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1682, 10 (partie 1)
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MERCURE
OCTOBRE ;rt2.
PREMIERE PARTIE.
A PARIS,
4V PALAIS.
oN donnera toûjours un Volume
nouveau du Mercure Galant le
lperemier jour de chaque Mois, & on vendra,aussi-bien que l'Extraordinaire,
Trente sols relié en Veau,
&Vingt-cinq sols en Parchemin.
- A PARIS,
Chez G. DE LUYNE,au Palais, dansla
Salle des Merciers, à la Justice,
Chez C.BLAGEART, Ruë S. Jacques,
àl'entrée delaRuëdu Plâtre, -
- EtensaBoutique Court-Neuve du Palais,
- AU DAUPHIN.
Et T. GIRARD, au Palais, dans la Grande
Salle, à l'Envie.
M. DC. LXXXII.
JtlPEC PRIVILEGE DV ROY.
Avis pour placer Ces Figures. LE Feu doit regarder la page m.
L'Air qui commence par Berger,
dans ce beau sejour, doit regarder la
page"'72..
AU LECTEUR.
QUelque réputation où soit la
France parmy toutes les Nations
du Monde,il est impossible de bien
connoistre le grand nombre de ses Habitans,
non plus que leur galanterie &
leur esprit. C'est un abîme qu'on a'
beau approfondir pour en trouver le
fonds, on ne peut y parvenir. On
vient de le connoistre par les Réjoüissances
qui se sont faites pour la Naissance
de Monseigneur le Duc de Bourgogne
, dont on a esté obligé de faire
cinq Volumes. Le premier, qui est
(cluy du mois d'Aoust, contient, outre
les marquesd'allégresse que Paris a
données, tout ce qui s'est fait &dit à
Versailles pendant deux jours & deux
nuits que Madame la Dauphine a esté
éfl travail; de ce Volume, qui a fait
verser des larmes, a eu un si grand succés,
qu'on est obligé de le r'imprimer.
L'Autheur n'a que la moindre part à
la gloire de ce succés. La matiere y a
surpassél'Ouvrage, toutes les choses
où le Roy a part estant toujours dignes
d'admiration Se tout ce que ce grand
Prince fait & dit, méritant d'estre recherchéavec
empressement. Apres ce
Volume, les Nouvelles donton se
trouva accablé, obligèrent d'en faire
deux pour le mois de Septembre, afin
de donner place aux Réjoüissances faites
dans les Provinces. En fuite de cet
deux Parties qui auroientdû tout épuiser,
on s'est trouvé dix fois plus de Mémoiresqu'auparavát
,de maniere qu'on aestéforcénon seulement defairedeux
Tomes pour le mois d'Octobre, mais
mesme de les faire imprimer en plus
petit caractère, afin d'en renfermer
encor plus qu'on n'avoit fait dans les
précedens, & d'obliger toutes les Villes
du Royaume, quoy que ladépense fust
plus grande, & qu'il en couftaft plus de
temps. Ainsi ces deux Volumes contiennent
presque autant de matiere
qu'il en faudroit pour en remplir quatre
de la lettre dont ons'est servy pour
tons les autres. Il y a du moins cent
Relations toutes curieuses par l'invention,
& remplies de Vers, de Machines,
de Passages, d'applications, &
d'un tres grand nombre de Devises,
Je ne croy pas que la France ait jamais
paru si digne de sa réputation que dans
ces cinq Volumes. On y voit ses richesses,
son esprit, & Ton amour pour
toute la Maison Royale. Si le Monde
entier avoit à se réjoüir pour quelque
grand Evenement qui le regardast,
tout ce qu'il renferme de Villes ne
pourroit fournir un aussi grand nombre
de Festes éclatantes, que la France
feule en a fourny en cette occasion.
Par ces cinq Volumes
,
chaque Ville
connoiftra les autres, & la France se
connoistra elle mesme ; ce qu'elle n'auroit
peut-estre jamais fait sans le Mercure
; Se tous les Etrangers pourront
apprendre dequelle maniere elle fleurit
fous le Prince qui la gouverne aujourd'huy.
Outre le grand nombre de Relations
qui font dans ces deux Volumes,
on y trouvera beaucoup d'autres Articles.
Celuy d'Alger est dans tous les
deux. Le premier ne contient pas seulement
une Relation de ce qui se vient
de passer devant cette Place, mais une
Histoire entiere de tout ce qui a précedé,
avec un Recit de ce qui s'est fait
devant Sarcelle, dont on n'a publié aucun
détail. On voit dans le second une
Relation de M. de Poincty, Capitaine
de la Galiote nommée la Cruelle. On
n'ya ny adjoûté, ny diminué; & comme
cette Relation est fort grande, fort
exacte, & faite par un Homme intelligent
dans son Métier, & qui parle de
ce qu'il a vû & de ce qu'il a fait, on a
crû que le Public ne feroit pas fâché
de la voir.
*1
Table des Matieres contenuës dans les
deux Parties du Mercure d'Octobre. pOur ne point allonger cette Table,
en mettant trop souvent le mot de
RéjoiiiHànces on secontentera d'entfloyerfeulement
le nom dtr failles qui en
ont fait. Il y a un si gran,l nombre de
Communautés,qu'on ne les nommera
point dans cetteTable, auoy cjuilfait
fllrlé d'elles dans l'Article des Villes.
Prélude, i. Devises,2.
Madrigal, 3. Sonne:, +
Dole, 6. Montauùan, 35
JllrnaçJp. BourgsurCharente, 19
Cornac,65. Blaye, 68
IJeitrJ 71. Balade, 88
Sonnet, 50
Relation des MissionsEtrangères, I Retour deMonseigneur le Dauphin de
Chambordà Yerfllilles, 98
MortdeMadameAfilet, 102, Morfle M.rAbbé Aubryt Io;
Lettre en Prose & en Vers, 105 Ritm}m.Angers, 13$

Table de la Seconde Partie. ANagramme.
Vers mr ce Cuiet, 1 sîutreAnagramme, 3
Epistre e, en Vers" +
Jacobins du Grand Cenvent de PAru" 6
Lyon, • 17
Carrousel
,
Fend*artifice, & autres
Ferres, 25
Roussillon, 46.Toulon, 55
Chanson Provençale, 60
Stances, 61. MadrigAl, 63
Moulins, 6+
Clermont en Picardie 72-
Clermont en Auvergne, 73 , CIJOdsurL%'ire, 74.
G-en, 77
Reau en Gaflinois, 71
Académie de Villefranche en Beaujolois,
79
de S. Lou«* PanégyriquedeS.Louis prononcé par
M. t Abbé Boileau devant 1leffieurs detAcadémieFranfoife, 8)
Lettre galante en Prose & en Vers, 87
Genes, 91 Livourne, 106
Venise, 109
Thmande aux Dieux, 117
Réponse, J.)9
Quatrain,119. Madrigal, 110
AdonjieurChantereau le Febvre efl reç eu
.AIIlÏredeSoiJJons, 120
Mttriage de M.le Marquis de Aiontata:;'
e, & deMad.Bussy-Rabutin, 115
Etat des fjfts quont apporté les Galions
duMarquisdeBrenes, 121
LeRossignol,Fabley Ils
Relation de M. de PoinEly touchAnt ce
qui s'efîpajje devant Alger, 132 Plan£Al^er, 170
Villeneuvela Cremllne, 171
Bourges,174. Auxerre, 176
BloiSyX-jS. Troyes^i-jy.Afetz.*180
Avignon,&Celeflins, 182.
Geneve, J90
Voyage de M. le Baron de Brêteitil à
Parme & à Modene, 193
j4rion, Fable, 100 Poitiers,iog.Fendofme, 227
Nogent en Champagne, 230
NogentleRoy,230. Chajleauthierry}239
Sonnet,15"AUtreSOfmet, 2.a
JEtabliJfementetuneAcadémie de beaux
Effrits fait a Nismes, avec ce qui
sefipafeasonouverture, 162.
Attaque du Fort de rAcadémiede Bernardy,
prèsentementde Mesmons, 168
Home, 176. Ratisbonne, xSi
Rocbefort,190. LaRochelle, 191
Oleron, 192.
YAITJ en Champagne, 192.
Brie-Comte-Robert, 2.9J
Montargis,i<)4. Monbazon, 194
Si/lé le Guillaume, 195
VerncHil,i<)<j. Clervaux, 197
Froidmond, 198. Sens, 20S
Comté de la Tour-dOpin, 300
Pau,o2. EJfAing, 303
Histoire, 304
Mariagede M. Roüillé, 308
Mort deM.Afargeret, 309
Badladee dPeMoaidnamSe ldeys H,3ouliiercs1, à M.
Sonnetsur Alger,JI; Abbaye RoygledeS.Pierrede Lyon,;i+
Frontignan, 317. Pezenas, 314
Sarlat,319. Cadix, 330
FIN.
MERCVRE
GÂUA~ur
OCTOBRE i6S2,
PREMIERE PARTIE.
'"o¡,(!IfP i. LÀA grandeur du Roy
estant montée au point
où elle est, je croy,
Madame, que vous
n'estes pas surprise de l'empressement
que chacun témoigne à
travailler pour sa gloire. La matiere
estassaz ample pour occuper
tout le monde ; mais quoy
qu'on latrouveinépuisabledans
les Ouvrages les plus étendus,
il en est d'autres qui en trois paroles
ne laissent pas d'exprimer
beaucoup. C'est un avantage particulier
aux Devises. Elles disent
tout quand elles sontsustes.
Mr Bompart, Srde Saint Victor,
Clermontois, enafait une que
l'on estime beaucoup. Le corps
est une Médaille quireprésente
un Soleil, avec ces mots,
Da lumina Coeto.
Le Portrait du Roy est dans
leRevers. Ila lateste environnée
de rayons, ôc au dessous selisent
ces Vers,
Sufficit hic terru.
Ces deux Heiiiifliclies sont tirez
d'un Panégyrique de SiJo:
nius Apollinaris. MrBompartle
Cadet, a donné l'explication de
cette Devise par ce Madrigal. sOleil, enpllrcournt tout ce vasse
Univers,
As-tu pu remarquer, finissant ta car-
Parmy tant de Peuples divers (riere,
Surqui tu réparts talumiere,
Vn Roy plus redoutable àsesfiers Ennemis,
Un Monarque pins grand, un Prince
plus auguste,
Un Héros plus guerrier, un Conquérant
plus juste
Que CincomparableLOUIS?
Sisa conduitefeule en prodigesféconde,
Lefaitseul regarder comme un Dieu
dans le monde,
Etsitout cede enfin au BrasvlElorieutf
De ce Foudre de guerre,
Soleil, n' éclaireplus déformais que les
deux,
Loiiis LE GRAND ftffit pour éclairer
la ferre.
Jamais Monarque ne mérita
mieux ce titre de Grand. Aussi
le Ciel a-t-il comblé les Voeux
de tous ses Sujets, en faisant qu'il
le possede aujourd'huy de toutes
manieres. La joye qu'ils en
ont n'a point de bornes; & on
peut dire qu'il n'y a point de
Françoisquine parle par la bouche
de l'Autheur de ce Sonner.
Voyez si ces lettresE. F. D. L. I.
vous pourront faire deviner son
nom.
SUR LOUIS LE GRAND. QVe tom les Noms des Grands
cedent IlU Nom du Roy;
LesCésars, les Cyrus, lesHeElors, les
j4chilles}
Ont enmoinsdemérite, & donnémoins
d' tffroy,
Par cent Combats rendtu,par cent Prises
de Vil/es.
Ses travaux pour lEtat,fortz.ele pour
la Foy,
Ses vertus de Guerrier, &fesvertu*
civiles,
Son bonsens &son coeur, doiventservir
de Loy,
Et son ejprit régler Cejprit des plus
hahiles.
Son bonheursans égal, sesfucus iniitis,
Mettent tout les Héros au dessous de
LOVIS,
Et pour les effacer, ilna plus rien à
faire.
Sa gloire fy ses hauts faits pourront
croîtresansfin;
Mais un Fils qui [imite un Fils Pere
& Danphin,
Comble le Nom de Grand par celuy de
Grand-Pere.
La Naissance de Monseigneur
le Duc de Bourgogne est sansdouteun
grand bonheur pour la
France; mais les Réjoüissances
qui s'en font faites partoutavec
tantd'éclat, n'auroient pasesté
poussées si loin, si l'mour que
tous les François ont pour le
Roy,nelesavoit fait entrer avec
un zele extraordinaire dans ce
qu'ils ont veu qui faisoit sa joye.
La Franche- Comté n'a pas esté
la moins empressée des Provinces
du Royaume, à faire connoistre
qu'elle y prenoit part, &.
ce qu'ona fait à Doleen est une
marque. Messieursdu Magistrat
ayant receula nouvelle de l'heureux
Accouchement de Madame
la Dauphine, donnerent
leurs ordres dés le mesme jour
pour les Réjouissances de la Ville;
& si leur impatience eut pu
estre fecondée, on les auroit faites
dés le lendemain; mais les
Ouvriers ayant demandé du
temps pour exécuter ce qu'ils
projetterent, ils choisirentle 8.
Septembre, jour de la Nativité
deNostre-Dame,quieftlaFeste
principale de Dole, afin qu'en
honorant la Naissance de leur
Reyne & de leur ancienne Protectrice,
ils celébrassent encor
celle de leur Prince, & de leur
nouveau Protecteur. Cependant
Mr de S. Esteve, Commandant
des Gardes du Corps du Roy,
qui estoit dans la Ville, commença
la Feste dés le jour de
S. Louis. Il fit couler uneFontaine
de Vin, & régala un grand
nombre d'Officiers, & d'autres
Personnes considérables. Le lendemain
il Se monter les Gardes à
cheval,& les divilà.en Escadrons..
Ils firent le coup de Pistolet, &
tous las autres exercices,à la veuë
d'un fort grand mopde, qui
futtres-contentdeceSpé&acle.
Toutes choses estant prestes pour
lejour que j'ay marque, on chanta
le Te Deum avec beaucoupde
magnificence. Mr Phelipes,Lieu..
tenant de Roy & Commandant
dans la Ville, y assista) accompagné
de la plupart des Officiers
, tant des Gardes duCorps,..
que delaGarnison, aussi bien
que Messieurs de l'Université, la
Chambre des Compres, le Bailliage,
le Corps de Ville, & tous
les OrdresReligieux. LesTrompetes
&les Timbales, qui furentmêlez
à la Musique, firent un
Concert trés-agreable.. Le foir
on fitjoüer leFeud'artifice. C'étaitune
Pyramide quadrangulaire
que les Magistratsavoient fait
dresser, parce que selon l'usage es Anciens, cette forte de monument
estantconsacré a-u Soleil,
ils avaient oceasion d'y faire
éclater le Symbole du Roy.
Cette Pyramide estoit élevée sur
un Perron orné d'une Balustrade,
6c soûtenuë sur une Base
d'onze ou douze pieds de haut.
Elle portoitsur quatrepauphins,
quides quatre coins de la Pyramide
devoient jetter une pluye
d'or, &. elle estoit surmontée
d'un Globe feméde Fleurs-de-
Lys, sur lequel estoit posé un
Soleil, reprelentant leRoyavec
saDevise. Sa hauteur depuis la
Bafe, alloità plus de soixante
pieds. CetteBaseestoitchargée
de Devises, dont les mots Latins
estoient expliquez par des Vers
François. Le haut de la premiere
Face avoit cette Inscription,
SEHENISSIMO
BURGUNDIÆ DUCI,
LUDOVICI MAGNI
ET THERESIÆ AUSTRIAN
NEPOTI,
LUDOVICI GALLIARUM DELPHINI
ET MARIÆ BAVARIA
FILIO,
HANC PYRAMIDEM,
PERITURAM QUIDEM IGNIBUS,
PlGNUS TAMEN Sll/C IN REGE\t
OPTIMUM
FlDEI NUMQUAM PERITURÆ.
MAGISTRATVS DOLANVS ET CIVES
BREXEUVNT.
Vousjugez bien que les lettres
capitales qui font dans ces
quatre derniers mots marquent
1682. qui estl'année de la Naissance
du Prince. Aumilieu de la
mesme Facebrilloit un Soleil qui
formoit deux Parélie,
Cemink Jplendens in imagine
pâudet.
Cette Deviseestoit expliquée
par ce Sonnet, qui occupoit le
bas de la Face. DEs Mortels étonnez, je mAttire
les yeux
Par cent effets divers que produit ma
lumiere;
Toujourspourtant égal à moy-merme en
toiu neux.
Je remplit chaque année une illuflre Car
rière.
0 m
Mesfeux domptent l'orgueil despins
audacieux.
Et par mes traits lancez., famé la plm
gucrricre
Meconnoijfant en moy la puiJJànce des
Dieux,
Ohferve avec rejJell ma, course journaliere.
5£uoy qhon ne mait Iama-uveuJoufrir
de Rivaux,
Tour me communiquerjemefais deux
Egaux,
HtvoisavecplatJtr qu'on les prendpour
moy-mesme.
JMau me donnant entier,bien loin de
perdre rien,
Comme cefî de moyseul qu'ils ont leur
DiAdémeJ
&éclat qui l'environne augmente encor
le mien.
La premiere Face estoit dédiée
au Roy, &avoit pour titre,
LUDOVICUS Magnus
SOL SPLENDIDISSIMUS.
On y avoit peint deux Emblêmes,
ainsi que dans les deux
autres Faces, & chaque Emblème
estoit accompagné de quatre
Devises.
Le premier Emblème, qui représentoit
l'ordre admirable du
Gouvernement du Roy, estoit
un Apollon sursonChar, traîné
par quatre Chevaux, 6c parcourant
les Signes du Zodiaque,
.-/EQUIISMODERATUR HABENAS.
Tonjoursavecjuflejfe il gouvernefan
Char.
La premiere Devise, un Soleil
élevé sur l'horison,
VlDET OMNIA PRIMUS.
Ilvoit toutlepremier, rien néchape d
LaCes yeux. secondé
, une Cassolete où.
brûloit de l'Encens,
L
ARIS FUNDIT OPES.
PDur L' honneur des Autels,je répans
mes richesses.
Onsçaitque le Roy fait de
grandes libéralitez, foit pour les
Êglises,soit pour les Pauvres,
soit pour la conversion des Héreriq
ues.
La troisiéme, un grand Laurier,
d'oùsorcent deuxRejetons,
l'un plus grand que l'autre,
HONOS DUPLEXADNASCITUR.
D'un doubleRejetton il augmente
Ilçloire. semblequele Ciel, pourrecompenserle
Roy du zele qu'ila
pour ramener tant d'Enfans rebelles
au sein de l'Eglise,luyveut
faire voir plusieurs genérations.
Laquatrième, une Main qui
tient une Balance dans un juste
équilibre, t
EXAMINE LIBRAT.
C'estparmoy quon connaît ce quevaut
chaque chope.
Il n'elfc rien de plus équitable
queleRoy. En niatierededistri.
bution d'Emplois, & deCharges,
aucun Prince ne rendit jamais
plus dejusticeaumérite.
LesecondEmblème estoitencor
Apollon, mais tirant des
Flèches du haut du Ciel sur
Marsias, qui avoit osé le défier.
Ce Dieu irrité, le perça de mille
traits, & luy arracha la peau,
SIC HOSTES VINCIT,
SPOLIATOUE.
Ainfiffeut Apollon chafti; tinfolence
D'un -A,'orteloraueilleux qui tavoit
in(nlté. .::> 0
JLnncmis de LOZJIS,vofiretémérité,
CombiendePlaces d'imptlrtttnce
De terreurs, & de morts, vous a-t-elle
confié?
La premiere Devile, un Fleuve,
dont les Eaux se sont grossies,&
qui estant devenu plus
grand, plus on luy aopposé de
Digues, aeu ensuite un cours
plus rapide,
AUXERE REPAGULA VIRES.
La rcfîftance accroilf fort cours impétltrux.
La seconde, une Lionne accompagnée
de ses Petits, qu'elle
regarde d'un oeil doux, sans perdre
sa fierté,
FORTIaIl EX PROLE.
En voyant mes Petits, jefenscroijirc
ma force.
Latroisiéme, une Aigle, atta.
quéede plusieurs Oyseauxmoindres
quJelle).
NECPLURIBUS IMPAR.
le lesvauxtom} unisensemble.
La quatriéme, un Foudre qui
frape & abat le iommet d'une
Montagne,
IN CULMINA ÆVIT.
Il tombe avec éclatsur les Monts or- gueilleux. Tant de Puis-sa-nces qui ont
voulu s'élevercontre le Roy,
ont reconnu par leurs pertes,
combien ses Armes doivent estre
redoutées.
La troisiéme Facequiestoit
pour Monseigneur le Dauphin, avoir ce titre,
PRIMUM PARHELIUM
LUDOVICUS GALLIA
DELPHINUS.
Le premier Emblême estoitle
Soleil instruisant son Fils Phaéton,
de la maniere dontilfaloit
gouverner son Char.
MEDIO TUTISSIMUS IBIS.
En tenant le milieu3 vota irez,seurement.
La làueffe de Monseigneur le
Dauphin, 6c sa prudente conduite,
font voir qu'il profiterades
InstructionsduRoy* avec un entier
succés.
La premiere Devise, une de
ces Fleurs qui portent des lettres
sur leurs feüilles,
A T E N E ri S.
Les beaux Artsfurentses amours
Dissajeune(Te lapluttendre.
La seconde, une Couronne de
Laurier,
PRINCIPlS HiEC DECUS EST.
Quon laprenne sur le ParnajJe
Qu'on la porte comme Guerrier,
Vne Couronne de Laurier
Sur la resse d'un Prince a toujours bonne
vrace. Latroisieme, trois Dards liez,
Ilsfont trop bienmis; qui peut lesséparer?
La quatrième, un Oyseau de
Paradis, qui prend son essor vers
le Ciel,
OuO NONASCENDET.
PArsonvolgénéreux, oh natteindra-fil
-
pAS?
- Monseigneur animé par l'exempledeSaMajesté,
n'oubliera
rien de ce quipeut le faire
monterau plus haut point de la
gloire.
Le sécond Emblème estoitun
Aiglon,victorieux de quelques
Dragons,&regardant le Soleil
fixement,
SE PROBAT OBTUTU.
-
Parses hardis regards, cet Aigle noIU
exprime
Que des Monfiresvaincm dans fis prermersejfais5
Pres de sijlre du Jour luy donnent libre
Aecis
Puû qu'il tient de luy seulle beaufeu
qui ranime.
Monseigneur le Dauphin n'a
de passion pour la Chasse,qu'afin
de s'endurcir au travail, se montrant
en cela semblable au Roy.
La premiere Devise cO: pour
Madame la Dauphine. Un Arbre
chargé de Fruirs,
GRATIOR OB FRUCTUM.
S*ilse charge de Fruits, il en devient
-
pins beau.
La seconde, encor pour cette
Princesse. Un Grénadier charge
de Grenades,
C'EST MON FRUIT QUI ME
COURONNE.
La troisiéme, un Miroir expose
au Soleil, qui recevant tous
les ra yons, va former un autre Soleil
dansunautre Miroir,
AceEPTUM REDDIT.
k Ce qu'il rend est égal à ce qu'il a refeu.
La quatrième,unDauphin qui
s'élance dans les eaux, si-tost
qu'il a entenduleson d'un Lut,
SIMUL AC AUDIVIT.
A cefou agreAble il trcjpÛ/le de joye.
Monseigneur le Dauphin s-e
plaistà entendre des Piecesd'esprit,&
chérit lesGens de Lettres.
La quatriéme Face,pour Monseigneur
le Duc de Bourgogne,
avec ce titre,
SECUNDUM PARHELIUM
SERENISSIMUS DUXBUGUNDIÆ
Le premier En,bênH:..Les deux
Bourgognes,figurées par leurs
Blasons. & retenant par h main,
portoientau Berceau du Prince
les Lauriers des anciens Ducs de
Bourgogne, ôc se dévoüoient à
son service,
CLARO COGNOMINE GAUDENT.
Leur nom Honfaitporter au Prince
nouveau né,
Les comble d'un plalfirextrême.
La premiere Devise, un Fleuve
qui rerourne à la Mer,
HUC REDIT UNDE ORTVMEST.
On levoit à la fin retourner afafource.
Les premiers Ducs& Comtes
de Bourgogne ont esté des Fils
de France, &un Fils de France
porte de nouveau ce titre.
La seconde, un Miroir ardent,
qui refléchit plus de lumieres
qu'il ne paroiss en avoir receu,
SPLENDOREM REDDET
ET ADDET.
Tout £éclatquil reçoity il le rendj & raugmente.
Quelque glorieux que soit le
titre de Duc de Bourgogne, que
tant de grands Princes ont porté,
Monseigneur le Duc de Bourgogne
l'ayant receu de Sa Majesté,
le va rendre encor plus
illustre.
La troisiéme, deux Tulipes,
qui ayant esté fermées pendant
la nuit, se r'ouvrent au lever du
Soleil,
REDDITA FORMA PRIOR.
Nom recouvrons enfin noflre ancien
éclat.
Les deux Bourgognes, apres
tant de révolutions, quiontesté
comme des temps tenébreux, reprennent
leur ancienne beauté à
la naissance de cejeune Duc.
La quatriéme la Toison d'or,
suspenduë à un Arbre, & brillant
dans l'air,
FULGET ALUMNO.
Je brille pour celuy quipour moy vient
de naître.
Le second Emblême représentoit
des Persans
,
qui adoroient
le Soleillevant,
JAM QUANTUSIN ORTUEST.
- Quelleferavoflre beauté,
Aflre dont le leverfaisoitnoflre eJférance!
Si VIS premiers regards ont tant de
majeflé,
Voflre éclat s'augmentant depuis voflre
naissance,
Quelleferavoflrebeauté!
La premiere Devise,des Fleurs
épanoüyes au lever du Soleil,
VT SENSERE.
Ilse montre., & l'onvoit que tout sépAnoüit.
- Laseconde, un Fleuve au commencement
de sa source.
CRESCET
CRESCET EUNDO.
On verra dans son courtsa grandeur
-
augmentée.
La troisiéme, un Giraso-l, qui
panche du costé du Soleil,
_Q.UOCUNESUAR.- je vousfuivray par tout ou jepourray
Voeu voir.
La quatrième, une CoJomne.
COLUMENQUE DECUSQUE.
Et jefers d'ornement, & jefers de
foâtien.
Tous ces Emblèmes, &; toutes
ces Inscriptions, dela façon
des Peres Jesuites, se trouvoient
pompeusement représentez sur
les quatre Faces du Piedestal
dela Pyramide, dont le corps
>
estoit pareillement orné & embelly
de Peintures. Sur ces mefi
mes Faces on avoit mis diférentes
Armes. Celles du Roy se
voyoit sur la premiere,avec ce
Sonnet de MrTixerand
,
Medecin
de Dole. GRand Prince,suspendez.vosfoins
viaorieux
Voyez* en ce Berceau la Gloire enson
enfance;
Elle quifait en Vous tout téclat de la
France,
Devient le tendre Objetdevosfoins fenéreux.
Son Coeur aura pour but vos Exploits
glorieux,
Dansson éclat naissantlevoftre recommence.
Vn Neveu de cent Roys, vous rendpar
fil naiJJânce"
Des Ayeux le plusgrand, des Roys le
plus heureux.
On n'cft pas immortel, quoy qu'on foit
invincible;
MAil la Gloire pour VOUI &pour elle
fnfible
appelle a sonsecours CAmour contre
leSort.
Cesipeu pour les Héros de vivre dam lHfloire;
Le Sort lesfait mourir en dépit de la
Gloire,
VAmour votafera vivre en dépit de
la Mort.
Les Armes de Monseigneur le
Dauphin ornoient la seconde
-
Face,&au dessousestoitce Son-
- net Mr Patoüillet, Doyen de la
Ville, en est l'Autheur. ARbitre des humains,LOVIS,
RoyJe la Terre,
Sur cent Peuples divers a- vostre Loy
foiimis,
TroUi charmez.V9S Sujets, domptez, vos
Ennemú,
Parle Coeur, dans la Paix,- pAr le Bras,
dans la Guerre.
Lesplusfiers redoutantvojlrejuste Tonnerre,
Dont l'éclat ne leur laisse aucun ejpoir
permis,
Etonnez,&tremblans, demandentd'eflrc
Amis,
Et pour le devenir.) haiJJènt le Cimeterre.
Quoy que vout ayez.,sseu vous rendre
sans égalt
Vn nouveau Ducpourtant ferayoflre
Rival.
Quelsfontvossentimens? Cestpournom
un mystere.
La Gloire ne veut point avoir de Concurrent,
Etla Natureen veut. Que le combat
elf grand!
Mais on aime un Rival, quand on en efi
le Pere.
La troisiéme Face faisoit voir
l'ancien Ecu d^ Bourgogne, Il estoit
accompagné de ce Sonnet. LOVIS., dont le pouvoir efldoux &
redoutabl,
D'un monde£Ennemissoulevez, contre
, Toy, -
Les uns ont le bonheur de vivrefom
taLoy,
Les autres le dejir d'un fort sifavovorable.
En vainp-ar cent Projets leur Ligue
parut fiable,
Tu nepeuxfaire unpaisans les remplir
âeJfroy;
Et la - - THceJfitè de tengager leurfoy,
Aleurs yeux maintenantparoist inévi.
table.
Tu peux les dompter tom au gre de tes
souhaits; -
Mais s'il; t'ontfait la Guerre au milieu
de la Paix
TU leur donnes la Paix au milieu de 1-1
Guerre.
JÎpres tant de fuecés & c£exploits
inouïs,
TufaU encore plus en donnant a U
Terre,
Dans le Fils de ton Fils, deux fois le
GrandLOVIS.
L'Ecu de JÎV Ville de Dole
estoit peint dans la quatriéme
Face. On y lisoit aussi ce Sonner.
Ces deux derniers sont du mesmeMrTixerand,
dont j'ay déja
employélenom.
LOV1Scegrand Roy que jefers,
Favorisé des Deflimes,
InnacceYi-l-e,te a1 leurs revers, *(,-oe~bié de glotreeennpeu dd''aannnnééeess;;
Aimé de cent Peuples divers,
Malgré des Guerres (Jbflinées,
.b
.Afort gré rend à îUnivers
La Paix qui les a terminées.
TarwysesLauriers &ses Lys,
Ilvoit naître un Fils desonFils,
Nez. pour régir la Terre & tOnde.
Que peut-il manquer ases voeux,
Sinon que cefl trop peu quunMonde>
Et rp/il enfaudroit encordeux?
Le reste de la Pyramide, enrichy
de divers agrémens de
Peinture, se faisoit aussî admirer
par quantité d'InscriptionsChronographiques.
En voicy une
qui aussi bien que les dernieres
paroles de la grande Inscription
que j'ay rapportée d'abord
,
signifioit
en fort peu de mots
l'année qui donne à la France un
Prince qu'elle souhaitoit avec
tant d'ardeur.
LVDOVICVSMAGNVS FIT AVVUS.
Le feu fut mis à cette Machine,
apres trois décharges de toute
l'Artillerie dela Place, & de
la Mousqueterie dela Garnison.
La Tour de l'Eglise fut illuminée,
& quantité de Trompes à
feu & de Serpenteaux en furent
jettez sur la grande Place. Les
Armes du Roy estoient mêlées
aux lumieres qui éclairoient toutes
les Fenestres des Maisons depuis
le premierétage jusques au
plus haut. Apres ce Spéctacle,
Mr Phelipes traita magnifiquementquantité
de Personnes considérables
, tant des Officiers de
la Garnison, que de tous les
Corps dela Ville. Ensuiteil donna
le Bal & la Comédie, & fit.
couler plusieurs Fontaines de
Vin, qui furent un régale pour
--.1.1 le Peuple pendant une partie de
la nuit.
Les mesmes Réjoüissances
ont esté faites à Montauban avec
grand éclat. Les ordres ayant
estédonnez pour faire fermer
les Boutiques, les Habitans ne
songerent qu'à montrer leur
joye. Ils se mirent sous les armes
au nombre de quinze ou
seize cens Hommesqu'on divisa
en quatre Compagnies d'Infanterie,
& une de Cavalerie,
commandées par les Bourgeois.
Les Officiers estoient magnifiques,
les Cavaliers fort lestes &
bien montez, les Soldats trespropres
; & il ne se peut rien de
mieux' que l'ordre qu'ils garderent
dans leur marche. Le Vendredy
vingthuitiéme Aoust,
- ces Troupes allerent salüer M
Foucault, Intendant de la Generalité
de Montauban. Illesvit
défiler devant la Porte de fou
Hostel., & les trouva* atiflj bien
reglées, que si le mestier de la
Guerre leur avoit esté connu.
On ne pouvoit s'empcfcher sur
tout d'admirer la bonne mine
d'une centaine de Cadets, qui
marchoient à la teste de la pre-
- miere Compagnie d'Infanterie.
La quantité de Rubans gris-delin
k blanc, dont ils estoient
tout couverts, faisoit un effet
tres-agréable. Ilsavoient choisy
ces deux couleurs, parce que ce
font celles de Madame la Dauphine.
Le lendemain 29. ces mêmes
Troupes se rangerent en
bataille dans la Place d'Armes,
pour y recevoir M le Marquis
d'Ambres, Lieutenant de Roy
de la Province, qui arriva ce
jourlà, & qui les vit aussidéfiler.
Il parut fort satisfaitdu zele
des Habitans, & fut régalé le
foir par Mr le Marquis d'Aussone,
Premier Présidentdela
Cour desAydes, qui le traita
magnifiquement avec Mr l'Intendant.
Le Dimanche30jourdestiné
pour le TeDeum, l'Infanterie &
la Cavaleriese rendirent autour
-d l'Eglise Cathédraleà l'heure
de Vespres. Mr le Marquis
d'Ambres & Mr Foucaulty arriverent,
le premier accompagné
des Cenfuls & de plusieurs
Gentilshommes, & le second à
la teste du Présidial. La Cour
des Aydes en Robes rouges s'y
estoit déja renduë. Le Te Deum futchanté par la Muilque,de
pendan cet temps la Mousqueterie
se fit entendre, aussi bien que
les Trompetes, les Tambours,
les Fifres, &les Hautbois. On fit
aussilesdécharges de huit Piéces
de Canon, que Mr l'Intendant
avoir fait venir de Picocos. Ensuite
Mr le Marquis d'Ambres
à la reste des Consuls, & accompagné
de l'Infanterie& dela
Cavalerie, alla aliumer le Feu
qu'on avoit dressé dans la grande
Place. Toutes les Troupes défilerentdevantce
Feu, & firent
leurs décharges quatre à quatre,
aux cris redoublez de vive le
Roy. Lesoir onfitjoüerun Feu
d'artifice. Sa Majesté y estoit
représentée,dans sonTrônesous
un magnifique Pavillon, Monseigneur
le Dauphin au dessous,
16c à ses pieds Monseigneur le Duc
de Bourgogne dans un Berceau.
