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1682, 09 (partie 1)
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e1l#/(iItrERCe%1rïjlRtE
SEPTEMBRE 1682.
PREMIERE PARTIE.
A PARIS,
AV PALAIS.
ON donnera toujours un Volume
nouveau du Mercure Galant le
lperemierjour de chaque Mois, lk on
vendra, aussi-bien que l'Extraordinaire,
Trente sols relié en Veau, t, Vingt-cinq sols en Parchemin.
A PARIS
Chez G.DELUYNE,auPalais,dansla
Salle des Merciers, à la Justice.
Chez C. BLAGEART, Ruë S. Jacques l'entrée dela Ruë duPlâtre,
en sa Boutique Court-Neuve duPalais,
AU DAUPHIN.
EtT. GIRARD,auPalais, dansla Grande
Salle, à l'Envie.
M. DC. LXXXII.
*?£CPKIVILLGE Dv ROI.,
AU LECTEUR.
ONne voulutpoint le dernier
mois donner deux Volumes
au Public, pournepointpajjer les
bornesque l'ons'estprescrites pour
une Lettre. Il s'en rfi plaint,
ayantluy-mesmeconnul'abondance
de la manere; &sur cette
plainte on s'est resolu à le contenter.
Le Mercure de ce mois cft
donc divise en deux Parties; maïs
quoy qu'elles fassent deux Volumes,
tousles deux nefont neantmoinsqu'unseulMercure.
Les
Articles deNouvellessont mestez
dans l'un &dans l'autre avec les
Festespubliques, & aucun des
deux ne contient de Nouvelles
sansRelations, nydeRelations
sans Nouvelles. Comme lesplus
belles choses périssent en peu de
temps,quandelles ne paroissent
qu'enfeuillesvolantes, laplupart
des Villes de Francesouhaitent
voir ce qu'elles ontfait en cette grande occasion, dans un Corps,
qui estans relié,sepuisseconserver
aisément; &pourfairea
leurs desirs empressez,&aux demandes
exprisses du Public, s'est trouvé on engagé à faire ces -- a J aIre deux Parties. Il est impossible de sedispenserdefaire
-
la mesme
chose le mets prochain, & l'on
avertit que le Mercured'Octobre
aura encor deux Parties. Ouelques-
uns de ceux qui jugent de
tout par le Titre, croiront peut- Icftre que toutes les Réjoüissances
j se ressemblent, parce quelles ont
; toutes le mesme nom, & qu'ony
parle deTe Deum, de Feux,
i de Vin, d'Instrumens, & de
l tout ce qui accompagne ordinaii
rementlajoye. Cependantce n'est
pas en juger juste. Iln'y a rien
qui ne soit changé par les circonstances;&
sanscela, tel qui plaide
: vingt années, n'auroitqua lire
] l'Article de la Loy qui regarde
1fin affaire, & cette affaire serait
décidée. Il en est de mesme à l'égard
des Festes qui ont estéfaites
dansles Provinces. La joye a esté
semblable par tout; mais chacun
selonson diversgénie,en a donné
de diverses marques, & de plus
de deux cens Feux d'artifice dont
J'ay les Mémoires, jen'en trouve
pas un seul qui se ressemble en
toutes ses parties. Si pourtanton
en croit ceux qui jugent de tout
sans avoir rien vû ny lû, &sans
vouloir rien entendre tout rieji
qu'une mesme chose. Si chacun
prononçoit si viste
,
je tiendrais
ceux oui en ce rencontre ont donné j des marques de leur invention&
de leur esprit,) plus malheureux
que les autres, qui n'ontpris aucune
peine. Ils ont inventé de
nouvelles manières de dresserdes
Feuxd'artifice. Ils ont fait du
Devises. Ils ont representé la
grandeur du Roy par un nombre
infiny de Figures différentes, (èf
faitparlàsonElogesans un long
dlscours: Ils ont donnédes Sujets
pourfaire descarrousels., & ont leu besoin d'application pour trou-
! ver cent choses de cette nature,
qauuitnr'eo,nt de ressemblance l'une a
que parce qu'elles marquent
la grandeur de nostreaugtifle
Monarque, & l'esprit de
ceux qui ensont les Autheurs. Il
estfort aisé de concevoir qu'encor
que toutes ces chosestendent a un
mesme but, elles font pourtant
toutes diférentes. Ainsi on peut
dire qu'on verra dans les cinq
Volumes qui renfermeront toutes
les Réjoissances faites pour la
Naissance de Monseigneur le
Duc de Bourgogne dans toutes les
Villes&les Provinces deFrance,,
autant de diversitéqu'on en trouve
dans les Livres de Voyages
qui parlent des Moeurs & des
Coûtumes des Pais les plus éloignez)
chacun ayantmeslé dans
ses divertissemens quelque chose
des Moeurs, de l'Mistoires&des
'{J(4ges desa Province ou de sa
Ville; ce qui me donne lieu d'as1
surer que dans chacun de ces cinq
Volume* ily aura quelque chose
de diférent & decurieux. Ilme
refle du moinsquatre-vingts Relationspourmeslerparmy
lesNouvelles
des deux Parties du Mercure
du mois prochain, (tff dans
chacune on voit non seulement
tout ce que l'invention& l'esprit
sont capables de produire, mais le
Cjénie de la France. Il nefaudra
que les lire, ainsi que les trois Volurnes
qui les auront précédées,
pour juger du hautpoint de gloire
ou ellesetrouve présentement, de
la grandeur deson Prince, & de
l'heureuse félicité dont elle joüit;
ce qui se remarque par les choses
magnifiques & extraordinaires
qluo'ietl,qleuevient de faire. Maïs ilfatoutsufl
nouveau du costé
des Sujet, quand tout estsigrand
du cossé du Prince.L'amour que
les François ontfait paroître dans
cette occasion,nesçauroit estre exprimé.
Il a esté au dela de tout ce
qu'on en peutcroire, &presque
dans toutes les Villes duRoyaume
il a saluuser d'une douce violence
pour empescher la continuation
des Festes, quisembloient
ne devoir point finir. Les deux
Volumes du mois prochaIn> contiendront,
outre celles de France
dont je ne vous ay point encor
parlé, toutes celles quisesontfaites
cl)ek les Princes Etrangers,
tantpar les Souverains, que par
lqes uAmebajJàdeurs de France. l'on ensçache unepartie
, l'éloignement des lieux demande
plus detempspouren estre
parfaitementinforme.Cecurieux
Recueil pourra estre utile en beaucoup
de temps,& lavenir fera
peut-estre bien aise de!c¿f/voir ce
qui s'estpasséà laNaissànce d'un
Prince., pour qui tous les Peuples
ontfaittant
de
voeux.
On avertitceux quivoudrontencor
donner des Relations, de les envoyer
avec une extrême ditigena. Pour les
l
Feux d'artifice, onpeuten envoyerles Desseins,quandmefrne le temps de lesjoindreaux ReUti$nsfiroitpassê,
On ne laisserapas de lesfaire graver
peur lesmoissuivans.
Le travail de deux Volumes à (fie
sigrandy qu'on n'a pû corriger les
Epreuves de ces deux Parties avec
une entiereexactitude,Ainsi onprie
le Lecteur de pardonner les fautes
J'impre[flon qui s'ysontglissées.
On donne avis que depuis la page
121. de cette Premiere Partie de Septembre,
jusqu'alapage216, par tout
où l'on trouvera le 6. le 8. le 10. de ce
mois, il fautentendreAoust, dl' non
pas Septembres & que danstoutes ces
pages, par tout ou ily aura une date
du dernier mois, il faut entendre le
mois de Juillet,&non ccluy d'Aoust.
Il est marqué dans l'Avis au Lecteur
du Mercure d'Aoust, qu'ilfaut écrire
Moseigneur Duc de Bourgogne.
On s'esttrompé, ilfaut le Duc. On a
la-dessus toute la certitude qu'ilfaut
avoir, MERCURE
PAERCYRE
CA.aLmtIàrr
SEPTEBRE
du de vous, quand vous m'asfurez
que vous avez leû derniere ma Lettre avec beau
coup deplaisir. Elle contient
plusieurs paroles du Roy, ôc
c'est assez pour vous la faire
estimer plus que toutes choses.
Quoy que je n'aye rien
aujourd'huy à vous rapporter
decequ'a dit ce grand Prince,
jecroymériter des rernercimens
de vous, en vousfaisant
part d'un excellent Fragment
de Sermon qui renferme
sonEloge. Ce Sermon;
fut prononcé le jour de l'Assomption
dans la Cathédrale
de Troyès, par Mr l'Abbé
Denise, qui en est Chanoine.
ELOGE
DE LOUIS XIV.
LOVIS LE GRAND
apû vaincre les Nations& \J" s'en faire aimer, conquérir des
Provinces®}lesnndre,donner
de Id- terreur & de l'admiration
d cent Princes ligue.Vertushéroïnes&
militaires,souvent
louées&jamais trop,- vonsestes
le partage d'un Conquérant, t'un Roysçavant & dans l'Art de
vaincre,sçavant dans l'Art de
régner;mais la Paix conçeuëdans
la chaleur de tant de Victoires,
accordée à l'Europe contre sonattente
&son espoir,tombée des
mains d'un jeune Héros toujours
assurédevaincre, cette Paixn'est
pas l'ouvrage de laseule modération
de Louis XIV. Quelque
moderéqu'ilsoit, il faut reconnoistre
que c'est un present de
cette Femmeforte,quiselon le
langage de l'Ecriture Sainte , a
paru devant le Dieu des Batailles
l'Olive dansles mains, Facta
sunt coram eo pacem reperiens.
Le Culte de Dieu &
deses Autels; les droits de la
Souveraineté & du Sacerdoce;
l'honneur des Offices divins rétablis
dans des Villes
ou la Religion
timide&desarmée deses
péroit de rentrer jamais; l'Herésie
affoiblie par la fréquente
désertion de tant d' heureux
Transfuges rappellez dans le
fin de l'Eglise Romaine par le
zele, la protection, les bienfaits,
disonsplus, par l'amitié du Fils
aîné de l'Eglise ; le respect dû à
nostre ~e/o~~r à nos mysteres
mis hors d'insulte, C.rL,aneé
des attentats des plus redoutables
Libertins. Actions immortelles,
dignes des louanges de la Chaire,
vous serez publiées dans le jour
du Triomphe de MARIE, puis
quauffibien que son Filsy quoy >
que àune maniérédférente, elle
tient dans ses mains le coeur d'un
Roy, auquel elle donne de sifavorables
impressions. Quel Reggnnee,
Messieurs, c- qu'il doit
jAfejjteurs,&qu i l durer,puis que le Ciel vient d'accorder
aux Voeux de la France
un Prince qui sera quelque jour
un nouveau soutien de l'Etat!
Que restoit-ilà Joubaiter a
Loüy LE GRAND, apres tant
de gloire & defélicité, que de
voir porter on Nom dans la
Postérité laplus reculée, parses
propres Enfans? En vain les
beaux Arts & les Lettres luy
promettaient cette Immortalité
glorieuse qui est deuëauxConquérons
& aux grands Roys.
Les Siecles à venir,frapez &
surpris des prodiges du nostre,
demanderont de meilleurs ga~
rands que des Historiens& des
Orateurs;&àmoins qu'ils ne
voyent dans les Roys qui doi- « ventsuivre, ces traits divins que
nous voyons briller dans la Personne
de nostre augusteMonarque
, la Posteritéétonnéecroira
toujours estre en droit de refuser
l'idée éclatante quon aura tâché
/#jydonnerdelagrandeurcfa
Regne sous lequel nous aurons
vesca. Qui pouvoit lever cet
obflacle3 Messieurs, sinon l'heureuse
fécondité de la Famille
Royale? Elle établit, pourainjt
dire, une perpétuité de Témoins
contre l'incrédulité des Steeles jaloux
de la gloire du noflre. Il
faut estre de ce Sang,&ajjts
sur ce Trône, pourforcer la postérité
de croirece que l'on aura
écrit de nostre Roy, & il riy a
que les Enfans de Ldiïis XlV.
quipuissentrendre untémoignage
incontestable de la Vie de leur
Pere. 'Puisse-t-eUe Jurer) cette
belle Vie
3
aussi longtemps que la
Francelesouhaite! Puisse un
Princesigrand dans la Guerre,
siaimable dans la Paix,sizelé
pourlEghje, si digne de l'amour
de sesPeuples; puisse-t-il voir
vieillir sa nombreuse Postérité;
&puisse &c>
Quelques grandes choses
que l'on puisse dire à l'avantage
du-Roy, avoüez, Madame,
qu'elles n'expriment
que d'une maniere tres-imparfaite,
ce qu'il fait penser
de ses admirables qualicez.
Ce Prince fait les delices de
tous les Lieux qui sont honorez
de sa présence; & les Palais
les plus somptueux n'ont
lien de si grand que sa Personne.
C'est ce qu'a dit agreablement
Mr Salbray
dans ce Madrigal sur le Château
de Versailes. s7/ estoitpermisduSoleil
De disposer desa présence
Versailles que Luy mesme il trouve
sans pareils
SurïOlympemfdKs-dente auroit la
préference. ilyvoit asa honte unplus noble
appareil
Degrandeur, -,txced;e richesse, & de ma-
MAh quoy que l'onadmire en ce
PaUischarmant)
; LOVIS en est encer leplusdigne
Ornement.
Vos Amies voudront bien
me pardonner deux Vers Latins
que je vous envoye. Ils
ont cité faits par M'Richou,
Chanoine de Bar-sur-Aube,
pour une Inscription du mesme
Versailles. Les Triomphes
de Sa Majesté peints
dans ce superbe Chasteau,
& le Secoursqu'elle preste à
ceux qui sont oppressez, mesme
aux Princes & aux Roys,
font assez connoistre le sens
: que renferme cette Inscription.
La voicy avec son Titre. ,
LUDOVICO MAGNQ,
REGI
CHRISTIANISSIM O,
VERSALI. REgia sum Vhcc.h\ JulIimibu-t
ampla triumpbis,
~J>hnf<:rtAuxilium LSIS, Nec
pluribus impar.
Rien n'estant plus difficile
que de bien faire le Portrait
du Roy, voicy un avis que
Mr Bonpart, Sr de S. Victor,
de Clermont en Auvergne,
donne aux Sculpteurs, & aux
Peintres.
pEintresfameux,sçavans
Sculpteurs,
En vain vous employez, le Marbre,
érles couleurs,
Four imiter les traits d'un prince
inimitable.
Vousserezsagement,sisuivant mon
conscil,
Vous quitez les Pinceaux,lesCizeaux
& la Regle.
Eh, comment imiter ce Princesans
parcil?
Nesçavez-vouspas bien qu'ilfaut
lesyeux d'un Aigle
Pournoirfixement le Soleil.?
Vous me demandez ce
qu'on pense icy de la nouvelle
Comete. Je ne puis
vous iatisfaire en rien plus
seûrement là-dc:ssus, qu'en
vous envoyant cequim'etf
tombé entre les mains , de
M' Cassini.
-
PREMIERES
OBSERVATIONS
DE LA COMETE
DU MOIS D'AOUST 1682.
Présentées au Roy par Mr Caffini,
de l'Académie Royale
sdes Sciences. lRU,
Dans les Réjouissancesuniverselles
pour la Naissance d'un
1
Prince, qui descendant de Vostre
Majesté promet devoir iftre
les délices du genre humain, ilsemble que le Ciel concoure
avec la Terre à donnerauxyeux
de tout le monde les plus rares
tÊ) les plus admirables Spéélarles.
Apres la lumiere extraordinairequ'une
Etoille Volante,
plus grande & plus éclatante
que les autres3 fit paroistre sur
l'Horizon de Paris &deVerfailles
la nuit avant cette augusle
Naijjance ; voicy prefentementunenouvelle
Etoliledans
le parallelemesme qui raze
l'Horizon de Paris
>
ou elle
'Vient paroijlre la nuit parmy
les Feux de la joye publique,'
& retourne le jour ruers leplus
haut du Ciel a six ou sept de-'
,grek de dijiance au Zenith.
Pour se diflinguer des Cometes
précédentes
,
qui (comme
il a eslé montre dans le Traité
de la dcrniere) ont la' plûpart
tenu une mejme route; celle-cy
en a pris une particulière, quoy
quelle ait commencé dese rendre
visible ajJez pres de l'endroit
ou la derniere cejja deparoiftreJny
ayant entre ces deux
tetmesqueUconfieUationd*Aurigd.
De laelle continueprélentement
son cours entre la grande
Ourse @J le Lion, qui efî
le Signe ou le Soleil s'efl joint
le mesme mois aux Planctes fuperieurcs
& ou elles doivent
faire cette année leur grande
conjonction.
Sa tefie3 dans laquelle con.
siste l'Etoille qui- efl l'origine de
la chevelure
,
ness pas st pale
que celle de la précédente;mm
elle efl d'unecouleur plus approchante
de celle deJupiter) de
figure ajfeTi ronde & mieux
terminée; & efiant veuepar 1.%
Lunete, elle (urpaJfè les Etoittes
de la premiere grandeur, quoy
qf/À la veuëftmple elle semble
plutojlégaler celles de lafécondé.
Sa queue 'vers les crépufcules
gr en présence de la Lune,
est courte C- peu apparente;
mais dans la nuit objcure, elle
cft plus visible3 & s'étend à la
douzième partie de toute la circonférence
du Cielj un peu recourbée
en arc vers le Septentrion.
Elle 4 un mouvement propre
parmy les EtoiUes fixes de cinq
asix drgrez ptr jour, un peu
plus vissequeceluy de la derniere
CometeJ lors quelle ejloit
dans sa plus grande vitejje
, Ó.
jusqu'àpresent elle semblel'accélerer
& augmenter en zrandeur
apparente, qui ce une
marque qu'elle peut durer encore
visible pendantquelque temps.
Mais comme ce mouvement cft
selon la fuite des Signes d'Occidentà
l' Orient, déclinant présentement
du Septentrion avec
une vîtesse beaucoup plus grande
que celle du Soleil; d'oresnavant
elle se couchera avant la
minuit, & paroistra feulement
sur l Horizon le matin & le
soir,pour entrer ensuite dans
les rayons du Soleil, d'où elle
ne sortira que pour aller à la
partieméridionale du Ciel.
Il n'y a pas longtemps qu'elle
s'est fait remarquer; car le 18.
& le 19. d'Aoustnous avons
fait diverses Observations à
tendraitmesme du Ciel où elle
devoit estre alorssélon le cours
quelle a présentement
,
sans y
avoiraperceu aucun objet extraordinaire.
Les nuits suivantes jusqu'au
24. le Ciel fut couvert à Paris
; mais ayantesté serein à
Orleans la nuit du 23. elle y
fut apperceuë par des Peres fesuites
au dessus de la teste des
Gémeaux,
0
Nous savons en suite ebservée
toutes lesfois que le Ciel
a esté découvert, & particulier
rement le 25. 27. 28. & 29. de
ce mois, pendantlesquels elle a
passédes Gémeaux au Lion, &
nous avons déterminé nonJeutementson
lieu apparent de jour
en jour, maïs Aussi fait quelque
essay pour examinersa pciralUxe
, que nous ne voyons pas
encore estre sensible ; c'est pourqouy
nousne doutons pas que ce
phénomene ne soit celeste.
Nous en donnerons les Observationsdessinées
dans le mesme
planisphere
,
dans lequel 4
ejîé marqué le cours des deux
précédentes; & nous les expliquerons
dans un Traité qui demande
une pluslongue appli-
• cation. Ce premier crayon servira
pour montrer a Vostre Majessé
mon obéissance, en luy
présentant, sélon le commandement
dont il luy aplû de m'honorer,
ce qu'ondécouvre de plus
rare & de plus remarquable a
son Observatoire Royal.
On a beau s'imaginer pouvoir
lire dans les Astres. Ils
ne nous instruisent point du
moment fatal où la mort arrive,
&nous en sommes fort
souvent surpris, que nous la
croyons encore éloignée.
C'est ce qu'on voit tous les
jours, & dont M. de Champlatreux,
Président à Mörtier
au Parlement de Paris,
nous fournituntriste exemple.
Il mourut subitement
en son Hostel le Jeudy sixiéme
d'Aoust. Monsieur
Molé, son Filsaîné, alla
recevoir le lendemain les
Commandemens deSa Majettc,&
prirpossesion de sa
Charge l onzièmedumesme
mois, avec les formalités accoûtumées.
Je ne. vous en
diray pas présentementdavantage,
vous ayantparlé de
sa Famille dans maLettre
du mois d'Aouit 1679.
Dans celle de Février de
la mesme année, je vous en..
tretins fort amplement de
Mr de Bethune, Seigneur,
VicomtedeMeaux, Comte
de Chanron, & Baron de
Guépré. La mortnous l'a
enlevéàl'âge de cinquante
ans. IlestoitFilsdeMrleDuc
d'Orval.
Mr l'Abbé de Montmoreau
n'a pointjoüy du don
que
que le Roy luy avoit fait dcw
puis trois ou quatre mois. H
avoit esté pourveu de l'Abbaye
de Manlieu, & il est
mort peu de temps après.
Il est mort aussi un tresfameux
Avocat, & un Medecin
qui a fait beaucoup de
bruit. L'un est M' Beuré, &
l'autre Mr Blondel. La faculté
de Medecine de Paris
joüit à present d'un grand
repos, par la mort du dernier.
Il demeuroit seul obstinément
opposé à l'approbation
genérale de l'Antimoine,
dont il combatoit les bons
effets, ayant tellement troublé
depuis trente ans cette
docte Compagnie,qu'ellea
paru toujours divine. Comme
apparemment ses opinions
mourront avec luy, il
y a lieu d'espérer que la concorde
& la paix ne manque,
ront pas à s'établir parmy
tant d'honnestes Gens, si ce
n'est que les Scrutateurs de
Spécifiques, & les Sectateurs
des Acides & des Alkali, qui
font en très petit nombre, ne
s'imaginent que lemoyen de
se distinguer, c'est de faire
parlerd'eux,&qu'ils ne veüillent
un jour insinuer dans
quelques Theses des Propositions
d'une doctrine erronée,
qui ne se peut soûtenir
que par des hypotheses ou
par de trom peuses ex périences
; mais le mal n'ira pas loin, puis qu'on n'a point à
douter que la plus laine partie
de la Faculté ne s'y oppose,
& qu'elle n'arreste le
cours decesnouvelles& dangereusesMaximes,
qui faisant
impression sur l'esprit de la
Jeunesse,pourroient luy donner
une teinture préjudiciable
àla pratique de la bonne
Medecine.
Mr l'Evesque d'Aleta
presté depuisquelque temps
le Serment de fidélité pour la.
Charge de Grand-Maistre
de l'Oratoire du Roy, que
possedoit Messire Loiiis Fouquet,
Evesqued'Agde. Il est
de la Maison dcValbclle,,
originaire d'Italie, & établie
en Provence depuis plus de
200. ans. Les diversemplois
dont ceux de ce nom
ont esté honorez, & que
leurs services leur ont fait
acquérir justement, sont des
Eloges qui ne peuvent estre,
suspectsau Public.;rc
le Commandeur de Valbelle
eut l' honneur d'estre employé
plusieurs fois par Sa
Majesté en Candie, enHollandie,
en Ital ie, &enfin à
Messine,où il entra le premier,
insulta la Flote des Eipagnols,
& se fit admirer des
Hollandois dans les Combats
de Lipari, d'Agouile,
de Palerme, &
de Sarragoce. -Il tutcheràVlaPatrie,habile
dans les Lettres, & genéralement
connu pour un des
plus braves & des plus dignes
sujets de l'Etat.
