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Eur
511-1632,6
Mercure
<36623710720015
<36623710720015
Bayer. Staatsbibliothek
33
MERCVRE
GALANT
JUIN 1683,
NFIN , Madame ,
nous approchons du
temps fouhaité où
l'accouchement de Madame
la Dauphine doit remplir les
Voeux de toute la France.
Cette Princeffe eft prefte
Juin 1682.
Α
2 MERCURE
d'entrer dans le neufviéme
mois de fa groffeffe ; & j'efpere
que je ne finiray point ma
Lettre de Juillet fans vous
apprendre quelle fuite heureuſe
elle aura cu. Tout ce
qu'il y a de Perfonnes à la
Cour , qui croyoient , chacune,
felon fon rang, pouvoir
afpirer à eftre employées aupres
de l'augufte Enfant ,
dont on attend la naiffance,
avoient demandé , follicité ,
fait agir leur crédit & leurs
Amis , expofé leurs fervices,
& fur quels droits elles fondoient
leurs prétentions.
Bayerische
Staatsbibliothek
München
GALANT.
3
Mais quelque mérite qu'el
les euffent, la juftice du Roy
a efté encor plus forte , & il
n'a voulu donner aucune récompenfe
aux dépens des
Dames qui avoient fervy les
Fils & Filles de France , que
nous avons veu mourir depuis
feize ou dix-huit ans,
Ce judicieux Monarque fçait
que quoy qu'elles ayent cu
beaucoup d'honneur , elles
ont eu auffi beaucoup de fatigues
, parce que des Enfans
de ce rang ne s'êlevent point
fans peines, fans foins & fans
veilles , fur tout lors qu'ils
A ij
4 MERCURE
ont peu de fanté. Les Perfonnes
qui avoient
élevé celle
des Filles du Roy qui eft
morte la derniere
, eftoient
fur le point de goûter plus
de repos , en joüiffant
du
plaifir de la voir hors de l'enfance.
Elle eftoit belle , avoit
de l'efprit , & l'on remarquoit
en elle les brillantes
qualitez
de l'auguſte
Sang
dont elle fortoit . Madame
la
Maréchale
de la Mothe , qui
avoit efté Gouvernante
des
autres Enfans de Sa Majeſté
,
l'eftoit de cette Princeffe
. If
ya déja quelques
mois que
GALANT.
5
laiffa
le Roy luy dit qu'elle auroit
toûjours le mefme honneur.
Quoyque ce Pofte ne fuſt pas
nouveau pour elle , elle ne
pas de luy en faire fes
remercîmens, comme d'une
nouvelle grace qu'elle recevoit.
Cette Place eftoit vàcante,
& il eut pû la donner
à telle perfonne qu'il luy au
roit plû choifir ; mais fi ce
Prince peut tout , il ne veut
pas toûjours tout ce qu'il
peut. Il l'a fait connoiſtre en
plufieurs occafions dans lef
quelles on l'a veu facrifier
fes intéreſts propres à la plus
A j 11 ]
6 MERCURE
exacte juſtice. Je n'ay diféré
à vous apprendre ce qui avoit
efté fait pour Madame la
Maréchale de la Mothe, que
parce que j'attendois que Sa
Majefté cuft remply les autres
Places qui font au deffous
de la Gouvernante. Elle
s'en eft expliquée , & je
puis vous nommer toutes les
Perfonnes qui doivent les
occuper. Madame la Baronne
de Paliere , & Madame
de Venelle , ont efté choifies
pour Sous- Gouvernantes
. L'une de ces Dames auroit
pû fuffire ; mais comme
GALANT. 7
elles ont déja jouy de ce
mefme honneur , chacune
féparement, aupres de divers
Enfans de France , le Roy a
fuivy les mouvemens de fa
bonté naturelle , & pour fatisfaire
le panchant qu'il a
à faire toûjours du bien , il
les a voulu nommer toutes
deux , afin d'épargner à l'une
le chagrin qu'elle auroit
eu d'eftre obligée de ceder
à l'autre. Je ne vous dis rien
de ces illuftres Perfonnes.
Elles font fort connuës; & la
'rigide vertu de Madame de
Venelle a fait un affez grand
A iiij
8 MERCURE
bruit pendant qu'elle eftoit
Gouvernante des Niéces de
feu M' le Cardinal Mazarin .
Madame Pelard fera premiere
Femme de Chambre.
Elle a efté Nourrice de Madame
Anne- Elizabeth de France,
morte le 10. Janvier 1664 .
& Femme de Chambre des
autres Enfans du Roy. Ainſi
le fervice eftant joint à fa
bonne mine & à ſon eſprit,
on peut dire que Sa Majefté
a fait paroiftre fon équité
dans ce choix . Elle a nommé
pour Femmes de Cham -`
bre, Mademoiſelle du Four,
GALANT
.
9
Madame de S. Hilaire, Madame
Lambert , Mademoifelle
Devizé , Madame de
Boiflogé , & Madame des
Jardins . Elles font les plus
anciennes qui restent de celles
qui ont eu l'honneur de
fervir les Fils & Filles de
France ; & comme elles méritoient
d'eſtre préferées,il ne
fe trouvoit perfonne qui cuft
lieu d'en murmurer. Cependant
les autres , quoy que
n'ayant aucun fujet de fe
plaindre , ont tout eſperé des
bontez du Roy; & elles luy
ont demandé la mefme gra-
1
10 MERCURE
ce , avec tant d'empreffement
& de confiance , que
bien qu'on n'euft pas befoin
de leur fervice , le nombre
choify eftant fuffifant , ce
Prince n'a pas laiffé de les
recevoir dans les fonctions
qu'on leur avoit déja confiées
.
S'il tient pour les Hommes
une conduite ſi juſte , il
eft encor plus exact pour ce
qui regarde le culte de Dieu .
Il en a donné d'éclatantes
marques,& dans la folemnité
de la Fefte de la Pentecofte,
& dans les Proceffions qui
GALANT. II
ont efté faites à Versailles
le Jeudy 28. de May , & le
Jeudy 4. de ce mois jour de
l'Octave. Je vous en fisune
ample deſcription , & vous
en marquay toute la Pompe
dans ma Lettre de Juin
de l'année derniere. Ainsi ,
Madame , je me contenteray
aujourd'huy de vous dire
que les mefmes choſes y ont
efté obfervées
, & que la
Chapelle neuve dont je vous
parlay il y a un mois , s'eftant
trouvée prefque au meſme
lieu où Sa Majefté avoit accoûtumé
de faire dreffer un
12 MERCURE
Repofoir , en a fervy cette
année. Le Roy & la Reyne
accompagnez de Monfeigneur
le Dauphin , de Monfieur
& de Madame,fuivirent
la Proceffion avec une pieté
qui en infpiroit aux moins
zelez ; apres quoy ils entendirent
la grande Meſſe dans
l'Eglife de la Paroiffe. Ce
qui s'eſt fait à Paris , n'a pas
efté moins édifiant. Toutes
les Proceffions Y ont paru
avec grande pompe , & entr'autres
celle de la Paroiffe
Royale de S. Loüis a eu un
éclat extraordinaire . Quatre
GALANT. 13
Capitaines aux Gardes portoient
les Bâtons du Daiz
avec beaucoup de modeftie
& de gravité, C'eſtoient M
de Ferrand, de Bourlon , de
Monceaux , & de Bretonvilliers.
Le Clergé précedoit en
Chapes avec les Flambeaux
& les Torches ordinaires.
Plufieurs Confeillers d'Etat ,
Maiftres des Requeftes , &
Confeillers du Parlement ,
marchoient en Robes rouges
derriere le Daiz , fuivis
d'un nombre infiny de
Gens de l'un & de l'autre
Sexe. La Proceffion s'arrefta
14 MERCURE
au fuperbe Repofoir que fait
faire tous les ans M le Procureur
General de la Cour
des Aydes. Quoy que la magnificence
en foit tres- confidérable
, il y ajoute toujours
un Concert de Voix &
d'Inftrumens , dont la jufteffe
auroit dequoy contenter
les plus difficiles en Mufique.
La Proceffion ayant
paffé fur le Quay, on entendit
batre le Tambour de loin,
& ce batement répondoit au
fon du Fifre. On avoit placé,
par permiffion du Roy,
deux Compagnies de ces CaGALANT.
IS
pitaines , aux deux coftez
avancez du Pont Marie. El
les occupoient ce Pofte , l'u
ne & l'autre Chapeau bas ,
ayant un genoüil en terre ,
& l'autre élevé, avec le Moufquet
tourné fur l'eau. La
premiere Compagnie fit ſa
décharge lors qu'elle vit approcher
le Daiz. Les Tambours
à genoux marquerent
par le redoublement
& le
bruit confus de leur baterie
leur refpectueufe
adoration
pendant que le Daiz paffa ,
enfuite dequoy l'autre Compagnie
fit une feconde falve.
16 MERCURE
La Proceffion ayant repaffé
par le Quay des Balcons deyant
le Pont de Pierre , y fut
faluée de la mefme forte par
deux autres Compagnies , &
s'arrefta encore une fois au
Repofoir de Mile Procureur
General , oùla meſme Symphoniefe
fit entendre . Vous
remarquerez dans cette action
deux choſes fort particulieres.
Rien n'édifie davantage
que de voir le Daiz
porté par quatre Officiers
d'Armée dans une folemnité
de Paroiffe ; mais fi cela eft
nouveau
, ces marques
de
GALANT. 17
pieté nous ſurprendront- elles
, quand le Souverain en
donne par tout de fi grands
exemples : Il eft auffi fort
nouveau que des Compagnies
aux Gardes foient rengées
en haye dans des Lieux
où Sa Majesté n'eſt pas. Cela
fait connoiftre qu'Elle ne
refuſe rien , lors qu'il s'agit
de la gloire du Maiſtre des
Souverains.
C'eft dans cetteveuë que ce
grand Prince ayant fçeu que
quelques- uns des plus ob.
ftinez Religionnaires , non
feulement
empefchoient les
Juin 1682.
B
18 MERCURE
autres de fe convertir , mais
qu'ils leur infpiroient le deffein
de fortir hors du Royaume
avec leurs Familles , a fait
publier depuis peu de jours
une Déclaration, portant défences
aux Gens de Mer &
de Meftier nez fes Sujets ,
d'aller s'établir dans les Païs
Etrangers fous peine de pu
nition contre les Chefs de Famille
qui feront furpris , &
d'amende contre ceux qui
auront favorifé leur fortie.Ôn
par là que le Roy
peut
voir par
n'a point de plus forte paf
fion que de voir laVerité réü
GALANT: 19
nir tous ceux que les erreurs
de Calvin ont féparez de l'Eglife.
Leur Party s'affoiblit
fort , & c'eft là- deffus que
M' Ranchin de Montpellier
a remply les Bouts- rimez de
M' Mignon. Je vous envoyé
fon Sonnet.
SUR LE SOIN QUE
prend le Roy de bannir l'Hé .
refie de fon Royaume.
L
'Heréfie autrefois plusfuperbe
qu'un Pan,
Eft enfin à la chaîne ainſi qu'une
Guenuche.
Le Grand LOV IS, malgré les rufes
de Satan,
Bij
20 MERCURE .
La rend parfes Edits plus fouple que
la Pluche .
Sa
La Biche a moins d'ardeur à retrouver
Son Fan,
Qu'il n'en a de nous voir ensemble
en mesme Ruche ,
Quittant pour ce Projet qui l'occupe
tout l'An ,
Celuy d'allerporterfes Loix où naift
Autruche.
sa !
Revenez, Dévoyez, & le Ciel vous
eft hoc.
Vous aurez l'amitié de LOVISfur
le
troc;
Voyez que du Party toûjours quelqu'un
dé-niche .
Sz
L'Eglife vous appelle, & vous conjure
Par
GALANT. 21
Ce Champ mal cultivéquevous laiſſez
en friche,
De rentrer dans fonfein fans Si,
fans Mais,fans Car.
Il n'y a rien de plus agréa
ble que le Provençal , fur
tout quand c'eft une Femme
qui le parle. Voyez , Madame,
fi vous l'aimerez dans
ce Sonnet. Ileft de M'l'Abbé
de Cary.
SONNET PROVENCAL
fur les Bouts-rimez de Pan.
F
Aire entendre per tout lou Parrapata.
pan,
Sijuga d'au Lion coumo d'uno Guenucho,
22 MERCURE
Eftre amat como un Dion, & crench
como Satan ,
Jufquos eis bords glaſfars, donte ven
la Pelucho;
Se
Rire de l'Enemy , quandfeis Explois
Lou fan
Fondré comoun Eiflame, quadſonerte
de la Ruche ,
Combatré Hyver, Stiou, & trionfa
tout l'Ân,
Tenir l'Aiglo plus bas
voete l'Autruche,
S&
que noun
En tout temps, en tou luec, s'y faire
dire d'hoc,
Aver ço qu'és de drech, fenfo perto
ny troc,
Es co que moun Reyfa, lors que la Pas
dé-nicho.
GALANT. 23
SS
Din lou monde atamben con noun a
pafoun Par,
Eoupou mettre quand vou cent Provinços
en fricho,
Parço quefa valour es l'appuy de
Son Car.
En voicy deux autres encor
fur les meſmes rimes ,
mais fur diférens ſujets. L'un
eft de M' l'Abbé le Laboureur
, & l'autre m'a eſté envoyé
fous le nom de l'Habitant
en efprit du Pré Saint
Gervais.
24 MERCURE
SUR LE BONHEUR
de la Vie champeſtre.
H
Eureux qui prévenu desplaifirs
du Dieu Pan,
Ne diftingue en fon coeur ny Belle,
ny Guenuche,
Et qui de tous coftez invincible à
Satan,
Ne cherche qu'en fes Prez le Velours
& la Pluche !
Se
Si parmy fes Troupeaux il compte un
nouveau Fan,
Si de Fruits fon Jardin , de Miel
s'emplitfa Ruche,
Et qu'une ample Moisson vienne à
couronner l'An ,
Il porte peu d'envie aux dépouilles
d'Autruche.
De
GALANT. 25
S &
De l'Esprit & du Corps il tient le
repos hoc;
Content de fa fortune, il n'en veut
point de troc,
Etfe borne aisément fansfortir de
fa Niche.
Sa
L'Innocence eft pourluy leplusferme
Rem-par,
Il ne craint
Ennemis, ny Voleurs,
pourfon friche,
Sous un Roy dont la Terre adore le
grand Car..
SUR UN
JARDIN
de
Campagne
.
Q
dignede
Pan,
Ve j'aime ce fardin ,fejour
certain jeune Objet qui n'a rien
de
Guenuché,
Juin 1682. C
26 MERCURE
Tranquile , loin du bruit, à couvert
de Satan ,
Pourfaire la Bergere , aime à quiter
la Pluche !
Là le chant des Oiseaux égayroitjuf .
qu'au Fan ,
L'Abeille ne voit rien de meilleur
pourfa Ruche,
Etmefme en lafaifon laplus trifte
de l'An
On s'y vientprocurer lafanté d'une
Autruche .
Sa
Il eft des Promenoirs où l'ombre eft
toûjours hoc,
Deffus une Terraffe on enpeutfaire
troc,
L'Oranger, le Fafmin , y regne en
mainte Niche.
GALANT. 8 27
S&
Ah, fi l'aimable Dieu que
l'on
peint
en Pou- par,
Veut enfin que le coeur de Philisfe
défriche ,
Qu'ill'attaque en ces lieux, & quand
j'yferay, Car...
La Ducheffe d'Eftramene
a la deftinée des Livres heureux.
On prend party pour
& contre , & elle fert d'entretien
dans les Compagnies
que l'on croit le plus en droit
de décider fouverainement
de la beauté des Ouvrages.
Les uns l'attaquent fur les
fentimens extraordinaires ,
quoy qu'exprimez vive-
Cij
28 MERCURE
ment. Les autres forcez d'en
admirer les penſées , fe retranchent
fur le ſtile qui leur
paroift trop ferré , & en general
on n'y trouve des défauts
, que parce qu'il eſt
impoffible de rien faire de
parfait. L'Autheura bien lieu
d'eftre content qu'on examine
fon Livre avec un peu
de rigueur , puis que cette
forte d'examen ſevere eft une
marque certaine de l'eſtime
qu'on en fait. J'ay peine
auffi bien que vous à croire
qu'il foit entierement d'une
Dame. C'eft cependant au
GALANT. 29
nom d'une Dame qu'on m'écrit
la Lettre dont je vous
fais part
. Comme
elle
fert
de
Réponce au Cavalier qui a
commencé d'expliquer fes
fentimens , je luy en ay envoyé
une Copic fuivant l'adreffe
qu'il m'avoit marquée;
& s'il tient parole, je dois recevoir
dans peu de jours la
fuite de fa Critique. Lifez cependant
ce qu'on répond à
fes premieres Remarques .
ཀྱི་
$2
C iij
30 MERCURE
Sasa2 ss2s522-2555
A L'AUTHEUR
J
DU M. G.
E n'eftois pas affez vaine ,
Monfieur, pour me flater d'avoirfait
une chofe que les Connoiffeurs
deaffent approuver.
Mais ce qui me furprend , c'eſt
que l'on ait déja cenfuré , &que
foit un Cavalier qui cenfure .
Il me croit d'un fexe qui mérite
du fien , de l'appuy & des applaudiffemens
plutoft que des corrections
; d'abord je n'ay pú
ce
GALANT. ZI
concevoir qu'un Homme , dont
l'esprit paroît fi délicat , & qui
fçait dire tant de douceurs , fust
capable de découvrir des défauts.
Fen conferve neanmoins peu de
reffentiment. Les Femmes pour
l'ordinaire font plus fenfibles aux
éloges qu'aux blâmes, parce qu'-
elles croyent toujours bien plus
mériter les unes que les
autres ,
& en faveur des louanges qu'il
me donne , j'oublie affezfes cenfures
pour luy rendre lajustice qu'on
luy doit. Il s'exprime bien . Il
penſe heureufement. Je le croy
Homme connoiffant le monde. Je
croy galant ; & s'il m'est le
C iiij
32 MERCURE
permis depenétrerjufqu'à fes def
feins , je croy luy eftre obligée
de ce qu'il a écrit de moy, t)
qu'il n'en a dit du mal que pour
paroistre moins fufpect fur le
bien qu'il en dir. Ce qui me
donne cette opinion, c'eſt qu'il n'a
dit du mal que fur les endroits
faciles à juftifier.
Il reproche à Mademoiſelle
d'Hennebury de s'eftre mariée à
un Homme qu'elle n'aime point,
malgré l'engagement qu'elle avoit
avec un autre. Acela , la réponce
est aisée. Ce n'est plus une..
chofe cachée que l'Hiftoire n'eft
point Angloife ; bien que je
GALANT. 33
nefçache point par quelfecret on
quelle infidelité on a déja efté
inftruit de la veritable Scene , il
eft certain que depuis la derniere
Gazette d'Hollande du dernier
mois, on fçait que l'Avanture eft
de noftre Cour. Ainfi le Critique
n'a point dû s'attacher à des
vray femblances, puis qu'elle ne
contient rien qui ne foit de fait,
& quand elle feroit une pure
Fable , c'eft à dire une pure invention
qui doit eftre conduite
fur le poffible & le vray-femblable
, peut- eftre y a-t-on don
né des couleurs affez naturelles,
pour eftre crue une chofe entie34
MERCURE
rement vraye Je demeure d'accord
que ce que fait Mademoifelle
d'Hennebury eft extraordi
naire; mais il ne le feroit pas, s'il
eftoit fouvent des Perfonnes de
fon humeur. Ce n'eftoit pas
fon action qu'il faloit examiner,
c'estoit fon caractere que je
n'aypas prétendu exempt defoibleffe;
& fifon caractere eft poffible
,fon action a efté neceffaire.
Quelque extravagance
qu'il paroffe
y avoir d'abord à penser
mefme qu'une Femme puiſſe quitter
un Homme qu'elle aime, pour
un autre qu'elle n'aime point , la
chafe peut changer de face par
GALANT. 35
un détail de fentimens , d'incidens,
de raifons & de moyens.
Ainfi il ne faut pas toujours dire
qu'une chofe n'a pû arriver, parce
que la propofition, quand elle est
nuë & generale, en paroist folle
& impoffible. Rien au monde
eft - il plus contraire à la vrayfemblance
, que de dire qu'une
Mere tue fon Enfant pour s'en
nourrir ? Cependant fi un Autheur
a l'adreffe de bien dépeindre
les malheurs d'une preffante
famine dans une Ville affiegée ;
Ji apres avoir bien fait combattre
l'amour d'autruy avec l'amour
propre , il fçait encor donner à
36 MERCURE
celuy- cy l'avantage fur le premier,
on ne doutera point que
lachofe n'ait efté effective . L'application,
Monfieur, eft aifee; &
je croy m'eftre affez expliquée,
pour vous faire entendre par
quelles raifons je pretens juftifier
l'action de Mademoiſelle d'Hennebury.
Fe le repete , Monfieur , je
eroy que celuy qui a écrit eft
de mes Amis, dans cette
opinion je meperfuade que je ne
hazarde rien à confentir qu'il
continuefes Remarques. Neanmoins
fi je me trompe , & s'il a
quelque chofe à remarquer où l'on
GALANT. 37
ne pût pas répondre , il me fera
grace de ne pas examiner trop
Severement ces fortes d'endroits.
Je m'aime affezpour ne vouloir
point paroiftre avec mes défauts,
du moins avec des défauts inexcufables
; & puis qu'on me demande
mon confentement , on me
pardonnera fi en ce cas je ne con-
Jens à rien. On excufera bien
cette vanité dans un Šexe , que
les flateries de celuy de l'Obfervateur
ont accoûtumé à préſumer
beaucoup defoy-mesme , &
il voudra bien ne point détruire
par un trait de plume cette eftiavantageuse,
que tant d'a28
MERCURE
tions éclatantes, tant de refpects ,
tant de fervices obligeans, nous
ont fait concevoir pour tous les
Hommes.
Ce n'est pas affez pour moy,
Monfieur , c'eft a dire pour une
Perfonne un peu glorieuse, que
l'on ne publie point mes fantes
par galanterie feulement &
par generofité. Je ne veux point
tout devoir à l'un à l'autre .
je feray bien aife de m'excufer
des fentimens que l'on pourroit
avoirfur la Seconde Partie.
Elle a eftéfaite enfipeu de temps
l'on avoit
par l'engagement que
pris de finir au plutoft ; on a eu
GALANT. 39
fipeu de loifir de faire des refléxions,
qu'ily auroit lieu de pardonner
de plus grands défauts
que ceux qu'on pourroit y remarquer.
Un des premiers Hom
mes de noftre fiecle, plein de vertu,
plein de mérite , & dont la
capacité & la politeffe font les
bien
que moindres
avantages
l'une luy attire tant d'admiration
dans laplus illuftre
Acadé
mie du monde , & l'autre tant
d'eftime
parmy les Perfonnes
galantes
, peut porter un témoignage
incontestable
que cette derniere
Partie a efté toute faite en trespeu
de jours. Il y a eu un autre
40 MERCURE
incident, c'eft que par le peu d'ufage
que j'ay de l'Imprimerie , ne
m'étant point refervé le foin des
Epreuves, ily eft demearédes re- .
dires desfaures affezfenfibles,
pour que l'on croye que je ne lesy
auroispas laiffées,fij'y avoisfeulement
jette les yeux. C'est,
Monfieur, ce que je vousprie de
faire fçavoir au Cavalier , qui
s'eft adreffé à vous pour
voyer fes Remarques. Agréez
en mefme temps les remercimens
queje vous fais , de la maniere
obligeante dont vous avezparlé .
m'ende
mon' Livre dans deux de vos
Lettres . Je ne dois pas en eftre
GALANT. 41
furprife, puis que vousfaites profeffion
de n'y mettre rien qui ye
foit à l'avantage de ceux dont
vous avez quelque choſe à dive.
On a eu icy nouvelles que
M' le Marquis de Saffenage,
l'un des deux premiers Ba
rons du Dauphiné , avoit é.
poufé depuis fix femainesMa
demoiſelle de S. André Virieu
. Elle eft Fille de M le
Marquis de S. André , Pre
mier Préfident au Parlement
de Grenoble . Geft une jeune
Perfonne qui fortoir du Monaftere
de Montfleury , où
Juin 1682
D
42 MERCURE
elle a toûjours efté élevée, &
qui marque infiniment de
l'efprit. L'air de douceur
qui eft répandu dans toutes
fes actions , la fait aimer
de tous ceux qui la connoiffent.
M' le Marquis de
Saffenage eft d'une des plus
illuftres & anciennes Maifons
de France , tres - confidérable
par les Emplois
que fes Anceftres ont eus
dans les Armées, & aux Gouvernemens
de cette mef
me Province . Ileft Petit- Fils
du cofté maternel de M' de
Boiffieux , quia efté Premier
GALANT. 43
Préfident en la Chambre des
Comptes , & qui s'eft rendu
fi celebre par fon éminent
fçavoir , & par les divers
Ouvrages qu'il a mis au jour.
Son Traité des Fiefs a efté
receu & admire dans tout le
Royaume. La Nôce fe fit
au Chafteau du Virieu , où
ils furent vifitez de toute la
Nobleffe des environs. La
Ville de Grenoble qui aime
naturellement fesMagiftrats,
& fur tout M' de S. André,
le zele qu'il a pour
qui
par
le
fervice
du
Roy
&
l'inté
reft
du
Public
, s'eft
acquis
Dij
44 MERCURE
une eftime generale , députa
deux de fes Confuls & une
partie des Officiers de l'Hôtel
de Ville , pour luy faire
compliment fur ce mariage .
M' Chorier Avocat de la
Ville , & Hiftoriographe de
la Province, porta la parole.
Il eft d'un mérite fi diftingué,
qu'on ne peut douter
que ce ne fuft avec grand
fuccés. La joye de cette illuftre
alliance a paru univerfelle.
Les Pennonages de la
Ville la firent éclater le 18. de
l'autre mois par le bruit des
Moufquets & par le feu des
GALANT. 45
Fufées. Ce fut une Fefte qui
attira un concours de Peuple
extraordinaire. Le lendemain
les Officiers de ces
Pennonages allerent complimenter
M le Premier
Préfident. M' Baudet leur
Colonel eftoit à leur tefte .
Je ne vous puis parler de
Grenoble , fans vous dire
quelque chofe de fon illuftre
Prélat. Il n'a d'application
qu'à chercher toûjours de
nouveaux moyens d'augmenter
les fruits qu'il fait
parmy lesPeuples , dont Dieu
luy a remis la conduite. Il
1
46 MERCURE
a préché le dernier Caréme
entier dans fa Cathédrale ,
fans s'eftre donné un jour de
repos ; & il n'y a aucune Paroiffe
dans toute l'étenduë
de fon Dioceſe , où malgré
les injures du temps , & les
difficultez des Montagnes
,
il n'aille faire toutes les
années les confolantes vifi
tes d'un veritable & zelé
Paſteur . Vous pouvez juger
avec quelle joye il y eft receu
, & combien ſa vigilance
fert à mettre l'ordre dans
tous les Lieux où il va.
Je vous envoye une FaGALANT:
47
ble de M' Daubaine. C'eft
affez vous dire , pour eftre
affuré que vous
que vous la lirez avec
plaifir.
522-52SS 52222-5252
LE ROSSIGNOL
ET LE MILAN.
FABLE.
N Roffignolfe trouvantfous
UNla
pate
D'un Milan, Befte fcelerate,
L'Attila des petits Oyfeaux;
Ah, ne me mangez pas, luy dit-il
d'un airtendre.
Sur moy que trouvez -vous
prendre?
à
48 MERCURE
nepuis feulement vous fournir
deux morceaux
;
Et fi vous le voulez , je vais vous
faire entendre
Tout ce que la Mufique a de plus
merveilleux .
Pour vous- mefme, Seigneur, con
fervez- moy la vie,
De bon coeur je conſens à vous
fuivre en tous lieux.
Plus de chagrins pour vous, plus
de mélancolie.
Voyez ce que je vaux, voyez
quoy je fers.
à
Autant de fois que vous prendra
l'envie
D'avoir le plaifir des Concerts,
Je vous le donneray ; ma douce
Z mélodie
Pour cela feule me fuffit.
Scule elle vaut l'Opéra de Per-
Lée.
GALANT. 49
Jamais Gafcon eut- il une tellepenfee?
A tout cela le Milan répondit.
Voſtre Mufique eft fans pareille;
Vous comparer Lully , ce feroit
fe
moquer;
Mais mon plaifir n'eſt point le
plaifir de l'oreille ,
Et partant, noftre Amy, je prétens
vous croquer.
Là - deffus il l'étrangle, &puis legobe
enplume,
Carfaire du Rofty n'est pas une coûtume
Dont jamais les Milans fe foient
voulu piquer.
SZ
C'est toutde bon ,jeune Climene,
Te fuis tombé dans vosfilets;
Ou, pour parler en des termes plus
nets,
Juin 1682.
E
50 MERCURE
Et que l'on entendefanspeine ,
Pour vous je commence àfentir
Ce que l'amour infpire de plus tědre;
Mais tout d'un coup vous mefaites
comprendre
A quoy cela
cela peut aboutir.
I'ay beau du Roffignol emprunter le
langage,
l'ay beau vius prôner l'avantage
Qu'on tire d'un Amant qui fçait
faire des Versi
I'ay beau dire qu'à l'Univers
Les miens feroientfçavoir combien
vous eftes belle,
Helas! c'eft ne vous rien offrir.
Vous n'en eftes pas moins cruelle,
Ie le vois bien , ilfaut mourir.
Vous croyez peut - eftre
que les Amans ne veulent
mourir qu'en Vers, & qu'on
GALANT. 51
n'en voit point qui prennent
cette réfolution , fi ce n'eft
dans une Fable. Il m'eft aifé
de vous détromper , en
Vous apprenant
une Avanture,
que des Perfonnes tresdignes
de foy vous affureront
eftre veritable . Unjeune
Marquis à qui fa naiſſan
ce & ſes belles qualitez donnoient
entrée chez les Perfonnés
les plus confidérables
du beau Sexe , voyoit la plûpart
de celles qui paffoient
pour eftre aimables , fans
aucun péril pour fa liberté.
Il eftoit fort délicat fur le
E ij
52 MERCURE
vray mérite ; & comme en
examinant toutes les Belles,
il leur trouvoit des défauts
dont il ne pouvoit s'accommoder
, quelques fréquentes
attaques qui luy fuffent
faites , il n'avoit aucune peine
à ſe garantir des ſurpriſes
de l'amour. Apres que fon
coeur cut efté longtemps oifif,
le moment vint où il
trouva dequoy l'occuper. Un
Homme de qualité faiſant à
la Cour fort bonne figure ,
alla fe marier en Province à
une riche Heritiere d'une
Mailon tres- connuë , & un
GALANT. 53
mois apres il l'amena à Paris.
Elle n'eftoit point de ces
Beautez régulieres , dont la
Nature femble avoir pris peine
à finir les traits ; mais elle
avoit un air fi piquant , &
tant d'agrément eftoit répandu
dans fa perfonne &
dans fes manieres, qu'il eftoit
prefque impoffible de n'en
eftre pas touché . Elle ne fut
pas fi - toft arrivée , que l'on
s'empreffa de tous coftez à
l'aller congratuler ſur fon
mariage. Le jeune Marquis
fut un des premiers , dont elle
receut les complimens. Il
E iij
54 MERCURE
alla chez elle plein de cette
confiance qui luy avoit toûjours
fi bien réüffy ; & quoy
qu'il fuft frapé tout à coup
en la voyant , & qu'il fentit
ce trouble fecret , qui eft le
préfage d'une grande paf
fion , il crut avoir effuyédes
occafions plus
dangereuſes,
& qu'apres un examen un
peu férieux , fa raiſon plus
libre le maintiendroit
dans
l'indépendance
, où il s'eftoit
toûjours confervé. Il s'attacha
donc à étudier cette charmante
Perfonne ; mais foit
que fon coeur trop prévenu
GALANT. 55
luy cachaft en elle ce qu'il
voyoit dans les autres , foit
que l'habitude qu'on prend
en Province d'une vie plus
retirée , luy euft acquis une
droiture d'efprit qui luy laiffaft
ignorer ce que c'est que
fourbe & que tromperie
plus il voulut la connoiſtre ,
plus cette application luy
découvrit un mérite dégagé
de tout défaut. Elle parloit
jufte , donnoit un tour agréa
ble à tout ce qu'elle difoit,
& avoit fur tout des honneftetez
fi engageantes , qu'il
ne faut pas s'étonner fi en
E iiij
56 MERCURE
peu de temps elle eut une
groffe Cour. Le jeune Marquis
qui alloit fouvent chez
elle , ne fut pas fâché d'y
trouver la foule . Elle empefchoit
qu'on ne remarquaft
l'empreffement de fes
foins ; & il eſpera d'ailleurs
qu'ayant l'eſprit fin & délicat
, il brilleroit davantage
parmy un nombre de Gens
quine débitant que des lieux
communs, eftoient incontinent
épuifez. L'impreffion
que fit fur fon coeur le mérite
de la Dame, luy fit cor
noiſtre en fort peu de temps,
GALANT. 57
que ce qu'il fentoit pour el
le eftoit de l'amour , mais ce
mérite avoit un charme fi
attirant, qu'il eftoit contraint
d'applaudir luy-mefme à fa
paſſion ; & quand il n'euſt
pas voulu s'y abandonner , il
eftoit de fa deſtinée de s'y
foûmettre , & tous les efforts
qu'il cuft pû faire pour s'en
garantir auroient efté inu
tiles. Cependant
, pour ne
négliger aucun remède dans
la naiſſance du mál, il ſe pri
va quelques jours du plaifir
de voir la Dame , & la longueur
de ces jours luy fur Gfi
$8 MERCURE
(
infupportable , que tous les
plaifirs fembloiet eftre morts
pour luy. La Dame qui efti
moit fon efprit, & qui s'eftoit
apperceuë que les dernieres
converfations qu'elle avoit
euës avec ceux qui la voyoiét
ordinairement , n'avoient
pas efté fi vives , parce qu'il
avoit manqué de s'y trouver,
luy reprocha fa déſertion en
le revoyant , & ce reproche
qu'elle luy fit d'une maniere
fine & fpirituelle , acheva
de le réfoudre à luy
donner tous les foins. Ce
n'eft pas qu'en s'attachant
GALANT. 59
à l'aimer, il n'enviſageaft la
témerité de fon entrepriſe. Il
la connoiffoit d'une vertu
délicate , que les moindres
chofes pouvoient effrayer ;
& dans les fcrupules où il la
voyoit fur l'intéreſt de fa gloire,
il avoit peine à comprendre
comment il pourroit luy
parler d'engagement ; mais
quoy qu'il ouvrit les yeux
fur le péril du naufrage ,
il ne laiffa pas de s'embarquer.
L'amour diffipoit
fes craintes , & les miracles
qu'il fait tous les jours fur les
coeurs les moins fenfibles ,
60 MERCURE
1
luy en faifoient attendre un
pareil . Pour moins hazarder
il crût à propos de prendre
un air libre qui l'autoriſaſt à
expliquer un jour à la Dame
fes plus fecrets fentimens.
Il luy difoit quelquefois d'une
maniere galante & toute
agréable , qu'elle ne connoiffoit
pas la moitié de fon
mérite. Quelquefois il s'avifoit
de luy trouver de nouveaux
brillans qui le faifoient
s'écrier fur fa beauté; & en
luy difant devant tout le
móde qu'on hazardoit beaucoup
à la voir, il croyoit l'acGALANT.
61
coûtumer infenfiblement à
luy permettre de faire en particulier
l'aplication de ce qu'il
fembloit n'avoir dit qu'en
general. Un jour qu'il eftoit
feul avec elle , apres avoir
plaiſanté ſur une Avanture
de Gens qu'elle connoiffoit,
il luy dit avec cet air libre
& enjoüé, dont il s'eftoit fait
une habitude , qu'il s'étonnoit
qu'il puft s'aimer af
fez peu pour venir toûjours
fe perdre en la regardant. La
Dame d'abord ne repouffa
la douceur qu'en luy répondant
qu'il eftoit fou ; mais
62 MERCURE
il ajoûta tant d'autres chofes
, qui faifoient entendre
plus qu'on ne vouloit , & il
jura tant de fois, quoy que
toûjours en riant , qu'il ne
difoit rien que de veritable,
qu'elle fut enfin forcée de
prendre ſon ſérieux , & de
luy marquer en termes fort
clairs , qu'il ne pouvoit eſtre
de fes Amis, s'il ne changeoit
de conduite
. Le Marquis
luy repliqua, que la qualité
de fon Amy luy feroit tresglorieufe
; qu'il fçavoit trop
la connoiftre , & fe connoître
luy- mefme , pour en ofer
GALANT. 63
fouhaiter une autre ; mais
qu'il eftoit impoffible qu'il
vécut content, fi elle ne luy
faifoit la
grace
de le rece
voir pour fon Amy de diſtin-
&tion . La Dame que fa
vertu
rendoit tres-peu diftinguante,
répondit d'un ton fort fier,
qu'elle ne croyoit devoir
diftinguer les Gens que par
leur refpect & par leur fagef
fe; & que quand il n'oublie
roit pas ce qu'il luy devoit ,
peut- eftre voudroit- elle bien
le fouvenir qu'il n'eftoit pas
fans mérite. Cette réponſe,
qu'elle accompagna d'un re64
MERCURE
gard fevere, déconcerta
le
jeune Marquis. Il vint du
monde , & quoy qu'il puft
faire pour le remettre l'esprit,
il demeura
dans un embar
ras qui l'obligea
de ſe retirer.
Les refléxions
qu'il fit
furent cruelles . Il avoit le
coeur remply du plus violent
amour que l'on cuſt jamais ;
& loin que la fierté de la Dame
luy aidaſt à l'affoiblir , il
entroit dans les raiſons qui
l'avoient portée à luy offer
l'efpérance
. Cette conduite
redoubloit
l'estime qu'il avoit
pour elle, & plein d'adGALANT.
65
miration pour fa vertu , ne
pouvant la condamner,quoy
qu'elle fuft caufe de toutes
fes peines, il fe trouvoit comme
afſujety à la paſſion qui
le tourmentoit. La neceffité
d'aimer, & la douleur de fçavoir
qu'il déplaifoit en aimant
, le firent tomber dans
une humeur fombre qui fut
bientoft remarquée de tous
ceux qui le voyoient. Ce
n'eftoitplus cet Homme enjoüé
, qui tant de fois avoir
efté l'ame des plus agréables
converfations. Le trouble &
l'inquiétude eftoient peints
Juin 1682.
F
66 MERCURE
fur ſon viſage . Il révoit à
tous momens , & il y avoit
des jours où l'on avoit peine
à l'obliger de parler. Ce chan
gement ayant furpris tout le
monde , chacun cherchoit
ce qui l'avoit pû caufer , & il
apportoit de fauffes raiſons
pour empefcher qu'on ne
devinaſt la veritable. Il n'y
avoit que la Dame qui fe
gardoit bien de luy demander
ce qu'elle eftoit fâchée
de fçavoir ; & quand quelquefois
on le preffoit devant
elle d'employer quelque remede
contre le chagrin qui
GALANT. 67
Г
le dominoit, elle difoit que s'il
fuivoit fes confeils, il iroit faire
voyage ; qu'en changeant
de lieux , on changeoit fouvent
d'humeur , & que rien
n'eftoit plus propre à guérir
de certains maux, que de promener
les yeux fur des objets
étrangers , qui par leur diverfité
ayant dequoy occuper
l'efprit , en banniffoient
peu à peu les triftes images
qui le jettoient dans l'abatement.
Il n'entendoit que trop
bien ce qu'elle vouloit luy
dire , & il s'eftimoit d'autant
plus infortuné , qu'en luy
Fij
68 MERCURE
confeillant
l'éloignement ,
elle luy faifoit
paroiftre que
fon abfence la toucheroit
peu . Il n'ofoit pourtant s'en
plaindre , parcequ'il n'euft pû
le faire fans parler de fon amour,
& que la crainte de
l'irriter tout- à-fait , eſtoit un
puiffant motifpour le retirer.
Enfin apres avoir bien fouf
fert & s'eftre longtemps contraint
à fe taire, il luy dit que
la raifon l'avoit remis dans
l'état où elle pouvoit le fouhaiter,
que bien loin d'exiger
d'elle aucune amitié de préference,
comme il avoit eu le
GALANT. 69
malheur de luy déplaire , il
ſe croyoit moins en droit
que tous les autres Amis, de
prétendre à fon eftime ; &
qu'afin de reparer une faute
qu'il avoit peine luy meſme
à fe pardonner , il luy proteftoit
qu'il n'attendroit jamais
d'elle aucun fentiment
dont il puſt tirer quelque
avantage. La Dame luy témoigna
qu'elle eftoit ravie
qu'en changeant de fentimés
, il vouluſt bien ne la pas
réduire à le bannir de chez
elle ; mais elle fut fort furpriſe,
quand apres l'avoir af70
MERCURE
furée tout de nouveau qu'il
n'afpiroit plus à eftre aimé , il
la conjura de luy accorder
un foulagement qui ne pouvant
intéreffer fa vertu, pouvoit
au moins luy rendre la
vie plus fuportable . Ce foulagement
eftoit d'ofer luy
dire , fans qu'elle s'en offenfaft
, qu'il avoit pour elle la
plus violente paffion, & que
faifant confifter tout fon bonheur
dans le plaifir de la
voir , il luy confacroit le
plus fincere & le plus reſpetueux
attachement qu'elle
pouvoit attendre d'un HomGALANT.
71
me , qui ne conſervant aucune
prétention , l'aimoit
feulement parce qu'elle avoit
mille qualitez aimables. La
Dame ayant repris ſon air
férieux, luy dit avec une nou
velle fierté , qu'on ne luy avoit
jamais appris à mettre
de diférence entre fouffrir
d'eftre aimée , & avoir deffein
d'aimer ; & qu'eftant fort
éloignée de fentir fon coeur
dans ces difpofitions , elle fe
verroit contrainte
de rompre
avec luy entierement , s'il
s'obſtinoit à no rrir un fol
amour , que mille raifons
72 MERCURE
avoient dû luy faire étein
dre. Il fit ce qu'il pût pour
la fléchir , & il la trouva inéxorable
. Il luy parla de la
mefme forte en deux ou trois
autres occafions , attaché
toûjours à ce faux raiſonnement
, que ne demandant
aucune correfpondance , il
pouvoit luy dire qu'il l'aimoit
fans qu'elle euft lieu de
s'en plaindre. Il receut encor
les mefmes réponces ; & enfin
la Dame luy défendit ſi
abfolument de luy parler jamais
de fa paffion , qu'il luy
répondit avec les marques
d'un
GALANT. 73
d'un vray defefpoir, qu'illuy
feroit plus aifé de renoncer
à la vie ; qu'il en fçavoit les
moyens , & que quand le
mal feroit fans remede , elle
auroit peut- eftre quelque dé
plaifir d'en avoir cfté la cau .
fe. La Dame luy repliqua
froidement
que fi la joye de
mourir avoit dequoy le tou
cher , il pouvoit le fatisfaire,
& qu'elle eſtoit laffe de luy
donner d'utiles confeils . Il
fortit outré de ces dernieres
paroles , & fe mit cn tefte
de luy arracher au moins en
mourant une fenfibilité, dont
Juin 1682.
G
74 MERCURE
tout fon amour n'avoit pû le
rendre digne. Il s'encouragea
le mieux qu'il pût ; & fe
fentant de la fermeté autant
qu'il crût en avoir beſoin , il
fe rendit deux jours apres
chez la Dame à onze heures
du matin. Il choifit ce temps
pour la trouver feule , & dans
la crainte qu'elle ne le renvoyaft
s'il la faifoit avertir ,
il monta tout droit fans la demander
jufqu'à fon Appartement.
Il n'y rencontra que
la Suivante , qui luy dit que
fa Maiftreffe eftoit allée à
l'Eglife , qu'elle en reviendroit
J
GALANT. 75
incontinent, & qu'il pouvoit
choifir de l'attendre , où de
ly aller trouver. Il prit ce
premier party , & commençant
à marcher dans la
Chambre de la Dame avec
•
l'action d'un Homme qui
méditoit quelque choſe , il
s'attira les regards de cette
Suivante, qui remarqua dans
fes yeux un égarement qui
la furprit. Elle fortit de la
Chambre , voyant qu'il ne
parloit point , & fe mit en
lieu d'où il devoit luy eftre
facile d'obferver ce qu'il feroit.
Apres qu'il eut encor
G
ij
76 MERCURE
marché quelque temps , il
s'arrefta tout d'un coup tenant
ſa main fur fon front ,
& révant profondement . Enfuite
elle luy vit tirer un Poignard
, & le mettre nud fous
la Toilete. La frayeur qu'elle
cut penfa l'obliger à faire un
cry; mais fçachant la chofe,
elle demeura perfuadée qu'il
n'en pouvoit arriver de mal ; &
il luy parut qu'il valoit mieux
ne rien dire. Dans ce mefme
teps on entendit rentrerleCaroffe,
& auffitoft elle vint dire
au Marquis que fa Maiſtref
fe arrivoit. Le Marquis eftant
GALANT 77
forty de la Chambre pour luy
préſenter la main ſur l'Eſcalier,
la Suivante prit ce temps
pour le faifir du Poignard ;
je- ne- ſçay- quel mou- & par
vement , trouvant un Buſc
fur la Table , elle le cacha
fous la Toilete , au mefme
lieu oùle Poignard avoit efté
mis. La Dame entra dans fa
Chambre , & entretint
Marquis de quelques nouvelles.
Il eut la force en luy
répondant , de luy déguifer
fon trouble ; & la Suivante
eftant fortic fur quelque ordre
que luy donna fa Maî-
G iij
8 MERCURE
pour
treffe , il ſe mit à fesgenoux,
la conjurant de nouveau , &
la derniere fois , de ne
point pouffer fon deſeſpoir
aux extrémitez , où il craignoit
qu'il n'allaſt La Dame
appréhendant qu'on ne
le furprift dans cette poſture,
le fit relever d'autorité abfoluë
; & quand il vit que
fans s'émouvoir de ce qu'il
luy proteftoit qu'il eftoit capable
de fe tuer , elle appelloit
fa Suivante le metpour
tre hors d'état de continuer
fes plaintes , tout hors de
luy- mefme , & ne fe poffeGALANT.
79
2
dant plus , il courut à la Toilete
, prit le Bufc qu'il y trouva
, & s'en donna un coup
de toute fa force , ſans s'appercevoir
que fon Poignard
avoit efté métamorphofé
.
La Dame furpriſe de ce
coup de Bufc , ne fçavoit
que croire d'un tranſport fi
ridicule. Cependant elle le
vit tomber à fes pieds . Son
imagination
vivement frapée
du deffein de fe tuer ,
avoit remüé tous fes efprits;
& ne doutant point qu'il ne
fe fuft fait une bleffure mortelle
, il perdit la connoiſſana
G iiij
80
MERCURE
ce & refta longtemps évanoüy.
La Suivante entra dans
ce moment , & ne ſe pût
empefcher de rire de voir le
Marquis en l'état ou il eſtoit,
La Dame ne fongea qu'à l'en
tirer , & ne voulut appeller
perfonne , afin d'étouffer la
choſe dont on euft pû faire
des contes fâcheux , fi elle
euft fouffert qu'elle cuft éclaté.
Enfin il revint à luy
apres quelque peine qu'on
prit pour cela. Il pria d'abord
qu'on le laiſſaſt mourir
fans fecours ;
furquoy la
Dame luy dit qu'il aimoit la
GALANT. 81
vie plus qu'il ne penfoit , &
qu'il pouvoit s'affeurer de
n'en fortir de longtemps, s'il'
ne vouloit employer qu'un
Bufc pour fe délivrer de fes
malheurs . Il crût que la Dame
, pour mieux l'infulter ,
affectoit la raillerie , & chercha
le fang qu'il devoit avoir
perdu. Il n'en trouva point,
& moins encor de bleffure.
Il s'eftoit donné le
coup de
fi bonne foy, qu'il ne pouvoit
revenir de fa furpriſe. Il
demanda par quel charme
on l'avoit fauvé de ſon deſeſpoir
; & la Dame qui eftoit
82 MERCURE
bien éloignée de comprendre
qu'il euft voulu fe tuer
effectivement, luy ayant marqué
qu'elle n'aimoit point
de pareilles Scenes , la Suivante
ne luy voulut pas ofter
la gloire qu'il méritoit par
fa courageuſe réſolution de
tourner fon bras contre luymefme.
Elle montra le Poignard,
& raconta ce, qu'elle
avoit fait. Le Marquis fut fi
honteux de l'avanture du
Bufc, qu'eftant d'ailleurs accablé
par les reproches que
luy fit la Dame d'un emporr
tement fi extravagant, il fe reGALANT.
83
tira chez luy fi -toft qu'il fut
en état de s'y conduire. La
neceffité où il fe trouva de ne
la plus voir , luy fit prendre
le deffein de s'éloigner , &
pour en tirer quelque mérite
, il ſe réſolut à voyager,
afin qu'elle puft connoiſtre
que mefme en ſe banniffant,
il s'attachoit à fuivre fes ordres.
Il eft arrivé à Rome,
où il prétend demeurer affez
longtemps pour fe guérir de
fa paffion.
L'Air nouveau qui fuit, ne
peut manquer de vous plaire.
Il eft de l'illuftre Autheur
(
84 MERCURE
dont je vous en ay fouvent
envoyé. Je me fouviens de
vous avoir dit qu'il devoit
donner un Livre nouveau
1
d'Airs gravez , ayant pour
titre , Second Mélange. Il fe
vend préſentement au Palais
avec les autres Livres d'Airs
gravez. Ce dernier fait le
dixiéme.
AIR NOUVEAU.
E
N vain Tireis s'efforce de
meplaire.
En vainfespleurs, fes regards, fes
Soupirs,
Rangent defonparty mes plus tendres
defirs.