) Quatre Figures, dans une posture
soûmise, estoient aux quatre
coins du Theatre. Onlisoit ces
mots dans une Banderole qui
estoitau hautdu Pavillon,
REGIÆ FOECUNDITATI.
La France suspenduë au costé
dece Pavillon, le tenoit ouvert
d'une main, & montroit les Princes
de l'autre,avec ces mots,
Non fecit taliter omni Nationi.
Entre les quatre Figures estoient
ces quatre Devises.
Trois Lys,un grand, &; un moindre,
avec un petit.
Par magno mimmm crej-Ùt.
Un Torrent descendant d'une
Montagne, ôf dont les eaux receuës
dans un Bassin,estoient
renvoyées par un tuyau à la hauteur
de leur source.
-01-Uo magis ex alto veniQ, feror
AIÙHS.
Un Soleil avec deux Parélies.
Z '/(rafle eftSolis imaro. Une Ariglerfort éleUvée dans
les nllës avec deux Aiglons, dont
l'un vol oitau dessous de l'Aigle,
&l'autre venoit d'éclore.
lEt ifiefcquetuY in arduAquondum.
Des branches de Laurier&
d'Olivier entrelassées, remplissoient
les espaces qui estoient entre
les Figures& les Devises. On
y lisoit ces paroles,
- Victoria & Pax ,¡ëUIA//ÛfJf.
Autour des quatre Faces du
Theatre, estoient des InscriptionsLatines.
La premiere fai.
foit connoître que le jeune Prince
estant né fous le Signe da
Lion, estoit un présage de la
grandeur de son ame, & de la
gloire qu'il doit acquerir. La seconde
invitoit tous les François
à faire retentir l'air du bruit des
Tambours & des Trompetes, 6c
tous les Peuples du Monde, àvenir
faire leurs soûmissionsdevant
le Berceau du jeune Prince. La
troisiéme contenoit que cet Hercule
nouveau, qui dés son ensance
est si redoutable aux envieux
de la gloire de son auguste
Maison
,
faisoit esperer un
jour les plus furprenans Exploits,
puis qu'il estoit d'une Race toûjours
triomphante
,
& le Fils de
la Victoire. Dans la derniere, il
estoit marqué que les Ennemis
de la France devoient craindre
Monseigneur le Duc de Bourgogne,
qui n'auroit aucune peine
à les dompter tous, si son
Ayeul & son Pere luy laissoient
encor quelques Ennemis à vaincre.
Il y eut uneaffluence extraordinaire
de Peuple à voir tirer ce
Feu, autour duquel les Troupes
s'étoient rangées. Quatre Soleils
jetterent d'abord un nombre infiny
de petites Etoiles; & par un
agréable artifice les quatre Figures
qui estoient aux coins de la
Machine, s'étant détachées tout
d'un coup, allerent mettre leurs
Armes devant le Berceau du jeune
Prince. Dans le mesme instant
, on vit une confusion fur- -
prenante de Bombes,de Petards,
de Lances-à- feu, & de Fusées,
qui s'élancerent en l'air au bruit
du Canon, des Trompetes, des
Hautbois, des Fifres & des Tambours
; après quoy l'Infanterie
&la Cavalerie firent leurs Décharges&
défilerententres bon
ordre. Les Consuls s'estant retirezàl'Hôtel
de Ville,y donnerent
un magnifique Repas à
quantité de Personnes considérables.
Les Feux furent allumez
par tout. On illumina toutes les
Fenestres & le mcfme soir les
Jesuites firent voir la part qu'ils
: prenoient auxréjoüissances
, par
un autre Feu d'artifice qu'on
tr »a fort agréable, & qui fut
accompagné de trois décharges
deMousqueterie.
Le Lundy dernier jour dumois,
lesConsulsdonnerentleSpectacle
d'un second Feu d'artifice,
qu'on avoit dressé sur la Riviere.
Avant qu'on le fistjoüer,toutes
les Troupes se rendirent dans
une petite Isle, qui est formée
auprés du grand Pont, par la jonction
qui se fait en cet endroit
du Tarn & du Tefcou. Quantité
de Feux éclairerent les deux
Rives, & pendant que l'on tira
l'Artifice, on vit deux Bateaux
qui s'approcherent. Ils estoient
en forme de petites Galeres, 6c
quantité de Bougies en illumi- :
noient les bords dansdes Lanternes
de diférentescouleurs.
La plusconsidérableJeunesse de 1
la Ville estoit dans ces deux Bateaux,
avec des Tables couvertes
de Mets exquis. La Santé du
jeune Prince ne fut pas oubliée
dans ce Régale. Chaque fois
qu'on la beuvoic
, on voyoit partir
des deux brillantes Galeres
plusieurs Fusées d'une beauté
surprenante. L'une & l'autre caracola
autour du Feu d'artifice
pendant tout le temps qu'il joua;
aprésquoy ceux qui les remplifsoient,
commencerent entr'eux
un petit Combat, qui renouvela
le plaisir des S pectateurs.Aprés
s'estre donné tour à tour lachasse,
les deux Bateaux s'accrocherent.
On se mésla, &: l'avantage
estant demeuré tantost aux uns,
& tantost aux autres, les Vainqueurs
& les Vaincus se retirerent
ensemble. Mr le Marquis
d'Amb res prit le divertissement
deceSpectacle sur un Balcon de
l'Hôtel de M Foucault, qui le
régala ensuite avecbeaucoup de
magnificence.
Le Mardy I. de Septembre,
cet Intendant signala sa joye par
une troisiéme Feste
?
qui répondit
à tout ce qu'on attendoit de
son zele pour le Roy. Le Canon,
les Trompetes,les Hautbois, &
les Tambours l'annoncerent à
la Ville, si-tost que le jour parut.
Les Troupes qui se mirent
fous les armes,firent de nouveaux
efforts pour seconder dignement
ses soins, & on les vit
briller d'un nouvel éclat, quand
ce jour-là elles défilerent devant
luy, la Cavalerie le Sabre à la
main, &les Officiers d'Infanterie
avec la Pique,&les Drapeaux
déployez. Il leur fit distribuër
quantité de Poudre, & pluficurs
Tablesdressées devant son Hôtel,
furent couvertes de toute
sorte de Viandes pour le Peuple
& pour les Soldats. Une Fontaine
de Vin excellent coula pendant
tout le jour; & quand la
nuit fut venuë, toutes les Troupes
se rendirent à la petite Isle
dont je vous aydéja parlé, Se
en couvrirent les bords du côté
dela Riviere,l'Infanteriesurles
aîlcs) & la Cavalerie au milieu.
On y avoit dressé un Feu d'Artifice,
& un autre sur leTarn;&
quand le jour eut finy, M' l'Inrtendant
fit allumer des Feux dans
tcectc Isle de vingt en vingt pas,6c.
en mesme temps la Rive de l'un
& l'autre costé en fut couverte.
Le Palais Episcopal se trouva illuminé
comme les soirs précedens,
par les foins de Mr Rabi
Archidiacre& Vicaire General.
Les Fenestres, avec tout le toit
de l'Hôtel de Mr Foucault, furent
remplies de lumieres. Joignez
à cela toutes les TerraiIès,
Balcons, & Fenestres des Maisons
de laVille & des Fauxbourgs
qu'on en vit garnies,& vous concevrez
sans peine quelle agréable
Perspective d'Illuminations
formoit le Canal en cet endroit.
Toutes ces clarrez firent remarquer
en éloignement quantité
de petites Machines couvertes
de Feux,qui partant de chaque
tout du Canal, s'avançoient fort
lentement. Quand on les vitde
plus prés, on reconnut que cs
Machines si bien éclairées, étoient
de petits Bateaux. Ceux
qui venoient d'uncostéavoient
esté préparez par les Ordres de
Mi l'Intendant; & ceux qui venoient
de l'autre, estoient les
mesmes gue la JeunessedelaVille
avoit remplislefoir précèdent.
Les uns avoient la Prouë & la
Poupe faites en forme de Coeurs
tracez par un nombre incroyable
de Bougies, 6c du milieu
de ces Coeurs, partoient à chaque
moment des Fusées volantes.
Un double rang de Lampes
de plusieurs couleurs, éclairoit
les autres sur les bordsàlaProuë
& à la Poupe, avec des Balots au
bout du tylats d'une grosseur prodigieuse
& en forme de Fanal.
On en voyoit d'autres, ornées de
Banderoles de Tafetas gris-de-
Lin & blanc, &. avec une infinité
de Lanternes de diférentes
couleurs parmy les Cordages.
Tous ces Bateaux s'eftantapprochez
, on entendit les Violons
dans les uns, & les Tambours &
les Fifres dans les autres. Ceux
qu'ils portoient se divertiiïoient
à table; mais dés qu'ils furent
à veuc les uns des autres, ils prirent
les armes, se rangerent sur
deux lignes
,
& commencèrent à
se saluer par quelques décharges.
En fuite ils parurentavec le
Verre à la main, & celébrerent
la Santé du jeune Prince par
leurs cris de joye, & par quantité
de Fusées volantes. L'Infanterie
et;
& la Cavalerie ayant répondu
par des Mousquetades, cette petite
Flote semit sur une ligne,
& s'avança vers l'Isle en bon ordre,
faisant paroître qu'elle y
vouloit aborder. Ils commencerent
alors à tirer les uns contre
les autres d'une maniere trèsagréable.
- L'Escarmouche ne finit
qu'au bruit de quelques Bombes,
qui avertirent que les Feux
d'àrtifice alloient joüer. Le succés
en fut tres-grand. Onvit des
, Fusées qui estant lancées de la
j Riviere, s'élevoient en l'airausl
si haut que celles qu'on faisoit
t partir du Clocher des Carmes.
h
La plupart en retombant formoient
des Chifres, qui parleur
diversité donnoient grand plaisir
atixSped-iteurs. Cependant les
Bombes & lés Perards faisoient
sur la Terre un bruit extraordinaire.
Celuy des Tambours, des
Trompetes
,
des Fifres & des
Hautbois, estoit meslé à l'éclat
des Bombes, auquel fuccedaune
longue, décharge du Canon. La
Feste fut terminée par un superbe
Repas, que Mr l'Intendant,
& Madame l'intendante.donnerent
aux Dames, & à un fort
grand nombre de Personnes qualissées.
Enfin rien n'égale l'empressemenr
& le zele que les Habitans
de Montauban ont fait
paroistre dans l'occasion de la
Naissance du Prince. Toutes les
Boutiques ont esté fermées pendant
huit jours. On a fait tous
les soirs des Feux de joye. On a
cité incessamment fous les armes.
On a tiré nuit & jour, ôc
laplupart des Bourgeois ontfait
des largesses surprenante,donné
de tres. grands Repas, 6c distribué
dans les Ruës quantité de
Pieces deVin au Peuple.
Mrle Comte de Jarnac, Lieutenant
pour le Roydansles Provinces
de Xaintonge & Angoumois
: avant donné ordre à tous
les Habitans de ses Terres de celebrer
la Naissance de Monseigneur
'e Duc de Bourgogne, Mr leChevalierdeJ irnac sonOncle,
choisit le jour de Saint Loüis,
pour le faire executer dans la
Ville de jarnac. On commença
dés le 20. à tirer plusieurs coups;
& le 13. & 14. la Mousqueterie
sir une décharge continuelle. Le
ij. toutes les Milicesde la Ville
Si du Comté le trouverent fous
les armes par les foins de M1 de
Montaignes, C'est un Gentilhomme
de mérite, qui a passé
ses années au service de Sa Majessé,
& qui effc présentement
Capitainedu Chasteau,Ville &
Comté de Jarnac. A peine le
jour eut commencé deparoitre
qu'au bruit des Mousquets, des,
Tambours & desTrompetes, Mr
le Chevalier de Jarnac sir arborer
lesArmes de France, environnées
de Dauphins, au haut
d'une des Tours du Chasteau
du costé d'une Isle , que la Charente
forme,&dans laquelle il
avoit fut préparer le Feu de
joye. Sur les dix heures, Madame
de Pons-de-Bourg & Madame
a.l-Comtessede Miossens sa
Fille,arriverent avec Mr le Chevalier
de Pons-de- Bourg
,
Petit-
Fils de l'une, & Neverde l'autre
, que MrleChevalierdeJarnac
avoit prié de venir allumer
le Feu. Il n'aencor que septans,
& est Fils de - Mr le Marquis
d'Heudicourt, Grand Louvétier.
,
de France. Toute la Noblesse du
Voisinage se trouva aussi dans le
Chasteau
,
où après qu'on eut
entendu la Messe qui sur celebrée
solennellement dans la Chapelle,
les Officiers d'Infanterie
dans an tres-leste équipage,vinrenr
à la teste d'une Compagnie
d'élite recevoir les ordres de Mr
le Chevalier dejarnacau son des
Tambours & des Hautbois. La
Cavalerie, qui estoit tres-bien
montée,s'estantacquitée dumême
devoir, toute la Milice se retira
dans les Places du dehors &
du dedans de la Ville, où elle
demeura toujours fous lesarmes
jusques à deux heures après mitiy,
qu'elle se mit en haye des
deux costez des Rues
,
où la
Compagnie devoit passer pour
aller entendre le TeDeum à l'Eglise
Paroissiale de S. Pierre. Le
petit Chevalier de Pons- de-
Bourg y fut conduit, comme recevant
tous les honneurs de cette
Ceremonie, par six Gardes de
Mr le Comte de jarnac, commandez
par Mr de Montplaisir
quien est l'Enseigne.Il fut ramené
de mesme aprés que l'on eut
chanté leTe Deum,auquelles Recollets
du Convent que ce même
Comte a fondez
,
assisterent en
procession.Au retour tout le mode
s'abandonna à la joye.Les Salles
& les Chambres de tous les
A ppartemens qui sont en grand
nombre
,
pouvoient contenir à
peine l'incroyable multitude de
Gens qui la faisoientéclater parmy
les Hautbois& les Violons.
Mais rien n'égalait les bcautez
qui se découvraient des Fenestres
du Chasteau. Cette petite
Isle qu'on avoitchoisie pour y
préparer le Feu, est jointe à une
grande Prairie, qui n'a pour
bornes qu'une agréable Colline
couverte de Vignobles & de Bosquets.
Plusieurs Hameaux qui
en font voi fins font une diversité
qui a dequoy occuper la veuë.
La Charente separe ce charmant
Païsage d'avec un Parterre, qui
pour joindre le Chasteau est encore
separé d'un bras de cette
Riviere
, que l'on passe sur un
Ponr qui conduit au pied d'un
grand Perron, par lequel on entre
dans un magnifique Vestibule.
Je ne vous dis rien de Tes belles
Promenades; C'est un lieu où
l'Art s'efi: joint avec laNature,
& où tous les deux ont fait ce
qu'il feroit difficile de trouver
ailleurs. Pour rendre la Festeencore
plus pompeuse, cette grande
Prairie estoit entourée d'un
nombre infiny de Peuple, qui'
composoit un Concert d'acclamations
, ôc une Symphonie
champestre.
Au sortir du Te Deum toute la
Milice alla se mettre en bataille'
au milieu de la petite Ifie,te en
attendant que l'on allumast le
Feu, la Cavalerie & l'Infanterie
s'escarmoucherent, 6c firent des
Combats dans les formes qui suspendirent
agréablement l'impatience
de toute cette aflfuence
dePeuple. On avança l'heure du
Soupé. & plusieurs Tables furent
servies avec autant de profusion
que de propreté. Ensuite
on dança pendant une heure j après quoy M' de Montaignes
ayant pris par la main le-- petit
Chevalier de Pons-de-Bourg,
quiestoir tres-galamment habillé,
le descendit sur le Pont du
Challeau) 6c le conduisit au travers
du Parterre" précedé de six
Gardes & de l'Ossi cier qui les
commandoit, & accompagné de
toute la Noblesse del'un & de
l'autre lexe jusqu'au grand Canal
de la Charente, où il fut re-
C':l1 par une salve de Mousqueterie.
Il entra de là dans une
Chaloupe qu'on avoit ornée
exprés,& qui estoit peinte de
plusieurs couleurs. Elle fut conduite
par des Rameurs vestus de
rouge, & dont les Bonnets de
fueillagefaisoientun fort agréable
effet. A ladescente de la
Chaloupe on le receut avec le
mesme bruit de Mousquets qu'on;
avoit fait de l'autre costé. Il prit f
un Flambeau, alluma le Feu, &
aussi-tost Madame la Comtesse
de Miossens, Mrle Chevalier de
Jartlac,* & toute laNoblesse qui
estoit demeurée sur le bord de
l'eau, ayant criéVive le Roy, le
Peuple repéta la mefmû chose
avec des emportemens de joye
qui ne peuvent s'exprimer. En
même temps un bruit prodigieux
des Canons du Chasteau qui répondoient
aux coups de Mousquet,
fut mtflé à ces acclamations
du Peuple.
-
MadamelaComtessedeMiossens
qui vouloir aussi signaler son
zele dans sa maison de Bourg
sur Charente, quin'est éloignée
de Jarnac que d'un quart de
lieuë, & dont l'heureuse situation
luy donne la plus belle veuë
du monde,avoit donné des ordres
si justes, que le Feu qui s'y
devoit faire dans un lieu treséminent,
parut presque au même
instant que celuy de Jarnac
fut allumé. La déchargeque firent
quantité de Moufqueraires
qui bordoient ses Terrasses, 6c
un nombre infiny de coups que
tirerent des Pieces de Campagne,
faisoient une espece de tonnerre
qui fut entendu rlie loin.
Mais ce qui achevoit d'embellir
tout ce spectacle, c'est que depuis
le Port de Bourg,où quelques
heures auparavant onavoir
chanté le Te Deum dans l'Eglise
Paroissiale,il y eut des Feux non
seulement dans les Villages des
Terres de Madame de Miossens,
mais jusqu'à ceux qui bornoient
la veuë du Chasteau dejarnac.
Dés qu'on eut fait passer la
Riviere au petit Chevalier de
Pons-de Bourg,& que la fumée
permit de distinguer les objets,
on fut surpris de voir la façade
du Chasteau toute illuminée depuis
le haut jusqu'au bas. Comme
c'est une grosse Masse tres-
Jbien percée, ôt que nuit estoit
fort obscure, elle sceut si bien
dérober l'idée du Chasteau que
l'on avoit veu le jour, qu'elle
rue laissa plus à l'imagination que
xelle d'une grosse Montagne
Le feu. Les Feux d'artifice succederent
à ces premiers divertissemeens.
Un grand Pavillon jaspé diférentes couleurs, dans le- quel il y avoit un très-grand
nombre de Petards &de Fusées,
savoit esté élevé entre le premier
Pont & le Bassin d'un jet d'eau,
îxjui est au milieu du Parterre. Le eu y fut mis par une figure de
Dragon ,
qui descendit du haut
de la Montagne de feu dont je
wiens de vous parler.Pendant plus
moigner sa réconnoissance aux
Dames &: à Mr le Chevalier de
Pons-de-Bourg,de ce qu'il avoit
esté leur General. Ceux qu'on
choisit s'y acheminerent avec
plusieurs Gentilshommes à leur
teste, &trouvèrentàlaPorte le
petit Chevalier de Pons-de-
Bourg. Il avoit sa Bandoliere, &
un Mousquet sur l'épaule, & illes
reçeut de la meilleure grace du
monde,parune salvede plusieurs
coups deMousquet,&d'unfort
grand bruit de Pieces
1
de campagne.
Les Troupes répondirent
par une semblable décharge,pendant
que les Hautbois & les
Tambours sefaisoient entendre,
& que le petit Chevalier les remerciait.
Madame la Comtesse
deMiossens sa Tante, les régala
d'une Collation magnifique de
-d'une grande profusion du meilleur
Vin du Païs; apresquoy les
Troupes reprirent leur marche
du cofté de Jarnac
,
fort satisfaites
de cette reception.
La joye n'a pas esté moindre
dans la Ville de Cognac, & quis'est ce fait par les ordres de Mr
Ie Comte d'Aubigny son Gouverneur,&
dê~Mr Daniaud qui en
est Maire, marque le zele qu'elle iqupiour le Roy. Je passe tout ce peut estre commun aux ati.
tres Villes,pour m'attacher à
une réjoüissance que vous trouverez
tres-singuliere. Ce fut un
combat de deux Escadrons de
Cavalerie qui se fit dans la Riliiere
aumesme temps qu'un trespeau
Feu d'artifice joüoit dans
une Isle, qui fait face à laTerradedu
Chasteau. Le choc de
ces Escadrons se fit dansla Riviere
mesmeà grands coups de Pistoler,
les Chevaux nageant lors
qu'ils perdoientterre, pendant
quel'Infanterie quibordoit cette
Rivieredu costéde la Terrasse'l
faisoitunfeu continuelaussi
bien que celle qui estoit rangée
sur le Pont à costé de cette mesme
Terrasse. Joignez à cela le
bruit des Canons, desBoëtes,
des Pétards. Saucissons & pufées,
& vous trouverez que toutes
ces choses donnoient l'idée;
en petit dela fameusejourtiéedl
P,J(Ig;e du Rhin, où Loüis L
GRAND traçoit à la Posterite
des leçons de vaincre les Fleuves
de mesme que lesBastionsles plus
redoutables. La Feste finit par
un Bal,qui avoit esté précedé de
deux splendides Repas queMrle
Comted'Aubignydonnaà Madame
la Comtesse de Miossens,
&à une infinitéd'autres Personnes
de qualité de l'un Ôc del'autre
Scx,. Cet illustre Gouverneur
avoit fait faire des Fontaines
de Vin à la Porte de chaque Capitaine
de quartier, tant de la
Ville que des Fauxbourgs, avec
un ordre admirable, qui laissa
,,tln libre coursà la joye, 8t empescha
la confusion.
Je vous ay parlé dans ma Lettres
d'Aoust des Réjouissances
que Mr le Duc de S. Simon fit
fdaanirtteroiciysjdoeuvrasn,t son Hostelpenpour
laNaissan- ce de Monseigneur le Duc de
Bourgogne. Ilen donna aussitost
la nouvelle à Blaye, dont il
est Gouverneur, avec ordre de
n'oublier rien de ce qu'on pouvoit
faire d'éclatant dans une
pareille occasion. Dés qu'on
l'eut receuë, le bruitde l'Artillerie
l'annonça au Peuple. Mr
Daftor, Lieutenant de Roy, accompagné
des Magistrats, se
rendit le soir dans l'Eglise de S,
Romain, où il assista au Te Deum.
Ensuite il vint allumer le Feu
qu'on avoit dresse dans la Place
du Port, &autour duquel toute
la Milice estoit rangée fous les
armes. On entendit diverses
décharges de l'Artillerie de la
Citadelle, ausquelles il fut répondu
dans les intervales par la
Mousqueterie de la Garnison qui
estoit sur les Remparts, & par
celle de la Milice, parmy laquellese
méloit le bruit de plusieurs
Canons, & de quantité deBoëtes
qu'on avoit rangées dans la
mesme Place, On tira aussi un
fort grand nombre de coups de
Canon d'un Navire de guerre
quiestoirau Port. Un Feu d'artifice
que l'onavoit attaché à sa
Poupe brûloit à quelque distance
sur la Riviere. Toutes lesextrémitez
de ses Mats, de ses Vergues,
& de ses autres Manoeuvres,
estoient garnis de Falots.
Un autre Navire d'un Bourgeois -
deBlayeestoitéclairé de mesme,
ce qui saisoit un effet lfez agreable
sur une Riviere fort agitée.
Apres ce Feu qui dura plus de
deux heures, les Magistrats conduifirent
M' Dastor dans une
Salle ornée de Meublestres-propres,
& de quantité de fort
beaux Lustres. Lalumiere qu'ils
rendoient donnoit un brillant
éclat à un grand nombre de Dames
qu'on y avoit assemblées.
On leur servit une magnifique
Collation de Fruit& de Confitures,
avec des Liqueurs &de la
Limonade en abondance. Dans
ce mesme temps on servit deux
autres Collations fort propres
dans des Chambres séparées, l'une
pour les Femmes de toutela
Bourgeoisie, dont un des plus
notables Bourgeois fit les honneurs,
& l'autre pour les Officiersde
la Milice. Le Peuple estoit
régalé de son costé par trois
Fontaines de Vin qu'on fitcoulersurle
Port. Mr Dastors'estant
retiré dans la Citadelle où il ramena
les Dames qui en estoient
descenduës, les Magistrats se
joignirent à la Bourgeoisie avec
laquelle ils formerent plusieurs
Dances dansla Place du Port.
On en fit aussi dans tous les endroits
ou l'on alluma des Feux.
Je pasTe aux Réjouissances de
Béziers. Cette Ville ayant toûjours
esté tres zelée pour la gloire
de son Prince, vous jugez
bien qu'on ne manqua pas às'y
mettre fous les armes, à illuminer
les Fenestres des Maisons,
&enfin à faire toutes les choses
qui peuvent marquer une grandejoye.
La Feste fut commencée
le Dimanche 13. du dernier mois.
On avoit dressé un Theatre des
mieux ornez dans la Place où
estoit autrefois la Citadelle, 6c
sur ce Theatre il y en avoit un
second au milieu duquel estoit
élevée l'Eternité figurce parune
Femme debout, ayant unvoile
sur la teste qui luy couvroit les
épaules, de la mesme forte que
les anciennes Médailles nousla
représentent. Elle estoit sur un
Piédestal soûtenu de quatre
Dauphins, & tenoit dela main
droite un Globe sur lequel trois :
Fleurs-de-Lys estoient peintes,
6c de l'autre un Ecriteau avec ces
mots,
Impiriumfinefine dedi.
Aux quatre coins du premier
Theatre, estoient quatre Pyramides
semées de Fleurs-de-Lys
mêlées des Chifres du Roy, avec
quatre
quatre Tours dans rentre-deux.
Les bords du Theatre estoient
-
garnis d'une Corniche & d'une
Frise, ou des Dauphins & des
Amours se jouoient ensemble.
Sur le milieu des Portiques qui
estoient aux quatre faces, on
voyoit dans des Cartouches les
Armes de France, de Monseigneur
le Dauphin, de Monseigneurle
Ducde Bourgogne, 6c
deMonseigneurleDuc duMaine,
Gouverneur du Languedoc,
le toutsoûtenu par des Pilastres
d'Ordre Dorique d'une tresgrande
hauteur. La Figure choisie
pourle dessein de ceFeu,estoit
del'invention de Mrle Pul, aussi
bien que huit Devises qui ornoient
les Piédestaux des Pyramides.
J'ajoute icy ces Devises
avecl'explication qu'il en â
faite.
La premiere avoit pour corps
trois Fleurs-de- Lys, qui représentoient
le Roy, Monseigneur
le Dauphin, & le jeune Prince.
Ces paroles luy servoient d'ame,
NUMERO DEUS IMPARE
GAUDET
Le nombre de nos Lys & de nos Demy*
Dieux,
Est un nombre aqreable aux Cienx.
La seconde
, un Amour avec 7
uneFleche à la main, & ces mots
Italiens,
NON E' IL MINORE D'E
GLI DEI.
Ce n'eflpasle moindre des Dieux,
Ce petit Dieu d'Amour, qui ne vient que
de naître.
Déja l'onreconnoîtsagrandeur en tom
lieux.
Son Trait doitestre un Sceptre, & comme
ses Ayeux, -
-
Cet Enfant sera nostre Maistre.
Latroisiéme, un Jet d'eau au
pied des Montagnes,
E MONTIBUS ALTIOR EXIT.
CeJet deau dans ces lieux si longtemps
attendu,
Au sommet de ces Monts a sa source
féconde.
Jlmontera bien- haut,s'il élevefon onde
Au/fi haut que les Monts dont il est descendu.
La quatrième, un Soleil, &
deux Planetes,
OBSCURANTUR A LUCE
MICANT.
Ces Planetesun jour.dansleplus béftt
des Cieux
Pourrontéclater à nosyeux,
Etprendre foin de nom conduire.
DansunCharlumineux on doit lesvoir
assisi
Maintenant ils font obfcurcù *
Par le Soleil qui lesfait luire.
La cinquième, un Aigle en
l'air, portant la Foudre en son
bec, U deux Aiglons à terre qui
leregardent, & semblent commencer
à voler,
Ex ME DISCITE PACEM
QUÆRERE.
Aiglons, quifçavez,par mesfaits
Avec combien d'honneursfayforte le
Tonnerre,
Ne voM servez. de la Guerre «
jQue pour aller A la Paix.
Lasixiéme, une Perle dans sa
Coquille au bord de la Mer,
NOAYORIGEN MAYOR.
Est-il rien de plus prétieux,
Et quiit comparable à la haute origine
De ce riche Bijou, de la Perle divine,
Présent de l'Ocean, aujfibien que des
deux? -. J --,."--
Si bientost le Soleil luy donne 1 1
Ce lustre qui peut tout ternir,
Et cet éclat qui l'environne,
Comme luy quelque jour elleva devenir
Tout tornement d'uneCouronne.
La septiéme, un Lys soûtenu
de sa Tige, d'où fort un Lys à
demy épanoüy, & plus bas un
Bouton,
QUOMODO CRlSCUNT.
CI L1ys incomparable, appuyé sur sa Est du siecleprèsent la gloire & le prodige.
Le beal1 Lys qu'il a mis au jour
En est la merveille & l'amour.
L'aimable Lys qui vient riéclore,
Dont toutle Peuple est réioüy,
Pourmlontrersonéclat du Couchant a Aurore,
uitteniqu'ilfaitépanoiiy.
La huitième, un Soleil qui en
forme deux autres dans les nua-
gesi & au déchus, le Globe de
laTeri-e,-
ORBIS NON SUFFICIT UNUS.
De ces nouveaux Soleilsveutfurnofire
horizon,
En milie biens déja la huniere efi féconde.
Commrealetgrfanod Snolei,l efisans compa-
() Il' h Qhenforce,ejne'nbbonté, quenvertm i'll
abonde, .*-•
Ils feront tels en leurfaifon, A
Illeurfaut a chacun un AÀonde.
Des Habitans en armes, conduits
par leurs Officiers,s'estant
rendus dans la Place où le Feu
de joye estoit dressé, se rangerent
sur un Bassion qui la domine.
Les Officiers de Justice, &: les
Consuls, l'allumerent apres qOe
le Canon de la Ville eut fait sa
décharge. Elle fuit suivie de
celle des Hibitans qui la firent
plusieurs fois. L'Artifice eut un succés merveilleux, & ce ne surent
que réjouissancesde toutes
parts. Mr l'Abbé de S.AfïiQjdiXe
fit pendanttrois jours des Illuminations
&desFeux de joye.
-
11 y mit le feu à la teste de son
ChapitreCollégial, &: imita au- -
tant qu'il luy fut possible la magnificence
de Mr l'Evesque ce )
Besiers, qui en de femblablcs
occasions ne croit jamais assez
faire. Ce Prélat estoit alors absent
de son Evesché pour une
assaire importante. Entre les
Maisons Religieuses, les jesuites
-Se les Jacobins se distinguerent;
mais sur tout Mrde SarçrcLieutenant
General -lvF de Cabreroles
Lieutenant Crirmilell, M[
de IVlartini, Viguier, & Mrde
Lalle Procureur du Roy, mon- trerent par des Feux d'artifice
dressez devant leurs Maisons,
combien ils estoient sensibles à
ce quiregarde le bien de l'Etat.
Le lendemain, les Penitens
Noirs firent une Fcfte particu-
• culiere, où la pieré fut jointe à
la joye. Leur Chapelle, qu'ils
firent parer magnisiquement, estoitornée
d'une riche Tapisserie.
à fond de foye, qui représentoit
l'Histoiredu petit Joseph, Fils
de Jacob, appellé dans l'Ecriture
Sauveur de l'Egypte; & comme
c'estoit le jour de l'Exaltation
de la Croix qu'ils celébrent toüs
les ans avec beaucoup desolemnité,
ils avoient mis sur le Platfond
de l'Autel une Croix en;
l'air, soûtenuë par deux Anges,
dansunCieldegloireenperspéctive,
ce qui inspiroit beaucoup
dï devotion. Il y avoit sur les
Balustrades qui encourent la
Chapelle, six-vingts Flambeaux
de cire blanche dans des Lanternes
transparentes, sur lesquelquellesestoient
peintes les Armes
du Roy, de Monseigneur le
Dauphin, & de Monseigneur le
Duc deBourgogne, le tout parsemé
de Fleurs-de-Lys & de Dauphins.
La Messe fut celebrée
avec Musique & Symphonie. On
chanta les Vespresdemesme 8c
la Cloche ayant commencé à
sonner sur les huit heures dusoir,
les Confreres au nombre de soixante,
prirent leurs Sacs, & sor- ;tirent de la Chapelle en proceslion,
portant chacunun Flambeau
de cire blanche, du poids
de quatre livres, &; chantantle
Benedictus Dominus Deus ifraél.
Mr de Sartre Président, Juge-
MJge:" & leur Prieur,suivoit la
Procession, portantun Flambeau
aussibien que tous ses Domestiques
; & apres qu'on eut fait le
tour de la Chapelle, on alla au
lieu où le Feu estoitdressé. Deux
cens Hommes s'ytrouverent
rangez en haye fous les armes.
La Processionayant fait le tour
du Feu jusquesàtrois fois, en
continuant le mesme Cantique
Mr de Sartre, & en suite tous les
Petliteîis,l'allumcreiit, Lebruit
de la Mousqueterie, des Bombes,
Boëtes,& Petards, futincontinent
meslé aux cris de vive le Roy
que poussa le Peuple. Pendant
ce bruit, la Procession rentra
dansla Chapelle,où l'on rendit
graces aDieu par leTeDeum qui
y fut chanté après quoy on fit
joüer le Feu d'artifice. C'estoit
un Theatre à quatre faces,dont
chacune avoit deux toises & demie
en quarré. Les Bordures estoient
de Laurier, entrelasséesde
Fleurs-de-Lys & de Dauphins.