M'te Camus, Evesque de
Grenoble, dont vous connoissez
la pieté & le zele
pour les intérests de Dieu, a
eu depuis peu une joye des
plussensibles, en recevant
le 5. de ce mois l'Abjuration
de Messire Aléxandre de
Bardonnenche, Seigneur de
Thorane, de Trésane, de
S. Martin, de Clelles, Vicomte
deClermonten Triéves,
& cy-devant Conseiller
au Parlement de Dauphiné.
Ce changement a surpris les
plus considérables des Prétendus
Réformez de cette
Province, qui le connoisfane
pour un Homme cTciprit&
dejugement, ne peuvent
raisonner à leur maniere,
ny chercher les motifs
de sa conversion dans
l'intérest ou dans la foiblesse.
Il n'a plus sa Charge de Conseiller.
Ainsi s'il a renoncé à
suivre Calvin, ce n'a point
esté pour la conserver à U
Famille. Ce qui fait d'ailleurs
connoistre qu'il ne s'est
rendu qu'à la connoissance
de la Verité, c'est qu'il y a
deux Chargessemblables
vacantes dans la mesme
Compagnie, & que Mr l'Evesque
de Grenoble, & Mr
d'Herbigny Intendant de la
Province, l'ayant pressé d'en
prendre une, avec offre de
la part du Roy d'en payer
une partie de la finance, &
de luy conserver
-
son rang
d'ancienneté, comme l'on
eust pû attribuer l'action
, qu'il vient de faire aux ré-
• compenses & aux bienfaits,
il a refusé ces offres, & pu- • blié qu'il ne veut devoir son
salutqu'aux vives lumieres :
qui l'ont inipiré. Sa Famille
est fort ancienne, &nousest
connuë par les soins de Mr le :
Président Allard, qui en a
marqué la Genéalogie dans
le troisiéme Volume de celles
qu'il acomposées pour les
Maisons nobles de Dauphiné.
Ungrand Bourg luy
a donné le nom qu'il porte,
dans le tempsque les Familles
se (ont fait des noms
heréditaires. A ynard, Seigneur
de Bardonncnche, vivoit
l'an 1210. C'est de luy
que par quinze degrez d'-
Ayeux qui ont succedé les
uns aux autres, & dont la
plûpartsesontsignalez dans
les ArméesdesDauphins de
Viennois,& des Roys Dauphins
, est descenduMrde
Bardonnenche dont je vous
apprens laconversion. Il a
eu le BrévetdeConseiller
d'Etat; & dans les Emplois
qui luy ont estéconfiez pendant
qu'il estoit Officier au
Parlement de Grenoble, il
s'est toûjours distingué par
sa conduite & par sa prudence.
Il a des Fils dans le
service, qui commandent
des Compagnies, & porte,
d'argent auTreillis degueulles,
cloüé d'or, auChefd'or, chargé
d'unAigle naissantdesable.
Le 25. du dernier mois,
Mademoiselle de Tonnécharante,
de la Maison de
Rochechoüart, Fille de feu
M le Comte de Tonnécharante,
Colonel du Régiment
de la Marine, & deDame
Marie de Phelypeaux, Fille
de feu M' de la Vrilliere Secrétaired'Etat,
épousa le
troisiéme Fils de Mr Colbert,
que l'on appelle aujourd'huy
Mrle Marquis de
Blainville. La Nôce se fit à
l'Hostel de la Vrilliere par
Mrle Marquis de Chasteauneuf,
Ministre &Secrétaire
d'Etat, Oncle de la Mariée.
Mr l'Archevesque de Bourges,
Frere de Mrde Chasteauneuf,
fit la cerémonie
des Epousailles dans l'Eglise
S.Eustache. Le lendemain,
les Parens de part &d'autre
furent conviez par Mr Colbert
d'aller en sa Maison de
Sceaux. Le Divertissement
commença par la promenade
sur le grand Bassin, où
ily avoit unConcert de FIütes.
Au retour dela promenade
, on trouva dans les
Apartemensdes Concerts
d'Instrumens &de Voix. Ils
furent suivis d'un magnifi-
;i que Soupe sur troisdiférentes
Tables. A l'issuë de ce
:! Soupé, il y eut un très-beau
Feu d'artifice. M Colberr,
qui se faisoit un plaisir de
surprendre l'Assemblée, a-
.; voit commandé au Sr Gervais,
qui estoit l'Artificier,
de ne point dresser ce Feu
que la Compagnie ne fust
sortie du Jardin, ce qui arriva
fort tard. Il fut placéau
bas du Jardin^commença
par soixante Boëtes, qui furent
suivies d'un pareil nom.
bre de Fusées d'honneur que
l'on tira deux à deux. Celai
estantfait, six grosses Fufécs
de gloire partirent les unesj
apres les autres. Ce sont des i
Fuséesqu'ainventées le Srl
Gervais. Chacune porte juf.•
qu'à mille Etoiles ou Scr-
-
penteaux. On mit en fùite
le feu à cinquante douzaines (
de Pots à feu, & à vingtquatre
Quaisses de Fuiées)
volantes, de deux, quatre,
, six, huit, & douze douzaines
< chacune, ce qui fitremar-
- quer que le Feu alloit toûjours
- en augmentant. Apres <
cceellaa,oonnttiirraauunneeGGecrrbbeeCferr-.«

quis d'Ormoy, que je ne
croy pasqu'il soit necessaire
de vous repéter ce que je
vous en ay dit, pour vous le
faire connoistre,&pour vous
apprendre que dans tout ce
qui regarde les fondions de
sa Charge, il fait servir le
Roy avec la mesme vigilance,
la mesmeexactitude, &
le mesme zele que MrColbert
son Pere.
Il est arrivé à Brest un accidentqui,
quoy que funeste,
n'a pas laissé de paroistre
fort plaisant. Vous
sçavez, Madame, qu'il est
peu de Villes où il ne passe
de ces Savoyards, qui trouvent
leur subsistance à porter
deRuë en Ruë de certaines
Boëtes,dans lesquelles
les Enfans viennent voir à
peu de frais,la Rareté, la Curiosité.
Un de ces Porteurs de
Raretez ayant un jour trouvé
le Vin bon),'eenn bbût plluuss
qu'ilnefalloit. Lors
qu'ileut
pris l'air, il n'alla pas loin
sans tomber par terre, & il
y tomba si rudement, que
l'apopléxie l'ayant surpris, il
fut suffoqué en fort peu de
temps.LaJustice se saisit du
Corps, & le remit en suite au < Curé, qui luy donna sepulture.
Le Bailly, s'emparant
du Savoyard ,s'emparaaussi
de son Trésor. Ilneconsistoit
qu'en une Boëte. Le Paradis
estoit d'un costé, & l'Enfer
de l'autre.Le Curé prétendit
estrepayé de sa peine; le
Bailly de mesme. Grand debat
entr'eux, & grand vacarme.
Chacun s'empressa
pour les accorder; & afin
que l'un ny l'autre n'eust
point à se plaindre, on dit
que le Butin devoit estre partagé,
& qu'il falloit les faire
tirer au sort. L'expédient ne
les accommode point. Ils
craignent l'augure, & aucun
des deux ne veut consentir
au partage de l'Enfer. Cependant
la Boëte est toûjours
en dépost. Le diférent
demeure indécis; & ceux qui
m'ont instruit de l'affaire,
prient le Public d'en décider.
belle occasion de parler.
Voicy ce que cette Naissance
luyafaitdire.
SONNET.
DAns les Etats chrestiens, dans
l'Empire Infidelle,
Les Princesau Printemps armoient A
qui mieux mieux,
Etdans toute l'Europe on eust dit que
lesDieux
Vouloient nom menacer d'une Guerre
cruelle.
Comme il vient pour régir toutele s
Nations,
Pendant qu'ilnaîten Paix comme les
Alcions,
Tout pourle recevoir doitestresous
les armes.
Jamais Naissance n'a esté
suivie d'acclamationssigenérales.
Il n'y a point de
marques de joye qu'on n'en
ait donnéesicy. Quoy que
ma dernicre Lettre ait esté
toute remplie desRéjoüissances
que l'on y a faites dans
tous les Quartiers, elle n'a
point esté assez ample pour
renfermer tout ce que j'avois
à vous en dire. Ainsi je
fuis obligé de vous en parler
encore au commencement
de celle-cy. Parmy lesCommunautez
Religieuses, les
Hospitalieres de la Raquete 1
se sont distinguées. On ne
peut faire plus de Prieres publiques
& particulières qu'-
elles en ont faitavant&apres
les Couches de Madame la
iDauphine. Elles chanterent
solemnellement le TeDeum,
ôc vinrent en suite assister au Feu qu'elles avoient donné
ordre que l'on préparait. On
voyoit sur un Lieu sort emi-
Inent une Colomne de feu,
au dessus de laquelle paroissoit
un Globe lumineux qui
jetta une infinité de Pyramides
de Rimes. Une clarté
sortit un moment apres de
l'épaisseur d'un Arbre, prodigieux
pour son excessive
hauteur; &cette lumière
1qui se fit jour à travers les
ombres des branches, représentoit
en quelque façon la
Colomne de nuéequi conduifoit
les Hébreux pendant
le jour,comme la Colomne
de feu dont je viens de vous
parler, représentoit celle qui
les éclairoit pendant la nuit.
En fuite on entédit un grand
bruit, qui par une invention
toute nouvelle contrefit merveilleusement
bien celuy du
Canon. Ce bruit futsuivy de
deux Motets, chantez l'un
& l'autre parune tres-belle
Voix. Tout le Convent fut
illuminé,
illuminé, & l'on fit les réjoüissances
& les libéralitez
ordinaires.
Les Religieuses Hospitai
lieres de la Place Royale
ayant esté averties par Madame
la Duchesse de Richelieu,
que le temps des Couches
de Madame la Dauphineapprochoir,
firent des
Communions parriculieres &
genérales. Elles continuerent
cette devotion, accompagnée
deNeu svaines, juL
quesau jour que cette mesme
Duchesse leur fitsçavoirque
Madame la Dauphineestoit
en travail. La Supérieure fit
incontinent venir au Choeur
toute la Communauté, qui
ne cessa point de prier jusqu'à
ce qu'elleeustappris
que la France avoit un nouveau
Prince. Les Réjoüissances
de ce Convent ont
esté proportionnées aux Prieres.
(
Outre les Prieres, lesInstrumens
de Musique,& l'Artifice,
dont se servirent les
Religieuses de la Visitation
de Sainte Marie de la Rue
du Bac, Fauxbourg S. Germain,
pour marquer leur.
joye, ellesétalèrent des Tableaux
de toutes les Conquelles
de Sa Majesté. Ces
Tableaux estoient accompagnez
de Devises & d'Emblémes
à sa gloire.
On ne peut rien voir de
plus grand, de plus magnifique,
ny de plus ingénieux,
que ce qu'on a veu au Convent
des Maturins. Le Pere
Mercier, General de cet Ordre,
appellé de la Sainte Trinité&
Rédemption des Captifs,
avoit fait faire un Feu
d'artificeélevé sur le Balcon
de son Jardin. La Figure du
Roy, toute de sculpture, de
d'un beautravail, yestoit
posée. On lisoit ce demy Vers
au dessous,OshumerosqueDeo
similis. Aux deux costez de
cette Figure, on avoit placé
deux Bustes, l'un de l'Empereur
Auguste, avec ces paroles,
quiAugusto augustior;
& l'autre du fameux Annibal,
avec celles-cy, Cui Magno
magnus cessitAnnïbal.Ily
avoit entre ces deux Bustes
quantité de Vases & de Pyramides
d'un très beau marbre.
Au dessous de la Figure
du Roy, ôc devant la face du
Feu d'artifice, Monseigneur
leDuc de Bourgogne estoit
représenté en Figure d'argent,
avec un Manteau de
Duc, lx une Couronne de
vermeil doré. Le reste du
Frontispiceestoit orné des
Armes de toute la Maison
Royale, & de quantité d'autres
Peintures, toutes à la
gloire de Sa Majesté. Deux
Lyons de sculpture terminoient
les deux extrémitez
du Balcon. Le Pere General,
quoyqu'indispose depuis
longtemps, descendit exprés,
& voulut luy-mesme allumer
le Feu. Il fut tiré au bruit des
Trompetes. Toute la Court
estoit environnée d'un nombre
presque infiny de Flambeaux
de cire blanche. Avant
& apres le Feu, on tira quantité
d'Artifice, Se pendant ce
divertissement on distribua
du Vin en abondance.
Le Pere Prieur des Chanoines
Réguliers de la Maison
Royale de Sainte Croix
de la Brétonnerie, apres des
Prieres & des Réjoüssances
extraordinaires, fit un Régaleà
tous ses Religieux. On
a chanté dans le mesme Lieu
unTeDeum pour la Compagnie
des Sergensà Vergedu
ChasteletdeParis.
Dans la Tragédie rcprésentée
au College de laMarche
,
il y eut un Concert de
Musique à la loüange du
&°V> & plusieurs Odes recitées
sur la Naissance du nouveau
Prince. Le Principal de
ce College, apres avoir fait
chanter le Te Deum, fit allumer
un Feu d'artifice, & distribuer
du Pain& du Vin.
Les Religieuses de l'Annonciade
du S.Esprit, établies
au Village de Popincourt,
par Jeanne, Fille de
France, ont suivy en cette
occasion l'intention de leur
Fondatrice, qui est de s'appliquer
particulièrement à
prier Dieu pour la Personne
du Roy, & pour toutela Maison
Royale.
-
Ainsi elles faits ont des Prieres journalieres
&des Communions genérales,
pour l'heureuse délivrance
de Madame la Dauphine.
La nouvelle qu'elles en eurent,
fut suivie de Feux, &
d'Illuminations. Elles firent
faire aussi une distribution
- de Pain & deVin.
Les Festes galantes n'ont
pas esté oubliées parmy ces
Réjoüissances. Des Demoiselles
bien faites & spirituelles,
ont représenté àS.Cloud
une Comédie enMuisque,
composée sur des Avantures
qui s'y sont passées. Elle avoit
pour titre, l'automne deSaint
Cloud, & estoit ornée de Balets,
de Machines,&de changemens
de Theatre. Le Prologue
estoit sur la Naissance
de Monseigneur le Duc de
Bourgogne.Je vous l'envoyé.
On dit que MrCompoint le
jeune en afaitlesVers. Leur
lecture vous fera juger de
leur bonté. Il doit donner
dans peu un Livre auPublic
fous le nom de la Philosophie
desDames. La Décoration de
cePrologue représentoitdans
les costez du Theatre, des
Bois & des Plaines, & dans
l'enfoncement, un magnifique
Palais plein de Feux ôc
d'artifice, & environné de
Fontaines de Vin salissantes.
La Nymphe de Versailles, &
la Nymphe de S. Cloud, parurent
sur ce Theatre, cx;
chanterent le Dialogue qui
fuit,
LA NYMPHE
F deVersailles. Uyez, cruels transports de ma
douleur profonde, * a«•/i Succedezàmes cris, Jeux&Plaisirs
charmans,
Msnau^fhPrincejfenmerveilles
fcionde
Estdélivrée enfin cie/ès affreux tourmens.
Les Dieuxsesontservis defis illustres
Flancs
Pour cêmblcr lessouhaitsduplusgrad
Roy du Monde.
La Nymphe deS. Cloud.
Je ne a,-cpoint, ~ty ce riche apfilrrit,
Ces brillantes Clartez, ces nouvelles
ForttaincSy
Ces douxbruits, &ces Voix qui remplissent
nos Plaines,
Me l'ont appris en troublant mon,
sommeil,
Etla Nature cnjînfifurpajflwtfcymesme
M'afait appercevoir un changement
extrême,
Par l'éclatant lever d'un troisiéme
- Sole il.
La NymphedeVersailles.
Quelbienpourles François! LaNymphedeS.Cloud,
J^uel heureuxavantage!
La Nymphe de Versailles.
Déjàmille Peuples divers
Accourus à l'envy du bout de l'ZJnivers,
Pour l'admirer,Qrpour luy rendre hommage
Marquent l'ex, cés de leur commun
bonheur.
La Nymphe deS.Cloud.
Mon z cle àlessuivre m'engage,
Etje brûle en secret d'unepareille
ardcur;
Mais Avant quesa veuëaitpû lasatisfaire,
il-a Soettr, daigne de grâce,employer
ton pinceau
A tracer le Portrait de ce Soleil nouveau.
La Nymphe de Versailles.
Revérons-le, ma Soeur, ctfi tout ce
Le petinrdoreypefritetnlcemvploéyp.our mOl
Le Cieldoitl'avoir réservé
A quelqne Puissancesupréme.
le dirayfeulementqueJes traitsaccomplis,
Obligeraientyêr>mÀconfondre ellemeftnc
La beauté de ce Prince, & celle de
son Fils.
Ie diray qu'iln'estrien deplusgrand
deplusrare,
Que cet airsi majestueux,
Dont la Naturepare
Etsonfront (5*fisyeux,
« Puis qu'ony voit briller le divin Cttractere
DesonAyeul& de son Pere.
La Nymphe de S. Cloud.
Iln'égalerapointces deux coeurs généreux,
Quoy qu'il ensoitlanaturelle Image
La Nymphe de Versailles.
pour devenir Hérosfameux,
Ensagesse ainsiqu'en courage, ilsuffit qu'on approche d'eux.
Dés queses tendres mainspourront
porter les armes,
le lis dans ses beauxyeuxsa future
valeur,
Des Ennemisjeprévois les alarmes,
Etdesfaits merveilleux pourun si
jeune coeur,
levoy tous lesHumains témoins de
sagrandeur.
Ab, qu'ilsseroientsurprispardes Exploitssi
rares,
Si dansceRegne renommé
Le Héros des Françoisn'avoit accoutumé
LesNations,mêmelesplus barbares,
A des prodigesdontjamais
N'ontapprochéles plttJ hautsfaits!
Les deux Nymphes ensemble.
Nousdemandions un Prince le Ciel
noml'envoye.
Rendonsgrâcesaux Dieux
D'un donsiprétieux.
£>ue l' Universprennepartà la joyt
Qu'on voitéclater en ces Lieux.
Nous demandionsunPrince,~le ciel
nous £env0yc,
Rendons grates aux Dieux
D'undonJîprétieux.
La Nymphe de S. Cloud.
permets queje te laisse,&qu'enfinje
l ivyc
Cet auguste Présent des Cieux.
Cette Nymphe s'estant:
retirée, l'on vit paroître un
grand nombre d'Habitans
de Versailles & de S. Cloud.,
suivis des Peu ples de diverses
Nations, accourus pourvoir
le Prince.
La Nymphe deVersailles.
Vous, heureux Habitans de ces belles
Campagnes,
ÆI vous,qui pourle voirtraversant
les Montagnes
Estsvenus de L'une l'aitreextrémité,
<Qae vosJeux & vos Chintsfiffint
icy paroistre
Le comble deplaisir el""de Qu'en
tONI
Qu'enrecevant le jour, far ila tout i faitnaître. l a
Plusieurs Etrangers & Ebtraitnsg,
eres, avec diférens I-LI- témoignèrent à l'envy
par leurs dances, la joye que leur inspiroit la Naissance de
ce Prince; après quoy deux
Habitans deVersailleschanterent
ces Vers.
Tuminons,chers Amis, nos amoureux
tourm ns.
Ce temps - cy n'est pufait pour les
tendres Amans
Mdàseulementpour celebrer la gloire Du Mdij'h7e d'e ses Lieux chharmans.
En bevumt chantanthonoronsst
mémoire,
Réferions nos amours au retour du
Printemps, j
Etdansunsi bontemps
*
Neson(/"(OI1S plus qu'à boire.
.J Ù
Le Choeur des Habitans
de Versaillesayant répeté ces
deux derniers Vers, quatre
Bergères dancerent avec
quatre Yvrognes. Ces autres
Vers, chantez par deux Habitans
de S.Cloud, suivirent
leur dance.
Servons-nous de cejour heureux
leur celébrernosplus beaux 1eux;1
Etquetoutcede
Au :L.cie genéreux o*Servons-nousde ce jour heureux
Pourcelébrernosplmbsatix feux.
Une Dance générale des
diférens Peuples qui estoient
sur le Théâtre finit ce Prologue.
Toutes les Communautez
tous les Corps, ayant
témoignéleur zele en faisant
chanter le le Deum, Ms de
l'Académie Françoise, qui
ont l'honneur d'avoir le Roy
pour Protecteur de leurCompagnie,
en ont faitchanter
un en Musique dans la Chapelle
du Louvre. Il estoit de
la composition de MrOudot, dont j*e vous ay déjà parlé,
plusieurs fois,& il fut exécuté
par plus de soixante Personnes,
Joueursd'instrumens,
& Musiciens. La plûpart de
ces Messieurs se font distinguez
en cette occasion par
leurs Ouvrages. Je vous en
ay déja envoyé quelquesuns.
En voicy encor deux
Sonnets. Mr Quinaut a fait
le Second..
SONNET.
ENfaveurdel'Etat, Ciel, que
n'a tupasfait?
Nos vauxsontexaucez, la Dauphine
estseconde.
TaMPé>alc main par un donsi parfait,
Vient deperpétuerleplus beau Sang
du Monde.
Vailegreffe estpartout, chacun 11
satisfait
Nul ne peut contenir l'aise dont il
abonde,
Etpeu s'en estsalu que LOVIS en
effet
N'en aitdéconcertésasagesseprofonde.
Icy rien ne nous m.uzqtle) c nom
femmes contens.
Avec le mesme soin pourvois à tout
le reste,
Cief tu nous asdonné des Maitres
pourlongtemps.
SONNET. GRandRoy,quemilleExploits
fameux
Couvrent d'une gloire immortelle,
Goustez, une douceur nouvelle,
Un Petit-Filscomble vos VieUX.
I/ deSpectla!de feux!
Quels trafferts d'un Peuplesdelle!
Â-t-on veulajoye & le --c/c
Allumer fawais tant defeux?
C'cftpeupour Vousque l'avantage
D'avoirveu parvotre courage
L' Univers cent foisAlarmé.
*;en:(fez, d'unfortpréférable
Au bonheur d'estre redoutable,
Jamais Roy ne fut tantaimé.
Je joins à ces deux Sonnets,
l'Idille de Madame des
Houlieres, dont le bruit doit
estreallé jusqua vous, par
les applaudissemens qu'il a
reçeus àla Cour & a Paris.
Il y a tant de délicatesse, de
bon goust, & de bon sens,
dans tout ce qui part de
cette illustre Personne, que si l'usage estoit que les Femmes
fussentreçeuës à l'Académie,
on préviendroit ses
souhaits) pour luy offrir place
gdanslceUtte céleébré.Compa-
POUR
POUR.
LA NAISSANCE
DE MONSEIGNEUR
LE DUC
DE BOURGOGNE.
IDILLE. LAmourpressed'une douleur
sincre,
Età'a(on FlambeAU,rewp'Jes
Traits
Et parle Six jure àfk Mere
JÇu'tlnes*appat[ra jamais.
Toutse ressont desa colere,
Déjà les Oiseaux dans les Bois
Nefont plusentendre leurs rvoixJI
Et déjà le Berger néglige sa Bergere.
Ce matin lesJeux &les Ris,
De l'Amour lesseuls Favoris, 4
M'ont découvert ce qui le désespere.
Voicy ce qu'ilsm'en ont appris.
Un divin Enfant vient de naître,
M'ont-ils dit, à qui les Mortels
Avec empressement élevent des Autels,
Et pour qui pms regret nom quittons
nostreMaistre.
