fut trouvé un de fin Or
le 20. deJuillet , l'an 1639. qu'on
du Mercure Galant.
213
croit avoir efté apporté d'Egypte.
Il eftoit enfoüy dans la terre ,
fur
le chemin de Ripen , dans le Norder
- Jutland , proche des Ruines
d'un Monument fort antique . II
avoit la longueur du bras , & approchoit
de la même groffeur par
le bout qui fervoit d'iffuë à la
voix ; & l'autre bout eftoit plus
étroit pour l'emboucher.
La gravûre tres - délicate qui
eftoit deffus , auffi bien que certaines
aifles qui eftoient autour,
où l'on trouva plufieurs figures
hieroglyphiques , en firent admirer
la rareté , & on le trouva aſſez
curieux pour eftre preſenté au
Roy de Danemark , qui le receut
avec beaucoup d'eftime , & le fit
mettre en fon Tréfor Royal .
Cette découverte fit tant de
214
Extraordinaire
bruit dans le Noder . Jutland,
que Vuormius fort fçavant dans
les Antiquitez des Egyptiens,
ayant vû ce Cornet , fit un Commentaire
pour expliquer les Hieroglyphes
qui y eftoient gravez.
Les figures eftoient pareilles à
d'autres qu'on voit encore fur des
Medailles Antiques , qui viennent
des Egyptiens .
Athanafe Kircher , en fon Trai
té qu'il intitule l'Oedipe Hicroglyphique
, dit avoir trouvé dans la
Bibliotheque du Vatican , à Rome
, un Livre fort ancien manuf
crit , qui parloit de pareils Cor
nets , qui du temps des Egyptiens
au lieu de Cloches , fervoient à la
convocation des Peuples en leurs
Temples , & à d'autres ufages , où
ce fçavant Perfonnage donne
du Mercure Galant.
215
l'explication des figures Egyptiennes.
La rareté de fon Oedipe
fait connoître le grand génie de
cet Autheur.
A ce fujet le même Kircher,
en fon Livre de la diverfité d's Sons
Harmonieux & Organiques , & de
la maniere qu'ilsfe forment , rappor
te qu'Alexandre le Grand avoit
un Cornet particulier , de forme
ronde , dont le tour ou circuit
eftoit de cinq coudées , avec deux
tubes , l'un en haut pour l'emboucher
, & l'autre au bas , mais
beaucoup plus large , pour la fortie
du Son ou de la Voix ; & que
quand il vouloit convoquer fes
Troupes difperfées , il s'en fervoit .
Ce Cornet eftoit attaché à l'entrée
de fon Pavillon Royal , à un
Anneau..
216 Extraordinaire
Ce qui eftoit de merveilleux ,
c'eft que bien que les Troupes de
ce Prince fuffent écartées de plus
de cent ftades , qui valent dix
milles d'Italie , & plus de trois
lieues de France , elles ne laiffoient
pas d'en entendre le Son .
Le même Autheur dit avoir vû
dans un Livre de Secrets qu'Ariftote
adreffoit à Alexandre , la
fabrique & l'ufage de ce merveilleux
Cornet. Les Curieux pourront
en voir la figure dans fon
Livre des Inftrumens Harmonieux
& Organiques.
Properce & Zuingerus en fon
Volume des Mécaniques , parlent
auffi de ces Cornets , avant l'ufage
des Cloches . Il eſt encore à
remarquer , felon Pline , que
dans
la Toſcane , avant la Fondation
de
du Mercure Galant.
217
de Rome , & méme depuis , on ie
fervoit de Cornets pour appeller
les Peuples aux Temples des
Dieux . Evander Roy de Tofcane
en avoit l'ufage. Romulus
aprés la Fondation de Rome , &
Numa Pompilius , qui luy fucceda
, & qui inventa les Cérémonies
& les Sacrifices des Dieux , s'en
fervirent , & quoy que le Lituus
fuft le Bâton augural de ce Fondateur
de Rome , il ne laiffoit pas
de fignifier auffi une efpece de
Trompete , que nous appellons
Clairon , qui pouvoit fervir à un
double ufage. C'est pourquoy
Martial a fait allufion à ces tempslà
, ou à celuy des Romains poſtérieurs
, quand il a dit par cette
moitié de Vers ,
Redde pilam , fonat as Thermarum,
2. de Janvier 1683.
T
-218 Extraordinaire
rendez la Balle , le Cornet
fonne pour aller aux Bains . Voila
le fentiment de divers Autheurs
fur l'uſage des Cornets , avant
celuy des Cloches.
Mais pour venir à l'Origine &
à l'Antiquité des Cloches , il eſt
certain que plufieurs Nations
Payennes en avoit l'uſage depuis
un longtemps. Les Indiens , comme
dit Zuingerus , Volume 3, Liv,
3. des Arts Mecaniques , fe fervoient
anciennement des Clochetes ou
des Cymbales pour la convoca
tion de leur Milice ; & même encore
en nos temps , les Rois des
Indes , ayant confervé leur ancienne
coûtume , quand ils forrent
de leurs Palais pour voyager,
ou allerà l'Armée , on fonne des
Clochetes par intervales , avec
du Mercure Galant. 219
de petits Tambours , qui en marquent
le départ ; de la même ma
niere que dans d'autres Provinces
ou Royaumes , les Tambours , les
Trompetes & les Tymbales , font
connoître la Marche des Rois, &
des Princes. C'est ce que rappor
te Melchior Nugez , en fes Relations
des Indes.
Voyons encore ce que dit Varron
fur cette Antiquité, auffi bien
que Pline, Liv.36. Chapit. 13. L'un
& l'autre font la defcription du
fuperbe Tombeau du Roy Porfenna
, & difent qu'il fut enfevely
prés de Chiufi , dans la Toſcane.
Ce Monument, de qui la Bafe fervoit
de Tombeau , avoit cinq Pyramides
, dont quatre eftoient
élevées fur les quatre coins de la
Bafe ; & cette Baſe eftoit d'une
Tij
220 Extraordinaire
prodigieuse largeur , toute d'une
feule pierre ; & la cinquième qui
eftoit au milieu , eftoit foûtenuë
des quatres autres Pyramides.
Cette derniere avoit foixante
& quinze pieds en quarré , &
cinquante de hauteur ; au fommet
il y avoit un gros Timbre
de Bronze , en rond , qui la com,
prenoit toute , & fur ce timbre
eftoit élevée une Couronne Im
periale , où dans les ouvertures il
Y avoit plufieurs Clochetes ou
Cymbales , attachées à de petites
Chaînes , lefquelles eftant agitées
du vent , rendoient d'elles mêmes
un certain Son harmonieux , &
qui s'entendoit de fort loin . Enfin
Varron fait un prodige prefque
incroyable de ce Monument.
Hygin rapporte en ſa Mytholedu
Mercure Galant. 221
>
de
gie , Chap. 188. que dans le Temple
de Jupiter en la Foreft Dodone ,'
il y avoit une Cloche , qui d'elle
même fonnoit nuit & jour , &.
rendoit un fon mélodieux
même que les Chefnes y parloient
d'eux - mêmes , & rendoient des
Oracles. C'eft de là que l'on a tiré
ces mots , Es Dodonaum vocale ,
l'Airain parlant de Dodone. Ce
que rapporte auffi Aufone ,
Nec Dodonai ceffet tinnitus Aheni.
Strabon Liv. 10. dit que Cybele
Mere des Dieux , a efté la premiere
qui ait inventé la Clocheta
ou Cymbale , d'où vient que les
Preftres de cette Déeffe , dans les
Sacrifices qu'ils luy offroient , s'en
fervoient , & y mefloient le fon
de leurs Boucliers d'Airain , pendant
le temps de la Cerémonie.
Tiij
222
Extraordinaire
Mais quittant la Fable , voyons
ce que Zonaras rapporte de la
Coûtume des Romains . Il dit que
quand les Empereurs eftoient
portez dans leurs Chars deTriomphe
, pour aller au Capitole , on
attachoit ordinairement au devant
de ces Chars une Clochette ,
pour les avertir de ne s'enorgueillir
pas de leurs Victoires & de
leurs Triomphes , & qu'ils euffent
à fe fouvenir qu'ils pouvoient
tomber dans la même difgrace ,
où les Rois & les Princes qu'ils
avoient vaincus , eftqient tombez .
Rofinus , Liv. 9. Chap. 29. des
Antiquitez Romaines , dit que quãd
à Rome on puniffoit les Criminels,
condamnez à mort , on avoit
coûtume de leur attacher une
Clochete au Bras , de peur qu'au
du Mercure Galant.
223
cun ne les touchât , quand on les
menoit au Supplice , afin qu'on
ne fuft pas enfuite obligé à recou
rir à l'expiation , comme ayant
eftéfouillé de leur attouchement.
Ce que nous avons cité juſques
à prefent , ne regarde que les petites
Cloches. Il eft question des
grandes , & de l'art de les fondre.
Magius dont nous avons parlé,
refute Polydore Virgile , qui fait
S. Paulin , premier Evefque de
Nole dans la Campanie , inventeur
de l'Art des Cloches , & dic
qu'elles eftoient beaucoup plus
anciennes , & bien avant le temps
de ce Prelat. Il fe peut
faire que
l'Art de fondre les Cloches fous
terre , a efté trouvé à Nole dans
la Campanie , qui eft une des Provinces
de l'Italie , dont S. Paulin
T iiij
224
Extraordinaire
fut Evefque , & d'où on leur au
roit donné le nom de Nola , ou
de Campana , qui tous deux figni .
fient une Cloche. Plufieurs autres
Autheurs concourent à la même
opinion , à l'égard de la Fonte .
Bergomas a remarqué que l'ufage
des grandes Cloches n'a efté
introduit chez les Grecs dans
l'Afie , que depuis l'an 870. parce
qu'un certain Duc de Venife ,
nommé Urfus , en en voya douze
d'une grandeur affez confiderable
à l'Empereur Bafile , alors regnant
à Conftantinople ; ce qui
fait voir qu'on ne s'y fervoit que
de petites Cloches , ou de Symandres
jufques à ce temps là.
Mais puis que nous tombons fur
la grandeur des Cloches , il s'en
trouve de prodigieufes en tout, &
du Mercure Galant.
225
>
aufquelles la pefanteur s'égale à
la grandeur & à la largeur . Entre
les plus confiderables , l'on en
vante une à Milan , & l'autre à
Parme . Mais celle qui eft la plus
renommée de toute l'Europe , eft
dans l'Allemagne en la Ville
d'Erford . Le fon s'en étend juf
ques à fix lieuës d'Alemagne , qui
font vingt- quatre milles d'Italie,
& plus de huit lieuës de France.
C'eft de cette Cloche dont parlent
avec admiration Kircher en
fes Sons Harmonieux & Organiques ,
& Ortelius dans fon Traité de la
Turinge.
Ferdinand Mendez en fon
Voyage des Indes Orientales de
l'année 1554. rapporte des chofes
merveilleufes d'une Cloche , qui
eft dans le Royaume de Pégu..
226 Extraordinaire
Son circuit perte plus de quarante
cinq paulmes , & fon diamettre
plus de dix-fept; la hauteur & fon
poids répondent au refte . Elle
rend un bourdonnement qui s'entend
de fort loin , & le Timbre
s'en éclaircit plus on s'en éloigne ;
ce que Kircher & le Pere Mercenne
difent estre commun à
tous les Inftrumens Organiques .
Alvarez , dans fon Voyage d'Ethiopie
, Chap . 29. 44. rappor
te une chofe affez étonnante , &
qui n'eft pas moins curieufe. Il dit
que dans l'Ethiopie , & dans le
Royaume des Abyffins , il fe trouve
des Pierres d'une grandeur fi
prodigieufe , qu'en les creufant,
l'on en fait non feulement des
Cloches d'une grandeur déme
furée , dont le fon eft fi clair , fi
du Mercure Galant. 227
perçant , & fi harmónieux , qu'il
marque la folidité de la Pierre &
fon integrité , mais il ajoûte qu'on
en forme des Tombeaux , des
Chapelles, & d'autres Monumens
entiers , tous d'une feule piece. Il
affure en avoir vû de deux cens
paulmes de longueur , & de fix
vingts de largeur , à quoy la grof
feur avoit le même rapport.
Nous ne pafferons pas fous filence
cette Cloche fi renommée
dans toute la Normandie , & dans
tout le Royaume , qui fe voit dans
une des Tours de la Cathédrale
de Roüen . Elle fe nomme Georges
d'Amboife , du nom de l'Archevel
que & Cardinal , qui la fit fondre
& qui la donna . Cette grande
Machine peſe trente fix mille livres
, & fut fondue l'an 1so1 . le
2. d'Aouſt .
228 * Extraordinaire
Le Fondeur voyant fon ouvra.
ge achevé heureufement , en conçût
tant de joye qu'il en mourut
peu apres. Elle a trente fix pieds
de tour par le bord , dix pieds de
diametre , & dix de hauteur. II
ne faut pas moins de feize Hom
mes partagez en quatre , huit d'un
cofté & huit de l'autre , pour la
mettre en branle. Son ton eft, b
fa , bmi , bmol ; cinq tons au deffousde
la Clef defa ut fa. Le Batail
de cette Cloche peſe fept
cens dix livres . Dans fon repos
elle eft foûtenuë de poutres pour
fa pefanteur. Il vient peu d'Etrangers
qui ne foient curieux de la
voir. Autour de ce grand Vaiffeau
, ces Vers font écrits j
Iefuis nommée Georges d'Amboife
Qui bien trentefix mill: poife;
du Mercure Galant. 229
Et cil qui bien me poifera ,
Quarante mille
y trouvera.
Voicy encore d'autres Vers Latins
, qui fe lifent autour de la
même Cloche , & qui marquent
la Grandeur , la Dignité & le
Caractere de fon Donateur.
Ipfa ego fum quamvis fonitu veneranda
tonanti,.
Prima eft authori gloria danda meo.
Namque ter & denis cum ternis
millibus aris ,
Obtulithac vero dona dicata Deo.
Scilicet Ambofius qui Sanita Georgius
arma ,
Cunctaque Francigenis tractatha
benda viris,
Rothomagus tanto Felix Antiftite
gaudet ,
Cum fit Cardinci gloriafumma cbori.
230
Extraordinaire
Ces Vers ont eſté trouvez ainſi
traduits en noftre Langue.
Ce Son harmonicux qui flatte les
oreilles ,
Et qui perce les airs avec tant de
douceur
Annonce hautement le nom & les
merveilles
D'Amboifele Legat , mon Maiftre &
mon Seigneur.
Ce Prelat aimant Dieu , la France
& cette ville ,
Mefit faire à fes frais dans fes plus
grands emplois ,
Et voulut quemon poids fuft de trente
fix mille ,
Ce qui ravit les Coeurs des Princes &
des Reis.
C'est ce qui publirafon nom & fa
memoire
Iufqu'aux derniers confins de ce
vafte Vnivers ,
du Mercure Galant. 231
Et qui fur fon Tombeau tout rayon .
nant de gloire ,
Fera naiftre à jamais des Lauriers
toûjours verds.
