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Nom du fichier
1682, 04, t. 18 (Extraordinaire) (Lyon)
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8.44 Mo
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301
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Texte
Archiepifcopus
&Prorex
Lugdunenfis
Camillus
deNeufville
Collegio
SS.
Trinitatis
Patrum
Societatis
JESU
Teftamenti
tabulis
attribuit
anno
1693
.




EXTRAORDINAIRE
BLIO
DU 807157
MERCURE
GALAN
T.
ARTIER D'AVRIL 1682 .
LYON OME XVIII.
A LYON ,
Chez THOMAS AMAULRY,
ruë Merciere , au Mercure Galant.
M. DC. LXXXII.
AVEC PRIVILEGE DU ROY.

TABLE DES MATIERES
contenuës dans ce Volume.
R
Eponfes à toutes les Questions du
XVII. Extraordinaire, 4
Traité de la Pourpre , par M. Germain
7 de Caën.
Madrigaux fur les Enigmes du Mois
de Mars, dont les Mots eftoient l'Eau
& le Dé à coudre, 85
Traité du mépris de la Mort, par M. la
Selve de Nifmes, 108
Le Lyon amoureux , Fable de M. Danbaine,
136
Sonnet en Bouts- rimez , de M. d'Artigues
Chapelain de Lefcun,
Autre du demy- Flamand d'Tpre,
142
143
Six autres Sonnets de Meffieurs Soyros,
Foucaul de Montfort - l'Amaury , du
Druyde Lyonnois. &c.
144
De l'origine des Couronnes , & de leurs
efpeces, par M.Rault de Rouen, 152
Madrigaux fur les Enigmes du Mois
d'Avril , dont les Mots eftoient le Sel
✔le Melon, 172
iij
Sentimens en Vers de M. du Rofier , fur
toutes les Questions du XVI. Extraordinaire.
187
Sur la friquente Saignée , par M. le
Franc , Docteur de Montpellier, 193
Réponse à cinq Queftions du dernier Extraordinaire
, par M. Bouchet , ancien
Curé de Nogent le Roy, 209
212
Lettre de M. Comiers , touchant l'élevation
des Eaux,
Madrigaux fur les Enigmes de May
dont les Mots estoient la Puce & le
Soleil , avec les noms de ceux qui en
ont trouvé lefens,
Sur la Caufe des Vapeurs , par M. Panthot,
Medecin de Lyon.
Madrigal de M. Daubaine , fur ce qu'on
a demandé le Portrait d'un parfait
Amant,
Questions à décider,
Fin de la Table.
227
266
275
276
EX
EXTRAIT DV PRIVILEGE
du
Roy.
Ar Grace & Privilege du Roy, donné à
Saint Germain en Laye le 31. Decembre
1677. Signé Par le Roy en fon Conſeil , Jun-
QUIERES. Il eft permis à J. D. Ecuyer , Sieur de
Vizé , de faire imprimer par Mois un Livre intitulé
MERCURE GALANT , preſenté à
Monfeigneur LB DAUPHIN , & tout ce qui
concerne ledit Mercure , pendant le temps &
espace de fix années , à compter du jour que
chacun defd. Volumes fera achevé d'imprimer
pour la première fois : Comme auffi defenſes
font faites à tous Libraires , Imprimeurs , Graveurs
& autres , d'imprimer , graver & debiter
ledit Livre fans le confentement de l'Expofant,
ny d'en extraire aucune Piece , ny Planches
fervant à l'ornement dudit livre , mefme d'en
vendre feparément , & de donner à lire ledit
Livre , le tout à peine de fix mille livres d'amende
, & confifcation des Exemplaires contrefaits
, ainfi que plus au long il eft porté au
dit Privilege.
Regiftré fur le Livre de la Communauté le
5.Janvier 1678.
Signé E. CouTER OT , Syndic,
Et ledit Sieur D. Ecuyer , Sieur de Vizé a
cedé & tranfporté fon droit de Privilege à
Thomas Amaulry Libraire de Lyon , pour
en jouir fuivant l'accord fait entr'eux.
Ashevé d'imprimer pour la premierefois le
24. Juillet 1682
Avis pourplacer les Figures.
Lferentes Figures de la Pourpre doit
A Planche qui reprefente trois diregarder
la page 84 .
La Planche qui reprefente la Figure
Royale de l'élevation des Eaux, doit regarder
la page 212.
EX
EXTRAORDIN
DU
LYON
MERCURE
GALAN T.
QUARTIER D'AVRIL 1682 .
J
TOME XVIII.
E n'ay point douté, Madame
, qu'en lifant ma
derniere Lettre Extraor
dinaire , vous ne dûffiex
admirer autant que vous avezfait,
l'excellent Traité qu'a composé M
de la Févrerie fur l'Honnefteté &
Q d'Avril 1682.
A
2 Extraordinaire
la veritable Sageffe . C'est un Ouvrage
qui fait concevoir pour fon
Autheur une eftime finguliere , &
qui ne sçauroit manquer d'avoir
l'approbation de tous ceux qui fe
connoiftront aux belles chofes. Les
· Portraits du Sage & de l'Honnefte-
Homme , yfont travaille avec tant
d'art , qu'il eft difficile de rien voir
de plus finy. Les Difcours queje vous
avois déja envoyez du mefme Monfieur
de la Févrerie dans le XIV. &
le XV Extraordinaire , tant fur la
Superftition & les Erreurs populaires
, que fur l'air du Monde & la
Politeffe, vous avoient donnéde l'impatience
d'en voir quelques autres
defa façon, & elle ne pouvoit eftre
plus avantageufement fatisfaite
que par ce dernier. En Homme qui
penfe auffibien que luy , & qui écrit
avec autant de jufteffe, a fans doute
fait
du Mercure Galant.
3
fait divers
Ouvragesfar des sujets
de fonpropre choix . S'il m'en tombe
quelques- un's entre les mains , je me
fouviendray de l'empreffement avec
lequelvous m'en demandez une Copie.
Cependant il faut fonger au
Recueil des Pièces que vous attendezde
moy tous les trois mois le le
commence
par cinq Madrigaux
de
Monfieur Daubaine, qui s'eft expliqué
à fon ordinaire d'une maniere
fort Spirituelle
fur les dernieres
Questions qui ont este propofees. f
h
A ij
4
Extraordinaire ..
REPONCES A TOVTES
4
les Questions du XVII
Extraordinaire.lang
ba
Si on peut eftimer une Perfonne fans
qu'on l'aime ; ou fi au contraire on
peut aimer une Perfonne fans qu'on
Teftime
. th
J'Eftim Eftime fans aimer ,
Et j'aime auffi fans eftimer. 370
Je m'en fuis fair , Mercure , une douce
habitude.
Voicy comment. Quand je trouve une
Prude ,
Auxyeux , ou dans fon air , pour peu
qu'elle ait d'appa
Sans l'aimer, je l'eftime ; allons au fecond
cas.
Lors que je trouve une Coquette
Qui me paroit belle , ou bien faite ,
Je l'aime, & ne l'eftime pas.
Lequel
du Mercure Galant.
S
Lequel eft le plus honteux à une Femme
, d'accorder des faveurs à un
Amant qu'elle a aimé , mais qu'elle
n'aime plus , & dont elle n'eft plus
aimée ; ou à un autre qui l'aime ardemment
, qu'elle n'aime point , &
qu'elle n'a jamais aimé.
Voy qu'on ait bien aimé , lors que
l'on n'aime plus
Et du Berger , fur tout
plus aimée ,
quand on n'eft
Pour le favorifer, ilfaut eftre affamée.
Point de raifonnemens , ils feroient fuperflus.
Quiconque en ufe ainfi , devroit mourir
de honte.
De telles Gens je ne faispoint de compre;
Mais je pardonne de bon coeur
e
Aqui peut fans aimer donner quelque
faveur
Pour prix d'une grande conftance.
Cela fent la reconnoiſſance.
Si on peut dire , je vous estime , à une
Perfonne d'un rang plus élevé que
l'on n'eft.
Sous prétexte que la naiſſance
A iij
6
Extraordinaire
A mis entre nous deux un peu de diference
,
Vous prenez des airs de grandeur ?
Vous croyez que je fais un crime ,
Quand je dis que je vous estime a
Guériffez - vous de cette erreur.h
Dans un befoin , Cloris , & fans qu'il
fust extréme,
Je vous dirois que je vous aime.
Quelles raifons on peut avoir de méprifer
la mort , autres que celles que
l'on pourroit prendre de la Religion.
C
E qui fait qu'à la mort nous nous
rendrons fans peine ,
Suivant la fainte opinion ,
Je croy que c'eft fur tout noftre Religion.
Apres cela, quoy qu'en dife Climene
Ceft pour un coeur bien enflamé ,
Le déplaifir cruel d'aimer fans eftire
aimé.
Sur l'origine de la Couronne , & celle
de la Saignée.
L'Origine
de la Couronne
Ne doit embaraffer perfonne..
Dequoy
du Mercure Galant .
7
Dequoy , Damon , t³dviſes -tu
De l'aller chercher dans l'Histoire ?!
Croy ce que la raison nous oblige d'en
croire ,
Elle eft du temps que regnoit la Vertu.
Quant à celle de la Saignée ,
Cherches-tu depuis quand , & par quels
noirs destins ,
Les Hommes en ont veu la pratique
enfeignée ?
C'eft depuis que les Medecins
Font le meftier des Aſſaſſins.
En vous envoyant dans le dernier
Extraordinaire le Difcours que vous y
aveven touchant l'origine de la Pourpre,
j'oubliap de vous dire que Monfieur
Rault de Rouen en eftoit l'Autheur . Celuy
que vous allez voir fur cette mefme
matiere, eft de Monf.Germain de Caën.
TRAITE DE LA
POURPRE
Pour
Our rapporter avec quelque forte
de méthode ce que j'ay leu de la
A j
8 Extraordinaire
Pourpre dans divers Autheurs , je m'arrefteray
à confiderer fon origine , ſa
compoficion , fa diverfité , fon excellence
, & fon ulage. Son origine fera voir
par qui , & à quelle occation elle a eſté
inventée. Sa compofition montrera dequoy
, & en quelle maniere on en faifoit
la confection . Sa diverfité décrira
ſes diférentes efpeces . Son excellence
apprendra quel eftoit fon prix & fa valeur
; Et enfin fon ufage déclarera quelles
perfonnes avoient le privilege de
la porter.
Jules Pollux dans fon Onomafticon,
attribue à Hercule la premiere invention
de cette exquife teinture . Elle luy
eft auffi attribuée par Ange Politien
dans fon, Livre De re veftiar. cap.3 .
& autres , mais fur tout par le Poëte
Nonnus dans le 40. Livre de fes Dionyfiaques
, Voicy à peu près ce qu'il
en dit.
Certaine Nymphe non vulgaire
Faifoit fonfejour ordinaire
Prés du rivage Tyrien .
Hercule qui brûloit pour elle ,
Alloit fouvent chez cette Belle ,
Sans
du Mercure Galant.
9
Sansautre fuite que fon Chien.
Un jonr côtoyant ce rivage ,
Ce Chien par un heureux deftin
Fait rencontre dans fon chemin
D'un tendre & vivant coquillage.
Preffé qu'il estoit de lafaim ,
Cet Objet luy fut un feftin .
Il le caffe , l'ouvre , & le mange ,
Et tout à coupfon blanc muſeau
Se teint, fe colore , & fe change
En un rouge éclatant & beau.
Hercule ignorant l'avanture ,
Chez la Nymphe s'eftant rendu ,
La Belle eut à peine apperçen
Cette rare & vive teinture ,
Que pleine d'un ardent defir ,
Elle luy dit, que quoy qu'il faſſe,
Jamais il n'aura le plaifir
D'avoir dansfon coeur quelque place ,
Si pour preuve de fon amour
Je ne luy donne au premier jour
Vne Robe toute pareille
A la couleer vive & vermeille
Dont fon Chien eft tout barbouillé.
Noftre Amant, à qui la Donzelle
Avoit fans doute un peu brouillé
Les yeux, le coeur, & la cervelle
3
Το Extraordinaire
Et dont la forte paffion
euft fait pour elle Pimpoffible ,
Aprehendant l'effet terrible
D'une telle prédiction ,
Luy promet , luy jure, & protefte,
Dans l'emportement de fon feu,
Qu'il luyfera teindre dans peu
Robe, Manteau, Simarre, ou Veſte,
De la couleur qui luy plait tant.
Cela dit , dans le mefme inftant
Avec fon Chien il s'achemine
Vers le bord de l'Onde marine,
Et là de Rocher en Rocher,
Il tourne & prend maint coquillage,
Sanstrouver ce qu'il vient chercher
Sur cet avantureux rivage.
Enfin eftant preft de quiter
Vne entreprise fi pen fage
Dont il ne fçauroit s'acquiter,
appercent fon Chien grater »
Et de la dent & de la pate
Faire defon mieux pour ouvrir
Vne Coquille delicate
Que le hazard lup vient d'offriir .
Ily court , & voit un Conchyle
Que le Chien caffe , & qui diſtile
Cette inimitable liqueur ,
IL
Dont
du Mercure Galant. II
Dont la Maitreffe de fon coeur
Paroiffoit fi fort amoureuſe .
Joyeux, comme l'on peut penſer
Ilprendpeine de ramaffer
Vnemultitude nombreuſe
De cette Conque précieuſe ;
Et fe faifant de ce menceau
Vn lourd, mais aimable fardeau ,
Il porte avec beaucoup de joye
Chez luy cette agreable prope.
La brifant à force de coups ,
Soit de marteau foit de cailloux
Il en exprime une teinture ,
Dont le vif& brillant éclat
Paffe le plus bel incarnat
Qui puiffe inventer la Peinture.
Il trempe dans cette Liqueur
Quelque toifons de fine Laine ,
Er leur fait prendre la couleur
Quifait lefujet defa peine.
Illes donne enfuste à l'ouvrier
Dont l'artifice fingulier ,
Foignant une exquife riffure
Ala beauté de la teinture ,
Luy rend prefte dans peu de jours ,
Mais également riche & belle ,
La Robe éclatante & nouvelle
: Qu'il
12 Extraordinaire
Qu'il deftinoit à fes amours.
Sifa peine fut reconnuë,
Si la Robefut bien reçeuë ,
Si noftre induftrieux Amant
Regen de fa belle Maitreſſe
Mainte faveur, mainte careffe ,
On n'en doit douter nullement.
Mais ce quifait à noftre histoire ,
C'est que par cette nouveauté.
Dont ongardera la memoire
Chez toute la Pofterité ,
Alcide mérita la gloire
D'avoir le premier inventé
La plus excellente teinture
Le luftre le plus précieux
Quejamais l'Art & la nature
Puiffent produire fous les Cieux.
Achilles Tatius , dans fon Hiftoire
Grecque des amours de Clitophon
& de Leucippe , Liv. 2. rapporte la
premiere invention de la Pourpre à
un Berger , par une avanture preſque
femblable à celle d'Hercule. Ce Berger,
dit-il , ayant veu la gueulle de fon
Chien teinte du fang d'une maniere
d'Huiftre , dont il avoit caffè la coqu'elle
du Mercure Galant.
1.3
quille, & s'imaginant qu'il s'eftoit fait
une coupure en caffant cette coquille ,
luy lava la gueulle pour voir en quel
lieu il s'eftoit bleffe ; mais il fut bien
furpris de voir que non feulement fon
Chien n'avoit aucune bleffure , mais
encor que plus il luy étuvoit le muſeau ,
plus il paroiffoit vermeil & empourpré.