Sil'Amour est jaloux des honneurs
qu'on luy rend,
Ill'est encorplus deses charmes;
En vainpouressuyerses larmes,
Vénussursesgenouxleprend,
Luyfait honte desesfoibleffess
Et quandpardetendrescaresses
Elle croitl'avoiradoucy,
D'un ton plus ferme elle luyparle
diuflVous
avez,fourny de matiere
Aumalheurdontvous vous plaignez;
L'aimable Enfant que vous craignez,
Sans vous n'eut pointveu lalumière,
Maù consolez-vous-en, luy qui vom rendjaloux,
Unjoursoûmis àvostreEmpire,
£htoy que la Gloireenpuisse dire,
Fera de 10s plaisirsson bonheur le
plus doux.
Reprenez, donc vostreArc; J^oy^moit
Fils,seriez, vous
Aux ordres des Destins rebelle?
Songez- que vous devez, vossoins 4
l'Univers,
.f<.!!epttr VOM toutse renouvelle;
Que dans le vastesein des Mers,
.f<!!,estr lA Terre & cAns les Airs,
La Nature àsonaide en tout temps
vous appelle.
Ha ! s'écria l'Amour,je veux me
vangerd'elle;
Contre elle avec raison je mefins-
animé;
Avecde trop grandssoins cette [11.
grateaformé
Cet Enfant, ce Rival dema gloire
immortelle.
Concevez-vous quelle est ma douleur,
neon effroy?
Il estdéjà beau commemoy;
Maisjusqu'où les Mortels portent-ils
l'insolence?
Sans respectermonpouvoir, ny mort
rang,
On ose comparerson sangavec mon
sangs
On faitplus,surlemien ila lapréferences
On ne craint point pour luy la eélefit
vangcancc;
lid dans son Ayeul un trop puissant
| Appuy. Ji>uel DieupourlaValeur, J^utlDu#
pour la Prudence,
Pourroit avec LOVISdisputer diijourd'huy?
liefuis qu'ilfutdonné pour le bien de
la France,
On n'a plus adoré que luy.
De l' Univers, il regle lafortunes
Parunprodigeilest tout-à-la-fois
Mars,Apollon, Jupiter & Neptune;
Ses bontez,sessoins, ses exploits,
Font la félicité commune.
Au dela de luy-mesmeilporteson bonheur,
Asonauguste Filsluy-mesmesert de
guide;
On voit ce Fils brûler d'une héroïque
ardeur,
Etde Gloire en tout temps avide,
DAns lêfeinmesme de 14 Paix,
Auxfrivoles plaisirs ne s'arrester jamais.
î1fcplaiflàlaChasse, image de 14
Guerre,
Ilsi plaifla dompter d'indomptables
Chevaux,
En attendant lejourqu'armédefin
Tonnerre,
LoriS en triomphant du reste de la
Terre,
JroumiJJe asa Valeur de plus nobles
travANX.
Sien que de la Beauté voussoyez, la
VousnDelleujfyi,
eauferiez, ny transports,
Heureux&digneEpouxd'une jeune
Trinceffe,
J^uimérite tousses soûpirs,
Il ne daigne tournerses regardssur
les autres;
lAsischarmesail(si quels charmes
sontégaux?
Elle a les yeux aussi doux que les
vostres,
Etn'a pas un de vos défauts.
Vénusalors rougit de honte,
EtlançantsursonFils desregards
enflâmez,
cf!0oJ donc, dit-elle, à vostre conte
UneMortellemesurmonte?
Hé-bien, l'illustre Enfantdont vous
vous alarmez,
Pres demoy tiendra vostreplace;
Je veux ( & le Destin ne m'en dédira
pas )
,tueqtioy qu'ildise, ou quoy qu'il
fassi)
On y trouve toûjours une nouvelle
Grace;
Toutes vontpar mon ordre accompagnerses
pas.
L Amouttnmble à cette menace, IlveutfiâttrVenus ; mais Vénus s
cesmots,
Sejette dansson Char, (jp noie t1 vers
Paphos.
nllnsfin coeur la colereà lahonte
s'assemble.
Le chagrin de l'Amouri'accroifl par
ce couroux,
Etcommelechagrindrnoué
Ne pouvons demeurer ensemble,
Nous avons résolu d'abandonner
l'Amour,
Pour venirfairenostre cour
Au beau Prince qui,luy ressemble.
Voilacceqoue lnes Rtisé&l;es^uxm'ont
Ce Prince estsi charmant, qu'on les en
peut bien croire;
L'Amour estaujourd'huijalouxdesa
beauté,
À
nj.o#rtli.cnirdque Mays leserade
sagloire,
pHÎjft-t-ilteneursgrand, estresonjours
keureuxi ThïJjc * lejuste Ciel accorder à nos
vaux
Fourluy denotnbreuefséttneesi
Jfïjt'il«pl/Jlè des Héros les Exploits Mt quunjour, s'ilse peut,sesgrandts
destinées
Egalent celles de LOVIS.
Je voy bien, Madame,
par ce que vous me mandez
du Napolitain, que cet Ouvrage
a fait du fracas dans
vostre Province. J'avois bien
préveu que vos Amies en
seroient touchées. On doit
au moins demeurer daccord
qu'il a cet avantage sur beaucoup
de Livres de cette nature,
que quelque violente
passion qui y soit dépeinte, ilne donne point de mauvais
exemple, puis que l'amour est inspiré y par le devoir. Comme
jamais il n'en fut de plus
pressant, peut-estre aussi n'at-
on jamais entendu parler
d'un amour de cette force.
Le devoir ne produit pas tou- jours de pareilseffets,& c'est
en cela que ce Livre est singulier.
Je n'ay veu personne
que le sexe ou l'âgeait dispensé
de pleurer, en lisant la
Lettre que la malheureuse
A
mante du Napolitain écrit
en mourant à cet innocent
Coupable. Elle est pleine
d'un détordre qui met icy
bien du trouble dans les
coeurs. On n'ajamais rien
veu de plus naturel. Le vray
s'y fait si bien remarquer,
qu'une Femme fort
spirirituelle
disoit il y a quelques
jours, lisant cette Lettre,
qu'elle ne pouvoit se perfuader
qu'elle lût un Livre.
Beaucoup de Personnes, à
qui le secret de cette Histoire
est connu, sçavent que
peu d'incidens y sont inventez,
& que la plupart des Lettres
onteté écrites de la maniere
qu'on les a données au Public. La passion manque
rarement d'estre éloquence;
& en maticre d'amour, pour
écrire juste, onn'a qu'a suivre
les mouvemens de son
coeur.
Vous me demandez des
nouvelles de l'Académie de
Musique. Les Assemblées font fort y nombreuses. Cependant
on n'y représente:
qu'Alceste, qui n'est pas nouveau.
Il est vray qu'il l'est
par les Machines.autifquelles
Mr Bérain a parfaitement
direévuoffnys.C'estàluy que nous
l'invention des Lumieres
vives pour les Illuminations.
Le Soleil qui parut
devant la Porte de l'Opéra
le jour que Mr de Lully le
donna libéralement au Peuple,
estoit compote de plus
de mille Lampes. Il en fit un
essay devant la Porte, dés les
premiers jours qu'on fit icy
des Réjouissanccs pour la
Naissance de Monseigneur
.le Duc de Bourgogne. Il ne
faut pas s'étonner apres cela,
si l'Illumination des Galeries
du Louvre a ellesi éclatante,
puis que c'est le mesme Mr
Bérain-qui s'en est mefié.
Mais pour revenir à l'Opéra,
il faut vous apprendre que
Mr deLully travaille à celuy
de Pbaëton. Il doit estre pour
le Roy. Je ne vous dis point
qu'on attend beaucoup de
cet Ouvrage. Quoy qu'on
s'en promette, on peut s'assurer
qu'il remplira tout ce
qu'on attend;un aussigrand
Homme que luy ne pouvant
non faire qui ne soit le charme
de tous ceux qui ont un
peu de goust en Musique.
Le nouveau succés d'Alcelte
en cil: une preuve. Ily a plusieurs
annéesque cet Opéra
est fait, & on ne laisse pas d'y
découvrir tous les jours des
beautez nouvelles,qui y font
courir en foule, comme si
cestoient les premières Repdrésoentantionns
qauefli'on..en rL'UniversitedecetteVille
ayant esté la premiere de tuutes
les Compagnies à donner
des marques publiques de li
joye pour la Naiilance de
Monfeigncur le Duc deBourgogne,
ne sestpas contentée
de faire cesser pendant trois
jours l'Exercice des Classès
dans tous les Collèges, & d'y,
ordonner des Prieres & des
Feux, dés qu'elle eut appris
cette nouvelle. Elle a cru
qu'en qualité de Fille aînée
des Roys de France, & par
conséquent de Loii 1 S LE
GRAND, elle estoit obligée
d'entrerplus, particulièrement
dans les sentimens de
laFamilletRoyale. Ainsi s'eltant
assemblée par sesDéputez
chez Mr Tavernier ioja
Recteur, au College de Navarre,
elle ordonna que pour
terminer par quelque chose
de singulier les Réjouissances&
les Prieres qu'elle avoit
faites pendant un mois, feroit on une Processîon extraordinaire
en l'Eglise de N.
Dame, Protéctricc de nos
Roys, & de tout le Royaume,
& que pour cela on choi.
tiroit le Samedy 5. de Septembre,
afin d'honorer en taefme temps le jour de la
Naissance de SaMajesté, qui
estla source de tous les bonheurs
dont jouit la France.
La chose fut exécutée de
cette maniere par les soins de
MrdeLenglet, Syndic de ce
sçavant Corps, qui fut chargé
de l'ordre de toute la Cérémonie.
l
Mr Tavernier Recteur,
après avoir faitagréer à Mr
l'Archevesque de Paris que
l' Univerfité fit chanter un
TeDeum,&àMts les Doyen
& Chapitre qu'elle allast processionnellement
à leur Eglise
le jour que je viens de
vous marquer, envoya dés le
Jeudy 3. du mesme mois son
Mandement auxDoyens des
Facultez, aux Procureurs des
Nations, aux Principaux des
Colleges, à tous les Supérieurs
des Ordres Réguliers
qui sont du Corps de l'Université,
& à tous lesOfficiers
& autres Membres qui en
dépendent, portant ordre de
se rendre le Samedy suivant
à huit heures du matin, au
Cloistre des Maturins, Lieu
ordinaire de leurs Assemblées
générales, où s'estant rendu
luy mesme à l'heure assignée,
il prononça un fort beau
Discours Latin, dans lequel
entr'autres choses il fit voir
par les Passages des Livres
saints
, & de quantité
d'Historiens, dont les témoignages
ont toûjours esté
reçeus, Quec'est une-coûtume
presque
aussi
ancienne que le
Monde
,
desolemniser
le
jour
de la Naissance des Grands Princes
avec toutes les démonstrations
possiblesdejoye. Ildit, que celuy
de la Naissance du Roy devoit
estre celebré avec des transports
d'autant plus extraordinaires
cette année, qu'il concouroit avec
celle du jeune Prince, qui rfi la
consommation de 14 grandeur de
SaMajesté,l'affermissement de
ÏEw, & toute l'espérance du
Sciences & du Lettres, dont
eettegrandeCompagnie, qui ne
"yeconnoift que le Roy pour Fondateur
&pour Chef,si promettoit
de faireprofession à l'avenir,
avec autant de tranquillité. de
succés, & de réputation, quelle
dtvopt fait depuis pres de neuf
Siecles sousles glorieux auspices
Ideplas de quarante Roys. Il finit,
en exhortant ceux qui compofoient
son Auditoire,àfaire
eclater dans ljàflzon à laquelle
ilssedisposoient, une joye pleine
depieté, & d'une Religionsincere,
non parle brillant des Feux
d'artifice,ny par le bruit des
Boëtes, mais par leurs Chants,
& par les vives ardeursd'une
chantédivine, dontlesfeuxsont
toujours actifs, & les flâmes
pures.
Apres cette Harangue, qui
reçeut beaucoup d'aplaudissemens
de toute la Compagnie,
parce qu'elle exprimoit
fort naturellement par labouche
duChef,lessentimens
detouslesMembres, onse
mit en marche en l'ordre,&
en la manière accoûtumée.
Chacun bitsdscyerpéimruotnaiev;ec ses Ha-
& quoy
que cefust le temps des Vaccations,
ou la plûpart des
Professeurs & des Maistres
de toutes les Facultez sont à
la Campagne, il ne laissa pas
de s'y trouver un nombre
beaucoup plus grand que
dans les Processions ordinainaires,
chaque Compagnie
ayant tâchéàl'envy de signaler
son zele & sa pieté
dans cette importante occasion
,
où il s'agissoit d'attirer
par des prieres les bcnédictions
sur toute la Famille
Royale. Ceux
-
mesme que
l'âgeavoitdispensez depuis
un long temps de se trouver
aux Assemblées publiques,
semblerent avoir repris des
forces pour venir en celle-cy,
&yassister jusquesàla fin.
Mrle Doyen de Théologie
fut de ce nombre. On le àla vit teste de sa Compagnie
servir d'exemple à tous ceux qui la composent, & qui fai- * soient presque la moitié du
Cortege de ce jour-là.
La Procession ayant pris la marche par la Ruë de la
Harpe, & par dessus le Pont S.Michel, passa devant la
premiere Porte du Palais, &
arriva
arriva sur les dix heuresàN.
Dame, où elle fut receuë
dans l'Egliseau bruit des plus
grosses Cloches, qui avoient
commencéàsonner dés le
matin, & dans le Choeur, au
son de plusieurs Instrumens
de Musique, qui formoient
une Symphonie tres-agreable.
On le plaça en la maniere
ordinaire. La Faculté
de Théologie,&celle de Médecine,
occuperent les Chaises
du costé droit, ayant M'
le Recteur à leurteste. Celles
foule des Docteurs, des Licentiez,
des Bacheliers,&des
Maistres és Arts, se trouva si
grande, qu'encor que M1'
du Chapitre N. Dame, par
un effet du zele qu'ils ont
pour tout ce qui regarde la
gloire du Roy, eussent abandonné
ce jour là tout leur j
Choeur à l'Université, aussibien
que leur Musique, &
leurs Officiers, & qu'on eust
donné tous les ordres necesfaires
pourempescher lacon- .¡
fusion, les Compagnies se
trouverent mêlées les unes
parmy les autres, ce qui faisoitunspéctacle
tresparticulier
du mêlange des diférentes
couleurs, & des diférens
Habits qui les distinguent.
Un fort grand nombre de
ceux qui ne purent avoir place
dans lesChaises,ny sur les
Bancs qui avoient esté préparez
en divers endroits du
Choeur, demeurerent debout
pendant toute la Cerémonie,
qui dura jusqu'à une heure.
Elle commença par la Messe,
qui fut celebrée avec beaucoup
de pompe & de solemnité
par MCocquclin, Docteur
de Sorbonne, & Chancelier
de N. Dame & de l'Université.
Ilestoit assisté de
Mrs Boucher, & Coursier,
aussi Docteurs & Chanoines,
dont le premier faisoit les
fondions de Diacre, & le
second, de Sous-Diacre.
Treize Officiers assistans &
servant à l'Autel, les environnoient.
La Messe fut
chantée,aussi-bien que le
TeDeum à la fin, par la Musique
de cette Eglise, & par
un grand nombre d'Instrumens,
quirépondirentadmij
rablement à la beauté & à la
force de la composition de
MMignon. LeTeDeum.&
lesPrieres pour le Roy,estant
achevées, MrleRecteur, qui
avoit occupé la premiere
Chaise du Choeur, sortit de
sa place, &s'estant approché
de l'Autel, accompagné des
Doyens desFacultez, & des
Procureurs des Nations, il y
fit remercier Mr Cocquelin4
Chancelier, selon la coutume,
par un Compliment Latin
que Mrdu Clos., Bachelier
deTheologie, & Professeur
au College de Navarre,
prononça avec beaucoup de
succés. Il dit àceChancelier,
Quec'estoit un heureux rencontre
pourl'Université, d'avoir pâ
adresser ses prieres à Dieu par
l'organe d'une des premieres Di-
,gnlteK de lA plus illustreEglise du
Royaume, & du Chancelier de
la plusfameuse Université du
Monde; &que comme il représentoit
le Corps du Chapitre de
laMétropolitaine
,
les voeux de
deuxdes plus celebres&des plus
anciennes Compagnies de l'Etat,
se trouvoient unis pour demander
la conservation d'un Monarque,
qui estoit leur commun Maistre,
& leur commun Protecteur;
que cette considérationjointe avec
celle du Lieu où le Sacrifice venoitd'estre
offert,donnoit Jujet
d'espérer qu'ilsseroient refeusfavorablementdu
Ciel,& que tous
ceux qui avoient la gloire el)
avoir participé, joüiroient paist
blement & longtemps de la félicité
d'un Regne aujjt éclatant
& aujjt heureux que celuy de
Loüis XIV.
Mr Cocquelin répondit à
ce Compliment avec l'éloquence
qui luy est si naturelle,
& dit, Qu'ilsçavoit bon
gré à lieUniverfîti de ce qu'elle
s'estoit voulu distinguer dans les
Réjoüissances publiques, par les
choses qui estoientplus de la bienséancepourelle,
& de ce qu'elle
estoit venuë dans le Lieu de sa
premiereorigine & de sonancien
domicile, offrirà Dieu l'odeurdesparfums,&
lesflâmes
du Sacrifice de charité, qui devoient
luy estre plus agréai?les
que les Feux qu'on avoit allumez
jusque là dans la Ville, & dans
toutes les Provinces,puis que c'estoit
reconnoistre les dans du Ciel
pardesprésens quele Cielmesme
avoitfournis à ceux quivenoient
les offrir avec une pietésiédifiante,
& qui n'avoient rien
trouvésur la terre quipust aussi
dignement répondre à la grandeur
des graces que le Royaume
en avoit reçeuës par la Naissance

du Roy,&celle de Monseigneur
le Duc de Bourgogne, cequi luy
donnoit lieu d'employer en cette
occasion les paroles d'un grand
Roy qui en avoitmerité de semblables
; BenysoitDieu, qui a
donné à David un Fils plein de
toutelasagessenécessaire pour
gouverner un grandPeuple, &
de tlire, Beny soit Dieu, qui a
donné à Loüis leJuste un Fils
doüé d'une sagesse consommée,
pour conduire ce grand Etat qu'il
a herité de luy, & qui a donné
à Loüis LE GRAND un Fils
tres-sage, dont il vient de voir
naître un Petit-Fils, qui égalera
lagloire desesAncestres. Il fit
en suite des applications tresjustesdesPassages
des Saints
Peres, & sarrelta principalement
sur l'endroit de l'Apologie
de Tertullien, où il ex- horte tous les Chrestiens de
son temps, & particulierement
les Prestres & lesEvesques,
à démander à Dieu
pour l'Empereur, quoy qu'il
en adorast d'autres que le
leur, une longue & heureuse
vie,uneFamilleflorissante,des
Troupes victorieuses & invincibles,
des Sujetsvertueux, de fidelles
Conseiller, une
Pojlerité
nombreuse, un Regne paisible,
& enfin tout ce qu'un Homme
& un grand Prince peut souhaiterpour
sapropresatisfaction,&
pour lafélieitédeses Sujets. Il
conclut, en faisantvoir que
des Peuples Chrestiens sont dans
une obligation beaucoup plus étroite,
de demander ces choses
A
Dieu pourun Prince Très-Chrétien,
qui mériteparsabontédeflre
appellé le Pere de la Patrie, &
parsa pieté le Protecteurdes AfItels,
& le Restaurateur de la R,eligion
deses augustes Ancestres.
Apres ce Diicours, dont
toure la Compagnie fut satisfaite, tres- la Procession retourna
par la Ruë S. Jaques
en l'Eglisè des Maturins,dans
le mesme ordre, 5c avec le
mesme nombre de Personnes
quelleestoitvenuë. On
y fit encore une Priere, &en
fuite on (c sépara avec une satisfaction genérale de tous les Corps,& de tous les Particuliers
, d'avoir pû rendre.
un témoignage public, en la
àmaniere la plus convenable l'Universite, de son ref
envers le Roy, & de sa pieté
envers Dieu.
La Planche que je vous envoye,
m'engage à vous parler
de nouveau de ce qui s'est
paffé aux Galeries du Louvre
le jonr de la Feste de S. Loüis.
MrBérain, qui s'estoit sèrvy
de Lumieresvives dans des
Lieux découverts, avant qu'-
aucun autre s'en fustservy à
Paris,donna le premier l'idée
de s'enservir'dans l'Illumination
dont je vous ay entretenuë
amplement le dernier
mois. Il en fit un Dessein, 3c
en fuite tous les Intéressez
dans cette dépense contribuerent
de leurs avis, de leurs
soins,& de leur bource, pour
cette Illumination, dont on
a si avantageusement parlé.
MrGirardon, fameux Sculpteur,
assez connu par les
beaux Ouvrages qu'il a faits,
& donton voit un fort grand
nombre à Versailles, estant
logé au Portique du milieu,
& ion Logis occupant plus
d'étenduë que les autres, fit
décorer & illuminer ce Portique
à ses dépensa ne laissa
pas d'entrer encor pour sa
partdans les autres frais que
on fit en genéral. Il ne s'est
pas contente de cette dépense.
Il a fait encor graver
a Planche que je vous prie
de considérer. Elle toute contient la face du Portique
dont je viens de vous parler,
5c que l'on voit au milieu de
la partie de la Galerie où sont
les Logemens. Il y en a quatorze
de chaque costé, dans
l'espace d'environquarante
tiises, de forte que le tout
en a quatre-vingts de long,
sans comprendre ce Portique
qui en a quatre. Jay crû,
Madame, que pour vous faire
concevoir une idée de toute
cette Illumination, qui a est
applaudie de tout le monde
il sussiroit que la Planche repréfentaft
le Portique. Il est
accompagné de deux des
vingt-huitLogemens qui
font de simétrie, occupez
par ceux qui excellent dans
-
les Arts, & que le Roy a
choisis pour les en gratifier.
Je ne doute point, Madame,
que le travail de cette Planche
ne vous paroisse trèsbeau
Elle est faite par un
jeune Homme qui égale déja
les plus habiles Graveurs, ôc
<r
qui se fera autant connoître
ar luy-mesme, qu'il est
connu à Paris par le nom de
feu son Pcre. Il estFils du
Sr Marotte,Architecte&Graveiïr,
qui a laissé beaucoup
d'Ouvrages au Public.
MonseigneurleDauphin
rouvant l'Image de laGuerre
dans l'exercice de la Chasse,
a continué pendant tout ce
mois à prendre ce divertissement.
Il a chassé tres souvent
aux environs deVersailles,
d'où il est venu trois fois
dans la Plaine de S. Denys,
& chaque sois ce Prince a fait

p- romena d'abord sur les Ter-.J
ïtmraaflicss & dans les Jardins;
le lieu où l'on demeura
Uc plus longtemps,fut l'Oranjgerie.
C'est un endroit entchanté.
On y voit une gran- de Perspéctive,qui représente
cerési que Leurs Altesses
Royales trouverent très-bien
faitc.J& très-finie. Aussi cette
Pcrfpéâive a-t-elle estépeinte
par un jeune Homme de rA.
cadémie/dont tous les Ouvrages
sont estimez. Il s'appelle
Mr Boulogne. Apres
qu'on fut revenu de la promenade,
on entra dans un
Sallon, ooùù Mrde BBooiissffrraanncc
donna un magnifiqueAmt
bigu à Leurs Altesses Royales,
qui firent l'honneur à
Mademoiselle de Boisfranc
de la faire manger à leur table.
