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1682, 05 (Lyon)
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807156
MERCURE
GALANT
DEDIE' A MONSEIGNEUR
LE
LYON
TEAY 1682.
DE
I
A LYON,
Chez THOMAS AMAULRY ,
ruë Merciere, au Mercure Galant.
M. D C. LXXXII.
AVEC PRIVILEGE DU ROY.
"
2
LE LIBRAIRE
AU LECTEUR .
J
E continue à vous envoyer
, cher Lecteur , le
Catalogue des livres nouveaux.
Au lieu de la Vi-
Etoire que j'avois pour Enfeigne j'ay
pris à prefent le Mercure Galant,
ainfi quand vous m'écrirez vous y
ferez vos adreffes.
Les Mercures fe vendront toujours
vingt fols le volume , & les Extraordinaire
, auffi trente chaque volume,
tant vieux que nouveaux.
3
"
ǎ ij
LE
LIBRAIRE
LIVRES NOUVEAUX
du Mois de May.
Les Memoires de la Religion , indouze
, 2. volumes. 35. fols.
Reflexions fur le Portrait du Roy,
par Monfieur Maréchal Avocat
en Parlement , indouze , douze
fols.
La Ducheffe d'Eftramene , 12 .
2. vol. 45. fols .
Hiftoire de la Ville & de l'Eftat
de Genève par Monfieur Spon ,
indouze , 2. vol. reveu , corrigé
& augmenté,nouvelle Edition,
avec plufieurs figures en tailles
douces , so . fols .
Le fameux Voyageur de Monfieur
de Preſchac , 12. 25. fols.
La Methode de lire les Poëtes du
Pere Thomaffin , in octavo ; le
deuxième & troifiéme tome,
fept livres. Le premier ſe trou .
vera
Y
AU LECTEUR.
vera auffi dans la meſme bou.
tique.
Epiftolarum
Innocentij III. Romani
Pontificis libri undecim, accedunt
Gefta ejufdem
Innocentij,
& prima collectio
Decretalium
compofita à Rainerie Diacono, &
Monacho
Pompofiano
auct. Stephanus
Balufius , folio , 2. vol.
24. livres
a:
3.0
TABLE
DES MATIERES
contenues dans ce Volume.
A
Α
Vant- propos ,
Benediction de la Chapelle
Versailles ,
de
6
Cerémonies obfervées à la Benedi-
Etion de la groffe Cloche de l'Eglife
de Paris ,
Sonnets ,
Quatrain ,
ibid .
26
32
Lieutenance de la Citadelle de
Strasbourg donnée à Monfieur de
Montbrun , Major du Regiment
d'Anjou ,
33
Lieutenance de Roy de la Ville &
Citadelle de Mezieres, donnée à
Monfieur le Chevalier de Montifon,
36
Le
TABLE.
37
Le Roffignol , Fable ,
Efcadre de Monfieur le Marquis de
Preüilly de Humieres ,
Efcadre de Monfieur le Chevalier
de Léry ,
Prodige ,
43
48
ibid.
Mort de Madame de Hodic , so
Histoire ,
Air nouveauss
Satire de Perfe,
Plufieurs Converfions
-Miſſion , dance
L'Art de prefcher ,
+ SI
72
78
1980
81
Dialogue d'Iris & de Tircis , 85
Le Pere Brachet eft élen General
de la Congregation de S. Maur.
90
Nouvean
Livre
d'Architecture
,
91
Le Bifet & le Pigeon , Fable , 95
98
Madrigal,
Tout ce qui s'eft passé à l'obferuaã
iiij
TABLE.
toire & aux Invalides , le jour
que Leurs Majestez y ont efté,
୨୨
Tout ce qui s'eft passé à S. Cloud
pendant le fejour de Leurs Majestez,
124
Lettre en Vers du Berger Fleurifte ,
1134
Receptionfaite à Rome au Milord
Northonberland ,
Epithalame ,
2139
144
Sentimens de la Ducheffe d'Estramene
,
147
Lettre touchant la Ducheffe d'Eftramene,
151
Mort de M.de Clermont , Comte
de Tonnerre ,
Mort de Madame la Prefidente
>
166
167
de la Prouftiere
Mariage de Monfieur le Prince
de Bournonville , & de Mademoifelle
de Laynes , 170
Histoire,
TABLE.
Histoire ,
ibid .
Ce qui s'eft passé à l'Académie
Françoife touchant le dernier
Prix proposé pour des Bouts- rimez,
Divers Sonnets fur les Bouts- rimez
de Pan & du Flageolet ,
191
·
180
La Matrone d'Ephefe , Comedie
reprefentée par la troupe Italienne
, 204.
Comedie des Bouts - rimez reprefentéefur
le Theatre François,
208
211
Courfes de Bagues & de Teftesfaites
à Versailles ,
Tremblement de terre arrivé enplufieurs
endroits , 219
Noms de ceux qui ont expliqué
les Enigmes du mois d'Avril,
225
Enigme , 231
Autre
TABLE.
Autre Enigme , 232
Mort de Madame la Ducheffe
d'Angoulesme , 234
Evefche donne par le Roy, 238
Abbaye de Monlieu donnée à Mon.
fieur l'Abbé de Montmoreaù ,
241
Modes nouvelles ,
Fin de la Table.
242
Avis
Avis pourplacer les Figures.
L
A Figure de la Cloche doit
regarder la page 11.
L'Air qui commence par Nous
nous étions promis une amour eternelle
, doit regarder la page 70.
Le grand Etang du Palais des
Roys d'Afrique doit regarder la
page 142 .
L'Air qui commence par le
veux , & ne veux plus vous voir,
doit regarder la page 237.
EX
1963 2003 17 6963.: MIG EX3 EX3 6X3 2003-201634 2063
EXTRAIT DV PRIVILEGE
du Roy.
Ar Grace & Privilege du Roy , donné à
Paint Germainen Laye le 31. Decembre
1677. Signé Par le Roy en fon Confeil , Jun-
QUIERES. Il eft permis à J. D. Ecuyer , Sieur de
Vizé , de faire imprimer par Mois un Livre intitulé
MERCURE GALANT , prefenté à
Monfeigneur LE DAUPHIN , & tout ce qui
concerne ledit Mercure , pendant , le temps &
efpace de fix années , à compter du jour que
chacun defd. Volumes fera achevé d'imprimer
pour la premiere fois : Comme auffi defenfes
font faites à tous Libraires , Imprimeurs , Gra
yeurs & autres , d'imprimer , grayer & debiter
ledit Livre fans le confentement de l'Expofant,
ny d'en extraire aucune Piece ny Planches
fervant à l'ornement dudit livre , mefme d'ed
vendre feparément , & de donner à lire ledit
Livre , le tout à peine de fix mille livres d'amende
, & confifcation des Exemplaires contrefaits
, ainfi que plus au long il eft porté audit
Privilege.
You
Regiftré fur le Livre de la Communauté le
s. Janvier 1678 .
Signé E. CouTER OT , Syndic,
Et ledit Sieur D. Ecuyer , Sieur de Vizé a
cedé & tranfporté fon droit de Privilege à
Thomas Amaulry Libraire de Lyon , pour
en jouir fuivant l'accord fait entr'eux .
Achevé d'imprimer pour la premierefois le
24. May 1682.
MER
VILLE
MERCURE
GALANYON
ΜΑΥ 1681 .
UAND le Roy , en
héritant du plus floriffant
Royaume du
monde , n'auroit pas
"
trouvé le titre de
Tres - Chreftien attaché à fa
Couronne , ce qu'un pieux zele
luy fait entreprendre tous les
jours , ne luy auroit pas moins
acquis cette glorieuſe qualité ,
que fes Actions inimitables luy
May 1682.
A
2 MERCURE
ont fait mériter le furnom de
Grand . Le deffein de ce Monarque
a toûjours efté que la Chapelle
de Verſailles fuft le Lieu le
plus magnifique de cefomptueux
& brillant Palais ; & comme un
Ouvrage d'une parfaite beauté
ne peut s'achever en peu d'années
, & qu'il atoûjours fait voir
que rien ne luy coufte lors qu'il
s'agit de faire éclater fa pieté , il
a bien voulu en faire conftruire
une autre qui paffera toûjours
pour tres- belle, & qui cependant
ne fera que la Nef de celle à laquelle
il a ordonné qu'on travaillaft
, J'ay plus à vous dire , &
ce que je vous diray vous furprendra
encor davantage. Le
Roy entretient douze Miffionnaires
dans cette Chapelle, avec
fix Enfans de Choeur. Il leur a
donné des Ornemens , de l'Argenterie,
GALANT.
3
genterie , & genéralement tout
ce qui peut eſtre à leur ufage ; le
tout d'une grande propreté , &
d'une richeffe proportionnée.
J'aurois adjoûté d'un tres- bon
goût ; fi vous ne fçaviez qu'ayant
une entiere connoiffance de toutes
chofes , ce Prince ne confie
le foin de tout ce qu'il fait faire
qu'à des Perfonnes dont l'intelligence
égale le zele. Ces Miſſionnaires
doivent faire tous les jours
le Divin Service comme on le fait
aux Paroiffes , c'est à dire , que
pendant tout le matin ils diront
des Meffes , & chanteront Veſpres
l'aprefdînée . Ce qu'ils feront
davantage , c'eſt que dans le
temps qu'il n'y aura point d'Office
, deux d'entre eux feront toûjours
en prieres devant l'Autel.
Outre la Grand Meffe qu'ils
difent tous les Dimanches & les
.
A ij
4
MERCURE
autres jours de Feftes , il y a Salut
avec Expofition ; & tous les foirs
on fait une Priere , & en fuite
l'Examen qu'un Miffionnaire lit.
La Reyne s'y trouve prefque toujours.
Jugez , Madame , fi quand
le Roy fait des chofes qui luy font
fi particulieres,raconter nuement
ces chofes , c'eft luy donner de
ces fortes de louanges qu'on peut
appliquer à tous les Princes.
Quelle diférence de Verfailles à
la plupart des Palais des Grands !
Rien ne fait fouvenir de Dieu
dans ces Palais , & l'on peut dire
qu'il y eft prefque inconnu ; mais
dans cette Maifon Royale , on
l'aura toûjours devant les yeux.
Ceux qui font touchez d'une
veritable devotion , le prieront
fouvent , & leur exemple pourra
toucher les plus endurcis . Ainfi
au milieu de la Cour , où la vertu
des
GALANT.
S
des plus humbles dégeneroit en
orgueil , où l'on facrifioit tout à
fes intéreſts & à fa fortune ;
où l'emportement pour les plaifirs
ne laiffoit point de Religion
, & où les meilleurs fuivoient
les méchans exemples ;
enfin dans la Cour , où l'on ne
trouvoit qu'occafions de fe perdre
, un on trouvera de fe convertir
; & le Lieu qu'on a toûjours
eftimé le plus corrompu ,
fournira à l'avenir toutes fortes
de moyens pour s'appliquer ferieufement
à l'Unique Neceffaire.
On y verra louer Dieu fans
ceffe. La ferveur de ceux qui le
prieront , portera les autres à les
imiter ; & comme le Roy en fera
la caufe , ils prieront pour luy, &
ces prieres attireront de nouvelles
graces du Ciel fur toute la
Famille Royale .
A iij
6 MERCURE
Sa Majefté ayant fait ce grand
& utile Etabliſſement , voulut
affiſter au long Service qui fe fit
le dernier de l'autre mois pour la
Benédiction de cette Chapelle.
La Reyne l'accompagna , & fut
fuivie d'un fort grand nombrede
Dames des plus qualifiées de la
Cour. Monfieur l'Archevefque
de Paris fit cette Cerémonie , &
la Chapelle fut dediée fous le
Titre de S. Louis.
Le jour precédent , le Roy
qu'on ne voit pas moins infatigable
pour les actions de pieté , que
pour celles qui conduisent à la
gloire , avoit affifté à une Benédiction
d'une autre nature. Ce fut
à celle de la groffe Cloche de
l'Eglife de Paris. Cette Cloche a
efte faite pour remplir la place
de celle qui avoit efté benie fous
le nom de S. Jacques , & qu'un
Comte
GALANT. 7
Comte de Montaigu avoit donnée
avant l'an 1400. Elle a plus
de huit pieds de diamètre , neuf
pieds de hauteur fur vingt- cinq
pieds trois pouces de tour par le
bas , & dix pouces d'épaiffeur.
Son poids eft de trente- deux milliers,
qui eft le double de la precédente
. Elle eftoit dans l'Eglife,
immédiatement au deffous du
petit Clocher , vis- à- vis la Porte
du Choeur . On l'avoit pofée depuis
quelques jours fur une Baze
quarrée , au milieu d'une plateforme
de deux pieds & demy de
hauteur, & qui s'étendoit depuis
l'Autel de la Vierge , jufqu'à ce
luy qui eft de l'autre coſté , à une
égale diftance de la Porte du
Choeur. Les quatre faces de cette
Baze eftoient ornées de Feftons
d'or & d'argent fur un fond
de Velours bleu. Le Prie-Dieu
A j
8 MERCURE
du Roy , couvert d'un marchepied
de Velours violet , fur lequel
il y avoit des Carreaux pour la
Famille Royale , eftoit placé visà-
vis l'Autel de la Vierge. A cofté
de la Baluftrade de ce meſme
Autel , on avoit dreffé une Crédence,
fur laquelle eftoient quatre
Chandeliers d'argent , le Livre
des Epiftres , & celuy des
Evangiles, le Beniftier , les Vafes
des faintes Huiles,la Navete avec
des Parfums , un Baffin avec dù
Coton , un autre Baffin , avec une
Eguiere & une Serviete , une Soûcoupe
remplie de , quatre petits
morceaux de Pain coupez en
long, & quelques Linges pliez.
De l'autre cofté du Prie - Dieu du
Roy, par dela la Cloche , on avoit
mis deux Fauteüils , & plufieurs
Sieges - plians . L'eſpace entre la
Porte du Choeur & la Cloche, fe
trouva
GALANT.
trouva remply de Bancs préparez
pour le Chapitre ; & vis- à- vis
de la Cloche , dans le mefme endroit
, il y avoit un Fauteuil pour
Monfieur l'Archevefque de Paris,
avec deux Sieges plians, l'un
pour Monfieur l'Abbé Coquelin ,
Chancelier de Noftre- Dame ,
qui devoit fervir de Diacre , &
l'autre pour. Monfieur l'Abbé
Parfait , Chanoine de la meſme
Eglife, à qui l'on avoit remis les
fonctions de Sous-Diacre.no
Le Roy & la Reyne eftant partis
de la délicieufe Maifon de S.
Cloud, qui appartient à Monfieur,
fe rendirent à Noftre- Dame le
Mercredy 29. de l'autre mois , environ
à onze heures du matin. Ils
étoient accompagnez de Monfeigneur
le Dauphin , de Monfieur,
de Madame , & de Mademoiſelle
d'Orleans. Je ne puis vous expri
A v
10 MERCURE
mer la joye que le Peuple de Paris
eut de voirle Roy.Si on la mefure
à la grandeur de ce Prince,on jugera
bien que rie ne peut l'égaler.
Leurs Majeftez trouverent trois
Compagnies des Gardes Fran-
Coifes , & trois des Gardes Suiffes
, en haye, depuis S. Germain
le Vieil , jufques au Parvis de Noftre-
Dame ; & dans l'Eglife , il y
avoit une haye des Cent Suiffes,,
& une autre des Gardes du
Corps. Monfieur l'Archevefque
en Camail & en Rochet , affifté
de fon Clergé , reçeur le Roy &
la Reyne à la Porte de l'Eglife, &
leur préfenta la Vraye- Croix,
qu'ils adorerent & baiſerent a
genoux. Il leur préſenta auffi de
TEau- benîte , fans leur avoir fait
aucun compliment , & les conduifit
à leur Prie-Dieu d'où ils
entendirent la Meffe. Sitoft
qu'elle
muLYON
7893
de
Cla
ù ils
Sitoft
u'elle
GALANT. II
qu'elle fut finie , ils le quitterent,
pour venirau Lieu où leurs Fauteüils
avoient efté mis. Toute la
Famille Royale fe plaça en fuite
felon fon rang , ainfi que vous
pouvez voir par la Planche que
je vous envoye. Monfieur l'Archevefque
s'eftant reveſtu dans
la Sacriftie de fes Habits Pontificaux
pendant qu'on difoit la
Meffe,en fortit accompagné d'un
Diacre, d'un Sous- Diacre,& des
autres Officiers , & vint fe placer
fur l'Eftrade dans le Fauteuil
qu'on luy avoit préparé. En fuite
s'eftant levé , & la Mitre luy
ayant efté oftée , il commença la
Čerémonie. Quoy qu'on appelle
Parrains & Marraines , ceux qui
impofent le Nom dans celles de
cette natures , c'eſt une erreur
de penfer que la Benédiction des
Cloches foit un Baptéme ; máis
comme
12 MERCURE
come l'Eglife confacre à Dieu par
des Benédictions & des Onctions,
les Temples, les Autels, les Vafes,
& les autres chofes qui font deftinées
au culte extérieur de nôtre
Religion, la raiſon veut qu'on
beniffe auffi les Cloches , puis
qu'elles contribuent à ce culte , &
queles Fidelles entendat leur fon,
s'affemblent dans les Eglifes pour
rendre à Dieu ce qui luy eft deû.
On fe fert d'Afperfions , d'On-
&tions, & de Prieres , pour en fairela
Benédiction ; & mefme par
des figures de l'Ancien Teftament,
l'Eglife marque l'efprit de
cette Cerémonie. Elle invite auffi
les Perfonnes les plus élevées
à y concourir au nom de tous les
Fidelles , afin d'apprendre aux
Chreftiens que s'ils s'affemblent
dans un mefme Lieu, pour rendre
à leur Createur ce qu'ils luy doiyent,
GALANT.
13
vent, ils font encore plus obligez
de le fervir dans l'union d'un
mefme efprit , & dans les purs
fentimens d'une charité parfaite.
Quant à l'impofition du Nom ,
qui fait appeller Parrains & Marraines
ceux qui font priez de le
donner, comme l'Eglife confacre
les Temples & les Autels fous
l'Invocation des Saints , & quelquefois
mefme fous les titres des
myftéres, & des divers noms que
l'Ecriture donne à Dieu , elle en
ufe de même dans la Benédiction
des Cloches ; & cette invocation
jointe aux prieres & aux autres
cerémonies dont elle fe fert, nous
donne lieu d'efperer que dans les
occafions preffantes , Dieu voudra
bien nous accorder fa protection
, quand excitez par le fon
des Cloches nous l'implorerons
contreles orages & les tempeftes,
&2
14 MERCURE
•
-
& contre la malignité des puiffances
de l'air.
Mr l'Archevefque s'eftant levé ,
comme je l'ay dit, commença le
Pleaume Deus mifereatur noftri,
pendant lequel luy & le Clergé
fe tinrent debout & découverts.
Ce Pfeaume convient fort à l'efprit
de cette Cerémonie , puis
qu'il doit eftre entendu de la vocation
de toutes les Nations à
l'Evangile, & que cette vocation
eft repreſentée, & comme renouvellée
par le fon des Cloches ,
qui appellent & affemblent les
Fidelles dans les Eglifes pour affifter
aux Divins Offices. Apres
cela , Monfieur l'Archevefque fit
la benédiction de l'Eau fur le
Benîtier que l'Exorcifte luy préfenta.
On demande à Dieu dans
la Priere qui eft deſtinée à cette
Benédiction , qu'au bruit de la
Cloche
GALANT.
15
Cloche benie par l'Afperfion, les
Ennemis invifibles des Hommes
fe retirent , que les tempeftes &
les orages finiffent , & que les
fentimens de religion & de pieté
augmentent dans le coeur des
Fidelles , afin que par la vertu de
leur obeïffance , & la force de
leurs prieres , ils fe joignentaux
Choeurs des Anges & des Efprits
bien - heureux , pour entrer dans
l'union de l'Eglife triomphante
par le Sauveur du monde qui en
eft le Chef. Cette Priere eſtant
achevée , Monfieur l'Archevefque
& les Affiftans s'affirent , &
le Sous- Diacre chanta une Leçon
tirée du dixiéme Chapitre du
Livre des Nombres , où Moïfe
rapporte le commandement que
Dieu luy fit de faire batre au
marteau des Trompetes d'argent
pour affembler le Peuple , regler
16 MERCURE
la marche , & les mouvemens
diférens de l'Armée , annoncer
les Feftes , & folemnifer les Sacrifices.
L'Eglife fait fervir les Cloches
à une Milice plus fainte , &
à des Miſteres & des Sacrifices
incomparablement plus auguftes,
dont ceux de la Loy de Moïfe
n'ont efté que la figure. Apres la
Leçon , le Sous Diacre fe mit à
genoux , & reçeut la Benédiction
de Monfieur l'Archevêque.
Puis s'eftant levé , il alla demander
à Leurs Majeftez fous 'quel
Nom Elles vouloient que la Cloche
fuſt benie. Le Roy l'appella
Emanuel - Loüife - Theréfe . Si toft
que ces noms luy eurent efté
donnez , Monfieur l'Archevefque
en fonna trois coups . Le Roy
& la Reyne ayant fait la mefme
chofe , on luy ofta de nouveau
fa Mitre , & il entonna une Antienne.
GALANT
17
tienne . Enfuite ayant reçeu l'Afperfoir
de la main du Diacre , il
le trempa dans le Beniftier , &
commença les Afperfions , faifant
une fois le tour de la Cloche.
Elles furent continuées par le
Diacre & le Soufdiacre , & l'un
& l'autre effuya la Cloche avec
les Servietes préparées. Pendant
cela , le Choeur chantoit en
plein - chant le Pleaume Afferte
Domino Filij Dei . Ce Pleaume eft
un recit du bruit que la Puiffance
de Dieu fait entendre fur les
Eaux , quand il veut remplir fes
Ennemis de frayeur , en mefme
temps qu'il fait joüir fon Peuple
d'une paix profonde. Le mefme
Pleaume marque la Vocation des
Gentils à la Grace de l'Evangile.
Apres qu'il fut achevé , on dit
l'Antienne pendant laquelle
Monfieur l'Archevefque lava fes
>
mains;
18 MERCURE
mains ; & le Diacre luy ayant
prefenté le Vaſe des faintes Huiles
ouvert , il en fit une Onction
en croix fur la Cloche avec le
pouce , à l'endroit où eft une
Croix en relief. Puis il dit une
Oraiſon , par laquelle l'Eglife
demande à Dieu , que comme
dans l'ancienne Loy il a commandé
à Moïfe qu'il fift faire des
Trompetes pour fervir à fon Culte
, & dans les neceffitez publiques
, il luy plaife auffi dans la
Loy nouvelle joindre le mouvement
de la Grace à l'impreffion
que le fon des Cloches fera dans
l'ame des Fidelles , afin que leur
foy augmente par la Grace du
Saint Efprit, que les tempeftes &
les orages ceffent , que les Puiffances
de l'air , dont Noftre Seigncur
a triomphé par la Croix,
foient mifes en fuite à la veuë de
celle
GALANT. 19
celle qui eft marquée fur la Cloche
, & que les Démons foient
vaincus par le Sauveur du Monde
, au Nom de qui toute Creature
fléchit le genoüil dans le
Ciel , dans la Terre , & dans les
Enfers. Cette priere finie , M
l'Archevefque reprit fa Mitre, &
effuya avec du coton l'endroit
dela Cloche où il avoit fait l'On-
&ion , & fon pouce avec la mie
de pain préparée. Puis eftant debout
& découvert,il entonna une
feconde Antienne , & le Choeur
chanta le Pfeaume Exultate Deo,
pendant lequel Monfieur l'Archevefque
fit avec les mefme's
faintes - Huiles fept Onctions en
croix avec le pouce fur le dehors
de la Cloche, dans les lieux
marquez. Il en fit quatre autres
avecle faint- Chrefme au dedans
de la Cloche , aux endroits auffi
mar
1
20 MERCURE
marquez , à l'exemple de ce qui
fe faifoit dans l'Ancien Teftament
, où Dieu avoit ordonné à
Moïfe de confacrer les Vafes du
Tabernacle , avec le Chrême,
dont le Grand Preftre eftoit confacré.
Parle Pfeaume qu'on chanta
pendant que l'on fit ces Onctions,
le Prophete invite le Peuple
d'Ifraël à fe fervir de Trompetes
, & de toutes fortes d'Inftrumens
de Mufique , pour rendre
grace à Dieu de l'avoir délivré
de la captivité d'Egipte. Cette
captivité repréſente celle où le
peché nous affujetit ; & la liberté
que Dieu donna à fon Peuple,
eft la Figure de celle qu'il donne
à fes Enfans, & des graces dont
il les comble dans la Loy nouvelle.
Le Pfeaume en renferme la
prédiction , & elles font figurées
par les onctions dont fe fert l'Eglife.
GALANT. 21
glife . Apres l'Antienne , Monfieur
l'Archevefque debout &
découvert , chanta une autre
Oraiſon, par laquelle l'Eglife demande
à Dieu , que comme en
préſence de l'Arche , il renverfa
les Murailles de Jéricho au bruit
des Trompetes , de mefme il luy
plaife diffiper les forces des Puiffances
invifibles , & reprimer la
violence des Démons , lors que
les Chreftiensexcitez parles Clo.
ches luy demanderont fes Graces,
qui font figurées par les Onctions.
Monfieur l'Archevefque
ayant entonné une troifiéme Antienne,
& eftant affis & couvert ,
le Diacre luy préfenta l'Encenfoir,
& le Soufdiacre la Navete,
dans laquelle il y avoit de l'Encens
, de la Myrrhe, & des Paftilles.
Il prit de tout ce qui eftoit
dans la Navete , & le mit dans
l'En
22 MERCURE
que
l'Encenfoir fans benir. Cependant
le Choeur chanta en Mufile
Pfeaume Laudate Dominum
infanctis ejus , & le Diacre
mit l'Encenfoir fous la Cloche .
Les Peres de l'Eglife ayant comparé
aux parfums les louanges
que nous donnons à Dieu , c'eſt
avec raifon qu'on fe fert de leur
odeur en beniffant les Cloches
qui invitent à le louer , & que
l'Eglife chante en mefme temps
le Pleaume que je viens de vous
marquer, puis qu'il engage toutes
les Creatures à employer toutes
fortes d'Inftrumens de Muſi.
que, pour rendre à Dieu le tribut
des louanges que les Fidelles luy
doivent. L'Antienne qui fuivit
ce Pfeaume eftant achevée ,
Monfieur l'Archevefque chanta
une Oraiſon, que l'Eglife adref.
fe au Sauveur du Monde. Elle
demande
GALANT. 23
demande par cette Oraifon , que
de mefme qu'il appaifa la tempefte
dont la Nacelle où il eftoit
endormy eftoit menacée , il ait la
bonté de fecourir fon Peuple
dans fes befoins , afin que par fa
puiffance les Démons foient confondus,
que les Fidelles foient fortifiez
dans la Foy , & que comme
dans l'ancienne Loy , Dieu jettoit
fouvent la terreur parmy les
Ennemis de fon Peuple par des
bruits qu'il leur foifoit entendre,
& qu'il s'eftoit engagé de le ſecourir
quand il fe ferviroit des
Trompetes qu'il luy avoit ordonné
de fabriquer , de mefme il luy
plaife au bruit de ce Signal , conferverles
Chrêtiens & tout ce qui
leur appartient , & les défendre
des infultes de leurs Ennemis.
Cette Oraifon fut fuivie d'un
Evangile felon Saint Mathieu,
que
24 MERCURE
que le Diacre alla chanter fur le
Pupitre que l'on avoit préparé .
Dans cet Evangile le Sauveur du
Monde parle à fes Difciples du
Jugement dernier , & dit que les
Anges fe ferviront de Trompetes ,
c'eft à dire, d'un bruit qui ne peut
eftre mieux exprimé que par celuy
des Trompetes , pour faire
affémbler les Elûs de toutes les
Parties du Monde ; & fi Origene
a dit que les Trompetes de l'Ancien
Teftament ont efté la figure
de celles du Jugement dernier,
on peut dire que les Cloches le
repréſentent auffi , puis qu'elles
raffemblent les Fidelles dans les
Eglifes , comme les Trompetes
raffembleront tous les Hommes
au jour du Jugement . Monfieur
l'Archevefque finit la Cerémonie
par la Bénédiction folemnelle.
Le Roy & la Reyne la reçeu-
-rent
GALANT. 25
rent à genoux. Apres la Benédiction
, ce Prélat defcendit de la
Plate - forme par le milieu de la
Nef , fans reconduire le Roy
parce qu'il eftoit conduit pontificalement.
I laiffa le foin au
Chapitre de voir monter Leurs
Majeftez en Carroffe . Elles partirent
tres -fatisfaites de la Mufique
de Monfieur Mignon.
Vous me demandez qui a remporté
le Prix des Bouts- rimez ,
propofez depuis deux mois par
ce fçavant Maitre de Mufique.
Il n'a point encor efté donné . Si
ceux que Sa Majefté a nommez
pour Juges , prononcent avant
queje finiffe ma Lettre , je vous
envoyeray le Sonnet victorieux .
En voicy cependant quatre fur
les mefines Bouts-rimez . Le premier
eft de Monfieur Gardien ;
le fecond , de Mademoiſelle Fré-
May 1682 .
B
26
MERCURE
din de Pontoife ; le troifiéme , de
Monfieur Philibert d'Antibe ; &
le quatrième,de Monfieur Aftier ,
Prieur d'Avignon .
A LA GLOIRE DU ROY,
Sur les vains Projets des autres
Puiflances jaloufes de fa
grandeur.
V°
Ous qui toûjours vaincus avez
l'orgueil du Pan ,
Et la malignité qu'on voit dans la
Guenuche ,
Quand vousferiez encor plus diables
que Satan ,
Ilfaut devant LOVIS estre auffi
doux
que Pluche.
**
De mefme qu'un Lion fans peine
abat un Fan,
Et qu'il ne faut qu'un Cocq pour
détruire une Ruche ,
Ge
GALANT. 27
Ce Roy vous perdroit tous avant la
fin de l'An ,
Etferiez -vous defer , ilferoit une
Autruche.
**
Avecfon amitié tout bonheur vous
eft hoc ;
Se le rendre ennemy , c'eft faire un
mauvais troc ,
Songez qu'impunément on ne luy
fait point niche.
**
Vos projets dont il fait & le Pour
& le Par ,
Vousprofiteroient moins que des ter
res en friche.
Demeurezen repos , point de Mais,
point de Car.
AU ROY.
Our parler de LOVIS, fautil
que le Dieu Pari Pour
Entre dans un Sonnet avec une
Guenuche ? Bij
28
MERCURE
L'Eloge d'un Héros quadre- t-il à
Satan ,
Et peut-on accorder la Cuiraffe &
la Pluche ?
Ah ! ce deffein me rend plus timide
qu'un Fan ,
Plus ardente cent fois que l'Abeille
enfa Ruche ,
Plustrifte qu'un Joueurfur qui l'on
fait bar-lan ,
Et plus âpre qu'un Maure à pour-
Suivre une Autruche...
*£ 3
Cependant c'en eft fait , & le Sonnet
m'eft hoc ;
Grand Roy , de vous pour Mars je
ne ferois pas troc,
Ilfaut qu'en vous voyant tout Con .
quérant dé- niche.
+3
Vous étes obey , fi- toft qu'on voit
De-Par...
Yos
GALANT. 29
Vos Sujets par vos foins ne laiffent
rien en friche ,
Et vous reverent plus que Carthage
Amil - car.
T
AU ROY.
A Majesté , Grand Roy , confond
l'orgueil du Pan .
Ta prudence fe rit des tours d'une
Guenuche ,
Ta pieté détruit l'idole de Satan,
Et ta valeur rend tout plus fouple
que la Pluche.
*3*
Tes Sujetsfous tes Loix vivent plus
gais qu'un Fan ,!
Ton Royaume eft pour eux une abondante
Ruche ,
lls y goûtent en paix le Miel pendant
tout l'An.
Et font toûjours parez des plumes
de l'Autruche.
B iij
30
MERCURE
3
Si tu veux conquérir , l'Univers`
nous eft hoc .
Quel Peuple ne voudroit faire cet
beureux troc ,
De chaffer les Tyrans pour te mettre
en leur Niche ?
**
L'Ennemy n'a qu'à voir Nec pluribus
im- par ,
Il laiffe fes Remparts & Ses Terres
en friche ,
Et bien fouvent , grand Roy , tu
vaincs par un feul Car.
SUR LA GRANDEUR
DU ROY.
Upiter cederoit au pouvoir du
Dieu Pan ,
Les charmes de Venus à l'air d'une
Guenuche ,
Les
GALAN T. 31
Les Anges de Lumiere aux Enfans
de Satan ,
Et l'éclat de la Pourpre à la plus
vile Pluche ,
**
Le plus fier des Lions au plus timide
Fan ,
La douceur du Nectar à celle d'une
Ruche
齿
•Mille Siecles entiers au plus court
Mois de l'An,
Enfin le volde l'Aigle à celuy d'une
Autruche.
子
Plutôt que les deffeins de Lovis ne
foient hoc,
Qu'il ait pour s'agrandir befoin de
faire troc ,
Qu'il ne foit de la Gloire adoré
dansfa Niche ,
Que tout nefoit foumis à fonfeul
mot De-Par,
Bij
32 MERCURE
Qu'on trouve des Etats qu'il ne réduife
en friche , ad
Quand de fon bon Plaifir il fera
voir le Car.
Pour engager tous les beaux
Efprits à travailler , l'efpoir d'acquerir
une Médaille du Roy
eftoit une douce amorce. Cependant
il s'eft trouvé une aimable
Fille que cet avantage n'a pû
toucher. Elle s'en eft expliquée
par ces quatre Vers,
Un coeur comme le mien ne veut
point de Médaille ,
Sans le Souverain Bien tout meparoiſt
un mal. ,2011
Promettez- moy l'original ,
Si vous voulez queje travaille .
Sa Majesté qui ne laiffe point
de mérite fans recompenfe , a
donné
GALANT. 33
donné depuis un mois la Lieutenance
de Roy de la Citadelle de
Strafbourg à Monfieur de Montbrun,
Major du Regiment d'Anjou
, qui a fervy pendant vinge
années avec toute l'affiduité poffible
dans ce Regiment , & dans
celuy de la Reyne. Il eft Cadet
de la Maifon de Mont- clar-
Montbrun , l'une des plus anciennes
& des mieux alliées de la
Haute - Auvergne. On en connoift
l'ancienneté & la nobleffe ,
en ce qu'il prouve fa filiation depuis
Maurinot de Montclar qui
vivoit en 1260. & qu'il fait voir
dans les 32. Quartiers de fes Alliances
, les Maifons d'Epinchal,
Chalus - Cordez , Chabannes-
Curton, Blanchefort , la Rochefoucault
,
Saint Martial Drugeac , Hautefort
, Polignac , Pompadour,
Bois des Cordes ,
·
B v
34
MERCURE
Clermont , Poitiers - Valentinois ,
Montmorin - S. Héran , Joyeuſe ,
Urfé , Entragues - Balfac , & plufieurs
autres. Ce Maurinor de
Montclar , Tige des Barons de
Montbrun , eut un Frere aîné
nommé Rigald , Seigneur de
Chambres , qui fut Ayeul d'Aimery.
Cet Aimery laiffa une Fille
unique, nommée Magdelaine,
Dame de Montclar & de Chambres
, laquelle avant l'an 1364.
fut mariée avec Elie de Noailles,
dont font defcendus les Comtes
& Ducs de Noailles , Marquis de
Monclar. Quant à Maurinot , il
fut Ayeul d'Aftorg & de Louis
de Montclar . Aftorg eut pour
Fils Bernard, qui en 1362. époufa
Marguerite d'Efcoraille , Dame
de Montbrun , en mefme
temps que Raimond Seigneur
d'Efcoraille & de Rouffille, Frere
de
GALANT.
35
de Marguerite , époufa Marie de
Montclar , Dame de Montpanthier,
Fille unique de Louis , Oncle
de Bernard , & de Dauphine
de Grifer , Dame de Mont
panthier. De ce Bernard de
Montclar , Baron de Montbrun
à caufe de fa Femme , & qui fut
Bailly de la Haute - Auvergne,
defcend dans le neufviéme degré
de generation Gilbert de
Montclar, dit Montbrun, aujourd'huy
Lieutenant de Roy de la
Citadelle de Straſbourg , dernier
Fils de Jean de Montclar , Baron
de Montbrun, mort en Hollande
en fervant Sa Majeſté. Il eſt Oncle
d'Hercule de Montclar, Marquis
de Montbrun , Fils de Gafpard
de Montclar , Baron de
Montbrun, fon Frere aîné , & de
Juilete de Fontange- Macemont,
Dame de la Roque des Arcs en
Quercy. La
36 MERCURE
La Lieutenance de Roy de la
Ville & Citadelle de Mezieres,
qu'avoit feu Monfieur de Bouteville
, a efté donnée à Monfieur
le Chevalier de Montifon , Commandant
d'un Bataillon , & ancien
Capitaine au Regiment de
Picardie, Sa Majesté l'en gratifia
le 2. de l'autre mois . Il fe rendit
le 15. à Mezieres , accompagné
de Meffieurs les Lieutenans de
Roy de Charleville & Mont-
Olympe , des deux Majors , &
de plufieurs autres' Officiers ; &
ayant efté conduit à l'Hoſtel de
Ville , apres que fa Commiffion
eut efté leue , il y prefta le Serment
entre les mains de Monfieur
de Lanfon , Gouverneur de
cette Place . Il fut fait Capitaine
dans Poitou dés l'année 165 1 .
Ayde de Camp General en 1655.
Major du mefme Regiment de
Poitou
GALANT.
37
Poitou en 1663. Capitaine dans
Picardie en 1671. Inspecteur des
Troupes d'Infanterie dans la
Province d'Artois en 1673. &
Commandant neuf Compagnies
de Picardie en 1679. Defi longs
fervices ne pouvoient manquer
de récompenfe fous un Prince qui
voit tout , & qui n'oublie rien .
La Fable que vous allez voir
pourra eftre utile à bien des
Amans. Elle m'a efté envoyée
fous le nom de la Muſe naiffante
de Poitiers, tron
LE ROSSIGNOL.
D
FABLE.
Ans un agreable Bocage ,
Au temps que les beaux jours
Ramenent les Plaisirs , les Jeux, &
les Amours,
Et
38
MERCURE
Et que tout rit dans le Village,
Un Roffignol voyant ,fans Fâcheux,
fans faloux,
Le Berger avec fa Bergere,
Qui tour- à- tour fur la Fongere
Goûtoient d'un tendre amour les
charmes les plus doux,
Crût qu'il devoit auſſi faire des
amouretes .
Qui m'empeſche , dit- il , d'eſtre
heureux comme vous ?
Je n'entens pas mal les fleuretes ;
Et puis , quand on fe mefle une
fois d'en conter,
On trouve aifément des Coquetes
Qui veulent bien nous écouter.
***
Aupres d'une jeune Hirondelle
Le Roffignol alla faire fa cour,
Et fes foûpirs en moins d'un jour
Firent croire à la Belle
Que pour elle il brûloit d'amour.
En
GALANT. 39
En effet , il fentoit dans l'ame
Ie- ne-fçay quel panchant
Qui le rempliffoit tout de flâme.
Pour luy la Belle avoit un charme
bien touchant,
C'est qu'elle n'eftoit pas comme les
Inhumaines,
Qui fe font un plaifir charmant
De faire languir un Amant.
Mais à luy refifter elle euft perdu
fes peines ,
Le Roffignol eftoit galant ,
Il avoit en amour un merveilleux
talent ,
Et pour peu qu'il vouluſt attaquer
la plus fiere ,
Ilfe tenoit feûr de luyplaire.
+3
Bientoft dans ce riant Sejour,
Les Feftes & les Promenades,
Les Rendez - vous , Les Serenades,
Firent éclaterfon amour ;
Et de tendre Amant nuit & jour
Cache
40 MERCURE
Caché fous de jeunes feuillages,
Apprenoitfes tendres ramages
A tous les Echos d'alentour.
Mais belas
mante
cette voix char-.
Dont il faifoit tout fon appuy,
Bien loin de remplir fon attente,
Fut bientoft funefte pour luy.`
+3
Un matin que la belle Flore
Recevoit dans fon fein les larmes
de l'Aurore,
Et que tout brilloit dans les champs,
Vn Berger attiré par les aimables
chant's
Dont noftre Roffignol felonfon ordi-
-naire
Rempliffoit ce Lieufolitaire,
Fit auffitoft entendre un Flageolet
Dont le fon avoit dequoy plaire..
Le ne fçay s'iljoua Sarabande , ou
Balet ,
Mais l'Oyfeau demeura muet.
Qui
GALAN T.
41
Qui diable , difoit- il , tâche à me
contrefaire ?
Apparemment c'eft un Rival.
Ah l'Importun ! que je luy veux
de mal,
Et que je hay la voix , ou fa Mufetc!
Ce n'est pourtant qu'une Mazete
,
Et je pourrois luy donner des
leçons .
En mefme temps le Roẞignol peu
Sage
Entonne cinq ou fix Chanfons,
Et s'efforce par fon ramage
D'égaler du Berger les tons doux
& touchans .
Tous fes efforts font impuiffans,
Le petit Animal fe laffe ,
Tandis que le Berger qui redouble
fou jeu
Se divertit de fa difgrace.
Cependant l'Oyfeau plein de feu,
Enflé
42 MERCURE
Enfle d'une nouvelle audace ,
Tache encor d'avoir le deffus,
Animé par fa Belle ;
Mais tousfes chants fontfuperflus.
Comme le Cygne , alors que fon
deftin l'appelle, up 13
Et qu'on le voit preft d'expirer,
Bien loin de foûpirer ,
Pouffe fur les bords du Méandre
Vne voix amoureuse & tendre ; T
Ainfile Roffignolaccablé de lagueur ,
Ramaffe pour chanter un refte de
vigueur ,
Etfait entendre un Airfort agreable;
Mais la voix luymanquant, lepetit
Miférable
Tombant fans force &fans chaleur,
N'eut pas mefme le temps de plaindre
fon malheur.
* 3+
Ieunes coeurs qui cherche à plaire,
Apprenez à vous ménager.
Ges
GALAN T.
43
Ces efforts que l'Amour vous oblige
:
de faire,
Nefe font jamais fans danger.
Les foins & la belle dépense
Peuvent fléchir une Beauté,
On abat par là fa fierté ;
Mais fi l'on veut aimer , c'eſt un
trait de prudence,
De conferverſa bource &fafanté,
On a eu nouvelles du 8. de ce
mois , que l'Efcadre commandée
par Monfieur le Marquis de
Preüilly- de Humieres , Lieutenant
General des Armées Navales
du Roy , eftoit fur le point de
partir de Breft.Les ordres étoient
donnez pour fe mettre en mer le
lendemain. Elle eſt composée de
cinq Navires de guerre , appellez
l'Ardent, le Comte , l'Etoile, l Hercule
, & l'Hyrondelle ; d'un Brulot
, d'une Flute & d'une
petite
44
MERCURE
petite Frégate . Voicy la Lifte
des Officiers qui font fur ces Navires.
Sur l'Ardent.
•
Mr le Marquis de Preüilly ,
Frere de Monfieur le Maréchal
de Humieres.
Monfieur Vaudricourt , Capitaine
..
Monfieur Champmeffin Defnots
, Lieutenant. Il a épousé depuis
un mois Mademoiſelle de
Leintré , Fille du Lieutenant de
Roy du Chafteau de Breſt.
Monfieur le Chevalier de
Bayers , Second Lieutenant .
Monfieur le Chevalier de
Beaujeu , Enfeigne , Frere du
Commandeur de Malte .
Monfieur le Chevalier de
Courbon Blénac , Second Enſeig.
ne. Il a l'honneur d'eftre allié à
Monfieur le Prince.
Monfieur
GALANT. 45
Monfieur le Marquis de la Riviere,
autre Enfeigne.
Sur le Comte.
Monfieur le Comte de Sourdis ,
Chef d'Efcadre.
Monfieur le Chevalier de
Fourbin, Capitaine . Il eft Neveu
de Monfieur le Chevalier de.
Fourbin, Capitaine des Moufquetaires.
Monfieur de Sainte - Marthe,
Lieutenant. Ila efté Gouverneur
de l'ifle de Bourbon , ou Mafcarin
.
Monfieur Gaudimar , Second
Lieutenant. Il a abjuré la Religion
P. R.
ne.
Monfieur Defcartes , Enfeig-
Monfieur Scibois, Second Enfeigne.
Monfieur le Chevalier de Lanion
, autre Enfeigne . Il fut pris
l'année
46. MERCURE
l'année derniere à Salé par des
Sujets du Roy de Maroc .
Sur l'Etoile.
Monfieur Foran, Capitaine .
Monfieur de Pallieres , autre
Capitaine. Il'eft Fils de Madame
de Pallieres , Sous-Gouvernante
des Enfans de France, & a époufé
Mademoiſelle de Bois-de- la
Roche.
Monfieur Defcorbiac , Lieutenant.
Il a abjuré l'Heréfie de
Calvin .
Monfieur Dorogne, autre Lieutenant.
Monfieur Carcavi , Enſeigne.
Monfieur Parifot , autre Enfeigne.
Sur l'Hercule,
Monfieur le Chevalier de Nef.
mond. Il eſt Neveu du Préſident
de ce nom .
Monfieur de Rouvrois , autre
Capitaine.
GALANT.
47
Capitaine. Il eſt Fils de Madame
de Rouvrois , qui a eſté Gouvernante
des Filles de la Reyne.
Monfieur de S. André - Montméjan,
Lieutenant .
Monfieur de la Luzerne , Second
Lieutenant. Il eft Fils de
Monfieur le Marquir de la Luzerne
, Gouverneur de Monfieur
l'Admiral.
Monfieur de Villers,Enfeigne.
Monfieur de la Treille, Enfeigne
en fecond.
Monfieur de Blénac,autre Enfeigne
. Il eft Fils de Monfieur le
Marquis de Blénac , Viceroy à
l'Amérique .
Sur l'Hyrondelle.
Monfieur le Comte d'Eftrées ,
Capitaine . Ileft Fils de Monfieur
le Maréchal d'Eftrées
Admiral.
>
Vice-
Monfieur de Serquigny,Capitaine
48
MERCURE
taine en fecond . Il eft Neveu
de Monfieur le Chevalier, de
Tourville , Lieutenant General
des Armées Navales , & a époufé
depuis peu de jours la belle
& fpirituelle Mademoifelle de
Beaurepos .
Monfieur Tivas , Lieutenant.
Monfieur Beauffier , Second
Lieutenant.
Meffieurs la Chefnau , d'Entragues
, & Monlouet , Enfeignes.
A
T
Ces Vaiffeaux doivent aller
du cofté d'Alger , où ils joindront
Monfieur le Chevalier
de Léry , Chef d'Efcadre , qui
eft party de Toulon le 4. de ce
mois avec trois Vaiffeaux du
Roy...
Je viens de voir une Lettre écrite
de Blois, dans la quellej'ay leû
une chofe que vous trouverez
tres
GALANT. 49
,
& dont les
tres-furprenante
Medecins & les Philofophes auroient
de la peine à donner une
raifon qui puft fatisfaire. Il y a
deux ans qu'une jeune Fille , qui
n'en a préfentemet que dix- fept,
laiffa tomber le couvercle d'un
Cofre fur fa main , qui devint
extraordinairement enflée. La
douleur qu'elle fentit fut fi violente,
qu'elle l'obligea de fe confier
aux Chirurgiens de l'Hôtel
- Dieu de Blois , qui luy firent
une incifion & tirerent de
fa playe un morceau de fer , un
autre de bois , & en fuite des
épingles , qu'ils ont continué d'en
tirer jufqu'à préfent. Il y a fort
peu de jours qu'on en fit fortir
la foixantiéme. Cette Fille , qu'on
appelle Catherine Marchais ,
femble eftre guérie dans de certains
temps ; mais toutes les fois
May 1682 .
>
C
50
MERCURE
qu'elle recommence à travailler ,
elle eft obligée de ſe faire faire
des incifions pour tirer de nouvelles
épingles qui fe prefentent.
Siles Sçavans de voſtre Province
veulent dire ce qu'ils penfent
d'un accident fi nouveau, ils obligeront
tous les Curieux.
!
Madame de Hodic , Veuve
de Meffire Pierre de Hodic,
Comte de Marly - la - Ville , Confeiller
en la Grand'Chambre , &
auparavant Préfident aux Enqueftes
, eft morte icy depuis
peu de jours. Elle s'appelloit
Claude Phelypeaux , & eftoit
Mere de Monfieur de Hodic
Maistre des Requeftes , & de
Madame Dargouges , Femme de
Monfieur Dargouges , Confeiller
d'Etat , qui a efté Premier
Préfident du Parlement de Bretagne
.
"
Sa
GALANT. SA
Sa mort a efté fuivie de
celle de Dame Françoiſe
Roüalle , Femme de Meffire
Louis - François Gourreau , Seigneur
de la Prouftiere & du
Boisgillou , Confeiller au Parlement
, & Préfident aux Enqueftes.
Quoy que les Belles femblent
eftre nées pour pouvoir tout fur
les Hommes , il eft quelquefois
dangereux pour elles de fe prevaloir
injuftement de cet avantage
. Vous l'allez connoistre par
l'Avanture dont j'ay à vous faire
part. Un Cavalier s'eftant rencontré
un jour dans une Affemblée
avec une jeune Veuve, plus
brillante encor par fon efprit
que par fa perfonne , fe plût fi
fort à l'entretenir , que l'eftant
enfuite allé voir chés elle , infenfiblement
il s'en fit une habitua
Cij
52
MERCURE
de. La Dame eftoit de ces Femmes
agreables , dont les manieres
flateules ont je - ne - ſçay - quoy
d'infinuant , qui gagne le coeur
de tous ceux qui les approchent .
Pour peu qu'on l'euft veuë , on
brûloit d'envie de la revoir , &
quand quelqu'un eftoit fait de
forte que fa conquefte luy puſt
faire honneur elle fe fervoit ?
de moyens fi engageans pour l'amener
où elle vouloit , qu'il eftoit
prefque impoffible qu'on luy
échapât . Parmy un affez petit
nombre de Gens de mérite dont
elle foufroit que fa Cour, fuft
composée , le Cavalier eftoit celuy
qu'elle recevoit avec de plus
fortes marques d'une veritable
eftime . Auffi méritoit - il bien
qu'on le diſtinguât . Rien ne luy
manquoit de ce qui fait l'honnefte
Homme , & dans quelque
lieu
GALANT. 53
lieu qu'il euft voulu fe rendre affidu
, on fe fuft fait un plaifir de
fes frequentes vifites. La Dame
le ménagea par des complaifances
fi remplies d'honnefteté , que
comme elle luy parut la plus aimable
de toutes les Femmes , il
devint en peu de temps
le plus
amoureux de tous les Hommes.
Sa paffion ne fut point muette.
Illa fit paroiftre dans toute fa
force , & il affura tant de fois la
Dame qu'il ne vivoit , & ne vou
loit vivre que pour elle feule,
qu'elle en fut perfuadée. Cependant
elle avoit fa politique
qui l'engageoit quelquefois
à luy marquer de la défiance:
Pour luy faire voir combien elle
eftoit injufte , il la prioit auffitoft
de luy donner des Articles
à figner, & de prendre jour pour
ma Ciij
54
MERCURE
le mariage. Il eftoit fort riche, &
le party euft accommodé toute
autre qu'elle ; mais ce n'eſtoit
pas ce qu'elle vouloit . Elle avoit
du Bien de fon côté , & trois ans
de mariage luy avoient appris
que l'Homme du monde le plus
amoureux , ceffe d'eftre Amant
auffi- toft qu'il eft Mary. Une
épreuve fi fâcheuſe l'avoit dégoûtée
du Sacrement , & le feul
plaifir de fe voir aimée , eftoit ce
qu'elle cherchoit dans l'engagement
qu'elle laiffoit prendre.Ainfle
Cavalier eut beau dire qu'il
étoit preft d'époufer . La Dame
fe contenta de tirer parole, qu'il
n'auroit jamais d'autre Femme
qu'elle , & quand il la preffoit de
conclure , elle avoit toûjours des
raifons pour diférer. Toutes ces
remiſes augmentant fa paffion , il
redoubla fon attachement , mais
се
GALANT .
55
ce fut en vain qu'il luy en donna.
de nouvelles marques. L'effet ,
qu'elles produifirent,fut tout oppofé
à celuy qu'il attendoit . Elles
luy firent connoiftre qu'il ne pouvoit
plus fe degager, & come elle
fe tint feûre d'un entier triomphe ,
elle voulut en jouir fans plus fe
contraindre. Ainfi elle retrancha
une partie de ces complaifances
qui avoient aidé a l'affujetir , &
ceffa de s'obferver fur un defaut
qui luy eftoit naturel , & qu'elle!
fçavoit cacher, quand elle cherchoit
à plaire. Elle eftoit fujete à
des inégalitez d'humeut,defefpérantes
pour ceux qui l'aimoient,
& le Cavalier en fit une rude
épreuve. Il y avoit des momens,
où elle tomboit
dans
unefroideur
que tout fon amour ne pouvoit
vaincre. Plus il s'en plaignoit, plus
elle affectoit de paroître indifé-
C iiij
56
MERCURE
rente, & ce qu'il trouvoit de plus
cruel, c'eft qu'elle vouloit luy faire
croire, qu'elle avoit toûjours agy
de la même forte , & que fes plaintes
venoient de ce qu'il changeoit
d'humeur.Le lendemain c'eſtoiet
des honneftetez qui le rengageoient
plus fortement ; mais fes
affaires n'en eftoient pas en meilleur
état.Elle ne refolvoit rie pour
le temps du mariage, & retomboit
fi fouvent dans fes inégalitez ,qu'à
la fin le Cavalier craignit de la mal
connoître. Dans cette crainte il
voulut fçavoir plus préciſement
quels fentimés elle avoit pour luy,
& crut que le moyen le plus feûr
d'en venir à bour, eftoit de la voir
moins affiduëmér. Cette conduite
alarma la Dame. La peur qu'elle
eut de le perdre luy fit fentir que
l'amour avoit pris fur elle plus
de pouvoir qu'elle n'avoit crû.
Le
GALANT.