Aux quatre angles du Theatre i<*s estoient quatre grandes Figures
enrelief, qui représentoient les
quatre Parties du Monde. Leur
habillement estoit magnifique,
&lesdistinguoit les unes des autres.
Au milieu de ce Théâtre,
on voyoit le Roy - sur un Piédestal.
Il estoit vestu à la Romaine,
avec son Manteau Royal
fleurdelisé d'or,& une Couronne
de Laurier sur la teste. Il tenoit
un Sceptre, & regardoit d'un air
menaçant les Figures des quatre
angles. La posture où elles estoient,
marquoit de la crainte.
Au bas du Piédestal on lisoit
cette Inscription,
TmbabuntttrGctites, & timebunt qui
habitartt tcrminos à(i<?nis iuis.
Quatre Cartouches faisoient un
des ornemens des Faces de ce
Theatre. Sur le premier estoit
peint Monseigneur le Dauphin,
présentant au Roy le jeune Prince.
On y lisoit ces paroles.
siie vir efl tibi quem promitti
foepim audit.
Sur le second, un Hercule cce.
vert de sa peau de Lion, & brisant
l'Hydre avec sa Massuë, Ces
si
*
mots estoient au dessous
PdrcerefùbjeélÚ,(}debeUare
jùperhos.
Sur le troisiéme, un Ange portant
un Rouleau à la main, avec
ces mots,
- -
Felix proie virum.
Surlequatrième, la justice,
avec cetteInscription,
Aftrea condetfoecula.
Plusieurs P yramides,desTours,
des Globes, & d'autres Machines
& Devises, ornoient encor ce Theatre. Tandis que le Peuple
en examinoit toutes les beautez,
on vit partir tout- à-cou p une
Lance à feu du bout du Sceptre
de la Figure qui représentoit le
Roy. Au mesmeinstant, celle
qui représentoit l'Asie fut toute
embrasée. Il en sortit une si
grande quantité de feu que les
Spectateurs en furent surpris.
Apres que l'Afie fut consumée,
la mesme Figure se tourna de
l'autre cofté du Théâtre, 6c
mit le feu à l'Afrique, qui ne fit
pas moins d'effet que l'Amérique,
quifut brûlée delamesme
forte. Il ne restoit que l'Europe,
vers laquelle la Figure se tourna.
Elle fut brûlée comme les autres,
avec cette diférence, que
parmy les feux qui la consumérent,
on vit les Armes de France
transparentessansse brûler, avec
cette Devise,
- Intaffiis re?niîfmbw.-
Les autres Machines firent leur
effet avec un succés qui fit ap„
plaudirgenéralement le zeledes
PenitensNoirs.
On ne doit pas s'étonner si
tous les Peuples s'intéressent à
Il'envy à celébrer la Naissance
bdeMonfeigneur le Duc du Bourgnogne.
Le Ciel ne pouvoir faire plus grand don à la France
sous le Regne d'un Monarque
dont les glorieux exemples sont
isles plus nobles leçons qui puissent
pestre données dans l'Art de régner,
aux Princes qui naissent de
son Scang auguste. La Ballade Rue je vous envoye, vous marquera
d'une maniere plus agreabolne
que je ne fais, combien ce nous doit estre cher. L'Autheur
m'en est inconnu. Quel
:xlu'\L puisse estre, il mérite beaucoup
de louanges pour un si ga- lantOuvrage.
c
SUR LA NAISSANCE
de Mrle Duc de Bourgogne.
BALLADE. 0R est venu dedansnoflre Univers
Cet Hentier£un a/fez,belEmpirt
Cet Enfant cher à cent Peuplesdivers.
Cher a LOV1S, & cela c'est toutdire.
C'en efl assez. pour obliger les Dieux
A conserverdesjourssiprètienx,
Jours où leur main tous leurs trèsors enferre.
Depuis qu'on voit la lumieredes C;eux,
PItu beau présent ne s*eflfait a la Terre.
Noflre Apollon dans ses divins Cencerts
Chante déjà cetEnfantsursaLyre.
Je voispour luy méditertantdeVerJJ
Quimpoffible efl aux NeufSoeurs d'y
suffire.
Bien que ma Mufe aux grandsefforts
1 riajpire,
Je mécrierayetun ton audacieux,
Aux bords lointains puisse passer la
Guerre,
Puisse la Paix s'affermir en ces lieux,
Plus riches dons ne se font sur la Terre.
JInompromet des Printempssans Hyvers,
Point d'Aquilons, un éternel ZéphirtJl
Bien peu de coeurs éviterontsesfers,
C'est ce ejuunSage aux Aflres ma fait
lire.
jimour Cappelle avec un Houxsoûrires
Bellom aussi le rendra glorieux.
LOUIS fera, d.unfoin laborieux,
SonPrécepteur a lancer le Tonnerre,
uisoutenir cet air impérieux,
Plm beau talent ne regnefur la Terre.
E NV 0 Y
A Madame la Dauphine.
l'rinceflè aimable, & otejprit gratieux,
u
Regardez, bien ce qui sestfait de mieux
*Depuis qu'Amour de ses doux neeudi
nous ferre.
Ce don nepeut trop repaître vosyeux,
PlusbeauPatron n'est pourvoits surla
t Terre.
J'ajoute des Bouts-rimez fort
heureusement remplis par Mr
Vignier de Richelieu, sur cette
mesmë Naissance.
SONNET. DAns lefond des Forefis de Monomotapa,
-4 Maroc, au Tonkin le long dufein
Persîque,
Où l'eau coula du Roc cjut Aîoifefrapa,
Des Colomnes d'Hercule a la Mer
Arabique.
Dans lesfameuxJardins d'un Aabalipa,
Depuis le Pôle Aufiral iusques au Pôle
Arrque, +v , Onfeaura qu'un Dspphin efi à préfellt
Pipa
D''un Fils qui remettra l'ancienne Bazilique.
LOI) [S l'ayant donne pour Duc Ig
Bourguignon, V
Efl-ilgrieZnufouisgle Cinel>quoi lnny po?rte 11 "v-erraGdesersajounrsdce-cPherrEenfa.ni.
CTejtcomme Dieubemtcelny quifuit
sesLoiXj ,
Qui remet les Errans dans lefein de leu-r
Merc,
Et q"suifa.iatstouatvcalvmeoroquaniidxxil e.n-.tend
Les Relations que je vous envoyay
il y a sept ou huit mois des
Missions des Peres Jesuites, vous
ontassez satisfaite, pourm'obliger
à vous faire part des dernieres
nouvelles qu'on en areccuës.
Je croy vous avoir déja mandé
que le Pere Nau,apres avoir eu
la consolatin à son retour de
France en Syrie, de faire établir
à Alepun Patriarche d'AntiocheCatholique
pour la Nation
des Syriens qui s'étend danstout
l'Orient ( ce qui est d'une extrême
conséquence pour la converversion
d'une infinité d'Héretiques
& de Schismatiques ) laissa
à un autre la Charge de Supérieur
General des Millions des
Jesuites en Syrie, pour aller porter
plus loin la Prédication de la
Loy dans le fond de la Mésopotamie,&
dans le Curdestan, aux
Curdes Jasidies,quifontdepuis
plusieurs siecles dénuez de tout
secours, & qui ayant conservé
quelque connoissance du vray
Dieu, qu'ils continuent d'adorer,
adorent en mesmetemps le Soleil
& le Diable. Ce Pere menant
avec luy pour cette entreprise
le Pere Pilon & le Frere
Hilaire,quileur estoit d'un fort
grand secours pour assister les
Malades, partit d'Alep au commencement
de l'année derniere.
Ils avoient déja avancé six ou
sept journées dans le Païs, pour
se rendre dans les Montagnes où
l'on trouve le plus de ces Peuples,
lors qu'ils furent rencontrez
à quelques lieues au delà de Maredin
par une Troupe deVoleurs,
Ennemis de la vraye Foy, qui
leur ayant pris le peu d'argent
qu'ils portoient pour leur subsistance,
& pour établir cette MiC
non, leur prirent aussi une partie
des Remedes dont ils prérendoient
fefervir en ce Païs-là pour
s'acquérir les esprirs de ceux a
qui ils alloient prescher l'Evangile.
La cruauté fut jointe à ce
vol. On les dépouilla, & ils receurent
plusieurs coups de Sabre.
Le funeste état où ils se trouverent,
les firent retourner à Maredin
pour y panser leurs blessu.
res, & pour y attendre les lècours
necessaires à leur Etablissement
dans le Païs des Jafidies. Leur
patience, leur zele, & leur charité,
leur ayant acquis d'abord
la confiance de plusieurs Personnes
des plus considérables de
cette grande Ville, Capitalede
la Mésopotamie, Dieu le sèrvit
d'eux pour réunir à l'Eçlise un tresgrand nombre d'Herériques&
de Schimanques de toutes
fortes de Sectes & denations.
Ils n'épargnerent aucun de leurs
soins pour dissiper leurs erreurs;
& en peu de temps le concours
de ceux qui les chercherent pour
la guérison des maladies de l'a-
Ine ôc ducorps, devint si grand,
que le Pere Nau ne pouvant
abandonner cette abondante
moilTon, fit venir deux autres
Missionnaires de saCompagnie,
pour les envoyer aux Jasidies.
On a eu déjà avis qu'ils cultivoient
cette autre nouvelle Mission
avec tout le zele qui peut
faire foûrenir les grandes sarigues,
& qu'il y avoit des dispositions
très-favorables à quantité
de Convenions. Cependant le
Pere Nau, & le Pere Pilon, estant
demeurez à Marédin
,
furent
de plus en plus accablez de
la roule de ceux qui vouloient le
faire instruire. Leur Maison en
estoit pleine dés trois heures du
matin, & à peine pouvoient-ils
en ménager quelques-uns chaque
nuit, pour prendre un peu
de repos. Ce grand progrés
ayant allumé la fureur des Heré.
tiques, orralla dire au Bacha, ou
Gouverneur, qu'ils établissoient
une nouvelle Eglise publique,
sans enavoir la permission du
Grand Seigneur. Quoy que les
Officiers Turcs eussent jusque-là
esté favorables à ces Peres, le
Cadi, soit par l'espérance de leur
rançon, soit que les Herétiques
l'eussentgagné par quelques pré.
sens, donna aussitost ses ordres
pour les arrester. On alla chez
eux le Samedy 17. Janvier dernier,
nier, & l'on y trouva douze Catholiques
qui écoutoientl'Evangile
que le Pere Nau lisoit. On
les mena tous dans les Cachots,
où ils furent mis aux fers. On
leur déclaraquelques jours après,
qu'ils ne fortiroient de leur prison,
que par le payement defoc
cens écus pour eux, cc de cinq
cens pour les douze Catholiques.
On aveu plusieurs Lettres
du Pere Nau, qui loue Dieu
defes foufrances, &quifait connoistre
avec combien de courage
les Catholiques qui font
avec luy dans les Cachots endurent
leurs peines. Ils y estoient
encore le 126. d'Avril, suivantce
un Ecclesiastique qui n'a point
voulu estre connu, a envoyésix
cens écus pour délivrer le Pere
Nau, &les deux autres Missionnaires.
Une action si pleine de
charité est d'un grand exemple;
& ceux qui fane. en pouvoir de
rendre à Dieu une partieduBien
qu'il leur a donné, ne peuvent
le faire plus utilementqu'en ces
fortes de rencontres. -
Je vous manday la derniere
fois, le départ de Monseigneur
le Dauphin pourChambord,&
la diligence avec laquelle s'y
rendit ce Prince. Il alloit trou-
- ver le Roy, & l'on a toujours
beaucoup d'impatience quand on
va voir ce Monarque. La Chasse,
le Jeu, & la Comédie,fontles
divertissemens que Top a pris à
Chambord, où une Troupe- de
Comédiens de Campagne s'estoit
rendue. Le 6. de ce mois
Monseigneur le Dauphin en partit,
apres avoir soupé avec le
Roy, pour venir dîner lelendemain
à Versailles avec Madame
1 la Dauphine. Le temps estoic urt & le chemin long; mais
on trouve les plus grandes difficuirezfacilesà
surmonter quand
on vient voir ce qu'on aime. Je
puis parler de la forte, puis que
l'on sçait la grande union quiest
entre Monseigneur le Dauphin
& Madame la Dauphine, &
qu'ils font ensemble Epoux &
Amans. Cette Princesse l'attendoit
avec une extrême impatience;
& l'on peut dire que pendant
que ce Prince avaçoit avec
une vistesse incroyable, soncoeur
voioitaudevantdeluy. Vous en
ferez aisément persuadée quand
vous aurez sceu les ordres qu'-
elle avoit données. Des Gardes
placez de distance en distance,
depuis lehaut de la Montagne,
qui est proche de Versailles jusques
fort avant dans la Plai
sedevoient faire un signal l'un à
l'autre, lors que le premier auroit
apperceula ChairedeMon.
seigneur le Dauphin,& le dernier
devoit partir à toute bride
pour luy venir apprendre son arrivée.
Les anciens Romains en
ufoient de mesme, & faisoient
sçavoir à Rome en fort peu
d'heures les Batailles qu'ils avoient
gagnées, quelquefois à
deux cens lieuës de cette Capitale
du monde. Madame la Dauphine
ayant sceu que le Prince
qu'elle aime sitendrement estoit
tout prest d'arriver, descendit
jusques bien avant sur le Degré
pour le voirquelques momens
plutost; & leur empressement
réciproque ayant marqué l'excès
de leurtendresseà tous ceux qui
estoient présens, &qui sçavoient
avec quelle diligenceMonseigneur
le Dauphin estoit venu,
ils se la montrèrent de nouveau
par l'accueil qu'ils le firent l'un
à l'autre. Qtoy que Monseigneur
le Dauphin cufl resolu de
ne se point arrester en revenant deChambordàVersailles, il ne
pûtrefuser cette grâce à Madame
Milçt, Femme de Mr Milet,
qui a l'honneurd'estreson SousGouverneur.
Elle attendoit ce
Prince au bout de l'Avenuë de sa
Terre d'Ieure
,
où il falloir qu'il
passst. Il s'y arresta fort obligeamment,
luy parla, en receut
des Fruits, en mit dans sa Chaise
i ôc l'ayant remerciée avec
beaucoup de bonre, il poursuivit
son chemin
,
& elle reprit
celuy de sa Maison. Elle estoità
pied, parce qu'elle n'avoit que
son Avenue à traverser. A peine
estoit-elle arrivée au troisième
Arbre, qu'en demandant à ses
Domestiques, s'ils aveient bien
vu Monfcigncur le Dauphin, elle
tomba morte sur ceux qui la soutenoient.
On dit que la joyefut
en partiecause de sa mort. Elle
a esté fort regrettée, & Monseigneur
le Dauphin ayant sceeu
cette nouvelle, en parustaussi
touché qu'il en fut surpris. On
le pourroit estreà moins, & des
morts si promptes & si peupré
veuës, nous font souvenir de ce
que nous sommes.
Heureux ceux qui s'en souviennent
pour se tenir toujours
prest, & qui ne s'assurentny sur
leurs belles années, ny sur les secrets
qui fortifient la santé. Mr
l'Abbé Aubry estoit du nombre
de ceux qui prétendoient en
avoir, & toutes ses connoissaces
n'ont point empesché qu'il
ne soit mort, dans un âge où l'on
ne doit point mourir, quand on adesremedes assurez pour vivre
longtemps. Je ne vous dis rien
davantage de cet Abbé.Il étoit si
connu, qu'il suffitdelenommer.
M Picard Prestre, Prieur de
Biron STdeR.iliez,eftauffi mort
au commencement de ce mois.
Je vous ay parlé de luy en vous
décrivant l'Académie Royale
des Sciences, &les divers talens
.dans lesquels excellentceux qui
la composent. Il estoit de cette
içavante Académie.
Je v-ous envoye une Lettre
écrite par une Dame de qualité
à une grande, PrinceUe. Ce ferait
retarder vostre plaisîr, que
perdre du temps à vous la vanter.
Lisez. La rnatiere est.noble
6e auroit pour vous un tresgrand
charme, quand elle feroit
traitée avec moins d'efprir.
A MADAME*** LA bonté que vous avez, euë>
Madame, en mefaisant L'honneur
de me temoigner que ce que jccris
ne vous défiaiflfat, & l'envie
quej'ay de vom marquer ma rejjf.
cluaife rcconnotffance,m'ont frit
penflr que mem agréerez, que j'aye
cherché a vota divertirquelques momens,
par le recit de ce qui mesl arrivé
dans im Voyage quej'ayfait i
rVCc1rJfiilill:hass';d¿e(p'fu#ishp"eput.tt.jJeenn'y, aauvo()ius
nulle affaire, & rien ne my ",eno:'
que le deffiindefaire ma Cour, C"
sur tout devoirfour lafrcwierefois
cet illnftreEnfant, dontlanaiffanct
allume des Feux de joye par toute
l'Eurofe. L'heureufl Etoilequifré~
sida a ce Voyage, & qui voulut me
le rendre agrcable désson commencement,
fit que je membarquay avec
Mid-ame la Comteffi de Brégy, dont
la charmanteconversation pourroit
empescher de sentir la fatigued'un
chemin beaucoup pl. long & plus
pénible, jarrivay, Madame, un peu
plus tard que je ne pensois
, carJ'Â-
*voiscompté que je pourvois avoir le
loisir de voir Monseigneur le Vue de
Bourgogne avant le DÎné du Roy>
cependant j'tntray feulement comme
Sa Majcflé s'alloit mettre a table.
aurots pu allerfaire un tour, &
revenir avant que le Roy eufi achevé
dedîner; maisparl'effetd'un charme
qui attache àsapersonnesi-tostqu'on
A l'honneur de le voir, je ne penfiy
flut a autre chose.
Sa présence suspend tous les autres
desirs,
Et l'on trouveà levoirtoûjoars nouveaux
plaisirs.
Je demturay donc au Biné tant
^quildura. C'cjloit, Madame, lejour
hde la Naiffinu du Roy; & quoy que
\fa benne mine éclate,& le difiingue
Xtoûjoursy quelqueHabit qu'il puiffi
Kdvoir, il en avdit unsi magnifique ce
V'lir.IÀ., que de cette parure, jointe
\4u grandairquifaitsibien voir 'l'lil
,tjI le Maifire, il réfaitoit quelque
çhofi qui m'enchantoit.Maisquand
il tournoit par hasard les yeux du
co/Ii ou j'eaù, il me sembloit Auffi-
,tojl que je voyou ouvrir une fouice
de félicitez, & que le moindre de
Jes regardsjettes al'avanture, alloit
tme rendreheureuse. ilfaut,Madame,
quej'avoue que dans ces momens-la
le ne pouvois mcmpe/cherdefwter
envie à Madame de Brégy,quinoijt
feulement estoit regardée avecpréfe*
rence de ce Grand Monarque, maar
encor qui /entretenaitavecbeaucoup,
d'agrément, aussi-bien que la Reyne>
Cette illuflrePrincesse que je trouva
toujours telle, me la parut ce jour-Ii
flmquaCordinaire. Elle avoit,Ma~
dame, leplut riche &leplmagreablt
Habit quefaye jamais veu, ér elleestoit
toute éclatante de Pierreries.
A l'éclat des Vertus l'auguste Majefté^
Estoit jointe en cette Princesse, ?j
Et la plus brillanceJeunesse
N'auroit pû de son teint effacer la r
beauté.
dans cette Royale Compagnie, ouj'eus
beaucoup de regret de ne pas voir
Monseigneur le Dauphin, qui tfloit
à la ChajJè, non plusque Monficur
& Madame qui ejfoient à S. clou.
ïleusaufft le malheur de ne point
voir Madame la Dauphine, dont la
Porte ne s'ouvroitpat encora, tout le
.monde,crjcn fmbien fâchée, car
j'aypour le mérite & les vertm de
cette charmante Prinvejfe une admiration,
&fij'oseprendre la. liberté
deparlerdinfi, une rcjpeclueufe incljrMtin,
que je ne puis bien exprimer.
le trouve dans tout ce qu'elle
dit ô" toutcequ'ellesaisy de Ugrandeur
& de l'agrément, qui luy attirent
en mefine temps le rcjpettqutn
luy doit, & Cattachement du (;oeur.
Du plus sublime esprit, d'une aimable
bonté,
Il se fait dans ses yeux un mélange
admirable.
D'une grande Princesse on luy voit la
fierté
Mélée à ladouceur qui la réd adorable.
il faut donc demeurer d'accord,
Madame, que lors quon voit toute
la Famille Royale, on voit ce que la
grandetu & le mente peuvent montrer
de plus digne d'cflreadmiré.
Mais je n'ou pas ce plaisir entier
pour cette fois,&enfin je pris le
chemin de l'Apartement de Monfietgneur
le Duc de Bourgogne.Je trouvay
dans sa chambre Madame la
Maréchale de lA Mothe, qui nonseulement
remplitdignementsa Charge
À i'égard du Prince, mais enccr qui
(harme toutes les rerfonnes qui vont
pour AVlir l'honneur de le voir, par
une civilitétout-a-fait engeante, &
qui m'alloit arrefierauprès d'elle, si
elle-mesme devinant bien l'envieque
j'avoû devoir le Prince, nJ(Nf!ell¿,
bontéde mefaire approcher du Lit ok
il efioit entrelesbras desa Nourrice;
& nele voyantpas tout-a-faità moit
ai/cependant que Madame la MAréchaleentretenoit
MadamedeBrégy
auprès des Feneflres,je mappuyay
dans un coin, attendantqu'on le
changeaftdeplacej&commejerefvoié
a l'hcurellfl destinée de cet illuflrcFils
de tant de Héros, j'entendu
près de moy prononcercet paroles,
par lapli44 agreable Voix qui
ait ïamais frapémes oreilles.
Que de gloire le Ciel destine à cet
Enfant,
Et qu'il imprime enluy d'illustres
caracteres!
Je croy déja le voir dans un Char
triomphant
Marcheravec éclat sur les pas de les
Peres.
Dans ce moment-la, Madame,en
remit le Prince dansson Berceau. Je
crûs que cessoit quelqu'un de l'autre
cossê du Lit qui avoitcommencé ces
Yers, & nentendantplus rien,sans
autre réflexion, ie m'attacbay à regarder
ce Royal Enfant.
Tout charme en luy,tont y surprend,
Et parmy tous les traits de cette tendre
enfance,
Je luy tronvay l'air grand,
Et qui marque déja ion illustre Naifsance.
Apres quejefusfortiedesa Chambre,
Madamey pendant que Madame
de Bregy atloitfairequelques autres
viftes,jeprepofay à une Dame de
mes Amies qui efloit aujji vfnui
avec nous, d'aller satïe un tour de
promenade.
Dans ces Jardins délicieux,
oDnans ces charmantes Allées, prendroit aisément pour le fcjour
des Dieux,
Où pour les Champs Elisées.
Cette Dametfillnt avec moy dans
ces Lieux enchantez., voulut aller
-voir l'Arc de Triomphej dr moy,
Madaml, me trouvant un peuUssë,
je demeuray affifc dans un endroit
parfaitement beau, queje nefçauroii
pourtant vom dépeindre, ne m'eslans
remply l'idée que de ce qui m'y arriva,
aussitos que je fMfeule, ily
avoit a cossé de moy une Palissade
fort épaissi, contre LIQUelItJt: ne fus
pas plutojt apptlJée., que j*entendis
pluficurs Verformes qui purloient,
parmy lefqueUesje crus remarquer
cet aimable fin de voix que favots
oüy- chez Monseigneur le Duc de
jourifaene. e voulus d'abord aUcr
vers l'endroitoù entendois parler;
mais outre que je penfay que mon
Amie (croit en peine, si elle ne me
retrouvoit pas ou elle m'avoit laijjée,
je vis quily Avoit un djfèZ long
cheminA faire pour trouver l'autre
Cêfiéde lApalijJàde. insi, adame.
Atmay mieux demeurerpourtacher
d'oüir ce quon disoit. J'entendis
donc une de ces Ferfennes qui reprenait
ainsi son discours. Il faut
avouer, disoit-elle,que si noltre
Grand Monarque est heureux,
il mérite bien de l'estre. Si l'on
youloit se former l'idée d'un
Homme digne de commander à
tous les autres, quelque ctenduë
que puiiïe avoir l'imagination,
pourrait - elle sais ..aij;tce I.chpfe
que le Portrait du Roy? En vérité,
si les Dieux ont jamais deû
faire part de leur immortalité à
quelqu'un, c'est à ce Héros.
Mais, divin Génie de la France,
!'Nr!*ivil-eUe, les Nymphes mes
Compagnes, Habitantes de cet
heureux Séjour, vous demandent
toutes par ma bouche, que vous
leur appreniez quel doit estre ce
merveilleux Enfant dont la naissance
porte la joye jusques dans
lesPaïs les plus éloignez. Celles
de ion augusteAyeul, ny de fou
illustre Pere, .n'en infpirerenr pas
davantage, quoy que le premier
duft estre le plus grand de tous
les Hommes,Mefécond, digne
Fils d'un Pere qui luy a marqué
le chemin de la Gloire par de fameux
exemples que ce jeune
Héros brûle de suivre, & qu'il
imitera si bien, à ce que vous
nous dites tous les jours, que sa
valeur mettra le comble à toutes
les vertus qu'il possede déjà.Dites-
nous donc si nous devons
croire la voix des Peuples, qui
semble présager de si gran des
choses de ce charmant Enfant
qui vient de naître. Cette Personnee
Madame, fit la une pause; & moy,
bien étonnée d'apprendre que cette
anverfation n'estoit pets entre des
Terfonnes mortelles,commeje Pavois
crû,je redoublay mon attention, ne
doutantpas que ce Génie dela France
a qui la Nymphe parioit, ne fust celuy
quej'avois ouy chez, Monseigneur
le Duc de Bourgogne, &j'en fm certaineanfy-
tost que jentendis cette
(hamtinte roix qui réponditainsy.
Sur ce Prince on s'efforce à l'envy de
prédire.
L'un dit, ce fera Mars;un autre, c'est
l'Amour;
Mais ns chercher si loin-ce que l'on
en doit dire,
Il tient des Demy-Dieux qui luy donnent
le jour.
Il aura la bonté de Ton illustre Pere,
L'esprit, les agrémens de sa charmante
Mere;
De la Reyne il aura la haute pieté,
Et de Loiiis LE GRAND la Royale
équité,
La mine, la valeur, la force, & la prudence.
Il fera comme Luy le bonheur de la
France,
Craint de ses Ennemis, aimé de ses
Sujets,
Toûjours beny du Ciel dans ses justes
Projets.
Tout le monde adorant ses vertus sans
pareilles,
Il fera voir un temps si remply de merveilles,
Que l'Univers enfin à sa grandeur
soûmis"
Ne reconnoistra plus que l'Empire
des LYS.
Sifavois efléfvrprife, Madame,
au commencementde laconverfttion,
jefutsi ravie en cet endroit-là, que
nepouvantplus me contenir,je courus
du cojlé que cette divine Compagnie
s'entretenoit de ces grandes choses,
cfyérant quejefourraislavoir; mais
je perdis mespas, &quandje fus au
bout de lyAlléeje ne vis & rientendit
plus rien que min Amie qui mappel-
,loit pour me dire quonm'attendait
pourpartir. le luy parus toule préoccupée,
&sansluy en dire lesujet, je
la fuivà hors du PArc; mais avant
que de ",'en aller, jenfontay un m,.
ment al'Apartement des Filles d'honneur
de Madame la Dauphine,pawty
le/quelles j'ay L'honneurd'avoir trois
PATentes., quifont Mesdemoiselles de
Biron & de Jarnac. le les trouvay
toutes parées des Pierreries que le
Roy leur a données> & par ce bril.
Lant éclat,joint 4 celuy de leurs charmes,
ellesvouloientembellir le jour
de la Naijjance de ce Grandmonarque
; & en effet, elles me parurentsi
aimables
, que je me trouvay toute
consolée de n'avoir pas veil les Nymphis
de Versailles, car toutes immortelles
quellesfont, je ne puis mim,«-
giner quOtOn soient plus agreabless
voir que ces charmantes Filles, il
salutpourtantles quitter,&je revins
à Paris, Madame,sans rien diredû
tout ce quesavois DH), craignant
qu'on ne maçcufafi d'avoir resvé,
Cependant après y avoir bien pense,
si cesiunfonge, ilefifi vraysur tout
ce que nous voyons dans le présent,
&si vray-semblable pour l'avenir,
que je mefuis résolue de n'en faire
plus un secret; & j'en trouveray.,
Madame, dés aujourd'huy l'effet bien
Agreable pour moy,sifaypu vous
divertir quelques inJlans) &- vous
témoigner au moins par mes bennes
intentions leprofond refpeffquefay
pour vousyMadame, &lapajjion &c.
- Cette Fiction du Génie de la
France, & ses Nymphes deVersailles,
ne pouvoit estre tournée
plus galamment, ny sur un augure
plus favorable que celuy qu'on
peut tirer de l'empressement des
Peuples à celébrer l'heureuse
Naissance du JeunePrince, La
nouvelle
nouvelle en fut receuë à Riom
en Auvergne avec une joye extraordinaire,&
aussitost Meilleurs
Archon, Molierat,Chaflain£,&
Vayssier, Consuls de la Ville, firent
publier une Ordonnance,
par laquelle il fut enjoint à tous
les Chefs de Famille de fournir
un Homme équipé pour porter
les armes, chacun fous le Capitaine.
de son arrier. LesMilices
s'estant assemblées, se si-ene
entendre par le bruit des Fifres,
Hautbois, Tambours, & de la
Mousquéterie
,
quelques jours
avant qu'on chantaft le TeDcum;
êc. la Reveuë ayant esté faite, on
choisit sept ou huit cens Hommes
des mieux faits 6c des plus
leflesqui furent distribuez ious
les Capitaines des quatre Quartiers.
N on seulement tous les Officiers
estoient superbement vêtus,
mais les premiers & les derniers
rangsdeces Compagnies
avoient quelque chose de remarquable.
Les uns parurent avec
des Habits tout chamarez de
Galon&de Frange d'or & d'argent,
ayant des Laquais vestus
en Mores, auxquelslerecours de
l'Art les Avoitfaitressembler; &
les autres avoient diverses Livrées,
mais toutes fort propres.
Il y avoit dans chaque Compagnie
deux rangs de Pertuisaniers,
habillez en Janissaires. D'autres
estoient vestus à l'Arménienne,
d'autres à la Polonoife & à l'Efpagnole,&:
enfin de toutes manieres.
Le dernier des Sous-Enseignes)
qui estoient tous dans un
superbe équipage, portoit en forme
d'Etendard l'Ecu de France
appuyé sur trois Colomnes, avec
ces mors au dessous,
TRIBUS SUFFULTA. !
Le jour de la Cérémonie érant
arrivé, toutes ces Troupes se rangèrent
dans un fort bel ordre le
long des Ruës depuis l'Eglise de
Saint Amable, où le Te Deum fut
chanté en présence de tous les
Corps,juiquesà la Porte duPalais,
par où l'on devoit aller au
Pré-Madame,oùle Feudejoye
estoit préparé. Les Magiflrats&;
les Consuls sortant de l'Eglise
pour s'y rendre, furent saluez par
toutes les Compagnies qui firent
leurs salves
,
& partirent aiiffitost.
Leur marche fut lente, parce
qu'elles s'arrefterent en divers
endroits, pour y faire des décharges;
éc quand elles furent
arrivées au lieu oùétait le Feu,
on en forma quatre Bataillons
avec une entiere exactitude des
regles de l'Art Militaire. Si-tost
que les Magistrats & les Consuls
parurent, on tira plusieurs volées
de Canon, que l'on redoubla
pendant queleFeubrûlait. La
maniere dont on l'avait élevé
était toute singuliére. On avait
joint deux Arbres l'un au bout
de l'autre, avec des Boucles de
fer, dans la maniere d'un Mastde
Navire;&~comme il avoit plus de 50
pieds de quille, il paraissait d'une
hauteur extraordinaire, planté
au milieu d'une grande Place.
Le long de cet Arbre étaient
cinq divers Etagesavec plusieurs
Angles, à chacun desquels il y
avoit un gros Tonneau gaudronné,&
remply de bois, CL forte
qu'il se trouva jusques à 25. de
ses Tonneaux disposez avec beaucoup
de fimétrie. Il yenavaitun
sur le haut, qui étant plus gros
&plusrempli que lesautres,
donna aussi une plus grande lumière.
Au dessous on avait fait
un grand Feu, que quatre Magistrats&
les quatre Consuls allumèrent
avec huit Flambeaux de
Cire blanche,par huit divers Angles
qui soûtenaient la Machine.
Le feu fut porté en mêmetemps
à tous les Angles jusques au plus
haut Tonneau,par des Méches
disposées pour cet effet.Tous ces
Tonneauxs'étantembraseztout
à la fois, faisoient paraître divers
feux en l'air, & vous pouvez ai
sément vous figurer quel effetils
produifoient au bruit du Canon
& de la Mousqueterie. Au retour
du Feu,on tira quantité de Fusées
du Dôme duMarturet, qui
estoit illuminé, & où les Chanoines
de ce Chapitre avoient
fait monter un Orgue, qui se fit
entendre pendant que leur Feu
de joye brûloit devant leur Eglisé.
On en tira aussï un grand
nombre de la Tour del'Horloge
;
6ç comme on s'avança dans
les Rues, on y trouva une Illumination
générale aux Fenêtres,
& des Feux par tout. Les Confiais
traitèrent splendidement la
plupart des Magistrats & d'autres
Personnes qualifiées,& ce
Repas fut suivi du Bal. Le Colonel
des Milices donna aussi un
magnifiqueSoupé, où il fit servir
trois Tables. Chaque Capitaine
régalade son côté les Principaux
de sa Compagnie.