On lit encore au tour ces paroles
, Anno à Natali Chrifti 1501.regnante
Ludovico 12 , Francorum Rege,
Ioannes le Maffen , Carnotenfis , me
conflavit.
Comme le Mercure a parlé de
la grande Cloche , nouvellement
placée dans Noftre Dame de
Paris , il fuffira de dire que fon
employ pour la premiere fois , fe
devant faire le Jour de l'Affomption
, fur prevenu de la Naiffance
de Monfeigneur le Duc de
Bourgogne , qu'elle celebra pendant
les Ceremonies deſtinées
pour l'heureuſe Naiffance de ce
Prince,
Extraordinaire
2:32
Pour ce qui est de l'Harmonie
des Cloches , Zenodotus cité par
Zuingerus en fon Livre des Mecaniques
, rapporte qu'un certain
Lybicus ayant fabriqué quatre
petites Cloches ou Cymbales
fut le premier qui en inventa l'ac
cord des fons de l'une à l'autre , à
proportion de l'épaiffeur des Organes
, ou de leurs Timbres. Sur
quoy les Curleux pourront voir
Kircher & le Pere Mercenne.
Balæus en fon Hiftoire des Il
luftres Ecrivains de la Bretagne , Centurie
2. dit que Jean 14. Natif de
Pavie , qui vint au Pontificat l'an
984.a efté le premier qui ait donné
le nom aux Cloches qui fervent
aux Miniſteres de la Reli
gion , & qu'il impofa le fien à celle
qu'on tient la principale de toutes
du Mercure Galant. 233
dans S. Jean de Latran , à Rome.
L'Hiftoire des Saxons , Liv. 8.
Chap. 9. raporte que Gregoire IX.
né d'Agnani , qui fut grand Pontife
l'an 1227. futle premier qui ait
ordonné qu'on fonnât la Cloche
en laCofecration de l'Euchariftic .
Boniface VIII . Romain, qui entra
l'an 1294. dans le Trône de
S. Pierre, comme dit Volaterran,
orna l'an 1300. la Bafilique de
S. Pierre à Rome , de Cloches
d'Airain , d'un fon merveilleux .
Ainfi les chofes fe font augmentées
fucceffivement , à l'égard de .
ces Organes fi neceffaires à exciter
les Fidelles aux exercices de la
Pieté & de la Religion.
Il eft prefentement queſtion du
Son des Cloches. Le Pere Mercenne
en ſon Livre des Inftrumens
V
Q.de Janvier 1683.
234 Extraordinaire
Harmonieux & Organiques , auffibien
que Kircher & Magius , remarquent
que celuy qui fort des
Cloches qui fonnēt dans les Plaines
, s'entend de beaucoup plus
loin , que le Son de celles qui fonnent
dans les Montagnes . La raifon
eft que la fraction de l'air fe
fait plus aifément dans les cavitez
& les réduits , qui fe trouvent
dans les Monts, que dans les vaftes
Campagnes.
Les Cloches qui fonnent dans
les Vallées , portent leur Son encore
plus loin que celles qui fonnent
dans les rafes Campagnes ;
parce que l'air qui fe renferme
dans les Vallées fe continue plus
loin & plus facilement , fans fraction
, fe trouvant preffé par les
deux coftez des Montagnes , qui
forment les Vallées .
du Mercure Galant.
235
Il en va de même fur les Rivieres
& fur la Mer , où le Son qui
s'étend avec plus de liberté fans
eſtre brifé , s'entend de plus loin
& plûtoft la nuit que le jour.
Les raifons du Pere Mercenne
& de Kircher fur toutes fortes de
Sons qui fortent de divers Inftrumens
organifez , font plaufibles
& fortes. C'eft d'où les ſcavans
Etrangers ont tiré beaucoup de
fecrets , qu'ils ont fait paffer de
leur propre invention , & non pas
des expériences & des puiffans
raifonnemens de ces deux Authears
, comme font celles de la
Trompete , qui a fait tant de bruit ,
& par le moyen de laquelle on
fe peut parlerjufques à deux lieuës
loin . Kircher en donne la figure .
Nous n'oublirons pas une autre
V jj
236 Extraordinaire
1
merveille auffi prodigieufe que
quelques - unes des précedentes ,
dont parlent Kircher, Liv. 2.Chap.
4. & Varius Liv. 2. des Fafcinations
, au fujet du Son furprenant
des Cloches. Il s'en voit une en la
Ville de Vililla , fituée ſur le bord
du Fleuve Ibere , en Eſpagne ,
dont le prodige eft tel , qu'elle
fonne d'elle - même , quand quelque
accident doit arriver aux premieres
Teſtes de l'Eftat ; ce que
les Gouverneurs de la Province
ont atteſté eftre plufieurs fois arrivé
, durant les plus grands troubles
de l'Espagne. Des Actes authentiques
paffez pardevant Notaires
, & confirmez par des Témoins
oculaires , auffi bien que
les Lettres des Perfonnes les plus
confiderables , ont fouvent fait
da Mercure Galant. 237,
foy de cette verité .
Marinus, Liv. 8. des Hiftoires memorables
d'Espagne , au ſujet d'une
Cloche pretenduë , rapporte une
Vangeace illuftre. Dans le temps
que l'Espagne eftoit divifée en
divers Royaumes , & que chacun
avoit fon Souverain , les Principaux
de celuy d'Arragon, avoient
coûtume de fe mocquer de Ramirus
, Fils de Varamondus , qui de
Moyne eftoit devenu Roy, & qui
pour fon peu d'expérience en l'adminiftration
des affaires de fon
Etat , avoit efté obligé d'affocier
Garcias , fon Frere , au Gouvernement
d'Arragon. Ce Prince outragé
de ce mépris , & des brocards
qui couroient de luy , pour
attirer les Principaux, qui estoient
lesAutheurs des Libelles injurieux
238 Extraordinaire
qui paffoient de main en main , &
qui l'expofoient à la riſée , & pour
ſe vanger en même temps , fit courir
le bruit qu'il faifoit travailler
à une Cloche fi grande & fi prodigieufe
, que le fon en feroit entendu
par toute l'Espagne , &
marqua le temps & le lieu qu'on
l'expoferoit aux yeux du Public.
Les Principaux d'Arragon , cu
rieux de voir cette grande Machine,
fe tranfporterent en laVille
d'Oca , qui eftoit le lieu défigné ,
où ayant efté pris jufques au nombre
de quinze , Ramirus leur fic
couper la tefte . Enſuite il fit venir
leurs Enfans , & leur fit voir
les teftes de leurs Peres , pour
leur apprendre par ces exemples ,
combien il eft dangereux de fe
jouer à ceux qui font dans le Trê
du Mercure Galant.
239
ne , & encore plus de les expofer
au mépris & à la riſée.
Sleidan , Liv. 25. de l'Hiftoire de
Bordeaux , fait mention que l'année
1547. les Habitans de cette
Ville , qui s'eftoient rebellez contre
Henry II . Roy de France ,
pour les droits des Salines & d'autres
Peages, furent privez de leurs
Cloches , pour une marque de la
foûmiffion qu'ils devoient avoir
aux ordres de ce Roy.
Olaüs le Grand , Archevefque de
Leipfal, Liv.3. Chap . 2. des Nations
Septentrionales , dit que les Goths
fe fervoient autrefois de Marteaux
d'Airain , d'une groffeur prodigieufe
, avec le bruit defquels , en
frapant fur des Enclumes ou d'au
tres Machines de Fer , ils détourpoient
les Foudres & les Tonner240
Extraordinaire
res , en agitant l'air , ce que d'autres
Nations , qui tirent vers le
Nort , font encore avec des coups
de Canon qu'elles déchargent de
leurs Forteresses ; & ailleurs avec
le fon des Cloches , felon que les
uns & les autres font en ufage dans
les Regions Septentrionales.
L'on remarquera dans Calchondile
en fon Hiftoire des Turcs , &
dans le Traité de Magius de l'Antiquité
des Cloches & du Cheval ,
ayant demeuré longtemps en
Turquie , & auparavant dans
l'Ile de Chypre , que dans tout
l'Empire du Grand Seigneur , il
n'y a aucun ufage de Cloches ; &
quoy que les Mofquées des Turcs.
ayent des Tours fort élevées , que
l'on ne s'y fert que de la voix de
certainsCrieurs, deſtinez pour appeller
du Mercure Galant. 241
peller du haut des Tours les Mufulmans,
qui font le Peuple Fidelle,
pour affifter aux Prières qui fe
font cinq fois le jour dans les
Mofquées .
Nous terminerons ce Difcours
par la rareté de quelques Clochers.
Les Relations du Voyage
d'Italie , font mention qu'il n'y
en a jamais eu , & qu'il n'y en aura
jamais de plus admirable , que celuy
que l'on voit dans la Ville de
Pife. Il eft conftruit tout de Marbre,
& ce qui eft de plus étonnant,
il panche tout d'un cofté , & femble
toûjours preft à tomber. Les
yeux en font tellement furpris ,
que ceux qui le voyent , le per.
fuadent que ce panchement luy
eft arrivé par un tremblement de
terre. Mais c'eft en quoy l'art &
Q. deJanvier 1683. X
242
Extraordinaire
l'induftrie de l'Architecte fe fait
le plus admirer car les feneftres ,
les ouvertures , les portes , & les
entablemens, font tous de niveau .
Ce n'eft pas feulement à Piſe où
cela fe remarque , mais en plufieurs
autres Villes de l'Italie fur
lefquelles le Clocher de Pife a
l'avantage , pour ſa ſtructure & fa
pour fa merveille.
RAULT, de Rouen.
L'Effieu , & le Pot de terre,
estoient les vrais Mots des deux
Enigmes de Fanvier , & c'est làdeffus
qu'on afait ces Madriganx.
25
du Mercure Galant. 243
1.
V Oyageant, jefaifois lecture
Du Sieur Mercure;
Ma Caléche alloit lentement,
Et doucement
Je metrouvay couché par terre.
En cette guerre
Fenfus quitte pour mon Efficu;
Encor ce Dieu,
Voulant reparerma diſgrace,
Et faire grace
A moy, Voyageur interdit,
Me le rendit.
C. HUTUGE, d'Orleans,
demeurant à Metz.
II.
Darlantde l'Enigme nonveks
Epuis deux jours certain Verrier,
Avecfon Voifin le Potier,
Commençoit d'entrer en querelle.
L'un & l'autre de fon Meftier
Vouloit qu'ellefuft lafigure;
Ilfallut qu'un Avanturier,
"
Xij
244
Extraordinaire
Pour terminer tout le murmure,
Contrefaisant le Jufticier,
Parces mots à lafin s'avifaft de conclure.
Non, l'Enigme n'eft point le Verre,
Ce n'eft qu'unfimple Pot de terre!
III.
Le meſme.
E tout ce que Mercure a jamais
De
inventé
Pour le plaifir & pour l'utilité
De cate vie,
Je trouve pour moy que ce Dien
vérite une gloire infinie,
De nous avoir donné la Bouteille &
l'Effieu.
GRA
Mad. DE SERY, de la Rue
Grenier S. Lazare.
IV.
Races à la Raifon, jefuis devenu
fages
Tu ne m'obfedes plus,ſource de tant de
maux,
Defir ambitieux d'aller àfix Chevaux,
du Mercure Galant. 245
Et de me voir toujours en pompeux équi
page.
F'eftime monfort fanspareil,
Et jefuis plus content dans ma Chaise
roulante,
Avec mon aimable Amaranthe,
Que fije conduifois le bean Char du
Soleil.
Il arriveparfois qu'en allantfi belle- erre,
Euft - on la tefte d'un Caton,
Onfe la caffe net, ainſi qu'un Pot de
terre,
2 Témoin le jeune Phaeton.
VIGNIER , de Richelieu.
V.
E me trouve à préſent dans une reſ
JEverie,
Qui m'ofte les plaifirs, juſqu'à ceux du
Repas.
L'Hombre où je gagnois fort, en pres
nant mes ébats,
N'eft plus dans mon eſprit qu'une
badinerie.
2
X iij
246
Extraordinaire
69
Je cours deça, dela, je vais dans l'E:
curie;
Tantoft je monte en- haut, puis je deſceni
en- bas;
Sije trouve quelqu'un, ilfait mon em-,
barras,
Et je m'enfuis de luy comme d'une
Furie.
Je nne regardeplus mes Cartes, mes Ta
bleaux,
LesVers que j'aimois tant, &les Livres
nouveaux ;
Orangers & Fafmins languiffent dans
ma Serre.
འ
Vous qui voyez l'état où jefuis aujourà
& buy,
Ne vous étonnez pas d'un fi cruel en
nuy,
Fy caffay l'autre jour mon plus beau
Pot de terre.
Le mefme,
du Mercure Galant. 247
VI.
E nous nommons Gros-Jean, j'allons
à la franquette,
Et j'entendons fort bianſtanpendant vos
détours.
Agaje devinonsfans beaucoup de difcours
Le Mot que vous boutez , lafifort en
cachette
Dans votre Eneigme en Vars, faite an
mois de Fanvier.
Je font pis qu'un Satan pour découvrir
vos rufes.
Dites-moyfans mentir, &fans trouver
d'excuses,
N'est- ce pas un Effieu de far, & non
d'acier?
U
Le nouveau Jardinie
d'Antony.
VII.
N bon Bouilly, un bon Potage,
Valent moins que le tripotage
Que tu nous donne dans ton Pot;
X
iiy
248 Extraordinaire
Il eft d'un fort bon gouft , mon appétit
m'en preſſe;
L'or & l'argent n'ont pas plus de délicateffe;
Quoy que de terre, il fait que je fuis de
L'écot.
VIII.
Le mefme.
L'Eſprit accablé de refver,
En cherchant le vray Mot de la premiere
Enigme,
Fallay voir Lycidas, dont onfait tant
d'eftime;
Mais il n'avoit point eu le temps de le
trouver,
Il mefit monter en Caroffe,
Il vouloit prendre l'air , &j'en avois
befoin.
Nous n'avions pas efté bien loin,
Qu'en passant aupres d'une Foffe,
On nous crie, arreftez, foudain au mefme
Lieu,
Nous nefentons que trop le débris de
l'Effieu,
du Mercure Galant. 249
Famais je ne mefuis trouvée en telle noce.
Embourbez ,
demeurer,
↓
par
là contraints de
Nous eûmes le loifir de bien confidérer
L'Effen plus long que large , & toute
fa figure,
Comme il n'a que deuxyeux, & deux
bras feulement,
Qu'il eftformé de matiere bien dure,
Que rien de durpourtant n'entre en fon
aliment.
Mais ce qui redoubloit noftre mal- avanture,
Les Roues, ces deux Soeurs, eftoientſans
mouvement;
Ce fut dans ce malbeur que je pûs rea
connoiftre
Ce que j'avois cherché, tant il eſt vray
que l'art
Cede quelquefois au hazard,
Qui de la Raifon mefme eft biensouvent
le maistre.
LA BELLE NOURRITURE
du Havre.
250
Extraordinaire
IX .
Ciel,que l'Homme eftgrand du
cofté de fon Pere!
Mais helas! qu'il eft vil du cofté de fa
Mere!