GALANT. 89
Helas, Amour,je ne puis me défaire
D'une raiſon importune &fevere
Qui me défend de goûter tes plaifirs.
Un galant Homme qui
fçait auffi bien aimer que
faire des Vers, s'eft plaint du
peu de fuccés de fon amour,
par deux Madrigaux que
j'adjoûte icy. Voyez s'il a
mérité qu'on le réduiſe à ſe
plaindre.
I
MADRIGAL.
Ris confentirait, dit-elle, à s'engager,
Si l'on pouvoit trouver unfidelle
Berger,
86 MERCURE
Quelpréuxte elle donne à fon indiférence
!
Devroit- elledouter de ma fincerité?
Cinq ans d'amour, de foins, & de
perfeverance,
Sont d'affez feûrs garands de ma
fidclité.
AUTRE MADRIGAL.
E Lle me défend de la voir,
La cruelle Beauté, dont j'adore l'empire,
Et malgrémon coeur quifoûpire,
J'obeis, & m'enfais un funefte de
voir,
Trop heureux dans mon defefpoir,
Si mafoûmiſſion extréme
Peut luyprouver combienje l'aime.
On ne s'eſt pas ſeulement
GALANT. 87
fervy du Provençal pour publier
les grandeurs du Roy;
op a fait aufli un Sonnet Gafcon
fur cette meſme matiere.
Je vous l'envoye . Les rimes
de Par & Car y font employées
d'autant plus heureufement
, que ces deux
mots ſignifient Pair & Cher
en cette Langue .
SOUNET BOUT-RIMAT,
en Linguo Moundino,
A LA GLORIO DEL REY.
L
OV Rey que ran la Pax as trou…
petets de Pan,
Fa bouqua l'Enemic millou qu'une
Guenucho .
88 MERCURE
Elfa luzi la Croux oun regnabo
Satan,
Ets'abillo defer mayfouben que de
plucho.
$2
Eln'a qu'eis Encmics quefas bertuts
ly fan.
Coum'unofaio Abeille elfap rampli
fa Rucho;
Elfa maydins unjour qu'eis autres
dins toutl'an,
E coubo tout deis els pla millou qu'un
Autrucho .
$2
El pot tout ça qu'el bol, tout ço qu'el
dits es hoc,
Fren tout de bouno guerro, ejamai re
per troc ,
La bertutdins foun cor es coum odins
Sa nicho.
GALANT. 89
se
Cap d'autre Rey dambel noupot ana
del par,
Lou Royaume fens'el ferio toumbat
en fricho ,
E LOVIS es del Cel lou préfes lou
plus car.
Je me fuis informé , Madame
, de ce que vous m'avez
témoigné avoir envie de
fçavoir de feu M' l'Evefque
de Caftres , dont je vous dis
peu de chofe quand je vous
appris fa mort il y a deux
mois. Il eftoit Frere de défunt
M' Tubeuf Préfident à
la Chambre des Comptes,
que la Reyne Mere choifit
Juin 1682.
H
90 MERCURE
pour eftre un de ſes Exécuteurs
teftamentaires . C'eſt
luy qui a eu le foin de faire
achever le Val - de - Grace.
Vous en connoiffez la magnificence.
Elle fera un eternel
monument de la pieté
de cette Princeffe . La Ville
de Toulouſe conſerve un
prétieux fouvenir de ceux
que le Pere de ces Meffieurs
a laiffez à cette Capitale de
Languedoc. Le College de
Lefquille luy doit la beauté
de fes Bâtimens , le nombre
de fes Revenus, & enfin l'état
floriſſant où il eft préſenGALANT.
91
ی ل ع
tement. Leur Famille eft originaire
d'Auvergne, & alliée
à tout ce qu'il y a de confidérable
dans la Robe.
Feu M de Caftres eftoit
Docteur de Sorbonne. Il fut
Agent du Clergé , & il s'acquita
de cet Employ avec
beaucoup de capacité & de
prudence. M' le Cardinal
Mazarin l'avoit envoyé à
Rome
auparavant pour y
négotier des Affaires d'im
portance touchant la Religion
. Sa conduite eut un fuc
cés fi heureux , que ce Miniftre,
dont il mérita l'eftime
Hij
92 MERCURE
& la bienveillance , luy fit
donner deux Abbayes. On
le nomma quelque temps
apres à l'Eveſché de S. Pont.
Il fut à peine facré , qu'il remit
volontairement les deux
Abbayes, une Penfion qu'il
avoit fur la Cure de S. Sul--
pice , & un Prieuré , ne vou→
lant avoir qu'un Benéfice.
Il fit des Ordonnances , des
Rituels, des Miſſions, & un
fi grand nombre de Vifites,
que fon Dioceſe fut en peu
de temps un des mieux réglez
du Languedoc ; mais
lors qu'il commençoit à reGALANT
93
cueillir le fruit de fes peines,
il fut choify pour eftre Evef
que de Caftres. Cette tranf
lation le toucha ſenſiblemét.
Il ne pouvoit fe résoudre à
quitter un Dioceſe qu'il aimoit
d'une tendreffe vrayement
paternelle . Mais Dicu
avoit befoin de fon zele dans
celuy où il eftoit appellé.
L'Heréfie le déchiroit depuis
un long temps , & il y falloit
un Homme qui euft ſon ſçavoir
& fa pieté , pour ramener
tant de Freres égarez, &
ne faire de tous ces Diocéfains
qu'un mefme Trou
94 MERCURE
peau. Ce Prélat ne trompa
pas les efpérances qu'on avoit
conceuës de luy. Les
Temples des Prétendus Reformez
devinrent deſerts , &
en peu de temps les Converfions
furent fi nombreuſes,
qu'il fit commencer une
Eglife Cathédrale fur fes anciens
fondemens. Jugez ,
Madame , quelle joye il eut
de voir les Enfans de ceux
qui l'avoient détruite , travailler
eux-mefmes à la rebaftir.
Il ne faifoit rien dans
fon Dioceſe fans confulter
fon Chapitre. Il appelloit les
GALANT. 95
Dignitez fes Confreres , &
les Chanoines
fes Freres,
ayant pour eux une eftime
& une amitié qui répondoit
au refpect qu'ils luy rendoient.
Il a fait baftir un
Palais Epifcopal qui luy a
coufté cent mille francs , &
refufa de ceux de fon Diocefe
douze mille écus qu'ils
luy offroient pour cela . Je
ne parle point de plufieurs
Fondations qu'il a faites , &
des grands biens qu'il a laiffez
à fon Eglife. Je vous diray
feulement qu'apres l'avoir
gouvernée l'efpace de
96 MERCURE
dix- huit ans , il l'a choifie
pour fon Heritiere , n'ayant
point voulu enrichir un Neveu
du Patrimoine des Pauvres.
Il a donné fon coeur
aux Jacobins de Caftres , &
une fomme confidérable
pour baftir une Chapelle.
Ils l'ont reçeu avec de tresgrandes
marques de religion
& de pie é. Quelques
jours apres que le Chapitre
eut appris la mort , il luy fit
faire un Service des plus folemnels
dans l'Eglife Cathé
drale , Les Officiers de Juftice
, les Confuls de la Ville ,
&
GALANT. 97
•
& tous les Ordres Religieux ,
affifterent , & ce fut M
l'Abbé Vidal , Docteur de
Sorbonne , & Theologal , qui
prononça l'Oraifon Funebre.
Henry de Bourbon , appellé
d'abord Gafton de Foix,
Duc de Verneuil , Pair de
France, Comte de Baugency,
de Senlis , & de Compiegne,
Chevalier des Ordres du
Roy , & Gouverneur de
Languedoc , mourut dans
fon Chafteau de Verncüille
28. de l'autre mois en fa 82 .
année. Je ne pus vous en
Juin 1682.
I
98 MERCURE
!
rien dire la derniere fois , parce
que cette nouvelle ne fut
receuë à Paris , qu'apres que
j'eus achevé ma Lettre . Ce
Prince nâquit au mois de
Janvier 1601 & eftoit Fils du
Roy Henry IV. & de Catherine
- Henriete de Balzacd'Entragues
, Marquife de
Verneuil. Il a poffede les
Abbayes des Vaux de Bernay,
de Bonport, de Tyron,
de S. Germain des Prez , d'Orcamp,
de la Valaſſe , de Feſcamp,
& de S. Taurin d'Evreux
, & fut pourveu de l'Evefché
de Metz , dont il a
GALANT. 99
porté longtemps le titre . Enfuite
ayant efté fait Chevalier
du Saint Eſprit le premier
Janvier 1662. & receu
Duc & Pair de France le 15.
Decembre de l'année fuivante
, il prit celuy de Duc
de Verneuil , fous lequel il a
efté Ambaffadeur Extraor
dinaire en Angleterre en
1665. Il eut le Gouvernement
de Languedoc en 1666. &
ayant enfin quité tous fes
Benefices , il épouſa le 29 .
Octobre 1668. Charlote Sé
guier , Veuve du Duc de
Sully ; & Fille puifnée de
I ij
100 MERCURE
Pierre Seguier, Duc de Vil
lemor , Pair & Chancelier de
France , dont il n'a point eu
d'Enfans. Il aimoit la Chaffe
-
paffionnément . C'eſt un
exercice tres digne d'un
Prince , & dont le plaifir eft
eftimé d'autant plus honnefte
, qu'il ne peut avoir aucu .
ne méchante fuite , ce qui ne
fe trouve prefque dans aucun
autre divertiffement.
Apres la mort de ce Duc,
le Roy n'a pas beaucoup confulté
pour luy donner un
Succeffeur au Gouvernement
de Languedoc. Le mérite
GALANT. 101
de M' le Duc du Maine, qui
dans l'âge le plus tendre laiffe
découvrir les plus belles
qualitez des grands Hommes,
l'a fait choifir par Sa Majefté
pour cette importante
Charge. J'aurois de la peine
à vous rapporter tout ce
qu'il a dit au Roy, pour luy
témoigner fa reconnoiffan
ce , & pour luy perfuader
qu'il agiroit avec un zele fi
remply d'ardeur , qu'il au
roit la gloire de remplir fon
choix , & de le voir avoué
de toute la terre. Vous fçavez
déja , Madame , que ce
"
I iij
102 MERCURE
1
jeune Prince , avec tout ce
qui peut plaire aux yeux , a
dequoy furprendre par les
qualitez de l'efprit & du
coeur , les plus délicats, & les
plus difficiles. On ne peut
concevoir toutes chofes avec
plus de facilité , ny raiſonner
avec plus de jufteffe . Il
a une vivacité qui furprend
toûjours , & il y a tant de
bon fens dans tout ce qu'il
dit , que l'on eft fans ceffe
embarraffé de ce qu'on doit
le plus admirer en luy , ou
fon efprit, ou fon jugement.
Ses Maiftres font charmez
GALANT. 103
du fruit qu'il fait dans ſes études.
Les Autheurs les plus
difficiles luy font familliers ;
& rien ne luy échappe des
beautez ny des défauts qui
s'y trouvent , & dont les feules
remarques ont fait tout le
mérite de plufieurs Hommes
illuftres. Je croy vous
avoir appris dans quelque
autre occafion , que dés l'âge
de ſept ans , il en avoit
fait luy - mefme fur quelquesuns
des plus celebres Autheurs
de l'antiquité
, qu'on
a veu des Maximes de Morale
de fa façon , & qu'il a
€
I iiij
104 MERCURE
écrit des . Lettres qui firent
croire à une Dame de bon
eſprit & d'un grand diſcernement,
que ces Piéces recueillics
& imprimées eftoient le
plus agréable & le plus riche
préfent qu'elle puit offrir à
une Perfonne , que l'on
l'on peut
dire eftre en tout , la merveille
de ce fiecle , & l'ornenement
du Regne de Louis
LE GRAND . Il paroift
bien. à tout ce que nous découvrons
chaque jour dans
ce Monarque , que le Ciel l'a
creé pour luy , comme nous
voyons bien auffi qu'il a proGALANT.
105
duit tant de merveilles pour
un Prince qu'il a mis au def
fus de tout le refte des Hommes.
Je ne parleray point de
l'efprit ny du courage de M'
du Maine; de ces nobles fentimens
qui lay font fouhai
ter tout ce qui eft digne des
veritables Héros , & qui les
conduit à la gloire la plus pu
re . Je ne vous diray rien
auffi de fon bon coeur, qualité
rare dans tous les temps .
Je ne vous entretiendray pas
non plus de fa politeffe , de
fon humanité , & des manieres
honneftes, mais pleines de
106 MERCURE
diſtinction , avec lesquelles il
reçoit tout le monde . Je repéteray
feulement ce que j'ay
dit des autres prodiges de ce
Regne. Le Ciel l'a fait naître
pour Louis LE GRAND ,
& on voit en luy ce qu'en a
marqué dans une Deviſe
feu M' Douvrier.
Ajove arguit ortum.
Dans le mefme temps que
Sa Majesté donna le Gouvernement
de Languedoc
à
M ' le Duc du Maine , Elle
nomma M ' le Duc de Noailles,
Capitaine
de la Premiere
GALANT. 107
Compagnie de ſes Gardes
du Corps, & Gouverneur de
Rouffillon , Commandant
de la mefme Province de
Languedoc. Ce feroit vouloir
perdre des paroles , que
chercher
à vous marquer
la
justice de ce choix. Quand
je ne vous aurois pas déja
entretenue plufieurs fois de
M' de Noailles, la voix publique
en dit tant de chofes
glorieufes , qu'il vous feroit
impoffible de les ignorer . Un
efprit doux , une pieté ſans
fard, un zele ardent pour le
Roy , & un extréme defir
108 MERCVRE
d'obliger tous ceux qui fe
diftinguent des autres , font
des qualitez fi effentielles à
ce Duc , qu'il a fouvent rendu
des fervices aupres de Sa
Majefté , à des Perfonnes
qui ne l'en avoient point
follicité , & qui ne le connoiffoient
que parce que
ceux de fon rang font connus
de tout le monde. Mais
quand le mérite parle , M
' de Noailles ne fe taift jamais
.
Meffire Estienne Girardin
, Religieux de Sainte
Croix de la Bretonnerie ,
GALANT. 109
Prieur du Verger , a efté beny
Abbé de Beaubec le 7. de
ce mois dans l'Eglife de Saint
Victor de Paris . La Cerémors
nie fut faite par M' l'Evef
que de Perpignan , afſiſté
de M's les Abbez de la Charité
& du Buiffon . L'Affemblée
eftoit fort grande. Au
fortir de là, M' le Lieutenant
Civil fon Frere , donna un
fort grand Difné chez luy.
M' Girardin, Chanoine Régulier
de S. Victor, fit la mef
me chofe dans l'Abbaye.
M' de Vauvray , Gendre de
M' de Belinzani , Intendant
110 MERCURE
de Toulon , eft un quatriéme
Frere.
On m'a donné la Tradu-
'ction d'une Ode d'Horace,
que vous trouverez fort heureuſement
renduë. J'ay mis
au bas le nom de l'Autheur,
de la maniere qu'il veut fe
faire connoiftre.
$22:5255 52222 :5252
TRADUCTION DE LA
huitiéme Ode du ſecond Livre
d'Horace, qui commence par
Ullafijuris, &c.
J E croirois à tesfeintes larmes,
Qui trompent fifouvent tes crédules
Amans,
GALANT: III
Si quelqu'un de tesfauxfermens
Te coûtoitfeulement le moindre de
tes charmes.
Sa
Apeine tu m'es infidelle,
Qu'on voit briller en toy mille nouveaux
attraits;
Et tu ne me trompesjamais,
Que tu n'enfois, helas ! plus charmante
& plus belle.
$2
Il ne te refte rien àfaire,
Si tu veux exercer le pouvoir de tes
yeux,
Que d'abuſerdu nom des Dieux,
Apres avoir trompé les Manes de ton
Perc.
Sa
Malgré ta noire perfidie,
Mille nouveaux Amans s'engagent
fous tes Loixi
112 MERCURE
Et ceux qui l'aiment une fois,
Ne guériffentjamais de cette maladie.
Sa
Pourleurs Fils, les Meres timides
Craignent le coupfatal de tes moindres
foûriss
Et cent jeunes Beautez, pour leurs
tendres Marys,
Redoutent tes regards perfides.
E. D. C. D. M. d'Avalon .
Apres Horace , vous ne
ferez pas fâchée d'entendre
Catulle parler noftre Langue.
GALANT. 113
EPIGRAMME 93. de Catulle ,
qui commence par Lesbia mi
dicit, &c.
O
N dit que ma Maitreffe,
Partout dans fes difcours,
Se plaint, médit de moyfans ceffe,
Et cependant elle en parle toûjours.
Ah! je meure centfois ,fila Belle ne
m'aime.
Pourquoy ne lepas croire ainfy?
Je m'en plains, j'en médis, &j'en
parles de mefme;
Ah! je meurè cent fois ,fi je ne l'aime
auffy.
Juin 1682.
K
114 MERCURE
EPIGRAMME 35. du meſme
Autheur ; ou Hymne à l'honneur
de Diane, qui commence
par Dianefumus infide, &c .
JEMEunes Filles, jeunes Garçons ,
Nous qui dans nos defirs n'avons
rien de profane,
Parmy nos feux & nos Chansons,
Celebrons à l'envy les vertus de
Diane.
Se
Ouvrage charmant de l'Amour,
Déeffe, illuftre fang du Souverain
du Monde,
Toy que Latone mit aujour
Dans les Bois de Délie en Olives
féconde.
GALANT. 115
52
Depuis ce temps nosfombres Bois,
Nos murmurans Ruiffeaux, nos Flenves,
nos Montagnes,
Reconnoiffent toujours tesLoix,
Et tufais l'ornement de nos vertes
Campagnes.
Sa
Les Femmes dansl'accouchement
Implorent tonfecours , & t'appellent
Lucine,
Et l'Univers communément
Adore fous trois noms ta puiſſance
divine.
-52
La nuit, tu brilles dans les Cicuxs
Ton, cours réglant les mois, mefure
Les années.
On voit le Laboureurjoyeux,
Quand ton Aftre luy rendfes moif
Jons fortunées.
Kij
116 MERCURE
S3
Reçois nos voeux &nos amours ,
Et de quelquefaçon que par tout on
te nomme,
Soisfainte, & conferve toûjours
Les Succeffeurs d'Ancus, & laVille
de Rome.
L'Autheur de ces agreables
Traductions
, eft le mef
me dont je vous ay envoyé
plufieurs
Ouvrages
, fous le
nom du Fils d'un Auditeur
des Comptes
de Dijon . Il
s'appelle
M' Moreau
, & fut
reçeu ily a deux mois Confeiller-
Auditcur
en la Chambre
des Comptes
de Paris.
Feu M' Moreau fon Pere ,
ily
GALANT. 117
d'un mérite & d'une probité
connuë, avoit exercé la meſme
Charge pendant beaucoup
d'années en la Chambre
des Comptes de Bourgogne
; & M' Moreau fon
Frere y remplit actuellement
celle d'Avocat General avec
beaucoup d'approbation &
de gloire. Les galantes Pieces
que vous avez veuës de luy ,
ont efté faites pour une jeune
& aimable Veuve , qu'il a
enfin épousée après une conf
tance de pres de trois ans .
J'ay crû ne pouvoir mieux
fatisfaire l'envie que vous
118 MERCURE
m'avez fouvent témoignée
d'apprendre fon nom , que
l'éclairciffement que je
par
vous donne.
13
Vous avez déja fçeu que
M'Arnaud , Intéreffé depuis
longtemps dans les Fermes
genérales de Sa Majesté,
abjura , il y a plus d'un an,
la Religion Prétenduë Reformée
; mais peut - eſtre les
nouvelles publiques , qu'on
affaifonne affez ordinairement
de médiſance , vous auront-
elles repréfenté fa converfion
, comme peu fincere,
& comme faite fur des veuës
GALANT. 119
par
humaines. Si cela eft, voicy
dequoy vous defabufer. Elle
eft fi pure & fi veritable, que
fon exemple, par fa fage
conduite, par fes inſtructions
tendres & paternelles , ou
plutoft par les graces particulieres
que Dieu luy a faites,
il a attire apres luy plus de
cent dix Perſonnes , & pref
que toute la Famille. ' Deux
de fes Parens , & un de fest
Commis , reconnurent leur
erreur peu de temps apres.
M'de Fontaines fon Fils unique
, ſuivit ſon exemple le
premier jour de Carefme ; &
120 MERCURE
le Dimanche 7. de ce mois,
Madame Arnaud fa Femme,
M'de Blair, & M'des Plantes ,
rous deux Fils de la mefme
Dame, mais fortis d'un premier
Lit , M' de Fayolle , Fils
aîné de M' de Blair, & la De
moifelle de MadameArnaud ,
firent abjuration entre les
mains de M' l'Archevefque
de Paris , en préſence de M'
Lamet Curé de S. Euſtache,
& de M' Varet Docteur de
Sorbonne. Ce fçavant Prélat
leur fit un difcours des plus
touchans , & qui les auroit
entierement confirmez dans
la
GALANT.
- རྩཐ ༢?
la croyance des Veritez Catholiques
, s'il leur eſtoit reſté
quelques doutes . On a veu
des Lettres qui portent que
le mefme jour M ' le Baron
d'Arros d'Auriac , Madame
fa Femme , & fept de leurs
Enfans ,firent auffi abjuration
à Pau en Bearn , perſuadez
les motifs de la converpar
fion de M' de Blair , qu'il a
envoyez à Madame d'Arros
fa Soeur , & dont il doit faire'
part au Public , par l'ordre,
mefme de Sa Majefté , fur
le raport que luy en a fait M'
l'Archevefque
.
Juin 1682.
L
122 MERCURE
Dieu fe fert de tout pour
nous attirer à luy. Une jeune
Demoiſelle
, aimant fort
le monde , & ne
manquant
point de charmes pour s'y
faire regarder , n'avoit d'autre
paffion que celle de plaire,
& de s'attirer grand nom
bre d'Adorateurs
. Son Pere.
mort depuis quatre ou cinq
années , luy avoit laiffé affez
de bien pour vivre à fon aiſe
en ſe mariant , fi elle cuft
voulu fe contenter
d'un Party
fortable ; mais l'ambition
la fit aſpirer à un rang plus
élevé, & fans rebuter aucun
GALANT. 123
de fes Soûpirans , elle attendoit
toûjours la fortune, dont
elle ſe croyoit digne. Enfin
il parut qu'elle s'offrit . Un
Cavalier fort bien fait , ayant
équipage, & le titre de Marquis,
rendit vifite à la Bclle.
Son efprit luy plût. Il fut
content de fon bien , & en
peu de jours l'affaire fut arreftée.
La Mere ravie d'avoir
un Marquis pour Gendre
, ne pût contenir fa joye.
Elle en fit part à tous les
Amis , & ce mariage fut divulgué
dés le jour meſme
qu'elle l'eut conclu . Le Mar◄
Lij
124 MERCURE
quis preffoit la Cerémonie
;
& il preffa tant , que les Parens
de la Belle le foupçonnerent
d'agir de mauvaiſe
foy . Ses empreffemens
avoient
l'amour pour excuſe;
mais quelque ardent qu'il
puft eftre , on avoit raiſon
d'examiner
, & de n'aller pas
auffi vîte qu'il vouloit. Il ſe
difoit d'une Maiſon fort illuftre,
& plufieurs titres qu'il
confentit à montrer , juſtifioient
affez fa naiffance .
Ainfi il ne reftoit plus qu'à
s'éclaircir
de fon bien . La
Belle enteftée de la qualité, &
GALANT: 125
trop prévenue pour faPerfonne,
l'en euft crû fur la parole,
s'il n'euft eu qu'elle à perfuader.
Elle avoit chaffé pour
luy tous fes autres Proteftans ,
& fon mérite, qu'elle croyoit
effectif, avoit fait fur elle une
impreſſion ſi forte , qu'ellé
faifoit confifter tout fon bonheur
à l'avantage de fe voir
fa Femme . La Mere s'eftoit
renduë , & elle donnoit déja
fes ordres pour le mariage,
lors qu'on vint luy dire
qu'un faux Marquis avoit tâché
de ſurprendre ſous diférens
noms la crédulité de
L iij
126 MERCURE
quelques Veuves qui avoient
des Filles , & qu'elle devoit
prendre garde fi fon Gendre
prétendu n'eftoit point ce
mefme Fourbe, qui bien loin
d'eftre Marquis , n'avoit
aucune naiſſance , & ne fubfiftoit
que par induſtrie. La
chofe eftoit affez importante
pour l'engager à profiter de
l'avis. Elle alla trouver les
Perſonnes meſmes à qui l'avanture
eftoit arrivée ; & par
la conformité des traits , de
la, taille & des manieres, dont
on luy fit une fidelle peinture
, elle connut le péril que
GALANT. 127
faFille avoit couru.LeFourbe
foûtint fon impofture, & fe fit
promettre que le lendemain
on luy feroit voir les Gens
qui l'ofoient calomnier . Il
n'a point paru depuis. Paris
eft fi grand, qu'en changeant
de nom & de quartier, il peut
faire ailleurs la mefme entrepriſe
. Il l'a déja manquée
trop de fois
pour
croire qu'il
la faffe réüffir. La Belle dont
il s'eftoit fait aimer , & qui
s'attendoit à eſtre Marquife,
a fenty fi vivement la honte
d'avoir pris mal à propos
de
trop hautes efpérances , que
Liiij.
128 MERCURE
fe voyant fans Amans , & ne
pouvant fuporter les contes
qu'elle a ſçeu qu'on faiſoit
d'elle , elle s'eft d'abord retirée
à la Campagne , & de
là dans un Convent. C'eft
là que la Grace a commencé
d'opérer. Elle luy a fait ouvrir
les yeux fur la vanité de
ce qui flate le plus les jeunes
Perfonnes ; & le peu que les
chofes de la terre luy ont paru
avoir de folidité , l'en a fi
fort dégoûtée , que depuis un
mois elle a pris l'Habit de
Religieufe. Elle fait paroître
dans ce changement d'éGALANT.
129
tat une fatisfaction parfaite ,
&
marque
l'impatience
qu'elle
a de
faire fes Voeux.
L'engagement
où ils mettent
pour
toûjours
, ne l'étonne
point,
& il femble
qu'elle foit infpirée
du mefme
efprit qui a
fait écrire la Lettre
que je
vous envoye
, & dont une
Dame
du Convent
luy a
donné la Copie. Cette Lettre
n'a pas peu fervy à la confirmer
dans l'amour
de la
Retraite
. Lifez- la , Madame
.
Elle vous
fera connoiftre
combien
les Perfonnes
veà
toute heure
130 MERCURE
ritablement dégagées du
monde, menent une vie heureuſe.
532525-2525:252222
REPONSE
D'UNE RELIGIEUSE,
à une Lettre qu'un de fes Amis
luy avoit écrite , pour fçavoir
fon fentiment fur les Voeux
de Religion.
IL eft aifé de juger, Monfieur,
que la feule curiofité , & non
pas le defir de vous inftruire , vous
engage à me à me faire une question,
fur laquelle je n'ay que les lumieGALANT.
131
que
s'il
res que peut m'avoirinfpirées mi
heureux tempérament , joint à
la douce expérience , qui me fait
trouver depuis longtemps , qu'il
effortfacile d'obferver les Voeux
de Religion. Je fçay bien
ne s'agiffoit que de traiter de leur
excellence , ou d'établir leur utilité,
vous ne chercheriez le fecours
de perfonne, parce que vous trouveriez
chez vous- mefme tout ce
que peuuvent imaginer fur cette
matiere , la fubtilité & la force
du raifonnement ; mais vous n'en
voulezpas aujourd'huy à desfentimens
fi relevez. Vous cherchez
Seulement à penétrer ceux d'une
132 MERCURE
Fille , & peut- eftre à l'embaraf
fer par des reflexions qui pourroient
bien luy perfuader qu'elle a
perdu tout le mérite du facrifice
qu'elle a fait à Dieu de fa Per-
Jonne toute entiere , puis qu'elle
ne s'estfait pour cela aucune violence
, & qu'il n'y a que celuy qui
combat qui remporte la victoire ,
& que le feul Victorieux qui
puiffe prétendre à eftre récompenfe.
Ainfi me voila infenfiblement
retombée dans mes premieres inquiétudes
,fondées fur l'excés du
plaifir que je trouve dans mon
état. Cela pourroitfuffire, Monfieur,
pour vous fatisfaire , puis
GALANT. 133
que vous ne vouliez, ce mefemble,
eftre inftruit que des finceres
mouvemens de mon coeur , touchant
les peines que vous prétendez
quife rencontrent dans nos
aimables Solitudes . Mais fi vous
voulez une explication plus pofitive
fur la foumiffion aux volontez
des autres que vous croyez
nous eftre de fi difficile pratique
je vous diray qu'elle ne peut l'eftre
que pour les Perfonnes qui
s'engagent inconfidérement ,
non pas pour nous qui ne le faifons
jamais qu'après avoir étu
dié pendant un long Noviciat
nos inclinations , fur lesquelles
ی م
134 MERCURE
que
nous reglons noftre choix; au lieu
dans le monde on livre une
Fille au caprice d'un Homme ,
fans luy donner prefque le temps
de l'envifager. Ilferoit jufte de
luy en laiffer connoiftre à fonds
les moeurs & l'efprit , & c'eſt à
l'on nepense point. Cepen- quoy
dant le caractere de ces deux Per-
Jonnesfe trouve fouvent fi oppoſe,
qu'il eft impoffible qu'il n'y ait en
tr'elles une eternelle contrarieté.Il
naift de là une espece de martyre
involontaire , qui ne peut manquer
de tuer de tuer l'ame , apres avoir
confumépeu à peu le corps de ces
défolées Victimes del'intéreſt, ou
GALANT: 135
de l'ambition de leurs Parens.
Ce font ces fortes de combats qui
doiventfaire horreur à ceux qui
les ont excitez par leur manque
de prudence, auffi bien qu'à ceux
qu'ils ont expofez à les foûtenir,
Jans en attendre d'autre fuccés
qu'un Enfer anticipé. Ce font ces
extrémitez terribles qui doivent
faire tremblercelles de mon Sexe,
qui nefefentetpas affez de generofité
pourfurmonter les difficul
tez quife préfentent à leur ima
gination, pour les empeſcherd'entrer
dans nosfacrées Retraites , où
repos & lajoye qui enfont in-
Séparables , ne nous promettent
le
136 MERCURE
pas moins qu'un bonheurfansfiri.
Comme aucune des chofes de la
terre ne peut l'alterer , il n'y en a
point auffi qui foient capables de
contribuer à lefaire naiftre . Apres
cela , Monfieur , pourrezvous
douter du mépris fincere que
nous faisons des trésors périſſables
qui font aujourd'huy les
Dieux du Siecle , quoy qu'ils
ayent en eux-mefmes la fource de
tous les maux qui accablent les
Hommes de tant de diferentes
manieres ? Et d'ailleurs, s'il eft
vray, comme il n'eſt pas permis
d'en douter, que ces fortes de biens
n'ayent efté donnez preférableGALANT.
137
ment à de certaines Familles,qu'afin
de lespartageravec ceux qui en
font dans le befoin, ceux qui s'en
privent volontairement ne fontilspas
loüables , veu la difficulté
qu'il y a de les difpenfer felon
l'intention de celuy de qui on
on les
a receus ? Toutes ces raifons ne
font- elles pas plus que fuffifantes
pour nous en infpirer le dégoust?
Ifaut neanmoins avouer que je
ne fuis pas entierement foïque
fur ce fujet , puis que j'ay eu plufieurs
fois un fecret chagrin , lors
que je me fuis veuë hors d'état
pouvoir fecourir les Miferables
, qui fe font préfentez à moy
Juin 1682.
Il
M
138 MERCURE
que
dans plufieurs rencontres , &
par un mouvement de compaffion,
j'ay defiréle fuperflu de ces Riches
impitoyables qui téfaurifent pour
le temps, au lieu defeprécautionner
pour
l'eternité. Voila l'endroit
par où je puis eftre bleſſée ; ce qui
fait bien voir que je ne fuis pas
invulnerable. Si c'est un peché
contre la perfection religienfe , je
m'en accuſe. Lerefte de la qiseftion
qui regarde le troifiéme
Vau ,fe peut résoudre en peu de
paroles , & pour celaje demeure
d'accord avec vous , que le plaifir
eft une agreable loy qui nous entraîne
fouvent malgré nous; mais
GALANT. 139
les
il faut fçavoir en quoy nous le
faifons confifter. Chacun fur cela
Suitfon panchant, & comme les
gouftsfont auffi diférens que
vifages ou les efprits , on ne doit
pas juger des inclinations ou des
antipaties des autres par lesfiennes
propres. Si vous y faites un
peu de reflexion , vous m'avouerez
qu'à parler en general , les
plaifirs des fens ne font guére les
vices des ames bien nées , &
que c'eft dans l'Homme le partage
de l'animal plutoft que duraifonnable.
Aurefte, je puis vous
affurer quefi cet Ennemy attaque.
indifpenfablement tout le monde,
Mij
140 MERCURE
ilfaut que nous avons contre luy
une fauvegarde invifible , puis
que , graces au Seigneur, il n'a
nulle entrée chez nous , & que
j'ignore mefme qu'il puiffe tenter
les Perfonnes de ma profeſſion .
En effet , tous ceux qui m'ont
connuë m'ont toûjours aſſurée que
je n'avois rien à craindre
tomber dans le peché des Anges
revoltez ,parce que la gloirefeule
dominoit chez moy. Voila ,
Monfieur , les veritables ſentimens
de mon coeur. S'ils ne peuvent
vous fatisfaire, il faudra
vous en prendre à la foibleffe de
mes expreffions , plutoft qu'à la
a
que
de
GALANT. 141
fincerité avec laquelle vous devez
estre perfuadé que je parle
l'égard de tout ce que je viens de
vous dire , auffi bien que lors que
je vous affure queje fuis , Voftre
tres-humble Servante, D. B.
Je vay m'acquiter de ma
parole , en vous faifant le détail
de tout ce qui s'eſt paffé
aux derniers Etats tenus en
Bourgogne . Monfieur le
Duc eftant party de Paris le
29. Avril , fe rendit le 2
Seignelay , où M ' de Motheux
, Capitaine du Châreau
, le receut au bruit de
30.
142 MERCURE
1
l'Artillerie , & de la Milice
fous les armes. Ce Prince à
fon arrivée fut harangué par
les Corps du Clergé & de la
Juftice , qui luy firent préfenter
d'excellent Vin. Il vifita
enfuite les Manufactures
de Draps du lieu , où il
fit diftribuer une fomme
confidérable aux Ouvriers.
A fon retour au Chaſteau , il
trouva un Soupé tres- magnifique,
M' de Motheux ayant
fait venir de toutes parts tout
ce qu'il pouvoit y avoir
d'exquis dans cette faifon .
Il eft fi connu pour un GenGALANT.
143
tilhomme tres genereux , &
qui fait les chofes d'auffy
bonne grace qu'on les puiff
faire , qu'on croira fans peine
qu'il n'épargna rien pour
bien foûtenir l'honneur de
recevoir un grand Prince.
Le lendemain
premier
jour de May , qui eſtoit un
Vendredy , Son Alteffe Seréniffime
entendit la Meffe
dans la Chapelle du Château
à fept heures du matin ; &
comme Elle croyoit enfuite
venir monter en Carroffe ,
Elle fut ſurpriſe de voir fervirun
Repas en maigre d'une
144 MERCURE
extréme propreté. Elle donna
de grands témoignages
de fa fatisfaction & de fon
eftime à M' de Motheux , &
partit pour aller coucher à
S. Remy proche Montbard,
chez M' l'Abbé de Fontenay.
Elle y receut les Harangues
de trois ou quatre
Villes circonvoifines , dé .
pendantes du Parlement de
Bourgogne.
Le 2. Elle dîna à Sainte Seine
, à cinq lieuës de Dijon ,
& y fut complimentée par le
Maire de ce lieu , & par un
Echevin de Dijon , qui avoit
efté
GALANT. 145
efté député pour aller juſquelà
au devant d'Elle. L'apresdînée
eftant au Val de Sufon ,
Elle aperçût la Maréchauffée
de Dijon qui venoit à fa rencontre.
A une lieuë de là, M'
Joly,Maire de Dijon , accompagné
de tout le Corps de la
Magiftrature, la complimenta
, enfuite dequoy ils ſe mirent
à la fuite de fon Carroffe.
M' l'Intendant fuivy de
plufieurs autres Carroffes ,
vint auffi à fa rencontre , &
tous l'accompagnerent juf
ques dans la Ville. S. A. S.
y arriva un peu tard , & par-
Juin 1682.
N
146 MERCURE
ce qu'Elle eftoit fatiguée,
Elle remit au lendemain les
complimens qu'on eftoit fur
le point de luy faire .
rs
Le 3. le Parlement la vint
haranguer. M' le Préfident
Gagne portoit la parole, M",
de la Chambre des Comptes
,
M' du Tréfor , Mª du Bailliage,
& M's de la Mairie, la
haráguerent enfuite. L'apresdînée,
Son Alteffe reçeut les
vifites & marques de refpect
de tous les Officiers du Parlement,
Chambre des Comptes,
& autres, en particulier.
Le 4. à l'iffuë de fon dîné,
GALANT. 147
Elle donna audiance aux Députez
de toutes les Villes dé
la Province , & receut quelques
complimens particuliers,
comme des Elûs de la
Triennalité d'apréſent , qui
font M' l'Abbé de Quincé
pour le Clergé , M' le Marquis
de Tiange pour la Nobleffe
, & M' Riel Confeiller
au Bailliage de Chaſtillonfur-
Seine pour le Tiers- Etat,
Le foir, M l'Intendant régala
ce Prince d'un Soupé tresmagnifique,
& d'un Opéra,
dont il fut fi fatisfait, qu'il
tourba d'accord qu'on ne
Nij
148 MERCURE
pouvoit rien de mieux pour
la Province.
Le s . qui fut le jour de
l'ouverture des Etats qui fe
tiennent au Convent des
Cordeliers, apres que le Pere
Gardien eut complimenté S.
A. S. à fon arrivée à ce Convent,
on celebra une Meſſe
folemnelle du Saint Efprit
dans leur Eglife, où Elle affifta.
Apres la Meffe, Elle fe
rendit à la grande Salle deftinée
pour la tenuë des Etats .
Si- toft qu'Elle fut entrée,
Elle monta fur un grand
Theatre qui contient plus
GALANT. 149
de la moitié de la Salle , &
s'affit fur un Fauteuil placé
fous un Daiz . Derriere ce
Fauteuil eftoient quatre ou
cinq de fes principaux Officiers
en Habits tres propres.
M' le Premier Préfident
prit place à fa droite , à une
diftance de deux ou trois pas.
M l'Intendant fut affis aupres
de luy , & en fuitę M*
l'Evefque de Châlons , M'I'Evefque
de Mâcon , & tout le
Clergé, tant Abbez , Doyens,
qu'autres Benéficiers.
A fa main gauche eſtoient,
à une égale diſtance que ceux
Niij
150 MERCURE
de la droite , M ' les Comtes
d'Amanfé, de Rouffillon , &
d'Autremont, Lieutenans de
Roy , deux Tréforiers chargez
des Lettres de Sa Majefté
pour en faire la préſentation ,
& tout le reste de la Nobleffe
qui eftoit en tres-grand nombre.
A l'opofite de S. A. S. eftoient
M ' le Maire de Dijon ,
M'Artault du Tiers Etat, &
tous les Députez & Maires
de la Province.
L'ouverture des Etats fe
fit par la Harangue de M' le
Tréforier Languet , qui reGALANT.
151
préfenta les Lettres du Roy.
Apres qu'on en eut fait la
lecture , S. A. S. parla quelque
temps , & fon difcours
fut fuivy de la Harangue de
M ' le Premier Préfident. M
l'Intendant en fit une autre,
& M' l'Evefque de Châlons
ayant auffi harangué , la
Séance fut levée . S. A. S. s'ef
fant renduë au Logis du Roy ,
Elle y fut fuivie pour la plus
grande partie de ceux qui
avoient affifté à cette Cerémonie,
& qui s'emprefferent
pour entendre le Difcours
qui fe fait ordinairement à ce
N iiij
152 MERCURE
Prince,auffitoft qu'il eft rentré
en fa Chambre . Ce fut
encor M' de Châlons qui le
prononça.
L'aprefdînée , Meffieurs
du Clergé, de la Nobleffe , &
du Tiers Etat, entrerent dans
leurs Chambres
, pour parler
du Don que la Province fait
tous les ans à Sa Majeſté.
Le 6. M' l'Abbé Fiot , Dé
puté de la Chambre du Clergé
, porta la parole à S. A. S.
de la réfolution que les Chambres
avoient priſe fur le Don
gratuit, qui eftoit de confier
Tous les intérefts de la ProGALANT.
153
}
vince à fa prudente & fage
conduite. Il s'acquita tresdignement
de cette commiffion
, & fit un Difcours qui
luy attira beaucoup de loüanges.
Sur la Réponſe de S. A. S.
qui confeilloit d'offrir un
Million , M de Quincé fut
chargé l'aprefdînée de luy
aller dire
P
que les Etats demeuroient
d'accord de don
ner le Million , & deman
doient fa protection aupres
du Roy
.
Depuis ce temps , & juſqu'à
l'onzième, on travailla
154 MERCURE
avec affiduité aux Affaires de
la Province , tant dans les
Chambres
des Etats , qu'aupres
de S. A. S. Elle y a donné
des foins & une application
incroyable , & toujours
avec un fuccés & des applaudiffemens
tout particuliers
.
L'unique divertiffement qu'-
Elle ait pris pendant ce téps,
a efté l'Opéra que M' l'Intendant
luy a donnéplufieurs
fois. Ce Prince a mangé fouvent
chez luy, & n'a veu qu'-
une feule Comédie de toutes
celles qu'a repréſentées
la
Troupe qui eftoit alors à DiGALANT.
155
jon. M' de Maletefte, Confeiller
au Parlement , a eu
l'honneur de le régaler d'un
Concert fort agreable , qui
fut auffi qualifié d'Opéra .
Le 11. du mois S. A. S. donna
au Clergé un Repas fort
magnifique.
Le 12. Elle traita la Nobleſſe
. On peut dire qu'il y a
longtemps qu'on n'en avoit
tant vû aux Etats .
Le 13. le Tiers Etat reçeut
un pareil Régale.
Le 14. & le 15. les Peres Jéfuites
firét par leurs Ecoliers,
des Déclamations à la loüan156
MERCURE
ge de S. A. S. qui affiſta à
celle de la Rhétorique
.
Le 17. ce Prince alla à la
Borde. C'eft un Marquifat
des plus beaux de la Province
, apartenant à M' le
Premier Préſident de Dijon ,
dont il eft éloigné de huit
lieuës. Les Jardinages
en
font tres- propres , & ornez
d'une Orangerie admirable .
Ce Magiftrat y reçeut fplendidement
S. A. S. qui y fe
journa le 18. & le 19 .
On m'a dit que les nouveaux
Juges choifis par M ' le
Duc de S. Aignan , avoient
GALANT. 157
enfin prononcé; mais je n'ay
point encor fceu quel eft le
Sonnet victorieux . Je fçay
feulement que M'de Vertron
a fait retirer le fien , n'ayant
point voulu difputer le Prix,
depuis que ce Duc l'a nommé
pour un des Juges. Je
vous l'envoye avec quelques
autres. J'ay mis au bas le nom
des Autheurs qui me font
connus.
22
158 MERCURE
SONNETS EN BOUTSrimez
, Sur les louanges du
Roy, & les diférentes occupations
des Hommes .
Μ'
I.
Ieux qu'au temps d'Archimede
obferverJupiter,
Plus qu'au temps d'Hypocrate eftre
Pharmacopole,
Dans l'Art de bien panſer élever un
Frater,
Aux foins de fon ménage inftruire
Ja Nicole;
Sa
Avoir pour Directeur quelquefage
Pater,
Exercer des Chevaux par bonds, par
caracole,
GALANT. 159
Sur les Cas importans doctement .
difputer,
Sur les doutes de Mer confulter la
Bouffole ;
Se
Tâcher parfes Ecrits de fe rendre
immortel,
Punir Vice, Heréfie, & Blaspheme,
& Cartel,
De ces emplois divers chacunfait fon
affaire .
S &
Que le noftre àjamaisfoit de chanter
des Vers,
Pour celébrer LOVIS, qui regle lỤ-
nivers,
Et n'a dans fes deffeins qu'à vouloir,
pour tout faire.
DE VERTRON.
160 MERCURE
L
I I.
Un, fçavant Aftronome, ob-
Serve Jupiter;
L'autre, par cent Secrets, vaut un
Pharmacopole;
Tel en devotion furpaffe un Saint
Frater.
Qui n'aimepointlejeu?qui n'apoint
Ja Nicole?
Sz
L'un veut fçavoir l'Hiftoire ainfi que
fon Pater;
L'autre monte à cheval, s'yplaift, &
caracole ,
Fel s'exerce à bien dire, & tel à dif
puter;
Un autre apprend les Loix, un autre
La Bouffole. ..
se
Le Héros qui ne undqu'à fe rendre
immortel,
GALANT. 161
Aux périls, à la Mort, préfente le
Cartel;
L'Homme de Cabinet, fans ceffe eft
en affaire.
SS
Quelqu'autre chaffe, ou chante, écrit
en Profe, en Vers ;
Mais l'augufte LOVIS , l'honneur
de l'Univers,
D'un air digne de Luy ,fçait tont dire,
& tout faire.
III.
GARDIEN .
UN&
Jupiter,
N Aftrologue obferve & Mars
Les Simples font l'objet d'un bon
Pharmacopole;
Remplirfon Efquipot , c'est le bur
d'un Frater,
Et réglerfon ménage, eft lefoin de
Nicole.
Juin 1682.
162 MERCURE
+
25
L'Hypocrite en public marmotefon
Pater,
Le jeune Cavalier voltige , caracole,
Le Sophifte Pédant s'amuſe à diſputer,
Le Pilote en voguant regarde fa
Bouffole.
Se
Le Poëte ne tend qu'à fe rendre immortel
,
Il accepte avec joye un glorieux
Cartel,
Et de gagner le Prix fait toute fon
affaire.
S&
Pour moy, l'unique but où tendent
tous mes Vers,
Pour mefaire connoistre au bout de
l'Univers,
GALANT 163
C'eft de pouvoir chater ce que LOVIS
Sçait faire.
AMOREUX, de Digne , Avocat
u Parlement d'Aix.
IV.
Node
Jupiter.
Os diférens emplois viennent
Tout eftfurfon état,jufqu'au Phar
macopole.
L'an eft un gros Docteur, l'autre un
petit Frater;
L'un eftMonfieurJourdain , & l'autre
fa Nicole.
S &
Pour garde d'un Royaume on laiffe
Anti- pater.
Autour de fon Pilier Bernardi ca.
racole.
Descartesjour & nuitſe tuë à diſputer,
Colomb va confier fes jours à la
Bouffole.
77
164 MERCURE
$2
Le moindre Autheur aspire àſe rendre
immortel,
Le Faux- Brave enfecret donne encore
un Cartel,
Le Plaideur inquiet eftplein defon
affaire .
Quel employ prend LOVIS de mille
emplois di- vers?
Ah, tant qu'on pourra vaincre encor
dans l'Univers,
Qu'on ne demande point cequ'ily
trouve à faire.
L
V.
'Vn contemple de nuit, &Mars,
& Jupiter,
L'autre fur deux Tréteaux fait le
Pharmacopole;
L'un cherche fon profit au Meftier
de Frater,
GALANT. 165
L'autre dans un Tableaupeint Diane,
ou Nicole.
Se
Le Bigot en public marmote fon
Pater,
L'Ecuyer tres -fouvent s'exerce, &
caracole ;
Le Pédantfur les Bancs veut toujoursdifputer,
Le Pilote fur Mer obferve fa Bouf
fole.
$20!
Boileau par fes Ecrits rend LOVIS
immortel,
Condé de l'Ennemy fçait braver
le Cartel,
1
Pajot en Cicéron parle fur une
Affaire.
SS
Corneille a trouvél Art de charmer
parfes Vers;
66 MERCURE
LOVIS, d'affujetir àfes Loix l'Univers
,
Etpourfon Succeffeur ne laiffer rien
à faire.
Ꮩ
DELOSME, âgé de quinze ans .
V I.
Oir lancer le Tonnerre à noftre
Jupiter,
Et le Canon en main à tout Phar.
macopole,
LaTrouffe & le Razoir à tout Garçon
Frater,
Et le Code & le Droit au Préfident
Nicole.
Sa
Que l'Enfant dés qu'ilparle aprenne
le Pater,
Que l'Ecuyer fringant à cheval
caracole,
Que le Docteur en Chaire apprenne
à difputer,
GALANT. 167
Que le Pilote adroit connoiffe la
Bouffole ;
Sa
Qu'un
Autheur
par fes Vers tâche
d'eftre immortel,
Que tout vaillant Héros accepte le
Cartel,
Etdeſang répandu ſe faſſe peu d'affaire;
Sa
Qu'un Louchefans deſſein regarde
de tra- vers,
Que LOVIS pour conquefte ait peu
de l'Univers,
C'est ce quifans prodige aisément fe
peut faire.
GIRAULT le jeune.
VII.
Ve d'occupations, ô Seigneur
Jupiter!
Q
Selon que tu le veux, l'Homme eft
Pharmacopole,
168 MERCURE
Laboureur, Artifan, Peintre , Avocat,
Frater,
Sur le Théatre il eft César, Criſpin,
Nicole.
$2
Il deviet Medecin, Autheur, Chantre,
Pater,
Ecuyer qui cuisine, ou qui fait caracole,
Ingénieur, Docteur, habile à difputer,
Aprédire les temps, à tenir la Bouffole.
$2
La Guerre & le Sçavoir le rendent
immortel,
Il écrit , il fe bat en France fans
Cartel ;
Tu le fais Magiftrat, Marchand,
Homme d'affaire.
