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1682, 04 (Gallica)
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69.10 Mo
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379
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Texte
N donnera toûj ours un Volume
nouveau du Mercure Galant le
premier jour de chaque Mois, & on
le vendra, aussi-bien que l'Extraordinaire
, Trente sols relié en Veau,
& Vingt-cinq fols enParchemin.
A PA RIS,
Chez G. DE LUYNE, au Palais, dans la
Salle des Merciers, à la Justice,
Chez C. BLAGEART, Rue S. Jacques,
àl'entrée de la Rue du Plâtre,
igt en sa Boutique Court-Neuve da Palais-,
AU DAUPHIN.
ItT. GIRARD,au Palais, dans la Grande
: Salle, à l'Envie.
M. DC. LXXXII.
jiVlC PRIVILEGE DV ROI.
TABLEDES MATIERES
contenuës dans ce Volume. A
lrfflt-propos, 1 lérogliphe, +
Sonnet, 6
M. Laurenzttni, Matjîre de Mufiquc de
laReyne,faitchanterdans la Chapelle
duRoyunPfeaumedesacomposition, 8
Donna Anna Cariata,DameRomaine,
chante devantMadame la Dllltphine, 9
Nouvelles deS Germain, 11
MortdeM. CEvesquedeStrasbourg, 18
Lettre de Hanover, 25
Z/Horoscope, 41
Nouvellesde Conf/¡tntinople, 51
Nouvelles de Damas en Syrie,
Nouvelles<îAntoura surles Adontagnss
du Quefroanc, du Liban, & Anllban,
7;
Nouvelles d'Alep, 80
LetStreteyr'teraineRoynpasrle4Pa8triarchSedes
Nouvelles de Mardin sur le bord du
Tigre, 94
Nouvelles de Sulpha proche Ifpaham en
Perse, ili Lettre du Roy au Roy de Perse, 131
Nouvellesde Pékin Capitale de la Chine,
135
Nouvelles de Goa Capitale des Indes,
159
Converfton de M. le Marquise£Anquirar,
173
Conversion de Mademoiselle de Sainte
Afrique, 181
Démolition du Temple de Nogentel, 186
Lettre de Madame la ViguierecCAlby,
189
NarciJJè, Fable, 196
Prise dePossession de l'Abbaye de Fillers-
Canivet,parMadamedeSouvré, 103
Niftoire, 217
Mort de M. tEvesque de Bologne, 223
plort de M.tEvefque de Caflres, 234
Nouvellesde Conflantinople, 1j7
Abbaye cfAlleu donnée à Madarfie de Cadcroujfe,319
MAdame tAbbesse du Paraclet âJ9-
mlens, Benite par MCEvefquede
Lisieux, 310
Pierre angulaireposse dans le Séminaire deSoiffons,32.3
Voyage de M.le Marquis de Courtanvaux,
314
Mariage de M.le Comte de Moncha &
de Mademoisellede Gordes, 32.6
Dijpenfg d'âge accordée a M. de Lejfeville,
-
32.7
Persèe,Opéra nouveau, 328
Mort de LdeChabrian,Grand Prieur
de Provence, 332.
Mort de M. de Tricaud
,
Lieutenant Ce-
-
neralAUBailliagedeBugey, 335
Mort deMadame du Vigean, 333
rMort de M.tEvefque de Clermont,334
Mort d: M. de Mont, Gouverneur dr
Honfleur. 334
Noms de ceux qui ont expliqué les Enigmes
du mois de Mars, 335
Enigme, 340
Autre Enigme, 341
Survivance de la Charge de Préjidtnt
accordéehAi.CAbbédeAiaupeou,^!
Livrts nouveaux, 34$
Nouveaux Bouts-rimez
,
proposez. au
Public 34c
Fin de la Table. - .-
Avis pour placerles Figures.
A Planche où font les Anagrammes,
do it regarder la page 4.
L'Air qui commence par Auprès de
vousje souffrois chaque jour, doit regar.
der lapage48.
L'Air qui commence par Ah que
vostre retourPrintemps, doit regarder la
FaSei*4-'Ub'
CATALOGVE DES PIECES
contenues dans le XV[1. Extraordinaire,
Quartier de Janvier
1682. donné au Public le is. Avril
de la mesme année. Cet Extraordinaire
contient, uNe Réponse enVers àla Question,
sçavoir, Si l'onpeutaimer,sansçavoir
qui.
Une Réponse en Vers à la Question,
sçavoir, Siune belle quiaimefortement,
peut exécuter les desseins ia vangeance
qu'elle médite contre un Amant absent
qui Ca oubliée, quand a son retour il ap"
porte des raisons pour justifier sa conduite.
Une Réponseen Vers à la Question,
sçavoir, Si sans marquer peu (Teftime
pourunePersonne qui nous afait un Présentparamitié,
onpeutdonneràuneautre
ce quellenom a donnée
UneRéponseenVersàlaQurilien,
sçavoir, Si un Amantayantreçeu d'une
Belle lesplusfortesmarquesdeflime, &
d'amitié quelle pouvaitluy donner , peut
sans attirersa colere luy témoignerqu'il
doute desa tendresse, pour en recevoirde
nouvelles assurances.
Une RéponseenVers à la Question,
sçavoir, En quoy consiste tbannefUtê,
&laveritablesagesse,& un beau TraitéenProsesur
le mesmesujet.
Une RéponseenVers sur la difficulté
proposée touchant la Musique..
Une Réponse en Vers, & un beau
Discoursen Prosesur la Question,sçavoir
, Si deux Enfans qui ataiflênt-atuchez.
l'unà l'autre n'ayantqu'un coeur,
qmy quAvecdeux corps ,
n'ont aujji
qu'une feuleame.
Un Traité de l'Originede la Pourpre
, & de l'Ecarlaxe, de leur diférence,
& de leur usage, par M. Rault de
Rotien.
r
UneRéponse en Vers, & une en
Prose à la Question
,
sçavoir, Quelle
éft ta marqueta plus essentielle d'une véritable
amitié.
Une Réponse en Vers, & une en
Prose à la QueAion,ravoir, S'il efi
facile de distinguer dans une mesme Personneles
mouvementdelaPolitique, d'avecceux
del'Inclination.
Une RéponseenVers,uneenProse
&enVers, &uneenProse àla QuestiQll,
sçavoir, Ce que doit faireun ga-
-
rant Homme a quiune belle Personne
p"laidfort, & qui cft employéaupresd'elle -
pour les intérefisde sonAmy qui en cft
l'Amant, cette belle Personne luy ayant
dit q:,.'il peut parlerpour luy-mesme.
Plusieurs Billets galans.
Un Traité de l'Eloquence ancienne,
& moderne.
L'Arrest à prononcer 't'our les S'iavans,
pour adjuger le Prix de cent
Louis d'or, pour la solution du Problèmeproposé
par M. de Comiers,
Prevost de Ternant, Professeur des Mathématiques
à Paris.
Une Réponse en Prose & en Vers,
1
deux en Prose, & une Fable à la Questiou,
sçavoir
,
Quelle efi.In marque la
plus essentielledelaveritableamitié. -
Une Réponse à la Question, scavoir,
^4 quelle marque on peut connoistre
unveritableAmant.
Des Sonnets surdiverses Matières..
La suite de l'ouverture de l'Ecriture
universelle, & dela Langue qui enresulte.
Plusieurs Sonnets &; Madrigaux,sur
les six Enigmes-des trois derniers mois.
Les Noms de ceux qui ont deviné les
deux dernieres Enigmes.
- PluÍÏeurs Questions à décider.
Extraitdu Triyilege du 7(oy.
Ip-Ar Grace & Privilege du Roy, Donné à
S. Germain en Laye le 31.Décembre 1677.
Signé,Par le Royen son Conseil, JUNQUIERES.
Ileft permis à J. D. Ecuyer,Sieur de Vizé,
de faire imprimer par Mois un Livre intitulé
MERCURE GALANT, presenté à Monseigneur
LE DAUPHIN,& tout ce qui concerne
ledit Mercure, pendant le temps & espace de
lit: années, à compter du jôur que chacun defd.
Volumes fera achevé d'imprimer pour la première
fois: Comme au/Iî defensesfont faites
à tous Libraires, Imprimeurs, Graveurs & au.
tres, d'imprimer, graver & debiter ledit Livre
sans le consentement de l'Exposant, ny d'en
1extraire aucune Piece, ny Planches servant à
l'ornement
dudit Livre, mesme d'en vendre feparément,&
de donnera lire ledit Livre, le
tout à peine de six mille livres d'amende, &
confiscation des Exemplaires contrefaits, ainsi
que plus au long il est porté audit Privilege.
Registré sur le Livre dela Communauté le j, Janvier 1678. Signé, E.COUTEROT, Syndic.
Et ledit Sieur D. Ecuyer, Sieur de Vizé, acédé& transporté sondroit de Privilege à cjo.üiBr lageart, Imprimeur-Libraire,pour en suivant l'accord fait entr'eux.
M AtienêtCimfrimer pourla f remitrefoit
ii k go.Avril iftz.

1- Nvous apprenant le
Mois passé nuëment
&sansart,laderniere
Action queleRoyafaite,
je vous ay plus ditque les plus
beaux termes: n'auraient pu
vous faire entendre. Elle
parle d'elle-mesmesans qu'il
fait besoin de l'exagérer, &
sur le simple récit chacun en
conçoit toute la grandeur.
Quand je chercheroisàvous
la montrer dans tout son
éclat,pourrois-je rien ajouter
àce qu'en a dit la Gazete
de Hollande?Cestunéloge
qui ne peutestre;suspect.
Ceux qui le donnenty font
forcez par la verité; & les
Etrangers n'ayant aucun interest
à élever la gloire du
Roy, on ne les peut accuser
de flaterie quand ils s'empres.
fent à publier ses louanges.
Aussi peut-on dire que toutes
les Avions de ce grand Prince
font si brillantes, que ceux
mesmes qui voudroient ne les
pas voir en font frapez, & ne
peuvent se défendre de les
admirer. Le lendemain que
cette derniereeut fait le bruit
que vous avez [ceu) le Pere
Dom Antoine Berger, dit de
S.JosephjReligieux Feuillant,
présenta à Sa Majesté
deux Anagrammes, l'une Latine,
& l'autre Françoise, qui
furent fort bien reçeuës.
Comme elles font tres-heureuses,
selon la conjoncture
du temps, tous les François
doivent avoir une extréme
joye, de trouver dans leNom
du Roy, l'accomplissement
de toutes les Prédictions qui
ont esté faites à sa gloire à l'égard
de la Monarchie Ottomane.
Rien ne paroissoit plus
à propos apres l'Action que
SaMajesté venoit de faire, &
il sembloit que ce Pere l'eust
devinée, les Anagrammes &
la Planche n'ayant pû estre
faites en une nuit. Le tout
est gravé, & je vous l'envoyé.
J'adjoûte un Iéroglyphe



tres-ingénieux de Mrl'Abbé
deCatelan, sur l'Affaire de
Chio. C'estunCroissantaupres
du Soleil. Cesmots
fone. au dessous du Croissant,
Quopropior, minor est. Au desfous
du Soleil, font ces autres
mors~7~r/~(~r decrescere co-
(ram, Si redeat. Celas'observe
au croinanc, & au decours de
la Lune. Plus bas on lit ces
trois Vers.
jamLODOÏX inHatviffors tua fata,fhpcrbe,
HÚ, Otoman) difias Affru. Fera
cornua, Ltmx
2Zifugiant, lex tstdecrcfccre Sole
fropfnquo.
M1 Gardien, Secretaire du
Roy,a touché cette pensée
dans les derniers Vers de ce
Sonnet.
SUR QUELQUES-UNES
DES PRINCIPALES ACTIONS
de Sa Majesté.
c SONNET. Elébrenssur la Lire, d-sur le
Flageoler,
L'invincible LOrIS, ïappuy an
Décalog-uej
Près deccRoy, teutautre efi moins Ïï., Roytelct.
Jdjeto:'tchatcsagloire,ode>Sonmt,
Il Eglogue.<
Ses Loix ont réformé Chicane &
Chaiteler,
Son exempleàson Peuple efi unfeûr
Pédagogue;
Le Pat/vre est écoutésansgarder
le Mulet,
Et le Duel barbare enchaîné comme
un Dohue.
Bous luyle vray mente efi du faux
t- cure;
Ceux quiJuinoientCalvin, retournent
au Curé.
JjhielHérosfitjamais de Conquefies
plm belles?
Le bruit de fin pouvoir alarme
/'Heliefpontj
Et son Nom qui partoutdufieCes
luy répond,
Faitprendre à COttomandes minieres
nouvelles.
Comme ce qui s'est pane
surla fin du dernier Mois
n'a pû entrer dans ma Lettre
precédente, parce que la
rencontre des Festes de Pasques
m'obligeade vous l'envoyer
quatre jours plutost
qu'à mon ordinaire, je ne
dois pas oublier quelques
Articles doht cette feule raison
m'a fait diférer à vous
faire part. Mr Laurenzani,
Romain, Maistre de la Musique
de la Reyne, fit chanter
dans la Chapelle du Roy
»
un Pseaume,qui apres avoir
plû à ce grand Prince, qui
se connoît en tout mieux
que personne, fut admiré de
toute la Cour. Sa Majesté
l'ayant entendu deux fois de
fuite avec beaucoup deplaisir,
l'entendit encor une troisiéme
dans une autre occasion,
où Madame la Dauphinetémoigna
y en avoir
pris un tres-grand. Dans ce
mesme temps, cette Princesse
fit chanter chez elle
une Dame Romaine, qu'on
appelle DonnaAnnaCarriata.
Le Roy s'y trouva, &
fut charmé de la beauté de
savoix. On luyconnut beaucoup
de sçavoir dans la Musique,
& cela ne parut pas
feulement à ion chant, qu'-
elle accompagne admirablement
du Clavessin, mais aussi
à la maniere dont elle l'accorde
avec la Lyre, Infiniment
si renommé chez les
Anciens, & qui estoit presque
inconnu en France. Il
est merveilleux pour accompagner
les Airs languissans
& passionnez. Sa Majesté a
voulu l'entendre plus d'une
fois, &a toûjours témoigné
en avoir reçeu une satisfaction
entiere. Si un talent si
digne d'estre estimé, luy fait
donner beaucoup de loüanges,
la beauté de son esprit
ne luy en attire pas moins.
Il n'y a rien qui ne plaise en
elle
, & j'ay oüy dire à des
Gens bien connoisseurs,que
plus on la voit, plus on luy
trouve de mérite. Elle a de la
naissance, & beaucoup d'agrément
dans sa personne;
& de la maniere dont on en
parle, j'espere avoir dans fort
peu de temps à vous en écrire
des choses agreables, qui
vous renouvelleront leplaisir
que vous avez de voirleveritable
mérite reconnu.
-
La Cour, &Paris,qui dans
les jours de réjoüissance n'épargnent
rien pour mesler
dans lesplaisirs la galanterie
la plus magnifique, ne font
pas moins paroistre de devotiondansles
temps de pieté.
Jamais l'assiduitén'aestéplus
gradequ'onl'a veuë pour les
Sermons pendant le dernier
Carefrtfe. Je ne diray rien des
Prédicateursj dont la réputation
est établie, -& qui
ayant occupé plusieurs années
les premieres Chaires,
ont eu des succés que personne
ne peut ignorer. Je
vous parleray seulement de
trois, dont le mérite quiavoit
commencé à estre connu, a
achevé de paroistre dans tout
son éclat. Ces trois Prédicateurs
sont, Mr l'Abbéde
S.Martin,Mrl'Abbé Boileau,
& Mrle Tourneur. Ils ont
esté suivis dans les Chaires de
S. Germain l' Auxerrois, de S.
Gervais,& de S Benoist, avec
une affluence de monde incroyable,
& les applaudissemés
qu'ils ont reçeus leur ont
fait connoistre qu'on les mettoit
dans le rang des Prédicateurs
du premier ordre. Huit
ou dix autres des plus fameux
de Paris, ont presché dans
l'Eglise des Nouvelles Catholiques,
ausquelles ils ont
donné chacun un Sermon.
Un tres-grand nombre de
Personnes de qualité composoit
leur Auditoire; &
comme chaque fois qu'ils y
ont presché, des Dames du
premier rang ont bien voulu
se donner la peine de quester,
cette Maison en a ressenty
d'utiles effets par les grandes
charitez qu'on luy a faites.
Les nouvelles Converties
qu'on y voit entrer de jour
en jour, font assez connoistre
le besoin qu'elle a de ces fortes
de secours.
LesDevotions de laCour
ont esté aussi fort grandes.
L'exemple du Roy £>& de la
Reyne en avoient fait une
Cour de Sainteté. Leurs Majestez
ont non seulement
remply tous les devoirs que
leur prefcrivoit le Jubilé,
mais Elles ont assisté à tout
l'Office de la Semaine Sainte.
Le Jeudy jour de l'Absoute,
qui fut faite par M' l'Evesque
de Tournay, le Roy apres
y avoirassisté, lava & baisa
les pieds à treize Pauvres, &
les servit à table, en la maniere
que jevous ay déja expliquée
plusieurs fois. La
Reyne fit la mesme chose à
l'égard de treize pauvres
Filles. Le Pere Bourdalouë
Jefaite, apresché tout leCarefme
devant la Cour. Je ne
vous dis point avec queHucces.
Ses expressions font si
touchantes,& son éloquence
si persuasive, qu'on ne peut
l'entendre sans estre charmé.
Le Samedy,veille de laRéfurrection,
leRoy toucha un
tres-grand nombre de Malades;
& quoy qu'ileust
beaucoup plus de fatigues à
essuyerque les Particuliers,
il s'acquita des devoirs de
Roy & de Chrestien, d'un air
modeste, qui fit bien voir
qu'il met sa plus grande gloire
à se soûmettre devant le
Maistre des Roys. Monsieur,
Madame, & Mademoiselle,
vinrenticy le Jeudy 26. du
mois passé, & y firent leurs
Stations à pied en plusieurs
Eglises. Vous pouvez juger
combien une devotion si
exemplaire édifia tout Paris.
LeVendredySaint,&lejour
de Pasques, Leurs Altesses
Royales entendirent le Sermon
du Pere GaillardJesuite
dans l'Eglise de S.Eustache
leur Paroisse. Il satisfit fort
tout son Auditoire, qu'il a eu
toûjours tres-grand pendant
le Caresme.
La mort de M' l'Evesque
de Strasbourg
,
qui s'estoit

acquis en France une estime
si generale, a fortaffligétoute
la Cour. Cette mort en:
arrivée à Cologne le premier
jour de ce mois. Ce Prince
souhaita de recevoir en mourant
labenédiction de Sa Sainteté,
par les mains de son
Nonce, & marqua jusqu'au
derniermoment de sa vie
beaucoup de jugement, de
fermeté, & de détachement
du monde,quoy qu'il y fust
attachéparde fortes chaînes,
telles que fqpt les grands
bières, les grands honneurs,
& beaucoup d'Amis puissans.
Il est mort âgé de 56 ans, & a
esté enterré dans l'Eglise Cathedrale
de Cologne, dont il
estoit Grand Doyen&Grád
Prevost. Il alaissé dans tous
les Benefices qu'il a possedez
d'éternelles marques de sa
pieuselibéralité, par desfondations,
des Edifices, &des
réparations considérables. Sitostqu'il
fut entré dans l'Episcopat,
il retira pour cent
mille francs de bien de l'Eveschédestrasbourg,
possedédepuiscent
ans par les
Herériques. Il eut une extrême
joyed'yvoirrétablir la
Religion Catholique. Aussi
quoy qu'il fust déjà très-incommodé,
il se rendit for
l'heure à Stralbourg pour y
celébrerluy-mesme le Divin
Service, & pour rendre grâceà
sa Majesté au nom de
tout son Chapitre, des avantages
qu'ils venoient d'en recevoir.
Ilsembloit que dans
cette occasion il. prevoyoit la
fin de sa vie, puis qu'il assura
le Roy plus d'une fois qu'il
la quiteroit sans aucun regret,
apres avoir recouvré
par sa puissance la liberté de
faire les fonctions d'Evesque
dans sa Cathédrale. Il estoit
tres-genereux ,
vivoit en grad
Prince; &ill'a fait voir non
seulement en Allemagne,
mais aussi en France, où rien
n'égaloit les magnifiques Repas
qu'il a donez aux premieres
Personnes de l'Etat. La
Maison deFurstemberg, qui
estalliée aux plus grandes de
l'Empire, estoit déja tres-illustre
du temps de l'Empereur
Henry l'Oyseleur, à qui
LouisComte de Freïbourg &
de Furstemberg rendit de
fort grands services. Ileftoit
Fils deFrideric, &: d'A gnés,
Fille de Gregoire, surnommé
leGrand,Roy d'Ecosse. Conrad,
Fits d'Egon,& d'Agnés
Duchesse tkZ^nngue,estant
Cardinal du Titre de Sainte
Rufine, fut éleu Pape, & refusa
cette Dignité. Egon son
Frere joignit à ses autres Titres
celuy de Comte d'Aurach,&
ses Successeurs en ont
joüy jusqu'en l'an 1443,que
cette Comté passa à la Maison
deWirtemberg. Tous
ceux qui vivent présentemét
de celle de Furstemberg, descendent
deFrideric & d'Anne,
Comtesse de Heigilemberg,
qui laissa deux Fils,
Christophe, & Joachim. Du
premier sont fortisElizabeth,
mariée à Frideric,Marquis de
Bade-Dourlach Eleonor, a
Jean-EusebeFugger, Comte
deKinthberg; JeanMaxi
milieu, & quelquesautres.
De Joachim sont descendus
François Egon, dont jevous
apprens la mort,éleu Evesque
de Stratbourg en i£6$j
après celle de l'Archiduc
Leopol;Herman Egon,Guillaume
Egon,aussi Ecclesiastiques;
Marie Françoise,Veuve
de Wolfgang-Guillaume
PPaa-llaattiinn&&- Duc de : bourg, remarieeà L#opol-i
Guillaume, Marquis deBade,
& Ferdinand -Frideric
Egon.
La Cour de Hanoverest
toûjours galante dans ses divertissemens.
Vous le verrez
par la Lettre que je vous envoyé.
A Mr DE ***
De Hanover ce 2.7. Fevrier 1682. PEndant l'ahftnce de Leurs
AltejjesSrréniJJimesy AIa.
dame la Princejje de Hanoverayantdeffiin
de donnerun Virtkfà-
fft) ou Afafcarade extraordinaire,
à toute fit Cour dans les
derniers jours du Carnaval
j voulMuatbqitudeeles
Dames paruffint en
Cavaliersj er que les
Cavaliers sussent déguiseZ en
Femmes. Cet étrange changementfuifoitme
diversitéde viafges,
de tailles, st) de poflures
aujjl agreableque pl<ufante. Il
Jembloit que ce sussenttoutes Personnes
nouvelles
, tant cette manieredefetraueflirlesfaifoitparoiflre
diférentes dece qu'on avoit
accoutumé de les voir.Quelques
Femmes grosses efloient habillées
cornedesPrejidens&Cofedlersen
Robesrouges doubléesdhermines.
Madame la princeffi, accompagnée
desquatrejeunes Princes
[es FreresJ ($f de pres de qlâtrévingtsPersonnes,
vintdescendre
encet équipageche^ M1 le Mxjor
GeneralFlemming, qui avoit
préparé un magnifique Souper;, ou
rien ne manqua pour la propretéy
ny pour l'abondance. Ce General
estun deces Hommes universels,
capable naturellement de toutes
cbofes.Ilefl brave&judicieux,
a de l étude, & parle de toutes
les Sciences en très,bons termes. Il
reçeut Madame la Princcjje a 4
descente de fin Carrossè, avec
ungrand nombre de Domefiiques9
qui tenoient totts des Flambeaux
de cireblanche. Madamesa Fem^
me, qui est belle^fage3 st) toute
remplie de vertu, le fecondoit
dans cette reception. Elle conduisit
d'abord S.A. dans un Apartement
fortpropre. Il efloit orne
de Tableaux, (*r d'autres Ouvrages
curieux) meuble' à peu
pres à la Françoise. st) d'une
maniéré a recevoirdesPersonnes
du premierrang. Toutfut remply
aujjiofl,Chambre @r Antichambre
d'une foule de Gens
dont on pritplnfir à
consîderer les diversajnftemenSj
dr les pojlures bizarres. Onpeut
dire engeneral que dans ce déguL
femmt les Dames emportèrent
de beaucoupsur les Hommes. Elles
paroissoient toutes glorieuses de ce
que leur Sexe sembloit Efire rele-
'vVéé ddm'undedgC(rléré..LLabalablnancchl:e-euurr de
leur teint, accompagnée de leurs
propres cheveuxy pr r~ ou de leurs Per- »P~rruques
blondes, faisoit voir des
Cavaliers plus beaux que les
Hommes ordinaires. Leurs visagesfrais,
jeunes&ebarmans,
brilloient d'un éclat nouveau fous
des Chapeaux tout couverts de
Plurnes. Il eflvray que la Jupe
quelles portoient toutes fous le
jujie-au-corps
)
tenoit encor quelque
chose de leur Sexe.
Madame la Princesse de Ha.-
noyer, ayant un Habitde Chajje,
cest à dire) un Jufie-ait-corps de
Bvderie avec la Jupetraînante,
fiefitremarquer par dejfis toutes
les autres. Son air noble & enjoué,
fies regards vifs accompagnez
de douceur> sa démarche
ifrme3 &sa bonne grace en tout
ce qu'elle faeifoit., lafiaifioientparoistre
le plus beau, (éf le plus
aimable Cavalierdumonde. Elle
lefloit dcguifiée en Villageoifie
quelques joursai^aravantjmais
fous cette Habit elle avoit dans
jés maniérés je.neffay-quoy de
sigrandy que quand on ne l'auroitjamais
veuë, on l'auraitprift
! pour une Personne du plus haut ,rang. Adejjieurs les Princes Maximilien
st) Charles> travejlis
en Femme*> avoientaussi l'air de
Demoiselles dunequalité tresdijlin^
uée. Laplûpartdes autres
Cavaliers de taille trop haute, ef
toientcomme des Geantes, quine
fçanjoient à quelusageemployer
leurs bras. Entre toutes ces Figures
qui divertijfoient par leurs
façonsextraordinairesj le ChevalierBalati
estoit un Original.
On ïawroitprispour une ancienne
Demoijelle de Village,quienPeignoir&
Cornete, nja vijtterjes
Dindons. M1 de Vitrac. Premier
Ecuyer de S. A. de Hano-
,ver, efloit encor une admirable
Figure; ü ce qu'ilyeutdeplus
plafant}cejl que par une pure
complaisance de Cour, il s'estoit
résoluafaire abatre une grossi
Moufiache bien nourrie st) bien
peignée}qu'il cultivoit depuis
très-longtemps avec toutlefoin
imaginable; mais c'est un Gentilhomme
%ele, quisacrifieroitsa
'VieJ &tout ce qu'il a au monde,
pour lafatisfaéîion desonMaître.,
,& pour toute son augufie
Maison.MadamefaFemme} qui
est tres-bienfaite, sembloit avoir
ajoûté quelque nouvel agrément
aJaPerjonne par l'Habit de Ca:
valier. La jeune Aîademoifelle
Flemminga<voitl'air d'un beau
Blondin qui commence a porteries
armes.) st) qu'une extrême jeuneJlè
fait aimer detoutle monde.