Un Pot de terre eft comme luy;
C'est ce que j'éprouve aujourd'huy,
Avecque cette diférence ,
Que l'Homme a bien plus d'excellence
Du cofté de fon Createur,
Que n'a le Pot defon Autheur.
Mais quant à leur commune Mere,
Ils font d'un tres- bas caractere,
Ils ont tous deux un meſme ſort,
Il nefautpas un grand effort
Pour les mettre tous deux par terre,
L'Homme eftfragile comme un Verre,
De cecofté- là qu'il eft fot,
Ainfi quefon Frere le Pat !
DE LATRONCHE, de Rouen.
X.
Njour le Pot & le Verre
Se déclarerent la guerre.
Le premierfut le plus fort,
du Mercure Galant.
252
Le Ciel leur rendit juftice :
C'eft affez pour avoir tort,
D'entrerfoible dans la Lice.
XI.
Le mefme!
E vous obftinez plus, je ſuis fort
affaré
NE
Que l'Enigme n'eft point faite pour le
Soulier;
C'eftpour un Inftrument de plus longue
durée,
Et dont vous conviendrez, l'entendant
publier.
Maisfans faire languir plus longtemps,
voftre envie ,
Prenez l'Enigme en main, lifez jufqu'au
milien;
Si vous y découvrez d'autre Mot que }
l'Effieu ,
Je veux n'eftre jamais SYLVIE
du Havte
252 Extraordinaire
Q
XII.
Vi voudra fefaffe la guerre
Pour la feconde de ce mois;
Si d'un Mot jefaifois le choix,
Ce ne feroit qu'un Pot de terre.
METC
XIII.
La mefme.
Ercure, ta premiere Enigme
Ne m'embarrafa quefort peus
Dés la cing, oufixième Rime,
Fe connus que c'eftoit l'Effieu .
Ouy,fans beaucoup rêver à ce joly mys
tere,
Je vis que c'en eftoit le Mot;
Mais il eft vray que la derniere
Mefit affez longtemps tourner autour
du Pot.
Ar
DIEREVILLE, du Pontleveſque.
XIV.
Per quelcoup de hazard, adorable
Sylvie,
Venez- vous prolonger la vie
D'un Malheureux qui meurt pour,
vons ?
du Mercure Galant.
253
Vous lefçavez, belle Inhumaine,
Mon mal vient de vostre couroux,
Devos mépris, de voſtre haine,
Euxfeuls m'ont mis en cet état;
Et quand la mort eſt prefte àfinir mon
martyre,
Vosyeux, ces doux Tyrans, par un double
attentat,
Viennent dans ce moment empefcher que
j'expire.
Encor fi c'eftoit par pitié,
Ou par quelque trait d'amitié,
Que mon bonheur feroit extréme!
Maisnon. Helas! j'apprens qu'un caprice
du Sort,
Afin de diférer ma mort,
Ne vous amene icy quepar un ftratagéme,
Permettant qu'un Effieu , rompu fortui
tement,
Vous oblige d'entrer dans mon Aparte,
ment;
Peut- eftre eft-ce d'amour un effet de vangeance.
254
Extraordinaire
S'il eft ainsi, changez votre rigueur;
Et puis que Cupidon entreprend ma.
défense,
N'empefchez plusfes traits de toucher
voftre coeur.
ALCIDOR , du Havre.
JⓇ
XV.
E protefte, Galant Mercure,
Que j'ay crainte defaire injuro
A voftre haute Dignité,
En publiant le mot de lafeconde Enigme,
Si j'aypû penétrer dansfon obſcurité,
Apres avoir longtemps rêvéſur chaque
Rime;
Mais quand je voudrois le cacher,
Je nesuis pas le feul qui l'ay pû rechercher.
Affez d'autresfans moy, l'ont fait en
diligence,
Ainfi je garderois vainement lefilence.
Ilvaut bien mieux pour s'expliqucê
Dire d'un ton plein d'affurance,
du Mercure Galant. 255
Qu'à vendre un Pot de terre, un Dien
vents'appliquer,
Apres avoir appris à le bienfabriquer.
XVI.
Le mefme .
Mercure, mordanbien, cuidić voú
qu'un Piconart
Eufche dans fé caboche l'art
D'adviné de ché moy lé genti Zaverlos,
Qui tant onfoay bugné por en trové les
Μός.
L'Effieu d'une Carette ó mitan du Courty,
N'eſt-che poen le premié toudy?
Et lePot de terre tou neu,
N'eft-che poen le derain morblen?
Phili
Le Piót Père Sanzenfans
d'Amiens.
XVII.
Hilis me voyant appliquer
Arelire l'Enigme, afin de l'expliquer,
Se mit àrire, & m'enfaisant la guerre,
Quoy, dit-elle, rêver fi longtemps pour
un Mot?
256 Extraordinaire
1
C'eft trop tourner autour du Pot,
Gardez de le caffer, ce n'est qu'un Pot
de terre.
XVIII.
ALLARD.
M Ercure,quiprévoitpar un ſoin
fans égal
Que l'on eft debiffe de trop vuider le
Verre,
Sçachant
bien
que
pour ce mal,
la Soupe eft propre
Pour en faire de bonne, il donne un Por
de
terre,
Afin qu'onfoit plus gay pendant le Carnaval.
F
AVICE de Caen, de la Ruë
de la Harpe.
XIX.
N voulant trouver le vray ſens
Des Enigmes de ce Mercure,
Je me mettois à la torture,
Et perdois apres tout& ma peine, &
mon temps,
+
du Mercure Galant.
257
Lors qu'unefâcheuse avanture
Me tira bientoft d'embaras.
Mon Carroffe roulant grande erre,
L'Effieufe rompit, crac, &fit un grand
fracas,
Ny plus, ny moins qu'un Pot de terre .
L'Amoureux Daigreville , du
Quartier des Cordeliers.
La
XX .
Es Hommes , & les Pots de terre
Ont bien fouvent un meſmefort;
Tous les Hommes fouffrent la mort,
Les Pots caffent comme le Verre.
La Fortune par fes faveurs -
Elevant les uns aux honneurs,
Net les autres dans l'infamie ;
Le Potier, felon fon humeur,
Fait d'une mefme maſſe un Pot d'ignominie,
•Auffi- bien qu'un Vafe d'honneur.
N. DALLEE , Curé de Fierville,
pres Caën.
2.deJanvier 1683.
Y
218
Extraordinaire
XXI .
Our unfeul Mot que je ne puis
Pour
trouver,
Mon pauvre efprit que je veux éprouver,
Depuis trois jours fe dérouille & s'aiguife
;
Mais j'ay bean faire, il faudra lâcher
priſe,
En vain au but je tâche d'arriver,
69
C'est malpourtant men honneur con-
Server,
Fay commencé, je devrois achever,
On ne doit pas quitter une entrepriſe
Pour unfeul Mot.
Duffay-je doncy geler, ou criver,
Je fais ferment de ne me point lever,
Que le fecret que Mercure déguiſe
Ne m'apparoiffe. Abbon, je m'en aviſe,
C'est un Effieu ; voila longtemps rêver
Pour un feul Mot,
DE FLESSEL DE VERMOLET,
d'Amiens .
du
Mercure Galant. 259
Lo
XXII.
que
du dernier Mercure
La derniere Enigme eft obfcure,
Qu'elle exerce l'habile auffi-bien que
lefot.
Il est vray que des Gens quifontfigure
en France,
Ont rêvé jour & nuit ſans en trouver
le Mot;
Es moy je l'ay trouvé dés la premiere
Stance,
Sans tant tourner autour du Pot.
GRAMMONT, de Richelieu.
X.X III.
MErcure, un bon Picard dans tout
qu'ilpeutfaire,
Vafranchement, & de bon jeu ;
€ eft pourquoyfans tant de myftere,
Je dis que l'Enigme premiere
N'eft autre chose que l'Effieu;
Etlafeconde, fi je n'erre,
Ne peut eftre qu'un Pot de terre.
SIRE VINDICIAN , du
Mont S. Eloy.
Y ij
260 Extraordinaire
T
XXIV .
On Régale eftoit trop petit ,
J'enfors avec mon appétit;
Tes meilleurs Platsfont des Nouvelles,
Et cela me repaift fort peu .
Adieu, Galant Mercure, adieu ;
Quandtu voudras traiter des Belles,
Tu mettras plus grandPot aufeu.
La Belle à l'Anagramme ,
Je n'aime rien hors le mérite,
de la Rue de la Licorne.
XXV .
L'Amede voſtre Enigme eftoit embarraffée
Entre deux Rouesfur l'Effieu ;
Sans crainte pouvoit- on la tirer de ce lien,
Où vous l'aviez, Mercure , adroitement
placée?
L'Albaniſte de Rouen.
XXVI.
J
E nefuis pointfurpris , fi l'aimable
Climene
Brille dans fon ajustement.
Je voisdansfon Apartement
du Mercure Galant. 261
Nombre de Pots de Porcelaine.
Prefque tous font remplis de Pommade
& de Fard;
Il n'enfaut qu'un de terre à mapauvre
Climene,
Pour cuire avec des Pois une Flique de
Lard,
C'est dont elle entretient fon teint, fa
bonne mine.
XXVII.
Le mefme.
L
E Mercure, Meffieurs, a mis le Pot
aufen
Depuis un mois, ou s'enfaut peu;
A la Cuifine admirez fa conduite,
La Chair n'en est pas plutoft cuite.
A
Le Marquis inconnu .
XXVIII.
Pres maintsgrands Emplois dans
la Paix, dans la Guerre,
Apprens-nous quel est ton deffein.
Veux-tu te faire Capucin,
Mercure, avec ton Pot de terre?
F. FOURMY, de Baugé en Anjou,
262 Extraordinaire
XXIX.
Uipeut mieux expliqner les Enigmes
du mois?
Qui
peut
mieux
Un Chartier la premiere, an Potier la
Seconde;
Carjeferois leplus trompé du monde,
Si ce n'est un Effieu, foit de fer, ou de
bois,
Avec un Pot de terre, agreable en Cuifine.
Lors qu'il est biengarny, qu'on nousfait
bonne mine!
GYGES, du Havre,
XXX.
Dites-nous,MercureGalant,
Quel myflere l'Enigme enferre.
C'eft quelque Ragouft excellent
Préparé dans un Pot de terre.
L'Amant difcret & fidelle.
$3
du Mercure Galant. 263
S255: 52522: SS22S22
Réponse à la Replique d'un prétendu
Docteur de la Faculté
de Medecine de Paris , fur le
fujet de la fréquente Saignée.
J'R
'Attendois, Monfieur, par vos
Repliques aux fentimens d'un
Medecin de Montpellier , quelque
chofe qui euft quelque air
de la folide Doctrine qu'on profeffe
dans la Faculté de Medecine
de Paris ; mais il me paroiſt
que cette Doctrine vous eft inconnuë
, & que vous n'avez écrit,
que pour vanter l'Efprit de
Vin compofé de l'Autheur de la
Tranſpiration desHumeurs .Je ne
264
1 Extraordinaire
fçay fi vous prenez intéreſt à faire
valoir ce Livre , mais comme
il n'eft pas queſtion d'en faire icy
l'examen, je viens à voftre Critique.
Vous m'accufez d'avoir
condamné les Nouvelles Découvertes
comine fauffes , feulement
parce qu'elles eftoient nouvelles .
C'eft ce que je n'ay point du tout
prétendu , ny qu'on en deuft demeurer
aux feules manieres de
nos Peres. J'ay foûtenu feulement
, & je les foûtiens encor,
que quand on n'y ajoûte quelque
chofe de nouveau que par
pure fantaisie , & dans l'efprit de
celuy qui brûla le Temple d'Ephefe
, pour faire parler de foy,
on fuit des routes où il eft im.
poffible qu'on ne s'égare. Les
anciens Autheurs que vous efti
mez
du Mercure Galant. 265
mez fi peu , nous ont conduit par
la main dans le chemin des Sciences
; & ily a de la témérité à dire
qu'ils n'ont pas affez creusé pour
trouver les caufes des effets de la
Nature , puis qu'il eft certain
que ceux qui prétendent avoir
rafiné fur eux , fe font trompez
lourdement , & ont toûjours expliqué
, obfcurum per obfcurius ,
quand on a voulu les poufferjufqu'aux
principes. En effet , ces
Meffieurs les beaux efprits n'ont
pû jamais faire entendre diftintement
le Modus agendi natura.
Ils ont obfervé certains effets
par des mixtions diférentes ; mais
fans en donner des raiſons folides
, ny bien expliquer de quelle
maniere cela ſe fait , & c'eft feulement
ce qu'il y a de plus affu-
Q. deJanvier 1683. Ꮓ
266 Extraordinaire
ré dans ces Nouvelles Décou
vertes. Ne foûtenez donc pas
davantage que les Anciens n'ont
pas efté auffi hardis que les jeu.
nes Sectateurs des nouveautez
pour deſcendre dans la profondeur
du Puis , où s'eſt retirée
cette verité que chacun s'efforce
de tirer de cette efpece de fepulchre,
afin de l'expoſer fans déguifement
aux regards de tout le
monde.
Ce n'eft pas peu , Monfieur
,
que vous confeffiez
qu'Hipocrate
ne peut eftre l'autheur
des
abus qu'on fait quelquefois
de la
Saignée
; & que ce n'eft pas par
l'effufion
de noftre fang qu'il a
mérité la qualité de Divin. Je ne
vous ay point difputé
cela , & il
n'y en a pas un mot dans mes
du Mercure Galant. 267
•
Sentimens , aufquels vous avez
crû devoir repliquer. Le feul
abus que l'on eft capable de commettre
dans la Saignée , ne peut
proceder que du peu de jugement
de ceux qui en ufent mal,
mais les judicieux Medecins fçavent
la pouffer au delà de la
Sphere d'activité de ces trembleurs,
que la petiteffe de leur génie
fait avoir recours à mille petits
remedes de bonnes Femmes
ou de Païfans. On leur dit
pour
les faire tomber dans le panneau,
que les uns purifient le fang ; &
que fi les autres ne font aucun
bien fenfible , du moins ils ne
nuifent point aux Malades. Cependant
on ne fonge pas qu'en
laiffant échaper les occafions
preffantes de faire des remedes
"
Zij
268 Extraordinaire
effentiels , on jette les Malades
dans mille inconveniens irrépa. ·
rables, qui font les caxexies , les
abcez, des ictericies, des fchirres
dans les principales parties nour
ricieres ; enfin une infinité d'autres
maladies , qui paffent la ver
tu de toutes ces belles Décou
vertes qui leurrent aujourd'huy
tant de Gens.