Ce qui le furprit encor davantage ,
fut de fe voir les mains teintes de cette
mefme couleur. Il ne fçavoit à quoy
attribuer un effet fi merveilleux , lors
que le Chien qui avoit pris gouft
à l'Huiftre en trouva encor une pareille
, & la caffant , fit voir à fon Maiftre
qui l'obfervoit , la veritable cauſe
de cette éclatante teinture ; ce que
le Berger ayant remarqué , il prend
une femblable coquille , la caffe , &
trempe dans fon fang un petit flocon de
laine , qu'il voit auffitoft imbibé & coloré
du plus beau rouge cramoify qui fe
puifle voit. Un Secret fi rare le rendit
riche en fort peu de temps. Il le laiffa
en mourant à fes Compatriotes , qui en
firent depuis untrafic fi avantageux, que
leur Ville en devint fort opulente , &
fe
14
Extraordinaire
fe rendit fameufe non feulement par
tout le Levant, mais meſme jufque dans
les Provinces les plus éloignées . Le
fçavant Caffiodore confirme cela dans le
premier Livre de fes Uariérez Epiftre 2 .
Pline dans le 7. Livre de fon Hift .
nat. c. 56. donne l'invention de cette
prétieufe teinture aux Lydiens , Peuples
qui habitoient cette Coutrée de l'Afe
mineure qui s'eft redue recommandable
par l'or que rouloit fon Fleuve Pactocle
patiny fon fablon . Il fait mention
particuliere de ceux de Sardis ou Sardes
, Ville Capitale de toute cette Province
, qui trouverent , felon luy, le fecret
de faire prendre aux Laines la
riche couleur de la Pourpre . D'autres
attribuent cette gloire aux Phéniciens ,
d'autres aux Rhodiens , & c.
·
Quoy qu'il en foit tous les Autheurs:
demeurent d'accord que la matiere
dont on compofoit cette noble teinture
, provenoit d'un petit Poiffon renfermé
dans une petite écaille , conque
ou coquille de Mer , appellée Pourpre,.
du non que l'on donna au fang ou à la
liqueur vermeille que l'on tiroit de la
fubftan
du Mercure Galant. 15
fubftance de ce Poiffon , duquel il e
à propos de dire quelque chofe de ce
que nous en racontent les Naturaliſtes,
au moins pour ce qui touche le fujet
que no us traitons.
Pline Livre 9. c. 36. dépeint deux
fortes de Pourpres & de differente figure
; l'une qu'il dit eftre faite en façon
de petit Cornet ou de Flute, & qu'il
appelle pour cela Buccinum , parce
qu'il a une espece de bec de forme
ronde , qui eft un peu incifé à cofté ,
à peu près comme la Flute , ce qui le
rendroit quafi propre au mefme ufage:
que cet Inftrument , & ce qui eft caufe
que l'on luy donne le nom de Tuyau
ou de Cornet de Mer . L'autre eſpece
de Pourpre, & qui en retient proprement
le nom, eft plus grande dit le mefme
Pline , que le Cornet , & eft faite
en façon de Pointe , ayant fept petites
pointes ou cornes difpofées prefque en
égale diftance les unes des autres ;
Pune defquelles qui eft cavée en forme
de tuyau , fert comme de bec à la
Pourpre,par le moyen duquel ce Poiffon:
pouffe fa langue dehors pour fuccer & attirer
la nourriture ..
Bello
16 Extraordinaire
Bellonius dans le docte Traité qu'il à
fait des Animaux aquatiques , d'ecrit la
Pourpre à peu pres de la maniere de cette
derniere efpece , car il dit que c'eft
une forte de coquille de la groffeur d'un
ceuf de Poule , hériffée tout autour de
petites pointes, ayant une petite ouverture
ou canal à l'un de fes coftez , par
où la Pourpre s'attache aux Rochers ,
& paffe fa tefte en dehors , laquelle
eft armée de deux petites cornes ,
flexibles comme celles des Limaçons ,
qui s'avancent & fe retirent de mefme
, & qui luy fervent comme de
guides pour la conduire , & fonder le
chemin par où elle veut paffer , ayant au
refte la langue fi dure & fi mordante ,
qu'elle s'en fert pour ronger les pierres
pour s'en repaîitre & les attirer dans
fon eftomach. Lapides arrodit , & in ftomachum
exugens demittit .
Rondelet dans fes Recherches fur la
nature & les qualitez des Poiffons , donne
une autre figure à la Pourpre , car il
dépeint fa coque comme celle d'un Limaçon,
en forme de petite Bouteille ,
ronde & l'arge par un bout, & diminuant
du Mercure Galant.
17
nuant peu à peu en pointe , & par plufieurs
petit cercles, jufqu'à l'autre bout ,
ayant l'ecaille d'un rouge jaune par le
dedans , & d'un verd cendré par le dehors
, & toute hériffée par deffus de
pointes difpofées par ordre & comme
par étages, eftant plus longues ou plus
courtes à proportion de la groffeur ou
de la petiteffe du cercle où elles font
attachées. Par le bout qui eft en
pointe en forme d'un bec long & aigu ,
ce Poiffon pouffe fa langue , que Pline
dit eftre de la longueur d'un doigt , &
attire fon aliment.
""
Au refte , quelque diférence de forme
& de figure que les Naturaliſtes
donnent à ce petit Poiffon, outre qu'ils
ce mettent tous dans le rang des coquillages
, il conviennent encore tous que
c'elt de fa fubftance qu'on exprimoit
autrefois la riche teinture qui porte fon
nom , laquelle n'eft autre chofe qu'un
fang vermeil, ou une liqueur incarnate,
qu'il porte renfermée , felon Ariftote
& Pline , dans une petite veine blanche
qui regne autour de fon col, n'y ayất
que ce feul endroit dans ce petit Animal
18 Extraordinaire
mal où cette liqueur fe puiffe trouver.
Lors qu'on la veut tirer de fon corps,
il faut l'affommer vivant , & l'écrafer
tout d'un coup , autrement il perd toute
la couleur qui fait fon prix, l'experience
ayant fait connoiftre que quand il
meurt lentement , fon fang fe diffipe &
s'évanouit de telle maniere , qu'il eft
impoffible d'en exprimer la moindre.
goute. Danda eft opera , dit Pline , uti
vivafrangantur : nam fi priufquamfregeris
expirarint , florem omnem cum vita
evomunt.
Ce fang n'a pas la mefme couleur
dans toutes les efpeces de Conchyles ,
aufquelles on a donné le nom de Pourpre.
Vitruve , Liv.7.c.15 . en diftingue
de plufieurs fortes , qui diférent de couleurs
entr'elles à proportion des diféren
tes plages où elles fe rencontrent. Celles
qui fe prennent le long des Coftes
du Septentrion, ont la couleur d'un rouge
enfoncé , & tirant prefque fur le
noir. Celles d'entre le Septentrion &
P'Occident , font d'un rouge pâle &
plombé , celles qu'on trouve vers l'Equinoxe
, entre l'Orient & l'Occident,
tirent
du Mercure Galant . 19
tirent fur le violet approchant de l'améthifte
; & celles qu'on pefche du cofté
du Midy,font d'un incarnat tres-vermeil
& de couleur de feu ; mais les plus eftiméés
font celles que l'on prend au fond
des Mers do Phénicie & de Laconie.
i
Le temps de leur pefche , felon le
Lentiment de Pline , eft apres les jours
Caniculaires ou à l'entrée du Prin
temps , felon Ariftote, parce que ce font
les deux faifons de l'année où leur fleur
eft plus ferme & plus excellente , aut
lieu qu'elle eft trop fluide , & beaucoup
moins vive dans les autres .
La maniere de les prendre a efté décrite
de cette forte par Elian dans fon
7. Livre des An. c. 34. On lâchoit un
long & fort cordeau au fond de la Mer,
auquel d'efpace en efpace eftoient atta
chez certains Vales ou Paniers d'ozier,
à la façon des Naffes de nos Pefcheurs.
L'on y mettoit des appafts d'entrailles
de Poiffon des quartiers de Grenouilles,
ou autre matiere d'une odeur forte &
puante , pour attirer les Pourpres qui fe
plaifant fort à ces fortes de nourritures,
ne manquoient pas de s'en approcher en
foule
20 Extraordinaire
foule , & d'entrer en grand nombre dans
ces Naffes , d'où la fortie leur eftant
bouchée , elles eftoient contraintes d'y
demeurer enfermées jufqu'à l'arrivée
des Pefcheurs qui vuidoient dans leur
Batteau tout ce qu'ils trouvoient de
Pourpres prifes . Ils alloient les vendre
en fuite à ceux qui fçavoient en compoſer
la teinture. Pline dit que la compofition
s'en faifoit de cette forte..
On piloit toutes ces coquilles enfemble,
écaille & poiffon , du moins les
petites , car pour les groffes on en prenoit
feulement la chair. On les lavoit
en faite plufieurs fois dans une eau claire
, afin d'en ofter tout le limon. Apres
cela, on féparoit la chair d'avec les écailles
, & on leur oftoit la petite veinę
d'autour du col , où le fang de la Pourpre
eftoit contenu . On mettoit ce fang
dans un Vaſe propre à cet ufage , & y
ayant poudré du fel deffus une livre &
demie fur chaque quintal de teinture,
on les y laiffoit tremper trois jours, apres
lefquels on les faifoit bouillir à petit feu
dans des Chaudieres de plomb , par le
moyen d'un Regiftre ou Canal , qui fortant
du Mercure Galant. 21
tant d'un Fourneau allumé de charbon,
portoit une chaleur moderée à chaque
Chaudiere , d'où le feu n'eftoit ainfi
éloigné qu'afin qu'il ne brûlaft point la
teinture. Pendant que cette liqueur
s'échaufoit, les Teinturiers eftoient fans
ceffe occupez tant à lever l'écume , qu'à
nettoyer & ofter toute la chair qui pouvoit
eftre restée aux veines qui contenoient
la Pourpre ,& les veines mefmes,
n'y laiffant que la pure fubftance de
fang. Enfin routeftant bien nettoyé , ils
laiffoient raffoir cette fubftance dans la
mefme Chaudiere où elle avoit cuit,
par l'espace de dix jours entiers , lefquels
expirez , ils faifoient la premiere épreuve
de leur teinture, en y trempant quelques
flocons de Laine , la plus blanche
& la plus fine qu'ils pouvoient trouver,
& apres l'avoir laiffée imbiber durant
cinq heures , ils la retiroient ; & s'ils
voyent que leur Laine ne fuft pas affez
chargée & colorée à leur gré, ny la teinture
affez vive , alors ils recommençoient
à faire bouillir leur décoction,
jufqu'à ce qu'elle donnaft la couleur
qu'ils defiroient ; ce qui eftant fait , ils
reti
22
Extraordinaire
retiroient leur Laine , & l'ayant fechée;
peignée & cardée, ils luy faifoient prendre
une nouvelle teinture , qu'ils réiteroient
plus ou moins de fois qu'ils en
vouloient la couleur , plus ou moins
éclatante , vive , morne , ou enfoncée.
Quelquefois ils y ajoûtoient du miel ou
de l'urine , pour en augmenter le lustre,
que ces Laines ainfi teintes gárdoient
plus de deux cens ans fans aucune alteration.
སྐ་
On a perdu Pufage de teindre avec le
fang, de ces Pourpres , foit que la maniere
de l'exprimer fe foit évanouye,
foit que l'on ne connoiffe plus , ou que
l'on ne trouve plus de ces fortes de coquillages
, foit enfin qu'on n'y rencortre
plus cette précieufe fubftance qui les
faifoit tant rechercher autrefois . Il eft
certain que l'on ne voit point d'Autheurs
ny de Voyageurs qui nous difent
qu'il y ait aucune Gontréé fur la terre
où il foit refté le moindre ufage de cette
teinture , ce qui eft affez digne d'étonnement
, apres la vogue qu'elle a
euë anciennement préfque par toute la
terre .
On
du Mercure Galant.
23
On tâche pourtant de reparer cette
perte en quelque maniere , & de contre
faire autant que l'on peut la teinture
de la Pourpre, par le moyen d'une graine
appellée Kermés en Arabe , d'où
l'on veut que vienne le mot de Cramoify
& d'Ecarlate , qui font deux fortes
de couleurs qui approchent le plus de
celle de Pourpre. La premiere va fut
les Soyes , & lafeconde fur les Laines ,
& felon le fentiment de quelques-uns,
depuis que la Cochenille eft en vogue ,
le Cramoify va auffi for les Laines.
C
Cette graine dont on fe fert pour
teindre en Ecarlate , & qui fe nomme
en Latin Coccum, vient felon la defcri
ption de Diofcoride , ou d'un petit Arbriffeau,
que Phine a crû eftre l'Ilex, ou
Aquifolia , c'eft à dire , une efpece
de Chefneau , qu'on appelle reuſe , ou
Eufe, qui croît en quantité dans l'Efpa+
gne , le Languedoc, la Provence , & en
quelques Cantons de l'Italie ; ou d'une
autre forte de Plante ou Arbuste, que le
mefme Pline veut eftre fort commune
en Afrique , en Galatie , en Cilicie , en
Pifidie, & mefme en l'Ile de Sardaigne
ou
24 Extraordinaire
ou enfin c'eft la Cochenille , cette graine
fi chere que l'on apporte des Indes,
& dont l'on compofe le plus beau & le
plus pur Paftel de l'Ecarlate .
Quelques- uns fe font imaginez que
la confection de l'Ecarlate fe faifoit du
fang & de la fubftance de certains petits
Vers qui naifoient & fe formoient
dans les graines de quelques petits Arbriffeaux
, dont ils ne fçauroient bien
diftinguer le nom ny la forme ; & d'autres
ont crû que cette fubftance ou vermillon
fe trouvoit dans de petites veſfies
, bulbes , ou pillules rouges , qui *
croiffoient fur l'écorce de certains Arbres
qu'ils ne connoiffent pas mieux
que les premiers.
Quoy qu'il en foit , on ne peut douter
que l'Ecarlate dont on ufe préfentement
, ne ſe fille de quelqu'une de ces
fortes de graines , avec lefquelles on
mefle , à ce que difent les Experts du
Métier , de l'Agaric , de l'Alun , de la
Couperofe, du Bréfil , & autres drogues
qui entrent dans la confection de l'Ecarlate
, qui eft à proprement parler la
feule Pourpre d'aprefent .
+ . Mais
du Mercure Galant.
25
Mais pour revenir à l'ancienne de
laquelle feule nous parlons icy , Pline ,
& plufieurs autres Autheurs , nous apprennent
, outre ce que nous avons déja
rapporté de Vitruve , que l'on diſtinguoit
anciennement trois principales
fortes de teinture de Pourpre , aufquelles
on donnoit le prix par
preference à
toutes les autres , & qui n'eftoient pas
moins diférentes entr'elles pour le luftre
& pour la beauté , felon le fentiment
de Diogene Laërce , que le font entr'eux
le Soleil , la Lune , & un
Flambeau,
pour la fplendeur & la clarté : Constat
Purpuram colorem varium præ fe ferre
ad Solem, & Lunam, &
Lucernam . Diogen.
Laërt. L.9.
La
premiere de ces
Pourpres eftoit
d'un fond rouge , mais d'un rouge vif
&
éclatant , & de couleur de feu , ou de
fang pur &
vermeil ; & voilà
pourquoy
elle eftoit
appellée
Purpura ignea , ardens
, Tyrio murice tincla ,
, parce que
pour la faire l'on jettoit fur la teinture
en graine ou
Ecarlate , une charge de
Pourpre rouge
Tyrienne.
Volfangus Lazius
, L.8 . c.8 . dit que c'eftoit ce qu'on
Q. d'Avril 1682. B
26 Extraordinaire
appelle aujourd'huy Rouge- cramoify.