GALANT. 169
Se
Maisfans d'autre détail charger icy
ces Vers,
Accorde à mes defirs , Maistre de
/Univers,
Que je plaife à LOVIS, c'est l'henreux
sçavoir faire .
Ο
VIII.
Ve le monde eft plaisant ! IL
femble, Jupiter,
Que c'eftle Quiproquo d'ungrand
Pharmacopole
.
L'un caché dans unfroc eft un petit
Frater ,
L'autre en rit encor plus que nefaifoit
Nicole.
Apeine les Humainsfçavent-ils leur
Patër,
Etjufque dans les Cieux leur efprit
caracole,
Juin 1682.
P
170 MERCURE
Contre les flots émis ils s'en vont
difputer.
Etfur quelle affurance ? Ils ont une
Bouffole.
22
L'unfe meurt, & médite un projet
immortel;
Un autre à la Raifon préfentant un
Cartel,
D'un langoureux amour fait fon
unique affaire.
S&
Quelmélange! On voit bien que tant
d'Efprits di- vers
Ont befoin d'un Héros qui regle
/'Univers ,
Et c'est ce qu'icy-bas LOVIS eft.
venu faire.
La plupart des Lettres que
l'on a reçeues depuis un mois
GALANT. 171
nous ont confirmé que le
tremblement de terre a efté
univerfel . Celle quevous allez
voir contient une autre nouvelle
affez finguliere.
5525E5:2525 :2522 22
EXTRAIT D'UNE LETTRE
écrite de Neufchaftel en Suiffe,
L
E Mardy 12. de May, un
peu avant les trois heures du
matin, ily eut icy ungrand tremblement
de terre qui éveilla prefque
tout le monde On l'a fenty
dans toute la Suiffe, & à Genève.
On nous écrit d'Allemagne qu'on
Pij
172 MERCURE
l'y a auffi fenty en plufieurs endroits.
Ce qu'ily a eu icy departiculier
fur cefujet , c'est que des
Batteliers estantfur le Lac, fur
lequel cette Ville est fituée , ont
affûré qu'un peu avant
avant qu'ils entendiffent
le bruit que fit la terre
le long de la Montagne & de la
Côte , ils virent en l'air trois
grands Eclairs l'un apres l'autre,
mais qu'ils n'apperçeurent aucun
mouvement fur l'eau que celuy
que les Rameurs font faire au
Bateau. Ces Eclairs confirment
l'opinion des Philofophes , qui
croyent que les tremblemens de
terre arrivent par le moyen des
GALANT. 173
vapeurs ou exhalaifons qui s'enflament
dans les concavitez de la
terre.
Il court dans ce Païs depuis
quelques jours, une étrange maladieparmy
le Beftail. Elle eftoit
en Savoye ily a un mois . Elle est
venue à Genève , enfuite dans le
Canton de Berne , elle est icy
préfentement. On dit qu'elle a
esté de mefme en Franche - Comté,
& au Vallay. Ilfeleve de petites
veffies fur la langue de toutes les
efpeces de Bestes , Chevaux ,
Boeufs, Vaches, Moutons , Poules,
&c. & fi l'on n'y remédie
promptement, ces veffies y font
Piij
174 MERCURE
une pourriture qui leurfait tomber
la langue en 24. heures , & les
fait mourir. On a perdu quantité
de Bestes aux lieux où l'on n'a
pas esté averty affez- tost de vifiterfoigneusement
le Beftail, afin
d'y apporter du remede . On a
remarqué que cette fâcheuse maladieprend
toûjoursfon cours plus
bas du cofté du Septentrion , &
qu'elle s'avance tous les jours de
cinq ou fix lienës.
M' Chauvelin , Fils de feu,
M' Chauvelin Maiftre des
Requeftes , a époufé Mademoilelle
Billard depuis peu de
GALANT. 175
jours. Il a efté Confeiller au
Chaſtelet , enfuite Confeiller
au Parlement , Maistre des
Requeftes, & eft aujourd'huy
Intendant de Justice en Franche-
Comté. On ne peut douter
de l'expérience & de l'habileté
d'un Homme , qui a
paffé par tant de divers de
grez qui demandent beaucoup
d'application & de travail.
La Mere de Monfieur
le Chancelier, eftoit Soeur du
Grand- Pere de M' Chauvelin
dont je vous apprens le
mariage. Ainfi il a l'honneur
d'apartenir
de fort prés à ce
Pij
176 MERCURE
digne Chef de la Juſtice.
Mademoiſelle Billard eft une
brune bien faite, qui a beaucoup
d'efprit & de pieté. M'
Billard fon Pere s'eft rendu fi
fameux dans le Parlement, &
fa réputation y eft fi bien
établie , que le bruit s'en eſt
répandu dans toute la France.
Je luy ferois tort, fi je difois
davantage pour vous le
faire conoiftre. Madame la
Chanceliere a efté préſente
au mariage. Elle arriva fur les
neufheures chez la Mariée,
& luy fit préfent d'une Agraffe
de Diamans. L'Affemblée
GALANT. 177
!
a efté des plus illuftres , M ' le
Chancelier , Male Marquis
de Louvoys , & M' l'Archevefque
deRheims, l'ayant ho
norée de leur préfence , auffibien
que Madame la Chanceliere.
Les autres Perfonnes.
qui la compoferent , furent
Madame de Louvoys , Madame
la Duchcffe de la Rocheguyon
, Madame de Beringhen
, Mademoiſelle de Villequier
, Mademoiſelle d'Aumont,
Madame la Préſidente
deNefmond,Madame Chauvelin
la Mere , M's Bonneau
l'Abbé & le Confeiller au
rs
178 MERCURE
Chaſtelet ; M' de Breviande,
Intendant des Ponts & Chauf
fées d'Anjou, Touraine, &
Poitou ; M' & Madame Bil
lard, Madame Ricordeau ,M
Ricordeau , Confeiller de la
Cour des Aydes , & M' Billard
Préfidét à Auxerre . Toute
cette illuftre Compagnie fe
trouva auffi au coucher des
Mariez. M' de Villequier
donna la Chemiſe au Marié,
&Madame de Louvoys, Madame
de la Rocheguyon , &
Madame de Beringhen, nequiterent
point la Mariée
qu'apres l'avoir miſe au Lit.
GALANT. 179
Le
lendemain ils
reçeurent
quantité
de Préfens magnifiques
en Pierreries
, & en
Vaiffelle
de Vermeil . M'
Chauvelin
en avoit fait de
fort confidérables
à Mademoiſelle
Billard quelques
jours avant leur mariage . Madame
Chauvelin la Mere, luy
avoit auffi envoyé un Fil de
Peries. M' le Chancelier
a
fait tous les frais de la Nôce,
& a donné un
Apartement
chez luy aux Mariez , juſqu'à
ce que M ' Chauvelin
retourneàfon
Intendance
de Franche-
Comté.
3 MERCURE
Je vous envoye la Veuë du
Generalife , autre Palais que
les Roys d'Afrique ont fait
baftir à Grenade . C'eftoit
comme une Maiſon de plaifance
où ils aimoient à paffer
les plus beaux jours de l'année
, à cauſe des Jardinages
,
de la quantité d'eau qu'il y
avoit , & de la beauté de la
veuë , car on découvre de là
non feulement toute l'Alhambre,
mais on voit auffi
par deffus l'Alhambre toute
la Ville , & toute la Plaine,
On dit que ce Palais fut nommé
Genéralife, qui en Arabe
GALANT. 181
veut dire , Maiſon des Arts
ou de la Mufique , parce
qu'un Prince More s'y retira
pour s'appliquer entierement
aux Sciences, & particulierement
à la Mufique. Il y a
fort peu
de Baftimens , mais
les Jardins y font admirables.
Apres que l'on a monté ſi
haut, qu'on a befoin de prendre
du temps pour refpirer,
on eft furpris de trouver un
grand Canal qui eſt dans une
efpece de Court ou Jardin, &
un nombre prefque incroyable
de Jets d'eau , que l'on
voit de tous coſtez au travers
182 MERCURE ·
On
de plufieurs Arbres fruitiers,
& dans de petits Parterres affez
-bien entretenus.
montre encor aujourd'huy
celuy des Lauriers , où l'on
dit que les Zégris foûtinrent
avoir vû la derniere Reyne
des Mores avec l'Abencerrage
. Ce qu'il y a de plus
merveilleux , c'eſt une Caf
cade demeurée en fon entier
depuis quatre cens années.
A la verité , elle eft
moins large que celles que
l'on a faites depuis peu en
France ; mais fa Structure qui
eft fort particuliere, nous fait
GALANT. 183
connoiſtre l'efprit , & l'habileté
des Mores. C'eſt un Efcalier
fort grand , qui des
deux coftez a un mur d'appuy.
Dans l'épaiffeur de ce
mur
, coule un petit filet
d'eau dans un Canal rebordé
de ces Carreaux de plufieurs
couleurs , qu'ils appellent
Azuleios. On monte jufques
au haut entre ces deux
murs, & apres une douzaine
de marches , on trouve un
Palier en rond avec un Jet
d'eau dans le milieu . Il y en a
de douze en douze marches
jufqu'à fix ou fept, qu'on peut
184 MERCURE
découvrir tout d'une veuë du
bas de cet Eſcalier. Au deffus
du Generalife , eftoit encor
autrefois une Maiſon de
plaifance , dont on ne voit
plus que quelques veftiges .
On nommoit cet endroit là
El cerro del Sol , le fommet
du Soleil , à cauſe de ſa hauteur
; & Silla de los Moros , la
Chaire ou le Trône des Roys
Mores. Depuis on y fit baſtir
une Eglife dediée à St Hélene
, & c'eft pour cela qu'encor
aujourd'huy on l'appelle
Elcerrode Santa Helena, quoy
que cette Eglife foit ruinée.
GALANT: 185
Il y a quelques reftes du Jardin
celebre de los Aliares ,
c'eft à dire , promenoirs
, qui
eft plus à my- cofte , & qui
eftoit le plus beau qu'euffent
les Roys Afriquains , mais
ces reftes font fort peu confidérables.
Vous me mandez que les
Sçavans de voſtre Province
prennent party fur le Probléme
de M'Comiers. Si cela
eft , ils liront avec plaifir la
Lettre que je vous envoye..
Elle eft du R. P. Fiacre de
Paris Capucin, qui m'a fait la
grace de me l'adreſſer.
Juin 1682.
1
186 MERCURE
522-52SS S2222 : 5252
LETTRE
Concernant la Réfolution que
M' de Seguier a donnée du
celebre Probléme proposé par
Mr Comiers, Prevost de Ternant
, Profeffeur des Mathematiques
à Paris.
A Chartres le 29. May1682 .
Pu
Vis qu'il n'y a que les Sçavans
qui doivent prononcer
l'Arreft fur le Conteste civil &
geométrique de M' Comiers &
de M de Seguier , je ne préſume
pas affez de ma capacité pour
me mettre au rang des Juges de
GALANT. 187
cette difpute ; mais fi la Cour
desMathématiciens
me veut bien
permettre de défendre la verité ;
je tâcheray , Monfieur, par vo
tre moyen
de luy fervir d'Avocat
, de la retirer de l'obfcurité,
où l'ont mife la Figure geometrique
de l'un, & l'Enigme
de l'autre , de ces deux grands
Hommes.
Je dis donc pour la verité, que
le Probleme deM' Comiers n'eft
point refolu par M ' de Seguier,
par confequent que les cent
Louis d'or ne luy doivent point
eftre adjugez.
"
Il est vray que fa démonftra
Qij
188 MERCURE
que
tion paroift la meilleure du mode,
quoy qu'en effet elle ne foit pas
bonne. Il fuppofe ce qu'il faudroit
qu'il prouvaft, à fçavoir
la ligne R F. de fa Figure
Geometrique , eftant prolongée ,
aboutist au point L, qui est l'interfection
du Cercle HKR par
la ligne M G. car n'y aboutiſfant
pas , comme effectivement elle
n'y aboutit point , toute la démonftration
devient défectueuse,
comme onpeut voir par la Figure
Luivante , où je montre l'erreur
"de M de Seguier un peu plus
fenfiblement qu'il ne la fait paroiftre
dans fa Figure, que je ne
i
GALANT. 189
repréfente point icy , parce qu'on
la peut voirdans le Mercure extraordinaire
donné au Public le
IS. Avril dernier.
a
On remarquera dans la fuivante
Figure, ( qui eftfemblable
en beaucoup de chofes à celle
de M de Seguier ) qu'il
deux points ou je mets les lettres,
Lel. Ie mets la lettre L majufcule
à l'interfection du cercle
HKR , par la ligne MG ; &
le point, 1, en petite lettre eft le
point du cercle H KR , auquel
aboutit la ligne RF, prolongée.
Je fais encore la ligne PM
qui divife en deux parties égales,
190 MERCURE
G
L
2 E
M
S
R
l'angle H ML. Cela pofé , il
eft aisé de voir que fi la ligne.
RF prolongée ne vient ne vient pas au
point L, mais qu'elle aboutiſſe entre
L & K, Arc LH fera
plus grandque l'Arc 1 H , com
me partie du tout , & KL ,
4
GALANT. 191
moitié de l'un, plus grand que
P1 moitié de l'autre ; mais l'angle
HM1 eftant double de l'angle
HR1 , ilfera double defon
égal MIR par
confequent
PM1 moitié de HMI fera
égal à MIR. Donc les lignes
PM & IR font paralelles ,
PM ne font pas
mais KM
paralelles , puis qu'elles ferencontrent
en M. Donc K M ne
fera pas parallele à IR , mais
1 R par la conftruction , eſt parallele
à CE. Donc KM ne
fera pas parallele à CE. Donc
le quadrilatere CEMK ne
fera pas un Parallelogramme
192 MERCURE
rectangle , comme veut la démonftration
de M de Seguier.
Ainfi elle ne vaut rien pour conclure
de là, que CE eftant, comme
il fuppofe , égale à KM ,
elle foit par confequent égale à
MR.
Si M de Seguierdit que mon
raiſonnement ne fubfifte que parce
que je fuppofe que les deux
points, L1 , font diférens &
qu'ils font réunis au point L,
dans la Figure ; je luy répondray
que c'est à luy de prouver
que parfa conftruction ces deux
points fe réuniſſent , & que
quand il l'aura prouvé , les cent
Louis
GALANT. 193
4;
Louis d'or luyferont deus. Mais
comme cela luy eſt impoſſible , je
luy confeille plutoft pour connoistre
l'erreur de fa conftru-
Etion , defuppofer la ligne CE
de 4000 parties , au lieu de
& par
le calcul rechercher de
quelle quantité fera la ligne M
R. Il trouvera auffi bien que
moy, qu'elle n'eft pas de 3970;
ainfi 30 de défaut fur 4000
une erreur affez confidérable ,
pour dire
pas réfolu.
que
est
le Probléme n'est
Fe fçay bien que M' Comiers
n'a pas ignoré le defaut de la conftruction
de M' de Seguier , puis
Juin 1682.
R
194 MERCURE
qu'il l'a fi judicieuſement exprimé
par fon Vers , Quàm male tu
binas, Alas hîc colligis una.
Mais parce que c'est une efpece
d'Enigme pour ceux qui ne
Ientendent pas , & que M.de
Seguier témoigne eftre du nombre
de cesperfonnes- la, en voicy l'explication.
Quàm male tu binas. C'eft
mal-a-propos que vous divifez
en deux parties égales la ligne
DO au point Fea
Alas hîc colligis unà . Parce
que de cette construction il en
vient deux points diferens , que
vous appellez L, que M.
GALANT. 195
que
Comiers appelle Alas , lefquels
deux points L. 1. vous confondez
en unfeul, au point L. Surquoy
je diray encore pourl'éclairciffement
de la Questionpropofée,
que quand MR eft moindre
CE , le point, 1 , eftre entre K
E, comme il doit eftre dans la
conftruction du Probléme telle
que M de Seguier l'a faite.
Quand MR eft plus grande
que CE , le point, 1, eft entre
L & O ; mais quand MR eft
égale à CE, comme l on dem inde
par le Probléme propofé , alors les
deux points , 1 L , s'uniffent
en unfeul point ; & il n'enfaur
Rij
196 MERCURE
r
point d'autre démonstration que
celle de M' de Seguier , cela excepté,
que la ligne RFL ne doit
pas pafferjuſtement au milieu de
DO, comme veut M' de Seguier
, mais un peu plus pres
de O que de D. Ce qui eft,
ce mefemble, auffi difficile à déterminer
que le point M
mande M¹ Comiers.
*
que de-
Voila , Monfieur, ce que je
laiſſe à voſtre honnefteté de rendre
public , fi vous jugez que
chofe le mérite. Je fuis voftre & c.
la
Voicy des Vers fur une galanterie
qui s'est faite en AlGALANT.
197
Þ
lemagne . Ils m'ont efté envoyez
de ce Païs - là , où vous
verrez que les Muſes ne parlent
pas mal François.
2225 2522255:25225
LES DAMES
DE WEST PHALIE,
Aux Cavaliers du Régiment
de la Franchiſe.
Toutbean,jeunes Guerriers, d'où
viennent ces allarmes?
Convoque -t- on l'Arriereban?
Ou fi c'eft pour tracer quelque nouveau
Roman,
Qu'on vajoindre aujourd'huy les
Amours & les Armes?
R iij
198 MERCURE
$2
Si l'espoir de l'Hymen caufe ce mou
"vement,
Quelbefoin aviez - vous d'un appreft
fi terrible?
Helas! pour un deffein qui n'eft que
trop paifible,
Falloit- ilfaire un Régiment?
se
Falloit-il arborer le beau nom de
Franchife ,
།
Quand on cherche lejoug&la captivité?
Ou réformez ce titre, oufoyez Gens
d'Eglife ,
Il ne faut rien aimer, pour eftre en
liberté.
SS
Aquoy fert la Trompete, à quoy lon
les Tymbales
?
Sans bruit à cette guerre onfe doit
animer.
GALANT. 199
Si vous manquez d'ardeur, s'ilfaut
vous enflâmer,
Vous trouverez toujours dufeu chez
les Veftales.
$ 25
Ce feu vient d'une belle & pure paffion,
Quipres du Saint Autel deux Vitimes
affemble;
Ce n'est pas une Feſte où plufieurs
vont ensemble,
Comme on fait pelle- mefle à la Proceffion.
$ 2
Que diront lesfaloux d'Espagne &
d'Italie,
Quifont accoûtumez de faire bande
àpart ?
Ilsferont étonnez de voir en V vestphalie
Tant de Rivaux unisſous un meſme
Etendart.
200 MERCURE
Se
Sogez- le, s'il lefaut, pourfervir la
Patrie,
Soyez- le pour la Gloire, & non pas
pour l'Amour;
Autrement les Voifins vous pourront
dire unjour,
Vous aimez
froidement, Peuples
fans jaloufie.
Sa
Les Faucons raviffeurs, les Tiercelets
ardens,
Ne s'attroupent jamais contre les
Tourterelles.
Aller en foule à l'attaque des Belles,
C'eftfaire éclat en Imprudens.
SS
4
On doit prefcher par tout la bonne
intelligence
,
L' Europe en a befoin contre fes Ennemis;
GALANT. 201
Mais d'un Corps de Galans qui font
trop bons amis,
L'union eft un bien dont noftre honneur
s'offenfe.
S&
Cela choque l' Amour, la Nature, &
nos droits;
La Gréce s'affembla pour recouvrer V
Hélene;
Mais quand on entreprend de gagner
fa Climene,
Il faut feparément venir un à la
fois.
Sa
Respect, attachement, fidelité, tendreffe,
Sont les philtres puiſſans qui s'emparent
des cours;
En vainfans ces moyens le Régiment
s'empreffe
Pour triompher de nos rigueurs.
202 MERCURE
Ces'Vers eftoient accom
pagnez de ce Madrigal à M'
le Baron de Furſtemberg , à
qui l'on avoit preferit le mois
de May pour prendre la réfolution
fur le Mariage. L'allufion
eft priſe du Nid d'un
Chardonneret , que l'on a
trouvé dans un Laurier du
Jardin de M ' l'Evefque de
Munfter.
-
A M' LE BARON
DE FURSTEMBERG .
MADRIGAL.
Lefoit
Roturier,
E doux Chardonneret,quoy qu'il
Soigneux de conferver &Son nom,
&fa race,
GALANT. 203
Vient deplanter fon Nid au milieu
du Parnaffe,
Et fait voir fes Enfáns couronnez
de Laurier.
Mais veus, unique efpoir d'une illuftre
Famille,
Aurez- vous moins de feu que cepetit
Oyfeau,
Et l'Empire Romain n'a. t -il pas
une Fille
Digne de vous aider à remplir un
Berceau ?
Les Chimenes viendront , fi vous
voulez, enfoule,
Car vous avez & l'air, & la taille
d'un Cid ; 1
Mais le Printemps finit , le mois de
May s'écoute,
Il eft temps defonger àfaire vostre
Nid.
204 MERCURE
Les Echevins & Maires de
Honfleur , ont fait faire un
Service folemnel pour M' le
Marquis de Monts leur Gouverneur
, dans l'Eglife de
Sainte Catherine , comme
on en avoit déja fait dans les
autres Paroiffes de la Ville.
On éleva un grand Mauſolée
dans le Choeur, avec un Daiz
au deffus, & dans tout le refte
il y eut autant de magnificence
que le Lieu en put permettre.
L'Oraifon funebre
fut prononcée par M' Main ,
Preftre Chorifte en l'Eglife
de S. Leonard de la mefme
GALANT. 205
Ville. Son efprit avoit déja
beaucoup paru dás la Chaire
en beaucoup d'occafions ;
mais il fe fit particulierement
admirer en celle- cy . Il prit
pour texte ces paroles du Chapitre
10. des Proverbes, Memoriajufti
cum laudibus , & invita
toute l'Affemblée de venir
avec luy au Tombeau de
M' le Marquis de Monts,
pour y pofer trois Couronnes
au deffus du Daiz . Elles fervirent
de trois Points à fon Dif
cours. La premiere fut une
Couronne de Perles mêlée de
Fleurons, comme à un Mar206
MERCURE
quis , & pour ame de cette
Couronne, l'Humilité. La feconde
fut une Couronne de
Laurier mélée d'Epines comme
à un genéreux Affligé , &
pour ame, la Fidelité ; & la
troifiéme, une Couronne celefte
compofée d'Etoiles ,
comme à un Prédeftiné , &
pour ame , la Pieté. Il s'acquita
de cette action avec
l'applaudiffement
de tous
ceux qui l'entendirent. Le
champ eftoit vafte , tant ſur
la Nobleffe, que fur le mérite
particulier de M' de Monts.
Il defcendoit de la Maifon de
1
GALANT. 207
Villeneuve , qui eſt connuë
7
pour tres ancienne . Raimond
de Villeneuve vint
d'Arragon en Provence dés
l'année 1130. & reçeut du Duc
de Provence
, pour marque
de fes Victoires , l'Ecu de fes
Armes , qui font un Ecu de
gueulles aux Lances d'or frétées
, émouffées , & pour fupport,
deux Sereines, avec un
Cafque ouvert au deffus.
Charles VIII. Roy de France,
donna à Jean de Villeneuve
pour récompenfe des grandes
actions qu'il avoit faites
au Siege de Naples, un Ecuf208
MERCURE
fon d'azur à la Fleur- de- Lys
d'or fur le tout de fes Armes,
& érigea le Comté de Trans
en Marquifat, qu'on prétend
avoir efté le premier Marquifat
de France . Auffi eft - ce
encor le Marquis de Trans ,
qui préfide aux Etats de Pro--
vence , & qui conduit la Nobleſſe
à l'Arrieban, quand il
plaiſt au Roy de la convoquer.
Helion de Villeneuve ,
premier Grand - Maiftre de
Rhodes , eftoit de cette Famille.
Ce fut fous fon regne,
que le brave Chevalier Goffe
d'Auvergne , tua un Serpent
GALANT. 209
3
affreux qui ravageoit toute
l'Ifle. Le feu Roys cut tant
d'eftime pour M' de Monts,
qu'il luy fit époufer la Soeur
du Conneſtable de Luynes,
le gratifia du Gouvernement
de Bauts en Provence , & de
fix mille livres de Penfion ,
& le donna à feu Monfieur le
Duc d'Orleans fon Frere,
pour fon Premier Maiſtre
d'Hôtel. Il fe trouva au Siege
de la Rochelle , à celuy de
Montauban, où il fut pris par
un Party d'Herétiques , &
fait Prifonnier de guerre ; à
>ceux de Neirac , de S. Jean
Juin 1682.
S
210 MERCURE
d'Angély, & de Montpellier,
& fit paroiftre par tout beaucoup
de valeur & de conduite.
La divifion des Princes
eſtant arrivée , il fut obligé
de fuivre Monfieur dans les
Païs - Bas . Ce fut en ce temps
qu'il fe trouva luy feptiéme
au combat de Caftelnaudary,
lors que M' de Montmoren
cy fut pris . La Paix eftant
faite , il revint en Cour avec
M' le Duc d'Orleans , & eut
le Gouvernement de Honfleur
, du Pontlevefque , &
de tout le Païs d'Auge , qu'il
conferva , avec une fideliGALANT
211
guerre
té inébranlable pendant la
de Paris , dans le ref
pect & l'obeïffance qu'il devoit
au Roy. Sa pieté en ce
qui regarde la Religion , n'ef
toit pas moins remarquable
que fon zele pour fon Prince,
Il alloit à la Meffe tous les
jours à la mefme heure , ne
voulant oüyr parler d'aucunes
affaires , qu'il n'euft fatisfait
à fes actes de Chreftien .
Il avoit grand foin que fes
Domeftiques s'acquitaffent
de leur devoir envers Dieu,
ne foufroit chez luy ny Blaſphémateurs
, ny Gens débau-
Sij
212 MERCURE
chez , & par les aumônes
qu'on luy voyoit faire tous
les jours , il donnoit l'exemple
à toute la Ville . Auffi
ne doute- t-on pas que fa
longue vie n'ait eſté la récompenfe
de fes bonnes actions.
Quoy qu'il foit mort
âgé de cent huit ans , les infirmitez
de la vieilleffe luy
avoient toujours efté inconnuës
. Il lifoit encor toute
forte d'écritures fans avoir befoin
d'aucun fecours , & raifonnoit
avec autant de folidité
qu'il avoit fait dans fes
plus belles années ……….
4
GALANT. 213
Il y a des Gens qui cherchent
à fe fignaler par des
fentimens entierement extraordinaites
, parce que leur
nouveauté fait ouvrir les
yeux & les oreilles , & qu'on
s'applique à examiner comment
ils les foûtiendront. Ces
fortes de Novateurs , fçavent
fort bien que loin de venir à
bout de perfuader leurs opinions
, elles feront toûjours
condamnées ; mais leur but
eft de fe retrancher fur l'obftination,
croyant qu'elle em
pefchera qu'ils n'ayent le démenty
d'une chofe , qu'ils
3
214 MERCURE
n'ont foûtenuë que pour faire
parler d'eux , & dont ils ne
veulent pas avoüer la verité,
quoy qu'elle leur foit connuë.
Cependant ils ont beau
la déguifer. Elle eft fi forte,
que les faux raifonnemens
dont ils fe fervent ne la cachent
point en l'envelopant.
Ce font des ombres au travers
defquelles il eft aiſé de la
découvrir , & nous venons
d'en avoir une forte preuve
par un Arreft du Parlement
de Paris , qui en confirme
un premier , donné ſur le
mefme cas en 1668. Un de
GALANT 215
ces Novateurs entreprit de
foûtenir que l'Antimoine eftoit
un poifon qui ne pouvoit
recevoir aucun correctif par
la Chymie , ny eftre jamais
utile à la Medecine. Toute
la Faculté fe déclara contre
cette opinion , & décida que
le Vin Emétique eftoit un
fort bon Remede , & dont
tous les Medecins judicieux
pouvoient fe fervir. L'obſtination
d'un Homme fi extraordinaire
ne ceffa point
pour cela , M ' de Mauvilain ,
qui eftoit alors Doyen de la
Compagnie , entreprit l'af
216 MERCURE
faire au Parlement , & la
Grand ' Chambre défendit
par un Arrest contradictoire
, qu'on foûtinſt là Theſe
qui contenoit des Propofitions
fi peu vray -femblables.
Pres de quatorze ans fe font
paffez fans que cet opiniâtre
en ait voulu reconnoiftre la
fauffeté. Il a prétendu qu'il
y alloit de fa gloire de maintenir
fon erreur, & n'a oublié
aucune chofe pour faire tout
de nouveau foûtenir la Thefe,
que le Parlement avoit condamnée.
Ainfi il a falu que
la Faculté y ait encor recours éy
+
pour
GALANT. 217
pour
la faire fuprimer. C'eft
ce qu'a fait cet augufte Corps
depuis peu de jours , & ce
que j'ay crû ne vous devoir
pas laiffer ignorer.
4
M' Charpentier ayant fait
fçavoir à Ms de l'Académie
Françoife que M' de Faure-
Fondamente, de l'Académie
Royale d'Arles , defiroit de
venir falüer l'Académie , il
fut chargé de luy donner avis
qu'il feroit le bien venu. L'Académie
eftant affemblée au
Louvre le Samedy 20. de ce
mois , M' de Faure y fut
amené par M le Duc de
Juin 1682.
T
218 MERCURE
1
S. Aignan, qui le préſenta à la
Compagnie, & dit, apres que
chacun eut pris fa place à
l'heure ordinaire des Affemblées
.
MESSIEURS,
La confidération & le respect
que j'ay pour vous , m'ont fait
remarquer avec plaifir les fenti
mens de venération que Mt de
l'Académie Royale d'Arles ont
toûjours eu pour vostre illuftre
Corps . Ils m'ont encore efté confirmez
de nouveau par M de
Faure-Fondamente, quifouhaite
l'honneur d'eftre connu de vous.
GALANT. 219
Jefuis perfuadé, Meffieurs , que
fon mérite attirera facilement
voftre approbation & vostre eftime;
& parla juftice que vous
luy rendrez en cette occafion, vous
' engagerez à une tres-grande
reconnoiffance.
Ce Difcours finy , M' de
Faure complimenta l'Académie
de cette maniere .
MESSIEURS,
Si j'ofe paroître dans cette Affemblée
, ce n'eft pas pour v us
entretenir de toutes les grandes
idées qu'infpire la majesté de ce
Lieu veritablement augufte ; c'est
Tij
220 MERCURE
pour donner à vos Conférences.
une parfaite attention , &pour
les admirer. La gloire de Louis
LE GRAND , la fplendeur de
l'Académie Françoiſe , éclatent
icy d'une maniere particuliere.
L'une & l'autre s'offrent à mes
yeux à mon imagination; mais
ce n'est que pour m'éblouir, &
pour me remplir de-je-ne-/çayquelle
confufion qui fe mefle à
toutes mes penfees, & qui m'ofte
quelque forte l'ufage de la
parole. C'est donc le filence qui
doit eftre icymon partage ; &je
ne sçay mesme fi ce n'eft point le
filence qui peut le mieux en cette
en
GALANT. 221
rencontre fatisfaire à tous mes
devoirs. Il eft en effet très -propre
à faire connoiftre & un respect
extraordinaire , & une grande
admiration. D'ailleurs , Meffieurs
, il me donnera plutoft l'ade
vantage de vous écouter ,
profiter de ces fçavantes
Converfations,
où vous découvrez
avec
tant de lumiere & avec tant de
netteté, lesfecrets & les miftéres
de la plus belle de la plus difficile
de toutes les Langues
.
M ' Doujat , Directeur de
l'Académie , répondit à ce
Compliment de M' de Faure,
Tij
222 MERCVRE
que l'Académie fe faifoit un
tres -grand plaifir de le voir
dans fon Affemblée , & qu'-
apres l'avoir oüy fi bien parler
, elle ne pouvoit pas demeurer
d'accord avec luy,
que le filence duſt eſtre ſon
partage ; à quoy toute la
Compagnie applaudit . M'le
Clerc , faifant dans cette
Séance la fonction de Secrétaire
, lût les mots & les manieres
de parler qui fe préfentoient
à examiner dans la
revifion du Dictionnaire.
Surquoy M'de Faure dit fon
avis à fon tour en Académi
GALANT. 223
cien , & d'une maniere qui
fit voir la connoiffance particuliere
qu'il a de la Langue
Françoife. Apres que chacun
fe fut levé de fon fiege , M
Boyer, comme faifant la diftribution
ordinaire des Médailles
du Roy, en donna une
à M'de Faure, & une autre à
M' fon Fils , jeune Gentilhomme
de tres- belle eſpérance
, qui avoit eu fa place
dans l'Académie durant tout
le temps de cette Séance .
Le Dimanche 21. de ce
mois M' Boifnier , S de la
Mothe , Petit-Fils de M de
Tiiij
224 MERCURE
la Gabte , Miniftre de Bourgueil
, & Neveu de M' Amiraut
Miniftre de Saumur, abjura
la Religion de Calvin entre
les mains duPere Alexis du
Buc Théatin, en préſence de
M'l'Abbé de Bourgueil, & de
M' le Commandeur le Tellier
, tous deux Fils de M' le
Marquis de Louvois . La Ce
rémonie fe fit dans l'Eglife
des Théatins à l'iffuë de la
Controverfe.
Il s'eft fait auffi beaucoup
de Converfions de Perfonnes
de qualité en Normandie
; mais depuis longtemps
GALANT. 225
aucune n'a fait tant de bruit
que celle dont je vay vous
apprendre le détail . Une
jeune Demoiſelle du Ponteaudemer
, d'une tres- bonne
Maiſon , & alliée des plus
illuftres Calviniftes de France
, & mefme de quelques
Seigneurs d'Angleterre , ne
trouvant perfonne de fon
rang dans la Religion qu'-
elle profeffoit , fut obligée
de faire focieté avec quelques
Demoiselles Catholiques
, pour ne pas vivre toûjours
feparée du monde. Elle
s'attacha particulierement
226 MERCURE
à une de ſes Voiſines , chez
qui plufieurs autres avoient
accoûtumé de fe rendre , attirées
par le tour aifé de fon
efprit , & par l'enjoüement
de fon humeur . Il s'y rencontroit
de temps en temps
quelques Cavaliers , qui ne
contribuoient
pas peu àrendre
la converfation agreable ;
& comme les inclinations
fe trouvent ordinairement
partagées , quelques -uns furent
touchez de cette jeune
& aimable Proteftante
, &
F'intéreſt qu'ils prenoient en
elle leur faifoit fouvent mêGALANT.
227
ler la Controverfe aux Difcours
galans. Elle répondoit
fort jufte à tout ce qu'on
luy difoit ; & quand on attaquoit
fa Religion , elle
montroit tant d'efprit à la
défendre , qu'il eftoit aifé de
voir qu'on l'en avoit bien
inftruite. Quoy
Quoy que fes
réponſes
fuffent fortes , &
qu'elle paruft opiniâtre , c'étoit
un grand fujet d'eſpérance
de la voir fi volontiers
conſentir à la difpute.
Ses Parens ayant apris ce qui
fe paffoit par une Demoifelle
Ecoffoife , qui l'accom228
MERCURE
pagnoit quelquefois dans ſes
viftes , réfolurent de l'envoyer
à la Campagne chez
une Perfonne de qualité de
la R. P. R. pour l'éloigner
d'un lieu où ils ` croyoient
que fa Religion & ſon coeur
couroient un fort grand danger.
Elle y fut conduite , &
tellement obfervée
, qu'une
Femme mefme qu'on luy
envoya , fous le prétexte de
faccommoder
des Points ,
ne put trouver le moyen de
luy donner un Billet. Mais
la contrainte
n'eft pas ce qui
gagne les efprits . Elle ne
GALANT: 229
fervit qu'à luy faire faire des
refléxions fort férieuſes , &
qu'à luy rendre fufpect le
party qu'on craignoit tant
qu'elle ne quitaft . Enfin
l'obligation de faire la Céne
à Paſques , la fit rappeller de
fon éxil. Elle revint au Ponteaudemer
, où un ſejour de
huit ou dix jours parut n'avoir
rien de dangereux. Elle
obtint la liberté d'y voir fes
Amies , & on la luy accorda
avec d'autant moins de
peine, qu'elle montroit grande
fermeté pour les erreurs
où elle eftoit née. On de-
•
230 MERCURE
voit dans peu l'envoyer plus
loin , & mefme on avoit def
fein de la marier avecun des
plus zelez Religionnaires ,
pour luy ofter toute forte de
moyens de fe convertir.Pendant
qu'on difpofoit tout
pour le voyage, fes Amies remirent
fur le tapis les mefmes
matieres. Elle écouta ,
refifta , & deux jours avant
qu'elle duft partir , elle fe
fentit fi fort ébranlée , qu'il
n'y avoit plus que les fentimens
de la Nature qui la faifoient
balancer. C'estoit pour
elle un rude combat à foûte,
GALANT. 231
nir, que fe repréſenter une
Mere en pleurs , accablée de
douleur & de chagrins, mais
la Grace demeura victorieufe,
& la fit réfoudre de fe foûmettre
à la Verité, quoy qui
arrivaft. Il fut arrefté par la
Compagnie , qui ce jour là
eftoit fort nom breu fe, qu'on
la conduiroit , ou dans un
Convent, ou chez une Dame
de qualité dont on luy avoit
offert la Maifon ; & c'est ce
qu'on auroit fait fur l'heure,
fi elle n'euft demandé le reſte
du jour pour de petits foins
qui la regardoient. Cepen
232 MERCURE
dant elle ne put s'échaper le
lendemain ; & comme les
chofes les mieux concertées
n'ont pas toûjours la fin que
l'on s'eft promife , le trouble
& la crainte qu'une fi grande
réſolution luy caufa , éclaterent
malgré elle, & trahirent
fon fecret. Madame fa Mere
qui le foupçonna , jugea qu'il
n'y avoit plus à diférer. Son
départ fut réſolu à l'inftant
meſme . On la mit dans un
Carroffe , & par des chemins
détournez , elle fut conduite
à Camamber. On y mit tout
en ufage pour l'obliger à
9
GALANT. 233
changer de fentimens. On fit
fucceder la douceur à la colere
, les promeffes aux menaces
, & plufieurs Partis avantageux
qu'on luy propofa
, luy laiffoient le choix d'une
affez grande fortune. Cet
enlevement ayant fait éclat,
M' le Lieutenant General du
Ponteaudemer , remply de
zele pour l'intéreſt de l'Egli
fe, & excité par les Lettres de
M' le Blanc , Intendant en
Normandie, informa de cette
affaire , & ayant mis en
comparence perfonelle tous
ceux qu'on fçavoit y avoir
Juin 1682. V
234 MERCURE
contribué , il ordonna que la
Demoiſelle feroit repréfentée
dans trois jours , fous les
peines contenues dans les
Déclarations de Sa Majesté.
On fut contraint d'obeïr.
Elle parut au jour ordonné,
accompagnée de dix ou douze
de fes Parens , & leurs remontrances
l'ayant étonnée,
elle declara d'abord qu'elle
trouvoit fa Religion bonne.
On luy voulut donner le
temps de s'examiner ; & pour
l'empefcher d'eftre obfedée,
elle fut mife chez une Dame
Catholique , pleine de fagef
GALANT 235
fc & de vertu. On luy fit voir
dans cette Maiſon un Cavalier
nouveau converty , &
fort éclairé , qui luy expli
qua les puiffans motifs qui
l'avoient porté à fe féparer
des Calviniftes. Elle goufta
fes raiſons , & déclara hautement
quelques jours apres,
qu'elle vouloit faire abjuration.
Madame fa Mere qui
eftoit allée à Rouen préſenter
requeſte à la Cour , pour
obtenir permiffion de la
voir , fut confternée de cette
nouvelle qu'elle apprit à fon
retour. Elle prétendit qu'on
Vij
236 MERCURE
avoit feduit la Fille, & le refte
du Party la voyant ferme
dans fa déclaration , commença
de publier que l'efpérance
de fe marier plus aifément
chez les Catholiques ,
cftoit la feule & vraye cauſe -
de fon changement de Religion.
Cette calomnie ne l'ébranla
point. Le refus qu'elle
avoit fait des avantages qui
luy venoient d'eſtre offerts à
Camamber, la juftifioit affez.
Apres s'eftre fait pleinement
inftruite des Veritez qui luy
avoient toûjours efté inconnuës
, elle abjura le jour de la
GALANT. 237
Pentecofte entre les mains
de M' le Curé de S. Oüen du
Ponteaudemer ; & la retraite
luy paroiffant neceffaire pour
ouvrir entierement fon coeur
à la Grace , elle entra le 17. de
ce mois dans l'Abbaye de
Preaux , celebre par les Dames
de qualité qui y font ,
par fa fituation agréable , &
par les grands revenus . Elle
acheva de cette maniere genéreuſe
ce qu'elle avoit fi
bien commencé , & laiffa
dans le monde de tres -avanpurs
fentageuſes
idées des
timens qui l'avoient portée à
238 MERCURE
fe convertir. La Femme de
Chambre d'une de fes Tantes
fuivit fon exemple dans
le meſme lieu , & le jour meſ
me de fon abjuration . Quelques-
uns de ce party l'ont
imitée depuis ce temps- là.
D'autres fe font veus contrains
d'éloigner leurs Enfans
tout prefts de le faire , & fi
l'on en croit le bruit commun
, leur Miniſtre meſme
donne lieu de préfumer qu'il
ne mourra pas dans fon erreur.
Je vous envoye un Placet
qu'on affure eftre d'un GenGALANT.
239
tilhomme Gaſcon , quia du
ſervice & du mérite . Apres la
mort de M ' Sorin , qui a eſté
Capitaine dans le Regiment
de Baltazar, il a demandé la
Penfion dont Sa Majesté le
gratifioit, & on m'a dit qu'elle
luy avoit efté accordée. Il
eft difficile de demander d'une
maniere plus fpirituelle &
plus galante.
PLACET
AU ROY,
IRE , Sorin Capitaine
Autrefois dans Baltazar,
S₁ STRE
Eft allé joindre Céfar
Là-bas, dans lafombre Plaine,
240 MERCURE
Où fans Couronne &fans Char
Ce grand Héros fepromene.
Maisfa veuve Penfion,
Malgréfon affliction,
Sentpour moy l'ardeurfecrete
D'une forte paffion ,
Etpour Epoux me fouhaite.
Quoy que cefoitpour mon bien
Qu'à m'époufer elle afpire,
Fay dit, il n'en fera rien,
Simon Royne le defire .
Que mecommandez- vous ,SIRE?
Les Vers qui fuivent ont
efté notez par un fçavant
Maiftre. Vous le connoiftrez
en les chantant.
AIR
Zainpert
rréfident des
Comptes , & de
Dame.... de
Laubepine , a
épouſé depuis peu de jours
Marie
Marguerite Bon-
Juin 1682.
X
240 MERCURE
Où fans Couronne &fans Char
Ce grand Héros fe promene.
Mais far
DamLanges
TITTE
AIK
GALANT. 241
J
AIR NOUVEAU.
E n'aimeplus lefon de ma Mufete,
Je ne vaisplusfur l'herbete
Avec les Bergers d'alentour.
Fe languis, tout m'inquicte,
Et depuis quej'aime Lizete,
Rienne me plaift que mon amour.
Meffire Claude Jean Lambert
, Seigneur de Thorigny,
de Sufy en Brie , Confeiller
au Parlement, & Fils aîné de
Meffire Nicolas Lambert
Préfident des Comptes, & de
Dame .... de Laubepine
, a
épousé depuis peu de jours
Marie Marguerite Bon-
Juin 1682.
X
242 MERCURE
temps , Fille aînée de Meſſire
Alexandre Bontemps
, Premier
Valet de Chambre du
Roy , Intendant du Château
, Parc & dépendances de
Verſailles, & de Dame Claude
Marguerite du Bois , Soeur
de M' du Bois , Procureur
General en la Cour des Aydes.
Cette nouvelle Mariće
eft fort jeune . Elle chante
& jouë tres - bien du Claveſ
fin , & l'on ne peut mieux
dancer qu'elle fait . Elle a efté
élevée par Madame du Bois
fa Grand' Mere , & l'on ne
peut douter qu'elle n'ait mille
GALANT. 243
belles qualitez , puis qu'elle
eft Fille de M' Bontemps,
qui fert le Roy avec un attachement,
un zele & une affiduité,
qui luy ont juſtement
acquis l'eftime & la bienveillance
de ce grand Monarque.
On auroit peine à trou
ver un plus ardent & plus genéreux
Amy. Il n'en a que
de choifis, & ceux qui ont l'avantage
d'eftre de ce nombre
, n'ont pas beſoin de follicitations
pour le faire entrer
dans leurs intéreſts . Il prend
de luy- mefme les occafions
de les fervir quand il s'en
X ij
244 MERCURE
offre quelqu'une ; & ce feroit
le defobliger que luy en faire
le moindre remercîment.
J'en puis parler jufte , puis
que j'en parle par expérien
ce. Rien n'eft égal à ſa modeftie
; & comme il ne peut
fouffrir aucune loüange , je
fuis obligé de fuprimer toutes
celles que je fçay qui luy
font deuës . Ce que je vous ay
mandé de luy en plufieurs
occafions , & ce qu'en publient
une infinité de Gens
qu'il a obligez , vous ont af
fez fait connoiftre qu'il eft
d'un mérite fingulier. La
GALANT 245
cerémonie des Epoufailles fe
fit à S. Frambourg à Ivry par
'M ' le Curé de Saint Louis de
l'Ifle. C'est une Chapelle qui
apartient à la Maiſon de M
du Bois , Seigneur de ce Lieu.
Les plus proches Parens de
l'une & l'autre Maiſon y affifterent
, & revinrent le foir à
Paris chez M Bontemps .
Les Mariez en partirent le
lendemain pour Sufy , où ils
ont paffé quelques jours. La
Mariée a receu quantité de
beaux Préfens . Je ne vous
parleray que de celuy dont le
Roy a bien voulu l'honorer.
Xx iij
246 MERCURE
C'est une paire de Pendans
d'Oreilles d'un tres - grand
prix . Ves
La Lettre que j'ay eu ſoin
d'envoyer à l'adreffe marquée
par le Cavalier qui a
critiqué la Ducheffe d'Eftramene
, m'a fait recevoir cette
Réponce. Elle contient
fes fcrupules fur la Seconde
Partie de cet Ouvrage.
23
GALANT. 247
2225 2522255:25225
SUITE
DES REMARQUES
fur la Ducheffe d'Eftramené .
J
E m'eftois bien douté, Madame
, que vous ne meferiezpas
l'honneur de me défendre la continuation
de ma Critique . Il feroit
difficile de faire quelque tort
à un Ouvrage comme le vostre,
& je trouve que ceux qui confentent
feulement
à m'écouter , lors
que je parle contre vous ,font des
Juges mal aifez à prévenir.Apres
que j'ay en longtemps
examiné
X iiij
248 MERCURE
voftre Seconde Partie , il m'est
venuenfin quelquesfcrupules. Le
Duc d'Eftramene me paroift un
Homme bien extraordinaire . Nė
pouvoir pas feulement fouffrirfa
Femme , elle qui eftoit fi aimable!
Cela eft étrange. Paffe encor, s'il
eufteu quelque chofe dans le coeur,
mais il n'avoit rien. Vous allez
rejetter la caufe de cette averfion
fur le mariage , & m'expliquer
la vertu qu'il a de gafter le mérite
de la Perfonne du monde la
plus accomplie ; mais à qui parlez
vous ?Je ferois lleeççoonn auxautres
fur chapitre- là , & fi vous
me connoiffiez vous n'en douteGALANT.
249
riez pas. Cependant j'ay peine
à me figurer de quel caractere
eftoit le Duc d'Eftramene . Il eftimoitfa
Femme , il ne la croyoit
prévenuë d'aucune paſſion, il n'en
eftoit pointprévenu nonplus , il
n'y avoit rien de plus aimable
que la Perfonne qu'il venoit d'époufer,
& la feule haine qu'il a
pour les engagemens , luy infpire
de l'horreur pour elle. En verité
je me croyois bien libertin , mais
je le cede au Duc d'Eftramene.
Favouë quej'aurois bienpû vivre
un mois ou deux avec une Femme
comme la fienne ,faufà la quitter
apres cela comme ilfit , car à cela
250 MERCURE
pres , qu'il la quitta trop toft , je
ne defapprouvepointfonprocedé;
mais ce n'estpas dans les commencemens
que le mariage est leplus
mauvais. Il produit alors , mefme
entre les Perfonnes qui ne font
pas deftinées à s'aimer , un cer
tain feu de peu de durée , qu'on
prendroit pour de l'amour ,fi l'on
ne s'y connoiffoit pas . Franchement
,je pardonnerois encore plûtoftà
la Ducheffe fa vertu , qu'au
Duc fon libertinage . L'action
qu'il fait , eftfans exemple , &,
à ce que je croy ,fansfondement;
mais fa converfion mefme &fon
retour au party du bonfens , ne
GALANT. 251
me plaifent pas . Ilfe rend à des raifons
qu'il devoit avoir toutes envifagées.
Que luy dit- on qu'il
n'ait pas dû fe dire centfois ? Je
Seay quefouvent les mefmes confeils
ont plus de force , quand nous
les recevons d'autruy , que quand
nous les recevons de nous mefmes ;
mais cela feroit bon s'il eftoit
encorquestion de déliberer. Quand
une fois on a pris fon party, &
qu'on a fait des démarches , ilfaut
poursuivre ; autrement ce font de
fimples changemens de volonté,
qui d'ordinaire n'ont guére de
grace , nyfur le Théatre, dans
les Romans. Ony veut des gens
ny
252 MERCURE
obftinez dans leur caractere , ear
fans cela on nefçait où l'on en eft,
cette maxime estfi vraye, que
quoy que vous difiez fur lafin de
voftre Nouvelle , je ne puis croire
qu'àl' à l'heure qu'il eft le Duc d'Eftramene
vive bien avec fa Femme,
tant vous me l'avez fait concevoir
comme un Homme bizarre,
&fujet à changer d'humeur.