57
Le relâchement du Cavalier fembla
luy donner un nouveau mérite
, & toute remplie de ce qu'il
valoit, quoy qu'elle n'euft aucune
pensée de l'époufer , elle connut
que fa veuë eftoit neceffaire
à fon bonheur. Apres qu'il eut
paffé quelque temps fans que fes
vifites fuffent ny auffi longues, ny
auffi fréquentes qu'à l'ordinaire,
elle fe plaignit de fon peu d'empreffement.
Cette plainte eftoit
ce qu'il avoit fouhaité. Il luy témoigna
que fes froideurs le mettant
au défeſpoir , il eftoit contraint
de la voir plus rarement,
pour luy épargner les juftes reproches
que luy faifoient fes chagrins.
Elle prit alors fon air flateur,
& en luy difant qu'ilfe connoiffoit
bien peu en tendreffe,"
s'il s'alarmoit de la voir éprouver
fa fermeté , elle donna tant d'ar-
C v
58 MERCURE
deur à fon amour , qu'il l'affura
par mille nouveaux fermens, que
quoy qu'elle fift , l'avantage de
luy plaire feroit à jamais fa plus
forte paffion. Le Cavalier gouſta
pendant quelques jours toutes
les douceurs que l'amour attache
à un veritable raccommodement,
mais elles furent de courte durée.
La Dame qui crut avoir reconnu
fon foible , s'embaraffa peu dele
ménager. Elle demeura perfuadée
que trois paroles flateufes
réveilleroient fa tendreffe,quand
fes froideurs l'auroient fait languir,
& cette affurance qu'elle fe
donna trop imprudemment, la fit
de nouveau s'abandonner au
panchant capricieux qui la rendoit
inégale C'eftoit aujourd'huy
un enjouëment merveilleux , &
le jour fuivant , une réverie infuportable.
Le Cavalier , pour ne
fe
GALANT.
59
fe point démentir , foufrit fa bizarre
humeur fans luy faire aucune
plainte. Il examina ce qui
Epouvoiten eftre la caufe, & n'eut
pas de peine à s'apercevoir qu'elle
l'avoit en vain rejettée fur l'é-
= preuve qu'elle prétendoit av it
7 voulu faire de fa paffion. Plus il
s'attacha àl'étudier ,plus il recon-
1 nut qu'elle fuivoit fon tempérament
, & que c'eftoit un défaut
dont une longue habitude l'empefchoit
de fe défaire.Quoy que
ce défaut luy fift de la peine, il ne
laiffoit pas de la prier en de certains
jours heureux , de vouloir
fixer un temps pour le mariage
dont elle avoit fa parole .Il réitera
tant de fois cette priere , qu'elle
luy dit un jour fiérement , qu'un
Amant foumis , & qui s'aimoit
moins que fa Maistreffe , n'éxi-
#geoit jamais, & tâchoit de meriter.
60 MERCURE
rompre
ter. Cette réponſe acheva de luy
faire ouvrir les yeux. Il ne douta
plus qu'elle ne cherchaft à l'amufer,
& le dégouft que fes inégalitez
luy faifoient avoir pour elle,
affoibliffant peu à peu fon amour
& fon eftime, il réfolut de
un commerce , qui ne fervoit qu'à
l'embaraffer. Pour en venir infailliblement
à bout , & n'eftre
plus exposé à eſtre la dupe de fes
faux retours , il prit un engagement
fecret avec une fort belle
Perfonne , qui joignoit à la naiffance
beaucoup de mérite, & un
bien confidérable . Cette paffion
le guérit de la premiere . Comme
il n'eftoit plus touché de la Dame,
vous pouvez croire qu'il diminua
fes foins. Elle crut d'abord
le rappeller quand elle voudroit,
& s'alarma peu de fa négligence.
Les premieres plaintes qu'elle luy
en
GALANT. 61
en fit, furent mefme affez legeres .
Elle vouloit le voir revenir par
l'indifpenfable neceffité qu'elle
fupofoit en luy , de faire tout fon
bonheur du plaifir d'eftre aupres
d'elle ; mais quand elle vit qu'il
continüoit à fe relâcher, elle s'em.
porta à des reproches plus aigres,
& ces reproches n'ayant rien.
produit , elle employa tant de
Gens à s'informer de ce qu'il faifoit,
& dans quels lieux il alloit,
qu'enfin elle fut inftruite de fon
changement. Jugez quel coup de
foudre pour elle. Non feulement
elle découvrit qu'il aimoit ailleurs,
mais qu'il y avoit un Contract
figné, & qu'on devoit faire
dans fort peu de jours la cerémonie
des Epoufailles.Cette nouvelle
mit la Dame au deſeſpoir.
Malgré fon averfion pour le Mariage,
elle aimoit le Cavalier , &
le
62 MERCURE
le dépit de le perdre mit fa raifon
dans un fi cruel defordre ,que
pleine d'impatience, elle alla chez
luy dés ce mefme inftant , pour
apprendre de fa bouche ce qu'il
falloit qu'elle cruſt. Il luy avoüa
l'engagement où il s'eftoit mis ,
& prétendit que par les retardemens
qu'elle avoit toûjours apportez
à fon bonheur , il eftoit
affez dégagé de fa parole . Il adjoûta
qu'elle ne l'avoit jamais aimé,
& que fi elle prenoit quelque
plaifir à le voir, c'eftoit feulement
parce qu'il aidoit à la divertir.El .
le fe fervit des termes les plus flateurs
pour luy faire croire qu'il jugeoit
mal de fes fentimens,& pour
le convaincre de la fincere tendreffe
qu'elle avoit pourluy , elle
l'affura que dans un mois toutes
les affaires qui la retenoient feroient
terminées , & qu'alors il
pren
GALANT.
63
prendroit jour pour ce qu'ils s'eftoient
mutuellement promis.Il répondit
qu'elle l'amufoit depuis
trop longtemps pour luy donner
lieu de fe repofer fur cette affurance;
& enfin, foit qu'elle fuft réfoluë
à ſe vaincre en fafaveurpour
ne pas cederà fa Rivale,foit qu'elle
vouluft feulement l'obliger à
rompre pour mieux triompher de
luy,elle luy dit qu'il fift venir un
Notaire, & que dés le lendemain
elle feroit prefte à l'époufer. Cette
offre qui l'euft charmé autrefois
, ne put le rendre fenfible.
Il demeura dans fa premiere froideur,&
luy répondit fans s'émouvoir
, que dans l'état où eftoient
les chofes , on luy demandoit
inutilement ce qui n'eftoit plus
en fon pouvoir. La Dame outrée
de cette réponſe
le point de luy fauter au coller,
réponſe , fut fur
&
i
64
MERCURE
-
& fi vingt fois il n'euft retenu fa
main , peut eftre euft- il couru
quelque rifque. Le reste du jour
fe paffa en plaintes , tantoft tendres
, tantoft emportées . Le Cavalier
qu'on traitoit de perfide &
de parjure , convenoit du crime
qu'on luy reprochoit , & s'excufant
feulement fur ce qu'on l'avoit
forcé à eftre infidelle , il irritoit
d'autant plus la Dame , que les
chofes obligeantes qu'elle luy difoit
de temps en temps , eftoient
autant de perdu pour elle. La
nuit s'approchant , il la pria dele
laiffer en repos . Une fi cruelle
marque d'indiférence la toucha
fi vivement , qu'elle fortit
prefque hors d'elle- mefme.Apres
l'avoir regardé avec des yeux
tout pleins de colere , elle luy dit
d'un ton réfolu , qu'elle eftoit fa
Femme ; que la parole qu'ils
s'eftoient
GALANT.
65
s'eftoient cent fois donnée , les
engageoit l'un à l'autre , qu'elle
vouloit bien que tout le monde
le fçeuft , & que quoy qu'il fift,
elle ne fortiroit point qu'elle
n'euft les affurances qui luy eftoient
neceffaires. Le Cavalier,
qu'un pareil éclat n'accommodoit
pas , luy dit mille chofes
pour luy remettre l'efprit . Elle
n'en voulut écouter aucune , &
il fut enfin contraint de faire venir
un Officier de Juftice , qui
par ſon autorité puft faire finir
l'embarras où il eftoit. L'Officier
vint en habit décent. La Dame
recommença devant luy fes reproches
& fes plaintes ; & dans
la fureur où la mettoit fon
reffentiment l'apostrophant
quelquefois comme s'il euft
deû répondre de la perfidie
de fon Infidelle , elle fembloit
prefte
>
66 MERCURE
prefte à s'emporter contre luy,
aux dernieres violences. L'Offcier
luy fit connoiftre,que quand
rien n'eftoit écrit , on ne forçoit
point les Gens à fe marier ; & luy
repétant toûjours que fi fes pré,
tentions eftoient légitimes , elle
avoit la voye ouverte pour les
foûtenir,il luy fit fi bien entendre
raifon , qu'apres qu'elle eut contefté
pendant plus d'une heure ,
elleréfolut de s'en retourner chez
elle. Ce ne fut pourtant qu'à
condition que le Cavalier la remeneroit,
parce qu'elle avoit à luy
faire voir des Lettres contre lef
quelles elle prétendoit qu'il auroit
peine à tenir.Le Cavalier promit
de l'accompagner , pourveu
que ce fuft en Carroffe diférent,
afin qu'elle puft reprendre un
peu de tranquillité ; ce qu'elle
ne pourroit faire , s'ils alloient
enfemble,
GALANT. 67
enſemble , puis que fes reproches
continuëroient , rien n'ayant encore
efté capable de les luy faire
ceffer. Elle accepta le party , &
monta dans fon Carroffe. Le
Cavalier , avec l'Officier aupres
de luy , marcha devant dans le
fien. Apres qu'ils eurent paffé
quelques Rues , le Carroffe du
Cavalier s'arrefta , & la Dame mit
auffitoft la tefte hors de la Portiere
pour fçavoir ce que c'eftoit .
On luy dit qu'on faifoit defcendre
l'Officier qui demeuroit à
vingt pas de là dans un détour
où l'on eftoit arrivé , & en effet
elle vit un Homme en robe , à la
lueur du flambeau . Comme fa
préfence luy eftoit peu neceffaire
pour le deffein qu'elle avoit ,
elle fut bien aife qu'il s'en retournaft
. On continua d'avancer
vers fon Quartier ; & quand
-
elle
68 MERCURE
elle fe vit dans fa Rue, elle fe tint
en état de defcendre la premiere ,
ce qu'elle fit auffi - toft qu'on fut
devant la Porte. Elle courut au
Carroffe du Cavalier , pour le
prendre par la main , & empefcher
qu'il ne s'échapaſt ; mais
qu'elle fut fa furpriſe , quand au
lieu de fon Amant , elle apperçeût
l'Officier Cet Officier
s'eftoit défait de fa Robe , & l'avoit
donnée au Cavalier, qui fous
ce déguiſement s'eftoit tiré des
mains de la Dame. Il luy dit , en
luy avoüant la tromperie , qu'il
croyoit luy avoir rendu un bon
office , puis que dans l'état où elle
eftoit, il valoit mieux qu'elle agiſt
par fes Amis que par elle- mefme .
Sa réponſe fut un emportement
de rage qu'on ne fçauroit exprimer.
Elle fe jetta fur luy , le prit
au collet , & ramaffant tout
се
GALANT. 69
la fuce
qu'elle avoit de force , elle luy
fit éprouver par plufieurs coups
redoutez ce que c'est que
reur d'une Femme qui ne fe poffede
plus. On l'arracha de fes
mains , & malgré ceux qui la
retenoient , elle continua de fraper
avec tant de violence , qu'à
la fin n'en pouvant plus ,-elle fe
laiffa tomber entre les mains d'une
Fille qui eftoit venue luy ouvrir
la Porte. On la mena dans fa
Chambre & ce ne fut pas
fans beaucoup de peine . Elle fe
coucha fans prefque fçavoir ce
qu'elle faifoit ; & un tranfport qui
fuivit une groffe fièvre dont elle
fut fur l'heure attaquée , donna
des indices d'une dangereufe
maladie. Huit jours fe pafferent
fans que fa raiſon revinft.
Cet égarement fut favorable
aux deffeins du Cavalier , qui fe
maria
70
MERCURE
maria fans aucun obftacle . Elle
auroit peut- eftre fait un ſecond
éclat , fi la cruelle agitan que
le premier luy avoit caurée , ne
l'euft mife hors d'état de s'abandonner
à ſa jalousie . On m'a dit
qu'apres plus d'un mois de fievre
, elle commence à quitter le
Lit , & que l'on n'a point encor
voulu luy apprendre le mariage
du Cavalier , quoy qu'elle en demande
fouvent des nouvelles.
L'Air nouveau qui fuit eft
d'un des plus fçavans Hommes
que nous ayons en Mufique.
Monfieur Daubaine a fait les
Paroles.
AIR
Nou
NOUVEAU.
Ous nous eftions promis une
amour eternelle ,
Et nous avons tous deux ceffé de
nous aimer.
On
GALANT. 71
On ne sçauroit cependant me blâmer
,
L'ingrate Iris eft feule criminelle.
L'ay Soupiré longtemps fans pouvoir
l'enflâmer,
Et je n'ay pû devenir infidelle
Que longtemps apres elle.
Je croy , Madame , que ce fera
vous faire plaifir que vous donner
Perfe habillé à la Françoife.
Un Homme de qualité dont je
vous ay fait voir plufieurs Fables
fous le nom du Berger Fidelle des
Accates , s'eft fervy de fes penfées
dans la Satyre que je vous
envoye . Elles font tirées de celle
qui commence par Hunc Macrine
diem. Il a voulu n'y employer que
des noms Romains , pour en
mieux garder le caractere.
SATY
72 MERCURE
SATYR E.
Enfin apres deux ans deServi- ces rendus,
De chagrins effuyez , & de foins
affidus ,
Tu vois lejour, Macrin, choify par
ton Amante
Pour estre le témoin de fa fierté
mourante ;
Le jour , dis-je , où l'Hymenfecondant
tes defirs ,
Doit tefaire goûter les plus tendres
plaifirs.
Par quelques grains d'Encens rendstoy
l'Amourpropice ,
Et ne te pique pas d'unplus grand
Sacrifice.
Tu ne veux pas , Macrin , par
dons prétieux
des
Acheter
GALANT. 73
Acheter la faveur , & l'oreille des
Dieux .
Tune veuxpas auffi leur faire des
prieres
Qui foient à la Pudeur comme à
leurs Loix contrairès.
Laiffe à nos Citoyens cette espece de
voeux
Qu'on nesçauroitformerfans en eftre
honteux.
On dit fouvent aux Dieux dans le
temps où nous fommes,
Ce que l'on n'oferoit dire au dernier
des Hommes.
Combien de fois Pifon au pied de
leurs Autels
Leur a - t-ilfait l'aveu de fes feux
criminels ,
Et les a t- ilpriez de fe rendre complices
Dufuccés qu'il voudroit qu'euffent
fes injustices?
May 1682 . D
74
MERCURE
Son Frere que tu fçais eftre aussi fou
que lay,
Leur fait part en fecret defon mortel
ennuy
.
Quoy qu'il aye en partage une pudique
Epoufe,
La Nature l'a fait d'une humeurfi
jaloufe,
Que conftant à lafuivre , il croit à
tout moment
Lavoir s'abandonner aux tranfports
d'un Amant.
Dans fes foupçons jaloux il fouffre
davantage
Qu'un Forçat qui fe voit à deux
doigts du naufrage.
Mais, dy moy, que crois tu que
mande à Pallas
de-
Cette Mere qui tient ſon Enfant
dans fes bras?
Ecoute- la. De grace , invincible
Déeffe,
Dit- elle, à cet Enfant accordez voftre
adreffe, Voftre
GALANT. 75
Voftre coeur , voftre efprit , voftre
fierté , voftre air;
Faites qu'avec Céfar il aille unjour
du pair,
Qu'ilfaffe mieux en Vers que Virgile
& qu'Homere,
Et qu'ilfuive en un mot les traces
defon Pere.
Voila quels font fes voeux. Cotta, ce
débauché,
Dont le vifage eft pâle , & le corps
deffeché,
Apres avoir commis toute forte de
crimes,
Tâche de recouvrer , à force de vitimes,
La fanté, maintenant l'objet defes
defirs,
Qu'ilprodiguoit jadis à d'infames
plaifirs.
Cléopatre prétend parfes chants de
loüange
Obtenir de Bacchus une bonne vandange;
Dij
76 MERCURE
Et fa Fille Barfine, au visage
fleury,
Demandefans remise à l'Amour un
Mary,
Tandis que fa Cadete importuné Cythere
De vouloir luy prefterfes agrémens
pourplaire.
Simon Pere mouroit , dit Narciffe
tout- bas,
Pour vous , grands Dieux , pour vous
que neferois -je pas?
1
Tous lesjoursfans manquer je vous
en rendrois
graces
Par lefang épanché de deux Geniffes
graffes;
Et fimon vieux Coufin , dont j'attens
les grands Biens,
·Alloit voirfes Ayeux aux Champs
Elyfiens,
Avant qu'on euft porté fes cendres
dans la Tombe,
Je vous ferois humer l'odeur d'une
Hecatombe. Ab
GALANT.
77
Ah Chien , ame de boue , efprit fimple
& borné,
Qu'à ramper pour jamais le fort a
condamné,
Penfes - tu que les Dieux au comble
des delices
Soient fi fort affamez de tes grands
facrifices;
Que pour quelques Moutons brûlez
fur leurs Autels,
Ils vendiffent les jours des malheureux
Mortels?
Non,tu juges mal d'eux; ilsfont trop
équitables
Pour livrer l'Innocence aux préfens
des Coupables.
Offre-leur, fi tupeux , avec d'humbles
transports
,
Ce que n'égalent point les plus riches
Tréfors,
C'est à dire, un coeur net , une droiture
d'ame,
D iij
78 MERCURE
Un esprit innocent >
exempts de blâme,
des
moeurs
Vne hautefageffe,un veritable honneur,
Enfin une vertu fans fafte & fans
rigueur.
Voila quelsfont les dons qui leurfont
agreables,
Et qui pourroient les rendre à tes
voeuxfavorables.
J'aurois un long Article à vous
faire , fi je vous marquois toutes
les Converfions dont on ma donné
avis . Les Controverfes que le
P. Aléxis du Buc Théatin continuë
de prefcher tous les Dimanches
, font toûjours fuivies d'un
tres grand fuccés ; & parmy
plufieurs Abjurations du dernier
mois , il a receu celles de Mademoiſelle
Rachel Amiraut , Niéce
du Miniftre de ce nom , & de
Monfieur
·
GALANT. 79
Monfieur Salomon Morin , Neveu
de Monfieur Morin , Miniftres
de Caën.Quand des Perfonnes
qui touchent de pres les plus
éclairez de ceux de la R. P. R. renoncent
à leurs erreurs , on peut
dire qu'elles font bien convaincuës
des véritez de la noftre, puis
que leurs Docteurs intéreffez par
le fang , ne leur peuvent oppofer
d'affez puiffantes raifons pour
les retenir dans la croyance où
elles font nées. Le mefme P.Alexis
du Buc ayant convaincu Madame
Ifabelle Aubeftin , Niéce de
Monfieur Aubeftin Miniftre, elle
a abjuré depuis un mois entre les
mains de Monfieur l'Evefque de
Lavaur.
Le Pere Rochette , qui enfeigne
la Métaphyfique à Arles,
a auffi converty Monfieur d'Arval
de Mareft. Ce changement a
D iiij
So MERCURE
donné beaucoup de joye à toute
la Ville.
Je ne vous dis rien de
quantité
d'Abjurations reçeuës pendant
une Miffion que les Peres
Capucins ont faite à Orbec , petite
Ville de Normandie. Le Pere
Jerothée , Premier Définiteur
de cette Province , & l'un des
plus excellens Prédicateurs de
leur Ordre , en eftoit le Chef. Il у
a eu tous les jours cinq Sermons
pendant deux mois. Outre celuy
qu'il commençoit toûjours à
neuf heures , il preſchoit la Controverfe
tous les Lundis & les
Vendredis ; & comme il eft infiniment
éclairé fur cette matiere ,
la plupart des Prétendus Refor
mez qui le venoient écouter,
trouvoient d'autant moins de jour.
à ne fe pas rendre aux preuves
de fes propofitions , qu'il les faifoit
GALAN T.
1
foit par leurs propres Livres. Il a
fouvent prié leur Miniftre de luy
répondre , & il fe trouvoit pour
cela chaque Dimanche à fon
Preſche en la compagnie d'un
des Lieutenans Genéraux , & des'
autres Officiers, mais ce Miniftre
ne l'a ofé entreprendre . Cette
Miffion fe termina le jour de
Quasimodo parune Proceffion fo
lemnelle qui fe fit avec une affluencede
Peuple extraordinaire, en
un Lieu quieſt au deffus de la Vil
le; On planta là une Croix fur une
petite éminence où apres que ce
mefme Pere Jerothée eut fait un
tres beau difcours, on brûla quan- ,
tité de Caracteres & de Manufcrits
qui avoient fervy à faire des
maléfices .
Quoy que les Prédicateurs
foient éloquens naturellement
quand ils ont beaucoup de zele,
t
D v
8i MERCURE
on n'a pas laiffé d'établir des
Regles dont ceux qui commencent
peuvent tirer de grands
avantages . On les doit aux foins
de Monfieur du Port , Preftre ,
Protonotaire Apoftolique , & Do-
&teur en Droit Civil & Canon,
qui a donné diverfes Méthodes
pour faire des Sermons , des Panégyriques,
des Homélies , des Prônes
, de grands & de petits Catéchifmes
, avec une maniere de
traiter la Controverfe felon les
maximes des Saints Peres. Son Livre
eft intitulé l'Art de Prefcher,
& fe vend chez le Sieur Robert
de Ninville, Ruë S.Jacques, à l'Ecu
de France & de Navarre , &
chez le Sieur Charles de Sercy ,à
la grande Salle du Palais , à la Bonne
-Foy couronnée .
Il n'eft pas facile également
de donner des Regles
pour
GALAN T. 83
pour la Poëfie. La Nature eft en
cela au deffus de l'Art . Cependant
quoy qu'on ne fe croye aucun
talent pour faire des Vers ,
il eft certain qu'il ne faut fouvent
qu'aimer pour devenir Poëte .
Le Dialogue que vous allez voir
en eft une preuve . Un Cavalier
eftant encor dans fa premiere
jeuneffe , eut accés chez une
Dame dont la beauté le toucha.Il
luy conta des douceurs, luy écrivit
de tendres Billets , & pour
luy mieux peindre fa paffion , il
fit habitude avec les Mufes . Elles
luy aiderent à exprimer une
partie de ce qu'il fentoit . Infenfiblement
fes foins plûrent à la
Belle , qui paya fes complaifan-"
ces par l'éloignement de quelques
Gens éclairez qui euffent pu
condamner un attachement fi
peu attendu. Le jeune Amant,
fier
84 MERCURE
fier de fon triomphe , le voulur
pouffer plus loin.Soit que fon tempérament
fuft d'eftre jaloux , foir
que le facrifice trop prompt que
luy avoit fait la Dame luy fift
craindre qu'elle ne le facrifiaft à
fon tour , il la réduifit à ne voir
perfonne , & fut pour elle un
Efpion fi exact , que
fi un coup
d'oeil luy échapoit , il fçavoit incontinent
qui eftoit l'Heureux
fur qui ce coup d'oeil eftoit tombé.
Il ne manquoit pas de faire
fes plaintes.La Belle fçavoir comment
fe juftifier, & le raccommodement
fuivoit toûjours le divorce.
Vous le connoiftrez par les
derniers Vers du Cavalier fur un
diférent de cette nature.
DIA
GALANT. 85
DIALOGUE
D'IRIS ET DE TIR CK
IRIS.
DE
LYON
*
1893
pour
APprensmoy, cher Tyrcis , pon
foulager ta peine ,
Quel transport inquiet agite ton
efprit;
Tes Troupeaux, par hazard, s'écar ,
tant dans la Plaine,
Cauferoient-ils le foin qui te rend
interdit ?
TIRCI S.
VILLE
Le foin de mes Troupeaux n'a rien
qui m'inquiéte.
Vnmal plus important , dontje fens
la rigueur,
Dans unfi grand trouble mejette,
Qu'il montre malgré moy ce que
Souffre mon caur.
Quand
86 MERCURE
Quand de mes premiers feux je t'adreffay
l'hommage,
Tout fembloit me parler de ta fidélité.
Helas ! qui l'auroit crû , que ton hu
meur volage
Me duft punir un jour de ma crédulité?
Ne dy point que j'ay tort de te croi.
re légere ,
En vain tu voudrois me cacher
Ce que mes jeux n'ont pû me
taire ;
Vn autre que Tircis à ton amour eft
cher ,
Vn autre que Tircis enfin afçeu te
plaire,
Lycidas a fçeu te toucher ,
Et ce choix n'est plus un myftere.
IRIS.
Par où préfumes tu , dy - moy, que ce
Berger,
Se
GALAN T. 87
Se rangeant fous mes Loix , puft me
rendre infidelle ?
Penfes - tu que pour luy je vouluffe
changer
Vne amour que ma foy t'a jurée
eternelle ?
Maisje ne blâme point un reproche
fi doux.
Queje me plais à voir le trouble de
ton ame !
Oйy , Tircis , un Amant , s'il ne devient
jaloux ,
Ne reffent dansfon coeur qu'une lé
gereflâme.
Tu fçauras , pour calmer ton amoureux
foucy,
Qu'byer au foir Lycidas tout plein
de ce qu'il aime,
Sepromena longtemps icy ,
En contant aux Echo fa paßion
extréme.
Il m'apperçeut enfin, & vint m'entretenir.
Il
-88
MERCURE
Il me dit que bientoft fon aimable
Sylvie ,
En couronnantfes feux , confentoit
à finir
Les ennuis qui troubloient le bonheur
de fa vie.
Tout transporté d'amour , ilme baifa
la main ,
Me conta des douceurs , & me traita
de Belle.
Voila ce qui t'alarme , & qui t'alarme
en pain ;
Mais l'Amour entre nous vuidera
la querelle.
TIRCI S.
Quoy done, il m'eft permis d'accufer
le bazard
D'un crime où mon Iris n'avoit aucunepart
?
Pardonne , fi mon ame un peu trop
allarmée
A d'abord écouté des soupçons
odieux ;
Lors
GALANT. 89
Lors qu'on tremble de perdre une
Maîtreffe aimée,
Si l'on a mefme coeur , on n'a point
mefmes yeux.
La raifonfe confond , on s'aveugle,
on s'emporte ,
Sur la moindre apparence on croit
tout ce qu'on craint ,
Et dans ce trifte état plus la tendreffe
eft forte,
Plus d'un vifdefepoir on a le coeur
atteint.
Cependant, fi ton coeurfenfible à ma
priere ,
Ecoutoit les tranſports qui m'entraînent
vers toy,
Peut- eftre relâchant de ta vertu
Severe,
Tu punirois ma faute en acceptant
ma foy.
Déja depuis longtemps tu connois
mon martyre,
Te plairas- tu fans ceffe à me defefpérer?
IRIS.
༡༠
MERCURE
IRIS.
Non , Tircis, c'en est fait , je ne puis
m'en dédire,
Si tu n'aimes que moy , ceffe deſoûpirer.
TIRCIS & IRIS.
enfemble.
Vniffons deformais nos defirs & nos
chaines;
Que l'Amour s'intéreſſe à contenter
nos voeux .
Baniffons loin de nous les chagrins
& les peines ,
Et qu'Iris & Tircis foient à jamais
heureux.
Le Jeudy 30. du dernier mois ,
le Pere Dom Benoift Brachet ,
Religieux Benedictin de la Congregation
de S. Maur , fut éleu
Genéral de fon Ordre dont il avoit
déja poffedé les plus hautes
Charges.Cette élection fe fitavec
Tapplau
GALAN T.
91
l'applaudiffement univerfel . II
Eeftoit Prieur de Saint Martin.des
Champs dans le temps qu'on réünit
les deux Congregations , & il
a traité en Italie les Affaires les
plus importantes de cet Ordre.
Meffieurs les Cardinaux de Richelieu
& Mazarin, l'avoient mis
de leur Confeil touchant les Affaires
Benéficiales , & ce fut luy
que Sa Majesté choifit, pour aller
fur la Frontiere du Royaume
complimenter le Roy de Pologne,
dernier Abbé de S. Germain des
Prez. Toutes ces chofes parlent
hautement de fon mérite . Il eft de
l'illuftre & ancienne Famille des
Brachet d'Orleans , portant de
gueules au Chien braqué d'or,
affis fur fa queuë.
peu
On a donné au Public depuis
de jours un Livre d'Archiqui
reprefente les
Plans ,
tecture
92
MERCURE
Plans , Elevations
, & Profils ,
des Temples , des Portiques, des
Arcs de triomphes , des Thea-
Amphitheatres , & d'une tres ,
partie des Thermes ou Bains
bâtis par les anciens Romains , du
temps que la belle Architecture
eftoit dans fa plus grande perfe-
&tion . Paladio, Serbio , l'Abacco,
& M de Chambray ,avoient déja
donné des Deffeins de quelquesuns
de ces Edifices ; mais outre
qu'ils y ont changé beaucoup de
chofes , ils n'en ont pas fait les mefures
juftes , & fe contredifent entr'eux.
Cela fut caufe que Monfieur
Colbert , qui a toûjours appliqué
fes foins à faire fleurir les
beaux Arts en France , envoya
Monfieur Defgodets à Rome en
1674. pour examiner les Livres
de ces Autheurs, & les confronter
avec les Edifices dont ils traitent,
GALANT. 93
tent , afin de connoiftre lequel
d'eux on pouvoit fuivre ; mais il
fut pris en Mer par par les Turcs, qui
le menerent à Alger , où ils le retinrent
avec dix - neuf autres
François , jufqu'à ce que le Roy
euft fait un échange d'un pareil
nombre de Turcs. Mr Defgodets
eftant enfin arrivé à Rome ,fe difpofa
à travailler fuivant l'intention
de Monfieur Colbert ; mais
ayant reconnu qu'aucun des Autheurs
qui ont traité des Edifices
antiques , ne les a décrits de la
maniere qu'ils font , il les a tous
deffinez & mefurez avec la derniere
exactitude , & en a obfervé
jufqu'aux moindres particularitez
. Ces Deffeins ayant eflé approuvez
à fon retour par Meffieurs
les Architectes de l'Académie
Royale , Mr Colbert luy ordonna
de les faire graver,pour en
1
compofer
94 MERCURE
compofer un Infolio accompagné
d'Explications, tel qu'il fe vend à
Paris chez le S Jean - Baptifte
Coignard , Imprimeur du Roy,
Rue S.Jacques à la Bible d'or. Cet
Infolio contient 140. Planches
tres bien deffinées , & gravées
par les meilleurs Maiftres . La
beauté de l'impreffion répond à
cette gravûre, celuy qui le débite
s'en eftant donné le foin . C'eſt
luy qui entr'autres chofes, a imprimé
le Vitruve de Monfieur
Perrault,qui eft un Ouvrage accomply,&
qui luy a fait obtenir la
qualité d'Imprimeur ordinaire de
Sa Majefté,
Il eſt fouvent dangereux de
fe hazarder à voir les Belles , fur
tout lors que des raifons d'intereft
& de fortune font une neceffité
de l'éloignement . L'avanture du
Bifet en eft un exemple. Vous
la
GALANT.
95
la trouverez dans les Vers qui
fuivent. Ils font de Monfieur de
Richebourg , Avocat au Parlement
de Toulouſe . Son efprit
vous eft connu par les Ouvrages
galans que vous avez déja
vûs de luy.
LE BISET,
ET LE PIGEON.
D
FABLE .
Es Bifets fejournant en un
Lieu cultivé,
Avec un Pigeon gras l'un d'eux fit
connoiffance ;
Chacun en fçait la diférence,
Le Bifet eft fauvage , & le Pigeon
privé.
Il fuivit ce Pigeon , quittant fa
compagnie ,
Pour
96 MERCURE
Pour unjour ou deux feulement
Le Pigeon luy fit voir dans fon
Appartement,
Qu'il eftoit à fon aife , & qu'il
paffoitfa vie
Parmy la bonne chere , & fort
joyeusement ;
Et , pour luy faire grace entiere ,
Il le mena dans une autre Voliere,
ой
Où ce Bifet trop curieux,
En contemplant une jeune Colombe,
Sent tout d'un coup que fon ame
fuccombe
Au doux éclat defes beaux yeux.
Cette Colombe eft innocente &
belle,
Et vaut mieux qu'une Tourterelle,
Ayant l'accueil encor plus gracieux.
Que j'envie, ô Pigeon , dit - il, ton
avantage !
Que n'ay- je plus longtemps un
fi doux entretien !
O
GALANT. 97
Omalheur , que je fois un Oyfeau
de paffage Pa
Que je m'aprivoiferois bien !
Que ne veut - elle d'un Sauvage ?
Ma liberté ne tient à rien .
Mais fon ame fut defolée ,
Quand l'heure vint de fuivre fa
volée.
Il fallut donc quitter ce Lien ;
Mais ce qui redoubla tout - à-fait fa
trifleffe , 2
C'est qu'en cet excés de tendreffe
,
Il partit fans luy dire adieu.
C'eft hazard s'il ne meurt , dans le
mal qui le preffe.
肉味
lon
Un coeurfe doit mettre en défenſe,
Quand il connoift qu'une trop
gue abfence
Luy ravira l'objet dont il fe fent
toucher.
May 1682. E
98
MERCURE
Cette neceffité le doit remplir d'alarmes.
Quand on perd cet Objet , que de
cris ! que de larmes !
Le mal eft fans remede , il n'en faut
point chercher
Mais quand une beauté brille de
tant de charmes ,
D'aimer , helas ! quife peut empefcher
?
Rien n'eft plus naïfque la Réponſe
du Païfan dans le Madrigal
que j'ajoûte à cette Fable . Si
l'on y entend malice, ce n'eft pas
fa faute. Ce qu'il a dit , il l'a dit
tout bonnement ; on doit l'expliquer
de mefme.
A
MADRIGAL.
H, que voila de beaux Enfans ,
Difoit certain Seigneur au gros
Colas learPorop!
BIBLIO
LYON
1739
Qu'ils
GALANT . 99
BE
LA
VALLE
Qu'ilsfontfains,gaillards , & puif
fans!
Dy- moy , que faites - vous , vas
tres Païfans ? #1893*
Nous autres , Gens de Cour , nous ne
fçaurions en faire ,
Quifoient commecela robuftes,gros,
& gras ;
Et les nostres font au contraire
Si fluets & fidélicats ,
Qu'on eft toûjours pour eux en des
craintes extrémes.
Et qu'y ferion - nou , dit Colas ?
Parguié, Monfeu, je lesfaifons nou
mefmes.
Le Roy dont la vigilance le
porte par tout où il croit fa
que
prefence peut fervir d'exemple,
ou apporter quelque utilité , ou
faire mefme plaifir à ceux qui occupent
les Lieux qu'il fe donne
la peine de vifiter , apres eftre
E ij
100 MERCURE
pour
venu de S. Cloud à Paris pour la
Benediction de la groffe Cloche
de l'Eglife Cathedrale , & avoir
efté le lendemain à Verſailles ,
affifter à la Benediction de
la nouvelle Chapelle , revint icy
du mefme S. Cloud le premier
jour de ce mois, pour voir l'Hôtel
des invalides , bafty par fes
ordres depuis peu d'années avec
une figrande magnificence pour
les Officiers & les Soldats Invalides
. Sa Majefté , accompagnée
de la Reyne, eftant arrivée apres
midy à trois heures & demie, al .
la d'abord à l'Obfervatoire. Elle
defcendit de Carroffe au pied de
la Terraffe , où Monfieur Caffini ,
qui eft fi connu parmy les Sçavans
pour les belles Découvertes
qu'il a faites dans l'Aftronomie
, & qui demeure dans cette
Maifon Royale , depuis qu'on a
commen
GALANT. For
*
commencé de la baſftir , luy fit
compliment au nom de toute l'A.
cadémie des Sciences , dont une
partie s'applique aux Obfervations
Aftronomiques . Quand le
Roy fut arrivé au devant de ce
bel Edifice, il en confidera la Façade
, & témoigna que ce Baſtiment
luy fembloit fort beau .
Il fit mefme remarquer à ceux
qui eftoient autour de luy , ce
qu'il y trouvoit de mieux entendu.
Il entra de là fous le Portique,
& paffà à la Tour du Levant,
où Monfieur Caffini avoit preparé
plufieurs excellentes Lunetes
d'approche avec une partie des
Inftrumens dont on fe fert pour
obferver. Sa Majesté prit grand
plaifir à voir plufieurs objets éloignez
, dont Elle pouvoit remárquer
les moindres parties. On luy
fit voir enfuite quelques ufages
E iij
102 MERCURE
de ces Inftrumens en luy expli
quant leurs principales utilitez,
& fur tout pour les diférences
des longitudes des lieux que l'on
connoift aujourd'huy dans la
derniere jufteffe , par le moyen
des Eclipfes des Lunes , ou des
Satellites de Jupiter , en conferant
les Obfervations faites en
diférens lieux , & en ſe ſervant
des Ephémerides que Monfieur
Caffini a dreffées pour ce fujet,
& qu'il a établies par une treslongue
fuite d'Obſervations qu'il
a faites. On fit remarquer au Roy
que c'eftoit le feul moyen qu'on
eût trouvé jufques à prefent , pour
bien placer fur les Cartes, les Villes
, & les autres Points principaux
pour avoir des Deſcriptions
exactes des Coftes , & pour bien
faire les pofitions des Ifles , des
Ecueils , & autres dangers , fans
quoy
GALANT.M 103
quoy on ne sçauroit faire en fûreté
de grands voyages fur Mer.
Le Roy eftant forty de ce lieu ,
entra dans deux Salles de l'A
partement de Monfieur Caffini ,
où l'on avoit prepare fur des Tables
plufieurs curioſitez tant Aſtronomiques
que Phifiques. Sa
Majefté confidera ce beau Planifphere,
que Monfieur Caffini a
fait faire par fon ordre. Ce Planifphere
découvre tout à la fois , le
rapport des trois plus fameux Siftemes
qui exercent les Sçavans;
fçavoir, celuy de Ptolomée, celuy
de Copernic, & celuy de Ticho-
Brahé. Elle prit auffi beaucoup de
plaifir , ainfi que toute la Cour , à
voir une peinture de la Lune
qui eft tres foigneufement
faite,
& où l'on peut remarquer
les
moindres cavitez , & éminences
qui font fur le corps de cette Pla-
E
iiij
104
MERCURE
nere. Rien n'eft plus utile pour
obferver les Eclipfes des Lunes ;
par le moyen defquelles on a
auffi tres - parfaitement les diférences
de longitude des lieux où
l'on fait les Obfervations , comme
on l'a connu par plufieurs
experiences qui ont efté faites
depuis peu . Il y avoit fur une
Table un excellent Microſcope .
Le Roy apres s'eftre fait rendre
compte de l'effet des Trompetes
pour parler de loin , jetta les
yeux fur les Livres compofez par
ceux de l'Academie , & entr'autres
fur quelques - uns ,où il y avoit
plufieurs Anatomies d'Animaux ,
& de Poiffons. Sa Majesté confidera
quelque temps la delicateffe
de ce travail ; & Monfieur
du Vernay , l'un des plus excellens
Anatomiftes de nôtre Siecle,
& qui eft de l'Académie Royale
des
GALANT. 105
des Sciences , luy expliqua plufieurs
particularitez fur quelques
Animaux dont on avoit fait les
diffections dans l'Académie . Le
Roy entra enfuite dans la Tour
du Couchant , où Monfieur Caffini
a pris le foin de faire faire fur
le Plancher, uue Carte qui reprefente
les quatre Parties du Mon
de. Il l'a corrigée fur toutes les
Obfervations des longitudes qui
ont efté faites en plufieurs lieux
de la Terre , & par diferentes Nations
, à l'imitation de celles de'
Meffieurs Picard , de la Hire , &
Richer , & il l'a enrichie de plufteursnouvelles
Découvertes que
l'on a faites en France , touchant
la mobilité de la Terre.Toutes les
Dames qui accompagnoient la
Reyné , eurent le plaifir de faire
de grand voyages fur Terre &
fur Mer en tres - peu de temps, &
E v
тоб MERCURE
avec peu de fatigue. Le Roy fe fit
montrer les Lieux , où il a envoyé
plufieurs Perfonnes pour travailler
aux Obfervations Aftronomiques,
afin de perfectionner un
Ouvrage où l'on travaille depuis
fi longtemps, & que l'on connoift
eftre fi utile. On ne manqua pas
de luy montrer la fcituation de
l'Ifle de Fer , où l'on doit auffi obferver
pour déterminer exactement
la poſition du premier Meridien
; ce qui terminera tout
enfemble de grands diférens qui
arrivent ſouvent entre les Nations
de l'Europe , au fujet de la
pofition de ce Lieu . Cette Carte
a efté executée par Meffieurs Sedileau,
& Chaffelles . On monta
enfuite au premier étage , où il y
a une tres- grande Salle , que l'on
a faite en partie pour l'ornement
de cette Maiſon , & pour
Y
GALAN T. 107
y tracer une Ligne Méridienne,
fur laquelle on reçoit l'image du
Soleil qui paffe par un petit trou
fait à la Voute,qui eft élevée d'en .
viron fept toifes. Monfieur Caſfini
fit remarquer à Sa Majesté,
que l'on doit graver fur le plancher
les Obfervations des Equinoxes
, & des Solſtices, afin qu'on
puiffe voir à l'avenir les changemens
de l'obliquité de l'Ecliptique.
Meffieurs Picard , & dela
Hire , qui demeurent dans cette
Maifon , & qui obfervent ordinairement
dans l'Apartement
d'enhaut , pour conferer enfuite
leurs Obfervations avec celles
que Monfieur Caffini fait au même
temps dans l'Apartement
d'embas , avoient préparé dans ce
Lieu ce qu'ils avoient crû le plus
capable d'attirer les yeux , & la
curiofité de toute la Cour . Le fejour
108 MERCURE
jour que le premier a fait à Verfailles
lors qu'il y prenoit les niveaux
de toutes les eaux , luy a
fouvent procuré l'honneur de faire
connoiftre au Roy par plu
fieurs expériences , que ceux qui
fçavent parfaitement
les Mathématiques
, ne fe trompent guére
dans les mefures qu'ils prennent.
Auffi ce Prince luy a- t- il marqué
en plufieurs rencontres qu'il fe
plaift à l'écouter. Illuy témoigna
ce jour là- mefme , lors qu'il entra
dans fon Apartement
, 'qu'il
eftoit bien - aife de le voir, & l'attention
qu'il luy prefta, en luy fai
fant expliquer de quelle maniere
on fe fert des grandes Pendules
qui marquent les fecondes de
temps, pour les Obfervations
celeftes
, fut une marque du plaifir
qu'il y prenoit . Sa Majefté , apres
avoir confideré quelques excellentes
GALANT. 109
lentes Lunetes d'approche , &
vû de combien les objets étoient
augmentez par le moyen de ces
Inftrumens , alla voir un modelle
du Globe de la Lune dont
Monfieur de la Hire a pris le
foin. Ce Globe doit reprefenter
cette Planete de telle maniere ,
que lors qu'elle fera éclairée de
loin avec la lumiere d'un Flam
beau , refléchie par un Miroir
concave , on pourra examiner de
fort pres les diferentes faces . de
la Lune fuivant les ' diférentes illuminations
du Soleil . Monfieur
Caffini expliqua enfuite à Sa Majeſté
les utilitez d'un Globe qui
a fix pieds de diametre , & qui
eft placé au milieu de la Tour du
Couchant au premier Aparte
ment. Le Roy voulut monter à la
Plate - forme , & s'arresta quelque
temps fur l'Escalier qu'il loua
1:X
beau
110 MERCURE
beaucoup. Auffi eft- ce un Ouvrage
admirable , tant pour fon deffein
qui eft de l'illuftre Monfieur
Perrault , que pour le trait de la
coupe des Pierres , où la plus gran .
de partie des beautez de cet Art
fe trouvent dans fa perfection.
Cette Plate-forme eft élevée du
retz de chauffée de quatorze toifes
ou environ , & eft pavée de
de Pierres à fuzil jointes avec un
Ciment que l'eau ne peut
penétrer.
sily atau milieu une ou
verture ronde de quatre pieds
de diamètre , par où l'on peut
voir le Ciel , lors que l'on eft
au fond de la Cave , qui eft
plus baffe que le retz de chaufsée
de quatorze toiſes . On avoit
mis des lumieres au long de l'Efcalier
de la Cave , dont le Noyau
qui eft vuide répond à l'ouverture
de la Plate-forme. On confide.
GALANT. INI
ra quelque temps cette perſpective
de lumieres , & Monfeigneur
le Dauphin defcendit au fond des
Caves pour voir quelques curiofitez
qui s'y trouvent , entr'autres
de l'eau qui en tombant de
de la Voûte , devient une espece
de Cristal. On a fait cette ouverture
pour obferver le paffage
des Etoiles dans le Zenith , dont
on acquiert plufieurs belles connoiffances
dans l'Aftronomie, &
particulierement pour voir s'ily
a quelques Obfervations qui favorifent
le Sisteme de Copernic
, touchant la mobilité de la
Terre. Monfieur Caffini commençoit
à faire voir au Roy quelques
ufages du grand Cercle horizontal
, qui eft posé ſur cette
Plate- forme, lors qu'il furvint de
la pluye qui obligea ce Prince à
partir. Il témoigna qu'il étoit tres.
fatis
112
MERCURE
fatisfait , & fit efperer qu'il reviendroit
voir le refte. Il y a entr'autres
chofes les Planetes de
Vénus, de Jupiter, & de Saturne,
qu'on peut contempler avec plaifir
par le moyen d'une excellente
Lunete , qui a pres de quatrevingts
pieds de longueur , & dont
le Verre a efté travaillé par Monfieur
Borelly. C'eſt un Homme
que le mérite extraordinaire qu'il
a dans la Chimie , a fait recevoir
parmy les Illuftres de l'Académie
des Sciences . Monfieur Colbert
qui en est le Protecteur , &
qui s'applique fans aucun relâche
à executer les ordres du Roy,
commença de prendre le foin de
cette Maiſon, & de tout ce qui la
regarde , dés le premier deffein
qui fut formé pour fon Bâtiment.
Rien n'eftant égal à la vigilance,
au bon gouft , & au zele de ce
Miniftre,
GALANT. 113
Miniftre , il ne faut pas s'étonner
fi cette entrepriſe a fi heureuſement
réüffy. Il étoit venu à l'Obfervatoire
avant le Roy , accompagné
de Monfieur d'Ormoy fon
Fils, & ils avoient donné tous les
ordres neceffaires pour y recevoir
Sa Majefté, à qui tous les Siecles
à venir feront redevables des
plus belles Découvertes qui ayet
jamais efté faites , tant dans les
Mathematiques,que dans la Phifique.
Je vous envoyeray le Mois
prochain le Plan , & l'élevation
de ce Bâtiment fingulier.
Sa Majesté devant aller à l'Hôtel
des Invalides apres avoir vu
l'Obfervatoire , la Cour s'eftoit
partagée , & il y avoit une partie
des plus confiderables Seigneurs
qui l'attendoient à ce magnifique
Hôtel . Parmy eux étoient Monfieur
le Prince de Conty , Monfieur
1 14
MERCURE
fieur le Duc du Maine , Monfieur
le Duc d'Elbeuf , Monfieur de
Liflebonne , Monfieur le Prince
de Commercy , Monfieur le Duc
de Bouillon , Monfieur le Comte
d'Auvergne, & huit Maréchaux
de France. Monfieur le Marquis
de Louvoys s'y étant rendu deux
heures avant le Roy , envoya
exprés à l'Obfervatoire pour étre
précisément averty du moment
de fa venue. Ce fut environ à
cinq heures & demie que Leurs
Majeftez y arriverent, accompagnées
de Manfeigneur le Dauphin,
de Monfieur , de Madame,
de Mademoiſelle , de Mademoifelle
d'Orleans , de Madame la
Princeffe de Conty, & d'un grād
nombre de Seigneurs & de Dames
du premier rang. Le Roy
defcendit de Carroffe devant les
deux Pavillons qui font à l'entrée
de
GALANT. 115
de l'Avantcourt de l'Hôtel , & il
y trouvra deux cens cinquante
Hommes fous les armes mis en
deux rangs, au travers defquels il
paffa jufques das la Court Royale ,
qu'on peut regarder come la plus
belle, & la plus reguliere de l'Europe
. Seize cens Hommes , tant
Officiers que Soldats invalides, y
eftoient rangez en bataille, mais
fans armes . Monfieur le Marquis
de Louvois, & Monfieur de Saint
Martin Gouverneur de cet Hôtel
, qui avoient pris le devant,
conduifirét Leurs Majeftez dans
les lieux les plus remarquables de
eette maiſon . Elles en confidererent
la beauté pendant prés de
deux heures , & fe rendirent enfuite
à l'Eglife , où Monfieur Joly,
Supérieur General de la Maiſon
de Saint Lazare , leur preſenta la
Croix à baiſer , pendant que le
Sieur
116 MERCURE
Sieur le Begue Organiſte du Roy,
qui eftoit venu exprés , touchoit
l'Orgue avec cette belle maniere
qui charme toûjours tous ceux
qui l'entendent. On leur fit voir
trois morceaux de Tapifferie façon
de Perfe , qui furent trouvez
tres -beaux. Ils repreſentent divers
trophées , & ont efté faits
par des Invalides. La Cour paffa
au fortir de là , dans l'Apartement
des Preftres de la Miffion , que
Fon y a établie pour la direction
des confciences de ceux qui habitent
cet Hôtel. En y entrant,
le Roy apperçeut encor Monfieur
Joly qui en eft le General,
& Sa Majesté luy dit fort obligeamment
qu'Elle eftoit ravie de
le rencontrer par tout , & que
c'eftoit une marque de fa vigilance.
Il avoit affifté le jour precedent
à la Benediction de la Chapelle
GALANT . 117
pelle du Château de Verſailles,
dont Leurs Majeftez avoient vou.
lu voir toute la Cerémonie. Le
Roy demeura pres d'une demie
heure dans cette Chambres à
confiderer deux Invalides manchots
qui imprimoient des Livres
d'Eglife avec des Caracteres de
Cuivre . Ce Prince les trouva fi
beaux, & fur tout les Lettres capitales
, où l'or y eft trés- artiftement
, & folidement appliqué,
qu'il ordonna que l'on en fit de
femblables pour la Chapelle du
Château de Verfailles. Il paffa
enfuite au Chantier, où l'on conftruit
le Dôme de l'Eglife , & donna
force louanges à ce qui eft
commencé . Ce fut avec beaucoup
de juftice qu'il dit que ce
feroit une belle Piece quand on
l'auroit achevé, puifqu'il eft conftant
qu'il n'y a point un plus
beau
118 MERCURE
beau morceau d'Architecture en
ce genre dans tout le Royaume
, foit qu'on s'attache à ſa regularité
, foit qu'on en regarde
L'élevation. C'est le jugement
qu'en font les Perfonnes habiles
en cet Art,qui en ont vû le Modelle.
Il eſt du deffein de Monfieur
Manfart, & Monfieur Hardoüin
fon Frere en eft l'Entrepreneur.
Sa Majesté voulut bien vifiter les
Malades qui eftoient pour lors à
l'Infirmerie. Elle alla dans toutes
les Salles , qu'elle trouva d'une
propreté, & d'une netteté achevée
, apres quoy Elle entra dans
la Pharmacie qu'Elle vit en tres
bon ordre , & garnie abondamment
de tous les Remedes neceffaires.
Tout cela fe fait par les
foins qu'en prennent les Soeurs
de la Charité que l'on y a établies,
& qui en ont la direction , de
meſme
GALANT. 119
mefme que de la Salle de la Lingerie.
Cette Salle merite bien
qu'on la confidere , non ſeulement
par fa propreté , mais par
la furprenante quantité de Linge
qu'on y voit pour les Malades
& Eftropiez , dont une
Communauté de ces mefmes
Soeurs prend un foin particulier,
fous la conduite d'une Superieure.
Le Roy traverſa enſuite les
quatre principaux Refectoirs,
dont chacun contient pres de
quatre cens Perfonnes. Toutes
les Conqueftes que ce Prince a
faites , & toutes les Batailles qu'il
a gagnées depuis la Campagne de
Lile, jufques à la Paix qu'il luy a
plû donner à la Chreftienté , font
repreſentées dans ces quatre
lieux. Sa Majesté vit fervir à fouper
aux Soldats , & admira l'ordre
, & l'exacte promptitude
avec
120 MERCURE
avec laquelle on les fert . Elle fit
donner la liberté à quelques -uns
qui avoient efté mis en priſon , à
caufe de leur mauvaiſe conduite
, & fit ôter la table à l'eau
qui eftoit dans l'un de ces Refectoirs
, & à laquelle les Directeurs
avoient condamné ceux
qui s'eftoient enyvrez. Elle té
moigna fur tout une fatisfaction
tres particuliere , de la diſcipline
qui s'obferve dans ce Royal &
magnifique Lieu . Vous fçavez,
Madame , combien il doit aux
foins de Monfieur le Marquis
de Louvoys , qui en eſt l'Adminiftrateur
General . Le Roy n'admirant
pas moins fa conduite en
ce qui regarde cette Maifon ,
que dans les grandes affaires qu'il
luy confie tous les jours , luy dit
en fortant qu'il eftoit fort fatisfait
de ce qu'il venoit de voir.
Toutes
GALANT. [ 21
Toutes les Nations de la Terre
n'admirent pas feulement
les incomparables Actions de
cet Augufte Monarque , mais
elles font furpriſes de voir fous
fon Regne établir des chofes,
dont les plus heureux des
fiecles paffez n'ont jamais eu
la penfée Quand la jaloufie
que le haut degré de gloire où
ce Prince eft parvenu , les empefcheroit
d'avoüer que fa
conduite, fa prudence , & fa valeur,
l'ont mis au deffus des plus
grands Hommes que l'antiquité
ait eus , ils ne peuvent luy difputer
la gloire des chofes originales
, qui eft toute à luy & qu'il
ne partage avec aucun des Souverains
qui l'ont precedé. Tels
font l'établiffement de l'Ob--
ſervatoire & de l'Hôtel des
Invalides , dont je viens de vous
May 1682.