Il eft affez fingulier que vous
fafhez remarquer les confeils
d'Hypocrate, à ceux qui ne reconnoiffent
que luy pour Dire-
&eur de leurs conduites. Ces
grands Génies qui ont eu tant de
réputation dans Paris, & qui ont
fait tant de miracles par tant de
fréquentes Saignées , n'ont-ils
pas fuivy à la lettre les circonf
tances de fes confeils ; & voit- on
du Mercure Galant. 269
le moindre Candidat en Medecine,
qui ne foit inftruit de toutes
ces obfervations que vous mar.
quez fi neceffaires pour prefcrire
la Saignee Mais afin que nous
ne vous accufions pas injuftement
de reffembler à ces Miroirs,
qui ne reçoivent les images des
objets qu'on leur préfente , que
pour les défigurer , faites - nous
entendre ce que veulent dire ces
mots , dont vous vous fervez
en parlant d'Hypocrate. Les
Arabes , les Grecs , les Latins , &
les plus éclairez des autres Nations,
ont toujours déferé àſon ſentiment;
& je ne vois point de raison qui
nous oblige de le recevoir , & qui
nous difpenfe en mefme temps de le
faivre. Je ne trouve en cela qu'
obfcurité, & que contradiction.
نم
Z iij
270 Extraordinaire
Continuons, s'il vous plaift, l'e.
xamen de tout ce que vous avancez.
Vous demeurez d'accord
que la connoiffance particuliere
des tempéramens que nous appellons
Idiocrafie , eft fi difficile
qu'on n'y peut répondre que par
galimatias. Voyez combien vous
allez embaraffer ces Meffieurs
dont vous prenez fi fort le party.
Pour mieux parler fur toutes
leurs Nouvelles Découver
tes , vous les jettez dans un la.
byrinte, dont il ne vous fera pas
aiſé de les tirer , ny à eux- meſmes
d'y trouver une fortie, puis
que leurs plus vigoureufes expreffions
, & ces folides raifonnemens
que vous fouhaitez , ne
feront fondez qu'en hypothefes
paraboliques , qu'en comparaidu
Mercure Galant.
271
fons toûjours clochantes , ou tirées
des Méchaniques , qui ne
peuvent avoir un juſte rapport
aux chofes qu'on veut faire entendre
à fond , pour bien expliquer
les mouvemens de la Nature
. Ce font termes indéfinis
& univerfels qui ne prouvent
rien , eftant toûjours neceffaire
d'avoir recours à certaines parties
difpofées d'une certaine maniere
, & de certaines figures qui
font certains effets , fans qu'on
marque la caufe jufte de cet
arrangement ou de ces certai
nes figures , de peur d'admettre
ce que vous dites eftre la
réverie des Peripatéticreas , qui
font les formes fubftantielles
parce que par là on conçoit du
moins un principe immédiat qui
Z iiij
272
Extraordinaire
fait toûjours les mefmes figures,
& un mefme arrangement des
parties.
Quand ces rafinez Sectateurs
de la nouveauté auront pris la
peine de nous faire entendre fans
obfcurité , comment fe fait la
genération des Animaux , la co.
ction & diftribution des alimens,
& la fecretion de l'urine d'avec
les parties du fang , fans avoir
recours à la caufe premiere &
univerfelle de toutes chofes, fans
hypothefes ou comparaiſons défectueufes
en mille circonftances
, comme par celles des Cribles
compofez de diférens trous ,
par où paffe la diverfité des
grains mélangez de toutes efpeces
, tant par leurs
propres
figures
que par leur
péfanteur
, alors
du Mercure Galant. 273
leurs maximes pourront avoir
quelque poids . Jufques- là vous
trouverez bon que nous refufions
de renoncer à nos anciennes
expreffions , par leſquelles nous
concevons tout auffi bien ce que
vous voulez nous faire entendre
par des mots nouveaux , qui ne
peuvent rien fignifier de plus , &
qui ne nous font pas comprendre
le fond plus diftinctement .
Je ne combas point l'application
qu'on a pour les Nouvelles
Découvertes. Je fuis non feule
ment perfuadé, mais tres - convaincu
, que de fiecle en fiecle les
Sciences & les Arts fe perfectionnent
& fe poliffent par les refléxions
, que de plus habiles Gens
que vous & moy font tous les
jours dans leurs Cabinets . Les
274
Extraordinaire
fçavans Ouvrages qu'ils nous laiffent
, nous tracent de nouvelles
routes , qui nous font arriver fûrement
à la verité . Mais je ne
puis endurer qu'on vante fi fort
certaines Découvertes, dont les
effets font fi fautifs , & où le hazard
a toûjours bien plus de part
pour le fuccés, que la conduite
du bel efprit , qui a têvé creux
dans fon Etude; par exemple ,
cet Esprit de Vin compofé que
vous élevez fi haut , & qui en
excentrant les humeurs, pompe,
pour ainfi dire , leur pourriture
auffi bien que celle du fang, vous
en faites une Panacée nouvelle,
au dela mefme de tous les Sels
volatils , des poudres de Viperes,
des yeux d'Ecreviffes , des Acides
& des Alkalis , qui font de
du
Mercure Galant. 275
grands mots nouveaux , mais de
tres- petits remedes , qui tuent
plus qu'ils ne foulagent . En effet
ils font beaucoup au deffous de
nos grands remedes anciens , approuvez
de tout temps ,
foit par
leur compofition , foit pour leurs
effets inconteftables , comme nos
Theriaques , le Mithridat , l'Orvietan
, les confections d'Hyacin
the , & d'Alkermés ; pour fimples
le Befoüard, les Coraux &
les Perles qu'on quite à préfent,
& dont on veut fe paffer pour
prendre pis , en donnant dans
toutes les nouveautez inutiles
qui ne produifent que des effets
incertains , & qu'on devroit rejetter
; ne fuft- ce que par la longueur
du temps qu'on oblige tyranniquement
les
des à s'en fervir.
pauvres
Mala
276 Extraordinaire
Ces grands Faifeurs de miracles
fans la fréquente Saignée ,
ne confeillent pas moins que d'u
fer deux ou trois mois des yeux
d'Ecreviffe , de leurs Opiars compofez
'de Sels volatils , d'extraits
de Genievre, fucs de Pervanche,
Cariophyllata , & autres drogues
chaudes & feches , qui ne
peuvent qu'augmenter l'intemperie
des corps fecs, & maleficiez,
en calcinant doucement par un
feu fourd les humeurs , par un
long ufage de remedes ordonnez
fans indication jufte , & fans autre
refléxion que celle du fecret
infaillible de leur découverte.
Il n'y a que vous au monde
qui ayez trouvé la conduite de
l'Anglois réguliere , puis que tout
ce qu'il y a de Gens éclairez.
du Mercure Galant. 277
l'ont condamnée en toutes manieres
, & par toutes fes circonftances.
Si vous aviez bien compris
les raifons convainquantes
que j'ay avancées dans mes fentimens
, vous n'auriez pas prononcé
fi hardiment fur une conduite
auffi peu judicieuſe . Vous
auriez parlé plus jufte , fi vous
n'aviez jugé que du fuccés de fon
remede , qui n'a jamais efté defaprouvé
, parce que la cauſe en
eftoit connue, puis que ce n'eftoit
que le Quinquina déguifé , &
par le défaut de fa capacité & de
fon jugement , outré par les prifes
indifcretement réïterées l'efpace
de deux ou trois mois , aufquelles
tout eftoit deû , & rien à
la conduite de l'Anglois , que le
rifque qu'ont couru les Malades,
278
Extraordinairede
tomber dans de mortelles lan
gueurs par la féchereffe que le
Quinquina imprime dans les entrailles,
en vitiant infenfiblement
toutes les parties nourricieres ,
ce qui en a fait mourir plufieurs,
& caufé quantité de fterilitez
aux jeunes Femmes , pour en al
voir pris par excés eftant Filles .
On en pourroit citer un fatal
exemple dans un Sang illuftre
mais cela n'eft pas neceffaire.
Les preuves ne s'en trouvent que
trop fréquentes dans des Perfonnes
moins qualifiées .
Quant à ce que vous avanceź
que je fçay comme vous, Que file
remede n'a pas toujours fait ce qu'il
pouvoit, c'eft la Saignée qui l'en a
empefché , c'est ce que vous au
riez pû vous paffer de dire , auffi
du Mercure Galant . 279
bien que d'ajouter que j'infulte la
fageffe des Hæmaphobes de l'An.
tiquité , comme s'il y en avoit eu
entre les veritables Originaux de
la bonne Medecine. Rappellez
done dans vostre mémoire ces
premiers Autheurs de l'Autiquité,
qui font Hypocrate & Gallien
, feuls Chefs du confeil de la
grande effufion de fang que vous
condamnez , fans laquelle toute
fois point de falut pour les Ma
lades. Ces grands Hommes n'ont
jamais prétendu , ny moy apres
eux , comme vous ofez l'affurer
en termes exprés , Qu'il faut tirer
tout le fang des veines pour en ofler
la plenitude ; car il n'eſt pas vray
qu'il foit neceffaire d'en tant tirer
, pour diminuer la premiere
cfpece de plenitude qui faute aux
280 Extraordinaire
yeux , & qui eft toûjours la caufe
premiere & antecedentes de
toutes les maladies . C'est pour
emporter la feconde efpece de plenitude
qu'il en faut verſer davantage
, & tout le monde demeure
d'accord qu'on a beſoin d'un
folide jugement , & d'une délicate
pénétration pour conduire la
Saignée dans cette feconde efpece
, jufques dans toute fon étenduë.
Je ne fay pourquoy en prononçant
le contraire de mes Sentimens
, vous dites que c'eft ma
doctrine toute pure que vous avancez.
Lifez les encor une fois,
& vous avoürez , ou que vous les
aviez parcourus trop vifte fans y
reflèchir , ou que vous ne les
aviez pas conçus .
du Mercure Galant.
281
ne
Vous pouvez écrire tant qu'il
vous plaira fur le mérite des
Nouvelles Découvertes
croyez pas que je me mette da ….
vantage en peine de le combattre.
C'eſt un feu de paille qui
ne peut durer ; puis que , felon
vous-mefme , il ne faut qu'un
quart -d'heure pour eftre inftruit
de vos nouveautez . Je vous
confeille feulement de prendre
leraifonnement
qui fuit , comme
plus conforme que le vostre
à la bonne Philofophie , c'eſt de
donner beaucoup à l'autorité des
grands Hommes , tout à la raifon,
& tres- peu à l'expérience .
feule , parce quelle eft trompeu .
fe & périlleuse dans le fentiment
du divin Vieillard, pour qui j'auray
toute ma vie un profond ref
Q. deJanvier 1683. Aa
282 Extraordinaire
pect , & qui a prononcé comme
un Oracle dans fon premier Aphorifme
, Fudicium difficile , experimentum
periculofum .
LE FRANC, Docteur
de Montpellier.
Tous les Madrigaux quifuivent,
enfermentle vray Mot de la propiere
des deux Enigmes propofées au mois
de Fevrier.
I.
Ris, que vous eftes farouche!
quefans touche;
Vousfongez à vous reculer.
Helas! avez- vous peur que je ne veüille
aller
Sur voftrefein porter ma bouche
Non, je nefuis pas fi badin
Que vous pensez, je vous le jure.
Je ne veux quefentir le Bouquet que
Mercure
Vous apréfenté ce matin.
DIEREVILLE, du Pontlevefque
du Mercure Galant . 283
II.
Ax delices d'un grand Banquet,
Fuft- il pardes Traiteurs préparé, je vous
Illuftre & genéreux Mercure, (jure,
Je prefere voftre Bouquet.
C'est un enfantement des larmes de l'Au-
Son odeurfurpaffe l'Encens, ( rores
Ses beautez enchantent les fens,
Etfa varieté marque l'efprit de Flore.
L. BOUCHET, ancien Curé
de Nogent le Roy.
III.
Mercure, qu'on publie eftre le Prototipe
De ces Gens trop experts à jouer de ke
grippe,
Pourfe juftifier, affile fon caquet.
Ce Dieu, par une adreffe à nulle autre
feconde,
Réfolu de fe mettre en bonne odeur qu
monde,
Joint à mille autres dons , un raviſſant
Bouquet.
AVICE, de Cac
A a ij
284
Extraordinaire
A
IV .
Ercure eft tout-enfemble agreable
Mero
Zelé,
Son préfent eft galant autant qu'il eft
honnefte;
Il doit bien eftre régalé
Par tous ceux dont le mois renfermera
la Fefte.
Ils vont fairefans-doute unfomptueux
Banquet,
Voyant qu'un Dieu leur donne unfi riche
Bouquet,.
Lors que defes faveurs Flore eft encore
chiche.
Jeferois ravy d'eftre à ce fameux Repasi
Mais monfouhait demeure enfriche,
Eftant au mois de Mars, où mon Patron
n'eft pas.
Q
V.
Le mefme.
caquet Voy, faut-il tant de
Pour expliquer une Enigme?
Quand j'auray dit un Bouquet,
Je n'ay plus befoin de Rime .
DE LA TRONCHI, de Rouen?
du Mercure Galant. 285.
Q
VI.
Ve Mercure eft coquet!
Pour marquerfa tendreffe,
Il donne à fa Maitreſſe
Un tres-joly Bouquet .
Tous
VII.
Le mefine
Ous les Fleuristes curieux,
Afin de contenter leurs yeux,
Vont rendre vifite à Mercure.
Vous n'enfçavezpas lesujet ;
C'est pour contemplerfon Bouquet ,
Qui n'eftfait qu'enfimplepeinture.
La Phénicienne organifeć,
de Caën.
Me
VIII.
Ercure, ton Bouquet n'a pas lien
de meplaire,
Je fuis ennemy des odeurs;
A bien des Gens je fuis contraire,
J'aime mieux les Fruits que les Fleurs.
'Albanifte de Rouen .
286 Extraordinaire
Q
IX ..
V'attendez- vous de moy, Mer
cure,
Sur l'agreable portraiture
D'un Bouquet odoriférant?
Difpenfez ma veine infertile
Devousfaire un diſcours plus grand,
Pour expliquer au long voftre Enigme
Q
fubtile.
SYLVIE , du Havre.
X.
Voy, des Fleurs en Hyver ! C'eſt
à se coup, Mercure,
Que vous eftes vrayment Galant .
Dites- nous par quelle avanture
D'affortir un Bouquet vous avez le
talent.
Levoftre affurément vaut bien qu'on le
chériffe;
Il eft de prix, & d'un art tout nouveau.
Le Bouquet eft tres- bean,
Et je ne croy pas qu'il flétrisse.
CONSTANTIN RENNEVILLE
de Caen
du Mercure Galant. 287
M
XI.
Algre l'inconftance du temps,
Malgré l'Hyver, & ſafroidure,
Autheur du celebre Mercure,
Tu nousfais voir les douxfruits du Printemps,
Et tu fçais devancer quand tu veux la
12
Nature.
**
Depuis peu la Reyne des Fleurs
Voulut dedans ces Lieux paroiftre:
Mais n'ayant rien pû reconnoiftre
Dans nos triftes Jardins , elle verfa des
pleurs,
Et remonta,dit-on,dans le Celefte Cloître.
**
Mais toy, bien plus riche enfecrets;
Etfans te donner tant de peine ,
Sur le baut Hélicon, fur le bord d'Hy
pocrene ,
A l'abry desfrimats tu cueilles des Bou
quets
288
Extraordinaire
Et tu n'as pas befoin que la faifon re
vienne.
DE VAULX, Avocat de Noyon
en Picardie.