Je conviens cependant que l'averfion
qu'il a pour la Ducheffe
d'Eftramene,prodait defort beaux
effets par l'embarras réciproque
où ilsfont tous deux , & par
les confeils genereux ) def-intéreffez
que le Duc d'Olſingam
GALANT. 253
donne au Mary de la Perfonne
qu'il aime. Ces deux traits font
admirables. Le premierfait unjeu
fort fin , & donne lieu à démefler
des fentimens tres délicats ,
tres - naturels ; le fecond pouffe
jufqu'au plus haut point la grandeur
d'ame du Duc d'Olfingam.
Il n'aparient qu'à vous , Madame
, defaire des Héros , & des
Héroïnes.
Je fuis touché de la furpriſe du
Comte d'Hennebury , lors
queSa
Soeur luy apprend qu'elle eft mariée,
il n'y a rien de mieux que
leur converfation , mais tout cela
eft- il affez bien amené ? Made254
MERCURE
moifelle d'Hennebury a-t- elle pi
fe marier en France, fans quefon
Frere l'ait freuen Angleterre huit
jours apres ? Les mariages
fortes de Perfonnes- là, font, ce me
femble , un peu plus de bruit, &
le commerce eft bien regléde Paris
à Londres.
de
ces
Ie trouve encor quelque chofe
redire , dans la furprise que vous
avez voulu cauferpar l'entreveuë
du Duc d'Estramene , & du Duc
d'Olfingam . Je veux qu'ils fe
voyent , carje ferois bienfâché de
perdre ce qu'ilsfe difent, & l'effet
de leurs entretiens ; mais je ne
veux point qu'ils fe voyent dans
GALANT. 255
cette petiteVille d'Italie .Celafent
trop les Avanturiers de nos anciens
Romains. Sijelifois Cleopatre ou
Cirus , & que je viffe un Héros
partypourfaire voyage , je ferois
bien feûr qu'il ne manqueroit pas
de rencontrer tous ceux du Roman
qui feroient égarez, ou dont on
n'auroit point de nouvelles. Il
n'eft pas mefme permis aux Perfonnages
de ces gros Livres - là de
faire une Promenade qui fe terminefans
Avantures , & qui ne
foit qu'unefimple Promenade; mais
il n'en va pas ainfi dans les petites
Nouvelles qui font venues
à la mode. Ony a ramené les
256 MERCURE
chofes à un vray -femblable plus
naturel. Un Héros s'y peut promener
, & voyagerfans faire aucune
rencontre , & mefme il le
doit, pour ne pas reffembler aux
Héros antiques. Ainfiileuftpeuteftre
eftémieuxde conferver la generofité
du Duc d'Olfingam , de
faire trouver enfemble les deux
Rivaux par une voye plusfimple.
Celle que vous avez choisie a encor
quelques incommoditez ; car,
par exemple , on ne conçoit pas
bien comment un Anglois n'en re
connoift pas un autre à l'accent ,
lors qu'ils parlent l'un & l'autre
une Langue étrangere . Ie ne vous
GALANT. 257
chicane pointfur ce que vous prétendez
que le Duc d'Olfingam ,
le Duc d' Estramene , ne s'estoient
jamais veus ; mais je croy que fi
l'on vouloit examiner la chofe
avec unpeu de rigueur, on trouveroit
qu'elle ne manque pas de difficulté.
Ie viens à la converſation de
la Reyne , de Madame d'Hil
morre , & de Madame d'Estramène.
Madame d'Estramene me
paroist un peu trop aisée à déconcerter
, la Reyne affez imprudente
, & Madame d'Hilmorre
moins habile qu'elle ne croit ellemefme.
Sur ce que la Reyne dit à
Juin 1682.
Y
258 MERCURE
Madame d'Estramene , qu'elle la
foupçonne d'avoir quelque trif
teffe cachée dans l'ame , il n'eft
point encore temps que cette belle
Perfonne fe mette à pleurer. La
Reyne de fon costé ne fonge pas.
que Madame d'Hilmorre eft là,
quand elle dit tout net à Madame
d'Eftramenene , qu'elle ne
doute plus qu'elle n'ait uneforte
inclination pour le Duc d'Ölfingam.
Ce n'eftoitpas là une nouvelle
trop agreable à apprendre à
Madame d'Hilmorre , ny qui
duft produire de trop bons effets
pour la Ducheffe d'Eftramene.
Enfin quand Madame d'Hil
GALANT: 259
morre veut cacher l'inclination
lesfentimens defaBelle- Fille,
de crainte , dites vous , qu'on ne
vinſt à luy reprocher d'avoirfait
violence aux volontez de cette
Ducheffe , auffi bien qu'à celles
de fon Fils , je ne trouve pas que
ce foit avoir une préſence d'ef
prit , nyune adreffe bien furprenante,
que de dire à la Reyne,
que l'averfion que le Duc d Eſtramene
a pourfa Femme , & les
marques qu'il luy en a données
en la quittant , font lafeule caufe
de la trifteffe où elle eft ; car
mefemble que c'eſt- là juſtement
ce que Madame d'Hilmorre a
il
Yij
260 MERCURE
intereft de cacher. Elle ne peut
guére dire plus clairement , qu'elle
fait violence aux volontez de
fon Fils.
a
Ce
Mais , Madame , qu'on oublie
aifément ces petites fautes,
quand on en eft à ce bel endroit
de la mort du Duc d'Olfingam !
Il me touche , & me caufe encor
de l'émotion à la dixiéme lecture.
que j'ay vú de plus vif dans
d'autres Ouvrages , me paroift
languiffant , à le comparer à ce
morceau- là. Que vous y avez
bien marqué, & la douleur des
deux Amans , & leprogrés ,
les diférens effets de cette douleur!
GALANT. 261
Que le coeur de Madame d'Eftra
mene eft bien partagé entre fa
gloire , & fa tendreffe ! Elle veut
fortir d'aupres d'un Homme
qu'elle aime , & qui va expirer,
pour ménager toujoursfa réputation
, ce qui eft un peu dur ; en
fuite elle embraffe cet Homme
mourant, ce qui est un peu emporté;
mais ces deux actions font
fibien placées , & amenées avec
tant d'art, qu'elleferoit une faute
de ne les faire pas. C'est ce qu'on
appelle des coups de Maiftre que
des chofes extraordinaires , cependant
raisonnables . Rien n'est
mieux tourné que toute cette fin
262 MERCURE
de la Seconde Partie , où vous
décrivez de quelle maniere s'est
formée l'union de Monfieur &
deMadame d'Eftramene . Le procedé
qu'ils tiennent à l'égard l'un
de l'autre , les fait aimer tous
deux, & il y a bien de l'adreſſe à
avoirfaitfuccederces idées douces
tendres , à celles de la mort du
Duc d'Olfidgam , qui caufoient
des mouvemens plus violens.
Il ne me reste plus , Madame,
qu'à vous prier de vouloir bien
donner quelques - unes de vos
heures , à écrire l'Hiftoire du
Comte d'Hennebury, & de Mademoifelle
d'Englaftre.Vous nous
GALANT. 263
faites entrevoirque vous en avez
quelque deffein . Je vous conjure
de l'exécuter , & j'ofe mesme
vous dire que je vous en conjure
au nom du Public , qui affurément
ne me def- avoura pas d'avoirporté
la parole ,pour luy ob–
tenir cettegrace- là d'evous.
La Nobleffe eftant l'appuy
d'un Royaume, & fa plus
feure défenſe dans les temps
de guerre, rien n'eft plus glorieux
à un Souverain , que de
prendre foin de la maintenir.
C'est ce que nos Roys
ont fait de tout temps par
264 MERCURE
beaucoup de Privileges qu'ils
ont trouvé jufte de luy accorder
; mais ces Privileges
ne fuffifant pas pour mettre
tous ceux qui ont l'avantage
d'en jouir , dans une fortune
qui réponde à leur naiffance
, & Sa Majeſté ayant
eft é informée qu'il y avoie
grand nombre de Gentilshommes
dans les Provinces ,
qui n'eftant pas en état d'envoyer
leurs Enfans fur les
Frontieres , ny de les entretenir
en qualité de Cadets
dans des Compagnies d'Infanterie
, les gardent chez
xxxxeux,
GALANT. 265
cx , Elle a jugé à propos de
leur donner un moyen de les
faire élever d'une maniere
plus convenable à ce qu'ils
font nez. Dans cette veuë ,
Elle a réfolu de faire mettre
fur pied deux
Compagnies ,
qui ne feront composées
que de
Gentilshommes . Ces
Gentilshommes feront affemblez
par les foins des .
Gouverneurs & Intendans
des Provinces , & conduits
dans l'une de ces deux Compagnies
, fur des routes que
le Roy ordonnera qui foient
envoyées pour les faire par
Juin 1682.
Ꮓ
266 MERCURE
tir dans les vingts premiers
jours des mois de Mars , Juillet
& Octobre de chaque
année. Lors qu'ils feront
arrivez à la Citadelle de
Tournay , ou à celle de
Metz , où ces Compagnies
doivent eftre en garnifon , Sa
Majefté leur fera donner à
fes dépens , un Jufte - au
Corps & leur armement , &
dix fols par jour pour leur
nourriture , jufqu'à ce qu'étant
bien inftruits dans les
Fortifications , qu'Elle leur
fera montrer gratuitement ,
& dans les autres Exercices
GALANT. 267
1
Militaires , Elle leur accor
de les Lieutenances & Enfeignes
qui vaqueront dans ſon
Infanterie. Avoüez , Madame
, que cet établiſſement
eft tout à fait digne de Loüis
LE GRAND . Ce Prince ne
fixe point le nombre d'Hommes
de ces Compagnies.
Tout ce qu'on envoyera des
Provinces y fera entretenu ,
& c'eft dequoy M' le Marquis
de Louvois a donné avis
par ordre du Roy à M❜les
Intendans , afin qu'en rendans
la réfolution de Sa Majeſté
publique , ils foient en
Z ij
268 MERCURE
état de faire partir dans les
premiers jours du mois de
Juillet prochain , les Gentilshommes
de leur département
, qui viendront fe préfenter
pour aller fervir dans
ces Compagnies , fur les routes
que ce Marquis leur a envoyées
en mefme temps . Il
leur eft enjoint de mettre à
la tefte de ces Gentilshom.
mes quelqu'un des Capitaines
ou Lieutenans des
Troupes qui feront dans
leurs départemens . Cet Offi
cier aura foin de les conduire
& de les contenir dans leur
' GALANT. 269
2
route en bonne diſcipline &
en union ; apres quoy il s'en
retournera à fa Charge , en
retrogradant fur la meſme
route ; & outre qu'il fera
payé pendant fon Voyage ,
comme s'il avoit efté préfent
à fa Garniſon, Sa Majesté luy
fait efpérer une gratification
particuliere. S'il n'y avoit
point deTroupes en garniſon
dans quelque département,
on choifiroit pour cette con- .
duite un Gentilhomme qui
auroit fervy. Les Cadets
qu'on recevra dans ces Compagnies
, doivent n'eftre pas
Z iij
270 MERCURE
plus jeunes que de quatorze
à quinze ans , ny plus âgez
que de vingt- cinq. Incontinant
apres leur départ , les
Intendans ont ordre d'envoyer
un Etat de ceux qu'ils
auront fait partir , contenant
leur nom de Baptefme , celuy
de leur Famille , & leur
âge. Il eft marqué dans la
Lettre que leur a écrite M ' de
Louvois , que l'intention de
Sa Majesté n'eft pas qu'ils faffent
une inquifition fort fevere
de la Nobleſſe de ceux qui
fe présenteront, & qu'Elle ne
trouvera pas mauvais qu'ils
GALANT. 271
laiffent gliffer parmy eux des
Enfans de Gens qui vivent
noblement , c'eſt à dire , qui
par quelques années de fervices
, ont acquis le droit de
porter l'Epée. Ils font chargez
par la mefme Lettre ,
d'affurer les Gentilshom
mes qui leur témoigneront
de l'inquiétude fur la difficulté
qu'ils pourroient avoir à
retirer leurs Enfans du fervice
, i leurs affaires les obligeoient
à ne les y pas laiffer,
que le Congé ne fera refufé
à aucun , dés que leur Pere ,
Mere, ou plus proche Parent,
Z iiij
272 MERCURE
le
demandera pour eux.
Voyez, Madame, fila bonté
& la juftice du Roy ne fe
montrent pas en toutes chofes.
En faifant les routes de
ces Cadets , on a obſervé de
leur donner de fort petites
journées , & de leur faire faire
de fréquens fejours. L'on
y a auffi employé que le
fourrage fera fourny à ceux
qui auront des Bidets ; &
comme il y a des départemens
fort grands , on a envoyé
diférentes routes , chacuneaboutiffant
à un certain
lieu , ou M les Intendans
GALANT.
273
feront affembler tous les
Gentilshommes qui auront
donné leurs noms. Ceux qui
arriveront les premiers , au-
.ront dix fols chaque jour juf
qu'à ce que tous les autres
qui devront partir au commencement
du mois de Juillet
, s'y eftans rendus , on les
faffe mettre en marche pour
aller à Metz ou à Tournay.
Il y auroit beaucoup de chofes
à dire fur un établiſſement
fi avantageux à la Nobleſſe ;
mais toutes les actions du
Roy
demandent du temps ,
pour en bien examiner toute
274 MERCURE
l'importance , & quelques
reflexions qu'elles méritent,
on ne peut d'abord que les
admirer.
Comme je vous ay déja .
parlé dans deux de mes Lettres
, du Prix que M ' le Duc
de S. Aignan a proposé pour
récompenfe du meilleur Sonnet
qui feroit fait fur les
Bouts- rimez de Jupiter & de
Pharmacopole , il ne me
refte plus qu'à vous dire que
cinq des Académiciens de
l'Académie Royale d'Arles
en ont décidé. Le bruit cou
rut il y a huit jours , qu'ils
C
GALANT. 275
l'avoient donné à ce Sonnet.
A
Voir pour afcendant, ou Mars,
ou Jupiter,
Scavoirqu'un Alambic fert au Pharmacopole
,
Que l'on doit bride en main faire
agir le Frater,
Que Perfe , ouJuvenal, fut traduit
par Nicole,
S &
Que décider le Dogme appartient
au Pater,
Qu'il n'eft qu'un Bernardi pourfaire
un caracole,
Que leplus faint Docteurfe plaiſt
à difputer ,
Et quepeu de Patrons regardent leur
Bouffole ;
276 MERCURE
Sa
Cela nefuffitpas pour se rendre im
mortel.
La Raifon doit au coeur préſenter
le Cartel,
Y placer la Fuſtice , en faire fon
affaire ,
SS
Mais quandon entreprend de chanter
parfes Vers
Les verius d'un grand Roy qui
charme l'Univers ,
Publions qu'on ne peut trop dignement
lefaire.
Sur ce qui fut dit de ce
Sonnet , on apprit bientoft
que M l'Abbé Plomet en
eftoit l'Autheur ; & comme
beaucoup de Gens demanGALANT.
277
il
doient à le connoiftre autrement
que par fon nom ,
fit cet autre Sonnet qu'il enà
M' le Duc de Saint
voya
Aignan
. La peinture
qu'il
contient
eft celle
d'un
Homme
qui mene
une
vie veritablement
heureuſe
.
V
Ouloir tranquillement achever
Sa
carriere
En quelqu'endroit du Monde où l'on
foit confiné;
Seplaindre rarement d'eftre peufortuné;
Ne donner àfes Vers qu'une tendre
matiere;
$2
Sans fonger fi l'on a plus ou moins
de lumiere,
278 MERCURE
Tenirfon efprit libre , &ſon coeur
peugefné;
Ane louerjamais s'eftre déterminé,
Trouvant l'or toutefois meilleur que
lapouffiere;
SS
Faire durer autant que l'on peut fes
beaux jours;
A ce qu'ilplaift au Sortfe conformer
toûjours,
Etfansfuir la vertu, ne point briguer
l'eftime;
$2
Avant l'heureux Cartel, qu'un Héros
tel que toy
Vient de nouspréfenter, pour animer
la Rime
Aparler de LOVIS, c'eftoit là mon
employ.
Quoy que le Sonnet de
GALANT. 279
cet Abbé euft paru fort beau
aux Juges, ils preférerent celuy
que vous allez voir.
D
Ieu qui lance la Foudre , &
non pas Jupiter,
Afait l'un Medecin, l'autre Phar
macopole;
L'un grand Chirurgien , l'autre
Simple Frater;
L'une Dame à- Quarreau , l'autre
Dame Nicole.
S &
L'un fous un Capuchon dit toûjours
Son Pater,
L'autre fur un Courfier fans ceffe
caracole ;
Le Docteur met fa gloire à fçavoir
difputer,
Le Nocher met lafienne à réglerfa
Bouffole .
280 MERCURE
Sa
L'un par de grands Exploits veut fe
rendreimmortel ,
L'autre fouille fon nom par un honteux
Cartel;
L'un eft Homme d'épée, & l'autre
Homme d'affaire.
Sa
L'un écrit de la Profe, & l'autre écrit
des Vers.
L'invincible LOVIS eft feul dans
/'Univers,
Quipour s'éternifer, faffe ce qu'il
faut faire.
Ce Sonnet , qui eft de M
Bourfault, difputa longtemps
le Prix , & les Juges ne luy
donnerent l'exclufion qu'apres
qu'ils eurent leû celuyGALANT.
281
cy , qui leur parut le meilleur
de tous
.
T
Out agitpar les Loix dupuif-
Sant Jupiter;
Un Monarque les fait comme un
Pharmacopole,
UnMedecinfameux comme unfimple
Frater
Une grande Princeffe auffi -bien que
Nicole.
Sa
On chante, onfait l'amour, & l'on
dit le Pater,
On chaffe, onjonë, on dance, on boit,
on caracole;
L'un voudroit toûjours rire ,& l'autre
difputer,
L'un fe fert du Compas , l'autre de
7 la Bouffole.
Juin 1682
Aa
282 MERCURE
Se
Le Grand LOV IS orné d'un Laurier
immortel ,
Pouvait de tout le monde accepter
le Cartel ,
Mais nous donner la Paix futfa plus
grande affaire.
Se
Qui donc mérite mieux noftre Profe
& nos Vers,
Qu'un Roy craint & chery de ce vafte
Univers ,
Qui peut tout ce qu'il veut, &fait
-ce qu'il doit faire?
Il avoit pour marques
Anacreon,, & ces mots Latins
Proftraffe fat eft. On examina
tous ceux qui reſtoient
à lire , & aucun n'ayant paru
GALANT. 283
de la mefme force , toutes les
voix luy furent données . M
le Duc de S. Aignan , qui
eftoit préfent , dit auffitoft
qu'il eftoit de luy . Ce Sonnet
avoit efté mis parmy les
autres du temps que M's de
l'Académie Françoife devoient
juger ; & comme ce
Ducen avoit fait deux , lors
qu'en renonçant au Prix , il
donna ordre qu'on les retiraft
, on ne reprit que celuy
dont je vous fis part le dernier
mois. Ainfi les Juges fu
rent obligez de rappeller les
meilleurs Sonnets. Ils en fi-
A a ij
284 MERCURE
rent un fort fevere examen,
& voicy celuy qui fut enfin
declaré victorieux. Il a au
bas une M & un B, pour marques.
A
Dmirons icy-bas l'ordre de
Jupiter,
Chacun afon employ; l'un eft Pharmacopole;
Un autre eft Medecin, & commande
au Frater;
L'autre défend les droits de Pierre,
ou de Nicole .
25
Celuy- cy fous un Froc eft appellé
Pater,
Cet autre aux Champs de Mars plein
d'ardeur car . cole;
Celuy- là fur les Bancs feplaift à
difputer,
GALANT. 285
Etl'autre court les Mers conduitpar
la Bouffole.
Sa
LOVIS par la valeur rendfon nom
immortel ,
Ses foins ont aboly l'usage du Cartel,
Le bien de fon Etat eftfon unique
affaire.
Sz
Mufes, qu'il foit toûjours lefujet de
vos Vers;
Il est le plus grand Rog qu'ait produit
l'Univers,
Attachez- vous à luy, vous nesçauriez
mieux faire.
Il y a quinze jours que ce
jugement eft donné , fans
que celuy qui a remporté le
286 MERCURE
Prix fe foit préſenté ny fait
connoiftre. On luy conferve
la Médaille d'or du Roy ,
qui luy ſera délivrée à l'Hôtel
de S. Aignan , dés qu'il y
viendra pour la recevoir .
On vient de m'apprendre
un Mariage qui s'eft fait ces
derniers jours entre deux
Perfonnes des meilleures
Maiſonsde la Robe . L'une eſt
M' Charpentier , Confeiller
de la Premiere des Requeftes
, & l'autre Mademoiſelle
Portail. Le Marié eft Fils de
feu M' Charpentier, Conſeiller
aux Requeftes, qui s'eftoit
GALANT. 287
6
acquis une fi grande réputation
dans le Parlement , &
Petit- Fils de M' Charpentier,
Confeiller auffi aux Requeſ
tes ; fi eftimé de fon temps,
que Henry IV. le choifit
pour eſtre ſeul Préſident de
Metz , Toul & Verdun , avant
qu'il y cuft un Parlement
en ce Païs- là . Mademoiſelle
Portail eft . Fille de
M' Portail , Confeiller de la
Troifiéme des Enqueſtes , &
Petite-Fille de Mle Nain ,
ancien Maiſtre des Requef
tes.
Envous apprenant un Ma288
MERCURE
riage, je fuis obligé de me
dédire d'un autre. Lors que
je vous parlay il y a un mois ,
des Officiers qui font fur les
Navires de l'Efcadre commandée
par M le Marquis
de Preüilly de Humieres
Lieutenant General des Armées
Navales du Roy , j'ajoûtay
à l'article de M' de
Paliere , Capitaine fur l'E
toile , qu'il avoit époufé Mamoiſelle
de Bois de laRoche,
& je fuivis en cela le Mémoire
que l'on m'avoit envoyé.
Cependant il n'eft pas vray
que ce Mariage fe foit fait.
Ceux
GALANT. 289
Ceux qui me donnent ces
fortes d'avis , ne doivent jamais
le faire qu'ils ne foient
certains des choſes. C'eſtimprudence
que les hazarder
furun oüy- dire , & les Perfonnes
intéreffées pouvant
en prendre un jufte chagrin ,
l'effet en feroit peut- eftre à
craindre pour les Autheurs
de ces faux Mémoires , qu'un
peu de recherche fait ailément
découvrir.
Ileft arrivé icy le premier
jour de ce mois le mefme
Prodige dont deux de mes
Lettres vous ont donné le
Bb
Juin 1682.
290 MERCURE
détail. Une Femme y eft
accouchée de deux Garçons
joints enſemble , depuis le
haut du fternon juſques au
nombril , ayant deux teftes ,
quatre bras, quatre jambes,
venus à termes , & tous deux
fort gros. Le travail fut tresdifficile
pour la Mere , &
c'eft un miracle qu'elle foit
vivante. Cependant le Sieur
Bon-Amy, Maiſtre Chirurgien
à Paris, & Prevoſt de fa
Communauté , l'accoucha
heureufement. Les deux Enfans
furent ondoyez , & vécurent
un quart- d'heure. Ils
GALANT. 291
ont efté portez à Versailles,
S pour eſtre veus de Leurs Majeftez.
Les Peres Capucins de la
Province de Normandie, ont
tenu leur Chapitre avec Miffion
, dans la Ville du Havre
de Grace. M' le Duc de Saint
Aignan, qui en eſt Gouverneur
, a fait paroiſtre en ce
rencontre fa pieté ordinaire,
par les ordres qu'il a donnez
pour la fubfiftance de ces
Miffionnaires & Religieux.
Les Echevins, ainfy que toute
la Ville, ont fuivy ce grand
exemple d'une maniere tou-
Bb ij
292 MERCVRE
te charitable & édifiante.
L'ouverture de ce Chapitre
fe fit le 7. de May, Feſte de
l'Afcenfion, par le Pere Hicrotée
, Premier Définiteur ,
dans l'Eglife de Noftre- Dame
, principale Paroiffe du
Havre. Ces Religieux s'y
rendirent en Proceffion , &
retournerent en leur Convent
avec un ordre qui marquoit
leur zele & leur modeftie.
Les fruits qu'ils ont
fait dans leur Miffion ont
efté tres-grands. Le P. Hierotée
a prefché les Contro
verſes avec la mefme fer-
A
GALANT. 293
veur , qu'il a fait paroiftre
depuis peu de temps à Or.
bec , dans cette fonction
Apoftolique. Ses Sermons ,
pleins de force & d'éloquence,
ont eu un fuccés extraordinaire
, & plufieurs Perfonnes
qu'il a convaincuës
d'erreur , ont abjuré l'Hérefie
.
En vous décrivant le mois
paffé toutes les merveilles de
l'Obfervatoire
, je vous promis
de vous le faire graver.
Je tiens ma parole , & vous
envoye meſme plus que je
ne vous ay promis . Ce que
Bb iij
294 MERCURE
vous verrez marqué I. dans
cette Planche eſt une élevation
perſpective , repréſentant
la face qui regarde le
Septentrion , quelque peu
déclinée au Levant ; & ce
qui eft marqué II . fait voir
l'élevation de la face qui regarde
le midy.
Vous aurez appris par les
nouvelles publiques que M
le Prince Guillaume de Furftemberg
a efté éleu Eveſ
que de Strasbourg. C'eſt un
des plus confidérables Evef
chez de la Chreftienté , non
feulement par fon ancienGALANT.
295
par
neté, ayant efté fondé par nos
premiers Roys ; mais mefme
les Privileges , & par la
qualité des Sujets qui compoſent
fon Chapitre. Il eſt
formé de vingt- quatre Princes
ou Comtes de l'Empire,
qui pour y eftre receus font
obligez de faire preuve en
l'une de ces deux qualitez, de
feize quartiers , tant du cofté
Paternel que du Maternel .
De ces vingt- quatre Chanoines
, il n'y en a que
ze qui forment proprement
le Chapitre , c'eft à dire , qui
ayent voix active & paffive ,
Bb iiij
dou296
MERCURE
pour l'Epifcopat & les autres
Dignitez. Les douze autres
font feulement receus pour
devenir Capitulaires à leur
rang , par la mort de quelqu'un
des anciens . L'on voit
par la combien la Nobleſſe
de ces illuftres Chanoines
doit eftre ancienne
& pure.
Aufli comptent
ils parmy
eux plufieurs Princes des
premieres Maiſons Souveraines
d'Allemagne ; & l'on
a veu de nos jours des Archiducs
d'Auftriche Evef
ques de Strasbourg.
Pour ce qui regarde celuy
GALANT. 297
qui vient d'eftre éleu , fans
s'arrefter à la grandeur de
fa Maifon , qui remonte
beaucoup plus haut que fes
preuves , & que
l'on peut
dire immémoriale , ny parler
d'une infinité de grands
Hommes , qu'elle a produits
dans l'Eglife & dans les Armes
; il fuffit de dire , que ſile
Prince de Fur
fi
toft
que
ftemberg
.fon
Frere
, dernier
Evefque
, fut
mort
, tous
les
Chanoines le regarderent
comme celuy d'entr'eux qui
eftoit le plus digne de luy
fucceder ; & le jour de l'E298
MERCURE
lection eftant venu , (.ce fut
le 8. de ce mois , ) toutes les
voix luy furent données , ce
qui n'eft prefque jamais arrivé
en Allemagne dans aucune
élection . Mais ce qu'il
ya eu de plus remarquable
en celle- cy , c'eft que la chofe
s'eft préparée d'elle- mef
me , fans cabales , par la feule
force du mérite , & par la
connoiffance que tous les
Chanoines ont de l'habileté
de ce Prince & de fon zele
pour le bien de l'Eglife . Et il
ne faut pas s'étonner du
bruit qui a couru qu'il ne
GALANT. 299
vouloit pas accepter cet Evefché.
Le peu d'empreffe- ,
ment qu'il a eu à rechercher
les Chanoines pour s'en acquerir
les voix , & l'admirable
modération qu'il a témoignée
dans tout ce qu'ils
luy ont toûjours fait connoître
de leurs favorables fentimens
, ont paru des chofes fi
peu ordinaires , qu'elles ont
fait croire, qu'il regardoit indiféremment
une Dignitéfi
éminente ; mais moins il
cherchoit à s'en affurer , plus
toute l'Europe prévenoit par
fes fuffrages le choix qu'on a
300 MERCURE
"
fait de luy. Noftre grand
Monarque , fous la protection
de qui fe trouve préfentement
l'Eglife de Strafbourg
, en faisant recommander
aux Chanoines
,
comme il a fait par M" de
Monclar & de la Grange ,
de choifir pour leur Evefque
celuy qu'ils eftimeroient le
plus propre à fa conduire ,
a crû que c'eftoit s'expliquer
affez en fa faveur. Sa Sainteté
s'eft pofitivement déclarée
pour luy ; & enfin tou.
te l'Allemagne en general a
jugé que l'Eglife de Straf
GALANT. 301
bourg ne pouvoit avoir un
plus digne Chef que celuy
que fon Chapitre luy vient
de donner.
Vous n'aurez l'explication
desEnigmes du mois deMay,
avec les noms de tous ceux
qui en ont trouvé le ſens ,
que dans ma dix- huitiémé
Lettre Extraordinaire , que
vous recevrez le quinziéme
de Juillet. Cependant je vous
en envoye deux nouvelles .M
Aftier , Prieur d'Avignon , a
fait la premiere , & Mirtil, le
Berger Fidelle d'Angoulé
me , eft l'Autheurde la feconde.
*/
302 MERCURE
ENIGME.
F détourne aisément les coups
I'de
Jupite ,
Je suis un grand fecours chez le
Pharmacopole ;
Souvent je donne affez d'exercice
au Frater , 4
Et je fais enrager la Maîtreffe à.
Nicole.
S&
Finfpire à bien des Gens de dire leur
Pater;
Plus vifte qu'un Chevalje fais la
caracole;
Pourfçavoir d'où je viens on a beau
difputer,
Sur mon eftre chacun demeurefans
Bouffole.
GALANT. 303
Sa
Avec les Elémens je benis l'Immortel
,
Je fais la guerre à tout fans craindre
le Cartel ;
De s'opposer à moy c'eſt une grande
affaire .
S&
Je rampe quandje veux, ainsi que
font les Vers.
Quand il meplaift, je cours au bout 3
de l'Univers,
Etpuis en mefme temps le mal &le
bien faire.
AUTRE ENIGME.
Ten que l'Hyver me donne
l'eftre, Be
L'Eté pourtant femble me faire
naître,
304 MERCURE
Puis que c'eft luy qui mefait voir
le jour.
Quoy qu'il ensoit, fi c'est de la
puissance
De ce premierqueje tire naiſſance,
L'autre pour moyfait un affez bon
tour,
En me menant des Priſons à la
Cour.
I'y'vaypar luy , par luyje vois
La Ville,
Etbien que cet honneur mefoit vendu
bien cher,
Je ne puis me résoudre à luy rien
reprocher,
Parce que c'eft luyfeul qui me fait
eftre utile.
Enfinfansfonfecours, je mourrois
au Borceau.
Il eft vray qu'il ne rend mon pouvoir
néceffaire,
GALANT. 305
Qu'à mesure, & qu'autant que lefien
m'eftcontraire,
Et que dans le moment qu'il me met
au tombeau.
Je fuis ravy que l'Article
de S. Cloud , qui fait un des
principaux de ma derniere
Lettre , ait plû aux Belles de
voftre Province
. Quoy que
ce fuperbe & délicieux Palais
n'ait rien qui n'enchante,
ou ceffe d'examinerfes beautez
, fi - toft qu'on voit le
grand Prince à qui elles font
deuës. Si fes manieres font
fi honneftes & fi
engageantout
le monde, il ne
Cc
tes
pour
Juin 1682.
306 MERCURE
faut pas s'étonner , fi lors .
qu'il s'agit de recevoir le
Roy , pour lequel , outre la
tendreffe que le fang inſpire,
il en a toûjours fenty une
tres - forte , il n'oublie rien
pour luy marquer l'excés de
la joye dont fon coeur eft penetré,
en le poffedant. Ce
Prince a demeuré trois femaines
dans cette charmante
Maiſon , & a pris des Eaux
de Vichy pendant tout ce
temps . Comme il eft extrémement
aimé , ila efté viſité
dans ce beau Lieu , par tout
ce que la Cour a de PerfonGALANT.
307
nes plus confidérables ; &
quoy que les Eaux qu'il prenoit
dûffent toûjours l'y retenir
, le plaifir de voir le Roy
l'a fait aller de temps en
temps à Verſailles. Il revenoit
coucher à S. Cloud; mais
ayant quité les Eaux depuis
quelques jours , il eft retourné
aupres de Sa Majesté pour
n'en plus partir. Les plaifirs
y font fréquents , & il y a
tous les jours Comédie Françoiſe
ou Italienne . Le Roy
qui fe donne entierement
aux affaires de l'Etat , ne s'y
trouve point ; mais quelque-
Cc ij
308 MERCURE
fois il prend le divertiſſement
de la Chaffe , parce que cet
exercice, qui eft une image
de la guerre , eft propre à entretenir
la vigueur du corps.
Toute la Cour fe divertit fort
fouvent à voir les Eaux , & à
fe promener fur le Canal . Il
y a quelquefois Symphonie ,
& l'endroit de tout Verfailles
où elle fe fait entendre le
plus agreablement , eft le
grand Efcalier du Roy. Vous
ne ferez pas furpriſe que je
vous parle d'un Efcalier ,
quand vous fçaurez que c'eft
celuy dont je vous ay fait la
GALANT. 309
defcription , & que la France
doit au fameux M' le Brun .
Lors qu'il eft plein de lumierés
, il peut difputer de magnificence
avec les plus riches
Appartemens des plus
beaux Palais du monde.
Une lecture qui fe fit il y
a trois jours de l'Académie
Galante, dans une affez grande
Compagnie où je me
trouvay, me donne lieu de
vous dire , que je feray fort
trompé fi cet Ouvrage ne
divertit vos Amies. Tout y
eft fi naturel , & répond fi
bien aux diférens caracteres
་
310 MERCURE
des Perfonnages qui font introduits
, qu'ils ne difent rien
dans leurs converfations qu'-
on ne croye devoir leur entendre
dire. Ce font
quatre
Cavaliers qui rendent viſite
à une Mademoiſelle d'Or
milly , chez laquelle ils trou .
vent deux de fes Amies. Le
diſcours eftant tombé fur
les Académies de toute ef
pece , établies icy depuis
quelque temps ; l'une‘des
trois Demoifelles dit en
riant , qu'elle ne voit que
l'Amour qui n'ait point la
Lienne. Sa pensée ayant paru
GALANT. 311
plaifante à la Compagnie, on
propofe d'établir une Académie
d'Amour. Il eſt queſ
tion d'avoir des Statuts . Chacun
apporte les fiens , & le
nombre des Cavaliers eftant
O plus grand que celuy des
Demoifelles , il eft ordonné
par l'un dès Statuts , qu'un
des quatre Hommes ne fera
des
point de l'Académie . Ils prétendent
tous devoir y eftre
receus ; & enfin les Acadé
miciennes les font demeurer
d'accord qu'ils raconteront
leurs Avantures ; & que celuy
qui fera trouvé le moins
312 MERCURE
galant , fouffrira l'exclufion .
Ainfi chaque Cavalier conte
fon Hiftoire
, & ces quatre
Hiftoires . font une agréable
diverſité , dont je
fuis feûr que vous ferez fatisfaite.
Tout y eſt dit finement
& plaifamment ; & il
eft ailé de voir par la peinture
que l'on fait d'abord
des Cavaliers , que s'il y a
quelques endroits embellis,
parce qu'on ajoûte toûjours
à la verité , la plupart des
chofes ont dû fe paffer comme
ils les racontent . Ce Livre
commencera à fe débiter
chez
GALANT.
313
chez le S '
Blageart
Libraire ,
1 dans la Court- neuve du Palais
, le premier jour de Juillet
.
· Rien n'eſt plus à craindre
que la jaloufie , quand l'a-.
mour eft violent. Cette paffion
produit tous les jours les
plus funeftes effets , mais jamais
peut- eftre n'en a- t- on
veu d'auffi
extraordinaires
que ceux qu'on me marque
dans
l'Avanture que je vay
vous expliquer. La Scene eft
en Italie. C'eft où les Jaloux
font le moins
capables de
retenir leur
emportement
.
Juin 1682.
Dd
314 MERCURE
1
Une jeune Demoiſelle d'un
Bourg nommé San- Sovino,
pres de Montepulciano en
Toſcane, fut aimée d'un Cavalier
d'une naiffance égale
à la fienne. Quoy que les
occafions de fe voir foient
affez rares en ce Païs - là , l'amour
leur en fournit de fréquentes
; & en fe voyant , ils
fe trouverent fi bien le fait
Fun de l'autre , qu'ils ne pûrent
s'empefcher de fe promettre
qu'ils s'aimeroient
eternellement . La Belle avoit
un Pere bizarre dont il falloit
ménager l'efprit. Ceux
GALANT. 315
qui eftoient le plus dans fa
confidence,furent employez
pour le gagner. Un jour qu'-
ils le virent d'affez bonne
humeur , ils tournerent l'entretien
fur l'embarras
de garder
des Filles ; & en luy difant
comme fans deffein qu'il
eftoit temps de pourvoir la
fienne, ils luy propoferent le
Cavalier. Malheureuſement
pour l'un & pour l'autre , il
s'eftoit douté de leur mutuel
attachement. Ce fut affez
pourluy faire rejetter ce que
fes Amis luy propofoient. Il
oppofa que le Cavalier n'a-
Dd ij
316 MERCURE
que
voit point de Bien ; & quoy
qu'on luy fift connoiftre
fa fortune n'eftoit point à dédaigner,
il n'y eut aucun
moyen de le faire confentir
à ce mariage. Il fit plus contre
fa Fille. Pour la punir d'avoir
prévenu fon choix , il
voulut choifir fans elle , &
donna parole à un Homme
affez mal fait, qui en devint
amoureux. La réſiſtance qu'-
elle fit paroiftre,le rendit plus
fermé dans fa réfolution . Il
eftoit de ces Peres abfolus
qui croyent avoir droit fur la
liberté de leurs Enfans , & il
GALANT. 317
fuffifoit qu'il euft parlé , pour
vouloir eftre obey fans aucun
murmure. Le nouvel Amant
voyant fa Maîtreffe dans un
chagrin extraordinaire
, en
eut bientoft découvert la
caufe. Un autre que luy , qui
l'euft connue engagée , cuft
•
appréhendé les fuites de la
violence qu'on faiſoit à ſon
amour ; mais il efpéra qu'eftant
fon Mary , il effaceroit
fans peine les impreffions
que fon coeur avoit reçeuës .
D'ailleurs , quelque intéreſt.
de Famille l'avoit rendu ennemy
du Cavalier, & le plai-
Dd iij
318 MERCURE
fir de luy enlever ce qu'il
aimoit , eftoit pour luy un fi
doux triomphe, que l'impatience
d'en jouir redoubla
l'empreffement de fa paffion.
On conclut le mariage , &
quoy qu'il ne duft fe faire
que trois jours apres que le
Contract eut efté figné , le
Pere voulut que des le foir
mefme les deux prétendus
Epoux fuffent fiancez . La
Cerémonie fe fit malgré les
pleurs de la Belle , qui fut
obligée de les cacher . Le Cavalier
qui en eut avis , entra
dans un deſeſpoir qu'il m'eſt
GALANT. 319
impoffible de vous exprimer.
Il crût que s'il voyoit fa Maîtreffe
, il viendroit à bout de
la toucher ; & comme l'amour
eft ingénieux , il trouva
d'obtenir un rendezmoyen
vous. Il fit paroiftre à la Belle
des tranfports fi pleins d'amour,
& fa douleur, qu'il luy
peignit dans tout fon excés,
penétra fon coeur fi vivement,
que ne doutant point
qu'elle n'euft à craindre tout
ce qu'un Amant deſeſperé
eft capable d'entreprendre,
elle tâcha de luy remettre
l'efprit , en luy promettant
Dd iiij
320 MERCURE
que quoy qui puſt arriver,
s'il fe rendoit le lendemain
à
l'Eglife ( c'eftoit le jour choily
pour le mariage ) il auroit
tout lieu de fe louer d'elle.
Vous jugez bien qu'il ne
manqua pas de s'y trouver.
Ce fut un fujet de joye pour
le Fiancé , qui apprit avec
plaifir que fon Rival feroit
témoin de fa gloire. Le moment
vint où le mot effentiel
devoit eftre prononcé
. Le
Cavalier s'eftoit mis en lieu
d'où fa Maîtreffe pouvoit
aifément
le voir. Sa préſence
l'anima , & quand le Preftre
GALANT. 321
luy eut demandé fi elle prenoit
pour fon Epoux celuy
qu'il luy préfentoit , elle ne
balança point à répondre,
Non. Il luy demanda encore
une fois la mefme choſe , &
le mefme Non luy fut répondu.
L'Amant outré de
l'affront qu'il recevoit devant
fon Rival, conçeut tout d'un
coup une telle rage, qu'ayant
tiré fon Poignard, quieft une
Arme dont on fe fert fort
communément en Italie , il
en perça le fein de la Belle,
qui expira dans le mefme inf
tant. Le Cavalier voyant fa
322 MERCURE
Maîtreffe morte , tira auffi
fon Poignard, & le plongea
auffitoft dans le coeur de l'Af
faffin . Le Pere du Fiancé qui
eftoit préfent, vangea la mort
de fon Fils par un coup de
Piſtolet qui perça le Cavalier.
Ce mefme coup bleffa le Curé
dangereuſement , & l'on ne
vic que fang répandu, où l'on
s'eftoit préparé à ne voir que
de la joye.
Il eft tres- avantageux pour
le Public, que le bruit qui a
couru de la mort de M' le
Prieur de Cabrieres fe foit
trouvé faux . Sa maladie a eſté
GALANT. 323
fort dangereuse, & l'avoit ré
duit à l'extrémité ; mais il en
cft tout-à - fait guéry , & il
continue à préparer fes Repour
tous ceux qui le
medes
vont voir.
Je vous ay mandé dans
quelqu'une de mes Lettres
, que M" de l'Académie
Royale d'Arles , fuivant l'exemple
de l'Académie Françoife
, avoient deffein de
donner une Médaille d'or du
Roy , d'un prix fort confidérable,
pour récompenfer
le plus bel Ouvrage en Vers
que l'on auroit fait fur une
324 MERCURE
!
Matiere propofée par eux à
la louange de Sa Majesté.
Celuy de ce Corps à qui les
autres s'eftoient adreffez ,
ayant eu des affaires qui l'ont
affez occupé pour luy faire
remettre à un autre temps à
en parler à M'le Duc de Saint
Aignan , Protecteur de cette
Académie , les Bouts - rimez
de M' Mignon firent fonger
ce Duc à propoſer un
Prix , & c'est celuy que l'on
a jugé depuis quinze jours ;
ce que M" de l'Académie
d'Arles ayant appris , M' le
Marquis de Robias a envoyé
GALANT. 325
à ce Duc le Madrigal & le
Sonnet que vous allez lire .
L'ACADEMIE ROYALE
D'ARLES PLAINTIVE,
A M' le Duc de Saint Aignan.
Ο
MADRIGAL.
Vel Démon jaloux de ma
gloire,
Vous infpire, Grand Duc, cet outrageux
deffein,
De faire des Préfens aux Filles de
Mémoire,
Qu'elles attendoient de ma main?
Onfaitbien que
cles féconde,
la voftre en mira-
Fait autant qu'ilfe peut du bien à
tout le monde;
Comme elle peut abatre , elle peut
appuyer :
326 MERCURE
Mais au lieu d'honorer une Mufe
anonime,
Au lieu de l'employer
A chanter de LOV IS la vaillance
fublime,
Vous deviez le permettre à nostre
feule Rime,
Et laiffer au Royfeul le foin de la
payer.
SONNET SUR LES RIMES
données pour le Prix de
la Médaille.
G
Sur le mefme fujer.
Rand Duc , mon defeſpoir s'en
prend à Jupiter;
Je meurs, s'il enfaut croire à mon
Pharmacopole.
Quoydone ? noftre Apollon paffera
pour Frater,
GALANT. 327
Luy quipeut s'égaler au Préſident
Nicole?
Sa
Luy quifçeut vos Exploits comme on
fçait lePater,
Qui lesportafiloinfans tour, fans
caracole,
Que Mars, tout Mars qu'il eft, n'ofa
vous difputer
D'eftre des grands Guerriers le Guide
la Bouffole?
22
Ie reçois cependant un affront immortel,
Que rien n'effacera, ny Défy, ny
Cartel,
Sengez-y bien , Grand Duc, c'eftoit
la voftre affaire.
S&
Je ne m'explique point ; mais s'il
faloitdes Vers
Juin 1682.
Ec
328 MERCURE
Qui fiffent voir LOVIS aux yeux
de l'Univers,
Vous ſeul pour en juger, moyſeule
pourles faire.
1
Je me fuis informé avec
tout le foin poffible du Prix
qu'on devoit donner pour
les Bouts- rimez de Pan &
Guenache ; & ce qu'on m'a
dit de plus pofitif, c'eſt que
les rimes de Par & de Car
que l'on y doit employer ,
avoient fait finir tant de Sonnets
de la mefme forte, que
cette égalité de penſées en
ayát rendu un fort grand nóbre
également beaux, le Prix
GALANT. 329
eſtoit demeuré à celuy qui
a propofé ces bizarres rimes.
Vous aurez le mois prochain
l'Eloge de la Beauté, que je
croyois vous envoyer aujourd'huy.
Une belle Dame qui
l'a voulu voir, me l'a emporté.
à la Campagne , où elle eſt
allée pour quelques jours.
Cet Eloge eft fait par une
Perfonne de voſtre Sexe , dont
vous aurez lieu d'eftimer
l'efprit. Je fuis , Madame ,
Voltre tres-humble, & c .
▲ Paris ce 30 Juin 1682..
2225 2522255:25225
TABLE DES MATIERES
contenues dans ce Volume.
AChargesdonnées par le Roy ,
Proceffions,
Declaration du Roy,
II
17
Sonnet fur le foin que prend le Roy de
bannir l'Herifie defon Royaume, 19
Sonnet Provençal,
21
24
Sonnet fur le bonheur de la Vie champeftre,
Sonnetfur unFardin de Campagne, 25
Réponse aux Remarques far la Ducheffe
d'Efiramene, 27
Mariage de M. le Marquis de Saffenage
de Mat. de S. André, 4.I
Zele de M. l'Evefque de Grenoble, 45
Le Roffignol & le Milan, Fable,
Hiftoire,
Madrigal,
Autre,
Sonnet Gafcen,
47
50
-85
86
$7
TABLE.
I
Actions de pieté de feu M. l'Evefque de
Caftres,
89
97 Mort de M. le Duc de Verneuil,
Gouvernement de Languedoc donné à
M. le Ducdu Maine, 100
Le Roy nomme M. le Duc de Noailles
Commandant dans ce Gouvernement,
106
M.Girardin eft beny Abbé de Beaubec,
109
Traduction de la buitiéme Ode du fecond
Livre d'Horace,
Epigramme de Catulle,
Autre,
Conversions,
Hiftoire,
110
113.
114
118
122
Réponse d'une Religieufe à une Lettre
qu'un de fes Amis luy avoit écrite,
pour fçavoir fon fentiment fur les
vaux de Religion, 130
Tout ce qui s'eft passé aux Etats tenus
en Bourgogne,
141
Huit Sonnets en bouts - rimez fur les
louanges du Roy, & les diferentes occupations
desHommes,
"
358
TABLE.
Lettre écrite de Neufchaftel en Suiffe,
touchant les tremblemens de terre, 171
Mariage de M. Chauvelin avec Made
moifelle Billard, 174
Lettre du R.P.Fiacre de Paris, Capucin,
touchant le Probléme de M. Comiers,
185
Lettre en Vers des Dames de Vveftphalie,
Madrigal,
197
202
Honneursfunebres rendus à M. teMarquis
de Mons,
Arreft donné enfaveur du Vin Emétique,
204
213
Ce qui s'eft paffe à l'Académie Frangoife
le jour que M. Faure - Fondamente,
de l'Académie Royale d'Arles,
la vintfaluer,
Conversions,
Hiftoire,
Placet au Roy,
217
223
224
238
Mariage de M. Lambert de Torigny,
& de Mademoiselle Bontemps , 241
Suite des Remarques fur la Ducheſſe
d'Eftramene,
247
1
TABLE.
S
Etabliffement fait par le Roy enfaveur
de la Nobleffe, 263
Tout ce qui s'eft paffe touchant le jugement
donné fur les Bouts rimez de
Jupiter & de Pharmacopole,
274
Mariage de M. Charpentier & de Mademoiselle
Portail, 286
Accouchement de deux Garçons joints
enfemble, 289
Chapitre des Capucins tenu avec Miſſion
au Havre, 291
M. le Prince Guillaume de Furftemberg
eft élen Evefque de Strasbourg, 294
Enigme,
Autre Enigme,
Divertiffemens de Versailles ,
Académie Galante,
Sejour de Monfieur à S.Cloud,
302
303
305-
307-
309
Hiftoire,
Guérifon de M.le Prieur de Cabrieres, 322
Madrigal de M. le Marquis de Robias,
Sonner du mefme,
Prix des Bouts-rimez de Pan ,
Fin de la Table
325
1
326
328
Avis pour placer les Figures.
L'ircia s'efforce de me plaire , doit
qui commence par En vain
regarder la page 84.
La Veue du Genéralife , Palais des
Roys d'Afrique, doit regarder la page
180.1
L'Air qui commence par Je n'aime
plus lefon de ma Mufete, doit regarder
la page 241.