Le jour suivant, une partie des
Milices les plus lêtes, parut en.
cor fous les armes; & sur le foir
Mr de Vernaison,Trésorier de
France de la Generalité de
Riom, qui a fait la Charge de
Colonel, & quis'est fortdistingué
danscette action
,
fit joüer
un tres- beau Feu d'artifice,qu'il
avait fait faire à ses dépens, au
coin du Bois. Toutes les Maisons
d'alentour estoient éclairées, &
les Milices s'y étant renduës, firent
plusieurs salves
; après on tira
quatre Pieces de Canon qu'on
avoit fait mettre aux Avenuës
des quatre Ruës qui aboutirent
à cet endroit. Le soir, le même
Mrde Vernaison donna à souper
à plusieurs des Officiers dela Milice,
& le Bal aux Dames qu'il
régala de Liqueurs. Les Prisonniers,
& les Pauvres de l'Hôtel-
Dieu, & de l'Hôpital Géneral,
eurent part à cette Fête, puis
qu'il leur fit porter à manger à
tous.
Le troisiéme jour, le Colonel
accompagné des principaux Officiers,&
suivi de tous les Sergens,
Tambours,Fifres, & Hautbois,
& d'un nombre de Mousquetaires,
allaremettreles Etendards
à la Maison de Ville,où les
Consuls leur firent les remerciements
qu'ils méritaient. Ces Messieurs
étant sortis,continuèrent
de marquer leur joye, dançant
dans les Ruës le reste du jour au
son des Hautbois&des Violons.
Les Communautez Religieuses
montrèrent la leurdans lamême
occasion,&les Carmes Déchaussez
firent tirer un Feud'artifice,
dans la Court qui est au devant
de leur Eglise. Les Consuls avoient
aussi fait dresser une Fontaine
deVin d'une façon fort particuliere.
Elle estoit vis à-vis la
Tour de l' Horloge, & coula par
une Aigrete, qui alloit d'une élevation
fort considérable, parce
qu'on avait mis la Machined'où
ce Vin sortait, au second étage
de cette Tour, & qu'on avoit fait
ouvrir les Voûtes pour y faire
passer les Tuyaux de plomb.
Chacun avoit pleine liberté d'y
boire, & il y eut même plusieurs
Païsansà qui on permit de remplir
leurs Barillets.
Il me reste à vous décrire les
ornemens de la Porte du Palais,
par laquelle on sortait pour aller
au Feu de joye. Elle était tapissée
dedans & dehors en trois diférens
endroits, & sur la première
Face on avoit mis un Portraitdu
Roy d'un excellent Maître,
avec ces mots au dessous,
NON UNI DEBIOR ORBI.
Il y avoit encor les Armes de
France & de Bourgogne dans
une riche Bordure, & plusieurs
Emblèmes tout autour. De l'autre
côté était un autre Portrait
du Roy, accompagné des mesmes
Armes de France & de Bourgogne,
& d'autres Emblèmes.
Ces mots estoient au dessous,
UNUM GENUERUNT SÆCULA.
Et plus bas, ce Vers,
CLARIUS IN TOTO NIL VIDET
ORBEDIES.
Sur l'entrée, du côté du Corps
de Garde, étaient encorles Armes
de France, & au dessous,
une Devise,quiavait pour corps
troisLys, sur lesquels tombait
une Rosée du Ciel, ces mots
pour ame,
COELESTl MUNERE CRESCUNT.
On voyoit au dessus une Couronne
de France dans un beau
Cartouche, avec ces mots,
IMMOTA VIDET CUNCTA
M O V E R.I. Voici les Emblèmes qui étoient
autour des Portraits du
Roy.
DeuxDauphins, qui entortillentdeux
Ancres,
SyES ALTERA GALLIS.
Deux Aiglonsregardant un
Soleil, & portant chacun un
Foudre,
MLGANTI.A FULGURA
SERVANT.
Un Enfant dans un Berceau,
environné de Coeurs, & mis au
pied d'une Tour,
"j lNt:XPUGNABILE MUNIMENTUM.
Un Soleil naissant, &. déployant
ses rayons sur une vaste Campagne,
NASCENDO LUMEN OMNIBUS
AFFERT.
Un Grénadier avec ses Grénades
quinaissent couronnées,
SURGUNT CUM DIADEMATE
PARTUS.
Un Enfant au Berceau, avec
la Renommée qui le berce,
MAGNUM JOVIS INCREMENTUM
Un Arion porté sur les eaux
par un Dauphin,
SALVAM VIRTUTEM AD
LITTORA PORTAT.
Un Dauphin nageant sur les
eaux apres uneTempête,
LÆTISSIMA TEMPORA
REDDET.
Trois Soleils,
UNUS NON SUFFICIT ORBIS.
Un Vaisseau cinglant à pleines
voiles,& deux Dauphins nageant
auxdeux costez,
HIS TUTIORIBIT.
* Une Branche d'Olivier chargée
de Fruits,
LONGA DO PIGNORA PACIS.
, Un Miroir concave, où tous
les rayons du Soleilse réunissent
dans un point,
IN PUNCTO TOTUM SESE
EXPRIMIT.
Un Alcion, dont le Nid estsur
le bord de la Mer,
PACATO genuere mari.
Une Perle renfermée dans sa
Nacre, &recevant la Rosée que
fait tomber le Soleillevant,
Ex SOLENITOR.
Un Aigle, qui expose son Aiglon
au Soleil,
NON DEGENERE ORTU.
Un Lys en bouton exposé au
Soleil,
Hoc SIDERE CRESCAM.
Une Autruche, exposant ion
oeuf i demy éclos aux rayons du
Soleil,
DANT RADIJ FORMAMQUE
DECUS QJJE.
Un grand Laurier, du pied duquel
fort un Rejeton,
PER ME REVIRESCET.
Un Aiglon dans son aire, considérant
attentivement un Aigle
qui perce les nues,
ASSEQUAR..
Apollon, Dieu des Sciences,
sur sa Table à trois pieds,
TRINO FULCIMINE NITOR.
Les Réjouissances ont continué
pendant huit jours à Riom.
Ainsi on ne peut donner trop de
louangesàcette Ville, qui en
1638. & en1661. lors de laNaif.
sance du Roy, & de celle de
Monseigneur le Dauphin, fit encor
des Festes d'un fort grand
éclat, qui la distinguerent. Voicy
un Billet galant sur une Devise
de cette dernicre.
AoMADEMOISELLE DE*** y, Madetftoifellc, j'ayfaitla
Devise dont vous me fdrlez.
Elle aservy d'ornement a l'Etendard
qua porté la Milice de Riom dans
les Réjoüissances publiques.Cefont
les Armes de France, fiûtenuës de
trois Celemnescouronnées. La Colomne
du milieua une Couronne
Royale; la droite, celle de Monseigneur
leDauphini'& la gauche, celle
deMonfeignturle Duc de Bourgogne,
avec ces mets,
TRIBUS SUFFULTA,
J'ay trois Appuys.
Si cette Devise a eul'approbation
de quelquesPersonnes de mérite, je
Jftiy qu'clle na p.tJ echape a la Critique
de quelques autres ; mais n'en
déplaise a M *** elle e(t tres-avantageuse
au Roy. l'ay Philon suispour
garand de ce quej'avance. Cet habite
Hijloricn, çr tout enfcmble cet
excellent Orateur, apres avoirprouvé
avec son éloquence ordinaire
, que le
Royaume électif ell de beaucoup inférieur
au Royaume heréditdire, concc"'
«uddqquueelelesçPPeeuuples qui viventfeu*
la Monarchie, doivent souhaiter 4
leur Souverain un grand nombre
d'Enfans mâles; d' la rtifon qu'il
en dênne, cefl qu'ils font l'appuy &
la force de l*Etat. Vousvoyez, bien
que le raport cfifortjufie. lefiNhaiterois
qu'ily en eust entre vêtu &
mOJ, comme ily en a dans nos Armesy
car de vofireRocher&de ma Flame,
il en réfuite un Mont Etna. iy ad"
j°utt pour ame ces mots,
- SA DURÉE EST LA MIENNE.
Cela veut aire, que comme Les chArmes
de i<pjlre beauté&devoftve cfgritfonten[
cureté,demesmej'auray
toute ma vie des femimens d'ejlime
&aamourfourvofire aimabk1er.
sonne, (jr queje me dis avec beaucoup
de rcfbeti vofire tres &c.
- -- DE GRANVILLE.
A Riom, I. Olt..
Mr Arnaud, Evesqued'Angers,
fit chanter le Te Deum dans
son Eglise Cathédrale de Saint
Maurice, le Dimanche 23. Aoust.
Le Présidial, le Corps deVille,
la Prevosté,l'Election,&le
Corps des Marchands, y affifle..
rent, le Présidial en Robes rouges,&
les autres dans leurs Habits
de cerémonie. Mr çj'Aucichamp,
Gouverneurdu Château;
r1..'1 -- estoït a leur cette.Tout le Clergé
s'y trouva aussi, composé de
huit ou neuf Chapitres d'Eglises
Collégiales, & des Communaunautez
des Mandians. Apres le
Te Deum on se rendit en la Place
publique des Hales, où le Feu
futalluméaubruit desBoëtes Be.
du Canon. On choisit pour les
Feux du soir la Place qui est devant
les Minimes,appellée le
Champ de Foire, l'une des plus
belles du Royaume. Elle est bornée
d'un costé d'un grand Foiré
revestu, &. des Murs de la Ville,
qui font fort élevez en cet endroit.
La Contrescarpe de ce
FoÍfé fait une especed'Amphithéâtre,
qui rend ce Lieu trespropre
aux Spectacles. On fie
une grande Illumination le long
des Murs de la Ville, & l'on éleva
dans le milieu de la Place la.
figure d'un gros Rocher, environné
de feüillages éclairez de
toutes parts. Dans renfoncement
de ce Rocher estoit un
tres. bel Enfant,àdemy couvert
des Armes de France. Il carreffoit
des Syrenes &; des Dauphins,
qui faisoient couler du Vin de
diférentescouleurs. Les Fifres&
les Tambours furent misdansun
cossé de la Place, des Trompetes
dans un autre, lx. l'on avoit
dresse unThearre pour les Violons,
prochel'entrée del'Avant-
Mail, qui paroissoit toute en feu.
Les Piliers de cet Avant-Mail,
qui sont d'une belle Architécture,
estoient couverts en quelques
endroits de Festons de Pampre,
de Fanaux &. de Vases pleins de
feuj'ôc l'espace qui e11 entre ces
Piliers estoit couronné d'Illuminations,
qui faisoient brillerdes
Chifres & des Devises. Acosté
de ces Pilierson en avoit élevé
douze autres entourez de feuillages,&
ornez aussi de Festons de
Pampre. Chaque Pilier portoit
un Vase de feu, &; tous ensemble
formoient une chaîne fore
agreable. Tous les Clochers,
quisont en grand nombre&fort
élevez, principalement ceux de
Saint Maurice &; de Sain-A abin,
eqtoienrtousremplisdz feuxiufques
à leurs poin es.Un pe t- vant
huit heures du soir, U Musique
dela Cathédrale, accompagnée
d'Initrumens, & placée sur un
Balcon du Clocher, fit retentir
un Motet qui fut entendu de
loin. A huit heures, la fameuse
Cloche du gros Guillaumeayant
donné le signal, toutes celles de
la Ville commencerent leur Carillon,
qui dura une heure. Pendant
ce temps on alluma les
Feux qui avoient esté dressez sur
les bords dela Place. Les Trompetes,
les Fifres,& les Tambours,
firent leurs fanfares. Les Canons
& les Boëtes les suivirent,
& tout d'un coup il partit du
haut d'une des Tours des Murs
quantité de Feux d'artifice, qui
firent paroistre en l'air plusieurs
Figures en feu. Les Habitans
s'enretournantde ce Champ par
la Porte de Saint Michel, furent
agreablement surpris des magnifiques
Illuminations qui leur
parurentau dela de leur Riviere,
au Conventdes Capucins, situè
à l'Orient dela Ville. Ces Peres
avoient disposéunnombreinfiny
de Lampes en pyramides & autres
figuresd'Architecture sur la
Terrasse de leur Jardin, ce qui
de loin fit un effet merveilleux,
avec des Feux d'artifice tres-bien
entendus. LesTrompetes 6c les
Tambours reconduisirent ME
Charlet, Maire de la Ville, dans
sa Maison, avec les Officiers da
Corps de Ville qui l'avoient accompagné.
Les plus confidérablesdel'un
& del'autre Sexe s'y
estant rendus, trouvèrent les
Violons,&l'onpassa dans ceLieu
une grande partie de la nuit avec
beaucou p de plaisir. Le lédemain
jour de S Barthélémy, la Feste
publique sur suivie d'une Feste
particulière en chaque Paroisse
& Communauté Religieuse. Les
Paroissiens de Sainte Croix sesignalerenr
entre les autres, ayant
dreiïe des Tables autour de la
Place qui est devant leur Eglise,
& régalé les Passans. Le mesme
jour, le Corps des Marchands,
quiesttres-nombreux,fit chanter
un Te Deum dans la Chapelle
de leur Palais, & donna le soir
un fort grand Repas.
Le Dimanche 30. Aoust, on
fit les R éjouinances à Sainte
Maure en Touraine. Il yeut une
Fontaine de Vin devant la Maison
du Sénéchal, Maire perpétuel
de la Ville, & les Capitaines
des
des Quartiers ayant mis les Habitans
en bataille, les menerent
au Chasteau, oùils firent leurs
décharges.Voicy dans quel ordre
ils allèrent à l'EËglise. Le Capitaine
& le Senéchal marchoient
les premiers précédez des Gardes.
Tout le Corps de la justice
suivoit, & une Brigade d'Archers
du Grand Prévoit deTouraine
& Maine, avec leurs Cafaques,
assoient derriere ce Corps.
Enfuire venoir une Troupe de
Hautbois, apres laquelle marchoient
les Habitans fous les
armes. Le Capitaine & le Sénéchal
allumerent le Feu dans la
Place des HlIes) qui est tresbelle
& tres-spatieuse. Les décharges
y *furentréitérées, 6c
on alIn au sortir de la les continuerdansle
Chastau. La Dame
Prieure de Sainte Maure,fitaussi
faire de grandes Réjouissances
dans son Convenr. Toute sa
Maison estoit pleine de Lumières.
Jevousay déjà parlé delaFeste
de jarnac. Elle fitnaistre l'envie
à trois ou quatre Demoiselles de
Xaintonge d'en faire une en leur
particulier, que vous trouverez
tout-à-fait galante. Elles
firent courir un Billet dans toute
la Noblesse de leur Voisinage,
pour convier les Gentilshommes
&: les Dames de se rendre le 25.
d'Aoust, à une Maison de Campagne,
nommé Bardon, où elles
devoient faire un Feu de joye
pour la Naissance du jeune Prince.
Cependant elles choisirent
un endroit propre pour leur oeL
fèln. Bardon est une petite Maison
fort jolie, situé sur la Riviere
de Lantenne à trois lieuës de
Cognac. Un Bois de Futayequi
est tres. beau luy sert d'accompagneolent.,
aussi bien que de
grandes Prairies, qui comme le
Bois font environnées de la Riviere.
Ce fut danscet agreable
Lieu qu'elles trouvèrent assez
prés de l'eau un grand Chesne
verd qu'elles destinerent à estre
brulé. Elles firent entourer cet
Arbre de Fagots secs. On en
attacha un nombre incroyable
à toutes les branches, depuis le
haut jusqu'au bas, & il devint
par leurs soins un fort grand Bucher.
Il estoit vis-à-vis d'une
grande Allée couverte, & avoit
en peespective un beau Cabinet.
Un gros Laurier qui avoirresisté
à la gelée de plus de cinquante
Hyvers, en faisoitla couverture.
Mademoiselle de Bardon;
l'une de cesaimables Personnes,
donna ordre qu'on le coupast, &
avec beaucoup de cerémonie,
elle le fie mettreau milieu de ce
Bucher,disant que puis qu'on
en donnoit des branches pour
couronner les Empereurs, ce
îA'floic point trop qu'elle en
donnast un entier, pour marquer ànostre auguste Monarque la
joye qu'elleavoit de laNaissance
de son Petit Fils. Les meilleurs
Hautbois de la Province avoient
esté mandez pour la Feste, Ôcla
Noblesse invitée s'estant renduëà
Bardon au nombre de cinquante
Personnes,Hommes&
Femmes, Mademoisellede Bardon
& Mesdemoiselles ses Soeurs,
avec vingt de leurs Amies,parurent
en Amazones magnifiquement
vestuës,&tenantchacune
un Pistolet à la main. Tout
le reste de la Compagnie les suivoit.
Mademoiselle de Bardon,
Chef de l'entreprise, s'avança à
latestedecette brillanteTroupe,
alluma le Feu, & tira son coup
de Pistolet. Toutes ces belles
Amazones en firent autant, 6c en
fuite on n'entendit que coups de
Fusils, de Pistolets,deMousquetons,
& autres Armesàfeu. Les
Tambours de Guerre& de"B-lfque
mêlez au son des Hautbois,
& autres Instrumenschampestres,
faisoient une Symphonie
ciJespins agreables. Apres cela
M' de Courserac, Gentilhomme
d'un fort grand mérite, ÔC
Pere de Mesdemoiselles deBar,
don, régala toute l'Assemblée
dans une des Allées du Bois. Le
Repas fut long, & quantité de
Bouteilles de Vin de Grave '- y furent
vuidées à la santé de Sa Majesté,
& de toute la Famille
Royale. A ce Repas succeda la
Dance,qui donna lieu à ces aimablesDemoisellesde
faire paroître
combien elles ont l'oreille
juste. Ma;de Courferac leur Pere
s'est converty depuis peu avec sa
belle & grande Famille
,
composée
de treize Enfans. Ila deux
Fils qui servent le Roy depuis
douze ans. L'un qu'on appelle
Mr de Bardon, efl Capitaine
dans le Réslnlcnt du Maine.
L'autre est Lieutenant au Régiment
Colonel, & tous deux tresbraves.
J: ne puis mieux finir cet
article, que par unSonnet de Mademoiselle
de Bardon leur Soeur,
iur le Laurier qu'elle a fait brûler,
Il vous fera voir que si son
coeur d'Amazone la rend Amie
de Pallas, elle ne l'est pas moins
des Muses. ONPT
QVoy? nom verrons encor des Lawriers
dans la France,
Comme ton en voyoit aux Siecles - de
illdÙ?
Nom choquerions du Ciella divine Ordonnance
Qui nous donne en effet ce que fnft
Amadú.
D'un Duc tant desiré la Royale Nilif
sance,
Fatale à tout Tyran plus queje ne
prèdû,
NOtUfait tout efpcrer, la joye, & l'abondance.
Sesgrands dessins déia font par tout
applaudis.
Brûlons donc ce Laurier, n'épargnons
point la Palme,
Toutfons Loiiis LE GRAND eftenpaix,
tout efl calme,
Chez les Royséloignez ilprendra des
Lauriers.
Il en compojera sa gloire & sa CourOlln;
Maisses Peuples verrontson augufle
Personne
Se couronnerpour eux de Feflonsd'Oliviers.
M1 Amoreux deDigne,Avocarau
Parlementd'Aix,afait
les. Stances que j'ajoute à, ce
Sonner. -
A MONSEIGNEUR
LE DUC
DE BOURGOGNE.
STANCES. HEureux Rejeton de nos oJs,
IJfudedeux iHufires Tiges,
De qui les glorieux Exploits
Doivent estre aurant de Prodiges,
Le Ciel par un Aflre nouveau
Prendfoin d'éclairer ton Berceau,
Pour marquer aux Alortels tes nobles
Avantttres;
Et mille &rnille Feux en cent Climats
divers,
Sont déjà comme autant d'augures
Des beaux jours que ton Sort promet à
l'Univers.
Deja eette vivanteflâme
Qui brille toujours dans tes yeux,
NolUfait voir de tes grands Ayeux
JjesVcrtmgermer d.;:ns ton ame.
Sur tonfront augufle (f- charmant,
L'onvoit parottre noblement
La fierté la douceur de ton aimable
Pere;
Tousses traits de grandeurfont en toy
réyandw;
Et parmy tons ceux de ta Men,
Ceux de Loiiis LE GRAND s'y trouvent
conpndm.
Bientost au m1lieu de tacourfe,
Descendu etun(tgrandHéros,
Vonteverra partestravaux
Monter aussi haut que tasource.
Lors quetavaleurapira,
LOÜIS LEGRAND t'animera,
Luyfeulparfesconfcils reglera tu condJu.,
i'te, Ó
Et marchant comme Luysur lorgueil
abbatu,
Toujours la Fortune a tafuite,
Fera volerton Charguidéparfa vertu.
Paffelesfrivoles delices,
Dont les Enfans fontleursjouets,
Les Princes comme Toyfontfaits
Pour de plm nobles Exercices;
Uafte,précipite le temps,
Tu doudans ton premierprintemps,
A l'Assaut, au Combat, conduire tes
Cohortes.
ISHerètique chase, le Barbarefournis.,
Pour remplir le Nom que tu portes,
Sont les dignes Lauriers que le Ciel t'a
promis.
Le mesme Autheur fit cette
Epigramrne pour Madame la.
Dauphine, lors que l'Histoire
de Baviere luy fut présentée.
pRrinceJlè, les Héros que j'expose a
vosyeux,
Dont vous tirez, vostreoriqinc,
Trouvent en vous une Héroïne,
JQui rrelevie l'eéclatude leuxrs No.ms glo- Tout ce quon voit de beau, de rare en
cette H'flolre,
Vostre mérite le comprends
Aiaisle comble devoflregloire,
C'efl le choix que de vous afait Louis
„ LE GRAND.
Il suffit de nommer Mr de la
Vallée, Ecuyer de feu Mr de
Guise, pour faire connoistre
qu'on pirle d'un bon Ecuyer. Il
s'est associédepuis peu avec
Messieurs de Roquefort Pere &
Fils, qui tiennent Académie J;JIS
la Ruë de l'Université, Fauxbourg
S. Germain. Ils ont un
grand nombre de Chevauxtrèsbeaux
& tres-bien dressez, un
très-beauManège, & une Mai-
-[on également belle. Jenediray
rien de Messieurs deRoquefort;
leur capacité est connuë. Elle ne
peut estre que fort grande, puis
qu'ils suivent la méthode de Mr
du Plessis, Frere de l'un& Oncledel'autre,
qui a l'honneur de
servir le Roy dans sa Grande
Ecurie, & qui passe pour un des
plushabilesde sa Profession.
Peut-estre, Madame, neconnoissez-
vous pas le nom de laVille
de Liboume, à cause de sa petitesse,&
encore plus de son éloignement;
mais je fuis seûr que
vous ne l'oublîrezjamais quandje
vous aurayappris combien Libourne
s'est distinguée par le zele
qu'elle a marqué. Le 23. d'Aoust
on y chanta un Te Deum, avec
une Musique que les foins de
Messieursdela Cour des Aydes,
principalement de Mr Darches
ProcureurGeneral,y avoient fait
venir. Le 18. on publia un Ordre
à tous les Bourgeois de se
tenir prests à se metre fous les are
mes le30. & à faire éclater leur
joye par tous les moyens qu'ils
pourroient imaginer. Le 30. estantvenu,
on ouvrit cette Journée
par un grand bruit de Tambours,
de Fifres &deTrompetes,
quiallèrent partoute la Ville assemblerles
Bourgeois fous les armes.
Il se trouva milleHommes
bien faits & en bon ordre dans la
Place publique, qui est une des
plus belles PlacesdeVille qui soit
dastoutle Royaume.Cefut làque
toutelamatinée sepassaà ranger
cette Infanterie en Bataille, &
à faire desReveuës.Mrde Gombaut
Major, s'acquitta fort bien
dé cet employ. Tous les Magistrats
allerent dîner chez le Sr
Mathieu, un des plus fameux
Négotians de cette Ville. Il
avoit fait conduire devant sa
Maison, qui est sur la Place,
quelques Pièces d'Artillerie, de
sorte que pendant le Repas qui
fut magnifique, on n'entenditau
dehors que le bruit du Canon,
& au dedans ladouce harmonie
des Violons, des Hautbois, & des
Musettes. Cependant tout le
Peuple dançoit sur la Place, Se
les Gens mesme lesplus considérables,
ne dédaignoient pasdese
mêler à ces Dances, pour faire
voir que le bonheur qu'on reçoit
par la Naissance de nostre nouveau
Prince, regarde également
tout la monde. A cinq heures
apres midy on alla chez les Peres
Cordeliers à un Te Deum qui y fut
chanté ) apres quoy le Gardien
du Couvent à latestede ses Religieux,
présenta à Mrle Chevalier
de Gourgueux Maire, un
Flambeau de cire blanche pour
allumer un Feu qu'on avoit dresfé
devant l'Eglise. Au retour
delàon trouva un nouveau Spéctacle
dans la Place. On avoit
faitaux quatre coins quatre Fontaines
de Vin, & préparé quatre
longues Tables pour les Officiers
& les Soldats de chaque
Quartier. Au milieu efl
toit un grand Pavillon ouvert
de tous les costez, ou l'on avoit
mis deux grandes Tables ron des,
à vingt-cinq Couverts chacune.
Le Maire, les Jurats, les principaux
Officiers du Présidial, &
mesme des Etrangers de qualité,
mangerent dans ce Pavillon. On
y bût les Santez de toute la Maison
Royale, & la joye ne fut pas
moindre aux quatre autres Tables,
où efloient les Bourgeois
des Compagnies. Sur les onze
heures du soir,on fitjouer dans la
mesme Place un fort beau Feu
d'artifice. Toute la nuit on vit
les Ruës éclairées d'une infinité
de Feux particuliers & de Lanternes.
Sur tout, Mr du Marc,
Lieutenant Général,sedistingua
par la quantité de grosses Bougies
blanches qui brûlerent à tau..
tes les Fenêtres de sa Maison, &;
par ln Fontaine d'un Vinexcellent
qui coula devant sa Porte.
Le lendemain.31. la matinée se
passaà entendre une Metre solemnelle
que le Maire &: les Jurats
firent chanter aux Cordeliers,
& à visiter l'Hôpital de la
Ville, où ces Messieurs répondirent
beaucoup d'aumônes. Le
Chef de la Mag)fiirUre, qui est
un Conseil politiquecomposé de
seize Personneschoisies, donna
un Dîné magnifique aux plus
considérables Oiffciers ; & lesoir
toute la Milice etant rangée sur
le bord de la Dordoigne, on se
mit dans des Bareaux, qui furent
suivis des Violons & des Hautbois
& la nuit onjoüit de la veuc
d'un Feu d'artifice qui fut tiré
sur la Riviere. Le premier de
Septembre, un des jurats donna
oeil grand Dîné; & liu les quatre
heures après midy, le Maire s'étant
mis àlareste de la moitié de
l'Infanterie, & ayant donné l'autre
moitié à commander au Major
dela Ville, les Trompetes &
les Fifres sonnerent la charge, &
ces deux Corps s'attaquerent fort
vigoureusement. Cependant apres
un combat assez long
,, ny
l'un ïiy l'autre ne pút se rendre
maistre du Champ de Bataille,
& ils se séparerént avec un avantage
égal. Le soir, le Maire régala
chezluy toute laMagistrature,
& les principaux Bourgeois;
& comme il- allumoit devant sa
Maison un Feude joye, & en alloit
faire tirer un d'artifice, il arriva
dans ce mesme moment un
Garde de M' le Marquis d"Atii-,
bre, l'un des Lieutenans de Sa
Majesté dans cette Province, qui
portoit ordre à la Magistrature
decelébrerlaNaissance de nôtre
nouveau Prince, le plus magnifiquement
qu'il seroit possible;
mais il trouva que les ordres
de son Maistreavoient esté prévenus,&
il fut luy-mesme témoin
des D ances,des Feux,desFestins,
& des rejoüissances du reste de
cette nuit, qui luy firent juger
quelle avoit du estrelaFestedes
jours précedens.
Vous sçavez que Madame la
Duchesse de S.Aignan est heureusement
accouchéed'un Garçon.
Ce jeune Seigneur est d'une
Maison où l'esprit brille dés le
Berceau. En voicy des marques.
COMPLIMENT DU
Comte de S. Aignan, âgé de
deux jours, A Monseigneur
le Duc de Bourgogne, âgé de
deux mois.< 1 1
le AVgufte Petit-Fils du pitié grand
Roy du Monde,
fez-iens de voir le jour pour me donner
àvous.
Le Ciel m'a destinè pour efire à vos genoux,
Poursuivre tousvos pas sur la terre &,
sur tonde;
Alors, devant vos coups les Ennemis
fuiront,
Ou ; écarteray ceux quivom Attaque..
ront.
Cependant,Monseigneur,danslétat ou
nomsommes,
Nom tettons l'un & £autre, &cest tout
noflre ut;
MaÙ un jour tVntversvom doit rendre
un tribut,
Et quand avec letemps nomferons de
grands Hommes,
Onvomverra combatre, & moy je cornb*
tra^,
l'om irez, a la Gloire, & je VOMJfuivray.
Ne d'un rere charmant, d'une Mere
adorable,
Grand en toutesfaçons, bienfait, bien
élevé,
Comme dans tout le monde on naura
point trouvé
Aucunjeune Héros qui vom foit comparable,
rlvsu ne trouverez, point, en recevant
mafoy,
De Guerrierqui vous foit plus attaché
que moy
LE COMTEDES.AIGNAN.
Ne reconnoissez-vous pas dans
ces Vers l'esprit de MrleDuc de
S. Aignan, & l'ardeur de son zele
pour toute la Maison Royale? Ils
ont reçeu de grands applaudissemens
à la Cour; & chacun en
ayant recherché des Copies avec
empressement, le foin que je
prens de recueillir tout ce qui se
fait de beau pour vous l'envoyer,
me les a fait tomber entre les
mains. Je ne doute point que ce
que vous venez de lire dans ces
Vers n'arrive un jour, 6c jesouhaite
d'estre encor en état d'en
écrire l'Histoire.Voicy ce qu'une
Dame très-diltinguée par sa qualué,
a dit en parlant de la Naissance
de ce jeune Comte.
ESpéronstout
desaNaiJfancc;
Onffait que cette Année efl fertile en
Héros;
IlferA bientoflvoirla noble impatience
Qui le doit rendreennemy du repos.
e'est a cet heureux carattere
Quon le reconnoiftra digne Fils defin
Pere.
Mrl'Abbé Gaultier afait auai
le Madrigal suivant sur le mesme
sujet. IlestadresséàMrleDuc
d-e_S-.Aignan. o_ .-
MADRIGAL.
s.Ans confnlter les Astres ny les
deux,
Sur le défiin du Fils que le Ciel tafait
naitre,
Je jugedece qu'il doit estre
Par les Héros qu'ilcomptepour AyeuxÎ
11joindra leur•valeur & leurs vertus
ensembles
Maispour eflreparfait,ilfautquil te
relfimble.
Mr Petit de RaLien, dont je
vous ay déja parlé du mérite Ôc
de la naissance dans plusieurs de
mes Lettres, en vous envoyant
quelques-uns de ses Ouvrages,
ayant sçeu que Madame la Du
cche.ssede S.Aignanestoitaccou- ,
fit aussitost ce Rondeau,
que vous trouverez en quelque
façon du stile de Marot.
RONDEAU.
DE cet Enfant on peut prédire
Quil doit eflre un merveilleux
Sire,
Fils qu'il efl de Mars, & d'Amour;
Et quilbrillera dans la Cour
De noftrcflorilJant Empire.
Ce n'est pat un Conte pour rire;
yiinjïton nensçauroit trop dire
De ce qu'on peut attendre un jour
De cet Enfant.
Son Papa, que la Gloire attire,
Des Régies luy fçaura preferire,
Pourfésignaler dans fEftour.
Brefriennefl contre, & tout eflpour
L'Horoscopeheureux que je tire
De cet Enfant.
La veine de Mr Bour[aulr.fl:
pas demeurée inutile en cette
occasion. Il a fait le Sonnet que
vous allez lire.
- SONNET. GRand Due, ddeemmeess ttrr-ainnjj~poorrttsf je ne
fuispm le maître,
Jefuis tout à la joye en ce bienh- eureux
jonn
Par lesvoeux de tHymen, &lesfoins
de CAmour,
De tes hautes vertus rHeritier vient
de naître.
Tidellc-an digne Sang dont ila reçeu
l'eflre,
Ilfçaurll) comme toy,se montrer toura-
tour
Intrépide à la Guerre, & Galant a la
Courj
Et tel que tuparoi*, tu le verras paroitre.
Pour en faire un Héros qui brave le
danger,
Tu riauras pas besoin d'un secours
étranger;
S'illuyfautdes%efons, ta vie efl assez
belle.
Et pour laccoutumer a bien servirson
Royt
Si tu Veux leformersur un parfait
Jblodelle3
Tu rientrouveras pointquilefoitplnf
quetoy.
Ce que je vous ay mandé plusieurs
fois des Opéra de Venise,
vous a faitcônoistreque c'estune
des Villes du monde où les divertissemens
se trouvent le plus.
Aussi voit-on plusieurs Princes
qui vont souvent y passerle Carnaval.
Ilya plusieursFestesd'Etat
dans l'année, pendant lesquelles
tout le Peuple seréjoüit
extraordinairement.Chaque Entrée
d'Ambassadeur met route.
la Ville en joye. (es jours sont
ceux que les Nobles appellent
d'Indulgence pleniere, parce
qu'ilsont laliberté d'entrerdans
la Maison de L'Ambassadeur, U
de s'entretenir avec les Gens, ce
qui ne leur est permis que dans
ces occasions, exceptéles jours
de Masque, &; dans les Ridoni;
où l'on jouë, & oùil y a quelque
Indulgence, quoyqu'elle ne.
fqit pas pléniere. Les Concerts
de Voix & deMusiquesonttresfréquens,
& on connoist certaines
Eglises danslesquelles ces
Concerts se font tous les Dimanches
& toutes les Festes,
Quand on élit un Procurateur,
-
ilyaMasque, Bal, & d'istribution
de Liqueurs les trois premiers
jours apres son élection;
& quelque temps après, il fait son
Entrée, qui est magnifique, comme
non recevoit un Prince. La
Mercerie sur tout est tres-richement
parée, les Merciers prenant
le soin d'orner leurs Boutiques
de ce qu'ilsont de plus
beau, en sorte qu'on croit estre à une Foire. La République a
perdu beaucoup par la mort des
Procurateurs Morosini & Sagre..
do. Mr Ruzini, qui a succedé à
ce dernier, prit possession de sa
Dignité nouvelle avec les ceré
monies ordinaires le Mardy 12.
de l'autre mois. On avoitdressé
des Arcs de Triomphe dans toutes
les Places qu'il falloit qu'il
traversast, &; il y passa accompagné
de vingtProcurateurs,&
de deux cens soixante Nobles,
tous en Robe d'écarlate. Vous
pouvez juger de la Feste qui se
fit à son Palais. Les Liqueurs&
Jes Rafraîchissemens y furent
distribuez en abondance; ôc
comme les Concerts de Voix&
d'Intrumens n'y manquerent
pas, les Masques y vinrent en
fojjle.