ML le>au «,ePalatin, }vI[SI
les Comtes deJNoyelle& Montalban3&
MIsKlenke
3
Sancey
Boufcbyj Veyhe.) !Bulau, Loipijeilj
Obr, & Kopftein3'paroif-
Joient de ces Amazones de Tapij]
erie3 plusgrojjes&plusgrandes
que nature.
Tandis que Ion s'amufoit a
s'examinerlesuns les autres3on
vintavertirque l'onauoitjervy
le Soupe. Ily eut trois Tabla de
vingt-cinq Couverts, avec une
lqeusatrièmeproche de là3 pourtous
Enfans de qualitéqui efloient
déguisez, &pour leurs Gouverneurs
19 leurs Gouvernantes.
Rien nefloitplus propre que la
dtfpojltion de ces Tables tant
pour les trois Services deF'aiJfill*
d'argent dont ellesfurentcouvertes,
que pour
l'abondance
des
Mets qui formoient trois AmbigusdeFruitsj
de Confitures, &
de toutesfortes de Viandes chair
&poeon. LeBuffet,quiestoit
fermé d'une grande Balustrade
au bout de la Salle3 efloit
tout or., argent, crifial. La
excellens Vins furent prodigue={
avec les Ligueurs les plus agreables
, &vous pouvez croire que
lu SanteK de Leurs AltejjesSercnijjimes
ne furent pas oubliées.
Ce Buffet resta apru le Soupé,
(éf les Tables firent place à un
Bal desplus extraordinaires,puis
qxe les Dames dancerentenHommes,
& les Cavaliers en Femmes.
Un divertijjementaufji iry.
; - régulier que celuy-ld., avoitquelque
chofi de si plaidantpour tout
le monde, qu'on le fit durer la
plus grandepartie de la nuit.
M1 le General Flemming^, qui
riefloit point degn-je, s'avisa,
pourfaire les honneurs defaMaijon,
d'aller prendre M le General
OfÉnJ habillé en Femme.
Cette Dance donna beaucoup de
plaijïr.Ilsembloit que ce sufl un
riche Officier François en Campdgne)
qui menoit la plus gYojje
Vivandiere de l'Armée. Le Vin
nefloit non plus épargné à quantité
de Buveurs qui nefloient
point du Virtlifèhaffi, que quand
il efl arrivé au Camp quelque
grandConvoy, dont ceux qui ne
manquent point d'argent font
toujours les premièresréjo'ùiffances.
t Madame la Generale OtEn
leftoit enJujle-au-corps de Velours
noiry garny d'Agrafes de Diamans,
avec le Cordon de son
Chapeau de mesme parure, entrelassé
de Perles3&une Chaîne
d'or de trois mille Ecus, quifou.
tenoit Jon Manchon. Cetajus
tement la faisoit paroiflre un des
plus beaux Cavaliers de la Compagnie.
C'eftoitquelque choje de
fortsinguliers de voir les Femmes
fauter aïenvy& boire, & les
Hommes fuir devant un Verre
de Vin, comme si on eust voulu
leur faire prendre un breuvage
empoisonné. On peut connoistre,
par ce divertiffement} que ce ne
fontpastoûjoursles magnificences
régulières, ny les(omptueux ajus.
temens dessuperbesMascarades,
qui donnent le plus de plaisir.
Les Virtkfckdfftsd'Allemagne
qui font paroiflre les plus vils
Messiers fous de vulgaires Habits3
ont leurs agrémens,&font
une aJlèz plaisanteconfusion de
Peefonnagespoptilaires., quifournissentdequoyadmirer,
& deque
rire, par lavariétédes Inventions
que chacun met en tifage
poursefaireressembler auxpetites
Gens dont ils prennent la
figure. Enfin cesfirres de Mafcarades
allemandes ont celade
prepre, qu'elles donnentune curiositégenerale
d'en voird'en
connoiflre jujquaumoindrepersonnage
, & que bien loin d'ennuyer
comme font par leur longueur
la plupart des pompeuses
Représentations, elles divertijjent
continuellement & les Spectateurs
, & mesme les Personnes
d'éguifées, par le nombre de tant
de postures diférentes. Il est certain
que celle dont je vous parle
divertit beaucoup, & que chacun
Je retira jort contentyaprès
avoir donné la plus grande
partie de lanuit à unpassetemps
si agreable. Je fuis vojlre très,
&c.
Jenesçay, Madame, si
vous approuvez qu'on fasse
tirer sonHoroscope, mais je
fuis fort affuré que des Vers
aussi galans que ceux que
vous allez voir, ne vous déplairont
jamais sur cette matiere.
L'HOROSCOPE:
JE n'avotsgarde, Irùy de ne vous
aimerpM,
Je ne métonne plm demapersêverance,
Le Ciel avoitpromis mon coeur à vos
appas
Des ie moment de ma naissance.
Un Aflrologue dont les yeux
ferçoient-dansleschosessissures,
JzïHpUya, toutJon Itrt à lire dans les
deux
Quellesferoientmes avantures.
Des Pl.netesalorsusafpetfs essaient
1 aOIlX,
Etlesconjonctions heureufesi
Monpetitcorpseïioit le rendezvom
Des influences amoureuses.
Les Àliresy quijadû en vivant tcybas,
, Ohteu des imrirues galantes,
Car avant que d'avoir cesfigures
brillantes,
Les Afires comme nous ne coquet-
Icient-i/sp4Sl )
Sur moy dans cetinfiant on lesvoj/oit
répandre --
'- De la quintessence d'AmoNr; »
De leurs imprcffions pouvois..je me
défendrel
flelas!je nefaiftis que de venir AU
jOllr.
Jjht'ilsprennentbienleurtempspour
nüwfaire un coeurtendre!
On les voyoit jetter un éclat ttffi.
Elles ne garàoientpm longtemps
Nymouvemenscertains, nj courses
régulière;
Celles quifîiYvcnoicnt,effacoïentles
premières,
Etneparoissoient plusaprèsquelques
inflans.
Alors l*Aslrologtte s'écrie,
Lejoly Garçon qui naist là!
Pas-une Etoile fixe encore dans
sa vie!
Je n'en vis jamais tant d'errantes
qu'en voila.
le; autresauprèsd'elle ont une clarté
morte,
ZJnefoible&fombre luellr;
Sa lumiere eHoit douce, & malgré
fit douceur
1 Elle n'en ejloitpas moinsforte.
UA{troUgnechercha d'un regard
curieux,
S'il neparoikroiî point d'autreEtoile
aprèselle;
En vainses InHrttmens parcoururent
les Cieux.
Jgui lUuroit cru?plut£Etoile non*
njelle.
Ah! pauvre Enfant, dit-ilavec
transport,
Tu pers donc les douceurs des
amours inconflantes,
Le Cieljusqu'àprésents'estjoüé
sur ton fort
Avec ses Etoiles errantes;
Mais il s'est à la fin lasse de badiner,
Voila ta liberté pour jamais
asservies
L'Etoile que je voy,- lçaura bien
dominer
Sur tous les momens de ta vie.
Cefutenvoffrenomqu'elle tuttant
depuiffance-,
Mon coeury dés qu'ilfentitvos
coups,
Lareconnutà l'influence.
Ilreçoit asçavoïrJi vous deviez.
maimtn
UAjtrologue aisémenteufipus'en
informer,
Mais il nejugeapas que cefusi une
affaire.
JZuand il vit à quel pointjeferois
amoureux,
Il crut que pourfçavoirlesuccês de
mesfeuxy
L'Ajfrolggie eBoitpeu néceffiirc;
guepourleSortqui m'attendlàdejfus%
Ilfaloit dans vosyeux me le Yen.
voyerlire,
Etqu'ils m'en diroientcentfolsplu*
3uetoutle Cielrienpourroitdire.
Souffrez, quesurcepointquileur est
reflrvé.,
L'avenirdans vosyeuxtnjînse dévelope.
£lhy n'y devrois-jepas avoir déjlt
trouvé
Ce qui manque à mon Horofl°ft!
Les Airs nouveaux que ji
continue à vous envoyer, nv
viennent toûjours d'une
bonne main. Ainsi, Mada
me, je ne doute point que
vous ne soyez contente de
celuy-cy.
AIR NOUVEAU. AZJpres de vomjefoujfrois
chaquejour
Tout ce quefaitfoufjfrriirr sunn mmaallbheeuu--
reux amour. Jefuccombois fius le poids de mes
chaînes,
Mais lefort d'un Absent cft lepire
de tom.
Ah, belle Iris, quandreviendrontles
pCÙJes
Jguejefoujfrolsauprès devous
Depuis



Depuis le commencement
de nostre commerce, on n'a
rien fait d'important dans
toute l'Europe, dont je n'aye
eu foin de vous instruire. J'ira
y aujourd'huy plus loin, &
vous feray part de ce quiest
arrivé de plus remarquable
dans divers Royaumes d'Orient,
où les Jésuites se font
établis. Vous sçavez,Madame,
combien le zele de ces
pieux & sçavans Missionnaires
est avantageux à la véritable
Eglise, dans laquelle ils
font tous les jours entrer des
Peuples farouches, par les
lumieres qu'ils leur communiquent.
J'ay recouvréplu,
fleurs Lettres de ces Peres,
que j'aymises en extrait pour
ne vous apprendre que ce qui
est curieux. Je vous envoye
ces Extraits. Vous y trouverez
dequoy estre satisfaite,
non feulement sur ce qui regarde
la Religion,mais ssir
beaucoup d'autres choses particulieres
aux Lieux d'où ces
Peres ont écrit.
De Conflantinople depuis le If.
Mars 16S0. jusquau2.0. Decembre
1681.
tiques qui font dans ces Isles.
La petite Flote qui servoit
d'Escorte au Vaisseau où il
estoit, estant arrivée à la veuë
de cette Ville, il s'éleva tout
d'un coup un vent si impétueux,
qu'elle futcontrainte
de relâcher aux Isles des Princes.
Ce fut de ce lieu que Mr.>
de Guilleragues envoya salüer
le GrandVisir, ôc luydonner
avis de son arrivée. Il
luy fit dire que s'il desiroit
que le Vaisseau de Sa Majesté,
salüast le Serrail du
Grand -Seigneur, quand il
passeroit devant, il falloitaussi
que le Serrailrendist le salut.
Le Visirrépôdit que le Serrail
ne salüoispasmême l'Armée
navale du Grand-Seigneur,&
qu'il falloit qu'on le Saluait.
On témoigna que l'Empereur
des François,quivenoit
de donner la Paix à toute l'Europe,
méritoit par tout des
respects particuliers. Le Kiaga,
qui comme Lieutenant
du Grand Visir, portoit pour
luy la parole,voyant qu'il
avoit à faire à des Gens
tres- résolus de biensoûtenir
la gloire du Roy ,'dic que
puis que la coûtume des Vais-
E iij
seaux de France, estoit de ne
salüerjamais si on ne les falüoir,
celuy de l'Ambassadeur
la pouvoit suivre. Cependant,
lors qu'il s'approcha de Constantinople,
le Visir envoya
dire qu'il n'entrast point ce
jour-là. On luy fit réponse
qu'on estoittrop avancé, &
qu'on entreroit. En effet on
entra avec toutes les Voiles,
& sans tirer un coup de Canon.
Mr deGuilleragues estant
arrivé, rendit visite incognito
auVisir, qui le reçeut
sur le haut de son Sopha. On
croit que les nouvelles Victoires
duRoy obligerontceMinistre
à rendre les mesmes
honneurs à M* l'Ambassadeur
dans l'Audience publique.
Il en a eu déjà une secrete
du Kiaga, par l'ordre
de ce Visir. Ce fut au mois
d'Aoust dernier. Ilysoûtint
avec tant de force les intérests
de Sa Majesté, que le
Visir& le Kiaga furent convaincus
de ses raisons, touchant
ladéfaite desTripolins.
Le Muphti mesme, aprcs
avoir bien feuïlleté son Alcoran,
y trouva que les François
avoient eu droit de poursuivre
ces Pyrates jusque dans les
Ports du Grand-Seigneur. Si
nous voyons tous les jours
que les Conquestes de Sa
Majesté rétablirent en tous
lieux la Religion Catholique,
ne faut-il pasesperer que nos
Millions de Grece en retireront
de grandes utilitez, sur
tout dans un temps où les
Turcs sont alarmez d'une
Prophétie, selon laquelle leur
Empire doit finir dans huit
ans d'icy, qui fera la mille
& centiéme année de leur
Egire?
Nous avons des RésidencesàNaxie,
Tine,Santarini,
Négrepont
,
Scio, Smirne,
& dans Constantinople,où
nos Peres s'exposent tous les
jours à mille dangers, tant
pour le salut des Catholiques,
que pour convertir les Infidelles,&
ramenerau sein de
l'Eglise les Grecs Schismatiques.
Le Pere Befiikr, qui
entend& parle plusieurs Langues
étrangères, estant arrivé
icyen mesme temps que le
Pere Nau,voulut aussitost
prendre part aux fatigues du
P. Bernard. Ils ont tous deux
soindesBaignes
ou Prisons
-
w
du Grand-Seigneur, dans lesquelles
les Esclaves Chrêtiens
font renfermez. Ce
font des Lieux assez bien bâtis,
remplis quelquefois de
plus de dix mille Esclaves. Il
ne leur reste que la liberté de
vivre en Chrestiens, & de
faire publiquement les exercices
de leur Religion. Ils
ont là leurs Chapelles aux
divins Offices. Nos Peres y
vont coucher la veille des
Festes ôc des Dimanches. Ils
y disent la Messe, & font
exhortation avant le jour à
ceux qu'on doit emmenerau
travail. Lors que le jour éfi:
venu, ils vont dire encor chacun
une autre Messe dans
d'autres Chapelles pour le
reste des Esclaves
,
& ils y
font comme avant le jour
l'explication de l'Evangile.
Les Esclaves de Ruffie ont
dans ces Prisons une Chapelle
particuliere; & comme
ils estoient fort abandonnez
à cause de leur Langue b izarre&
extraordinaire, ona
fait venir icy de Pologne le
P. Malakoski, qui en a eu
foin deuxou trois ans, jusqu'à
ce que le P. Besnier luy
ait succedé. Le P. Lecri^iguet,
Supérieur
deConstantinople,
& des Missions de
Grece, envoya ce Pere Polonois
aumois de Maydernier,
établir une nouvelle Mission
su- r les bords de la Mernoire
ou du Pont Euxin, & dans la
petite Tartarie. Nos autres
Peresqui font à Constantinople,
ont foin de conserver
les Catholiques dansla Foy,
& de convertir les Grecs
Schismatiques.Ils font un
bien extraordinaire avec les
Arméniens qui font fort dociles.
Le méprisque les Grecs
ont pour eux, fait qu'ils s'approchent
plus de nous, qui
les traitons avec plus d'honnesteté.
Ces Arméniens ont
deux Patriarches,l'un qui
gouverne les Arméniens de
l'Empire Ottoman, & l'autre
ceux qui dépendent du Roy
de Perse. Celuy-cy, quiest
Patriarche de Vagarchabad
en Arménie, qui fait sa résidence
ordinaire dans le Monastere
d' Echermiadin ou
des trois Eglises, proche la
Ville d'Erivan sur les confins
de Perse, & qui prend le titre
d'Evesque universel de tous
les Arméniens, est mort icy
cette année dans l'union de
l'Eglise Romaine. Il fit avant
sa mort une profession de
foy tres-orthodoxe, que nous
avons envoyé,e a, Rome, &
qui a esté présentée à Sa Sainteté
par Mr le Duc d'Estrées.
Ce Patriarche excommunia
en mourant tous les Arméniens
de sa Jurisdiction
,
s'ils
n'abandonnoient le Schisme.
La plupart de ceuxqui font
icy, cherchent à se
faire
instruire,
& c'est pour cela que
le P.Besnier s'applique depuis
un an à l'entiereconnoissance
de l'Arménien vulgaire. Le
Patriarche desGrecs s'apelle
Haab. C'est le huitiéme de
cette Eglise désolée de Constantinople,
qui est cependant
la plus considérable de
tout l'Orient. Ils se font dépossedez
les uns les autres à
force d'argent, mettant à
l'enchere une Dignité si
fainte. Celuy d'aprefent est
entrésur leTrône depuis trois
ans d'une maniere plus.honneste
que les autres. Il a résisté
longtemps à ceux qui
vouloient l'y élever, en démettant
son Prédecesseur, &
il ne leur a cedé a la fin que
pourempescherun plusgrad
mal. ;
De Damas en Syrie le 13.
Aoust 16S1. DAmas est un Paradis terrestrepour
la pureté de
son air, & la beauté du Païs;
mais on peut dire que c'est
un Enfer pour l'infidelité ôc
le schisme qui y régnent souverainement.
Le Pere de la
Thuillerie, est presque seul à
soûtenirles fatigues de cette
Mission, dont il est Supérieur.
Depuis huit ans qu'on l'a envoyéen
cette Ville, il a toujours
eu une Ecole d'environ
deux cens petits Grecs Schématiques,
ausquels il enseignoit
le Latin, & avec lesquelsil
apprenoit luy-mesme
l'Arabe, qui est la Langue du
Pais. Les Discours qu'il leur
faisoit tous les jours estoient
si touchans, qu'il les a presque
tous convertis. La plûpart de
leurs Parens ayant suivy leur
exemple, & s'estant laissé
toucher aux exhortations que
nous leur faisionstous les Di*
manches
,
les Curez Schismatiques
n'ont pu voir leurs
Eglises presque abandonnées,
sans se porter contre
nous au plus violentéclat. Ils
ont d'abord empesché ces
nouveaux Convertis de venir
chez nous. Ils ont mis
des Gardes à la Porte de
nostre Eglise pour leur en défendre
rentrée. Ils les ont
excommuniez, & ont fouventvoulu
les livrer au Turc,
& au Soubachi, qui est le Procureur
du Bacha
, pour les
faire mettre fous le ballon,
& leur faire couster quarante
ou cinquante écus, (c'estle
traitement qu'on fait aux Excommuniez,)
mais lePerede
laThuillerie lesa si bien ménagez
par sa douceur & sa patience,
qu'il a toûjours détourné
ce coup. Un procedé
si honneste n'a pû pourtant
empescherque dans une Afsemblée
de Prestres qu'ils ont
faite cette année, ils n'ayent
conclu qu'il falloit casser
nostre Ecole, & empescher
pour toûjours qu'on ne vinft
nous écouter. Ils en font venus
à bout par leurs intrigues,
estant protegez de leurs Patriarches
d'Antioche,dont le
Siege est transféré depuis
longtemps à Damas. Quoiqu'on
n'ait pas tant de facilité
qu'auparavant de venir
chez nous, & dans nostre
Eglise, on ne laisse pas d'y
voir tres-souvent de nouvelles
Conversions
; mais comme
• nos Ennemis font puissans,
& que leur haine s'augmente,
nous sommes en grand danger
d'estre chassez de Danlas,
si l'on ne remédie promptement
à un si grand mal. Le
seul moyen de le faire, feroit
de faire élire un Patriarche
d'Antioche Catholique. Entre
les Grecs Schismatiques
que nous avons convertis,
il y a deux Curez, un
Prestre & un Diacre. Les
plus grands de la Nation font
à nous. Tout le Peuple est
ennuyé de leurs deux Patriarches
Grecs d'Antioche,
Néophytos & Cyrillos, qui
se détruisent presquetous les
ans l'un l'autre, & en souhaiteroit
un troisiéme, fous
lequel il puH: avoir du repos,
au lieu que ceux-cy ruinent
leur Troupeau, afin de fournir
aux frais qu'il leur faut
r, faire, pour obtenir des commandemens
dela Porte, qui
les rétablissent l'un apres l'autre.
Pour executer cette entreprise,
il faudroit gagner le
Patriarche Néophytos, qui
est présentement sur le Trône,
& qui nous est assez favorable,
en luyfaisant pendant
quelques années un
présent de deux cens écus. Si
nous avions sa protection, il
pourroit à nostre priere consacrer
Prestres douze ou
quinze de nos Disciples, &
donner des Evefchez & Archevefchez
à plusieurs qui
en font capables. Nous luy
en avons déjafait consacrer
deux depuis peu, un Prestre
-& un Diacre, à la façon des
Latins, c'est à dire, sans estre
mariez, ce qui ne se voit
pointicy parmy les Grecs.
Ayant des Prestres, des Curez
& des Evesques, qui par
leur nombre pourroient resister
aux Schismatiques, on
éliroit un Patriarche Catholique,
qui prendroit sur le
Patriarche l'argent necessaire
pour se faire recevoir à
Constantinople, comme font
les deux Patriarches de cette
mesme Eglise d'A ntiochc.
Peut-estre faudroit-il faire
encore un présent à quelque
Turc des plus puissans, POUtI
faire valoir les Ordres qu'on
envoyeroit de la Porte en nôtre
faveur. Mais il suffiroit
pour tout cela d'environ quatre
cens écus pendant quatre
ou.cinq années; & comme
on verroit par là tout cet 0-
rient Catholique en peu de
temps, je ne doute point que
si l'importance de ce dessein!
estoit bien connuë, tant de
Personnes zelées qui n'ont
pour objet que les interests
deDieu,ne s'empressanent de
contribuer à le faire réiiflir.M
-- De
De la MiJlion d'Antoura en
Syrie3 sur les Montagnes du
Quefroan, du Liban, & Anhbanj
dans l'annéei6ti. LEs Peres Pillon & Haudigu-
er,ont le soind'in- struiriles Habitans d'Antoura,
& des Montagnes voisines,
en vivant à leur maniere
, qui estextrêmement difsicile.
Il faut jeûner avec eux
quatre Carefmes l'année, ôc
le grand qui précede Pasques
se jeûne avec unetresgranderigueur.
Onnemange
qu'à trois heures apres
midy. On ne boit que de
l'eau. On s'abstient mesme
dePoisson, & c'estune régale
, quand on a des Orties
ou des Mauves mal apprêtées.
Le Pain du Païs, qui
n'est ny levé ny cuit, cause
de grands maux d'estomac.
Cependant une vie si rude
ne rebute point nos Peres,
qui vont là avec grand zele,
parce qu'il y a des fruits considérables
à faire, & qu'on
y travaille avec la mesme liberté
qu'on fait en France,
pourveu qu'on scache l'Arabe.
Ils peuvent s'étendrede- /
puis Antoura ou est nostre
demeure, jusqu'à trente ou
quarante lieuës de Montagnes
d'un costé, ôc jusqu'à
plus de soixante de l'autre.
On trouve dans ces Païs perdus
des Chrestiens de nom,
sans instruction & sans Prêtres.
On baptise leurs Ensans.
On'administre les Sacremens
à ceux qui font capables
de les recevoir,& on
leur fait entendre la Messe,
qu'ils n'entendent que par
le moyen des Millionnaires.
Ces Montagnes font partagées
entre divers Peuples.
Les Maronites en occupent
une bonne partie. Les Druses
& les Kalbiens, les Crades;
les Amédies, &les Nazaréens,
occupent le reste.
Les Druses sontennemis des
Turcs. Les Amédies font des
>
Mahométans de Perse, nommez
autrement Mutualy,ou
de la Secte d'Aly. Les Kalbiens
, Crades & Nazaréens
se disent Chrestiens.On souffre
extraordinairement pour
le vivre parmy ces Peuples.
Outre les fatigues continuelles
de monter, ou plûtost de
grimper de Rocher en Roç4ifr>&
deMotagne enMontagne;
quelquefois au milieu
desnéges,&quelquefois dans
la plus grande ardeur du Soleil
; aprèsqu'on a travaillé
pendant tout le jour,il faut
bien souvent coucher dehors,
& pour toute nourriture
manger une poignée de
Pois rostis ssir les charbons,
car on ne trouve pas mesme
de Pain chez la plûpart de
ces pauvres Gens. Tout ce
que peuvent faire nos Missionnaires
les plus robustes,
c'est de supporter cette vie
un mois ousx semaines,&
quand ilsreviennent, ilsfont
toutexténuez. Nous aurions
besoin d'avoir icy quatre Peres.
Pendant que deux s'acquiteroient
de ces rudes courses,
les deux autres demeureroient
à Antoura
,
où ils
auroient assez d'occupation
en attendant le retour des
autres; mais nous ne pourrions
faire subsister chaque
Missionnaire à moins de cinquante
écus, tant pour la
nourriture, que pour fournir
à toutes les avanies & tributs
qu'il nous faut payer au
Turc, & c'estun secours que
nous ne sçaurions espérer
* que déjà charité des Per-
| sonnes vertueuses de France.'
Nostre demeure d'Antoura,
où nous sommes lesseuls
Missionnaires,est au milieu
de vingt bons Villages,dont
Antoura est le plus petit.
C'estcependant le sejour du
ScheiK ou Seigneur A-bounoufel
,
qui est le Chef& le
MaistredesMaronites, Sç le
Protecteur des Chréstiens.
Ce fut Iuyquinous établie
icy il ya douze ou treize ans. Si nostre nombreaugmentoit
, nouspourrions faire
trois ou quatre voyages pendant
l'annéejusquà Nazareth,
& dans toute laGalilée,
où il y a beaucoup àtravailler.
D'Alep en Syrie le 77. Juillet
i6îi% LE Pere Nau arriva icy le
17. de Juin 1680. apres
son long voyage d'Italie, de
France & de Grece, qu'il
avoir entrepris pour remetre
luUlrrlele T'[rrôônneelelePPaatrtriIaarrcchhee
Catholique des Syriens, &
pour avoir le moyen defonder
une Million dans le Païs
des Jasidies. Il est allé ré-"
, tablir; & afin que rien ne
l'embarassast dans cette entreprise,
il a quité la charge
de Supérieur General de toutes
nos Missions.d'Orient,
qu'on a donnée au Pere Clisson.
Les deux Patriarches d'Antioche,
Néophytos & Cyrillos,
dont le Siege est à Damas.)
ont fait icy un fort
long sejour. On sçait assez
quils se font détrônez l'un
l'autre par divers commandemens
de la Porte. Le Patriarche
des Arméniens de
cette Ville a estéausi chassé
de son Trône depuis quelques
années, par un de ses
propres Evesques. Ces desordres
ont fait ouvrir les
yeux à plusieurs Grecs & Arméniens
, qui considérant
que le Schisme en estla cau..
se,s'attachent présentement
à l'Eglise Romaine, comme
à celle qui est uniquement
gouvernée par 1cfpric »- c
Dieu. Ils ne quitent pas pour
cela leur Rite
particulier,
mais ils y vivent sans en Cuivre
les erreurs.