XII.
Ous vous raillez de nous, Mer
Voucure,
De nous préfenter en peinture
Un Bouquet dans cette faifon,
Où les Fleursfont en abondance
En cent & cent Lieux de plaisances
C'est là n'avoir pas de raison :
Le Phénix des Meffagers de Caën.
XIII.
SE
E voit- il rien de plus honnefte
Que Mercure l'eft cettefois?
Quelqu'un l'aurafans-doute averty que
ce mois
Eftjustement le mois auquel tombe ma
Fefte;
Et c'e aujourd'huy ce quifait
Qu'il me vient donner le Bouquet .
Le Berger Valentin
du Mercure Galant. 289
PONY
XIV.
Our faire un beau Bouquet, fans
qu'ily manque rien,
Le fçavant Rault l'entend tres-bien.
Sur les autres Bouquets Le fien Pavan
tage
De réduire les coeurs dans un doux eſclavage,
Par un fecret cachéfous les noeuds du
Lien.
Le plus fevere des Amans
Se rendroit aux Loix de l'Amour,
Sifon Amant pouvoit un jour
Luy faire recevoirfes raretez galantes.
Elle diroitfansfin ; Mon Dieu, que je
me plais
Avoir de ce Bouquet tous les charmans
attraits!
Je croy qu'il eftfait par les Graces ,
Tant onvoit que les Fleurs occupent bien
leursplaces.
Q.deJanvier 1683. Bb
290
Extraordinaire
Apprenez, cher Amant, qu'il m'a touché
le coeur;
Etje veux déformais, quoy que l'on ait
pû croire,
Rendre vos jours pleins de bonheur,
Si ma poffeffion peutfaire vostre gloire.
Ma
ALCIDOR, du Havre,
XV.
Ercure, les plus belles chofes
Ont toûjours trouvé des Cen
feurs;
Quelquefois pour de foibles caufes,
On trouve des Réformateurs.
Soit dit, Mercure ,fans offence ,
Carje veux, fi c'est mon deffein,
Que le plus lâche de la France
Meplante un Poignard dans le fein,
Jessay bien que chacun admire vos Ouvrages,
De tous les bons Efprits vous avez les
Suffrages,
Et fans-doute moy feul trouve à vous
critiquer.
du Mercure Galant.
291
Je le fais cependant d'une ame bien
forcée;
Mais je nepeuxfonffrir qu'on nousfaſſo
expliquer
Au milieu de Hyver un Bouquet de
Pensée.
Le mefme.
XVI.
No
On, je n'ay point de peine à croire
pone
Que d'un Bouquet , ou d'une
Fleur,
Qui des Dames cherche le coeur,
Dans unjourpériffe la gloire.
L'EPINAY- BURET, de Vitré
en Bretagne.
XVII.
Plainte d'un nouveau Marié.
Tun
Un'es qu'un beau Bouquet . Hymen,
dont l'on n'a rien
Bienfouventque d'emprunt : Tu dis que
je fuis bien,
Quel'onme baife tant; Ahle bel avantage
!
Bb ij
292
Extraordinaire
Tu m'as réduit à l'esclavage,
Chaine qu'ilfaut ufer, dur &fâcheux
Lien.
**
Si tu fers les Amans ainfque les Amantes
,
En donnant tes faveurs , tu couronnes ·
l'Amour .
cès
Helas ! que ces appas trompent en ce
bean jour,
Et qu'elles durent peu, ces raretez ga,
lantes!
#3
Ony, c'est la nouveauté qui fait que tu
nous plais,
Que nous trouvons en toy quelques rians
attraits .
Nous régnons fur le Trône , où les Ris
& les Graces,
Avec lesJeux trouvent fouvent leurs
places;
Mais ce qu'on cherche tant , le trouvet-
on ce coeur?
Non, c'est un Vagabond qui m'en afait
ac-croire;
du Mercure Galant. 293
Monfort, comme un Bouquet, n'a pas
plus de bonheur ,
Pay veu dans un jourſeul périr toute
ma gloire.
A
GYGES, du Havre;
XVIII .
Greable Bouquet, beau Feftin de
l'Amour,
Allez trouver Iris, elle eft dans fon grand
jour.
Repofezfur fon coeur , baiſez fon beau
visage,
Et dans unfi douxfort tenez -luy ce lan
gage.
Tircis me donne à vous pour gage de
fa foy,
Il eft dans vos liens plus qu'on n'en
voit chez moy.
Le mefme.
Ceux qui ont expliqué la mefme
Enigme fur le Bouquet , font Meffieurs
Harriveau ; De Bellefontaine
Bb iij
294
Extraordinaire
Fay
de la Rue Simon le Franc ; Le Chevalier
d'Argence d'Angouleme ; D
deVernon ; P. Carricr de Roüen;
Clement Apoticaire du Roy en fa
Chancellerie ; Thierat Chapelain de
Noftre-Dame ; Boiffeau ; Angely de
la Martiniere , d'Epoiffe en Auxois ;
Mefdemoiselles M. A. le Marchand,
Fille de M le Marchand , Confeiller
de Rouen ; M. Provais ; De la Neve,
de la Ruë S. Médéric ; La Charmante
Manon de Rouen , Amante du Meaccin
; Les trois Mannetes du Quarvier
S. Médéric; A. à l'Anagramme
,Je Pleine d'années , de la Ruë
de la Sourdiere ; La belle Manon de
Foix, proche les Andelis ; La Belle
à l'Anagramme , Ma Coufine en
rien ; La Phénicienne Organisée de
Caën ; L'honnefte Societé d'Argenton
; L'Amantde la jeune Marianne
.
du Mercure Galant . 295
de Rouen ; Le Poëte Moderne dès
Belles de la Ville d'Eu ; Tamirifte
de la Ruë de la Cérifaye ; Le Chaffeur
infatigable fur les Terres conju
gales ; Le Charmant Paris , de la
Rue Quinquempoix ; L'Amant paſfionné
de l'Enchantée ; N. du Quartier
S. Leu ; Et le tres -fubtil Renard.
On a encore expliqué cette Enig
me fur la Perruque. Le vray Mot
de la feconde eftoit la Poire , & voicy
les Explications que j'en ay reçcuës
en Vers.
CE
I.
Edez icy, Melon , cédez Raifin
mufcat,
Pefche, Olive, Abricot, Figue an fuc
délicat:
Il eft un Fruit plus délectable,
Le gouft en fçait juger autrement que
les yeux,
Bb iiij
296 Extraordinaire
Ilpourroit mefme entrer dans le Banquet
des Dieux,
Y fervir de Deffert , & couronner la
Table
*3
Mercure qui connoift l'excellence des
Fruits,
Sçait où de pareilsfont produits,
Et que tous leur cede la gloires,
Mais ne feroit-ce point ce Fruit fi renommé,
Qui des Délicats eft aimé ?
Ce l'eftfans-doute, c'eft la Poire.
LE
RAULT , de Rouen .
I I.
E Fruit dansfa maturité
Mérite d'eftre préfenté :
Mais ce feroit une imprudence,
S'il eftoit cueilly par avance;
Il faut l'examiner avant que d'y toucher
,
On s'y doitbien connoistre avant que l'arracher.
Ainfi quand le Mercure a préfenté fa
Poire,
du Mercure Galant. 297
Elle doit eftre meûre , il afoin de fa
gloire.
DE LA GIRAUDIERE, Ruë Maubüć .
C
III.
Ela feroit tort à ma gloire,
( mans, Si malgré tes déguisemens
Je ne connoiffois pas la Poire .
A d'autres, Mercure Galant,
Qui n'ayeni point tant de talent .
DIEREVILLE, du Pontlevefque.
IV .
Plainte d'un Nouveau Marić.
Elle Iris , ton vifage a du Lys la
blancheur,
BE
Et ton teint eft de Rofe, il en a la fraîcheur,
Il eft poly comme une Glace,
On te croit parfaite en tout point;
Tes attraits font puiſſans, rien n'a meilleure
grace,
L'on admire ton embonpoint;
Ta peau délicate vermeille,
Jamais enfermeté n'a trouvé de pareille ;
298
Extraordinaire
Et la plus belle enfin que l'on vanta
jamais,
Moins que toy paroîtroit mignonne.
Criarde, apprens pourtant que quand tu
ne te tais,
Tu me dégouftosplus qu'une Laide eftant
bonne.
Une Poire quigronde, eft belle dans la
main ;
Tu luy reſſemblesfort, ta maniere eſt
friponne,
Mais rien n'eft, comme toy, plus amer
dans le fein.
GYGES, du Havre .
V.
Q
V'on nous afait un beau préſent!
Il nous fera toujours préfent;
C'est une belle & bonne Poire,
Dont le gouft plus doux que le Miel,
Nous montre qu'elle vient d'unfort bon
territoire,
Et qui n'eft pas hay du Ciel.
On reconnoît l'Autheur ; qu'il a l'esprit
fertile!
du Mercure Galant. 299
Qu'en mérite il eft grand! c'est l'honneur
de la Ville.
VI.
Le mefme .
C'estunePoire ravissante,
E Fruit eft auffi bon que beau,
Qui la langue & les yeux contente,
Et qui fe taiftfous le Couteau .
C. HUTUGE , d'Orleans ,
demeurant à Metz ,
VII.
'Autre jour au Ballet du Rey
Lfavois bien foifen bonne-foy,
Je n'avois plus d'Orange , &je ne pouvois
boire;
Mais Mercure en un coin caché,
Voyant qu'à cesujetjeparoiffois faché,
M'affrit honneftement la moitié d'une
Poire.
GIRAULT, de Paris,
1
300 Extraordinaire
VIII.
Endant ce faint temps de Caresme,
Temps de mortification,
Ce quifait une peine extréme
Dans la devotion,
C'eft qu'ilfaut fe paffer de manger ca
qu'on aime,
Prendre de la Salade avec diſcretion,
Et que des Mandians, ou quelque Poire
bléme,
A la Table oùje fuis foient ma Collation.
IX.
ALLARD .
Mercure , voussentez approcher la
Où vous pouvez avec raiſon
Nous donner une Poire,
Car outre qu'elle fert à la Collation,
Elle empefche de boire.
CONSTANTIN RENNEVILLE,
de Caen.
du Mercure Galant. 301
·
X.
La feconde, comme je crois , A
Mérite bien qu'on fe donne lapeine
Defaire travaillerfa veine,
Puis quefon Autheur afait choix
D'une Poirefort excellente,
Afin de la cacher d'unefaçon galante.
A
SYLVIE, du Havre,
XI.
Ujeu rarement je m'engage,
m'en défens tant que je puis ;
Je
Si jejoue, c'est quand jefuis
Entre la Poire & le Fromage.
D
L'Albanifte de Rouen,
XII.
E voftre fein, Philis , l'agreable
blancheur
Cache au deffous tant de fraîcheur,
Que vostre coeurpour moy n'eſt plus rien
qu'une glace.
Quoy?feray-je longtemps malheureux à
point,
De ne pas
grace,
obtenir de vous la moindre
302
Extraordinaire
•
Pour reprendre un peu d'embonpoint ?
Faut-il que ma jeunesse encor toute vermeille,
Souffre une douleurfans pareille,
Auprintemps de mes jours, qui paſſe
pour jamais?
Changez, mais au plutoft , adorable Mignonne,
Pour la moindre faveur auffitoft je me
tais,
Ne fuft-ce qu'une Poire ; Ah ! qu'elle
feroit bonne,
Venant de voftre belle main ;.
Elle auroit le pouvoir , cette aimable.
Friponne,
De ranimer mon coeur prefque mort dans
mon fein.
Pour les deux enſemble.
Sans faire une trop longue Hiftoire
Pour renfermer les Mots des Enigmes
du mois,
Je me contente cette fois ,
Pour l'une d'un Bouquet , pour l'autre
d'une Poire .
ALCIDOR, du Havre.
du Mercure Galant. 303
RE
XIII.
Efvantfur lafeconde Enigme,
D'un efprit fort embaraffe,
Philis dont jefais grande eſtime,
Voyant que j'estois empreffe,
Me dit; Eftes- vous infenfe,
Defatiguer voftre mémoire,
Pour ne rechercher qu'une Poire?
Le mefme ,
Cette mefme Enigne a efté expliqué
fur la Poire , par Mademoiselle
de la Boiffiere de la Rue Plaftriere ,
par Mr Rembault de la Rue des
cing Diamans . D'autres Particuliers
l'ont expliquée fur une Orange, un
Pavis, une Pomme d'Apis, & une
Chataigne.
Je commence les Explications de
ceux qui les ont données en vers de
Pune de l'autre , par celle de Mademoiselle
de Buerolles, Fille de M
304
Extraordinaire
1
de Bufferoles de Vienne , dontje vous
appris la mort il y a quelques années.
Elle n'a encor que buit à neuf
ans; mais eftant d'une Famille qui
eft tout efprit , il ne faut pas s'étonnerfi
à cet age elle a des lumieres fi
pénétrantes.
Ble
I.
len que jefois encore Enfant,
Vous fçaurez, Mercure Galant,
Que j'ay trouvé le Mot de vos derniers
Grimoires,
Sans hésiter unfeul moment,
Parce que je n'aime rien tant
que
Que les jolis Bouquets , &
Poires.
les bonnes
CAROLA DE VIENNA
CLERANTONIA.
II.
L
E Mercure Galant, enjoüé, tendre,
prude,
Goguenard auffi quelquefois,
du Mercure Galant. 305
Des Fleurs defon Parnaſſe, & Fruits de
fon Etude,
Nous vient régaler chaque mois .
Moy, jeluy fçay bon gré d'une telle dé
penfe,
Chacun defon préfent s'applique le meilleur.
Les uns defa Fleurete eftiment plus
l'odeur,
Les autres defes Fruits recherchent l'a
bondance;
Mais du coeurd'une Fille exprimons le
talent .
Il n'en eft point , un peu jalouſe de ſa
gloire,
Quin'aimaft mieux de fon Galant
Avoir un Bouquet qu'une Poire.
La Devote Druide Lyonnoife,
de la Rue S. Jean de Lyon .
ME
III.
de changemens
Marmourfait naître dans une Ercure, que de chang
L'Amour
ame!
Sepeut-il qu'une belle flâme
2Q.. deFanvier 1683. Ce
306
Extraordinaire
Dure fi peu de temps?
Pourmoy, je ne puis le comprendre.
Autrefois mon Iris avoit le coeur fors.
tendre,
Et le mien ne l'eftoit pas moins;
Nous avions tous deux mefmes foins,
Iln'eftoit point d'amour plus belle
la noftre;
que
Nous eftions fi contens de vivre l'un pour
l'autre,
Que nousfaifions nos plus charmans
plaifirs
Deprévenir tous nos defirs.
Quandje voyois venirfa Fefte,
Pour luyfaire unBouquet , j'allois cueillir
des Fleurs
Des plus belles couleurs.
A le bien recevoir elle eftoit toujours
prefte.
Je ne l'envoyoispointfans quelques jolis
Vers,
Qui l'affuroient que l'inconftance
Famais ne briferoit mesfers .