Vopifcus dans la Vie d'Aurelien , fait
mention d'une Piece de Drap teinte en
cette couleur , qu'il dit que le Roy de
Perfe avoit fait venir des Indes , & qu'il
l'envoya par fes Ambaffadeurs comme
un riche prefent à cet Empereur , qui
la reçeut avec beaucoup de reconnoiffance
, & en fit beaucoup de cas , &
certes avec raifon , dit cet Autheur,
parce qu'elle avoit un éclat fi vif , que
la plus prétieufe Pourpre des plus Curieux
de Rome , perdoit toute fa beauté
aupres d'elle , & ne paroiffoit que
de la cendre à fon égard : Cineris fpecie
decolorari videbantur cætera divini
comparatione fulgoris. Cet Hiftorien.
adjoûte , qu'Aurelien la dédia à Jupiter,
& la fit appendre en fon Temple du
Capitole comme un chef - d'oeuvre
de la teinture , & un effet tout miraculeux
de l'artifice humain. Il dit de plus,
que le mefine Aurelien , & apres luy,
les Empereurs Probus & Diocletien ,
envoyerent de tous coftez des Teinturiers
tres- habiles pour découvrir le
fecret d'une fi merveilleule teinture,
C
&
du Mercure Galant.
27
& qu'ils n'y pûrent jamais réüffir. Ce
morceau d'Etoffe de forme quarrée , &
teinte en Pourpre , que Jean Magnus
dit eftre prétieufement confervé dans
un Temple de la Laponie , & adoré
comme une Divinité par certains Peuples
de cette glaciale Contrée , pouvoit
eftre un échantillon de cette admirable
Pourpre. Ces Peuples l'acheterent
autrefois de quelques Négotians
fins & rufez qui eftoient venus
aborder fur leurs Coftes , & qui leur
vendirent bien cher ce morceau d'E- -
toffe , abufant de leur fimplicité , & de
l'empreffement avec lequel ils le demanderent.
Lors qu'ils en furent les
maiftres , ils le prirent pour quelque
chofe de divin , ne pouvant s'imaginer
qu'un coloris fi merveilleux pût eftte
l'ouvrage des Hommes , mais fe perfuadant
folement que quelque Dieu s'en
eftant rendu l'Ouvrier dans le Ciel,
l'avoit en fuite apporté fur terre , pour
obliger les mortels à adorer fon ouvrage .
La feconde forte de Pourpre s'appelloit
Amethystina, parce qu'elle reprefentoit
la couleur d'une Pierre pré-
Bij
28 Extraordinaire
tieufe que nous nommons Amétyfte, &
qui eft d'un violet fort brillant & aviné.
Pour mettre cette teinture dans fa
perfection , on en faifoit la couche de
Pourprin noîratre , & la charge de buret
; & quelquefois on donnoit au violet
du Conchyle ( qui eftoit une des efpeces
du coquillage fervant à la Pourpre
, & dont le fang eftoit plus violet
que rouge ) une charge de rouge Pourpre
Tyrienne , & par ce moyen on formoit
un violet de haute couleur , ou un
rouge tirant fur le violet.
Pline appelle la confection de cette
teinture , une invention vaine & fuperflue
, que le luxe & la vanité fembloient
n'avoit introduite à Rome que pour encherir
encor par deffus la couleur de
Pourpre Tyrienne , comme s'il n'euſt
pas fuffy à l'ambition des Romains de
porter l'Amétyfte parmy les autres Pierreries
dont ils parfemoient leurs Habits
, & qu'elle ne fuſt pas contente de
toute cette vaine parade , fi elle n'adjoûtoit
encor la couleur de cette Pierre
prétieufe fur le fond de leurs Etoffes ,
par un furcroift de dépenſe , à la Fourpre
du Mercure Galant . 29
pre rouge Tyrienne , afin de les rendre
d'une couleur & plus chere , & plus
agreable à la veuë.
La troifiéme efpece de Pourpre portoit
la couleur d'un foible violet qui ti
roit fur le bleu , & s'appelloit pour cela
Purpura carulea, Hyacinthina , ou Ianthina
, parce qu'elle reffembloit en couleur
à la Fleur , ou à la Pierre prétieuſe,
aufquelles nous donnons le nom d'Hyacinthe
, qui montre un violet moins
vif , & beaucoup plus pâle que celuy de
l'Amétyfte , & qui paroît plus enfoncé.
Cette derniere forte de Pourpre fe faifoit,
au raport de Pline , du fimple fang
des Conchyles , fans y adjoûter , comme
aux autres, des Cornets de Mer, & l'on
n'y mettoit que la moitié d'autant de
que l'on en mettoit à la rouge & à
la violete ; & plus l'on vouloit que le
violet tiraft fur le bleu & fuft d'une
couleur pâles moins on faifoit cuire la
teinture, & tremper les Laines. Perfe fait
mention de cette Pourpre, lors qu'il dit,
Hic aliquis, cui circum humeros
Hyacinthina Lana eft.
fel
Cette teinture eftoit la moins eftimée
B iij
30
Extraordinaire
de toutes , & ne fe portoit d'ordinaire
que par les Gens du commun, & par les
Courtifanes . Martial en marque quelque
chofe dans le reproche qu'il fait à
certain Libertain , l'accufant de faire
porter des Habits de Pourpre Iantine ,
c'eft à dire de couleur d'Hyacinthe , à
une creature de mauvaiſe vie qu'il entretenoit.
Coccina famofa donas & Ianthina
Macha.
Cornelius Nepos , cité par Pline , &
qui mourut fous l'Empire d'Augufte , ſe
reffouvient de ces trois fortes de Pourpre
, lors qu'il écrit que du temps de fa
jeuneffe la Pourpre violete eftoit en vogue
à Rome, Me juvene violacea Purpura
vigebat , & qu'on la quitta bien- toft
apres pour en prendre de rouge blasfard,
ou de pâle violet , teinture de Tarente,
Nec multò post rubra Tarentina ; &
qu'enfin la mode de celle - cy eftant paffée,
on luy avoit fait fucceder la Pourpre
rouge Tyrienne , dont la couleur eftoit
beaucoup plus vive que les deux autres .
Cette derniere fut appellée Dibaphum
Tyriam , à caufe qu'elle eftoit deux fois
teinte,
du Mercure Galant .
31
teinte. Celuy , dit le mefme Nepos , qui
en apporta la mode à Rome , & qui la
porta le premier en fa Prétexte , fut
Lentulus Spinther Edile Curule ; dequoy
on le blâma d'abord , mais on l'imita
fi bien dans la fuite, que la plupart
de ceux qui avoient un peu de bien, s'étant
mis à la porter , elle devint enfin fi
commune, qu'on s'en fervoit mefme dans
les Couvertures des Lits de table . Qua
Purpurâ quis non jam triclinaria facit ?
Comme il y avoit de la diférence
entre ces trois fortes de Pourpre pour
la beauté de la couleur , il y avoit auffi
beaucoup d'inégalité de prix . La plus
chere de toutes eftoit la Dibaphe , ou
Pourpre de Tyr, deux fois teinte , parce
qu'il y falloit faire beaucoup plus de
frais qu'aux deux autres. Inter Purpuras
,dit Pline , preciofiffima fuit Dibapha,
que nomen inde fortita , quòd effet
bis tincta veluti magnifico impendio.
Plin. 1.9.c.3 . Le mefme Autheur dit en
un autre lieu , que le luxe eftoit monté
à tel point à Rome , pour le regard de
cette forte de teinture , dont tout le monde
vouloit fe parer , que le prix en
B iiij
32 Extraordinaire
vint jufqu'à égaler celuy de l'or & des
pierreries : Luxuria Purpuris paria poenè
margaritis pretia fecit , l. 35. En effet
, Fl. Vopifcus rapporte dans la Vie
de Valerien , que la Femme de cet
Empereur demandant un jour à fon
Mary la permiffion de porter une Robe
de Soye teinte en cette couleur , ce
fage Prince , mais un peu trop ménager,
luy répondit ; Les Dieux me gardent ,
Madame , de vous voir porter un Habit
dont les filets fe payent au poids de
l'or , Abfit ut auro fila penfentur. La
livre de Soye ainfi teinte , continuë cet
Hiftorien , ne fe vendoit pas moins
pour lors qu'une livre pefant d'or . Libra
enim auri tunc libra ferici fuit.
Le mefme Cornelius Nepos , déja
cité , affure que de fon temps la livre
de cette Pourpre rouge de Tyr fe vendoit
à Rome plus de mille deniers , qui
valent felon Budée plus de cent Piftoles
; que la violete la plus exquife ,
quoy que d'un prix beaucoup au deffous
de la rouge , ne valoit pas moins
que cent deniers ou cent francs la livre
; & la violete blasfarde à proportion
.
du Mercure Galant.
33
tion . Martial témoigne qu'un certain
Baffus , Homme Confulaire , acheta
quelques Robes de laine teinte en
cette premiere couleur , qui luy coûterent
dix mille deniers , ou mille Piftoles.
Emit lucernas millibus decem
Baffus Tyrias coloris optimi. Et le méme
dans la 41. Epift . de fon 10. Livre
, fait affez voir à quel excés montoit
le prix de cette forte de Robe,
lors que raillant Proculeïa qui vouloit
faire divorce avec fon Mary , à caufe
qu'ayant efté élevé à la Charge de
Préteur , il falloit que pour l'honneur
de fa Dignité il eut une Robe de
Pourpre de la plus exquife , qui ne
luy pouvoit guére moins coûter que
cent mille feſterces , il luy dit plaifamment
que la Pourpre Mégalée eft trop
chere , & qu'il voit bien que c'eft par
épargne qu'elle le réfout à fe féparer de
fon Mary.
Par cette Pourpre Mégalée , ou Mégalienne,
il entend une efpece de Robe
de Pourpre Tyrienne , dont eftoien: revétus
les Préteurs lors qu'ils affiftoient
en cerémonie à la celebration des Jeux
B v
34
Extraordinaire
Mégaliens , où ils avoient coûtume de
préfider. Ces Jeux fe celébroient tous les
ans à l'honneur de Cybele , que l'on rèveroit
communément fous le nom de la
grande Mere des Dieux , d'où ces Jeux
avoient pris leur nom , parce que Mégale
chez les Grecs fignifie Grand , &
parce que ces Jeux fe faifoient principalement
par la Jeuneffe Romaine de
l'un & de l'autre Sexe , qui avoit le
privilége de s'y traveftir , & d'y jouer
toutes fortes de perfonnages , tant des
Magiftrats que des Perfonnes privées ,
contrefaifant leurs habits , leurs paroles
, & leurs actions. Les Préteurs , à qui
le foin de ces Jeux eftoit commis, y préfidoient
en Robes de cerémomie , c'eft
à dire en Robes de Pourpre des plus riches
& des plus pompeufes , pour empefcher
les defordres qui pouvoient y
arriver ; Ou bien il faut entendre par
cette Pourpre Mégalienne , que Martial
met à fi haut prix , non feulement la
Robe dont le Préteur devoit eftre revétu
pendant ces Jeux , mais encor une
grande quantité d'autres pareilles Robes
de Pourpre que le Magiftrat eftoit obligé
du Mercure Galant.
35
gé de fournir, pour en reveftir les Senateurs
& les autres Perfonnes de qualité
qu'il convioit d'y venir , par le devoir
de fa Charge qui l'engageoit à faire les
principaux frais de la Fefte. Plutarque
dans la Vie de Lucullus , rapporte qu'un
certain Préteur voulant s'acquiter avec
honneur de la celebration de femblables
Jeux , dont il devoit faire la dépenfe,
s'adrella à ce grand Capitaine , pour le
prier de luy prefter quelques Robes de
Pourpre, dont il avoit befoin pour revétir
plufieurs Officiers qu'il avoit priez
de s'y trouver. Lucullus luy donna parole
de l'accommoder de tout ce qu'il en
avoit , & ce Préteur l'eftant allé voir le
lendemain pour luy en demander environ
un cent , Lucullus en fit auffi - toft
porter encore une fois autant chez luy.
Martial dit la mefme chofe , mais un peu
diverfement pour le nombre des Robes,
qu'il faifoit monter jufques à cinq mille.
C'est dans l'Epiftre à Numitius.
Ce que dit ce Poëte , feroit affez difficile
à croire , qu'un Particulier poft
avoir en fa poffeffion un fi prodigieux
nombre de Robes , & d'une teinture auffi
chere
36
Extraordinaire
chere qu'il eft conftant que l'eftoit celle
de Tyr , fi l'on ne fçavoit pas que ce
Lucullus eftoit le plus opulent & le
plus magnifique de tous les Romains.
Les richelles qu'il avoit amaffées dans
les conqueftes qu'il avoit faites en diverfes
Provinces de l'Afie,& particulierement
en celle de Pont , eftoient fi
grandes , que , que lors qu'il triompha à Rome,
apres la défaite du Roy Mithridate
, ce fut avec une magnificence
prefque
incroyable . On voyoit parmy les ornemens
de fon triomphe , la Statuë de
ce Prince, toute d'or maffif, de fix pieds
de haut , avec fon Bouclier de mefme
métail , & tout couvert de pierres prétieuſes
, outre une grande fuite de Mulets
chargez de fommes immenfes d'or
& d'argent fondu & monnoyé
avec
une infinité de Lits , Tentes , Robes de
Pourpres , & autres meubles d'une
valeur ineftimable. Son train eftoit
fi pompeux , qu'il furpaffa de bien loin
la fomptuofité de tous les Princes &
des Rois mefme de fon temps. Si nous
en croyons Plutarque & Velleijus Paterculus
, il n'avoit pas feulement une
tresdu
Mercure Galant.
37
tres- grande quantité de Palais , où
rien ne manquoit pour l'ornement ;
il faifoit percer à jour des Montagnes
toutes entieres pour s'y faire des cheminens,
forte que les eaux de la Mer &
des Fleuves paffoient fous leurs voutes
fufpendues , & venoient environner
fes Maifons , qu'il fe plaifoit quelquefois
de faire conftruire au milieu
des flots. Sa Table eftoit régulierement
fervie des mets les plus rares en
Vaiffelle d'or & d'argent enrichie de
pierreries. Il avoit diverfes Sales où il
prenoient les repas, qui montoient à des
fommes immenfes , entr'autres celle
qu'il apelloit la Sale d'Appolon , dans
laquelle les Feftins qu'il avoit accoûtumé
de faire eftoient reglez fur le pié
de cinquante mil écus chacun. Si tout
cela eft vray , comme ces deux Autheurs
en font foy , on ne s'étonnera
pas qu'un Homme auffi opulent , auffi
magnifique , auffi diffolu que ce Romain,
puft eftre fourny du grand nombre
de Robes de Pourpre que luy attribue
Martial.
f
38
Extraordinaire
Quoy qu'il en foit , cette abondance
de Pourpre chez un Particulier , ne didiminuë
rien de la valeur de cette teinture
, qui pour eftre chere ne laiſſoit
pas d'eftre affez commune , par le grand
nombre des lieux où elle fe faifoit .
Les principaux eftoient Aquin Ville
d'Italie dans le Latrum ; l'Ile de Cô ;
celle de Cythere renommée pour la
naiffance de Vénus ; Cyzique , ou Cyzicéne
, Ville de la Propontide , dont
la pourpre, dit le Docte Erafme , eftoit
d'un luftre fi inalterable , qu'elle paffoit
en Proverbe chez les Grecs , pour
fignifier une honte inéf cable : Tinctura
Cyzicena dedecus non eluendum apud
Atticos appellabatur ; Getulie , Region
d'Afrique , Hermione , Ville de Grece
des plus fameufes pour cette prétieuſe
teinture ; témoin ce que raporte
Plutarque dans la Vie du grand Aléxandre
, que parmy les riches dépoüilles
que ce Monarque r'emporta de la
prife de Suze , il fe trouva un fi prodi
gieux amas de Pourpre d'Hermione ,
qu'il y en avoit pour plus de cinquante
mille talens , que les Roys de Perfe
Y
du Mercure Galant.