Alep est le Païs des plus
horribles blasphémes ausquels
les mauvais Chrestiens
des Païs Schismatiques soient
sujets; & au contraire les
Turcs n'y font retentir les
Ruës & leurs Mosquées nuit
& jour, que des loüanges
des mille & un nom de Dieu,
dont ils ont l'usage, & dont
ils composent tous leurs discours.
Mais s'il se fait bien
du mal dans cette Capitale
de la Syrie,nous avons aussi
la joye d'y voir un grand
nombre de bons Catholiques
Syriens & Maronites,
avec lesquels nos travaux de
0
jour en jourontuntres-heu
reux succés. Les Syriens ont
un Patriarche Catholique J
nommé Ignace- Pierre, qui
réside en cette Ville, & qui
a grand zele pour la défencej
de l'Eglise Romaine. Les
Maronites ont aussi le leur1
BomméEstignne Pierre, qui
estaussibonCatholique que
JeTmmier., & qui fait sa residence
à Canobin. Tous
deux se disent Patriarches
d'Antioche, l'un pour la Nation
des Syriens, & l'autre
pour celle des Maronites.
-
On demandera peut-estre
pourquoy l'on souhaite tant
dans tout l'Orient, de faire
élire un troisiéme Patriarche
d'Antioche pour les Grecs
en la place de Néophytos ou
Cyrillos, puis que ces deux
autres Patriarches Catholiques
des Syriens ôc des Ma-
,.
ronites,pourroient consacrer
des Prestres du Rite Grec.
Cette objection ne peut estre
faite que par des Personnes
*qui ignorent les Coûtumes
de ces trois Nations disés
rentes. C'est comme si on
demandoit pourquoy un Evesque
de France du Rite
Latin, ne pourrait pasfaire
un Prestre François du Rite
Grec, ou luy apprendre à
faire les Ceremonies & dire
la Messe en Arabe. Il faut
donc un troisiéme Patriarche
d'Antioche pour les Grecs,
& par ce moyen on convertira
des millions deces Schismatiques.
Le Roy de France
ayant esté informé du
grand bien que font nos
deux zélez Patriarches Catholiques
parmy leurs deux
Nations, leur a donné de-
', puisdeuxans àl'un & àl'autre
une pension confidéraJple
à la priere du P. de l&im
Chaise & du P. Verjus, qu'on
peut appeller Missionnaires
de ce Pais, puis qu'ils y procurent
tant de bien.Ces deux
Patriarches
,
qui sans cela
n'eussent pû vivre selon leur
dignité,ny s'employer au salut
de leurs pauvres Peuples
sans en retirer aucune récompense,
écrivirent l'an passé au
Roy,pour luy marquer combien
ils estoient réconnoissans
des graces qu'ils en avoient
reçeuës. Leurs Lettres
estoient enLangue Syriaque.
Voicy la traduction literale
de celle du Patriarche des
Syriens.
A LA GRANDE PORTE
& supréme Cour, au Trône
magnifique du glorieux&venérable
Prince Sultan, Loüis
le Grand, Seigneur des Monarques
,& supréme Roy des
Chrestiens. QVe Dieu remplijje de gloi-
,re &de viâloire> le Trône
haut, Royal, llluftre) Çrand3
Jufle3 Gouvernant3 Secourante3
ConquérantsCjlorieux
3
±%iagniftque
J de Louis le grand,
l'honneur de la Foy & des
Çrojans9 l'Ornement des Prin,
ces&des Rois; le Roy quifurpasse
les autres Rois Chrestiens
enforce3 en majeflé f0 ensagessè
qui luy efl propre, comme
le Soleil furpaffi tous les autres
uijires en lumierey en ardeur rtJ
en influence; Roy qui donne la
Loy à tous les Peuples; le miracle"
vivanterare"lJui ravit en
admiration tout le monde en toute
la terre, par la beauté& la perfection
de son gouvernement3 par
la force de ses allionsj st) par la
multitude de ses bienfaits; l'invincible
dans toutes les Guerres,
qui a dompté tous ses Ennemis,
& abatu leurs Etendards, e4
qui leurapardonné quand il a
pû les perdre; le Roy Tres-
Cbreflien, le fris ainede l'Egli-
Je,l'agile des Fidelles, l'appuy
de L'EgJife ^pojlolique, tépée de
Dfieu, la crainte des Herétiques des Impies) lajoye des Gens
de bieny les richejjes de noflre
temps3 le bien & lafélicitédu
monde.
Or apres nous estre inclinez
pour rendre les refpefts de noflre
,fervltude,dr l'obeïjîance deue
àla Royauté; ce que nous rreepprreé--
sentons au grand Roy, cess que
la gratification dont njous nous
4&e% honore%par les mains du P.
Michel NauJefuite, nousAesié
donnée,&nous avons efléfecourus
encor bien davantage par
l'boneurduregardquevous ave%
jette sur nous, pour abatre ceux
qu1-t s»-Oppàfolent a llaavray Foy.
Vous esses nostre soûtien
3 &
nous navons plusde craintey tant
que V. M: nous protégera. Le
Roy Mahsmet faqui Dieu puif-
Je donner desbuns éternels )nous
a conferve% jufqua aujourd"buy
parsajuflice; mais dorefhavant
il nous fera bien plus de grâces
pourlamour de voflre inclination
augufle.Au refle VoflreMajefié
eji celle que nous regardons ,A
present comme le Propagateur' de
la Foj Orthodoxe,(Syson appuy
dans l'Eglise de noflre Nation.,
apres qrielle en a eslé bannie deuze
cens ans & davantage; @f
nous nous promettons de V. M.
qu'Elle ne détournera point sa
veut de defus les Patriarches Orthodoxes.
Demeurez toujours le
refuge de tous ceux qui ont des be-
JoinSj&que njoflregloire ($y vos
bénédictionsJe multiplient t'us
lesjours; apresquoy nous faisons
encorpour V. M. tout ce qui se
peutfaire de bons fluhaits.
IGNACE PIERRE,humblePatriarche
d'Antioche&de la Syrie.
Ecritle f7-de lutIlettÇfo.à Mest
U Protégé? dite Sçcuba,
C'est là ce bon Patriarche
des Syriens, qui avoit esté
détrôné par l'intrigue de son
Compétiteur; mais nos Peres
ont eu tant d'accès auprès du
Grand Seigneur, par l'entremise
de Mr de Guilleragues,
sqoumiamemesme contribué à la
qu'il a salu donner à
la Porte, qu'on rareroire depuis
deux mois avec grand
honneur sur le Siege Patriarchal.
L'affaire estoit de telle
mportance, que si ce rétablissement
eust manqué, il
:uH peut-estre salu que nos
Millionnaires eussent quité
la Syrie. On espere que ce
Patriarche aura toujours des
Successeurs Catholiques., selon
les movens dont ons'est
servy pour venir à bout de
cette entreprise.
De Mardin le 2J. de May 16S1,
sur le bord du Tiggrree,, au ppiieect
de la Montdgne de Sdnçare
Pais des jafidoies. o ; LE Pere Nau est enfin par
ty cette année d'Alepau
mois d'Avril, avec le P. Bar
nabé,& nostre Frere Del
moulins, pour aller prêche
l'Evangile aux Jafidies. 1
nous écrit de Mardin du 25.
May 1681. qu'estant àlaveuë
de leur Montagne de Sangare,
six ou sept Parthes, qu'on
appelle aujourd'huy Curdes,
les abatirent à coups de grosses
pierrés & de cimeterrès,
rompirent leurs cofres, ôc enleverent
tout ce qu'ils voulurent.
Il ajoûte que cet accident
avoit servy à les faire
mieux recevoir à Mardin, où
un peu de Medecineexercée
avec charité, sans aucune récompense,
leur avoit acquis
grande réputation. Ils y ont
trouvé quantité de Catholiques
Suriens, Arméniens &
Nestoriens, qu'un Prestre Surien
mort depuis un an,Disciple
du P. Resteau, avoit gagnez
à Dieu. Tous ces nouveaux
Catholiques ont eu
une extrêmejoye de lesvoir
& les ont priez avec instance
de ne les point abandonner
Les Peuples appellez aujourd'huiCurdes,
font répandus
dans une partie de la
Syrie, dans toute la Mésopo
tamie, l'Assyrie, la petiteArmenie,
jusque dans les con
fins de Perse & de la grande
Arménie. Ils sontouMaho
metãs ou Jafidies.Les Curdes
Maho
Mahométans font gouver- nez par des Emirs ou Princes
, dont il y en a trente au
Païs circonvoisin de Diarbeore
ou Diarbekir,quisont
assez Souverains dans leurs
Principautez
,
& comme indépendans
du Grand Seigneur.
L'A dultere passe chez
,
eux pour un monstre. Le
meurtre&l'assassinat y font -
facilement pardonnez,mais
le larcin y est défendu. Ils
reçoivent presque toute forte
de Religions, & estiment
d'Assan & à sixjournées de
Diarbekir,autour de laquelle
ily a un grand nombre de
Chrestiens Nestoriens, Jacobites,&
Annéniens, tous sans secoursspirituel.
Les Curdes Jafidies tonc
de cinq fortes, sçavoir, les
Dacénies, Sachelies, Caledies,
Dennedies, & Errans,
qui font Parthes d'origine,
&en partie Manichéens de
Religion; car ils adorent,ou
du moins respectent comme
ces anciens Heretiques, le:
Denlon & J.C. & cette union
bizarre fait leur propre ca-,
A
ractere. Il y en a parmy eux
qui adorent le Soleil, & on
les appelle Cham-Sies, qui
veut dire Adorateurs du Soleil.
Jafidies signifie Disciples
de Jesus du mot Ai!1,
qui est Jesus en langageTurcs,
& Jasid en Curde. Ils different
des Manichéens en ce
qu'ils cõnfessent la Divinité
de Jesus-Christ. Ils reconnoissent,
avec l'origine qu'il
adu Pere Eternel, sa Naissance
deMeyrenne,c'est à dire
de Marie, qu'ils honorent
comme Mere Vierge, rien ne
les charmant davantage,ny
n'estantplus usité dans leur
Languc.) que les noms de
Jasid, ôc de Meyrenne.
Les Dacénies ne font éloignez
de Moustol, qui est la
nouvelle Ninive, que d'une
demy journée, & d'une journée
de la grande Riviere de
Zab, qui vient du costé de
Perse, & qui prenant son
cours vers Bagdet, se mesle
avec le Tigre & l'Euphrate,
& coule en suite jusqu'à Bassora.
Ces Curdes Dacénies, reçeurent
les premieres nouvelles
duChristianisme le jour
mesme de la Descente du
Saint Esprit, & font nommez
dans l'Ecriture Syriaque &
Caldaïque, entre les Nations
qui furent présentes à l'accomplissement
de ce grand
Mystere de l'Eglise naissante,
car la traduction du mot Parthi,
quiest dans le deuxiéme
Chapitre des Actesdes Apôtres,
estenSyriacKerad, qui
signifie Curdes; & ce sentiment
general des Syriens &
desCaldéens, est appuyé for
l'Histoire qui nous apprend
que l'Empire des Parthes a
esté fondé par des Fugitifs de
la Scythie. Cet Empire s'estant
érendu dans l'Assyrie
jusque dans la Caramanie,
soûmit à ses Loix les vastes
Païs de la Mésopotamie. Les
Jafidies font donc venus des
Parthes, & particulierement
ces Assyriens appeliez Dacénies,
qui reçeurent les lumieres
de la FoyparS. Thadée,
dont ils ont chez eux
comme un Temple, qui est
l'unique de toute la Secte, &
le terme de tous les Pélerinages.
Ils y tiennent un grand
nombre de Lampes allumées,
pour honorer la mémoire de
ce grand Apostre, qu'ils appellent
en leur LangueCheié
u4iiy comme l'Arabe ditTadai.
Tous les Jafidiesqui prirent
laveritable Religion de
cette source dans la Mésopotamie,
& dans quelques autres
Provinces, ont en venérationce
nom Adi,& n'ont
point de terme plus familier
apres ceux de Jafid, & de
Meyreme,queceluy deCheié
Adi. Les Dacénies aiment
autant les Chrestiens, qu'ils
haiucnt les Mahométans
; &
comme ils ont l'humeur fort
guerriere, & le courage des
&Parthes, quelq*ues-UilS& d'eux
ont ditplusieurs fois, que si
les Francs venoient en leur
Païs,ils éleveroient la Croix
sur leurs testes, & embrasseroient
leur Religion.
LesJasidies Sachelies ont
de longs cheveux à la façon
des François; & les Femmes
qui manient les armes à feu
avec autant d'adresse que les
Hommes, ne portent point
de longs voiles comme le
reste de l'Orient. Leur Demeure&
leur Fort est le Mont
Sangare, qui est environ trois
journées de chemin. Il cft
tres-haut, & sur sa hauteur il
t
defertiles Plaines.Il estrev
êtu de Vignes,d'Arbres
Tuitiers de plusieurs forces;
k la grande Plaine quiest au
as, de cette Montagne, est
res-abondante en Bled.Ainicette
Nation sesoûtientpar
elle-mefme3 & vit sans crainte
comme dans une Forteresse,
que les Rochers luy font sans
nul artifice. Elle est partagée
en un tres-grand nombre de
Villages, où les Enfans,mesme
dés l'âge de sixà sept ans,
s'exercent à manier & tirer
des armes. Cela est cause que
les Sachelies font toûjours
prests à la descente de leur;
Rochers, où il n'y a qu'une
ou deux entrées fort étroites,
gardées selon la necessité, par
plusieurs Soldats. Pour peu
que les Turcs approchent de
leur Païs,ilsne perdent point
l'occasion de courir sur eux:
& comme tout l'Orient~sçais
qu'il n'y a pas longtemps
qu'ils tuerent un bon nombre
de ceux que conduisent
lesBachas, depuis cette ce.
lebre Victoire, ils ne payent
aucun tribut, ôc le Turc a
esté contraint de se contenter
d'unPrésent qu'ils luy portent.
On ditcommunément
qu'un Sachelie se déferoit
sans beaucoup de peine de
cinq ou six Turcs,tant on est
persuadé de radrene de ce
Peuple, Chrestien d'origine,
François d'inclination, Parthe
en force, & Politique en
son gouvernementsous deux
Emirs. Sangare estoit autrefois
la Forteresse des Romains
dans la Mésopotamie.C'est
là que le P.Nauest allé porter
l'Evangile.
Les Jafidies Dennedies,sont
les Païsans des Curdes, dont
quelques-uns demeurent à
une journée de Mardin, où
ils occupent un lieu qu'ils ap- pellent Raclaayn, la Source
de la Fontaine qui se divise
en plusieurs grands Bassins
d'eau, & fait comme un Paradis
de cetteTerre. Toutes
les eaux s'assemblent à une
journée de leur Source,&forment
le Fleuve nomméencor
aujourd'huy Chobar, mémorable
pour les visionsqu'y
eut le Prophete Ezechiel. Il
est de la profondeur & de la
largeur du Tigre. Il a son
cours Vers Bagdet, &se jette
dans l'Euphrate. Il y a encor
decesPaïsans Dennediesen
la Terre de Serouge, à une
demy journée de l'Euphrate,
au dela du Biré, où sevoyent
les restes del'Eglise du sçavant
Evesque Jacques de Serouge,
surnommé le Docteur, quia
laissé aux Caldéens & aux Syriens,
de rares Ouvrages dignes
de l'un des principaux
Maistres de l'Eglise Caldéenne.
Nous en avons une partie
à Alep, qui fait un tres-gros
Volume. Le Manuscrit Syriaque
en caractere Stranguely
qu'on garde chez nous, est
de six cens ans. Ce Saint Evesque
parle de l'Eglise Romaine,&
de l'autoritéde S. Pierre
qu'il appellele Geant del'Apostolat,
en des termes si
avantageux,qu'on ny peut
rienadjoûter. Dans le Die
cours qu'il a fait de la mort
de ce Prince des Apostres, &
des honneurs que les RoT
mains luy rendirent, comme
à leur Seigneur& à leur Pere,
(cesont ses propres paroles)
il assure que Saint Pierre fut
appelle Pere Juste, dans les
acclamations qu'on fit par
toute la Ville de Rome le jour
de ses Funérailles,ce qui est
Ruexmarquer, puis que ces
paroles faisoient le plus
Jrand éloge des Empereurs.
Il produitauiffune Prophétie,
ivec laquelle le Sauveur du
Monde consola son Apostre
ln peu avant sa mort, l'assu-
"ant que son Sepulcre seroit la
grande Muraillequi défen-
Iroie Rome contre les Barbares,
les Infidelles, & les
Herétiques, jusques à la fin
les Siecles Cette mesmeProphétie
se lit dans les Eglises
des Syriens Catholiques,comme
on le voit dans leurs LibresEcclesiastiques,
quifônt
l'Ouvrage de Saint Jacqu
de Nisibe,&de S. Ephrei
Les Grecs de ce temps O
quelque jalousie contre
saint Evesque de Seroug
mais toutes les autres N
tions Chrestiennes, Heré
ques&Catholiques, l'ont < venération, & lisent ordinarement
ses Livres dans leu
Eglises. Il vivoit immédiat
ment aprés le Concile
Calcédoine, qu'il approuv
& défend dans toutes ses pre
positions.
LesCaledies font au ~dessu
de Diarbekir, proche d'He
fou5 Païs des Curdes;& comme
c'est la Nation des Larrolis)
ils [e trouvent en plusieurs
endroits de la Syrie, &
de la Mésopotamie. Les uns
les appellent Calethlies ou
Catelies, & croyent que ce
font les Assassins si renommez
dans l'Histoire des Croisades.
Ces Bandes de Brigans
qui suivent en ce tempscy les
Caravanes, suivoient les Pelerins
dans les autressiecles. -
Aussi voit-on encor aujourd'huy
leur Chasteau au dessus
de Tortose, où la petite Eglise
deNostre-Dame, bastiedurant
sa vie, & conservéeju
ques à present, attiroit la de
votion des Chrestiens, & ici
voit de passage à ceux qui al loientenJérusalem.
Enfin les Jafidies Errans
que lesTurcs nomment Cou
char,sont parmy les autre,
Jasidies, ce que les Turco
mans font parmy les Turcs
Ils se fervent tres-adroitement
desarmesàfeu, &marchent
au milieu de leurs
Troupeaux sans aucune crainte,
raient dans leur route
comme de petits Corps d'Armées
, qui ne fontque pour
- leur de-ense si on les attaque.
Ils vont depuis Moustol
jusqu'à Arzerum, & dans l'espace
de vingt-cinq journées
de chemin,ils changent de
climats selon les Saisons, trouvanr
toûjoursdebonspasturages
dans leur route. Ils passent
souvent aupres du Mont
Achout, où il ya plus de deux
mille Maisons d'autres Jafidies,
ciefià dire, vingtmille
c? Grotes qu'ils habitent comme
desBestes, sans Religion,
nyautreconnoissance que
celle d'Iasid qu'ils respectent,
& du Diable qu'ils craignent
comme le grand principe
dumal.
Ces Iasidies Errans, ~ont
rencontré quelques vestiges
du Paradis terrestre, à trois
• ou quatre journées d'Arzerum
,dans une Terre appellée
Bengueil,c'est à dire,mille
Fontaines. C'est une riche
Colline, faite en demy globe,
& comme un grand Bassin de
Fontaine, où l'on compte
mille Bassin,& mille Jets
d'eau, qui font un air tresdouxen
Eté, &qui communiquent
unadmirablerafraîchissement
parrny une insi,
nité de belles Fleurs, d'Arbres,
de Plantes,& d'Oyseaux
qui rendent ce Lieu enchanté.
Toutes ces eaux s'unissant
ensemble en divers
endroits, font à la defcentc
quatre grandes Rivieres, le
Tigre, l'Euphrate, le Guoëso,
& le Calich, dont les eaux
s'estant plusieurs fois perduës
fous terre, & paroissant de
nouveau apres plusieurs tours
& détours, vont enfin se rejoindre
toutes ensemble à
Bassora.Iln'est rien au monde
de plus charmant que ce
Lieu. Cependantce Paradis à
n'est que pour des Iafidies E
rans, & adorateurs du Di
ble. Celuy qui par un espr
de charité suivroit ces pauvre
Pasteurs, trouveroit luy-me
me un Paradis, & les mettro
en fuite en un autre infin
ment plus souhaitable. 1
Les Iasidies adorent don
le Démon, suivant le sent
ment de tout l'Orient. D
moins leurs petits Tamboui
avec leur maniere de dance
dans les actions les plus sc
lemnelles de leur devotio:
nocturne, font prendre d'eu
une tres-méchanteidée, ]
-
est certain que quand les Ensans
des Turcs & des Arabes,
les rencontrent dans les Ruës
de leurs Villes,avec leurs Habits
tout noirs & le Turban
qu'ils portent, ils leur jettent
des pierres, & crient apres
eux que Dieu confonde le
- Diable. On peut dire des Iasidies,
ce que Saint Méthodius
disoit des Origénilles,qu'ils
font les Défenseurs & lesAvocats
du Diable. Ils croyent
qu'il se reconciliera avec
Dieu, & ne peuvent soufrir
qu'on le maudisse dans la
crainte qu'ils ont de sa colere.
Les plus modérezd'entr'eu
qui ne le cherchent pas pot
Amy, ne le veulent poir
pour Ennemy
,
&il y auro
un tres -
grand danger poi
celuy qui oseroit le maudit
en leur présence. Unpuissar
Cham-Sie, Chef de Nation
nomméMagdo, aux piec
duquel le P. Besson a couch
durant trente jours à terr
dans une Caverne pour
convertir, a enfinrenoncé
l'adoration du Soleil, & à tou
te laSecte desCham-Sies. ]
veut estre baptisé avec tou
ceux de son party. Le fameu
Delle
1
Dello,Chef des Larrons, &
- leSchlieikou Prélat Docteur,
appelle Soüard, qui préside
auspirituel de ces Voleurs, ôç
iqui est aussi le CrandSupérieur
de tous les Moines Jasidies
de la Mésopotamie ôc
de l'Assyrie, gémissent de ce câpres plusieurs Ambassaqdcs)
ils ne peuvent obtenir
deuxou trois Missionnaires.
C'est où le Pere Nau est
allé. -
De Sulpha, procheIJpaham e
Perse,le17. Octobre ifào. LE Roy de Perse qui s'ap
pelle Solyman, n'ayan
point d'Ennemis à combatre
s'occupe à regler sonRoyau
me, & à embellir Ispahan
qui en est la Capitale.L'en
tree du Palais Royal se nom
me en Langue Persique Ala
gapy, ou la Porte de Dieu
qui fert de refuge à tous le:
Misérables. A main gauchi
de cette entrée, le Roy a fai
faire un superbe Bastiment;
quatre Corps de Logis, que
l'on appelle Amarache. C'est
un Lieu charmant pour les
Jets d'eau, pour les Parterres,
les Sallons
,
les Dorures, les
Païlages, les Peintures, &
ces beaux Ouvragesàla Mosaique,
qui en font un des
1
plus beaux ornemens. Il y a
L une Salle admirable qui a la
veuë sur la Court de ce nouveau
Palais. On la nomme la
Salle desMiroirs. En effet
l elle en est toute remplie, &
son fond, & l' entre-deux des
Miroirs,esten-Moresques,
-
enor,&enazur. Debeaux
il -
Lustres de Cristallontfulpendus
au lambris. La Muraille
du fond de cette Salle, a un
enfoncement de la grandeur
d'une petite' Chambre, éleve
par dessus le Pavé de la Salle
d'un grand pied. C'efr où le
Roy estassis quand il fait Aisemblée
publique avec les
Grands desa Cour, pour tenirConseil,
ou pour recevoir
ks Ambassadeurs;& alors, le
Pavé qui est d'un. Marbre
prétieux; est couvert deriches
Tapis, avec des Carreaux
d'un magnifique Brocard.
Les grands Seigneurs se mettent
surcesCarreaux.
- Sa Majesté elt sortie d'is
paham avec sa Cour, pour
aller passer toute la belle faison
des Fleurs & des Fruits
dans les beaux Jardins de
Goultapa &- d'Azargerib,
qui font ses deux Maisons de
plaisance. Ce Prince s'y divertit
principalement à faire
tirer au but des Canons
de cinquante & de cent livres
de bales, à laveuë de
tous ses Courtisans.On nous
a mandé que le Roy d'Aracan
pres du Royaume de
Pégu dans les Indes, permet
àtous ses Sujets de se faire
Chrestiens, & qu'il a luymesme
embrassé la Religior
Chrestienne.
La Reyne de Pologne es
Fondatrice de la Million de
Sulpha, où nos Peres on
converty plusieursSchisma
tiques. Ils ont foin sur tou
d'un nombre prodigieux
d'Arméniens que le Roy;
fait sortir d'Ispaham, & relé
guez icy à Sulpha, qui est
un quart de lieuë de la Ville
Nos Peres s'y font établi:
avec eux pour les mainteni
dans la Foy. Leurs travaux
Apostoliques ont tellement
satisfait les Consuls <5c Reprélentans
du Roy de France
dans cette Cour., que par
leur moyen, & à lapriere du
P. de la Chaize ôc du P. Verjus,
nous avons obtenu de
nostre auguste Monarque de
magnifiques Présens pour
envoyer au Roy de Perse,
afin qu'il accorde sa protection
à nos Peres. Ce xont
des Machines de Mathématiques
tres-curieuses, qu'un
habile Ouvrier fait à Paris.
Le P. Longeau, trcs-confonlmé
dans cette Science,qui
est venu joindre icy no
Millionnaires depuisquel
ques mois., les doitporter
ce Prince.
La premiere représente;
en tournant de certaines
Rouës, toutes les Eclipses du
Soleil & de la Lune, qui ont
esté, & qui feront.
La seconde fait voir de la
mesme maniere le cours des
sept Planetes.
La croidéme est une Horloge
dans un Globe suspendu,
laquelle par son propre
poids fait mouvoir tous ses
Ressorts.
La quatrième est une autre
Horloge fort utile pendant la
nuit. Elle est d'une invention
si admirable, qu'en tirant
une certaine corde àquelque
heure de la nuit que ce foir,
l'Hortoge sonne aussi-tost
l'heure qu'ilest.
La cinquième est un beau
Miroir ardent, dont l'effet est
surprenant.