Le lendemain 13. de Septembre,
MrAmelot,nostre Ambaffadeur
qui estoit à Venise incognito
depuisquelque temps, y
fit son Entrée publique. Le Sé-
- nat avoit esté averty dés le 12.
du jour qu'il avoit choisi pour
cette cerémonie. Voicy le détail
de ce qu'on n'a veu qu'en
abregé.
Mr l'Ambassadeur partit de
son Palais, sur les deux heures de
France, dans ses Gondoles, avec
plusieurs Gentilshommes de sa
Suite, quelques Officiersde sa
Maison, & cinquante autres
eGentilshommes, parmy lesquels
estoient six Chevaliers de l'Ordre
de S. Michel, Sujets de la
République. Dix ou douze gros
Marchands François, qui demeurent
à Venise depuis longtemps,
& qui y sont en quelque
considérartion, avaient esté
avertis par des billetsaussibien
que le restedu Cortege,qui se
trouva fortnombreux. Des cinq
Gondoles de Mr l'Ambassadeur,
les trois premieres estoient toutes
de sculprure dorée; la quatriéme
aussi de sculpture ôc d'or-
• liemen's dorez avec des fonds
noirs; & la cin, quiéme,de sculpture
-
d'ornemens noirs seulement.
Je vous feray la description
de lapremiere Gondole,
en voL*ilenvoyant gravée.
Vous ferez peut-estre bien aise
de voir comment cès fortes
de Gondoles sont faites. Cel- le-cyesté tres-magnifique,
& a coùré feule plus de mille
Pistoles à Mr l'Ambassadeur.
Le Fer qui estoit au bout, &
qui représentoit un Dragon,
est revenu à huit cens écus. Mc
Amelot estoit dans cette Gondole,
accompagné du Secretaire
de Ambassadeur, & de queques
Gentilshommes François,
la secondeestoit occupée par
les Gentilshommes de sa Maison
;
11 troisiéme, par ses Pages;
& les deux autres, par tous ses
Valets de Pied. Les autres Personnes
du Cortege suivoient
dans leurs Gondoles, qui toutes
estoient à quatre Rames, aussi
bien que celles de Mr l'AmbafTadceurh,
à ceausemde la liongnueu.r du
Mr Amelot se rendit en cet
ordre à l'Isle du Saint-Esprit, à
deux petites lieuës de Venise, où
le Sénat a accoûtumé de recevoir
les Ambassadeurs de France.
Il y trouva un Appartement
que laRépubliqueluyavoitfait
meubler
,
& où s'estant un peu
reposé, en s'entretenant avec les
Gentilshommes quiluy avoient
fait Correge, il reeeur les Complimens
de l'Ambassadeur de
l'Empereur par le Secretaire de
l'Ambassade, accompagné des
Gentilshommes dela Suite de ce
Ministre. Il en reçeut aussi du
Nonce, quoy qu'absent, par 15
Secretairedela Nonciature. Cependant
Mr le Chevalier Federico
Cornaro, Homme d'un mérite
singulier, quiaesté Ambassadeur
à la Cour d'Espagne, &
qui parle assez bien François,
ayant estéchoisi du Sénat pour
aller recevoir Mr Amelot, à la
teste de soixante des plus considérables
Sénateurs du Vrêgadi,
les alla attendre au Convent de
Saint George Majeur, quiestoit
leur Rendez.vous, & lesvoyant
tous arrivez comme ill'avoit defiré,
quoy qu'il soit rare qu'il
n'en manque toûjours quelquesuns,
ilse mit en marche du costé
duSaint-Esprit, chacun dans sa
Gondole à quatre Rames. Toutes
ces Gondoles estoient simples,
ainsi que les Sénateurs ont
accoûrumé des'enservir. Mr le
Chevalier Cornaroestoit leseul,
qui àcause de la fonction, en avoit
une plus propre,avec quatre
Gondoliers d'une livrée magnifique.
Ilsestoientvestus d'un beau
Velours bleu, chamarré d'un
tres-riche galon d'or.
Si-tost qu'ils commencerent
d'aborder à l'Irici on alla dire à
Mr l'Ambassadeur qu'il estoit
temps de descendre dans l'Eglise,
qui estle lieu où l'Amba!radeuL"
reçoitle Compliment de la République.
Il s'y rendit pendant
que les Sénateurss'assembloient
àla Rive à mesure qu'ils débarquoient,
pour marcher en Corps,
& selon l'ordre de leur ancien-
- neté, Mr le Chevalier Cornaro
demeurant neantmoins toûjours
dans sa Barque
,
attendant la rë.
ponfe deMr l'Ambassadeur,auquel
il avoit envoyéun Secretaire
de la Chancellerie en
Robe violete, pour l'avertir de
son arrivée, & luy demander
Audeince. La réponce estant
venuë,ilsortitde sa Gondole,
& se mit en marche à la reste des
soixanteSénateurs, qui le suivoient
deux à deux en Robes
rouges avec l'Etolede Velours à
grandes fleurs. L'Etole de ce
Chevalier estoit de gros Brocard
d'or, comme tous lesautres qui
ontelle Ambassadeurs, ont accoûtumé
dela porter.
Avant que d'arriver àl'Eglise,
on trouve une Avenuë assez large
& adez longue, ce qui rendoit
ce Spéctacle, qui de JUya
mesme avoit beaucoup de dignité,
encor plus majestueux.Les
Valets de Pied, &; les Pages de
Mr l'Ambassadeur, estoientenhaye
du costé de l'Eglise, à la
rPorte de laquelle le Secretaire de Anlbalfade, accompagné des
Gentilshommes de Mr l'Ambasfadeur,
vint recevoir Mr le Chevalier
Cornaro. A pres luy avoir
fait compliment, il se mit à sa
gauche,& le conduisit jusqu'au
milieu de l'Eglise, où ce Chevalier
trouvaMr l'Ambassadeur,
qui du haut de cette mesme Eglise,
s'estoit avancé à petits pas,
pour veniràsarencontre. Mr le
Chevalier Cornaro luy fit compliment
en Italien; & apres que
Mr Ameloteut répondu en François
, 8c qu'ils eurent fatisfaic
l'un & l'autre par des paroles plus
familieres aux devoirs de l'honnesteté,
ceChevalier donna sa
droite à Mrl'Ambassadeur, êcle
conduisit dans sa Gondole. Chaque
Sénateur fit la mesme chose
à l'égard de ceux qui composoient
le Cortege de Mrl'Ambassadeur,
qui ce jourlà avoit
; un Juste-au-Corps de couleur,
tout couvert d'une Broderie or
& argent. Les Gentilshommes
de sa Maison, & la plûpart de
ceux du Cortege,estoient aussi
en Juste-au- Corps,ou brodez,
ouenrichis de galon, ou autres
ornemens d'or. Les deux premieres
Gondoles de Mr l'Ambassadeursuivirentàvuide.
Les
• Pages & les Valers de Pied remplissoient
les autres. Comme le
temps estoit beau, on vit la Mer
couverte, non feulement des
Gondoles de Mr l'Ambassadeur,
des Gentilshommes du Cortege
& de celles des Nobles, mais
encor d'une infinité d'autres
rempliesde Personnes, que la curiositéavoit
attirées. La plupart
estoient en Masque. Messieurs
les Ambassadeursde l'Empereur
& d'Espagne furent de ce nombre.
A peine eut-on fait un mille,
qu'on rencontra une grande
Peote,conduire par des Rameurs
habillez à l'Arménienne. Elle
estoitornée de riches Tapis, &
chargéedeplusieurs de ces Lé-
* vantins, qui font ordinairement
à Venise, Perses,Arabes& Arméniens.
Ils alloient de cette
forte deux cens pas avant les
Gondoles, brûlant des Parfums
quele vent alors savorable portait
& faisoit sentir à tour le
Cortege; & par le bruit de six
Trompetes, ils annonçoient la
venuë d'un nouvel Ambassadeur.
Ce fut une galanterie dont le
SieurRouplis
,
Marchand Persan,
s'avisa par reconnoi flance
pour le Roy, qui voulut bien il
y a quelques années, entrer dans
la discution d'un tres grand
Procès qui fut jugé en safaveur.
Je vous en ay parlé dans mes
Lettres,& vous vous souvenez
sans-doute, Madame, dubruit
que fit cette Affaire.Elleestoit
envelopée detantde difficultez,
que les plus habiles Juges ne les
pouvoient démêler. Sa Majesté
estant entrée au Conseil, voulut
en enrendre le raport, &: par re
lumieres ayant découvert la verité,
fit rendre justice à l'Etranger.
C'eftavec plaisir qu'on parle
plusieurs fois d'une chose qui
fait connoistre que le Roy est
grand en tout.
• L'on vint dans l'ordre que je
viens devous marquer, jusqu'au
Palais de Mrl'Ambassadeur, où
le Cortege sur la fin de-la Marche,
s'empressa d'arriver pour y
recevoir l'Ambassadeur, qui ne
descend de la Gondole que le
dernier. Mr le Chevalier Cornaro
&lesSénateurs l'ayant conduit
jusques dans sa Chambre
d'Audience, Mr Amelot remena
ce Chevalier jusqu'à la Rive où
estoitsa Barque, ôc se retira ensince
sur la Porte de son Palais,
pour remercier les Sénateursà
mesure qu'ils passerent. Si-tost
qu'il y fut rentré, les Chambres
en furent ouvertes à tout le monde.
Le concours y fut extraordinaire
; & comme ce jour estoit
un de ceux que je vous ay dit,
qu'on appelle d'Indulgence pleniere,
les Nobles vinrent tous
chez Mr l'Ambassadeur aussi
bien quelaplûpart des Gentilshommes.
Les Appartemens estoient
fort ornez, 6c tout y brilloit
par la quantité des lumieres.
Les Violons le faisoient entendredans
la Salle, & il n'y avoit
presque aucune Chambre, où
l'on ne trouvast des Concerts
particuliers. Les Confitures seches,
& les Eaux fraîches de routes
les fortes, y furent servies en
abondance par les Pages & les
Officiers de la Maison, jusqu'à
onze heures du soir que l'affluence
dura. On y en bût plus de
quinze mille Verres.
Le lendemain 14, sur les huit
heures dumatin, le mesme Chevalier
&: lesmesmes Sénateurs
vinrentreprendre Mr Amelor, 6c
le conduisirent où il devoit a- J voir sa premiere Audience publique.
Chaque Sénateur marchoit
à costédu mesme Gentilhomme,
qu'il avoit mené lejour
precédent. L'on arriva dans cet
ordre à la petite Place de Saint
Marc;ôe apres avoir traversé la
grande Court du Palais, parmy
un tres-grand concours de Peuple
, on monta fort doucement
l'Escalier qui conduit au College.
Mr l'Ambassadeur en trouva
lesPortes ouvertes, & aussi-tofi: -
qu'il parut, le Doge se leva, &
les Sénateurs se leverent & se
découvrirent. Mr Amelot en
habit,dont les Maistresdes Requestes
se fervent dans les cerémomes,
c'est à dire en Robe de
Satin unie, avec un Chapeau à
Cordon d'or, 5c les Gands à
frange d'or, fit les neuf revérences
ordinaires, trois en entrant,
dont la premiere se fait au Doge
, & les deux autres à ses Conseillers
; troisaumilieu de la
Chambre;& les trois dernieres
au pied du Tribunal; apres quoy
il monta à la droite du Doge
immédiatement. Là s'estant assis
& découvert, illuy présenta
sa Lettrede Créance,qu'unSecretaire
du Clleb lût àhaute
* voix. Ensuite il prononça sa Harangue,
que ce mesme Secretaire
redit toute en Italien; & le
Dogeluyayant répondu en peu
de mots, il se retira en faisant les
mesmes neuf revérences qu'ils
voit faites en entrant. Mr J'Ambassadeur
estant retourné en son
Palais, & ayant reconduit Mr
le Chevalier Cornaro, &remercié
les Sénateurs en la mesme
maniere que le jour d'auparavant
, receut peu de temps apres
le Présent du Doge, consistant
en douzegrands Bassinsde Confitures
[èches) deux Bassins
d'Huistres de l'Arsenal, & quantité
de Bouteilles de plusieurs
fortes de Vins. Il donna à dîner
à tout son Cortege; & sur les
trois heures apres midy, les Portes
de son Palais furent encore
ouvertes à tout le monde. Les
mesmes Concerts &, les mesmes
Rafraîchissemens du jour précedent,
se trouverent dans toutes
les Chambres. Vous voyez, Madame,
par ce détail, que tout répond
fort à ce que je vous dis de
Mr Amelot, quand je vous parlay
de luy dans le temps qu'il fut
nommé pour cette Ambassade.
Il est bon de sefaire des Amis
de toutes fortes. On tombe quelquefois
dans des malheurs, où
les moins considérables fontd'un
utile secours. M' Daubaine nous
le fait connoistre agreablement
par une Fable qu'il a faite depuis
peu. Je vous en envoye une
Copie.
-
LE LION,
ET LE RAT.
FABLE.
AVgrandplaisirde tout le voiîtnaçe,
Sur un tas dherbe & defeuillage,
Sire Liondormait. UnRatmal-â-propos
Vint interrompresonrepos.
Cepetit Etourdy luy couroitsur le dos,
Comme s'il euji esté dans quelque Galerie.
Les Roys n'entendent pas quelquefois
rilillerie;
Celuy-cy, desa pate attrapa le Coureur
Auffifacilement que la jeune Sylvie
Prend une Puce. Vn sifâcheux malheur
fait que le Rat imploref% clémtnce.
Pour
Pourfléchir le Lion, il 1JAntlfApuifrsance.
Sire, dit-il, voudriez-vous
Contre moy vous mettre en couroU)
il
Méritay-je vostrevangeance?
Puissiez-vous en moy seul détruire
tous les Rats,
A de plus grands exploits vous devez
vostrebras.
Vaincre des Eléfans est l'unique victoire
Qui vous donnera de la gloire.
Onffaitque tons les grandsSeigneurl
Aiment assez lesGensfiatenrs.
Dans ce difionrs le Lion donney
Ileut pour luy de doux appas.
Hébien, dit-il, je vous pardonne,
Allez, mais n'y retournez pas.
MaiflreRatdécilmpe au plm viftg,
\Ajî bon compte heureux d'en estre
quitte.
A peine eut-il fait trente pat.
Que le Lion tombe en des Laqs.
De ses rugiffetnens les Echos retentirent.
Quelques bons minimaux firent tom
leurs efforts,
Adaisinutilement, pour le mettre dehors.
Danssa prison d'autres le virent,
Sans luy vouloirprejier aucunfècotirs.
Il est bien, dit le Tygre, en sadressant
à ïOurs,
De le voir pris je me fais unejoye.
Au moins quand nous aurons desormais
quelque proye,
Il n'y pourra plus prendre part,
C'estoit un vray Tyran, qu'il créve,
qu'il périsse.
uéutant en dit le Loup, autant Aiaiftre
Renard
La Brebis & la Chévre, avecque la
Genisse,
Crurentsa mort un attentat permis.
Ainsidonc le Lion,fautedévrait Amis,
S'en alloitservir de curée
Peut-estre à plus de trente Chiens;
Méiis le Rat, quisans luy voitsa perte
affurie,
N'avoitpasoubliéleurs derniers entretiens.
Sire, quand vous eustes l'envie,
Dit-il, de m'arracher la vie,
Pour me punir de matemérité,
Il ne tint qu'à vous de le faire.
Vous ne le fistes pas; au contraire
écouté
DeVostreMajesté,
Loin de soufrir lamort, jemetiray
d'affaire.
Tout confus de vostre bonté,
Aujourd'huy qu'ils'agit de vous rendre
service
Si je vous en faisois refus,
Je croirois mériter le plus cruel suplice.
Mais c'est perdre letemps endifcours
superflus,
Venons à l'oeuvre;&là-dessus
Il nedonne aux Filetscoups dedent qui
ne vaille.
Ilfait tant qu'ilronge uneMaille.
Cenefut passanspeinesvfanssueurs.
Le Lion, defapate étendles ouvertures.
Etfortsans recevoirdommage, ny biefofres
DesChiens, non plus que des Chasseurs;
Mais convaincu sur tout que les plm
grandsSeigneurs
Yont jamais trop de Créatures.
Mr le Comted'Avaux, Ambassadeur
Extraordinaire de France
à laHaye, voulant faire des Réjoüissances
publiques pour marquer
son zele dans l'occasion de
la Naissance de Monseigneur le
Duc de Bourgogne, choisit pour
cela le 25. Aoust,jourdela Feste
de S. Loüis. L'Office fut chanté
le matin dans sa Chapelle par une
excellente Musique; & l'apresdînée
, apres qu'on eut prononcé
le Panégyrique du Saint, la mesme
Musique chanta les Vespres
& le Te Deum. Cela fait, on commença
le Régalequi avoit esté
préparé pour le Peuple. C'estoient
deux Fontaines qui couloient
fort gros, l'une de Vin
rouge, & l'autre de blanc. Le
Vin sortoit par les deux nazeaux
d'un grand Dauphin couronné,
posé surun Piédestal qui estoit
dans une Niche enfoncée. Cette
Nicheaccompagnéede Pilastres
sur les trois costez, estoit dans la
Face qui occupoit le milieu d'un
Edifice que l'on avoit élevé pour
former ces Jets contre la Façade
del'Hostel de Mrl'Ambassadeur.
On bût largement à la santé du
jeune Prince au bruit desTrompetes
& des Timbales; ôc pendant
ce temps, MrleComted'Avaux
s\.fiant mis à la Fenestre la
plus avancée de son Hostel, fit
des larçesses extraordinaires au
Peuple. Il ne se contenta pas de
jetter quantité de toutes fortes
de Pieces de monnoye, il alla
juÍqq'aLlX Ducats d'or. A l'entrée
de la nuit, toute la Façade
de sa Maison fut illuminée) &
comme on avoit voulu lai(1er les
premières Fenestreslibres, afin
qu'on pust jouir du spéctacle
d'un Feu d'artifice préparé devant
la Porte, on avoit élevé une
Galerie au dessus des fecondes
Fenestres. Cette Galerie qui occupoit
courela Façade dela Maison,
& qui avoit une avance à
chaque extrémité,etfoitfoûrenuë
par six Mats peints de bleu,
semez de Fleurs de Lys, avec des
Festons de Fleurs, & garnie entièrement
de Tableaux en Emblèmes&,
en Devises, chacun
separé d'une Colomne. Un grand
Globe, éclairéd'unSoleil,estoit
placé au milieu avec la Devisé
du Roy,
NEC PLURIBUS IMPAR.
On voyoit deux Amours peints
dans les Tableaux des collez.
Celuy de la droite s'élevant de
terre, tenoit un Liston, oùeftoient
ces paroles,
JAM NOVA PROGENIES.
Celuy de la gauche descendant
du Ciei, faisoit lire la fuite du
Vers,
COELO DEMITTITUR ALTO.
A la droite estoit un autre Tableau,
représentant trois Soleils
de diférente grandeur, & inégalement
éloignez du premier en
descendant. Ces mots estoient au
dessous, -
L
VIX UNQUAM ALIAS.
Le Tableau opposé à celuy-là,
faisoit voir une Colomne femée
de Fleurs-de-Lys
,
& élevée sur
un Piédestal cube, affermy sur
un Roc. La Colomne soûtenoit
les Armes de France, & ces paroles
estoient écrites sur unListon
qui tournoit autour, Inconcussamanit.
Il yavoitencor huit autres Tableaux,
quatre de chaque cossé.
Ceux de la droite estoient,
Un Amour tranquille sur un
Char Marin, s'appuyant d'une
Inain)& de l'autre tenant les Guides
de quatre Dauphins qui tiroient
le Char dans une Mer spatieuse.
Un Soleil levant remplisfoit
un cbin de ce Tableau, & on
lisoit ces paroles dans l'autre,
PACATUMQUE REGET.
Le Temple de la Gloire, avec
le Buste de Monseigneur le Duc
de Bourgogne élevé dans le mi-,
lieu sur un Piédestal, & ces paroles,
QUIS MERITOS NON REDDET
H0N0 RES?
Une Bacchanale depetitsEn
sans en triomphe, dont quelques-
uns buvoient des razades,
avec ces paroles,
PARS VINA CORONANT.
Deux Amours en l'air, jettant
des Lys de chaque main,
MANIBUS DATE LILIA PLENIS.
Les quatre Tableaux de la gauche
estoient,
Un Parterre leme de Lys, avec
un Soleilnaissant d'un cossé, &
de l'autre un Amour tenant un
Liston où estoient ces paroles
de l'Ecriture,
QUOMODO CRESCUNT?
Un Amour sur un Dauphin nageant
au milieu des flots,
HOC TUTUS VECTORE.
Une Dance de petits Enfans
autour d'un Arbre dans un Païsage,
PARS PEDIBUS PLAUDUNT.
Un Dauphin autour d'un Anchre,
SPES ALTERA REGNI.
Jugez, Madame, combien les
Illuminations de la Façade faisoient
paroistre tous ces orne-
-
mens. Au devant de la Maison,
& au centre du Voorhout,
(ht Buitenhof, &. Nortdende,
estoit élevé le Feu d'artifice.
C'eftoir un Corps d'Architecture
à huit pans, soûtenu d'autant de
Pilastres à deux faces, avec son
Architrave. Sa Frise estoit ornée
de Fleurs-de-Lys,&: sa Corniche
de Modillons. Un quarré
fermé d'une Balustrade, occupoit
le milieu de l' Echafaur.
Quatre Piédestaux qui portoient *
quatre Figures de sept pieds de
haut, & faites au naturel, fortoient
des quatre Angles de la
Balustrade. Chaque Figure représentoit
une des Parties du
Monde, avec les ornemens qui
leur font propres, & avoit un
piedpole sur l'Animal qui estson
Hiérogliphe. Toutes les quatre
soûtenoient ensemble avec une
main une Couronne Dauphine,
fermée par quatre Dauphins, &
ornée de Fleurs-de-Lys d'or. Entre
les queuës des quatre Dauphins
on voyoit un grand Globe
d'azur, semé de Fleurs-de-Lys,
sur lequel estoit élevée une
double Fleur-de-Lys d'or, de
la grandeur de celle de la Couronne.
Huit Dauphins de plus
de six pieds de haut, élevez
sur autant de Bases à deux
faces aux huit Angles de la Corniche,
ne contribuoient pas peu
à la justesse de la fimétrie. Mais
ce qui achevoit de rendre la
beauté de cette Machine parfaite,
estoitunegrosseColomnede
plus de quatre pieds de diametre,
élevée entre les quatre Figures
qui représentoient l'Europe,
l'Asie,l'Afrique, & l'Amérique.
On l'avoiT placée fous la Couronne
sur un Piédestal à huit
pans, posé sur le quarré de la Baluftrade,&
qui s'élevoit en diminuant.
Une Branche de Vigne
peinte sur cette Colomne, tournoit
à l'entour depuis le bas jusqu'au
haut, & dans l'entredeux
de cette Vigne estoit écrit en
gros caradere d'un pied dehaut,
VIVE LEDUCDEBOURGOGNE.
Le derriere des Balustres, la
Colomne, &. son Piédestal, estoient
de Papier peint de couleurs
vives, frotez d'un Vernis
transparent. Ainsi les lumieres
qui estoient renfermées au milieu
de la Machine du Feu d'artifice.
ayant commencé à éclater sur la
findu jour, enmesme temps que
la Façade de la Maison fut illuminée,
ce fut un spéctaclesurprenant.
La Colomne estant disposée
de telle forte que l'illumination
la faisoit tourner- ces mots,
Vive le Duc de Bourgogne, qui estoïent
écrits autour,&qui montoient
à viz depuis le pied jufl
qu'au haut, se préfenuant successivement,
s'alloient perdre en
l'air, & rccommençoient sans
celle. Le Feu eut un succés admirable
, & on ne doit pas en
estre surpris, puis que tout estoit
de l'inventionde Mrle Chevalier
de S. Difdier, & que chaque
chose en particulier y fut executéepar
son ordre avec une exactitude
qui alla au dela de tout
ce qu'on en peut dire. Onyestoit
accouru de tous les costez de la
Hollande, & tout le monde
.aavvooiüiaa qqul1'oonnnn'aavVoOilttjaJammaaiIsSrineenn
veu 'de plusmagnifique. LaFefte
finit parun fjrïendide Soupé, où
il y eut deux Tables servies. A la
premiere estoient tous les Ministres
des Princes, & plusieurs
Personnes du premier rang du
Païs. La feconde fut remplie de
tout ce qu'il y avoit de plus confidérables
François à la Haye, &
de quelques Officiers Hollardois.
LesTrompetes&lesTimbales
estoient proches de la Table
, & ce sur à leurs fanfares
qu'on bût toutes les Santez
Royales. Je ne puis finircegrand
Article, sans vous faire part d'un
Madrigal qui fut présenté à Mr
le Comte d'Avaux sur la Naist
sance du jeune Prince.
-
c»Eft anjourd'huy que de trois Lyt
Nos Ecussons font embellis,
Et que le Ciel,pour récompense
De la Paix qu'à CEurope accorda la
clémence
DupinsChrestien de tom les ROYI irajjêrvijJoit à/es Loix,
Pendant que Mars & que Bellonnt
Pour luyfo rmer une Couronne
EpuifoientDéllS de Lauriers,
Favorife nu voeux, & comble noflre
attente.
Partez., Alle, coùrez,volez, heureux
Courriers,
Qu'ilpleuve, qu'iltonneauilvente,
Passez.lesFleuves &lesMers,
Et ditesplm loin que tEurope,
Qued'un Demy-Dieunéj'ay tiré J'H,.
rofcope
En ces trois Vers.
Il fera du Dauphin une vivante Image,
Et de Loiiis Li GRAND imitant le
courage,
Il portera sa gloire aux bouts de l'Ulrivers.
Il me faudroit un Volume
pourvous rapportertout ce qui
s'est pane à Toulouse. Chacun
s'y est empressé à faire éclater
sa joye, & il n'y a point eu de
CO.lnmunaut,nrdeCofilpagnie,
qui n'ait signalé son zele par des
Réjouissances particulieres. La
Nouvelle de la Naissance du
Prince, y ayant esté portée le
Samedy 15. Aoust par le Courrier
ordinaire, les Capitouls sirentaussitost
monter sur le Donjon
de l'Hostel de Ville plusieurs
Pieces d'Artillerie, qui par des
décharges réïterées la firent ravoir
à tout le monde. Le jour
ayantcommencé à disparoitre
ils firent illuminer ce mesme
Donjon, & touteslesifeneftres
de l'Hostel de Ville. Lagrosse
Cloche de l'Eglise Métropolitaine
de S.Estienne sonna, aussibien
que celle du Palais; & leur
son ayant esté suivy des carril-
Jons de toutes les autres, toute
la Ville fut éclairée par les Feux
qu'on alluma dans toutes les
Ruës, &par une infinité de Lirmieres
qu'on mit par tout aux
Fenestres. Le Chapitre de S. Saturnin,
que levulgaire a nommé
S. Sernin, fut le premier à don,
ner des marques publiques de la
joye qu'il ressentoit de cette
Naissance. Ce Chapitre effc si
illustre par lasainteté de son
Eglise, par le nombre des Corps
Saints qui y reposent, parmy lesquels
sept Apostres sont comptez,
par l'ancienneté de sa Fondation,
par la protectionde - nos
Roys, par les Privileges qui luy
ont esté accordez, &. par la forme
mesme de son Temple, dans
lequel on ne peut entrer sans se
sentir touché de respect, qu'il seroit
bien difficile de trouver ailleurs
un assemblage pareil qui
pust rendre une Eglise venérable.
Le carrillon de toutes ses
Cloches se fit entendre d'abord.
Toutes les Pieces de Canon,
qu'on a disposées depuis longtemps
sur la Voûte dé ceTemple
pour la garde de tant de prétieux
Déposts, tirerent depuis midy
jusqu'au [oir; & la nuit estant
venuë, on fut agreablement furpris
de voir tout le dehors de
l'Eglise & du Clocher éclairé
d'un nombre presque infiny de
Lumieres qui brillerent jusqu'au
jour. Le lendemain Dimanche
16. du mois, les Chanoines, apres
avoir fait une Proccffion particuliere,
chanterent solemnellement
le re DeHm. Cependant les Caspeiitlouls
ayant assemblé un Conde
Ville, où deux Commissaires
du Parlement présiderent,
on y résolut trois jours de Feste,
qui commenceroient le Samedy
29. pendant lequel jour, & le
Lundy suivant, toutes les Boutiques
seroient fermées. On mit
sur pied un Corps d'Infanterie
tiré des Corps des Métiers, sous
le cdmmandement de Messieurs
de la Guarrigue & d'Espagne,
Capitouls d'épée. Le Sr Rivats
Archicecte de la Ville, fut chargé
dela conduite d'un Feu d'artifice
qu'on luy fit dresser sur la Garonne.
Le Samedy, jour.du Te
Deum,les Métiers, au nombre de
quatre mille Hommes, tous fort
proprement vestus, s'estant rendus
dans la Place de S. George,
y furent mis en bataille par les
deux Capitouls qui les commandoient
; Se sur les dix heures du
matin, le Parlement forcit du
Palais en Robes rouges, pour aller
à l'Eglise de S. Estienne, où
les autres Compagnies se trouverent.
Dans le mesme temps,
les Chanoines de S. Sernin sortirent
de leur Eglise, devant laquelle
, les Métiers partis de la
Place de S. George, les deux
Capitouls en teste; allerent faire
une Salve. En fuite ils se rangerent
en haye des deux costez des
Ruës par où laProcession devoit
passer, &les Chanoines de S.Sernin
se rendirent à S. Estienne,
précedez des Religieux de tous
les' Ordres, qui estoient venus
dans leur Eglise, tant pour accompagner
les Reliques des
Saints, qui devoient faire la plus
belle partie de la solemnité de
ce jour, que pour les porter selon
leur coútume. La Procession se
fit, les Religieux marchant les
premiers fous leurs Croix, les
Paroisses apres eux, puis toutes
les Châsses des Corps Saints,
portez fous de riches Poëles par
des Religieux de divers Ordres,
& en fuite le Chapitre de S. Sernin,
avec le précieux Reliquaire
de la Sainte Epine, que quatre
Religieux de S. Dominique portoient.
Les Capitouls en Manteau
de cerémome environnoient
la Relique, & estoient suivis de
leurs Anciens, La Procession estant
rentrée, Mrl'Archevesque
commençaleTeDeum, &laMu. 1
sique le continua au bruit du Ca-
-
non, & des décharges de l'Infanterie
que l'on. avoit rangée dans
la Place. Messieurs les Evesques
de Comeinge &: de Beziers assisterent
à cette Cerémonie. L'apresdînée,
les Capitouls précedez
des Trompetes &des Haut- -
bois, & suivis de plusieurs de leurs
Anciens, se rendirent à la Place
de S. Estienne, où Mr Reynal,
Capitoul de ce Quartier, alluma
le Feu de joye.L'Infanterie rangée
en bataille sur cette Place,
fit plusieurs salves, qui répondirent
au bruit de dix-huit Pieces
de Canon que l'on avoit amenées
sur les Ramparts. Tous les
Tuyaux dç la Fontaine de la
mesme Place, jetterent du Vin
pendant tout lejour. On fit couler
de pareilles Fontaines deVin
les deux jours suivans, deux le
Dimanche à l'entrée de la Place
du Pont, & deux autres le Lundy
aux deux costez du grand Portail
de l'Hostel de Ville. Le mesme
jour, Mr l'Archevesque, apres
une grande distribution de Pain
& de Vin, fit dresser.des Tables
dans la Court de l'Archevesché,
où ses Officiersservirent tous
ceux qui se présenterent. Lors
que la nuit fut venuë, il fit joüer
un Feu d'artifice, dont la décoration
estoit superbe. On l'avoit
dressé dans l'Avancourt de fou
Palais.
Palais. Elle estoit tenduë de 11..
ches Tapisseries, avec des Portiques
tout autour, ornez de Devises
à l'henneur du Roy 6c de
toute la Maison Royale. Sur le
haut de ces Portiques, 2c dans
toute leurétenduë, estoientrangéesles
piecesdu Feu d'artifice;
& au milieu de la Court, on avoit
planté une Girandole de
Fusées sans nombre. A l'entrée
de la Place, tout proche la Porte
de l'Eglise Métropolitaine, ily
avoit trois Arcs de Triùrunbe,
embellis des Armes de S 1 i Majesté,
de Monseigneurle Dauphin,
& du jeune Prince. Tou.
tes les Devisesestoient de Peinture
fine rehaussée d'or 5c d'argent.
Les Hautbois&lesTrompetes
s'estant fait entendre tour
à tour des Fenestres de l'Archevêché,
unDauphin qui descendit
d'une Tour, porta le feu à un Angle
de la Place, & tout l'artifice
joüa avec un ordre admirable.
Ensuite la Girandole fut allumée.
Ilen sortit tout à coup un
nombreinfiny de Fusées volantes,
qui formerent en l'air une
Fleur de Lys, que les Habitans
des Villages voisins distinguerent.
Je passe les Illuminations
detoutes les Places,qui furent un
spéctacle fort brillant. La Maison
Royale de la Trésorerie se
distingua. Un Balcon dressésur
le grand Portail,y faisoit voirles
Armes du Roy, placées dans le
haut; aux deux costez, celles de
Monseigneur le Dauphin, &de
Madame la Dauphine; & au
milieu, celles de Monseigneurle
Duc de Bourgogne. Ce Balcon
fut éclairé pendant les trois soirs
d'une infinité de Bougies, aussî
bien que toutes les Fenestres de
cet Appartement. Celuy duPrésident
du Bureau, le fut de la
mesme forte, tant du costé de la
Ruë Saint Barthelemy, que de la
Place du Salin; jusque-là que
les Créneaux qui font une espece
de Plate-forme au haut de l'Appartement
, furent garnis de
lumieres au dessus & au milieu.