F
>
122 MERCURE
faire voir l'utilité . Le Baftiment
de l'Obfervatoire eft un tres - bel
Edifice. Une partie des plus fçavans
Hommes de l'Europe , y
font logez , & ce qu'on y voit enfemble,
ne peut eftre vû que dans
ce Lieu. Quand aux Invalides,
c'eft une choſe dont on ne sçauroit
parler fans reffentir pour le
Roy une nouvelle venération ,
qui nous porte à dire qu'il a quelque
chofe au deffus de l'Homme.
Rien n'eft fi beau , fi grand,
& enfin fi digne de la pieufe
magnificence d'un Prince , que
d'entretenir, & de nourir tous les
jours deux à trois mille Perfonnes
, qui ne manquent d'aucune
chofe , foit pour les befoins du
corps , foit pour le falut de l'ame,
& qui font d'ailleurs logez
dans un fomptueux Palais , dont
ceux de beaucoup de Souverains
n'appro
GALANT. ·123
n'approchent pas. Toutes ces
chofes pourroient faire dire avec
raifon , qu'il eft plus avantageux
d'eftre Invalide en France , que
de commander dans les Troupes
de plufieurs Princes. Pour
bien fe repréſenter ce qui peut à
peine eftre conçeu de cet admirable
Etabliffement
, il faut penfer
à ce qu'auroient fait la plûpart
de ceux qui y font entretenus.
Les uns feroient morts de mifere
, les autres de déplaiſir ; & les
autres forcez par la neceffité d'avoir
dequoy vivre , feroient
peuteftre
tombez dans des defordres
qu'une fin honteuſe auroit fuivis.
L'établiffement de l'Hôtel des
Invalides empeſche tous ces
malheurs, & fait que beaucoup de
ceux qui fe feroient abandonnez
à des blafphemes , caufez par
leur infortune , ou par la vie cor-
Fij
124
MERCURE
rompuë qu'ils auroient menée ,pu
blient tous les jours la gloire de
Dieu, rien n'eftant fi régulier, ny
d'un exemple fi édifiant , que
tout ce qu'on fait dans cette
Maiſon. Les Reglemens en font
merveilleux , & on les obferve
avec tant d'exactitude , qu'il n'y
a point de Lieu au Monde mieux
policé . Le Roy retourna à S.
Cloud au fortir des Invalides , &
pendant fon fejour dans cette dé
licieuſe Maiſon, il fit deux voyages
à Paris , plufieurs à Verfailes,
& alla à la Chaffe au Cerf,au
Loup, & à l'Oiseau ; & à la Promenade
dans les Jardins de S.
Cloud . On y portoit Madame la
Dauphine en Chaiſe , à cauſe de
fa groffeffe.On n'a pû fe ſe promener
auffi fouvent que la Cour
l'euft fouhaité,parce que le commencement
du Printemps a
efté
GALANT.
125
efté fort pluvieux. Cependant
la beauté du Lieu & fon heureufe
fituation , n'ont pas laiffé de
faire paffer de tres beaux jours.
Voicy comment. Toute la Cour
avoit liberté entiere de s'afsæbler
où elle vouloit. Ainfi les Apartemens,
la Galerie , & le Sallon de
ce beau Palais, eftoient pour elle
des Allées de promenade. Du
milieu de ce Sallon , on découvre
d'un côté une enfilade de
Chambres magnifiquement meu.
blées , & remplies de Luftres ,
de Cabinets ,de Porcelaines, & de
quantité de beaux Ouvrages d'ar.
genterie. De l'autre côté, on voit
la belle Galerie 'peinte par Monfieur
Mignard . Je vous en ay en
voyé la Deſcription . Toutes les
Croifées des Apartemens qu'on
voit du Sallon, offrent la veuë de
la Ville de Paris en perſpective,
Fiij
126
MERCURE
auffibien que de la Seine , qui en
coulant devant ce Château , luy
fert comme de Canal.Ces mefmes
objets arreftent les yeux , lors
qu'on eft au bout ,ou à l'un des côtez
de la Galerie , & de l'un & de
l'autre on a le plaifir de voir la
Court , qui eftoit alors toute environnée
de Vafes de Porcelaines
remplis de Fleurs. Les Feneftres
de l'autre côté de la Galerie, donnent
fur une Terraffe qui eftoit
auffi toute remplie de Fleurs & de
Vafes . Adjoutez à tout cela , les
Tapis verts de la Campagne , la
bigarure des Perfonnes qui paffoient
dans cette Court, la dorure
de la Galerie , & du Sallon , & le
coloris de leurs peintures, & vous
n'aurez pas de peine à comprendre
que toutes ces chofes jointes
aux Habits fuperbes des grands
Seigneurs & des Dames , devoient
pro
GALANT. 127
produire un tres - agreable amas
de diférentes couleurs. C'eftoit
dans ces beaux endroits que les
Perfonnes du rang le plus diftingué,
fe promenoient avec autant
de plaifir qu'elles en euffent reçeu
dans le plus charmant Jardin .
Vous jugez aisément ' combien
l'on y en prenoit , quand je vous
diray que quoy qu'ordinairement
tout le monde fe leve fort tard à
la Cour (je ne parle point du
Roy qui travaille toûjours dés le
matin ) tous les Seigneurs & les
Dames s'y trouvoient fouvent
parées deux ou trois heures avant
le temps de la Meffe. Il y avoit
dans la Galerie plufieurs Tables
de Joueurs. Ainfi les uns s'occupoient
au Jeu , les autres à regarder,&
les autres à fe promener
avec les Dames . Le vilain temps
mefme fembloit en quelque
A
Fij
128 MERCURE
façon contribuer au plaifir . Lors
qu'il arrivoit de ces violentes
pluyes qu'on appelle ondées , non
feulement on avoit la joye d'en
reffentir la fraîcheur, fans en foufrir
d'incommodité , mais le fpetacle
eftoit tres- divertiffant , de
voir courir ceux qui en eftant
furpris tout à coup , cherchoient
quelque lieu couvert pour les
éviter. Qui n'auroit pas crû par
toutes ces chofes , & par le nombre
infiny de Fleurs qu'on avoit
placées de toutes parts qu'on fe
promenoit dans les Allées , où
d'épais feuillages empefchoient
les Gens d'eftre moüillez . Des
Officiers de Son Alteffe Royale
eftoient à toute heure dans le Sallon,
pour donner à boire à ceux
qui avoient befoin de fe rafraîchir.
Je ne vous dis rien des Meubles
qui rempliffoient les A partemens
GALANT. 129
mens de cette belle Maiſon . Il y
a un an que je vous en fils une
ample deſcription. Figurez - vous
tout ce qui peut eftre de plus
fomptueux ; vous n'imaginerez
rien qui ne foit au deffus de la
magnificence de Monfieur. Le
Roy ayant donné congé à toute
fa Mufique , celle de Monfeigneur
le Dauphin fervoit feule pendant
la Meffe , à laquelle le Sieur Frifon
chantoit tous les jours . Cette
Mufique avoit pour accompagnement
les Sieurs Converfet &
Martinot, & le Sieur Garnier pour
Organifte . On dit qu'elle eft compofée
de la Famille des Piefches ,
parce que l'on compte cinq Perfonnes
dans cette Famille qui
en font , fçavoir deux Filles ,
trois Garçons . On n'a rien chanté
dans la Chapelle , pendant
le fejour que Leurs Majeſtez
F Y
130
MERCURE
ont fait à S. Cloud , qui n'ait efté
de la Compofition de Monfieur
Charpentier. Il eft fi connu , & je
vous en ay parlé fi fouvent , que
c'est tout ce que je vous en diray
aujourd'huy. Monfieur le Begue
fit entendre un jour à la Meffe
une Simphonie , que les Violons
de Monfieur joüoient par Echo,
avec l'Orgue . Elle fut trouvée
fort belle. Les mefmes Violons
de Son Alteffe Royale , joüoient
pendant les Repas. C'eftoit tous
les jours une affluence de monde
extraordinaire. Vous fçavez, Madame
, avec quelle paffion les
Parifiens fouhaitent de voir leur
Prince. La proximité du Lieu les
attirant , celuy où Dînoit le Roy
eftoit toûjours plein d'un nombre
infiny de Perfonnes , que
Sa Majesté avoit la bonté de
fouffrir encor qu'elle en fut
1
11
t
V
1
incom
GALANT. 131
incommodée. Ceux qui rempliffoient
ordinairement cette Table
, eftoient le Roy , la Reyne,
Monfeigneur le Dauphin, Mada.
me la Dauphine , Monfieur, Madame
, Mademoiſelle, Mademoifelle
d'Orleans , & Madame la
Princeffe de Conty . Ce n'eftoit
point Monfieur qui traitoit ; mais
fa Table où ce Prince ne mangeoit
pas , ne laiffoit pas d'eftre
magnifiquement fervie pour tou
tes les Dames qui vouloient y
prendre place . Monfieur le Che
valier de Lorraine en tenoit une
autre pour les Hommes. Vous
vous imaginez bien qu'elle eſtoit
tres-délicate. Outre ces deux
Tables toutes celles de la
Maifon de Sa Majesté eftoient
à Saint Cloud , auffi bien que
la Table d'honneur de la Rey
ne. C'est une Table qui paffe
poyr
>
132
MERCURE
>
pour une des plus propres, & des
mieux fervies. Elle eft toûjours
tenue par le Premier Maiftre
d'Hôtel , ou par le Maistre d'Hôtel
ordinaire & il y a douze
Couverts, qui font pour ceux de
la Cour que l'Officier qui la tient
convie à y manger avec luy , car
on y va rarement fans eftre prié.
Jugez fi tant de Tables eftant
ouvertes à S. Cloud , pour toutes
les Perfonnes de l'un & de l'autre
Sexe qui alloient y faire leur
Cour , on pouvoit manquer d'y
eftre bien régalé . Trois fortes
de Divertiffemens ont occupé
tous les foirs , fçavoir la Comédie
Italienne , la Françoife , & le
Bal . Les Comédiens François ont
repréſenté Nicomede , Oedipe , &
Poliencte , de Monfieur de Corneille
l'aîné ; Venceslas , de feu
Monfieur de Rotrou Britanicus,
ی ن م
GALAN T. 133
Phedre , de Monfieur Racine ;
le Geolier de foy - mefme , D. Bertrand
de Cigaral ; & le Baron
d'Albikrac , de Monfieur de Corneille
le jeune. Tout ce qu'ont
joué les Italiens a extrémement
diverty , & l'inimitable Arlequin
a toûjours paru de belle humeur.
Il me feroit impoffible de vous
bien marquer jufqu'où a efté la
joye que Monfieur a reffentie, de
voir chez luy tant d'illuftres
Hoftes. Il aime le Roy avec paffion
, & ce feul mot vous en dit
affez . Comme tout rioit dans
cette belle Maiſon, on peut affurer
que malgré le vilain temps,
on y a trouvé les beaux jours
avant que la Saiſon les euſt donnez.
Toute la Cour au fortir de là
alla dans un Lieu , où l'on n'en
fçauroit manquer , puis que ce
Lieu eft Verfailles. Ses merveilles
134 MERCURE
les
augmentant tous les jours , ce
Chafteau peut paffer avec juftice
pour le plus beau , & le plus
brillant Palais qui foit au monde.
La fidelité eft une vertu que
vous estimez. Ainfi vous ne pouvez
lire qu'avec plaifir les affurances
qu'en donne un Amant
dans cette Lettre .
*03 2003. 2003. Eck
LETTRE
DU BERGER FLEURISTE ,
A LA BELLE CLORIS.
Qy
Voy done , belle Cloris , apres
avoir quitté
L'injufte défiance
Que vous aviez de ma conftance ,
Vous douteriez de ma fidelité?
Eh , de grace , prenez un peu plus
daffurance
En
GALANT . 135
En vos appas , à leur puiffance,
En la grandeur de mon amour.
Jefouffre affez des rigueurs de l'abfence
,
Sans adjoûter l'Aigle au Vautour,
Pour redoubler ma cruelle fouffrance.
Scachez que mon coeur eft pareil
Au Ciel, qui ne veut qu'un Soleil;
Au Trône, qui n'a qu'une place;
Au Temple , ou plutoft à l'Autel,
Qui neporte enfa dédicace
Que le feul nom d'un Immortel.
Ne redoutez donc point lapreſſe ,
Lepartage , ny l'embarras ;
Il ne connoist que vous pourfa Maîtreffe
,
Vous eftesfon Soleil, fa Reyne , &
fa Déeffe ;
Et je le fens fi plein de vos charmans
appas
Qu'en
136
MERCURE
Qu'en vain d'autres Beautez y porteroient
leurs pas.
Auffipuis - je affurer que celles
j'ay veuës ,
que
Depuis votre départ , hors de ces
triftes lieux ,
Ce n'est que de ces mefmesyeux
Que l'on regarde des Statues ,
Dont un Sculpteur habile a formé
les attraits ,
Que l'on peut admirer , mais qu'on
n'aimajamais.
£3
L'amour , belle Cloris , m'attache à
vostre empire
Avec des liens fi puiſſans ,
Qu'il captive jufqu'à mes fens ;
Et que tout ce que je defire ,
En fonge,bors dufonge , aux Ruelles,
au Cours ,
Vous regarde toûjours .
3
Pourpeu que vous penfiez , bells &
jeune Merveille,
A
GALAN T.
137
A cette efpece fans pareille
D'amour & de fidelité,
Vous laifferez pour moy croiſtre
voftre bonté ;
Car enfin les defirs vont en fi grande
foule ,
Que pour les bien régler , ilfaut un
grandpouvoir ;
Hors de fon rang toûjours quelqu'un
s'écoule
Vers le premier objet qui le veut
recevoir ,
Et trahit ainfi fon devoir.
Pourtant aucun des miens n'abandonne
fa route ,
Ils prennent tous plaifir à s'adreffer
à vous.
Recevez- les donc bien , traitez- les
d'un air doux ;
Tant defidelite vaut bien qu'on les
écoute.
Ils vous diront d'une commune voix
· Par
138
MERCURE
Par leur empreffement ,parlant tous
à la fois .
Beauté, dont les appas obligent an
filence ,
Pour n'en pouvoir affeexprimer la
grandeur.
Nous tenons de vous la naissance,
Et nous venons à vous, tout fiers de
cet honneur.
Mette - nous en lieu d'assurance
Au fonds de vostre aimable coeur;
Etfi vous nous voulez eftre plusfavorable
,
Trouvez bon que chacun de nous,
Pouffé de fon ardeur , y forme fon
femblable ,
Et qu'en fuite nous allions tous-
Dire au Berger qui nous envoye,
Prens courage, & reprens tajoye.
Cloris , eftime fa beauté
Plus puiffante fur toy que le temps,
que l'abfence ,
Et
GALANT.
139
Et que tout ce qui peut attaquer ta .
conftance ,
Et ne doutera plus de ta fidelité.
Crois-la de mefme & conftante &
fidelle ,
Malgré tous les Amans que Paris
& la Cour
Amenent chaque jour
Luy témoigner le feu qu'ils ont pour
elle.
Eh, de grace , Cloris, enfaveur d'un
amour
Si foûmis , fi tendre , & fifage,
Que mes defirs ne foient pas fans
retour ,
Et qu'ils viennent chargez d'un fi
joly message.
Milord Northonberland , Fils
naturel du Roy d'Angleterre ,
a reçeu à Rome tous les honneurs
imaginables , tant de
Sa
140 MERCURE
Sa Sainteté, que de plufieurs Cardinaux.
Il est beau, bien fait , &
honnefte. Il eftoit logé chez
Monfieur le Cardinal Hoüart.
On luy a fait voir tout ce qu'il y
a de plus curieux & de plus beau
dans cette fuperbe Ville , & entr'autres
chofes le Vatican.Apres
qu'il en eut admiré toutes les
beautez , on le conduifit dans la
Salle des Peintures , où il trouva
une Collation magnifiquement
fervie par tous les Officiers du
Pape , qui avoit donné fes ordres.
Une fi obligeante reception
le toucha fi fort, qu'il voulut aller
fur l'heure faire fes remercîmens
à Sa Sainteté ; mais le Miniftre
quil'accompagnoit par tout , l'en
empefcha . Le lendemain , le Pape
luy envoya un Régale de Confitures,
de Vins, de Liqueurs, &
d'Effences. Il y avoit outre cela
un
GALANT. 141
un Efturgeon d'une grandeur
démefurée . Ce fut alors que ce
Milord ne pût plus s'empefcher
d'aller luy mefme rendre grace
Sa Sainteté. Il en eut une audience
tres-favorable, & fut une
demy- heure avec Elle . Sa Sainteté
luy donna un Chapelet , &
une Médaille d'or , pour Madame
la Ducheffe de Cleveland fa
Mere , & à luy une douzaine de
Médailles d'or , & une douzaine
d'argent , ainfi qu'à plufieurs de
fa Suite. Monfieur le Cardinal
d'Eftrées luy a fait auffi un Régale
tres-magnifique &-tres -galant.
Il confiftoit en vingt- quatre
Baffins , qui furent portez par
un pareil nombre de Faquins.
Toutes les chofes qui les remplif
foient , eftoient ornées de Ru-
5 bans. Comme ce Préfent luy fut
envoyé à deux heures de nuit,
chaque
142 MERCURE
chaque Baffin eftoit éclairé par
un Eftafier qui marchoit devant
avec un Flambeau. Il y avoit tout
ce que l'on peu s'imaginer de
galanteries Romaines , plufiers
douzaines de Bouteilles de bon
Vin, un Veau mongane , un Sanglier
, un petit Cerf , deux douzaines
de Faiſans en vie , & trois
douzaines de Perdrix rouges.
Les Domeſtiques de ce Cardinal
avoient ordre de ne recevoir aucun
Préfent. Monfieur le Cardinal
Rofpigliofi en a auffi fait un
tres- magnifique au mefme Milord.
Il y avoit plus de quatre
cens Bouteilles de Vin de toutes
façons , & du plus exquis.
Le grand Etang du Palais que
les Roys d'Afrique ont fait baftir
à Grenade , en fait une des plus
confidérables beautez. Vous en
trouverez la Veuë dans cette
Plan
VILLE
IYON
GALANT. 143
Planche. Je vous l'envoye , en attendant
celle que vous demandez
du Genéralife . Cet autre Palais
où les Mores fe plaifoient tant à
caufe de fes Jardinages , & de la
quantité de fes eaux , mérite bien
voftre curiofité.
Il s'eft fait un Mariage entre
deux Amans , qui apres de longs
obftacles , ont eu la joye de fe
voir unis . Un de leurs Amis , qui
a les fentimens auffi délicats, que
l'efprit galant , leur donna ces
Vers le lendemain de leurs Nôces.
Ils portent leur recommandation
par eux - mefmes , &
il me feroit inutile de vous les
vanter.
ΕΡΓ
144
MERCURE
*******
EPITHALAME.
L
A Fortune à la fin vous careſſe
en ce jour ,
A de foibles ennuis fa haine s'ef
bornée ;
Apres avoir fenty les peines de
l'amour
Vous goufte les douceurs d'un aimable
bymenée.
**
Oubliez maintenant les craintes &
les foins
Qu'un
defir
d'eftre
heureux
dam
vos coeurs
àfait naître
;
Jeunes Epoux, vous pouviez plutoft
L'eftre,
Mais vous l'euffieefté bien moins.
**
En vain quand on aime on s'empreffe
De
GALANT.
145
De voir un long tourmentfiny ;
Ce n'est pas tout que d'eftre uny,
Ilfaut l'eftre par la tendreſſe.
蛋
Une douce union coufte quelques
Soupirs,
Deux coeurs foufrent d'abord en fe
chargeant de chaînes ; ·
Mais que l'Amour enfin réponde
à
leurs defirs ,
Alors à ces extrémes peines
Succedent d'extrémes plaifirs.
* 3+
L'on nefe fouvient plus alors de fon
martire, 3
L'on n'entend plus fe plaindre &
l'un & l'autre Amant ,
Et c'eft de plaifir qu'on foûpire, -
sil'on foûpire encor en ce moment.
毫子
Aux voeux de voftre Epoux donnezvous
donc entiere,
Adorable & jeune Beauté;
May 1682 .
G
146
MERCURE
Loin de vous à prefent toute feverité,
Il n'est plus le temps d'eftre fiere,
C'est beaucoup de l'avoir esté.
₤ 3
Et vous, Berger tendre &fidelle,
Oubliez au milieu de vos contentemens
Ce que vous a confte le coeur de cette
Belle;
L'on ne peut mériter par trop d'empreffemens
Lerang que vous tenez pres d'elle.
**
Mais n'allez pas croire tous deux,
Que dans l'Hymen les foucis & les
craintes
Donnent comme en amour quelque
ardeur à vos feux ;
Scachez qu'on ceffe d'eftre heureux
Dés les moindres fujets de plaintes.
* 3+
Si vous voulez eftre unis à jamais
,
Que
GALANT . 147
Que vostre tendreffe redouble.
A des Amans il faut un peu de
trouble ,
A des Epoux il faut beaucoup de
paix.
Enfin , Madame , vous avez
letu la Ducheffe d’Eftramene , &
je ne fuis point furpris d'apprendre
de vous que vous l'avez
leue avec plaifir. Elle eft remplie
de penſées fi vives , & de
fentimens fi délicats , qu'il eft
impoffible qu'on n'en foit touché.
Comme le vray n'eft pas
toûjours vray - femblable , ceux
qui examinent ce Livre de pres,
croyent d'autant plus qu'il y a eu
une Mademoiſelle d'Hennebury
qui s'eft renduë malheureufe
par le fcrupule d'une vertu
trop exacte , qu'il femble impoffible
d'imaginer tout ce qu'elle
Gij
148 MERCURE
penfe, à moins qu'on ne l'ait fenty
; car comme il n'eft pas natu.
rel de faire entrer la raiſon dans
le party qui nous arrache à ce
qui nous plaift , ils difent que s'il
n'y avoit eu une Perfonne affez
extraordinaire pour eftre tombée
veritablement dans ces fortes de
fcrupules, la veuë genérale de ce
qu'on doit à fa gloire n'euft pû les
faire inventer. Quelques- uns
prétendent connoiſtre une par
tie des Intéreffez . Vous jugez
bien qu'ils ne mettent pas la Scene
en Angleterre . Quant à l'Autheur,
je ne puis vous en rien dire
avec certitude . Il y a des Gens
qui trouvent les chofes fi finement
penſées dans ce Livre que
quand l'Avis qui eft au devant,
neleurferoit pas connoiftre qu'il
eft d'une Dame, ils croiroient
cette délicateffe d'efprit & de
par
coeur
GALANT. 149
I coeur fi particuliere à celles de
vôtre Sexe,& que l'on voit répan-
= due dans tout cet Ouvrage,
qu'une Dame y auroit part. C'eft:
un fecret que je tâcheray de déveloper.
Cependant vous devez
vous en tenir à ce que marque
le fragment de Lettre . C'est là
deffus que l'on s'eft reglé dans
celle qu'on m'a adreffée pour
l'Autheur de la Ducheffe d'Eftramene,&
dont je vous envoye
la Copie. Celuy qui l'écrit s'eft
rencontré avec vous dans plu-
1 fieurs remarques. Il m'a donné
une adreffe pour luy faire tenir
= la Réponse qu'il efpere que la
= Dame luy fera , fi elle fouhaite
apprendre fes fentimens fur la
Seconde Partie de fon Livre.Cela
me fait croire que je pourray
vous en faire part le mois
chain. Je me perſuade que vous
le
mois
pro-
Giij
150
MERCURE
attendrez impatiemment cette
fuite de fentimens , puis que c'eft
fur tout cette Seconde Partie qui
vous charme. Je puis vous dire
d'avance que je fuis témoin des.
larmes que la converfation du
Duc d'Olfingam mourant , & de
la Duchcffe d’Eftramene , a cou
tées à de beaux yeux . C'eſt un
endroit que tout le monde trouve
inimitable. Mais le Galant Inconnu
dontj'ay la Lettre à vous faire
voir,vous en dira plus que moy,fi
on le fait s'expliquer fur cette
Partie. Voicy ce qu'il a écrit fur
la Premiere .
A
GALANT.
151
···2003 : 2003 $ 203..
A LA SPIRITUELLE
INCONNUE,
Qui nous a donné la Ducheffe
d'Eftramene .
E fuis bien aise que les cinq ou
fix lignes qui font au devant de
vôtre Livre , nous apprennent qu'il
eft party de la main d'une Dame.
Tout ce qui justifie l'inclination naturelle
que nous avons pour ce beau
Sexe , me fait plaifir , & rien ne
la justifie tant que la fineffe de
l'efprit, & la délicateffe des fenti .
mens. Ces deux chofes - là brillent
fi fort dans voftre Ouvrage , qu'il
faut , ou que ce foit la Ducheffe
d'Eftramene elle - mefme qui ait
écrit fon Hiftoire , ou que le Portrait
de la Ducheffe d'Eftramene.
Gi
152 7
MERCURE
foit tiré d'apres vous . Il eft impoffible
que vous n'ayez pas fenty
tout ce que vous dites qu'elle a fenty
, & que vous n'ayez pas
inspire une paffion pareille à celle
du Duc d'Olfingam : car les peintures
que vous faites font fi vives ,
qu'elles ne peuvent estre un pur
effet de l'imagination . Les Autheurs
font trop heureux , quand
ils peuvent comme vous fe faire aimer
dans leurs Ouvrages. Cependant
ils nefongent prefque jamais
qu'à fe faire estimer , mefme au
hazard d'en eftre haïs , témoin les
Satiriques. L'Hiftoire que vous
nous donnez m'affure autant de la
droiture & de la bonté de vostre
coeur , que fi je vous avois vû faive
les plus belles actions du monde ;
& l'estime qu'elle me fait concevoir
de vostre efprit , va jusqu'à
voftre Perfonne. Si vous voulez
bien
GALANT.
153
bien que je vous expofe mes fcrupules
fur vostre Ouvrage , le plus
grand quej'aye , eft que vous vous
eftes unpeu troppeinte dans Mademoifelle
d'Hennebury. Il ne falloit
point , ce me femble , luy donner
tous les raffinemens de vostre vertu
, & vous deviez en faire une
Perfonne un peu moins extraordinaire
que vous. Je l'aime tendre.
ment , cette Mademoiselle d'Hennebury
, & quand je la voy mal--
heureufe , je fuis au defefpoir. Encor
fi c'eftoit la faute de la Fortune
, je me confolerois ; mais ce n'eft
lafaute que de fon trop de vertu,
& cela me met en colere contre elle.
Le fcrupule qu'elle a apres la
mort defa Mere , fur ce que le Duc
d'olfingam veut l'aller demander
àla Reyne d'Angleterre , eft d'une
délicateffe achevée. J'avoue qu'il
me furprit , & me fit plaiſir à la
G v
154 MERCURE
premiere lecture ; & j'en ferois
charmé, s'il n'eftoit point la caufe
de tous les malheurs qui font arrivezà
cette aimable Perfonne . Voyez
ma bizarrerie. Si ce trait- là ne
ne produifoit rien , il m'en plairoit
davantage. Que craignoit - elle
dans le fonds ? Il n'y avoit qu'à dire
à la Reyne , que Madame
d'Hennebury eftoit morte fur le
point deluy demanderfon agrément
pour le Duc d'Olfingam . Le Comte
d'Hennebury devoit fe charger de
cette affaire , & la gloire de fa
Saurn'y eftoit interessée en façon
du monde. Mais le Duc d'Olfingam
Luy- mefme, pourquoy fe rendoit- il à
cefcrupule ? le trouve qu'il reffemble
trop à fa Maitreffe . Il est trop
vertueux. Ne devoit- il pas crains'il
diféroit à déclarer fes
pretentions , la Reyne ne difpofaft
de Mademoifelle d'Hennebury en
faveur
dre
que
GALANT. 155
faveur d'un autre ? Et que fuft- il
devenu , apres que la Reyne auroit
eu une fois formé des deffeins contraires
auxfiens ? le voy d'icy, Madame
, que vous étes bien mal contente
de mon coeur , & de la groffiereté
de mes fentimens. Que vou-
Elez- vous ? le tiens le party de la
raison autant qu'un autre ; mais il
me femble que c'est bien affez qu'elle
l'emporte dans les chofes effentielles
encor luy en fçait- on bien
du gré . Elle peut faire naistre des
fcrupules fur les petites chofes , je
luy accorde encor ce point , mais il
faut que l'amour décide . Le mélandes
foibleffes de l'amour , & des
efforts de la raison ; & les victoires
alternatives de l'un & de l'autre
, voila ce qui fait toûjours un
effet agreable. Je ne conçois pas
bien quelle est la délicateffe de
Mademoiselle d'Hennebury , de
i ge
ne
156
MERCURE
ne vouloirpoint écrire au Duc d'Olfingam.
Elle ne veut point , ditelle
, s'expofer à l'infidelité ou à
l'indifcretion des Confidens. Elle
araifon ; mais il ne s'agit point de
cela. Elle n'a qu'à écrire par le
moyen de fon Frere , qui eft le meilleur
Amy du Duc d'olfingam . Ce
Frere autorife leur paffion . Rien
n'est plus regulier que le procedé
qu'elle tiendra ; & d'où vient que
ce Duc d'Olfingam qui l'aime éperdûment
, ne trouve paspour la perfuader
, des raifons que je trouve
bien, moy ? Vous dites qu'il eftoit
foumis , & de- intereffé ; mais je
vous repons qu'il eftoit Amant .
L'expedient dont fe fert Mademoifelle
d'Hennebury , pour ne plus
retomber dans l'embarras où l'Ambaffadeur
d' Angleterre l'avoit jettée,
est tout àfait fin ; mais peutal
reüffer ? Je doute que l'onpenfe
meins
GALANT.
157
moins à une Perfonne qu'on aime,
pour ne vouloirpas y penfer. Onfe
Jouvient à chaque moment , de ce
qu'onprend tant defoin d'oublier, &
ce foin même enfaitfouvenir.D'ail
leurs elle ne vouloit pas occuper fon
coeur du Duc d'Eftramene. Elle n'en
vouloit tout au plus occuper que fon
efprit,& lespensées de l'efprit fontelles
une puiffante diverfion à celles
du coeur ? Enfin l'attachement
du Duc d'Eftramene aupres d'elle
, luy devoit estre fufpect. Il
fembloit avoir quitté fon premier
caractere. Il ne parloit plus que
du plaifir des unions les plus
étroites. Elle devoit craindre de
donner au Duc d'olfingam un Ri ·
val, qui euft pû luy faire des affaires
par le credit qu'avoit Madame
d'Hilmorre à la Cour d'Angleterre
, & c'eftoit une conduite bien
dangereuse que de donner fajet au
Duc
1,58 MERCURE
Duc d'Eftramene de croire qu'elle
ne le haifoit pas . Il est vray qu'el
le avoit appris à Madame d'Hilmorre
l'engagement où elle eftoit
avec le Duc d'Olfingam ; mais
eftoit- ce une raifon pour croire que
le Duc d'Eftramene n'ofaft devenir.
amoureux d'elle , mettre fa Mere
dans fes interests , & traverser
l'amour d'un Rival ?
Souffrez , Madame , que je reffemble
à ces Gens , que trop de zele
emporte quelquefois jufqu'à leur
faire quereller leurs Amis avec
violence , fur les chofes où ils fe
font fait tort à eux - mefmes. Ie
vous ay déja dit que j'aimois avec
tendreffe Mademoiselle d'Hennebury
, & c'est pourquoy il faut que
je la gronde fur la conduite qu'elle
tient , & qui luy eft fi prejudiciable.
Apres qu'on s'eft expliqué à
elle fur le deffein de luy faire éponfer
GALANT. 159
pour
fer le Duc d'Eftramene , & que fon
Frere & fon Amant font revenus à
Paris , que n'apprend- elle à fon
Frere l'état où ellefe trouve ? Que
ne fe jette- t-elle entre fes bras , pour
tirer de luy le fecours don't elle a
befoin? Que ne luy découvre- t-clle
les agitations de fon coeur ? Que
ne luy demande- t - elle fes avis
fe conduire furement ? Enfin pourquoy
luy parle- t - elle comme une
Perfonne toute refoluë à épouser le
Duc d'Eftramene ? le cherche en
faveur de Mademoiselle d'Hennebury
, toutes les raifons imaginables
qui peuvent juftifier fon procedé.
Ie me dis que fon Frere ignoroit la
paffion du Duc d'olfingam , & d'elle
; mais il paroift qu'il la favoit
, & par tout ce qu'avoit dit
Madame d'Hennebury mourante,
& parce qu'eftant à l'Armé avec le
Duc d'olfingam , il avoit voulu
mander
160 MERCURE
mander àfa Soeur , dans quel defefpoir
elle avoit jetté cét Amant
par fes fcrupules , & ſes ménagemens
trop délicats. Ie me dis
qu'elle ne vouloit pas du moins
parler elle mefme à fon Frere , de
la tendreffe qu'elle avoit dans le
coeur , mais elle en avoit bien parlé
à une de fes Femmes. Elle avoit
toûjours vécu avec ce Frere dans
une intelligence fi parfaite. Il approuvoit,
ilfavorifoitfapaffion pour
le Duc. Enfin elle eftoit en état de
tout confier à une Perfonne &
moins chere , & moins fûre que le
Comte d'Hennebury. Iugez apres
cela fi je pardonne à voſtre Héroïne
de fe marier comme elle fait , avec
autant de precipitation que fi elle
euft épousé un Homme qu'elle euft
aimé le plus violemment du mon.
de. Elle n'attend ni fon Frere , ni
le confentement de fon Frere. Et
Pourquoy
GALANT. 161
=
pourquoy paffer par deffus desformalitez
fi effentielles ? Pourfe ren .
dre malheureufe.
Voila ce que c'eft , Madame , que
d'avoir trop bien fçeu faire entrer
les Gens dans les interefts de Mademoiselle
d'Hennebury. On la chicane
fur ce qu'elle ne s'aime pas
affez elle- mefme. L'heureux defaut
que celuy- là ! & que ceux à
qui onpeut le reprocherfont aimables
! Ils ont ces fentimens épurez,
& ce procedé noble & def- interefsé
qui charme dans Mademoiselle
d'Hennebury . Que de grandeur d'ade
tendreffe ! Que d'a
mour , & que de vertu ! Elle fent
tout ce qu'une Perfonne extrémement
paffionnée peut fentirmais el-
Le agit comme la Perfonne du monde
la plus maîtreffe d'elle mefme .
me ,
ن م
que
Ce qui m'a le plus fatisfait dans
voftre Ouvrage , c'eft que je l'ay.
trouvé
162 MERCURE
trouvéfort profond dans une forte
de fcience qui eft generalement
affeZinconnuë , je veux dire dans
lafcience du coeur. Combien peu de
Gens font capables d'en déveloper
les replis ! Combien de fentimens
font ignorez de ceux qui les ont , à
moins qu'ils n'ayent fait une étude
particuliere d'eux mefmes ! On s'imagine
que pour écrire des chofes
agreables , il n'y a qu'à parler d'a
mour & de tendreffe , de quelque
maniere que ce foit . Point du tout.
Ilfaut démefler finement ce qui fe
paffe dans le coeur , & nous y faire
voir des chofes que nous n'y voyions
pas. Que vous fçavez bien ce fecret
, Madame! Que le coeur eft
bien entendu dans votre Ducheffe
d'Eftramene ! Fy reconnois à chaque
moment mes propres fentimens,
qui avoient échapé à ma connoif-
Sance. Fay eu le dépit qu'avoit
M ade
GALANT. 163
Mademoifelle d'Hennebury de voir
d'autres Perfonnes bien faites que
celle que j'aimois. l'ay eu la foibleffe
qu'elle avoit de ne pouvoir
tenir contre des difcours artificieux
où il paroiffoit un peu
un peu de generofité
, & d'égard pour mes interefts.
I'ay eu comme elle de l'étonnement
d'avoir fait de certaines chofes
que j'avois faites avant que d'y
eftre réfolu , & dont l'exécution
meparoiffoit au deffus de mes forces
& je vous ay l'obligation,
Madame , de fçavoir que j'ay eu
tous cesfentimens.
>
Ne vous paroistrois -je point trop
bizarre , fi je vous difois que je
lone & blame en mesme temps vôtre
Ouvrage , de reffembler à la
Princeffe de Cléves ? Il en a les beau-,
tekdélicates , l'exactitude du ftile,
cet art fi difficile de dire precisé-
= ment fur chaque chofe ce qu'il faut,
de
164
MERCURE
de ne toucher une pensée qu'une fois,
& de la toucher affez, de faire
entendre plus qu'on ne dit , d'attraper
an Efprit qui confifte plus
dans les chofes que dans les paroles,
enfin d'eftre agreable , & de parler
toujours raifon. Ce n'est pas que je
n'euffe quelques fcrupules à vous
propofer fur de certaines expreffions
que j'ay peine à croire Fran .
coifes ; mais je ne m'arreste pas
trop volontiers à ces chofes que je
tiens peu importantes , & je ne
vous parle icy que du ftile en general.
Quand vos perfonnages parlent
dans la paffion , ils ne fortent
point du naturel , & cependant ils
parlent fort fpirituellement . Quel
difcours que celuy de Mademoiselle
d'Hennebury malade à fa Confidente,
& cent autres ! Ie n'ay point
veu de traits qui partiffent d'une
meilleure main . Tout cela a l'air
de
GALANT. 165
1
de la Princeffe de Cléves ; mais
außi ce qui en a un peu trop l'air,
c'eft le caractere de Madame d'Hennebury,
& fa mort , qui tiennent
beaucoup & du caractere , & de la
mort de Madame de Chartres. Ie
ne poufferay point mes reflexions
jufqu'à la Seconde Partie ; je le fe .
ray, Madame , fi vous avez la
bonté de me faire fçavoir que
vous trouvez bon qu'un Inconnu
vous dife fes fentimens avec tant
de liberté le n'ay eu cette hardieffe
qu'afin de paffer aupres de vous
pour un Admirateur moins fufpect
de voftre Ouvrage. Ie ne doute
point que fon fuccés ne vous determine
dans peu à nous apprendre
vôtre nom. le l'attens , Madame
, avec impatience , & je me
fuis déja fait un portrait de
vous , auquelje m'affure que vous
reffemblez
Je
166 MERCURE
Je croy, Madame, que je puis
vous mettre du nombre de ceux
qui fouhaiteroient que le Public
vouluft fe donner la peine d'écrire
de cette forte fur tous les Livres
nouveaux , c'eſt à dire , fans
aigreur & avec honneſteté . Les
Autheurs apprendroient par là ce
qu'on en penfe ; & fi les Juges
def-intéreffez qui écriroient , les
convainquoient de quelques defauts,
foit pour le ftile , foit pour
la conduite de leurs Ouvrages,
ils prendroient le foin de s'en corriger
une autre fois.
Ces jours paffez mourut Monfieur
de Clermot,Comte de Tonnerre
& de Clermont, & Vicomte
de Tallard , Chevalier des Ordres
du Roy. Monfieur le Comte de
Tonnerre fon Fils a fait paroiftre
beaucoup d'intrépidité & de valeur
dés ſa plus grande jeuneſſe.
Il
GALANT. 167
peut
* Il fut bleffé dans les dernieres
Campagnes, en donnant des marques
de fon courage . Il a l'efprit
t vif& bouilland , & foûtient avec
une fermeté inébranlable toutes
les chofes qu'il entreprend. Il
fe vanter d'eftre d'une des
plus illuftres Maifons du Royaume,
ayant eu fon Pere, fon Ayeul,
& fon Bifayeul , Chevaliers des
Ordres de Sa Majeſté . Vous vous
fouvenez de ce que je vous ay
dit en plufieurs rencontres de la
grandeur de cette Maiſon.
Je vous ay parlé de la mort de
Madame de la Prouftiere au
commencement de cette Lettre .
J'ay fçeu depuis ce temps - là
qu'un merite fingulier & une vertú
achevée qu'on ne pouvoit affez
eftimer en elle , luy avoient
acquis une eftime generale . Auffi
peut - on dire que fa mort a efté
un
168 MERCURE
fujet d'affliction pour tous ceux
qui l'ont connue. Ils conviennent
tous que jamais Femme
n'a eu plus de pieté fans oftentation
, plus de beauté & d'agrément
fans vaine gloire , ny
plus de veritable tendreffe pour
un Mary qu'elle en a eu pour
le fien. Cette perte l'a rendu
inconfolable . Elle eft arrivée
dans les malheurs qu'accompagnent
quelquefois les Accouche
mens. Il n'y avoit que quatre
jours qu'elle avoit mis au monde
une Fille qui eft vivante , & l'unique
Enfant qu'elle eut encor
eu . Ainfi Monfieur de la Prouftiere
fon Mary a eu la douleur de la
voir mourir dans fes plus belles
années. L'ancienne nobleffe de
la Famille de ce Préfident , fon
application à rendre exactement
la justice , fon propre mérite ,
fes
GALANT. 169
C
J
1
fes grandes lumieres dans toute
l'étendue des belles Lettres , la
connoiffance qu'il a de l'Hiftoire
ancienne & moderne , qu'il peut
juftifier par un tréfor infiny recherché
des plus rares & plus
belles Médailles , dont il a fi foigneufement
enrichy fa Bibliotéque,
& mille autres qualitez qu'il
poffede avec diftinction , ne font
ignorées de perfonne.
Monfieur le Prince de Bournonville
, Fils de Monfieur le
Duc de Bournonville , Viceroy
de Catalogne , a époufé Mademoiſelle
de Luynes. Feuë Madame
la Princeffe de Guimené ,
eftoit fon Aînée . Je vous ay déja
parlé fi amplement de la Maiſon
de Luynes , que je n'ay rien à
vous- en apprendre de nouveau.
On dit beaucoup de bien de
cette nouvelle Mariée , & c'eſt-
May 1682.
H
179
MERCURE
tout ce que j'en fçay . La Maiſon
de Bournonville eft auffi connuë
en France & en Eſpagne , qu'elle
eft confidérable
par les grands
Emplois que ceux qui en font ont
poffedez. Monfieur le Duc de
Bournonville, Viceroy de Catalogne
, a beaucoup d'éfprit , & un
mérite tres-diftingué . Rien n'eft
égal à la maniere civile & obligeante
avec laquelle il reçoit
tous les , Etrangers qui paffent
par le Lieu où il fait fa réfidence
.
Si le Mariage eft le tombeau
de l'Amour , comme le prétendent
ceux qui en médifent,
l'éloignement quand il dure
trop longtemps eft une chofe
qui luy eft encor beaucoup plus
funefte. Ce queje fçay quieft arrivé
depuis quelques mois vous
en convaincra . Un Marchand
tres
GALANT.
170
1 tres-opulent , ayant commerce
dansles Parties les plus reculées
du monde, fut obligé pour quelques
affaires de grande importance,
de faire un voyage aux Indes.
Il luy fâchoit fort de fe féparer
pour un an ou deux d'une jeune
Femme, aimable & bien faite,
qu'il avoit épousée depuis fix
mois. Il l'aimoit avec beaucoup
de tendreffe, & les complaifances
qu'elle avoit pour luy, la rendoient
digne de tout fon attachement.
Elles eftoient telles , que
pour peu qu'il l'euſt preffée , elle
auroit pris volontiers la réfolution
de le ſuivre, mais il y alloit de
fes intérefts qu'elle demeuraft-
& d'ailleurs il fe feroit crû inexcu
fable de l'expofer aux fatigue
& aux périls de la Mer , pour la
feule voye de l'avoir auprés de
luy pendant un voyage , qui fe-
*
H ij
172 MERCURE
lon les apparences ne devoit pas
eftre de longue durée . Ainfi il
partit fans elle , accompagné
d'un autre Marchand des plus
riches de la Ville , qui trafiquoit
comme luy aux Indes & avec lequel
il avoit lié dés fon plus bas
âge une amitié fort étroite . Rien
n'égala la douleur que luy fit fentir
ce cruel départ . Sa Femme le
tint longtemps embraffé, les yeux
tout baignez de larmes , & il falut
l'arracher d'entre fes bras à
demy évanoüye , pour finir ce trifte
adieu qui auroit toûjours duré
, fi l'on n'euft ufé de violence .
Le voyage fut heureux . Ils arriverent
aux Indes fans avoir couu
de fort grands riſques , & s'ap-
Hiquerent tous deux avec un extréme
foin , à terminer promptement
toutes les affaires qui les
avoient amenez . Cependant ils
eurent
GALANT 173
&
eurent beaufe fervir de diligence.
Trois ans antiers fe pafferent
fans qu'ils puffent revenir. Ils écri
voient à tous leurs Amis & à leurs
Correfpondans par tous les
Vaiffeaux qu'ils voyoient partir
, & chaque année on avoit
1 de leurs nouvelles.Enfin le temps
fi fouhaité du retour arriva pour
l'un & l'autre. Ils s'embarquerent
, & la plus grande partie de
leur navigation ſe fit avec un
vent affez favorable ; mais fur le
d'arriver , ils furent battus
d'une furieufe tempefte , qui les
obligea de relâcher à une Rade
d'Irlande .Ce retardement chal
grina fort le Marchand. Il pen
foit fans ceffe au plaifir qu'il
goûteroit en voyant la Femme ;
& pour ſe rendre plus fenfible ,
il s'avifa d'un moyen qui devoit
coûter des pleurs à cette aipoint
Hij
174 MERCURE
mable Perfonne , mais qui luy
caufant enfuite une extréme
joye , promettoit de nouveaux
charmes à leur mutuel amour. Ce
moyen fut de luy faire écrire
qu'il eftoitmort à Goa apres une
longue maladie ; & afin que cette
nouvelle paruft moins douteuſe,
il écrivit luy-mefme un Billet,
dont le caractere mal formé marquoit
un Homme mourant. Par
ce Billet qui fut feulement
de cinq ou fix lignes , il témoi
gnoit à fa Femme que fe voyant
preft de quiter la vie , il luy donnoit
fes derniers momens pour
l'affurer qu'il n'emportoit en mou.
rant que le feul regret de ne luy
pas dire le dernier adieu. Son
Amy , qu'il avoit prié d'écrire,
adreffa la Lettre à un Religieux
de fa connoiffance , le priant
de la porter , & de difpofer thei
la
GALANT. 175
1
la Veuve felon fa prudence , à
fouffrir fa perte avec réfignation .
Il écrivit encor à quelques Amis,
aufquels il donnoit avis de cette
mort , & toutes ces Lettres
eftoient dattées de Goa. Elles
pafferent affez promptement en
France , & toute la Ville où demeuroit
le Marchand , fut bientoft
inftruite de cette nouvelle.
L'écriture eftoit connue, & il n'y
avoit aucun fujet de douter. Là
Femme pleura , cria , fe defefpera
, mais la fuite fit connoiftre
que c'eftoient des pleurs qu'elle
donnoit à la bienfeance bien
plûtoft qu'à la douleur. Il y avoit
déja plus d'un an qu'un Cavalier
fort bien fait , venu par hazard
dans la mefme Ville , employoit
beaucoup de foins à la
confoler dans fa folitude , & le plai
fir qu'elle prenoit à le voir , ne
2
Hij
176
MERCURE
l'engageoit pas à fouhaiter qu'on
revinft fi-toft des Indes. Elle
avoit du bien , elle eftoit jeune ,
& le Cavalier qui avoit touché
fon coeur , fçeut fi bien ſe prévaloir
de l'impreffion qu'il y avoit
faite , qu'il la difpofa fans peine
à un fecond Mariage . Le plaifir
de fe voir la Femme d'un Gentilhomme
apres l'avoir efté
d'un Marchand , eftoit une chofe
qui la flatoit agreablement . II
ne s'agiffoit que de convenir
du temps . Pour ne point donner
occafion au murmure , elle
demanda le terme d'un an ; mais
le Cavalier preffa fi fort , que
fon amour l'emporta fur fes foibles
refiftances. Ainfi malgré
le Qu'endira- t on , elle confentit
à ce qu'il voulut , & fon prétendu
Veuvage ne fut que de
fix femaines. La voila remariée ,
* H
•
&
GALANT. 177
7
& juftement dans le temps que
le Vaiffeau qui ramenoit fon
Mary , partoit d'Irlande , apres y
avoir efté retenu prés de deux
mois par un vent contraire. La
Ville où le Marchand avoit pris
naiffance , eftoit un peu éloignée
du Port où il débarqua. Il
y arriva de nuit , & fe fit d'avance
un fort grand plaisir de la
furprife qu'il alloit caufer à tout
le monde. Une Servante qui luy
vint ouvrir la porte , l'ayant reconnu
, fit un cry épouvantable.
Sa Femme qui eftoit feule alors
dans la Salle , voulut fçavoir ce
que ce cry vouloit dire , & l'appercevant
, elle en fit un autre ,
qui en un momét attira tous ceux
qui eftoient dans la Maifon. En
mefme temps elle fe laiffa tomber
fur un fiege toute morte dè
frayeur, & ne doutant point que
Hv
178 MERCURE
fon Mary ne fuft revenu de l'autre
monde , pour luy reprocher
fon peu d'amour. Elle perdit la
parole , & c'eftoit pour des Valets
un affez grand embarras de
voir un Mort & une Mourante .
Le Principal Commis du Marchand
accourut comme les autres.
C'eftoit un Homme affez
ferme , & qui n'avoit jamais eu
de credulité pour les Efprits. Auffi
connut-il bien toft que ce qu'il
voyoit n'eftoit point un Spectre.
Le peu de joye qu'il montra , &
quelques paroles chagrines qui
luy échaperent , ayant furpris le
Marchand ; il demanda ce qui
eftoit arrivé chez luy pendant
fon abfence. Une Servante que
la preſence de ce Commis avoit
raffurée luy dit bonnement
qu'il n'avoit guére eu raiſon de
mander qu'il eftoit mort , puis
›
que
GALANT. 179
que fans cela fa Femme ne fe fe
roit point remariée . Ces paroles
furent, pour luy un coup de ton
nerre. Il en demeura tout accablé
, & dans l'état pitoyable où
il fút réduit , on ne fçavoit lequel
avoit le plus befoin de fecours ,
du Mary ou de la Femme. Elle
revint , & s'abandonna aux larmes
. Pour luy , il fut entraîné
par
fon deſeſpoir. Il aimoit fa Femme
avec paffion , & par fa faute il la
voyoit depuis dix ou douze jours
entre les bras d'un autre Mary.
Joignez à cela que fa promptitu
de à prendre d'abord un fecond
engagement luy faifoit connoître
qu'elle ne l'avoit jamais aimé.
Toutes ces chofes luy renverferent
l'efprit. Il eut des égaremens
qu'une groffe fiévre qui le furprit
, n'aida pas fort à diminuer .
Il n'y refifta que quatre jours , &
mourut
180 MERCURE
mourut fans avoir fait autre chofe
que foûpirer , & dire fans ceffe
qu'il méritoit fon malheur. Le
Cavalier , que des ordres à donner
avoient fait aller à une Terre
, en revint le jour qu'on l'enterra.
Jugez combien il eut de
furpriſe d'un retour fi peu croyable,
& combien de joye en mefme
temps de ce que la mort l'avoit
fuivy de fi prés.
Monfieur le Duc de S. Aignan
eftoit la Perfonne illuftre qui avoit
voulu cacher fon nom en propofant
une Médaille d'or du Portrait
du Roy pour Prix du meilleur
Sonnet qui feroit fait fur les
rimes de Jupiter & de Pharmacopole.
Meffieurs de l'Académie
Françoiſe ſe voyant choifis pour
Juges , déclarerent qu'aucun de
leur Corps ne feroit reçeu à pretendre
au Prix . Cet illuftre Duc
qui
GALANT. 181
qui n'a jamais rien eu de plus
cher , que de travailler pour la
gloire de fon Maître , fe crut obligé
de leur découvrir , non feulement
que c'eftoit luy qui donnoit
cette Médaille , mais qu'il croyoit
avoir droit de concourir avec
ceux qui travailleroient fur ces
Bouts-rimez. Meffieurs de l'Académie
ne trouvant pas à propos
de changer de fentimens , il leur
envoya cet Impromptu.
ARbitres du Sçavoir, beaux &
charmans Efprits ,
Qui portezdu Laurier l'immortelle
Couronne ,
Donc pour eftre d'un Corps qui n'eut
jamais de prix,
Le vas eftre privé de celuy que je
donne ?
Ie n'ay point hazardé le Portrait
d'un Grand Roy
Qu'avec
182 MERCURE
Qu'avec beaucoup d'espoir qu'il
reviendroit
à moy.
Brûlez donc mon Sonnet , fi ce n'eft
rien qui vaille ;
Mais s'il eft le meilleur , rendezmoy
la Médaille.
Quelques jours s'eftant paffez
fans que ces Meffieurs euffent
décidé la chofe, Monfieur le Duc
de S. Aignan vint à l'Académie,
& fit le Difcours qui fuit à ceux
qu'il y trouva affemblez. ・・
MESSIEURS,
L'avantage d'avoir une place
dans vostre illuftre Corps , m'a toû–
jours parufi grand , que j'ay eu peu
d'attachementjufqu'icy à en rechercher
d'autres. Auffi ne me ferois - je
pas avifé de faire un Sonnet , & de
donner un Prix , fi mon principal
deffein n'avait efté de donner lieu à
de
GALANT. 1183
=
de beaux Génics de travailler à la
gloire du Roy, & enfuite de tâcher
à vous plaire.
Le m'eftois perfuadé que la gloire
que je pourrois acquerir, contribuëroit
en quelque façon à la vostres
maisje voy bien, Meffieurs , que je
mefuis trompé. Il faloit vous con-
Sulter avant que d'entreprendre, &
ne hazarder pas comme j'ay fait
cette mefme gloire, au lieu de l'angmenter.
Mais oferois -je vous demander,
Meßieurs , fans manquer
La déference que je veux toûjours
avoir pour vos fentimens , s'il n'y a
point un peu de dureté à ce que vous
voulez me fairefouffrir? Vous agiffe
contre mes intentions avant que
de m'avoirfait connoître les vôtres.
Vous recevez avec bonté un Sonnet
& une Médaille ; le premier pour
difputer un Prix, & l'autre pour en
fervir ; & dans le mefme temps où
Vous
184 MERCURE
Me
vous difpofez de l'un , vous ordonnez
que l'autre mefoit inutile .