39
y faifoit conferver depuis prés de 200 .
ans, & laquelle paroiffoit auffi éclatante
& auffi fraîche , que fi elle euſt eſté
tout récemment faite ; & le fecret, ajoûte
cet Autheur , qui luy avoit fi longtemps
confervé fon luftre , c'eft qu'on
avoit mélé du miel dans fa cópofition ;
Hydrante aujourd'huy Otrante ,jadis un
des plus fameux Ports de la Mer Adriatique
; Lacédemone , ou Sparte , Capitale
du Péloponefe ; Melibée , Ville
maritime de Macedoine , de laquelle
je ne puis paffer fous filence ce qu'a
dit Lucrece de l'Excelence de ces riches
Draps de Pourpre. Voicy comme
il parle dans fon fecond Livre.
La Pourpre dont le Pan avec orgueil
éclate.
Dans le fuperbe atour dont Nature
la peint ,
N'a pas plus de brillant, qu'en montre
l'écarlate
Des fins & riches draps qu'à Melibée
on teint.
On fait encore mention de Meninge
40 Extraordinaire
ge Ville d'Afrique , de Milet, de Muze
fameux Port d'Egypte , d'Oebalie
Contrée du Péloponele , d'Omana en
Perfes de Puteoles , on Pouzole , Cité
des Tyrrheniens de l'lfle de Rhodes ,
& de celle de Sardaine dont la Pourpre
auffi bien que celle de Cyzique
paffoit anciennement en Proverbe , felon
le rapport d'Erafme , pour marquer
le vermillon , que la pudeur fait monter
au vifage des Perfonnes pudiques ,
quand on leur dit quelque chofe de
trop libre , ou bien de peindre la couleur
de ceux qui ayant reçeu quelques
bleffures , font teints , & comme empourprez
de leur propre fang ; Purpu
ra Sardonica per iocum transfertur ad
eum qui pudefit , aut qui ob plagas
fanguine tingitur , Erafm. Il faut encor
ajoûter Sidon , Tarente , & la celébre
Ville de Tyr , la plus renommée
de toutes , tant pour l'invention de la
Pourpre , que pour fa parfaite confe-
&ion , comme il paroift , outre ce que
nous en avons déja dit , par une infinité
de témoignages des Autheurs
Grecs & Latins que l'on peut voir
dans
de Mercure Galant. 41
dans Gefnier , en fon docte Ouvrage
de l'Hiftoire des Poiffons.
Quant à l'excellence de cette exquife
teinture , on la peut tirer du
privilege qu'il falloit avoir pour en faire
la confection & le trafic, & de l'honneur
qui luy eftoit rendu par l'ufage auquel
elle eftoit ordinairement destinée .
Il eft conftant qu'il n'eftoit pas
permis à tout le monde de travailler
à la confection de la Pourpre . Il faloit
avoir des Lettres Patentes ou du Prince
, ou de la Republique , qui en accordaffent
le privilege ; y ayant , dit Ammien
Marcelin , des peines tres - rigoureufes
décernées par les Loix contre
ceux qui auroient ofé s'en méler fans
cette permiffion. Tinctura Purpura opificium
magno aftimatum , nec permiffum
cuivis , extanque hac de re leges feveriffima.
Ces loix fe peuvent voir dans
le Livre 4. du Code Juftin. au titre ,
Qua res vendi non poffunt ; & il paroift
par le témoignage d'Eufebe 1.7 .
c. 28. & de Nicephore de Callifte l ..
6. c. 35. que parmy les premiers Magiftrats
de l'Empire Romain , il y en
avoit
42 Extraordinaire
avoit un fort confidérable , que l'on
appelloit Præfectus Baphiorum. Il avoit
la Sur - Intendance fur tous ceux qui
teignoient en Pourpre , afin de faire
obferver toutes les chofes requifes
dans cet Art , mis avec une autorité fi
abfolue, qu'il avoit la puiffance du glaive
fur tous ceux de cette profection .
Ainfi , au rapport de Varinus , quand
il y en avoit quelqu'un convaincu d'avoir
fophiftiqué la Pourpre , il le condamnoit
fans appel à perdre la teſte :
Qui purpuram adulteraffent Capite ple.
Etebantur.
·

Cette Charge de Grand - Maître
Chef , ou Sur Intendant de la teinture
de Pourpre, ne ſe donnoit ordinairement
qu'aux Perfonnes de la premiere
qualité , ou à ceux que le Prince vouloit
glorieufement recompenfer pour
quelque fervice confiderable. Auſſi
nous lifons dans le même Nicéphore ,
que l'Empereur Aurelien ayant deffein
.de favorifer un certain Dorothée Eunuque
de naiffance , Homme autant
doué de ſcience & de vertus que relevé
par la nobleffe de ſon extraction , il
luy
du Mercure Galant.
43
luy donna cet office de prefet de la
Pourpre , comme un témoignage autentique
de fa bienveillance , & une récompenfe
legitimement devë à fon
mérite. Quamobrem illum etiam Imperator
familliarius complexus , honorem
ei detulit, ut tinginda Purpura praeffet.
Quelques- uns fe font imaginez que la
principale raifon pour laquelle l'empereur
l'eleva à cette éminante dignité ,
eftoit à cauſe contre que l'ordinaire de
tous les Hommes, la Nature l'avoit rédu
Eunuque dés le ventre de fa Mere, comme
fi elle luy euft voulu donner une
virginité naturelle , & une pureté de
prérogative de corps & de coeur par
deffus tous les femblables ; vertu que
Caffiodore difoit eftre requife dans ceux
qui prétendoient heurefement réüffir
dans la parfaite teinture de la Pourpre,
felon ces élegantes paroles. In illis an
tem rubicundis fontibus cùm albentis
comas ferici doctus moderator intinxerit
, habere debet corporis puriffimam
caftitatem , quia talium rerum fecreta
refugere dicuntur immunda. Strabon l..
16. dit que ceux que l'on employoit à
cette
44
Extraordinaire
cette teinture , eftoient non feulement
affranchis de toute fervitude , mais encore
exempts de toutes fortes d'impoſts
& d'exactions publiques, tant ceux qui
la compofoient , que ceux qui en faifoient
le trafic.
Pour ce qui eft de l'honneur que
l'on rendoit à la Pourpre , on ne le fçauroit
d'ecrire plus fortement que le fait
Pline dans le 9. I. de font Hiftoire c. 36.
lors qu'il dit que cette noble couleur eſt
accommpagnée d'une fi augufte majefté
, & imprime une telle veneration
dans tous ceux qui la regardent , qu'il
n'eft rien au monde à qui l'on porte plus
d'honneur & de refpect . Ne voyons
nous pas , ajoûte - il , que les Bâtons de
commendement la precedent , que les
Faifceaux & les Hallebarde Romaines
luy fervent de gardes , & luy font faire
voye par tout comme fes Huifiers
& fes Satelites. C'eft par elle que les
Enfans des Prince & des grand Seigneurs
s'attirent la reverence des Peuples
, que les Gens de Robe font diftinguez
d'avec les gens d'Epée , les Senateurs
d'avec les Chevaliers , les Magiftrais
du Mercure Galant. 45
giftrats d'avec le Peuple. C'eft par fa
préfence que la colere des Dieux eft
arreftée, que les foudres leur tombent
des mains , que les faveurs du Ciel
font répandues fur les Hommes , & les
châtimens détournez de leurs teftes .
Enfin c'eſt cette noble livrée qui fait
tout le luftre & l'ornement des ¡ Habits
les plus magnifiques , & qui releve infiniment
de l'eclat l'or & de la pompe
des triomphes .
Mais pour pouffer encore la choſe
plus loin , la veneration que l'on avoit
pour cette augufte couleur , eftoit fi
grande , qu'elle alloit mefme jufqu'à
l'adoration, Ainfi quand il eftoit queftion
d'aller faluer , les Empereurs &
les Roys , rev.tus dans leurs Lits de
Juftice de ces Robes éclatantes , on
diloit à leurs Sujets de venir rendre
leurs refpects & leurs adorations , non
à la Sacrée Majefté de leurs Royales
Perfonnes , mais à l'augufte apareil de
la venerable Pourpre dont ils eftoient
revetus . C'est ainsi qu'en parle le
premier Secretaire du Roy Theodoric
à un des grands Officiers de ce Prince
46 Extraordinaire
ce, pourveu d'une des plus confidérables
Charges de la Cour , dans le
commandement qu'il, luy fait fuivant
la coûtume , de venir apres l'acheve-
-ment de fon quartier , à la tefte de tous
ceux qui eftoient de la dépendance de
fa Charge , fe jetter aux pieds de fa
Majefté pour adorer fa Pourpre Royale,
& obtenir par cette refpectueuse action
le pardon des manquemens qu'il auroit
pû commettre en l'exerçant. Quapropter
fpectabilitatis honore fuffultus
inter Tribunos & Notarios venerandam
Purpuram adoraturus accede , &c . Caffioder.
Var. l. 11. Ep . 20. Ce grand
Homme fait encor le mefme Commandement
à un autre . Officier qui fortoit
de charge dans le mefme Livre
Ep. 31.
Mais la preuve de l'honneur que
l'on rendoit anciennement à la Pourpre ,
paroiftra encor plus claire par la
defcription de l'ufage facré & prophane,
auquel cette augufte couleur eftoit
communement apliquée. Pour ce qui
touche l'uſage facré je le tire du temoignage
des faintes Lettres qui m'apprenét
que
du Mercure Galant.
47
que Parmy les offrandes que Dieu voulut
luy eftres préfentées par les Ifraëlites
& dont il donna la lifte à Moyfe , quand
il fut queftion de luy baftir un Tabernacle
, l'Arche d'Aliance , & les autres
chofes facrées qui regardoient fon fervice
, la Pourpre y tient un des premiers
rangs , comme il paroift en quantité
de lieux du Livre de l'Exode , &
particulierement dans le Chap. 35. ou
l'on lit ce commendement : Omnis vo
luntarius & prono animo offerat eas Domino
: Aurum, argentum , & as , Hyacinthum
& Purpuram , coccumque bis tin-
&tum. En fuite Dieu ordonna que cette
Pourpre offerte, l'on fit les courtines , les
rideaux & pavillons qui devoient reveftir
fon Tabernacle , l'Arche & les autres
meubles précieux de fon Temple ; que
l'on en fit le grand Voile du Sanctuaire,
la Tente du Parvis , & en un mot tout ce
qui devoit fervir à enveloper les Vales
facrez . Il commanda encore la même
chofe pour les Tuniques & les autres ornemens
de fes miniftres , qu'il voulut
eftre étoffe z de Pourpre deux fois teinte
, c'eſt à dire de la plus belle & de la
plus
48 Extraordinaire
plus précieufe , mais particulierement la
Robe qui devoit reveftir le fouverain
Pontife dans le temps qu'il ferviroit à
fes Autels, que Dieu avoit expreffement
ordonnée eftre de cette mefme matiere,
fuivant la figure & avec les enrichiffemens
qu'il en avoit prefcrit luy- meſme
à Moyfe , de la maniere que l'a décrit
l'Autheur facré du Livre de l'Ecclefiaftique
, qui dit que cette Robe , qu'il
appelle l'Etole fainte , le Veftement
d'honneur , & la Robe de gloire , eftoit
étoffée de Pourpre & d'Hyacinthe , &
toute relevée en broderie d'or & de pierres
précieuſes : Induit eumftolam glorie
ftolam fan&tam auro & Hyacintho
Purpura , opus textile, gemmis pretiofis
figuratis in ligatura auri. Eccl. 45 .
A propos de cette Robe Pontificale,
que le mefme Autheur affure n'avoir
jamais efté portée que par le Grand
Preftre Aaron premierement , & en fuite
par fes Enfans & fes Neveux , qui foccederent
dans la fuite des temps à la fupréme
Dignité je ne fçaurois paffer
fous filence ce que j'ay lû dans Jofephe,
touchant le refpect que les Juifs avoient
pour
du Mercure Ga lant.
49
pour le facré Veftement , & la précaution
avec laquelle ils avoient eu foin de
le conferver ( foit que ce fuft le mefme
qui avoit efté fait pour Aaron, foit que
ç'en fuft un autre fait fur fon modelle )
jufques au temps d'Hircan premier du
nom, fouverain Sacrificateur , duquel il
eft dit dans le quatriéme Livre des Machabées
, qu'il fut grand en trois manieres
, en Principauté , en Sacerdoce,
& en don de Prophetie ; & lequel au
témoignage de cet Hiftorien , fit baſtir
exprés une fuperbe Tour, ou petite Fortereffe
, proche du Temple de Jerufalem,
pour y garder avec plus de feureté cette
prétieule Robe , établiflant auffi fa deineure
en ce mefine lieu , afin d'en eftre
luy-mefme le gardien , ne fouffrant jamais
qu'elle en fortift , que quand il
s'en reveftoit dans le temps des Sacrifices
les plus folemnels , apres quoy il la
remettoit dans une Chambre fecrete de
cette Tour , dont luy feul avoit la clef.
La mefme chofe fut obfervée par tous
ceux qui vinrent apres luy au fouverain
Pontificat,& mefme par Herode ufurpateur
du Sacerdoce , auffi bien que du
Q. d'Avril 1682.
C
50 Extraordinaire
Trône de Judée , lequel ayant nommé
cette Tour Antonienne , du nom de M.
Antoine , dont il s'eftoit fait la Creature,
n'en ôta pas pour cela la Robe Pontificale
, pour ne fe pas attirer la haine
du Peuple. Son fils Archelaus en fit autant
; ce qui dura jufqu'à ce que les
Romains s'eftant emparez du Royaume
de Judée, & l'ayant reduite en forme de
Province , ils s'emparerent en meſme
temps de la Robe fainte , fans cependant
la profaner en aucune forte. Ils la mirent
feulement dans une autre Fortereife
de la Ville en une Chambre fermée à
double ferrure & fcellée du Sceau des
Souverains Preftres , & des Gardiens
du Threfor public , une Lampe brûlant
continuellement devant la Porte du
lieu où eftoit ce faint Dépoft que le Ca.
pitaine de la Fortereffe avoit en fa gar
de , & qu'il mettoit entre les mains du
Grand Preftre lors qu'il en avoit befoin
pour quelque grande folemnité, laquel -
le paffée, le Grand Preftre la luy remettoit
entre les mains , pour la renfermer
au mefme lieu avec les précautions accoûtumées.
C'est
du Mercure Galant.
51
que
C'eft la remarque que fait ce fidelle
Hiftorien touchant la veneration que
les Juifs avoient pour cette Robe Pontificale
, à l'imitation de laquelle , au
moins pour ce qui regarde la couleur ,
je ne doute point , après le Sçavant Evéde
Mende dans fon Rational , qu'on
n'ait introduit l'ufage de la Chape ordinaire
de N. S. P. le Pape , que ce Prélat
dit eftré communément de couleur rouge
, non pas de Pourpre , parce qu'il
n'en eft plus , mais d'Ecarlate , couleur
qui approche le plus de la Pourpre, Hinc
eft , dit cet Autheur, quòd fummus Pontifex
Cappa rubaa exterius femper apparet
indutus. Durand. Ration . D. Offic.
L.3. Il en faut dire autant de l'Habil
lement rouge des Cardinaux , qui leur
fut accordé felon Bzovius par le Pape
Innocent IV. l'an 1245. & des Robes
de la mefme couleur que portent d'autres
Prelats , & mefme des Chanoines aux
grandes Feftes dans quelques Eglifes
Cathedrales , qui ne font ainfi colorées
que pour imiter les Robes & Tunique
de Pourpre que portoient les Sacrificateurs,
& les Preftres de l'Ancien Tefta
Cij
52
Extraordinaire
ment; ce qui fait affez connoître la confideration
particuliere
qu'on a teûjours
la Pourpre dans l'ufage des
eue pour
chofes facrées.