Nos Peresayant ainsi gagné
le Roy de Perse, qui
aime passionnément ces fortes
de curiositez, espérent
obtenir de luy permission de
prescher hautement l'Evangile
dans toute l'etendue d
son Royaume. On en set
redevable à la pieté de nosti
grand Roy, qui a bien voul
faire ces Présèns
, & écri
luy-melme au Sophy de Pe
se, pour luy recommande
nos Peres, & nosArménier
Catholiques, que le Gran
Sophy Cha-Abas fit autre
fois venir à Ispaham, de ]
Province de Nackivan e
Arménie,oùestoit aussi l'ar
cien Sulpha. Voicy les prc
pres termes de la Lettre d
Sa Majeste,qu'elle a envoyé
cette année au Roy de Peri
par Mrl'EvesquedeCeTarople,
Consul de France à BagdTet.
lRes-hauty Très-excellenty
Tres-puissant, Tres-magnanime
& invincible Prince;, notre
cher & bon Amyy Dieu
veuille augmentervoflre grandeur
avec fin heureuft. L'affession
particuliere que nous avons
toujours euepour tous les Chrétiens
qui ont lebonheur de vivre
fous voflre puissant Empire, &
principalement pour les Arméniens
Catholiques de la Province
de Nachjvan3 nous a souvent
porté aujjibienque nos Predecefpursy
de marquer a Vof/reM
jesse, combien nous pommes se
fibles aux bons traitement qu
-
ont refeus à ïioftre récommana
tion.) des Gouverneurs des Lie,
qu'ils habitent; mais comme
Gouverneurschangent,($f que
nouveaux ne peuventeftre infi
me% des intentions faverab/t
que Viftre Majeflé a pour to
tes les choses où nous nous ini
reffins, nousperions bien aise a
Voflre Afajeflé renouvellafl<
mîmesordres; eilsnousferoit
beaucoupplusagreablessi Elle
donnoitpromptement
>
afin q
lefidits oArméniens Catholiqt
de la Province de Nackjvanen
pui/Jent ressentirincessamment les
effets. Nous esperons quelle étendra
cette protection sur toutes les
EglisesChrétiennes, f0qu'elle
favoriseral'Evesque de Cefarofie
que nous avons chargé de cette
Lettre.) c- que nous avons declarénojlreConsulà-
Baudetfour
contribuer en tout ce qu'il pourra
au commerce, a l'union, & a la
bonne correspondance que nous
souhaitons qui s'entretienne entre
les deux Empires. Nous nous af
furons encore que V.M. protegera
les Religieux François établis
dansfes Etats, &surtout lesJejuitespourquinousavonsunec
feêlionparticulière,& qui da
L'ahfince de l'Evesque sic Cejar
pieferonttoujours auprèsd'Eh
comme des témoignages de l'est
m &del'amitié qie nous le
portons. Nous ne doutonspoi
aussique V. M. nejbitbien pe
Juadée que dans les occasions q
s'offrironty nous luy en donnero
des marques. Sur ce nous prio
Dieu qu'il "veuille augmenl
njoflre grandeur avec fin ton
heureuse.
Ecrit àS.Germain le 20. Mars 16I
De Pékin Capitale de la Chine. 0N sçait il y a longtemps
que les Tartares se sont
rendus maistres de la Chine.
Ce grand Empire a joüy d'une
profonde paix pendant
plus de dix-sept ans, & cniuite
il fut troublé par une
guerre civile au commencement
de l'année.1674. Le pré-'
mier Chef de ce soulevement
fut Usanguey,le plus puissant
Seigneur de ce Royaume;
&celuy-là mesme qui en
1644. fut obligé d'ouvrir la
Chine aux Tartares pour e
chasserLigungzy,Chefd
certains Voleurs Chinois, q1
s'estant rendus maistres d
Pekin, avoient fait mour
son Pere, & Zunchin de
nier Empereur de la Chine
Ce grand Mandarin Usan
guey estoit pour lors Suma
pim, c'est à dire,Capitain
General des Armées Chinoi
ses, & soûtenoit vigoureuse
mentl'effort des Tartare
dans la Province de Leao
tung, qu'ils avoient envahi
depuis quelques années
Ayant donc appris la mor
de son Pere & de son Roy, il
laissa entrer les Tartares dans
la Chine, & vint avec eux
pour chasser 'dé Pekin ces
Brigans rebelles. Illes défit
entierement par le secours
des Tartares; mais il ne pût
ensuite chasser ces mesmes
Tartares, quand ils furent
une fois entrez dans la Chine.
Leur Roy Tsumté estant
mort en y entrant, ils firent
venir de Tartarie à Pekin son
petit-Fils nomméChunchy
âgé defixans, qu'ils proclamerent
Empereur, &auquel
ils donnerent pour Tuteur
son Oncle Amavan qui se re
dit maistre de ce vasteEmpi
dans l'espace desept ans. A
preslamortd'Amavan,Chun
chy commença de regnél
seul. Ileuttant d'estimepou
lePere Adam Schal, qu"ilIl
fit Sur-Intendant du CoIIf?
ge & du Tribunal des Mathématiques,
quiest la Charge
la plus considérable de la
Chine. Ce Prince mourut de
la petite Veroleen 1660. &
declara en mourant FOUI
Successeur de l'Empire foi?
petit-Fils Cam-hy âgé desep
ans,quiregne aujourd'huy
Il fut proclamé Empereur au
commencement de l'année
suivante, & onchoisit quatre
MandarinsTartares, Sonhy,
Patorocum, Erbicum, &:
SouKama, pour gouverner
l'Etat pendant sa minorité.
Ce jeune Empereur ayant
atteint l'âge de treize ans,
s'ennuya de la tutelle de ces
quatre Ministres, quine pouvoient
s'accorder entr'eux,
& dit hautement qu'il vou- loit commander seul. Comme
les Princes Tàrtares (ortent
de Minorité quand il
leur plaist,il fut declaré Majeur
le8.jour de la septiém
Lune, qui fut le jour de Sain
Loüis 1667. Depuis ce temps
là il a gouverné l'Empire dan
une profonde paix. MaisU
fanguey, que les Tartares a
voient fait autrefois Roy d
Pingfi pour l'appaiser,connoissant
le mal qu'il avoit sais
à saPatrie, prit une forte ré.
solution l'an 1674. de leschasfer
de la Chine, & d'éleve
sur le Trône un jeune Prince
qu'il avoit chez luy, & qu'il
sçavoit estre le legitime Héritier
de l'Empire des Chinois,
estant de la Famille
Royale du dernier Empereur
Zunchin. Pour venir à bout
de ce dessein, il se rendit
maistre de quatre Provinces
du costé de l'Occident; & le
petit Roy de la Province de
TOKien sur la Mer Orientale,
uny avec ce fameux Pyrate
Chinchilung, qui défit
l'Armée navale des Hollandois,
èc leur enleva l'ine de
Formose
,
le feconda dans
cette entreprise.
* Pendant que les Armées
de ces deux Rois,composées
chacune de plus de centmille
Combatans, faisoient par
tout de tristes ravages ,,j|
Roy de Canton prenait fei
mesures pour
s'accommode
au temps. AinsilesTartare
ne sortant point en campagne
pour resister auxEnnemis,
& la Cour de Priât
demeurantdans le silence,
commença de plier, & dan
lacraintede perdre [es grands
trésors qu'il avoit dans fo
Palais, il prit l'habit & le par
ty des Chinois, attendant UllQ
occasion plus favorable pour
défendreles intérests du Tartare.
Ce fut l'an 1676. qu'i
fit ligue avec les trois Generaux.
Par cet artifice il conserva
ses trésors & sa Province;
mais enfin l'ambition de
tant de Chefs rendit ces
grands desseins inutiles, chacun
ne songeant qu'à ses intérefts
particuliers; & faute
d'intelligence, l'espérance
des Chinois s'évanoüit en
fort peu de temps. Le premier
qui se retira de la Ligue
fut le Roy deFoKien.Il quita
tout d'un coup les Chinois à
la persuasion de sa Femme,
& fit sa paix en secret avec
l'Empereur Cam-hy. Le Roy
de Canton, qui ne faisoit
quépier l'occasion de favoi
fer les Tartares, prit au
leur party le mois d'Avi
1677. & au milieu d'un Festiil
se fie couper les cheveu
&s'habilla à la Tartare. (
changement mit toute
Cour dans une grande ru:
prise, mais la force rempart
surl'affection. Toute la Vil]
&la Province de Canton si
dans la necessité de prendr
le party des Tartares.
Nous avons reçeu depui
peu une Lettre du P. Tiss
nier, écrite de Macao le 27
Janvier 1681. Il nous mand
qui
que ce Roy de Canton ayant
elle accusé d'avoir intelligence
avec les Pyrates, & ID d'avoir fait mourir injustement
quelques Grands Mandarins,
futcondamné à mort
l'année derniere. Deux Tagins,
c'est a dire deux Commissaires,
furent députez de
l'Empereur,&estans arrivez àCanton le 9. Aoust 1680.
ils intimerentd'abord à ce
Roy la Sentence de sa n-Wrt.
Toute la faveur qu'il pût
obtenir, fut de se pendre
luy-mesme. Son corps fut
brûlé ensuite. On mit les
cendres dans un Vase de ter
re que l'on porta à sa Mere
Cent dix-sept Personnes d
qualité engagées dans ses in
térefts, eurent la teste cou
pée en mesme temps. C
mesme Pere ajoûte quufan
guey se voyant abandonn
n'ose plus rien entreprendre
se sentant trop foible pou
abatre la puissance de soi
Ennemy. Quelques Provin
ceeeantmoins luy obeïssen
encore, & tiennent ferme
pour les longs cheveux, &
pour la liberté des Chinois.
L'Empereur Tartare com
<
mence à respirer,apres avoir
esté en péril de perdre tout
son Empire dans lequel la
Foy Catholique prend maintenant
de nouvelles forces.
Il cil: vray que. le bruit des
armes y a retardé les progrés
dela Chrestienté par la destruction
de plusieursVilles,
où nosPeresavoient de belles
Eglises. Il n'a pas cependant
arrêté entieremét le cours de
l'Evangile, puis que chaque
année on a baptisé prés de
'quatre milleInfidelles, malf
gré lesobstacles de la guer- re.Pendant
ces derniers
troubles la Mission de la Ch
ne a perdu le P. Jacques
Faure de Paris, qui mourut
5.Fevrier 1676. Ses abstiner
ces, ses jeûnescontinuels,
le zele du salut des ames, on
abregé ses jours & couronn
sa vertu. Il s'estoit rendu in
sensible à toutes les consola
tions qui soulagent les tra
vaux extraordinaires, &pre
noit pour un extréme supli
ce le foin qu'il devoit à soi
corps, ne souhaitant vivre
que pour souffrir & pour ga
gner des ames à Dieu. Il a.
voit eu pour son partage la
Province de Xanfi
,
qui est
la plus nombreuse & la plus
florissante Chrestienté de la
Chine. Elle renferme environ
soixanteEglises avec soixante
mille Chrestiens. Il y
convertit en peu de temps
un grand nombre d'Idolâtres
Chinois & Tartares; &
l'année qui préceda celle de
sa mort,il fit Catholiques plus
de douze cens Infidelles.
Nous avons encor perdu
dans l'espace d'une année
quatre de nos Missionnaires.
Le premier estleP. Germain
Macret de Lyon, qui travailloit
infatigablement dans
Province de Fokien, où Tcj
trouve quarante-huit Vill^
fort éloignées les unes des a~
très. Il y fautétudier'qaati^
ou cinq Langues diféren
tes, & marcher souvent &
des Rochers & des Pré
cipices, afin de secourir ie
Chrestiens.CePeremouru
le4.Septembre 1676. Samor
fut suivie au mois de Fevriei
1677. de celle du P. Antoine
Covea Portugais, âgé de 80,
ans. Le P. Rougemont d
Flandre, s'appliqua tellement
àl'étude des Lettres Chinob
Ses & aux exercices de sa Mission,
composée de 40.ou50,
Eglises, que rexcés du travail
l'epuisa,& le fit mourir le 9.
Novembre 1676. Enfin la
Chine a perdu le P. Gabriel
de Magalhans Portugais, qui
apres y avoir travaillé, & souffert
des fatigues incroyables
pour le salut des ames l'espace
de 40. ans, mourut le mois
de Juin 1677. à la Cour de Pe-
Kin, fort regreté-de l'Empereur
mesme.
Ce jeune Empereur fait
de très- grandes faveurs à nos
Peres,jusqu'a leur faire part
du Poisson qu'il prend luy
mesmeàla Pesche. -Illeur
envoyé son Portrait, & lesi
vita il y a quelques
année
avec les plus grands Manda-)
rins,à un superbe Festin,
ou
par une grâce qui n'a poins
d'exemple, il leur fit dresser
une Tableassez proche de laJ
sienne. Il les visitesouvent
dans leur Maison, & entre
mesme dans toutes leurs
Chambres. Le P. Magalhans
estant mort,ileut la bontdade
contribuer àsesfunérailles,&
pourornement du lieu de sa
sepulture,il envoya cet Eloge
que l'on a traduitainsi en nôtreLangue.
J'apprensavec douleur
que Ngan-von-son ( c'est
le nom du Pere en Tartare)
riefl plus envie. Je mesouviens
que du temps de mon Pere, il a
rendude tres-bons offices à laCouronne,
& quedurantma Mina..
rité er depuis ce temps-là,ila
faitparoistre-le zelequ'ilavoit
pour le bien de mon Etat. J'estime
beaucoup son mérite,sur tout
quand je considerequ'ilya longtemps
qu'il apassé tant de Mers
pour venirmeservir, &qu'ila
toujours parufortsincere (éj amy
de la vertu. Je croyois que les
remedes arresteroient le cours
sa maladie
y mais la mortatron
pé mes espérances. J'avoue qu
cette perte me touche sensible
ment; & pourtémoigner ma ré
connoissance & l'estime que j
fais d'un sifidelle Sujet, qui ej
venu desiloin vivreparmy nous
je luy fais présent de deux cen
Tacs( ce sont environ 171
écus) & de dixpieces defoye
C'est le témoignage que je rend
à la memoire du Défunt, la seiziéme
année de mon Regne, (iy
le sixiéme jour de la quatriéme
Lune. Cefut l'an1677.
C'estàl'occasion de iamon
decesMillionnaires, que le
P. Ferdinand Verbiest a écrit
de la Chine en Europe, cette
belle Relation qu'on a distribuée
par toute la France,
dans laquelle il invite tous
nos Peres & les autres Personnes
zelées pour la conversion
des ames, d'aller
promptementremplir laplace
de ces illustres Morts, qui
ont laissé en mourant de
grandes Provinces sans MiC
sionnaires. Nous y entretenons
neantmoins encore à
nos dépens beaucoup de Séculiers
Catechistes, pour instruire
& conserver les Fidel
les dans la Foy. L'Empereur
Cam-hy a tant d'estime a
d'affettion, pour le P. Verbiest,
qu'il l'a faitSur-Intendant
du Tribunal des Ma.
thématiques, apres la mort
du P. Adam. Il a vouluqu'il
vinsttous les jours à laCour,
pour luy enseigner ces belles
Sciences qu'il aime avec passion.
Ce Pere les sçait parfaitement.
Il a prédit des
Eclipses
,
composé des Tables
des sept Planetes, & réformé
depuis peu le Calendrier
des Chinois, avec tant
de capacité & de justesse,
qu'il a confondu tous les Mathématiciens
du Païs, & remply
d'admiration les Grands
Mandarins,qui préferent présentement
la Mathématique
d'Europe à celle de la Chine,
qu'ils avoientcrû faussement
jusqu'alors estre infaillible
dans ses suputations. Sans la
connoissance des Mathématiques
, on ne peut rien faire
avec les Chinois; mais comme
nos Peres qu'on envoye
dans cesMissions les sçavent
tres-bien, ils entrent par ce
moyen dans leurs esprits, ôc
les gagnent ensuite aisément
àDieu.
Nous avons encore à Efj
Kin quatre Peres fort chéri
de l'Empereur. Ce sont le
Peres Ferdinand Verbieft d
Maëstric, Loüis Bruglio Sin
cilien, Philippe Grimaldi Gé^
nois, & Thomas Pereira
Portugais. L'Empereur permet
à présent que ses Sujets
embrassent la Foy Carholique,
& il a luy-mesme appris
lesPrieres des Chrestiens ôc
à faire le figne de la Croix.
-
S'il arrivoit qu'il se converrist,
on verroitbientost toute
la Chine Chrestienne. 1
De Goa, Capitale des Indes.
1LE Pere Antoine Thomas*
Flamanddenation,quipar- - tit de Lisbonne avecdix autres
Jefuites le 18. Aunl16Î0. pour
aller aux Indes, à la Chine r&
au Japon.) nous écrit en ces termes
de Goa du 11. Oélobre 1680.
Je fuis arrivé icy le 26. Septembre,
apres avoir essuyé
mille dangers sur la Mer, ôc
perdumon cherCompagnon
le jeune P. Adam, avec lequel
je devois aller au Japon.
J'apprens icy des nouvelles
prodigieuses de cet
Empire. L'Empereur du Ji
ponn'ayant point deFils,
adopté celuy de la second
Personne du Royaume qu'o
nomme Suma. Ce petit En
fant par innocence de son
âge, demanda congé à l'Empereur
laveillede Noëld'alleren
la Maison de son Perc
pour assister à une gran d
Feste,&y entendre la Messe
L'Empereur surpris, dissimu
la,ôc luy ayant permis ce qui
souhaitoit, fit la nuit suivan
te investir la Maison de Su
ma, que l'on prit avec le Prêtre
qui avoit célébréla Met
se. Il les fit venir en son Palais,
ôc dit à Suma qu'il ne
pouvoit ignorer qu'il avoit
défendu laLoy Chrestienne.
Suma reponditqu'il le sçavoir,
mais qu'il l'avait défendue
injustement, puis que
cette Loy qui estoit d'ailleurs
la veritable, ne rempeschoit
pas de luy rendre tous les services
qu'illuy devoit. L'Empereur
le cÓdanlna à la mort,
mais un grand nombre des
principaux de la Cour qui
estoient présens, dirent hautenlcnr,
que si professer laLoy
Chrestienne estoit un crime
digne de mort, il les devoit
tous faire mourir
3
& plus dj
la moitié de ses Sujets; lliail
que cela feroit fort injustes
puis qu'ils le servoient plui
fidellement qu'aucun autre
& que dans les dernieres
Guerres Civiles, les Chrêtiens
avoient estépresque Ici
seuls à conserver sa Personne
au péril mesme de leurs vies
L'Empereurtouché de ce
discours,
leur dit qu'ils continuaffent,
& leur laissa
une
pleine liberté d'estre Chrêtiens.
UnMedecinFrançois
venu de Siam, m'a dit qu'il
avoit appris cette nouvelle
d'unCapitaine deVaisseauJaponois,&
j'ay [cen d'unPortugais
venu icy ces jours passez
deMalaca,que lesHollandois
racontoient la mefmechofe.
Nous attendons la confirma,
de cette nouvelle 3qui efi unpeu
surprenante. Il efi certain que le
P. Provincial de Goa Ferdinand
Oueftos fit auffitcft embarquer ce
Pere Antoine-Thom.aspourleJa.
pon. Il est déja dans la Ville de
Tanor3 d'oùil nous écrit en ces
termes du iz, Decembreidso.
Je fuis party de Goa pour
le Japonle6. Decembre 1680,
en habit de Séculier sur un
petite Barque d'Infidelles, &
suis arrivé icy à Tanorle10
de ce mesme mois, apres
avoir évité de grandsécueils.
Le9. sur le matin, nous rencontrâmes
quatre Vaisseaux
des Pyrates qui courent cette
Coste de Malabar. Ils vinrent
fondre sur nous à force de
rames, & à voiles déployées;
mais Dieu qui les aveugla
rendit leur poursuite sans aucun
effet. Nous approchâmes
aussitost d'un petitRocher
au milieu de la Mer, où
ces Pyrates oet accoûtumé
Ide sacrifier à leurs Dieux,
un desmeilleurs Prisonniers
qu'ils prennent dans chaque
Vaisseau. Je regardois ce Rocher
comme le lieu de mort, ma si Dieu eust permis que
je fusse tombé entre leurs
mains. A douze ou treize
lieuës de là, nous fûmes à la
hauteur & à la veuë de la
grande Ville de Calicut, située
sur le bord de la Mer, ôc
apres avoir fait neuf autres
lieuës, nous arrivâmes àTanor,
qui est une Ville de deux
ou trois mille Maisons, située
pareillement sur le bord de la
Mer. La plûpart des Habi
tans sont Idolâtres, & en par
tie Mahométans&Chrêtiens.
Il y aicy une Eglise
avec un de nos Peres, qui
travaille avec grand succés
Le Prince de Tanor, quo
que Payen, a une bonté pou
luy tres-particuliere. CePrin
ce est tributaire du Roy d
Sanmurin
5
qui est tres-pui
sant, & auquel apartient pre
sentemét la Ville &: le Royau
me deCalicut.Il ya beaucou
deChrestiens sur cette Cost
vers le Sud, principalement
depuis Cochin jusqu'au Ca
de Commorin. Plusieurs de
nos Peres s'y employent entierement
pour le salut de ces
Peuples. Les Habitans de
Cochin,à l'exception des
Hollandois, sont bons Catholiques,
& ils y ont une
Eglise; mais dans l'Isle de
Ceïlan, où il y a aussi un
grand nombre de Chrestiens,
les Hollandois ne permettent
aucun Prestre, ny aucun exercice
de nostreReligion. Je
pars aujourd'huy pour Cochin,
éloigné de Tanor de
14. lieuës. J'iray de là dans
Nova, Batavia, & ensuite au
Japon, dont j'espere trouve
les Portes ouvertes pour la
prédication de l'Evangile.
- Lors quecefameuxÂdijfion
naire efloit encor à Goa, il non
manda une chose sisurprenante
& enmejme temps si édifiante
que je crfoy devoir vous la racon ter. Voicylesproprestermes dej
Lettre.
Un Infidelle du Royaum
de Bengala dans les Indes
converty miraculeusement
la Foy, s'en alla prescher dan
les Terres voisines du Gange
environ deux cens lieuës dan
laTerre-ferme,où il a bap
tif
tisé en peu d'années vingtcinq
mille Perionnes
,
& ne
pouvant satisfaire à tant de
monde, ny donner aucun
autreSacrement que le Baptesme,
il a écrit icy à Goa au
Pere Provincial, demandant
avec les termes les plus prefsans
qu'onluy fist la grace
d'envoyer de nos Missionnaires
pour l'aider.On en fit partir
incontinent deux par Mer,
r& deux autres par les Terres
duGrandMogol. Ils sont allez
de Surate à Agra,d'Agra à
Bengala, &de làestant partis
vers le Nord, ils ont écrit
qu'après un mois de voyage
ils estoient arrivez au Royau.
mede Napal. Ils disent que
c'est un Royaume bien po
licé,& qu'il n'y manque que
des Prédicateurs de l'Evan
gile
,
les Habitans
;
estan
tres-bien disposez à recevoi
les lumferçs*de la Foy.
C'est ce que nous a manié i
P. Thomas depuisunmois.Com
me ce récit efl un peu tropétende
je ne vous dis rien préjentemer,
de nos autresMillions.
J'avois crû, Madame,pouvoir
réduireen Extrait toute
ces Lettres; mais les dernie
res m'ont semblé si curieu ses
dans tout ce quelles contienricnt,
qu'ilm'a efbe impossible
d'en rien retrancher. La
diversité des lieux en donne
beaucoup à la matiere, & un
Article de cette nature vous
en paroiftra moins long.On
voit par ces diférentes Rélations,
qu'avec des Missionnaires,
&: un peu d'argent,
on peut convertir un grand
nombre d'Infidelles. Lescharitez
des Ames zelées ne
sçauroient estre employées
plus utilement qu'à ce digne
Ouvrage.Le P.Verbiest,dont
vous venez d'entendre parler,
a envoyé depuisquelques
mois au Pape un Missel Romain
écrit en Langue Chinoise,
avec des Figures Astronomiques,
tracées par luymesme
avec toute la délicateire
de l'Art, selon l'usagede
cette fçavante Nation. Sa
Sainteté luy a marqué par un
Brefdu 3. Decembre dernier,
que ce Présent luy avoir esté
tres-agreable, & qu'Elle apprenoit
avec une extrê,me
joye qu'il se servoit si avantageusement
des Sciences prophanes
pour le progrés de la
Foy, & pour lesalut des Peuples
soûmis à l'Empereur de
laChine.
On continuëàfaire grand
fruit en France aupres des
Prétendus RéformezLaconversion
de la Famille entiere
de Mrle Marquis d'Anquitar
en est une marque. Cette Famillen'est
pas moins illustre
par son esprit & par sa vertu,
que parsanoblelle. CeMarquisest
Cousin-germain de
Mela DuctieQe deRichelieu,
1
& allié des meilleuresMaisons
du Royaume. L'exemple de
Mr le Marquis de S. Simon.
aÇûuJJar/
lln1 cp^'ct-
S"'1Ht?
dAnquitarson Fils, qui ab-
- jura icy des l'Eté passé,l'avoit
porte à examiner sérieusement
les veritez Catholiques.
iln-eut pas de peine àen estre
convaincu. Madame la Marquised'Anquitarsa
Femme,
a combatu plus longtemps,
mais enfin les doctes Sermons
du P. Bernard Jesuite,
qui pendanrcouTTAvenc &
le Caresme,a sceu mesler à
propos quelques points de
Controverse aux grandssujets
qu'il a traitez en sa présence
dans l'Eglise de Richelieu,
avec les solidesentretiens,&
les sçavans Ecrits de Mr du
Fresnede la Mission de la mesme
Ville, l'ont entierement
retirée de ses erreurs.Les mouvemens
de la Grace furent si
puissans sur [onefi)rir,qu'ay at
dressé de sa propre maia un
mémoire de tout et qui luy
faisoit le plus dG peine dans sa
Religion, elle le porta ellemesme
auxMinistres dt Loudun.
Elle en revint tres- peu
satisfaite de leurs réponses, &
Mrle Marquisd'Anquitar la
voyant persuadée de ce qu'il
croyoit déjà, dépefcha sur
l'heure un Homme exprés à
Mr l'Evesque de Poitiers. Ce
digne Prélat, detat le zele est
connu de toute la France, par
l'application continuelle qu'il
apporte au gouvernement de
son Diocese, & par le grand
nombre de conversionsqu'il
y a faites, & qu'il y fait encor
tous les jours, n'attendit pas
qu'ileust terminé les grandes
affaires qui l'occupoient à
Poitiers, dans le temps du
Jubilé& de la Semaine Sainte.
Il n'écouta que la voix du
Ciel, & partant le lendemain,
il alla chercher avec une joye
inconcevable cescheres Brébis
égarées pour les ramener
àTon Troupeau. La cérémonie
de cette Abjuration se fit
à Richelieule Samedy21. du
dernier mois, en présence
d'unnôbreinfiny de Spéctateurs.