Vous pouviez , Meßieurs , les refufer
tous deux comme une chose
peu conforme à cette grave &
auftere fageffe que j'admire & que
je crains enfemble en quelques- uns
de voftre Compagnie . Vous pouviez
vous contenter des fçavans & brillans
éloges que vous donnez Souvent
au Grand Roy dont j'ay mis
le Portrait entre vos mains , fans
décider abfolument que cet augufte
Prix ne feroit jamais dans les
miennes.
Quand on prend la liberté de
s'adreffer à vous pour vous fuplier
de vouloir eftre les luges de quelques
Ouvrages , les conditions ne
doivent- elles pas dépendre de celuy
qui les donne , & la grace que vous
luy faites en les acceptant, doit- elle
le priver de l'effet de voftre justice?
le
GALANT. 185
1
de
Te veux bien, Meffieurs , me croire
indigne de la victoire où j'afpire;
mais au moins permette- moy
combatre , & ne m'oftez pas les ar
mes des mains , quand vous les laiffez
à tant d'autres. Nefera ce pas
un affaßinat , fi me voyant atta
• qué d'un fi grand nombre , vous ne
voulez pas que j'aye rien à oppoſer
à tant d'Ennemis ? l'ay preferé ce
Tribunal à tous ceux qu'il m'eftoit
Libre de choifir. Ne permette pas
qu'un repentirfoit la récompenfe de
mon choix & de mon eftime.
En verité , Meffieurs , voftre réputation
eft trop bien établie pour
Laiffer croire à perfonne que vous
ayez deffein de favorifer quelqu'un
de voftre Corps ; mais vostre juftice
ne ceffera - t'elle point de l'eftre , fi
vous refufez des conditions raifonnables
?
Vous fçavez , Meßieurs , celles
que
186 MERCURE
que j'ay mifes dans mon Sonnet.
Pourrez vous donner le Prix à ceux
qui en manqueront , & qui ne feront
point de ce caractere ? le travaille
peut- eftre pour un autre plutoft que
pour moy , quand je vous demande
que la qualité d' Académicien n'empefche
pas de prétendre au Prix,
Un autre de votre Corps à écrit
auffibien que moy, & c'eſt un dangereux
Concurrent ; mais bien qu'ilfoit
en poffession defe faire redouter , je
l'eftime plus que je ne l'apprehende;
& l'émulatio eft plus propre à enflåmermon
courage, qu'à le refroidir.
T'aime donc mieux prendre le hazard
d'eftre vaincu par un Homme
éclairé , que fi vous donnieKlien
d'accufer vos lumieres . Tout ce qui
me viendra de vous , Meßieurs fera
receu avec respect & fans murmure;
maispenfez bien,je vous fuplie,à ce
que vous dire , pour éviter à ce que
L'on
GALANT. 187
=
l'on pourra dire ; & fans confiderer
ma perfonne à qui vous ne devez
rien , fongez à ce que vous devez
À vous- mefmes.
Lors que ce Duc eut achevé
ce Difcours , il fe retira pour les
laiffer opiner , apres avoir affaifonné
cegrand férieux de ce Madrigal.
fi
E vous trouve toûjours dans la
mefme rigueur, JE
Maisjene veuxpourtant vousfaire
aucun reproche;
Et comme j'ay du Roy le Portrait
dans mon coeur,
Ilfaudra me paffer de l'avoir dans
ma poche.
La Séance de l'Académie fut
longue apres fon départ. Il y eut
divers fentimens , & enfin ces
Meffieurs furent d'avis que les
quinze
188 MERCURE
vez de
༥ .
quinze Sonnets choifis & réferpres
de cent foixante, fuffent
remis entre les mains de
Monfieur le Duc de S. Aignan ,
qui nommeroit des Juges pour
décider de la bonté des Sonnets,
& donner le Prix dela Médaille
dù Roy à celuy qui auroit fait le
meilleur ; ce que ce Duc ayant
accepté , il reprit le fien . Depuis
ce temps - là , il a prié Meffieurs
d'Ubaye, de Favre- Fondamente,
& de Vertron, tous trois de l'Académie
Royale d'Arles dont il eft
Protecteur , de donner le Prix,
auquel il a ceffé de prétendre,
par les mefmes raifons qui ont
apparemment empefche Melfieurs
de l'Académie Françoife
de recevoir leurs Confreres
en cette concurrence . Je vous
envoye le Sonnet que ce Duc
a retiré. Il vous fera voir que
c'eftoit
GALANT. 189
c'eftoit avec juſtice qu'il prétendoit
difputer le Prix , & que celuy
qui gagnera la Médaille , aura
Epeut- eftre eu quelque peine à en
faire un auffi bon.
Ľ
BOUTS
-
RIME Z
donnez à remplir , fur les difé-
T rentes occupations des Homes.
SONNET.
Aftrologue connoistMars , Vénus,
Jupiter,
Mercure eft employé chez le Pharmacopole,
La Poudre eft au Baigneur , la Lancete
au Frater ,
Onprend du Lait chez Barbe,& du
Fruit chezNicole.
L'un jure en Libertin , l'autre dit
fon Pater,
Ou
190
MERCURE
Ou pour vendre un Cheval au Marché
caracole;
L'Ecolier fur les Banc s'enrouë à
difputer,
Et le Pilote en mer confultela Bouffole.
LOVIS parfa valeur rendfon nom
immortel ;
Le Courtifanlefuit, & renonce au
Cartel ,
Le Plaideur au Palais follicite une
Affaire.
On chaffe, onjouë , on dance , on chante,
on fait des Vers ;
Mais plaire auplus Grand Roy qui
foit dans l'Univers ,
C'est leplus beau Meftier qu'onpour
roitjamais faire.
Comme il n'y a pas d'apparence
que Meffieurs les Académiciens
GALANT. 191
miciens d'Arles , que Monfieur
de S.Aignan a choifis pour Juges,
décident du Prix avant la fin de
ma Lettre de ce mois , je ne vous
manderay que dans l'autre ce qui
fe fera paffe dans ce Jugement,
On difére toûjours à prononcer
fur les Sonnets des rimes de Pan
& de Guenuche. Apparemment
il s'en trouve tant de bons , que le
meilleur eft difficile à choifir. Parmy
ceux qui courent , les deux
que je vous envoye font fort eftimez.
L'une eft de Monfieurl'Abbé
Gautier de Provence , & l'autre
de Mr Amoreux de Digne,
Avocatau Parlement d'Aix .
A LA GLOIRE DU ROY.
SONNET.
E Streplus révere que ne fut le Pan ,
Enchaîner la Fortune ainfi qu'une
Guenuche, Détrui
192 MERCURE
Détruire en fes Etats l'Empire de
Satan ,
Et fe faire admirerfous la Pourpre
& la Pluche ;
+3
Rendrefes Ennemis plus timides
qu'un Fan ,
Eftre plus agiffant que l'Abeille en
fa Ruche ,
Moiffonner des Lauriers chaque
faifon de l'An,
Et faire voler l'Aigle außi bas que
l'Autruche;
* 3*
N'entreprendre jamais rien qui ne
luy foit hoc ,
Ne vouloir pour la Paix refufer
aucun troc ,
Au Temple de la Gloire avoir plus
d'une Niche ;
粥
C'eft le Portrait d'un Roy , qui da
feul mot De Par
Rend
GALANT. 193
Rend fertiles les lieux qu'on vit
jadis en friche
Et fe fait obeïr außi toft qu'il dit-
Car.
SUR LES MESMES
Bouts - rimez .
L
OVIS fuyant l'orgueil & le
fafte da Pan,
Met l'Heréfie aux fers comme on
fait la Guenuche ;
Il rétablit l'Eglife où commandoit
Satan ,
Et préfere en Hyver la Cuiraffe à
la Pluche.
L'Ennemy devant luyfuitplus vifte
qu'un Fan ,
Comme une fage Abeille ilfait
remplir fa Ruche,
Il eft infatigable en tout le cours de
l'An ,
May
1682
.
1
194
MERCURE
Et fçait tout digérer beaucoup
mieux qu'une Autruche .
Ilfait tout ce qu'il veut, & faparole
eft hoc,
Ilprend ce qu'il attaque, &ne perd
rien au troc ,
La Justice en fon coeur eft comme
dans fa Niche.
+3
De l'amour de fon Peuple il fait
tout fon Rem- par ;
Et ce Roy , dont les foins ne laiffent
rien en friche,
Fait naître mille Vers d'un miférable
Car.
Cet autre Sonnet , fur un
fujet diférent , quoy que fur
les mefme rimes , eft de Monfieur
le Président de Silvecane
de Lyon.
SUR
GALANT. 195
SUR UN DEPIT.
Q
Vand vous feriez , Iris , plus
fuperbe qu'un Pan ,
Plus fine que ne l'est une vieille
Guenuche ,
Qu'à cela vous joindrie la force
de Satan, }
Vous tâcheriez en vain à fecoüer
ma Pluche.
Pres de vousje fçaybien qu'un Lyon
n'est qu'un Fan,
Qu'il fe faut défier du Miel de
voftre Ruche ,
Maisj'y mettray bon ordre, & veux
au bout de l'An
Digérer ma douleur en eftomac
d'Autruche.
**
La pierre en eft jettée , & mon départ
eft hoc,
I ij
196
MERCURE
Ie change mon deftin , &par un
heureux troc,
Le prétens vous donner , Iris , niche
pour niche.
**
L'attefte tous les Dieux, &puis vous
jurer Par...
Que vous ne mettre
fidelle en friche,
plus ce coeur
Et qu'il eft à l'épreuve & du Mais ,
& du Car.
Monfieur Davouſt l'aîné eſt
l'Autheur de ce quatrième Sonnet.
Il l'intitule.
RAGE CONTRE
les Bouts - rimez .
R
के
Ime à caffer la Flute à Pan,
Vieux marmotage de Guenuche
,
·Propre à faire enrager Satan,
Vermine , dont Phébus s'é-pluche .
Comment
GALANT .
197
芝麻
Comment diable attraper un Fan?
Meprenez- vous pour une C. rucher
I'irois bienjusqu'au bout de l'An ,
Quand j'aurois des jambes d'Autruche
.
N'attraper rien, cela m'eft hoc;
Si de rienje nefais un troc,
Ilfaut que d'icy je dé- niche .
Adieu, car pour rimer en Par ,
Ie mettrois macervelle en friche, 14
Je m'en vais à Madagaf- car.
J'adjoûte quatre Sonnets fur
les rimes du Flageolet & du Dé- ,
calogue. Les trois premiers font
de Monfieur Gardien Secretaire
du Roy ; & le quatrième , de
Monfieur de Merville .
I iij
198
MERCURE
SUR UN MARIAGE
preſt à fe faire.
Muse,
vfe , en faveur d'Iris , reprens
le Flageolet ,
Et chante noftre amour conforme au
Décalogue.
Elle eft ma Tourterelle , & moy fon
Roytelet 3
Songe à l'Epitalame , & laiſſe- là
l'Eglogue.
Le Contract eft paffefous Scel du
Chaſtelet,
Mon Train veftu de neufjuſqu'à
mon Pédagogue,
Et je n'ay plus qu'un jour à garder
le Mulet ,
Pour réduire un Parent quigrondoit
comme un Dogue.
**
T'auray de tout foucy l'efprit bien
écuré
,
Quand
GALAN T. 199
Quand le conjungo vos que dira
le Curé,
Aura mis dans mes bras ce miracle
des Belles .
Léandre pour Héro périt dans
'Hellefpont ;
D'un plus heureux fuccés noftre
amourme répond ,
Vers la Quasimodo j'en diray des
nouvelles.
CAPRICE.
Cha
Hantons fur un Rebec, nonfur.
un Flageolet ,
Un Ennemyjuré des Loix du Décalogue
,
Vn cruel Publicain , tranchant da
Roytelet ,
મે
Qui fournit à nos champs triftefujet
d'Eglogue ,
Son Onclefut quinze ans Recors au
Chaftelet,
I iiij
200 MERCURE
Son Pere en fon Village eftoit le
Pédagogue ,
Son Ayeul en Auvergne
Mulet ,
étrillant le
Avoit encor lefoin de la Porte & du
Dogue ,
3
Plus de vingt-fois fa Mere a chez.
nous écuré ,
Sa Grand Mere fervit & vola for
Curé ,
Sa Coufine aujourd'huy fait commerce
de Belles .
Pour luy , la Rame en main , il courut
l'Hellefpont,
A de fi beaux Exploits , fi le reste
répond ,
La Greve de fa fin nous dira des
nouvelles.
SUR
GALANT. 201
SUR LA MISERE
de la Vie de la Cour.
A
Vifouple qu'un Gand , deux
comme un Flageolet , -
S'écarter à tous coups des Loix du
Décalogue,
Encenfer le Faquin qui fait le Roytelet
,
Sur fes propres chagrins méditer
quelque Eglogue ;
N'eftrepas moins captifque dans le
Chaftelét ,
De l'intéreft en tout faire fon Pédagogue
,
Souvent piquer le Coffre, & garder
le Mulet ,
Flater jufqu'à l'Huiffier aboyants
comme un Dogue ;
Avoir l'intérieur toujours mal
écuré ,-
I v
202 MERCURE
Faute d'un bon commerce avecque
Jon Cure ;
Ne fonger qu'à l'Intrigue, à la Fortune
, aux Belles ;
Voguerfur des Détroits moins feurs
que l'Hellefpont ,
Reclamer la faveur qui rarement
répond ,
Foila l'Homme de Cour, & j'enfçay
des nouvelles.
L'HEUREUX
Inconftant .
E fçais me divertir avec un Flageolet
,
Je vis paffablement fuivant le Décalogue
,
Chemoyje fuis le Maifire, &fais
le Roytelet ,
Bien ou mal au besoin je compofe
une Eglogue.
Grace
GALANT.
203
Grace à Dieu, je n'aypoint d' Affaire
au Chaftelet ,
Ie ne fuis plus foumis aux Loix d'un
Pédagogue,
I'employe mieux mon temps qu'à
garder le Mulet,
Et j'ay de l'appétit autant quafi
qu'un Dogue.
De foucis amoureux sij'estois écaré,
Et qu'il nefaluft pas lefecours d'un
Curé ,
Pour fléchir la rigueur d'un miracle
des Belles ,
Le ferois des laloux par dela l'Hellefpont
;
Mais ce qui fur cela de mon bonheur
répond,
C'est que j'ay du panchant pour les
amours nouvelles.
Le
204
MERCURE
Les Italiens nous ont donné
depuis quinze jours une Nouveauté,
qui attire tout Paris. Elle
a pour titre la Matrone d'Epheſe.
Ce fujet , traité plaifamment à
leur maniere,pouvoit de luy - mefme
avoir un fort grand fuccés.
Jugez de l'effet qu'il doit produire
, par l'embelliffement qu'ils luy
ont donné d'un Perfonnage de
Procureur que jouë Arlequin.
C'eft une Satyre qui remplit entierement
le dernier Acte , &
cet Acte eft repréſenté tout
en noftre Langue. Il fait voir
les injuftices dont les Procureurs
font capables , & met
dans leur jour tous les tours d'adreffe
que quelques- uns fçavent:
employer pour tirer de l'argent
des Parties. Cela paroîtra choquant
pour ce nombreux Corps ,
a ceux qui ne feront pas d'abord
les
GALANT.
205
les refléxions que l'on doit faire.
Quoy que dans tous les employs
qui font les divers états des Hommes
, on découvre tous les jours
des tromperies & des malverfations
; on peut pourtant affurer
qu'il n'y a point de Profeffion ,
qui en elle-mefme ait aucun défaut.
Jamais on n'en a veu d'établies
fur le pied d'en avoir ; autrement
les Etats où l'on permettroit
des Profeffions , neceffairement
accompagnées de défauts
, feroient des Eftats mal
policez . Tout eft bon de foymefme.
Rien n'eft plus faint que
la Religion ; rien de meilleur
qu'un veritable Dévot ; & cependant
la Dévotion fait des Hypocrites.
Rien n'eft plus utile
qu'un Procureur qui fait fon devoir,&
rien de plus ruineux pour
les Parties qu'un Procureur , qui
na
206 MERCURE
n'a que fes interefts en veuë.
Ainfi les défauts eftant des Hommes
& non des Profeffions ; ceux
qui font naturellement portez au
mal , rafinent , chacun ſelon fon
employ, fur les moyens d'en commettre
, & voila ce qui fait injuftement
imputer aux Profeffions,
ce qui ne vient que de la mauvaife
inclination des Particuliers
qui les exercent . On peut connoiftre
par là,que la Comedie Italienne
ne jouë point la Profeffion
de Procureur , mais ceux d'entr'eux
qui fe diftinguent par l'avidité
du gain,& à qui cette baffe
avidité fait faire des chofes qui
ne font de leur employ que par
ufurpation , pour ne pas dire friponnerte.
Ainfi cette Satyre produit
plufieurs effets fort avantageux.
Elle fait que les Procureurs
qui fe fervoient de mille
moyens
GALANT.
207
moyens injuftes pour attraper de
I l'argent , changent de conduite ,
ou parce qu'ils reconnoiffent leur
faute,ou parce que la connoiffance
que la Comédie a donnée de
leurs tours d'adreffe , leur faifant
appréhender d'eftre furpris , ils
n'ofent plus les commettre fi
fouvent. D'un autre cofté , les
Auditeurs qui ont des Procés ,
profitent beaucoup à la Matrone
d'Epheſe . L'Acte qui en fait:
la conclufion , lleeuurr apprenant la
maniere dont ils peuvent eſtre
trompez , ils prennent garde à
s'en garantir. Ceux d'entre les .
Procureurs à qui l'on ne peut
rien reprocher , ont veu cette
Comédie avec plaifir , & quelques-
uns mefme ont donné des
Mémoires contre ceux qu'ils
jugent indignes d'eftre leurs
Confreres. Cela fait connoiftre
208 MERCURE
tre leur intégrité & leur prudence.
Lundy dernier 25. de ce mois ,
la Troupe Françoife donna la
premiere repréfentation
d'une
petite Comedie, intitulée les Bouts.
rimez. Ce fujet eft à la mode , &
c'eft par cette faifon que celuy
qui l'a traité a crû le devoir choifir.
On ne manque jamais de
travailler fur tout ce qui fait du
bruit , parce que plus les fujets
font connus , plus ils attirent de
monde. Les chofes que l'on expoſe
ainfi au Public,n'ent font ny
plus relevées, ny plus avilies. Le
Theatre veut qu'on charge les
actions que l'on repréſente ; &
comme plufieurs font perfuadez
qu'il demande de gros traits , &
qui frapent vivement, ils croyent
que ce qui eft le moins vray- femblable
, doit faire le plus d'effet .
Lat
GALANT. 2.09
La nouvelle Comédie des Boutsrimez
en eft un exemple. On y
voit un Bourgeios qui pour Prix
des rimes qu'il donne à remplir,
propoſe fa Fille, & dix mille écus.
Il a tant de peur que le deffein
où il eft ne foit ignoré , qu'il le
fait publier par les Carfours au
fon du Tambour. C'eſt une chofe
qui n'a nulle vray-femblance.
Cependant ceux qui condamnent
cet Incident , parce qu'il n'i
mite point la nature , le trouvent
contraints de rire d'une pensée
fi bizarre. Il y a d'autres endroits
, qui eftant auffi outrez ,
font également divertiffans. Il
faloit neceffairement en uſer ainfi
, pour faire un fujet Comique
de cette matiere. Sans cela il
ne feroit pas poffible que beaucoup
de chofes , qui d'ellesmeſmes
n'ont rien de plaifant ,
euffent
210 MERCURE
euffent dequoy faire rire ceuxmefmes
qui y feroient le plus difpofez.
Propofer des Bouts- rimez
qu'on ne peut bien faire fans efprit
, & donner des Prix quand
on eft d'une qualité à le pouvoir
faire , & que le Sujet que l'on
choifit eft digne des louanges du
Public , c'eſt ne rien faire qui
donne ouverture à plaifanter ;
mais comme il n'eft rien qui n'ait
deux faces , & que les Hommes
ont l'efprit affez fubtil pour pouvoir
rendre la verité problématique,
on peut trouver du ridicule
par tout. Il ne faut que de
l'excés pour cela. Ileft condamnable
dans la vertu mefme , qui
n'est parfaite qu'en fe prefcrivant
des bornes . Ainfi la petite
Comédie , dont je vous parle,
eftant une chofe tellement outrée
qu'elle va juſqu'au dela du
vray -
GALANT. 211
vray-femblable , n'eft plus qu'un
effet de l'imagination de fon Autheur.
Il a l'efprit vif , & tout'
plein d'un fel qui fe fait fentir.
Il a traité fon Sujet d'une maniere
qui luy en a fait tirer plus
i qu'il ne fembloit fournir, La Pićsce
eft auffi rifible qu'elle eft bien
joüée ; & fi quelques- uns cherchent
à la condamner, ils ont leurs
raifons. Le plus grand nombre
l'approuve , & la tient d'autant
plus digne d'attirer les Curieux,
qu'elle eft entierement neuve , &
ne reffemble en aucun endroit à
la Corneille d'Eſope.
Le Jeudy 21. de ce mois, Monfeigneur
le Dauphin courut un
Defy à la Bague. Il avoit de fon
Ecofté Monfieur le Duc de Vendofme
& Monfieur de Brione : &
de l'autre eftoient Monfieur le
Prince d'Harcourt , Monfieur de
la
412 MERCURE
la Feüillade , & Monfieur le Comte
de Marfan. Ils coururent fix
fois, & ce fut le Party de Monfeigneur
qui gagna.
Il mit quatre
dedans, & fit les plus belles Courfes
du monde. Le Prix eftoit de
cinquante Piſtoles chacun. La
Reyne & Madame la Dauphine
eftoient préfentes avec Monfieur ,
Madame, Mademoiselle , & pref
que toute la Cour.
Le Dimanche 24. il y eut une
Courfe de Bague & de Teftes,
dans laquelle Monfieur le Duc de
S. Agnan , & Monfieur le Duc de
Gramont, furent établis Juges du
Camp. Ce premier avoit efté
choify feul Juge des Courſes dés
l'année derniere , mais la maladie
de Madame la Dauphine empécha
ce divertiffement. Quelques
jours avant cette Courfe
du 24. le Roy qui eftoit à table ,
ayant
GALANT. 7213
ayant apperceu Monfieur le Duc
de S. Aignan , luy dit en riant ,
qu'il y avoit d'autres Juges nommez
que luy à quoy ce Duc ré-
;
pondit , que s'il croyoit qu'une
Requefte Inpromptu puft luy redonner
cette Place , elle feroit
bientoft faite : mais qu'avant que
de travailler , il euſt bien voulu
eftre affuré du fuccés . Monfeigneur
le Dauphin prit la parole,
& dit qu'il pouvoit toûjours faire
fa Requeſte . Monfieur de Saint
Aignan fortit auffitoft. Quoy que
le Repas fuft fi avancé , que l'Entremets
étoit preft d'eftre fervy , il
ne laiffa pas d'apporter ces feize
Vers,avant que Leurs Majeftez
fuffent hors de table. Elles témoignerent
en eftre fort fatisfaites,
auffi bien que Monfeigneur
, &
Madame la Dauphine
.
A
214 MERCURE
A MONSEIGNEUR
LE DAUPHIN.
Requefte Inpromptu.
' Ayfait un Bout- rimé Pour vous,
& dans ce temps
J'4
Vous me mettez, Seigneur , au rang
des Mécontens,
Et quand vous reprene & le Dard
& la Lance,
Vous croyez m'obliger à garder le
filence?
Ah , rendez- moyjustice , & confidérez
bien
Qu'autrefois j'estois fuge , &je ne
fuis plus rien.
S'ilfaut vous divertir, s'ilfaut mefme
combatre,
Lors que l'on n'est que trois, peut- on
pas eftre quatre?
De me mettre en ce nombre il ne
tiendra qu'à vous ,
Et
GALANT. 7215
Et je n'y feray pas le plus foible
de tous.
Maisfi cet Inpromptu rend mon attente
vaine,
Je m'en vay de cepas mejetter dans
la Seine.
Seigneur , faites-moy done , empefchant
ce malheur,
Mourir dans un Combat,& non pas
de douleur,
Faute de voir au Camp l'adreffe
fansfeconde
Qu'aura le digne Fils du plus Grand
Roy du Monde.
Ce Duc fut donc fait Juge des
Courſes, ou Maréchal de Camp,
avec Monfieur le Duc de. Gramont.
Il y avoit deux Quadrilles.
Monſeigneur eſtoit Chef de
la premiere, & avoit fous luy pour
Chevaliers,
Mon
216
MERCURE
Monfieur de Brione.
Monfieur de Marfan.
Monfieur de Turenne.
Monfieur de Vendofme.
Monfieur de Soyecourt.
Monfieur de Mailly.
La feconde Quadrille avoit
Monfieur le Prince de la Roche-
Sur-Yon pour Chef, & pour
Chevaliers,
Monfieur de Commercy.
Monfieur de Tingry.
Monfieur de Molac.
Monfieur de Monaco.
Monfieur le Prince d'Harcourt
Monfieur de Rouffy.
Jamais on ne vit de plus beaux
Chevaux, ny plus richement encharnachez
, qu'ils en avoient
tous. Leurs Habits eftoient auffi
magnifiques que galans , & le
brillant affortiment de leurs Plumes
en foûtenoit admirable- C
ment
GALANT. 217
ment l'éclat. Voicy dans quel
ordre ces illuftres Chevaliers firent
leurs Courfes , premierement
à la Bague , & enfuite aux
Teftes.
Monfieur de Commercy.
Monfieur de Brione.
Monfieur de Tingry .
MONSEIGNEUR .
Monfieur de Molac..
Monfieur de Marfan .
Monfieur le Prince de la Roche
fur-Yon.
Monfieur de Turenne.
Monfieur de Monaco.
Monfieur de Vendofme.
ر
Monfieur le Prince d'Harcourt.
Monfieur de Soyecourt.
Monfieur de Rouffy,
Monfieur de Mailly,
>
Le Roy , la Reyne & Madame
la Dauphine furent
préfens à ces Courſes . Madame
May 1682.
K
218
MERCURE
eftoit à cheval avec Madame la
Princeffe de Conty , & plufieurs
des Filles d'honneur de Madame
la Dauphine , & de Mademe
auffi à cheval. Mademoifelle
eftoit dans le Carroffe de la
Reyne avec plufieurs Dames.
Monfeigneur mit deux dedans
de fes trois Courſes ; & la Quadrille
dont il eftoit Chef gagna
contre l'autre de plufieurs dedans;
mais ayant perdu à la Courfe
des Teftes, quoy que ce Prince
en euft fait plufieurs avec une
adreffe merveilleufe , on remit la
décifion au lendemain . Ainfi on
recommença le Lundy 25. mais
rien ne fut encor decidé . Le jour
précedent Monfeigneur le Dauphin
avoit gagné à la Bague , &
perdu aux Teftes . Ce fut le contraire.
Ce Prince gagna aux Teftes
, & Monfieur de la RochefurGALANT.
219
fur-Yon à la Bague. Monfieur le
Duc de S. Aignan fut feul Juge
du Camp ce dernier jour , Mon→
fieur le Duc de Gramont, qui l'avoit
efté avec luy la premiere fois,
eftant entré dans la Partie en la
place de Monfieur le Duc de
Vendofme, qui ne fe trouva point
en état de continuer les Courſes.
On croit qu'on le recommencera
dans peu de jours.
4
La nuit du 11. au 12. de ce
mois, fur les deux heures ,le tremblement
de terre dont vous fouhaitez
eftre éclaircie , fe fit fentir
à Paris. Le lendemain chacun
en parla, mais d'une maniere qui
donnoit lieu d'en douter. Les
Religieux & Religieufes qui
chantoient alors Matines , l'affuroient
un peu plus fortement que
les autres ; mais tout cela ne fuffifoit
pas pour perfuader les Incré-
Kij
220 MERCURE
dules , & on n'euft rien crû de ce
tremblement , fi la ruine qu'il a
caufée en divers endroits n'en
euſt eſté une preuve . Il eſt confirmé
par les nouvelles que l'on
en reçoit de jour enjour; & quand
les Lettres auront eu le temps
de venir , je croy que nous apprendrons
qu'il aura efté univerfel
. Voicy l'Extrait d'une que j'ay
reçeuë de Dijon . Cette nuit la terre
a tremblé à deux fecouffes diférentes.
Il y a peu de Perfonnes qui
n'en ayent esté éveillées . Vn Soldat
quiétoit enfentinelle au deffus d'une
Tour,n'eustpu éviter de tomber dans
le Foffé , s'il ne fe fuft promptement
jetté à terre à la renverfe . Ceux
qui venoient des Villages circonvoifinspour
vendre icy leurs Denrées
, difent que dans ce temps du
tremblement , qui fut d'un quartd'heure
de diftance de l'un à l'au
tre
GALAN T. 221
tre des mouvemens , il s'éleva de terre
une vapeur , telle qu'un broüillard,
mais fi épaiffe, qu'il eftoit impoffible
de voir au travers . Cette
vapeur n'eftoit que de trois ou qua
tre pieds de haut.
>
Une autre Lettre du mefine
Lieu , marque ce qui fuit. Hier, environ
à deux heures un quart apres
minuit le Ciel eftant fercin &
l'air calme, il fe fit icy par deuxfois.
un tremblement de terre , de maniere
= queceux qui estoient couchezfentirent
remüer leur Lit fous eux , les
Maifons entieres eftant ébranlées,
comme fi elles euffent deû tomber..
Quelques- uns mefme de ceux , qui
par hazard eftoientfurpied dans ce
temps ,furent un peu élevez de ter
re,& chancelerent . Je mefentis fe
coué dans mon Lit comme les autres,
& j'entendis tomber du gravier &
du mortier de la Cheminée de ma›
K iij
222 MERCURE
Chambre. On a fçeu que la mefme
shofe eft arrivée à la Campagne, &
dans les villes voisines , que plufieurs
Païfans qui mexoient des voitures,
ی ب
que
leurs
font tombekpar terre,
Chevaux ne voulurent point avANeer,
tandis que cela dura.
On écrit de Châlons en Champagne
, Langres , Chaumont en
Baffigny , & de plufieurs Lieux
aux environs, qu'à la meſme heure
le tremblement de terre y avoit
efté fi grand, qu'on ne pouvoit
fe tenir debout ; que les Maifons
avoient eſté agitées , commele
font les Vaiffeaux dans la
tempefte, & qu'on avoit crû pé
rir pendant l'efpace de deux
Miferere. On mande à peu pres
les mefmes chofes de Bourges
, & l'on ajoûte que les Oyfeaux,
les Poules , & le Bétail, en
ont efté effrayez. Ce tremblement
GALANT. 223
ment s'eft fait auffi fentir à Lyon
& à Geneve ; mais de la maniere
qu'on en écrit, il n'a pas efté
plus violent qu'à Paris . Les effets
en ont efté plus fâcheux à Tony
nerre, puis qu'il ébranla les Mai
fons & les Eglifes , & que plufieurs
Roches tomberent du cofté de
Bourbiraut. On affure que la ter
re s'y éleva d'une maniere extraordinaire
, & que la frayeur fit
accoucher quelques Femmes
avant terme.Les Lettres de Nancy
portent que ce tremblement
s'y eft fait fentir avec une extré
me violence. Voicy ce qu'on en
écrit de Remiremont. La nuit du
11. an 12. à deux heures du matin
, un grand tremblement de terre
a cauſé icy beaucoup de defordre.
Il a renversé douze Maifons par
le pied, & toutes les autres que l'on
woitfenduësparla moitié,femblent
Kiiij
224 MERCURE
n'attendre que le moment de leur
chûte.Le Portail , & toutes les Voû
tes des Eglifes des Dames font tombées.
Laperte que Remiremont fait
feul ,fans comprendre celle des Villages
circonvoifins , nefe pourra reparerpour
cinq cens mille livres. Il
ya eu plufieurs Perfonnes tuées &
bleffées du cofté de Pluinbier, & du
Valdago. Madame de Remiremont
eft obligée de camper avec toutes
fes Dames, n'ofant fe tenir dans le
Convent;& lanuitpaffée iln'apref
que couché perfonne dans la Ville,
par la crainte qu'on a eu d'eftre abî
mé. Tout le monde campe hors des
Murailles, & tout le Païs eft dofolé.
On dit
que du cofté d'Allemagne , &
du Comté , c'est la mefme chofe .
J'ay veu une Lettre de Bafle
en Suiffe , qui porte que le tremblement
de terre y a caufe de
grandes frayeurs,& que quantité
de
GALANT. 225
de Cheminées en ont eflé abatuës.
Je ne vous diray rien aujourd'huy
fur le fujetde ces tremblement.
Depuis noftre commerce
étably , je vous ay fait le
détail de deux plus violens , arrivez
en Italie & en Efpagne. Les
tremblemens de terre ne font
pas
nouveaux. Du temps de Tibere,
il y eut douze Villes en Italie qui
en furent abîmées , & peut eftre
vous fouviendrez - vous de celuy
que l'on fentit à S. Jean de Luz,
quand le Roy fe maria .
Peu de Perfonnes ont expliqué
les deux dernieres Enigmes.
Le vray Mot de la premiere eft
renfermé dans ce Madrigal .
IRis
Ris , tous mes plaifirs me devien
nent tres fades,
Quandjefuis éloignéde vous.
Lesjours quifontfi beaux n'ont pour
moy rien de doux,
K v
226 MERCURE
Et mes fentimens font malades .
Comme aux Feftins les plus exquis,
Si le Sel manque d'avanture,
Tous les mets que l'on a fervis
Choquent le gouft & la naturez
Ainfi lesplus tendres plaifirs,
Lors que mon Iris eft abfente,
Loin de contenter mes defirs,
Forment le mal qui me tourmente.
Mademoiſelle Corbet, Fille d'un
Avocat au Confeil de ce nom,
l'a expliquée auffi fur le Sel, ainfique
Mefdemoiſelles de la Haye
de Soiffons ; Mante , de la Ruë
Jean de l'Epine ; Jeanneton Abfolut
de Dreux , & fon aimable
Soeur ; La belle Henriete de
Dreux ; Meffieurs Turquin , de la
Place aux Chats ; De Lofine ,âgé
de quinze ans,Reveft, Avocat au
Parlement de Provence ; & l'Amant
fans amour de Dreux .
En
GALANT.
227
En Vers , Mis de Nieüil Det
mecourt, de Chenonceau ; Aftier ,
Prieur d'Avignon ; L.M.D.S.B.S.
Lefcarde Voifvenel ; Langellé,
Rhetoricien des Jefuites; Droüart
de Roconval , de la Porte S.
Antoine ; Avice de Caën , de la
Ruë de la Harpe ; T. H. de Vallaunay
, Sous- Brigadier des Chevaux
- Legers ; L'ennemy d'amour
à l'Anagramme , l'Ennemy
m'y entraîne ; Dom Chichard de
Sarragoce ; La trifte Alcidiane
de Berry ; La Mignonne à l'Anagramme
, f'ay un ne d'Helene;
Le Pere fans façon ; La Brunete
à l'Anagramme , H. M. eft à fa
Cour, de la Rue S. Denys.
On a expliqué la mefme
Enigme fur le Papier , le Jet
d'eau , la Rofe, la Fleur de Fafmin,,
La Glace , la Grefle , & le cham.
pignon.
La
228 MERCURE
La feconde Enigme a donné
lieu à Monfieur Rault de Rouen,
de faire ce Madrigal .
R
Evenez
Amant >
bon gros Saint
Dont l'esprit autrefois fi goinfre &
fi charmant
Faifoit le plus fouvent quelque Piece
nouvelle.
·Revenez , l'Amy d'Apollon ,
Le Dieu Mercure vous appelle
Pour luy chanter un Hymne en faveur
du Melon .
Ceux qui ont trouvé ce même
Mot du Melon, font Madame
de Barville ; La Reclufe de Villefranche
; Les Romains des trois
Cyprés ; Daphnis D.L.R.N.S.A.
#
En Fers , Monfieur Hordé de
Senlis ; La belle Terbocher à
l'Anagramme , Bel , Aftre , cher
Objet,
GALANT. 229
objet , de la Ruë S. Victor ; L'Habitant
en efprit , du Pré S. Gervais
; La Belle à l'Anagramme,
Bonne à la Suite, de Dreux .
Les autres Explications qu'on
en a faites , ont efté ſur l'Huiftre
à l'écaille , la Plume à écrire , le
Raifin, le Vin, la Beterave, la Grenade
, le Ver, le Limaçon , la Vendange,
& l'Oeuf.
Ceux qui ont expliqué l'une &
l'autre dans leurs vray fens , font
Meffieurs Layraud , Lieutenant
pour le Roy à Doullens ; L'Abbé
Rouftel , de Sillé le Guillaume;
L'Abbé le Moine,de la grande
rue du Mans ; Hariveau; Mefdemoiſelles
T. Cannet, de la ruë
groffe Horloge de Roüen ; M.
le Guay , du neuf Marché de lá
mefme Ville ; Le Praticien de la
rue des Maçons '; Les Rabelais
de Chinon ; Suzette , nouvelle
Habi
230 MERCURE
Habitante de S. Cyre de Valor
ge en Beaujollois ; Les Aumuffes
de la Calade; Le Capitaine des
Bergers de Montbriſon ; & Poëta
Suevus.
En Vers , Meffieurs l'Abbé de
Mondavid , de Roüen ; Afton
Ogden ; Gygés, du Havre ; Mef
demoiſelles Rozon , de la ruë au
Maire ; Ricard , de Provins ; La
Fauvete de Morlaix ; Le Secretaire
du Parnaffe , Le Cader Souchon,
de Villeneuve - la- Guyard;
L'Albaniſte de Rouen ; Les Af
fociez de la Rochelle ; Le Berger
Alcidon, du Fauxbourg Saint
Victor ; Alcidor , du Havre ; Le
Solitaire du Parnaffe de Rheims;
La Blondine à l'Anagramme
,
L'Aftre de Riche Maison , cher à
tous , de la rue Trouffe - Vache ;
Le Guéry du Blanc B. de Montfort-
l'Amaury.
Voicy
GALANT.
231
Voicy deux nouvelles Enigmes.
La feconde m'a efté envoyée fousle
nom du Geometre par hazard.
ENIGM E.
E fuis une jeune Brunete
J5Dont, pourlesfoupleffes du Corps,
Dans la Dance, où je fuis adrette .
L'on admire en tout temps les merveilleux
refforts.
Pourfaire à quije veux la guerre,
le me fersfouvent de la nuit ;
Te vay, je viens ,je cours , & j'erre,
Sansjamais enma route exciter aucun
bruit.
le crains pour tant qu'on ne m'attrape
,
Ou d'eftre prife fur le fait ;
C'est fait de moy, fi je n'échape ,
L'on punit le mal que j'ay fait.
Par
232 MERCURE
Par une raifonfurprenante,
L'on me compare au Dieu d'Amour;
S'il inquiete, je tourmente ,
Tous deux diverfement , chacun à
noftre tour.
Sije baife en fecret Sylvie ,
Ie la fais rougir de pudeur.
Plufieurs voudroient donner leur
vie ,
Pour joüir comme moy d'un fi rare
bonheur.
>
Lecteur,qui cherches la merveille,
Que je te cache en cesujet
Surtout, prens garde à ton oreille ,
Tu ne sçaurois jamais eftre plus
inquiet.
AUTRE
I fe
ENIGME .
E fers également & le Pauvre
& le riche,
l'entre
GALANT.
233
I'entre dans les Maifons des Bergers
& des Rois ,
I'habite les Citez , de mefme que
les Bois,
Et fi jay des tréfors , je n'en fuis
jamais chiche.
Ie marche avec agilité ,
Quoy queje fois fans pieds , fans
jambes, & fans tefte ,
On ne voit point que je m'arrefte ,
Et je ne vaisjamais pendant l'obf
curité.
Ie regarde un chacun, & cependant
les Belles ,
Ie ne fçay comment, nipourquoy,
Contraintes d'avouer que je fuis
plus beau qu'elles ,
S'éloignent de ma veuë , & fe cachent
de moy.
De mefme qu'aux Enfers les triftes
Danaïdes.
S'effor
234 MERCURE
S'efforcent deremplir des Tonneaux
toûjours vuides ;
Ainfi le travail que je fais ,
Recommence toûjours , & ne finit
jamais..
Madame la Ducheffe d'Angoulefme
eft morte ces derniers
jours. Elle s'appelloit Henriette
de la Guiche , & eftoit Fille de
Philibert de la Guiche , Seigneur
de Chaumont , Grand - Maiſtrė
de l'Artillerie de France , Gouverneur
du Lyonnois , & d'Antoinete
de Daillon du Lude. Elle
avoit épousé en 1629. Louis
Emanuel de Valois , Duc d'Angouleſme
, Pair de France , Comte
de Lauragais & d'Alets , Che
valier des Ordres du Roy , Colonel
General de la Cavalerie Legere,
tant Françoiſe qu'Etrangere,
& Gouverneur de Provence, qui
mourut
GALANT. 235
mourut en 1653. De quatre Enfans
fortis de ce Mariage , fçavoir
, trois Garçons & une Fille ,
les Garçons font morts âgez de
quatre à cinq ans ; & il n'y a que
Françoife Marie de Valois , Ducheffe
d'Angoulefme , Comteffe
de Lauragais & d'Alets qu'ait
vécu. Elle fut mariée à Toulon le
troifiéme Novembre 1644. avec
Louis de Lorraine, Duc de Joyeu
fe , Pair & Grand Chambellan
de France , dont elle a eu Louis-
Jofeph de Lorraine, Duc de Guife,
mort à Paris de la petite Verolele
30. Juillet 1671. âgé de 21. an.
Louis - Emanuel , Pere de cette
Françoiſe Marie de Valois , eftoit
Fils de Charles de Valois , Duc
d'Angoulefie , Pair de France,
Comte d'Auvergne,de Ponthieu ,
de Lauragais & d'Alets , Fils naturel
du Roy Charles IX. & de
Marie
236
MERCURE
Marie-Touchet , Dame de Belleville
, lequel Charles de Valois
naquit au Chafteau de Fayet en
Dauphiné prés . Montmelian le
28. Avril 1573. Il mourut à Paris
le 14. Septembre 1650. apres
avoir épousé en premieres Nôc
Charlote de Montmorency , Fille
aînée de Henry I. du nom, Duc
de Montmorency , Pair & Conneftable
de France, & en fecondes
, Françoiſe de Nargonne ,
Fille de Charles de Nargonne,
Baron de Marevil . Il n'eut point
d'Enfans de cette feconde Femme,
qui fut choifie par le Roy en
1661. pour accompagner à Florence
la jeune Ducheffe de ce
nom . De la premiere , il eut
Henry de Valois , Comte d'Auvergne
, mort fans eftre marié.
Louis Emanuel de Valois , dont
Madame d'Angouleme qui vient
de
GALANT. 237
de mourir eftoit la Veuve , &
François de Valois Comte , d'Alets
, Colonel General de la Cavalerie
de France , mariée en
1621. à Loüife Henriette de la
Chaftre , Fille de Louis de la
Chaftre, Maréchal de France, &
mort fans Enfans dans la meſine
année.
Un fort habile Homme a mis en
air les Vers que vous allez lire , &
que je vous envoye notez .
I'
AIR NOUVEAU.
E veux , & ne veux plus vous
voir ,
Ie crains voftre présence , & mon
coeur la defire.
La Loy de mon cruel devoir,
M'oblige , en vous quittant , defuivre
fon empire.
Mais croyez, cher Tircis , que malgréfa
contrainte,
L'Amour
238
MERCURE
L'Amour à voftre Image en mon
coeur fi bien peinte ,
Quefans defobeyr , je vous verray
toujours,
Eftant le feul plaifir que j'aurag
tous les jours.
Le Roy a donné l'Evêché de
Seez à Monfieur l'Abbé Savary,
Aumônier ordinaire de la Reyne.
Il y a vingt- deux ans qu'il eft à
cette Princeffe, ayant fervy d'Aumônier
de Quartier dés le temps
de fon Mariage. Comme il s'eft
tres- bien acquité de fon devoir.
Sa Majefté a rendu juſtice à ſes
fervices. Il fuffit de bien faire
avec ce Prince, pour eftre affuré
de la recompenfe. Cet Eveſché
vaquoit par la mort de Monfieur
Forcoal . Monfieur l'Abbé Sevary
remplira tres - bien cette place.
L'Eveſché de Clermont a eſté
donné
GALANT. 139
donné à Monfieur de Tilladet :
Evefque de Macon . Ce Prelat
qui eft Frere de M¹ de Tilladet,
& Neveu de Monfieur le Chancelier
, joint à la grandeur de fa
naiffance , beaucoup de doctrine ,
de la douceur , de la modeftie , &
de bonnes moeurs. Il s'applique
avec une entiere exactitude à
toutes les chofes qui font de fon
miniftere ; & quoy que fouvent
la faveur foit un pretexte pourfe
diſpenſer de la refidence , il a demeuré
dans fon Dioceſe , depuis
que Sa Majefté luy en a commis
le foin . Ainfi fa préſence & fon
exemple ont toûjours eſté d'une
tres- grande édification à fon
Clergé.
Monfieur de Saint George ,
Docteurde Sorbonne . Chanoine
& Comte de Lyon , Official Pri
matial de France & Deputé à
l'affem
240 MERCURE
l'affemblée du Clergé , a efté
nommé en mefme temps à l'Evefché
de Macon . Il eft Fils de
Meffire Claude de Saint George,
Seigneur de Moucéaux , du Verdet,
& de Verlaugues , & de Dame
Marie de Cremeaux. Il fut receu
Chanoine & Comte de l'Eglife
de Lyon en 165 3. On le fit Chantre
de cette Métropole , n'eftant
encor que Soûdiacre. Il paffa un
peu apres à la dignité de Precenteur
, qui eft la troifiéme de ce
Corps illuftre ; & il l'a remplie
avec grand éclat , par fa pieté,
par la profondeur de fon fçavoir,
& par fon expérience aux affaires
du monde. Du cofté Paternel
il eft allié aux Maiſons de Fougeres,
des Efcures , de Chandieu,
& de Graffet, & du cofté Maternel
, il eft defcendu des Maifons
de Cremeaux , d'Urfé , de
Tournon,
GALANT. 241
Tournon , de Sugny, & de Marconnay
, qui ont donné plufieurs
Comtes à l'Eglife de Lyon,
& plufieurs Grand - Croix , à
l'Ordre de Malthe . Son Bisayeul
François de S. George , fut
Lieutenant de Roy du Bourbonnois.
Monfieur l'Abbé de Montmoreau
a eu l'Abbaye de Monlieu ,
qui eftoit vacante par la mort
de Monfieur l'Evefque de Clermont
. C'eſt un Homme de qualité
, de beaucoup d'efprit & de
bon fens , qui par une alliance
avec la Maiſon de Rochechouart
en a pris les Armes.
Quoy que la faifon foit fort
avancée , les pluyes ont esté fi
frequentes , qu'elles ont empefché
de quiter les Habits d'Hyver.
On n'en a point pris de
Printemps ; & ont a efté obligé
May 1682.
L
242 MERCURE
à ceux
de paffer tout d'un coup
d'Eté. Je commence
parce qui
regarde
les Hommes
. Il y a
longtemps
que les François
n'ont
efté fi conftans
en leurs manieres
de s'habiller
, qu'ils le font
depuis trois ans . L'Habit
des
Chauffes
à Bas roulé , eſt ſi com.
mode & fi peu embaraffant
,
qu'on ne le fçauroit
quiter . Les
Jufte au - corps font juftes par le
haut , & larges par le bas ; &
comme ils ont tres - bon air , il eft
difficile que cette Mode change.
Les ouvertures
des Baſques
font plus grandes de quatre doigts
depuis trois mois. C'eſt ce qui
donne fi bon air aux Jufte - au
corps ; mais
l'avoir , il faut
qu'ils defcendent
juſques
au
bord de genoüil . La façon des
Habits ne changeant
qu'en peu
de chofes , on veut du moins
pour
changer
GALANT. 243
changer de Mode par la diverfité
des Etoffes , & c'eft par cet.
te raison qu'on porte les Jufteau-
corps d'une façon , & les Culotes
de l'autre. Par exemple ,
avec un Jufte - au- corps gris de
Laine tres - fine , on prend une
Culote d'une Etoffe de foye à
fleurs. Ces Etoffes font de diverfes
couleurs. Chacun les choifit
à fa fantaisie , & cette diverfité
fait un bel effet . On ne porte
pas feulement des Bas de foye
jafpez , gris & blancs comme les
Brocards , mais on en porte auffi
de chaque couleur feule . Quant
aux Garnitures , elles font toûjours
de meſme. Elles ne contiennent
qu'un Noeud d'épaule ,
& d'épée de trois ou quatre Rubans
unis ou figurez , felon le
gouft de chacun . Mais ce qui
femblera extraordinaire , c'est
Lij
244
MERCURE
que depuis quinze jours , quoy
qu'on ait des Culotes douces , on
met aux extremitez , ainſi qu'au
deffus des Noeuds d'épaule &
d'épée, & aux Cravates , un Ruban
cramoify , à quoy la mode
fait accoûtumer les yeux , quoy
que cette couleur foit fort rude.
On n'a point changé la mode
des tours de Plumes fur de petits
Chapeaux . Ces Tours font mélez
de trois ou quatre couleurs ,
par rapport aux Garnitures. Les
Rhingraves & les Canons , deviennent
tout- à - fait hors de mode
, & il femble que cette maniere
d'Habit ne doive plus guere
fervir que l'Hyver aux grands
Seigneurs , encor faut- il que ce
foit pour le Bail . Les Manches
des Jufte- au- corps font toûjours
rondes à grandes oreilles . Ceux
qui ne portent point des Veſtes ,
font
GALANT. 245
font faire un double Renvers de
Manches . Ils fe retrouffent toûjours
fur le replis du bras fans
Rubans , mais avec trois Glans
de la couleur de la Garniture,
qui font un fort agreable effet.
Beaucoup de Perfonnes les retrouffent
avec des Glans d'or ou
d'argent. Les Jufte - au- corps
bleus font toûjours fort garnis
par le bas , & n'ont qu'un petit
agrément fur les coutures. On
les porte avec les Echarpes de
frange d'or , faites en maniere de
Ceinturon à l'Angloife . Le mauvais
temps eft caufe que les Habits
un peu extraordinaires n'ont
pas encor paru . S'il s'en fait de
Broderie ou d'agrément , je vous
le feray fçavoir le mois prochain.
Pour les Femmes , on leur
voit beaucoup de Tafetas d'An-
Liij
246
MERCURE
gleterre , lizerez d'or & d'argent
de toutes couleurs , & de petites
Etofes or & argent qui portent
leurs doublures. Ces Etofes font
grifes d'un cofté , & couleur de
rofe de l'autre. On en trouve de
foye de la mefme forte , mais ont
en a veu encor fort peu. On continue
à porter des Gros de Tours
à Fleurs , comme on faifoit il y a
trois ans. Cette mode eft preſque
univerfelle parmy les Perfonnes
du fecond ordre. Quant aux
Manteaux & Robes de Chambre
, on les fait de diferente maniere
. Les Indiennes font en
regne plus que jamais. Les Dames
les portent toûjours de la
même forte ; mais les Bourgeoifes
les font faire toutes en gorges ron.
des . On en fait encor dont tous
les plis tombent fur la Manche.
On ne fait que les froncer.
:
Je
GALANT 247
>
Je reſerve pour le mois pro
chain plufieurs Sonnets fur les
Bouts - rimez de Jupiter & de
Pharmacopole. Il y en a quantité
qui vous plairont , parce que les
dernieres rimes fe font trouvées
propres à faire quelque chofe de
naturel & c'est tout pour un
Sonnet que de finir agreablement.
Ainfi celuy qui remportera
le prix, aurà d'autant plus de
gloire qu'il le gagnera fur de
beaux Sonnets. Monfieur le Duc
de S. Aignan qui le donne , en a
augmenté la valeur de moitié,
depuis qu'il a cessé d'y pretendre.
Cela doit avoir fort réjoüy
un Inconnu , qui n'eftimant la
Médaille que par le feul poids de
l'or s'eft gendarmé d'abord qu'il
a fçeu que Meffieurs de l'Academie
Françoiſe n'eftoient plus
les Juges de ce different d'efprit.
Liiij
248 MERCURE
Il s'eft figuré en mefme temps
qu'il n'y avoit plus de prix , & le
chagrin de fe voir décheu de fes
efperances bien ou mal fondées.
l'a fait fi fort s'oublier qu'il a laifsé
échaper je ne fçay quels Vers
au defavantage de Monfieur de
S. Agnan. Il manquoit encore à
la gloire de ce Duc qu'on écrivit
contre luy. C'eſt le deſtin des
grands hommes, & les plus celebres
de l'Antiquité ont eu leurs
cenfeurs.Entre les Illuftres qu'on
attaque on peut affeurer que
ceux qui ont des Critiques qui
cachent leur nom , font foiblement
attaquez . Quiconque fe cache
croit ne pouvoir foûtenir ce
qu'il avance , & tout ce qu'il fait
ne fert qu'à prouver l'envie qui
ronge, & à donner plus d'éclat
à la reputation qu'il veut affoiblir.
Auffi le meilleur moyen de
le
fe
GALAN T. 249
fe vanger de ces fortes de Cenfeurs
, c'eft de garder le filence,
& de leur marquer par là le mépris
qu'on a pour eux. Il feroit
facile de les terraffer , mais on les
éleveroit en les combatant , &
1 leur défaite leur donneroit de la
gloire. Monfieur de S. Aignan a
pris ce party. On l'a attaqué, il ne
répond point. On fçait cependant
qu'il le pourroit faire beaucoup
mieux qu'un autre , mais il
fe contente d'avoir augmenté la
valeur du prix qu'il donne en
mefme temps qu'il a jugé à
propos
d'y renoncer , & s'il confent
à changer de Juges , ce n'eſt pas
qu'il n'ait toûjours une tres - parfaite
eftime pour Meffieurs de
l'Academie Françoiſe , mais ayant
appris que quelques - uns de ce
fameux Corps afpiroient à la Médaille
, il a voulu les mettre en
état
250 MERCURE
état d'y 'pretendre fans fcrupule,
en leur ôtant une qualité qu'ils
ont crû eux - mefmes leur devoir
: donner l'exclufion. L
Le Sieur Blageard imprime un
livre nouveau que vous trouverez
tres- agreable . Ila pour titre,
Academie Galante . Les Statuts
vous en plairont. La plupart ont
efté faits par d'aimables perfonnes
de vôtre fexe , & il vous ſera
aisé de connoître par le ftile,
que les converfations d'une fo
cieté tres- fpirituelle ont fait naî
tre cet ouvrage. Les avantures
que l'on y debite , font racontées
naturellement , & l'on affure qu'el.
les ne contiennent rien que de
veritable. Vous aurez ce Livre
avec ma lettre de Juin , c'eſt à dire
,le premier jour de Juillet . Je
remets jufqu'à ce temps le détail
exact de tout ce qui s'eft passé
aux
GALANT.