Elle en eftoit charmée, &pour reconnoif•
Lance,
du Mercure Galant. 307
Elleme juroit quefon coeur
Seroit avec le mien toujours d'intelligence,
Et brûleroit de meſme ardeur.
Feftois fimple affez pour le croire.
Mais qui n'euft pas crû ceferment
Fait en mordant tous deux dans une
mesme Poire?
Helas, je voy pourtant
Que ce coeurfi conftant,
N'eft qu'un coeur infidelle ;
Et qu'au mépris de mon amour,
Cette Ingratefouffre aupres d'elle
Mon Rival qui luyfait la Cour.
. DIEREVILLE , du Pontlevefque.
T
IV.
E ne veux point tant de caquet
Pour expliquer les deux Enigmes.
F leveux faire en quatre Rimes,
En mettant une Poire avec un beau
Bouquet.
La Belle Nourriture du Havre,
Cc ij
308 Extraordinaire
!
Q
V.
Voy , des Fleurs àpréſent! La chofe
eft bien nouvelle,
Le Mercure Galant vous en donne un
Bouquet ;
Recevez-le, Philis, c'eft un Amant fidelle,
Et fon difcours n'a rien quifente le
caquet;
Pâris donna la Pomme, il vous donne
la Poire;
Vous eftes la Vénus, quel bonheur, quelle
gloire!
M
L'Amant d'Euterpe , du Havre.
V I.
Ercure eft digne de loüange,
De nousfaire un tres-beau mêlange
D'une agreable Poire , & d'un joly
Bouquet.
Apréfent ilfait voir ce que n'a pû perfonne;
Ne croyez pas qu'il n'ait que du caquet,
du Mercure Galant.
309
En Mars ilfçait donner le Printemps,
& l'Automne.
DE LATRONCHE, de Rouen.
V II.
Vous eftesplus Galant, Mercure,
cette fois,
Que vous ne l'eftiez l'autre mois,
Dont encor j'ay bonne mémoire;
Voftrejolypréfent d'un Bouquet, d'une
Poire,
Eftfort agreable en ce temps ;
Flore à votre priere avance le Printemps.
GYGES , du Havre.
VIII.
On aimable Bouquet, Mercure, me
T
Turprend,
Il eft des plus jolis , fon odeur eft charmante,
Et celuy qui l'a fait, fur mon honneur,
l'entend.
Que la façon en eft galante!
Ta Poire eft d'un gouft merveilleux,
310
Extraordinaire
Il n'en eft point de mefme en toute la
Nature;
L'on voit bien qu'elle vient des Dieux,
Puis que c'est un préfent que nous afait
Mercure.
L'Amant de Thalie, du Havre .
Pajoûte les noms de ceux qui ont
trouvé les vrays Mots des deux
Enigmes. Meffieurs Leger de la Verbiffonne
; René des Noyers ; de Flef
fel de Vermalet, d'Amiens ; de la
Giraudicre ; Carriere , de Vitré en
Bretagne ; Afton Ogden ; N. Midy,
de Rouen ; L'Abbé de la Faye ; L'A.
vocat Dalmas ; Le Chanoine Lacques-
Iacques ; Mademoiselle de Sommelfdick
à la Nocle ; La Marquise à
l'Anagramme , Pure image de la
Vertu ; La Marquise Diane d'Alcleon
; Mcfdemoiselles Cochet de la
Rüe S. Paul; de Milly de Vernon
du Mercure Galant.
ZIL
De Briac ; A. Bouvier de Falleron ,
de Caen ; De Coubertin la Cadette ;
La Chere Lifette ; Le N. du Quartier
des Halles ; La Beauté languiffante,
de Vuaßy en Champagne ; La
charmante Brune Loüifon , de Sezanne
en Brie ; La Meffagere de
Bretcville ; L'Orgueilleufe , de Caen;
La Perfide , de ta Paroiffe S. Sauveur;
La jeune Commere radoucie
par curiofités La Mufe naiſſante, du
Quartier Simon le Franc ; L'aima.
ble Poitevine , de Caen ; L'aimable
àl'Anagramme , La Guerre eft fur
ma vie , d'Amiens ; L'Inconnu du
Languedoc ; L'Intime du Galant
François , de la Cour de Stutgard; Le
jeune Compere inflexible aux fauffes
douceurs ; Le Héros parmy les
Efprits Financiers ; L'Autheurfutur
contre toute apparence ; L'Amaħt cmExtraordinaire
312
baraffe dans le choix de trois Maî.
treffes également belles & riches : G.
B. L. ou les trois Inféparables , du
Second étage, de la Rue Poirée; Le
Berger Contentin ; Le Medecin Amant
de la belle Manon de Xaintes;
Le Voyageur Africain ; Le fidelle
Amant de la charmante Brune Lou
fon , de Sexanne- en Brie ; Le N.
du mefme lieu ; Le Spirituel Abbé
de Vuaßy en Champagne ; L'Avocat
fans immatricule, de Chaumont en
Baffigny ; Le fincere & perfeverant
Blondin du Quartier S. Sauveur ;
Et le Berger défolé, à l'Anagramme,
As- tu lié le Cocq.
23
du Mercure Galant.
313
S255:52522: SS22S22
TRAITE'
DES COURONNES ,
A MONSEIGNEUR
LE DUC DE BOURGOGNE.
Ciel , Soleil
Digne
préfent du Ciel,
encor naiffant,
Illuftre Petit- Fils du plus grand Roy
du monde,
Prince, qui régnerezſur la Terre &
fur l'onde,
Etmettrezfur vos Loix & l'Aigle &
le Croiffant;
Tandis que de Louis les faits plus
qu'héroïques,
Servant àfon Dauphin d'exemples
magnifiques,
Q. deJanvier 1683. Dd
314
Extraordinaire
Vous vont de l'Univers le Domaine
affurer,
Souffrez qu'en attendant une gloirefi
rare,
Sous vostre augufte Nom j'ofe icy
figurer
Les Couronnes qu'on vous prépare.
Pour donner quelque ordre à
ce Traité , je diray d'abord que
les Couronnes eftoient anciennement
de deux efpeces principales
, & comme primitives , qui fe
diftinguoient , la premiere fous
le nom de Diadéme , & l'autre
fous celuy de Couronne .
Le Diademe, ainfi appellé d'un
mot Grec qui fignifie Lier , eftoit
une forte de Bandelete ou Fronteau,
dont les Roys fe ceignoient .
C'est la peinture que les Anciens
duMercure Galant.
315
nous en ont laiffée ; témoin ce
qu'en dit Tacite , qui dans le 15.
de fes Annales , décrivant la ce.
rémonie qui fut faite à Rome
au Couronnement de Tiridate
Roy d'Arménie , rapporte que
l'Empereur Néron luy donna
pour Couronne un Diadéme
dont il luy ceignit la tefte, Diademate
caput Tiridatis evinxit. Plutarque
écrit que Monime , l'une
des Femmes de Mitridate Roy
de Pont , traitée barbarement de
ſon Mary , & fur quelque faux
foupçon conçeu mal à propos de
fa fidelité , condamnée à périr
route innocente qu'elle eftoit ,
par celuy mefme qui devoit le
plus s'intéreffer à la confervation
de fa vie , fans autre grace que
de laiffer le genre de fa mort à
Dd ij
316
Extraordinaire
fon choix ; cette infortunée Princeffe
voulant executer elle..mef
me cet Arreſt fur fa perfonne , détacha
de fa tefte un Bandeau
Royal , & fe l'eftant, paffé autour
du col à deffein de s'en étrangler
, il arriva que le Bandeau
fe rompit par la péfanteur
de fon corps , dequoy cette Reyne
toute indignée fe l'arrachant,
le jetta par terre , & le foula aux
pieds avec indignation.
Juftin 1. 15. de fon Hiftoire ,
écrit que Lyfimachus , un des
Favoris du grand Alexandre
ayant efté bleffé en une cuiffe ,
par la Lance de ce Prince , lors
qu'il defcendoit de Cheval ; cer
officieux Conquérant outré de
douleur pour le mal qu'il venoic
de faire innocemment à ſon Amy,
du Mercure Galant.
317
s'arracha promptement le Diadéme
de la tefte , dont il banda
luy- méme la bleffure qu'il avoit
faite , ce qui fut un heureux préfage
à Lyfimachus , de la Royauté
où il parvint apres la mort
d'Alexandre .
Pour venir à la deſcription du
Diadéme , c'eſtoit une espece de
Bindeau pliant, tiffu de Soye , de
Fil , ou de Laine , duquel les Roys
avoient coûtume de fe ceindre le
front. Pour ce qui eft de fa couleur,
la plus ufitée eftoit le blanc .
Il feroit aifé de le juftifier par
les témoignages que nous en
fourniffent Valere Maxime Liv.
6. Chap. 2. Lucien , in navigio,
Favonius , Suetone dans les Vies
des Douze Céfars , Aléxandre
Napolitain en fes Jours Géniaux,
Dd iij
318 Extraordinaire
Silius Italicus , & quantité d'autres
.
Ceux qui moralifent fur ces
Veftemens Sacrez , dont on ornoit
la perfonne des Princes , veulent
que la raifon pour laquelle
le Diadéme Royal eftoit teint de
couleur blanche , eftoit parce
que cette couleur eft la plus noble
, la plus pure , auffi bien que
la plus fimple , & la plus utile
de toutes les couleurs , n'y en
ayant prefque aucune , au rapport
de Columelle , qui n'emprunte
quelque chofe du blanc ,
au lieu que le blanc n'emprunte
jamais rien des autres couleurs,
trouvant en fon propre fonds
toute fa perfection . Ex hoc colore
plurimifiunt, hic non ex alio. Columella
l . 6. c. 2. Joignez à cela que
du Mercure Galant.
319
la blancheur eft le Symbole &
comme le caractere de l'innocen
ce & de la fageffe ; vertus qu'un
Roy doit toûjours poffeder, mais
d'une façon éminente par deffus
tous fes Sujers ; & que la blancheur
du Diadéme apprenoit à
celuy qui le portoit , qu'il de
voit plûtoft chercher à ſe rendre
recommandable aux Peuples
qui luy eftoient ſoûmis , par la
probité de fes moeurs & par la
candeur de fa juftice , dont l'adminiſtration
devoit faire un de
fes principaux foins , que non pas
de le faire craindre & reſpecter
par l'éclat de fa Pourpre , & par
les autres marques de fon autorité.
De là vient que parmy les
Romains , ceux qui briguoient les
Charges de Magiftrature , por-
Dd ijij
320 Extraordinaire
toient des Habits blancs , pour
donner à entendre par cette couleur
la pureté d'intention qu'ils
avoient en briguant ces Charges,
& la réfolution où ils eftoient de
les exercer avec toute l'intégrité
requife. C'est pour cela qu'on
les appelloit Candidats , à caufe
de la blancheur de leurs Robes,
couleur qu'ils ne portoient pas
feulement dans le temps de leur
brigue, mais encore dans les fonctions
de leur Charge.
L'on dit auffi que les anciens
Roys fe veſtoient ordinairement
de cette couleur , foit pour les
mefmes raifons que nous venons
de dire , foit qu'ils fuiviffent en
cela l'exemple de Salomon , le
plus fage de tous les Monarques;
que Jofephe dans le 8. Liv. de fes
du Mercure Galant.
321
Antiq. dit avoir eu l'ufige de
cette mefine couleur dans fes Habits
Royaux , qu'il portoit d'ordinaire
tous blancs ( contre ce
que dit Lineda , qui veut que fon
Veftement Royal fuſt une Robe
de Drap d'or parfemé de Lys
d'argent ) ce que ce grand Prince
ne faifoit fans doute, que pour
s'exciter par l'aspect continuel
de cette blancheur , à la pratique
des vertus dont elle eft le Hicroglyphe
; ou bien parce que les
Habits blancs font affez fouvent
dans l'Ecriture attribuez à Dieu ,
dont les Roys font les vivantes
images Auffi voyons nous dans
la mefme Ecriture que cette
couleur blanche fembloit eftre
propre & ordinaire aux Roys ,
quand elle nous dit qu'Herode
322 Extraordinaire
en fit veftir Noftre - Seigneur,
pour le moquer de la Royauté .
Et illufit indutum vefte alba . Luc.
23. Quoy qu'il en foit , fi l'on ne
peut pas prouver bien clairement
que tous les Roys fe ferviffent
d'habillemens blancs , il est
conftant que la plupart por- <
toient le Diadéme de cette couleur
.
i
Je dis pour la plupart , parce
que l'on en remarque quelquesuns
qui l'ont porté d'une autre
forte , comme bleu , ou de couleur
de Pourpre témoin les
Roys de Perfe , dont le Diadéme
au rapport de Q. Curce l . 3 .
c. 7. eftoit fait d'une Bandelete
bleue tiffuë de blanc , Cidarim
( Perfa regium capitis vocabant infigne
carulea faſcia albo diftinéta
du Mercure Galant.
323
circuibat. Celuy de Darius dont
Alexandre le Grand fe ceignit le
chef apres la mort de ce Prince,
eftoit felon le mefme Autheur,
* d'un Drap de Pourpre meflé de
blanc . Alexander itaque purpureum
Diadema diftinctum albo, quale Da.
rius habuerat , capiti circumdedit.
Idem . l. 6. 11.
Les Roys fe fervoient commu.
nément de deux fortes de Diadémes
; l'un pompeux & riche,
l'autre fimple& fans parure. Ils ne
prenoient le premier qu'en de certains
jours, & lors que dans quel
ques Cerémonies publiques , ils
vouloient paroiftre dans l'éclat
de leur pompe Royale , avec le
Manteau, le Sceptre , & les autres
ornemens de leur Dignité;
car pour lors ils avoient la tefte
324
Extraordinaire
ร
couronnée d'un Diadéme , compofé
d'une riche étoffe d'or
toute parfemée de Pierres precieuſes.
Curopalate dans fon Traité
des Charges de l'Empire , le décrit
en cette maniere ; Id autem
Diadema erat textile aureum , cum
lapillis & margaritis , pofitum ad
Imperatoris frontem , & pone revinctam
cerebrum verfùs.
La feconde forte de Diaɗéme
, beaucoup plus fimple &
moins précieux , n'eftoit qu'un
Bandeau d'étoffe, tout uny, fans
or & fans pierreries , remarquable
feulement par fa forme &
par fa couleur. Les Roys n'alloient
jamais fans le Diademe ,
& ne le quittoient en aucune
maniere , comme on l'apprend
du
Mercure
Galant. 325
d'Apulée , lors qu'il dit que les
Roys n'alloient non plus fans
leur Diadéme , que Diogene &
Antiftene fans beface & fans bâton
. Quod Diogeni & Antiftheni
pera & baculus , hoc Regibus Diade
ma. Plutarque le confirme dans
la fortune d'Alexandre , & en
plufieurs endroits de fon Hiſtoi.
re des Hommes Illuftres ; ce que
fait auffi Victor - Aurelius dans
celle de Conftantïn, & pluſieurs
autres .