Mesdemoisellesd'Anquitar
suivirent l'exemple
dun Pere si spirituel & si
pieux, & d'une Mere si éclairée&
si sage. Deux autres
Personnes decemesmeDiocefeabjurèrent
en mesme
temps, &Mr l'Evesque de
Poitiers leur fit à tous une
exhortation si forte & si éloquente,
que s'illeur fust resté
encor quelques doutes, ell
auroit esté capable de les diffi
per entierement. Madame
laMarquise d'Anquitar, es
dela Maison de S.Gelais.
dont elle porte le nom. Cett
Famille est illustre. Melinde
S.-Ge-lais) Abbé de Reclus
Poëte Fort celebre, en estoit
Sonespritlefit beaucoup esti
mer à la Cour des RoysFra
çois I. & Henry II. Il esso.
Fils d'Octavien deS. Ge]
lais, qui estant devenu veuÇj
eut l'Eveschéd'Angoulesme.
Sa raillerie estoit fine, & l'onl
trouvoit sa Poëtie si délicate,
qu'on l'appelloit l'Ovide
François. Beaucoup prétendent
qu'il aitsurpassé Marot.
Ronsard luy donna de lajalousse,
& il en donna aussià
Ronsard. Cependant ils ne
jlaiffoient pas d'avoir grande
estime l'un pour l'autre. Il fut
AumônierôcBMiotequaire
du Roy, & mourut à Paris
en 1554. Son Corps fut enterré
dans l'Eglise de S. Thomas
duLouvre.Onvoitquantité
de Pieces de sa façon.
06jtavien de S. Gelais, Evesque
d'Angoulesme,estoit
Fils de Pierre, Seigneur de
Mont-lieu, & de Philbert
deFontenay. Il succeda
Pierre de Luxembourg à ce
Evesché en 1492. compos
plusieursEcrits, &nefutpa
moins distingué par son cfpri
que parfa naissance. Il estoi
Frere de Jean deS.Gelais
Evesque d'Usés, &Doyer
d'Angoulesme, oùil fit basti
une Chapelle. On y voit le
Tombeau d'Octavien. Ces
deux Freres en avoient un
a.utr»e,quifutCharles de Archidiacre de «Luçon. Ils ont pris leur nom
du Bourgde S. Gelais, de
l'ancienPatrimoine des SeigneursdeLufi~
nan en Poitou.
Aussi ceux de cette Maison
prétendentestre sortis de
celle deLusignan, dont ils
raportent des Preuves tresconvainquantes.
Loüis de
S. Gelais, Baron de la Mothe
S. Heraye, Seigneur de Lansac&
de Precy Chevalier
d'honneur de laReyne Ca-
~therrne de Médicis, & Surifcteèdant
de sa Maison, se
surnomma de Lusignan, &
se servit desPreuves qu'il en
donna pourestrereçeuàrOrdredu
SaintEsprit. Il orna
v J
f
aussi ses Armes dt la Figur
de lacelebre Mélusine clu
prit pour Cimier.MrdeLar
Cac estoit Cadet de cette Ma
son, d'où sont sortis de granc
Hommes.
Je croy vous avoir déj
parlé de - plusieurs conve
fions, qui ont esté faites
Montpellier depuis peu d
temps. Celle de Mademo
selle deSainte Afrique, Fill
de MessireAbeldu Suc, Se
gneur de Sainte Afrique,
de Dame Marte de Gallier
est une des plus remarqu
bles. SonBisayeulfutMr d
Suc, Premier Présidenten la
'Chambre de l'Edit deCastres.
Le Roy Henry IV. qui le
connoissoit pour un Homme
d'unmérite extraordinaire,
lavoit honoré de cette Char- te:LePere deMademoiselle
de Sainte Afrique, mort dans
lia Religion Prétenduë Réformée
,laissa quatre Fils & une
Fille.c-L-Aînédeses Fils s'est
tant converty peu de temps
apres, touchases trois Freres,
qui suivirent son exemple.
-
Il
i ne restoit que la Fille,âgée
1 alors d'environ onze ans. Elle
alloit l auPresche avec saMere,
&cette Mereayant décou
vert qu'elle avoit quelque
panchant à se faire Catholi
que, l'envoya à Montpellie
chez Mr delaVérune-Gal
liere son Oncle, Conseille
en la Cour des Comptes, Aydes
& Finances afin qu'il 1;
confirmas dans la Religor
où elle estoit née. Elle y a
demeuré environ cinq ans
&ufqu"a la mort de Madame
de Sainte Afrique se
Mere. Alors l'Aîné de ses
Freres se voyanc plus libre,
présenta Requeste à:1 Daguesseau,
Intendant de Languedoc,
le supliantd'ordonner
qu'elle fust tirée de la -
MaisondeMrde Galliere son
Oncle,&mise dans un Convent
pour deux ou trois mois,
afin que cessant d'estre obsedée
parles Religionnaires,
ellefust en libertéd'écouter
la Voix de Dieu. On la fit
entrer presque aussitost chez
lesUrsulines de S. Charles de
Montpellier, où elle abjura
publiquement le 23. de Fevrier
entre les mains de Mr
l'AbbédeS.Michel, Vicaire
General de Mr l'Evesque de
Montpellier. Les Religieuses
chez
-
quiellea voulu reste
quelque temps, en prennent
un fort grand soin,ainsi que
de beaucoup d'autres qui se
font coverties dans ce mesme
Monastere. Ces Religieuses
prennent encor foin de la
Maison de la Providence, où
elles tiennent trois de leurs
Soeurs pourinstruire les nouvellesCatholiques
;ce quiest
tres- édifiant pour toute la
Ville.
On a eu nouvelles que le
12. du mesme mois deFevrier, leTempledeNogentel, appartenant
aux Prétendus Réformez,
avoir elle démoly
jusqu'auxfondemens, en exécution
de l'Arrest du Grand
Conseil,renduau Raportde
Mrde Chasteauneuf, Commissaire
Député de Sa Mamelle,
& obtenu par les soins
de Mr I'Êvcfque.oiffons,
dans le Diocese
duquel
est
Nogentel , &de Mr le Curé
de S. Crespin, Paroisse ancienne
de Chasteautierry. Ce
Temple n'en estoitqu'à un
quart de lieuë, & à présent
qu'il est abatu, les Prétendus
Réformez vont au Presche à
la Ferté fous Joüare, qui est
à six lieuës de Chasteautier.
ry, cet Arrest portant. de.
A Mr DE MANDAJORS,
Jiige General au Comtéd'Alais. vOusn'aviezpaspourmoy,
MonsieurJjusques icy toute
l'eslime dentvousmeflate^jpuis
que vous a'Vlez cru que je pouvois
eflrecapable de ne recevoir
pasvos Lettres avec le plaisir.,dr
la reconnoissancequelles doivent
me donner. Il eflvray que j'en
reçoisquclquesjvisdePersonnes
qui ne me connoijjent pas mieux
que vota me connoissez
>
que
mesfoikles Ouvrages> que le ha-
M
%ard ou des Gens préoccupez a
ma faveur ont rendus publics
m'ont attire quelques agreable
aventurez. Tous ceux qui m'on
fait l'honneur de niécrire>ontejî
contens de mon exaélitude) c
fefpere,Monsieur, que vous l,
ftrez.aussi. Vous alJez rvúdan
ma Lettre à MadamedePiellat
que je puis diftofjeerr a mon gré ddl.
tous lesmomens de ma vie.J'et
Çacrifie la plus grande partie dU),
affaires; maislors que j'ay rem
ply tous les devoirs de mon Vtuvage3
je donne tefprit st) le temp.
que je puis avoir de refle, au).
plaijrirsdel'écriture.L'amour, n)
le jeu, qui font trouverles mom?
nsfîcourts>nem'occupent-point;
or joïiiffmtdu temps telqu'il est)
fen ay affekpourmesaffaires.,&
pour écrire aux Personnes que
ieJime. VoilaJ Aionfieur, un
détail fincerede mon humeur, ($£
de ma conduite. Je veux encor
vous dire de bonnefoy
,
quejene
meritepointles louanges quevous
me donnèz.Vous{ça'VfZ quefoulent
ce qui brille un peudeloin9
rieft pas grandebofe deprés; &
si le-iItelixou nousvivons efloient
aujjivoiftns que nos Ouvrages le
font dans le Mercure dOctobre
dernierJ vous n'auriezp*speut"
fjlre pour moy tous lesfentimen
?uevousme témoignez.Jepriera
Autheur de ce Livre ae ne nou
plusféparery de peurque quelque
feuilles de. papierentre vojlre noi
&le mien, ne gaflent mes ai
faim. Vostre nom>Monsieur
ne mefloitpas inconnu> non plu
que l'AnonimedAUis. le fui
ravie que vous ne foye%qu'un
mesmechose avec luy, st) que j
puiffi donner à un seul leflim
que je partageois à deux. Vau
trouverez bon que je ne vou
garde point lesecret, st) que j
découvre de quellesource parten
de si galans Ouvrages. Au refle
Monsieur
MonsieurJje riaurais jamaisCru
que l'on cust renfermé mes louanges,
f0 l'éloge de monRoy, dans
une mesme Lettre. Il faut avoir
autant d'efyritquevousen ave^
peurfaire entrer en quelque comti<
tnÚfon des choses si diférentes e si éloignées
y
sans faire tort à
la dignité Royale. Pour moy qui
riay pas tant d'esprit, je riay
jamais of? entreprendre d'écrire de
Louis LEGRAND, quoyque
ht
1 on ne me dïspute pas la qualité
que je prens d'une deses meiL
leures Sujetes. En effet, Mon-
^fi^urj tout ce que ion publiede la
part du Roy, me remplit de vénération.
Je rejpeêîelemoindre
Imprimesur lequeljevoisJon
NomJ &j'aysouventobeyases
Edits avant quils frjfentnjeri*
fez. Cependant;, ..:' ;
Quandje veux par desVers puj1
blier quelque marque i*
-
j
De mon respect pour ce Mo- j
narque, i
Et que m'aplaudissant d'un si nobledessein,"vv
Je commence à louer son augllfiè,
Personne, 1
L'éclat de ses vertus m'ébloüit <
& m'étonne,, 1
Et la plume d'abord me tombe
de la main. •'v i
Si je pouvoisejperer que mon
4
géniefecondajt mon zele, ilme
|Jeroitinfiniment plus agreable
,d écrire les vérité^ de son illufire
Viey que des Fables dont toutes
) les moralitéZ neffauroitnt ef/re si
)u:iles que le récit deses moindres
| actions; mais nofant pas entreprendre
l'un, je me divertis a
l'autre. Vous avez vu dans le
Mercureplusieurs Fables sur le
Berger Marcijje. L'on m'a imposé
de travailler [ur unsujet si
épuisé; * comme cesi a une de
vos Fables que je dois l'honneur
que vous mave%fait> je veux
vous donner unt des miennes l cnc: jeviens etachever.Je voudrais,
Aionfteur,vous pouvoirtémoignerpar
quelque chose de plusJolide
masensibilitépour vos bonneftetez,
& avec quelle estime
je fuis uoftre., &c.
T.DE SALVAN DE SALIEZ,
ViguiCYCcCAlby.
NARCISSE.
FABLE. DE Narcijjeamoureux la bigarre
aventure
Efttm Conte a dormirdebout,
cf:Z.!!,'ovide a composédeCunal'Autre
bout.
Cependantfur cette impofiurc
Cri croit que ce Bergerfc voyant dans
liseaux,
Devintamoureux de luy-mcfirne,
£tjfilabandonnafesTrouleaux.
Pottr (è livrer à la douleur extrême
J^iluy eaufoiet desifclies amours,
Et quilfinit ainsi fortjottcmentJcs jours.
Vhilofirate a conté tout autrement
Hnfioire,
Elle efiplus belle,&flmfacile a
croire.
Ilditque ce Bergergouifoitavecsa
Soetir,
D'une ardenteamitié l'innoccnte
douceur,
J^uilsavoientmefmcvoix, m-fine
air,mcfmcvissage;
Maisla Mortlaravit IUt printemps
defin âge,
El Ùcntd Défiinvoulut
mil?ïéfidùultur, lvarciffi
fkrvécut.
il trrait malheureux en plusieurs
lieux du mondey
Jïvand par bavardunjour,ense
mirantdansl'onde,
il crût voir ccttc Soeur, ensevoyant
si beau,
EtvoulantPembraffer,ilsejetta
dans l'eau.
N:\'iy nony Narcissefutplmfige.
Dansun Hameau defin Viliage
On a trouvé quelquesfiagmens
Jgiti décriventfon avanture,
Etsans tous ces déguisemens
Elleparoît assiz obscure.
Onylit aabordfin Portrait.
DesGurragcs des Dieuxcessoitle
plus tsrfair,
Narcisseeifoitgalant, diferet,prudent,
aimable,
il avoit t'cj}rit admirable,
Cestoit un Berger avijé
J^ui îachoitd'éviter les amoureux
fuplices.
D'unfer Lion apprivoisé
Ilfaifoit toutesfisdelices.
Enfin 'CinfenfilleBerger
Admirent les betfftttZJ d'un Canal
bienpaisible,
Et.rteprévoyant nul danger,
S'embarquesur des eaux qui n'ont
rien de terrible.
ily voguafortdoucement,
EtItlr ces eaux belles&pures
Mille agreables avanturcs
'Suivirentfin embarquement.
Onsi laffi de 10ut, & ce Berger
volage
Regagna bientoftle rivage,
Et parut dégoûté d'un calmeJi charmur*
t.
Ilriavait plus l'amo. insensible&
jier£,
ZJnamoureux panchant lesuivoiten
touslieux, ; -
Et regardant un jourune aimible
Riviere; J
Ah!dit-il,justes Dieux,
Jamais rien de pareil ne s'offrit
àmesyeux. Si je cherchois Avanture nou- velle,
Cette eau me paroîtroit fort
belle.
, Etcommeentelembarquement,
Si-tofi qu'ondélibéré, on s'embarque
aisément,
Trouvant cette eau Jivive danssa
courfi,
Si belle jusque danssafo,-irce,
Croyantvoirjufque dansfinfein,
Narciffi se rembarque, &frcjquc
- sansdessein
£hiiîîcd'agréables Rivages
Four s'expoferàd'eterneIs orltges.
J^oyqu'ilentende avec émotion
Les cris dusuperbe Lion,
Et qu'il l'abandonne avecpeine,
Ilnepeut réfifier au torrent qui L'cntraine,
Et ne revenantplm dans fonpremier
Hameau,
On a dit que Narciffi avoitpéry dans
l'eau.
jeunes Amans,profitez, de ma
Fable,
Gardez-vousd'imiter ce Berger mi-
Jerable,
Evitez, de vOJUengager;
Matssi le Sort vous livre aux amoureuses
peines,
Rejfcéfcz vos premieres chaînes,
Mourez,pltttolsque d'enchanger..
Scachez,qu'Amour attache à laperséverance
Le vray bonheur des tendres coeurs; * Tout le resse ness rien, & la feule
confiance
Produitdefltides douceurs.
Ce Dieupunit les perfidies,
ilii'iiifpirejamais ces lâchesfientU
mens.
Les maux donton les voitJuivies,
Sont mifme de l'amour les jusles
châtimens.
Souvenez-vous que lesjèûres maximes,
Sont d'efire convaincu, dés qu'on efi
ensiâme,
J>)uele plus grand de tous les
crimes,
Cesi de changer, quand on cfl bien
,
:';'
*aimé.
Je vous appris il y a huit
ou dix mois, que l'Abbaye
de Villers-Canivet estant demeurée
vacante par la mort
de Madame de Marle, le
Royen avoit gratifié Madame
deSouvre, qui estoit Religieuseà
Vignals. Le nom
de cette nouvelleAbbesse,
est un de ces noms illustres,
qui font connoistre d'abord
les avantages qu'ont ceux qui
les portent, du costé de la
naissance. Ilest certain qu'il
seroit fort difficile de trouver
en France une Famille plu:
ancienne que la Maisonde
Souvré, puis qu'elle tire fOI
origine de VipiusSevérinus
quilesignala par ses gran d:
exploits dans les plus importantes
Affaires de Rome, du
temps d Auguste César.Cette
illustre Souche a laissé en Italie
une Branche d'une tresgrande
étenduë; & celle de
France en a pouffé une autre
en Portugal, où de signalez
services rendus à ce Royaume
jusquesen Afrique, l'ont
arrestée il y a plusde250 ans,
& ont attire sur elle les faveurs
les plus particulières
des Roys de Portugal. Je
laisse à l'Histoire à vous parler
des grands Hommes qu'-
elle a donnez à la France, où
un Macé de Souvré fut Grand
Chambellan. Jevous diray
feulement que de nostre
siecle, Henry IV. quisçavoit
si bien juger du mérite de ses
Sujets, commit l'éducation
de Louis XIII.. à Mr le Ma- rréchal deSouvré,Ayeul de
l Madamel'AbbessedeVillers;
qlue Mr deSouvré, Grand Prieur de France,&Ambasr
fadeur de l'Ordre de Malte
aupres de Sa Majesté
,
eao,
son Oncle; que Mr le Mardi
chaldeVilleroyaussi son Onl
cle, fut choisy pour lïnitr
6tion de nostre auguste Mo3
narque ; que Madame de
Lanzac sa Tante, fut sa Goul
vernante; &que Madame la
Maréchale dela Macre, Pei
tite-Fille de Madame de Lani
zac, l'aestéde Monseigneur
le Dauphin. Ainsi vous voyez
que les plus belles & les plus,
importantes fonctions de l'Etat
, sont comme héréditaires
à cette Maison
,
aussi-bien
pour les Femmes que pouc.
les Hommes. Madame de
Villers est Fille de feu Mrde
Souvré du Renoüard, Frere
de Mr de Souvré, Premier
Gentilhommede la Chambre
duRoy,& Pere de Madame
de Louvois. Elle a
encor une Soeur Abbesse des
Filles-Dieu de Rouen. Madame
l'Abbesse de S. Amant
de lamesme Ville, est sa Cousine-
germaine.
J yqu'elle soitnéeavec
tous ces avantages, on peut
dire que sa vertu surpasse
encor sa naissance. Son humilité
a paru avec éclat, dans
le refus qu'elle a fait de ton
-les honneurs que la Ville d
Falaise luy a voulu rendre
Tous les Corps decetteVill
s'estoient préparez pour alle
au devant d'elle, lors qu'elle
viendroit prendre possession
àà VViilllleerrss, && MMr'lleeChevalin
de_CfîrdayT3 Lieutenant d
Roy, avoitdessein delataltid
de toute son Artdlene; maj
il ne pûrent sçavoir quel jou
elle avoit choisy pour celui
de son Entrée. En effet c-11]
partit deVignals incognito 11
Lundy matin2. de Mars, ac
compagnée seulement d

beaux Bénéfices. Madame
deSouvrépouvoit faire son
Entrée,sans que personne en
fustaverty; maiselle ne pouvoit
prendre Possession sans
qu'il y eust des témoins. Ainsi
elle invita les Personnes les
plus qualifiées du voisinage
pour le Lundy 5. de Mars.
Comme cette Abbesse estoit,
del'Ordre de S. Benoist. &
que Villers est de celuy de
Cifteaux, on commença la
Cérémonie par la prise de
l'Habit de S. Bernard. Le P.
Dom Roffv
3
Religieux êc
Vicaire General de ce dernier
Ordre, après avoir commencésolemnellementune
Messe
du S. Esprit jusques au Credo,
alla à la Grille recevoir ses
Voeux. Il luy fit là un fort
beau discours sur saDignité,
& ensuite benit son Habit,
quiluy fut donné par Madame
l'Abbesse de Vignals, &
par Madame de Corday,
Prieure deVillers, de la mesme
forte que si elle n'eust ja- l mais fait de Profeilion. La
Messeestant achevée,Mrdu
Trische, Grand Vicaire, &
Official de Mr l'Eveque de
Séez ,qui estoit alors mourant,
s'avança jusqu'à ta
Grille, oùilla complimenta-
Cela estant fait, il alla la prendre
au dedans accompagné
de Mrde Rossy, & de plusieurs
Personnes de qualité de
l'un & de l'autre Sexe. Il la
conduisit jusqu'au Pied du
grand Autel, oùil y avoitun
Tapis de Velours violet, &
plusieurs Carreaux de mesme
parure. Elle se mit à genoux,
& après le Veni Creator chanté,
elle fit publiquement sa
Profession de Foy, qu'elle signa
sur l'Autel, & qu'on fit
aussi signer à Mr le Comte
d'Aubigny,& à Mr de Corday,
comme Témoins. Mrle
prand Vicaire luy fit prendre
ensuitePossession par le toucher
de l'Autel, apres quoy il
la remena dansle dedans, où
luy ayant fait tirer la Cloche,
illa conduisit dans sa Chaise
Abbatiale. Ce fut là que la
Prieure, & toutes les autres
Religieuses, allerent la salüer
comme leur Abbesse, dant pen- qu'on chantoit le Te
*Deuin3 & queles Vassaux de
l'Abbaye, qui s'estoient mis
fous les armes, réïteroient au
: dehors leurs décharges de
mousqueterie.Les deuxGrãd
Vicaires la conduisirentdela
dans le Chapitre, où Mr 9J
Rossyl'ayantharanguée, M
le Prieur de S. André Pro
moteur de l'Ordre, deman
da de la part du General, que
toutes les Religieuses luy fif.
sent leVoeu d'obédience.Ma
dame la Prieure commença,
Elle se mit à genoux, & Madame
l'Abbesse reçeut son
Voeu, en prenant ses deux
mains jointes entre les sien.
nes. La mesmecerémoniese
fit pour toutes les autres. Elle
fut conduite apres cela dans
on Appartement,où le Dîsé
elloit préparé pour les
abbesses & pour les Dames
e qualité que l'on avoit inviées.
Madame la Comtesse
Aubigny en estoit une.
s'est une Dame d'un tresrand
mérite. Elle est de la
Maison de Lavardin,& Soeur
M l'Evesque de Rennes.
es Grands Vicaires & le rese
de la Noblesse, allerent
dans la Salle du dehors, où
Dînéfutaussi servy avec
beaucoup de magnificence,
madame de Villers donna à
lacune de ses Religieuses
un beau Présentau Desse
& sortit le reste de la sema
ne pour voir ses Terres. j
L'Air nouveau quifS
est fort estime des Connd
seurs. Je ne doute point q
vous ne soyez de leur (en)
ment.
AIR NOUVEAU.
AH, que vostre retour, ?iin\
tempsyme rendjalaux!-
,p de rer,d(z,-voi rcusformeztrop de:rendtz-v01
VosFleurs&vosfeuillages
Sont pour moy decruelsomb\-
Jefaù ce que jepuis dansje mat qui
jefensy
lour trouver dam nos Bols Cli-i
menCi



Elle'm'évite,l'Inhumaine,
Pourrendre mesRivauxcontent.
Hclcts!jevaymourir de l'excès de
mafane,
Toutme trahit,jujqu'atéPrintemps.
,. L'amouratoûjours erte de
tous les âges. Mille exemples
l'ont fait voir, mais jamais
on n'a mieux connu
cette verIte, que par ce qui
s'etf passé depuis quelque
temps dans une Ville, qui ne
prend ses Loix que d'ellemesme,
& qui se gouvernepar
ses Magistrats.Une Veuve,
estimée de tout le monkde
pour sa conduite & pour
sa vertu, attiroit chez tlltf
quantité de Gens d'esprit
de l'un & de l'autre Sexe. Et
le approchoit de trente ans
& si elle n'avoit plus ce gran
brillant de jeunesse, qui ef)
un trait de beauté dans le^
Laides mesmes, elle cankrj
voit toûjours un - tel agré
ment dans -fa Personne -
cet agrémentestoitsoûtenir
parun tour d'espritsi peuon
dinaire, que pour peu qu#J
la connust, il eAoït presque
impossible de s'empesche
de l'aimer. Quoy qu'elle re;
çeust beaucoup devisites,elle
ne souffroit aucune assiduité
qui pust faire croire qu'elle
fii11 Coquete. Elle faisoit
vanitéd'avoir des Amis, mais
elle fermoit l'oreille aux douceurs,
ôc la feule proposition
du Mariage eustpû luy faire
écouter une assurance d'amour.
Ces manieres referi
vées obligeoient chacun à
s'observer. Comme sa fortune
estoit médiocre, elle engageoit
peu ceux qui la
voyoient à songer auSacrement;
& pour n'estre point
banny de chez la Dame, il
falloit borner ses soins aux
devoirs de l'amitié. UnGentilhomme
Ecossois eut 1
pendant quelque privilege.
Il rendoit de tres-fréquentes
visites, & l'agrémentqu'il
donnoit à la conversationpar
une délicatesse d'esprit extraordinaire,
le faisoit toûjours
recevoir avec plaisir. Personne
ne murmuroit de ses assiduitez.
Quelque empressement
que les soins marquassent,
ils estoient sans conséquence.
Il yavoit pour cela
deux raisons assezplausibles.
L'une estoit la goute, qui de
temps en temps luy faisant
sentir de vives douleurs, sembloitne
permetre pas qu'il
songeastauMariage;&l'autre
raison encor plus essentielle,
c'est qu'il avoit soixante & dix
ans. Cet âge suivy d'une si fâcheufe
incommodité devoit
le mettre à couvert des surprises
de l'amour. Du moins
empêchoit-il qu'on ne foupçonnast
que les charmes de la
Dame eussent fait sur luy aucune
impression dangereuse
Il est pourtantvray qu'ill'aima
éperduëment; maiscomme
il sçavoit serendre justice,
il ne douta point que sa déclaration,
s'il la hazardoit, ne
le fïst passer pourridicule; &
dans la crainte d'enestre
moins estimé, il aima mieux
garder le silence que des'exposer
à la honte d'un refus
qu'il tenoit inévitable. Ainfj
il passa huit ou dix mois sans
chercher d'autre plaisir que
celuy d'estre reçeu dans une
Maison oùilse plaisoit. Quelquefois
lors qu'il estoit seul
auprès de la Dame, sa passion
échaufant son coeur,
malgré la froideur de ses années,
il estoit tenté de luy découvrir
ce qu'il souffroit
mais quelque avantage qu'il
eust pû luy faire, si elle eust
voulu consentir à l'épouser,
sa goute & son âge neluy
frapoient pas si-tostl'esprit,
qu'il perdoit toute espérance,
& se renfermoit aux seuls sentimens
quel'estime& l'amitié
luy pouvoient permetre.
Il concevoit bien qu'un Home
aussi vieux que luy pouvoir
époufer une Fille de
quinze ans, qu'on fait souvent
obeïr sans qu'on la consulte
; mais qu'une Femme
d'un âge formé,& maîtresse
d'elle-mesme,voulust se réduire
à prendre foin d'un
Vieillard, c'est ce qu'il trouvoit
hors du vray-semblable.
Tandis qu'il faisoit ce raisonnement,
il eut un Rival qui
fut plus hardy que luy. Un
Suisse, que quelques affaires;
avoient attiré depuis deux
mois dans la mesme Ville,
ayant cinq ou six années.
moins que l'Ecossois,mais
en récompense estant beaucoup
plus gouteux, entendit
parler de l'aimableVeuve.