251
aux derniers Etats tenus en Bourgogne.
On vient de m'apprendre que
Monfieur Malo Confeiller de la
Grand Chambre eft mort, & que
Monfieur Guillard , un des plus
éclairez Juges du Parlement eft
monté en fa place . C'est tout ce
que je vous en puis dire , tant je
fuis prefsé de finir ma lettre.
A Paris , ce 31. May 1682 .
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& prima collectio
Decretalium
compofita à Rainerie Diacono, &
Monacho
Pompofiano
auct. Stephanus
Balufius , folio , 2. vol.
24. livres
a:
3.0
TABLE
DES MATIERES
contenues dans ce Volume.
A
Α
Vant- propos ,
Benediction de la Chapelle
Versailles ,
de
6
Cerémonies obfervées à la Benedi-
Etion de la groffe Cloche de l'Eglife
de Paris ,
Sonnets ,
Quatrain ,
ibid .
26
32
Lieutenance de la Citadelle de
Strasbourg donnée à Monfieur de
Montbrun , Major du Regiment
d'Anjou ,
33
Lieutenance de Roy de la Ville &
Citadelle de Mezieres, donnée à
Monfieur le Chevalier de Montifon,
36
Le
TABLE.
37
Le Roffignol , Fable ,
Efcadre de Monfieur le Marquis de
Preüilly de Humieres ,
Efcadre de Monfieur le Chevalier
de Léry ,
Prodige ,
43
48
ibid.
Mort de Madame de Hodic , so
Histoire ,
Air nouveauss
Satire de Perfe,
Plufieurs Converfions
-Miſſion , dance
L'Art de prefcher ,
+ SI
72
78
1980
81
Dialogue d'Iris & de Tircis , 85
Le Pere Brachet eft élen General
de la Congregation de S. Maur.
90
Nouvean
Livre
d'Architecture
,
91
Le Bifet & le Pigeon , Fable , 95
98
Madrigal,
Tout ce qui s'eft passé à l'obferuaã
iiij
TABLE.
toire & aux Invalides , le jour
que Leurs Majestez y ont efté,
୨୨
Tout ce qui s'eft passé à S. Cloud
pendant le fejour de Leurs Majestez,
124
Lettre en Vers du Berger Fleurifte ,
1134
Receptionfaite à Rome au Milord
Northonberland ,
Epithalame ,
2139
144
Sentimens de la Ducheffe d'Estramene
,
147
Lettre touchant la Ducheffe d'Eftramene,
151
Mort de M.de Clermont , Comte
de Tonnerre ,
Mort de Madame la Prefidente
>
166
167
de la Prouftiere
Mariage de Monfieur le Prince
de Bournonville , & de Mademoifelle
de Laynes , 170
Histoire,
TABLE.
Histoire ,
ibid .
Ce qui s'eft passé à l'Académie
Françoife touchant le dernier
Prix proposé pour des Bouts- rimez,
Divers Sonnets fur les Bouts- rimez
de Pan & du Flageolet ,
191
·
180
La Matrone d'Ephefe , Comedie
reprefentée par la troupe Italienne
, 204.
Comedie des Bouts - rimez reprefentéefur
le Theatre François,
208
211
Courfes de Bagues & de Teftesfaites
à Versailles ,
Tremblement de terre arrivé enplufieurs
endroits , 219
Noms de ceux qui ont expliqué
les Enigmes du mois d'Avril,
225
Enigme , 231
Autre
TABLE.
Autre Enigme , 232
Mort de Madame la Ducheffe
d'Angoulesme , 234
Evefche donne par le Roy, 238
Abbaye de Monlieu donnée à Mon.
fieur l'Abbé de Montmoreaù ,
241
Modes nouvelles ,
Fin de la Table.
242
Avis
Avis pourplacer les Figures.
L
A Figure de la Cloche doit
regarder la page 11.
L'Air qui commence par Nous
nous étions promis une amour eternelle
, doit regarder la page 70.
Le grand Etang du Palais des
Roys d'Afrique doit regarder la
page 142 .
L'Air qui commence par le
veux , & ne veux plus vous voir,
doit regarder la page 237.
EX
1963 2003 17 6963.: MIG EX3 EX3 6X3 2003-201634 2063
EXTRAIT DV PRIVILEGE
du Roy.
Ar Grace & Privilege du Roy , donné à
Paint Germainen Laye le 31. Decembre
1677. Signé Par le Roy en fon Confeil , Jun-
QUIERES. Il eft permis à J. D. Ecuyer , Sieur de
Vizé , de faire imprimer par Mois un Livre intitulé
MERCURE GALANT , prefenté à
Monfeigneur LE DAUPHIN , & tout ce qui
concerne ledit Mercure , pendant , le temps &
efpace de fix années , à compter du jour que
chacun defd. Volumes fera achevé d'imprimer
pour la premiere fois : Comme auffi defenfes
font faites à tous Libraires , Imprimeurs , Gra
yeurs & autres , d'imprimer , grayer & debiter
ledit Livre fans le confentement de l'Expofant,
ny d'en extraire aucune Piece ny Planches
fervant à l'ornement dudit livre , mefme d'ed
vendre feparément , & de donner à lire ledit
Livre , le tout à peine de fix mille livres d'amende
, & confifcation des Exemplaires contrefaits
, ainfi que plus au long il eft porté audit
Privilege.
You
Regiftré fur le Livre de la Communauté le
s. Janvier 1678 .
Signé E. CouTER OT , Syndic,
Et ledit Sieur D. Ecuyer , Sieur de Vizé a
cedé & tranfporté fon droit de Privilege à
Thomas Amaulry Libraire de Lyon , pour
en jouir fuivant l'accord fait entr'eux .
Achevé d'imprimer pour la premierefois le
24. May 1682.
MER
VILLE
MERCURE
GALANYON
ΜΑΥ 1681 .
UAND le Roy , en
héritant du plus floriffant
Royaume du
monde , n'auroit pas
"
trouvé le titre de
Tres - Chreftien attaché à fa
Couronne , ce qu'un pieux zele
luy fait entreprendre tous les
jours , ne luy auroit pas moins
acquis cette glorieuſe qualité ,
que fes Actions inimitables luy
May 1682.
A
2 MERCURE
ont fait mériter le furnom de
Grand . Le deffein de ce Monarque
a toûjours efté que la Chapelle
de Verſailles fuft le Lieu le
plus magnifique de cefomptueux
& brillant Palais ; & comme un
Ouvrage d'une parfaite beauté
ne peut s'achever en peu d'années
, & qu'il atoûjours fait voir
que rien ne luy coufte lors qu'il
s'agit de faire éclater fa pieté , il
a bien voulu en faire conftruire
une autre qui paffera toûjours
pour tres- belle, & qui cependant
ne fera que la Nef de celle à laquelle
il a ordonné qu'on travaillaft
, J'ay plus à vous dire , &
ce que je vous diray vous furprendra
encor davantage. Le
Roy entretient douze Miffionnaires
dans cette Chapelle, avec
fix Enfans de Choeur. Il leur a
donné des Ornemens , de l'Argenterie,
GALANT.
3
genterie , & genéralement tout
ce qui peut eſtre à leur ufage ; le
tout d'une grande propreté , &
d'une richeffe proportionnée.
J'aurois adjoûté d'un tres- bon
goût ; fi vous ne fçaviez qu'ayant
une entiere connoiffance de toutes
chofes , ce Prince ne confie
le foin de tout ce qu'il fait faire
qu'à des Perfonnes dont l'intelligence
égale le zele. Ces Miſſionnaires
doivent faire tous les jours
le Divin Service comme on le fait
aux Paroiffes , c'est à dire , que
pendant tout le matin ils diront
des Meffes , & chanteront Veſpres
l'aprefdînée . Ce qu'ils feront
davantage , c'eſt que dans le
temps qu'il n'y aura point d'Office
, deux d'entre eux feront toûjours
en prieres devant l'Autel.
Outre la Grand Meffe qu'ils
difent tous les Dimanches & les
.
A ij
4
MERCURE
autres jours de Feftes , il y a Salut
avec Expofition ; & tous les foirs
on fait une Priere , & en fuite
l'Examen qu'un Miffionnaire lit.
La Reyne s'y trouve prefque toujours.
Jugez , Madame , fi quand
le Roy fait des chofes qui luy font
fi particulieres,raconter nuement
ces chofes , c'eft luy donner de
ces fortes de louanges qu'on peut
appliquer à tous les Princes.
Quelle diférence de Verfailles à
la plupart des Palais des Grands !
Rien ne fait fouvenir de Dieu
dans ces Palais , & l'on peut dire
qu'il y eft prefque inconnu ; mais
dans cette Maifon Royale , on
l'aura toûjours devant les yeux.
Ceux qui font touchez d'une
veritable devotion , le prieront
fouvent , & leur exemple pourra
toucher les plus endurcis . Ainfi
au milieu de la Cour , où la vertu
des
GALANT.
S
des plus humbles dégeneroit en
orgueil , où l'on facrifioit tout à
fes intéreſts & à fa fortune ;
où l'emportement pour les plaifirs
ne laiffoit point de Religion
, & où les meilleurs fuivoient
les méchans exemples ;
enfin dans la Cour , où l'on ne
trouvoit qu'occafions de fe perdre
, un on trouvera de fe convertir
; & le Lieu qu'on a toûjours
eftimé le plus corrompu ,
fournira à l'avenir toutes fortes
de moyens pour s'appliquer ferieufement
à l'Unique Neceffaire.
On y verra louer Dieu fans
ceffe. La ferveur de ceux qui le
prieront , portera les autres à les
imiter ; & comme le Roy en fera
la caufe , ils prieront pour luy, &
ces prieres attireront de nouvelles
graces du Ciel fur toute la
Famille Royale .
A iij
6 MERCURE
Sa Majefté ayant fait ce grand
& utile Etabliſſement , voulut
affiſter au long Service qui fe fit
le dernier de l'autre mois pour la
Benédiction de cette Chapelle.
La Reyne l'accompagna , & fut
fuivie d'un fort grand nombrede
Dames des plus qualifiées de la
Cour. Monfieur l'Archevefque
de Paris fit cette Cerémonie , &
la Chapelle fut dediée fous le
Titre de S. Louis.
Le jour precédent , le Roy
qu'on ne voit pas moins infatigable
pour les actions de pieté , que
pour celles qui conduisent à la
gloire , avoit affifté à une Benédiction
d'une autre nature. Ce fut
à celle de la groffe Cloche de
l'Eglife de Paris. Cette Cloche a
efte faite pour remplir la place
de celle qui avoit efté benie fous
le nom de S. Jacques , & qu'un
Comte
GALANT. 7
Comte de Montaigu avoit donnée
avant l'an 1400. Elle a plus
de huit pieds de diamètre , neuf
pieds de hauteur fur vingt- cinq
pieds trois pouces de tour par le
bas , & dix pouces d'épaiffeur.
Son poids eft de trente- deux milliers,
qui eft le double de la precédente
. Elle eftoit dans l'Eglife,
immédiatement au deffous du
petit Clocher , vis- à- vis la Porte
du Choeur . On l'avoit pofée depuis
quelques jours fur une Baze
quarrée , au milieu d'une plateforme
de deux pieds & demy de
hauteur, & qui s'étendoit depuis
l'Autel de la Vierge , jufqu'à ce
luy qui eft de l'autre coſté , à une
égale diftance de la Porte du
Choeur. Les quatre faces de cette
Baze eftoient ornées de Feftons
d'or & d'argent fur un fond
de Velours bleu. Le Prie-Dieu
A j
8 MERCURE
du Roy , couvert d'un marchepied
de Velours violet , fur lequel
il y avoit des Carreaux pour la
Famille Royale , eftoit placé visà-
vis l'Autel de la Vierge. A cofté
de la Baluftrade de ce meſme
Autel , on avoit dreffé une Crédence,
fur laquelle eftoient quatre
Chandeliers d'argent , le Livre
des Epiftres , & celuy des
Evangiles, le Beniftier , les Vafes
des faintes Huiles,la Navete avec
des Parfums , un Baffin avec dù
Coton , un autre Baffin , avec une
Eguiere & une Serviete , une Soûcoupe
remplie de , quatre petits
morceaux de Pain coupez en
long, & quelques Linges pliez.
De l'autre cofté du Prie - Dieu du
Roy, par dela la Cloche , on avoit
mis deux Fauteüils , & plufieurs
Sieges - plians . L'eſpace entre la
Porte du Choeur & la Cloche, fe
trouva
GALANT.
trouva remply de Bancs préparez
pour le Chapitre ; & vis- à- vis
de la Cloche , dans le mefme endroit
, il y avoit un Fauteuil pour
Monfieur l'Archevefque de Paris,
avec deux Sieges plians, l'un
pour Monfieur l'Abbé Coquelin ,
Chancelier de Noftre- Dame ,
qui devoit fervir de Diacre , &
l'autre pour. Monfieur l'Abbé
Parfait , Chanoine de la meſme
Eglife, à qui l'on avoit remis les
fonctions de Sous-Diacre.no
Le Roy & la Reyne eftant partis
de la délicieufe Maifon de S.
Cloud, qui appartient à Monfieur,
fe rendirent à Noftre- Dame le
Mercredy 29. de l'autre mois , environ
à onze heures du matin. Ils
étoient accompagnez de Monfeigneur
le Dauphin , de Monfieur,
de Madame , & de Mademoiſelle
d'Orleans. Je ne puis vous expri
A v
10 MERCURE
mer la joye que le Peuple de Paris
eut de voirle Roy.Si on la mefure
à la grandeur de ce Prince,on jugera
bien que rie ne peut l'égaler.
Leurs Majeftez trouverent trois
Compagnies des Gardes Fran-
Coifes , & trois des Gardes Suiffes
, en haye, depuis S. Germain
le Vieil , jufques au Parvis de Noftre-
Dame ; & dans l'Eglife , il y
avoit une haye des Cent Suiffes,,
& une autre des Gardes du
Corps. Monfieur l'Archevefque
en Camail & en Rochet , affifté
de fon Clergé , reçeur le Roy &
la Reyne à la Porte de l'Eglife, &
leur préfenta la Vraye- Croix,
qu'ils adorerent & baiſerent a
genoux. Il leur préſenta auffi de
TEau- benîte , fans leur avoir fait
aucun compliment , & les conduifit
à leur Prie-Dieu d'où ils
entendirent la Meffe. Sitoft
qu'elle
muLYON
7893
de
Cla
ù ils
Sitoft
u'elle
GALANT. II
qu'elle fut finie , ils le quitterent,
pour venirau Lieu où leurs Fauteüils
avoient efté mis. Toute la
Famille Royale fe plaça en fuite
felon fon rang , ainfi que vous
pouvez voir par la Planche que
je vous envoye. Monfieur l'Archevefque
s'eftant reveſtu dans
la Sacriftie de fes Habits Pontificaux
pendant qu'on difoit la
Meffe,en fortit accompagné d'un
Diacre, d'un Sous- Diacre,& des
autres Officiers , & vint fe placer
fur l'Eftrade dans le Fauteuil
qu'on luy avoit préparé. En fuite
s'eftant levé , & la Mitre luy
ayant efté oftée , il commença la
Čerémonie. Quoy qu'on appelle
Parrains & Marraines , ceux qui
impofent le Nom dans celles de
cette natures , c'eſt une erreur
de penfer que la Benédiction des
Cloches foit un Baptéme ; máis
comme
12 MERCURE
come l'Eglife confacre à Dieu par
des Benédictions & des Onctions,
les Temples, les Autels, les Vafes,
& les autres chofes qui font deftinées
au culte extérieur de nôtre
Religion, la raiſon veut qu'on
beniffe auffi les Cloches , puis
qu'elles contribuent à ce culte , &
queles Fidelles entendat leur fon,
s'affemblent dans les Eglifes pour
rendre à Dieu ce qui luy eft deû.
On fe fert d'Afperfions , d'On-
&tions, & de Prieres , pour en fairela
Benédiction ; & mefme par
des figures de l'Ancien Teftament,
l'Eglife marque l'efprit de
cette Cerémonie. Elle invite auffi
les Perfonnes les plus élevées
à y concourir au nom de tous les
Fidelles , afin d'apprendre aux
Chreftiens que s'ils s'affemblent
dans un mefme Lieu, pour rendre
à leur Createur ce qu'ils luy doiyent,
GALANT.
13
vent, ils font encore plus obligez
de le fervir dans l'union d'un
mefme efprit , & dans les purs
fentimens d'une charité parfaite.
Quant à l'impofition du Nom ,
qui fait appeller Parrains & Marraines
ceux qui font priez de le
donner, comme l'Eglife confacre
les Temples & les Autels fous
l'Invocation des Saints , & quelquefois
mefme fous les titres des
myftéres, & des divers noms que
l'Ecriture donne à Dieu , elle en
ufe de même dans la Benédiction
des Cloches ; & cette invocation
jointe aux prieres & aux autres
cerémonies dont elle fe fert, nous
donne lieu d'efperer que dans les
occafions preffantes , Dieu voudra
bien nous accorder fa protection
, quand excitez par le fon
des Cloches nous l'implorerons
contreles orages & les tempeftes,
&2
14 MERCURE
•
-
& contre la malignité des puiffances
de l'air.
Mr l'Archevefque s'eftant levé ,
comme je l'ay dit, commença le
Pleaume Deus mifereatur noftri,
pendant lequel luy & le Clergé
fe tinrent debout & découverts.
Ce Pfeaume convient fort à l'efprit
de cette Cerémonie , puis
qu'il doit eftre entendu de la vocation
de toutes les Nations à
l'Evangile, & que cette vocation
eft repreſentée, & comme renouvellée
par le fon des Cloches ,
qui appellent & affemblent les
Fidelles dans les Eglifes pour affifter
aux Divins Offices. Apres
cela , Monfieur l'Archevefque fit
la benédiction de l'Eau fur le
Benîtier que l'Exorcifte luy préfenta.
On demande à Dieu dans
la Priere qui eft deſtinée à cette
Benédiction , qu'au bruit de la
Cloche
GALANT.
15
Cloche benie par l'Afperfion, les
Ennemis invifibles des Hommes
fe retirent , que les tempeftes &
les orages finiffent , & que les
fentimens de religion & de pieté
augmentent dans le coeur des
Fidelles , afin que par la vertu de
leur obeïffance , & la force de
leurs prieres , ils fe joignentaux
Choeurs des Anges & des Efprits
bien - heureux , pour entrer dans
l'union de l'Eglife triomphante
par le Sauveur du monde qui en
eft le Chef. Cette Priere eſtant
achevée , Monfieur l'Archevefque
& les Affiftans s'affirent , &
le Sous- Diacre chanta une Leçon
tirée du dixiéme Chapitre du
Livre des Nombres , où Moïfe
rapporte le commandement que
Dieu luy fit de faire batre au
marteau des Trompetes d'argent
pour affembler le Peuple , regler
16 MERCURE
la marche , & les mouvemens
diférens de l'Armée , annoncer
les Feftes , & folemnifer les Sacrifices.
L'Eglife fait fervir les Cloches
à une Milice plus fainte , &
à des Miſteres & des Sacrifices
incomparablement plus auguftes,
dont ceux de la Loy de Moïfe
n'ont efté que la figure. Apres la
Leçon , le Sous Diacre fe mit à
genoux , & reçeut la Benédiction
de Monfieur l'Archevêque.
Puis s'eftant levé , il alla demander
à Leurs Majeftez fous 'quel
Nom Elles vouloient que la Cloche
fuſt benie. Le Roy l'appella
Emanuel - Loüife - Theréfe . Si toft
que ces noms luy eurent efté
donnez , Monfieur l'Archevefque
en fonna trois coups . Le Roy
& la Reyne ayant fait la mefme
chofe , on luy ofta de nouveau
fa Mitre , & il entonna une Antienne.
GALANT
17
tienne . Enfuite ayant reçeu l'Afperfoir
de la main du Diacre , il
le trempa dans le Beniftier , &
commença les Afperfions , faifant
une fois le tour de la Cloche.
Elles furent continuées par le
Diacre & le Soufdiacre , & l'un
& l'autre effuya la Cloche avec
les Servietes préparées. Pendant
cela , le Choeur chantoit en
plein - chant le Pleaume Afferte
Domino Filij Dei . Ce Pleaume eft
un recit du bruit que la Puiffance
de Dieu fait entendre fur les
Eaux , quand il veut remplir fes
Ennemis de frayeur , en mefme
temps qu'il fait joüir fon Peuple
d'une paix profonde. Le mefme
Pleaume marque la Vocation des
Gentils à la Grace de l'Evangile.
Apres qu'il fut achevé , on dit
l'Antienne pendant laquelle
Monfieur l'Archevefque lava fes
>
mains;
18 MERCURE
mains ; & le Diacre luy ayant
prefenté le Vaſe des faintes Huiles
ouvert , il en fit une Onction
en croix fur la Cloche avec le
pouce , à l'endroit où eft une
Croix en relief. Puis il dit une
Oraiſon , par laquelle l'Eglife
demande à Dieu , que comme
dans l'ancienne Loy il a commandé
à Moïfe qu'il fift faire des
Trompetes pour fervir à fon Culte
, & dans les neceffitez publiques
, il luy plaife auffi dans la
Loy nouvelle joindre le mouvement
de la Grace à l'impreffion
que le fon des Cloches fera dans
l'ame des Fidelles , afin que leur
foy augmente par la Grace du
Saint Efprit, que les tempeftes &
les orages ceffent , que les Puiffances
de l'air , dont Noftre Seigncur
a triomphé par la Croix,
foient mifes en fuite à la veuë de
celle
GALANT. 19
celle qui eft marquée fur la Cloche
, & que les Démons foient
vaincus par le Sauveur du Monde
, au Nom de qui toute Creature
fléchit le genoüil dans le
Ciel , dans la Terre , & dans les
Enfers. Cette priere finie , M
l'Archevefque reprit fa Mitre, &
effuya avec du coton l'endroit
dela Cloche où il avoit fait l'On-
&ion , & fon pouce avec la mie
de pain préparée. Puis eftant debout
& découvert,il entonna une
feconde Antienne , & le Choeur
chanta le Pfeaume Exultate Deo,
pendant lequel Monfieur l'Archevefque
fit avec les mefme's
faintes - Huiles fept Onctions en
croix avec le pouce fur le dehors
de la Cloche, dans les lieux
marquez. Il en fit quatre autres
avecle faint- Chrefme au dedans
de la Cloche , aux endroits auffi
mar
1
20 MERCURE
marquez , à l'exemple de ce qui
fe faifoit dans l'Ancien Teftament
, où Dieu avoit ordonné à
Moïfe de confacrer les Vafes du
Tabernacle , avec le Chrême,
dont le Grand Preftre eftoit confacré.
Parle Pfeaume qu'on chanta
pendant que l'on fit ces Onctions,
le Prophete invite le Peuple
d'Ifraël à fe fervir de Trompetes
, & de toutes fortes d'Inftrumens
de Mufique , pour rendre
grace à Dieu de l'avoir délivré
de la captivité d'Egipte. Cette
captivité repréſente celle où le
peché nous affujetit ; & la liberté
que Dieu donna à fon Peuple,
eft la Figure de celle qu'il donne
à fes Enfans, & des graces dont
il les comble dans la Loy nouvelle.
Le Pfeaume en renferme la
prédiction , & elles font figurées
par les onctions dont fe fert l'Eglife.
GALANT. 21
glife . Apres l'Antienne , Monfieur
l'Archevefque debout &
découvert , chanta une autre
Oraiſon, par laquelle l'Eglife demande
à Dieu , que comme en
préſence de l'Arche , il renverfa
les Murailles de Jéricho au bruit
des Trompetes , de mefme il luy
plaife diffiper les forces des Puiffances
invifibles , & reprimer la
violence des Démons , lors que
les Chreftiensexcitez parles Clo.
ches luy demanderont fes Graces,
qui font figurées par les Onctions.
Monfieur l'Archevefque
ayant entonné une troifiéme Antienne,
& eftant affis & couvert ,
le Diacre luy préfenta l'Encenfoir,
& le Soufdiacre la Navete,
dans laquelle il y avoit de l'Encens
, de la Myrrhe, & des Paftilles.
Il prit de tout ce qui eftoit
dans la Navete , & le mit dans
l'En
22 MERCURE
que
l'Encenfoir fans benir. Cependant
le Choeur chanta en Mufile
Pfeaume Laudate Dominum
infanctis ejus , & le Diacre
mit l'Encenfoir fous la Cloche .
Les Peres de l'Eglife ayant comparé
aux parfums les louanges
que nous donnons à Dieu , c'eſt
avec raifon qu'on fe fert de leur
odeur en beniffant les Cloches
qui invitent à le louer , & que
l'Eglife chante en mefme temps
le Pleaume que je viens de vous
marquer, puis qu'il engage toutes
les Creatures à employer toutes
fortes d'Inftrumens de Muſi.
que, pour rendre à Dieu le tribut
des louanges que les Fidelles luy
doivent. L'Antienne qui fuivit
ce Pfeaume eftant achevée ,
Monfieur l'Archevefque chanta
une Oraiſon, que l'Eglife adref.
fe au Sauveur du Monde. Elle
demande
GALANT. 23
demande par cette Oraifon , que
de mefme qu'il appaifa la tempefte
dont la Nacelle où il eftoit
endormy eftoit menacée , il ait la
bonté de fecourir fon Peuple
dans fes befoins , afin que par fa
puiffance les Démons foient confondus,
que les Fidelles foient fortifiez
dans la Foy , & que comme
dans l'ancienne Loy , Dieu jettoit
fouvent la terreur parmy les
Ennemis de fon Peuple par des
bruits qu'il leur foifoit entendre,
& qu'il s'eftoit engagé de le ſecourir
quand il fe ferviroit des
Trompetes qu'il luy avoit ordonné
de fabriquer , de mefme il luy
plaife au bruit de ce Signal , conferverles
Chrêtiens & tout ce qui
leur appartient , & les défendre
des infultes de leurs Ennemis.
Cette Oraifon fut fuivie d'un
Evangile felon Saint Mathieu,
que
24 MERCURE
que le Diacre alla chanter fur le
Pupitre que l'on avoit préparé .
Dans cet Evangile le Sauveur du
Monde parle à fes Difciples du
Jugement dernier , & dit que les
Anges fe ferviront de Trompetes ,
c'eft à dire, d'un bruit qui ne peut
eftre mieux exprimé que par celuy
des Trompetes , pour faire
affémbler les Elûs de toutes les
Parties du Monde ; & fi Origene
a dit que les Trompetes de l'Ancien
Teftament ont efté la figure
de celles du Jugement dernier,
on peut dire que les Cloches le
repréſentent auffi , puis qu'elles
raffemblent les Fidelles dans les
Eglifes , comme les Trompetes
raffembleront tous les Hommes
au jour du Jugement . Monfieur
l'Archevefque finit la Cerémonie
par la Bénédiction folemnelle.
Le Roy & la Reyne la reçeu-
-rent
GALANT. 25
rent à genoux. Apres la Benédiction
, ce Prélat defcendit de la
Plate - forme par le milieu de la
Nef , fans reconduire le Roy
parce qu'il eftoit conduit pontificalement.
I laiffa le foin au
Chapitre de voir monter Leurs
Majeftez en Carroffe . Elles partirent
tres -fatisfaites de la Mufique
de Monfieur Mignon.
Vous me demandez qui a remporté
le Prix des Bouts- rimez ,
propofez depuis deux mois par
ce fçavant Maitre de Mufique.
Il n'a point encor efté donné . Si
ceux que Sa Majefté a nommez
pour Juges , prononcent avant
queje finiffe ma Lettre , je vous
envoyeray le Sonnet victorieux .
En voicy cependant quatre fur
les mefines Bouts-rimez . Le premier
eft de Monfieur Gardien ;
le fecond , de Mademoiſelle Fré-
May 1682 .
B
26
MERCURE
din de Pontoife ; le troifiéme , de
Monfieur Philibert d'Antibe ; &
le quatrième,de Monfieur Aftier ,
Prieur d'Avignon .
A LA GLOIRE DU ROY,
Sur les vains Projets des autres
Puiflances jaloufes de fa
grandeur.
V°
Ous qui toûjours vaincus avez
l'orgueil du Pan ,
Et la malignité qu'on voit dans la
Guenuche ,
Quand vousferiez encor plus diables
que Satan ,
Ilfaut devant LOVIS estre auffi
doux
que Pluche.
**
De mefme qu'un Lion fans peine
abat un Fan,
Et qu'il ne faut qu'un Cocq pour
détruire une Ruche ,
Ge
GALANT. 27
Ce Roy vous perdroit tous avant la
fin de l'An ,
Etferiez -vous defer , ilferoit une
Autruche.
**
Avecfon amitié tout bonheur vous
eft hoc ;
Se le rendre ennemy , c'eft faire un
mauvais troc ,
Songez qu'impunément on ne luy
fait point niche.
**
Vos projets dont il fait & le Pour
& le Par ,
Vousprofiteroient moins que des ter
res en friche.
Demeurezen repos , point de Mais,
point de Car.
AU ROY.
Our parler de LOVIS, fautil
que le Dieu Pari Pour
Entre dans un Sonnet avec une
Guenuche ? Bij
28
MERCURE
L'Eloge d'un Héros quadre- t-il à
Satan ,
Et peut-on accorder la Cuiraffe &
la Pluche ?
Ah ! ce deffein me rend plus timide
qu'un Fan ,
Plus ardente cent fois que l'Abeille
enfa Ruche ,
Plustrifte qu'un Joueurfur qui l'on
fait bar-lan ,
Et plus âpre qu'un Maure à pour-
Suivre une Autruche...
*£ 3
Cependant c'en eft fait , & le Sonnet
m'eft hoc ;
Grand Roy , de vous pour Mars je
ne ferois pas troc,
Ilfaut qu'en vous voyant tout Con .
quérant dé- niche.
+3
Vous étes obey , fi- toft qu'on voit
De-Par...
Yos
GALANT. 29
Vos Sujets par vos foins ne laiffent
rien en friche ,
Et vous reverent plus que Carthage
Amil - car.
T
AU ROY.
A Majesté , Grand Roy , confond
l'orgueil du Pan .
Ta prudence fe rit des tours d'une
Guenuche ,
Ta pieté détruit l'idole de Satan,
Et ta valeur rend tout plus fouple
que la Pluche.
*3*
Tes Sujetsfous tes Loix vivent plus
gais qu'un Fan ,!
Ton Royaume eft pour eux une abondante
Ruche ,
lls y goûtent en paix le Miel pendant
tout l'An.
Et font toûjours parez des plumes
de l'Autruche.
B iij
30
MERCURE
3
Si tu veux conquérir , l'Univers`
nous eft hoc .
Quel Peuple ne voudroit faire cet
beureux troc ,
De chaffer les Tyrans pour te mettre
en leur Niche ?
**
L'Ennemy n'a qu'à voir Nec pluribus
im- par ,
Il laiffe fes Remparts & Ses Terres
en friche ,
Et bien fouvent , grand Roy , tu
vaincs par un feul Car.
SUR LA GRANDEUR
DU ROY.
Upiter cederoit au pouvoir du
Dieu Pan ,
Les charmes de Venus à l'air d'une
Guenuche ,
Les
GALAN T. 31
Les Anges de Lumiere aux Enfans
de Satan ,
Et l'éclat de la Pourpre à la plus
vile Pluche ,
**
Le plus fier des Lions au plus timide
Fan ,
La douceur du Nectar à celle d'une
Ruche
齿
•Mille Siecles entiers au plus court
Mois de l'An,
Enfin le volde l'Aigle à celuy d'une
Autruche.
子
Plutôt que les deffeins de Lovis ne
foient hoc,
Qu'il ait pour s'agrandir befoin de
faire troc ,
Qu'il ne foit de la Gloire adoré
dansfa Niche ,
Que tout nefoit foumis à fonfeul
mot De-Par,
Bij
32 MERCURE
Qu'on trouve des Etats qu'il ne réduife
en friche , ad
Quand de fon bon Plaifir il fera
voir le Car.
Pour engager tous les beaux
Efprits à travailler , l'efpoir d'acquerir
une Médaille du Roy
eftoit une douce amorce. Cependant
il s'eft trouvé une aimable
Fille que cet avantage n'a pû
toucher. Elle s'en eft expliquée
par ces quatre Vers,
Un coeur comme le mien ne veut
point de Médaille ,
Sans le Souverain Bien tout meparoiſt
un mal. ,2011
Promettez- moy l'original ,
Si vous voulez queje travaille .
Sa Majesté qui ne laiffe point
de mérite fans recompenfe , a
donné
GALANT. 33
donné depuis un mois la Lieutenance
de Roy de la Citadelle de
Strafbourg à Monfieur de Montbrun,
Major du Regiment d'Anjou
, qui a fervy pendant vinge
années avec toute l'affiduité poffible
dans ce Regiment , & dans
celuy de la Reyne. Il eft Cadet
de la Maifon de Mont- clar-
Montbrun , l'une des plus anciennes
& des mieux alliées de la
Haute - Auvergne. On en connoift
l'ancienneté & la nobleffe ,
en ce qu'il prouve fa filiation depuis
Maurinot de Montclar qui
vivoit en 1260. & qu'il fait voir
dans les 32. Quartiers de fes Alliances
, les Maifons d'Epinchal,
Chalus - Cordez , Chabannes-
Curton, Blanchefort , la Rochefoucault
,
Saint Martial Drugeac , Hautefort
, Polignac , Pompadour,
Bois des Cordes ,
·
B v
34
MERCURE
Clermont , Poitiers - Valentinois ,
Montmorin - S. Héran , Joyeuſe ,
Urfé , Entragues - Balfac , & plufieurs
autres. Ce Maurinor de
Montclar , Tige des Barons de
Montbrun , eut un Frere aîné
nommé Rigald , Seigneur de
Chambres , qui fut Ayeul d'Aimery.
Cet Aimery laiffa une Fille
unique, nommée Magdelaine,
Dame de Montclar & de Chambres
, laquelle avant l'an 1364.
fut mariée avec Elie de Noailles,
dont font defcendus les Comtes
& Ducs de Noailles , Marquis de
Monclar. Quant à Maurinot , il
fut Ayeul d'Aftorg & de Louis
de Montclar . Aftorg eut pour
Fils Bernard, qui en 1362. époufa
Marguerite d'Efcoraille , Dame
de Montbrun , en mefme
temps que Raimond Seigneur
d'Efcoraille & de Rouffille, Frere
de
GALANT.
35
de Marguerite , époufa Marie de
Montclar , Dame de Montpanthier,
Fille unique de Louis , Oncle
de Bernard , & de Dauphine
de Grifer , Dame de Mont
panthier. De ce Bernard de
Montclar , Baron de Montbrun
à caufe de fa Femme , & qui fut
Bailly de la Haute - Auvergne,
defcend dans le neufviéme degré
de generation Gilbert de
Montclar, dit Montbrun, aujourd'huy
Lieutenant de Roy de la
Citadelle de Straſbourg , dernier
Fils de Jean de Montclar , Baron
de Montbrun, mort en Hollande
en fervant Sa Majeſté. Il eſt Oncle
d'Hercule de Montclar, Marquis
de Montbrun , Fils de Gafpard
de Montclar , Baron de
Montbrun, fon Frere aîné , & de
Juilete de Fontange- Macemont,
Dame de la Roque des Arcs en
Quercy. La
36 MERCURE
La Lieutenance de Roy de la
Ville & Citadelle de Mezieres,
qu'avoit feu Monfieur de Bouteville
, a efté donnée à Monfieur
le Chevalier de Montifon , Commandant
d'un Bataillon , & ancien
Capitaine au Regiment de
Picardie, Sa Majesté l'en gratifia
le 2. de l'autre mois . Il fe rendit
le 15. à Mezieres , accompagné
de Meffieurs les Lieutenans de
Roy de Charleville & Mont-
Olympe , des deux Majors , &
de plufieurs autres' Officiers ; &
ayant efté conduit à l'Hoſtel de
Ville , apres que fa Commiffion
eut efté leue , il y prefta le Serment
entre les mains de Monfieur
de Lanfon , Gouverneur de
cette Place . Il fut fait Capitaine
dans Poitou dés l'année 165 1 .
Ayde de Camp General en 1655.
Major du mefme Regiment de
Poitou
GALANT.
37
Poitou en 1663. Capitaine dans
Picardie en 1671. Inspecteur des
Troupes d'Infanterie dans la
Province d'Artois en 1673. &
Commandant neuf Compagnies
de Picardie en 1679. Defi longs
fervices ne pouvoient manquer
de récompenfe fous un Prince qui
voit tout , & qui n'oublie rien .
La Fable que vous allez voir
pourra eftre utile à bien des
Amans. Elle m'a efté envoyée
fous le nom de la Muſe naiffante
de Poitiers, tron
LE ROSSIGNOL.
D
FABLE.
Ans un agreable Bocage ,
Au temps que les beaux jours
Ramenent les Plaisirs , les Jeux, &
les Amours,
Et
38
MERCURE
Et que tout rit dans le Village,
Un Roffignol voyant ,fans Fâcheux,
fans faloux,
Le Berger avec fa Bergere,
Qui tour- à- tour fur la Fongere
Goûtoient d'un tendre amour les
charmes les plus doux,
Crût qu'il devoit auſſi faire des
amouretes .
Qui m'empeſche , dit- il , d'eſtre
heureux comme vous ?
Je n'entens pas mal les fleuretes ;
Et puis , quand on fe mefle une
fois d'en conter,
On trouve aifément des Coquetes
Qui veulent bien nous écouter.
***
Aupres d'une jeune Hirondelle
Le Roffignol alla faire fa cour,
Et fes foûpirs en moins d'un jour
Firent croire à la Belle
Que pour elle il brûloit d'amour.
En
GALANT. 39
En effet , il fentoit dans l'ame
Ie- ne-fçay quel panchant
Qui le rempliffoit tout de flâme.
Pour luy la Belle avoit un charme
bien touchant,
C'est qu'elle n'eftoit pas comme les
Inhumaines,
Qui fe font un plaifir charmant
De faire languir un Amant.
Mais à luy refifter elle euft perdu
fes peines ,
Le Roffignol eftoit galant ,
Il avoit en amour un merveilleux
talent ,
Et pour peu qu'il vouluſt attaquer
la plus fiere ,
Ilfe tenoit feûr de luyplaire.
+3
Bientoft dans ce riant Sejour,
Les Feftes & les Promenades,
Les Rendez - vous , Les Serenades,
Firent éclaterfon amour ;
Et de tendre Amant nuit & jour
Cache
40 MERCURE
Caché fous de jeunes feuillages,
Apprenoitfes tendres ramages
A tous les Echos d'alentour.
Mais belas
mante
cette voix char-.
Dont il faifoit tout fon appuy,
Bien loin de remplir fon attente,
Fut bientoft funefte pour luy.`
+3
Un matin que la belle Flore
Recevoit dans fon fein les larmes
de l'Aurore,
Et que tout brilloit dans les champs,
Vn Berger attiré par les aimables
chant's
Dont noftre Roffignol felonfon ordi-
-naire
Rempliffoit ce Lieufolitaire,
Fit auffitoft entendre un Flageolet
Dont le fon avoit dequoy plaire..
Le ne fçay s'iljoua Sarabande , ou
Balet ,
Mais l'Oyfeau demeura muet.
Qui
GALAN T.
41
Qui diable , difoit- il , tâche à me
contrefaire ?
Apparemment c'eft un Rival.
Ah l'Importun ! que je luy veux
de mal,
Et que je hay la voix , ou fa Mufetc!
Ce n'est pourtant qu'une Mazete
,
Et je pourrois luy donner des
leçons .
En mefme temps le Roẞignol peu
Sage
Entonne cinq ou fix Chanfons,
Et s'efforce par fon ramage
D'égaler du Berger les tons doux
& touchans .
Tous fes efforts font impuiffans,
Le petit Animal fe laffe ,
Tandis que le Berger qui redouble
fou jeu
Se divertit de fa difgrace.
Cependant l'Oyfeau plein de feu,
Enflé
42 MERCURE
Enfle d'une nouvelle audace ,
Tache encor d'avoir le deffus,
Animé par fa Belle ;
Mais tousfes chants fontfuperflus.
Comme le Cygne , alors que fon
deftin l'appelle, up 13
Et qu'on le voit preft d'expirer,
Bien loin de foûpirer ,
Pouffe fur les bords du Méandre
Vne voix amoureuse & tendre ; T
Ainfile Roffignolaccablé de lagueur ,
Ramaffe pour chanter un refte de
vigueur ,
Etfait entendre un Airfort agreable;
Mais la voix luymanquant, lepetit
Miférable
Tombant fans force &fans chaleur,
N'eut pas mefme le temps de plaindre
fon malheur.
* 3+
Ieunes coeurs qui cherche à plaire,
Apprenez à vous ménager.
Ges
GALAN T.
43
Ces efforts que l'Amour vous oblige
:
de faire,
Nefe font jamais fans danger.
Les foins & la belle dépense
Peuvent fléchir une Beauté,
On abat par là fa fierté ;
Mais fi l'on veut aimer , c'eſt un
trait de prudence,
De conferverſa bource &fafanté,
On a eu nouvelles du 8. de ce
mois , que l'Efcadre commandée
par Monfieur le Marquis de
Preüilly- de Humieres , Lieutenant
General des Armées Navales
du Roy , eftoit fur le point de
partir de Breft.Les ordres étoient
donnez pour fe mettre en mer le
lendemain. Elle eſt composée de
cinq Navires de guerre , appellez
l'Ardent, le Comte , l'Etoile, l Hercule
, & l'Hyrondelle ; d'un Brulot
, d'une Flute & d'une
petite
44
MERCURE
petite Frégate . Voicy la Lifte
des Officiers qui font fur ces Navires.
Sur l'Ardent.
•
Mr le Marquis de Preüilly ,
Frere de Monfieur le Maréchal
de Humieres.
Monfieur Vaudricourt , Capitaine
..
Monfieur Champmeffin Defnots
, Lieutenant. Il a épousé depuis
un mois Mademoiſelle de
Leintré , Fille du Lieutenant de
Roy du Chafteau de Breſt.
Monfieur le Chevalier de
Bayers , Second Lieutenant .
Monfieur le Chevalier de
Beaujeu , Enfeigne , Frere du
Commandeur de Malte .
Monfieur le Chevalier de
Courbon Blénac , Second Enſeig.
ne. Il a l'honneur d'eftre allié à
Monfieur le Prince.
Monfieur
GALANT. 45
Monfieur le Marquis de la Riviere,
autre Enfeigne.
Sur le Comte.
Monfieur le Comte de Sourdis ,
Chef d'Efcadre.
Monfieur le Chevalier de
Fourbin, Capitaine . Il eft Neveu
de Monfieur le Chevalier de.
Fourbin, Capitaine des Moufquetaires.
Monfieur de Sainte - Marthe,
Lieutenant. Ila efté Gouverneur
de l'ifle de Bourbon , ou Mafcarin
.
Monfieur Gaudimar , Second
Lieutenant. Il a abjuré la Religion
P. R.
ne.
Monfieur Defcartes , Enfeig-
Monfieur Scibois, Second Enfeigne.
Monfieur le Chevalier de Lanion
, autre Enfeigne . Il fut pris
l'année
46. MERCURE
l'année derniere à Salé par des
Sujets du Roy de Maroc .
Sur l'Etoile.
Monfieur Foran, Capitaine .
Monfieur de Pallieres , autre
Capitaine. Il'eft Fils de Madame
de Pallieres , Sous-Gouvernante
des Enfans de France, & a époufé
Mademoiſelle de Bois-de- la
Roche.
Monfieur Defcorbiac , Lieutenant.
Il a abjuré l'Heréfie de
Calvin .
Monfieur Dorogne, autre Lieutenant.
Monfieur Carcavi , Enſeigne.
Monfieur Parifot , autre Enfeigne.
Sur l'Hercule,
Monfieur le Chevalier de Nef.
mond. Il eſt Neveu du Préſident
de ce nom .
Monfieur de Rouvrois , autre
Capitaine.
GALANT.
47
Capitaine. Il eſt Fils de Madame
de Rouvrois , qui a eſté Gouvernante
des Filles de la Reyne.
Monfieur de S. André - Montméjan,
Lieutenant .
Monfieur de la Luzerne , Second
Lieutenant. Il eft Fils de
Monfieur le Marquir de la Luzerne
, Gouverneur de Monfieur
l'Admiral.
Monfieur de Villers,Enfeigne.
Monfieur de la Treille, Enfeigne
en fecond.
Monfieur de Blénac,autre Enfeigne
. Il eft Fils de Monfieur le
Marquis de Blénac , Viceroy à
l'Amérique .
Sur l'Hyrondelle.
Monfieur le Comte d'Eftrées ,
Capitaine . Ileft Fils de Monfieur
le Maréchal d'Eftrées
Admiral.
>
Vice-
Monfieur de Serquigny,Capitaine
48
MERCURE
taine en fecond . Il eft Neveu
de Monfieur le Chevalier, de
Tourville , Lieutenant General
des Armées Navales , & a époufé
depuis peu de jours la belle
& fpirituelle Mademoifelle de
Beaurepos .
Monfieur Tivas , Lieutenant.
Monfieur Beauffier , Second
Lieutenant.
Meffieurs la Chefnau , d'Entragues
, & Monlouet , Enfeignes.
A
T
Ces Vaiffeaux doivent aller
du cofté d'Alger , où ils joindront
Monfieur le Chevalier
de Léry , Chef d'Efcadre , qui
eft party de Toulon le 4. de ce
mois avec trois Vaiffeaux du
Roy...
Je viens de voir une Lettre écrite
de Blois, dans la quellej'ay leû
une chofe que vous trouverez
tres
GALANT. 49
,
& dont les
tres-furprenante
Medecins & les Philofophes auroient
de la peine à donner une
raifon qui puft fatisfaire. Il y a
deux ans qu'une jeune Fille , qui
n'en a préfentemet que dix- fept,
laiffa tomber le couvercle d'un
Cofre fur fa main , qui devint
extraordinairement enflée. La
douleur qu'elle fentit fut fi violente,
qu'elle l'obligea de fe confier
aux Chirurgiens de l'Hôtel
- Dieu de Blois , qui luy firent
une incifion & tirerent de
fa playe un morceau de fer , un
autre de bois , & en fuite des
épingles , qu'ils ont continué d'en
tirer jufqu'à préfent. Il y a fort
peu de jours qu'on en fit fortir
la foixantiéme. Cette Fille , qu'on
appelle Catherine Marchais ,
femble eftre guérie dans de certains
temps ; mais toutes les fois
May 1682 .
>
C
50
MERCURE
qu'elle recommence à travailler ,
elle eft obligée de ſe faire faire
des incifions pour tirer de nouvelles
épingles qui fe prefentent.
Siles Sçavans de voſtre Province
veulent dire ce qu'ils penfent
d'un accident fi nouveau, ils obligeront
tous les Curieux.
!
Madame de Hodic , Veuve
de Meffire Pierre de Hodic,
Comte de Marly - la - Ville , Confeiller
en la Grand'Chambre , &
auparavant Préfident aux Enqueftes
, eft morte icy depuis
peu de jours. Elle s'appelloit
Claude Phelypeaux , & eftoit
Mere de Monfieur de Hodic
Maistre des Requeftes , & de
Madame Dargouges , Femme de
Monfieur Dargouges , Confeiller
d'Etat , qui a efté Premier
Préfident du Parlement de Bretagne
.
"
Sa
GALANT. SA
Sa mort a efté fuivie de
celle de Dame Françoiſe
Roüalle , Femme de Meffire
Louis - François Gourreau , Seigneur
de la Prouftiere & du
Boisgillou , Confeiller au Parlement
, & Préfident aux Enqueftes.
Quoy que les Belles femblent
eftre nées pour pouvoir tout fur
les Hommes , il eft quelquefois
dangereux pour elles de fe prevaloir
injuftement de cet avantage
. Vous l'allez connoistre par
l'Avanture dont j'ay à vous faire
part. Un Cavalier s'eftant rencontré
un jour dans une Affemblée
avec une jeune Veuve, plus
brillante encor par fon efprit
que par fa perfonne , fe plût fi
fort à l'entretenir , que l'eftant
enfuite allé voir chés elle , infenfiblement
il s'en fit une habitua
Cij
52
MERCURE
de. La Dame eftoit de ces Femmes
agreables , dont les manieres
flateules ont je - ne - ſçay - quoy
d'infinuant , qui gagne le coeur
de tous ceux qui les approchent .
Pour peu qu'on l'euft veuë , on
brûloit d'envie de la revoir , &
quand quelqu'un eftoit fait de
forte que fa conquefte luy puſt
faire honneur elle fe fervoit ?
de moyens fi engageans pour l'amener
où elle vouloit , qu'il eftoit
prefque impoffible qu'on luy
échapât . Parmy un affez petit
nombre de Gens de mérite dont
elle foufroit que fa Cour, fuft
composée , le Cavalier eftoit celuy
qu'elle recevoit avec de plus
fortes marques d'une veritable
eftime . Auffi méritoit - il bien
qu'on le diſtinguât . Rien ne luy
manquoit de ce qui fait l'honnefte
Homme , & dans quelque
lieu
GALANT. 53
lieu qu'il euft voulu fe rendre affidu
, on fe fuft fait un plaifir de
fes frequentes vifites. La Dame
le ménagea par des complaifances
fi remplies d'honnefteté , que
comme elle luy parut la plus aimable
de toutes les Femmes , il
devint en peu de temps
le plus
amoureux de tous les Hommes.
Sa paffion ne fut point muette.
Illa fit paroiftre dans toute fa
force , & il affura tant de fois la
Dame qu'il ne vivoit , & ne vou
loit vivre que pour elle feule,
qu'elle en fut perfuadée. Cependant
elle avoit fa politique
qui l'engageoit quelquefois
à luy marquer de la défiance:
Pour luy faire voir combien elle
eftoit injufte , il la prioit auffitoft
de luy donner des Articles
à figner, & de prendre jour pour
ma Ciij
54
MERCURE
le mariage. Il eftoit fort riche, &
le party euft accommodé toute
autre qu'elle ; mais ce n'eſtoit
pas ce qu'elle vouloit . Elle avoit
du Bien de fon côté , & trois ans
de mariage luy avoient appris
que l'Homme du monde le plus
amoureux , ceffe d'eftre Amant
auffi- toft qu'il eft Mary. Une
épreuve fi fâcheuſe l'avoit dégoûtée
du Sacrement , & le feul
plaifir de fe voir aimée , eftoit ce
qu'elle cherchoit dans l'engagement
qu'elle laiffoit prendre.Ainfle
Cavalier eut beau dire qu'il
étoit preft d'époufer . La Dame
fe contenta de tirer parole, qu'il
n'auroit jamais d'autre Femme
qu'elle , & quand il la preffoit de
conclure , elle avoit toûjours des
raifons pour diférer. Toutes ces
remiſes augmentant fa paffion , il
redoubla fon attachement , mais
се
GALANT .
55
ce fut en vain qu'il luy en donna.
de nouvelles marques. L'effet ,
qu'elles produifirent,fut tout oppofé
à celuy qu'il attendoit . Elles
luy firent connoiftre qu'il ne pouvoit
plus fe degager, & come elle
fe tint feûre d'un entier triomphe ,
elle voulut en jouir fans plus fe
contraindre. Ainfi elle retrancha
une partie de ces complaifances
qui avoient aidé a l'affujetir , &
ceffa de s'obferver fur un defaut
qui luy eftoit naturel , & qu'elle!
fçavoit cacher, quand elle cherchoit
à plaire. Elle eftoit fujete à
des inégalitez d'humeut,defefpérantes
pour ceux qui l'aimoient,
& le Cavalier en fit une rude
épreuve. Il y avoit des momens,
où elle tomboit
dans
unefroideur
que tout fon amour ne pouvoit
vaincre. Plus il s'en plaignoit, plus
elle affectoit de paroître indifé-
C iiij
56
MERCURE
rente, & ce qu'il trouvoit de plus
cruel, c'eft qu'elle vouloit luy faire
croire, qu'elle avoit toûjours agy
de la même forte , & que fes plaintes
venoient de ce qu'il changeoit
d'humeur.Le lendemain c'eſtoiet
des honneftetez qui le rengageoient
plus fortement ; mais fes
affaires n'en eftoient pas en meilleur
état.Elle ne refolvoit rie pour
le temps du mariage, & retomboit
fi fouvent dans fes inégalitez ,qu'à
la fin le Cavalier craignit de la mal
connoître. Dans cette crainte il
voulut fçavoir plus préciſement
quels fentimés elle avoit pour luy,
& crut que le moyen le plus feûr
d'en venir à bour, eftoit de la voir
moins affiduëmér. Cette conduite
alarma la Dame. La peur qu'elle
eut de le perdre luy fit fentir que
l'amour avoit pris fur elle plus
de pouvoir qu'elle n'avoit crû.
Le
GALANT.
57
Le relâchement du Cavalier fembla
luy donner un nouveau mérite
, & toute remplie de ce qu'il
valoit, quoy qu'elle n'euft aucune
pensée de l'époufer , elle connut
que fa veuë eftoit neceffaire
à fon bonheur. Apres qu'il eut
paffé quelque temps fans que fes
vifites fuffent ny auffi longues, ny
auffi fréquentes qu'à l'ordinaire,
elle fe plaignit de fon peu d'empreffement.
Cette plainte eftoit
ce qu'il avoit fouhaité. Il luy témoigna
que fes froideurs le mettant
au défeſpoir , il eftoit contraint
de la voir plus rarement,
pour luy épargner les juftes reproches
que luy faifoient fes chagrins.
Elle prit alors fon air flateur,
& en luy difant qu'ilfe connoiffoit
bien peu en tendreffe,"
s'il s'alarmoit de la voir éprouver
fa fermeté , elle donna tant d'ar-
C v
58 MERCURE
deur à fon amour , qu'il l'affura
par mille nouveaux fermens, que
quoy qu'elle fift , l'avantage de
luy plaire feroit à jamais fa plus
forte paffion. Le Cavalier gouſta
pendant quelques jours toutes
les douceurs que l'amour attache
à un veritable raccommodement,
mais elles furent de courte durée.