Mr de Boisfranc servit
Monsieur; & Mr de Boisfranc
son Fils, Maistre des
Requestes, servit Madame
& Mademoiselle.
J'ay à vous apprendre le
retour d'une santé dont je
croy que toute la France donnera
autant de marques de
joye que la Cour en a donné.
Vous voyez bien que je veux
parler de celle de M'le Chancelier.
Il est impossible de
voir plus de consternation
qu'il en a paru dans le Conseil,
dans la Cour, & dans
cetteVille. Le Roy mesmea
fait connoistre qu'il estoit vivement
touché dela maladie
de ce grand Ministre. Ce
Prince connoist mieux que
personne les lumieres de son
esprit, & ses Sujets connoissent
son équité. Il semble
que le Ciel, qui favorise tous
les voeux duRoy,parcequ'il
soûtient les intérests, ait nA. on
seulement redonné la santé
à Mrle Chancelier, pour servir
ce Monarque, mais qu'il
en ait mesme hâté le retour;
une si prompte guérison dans
le temps qu'on lattendoit le
moins, tenant du miracle.
Mrs les Secrétaires du Roy
ont fait chanter une grande
Messe aux Celestins, pour demander
cette guérison. Le
nom de ces Peres me fait
souvenir de ce qui s'est passé
à leur Convent. Quoy qu'ils
n'ayent rang icyque les der- ]
niers, ce font eux qui ont t - t
1
chanté à Paris le premier Te
Deumpour la Naissance de
Monseigneur le Duc dcBourgogne.
Voicy comment la
chose arriva. Madame Fieubet,
Femme de MrFieubet,
Conseiller d'Etat,& Chancelier
de laReyne, ayant reçeu lanouvelledecetteNaissance
des cinq heures du matin,
monta en Carrosse pour aller
à Versailles, & comme elle
demeure pres de ce Convent,
ellel'apprit à ces Peres,
cjvii ayant chanté aussitost lé
TeDeum, eurent l'avantage
d'estre les premiers à rendre
graces à Dieu du Prince qu'il
venoit de donneràla France,
Ils firent aussi des Feux pendant
trois jours, distribuerent
duPain&duVin, & dés le
premier soir donnerent aux
autres l'exemple d'illuminer
leurs Clochers. Tout s'est fin en- passé dans leurs réjoüissancesavec
beaucoup d'éclat,
de zele, & de pieté, par les
ordres & les soins du Pere
Sainfroy, Vicaire General
de l'Ordre, & Prieur du
Convent de Paris.
Jr
!quiJe vous envoye des Vers
ont esté faits sur les avantages
de la Liberté, par une
Personne de vostre Sexe. Ce
qui vous paroistra presque
incroyable, à voir & leur
netteté & le tour aisé qu'ils
ont, c'estque la Dame
qui les a faits, ne sert apperçeuë
que depuis six mois
qu'elle estoit née pour en
faire. Elle a fort peu de commerce
avec le monde, passe
sa vie dans son domestique,
& se donnant toute enticre
aux foins & aux occupations
de son ménage, elle prend
ce temps pour s'abandonner
à la rcfverie qui est necessaire
à ceux quefavorisent les Muses.
Jugez, Madame, sion
ne peut pas assurer avec ve- rrIitteécceeqquueejeJe ccrrooyy vous aaVvoOiIrr
déjà marqué en plusieurs
occasions, que ce n'est ny
par art ny par étude que l'on
devient Poëte, mais par ce
beau feu qui est inspiré de la
Nature. ,~;
::
REFLEXIONS
SUR LA LIBERTE. AImable Liberté, doux charme
de nossens,
Quiméritezsi bien nos voeux &
nostreencens,
Neserez-vousjamais des Mortels
possedée
.!<!Jt par uneflateuse &> décevante
idée?
Les verray-je toujours, ces aveugles
Mortels,
Mesmes en vantantvos Loix, démolir
vos Autels,
Enyvrez, d'un erreur que leur caprice
fonde,
Vouloir en s'enchaînant enchaîner
tout le monde,
Etpatrunie floateuse&nfolle,ambi- Se livrersans relâche à cette pas- sion? Donneront-ilstoujours leplus beau
de leurvie
A ce Fantômearmédes noirs traits
del'Envie?
En vainpour cette Ingrate ilssement
tour-à tour,
Jamais de la Moissonils ne trouvent
lejour.
£>uel estde tousleurssoins l'infailliblesalaire?
Elle vient les flater d'un bien imaù
ginaire,
Etmalgréleursdesseins,tristesjoüets
du Sort,
Leur espoirseconfond enfn avec
lA mm.
L'uncharmedesgrandeurscaptif
,
delaGloire,
ydetfonsouverain bienangaind'une
victoire,
Et d'une heureuse paix fuyant les
doux appasy
Ne croit voir la vertu qu'au milieu
des combats.
De cette illusionsa grande ame oisedée,
Luyfaitsacrifiersa vieàson idée,
Trop content depenserqueleSiecle
à venir
Garderadeson nom un heureuxsouvenir.
Dans les Cours, de tout temps, regne
cette foiblesse,
Il faut avec éclatsoûtenirsa noblesse.
Vous avez, beau crier, la guerre me
déplaist,
Vous estes noble, ilfautsubir ce dut
Arrest.
C'est en vain que les Dieux vous ;
firent debonnaire,
Vostre paisible esprit nepeutsesa- v tis'fra'ire.
Ilfaut que desensfroid,&sans estre
offencé,
,Vot%s alliezfollement, de mille coups
percée
Braver les Ennemis au milieu des
allarmes,
Mourir, & que pourvous cette mort aitdescharmes.
Etpourquoy?c'est qu'ilfautsatisfaire
en mourant,
Kon vous, mais le Public, vostre
PC.-,-Plfin Parent,
Jfînqu'âpres la mort vostre gloire 1 fimee, j
Puijfc faire en tous lieuxparler la Renommée,
Et que vostreEpitaphe ornant un
vain Tombeau,
Etonne le Passant d'un spéctacle
nouveau.
L'un dont le foible esprit est dans
uneautre assiete,
Préfère au Monde entier les Murs
d'uneretraite,
Et s'ensevelissant dans lefond d'un
Convent.,
Croit mériter beaucoup de mourir en
vivant.
L'autvreesuantfsraeifrléec,hir aà ttootuitt cceeqquu'til
Risque dans le moment tout pourse
satisfaire.
L'unfait des voeux trop tost, & les
fait au hasard,
L'autre s'en desabuse, & s'en repent
trop tard.
Celuy-cysouslefaix d'un assommant
menage,
Gémitde desespoir &soupire de
rage,
Etpoussantvers le Ciel des superflus, regrets
Veut rappeller un temps qu'il ne reverraplus.
Son ame, maisen vain, reconnoistpar
lasuite,
Qu'un Fantômeenchanteur l'avoit
de loinséduite.
Voy,voy, luy disoit-il,dansvingt
ans,danstrenteans,
Tu verras lesEnfans de tes petits
Enfans,
Qui comblant tes vieuxjours de
plaisir& de gloire,
Aux Peuple à venir porteront
ton Histoire.
.!i(ue cette illusion a de belles coli-
-'J
leurs,
;
Maisqu'elle cache, hélas,de Serpens ;1
souscesfleurs!
Quedesoins importuns! que de douleurs
ameres
Agitent le sommeil des misérables
Peres!
Quiconqueestsatisfait de vivre par
autruy,
Faitsibien, qu'en effet il ne vitplus
pour luy.
Mais,dis-tu,si chacunveutsuivre
4 ce caprice,
Il faut absolument que le Monde
périsse.
Ee.crou tu que du Ciel lasouveraine
Loy,
Pour le continuer, doive attendre
après toy?
Maispassons,j'y consens, sur ces
extravagances,
Ilen est, dira-t-on, dontles hautes
Sciences
Les mettent au dessus des injures dfé
Sort,
Et qui malgré le vent, trouventpar.
tout le Port,
Dequilafermetésanspeine les délivre.
Oüy,je croisquecelase trouve dans
un Livre.
C'estlà que ces Messieurs exposent a
nosyeux
LeDveritaiblee Sauge, &xl'ég.alent aux C'estlà qu'avec hauteur à nosyeux
on étale
Les traits les plus touchans d'une
fine Morale.
C'estlà que l'on entendcrier avec
.fierté.,
Homme foible, pourquoy venstu
ta liberté?
Tandis qu'assujettis par leur propre
manie
Ils n'oseroientgouster lesplaisirs de
la vie,
-
Et quesesoûmettant à millefaux égards, à millefdux
Ilsse trouvent gesnez,jusques dans
leurs regards.
Vun, de ces visionssefaisant une
Idole,
Setue à soûtenirpar des raisons
d'Ecole,
Sans estre convaincuparsespropres
travaux,
J^ue le Sagejamais ne doitsentir les
maux,
Et d'un voilecachantson ame libertine,
Veutqu'unchienn'aitpointd'ame,
~soitune Machine.
Cet autre tourmenté d'un desir curieux,
Veutallersans respectfoüillerjusques
aux deux,
Et des Mistéres saints perçant le
sombre voile,
Sftveirpmrquty Dieu.stjufiJu'à la
moindre Etoile.
Hé,vivons en repos,cherchons-y le
Vvrrdajbyiebni;en;
J^uandnousperdros cesfoins>l'Etat 1- neperdrarien. Nepeut-on voir un Hommeaugré ;
deson envie,
De sivie,jours heureux favoriser
savif),: Etfinss'inquiéterdessinsTesd'autru),
Udigmré'doevuairnisrCpenofeu#rrf,lvuivrye?& Maù, direz,-vous,je voy des Gens
avec audace
Venir impunément , me soûtenir face, en
Fiers de l'autoritéde cinqousix
~j- Pédans,
Des Proportionsfins raison, fins
bwfins.
Hé, laissez à son gré chacun sesatisfaire.
(Dequoyvousmefiez-vous?
est-ce la
votre affaire?
Pourquoy
vous emporter?estes-vous
De menacez,
rendre compte unjour de leurs
esprits blesser ?
Si vostresentiment n'estpas celuy
d'un autre,
Souffrez-le,puisqu'enfin ilsouffre
bien le vostre,
Et devossenssuspectscraignant la
trabison,
Pesez-bien
en effets'iln'auroitpoint
raison.
Que l'obstination jamais ne vom
emporte,
:f!..!!,e la droite raisonsoit toûjoursla
plmferte;
Sanssonger au party que vous dvez.
tenu,
Abandonnez, lefaux lors qu'ilvous [
estconnu.
Que remettantlefardd'une Eloquence
adrete,
En vous la Vérité trouve unpur In-
- terprétés
Dans la bouche du Simple ayezàson
ajjea,
Jîhioy que ditefans art, unscrupuleux
respect.
Songezqu'elle ne veutjamais estre
adorée,
Quedesa nuditérevestuë~rparée;
C'estauxseules erreurs qu'ilfaut des
ornemens,
Pour cacher leur venin sous ces déguisemens.
;
Sans votts inquiéter,souffrez, que
l'on conteste,
Vostre avis est donné, le Cielfera
le resse.
Mufft-bien) toy qui veux quel'on
suive tesp¡;u,
Es-tubienaéùré que Jufques J am Sans
estre traverséparquelque nouveau
doute,
ISdfis changerdechemin, tu suivras
cette route?
Dans un mois, dans huitjours,peutestreavec
horreur,
Toy-mesme tuseras honteux de ton
erreur.
N'allons doncpoint, enflez, d'une
Science vaine,
Vanter la fermeté de la prudence
humaine.
Avouonssans rougir, que nosfoibles
ésprits,
Dufaux, comme du vray ,
sont Até hazard épris.
Secouons, s'ilsepeut, lepesant esclavage
Que nous veut imposer le grand titre
de Sage. ,.
Non, non, ne mettonspoint nossoins
ambitieux
A vouloirquesur nous tout le monde
ditlesyeux. Fuyons de cet écucill'amorce dangereuse,
Sans le secours d'autruyrendons
nostre ame heureuse;
Etlafamédehors,~&laReligion,
Croyons que tout n'est rien que pure
opinion.
quisuivent
Les Vers qui suivent ont
eAe notez par un fort habile
Maistre.C'est assez dire à
une Personne qui s'y connoist
aussi bien que vous.
AAIR NOUVEAU. - H,quandonaime ftndremefJf,
'^ue L'absenceesttriste~O" cruelle!
Mais que le retour est charmant,
Jf?!!,and on retrouve un coeurfidelle!
J'ay à vous apprendre deux
Conversions surlesquelles je
suisseûr que je n'auray point
tic chagrin de me dédire.
L'une est celle de Mr Guilbert,
Seigneur du Hamel,
qui abjura il y a un mois
:dans l'Eglise des Théatins,
entre les mains du Pere
Alexis du Buc, en présence
de plusieurs Personnes de
qualité. Il est d'une des plus
anciennes Familles de Normandie,
& fort d'Anceltres
qui sont Fondateurs du Monaftere
dit, de l'AveMaria.
La seconde Conversion
n'est pas moins confidérable.
C'est ce lled'un Gentilhomme
d'auprès de Châlons
en Bourtrocrne,nommé Mrde
Villar,Seigneur de la Fa.Y.t¡\
Il a servy depuis dix
-
huit
mois sur les Vaisseaux de Saf
Majesté; & àson retour,l'éclaircissementqu'il
a demandésur
quelques doutes
au Pere Antoine Favie, Coriio
mandeur de la Mercy de
Toulon, a produit pour luy
un effet si avantageux, que
ne pouvant résister aux mouvemens
de la Grâce, il noncé are- à ses erreurs. La cerémonie
de son Abjuration se
fit le septiéme de l'autre mois
dans la Chapelle Royale de
l'Infirmerie de Toulon, dont
ce Pere est Aumônier, en présence de Mr l'Intendant,
& d'un fort grand nombre
d'Officiers. Le Pere Favie a
reçeu beaucoup de gloire de
cette action, qui est un effet
de sa vive toy, & de ses grandes
lumieres.
Vous avez appris par les
Nouvelles publiques, que;
MrFrobénius présenta au
Roy vers le 15. de Juillet,
une Caleche des plus magnisiques,
avec dix fort beaux,
Chevaux que Monsieur l'Electeur
de Brandebourg a
envoyez a Sa Majesté.Comme
elle passe pour une chose
d'une beautésinguliere, j'en
ay demandé la desription.
On me l'a donnée fidelle, ôc
je croy que vous ne serez pas
fâchée que je vousen fasse,
-
part.
Les quatre Rouës de cette
superbe Caleche sont de Scul-
: pture, & toutesdorées. La
Fleche est faite en maniere
d'Arc, d'un morceau de bois
tout d'une piece, & qui jette
une gueulle de Baleine au
dessus de l'Arc, dont la Sculpture
est aussi dorée. Le
corps de la Caleche est en
maniéré de Soufflet, & ne
peut tenir que deux Personnes.
Les Armes du Roy sont
derriere la Calèche., d'une
Sculpture en bouc. On voit
des Trophées., aussi de Sculpture
dorée,audessous de ces
Armes. Le dedans est doublé
de Veloursvert, sur lequel
l'or & l'argentsont une
agreable nuance. Une Plaque
de vermeil doré., où sont
les Armesdu Roy, fait le
marche- pied de la Caleche.
QuatrePlaques,pareillement
de vermeil doré, font les
quatre coins en dehors, &
sont en Fleurs-de-Lys. Les
huit Arc-boutans de la Ca- leche, sçavoirquatre devant,
& quatre derriere, sontgarnis
de Branches de Laurier
meslées de Fleurs- de- Lys.
Toutes ces Feuilles, lors que
la Caleche roule, ont le mesme
mouvement que lesFeuilles
naturelles ont sur les Arbres.
Des huitArc- boutans,
les quatre qui sont derriere,
ne sont que pour la simetrie,
& pour servir d'ornement.
Le Siege du Cocher est de la
couleur, & presque de la
mesmerichesse que la doublure
de laCaleche. Une
Coquille luy sert de marchepied,
& est toute dorée aussibien
que le timon Quoy que
Jevous aye parlé de dixChevaux,
il n'y en a que huit qui
ayent desHarnois, les deux
autres ayanteste envoyez
par précaution., en cas qui!
en mourust pendant levoyage.
Ces dix Chevaux sont
tous de poil bay, de mesme
taille,& de mesmeâge, ayant
chacun cinq ans. Tous leurs
Harnois sont couverts de
Clous, & de Fleurs-de-Lys
de vermeil doré.LesBrides
& les Boffetes sont aussi garnies
de vermeil doré. Les
Etriers du Portillon font de
mesme matiere. La Selle est
de Velours vert, sensee dé
pleurs-de-Lys en broderie.
Les Renés des Chevaux sont
de
de loye verte, meslée d'or &
d'argent. Les Houpes, les
Pendans, & les Guides, sont
aussi tres-riches;& dans tout
ce qui compose cette Caleche,
on ne voit que de l'or
& de l'argent.
Quoy que le secours de la
Raison soit d'un grand usage
contre beaucoup de malheurs,
elle est pourtant bien
souventl'ennemie de nos
plaisirs. Voicycequeluyfait
dire MrdeVin, Substrut de
lvf le Procureur du Roy au
Chastelet, par un Amant qui
la trouve trop severe., C'est
celuy donc je vous envoyay
il y a six mois la galante
Piece qui a pour titre, L'Amour
devenu aveugle. Si l'exemple
de Caton vous fait
peine en celle-cy, parce
qu'on l'y voit Amantde sa
Femme, & que d'ordinaire
l'amourd'un Mary n'est pas
violent, songez qu'il dut aimer
beaucoup Martia, puis
que l'ayant cédée àHortensius
son Amy intime, il se fit
un bonheur de la reprendre
après la mort de ce mesme
Hortensius.
t
L'AMANT
A SA RAISON
TROP SEVERE. RAison, tes beaux discours jô,.;:t
icysuperflus
jejuEis Lluvciienrdeure;r resmépris peur
jCFaime> tu lejeaù, que veux-tu
donc me dire?
Retire-toy,jenet'écouteplus.
Si tu le veux pourtant, parle-moy
de lagloire,
Montre-moy le chemin du véritable
honneur.
sepourray lors & l'entendre, te
croire,
Maisfay grâce a l'amour qui possede
moncoeur.
Tu n'as rien à me reprocher,
Jefuis Homme, &partantsensible. Tayplu*je ne l'ay deû,
Desespremiers regards je mefuis
défendu,
Etmeflatantsous ta conduite
De pouvoiràLasin mesauverdeses
yeux, Je lafuyois d'abord, maisinutile
-
fuite!
Je voyais Elvire en tous lieux,
lerencontroispar toutces redoutables
yeux,
Cesyeux trop ardens a maperte.
Malgré tous mes efforts moname s'est
ouverte
Auxfeuxqu'à tous momens ils me -
lançoientdeprès;
Etsij'en
ay receu cette tendreblessure,
Ne m'en accuse points mais blâme
De la Nature,
m'avoirfait un coeur penétrable
à leurs traits.
Maissijet'ay donné le meilleurde
ma VIC,
Pour unpeu detemps,jeteprie,
Laisse-moy, Raison,à ton tour
Donner quelque choseàl'amour.
Aforced'eftrtraifonnablc^
Peu s'enfautqu'on ne lesoitpas;
Etsi,commeil estvray, leTrop est
condamnable,
L'excés qu'on fait de toyn'est pAJ
plus pardonnable
£>ue celuy d'unfameux Repas.
Tu te plains desAssautsque te livre
la Table,
Et tu Í:fauves peu des bacchiques
combats;
Mais à toy-mesmeplus con/rab'!)
Tutefaisplm de mal centfois.
Lors que ta politique inhumaine &
severe,
Sobjhne,&neveutpasrelâcherde
tes droits.
fI ne favi/epLis de nomfaire des
crimes
Deecquicharmeuntendrecoeur.
ipendantunlong b Ministère -affaire., b De quarante ans.
*0ni te faisoit enbCYdans les moindresprojets
Jïîdilfdijbitpour la République,
£Hù femployaitpar toutju/fic/ison
domefiique,
cf<!!i toujours avec toy,toujours
ÙlborÙux)
Calma desesRivaux les soins apn- bitieux,
Quifixa la Fortune àsa rare prudence,
Quiparsa vive,ferme, &fléxible
éloquence,
Sçeut des Athéniens dompterl'esprit
mutin,
Quiseulpar ton secoursévitale
a destin a L'Ostracisme.
Dves Cohefls ianfogrtunees,de ce Peuple
EtquimoinsOrateurque Sage, Fitserviràsagloire,&le trouble,
&l'orage
Qu'excitoient les Séditieux.
Ce Pericléspourtant chez l'aimable
Portoitdesdesirs&desfeux
Quetuvoyaissansjalousie.
Tu¡je cendamnoispointles deux empressemens
DuplusgrandHomme de la Grece,
ijfr tu trouvoispour lors qu'ilfaut a
;• laSagesse
£>tuIques tendres amusemens.
We la Tribune enfin passoit-ilchez 1fiaBelle,
,ru l'en applaudissois, il retournoit
! aloy [
Etplus constant, &plusfidelle,
t Et tu croyois de bonne-foy
\^ue cepeude repos qu'ilgoustoit t l, /1 [auprès afue,
Xjuy donnoitpouragir uneforce nou- velle.
r Tulevis, &sanst'étonner,
£>u*ndce Peuplefougueux la vouloit
1 | condamner Surquelque crime imaginaire,
ru le vis s'abaissetjusques à la
1 priere,
Excit~er~dan,s les coeurs quelque cçrnDeses
Concitoyens mandier lesuffragt,
Au milieu de l'Aréopage
Exposer en Amant toutesajaJJz011,
Conjurer en tremblant cette irijfjle
tempeste
Jïftt grondoit à grand bruit, qui
menaçoitsateste;
PT-u/?le/v(isédceugriantsd Périclés détromper la
foiblesse, ¿
Les adoucirpoursa Maîtresse,
D'un Iugement brigués'allarmerdu
succéss
Douter mesmedelapuissance
De cettesouveraine&sublime Eloquence,
JVuipourtantjufqualors avoit tout
surmonté,
Et qu'ilarmoitpoursadéfence,
Sedéfier de tout, craindrel'autorité
De cette Cabaleennemie -
Commettre ensafaveur&sa gloire,
&savie, *Implorersans espoirlesecoursdeses
Dieux)
Tule vis les larmes auxyeux
Demander en lUI mot lagrâce d'Aspasie.
Ton Caton, ton plus grandHéros,
N'.l~;~ilpoesquelquefoisfiupircde
tendrefie»
Et ne s'est-il jamaisauprès d'une
Mdttieffe
DeLiffédeses grands travaux?
Donnoit-il toutson temps à la ebofic
| publique? Pajjoit-ilan sénatà* la nuit,&
lejour?
Nony non,par un charmant retour
; cetae-cre Caton, ce grave PolitiqNc,
Estoit Homme ensecret, & dansfin
domestique
Nese refusoitpas aux douceurs de
l'amour.
Martia, tulesçais, avoitpourluy
- des charmes;
Tout occupé qu'ilfut des soins d'un
grand Etat, Iljoignoit dansson coeur VAmant
au Magistrat, ilsentoit de tendtesâuû777*cs,
Et .-/", /";.,, de Ccfirprévoyant l'attentat,
Entresa Femme &Rome ilpartageoii
ses larmes.
En estoit-ce une dans Caton,
Luy ce modelle desagesse,
Luy que-d'unsi-sup-e-rbe -ton - J 1
Cette RomepréfereauxSagesdela
Grece,
Enfin luy quifutautrefois
Ton Favory
, ton Tout, & l'appuy de
tes Loix?
Estois-tu lorsplus indulgente?