Le portrait qu'on luy en fit
le toucha si fort, que sans la
connoistre il sentit son coeur
prévenu de passion. L'impatience
qu'il eut dela voir,luy
fit vaincre les douleurs qui
le retenoient au Lit depuis
trois semaines,& qui l'yaurt
* < xoient arresté encor long-
, temps, si ce qu'il sentoit pour cette Belle inconnuë ne luy
reuss donné des forces. Illuy
env* oya demander permission
fde lavifiter en Chaise, c'est
à dire, d'y estre porté jusque
[dans saChambre; car quand
ane fois on l'avoit placé dans
cette Chaise, c'estoit une affaire
que de l'en tirer. La nouveauté
de ce compliment
1
donna dela curiosité à la Da
me. Elle sçeut bon gré au
Suisse de l'empressemet qu'i
témoignoit, & luy mande
que de quelque maniere
qu'il pust venir, il la trouveroit
tres-disposée à luy tenii
compte de savisite. Il laluy 1.* rendit incontinent apres le
dîné. On porta sa Chaise
jusque dans le lieu où elle
voulut le recevoir; &cefut
de là quapres qu'elle eut pris
un siege auprésdeluy,il commença
de noüer conversation.
C'estoit un Homme fort
spirituel,qui disoitles choses
agreablement, & qu'on connoissoit
pour un des plus ri-
,
chesSuisses de tout son Canton.
Il passa l'aprédînée à
examiner la Dame.Illa trouva
toute aimable dans saPersonne
& dans ses manieres ;
&en la quitant lefoir, illuy
demanda si un present de
cent mille francs qu'il vouloit
luy faire, pourroit l'engager
à l'épouser. La Dame surprise
de ce dernier compliment,
ne sçavoit comment le
prendre. Il connut son embarras,
& pour l'en tirer il lass.
sura qu'il luy parloit sérieusement,
& que dans trois jours
il viendroit sçavoir ce qu'elle
auroit résolu. Il tint parole.
La Dame que cent mille
francs acconlfilodoient,avoit
eu le temps de se consulter,
& le Suisse luy ayant parlé
tout de nouveau dans le mesme
sérieux, ilnefutplus question
que d'exécuter la chose.
Ce dessein de Mariage ne
pût estre si secret que l'Ecos.
fois n'en fust averty. Il sçeut
que le Suisse alloit époufer la
Dame,& tout son amour se
réveillant par la douleur de
la perdre, il ne garda plus
aucunesmesures. Il luy fit
mille reproches de l'indiférence
qu'elle avoitmarquée
pour luy, & quoy que jamais
ilne se fuste declaré, ilprétendit
que ses yeux luy avoiét
cent fois expliqué sa passion,
&: qu'elle n'avoit refusé de
les entendre que par un mépris,
dont rien ne le consoloit.
C'estoit une chose assez
plaisante de la voir preste à
épouser vn vieil Homme, &
querellée dans le mesme
temps par unautre encor plus
vieux. L'Amant Ecossois ne
s'en tint point aux reproches.
Ilalla trouver le Suine, & luy
dit en furieux, qu'avant qu'il
pustluy ravir laDame,il faloit
qu'il eustsa vie,&qu'il venoit
prendre jour pour se couper
la gorge avec luy. Le Suisse,
suivant l'humeur de ceux de
sa Nation,ne recula pointà
le satisfaire.Ilrépondit que
lasoute les laissant tous deux
peu en état de tirer l'Epée, il
ne doutoit point qu'il ne consentist
à se batre au Pistolet.
Ils convinrent pour cela que
fous prétexte d'aller prendre
l'air, ils se feroient porter l'un
& l'autre dans une Maison de
Campagne, qui n'estoitéloignée
de la Ville que d'un
quart de lieuë; qu'on leur
dresseroit deux Lits dans la
mesme Chambre; & qu'apres
qu'ils y auroient couché
la premiere nuit,ilstermineroient
leur querelle le lendemain
sans aucuns témoins.
Tout cela fut fait. Ils se rendirent
dans cette Maison,
souperent ensemble, sefirent
coucher par leurs Valets qui
se retirerent dans une autre
Chambre
-, & le lendemain,
si-tost: que le jour fut assez
grand pour ce qu'ils avoient
à
à faire, ils s'accommoderent.
chacun sur sonLit, le mieux
qu'il leur futpossible. Ce fui
alors à qui voudroit tirer le
premier.Ilsalut que l'Ecosfois
commençast. Il manqua
son coup, &leSuisseplus
heureux,le mit hors d'état de
luy disputer la Dame. Les
Valets réveillez par ces deux
coups, accoururent aussitost,
On fit panser le Blessé, qui
mourut du coup quelques
jours apres.Commeles Duels
ne font pas défendus en ce
lieu-là avec la mesme rigueur
qu'ils le sont en France, le
Suiffe eut sa grace sans beaucoup
de peine. Il s'est marié
depuis ce temps-là,& vit trescontent
avec la Dame, qui
desoncosté se tient fort heureuse
des avantages qu'illuy
a faits.
Nous avons perdu deux
des plus anciens Prélats du
Royaume. L'un est Messire
François Perrochel
, ancien
Evesque de Bologne,
mort le 9. de ce mois, dans
le Séminairequ'il y avoir fait
bastir. Il avoit plus de 80. ans,
G&raenstdoAitFuidlisendeciMerrdPeeFrrraancchee.l,
Le Roy le nomma àcet Evesché
en 1643.&ils'en démit en
1677. en faveur de MrLavocar)
qui est mort depuis un
an. L'Abbaye de S. Crespin
le Grand de Soissons qu'il
possedoit, a esté donnée à
Mr l'Abbé Grandchampson
Neveu. Perrochel porte, d'azur
à un Croissant en pointe
d'or, & deux Etoiles de mesmeenchef.
;
L'autre Prélat dont je vous
dois appiendre la mort, est
Messire Michel Tubeus,Eves
que de Castres.Ilaesté Aumônier
du Roy,& fut nommé
Evesque de S. Pons de
Tomiers en 1653. apres avoir
cfté éleu Agent du Clergé en
1645.&Secretaire en 1650. Il
fut transferé à Castres en
1664.& est mort âgé de 79.
ans 9. mois. Ilestoit de l'Assemblée
duClergé quife tient
icy présentemet, & a estéenterré
en l'Eglise des Peres de
l'Oratoire Ruë Saint Honoré,
avec ses Prédecesseurs. Tubeuf
porte,d'argent à trois
Aigles ou Alérions de fable.
Ces morts ont esté suivies
de celle de Dame Bonne-
Fayet, Veuve de M' Barrillon
, Président aux Enquestes
, & Mere de MrBarnllon,
Conseiller d'Etat, qui
est Ambassadeur en Angleterre;
de MrBarrillon,Maïstre
des Requestes,&Gendre de
MrBoucherat;& de Mr TEvesque
deLuçon. Mrle Président
Barrilllon son Mary,
estoit Frere de feu Mr Bar- rillon-Mquiest mort
Directeur des Finances. Barrillon
porte, d'azur au Chevron
d'or, accompagné de
deux Coquilles en chef, &
d'une Rose, & en pointe de
mesme.
Quoy quej'ayedéjasatisfait
vostre curiosité sur l'Affaire
qui a tant fait estimer la fermeté
de Mr de Guilleragues,
j'en ay recouvré une si exacte
Rélation, que je ne puis
m'empescher de vous en parler
encor une fois. Elle contient
plusieurs circonstances
que vous pouvez ignorer; &
come on y trouve les termes
mesmes dont on s'est servy
dans les Conférences qu'a
euës cet Ambassadeur avec
les Ministres de la Porte, il
vous fera fort facile de connoistre
en la lisant, lafausseté
des Nouvelles qu'ont fai
courir les Ennemis de 1;
France. ;
RE LATI 0l',%
DE
i CONSTANTINOPLE.
MOnsieur de Guillera
gues, Ambassadeu
de Sa Majesté, prévoyaIi
que les Vaisseaux comman
dez par Mr du Quejxie, se
roient quelque chose d'é
clatant, résolut de faire re
passer en France Madame
l'Ambassadrice saFemme,&
Mademoiselle de Guilleragues
sa Fille,& de se priver
de la feule consolation qu'il
pût avoir icy,pour ne pas donner
d'ombrage à la Porte.
Ainsile23. Juillet, il fit dire
au Visir que l'air de ce Païs
leurestant contraire, il les
vouloit renvoyer, & le prioit
de donner un Commandement
pour passer les Châteaux,
sans qu'on fust obligé
de s'arrester;mais ce Ministre
craignant que Mrl'Ambassa-
Mieur n'entreprist de suivre
à
Madame sa Femme, & ne
luy ostast par sa retraite le:
moyens d'accommoder les
Affaires, qu'ilvoyoit dans ur
état où ilavoit tout à crain
dre, fit répondre qu'elle retourneroitavecluy,
& qu'i
falloit qu'elle eust la bonte
d'attendre. Le lendemainM
l'Ambassadeurluy écrivit, &
luy fit représenter par feî
Drogmans, que Madame si
Femme estant libre, il ne U
pouvoir retenir sans violer 11
droit des Gens,&qu'ilnerépondoit
pas des fuites de cc
refus qui offenceroit l'Empereur
1
reur son Maistre. Il fit agir les
Grands de la Porte de son
; party, & leur fit si bien voir
tquelle honte c'estoit pour l'Empire de mettre toute sa
seûrete en la présence d'une
• Femme, qu'il obtint au bout
(
de deux jours le Commandement
qu'il souhaitoit, & des
complimens qu'il n'attendoit
pas. Sur le soir, on apprit par
des Lettres de Smirne, que
les Vaisseaux avoient pasle à
Plangery; & deux jours apres lf'on sceut par la mesmevoye,
que Mr du Quesne estantarrivé
à Chio, avoit fait tirer
huit mille coups de Canota
qui avoient brifé ou coulé à
fonds les Tripolitains, renverséplusieurs
Maisons,abatu
des Mosquées, une partie
du Chasteau, & tué plus dqJ
huit cens Hommes. Ceux
qui avoient mandé cettenouvelle
ayant augmenté les choses,
& ceux qui l'avoienc
reçeuëyajoûutant, ellecroissoit
à mesure qu'on la divulguoit,
& courant de bouche
en bouche,elle se disoit de
tant de diférentes
manieres,
que l'on ne sçavoit qu'en
croire. Le zj. au matin,
trois Capitaines Tripolins
chargez de plaintes & dattestations,
vinrent se jetter
aux pieds du Visir pour luy
demander justice
, & le
prier de les proteger, & trouvant
la Ville toute émeuë,ils
redoublerent par leurs cris la
fureur du Peuple. Le Visir
épouvanté fit assembler en
diligence les Grands de l'Empire,&
tint un Conseil qui
dura le reste du jour & toute
la nuit. Le Muphti, & les
i Gens de la Loy, demanderent
que l'on mistl'Ambassat
deur aux sept Tours, sa Fern..
nu*& la Fille au Serrail,que
l'on se saisist du Bien, que
l'onégorgeast tous les François
, & que l'on brûlastles
Bastimens qui estoient dans
les Echelles. Ils ajoûterent
que l'affront fait à l'Empire
Ottoman dans le renversement
des sacrées Mosquées,
-
ne pouvoir se réparer que par
la destruction de toute la Nation
Françoise. D'autresMinistresaussi
peu éclairez, &
également violens, dirent
qu'il falloit se saisir de l'Am-j
bassadeur, & de toute sa Famille,
enfermer toute la Na-I
tion,armer en diligence tout
ce quife trouveroit de Bastimens
dans le Port, les envoyer
avec les Galeres br (der
nos Vaisseaux, & qu'en suite
on étrangleroit tous lesFrançois.
Les uns représentoient
qu'il falloit faire partir des
Chaoux en poste, pour faire
venir les Bastimens d'Alger,
& de Thunis; & les autres,
qu'il falloit travailler promptement
à fabriquer le plus de
Galeres qu'on pourroit. Le
Caimacan, c'est à dire, le
Gouverneur deConstantinople,
ayant plus d'expérience
dans le mestier de la guerre,
leur remontra que leurs Conseils
estoient beaux, mais difsiciles
à executer; qu'il leur
estoit fort aisé de raisonner,
eux qui n'estoient pas chargez
de l'execution; que l'on
ne brûloit pas desVaisseaux
si facilement qu'ils sel'imaginoient,
& qu'avant que les
préparatifs qu'ils propofoient
fussent en état, nos Navires
auroient tout saccagé. Il adjoûtaqu'ilestoit
d'avis qu'on
priastMr rAmbauadeur de
retarder ledépart deMadame
l'Ambassadrice, & des Bastimens;
qu'on envoyait a Chio
pour s'informer de la verire",&
qu'on donnast les ordres necessaires
au CaptanPacha,qui
est le General des Galeres.
L'Anequi Aga porroit tousles
avisau Grand-Seigneur, & le
Visir s'estant arresté à ce dernier,
ordonna à Derviche
Oglou, Pacha de Smirne, de
renforcer sa Chiourne, & de
faire le plus de diligence qu'il
pourroit, pour instruire Sa
Hautesse de quelle maniere
leschoses s'estoientpassées.
Sur les dix heures du lendemain
matin, comme Madame
de Guilleragues alloit
s'embarquer, il la fit prier deA
retarder son départ de quelques
jours, pendant lesquels
il tâcheroit d'apaiser le Grand- J
Seigneur; mais se servant de i
cette occasion pour faire approuver
à Sa Hautesse le refus
qu'il fait du Sopha, il luy fit oiuIl
deur prétendoit estre au desfus
de luy; qu'ayant l'honneur
d'estre le premier de ses <
Esclaves, il ne l'avoit pas voulu
souffrir; que l'A mbafla-01
deur de France pour soûtenir
son orgueil, avoir fait venir
les Vaisseaux, & qu'il estoit
seul cause de tout ce qui estoit
arrivé. Par ces discours il
irrita tellement le Grand-Seigneur,
qu'il s'en fallut peu
que les François n'éprouvassent
de cruels effets de son
couroux. Le Visir qui n'avoit
pas crû que les choses
iroient si loin, eut beaucoup
de peine à l'ap* aiser. Ce Mit-•
nistre tint plusieurs Conseils,
& fit marcher des Janissaires
pour renforcer & travailler à
fortifier lesChasteaux. Il envoya
ordre au General de
l'Armée qui est sur les Frontieres
de Pologne; de veniren
diligence. CVft leplusexpé
rimenté Capitaine de l'Empire.
M'
1
de Guilleragues ne
sçachant a quoy tout ce grâc
bruitaboutiroit, faisoit connoistre
par sa maniere assurée
qu'il ne craignoît rien. Sa
tranquilité fit croire aux Fran
çois qu'ils n'avoient poin
lieu de s'alarmer, & se te
nant assurez que sa prudence
calmeroit l'orage,ils continuerent
leurnégoce avec h
mesme assurance que s'il n'es
toit rien arrivé. Cependant
il faisoit présente1r de t1emps
en temps des Ars au Visir,
pour presser le départ des Bâtimens,
& répandoit dans le
Serrail ôc dans la Ville les raisons
qui ont engagé Sa Majesté
à détruire les Tripolins.
Le 12. d'Aoust il reçeut une
Lettre de Mr duQuesne, qui
luy mandoit comme les choses
s'estoient passées, & qu'-
ayant fait avertir l'Aga qu'il
venoit pour brûler les Tripolins,
&qu'il le prioit de les
faire mettre en Mer, parce
qu'autrement il seroit contraint
de les canonner dans le
Port, l'Agaluy avoitfait dire
que dans deux heures il luy
envoyeroit la réponce; qu'apres
avoir attendu inutilement,
il avoit renvoyé une seconde
fois àl'Aga; mais que
sans laisser aborder la Chaloupe,
l'on avoit tiré sur les
Officiers quiestoient dedans,
qu'en mesme temps le Château
avoit tiré sur les Vaisseaux,
ce qui l'avoit oblige
de faire mettre le feu au Canon,
& de tirer quatre ou
cinq mille coups; que s'estant
apperçeu que s'il continuoit
il renverseroit la Ville, il avoit
fait cesser; que les Tripolins
estoient fort incommodez;
mais que cependant si on leur
fournissoit toutes les choses
necessaires,ils pourroient
avec le temps se raccomoder.
DervicheOglou écrivoit la
mesme chose au Visir, & ce
J Ministre irrésolu ne sçachant
l, quel party prendre, tout luy
paroissant également impôt
sible
)
continuoit de tenir des
Conseils où l'on ne concluoit
rien. Enfin après plusieurs
proportions, qui marquoient
Ile trouble des Ministres de la
Porte, ils résolurentd'envoyer
cinq Galeres qu'ils
avoient fait venir de la Mec
noire,remorquer desMats,&
porter les Cordages & kamtp
citions necessaires pour remettreles
Tripolins en - état
de sortir duPort.LeVisitles
ayant fait armeren diligence,
les fit partir le20. Aoust.
Mr l'Ambassadeur fit de
mander AudienceauKiaiale
23. & y alla d'abord apre
midy, accompagné de M.
dePontac son Beaufrere., ôc -des Marchands.lifiitreçeuj
en descendant de Cheval par
quelques Officiers, & Par
Marro Cordato,rogman de
la Porte. Les mauvais offices
qu'il a voulu rendre à la France
luy ont attiré un si gran d
mépris, que M' l'Ambassadeur
feignit de ne le pas voir,
5& monta dans la Chambre
d'Audience où le Kiaia se rendit
aussi-tost. Ils s'assirent
tous deux sur le mesme Minlier,
& plusieurs Grands de
&!a Porte s'assirent ensuite.
Mr lAmbassadeur dit, Que
Jes Tripolinss3citant moque^ des
vommandemens du Grand
-
Seigneurs
qu'ils aboient déchire^plu^
wcursfbts, ayantfaitEfcUves
yeuxquiperoyoientenpuretéen %*eux qu e croyoi
i --n lesportant, tEmpereurfort Aiat
tre, las des brigandages qu'ils a
,voientexercez,,furfon commera
tàf,v.1oJoiittccoommmmaannddéeaàMAdfrdduQuueJ
ne. l'un desesLieutenans Cent
raux, de les 'Venir détruire3 é
riauoit pas pu s'imaginer que S
Hautejjevoulustprotéger des V4
leurs quElle luy auoit abandon
nez par les Capitulations, £
par plufteurs Commandemens
Quil efloit surprenant quEh
s'interejpiflpour des Rebelles qu
avoiént pilléjusquesfousfes Foi
'terejfesJes plus anciensu4Uie%
pris du temps de la guerrede Can
die un Vaiffiau dans le Portd'A,
léxanJrieJ & qui/en eflantren.
dus les maiflres fous prétexte de
vouloir porter des Vivres au
Camp, envoientfûtétrangler
les Capitaines, dr mis tous les
Matelotsa la Chaîne; Que depuis
un an ilsavoient enlevé le
Conjul de Chypre dans leurs
Vaiffiaux, où l'ayant chargé de
jers il n'en efloit forty qu'apres
avoir payé une rançon confinerabic
; Enfin que nos Navires
les 41.'oienttrOUlJc'Z riches de nos
dépoüilles, (ff traînantaprès eux
un Bastiment nouvellement pris;
Quesile Grand-Seigneur njouloit [permettre ces m'fultes9 il falloir
rompre toutcommerce,puis que
n'y ayant plus de seûreté à prendredesBaracs,
qui avoientesté
inutilesàce Consuls (ks Baracs
sont les Patentes que le
Grand-Seigneur donne aux
Consuls ) iln'yavoitpointd'apparence
de demeurersous sa protection
; Qu'ilcroyoit que la Porte
remercîroit l'Empereurson MaÎtre
, de luy avoirfournis des Sujets
qu'elle n'avoirpûdompter,
mais que bien loin de cela,l'on retenaitsa
Femme contre le droit
jdesugenfs, l(Sfisecs Baestim.en,sfaqs Le Kiaia vouloit que Marro
Cordato luy servist de
Drogman; mais Mtl'AlnbaC.
fadeur ayantdit qu'il ne sçavoit
que le François, & qu'il
ne vouloir pas se servir d'une
autre Langue, leSieurFourneti
ion premier Drogman,
expliquamotà mot les paroles
du Kiaïa, qui estoient;
Qféil n'estoit pas temps de parler
des sujets de plaintes que l'on
avoit de part@J d'autre ;Quefila
France enavoit quelques-uns, la
Porterien manquoit pas; Quelle
vouloit bien les oublier; Qu'il
s'agissoitprésentement de l'djfam
deChio; Quecette s.ssion riefiek
pai dAlliez
J
eîr d'Alliez que
l'on avoit toujourscofdere^ ¿CdU:"
coup plus que les autres> mais
l-sn acle dhofhlité de venir ren-
'Verser les viilu, abatre les Forterejjess
brifer les sacrées Mosquées
,£? tuer les fidelles Musulman:;;
£hie jamais lesplus grands

Ennemis de lEmpire Ottoman ne
luy avoientfaitsouffrir un pareil
affront;Oùilfalloitsonger à *~ ap- passer le GranJdSeigneu<-)r par de
très-humblessupplicationsjparde
grandes offres (éf souvent réitérées;
Qifil nepromettoitpourtant
pas que cela réiïjjijl, Sa Hautesse
ffiatsiirritée, quElle croyaitqu'il
( ne si pouvoir laver que par du
\fw£ Mr l'Ambassadeur réipondic,
Qu'il efloit trop perfuaniéde
la prudence des Ministres de
\l& Porte, & de la puissance de \l'Empereur son Maifïre ,pour
^craindre de semblables violences; lQue pour de l'argentilriy falloit
ï$as songer, st) que cefloit au*
1Tripolins/ipayer les dédommagewn?
ns; Que sil'Aga du Chasseau
Mes eufifait Jortir du Port, comme
le Commandant de nos Vaifiyeaux
l'en avoit fait prier, en
\iuy pmtefiantqu'ilriefloit point
svenu pourfaire la guerreaux Sujets
dit Grand-Seigneur, mais
qu'au contraireilfouhaitoitaffer*
mir la Paix, ce désordreneferow
point arrrué; Que nonobstant ce.,
promettions tonavoittirefur luy
dr qÀil ne sefloitrienfait qu'o.
neujîdéHPrévoirs &y donne:
ordre; Que les Vaiffiaux dl
ïEmpereurson Maiïlre devan;
ejIreaujftprivilégié-^ que les Chk
teaux de Sa HâUtlfe
,
cefioit
luy àseplaindre
-, c, à la Porte.
Je louer de la modération du Corn
mandant3 qui avoit mieux airrt
laijJer les Tripolins en état de !
pouvoir, rAccommoder, que de lt,
détruire entierement, ne le pot*
JUantfairesans renverferU Vzlk
tequil avoit 'Voulu éviter,bien
que le Cbafteau eust tirésur luy
Qlu¡. d'un quart d'heure avant
ysiilfifl mettre le feu au Canon;
Zïiie cefiaità ces Corfaires, que
vi deux Empereurs devroient
mirependre afrais communs, a
xayertout.Qjtau reste ilavoit
oeuhaité cette entreveuë, sur ce
milavoit appris que les cinq
valeres qui estoientparties
, remrquoient
des Mats, & leur
wrtoient des Vivres fi} des muutions;
ght'ilnesçavoitpas les
pdre$ de \Ml duQuesne mais
&ilcroyoîtqui'l neles laisseroit
mptjfcr;Quecessoitala Porte
à prévenirle malheurqui en pout
roit arrivery&qu'il l'en averti^
Joitj afin qu'on y donnaft ordn
Quefile Visir estoit las du Corn
mercede la Nation, ou quei
ce le malheur de luy déplairej
en estoit bien fâché, 0* qm
4Voit fait son pojjible pour Im
eflre agreable3 tant dansle m
chapt des Efclayes de Aîaltx
quilsçavoit luy appartenir, qJC
dxns la restitution qu'il avoit fa*
faire des
VaijjeauxaeCoton,qu
l'on avoit rendus en meille/j
ordre que l'on ne les avoitpn4
Qu'il demandait un an,pourri
tirer toute la Ntfion, & n
Effetl
Flftts; Quil ordonnafl aux Turcs
de payerlesMarchands,qu'il
ordonnerait aux Marchands de
pâtisfaire les Turcs ; Quaprès
cela la Porte nentendroit plus
parler des Françoisy st) qu'il
njaloit mieux qu'une si ancienne
amitiéfinzftpdrl'indiférenèe) que
par unesanglante guerre.
- - Le Kiaïa répliqua, iil
estoitdesa prudence
dempefeher
qu'il narrivafl rien de nouveau,
& que les Mimfres devaient
fondera appaiser toute chose3&
a fléchir le Grand-Seigneur dont
Iles ordres estoientirrévocables; £rDieugardefaioûta-til,
qu'il riendonne de terribles. Qui
iferoity réfifterfôc continuant
d'insinuer que MTAmbafladeur
dcvoit offrir beaucoup,
il dit, Quil croyait que le Visir
le feroitappeller quand il auroit
refeu les nouvelles qu'il attendoit
deChio; Qu'ilne sçavoit pas si
ce jeroitrudement, ou Avec douceur;
mais quil efloit desafage
conduite de ne se point emporter,
& de garder de la modération;
Qu'il faudroit répondre sur le
champ
>
&ne pas dire, j'écriray;
Que tout ceU rieftant pas defaison/
rf nefalloit pour le présens
que des prières,&desoffres.^
, MTAmbauadcur luy répondit
d'un ton élevé, Que
de quelquemaniéré qu'on l'appellast,
il repondroit toujours en
Homme d'honneur, & en A.mbaffadeur
d'ungrand puissant
Empereur, dontilefloitbienfoutenu.
- Ensuite l'on apporta le Sorbet&
le Parfum, & Mr de
aGpupielllelraaegSueisesuorrtit. Le Kiaïa
Fontaine, &
luy dit; Aumoinsfais-luy bien
entendre, qu'il faut qu'il offre
t
quelque chose. Le Sr Fontaine
luy répondit,Seigneursurmy
tefie il ne donnera pas un Aspre;
( c'est une monnoye quivaut:
un de nos Doubles;) & le*
Kiaiarépliqua,Tache, tâchen
de lujfaire entrer dans lateflct
qu'ilfaut qu'il donne. Marrqjf
Cordato dit à Mr l'Ambafla^
deur en le reconduisant,
qu'on espéroit qu'il appaiferoit
tout par sa prudence. Mn
l'Ambassadeur luy répondit
sans le regarder,Ce que m.
prudence ne pourrafaire, les Armes
de l'Empereur mon Afaijlrcî
leferont. Cette fermeté embarassa
fort le Visir. Chacunestoit
persuadé dans Constantino
ple, que si l'on ne laissoit aller
les Bastimens, nos Vausseaux
viendraient aux Bouches, &
retiendroient toutes les Saïques.