La Dame qui crut avoir reconnu
fon foible , s'embaraffa peu dele
ménager. Elle demeura perfuadée
que trois paroles flateufes
réveilleroient fa tendreffe,quand
fes froideurs l'auroient fait languir,
& cette affurance qu'elle fe
donna trop imprudemment, la fit
de nouveau s'abandonner au
panchant capricieux qui la rendoit
inégale C'eftoit aujourd'huy
un enjouëment merveilleux , &
le jour fuivant , une réverie infuportable.
Le Cavalier , pour ne
fe
GALANT.
59
fe point démentir , foufrit fa bizarre
humeur fans luy faire aucune
plainte. Il examina ce qui
Epouvoiten eftre la caufe, & n'eut
pas de peine à s'apercevoir qu'elle
l'avoit en vain rejettée fur l'é-
= preuve qu'elle prétendoit av it
7 voulu faire de fa paffion. Plus il
s'attacha àl'étudier ,plus il recon-
1 nut qu'elle fuivoit fon tempérament
, & que c'eftoit un défaut
dont une longue habitude l'empefchoit
de fe défaire.Quoy que
ce défaut luy fift de la peine, il ne
laiffoit pas de la prier en de certains
jours heureux , de vouloir
fixer un temps pour le mariage
dont elle avoit fa parole .Il réitera
tant de fois cette priere , qu'elle
luy dit un jour fiérement , qu'un
Amant foumis , & qui s'aimoit
moins que fa Maistreffe , n'éxi-
#geoit jamais, & tâchoit de meriter.
60 MERCURE
rompre
ter. Cette réponſe acheva de luy
faire ouvrir les yeux. Il ne douta
plus qu'elle ne cherchaft à l'amufer,
& le dégouft que fes inégalitez
luy faifoient avoir pour elle,
affoibliffant peu à peu fon amour
& fon eftime, il réfolut de
un commerce , qui ne fervoit qu'à
l'embaraffer. Pour en venir infailliblement
à bout , & n'eftre
plus exposé à eſtre la dupe de fes
faux retours , il prit un engagement
fecret avec une fort belle
Perfonne , qui joignoit à la naiffance
beaucoup de mérite, & un
bien confidérable . Cette paffion
le guérit de la premiere . Comme
il n'eftoit plus touché de la Dame,
vous pouvez croire qu'il diminua
fes foins. Elle crut d'abord
le rappeller quand elle voudroit,
& s'alarma peu de fa négligence.
Les premieres plaintes qu'elle luy
en
GALANT. 61
en fit, furent mefme affez legeres .
Elle vouloit le voir revenir par
l'indifpenfable neceffité qu'elle
fupofoit en luy , de faire tout fon
bonheur du plaifir d'eftre aupres
d'elle ; mais quand elle vit qu'il
continüoit à fe relâcher, elle s'em.
porta à des reproches plus aigres,
& ces reproches n'ayant rien.
produit , elle employa tant de
Gens à s'informer de ce qu'il faifoit,
& dans quels lieux il alloit,
qu'enfin elle fut inftruite de fon
changement. Jugez quel coup de
foudre pour elle. Non feulement
elle découvrit qu'il aimoit ailleurs,
mais qu'il y avoit un Contract
figné, & qu'on devoit faire
dans fort peu de jours la cerémonie
des Epoufailles.Cette nouvelle
mit la Dame au deſeſpoir.
Malgré fon averfion pour le Mariage,
elle aimoit le Cavalier , &
le
62 MERCURE
le dépit de le perdre mit fa raifon
dans un fi cruel defordre ,que
pleine d'impatience, elle alla chez
luy dés ce mefme inftant , pour
apprendre de fa bouche ce qu'il
falloit qu'elle cruſt. Il luy avoüa
l'engagement où il s'eftoit mis ,
& prétendit que par les retardemens
qu'elle avoit toûjours apportez
à fon bonheur , il eftoit
affez dégagé de fa parole . Il adjoûta
qu'elle ne l'avoit jamais aimé,
& que fi elle prenoit quelque
plaifir à le voir, c'eftoit feulement
parce qu'il aidoit à la divertir.El .
le fe fervit des termes les plus flateurs
pour luy faire croire qu'il jugeoit
mal de fes fentimens,& pour
le convaincre de la fincere tendreffe
qu'elle avoit pourluy , elle
l'affura que dans un mois toutes
les affaires qui la retenoient feroient
terminées , & qu'alors il
pren
GALANT.
63
prendroit jour pour ce qu'ils s'eftoient
mutuellement promis.Il répondit
qu'elle l'amufoit depuis
trop longtemps pour luy donner
lieu de fe repofer fur cette affurance;
& enfin, foit qu'elle fuft réfoluë
à ſe vaincre en fafaveurpour
ne pas cederà fa Rivale,foit qu'elle
vouluft feulement l'obliger à
rompre pour mieux triompher de
luy,elle luy dit qu'il fift venir un
Notaire, & que dés le lendemain
elle feroit prefte à l'époufer. Cette
offre qui l'euft charmé autrefois
, ne put le rendre fenfible.
Il demeura dans fa premiere froideur,&
luy répondit fans s'émouvoir
, que dans l'état où eftoient
les chofes , on luy demandoit
inutilement ce qui n'eftoit plus
en fon pouvoir. La Dame outrée
de cette réponſe
le point de luy fauter au coller,
réponſe , fut fur
&
i
64
MERCURE
-
& fi vingt fois il n'euft retenu fa
main , peut eftre euft- il couru
quelque rifque. Le reste du jour
fe paffa en plaintes , tantoft tendres
, tantoft emportées . Le Cavalier
qu'on traitoit de perfide &
de parjure , convenoit du crime
qu'on luy reprochoit , & s'excufant
feulement fur ce qu'on l'avoit
forcé à eftre infidelle , il irritoit
d'autant plus la Dame , que les
chofes obligeantes qu'elle luy difoit
de temps en temps , eftoient
autant de perdu pour elle. La
nuit s'approchant , il la pria dele
laiffer en repos . Une fi cruelle
marque d'indiférence la toucha
fi vivement , qu'elle fortit
prefque hors d'elle- mefme.Apres
l'avoir regardé avec des yeux
tout pleins de colere , elle luy dit
d'un ton réfolu , qu'elle eftoit fa
Femme ; que la parole qu'ils
s'eftoient
GALANT.
65
s'eftoient cent fois donnée , les
engageoit l'un à l'autre , qu'elle
vouloit bien que tout le monde
le fçeuft , & que quoy qu'il fift,
elle ne fortiroit point qu'elle
n'euft les affurances qui luy eftoient
neceffaires. Le Cavalier,
qu'un pareil éclat n'accommodoit
pas , luy dit mille chofes
pour luy remettre l'efprit . Elle
n'en voulut écouter aucune , &
il fut enfin contraint de faire venir
un Officier de Juftice , qui
par ſon autorité puft faire finir
l'embarras où il eftoit. L'Officier
vint en habit décent. La Dame
recommença devant luy fes reproches
& fes plaintes ; & dans
la fureur où la mettoit fon
reffentiment l'apostrophant
quelquefois comme s'il euft
deû répondre de la perfidie
de fon Infidelle , elle fembloit
prefte
>
66 MERCURE
prefte à s'emporter contre luy,
aux dernieres violences. L'Offcier
luy fit connoiftre,que quand
rien n'eftoit écrit , on ne forçoit
point les Gens à fe marier ; & luy
repétant toûjours que fi fes pré,
tentions eftoient légitimes , elle
avoit la voye ouverte pour les
foûtenir,il luy fit fi bien entendre
raifon , qu'apres qu'elle eut contefté
pendant plus d'une heure ,
elleréfolut de s'en retourner chez
elle. Ce ne fut pourtant qu'à
condition que le Cavalier la remeneroit,
parce qu'elle avoit à luy
faire voir des Lettres contre lef
quelles elle prétendoit qu'il auroit
peine à tenir.Le Cavalier promit
de l'accompagner , pourveu
que ce fuft en Carroffe diférent,
afin qu'elle puft reprendre un
peu de tranquillité ; ce qu'elle
ne pourroit faire , s'ils alloient
enfemble,
GALANT. 67
enſemble , puis que fes reproches
continuëroient , rien n'ayant encore
efté capable de les luy faire
ceffer. Elle accepta le party , &
monta dans fon Carroffe. Le
Cavalier , avec l'Officier aupres
de luy , marcha devant dans le
fien. Apres qu'ils eurent paffé
quelques Rues , le Carroffe du
Cavalier s'arrefta , & la Dame mit
auffitoft la tefte hors de la Portiere
pour fçavoir ce que c'eftoit .
On luy dit qu'on faifoit defcendre
l'Officier qui demeuroit à
vingt pas de là dans un détour
où l'on eftoit arrivé , & en effet
elle vit un Homme en robe , à la
lueur du flambeau . Comme fa
préfence luy eftoit peu neceffaire
pour le deffein qu'elle avoit ,
elle fut bien aife qu'il s'en retournaft
. On continua d'avancer
vers fon Quartier ; & quand
-
elle
68 MERCURE
elle fe vit dans fa Rue, elle fe tint
en état de defcendre la premiere ,
ce qu'elle fit auffi - toft qu'on fut
devant la Porte. Elle courut au
Carroffe du Cavalier , pour le
prendre par la main , & empefcher
qu'il ne s'échapaſt ; mais
qu'elle fut fa furpriſe , quand au
lieu de fon Amant , elle apperçeût
l'Officier Cet Officier
s'eftoit défait de fa Robe , & l'avoit
donnée au Cavalier, qui fous
ce déguiſement s'eftoit tiré des
mains de la Dame. Il luy dit , en
luy avoüant la tromperie , qu'il
croyoit luy avoir rendu un bon
office , puis que dans l'état où elle
eftoit, il valoit mieux qu'elle agiſt
par fes Amis que par elle- mefme .
Sa réponſe fut un emportement
de rage qu'on ne fçauroit exprimer.
Elle fe jetta fur luy , le prit
au collet , & ramaffant tout
се
GALANT. 69
la fuce
qu'elle avoit de force , elle luy
fit éprouver par plufieurs coups
redoutez ce que c'est que
reur d'une Femme qui ne fe poffede
plus. On l'arracha de fes
mains , & malgré ceux qui la
retenoient , elle continua de fraper
avec tant de violence , qu'à
la fin n'en pouvant plus ,-elle fe
laiffa tomber entre les mains d'une
Fille qui eftoit venue luy ouvrir
la Porte. On la mena dans fa
Chambre & ce ne fut pas
fans beaucoup de peine . Elle fe
coucha fans prefque fçavoir ce
qu'elle faifoit ; & un tranfport qui
fuivit une groffe fièvre dont elle
fut fur l'heure attaquée , donna
des indices d'une dangereufe
maladie. Huit jours fe pafferent
fans que fa raiſon revinft.
Cet égarement fut favorable
aux deffeins du Cavalier , qui fe
maria
70
MERCURE
maria fans aucun obftacle . Elle
auroit peut- eftre fait un ſecond
éclat , fi la cruelle agitan que
le premier luy avoit caurée , ne
l'euft mife hors d'état de s'abandonner
à ſa jalousie . On m'a dit
qu'apres plus d'un mois de fievre
, elle commence à quitter le
Lit , & que l'on n'a point encor
voulu luy apprendre le mariage
du Cavalier , quoy qu'elle en demande
fouvent des nouvelles.
L'Air nouveau qui fuit eft
d'un des plus fçavans Hommes
que nous ayons en Mufique.
Monfieur Daubaine a fait les
Paroles.
AIR
Nou
NOUVEAU.
Ous nous eftions promis une
amour eternelle ,
Et nous avons tous deux ceffé de
nous aimer.
On
GALANT. 71
On ne sçauroit cependant me blâmer
,
L'ingrate Iris eft feule criminelle.
L'ay Soupiré longtemps fans pouvoir
l'enflâmer,
Et je n'ay pû devenir infidelle
Que longtemps apres elle.
Je croy , Madame , que ce fera
vous faire plaifir que vous donner
Perfe habillé à la Françoife.
Un Homme de qualité dont je
vous ay fait voir plufieurs Fables
fous le nom du Berger Fidelle des
Accates , s'eft fervy de fes penfées
dans la Satyre que je vous
envoye . Elles font tirées de celle
qui commence par Hunc Macrine
diem. Il a voulu n'y employer que
des noms Romains , pour en
mieux garder le caractere.
SATY
72 MERCURE
SATYR E.
Enfin apres deux ans deServi- ces rendus,
De chagrins effuyez , & de foins
affidus ,
Tu vois lejour, Macrin, choify par
ton Amante
Pour estre le témoin de fa fierté
mourante ;
Le jour , dis-je , où l'Hymenfecondant
tes defirs ,
Doit tefaire goûter les plus tendres
plaifirs.
Par quelques grains d'Encens rendstoy
l'Amourpropice ,
Et ne te pique pas d'unplus grand
Sacrifice.
Tu ne veux pas , Macrin , par
dons prétieux
des
Acheter
GALANT. 73
Acheter la faveur , & l'oreille des
Dieux .
Tune veuxpas auffi leur faire des
prieres
Qui foient à la Pudeur comme à
leurs Loix contrairès.
Laiffe à nos Citoyens cette espece de
voeux
Qu'on nesçauroitformerfans en eftre
honteux.
On dit fouvent aux Dieux dans le
temps où nous fommes,
Ce que l'on n'oferoit dire au dernier
des Hommes.
Combien de fois Pifon au pied de
leurs Autels
Leur a - t-ilfait l'aveu de fes feux
criminels ,
Et les a t- ilpriez de fe rendre complices
Dufuccés qu'il voudroit qu'euffent
fes injustices?
May 1682 . D
74
MERCURE
Son Frere que tu fçais eftre aussi fou
que lay,
Leur fait part en fecret defon mortel
ennuy
.
Quoy qu'il aye en partage une pudique
Epoufe,
La Nature l'a fait d'une humeurfi
jaloufe,
Que conftant à lafuivre , il croit à
tout moment
Lavoir s'abandonner aux tranfports
d'un Amant.
Dans fes foupçons jaloux il fouffre
davantage
Qu'un Forçat qui fe voit à deux
doigts du naufrage.
Mais, dy moy, que crois tu que
mande à Pallas
de-
Cette Mere qui tient ſon Enfant
dans fes bras?
Ecoute- la. De grace , invincible
Déeffe,
Dit- elle, à cet Enfant accordez voftre
adreffe, Voftre
GALANT. 75
Voftre coeur , voftre efprit , voftre
fierté , voftre air;
Faites qu'avec Céfar il aille unjour
du pair,
Qu'ilfaffe mieux en Vers que Virgile
& qu'Homere,
Et qu'ilfuive en un mot les traces
defon Pere.
Voila quels font fes voeux. Cotta, ce
débauché,
Dont le vifage eft pâle , & le corps
deffeché,
Apres avoir commis toute forte de
crimes,
Tâche de recouvrer , à force de vitimes,
La fanté, maintenant l'objet defes
defirs,
Qu'ilprodiguoit jadis à d'infames
plaifirs.
Cléopatre prétend parfes chants de
loüange
Obtenir de Bacchus une bonne vandange;
Dij
76 MERCURE
Et fa Fille Barfine, au visage
fleury,
Demandefans remise à l'Amour un
Mary,
Tandis que fa Cadete importuné Cythere
De vouloir luy prefterfes agrémens
pourplaire.
Simon Pere mouroit , dit Narciffe
tout- bas,
Pour vous , grands Dieux , pour vous
que neferois -je pas?
1
Tous lesjoursfans manquer je vous
en rendrois
graces
Par lefang épanché de deux Geniffes
graffes;
Et fimon vieux Coufin , dont j'attens
les grands Biens,
·Alloit voirfes Ayeux aux Champs
Elyfiens,
Avant qu'on euft porté fes cendres
dans la Tombe,
Je vous ferois humer l'odeur d'une
Hecatombe. Ab
GALANT.
77
Ah Chien , ame de boue , efprit fimple
& borné,
Qu'à ramper pour jamais le fort a
condamné,
Penfes - tu que les Dieux au comble
des delices
Soient fi fort affamez de tes grands
facrifices;
Que pour quelques Moutons brûlez
fur leurs Autels,
Ils vendiffent les jours des malheureux
Mortels?
Non,tu juges mal d'eux; ilsfont trop
équitables
Pour livrer l'Innocence aux préfens
des Coupables.
Offre-leur, fi tupeux , avec d'humbles
transports
,
Ce que n'égalent point les plus riches
Tréfors,
C'est à dire, un coeur net , une droiture
d'ame,
D iij
78 MERCURE
Un esprit innocent >
exempts de blâme,
des
moeurs
Vne hautefageffe,un veritable honneur,
Enfin une vertu fans fafte & fans
rigueur.
Voila quelsfont les dons qui leurfont
agreables,
Et qui pourroient les rendre à tes
voeuxfavorables.
J'aurois un long Article à vous
faire , fi je vous marquois toutes
les Converfions dont on ma donné
avis . Les Controverfes que le
P. Aléxis du Buc Théatin continuë
de prefcher tous les Dimanches
, font toûjours fuivies d'un
tres grand fuccés ; & parmy
plufieurs Abjurations du dernier
mois , il a receu celles de Mademoiſelle
Rachel Amiraut , Niéce
du Miniftre de ce nom , & de
Monfieur
·
GALANT. 79
Monfieur Salomon Morin , Neveu
de Monfieur Morin , Miniftres
de Caën.Quand des Perfonnes
qui touchent de pres les plus
éclairez de ceux de la R. P. R. renoncent
à leurs erreurs , on peut
dire qu'elles font bien convaincuës
des véritez de la noftre, puis
que leurs Docteurs intéreffez par
le fang , ne leur peuvent oppofer
d'affez puiffantes raifons pour
les retenir dans la croyance où
elles font nées. Le mefme P.Alexis
du Buc ayant convaincu Madame
Ifabelle Aubeftin , Niéce de
Monfieur Aubeftin Miniftre, elle
a abjuré depuis un mois entre les
mains de Monfieur l'Evefque de
Lavaur.
Le Pere Rochette , qui enfeigne
la Métaphyfique à Arles,
a auffi converty Monfieur d'Arval
de Mareft. Ce changement a
D iiij
So MERCURE
donné beaucoup de joye à toute
la Ville.
Je ne vous dis rien de
quantité
d'Abjurations reçeuës pendant
une Miffion que les Peres
Capucins ont faite à Orbec , petite
Ville de Normandie. Le Pere
Jerothée , Premier Définiteur
de cette Province , & l'un des
plus excellens Prédicateurs de
leur Ordre , en eftoit le Chef. Il у
a eu tous les jours cinq Sermons
pendant deux mois. Outre celuy
qu'il commençoit toûjours à
neuf heures , il preſchoit la Controverfe
tous les Lundis & les
Vendredis ; & comme il eft infiniment
éclairé fur cette matiere ,
la plupart des Prétendus Refor
mez qui le venoient écouter,
trouvoient d'autant moins de jour.
à ne fe pas rendre aux preuves
de fes propofitions , qu'il les faifoit
GALAN T.
1
foit par leurs propres Livres. Il a
fouvent prié leur Miniftre de luy
répondre , & il fe trouvoit pour
cela chaque Dimanche à fon
Preſche en la compagnie d'un
des Lieutenans Genéraux , & des'
autres Officiers, mais ce Miniftre
ne l'a ofé entreprendre . Cette
Miffion fe termina le jour de
Quasimodo parune Proceffion fo
lemnelle qui fe fit avec une affluencede
Peuple extraordinaire, en
un Lieu quieſt au deffus de la Vil
le; On planta là une Croix fur une
petite éminence où apres que ce
mefme Pere Jerothée eut fait un
tres beau difcours, on brûla quan- ,
tité de Caracteres & de Manufcrits
qui avoient fervy à faire des
maléfices .
Quoy que les Prédicateurs
foient éloquens naturellement
quand ils ont beaucoup de zele,
t
D v
8i MERCURE
on n'a pas laiffé d'établir des
Regles dont ceux qui commencent
peuvent tirer de grands
avantages . On les doit aux foins
de Monfieur du Port , Preftre ,
Protonotaire Apoftolique , & Do-
&teur en Droit Civil & Canon,
qui a donné diverfes Méthodes
pour faire des Sermons , des Panégyriques,
des Homélies , des Prônes
, de grands & de petits Catéchifmes
, avec une maniere de
traiter la Controverfe felon les
maximes des Saints Peres. Son Livre
eft intitulé l'Art de Prefcher,
& fe vend chez le Sieur Robert
de Ninville, Ruë S.Jacques, à l'Ecu
de France & de Navarre , &
chez le Sieur Charles de Sercy ,à
la grande Salle du Palais , à la Bonne
-Foy couronnée .
Il n'eft pas facile également
de donner des Regles
pour
GALAN T. 83
pour la Poëfie. La Nature eft en
cela au deffus de l'Art . Cependant
quoy qu'on ne fe croye aucun
talent pour faire des Vers ,
il eft certain qu'il ne faut fouvent
qu'aimer pour devenir Poëte .
Le Dialogue que vous allez voir
en eft une preuve . Un Cavalier
eftant encor dans fa premiere
jeuneffe , eut accés chez une
Dame dont la beauté le toucha.Il
luy conta des douceurs, luy écrivit
de tendres Billets , & pour
luy mieux peindre fa paffion , il
fit habitude avec les Mufes . Elles
luy aiderent à exprimer une
partie de ce qu'il fentoit . Infenfiblement
fes foins plûrent à la
Belle , qui paya fes complaifan-"
ces par l'éloignement de quelques
Gens éclairez qui euffent pu
condamner un attachement fi
peu attendu. Le jeune Amant,
fier
84 MERCURE
fier de fon triomphe , le voulur
pouffer plus loin.Soit que fon tempérament
fuft d'eftre jaloux , foir
que le facrifice trop prompt que
luy avoit fait la Dame luy fift
craindre qu'elle ne le facrifiaft à
fon tour , il la réduifit à ne voir
perfonne , & fut pour elle un
Efpion fi exact , que
fi un coup
d'oeil luy échapoit , il fçavoit incontinent
qui eftoit l'Heureux
fur qui ce coup d'oeil eftoit tombé.
Il ne manquoit pas de faire
fes plaintes.La Belle fçavoir comment
fe juftifier, & le raccommodement
fuivoit toûjours le divorce.
Vous le connoiftrez par les
derniers Vers du Cavalier fur un
diférent de cette nature.
DIA
GALANT. 85
DIALOGUE
D'IRIS ET DE TIR CK
IRIS.
DE
LYON
*
1893
pour
APprensmoy, cher Tyrcis , pon
foulager ta peine ,
Quel transport inquiet agite ton
efprit;
Tes Troupeaux, par hazard, s'écar ,
tant dans la Plaine,
Cauferoient-ils le foin qui te rend
interdit ?
TIRCI S.
VILLE
Le foin de mes Troupeaux n'a rien
qui m'inquiéte.
Vnmal plus important , dontje fens
la rigueur,
Dans unfi grand trouble mejette,
Qu'il montre malgré moy ce que
Souffre mon caur.
Quand
86 MERCURE
Quand de mes premiers feux je t'adreffay
l'hommage,
Tout fembloit me parler de ta fidélité.
Helas ! qui l'auroit crû , que ton hu
meur volage
Me duft punir un jour de ma crédulité?
Ne dy point que j'ay tort de te croi.
re légere ,
En vain tu voudrois me cacher
Ce que mes jeux n'ont pû me
taire ;
Vn autre que Tircis à ton amour eft
cher ,
Vn autre que Tircis enfin afçeu te
plaire,
Lycidas a fçeu te toucher ,
Et ce choix n'est plus un myftere.
IRIS.
Par où préfumes tu , dy - moy, que ce
Berger,
Se
GALAN T. 87
Se rangeant fous mes Loix , puft me
rendre infidelle ?
Penfes - tu que pour luy je vouluffe
changer
Vne amour que ma foy t'a jurée
eternelle ?
Maisje ne blâme point un reproche
fi doux.
Queje me plais à voir le trouble de
ton ame !
Oйy , Tircis , un Amant , s'il ne devient
jaloux ,
Ne reffent dansfon coeur qu'une lé
gereflâme.
Tu fçauras , pour calmer ton amoureux
foucy,
Qu'byer au foir Lycidas tout plein
de ce qu'il aime,
Sepromena longtemps icy ,
En contant aux Echo fa paßion
extréme.
Il m'apperçeut enfin, & vint m'entretenir.
Il
-88
MERCURE
Il me dit que bientoft fon aimable
Sylvie ,
En couronnantfes feux , confentoit
à finir
Les ennuis qui troubloient le bonheur
de fa vie.
Tout transporté d'amour , ilme baifa
la main ,
Me conta des douceurs , & me traita
de Belle.
Voila ce qui t'alarme , & qui t'alarme
en pain ;
Mais l'Amour entre nous vuidera
la querelle.
TIRCI S.
Quoy done, il m'eft permis d'accufer
le bazard
D'un crime où mon Iris n'avoit aucunepart
?
Pardonne , fi mon ame un peu trop
allarmée
A d'abord écouté des soupçons
odieux ;
Lors
GALANT. 89
Lors qu'on tremble de perdre une
Maîtreffe aimée,
Si l'on a mefme coeur , on n'a point
mefmes yeux.
La raifonfe confond , on s'aveugle,
on s'emporte ,
Sur la moindre apparence on croit
tout ce qu'on craint ,
Et dans ce trifte état plus la tendreffe
eft forte,
Plus d'un vifdefepoir on a le coeur
atteint.
Cependant, fi ton coeurfenfible à ma
priere ,
Ecoutoit les tranſports qui m'entraînent
vers toy,
Peut- eftre relâchant de ta vertu
Severe,
Tu punirois ma faute en acceptant
ma foy.
Déja depuis longtemps tu connois
mon martyre,
Te plairas- tu fans ceffe à me defefpérer?
IRIS.
༡༠
MERCURE
IRIS.
Non , Tircis, c'en est fait , je ne puis
m'en dédire,
Si tu n'aimes que moy , ceffe deſoûpirer.
TIRCIS & IRIS.
enfemble.
Vniffons deformais nos defirs & nos
chaines;
Que l'Amour s'intéreſſe à contenter
nos voeux .
Baniffons loin de nous les chagrins
& les peines ,
Et qu'Iris & Tircis foient à jamais
heureux.
Le Jeudy 30. du dernier mois ,
le Pere Dom Benoift Brachet ,
Religieux Benedictin de la Congregation
de S. Maur , fut éleu
Genéral de fon Ordre dont il avoit
déja poffedé les plus hautes
Charges.Cette élection fe fitavec
Tapplau
GALAN T.
91
l'applaudiffement univerfel . II
Eeftoit Prieur de Saint Martin.des
Champs dans le temps qu'on réünit
les deux Congregations , & il
a traité en Italie les Affaires les
plus importantes de cet Ordre.
Meffieurs les Cardinaux de Richelieu
& Mazarin, l'avoient mis
de leur Confeil touchant les Affaires
Benéficiales , & ce fut luy
que Sa Majesté choifit, pour aller
fur la Frontiere du Royaume
complimenter le Roy de Pologne,
dernier Abbé de S. Germain des
Prez. Toutes ces chofes parlent
hautement de fon mérite . Il eft de
l'illuftre & ancienne Famille des
Brachet d'Orleans , portant de
gueules au Chien braqué d'or,
affis fur fa queuë.
peu
On a donné au Public depuis
de jours un Livre d'Archiqui
reprefente les
Plans ,
tecture
92
MERCURE
Plans , Elevations
, & Profils ,
des Temples , des Portiques, des
Arcs de triomphes , des Thea-
Amphitheatres , & d'une tres ,
partie des Thermes ou Bains
bâtis par les anciens Romains , du
temps que la belle Architecture
eftoit dans fa plus grande perfe-
&tion . Paladio, Serbio , l'Abacco,
& M de Chambray ,avoient déja
donné des Deffeins de quelquesuns
de ces Edifices ; mais outre
qu'ils y ont changé beaucoup de
chofes , ils n'en ont pas fait les mefures
juftes , & fe contredifent entr'eux.
Cela fut caufe que Monfieur
Colbert , qui a toûjours appliqué
fes foins à faire fleurir les
beaux Arts en France , envoya
Monfieur Defgodets à Rome en
1674. pour examiner les Livres
de ces Autheurs, & les confronter
avec les Edifices dont ils traitent,
GALANT. 93
tent , afin de connoiftre lequel
d'eux on pouvoit fuivre ; mais il
fut pris en Mer par par les Turcs, qui
le menerent à Alger , où ils le retinrent
avec dix - neuf autres
François , jufqu'à ce que le Roy
euft fait un échange d'un pareil
nombre de Turcs. Mr Defgodets
eftant enfin arrivé à Rome ,fe difpofa
à travailler fuivant l'intention
de Monfieur Colbert ; mais
ayant reconnu qu'aucun des Autheurs
qui ont traité des Edifices
antiques , ne les a décrits de la
maniere qu'ils font , il les a tous
deffinez & mefurez avec la derniere
exactitude , & en a obfervé
jufqu'aux moindres particularitez
. Ces Deffeins ayant eflé approuvez
à fon retour par Meffieurs
les Architectes de l'Académie
Royale , Mr Colbert luy ordonna
de les faire graver,pour en
1
compofer
94 MERCURE
compofer un Infolio accompagné
d'Explications, tel qu'il fe vend à
Paris chez le S Jean - Baptifte
Coignard , Imprimeur du Roy,
Rue S.Jacques à la Bible d'or. Cet
Infolio contient 140. Planches
tres bien deffinées , & gravées
par les meilleurs Maiftres . La
beauté de l'impreffion répond à
cette gravûre, celuy qui le débite
s'en eftant donné le foin . C'eſt
luy qui entr'autres chofes, a imprimé
le Vitruve de Monfieur
Perrault,qui eft un Ouvrage accomply,&
qui luy a fait obtenir la
qualité d'Imprimeur ordinaire de
Sa Majefté,
Il eſt fouvent dangereux de
fe hazarder à voir les Belles , fur
tout lors que des raifons d'intereft
& de fortune font une neceffité
de l'éloignement . L'avanture du
Bifet en eft un exemple. Vous
la
GALANT.
95
la trouverez dans les Vers qui
fuivent. Ils font de Monfieur de
Richebourg , Avocat au Parlement
de Toulouſe . Son efprit
vous eft connu par les Ouvrages
galans que vous avez déja
vûs de luy.
LE BISET,
ET LE PIGEON.
D
FABLE .
Es Bifets fejournant en un
Lieu cultivé,
Avec un Pigeon gras l'un d'eux fit
connoiffance ;
Chacun en fçait la diférence,
Le Bifet eft fauvage , & le Pigeon
privé.
Il fuivit ce Pigeon , quittant fa
compagnie ,
Pour
96 MERCURE
Pour unjour ou deux feulement
Le Pigeon luy fit voir dans fon
Appartement,
Qu'il eftoit à fon aife , & qu'il
paffoitfa vie
Parmy la bonne chere , & fort
joyeusement ;
Et , pour luy faire grace entiere ,
Il le mena dans une autre Voliere,
ой
Où ce Bifet trop curieux,
En contemplant une jeune Colombe,
Sent tout d'un coup que fon ame
fuccombe
Au doux éclat defes beaux yeux.
Cette Colombe eft innocente &
belle,
Et vaut mieux qu'une Tourterelle,
Ayant l'accueil encor plus gracieux.
Que j'envie, ô Pigeon , dit - il, ton
avantage !
Que n'ay- je plus longtemps un
fi doux entretien !
O
GALANT. 97
Omalheur , que je fois un Oyfeau
de paffage Pa
Que je m'aprivoiferois bien !
Que ne veut - elle d'un Sauvage ?
Ma liberté ne tient à rien .
Mais fon ame fut defolée ,
Quand l'heure vint de fuivre fa
volée.
Il fallut donc quitter ce Lien ;
Mais ce qui redoubla tout - à-fait fa
trifleffe , 2
C'est qu'en cet excés de tendreffe
,
Il partit fans luy dire adieu.
C'eft hazard s'il ne meurt , dans le
mal qui le preffe.
肉味
lon
Un coeurfe doit mettre en défenſe,
Quand il connoift qu'une trop
gue abfence
Luy ravira l'objet dont il fe fent
toucher.
May 1682. E
98
MERCURE
Cette neceffité le doit remplir d'alarmes.
Quand on perd cet Objet , que de
cris ! que de larmes !
Le mal eft fans remede , il n'en faut
point chercher
Mais quand une beauté brille de
tant de charmes ,
D'aimer , helas ! quife peut empefcher
?
Rien n'eft plus naïfque la Réponſe
du Païfan dans le Madrigal
que j'ajoûte à cette Fable . Si
l'on y entend malice, ce n'eft pas
fa faute. Ce qu'il a dit , il l'a dit
tout bonnement ; on doit l'expliquer
de mefme.
A
MADRIGAL.
H, que voila de beaux Enfans ,
Difoit certain Seigneur au gros
Colas learPorop!
BIBLIO
LYON
1739
Qu'ils
GALANT . 99
BE
LA
VALLE
Qu'ilsfontfains,gaillards , & puif
fans!
Dy- moy , que faites - vous , vas
tres Païfans ? #1893*
Nous autres , Gens de Cour , nous ne
fçaurions en faire ,
Quifoient commecela robuftes,gros,
& gras ;
Et les nostres font au contraire
Si fluets & fidélicats ,
Qu'on eft toûjours pour eux en des
craintes extrémes.
Et qu'y ferion - nou , dit Colas ?
Parguié, Monfeu, je lesfaifons nou
mefmes.
Le Roy dont la vigilance le
porte par tout où il croit fa
que
prefence peut fervir d'exemple,
ou apporter quelque utilité , ou
faire mefme plaifir à ceux qui occupent
les Lieux qu'il fe donne
la peine de vifiter , apres eftre
E ij
100 MERCURE
pour
venu de S. Cloud à Paris pour la
Benediction de la groffe Cloche
de l'Eglife Cathedrale , & avoir
efté le lendemain à Verſailles ,
affifter à la Benediction de
la nouvelle Chapelle , revint icy
du mefme S. Cloud le premier
jour de ce mois, pour voir l'Hôtel
des invalides , bafty par fes
ordres depuis peu d'années avec
une figrande magnificence pour
les Officiers & les Soldats Invalides
. Sa Majefté , accompagnée
de la Reyne, eftant arrivée apres
midy à trois heures & demie, al .
la d'abord à l'Obfervatoire. Elle
defcendit de Carroffe au pied de
la Terraffe , où Monfieur Caffini ,
qui eft fi connu parmy les Sçavans
pour les belles Découvertes
qu'il a faites dans l'Aftronomie
, & qui demeure dans cette
Maifon Royale , depuis qu'on a
commen
GALANT. For
*
commencé de la baſftir , luy fit
compliment au nom de toute l'A.
cadémie des Sciences , dont une
partie s'applique aux Obfervations
Aftronomiques . Quand le
Roy fut arrivé au devant de ce
bel Edifice, il en confidera la Façade
, & témoigna que ce Baſtiment
luy fembloit fort beau .
Il fit mefme remarquer à ceux
qui eftoient autour de luy , ce
qu'il y trouvoit de mieux entendu.
Il entra de là fous le Portique,
& paffà à la Tour du Levant,
où Monfieur Caffini avoit preparé
plufieurs excellentes Lunetes
d'approche avec une partie des
Inftrumens dont on fe fert pour
obferver. Sa Majesté prit grand
plaifir à voir plufieurs objets éloignez
, dont Elle pouvoit remárquer
les moindres parties. On luy
fit voir enfuite quelques ufages
E iij
102 MERCURE
de ces Inftrumens en luy expli
quant leurs principales utilitez,
& fur tout pour les diférences
des longitudes des lieux que l'on
connoift aujourd'huy dans la
derniere jufteffe , par le moyen
des Eclipfes des Lunes , ou des
Satellites de Jupiter , en conferant
les Obfervations faites en
diférens lieux , & en ſe ſervant
des Ephémerides que Monfieur
Caffini a dreffées pour ce fujet,
& qu'il a établies par une treslongue
fuite d'Obſervations qu'il
a faites. On fit remarquer au Roy
que c'eftoit le feul moyen qu'on
eût trouvé jufques à prefent , pour
bien placer fur les Cartes, les Villes
, & les autres Points principaux
pour avoir des Deſcriptions
exactes des Coftes , & pour bien
faire les pofitions des Ifles , des
Ecueils , & autres dangers , fans
quoy
GALANT.M 103
quoy on ne sçauroit faire en fûreté
de grands voyages fur Mer.
Le Roy eftant forty de ce lieu ,
entra dans deux Salles de l'A
partement de Monfieur Caffini ,
où l'on avoit prepare fur des Tables
plufieurs curioſitez tant Aſtronomiques
que Phifiques. Sa
Majefté confidera ce beau Planifphere,
que Monfieur Caffini a
fait faire par fon ordre. Ce Planifphere
découvre tout à la fois , le
rapport des trois plus fameux Siftemes
qui exercent les Sçavans;
fçavoir, celuy de Ptolomée, celuy
de Copernic, & celuy de Ticho-
Brahé. Elle prit auffi beaucoup de
plaifir , ainfi que toute la Cour , à
voir une peinture de la Lune
qui eft tres foigneufement
faite,
& où l'on peut remarquer
les
moindres cavitez , & éminences
qui font fur le corps de cette Pla-
E
iiij
104
MERCURE
nere. Rien n'eft plus utile pour
obferver les Eclipfes des Lunes ;
par le moyen defquelles on a
auffi tres - parfaitement les diférences
de longitude des lieux où
l'on fait les Obfervations , comme
on l'a connu par plufieurs
experiences qui ont efté faites
depuis peu . Il y avoit fur une
Table un excellent Microſcope .
Le Roy apres s'eftre fait rendre
compte de l'effet des Trompetes
pour parler de loin , jetta les
yeux fur les Livres compofez par
ceux de l'Academie , & entr'autres
fur quelques - uns ,où il y avoit
plufieurs Anatomies d'Animaux ,
& de Poiffons. Sa Majesté confidera
quelque temps la delicateffe
de ce travail ; & Monfieur
du Vernay , l'un des plus excellens
Anatomiftes de nôtre Siecle,
& qui eft de l'Académie Royale
des
GALANT. 105
des Sciences , luy expliqua plufieurs
particularitez fur quelques
Animaux dont on avoit fait les
diffections dans l'Académie . Le
Roy entra enfuite dans la Tour
du Couchant , où Monfieur Caffini
a pris le foin de faire faire fur
le Plancher, uue Carte qui reprefente
les quatre Parties du Mon
de. Il l'a corrigée fur toutes les
Obfervations des longitudes qui
ont efté faites en plufieurs lieux
de la Terre , & par diferentes Nations
, à l'imitation de celles de'
Meffieurs Picard , de la Hire , &
Richer , & il l'a enrichie de plufteursnouvelles
Découvertes que
l'on a faites en France , touchant
la mobilité de la Terre.Toutes les
Dames qui accompagnoient la
Reyné , eurent le plaifir de faire
de grand voyages fur Terre &
fur Mer en tres - peu de temps, &
E v
тоб MERCURE
avec peu de fatigue. Le Roy fe fit
montrer les Lieux , où il a envoyé
plufieurs Perfonnes pour travailler
aux Obfervations Aftronomiques,
afin de perfectionner un
Ouvrage où l'on travaille depuis
fi longtemps, & que l'on connoift
eftre fi utile. On ne manqua pas
de luy montrer la fcituation de
l'Ifle de Fer , où l'on doit auffi obferver
pour déterminer exactement
la poſition du premier Meridien
; ce qui terminera tout
enfemble de grands diférens qui
arrivent ſouvent entre les Nations
de l'Europe , au fujet de la
pofition de ce Lieu . Cette Carte
a efté executée par Meffieurs Sedileau,
& Chaffelles . On monta
enfuite au premier étage , où il y
a une tres- grande Salle , que l'on
a faite en partie pour l'ornement
de cette Maiſon , & pour
Y
GALAN T. 107
y tracer une Ligne Méridienne,
fur laquelle on reçoit l'image du
Soleil qui paffe par un petit trou
fait à la Voute,qui eft élevée d'en .
viron fept toifes. Monfieur Caſfini
fit remarquer à Sa Majesté,
que l'on doit graver fur le plancher
les Obfervations des Equinoxes
, & des Solſtices, afin qu'on
puiffe voir à l'avenir les changemens
de l'obliquité de l'Ecliptique.
Meffieurs Picard , & dela
Hire , qui demeurent dans cette
Maifon , & qui obfervent ordinairement
dans l'Apartement
d'enhaut , pour conferer enfuite
leurs Obfervations avec celles
que Monfieur Caffini fait au même
temps dans l'Apartement
d'embas , avoient préparé dans ce
Lieu ce qu'ils avoient crû le plus
capable d'attirer les yeux , & la
curiofité de toute la Cour . Le fejour
108 MERCURE
jour que le premier a fait à Verfailles
lors qu'il y prenoit les niveaux
de toutes les eaux , luy a
fouvent procuré l'honneur de faire
connoiftre au Roy par plu
fieurs expériences , que ceux qui
fçavent parfaitement
les Mathématiques
, ne fe trompent guére
dans les mefures qu'ils prennent.
Auffi ce Prince luy a- t- il marqué
en plufieurs rencontres qu'il fe
plaift à l'écouter. Illuy témoigna
ce jour là- mefme , lors qu'il entra
dans fon Apartement
, 'qu'il
eftoit bien - aife de le voir, & l'attention
qu'il luy prefta, en luy fai
fant expliquer de quelle maniere
on fe fert des grandes Pendules
qui marquent les fecondes de
temps, pour les Obfervations
celeftes
, fut une marque du plaifir
qu'il y prenoit . Sa Majefté , apres
avoir confideré quelques excellentes
GALANT. 109
lentes Lunetes d'approche , &
vû de combien les objets étoient
augmentez par le moyen de ces
Inftrumens , alla voir un modelle
du Globe de la Lune dont
Monfieur de la Hire a pris le
foin. Ce Globe doit reprefenter
cette Planete de telle maniere ,
que lors qu'elle fera éclairée de
loin avec la lumiere d'un Flam
beau , refléchie par un Miroir
concave , on pourra examiner de
fort pres les diferentes faces . de
la Lune fuivant les ' diférentes illuminations
du Soleil . Monfieur
Caffini expliqua enfuite à Sa Majeſté
les utilitez d'un Globe qui
a fix pieds de diametre , & qui
eft placé au milieu de la Tour du
Couchant au premier Aparte
ment. Le Roy voulut monter à la
Plate - forme , & s'arresta quelque
temps fur l'Escalier qu'il loua
1:X
beau
110 MERCURE
beaucoup. Auffi eft- ce un Ouvrage
admirable , tant pour fon deffein
qui eft de l'illuftre Monfieur
Perrault , que pour le trait de la
coupe des Pierres , où la plus gran .
de partie des beautez de cet Art
fe trouvent dans fa perfection.
Cette Plate-forme eft élevée du
retz de chauffée de quatorze toifes
ou environ , & eft pavée de
de Pierres à fuzil jointes avec un
Ciment que l'eau ne peut
penétrer.
sily atau milieu une ou
verture ronde de quatre pieds
de diamètre , par où l'on peut
voir le Ciel , lors que l'on eft
au fond de la Cave , qui eft
plus baffe que le retz de chaufsée
de quatorze toiſes . On avoit
mis des lumieres au long de l'Efcalier
de la Cave , dont le Noyau
qui eft vuide répond à l'ouverture
de la Plate-forme. On confide.
GALANT. INI
ra quelque temps cette perſpective
de lumieres , & Monfeigneur
le Dauphin defcendit au fond des
Caves pour voir quelques curiofitez
qui s'y trouvent , entr'autres
de l'eau qui en tombant de
de la Voûte , devient une espece
de Cristal. On a fait cette ouverture
pour obferver le paffage
des Etoiles dans le Zenith , dont
on acquiert plufieurs belles connoiffances
dans l'Aftronomie, &
particulierement pour voir s'ily
a quelques Obfervations qui favorifent
le Sisteme de Copernic
, touchant la mobilité de la
Terre. Monfieur Caffini commençoit
à faire voir au Roy quelques
ufages du grand Cercle horizontal
, qui eft posé ſur cette
Plate- forme, lors qu'il furvint de
la pluye qui obligea ce Prince à
partir. Il témoigna qu'il étoit tres.
fatis
112
MERCURE
fatisfait , & fit efperer qu'il reviendroit
voir le refte. Il y a entr'autres
chofes les Planetes de
Vénus, de Jupiter, & de Saturne,
qu'on peut contempler avec plaifir
par le moyen d'une excellente
Lunete , qui a pres de quatrevingts
pieds de longueur , & dont
le Verre a efté travaillé par Monfieur
Borelly. C'eſt un Homme
que le mérite extraordinaire qu'il
a dans la Chimie , a fait recevoir
parmy les Illuftres de l'Académie
des Sciences . Monfieur Colbert
qui en est le Protecteur , &
qui s'applique fans aucun relâche
à executer les ordres du Roy,
commença de prendre le foin de
cette Maiſon, & de tout ce qui la
regarde , dés le premier deffein
qui fut formé pour fon Bâtiment.
Rien n'eftant égal à la vigilance,
au bon gouft , & au zele de ce
Miniftre,
GALANT. 113
Miniftre , il ne faut pas s'étonner
fi cette entrepriſe a fi heureuſement
réüffy. Il étoit venu à l'Obfervatoire
avant le Roy , accompagné
de Monfieur d'Ormoy fon
Fils, & ils avoient donné tous les
ordres neceffaires pour y recevoir
Sa Majefté, à qui tous les Siecles
à venir feront redevables des
plus belles Découvertes qui ayet
jamais efté faites , tant dans les
Mathematiques,que dans la Phifique.
Je vous envoyeray le Mois
prochain le Plan , & l'élevation
de ce Bâtiment fingulier.
Sa Majesté devant aller à l'Hôtel
des Invalides apres avoir vu
l'Obfervatoire , la Cour s'eftoit
partagée , & il y avoit une partie
des plus confiderables Seigneurs
qui l'attendoient à ce magnifique
Hôtel . Parmy eux étoient Monfieur
le Prince de Conty , Monfieur
1 14
MERCURE
fieur le Duc du Maine , Monfieur
le Duc d'Elbeuf , Monfieur de
Liflebonne , Monfieur le Prince
de Commercy , Monfieur le Duc
de Bouillon , Monfieur le Comte
d'Auvergne, & huit Maréchaux
de France. Monfieur le Marquis
de Louvoys s'y étant rendu deux
heures avant le Roy , envoya
exprés à l'Obfervatoire pour étre
précisément averty du moment
de fa venue. Ce fut environ à
cinq heures & demie que Leurs
Majeftez y arriverent, accompagnées
de Manfeigneur le Dauphin,
de Monfieur , de Madame,
de Mademoiſelle , de Mademoifelle
d'Orleans , de Madame la
Princeffe de Conty, & d'un grād
nombre de Seigneurs & de Dames
du premier rang. Le Roy
defcendit de Carroffe devant les
deux Pavillons qui font à l'entrée
de
GALANT. 115
de l'Avantcourt de l'Hôtel , & il
y trouvra deux cens cinquante
Hommes fous les armes mis en
deux rangs, au travers defquels il
paffa jufques das la Court Royale ,
qu'on peut regarder come la plus
belle, & la plus reguliere de l'Europe
. Seize cens Hommes , tant
Officiers que Soldats invalides, y
eftoient rangez en bataille, mais
fans armes . Monfieur le Marquis
de Louvois, & Monfieur de Saint
Martin Gouverneur de cet Hôtel
, qui avoient pris le devant,
conduifirét Leurs Majeftez dans
les lieux les plus remarquables de
eette maiſon . Elles en confidererent
la beauté pendant prés de
deux heures , & fe rendirent enfuite
à l'Eglife , où Monfieur Joly,
Supérieur General de la Maiſon
de Saint Lazare , leur preſenta la
Croix à baiſer , pendant que le
Sieur
116 MERCURE
Sieur le Begue Organiſte du Roy,
qui eftoit venu exprés , touchoit
l'Orgue avec cette belle maniere
qui charme toûjours tous ceux
qui l'entendent. On leur fit voir
trois morceaux de Tapifferie façon
de Perfe , qui furent trouvez
tres -beaux. Ils repreſentent divers
trophées , & ont efté faits
par des Invalides. La Cour paffa
au fortir de là , dans l'Apartement
des Preftres de la Miffion , que
Fon y a établie pour la direction
des confciences de ceux qui habitent
cet Hôtel. En y entrant,
le Roy apperçeut encor Monfieur
Joly qui en eft le General,
& Sa Majesté luy dit fort obligeamment
qu'Elle eftoit ravie de
le rencontrer par tout , & que
c'eftoit une marque de fa vigilance.
Il avoit affifté le jour precedent
à la Benediction de la Chapelle
GALANT . 117
pelle du Château de Verſailles,
dont Leurs Majeftez avoient vou.
lu voir toute la Cerémonie. Le
Roy demeura pres d'une demie
heure dans cette Chambres à
confiderer deux Invalides manchots
qui imprimoient des Livres
d'Eglife avec des Caracteres de
Cuivre . Ce Prince les trouva fi
beaux, & fur tout les Lettres capitales
, où l'or y eft trés- artiftement
, & folidement appliqué,
qu'il ordonna que l'on en fit de
femblables pour la Chapelle du
Château de Verfailles. Il paffa
enfuite au Chantier, où l'on conftruit
le Dôme de l'Eglife , & donna
force louanges à ce qui eft
commencé . Ce fut avec beaucoup
de juftice qu'il dit que ce
feroit une belle Piece quand on
l'auroit achevé, puifqu'il eft conftant
qu'il n'y a point un plus
beau
118 MERCURE
beau morceau d'Architecture en
ce genre dans tout le Royaume
, foit qu'on s'attache à ſa regularité
, foit qu'on en regarde
L'élevation. C'est le jugement
qu'en font les Perfonnes habiles
en cet Art,qui en ont vû le Modelle.
Il eſt du deffein de Monfieur
Manfart, & Monfieur Hardoüin
fon Frere en eft l'Entrepreneur.
Sa Majesté voulut bien vifiter les
Malades qui eftoient pour lors à
l'Infirmerie. Elle alla dans toutes
les Salles , qu'elle trouva d'une
propreté, & d'une netteté achevée
, apres quoy Elle entra dans
la Pharmacie qu'Elle vit en tres
bon ordre , & garnie abondamment
de tous les Remedes neceffaires.
Tout cela fe fait par les
foins qu'en prennent les Soeurs
de la Charité que l'on y a établies,
& qui en ont la direction , de
meſme
GALANT. 119
mefme que de la Salle de la Lingerie.
Cette Salle merite bien
qu'on la confidere , non ſeulement
par fa propreté , mais par
la furprenante quantité de Linge
qu'on y voit pour les Malades
& Eftropiez , dont une
Communauté de ces mefmes
Soeurs prend un foin particulier,
fous la conduite d'une Superieure.
Le Roy traverſa enſuite les
quatre principaux Refectoirs,
dont chacun contient pres de
quatre cens Perfonnes. Toutes
les Conqueftes que ce Prince a
faites , & toutes les Batailles qu'il
a gagnées depuis la Campagne de
Lile, jufques à la Paix qu'il luy a
plû donner à la Chreftienté , font
repreſentées dans ces quatre
lieux. Sa Majesté vit fervir à fouper
aux Soldats , & admira l'ordre
, & l'exacte promptitude
avec
120 MERCURE
avec laquelle on les fert . Elle fit
donner la liberté à quelques -uns
qui avoient efté mis en priſon , à
caufe de leur mauvaiſe conduite
, & fit ôter la table à l'eau
qui eftoit dans l'un de ces Refectoirs
, & à laquelle les Directeurs
avoient condamné ceux
qui s'eftoient enyvrez. Elle té
moigna fur tout une fatisfaction
tres particuliere , de la diſcipline
qui s'obferve dans ce Royal &
magnifique Lieu . Vous fçavez,
Madame , combien il doit aux
foins de Monfieur le Marquis
de Louvoys , qui en eſt l'Adminiftrateur
General . Le Roy n'admirant
pas moins fa conduite en
ce qui regarde cette Maifon ,
que dans les grandes affaires qu'il
luy confie tous les jours , luy dit
en fortant qu'il eftoit fort fatisfait
de ce qu'il venoit de voir.
Toutes
GALANT. [ 21
Toutes les Nations de la Terre
n'admirent pas feulement
les incomparables Actions de
cet Augufte Monarque , mais
elles font furpriſes de voir fous
fon Regne établir des chofes,
dont les plus heureux des
fiecles paffez n'ont jamais eu
la penfée Quand la jaloufie
que le haut degré de gloire où
ce Prince eft parvenu , les empefcheroit
d'avoüer que fa
conduite, fa prudence , & fa valeur,
l'ont mis au deffus des plus
grands Hommes que l'antiquité
ait eus , ils ne peuvent luy difputer
la gloire des chofes originales
, qui eft toute à luy & qu'il
ne partage avec aucun des Souverains
qui l'ont precedé. Tels
font l'établiffement de l'Ob--
ſervatoire & de l'Hôtel des
Invalides , dont je viens de vous
May 1682.
F
>
122 MERCURE
faire voir l'utilité . Le Baftiment
de l'Obfervatoire eft un tres - bel
Edifice. Une partie des plus fçavans
Hommes de l'Europe , y
font logez , & ce qu'on y voit enfemble,
ne peut eftre vû que dans
ce Lieu. Quand aux Invalides,
c'eft une choſe dont on ne sçauroit
parler fans reffentir pour le
Roy une nouvelle venération ,
qui nous porte à dire qu'il a quelque
chofe au deffus de l'Homme.
Rien n'eft fi beau , fi grand,
& enfin fi digne de la pieufe
magnificence d'un Prince , que
d'entretenir, & de nourir tous les
jours deux à trois mille Perfonnes
, qui ne manquent d'aucune
chofe , foit pour les befoins du
corps , foit pour le falut de l'ame,
& qui font d'ailleurs logez
dans un fomptueux Palais , dont
ceux de beaucoup de Souverains
n'appro
GALANT. ·123
n'approchent pas. Toutes ces
chofes pourroient faire dire avec
raifon , qu'il eft plus avantageux
d'eftre Invalide en France , que
de commander dans les Troupes
de plufieurs Princes. Pour
bien fe repréſenter ce qui peut à
peine eftre conçeu de cet admirable
Etabliffement
, il faut penfer
à ce qu'auroient fait la plûpart
de ceux qui y font entretenus.