N'envisageois-tu lors quesa vertu
brillante,
Ettesyeux ébloüis en faveur d'un
Héros
Vouloient-ilss'aveuglersurdepetits
N
défauts
Où nom attache la Nature?
Ah!Raison, aujourd'huytropsevere
& trop dure,
,. Le Monde a-t-ilchangé depuis?
Ton Caton, autrefoissisensible &si
tendre,
N'efioit-ilp*scoupable,helas^sije
lesuis?
HoJmmeplus qu'iln'estoit, j''a, y fitjetj
de prétendre
Unsort dumoins égalausien,
Etmesmeunpeuplus d*indulgencet\
Maisquoy? tu ne me répons rien, Utveutdonc dire ceJiknce?«
Est-ilfavorable à mes voeux? $
Guy,jelevois.Enifnaccordons-nom
tous deux, »
Cesse de condamner mes transports, f
pourElvire,
Tonairfroid l'incommode, elle aimt
trop à rtre,1
Et chez, elle,s'ilfaut parler de bonnet
foy, -
Onsepassera bien de fOJ;
Par toutailleurs, ah!je tejure,
Qu'exact,fidelle, &soumisà ta
Loy,
le t'obeïraysansmurmure,
Et qu'autantmesme enfin qu'il dépendra
de moy,
Ielevraysi haut cette foibleindulgencc,
iiepressez d'un commun désir, IPTes ptusgrllnds Ennemisseseront
un plaisir
De reconnoistre ta puissance.
Que veux - tu ? S'ajuster au temps,
l|Et defacilitéfiefaire une habitude, Croy-moyjRaifio.'i, c'est agirde bon
t ~~,
Í Car enfinforce honnestes Gens
•T?trasitientde bizarreente voyant prud
Toujours contraire ànos desirs.
Ton oeilenfoncé,trifie &sombre,
Regards avec chagrin liOS
innocens
plaisirs.
!On cr.-¡jnt,(()rs qu'onte voit,depusser dessoùpirs;
rhismaigre&pluspâlequ'une
Ombre
-f<!!,e la noire Magieévoque des
Enfers,
Tu ne nousparles que desfersy
Dont ou l'erreurou l'imprudence,
Chargeuncoeur,par l'amour oujùr- s
pris,ouséduit;
On ne peut t'échaper, & lors que l'on
tefuit,
Toújours à contretemps tu vienspar
taprésence
Effrayer les Ris&les Jeux
jQue nous inspire la Nature..
Cependant, malgré ta censure,
Chacun, en les cherchant, croyantse
rendre heureux,
On s'estfait dans le Mondeune douce
Morale 1
£)ui s'accommode à nos hefiiHs;
Etvouloir, comme toy, trancher de
la Vestale,
Ou condamner nos petitsfoins,
Ccflfe donner bien de lapeine,
Ir/Jour de tout l'Univers n'attirer que
la haine,
La raillerie, ou le mépris.
Veux-tu les éviter?quitte cette w;é.
! tho)de, Faismoins cotre nos coeurs deplaintes
&de cris,
Laisse-nous vivre à nostre mode,
\ïtfanscherchertoujoursk nousfaire
la Loj/y
Soisplussouple,soisplustraitable;
r:/>ourmOl,jen'ayjamais d'heure plus
agreable
Quecellequejepasse en rendez-vous
sans toy.
Quandje temetsde lapartie,
T'ensuisplusréservé, moins hardy,
tout resveur.
On me traite de Sénateur,
Et ma Belle mal divertie
D'unsérieuxquiluydélaist, K
Prendsa Montre en baaillant, pour
voirl'heure qu'il tjl, -
Chantesans dessein,ny mesure,
Change à chaque moment deplace 6
deposture,
Et ne me dit que trop desyeux,
Taisez- vous, Importun, sortez,
vous ferez mieux.
lene t'en croirayplus,j'ay beaufaire
lesage,
le ne lesuisjamais qu'en vain,
le n'esi tire aucun avantage,
Onmeremet,helas,toujours aiflendemain,
i Ettoujoursàtesuivre, iii,commode
&chagrin,
Ievoyqueles rebutsfontmontrisse
partage.
Jemertroeuvembienmeieuxnde mses,egi-
Larigueur qu'onm'oppose estpar eux
affoiblie,
Et ce que l'on refuflàtes froids monvemens,
Le l'emporte par mafolie.
Mais,Raison,netefâchepas
: Sisans toy jefais mesaffaires,
Dans ces petitsplaisirs je ne demeure
guéres,
Et toujoursl'oeilfur toy, je reviens surmespas.
Il n'y a rien de plus surprenant
que la découverte
que l'on a faite en Provence
depuis quelques mois. I4
Ville de Toulon, où le Roy
fait construire un magnifique
Arsenal pour ses Vaisseaux,
est couronnée à un
quart de lieuë de son enceinte
d'une chaîne de Montagnes,
la plûpart incultes. Le
Sr le Blanc, Bourgeois de
cetteVille-là,ayantuneHeritage
au pied d'une Colline,
chercha les moyens de le décharger
de plusieurs Rochers
qu'on voyoit à fleur de terre.
Il fit joüer pour cela di- ,j
vers Petards, & sellant apperçeu
d'une ouverture d'en- 1
viron trois ou quatre pieds de
diametre, il voulut détacher
1
les pierres voisînes, pour le
afaire jour dans cet Antre
^qu'il crut très- profond, à
nicaufe du son que rendoit la v,oix)qu on y envoyy~oIitt par
.)"»Cette embouchûre. Le Pe-
•stard qu'il continua de faire
:)jolier, eut le succésquil en
jattendoit. Il fit une entrée
1- large d'environ deux toises,
1&de la hauteur d'un Hom- iIlme. Le jour manquoitàsix
Ijpas de cette entrée; mais
I l'obscuriré n'étonna pas assez
3ce Bourgeois pour l'empes-
! cherde poursuivre. Ilappella
ses Amis, fit venir des Curieux,
& avec la clarté de
quantité de Flambeaux, on
commença d'avancer dans
ces Abîmes. Les raretez
qu'on y découvroit à chaque
pas, donnoient de longs;
sujets de raisonnement. C'et -
toient des congélations admirables
mais d'une diver-.
sitésisurprenante., que l'ima-j
gination ne sçauroit formerj
rien de plus beau, que ces
jeux de la Nature. Onvoyoit
des Testes, des Arbres,des
Colomnes
,
des Mains; des,
Bras, des Jambes, & mille
autres choses, qui par leurs
- - i
figures agreables ne contribuoient
pas peu à calmer le
1 trou ble, dont sont saisis ceux
:qduesi les premiers osent percer
lieux si aftreux. La longueur
de cette Grote est de
: plus de quatre cens toisès.
,C'estuneVoù'te assez régulière,
puis qu'elle est presque
par tout également haute, &
interrompuë seulement d'espace
en espace par des concavitezqui
enferment mille
fortes decongélations. Apres
que l'on eut marché environ
cent toises, on trouva qu'un
Ruisseau d'une eaufort claire
occupoit tout lepartage. Ces
Messieursneurent garde de
borner là leur curiosité qui
devenoitunepassion tres-violente
,)
à mesure qu'ils découvroient
tant de raretez.
On leur apporta des Planches,
avec lesquelles on dressa
une maniere de Pont qui
les fit passer à l'autre bord. Ils
firent encor environ i de autant chemin quils en avoient j
déjà fait, & commenccrent à ]
entendre un fortgrand bruit
cause parl'eau, qui coule au J
travers de cette Grote. Ils
approcherent, & virent que
cette
,,lette eau se cachoit dans des
abînles,d'aù elle paroist deux
DU trois fois, mais sans faire
"jaucun murmure, jusquesau
Ruisseau dont j'ay parlé,
[après quoyelle se perd tout à
Ifait. Ses deux bords demeurent
libres, & d'un & d'autre
rcoflél'on y peut marcher à
sfec.On avança encor quarante
ou cinquante toises, <3c
Fcela fait, ontrouvauneSalle
id'eau, sur laquelle s'élevoit
uneVoûte d'une prodigieuse
(hauteur. Le Sle Blanc& ses
rAmis le contenterent de ce
(premier essay, qui donna lieu
à de grands desseins sur la découverte
de cette eau. Le
bruit de laGrotes'estant répandu
aux environs, tous les
Curieux voulurent lavoir. Il
y vint grand nombre de'
Dames, qui oserent bien s'enfermerdans
le sein de laTer-:
re, pour y admirer les effets!
dela Nature. Voyez M<~
dame, combien vostre Sexe
est intrépide. Depuis qu'il se
pique de Philosophie & de
Science, il n'est rien qu'il
n'entreprenne. Quantité de.
jeunes Gens se jetterent dans l
cette eau, &y marcherent
presque' toûjours à demy
corps, avec des ballons fonder pour le Gué. Comme ce
Lieu attiroit toute forte de
Personnes, Mr de Montaigu,
l'un des Ingénieurs que le
Roy a envoyez à Toulon,
pour faire travailler à l'Arsenal
& à l'agrandissement de
la Ville, voulut examiner
cette Grote. Il la trouva si
ample &si belle, qu'une autre
fois il y fit porter ses Instrumens,
pour sçavoir si on
ne pourroit pas conduire les
eaux jusqu'au Bastiment du
Srle Blanc, & y faire des Fontaines.
Il assuraqu'on pouvoit
y réussir, & qu'il y avoit
assez de pante pour en venir
aisément à bout. Aussi-tost
le Sr le Blanc entreprit cet
Ouvrage soûterrain. Un Batardeau
fut dresse à la Salle
d'eau,afin de donner aux eaux
toute la hauteur dont elles
pouvoientavoirbeioin,&par
ce moyen on fit un Canal,
qui luy porte une fort petite
partie de cette eau, dont il a faitunEtang& deux Fontainés,
qui rendent ce Lieu, qui l1
est au pied d'une petite Riviere,
un des plus beaux des
environs de Toulon. Metsieurs
de Ville, voyant qu'un
Particulier avoit ore entreprendre
un semblable Ouvrage,
résolurent de profiter
de ces eaux, afin de continuer
d'embellir Toulon par
,
des Fontaines qui sont dans
ses Ruësen si grand nom bre,
que cette Ville peut présentement
passer pour une des
plusagreables du Royaume.
On doit principalement ce
dessein à Mr Carqueyranr,
premier Consul de la Ville.
C'est un Gentilhomme qui
porte sur sa Personne des
marques glorieuses de sa bravoure,
&qui est d'une Famille
qui s'est acquis beaucoup
de réputation en servant
leRoy sur Mer & sur
Terre. Il se rendit dans la
Grote avec quelques Officiers
de Ville. MrIsnard,
Homme d'une grande expérience
dans l'Artdenaviger,
& qui a tres-longtemps servy
sur les Vaisseaux de Sa
Majesté en qualité de Lieutenant
, trouva que le Batardeau
ramassoit une si grande
quantitéd'eaux, qu'elles
pourroient bien porrer un
Bateau,avec lequel on navigeroit
jusquesau bout de la
Grote. Il fut conclu qu'on
executeroit ce dessein. On
fit porter un Bateau plat, qui
pouvoit contenir cinq ou six
Hommes. On dressa laBoussole
dés l'entrée dela Caverne
, afin de sçavoir vers quel
Pôle onalloitfaire cette Navigation,
& là, sans rames ny
voiles, Mr de Carqueyrant
accompagné de deux autres,
d'un Matelot, eut la hardieffe
de s'embarquer sur des
eaux inconnues à tout le
monde.Ce fut quelque chose
de fort curieux de voir partir
ce Bateau qui s'engoufra
dans ces noirs Abîmes,ar- mé feulement de quelques
Flambeaux. Les Spéétareurs
qui le perdirent bien-tofl:
de veuë, estoient saisis de
frayeur, & ne sçavoient quàefi
perer d'une entreprise qu'ils
accusoient de témérité.On
navigea plus de deux cens toiies3ayant
toûjours plus d'une
demy pique d'eau. Enfinon
trouva le passage fermé par..
un Roc formé en Voûte, du ]
pied duquel l'eau fort sans
bouillon, & sans murmure.
La Voûte est plus unie, &:
plus uniforme dans tout cet
espace,&il y a un peu moins
de congélations. Ceux qui
estoient sur le bord, pousserent
de grands cris de joye,
voyant cette Navigationheureusement
terminée par le
retour du Bateau. Je croy
qu'il ne s'en estoit point encor
faitde cette nature.
L'heureuse naissance de
Monseigneur le Duc de
Bourgogne a donné à tout
le monde un empressemensextraordinaire
de marquer
sa joye. L'Ouvrage
qui suit a elle un des pre,
miers qu'on ait présente
au Roy. C'est un I mprompti.
que l'impatience demontreu
son zele n'a pû donner M
temps de polir. Vous m'er
manderez vostre sentiments
L'Autheur est de vos Amis
C'esttout ce que je vous en
diraypourvouslefaireconSUR
LA NAISSANCE
DE Mr LEDUC
IDE BOURGOGNE. LA Gloire qui n'abandonne
jamais le Roy, ayant acompagnece
Monarque dans la
Chambre de Madame la Dauhine
, pendant que cette Prinesse
cfi0lt dans les douleurs de
enfantement voulut voir des
premieresl'auguste Enfant qui
faisoit l'attente de tous les Francois,
afin qu'aupremierinstant
desanaisance elle pust faite
passer dansson coeur tous lessen;
timens de grandeur & de justice
qui ont rendu LOUIS Ll
GRAND l'admiration ÇJJJ
l'étonnement de toutes les Na-i'
tions. Monsigneur le Duc dù
Bourgogne eut à peine vû h
jour, que la Gloireayant exe.
cute ce quelleavait résolu, des
manda où estoit la Renommée
Elle s'étonnadeson absence &.
s'en plaignit assez hautement
pour estre entenduë. Le mondé
fournit-il à present, ditquelque
nouvelle assiz grandes
pour donner de l'employà laRenommée
? Ejl-ll une Coursur !¡$;
eerre, quelledoivepréférer a
lle du Monarque des François,
n'y trouve-t-elle pas d'assez
ustres Matieres pour l'occuper
utierement? Elle n'eut pas sitfi-
achevéces mots ,
qu'elle vit
*r,o(Jîetre la Renommée,maistonte
&toute abatuë. TDou vous
sient cette paresse, luy dit-elle,
~V pourquoy cet airremply de
singueur> quandvousne devez
voir que de la joye? La Renommée
ne demeura pas sans Yéonse,
& voicy de quelle façon
llesse parlerent.
LA RENOMME'E.
J'ay fait tant de fois letour
du Mondedepuis quelques
années, &ces longs voyage
m'ont tellement briguée:
que la joye de mon coeur no
peut passer jusqu'à mor
visage. Je ne me sens plui
assez de force pour supportes
de si grandes peines, & j<
crains d'estre bien-tost oblil
gée d'abandonner mon eml
ploy. Les plus fameux Héros
de l'Antiquité ne m'ont pa.141
ensemble donné tant d'occu-f
pation pendant leurs plu
rudes Guerres, qu'a fait Id
Grand Roy qui nous attire,
icyl'une & l'autre, depuis lail
aixqu'il a bien voulu don- er à l'Europe. Javoiscrû
l'abord que ce devoit estre
un temps de repos pour moy.
Cependant depuis cette Paix
qui n'a point d'exemple dans
~es Siecles précedens, ce Moarque
n'a pas laissé de marquer
ses jours par desactions
si dignes d'c stre admirées,
que les moins brillantes ont
merité que je fisse le tour de
da Terre pour les annoncer. On diroit qu'il s'étudietous
les jours à chercher quelque
moyen de répandre de nouvelles
graces sur ses Sujets,
puis qu'il en a trouvé qui ne
font jamais entrées dans Tek
prit des Hommes. Les Académies
que ce modelle des
Roys vient d'établir à Metz,
& à Tournay
, en faveur de la
Noblesse, justifient ce que,
je dis, aussi-bien que tout ce
qu'on luy voit faire chaque
jour pour la véritable Religion.
Je dischaquejour, &t
je parle instruite, parce
que
j'enay de fidelles Mémoires,
& que je viens de faire connoiftre
dans les Climats les
plus éloignez toutes les Actions
de cette nature que ce
Prince a faites,& beaucoup
d'autres encor, dont la moindre
pourroit suffire à faire un
Héros.
LA GLOIRE.
si Pouvez-vous., ayant une parfaite connoissance de
tant de merveilles, vousem-
{pefcher de retourner aux
) deux bouts du Monde, pour
y publier qu'il estné un Prin-
) ce de l'auguste Sang de ce Monarques
LA RENOMME'E.
On y sçait déjà cette nouvelle,
parce qu'on y sçait
dans queltemps la France attendoit
un Gage de l'amour)
de ionDauphin, & d'une;
des plus accomplies Princesses
de la Terre. Ainsij'ay
vû les Peuples persuadez en 1
tous lieux, qu'un Prince sei
roit le premier fruit de leur 1
Mariage. Il vous est aisé de f
concevoir ce qui leur a fait 1
tenir pour infaillible une cho- *
se qui sembloit estre incer- !
taine. L'Empereur des François
souhaitoit d'avoir un
Petit-Fils, & ils n'ont point
douté que ses voeux ne dûssentestre
exaucez,
sçachanty
que ses vertus luy ontrendu r:
le Ciel favorable, & qu'un
Princequisoûtient si dignement
le glorieux Titre de
Fils Aîné de leglise, ne manque
jamais de voir ses souhaits
remplis, quand iln'en
forme que pour le bonheur
de sesEtats.
LA GLOIRE.
Je croy comme vous, que
.2 tous les Peuples de la Terre
) estant convaincus que le
Ciel exauceroitlesvoeux d'un
Monarque avec lequel il
t semble estre d'intelligence, ils ne doutent point que la
France n'ait présentement tya
nouveau Prince; mais vousj
devez vous donner le plaisirs
de leur aller confirmer vous4
mesme ce qu'ils ont pensé.L
La connoissance qu'ils ont:
de tout ce qui a fait mériter:
le surnom de Grand à l'In-,
vincible Souverain dont nous
parlons, leur doit faire esperer
beaucoup de son Petit-
Fils. Mais afin qu'ils soient
pleinement persuadez de ce
qu'on en doit attendre, entretenez-
les de l'auguste Dauphin
de France. Parlez-leur !
de son adresse admirable àj
fnanier un Cheval Dites-J
sieur qu'ilest infatigable dans
tous les exercices du Corps.
Instruisez-lcs delaconnoissancequ'il
a des beaux Arts.
Apprenez-leur que son Cabinet
est remply d'un nombre
infiny de Raretez, qui
sont autant de chefd'oeuvres,
dont il connoist toutes les
beautez) & dont il peut juger
encor plus en Maistre de
l'Art qu'en Prince, puis
qu'il dessigne parfaitement
bien, & qu'il a mesme gravé
quelques Planches. Ne
manquez pas à leur faire connoistre
que les Sciences les
plus relevées luy sont samilieres
,
& qu'il possede les
Poëtes & les Historiensd'une
maniéré qui cause autant
d'admiration que de surprise,
puisqu'il les citeCouventfort
à propos, quoy qu'il ne les
ait point lûs depuis plusieurs
annees. Enfinpourmettre la
derniere main à vostre Eloge,
& le comble à sa gloire, faitesleur
bien remarquer qu'il est
l'exemple des Princes de son
âge, qu'il est d'une sagesse
éprouvée, & qu'il paroist
Fils de Louis LE GRAND1
par ses vertus, comme il l'est
par sa naissance. 1
LA RENOMME'E.
Toutcc quevousvenezde
îpe dire, me donne tant de
coye,Se m'anime de telle
maniéré, que je sens renaître
elles forces pour en aller porster
les nouvelles aux deux
(bouts du Monde. Adieu, je
(parts) & prétens devancer
)tous les Courriers qui sont
(partis avant moy.
La Renommée s'envola après
rcrs paroles, la Gloiresuivit
Ue Roy.
Quoy que les jugemens
) de Dieu soientimpénetrablés,
il est difficile de ne pas
croire qu'une mort funeste.
qui suit une vie pleine de
scandales, en est la punidonj
Ce que je vay vous concert
estun exemple terrible, donti
les Impies pourront faire leur:
profit. Il y a quelques an nées que trois jeunes Etran-i
gers estant venus à Lyon,:!
prirent le dessein de s'y étai
blir. Ils se mesloient de Peinture,
estoient tous trois fort
bien faits de corps, & s'apl
pelloient Frères, foit qu'en
effet ils le sussent soit que
l'amitié qui les unissoiteleus
"Jauft obligez à se donner l'un
d'autre ce nom. S'ilpassoit
quelque Sçavant par cette
fameuse Ville,ils s'empressoient
aussitost à le chercher, lerégaloient chez eux magnifiquement
, dans qu'on
ait pu découvrir,ny doûils
hestoient, ny sur quel fondils
pouvoient fournir aux gran-
Ides dépenses qu'on leur
laveu faire. Ilsavoientbeaucoup
d'esprit, mais peu de
religion. Au moins cela paproissoit
par quelques discours
Equi leuréchapoient. Leur vie
estoitextrêmement libertine.
Je n'en sçay point le pâment
lier. Je sçay seulement qu'ils
sont morts tous trois depuis
peu de temps, de la maniere
que jevay vous dire.Le premier,
voyant donner la Question
à unCriminel,en fut saisy
de frayeur, & cette frayeur
luy ayant fait faire un faux
pas, il tomba à larenverse,
se caffala teste, & mourut du
coup dans le mesmeinstant.
Le second, voulat embrocher
une Eclanche qu'il prit par
impatience des mains d'un
Valet, mit le manche de
la
Broche contre la muraillel
& l'Eclanche contre son esotomac.
Il pouffa en suite avec
stant de violence, qu'ils'embrocha
malheureusement
cluy-mesme, & mourut aussi
sur l' heure, sans avoir pû
proférer aucune parole. Le
troisiéme alla sur la fin du
mois de Juin passer quelques
)jours chez un Curé à une
lieuëde la Ville. Ilsepromemoit
avec luy dans son Jardin,
quand s'arrestat toutàcoup,
fil regarda fixement le Ciel
pendant un demy
- quartd'heure,
puis il sécria,Jesuis
mort, je suis mort.Dans une
heure je ne seray pas en vie.
Aia Cassêtte, ma Cassette, Mr
le Curé,maCassette. On alla
quérir cetteCassette, qui l'acôpagnoit
toujours en quelque
lieu qu'il allait. Il l'ouvrit,
en tira plusieurs petits
papiers, & un autre de sa poche,
demanda de la lumiere,
& les brûla tous; aprèsquoy
il jetta cette Cassette, en disant,
ma Cassette au Diable.
Cela estant fait,il regarda
de nouveau le Ciel, & dit
comme auparavant, Jesuis
mort, je n'ayplus que quelques
momens à vivre. Le Curé luy
dit qu'il s'inquiétoit mal-àpropos,
qu'il se portoit bien,
&qu'il n'avoit point de fiévre.
Il continua toujours à
dire qu'il estoit mort; surquoy
leCuré luy conseillant
de se confesser, puis qu'il se
ecroyoit si prest de mourir, il
luyrépondit,Jemeconfejjeray
demain,jesuis mort; & en di-
., sant ces paroles, il tom ba
mort effectivement. J'ay leû
ce que je vous dis dans une
J Lettre qu'a écrite icy le Supérieur
d'une des Maisons
les plus réformées de Lyon. Il marque qu'il a connu ces
trois Freres, qu'il leur a parlé
plusieurs fois, ëc qu'illes a
mesme employez pour quelques
Tableaux. Ces morts
funestes m'ont esté confirmées
de bouche par des Personnes
très-dignes de foy,
venuës icy de Lyon depuis
peu de jours.