Madame la Duchesse d'Arpajon
& Mrle Marquisd'Ambres, accompagneront
les Illuminations
de leurs Hostels. de tres beaux
Feux d'artifice. Mr le B ron de
Lanta se fit remarquer par les
embellissemens qu'il donna au
grand nombre de Lumieres qui
eclairoiettoutesa Maison; & Mr
deLombrail, Trésorierde France,
fit illuminer la sienne d'une
façon toute singuliere.
Mr le Premier President fie
distribuer le Samedy quantité de
Pain &: plusieurs tonneaux de
Vin. Le lendemain il donna une
magnifique Collation aux Personnes
les plus qualifiées de l'un
& de l'autre Sexe, avec un Concert
de Voix mélé de Symphonie
; & le Lundy il fit joüer dans
si grande Court un Feu d'artisice,
orné de Figures de relief.
Mrle Procureur General, apres
une pareille distribution de Pain
&de Vin, donna dans sa Court
un grand Dîné au Public. Il fit
cette Feste le Dimanche, & ce
mesme jour on tira sur la Garonne
le Feu d'artifice qu'on y
avoit préparé. Le dessein estoit
la fameuseEntreprise desArgonautes.
Les FiguresdeJupiter&
d'Apollon, représentoient le
Roy, -& Monseigneur le Dauphin;
& celle d'Æta, Royde la
Colchide, qui tenoit la Toison
d'or,faisoit connoistre nostre
nouveau Prince. La Bourgogne
dont ilportelenom, a pour ses
Armes laToisond'or. On voyoit
huit Figures dans un Navire.
C'estoient celles de huitanciens
Héros, sçavoir, Hercule, Thesée,
Pirithoüs,Castor, Pollux,
Zethés,Calaïs, & Orphée,qui
accompagnerent Jason à la conquestedela
Toisond'or. Ils portoient
sur leurs Rondaches les
Armes Se Devises de Messieurs
les Capitouls. Pallas,Tutricede
Toulouse, estoitaubout du
Vaisseau, portant les Armes de
laVille dans son Ecu. Au haut
du Masts du Navire paroissoit
la Fortune de la Francetenant
une Trompete, avec des Fleurs
de Lys d'or sur son Echarpe, &
ses Habits tous semez d'yeux 6c
de langues. Le Dessein, les Devises,
& les Inscriptions de ce
Feu,estoient de l'invention du P.
RoquesJesuite, celebre par son
érudition, & par la beauté deson
esprit. La Planche que je vous
envoye fupléera à ce que je ne
puis assez expliquer. La Machine
estoit posée sur un Echafaut,
qu'on avoitdressésurla Pile d'un
ancien Aqueduc, ruiné depuis
longtemps. Cette Pile est dans
le milieu de laGaronne. entre
le Quaydu Cours du Fauxbourg
S.Cyprien 6c l'isle deTounis,
-de à quarante toises ou environ
dela grande Arche du Pont, qui
est un des plus beaux de l'Europe.
Il est accompagné d'un
ïQuay de quatre cens toises,&
del'autre, de l'Isle que je viens
de vous nommer, & dont les
Mtaisons bordant la Riviere sur ligne de pareille longueur,
forment comme un vaste Amphitheatre
,
d'autant plus agreable,
quela Chauffée du fameux
Moulin du Bazacle, en retenant
la Riviere, la rend plate & tranquille
dans toute cette grande
étendue. Uneinfinitéde Peuple
qui bordoit les trois costez
quan.ité de petits Bateaux ornez
de verdure qui tournoient
sur leCanal; les Plumes & les
Rubans de toutes couleurs, qui
ornoient l'Infanterie, que l'on
avoit fait passer par un Pont de
Radeaux, sur une Isle de gravier
qui s'estformée depuis peu
au milieu de la Riviere, au
dcililSf
du Plnt) & à quelques toises
de la PlIe; toutcela donnoitune
grande idée des Spectacles des
Romains. Le jourayantdisparu
on mit le feu à la Machine;&
une infinité de Lances à feu rangées
sur les bords, de qui s'allu.
mereot en un instant, en éclairerent
toutes les Figures. Celle de
Jupiter, plus élevée que ses aiu
très, sedistinguoit par sa Foudre,
qui brûloitsans se consumer. Les
Tritons rendoient de pareilles
flames par la bouche; & douze
Soleils ardens qui tournoientautour
dela Machinesans se consumer
aussi, donnoient grand
plaisir aux Spéctateurs.Rien
n\H: comparable au bruit que
faisoient pendant ce temps les
Salves de l'Infanterie, & celles
de dix-huit Canons. Ce bruit
estoit encor augmente par les
décharges des Orques qu'on avoit
mis sous les Arches duPont.
Ce font des Pieces d'Artillerie
desix Fauconneaux, liez ensemble
qui tirent toutà la fois. Leurs
coups redoublez sous les grandes
Voûtes de ce Pont, faisoient retentir
sort loin leur maniere de
tonnerre. Les Illuminations qui
parurent sur le Porfilde cette
grande Ville, qui a quantité de
Tours du costé de la Rjviere,£c
dont l'étenduë d'un bout à l'autre
de ce costé-là est d'une lieuë,
offrirentaux yeux un charmant
fpééè:lcle. Comme la nuit estoit
fort obscure, & que toutes les
Lumières refléchissoient sur ce
grand Canal, on eustdit qu'il y
avoir autant de Feux allumez
dans l'eau, que l'on en voyoit
dans l'air. Les autres Quartiers
de la Ville n'estoient pas moins
éclairez; & tous les Particuliers
quiavoient des Tours, ou d'autres
lieux éminens,n'avoient
épargné ny soins ny dépenses,
pour faire connoi stre la parc
qu'ils prenoienc à la joye publique.
Le Lundy 31. les Capitouls
donnerent un magnifique Repas
-
à leurs Anciens, & à beaucoup
de Personnes qualifiées
,
dans
lagrande Galerie de l'Hostel de
Ville. Trois Tables de trente
Couverts chacune y furent fervies
avec propreté &. abondance.
Le foir de ce mesme jour. ils
régalerent le Peuple d'un Feu
d'artifice qu'ilsavoient fair élever
devant la Porte de ce mesme
Hostel. Des décharges de
Mousqueterie, & plusieurs Fau.
conneaux, qu'on avoit placez
sur les .Avenües) accampagnerent
ce dernier Spectacle. Rien
n'estoit si beau que l'Illumination
de toutela Place.
Mrle Grand Prieur de Toulouse
prit part à la joye publique
avec beaucoup de diftinction.
Le Te Deum ayant esté
chanté par les Prestres de Ton
Eglisede S.Jean apres la grande
Messe, les Officiers de l'HoHe{.
Prioral firent plusieurs décharges
de Mousqueterie qui retentissoient
dans le grand Vestibule,
comme si on eut tiré du Canon.
On avoit mis un gros Tonneau
d'un tres-bon Vin à cha-
-
que Piédestal de la grande Porte
, sur lesquels on doit poser les
Colomnes de Marbre, & on
prenoitsoin de les remplir à me.
fure que le Peuple envenoit
prendre, ce qu'on luy laissoit
faire à discretion. L'Hostel qui
faitfaçade à la grande Ruë de
S.Jean, &dela Dalbade, est si
beau, qu'il sembloitestre fait
exprès pour donner de l'éclatà
cette Feste. Les trois rangs des
Fenestres furent garnis d'une
quantitéinnombrable de Flambeaux,
pendant les trois nuits
entieres du Samedy, du Diman.
che, & du Lundy. Le Balcon
,
qui est le plus beau de laVille
estoit aussi garny d'un double
rang de Flambeaux- & tant de
clartez jointes à celles des Feux,
rendirent cette grande Ruë parfaitement
éclairée,depuis le bout
du Pont-neuf, jusquesà l'Eglise
de Sainte Claire. La grande-
Tour du Trésor fut en mesme
temps illuminée par une autre
quantité prodigieuse de Flambeaux
à quatre rangs; & l'Artillerie
tiç cessa point d'y tirer pour
répondre à celle du Pont-neuf,
des Dômes des Carmes, du
Palais, &de la Maison de Ville.
Toutes les Communautez Religieufes
ont marqué leur zele
pendant ces trois jours, nonseulement
par des Te Deum chantez
avec beaucoup de folemnitémais
par des Feux & par des Lumieres
mises par tout en grand nombre
à leurs Clochers & à leurs
Fenestres. Les Benédictins du
Monasteredela Daurade, dont
la Maison qui a veuë sur la Ri.
viere, estd'une grande étenduë,
l'avoient toute illuminée
cette grande clarté, jointe à la
décharge de plusieurs Pieces de
Campagne qu'ils avoient fait
mettre sur leurPlate-forme, leur
attira les loüanges de toute la
Ville.
Les Prestres de l'Oratoire,
outre les Illuminations & les
Feux, qui furent des marques de
joye communes à toutes les autres
MaisonsReligieuses, allumerent
une très-grande quantité
deFlambeaux de Cireblanche,
au haut d'une grande Tour qui
donnoit du costé du Feu d'artisice
de la Ville. Au milieu de
cette Tour estoit une Machine
qui tournoit de toutes parts. Le
Lundy 31. leur Clocher ayant
esté éclairé tout autour, &. tout
le long de la pointe, ils y arriverent
avec leur Communauté Ecclesiastique,
au son des grosses
Cloches & du Carrillon
,
& y
chanterent l'Exaud at, chacun
tenant à la main un Flambeau de
Cire blanche.
Ce mesme Lundy, les Carmes
du Grand Convent firentdresser
un Theatre devant leur Porte.
Sur ceTheatre estoit élevée une
Pyramide de 36pieds, à six faces,
peinte d'azur, &femée de Lys,
de Dauphins, de L couronnées,
ôc autres Armes de France. On
l'avoit toute remplie d'Artifice,
aussibienque quatre petires Pyramides
qui estoient aux quatre
coins du mesme Theatre. Lesoir
venu, le Clocher, & les Fenestres
des Voûtes de l'Eglise& du Convent,
estant fort illuminées, les
Religieux revestus de Chapes
blanches, s'assemblerent dans le -,
Choeur, où on leur distribua des
Flambeaux & des Bougies, randis
que les Officiers prenoient
leurs plus riches Ornemens comme
dans les Processions les plus
solemnelles. Tout estant disposé
de cette forte,cette grande Communauté
sortitdans la Ruë précedée
de la Croix, au bruit des
Cloches &, de la Baterie rangée
sur les Voûtes, chanterent le
Pseaume Domine in vinnte tua.
Elle fit le tour du Feud'artifice,
en continuant le Pseaume,6c
rOrHciancy Illit le feu. Toute la
grande Rue, 2c sur tout le voisinage,
qui cette nuit-là sesurpassas
en Illuminations, furentsurpris
de ce mélange de pieté & de
joye, qu'ils n'avaient pointencor
veu.
Les Augustins, au nombre de
soixante Religieux
,
firent par la
Ville une Procession solemnelle,
où quatre de ces Peres portoient
ionsun Daiz richement orné
,
la
Figure miraculeuse de Nostre-
Dame de Pitié, qui fut salüée
d'une infinité de coups de Mousquet
par les Compagnies des
Mestiers rangez enhayedansles
Ruës.
L Les Jacobins Réformez du
Grand Convent,où est le Corps
de S.Thomas d'Aquin, sedlftl*llguerent
par de très-fréquentes
décharges devingt-quatre petites
Pieces de Canon, posées dans autant
de Lucarnes qui font au haut
de leur vaste Eglise. Ils illuminerent
les quatre Etages de leur
grand Clocher, toutes les Fenestres
des Galeries, & trois
* Tours qui sont au Portail de leur
Eglise, par un nombre incroyable
de Flambeaux, mis dans des
Lanternes de diférentes couleurs.
Le Dimanche suivant 6. de Septembre,
ayant appris que Monseigneur
le Duc de Bourgogne
avoit eftq associé à la Confrairie
du Rosaire, ils firent une nouvelle
Feste qui eustgrandéclat.
Les Religieux du Grand Convent
de l'ObservancedeS.François,
apres les réjoüissances des
trois jours, en firent encor de
particulieres le Mercredy 2. de
Septembre. Ce jour-là, MrBaladier,
Capitoul, donna un magnifique
Soupé dans ce Convent à
Messieurs les Capitouls, qui en
font les particuliers Protecteurs,
&à toute la Communauté, composée
de cent Religieux. Pendant
ce Repas, on n'entendit que
Tambours, Trompetes
,
Hautbois,
& bruit de Mousqueterie,
èc en mesme temps on vit leur
Clochera le tourdeleur Eglise,
illuminez par un tres-grand nombre
de Lu stres,rangez dedistance
endistance, & de diverses couleurs.
Apres le Soupé, ces Peres
allerent chanter un second Te
Deum dans leur Eglisequiestoit
éclairée d'un tres-grand nombre
t
de Cierges & de Lampes. Le
concours du monde y fut surprenant.
Cette Cérémonieachevée
les Capitouls, accompagnez du
Pere Olivier Gardien de ce Convenus:
detoutelaCommunauté,
vinrcnt allumer un Fai que l'on
avait préparé près de leur Eglise,
dont tout le devant estoit garny
d'uneTapisserieàFleurs.de-Lys.
Le Feu fut suivyde quantité de
Purées volantes, que l'on jecta
du Clocher, d'un grand nombre
de Petards, & de plusieurs décharges
de Mousqueterie.
Les Minimes allumerent un
grand Feu devant leur Convent,
au milieu du Chemin Royal, sur
lequel il est situé. Le bruit des
Boëtés 6c des Mousquetades y
attira tout le Peuple des Fauxbourgs,
& beaucoup d'honnestes
Gens des Maisons voisines de la
Campagne. Les Fusées volantes
divertirent fort les Spectateurs,
qui s'écritrent sur l'illumination
de leur Clocher. Il parut tout
embrazé deLanternesardentespeintes
de diferentes couleurs,
dont un grand Miroir ardent,
fait par un de leurs Religieux,
portoit fortloin la refléxion.
Quantité de Boëtes, rangées f
dans la Galeriedes Religieux de
l'Ordre de laTrinité, Redemption
desCaptifs, qui est la plus
spatieuse de celles de Toulouse,
firent connoistre par plusieurs
décharges combien ils estoient
sensibles au bonheur commun.
Ils remplirent l'air de Fusées de
toutes fortes.
Le Seminaire des Irlandois,
quoy que pauvre, a cru devoir
surpasser ses forces. Pendant
les trois jours des rejoui(fonces
publiques, il y eutdevant
leur Porte un grand Feu de joye;
ôc sur une Galerie qui répondà
la Ruë, estoit un Concert de
Harpes., Guitarres; Flageolets,
& Flûtesdouces, le tout accompagné
de quelquesVoix, qui,
quoy qu'Etrangeres, ne laissoient
»
pas de former une harmonie agreable
, qui duroit jùsqu'à minuit.
Toutes les Fenestres des
Salles & des Chambres estoient
éclairées & comme dans ce Seminaire
il n'y a point encor de
Clocher, on y en bâtit promptement
un de bois, qui environné
d'un fort grand nombre de Lampes,
parut singulier à toute la
Ville. Ce quifutencor tres- particulier
, c'est qu'un Irlandois
tomba du haut de ce Clocher,
où ilpréparoit quelques Lanternes,
& cria tout haut en tombant,
comme sisa chûte euftdû
estre sans danger, vive Monseigneur
le Duc de Bourgogne.
Les Capucins firent suivre le
Feu qu'ils allumèrent dans leur
Jardin, de la décharge de plusieurs
Pieces de Campagne d'une
invention nouvelle. C'estoient
de gros Troncs d'Arbres, dans
lesquels ils avoient fait faire des
trous qu'on avoit remplis de
Poudre. Le bruiten fut entendu
detoutelaVille. Leurjoyenefe
borna point aux troisjours choisis.
Ils la firent encor paroistre
le Mercredy 2. de Septembre,
par un beau Feu d'artifice dressé
devantla Porte de leur Convent,
& accompagné de Fusées volantes.
Les Capitoulsleurpresterent
six Coulevrines, outreles-
Qllcl1"5 ils eurent quatre Bateries
de P ,.r,lrds, 6c cinquante Mousquet:
jr.?s, qui firent cinq salves
au son desHautbois.
Les Religieux de la Mercy
accompagnerent leur Feu de six
Pieces
Pieces de Canon; & les Peres
du College de S. Bernard en
firent un d'Artifice sur l'une des
Tours de leur Coileme.
Les Religieux du Tiers Ordre
S. François solemnisérent
le jour de S. Loüis avec grande
pompe. Ils allumérent des Feux
dans leur Jardin & devant la
Porte de leur Eglise
,
où par le
bruit des Boëtes, des Fusées, &
de plusieurs autres Feux u' Artifices,
ils firent paroîtreleurjoye.
Leur Clocher, quoy que moins
élevé que ceux des Jacobins,
des Cordeliers,des Chartreux,
& de S. Pierre, au milieu desquels
il se trouve firué
, ne leur
ceda pas en Lumiere, par le bel
ordre & par la variété des Lanternes
de differentes couleurs,
dont il fut éclairé le soir, & les
trois suivans.
Lamesme Feste de S. Loüis
fut celebrée avec des [olenlnicz
extraordinaires dans l'Eglise des
Jesuites de la MaisonProfesse.
Sur les quatre heures aprésmidy
de la veille de ce jour, on entendit
tout à coup sonner toutes
les Cloches, & en mesme
temps on fit plusieurs lal ves de
Mousqueterie au Belvéder de
l'Eglise dans la Court de la Maison,
& dans les Ruës voisines,
accompagnées du son des Tambours,
des Fifres, des Hautbois,
&- des Trompetes. A ce bruit
une foule prodigieuse de monde
se rendit de toutes parts dans
l'Eglise. Elleestoit tendue d'une
double Tenture de Tapisserie,
ôc tres-éclairée. On avoir place
au fonds l'Image de S. Louis, & au dessous tJ
,
les Portraits. du
Roy c-z de toute la Maison Royale.
Le devant de l'Eglise estoit
tout tapissé au dehors, avec les
Armes de France, soûtenuës
par deux Anges sur le grand
Portail ; & proche le grand Autel
, magnifiquement paré
,
il y
avoit plus de cent cinquante Jefuites
des trois Maisons qu'ils
ont à Toulouse
tous en Bonnets
quarré & en Manteau. Un
ConcertdeTrompeces. de Haubois
& de Violons, commença
les Vespres,,qui furent chantées
par une excellente Musique
composée de toutes les belles,.
Voix des deux Chapitres, ',k de
laVille. On fit plusieursdéchar.
ges des Fauconneaux que l'on
avoit placez sur l'Eglise. Le Belvéder,
tout le dessus de l'Eglise
, le Clocher, & toutes les
Fenestres de la Maison
,
furent
éclairées le soir d'une infinité de
lumières, & les salves de Mousqueterie
recommencerent au
bruit desTrompetes &des Tambours
,
qui pour estre entendus
de plus loin, s'estoient mis au
Beveder. Ce qu'onadmira le
plus, fut une Machine en for.
me de Rouë
,
remplie de mille
petits Globes tout en feu. Elle
estoit placée au dessus du Toit
de l'Eglise, & on la promenoit
de tous collez. Le lendemain
Feste de S. Louis, Mr l'Abbé
de Glarrens, Fils d'un Conseil.
lerdu Parlement
, prononça le
Panegyrique du Saint, ôc fit
l'Eloge du Roy avec beaucoup
d'éloquence. La solemnité fust
continüée les deux jours suivans,
& finit par le Te Deum chanté en
Musique, &suivy d'une Illumination
plus belle que la première.
Les Jesuites du Collegenefurent
pas moinszelez que ceux de
la Maison Professe. Ils firent
dresser au milieu de leur Bassecourt
un tres-beau Feu d'Artifice,
dont le dessein estoit un Apollon
qui invitoit les Neuf Muses
à çelébrer la Naissance du jeune
Prince. Quantité de Devises
servoient d'ornement à la Décoration.
Toutes les Fenestres
de la Bassecourt remplies de
Flambeaux, faisoientun Spectacle
tres- brillant. On y avoit
peint dans des Figures régulieres
les Armes du Roy, de Monseigneurle
Dauphin, de Madame
la Dauphine, & de Monseigneur
le Duc de Bourgogne, &
les Bougies disposées derriereles
faisoit paroîtredans un éclat surprenant.
Sur les neuf heures un
Dauphin mit le feu à la Machine.
La Tour estoit illuminée
d'une infinité de Lumieres
,
qui
faisoient voir à toute la Ville un
Globe qui rouloitincessamment.
Une Couronne de France estoit
au dessus.
I es Dames Chanoinesses de
S. Panraleon, après de tresgrandes
Illuminations faites au
dehors & au dedans de leur Con.
vent les deux premiers jours,
chanterent le Te Deum ,
qui fut
commencé par Madame de Lahas
de Lamezan leur Abbesse
Parente de Meilleurs les Arche-,
vesques de Sens & de Toulouse.
Elle estoit revestuë de son
Surplis
,
la Crosse à la main,
comme dans leurs plus grandes
Solemnitez. LesHautbois&les
Trompeces placez dans le Ravelin
de leur Eglise
,
faisoient un
agréable Concert. Cependant
Mrde la Garrigue Capicoul, qui
estoit en marche avec la Compagnie
,
fit faire I_ne Déchargede
Mousqueterie devant leur
Eglise
,
où il passoit pour aller
à l'HosteldeVille. Le Te Deum
finy
,
elles firent allumer un
grand Feu par leur Directeur,
qui esteiten Chasuble
, accompagned'un
grand nombre
d'Ecclesiastiques tous en Surplis.
Le foir elles redoublerent
leurs Illuminations. Les Lumières
qu'elles avoient fait mettre
dans des Lanternes de plusieurs
couleurs sur la plate forme de
leur Clocher, estoient disposées
de telle forte qu'elles représentoient
admirablement une Couronne
Royale. On tira qtiantité
de Fusées volantes de la Plate
forme, que couvroit entierement
cette Couronne.
Les Religieuses de Sainte Claire
du Salin firent un Feu d'Artisire
au Dôme de leur Eglise.
On y vit une Couronne Royale
fort illuminée
,
qui avoit un
mouvement continüel. LaTour
des Religieuses de Sainte Ursule
estoit aussîéclairée d'une manieré,
que les Flambeaux qui l'illuminoient
, y sormoient une
Couronne.
Le jeudy de Septembre, les
Dames Maltoises, apres une
grande distribution de Pain
,
de
Vin, & de Viande,finirent leur
Feste par un beau Feud'Artifice
au son desTrompetes,des Hautbois,
&des Violons.
Le Lundy 7. du mesme mois,
Messieurs les Collegials du Collége
de Foix
,
de Fondation
Royale, firent chanter un Te
Deum en Musiquedans leur Chapelle
au bruit des Boëtes & des
Fauconneaux; & le lendemain
ils dr:Íf.:renr une Table devant
leur Portail, avec une Fontaine
de Vin à chaque costé. Le foir
il y eut Feu d'Artifice dans leur
Bassecourt J" U quantité de Lumieres
à leur Pavillon. L'une
de leurs quatre Tours futéclairée
par une triple Couronne;
& les trois autres le furent par
trois Fleurs deLyschacun.
Ce mesme jour

Feste de la
Nativité, les jeunes Marchands
firent chanter le Te Deum dans
l'Eglise des Jacobins du Grand
Convent, en présencedesCapitouls
qui s'y trouvérent en Robesde
Cerémonie. L'apresdînée
ils formérent une Compagnie
de Cavalerie; & au nombre de
deux cens, tous lestes & tres- bien
montez, ils marchérentpar toute
la Ville
,
le Sa-bre à la main
M* lePerat, Fils d'un ancien Capitoul
de ce nom, estoit à leur
teste. Le soir ils firent jouer
tin*Feudartiifcectref-ié sur un
Terrain, élevé en Plate forme,
qui cft hors la Porte de Montolieu.
Le Mercredy 9. Mr Costec.-,,
udl-',PrieurdLi CollégedeMaguetonne
,
accompagné de plusieursCollegials
,
alluma un
grand Feu devant la grande
Porte du Collége, au bruit des
Fifres, d'es Tambours, & des
Mousquets. Toutes les Fenestres
& tous les Créneaux de la grande
Tour estoient éclairez, de il
y eut distribution de Vin à tous
ceux qui en voulurent.
Les Réjouïssances queje viens
de vous conteront donné lieu à
une Avanture que je vay vous
dire en peu de mots. Un Cavalier
Espagnol s'estant trouvé à
Toulousedansle temps qu'on y
préparoit la Feste,voulut en cerre
témoin. Il estoit galant
,
& ne
pouvoit voir les Belles sans se
montrer prest à l'engagement.
Un foir qu'il entra dans l'agréable
Frescati, qui est une espece
deJardin,auquel on a eu lieu de
donner ce nom ,
puis qu'il ressemble
à l'ancien Frescari, s'étant
enfoncé dans un Labyrinte
deVerdure,ilytrouva une Dame
qui s'y promenoitappuyéesur les
bras desa Suivante. Ils'approcha
d'elle, & l'abordant d'une maniere
civile, insensiblement il
luv fit noüer conversation. L3.
Dame avoir l'èsprit sortbrillant;
& ce charme joint à celuy de sa
beauté, fit impression sur le coeur
de l'Espagnol. Illa remena chez
elle, & le mérite de cette aimable
Personne fut une flateuse
Image qui s'offrit à luy toute la
nuit. Il avoirsçeud'elle que quelques
Dames l'avoient engagée à
venir le lendemain prendre le divertissement
du Feu d'Artifice
qu'on devoir tirer sur la Garonne,
&ildésesperoit delavoir, lors
qu'un Gentilhomme de ses Amis
qu'il instruisitdeson Aventure,
luy dit qu'ilavoit fait dresser un
Théâtre où les principales Dames
de la Villeluyavoient demandé
place,& qu'assurément
celle donc il luy parloit se mettroit
dela Partie. Le Cavalier fuivit
son Amy sur ce Théâtre,& vit
arriver la Dame avec plusieurs
autres dans le temps que les
Trompetes donnoient le signal
du Feu. Les décharges de six
mille Mousquetaires placez dans
lapetite Isle de Gravier, qui est
au dessus du Pont,& de trente
Piéces de Canon rangées sur le
Quay
,
firent entendre un si
grand Tonnerre, que toutes les
Dames commencerent à criera
à vouloir fuïr. Celle pour qui,,
l'Espagnol estoit venu, eut plus
de peur que les autres,& la ]
frayeur PayantfaitTomberévanoüie
, on eut de k peine à la
faire revenir. Lors qu'elle eut j
repris ses feus, on la mit dans 1
sonCarosse, & on l'emporta. Le ;
lendemain le Cavalier l'alla voir.
Elle estoit au lit,&disputoitavec
ses Amies, qui sur l'Ordonnance j
de son Medecin vouloient qu'on
s
luy appliquât des Ventouses. Il
se mit de leur party, la pressant
fort de se servir d'un Remede qui
luy pouvoit estre utile j & pour
luy persuader que les Ventouses
n'avoient rien de violent, quoy
qu'il n'en eustjamais fait l'épreuve
, il dit qu'il alloit s'en appliquer
une sur l'estomac. Illevouloit,
onlelaissa faire. LaVentouse
mise sur une partie aussi peu
charnuë que l'estomac
,
luy fit
souffrir plus qu'il n'avoitcrû. On
rit de le voir sensible à une douleur
qu'il avoit dit estre si legere;
& plus on voyoit qu'elle estoit
vive pour luy, plus on redoubloit
les éclats de rire. Les piqueures
qu'il sentoit commencèrentàluy
estre insupportables. Ilalla s'asseoir
sur un Lit de repos, pour se
défaire plus commodémentdela
Ventouse. Dans ce moment il
entra des Dames qui venoient
voir la Malade. Elles n'eneurent
aucune réponse sur, le Compliment
qu'elles luy firent, parce
qu'elle tenoit son Drap dans sa
bouche,pour ne pas rire de l'embarras
où elle voyoitle Cavalier.
Il estoit connu des Dames ; ôc
comme quelques Plaintes luy é-,
chaperent
,
& qu'elles le virent
tenantses mains surson estomac,
l'une d'elles luy demanda s'il
estoit tourmenté de la Colique.
Il se tourna de l'autrecoftc sans
luy répondre, & la Malade qui
ne put plus se contraindre, s'étant
mile a rire de toute Ía. force, j
les Dames déconcertées crurent
qu'on se moquoitd'elles, & sorti- j
rent fore irritées, quoy qu'on
pust faire pour' les arrester. Le
Cavalier les laissapartir sasns s'en
mettre en peine, & ne songea
qu'à se décharger du fâcheux
fardeau qui l'incommodoir. Je
ne vous puis dire si la Dame luy
a tenu compte de sa Ventouse. Je
sçay feulement que répreuve
qu'il en sir ne donna pas envie à
laBelledesuivrel'avisdesonMedecin.
Si avant que nous sortions de
Toulouse
, vous voulez en apprendre
des nouvelles, je vous
dirayqueMrle Président Parade
y est mort,& que Mr d'Orbean
& sMfdeLombrail
, tous deux
Conkillers au Parlement,s'y font
mariez depuis peu de temps. Le
premier a épousé Mademoiselle
Cauler: &c l'autre Mademoiselle
d'Avifard. C'est une fort belle
Personne
,
qui a beaucoup d'effpanitte,
mExe. nqtui chante &: jouë parbien
du Lut&duClavessin.
Elle effc Fille de Mr le
Présidentd'Avifard. Mrs de Lombrail
est d'une Maison ,où il y a
plus de trois cens ans que ceux
qui en font occupent la Charge
de Présidentou de Conseiller.
La Lettre qui fuit vous a p„
prend/a les Réjouïssances de Faremcnftkr.
Elle est d'une Reiigieufe
de cette Abbaye.
A MADEMOISELLE***
I
A Faremonstier ce 28. Aoust.
1L me fimble,Madtmoifelle, que
c'efl hiàiours à vous que fadreffi
mes Relations. Cela me fût croire
que si jamais je fais un Livre je
vous U dedieray.N'auriez,»vous
ptis de lajoye de voir vos louanges
dans une Epiflre Dedicatoire ?Mais
il î;efl pat quesion prefcnicment de
sçavoir si vous enferiez, bien aise,
t; nonj il s Jdgit feulement de vota
Apprendre Combien nom l'tjlions MardJ.
il n'efi point de tlmùgnage de
joye que l'on nait donnez, publiquement.
Ceflêit le jour que nem auion:
choisi, coMmt csiuy de la tefié
du Roy, pour le Te Deum 6- le
Feu de ,{oJe. Vous ne croiriez, jamais
les merveilles qui se paJ/érent
a Farcmonfiier, vom qui le connoijjtz,
, mais rienrieft impojjlble
a un veritable zllt. On se crut mesme
plm obligée quen IlUtNfJ autre
lieu de France de faire une Fesle
particulière pour la Naiffince de
nostrenouveau Prince. Sainte Fare,
noflre Fondatrice, efioit Bourguignonne
,
sansparler de Madame
l'Abbesse qui Cest aujji. La Feste
commença la veille par le Cdrillov
de nos trlü Clochers. Heureux les
Sourds i mais le lendemain ce fut
bien pis
,
lors que le bruit des Tambours
& de PArtillerie se joignit à
celuy-lÀ. Le matin la grande Messe
futchantéefolemnellemmt. L'Autel
(fait parédes pltu riches Ornemens,
Ç? brillêit d'un nombre irtfiny de lurlmB'iègrliefse.
e.fiTooieunt tleéscAlauirterezs, dAe ùmtelrsmdee. Eglisee Messe,les
A laJin de 14 Meffi chanoi-
,
les Chanoines
en Chappes
,
le refle du Clergé
en Surplis) la Jufiice en Robes de
Palais
y
montèrent auprès de la Grille
du choeur) où noUl cftions toutes
rangées avec nos grandsHabits
& des Cierçes Allumcz.. Le Clergé
en avoit aussi. Madamel*Abbeffe
sa Crosse y en main
, entonna le Te
D;um , quifHtpoursfuàiivvyJ aailtteerrnnat--
tivement par les Religkufes & par
les Chanoines
, avec les Orgues
,
&
enfuite t'Exaudiar. Au flrti., de là
elle traita magnifiquement les uns
& les autres. L'apte rjt,Jét on fit
Jrejfèr un grand Feu au son des
Tambours S* des Fifresdans lewilitu
de la Court du dehors&après
Complies, l'Intendant de la Maifou
l'alluma aufin des mefinesInfinimens,
du Carillon
,
d'i;,i Concert
de rioles) de Clavejfws d'" deVoix,
C7* des acclamations de Vive le Roy.
Onfit cinqdécharges de treize Coule'Vrincs.
Le Portrait de Sa Majesté
cfioit pincédansunrenfoncement au
milieu de ce grand Corps de Logis
qui tombe, & ilfèmbioit quen l'y
avoitmis exprés pour le jÔûtenÍr.