Les uns feroient morts de mifere
, les autres de déplaiſir ; & les
autres forcez par la neceffité d'avoir
dequoy vivre , feroient
peuteftre
tombez dans des defordres
qu'une fin honteuſe auroit fuivis.
L'établiffement de l'Hôtel des
Invalides empeſche tous ces
malheurs, & fait que beaucoup de
ceux qui fe feroient abandonnez
à des blafphemes , caufez par
leur infortune , ou par la vie cor-
Fij
124
MERCURE
rompuë qu'ils auroient menée ,pu
blient tous les jours la gloire de
Dieu, rien n'eftant fi régulier, ny
d'un exemple fi édifiant , que
tout ce qu'on fait dans cette
Maiſon. Les Reglemens en font
merveilleux , & on les obferve
avec tant d'exactitude , qu'il n'y
a point de Lieu au Monde mieux
policé . Le Roy retourna à S.
Cloud au fortir des Invalides , &
pendant fon fejour dans cette dé
licieuſe Maiſon, il fit deux voyages
à Paris , plufieurs à Verfailes,
& alla à la Chaffe au Cerf,au
Loup, & à l'Oiseau ; & à la Promenade
dans les Jardins de S.
Cloud . On y portoit Madame la
Dauphine en Chaiſe , à cauſe de
fa groffeffe.On n'a pû fe ſe promener
auffi fouvent que la Cour
l'euft fouhaité,parce que le commencement
du Printemps a
efté
GALANT.
125
efté fort pluvieux. Cependant
la beauté du Lieu & fon heureufe
fituation , n'ont pas laiffé de
faire paffer de tres beaux jours.
Voicy comment. Toute la Cour
avoit liberté entiere de s'afsæbler
où elle vouloit. Ainfi les Apartemens,
la Galerie , & le Sallon de
ce beau Palais, eftoient pour elle
des Allées de promenade. Du
milieu de ce Sallon , on découvre
d'un côté une enfilade de
Chambres magnifiquement meu.
blées , & remplies de Luftres ,
de Cabinets ,de Porcelaines, & de
quantité de beaux Ouvrages d'ar.
genterie. De l'autre côté, on voit
la belle Galerie 'peinte par Monfieur
Mignard . Je vous en ay en
voyé la Deſcription . Toutes les
Croifées des Apartemens qu'on
voit du Sallon, offrent la veuë de
la Ville de Paris en perſpective,
Fiij
126
MERCURE
auffibien que de la Seine , qui en
coulant devant ce Château , luy
fert comme de Canal.Ces mefmes
objets arreftent les yeux , lors
qu'on eft au bout ,ou à l'un des côtez
de la Galerie , & de l'un & de
l'autre on a le plaifir de voir la
Court , qui eftoit alors toute environnée
de Vafes de Porcelaines
remplis de Fleurs. Les Feneftres
de l'autre côté de la Galerie, donnent
fur une Terraffe qui eftoit
auffi toute remplie de Fleurs & de
Vafes . Adjoutez à tout cela , les
Tapis verts de la Campagne , la
bigarure des Perfonnes qui paffoient
dans cette Court, la dorure
de la Galerie , & du Sallon , & le
coloris de leurs peintures, & vous
n'aurez pas de peine à comprendre
que toutes ces chofes jointes
aux Habits fuperbes des grands
Seigneurs & des Dames , devoient
pro
GALANT. 127
produire un tres - agreable amas
de diférentes couleurs. C'eftoit
dans ces beaux endroits que les
Perfonnes du rang le plus diftingué,
fe promenoient avec autant
de plaifir qu'elles en euffent reçeu
dans le plus charmant Jardin .
Vous jugez aisément ' combien
l'on y en prenoit , quand je vous
diray que quoy qu'ordinairement
tout le monde fe leve fort tard à
la Cour (je ne parle point du
Roy qui travaille toûjours dés le
matin ) tous les Seigneurs & les
Dames s'y trouvoient fouvent
parées deux ou trois heures avant
le temps de la Meffe. Il y avoit
dans la Galerie plufieurs Tables
de Joueurs. Ainfi les uns s'occupoient
au Jeu , les autres à regarder,&
les autres à fe promener
avec les Dames . Le vilain temps
mefme fembloit en quelque
A
Fij
128 MERCURE
façon contribuer au plaifir . Lors
qu'il arrivoit de ces violentes
pluyes qu'on appelle ondées , non
feulement on avoit la joye d'en
reffentir la fraîcheur, fans en foufrir
d'incommodité , mais le fpetacle
eftoit tres- divertiffant , de
voir courir ceux qui en eftant
furpris tout à coup , cherchoient
quelque lieu couvert pour les
éviter. Qui n'auroit pas crû par
toutes ces chofes , & par le nombre
infiny de Fleurs qu'on avoit
placées de toutes parts qu'on fe
promenoit dans les Allées , où
d'épais feuillages empefchoient
les Gens d'eftre moüillez . Des
Officiers de Son Alteffe Royale
eftoient à toute heure dans le Sallon,
pour donner à boire à ceux
qui avoient befoin de fe rafraîchir.
Je ne vous dis rien des Meubles
qui rempliffoient les A partemens
GALANT. 129
mens de cette belle Maiſon . Il y
a un an que je vous en fils une
ample deſcription. Figurez - vous
tout ce qui peut eftre de plus
fomptueux ; vous n'imaginerez
rien qui ne foit au deffus de la
magnificence de Monfieur. Le
Roy ayant donné congé à toute
fa Mufique , celle de Monfeigneur
le Dauphin fervoit feule pendant
la Meffe , à laquelle le Sieur Frifon
chantoit tous les jours . Cette
Mufique avoit pour accompagnement
les Sieurs Converfet &
Martinot, & le Sieur Garnier pour
Organifte . On dit qu'elle eft compofée
de la Famille des Piefches ,
parce que l'on compte cinq Perfonnes
dans cette Famille qui
en font , fçavoir deux Filles ,
trois Garçons . On n'a rien chanté
dans la Chapelle , pendant
le fejour que Leurs Majeſtez
F Y
130
MERCURE
ont fait à S. Cloud , qui n'ait efté
de la Compofition de Monfieur
Charpentier. Il eft fi connu , & je
vous en ay parlé fi fouvent , que
c'est tout ce que je vous en diray
aujourd'huy. Monfieur le Begue
fit entendre un jour à la Meffe
une Simphonie , que les Violons
de Monfieur joüoient par Echo,
avec l'Orgue . Elle fut trouvée
fort belle. Les mefmes Violons
de Son Alteffe Royale , joüoient
pendant les Repas. C'eftoit tous
les jours une affluence de monde
extraordinaire. Vous fçavez, Madame
, avec quelle paffion les
Parifiens fouhaitent de voir leur
Prince. La proximité du Lieu les
attirant , celuy où Dînoit le Roy
eftoit toûjours plein d'un nombre
infiny de Perfonnes , que
Sa Majesté avoit la bonté de
fouffrir encor qu'elle en fut
1
11
t
V
1
incom
GALANT. 131
incommodée. Ceux qui rempliffoient
ordinairement cette Table
, eftoient le Roy , la Reyne,
Monfeigneur le Dauphin, Mada.
me la Dauphine , Monfieur, Madame
, Mademoiſelle, Mademoifelle
d'Orleans , & Madame la
Princeffe de Conty . Ce n'eftoit
point Monfieur qui traitoit ; mais
fa Table où ce Prince ne mangeoit
pas , ne laiffoit pas d'eftre
magnifiquement fervie pour tou
tes les Dames qui vouloient y
prendre place . Monfieur le Che
valier de Lorraine en tenoit une
autre pour les Hommes. Vous
vous imaginez bien qu'elle eſtoit
tres-délicate. Outre ces deux
Tables toutes celles de la
Maifon de Sa Majesté eftoient
à Saint Cloud , auffi bien que
la Table d'honneur de la Rey
ne. C'est une Table qui paffe
poyr
>
132
MERCURE
>
pour une des plus propres, & des
mieux fervies. Elle eft toûjours
tenue par le Premier Maiftre
d'Hôtel , ou par le Maistre d'Hôtel
ordinaire & il y a douze
Couverts, qui font pour ceux de
la Cour que l'Officier qui la tient
convie à y manger avec luy , car
on y va rarement fans eftre prié.
Jugez fi tant de Tables eftant
ouvertes à S. Cloud , pour toutes
les Perfonnes de l'un & de l'autre
Sexe qui alloient y faire leur
Cour , on pouvoit manquer d'y
eftre bien régalé . Trois fortes
de Divertiffemens ont occupé
tous les foirs , fçavoir la Comédie
Italienne , la Françoife , & le
Bal . Les Comédiens François ont
repréſenté Nicomede , Oedipe , &
Poliencte , de Monfieur de Corneille
l'aîné ; Venceslas , de feu
Monfieur de Rotrou Britanicus,
ی ن م
GALAN T. 133
Phedre , de Monfieur Racine ;
le Geolier de foy - mefme , D. Bertrand
de Cigaral ; & le Baron
d'Albikrac , de Monfieur de Corneille
le jeune. Tout ce qu'ont
joué les Italiens a extrémement
diverty , & l'inimitable Arlequin
a toûjours paru de belle humeur.
Il me feroit impoffible de vous
bien marquer jufqu'où a efté la
joye que Monfieur a reffentie, de
voir chez luy tant d'illuftres
Hoftes. Il aime le Roy avec paffion
, & ce feul mot vous en dit
affez . Comme tout rioit dans
cette belle Maiſon, on peut affurer
que malgré le vilain temps,
on y a trouvé les beaux jours
avant que la Saiſon les euſt donnez.
Toute la Cour au fortir de là
alla dans un Lieu , où l'on n'en
fçauroit manquer , puis que ce
Lieu eft Verfailles. Ses merveilles
134 MERCURE
les
augmentant tous les jours , ce
Chafteau peut paffer avec juftice
pour le plus beau , & le plus
brillant Palais qui foit au monde.
La fidelité eft une vertu que
vous estimez. Ainfi vous ne pouvez
lire qu'avec plaifir les affurances
qu'en donne un Amant
dans cette Lettre .
*03 2003. 2003. Eck
LETTRE
DU BERGER FLEURISTE ,
A LA BELLE CLORIS.
Qy
Voy done , belle Cloris , apres
avoir quitté
L'injufte défiance
Que vous aviez de ma conftance ,
Vous douteriez de ma fidelité?
Eh , de grace , prenez un peu plus
daffurance
En
GALANT . 135
En vos appas , à leur puiffance,
En la grandeur de mon amour.
Jefouffre affez des rigueurs de l'abfence
,
Sans adjoûter l'Aigle au Vautour,
Pour redoubler ma cruelle fouffrance.
Scachez que mon coeur eft pareil
Au Ciel, qui ne veut qu'un Soleil;
Au Trône, qui n'a qu'une place;
Au Temple , ou plutoft à l'Autel,
Qui neporte enfa dédicace
Que le feul nom d'un Immortel.
Ne redoutez donc point lapreſſe ,
Lepartage , ny l'embarras ;
Il ne connoist que vous pourfa Maîtreffe
,
Vous eftesfon Soleil, fa Reyne , &
fa Déeffe ;
Et je le fens fi plein de vos charmans
appas
Qu'en
136
MERCURE
Qu'en vain d'autres Beautez y porteroient
leurs pas.
Auffipuis - je affurer que celles
j'ay veuës ,
que
Depuis votre départ , hors de ces
triftes lieux ,
Ce n'est que de ces mefmesyeux
Que l'on regarde des Statues ,
Dont un Sculpteur habile a formé
les attraits ,
Que l'on peut admirer , mais qu'on
n'aimajamais.
£3
L'amour , belle Cloris , m'attache à
vostre empire
Avec des liens fi puiſſans ,
Qu'il captive jufqu'à mes fens ;
Et que tout ce que je defire ,
En fonge,bors dufonge , aux Ruelles,
au Cours ,
Vous regarde toûjours .
3
Pourpeu que vous penfiez , bells &
jeune Merveille,
A
GALAN T.
137
A cette efpece fans pareille
D'amour & de fidelité,
Vous laifferez pour moy croiſtre
voftre bonté ;
Car enfin les defirs vont en fi grande
foule ,
Que pour les bien régler , ilfaut un
grandpouvoir ;
Hors de fon rang toûjours quelqu'un
s'écoule
Vers le premier objet qui le veut
recevoir ,
Et trahit ainfi fon devoir.
Pourtant aucun des miens n'abandonne
fa route ,
Ils prennent tous plaifir à s'adreffer
à vous.
Recevez- les donc bien , traitez- les
d'un air doux ;
Tant defidelite vaut bien qu'on les
écoute.
Ils vous diront d'une commune voix
· Par
138
MERCURE
Par leur empreffement ,parlant tous
à la fois .
Beauté, dont les appas obligent an
filence ,
Pour n'en pouvoir affeexprimer la
grandeur.
Nous tenons de vous la naissance,
Et nous venons à vous, tout fiers de
cet honneur.
Mette - nous en lieu d'assurance
Au fonds de vostre aimable coeur;
Etfi vous nous voulez eftre plusfavorable
,
Trouvez bon que chacun de nous,
Pouffé de fon ardeur , y forme fon
femblable ,
Et qu'en fuite nous allions tous-
Dire au Berger qui nous envoye,
Prens courage, & reprens tajoye.
Cloris , eftime fa beauté
Plus puiffante fur toy que le temps,
que l'abfence ,
Et
GALANT.
139
Et que tout ce qui peut attaquer ta .
conftance ,
Et ne doutera plus de ta fidelité.
Crois-la de mefme & conftante &
fidelle ,
Malgré tous les Amans que Paris
& la Cour
Amenent chaque jour
Luy témoigner le feu qu'ils ont pour
elle.
Eh, de grace , Cloris, enfaveur d'un
amour
Si foûmis , fi tendre , & fifage,
Que mes defirs ne foient pas fans
retour ,
Et qu'ils viennent chargez d'un fi
joly message.
Milord Northonberland , Fils
naturel du Roy d'Angleterre ,
a reçeu à Rome tous les honneurs
imaginables , tant de
Sa
140 MERCURE
Sa Sainteté, que de plufieurs Cardinaux.
Il est beau, bien fait , &
honnefte. Il eftoit logé chez
Monfieur le Cardinal Hoüart.
On luy a fait voir tout ce qu'il y
a de plus curieux & de plus beau
dans cette fuperbe Ville , & entr'autres
chofes le Vatican.Apres
qu'il en eut admiré toutes les
beautez , on le conduifit dans la
Salle des Peintures , où il trouva
une Collation magnifiquement
fervie par tous les Officiers du
Pape , qui avoit donné fes ordres.
Une fi obligeante reception
le toucha fi fort, qu'il voulut aller
fur l'heure faire fes remercîmens
à Sa Sainteté ; mais le Miniftre
quil'accompagnoit par tout , l'en
empefcha . Le lendemain , le Pape
luy envoya un Régale de Confitures,
de Vins, de Liqueurs, &
d'Effences. Il y avoit outre cela
un
GALANT. 141
un Efturgeon d'une grandeur
démefurée . Ce fut alors que ce
Milord ne pût plus s'empefcher
d'aller luy mefme rendre grace
Sa Sainteté. Il en eut une audience
tres-favorable, & fut une
demy- heure avec Elle . Sa Sainteté
luy donna un Chapelet , &
une Médaille d'or , pour Madame
la Ducheffe de Cleveland fa
Mere , & à luy une douzaine de
Médailles d'or , & une douzaine
d'argent , ainfi qu'à plufieurs de
fa Suite. Monfieur le Cardinal
d'Eftrées luy a fait auffi un Régale
tres-magnifique &-tres -galant.
Il confiftoit en vingt- quatre
Baffins , qui furent portez par
un pareil nombre de Faquins.
Toutes les chofes qui les remplif
foient , eftoient ornées de Ru-
5 bans. Comme ce Préfent luy fut
envoyé à deux heures de nuit,
chaque
142 MERCURE
chaque Baffin eftoit éclairé par
un Eftafier qui marchoit devant
avec un Flambeau. Il y avoit tout
ce que l'on peu s'imaginer de
galanteries Romaines , plufiers
douzaines de Bouteilles de bon
Vin, un Veau mongane , un Sanglier
, un petit Cerf , deux douzaines
de Faiſans en vie , & trois
douzaines de Perdrix rouges.
Les Domeſtiques de ce Cardinal
avoient ordre de ne recevoir aucun
Préfent. Monfieur le Cardinal
Rofpigliofi en a auffi fait un
tres- magnifique au mefme Milord.
Il y avoit plus de quatre
cens Bouteilles de Vin de toutes
façons , & du plus exquis.
Le grand Etang du Palais que
les Roys d'Afrique ont fait baftir
à Grenade , en fait une des plus
confidérables beautez. Vous en
trouverez la Veuë dans cette
Plan
VILLE
IYON
GALANT. 143
Planche. Je vous l'envoye , en attendant
celle que vous demandez
du Genéralife . Cet autre Palais
où les Mores fe plaifoient tant à
caufe de fes Jardinages , & de la
quantité de fes eaux , mérite bien
voftre curiofité.
Il s'eft fait un Mariage entre
deux Amans , qui apres de longs
obftacles , ont eu la joye de fe
voir unis . Un de leurs Amis , qui
a les fentimens auffi délicats, que
l'efprit galant , leur donna ces
Vers le lendemain de leurs Nôces.
Ils portent leur recommandation
par eux - mefmes , &
il me feroit inutile de vous les
vanter.
ΕΡΓ
144
MERCURE
*******
EPITHALAME.
L
A Fortune à la fin vous careſſe
en ce jour ,
A de foibles ennuis fa haine s'ef
bornée ;
Apres avoir fenty les peines de
l'amour
Vous goufte les douceurs d'un aimable
bymenée.
**
Oubliez maintenant les craintes &
les foins
Qu'un
defir
d'eftre
heureux
dam
vos coeurs
àfait naître
;
Jeunes Epoux, vous pouviez plutoft
L'eftre,
Mais vous l'euffieefté bien moins.
**
En vain quand on aime on s'empreffe
De
GALANT.
145
De voir un long tourmentfiny ;
Ce n'est pas tout que d'eftre uny,
Ilfaut l'eftre par la tendreſſe.
蛋
Une douce union coufte quelques
Soupirs,
Deux coeurs foufrent d'abord en fe
chargeant de chaînes ; ·
Mais que l'Amour enfin réponde
à
leurs defirs ,
Alors à ces extrémes peines
Succedent d'extrémes plaifirs.
* 3+
L'on nefe fouvient plus alors de fon
martire, 3
L'on n'entend plus fe plaindre &
l'un & l'autre Amant ,
Et c'eft de plaifir qu'on foûpire, -
sil'on foûpire encor en ce moment.
毫子
Aux voeux de voftre Epoux donnezvous
donc entiere,
Adorable & jeune Beauté;
May 1682 .
G
146
MERCURE
Loin de vous à prefent toute feverité,
Il n'est plus le temps d'eftre fiere,
C'est beaucoup de l'avoir esté.
₤ 3
Et vous, Berger tendre &fidelle,
Oubliez au milieu de vos contentemens
Ce que vous a confte le coeur de cette
Belle;
L'on ne peut mériter par trop d'empreffemens
Lerang que vous tenez pres d'elle.
**
Mais n'allez pas croire tous deux,
Que dans l'Hymen les foucis & les
craintes
Donnent comme en amour quelque
ardeur à vos feux ;
Scachez qu'on ceffe d'eftre heureux
Dés les moindres fujets de plaintes.
* 3+
Si vous voulez eftre unis à jamais
,
Que
GALANT . 147
Que vostre tendreffe redouble.
A des Amans il faut un peu de
trouble ,
A des Epoux il faut beaucoup de
paix.
Enfin , Madame , vous avez
letu la Ducheffe d’Eftramene , &
je ne fuis point furpris d'apprendre
de vous que vous l'avez
leue avec plaifir. Elle eft remplie
de penſées fi vives , & de
fentimens fi délicats , qu'il eft
impoffible qu'on n'en foit touché.
Comme le vray n'eft pas
toûjours vray - femblable , ceux
qui examinent ce Livre de pres,
croyent d'autant plus qu'il y a eu
une Mademoiſelle d'Hennebury
qui s'eft renduë malheureufe
par le fcrupule d'une vertu
trop exacte , qu'il femble impoffible
d'imaginer tout ce qu'elle
Gij
148 MERCURE
penfe, à moins qu'on ne l'ait fenty
; car comme il n'eft pas natu.
rel de faire entrer la raiſon dans
le party qui nous arrache à ce
qui nous plaift , ils difent que s'il
n'y avoit eu une Perfonne affez
extraordinaire pour eftre tombée
veritablement dans ces fortes de
fcrupules, la veuë genérale de ce
qu'on doit à fa gloire n'euft pû les
faire inventer. Quelques- uns
prétendent connoiſtre une par
tie des Intéreffez . Vous jugez
bien qu'ils ne mettent pas la Scene
en Angleterre . Quant à l'Autheur,
je ne puis vous en rien dire
avec certitude . Il y a des Gens
qui trouvent les chofes fi finement
penſées dans ce Livre que
quand l'Avis qui eft au devant,
neleurferoit pas connoiftre qu'il
eft d'une Dame, ils croiroient
cette délicateffe d'efprit & de
par
coeur
GALANT. 149
I coeur fi particuliere à celles de
vôtre Sexe,& que l'on voit répan-
= due dans tout cet Ouvrage,
qu'une Dame y auroit part. C'eft:
un fecret que je tâcheray de déveloper.
Cependant vous devez
vous en tenir à ce que marque
le fragment de Lettre . C'est là
deffus que l'on s'eft reglé dans
celle qu'on m'a adreffée pour
l'Autheur de la Ducheffe d'Eftramene,&
dont je vous envoye
la Copie. Celuy qui l'écrit s'eft
rencontré avec vous dans plu-
1 fieurs remarques. Il m'a donné
une adreffe pour luy faire tenir
= la Réponse qu'il efpere que la
= Dame luy fera , fi elle fouhaite
apprendre fes fentimens fur la
Seconde Partie de fon Livre.Cela
me fait croire que je pourray
vous en faire part le mois
chain. Je me perſuade que vous
le
mois
pro-
Giij
150
MERCURE
attendrez impatiemment cette
fuite de fentimens , puis que c'eft
fur tout cette Seconde Partie qui
vous charme. Je puis vous dire
d'avance que je fuis témoin des.
larmes que la converfation du
Duc d'Olfingam mourant , & de
la Duchcffe d’Eftramene , a cou
tées à de beaux yeux . C'eſt un
endroit que tout le monde trouve
inimitable. Mais le Galant Inconnu
dontj'ay la Lettre à vous faire
voir,vous en dira plus que moy,fi
on le fait s'expliquer fur cette
Partie. Voicy ce qu'il a écrit fur
la Premiere .
A
GALANT.
151
···2003 : 2003 $ 203..
A LA SPIRITUELLE
INCONNUE,
Qui nous a donné la Ducheffe
d'Eftramene .
E fuis bien aise que les cinq ou
fix lignes qui font au devant de
vôtre Livre , nous apprennent qu'il
eft party de la main d'une Dame.
Tout ce qui justifie l'inclination naturelle
que nous avons pour ce beau
Sexe , me fait plaifir , & rien ne
la justifie tant que la fineffe de
l'efprit, & la délicateffe des fenti .
mens. Ces deux chofes - là brillent
fi fort dans voftre Ouvrage , qu'il
faut , ou que ce foit la Ducheffe
d'Eftramene elle - mefme qui ait
écrit fon Hiftoire , ou que le Portrait
de la Ducheffe d'Eftramene.
Gi
152 7
MERCURE
foit tiré d'apres vous . Il eft impoffible
que vous n'ayez pas fenty
tout ce que vous dites qu'elle a fenty
, & que vous n'ayez pas
inspire une paffion pareille à celle
du Duc d'Olfingam : car les peintures
que vous faites font fi vives ,
qu'elles ne peuvent estre un pur
effet de l'imagination . Les Autheurs
font trop heureux , quand
ils peuvent comme vous fe faire aimer
dans leurs Ouvrages. Cependant
ils nefongent prefque jamais
qu'à fe faire estimer , mefme au
hazard d'en eftre haïs , témoin les
Satiriques. L'Hiftoire que vous
nous donnez m'affure autant de la
droiture & de la bonté de vostre
coeur , que fi je vous avois vû faive
les plus belles actions du monde ;
& l'estime qu'elle me fait concevoir
de vostre efprit , va jusqu'à
voftre Perfonne. Si vous voulez
bien
GALANT.
153
bien que je vous expofe mes fcrupules
fur vostre Ouvrage , le plus
grand quej'aye , eft que vous vous
eftes unpeu troppeinte dans Mademoifelle
d'Hennebury. Il ne falloit
point , ce me femble , luy donner
tous les raffinemens de vostre vertu
, & vous deviez en faire une
Perfonne un peu moins extraordinaire
que vous. Je l'aime tendre.
ment , cette Mademoiselle d'Hennebury
, & quand je la voy mal--
heureufe , je fuis au defefpoir. Encor
fi c'eftoit la faute de la Fortune
, je me confolerois ; mais ce n'eft
lafaute que de fon trop de vertu,
& cela me met en colere contre elle.
Le fcrupule qu'elle a apres la
mort defa Mere , fur ce que le Duc
d'olfingam veut l'aller demander
àla Reyne d'Angleterre , eft d'une
délicateffe achevée. J'avoue qu'il
me furprit , & me fit plaiſir à la
G v
154 MERCURE
premiere lecture ; & j'en ferois
charmé, s'il n'eftoit point la caufe
de tous les malheurs qui font arrivezà
cette aimable Perfonne . Voyez
ma bizarrerie. Si ce trait- là ne
ne produifoit rien , il m'en plairoit
davantage. Que craignoit - elle
dans le fonds ? Il n'y avoit qu'à dire
à la Reyne , que Madame
d'Hennebury eftoit morte fur le
point deluy demanderfon agrément
pour le Duc d'Olfingam . Le Comte
d'Hennebury devoit fe charger de
cette affaire , & la gloire de fa
Saurn'y eftoit interessée en façon
du monde. Mais le Duc d'Olfingam
Luy- mefme, pourquoy fe rendoit- il à
cefcrupule ? le trouve qu'il reffemble
trop à fa Maitreffe . Il est trop
vertueux. Ne devoit- il pas crains'il
diféroit à déclarer fes
pretentions , la Reyne ne difpofaft
de Mademoifelle d'Hennebury en
faveur
dre
que
GALANT. 155
faveur d'un autre ? Et que fuft- il
devenu , apres que la Reyne auroit
eu une fois formé des deffeins contraires
auxfiens ? le voy d'icy, Madame
, que vous étes bien mal contente
de mon coeur , & de la groffiereté
de mes fentimens. Que vou-
Elez- vous ? le tiens le party de la
raison autant qu'un autre ; mais il
me femble que c'est bien affez qu'elle
l'emporte dans les chofes effentielles
encor luy en fçait- on bien
du gré . Elle peut faire naistre des
fcrupules fur les petites chofes , je
luy accorde encor ce point , mais il
faut que l'amour décide . Le mélandes
foibleffes de l'amour , & des
efforts de la raison ; & les victoires
alternatives de l'un & de l'autre
, voila ce qui fait toûjours un
effet agreable. Je ne conçois pas
bien quelle est la délicateffe de
Mademoiselle d'Hennebury , de
i ge
ne
156
MERCURE
ne vouloirpoint écrire au Duc d'Olfingam.
Elle ne veut point , ditelle
, s'expofer à l'infidelité ou à
l'indifcretion des Confidens. Elle
araifon ; mais il ne s'agit point de
cela. Elle n'a qu'à écrire par le
moyen de fon Frere , qui eft le meilleur
Amy du Duc d'olfingam . Ce
Frere autorife leur paffion . Rien
n'est plus regulier que le procedé
qu'elle tiendra ; & d'où vient que
ce Duc d'Olfingam qui l'aime éperdûment
, ne trouve paspour la perfuader
, des raifons que je trouve
bien, moy ? Vous dites qu'il eftoit
foumis , & de- intereffé ; mais je
vous repons qu'il eftoit Amant .
L'expedient dont fe fert Mademoifelle
d'Hennebury , pour ne plus
retomber dans l'embarras où l'Ambaffadeur
d' Angleterre l'avoit jettée,
est tout àfait fin ; mais peutal
reüffer ? Je doute que l'onpenfe
meins
GALANT.
157
moins à une Perfonne qu'on aime,
pour ne vouloirpas y penfer. Onfe
Jouvient à chaque moment , de ce
qu'onprend tant defoin d'oublier, &
ce foin même enfaitfouvenir.D'ail
leurs elle ne vouloit pas occuper fon
coeur du Duc d'Eftramene. Elle n'en
vouloit tout au plus occuper que fon
efprit,& lespensées de l'efprit fontelles
une puiffante diverfion à celles
du coeur ? Enfin l'attachement
du Duc d'Eftramene aupres d'elle
, luy devoit estre fufpect. Il
fembloit avoir quitté fon premier
caractere. Il ne parloit plus que
du plaifir des unions les plus
étroites. Elle devoit craindre de
donner au Duc d'olfingam un Ri ·
val, qui euft pû luy faire des affaires
par le credit qu'avoit Madame
d'Hilmorre à la Cour d'Angleterre
, & c'eftoit une conduite bien
dangereuse que de donner fajet au
Duc
1,58 MERCURE
Duc d'Eftramene de croire qu'elle
ne le haifoit pas . Il est vray qu'el
le avoit appris à Madame d'Hilmorre
l'engagement où elle eftoit
avec le Duc d'Olfingam ; mais
eftoit- ce une raifon pour croire que
le Duc d'Eftramene n'ofaft devenir.
amoureux d'elle , mettre fa Mere
dans fes interests , & traverser
l'amour d'un Rival ?
Souffrez , Madame , que je reffemble
à ces Gens , que trop de zele
emporte quelquefois jufqu'à leur
faire quereller leurs Amis avec
violence , fur les chofes où ils fe
font fait tort à eux - mefmes. Ie
vous ay déja dit que j'aimois avec
tendreffe Mademoiselle d'Hennebury
, & c'est pourquoy il faut que
je la gronde fur la conduite qu'elle
tient , & qui luy eft fi prejudiciable.
Apres qu'on s'eft expliqué à
elle fur le deffein de luy faire éponfer
GALANT. 159
pour
fer le Duc d'Eftramene , & que fon
Frere & fon Amant font revenus à
Paris , que n'apprend- elle à fon
Frere l'état où ellefe trouve ? Que
ne fe jette- t-elle entre fes bras , pour
tirer de luy le fecours don't elle a
befoin? Que ne luy découvre- t-clle
les agitations de fon coeur ? Que
ne luy demande- t - elle fes avis
fe conduire furement ? Enfin pourquoy
luy parle- t - elle comme une
Perfonne toute refoluë à épouser le
Duc d'Eftramene ? le cherche en
faveur de Mademoiselle d'Hennebury
, toutes les raifons imaginables
qui peuvent juftifier fon procedé.
Ie me dis que fon Frere ignoroit la
paffion du Duc d'olfingam , & d'elle
; mais il paroift qu'il la favoit
, & par tout ce qu'avoit dit
Madame d'Hennebury mourante,
& parce qu'eftant à l'Armé avec le
Duc d'olfingam , il avoit voulu
mander
160 MERCURE
mander àfa Soeur , dans quel defefpoir
elle avoit jetté cét Amant
par fes fcrupules , & ſes ménagemens
trop délicats. Ie me dis
qu'elle ne vouloit pas du moins
parler elle mefme à fon Frere , de
la tendreffe qu'elle avoit dans le
coeur , mais elle en avoit bien parlé
à une de fes Femmes. Elle avoit
toûjours vécu avec ce Frere dans
une intelligence fi parfaite. Il approuvoit,
ilfavorifoitfapaffion pour
le Duc. Enfin elle eftoit en état de
tout confier à une Perfonne &
moins chere , & moins fûre que le
Comte d'Hennebury. Iugez apres
cela fi je pardonne à voſtre Héroïne
de fe marier comme elle fait , avec
autant de precipitation que fi elle
euft épousé un Homme qu'elle euft
aimé le plus violemment du mon.
de. Elle n'attend ni fon Frere , ni
le confentement de fon Frere. Et
Pourquoy
GALANT. 161
=
pourquoy paffer par deffus desformalitez
fi effentielles ? Pourfe ren .
dre malheureufe.
Voila ce que c'eft , Madame , que
d'avoir trop bien fçeu faire entrer
les Gens dans les interefts de Mademoiselle
d'Hennebury. On la chicane
fur ce qu'elle ne s'aime pas
affez elle- mefme. L'heureux defaut
que celuy- là ! & que ceux à
qui onpeut le reprocherfont aimables
! Ils ont ces fentimens épurez,
& ce procedé noble & def- interefsé
qui charme dans Mademoiselle
d'Hennebury . Que de grandeur d'ade
tendreffe ! Que d'a
mour , & que de vertu ! Elle fent
tout ce qu'une Perfonne extrémement
paffionnée peut fentirmais el-
Le agit comme la Perfonne du monde
la plus maîtreffe d'elle mefme .
me ,
ن م
que
Ce qui m'a le plus fatisfait dans
voftre Ouvrage , c'eft que je l'ay.
trouvé
162 MERCURE
trouvéfort profond dans une forte
de fcience qui eft generalement
affeZinconnuë , je veux dire dans
lafcience du coeur. Combien peu de
Gens font capables d'en déveloper
les replis ! Combien de fentimens
font ignorez de ceux qui les ont , à
moins qu'ils n'ayent fait une étude
particuliere d'eux mefmes ! On s'imagine
que pour écrire des chofes
agreables , il n'y a qu'à parler d'a
mour & de tendreffe , de quelque
maniere que ce foit . Point du tout.
Ilfaut démefler finement ce qui fe
paffe dans le coeur , & nous y faire
voir des chofes que nous n'y voyions
pas. Que vous fçavez bien ce fecret
, Madame! Que le coeur eft
bien entendu dans votre Ducheffe
d'Eftramene ! Fy reconnois à chaque
moment mes propres fentimens,
qui avoient échapé à ma connoif-
Sance. Fay eu le dépit qu'avoit
M ade
GALANT. 163
Mademoifelle d'Hennebury de voir
d'autres Perfonnes bien faites que
celle que j'aimois. l'ay eu la foibleffe
qu'elle avoit de ne pouvoir
tenir contre des difcours artificieux
où il paroiffoit un peu
un peu de generofité
, & d'égard pour mes interefts.
I'ay eu comme elle de l'étonnement
d'avoir fait de certaines chofes
que j'avois faites avant que d'y
eftre réfolu , & dont l'exécution
meparoiffoit au deffus de mes forces
& je vous ay l'obligation,
Madame , de fçavoir que j'ay eu
tous cesfentimens.
>
Ne vous paroistrois -je point trop
bizarre , fi je vous difois que je
lone & blame en mesme temps vôtre
Ouvrage , de reffembler à la
Princeffe de Cléves ? Il en a les beau-,
tekdélicates , l'exactitude du ftile,
cet art fi difficile de dire precisé-
= ment fur chaque chofe ce qu'il faut,
de
164
MERCURE
de ne toucher une pensée qu'une fois,
& de la toucher affez, de faire
entendre plus qu'on ne dit , d'attraper
an Efprit qui confifte plus
dans les chofes que dans les paroles,
enfin d'eftre agreable , & de parler
toujours raifon. Ce n'est pas que je
n'euffe quelques fcrupules à vous
propofer fur de certaines expreffions
que j'ay peine à croire Fran .
coifes ; mais je ne m'arreste pas
trop volontiers à ces chofes que je
tiens peu importantes , & je ne
vous parle icy que du ftile en general.
Quand vos perfonnages parlent
dans la paffion , ils ne fortent
point du naturel , & cependant ils
parlent fort fpirituellement . Quel
difcours que celuy de Mademoiselle
d'Hennebury malade à fa Confidente,
& cent autres ! Ie n'ay point
veu de traits qui partiffent d'une
meilleure main . Tout cela a l'air
de
GALANT. 165
1
de la Princeffe de Cléves ; mais
außi ce qui en a un peu trop l'air,
c'eft le caractere de Madame d'Hennebury,
& fa mort , qui tiennent
beaucoup & du caractere , & de la
mort de Madame de Chartres. Ie
ne poufferay point mes reflexions
jufqu'à la Seconde Partie ; je le fe .
ray, Madame , fi vous avez la
bonté de me faire fçavoir que
vous trouvez bon qu'un Inconnu
vous dife fes fentimens avec tant
de liberté le n'ay eu cette hardieffe
qu'afin de paffer aupres de vous
pour un Admirateur moins fufpect
de voftre Ouvrage. Ie ne doute
point que fon fuccés ne vous determine
dans peu à nous apprendre
vôtre nom. le l'attens , Madame
, avec impatience , & je me
fuis déja fait un portrait de
vous , auquelje m'affure que vous
reffemblez
Je
166 MERCURE
Je croy, Madame, que je puis
vous mettre du nombre de ceux
qui fouhaiteroient que le Public
vouluft fe donner la peine d'écrire
de cette forte fur tous les Livres
nouveaux , c'eſt à dire , fans
aigreur & avec honneſteté . Les
Autheurs apprendroient par là ce
qu'on en penfe ; & fi les Juges
def-intéreffez qui écriroient , les
convainquoient de quelques defauts,
foit pour le ftile , foit pour
la conduite de leurs Ouvrages,
ils prendroient le foin de s'en corriger
une autre fois.
Ces jours paffez mourut Monfieur
de Clermot,Comte de Tonnerre
& de Clermont, & Vicomte
de Tallard , Chevalier des Ordres
du Roy. Monfieur le Comte de
Tonnerre fon Fils a fait paroiftre
beaucoup d'intrépidité & de valeur
dés ſa plus grande jeuneſſe.
Il
GALANT. 167
peut
* Il fut bleffé dans les dernieres
Campagnes, en donnant des marques
de fon courage . Il a l'efprit
t vif& bouilland , & foûtient avec
une fermeté inébranlable toutes
les chofes qu'il entreprend. Il
fe vanter d'eftre d'une des
plus illuftres Maifons du Royaume,
ayant eu fon Pere, fon Ayeul,
& fon Bifayeul , Chevaliers des
Ordres de Sa Majeſté . Vous vous
fouvenez de ce que je vous ay
dit en plufieurs rencontres de la
grandeur de cette Maiſon.
Je vous ay parlé de la mort de
Madame de la Prouftiere au
commencement de cette Lettre .
J'ay fçeu depuis ce temps - là
qu'un merite fingulier & une vertú
achevée qu'on ne pouvoit affez
eftimer en elle , luy avoient
acquis une eftime generale . Auffi
peut - on dire que fa mort a efté
un
168 MERCURE
fujet d'affliction pour tous ceux
qui l'ont connue. Ils conviennent
tous que jamais Femme
n'a eu plus de pieté fans oftentation
, plus de beauté & d'agrément
fans vaine gloire , ny
plus de veritable tendreffe pour
un Mary qu'elle en a eu pour
le fien. Cette perte l'a rendu
inconfolable . Elle eft arrivée
dans les malheurs qu'accompagnent
quelquefois les Accouche
mens. Il n'y avoit que quatre
jours qu'elle avoit mis au monde
une Fille qui eft vivante , & l'unique
Enfant qu'elle eut encor
eu . Ainfi Monfieur de la Prouftiere
fon Mary a eu la douleur de la
voir mourir dans fes plus belles
années. L'ancienne nobleffe de
la Famille de ce Préfident , fon
application à rendre exactement
la justice , fon propre mérite ,
fes
GALANT. 169
C
J
1
fes grandes lumieres dans toute
l'étendue des belles Lettres , la
connoiffance qu'il a de l'Hiftoire
ancienne & moderne , qu'il peut
juftifier par un tréfor infiny recherché
des plus rares & plus
belles Médailles , dont il a fi foigneufement
enrichy fa Bibliotéque,
& mille autres qualitez qu'il
poffede avec diftinction , ne font
ignorées de perfonne.
Monfieur le Prince de Bournonville
, Fils de Monfieur le
Duc de Bournonville , Viceroy
de Catalogne , a époufé Mademoiſelle
de Luynes. Feuë Madame
la Princeffe de Guimené ,
eftoit fon Aînée . Je vous ay déja
parlé fi amplement de la Maiſon
de Luynes , que je n'ay rien à
vous- en apprendre de nouveau.
On dit beaucoup de bien de
cette nouvelle Mariée , & c'eſt-
May 1682.
H
179
MERCURE
tout ce que j'en fçay . La Maiſon
de Bournonville eft auffi connuë
en France & en Eſpagne , qu'elle
eft confidérable
par les grands
Emplois que ceux qui en font ont
poffedez. Monfieur le Duc de
Bournonville, Viceroy de Catalogne
, a beaucoup d'éfprit , & un
mérite tres-diftingué . Rien n'eft
égal à la maniere civile & obligeante
avec laquelle il reçoit
tous les , Etrangers qui paffent
par le Lieu où il fait fa réfidence
.
Si le Mariage eft le tombeau
de l'Amour , comme le prétendent
ceux qui en médifent,
l'éloignement quand il dure
trop longtemps eft une chofe
qui luy eft encor beaucoup plus
funefte. Ce queje fçay quieft arrivé
depuis quelques mois vous
en convaincra . Un Marchand
tres
GALANT.
170
1 tres-opulent , ayant commerce
dansles Parties les plus reculées
du monde, fut obligé pour quelques
affaires de grande importance,
de faire un voyage aux Indes.
Il luy fâchoit fort de fe féparer
pour un an ou deux d'une jeune
Femme, aimable & bien faite,
qu'il avoit épousée depuis fix
mois. Il l'aimoit avec beaucoup
de tendreffe, & les complaifances
qu'elle avoit pour luy, la rendoient
digne de tout fon attachement.
Elles eftoient telles , que
pour peu qu'il l'euſt preffée , elle
auroit pris volontiers la réfolution
de le ſuivre, mais il y alloit de
fes intérefts qu'elle demeuraft-
& d'ailleurs il fe feroit crû inexcu
fable de l'expofer aux fatigue
& aux périls de la Mer , pour la
feule voye de l'avoir auprés de
luy pendant un voyage , qui fe-
*
H ij
172 MERCURE
lon les apparences ne devoit pas
eftre de longue durée . Ainfi il
partit fans elle , accompagné
d'un autre Marchand des plus
riches de la Ville , qui trafiquoit
comme luy aux Indes & avec lequel
il avoit lié dés fon plus bas
âge une amitié fort étroite . Rien
n'égala la douleur que luy fit fentir
ce cruel départ . Sa Femme le
tint longtemps embraffé, les yeux
tout baignez de larmes , & il falut
l'arracher d'entre fes bras à
demy évanoüye , pour finir ce trifte
adieu qui auroit toûjours duré
, fi l'on n'euft ufé de violence .
Le voyage fut heureux . Ils arriverent
aux Indes fans avoir couu
de fort grands riſques , & s'ap-
Hiquerent tous deux avec un extréme
foin , à terminer promptement
toutes les affaires qui les
avoient amenez . Cependant ils
eurent
GALANT 173
&
eurent beaufe fervir de diligence.
Trois ans antiers fe pafferent
fans qu'ils puffent revenir. Ils écri
voient à tous leurs Amis & à leurs
Correfpondans par tous les
Vaiffeaux qu'ils voyoient partir
, & chaque année on avoit
1 de leurs nouvelles.Enfin le temps
fi fouhaité du retour arriva pour
l'un & l'autre. Ils s'embarquerent
, & la plus grande partie de
leur navigation ſe fit avec un
vent affez favorable ; mais fur le
d'arriver , ils furent battus
d'une furieufe tempefte , qui les
obligea de relâcher à une Rade
d'Irlande .Ce retardement chal
grina fort le Marchand. Il pen
foit fans ceffe au plaifir qu'il
goûteroit en voyant la Femme ;
& pour ſe rendre plus fenfible ,
il s'avifa d'un moyen qui devoit
coûter des pleurs à cette aipoint
Hij
174 MERCURE
mable Perfonne , mais qui luy
caufant enfuite une extréme
joye , promettoit de nouveaux
charmes à leur mutuel amour. Ce
moyen fut de luy faire écrire
qu'il eftoitmort à Goa apres une
longue maladie ; & afin que cette
nouvelle paruft moins douteuſe,
il écrivit luy-mefme un Billet,
dont le caractere mal formé marquoit
un Homme mourant. Par
ce Billet qui fut feulement
de cinq ou fix lignes , il témoi
gnoit à fa Femme que fe voyant
preft de quiter la vie , il luy donnoit
fes derniers momens pour
l'affurer qu'il n'emportoit en mou.
rant que le feul regret de ne luy
pas dire le dernier adieu. Son
Amy , qu'il avoit prié d'écrire,
adreffa la Lettre à un Religieux
de fa connoiffance , le priant
de la porter , & de difpofer thei
la
GALANT. 175
1
la Veuve felon fa prudence , à
fouffrir fa perte avec réfignation .
Il écrivit encor à quelques Amis,
aufquels il donnoit avis de cette
mort , & toutes ces Lettres
eftoient dattées de Goa. Elles
pafferent affez promptement en
France , & toute la Ville où demeuroit
le Marchand , fut bientoft
inftruite de cette nouvelle.
L'écriture eftoit connue, & il n'y
avoit aucun fujet de douter. Là
Femme pleura , cria , fe defefpera
, mais la fuite fit connoiftre
que c'eftoient des pleurs qu'elle
donnoit à la bienfeance bien
plûtoft qu'à la douleur. Il y avoit
déja plus d'un an qu'un Cavalier
fort bien fait , venu par hazard
dans la mefme Ville , employoit
beaucoup de foins à la
confoler dans fa folitude , & le plai
fir qu'elle prenoit à le voir , ne
2
Hij
176
MERCURE
l'engageoit pas à fouhaiter qu'on
revinft fi-toft des Indes. Elle
avoit du bien , elle eftoit jeune ,
& le Cavalier qui avoit touché
fon coeur , fçeut fi bien ſe prévaloir
de l'impreffion qu'il y avoit
faite , qu'il la difpofa fans peine
à un fecond Mariage . Le plaifir
de fe voir la Femme d'un Gentilhomme
apres l'avoir efté
d'un Marchand , eftoit une chofe
qui la flatoit agreablement . II
ne s'agiffoit que de convenir
du temps . Pour ne point donner
occafion au murmure , elle
demanda le terme d'un an ; mais
le Cavalier preffa fi fort , que
fon amour l'emporta fur fes foibles
refiftances. Ainfi malgré
le Qu'endira- t on , elle confentit
à ce qu'il voulut , & fon prétendu
Veuvage ne fut que de
fix femaines. La voila remariée ,
* H
•
&
GALANT. 177
7
& juftement dans le temps que
le Vaiffeau qui ramenoit fon
Mary , partoit d'Irlande , apres y
avoir efté retenu prés de deux
mois par un vent contraire. La
Ville où le Marchand avoit pris
naiffance , eftoit un peu éloignée
du Port où il débarqua. Il
y arriva de nuit , & fe fit d'avance
un fort grand plaisir de la
furprife qu'il alloit caufer à tout
le monde. Une Servante qui luy
vint ouvrir la porte , l'ayant reconnu
, fit un cry épouvantable.
Sa Femme qui eftoit feule alors
dans la Salle , voulut fçavoir ce
que ce cry vouloit dire , & l'appercevant
, elle en fit un autre ,
qui en un momét attira tous ceux
qui eftoient dans la Maifon. En
mefme temps elle fe laiffa tomber
fur un fiege toute morte dè
frayeur, & ne doutant point que
Hv
178 MERCURE
fon Mary ne fuft revenu de l'autre
monde , pour luy reprocher
fon peu d'amour. Elle perdit la
parole , & c'eftoit pour des Valets
un affez grand embarras de
voir un Mort & une Mourante .
Le Principal Commis du Marchand
accourut comme les autres.
C'eftoit un Homme affez
ferme , & qui n'avoit jamais eu
de credulité pour les Efprits. Auffi
connut-il bien toft que ce qu'il
voyoit n'eftoit point un Spectre.
Le peu de joye qu'il montra , &
quelques paroles chagrines qui
luy échaperent , ayant furpris le
Marchand ; il demanda ce qui
eftoit arrivé chez luy pendant
fon abfence. Une Servante que
la preſence de ce Commis avoit
raffurée luy dit bonnement
qu'il n'avoit guére eu raiſon de
mander qu'il eftoit mort , puis
›
que
GALANT. 179
que fans cela fa Femme ne fe fe
roit point remariée . Ces paroles
furent, pour luy un coup de ton
nerre. Il en demeura tout accablé
, & dans l'état pitoyable où
il fút réduit , on ne fçavoit lequel
avoit le plus befoin de fecours ,
du Mary ou de la Femme. Elle
revint , & s'abandonna aux larmes
. Pour luy , il fut entraîné
par
fon deſeſpoir. Il aimoit fa Femme
avec paffion , & par fa faute il la
voyoit depuis dix ou douze jours
entre les bras d'un autre Mary.
Joignez à cela que fa promptitu
de à prendre d'abord un fecond
engagement luy faifoit connoître
qu'elle ne l'avoit jamais aimé.
Toutes ces chofes luy renverferent
l'efprit. Il eut des égaremens
qu'une groffe fiévre qui le furprit
, n'aida pas fort à diminuer .
Il n'y refifta que quatre jours , &
mourut
180 MERCURE
mourut fans avoir fait autre chofe
que foûpirer , & dire fans ceffe
qu'il méritoit fon malheur. Le
Cavalier , que des ordres à donner
avoient fait aller à une Terre
, en revint le jour qu'on l'enterra.
Jugez combien il eut de
furpriſe d'un retour fi peu croyable,
& combien de joye en mefme
temps de ce que la mort l'avoit
fuivy de fi prés.
Monfieur le Duc de S. Aignan
eftoit la Perfonne illuftre qui avoit
voulu cacher fon nom en propofant
une Médaille d'or du Portrait
du Roy pour Prix du meilleur
Sonnet qui feroit fait fur les
rimes de Jupiter & de Pharmacopole.
Meffieurs de l'Académie
Françoiſe ſe voyant choifis pour
Juges , déclarerent qu'aucun de
leur Corps ne feroit reçeu à pretendre
au Prix . Cet illuftre Duc
qui
GALANT. 181
qui n'a jamais rien eu de plus
cher , que de travailler pour la
gloire de fon Maître , fe crut obligé
de leur découvrir , non feulement
que c'eftoit luy qui donnoit
cette Médaille , mais qu'il croyoit
avoir droit de concourir avec
ceux qui travailleroient fur ces
Bouts-rimez. Meffieurs de l'Académie
ne trouvant pas à propos
de changer de fentimens , il leur
envoya cet Impromptu.
ARbitres du Sçavoir, beaux &
charmans Efprits ,
Qui portezdu Laurier l'immortelle
Couronne ,
Donc pour eftre d'un Corps qui n'eut
jamais de prix,
Le vas eftre privé de celuy que je
donne ?
Ie n'ay point hazardé le Portrait
d'un Grand Roy
Qu'avec
182 MERCURE
Qu'avec beaucoup d'espoir qu'il
reviendroit
à moy.
Brûlez donc mon Sonnet , fi ce n'eft
rien qui vaille ;
Mais s'il eft le meilleur , rendezmoy
la Médaille.
Quelques jours s'eftant paffez
fans que ces Meffieurs euffent
décidé la chofe, Monfieur le Duc
de S. Aignan vint à l'Académie,
& fit le Difcours qui fuit à ceux
qu'il y trouva affemblez. ・・
MESSIEURS,
L'avantage d'avoir une place
dans vostre illuftre Corps , m'a toû–
jours parufi grand , que j'ay eu peu
d'attachementjufqu'icy à en rechercher
d'autres. Auffi ne me ferois - je
pas avifé de faire un Sonnet , & de
donner un Prix , fi mon principal
deffein n'avait efté de donner lieu à
de
GALANT. 1183
=
de beaux Génics de travailler à la
gloire du Roy, & enfuite de tâcher
à vous plaire.
Le m'eftois perfuadé que la gloire
que je pourrois acquerir, contribuëroit
en quelque façon à la vostres
maisje voy bien, Meffieurs , que je
mefuis trompé. Il faloit vous con-
Sulter avant que d'entreprendre, &
ne hazarder pas comme j'ay fait
cette mefme gloire, au lieu de l'angmenter.
Mais oferois -je vous demander,
Meßieurs , fans manquer
La déference que je veux toûjours
avoir pour vos fentimens , s'il n'y a
point un peu de dureté à ce que vous
voulez me fairefouffrir? Vous agiffe
contre mes intentions avant que
de m'avoirfait connoître les vôtres.
Vous recevez avec bonté un Sonnet
& une Médaille ; le premier pour
difputer un Prix, & l'autre pour en
fervir ; & dans le mefme temps où
Vous
184 MERCURE
Me
vous difpofez de l'un , vous ordonnez
que l'autre mefoit inutile .
Vous pouviez , Meßieurs , les refufer
tous deux comme une chose
peu conforme à cette grave &
auftere fageffe que j'admire & que
je crains enfemble en quelques- uns
de voftre Compagnie . Vous pouviez
vous contenter des fçavans & brillans
éloges que vous donnez Souvent
au Grand Roy dont j'ay mis
le Portrait entre vos mains , fans
décider abfolument que cet augufte
Prix ne feroit jamais dans les
miennes.
Quand on prend la liberté de
s'adreffer à vous pour vous fuplier
de vouloir eftre les luges de quelques
Ouvrages , les conditions ne
doivent- elles pas dépendre de celuy
qui les donne , & la grace que vous
luy faites en les acceptant, doit- elle
le priver de l'effet de voftre justice?
le
GALANT. 185
1
de
Te veux bien, Meffieurs , me croire
indigne de la victoire où j'afpire;
mais au moins permette- moy
combatre , & ne m'oftez pas les ar
mes des mains , quand vous les laiffez
à tant d'autres. Nefera ce pas
un affaßinat , fi me voyant atta
• qué d'un fi grand nombre , vous ne
voulez pas que j'aye rien à oppoſer
à tant d'Ennemis ? l'ay preferé ce
Tribunal à tous ceux qu'il m'eftoit
Libre de choifir. Ne permette pas
qu'un repentirfoit la récompenfe de
mon choix & de mon eftime.