Toute la Porte murmuroit
contre luy, d'engager
l'Empire dans une guerre par
son opiniastreté à refuser une
chose juste ,&: que la France
ne relâcheroit pas. Le Peuple
qui n'agit que par passion,
commençoit à se plaindre; Ôc
dans la crainte de manquer
des chosesqu'il aime le plus,
comme le Ris & le Caphé, il
souhaitoit ardemment que
l'on contentast Son Excellence.
Tous les Ennemis dUA:
Visir, & tous les Officiers ennuyez
du Ministere,espéroiét,
de luy faire couper la teste ,, dés que nos Vaisseaux paroîtroient
aux Bouches. Ils attendoienr
cette occasion avec
impatience, pour représenter
au Grand-Seigneur que la
mauvaiseconduite,&lorgueil
de son Ministreavoient
attiré lesFrançois dans l'empire,
&que n'estant pas en
état de s'en vanger, il falloit
souffrir cet affront Dans ce
dessein ils regardoient M' de
Guilleragues comme leurLiberateur,&
mettoienttout
en usage pour fîire sçavoir ses
justes sujets de plaintes à Sa
Hautesse. Le Visir qui n'ignoroit
pas tous ces bruits,
ne sçavoit quel remede yapporter.
L'affaire estoit noüée,
& il n'étoit pas en son pouvoir
de la dénoüer; il falloit attendre
quelle fuite auroit
celle de Chio, où Mr du
Quesne ,-& le Captan Pacha
traitoient de la Paix. Mrl'Ambassadeur
qui en attendoit
les nouvelles, ne laissoit pas
perdre une occasion d'engager
les Grands dans son
party. Tout le Serrail estoit
en mouvement & l'intérieur,
qui julqu'icy ne s'eftoicmeslé
que de plaisirs, commença
a traiter d'affaires d'Etat.
Le3. Octobre, il vint des
Lettres de Smirne qui assurerent
que la Paix estoitfai-
.te ,
&' qu'il estoit party deux
Officiers pour la faire ratifier
au Grand Seigneur, & informer
Mr l'Ambassadeur des
Articles. Les Turcs la publièrent
avec une joye qui
marquoit assez çombienils
la désiroient Le6.Mrl'Ambassadeur
sit présenter un
•a
Ars au Visir sur le mesmesujet
des précedens, & dans
lequel il avoit inséré plusieurs
Articles d'une Lettre de Sa
Majesté à ce Ministre sur
l'Audience. Il en fit courir
des Copies dans le Serrail;
mais depuis cela on ne pensa
plus à rien, & le Beiram
tapprochant, les Drogmans
"& les Marchands partirent
pour leurs Maisons de Campagne
,afin d'y passer les Fe- tites, pendant lesquelles on
; ne traite d'aucune affaire à la
Porte; mais celle-cy ayant
déja changé beaucoup de
leurs Coûtumes, troubla encor
leur dévotion, & le Lun
dy 13. & veille du Beiram, un
Chaoux vint sur les six heures
du matin au Palais demander
à parler à SonExcellence.,
&luy dit que le Visin
souhaitoit qu'elle Ce rendis
dans son Serrail à midy. Elle:
luy fit demanders'ilestioit arrivé
des Nouvelles de Chio..
Il répondit qu'il ne le croyoit
pas, & dit que le Grand Seigneur
ayant tenu Conseils
toute la nuit, avoit donnée
ordre au Chaoux Pacha de
l'envoyer chercher, & qu'il
le devoit voir passer d'un
Quiosque qui regarde sur la
Rue, (UnQuiosque est un
Balcon avec des Jalousies.)
Mr deGuilleraguesenvyoya en
diligence chercher le S' Fontaine
sur le Canal,où ilestoit
allé passer les Festes ;le premier
Drogman ne pouvant
estre venu assez tost de Belleggrade
où il estoit. Mr l'Ambassadeur
, apres avoir man-
Igé un morceau, monta à
cheval, accompagné de Mr
ode Pontac
,
des S1* Fontaine
r&. Pcraqua, sécond & troisiéme
Drogmans,de son Medecin,&
de deux Marchands.;
A peine estoit-ilsotry du Palais
de France, qu'un Chaoux
à cheval vint demander s'il
estoit parcy, & combien L'
menoit de monde. Il ajouta:
que leChaoux Pascha en attendoit
des nouvellesà Galata,
& que le Grand Seigneur
estoit au Quiosque pour le
voir passer. Lors qu'il arrivai
chez le Visir, les Chaoux fc
rangèrent en haye jusques
sur le Perron du grand Etèa;
lier, où leur Capitaine le reçeut
avec Loda Paschi Chef
des Pages de la Chambre. Il
passa de là dans une Chambre
oùil s'assit, & un Officier
vint luy dire que le Visir
le prioit d'attendre un moment,
parce que Marro Cordato
neftoit pas venu. Son
Excellence fit dire quelle avoit
ses Drogmansavecelle,
& que ne voulant parler que
François, il estoitinutileque
le Drogman de la Porte s'y
trouvast, puis qu'il ne l'entendoit
pas; mais on luy fit
entendre que ceMinistrevouloit
que Marro Cordato luy
expliquast ses intentions en
Latin., ou en Italien, & que
si elle ne s'en vouloit pas servir,
sesDrogmansexpliqueroient
ses Réponces. Les:
Chaoux Pascha entra dans la
Chambre, & luy marqua que:
le Visir ayant longtemps à
parler avec elle, il souhaitoit
qu'elle s'assitau bas du Sopha;
que cecy nestant qu'une
Conférence, & non pas.
une Audience, elle n'en devoit
faire aucune difficulté,
& que cela ne prejudiciroit.
pas à ses prétentions, pour
lesquelles il luy offroit ses services.
Mr l'Ambassadeur le
remercia, &luy dit, qu'ilsetonnoit
que le Visir qui luy
avoit donné une Audience
particuliete sur le Sopha, voulust
le traiter d'une autre mamiere
en cette occasion, où
il ne s'agissoit que de confe,
rerensemble; que cependant
pour motrer qu'il ne refusoit
pas de traiter avec luy, il vouloit
bien, pourcette fois seulement,
se tenir debout. Le
Chaoux Pascha répondit que
5.c Visir auroit honte destre
ssis pendant qu'ilferoit deout;
& que ne pouvant fouf
frir qu'il restast si longtemps
lans un état qui l'incommoderoit
trop ,
illeprioit des]
seoir; mais MffAmbaffadc-.d
ayant dit qu'ilne le pouvoit
& qu'il portoit sur luy d'ex;
presses défences de le faire--,
le Chaoux Pascha répondij
qu'il feroit comme il vou
droitj mais. que le Visir 1«
prioit de s'asseoir,&ilretour
na porter la réponce au
Yi/iri
Marro Cordato que l'on 4M
tendoit depuis, une de
heure arriva,&en entrantr
çeutquelquescoupslepoint
des Officiers -qui gardoiet
lapoi-m.Levirlemalta
fort)"'& luy dit,Chien, iljM
JI
demy-heure que l'Ambassadeur
de France t'atend..Il vint tout
tremblant trouver Mr l'Ambassadeur
pour le conduire
dans la Chambre d'Audience
, où les Grands de l'Empire-
attendoient. Onluyprésensa
le Tabouret, mais il le
refusa. Le Visir entra aumtost,
& estant monté sur le
Sopha, il re retourna vers Son
Excellence,la salua,&s'assit.
Il la fit prier de s'asseoir, &
luy dit qu'ellesemistsur le
Siege qu'on luy présentoit.
Un des principaux Officiers
nàes.Cbao^x voyant qu'elle
demeuroit debout; &que le :
Visir luy disaint toujours de
s'asseoir, s'avança, & la prenant
par sa Veste, la vouloit 1
faire metre sur le Siege; mais
Mr l'Ambassadeur le repoussa
j brusquement, & Mrde Pontacs'estant
glissé derriere luy, )
éloigna le Tabouret avec le
genoüil. LeVilirfitaulIÏtofl::
figne de la main, & l'Officier
se retira. Cela se fit si
promptement,qu'il y eut des
Perionnes dans la Chambres
qui ne s'en apperçeurent
pas
Le Visir parla en ces ter
jnes,que Marro Cordato,toûq
jours tremblant vouloit expliquer
en Latin, mais M'
l'Ambassadeur luy dit qu'il
parlast Italien. Illefit,&interpreta
mot pourmot les paroles
du Visir en cette maniere.
Je fuis bien aije de 'vousvoir3
dr ily a longtemps que je fouhaitois
cette entreveuë:L"e Grand
Seigneur mayantparléde vous,
ma ditqu'illétonnoit que vous
nefussîez pas venu luy demander
exeufe de ce qui s'est pajJé, à
Chio.j'ayattendu, croyantque
/vousy viendriez de vous-mesme
i maisje vois tien* sije ne
vous avcisprévenu en vous envoyant
chercher., que vous riy{
auriez jamais pensé. Sa Hau-.
tejje demanderaisondufang de•
tant de fidelles Musulmanstuck,,
desessacrees Afofquées,desa;
~~3(~ deson Chasseau ren--
verr-rf:.eC'eCj'la,a vous a en répon-
-
drej puis que 'Vous esses le Chef
de tous les François3 leur cauttiio0nn
aa la Porte, & la cause de
tout ce qui efl arrivé3 parce que
par voffre ambitionparticulière,,
vous deiande% une chose quele
Roy. ( En cet endroit Mr
l'Ambassadeur interrompit
Marro Cordato^ & dit. d'uir
ton. d'indignation au Sieur
Fontaine; Dites luy que s'il ne
traite l'Empereur mon Adai[Ire
comme il le doit, je ne répondray
pas. ) Marro Cordato reprit,
& dit, Que l'Empereurde France
ne HJOHS a pas chargé de demander.
Mr l'Ambassadeurfit
réponce par le Sieur Fontaine
dont la contenance auurée
marquait la résolution,
qu'il ne pouvoit parler, que
premierement le Visir n'eust
treçeu une Lettre qu'il tira en
mesme temps de sa poche. Il la baisa,la porta à sonfront,
Mc la préfentaau Visir, quila
rcçeut & la donna au Beiî:i
Effendi; apresquoyMl'Am-i
baflideur die;J'ay bien pluj
deplaintesqued'excuses Àfairw
au Grand Seigneur; dr il ej\
étonnant qu'il veuille protéger
des Voleurs qu'il a abandonne^
par les Capitulations> à lavani
geance de l'Empereurmon Aiau.
tre; des Rebelles, qui malgréfei.
Ordres, pillent les François sa.
plus anciens AflieK
,
semoquenk
& déchirent ses Commande—
mens, prennent nos Vaiffeauxi
foussesFortereffesp enlevent nost
Confuis danssesEchelles, Cmfoulantauxpiedsson
Barac, metItent
aux fers un Consul, qaesa
iPwffanceria pû mettre a couwert
de leurs insultes.
le Visir répondit,Sivous
*m'avie% demandé IcsTripohns,
>y<r les aurois Abandonnez.
/Marro Cordato dit encor en
expliquant cet endroit alla
\fua Afacfta Chrijlianijjtma.
AArTAmbafladeur lincerrocpit
encor une fois, & luy dit
Hun ton tres-irrité, Que s'il
\ne traitait l'Empereur de France
vomme il le devoit, ilne repondroit
apurement pas. Marro
Cordato reprit, & dit't/mpewatore.
Ilse sèrvit toujours de
ce terme, ou de PAdifèha me:
Turc,& continua dexplique
en disant, je les aurots abam
donne% à l'Empereur de Franci\
mais vos Vaisseaux font venux
comme ennemis3 & ç'ejl a vom
,,,_
lque duti i
a en répondre. Quelque autn
Nation que ce fust qui en auro, : fait autant>l'Epée foudroyann
de la Porte, connue dans les fèp*
Climats, enrireroitunevangean?
ce terrible ; mais le Grand Sel
gneur, en faveur de l'ancienm
Alliance., veut biense contente\
que vous. myiek les dédommage
mens. Lorsquel'on fait qlltlqH
tort à ceux dr vofire Nation
VOHi^
vousynen demande^juflicey (Sf
je vous la rends.C'efl a.vous
aujjt à faire réparationdes dommages.
qu'ils ont causé.
Mr TAmbafladeur répliqua,
Je nepuis rien donnersans
ordre de EmpereurmonMaître.
Tout ce que je puis faire efl de luy
écrire les intentions de la Porte.
S'il m'ordonne de donner de largent,
j'obeïray; mais je me garderay
bien de rienfaire contre mes
ordres. C'estauxTripolinsapayer
ces dédommagemens
3
puis qu'ils
font cause du désordre,& ils
devroient eflre punis d'avoir eslé
Jitémerairesque de commetre deux
GrandsEmpereurs. Je puis cependant
ajJurer le Grand Seigneur,
queSaMajefiéImpériale
n'a point ordonné de tirersurses
Villes, & qu'Elle ne cherche
pointa rompre avec luy; aucontraire
je fuis chargéde maintenir
&d'affermirl'amitié&la paix.
Si le Commandant3 qui a l'fié
obligé de tirer sur les Tripolins,
napuempescher quelques c:Boulets
d'allersur la Ville, j'en fuis
bienfâché; mais cess un malheur
que l'Aga commandant du Châ
teau a causé) &que nos Generaux
nontpu éviter.
Le Visir voyant que M*
l'AmbafTadeurétoitsi ferme,
cru1\ t que 1la menace lr,ë,conneroir,
ôc illuy dit d'un ton assez
réColu; Le Grand Seigneur
a ordonné que vouspay eriez
, ou
que 'vousirie^ aux SeptTours.Ses
ordres sacrez font irrévocables,
& nefoujjrentpoint de répliqué.
Il n'y a point de milieu. Efiant
mailfre des François, "vous pou-

ve%lier & délier leur bource.
C)efi à vous de voir quel party
- vous evoulekprendre; Sa Hau,
tesse aordonné.
Alors Mr l'Ambassadeur
répondit, Je n'ayrien à dire de
lapart de l'Empereur mon Maître
sur ce qui regarde les Sept*
Tours. Comme il n'a pas penses
quel'onpujl mettre son Amba
fadeur en prison3 il ne mapoint
donné d'ordre là-dessus,Ce quejee
prévojieflquel'affairefera difJi-.
cile à accommoderdpres cela, &-
aura dessui*tes que la Crortef-e"
repentiràpeut-eflre de s'estre at--
tirées.
Mr deGuilleragues pro-.
nonça ces dernieres paroles
avec tantde vehémence, que:
le Visir quil'observoitrougit
ëc demanda avec empressement
au Sr Fontaine ce qu'il
avoit dit, après quoy il répon.::
dit en ces termes. La Porte a
traite d'autres Ambassadeurs vos
Predecesseurs de cettemaniere,
sansqu'il luysoitrien arrivé de
fâcheux, & nous ne romprons
pointla Paixpour ce la; leNégoce
ira toujours à son ordinaire.
Tous les Consulsresteront aux
Echelles, rvos Marchands seront
leurs affaires, & les Bastimens
auront pleine libertéd'aller& ck
venir.Cecy vous regardant personne!!
e?nent, vous en répondrez
seul.
Mr rAmbassadeur luy dit
là-dessus.Jefuisicypourentretenir
la paix, &pour les ajfaires
du Commerce. Jenememejle
point de ce quefontlesVaiffeaux
du Roy qui ont leur ordres particuliers
&que fignore. Jenepuis
que mander les prétentions du
GGîr-eatnndd SSeeiiggneur; maisje ne donneraypointd'argent
que je n'en
trye reçeu l'ordre. Jesçay bien
quevous mepouve%faire mettre
aux SeptTours; mais la diférence
l'si toute entiere entremay,&les
autres Ambttffadeurs quiy ont
ejlé3puis que l'un ayant esté accuféy
quoy qu'il n'aitpasesîeconvaincu3
d'avoir corredondance
avec vos Ennemis; l'Empereur
mon Afaijlre, bien loin depenser
à le ranger, l'a blâme, ne l'ayant
pas envoyépoureflre vojlre Espion.
Lautre ejlant tombé dans
un emportement indigne d'un
Homme de Joonn ccaarraaéilleerer3e, en a
eslé reprimAndé. Pourmoy, le ne
crois pas que vousrriaccuser
de lamejme chose. Lasincérité&
la modération que vous
a,-vek trouvédans toutes mesactions,
vous ont du persuader que
je rùtgis pointfans ordre. D'ailleurs
il nefautpas compterfurce
que la France a (ouffirt dans un
temps ou lesguerresintejlines&
étrangères la décbiroient.Maintenant
j apres Avoir vaincu tous
jes Ennemis, elle jouit de la Paix
que l'Empereur mon Adaiftre a
bien "vouludonner à toute l'Europe.
Pour le Commerce, dés que
je feray dans les Sept Tours.) il
nen faudra plus parler, puis que
je fuisfeur qu'il s'agira de bien
autre chose.
Le Visir finit cet entretien
, en disant; Il est inutile
de disputer davantage. Les ordressacrez
du Grand Seigneur
estant que vous payiez les dédommagemens
, il faut que vous
donniez de largent ou que vous
alliez aux SeptTours.
Mr l'Ambassadeur ayant
répondu sans s'émouvoir,
,QiJ' efloit tout prest d'y aller,
mais qu'il ne répondait pas des
suites, le Visir le donna en
garde au Chaoux Pascha, qui
ordonna à ses Officiers de le
mener dans sa Chambre.
Pendant cette Conférence,
l'Afequi Aga alloit porter au
Grand Seigneur les Réponses
à: M l'Ambassadeur, & ra-
-portoit au Visir les Ordres
de Sa Hautesse.Une demyheureapres,
le Chaoux Pascha
descendit dans sa Chambre,
où il trouva Son Excellence
assise sur deux Cous-
<% - -
fins. Elle voulut se lever pour
le recevoir, mais il l'en empescha,
& s'asseyant aupres
d'elle, il l'assura,Qu'ilsouhaitoit
de tout son coeur la pouvoir
servir; Qu'ilplaignait l'état
dans lequel il la voyoit; -tui-.
gnorant les coûtumes du Païs.,,
elle nesçavoitpeut-estrepas avec;
lqeuuelrleEmexpaecretiutrude les Ordres de
s'executoient;Que
c'estoit un des principaux points
de leurLoy, de nejamais contredireses
volontez,&dj obeïr,
sur le champ; Qu'il estoit au
desespoir d'estrecharge de la conduire
aux SeptTours, mais qnei
quelque enviequ'il eust de l'empescher,
tous ses efforts feroient
inutiles,sielle n'offroit dequoy
appaiser leur Maistre ; Qu'on
feroit en forte de le fairecontenterdepeu;
Qu'elle pouvoit
pour une bagatelle éviterl'affront,
qu'autrement il faudroit
qu'Elle souffrit; Que dans des
rencontres comme
celle-cy,
il ne
falloitpointregarderleschoses de
si pres. Mrl'Ambassadeur repartit;
Qujl luy estoit infinimentobligédesonamitié;
Qu'il
chercheroit toutes les occasionsd'y
répondre; Que bien qu'il ne le
connust que de ce jour, il le
croyait un Ji bonnette Homme,
qu'il uouleit Par une franchifi
eégiaalee aalaet sienne répondre àfbci- ica (lvilitez^;
Qu^illeprp.roitdonc de ., o
, ;. Je mettreasa placey (£pdexaminer
luy-mesme,s'il pounjoit donner
de l'argentayant d'expresses
defences de lefaire; Ouà e^rd
J L des SeptTours, le Vifirpouv(oyira
la ufritelyfaire aller, maisqu'il
allumeroit une guerre quaucune
PuissanceduA4onde nePourroit* dre;Ouenos Vaisseauxarrêteraient
lesGalères> & toutes
lesSaiques; Que rien rientremit
dms le Canal, & qu'enfin du
moment qu'il mettroit lepieddans
la prison, laguerre estoit déclarée
entre les deux Empires. Le
Chaoux Pascha l'embrassant,
le conjura de faire quelque
offre
;
qu'il estoit touché de
ses raisons; mais que les ordres
estoient donnez,&qu'il
falloit du moins faire voir un
Billet au Grand
- Seigneur
pour l'appaiser;qu'ils travailleroient
tous à le fléchir, &
continuant de l'embrasser;Je
ne vous prie pas pour l'amour de
moy 3
luy dit-il
J
vous estes
ChreJtÚnJ je suis Musulman.
Bien que de Religions diférentes,
nous croyons tous deux un Dieu.
C'estpour l'amour de le que je
vousenprie. L'O daPachi, le
Musor Aga, & un Effendi,
entrerent comme il prononçoit
ces dernieres paroles. Il
leur répeta ce qu'il avoit dit à
Mr l'Ambassadeur, & joignant
leurs prieres & leurs
raisons aux siennes,ilstâcherent
par toutes fortes de
moyens de le convaincre,
mais restant ferme dans sa
résolution, il les remercia
de leur bonne volonté,& leur
marqua qu'il feroit à leur cosidérationtoutcequ'il
pourroic
faire dans toutes les autres occasions;
mais qu'encelle-cy,
y allant de son honneur & de
sateste, il ne le pouvoit. Ils
le quittèrent, & tinrent une
espece de conseil sur le pas
de la Porte, apres lequel ils
remonterent à la Chambre
du Visir. Le Chaoux Pascha
revint une demy-heure apres
recommencer des offres de
service, & prier Mr l'Ambassadeur
de retourner en son
Palais; que s'ille vouloit, il
se faisoit fort d'obtenir trois
jours pendant lesquels il
penseroit à loisir à quelque
moyen de sortir d'affairej
mais après bien des remercîmens,
M' l'Ambassadeur
l'assura, Qu'il estoit inutile qui
retournast pour trois jours en sori
Palaisj puis qu'il ris.uroitjamai..
dautre reponse àdonner.,&qui1'
ne serait rien contre ses ordres.
Qu'ainsiilefloit toutresolud'al-.
ler aux Sept Tours;Que cefloit
à eux a éviter les malheurs qtt
en arriveroient;Qu'il estoitJorn
feur que les Vaissèaux le njiendroientdemander,&
que la Porta
feroit bien empeschee à ne le pan
rendre. Le Paicha sortit apres.,
quelques complimens, & luy,
promit de le revenir voir le:
lendemain après la prime.
Le Soleil estant couché
le Serrail par plusïeurs y coups de,Canon annonça le Beiram.
Les Cérémonies de la
nuit.) & la Priere du matin
citant finies, le Visir au retour
dela Molquée,Te mit à
.une Table couverte de deux
mille Plats. Les uns estoient
remplis de Veaux tous entiers.
Dans, les autres on
voyait des Moutons*rostis,
dontlescornes peintes ôc dorées
faisoient une agreable
bigarure. Le reste des
Platsefroir
Platseiloirggaarrnnyy ddee PBo~uulieess),
& de quantité de ragoufts à
la maniere du Païs. Le Visir
ayant porté un morceau à la
bouche, remua les Plats avec.
le pied, & se retirantaussitost
dans sa Chambre, tous lésa
Turcs se jetterent sur la Tablé
,
& la pillerent. Apres.i
cela Marro Cordato vint a£
forerMTAmbafTàdeur, quet
le Visir avoit les meilleures;
intentions du monde pourluy,
mais qu'il ne pouvoitz
rien faire sans le contente-•
ment du Grand
-
Seigneurs
qu'il falloit fléchir par quelque
chosè, ôc le fuplia de ncc
se pas laisser conduire enpri-
[on, le pouvant sifacilement
empescher. Ce Drogman eftant
un des plus spirituels
Hommes du monde, Mr
l'Ambassadeur voulut bien
luy pardonner tout ce qui
s'estoit passé, & le recevant
en ses bonnes grâces, il accepta
ses offres de services, 5c
luy fit si bien comprendre
quelles fuites auroit sa rétention,
qu'il retourna convaincu
de ses raisons parler au
Visir. Usein Aga, Grand
Douanier de l'Empire, & le
meilleur Amy que Mr l'Arabassadeur
ait a la Porte, vint
le trouver un moment après.
Ils le firent milleamitiez, &
le Douanier l'assura,Que tiffaire
n'estloitplus dU pouvoir du
Visir qui t-ravtigoit de tontesses
forces à finir &accommodertout, < qu'il ne pourroit reujjirs'il
rioffro:t de ":ioy apaiser Sa Hafa
tesse; -il le brioitde prendre
le fJ1Y.) qu'il Ivy- offroit, (t)
qu'ILIA'JdonneraiRlargentsans
vouloir de Billet; mr.ndafl•
à 1 Empereur de France que le
Çnmi Douanierl'avoit donné;
Qu'ille rendroit, s'il vouloit
le rendre; Qu'il luy promettoitsursa
teste,sur cellede ses
Enfans, que jamais il nele du
ivoit
j & qu'ilsferoientUsJeuls ,quilesçauroient. Ml'Ambassadeur
l'ayant remercié de ses
>
offres, le pria de croire,~e
ce qu'il ne faisoit pas à sa conridération,
il ne le seroit jamais
pour personne
,
C- qu'ilestoitau
à
désepoir de ne le pouvoir contenter,
& de luy refuser une choP.
à
qu'il ne luy demandait avec tant
) d'instance que parce qu'il la
j croyait avantageuse pour luy;
>_
Quilluy en estoit infiniment oblib
gé, mais que l'onregardoitautrement
cette affaire en France, où
l'affrontd'avoirachetéune Pair,
paroissoitleplusgrandde tous.Lo
Douanier alla parler au Vil
sir- &le Chaoux Pacha, l'0(
da Pacha,l'AflequiAga,&<:
quantité d'Officiers de la'
Porte,encreréc dans la Chami
bre, & recommencerent h
presser Mr l'AmbaOEadeuJi:
d'offrir quelque chose.Lo
Douanierrevint après qu'ils?
furent sortis, & luy dit; Enfim
ilfaut que je vous tire d'icy,
Nous fléchirons le Grand-SeiJ
gneur. Donnezfeulement u1
Billet
, par lequel vous vous ell. >-de luy faire venirdea
Présens de France. Mr l'Ambassadeur
répondit, Qu'ilestoitsensible
asesamitié Ü
que pour luy faire voir à quel
point il l'estimoit, il ajouleit
bien
à sa considération promettre de
fairevenirquelque régale
j
mais
qul'Eemcpeefreeruoriftieonsnon nom, sans que
Maistreyfust
mefieenaucuneforte. Le Douanier
remonta aussitost chez
leviir, ôcrevint avec Marro
Cordato pour faire le Billet.
Apres quelque contestation
pour les termes que M' l'Ambassadeur
ne voulut point
relâcher,ils convinrent du
Billet,qui futconceu dan:
ces termes. Jepromets de faire
venirdanssix moisque-lquechof*
de rare decurieux,pourprejenter
au Gràna..Seigneur. Il:
remonterent remonccrenccchhezle Visir
ez te qui envoya dire à Mr l'Ambassadeur
qu'il alloitsoupes
avecSa Hautesse,&luy faire
agréer [on, Billet; qu'il luy
envoyeroit la réponce, &
qu'il pouvoit retourner à son
Palais; mais tout le soir le
passa sans qu'on en eusty de'
nouvelles. Le lendemain au
niatin?lur les dix. heues,.