On avril illuminé ce Corps de Logis
depuis le haut jufiquau bas
,
& le
Portrait efloit couronne & environné
de Lauriers
,
posésur un Tapis
de Velours a fonds bieN, siemé de
Fleurs de Lys d'r. Ce renfor.c
ment efioit orné de Luflrts, (D- AU
deffta il y avoit un Cintre de Bougies,
d- encore plus hAut, la Devisi
du Roy ,
dont le Soleil qui en el
le Corps, cjtoitsi brit.de LtWfJiercs
,
qu'il sembloit vouloir rame..
mr le jour. Toutes lesFenefires du
Logis dfî deh(Jrs efioientéclairées
aiâfi t que celles du Dortoir des Re-
Iigieufes
,
de plu* de six cens Lftmières
i mll.'s sur tout celles de Ma..
dame ÏAhhcff- & de Mefidames de
Beringhen^fiefaijoientremarquer entre
les autres. Elles efioient toutes
wxées de Feuillages & de Fefions
de Fleurs. Les unes se dilfinguerent
par des Lufires & des Bras de Crisias;
les autres par des Pyramides
de Lumières; d'autres far des Plaques
& d:s Girandoles d'argent ;
d'JutrtS par des Perfpeéïives de
Miroi/s ; d'autres par le Portrait du
Roy & de Monjelgneur; & enfin
ln n'en vit point ou il ny eufipltu
de trois douzaines de Lumiercs. Les
Clochersefioient IlUjJi ilLuminez, &
entre les autres Feux on y veyoit
briller l'EtoiUtdeJupiter
, que les
Af~irroollooggwueess ddiifint ( & je n'en doute
pas ) avoir présidé à la Naiffince
dupetitPrince. Le Pere de Feufît
jetter beaucoup de Fttfées defin Appartement
quilavoitaujjîfortéclairé,
fin Balcon n'efiant qu'une rangée
de Lumières. Madame l'Abbeffi
fît défoncer plusieurs Muids de Vin
dans la Court, pour donner au Peu..
ple.Plusieurs dançoient autour dAo
Feu, dr il n'y eut pas ju/qu'aux
Pigeons,qui quittant leur Colombier,
ne vinssent en voltigeant faire une
ejfece de Dunce. S'ilmefioirpermis
de rappeller. le temps des Augures , je dirois que c'enfiroit un merveilÜIIX,)
mais du moins cela s'Appelle
qu'il n'y eut ny BejJes ny Cens ny
dedéfns
dedans & dehors qui ne donnajJàlt
des marques de joye. Onfit mefint
des chAnfins à U gloire du Rsy &
de Monfiignel/r, ou Fon mesloit le
Nom du petit Prime >
maissur ceU
wjîrecuriosité ne fera, pat Jatisfaite
, car ce quon fait avec précipitation,
on ne le retient qu'avecpeinr,
& ma memoirt s'en voulut peint
prendre dans un jour de plaisir. Lt
Ville defin cosséfit un grand Feu
avcc les mefines Déclurges, les Fifre.
s,& les Tambours. Les Boutiques
furent fermées dés le matin, & le
foir le Procureur FiJiaL fis allumer
des Feux devant la Porte de chaque
MAIfin; de forte qu'on peut dire
que IQUI Fartmonjher cfloit en feu
d- en jl)Je) & si bien en feu, que
des Curez, du Voifimge voulurent
faire sonner le Tccfin pour venir <f
tîojrre jecours, croyant que lAbbaye
bruloit.Plujtturs des Habitans mirenttltlffi
des Tables devantleurs Pertes
pour régaler les PdJltrns. Si vota
aviez eslé des PajJantes
,
Mademoifille)
cauroit cftê un surcroisf de
joye, cf une nouvelle Fljlelultr
mcy.
n'ont-ils pas pour celuy quils regardent
comme leur Modèle ?
Dés le 17. d'Aoust le Royd'Espagne
fit éclairer tout son Palais.
Ce ne furent que Flambeaux
dans toutes les Courts,de
sur lesBalcons. Il semontraau
Peuple tous les trois jours que
riiluminanon dura. On vit les
Dames parées aux Balcons du
Quartier de la Reyne, ce qui
eH: une marque de joye relervée
pour les grandsEvenemens. Le
Palais de la Reyne Mere fit les
mesmes magnificences que celuy
du Roy. Ces exemples su.
rent suivis par les plus grands
Seigneurs, par tous les Consèils
d'Espagne, 6c par l'Hostel de
Ville de Madrid. Après ces réjoüissances
des Espagnols, vous
ne serez pas surprise
,
Madame,
de celles de Mrl'Ambassadeur de
France. Le soir mesme du 16.
d'Aoust toutMadridfut étonné
de voir non feulement un grand
nombre de gros Flambeaux de
Cire blanche ,donttoutTon Hôtel
estoit éclairé depuis le haut
jusqu'en bas, &. plus*decinquante
Pieux de huit pieds de hauteur
qu'on avoir placez dans les Ruës
voisinesn &sur lesquels onavoit
mis des Falots ardens; mais encore
un fort beau Feu d'Artifice,
&trois mille Fusées volantes qui
firentdes merveilles. Il n'estoit
pas aisé de concevoir comment
tout cela avoir eslé prest en
moins dedix heures.Pendant que
le Feud'Artiifcejoiioit, il yavoit
aux deux ailles de la Maison de
*
MTâ111b.:dIldeur,dansdel1x Balcons,
des Trompetes &. des Timbales,
dont les airsretcntifïbirnt,
& dans le Balcon du milieu un
Concert de routes fortes d'Instrumens
à la mode d'Espagne.
Quand le Feu fut achevé, Son
Excellencejetta par les Fenestres
une somme considérable en Pièces
d'or & d'argent, 6c sir jetter
aussi tous les Flambeaux qui avoient
servy à la Fesle. Au dedans
de la Maison c'étoit ure
profusion étonnante de Rafraîchissemens,
de Liqueurs, & de
Cofîtures. M1 l'Ambassadeur tint
table ouverte, où il convia tous
les François avec des instances
extraordinaires. Le 17. ce fut la
mesme Fesle
,
mais plusmagnifia
que. Il y euty plus de Fusées volance?,
un plus grand Feu d'Artisice,
plus de Flambeaux, 6c d'argent
jette par les Fenestres. Le i8.l'eiliporta encore de beaucoup
sur le 17. pour la quantité de toutes
choses,carilsembleque Mr
l'Ambassadeur avoit affecté de
doubler tout d'un jour à l'autre.
Mais le 19. qui fut le dernier jour
de la Feste, fat d'une beauté &
d'une pompeàn'etfrejamais oubliés
en Espagne.Je pasle le fuperbe
RCp.IS qui fut donné à
beaucoup de Seigneurs Espa.
gnols, & de François de qualité,
les quatre Fontaines deVin qui
coulèrent toute la nuit, les Concerts
qu'on entendit perpétuellement.
Je viensaux Feux d'Artifice.
Sur les sept heures du soir on
jetta plusdesix mille grosses Fusées,
accompagnées de vÍtt.
quatre Espagnols armez de Bou*
cliers & de Lances, qui estoient
tous remplis de Pétards. Il y
avoic devant la Porte de l'Hôtel
un grand Feu d'Artifice de
iS. pieds en carré, peint tout à
l'entour de Fleurs de Lys &. de
Dauphins. Une Pyramide dont
la pointe portoit un Globe L%, un
Soleil, estoit posée sur une pLite-*
forme.,que soûtenoient six grandes
Statuessur leurs Piédestaux.
Il sortit de toute cette Machine
une quantité prodigieuse de flâmes
, qui se jouerent longtemps,
danslesairs. Enfin Son Excellence
fit encore, jetter par les
Fenestres tant de Flambeaux
ôc tant d'argent
, que bien des
Gens couchèrent dans la Rue,
pour attendre que le jour leur
servît à ramasser tout plus CXJ-
&emcnr.
Je vous envoye un Air nouveau
d'un Autheurîllustre, dont
je vous en aydéja envoyé plusieurs.
Vous n'aurez aucune peine
à estre persuadéede sa beaute,
quand jevousauray nommé M*
d'Ambrais. Ses Ouvrages luy ont
Acquis une grande réputation,
& on ne peutestre plus connu ny
plusestimé qu'il l'est.
AIR NOUVEAU.
BErver, dans ce beau (eiour
Tout inviteafaire£amour.
Var ces deux Tourterelles
Sitendres &fidelles,
Par mille baisers Amoureux,
Soulager texcès de leurs feux.
Berger, si tu veux
ilue nous[oyont heureuxy
Faisons comme elles.
Le Cavalier que vous me mandez
qui se marie par amour dans
vostre Province, ne fuit pas l'avis
d'une Personne des plus spirituelles
de vostre beau Sexe. Je
parlede l'illettré Madame des
Houlieres, qui s'est déclarée sur
cette nlatÏere: par les Vers qui
suivent.
BALADE.
DAns ce HAmeAHje voy de tontes
parts
De beaux atours mainte Fillete ornée;
Je gagerois quequelque jeune Gars
Avec Catin unit sa destinée.
Elleal'oeil doux,Ile a les traits mi¡nars,.
L\iirgratieux, l'humeur point obstinée)
Maisgranddéfautgasse toussesattraits.
Pointriad'icits-Poiir belle qu'on {oiltée,
L' Amour languitlansBacchus & Cerés.
De doux propos & d'ttmottreux regards
On nesçauroitvivre toute tdnnée.
Jeunes v'aryf deviennenttoifVieillards,'
Quanileurconvientjeûner chaque journée;
Soucis p"lJàm chassentpensers çra'llaràs*
TendreJJè alors est en bref terminée;
S'il en paroiss, ce riefl qu'ad honoles.>
Far maints grands Clercs fAffaire examinée,
L'Amour languit fansBacchus & Cerés,
L'Atre entouré duntasaEnfascriards,
De Créanciers la Porte environnée,
D'untrifte hymen totales autres hasards,
Font endurerpeine d'Ame damnée,
Et donnentjoyeaivfeJ-'însbab'IUirds.
Minh'!s dont fut la tcfle couronne
Voironvoudrait transformez, en Cjprès. un tel desirpoint ne fuisétonnée,
L'Amour languit fansBacchus & Cerés.
1 - ENVOY.
V-ous, gui damourfîtivezlss Etendars,
Pointfiecroyez cauteleux Papelars3
DisansBeautésuffitpourthymenée.
Si vom voûtez, en toutfaireflorès,
'avecBeautéçrosse dot (oit donnée,
L'Amour languitsansBacchus &Cerés.
Voicy le temps que vousattendez
quejvous parie des Modes,
& jene m'y trouve pas peu embJralfé.
Il y en a beaucoup qui
meurent en naissant, & tel qui se
fait se un Habit sur le Modelle
d\JO autre qu'il aveu, n'est pas
seûr que cette mesme Mode dure
encore quand son Habit serafait.
On commença l'Hyver pâlie à
rehausser de beaucoup les Poches
des Basques desJ ,.iftaucorpsi
mais comme il y a des Personnes
qui ne se font distinguer qu'en
outrant touteschoses, quelquesunsen
firent taire qui estoient
à la hauteurde leur Ceinture, ce
qui avoit trés-mauvaise grâce.
Celles que l'on a portéesl'Eté
dernier, estoient un peu plus basses
que quand cette Mode a COITU
mencé,Sur la fin dumesme
Eté, & pendant tout l'Automne,
on a continué à faire les Poches
hautes, mais on les a faites en
Croisant. Ces Croi ssansestoirnt
d'abord si grands qu'ils formoient
presque des Ronds. On les a
beaucoup diminuez, 6c comme
on n'en a point porré à la Cour,
il y a peu d'apparence que cette
Mode subsiste. Les Poches font
presque toutes en travers aux
Habits qu'on a commencé de
faire pour l'Hyver où nous entrons
,
&d'une haureur raisonnable.
Quant aux Justaucorps nom.,
mez Justaucorps de Trompetes,
parce que les Poches des Basques
y fonten long de la mesme maniere
que les Galons sontcousus
sur les Justaucorps des Trompetes,
on en porte beaucoup moins
que l'on n'a fait. Cette Mode a
commencé à la Cour. Elleestoit
commode pour la Chasse, & extrêmement
Cavaliere; mais comme
les Bourgeois l'ont prise, il y
a lieu de croire qu'on ne verra
plus guére de ces Justaucorps,
parce que la Cour celle toûjours
de porter ce qu'elle voit devenir
commun ,
&. c'est ce qui fait le
changement des- Modes. Les
Manches ont esté depuis quelques
années encore plus sujetes
à ce changement que les Poches.
On en porte beaucoup de rondes
appellées à. Oreilles. Elles sont
extrêmement pendantes. J'enay
veu aussi cette année de quarrées
qui pendoient peu,& qui estoient
echancrées sur le milieu du bras
à l'endroitoù on les plisse quand
on y met des Rubans. Ceux qui
n'ont point de Rubans,sont attacher
les Manchesavecdes Boutonnières
f:.:. de longues Gances,
qui sont ordinairement d'or ou
d'argent. Quand on porte des
Veiles de couleur, on double
presque toûjours les Justaucorps
de gris. On se sert pour cela de
Satin plein ou égratigné, ou de
telle autre Etoffe qu'on veut.
Gomme il ya toûjours des Draps
dediverses fortes de gris, chacun
en prend à sa fantaisie, Les Rubans
ne font plus guere à la
mode
,
& l'on ne met presque
plus de Noeuds d'épaule à la
Cour. Voussçavez, Madame,
que le Roy n'en porte jamais.
On trouve qu'ils incommodent,
& qu'en semêlantavec les cheveux,
ilsembarassent.CetteMode
est venue des Rubans qu'on attache
sur l'épaule pour nouer les
Baudriers; Se comme ils n'ysont
point necessaires lors qu'on ne
porte que des Ceinturons, on
pourra aisément s'en passer quand
on voudra, puis qu'ils sont entierement
inutils. On porte tréspeu
de Rubans auxManches-de
manière que si les Noeuds en
estoient entierement retranchez,
ainsi que ceux de l'épaule, on ne
verroit plus de Rubans, ce qui
faitcroire qu'il estimpoissible que
cette Mode dure, puis qu'onseroit
vêtu trop uniemement; que la
JeunesseveutdesRubans, parce
qu'ils parent à peu de frais; &
qu'un nombre infiny d'Ouvriers
qui ne sçavent pointd'autres Métier,
deviendroient misérables.
Comme la Courest à Fontainebleau,
& que les Dames ne se
sont encore servies que de leurs
Habitsde l' H yver passé
, en attendant
qu'elles soient de retour
pour en faire faire de neufs, je
remets au mois prochain à vous
parier de ce qui les regarde.
ques Relations où il manquoit
plusieurs circonstances ; maiscomme
il est impossible de les
recueillir toutes ,
à moins que
l'on n'ait beaucoup de temps ,&
qu'on n'attende tout ce que diférences
Personnes écrivait sur
la mesme chose, on ne peut rien
faire sans ClM avec une parfaite
exactitude
, parce que tous ceux
qui écrivent sur une mesme matiere
, ont tous quelque Article
particulier dans le détail qu'ils
envoyent des grandes Actions-,
l'un s'eliant trouvé dans un cn- droit où l'autre ne s'en point
rencontré
,,
& un troisieme ayant sté remoin de ce que les deux
premiers n'ont pasveu. Il arrive
mesmequelaflâme &. le feu dé*
robent beaucoupd'actons qui ne
peuvent estre sçeuës qu'après un
longtemps
,
&: qui ne viennent
quelquesfois jamais à la connoissancede
personne. Enfin tout le
monde conviendra qu'on ne
sçauroit parlerjuste des actions
de cette importance,ny en dire
toutes les particularitez
, que
plus d'un mois après que les
premieres nouvelles en sont venües
,
& c'est par cette raison
que ceux qui en font imprimer
d'abord des Relations,sontexcusables,
si elles ne sont ny si réguliéres
ny si amples qu'elles seroient,
s'ilsavoient pris plus de*
temps pour les faire. Comme
j'en ay eu assez pour ramasser
tout ce que l'on a écrit sur l'Affaired'Alger,
je ne vous donneray
pas seulementun détailde
la derniere Action,mais un Corps
de tout ce qui s'est passé sur ce
fujer. Jecommenceray par la
rupture de la Paix à laquelle les
Algériens se sont résolus
; mais
avant que de vous en parler, il
fera bon de vous dire quelque
chose de l'Entreprise de l'Empereur
Charles. Quint contre Alger.
Il partit deGennesavecune
Armée composée de soixantequatre
Galéres
,
de deux cens
Vaisseaux de Guerre, de cent
Bâtimens de diférentes grandeurs,
& de vingtmille Soldats,
Espagnols,Italiens & Allem.mds,,
sans compter les Soldats des Galéres.
Alger estune Ville nouvelle,
à ce que racontent les Mores,
bâtie des Ruines deMetafuz. Elle
s'avance danslaMer versleNort
itir un Côteau qui fait trois arw
gles. Elle estornéed'Edifices qmi
jouissent rous de tagréabJeveüe
de la Mer. Au haut de la YiÏÏe
prés de l'une des Portes f
il y a
Un Chateau qui paroist plusfortisié
de loinqu'il ne l'est en effet,
Him depuis ce dernier Siege, les
Mores y onr ajouté quelques.
FoTt)fïC2tiari5. Le Chanea\!.uttftftlr
un Roc dans la Mer, &.
qui estoit gardé par lesEspagnols,
est appelle Gezir par les Mores,
ce qui veut dire une Isle en Afabe,
&. ce qui a donné lenom âi
la Villed'Alger. Haradin Barberouss-
l"le fameuxCorsaire, y a fait
un Mole pour joindre cette Isle
à let Ville, cequi fait le Port. Il
est construitdes Ruines 6c des
Pierres de Métafuz,que les Espagnols
Esclaves portoient sur
leursépaules. La Rade yesttresmauvaise.
Le Sable s'y change
presque toujours, &s'élevant par
les vents de Nordest, couvre les
Galéres qui s'y rencontrent, &
fait donner à travers cous les Vaisseaux.
On voit deux petits Ruisseaux
sur leTerraindes environs
d'Alger, qui est plein defondrieres
& de précipices
, ce qui sert
beaucoup à rendre cette Ville
forte, & de difficile accés. Elle
est riche des dépoüilles que ses
Corsaires sont incessamment sur
les Costes d'Espagne & d'Italie.
Chaque Métier a fbil Quartier
dans la Ville. Elle est bien bâtie,
& a esté longteps sujeteauxRoys
de Trémesen, à ceux de Bugie,
& au Keque de Metafuz,&enfin àHorruch Barberousse
,
qui [ua
le Kerque, &s'enrendit maître.
Azzan Aga, Eunuque Renégat,
natif de Sardaigne,Homme
hardy & entreprenant,enestoit
Seigneur, quand Charles. Quint
l'assiegea. Les Galéres de cit
Empereur vinrent mouiller devant
cette Place le 23. Octobre
1541. Il y avait alors dans laVille
quinze cens Turcs, & sept mille
Mores. Les uns & les autres attaquerent
le Camp de l'Empereur,
qui ayans mis piedàterre,
avoitpasséjusqu'aux Portes d'Algeravec
les bravesChevaliersde
S. Jean. Il s'éleva tout à coup une
tempeste si furieuse pendant
qu'on tiroit de dessus la Flote,les
Chevaux, rArciliene; les Vivres,
& toutes les choses necessaires,
qu'à peine pût-on rien tirer. Le
Nordest qui survint avec cette
prodigieuse tempeste,futd'une
violence extraordinaire. Il futimpossible
de la soûtenir. Presque
routelaFloted'Esppagne fut sub- rnergèe '-, &: engloutie dans la Mer.
Il y eut cent cinquante Vaisseaux
de perdus, avec tout ce qui estoit
dedans,à la réserve de quelques
Hommes qui se noyèrent après
avec les Chevaux qu'on en tira
> ou qui furent faits Esclaves par
les Mores. Il se perdit quinze Galèresavectoute
leur Artillerie,&
toutes leurs Provisions, &. l'Empereur
se vit obligé de lever le
Siége. FemandCortés, Marquis
deVAlle, qui l'avoir accompagné
, y fit la plus grande perte
apres luy
, ayant laissétomber
dans un Bourbiertrois Emeraudes
qui estoient estimées un million
Ce Fernand Cortés estoit
si peu estimé
, que l' Empereur ne
l'appelloit pointau- Conseil de
Guerre, & les Courtisans se mo.
quoientde luy,tant les Espagnols
estoientfiersencetemps- là,com^
me si la Noblesse que ce grand
Hommes'étoit acquise par ses
héroïques actions & parsa bravoure,
n'eust pas esté préférable
à celle qu'on herite de les Parens,
-, -'\
£.e mauvaissuccés de l'Entreprise
de Charles-Quint avec une
Arméesiformidable,devoit empêcher
qu'on eust jamais la penfée
d'aller devant Alger dans le
dessein de ruïner cette Place;
i mais
mais comme le Roy n'entreprend
riendont il ne soit leurde
venir à bout, parce qu'il a mérité
la faveur du Ciel, 5c qu'il
prend toûjoursdejustesmesures,
tous les François
, outre leur valeur
naturelle qui les porte avec
ardeur aux plus grands périls,
estans assurez de vaincre, lors
que le Roy leur commande d'attaquer
, vôlent si-tost qu'ils ont
receu ordre de partir, & ne reviennent
jamais que victorieux,
eurent-ilsun monde dEnnemis,
ou les Elémens à combattre.
Toutes les Nations qui onteste
en guerre contre ces sortes de
Corsaires, se sont toûjours contentez
depuis la malheureuse Entreprisede
Charles-Quint, d'armer
des Vaisseaux ou pour aller
chercher les leurs, ou pour escorter
les Vaisseaux Marchands
de leur Sujets & de leurs Compatriotes;
& leurs plus grands Armemens
( ce qui est mesmearrivé
fort rarement)n'ont esté que
pour tâcher d'empêcherqu'ils
ne quittassent leurs Ports, ou tout
au plus que pour y canoner leurs
Vaisseaux
; mais jamais aucune
Nationn'avoit conçû le dessein
de ruïner entièrement leur Ville
comme on voit que nostre Armée
Navale auroit fait, si les
vents leur eussent esté plus favorables,
puis qu'avec cinq petites
Galiotes ellea causé un si grand
désordre, tué tant d'Hommes,
te abatu tanr de Maisons; mais on ne doit pas s'en étonner
v
puis
qu'on ne fait rien aujourd'huyen
France quine soit extraordinaire.
Il faut bien que le Roy, quiest
l'admiration de toute laTerre,devienne
la terreur des Barbares.Ce
sont des Monstres qu'il faut détruire
,
& c'est mériter la gloire
d'Hercule, que de les terra(Ter.
Ce ne seroit pas le moyen d'en
venir à bout, si l'on armoit seulement
pour se prendre des Vaisseaux
les uns aux autres. Il faut
aller jusqu'à la source,il fautl'arrêter,
& couper la racine dont
il provient tant de mal. Cen'est
point icy une Guerre d'interest
pour le Roy. La Conqueste
d'Alger n'agrandira point ses
Estats en luy en donnant qui luy
font dûs; mais lors qu'il jure la
ruine de cette Place, il vange ses
Sujetsqui trafiquent, quoy qu'il
n'aît rien dans leur Trafic. Il tait
plus;il oblige tous les Negotians
de la plus grande partie de
l'Europe
; & sa bonté & sa justicequinesçauroient
souffrir de
Pyrateries
,
l'engagent à vanger
un nombre infiny de Gens intéressez
dans le Commerce, que
ces Voleurs publics tiennent en
de perpetuellcs alarmes. Ainsi.
les François ne font pas les seuls
qui doivent faire des Voeux pour
les heureux succés des armes de
Sa Majesté contre ces Corsaires,
mais encore les Peuples d'un tresgrand
nombre de Nations. Quoy
que la ruzesoit permise dansla
Guerre, & qu'elle soit mesme
une partie essentielle aux grands
Capitaines, le Roy n'a pas crû
sedevoir donner la peine de diffimuler
fo^niîefTentimenc contre
des Corsaires qui ne méntent que
du mépris&de l'indignation. Il
a declaré qu'illes attaquèrent
5
il
a donné ses ordres pour lArn)e.
ment &: pour leDépart de ses
Vaisseaux,sans en faire de nlyfte
re, & a bienvoulu montrer qu'il
ne les appréhendoit pasv enleur
donnant le temps dese préparer
àladeffense. Il eitoit seur de cc
qu'il avoit résolu, pourveu gne
les Elémensne fussent pointcontraires
à ses armes. Ils luy om:
esté favorables trop tard. Toutes
les Galèresestoient parties.
Cependant par ce que cinq petits
Bârimensontfait, on doitcroire
qu'Alger ne seroit plus, si toutes
les forces destinées contre
cette Placeavoient encore este
unies rs qu'on a sçeu si bien
profiterdes deux ou trois jours de
calme qui survinrent. L'Armement
n'etfcoit pas si considérable
que celuydjChirles-Qnincjmais
i-b Troupes estoient de Loüis le
Grand. Des François devoient
côbatre, & Mrle Marquis de Seignelay
avoit esté chargé du foin
des Bâtimens, & de tout ce qui
regardoit cét Armement. Il ya
fait travailleravec beaucoup
d'application & de vigilance. Il
a tout veu & tout visité, & on luy
doit les Galiotes, sans lesquelles
les Elémens auroiententièrement
fait manquer l'Entreprise qu'on
s'estoit proposée. Vousremarquerez
qu'on n'avoit point encore
veu de ces fortes de Bâtimens,
& qu'ils sontd'uneinvention nouvelle.
Si M' le Marquisde Seignelay
sur chargé du foin de l'Armemenr.
M leMarquisduQuesnelefut
deceluy de l'exécution.
Voussçavez
,
Madame, qu'il est
Lieutenant Général des Armées
Navales de France, & qu'en cette
occasion il commandoit les
Vaisseaux & les Galéres. Il faut
un pouvoir particulier pour cela
parce que les Galères ont un Ge"
néral, & ce pouvoir luy avoitesté
donné.MrleDucdeMortemar
qui les a déja commandées en
chef, & qui a fait voir autant
de prudence & de conduire que
de fermeté dans les rencontres
les plus dangereuses, a marqué
beaucoup de joye de l'occasion
qu'il avoit d'apprendre avec un
- grand Homme ce qu'il pouvoit
encore ignorer des maniéres de
faire la Guerre sur Mr. Mr du
Quefhe y est aulïi intelligent
qu'intrépide. Les treizeVaisseaux
Hollandois,reste malheureux
de 1.Embrasement de Palerme
, qu'il rencontra à quelques
milles de Sicile, apprirent COin-,
mentil doit estre craint; & l'Escadre
de Tripolyassiegée dans
le Port de Chio, en peutdire des
Nouvelles plus récentes. Ceux
qui l'ont veu sur Mer, disent
qu'on croit voir le Dieu
,,
Neptune
, tant il ressemble aux Portraitsquesonenfait.
-
Voicy en quoy consistoit l'Armement
destiné conrre Alger.
VAISSEAUX.
LeSaint-Esprit,monté par Mz
le Marquis du Quesne
,
& commandé
Pir,M' duQuelne .i--
ton son Neveu, de70. Canons.
---: Le vigilant, par Mrde Tour.
ville. CanonsjS.'
* Le PrlldtfiJ, par Mrle Cheva-
• lier de Léry. Canons46. L'E»lfaparMrde Saine Aubin,
Cunons 44.
Levaillant, par M de Beaulieu.
Canons 54.
(
L',I,,Turi, par Mrle Commandeur
de Cogohn46.-7*Clu+o <1C6i
Le Chevat Marin, par Mr le
Marquis de la Porte. Canons
+6.
L'Aimable, par Mr Grinvé. Canons
46.
Cindien^pirM le Chevalier
de BjlL'fonciiie. CltlOn4-6.
LFtaite, par M' de Bjlle-Iiïe.
Canons 41.
LrLaurier, par M' Foran.
GALIOTES.
La Brûlante, commandée par
MrdesHerbiers.
,.' La Menacante^x Mr Goërron.
LaFoudroyante, par Mr Beaussier.
6
La Bombarde, par Mr de la
Combe.
La Cruelle,parMrdePoincty.
.-
Il yavoir {u'- chacune de ces
GaliotesdeuxMortiers,&quatre
Canons.
GALERES.
La Reale.
La Patronne.
La Reyne.
La Grande.
I.a Fleur-de Lys.
LaMadwte.
La Ficre.
La FlJrt-t. :
La Couronne.
La Syrene.
La S. Louis.
L*Invincible.
LyAmazone.
La Valeur.
LaHardie.
Jeneparle point de plusieurs
autres Bastimens, comme Barques,
Brulors, Flustes & Tarranes.
Pour reprendre l'affaire dés
sa source, il faut vous dire ce qui
adonné lieu d'envoyer Mr du
Quesne avec ces forces conrre lesAlgériens.Le18.Octobrede
l'année derniere, le Divans'estant
assemblé, on fit venir Mr le
Vacher, Missionnaire Apostolique,
qui exerce le Consulat de
la Nation Françoiseà Alger. On
luy déclara la Rupture de la
Paixavec la France, & l'on fit
en fuite partir douze Vaisseaux
qu'on avoit armez en Guerre
contre les Marchands François.
Ce procedé estoit tout-à-fait
irrégulier, & contre l'usage ordinaire,
puis que la coutumeest
que lors qu'on déclare la Guerre
on laisse, avant qued'entreprendre
aucun acte d'hostilité, autant
de temps qu'ilen faut,pour
faire sçavoir cette Déclaration
dans toute l'étenduëdu Païs, où
les deux Partis doivent se rencontrer;
mais ce n'estoit pasce
que vouloient ces Barbares, puis
qu'ils déclarerent tout de bonne
prise, des qu'ils eurent declaré
que la Paix estoit rompuë. Il n'y
a point de Nation,quelquebelliqueuse
qu'elle soit, qui puisse
estre à couvert de l'insulte,lors
que l'on tient un semblable pro
cedé contre elle. Il ne faut pas
s'étonnerapres cela, si nos Marchands
ont fait quelques pertes.
Ils n'avoient rien à craindre
,
si
l'onn'en eust point ule d'unemanierc
si barbare, puis queles
François ne peuvent estre furpris
sans trahison
) & c'est cette
trahison qui mérite le châtiment
qui vient d'estre commencé.
Pendant que ces choses se passoient
à Alger, M' du Qucfnc.
tenoit les Corsaires de Tripoly
assiegez dans le Port de Chio.
Vous sçavez qu'il leur donna en
suite laPaix, & qu'elle fut ratifiée
par le Grand Seigneur, qui
avoit envoyé à Chio trente-six
Galeres, qui y demeurerent quatremois
pour la gloire des François.
C'est de quoy je vous ay
donné un ample détail dans pku
sieurs de mes Lettres, Mr du
Quesne se rendit à Tenedos,
apres tant d'actions glorieuses. Il
y trouva.Mr le Majqui*d'Am^
freville qui s'y estoit rendu avant
luy avec quelques Vaisseaux. Mr
Je Chevalier de Tourville, Lieutenant
General des Armées Na.:
vales du Roy, & Mrle Marquis,
delaPorte, arriverent sur la fin
du mois de Mars au Port deMal-<
the avec les deux Vaisseaux de
Guerre qu'ils commandent. Ils
ytrouverent Mr de Cogohn
avec un autre Vaisseau du Roy.
Tous ces Messieurs avoient ordre
de croiser aux environsd'Alger.
Mr le Builly Colbert qui
alloit exercer le Generalat des
Galeres de la Religion, s'estoit
embarqué sur le Bord de Mr le
Chevalier de Tourville. Les
Vaisseaux du Roy sélüerent Malthe
de neuf corps de Canon,6c
le salutleur fut rendu. Tousles
Chevaliers estoient surles Remparts,
pourvoir entrer nosVaisseaux
dans le Port.. Monsieur le
Grand-Maistre envoya demandera
Mr de Tourville s'il n'avoit
besoin de rien. Ce Chevalier
alla le voir le lendemain,suivy de
tous les Officiers de lefcadre;
avec six Trompetes à la teste. I.
rendit en fuite visite à Mrle Bailly
Colbert,quilejour precédenc
s'estoit servy d'un Canot pour
dclw|uer. Mrle Grand. Maistre
envoya prier Mr le Chevalier de
Tourvilleàdîner le jour fuivanr.
Il s'y rendit & mangea plusieurs
fois avec luy. Depuis ce tempslà
les Vaisseaux du Roy demeurerem
huit jours devantMalthe.
M le Chevalier de Léry, Chef
d'Escadre, partit de Toulon au
mois de May, avec trois Vaisseaux,
pour aller du costéd'Alger.
Ilcroisalongtempsdepuis
Majorque jusques au Capde
Palos, &Mr deTourvilledu cô- 1 T téde Malthe. Ils attendoientMr
du Quesne & le reste de l'Âr„
mée destinée contre les Asgériens,
qui sçachant quecesVaisseaux
estoient en Mer, firent re:i
tirer les leurs dans leurs Ports.
Ainsi leurs courses & leurs pirateries
furent arrêtéesparlesbons
ordres que leRoyavoit donnc^Sc*
ce fut par làque l'on commença
àlleess ppuunniirr de lleeuurrttrraahhiissoonn.LLee
4. Avril Mrdu Quesne quitta
Tenedos, apres avoir donné l'a-':
larme à des Puissances formidabies.
Ilylaissa un Vaisseau pour 1
escorter quelques l'iaviresM..
chands quidevoiept. partirde
Constantinople, & arriva le18.
de JuinàJloulon,où il trouva
desordres pour se rendre à Alger,
si-tost que tout cequi e(^
toit destiné poar cette Expédition
seroit prest. Les G ileres
forcirent du Po t de M trfeille le
21. Juin. M Foran, Commandant
leVaisseau nommé l'Etoile,
& les cinq Galiotesarrivées à
BrestduHavre de Grace ,k de
Dunquerque
,
mit à la voile le,
24. deJ 11lier. Mr du Qjelhe estoit
party de Toulon le 12. du
mesme mois, avec quatre Vaisseaux
de Guerre, trois Brulots,
trois Fl'iftes ,deux Tartanes.
Mr de Cogolin estoit le 6. de c--
mesme mois àl'Isled'Yvica,où
il chargeoitdesrafraîchissement
Ilyavoitesté envoyé par Mr le
Chevalier de Tourville,qui croifoit
devant Alger avec trois Vaisseaux.