En verité , Meffieurs , voftre réputation
eft trop bien établie pour
Laiffer croire à perfonne que vous
ayez deffein de favorifer quelqu'un
de voftre Corps ; mais vostre juftice
ne ceffera - t'elle point de l'eftre , fi
vous refufez des conditions raifonnables
?
Vous fçavez , Meßieurs , celles
que
186 MERCURE
que j'ay mifes dans mon Sonnet.
Pourrez vous donner le Prix à ceux
qui en manqueront , & qui ne feront
point de ce caractere ? le travaille
peut- eftre pour un autre plutoft que
pour moy , quand je vous demande
que la qualité d' Académicien n'empefche
pas de prétendre au Prix,
Un autre de votre Corps à écrit
auffibien que moy, & c'eſt un dangereux
Concurrent ; mais bien qu'ilfoit
en poffession defe faire redouter , je
l'eftime plus que je ne l'apprehende;
& l'émulatio eft plus propre à enflåmermon
courage, qu'à le refroidir.
T'aime donc mieux prendre le hazard
d'eftre vaincu par un Homme
éclairé , que fi vous donnieKlien
d'accufer vos lumieres . Tout ce qui
me viendra de vous , Meßieurs fera
receu avec respect & fans murmure;
maispenfez bien,je vous fuplie,à ce
que vous dire , pour éviter à ce que
L'on
GALANT. 187
=
l'on pourra dire ; & fans confiderer
ma perfonne à qui vous ne devez
rien , fongez à ce que vous devez
À vous- mefmes.
Lors que ce Duc eut achevé
ce Difcours , il fe retira pour les
laiffer opiner , apres avoir affaifonné
cegrand férieux de ce Madrigal.
fi
E vous trouve toûjours dans la
mefme rigueur, JE
Maisjene veuxpourtant vousfaire
aucun reproche;
Et comme j'ay du Roy le Portrait
dans mon coeur,
Ilfaudra me paffer de l'avoir dans
ma poche.
La Séance de l'Académie fut
longue apres fon départ. Il y eut
divers fentimens , & enfin ces
Meffieurs furent d'avis que les
quinze
188 MERCURE
vez de
༥ .
quinze Sonnets choifis & réferpres
de cent foixante, fuffent
remis entre les mains de
Monfieur le Duc de S. Aignan ,
qui nommeroit des Juges pour
décider de la bonté des Sonnets,
& donner le Prix dela Médaille
dù Roy à celuy qui auroit fait le
meilleur ; ce que ce Duc ayant
accepté , il reprit le fien . Depuis
ce temps - là , il a prié Meffieurs
d'Ubaye, de Favre- Fondamente,
& de Vertron, tous trois de l'Académie
Royale d'Arles dont il eft
Protecteur , de donner le Prix,
auquel il a ceffé de prétendre,
par les mefmes raifons qui ont
apparemment empefche Melfieurs
de l'Académie Françoife
de recevoir leurs Confreres
en cette concurrence . Je vous
envoye le Sonnet que ce Duc
a retiré. Il vous fera voir que
c'eftoit
GALANT. 189
c'eftoit avec juſtice qu'il prétendoit
difputer le Prix , & que celuy
qui gagnera la Médaille , aura
Epeut- eftre eu quelque peine à en
faire un auffi bon.
Ľ
BOUTS
-
RIME Z
donnez à remplir , fur les difé-
T rentes occupations des Homes.
SONNET.
Aftrologue connoistMars , Vénus,
Jupiter,
Mercure eft employé chez le Pharmacopole,
La Poudre eft au Baigneur , la Lancete
au Frater ,
Onprend du Lait chez Barbe,& du
Fruit chezNicole.
L'un jure en Libertin , l'autre dit
fon Pater,
Ou
190
MERCURE
Ou pour vendre un Cheval au Marché
caracole;
L'Ecolier fur les Banc s'enrouë à
difputer,
Et le Pilote en mer confultela Bouffole.
LOVIS parfa valeur rendfon nom
immortel ;
Le Courtifanlefuit, & renonce au
Cartel ,
Le Plaideur au Palais follicite une
Affaire.
On chaffe, onjouë , on dance , on chante,
on fait des Vers ;
Mais plaire auplus Grand Roy qui
foit dans l'Univers ,
C'est leplus beau Meftier qu'onpour
roitjamais faire.
Comme il n'y a pas d'apparence
que Meffieurs les Académiciens
GALANT. 191
miciens d'Arles , que Monfieur
de S.Aignan a choifis pour Juges,
décident du Prix avant la fin de
ma Lettre de ce mois , je ne vous
manderay que dans l'autre ce qui
fe fera paffe dans ce Jugement,
On difére toûjours à prononcer
fur les Sonnets des rimes de Pan
& de Guenuche. Apparemment
il s'en trouve tant de bons , que le
meilleur eft difficile à choifir. Parmy
ceux qui courent , les deux
que je vous envoye font fort eftimez.
L'une eft de Monfieurl'Abbé
Gautier de Provence , & l'autre
de Mr Amoreux de Digne,
Avocatau Parlement d'Aix .
A LA GLOIRE DU ROY.
SONNET.
E Streplus révere que ne fut le Pan ,
Enchaîner la Fortune ainfi qu'une
Guenuche, Détrui
192 MERCURE
Détruire en fes Etats l'Empire de
Satan ,
Et fe faire admirerfous la Pourpre
& la Pluche ;
+3
Rendrefes Ennemis plus timides
qu'un Fan ,
Eftre plus agiffant que l'Abeille en
fa Ruche ,
Moiffonner des Lauriers chaque
faifon de l'An,
Et faire voler l'Aigle außi bas que
l'Autruche;
* 3*
N'entreprendre jamais rien qui ne
luy foit hoc ,
Ne vouloir pour la Paix refufer
aucun troc ,
Au Temple de la Gloire avoir plus
d'une Niche ;
粥
C'eft le Portrait d'un Roy , qui da
feul mot De Par
Rend
GALANT. 193
Rend fertiles les lieux qu'on vit
jadis en friche
Et fe fait obeïr außi toft qu'il dit-
Car.
SUR LES MESMES
Bouts - rimez .
L
OVIS fuyant l'orgueil & le
fafte da Pan,
Met l'Heréfie aux fers comme on
fait la Guenuche ;
Il rétablit l'Eglife où commandoit
Satan ,
Et préfere en Hyver la Cuiraffe à
la Pluche.
L'Ennemy devant luyfuitplus vifte
qu'un Fan ,
Comme une fage Abeille ilfait
remplir fa Ruche,
Il eft infatigable en tout le cours de
l'An ,
May
1682
.
1
194
MERCURE
Et fçait tout digérer beaucoup
mieux qu'une Autruche .
Ilfait tout ce qu'il veut, & faparole
eft hoc,
Ilprend ce qu'il attaque, &ne perd
rien au troc ,
La Justice en fon coeur eft comme
dans fa Niche.
+3
De l'amour de fon Peuple il fait
tout fon Rem- par ;
Et ce Roy , dont les foins ne laiffent
rien en friche,
Fait naître mille Vers d'un miférable
Car.
Cet autre Sonnet , fur un
fujet diférent , quoy que fur
les mefme rimes , eft de Monfieur
le Président de Silvecane
de Lyon.
SUR
GALANT. 195
SUR UN DEPIT.
Q
Vand vous feriez , Iris , plus
fuperbe qu'un Pan ,
Plus fine que ne l'est une vieille
Guenuche ,
Qu'à cela vous joindrie la force
de Satan, }
Vous tâcheriez en vain à fecoüer
ma Pluche.
Pres de vousje fçaybien qu'un Lyon
n'est qu'un Fan,
Qu'il fe faut défier du Miel de
voftre Ruche ,
Maisj'y mettray bon ordre, & veux
au bout de l'An
Digérer ma douleur en eftomac
d'Autruche.
**
La pierre en eft jettée , & mon départ
eft hoc,
I ij
196
MERCURE
Ie change mon deftin , &par un
heureux troc,
Le prétens vous donner , Iris , niche
pour niche.
**
L'attefte tous les Dieux, &puis vous
jurer Par...
Que vous ne mettre
fidelle en friche,
plus ce coeur
Et qu'il eft à l'épreuve & du Mais ,
& du Car.
Monfieur Davouſt l'aîné eſt
l'Autheur de ce quatrième Sonnet.
Il l'intitule.
RAGE CONTRE
les Bouts - rimez .
R
के
Ime à caffer la Flute à Pan,
Vieux marmotage de Guenuche
,
·Propre à faire enrager Satan,
Vermine , dont Phébus s'é-pluche .
Comment
GALANT .
197
芝麻
Comment diable attraper un Fan?
Meprenez- vous pour une C. rucher
I'irois bienjusqu'au bout de l'An ,
Quand j'aurois des jambes d'Autruche
.
N'attraper rien, cela m'eft hoc;
Si de rienje nefais un troc,
Ilfaut que d'icy je dé- niche .
Adieu, car pour rimer en Par ,
Ie mettrois macervelle en friche, 14
Je m'en vais à Madagaf- car.
J'adjoûte quatre Sonnets fur
les rimes du Flageolet & du Dé- ,
calogue. Les trois premiers font
de Monfieur Gardien Secretaire
du Roy ; & le quatrième , de
Monfieur de Merville .
I iij
198
MERCURE
SUR UN MARIAGE
preſt à fe faire.
Muse,
vfe , en faveur d'Iris , reprens
le Flageolet ,
Et chante noftre amour conforme au
Décalogue.
Elle eft ma Tourterelle , & moy fon
Roytelet 3
Songe à l'Epitalame , & laiſſe- là
l'Eglogue.
Le Contract eft paffefous Scel du
Chaſtelet,
Mon Train veftu de neufjuſqu'à
mon Pédagogue,
Et je n'ay plus qu'un jour à garder
le Mulet ,
Pour réduire un Parent quigrondoit
comme un Dogue.
**
T'auray de tout foucy l'efprit bien
écuré
,
Quand
GALAN T. 199
Quand le conjungo vos que dira
le Curé,
Aura mis dans mes bras ce miracle
des Belles .
Léandre pour Héro périt dans
'Hellefpont ;
D'un plus heureux fuccés noftre
amourme répond ,
Vers la Quasimodo j'en diray des
nouvelles.
CAPRICE.
Cha
Hantons fur un Rebec, nonfur.
un Flageolet ,
Un Ennemyjuré des Loix du Décalogue
,
Vn cruel Publicain , tranchant da
Roytelet ,
મે
Qui fournit à nos champs triftefujet
d'Eglogue ,
Son Onclefut quinze ans Recors au
Chaftelet,
I iiij
200 MERCURE
Son Pere en fon Village eftoit le
Pédagogue ,
Son Ayeul en Auvergne
Mulet ,
étrillant le
Avoit encor lefoin de la Porte & du
Dogue ,
3
Plus de vingt-fois fa Mere a chez.
nous écuré ,
Sa Grand Mere fervit & vola for
Curé ,
Sa Coufine aujourd'huy fait commerce
de Belles .
Pour luy , la Rame en main , il courut
l'Hellefpont,
A de fi beaux Exploits , fi le reste
répond ,
La Greve de fa fin nous dira des
nouvelles.
SUR
GALANT. 201
SUR LA MISERE
de la Vie de la Cour.
A
Vifouple qu'un Gand , deux
comme un Flageolet , -
S'écarter à tous coups des Loix du
Décalogue,
Encenfer le Faquin qui fait le Roytelet
,
Sur fes propres chagrins méditer
quelque Eglogue ;
N'eftrepas moins captifque dans le
Chaftelét ,
De l'intéreft en tout faire fon Pédagogue
,
Souvent piquer le Coffre, & garder
le Mulet ,
Flater jufqu'à l'Huiffier aboyants
comme un Dogue ;
Avoir l'intérieur toujours mal
écuré ,-
I v
202 MERCURE
Faute d'un bon commerce avecque
Jon Cure ;
Ne fonger qu'à l'Intrigue, à la Fortune
, aux Belles ;
Voguerfur des Détroits moins feurs
que l'Hellefpont ,
Reclamer la faveur qui rarement
répond ,
Foila l'Homme de Cour, & j'enfçay
des nouvelles.
L'HEUREUX
Inconftant .
E fçais me divertir avec un Flageolet
,
Je vis paffablement fuivant le Décalogue
,
Chemoyje fuis le Maifire, &fais
le Roytelet ,
Bien ou mal au besoin je compofe
une Eglogue.
Grace
GALANT.
203
Grace à Dieu, je n'aypoint d' Affaire
au Chaftelet ,
Ie ne fuis plus foumis aux Loix d'un
Pédagogue,
I'employe mieux mon temps qu'à
garder le Mulet,
Et j'ay de l'appétit autant quafi
qu'un Dogue.
De foucis amoureux sij'estois écaré,
Et qu'il nefaluft pas lefecours d'un
Curé ,
Pour fléchir la rigueur d'un miracle
des Belles ,
Le ferois des laloux par dela l'Hellefpont
;
Mais ce qui fur cela de mon bonheur
répond,
C'est que j'ay du panchant pour les
amours nouvelles.
Le
204
MERCURE
Les Italiens nous ont donné
depuis quinze jours une Nouveauté,
qui attire tout Paris. Elle
a pour titre la Matrone d'Epheſe.
Ce fujet , traité plaifamment à
leur maniere,pouvoit de luy - mefme
avoir un fort grand fuccés.
Jugez de l'effet qu'il doit produire
, par l'embelliffement qu'ils luy
ont donné d'un Perfonnage de
Procureur que jouë Arlequin.
C'eft une Satyre qui remplit entierement
le dernier Acte , &
cet Acte eft repréſenté tout
en noftre Langue. Il fait voir
les injuftices dont les Procureurs
font capables , & met
dans leur jour tous les tours d'adreffe
que quelques- uns fçavent:
employer pour tirer de l'argent
des Parties. Cela paroîtra choquant
pour ce nombreux Corps ,
a ceux qui ne feront pas d'abord
les
GALANT.
205
les refléxions que l'on doit faire.
Quoy que dans tous les employs
qui font les divers états des Hommes
, on découvre tous les jours
des tromperies & des malverfations
; on peut pourtant affurer
qu'il n'y a point de Profeffion ,
qui en elle-mefme ait aucun défaut.
Jamais on n'en a veu d'établies
fur le pied d'en avoir ; autrement
les Etats où l'on permettroit
des Profeffions , neceffairement
accompagnées de défauts
, feroient des Eftats mal
policez . Tout eft bon de foymefme.
Rien n'eft plus faint que
la Religion ; rien de meilleur
qu'un veritable Dévot ; & cependant
la Dévotion fait des Hypocrites.
Rien n'eft plus utile
qu'un Procureur qui fait fon devoir,&
rien de plus ruineux pour
les Parties qu'un Procureur , qui
na
206 MERCURE
n'a que fes interefts en veuë.
Ainfi les défauts eftant des Hommes
& non des Profeffions ; ceux
qui font naturellement portez au
mal , rafinent , chacun ſelon fon
employ, fur les moyens d'en commettre
, & voila ce qui fait injuftement
imputer aux Profeffions,
ce qui ne vient que de la mauvaife
inclination des Particuliers
qui les exercent . On peut connoiftre
par là,que la Comedie Italienne
ne jouë point la Profeffion
de Procureur , mais ceux d'entr'eux
qui fe diftinguent par l'avidité
du gain,& à qui cette baffe
avidité fait faire des chofes qui
ne font de leur employ que par
ufurpation , pour ne pas dire friponnerte.
Ainfi cette Satyre produit
plufieurs effets fort avantageux.
Elle fait que les Procureurs
qui fe fervoient de mille
moyens
GALANT.
207
moyens injuftes pour attraper de
I l'argent , changent de conduite ,
ou parce qu'ils reconnoiffent leur
faute,ou parce que la connoiffance
que la Comédie a donnée de
leurs tours d'adreffe , leur faifant
appréhender d'eftre furpris , ils
n'ofent plus les commettre fi
fouvent. D'un autre cofté , les
Auditeurs qui ont des Procés ,
profitent beaucoup à la Matrone
d'Epheſe . L'Acte qui en fait:
la conclufion , lleeuurr apprenant la
maniere dont ils peuvent eſtre
trompez , ils prennent garde à
s'en garantir. Ceux d'entre les .
Procureurs à qui l'on ne peut
rien reprocher , ont veu cette
Comédie avec plaifir , & quelques-
uns mefme ont donné des
Mémoires contre ceux qu'ils
jugent indignes d'eftre leurs
Confreres. Cela fait connoiftre
208 MERCURE
tre leur intégrité & leur prudence.
Lundy dernier 25. de ce mois ,
la Troupe Françoife donna la
premiere repréfentation
d'une
petite Comedie, intitulée les Bouts.
rimez. Ce fujet eft à la mode , &
c'eft par cette faifon que celuy
qui l'a traité a crû le devoir choifir.
On ne manque jamais de
travailler fur tout ce qui fait du
bruit , parce que plus les fujets
font connus , plus ils attirent de
monde. Les chofes que l'on expoſe
ainfi au Public,n'ent font ny
plus relevées, ny plus avilies. Le
Theatre veut qu'on charge les
actions que l'on repréſente ; &
comme plufieurs font perfuadez
qu'il demande de gros traits , &
qui frapent vivement, ils croyent
que ce qui eft le moins vray- femblable
, doit faire le plus d'effet .
Lat
GALANT. 2.09
La nouvelle Comédie des Boutsrimez
en eft un exemple. On y
voit un Bourgeios qui pour Prix
des rimes qu'il donne à remplir,
propoſe fa Fille, & dix mille écus.
Il a tant de peur que le deffein
où il eft ne foit ignoré , qu'il le
fait publier par les Carfours au
fon du Tambour. C'eſt une chofe
qui n'a nulle vray-femblance.
Cependant ceux qui condamnent
cet Incident , parce qu'il n'i
mite point la nature , le trouvent
contraints de rire d'une pensée
fi bizarre. Il y a d'autres endroits
, qui eftant auffi outrez ,
font également divertiffans. Il
faloit neceffairement en uſer ainfi
, pour faire un fujet Comique
de cette matiere. Sans cela il
ne feroit pas poffible que beaucoup
de chofes , qui d'ellesmeſmes
n'ont rien de plaifant ,
euffent
210 MERCURE
euffent dequoy faire rire ceuxmefmes
qui y feroient le plus difpofez.
Propofer des Bouts- rimez
qu'on ne peut bien faire fans efprit
, & donner des Prix quand
on eft d'une qualité à le pouvoir
faire , & que le Sujet que l'on
choifit eft digne des louanges du
Public , c'eſt ne rien faire qui
donne ouverture à plaifanter ;
mais comme il n'eft rien qui n'ait
deux faces , & que les Hommes
ont l'efprit affez fubtil pour pouvoir
rendre la verité problématique,
on peut trouver du ridicule
par tout. Il ne faut que de
l'excés pour cela. Ileft condamnable
dans la vertu mefme , qui
n'est parfaite qu'en fe prefcrivant
des bornes . Ainfi la petite
Comédie , dont je vous parle,
eftant une chofe tellement outrée
qu'elle va juſqu'au dela du
vray -
GALANT. 211
vray-femblable , n'eft plus qu'un
effet de l'imagination de fon Autheur.
Il a l'efprit vif , & tout'
plein d'un fel qui fe fait fentir.
Il a traité fon Sujet d'une maniere
qui luy en a fait tirer plus
i qu'il ne fembloit fournir, La Pićsce
eft auffi rifible qu'elle eft bien
joüée ; & fi quelques- uns cherchent
à la condamner, ils ont leurs
raifons. Le plus grand nombre
l'approuve , & la tient d'autant
plus digne d'attirer les Curieux,
qu'elle eft entierement neuve , &
ne reffemble en aucun endroit à
la Corneille d'Eſope.
Le Jeudy 21. de ce mois, Monfeigneur
le Dauphin courut un
Defy à la Bague. Il avoit de fon
Ecofté Monfieur le Duc de Vendofme
& Monfieur de Brione : &
de l'autre eftoient Monfieur le
Prince d'Harcourt , Monfieur de
la
412 MERCURE
la Feüillade , & Monfieur le Comte
de Marfan. Ils coururent fix
fois, & ce fut le Party de Monfeigneur
qui gagna.
Il mit quatre
dedans, & fit les plus belles Courfes
du monde. Le Prix eftoit de
cinquante Piſtoles chacun. La
Reyne & Madame la Dauphine
eftoient préfentes avec Monfieur ,
Madame, Mademoiselle , & pref
que toute la Cour.
Le Dimanche 24. il y eut une
Courfe de Bague & de Teftes,
dans laquelle Monfieur le Duc de
S. Agnan , & Monfieur le Duc de
Gramont, furent établis Juges du
Camp. Ce premier avoit efté
choify feul Juge des Courſes dés
l'année derniere , mais la maladie
de Madame la Dauphine empécha
ce divertiffement. Quelques
jours avant cette Courfe
du 24. le Roy qui eftoit à table ,
ayant
GALANT. 7213
ayant apperceu Monfieur le Duc
de S. Aignan , luy dit en riant ,
qu'il y avoit d'autres Juges nommez
que luy à quoy ce Duc ré-
;
pondit , que s'il croyoit qu'une
Requefte Inpromptu puft luy redonner
cette Place , elle feroit
bientoft faite : mais qu'avant que
de travailler , il euſt bien voulu
eftre affuré du fuccés . Monfeigneur
le Dauphin prit la parole,
& dit qu'il pouvoit toûjours faire
fa Requeſte . Monfieur de Saint
Aignan fortit auffitoft. Quoy que
le Repas fuft fi avancé , que l'Entremets
étoit preft d'eftre fervy , il
ne laiffa pas d'apporter ces feize
Vers,avant que Leurs Majeftez
fuffent hors de table. Elles témoignerent
en eftre fort fatisfaites,
auffi bien que Monfeigneur
, &
Madame la Dauphine
.
A
214 MERCURE
A MONSEIGNEUR
LE DAUPHIN.
Requefte Inpromptu.
' Ayfait un Bout- rimé Pour vous,
& dans ce temps
J'4
Vous me mettez, Seigneur , au rang
des Mécontens,
Et quand vous reprene & le Dard
& la Lance,
Vous croyez m'obliger à garder le
filence?
Ah , rendez- moyjustice , & confidérez
bien
Qu'autrefois j'estois fuge , &je ne
fuis plus rien.
S'ilfaut vous divertir, s'ilfaut mefme
combatre,
Lors que l'on n'est que trois, peut- on
pas eftre quatre?
De me mettre en ce nombre il ne
tiendra qu'à vous ,
Et
GALANT. 7215
Et je n'y feray pas le plus foible
de tous.
Maisfi cet Inpromptu rend mon attente
vaine,
Je m'en vay de cepas mejetter dans
la Seine.
Seigneur , faites-moy done , empefchant
ce malheur,
Mourir dans un Combat,& non pas
de douleur,
Faute de voir au Camp l'adreffe
fansfeconde
Qu'aura le digne Fils du plus Grand
Roy du Monde.
Ce Duc fut donc fait Juge des
Courſes, ou Maréchal de Camp,
avec Monfieur le Duc de. Gramont.
Il y avoit deux Quadrilles.
Monſeigneur eſtoit Chef de
la premiere, & avoit fous luy pour
Chevaliers,
Mon
216
MERCURE
Monfieur de Brione.
Monfieur de Marfan.
Monfieur de Turenne.
Monfieur de Vendofme.
Monfieur de Soyecourt.
Monfieur de Mailly.
La feconde Quadrille avoit
Monfieur le Prince de la Roche-
Sur-Yon pour Chef, & pour
Chevaliers,
Monfieur de Commercy.
Monfieur de Tingry.
Monfieur de Molac.
Monfieur de Monaco.
Monfieur le Prince d'Harcourt
Monfieur de Rouffy.
Jamais on ne vit de plus beaux
Chevaux, ny plus richement encharnachez
, qu'ils en avoient
tous. Leurs Habits eftoient auffi
magnifiques que galans , & le
brillant affortiment de leurs Plumes
en foûtenoit admirable- C
ment
GALANT. 217
ment l'éclat. Voicy dans quel
ordre ces illuftres Chevaliers firent
leurs Courfes , premierement
à la Bague , & enfuite aux
Teftes.
Monfieur de Commercy.
Monfieur de Brione.
Monfieur de Tingry .
MONSEIGNEUR .
Monfieur de Molac..
Monfieur de Marfan .
Monfieur le Prince de la Roche
fur-Yon.
Monfieur de Turenne.
Monfieur de Monaco.
Monfieur de Vendofme.
ر
Monfieur le Prince d'Harcourt.
Monfieur de Soyecourt.
Monfieur de Rouffy,
Monfieur de Mailly,
>
Le Roy , la Reyne & Madame
la Dauphine furent
préfens à ces Courſes . Madame
May 1682.
K
218
MERCURE
eftoit à cheval avec Madame la
Princeffe de Conty , & plufieurs
des Filles d'honneur de Madame
la Dauphine , & de Mademe
auffi à cheval. Mademoifelle
eftoit dans le Carroffe de la
Reyne avec plufieurs Dames.
Monfeigneur mit deux dedans
de fes trois Courſes ; & la Quadrille
dont il eftoit Chef gagna
contre l'autre de plufieurs dedans;
mais ayant perdu à la Courfe
des Teftes, quoy que ce Prince
en euft fait plufieurs avec une
adreffe merveilleufe , on remit la
décifion au lendemain . Ainfi on
recommença le Lundy 25. mais
rien ne fut encor decidé . Le jour
précedent Monfeigneur le Dauphin
avoit gagné à la Bague , &
perdu aux Teftes . Ce fut le contraire.
Ce Prince gagna aux Teftes
, & Monfieur de la RochefurGALANT.
219
fur-Yon à la Bague. Monfieur le
Duc de S. Aignan fut feul Juge
du Camp ce dernier jour , Mon→
fieur le Duc de Gramont, qui l'avoit
efté avec luy la premiere fois,
eftant entré dans la Partie en la
place de Monfieur le Duc de
Vendofme, qui ne fe trouva point
en état de continuer les Courſes.
On croit qu'on le recommencera
dans peu de jours.
4
La nuit du 11. au 12. de ce
mois, fur les deux heures ,le tremblement
de terre dont vous fouhaitez
eftre éclaircie , fe fit fentir
à Paris. Le lendemain chacun
en parla, mais d'une maniere qui
donnoit lieu d'en douter. Les
Religieux & Religieufes qui
chantoient alors Matines , l'affuroient
un peu plus fortement que
les autres ; mais tout cela ne fuffifoit
pas pour perfuader les Incré-
Kij
220 MERCURE
dules , & on n'euft rien crû de ce
tremblement , fi la ruine qu'il a
caufée en divers endroits n'en
euſt eſté une preuve . Il eſt confirmé
par les nouvelles que l'on
en reçoit de jour enjour; & quand
les Lettres auront eu le temps
de venir , je croy que nous apprendrons
qu'il aura efté univerfel
. Voicy l'Extrait d'une que j'ay
reçeuë de Dijon . Cette nuit la terre
a tremblé à deux fecouffes diférentes.
Il y a peu de Perfonnes qui
n'en ayent esté éveillées . Vn Soldat
quiétoit enfentinelle au deffus d'une
Tour,n'eustpu éviter de tomber dans
le Foffé , s'il ne fe fuft promptement
jetté à terre à la renverfe . Ceux
qui venoient des Villages circonvoifinspour
vendre icy leurs Denrées
, difent que dans ce temps du
tremblement , qui fut d'un quartd'heure
de diftance de l'un à l'au
tre
GALAN T. 221
tre des mouvemens , il s'éleva de terre
une vapeur , telle qu'un broüillard,
mais fi épaiffe, qu'il eftoit impoffible
de voir au travers . Cette
vapeur n'eftoit que de trois ou qua
tre pieds de haut.
>
Une autre Lettre du mefine
Lieu , marque ce qui fuit. Hier, environ
à deux heures un quart apres
minuit le Ciel eftant fercin &
l'air calme, il fe fit icy par deuxfois.
un tremblement de terre , de maniere
= queceux qui estoient couchezfentirent
remüer leur Lit fous eux , les
Maifons entieres eftant ébranlées,
comme fi elles euffent deû tomber..
Quelques- uns mefme de ceux , qui
par hazard eftoientfurpied dans ce
temps ,furent un peu élevez de ter
re,& chancelerent . Je mefentis fe
coué dans mon Lit comme les autres,
& j'entendis tomber du gravier &
du mortier de la Cheminée de ma›
K iij
222 MERCURE
Chambre. On a fçeu que la mefme
shofe eft arrivée à la Campagne, &
dans les villes voisines , que plufieurs
Païfans qui mexoient des voitures,
ی ب
que
leurs
font tombekpar terre,
Chevaux ne voulurent point avANeer,
tandis que cela dura.
On écrit de Châlons en Champagne
, Langres , Chaumont en
Baffigny , & de plufieurs Lieux
aux environs, qu'à la meſme heure
le tremblement de terre y avoit
efté fi grand, qu'on ne pouvoit
fe tenir debout ; que les Maifons
avoient eſté agitées , commele
font les Vaiffeaux dans la
tempefte, & qu'on avoit crû pé
rir pendant l'efpace de deux
Miferere. On mande à peu pres
les mefmes chofes de Bourges
, & l'on ajoûte que les Oyfeaux,
les Poules , & le Bétail, en
ont efté effrayez. Ce tremblement
GALANT. 223
ment s'eft fait auffi fentir à Lyon
& à Geneve ; mais de la maniere
qu'on en écrit, il n'a pas efté
plus violent qu'à Paris . Les effets
en ont efté plus fâcheux à Tony
nerre, puis qu'il ébranla les Mai
fons & les Eglifes , & que plufieurs
Roches tomberent du cofté de
Bourbiraut. On affure que la ter
re s'y éleva d'une maniere extraordinaire
, & que la frayeur fit
accoucher quelques Femmes
avant terme.Les Lettres de Nancy
portent que ce tremblement
s'y eft fait fentir avec une extré
me violence. Voicy ce qu'on en
écrit de Remiremont. La nuit du
11. an 12. à deux heures du matin
, un grand tremblement de terre
a cauſé icy beaucoup de defordre.
Il a renversé douze Maifons par
le pied, & toutes les autres que l'on
woitfenduësparla moitié,femblent
Kiiij
224 MERCURE
n'attendre que le moment de leur
chûte.Le Portail , & toutes les Voû
tes des Eglifes des Dames font tombées.
Laperte que Remiremont fait
feul ,fans comprendre celle des Villages
circonvoifins , nefe pourra reparerpour
cinq cens mille livres. Il
ya eu plufieurs Perfonnes tuées &
bleffées du cofté de Pluinbier, & du
Valdago. Madame de Remiremont
eft obligée de camper avec toutes
fes Dames, n'ofant fe tenir dans le
Convent;& lanuitpaffée iln'apref
que couché perfonne dans la Ville,
par la crainte qu'on a eu d'eftre abî
mé. Tout le monde campe hors des
Murailles, & tout le Païs eft dofolé.
On dit
que du cofté d'Allemagne , &
du Comté , c'est la mefme chofe .
J'ay veu une Lettre de Bafle
en Suiffe , qui porte que le tremblement
de terre y a caufe de
grandes frayeurs,& que quantité
de
GALANT. 225
de Cheminées en ont eflé abatuës.
Je ne vous diray rien aujourd'huy
fur le fujetde ces tremblement.
Depuis noftre commerce
étably , je vous ay fait le
détail de deux plus violens , arrivez
en Italie & en Efpagne. Les
tremblemens de terre ne font
pas
nouveaux. Du temps de Tibere,
il y eut douze Villes en Italie qui
en furent abîmées , & peut eftre
vous fouviendrez - vous de celuy
que l'on fentit à S. Jean de Luz,
quand le Roy fe maria .
Peu de Perfonnes ont expliqué
les deux dernieres Enigmes.
Le vray Mot de la premiere eft
renfermé dans ce Madrigal .
IRis
Ris , tous mes plaifirs me devien
nent tres fades,
Quandjefuis éloignéde vous.
Lesjours quifontfi beaux n'ont pour
moy rien de doux,
K v
226 MERCURE
Et mes fentimens font malades .
Comme aux Feftins les plus exquis,
Si le Sel manque d'avanture,
Tous les mets que l'on a fervis
Choquent le gouft & la naturez
Ainfi lesplus tendres plaifirs,
Lors que mon Iris eft abfente,
Loin de contenter mes defirs,
Forment le mal qui me tourmente.
Mademoiſelle Corbet, Fille d'un
Avocat au Confeil de ce nom,
l'a expliquée auffi fur le Sel, ainfique
Mefdemoiſelles de la Haye
de Soiffons ; Mante , de la Ruë
Jean de l'Epine ; Jeanneton Abfolut
de Dreux , & fon aimable
Soeur ; La belle Henriete de
Dreux ; Meffieurs Turquin , de la
Place aux Chats ; De Lofine ,âgé
de quinze ans,Reveft, Avocat au
Parlement de Provence ; & l'Amant
fans amour de Dreux .
En
GALANT.
227
En Vers , Mis de Nieüil Det
mecourt, de Chenonceau ; Aftier ,
Prieur d'Avignon ; L.M.D.S.B.S.
Lefcarde Voifvenel ; Langellé,
Rhetoricien des Jefuites; Droüart
de Roconval , de la Porte S.
Antoine ; Avice de Caën , de la
Ruë de la Harpe ; T. H. de Vallaunay
, Sous- Brigadier des Chevaux
- Legers ; L'ennemy d'amour
à l'Anagramme , l'Ennemy
m'y entraîne ; Dom Chichard de
Sarragoce ; La trifte Alcidiane
de Berry ; La Mignonne à l'Anagramme
, f'ay un ne d'Helene;
Le Pere fans façon ; La Brunete
à l'Anagramme , H. M. eft à fa
Cour, de la Rue S. Denys.
On a expliqué la mefme
Enigme fur le Papier , le Jet
d'eau , la Rofe, la Fleur de Fafmin,,
La Glace , la Grefle , & le cham.
pignon.
La
228 MERCURE
La feconde Enigme a donné
lieu à Monfieur Rault de Rouen,
de faire ce Madrigal .
R
Evenez
Amant >
bon gros Saint
Dont l'esprit autrefois fi goinfre &
fi charmant
Faifoit le plus fouvent quelque Piece
nouvelle.
·Revenez , l'Amy d'Apollon ,
Le Dieu Mercure vous appelle
Pour luy chanter un Hymne en faveur
du Melon .
Ceux qui ont trouvé ce même
Mot du Melon, font Madame
de Barville ; La Reclufe de Villefranche
; Les Romains des trois
Cyprés ; Daphnis D.L.R.N.S.A.
#
En Fers , Monfieur Hordé de
Senlis ; La belle Terbocher à
l'Anagramme , Bel , Aftre , cher
Objet,
GALANT. 229
objet , de la Ruë S. Victor ; L'Habitant
en efprit , du Pré S. Gervais
; La Belle à l'Anagramme,
Bonne à la Suite, de Dreux .
Les autres Explications qu'on
en a faites , ont efté ſur l'Huiftre
à l'écaille , la Plume à écrire , le
Raifin, le Vin, la Beterave, la Grenade
, le Ver, le Limaçon , la Vendange,
& l'Oeuf.
Ceux qui ont expliqué l'une &
l'autre dans leurs vray fens , font
Meffieurs Layraud , Lieutenant
pour le Roy à Doullens ; L'Abbé
Rouftel , de Sillé le Guillaume;
L'Abbé le Moine,de la grande
rue du Mans ; Hariveau; Mefdemoiſelles
T. Cannet, de la ruë
groffe Horloge de Roüen ; M.
le Guay , du neuf Marché de lá
mefme Ville ; Le Praticien de la
rue des Maçons '; Les Rabelais
de Chinon ; Suzette , nouvelle
Habi
230 MERCURE
Habitante de S. Cyre de Valor
ge en Beaujollois ; Les Aumuffes
de la Calade; Le Capitaine des
Bergers de Montbriſon ; & Poëta
Suevus.
En Vers , Meffieurs l'Abbé de
Mondavid , de Roüen ; Afton
Ogden ; Gygés, du Havre ; Mef
demoiſelles Rozon , de la ruë au
Maire ; Ricard , de Provins ; La
Fauvete de Morlaix ; Le Secretaire
du Parnaffe , Le Cader Souchon,
de Villeneuve - la- Guyard;
L'Albaniſte de Rouen ; Les Af
fociez de la Rochelle ; Le Berger
Alcidon, du Fauxbourg Saint
Victor ; Alcidor , du Havre ; Le
Solitaire du Parnaffe de Rheims;
La Blondine à l'Anagramme
,
L'Aftre de Riche Maison , cher à
tous , de la rue Trouffe - Vache ;
Le Guéry du Blanc B. de Montfort-
l'Amaury.
Voicy
GALANT.
231
Voicy deux nouvelles Enigmes.
La feconde m'a efté envoyée fousle
nom du Geometre par hazard.
ENIGM E.
E fuis une jeune Brunete
J5Dont, pourlesfoupleffes du Corps,
Dans la Dance, où je fuis adrette .
L'on admire en tout temps les merveilleux
refforts.
Pourfaire à quije veux la guerre,
le me fersfouvent de la nuit ;
Te vay, je viens ,je cours , & j'erre,
Sansjamais enma route exciter aucun
bruit.
le crains pour tant qu'on ne m'attrape
,
Ou d'eftre prife fur le fait ;
C'est fait de moy, fi je n'échape ,
L'on punit le mal que j'ay fait.
Par
232 MERCURE
Par une raifonfurprenante,
L'on me compare au Dieu d'Amour;
S'il inquiete, je tourmente ,
Tous deux diverfement , chacun à
noftre tour.
Sije baife en fecret Sylvie ,
Ie la fais rougir de pudeur.
Plufieurs voudroient donner leur
vie ,
Pour joüir comme moy d'un fi rare
bonheur.
>
Lecteur,qui cherches la merveille,
Que je te cache en cesujet
Surtout, prens garde à ton oreille ,
Tu ne sçaurois jamais eftre plus
inquiet.
AUTRE
I fe
ENIGME .
E fers également & le Pauvre
& le riche,
l'entre
GALANT.
233
I'entre dans les Maifons des Bergers
& des Rois ,
I'habite les Citez , de mefme que
les Bois,
Et fi jay des tréfors , je n'en fuis
jamais chiche.
Ie marche avec agilité ,
Quoy queje fois fans pieds , fans
jambes, & fans tefte ,
On ne voit point que je m'arrefte ,
Et je ne vaisjamais pendant l'obf
curité.
Ie regarde un chacun, & cependant
les Belles ,
Ie ne fçay comment, nipourquoy,
Contraintes d'avouer que je fuis
plus beau qu'elles ,
S'éloignent de ma veuë , & fe cachent
de moy.
De mefme qu'aux Enfers les triftes
Danaïdes.
S'effor
234 MERCURE
S'efforcent deremplir des Tonneaux
toûjours vuides ;
Ainfi le travail que je fais ,
Recommence toûjours , & ne finit
jamais..
Madame la Ducheffe d'Angoulefme
eft morte ces derniers
jours. Elle s'appelloit Henriette
de la Guiche , & eftoit Fille de
Philibert de la Guiche , Seigneur
de Chaumont , Grand - Maiſtrė
de l'Artillerie de France , Gouverneur
du Lyonnois , & d'Antoinete
de Daillon du Lude. Elle
avoit épousé en 1629. Louis
Emanuel de Valois , Duc d'Angouleſme
, Pair de France , Comte
de Lauragais & d'Alets , Che
valier des Ordres du Roy , Colonel
General de la Cavalerie Legere,
tant Françoiſe qu'Etrangere,
& Gouverneur de Provence, qui
mourut
GALANT. 235
mourut en 1653. De quatre Enfans
fortis de ce Mariage , fçavoir
, trois Garçons & une Fille ,
les Garçons font morts âgez de
quatre à cinq ans ; & il n'y a que
Françoife Marie de Valois , Ducheffe
d'Angoulefme , Comteffe
de Lauragais & d'Alets qu'ait
vécu. Elle fut mariée à Toulon le
troifiéme Novembre 1644. avec
Louis de Lorraine, Duc de Joyeu
fe , Pair & Grand Chambellan
de France , dont elle a eu Louis-
Jofeph de Lorraine, Duc de Guife,
mort à Paris de la petite Verolele
30. Juillet 1671. âgé de 21. an.
Louis - Emanuel , Pere de cette
Françoiſe Marie de Valois , eftoit
Fils de Charles de Valois , Duc
d'Angoulefie , Pair de France,
Comte d'Auvergne,de Ponthieu ,
de Lauragais & d'Alets , Fils naturel
du Roy Charles IX. & de
Marie
236
MERCURE
Marie-Touchet , Dame de Belleville
, lequel Charles de Valois
naquit au Chafteau de Fayet en
Dauphiné prés . Montmelian le
28. Avril 1573. Il mourut à Paris
le 14. Septembre 1650. apres
avoir épousé en premieres Nôc
Charlote de Montmorency , Fille
aînée de Henry I. du nom, Duc
de Montmorency , Pair & Conneftable
de France, & en fecondes
, Françoiſe de Nargonne ,
Fille de Charles de Nargonne,
Baron de Marevil . Il n'eut point
d'Enfans de cette feconde Femme,
qui fut choifie par le Roy en
1661. pour accompagner à Florence
la jeune Ducheffe de ce
nom . De la premiere , il eut
Henry de Valois , Comte d'Auvergne
, mort fans eftre marié.
Louis Emanuel de Valois , dont
Madame d'Angouleme qui vient
de
GALANT. 237
de mourir eftoit la Veuve , &
François de Valois Comte , d'Alets
, Colonel General de la Cavalerie
de France , mariée en
1621. à Loüife Henriette de la
Chaftre , Fille de Louis de la
Chaftre, Maréchal de France, &
mort fans Enfans dans la meſine
année.
Un fort habile Homme a mis en
air les Vers que vous allez lire , &
que je vous envoye notez .
I'
AIR NOUVEAU.
E veux , & ne veux plus vous
voir ,
Ie crains voftre présence , & mon
coeur la defire.
La Loy de mon cruel devoir,
M'oblige , en vous quittant , defuivre
fon empire.
Mais croyez, cher Tircis , que malgréfa
contrainte,
L'Amour
238
MERCURE
L'Amour à voftre Image en mon
coeur fi bien peinte ,
Quefans defobeyr , je vous verray
toujours,
Eftant le feul plaifir que j'aurag
tous les jours.
Le Roy a donné l'Evêché de
Seez à Monfieur l'Abbé Savary,
Aumônier ordinaire de la Reyne.
Il y a vingt- deux ans qu'il eft à
cette Princeffe, ayant fervy d'Aumônier
de Quartier dés le temps
de fon Mariage. Comme il s'eft
tres- bien acquité de fon devoir.
Sa Majefté a rendu juſtice à ſes
fervices. Il fuffit de bien faire
avec ce Prince, pour eftre affuré
de la recompenfe. Cet Eveſché
vaquoit par la mort de Monfieur
Forcoal . Monfieur l'Abbé Sevary
remplira tres - bien cette place.
L'Eveſché de Clermont a eſté
donné
GALANT. 139
donné à Monfieur de Tilladet :
Evefque de Macon . Ce Prelat
qui eft Frere de M¹ de Tilladet,
& Neveu de Monfieur le Chancelier
, joint à la grandeur de fa
naiffance , beaucoup de doctrine ,
de la douceur , de la modeftie , &
de bonnes moeurs. Il s'applique
avec une entiere exactitude à
toutes les chofes qui font de fon
miniftere ; & quoy que fouvent
la faveur foit un pretexte pourfe
diſpenſer de la refidence , il a demeuré
dans fon Dioceſe , depuis
que Sa Majefté luy en a commis
le foin . Ainfi fa préſence & fon
exemple ont toûjours eſté d'une
tres- grande édification à fon
Clergé.
Monfieur de Saint George ,
Docteurde Sorbonne . Chanoine
& Comte de Lyon , Official Pri
matial de France & Deputé à
l'affem
240 MERCURE
l'affemblée du Clergé , a efté
nommé en mefme temps à l'Evefché
de Macon . Il eft Fils de
Meffire Claude de Saint George,
Seigneur de Moucéaux , du Verdet,
& de Verlaugues , & de Dame
Marie de Cremeaux. Il fut receu
Chanoine & Comte de l'Eglife
de Lyon en 165 3. On le fit Chantre
de cette Métropole , n'eftant
encor que Soûdiacre. Il paffa un
peu apres à la dignité de Precenteur
, qui eft la troifiéme de ce
Corps illuftre ; & il l'a remplie
avec grand éclat , par fa pieté,
par la profondeur de fon fçavoir,
& par fon expérience aux affaires
du monde. Du cofté Paternel
il eft allié aux Maiſons de Fougeres,
des Efcures , de Chandieu,
& de Graffet, & du cofté Maternel
, il eft defcendu des Maifons
de Cremeaux , d'Urfé , de
Tournon,
GALANT. 241
Tournon , de Sugny, & de Marconnay
, qui ont donné plufieurs
Comtes à l'Eglife de Lyon,
& plufieurs Grand - Croix , à
l'Ordre de Malthe . Son Bisayeul
François de S. George , fut
Lieutenant de Roy du Bourbonnois.
Monfieur l'Abbé de Montmoreau
a eu l'Abbaye de Monlieu ,
qui eftoit vacante par la mort
de Monfieur l'Evefque de Clermont
. C'eſt un Homme de qualité
, de beaucoup d'efprit & de
bon fens , qui par une alliance
avec la Maiſon de Rochechouart
en a pris les Armes.
Quoy que la faifon foit fort
avancée , les pluyes ont esté fi
frequentes , qu'elles ont empefché
de quiter les Habits d'Hyver.
On n'en a point pris de
Printemps ; & ont a efté obligé
May 1682.
L
242 MERCURE
à ceux
de paffer tout d'un coup
d'Eté. Je commence
parce qui
regarde
les Hommes
. Il y a
longtemps
que les François
n'ont
efté fi conftans
en leurs manieres
de s'habiller
, qu'ils le font
depuis trois ans . L'Habit
des
Chauffes
à Bas roulé , eſt ſi com.
mode & fi peu embaraffant
,
qu'on ne le fçauroit
quiter . Les
Jufte au - corps font juftes par le
haut , & larges par le bas ; &
comme ils ont tres - bon air , il eft
difficile que cette Mode change.
Les ouvertures
des Baſques
font plus grandes de quatre doigts
depuis trois mois. C'eſt ce qui
donne fi bon air aux Jufte - au
corps ; mais
l'avoir , il faut
qu'ils defcendent
juſques
au
bord de genoüil . La façon des
Habits ne changeant
qu'en peu
de chofes , on veut du moins
pour
changer
GALANT. 243
changer de Mode par la diverfité
des Etoffes , & c'eft par cet.
te raison qu'on porte les Jufteau-
corps d'une façon , & les Culotes
de l'autre. Par exemple ,
avec un Jufte - au- corps gris de
Laine tres - fine , on prend une
Culote d'une Etoffe de foye à
fleurs. Ces Etoffes font de diverfes
couleurs. Chacun les choifit
à fa fantaisie , & cette diverfité
fait un bel effet . On ne porte
pas feulement des Bas de foye
jafpez , gris & blancs comme les
Brocards , mais on en porte auffi
de chaque couleur feule . Quant
aux Garnitures , elles font toûjours
de meſme. Elles ne contiennent
qu'un Noeud d'épaule ,
& d'épée de trois ou quatre Rubans
unis ou figurez , felon le
gouft de chacun . Mais ce qui
femblera extraordinaire , c'est
Lij
244
MERCURE
que depuis quinze jours , quoy
qu'on ait des Culotes douces , on
met aux extremitez , ainſi qu'au
deffus des Noeuds d'épaule &
d'épée, & aux Cravates , un Ruban
cramoify , à quoy la mode
fait accoûtumer les yeux , quoy
que cette couleur foit fort rude.
On n'a point changé la mode
des tours de Plumes fur de petits
Chapeaux . Ces Tours font mélez
de trois ou quatre couleurs ,
par rapport aux Garnitures. Les
Rhingraves & les Canons , deviennent
tout- à - fait hors de mode
, & il femble que cette maniere
d'Habit ne doive plus guere
fervir que l'Hyver aux grands
Seigneurs , encor faut- il que ce
foit pour le Bail . Les Manches
des Jufte- au- corps font toûjours
rondes à grandes oreilles . Ceux
qui ne portent point des Veſtes ,
font
GALANT. 245
font faire un double Renvers de
Manches . Ils fe retrouffent toûjours
fur le replis du bras fans
Rubans , mais avec trois Glans
de la couleur de la Garniture,
qui font un fort agreable effet.
Beaucoup de Perfonnes les retrouffent
avec des Glans d'or ou
d'argent. Les Jufte - au- corps
bleus font toûjours fort garnis
par le bas , & n'ont qu'un petit
agrément fur les coutures. On
les porte avec les Echarpes de
frange d'or , faites en maniere de
Ceinturon à l'Angloife . Le mauvais
temps eft caufe que les Habits
un peu extraordinaires n'ont
pas encor paru . S'il s'en fait de
Broderie ou d'agrément , je vous
le feray fçavoir le mois prochain.
Pour les Femmes , on leur
voit beaucoup de Tafetas d'An-
Liij
246
MERCURE
gleterre , lizerez d'or & d'argent
de toutes couleurs , & de petites
Etofes or & argent qui portent
leurs doublures. Ces Etofes font
grifes d'un cofté , & couleur de
rofe de l'autre. On en trouve de
foye de la mefme forte , mais ont
en a veu encor fort peu. On continue
à porter des Gros de Tours
à Fleurs , comme on faifoit il y a
trois ans. Cette mode eft preſque
univerfelle parmy les Perfonnes
du fecond ordre. Quant aux
Manteaux & Robes de Chambre
, on les fait de diferente maniere
. Les Indiennes font en
regne plus que jamais. Les Dames
les portent toûjours de la
même forte ; mais les Bourgeoifes
les font faire toutes en gorges ron.
des . On en fait encor dont tous
les plis tombent fur la Manche.
On ne fait que les froncer.
:
Je
GALANT 247
>
Je reſerve pour le mois pro
chain plufieurs Sonnets fur les
Bouts - rimez de Jupiter & de
Pharmacopole. Il y en a quantité
qui vous plairont , parce que les
dernieres rimes fe font trouvées
propres à faire quelque chofe de
naturel & c'est tout pour un
Sonnet que de finir agreablement.
Ainfi celuy qui remportera
le prix, aurà d'autant plus de
gloire qu'il le gagnera fur de
beaux Sonnets. Monfieur le Duc
de S. Aignan qui le donne , en a
augmenté la valeur de moitié,
depuis qu'il a cessé d'y pretendre.
Cela doit avoir fort réjoüy
un Inconnu , qui n'eftimant la
Médaille que par le feul poids de
l'or s'eft gendarmé d'abord qu'il
a fçeu que Meffieurs de l'Academie
Françoiſe n'eftoient plus
les Juges de ce different d'efprit.
Liiij
248 MERCURE
Il s'eft figuré en mefme temps
qu'il n'y avoit plus de prix , & le
chagrin de fe voir décheu de fes
efperances bien ou mal fondées.
l'a fait fi fort s'oublier qu'il a laifsé
échaper je ne fçay quels Vers
au defavantage de Monfieur de
S. Agnan. Il manquoit encore à
la gloire de ce Duc qu'on écrivit
contre luy. C'eſt le deſtin des
grands hommes, & les plus celebres
de l'Antiquité ont eu leurs
cenfeurs.Entre les Illuftres qu'on
attaque on peut affeurer que
ceux qui ont des Critiques qui
cachent leur nom , font foiblement
attaquez . Quiconque fe cache
croit ne pouvoir foûtenir ce
qu'il avance , & tout ce qu'il fait
ne fert qu'à prouver l'envie qui
ronge, & à donner plus d'éclat
à la reputation qu'il veut affoiblir.
Auffi le meilleur moyen de
le
fe
GALAN T. 249
fe vanger de ces fortes de Cenfeurs
, c'eft de garder le filence,
& de leur marquer par là le mépris
qu'on a pour eux. Il feroit
facile de les terraffer , mais on les
éleveroit en les combatant , &
1 leur défaite leur donneroit de la
gloire. Monfieur de S. Aignan a
pris ce party. On l'a attaqué, il ne
répond point. On fçait cependant
qu'il le pourroit faire beaucoup
mieux qu'un autre , mais il
fe contente d'avoir augmenté la
valeur du prix qu'il donne en
mefme temps qu'il a jugé à
propos
d'y renoncer , & s'il confent
à changer de Juges , ce n'eſt pas
qu'il n'ait toûjours une tres - parfaite
eftime pour Meffieurs de
l'Academie Françoiſe , mais ayant
appris que quelques - uns de ce
fameux Corps afpiroient à la Médaille
, il a voulu les mettre en
état
250 MERCURE
état d'y 'pretendre fans fcrupule,
en leur ôtant une qualité qu'ils
ont crû eux - mefmes leur devoir
: donner l'exclufion. L
Le Sieur Blageard imprime un
livre nouveau que vous trouverez
tres- agreable . Ila pour titre,
Academie Galante . Les Statuts
vous en plairont. La plupart ont
efté faits par d'aimables perfonnes
de vôtre fexe , & il vous ſera
aisé de connoître par le ftile,
que les converfations d'une fo
cieté tres- fpirituelle ont fait naî
tre cet ouvrage. Les avantures
que l'on y debite , font racontées
naturellement , & l'on affure qu'el.
les ne contiennent rien que de
veritable. Vous aurez ce Livre
avec ma lettre de Juin , c'eſt à dire
,le premier jour de Juillet . Je
remets jufqu'à ce temps le détail
exact de tout ce qui s'eft passé
aux
GALANT.
251
aux derniers Etats tenus en Bourgogne.
On vient de m'apprendre que
Monfieur Malo Confeiller de la
Grand Chambre eft mort, & que
Monfieur Guillard , un des plus
éclairez Juges du Parlement eft
monté en fa place . C'est tout ce
que je vous en puis dire , tant je
fuis prefsé de finir ma lettre.
A Paris , ce 31. May 1682 .
SQUE
DEV
BIBLIO
LYON
18934
Qualité de la reconnaissance optique de caractères