7. On n'en a pas moins eu dans ce qui
regarde les chofes , prophanes. Cela fe
prouve en ce que la plupart des Nations
idolâtres avoient coûtume de reveftir
les Simulachres de leurs fauffes Divi,
nitez d'Ornemens , & de Robes de Pourpre.
Je n'en veux pour garant qu'un
paffage de l'Ecriture Sainte. Il eft du
Prophete Baruch , au fixiéme Chapitre
.de fes Viſions, où ce Prophete décriant
for ement l'aveugle idolatrie des Babiloniens
, & voulant la faire avoir en
horreur aux Ifraëlites qui eftoient detenus
par eux en captivité , il tâche de
prouver à ces derniers qui eftoient les
Adorateurs du vray Dieu , par plufieurs
raifons également forres & convainquantes
, le pitoyable aveuglement des
premiers , en leur expofant la foibleſſe,
l'impuiffance , & l'infenfibilité
de fes
mal- heureufes Idoles de métal , de bois ,
& de bouc, qu'ils eftoient affez foux de
reclamer comme leurs Confervateurs
,
&
du Mercure Galant .
53
& leurs Tutelaires , lors qu'elles n'avoient
pas mefme le pouvoir de fe conferver
elles- mefmes , ny de fe défendre
des vers ,ny de la tingne qui rongeoient
& mettoient par lambeaux les pretieux
Ornemens de Pourpre dont elles étoient
parez. Cela fe confirme par le témoi
gnage d'un Prophane. C'eft celuy de
Vopifcus. Il dit que lors que Probus fut
élevé à l'Empire , les Soldats qui le pro
clamerent dans leur Camp , voulant , fe
lon la coûtume , le reveftir de la Pour
pre afin de le faluër pour Empereur , &
ne trouvant point de Robe de cette couleur
, ils prirent une Mante de Pourpre
qui couvroit une Statuë d'un Temple
prochain , & la luy mirent fur les épaules.
Ornatus etiam Pallio Purpureo , quod
de Statua Templi ablatum eft.
Mais fi les Simulachres des Dieux de
la Gentilité eftoient ornez de la Pourpre
, on ne doit pas douter que leurs,
Preftres n'en fuffent pareillement reveftus
. Tite- Live en fait foy dans le
Livre de fon Hift. Decade 4. Lampride,
dans la Vie d Alexandre Severe ;
Ciceron la Cauſe de Sextius, & quan en .
C iij
54
Extraordinaire
tité d'autres, qui portent tous témoignage
que les Preftres des Idoles , & particulierement
les Romains, portoient cette
riche Couleur dans leurs Robes Sacerdotales
; foit qu'ils fuffent reveſtus
de la Pretexte , qui eftoit une forte de
Robe blanche ayant pour ornement une
bande de Pourpre qui la bordoit tout
autour , ce qui fait , dit Macrobe , que
cette Robe eftoit appellée par les Latins,
Pratexta , comme qui diroit , cui
Purpura Pratexitur , le verbe Pratexo,
fignifiant border, ou ceindre de quelques
bandes ; foit qu'ils portaffent le Laticlave
, qui eftoit une autre forte de Robe ,
dont le fond de l'Etofe eftoit de Pourpre
enrichie fur le devant & les ouvertures
de clous d'or, d'argent , ou d'autre
matiere, qui y eftoient coufus en façon.
de freluches ou boutons à queue, dont le
fond eftoit blanc , avec ces mefmes figures
de clous compofez de foye ou de
laine teinte en Pourpre , attachées deſfus
, laquelle forte de Robe ainfi boutonnée
ou Laticlave , eftoit en ufage!
pour les Preftres dans le temps de leurs
Ceremonies , comme le marque Silius
Italicus
du Mercure Galant.
55
"
Italicus dans fon Livre 3. à peu prés en
ces termes :
Pendant qu'une douce harmonie
De Voix & d'Inftrumens, rempliffoit ces
faints lieux
D'une agreable melodie ;
Le Preftre revestu d'un Habit glorieux
,
Où fur un riche Drap mille Clous précieux
,
Formoient une éclatante & rare Broderie
,
Vint faire la Ceremonie ;
Et l'Encenfoir en main d'un air devotieux
Parfuma tour à tour les Images des
Dieux.
Soit enfin que ces mefmes Preftres
fuffent revétus de la Trabée , qui eftoit
une espece de Robe toute de Pourpre de
fine laine ou de foye,brochée d'or, & faite
à guiſe de Chape, ou grand Manteau,
qui s'ouvroit tout du long par le devant,
& s'attachoit vers le col avec des Agraffes
ou Bouclés d'or,& qui eftoit proprement
l'ornement de Cerémonie dont fe
fervoient les Augures, & les autres Mi-
C iiij
56
Extraordinaire
niftres du premier Ordre Sacerdotal ;
d'où vient qu'elle s'appelloit felon Servius,
Trabea facra, Sacerdotalis & Auguralis
.
Si du Sacerdoce Payen nous paffons à
l'Etat Laïque & Politique, nous verrons
pareillement la Pourpre en ufage & honorée
dans toutes les principales conditions
qui le compofent ; & pour commencer
d'abord par les perfonnes qui y
--tiennent le premier rang , ne voyons
nous pas la Pourpre honorée dans les
Monarques ; les Pages facrées chapitre 8.
du Livre des Juges , dans la defcription
qu'elles font des riches dépouilles que
Gédeon remporta de la défaite des Rois
de Madian , fpecifient nommément la
Pourpre dont ces Princes avoient coûtume
de fe veftir. Abfque ornamentis &
vefte Purpurea quibus Reges Madian
uti foliti erant. Dans le 8. Chapitre du
Livre d'Efter, elles nous difent que lors
que le Roy de Perſe Affuerus voulut honorer
Mardochée pour reconnoiffance
de fa fidelité , il commanda qu'on le reveftit
des Habillemens Royaux , & qu'on
luy mit un Manteau de Pourpre fur les
épaules ;
du Mercure Galant.
57
épaules ; Mardochaus fulgebat veftibus
Regiis amictus ferico pallio atque purpu
reo. Et enfin elles nous déclarent dans .
les Evangiles qu'apres que les Soldats
de Pilate eurent flagellé le Sauveur du
Monde , ils luy mirent par dérision une
Couronne d'épine fur la tefte , un Rofeau
pour Sceptre dans les mains , & un
vieux Manteau de Pourpre fur les épau
les , comme autant de marques par lef
quelles ils vouloient figurer les ornemens
de la Royauté .
De plus, s'il eft permis d'apuyer l'autorité
des faintes Ecritures par les témoî
gnages des Authenrs profanes , nous
apprenons de Jofephe au Livré 17.de fes
Antiq. Chap. 11. que les Rois des Juifs !
s'habilloient de Pourpre lors qu'ils pa
roiffoient dans leurs Habits de Cerémo
nie, & que fuivant cette coûtume ' , He- l
rode eftant mort , on reveftit fon corps
de la Pourpre , & des autres Ornemens
Royaux , & qu'en cet équipage il fut
porté en grande pompe au Tombeau de
fes Anceftres. Q. Curt. Livre 3. dit que
les Roys de Perfe ne portoient point
d'autres Habillemens que de cette riche
C v
58 Extraordinaire
Couleur ; & Denis d'Halicarnace , die
que tous les Rois qui commanderent à
Rome depuis Tarquin l'ancien jufques
aux temps des Confuls , & les Confuls
enfuite jufqu'au Regne des Empereurs,
prirent la mefme parure.
Les Empereurs qui s'emparerent de
l'authorité des Confuls , fans toutefois
les dépouiller de leur dignité,firent auffi
de la Pourpre le principal ornement de
leurs Perfonnes. Les exemples en font
trop frequens dans tous les Autheurs..
pour en douter, quoy que l'on ne fçache
pas bien pofitivement le temps où ils
ont commencé de la porter , au moins
dans leurs Habits ordinaires ; car pour
les ornemens qu'ils prenoient dans les-
Cerémonies publiques, comme dans les
Sacrifices, les Triomphes, les Spectacles ,
les Audiences des Ambaffadeurs , & autres
pareilles occafions , l'on ne doute
point qu'ils n'y paruffent reveftus de la
Pourpre. Lampride fait voir dans Alexandre
Severe, que l'uſage leur en eftoit
ordinaire avant le temps de cet Empereur,
lors qu'il dit que fa Mere le garantit
fouvent de la fureur des Soldats , en
leur
T
du Mercure Galant.
$ 9
leur montrant feulement la Pourpre Imperiale
; Quem fæpè à Militum ira obje-
Eta purpura fummna defendit. Hérodion
confirme cet ufage en divers endroits de
fon Hiftoire , entr'autres au Livre 2. en
décrivant la promotion de Probus , il dit
que le Peuple & les Soldats l'ayant éleu
Empereur lors qu'il y penfoit le moins,
allerent chez luy en foule, & que l'ayant
tiré de fon lit où ils le trouverent encor
couché, ils l'enveloperent de la Pourpre
Imperiale, le porterent dans le Senat , &
l'y faluerent Empereur .Ce que Vopifcus
raconte dans la Vie de Proculus, fait entierement
à mon fujer. Ce Prince , avant
qu'on l'euft élevé à l'Empire , joüoit un
jour aux Echets, mais avec tant de bon
heur & d'adreffe , qu'il gagna jufqu'à dix .
parties de fuite. Un certain Boufon de.
qualité, qui estoit en fa Compagnie , &
qui obfervoit le jeu, voyant que la for
tune luy eftoit fi favorable, fe faifit d'une
Cafaque de Pourpre qu'il rencontra fous
fa main, & la mettant for les épaules de
Proculus , il fe jetta à fes pieds & luy fit
cette courte harangue ; Je vous falue ô
Augufte le Victorieux,& je vous procla
me Empereur.
Cet
60 Extraordinaire
Cet Autheur a voulu fans doute exprimer
par cette action la Cerémonie
qui s'obfervoit à Conftantinople , à la
création des nouveaux Empereurs. Entr'autres
Ornemens Imperiaux , on leur
mettoit fur les épaules un Manteau de
Pourpre enrichy d'or & de pierreries ,
comme le marque le Poëte Corippe
dans le Panégyrique de l'Empereur Juftin
, L.4 . Num. 2.
Cafaraos humeros ardenti murice
texit
Circumfufa chlamys, rutiloque ornata
metallo , &c.
La mefme cerémonie du Manteau de
Pourpre fe pratiquoit auffi tant à l'égard
des enfans des Empereurs , qu'à l'égard
de ceux qu'ils adoptoient pour leurs
Collegues & Succeffeurs à l'Empire,
lors que cette adoption fe faifoit publiquement
; mais avec cette diférence,
que le Manteau qu'on leur donnoit étoit
fimplement de Pourpre , & fans aucun
ornement de broderie, ainfi qu'il paroist
dans l'adoption de Vérus par l'Empereur
Adrien , & comme on l'apprend .
d'une
du Mercure Galant. 6I
d'une Lettre que l'Empereur Commode
écrivit à Clodius Albinus
par laquelle il luy permettoit de prendre
le nom de Cefar , s'il en eftoit befoin
, avec que les Ornemens Imperiaux
, à la referve de l'or fur la Robe
de Pourpre , afin que l'Armée euft
plus de confideration pour luy , & qu'à
ces anguftes marques , elle reconnuft
& refpectaft en mefme temps en luy
la Majefté de l'Empire. Jules Capitolin,
dans la Vie du imefme Albinus .
Cela prouve affez que la Pourpre
faifoit la plus belle parure des Empereurs
, & fait voir en mefme temps ,
que prendre ou accepter la Pourpre ,
c'eftoit fe déclarer hautement pour Empereur
, ou pour Succeffeur & prétendant
à l'Empire. Auffi porter cet Habillement
, fans y eftre autorifé ou par
droit naturel , à caufe de fa naiffance,
ou par droit d'adoption , ou enfin par
une finguliere Conceffion du Souverain
, c'eftoit fe rendre coupable de crime
de leze- Majefté au premier chef.
Qui voudra en voir des preuves , n'a
qu'à lire Ammien Marcelin L. 16. &
17.
62 Extraordinaire
17. Zozime L. 4. Egefippe L. 2. de
la ruine de Jerufalem , Athenée L. 12.
Paul . 5. Sent. Tit. 25. Julian. Novell.
113. Cap. 20. & quantité d'autres .
Ce que je dit ne doit pas s'entendre
de toute forte de Pourpre en general ,
mais feulement de celle qu'on réfervoit
pour la Perfonne des Roys , qui estoit
telle que l'a décrit le fçavant Caffiodore
, avec fon élégance ordinaire dans
fes Varietez L. 1. Ep. 2. C'est cette
Pourpre qu'on appelloit par excellence,
Purpurafumma, Clariffima, Regia , Imperialis
,& c. & de laquelle au rapport de
Luitprand de Reb. Europ . 1.1 . Les Empereurs
de Conftantinople avoient une
Chambre toute tendue , dans le lieu le
plus facré auffi- bien que le plus fecret
de leurs Palais , qui s'appelloit Por
phyra , ou la Pourpre. Les Impératrices
faifoient ordinairement leurs
couches dans cette Chambre fuivant
l'Ordonnance des mefmes Empereurs ,
rapportée par Nicetus 1. 5. & les Emfans
qu'elles y mettoient au monde s'appeloient
Porphyrogenites, parce qu'ouue
cet appareil , ils eftoient encor receus
du Mercure Galant.
63
çeus dans des Langues de Pourpre à
leur premiere entrée dans le monde ;
ce qui pouvoit faire dire à ces jeunes
Princes , ainfi qu'a celuy dont parle
Hérodien,
La pompe & les honneurs font nez avec
moy :
La Nature au fortir du ventre de ma
Mere.
M'a fait le Succeffeur du Trône de
mon Pere :
Et la Pourpre en naiffant , m'a reçem
comme un Roy.
Car pour la Pourpre commune, dont
la couleur avoit quelque chofe de moins
éclatant que la Pourpre Imperiale , il
eft conftant que bien d'autres que les
Princes avoient , ou fe donnoient le
privilege de la porter. Outre ce que
nous lifons dans Athenée 1. 12. que
le Grand Alexandre ordonna par une
Déclaration expreffe à toutes les Villes
d'lonie, & nommément aux Habitans
de Chio, de luy envoyer tout ce qu'ils
auroient de Pourpre dans leurs Magazins,
64
Extraordinaire
zins, afin qu'il puft en donner des Robes
à fes Courtisans, & à tous les Ca +
pitaines ( Volebat enim focios omnes
ftolis purpureis ornari ; ) Outre ce que
raporte encor le mefme Athenée du
Roy Antiochus , qu'il avoit à ſa fuite
quinze cens Officiers tous vétus
de Pourpre ; Erant & himille fupra
quingentos ; omnes ifti pradicti Purpurea
habebant fuperindumenta. Il eft
manifefte qu'ancienement , les Magiftrats
& autres Officiers publics eftoient
revétus de Pourpre dans l'exercice de
leurs Charges. Hippias Erythréen témoigne
dans le 2. L. de fon Hiſtoire ,
que ceux qui exerçoient la Judicature
en fon Pais , rendoient Juftice aux
Parties dans leur Tribunaux placez à
l'entrée des Portes de la Ville , eux eftant
habillez de Robes de Pourpre.
Tribunal ante portas conftituentes , judicabant
, Purpureos amictus , fagulaque
Purpurea babentes . Athenée Livre
12. Chapitre 3. remarque que chez
les Perfes , les Magiftrats eftoient
non feulement revétus de Pourpre
mais que les Tribunaux , les Sieges
& le Parquet de leur Magiftrature en
de Mercure Galant.