L'Obfervatoire doit regarder la page
294-
511-1632,6
Mercure
<36623710720015
<36623710720015
Bayer. Staatsbibliothek
33
MERCVRE
GALANT
JUIN 1683,
NFIN , Madame ,
nous approchons du
temps fouhaité où
l'accouchement de Madame
la Dauphine doit remplir les
Voeux de toute la France.
Cette Princeffe eft prefte
Juin 1682.
Α
2 MERCURE
d'entrer dans le neufviéme
mois de fa groffeffe ; & j'efpere
que je ne finiray point ma
Lettre de Juillet fans vous
apprendre quelle fuite heureuſe
elle aura cu. Tout ce
qu'il y a de Perfonnes à la
Cour , qui croyoient , chacune,
felon fon rang, pouvoir
afpirer à eftre employées aupres
de l'augufte Enfant ,
dont on attend la naiffance,
avoient demandé , follicité ,
fait agir leur crédit & leurs
Amis , expofé leurs fervices,
& fur quels droits elles fondoient
leurs prétentions.
Bayerische
Staatsbibliothek
München
GALANT.
3
Mais quelque mérite qu'el
les euffent, la juftice du Roy
a efté encor plus forte , & il
n'a voulu donner aucune récompenfe
aux dépens des
Dames qui avoient fervy les
Fils & Filles de France , que
nous avons veu mourir depuis
feize ou dix-huit ans,
Ce judicieux Monarque fçait
que quoy qu'elles ayent cu
beaucoup d'honneur , elles
ont eu auffi beaucoup de fatigues
, parce que des Enfans
de ce rang ne s'êlevent point
fans peines, fans foins & fans
veilles , fur tout lors qu'ils
A ij
4 MERCURE
ont peu de fanté. Les Perfonnes
qui avoient
élevé celle
des Filles du Roy qui eft
morte la derniere
, eftoient
fur le point de goûter plus
de repos , en joüiffant
du
plaifir de la voir hors de l'enfance.
Elle eftoit belle , avoit
de l'efprit , & l'on remarquoit
en elle les brillantes
qualitez
de l'auguſte
Sang
dont elle fortoit . Madame
la
Maréchale
de la Mothe , qui
avoit efté Gouvernante
des
autres Enfans de Sa Majeſté
,
l'eftoit de cette Princeffe
. If
ya déja quelques
mois que
GALANT.
5
laiffa
le Roy luy dit qu'elle auroit
toûjours le mefme honneur.
Quoyque ce Pofte ne fuſt pas
nouveau pour elle , elle ne
pas de luy en faire fes
remercîmens, comme d'une
nouvelle grace qu'elle recevoit.
Cette Place eftoit vàcante,
& il eut pû la donner
à telle perfonne qu'il luy au
roit plû choifir ; mais fi ce
Prince peut tout , il ne veut
pas toûjours tout ce qu'il
peut. Il l'a fait connoiſtre en
plufieurs occafions dans lef
quelles on l'a veu facrifier
fes intéreſts propres à la plus
A j 11 ]
6 MERCURE
exacte juſtice. Je n'ay diféré
à vous apprendre ce qui avoit
efté fait pour Madame la
Maréchale de la Mothe, que
parce que j'attendois que Sa
Majefté cuft remply les autres
Places qui font au deffous
de la Gouvernante. Elle
s'en eft expliquée , & je
puis vous nommer toutes les
Perfonnes qui doivent les
occuper. Madame la Baronne
de Paliere , & Madame
de Venelle , ont efté choifies
pour Sous- Gouvernantes
. L'une de ces Dames auroit
pû fuffire ; mais comme
GALANT. 7
elles ont déja jouy de ce
mefme honneur , chacune
féparement, aupres de divers
Enfans de France , le Roy a
fuivy les mouvemens de fa
bonté naturelle , & pour fatisfaire
le panchant qu'il a
à faire toûjours du bien , il
les a voulu nommer toutes
deux , afin d'épargner à l'une
le chagrin qu'elle auroit
eu d'eftre obligée de ceder
à l'autre. Je ne vous dis rien
de ces illuftres Perfonnes.
Elles font fort connuës; & la
'rigide vertu de Madame de
Venelle a fait un affez grand
A iiij
8 MERCURE
bruit pendant qu'elle eftoit
Gouvernante des Niéces de
feu M' le Cardinal Mazarin .
Madame Pelard fera premiere
Femme de Chambre.
Elle a efté Nourrice de Madame
Anne- Elizabeth de France,
morte le 10. Janvier 1664 .
& Femme de Chambre des
autres Enfans du Roy. Ainſi
le fervice eftant joint à fa
bonne mine & à ſon eſprit,
on peut dire que Sa Majefté
a fait paroiftre fon équité
dans ce choix . Elle a nommé
pour Femmes de Cham -`
bre, Mademoiſelle du Four,
GALANT
.
9
Madame de S. Hilaire, Madame
Lambert , Mademoifelle
Devizé , Madame de
Boiflogé , & Madame des
Jardins . Elles font les plus
anciennes qui restent de celles
qui ont eu l'honneur de
fervir les Fils & Filles de
France ; & comme elles méritoient
d'eſtre préferées,il ne
fe trouvoit perfonne qui cuft
lieu d'en murmurer. Cependant
les autres , quoy que
n'ayant aucun fujet de fe
plaindre , ont tout eſperé des
bontez du Roy; & elles luy
ont demandé la mefme gra-
1
10 MERCURE
ce , avec tant d'empreffement
& de confiance , que
bien qu'on n'euft pas befoin
de leur fervice , le nombre
choify eftant fuffifant , ce
Prince n'a pas laiffé de les
recevoir dans les fonctions
qu'on leur avoit déja confiées
.
S'il tient pour les Hommes
une conduite ſi juſte , il
eft encor plus exact pour ce
qui regarde le culte de Dieu .
Il en a donné d'éclatantes
marques,& dans la folemnité
de la Fefte de la Pentecofte,
& dans les Proceffions qui
GALANT. II
ont efté faites à Versailles
le Jeudy 28. de May , & le
Jeudy 4. de ce mois jour de
l'Octave. Je vous en fisune
ample deſcription , & vous
en marquay toute la Pompe
dans ma Lettre de Juin
de l'année derniere. Ainsi ,
Madame , je me contenteray
aujourd'huy de vous dire
que les mefmes choſes y ont
efté obfervées
, & que la
Chapelle neuve dont je vous
parlay il y a un mois , s'eftant
trouvée prefque au meſme
lieu où Sa Majefté avoit accoûtumé
de faire dreffer un
12 MERCURE
Repofoir , en a fervy cette
année. Le Roy & la Reyne
accompagnez de Monfeigneur
le Dauphin , de Monfieur
& de Madame,fuivirent
la Proceffion avec une pieté
qui en infpiroit aux moins
zelez ; apres quoy ils entendirent
la grande Meſſe dans
l'Eglife de la Paroiffe. Ce
qui s'eſt fait à Paris , n'a pas
efté moins édifiant. Toutes
les Proceffions Y ont paru
avec grande pompe , & entr'autres
celle de la Paroiffe
Royale de S. Loüis a eu un
éclat extraordinaire . Quatre
GALANT. 13
Capitaines aux Gardes portoient
les Bâtons du Daiz
avec beaucoup de modeftie
& de gravité, C'eſtoient M
de Ferrand, de Bourlon , de
Monceaux , & de Bretonvilliers.
Le Clergé précedoit en
Chapes avec les Flambeaux
& les Torches ordinaires.
Plufieurs Confeillers d'Etat ,
Maiftres des Requeftes , &
Confeillers du Parlement ,
marchoient en Robes rouges
derriere le Daiz , fuivis
d'un nombre infiny de
Gens de l'un & de l'autre
Sexe. La Proceffion s'arrefta
14 MERCURE
au fuperbe Repofoir que fait
faire tous les ans M le Procureur
General de la Cour
des Aydes. Quoy que la magnificence
en foit tres- confidérable
, il y ajoute toujours
un Concert de Voix &
d'Inftrumens , dont la jufteffe
auroit dequoy contenter
les plus difficiles en Mufique.
La Proceffion ayant
paffé fur le Quay, on entendit
batre le Tambour de loin,
& ce batement répondoit au
fon du Fifre. On avoit placé,
par permiffion du Roy,
deux Compagnies de ces CaGALANT.
IS
pitaines , aux deux coftez
avancez du Pont Marie. El
les occupoient ce Pofte , l'u
ne & l'autre Chapeau bas ,
ayant un genoüil en terre ,
& l'autre élevé, avec le Moufquet
tourné fur l'eau. La
premiere Compagnie fit ſa
décharge lors qu'elle vit approcher
le Daiz. Les Tambours
à genoux marquerent
par le redoublement
& le
bruit confus de leur baterie
leur refpectueufe
adoration
pendant que le Daiz paffa ,
enfuite dequoy l'autre Compagnie
fit une feconde falve.
16 MERCURE
La Proceffion ayant repaffé
par le Quay des Balcons deyant
le Pont de Pierre , y fut
faluée de la mefme forte par
deux autres Compagnies , &
s'arrefta encore une fois au
Repofoir de Mile Procureur
General , oùla meſme Symphoniefe
fit entendre . Vous
remarquerez dans cette action
deux choſes fort particulieres.
Rien n'édifie davantage
que de voir le Daiz
porté par quatre Officiers
d'Armée dans une folemnité
de Paroiffe ; mais fi cela eft
nouveau
, ces marques
de
GALANT. 17
pieté nous ſurprendront- elles
, quand le Souverain en
donne par tout de fi grands
exemples : Il eft auffi fort
nouveau que des Compagnies
aux Gardes foient rengées
en haye dans des Lieux
où Sa Majesté n'eſt pas. Cela
fait connoiftre qu'Elle ne
refuſe rien , lors qu'il s'agit
de la gloire du Maiſtre des
Souverains.
C'eft dans cetteveuë que ce
grand Prince ayant fçeu que
quelques- uns des plus ob.
ftinez Religionnaires , non
feulement
empefchoient les
Juin 1682.
B
18 MERCURE
autres de fe convertir , mais
qu'ils leur infpiroient le deffein
de fortir hors du Royaume
avec leurs Familles , a fait
publier depuis peu de jours
une Déclaration, portant défences
aux Gens de Mer &
de Meftier nez fes Sujets ,
d'aller s'établir dans les Païs
Etrangers fous peine de pu
nition contre les Chefs de Famille
qui feront furpris , &
d'amende contre ceux qui
auront favorifé leur fortie.Ôn
par là que le Roy
peut
voir par
n'a point de plus forte paf
fion que de voir laVerité réü
GALANT: 19
nir tous ceux que les erreurs
de Calvin ont féparez de l'Eglife.
Leur Party s'affoiblit
fort , & c'eft là- deffus que
M' Ranchin de Montpellier
a remply les Bouts- rimez de
M' Mignon. Je vous envoyé
fon Sonnet.
SUR LE SOIN QUE
prend le Roy de bannir l'Hé .
refie de fon Royaume.
L
'Heréfie autrefois plusfuperbe
qu'un Pan,
Eft enfin à la chaîne ainſi qu'une
Guenuche.
Le Grand LOV IS, malgré les rufes
de Satan,
Bij
20 MERCURE .
La rend parfes Edits plus fouple que
la Pluche .
Sa
La Biche a moins d'ardeur à retrouver
Son Fan,
Qu'il n'en a de nous voir ensemble
en mesme Ruche ,
Quittant pour ce Projet qui l'occupe
tout l'An ,
Celuy d'allerporterfes Loix où naift
Autruche.
sa !
Revenez, Dévoyez, & le Ciel vous
eft hoc.
Vous aurez l'amitié de LOVISfur
le
troc;
Voyez que du Party toûjours quelqu'un
dé-niche .
Sz
L'Eglife vous appelle, & vous conjure
Par
GALANT. 21
Ce Champ mal cultivéquevous laiſſez
en friche,
De rentrer dans fonfein fans Si,
fans Mais,fans Car.
Il n'y a rien de plus agréa
ble que le Provençal , fur
tout quand c'eft une Femme
qui le parle. Voyez , Madame,
fi vous l'aimerez dans
ce Sonnet. Ileft de M'l'Abbé
de Cary.
SONNET PROVENCAL
fur les Bouts-rimez de Pan.
F
Aire entendre per tout lou Parrapata.
pan,
Sijuga d'au Lion coumo d'uno Guenucho,
22 MERCURE
Eftre amat como un Dion, & crench
como Satan ,
Jufquos eis bords glaſfars, donte ven
la Pelucho;
Se
Rire de l'Enemy , quandfeis Explois
Lou fan
Fondré comoun Eiflame, quadſonerte
de la Ruche ,
Combatré Hyver, Stiou, & trionfa
tout l'Ân,
Tenir l'Aiglo plus bas
voete l'Autruche,
S&
que noun
En tout temps, en tou luec, s'y faire
dire d'hoc,
Aver ço qu'és de drech, fenfo perto
ny troc,
Es co que moun Reyfa, lors que la Pas
dé-nicho.
GALANT. 23
SS
Din lou monde atamben con noun a
pafoun Par,
Eoupou mettre quand vou cent Provinços
en fricho,
Parço quefa valour es l'appuy de
Son Car.
En voicy deux autres encor
fur les meſmes rimes ,
mais fur diférens ſujets. L'un
eft de M' l'Abbé le Laboureur
, & l'autre m'a eſté envoyé
fous le nom de l'Habitant
en efprit du Pré Saint
Gervais.
24 MERCURE
SUR LE BONHEUR
de la Vie champeſtre.
H
Eureux qui prévenu desplaifirs
du Dieu Pan,
Ne diftingue en fon coeur ny Belle,
ny Guenuche,
Et qui de tous coftez invincible à
Satan,
Ne cherche qu'en fes Prez le Velours
& la Pluche !
Se
Si parmy fes Troupeaux il compte un
nouveau Fan,
Si de Fruits fon Jardin , de Miel
s'emplitfa Ruche,
Et qu'une ample Moisson vienne à
couronner l'An ,
Il porte peu d'envie aux dépouilles
d'Autruche.
De
GALANT. 25
S &
De l'Esprit & du Corps il tient le
repos hoc;
Content de fa fortune, il n'en veut
point de troc,
Etfe borne aisément fansfortir de
fa Niche.
Sa
L'Innocence eft pourluy leplusferme
Rem-par,
Il ne craint
Ennemis, ny Voleurs,
pourfon friche,
Sous un Roy dont la Terre adore le
grand Car..
SUR UN
JARDIN
de
Campagne
.
Q
dignede
Pan,
Ve j'aime ce fardin ,fejour
certain jeune Objet qui n'a rien
de
Guenuché,
Juin 1682. C
26 MERCURE
Tranquile , loin du bruit, à couvert
de Satan ,
Pourfaire la Bergere , aime à quiter
la Pluche !
Là le chant des Oiseaux égayroitjuf .
qu'au Fan ,
L'Abeille ne voit rien de meilleur
pourfa Ruche,
Etmefme en lafaifon laplus trifte
de l'An
On s'y vientprocurer lafanté d'une
Autruche .
Sa
Il eft des Promenoirs où l'ombre eft
toûjours hoc,
Deffus une Terraffe on enpeutfaire
troc,
L'Oranger, le Fafmin , y regne en
mainte Niche.
GALANT. 8 27
S&
Ah, fi l'aimable Dieu que
l'on
peint
en Pou- par,
Veut enfin que le coeur de Philisfe
défriche ,
Qu'ill'attaque en ces lieux, & quand
j'yferay, Car...
La Ducheffe d'Eftramene
a la deftinée des Livres heureux.
On prend party pour
& contre , & elle fert d'entretien
dans les Compagnies
que l'on croit le plus en droit
de décider fouverainement
de la beauté des Ouvrages.
Les uns l'attaquent fur les
fentimens extraordinaires ,
quoy qu'exprimez vive-
Cij
28 MERCURE
ment. Les autres forcez d'en
admirer les penſées , fe retranchent
fur le ſtile qui leur
paroift trop ferré , & en general
on n'y trouve des défauts
, que parce qu'il eſt
impoffible de rien faire de
parfait. L'Autheura bien lieu
d'eftre content qu'on examine
fon Livre avec un peu
de rigueur , puis que cette
forte d'examen ſevere eft une
marque certaine de l'eſtime
qu'on en fait. J'ay peine
auffi bien que vous à croire
qu'il foit entierement d'une
Dame. C'eft cependant au
GALANT. 29
nom d'une Dame qu'on m'écrit
la Lettre dont je vous
fais part
. Comme
elle
fert
de
Réponce au Cavalier qui a
commencé d'expliquer fes
fentimens , je luy en ay envoyé
une Copic fuivant l'adreffe
qu'il m'avoit marquée;
& s'il tient parole, je dois recevoir
dans peu de jours la
fuite de fa Critique. Lifez cependant
ce qu'on répond à
fes premieres Remarques .
ཀྱི་
$2
C iij
30 MERCURE
Sasa2 ss2s522-2555
A L'AUTHEUR
J
DU M. G.
E n'eftois pas affez vaine ,
Monfieur, pour me flater d'avoirfait
une chofe que les Connoiffeurs
deaffent approuver.
Mais ce qui me furprend , c'eſt
que l'on ait déja cenfuré , &que
foit un Cavalier qui cenfure .
Il me croit d'un fexe qui mérite
du fien , de l'appuy & des applaudiffemens
plutoft que des corrections
; d'abord je n'ay pú
ce
GALANT. ZI
concevoir qu'un Homme , dont
l'esprit paroît fi délicat , & qui
fçait dire tant de douceurs , fust
capable de découvrir des défauts.
Fen conferve neanmoins peu de
reffentiment. Les Femmes pour
l'ordinaire font plus fenfibles aux
éloges qu'aux blâmes, parce qu'-
elles croyent toujours bien plus
mériter les unes que les
autres ,
& en faveur des louanges qu'il
me donne , j'oublie affezfes cenfures
pour luy rendre lajustice qu'on
luy doit. Il s'exprime bien . Il
penſe heureufement. Je le croy
Homme connoiffant le monde. Je
croy galant ; & s'il m'est le
C iiij
32 MERCURE
permis depenétrerjufqu'à fes def
feins , je croy luy eftre obligée
de ce qu'il a écrit de moy, t)
qu'il n'en a dit du mal que pour
paroistre moins fufpect fur le
bien qu'il en dir. Ce qui me
donne cette opinion, c'eſt qu'il n'a
dit du mal que fur les endroits
faciles à juftifier.
Il reproche à Mademoiſelle
d'Hennebury de s'eftre mariée à
un Homme qu'elle n'aime point,
malgré l'engagement qu'elle avoit
avec un autre. Acela , la réponce
est aisée. Ce n'est plus une..
chofe cachée que l'Hiftoire n'eft
point Angloife ; bien que je
GALANT. 33
nefçache point par quelfecret on
quelle infidelité on a déja efté
inftruit de la veritable Scene , il
eft certain que depuis la derniere
Gazette d'Hollande du dernier
mois, on fçait que l'Avanture eft
de noftre Cour. Ainfi le Critique
n'a point dû s'attacher à des
vray femblances, puis qu'elle ne
contient rien qui ne foit de fait,
& quand elle feroit une pure
Fable , c'eft à dire une pure invention
qui doit eftre conduite
fur le poffible & le vray-femblable
, peut- eftre y a-t-on don
né des couleurs affez naturelles,
pour eftre crue une chofe entie34
MERCURE
rement vraye Je demeure d'accord
que ce que fait Mademoifelle
d'Hennebury eft extraordi
naire; mais il ne le feroit pas, s'il
eftoit fouvent des Perfonnes de
fon humeur. Ce n'eftoit pas
fon action qu'il faloit examiner,
c'estoit fon caractere que je
n'aypas prétendu exempt defoibleffe;
& fifon caractere eft poffible
,fon action a efté neceffaire.
Quelque extravagance
qu'il paroffe
y avoir d'abord à penser
mefme qu'une Femme puiſſe quitter
un Homme qu'elle aime, pour
un autre qu'elle n'aime point , la
chafe peut changer de face par
GALANT. 35
un détail de fentimens , d'incidens,
de raifons & de moyens.
Ainfi il ne faut pas toujours dire
qu'une chofe n'a pû arriver, parce
que la propofition, quand elle est
nuë & generale, en paroist folle
& impoffible. Rien au monde
eft - il plus contraire à la vrayfemblance
, que de dire qu'une
Mere tue fon Enfant pour s'en
nourrir ? Cependant fi un Autheur
a l'adreffe de bien dépeindre
les malheurs d'une preffante
famine dans une Ville affiegée ;
Ji apres avoir bien fait combattre
l'amour d'autruy avec l'amour
propre , il fçait encor donner à
36 MERCURE
celuy- cy l'avantage fur le premier,
on ne doutera point que
lachofe n'ait efté effective . L'application,
Monfieur, eft aifee; &
je croy m'eftre affez expliquée,
pour vous faire entendre par
quelles raifons je pretens juftifier
l'action de Mademoiſelle d'Hennebury.
Fe le repete , Monfieur , je
eroy que celuy qui a écrit eft
de mes Amis, dans cette
opinion je meperfuade que je ne
hazarde rien à confentir qu'il
continuefes Remarques. Neanmoins
fi je me trompe , & s'il a
quelque chofe à remarquer où l'on
GALANT. 37
ne pût pas répondre , il me fera
grace de ne pas examiner trop
Severement ces fortes d'endroits.
Je m'aime affezpour ne vouloir
point paroiftre avec mes défauts,
du moins avec des défauts inexcufables
; & puis qu'on me demande
mon confentement , on me
pardonnera fi en ce cas je ne con-
Jens à rien. On excufera bien
cette vanité dans un Šexe , que
les flateries de celuy de l'Obfervateur
ont accoûtumé à préſumer
beaucoup defoy-mesme , &
il voudra bien ne point détruire
par un trait de plume cette eftiavantageuse,
que tant d'a28
MERCURE
tions éclatantes, tant de refpects ,
tant de fervices obligeans, nous
ont fait concevoir pour tous les
Hommes.
Ce n'est pas affez pour moy,
Monfieur , c'eft a dire pour une
Perfonne un peu glorieuse, que
l'on ne publie point mes fantes
par galanterie feulement &
par generofité. Je ne veux point
tout devoir à l'un à l'autre .
je feray bien aife de m'excufer
des fentimens que l'on pourroit
avoirfur la Seconde Partie.
Elle a eftéfaite enfipeu de temps
l'on avoit
par l'engagement que
pris de finir au plutoft ; on a eu
GALANT. 39
fipeu de loifir de faire des refléxions,
qu'ily auroit lieu de pardonner
de plus grands défauts
que ceux qu'on pourroit y remarquer.
Un des premiers Hom
mes de noftre fiecle, plein de vertu,
plein de mérite , & dont la
capacité & la politeffe font les
bien
que moindres
avantages
l'une luy attire tant d'admiration
dans laplus illuftre
Acadé
mie du monde , & l'autre tant
d'eftime
parmy les Perfonnes
galantes
, peut porter un témoignage
incontestable
que cette derniere
Partie a efté toute faite en trespeu
de jours. Il y a eu un autre
40 MERCURE
incident, c'eft que par le peu d'ufage
que j'ay de l'Imprimerie , ne
m'étant point refervé le foin des
Epreuves, ily eft demearédes re- .
dires desfaures affezfenfibles,
pour que l'on croye que je ne lesy
auroispas laiffées,fij'y avoisfeulement
jette les yeux. C'est,
Monfieur, ce que je vousprie de
faire fçavoir au Cavalier , qui
s'eft adreffé à vous pour
voyer fes Remarques. Agréez
en mefme temps les remercimens
queje vous fais , de la maniere
obligeante dont vous avezparlé .
m'ende
mon' Livre dans deux de vos
Lettres . Je ne dois pas en eftre
GALANT. 41
furprife, puis que vousfaites profeffion
de n'y mettre rien qui ye
foit à l'avantage de ceux dont
vous avez quelque choſe à dive.
On a eu icy nouvelles que
M' le Marquis de Saffenage,
l'un des deux premiers Ba
rons du Dauphiné , avoit é.
poufé depuis fix femainesMa
demoiſelle de S. André Virieu
. Elle eft Fille de M le
Marquis de S. André , Pre
mier Préfident au Parlement
de Grenoble . Geft une jeune
Perfonne qui fortoir du Monaftere
de Montfleury , où
Juin 1682
D
42 MERCURE
elle a toûjours efté élevée, &
qui marque infiniment de
l'efprit. L'air de douceur
qui eft répandu dans toutes
fes actions , la fait aimer
de tous ceux qui la connoiffent.
M' le Marquis de
Saffenage eft d'une des plus
illuftres & anciennes Maifons
de France , tres - confidérable
par les Emplois
que fes Anceftres ont eus
dans les Armées, & aux Gouvernemens
de cette mef
me Province . Ileft Petit- Fils
du cofté maternel de M' de
Boiffieux , quia efté Premier
GALANT. 43
Préfident en la Chambre des
Comptes , & qui s'eft rendu
fi celebre par fon éminent
fçavoir , & par les divers
Ouvrages qu'il a mis au jour.
Son Traité des Fiefs a efté
receu & admire dans tout le
Royaume. La Nôce fe fit
au Chafteau du Virieu , où
ils furent vifitez de toute la
Nobleffe des environs. La
Ville de Grenoble qui aime
naturellement fesMagiftrats,
& fur tout M' de S. André,
le zele qu'il a pour
qui
par
le
fervice
du
Roy
&
l'inté
reft
du
Public
, s'eft
acquis
Dij
44 MERCURE
une eftime generale , députa
deux de fes Confuls & une
partie des Officiers de l'Hôtel
de Ville , pour luy faire
compliment fur ce mariage .
M' Chorier Avocat de la
Ville , & Hiftoriographe de
la Province, porta la parole.
Il eft d'un mérite fi diftingué,
qu'on ne peut douter
que ce ne fuft avec grand
fuccés. La joye de cette illuftre
alliance a paru univerfelle.
Les Pennonages de la
Ville la firent éclater le 18. de
l'autre mois par le bruit des
Moufquets & par le feu des
GALANT. 45
Fufées. Ce fut une Fefte qui
attira un concours de Peuple
extraordinaire. Le lendemain
les Officiers de ces
Pennonages allerent complimenter
M le Premier
Préfident. M' Baudet leur
Colonel eftoit à leur tefte .
Je ne vous puis parler de
Grenoble , fans vous dire
quelque chofe de fon illuftre
Prélat. Il n'a d'application
qu'à chercher toûjours de
nouveaux moyens d'augmenter
les fruits qu'il fait
parmy lesPeuples , dont Dieu
luy a remis la conduite. Il
1
46 MERCURE
a préché le dernier Caréme
entier dans fa Cathédrale ,
fans s'eftre donné un jour de
repos ; & il n'y a aucune Paroiffe
dans toute l'étenduë
de fon Dioceſe , où malgré
les injures du temps , & les
difficultez des Montagnes
,
il n'aille faire toutes les
années les confolantes vifi
tes d'un veritable & zelé
Paſteur . Vous pouvez juger
avec quelle joye il y eft receu
, & combien ſa vigilance
fert à mettre l'ordre dans
tous les Lieux où il va.
Je vous envoye une FaGALANT:
47
ble de M' Daubaine. C'eft
affez vous dire , pour eftre
affuré que vous
que vous la lirez avec
plaifir.
522-52SS 52222-5252
LE ROSSIGNOL
ET LE MILAN.
FABLE.
N Roffignolfe trouvantfous
UNla
pate
D'un Milan, Befte fcelerate,
L'Attila des petits Oyfeaux;
Ah, ne me mangez pas, luy dit-il
d'un airtendre.
Sur moy que trouvez -vous
prendre?
à
48 MERCURE
nepuis feulement vous fournir
deux morceaux
;
Et fi vous le voulez , je vais vous
faire entendre
Tout ce que la Mufique a de plus
merveilleux .
Pour vous- mefme, Seigneur, con
fervez- moy la vie,
De bon coeur je conſens à vous
fuivre en tous lieux.
Plus de chagrins pour vous, plus
de mélancolie.
Voyez ce que je vaux, voyez
quoy je fers.
à
Autant de fois que vous prendra
l'envie
D'avoir le plaifir des Concerts,
Je vous le donneray ; ma douce
Z mélodie
Pour cela feule me fuffit.
Scule elle vaut l'Opéra de Per-
Lée.
GALANT. 49
Jamais Gafcon eut- il une tellepenfee?
A tout cela le Milan répondit.
Voſtre Mufique eft fans pareille;
Vous comparer Lully , ce feroit
fe
moquer;
Mais mon plaifir n'eſt point le
plaifir de l'oreille ,
Et partant, noftre Amy, je prétens
vous croquer.
Là - deffus il l'étrangle, &puis legobe
enplume,
Carfaire du Rofty n'est pas une coûtume
Dont jamais les Milans fe foient
voulu piquer.
SZ
C'est toutde bon ,jeune Climene,
Te fuis tombé dans vosfilets;
Ou, pour parler en des termes plus
nets,
Juin 1682.
E
50 MERCURE
Et que l'on entendefanspeine ,
Pour vous je commence àfentir
Ce que l'amour infpire de plus tědre;
Mais tout d'un coup vous mefaites
comprendre
A quoy cela
cela peut aboutir.
I'ay beau du Roffignol emprunter le
langage,
l'ay beau vius prôner l'avantage
Qu'on tire d'un Amant qui fçait
faire des Versi
I'ay beau dire qu'à l'Univers
Les miens feroientfçavoir combien
vous eftes belle,
Helas! c'eft ne vous rien offrir.
Vous n'en eftes pas moins cruelle,
Ie le vois bien , ilfaut mourir.
Vous croyez peut - eftre
que les Amans ne veulent
mourir qu'en Vers, & qu'on
GALANT. 51
n'en voit point qui prennent
cette réfolution , fi ce n'eft
dans une Fable. Il m'eft aifé
de vous détromper , en
Vous apprenant
une Avanture,
que des Perfonnes tresdignes
de foy vous affureront
eftre veritable . Unjeune
Marquis à qui fa naiſſan
ce & ſes belles qualitez donnoient
entrée chez les Perfonnés
les plus confidérables
du beau Sexe , voyoit la plûpart
de celles qui paffoient
pour eftre aimables , fans
aucun péril pour fa liberté.
Il eftoit fort délicat fur le
E ij
52 MERCURE
vray mérite ; & comme en
examinant toutes les Belles,
il leur trouvoit des défauts
dont il ne pouvoit s'accommoder
, quelques fréquentes
attaques qui luy fuffent
faites , il n'avoit aucune peine
à ſe garantir des ſurpriſes
de l'amour. Apres que fon
coeur cut efté longtemps oifif,
le moment vint où il
trouva dequoy l'occuper. Un
Homme de qualité faiſant à
la Cour fort bonne figure ,
alla fe marier en Province à
une riche Heritiere d'une
Mailon tres- connuë , & un
GALANT. 53
mois apres il l'amena à Paris.
Elle n'eftoit point de ces
Beautez régulieres , dont la
Nature femble avoir pris peine
à finir les traits ; mais elle
avoit un air fi piquant , &
tant d'agrément eftoit répandu
dans fa perfonne &
dans fes manieres, qu'il eftoit
prefque impoffible de n'en
eftre pas touché . Elle ne fut
pas fi - toft arrivée , que l'on
s'empreffa de tous coftez à
l'aller congratuler ſur fon
mariage. Le jeune Marquis
fut un des premiers , dont elle
receut les complimens. Il
E iij
54 MERCURE
alla chez elle plein de cette
confiance qui luy avoit toûjours
fi bien réüffy ; & quoy
qu'il fuft frapé tout à coup
en la voyant , & qu'il fentit
ce trouble fecret , qui eft le
préfage d'une grande paf
fion , il crut avoir effuyédes
occafions plus
dangereuſes,
& qu'apres un examen un
peu férieux , fa raiſon plus
libre le maintiendroit
dans
l'indépendance
, où il s'eftoit
toûjours confervé. Il s'attacha
donc à étudier cette charmante
Perfonne ; mais foit
que fon coeur trop prévenu
GALANT. 55
luy cachaft en elle ce qu'il
voyoit dans les autres , foit
que l'habitude qu'on prend
en Province d'une vie plus
retirée , luy euft acquis une
droiture d'efprit qui luy laiffaft
ignorer ce que c'est que
fourbe & que tromperie
plus il voulut la connoiſtre ,
plus cette application luy
découvrit un mérite dégagé
de tout défaut. Elle parloit
jufte , donnoit un tour agréa
ble à tout ce qu'elle difoit,
& avoit fur tout des honneftetez
fi engageantes , qu'il
ne faut pas s'étonner fi en
E iiij
56 MERCURE
peu de temps elle eut une
groffe Cour. Le jeune Marquis
qui alloit fouvent chez
elle , ne fut pas fâché d'y
trouver la foule . Elle empefchoit
qu'on ne remarquaft
l'empreffement de fes
foins ; & il eſpera d'ailleurs
qu'ayant l'eſprit fin & délicat
, il brilleroit davantage
parmy un nombre de Gens
quine débitant que des lieux
communs, eftoient incontinent
épuifez. L'impreffion
que fit fur fon coeur le mérite
de la Dame, luy fit cor
noiſtre en fort peu de temps,
GALANT. 57
que ce qu'il fentoit pour el
le eftoit de l'amour , mais ce
mérite avoit un charme fi
attirant, qu'il eftoit contraint
d'applaudir luy-mefme à fa
paſſion ; & quand il n'euſt
pas voulu s'y abandonner , il
eftoit de fa deſtinée de s'y
foûmettre , & tous les efforts
qu'il cuft pû faire pour s'en
garantir auroient efté inu
tiles. Cependant
, pour ne
négliger aucun remède dans
la naiſſance du mál, il ſe pri
va quelques jours du plaifir
de voir la Dame , & la longueur
de ces jours luy fur Gfi
$8 MERCURE
(
infupportable , que tous les
plaifirs fembloiet eftre morts
pour luy. La Dame qui efti
moit fon efprit, & qui s'eftoit
apperceuë que les dernieres
converfations qu'elle avoit
euës avec ceux qui la voyoiét
ordinairement , n'avoient
pas efté fi vives , parce qu'il
avoit manqué de s'y trouver,
luy reprocha fa déſertion en
le revoyant , & ce reproche
qu'elle luy fit d'une maniere
fine & fpirituelle , acheva
de le réfoudre à luy
donner tous les foins. Ce
n'eft pas qu'en s'attachant
GALANT. 59
à l'aimer, il n'enviſageaft la
témerité de fon entrepriſe. Il
la connoiffoit d'une vertu
délicate , que les moindres
chofes pouvoient effrayer ;
& dans les fcrupules où il la
voyoit fur l'intéreſt de fa gloire,
il avoit peine à comprendre
comment il pourroit luy
parler d'engagement ; mais
quoy qu'il ouvrit les yeux
fur le péril du naufrage ,
il ne laiffa pas de s'embarquer.
L'amour diffipoit
fes craintes , & les miracles
qu'il fait tous les jours fur les
coeurs les moins fenfibles ,
60 MERCURE
1
luy en faifoient attendre un
pareil . Pour moins hazarder
il crût à propos de prendre
un air libre qui l'autoriſaſt à
expliquer un jour à la Dame
fes plus fecrets fentimens.
Il luy difoit quelquefois d'une
maniere galante & toute
agréable , qu'elle ne connoiffoit
pas la moitié de fon
mérite. Quelquefois il s'avifoit
de luy trouver de nouveaux
brillans qui le faifoient
s'écrier fur fa beauté; & en
luy difant devant tout le
móde qu'on hazardoit beaucoup
à la voir, il croyoit l'acGALANT.
61
coûtumer infenfiblement à
luy permettre de faire en particulier
l'aplication de ce qu'il
fembloit n'avoir dit qu'en
general. Un jour qu'il eftoit
feul avec elle , apres avoir
plaiſanté ſur une Avanture
de Gens qu'elle connoiffoit,
il luy dit avec cet air libre
& enjoüé, dont il s'eftoit fait
une habitude , qu'il s'étonnoit
qu'il puft s'aimer af
fez peu pour venir toûjours
fe perdre en la regardant. La
Dame d'abord ne repouffa
la douceur qu'en luy répondant
qu'il eftoit fou ; mais
62 MERCURE
il ajoûta tant d'autres chofes
, qui faifoient entendre
plus qu'on ne vouloit , & il
jura tant de fois, quoy que
toûjours en riant , qu'il ne
difoit rien que de veritable,
qu'elle fut enfin forcée de
prendre ſon ſérieux , & de
luy marquer en termes fort
clairs , qu'il ne pouvoit eſtre
de fes Amis, s'il ne changeoit
de conduite
. Le Marquis
luy repliqua, que la qualité
de fon Amy luy feroit tresglorieufe
; qu'il fçavoit trop
la connoiftre , & fe connoître
luy- mefme , pour en ofer
GALANT. 63
fouhaiter une autre ; mais
qu'il eftoit impoffible qu'il
vécut content, fi elle ne luy
faifoit la
grace
de le rece
voir pour fon Amy de diſtin-
&tion . La Dame que fa
vertu
rendoit tres-peu diftinguante,
répondit d'un ton fort fier,
qu'elle ne croyoit devoir
diftinguer les Gens que par
leur refpect & par leur fagef
fe; & que quand il n'oublie
roit pas ce qu'il luy devoit ,
peut- eftre voudroit- elle bien
le fouvenir qu'il n'eftoit pas
fans mérite. Cette réponſe,
qu'elle accompagna d'un re64
MERCURE
gard fevere, déconcerta
le
jeune Marquis. Il vint du
monde , & quoy qu'il puft
faire pour le remettre l'esprit,
il demeura
dans un embar
ras qui l'obligea
de ſe retirer.
Les refléxions
qu'il fit
furent cruelles . Il avoit le
coeur remply du plus violent
amour que l'on cuſt jamais ;
& loin que la fierté de la Dame
luy aidaſt à l'affoiblir , il
entroit dans les raiſons qui
l'avoient portée à luy offer
l'efpérance
. Cette conduite
redoubloit
l'estime qu'il avoit
pour elle, & plein d'adGALANT.
65
miration pour fa vertu , ne
pouvant la condamner,quoy
qu'elle fuft caufe de toutes
fes peines, il fe trouvoit comme
afſujety à la paſſion qui
le tourmentoit. La neceffité
d'aimer, & la douleur de fçavoir
qu'il déplaifoit en aimant
, le firent tomber dans
une humeur fombre qui fut
bientoft remarquée de tous
ceux qui le voyoient. Ce
n'eftoitplus cet Homme enjoüé
, qui tant de fois avoir
efté l'ame des plus agréables
converfations. Le trouble &
l'inquiétude eftoient peints
Juin 1682.
F
66 MERCURE
fur ſon viſage . Il révoit à
tous momens , & il y avoit
des jours où l'on avoit peine
à l'obliger de parler. Ce chan
gement ayant furpris tout le
monde , chacun cherchoit
ce qui l'avoit pû caufer , & il
apportoit de fauffes raiſons
pour empefcher qu'on ne
devinaſt la veritable. Il n'y
avoit que la Dame qui fe
gardoit bien de luy demander
ce qu'elle eftoit fâchée
de fçavoir ; & quand quelquefois
on le preffoit devant
elle d'employer quelque remede
contre le chagrin qui
GALANT. 67
Г
le dominoit, elle difoit que s'il
fuivoit fes confeils, il iroit faire
voyage ; qu'en changeant
de lieux , on changeoit fouvent
d'humeur , & que rien
n'eftoit plus propre à guérir
de certains maux, que de promener
les yeux fur des objets
étrangers , qui par leur diverfité
ayant dequoy occuper
l'efprit , en banniffoient
peu à peu les triftes images
qui le jettoient dans l'abatement.
Il n'entendoit que trop
bien ce qu'elle vouloit luy
dire , & il s'eftimoit d'autant
plus infortuné , qu'en luy
Fij
68 MERCURE
confeillant
l'éloignement ,
elle luy faifoit
paroiftre que
fon abfence la toucheroit
peu . Il n'ofoit pourtant s'en
plaindre , parcequ'il n'euft pû
le faire fans parler de fon amour,
& que la crainte de
l'irriter tout- à-fait , eſtoit un
puiffant motifpour le retirer.
Enfin apres avoir bien fouf
fert & s'eftre longtemps contraint
à fe taire, il luy dit que
la raifon l'avoit remis dans
l'état où elle pouvoit le fouhaiter,
que bien loin d'exiger
d'elle aucune amitié de préference,
comme il avoit eu le
GALANT. 69
malheur de luy déplaire , il
ſe croyoit moins en droit
que tous les autres Amis, de
prétendre à fon eftime ; &
qu'afin de reparer une faute
qu'il avoit peine luy meſme
à fe pardonner , il luy proteftoit
qu'il n'attendroit jamais
d'elle aucun fentiment
dont il puſt tirer quelque
avantage. La Dame luy témoigna
qu'elle eftoit ravie
qu'en changeant de fentimés
, il vouluſt bien ne la pas
réduire à le bannir de chez
elle ; mais elle fut fort furpriſe,
quand apres l'avoir af70
MERCURE
furée tout de nouveau qu'il
n'afpiroit plus à eftre aimé , il
la conjura de luy accorder
un foulagement qui ne pouvant
intéreffer fa vertu, pouvoit
au moins luy rendre la
vie plus fuportable . Ce foulagement
eftoit d'ofer luy
dire , fans qu'elle s'en offenfaft
, qu'il avoit pour elle la
plus violente paffion, & que
faifant confifter tout fon bonheur
dans le plaifir de la
voir , il luy confacroit le
plus fincere & le plus reſpetueux
attachement qu'elle
pouvoit attendre d'un HomGALANT.
71
me , qui ne conſervant aucune
prétention , l'aimoit
feulement parce qu'elle avoit
mille qualitez aimables. La
Dame ayant repris ſon air
férieux, luy dit avec une nou
velle fierté , qu'on ne luy avoit
jamais appris à mettre
de diférence entre fouffrir
d'eftre aimée , & avoir deffein
d'aimer ; & qu'eftant fort
éloignée de fentir fon coeur
dans ces difpofitions , elle fe
verroit contrainte
de rompre
avec luy entierement , s'il
s'obſtinoit à no rrir un fol
amour , que mille raifons
72 MERCURE
avoient dû luy faire étein
dre. Il fit ce qu'il pût pour
la fléchir , & il la trouva inéxorable
. Il luy parla de la
mefme forte en deux ou trois
autres occafions , attaché
toûjours à ce faux raiſonnement
, que ne demandant
aucune correfpondance , il
pouvoit luy dire qu'il l'aimoit
fans qu'elle euft lieu de
s'en plaindre. Il receut encor
les mefmes réponces ; & enfin
la Dame luy défendit ſi
abfolument de luy parler jamais
de fa paffion , qu'il luy
répondit avec les marques
d'un
GALANT. 73
d'un vray defefpoir, qu'illuy
feroit plus aifé de renoncer
à la vie ; qu'il en fçavoit les
moyens , & que quand le
mal feroit fans remede , elle
auroit peut- eftre quelque dé
plaifir d'en avoir cfté la cau .
fe. La Dame luy repliqua
froidement
que fi la joye de
mourir avoit dequoy le tou
cher , il pouvoit le fatisfaire,
& qu'elle eſtoit laffe de luy
donner d'utiles confeils . Il
fortit outré de ces dernieres
paroles , & fe mit cn tefte
de luy arracher au moins en
mourant une fenfibilité, dont
Juin 1682.
G
74 MERCURE
tout fon amour n'avoit pû le
rendre digne. Il s'encouragea
le mieux qu'il pût ; & fe
fentant de la fermeté autant
qu'il crût en avoir beſoin , il
fe rendit deux jours apres
chez la Dame à onze heures
du matin. Il choifit ce temps
pour la trouver feule , & dans
la crainte qu'elle ne le renvoyaft
s'il la faifoit avertir ,
il monta tout droit fans la demander
jufqu'à fon Appartement.
Il n'y rencontra que
la Suivante , qui luy dit que
fa Maiftreffe eftoit allée à
l'Eglife , qu'elle en reviendroit
J
GALANT. 75
incontinent, & qu'il pouvoit
choifir de l'attendre , où de
ly aller trouver. Il prit ce
premier party , & commençant
à marcher dans la
Chambre de la Dame avec
•
l'action d'un Homme qui
méditoit quelque choſe , il
s'attira les regards de cette
Suivante, qui remarqua dans
fes yeux un égarement qui
la furprit. Elle fortit de la
Chambre , voyant qu'il ne
parloit point , & fe mit en
lieu d'où il devoit luy eftre
facile d'obferver ce qu'il feroit.
Apres qu'il eut encor
G
ij
76 MERCURE
marché quelque temps , il
s'arrefta tout d'un coup tenant
ſa main fur fon front ,
& révant profondement . Enfuite
elle luy vit tirer un Poignard
, & le mettre nud fous
la Toilete. La frayeur qu'elle
cut penfa l'obliger à faire un
cry; mais fçachant la chofe,
elle demeura perfuadée qu'il
n'en pouvoit arriver de mal ; &
il luy parut qu'il valoit mieux
ne rien dire. Dans ce mefme
teps on entendit rentrerleCaroffe,
& auffitoft elle vint dire
au Marquis que fa Maiſtref
fe arrivoit. Le Marquis eftant
GALANT 77
forty de la Chambre pour luy
préſenter la main ſur l'Eſcalier,
la Suivante prit ce temps
pour le faifir du Poignard ;
je- ne- ſçay- quel mou- & par
vement , trouvant un Buſc
fur la Table , elle le cacha
fous la Toilete , au mefme
lieu oùle Poignard avoit efté
mis. La Dame entra dans fa
Chambre , & entretint
Marquis de quelques nouvelles.
Il eut la force en luy
répondant , de luy déguifer
fon trouble ; & la Suivante
eftant fortic fur quelque ordre
que luy donna fa Maî-
G iij
8 MERCURE
pour
treffe , il ſe mit à fesgenoux,
la conjurant de nouveau , &
la derniere fois , de ne
point pouffer fon deſeſpoir
aux extrémitez , où il craignoit
qu'il n'allaſt La Dame
appréhendant qu'on ne
le furprift dans cette poſture,
le fit relever d'autorité abfoluë
; & quand il vit que
fans s'émouvoir de ce qu'il
luy proteftoit qu'il eftoit capable
de fe tuer , elle appelloit
fa Suivante le metpour
tre hors d'état de continuer
fes plaintes , tout hors de
luy- mefme , & ne fe poffeGALANT.
79
2
dant plus , il courut à la Toilete
, prit le Bufc qu'il y trouva
, & s'en donna un coup
de toute fa force , ſans s'appercevoir
que fon Poignard
avoit efté métamorphofé
.
La Dame furpriſe de ce
coup de Bufc , ne fçavoit
que croire d'un tranſport fi
ridicule. Cependant elle le
vit tomber à fes pieds . Son
imagination
vivement frapée
du deffein de fe tuer ,
avoit remüé tous fes efprits;
& ne doutant point qu'il ne
fe fuft fait une bleffure mortelle
, il perdit la connoiſſana
G iiij
80
MERCURE
ce & refta longtemps évanoüy.
La Suivante entra dans
ce moment , & ne ſe pût
empefcher de rire de voir le
Marquis en l'état ou il eſtoit,
La Dame ne fongea qu'à l'en
tirer , & ne voulut appeller
perfonne , afin d'étouffer la
choſe dont on euft pû faire
des contes fâcheux , fi elle
euft fouffert qu'elle cuft éclaté.
Enfin il revint à luy
apres quelque peine qu'on
prit pour cela. Il pria d'abord
qu'on le laiſſaſt mourir
fans fecours ;
furquoy la
Dame luy dit qu'il aimoit la
GALANT. 81
vie plus qu'il ne penfoit , &
qu'il pouvoit s'affeurer de
n'en fortir de longtemps, s'il'
ne vouloit employer qu'un
Bufc pour fe délivrer de fes
malheurs . Il crût que la Dame
, pour mieux l'infulter ,
affectoit la raillerie , & chercha
le fang qu'il devoit avoir
perdu. Il n'en trouva point,
& moins encor de bleffure.
Il s'eftoit donné le
coup de
fi bonne foy, qu'il ne pouvoit
revenir de fa furpriſe. Il
demanda par quel charme
on l'avoit fauvé de ſon deſeſpoir
; & la Dame qui eftoit
82 MERCURE
bien éloignée de comprendre
qu'il euft voulu fe tuer
effectivement, luy ayant marqué
qu'elle n'aimoit point
de pareilles Scenes , la Suivante
ne luy voulut pas ofter
la gloire qu'il méritoit par
fa courageuſe réſolution de
tourner fon bras contre luymefme.
Elle montra le Poignard,
& raconta ce, qu'elle
avoit fait. Le Marquis fut fi
honteux de l'avanture du
Bufc, qu'eftant d'ailleurs accablé
par les reproches que
luy fit la Dame d'un emporr
tement fi extravagant, il fe reGALANT.
83
tira chez luy fi -toft qu'il fut
en état de s'y conduire. La
neceffité où il fe trouva de ne
la plus voir , luy fit prendre
le deffein de s'éloigner , &
pour en tirer quelque mérite
, il ſe réſolut à voyager,
afin qu'elle puft connoiſtre
que mefme en ſe banniffant,
il s'attachoit à fuivre fes ordres.
Il eft arrivé à Rome,
où il prétend demeurer affez
longtemps pour fe guérir de
fa paffion.
L'Air nouveau qui fuit, ne
peut manquer de vous plaire.
Il eft de l'illuftre Autheur
(
84 MERCURE
dont je vous en ay fouvent
envoyé. Je me fouviens de
vous avoir dit qu'il devoit
donner un Livre nouveau
1
d'Airs gravez , ayant pour
titre , Second Mélange. Il fe
vend préſentement au Palais
avec les autres Livres d'Airs
gravez. Ce dernier fait le
dixiéme.
AIR NOUVEAU.
E
N vain Tireis s'efforce de
meplaire.
En vainfespleurs, fes regards, fes
Soupirs,
Rangent defonparty mes plus tendres
defirs.