Heureux qui meurt de la
mort des Justes C'est de
cette forte qu'on a sujet de
croire qu'est mort le septiéme
de ce mois, Messire Jean
Philipes Berthier, Seigneur
de Montrave, Maistre des
Requestes honoraire, & au-1
paravant Conseiller au Parlement
de Toulouse.Ilestoit
Filsaîné de Messire Jean
Berthier, Seigneur de Montrave,
Premier Président
auParlement de Toulouse,
Petit-Fils de Messire Philippes
Berthicr, - aussi Seigneur
de Montrave, Président
à Mortier en ce mesme
Parlement, grand Jurifconsulre,
qui a fait part au Public
de divers Ouvrages tres-considérables,
& Frere de Messire
Antoine Berthier, Evesque
de Rieux. Il a eu six
Soeurs; la premiere mariée
à Mr de Geneste
,
Procureur
General au Parlement de;
Toulouse; la seconde, à Mr
de Garribal, Maistre des Requestes,
Président au Grand
Conseil, dontest venuë Gabrielle
de Garribal, Femme
de Mrde laReynie,Conseiller
d'Etat, & Lieutenant General
de Police; la troisiéme, àMrdeVillespassan, Conseiller
en la Grand'Chambre
du Parlement de Toulouse,
dont est sorty MrdeVillespassan,
qui a esté Page de la
Chambre du Roy; & la qua- j
triéme, à Mrle Marquis de
Foix, Capitaine des Gardes1
Suisses de Monsieur. La cinquiéme
estAbbesse de Favars;
&,lafly-lémeFellcrlcufe
dans cette Abbaye. Cette
Maison, dont Mr Berthier
qui vient de mourir, estle
dernier Masle de la Branche
traînée, porte d'or , at4 Boeuf
éfrayé de gueulles, chargé de
cinq étoiles d'or. La Branche
Cadete est celle de Mr Berthier,
Baron de S. Geniez,
dont estoit feu Mr l'Evesque
de Montauban, l'un des plus
célébrés Prédicateurs de ce
Siecle. Mr l'Abbé Berthier
son Neveu,s'est acquis grande
estime dans la Chaire.
La nouvelle Fable que je
vous envoyé, est de la façon.
de MrDaubaine.
LE CHAT,
ET LE CO Q~
u FABLE. N chatparmyles chatstranchantdunecessaire,
-II fauot,drit-diluinjnoura,chaingrerneôtr,e Et laisser aux Chats du vul gaire
Le pdlai,si.rd-esmaSngeor dtesiRraitss&.
Dans ce dessein, comme Esope le -
conte, •
JlJe rend auMarché pour yfaire
soncompte;
Phedre le fait aller dans une Basse-
- Cour. *
J^upy qu'ilenfait, dupremier tour
Ilvoit à soison dequoy prendre,
Et d'un vieux Coq ilsesaisit.
Quelquejeune Poulletauroit estéplus
tendre;
Maisles chats aimenttoutquandils
ont appétit.
Pendantqu'iltientceCoq, quille
pince ~& le plume.
Quand perdas-tu,dit-il, ta maudite
coûtume,
De crier dés le point-du-jour?
A peine ton Maistre sommeille
Quetoncry facheux leréveille.
Ingrat!Je vais t'apprendre à faire
mieux ta cour.
citquandmes petits soins font
quemonMaistrequitte J\
Lerepos qu'il prenoitau lir5
Plusil fait de travail plus il a de-1
profit. 4
Surceraisonnementle Châtn'eutrien
àdire.i Ils'y pritd'uneautrefaçon.
Atout âge, entoute faison,
Lay dit-il, une Femme auplus
devroitsuffire;
Etcependant, voluptueux,
Tu vas jusques à l'infamie.
Réfléchis un peu sur ta vie.
Ravisseur, Adultere, 6c mesme
Incestueux.
De crime en crime tu la roules.
(D'aimer trop mes plaisirs vous
• me blâmez en vain,
RepartleCoqauchat, Se mon Maître
a le gain
Detous lesoeufsqueluy pondentfcs
Poules.
Contre cette réplique aurez-vous
des raisons?
Oüyj'en ay,ditle chat. Situ les
veux apprendre,
Cesont celles du Loup qui mange
les Moutons,
Ou celles que le Fortau Foible droitderendre. a
Le Coq eut beau recourir au Caquet,
Le Chat gloutonl'étranglanet,
La Cour de Hanover estant
une des plus galantes
Cours d'Allemagne, je continuëàvous
en apprendre les
Divertissemens. Le Mercredi
dy 8. du dernier mois, Mr le;
Baron de Platen, dont je
vous ay parlé plusieursfois,
régala Leurs Altesses de Hanover,
avec Madame la Princesse&
Messieurs les Princes,
dans sa Maison de plaisance,
qui est à une portée deCanon
de la Ville.. Il y fit venir
quantité de petites Pieces de
campagne, qu'on plaça dans
le Jardin, & on beuvoit toutes
les santez au bruit de trois
décharges de toute cette Artillerie.
On n'oublia rien
pour donner de l'éclat à cette
Feste. Les Trompetes & les
Timbales s'y firent entendre,
aussi-bien que les Hautbois,
>-& les Flûtesdouces;&les
Violons Françoisacheverent
de charmer cette îllustre
Compagnie, qui prit grand
plaisir à les écouter pendant
le Repas.
Le Dimanche 19. dumesme
mois, Monsieur le Duc,
iôc Madame la Duchesse de
Hanover, qui ontesté dre pren- l'air de la Campagne à
Hircham depuis quelque
temps,vinrent à Hanover
faire leurs dévotions accoûtumées.
Ils y prirentle divertissement
de la Comédie
Françoise, & ensuite on leur
donna un tres-beau Feu d'artifice,
qui fut admirablement
exécuté, & qui dura une
heure & demie. On viten l'air
des combats de feu tres-surprenans,&
il y en eut sur terre
& sur l'eau, qui donnèrent
beaucoup de plaisir à cette
Cour. Un Arc de triomphe,
brillant de clartez par tout
parut pendant tout le temps
deceSpectacle. Les Armoiries
de Leurs Altesses de Hanover
estoient sur le Frontifpice,
avec plusieursChifres
de leurs nomsagréablement
formez, &colorez d'un bleu
lumineux, qui devint enfin
une éclatante lumiere. Deux
Colomnes de cette mêmeArc
hitecture lumineu se,accompagnoient
décosté & d'autre
ce brillat Portique. Il y eut un
Cygne remply d'artifice, qui
se promenant sur l'eau sous
les Fenestres du Palais, jetta
mille feux de routes parts.
Ces feux qui entroient dans
l'eau, en sortoient un peu
après avec quantité de serpenteaux
,
qui sembloient
courir l'un apres l'autre, &
quiensuite s'élevant en l'air,
furent un charme pour les
Spéctateurs.Monsieur le Duc
de Hanover fut si satisfait de
ce divertissement, qu'il en
commanda un semblable
pour une autre occasion.
Madame de Souvray
,
Abbesse
deVillersCanivet,dont
je vous parlay amplement il
y a trois mois, reçoit tous les
jours de nouvelles marques
de l'estime que l'on fait de sa

a coûtume de faire dans les
plus grandes solemnitez, ôc
les Voixcharmantes des Religieuses
formerent une Musique
qui égaloit les plus doux
Concerts. Ily eut un Festin
tressomptueux, non seulement
pour un fort grand
no1mbr.e de Personnes invi-t tees, mais encor pour ceux
que le bruit de cet*te Festeavoir attirez. Tous les Sujets<
& Vassaux des Baronnies del\,\
Villers Canivet, & de Leffart,
ayant pris les Armes, contribuerent
à l'éclat de cette
Festeparplusieurs décharges
)
de leurs Mousquets dans la
Court de l'Abbaye. Vous
jugez bien qu'elle ne se passa
pas sans que cette illustre Abbesse
reçeut quantité de Vers
à sa loüange. Elle eut sur tout
grand sujet d'estre contente
de ceux que luy envoya la
spirituelle Madame de Maherû,
Religieuse de Vignas.
C'est une Abbaye Royale à
deux ou trois lieuës de Villers
Canivet,dont Madame de
Tessé FrouleyestAbbesse.
Ilestbien avantageux de
n'aimerpassiaveuglement,
qu'on ne conserve toujours
un peu de raison. Vous le
connoistrez par le détail que jevousvayfaire. Un Cavavalier
à qui de tres- belles
actions avoient acquis justement
le titre de Brave, s'attacha
aupres d'unejolie Veuve,
dont il essaya de gagner
le coeur. Il crut n'y pouvoir
mieux réüssirqu'ens'appliquant
a étudier ce qui luy
plaisoit. Elleestoit portéeà la
dépense. Il en fit pour elle,
& l'instruisit de sa passion par
de galantes Parties, où rien
n'estoit épargné de ce qui
pouvoit les rendreéclatantes.
Ces marques d'amour qu'il
duydonnoit à grand bruit,
flatoient la vanité de la Belle.
Elle les payoit par beaucoup
Ide complaisances; & si dans
ce temps il eust voulu s'expliquer
pour le Sacrement, il y
a grande apparence qu'on
l'eustécouté avec plaisir.
Mais quoy que tres-amoureux,
il raisonna sur les fuites.
On luyapprit que la Dame
n'avoit pas vécu en trop bonne
intelligence avec son premier
Mary
, parce qu'il ne
foufroit pas qu'ellechangeait
tous les jours d'Habit, ny
quelle eust des Meubles aussi
somptueux qu'elle les vouloir
avoir. Cet exemple luy fit
peur, & cettecrainteayantPl
rallenty sa passion
,
il comnmi,
eennççaa aà se montrer moins*
prodigue, &par conséquent
à plairemoins. Comme elle
nn'eeuuttpplluusslleessmmeesfmrneessééggaarrddss;
pour luy des qu'elle l'eut vû
changer de conduite,elle
luy laissa paroistre beaucoup
de défauts qu'il n'avoit point
apperçeus d'abord. Ces défauts
le guérirent tout-à-fait,
& il estoit prest de se retirer,
quoy que les dépenses qu'il
avoic !
avoit faites luy tinssent un
peuaucoeur, lors qu un jeune
igeiitilhotiii-iie maistre de
uluy-mesme, & ayant beaucoup
de bien, fut introduit
chez la Dame. Il le laissa
s'embarquer,& feignit dene
point voir l'attachementqu'il
prenoit pour elle. Le jeune
,MAmant donnad'a bor d dans
son goust. Il fut libéral, alla
au devant des agreables Pardtieess,&
fournit à tout avec
marques de joyequiluy
gagnerent bien-toit le coeur
dela Belle, ils s'asseurerent
d'une mutuelle passion & si
1. Septembre 168z. T
le nouvel Amant n'eust point
craint le Cavalier, quiavoit,
ses veuës en continuant à<;
estre assidu, le mariage l'eust
bientost rendu heureux. Le
Cavalier s'apperçeut qu'on le
craignoit, & c'estoit ce qu'il
avoit prétendu. Deux mois
se passerent sans que les choses
changeassent d'érat. La
Dame trairoit brusquement
le Cavalier pour le bannir de
chezelle,&il donnoitàces
brusqueries le nom de faveur
pour n'avoir pas lieu de s'en
fâcher. Enfin ayant remar
qué que ion Rival s'enflâ-
V
ombositat cdleesplus en plus, par les
que la continuation
de ses soins apportoit à son
bonheur, il luy dit un jour
qu'il s'apercevoit depuis quelque
tem ps qu'il aimoit la
Dame;qu'il estoit fâcheux
que deux Gentilshommes
eu ssent formé le mesme def:
sein; que cependant 11111 des
deux devant ceder, il estoit
juste qu'on laissast l'aimable
Veuve en liberté de choisir,
& qu'ille croyoit assezraisonnable
pourconsentircomme
luy à larendre Arbitre de
leur fortune,mais qu'ayant
fait l'un & l'autre beaucoup
de dépense pour luy marq uer
leur amour,lamesme justice
vouloir que le Malheureux
fustindemnisé&que peutestre
il parloit contre luymesme,
puis que l'ancienneté
de ses services luy devoit
faire esperer que la presérence
luy seroit donnée. Le
jeune Amant, qui se tenoit,
seûrdu coeur de la Belle
,
ôc
qui n'osoit rien conclure par
la crainte de s'attirer une af-i
faire qui pouvoit avoir des
fuites fâcheuses, fut ravy de
l'ouverture que luy fit leCavalier.
L'argent qui le défaisoit
d'un redoutable Rival,
luy estoit fort peu considérable.
Il approuva ce qu'il
avoir proposé & séstant donnez
parole de vivre tou jours
Amis, quelque choix que fist
la Dame, ils arresterent que
le Malheureuxrecevroitcinq
cens Louis de celuy qu'elle
voudroit préférer,& ne se
quitercnr point qu'après en
avoir passé un Acte pardevant
Notaires. Ce fut alors
que le jeune Amant crut avoir
pris son Rival pour du pe.
Comme il ne craignoit plus
rien de luy apres l'accord
qu'ils venoient de faire, il redoubla
ses soins aupres de
la
Belle, & n'eut pas de peineà
obtenir qu'elle s'expliquast
en sa faveur. Le Cavalier en
futinstruit &par elle-mesme,
& par son Rival, quilepria
de se souvenir de ce qu'ils
s'estoient promis sur cette a£<
faire. Il tâc ha de prendre un
visageconsterné, poussa quelques
faux soûpirs,& ayant
reçeu la somme dontils estoient
convenus,il laissa la
Veuve au jeune Amant, qui
l'épousaquelques jours apres.
)I}llssaaiinm1~enn[tttoouuSsddeeuuxxllaaggrraann--
de dépense,&rienn'est égal
à celle qu'ilsfont.Quoy que
leMary soit riche, on doute
fort qu'il la puisse soûtenir
longtemps sans mettre ses
affaires en désordre. Jugez
de la joye du Cavalier de
s'estre tiré sià propos d'un engagement,
dangereux pour
luy de toutes manieres.
Vous vous souvenez, Madame,
de la fermeté avec laquelleje
vous appris dans
ma Lettre de Fevrier dernier,
que Mrde GuilleraguesAm-
baffadeu—r d—e—Fr—anc—e—à C—on—s-'
tantinople, avoit soûtenu ce qui s'estoit fait devant l'Isle
de Chio, contre les Corsaires
de Tripoli. Je vous fis dans part le mesme temps, des
Articles de la Paix conclue
avec eux parMrdu Quesne,
dela maniere la plus glorieuse
qu'ilpouvoit le souhaiter.
Le GrandVisir,& les autres Ministres de la Porte,ayant
employé inutilement toute sorte de moyens pour obliger
cet Ambassadeur à earer
les dommages de Chio,
pour lesquels ils demandoient
que l'on payast sept
cens Bources de cinq cens
Ecus chacune, ils avoient
esté contraints de se contenter
de ion Billet, par lequel
il promettoit de taire dans
quelques mois un Prêtent
au Grand Seigneur de certaines
Raretez qui luy feroient
agreables. Le temps
est venu de farisfaire au Billet;
6c Mr de Guillera£cîues 7 ..,) n'ayant rien promisqu en
son nom seul, voicy comment
il a terminé cette
grande Affaire.
Le Grand Visir ayant [çeu
en quoy ce Présent devoit
consister, le trouva tres-éloigné
des prétentions qu'on
avois euës, & ne pouvant
croire queMrl'Ambassadeur
voulust pousserjusqu'au bout
l'inébranlable assurance qu'il
avoit toûjours marquée, il
résolut de faire un dernier
effort, pour le porter àune
augmentation dont le Grand
Seigneur eust sujet d'estre
content. Ainsi le29.d'Avril
dernier, il luy envoya l'Effendi
des Chiaoux, qui estle
second Officier de ce Corps.
L'Effendi, accompagné de
Mauro Cordato, Drogman,
i
ou Interprete de la Porte,
luy vintdemander, si apres
ce qu'on luy avoir fait connoistre
des fâcheuses fuitcs
qu'auroit sonrefus, il demeuroit
dans la résolution de
n'ajoûter rien à son Présent;
& sur ce que Mrde Guilleragues
luy rémoigna qu'il estoit
fort inutile de luy parler
tant de fois de la mesme
chose, il recommença tout
de nouveau à exagérer l'affront
que la Religion & l'Empire
Otoman avoient reçeu
par les canonnades de Chio;
luy représenta Sa Hautesse
dans une colere, que la satisfaction
de l'entier payement
des septcensBources pourroir
à peine appeiser & finit,
en by disant, que quand l'estime
qu'on avoir pour sa Personne
faisoit consentir à relâcher
quelque chose, il devoit
répondre à des sentimens
si favorables, en augmentant
sonPrésentjusqu'à
ce qu'on luy dit que c'estoit
assez; qu'il empescheroit par
là qu'on n'en vinst aux violences
dont onl'avoit menacé,
& que tout estoit à
craindre, s'il ne prenoit ce
arty. Ces discoursreïtérez
n'ébranlerent point cet Ambassadeur.
Il dit, qu'ayant
promisde donner des choses
rares & curieu ses, elles ne
devoient point exceder les
forces d'un Gentilhomme;
qu'ayant fait tout ce qu'il
pouvoit faire, la Porte en devoir
estre contente, & que
le Visir pouvoit prendre contre
luy telles résolutionsqu'il
luy plairoit, puis qu'il n'avoit
rien davantage à dire. En se
séparant de l'Effendi, il l'avertit
de deux choses; l'une
qu'eltant incapable de s'intimider,
quand mesme il
faudroit donner sa teste, on
perdoit du temps à ijy faire
des menaces & l'autre, que
les François estoienttellement
charmez de la grandeur,
de la bonté, ôc des autres
admirables qualitez de
leur Empereur, qu'ils se faisoient
un plaisir d'exposer
pour luy. leurs libertez &
leurs vies; & qu'en France,
lors qu'un Homme de qualité
avoit l'avantage de mourir
en servant son Prince, on
regardoitcette mortcomme
un honneur dont on alloit
Féliciter ses Parcns,
Depuis le jour de cette visite,
il ne s'en passa aucun
sans que les Drogmans de
Mr de£uilkragues semontrassent
à la Porte, non pour
y rien proposer de plus que
ce qu'il avoit proposéluymesme,
mais seulement pour
se présenter,&fairevoir qu'il
ne craignoit point les Déliberations
qu'on y pouvoit
prendre, puis qu'il marquoit,
en envoyant ses Drogmans,
l'impatience qu'il avoit de les
sçavoir. Ils luy rapportoient
toujours quelque fâcheuse
réponse ; & la moindre violence
où l' on devoit se por*
ter, estoit de le conduire en'
prison, & de saisir les Effets;
de tous les Marchands Fran-^j
çois. Il soufrit cette
menace]
pendant quelques jours
mais enfin ayant appris que;
la résolution avoit esté pnfej
de l'envoyer aux Sept Tours!
pour un peu de tem ps,
afin
d'éprouver si L fermetérieni
feroit point ébranlée, il ordonna
aussitost à ses Drog.,
mans
dallertrouverleKiaïal ', pour luy dire qu'on diféroitj
inutilement ce qu'il Içavoiti
M
qu'onvouloit exécuter;qu'il
estoit tout prest d'aller aux
Sept Tours, & qu'on n'avoir
qu'à le venir prendre pour
l'y con duire;mais qu'il se
croyoitobligé de l'avertir,
que quan d il y seroit une fois
entré, il ne seroi t pas si facile
qu'on pensoit de l'obliger
d'en sortir; que les ordres
du Visir,&mesme du Grand
Seigneur, ne suffiroient pas
pour le retirer de cette Prison,
& qu'il y demeureroit
jusqu'à ce que l'Empereur
son Maistreluy en fist ouvrir
les Portes. Une si hardie
déclaration avoit dequoy
arrester l'effet des desseins
qu'on pouvoit avoir
formez
& comme il craignit que ses
Drogmans n'osassent parler
aussifortementqu'il le souhaitoit,
illeur donna un Ecrit
contenant les mesmes choses,
pour luy oster le pouvoir
d'en rien suprimer. En lneC
me temps il se fit tenir de
Chevaux prests, afin de ne
faire pas attendre ceux qui
viendroient l'appeller. I
Le ~Kiaïa surpris de ce que
luy dirent les Drogmans, 1
fut beaucoup davantage 4
Billetqu'ilsluy porterent. Il
eut pendant un quart d'heure
les yeux attachez dessus, 8c
son silence fit a ssez paroître
ion étonnement. Celuy du
Visir ne fut pas moindre.
Cependant, comme il s'agissoit
de se conserver, ou de
rompre avec la France, selon
qu'ilseroitviolent ou moderé,
illaissa passer encor quelques
jours sans rien dire à
Mr l'Ambassadeur. Les manieres
de la Porte luy estoient
connuës, & comme ilsçavoit
qu'elle fuit fous ce Visir une
Politique extraordinaire, cette
conduite ne luyrépondoit
de rien.
Les choses demeurerent
en cet état jusrqu'Jau d 9. de
May. Ce jour-là, sur les six
heures dufoir, les Drogmans
furent appellez chez le Kiaïa
avec grand empressement.
Illeur demanda si Mrl'Ambassadeur
n'aj oûteroit pas
quelque chose à son Présent;
ô( les Drogmans ayant répondu
qu'il leur paroissoit
toujours fort éloigné de le
vouloir faire
,
il leur donna
ordre de le sçavoir plus précisément,
& de luyen donner
réponse. Ils revinrent le
lendemain au matin, & luy
dirent de la part de Mr de,
Guilleragues,qu'il ne falloit
point luy demander qu'il
augmentast ses Présens,qu'ils
estoient tels qu'il les devoit
faire, & qu'il ne pouvoit y
rien ajoûter. Le Kiaïa ne
croyant point que sa derniere
résolution fust prise,
chargeales Drogmans de le
presser de nouveau sur cette
augmentation; & afin qu'il
eust le temps d'y penser, il
luy accorda deux jours pour
déterminer absolument ces
qu'illuy seroit important de
faire.
Ce delay fut inutile.
Mr de Guilleragues fit toûjours
paroître une égale fermeté;
& la nouvelle menace
qui luy fut faite quelques
jours apres de la prison des
Sept Tours, ne pût l'obliger
à changer de sentimens. Enfin
ses Drogmans luy ayant
dit que le Grand Visir l'envoyeroit
chercher pour apprendre
de luy-mesme ce
qu'il avoit résolu, illeur ordonna
de luy aller déclarer
qu'il ne vouloit point luy
parlerdebout,comme ilavoit
J 1
fait lors qu'ilavoitestéquestion
de l'Affaire de Chio, &
qu 'il sou friroit plutost la
mort, que de consentir à
prendre place au bas du
Sopha.
Le 20. du mesme mois, il
fut averty par les Drogmans
sur les huit heures du matin,
de. se tenir prest pour aller
chez le Kiaïa, où l'on devoit
venir le prier de se vouloir
rendre.Il estoitdéjààdemy
lp'Eréfpfeanrédipour partir, lors que
des Chiaoux arriva
seul pour- luy faire ce message.