65
3
eftoient auffi couverts. La mefme chofe
eftoit en ufage chez les Juifs , au raport
de Philon dans fa Déclamation
contre Flaccus ; & enfin Tite- Live eft
témoin , qu'à Rome & dans toute la
dépendance de fa domination , dés le
temps mefme de la République , la
Pourpre eftoit portée par tous ceux
qui estoient pourvûs de quelques Charges
qui regardoit ou l'adminiftration
de la Juftice , ou le gouvernement du
Peuple ; de forte que les Magiftrats ,
tant de la Ville , que des Colonies &
Municipes , les Commiffaires , & Capitaines
des Rues & des Quartiers ,
les Principaux & Doyens des Colleges,
les Augures , les Sacrificateurs & les
Preftres , en un mot tous les Sénateurs
& Officiers Patriciens , fe fervoient
comumnément de la Pourpre dans leurs
Robes de cerémonies , & avoient le
droit de la porter non feulement pendant
leur vie , mais mefme de faire
brûler leurs Corps apres leur mort avec
ce riche Ornement. Nec uti vivi ſolùm
habeant tantum infigne , fed etiarn
ut cum eo crementur mortui.
Cepen
66 Extraordinaire
Cependant l'honneur de porter la
Pourpre dont jouifloient tous les Magiftrats
Patriciens , n'eftoit point accordé
aux Plebeïens , c'eft à dire aux
Officiers qui eftoient pris de l'ordre du
Peuple. Et les Tribuns mefmes , quoy
que leur Charge fuft de beaucoup
plus confidérable que celle de quantité
de Patriciens , en furent longtemps
privez comme nous l'apprenons de Plutarque
dans la Queſtion 81. des Romains
, où cet . Autheur demandant
pourquoy ces derniers Officiers ne
portoiet point la Pourpre, puis que d'autres
Magiftrats moins importans qu'eux,
avoient le privilege de la porter ,
rend luy-mefme la raifon , & dit',
Que les Tribuns du Peuple ne joüiffoient
point de cet honneur , parce
qu'il ne leur eftoit pas permis de fe
faire accompagner par des Huiffiers
& des Gardes , n'y de fe faire traîner
en Chaife Curule , comme les grands
Officiers ; & que leurs Charges n'eftant
pas proprement des Charges de
Judicature , puis qu'il n'avoient que
le droit de propofer , non celuy de
il en
décider,
du Mercure Galant .
67
décider, il n'eftoient pas cenfez proprement
Magiftrats , & par conféquent
ils ne devoient pas avoir l'équipage ny
les ornemens de ceux qui l'eftoient
veritablement. Joignez à cela que s'ils
prétendoient eftre revétus de la Magiftrature
, à caufe que par la Loy Atinia,
ils avoient le privilege d'entrer au Senat
& d'y dire leurs avis comme ils
n'eftoient les Magiftrats que du Peuple,
ils ne doivent point auffi eftre vétus
autrement que le Peuple , afin que
le plus petit de ce derniér état, auffi bien
que le plus grand , puft avoir un accés
plus libre aupres d'eux , n'euft point de
crainte de les aborder les voyant popu
lairement habillez. Et voila,felon le fentiment
de Plutarque, les raifons pour lefqu'elles
les Tribuns eftoient exclus du
privilege de porter la Pourpre.
Toutesfois, s'il eft vray qu'ils en fulfent
privez du temps de cet Autheur, ce
que quelques autres n'accordent pas , il
et encor vray que leur dignité s'eftantfort
accrue depuis leur inftitution , auffibien
que leur puiffance , par les honneurs,
les grades, & les preéminences qui
leur
68 Extraordinaire.
-par
leur furent premierement accordées.
les Confuls Q.Aurelius Cotta, & L. Octavius
, l'an de la Fondation de la Ville
678. confirmées quelque téps apres par
Pompée, & de beaucoup augmentées par
Augufte , qui leur fit mefme l'honneur
de le mettre de leur Corps, & qui poffeda
le Tribunat l'efpace de 37. ans ; il eſt
dis-je , vray qu'ils prirent bien-toft , non
feulement les Huiffiers , les Failceaux
& la Chaife Curule , mais encor
la Robe de Pourpre , qu'ils portoient
mefme dés le temps de Ciceron , comme
il fe juftifie par un paffage de ce Prince
des Orateurs dans la Cauſe de Cluétius ,
où invectivant contre le Tribun Quintius,
il dit ces Paroles. Faites un peu refléxion
, Peres Confcripts , à ce que vous
avez pû remarquer tant de fois vousmefmes
, fur la conduite du Perſonnage
contre lequel la verité me force
de déclamer. Rapellez dans vos efprits
fes moeurs dépravées , fa vie diffolue,
fon orgueil infuportable , & remettezvous
devant les yeux le front , le gefte,
& le fafte avec lequel ce Tribun faifoit
parade de fa Robe de Pourpre trainante
jufqu'aux
du Mercure Galant . 69
jufqu'aux talons ; Atque illam ufque ad
talos demiffam Purpuram recordemini .
Mais les Magiftrats n'eurent pas feuls le
privilege de porter la Pourpre. Il s'étendic
à Rome jufqu'aux Chevaliers , à qui
l'on permit de fe reveftir du Laticlave
qui eftoit une Tunique de Pourpre , ou
garnie de Pourpre comme je l'ay déja
dit , & de prendre la Trabée , Robe encor
plus précieufe que le Laticlave, dont
la trame , dit Ferrarius L.2 . C.4 . eftoit
de Pourpre , & l'eftain de Laine tresblanche
, ce qui faifoit une agreable diverfité
de couleurs , en maniere de petitscarreaux
femez par toute l'Etofe .
Que les Chevaliers effent l'ufage
du Laticlave, je l'apprens du docte Lip-·
fe dans fes Notes fur Tacite. Il dit que
les du temps des premiers Empereurs ,
Chevaliers qui portoient la qualité d'Illuftres
, avoient droit de porter le Lanticlave.
Et pour le prouver , il fe fert
d'un paffage de Dion au L.59 où cet
Hiftorien raconte que l'Empereur Caïus.
l'Ordre des Chevaliers fort di-
& en tres petite confideration
, crut le rétablir en fa premiere
voyant
minué S
fplendeur
1
70
Extraordinaire
fplendeur en y mettant les Perfonnes
les plus qualifiées de tout l'Empire,
aufquelles , pour rendre leur Compagnie
plus auguſte , il permit de porter l'Habillement
, qui n'appartenoit auparavant
qu'aux Preftres & aux Senateurs .
Cependant il faut dire que cet honneur
leur avoit efté déja accordé auparavant,
& que non feulement les Chevaliers ,
mais mefme leurs Enfans, portoient cette
forte de Robe avant la conceffion de
cet Empereur. Cela ſe voit manifeſtement
en ce que dit Ovide dans le quatriéme
des Triftes , où ce Poëte qui
eltoit Chevalier , & fils de Chevalier
Romain , raconte la cerémonie qui ſe
fift lors que fon Frere & luy prirent la
Tunique à clou large , en quittant la
Robe virile,
D'ailleurs , que les Chevaliers Romains
portaffent la Trabée , Pline en
eft garant , lors qu'il dit , que quoy
qu'au commencement il n'y euft que
les Rois , & les Triomphans qui la
portaffent, les Chevaliers fe l'aproprierent
dans la fuite du temps , & s'en parerent
d'abord au jour de leur Montre,
ou
du Mercure Galant.
71
où Reveuë generale , appellée Tranfvectio,
qui fe faifoit aux Ides de Juillet ;
ce qui eft confirmé par Denis d'Halicarnaffe,
qui dit au L.6. que les Chevaliers
dans cette Montre marchoient en ordre
felon les Tribus & Centuries , avec tout
l'Equipage & les marques de l'Ordre,
revétus de Trabées & couronnez d'Olivier.
A quoy s'accorde encor Suétone ,
quand il dit dans la Vie de Domitien,
que le Senat , pour faire honneur à ce
Prince & pour plus grande fûreté de fa
Perfonne , ordonna que toutes les fois
qu'il exerceroit le Confulat , les Chevaliers
Romains , felon que le fort leur
feroit échu , marcheroient devant luy
entre les Huiffiers & les Archers de fa
Garde , eftant vétus de leurs Trabées , &
portant leurs Lances militaires en main .
Ut Equites Romani quibus fors obtigiffet
, Trabeati , & cum haftis militaribus
præcederent eum inter Li &tores, Apparitorefque.
Le privilege de porter la Pourpre , ne
fe referva pas feulement pour les Magiftrats
, & les Chevaliers de l'Etat Romain
, mais il s'étendit : encor jufques
aux
72 Extraordinaire
aux Enfans de tous ceux qui avoient af
fez de bien pour leur faire porter la Prétexte
, qui eftoit une Robe chargée de
quelques bandes de Pourpre, come nous
avons fait voir. D'abord felon Macrobe
, il n'y eut que les Enfans
de noble extraction qui la porterent ,
tant pour les diftinguer de ceux qui
ne l'eftoient pas , qu'afin de les exciter
par cet honneur à fuivre l'exemple
du Fils de Tarquin l'Ancien , cinquième
Roy des Romains . Ce jeune Prince ,
âgé feulement de quatorze ans , avoit
accompagné fon Pere en la Guerre
contre les Sabins , & s'eftoit fi glorieufement
fignalé dans la derniere Bataille
où cette Nation fut entierement défaite
, qu'au retour de ce Combat , Tarquin
le loua publiquement de la vertu
& de fa vaillance , & pour l'engager à
ne le point démentir , il luy permit de
porter l'Agneau d'or , appellé Bulla, & la
Prétexte, qui eftoient deux des plus belles
marques d'hōneur que portaffent les
Triomphans. Ce Prince donna quelque
temps apres la mefme permiſfion
anx Enfans des Nobles pour la
mefme
du Mercure Galant.
73
mefme fin. Elle fut encor donnée dans
la fuite ,
& particulierement dans le
temps de la feconde guerre , l'Unique
aux petits - fils des Affranchis pourveu
qu'ils fuffent Nobles , pour la raiſon
que le mefme Autheur en raporte au
premier de fes Saturnales chap.6. Et enfin
on accorda indiféremment ce privilege
à tous les Enfans de l'un & de l'autre
Sexe, libres , & affranchis , Nobles,
& Roturiers , pourveu qu'ils fuffent nez
en legitime mariage . Les Garçons portoient
cette Robe jufqu'à l'âge de 15.
ou 16. ans , qu'on leur donnoit la Robe
virile , & les Filles jufqu'au jour de
leurs Nôces.
Le Commentateur d'Alciat , dit que
la raifon morale pour laquelle les Romains
faifoient prendre la Robe Prétexte
bordée de Pourpre à leurs Enfans ,
eftoit pour leur apprendre à eftre modeftes
& pudiques , parce que la couleur
de Pourpre eft un figne de modeftie fur
le vifage des Enfans, & comme le cara-
Яere de cette honnefte pudeur qui rend
ordinairement illuftres ceux de leur âge,
quand elle éclate également en leurs dif-
Q. d'Avril 1682 .
D
74
Extraordinaire
cours & en leurs actions . Purpureus color
pudoris indicium , hinc Pratexta Romanos
pueros admonebat , verecundiam
in dictis factifque fervandam. Claud .
Minoi, in Embl . Alciat . Auffi eft - ce
cette excellente teinture que le judicieux
Caton vouloit que les Enfans
priffent d'auffi bonne-heure fur leur
front , que celle de la Pourpre qu'on
leur faifoit prendre fur leurs Habits.Cela
me fait fouvenir de ce que dit un jour
Diogene à un jeune Garçon qu'il voyoit
rougir en parlant à luy , Confide , fili,
hic enim virtutis eft color. Courage , mon
Enfant , j'aime à voir cette couleur fur
ton vifage , parce que je la regarde comme
l'indice & la livrée de la vertu quive
regne dans ton coeur,
Les Syracufains ne tiroient pas un
fymbole fi glorieux de la Pourpre que
les Romains , puis qu'au lieu de regarder
cette éclatante couleur comme le
caractere de la pudeur , & de la modeftie
, ils la regardoient au contraire comme
Heroglyphe de l'éfronterie , & de
l'impudence. De- là vient , dit Athenée ,
que ces Peuples ne permettoient point
du
du Mercure Galant .
75
du tout l'ufage de la Pourpre aux Femmes
honneftes & vertueufes ; non pas
mefme d'en avoir une fimple bande fur
leurs Robes , donnant au refte pleine li
berté d'en ufer à toutes celles qui avoient
entierement renoncé à l'honneur. Siracufani
prohibuerunt ne Mulieres ferrent
veftes Purpura Pratextas , præterquam.
meretrices. Ce qui leur eftoit accordé,
plutoft afin de rendre leur infamie plus
connue , que pour les faire paroiſtre
plus agreables par cet ornement. Le
fentiment de ces Peuples n'eftoit guére
conforme à celuy du plus fage de tous
les Hommes , lequel faifant dans le
de fes Proverbes ,le portrait de la Femme
vertueuse, luy donne pour Habit la Robe
de Pourpre. Byſus & Purpura indumentum
ejus.
31.
Mais enfin pour terminer ce que nous
avions à dire touchant l'eftime & l'ufage
ancien de la Pourpre , difons encor
que cette riche teinture n'eftoit pas feulement
en vogue dans les Villes , dans les
Temples , les Palais & les Tribunaux de
la Juftice , dans les Jeux , les Spectacles,
& les Triomphes , & employée à fervir
employée à fervir
76 Extraordinaire.
d'Habits & d'Ornemens aux Dieux,
aux Empereurs, aux Roys , aux Preftres,
aux Magiſtrats ,aux Chevaliers, aux Femmes
melmes & aux enfans, qu'elle eftoit
encor en credit dans les Armées & en
ufage parmy les Gens de guerre. Deux
ou trois exemples fuffiront pour établir
cette verité .
L'Ecriture Sainte me fournira le premier.
Elle nous apprend que les Soldats
fe reveftoient de cette couleur , puis
qu'on trouve dans le Prophete Naham ,
que cette formidable Armée d'Affyriens
qui mirent le Siege devant Ninive ,
eftoit toute parée de Pourpre. Viri exercitus
in coccineis . Je tire les autres des
Autheurs Prophanes ; comme de Xénophon
au Livre 6. de fa Cyropadie , qui
témoigne que toutes les Troupes de
l'Armée du Grand Cyrus eftoient toutes
brillantes , & par la fplendeur de leurs
Armes, & de leurs Boucliers de Cuivre ,
& par l'éclat de la Pourpre de leurs Habits.
Itaque univerfus exercitus are fulgurabat,
punicefque florebat ornatu. De
Q. Curce L. 3. & 5. de Juftin Livr. 1 1.
d'Ammien Marcellin, L. 13. & de Tertullien,
du Mercure Galant.
77
tullien, de habit. mulier. c.7 . qui témoignent
tous la mefme chofe au regard des
Medes, des Babyloniens , des Lacedemoniens
, & autres Peuples de l'Afie , qui
fe reveſtoient de cette noble Livrée lors
qu'ils alloient au combat. Ce qu'ils faifoient
, dit Elian , non tant par ornement
& par pompe , que pour donner
de la terreur à leurs Ennemis , ou plûtoft
pour s'inspirer du courage à euxmefmes
, & fe fortifier le coeur qui leur
euft pû manquer à la veuë de leur fang,
s'ils euffent efté bleffez . En effet lors
qu'il venoit à couler fur leurs Habits ,
ils ne s'en appercevoient pas fi ailément
pour le rapport qu'il avoit avec la Pourpre
dont ils eftoient revétus. Ne ,fi quando
vulnerari eos contigiffet , fangninis
afpectus metum eis incuteret . Elian.
L.6.C.6 .