GALANT. 89
Helas, Amour,je ne puis me défaire
D'une raiſon importune &fevere
Qui me défend de goûter tes plaifirs.
Un galant Homme qui
fçait auffi bien aimer que
faire des Vers, s'eft plaint du
peu de fuccés de fon amour,
par deux Madrigaux que
j'adjoûte icy. Voyez s'il a
mérité qu'on le réduiſe à ſe
plaindre.
I
MADRIGAL.
Ris confentirait, dit-elle, à s'engager,
Si l'on pouvoit trouver unfidelle
Berger,
86 MERCURE
Quelpréuxte elle donne à fon indiférence
!
Devroit- elledouter de ma fincerité?
Cinq ans d'amour, de foins, & de
perfeverance,
Sont d'affez feûrs garands de ma
fidclité.
AUTRE MADRIGAL.
E Lle me défend de la voir,
La cruelle Beauté, dont j'adore l'empire,
Et malgrémon coeur quifoûpire,
J'obeis, & m'enfais un funefte de
voir,
Trop heureux dans mon defefpoir,
Si mafoûmiſſion extréme
Peut luyprouver combienje l'aime.
On ne s'eſt pas ſeulement
GALANT. 87
fervy du Provençal pour publier
les grandeurs du Roy;
op a fait aufli un Sonnet Gafcon
fur cette meſme matiere.
Je vous l'envoye . Les rimes
de Par & Car y font employées
d'autant plus heureufement
, que ces deux
mots ſignifient Pair & Cher
en cette Langue .
SOUNET BOUT-RIMAT,
en Linguo Moundino,
A LA GLORIO DEL REY.
L
OV Rey que ran la Pax as trou…
petets de Pan,
Fa bouqua l'Enemic millou qu'une
Guenucho .
88 MERCURE
Elfa luzi la Croux oun regnabo
Satan,
Ets'abillo defer mayfouben que de
plucho.
$2
Eln'a qu'eis Encmics quefas bertuts
ly fan.
Coum'unofaio Abeille elfap rampli
fa Rucho;
Elfa maydins unjour qu'eis autres
dins toutl'an,
E coubo tout deis els pla millou qu'un
Autrucho .
$2
El pot tout ça qu'el bol, tout ço qu'el
dits es hoc,
Fren tout de bouno guerro, ejamai re
per troc ,
La bertutdins foun cor es coum odins
Sa nicho.
GALANT. 89
se
Cap d'autre Rey dambel noupot ana
del par,
Lou Royaume fens'el ferio toumbat
en fricho ,
E LOVIS es del Cel lou préfes lou
plus car.
Je me fuis informé , Madame
, de ce que vous m'avez
témoigné avoir envie de
fçavoir de feu M' l'Evefque
de Caftres , dont je vous dis
peu de chofe quand je vous
appris fa mort il y a deux
mois. Il eftoit Frere de défunt
M' Tubeuf Préfident à
la Chambre des Comptes,
que la Reyne Mere choifit
Juin 1682.
H
90 MERCURE
pour eftre un de ſes Exécuteurs
teftamentaires . C'eſt
luy qui a eu le foin de faire
achever le Val - de - Grace.
Vous en connoiffez la magnificence.
Elle fera un eternel
monument de la pieté
de cette Princeffe . La Ville
de Toulouſe conſerve un
prétieux fouvenir de ceux
que le Pere de ces Meffieurs
a laiffez à cette Capitale de
Languedoc. Le College de
Lefquille luy doit la beauté
de fes Bâtimens , le nombre
de fes Revenus, & enfin l'état
floriſſant où il eft préſenGALANT.
91
ی ل ع
tement. Leur Famille eft originaire
d'Auvergne, & alliée
à tout ce qu'il y a de confidérable
dans la Robe.
Feu M de Caftres eftoit
Docteur de Sorbonne. Il fut
Agent du Clergé , & il s'acquita
de cet Employ avec
beaucoup de capacité & de
prudence. M' le Cardinal
Mazarin l'avoit envoyé à
Rome
auparavant pour y
négotier des Affaires d'im
portance touchant la Religion
. Sa conduite eut un fuc
cés fi heureux , que ce Miniftre,
dont il mérita l'eftime
Hij
92 MERCURE
& la bienveillance , luy fit
donner deux Abbayes. On
le nomma quelque temps
apres à l'Eveſché de S. Pont.
Il fut à peine facré , qu'il remit
volontairement les deux
Abbayes, une Penfion qu'il
avoit fur la Cure de S. Sul--
pice , & un Prieuré , ne vou→
lant avoir qu'un Benéfice.
Il fit des Ordonnances , des
Rituels, des Miſſions, & un
fi grand nombre de Vifites,
que fon Dioceſe fut en peu
de temps un des mieux réglez
du Languedoc ; mais
lors qu'il commençoit à reGALANT
93
cueillir le fruit de fes peines,
il fut choify pour eftre Evef
que de Caftres. Cette tranf
lation le toucha ſenſiblemét.
Il ne pouvoit fe résoudre à
quitter un Dioceſe qu'il aimoit
d'une tendreffe vrayement
paternelle . Mais Dicu
avoit befoin de fon zele dans
celuy où il eftoit appellé.
L'Heréfie le déchiroit depuis
un long temps , & il y falloit
un Homme qui euft ſon ſçavoir
& fa pieté , pour ramener
tant de Freres égarez, &
ne faire de tous ces Diocéfains
qu'un mefme Trou
94 MERCURE
peau. Ce Prélat ne trompa
pas les efpérances qu'on avoit
conceuës de luy. Les
Temples des Prétendus Reformez
devinrent deſerts , &
en peu de temps les Converfions
furent fi nombreuſes,
qu'il fit commencer une
Eglife Cathédrale fur fes anciens
fondemens. Jugez ,
Madame , quelle joye il eut
de voir les Enfans de ceux
qui l'avoient détruite , travailler
eux-mefmes à la rebaftir.
Il ne faifoit rien dans
fon Dioceſe fans confulter
fon Chapitre. Il appelloit les
GALANT. 95
Dignitez fes Confreres , &
les Chanoines
fes Freres,
ayant pour eux une eftime
& une amitié qui répondoit
au refpect qu'ils luy rendoient.
Il a fait baftir un
Palais Epifcopal qui luy a
coufté cent mille francs , &
refufa de ceux de fon Diocefe
douze mille écus qu'ils
luy offroient pour cela . Je
ne parle point de plufieurs
Fondations qu'il a faites , &
des grands biens qu'il a laiffez
à fon Eglife. Je vous diray
feulement qu'apres l'avoir
gouvernée l'efpace de
96 MERCURE
dix- huit ans , il l'a choifie
pour fon Heritiere , n'ayant
point voulu enrichir un Neveu
du Patrimoine des Pauvres.
Il a donné fon coeur
aux Jacobins de Caftres , &
une fomme confidérable
pour baftir une Chapelle.
Ils l'ont reçeu avec de tresgrandes
marques de religion
& de pie é. Quelques
jours apres que le Chapitre
eut appris la mort , il luy fit
faire un Service des plus folemnels
dans l'Eglife Cathé
drale , Les Officiers de Juftice
, les Confuls de la Ville ,
&
GALANT. 97
•
& tous les Ordres Religieux ,
affifterent , & ce fut M
l'Abbé Vidal , Docteur de
Sorbonne , & Theologal , qui
prononça l'Oraifon Funebre.
Henry de Bourbon , appellé
d'abord Gafton de Foix,
Duc de Verneuil , Pair de
France, Comte de Baugency,
de Senlis , & de Compiegne,
Chevalier des Ordres du
Roy , & Gouverneur de
Languedoc , mourut dans
fon Chafteau de Verncüille
28. de l'autre mois en fa 82 .
année. Je ne pus vous en
Juin 1682.
I
98 MERCURE
!
rien dire la derniere fois , parce
que cette nouvelle ne fut
receuë à Paris , qu'apres que
j'eus achevé ma Lettre . Ce
Prince nâquit au mois de
Janvier 1601 & eftoit Fils du
Roy Henry IV. & de Catherine
- Henriete de Balzacd'Entragues
, Marquife de
Verneuil. Il a poffede les
Abbayes des Vaux de Bernay,
de Bonport, de Tyron,
de S. Germain des Prez , d'Orcamp,
de la Valaſſe , de Feſcamp,
& de S. Taurin d'Evreux
, & fut pourveu de l'Evefché
de Metz , dont il a
GALANT. 99
porté longtemps le titre . Enfuite
ayant efté fait Chevalier
du Saint Eſprit le premier
Janvier 1662. & receu
Duc & Pair de France le 15.
Decembre de l'année fuivante
, il prit celuy de Duc
de Verneuil , fous lequel il a
efté Ambaffadeur Extraor
dinaire en Angleterre en
1665. Il eut le Gouvernement
de Languedoc en 1666. &
ayant enfin quité tous fes
Benefices , il épouſa le 29 .
Octobre 1668. Charlote Sé
guier , Veuve du Duc de
Sully ; & Fille puifnée de
I ij
100 MERCURE
Pierre Seguier, Duc de Vil
lemor , Pair & Chancelier de
France , dont il n'a point eu
d'Enfans. Il aimoit la Chaffe
-
paffionnément . C'eſt un
exercice tres digne d'un
Prince , & dont le plaifir eft
eftimé d'autant plus honnefte
, qu'il ne peut avoir aucu .
ne méchante fuite , ce qui ne
fe trouve prefque dans aucun
autre divertiffement.
Apres la mort de ce Duc,
le Roy n'a pas beaucoup confulté
pour luy donner un
Succeffeur au Gouvernement
de Languedoc. Le mérite
GALANT. 101
de M' le Duc du Maine, qui
dans l'âge le plus tendre laiffe
découvrir les plus belles
qualitez des grands Hommes,
l'a fait choifir par Sa Majefté
pour cette importante
Charge. J'aurois de la peine
à vous rapporter tout ce
qu'il a dit au Roy, pour luy
témoigner fa reconnoiffan
ce , & pour luy perfuader
qu'il agiroit avec un zele fi
remply d'ardeur , qu'il au
roit la gloire de remplir fon
choix , & de le voir avoué
de toute la terre. Vous fçavez
déja , Madame , que ce
"
I iij
102 MERCURE
1
jeune Prince , avec tout ce
qui peut plaire aux yeux , a
dequoy furprendre par les
qualitez de l'efprit & du
coeur , les plus délicats, & les
plus difficiles. On ne peut
concevoir toutes chofes avec
plus de facilité , ny raiſonner
avec plus de jufteffe . Il
a une vivacité qui furprend
toûjours , & il y a tant de
bon fens dans tout ce qu'il
dit , que l'on eft fans ceffe
embarraffé de ce qu'on doit
le plus admirer en luy , ou
fon efprit, ou fon jugement.
Ses Maiftres font charmez
GALANT. 103
du fruit qu'il fait dans ſes études.
Les Autheurs les plus
difficiles luy font familliers ;
& rien ne luy échappe des
beautez ny des défauts qui
s'y trouvent , & dont les feules
remarques ont fait tout le
mérite de plufieurs Hommes
illuftres. Je croy vous
avoir appris dans quelque
autre occafion , que dés l'âge
de ſept ans , il en avoit
fait luy - mefme fur quelquesuns
des plus celebres Autheurs
de l'antiquité
, qu'on
a veu des Maximes de Morale
de fa façon , & qu'il a
€
I iiij
104 MERCURE
écrit des . Lettres qui firent
croire à une Dame de bon
eſprit & d'un grand diſcernement,
que ces Piéces recueillics
& imprimées eftoient le
plus agréable & le plus riche
préfent qu'elle puit offrir à
une Perfonne , que l'on
l'on peut
dire eftre en tout , la merveille
de ce fiecle , & l'ornenement
du Regne de Louis
LE GRAND . Il paroift
bien. à tout ce que nous découvrons
chaque jour dans
ce Monarque , que le Ciel l'a
creé pour luy , comme nous
voyons bien auffi qu'il a proGALANT.
105
duit tant de merveilles pour
un Prince qu'il a mis au def
fus de tout le refte des Hommes.
Je ne parleray point de
l'efprit ny du courage de M'
du Maine; de ces nobles fentimens
qui lay font fouhai
ter tout ce qui eft digne des
veritables Héros , & qui les
conduit à la gloire la plus pu
re . Je ne vous diray rien
auffi de fon bon coeur, qualité
rare dans tous les temps .
Je ne vous entretiendray pas
non plus de fa politeffe , de
fon humanité , & des manieres
honneftes, mais pleines de
106 MERCURE
diſtinction , avec lesquelles il
reçoit tout le monde . Je repéteray
feulement ce que j'ay
dit des autres prodiges de ce
Regne. Le Ciel l'a fait naître
pour Louis LE GRAND ,
& on voit en luy ce qu'en a
marqué dans une Deviſe
feu M' Douvrier.
Ajove arguit ortum.
Dans le mefme temps que
Sa Majesté donna le Gouvernement
de Languedoc
à
M ' le Duc du Maine , Elle
nomma M ' le Duc de Noailles,
Capitaine
de la Premiere
GALANT. 107
Compagnie de ſes Gardes
du Corps, & Gouverneur de
Rouffillon , Commandant
de la mefme Province de
Languedoc. Ce feroit vouloir
perdre des paroles , que
chercher
à vous marquer
la
justice de ce choix. Quand
je ne vous aurois pas déja
entretenue plufieurs fois de
M' de Noailles, la voix publique
en dit tant de chofes
glorieufes , qu'il vous feroit
impoffible de les ignorer . Un
efprit doux , une pieté ſans
fard, un zele ardent pour le
Roy , & un extréme defir
108 MERCVRE
d'obliger tous ceux qui fe
diftinguent des autres , font
des qualitez fi effentielles à
ce Duc , qu'il a fouvent rendu
des fervices aupres de Sa
Majefté , à des Perfonnes
qui ne l'en avoient point
follicité , & qui ne le connoiffoient
que parce que
ceux de fon rang font connus
de tout le monde. Mais
quand le mérite parle , M
' de Noailles ne fe taift jamais
.
Meffire Estienne Girardin
, Religieux de Sainte
Croix de la Bretonnerie ,
GALANT. 109
Prieur du Verger , a efté beny
Abbé de Beaubec le 7. de
ce mois dans l'Eglife de Saint
Victor de Paris . La Cerémors
nie fut faite par M' l'Evef
que de Perpignan , afſiſté
de M's les Abbez de la Charité
& du Buiffon . L'Affemblée
eftoit fort grande. Au
fortir de là, M' le Lieutenant
Civil fon Frere , donna un
fort grand Difné chez luy.
M' Girardin, Chanoine Régulier
de S. Victor, fit la mef
me chofe dans l'Abbaye.
M' de Vauvray , Gendre de
M' de Belinzani , Intendant
110 MERCURE
de Toulon , eft un quatriéme
Frere.
On m'a donné la Tradu-
'ction d'une Ode d'Horace,
que vous trouverez fort heureuſement
renduë. J'ay mis
au bas le nom de l'Autheur,
de la maniere qu'il veut fe
faire connoiftre.
$22:5255 52222 :5252
TRADUCTION DE LA
huitiéme Ode du ſecond Livre
d'Horace, qui commence par
Ullafijuris, &c.
J E croirois à tesfeintes larmes,
Qui trompent fifouvent tes crédules
Amans,
GALANT: III
Si quelqu'un de tesfauxfermens
Te coûtoitfeulement le moindre de
tes charmes.
Sa
Apeine tu m'es infidelle,
Qu'on voit briller en toy mille nouveaux
attraits;
Et tu ne me trompesjamais,
Que tu n'enfois, helas ! plus charmante
& plus belle.
$2
Il ne te refte rien àfaire,
Si tu veux exercer le pouvoir de tes
yeux,
Que d'abuſerdu nom des Dieux,
Apres avoir trompé les Manes de ton
Perc.
Sa
Malgré ta noire perfidie,
Mille nouveaux Amans s'engagent
fous tes Loixi
112 MERCURE
Et ceux qui l'aiment une fois,
Ne guériffentjamais de cette maladie.
Sa
Pourleurs Fils, les Meres timides
Craignent le coupfatal de tes moindres
foûriss
Et cent jeunes Beautez, pour leurs
tendres Marys,
Redoutent tes regards perfides.
E. D. C. D. M. d'Avalon .
Apres Horace , vous ne
ferez pas fâchée d'entendre
Catulle parler noftre Langue.
GALANT. 113
EPIGRAMME 93. de Catulle ,
qui commence par Lesbia mi
dicit, &c.
O
N dit que ma Maitreffe,
Partout dans fes difcours,
Se plaint, médit de moyfans ceffe,
Et cependant elle en parle toûjours.
Ah! je meure centfois ,fila Belle ne
m'aime.
Pourquoy ne lepas croire ainfy?
Je m'en plains, j'en médis, &j'en
parles de mefme;
Ah! je meurè cent fois ,fi je ne l'aime
auffy.
Juin 1682.
K
114 MERCURE
EPIGRAMME 35. du meſme
Autheur ; ou Hymne à l'honneur
de Diane, qui commence
par Dianefumus infide, &c .
JEMEunes Filles, jeunes Garçons ,
Nous qui dans nos defirs n'avons
rien de profane,
Parmy nos feux & nos Chansons,
Celebrons à l'envy les vertus de
Diane.
Se
Ouvrage charmant de l'Amour,
Déeffe, illuftre fang du Souverain
du Monde,
Toy que Latone mit aujour
Dans les Bois de Délie en Olives
féconde.
GALANT. 115
52
Depuis ce temps nosfombres Bois,
Nos murmurans Ruiffeaux, nos Flenves,
nos Montagnes,
Reconnoiffent toujours tesLoix,
Et tufais l'ornement de nos vertes
Campagnes.
Sa
Les Femmes dansl'accouchement
Implorent tonfecours , & t'appellent
Lucine,
Et l'Univers communément
Adore fous trois noms ta puiſſance
divine.
-52
La nuit, tu brilles dans les Cicuxs
Ton, cours réglant les mois, mefure
Les années.
On voit le Laboureurjoyeux,
Quand ton Aftre luy rendfes moif
Jons fortunées.
Kij
116 MERCURE
S3
Reçois nos voeux &nos amours ,
Et de quelquefaçon que par tout on
te nomme,
Soisfainte, & conferve toûjours
Les Succeffeurs d'Ancus, & laVille
de Rome.
L'Autheur de ces agreables
Traductions
, eft le mef
me dont je vous ay envoyé
plufieurs
Ouvrages
, fous le
nom du Fils d'un Auditeur
des Comptes
de Dijon . Il
s'appelle
M' Moreau
, & fut
reçeu ily a deux mois Confeiller-
Auditcur
en la Chambre
des Comptes
de Paris.
Feu M' Moreau fon Pere ,
ily
GALANT. 117
d'un mérite & d'une probité
connuë, avoit exercé la meſme
Charge pendant beaucoup
d'années en la Chambre
des Comptes de Bourgogne
; & M' Moreau fon
Frere y remplit actuellement
celle d'Avocat General avec
beaucoup d'approbation &
de gloire. Les galantes Pieces
que vous avez veuës de luy ,
ont efté faites pour une jeune
& aimable Veuve , qu'il a
enfin épousée après une conf
tance de pres de trois ans .
J'ay crû ne pouvoir mieux
fatisfaire l'envie que vous
118 MERCURE
m'avez fouvent témoignée
d'apprendre fon nom , que
l'éclairciffement que je
par
vous donne.
13
Vous avez déja fçeu que
M'Arnaud , Intéreffé depuis
longtemps dans les Fermes
genérales de Sa Majesté,
abjura , il y a plus d'un an,
la Religion Prétenduë Reformée
; mais peut - eſtre les
nouvelles publiques , qu'on
affaifonne affez ordinairement
de médiſance , vous auront-
elles repréfenté fa converfion
, comme peu fincere,
& comme faite fur des veuës
GALANT. 119
par
humaines. Si cela eft, voicy
dequoy vous defabufer. Elle
eft fi pure & fi veritable, que
fon exemple, par fa fage
conduite, par fes inſtructions
tendres & paternelles , ou
plutoft par les graces particulieres
que Dieu luy a faites,
il a attire apres luy plus de
cent dix Perſonnes , & pref
que toute la Famille. ' Deux
de fes Parens , & un de fest
Commis , reconnurent leur
erreur peu de temps apres.
M'de Fontaines fon Fils unique
, ſuivit ſon exemple le
premier jour de Carefme ; &
120 MERCURE
le Dimanche 7. de ce mois,
Madame Arnaud fa Femme,
M'de Blair, & M'des Plantes ,
rous deux Fils de la mefme
Dame, mais fortis d'un premier
Lit , M' de Fayolle , Fils
aîné de M' de Blair, & la De
moifelle de MadameArnaud ,
firent abjuration entre les
mains de M' l'Archevefque
de Paris , en préſence de M'
Lamet Curé de S. Euſtache,
& de M' Varet Docteur de
Sorbonne. Ce fçavant Prélat
leur fit un difcours des plus
touchans , & qui les auroit
entierement confirmez dans
la
GALANT.
- རྩཐ ༢?
la croyance des Veritez Catholiques
, s'il leur eſtoit reſté
quelques doutes . On a veu
des Lettres qui portent que
le mefme jour M ' le Baron
d'Arros d'Auriac , Madame
fa Femme , & fept de leurs
Enfans ,firent auffi abjuration
à Pau en Bearn , perſuadez
les motifs de la converpar
fion de M' de Blair , qu'il a
envoyez à Madame d'Arros
fa Soeur , & dont il doit faire'
part au Public , par l'ordre,
mefme de Sa Majefté , fur
le raport que luy en a fait M'
l'Archevefque
.
Juin 1682.
L
122 MERCURE
Dieu fe fert de tout pour
nous attirer à luy. Une jeune
Demoiſelle
, aimant fort
le monde , & ne
manquant
point de charmes pour s'y
faire regarder , n'avoit d'autre
paffion que celle de plaire,
& de s'attirer grand nom
bre d'Adorateurs
. Son Pere.
mort depuis quatre ou cinq
années , luy avoit laiffé affez
de bien pour vivre à fon aiſe
en ſe mariant , fi elle cuft
voulu fe contenter
d'un Party
fortable ; mais l'ambition
la fit aſpirer à un rang plus
élevé, & fans rebuter aucun
GALANT. 123
de fes Soûpirans , elle attendoit
toûjours la fortune, dont
elle ſe croyoit digne. Enfin
il parut qu'elle s'offrit . Un
Cavalier fort bien fait , ayant
équipage, & le titre de Marquis,
rendit vifite à la Bclle.
Son efprit luy plût. Il fut
content de fon bien , & en
peu de jours l'affaire fut arreftée.
La Mere ravie d'avoir
un Marquis pour Gendre
, ne pût contenir fa joye.
Elle en fit part à tous les
Amis , & ce mariage fut divulgué
dés le jour meſme
qu'elle l'eut conclu . Le Mar◄
Lij
124 MERCURE
quis preffoit la Cerémonie
;
& il preffa tant , que les Parens
de la Belle le foupçonnerent
d'agir de mauvaiſe
foy . Ses empreffemens
avoient
l'amour pour excuſe;
mais quelque ardent qu'il
puft eftre , on avoit raiſon
d'examiner
, & de n'aller pas
auffi vîte qu'il vouloit. Il ſe
difoit d'une Maiſon fort illuftre,
& plufieurs titres qu'il
confentit à montrer , juſtifioient
affez fa naiffance .
Ainfi il ne reftoit plus qu'à
s'éclaircir
de fon bien . La
Belle enteftée de la qualité, &
GALANT: 125
trop prévenue pour faPerfonne,
l'en euft crû fur la parole,
s'il n'euft eu qu'elle à perfuader.
Elle avoit chaffé pour
luy tous fes autres Proteftans ,
& fon mérite, qu'elle croyoit
effectif, avoit fait fur elle une
impreſſion ſi forte , qu'ellé
faifoit confifter tout fon bonheur
à l'avantage de fe voir
fa Femme . La Mere s'eftoit
renduë , & elle donnoit déja
fes ordres pour le mariage,
lors qu'on vint luy dire
qu'un faux Marquis avoit tâché
de ſurprendre ſous diférens
noms la crédulité de
L iij
126 MERCURE
quelques Veuves qui avoient
des Filles , & qu'elle devoit
prendre garde fi fon Gendre
prétendu n'eftoit point ce
mefme Fourbe, qui bien loin
d'eftre Marquis , n'avoit
aucune naiſſance , & ne fubfiftoit
que par induſtrie. La
chofe eftoit affez importante
pour l'engager à profiter de
l'avis. Elle alla trouver les
Perſonnes meſmes à qui l'avanture
eftoit arrivée ; & par
la conformité des traits , de
la, taille & des manieres, dont
on luy fit une fidelle peinture
, elle connut le péril que
GALANT. 127
faFille avoit couru.LeFourbe
foûtint fon impofture, & fe fit
promettre que le lendemain
on luy feroit voir les Gens
qui l'ofoient calomnier . Il
n'a point paru depuis. Paris
eft fi grand, qu'en changeant
de nom & de quartier, il peut
faire ailleurs la mefme entrepriſe
. Il l'a déja manquée
trop de fois
pour
croire qu'il
la faffe réüffir. La Belle dont
il s'eftoit fait aimer , & qui
s'attendoit à eſtre Marquife,
a fenty fi vivement la honte
d'avoir pris mal à propos
de
trop hautes efpérances , que
Liiij.
128 MERCURE
fe voyant fans Amans , & ne
pouvant fuporter les contes
qu'elle a ſçeu qu'on faiſoit
d'elle , elle s'eft d'abord retirée
à la Campagne , & de
là dans un Convent. C'eft
là que la Grace a commencé
d'opérer. Elle luy a fait ouvrir
les yeux fur la vanité de
ce qui flate le plus les jeunes
Perfonnes ; & le peu que les
chofes de la terre luy ont paru
avoir de folidité , l'en a fi
fort dégoûtée , que depuis un
mois elle a pris l'Habit de
Religieufe. Elle fait paroître
dans ce changement d'éGALANT.
129
tat une fatisfaction parfaite ,
&
marque
l'impatience
qu'elle
a de
faire fes Voeux.
L'engagement
où ils mettent
pour
toûjours
, ne l'étonne
point,
& il femble
qu'elle foit infpirée
du mefme
efprit qui a
fait écrire la Lettre
que je
vous envoye
, & dont une
Dame
du Convent
luy a
donné la Copie. Cette Lettre
n'a pas peu fervy à la confirmer
dans l'amour
de la
Retraite
. Lifez- la , Madame
.
Elle vous
fera connoiftre
combien
les Perfonnes
veà
toute heure
130 MERCURE
ritablement dégagées du
monde, menent une vie heureuſe.
532525-2525:252222
REPONSE
D'UNE RELIGIEUSE,
à une Lettre qu'un de fes Amis
luy avoit écrite , pour fçavoir
fon fentiment fur les Voeux
de Religion.
IL eft aifé de juger, Monfieur,
que la feule curiofité , & non
pas le defir de vous inftruire , vous
engage à me à me faire une question,
fur laquelle je n'ay que les lumieGALANT.
131
que
s'il
res que peut m'avoirinfpirées mi
heureux tempérament , joint à
la douce expérience , qui me fait
trouver depuis longtemps , qu'il
effortfacile d'obferver les Voeux
de Religion. Je fçay bien
ne s'agiffoit que de traiter de leur
excellence , ou d'établir leur utilité,
vous ne chercheriez le fecours
de perfonne, parce que vous trouveriez
chez vous- mefme tout ce
que peuuvent imaginer fur cette
matiere , la fubtilité & la force
du raifonnement ; mais vous n'en
voulezpas aujourd'huy à desfentimens
fi relevez. Vous cherchez
Seulement à penétrer ceux d'une
132 MERCURE
Fille , & peut- eftre à l'embaraf
fer par des reflexions qui pourroient
bien luy perfuader qu'elle a
perdu tout le mérite du facrifice
qu'elle a fait à Dieu de fa Per-
Jonne toute entiere , puis qu'elle
ne s'estfait pour cela aucune violence
, & qu'il n'y a que celuy qui
combat qui remporte la victoire ,
& que le feul Victorieux qui
puiffe prétendre à eftre récompenfe.
Ainfi me voila infenfiblement
retombée dans mes premieres inquiétudes
,fondées fur l'excés du
plaifir que je trouve dans mon
état. Cela pourroitfuffire, Monfieur,
pour vous fatisfaire , puis
GALANT. 133
que vous ne vouliez, ce mefemble,
eftre inftruit que des finceres
mouvemens de mon coeur , touchant
les peines que vous prétendez
quife rencontrent dans nos
aimables Solitudes . Mais fi vous
voulez une explication plus pofitive
fur la foumiffion aux volontez
des autres que vous croyez
nous eftre de fi difficile pratique
je vous diray qu'elle ne peut l'eftre
que pour les Perfonnes qui
s'engagent inconfidérement ,
non pas pour nous qui ne le faifons
jamais qu'après avoir étu
dié pendant un long Noviciat
nos inclinations , fur lesquelles
ی م
134 MERCURE
que
nous reglons noftre choix; au lieu
dans le monde on livre une
Fille au caprice d'un Homme ,
fans luy donner prefque le temps
de l'envifager. Ilferoit jufte de
luy en laiffer connoiftre à fonds
les moeurs & l'efprit , & c'eſt à
l'on nepense point. Cepen- quoy
dant le caractere de ces deux Per-
Jonnesfe trouve fouvent fi oppoſe,
qu'il eft impoffible qu'il n'y ait en
tr'elles une eternelle contrarieté.Il
naift de là une espece de martyre
involontaire , qui ne peut manquer
de tuer de tuer l'ame , apres avoir
confumépeu à peu le corps de ces
défolées Victimes del'intéreſt, ou
GALANT: 135
de l'ambition de leurs Parens.
Ce font ces fortes de combats qui
doiventfaire horreur à ceux qui
les ont excitez par leur manque
de prudence, auffi bien qu'à ceux
qu'ils ont expofez à les foûtenir,
Jans en attendre d'autre fuccés
qu'un Enfer anticipé. Ce font ces
extrémitez terribles qui doivent
faire tremblercelles de mon Sexe,
qui nefefentetpas affez de generofité
pourfurmonter les difficul
tez quife préfentent à leur ima
gination, pour les empeſcherd'entrer
dans nosfacrées Retraites , où
repos & lajoye qui enfont in-
Séparables , ne nous promettent
le
136 MERCURE
pas moins qu'un bonheurfansfiri.
Comme aucune des chofes de la
terre ne peut l'alterer , il n'y en a
point auffi qui foient capables de
contribuer à lefaire naiftre . Apres
cela , Monfieur , pourrezvous
douter du mépris fincere que
nous faisons des trésors périſſables
qui font aujourd'huy les
Dieux du Siecle , quoy qu'ils
ayent en eux-mefmes la fource de
tous les maux qui accablent les
Hommes de tant de diferentes
manieres ? Et d'ailleurs, s'il eft
vray, comme il n'eſt pas permis
d'en douter, que ces fortes de biens
n'ayent efté donnez preférableGALANT.
137
ment à de certaines Familles,qu'afin
de lespartageravec ceux qui en
font dans le befoin, ceux qui s'en
privent volontairement ne fontilspas
loüables , veu la difficulté
qu'il y a de les difpenfer felon
l'intention de celuy de qui on
on les
a receus ? Toutes ces raifons ne
font- elles pas plus que fuffifantes
pour nous en infpirer le dégoust?
Ifaut neanmoins avouer que je
ne fuis pas entierement foïque
fur ce fujet , puis que j'ay eu plufieurs
fois un fecret chagrin , lors
que je me fuis veuë hors d'état
pouvoir fecourir les Miferables
, qui fe font préfentez à moy
Juin 1682.
Il
M
138 MERCURE
que
dans plufieurs rencontres , &
par un mouvement de compaffion,
j'ay defiréle fuperflu de ces Riches
impitoyables qui téfaurifent pour
le temps, au lieu defeprécautionner
pour
l'eternité. Voila l'endroit
par où je puis eftre bleſſée ; ce qui
fait bien voir que je ne fuis pas
invulnerable. Si c'est un peché
contre la perfection religienfe , je
m'en accuſe. Lerefte de la qiseftion
qui regarde le troifiéme
Vau ,fe peut résoudre en peu de
paroles , & pour celaje demeure
d'accord avec vous , que le plaifir
eft une agreable loy qui nous entraîne
fouvent malgré nous; mais
GALANT. 139
les
il faut fçavoir en quoy nous le
faifons confifter. Chacun fur cela
Suitfon panchant, & comme les
gouftsfont auffi diférens que
vifages ou les efprits , on ne doit
pas juger des inclinations ou des
antipaties des autres par lesfiennes
propres. Si vous y faites un
peu de reflexion , vous m'avouerez
qu'à parler en general , les
plaifirs des fens ne font guére les
vices des ames bien nées , &
que c'eft dans l'Homme le partage
de l'animal plutoft que duraifonnable.
Aurefte, je puis vous
affurer quefi cet Ennemy attaque.
indifpenfablement tout le monde,
Mij
140 MERCURE
ilfaut que nous avons contre luy
une fauvegarde invifible , puis
que , graces au Seigneur, il n'a
nulle entrée chez nous , & que
j'ignore mefme qu'il puiffe tenter
les Perfonnes de ma profeſſion .
En effet , tous ceux qui m'ont
connuë m'ont toûjours aſſurée que
je n'avois rien à craindre
tomber dans le peché des Anges
revoltez ,parce que la gloirefeule
dominoit chez moy. Voila ,
Monfieur , les veritables ſentimens
de mon coeur. S'ils ne peuvent
vous fatisfaire, il faudra
vous en prendre à la foibleffe de
mes expreffions , plutoft qu'à la
a
que
de
GALANT. 141
fincerité avec laquelle vous devez
estre perfuadé que je parle
l'égard de tout ce que je viens de
vous dire , auffi bien que lors que
je vous affure queje fuis , Voftre
tres-humble Servante, D. B.
Je vay m'acquiter de ma
parole , en vous faifant le détail
de tout ce qui s'eſt paffé
aux derniers Etats tenus en
Bourgogne . Monfieur le
Duc eftant party de Paris le
29. Avril , fe rendit le 2
Seignelay , où M ' de Motheux
, Capitaine du Châreau
, le receut au bruit de
30.
142 MERCURE
1
l'Artillerie , & de la Milice
fous les armes. Ce Prince à
fon arrivée fut harangué par
les Corps du Clergé & de la
Juftice , qui luy firent préfenter
d'excellent Vin. Il vifita
enfuite les Manufactures
de Draps du lieu , où il
fit diftribuer une fomme
confidérable aux Ouvriers.
A fon retour au Chaſteau , il
trouva un Soupé tres- magnifique,
M' de Motheux ayant
fait venir de toutes parts tout
ce qu'il pouvoit y avoir
d'exquis dans cette faifon .
Il eft fi connu pour un GenGALANT.
143
tilhomme tres genereux , &
qui fait les chofes d'auffy
bonne grace qu'on les puiff
faire , qu'on croira fans peine
qu'il n'épargna rien pour
bien foûtenir l'honneur de
recevoir un grand Prince.
Le lendemain
premier
jour de May , qui eſtoit un
Vendredy , Son Alteffe Seréniffime
entendit la Meffe
dans la Chapelle du Château
à fept heures du matin ; &
comme Elle croyoit enfuite
venir monter en Carroffe ,
Elle fut ſurpriſe de voir fervirun
Repas en maigre d'une
144 MERCURE
extréme propreté. Elle donna
de grands témoignages
de fa fatisfaction & de fon
eftime à M' de Motheux , &
partit pour aller coucher à
S. Remy proche Montbard,
chez M' l'Abbé de Fontenay.
Elle y receut les Harangues
de trois ou quatre
Villes circonvoifines , dé .
pendantes du Parlement de
Bourgogne.
Le 2. Elle dîna à Sainte Seine
, à cinq lieuës de Dijon ,
& y fut complimentée par le
Maire de ce lieu , & par un
Echevin de Dijon , qui avoit
efté
GALANT. 145
efté député pour aller juſquelà
au devant d'Elle. L'apresdînée
eftant au Val de Sufon ,
Elle aperçût la Maréchauffée
de Dijon qui venoit à fa rencontre.
A une lieuë de là, M'
Joly,Maire de Dijon , accompagné
de tout le Corps de la
Magiftrature, la complimenta
, enfuite dequoy ils ſe mirent
à la fuite de fon Carroffe.
M' l'Intendant fuivy de
plufieurs autres Carroffes ,
vint auffi à fa rencontre , &
tous l'accompagnerent juf
ques dans la Ville. S. A. S.
y arriva un peu tard , & par-
Juin 1682.
N
146 MERCURE
ce qu'Elle eftoit fatiguée,
Elle remit au lendemain les
complimens qu'on eftoit fur
le point de luy faire .
rs
Le 3. le Parlement la vint
haranguer. M' le Préfident
Gagne portoit la parole, M",
de la Chambre des Comptes
,
M' du Tréfor , Mª du Bailliage,
& M's de la Mairie, la
haráguerent enfuite. L'apresdînée,
Son Alteffe reçeut les
vifites & marques de refpect
de tous les Officiers du Parlement,
Chambre des Comptes,
& autres, en particulier.
Le 4. à l'iffuë de fon dîné,
GALANT. 147
Elle donna audiance aux Députez
de toutes les Villes dé
la Province , & receut quelques
complimens particuliers,
comme des Elûs de la
Triennalité d'apréſent , qui
font M' l'Abbé de Quincé
pour le Clergé , M' le Marquis
de Tiange pour la Nobleffe
, & M' Riel Confeiller
au Bailliage de Chaſtillonfur-
Seine pour le Tiers- Etat,
Le foir, M l'Intendant régala
ce Prince d'un Soupé tresmagnifique,
& d'un Opéra,
dont il fut fi fatisfait, qu'il
tourba d'accord qu'on ne
Nij
148 MERCURE
pouvoit rien de mieux pour
la Province.
Le s . qui fut le jour de
l'ouverture des Etats qui fe
tiennent au Convent des
Cordeliers, apres que le Pere
Gardien eut complimenté S.
A. S. à fon arrivée à ce Convent,
on celebra une Meſſe
folemnelle du Saint Efprit
dans leur Eglife, où Elle affifta.
Apres la Meffe, Elle fe
rendit à la grande Salle deftinée
pour la tenuë des Etats .
Si- toft qu'Elle fut entrée,
Elle monta fur un grand
Theatre qui contient plus
GALANT. 149
de la moitié de la Salle , &
s'affit fur un Fauteuil placé
fous un Daiz . Derriere ce
Fauteuil eftoient quatre ou
cinq de fes principaux Officiers
en Habits tres propres.
M' le Premier Préfident
prit place à fa droite , à une
diftance de deux ou trois pas.
M l'Intendant fut affis aupres
de luy , & en fuitę M*
l'Evefque de Châlons , M'I'Evefque
de Mâcon , & tout le
Clergé, tant Abbez , Doyens,
qu'autres Benéficiers.
A fa main gauche eſtoient,
à une égale diſtance que ceux
Niij
150 MERCURE
de la droite , M ' les Comtes
d'Amanfé, de Rouffillon , &
d'Autremont, Lieutenans de
Roy , deux Tréforiers chargez
des Lettres de Sa Majefté
pour en faire la préſentation ,
& tout le reste de la Nobleffe
qui eftoit en tres-grand nombre.
A l'opofite de S. A. S. eftoient
M ' le Maire de Dijon ,
M'Artault du Tiers Etat, &
tous les Députez & Maires
de la Province.
L'ouverture des Etats fe
fit par la Harangue de M' le
Tréforier Languet , qui reGALANT.
151
préfenta les Lettres du Roy.
Apres qu'on en eut fait la
lecture , S. A. S. parla quelque
temps , & fon difcours
fut fuivy de la Harangue de
M ' le Premier Préfident. M
l'Intendant en fit une autre,
& M' l'Evefque de Châlons
ayant auffi harangué , la
Séance fut levée . S. A. S. s'ef
fant renduë au Logis du Roy ,
Elle y fut fuivie pour la plus
grande partie de ceux qui
avoient affifté à cette Cerémonie,
& qui s'emprefferent
pour entendre le Difcours
qui fe fait ordinairement à ce
N iiij
152 MERCURE
Prince,auffitoft qu'il eft rentré
en fa Chambre . Ce fut
encor M' de Châlons qui le
prononça.
L'aprefdînée , Meffieurs
du Clergé, de la Nobleffe , &
du Tiers Etat, entrerent dans
leurs Chambres
, pour parler
du Don que la Province fait
tous les ans à Sa Majeſté.
Le 6. M' l'Abbé Fiot , Dé
puté de la Chambre du Clergé
, porta la parole à S. A. S.
de la réfolution que les Chambres
avoient priſe fur le Don
gratuit, qui eftoit de confier
Tous les intérefts de la ProGALANT.
153
}
vince à fa prudente & fage
conduite. Il s'acquita tresdignement
de cette commiffion
, & fit un Difcours qui
luy attira beaucoup de loüanges.
Sur la Réponſe de S. A. S.
qui confeilloit d'offrir un
Million , M de Quincé fut
chargé l'aprefdînée de luy
aller dire
P
que les Etats demeuroient
d'accord de don
ner le Million , & deman
doient fa protection aupres
du Roy
.
Depuis ce temps , & juſqu'à
l'onzième, on travailla
154 MERCURE
avec affiduité aux Affaires de
la Province , tant dans les
Chambres
des Etats , qu'aupres
de S. A. S. Elle y a donné
des foins & une application
incroyable , & toujours
avec un fuccés & des applaudiffemens
tout particuliers
.
L'unique divertiffement qu'-
Elle ait pris pendant ce téps,
a efté l'Opéra que M' l'Intendant
luy a donnéplufieurs
fois. Ce Prince a mangé fouvent
chez luy, & n'a veu qu'-
une feule Comédie de toutes
celles qu'a repréſentées
la
Troupe qui eftoit alors à DiGALANT.
155
jon. M' de Maletefte, Confeiller
au Parlement , a eu
l'honneur de le régaler d'un
Concert fort agreable , qui
fut auffi qualifié d'Opéra .
Le 11. du mois S. A. S. donna
au Clergé un Repas fort
magnifique.
Le 12. Elle traita la Nobleſſe
. On peut dire qu'il y a
longtemps qu'on n'en avoit
tant vû aux Etats .
Le 13. le Tiers Etat reçeut
un pareil Régale.
Le 14. & le 15. les Peres Jéfuites
firét par leurs Ecoliers,
des Déclamations à la loüan156
MERCURE
ge de S. A. S. qui affiſta à
celle de la Rhétorique
.
Le 17. ce Prince alla à la
Borde. C'eft un Marquifat
des plus beaux de la Province
, apartenant à M' le
Premier Préſident de Dijon ,
dont il eft éloigné de huit
lieuës. Les Jardinages
en
font tres- propres , & ornez
d'une Orangerie admirable .
Ce Magiftrat y reçeut fplendidement
S. A. S. qui y fe
journa le 18. & le 19 .
On m'a dit que les nouveaux
Juges choifis par M ' le
Duc de S. Aignan , avoient
GALANT. 157
enfin prononcé; mais je n'ay
point encor fceu quel eft le
Sonnet victorieux . Je fçay
feulement que M'de Vertron
a fait retirer le fien , n'ayant
point voulu difputer le Prix,
depuis que ce Duc l'a nommé
pour un des Juges. Je
vous l'envoye avec quelques
autres. J'ay mis au bas le nom
des Autheurs qui me font
connus.
22
158 MERCURE
SONNETS EN BOUTSrimez
, Sur les louanges du
Roy, & les diférentes occupations
des Hommes .
Μ'
I.
Ieux qu'au temps d'Archimede
obferverJupiter,
Plus qu'au temps d'Hypocrate eftre
Pharmacopole,
Dans l'Art de bien panſer élever un
Frater,
Aux foins de fon ménage inftruire
Ja Nicole;
Sa
Avoir pour Directeur quelquefage
Pater,
Exercer des Chevaux par bonds, par
caracole,
GALANT. 159
Sur les Cas importans doctement .
difputer,
Sur les doutes de Mer confulter la
Bouffole ;
Se
Tâcher parfes Ecrits de fe rendre
immortel,
Punir Vice, Heréfie, & Blaspheme,
& Cartel,
De ces emplois divers chacunfait fon
affaire .
S &
Que le noftre àjamaisfoit de chanter
des Vers,
Pour celébrer LOVIS, qui regle lỤ-
nivers,
Et n'a dans fes deffeins qu'à vouloir,
pour tout faire.
DE VERTRON.
160 MERCURE
L
I I.
Un, fçavant Aftronome, ob-
Serve Jupiter;
L'autre, par cent Secrets, vaut un
Pharmacopole;
Tel en devotion furpaffe un Saint
Frater.
Qui n'aimepointlejeu?qui n'apoint
Ja Nicole?
Sz
L'un veut fçavoir l'Hiftoire ainfi que
fon Pater;
L'autre monte à cheval, s'yplaift, &
caracole ,
Fel s'exerce à bien dire, & tel à dif
puter;
Un autre apprend les Loix, un autre
La Bouffole. ..
se
Le Héros qui ne undqu'à fe rendre
immortel,
GALANT. 161
Aux périls, à la Mort, préfente le
Cartel;
L'Homme de Cabinet, fans ceffe eft
en affaire.
SS
Quelqu'autre chaffe, ou chante, écrit
en Profe, en Vers ;
Mais l'augufte LOVIS , l'honneur
de l'Univers,
D'un air digne de Luy ,fçait tont dire,
& tout faire.
III.
GARDIEN .
UN&
Jupiter,
N Aftrologue obferve & Mars
Les Simples font l'objet d'un bon
Pharmacopole;
Remplirfon Efquipot , c'est le bur
d'un Frater,
Et réglerfon ménage, eft lefoin de
Nicole.
Juin 1682.
162 MERCURE
+
25
L'Hypocrite en public marmotefon
Pater,
Le jeune Cavalier voltige , caracole,
Le Sophifte Pédant s'amuſe à diſputer,
Le Pilote en voguant regarde fa
Bouffole.
Se
Le Poëte ne tend qu'à fe rendre immortel
,
Il accepte avec joye un glorieux
Cartel,
Et de gagner le Prix fait toute fon
affaire.
S&
Pour moy, l'unique but où tendent
tous mes Vers,
Pour mefaire connoistre au bout de
l'Univers,
GALANT 163
C'eft de pouvoir chater ce que LOVIS
Sçait faire.
AMOREUX, de Digne , Avocat
u Parlement d'Aix.
IV.
Node
Jupiter.
Os diférens emplois viennent
Tout eftfurfon état,jufqu'au Phar
macopole.
L'an eft un gros Docteur, l'autre un
petit Frater;
L'un eftMonfieurJourdain , & l'autre
fa Nicole.
S &
Pour garde d'un Royaume on laiffe
Anti- pater.
Autour de fon Pilier Bernardi ca.
racole.
Descartesjour & nuitſe tuë à diſputer,
Colomb va confier fes jours à la
Bouffole.
77
164 MERCURE
$2
Le moindre Autheur aspire àſe rendre
immortel,
Le Faux- Brave enfecret donne encore
un Cartel,
Le Plaideur inquiet eftplein defon
affaire .
Quel employ prend LOVIS de mille
emplois di- vers?
Ah, tant qu'on pourra vaincre encor
dans l'Univers,
Qu'on ne demande point cequ'ily
trouve à faire.
L
V.
'Vn contemple de nuit, &Mars,
& Jupiter,
L'autre fur deux Tréteaux fait le
Pharmacopole;
L'un cherche fon profit au Meftier
de Frater,
GALANT. 165
L'autre dans un Tableaupeint Diane,
ou Nicole.
Se
Le Bigot en public marmote fon
Pater,
L'Ecuyer tres -fouvent s'exerce, &
caracole ;
Le Pédantfur les Bancs veut toujoursdifputer,
Le Pilote fur Mer obferve fa Bouf
fole.
$20!
Boileau par fes Ecrits rend LOVIS
immortel,
Condé de l'Ennemy fçait braver
le Cartel,
1
Pajot en Cicéron parle fur une
Affaire.
SS
Corneille a trouvél Art de charmer
parfes Vers;
66 MERCURE
LOVIS, d'affujetir àfes Loix l'Univers
,
Etpourfon Succeffeur ne laiffer rien
à faire.
Ꮩ
DELOSME, âgé de quinze ans .
V I.
Oir lancer le Tonnerre à noftre
Jupiter,
Et le Canon en main à tout Phar.
macopole,
LaTrouffe & le Razoir à tout Garçon
Frater,
Et le Code & le Droit au Préfident
Nicole.
Sa
Que l'Enfant dés qu'ilparle aprenne
le Pater,
Que l'Ecuyer fringant à cheval
caracole,
Que le Docteur en Chaire apprenne
à difputer,
GALANT. 167
Que le Pilote adroit connoiffe la
Bouffole ;
Sa
Qu'un
Autheur
par fes Vers tâche
d'eftre immortel,
Que tout vaillant Héros accepte le
Cartel,
Etdeſang répandu ſe faſſe peu d'affaire;
Sa
Qu'un Louchefans deſſein regarde
de tra- vers,
Que LOVIS pour conquefte ait peu
de l'Univers,
C'est ce quifans prodige aisément fe
peut faire.
GIRAULT le jeune.
VII.
Ve d'occupations, ô Seigneur
Jupiter!
Q
Selon que tu le veux, l'Homme eft
Pharmacopole,
168 MERCURE
Laboureur, Artifan, Peintre , Avocat,
Frater,
Sur le Théatre il eft César, Criſpin,
Nicole.
$2
Il deviet Medecin, Autheur, Chantre,
Pater,
Ecuyer qui cuisine, ou qui fait caracole,
Ingénieur, Docteur, habile à difputer,
Aprédire les temps, à tenir la Bouffole.
$2
La Guerre & le Sçavoir le rendent
immortel,
Il écrit , il fe bat en France fans
Cartel ;
Tu le fais Magiftrat, Marchand,
Homme d'affaire.