Mr de Guilleragues
l'ayant assuré qu'il se mettroit
en chemin peu de temps
apres, cet Officier alla l'attendre
à laMarine, du costé
de Constantinople; & Mr
l'Ambassadeur ayant achevé
de se préparer pour cette entreveuë,
sortit à dix heures de
son Palais, accompagné seulement
de MrsFornetti, Fontaine,
& Perruca, ses Drogmans;
de Mr Hermage son
Medecin; de Mrs Fabre &
Sougla, Marchands; de fiên
Valet de Chambre, & de
quatre Valets-de-pied. Il ne
voulut pas une Suite plus
nombreuse,
nombreuse, parcequ'onl'a-,
voit prié de ne mener avec
luy que dix Personnes. Sa
contenance estoit assurée, ôc
il marquoit un air libre, qui
l'a fait d'autant plus admirer,
qu'on a sçeu depuis qu'il
soit appris ce mesmejour
par deux avis diférens, que
dans un Conseil tenu, le Visir
avoit fait prendre la résolution
de l'envoyer aux Sept
Tours. Cette nouvelle dont
il ne fit part ny à sa Famille,
ny aux Marchands, ne luy
causa aucun trouble, & il
partit à cheval avec un visage
calme, quoy qu'il ne
doutast en aucune sorte qu'-
on ne l'appellast pour l'arrester.
Estant arrivé à Tophana,
où est l'Arsenal du
Grand Seigneur, il mit pied
à terre, & passa dans une
Caïque à Constantinople,
Il y trouva un autre Cheval
qu'on luy tenoit prest; &
l'Effendi des Chiaoux qui
l'attendoit là, le conduisit au
Serrail du Grand Visir, qui
est au dessous de la Mosquée,
qu'on appelle la Solimanie.
Lors qu'il fut entré, ill'introduisit
dans l'Apartement du
, Kiaïa, avec lequel estoient
le ReïsEffendi, le Chiaoux
Bachi, & un autre Officier.
Mr l'Ambassadeur y fut suivy
de les trois Drogmans, de
1 son Medecin, des deux Marchands
, & de son Valet de
Chambre, qui se tinrent tous
debout derriere son Siege.
Le Kiaïa commença son
discours par une nouvelle
exagération du dommage de
Chio, de l'indignation de Sa
Hautesse, & du mécontentement
de tous les Grands
de laPorte. MrdeGiullera-
- gues, a qui ce commencement
fit croire qu'on avoit
dessein de pouitcriAtMrc à
bout, répondit de la maniere
du monde la plus intrépide.
Il fit voir avec combien de
justice l'Empereur son Maître
avoit résolu la punition
des Corsaires de Barbarie,
& qu'on ne pauvoit examiner
le procédé de Mr du
ÇVjcfne, sans demeurer convaincuqu'on
n'avoit eu aucune
pensée de donner au
Grand Seigneur les sujets de
plainte que l'on prétendoit.
Le Kiaïa, qui à la chaleur
que Mr de Guilleragues faiÍ
soit paroître, s'aperçeut qu'il
n'estoit pasdilposéàrien accorder
de plus que ce qu'il
avoit offert, commença de
prendre un ton plus doux,
parlant neantmoins d'une
manière qui faisoitconnoître,
qu'on s'obstineroit à
demander qu'il augmentast
son Présent. Il l'a ssurade l'estime
particulière du Visir,
qui ne pouvoit assez admirer
la conduite avec laquelle il
avoit agydans cette Affaire;
& apres luy avoir dit que de
sa part ne souhaitant rien
avec plus d'ardeur que de U
voir terminée, il ne négligeoit
aucune chose qui pu
y contribuer, il ajoûta que
tous ses soins ne produiroient
rien, s'il n'en hâtoit le succés,
en faisant un offre plus considérable,
& qu'iln'avoit aucune
raison de s'en dispenser,
puis que par les termes
mesmes de son Billet, il s'estoit
engagé à faire un Présent
qui fust agreable au Grand
Seigneur.Mrl'Ambassadeur
répZoD ndit sur ce dernier point,
qu'il entendoit le mot d'agreableautrementqu'on
ne
l'expliquoit à la Porte; que
'1
ce qu'il avoit promis devoit
estre composé de choses que
Sa Hautesse agréeroit comme
belles, rares, & curieuses,
&noncomme riches& d'un
prix extraordinaire; & qu'un
Gentilhomme ne pouvoit
avoir assez de présomption,
pour croire qu'aucun Présent
offert de sa part pust estre
digne d'un Empereur aussi
magnifique que le Grand
Seigneur. Le Kiaïa l'ayant
prié de vouloir mieux voir à
quoy ses refuspourroient
porter le Visir, il répondit
qu'il ne luy restoit plus rien
à examiner sur cette Affaire,
& qu'on auroitpû ne le faire
pas venir, puis qu'on n'avoit
à luy dire que ce qu'on luy,
avoir déjadit plus d'une fois.
Le Kiaïa luy dit encor, qu'il
devoit garder plus de moderation
dans les réponses. Il
répliqua, qu'il se ménageoit
suivant les propositions qui
luy estoient faites; &comme
le Kiaïa, & les autres Officiers,
le regardoientfixement,
illeur fit dire que leurst
regards si attachez sur sa personne
pourdécouvrir ce qu'il
pensoit, ou pourluy donner-
?
quelque frayeur,estoientincapables
de le surprendre;
qu'il avoit dit tout ce qu'il
avoit à dire, & quilleur déclaroit
encore une fois, que
son Présent allant au dela du
pouvoir d'un Gentilhomme,
on ne devoit point prétendre
qu'il songeast à l'augmenter.
Le Kiaïa luy fit entendre que
l'on s'étonnait de ce qu'il
n'avoit point eu réponse de
France; mais que cela ne devoit
point empescher l'accommodement,
puis qu'il
pouvoit prendre les Effets des
Marchands François dans
toutes les Echelles. Mr de
Guilleraguesrépondit, lePrésent que qu'il avoit promis,
ne regardant que luy seul,
rien ne l'avoit obligé d'en
avertir l'Empereur son Maître,
& qu'on devoit craindre
l'indignation d'un si grand
Prince, s'il apprenoit que l'on s'obstinastàluy propo- ser de pareilleschoses. Alors
le Kiaïa désesperant devenir
à bout de l'ébranler, voulut
l'obligeràvoir leVisir;mais
il refusad'aller
trouver ce Ministre, non seulement par le bruit qu'on devoit atten- :
dre de leur entretien, mais
parce qu'il ne vouloit ny par- ler debout, ny hors du Sorpha.
Cet Officier ne l'en
pressa pas davantage, & dit
seulement qu'il faudroitcher-
:cher quelques accommodemens
sur cette difficulté.
Ainsi voyant quec'estoit inutilement
qu'il tâchoit à luy
faire abandonner cette résolution,
il sortit trois ou quatre
fois pour aller rendre compte
de leur Conférence au
Grand Visir,quiestoit dans
son Apartement avec Cara-
Kiaïa,leJanissaireAga, &
quelques autres Officiers.
Ce Cara-Kiaïa,quiest Caïmacan
aupres du Grand Seigneur
, al'humeur beaucoup encor plus violente que leVisir.
La premiere fois que le
Kiaïa alla trouver ce Ministre,
il luy dit qu'on n'avoit
pointàdouter queMrl'Ambassadeur
ne fist le Présent
en son particulier, & qu'ainsi
n'ayant osé en écrire à l'Empereur
son Maistre, on ne devoit point prétendre qu'il
y ajoûtast ce qu'on demandoit.
Qu'au reste c'estoit un
ornme qui estantprévenu
de sa raison, soûtenoit obstinément
les choses qu'il
croyoit justes; que les menaces
sembloient l'affermir
dans ses résolutions, & que
'il entroit aux Sept Tours,
il n'en voudroit plus sortir
que par ordre de la France.
Ces paroles du Kiaïa firent
changer le dessein qu'on
avoit formé de l'y conduire.
Toutes les mesures avoient
esté prises pour cela. La violence
ne saisant rien espérer,
il fut jugé a propos de ne se
servir que de la douceur. Le
Kiaïa parla de nouveau à
-
MrdeGuilleragues, & choifit
les termes les plus honneftes
pour luy demander
s'il refuseroit un Diamant de
50000 1. au Grand Seigneur
qui le souhaitoit, au Visir qui
le condamnoit à le donner,
à luy qui l'en prioitinstamment,
& enfin à tous les
Officiers de la Porte, qu'une
forte estime faisoit entrer
..-- dans ses intérests. Il aj oûta,
que toute autre Nation, qui
auroitfait quelque chose d'aprochâtdel'Affaire
de Chio,
ne s'en seroit jamais relevée, ! 1
& qu'il pouvoir voir la considération
qu'on avoit uy, pour puis qu'il n' y avoit point
d'Ambassadeur qui osast
parler ou écrire avec la mesme
fierté, sans s'exposer à
perdre lavie, & mettre tous les Marchands au péril de
l'Esclavage;Qu'il falloit
au
moins que par le don de ce Diamant il donnastmoyen
au Grand Visir d'appaiser
entierement l'indignation de
Sa Hautesse, quis'estoit ré-
: duite par les pressantessuplications
de ce Ministre, à se
contenter d'une si legere
augmentation; qu'apres l' commo ac- dement de cette Affaire,
on agiroit avec luy de
telle sorte, que les autres Na-j
tions en seroient jalouses, Se:
qu'il auroit lieu d'estre content
sur toutes les autres diss
ficultez. ; M l'Ambassadeur répond
dit, que la maniere dont les
autres Nations estoient traitées,
ne regloit rien pour la J
Nation Françoise, & qu'iL;
estoit très-fâché que l'on
employastlenomdeSaHautesse
& du Grand Visir pour
demander unechosequ'il
*
ne pouvoit accorder. Le
Kiaïa voyant qu'il estoit inébranlable,
haussa les épaules
d'étonnement, & dir auRois
Effendiqu'ille laissoit parler
à son tour. Cet Officicr qui
s'est acquis chez les Turcs
la réputation d'un Homme
éloquent, fit un grand discours
à Mr de Guilleragues
sur le dommage reçeu à
Chio, ôc sur la colere où cette
espece d'affront avoit mis le
Grand Seigneur. Il l'assura
d'une maniere toute insinuante,
que le Visir l'estimoit
infiniment; luy représenta
les suites heureuses qu'-
auroit l'accommodement
qui luyestoit proposé;&luy
parlant des sentimens pleins
de zele que son mérite avoit
inspirez àtous les Grands de
la Porte, il luy en donna
pour marques la retenuë avec
laquelleonavoit agy,
n'y ayant eu aucun François
mal traité depuis dix mois
que duroit l'Affaire, & les
Drogmans mesme, qui sont
Sujets de la Porte
,
n'ayant
reçeu aucune parole fâcheuse,
quoy qu'ils en eussent
porté de fort rudes, aussibien
que des Ecrits pleins d'une
fierté,qui dans l'Empire Otroman
n'avait jamais eu d'exemple.
La reponse de Mr
l'Ambassadeur fut la mesme
qu'il avoit faite au Kiaïa. Il
dit qu'ilsavoit parler avec
modération, lors qu'on luy
parloit de mesme; & qu'à
l'égard des François, à qui
aucune injustice n'avait cité
faite, il eust peut-estre esté
dangereux de les maltraiter.
LeReïsEttendirougit de ces
dernières paroles, & le Kiaïa
tourna le difeours sur les Armateurs
Chrestiens, disant
quil ne falloir pas que Sa
Majesté les protégeast, qu'elle souffrir ny qu'il y eust
des François sur leurs Vais
féaux. MdeGuilleraguesré
pondit, qu'on pouvoitcon-,
noiftreque le Roy estoit fort
eloigné de les vouloirprotéger,
puis que
M'duQuesne
avait maltraité quelques-uns
de ceux qu'il avoit rencontrez
pendant qu'il estoit dans
l'Archipel, & qu'ilavoit pris
tous les François qu'il avait
trouvez parmyeux, pour les
envoyer servir dans les Ga- j
leres- mais que malgré de
grands foins, & beaucoup de
prévoyance, SaMajesténe
pouvait pas absolument empecherque
quantité de Vagabonds
& de Malfaiteurs e son Royaume ne le déroc
bassent aux peines qu'ils méritoient,
& n'allassent chercher
sur Mer l'unique refuge
qui leur restait. Que c'etait
à l'Empereur son Maitre à
se plaindre de ce que faisaient
lesCorsaires de Barbarie, aus
quels on donnait publiquement
protection à la Porte;
maisqu'il avait puny ceux
de Tripoli, & qu'il estoitrésolu
de punir severement les
autres en toute rencontre.:
Pendant tout ce temps on
apporta plusieurs fois du
Caffé,duSorbet, del'Eau
de senteur, & du Parfum, il
Mr l'A mbassadeur, & l'on,
sit le mesme Régale de Sorbet
& de Caffé à ceux qui
l'accompagnoient.
Le Reis Effendi n'ayant
pas mieux réussy queleKiaia,
ils allerent l'un & l'autre,
ainsîque les autres O fficiers,
à la Chambre du Visir, &eurent
une demy-heure de consérence
avec ce Ministre. Le !,
ÈKiaïa reprit la parole à son
retour, & réduisit à dix mille
Ecus la valeur du Diamant
que l'on avoit demandé. Il
ut le mesme refus, & ayant
encor diminué ce prix de
voainttiaég,e.iAl nlo'orbstint rien daantage.
Alorsil dit aauuyx.
Drocrmans qu'ilssejettaflent
laux pieds de Mr l'Ambassa-
:deur, qu'ils luy baisassent le
bout de son Juste-au-corps,
( car il estoit tout habillé à la
Françoise, n'ayant point de
Veste par dessus son Habit,
non plus qu'aux autres Audiences
qu'il avait eues,
qu'ils luy fîssent connoitra
que s'il resusait ce Diamant
il fallait qu'eux- mesmes,.
comme Sujets de la Porte,
engageassent tout ce
qu'ils
avoient pour le donner. Mr
de Guilleragues surpris de
cette aaloil, marqua en les.
regardant avec dédain, bien com- des moyens si bas ettoient
employez inutilement,
& se levant toutà-coup, s'en
alla sansrienrépondre.L'Est
sendi desChiaoux lecondui.
fit jusquau lieu où il avoic
laisse son Cheval. Les deux
premiers Drogmans le voulurent
! lurentluivre, mais on leur fit
signede demeurer, pendant
qu'il remonta àcheval pour
s'en retourner à son Palais.
On ne çauroit exprimer
;avec combien de surprise
tous les Officiers qui le trouvèrent
prélens
,
plusieurs
Turcs de confédération
, &
tous les autres que la curiosité
ou leurs affaires avaient
amenez, le virent sortir du
Serrail du Grand Visir. Sur
tout, les Ambassadeurs, Envoyez,
& Résidens des Princes
Chretiens, qui etaient
venus exprès pour voir quel
succes aurait cette Conférence,
en firent paraitre un
étonnement extraordinaire.
Aucun ne doutoit qu'on ne
le duft mener aux SeptTours.
Ce bruit s'estait répandu par
tout dans Conltantinoplej
&outre ce qu'en avoient dit
quelques-uns de ceux qui
devoient bien le savoir, l'opinion
qu'on en avait eue
avoit paru d'autant plus certaine,
qu'on avoit veu arriver
Karakiaïa, ôc le Janistaire
Aga, avec quatre cens Janissaires.
Ce premier, qui est
d'une humeur violente, sieftoit
toujours oposé aux voyes
de douceur. Cependant l'évenement
fit paroistre que
l'on avait dessein de les sui,
vre, puisque M' de Guilleragues
clloit de retour au Palaisde
France, dans le tem ps
que les uns diloient qu'il
avoit esté envoyé aux Sept
Tours, & les autres à la Prison
de Babagiafàr, la plus infâme
de toutes celles de
Con stantinople.
Quoy qu'aucune réfolution
fâcheuse n'eust suivy
cette entreveue, on ne pouvoit
encor dire comment
l'Affaire se terminerait. On
commença de le voir deux
jours après, quand le Vendredy
22. Hussein Aga,
Grand Doüanier, vint trouver
MrdeGuillerages pour
examiner tout le Present suivant
la coûtume, de la part
du Grand Seigneur, & du
Visir. Il amena avec luy un
Marchand Turc, avec quelques
Juifs qui sont à son service.
C'est un Homme fort
en faveur, chez qui Sa Hautesse
dîne d'ordinaire deux
fois la semaine. De toutes les
Nations Chrestiennes, il n'y
a que la Françoise à laquelle
il épargne les Avanies. Aussi
donna t-il des marques d'une
considération particulière à
MrlA mbassadeur, en faisant
les choses d'une manière
équitable, & toute civile.
Mr l'Ambassadeur luy dit
qu'ilmanquait quelques
Pierreries à son Présent, &
que ne se connaissant pas
assezenDiamans pour se répondre
de les bien choisir,
il le prioit de deux choses;
l'une, de vouloir bien se charger
du foin de les acheter;
ôc l'autre,d'avancer pour
quelques mois l'argent qu'il
y fallait employer, juiques à
la concurrence de ce qu'il
avoir promis. HusseinAga
répondit qu'il ne pouvaitiuy
rien refuser;&avant qu'il le
quittast, MdeGuilleragues ,
luy fit servir la Collation.
Parmy les choses qui la composaient,
il y eut un Plat de
Fraises.C'estait un Fruit inconnu
pour luy. Illes trouva 1
excellentes, & le pria de luy
en donnerun autre Plat pour
l'offrir au Grand Seigneur.
MrdeGuilleragues qui en fait cultiver plusieurs Couches
dans son Jardin, satisfit
avec plaisir à cette demande.
Troisjours après,Hussein
Agalevint retrouver, & luy
apporta les Pierreries. A cette
secondevisite, Mr l'Ambassadeur
luy dit, que ne voulant
pas que ses Présens passassent
pour un payement,
puis qu'il les faisait en son
particulier, &non de la part
de l'Empereur son Maistre,
ny qu'on pustluy dire dans
quelque temps que le Grand
Seigneur n'en auraitpasété
satisfait,il prétendait qu'ils
fussent donnez à Sa Hautesse
mesme par ses Domestiques
qu'il envoyerait pour cela.
Hussein Aga luy répondit en
riant, qu'il n'avoit point veu
de Chrestien
-
si opiniâtre;
qu'il voulait des choses qui
ne s'estaient jamais &ices;
que les Ambassadeurs mes
mes ne voyoient le Grand
Seigneur qu'une feule fois
pendant que duroit leur Ambassade,
Se qu'il demandait
que ses Domestiques eussent
cet honneur, si estimé & si
rare en cePaïs-là;qu'ilrâcheroit
cependant d'obtenir
de SaHautesse qu'elle accordast
ce qu'il desirait. Mr de
Guilleragues le régala d'une
autre Collation.On ne toucha
point au Plat de Fraises
que l'on y servit, & Hussein
Aga l'envoya chezluy pour
le Grand Seigneur.
Enfin le Prêsent qui avait
été porté chez leVisir le 2.5.
fut présenté le
2. 7. à Sa Hautesse.
Voicy de quelle maniere
la Cérémonie se passa.
Le Grand Seigneur se rendit
exprés à son Kiosque. C'est
un magnifique Cabinet, qui
est sur la Marine, vis-à-vis de
Galata. SaHautesse y va pour
toutes les grandes Cerémonies,
& sur tout pour recevoir
chaque année les respects du
Capitan Pacha, & des Beïs
des Galeres, au départ de son
Armée navale, tant pour la
Mer blanche, que pour la
Mernoire. Elle y dîna jour-là, ce & en suite onluy
donna le Spéctacledequelques
Luiteurs. Deux d'entre
eux luiterent avec tantd'adresse,
que ny l'un ny l'autre
ne put renverser son Compagnon.
Ils étaient frotez
d'huile par tout le corps, à la
manière des Anciens, & n'avaient
quun Caleçon, qui
était aussi huilé, & qui leur
couvrait jusqu'aux genoux.
Apres qu'on luy eut donné le
plaisir de ceCombat, on fit
avancer les Gens de Mr l'Ambassadeur.
M1 Noquerre son
Chancelier (car tous les Ambassadeurs
& les Consuls des
Echelles du Levant ont un
Chancelier,) Mr Merille son
Secretaire, Mr Fabre Marchand,
lestrois Drogmans
de France, & dix Valets- depied,
prirent chacun une partie
des Présens qui avaient
été portez dans une Chambre
voisine du Kiosque par
ordre du Telkegi. Le Telkegi
est un Officier du Grand
Visir qui va de sa part la porter parole au Grand Seigneur.j
C'est en cela que consiste
son employ. Ils furent conduits
de cette maniéré vers*
la Galerie où cet Empereur
était assis, sur une espece de .1.. Trône, les jambes croisées à j
la façon du Païs. Le Prince
ion Fils était à côté de luy,
& les principaux Officiers, &
un grand nombre d'Icioglans,
les environnoient. Ils
remirent les Présensentre les
mains de ses Officiers qui
étaient là pour les recevoir;
:5c en suite Mauro Cordato,
,,& les trois Drogmans l'un
aprèsl'autre, vinrent jusques
à six pas du Kiosque. Ils
avaient chacun une Veste
de Brocard, que leChiaoux
Bachi & le CaffetangiBachi
jleur avoient donnée,ainsi
qu'àM Noguerre, à Mr Merille,
& à MrFabre, pour être
en état de se présenter devant
Sa Hautesse. ils la saluerent,
enbaissant la teste presque
jusqu'à terre; & a pres eux,
ceux que je viens de nommer,
furent admis a leur tour
à luy faire la réverence. Ils
la firent très profonde; & le
Grand Seigneur, qui les regarda
venir, leur fit une petite
inclination de teste.
Il faut vous dire dequoy
le Présent estoit compose. Il
y avoit une petite Boëte de
Pierreries; deux Faureüils,
l'un grand, & l'autre petit,
fort bien travaillez, & d'un
beau dessein; un grand Miroir
de Venise de
Moulures d'argent, & orné
de Gravûres faites à la pointe de Diamant; cinq Pièces
d'Horlogerie, ou Pendules a
ressortspiral, & d'autres manieres,
d'une invention tresrare;
un Tapis des Gobelins,
peintsur de la Moire; & plusieurs
autres de Drap, deSatin,
de Velours,& de Brocard
deVenise.
Le Grand Seigneur a fore "- estime toutes ces choses, &
sa destiné les deux Fauteüils
pourleSerrail de Beisistarch,
? quand on aura achc ve de le
Jbâtir. Cependant le prtic
îFauteiiil & le Miroir ont elle
j placez dans le Kiosque qui
)cil à la MJrinc; &leGrand,
a l'Apartement des Sultanes."
Quelques jours après la Cérémonie
que je vous viens
d'expliquer, MrdeGuilleragues
sir retirer le Billet par
lequel il avoit promis quelques
Raretcz de France. Le
Kiaïa le rendit à ses Drogmans
en présence de plusieurs
des principaux ossiciers
de la Porte, leur faisant
dire par eux que son Présènt
ne pouvoitestre reçeu d'une
maniere plus agreable qu'il
l'avoitesté de Sa Hautesse,
& leur donnant ordre de le
salüer tres-particulieremenc
de sa part.
Jugez) Madame) quel a
deû estrel'étonnement que
les autres Nations ont eu de
cette Audience donnée aux
Domestiques de Mr l'Ambassadeur,
portant publiquement
un Présent que l'on
connoissoit estre de luy. Ils
ont fait la revéréce au Grand
Seigneur,&reçeu des Vestes,
qui est un tres-grand honneur
en ce Païs-là; au lieu
que lors que quelque autre
Nation paye une Avanie
d'un prix beaucoup plus considérable
que ces Présens, ce
qui arrive [auvenr, il faut
porter au Trésor la somme
qu'on a imposée. On pese
l'argent, on examine toutes
les espèces, & ceux qui en
ssoonnttcharrgez) sont presque ,sontpresque
toujours renvoyez avec injures.
Les Turcs qui ne connoissent
point un plus grand
honneur sur la terre, que celuy
de voir la Face beatifique
du Grand Seigneur) disent
que quand M' de Guilleragues
l'auroit acheté deux
millions, il ne l'auroit pas af.
fez payé, & qu'il faut que sa
conduite soit toute admirable,
pour l'avoir pû obtenir.