L'Hiftoire ancienne nous ap、
prend qu'il s'eft trouvé des Roys
qui ne fe font pas contentez de
fe couronner d'un feul Diadéme
à la fois, mais qu'ils en ont voulu
porter tout autant qu'ils poffedoient
de Royaumes. C'eſt
ce qu'on lit entr'autres d'Arta
326 Extraordinaire
ban , que Herodian 1. 6. dit avoir
porté deux Diadémes , l'un
comme Roy de Perfe , & l'autre
comme Roy d'Arménie , & l'Hif
toire Sacrée des Machabées , dit
pareillement que Ptolomée en
portoit deux , l'un pour l'Afie ,
l'autre pour l'Egypte. Ptolemaus
impofuit duo Diademala capiti fuo ,
Egypti & Afia. Machab. 1.c. 11.
Au refte cet ornement de tefte
eftoit fi particulier à la perfonne
des Roys , qu'on ne le pouvoit
prendre , fans eftre cenfé vouloir
fe déclarer pour tel , comme la
mefme Hiſtoire des Machabées
en fait foy , lors qu'elle dit qu'a
pres la mort du grand Alexan .
dre , les plus grands Seigneurs
de la Cour ayant partagé en.
tr'eux les Provinces que ce Mo
du Mercure Galant . 327
narque avoit conquiſes à la pointe
de fon Epée , ils s'en qualifierent
les Roys par la prife du
Diademe , que chacun fe mit fur
la tefte ; Et impofuerunt omnes fibi
Diademata poft mortem ejus, Comme
au contraire quiter cet ornement,
c'eftoit fe dépoüilller en
mefme temps de toute Souve
raineté , comme il fe lit de Tigranes
Roy d'Arménie , lequel
ayant efté défait par Pompée ,
& s'eftant rendu fon Prifonnier,
s'arracha le Diadéme de la tefte ,
& le jetta aux pieds de ce grand
Capitaine , pour marque de l'abdication
abfoluë qu'il faifoit entre
fes mains de fa dignité Royale
, mais qui luy fut dés l'heure
mefme confirmée de nouveau
par ce genereux Roy , qui luy
1
328
Extraordinaire
fit reprendre fon Diadéme.
Les Roys eftoient tellement jaloux
de cet ornement , qu'ils faifoient
un crime de Leze. Majefté
à ceux qui fans deffein , ou mefme
par neceffité ,fe le fuffent mis fur
la teſte. Arian dans le Livre 7. de
fon Hiftoire, raconte qu'un Matelot
s'eftant jetté dans la Mer
au peril de fa vie, pour retirer le
Diadéme d'Alexandre , qui eftoit
tombé dans l'eau , & l'ayant pris
& mis fur fa tefte , afin de nager
plus facilement lors qu'il auroit
les mains libres , ce Prince le
voyant arrivé à bord en cet état,
apres luy avoir fait compter une
groffe fomme d'argent pour prix
de fa peine , luy fit enfuite abatre
la tefte , pour punition de ce
qu'il avoit eu l'audace de fe padu
Mercure Galant. 329
rer de cet ornement . J'ajoûteray
à cet exemple ce qu'on raconte
de Pompée le Grand , qui fut
accufé, & peut. eftre mal - à- propos,
d'afpirer à la Royauté à caufe
qu'eftant bleffé à une cuiffe , il fe
fervit d'une Bandelette blanche
pourbanderfa playe ; & fur ce qu'il
alleguoit , que ce n'eftoit pas fa
tefte qu'il avoit ceinte de ce Dia .
déme prétendu , mais feulement
fa cuiffe , marque qu'il n'avoit
eu aucune idée de ce qu'on luy
imputoit ; on luy répondit qu'il
importoit peu en quelle partie
du corps on portaft cette marque
Royale , & qu'il fuffifoit de
la voir fur luy pour le foupçonner
de vouloir fe faire le Maiftre
de la République , tant il eft
vray que les Romains avoient
Ee
14
Q. deFanvier 1683.
330
Extraordinaire
horreur pour tout ce qui pouvoit
fentir le nom de Roy parmy eux;
jufque là qu'ils ne pouvoient pas
mefme fouffrir, que les Statuës de
leurs Conquérans portaffent non
feulement le Diadéme , mais la
moindre chofe qui en euſt l'apparence
. Ce fut, au rapport de
Suetone , ce qui porta les Tribuns
du Peuple à faire arracher
de la tefte d'une Statuë de Céfar
une Couronne de Laurier qu'un
Particulier y avoit mife ; & cela,
parce qu'elle eftoit attachée d'un
petit Ruban blanc. Celuy qui
l'avoit mife fur cette Statuë fut
envoyé prifonnier & condamné
à une groffe amende . C'eft ce
qui fait que depuis les premiers
Roys de Rome , qui porterent
tous le Diadéme , il ne fe lic
du Mercure Galant.
331
point qu'aucun de ceux qui gou .
vernerent la Republique, Confuls
, Dictateurs ou Empereurs ,
ait ofé porter cette augufte marque
, tant ils avoient peur de s'at
tirer la haine du Peuple. Le premier
des Empereurs qui prit une
liberté fi dangereufe, fut Caligula,
fi l'on en croit Victor- Aure.
lius , qui comme s'il avoit oublié
ce qu'il a écrit d'abord
l'attribue enfuite à Aurelien ,
qui vint fort long- temps apres
Caligula , & qui ne fut que le
37. Empereur des Romains . C'eft
luy dont les Hiſtoriens ont dit
qu'il n'eftoit redevable de l'Empire
qu'à fes vertus & à ſon cou .
rage. Ils rapportent que n'eftant
que le Fils d'un Païlan de la
Pannonie , il quitta la Charruë
Ee ij
332
Extraordinaire
de fon Pere pour prendre party
dans la Milice Romaine , où il
donna tant de preuves de valeur,
qu'apres avoir paffé par tous les
degrez de cette Profeffion , il
parvint enfin au plus élevé de
tous , ayant efté proclamé Empereur
par fon Armée victorieufe
. Les heureux préfages que ce
Guerrier eut de fa future Gran .
deur , ne font pas éloignez de
mon fujet. On dit entr'autres
que le mefme jour qu'il vint au
monde , il nâquit dans fon Village
un Veau plus blanc que la
neige , qui portoit fur l'épaule
droite la forme d'un Diadéme
de Pourpre , ce qui fit conjecturer
aux Devins qu'il regneroit
quelque jour. On dit de plus
que dans le Baffin où il fè ladu
Mercure Galant.
333
voit les mains , il trouva plufieurs
fois un Serpent entortillé
en forme de Diademe , fans.
qu'il fuft poffible de le tuer , ce
qui joint à d'autres prodiges , le
fortifiant toûjours dans l'efpérance
de la plus haute fortune ,
luy fit prendre pour Deviſe fur
fon Bouclier la meſme Eſpéran.
ce , fous la figure d'une Femme
habillée de vert , portant une
Couronne de Fleurs fur fa tefte,
& l'Amour entre fes bras à qui
elle donnoit à téter ; & lors qu'il
vit cette Efpérance remplie par
fon élevation , pour conferver la
memoire des heureux préfages
qu'il en avoit eus , il ne fit point
de difficulté de prendre le Diadéme
qui luy avoit eſté tant de
fois figuré, fe parant d'un orne334
Extraordinaire
ment qu'aucun Empereur n'avoit
porté avant luy . Alexandre
Napolitain 1. 1. c . 28. attribuề
auffi à Aurelien le premier ufage
du Diadéme , mais Jornandez
le donne à Direletien . Cedre
nus, & les faftes Siciliens, en reculent
la prife jufqu'à Conftantin
le Grand .
Je viens à fon origine. Pline
1. 7. c. 5. de fon Hiftoire , écrit
que Bacchus a efté le premier
Inventeur du Diadéme , comme
il veut qu'il l'ait efté du Triomphe
& du Commerce . Pierius
dans fes Hierogliphes liv. 14
veut que le premier ufage de
cet ornement ait esté introduit
pour la confervation de la fanté,
comme l'écrit Athenée , parce
que dans les Feftins la coûtume
du Mercure Galant.
335
à
eftant de fe provoquer à boire ,
les Anciens trouverent par expérience
que pour empefcher que
le Vin pris largement ne fift
monter au cerveau des vapeurs
nuifibles , il eftoit bon de fe lier
la tefte avec quelques Bandeletes
; & la Pofterité ajoûtant de
l'ornement à une invention fiuti.
le , on commença peu
à peu
orner ces Bandeletes ou Fronteau
, premierement avec des
Fleurs , puis avec de la Broderie
d'or & d'argent , & enfin avec
des Perles & des Pierres precieufes.
Mais parce que dans la fuite
du temps , ces fortes de Bandeaux
vinrent à fervir de mar.
ques d'honneur & de preéminence
parmy les Hommes , qui
fe faifoient conſidérer , d'autant
336
Extraordinaire
plus qu'ils en portoient de plus
riches, il arriva que les Roys les
trouvant à leur gré , fe les approprierent
, comme des ornemens
propres à les diftinguer du refte
de leurs Sujets. Ainfi les Peuples
cefferent de s'en fervir , pour
ofter tout fujet de jaloufie à leurs
Souverains ; & ce qui avoit efté
libre jufques alors & commun à
tout le monde , devint enfin propre
& particulier à la ſeule Per.
fonne des Princes .
La Couronne , qui eft un autre
forte d'ornement de tefte diférent
du Diademe , peut avoir
efté ainfi appellé , felon quelques-
uns , du mot de Corne , qui
fe prend ordinairement dans les
faintes Lettres , ou pour la perfonne
du Roy , ou pour la puif
fance
du Mercure Galant. 337
fance Royale, à caufe d'une cer
taine reſseblance qui fe rencontre
entre la Corne & le Rayon, dont
les Couronnes des Roys eſtoient
autrefois ornées . De là vint, dit
Pierius dans fes Hieroglyphés ,
que Moïfe eft quelquefois repré.
fenté la face cornuë , qui devroit
eftre rayonnée , parce qu'ayant
eſté illuminée par la fplendeur du
Soleil de la Divinité , avec lequel
il avoit eu l'honneur de conver
fer durant quarante jours ſur la
Montagne de Sinay , elle en eftoit
devenue toute brillante , &
toute environuée de rayons de
feu , qui rendoient une clarté ſi
vive , que ne pouvant eftre fuportée
par la foibleffe des yeux
desIfraëlites,ils prierent ce Grand
Patriarche de voiler fa face pour
Ff
Q.deJanvier 1683.
338 Extraordinaire
leur donner le moyen de luy parler.
D'autres veulent que la Cou
ne prenne fa dénomination à
Choro , qui fignifie Choeur, Cercle
, ou affemblée de Dance en
rond , parce que la coûtume an
cienne eftoit de fe couronner la
tefte en ces fortes d'exercices.
D'où vient qu'ils difent que
mot Latin Corona, doit eftre écrit
avec la lettre afpirale H , en cette
maniere , Cherona. D'autres
enfin tiennent que le nom de
Couronne eft dérivé d'un mot
Grec Koronis, qui fignifie la partie
fuperieure d'une voûte ou d'un
arc , telle que la porte ordinairele
ment les Couronnes que nous appellons
fermée à l'Impériale, ou
Diademées par deflus en forme
de demy cercle.
du Mercure Galant. 339
Les Autheurs ne s'accordent
pas touchant le premier Inven
teur des Couronnes. Quelquesuns,
comme les Poëtes, veulent
que Jupiter en ait porté le premier;
ce qu'il commença de faire,
dit Diodore, à la fortie du Combat
, que luy & les autres Dieux
eurent avec les Titans , où les
ayant entierement défaits , il fe
couronna de Laurier pour marque
de la victoire. Pherecidés
n'eft pas de cet avis , tenant que
c'eft Saturne , non plus qu'Hefiode,
qui croit que ce foit Pandore.
D'autres attribuent l'invention
des Couronnes à Promethée
, difant qu'apres qu'il fuft
délivré par Hercule des chaînes
qui le tenoient attaché fur le
Mont Caucafe , pour punition
Ff ij
340
Extraordinaire
d'avoir dérobé le feu du Ciel , il
fe couronna le chef d'une Guir.
lande felon quelques- uns , & felon
les autres d'une Couronne qu'il
forma défes propres Liens. D'autres
Autheurs difent que cette
invention eſt venue des Egyp
tiens. Elanicus qui eft de ce nombre
, rapporte qu'il y avoit autrefois
en Egypte une Ville appellée
Tindon , fituée fur le bord
du Nil , dans laquelle les Principaux
du Pais
s'affembloient
une
fois l'année , pour déliberer des
affaires de la Religion , & que
leur affemblée fe tenoit dans un
magnifique Temple bâty au milieu
de la Ville , qui eftoit orné
tout à l'entour de quantité de
Couronnes copofées de feuilles
de Vigne & de Pampres , parla-
L
du Mercure Galant. 341
quelle décoration , ces Peuples
vouloient renouveller la mémoire
de ce que les Dieux avoient mis
jadis en dépoft dans le mefme
Lieu de pareilles Guirlandes, lors
qu'ils eurent apris du Deftin que
Babis,autrement Typhon , devoit
un jour regner fur toute l'Egypte.
Le mefme Elanicus rapporte que
par le moyen d'une Couronne
tiffuë de diverfes Fleurs fymbo
liques , Amali parvint au Trône
d'Egypte , parce qu'en ayant fait
préfent au Roy Parthémis , ce
Prince luy enfçeut fi bon gré,qu'
apres luy avoir doné le comman,
dement de les Armées, il le déclara
encore le Succeffeur de fon
Royaume, dont il prit poffeffion
apres la mort.
Tertullien fait l'ufage des Cou
Ff ij
342
Extraordinaire
Tonnes bien plus ancien , difant
qu'Eve fe couronna de feuilles
apres fon peché, Potius cinxit pudendafuafoliis
, quàm caputfloribus.
1.de Cor. Milit.Mais comme il ne fe
trouve rien de pofitif de leur origine
dans les anciens Autheurs,
je croy qu'il la faut rapporter à
ce que nous avons dit de celle du
Diadéme .
Quant à leur divifion , il me
femble que la plus generale fe
peut établir de quatre fortes ou
efpece principales qui en contiennent
plufieurs autres. Ces quatre
efpeces de couronner font , les
Divines, les Royales, les Militaifes
, & les Populaires . J'appelle
Couronnes Divines ou Sacrées,
celles dont la Gentilité fe fervoit
ou pour couronner les Simuladu
Mercure Galant.
343
chres de fes faux Dieux, ou pour
orner leurs Temples , leurs Autels,
& les Victimes qui leur ef
toient immolées , ou pour parer
leurs Sacrificateurs & leurs Miniftres
. Je comprens dans ce nom
bre celles que la veritable Religion,
tant Mofaïque que Chré
tienne , a employées & employe
encor , ( au moins pour la derniere
) dans le culte du vray Dieu
& dans la fonction de fes facrées
cerémonies. Les Royales font
celles qui ont efté & qui font encor
en uſage parmy les Monarques
& les Souverains ; les Militaires
, celles dont on recompenfoit
autrefois les Gens de Guerre;
& enfin fous le nom de Couronnes
Populaires , j'entens la plûpart
de cellés qui ont eu quelque
F f iiij
344
Extraordinaire
credit dans les diférens exercices
de la vie des Hommes.