GALANT. 169
Se
Maisfans d'autre détail charger icy
ces Vers,
Accorde à mes defirs , Maistre de
/Univers,
Que je plaife à LOVIS, c'est l'henreux
sçavoir faire .
Ο
VIII.
Ve le monde eft plaisant ! IL
femble, Jupiter,
Que c'eftle Quiproquo d'ungrand
Pharmacopole
.
L'un caché dans unfroc eft un petit
Frater ,
L'autre en rit encor plus que nefaifoit
Nicole.
Apeine les Humainsfçavent-ils leur
Patër,
Etjufque dans les Cieux leur efprit
caracole,
Juin 1682.
P
170 MERCURE
Contre les flots émis ils s'en vont
difputer.
Etfur quelle affurance ? Ils ont une
Bouffole.
22
L'unfe meurt, & médite un projet
immortel;
Un autre à la Raifon préfentant un
Cartel,
D'un langoureux amour fait fon
unique affaire.
S&
Quelmélange! On voit bien que tant
d'Efprits di- vers
Ont befoin d'un Héros qui regle
/'Univers ,
Et c'est ce qu'icy-bas LOVIS eft.
venu faire.
La plupart des Lettres que
l'on a reçeues depuis un mois
GALANT. 171
nous ont confirmé que le
tremblement de terre a efté
univerfel . Celle quevous allez
voir contient une autre nouvelle
affez finguliere.
5525E5:2525 :2522 22
EXTRAIT D'UNE LETTRE
écrite de Neufchaftel en Suiffe,
L
E Mardy 12. de May, un
peu avant les trois heures du
matin, ily eut icy ungrand tremblement
de terre qui éveilla prefque
tout le monde On l'a fenty
dans toute la Suiffe, & à Genève.
On nous écrit d'Allemagne qu'on
Pij
172 MERCURE
l'y a auffi fenty en plufieurs endroits.
Ce qu'ily a eu icy departiculier
fur cefujet , c'est que des
Batteliers estantfur le Lac, fur
lequel cette Ville est fituée , ont
affûré qu'un peu avant
avant qu'ils entendiffent
le bruit que fit la terre
le long de la Montagne & de la
Côte , ils virent en l'air trois
grands Eclairs l'un apres l'autre,
mais qu'ils n'apperçeurent aucun
mouvement fur l'eau que celuy
que les Rameurs font faire au
Bateau. Ces Eclairs confirment
l'opinion des Philofophes , qui
croyent que les tremblemens de
terre arrivent par le moyen des
GALANT. 173
vapeurs ou exhalaifons qui s'enflament
dans les concavitez de la
terre.
Il court dans ce Païs depuis
quelques jours, une étrange maladieparmy
le Beftail. Elle eftoit
en Savoye ily a un mois . Elle est
venue à Genève , enfuite dans le
Canton de Berne , elle est icy
préfentement. On dit qu'elle a
esté de mefme en Franche - Comté,
& au Vallay. Ilfeleve de petites
veffies fur la langue de toutes les
efpeces de Bestes , Chevaux ,
Boeufs, Vaches, Moutons , Poules,
&c. & fi l'on n'y remédie
promptement, ces veffies y font
Piij
174 MERCURE
une pourriture qui leurfait tomber
la langue en 24. heures , & les
fait mourir. On a perdu quantité
de Bestes aux lieux où l'on n'a
pas esté averty affez- tost de vifiterfoigneusement
le Beftail, afin
d'y apporter du remede . On a
remarqué que cette fâcheuse maladieprend
toûjoursfon cours plus
bas du cofté du Septentrion , &
qu'elle s'avance tous les jours de
cinq ou fix lienës.
M' Chauvelin , Fils de feu,
M' Chauvelin Maiftre des
Requeftes , a époufé Mademoilelle
Billard depuis peu de
GALANT. 175
jours. Il a efté Confeiller au
Chaſtelet , enfuite Confeiller
au Parlement , Maistre des
Requeftes, & eft aujourd'huy
Intendant de Justice en Franche-
Comté. On ne peut douter
de l'expérience & de l'habileté
d'un Homme , qui a
paffé par tant de divers de
grez qui demandent beaucoup
d'application & de travail.
La Mere de Monfieur
le Chancelier, eftoit Soeur du
Grand- Pere de M' Chauvelin
dont je vous apprens le
mariage. Ainfi il a l'honneur
d'apartenir
de fort prés à ce
Pij
176 MERCURE
digne Chef de la Juſtice.
Mademoiſelle Billard eft une
brune bien faite, qui a beaucoup
d'efprit & de pieté. M'
Billard fon Pere s'eft rendu fi
fameux dans le Parlement, &
fa réputation y eft fi bien
établie , que le bruit s'en eſt
répandu dans toute la France.
Je luy ferois tort, fi je difois
davantage pour vous le
faire conoiftre. Madame la
Chanceliere a efté préſente
au mariage. Elle arriva fur les
neufheures chez la Mariée,
& luy fit préfent d'une Agraffe
de Diamans. L'Affemblée
GALANT. 177
!
a efté des plus illuftres , M ' le
Chancelier , Male Marquis
de Louvoys , & M' l'Archevefque
deRheims, l'ayant ho
norée de leur préfence , auffibien
que Madame la Chanceliere.
Les autres Perfonnes.
qui la compoferent , furent
Madame de Louvoys , Madame
la Duchcffe de la Rocheguyon
, Madame de Beringhen
, Mademoiſelle de Villequier
, Mademoiſelle d'Aumont,
Madame la Préſidente
deNefmond,Madame Chauvelin
la Mere , M's Bonneau
l'Abbé & le Confeiller au
rs
178 MERCURE
Chaſtelet ; M' de Breviande,
Intendant des Ponts & Chauf
fées d'Anjou, Touraine, &
Poitou ; M' & Madame Bil
lard, Madame Ricordeau ,M
Ricordeau , Confeiller de la
Cour des Aydes , & M' Billard
Préfidét à Auxerre . Toute
cette illuftre Compagnie fe
trouva auffi au coucher des
Mariez. M' de Villequier
donna la Chemiſe au Marié,
&Madame de Louvoys, Madame
de la Rocheguyon , &
Madame de Beringhen, nequiterent
point la Mariée
qu'apres l'avoir miſe au Lit.
GALANT. 179
Le
lendemain ils
reçeurent
quantité
de Préfens magnifiques
en Pierreries
, & en
Vaiffelle
de Vermeil . M'
Chauvelin
en avoit fait de
fort confidérables
à Mademoiſelle
Billard quelques
jours avant leur mariage . Madame
Chauvelin la Mere, luy
avoit auffi envoyé un Fil de
Peries. M' le Chancelier
a
fait tous les frais de la Nôce,
& a donné un
Apartement
chez luy aux Mariez , juſqu'à
ce que M ' Chauvelin
retourneàfon
Intendance
de Franche-
Comté.
3 MERCURE
Je vous envoye la Veuë du
Generalife , autre Palais que
les Roys d'Afrique ont fait
baftir à Grenade . C'eftoit
comme une Maiſon de plaifance
où ils aimoient à paffer
les plus beaux jours de l'année
, à cauſe des Jardinages
,
de la quantité d'eau qu'il y
avoit , & de la beauté de la
veuë , car on découvre de là
non feulement toute l'Alhambre,
mais on voit auffi
par deffus l'Alhambre toute
la Ville , & toute la Plaine,
On dit que ce Palais fut nommé
Genéralife, qui en Arabe
GALANT. 181
veut dire , Maiſon des Arts
ou de la Mufique , parce
qu'un Prince More s'y retira
pour s'appliquer entierement
aux Sciences, & particulierement
à la Mufique. Il y a
fort peu
de Baftimens , mais
les Jardins y font admirables.
Apres que l'on a monté ſi
haut, qu'on a befoin de prendre
du temps pour refpirer,
on eft furpris de trouver un
grand Canal qui eſt dans une
efpece de Court ou Jardin, &
un nombre prefque incroyable
de Jets d'eau , que l'on
voit de tous coſtez au travers
182 MERCURE ·
On
de plufieurs Arbres fruitiers,
& dans de petits Parterres affez
-bien entretenus.
montre encor aujourd'huy
celuy des Lauriers , où l'on
dit que les Zégris foûtinrent
avoir vû la derniere Reyne
des Mores avec l'Abencerrage
. Ce qu'il y a de plus
merveilleux , c'eſt une Caf
cade demeurée en fon entier
depuis quatre cens années.
A la verité , elle eft
moins large que celles que
l'on a faites depuis peu en
France ; mais fa Structure qui
eft fort particuliere, nous fait
GALANT. 183
connoiſtre l'efprit , & l'habileté
des Mores. C'eſt un Efcalier
fort grand , qui des
deux coftez a un mur d'appuy.
Dans l'épaiffeur de ce
mur
, coule un petit filet
d'eau dans un Canal rebordé
de ces Carreaux de plufieurs
couleurs , qu'ils appellent
Azuleios. On monte jufques
au haut entre ces deux
murs, & apres une douzaine
de marches , on trouve un
Palier en rond avec un Jet
d'eau dans le milieu . Il y en a
de douze en douze marches
jufqu'à fix ou fept, qu'on peut
184 MERCURE
découvrir tout d'une veuë du
bas de cet Eſcalier. Au deffus
du Generalife , eftoit encor
autrefois une Maiſon de
plaifance , dont on ne voit
plus que quelques veftiges .
On nommoit cet endroit là
El cerro del Sol , le fommet
du Soleil , à cauſe de ſa hauteur
; & Silla de los Moros , la
Chaire ou le Trône des Roys
Mores. Depuis on y fit baſtir
une Eglife dediée à St Hélene
, & c'eft pour cela qu'encor
aujourd'huy on l'appelle
Elcerrode Santa Helena, quoy
que cette Eglife foit ruinée.
GALANT: 185
Il y a quelques reftes du Jardin
celebre de los Aliares ,
c'eft à dire , promenoirs
, qui
eft plus à my- cofte , & qui
eftoit le plus beau qu'euffent
les Roys Afriquains , mais
ces reftes font fort peu confidérables.
Vous me mandez que les
Sçavans de voſtre Province
prennent party fur le Probléme
de M'Comiers. Si cela
eft , ils liront avec plaifir la
Lettre que je vous envoye..
Elle eft du R. P. Fiacre de
Paris Capucin, qui m'a fait la
grace de me l'adreſſer.
Juin 1682.
1
186 MERCURE
522-52SS S2222 : 5252
LETTRE
Concernant la Réfolution que
M' de Seguier a donnée du
celebre Probléme proposé par
Mr Comiers, Prevost de Ternant
, Profeffeur des Mathematiques
à Paris.
A Chartres le 29. May1682 .
Pu
Vis qu'il n'y a que les Sçavans
qui doivent prononcer
l'Arreft fur le Conteste civil &
geométrique de M' Comiers &
de M de Seguier , je ne préſume
pas affez de ma capacité pour
me mettre au rang des Juges de
GALANT. 187
cette difpute ; mais fi la Cour
desMathématiciens
me veut bien
permettre de défendre la verité ;
je tâcheray , Monfieur, par vo
tre moyen
de luy fervir d'Avocat
, de la retirer de l'obfcurité,
où l'ont mife la Figure geometrique
de l'un, & l'Enigme
de l'autre , de ces deux grands
Hommes.
Je dis donc pour la verité, que
le Probleme deM' Comiers n'eft
point refolu par M ' de Seguier,
par confequent que les cent
Louis d'or ne luy doivent point
eftre adjugez.
"
Il est vray que fa démonftra
Qij
188 MERCURE
que
tion paroift la meilleure du mode,
quoy qu'en effet elle ne foit pas
bonne. Il fuppofe ce qu'il faudroit
qu'il prouvaft, à fçavoir
la ligne R F. de fa Figure
Geometrique , eftant prolongée ,
aboutist au point L, qui est l'interfection
du Cercle HKR par
la ligne M G. car n'y aboutiſfant
pas , comme effectivement elle
n'y aboutit point , toute la démonftration
devient défectueuse,
comme onpeut voir par la Figure
Luivante , où je montre l'erreur
"de M de Seguier un peu plus
fenfiblement qu'il ne la fait paroiftre
dans fa Figure, que je ne
i
GALANT. 189
repréfente point icy , parce qu'on
la peut voirdans le Mercure extraordinaire
donné au Public le
IS. Avril dernier.
a
On remarquera dans la fuivante
Figure, ( qui eftfemblable
en beaucoup de chofes à celle
de M de Seguier ) qu'il
deux points ou je mets les lettres,
Lel. Ie mets la lettre L majufcule
à l'interfection du cercle
HKR , par la ligne MG ; &
le point, 1, en petite lettre eft le
point du cercle H KR , auquel
aboutit la ligne RF, prolongée.
Je fais encore la ligne PM
qui divife en deux parties égales,
190 MERCURE
G
L
2 E
M
S
R
l'angle H ML. Cela pofé , il
eft aisé de voir que fi la ligne.
RF prolongée ne vient ne vient pas au
point L, mais qu'elle aboutiſſe entre
L & K, Arc LH fera
plus grandque l'Arc 1 H , com
me partie du tout , & KL ,
4
GALANT. 191
moitié de l'un, plus grand que
P1 moitié de l'autre ; mais l'angle
HM1 eftant double de l'angle
HR1 , ilfera double defon
égal MIR par
confequent
PM1 moitié de HMI fera
égal à MIR. Donc les lignes
PM & IR font paralelles ,
PM ne font pas
mais KM
paralelles , puis qu'elles ferencontrent
en M. Donc K M ne
fera pas parallele à IR , mais
1 R par la conftruction , eſt parallele
à CE. Donc KM ne
fera pas parallele à CE. Donc
le quadrilatere CEMK ne
fera pas un Parallelogramme
192 MERCURE
rectangle , comme veut la démonftration
de M de Seguier.
Ainfi elle ne vaut rien pour conclure
de là, que CE eftant, comme
il fuppofe , égale à KM ,
elle foit par confequent égale à
MR.
Si M de Seguierdit que mon
raiſonnement ne fubfifte que parce
que je fuppofe que les deux
points, L1 , font diférens &
qu'ils font réunis au point L,
dans la Figure ; je luy répondray
que c'est à luy de prouver
que parfa conftruction ces deux
points fe réuniſſent , & que
quand il l'aura prouvé , les cent
Louis
GALANT. 193
4;
Louis d'or luyferont deus. Mais
comme cela luy eſt impoſſible , je
luy confeille plutoft pour connoistre
l'erreur de fa conftru-
Etion , defuppofer la ligne CE
de 4000 parties , au lieu de
& par
le calcul rechercher de
quelle quantité fera la ligne M
R. Il trouvera auffi bien que
moy, qu'elle n'eft pas de 3970;
ainfi 30 de défaut fur 4000
une erreur affez confidérable ,
pour dire
pas réfolu.
que
est
le Probléme n'est
Fe fçay bien que M' Comiers
n'a pas ignoré le defaut de la conftruction
de M' de Seguier , puis
Juin 1682.
R
194 MERCURE
qu'il l'a fi judicieuſement exprimé
par fon Vers , Quàm male tu
binas, Alas hîc colligis una.
Mais parce que c'est une efpece
d'Enigme pour ceux qui ne
Ientendent pas , & que M.de
Seguier témoigne eftre du nombre
de cesperfonnes- la, en voicy l'explication.
Quàm male tu binas. C'eft
mal-a-propos que vous divifez
en deux parties égales la ligne
DO au point Fea
Alas hîc colligis unà . Parce
que de cette construction il en
vient deux points diferens , que
vous appellez L, que M.
GALANT. 195
que
Comiers appelle Alas , lefquels
deux points L. 1. vous confondez
en unfeul, au point L. Surquoy
je diray encore pourl'éclairciffement
de la Questionpropofée,
que quand MR eft moindre
CE , le point, 1 , eftre entre K
E, comme il doit eftre dans la
conftruction du Probléme telle
que M de Seguier l'a faite.
Quand MR eft plus grande
que CE , le point, 1, eft entre
L & O ; mais quand MR eft
égale à CE, comme l on dem inde
par le Probléme propofé , alors les
deux points , 1 L , s'uniffent
en unfeul point ; & il n'enfaur
Rij
196 MERCURE
r
point d'autre démonstration que
celle de M' de Seguier , cela excepté,
que la ligne RFL ne doit
pas pafferjuſtement au milieu de
DO, comme veut M' de Seguier
, mais un peu plus pres
de O que de D. Ce qui eft,
ce mefemble, auffi difficile à déterminer
que le point M
mande M¹ Comiers.
*
que de-
Voila , Monfieur, ce que je
laiſſe à voſtre honnefteté de rendre
public , fi vous jugez que
chofe le mérite. Je fuis voftre & c.
la
Voicy des Vers fur une galanterie
qui s'est faite en AlGALANT.
197
Þ
lemagne . Ils m'ont efté envoyez
de ce Païs - là , où vous
verrez que les Muſes ne parlent
pas mal François.
2225 2522255:25225
LES DAMES
DE WEST PHALIE,
Aux Cavaliers du Régiment
de la Franchiſe.
Toutbean,jeunes Guerriers, d'où
viennent ces allarmes?
Convoque -t- on l'Arriereban?
Ou fi c'eft pour tracer quelque nouveau
Roman,
Qu'on vajoindre aujourd'huy les
Amours & les Armes?
R iij
198 MERCURE
$2
Si l'espoir de l'Hymen caufe ce mou
"vement,
Quelbefoin aviez - vous d'un appreft
fi terrible?
Helas! pour un deffein qui n'eft que
trop paifible,
Falloit- ilfaire un Régiment?
se
Falloit-il arborer le beau nom de
Franchife ,
།
Quand on cherche lejoug&la captivité?
Ou réformez ce titre, oufoyez Gens
d'Eglife ,
Il ne faut rien aimer, pour eftre en
liberté.
SS
Aquoy fert la Trompete, à quoy lon
les Tymbales
?
Sans bruit à cette guerre onfe doit
animer.
GALANT. 199
Si vous manquez d'ardeur, s'ilfaut
vous enflâmer,
Vous trouverez toujours dufeu chez
les Veftales.
$ 25
Ce feu vient d'une belle & pure paffion,
Quipres du Saint Autel deux Vitimes
affemble;
Ce n'est pas une Feſte où plufieurs
vont ensemble,
Comme on fait pelle- mefle à la Proceffion.
$ 2
Que diront lesfaloux d'Espagne &
d'Italie,
Quifont accoûtumez de faire bande
àpart ?
Ilsferont étonnez de voir en V vestphalie
Tant de Rivaux unisſous un meſme
Etendart.
200 MERCURE
Se
Sogez- le, s'il lefaut, pourfervir la
Patrie,
Soyez- le pour la Gloire, & non pas
pour l'Amour;
Autrement les Voifins vous pourront
dire unjour,
Vous aimez
froidement, Peuples
fans jaloufie.
Sa
Les Faucons raviffeurs, les Tiercelets
ardens,
Ne s'attroupent jamais contre les
Tourterelles.
Aller en foule à l'attaque des Belles,
C'eftfaire éclat en Imprudens.
SS
4
On doit prefcher par tout la bonne
intelligence
,
L' Europe en a befoin contre fes Ennemis;
GALANT. 201
Mais d'un Corps de Galans qui font
trop bons amis,
L'union eft un bien dont noftre honneur
s'offenfe.
S&
Cela choque l' Amour, la Nature, &
nos droits;
La Gréce s'affembla pour recouvrer V
Hélene;
Mais quand on entreprend de gagner
fa Climene,
Il faut feparément venir un à la
fois.
Sa
Respect, attachement, fidelité, tendreffe,
Sont les philtres puiſſans qui s'emparent
des cours;
En vainfans ces moyens le Régiment
s'empreffe
Pour triompher de nos rigueurs.
202 MERCURE
Ces'Vers eftoient accom
pagnez de ce Madrigal à M'
le Baron de Furſtemberg , à
qui l'on avoit preferit le mois
de May pour prendre la réfolution
fur le Mariage. L'allufion
eft priſe du Nid d'un
Chardonneret , que l'on a
trouvé dans un Laurier du
Jardin de M ' l'Evefque de
Munfter.
-
A M' LE BARON
DE FURSTEMBERG .
MADRIGAL.
Lefoit
Roturier,
E doux Chardonneret,quoy qu'il
Soigneux de conferver &Son nom,
&fa race,
GALANT. 203
Vient deplanter fon Nid au milieu
du Parnaffe,
Et fait voir fes Enfáns couronnez
de Laurier.
Mais veus, unique efpoir d'une illuftre
Famille,
Aurez- vous moins de feu que cepetit
Oyfeau,
Et l'Empire Romain n'a. t -il pas
une Fille
Digne de vous aider à remplir un
Berceau ?
Les Chimenes viendront , fi vous
voulez, enfoule,
Car vous avez & l'air, & la taille
d'un Cid ; 1
Mais le Printemps finit , le mois de
May s'écoute,
Il eft temps defonger àfaire vostre
Nid.
204 MERCURE
Les Echevins & Maires de
Honfleur , ont fait faire un
Service folemnel pour M' le
Marquis de Monts leur Gouverneur
, dans l'Eglife de
Sainte Catherine , comme
on en avoit déja fait dans les
autres Paroiffes de la Ville.
On éleva un grand Mauſolée
dans le Choeur, avec un Daiz
au deffus, & dans tout le refte
il y eut autant de magnificence
que le Lieu en put permettre.
L'Oraifon funebre
fut prononcée par M' Main ,
Preftre Chorifte en l'Eglife
de S. Leonard de la mefme
GALANT. 205
Ville. Son efprit avoit déja
beaucoup paru dás la Chaire
en beaucoup d'occafions ;
mais il fe fit particulierement
admirer en celle- cy . Il prit
pour texte ces paroles du Chapitre
10. des Proverbes, Memoriajufti
cum laudibus , & invita
toute l'Affemblée de venir
avec luy au Tombeau de
M' le Marquis de Monts,
pour y pofer trois Couronnes
au deffus du Daiz . Elles fervirent
de trois Points à fon Dif
cours. La premiere fut une
Couronne de Perles mêlée de
Fleurons, comme à un Mar206
MERCURE
quis , & pour ame de cette
Couronne, l'Humilité. La feconde
fut une Couronne de
Laurier mélée d'Epines comme
à un genéreux Affligé , &
pour ame, la Fidelité ; & la
troifiéme, une Couronne celefte
compofée d'Etoiles ,
comme à un Prédeftiné , &
pour ame , la Pieté. Il s'acquita
de cette action avec
l'applaudiffement
de tous
ceux qui l'entendirent. Le
champ eftoit vafte , tant ſur
la Nobleffe, que fur le mérite
particulier de M' de Monts.
Il defcendoit de la Maifon de
1
GALANT. 207
Villeneuve , qui eſt connuë
7
pour tres ancienne . Raimond
de Villeneuve vint
d'Arragon en Provence dés
l'année 1130. & reçeut du Duc
de Provence
, pour marque
de fes Victoires , l'Ecu de fes
Armes , qui font un Ecu de
gueulles aux Lances d'or frétées
, émouffées , & pour fupport,
deux Sereines, avec un
Cafque ouvert au deffus.
Charles VIII. Roy de France,
donna à Jean de Villeneuve
pour récompenfe des grandes
actions qu'il avoit faites
au Siege de Naples, un Ecuf208
MERCURE
fon d'azur à la Fleur- de- Lys
d'or fur le tout de fes Armes,
& érigea le Comté de Trans
en Marquifat, qu'on prétend
avoir efté le premier Marquifat
de France . Auffi eft - ce
encor le Marquis de Trans ,
qui préfide aux Etats de Pro--
vence , & qui conduit la Nobleſſe
à l'Arrieban, quand il
plaiſt au Roy de la convoquer.
Helion de Villeneuve ,
premier Grand - Maiftre de
Rhodes , eftoit de cette Famille.
Ce fut fous fon regne,
que le brave Chevalier Goffe
d'Auvergne , tua un Serpent
GALANT. 209
3
affreux qui ravageoit toute
l'Ifle. Le feu Roys cut tant
d'eftime pour M' de Monts,
qu'il luy fit époufer la Soeur
du Conneſtable de Luynes,
le gratifia du Gouvernement
de Bauts en Provence , & de
fix mille livres de Penfion ,
& le donna à feu Monfieur le
Duc d'Orleans fon Frere,
pour fon Premier Maiſtre
d'Hôtel. Il fe trouva au Siege
de la Rochelle , à celuy de
Montauban, où il fut pris par
un Party d'Herétiques , &
fait Prifonnier de guerre ; à
>ceux de Neirac , de S. Jean
Juin 1682.
S
210 MERCURE
d'Angély, & de Montpellier,
& fit paroiftre par tout beaucoup
de valeur & de conduite.
La divifion des Princes
eſtant arrivée , il fut obligé
de fuivre Monfieur dans les
Païs - Bas . Ce fut en ce temps
qu'il fe trouva luy feptiéme
au combat de Caftelnaudary,
lors que M' de Montmoren
cy fut pris . La Paix eftant
faite , il revint en Cour avec
M' le Duc d'Orleans , & eut
le Gouvernement de Honfleur
, du Pontlevefque , &
de tout le Païs d'Auge , qu'il
conferva , avec une fideliGALANT
211
guerre
té inébranlable pendant la
de Paris , dans le ref
pect & l'obeïffance qu'il devoit
au Roy. Sa pieté en ce
qui regarde la Religion , n'ef
toit pas moins remarquable
que fon zele pour fon Prince,
Il alloit à la Meffe tous les
jours à la mefme heure , ne
voulant oüyr parler d'aucunes
affaires , qu'il n'euft fatisfait
à fes actes de Chreftien .
Il avoit grand foin que fes
Domeftiques s'acquitaffent
de leur devoir envers Dieu,
ne foufroit chez luy ny Blaſphémateurs
, ny Gens débau-
Sij
212 MERCURE
chez , & par les aumônes
qu'on luy voyoit faire tous
les jours , il donnoit l'exemple
à toute la Ville . Auffi
ne doute- t-on pas que fa
longue vie n'ait eſté la récompenfe
de fes bonnes actions.
Quoy qu'il foit mort
âgé de cent huit ans , les infirmitez
de la vieilleffe luy
avoient toujours efté inconnuës
. Il lifoit encor toute
forte d'écritures fans avoir befoin
d'aucun fecours , & raifonnoit
avec autant de folidité
qu'il avoit fait dans fes
plus belles années ……….
4
GALANT. 213
Il y a des Gens qui cherchent
à fe fignaler par des
fentimens entierement extraordinaites
, parce que leur
nouveauté fait ouvrir les
yeux & les oreilles , & qu'on
s'applique à examiner comment
ils les foûtiendront. Ces
fortes de Novateurs , fçavent
fort bien que loin de venir à
bout de perfuader leurs opinions
, elles feront toûjours
condamnées ; mais leur but
eft de fe retrancher fur l'obftination,
croyant qu'elle em
pefchera qu'ils n'ayent le démenty
d'une chofe , qu'ils
3
214 MERCURE
n'ont foûtenuë que pour faire
parler d'eux , & dont ils ne
veulent pas avoüer la verité,
quoy qu'elle leur foit connuë.
Cependant ils ont beau
la déguifer. Elle eft fi forte,
que les faux raifonnemens
dont ils fe fervent ne la cachent
point en l'envelopant.
Ce font des ombres au travers
defquelles il eft aiſé de la
découvrir , & nous venons
d'en avoir une forte preuve
par un Arreft du Parlement
de Paris , qui en confirme
un premier , donné ſur le
mefme cas en 1668. Un de
GALANT 215
ces Novateurs entreprit de
foûtenir que l'Antimoine eftoit
un poifon qui ne pouvoit
recevoir aucun correctif par
la Chymie , ny eftre jamais
utile à la Medecine. Toute
la Faculté fe déclara contre
cette opinion , & décida que
le Vin Emétique eftoit un
fort bon Remede , & dont
tous les Medecins judicieux
pouvoient fe fervir. L'obſtination
d'un Homme fi extraordinaire
ne ceffa point
pour cela , M ' de Mauvilain ,
qui eftoit alors Doyen de la
Compagnie , entreprit l'af
216 MERCURE
faire au Parlement , & la
Grand ' Chambre défendit
par un Arrest contradictoire
, qu'on foûtinſt là Theſe
qui contenoit des Propofitions
fi peu vray -femblables.
Pres de quatorze ans fe font
paffez fans que cet opiniâtre
en ait voulu reconnoiftre la
fauffeté. Il a prétendu qu'il
y alloit de fa gloire de maintenir
fon erreur, & n'a oublié
aucune chofe pour faire tout
de nouveau foûtenir la Thefe,
que le Parlement avoit condamnée.
Ainfi il a falu que
la Faculté y ait encor recours éy
+
pour
GALANT. 217
pour
la faire fuprimer. C'eft
ce qu'a fait cet augufte Corps
depuis peu de jours , & ce
que j'ay crû ne vous devoir
pas laiffer ignorer.
4
M' Charpentier ayant fait
fçavoir à Ms de l'Académie
Françoife que M' de Faure-
Fondamente, de l'Académie
Royale d'Arles , defiroit de
venir falüer l'Académie , il
fut chargé de luy donner avis
qu'il feroit le bien venu. L'Académie
eftant affemblée au
Louvre le Samedy 20. de ce
mois , M' de Faure y fut
amené par M le Duc de
Juin 1682.
T
218 MERCURE
1
S. Aignan, qui le préſenta à la
Compagnie, & dit, apres que
chacun eut pris fa place à
l'heure ordinaire des Affemblées
.
MESSIEURS,
La confidération & le respect
que j'ay pour vous , m'ont fait
remarquer avec plaifir les fenti
mens de venération que Mt de
l'Académie Royale d'Arles ont
toûjours eu pour vostre illuftre
Corps . Ils m'ont encore efté confirmez
de nouveau par M de
Faure-Fondamente, quifouhaite
l'honneur d'eftre connu de vous.
GALANT. 219
Jefuis perfuadé, Meffieurs , que
fon mérite attirera facilement
voftre approbation & vostre eftime;
& parla juftice que vous
luy rendrez en cette occafion, vous
' engagerez à une tres-grande
reconnoiffance.
Ce Difcours finy , M' de
Faure complimenta l'Académie
de cette maniere .
MESSIEURS,
Si j'ofe paroître dans cette Affemblée
, ce n'eft pas pour v us
entretenir de toutes les grandes
idées qu'infpire la majesté de ce
Lieu veritablement augufte ; c'est
Tij
220 MERCURE
pour donner à vos Conférences.
une parfaite attention , &pour
les admirer. La gloire de Louis
LE GRAND , la fplendeur de
l'Académie Françoiſe , éclatent
icy d'une maniere particuliere.
L'une & l'autre s'offrent à mes
yeux à mon imagination; mais
ce n'est que pour m'éblouir, &
pour me remplir de-je-ne-/çayquelle
confufion qui fe mefle à
toutes mes penfees, & qui m'ofte
quelque forte l'ufage de la
parole. C'est donc le filence qui
doit eftre icymon partage ; &je
ne sçay mesme fi ce n'eft point le
filence qui peut le mieux en cette
en
GALANT. 221
rencontre fatisfaire à tous mes
devoirs. Il eft en effet très -propre
à faire connoiftre & un respect
extraordinaire , & une grande
admiration. D'ailleurs , Meffieurs
, il me donnera plutoft l'ade
vantage de vous écouter ,
profiter de ces fçavantes
Converfations,
où vous découvrez
avec
tant de lumiere & avec tant de
netteté, lesfecrets & les miftéres
de la plus belle de la plus difficile
de toutes les Langues
.
M ' Doujat , Directeur de
l'Académie , répondit à ce
Compliment de M' de Faure,
Tij
222 MERCVRE
que l'Académie fe faifoit un
tres -grand plaifir de le voir
dans fon Affemblée , & qu'-
apres l'avoir oüy fi bien parler
, elle ne pouvoit pas demeurer
d'accord avec luy,
que le filence duſt eſtre ſon
partage ; à quoy toute la
Compagnie applaudit . M'le
Clerc , faifant dans cette
Séance la fonction de Secrétaire
, lût les mots & les manieres
de parler qui fe préfentoient
à examiner dans la
revifion du Dictionnaire.
Surquoy M'de Faure dit fon
avis à fon tour en Académi
GALANT. 223
cien , & d'une maniere qui
fit voir la connoiffance particuliere
qu'il a de la Langue
Françoife. Apres que chacun
fe fut levé de fon fiege , M
Boyer, comme faifant la diftribution
ordinaire des Médailles
du Roy, en donna une
à M'de Faure, & une autre à
M' fon Fils , jeune Gentilhomme
de tres- belle eſpérance
, qui avoit eu fa place
dans l'Académie durant tout
le temps de cette Séance .
Le Dimanche 21. de ce
mois M' Boifnier , S de la
Mothe , Petit-Fils de M de
Tiiij
224 MERCURE
la Gabte , Miniftre de Bourgueil
, & Neveu de M' Amiraut
Miniftre de Saumur, abjura
la Religion de Calvin entre
les mains duPere Alexis du
Buc Théatin, en préſence de
M'l'Abbé de Bourgueil, & de
M' le Commandeur le Tellier
, tous deux Fils de M' le
Marquis de Louvois . La Ce
rémonie fe fit dans l'Eglife
des Théatins à l'iffuë de la
Controverfe.
Il s'eft fait auffi beaucoup
de Converfions de Perfonnes
de qualité en Normandie
; mais depuis longtemps
GALANT. 225
aucune n'a fait tant de bruit
que celle dont je vay vous
apprendre le détail . Une
jeune Demoiſelle du Ponteaudemer
, d'une tres- bonne
Maiſon , & alliée des plus
illuftres Calviniftes de France
, & mefme de quelques
Seigneurs d'Angleterre , ne
trouvant perfonne de fon
rang dans la Religion qu'-
elle profeffoit , fut obligée
de faire focieté avec quelques
Demoiselles Catholiques
, pour ne pas vivre toûjours
feparée du monde. Elle
s'attacha particulierement
226 MERCURE
à une de ſes Voiſines , chez
qui plufieurs autres avoient
accoûtumé de fe rendre , attirées
par le tour aifé de fon
efprit , & par l'enjoüement
de fon humeur . Il s'y rencontroit
de temps en temps
quelques Cavaliers , qui ne
contribuoient
pas peu àrendre
la converfation agreable ;
& comme les inclinations
fe trouvent ordinairement
partagées , quelques -uns furent
touchez de cette jeune
& aimable Proteftante
, &
F'intéreſt qu'ils prenoient en
elle leur faifoit fouvent mêGALANT.
227
ler la Controverfe aux Difcours
galans. Elle répondoit
fort jufte à tout ce qu'on
luy difoit ; & quand on attaquoit
fa Religion , elle
montroit tant d'efprit à la
défendre , qu'il eftoit aifé de
voir qu'on l'en avoit bien
inftruite. Quoy
Quoy que fes
réponſes
fuffent fortes , &
qu'elle paruft opiniâtre , c'étoit
un grand fujet d'eſpérance
de la voir fi volontiers
conſentir à la difpute.
Ses Parens ayant apris ce qui
fe paffoit par une Demoifelle
Ecoffoife , qui l'accom228
MERCURE
pagnoit quelquefois dans ſes
viftes , réfolurent de l'envoyer
à la Campagne chez
une Perfonne de qualité de
la R. P. R. pour l'éloigner
d'un lieu où ils ` croyoient
que fa Religion & ſon coeur
couroient un fort grand danger.
Elle y fut conduite , &
tellement obfervée
, qu'une
Femme mefme qu'on luy
envoya , fous le prétexte de
faccommoder
des Points ,
ne put trouver le moyen de
luy donner un Billet. Mais
la contrainte
n'eft pas ce qui
gagne les efprits . Elle ne
GALANT: 229
fervit qu'à luy faire faire des
refléxions fort férieuſes , &
qu'à luy rendre fufpect le
party qu'on craignoit tant
qu'elle ne quitaft . Enfin
l'obligation de faire la Céne
à Paſques , la fit rappeller de
fon éxil. Elle revint au Ponteaudemer
, où un ſejour de
huit ou dix jours parut n'avoir
rien de dangereux. Elle
obtint la liberté d'y voir fes
Amies , & on la luy accorda
avec d'autant moins de
peine, qu'elle montroit grande
fermeté pour les erreurs
où elle eftoit née. On de-
•
230 MERCURE
voit dans peu l'envoyer plus
loin , & mefme on avoit def
fein de la marier avecun des
plus zelez Religionnaires ,
pour luy ofter toute forte de
moyens de fe convertir.Pendant
qu'on difpofoit tout
pour le voyage, fes Amies remirent
fur le tapis les mefmes
matieres. Elle écouta ,
refifta , & deux jours avant
qu'elle duft partir , elle fe
fentit fi fort ébranlée , qu'il
n'y avoit plus que les fentimens
de la Nature qui la faifoient
balancer. C'estoit pour
elle un rude combat à foûte,
GALANT. 231
nir, que fe repréſenter une
Mere en pleurs , accablée de
douleur & de chagrins, mais
la Grace demeura victorieufe,
& la fit réfoudre de fe foûmettre
à la Verité, quoy qui
arrivaft. Il fut arrefté par la
Compagnie , qui ce jour là
eftoit fort nom breu fe, qu'on
la conduiroit , ou dans un
Convent, ou chez une Dame
de qualité dont on luy avoit
offert la Maifon ; & c'est ce
qu'on auroit fait fur l'heure,
fi elle n'euft demandé le reſte
du jour pour de petits foins
qui la regardoient. Cepen
232 MERCURE
dant elle ne put s'échaper le
lendemain ; & comme les
chofes les mieux concertées
n'ont pas toûjours la fin que
l'on s'eft promife , le trouble
& la crainte qu'une fi grande
réſolution luy caufa , éclaterent
malgré elle, & trahirent
fon fecret. Madame fa Mere
qui le foupçonna , jugea qu'il
n'y avoit plus à diférer. Son
départ fut réſolu à l'inftant
meſme . On la mit dans un
Carroffe , & par des chemins
détournez , elle fut conduite
à Camamber. On y mit tout
en ufage pour l'obliger à
9
GALANT. 233
changer de fentimens. On fit
fucceder la douceur à la colere
, les promeffes aux menaces
, & plufieurs Partis avantageux
qu'on luy propofa
, luy laiffoient le choix d'une
affez grande fortune. Cet
enlevement ayant fait éclat,
M' le Lieutenant General du
Ponteaudemer , remply de
zele pour l'intéreſt de l'Egli
fe, & excité par les Lettres de
M' le Blanc , Intendant en
Normandie, informa de cette
affaire , & ayant mis en
comparence perfonelle tous
ceux qu'on fçavoit y avoir
Juin 1682. V
234 MERCURE
contribué , il ordonna que la
Demoiſelle feroit repréfentée
dans trois jours , fous les
peines contenues dans les
Déclarations de Sa Majesté.
On fut contraint d'obeïr.
Elle parut au jour ordonné,
accompagnée de dix ou douze
de fes Parens , & leurs remontrances
l'ayant étonnée,
elle declara d'abord qu'elle
trouvoit fa Religion bonne.
On luy voulut donner le
temps de s'examiner ; & pour
l'empefcher d'eftre obfedée,
elle fut mife chez une Dame
Catholique , pleine de fagef
GALANT 235
fc & de vertu. On luy fit voir
dans cette Maiſon un Cavalier
nouveau converty , &
fort éclairé , qui luy expli
qua les puiffans motifs qui
l'avoient porté à fe féparer
des Calviniftes. Elle goufta
fes raiſons , & déclara hautement
quelques jours apres,
qu'elle vouloit faire abjuration.
Madame fa Mere qui
eftoit allée à Rouen préſenter
requeſte à la Cour , pour
obtenir permiffion de la
voir , fut confternée de cette
nouvelle qu'elle apprit à fon
retour. Elle prétendit qu'on
Vij
236 MERCURE
avoit feduit la Fille, & le refte
du Party la voyant ferme
dans fa déclaration , commença
de publier que l'efpérance
de fe marier plus aifément
chez les Catholiques ,
cftoit la feule & vraye cauſe -
de fon changement de Religion.
Cette calomnie ne l'ébranla
point. Le refus qu'elle
avoit fait des avantages qui
luy venoient d'eſtre offerts à
Camamber, la juftifioit affez.
Apres s'eftre fait pleinement
inftruite des Veritez qui luy
avoient toûjours efté inconnuës
, elle abjura le jour de la
GALANT. 237
Pentecofte entre les mains
de M' le Curé de S. Oüen du
Ponteaudemer ; & la retraite
luy paroiffant neceffaire pour
ouvrir entierement fon coeur
à la Grace , elle entra le 17. de
ce mois dans l'Abbaye de
Preaux , celebre par les Dames
de qualité qui y font ,
par fa fituation agréable , &
par les grands revenus . Elle
acheva de cette maniere genéreuſe
ce qu'elle avoit fi
bien commencé , & laiffa
dans le monde de tres -avanpurs
fentageuſes
idées des
timens qui l'avoient portée à
238 MERCURE
fe convertir. La Femme de
Chambre d'une de fes Tantes
fuivit fon exemple dans
le meſme lieu , & le jour meſ
me de fon abjuration . Quelques-
uns de ce party l'ont
imitée depuis ce temps- là.
D'autres fe font veus contrains
d'éloigner leurs Enfans
tout prefts de le faire , & fi
l'on en croit le bruit commun
, leur Miniſtre meſme
donne lieu de préfumer qu'il
ne mourra pas dans fon erreur.
Je vous envoye un Placet
qu'on affure eftre d'un GenGALANT.
239
tilhomme Gaſcon , quia du
ſervice & du mérite . Apres la
mort de M ' Sorin , qui a eſté
Capitaine dans le Regiment
de Baltazar, il a demandé la
Penfion dont Sa Majesté le
gratifioit, & on m'a dit qu'elle
luy avoit efté accordée. Il
eft difficile de demander d'une
maniere plus fpirituelle &
plus galante.
PLACET
AU ROY,
IRE , Sorin Capitaine
Autrefois dans Baltazar,
S₁ STRE
Eft allé joindre Céfar
Là-bas, dans lafombre Plaine,
240 MERCURE
Où fans Couronne &fans Char
Ce grand Héros fepromene.
Maisfa veuve Penfion,
Malgréfon affliction,
Sentpour moy l'ardeurfecrete
D'une forte paffion ,
Etpour Epoux me fouhaite.
Quoy que cefoitpour mon bien
Qu'à m'époufer elle afpire,
Fay dit, il n'en fera rien,
Simon Royne le defire .
Que mecommandez- vous ,SIRE?
Les Vers qui fuivent ont
efté notez par un fçavant
Maiftre. Vous le connoiftrez
en les chantant.
AIR
Zainpert
rréfident des
Comptes , & de
Dame.... de
Laubepine , a
épouſé depuis peu de jours
Marie
Marguerite Bon-
Juin 1682.
X
240 MERCURE
Où fans Couronne &fans Char
Ce grand Héros fe promene.
Mais far
DamLanges
TITTE
AIK
GALANT. 241
J
AIR NOUVEAU.
E n'aimeplus lefon de ma Mufete,
Je ne vaisplusfur l'herbete
Avec les Bergers d'alentour.
Fe languis, tout m'inquicte,
Et depuis quej'aime Lizete,
Rienne me plaift que mon amour.
Meffire Claude Jean Lambert
, Seigneur de Thorigny,
de Sufy en Brie , Confeiller
au Parlement, & Fils aîné de
Meffire Nicolas Lambert
Préfident des Comptes, & de
Dame .... de Laubepine
, a
épousé depuis peu de jours
Marie Marguerite Bon-
Juin 1682.
X
242 MERCURE
temps , Fille aînée de Meſſire
Alexandre Bontemps
, Premier
Valet de Chambre du
Roy , Intendant du Château
, Parc & dépendances de
Verſailles, & de Dame Claude
Marguerite du Bois , Soeur
de M' du Bois , Procureur
General en la Cour des Aydes.
Cette nouvelle Mariće
eft fort jeune . Elle chante
& jouë tres - bien du Claveſ
fin , & l'on ne peut mieux
dancer qu'elle fait . Elle a efté
élevée par Madame du Bois
fa Grand' Mere , & l'on ne
peut douter qu'elle n'ait mille
GALANT. 243
belles qualitez , puis qu'elle
eft Fille de M' Bontemps,
qui fert le Roy avec un attachement,
un zele & une affiduité,
qui luy ont juſtement
acquis l'eftime & la bienveillance
de ce grand Monarque.
On auroit peine à trou
ver un plus ardent & plus genéreux
Amy. Il n'en a que
de choifis, & ceux qui ont l'avantage
d'eftre de ce nombre
, n'ont pas beſoin de follicitations
pour le faire entrer
dans leurs intéreſts . Il prend
de luy- mefme les occafions
de les fervir quand il s'en
X ij
244 MERCURE
offre quelqu'une ; & ce feroit
le defobliger que luy en faire
le moindre remercîment.
J'en puis parler jufte , puis
que j'en parle par expérien
ce. Rien n'eft égal à ſa modeftie
; & comme il ne peut
fouffrir aucune loüange , je
fuis obligé de fuprimer toutes
celles que je fçay qui luy
font deuës . Ce que je vous ay
mandé de luy en plufieurs
occafions , & ce qu'en publient
une infinité de Gens
qu'il a obligez , vous ont af
fez fait connoiftre qu'il eft
d'un mérite fingulier. La
GALANT 245
cerémonie des Epoufailles fe
fit à S. Frambourg à Ivry par
'M ' le Curé de Saint Louis de
l'Ifle. C'est une Chapelle qui
apartient à la Maiſon de M
du Bois , Seigneur de ce Lieu.
Les plus proches Parens de
l'une & l'autre Maiſon y affifterent
, & revinrent le foir à
Paris chez M Bontemps .
Les Mariez en partirent le
lendemain pour Sufy , où ils
ont paffé quelques jours. La
Mariée a receu quantité de
beaux Préfens . Je ne vous
parleray que de celuy dont le
Roy a bien voulu l'honorer.
Xx iij
246 MERCURE
C'est une paire de Pendans
d'Oreilles d'un tres - grand
prix . Ves
La Lettre que j'ay eu ſoin
d'envoyer à l'adreffe marquée
par le Cavalier qui a
critiqué la Ducheffe d'Eftramene
, m'a fait recevoir cette
Réponce. Elle contient
fes fcrupules fur la Seconde
Partie de cet Ouvrage.
23
GALANT. 247
2225 2522255:25225
SUITE
DES REMARQUES
fur la Ducheffe d'Eftramené .
J
E m'eftois bien douté, Madame
, que vous ne meferiezpas
l'honneur de me défendre la continuation
de ma Critique . Il feroit
difficile de faire quelque tort
à un Ouvrage comme le vostre,
& je trouve que ceux qui confentent
feulement
à m'écouter , lors
que je parle contre vous ,font des
Juges mal aifez à prévenir.Apres
que j'ay en longtemps
examiné
X iiij
248 MERCURE
voftre Seconde Partie , il m'est
venuenfin quelquesfcrupules. Le
Duc d'Eftramene me paroift un
Homme bien extraordinaire . Nė
pouvoir pas feulement fouffrirfa
Femme , elle qui eftoit fi aimable!
Cela eft étrange. Paffe encor, s'il
eufteu quelque chofe dans le coeur,
mais il n'avoit rien. Vous allez
rejetter la caufe de cette averfion
fur le mariage , & m'expliquer
la vertu qu'il a de gafter le mérite
de la Perfonne du monde la
plus accomplie ; mais à qui parlez
vous ?Je ferois lleeççoonn auxautres
fur chapitre- là , & fi vous
me connoiffiez vous n'en douteGALANT.
249
riez pas. Cependant j'ay peine
à me figurer de quel caractere
eftoit le Duc d'Eftramene . Il eftimoitfa
Femme , il ne la croyoit
prévenuë d'aucune paſſion, il n'en
eftoit pointprévenu nonplus , il
n'y avoit rien de plus aimable
que la Perfonne qu'il venoit d'époufer,
& la feule haine qu'il a
pour les engagemens , luy infpire
de l'horreur pour elle. En verité
je me croyois bien libertin , mais
je le cede au Duc d'Eftramene.
Favouë quej'aurois bienpû vivre
un mois ou deux avec une Femme
comme la fienne ,faufà la quitter
apres cela comme ilfit , car à cela
250 MERCURE
pres , qu'il la quitta trop toft , je
ne defapprouvepointfonprocedé;
mais ce n'estpas dans les commencemens
que le mariage est leplus
mauvais. Il produit alors , mefme
entre les Perfonnes qui ne font
pas deftinées à s'aimer , un cer
tain feu de peu de durée , qu'on
prendroit pour de l'amour ,fi l'on
ne s'y connoiffoit pas . Franchement
,je pardonnerois encore plûtoftà
la Ducheffe fa vertu , qu'au
Duc fon libertinage . L'action
qu'il fait , eftfans exemple , &,
à ce que je croy ,fansfondement;
mais fa converfion mefme &fon
retour au party du bonfens , ne
GALANT. 251
me plaifent pas . Ilfe rend à des raifons
qu'il devoit avoir toutes envifagées.
Que luy dit- on qu'il
n'ait pas dû fe dire centfois ? Je
Seay quefouvent les mefmes confeils
ont plus de force , quand nous
les recevons d'autruy , que quand
nous les recevons de nous mefmes ;
mais cela feroit bon s'il eftoit
encorquestion de déliberer. Quand
une fois on a pris fon party, &
qu'on a fait des démarches , ilfaut
poursuivre ; autrement ce font de
fimples changemens de volonté,
qui d'ordinaire n'ont guére de
grace , nyfur le Théatre, dans
les Romans. Ony veut des gens
ny
252 MERCURE
obftinez dans leur caractere , ear
fans cela on nefçait où l'on en eft,
cette maxime estfi vraye, que
quoy que vous difiez fur lafin de
voftre Nouvelle , je ne puis croire
qu'àl' à l'heure qu'il eft le Duc d'Eftramene
vive bien avec fa Femme,
tant vous me l'avez fait concevoir
comme un Homme bizarre,
&fujet à changer d'humeur.