L'on dit que les Afriquains eftoient
les Peuples du monde qui aimoient le
mieux cette Livrée dans leurs Milices ,
que ceux de Carthage par deffus tous la
portoient comme une marque de haute
preéminence. Et que melime dans le
Camp d'Annibal , lors qu'on vouloit
Dij
78 Extraordinaire
donner quelque Bataille importante, on
attachoit un Manteau de Pourpre au
bout d'une Lance que l'on plantoit fur
le haut de la Tente du General , afin
qu'elle puft eftre veuë de tous les Soldats
, & qu'ils fuffent avertis par ce fignal
de fe tenir prefts pour le Combat.
La mefme cerémonie eftoit en pratique
dans les Armées Romaines , comme Plutarque
le témoigne dans plufieurs lieux
de fes Vies des Hommes Illuftres , &
fur tout dans celles de Brutus , de Pompée
, & de Fabius .
Je ne doute point que cela n'ait donné
lieu à l'invention du Labarum . C'étoit
un Etendard Impérial que l'on portoit
à la tefte des Armées Romaines , &
que les Hiftoriens nous dépeignent
comme une longue Lance , ayant au
bout un bois traverfant, & au deffus une
riche Couronne d'or , fous laquelle
eftoit la figure d'une Aigle de mefme
matiere. De ce bois qui traverfoit pendoit
un riche Voile de Pourpre de forme
quarrée , dans le milieu duquel l'Image
de l'Empereur eftoit dépeinte en
riche broderie d'or , & de Pierreries,
avec
du, Mercure Galant. 79
avec ces mots à l'entour Gloria exercitus.
Le Grand Conftantin enfuite de la Vifion
mémorable qu'il eut d'une Croix
lumineuse qui parut dans le Ciel à la
veuë de toute fon Armée, avec ces mots ,
Inboc figno vinces, & qui fut cauſe qu'il
fe convertit, fit mettre ce Signe falutaire
fur le haut du Labaru à la place de l'Aigle
Impériale , & fur le fond du Voile
de Pourpre qui y eftoit fufpendu , il fit
tracer en broderie de Perles, & de Pierres
précieuſes , les deux Lettres Capitales
du nom Grec du Sauveur du Monde
, entrelaffées en forme de Chifre ,
faifant attacher aux franges de ce facré
Voile font Image , & celles de fes Enfans
faites à demy corps en broderie .
C'eft la peinture que les Autheurs raportez
par le fçavant Cardinal Baronius
au troifiéme Tome de fes Annales,
nous ont laiffée de ce glorieux Etendart
, dont Prudence fait auffi mention
dans ces Vers contre Symmaque.
Chriftus Purpureum gemmanti textus
in auro.
Signabat labarum , &c.
D iiij
80 Extraordinaire
L'Oriflâme , cet Etendart fi renommé
dans nos Hiftoires , que nos
Roys faifoient autre fois porter à la
tefte de leurs Armées , avoit beaucoup
de reffemblance à ce Labarum
Imperial , & pouvoit
bien avoir
efté fait à fon imitation ; car fi
nous en croyons
quelque-uns de nos
anciens
Hiftoriens , comme Gaguin ,
Froifard, & quelques
autres , ce Royal
Etendart
eftoit d'une riche Etofe de
foye teinte en Pourpre , de forme quarrées
ſemé de Fleurs de Lys d'or fans
nombre
en broderie
, & chargé d'une
Croix d'argent
au milieu , & fe portoit
pareillement
attaché au bout d'une
Lance , & ne s'eloignoit
jamais de la
Perfonne
du Roy. La Cronique
ancienne
de Flandre , le dépeint en cette
maniere. Meſſire Mile de Noyers eftoit
montéfus un grand Destrier , couvert de
de Haubergerie
, & tenoit enfa main
une Lance à quoy l'Oriflame
estoit attaché
d'un vermeilfamit à guife de Gonfanon
à trois queues , & avoit entour
Houpes
de verte foye. Guillaume
le
Breton dans fa Philipide
Livre 11. dit
que
du Mercure Galant. 81
que cet Etendart s'appelloit Oriflâme
à cauſe de fa couleur de feu , & qu'il
avoit la forme des Bannieres dont
l'Eglife fe fert dans fes Proceffions.
Et Guillaume Guyart en fon Romant
des Royaux lignages , eft, de cet avis
quand il dit,
Oriflame eft une Bagniere ,
Aucun poi plus forte que Guimple,
De Cendal roujoyans & fimple,
Sans poutraiture d'autre affaire.
Quelques Autheurs ont écrit que cet
Etendart fut envoyé du Ciel à Clovis
pour luy fervir d'enfeigne , & à tous fes
Succeffeurs, dans les Combats qu'ils auroient
à faire contre les Ennemis de la
Foy Chreftienne , & non contre les
Fidelles. A quoy , dit Froiffard Volume
2. Chapitre 125. Charles V I. ayant
contrevenu , pour l'avoir fait porter
contre les Flamans , la mefme main
qui l'avoit donné à nos Roys le leur
ofta, le faifant évanouir entre les mains.
de Meffire Hutin d'Aumont , qui en
eftoit le Gonfalonnier, de telle manie
D V
82 Extraordinaire
1
que luy mefme ny perfonne , ne fceut
pour lors ce qu'il eftoit devenu , n'y
ne l'a pûfçavoir depuis. Mais l'Autheur
du Roman que nous avons déja cité eſt
d'un autre fentiment pour l'origine de
l'Oriflâme , dont il attribue l'invention
au Roy D'agobert qui la fit conftruire
à l'honneur de S. Denis auquel ce Prince
avoit beaucoup de devotion . Voicy
fes termes.
Li Rois Dagobert la fi faire ,
QuiSaint Denis ça enarriere,
Fonda de fes rentes premieres;
Si comme encore appert Leans
Es Chaplets des mefcreans..
Devant li porter la faifoit
Toutesfois qu'aller li plaifoit .
Bien attachie en une Lance ,
Penfant qu'il euft remembrance
Au ravifer le Candal rouge
Deceluyglorieux Guarrouge.
Et pour fa perte en la bataille contre
les Flamans , que Jacques Meyer dit
eftre arrivée en la Journée de Mons
en Puelle, où elle fut déchirée & mife
en
du Mercure Galant . 83
en pieces , apres avoir efté arrachée des
mains d'Anffeau de Chevreufe , qui la
portoit , & qui fut tué en cette Bataille
; le mefme Guyard , qui vivoit
pour lors , affure que ce ne fut pas la
veritable Oriflâme qui fut prife en cette
défaite , mais feulement une Oriflâme
feinte à la reflemblence de la veritable
, que l'on y avoit portée pour
exciter les Soldats à bien faire , ce glorieux
Etendart eftant en telle eftime
parmy les gens de Guerre , qu'ils tenoient
la victoire comme affeurée , où
l'Oriflame eftoit. Ainfi ils ne manquoient
jamais de s'en fervir dans les
Combats dont l'iffuë eftoit douteuse , &
on la mettoit toûjours au front de l'Armée.
Ce Poëte raconte ainfi cette perte.
Anffiau le Sire de Chevreuse
Fut fi comme nous apprifmes
Efteint enfes armes meſmes ;
Et l'Oriflamme contrefaite
Chai à terre, & lafaifirent
Flamens, qui apres s'enfuirent.
Au refte , Cette Royale Bannière ,
eftoit
84
Extraordinaire
eftoit curieufement gardée dans l'Abbaye
de S. Denys , & c'eftoit là que nos
Roys l'alloient prendre eux - mefmes lors
qu'ils vouloient s'en fervir en guerre.
Ils la recevoient en grande cerémonie ,
& apres avoir fait leurs devotions des
mains de l'Abbé , la remettant en fuite
en celles du Comte du Véxin , auquel
comme premier Vaffal & Feudataire
de S. Denys , privativement à tout autre
, appartenoit le droit de la porter ;
mais cette Comté eftant réünie à la.
Couronne , il eftoit au choix du Roy
de la confier au premier Chevalier que
Sa Majesté trouvoit digne de cet honneur
, qui eftoit d'une telle confidération
parmy les plus qualifiez de la
Cour, qu'il y avoit grand empreffement
à le briguer. L'Hiftoire remarque que
fous Charles V. le Sire d'Eudemehan >
ou d'Andrehan , quitta la fonction de
Maréchal de France , quoy que ce fuft
une des plus belles Charges de l'Armée,
pour avoir la gloire de porter cet Etendart
à la fameuse Journée de Roſebeque.
Vous vous fouvenez Madame , qu'au
commencement de ce Traité , il eft parlé
de
TREGUE
BIBLIO
BELA
LYON
VILL
t
It
le
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ours
Dw
R118
n
d
S
du Mercure Galant . 85
de trois efpeces de Pourpre. Je vous en
envoye les diférentes Figures que j'ay
fait graver pour fatisfaire entierement
vostre curiofité fur cette matiere. Elles
font tirées de Gefner en fon Hiftoire
des Poiffons.
Voicy diferentes Explications qui ont
efté faites fur les Enigmes du mois de
Mars, dont les Mots Eftoient l'Eau, &
le Dé à coudre .
L
I
نم
'Eau fit changer Sirinx , une
Nymphe de Pan ;
La mer nous donne lieu d'avoir Monne
& Guenuche ;
L'Eau des fonts Baptifmaux peut detruire
Satan ,
Et la Pluye en tombant , moüille Roys ,
Clercs , Froc , Pluche .
La Mer nous rend ſouvent plus timides
qu'un Pan ;
L'Abeille fentant l'eau , fe fauve dans
fa Ruche ;
On l'aime cependant dans plufieurs jours
de l'An ,
Dw
86 Extraordinaire
Duft- on là voir gafter les plumes de
l'Autruche.
La Riviere Ladon arrefta Sirinx hoc,
Son Corps en Chalumeaux fe changea
le troc ,
par
N'ayant pû la chaffer hors le bord de fa
Niche.
C639
Que la Mer dans fon fein engloutit de
Gens par...
Mais toutefois fans l'Eau nous verrions
tout en friche.
Ne la blamons donc pas ; taifons- nous
plutoft , car...
ALCIDOR , du Havre.
II.
L
E Dé vous défend mieux de l'Eguille
que Pan.
Euffiez- vous les doigts durs ainfi qu'une
Guenuche ,
Elle vous piqueroit comme un petit
Satan,
Si vous confiez fans luy , le Brocard,
Toile , on Pluche..
du Mercure Galant . 87
Ilfert plus que des Gands , fuffent- ils
peau de Fan ;
Avec luy l'on pourroit tranfpercer une
Ruche,
Sans crainte de l'ufer pendant le cours
de l'An,
Fuſt-il d'argent ,
l'Autruche .
ou fer , que digere
Quand vous n'en avez pas , Philis , on
vous voit hoc ;
Mercure qui le fçait , vous en offre un
fans troc,
Ne le refufelpas, il découvrefa Niche.
Je voudrois comme luy pouvoir vous:
tenir par
Ces doigts, belle Philis , qui mettent tout
en friche ,
Le ferois des Mortels le plus fatisfait,
A
car...
Le meſme.
III.
Vous le Dé , Galant Mercare,
que vostre heureux temps: Tandis que vostre
dure.
Soyez
88 Extraordinaire
Soyez mefme content par dela le tombeau
;
Et pour vostre mémoire ,
Si vous voulez me croire,
N'apprehende le Feu, ny l'Eau.
GIRAULT le jeune , du Quartier
Simon le Franc.
I V.
N ne fait pas toujours tout ce
qu'on devroit faire ;
Il m'est arrivé quelquefois
De trouver les vrais Mots des Enigmes
du Mois,
Et quelquefois auffi j'y fais l'Eau toute
claire.
DAUBAINE .
V.
Rmé d'une Quenoüille & de force
Fufeaux,
En Fille déguifé comme un Sardanapale,
Le grand Hercule aux pieds d'Omphale
Se délaffoit de fes travaux.
Ce que j'en dis icy foit fans luy faire
injure .
le refpecte les Gens qui font iffus des
Dieux
Rien
du Mercure Galant. 89
Rien de mauvais ne vient des Cieux,
Et je ne prétens pas que le Galant Mercure
Nous découvre furquoy fondé
Dans cette Enigme il porte un Dé.
V I.
Le meſme.
Eme vis l'autre jour dans une peine
IF extréme
Avec la belle Tris que j'aime,
Pour deviner les Enigmes du Mois ,
Et je connus trop cette fois
Qu'à les bien déguifer Mercure eft un
fin Merle.
Pour la premiere , Iris me promit une
Perle.
Pour remporter un prix fi beau,
le me mis tout en feu , mais je trouvay
de l'Eau .
T'eus la Perle ; & pour lafeconde,
Cette aimable & charmante Blonde
Me promit un baifer.
lugezfi pour cela je pouvois refufer
De remettre auffitoft mon efprit à la
gefne.
Ie l'y mis ; mais, helas , que j'enduray de
peine !
Et
90 Extraordinaire
Et comme j'approchois beaucoup ,
A ce qu'il me fembloit , du vray Mot de
l'Enigme,
Avant
le dis que je tenois encore à quelque rime
que defaire un beau coup.
Vous n'aurez pas , dit- elle , unfi grand
avantage.
Si vous eftiez difcret , je vous l'euffe
accordé;
Mais vous ne baifere fimplement que
mon Dé.
De dépit , je ne pûs deviner davantage.
LE BERGER ALCIDON , du
Fauxbourg S. Victor.
pour
VII
Our coudre un Habit vieux , ou bien
un à la mode ,
Un Dez est neceffaireau doigt ;
Car fans cela chacun connoift
Qu'une Aiguille eft tres - incommode.
Mad. MANTE , de la Ruë
Jean de Lépine.
D
VIII.
Edans l'Enigme de ce Mois
Le ne fçay quel plaifir me touche,
le
du Mercure Galant . 91
Ie ne la lis aucune fois ,
Que l'Eau ne m'en vienne à la bouche.
LA BELLE TERBOCHER , à l'Anagramme
Bel Aftre , cher Objet,
de la Rue S. Victor.
IX .
ler aupres de Philis je lifois le
Mercure. Her
Ala premiere Enigme , avant que d'achever,
C'est l'Eau , dit - elle , j'en fuis feûre,
Sirinx au defefpoir m'exempte de refver.
Paffons à la feconde , il nous la faut
trouver ;
Mais plus qu'on n'attendoit , elle parut
obfcure ,
Et mon esprit à la torture
Ne s'y vouloit plus appliquer,
Quand la Belle dit , ah ! je viens de me
piquer,
Et vous en eftes caufe avec voftre lecture.
Si j'avois pris mon Dé .... Voulez -vous
l'expliquer ?
Voila , dis - je , le Mot , grace à vostre
piqueûre.
L'INFIRME.
X.
92 Extraordinaire
Ο
X.
Ve vous donner pour le change
De vostre excellente Eau d'Ange,
Brave Mercure Galant ?
Pour vous remercier je ferois diligente,
Si j'avois plus de talent ,>
Et que ma Muſe fuft un peu moins indigente.
SYLVIE , du Havre.
Fort à
propos ,
X I.
Galant Mercure ,
l'ay reçeu de vos mains dans une Enigme
obfcure
Un Dé dont j'avois grand befoin;
Ie le conferveray toûjours avec grand
foin.
La mefme.
XII.
Tinx au bord de l'Eau fut prife du
Stin
Dieu
Pan,
On apporte par Mer le Singe & la
Guenuche ;
L'Eau benifte fait fuir noftre Ennemy
Satan ;
Un torrent en fureur n'épargne Froc ,
ny Pluche .
Mille
du Mercure Galant. 93
Mille Gens,quand il pleut , fe fauvent
comme un Fan ;
L'Abeille apeur de l'Eau jufques dedans
Sa Ruche;
Tout le monde la vent pendant le fec de
l'An,
Duft-on mettre à l'Etuy le beau Bouquet
d'Autruche,
୧୫: ୨୬
Trouvant un Porteur d'Eau ,fouvent on
devient hoc;
Il ne la porte auffi que pour en faire un
troc,
Et la rendre en l'oftant du Sceau , quifait
fa niche.