Aussi luy a-t-on vcu foutcnir
en toutes rencontres la dignité
de son Caractere de la
maniéré du monde la plus
glorieuse. Il a parle depuis
le depart des Vaisseaux avec
la mesme fermeté que lors
qu'ils estoient aux Bouches,
&àChio. Il s'est acquisleftime
de tous les Turcs, ôc
elleaestételle pour luy, que
pendant tout le temps que
l'on s'est plaint des canon.
nadcs deMr duQuesne, on
n'a fait ny injustice,nymauvais
traitement à aucun François.
Il a toujours arreftepar
les réponses la violence du
Grand Visir,&jay là-dessus
à vous apprendre une chose
qui étonna fort toute la Porte,
& qu'on a ômise dans
toutes les Relations. L'année
dernicre, cet Ambassadeur
estant dans la Salle de ce Ministre,
comme avant que de
1 - le taire entrer dans sa Chambre,
il entendit qu'on traitoit
de le contraindre à s'assoir
hors du Sopha, il dit haut, tout qu'il donneroitmille
Ecus dun Gangiar, qui est
un Poignard à la Turque,
peur tuerle premier qui auroit
l'audace de l'entreprendre)
& cela empescha fansdoute
que laviolence ne luy
fust faite. Il est certain que
son intrépidité a détourne
des malheurs, qui en d'autres
temps auroient presque
esté inévitables. Si on luy
disoit que ses refus pouvoient
le mettre en de grands périls,
ainsique ceux de sa Nation,
il répondoit, que savie,
& cellede quelques François
qui font dans le Levant, estoient
peu considérables, lors
qu'il s'agissoit de la gloire de
son Mviij tre, qui hazardoit
sa Pcrfonneradmc, & une
infinité de Gens de qualité,
lors qu'il estoie à l'Armée.
Par ces maniérés hardies, il
a si bien fait connoistre la
grandeur & les rares qualitez
de noirre auguste Monarque,
que le Grand Visir
a voulu voir son Portrait. Les
plus confidérablcs d'entre les
Turcs, qui tous les jours viennent
l'admirer, trouvent dans
ses traits ce qui peur donner
la plus forteidée d'un Prince
accomply.
Il reste encor la dispute
da Sopha; mais on a tout lieu
de croire qu'il n'y a point de
Négociation si difficile, que
li prudence de MrdeGuil
leraguesne termine heureusement.
Vous ne ferez pas fâchée,
Madame,qu'apres vous avoir
menée à Constantinople, je
vous [dre revenir en France.
Il s'y passe d'assez grandes
choses pour effacer tout ce
que je vous pourrois dire du
reste des quatre Parties du
Monde. Le zele, l'esprit, la
magnificence,& l'invention,
ont paru separément dans
toutes les Villes,àl'égard des
Rejoüissances que l'on a faites
pour la Naissance de Monseigneur
le Duc de Bourgogne.
Celle de Dijon s'est
distinguéedés les premiers
jours, & quoy qu'ilparust
qu'on ne pust rien ajoûter
aux marques de joye qu'elle
avoir données,& dont je vous
ay déja parlé, elle n'en est
pas demeurée là. Elle est si
vivement penétrée du plaisir
qu'elle ressent, de ce que le
Prince qui vient de naître
porte le nom de la Province
dont elle est la Capitale, que dans les ardens transporrs de
son
son allégresse, elle ne sçait
quelles démonstrations en
faireéclater. C'est cette raison
quil'a oblige àrenouveller
ses Réjoüissances le jour
de la Feste de S. Loüis. Des
le matin la Jeunesse & la
Bourgeoise se mit fous les
armes, les uns à cheval, les
autresà pied, mais tous dans
un équipage aussi leste que galant.On promena la Figure
du jeune Duc par toute
la Ville, dans un Char de
triomphe que traînoient quatre
Chevaux gris- pommelez.
On levoyoitau milieu des
quatre derniers Ducs de
Bourgogne, représentez au
naturel
,
& tirez d'apres des
Bustes & d'excelles Portraits.
Ils sembloient remplis d'admiration
à la veuë de ce prétieux
Enfant, & marquoient
leur joye chacun d'un air &;
d'une maniere diférente. La
France fort superbementvétuë
, ayant un Habit blanc
&or, & un Manteau Royal
femé de Fleurs-de Lys d'or
sur un fond bleu, & plus parée
encor de sa bonne mine,
luy mcttoit une Couronne
sur lateste. Toutes ces Figugures
estoientderelief Un
Soleil levant avec une Devise
Latine,expliquoit l'agreable
mouvement que eause
l'orient de ce nouvel Astre
du Monde. Le Char estoit
environné de plus de trente
Gardes à cheval, fort lestement
mis, l'un desquels tenoit
l'Oriflâme des Ducs de
Bourgogne déployée. C'estoit
le Drapeau ou Enseigne
qu'ils faifoicnt porter dans les
Batailles, & autres grandes
ex péditions, surtout quan d
ilsy a lloient en per sonne.
Ces Gardes avoienttous l'Epée
à la main, nuë& haute,
à la maniere des Gardes du
Roy, quand ils passent dans
une Ville. Dix ou douze petits
Pages marchoient devant
& à costé de et Char. Ils portoient
des Fruits, des Fleurs,
& des Pastes exquises dans
des Panniers, & dans des Corbeilles
d'argent cizelé. Il y
avoit des Tentes, &des Pavillons
au milieu des Ruës,
où l'on pouvoit prendre toutes
fortes de rafraîchissemens,
des Coridors, & des
Galeries qui comuniquoient
d'une Ruë à l'autre, des
4
Plate-formes, des Amphithéâtres,
& sur tout dans la
Place de S Jean, qui est fort
grande & très- bien bastie,
l'appareil d'un Feu de joye le
mieux entendu, & le plus magnifique
qu'on ait vû depuis
longtemps. Le Théâtreavoit
plus de 45. pieds de haut sur
14ou25en quarré à chaque
face. La baze consistoit en
huit Portiques ornez d'un pareil
nombre de Pilastres, sur
lesquels l'Architrave estoit
appuyée.Dumilieu de ces
Portiques pendoient des Cartouches
chargez. des Armes
de France, & deDauphiné.
Une Frise avec des Devises
aux quatre faces, & une grande
Corniche, regnoient tout
autour de cette galante &
superbe Architecture, qui eC
toit bordéedeFusées volantes,
& de Lances-à-feu. On
avoit placé aux quatre coins
de grands Vases tout pleins
d'Artifice, qui soûtenoient
quatre grosses Grenades remplies
de cent douzaines de
Fusées. Sur le premier étage
estoitun gran d quarréàjour,
orné -du Fe stons, de Fleurs, &
Fruits, dans lequel on diftinguoit
facilement en figures
de reliefgrandescomme le
naturel, la Félicitétenantentre
ses mains le Prince nouveau
né qu'elle présentoit à
laFrance. Elleestoitaccompagnée
de la Viaoire
,
& de
la joye. La Bourgogneestoit
de la partie,&offroit la Couronne
Ducale à ce jeune
Prince. Les Colomnes de ce
quarré ou attique estoient
toutes garnies de Lances-àfeu,
ôc portoient un Dome
octogone, dont les angles estoient couverts de Fus-ées.
Sur chaque coin de l'attique
ou ce Dôme estoit posé, il y
avoit un Génie tenant les Armes
du Roy, de Monseigneur
leDauphin, de Monseigneur
le Duc de Bourgogne,&
de la Province, quelques-
unes écartelées de France
& deDauphiné, & le pour couronnement de l'Edifice,
une Renommée ayant les deux pieds fermes sur le
comble de ce Dôme, pour faire connoistre que la réputation
du Roy est affermie
par une infinité d'héroïques
Avions, & par l'invariable
bonheur de son Regne.
,
Ce Feu avoit esté préparé
avec une extrême diligence
pour le jour de la S. Louis,
comme convenable à cette
Feste par rapport à celle de
Sa Miette
; neantmoins il ne
fut tiré queleLundy 31.Aoust
à cause d'unegrosse pluye
qui survint, & qui ne cessa
presque point tous les autres
jours de la semaine. On ne
laissa pas de se donner au
plaisir pendant tout ce temps.
Plusieurs Marchandes, avec
quelques jeunes Filles du
voisinage du Palais, s'assemblerent
le Jeudy 27. & malgré
la pluye qui tomboit alors
abondamment, elles souperent
ensemble au son des
Tambours & des Trompetes,
& au bruit des Mousquets,
sur le Perron du Pa- lais,qu'elles-mesmes avoient
tapissé & accommodé tresproprement.
Apres le Repas,
elles passerent une partie de
la nuit à danser dans lagrand'
Salle avec leurs Voisins. Le
Dimanche 30. il y eut un Te
Deum chanté solemnellemét
par une Musique à trois
Choeurs dans l'Eglisedes Jé- * suites, où non feulementtous
les Autels, mais trois grandes
Pyramides faites exprés,
& posées au dessus du grand
Autel, & les Corniches qui
environnoientleChoeur, cf.
toient chargées d'une infinité
de lumieres. Ilyavoitmesme
dans Il Nefplusieurs Bras
d'argent d'espace en cfpace,
qui soûtenoient de grands
Flambeaux de cire blanche.
Deux ou trois cens de leurs
Ecoliers, conduits par Mr le
Marquis de Tavanes, jeune
Gentilhomme fort bien fait,
contribuerent aussi à la pompe
de cette Cérémonie. Il [e
mirent sous les armes d'une
maniere fort propre, & sirent
qualitité de décharges
qui furent accompagnées de
Feux d'artifice dans la duCollege, Court quiest l'un des
plus beaux du Royaume.
Le lendemainjour les du Feu, Boutiques,& lesCollèges
furent fermez par l'ordre des
Magistrats. Il dura prés de
deuxheures, & fut tiré au bruit des Canons du Château,&
au son desFifres, des
Hautbois,des Violons,Trompetes&
des Tambours,assemblez
par l'ordre & par les
soins du Vicomte Majeur,
quiestant à lateste des OfficiersdeVille,
précédez d'une
Milice aussi leste que nombreuse,
mit le feu à la Machine.
Pendant que toutes
ces choses tenoient lesSpéctateurs
dans une joye continuelle,
les Tours & le Clocher
de la belle Eglise de
Saint Jean
, & la Terrasse du
Logis du Roy qui porte sa
Cime jusques dans les nuës,
brilloient de feux éclatans. Il
y avoit aussi quantité d'Illuminations
sur les Fenestres
sur les Plateformes,& sur les
Balcons, d'où quelques Dames
jetterent des Confitures
seches en divers endroits. 111
s'en trouva mesme dont la
libéralité alla jusqu'à des pieces
d'argent. M Bouchu, Intendant
de Bourgogne, se
distingua par son zele pour
les choses qui regardent le
Roy, & par samagnificence
ordinaire. Ce brillant Spéctacle
fut admiré d'une foule
prodigieuse de Gens, non
feulement de Dijon, mais
des Villes voisines, & de la
Campagne.
L'Ode & le Sonnet que
vous allez voir, sont deMr
Robinet de S. Jean. Je vous
ay parle plusieurs fois de luy,
& je sçay queson méritevous
est aussi connu que son nom.
Il entend très-bien la Langue;
& ce stile aisé qui paroist
dans les Nouvelles qu'
on donne au Public depuis
un grand nombre d'années,
en est une preuve, qu'on ne
sçauroitcontester. Elles sont
écrites avec beaucoup de pureté,
& ce n'est pas sans raison
que tous les honnestes Gens
en parlent avec éloge.
SUR.
LA naissance
DE Monseigneur.
LE DUC
DE BOU-RGOGNE. Ode en Vers irréguliers.
D 9 4ns un FaUà égal à celuy du
Solcil,
Oh l'Art&la Nature
Epuisant leursefforts pour un RI)
sans pareil,
Dont jamais on ne peutachever Id
¡ein/Nrl';
Versaille, où le Printemps,& Flore,
& les Zéphirs,
Les Amours,les Yeux, Us rUÏfirs,
Triomphent desHyvers barbares,
Où lesplusAimables Oyfcaux
De leurs douces Chansons nesont
jamdudvarei,
Où les Bois, les Fleurs & les Eaux
froduisent en touttempsles effets les
plusrares.
Dans ce Lieu, dis-je,si charmant,
Dans cet Olympesurla Ttrrt)
Où logefipompeufement
LOVIS, cetautreDieu quilancele
Tonnerre,
TINI, depuis quelque tempsse trouvoit
inquiet,
Malgrécedoux repos que le Héros
nousfait,
Etdontjouitpar toutsabienheureuse
France.
Tont.étroitAttentiffur?Hymen &
l'Ameury
Tantost regaeit le trouble, &taniojt
ltfience,
DmsrAttente de cegrand jour
Ou ces Dieux rempliraientnofirc chere
e/pérancc.
Enfin ce jour ejfa,,r:vél
Etcette efpér*ncc estremplie.
Ntftre bonheur est Achevé,
Et l'onen veit sur tout unejejfCMC- .ye compile. Un véent(lenaissreiuff; bcAH
qt*- l'F.-tf<1-11
Des D:t";v des Mortelssans ce
triomphant; 1
Vénus, rn le 't"'lIt:JI) croiroit estresa hlere.
Au momir*t qui! ouvrit lesyeux.
rtitci- traits desi r..,'i-'( INmiere,
Quece demy Dieu glorieux
Eutd'abordsurlescoeurs une lichire
entière.
O quesonsortestgrand! O quefinfirt
dejidbcAttn! run Berceau,
, ,. 11 jmlrttrr uneîUlme tMmtrrciïe
J^u! se méste au Mirthe Amênreux, Vu»c? ïAutrefitubkyACAmerunde
& kiit
D'unHérosàlafois,&tendre &
gwcrcnX)
- Dont la haute vertu voit tout au
dessous d'elle.
f0 que JAIISfill grand avenir, apercé* déja de merveilles,
Quenepourral'Histoire contenir,
Et qui des Ecrivainsépuiserontles
veilles!
Ces célébrés évenemens,
Quiserontpleinsd'enchantemens,
Etquifatigueront les fillesdeMémoire,
S'augurentsurles bords deson Berceaufameux,
Par l'éclatqu'il reçoit d'un Roy cou*
vertdegloire,
Partantd'excés dejoye, & tant de
nouveauxfeux,
JtZ>sir ceux de lA nuit emportent U
victoire.
Dauphinauguste &tricmphà.nty
Parton chcfd'oeuvred'Hjmenee^
Par ce rare &divinEnfant
Dontonprévoit déja la haute desdinée,
r. te vois doublement l'appuy de ces
Etat,
Et du glorieux Potentat
Aqui tu dois lesort de ton illustre
vie.
Cesort dont la grandeur à peinese
comprend,
Aux , Roys les plus puissans paroist
digne d'envie,
Puis qu'en effetse voirFils de LOVIS
LEGRAND,
C'estbienplus qu'estre ailleures Chef
d'une Monarchie.
Augmente ta belle Lignée)
Etfajjc le Ciel quesansfin,
On la voye à Ufou nombreuse &
fortunée.
suisse le grand Héros des Lys
Voir un jour les Fils de tes Fils
Soutenir avec toy le poids desa Couronne.
Vaut aurez, tous, grand Prince, cncêr
diïez, d'honneur,
FIlagloirt qui l'environne,
Etquiproduitnofire bonheur,
s'affaiblira point, quelque part
qu'il en donne.
Deseconder lesnoblesfoeux
J^u'enfin grand coeurvous seule
avezpûfairenaistre.
Augmentez, l'appuy de nos Lys;
L'Univers en tremblant, dés qu'il
verra parestre
Quelqu'un de vos illustres Fils,
Croira, commeen LOVIS,apercevoir
unMaistre.
A LA GLOIRE DU ROY,
Sur la Naissance de Monseigneur
le Duc de Bourgogne.
SONNET. Q7. 'i de tous lerHéros efisemblableà
LOVIS?
qu'en dise de grand "1firhll-
Uuft Histoire,
N',a-t-ilpaspassétous leursfaits
inouïs
lit du moindredessiens obscurcy leur
",f"',iy(l
De nostre GrandDauphin il desiroit
un Fils,
Etplus beauque l'Amour ce cher Fils
vient de naître.
Je conviens, Madame, de
tout ce que vous me dites à
l'avantage du Poëme intitule,
l'Artde Prescher, dont
vous me mandez, qu'un de
vos Amis vous a envoyé le
Manuscrit; mais je doute
fort que ce Manuscrit soit
assez correct, pour vous en
avoir fait voir toutes les beautez.
L'Autheur de ce Poëme
qui est divisé en quatre
Chants, ayant confié son
Original à quelques Personnes
qui l'ont fait transcrire;
tous les Curieux ont souhaité
de l'avoir, & de Copieen
Copie cet Ouvrage se trouve
aujourd 'huy si défiguré,
que quelque beau qu'ilpuisse
estre encor, dn a de la
peine à le reconnoistre. On
y a mêlé quantité de choses
qui ne sont point de l'Autheur.
On en a retranché
d'autres, &non seulement,
on l'a remply de méchantes
rimes, mais il y ades Vers
oubliez en divers endroits.
Quelques-uns montditqu'
on y avoit ajoûté un cinquiéme
Chant, & d'autres
qu'on la imprimé en Province,
avec un si grand nombre
de fautes, que beaucoup
de Vers font ou trop longs,
ou trop courts. Cela est fâcheux
pourun Ouvrage, digne
d'estre lû de tout le
monde, & qui joint l'utile
avec l'agreable d'une maniere
tres-ingénieuse. Il est certain
qu'on en peut tirer beaucoup
de fruit, & qu'en suivant
les leçons que l'on y
trouve, les jeunes Prédicateurs
se garantiront de plusieurs
défauts qui les empeschent
de prescherutilement.
Si le Manuscrit que vous avez
lû à quelques endroits
piquans, je vous avertis, Madame,
que cesonttraitsajoûtez,
ainsi que la plûpart des
faux noms qui dpnnent lieu
a quelque application.Tous
ceux qui ont veu l'Original,
demeurent d'accord qu'il ne
contient rien qui puisse offenserpersonne.
L'Autheur,
qu'une infinité de Gens de
qualité connoissent, est fort
éloigné d'avoir voulu faire
une Satyre. C'est un Homme
d'un génietrèsélevé,
(comme on le peut aisément
connoistre, par letour facile
qu'il donne à ses Vers,&
par les nobles expressions
dont il les soûtient) mais
donc la conduite épond à ce
sqeun'itleemnefnet igne,&quuftpft,
occupé Ljrs de
Paris,à se préparer au métier
dont il donne despréceptes
dans son Poëme.Onnedoute
point qu'il ne prenne foin
de le faire voir correct au
Public. L'Impressionqu'on
luy en demande est tres-souhaitée,
& on le croit d'autant
plus obligé de la haster,
que les mauvaises Copies,
imprimées & manuscrites,
ffi sont répanduës par tout
de cet Ouvrage, le font paroistre
avec des défauts qu'il
estincapable d'y avoir laissez.
L'abondance de la matiere
qui m'oblige à séparer
cette Lettre en deux Parties,
ne me laisseroit pas finir la
premiere, si je vouloisvous
parler de tout ce que les
Particuliers & les Communautez
de Paris ont fait.
Celle des Musiciens & des
Symphonistes a chanté un
Te Deum dans l'Eglise des
Augustins du grand Convent.
Il estoit de la Composition
de Mr Josselin,Maistre
de Musique desJesuites dela
Ruë S. Jacques. On en a
chanté plusieurs autres de ce
mesme Maistre en divers endroits.
LeSrRabasche Syndic
de la Communauté des
Barbiers & Perruquiers, en fitchanterun le jour deSaint
Loüis dans l'Eglise de Saint
Germain l'Auxerrois
,
qu'on
trouva tres-beau. Il y avoit
un grand nombre de Voix ôc
d'Instrumens.
Les Réjoüissances & les
Prieres se sont continuées à
Paris pendant tout le mois
d'Aoust & de Septembre.
L'Artifice a brillé en quelques
Quartiers. Plusieurs
Compagnies de Marniers,
& d'autres Personnes ayant
de l'employsurl'eau
fait éclater leurs Réjoüssancces
parlesmanquesqu'ilsont
donnéesaleleur force & de
leur adresse, & l'on aveu
dans la m:fmc apresdînée
tirer l'Oyson en trois diférens
endroits, par trois,diférentes
Compagnies, au son
des Trompetes & de toutes
sortes d'Instrumens. Mais,
Madame, cette premiere
Partie de ma Lettre est déja
trop longue. Je passe à la
suite. Vous y trouverez les
Réjoüissances des Provinces
mêlées a ce qui me reste d'autrèsNouvelles.
TABLE DES MATIERES
contenuës dans ce Volume.
p Our nepoint allonger cette Table, en
mettant tropsouvent lemot le Réjoüissances,
onse contenterad'employer
seulement le nom des Villes, d- des
Communautez qui en ontfait.
sivant-profos, 1
Elogedu Roy prononcé a Trayes, $
ALTIRISAIsur leChafle*i;t le.^<•'>"''IOS3ÏO
IAnfcrptiionapoulrlermeismgeChaa'lcalu,yIl Premières Observations sur la derniere
Comete, If
Mort de M. le Président de ChampLitrenx,
11
Mort ie M. le Viôumtede *féaux,14
Mort de M-fAbbc le Montruorsau^ 14.
MartJe ,¡,/.Bcurer"!, de \f.Bloniel,if
M. l'Evefyued'hier efl reçeu Grand-
Alaiftre de Oratoired'i Roy,lif
Ab:u'ation de .,de Barlonnenche, 30
M^'ave de M. le Marquis de PLvrtville,
& de Mademoifelit de TonneS.
Oùenchez.M.deBoisfranc, II;
Régaledonné dans le mesmeLieu a Leurs
^éltejfesRoyales parAI.de Boxfranc,
IIf -1
Retour de la Santé de M,le Chancelier,
116
Aîefficurs les Secrétaires du Roy font
chanter une grandeAfejfeaux Celef- • tins pour la guérisondeceAJi/j:Jfre,ii^
Cele/lins) Ils
Refléxionssur laLibertè,111
ConVcrfïon de M. duHamcl, 137
Convcrfïon de Al. de Vïtlars, Sc:<-?.air de
laFay, 15S
Description de la Caler!eprrr:n:ce an
Roy par M.,ie Forbentius, 140 LJimant,asa Rat-on tropflvere, 14.^
Découverte tres-curieiifc faite en Provence,
165
Dialogue sur la Naissance de Aionfcigneur
leDuc de Bourgogne, 177
Avanturcs, 191
Mon de Ai. Berthier, 198
Le Chat & le Coq, Fable, ioz
nivertiffimens de la Cour de Hanover,
20;
FesleceJehrée par les ordres de MacUtn*
HdeiSofuvtraoy;, irc, 110 21+ Tout ce qui sefl passè a Conflantinople i - -, derlanRieleatiron;d,u2mo,is2d'A.Jvril Dijon;, 287
LOdeA,&rtSdonenePt rcfcherJ31çjoi
CommunautéK. desMufciens&Simphoniftesi&
autres, 318
SECONDE PARTIE.
Outre beaucoup de Nouvelles particulieres,
& deVers, elle contient les Réjoüissances
faites en plus de trente Villes
du Royaume, & autres Lieux; & les
nomsdeceux quiont expliqué lesEnigmes
qui estoient dans le Mercure qui s*ejl
vendu le premierAoust.
Avis pour placer les Figures.
Qualité de la reconnaissance optique de caractères
Soumis par lechott le