Je conviens cependant que l'averfion
qu'il a pour la Ducheffe
d'Eftramene,prodait defort beaux
effets par l'embarras réciproque
où ilsfont tous deux , & par
les confeils genereux ) def-intéreffez
que le Duc d'Olſingam
GALANT. 253
donne au Mary de la Perfonne
qu'il aime. Ces deux traits font
admirables. Le premierfait unjeu
fort fin , & donne lieu à démefler
des fentimens tres délicats ,
tres - naturels ; le fecond pouffe
jufqu'au plus haut point la grandeur
d'ame du Duc d'Olfingam.
Il n'aparient qu'à vous , Madame
, defaire des Héros , & des
Héroïnes.
Je fuis touché de la furpriſe du
Comte d'Hennebury , lors
queSa
Soeur luy apprend qu'elle eft mariée,
il n'y a rien de mieux que
leur converfation , mais tout cela
eft- il affez bien amené ? Made254
MERCURE
moifelle d'Hennebury a-t- elle pi
fe marier en France, fans quefon
Frere l'ait freuen Angleterre huit
jours apres ? Les mariages
fortes de Perfonnes- là, font, ce me
femble , un peu plus de bruit, &
le commerce eft bien regléde Paris
à Londres.
de
ces
Ie trouve encor quelque chofe
redire , dans la furprise que vous
avez voulu cauferpar l'entreveuë
du Duc d'Estramene , & du Duc
d'Olfingam . Je veux qu'ils fe
voyent , carje ferois bienfâché de
perdre ce qu'ilsfe difent, & l'effet
de leurs entretiens ; mais je ne
veux point qu'ils fe voyent dans
GALANT. 255
cette petiteVille d'Italie .Celafent
trop les Avanturiers de nos anciens
Romains. Sijelifois Cleopatre ou
Cirus , & que je viffe un Héros
partypourfaire voyage , je ferois
bien feûr qu'il ne manqueroit pas
de rencontrer tous ceux du Roman
qui feroient égarez, ou dont on
n'auroit point de nouvelles. Il
n'eft pas mefme permis aux Perfonnages
de ces gros Livres - là de
faire une Promenade qui fe terminefans
Avantures , & qui ne
foit qu'unefimple Promenade; mais
il n'en va pas ainfi dans les petites
Nouvelles qui font venues
à la mode. Ony a ramené les
256 MERCURE
chofes à un vray -femblable plus
naturel. Un Héros s'y peut promener
, & voyagerfans faire aucune
rencontre , & mefme il le
doit, pour ne pas reffembler aux
Héros antiques. Ainfiileuftpeuteftre
eftémieuxde conferver la generofité
du Duc d'Olfingam , de
faire trouver enfemble les deux
Rivaux par une voye plusfimple.
Celle que vous avez choisie a encor
quelques incommoditez ; car,
par exemple , on ne conçoit pas
bien comment un Anglois n'en re
connoift pas un autre à l'accent ,
lors qu'ils parlent l'un & l'autre
une Langue étrangere . Ie ne vous
GALANT. 257
chicane pointfur ce que vous prétendez
que le Duc d'Olfingam ,
le Duc d' Estramene , ne s'estoient
jamais veus ; mais je croy que fi
l'on vouloit examiner la chofe
avec unpeu de rigueur, on trouveroit
qu'elle ne manque pas de difficulté.
Ie viens à la converſation de
la Reyne , de Madame d'Hil
morre , & de Madame d'Estramène.
Madame d'Estramene me
paroist un peu trop aisée à déconcerter
, la Reyne affez imprudente
, & Madame d'Hilmorre
moins habile qu'elle ne croit ellemefme.
Sur ce que la Reyne dit à
Juin 1682.
Y
258 MERCURE
Madame d'Estramene , qu'elle la
foupçonne d'avoir quelque trif
teffe cachée dans l'ame , il n'eft
point encore temps que cette belle
Perfonne fe mette à pleurer. La
Reyne de fon costé ne fonge pas.
que Madame d'Hilmorre eft là,
quand elle dit tout net à Madame
d'Eftramenene , qu'elle ne
doute plus qu'elle n'ait uneforte
inclination pour le Duc d'Ölfingam.
Ce n'eftoitpas là une nouvelle
trop agreable à apprendre à
Madame d'Hilmorre , ny qui
duft produire de trop bons effets
pour la Ducheffe d'Eftramene.
Enfin quand Madame d'Hil
GALANT: 259
morre veut cacher l'inclination
lesfentimens defaBelle- Fille,
de crainte , dites vous , qu'on ne
vinſt à luy reprocher d'avoirfait
violence aux volontez de cette
Ducheffe , auffi bien qu'à celles
de fon Fils , je ne trouve pas que
ce foit avoir une préſence d'ef
prit , nyune adreffe bien furprenante,
que de dire à la Reyne,
que l'averfion que le Duc d Eſtramene
a pourfa Femme , & les
marques qu'il luy en a données
en la quittant , font lafeule caufe
de la trifteffe où elle eft ; car
mefemble que c'eſt- là juſtement
ce que Madame d'Hilmorre a
il
Yij
260 MERCURE
intereft de cacher. Elle ne peut
guére dire plus clairement , qu'elle
fait violence aux volontez de
fon Fils.
a
Ce
Mais , Madame , qu'on oublie
aifément ces petites fautes,
quand on en eft à ce bel endroit
de la mort du Duc d'Olfingam !
Il me touche , & me caufe encor
de l'émotion à la dixiéme lecture.
que j'ay vú de plus vif dans
d'autres Ouvrages , me paroift
languiffant , à le comparer à ce
morceau- là. Que vous y avez
bien marqué, & la douleur des
deux Amans , & leprogrés ,
les diférens effets de cette douleur!
GALANT. 261
Que le coeur de Madame d'Eftra
mene eft bien partagé entre fa
gloire , & fa tendreffe ! Elle veut
fortir d'aupres d'un Homme
qu'elle aime , & qui va expirer,
pour ménager toujoursfa réputation
, ce qui eft un peu dur ; en
fuite elle embraffe cet Homme
mourant, ce qui est un peu emporté;
mais ces deux actions font
fibien placées , & amenées avec
tant d'art, qu'elleferoit une faute
de ne les faire pas. C'est ce qu'on
appelle des coups de Maiftre que
des chofes extraordinaires , cependant
raisonnables . Rien n'est
mieux tourné que toute cette fin
262 MERCURE
de la Seconde Partie , où vous
décrivez de quelle maniere s'est
formée l'union de Monfieur &
deMadame d'Eftramene . Le procedé
qu'ils tiennent à l'égard l'un
de l'autre , les fait aimer tous
deux, & il y a bien de l'adreſſe à
avoirfaitfuccederces idées douces
tendres , à celles de la mort du
Duc d'Olfidgam , qui caufoient
des mouvemens plus violens.
Il ne me reste plus , Madame,
qu'à vous prier de vouloir bien
donner quelques - unes de vos
heures , à écrire l'Hiftoire du
Comte d'Hennebury, & de Mademoifelle
d'Englaftre.Vous nous
GALANT. 263
faites entrevoirque vous en avez
quelque deffein . Je vous conjure
de l'exécuter , & j'ofe mesme
vous dire que je vous en conjure
au nom du Public , qui affurément
ne me def- avoura pas d'avoirporté
la parole ,pour luy ob–
tenir cettegrace- là d'evous.
La Nobleffe eftant l'appuy
d'un Royaume, & fa plus
feure défenſe dans les temps
de guerre, rien n'eft plus glorieux
à un Souverain , que de
prendre foin de la maintenir.
C'est ce que nos Roys
ont fait de tout temps par
264 MERCURE
beaucoup de Privileges qu'ils
ont trouvé jufte de luy accorder
; mais ces Privileges
ne fuffifant pas pour mettre
tous ceux qui ont l'avantage
d'en jouir , dans une fortune
qui réponde à leur naiffance
, & Sa Majeſté ayant
eft é informée qu'il y avoie
grand nombre de Gentilshommes
dans les Provinces ,
qui n'eftant pas en état d'envoyer
leurs Enfans fur les
Frontieres , ny de les entretenir
en qualité de Cadets
dans des Compagnies d'Infanterie
, les gardent chez
xxxxeux,
GALANT. 265
cx , Elle a jugé à propos de
leur donner un moyen de les
faire élever d'une maniere
plus convenable à ce qu'ils
font nez. Dans cette veuë ,
Elle a réfolu de faire mettre
fur pied deux
Compagnies ,
qui ne feront composées
que de
Gentilshommes . Ces
Gentilshommes feront affemblez
par les foins des .
Gouverneurs & Intendans
des Provinces , & conduits
dans l'une de ces deux Compagnies
, fur des routes que
le Roy ordonnera qui foient
envoyées pour les faire par
Juin 1682.
Ꮓ
266 MERCURE
tir dans les vingts premiers
jours des mois de Mars , Juillet
& Octobre de chaque
année. Lors qu'ils feront
arrivez à la Citadelle de
Tournay , ou à celle de
Metz , où ces Compagnies
doivent eftre en garnifon , Sa
Majefté leur fera donner à
fes dépens , un Jufte - au
Corps & leur armement , &
dix fols par jour pour leur
nourriture , jufqu'à ce qu'étant
bien inftruits dans les
Fortifications , qu'Elle leur
fera montrer gratuitement ,
& dans les autres Exercices
GALANT. 267
1
Militaires , Elle leur accor
de les Lieutenances & Enfeignes
qui vaqueront dans ſon
Infanterie. Avoüez , Madame
, que cet établiſſement
eft tout à fait digne de Loüis
LE GRAND . Ce Prince ne
fixe point le nombre d'Hommes
de ces Compagnies.
Tout ce qu'on envoyera des
Provinces y fera entretenu ,
& c'eft dequoy M' le Marquis
de Louvois a donné avis
par ordre du Roy à M❜les
Intendans , afin qu'en rendans
la réfolution de Sa Majeſté
publique , ils foient en
Z ij
268 MERCURE
état de faire partir dans les
premiers jours du mois de
Juillet prochain , les Gentilshommes
de leur département
, qui viendront fe préfenter
pour aller fervir dans
ces Compagnies , fur les routes
que ce Marquis leur a envoyées
en mefme temps . Il
leur eft enjoint de mettre à
la tefte de ces Gentilshom.
mes quelqu'un des Capitaines
ou Lieutenans des
Troupes qui feront dans
leurs départemens . Cet Offi
cier aura foin de les conduire
& de les contenir dans leur
' GALANT. 269
2
route en bonne diſcipline &
en union ; apres quoy il s'en
retournera à fa Charge , en
retrogradant fur la meſme
route ; & outre qu'il fera
payé pendant fon Voyage ,
comme s'il avoit efté préfent
à fa Garniſon, Sa Majesté luy
fait efpérer une gratification
particuliere. S'il n'y avoit
point deTroupes en garniſon
dans quelque département,
on choifiroit pour cette con- .
duite un Gentilhomme qui
auroit fervy. Les Cadets
qu'on recevra dans ces Compagnies
, doivent n'eftre pas
Z iij
270 MERCURE
plus jeunes que de quatorze
à quinze ans , ny plus âgez
que de vingt- cinq. Incontinant
apres leur départ , les
Intendans ont ordre d'envoyer
un Etat de ceux qu'ils
auront fait partir , contenant
leur nom de Baptefme , celuy
de leur Famille , & leur
âge. Il eft marqué dans la
Lettre que leur a écrite M ' de
Louvois , que l'intention de
Sa Majesté n'eft pas qu'ils faffent
une inquifition fort fevere
de la Nobleſſe de ceux qui
fe présenteront, & qu'Elle ne
trouvera pas mauvais qu'ils
GALANT. 271
laiffent gliffer parmy eux des
Enfans de Gens qui vivent
noblement , c'eſt à dire , qui
par quelques années de fervices
, ont acquis le droit de
porter l'Epée. Ils font chargez
par la mefme Lettre ,
d'affurer les Gentilshom
mes qui leur témoigneront
de l'inquiétude fur la difficulté
qu'ils pourroient avoir à
retirer leurs Enfans du fervice
, i leurs affaires les obligeoient
à ne les y pas laiffer,
que le Congé ne fera refufé
à aucun , dés que leur Pere ,
Mere, ou plus proche Parent,
Z iiij
272 MERCURE
le
demandera pour eux.
Voyez, Madame, fila bonté
& la juftice du Roy ne fe
montrent pas en toutes chofes.
En faifant les routes de
ces Cadets , on a obſervé de
leur donner de fort petites
journées , & de leur faire faire
de fréquens fejours. L'on
y a auffi employé que le
fourrage fera fourny à ceux
qui auront des Bidets ; &
comme il y a des départemens
fort grands , on a envoyé
diférentes routes , chacuneaboutiffant
à un certain
lieu , ou M les Intendans
GALANT.
273
feront affembler tous les
Gentilshommes qui auront
donné leurs noms. Ceux qui
arriveront les premiers , au-
.ront dix fols chaque jour juf
qu'à ce que tous les autres
qui devront partir au commencement
du mois de Juillet
, s'y eftans rendus , on les
faffe mettre en marche pour
aller à Metz ou à Tournay.
Il y auroit beaucoup de chofes
à dire fur un établiſſement
fi avantageux à la Nobleſſe ;
mais toutes les actions du
Roy
demandent du temps ,
pour en bien examiner toute
274 MERCURE
l'importance , & quelques
reflexions qu'elles méritent,
on ne peut d'abord que les
admirer.
Comme je vous ay déja .
parlé dans deux de mes Lettres
, du Prix que M ' le Duc
de S. Aignan a proposé pour
récompenfe du meilleur Sonnet
qui feroit fait fur les
Bouts- rimez de Jupiter & de
Pharmacopole , il ne me
refte plus qu'à vous dire que
cinq des Académiciens de
l'Académie Royale d'Arles
en ont décidé. Le bruit cou
rut il y a huit jours , qu'ils
C
GALANT. 275
l'avoient donné à ce Sonnet.
A
Voir pour afcendant, ou Mars,
ou Jupiter,
Scavoirqu'un Alambic fert au Pharmacopole
,
Que l'on doit bride en main faire
agir le Frater,
Que Perfe , ouJuvenal, fut traduit
par Nicole,
S &
Que décider le Dogme appartient
au Pater,
Qu'il n'eft qu'un Bernardi pourfaire
un caracole,
Que leplus faint Docteurfe plaiſt
à difputer ,
Et quepeu de Patrons regardent leur
Bouffole ;
276 MERCURE
Sa
Cela nefuffitpas pour se rendre im
mortel.
La Raifon doit au coeur préſenter
le Cartel,
Y placer la Fuſtice , en faire fon
affaire ,
SS
Mais quandon entreprend de chanter
parfes Vers
Les verius d'un grand Roy qui
charme l'Univers ,
Publions qu'on ne peut trop dignement
lefaire.
Sur ce qui fut dit de ce
Sonnet , on apprit bientoft
que M l'Abbé Plomet en
eftoit l'Autheur ; & comme
beaucoup de Gens demanGALANT.
277
il
doient à le connoiftre autrement
que par fon nom ,
fit cet autre Sonnet qu'il enà
M' le Duc de Saint
voya
Aignan
. La peinture
qu'il
contient
eft celle
d'un
Homme
qui mene
une
vie veritablement
heureuſe
.
V
Ouloir tranquillement achever
Sa
carriere
En quelqu'endroit du Monde où l'on
foit confiné;
Seplaindre rarement d'eftre peufortuné;
Ne donner àfes Vers qu'une tendre
matiere;
$2
Sans fonger fi l'on a plus ou moins
de lumiere,
278 MERCURE
Tenirfon efprit libre , &ſon coeur
peugefné;
Ane louerjamais s'eftre déterminé,
Trouvant l'or toutefois meilleur que
lapouffiere;
SS
Faire durer autant que l'on peut fes
beaux jours;
A ce qu'ilplaift au Sortfe conformer
toûjours,
Etfansfuir la vertu, ne point briguer
l'eftime;
$2
Avant l'heureux Cartel, qu'un Héros
tel que toy
Vient de nouspréfenter, pour animer
la Rime
Aparler de LOVIS, c'eftoit là mon
employ.
Quoy que le Sonnet de
GALANT. 279
cet Abbé euft paru fort beau
aux Juges, ils preférerent celuy
que vous allez voir.
D
Ieu qui lance la Foudre , &
non pas Jupiter,
Afait l'un Medecin, l'autre Phar
macopole;
L'un grand Chirurgien , l'autre
Simple Frater;
L'une Dame à- Quarreau , l'autre
Dame Nicole.
S &
L'un fous un Capuchon dit toûjours
Son Pater,
L'autre fur un Courfier fans ceffe
caracole ;
Le Docteur met fa gloire à fçavoir
difputer,
Le Nocher met lafienne à réglerfa
Bouffole .
280 MERCURE
Sa
L'un par de grands Exploits veut fe
rendreimmortel ,
L'autre fouille fon nom par un honteux
Cartel;
L'un eft Homme d'épée, & l'autre
Homme d'affaire.
Sa
L'un écrit de la Profe, & l'autre écrit
des Vers.
L'invincible LOVIS eft feul dans
/'Univers,
Quipour s'éternifer, faffe ce qu'il
faut faire.
Ce Sonnet , qui eft de M
Bourfault, difputa longtemps
le Prix , & les Juges ne luy
donnerent l'exclufion qu'apres
qu'ils eurent leû celuyGALANT.
281
cy , qui leur parut le meilleur
de tous
.
T
Out agitpar les Loix dupuif-
Sant Jupiter;
Un Monarque les fait comme un
Pharmacopole,
UnMedecinfameux comme unfimple
Frater
Une grande Princeffe auffi -bien que
Nicole.
Sa
On chante, onfait l'amour, & l'on
dit le Pater,
On chaffe, onjonë, on dance, on boit,
on caracole;
L'un voudroit toûjours rire ,& l'autre
difputer,
L'un fe fert du Compas , l'autre de
7 la Bouffole.
Juin 1682
Aa
282 MERCURE
Se
Le Grand LOV IS orné d'un Laurier
immortel ,
Pouvait de tout le monde accepter
le Cartel ,
Mais nous donner la Paix futfa plus
grande affaire.
Se
Qui donc mérite mieux noftre Profe
& nos Vers,
Qu'un Roy craint & chery de ce vafte
Univers ,
Qui peut tout ce qu'il veut, &fait
-ce qu'il doit faire?
Il avoit pour marques
Anacreon,, & ces mots Latins
Proftraffe fat eft. On examina
tous ceux qui reſtoient
à lire , & aucun n'ayant paru
GALANT. 283
de la mefme force , toutes les
voix luy furent données . M
le Duc de S. Aignan , qui
eftoit préfent , dit auffitoft
qu'il eftoit de luy . Ce Sonnet
avoit efté mis parmy les
autres du temps que M's de
l'Académie Françoife devoient
juger ; & comme ce
Ducen avoit fait deux , lors
qu'en renonçant au Prix , il
donna ordre qu'on les retiraft
, on ne reprit que celuy
dont je vous fis part le dernier
mois. Ainfi les Juges fu
rent obligez de rappeller les
meilleurs Sonnets. Ils en fi-
A a ij
284 MERCURE
rent un fort fevere examen,
& voicy celuy qui fut enfin
declaré victorieux. Il a au
bas une M & un B, pour marques.
A
Dmirons icy-bas l'ordre de
Jupiter,
Chacun afon employ; l'un eft Pharmacopole;
Un autre eft Medecin, & commande
au Frater;
L'autre défend les droits de Pierre,
ou de Nicole .
25
Celuy- cy fous un Froc eft appellé
Pater,
Cet autre aux Champs de Mars plein
d'ardeur car . cole;
Celuy- là fur les Bancs feplaift à
difputer,
GALANT. 285
Etl'autre court les Mers conduitpar
la Bouffole.
Sa
LOVIS par la valeur rendfon nom
immortel ,
Ses foins ont aboly l'usage du Cartel,
Le bien de fon Etat eftfon unique
affaire.
Sz
Mufes, qu'il foit toûjours lefujet de
vos Vers;
Il est le plus grand Rog qu'ait produit
l'Univers,
Attachez- vous à luy, vous nesçauriez
mieux faire.
Il y a quinze jours que ce
jugement eft donné , fans
que celuy qui a remporté le
286 MERCURE
Prix fe foit préſenté ny fait
connoiftre. On luy conferve
la Médaille d'or du Roy ,
qui luy ſera délivrée à l'Hôtel
de S. Aignan , dés qu'il y
viendra pour la recevoir .
On vient de m'apprendre
un Mariage qui s'eft fait ces
derniers jours entre deux
Perfonnes des meilleures
Maiſonsde la Robe . L'une eſt
M' Charpentier , Confeiller
de la Premiere des Requeftes
, & l'autre Mademoiſelle
Portail. Le Marié eft Fils de
feu M' Charpentier, Conſeiller
aux Requeftes, qui s'eftoit
GALANT. 287
6
acquis une fi grande réputation
dans le Parlement , &
Petit- Fils de M' Charpentier,
Confeiller auffi aux Requeſ
tes ; fi eftimé de fon temps,
que Henry IV. le choifit
pour eſtre ſeul Préſident de
Metz , Toul & Verdun , avant
qu'il y cuft un Parlement
en ce Païs- là . Mademoiſelle
Portail eft . Fille de
M' Portail , Confeiller de la
Troifiéme des Enqueſtes , &
Petite-Fille de Mle Nain ,
ancien Maiſtre des Requef
tes.
Envous apprenant un Ma288
MERCURE
riage, je fuis obligé de me
dédire d'un autre. Lors que
je vous parlay il y a un mois ,
des Officiers qui font fur les
Navires de l'Efcadre commandée
par M le Marquis
de Preüilly de Humieres
Lieutenant General des Armées
Navales du Roy , j'ajoûtay
à l'article de M' de
Paliere , Capitaine fur l'E
toile , qu'il avoit époufé Mamoiſelle
de Bois de laRoche,
& je fuivis en cela le Mémoire
que l'on m'avoit envoyé.
Cependant il n'eft pas vray
que ce Mariage fe foit fait.
Ceux
GALANT. 289
Ceux qui me donnent ces
fortes d'avis , ne doivent jamais
le faire qu'ils ne foient
certains des choſes. C'eſtimprudence
que les hazarder
furun oüy- dire , & les Perfonnes
intéreffées pouvant
en prendre un jufte chagrin ,
l'effet en feroit peut- eftre à
craindre pour les Autheurs
de ces faux Mémoires , qu'un
peu de recherche fait ailément
découvrir.
Ileft arrivé icy le premier
jour de ce mois le mefme
Prodige dont deux de mes
Lettres vous ont donné le
Bb
Juin 1682.
290 MERCURE
détail. Une Femme y eft
accouchée de deux Garçons
joints enſemble , depuis le
haut du fternon juſques au
nombril , ayant deux teftes ,
quatre bras, quatre jambes,
venus à termes , & tous deux
fort gros. Le travail fut tresdifficile
pour la Mere , &
c'eft un miracle qu'elle foit
vivante. Cependant le Sieur
Bon-Amy, Maiſtre Chirurgien
à Paris, & Prevoſt de fa
Communauté , l'accoucha
heureufement. Les deux Enfans
furent ondoyez , & vécurent
un quart- d'heure. Ils
GALANT. 291
ont efté portez à Versailles,
S pour eſtre veus de Leurs Majeftez.
Les Peres Capucins de la
Province de Normandie, ont
tenu leur Chapitre avec Miffion
, dans la Ville du Havre
de Grace. M' le Duc de Saint
Aignan, qui en eſt Gouverneur
, a fait paroiſtre en ce
rencontre fa pieté ordinaire,
par les ordres qu'il a donnez
pour la fubfiftance de ces
Miffionnaires & Religieux.
Les Echevins, ainfy que toute
la Ville, ont fuivy ce grand
exemple d'une maniere tou-
Bb ij
292 MERCVRE
te charitable & édifiante.
L'ouverture de ce Chapitre
fe fit le 7. de May, Feſte de
l'Afcenfion, par le Pere Hicrotée
, Premier Définiteur ,
dans l'Eglife de Noftre- Dame
, principale Paroiffe du
Havre. Ces Religieux s'y
rendirent en Proceffion , &
retournerent en leur Convent
avec un ordre qui marquoit
leur zele & leur modeftie.
Les fruits qu'ils ont
fait dans leur Miffion ont
efté tres-grands. Le P. Hierotée
a prefché les Contro
verſes avec la mefme fer-
A
GALANT. 293
veur , qu'il a fait paroiftre
depuis peu de temps à Or.
bec , dans cette fonction
Apoftolique. Ses Sermons ,
pleins de force & d'éloquence,
ont eu un fuccés extraordinaire
, & plufieurs Perfonnes
qu'il a convaincuës
d'erreur , ont abjuré l'Hérefie
.
En vous décrivant le mois
paffé toutes les merveilles de
l'Obfervatoire
, je vous promis
de vous le faire graver.
Je tiens ma parole , & vous
envoye meſme plus que je
ne vous ay promis . Ce que
Bb iij
294 MERCURE
vous verrez marqué I. dans
cette Planche eſt une élevation
perſpective , repréſentant
la face qui regarde le
Septentrion , quelque peu
déclinée au Levant ; & ce
qui eft marqué II . fait voir
l'élevation de la face qui regarde
le midy.
Vous aurez appris par les
nouvelles publiques que M
le Prince Guillaume de Furftemberg
a efté éleu Eveſ
que de Strasbourg. C'eſt un
des plus confidérables Evef
chez de la Chreftienté , non
feulement par fon ancienGALANT.
295
par
neté, ayant efté fondé par nos
premiers Roys ; mais mefme
les Privileges , & par la
qualité des Sujets qui compoſent
fon Chapitre. Il eſt
formé de vingt- quatre Princes
ou Comtes de l'Empire,
qui pour y eftre receus font
obligez de faire preuve en
l'une de ces deux qualitez, de
feize quartiers , tant du cofté
Paternel que du Maternel .
De ces vingt- quatre Chanoines
, il n'y en a que
ze qui forment proprement
le Chapitre , c'eft à dire , qui
ayent voix active & paffive ,
Bb iiij
dou296
MERCURE
pour l'Epifcopat & les autres
Dignitez. Les douze autres
font feulement receus pour
devenir Capitulaires à leur
rang , par la mort de quelqu'un
des anciens . L'on voit
par la combien la Nobleſſe
de ces illuftres Chanoines
doit eftre ancienne
& pure.
Aufli comptent
ils parmy
eux plufieurs Princes des
premieres Maiſons Souveraines
d'Allemagne ; & l'on
a veu de nos jours des Archiducs
d'Auftriche Evef
ques de Strasbourg.
Pour ce qui regarde celuy
GALANT. 297
qui vient d'eftre éleu , fans
s'arrefter à la grandeur de
fa Maifon , qui remonte
beaucoup plus haut que fes
preuves , & que
l'on peut
dire immémoriale , ny parler
d'une infinité de grands
Hommes , qu'elle a produits
dans l'Eglife & dans les Armes
; il fuffit de dire , que ſile
Prince de Fur
fi
toft
que
ftemberg
.fon
Frere
, dernier
Evefque
, fut
mort
, tous
les
Chanoines le regarderent
comme celuy d'entr'eux qui
eftoit le plus digne de luy
fucceder ; & le jour de l'E298
MERCURE
lection eftant venu , (.ce fut
le 8. de ce mois , ) toutes les
voix luy furent données , ce
qui n'eft prefque jamais arrivé
en Allemagne dans aucune
élection . Mais ce qu'il
ya eu de plus remarquable
en celle- cy , c'eft que la chofe
s'eft préparée d'elle- mef
me , fans cabales , par la feule
force du mérite , & par la
connoiffance que tous les
Chanoines ont de l'habileté
de ce Prince & de fon zele
pour le bien de l'Eglife . Et il
ne faut pas s'étonner du
bruit qui a couru qu'il ne
GALANT. 299
vouloit pas accepter cet Evefché.
Le peu d'empreffe- ,
ment qu'il a eu à rechercher
les Chanoines pour s'en acquerir
les voix , & l'admirable
modération qu'il a témoignée
dans tout ce qu'ils
luy ont toûjours fait connoître
de leurs favorables fentimens
, ont paru des chofes fi
peu ordinaires , qu'elles ont
fait croire, qu'il regardoit indiféremment
une Dignitéfi
éminente ; mais moins il
cherchoit à s'en affurer , plus
toute l'Europe prévenoit par
fes fuffrages le choix qu'on a
300 MERCURE
"
fait de luy. Noftre grand
Monarque , fous la protection
de qui fe trouve préfentement
l'Eglife de Strafbourg
, en faisant recommander
aux Chanoines
,
comme il a fait par M" de
Monclar & de la Grange ,
de choifir pour leur Evefque
celuy qu'ils eftimeroient le
plus propre à fa conduire ,
a crû que c'eftoit s'expliquer
affez en fa faveur. Sa Sainteté
s'eft pofitivement déclarée
pour luy ; & enfin tou.
te l'Allemagne en general a
jugé que l'Eglife de Straf
GALANT. 301
bourg ne pouvoit avoir un
plus digne Chef que celuy
que fon Chapitre luy vient
de donner.
Vous n'aurez l'explication
desEnigmes du mois deMay,
avec les noms de tous ceux
qui en ont trouvé le ſens ,
que dans ma dix- huitiémé
Lettre Extraordinaire , que
vous recevrez le quinziéme
de Juillet. Cependant je vous
en envoye deux nouvelles .M
Aftier , Prieur d'Avignon , a
fait la premiere , & Mirtil, le
Berger Fidelle d'Angoulé
me , eft l'Autheurde la feconde.
*/
302 MERCURE
ENIGME.
F détourne aisément les coups
I'de
Jupite ,
Je suis un grand fecours chez le
Pharmacopole ;
Souvent je donne affez d'exercice
au Frater , 4
Et je fais enrager la Maîtreffe à.
Nicole.
S&
Finfpire à bien des Gens de dire leur
Pater;
Plus vifte qu'un Chevalje fais la
caracole;
Pourfçavoir d'où je viens on a beau
difputer,
Sur mon eftre chacun demeurefans
Bouffole.
GALANT. 303
Sa
Avec les Elémens je benis l'Immortel
,
Je fais la guerre à tout fans craindre
le Cartel ;
De s'opposer à moy c'eſt une grande
affaire .
S&
Je rampe quandje veux, ainsi que
font les Vers.
Quand il meplaift, je cours au bout 3
de l'Univers,
Etpuis en mefme temps le mal &le
bien faire.
AUTRE ENIGME.
Ten que l'Hyver me donne
l'eftre, Be
L'Eté pourtant femble me faire
naître,
304 MERCURE
Puis que c'eft luy qui mefait voir
le jour.
Quoy qu'il ensoit, fi c'est de la
puissance
De ce premierqueje tire naiſſance,
L'autre pour moyfait un affez bon
tour,
En me menant des Priſons à la
Cour.
I'y'vaypar luy , par luyje vois
La Ville,
Etbien que cet honneur mefoit vendu
bien cher,
Je ne puis me résoudre à luy rien
reprocher,
Parce que c'eft luyfeul qui me fait
eftre utile.
Enfinfansfonfecours, je mourrois
au Borceau.
Il eft vray qu'il ne rend mon pouvoir
néceffaire,
GALANT. 305
Qu'à mesure, & qu'autant que lefien
m'eftcontraire,
Et que dans le moment qu'il me met
au tombeau.
Je fuis ravy que l'Article
de S. Cloud , qui fait un des
principaux de ma derniere
Lettre , ait plû aux Belles de
voftre Province
. Quoy que
ce fuperbe & délicieux Palais
n'ait rien qui n'enchante,
ou ceffe d'examinerfes beautez
, fi - toft qu'on voit le
grand Prince à qui elles font
deuës. Si fes manieres font
fi honneftes & fi
engageantout
le monde, il ne
Cc
tes
pour
Juin 1682.
306 MERCURE
faut pas s'étonner , fi lors .
qu'il s'agit de recevoir le
Roy , pour lequel , outre la
tendreffe que le fang inſpire,
il en a toûjours fenty une
tres - forte , il n'oublie rien
pour luy marquer l'excés de
la joye dont fon coeur eft penetré,
en le poffedant. Ce
Prince a demeuré trois femaines
dans cette charmante
Maiſon , & a pris des Eaux
de Vichy pendant tout ce
temps . Comme il eft extrémement
aimé , ila efté viſité
dans ce beau Lieu , par tout
ce que la Cour a de PerfonGALANT.
307
nes plus confidérables ; &
quoy que les Eaux qu'il prenoit
dûffent toûjours l'y retenir
, le plaifir de voir le Roy
l'a fait aller de temps en
temps à Verſailles. Il revenoit
coucher à S. Cloud; mais
ayant quité les Eaux depuis
quelques jours , il eft retourné
aupres de Sa Majesté pour
n'en plus partir. Les plaifirs
y font fréquents , & il y a
tous les jours Comédie Françoiſe
ou Italienne . Le Roy
qui fe donne entierement
aux affaires de l'Etat , ne s'y
trouve point ; mais quelque-
Cc ij
308 MERCURE
fois il prend le divertiſſement
de la Chaffe , parce que cet
exercice, qui eft une image
de la guerre , eft propre à entretenir
la vigueur du corps.
Toute la Cour fe divertit fort
fouvent à voir les Eaux , & à
fe promener fur le Canal . Il
y a quelquefois Symphonie ,
& l'endroit de tout Verfailles
où elle fe fait entendre le
plus agreablement , eft le
grand Efcalier du Roy. Vous
ne ferez pas furpriſe que je
vous parle d'un Efcalier ,
quand vous fçaurez que c'eft
celuy dont je vous ay fait la
GALANT. 309
defcription , & que la France
doit au fameux M' le Brun .
Lors qu'il eft plein de lumierés
, il peut difputer de magnificence
avec les plus riches
Appartemens des plus
beaux Palais du monde.
Une lecture qui fe fit il y
a trois jours de l'Académie
Galante, dans une affez grande
Compagnie où je me
trouvay, me donne lieu de
vous dire , que je feray fort
trompé fi cet Ouvrage ne
divertit vos Amies. Tout y
eft fi naturel , & répond fi
bien aux diférens caracteres
་
310 MERCURE
des Perfonnages qui font introduits
, qu'ils ne difent rien
dans leurs converfations qu'-
on ne croye devoir leur entendre
dire. Ce font
quatre
Cavaliers qui rendent viſite
à une Mademoiſelle d'Or
milly , chez laquelle ils trou .
vent deux de fes Amies. Le
diſcours eftant tombé fur
les Académies de toute ef
pece , établies icy depuis
quelque temps ; l'une‘des
trois Demoifelles dit en
riant , qu'elle ne voit que
l'Amour qui n'ait point la
Lienne. Sa pensée ayant paru
GALANT. 311
plaifante à la Compagnie, on
propofe d'établir une Académie
d'Amour. Il eſt queſ
tion d'avoir des Statuts . Chacun
apporte les fiens , & le
nombre des Cavaliers eftant
O plus grand que celuy des
Demoifelles , il eft ordonné
par l'un dès Statuts , qu'un
des quatre Hommes ne fera
des
point de l'Académie . Ils prétendent
tous devoir y eftre
receus ; & enfin les Acadé
miciennes les font demeurer
d'accord qu'ils raconteront
leurs Avantures ; & que celuy
qui fera trouvé le moins
312 MERCURE
galant , fouffrira l'exclufion .
Ainfi chaque Cavalier conte
fon Hiftoire
, & ces quatre
Hiftoires . font une agréable
diverſité , dont je
fuis feûr que vous ferez fatisfaite.
Tout y eſt dit finement
& plaifamment ; & il
eft ailé de voir par la peinture
que l'on fait d'abord
des Cavaliers , que s'il y a
quelques endroits embellis,
parce qu'on ajoûte toûjours
à la verité , la plupart des
chofes ont dû fe paffer comme
ils les racontent . Ce Livre
commencera à fe débiter
chez
GALANT.
313
chez le S '
Blageart
Libraire ,
1 dans la Court- neuve du Palais
, le premier jour de Juillet
.
· Rien n'eſt plus à craindre
que la jaloufie , quand l'a-.
mour eft violent. Cette paffion
produit tous les jours les
plus funeftes effets , mais jamais
peut- eftre n'en a- t- on
veu d'auffi
extraordinaires
que ceux qu'on me marque
dans
l'Avanture que je vay
vous expliquer. La Scene eft
en Italie. C'eft où les Jaloux
font le moins
capables de
retenir leur
emportement
.
Juin 1682.
Dd
314 MERCURE
1
Une jeune Demoiſelle d'un
Bourg nommé San- Sovino,
pres de Montepulciano en
Toſcane, fut aimée d'un Cavalier
d'une naiffance égale
à la fienne. Quoy que les
occafions de fe voir foient
affez rares en ce Païs - là , l'amour
leur en fournit de fréquentes
; & en fe voyant , ils
fe trouverent fi bien le fait
Fun de l'autre , qu'ils ne pûrent
s'empefcher de fe promettre
qu'ils s'aimeroient
eternellement . La Belle avoit
un Pere bizarre dont il falloit
ménager l'efprit. Ceux
GALANT. 315
qui eftoient le plus dans fa
confidence,furent employez
pour le gagner. Un jour qu'-
ils le virent d'affez bonne
humeur , ils tournerent l'entretien
fur l'embarras
de garder
des Filles ; & en luy difant
comme fans deffein qu'il
eftoit temps de pourvoir la
fienne, ils luy propoferent le
Cavalier. Malheureuſement
pour l'un & pour l'autre , il
s'eftoit douté de leur mutuel
attachement. Ce fut affez
pourluy faire rejetter ce que
fes Amis luy propofoient. Il
oppofa que le Cavalier n'a-
Dd ij
316 MERCURE
que
voit point de Bien ; & quoy
qu'on luy fift connoiftre
fa fortune n'eftoit point à dédaigner,
il n'y eut aucun
moyen de le faire confentir
à ce mariage. Il fit plus contre
fa Fille. Pour la punir d'avoir
prévenu fon choix , il
voulut choifir fans elle , &
donna parole à un Homme
affez mal fait, qui en devint
amoureux. La réſiſtance qu'-
elle fit paroiftre,le rendit plus
fermé dans fa réfolution . Il
eftoit de ces Peres abfolus
qui croyent avoir droit fur la
liberté de leurs Enfans , & il
GALANT. 317
fuffifoit qu'il euft parlé , pour
vouloir eftre obey fans aucun
murmure. Le nouvel Amant
voyant fa Maîtreffe dans un
chagrin extraordinaire
, en
eut bientoft découvert la
caufe. Un autre que luy , qui
l'euft connue engagée , cuft
•
appréhendé les fuites de la
violence qu'on faiſoit à ſon
amour ; mais il efpéra qu'eftant
fon Mary , il effaceroit
fans peine les impreffions
que fon coeur avoit reçeuës .
D'ailleurs , quelque intéreſt.
de Famille l'avoit rendu ennemy
du Cavalier, & le plai-
Dd iij
318 MERCURE
fir de luy enlever ce qu'il
aimoit , eftoit pour luy un fi
doux triomphe, que l'impatience
d'en jouir redoubla
l'empreffement de fa paffion.
On conclut le mariage , &
quoy qu'il ne duft fe faire
que trois jours apres que le
Contract eut efté figné , le
Pere voulut que des le foir
mefme les deux prétendus
Epoux fuffent fiancez . La
Cerémonie fe fit malgré les
pleurs de la Belle , qui fut
obligée de les cacher . Le Cavalier
qui en eut avis , entra
dans un deſeſpoir qu'il m'eſt
GALANT. 319
impoffible de vous exprimer.
Il crût que s'il voyoit fa Maîtreffe
, il viendroit à bout de
la toucher ; & comme l'amour
eft ingénieux , il trouva
d'obtenir un rendezmoyen
vous. Il fit paroiftre à la Belle
des tranfports fi pleins d'amour,
& fa douleur, qu'il luy
peignit dans tout fon excés,
penétra fon coeur fi vivement,
que ne doutant point
qu'elle n'euft à craindre tout
ce qu'un Amant deſeſperé
eft capable d'entreprendre,
elle tâcha de luy remettre
l'efprit , en luy promettant
Dd iiij
320 MERCURE
que quoy qui puſt arriver,
s'il fe rendoit le lendemain
à
l'Eglife ( c'eftoit le jour choily
pour le mariage ) il auroit
tout lieu de fe louer d'elle.
Vous jugez bien qu'il ne
manqua pas de s'y trouver.
Ce fut un fujet de joye pour
le Fiancé , qui apprit avec
plaifir que fon Rival feroit
témoin de fa gloire. Le moment
vint où le mot effentiel
devoit eftre prononcé
. Le
Cavalier s'eftoit mis en lieu
d'où fa Maîtreffe pouvoit
aifément
le voir. Sa préſence
l'anima , & quand le Preftre
GALANT. 321
luy eut demandé fi elle prenoit
pour fon Epoux celuy
qu'il luy préfentoit , elle ne
balança point à répondre,
Non. Il luy demanda encore
une fois la mefme choſe , &
le mefme Non luy fut répondu.
L'Amant outré de
l'affront qu'il recevoit devant
fon Rival, conçeut tout d'un
coup une telle rage, qu'ayant
tiré fon Poignard, quieft une
Arme dont on fe fert fort
communément en Italie , il
en perça le fein de la Belle,
qui expira dans le mefme inf
tant. Le Cavalier voyant fa
322 MERCURE
Maîtreffe morte , tira auffi
fon Poignard, & le plongea
auffitoft dans le coeur de l'Af
faffin . Le Pere du Fiancé qui
eftoit préfent, vangea la mort
de fon Fils par un coup de
Piſtolet qui perça le Cavalier.
Ce mefme coup bleffa le Curé
dangereuſement , & l'on ne
vic que fang répandu, où l'on
s'eftoit préparé à ne voir que
de la joye.
Il eft tres- avantageux pour
le Public, que le bruit qui a
couru de la mort de M' le
Prieur de Cabrieres fe foit
trouvé faux . Sa maladie a eſté
GALANT. 323
fort dangereuse, & l'avoit ré
duit à l'extrémité ; mais il en
cft tout-à - fait guéry , & il
continue à préparer fes Repour
tous ceux qui le
medes
vont voir.
Je vous ay mandé dans
quelqu'une de mes Lettres
, que M" de l'Académie
Royale d'Arles , fuivant l'exemple
de l'Académie Françoife
, avoient deffein de
donner une Médaille d'or du
Roy , d'un prix fort confidérable,
pour récompenfer
le plus bel Ouvrage en Vers
que l'on auroit fait fur une
324 MERCURE
!
Matiere propofée par eux à
la louange de Sa Majesté.
Celuy de ce Corps à qui les
autres s'eftoient adreffez ,
ayant eu des affaires qui l'ont
affez occupé pour luy faire
remettre à un autre temps à
en parler à M'le Duc de Saint
Aignan , Protecteur de cette
Académie , les Bouts - rimez
de M' Mignon firent fonger
ce Duc à propoſer un
Prix , & c'est celuy que l'on
a jugé depuis quinze jours ;
ce que M" de l'Académie
d'Arles ayant appris , M' le
Marquis de Robias a envoyé
GALANT. 325
à ce Duc le Madrigal & le
Sonnet que vous allez lire .
L'ACADEMIE ROYALE
D'ARLES PLAINTIVE,
A M' le Duc de Saint Aignan.
Ο
MADRIGAL.
Vel Démon jaloux de ma
gloire,
Vous infpire, Grand Duc, cet outrageux
deffein,
De faire des Préfens aux Filles de
Mémoire,
Qu'elles attendoient de ma main?
Onfaitbien que
cles féconde,
la voftre en mira-
Fait autant qu'ilfe peut du bien à
tout le monde;
Comme elle peut abatre , elle peut
appuyer :
326 MERCURE
Mais au lieu d'honorer une Mufe
anonime,
Au lieu de l'employer
A chanter de LOV IS la vaillance
fublime,
Vous deviez le permettre à nostre
feule Rime,
Et laiffer au Royfeul le foin de la
payer.
SONNET SUR LES RIMES
données pour le Prix de
la Médaille.
G
Sur le mefme fujer.
Rand Duc , mon defeſpoir s'en
prend à Jupiter;
Je meurs, s'il enfaut croire à mon
Pharmacopole.
Quoydone ? noftre Apollon paffera
pour Frater,
GALANT. 327
Luy quipeut s'égaler au Préſident
Nicole?
Sa
Luy quifçeut vos Exploits comme on
fçait lePater,
Qui lesportafiloinfans tour, fans
caracole,
Que Mars, tout Mars qu'il eft, n'ofa
vous difputer
D'eftre des grands Guerriers le Guide
la Bouffole?
22
Ie reçois cependant un affront immortel,
Que rien n'effacera, ny Défy, ny
Cartel,
Sengez-y bien , Grand Duc, c'eftoit
la voftre affaire.
S&
Je ne m'explique point ; mais s'il
faloitdes Vers
Juin 1682.
Ec
328 MERCURE
Qui fiffent voir LOVIS aux yeux
de l'Univers,
Vous ſeul pour en juger, moyſeule
pourles faire.
1
Je me fuis informé avec
tout le foin poffible du Prix
qu'on devoit donner pour
les Bouts- rimez de Pan &
Guenache ; & ce qu'on m'a
dit de plus pofitif, c'eſt que
les rimes de Par & de Car
que l'on y doit employer ,
avoient fait finir tant de Sonnets
de la mefme forte, que
cette égalité de penſées en
ayát rendu un fort grand nóbre
également beaux, le Prix
GALANT. 329
eſtoit demeuré à celuy qui
a propofé ces bizarres rimes.
Vous aurez le mois prochain
l'Eloge de la Beauté, que je
croyois vous envoyer aujourd'huy.
Une belle Dame qui
l'a voulu voir, me l'a emporté.
à la Campagne , où elle eſt
allée pour quelques jours.
Cet Eloge eft fait par une
Perfonne de voſtre Sexe , dont
vous aurez lieu d'eftimer
l'efprit. Je fuis , Madame ,
Voltre tres-humble, & c .
▲ Paris ce 30 Juin 1682..
2225 2522255:25225
TABLE DES MATIERES
contenues dans ce Volume.
AChargesdonnées par le Roy ,
Proceffions,
Declaration du Roy,
II
17
Sonnet fur le foin que prend le Roy de
bannir l'Herifie defon Royaume, 19
Sonnet Provençal,
21
24
Sonnet fur le bonheur de la Vie champeftre,
Sonnetfur unFardin de Campagne, 25
Réponse aux Remarques far la Ducheffe
d'Efiramene, 27
Mariage de M. le Marquis de Saffenage
de Mat. de S. André, 4.I
Zele de M. l'Evefque de Grenoble, 45
Le Roffignol & le Milan, Fable,
Hiftoire,
Madrigal,
Autre,
Sonnet Gafcen,
47
50
-85
86
$7
TABLE.
I
Actions de pieté de feu M. l'Evefque de
Caftres,
89
97 Mort de M. le Duc de Verneuil,
Gouvernement de Languedoc donné à
M. le Ducdu Maine, 100
Le Roy nomme M. le Duc de Noailles
Commandant dans ce Gouvernement,
106
M.Girardin eft beny Abbé de Beaubec,
109
Traduction de la buitiéme Ode du fecond
Livre d'Horace,
Epigramme de Catulle,
Autre,
Conversions,
Hiftoire,
110
113.
114
118
122
Réponse d'une Religieufe à une Lettre
qu'un de fes Amis luy avoit écrite,
pour fçavoir fon fentiment fur les
vaux de Religion, 130
Tout ce qui s'eft passé aux Etats tenus
en Bourgogne,
141
Huit Sonnets en bouts - rimez fur les
louanges du Roy, & les diferentes occupations
desHommes,
"
358
TABLE.
Lettre écrite de Neufchaftel en Suiffe,
touchant les tremblemens de terre, 171
Mariage de M. Chauvelin avec Made
moifelle Billard, 174
Lettre du R.P.Fiacre de Paris, Capucin,
touchant le Probléme de M. Comiers,
185
Lettre en Vers des Dames de Vveftphalie,
Madrigal,
197
202
Honneursfunebres rendus à M. teMarquis
de Mons,
Arreft donné enfaveur du Vin Emétique,
204
213
Ce qui s'eft paffe à l'Académie Frangoife
le jour que M. Faure - Fondamente,
de l'Académie Royale d'Arles,
la vintfaluer,
Conversions,
Hiftoire,
Placet au Roy,
217
223
224
238
Mariage de M. Lambert de Torigny,
& de Mademoiselle Bontemps , 241
Suite des Remarques fur la Ducheſſe
d'Eftramene,
247
1
TABLE.
S
Etabliffement fait par le Roy enfaveur
de la Nobleffe, 263
Tout ce qui s'eft paffe touchant le jugement
donné fur les Bouts rimez de
Jupiter & de Pharmacopole,
274
Mariage de M. Charpentier & de Mademoiselle
Portail, 286
Accouchement de deux Garçons joints
enfemble, 289
Chapitre des Capucins tenu avec Miſſion
au Havre, 291
M. le Prince Guillaume de Furftemberg
eft élen Evefque de Strasbourg, 294
Enigme,
Autre Enigme,
Divertiffemens de Versailles ,
Académie Galante,
Sejour de Monfieur à S.Cloud,
302
303
305-
307-
309
Hiftoire,
Guérifon de M.le Prieur de Cabrieres, 322
Madrigal de M. le Marquis de Robias,
Sonner du mefme,
Prix des Bouts-rimez de Pan ,
Fin de la Table
325
1
326
328
Avis pour placer les Figures.
L'ircia s'efforce de me plaire , doit
qui commence par En vain
regarder la page 84.
La Veue du Genéralife , Palais des
Roys d'Afrique, doit regarder la page
180.1
L'Air qui commence par Je n'aime
plus lefon de ma Mufete, doit regarder
la page 241.
L'Obfervatoire doit regarder la page
294-
Qualité de la reconnaissance optique de caractères