Marro Cordato vint luyfaire
entendre que le Visir souhaitoit
qu'il sexpliquast sur
la quantité ou la qualité des
Présens. Mr l'Ambassadeur
repliqua, ^u7l trouvoit extraordinairequ'on
le traitast de
Marchand, 0* qu'on Agisi avec
luycommeavecunSanfal, (Sanial3
veut dire Courtier de
Change;) Quil neJcavoitpas
luy-mesme ce qu'il,donneroit;
bQeuuee peut-estreseroit-ce quelque
Montrej ou quelque autre
chose de curieux (f) rare. Marro
Cordato voulut luy insinuer
>qu'il falloit de la Vaisselle
argent; mais Mrl'Ambak
sadeur luy fit comprendre,
Qu'ilnefalloit p45 pensera tour
çe quisentïroitl'argent. Il luy
dit cela si sièrement, quece
Drogman voyant qu'il n'y
avoit plus rien à faire, retourna
porter la réponce au
Visir. Le reste du jour se pasTa
sans aucune nouvelle. Tous
les François alloient & venoient
dans Constantinople
avec une entiere liberté; &
les Gens de Mr TAmbafladeur
se promenoient cher':
le Visir, aussi familièrement:
qquu''iillsseeuususeenntcppuûhfuairreeaauuPPaa--
lais de France. Quoy qu'ilse
frit apporter à manger, (a
Table ne laissoit pas d'estre
servie comme celle du Visir.
Mr l'Ambassadeur n'y touchoit
pas, mais les Chaoux
s'en régaloient magnifiquement.
Le Jeudy,au Soleil couchant,
Marro Cordato vint le
prier de montera laChambre
d'Audience, oule Kiaïa, & le
Chaoux Pacha,fouhaitoient
de luy parler. Illuy témoigna
qu'ilseftimoit heureux d'avoirl'honneur
de le conduire
puis que c'étoir pour sa gloire.
r
En finiflfant ces paroles il mar-
-cha devant luy. Mrl'Ambassadeur
trouva ces deux
Ministres assis sur le Minder.
Ils le prièrent dese mettre sur
un Tabouret qu'on luy présensa
sur le Sopha, où il s'assit.
Le Kiaïa après avoir fait de
nouveaux efforts, mais fort
inutiles, pour l'obliger de
parler sur la qualité des Présens
yluy dit, ~c le Visirl'avoit
chargéde
,
luy faire ru ex- •
~cufety fi} de luy demander [JJn i
Amitié; Qnjl avoitesté son i
Avocat auprès duGrand-Seigneur;
Quilfouhaitoit ejire de
* [u Amis, & qu'ilfalloit qu'ils
1
vécussenten meilleure union que 1
jamais,&que leur bonneintel-
Itgence rendist la Paix siferme,
&si assurée, que rienne pust
estrecapable de l'ébranler.Apres
quelques complimens de
part& d'autre,Mr l'Ambass
fadeur descendit conduit par
des Officiers. Il trouva au bas
del'Escalier le Cheval du
Chaoux Pacha sur lequel il
monta, &, partit accompagne
de deux Chaoux,de tous
les Marchands,de de ques-uns de ses Officiers.
LesFrançois, à mesure qu'ils
aprenoient qu'ilestoit en chemin,
venoient au devant de
luy, & grossissoient sonCortege.
Mr leBaïlelevintcomplimenter
dans la Ruë,&il
entra dans son Palais accompagné
de plus de soixantePersonnes.
Ce Palais fut plein de
François en un moment. Les
Nations Etrangères envoyerent
le féliciter sur un succés
si glorieux.Il n'y a persône qui
n'ait admiré
,
la fermeté iné-
- branlable qu'il a fait paroître.
Les Turcs l'ont en une si
grandeestime, qu'ilsdisent
publiquement, Voila un véritable
Homme ; c'est un Ambassadeur
tel qu'un grandEmpereur
le doit choisir.
Le Vendredy matin -: le
Grand-Seigneur partit pour
la Chanel le Visirl'estant
allé accompagner, nerevint
que le Samedy au foir. Le
Lundy matin, Mrl'Ambassadeur
fit demander le départ
des Bastimens, & ce
Ministre luy donnaaussitost
le Commandement.
Le premier jour de ce mois,
leRoy donna l'Abbaye d'Allets
en Languedoc, à Madame de-
Caderousse, Religieuse de Sainte
Coulombe, de l'Ordre de Saint
Benoist, avec tout l'aplaudissement
que Mr le Duc de Caderousse
son Frere pouvoit souhaiter.
ûfl
- Le 12. du mesme mois, Dame
EléonordeMatignon,cy devant
Prieure perpétuelle des Dames
Benédictines de Thorigny, & à
présent Abbesse du Paraclet
d'Amiens, fut benîte dans l'E..
glise Catbédrale de Lisieux, accompagnée
de Mesdames les AbbessesdeCordillon&:
deLisieux
ses Soeurs. Elle est Fille de Madame
la Doüairiere deMatignon,
& Soeur de Messieurs de
Matignon & deThorigny, 6c de
Meilleurs les EvesquesdeLiseux
& de Condom. La Cérémonie
commença à neufheures, & finit
àmidy. Ellesutfaite sur uneélévation
de bois dressée exprés
dans laNef, qu'on avoit tendue
de riches Tapisseries, & ornée
de quantité de rares Tableaux.
Sur cette élévation estois le
Trône de Mr l'Evesque de Lisieux,&
sa Crédence àl'opposîte
garnie de tous ses Vases d'argent
pour l'Eglise. Un peu audessous
estoit celle des Abbesses, sur laquelle
on avoit mis les Pains,
Barils,&Cierges dorez & argentez,
pour l'Offrandede Madame
l'Âbbesse du Paraclet qui
devoir estre benîte. Leurs Crosses
estoient sur cette mesme Crédence.
Il y avoit un autre grand
Dais, fous lequel Madame la:
Dotiairiere fut placée, ainsi
qu'un grand nombre de Personnes
des plus qualifiées des environs.
Mr l'Evesque commença
la Messe
,
revestu de ses Hàbits
Pontsficaux; & à la fin de l'Evangile,
Mrle Maistre, Docteur
deSorbonne,âgéseulementde
vingt-quatre ans, sir la Prédication.
Son Texte sut,Virgines
sequuntur Agnum tj/Jocunqllc ecrit.
Il montra dans ses deux premiers
Points, que les Viergesestoient
obligées de suivre l'Agneau par
tout, & il fit entrer dans le trôiúénle
l'Evangile du jour du Bon
Pasteur, qui luy donna lieu d'adresser
la parole à M l'Evesque
de Lisieux, &: à Madame la
Douairière deMativ:sur le
gouvernement de l'Eglise & de
l'Etat. Il fut admiré dans cette
Action par une des plus nombreuses
Assemblées qu'on eust
jamais veuës dans cette Eglise.
La grâce avec laquelle il s'en
acquita, soûtint noblement son
éloquence. La Cerémonie eftant
achevée, MrlEvesque ne
servir deux Tables, chacune de
vingt Couverts, avec autant de
magnificence que de propreté.
Mrl'Evesque de Soissons, dont
vous connoissez la pieté dans
toutes les fonctions de son Ministere,
posa la premiere Pierre
de son Seminaire de Soissons le
12.. du mois passé. Le P.Barbey,
Supèrieur de ce Seminaire, l'estant
allé prendre à l'Eglise Cathédrale
sur les quatre heures
apres midy, sortit portant luymêmela
Croix à la teste de trente
ou quarante Seminaristes, & de
soixante Chanoines, qui tous se
rendirent au Seminaire. Apres
que ce Prélateut poséla Pierre,
il fit un Discours des plus tou.
chans, pour exhorter tous les
Ecclesiastiques à contribuer if.
une oeuvre si pieuse. Il y avoit
une multitude infinie de Peuple.
Mr le Marquis de Courran"
vaux, Fils de Mrde Louvoys, est
party depuisquelques jours, ac- compagné du - St de la Londe
Ingénieur, & de sept autresPer- -
sonnes,pour visiter les Places
qui appartiennent au Roy depuis
Peronne jusques à Verdun.
Ainsi il doit voir toutes celles de
la Flandre, du Hainaut, de la J
Meuse,&plusieursautres. Ilfera
élever les Plans de toutes ces
Places, &: rendra un compte *. cxad: de ce qu'il aura veu dans
chacune. Son voyage fera de
trois mois. Il doit le faire sur des
Chevaux dePoste, &aordre de
n'entrer dans aucun Carrosse, ny
dans aucune Chaise, de ne point
permettre qu'on aille au devant
de luy, de ne manger chez personne,
& de n'accepter aucuns
Présens. Messieurs les Gouverneurs
& les Intendans en sont
avertis. Comme il n'est rien de
plus agreable que de joüir des
honneurs qu'on peut recevoir
naturellement,&que ceux qu'on
fait au Fils regardent le Pere,
peut estre jamais personne n'a eu
la pensée de donner de pareils
ordres. Ils font éclater la iagene
de la Famille, & accoûtumant
le Petit-Fils au travail, ils le mettent
en état d'estre le digne Heritier
des vertus & du zele des
Grands Hommes dont il sort.
Jugez si Sa Majesté ne fera pas
bien servie. Son exemple en est
la cause. Quand le Souverainr
sçait tout, voit tout, ordonne
de tout, il faut que ceux qui le
fervent deviennent infatigables
par l'ardeur de l'imiter. Ainsi
l'on peut dire que fous un grand E
Roy les Ministres font habiles,
&rqueel'Etatuest toûxjours he.u- J'oubliay le dernier Mois à
vous apprendre que Mrle Comtec
de Moucha avoic épousé Mademoiselle
deGordes. Ce Comte
est un Cadetde la Maison des
Simianes, Fils d'un Capitaine des
Gardes du Corps de la feuë
Reyne. Il est Mestre de Camp^(
& Gouverneur de Valence enl Dauphiné. Mademoiselle de
Gordes est sortie de la Branche *.
aînéede cette mesme Maison.
Elle est Fille de feu MrdeGordes,
Chevalier d'Honneur dela
Reyne, & Petite-Fille d'un Capitaine
des Gardes du Corps du
feu Roy.
On enregistra ces jours pasfez
au Parlement une Dispense
d'âge que le Roya bien voulu
accorder à Mrde Lesseville, qui
sert depuis sept années au Châtelet
avec beaucoup de distinction.
Mr Daurat Conseiller de
Lia Grand' Chambre, qui s'estoit
chargé de la rapporter, s'étendit
surle méritede celuy qui l'avoit
obtenuë, en termes fort avantageux.
Mrle Premier Président fit la mesme chose. Il y a déja
bdeux Officiers dans le Parlement,
du nom de celuy dont je
1 -
vous parle. Ce font ses Cousin
germains. L'un est MrdeLesseville,
Président en la Cinquiéme
des Enquestes; & l'autre, MCdc)
Lesseville, Conseiller au Parlernenr:&
Commissaire enla Seconde
Chambre des Requestes
du Palais. Ils fervent tous deux
avec grande réputation, de ca-^j
pacité,& d'inrégrité. Celuyque
ic Roy vienr de dispenser est Filsî.
du fameux Mr delvule) dont
la memoire vivra eternellement
dans le Grand Conseil, dont il
estoit Sous-Doyen.
4 1
On a commencé enfin de re--
présenter Persée, & ce Sujet,
traité autrefois admirablement
parMrde Corneille l'aîné, qui
en a fait une Tragédie en Machines
fous le titre $AndromèdeiK
paroist depuis quinze jours sur
le celebre Theatre de FAcadc.
mie Royale de Musique. Je ne
vous parleray point deladispofitibn,
ny du tour aisé des Vers de
ce nouvel Opéra. Je vous diray
seulement qu'ilest de Mr Quinaut.
Vous sçavez que par un
art quiluy est particulier, il donne
toûjours à cette forte d'Ouvrages
des agrémens qui surprennent,
& que la matiere semble
ne luy fournit pas. Il a remply
à son ordinaire dans ce dernier,
ce que tout le monde attendoit
de luy; & quand il auroitvoulu
se cacher, on l'auroit connu sans
peine à des traits si éclatans.
Mr de Lully n'a pûrésister à
l'impatienceduPublic, qui souhaitoit
avec d'autant plus d'ar-,
deur voir cet Opéra, que n'ayant
point esté représenté pour le.'
Roy comme la plûpart de ceux
qu'il donne, c'estoitun Spectacle
tout nouveau. Ainsi son Acadé.
mie a esté ouverte presque Ctn
mesme temps que les deux autres
Theatres. Comme tous lesVohs
n'estoient pas achevez, ils n'ont
pû donner d'abord un enneïf
plaisir, mais ils vont présentement
d'une fort grande justesse.
Outre les Entrées qui font tresbelles,
rien n'a paru jusqu'icy
d'un si grand goust qu'un Are
de triomphe, & l'entrée d'un
Temple, qui fait le fond de la Décoration
du cinquiéme Acte.On
a crû voir un autre Theatre, oui
du moins qu'on l'avoit beaucotiFI
élargy. Tout cela est dû à Mr
Berrin, dont je vousay parlé
plusieurs fois. Je ne vous dis
rien de ce qui regarde Mr de
Lully. Plus il travaille, plus il se
fait voir inimitable. Les vrais
Connoisseurs admirent sur tout
la Symphonie de ce dernier
Opéra. Monseigneur le Dauphin,
& Leurs Altesses Royales,
honorerent de leur présence la
premiere Représentation qui en
fut donnée le Samedy 18. de ce
mois.
Cette matiere me fait souvenir
d'un petit Prodige qui surprend
tous ceux qui le connoissent. Le
Fils de Mr Forcrav ayant eu
l'honneur dés l'âge de cinq ans
de joüer devant le Roy de la
Basse de Violon, Sa Majesté en
fut si contente, qu'Elle ordonna
qu'on luy fist apprendre à jojjçf
de la Baâs de Viole.C'estun
Instrument tres-difficile. Cependant
il a si bien profité des Leçons
qu'il a reçeuës,qu'à présens
qu'il est âgé de sept à huitans,
il trouvepeu de Personnes qui le
puissent égaler. Toutes les foit
qu'il s'est présenté au Dîné du
Roydepuisquelquetemps, il y
a joüé pendant le Repas avec
beaucoup d'aplaudissementde
Leurs Majestez. Rien n'est plus
extraordinaire dans un âgelfipeu.
avancé; & ce qu'il y a deplus
étonnant, c'est que son Pere est
le seul qui luy aitservy de M..d<r.e,
quoy qu'il ne jouë pas de la Vio- lé,&qu'ilsçacheseulement kti
Musqué.
v
On a eu avisde Malteque
MrdeChabrian, Grand Prieur
de Provence, y estoit mort.
Mr deTricaud, Lieutenant
General au Bailliage de Bugey,
dont ma2Leettr_e diu-Mois d'Avril de I68C£VOUS apprit le mariage
avec Madame de Leazdes Marches,
est mort atilïi depuis peu de
temps. Son mérite,&l'intégrité
avec laquelle il s'acquitoit des
fondions de sa Charge, le font
extrêmementregreter en ce Païslà-,
où il estoit Lieutenant General,
Civil&Criminel. C'est ce
qu'exercent ailleurs trois Personnes
diférentes.
Le Roy, la Reyne, Monseigneur
le Dauphin, Madame la
Dauphine,& toute la Cour, ont
-fait l'honneur à Madame la Dufhedè
de Richelieu, de l'aller ~e-~~i~r~
U
voir, sur la perte qu'elle a faire
de Dame Anne deNeufboun!!J
sa Mere. Elle estoitVeuve dei
Messire FrançoisPoussart, Marquis
de Fors, duVigean,&autres
Lieux. Je vous en parleray plus
amplement le Mois prochain,
aussibien que de la mort des
Messire Gilbert deVeynid'Arboc,
Evesque de Clermonten
Auvergne. Ce Prélat n'estoit
guére moins âgé que les deuxn
autres qu'a perdus l'Eglise depuis
le commencement de ce*
mois. Cependant leurâge,quoy
qu'extrémement avancé, estoit
beaucoup au dessous de celuy de*
Mf de Mont, Gouverneur de;
Honsieuren Normandie, quii
est mort aussî depuis peu de jours
âgé de cent &huit ans.
VosAmies ont trouvé le vray
sens de la premiere Enigme du
dernier Mois, quand elles l'ont
expliquéesur l'Eau.Mr desVaux,
Avocat à Chinon, la belle Brune -
à L'Anagramme, Jesuis en âge de.
& le Manan d'Orleans à l'Espérance,
l'ont expliquée en Vers.
Les , autres qui ont trouvé ce
mesme Mot, font le Chevalier
Frédin de Pontoise, l'illustre Pa.
resseux dePoitiers, Catin de Limoges,
& la belle Terboicher àl'Anagramme, Bel Astre,cher
objet,dela Ruë S.Victor.
VAmoury le Feu) le Temps, le
Vent, la Pluye, la Lumiere, le Son,
UMet, le sel, &la Mort, font les
autres sens qu'on luy adonnez.
-
Voicy les noms de ceux qui
ont expliqué saseconde sur leDé
acoudre, qui en est leMot. Mef.)
sieurs l'Abbé deVillegrain
L'AbbédelaJaffe; L'Abbéd
Ceven;DeVirgile, Abbé d'A.
puré pres Luzy; L'Abbé Ser--:
vin, de Patay;Berthiet, de la-.
Ruë duParc- Royal; P. deMoret,
Prieur de Magobrio deDijon
; C. Fougeron, die l'éloquent
Berroyen; Mesdames & Demoiselles
Collart, de Sillé le Guillaume
;
DelaMagdelaine sur la
Durance;DeChastillon en Ba.
zois; Foucault, pres le Luxembourg;-
DeBissou;Barier,Faubourg
S. Antoine;Charlote djg£
Brunmont; DeLarcuziere;Ke- relot,duPort-Loüis;Molina,
de la Ruë S. Denys ( ; La Fille
pressée d'Orléans; La Mieux
Faite du Quartier S. Paul de lai
mesme
iii
mesme Ville; La FrançoiseHollandifiée
à l'Anagramme, Pure
Imagede vertu; Mirtil, le Berger
fidelle; Le Génie tout charmant;
Lebeau jeune Marchand des
Halles; Le Berger àl'Anagramme
Siecle d'amour; &Tienbast
Mecar. En Vers, Mademoiselle
Mante, de la Ruë Jean de l'Epine
;
Messieurs Rault deRoüen;
L. Bouchet, ancien Curé de Nogent
le Roy; Droüart de Roconval;
Gygés,duHavre; Marguelet
de laNouë, de Meaux;
L'Ennemy d'amour, à l'Anagramme
,L'Héroine m'y entraîne;
Le Chaumontois, à la Devise,
Ferior, non vulneror; Le Berger
Floriste deCotentin; N. L. M.
D. D. Le Secretaire du Cabinec
deTournay;G. D.S.V. LaBlondine
à l'Anagramme,Lacharman
Cubere de nosjours; La belle Linn
gere, au Duc de Savoye du II
La Brunere à l'Anagramme
M. & la belle Hebert de la Ruu
Troussevache.
J'adjoûte les noms de ceu
qui ont trouvé le vray sens d
l'une & de l'autre Enigme. Mejsieurs
de Corday pres Falaise
L'Abbé le Moine, du Man
Astier, Prieur d'Avignon; LJ
Bayo, du Quay des Orfévres-
DuPré; Petil, de la Ruë Quim
quempois; Mademoiselle Jean
netonAbsolut, de Dreux; L
belle Libor. La jeune Com
mere ,
Epouse triomphante; LJ
spirituelleAgnés; La belle Ma
lade, de Dreux; Le fidelle Am
de cette belle Malade; Les deu:
Rivaux sans jalousie;L'Admirateur
de l'aimable Davilers;
L'Amant Parisien de la belle
Alida Svvers, d'Amsterdam;
L'Autheurdes Madrigaux du
Bal; L'Inconstant; Le beau Controlleur
des Aydes de Dreux;
L'Architecte remplumé par hazard;
Le nouveau Parent d'Agrippa;
Le jeune Agent mifté*
rieux;L'absentAmy regretédes
deux Soeurs; Le Solitaire de dessus
le Quay des Orsévres. En
Vers, Messieurs Soyrot, Controlleur
General des Finances en
Bourgogne ScBrelTej Daubame;
Girault le jeune, du Quartier
SimonleFranc;Buret, de Vitré
-en Bretagne;Baricot, du Havre;
- Le Berger Alcidon, Fauxbourg
S.Victor; L'Infirme; L'Albaniste
de Roüen; Alcidor du Hav v
Sylvie de lamesmeVille; Po
mene; Le Cavalier des Caux;
Postulante emmuréede ROÜssîs
L'Habitant en esprit duPré Saui
Gervais; & le Solitaire du Pa*]
nasse de Rheims.
La premiere des deux nouvov
les Enigmes que je
-
vous envoy
m'a esté donnée fous le nom d'I,tt
Garde des Fermes du Roy i, Dauphiné. L'autre est de si.
BrunEeauNle jIeuGne, Avocat.
M/E- EN Hyver rarementjereçois i?
najJancc; --
L>'Eté'jtmbk plus propre a me donrms
Lejour;
Jluoyqueje coufitpeu, l'onw /2h Çmr>
Etpour me bien garder,onfait de la
dêpence.
M4 yqoàjjêz Couvent devient mon
-
Zu
.Affiffi.WJ;
guandjem'approchee dd"leeUllee,, ce#llee attaque
ma vie.
Deslors quej'ayqmttêfonfein,
Ceflmapluscruelle ennemie.
Cependantjefuis un grand Bien,
J>uoy queseulje nevaille rien;
Jejùùfort bon en compagnie.
EnfinJepuis bien me vanter,
J>uesans lesecours queje donne,
Undesplmgrandsplaijirs quel'on
puissegoûtery
Ne charmeroitprefqueperfonne.
AUTRE ENIGME. MOn Corps de petite fbru-
Bure
Bfi composéde chairsansos,
Etje couche en repos
four& nuitsur la dure.
Jefuis arny de la chaleur,
JEtceficlle quime faitnaître; fùùcependantd'unehumeur
Autantfroide qu'en lepeut efire.
Jefitis dans lePltens auffuoftqueje
nais.
EtjencnCors jamais,
Si ce n'eît4celuy quim'air»
V tntd'un empteffementextrême
F*,tir le fit en mon malheureux
flanc.
C'e(talons que l'on voitmonfmgy (l'oyez,sicla ftpeutfine )
Coulerfansveine &jâns artere.
Mr l'AbbédeMaupeouAvo,
cat General du Grand Conseil,
a en la Survivance d !a Charge
de Président de M on P-t,.-,re7à
dispense d'âge & de service pour
cette Charge, & dispense pour
entrer dans le Parlement, quoy
qu'il y ait Mr de Maupeou son
• Pere.Mrde Maupeou sonFrere,
6c un Oncle maternel.
On a donné au Public une
Piece en Prose à la loüange de
SaMajesté,dont tout le monde
pTairtlree,avec éloge. Elle a pour Réflexionssur le Portrait
du Roy,&le debite au Palais chez
le SQuinet dans la Galerie des
Prisonniers. C'est un Ouvrage,
qui au sentiment même des plus
Critiques,peut passerpour un
Chef-d'oeuvre d'espr it, foit pour
la pureté du stile, foit pour la
délicatesse des pensées, ou enfin
pour la nouveauté de l'invention.
~IcMaréchal celebre Avocat
au Parlement de Paris, qui en à
l'Autheur, a eu l'honneur de
présenterau Roy. Ilenfut reçi
avec beaucoup d'agrément; Ji
ceux de la Cour qui entendirei leCompliment qu'ilfîtàcegrar
Monarque, furent aisément pe
fuadez qu'un Homme qui parlai
si bien, ne pouvait écrire qu'avi
beaucoup de justesse.
Le Commerce Galant, ou les Lë
tres tendres & galantes de lajenà
Iris &deTimandre, ont paru au|
depuis peu de jours, Letour el
est tres-aisé,&l'on y trouve cd
expressions naturelles, qui semi
blent ne devoir ~coûter aucune
peine, &qui manquent cepenj
dant à la plupart de ceux qui
écrivent. Ce Livre se vend chel
le Sr Ribou, sur le Quay de;i
Augustins.
9
Adieu, Madame.Je ne vous -
diray rien aujourd'huy du sejour
de Sa Majesté à S. Cloud. J'attens
que la Cour en foit partie,
pour renfermer dans un seul Article
tous les divernifernés qu'on
y aura pris. Je fuis vôtre, &c.
AParis ce 30. Avril1682.
Une Personne illustre, qui a fis
raifompourcacherson nom prêferitcment,
veut donner une Médaillé
d'or du Portrait du Ro.}) d'un prix
conjïdérable, à celuy qui remplira,le
mieux les Bouts-rimez, quisuivent.
Jupiter, Pharmacopole,Frater,
Nicole, Pater, Caracole, Disputer,
Boussole, Immortel, Cartel,
Affaire, Vers, Univers, Faire.
Onsouhaite qu'ilssoientremplissur
les difércntcs occupations des Hom
mes, qu'on en marque le plus quu
fourra,& que Con y mefie
,
s'ilx
peut, quelque chose 4 h loüangt;
Sa Majejfé. La difficulté stra
beauté de ces Bouts-rimez,. OnA
recevra jusquau quinzième de Mas,
dr voicy comment on s'y conduit
Mejjieurs de l'AcadémieFrançois
font tres -
humblement fupliez,, p'\
le rcjpett &l'efiimequ'on apour le, "J
tUuftre Corps, d'avoir agreabledîeji\
Juges de ces Sonnets que tout cetv
qui en voudront faire donneront
sr Granger, ancien Garde de la Povs
du Vieux Louvre, & qui a la CZ
du Lieu où s'eceiblent Mejjieurs
l'Académie. Les Sonnetsferont t)
chefez,&marquez, de quelque mt
que qui puisse en faire connoifi\ tAuthulr. il les gardera tous dab
une grande BDëte; & le Samedy 16.
de May, jour d'Académie, il la portera
sur les trots heures à ceux de ces
Mejjleurs qui feront déjà arrivez,
s'adressant a Messieurs les Directeur
ou chancelier, ou au plmancienen
leurabsence, pour lesJupiter de vouloir
prendre la peine d'en eHre les
luges.A midy de ce mesme jour,
la Médaille d'or, definée pour le
Prix, fera apportée au mesme Sieur
Granger, afin qu'il la mette avec les
Sonnets entre Ils mains du plm ancien
de ces Mejjleurs. Sa peine ne
ferapasfins récompense.
Mr Coupy,Lieutenant Particulier
des Eaux & Forefis, & un autre
Particulier de la Province, proposent
aujJi des Prixpour des Bouts-rimez,.
On en donnera l'Avis le Mois prochain,
& Con marquer4 à qui Us
Qualité de la reconnaissance optique de caractères
Soumis par lechott le