Les Algériens ne doutant
pas que la France ne se vangeast
d'un procedé aussi irrégulier&
aussi lâche que le L'ur,firét: laPaix
avec toutes les Puissances contre
lesquellesilsavoient Guerre, afin
d'estre plus en état de soûtenir les
armes duRoy;maisnycettePaix,
ny la défence àlaquelleils s'e stoient
préparez,ny leurs Vaisseaux
qu'ils avoient fait retirer
dans leurs Ports, de crainte qu'ils
ne fussènt rencontrez par les nôtres,
ne les empescherent pas de
se répentir de ce qu'ils avoient
fait, &desouhaiter la Paix avec
nous- ce qui les obligea de tirer
i Wl. coup de Canon sans boulet,
tlorsquils
Içairent que Mr le
Chevalier de Tourvville estoit
proched'Alger, pour faire C011-I.
noiftre que si l'on vouloit parler
de Paix, ilsestoient prests d'y entendre,
maison ne voulut pasles
écouter. Mr de Tourville avoit
envoyé dire en passant au Roy de
Thunrs)qu," s'il retiroit deiVaiffiarlX
d'Alger, il Us iroit brûler jùrqacs
dans(011 Port. Le 10. deJuillet, les
Galiotes passerent à l* vûë de
Cadix pour aller joindrela Flore
au Rendez-vous. Le 16. du mesme
mois MrduQnefne.arriva à
Barcelone. Le 17. il patla* à la,
vûë de 1Isle Majorque,qu'il
quitta pour aller à Yvica , où il
fitdel'eau. Il y trouva les G"qe.
re^ commandées par Mr le Chevalier
de Noailles, qui enest
LieutenantGeneral Le 18. il
moüilla prés de rifle de Formentera,
où la Flote fit du IKHS.Il en
partit le20.& le IL. Toutel'Armée
arriva sur la costede IJ.rbu'.
rie, entre Alger&Sarcelle. Le
il. on fitvoile vers Alger, & le
23. on mouiHa dans la Bijye à
deux portées de Canondela Ville.
On ytrouva les Vaisseaux, Si
les Galiotes dont je vous arp,¡r:.,
lé ,qui çstoient arrivé .'S, cinq
joursauparavant Les Galeres
avoientpris sur leurroutle una
Londre quivenoit (i'Aéundrie à
Alger,chargée deRis,&de quan
tité d'autres Provisions quifurencd1flribuées
surla Flore. Ilest
temps desarrester pouradmirer
lamerveilleuse conduireduRoy,
<jmfait tout mouvoir dckaiGi*
binet. Toue agitselonses ordres,&
rien ne imrïqufe.Ses Vaisseaux
le promenant de tous côtez
sur lesMers,lils afTureht les
N'Avires Marchands; &quand il
cft queston dvf-fe ratïembler,les
lnefur qu'on prend font si jusées;
qtfils'se rejoign5:s(< malgré le ,
pfcii de fearercJdeU'Elemcnc qui
tes.porte, ) f mesme jourque Mc
du Qj^fnearriridevineAlger.
La fliue du24.au i 5. ce G '1:; ral
appritparun Esclave Livournois
fouved'Aigu qi\>n équipoit i
Sarcelleune Frjgite & une J),o:
lacre pour allerencourfc.r-Sar.-
celle estunpetit Port à vingccinq
mined'Alger, ou environ,
'déferid,-p d'arit.iForcereiïe qui a
xbx;'hu'irou vingt Pieces de CaiaohmEacerk1S,
livres
de Balles sur desBaltions terras-
.-,' fez. Mr du Quesnerésolutd'aller
brûler les deux Bâtimens
qui estoient dans le Port de cette
Place. Pour executer cette
enÍeprite, il fit un detachement
de quatre Vaisseaux, & de huit
Galeres. Les quatre Vaisseaux
estoient le Saint-Esprit qu'il
monte, qui estoit commandé par
Mr du Quesne Quiton sonNeveu;
le Prudent, par Mr le Chevalierde
Léry; le Vaillant,par
Mr de Beaulieu; 5c l'Eole, par
Mrde S. Aubin d'Infreville. Les
Galeres estoient celles quecommandent
Mr le Chevalier de
Noailles, Mrle Commandeur de
lnBretesche, Mr le Chevalier de
Breteüil, Mr dz Forville
,
Gouverneur
de Marseille, Mr le Chevalier
de S. Heran, Mr le Com-<
mandeurde Mandols, Mr le
Chevalier Rousset, ôc Mr de
(ur_ç_;ville. Ils arrivèrent devant
Sarcelle le25. Juilletavant
midy. LeSaint Espritqui moüilla
le premier l' Ancre, receut
tous les coups de la Forteresse,
pendant qu'il mettoit une croupiere
pours'entriverser. Le Prudentmoüillaaussi-
tostapres, 5c
partagea les coups de Canon;
enfuite l' Eole,&apres leVaillant,
dont les Capitaines firent
extrémement bien leur devoir,
quoyque le feu de la £orterc{ïe,
quiprésentoitune Tour quarée,
une Courtine, & une moitié de
Bastion rond, avec huit Pieces
de Canon de dix-huit de Calibre,
fie. cessast point lereste du jùur)
quelque brêche que les Canons
cesVaisseaux y enussentfaites,
parcequ'elle estroitextremement
bienterrassée. LePrudent,&
l'Eole avoient l'Avantgarde. Les
-
Galeres se mirent du costé de
l'Oüest enligne; & apres lacanonade,
versle Soleil couché,on
fitun Détachement desChaloupes
&CaïquesdesGaleres, pour
aller avec la Tartane que cotrv
«ïanioir* pour unediversion, Mr
deCogolin, qui s'estoit embarqué
sur le Saint Esprit
,
brûler
les Bâtimensqui estoient sous 14
Forteresse de Sarcelle; ce qu'on
execura vigoureusement, ayant
misles Esquifsdes deux Tartanes
en Brûlots,quoyque toute
laCoste fut bordée de Mousqueïçrie
ennemie. Mrle Chevalier de
de Roünez,Neveu deMr le
Marechal de la Feuillade, ôc
Lieutenant,deGalere, fit des
.çh?Íès surprenantes. Mr le Duc
c_' Villards, Meisseursles Marquis
de Bellefonds,&deSepvilléz,'&
c Messieurs deChaland&de
Losun, furent du Détachement
commandé par Mr la Mauviniore
, Lieutenant du Saint-Esprit.
Tous ces Braves exposerent leur
vie avec beaucoup d'Intrépidité.
Apres qu'on eut brûlé les deux
Bâtimens, on mit à la voile, le
veut étant au Sudcft à la Terre,&
assezfraispourretourneràla Pa.
ded'Alger. Onarrivaenmoins
de quatre heures à la B aye de cet- tePlace.Pendant la routeon fit la
reveuë des Vaisseaux qui s'estoiettrouvez
àcette expédition.
- Il est impossiblede s'exposer
autant que fontles François, sans
qu'il y en ait quelques-uns de
ruez &; de blessez, quand les
occasions sontaussi chaudes que
celle de Sarcelle lefut, & que
l'on tira autant de coups de Canon
On en trouvera pourtant le
nombre plus considérable, si
l'on examine la maniere dont
ils se sont exposez.Voicy leurs
noms.
Garde de Marine, ont esté tuez.
Mr de Vauray Gentilhomme
deMr le Marquis de Bellefonds,
a esté blesse.
Mr d'Aligre, Capitaine en Second,
aesté blessé à la jambre de
plusieurs éclats de Canon. Ce
nom est celebre non seulement
par deux Chanceliers de France
decette Maison, mais encor par
plusieurs autres grands Hommes,
qui ayant pris le party de
l'Epée, se sont exposez pour le
service de l'Etat. On ne peut
faire voir plus d'intrépidité que
celuydont je vous parle en a fait
paroistre, puis qu'ayant esté
blessé dans plusieurscombatsde
liute, il a fait voir que ses blessures,
loin de l'avoir rebuté du métier
de la Guerre, l'ont toûjours
excité à s'exposer despremiers
dans rouçes les occasions périlleuses.
Il avoit déja esté blessé en
1676. au Combat qui se fit le 8;
Janvier proche les Isles d'Estremboli,
où il eut l'épaule caffée,
& à celuy qui fut donné
le 22. Avril de la mesme année,
oùil receut un coup fort dangereux
à la te ste.
Comme aucun détaildel'affairede
Sarcelle n'aesté donné
au public, jecroy que vous devez
estre satisfaite de celuy que
je vous envoyé. Il n'y eut en tout
que dix-huit ou vingt Matelots
& Soldatstuezou blessez
, outre
les Personnes de marque que je
viens de vous nommer. -
Ce qui s'estoit passé devant
Sarcelle, n'avoit fait qu'augmenter
l'ardeur des Officiers & des
Soldats; chacun brûloit de se
signaler, & ceux qui n'avoient
point eu de part à cette action,
portoient envie à ceux qui s'y
étoient trouvez. Cettejalousie de
belle gloire est ordinaire aux
François; & comme elle n'inspire
que de belles actions, elle n'a
jamais trouvé de Censeurs. Il
n'estoitencorque le 16. deJuillet,
&unefaison si peu avancée,
faisoit esperer qu'on trouveroit
assez de beaux jours, avant qu'
elle changeast, pour executer le
dessein pourlequel on estoit venu.
On s'y prépara, & l'on réfolut
de n'attaquer Alger que la
nuit, afin de pouvoirapprocher
plus prés de la Place, devant laquelle
on prétendoit demeurer
chaque fois jusques à dix
heures
du matin, en la canonant toûjours,
& en y jettant des Bombes
pendant toutcetemps. Les Galeres
devoient remorquer les
Vaisseaux& les Galiotes àdemy
portée du Canon du costé de la
Ville. La plûpart devoient se
ranger sur une ligne en demy cercle
au Nord-est, & le reste le
long de la terre pour batre les
Forts,pendant que les premiers
bateroient la Ville en ruine. Le
6. du mois d'Aoust, le temps
ayant paru favorable pour tenter
l'entreprise qui avoit esté projetée
, on se mit dans l'ordre que
je vous viens de marquer, mais
la bonacecessaaussi-tost, & l'on
fut obligé de se retirer malgré
l'impatiente ardeur des Troupes,
quinerespiroient que la flâmeôc
le feu.Le13. letem psseremitau
beau. On ne pût faire paroistre
plusdejoyequ'en témoignerent
tous les Officiers des Galeres, Se
particulierement Mr le Chevalier
deNoailles. Ilsavoienttoûjours
craint de partir sans avoir
eu lieu d'executer les ordres de la
Cour, & de signaler leur courage,
& leur zele pour le service du
Roy; de maniere que le calme
les réjoüit beaucoup. On n'en
perdit pas un moment; & dés
qu'on s'en futapperceu, chaque
Galere prit sa Remorque. On
n'ajamaisvu une joye si grande,
&siuniverselle dans l'Armée, £c
les cris de Vive le Roy se firent entendre
de tous costez. L'ordre
du mouillage n'avoit point este
changeâtes Vaisseaux,lesGaleres&
les Galiotes,avoient lenr
nrême Poste.A l'entréede lanuit
on alla à une portée de Canon de
la Ville;maisunoragese leva tout
d'un coup duventd'Ouest Sur-
Oüest, qui fit promptementquiterla
Remorque, & chacuns'en
retourna moüiller où il pûrfc
Deuxjours apres cetretempeste,
Mr du Quesne voyant que le
mauvais temps continuoit,
que la saison estant deja fort
avancée, il n'estoit pas certain
que le calme deust revenir, il
renvoya les Galeres en France.
Elles partirent le 15. du mesme
moisdAoust. Apres le dépare
des Galeres, Mr du Quesne rêva.
aux moyens de soûtenir la gloire
de la France contre les Elémens
mesmes; & apres avoir puny les
CorsairesdeTripoly
,
il ne voulut
pas laisser(1erceuxd'Alger sans
châtimentIlestoitdifficile. Les
Galiotes devoient servir pour
jetter les Carcasses U les Bombes;
maisilfaloit pour cela qu'-
elles fussent remorquées par les
Galeres, & les Galeres avoient
esté obligées departir. Ilfalloit
donc trouver un moyen defaire
naviger sans Rames & sans Voiles
des Bâtimens qui sont ordinairement
immobiles sur la Mer;
-
ce qui devoit paroistreimpossible.
Cependant Mr du Quefnc
en a trouvé le secret; & s'il n'a
pas remporté une pleine victoire,
ce qu'il a fait est plus glorieux
pour la France, que s'il avoir entierement
ruiné Alger,puisqu'il
a triomphe des Elémens, & qu'il
a fait mouvoir des Machines immobiles,
les Galeresqui lesdevoient
faire agir estant parties.
Comme cequ'une occasion pressante
l'a fait entreprendre est une
chose toute nouvelle, il n'y auroit
pas lieu de s'étonner quand
elle n'aurait pas esté executée
avec toute la justesse qu'on auroit
pû desirer. C'est un coup
d'essay, & que l'on peut appeller
un coup de Mettre. Vous
allez voir comment il est venu
à bout d'un dessein si hardy; mais
je doy vous apprendre aupara..
vant ce qui en a précédé l'execution.
Le départ desGaleres avoir causé
unejoye generale dans toutela
Ville d'Alger,& les François ne
luy paroissoient plus en état de
l'insulter cette année;mais quand
ils'agit d'esprit & de valeur, il est
dangereux de s'y fier, & ils trompent
souvent leurs Ennemis,
mais les ruses font permises à la
Guerre. Voicy par où Mr du
Quesmecommença de faire con- nostreaux Algériens, que leurs
alarmes avoient trop olf cessé.
Il ordonna à tous les Vaisseaux
d'appareiller & de le suivre, ce
qui fut aussi-tost executé. On
paffil devant la Place en ordre de
bataille, pour sçavoir la portée
de son Canon. Elle en tira plus
de cent coups, sans qu'aucun des
Vaisseaux témoignaitavoir envie
de rien remuer, quoy qu'il
sistcalme, & qu'on n'alast prefque
pas de lavanr.LeSaint-Eftrit
&l'assuréreceurentseulsde leurs
coups. Le Saint-Esprit eut une
hampe de la grandeHune coupée,
&/'Affinéeut un coup à une
brasse dans l'eau, & un autre à
l'avant hors de l'eau. La fierté
avec laquelle on passa lessurprit
beaucoup. On mouillaensuite
l'Ancre envirantà l'autre bord
en croisant autour de leur Mole
, à la portée à toute volée de
leurs Canons. A presquoy ilfut
ordonné que l'on porteroit la
nuit suivante cinq Ancres pour
les cinq Galiotes qui dévoient
jetter les Bombes.On alla mouillerà
la portéeduPioletdesMurs
d'Alger. Il y avoir à chacun de j
ces Ancres neuf ou dix Gressins
pour arriver jusques aux cliiq
Vaisseaux qui estoient les plus
proches. Us prirent les bouts des '-
Touées, & en mesme temps chacun
une Galiote. Les Vaisseaux
qui n'avoient point de Galiotes,
porterent un Ancre à terre à la
longueur de sept Gressins, & e~.
pisserent cinq Cables sur l'Ancre
- qu'ilsavoientmouillé. Leschoses
estant ainsi préparées, 6c le
dte'mAposuss'te,sotanndtémtaiscahuabeau le22.
toutes les
Chaloupes des Vaisseaux de
guerre pourladéfense & pour le
service des Galiotes, des Brûlots,
& des Flustes, & pour leur porter
des Bombes, de la Poudre, &les
autres choses necessaires; & les
*
Galiotes ayant pris leurs Toüées,
si; halerent jusques où elles juge-
* rent à propos, 6t en mesme
temps les Vaisseaux filerent de
leurs cinq Cables, &. virerent sur
leurs Amares de terre, pour soûtenir
leurs Galiotes.. Chacun
estant ainsi à son poste, & les
Galiotes entraversées, on tira
vingt-cinq Bombes pour essayer
la portée des Mortiers. Deux
choies furent cause qu'on n'eust
pas cette nuit là toutle succés
qu'on avoit souhaité. Je ne dis
pas esperé, car il n'y avoit pas
lieu d'en attendre dés la premiere
nuit d'une navigation si
extraordinaire, & d'une maniere
de faire la guerre si nouvelle.
Elle auroit pourtant réussy d'à,
bord, sans quelque desordre que
le feu causa dans la Galiote de
Mr de Poincty, &. sans le peu
d'effet que firent les Bombes,
[parce que l'on estoit trop éloigné
de la Ville, ce qui fut cause
Lque chacun revint la mesme nuit
mouiller à son Poste. M' Car-
:melin, qui avoit la conduite des
Bombes, avoüa qu'il s'estoit
trompé. Il dit, quiln'estoit pat
extraordinaire qu'unHommequi ne
connoissoit pd1 la Mer, se crustla,
nuit plus avancé qu'il n'estoit. Il
demanda qu'on, relevast les Ancres,
qu'on les approchait, Se
qu'on en portait au Sud du Fanal;
ce qui luy fut accordé. Il
r estoit certain de l'effet que de-
| voient faire ses Bombes, & il en
[ venoit de remarquer une, qui
estant tombée sur des Roches,
avoit fait un si grand fracas, qu'-
elle devoit faire croire que si l'on
pouvoit en jetter dans la Vilic,
»
elles yen feroient beaucoup plus.
Mrle Chevalier de Léry se chargea
d'aller mouïllertrois Ancres
à une petite portée de Mousquet
du Mur qui fait la clôture du
Port. On tira cinq coups de Canon,&
quelques coups deMousquet,
sur les Chaloupes, ce qui
ne l'empescha pas de mouillerses
Ancresvisàvis les grosses Bareries
de la Place. Le soirdu )0.
le temps s'estant remis au beau,
les Galiotes se paumerent. Mrdu
Quesne envoya pour les soûtenir,
un Londre qu'il avoir fait.
armer,& quiavoit esté pris par
les Galeres. lien donna lecommandement
à M1 le Comte de
Sepville. Il y avoit cent quatrevingts
Hommes dessus. Mr le
Marquis de
-
Bellefonds, ME du
Chalard, Mle Chevalierd'i-f.é).
& quantité d'Officiers, de Gardes
de Marine,& de Volontaires,
sy embarquerent. Les Galipte*
s'estanttraversées, commencerent
à tirer des Bombes, ce qu'-
elles firent avec beaucoup de
succés. Elles entirerent plus de
six-vingts enmoins de quatre
" heures, qui tombèrent prcfqac
toutes dans la Ville. Elle leur répondit
par plus de izoo.coupff.
de Canon,& par un nobre infiny
de coups deMousquer, maiscom-
Ine les Galiotes n'estoient pasà
pic des Ancres,, la Mousqueterie
ne venoic pas jusques à elles. Ils:
nemettaientle feuàleur Canon,
que lors qu'on le mettoit aux
Bombes) parce que l'éclat que
fait l'amorce en s'allamant, leu.
servoit de but. Ils tiroient cinq
ou six coups de Canon en melme
temps sur chacune des Galiores,
dont ils voyoient partir une
Bombe. Jugez par là du nombre
de coups que chaque Galiote
eust à essuyer, & de l'intrépidité
des François. On a trouvé un
Boulet de soixante Se quatre Ji.
vres dans l'épaisseur du bois d'une
de cesGaliotes, laquelle n'en
a point esté percée, ce qui doit f ire connoistre la bonté de ces
Bastimens, & les loüanges que
méritent ceux qui les ont fait
construire. Il n'y eut personne
de nostre part de tué ny de biene
pendant cette Action. Comme
on estoit fort pres desBateries,
lesBoulets passoient par dessus les
Vaisseaux; & les Galiotes estant
fort bas, il estoit quasi impofsible
de les toucher. Une Baterie
qui tiroit à fl.:'qr d'eau, incom-
- moda un peu. Onse retira avant
lejour, & l'on desarma le Lon..
dre, parce quec'estoit un méchant
Bastiment qui ne pouvoit
jreûfter aux courans, 6c que le
moindre vent de large l'auroit
misà la Coste.Onsçeutbientost
le fracas que les Bombes avaient
fait. Le desordre estoit si grand,
dans la Ville, que plusieurs Esclaves
chercherent à en profiter,
& se sauverent pendant le tumulte,
le voisinage de nos Vais- aux leur en ayant donné le
moyen. Ils rapporterent que les
Bombes avaient tué quantitéde
Gens, derenversé beaucoup de
Maisons, & qu'une de ces Bombesestant
tombée dans la grande
Âio'qivçequi estoit alors remplie
de Peuple, avait tué phlS de cent
Personnes, & rüiné une partiede
la Mosquée
, ce qui avoit causé
de si grandes alarmes, que dés le
lendemain les Femmes, lesEnsans,
les Mores&les Juifs,&mesme
beaucoup deTurcs, en etrôlent
sortis qu'il s'estoit formé
plusieurs Partis dans la Ville, Se
qu'on demandoit hautement la
Paix. AprescetteExpéditionMr
du Quesne permit au Contre-
Admiral Holladoisd'rmoüil-
,1er contre laVille, & d'y faire ses
affaires. Les Galiotes ne purent
retourner la nuit suivante.Lesoir
du mesmejourMr du-Qusneusa
dela prévoyance d'un grand Capitaine,
& envoya M' le Chevalier
de S. Geniez Lieutenant de
Mr le Marquis de la Porte, pour
observer pendant la nuit si les
Ennemis ne viendroient point
tenter de couper les Amares ou
Cordages par le moyen desquels
lesGaliotes alloient, & venoient
des Naviresprés les Murailles du
Port
1
& de M aux Navires lors
qu'elles estoient rappellées parle
signal. Il y passa une partie de la
nuit,&exécuta l'ordre qu'il avoit
receu avec une vigilance incroyable.
Il sauva mesmeun Esclave
Canarien,qui voulant regagner
les Vaisseaux à la nage,
estoitrepoussé versla Villepar la,
rapidité des Conrans. Il douta
pendant quelque temps s'il lerecevroit
) parce que l'on doitse
Méfier detout cequi vient du
costé de ses Ennemis. Les ruses
estantpermises en Guerre,on doit
encore plus craindre tout ce que i l'on peut soupçonner d'avoir intelligence
avec des gens d'aussi
mauvaise foy que des Barbares,
& des Corsaires. Monsieur le
Chevalier de S. Geniez se laissa
neanmoins toucher, parce que
l'Esclave luy cria plusieurs fois,
Salva christianum, ÔC crut qu'il
ne devoit pas laisserpérir un
Chrétien,s'ilestoit yray qu'i l le
fut. Il le fit don..: entrer dans son
Canot, qui n'estoit alors qu'à
demy portéedu Pistoletde l'entrée
du Port. Cette bonne aébol
futrécompensée, cari confirma
non seulement ce qu'avoient dit
les autres touchant l'effet des
Bombes
,
mais il ajoûta que le
Peuple alarmé avoit voulu forcer
Babahassan qui commande toute
la Milice d'Algerà faire la Paix,
& qu'ill'accusoit hautement de
la declaration de la Guerre qui
avoir estéfaite à la France; mais
qu'il avoit calmé cette sédition en
assurant à ce Peuple qu'il feroit
enlever nos Galiotes; qu'ensuite
il avoitfait armer une Galere,qui
restoit dans leur Port, trois Brigantins
, quelques Barques longues
,
& quelques Chalouppes
de leurs Vaisseaux; qu'il avoir rcsolu
d'y mettre quatre à cinq
cens Hommes, & qu'il avoit promis
deux mille Ecus pour chaque
Galiote qu'ils ameneroient.
Il avoit sçeu par un Matelot
échappé de la Flote, qui s'estoit
fait Renégat
,
l'étatdes Galiotes,
& le monde qu'il y avoitdessus.
MI du Quesneprofita aumtost
de cet avis, ôc ne fut pas du
sentiment de ceux qui luy dirent
qu'il n'yavoit rien à craindre, &
que les Algériens n'avoient jamais
fait sortir aucun Bâtiment
de leurPort pendantla nuir. Jusques-
là Mr duQuesneavoitcrû
ne devoir pas mettre plus de
monde sur les Galiotes. Elles n'etoient
point destinées pour rendre
de Combat. Il n'y avoir nulle
apparence qu'elles dûssent
estre attaq uées
; &. comme elles
ne devoient servirqu'à jetter des
Bombes,&qu'elles devoientessuyer
tout le feu de la Ville,
ç'eur esté y vouloir exposer sans
necessité tous ceux qu'onauroit
n-ilsdefliis;-mais comme les choses
changeoient de face,parl'avis
0 qu'on
qu'on avoit receu, MIdu*
ne fit mettresix Piéces de Canon
sur chaque Galiote, & sur celle
de Mrde Poincty
, parce qu'elle
estoitla premiere au Passages &
il commanda aux Capitaines des
cinq Vaisseaux qui les soutenoient,
d'envoyer sur chacune un
détachement de 40 Soldats, & de
12. Matelots bien armez. Comme
celle de ME de Tourville
estoit la plus avancée vers le
Sud, il eut un détachement de
dix Gardes de Marine plus que
les autres. Plusieurs Officiers se
partaéèrent aussi sur ces Galiotes,
& y servirent en qualité de Volontaires.
La mesme nuit ( c'estoit celle
du3.au4.deSeprembre,) les Galiotes
se paumerent comme elles
avoient deja fait ; mais à peine
avoient-elles tiré deux Bombes,
que les Algériens éteignirent
leurs feux, & firent sortir leur
Galere avec trois Brigantins, Se
quelques Barq ues longues. Les
Galiotes entendirent en mesme
temps crier, Galere, Galeri, & fè
préparerent aucombat. Cependant
la Galere Algérienne estant
avancée, ellefit une décharge de
Canon & deMousqueterie contre
la Cruelle, sur laquelle estoit
Mr de Tourville, & McOEcurs
Renault& Landoüiller, Commissaire
d'Artillerie & de Marine.
Mrle Marquis de la Porte y
w
esloit aussi entré. Cette Galiote
riposta d'une si rude maniere,
que la Galere sur obligée de passer
à la Galiote nommée UMenaçante,
quiestoitsoûtenuë par
Mr de Beaulieu Capitaine da
Vaillant. Il estoit accompagné
de Mr Rémondis Major,& de
Mr leChevalierdeComeinge. Il
avoit laissé la Chaloupe fous le
commandement de Mr Isar de -
Monclair sonLieutenant. Le feu
du Canon & de la Moufquerie
fut grand de part & d'autre. Le
-Canon de la Galioce estoit chargé
à mitraille. Mr de Baulieu
leSe servirluy-mesme fortàpropos.
Il tua quantité de Gens sur
la Galere, qui s'alongeoit déja
sur sa Galiote pour l'aborder. Elle
en fut tellement déconcertée;
.qrelie s'en retourna en diligence,
mcfmesansrevirer. Elle faisoit
scire, & escourée. Cet heureux
succés "fît redoubler les cris
de Vive le Roy. Mr le Chevalier
deComeingereceut en cette occasson
un coup de Mousquet au
traversl'épaule. Messieurs les
Chevaliersd'Orval& de Fumechon
furent blessez à la jambe,
& Mr de Godefroy Volontaire
fut tué. Un Esclave François
voyant la consternation où l'on
estoitdansla Galere, prit ce moment
favorable pour se jetter
dansla Mer, & sesauva dans la
Galiote,en criant, Courage,braves
François. On ne sçauroit trop
loüer l'activité de Messieurs les
Chevaliers de Tourville & de
Léry. Ils estoient chacun dans
leur Canot, & leur Canot se
trouvoit partout. Ilsdonnoient
des ordres partout, & faisoient
voirqu'ils n'ont pas moins d'expérience
que de valeur. M le
Duc de Villars, Mr le Marquis
de B llefonds, Mr le Comte de
Sepville, àc M1 duChalarr, esroient
dans le Canot de 1Ÿ1r de
Léry. Les Galeres recommencerent
à tirer des Bombes avant
que la Galere fut rentrée. Jugez
dela surprise des Algériens, qui
croyoient que de petits Bâtimens
comme nos Galiotes, ne pourvoient
resister à leur Galere, sur
laquelle leurs plus braves Avanturiers
s'estoient embarquez. Ils
ne tirerent pointjusques à ce
qu'elle fut rentrée dans leur Port,
de Crainte de l'endommager;
mais ils recommencerent dés
qu'ils la virent en seureté, & tirerent
cinq à six cens cou ps de
Canon. Une brune si epaisse que
chacun ne pouvoit voir auprès
desoy,estant survenuë, les Galiotes
furent obligées de se retû4;
rer, apres avoir jetté 80. Bombes,
qui ne causerent pas moins
d'alarmes & de désordre dans la
Ville que lespremieres. Comme
la Galiote de Mr des Herbiers
se paumoit pour s'en revenir, elle
receur deux coups de Canon tout
à la fois dans son arriere. Ils tuerent
trois; Gardes de Marine, un
VolontairIe, un Ecrivain du Roy,
&un Sergent.Le4. Septembre
les Agériens envoyerent dés le
matin dans la Chaloupe duContre-
Amiral Hollandois, le Sieur leVacher,Missionnaire&Consul
de la Nation Françoise à Alger,
pour demander la Paix à M du
Quesne, & le prier de ne plus
jetterde Bombes, Illuy dit que
le Divan se venoit d'assembler,
qu'il y avoit esté appelle, 8c
qu'on l'yavoit chargé malgré
luy de prier ledit Sieur du Quesne
d'envoyer quelqu'un pour
traiter. Mr du Quesne luy répondit
qu'il n'estoit point venu
pour négocier la Paix, mais seulement
pour châtier ces Corsaires,
de l'insolence qu'ils avoient
euë de déclarer la guerre à la
France. Il ajoûta ques'ils avoient quelque
chose àluy proposer, ils devoient
venir eux-mesmes àsonBord,& qu'il
yavoitseureté avec le Pavillon blanc.
Qu'àl'égarddesBombes, il en avoit
encore 4000.& qu'ayant ordre duRoy
de les employer toutes. iln'yperdroit
point de temps, & qu'ils pouvoient
s'assurer qu'on en tireroit encore cette
mesmenuit, Le Sieur le Vacher fit un
détail à M. du Quesne, dudesordre que
les Bombes avoient fait dans Alger, Se
de ce que Barba-Hassan faisoit pour le
cacherau Peuple, dans la crainte qu'il
avoit qu'il ne se soûlevast contre luy.
Lesoir du mesme jour les Galiotes se
paumerent a l'ordinaire pour jetter des
Bombes. La Galere ci'Alger sortit encore
avec un Fanal à la Poupe, mais
elle s'arresta à l'entrée du Port, & s'en
retourna apres avoir tiré sur la Galiote
de M.deTourville, & sur quelques
Chaloupes, mais les coups n'arriverent
5. au matin, les Algériens virent rentrer
dans leur Port une Galere qu'ils avoient
à la Mer. Il d'toit impossible de l'attaquer,
parce qu'elle rangeoit la terre de
trop près. Cette Galere accompagnée
de la premiere, vint à l'entrée du Port,
où elle fit trois décharges de Canon 6c
deMousqueterie. Tout estoit préparé
peur les enlever;mais le temps se gâta,
& M. duQuesne fut contraint de faire
relevertouteslesToüées,& de renvoyer
tous les Bâtimens de charge,pour ne les
pas laisser exposez aux coups de vent
du large.
Si l'on faisoit toutes les reflexions que
demandent quelquefois de certains Evenemens,
on redoubleroitsouvent
l'admiration qu'ils causent. Ce qui
vient de se passer devant Alger est de
cette nature. On sortoit d'une Affaire
fort glorieuse, qui ne s'estoit terminée
qu'après qu'on avoit contraint les Corsaires
deTripoly à nous demander la
Paix; mais la longueur du temps que
hos Vaisseauxavoient tenu les leurs aCsiegez,
ne permettoit pas qu'ils retournassent
Lilf l'heure à une autre Expédition;
de force qu'il sembloit que nous
ne devions point avoir de forces prêtes
pour arrester les Courses des Algériens;
mais le bon état où est présentement
la Marine en France, & la diligence
avec laquelle le Roy est servy, a esté
cause qu'en arrivant de Chio, M. du
ÇVMefne a trouvé des Vaisseaux prests
pour s'embarquer pour Alger. Admi-
-
rez, Madame,la prévoyance & labonté
de Sa Majesté, qui n'épargne rien pour
vanger les Sujets des prises qu'on leur a
faites quad ils croyoient estre en pleine
Paix. Aussijamais aucunRoyde France
n'a-t-ilresté si puissantsur Mer, & cela,
pendantque ses forces de terre sont formidables,&
que les Artsfeurissent dans
son Royaume. Cesont toutes ces choses
qui doivent faire regarder l'Affaire
d'Alger avec une plus grande surprise,
puis que pour rehausser une Action, ou
diminuer de son éclat, il faut examiner
le temps, le lieu, le nombre, le succés
qu'ont eu les autres en pareille occasion,
cequ'onavoulufaire,&ce qu'on
a fait. Quand on jugera ainsi de nostre
Entreprise contreles Algériens,on verra
que nous avons mieux réussyque Charles-
Quintavec beaucoup moins de forces
; que sans faire aucune perte nous
les. avons empesché pendrait roucrEcé
de faire des Courses; que nous avons
porté la consternation dele feu dansle
coeur de leur Ville;quenous leur avons
abatu ungrand nombre de Maisons, &
tué beaucoup de monde; & que si les
-
Vents n'cuncnc pointestécontraires, ils
n'estoient pas en pouvoir de nous resister,
Let,irps, comme jel'ay déjà dit,
fait le prix de chaque chose; & si
n'ayant que cinq Galiotes, nous avons
causétantde dommages,&mis laconsternation
par tout dans Alger, on peut
connoistre ce que nous ferons une autre
année,apresavoirreconnude si pres
la Place.
Je reçoy présentement une nouvelle
Relation de la mesme Affaire Alger.
Je la mettray dans la Seconde Partie de
ma Lettre. Quelque exacte que soit
celle que je viensdevous donner, il n'y
en a point de si ample à laquelle il ne
puisse manquer quelque circonstance.
Ainsi ce qui n'est point dans l'une, se
trouve dans l'autre; & quand on en a
- beaucoup, on peut plus facilement déveloper
la verité d'une grande Action,
Qui n'est pas toujoursentièrement sçeuë
de tous ceux qui l'écrivent, quoy que
présens,la fumée Se le feu dérobantsouvent
beaucoup de choses Ó. la connoissance
de ceux quis'attachent le plus à
en remarquer toutes les fuites. Il me
souvient de vous avoirenvoyé en mesme
temps quatre ou cinq Relations diférentes
de la feule Bataille de Cassel.
Celle d'Alger qu'on m'envoye présen-

tement est de M. dePoincty, qui a eu
bonne partà tout ce qui s'est passé, &
dont M.du Quesne mesme a fait l'éloge
dans les Lettres qu'il a écrites sur ce sujet.
Vous trouverez cette Relation Ii
bien suivie,que malgrélegrand nombre
de termes de Marine, elle paroist intelligible
àceux-mesmes qui ne les entendent
pas. Je passe à la Seconde Partie
decetteLettre. FIN.
Qualité de la reconnaissance optique de caractères
Soumis par lechott le