Que les Payens couronnaffent
les images de leurs fauffes Divinitez
, toute l'Hiftoire ancienne en
fait foy. Pline, Tite - Live , Athenée
,Juvenal, Tertullien, Lactance,
& quantité d'autres , nous en
fourniffent une infinité d'exemples
que je ne rapporte point icy,
parce que perfonne ne revoque
en doute cet ufage, Mais ce que
tout le monde ne fçait pas , c'est
que les Couronnes qui paroient
les Idoles n'eftoient pas toutes
compofées d'une mefme matiere ;
car elles eſtoient diverfifiées , ou
felon le caprice & la coûtume
des Peuples qui les préſentoient
à leurs Dieux , ou felon ce qu'ils
s'imaginoient eftre le plus propre
du Mercure Galant . 345
& le plus naturel à chacun de ces
mefmes Dieux. Les Thraces ,
felon Alex. Napol. I. 4. les cou
ronnoient de Lierre ; les Cappadociens,
d'Ache , les Gaulois, de
Chefne , les Parthes , de Chiendent
, ceux d'Hermione , d'Hyacinthe
, les Egyptiens, d'une ef
pece de Plante qui a donné le
nom au Papier ; d'autres , d'Heliocryfon
ou d'Immortelle , quelques
autres, de Haiftre , de Pal
mier, de Laurier , d'Olivier , &c.
d'autres enfin leur donnoient des
Couronnes d'Herbes , de Plantes
, & de Fleurs de diverſes fortes.
Mais on ne fe contentoit pas
de leur en donner de fi communes
; on leuren donnoit encor de
tres - riches , comme de Perles,
de Pierreries , d'or, d'argent, &
346
Extraordinaire
d'autres métaux ; témoin entre
les Autheurs facrez , ce qu'en dit
le Prophete Baruch ch . 6. v. 9 .
Coronas certe aurcas habent fuper capitafua
Di illorum. Et parmy les
Prophanes, Silius Italicus Poëte
ancien , 1. 7. où parlant d'un Voeu
folemnel , fait par les Dames Ro.
maines à Junon , pour implorer
fon affiftance contre Annibal
qui eftoit venu fondre fur l'Italie
avec une Armée effroyable de
Carthaginois , leur fait promettre
à cette Déeffe une Couronne
d'or chargée de Rubis ,
Les Anciens ne fe contentoient
pas de mettre des Couronnes fur
la tefte de leurs Idoles ; ils en appendoient
encor dans leurs Tem.
ples, & en entouroient leurs Autels.
Deux ou trois exemples juftidu
Mercure Galant . 347
fieront cette verité. Tite. Live
dans fa 3. Decade 1. 8. écrit que
le Sénat , apres les Jeux de P.
Scipion , envoya des Ambaffa-
-deurs à Delphes pour y préfenter
à Apollon au nom de la Repubilque
Romaine , quelques
préfens , faifant partie du butin
gagné fur Afdrubal . Parmy ces
préfens eftoit une Couronne d'or
pefant deux cens livres , qui fut
appendue dans le Temple de ce
faux Dieu ; & dans fa 4. Decade
1. 2. il dit qu'Attalus Roy Ide
Pergame, envoya à Rome pour
reconnoiffance de ce que le Sénat
luy avoit donné l'inveſtiture
de fon Royaume , une Couronne
de mefme métal & du prix de
deux cens quarante.fix livres
pour entre mife comme un Mo-
>
348
Extraordinaire
nument perpetuel de fa dépen .
dance,au deffus de l'Autel de Jupiter
Capitolin . Le même Hiſtorien
dans fa 5. Decade 1. 2. témoigne
encor que ceux de Pamphilio en
envoyerent une femblable du prix
de vingt mille Philipes,pour eftre
pareillement placée devant l'Autel
de ce meſme Dieu. Athenée
1 . 5. rapporte que le Roy Prolomée
en offrir une aux Dieux Tutelaires
de l'Egypte , toute d'or
maffive, & chargée de Pierreries,
dont l'étenduë eftoit fi vafte,
qu'elle avoit quatre- vingts cou
dées de tour , en forte qu'elle cou
vroit tout le frontispice du Temple
où elle fut mife. Virgile fait
mention de cette coûtume d'ar.
ner de Couronnes les Temples
des Dieux , lors que parlant dans
du Mercure Galant. 349
fon Eneïde des réjoüiflances qui
furent faites fur ceux de Troye à
la reception du Cheval de bois ,
qui caufa la perte de leur Ville ,
il fait ainsiparler Enée à Didon .
Sans penfer au malheur qui de prés
nous talonne
+
Chacun de nous à qui mieux mieux
Alloit d'un coeur devet préfenterfa ·
Couronne,
Pour parer les Temples des Dieux.
Tibulle raconte que dans le
temps de la recolte des Grains on
avoit coûtume d'orner le Fron-'
tifpice & les Portes du Temple
de Cerés , de quantité de Conrõnes
composée d'Epics de toute
forte de Bled. La mefme coûtu .
me eft confirmée par Juvenal cn
plufieurs endroits de fes Satyres,
pár Apulée dans fon Afne d'or,
350 Extraordinaire
par Suetone dans la Vie des Céfars,
par Tertullien dans fes Livres
, de Corona Milit. de Idolol.de
Spectacul. & par plufieurs autres.
Les Reliques , les Offemens &
les Cendres des Défunts, eftoient
pareillement ornées de Couronnes,
comme l'affure le même Tertullien,
& avant luy Athenée, qui
dans le L. 14. de fes Dipnofophiftes
, rapporte que ceux de Corinthe
portoient tous les ans à la Fefte
des Héloties , pompeufement
en Proceffion dans un précieuſe
Chaffe , les Os & les Reliques
d'Europe Fille d'Agenor Roy de
Phénice , fur un Char de Triomphe
, au milieu une Couronne de
Myrthe qui avoit vingt braffes de
tour.Plutarque raconte que Mar.
cellus , le plus brave Capitaine
du Mercure Galant.
35r
.
qui ait jamais commande les Ar
mées Romaines , ayant efté tuć
dans une embuche qu'Annibal
Juy avoit dreffée , ce Prince Africain
, pour rendre à la mémoire
de ce grand Guerrier , dont il a÷
voit efté batu plus d'une fois
une partie de la gloire qui luy ef
toit deuë, fit brûler honorablement
fon corps ; & en ayant fait
recueillir les cendres ,il les fit met.
tre dans une Urne d'argent, avec
une Couronne d'or au deffus , &
les envoya enſuite à Rome à fon
Fils , avec un Cortege magnifique.
L'Hiftoire Romaine nous
apprend qu'Octave Céfar eftant
dans Alexandrie, eut la curiofité
de fe faire montrer le corps d'Alé
xandre le Grand, quieftoit en dé
poft au milieu de la grande Place
352.
Extraordinaire
de cette Ville , dans un Tombeau de
Cryftal ; & que l'ayant veu tout à fon
aife ,jufqu'à le toucher, il l'honora d'une
Couronne d'or , & de plufieurs autres
de toutes fortes de Fleurs .
Les Preftres , les Sacrificateurs , &
les autres Miniftres de la Superftition
Payenne, avoient auffi l'ufage des Couronnes
dans les fonctions de leur minif
tere , qu'ils s'ajuftoient , dit Andretas
Tenédien dans fon Voyage de la Propontide,
d'une diférente maniere ; car,
ou ils les mettoient en forme de Guirlandes
fur le fommet de leurs teftes, ou
ils les faifoient defcendre fur leur front,
ou bien ils les abaifoient jufques fur
leurs épaules. Pour la matiere dont elles
eftoient compofées, elle eftoit ou d'or
enrichy de Pierreries , telle qu'eftoit au
rapport de Philoftrate in Thianao 1. 2.
& 3. celle des Brachmanes Preftres
des Indiens , qui ne faifoient aucunes
fonctions Sacerdotales , fans avoir la
tofte ornée d'une Couronne d'or maf
fif, greflée de Perles, ou femée dePierres
du Mercure Galant.
353
préticufes en quantité , Celle que por
toit le Grand Preftre de la Déelle Syria
eftoit de cette nature, au témoignage
de Lucien , & fuivant celuy du Poëte
Prudence dans le Martyre de S. Ro
main. Le Souverain Pontife de la Su
perftition Romaine en avoit une femblable
en certaines cerémonies . Ou
bien ces Couronnes eftoient d'argent,
ou de quelque étoffe préticufe ; ou enfin
elles eftoient faites de Rameaux &
de feuilles d'Arbres , d'Herbes , & de
Fleurs , felon la qualité des Dieux à
qui l'on avoit affaire . Les dernieres
Couronnes eftoient appellées pour cela
par les Latins , apres les Grecs , Pancarpias
Coronas , c'est à dire des Couronnes
tiffues de plufieurs fortes de feüilles
de Fleurs .
Celles dont on fe fervoit d'ordinaire
dans les Sacrifices qu'on préfentoit à
Jupiter, eftoient, felon Pline, de Plane
ou de Chefne ; celles des cerémonies de
Junon eftoient de Vigne ; celles d'Apol
Ton, de Laurier ; celles de Pallas, d'O
livier ; celles de Vénus, de Myrthe ou
Q. deJanvier 1683. Gg
354
Extraordinaire
de Rofes ; celles d'Hercule , de Peu
plier ou d'Ache ; celles de Bacchus ,
eftoient ou de Lierre , comine le veut
Denis en fa Cofinographie Grecque, ou
bien de Myrthe , comme le marque
Ariftophane dans fa Comédie des Grenoüilles.
Dans les Feftes d'Ifis on fe
fervoit de Couronnes faites d'Epics de
Bled, parce qu'on croyoit que cette
Déelle ayant trouvé la premiere l'invention
& la culture du Bled pour la
nourriture des Hommes , elle s'en eftoit
fait auffi la premiere une Couronne
de fes Epics, comme le dit Tertullien ,
Ifis prima repertas fpicas capite circumtulit.
de Cor. Mil. c. 7. Les mefmes
Couronnes d'Epics eftoient en ufage
dans les Festes de Cerés, pour la mefine
raiſon . On le fervoit encore dans le
Culte de la mefme Cerés de Couronnes
compofées de Myrthe, d'If,de Narciffe ,
de Saffran , d'Agnus Caftus , mais fur
tout de Chefne, dans une Fefte que
celebroit à fon honneur au temps de la
Moiffon , & avant que d'abatre les
Bleds. Virgile en fait mention dans fes
Georgiques.
l'on
du Mercure Galant.
355
Dans les Festes de Janus on fe couronnoit
de Laurier , & la Statuë de ce
Dieu portoit tout le long de l'année la
Couronne qu'on luy en avoit mife fur
la tefte aux Calendes de Janvier, qui
eftoit le jour marqué pour le renouvellement
des Couronnes qu'on luy offroit
tous les ans, en oftant les vieilles pour
luy en donner de nouvelles . Cette cerémonie
, felon Solin ch . 3. Pelyhiftor.
s'appelloit Mutatio Laurearum . Ovide
en fait mention au 3. des Faftes .
Laureaflaminibus qua toto perftitit anno
Tollitur, & frondesfunt in honora nova.
Ce n'eftoient pas feulement les Mi-
. niftres des Idoles qui fe couronnoient
dans le temps de leur Office , mais la
mefme chofe fe pratiquoit auffi à l'égard
des Autels, des Victimes, des Va
fes , & des autres chofes qui fervoient
au Sacrifice. Pour les Victimes, l'Ecriture
Sainte le montre dans le 14. ch.
des Actes des Apoftres , où elle dit que
ceux de Lyftre ayant veu les miracles
qu'opérerent en leur préfence S. Paul
& S. Barnabé, entr'autres celuy que fit
Gg ij
-356
Extraordinaire
S.Paul à l'égard d'un Homme toutper
clus de fes jambes , le guériffant entierement
par une feule parole ; ces Peu
ples prenant ces deux Apoftres pour
des Dieux , l'un pour Jupiter , l'autre
pour Mercure, vinrent au devant d'eux
accopagnez du Sacrificateur duTemple
de Jupiter, amenant des Taureaux avec
des Couronnes, à deffein de les facrifier
à leur honneur , Sacerdos quoque Jovis,
qui erat ante civitatem, Tauros & Cora
nas ante Fanuam afferens cum populis volebat
facrificare. Ac Lor.c.4. v.12. Pline
prouve encore cet ufage dans le 16. L.
de fon Hift . c.4. Xenophon dans fa
Cyropedie L.3 . Strabon L 15. & Juvenal
dans le 13. de fes Satyres.
Queque Coronata luftrari debeat agnâ.
Pour le Couronnement des Vaiffeaux
& autres uftenciles, outre le témoignage
de Tertullien, & de quelques- uns des
Autheurs que nous venons de citer, Virgile
en eft garant dans le 3.de fon Eneï
de, où faiſant la defcription du Sacrifice
que le Pere d'Enée fit aux Dieux Marine,
il dit qu'il couronna un grand Vafe
du Mercure Galant.
357
plein de Vin , & qu'il le leur prefenta
pour offrande :
Tum Pater Anchifes magnum cratera
Corona
·Induit, implevitque mero, Divafque
vocavit. GERMAIN, de Caën.
Cet Extraordinaire eft déja fi long,
que je fuis contraint d'interrompre icy
ce dernier Traité. Vous en trouverez la
fuite dans le prochain Extraordinaire.
S
QUESTIONS A DECIDER .
I.
I la beauté du Viſage eft plus propre
à plaire , que la beauté de la
Taille. II.
Pourquoy un Bien , dont la conquefte
nous a coufté des fatigues, quoy
qu'il foit de peu de conféquence, nous
eft neantmoins plus cher qu'un autre
infiniment plus précieux , que nous
avons acquis fans peine.
III.
Si les Aftres ont du pouvoir fur les
inclinations des Hommes.
358 Extraordinaire
bien
que
IV.
On demande l'Origine des Bains .
Comme il reste toûjours beaucoup do
matiere , on propofe pen de Questions.
Ceux qui voudront écrire fur celles qui
ant efté proposées , & fur lesquelles on
n'a point , ou peu travaillé , le pourront
faire en tout temps. On employera toujours
les Pieces quiferont bonnes , aufficelles
qui n'ont pu encor trouver
de place dans les Extraordinaires. Ainfi
perfonne ne travaillera inutilement fur
quelque matiere que ce foit , cuft- elle efte
propofée dés que l'on a commencé ces fortes
de Lettres. Il eft juste qu'on donne
cette fatisfaction à ceux, qui parce qu'ils
eftoient abfens ou malades , n'ont pû écrire
fur des Sujets qui leur plaiſent. Il y a
deja un an qu'on a demandé quelle eft
l'origine du Droit, & ' ay la- deffus un
fort beau Traité de M de la Selve de
Nifmes, que je n'ay pû encore employer.
Il en eft ainfi de divers Ouvrages , qui
auront leur tour. Jefuis, Madame, voſtre
res
FOURParis ce 15.
BLIO
THE
Tapis ce 15. Avril 1683,
LYON
# 1893*
Qualité de la reconnaissance optique de caractères