L'Eau dans la Question fait dire pour
& par.
Voila comme l'Enigme en un mot ſe défriche;
Et trois lettres font Eau , comme troi
forment Car.
ALLARD , du Véxi
XIII.
Lus fage que Sirinx , qui fift l'amo
PL de Pan,
Phi
94
Extraordinaire
Philis n'a dans fon air rien qui foit de
Guenuche ;
Elle paroift un Ange , & non pas un
Satan,
Sans prendre fon éclat de l'Or , ny de
la Pluche.
Aupres d'elle je fais plus timide qu'un
Fan ,
Bien qu'elle ait des douceurs plus que le
Miel en Ruche.
Je ne puis fans la voir , paſſer deux jours
de l'An ,
Que je ne me croye eftre au Païs de
l'Autruche.
La voir, & l'adorer , c'est un coup feûr
hoc.
Si de fon coeur au mien je pouvois faire
un troc.
Je luy prendroisfouvent l'endroit où fon
Dé niche.
Mais la Vertu par tout luy fert d'unfort
Rem-par;
On cueilleroit plutoft du Froment dans
un friche.
Sur
du Mercure Galant.
95
Sur ce point avec elle il ne faut point de
car.
XIV .
Le mefme.
D
Ans ce fardin , Amy , vous me trouvezce
foir,
Les yeux deffus l'Enigme , & tenant
l'Arrofoir,
Vous croyez que je fais figure.
Vous vous trompez mais c'en eft fait
Je quitte l'Arrofoir,& ferme mon Mercure,
Puis que l'Eau tombe à mon fouhait .
L'ALBANISTE , de Rouen.
Q
X V.
Ve Mercure ce Mois fait plaifir
à Thomaſſe!
Pour nefe plus piquer , il luy préſente
un Dé.
C'eft obliger de bonne grace,
Que defaire ce don fans qu'on l'ait
demandé.
Le mefme.
XV I.
Bonjour, bonjour , Seigneur Mercure.
Qu'as-tu pour nous donner aujourd'huy
de nouvean? Prenons
$6 Extraordinaire
Prenons deffous ce toit un peu de couverture,
Car ce nuage épais qui te fert de voiture ,
Ne nous préfage, à mon ſens , que de
l'Eau.
L'Amant d'Orleans,
à
l'Espérance.
XVII.
Laté du vain eſpoir d'une heureuſe
Flatéavanture,
Sans avoirfur l'Enigme encor rien décidé,
F'ay mis mon corps en Eau , mon esprit
en tourture.
Mercure, fi ce n'est le Dé,
Mon jugement confus renonce à la peinture.
Le Cavalier de Caux.
N
XVIII.
E raifonnons point tant , le Sexe
aimé de Pan,
Qui fait bien préferer le Brochet à
Anguille,
La Flûte au Biftoury , la Cornete au
Trépan ,
Par
du Mercure Galant .
97
Par le fecour du Dé fe défend de l'Aiguille.
L. BOUCHET , ancien Coré
de Nogent le Roy.
XIX .
Hilis vos délicats Ouvrages
Phili
Qui charment l'efprit & les yeux,
Font voir vos nobles avantages
Qui triomphet en l' Art le plus ingénieux
De voftre Aiguillefans pareille
Vous faites plus d'une merveille ,
Unfirare talent d'un Dieuſemble guidé.
Si c'eft de l'aimable Mercure ,
Il faut encor le fuivre , & contre la piquên
re ,
Mettez le gand en main, & le doigt dans
le Dé.
RAULT , de Rouen.
X X.
Ene devine plus tes Enigmes , Mer-
JEne cure,
Elles m'alterent le cerveau.
Apres qu'à mon efprit j'ay donné la
tourture,
Je veux du vin, non pas de l'Eau .
LE BERGER ALCIDON , du
Fauxboug S. V ctor.
Q. d'Avril 1682 .
E
98 Extraordinaire.
XXI .
DE'ficommode
au Sexe aimé jadis
de Pan,
Tu le défens bien mieux que Singe &
que Guenuche
Contre un traître Ennemy plus piquant
que Satan ,
Oppofant ton corps ferme autrement que
la Pluche.
୧୯: ୧୬
Siplus uny dedans qu'un premier bois
de Fan ,
On te voit en dehors cavé comme une
Ruche ,
Ta figure eft femblable au baffinet d'un
G-lan ,
Et tamatiere aux corps que digere l'Autruche.
Avec toy pourroit - on avoir un pareil
choc ?
Non, il n'eft point d'Amant qui voulust
faire un troc
De la moindre faveur pour l'endrot de
ta Niche.
母女
Il en eft de plus beaux & plus aimables
par...
Qu'on
du Mercure Galant .
99
Qu'on négligefouvent , &
en friche ,
que l'on laiffe
Pour te mettre au haut bout , comme en
la Phrafe eft Car.
MADAME COLLART
au Païs du Maine.
XXII.
'Autre jour toute dépitée
THENSUN
LYON
#18935
De me voir fansfruit arrefter
A ce que dit Mercure en font obſcur
Ecrit,
Je repris Peloton , Aiguille , Ciſeaux ,
Laine ;
Mais quand ce vint au Dé , comme j'en
eftoispleine ,
En m'entrant dans le doigt , il m'entra
dans l'efprit.
La belle Lingere , au Duc
de Savoye du P.
XXIII.
Pourquoy me fuyez - vous.? je vous
fuis neceffaire ;
Ma Philis , voila mon Manteau;
Pour vous mettre à couvert vous en
aveZaffaire ,
Vous voyez qu'il tombe de l'Eau.
L'Amy de la belle H.
E ij
100
Extraordinaire
XXIV .
' Autre jour ma Philis me dit tout
en colere, Len
Laiffez mon doigt en liberté.
Je répondit que la captivité
Devoit paroître une peine légere
A qui s'emprifonnoit fi souvent dans
un Dé.
XXV.
Le mefine.
Vo
'Ous vous joüez d'une Enigme ,
Camille , & vousratt ende
Que contre vous je m'efcrime .
Moy ?je vous laiffe le Dez.
Q
CROUART DE ROCONVAL ,
de la Porte S. Antoine .
XXVI.
Voy! Mercure Galant , au fortir
du Carefme,
Qui me rend fi trifte & fi bleme,
Vous m'avez envoyé de l'Eau ?
C'est m'envoyer droit au tombeau ,
Moy qui ne veux dans mon ménage
Que tout le plus excellent Vin
Qui croit , mais en Homme bienfage,
Que mefme un Dé plein d'eau gaste co
jus divin
Et
,
du Mercure Galant . 101
Et qu'à luy , comme à moy , c'est faire
trop d'injure ;
En verité, Galant Mercure ,
Pendant ce temps vostre préfent
Ne me peut estre fort plaifant ;
Je l'envoye au beau Sexe , il eft à fon
ufage ,
Vn Dé garde fes doigts , l'Eau défend
fon visage .
BARICOT du Havre.
T
XXVII.
TRIOLET.
Ant vous nous taillez de befogne ,
Que je ne fçay qui la coudra .
Je voy que chacun fe refrogne ,
Tant vous nous taillez de befogne ;
Et ma foy, pourra fans vergogne
S'armer bien qui s'en piquera .
Tant vous nous taillez de befogne ,
Que je ne fçay qui la coudra.
L'Ennemy d'amour , à l'Anagramme
, L'Heroine m'y
entraîne.
XXVIII .
Allas , dont vous voulez que je fois
PAlle
portrait,
E iij
102 Extraordinaire
Ne fut pas feulement une brave Guerriere,
On la dépeint encore une habile Ouvriere,
Et vous avez manquez ce trait ;
Carfouvent luy tint lieu (fi l'on en croit
Ovide )
L'Aiguille d'une Pique , & le Dé d'une
Egide.
O
La Brunette à l'Anagramme
H. M. eft à fa cour , de
la Rue S. Denys .
XXIX .
N dit qu'un bon Verre de Vin
Pris au matin ,
Auffi - bien à Paris qu'à Rome ,
Avife un Homme.
Cela n'eft pas, je le maintiens ,
Et foutiens
Que c'est une erreur toute pure.
F'en n'ay bû dix ou douze au moins ,
Et n'aypû malgré tous mes foins
Deviner le Mot du Mercure.
f'ay pris de l'Eau ,
Pour arrefter la violence
Des vapeurs que le Vin m'anvoyoit au
cerveau ,
Admirez qu'elle eftfa puiſſance ;
Mon
du Mercure Galant.
103
Mon Verre à peine a.t - il efté vnidé ,
Qu'avec l'Eau j'ay trouvé le Dé.
L
SOYROT , Controlleur General
des Finances en Bourgone .
XXX.
'Eau mit au defefpoir la Nymphe du
Dieu Pan ,
L'Eau donne les moyens d'avoir Singe
ou Guenuche ,
L'Eau - benîte a pouvoir de confondre
Satan,
L'Eau n'épargne ny Roys , ny Clercs , ny
Froc, ny Pluche .
L'Eau fait peur à beaucoup qui fayent
comme un Fan ,
L'Abeille , pour fuir l'Eau , fe cache dans
fa Ruche.
On en voudra pourtant avant la fin de
l'An ,
Quand l'Eau devroit bannir ce qui vient
d'une Autruche.
L'Eau quelquefois surprend , & fair
demeurer hoc ;
Ceux qui veulent courir , de l'Eau feroient
un troc ,
E iüj
104
Extraordinaire
Et donneroient beaucoup pour l'ofter de
fa Niche.
L'Eau fait parler des Gens ; elle en fait
mourir par...
Acheveray - je ? Non , car fi l'Eau ſe
dé fiche,
On verra qu'en grandeur elle eftfemblable
à Car.
BARET , de Vitré en Bretagne .
X X X I.
MAAfoy, je n'enfais pas le fin ;
L'ay longtemps meditéfur l'Enigme premiere
,
Sans en avoir encor penetré le mystere;
Ty perdrois bien tout mon Latin.
Mais, en paffant à la derniere ,
l'ay trouvé d'abord en chemin
Un Dé d'une façon & rare , & fingu.
liere.
Comme Mercure d'ordinaire
Ne va point fans fes mains ,
Et filoute les Dieux ainfi que les Humains
,
Il falloit qu'il l'euft pris à quelque Couturiere
De l'Empire des Cieux,
Pour
du Mercure Galant.
105
Pour en régaler fa Bergere ;
Et puis , en badinant tous deux fur la
Fougere ,
Ils auront égaré ce Butin prétieux.
Quoy qu'il en foit , je ne m'informe
guére
D'où le Dé vient , d'où le Dé ne vient
pas,
Ie l'ay gagné de bonne guerre ;
L'en prétens dispofer , & mefme de ce pas
En faire un beau préfent à l'aimable la
Serre,
Pour un petit baifer ; c'eft peu de chofe,
belas !
Trop heureux cependant , fifa reconnoiffance
Enfait de mon amour l'heureuse récompenfe.
Le Secretaire du Cabinet , de
Tournay, de préfent à Paris.
XXXII.
Ambaſſadeur du Ciel , grand Meſ-
Dieux,
Mercure , qui porte en tous lieux
Desplus brillans Efprits les plus parfaits
Ouvrages;
Si par la vertu d'un Anneau,
E v
106 Extraordinaire
Gyges, pour fe cacher, eut toûjours des
nuages ,
Son Enigme n'a pas les mefmes avantages,
Puis qu'on en voit le fens dés qu'on regarde
l'Eau.
LA POSTULANTE emmurée,
de Rouen .
XXXIII.
PHilis,qui pour trouver l'Enigme
du Mercure,
Par mille vains efforts vous donnez la
torture,
Reprene voftre Dez ainfi que le travail,
Et vousaurez le mot de tout cet attirail.
G. D. S. Vv .
*L'Enigme de l'Eau a efté faite par
Gyges du Havre .
Cle
XXXIV.
Effez vos importunitez,
le ne fçaurois pas m'y réfoudre,
Le blame fort vos procede ;
Autrefois j'en fçavois découdre,
Et bien loin defaigner du nez,
Fallois viste comme la foudre ;
Mais enfin vous le commande ,
L'obeis , c'est un Dez à coudre,
Sinon
de Mercure Galant.
107
Sinon , charmante Iris , je vous quitte
le Dez.
PoLY MEN B.
C'E
X X X V.
en vain, belle Iris, qu'on vien
droit vous réfoudre
Une difficulté que vostre efprit conçoit s'
Si vous vous eftes mise à vouloir en
découdre,
Ouy , vous tenez la chofe , & fur le bout
du doigt.
MARQUELET DE LA NOUE,
de Meaux .
XXXVI.
Ous voulez , aimable Ouvriere,.
je vous montre le chemin Que
D'expliquer l'Enigme derniere,
Et vous avez le Dez en main.
L'HABITANT EN ESPRIT ,
du Pré S. Gervais.
TRAI
108 Extraordinaire
>
TRAITE
DU ME PRIS
DE LA MORT.
Tot
Outes les forces de l'éloquence
font neceffaires, felon le fentiment
de l'Orateur Romain , pour pouvoir
perfuader aux Hommes de fouhaiter la
mort , ou bien de ne l'avoir plus en
horreur. La Nature nous la reprefente
, comme de toutes les choſes du monde
la plus cruelle & la plus terrible ;
& nous fait confiderer la vie , comme
de toutes les chofes de la terre la plus
douce & la plus agreable. La vie que
nous menons , dit S. Auguſtin , a quelque
chofe qui nous charme ,parce qu'elle
eft belle en fon genre ; & une fubftance
vivante , dit le mefme Docteur,
eft toûjours preferable à une autre qui
ne l'eft pas. L'Ecclefiafte dit auffi qu'un
Chien vivant vaut mieux qu'un Lyon
qui eft mort & qui n'eft plus . Melior
eft
du Mercure Galant. 109
eft Canis vivus Leone mortuo. Toutes
les Créatures de l'Univers femblent
confirmer cette verité , par l'empreffément
qu'elles font paroître pour fe conferver
ce précieux tréfor. Les Plantes
par l'attraction de leur aliment , & tous
les Animaux par mille moyens , dont ils
fe fervent pour fuir les horreurs de la
mort, & pour jouir des douceurs de la
vie. Cependant Socrate , que l'Oracle
jugea le plus fage des Hommes , croit
qu'il n'eft perfonne au monde qui fçache
lequel des deux eft preférable , ou la
mort à la vie, ou la vie à la mort. Cette
connoiffance , à ſon avis , eft refervée
aux Dieux immortels. Ce qui me fait
paffer cette Queftion fans rien décider ,
pour dire avec Seneque le Poëte , que
fi c'eft un mal de defirer la mort , c'en
eft un beaucoup plus grand de l'appréhender.
Auffi s'eft-il trouvé des Ames fr
genéreuses , qui n'ont eu nulle crainte
de ce qui paroift fi terrible aux yeux des
Lâches & des Poltrons . D'où vient que
j'ay eu la curiofité de chercher fi ces
Héros de l'antiquité avoient eu quelques
juftes raifons pour méprifer la mort,
&
ΠΟ
Extraordinaire
& j'en ay trouvé deux qui feront les
deux Parties de ce Difcours ; Premierement,
la confidération des miferes de la
vie ; Et en fecond lieu , la veuë des avantages
de la mort , leur ont pû infpirer
des fentimens fi genéreux , que bien loin
de là craindre ,il s'en eft trouvé plufieurs
qui en ont eu un extréme defir .
La vie de l'Homme, dit S. Ambroise,
eft pleine de tant de miferes, que la mort
peut eftre appellée avec raifon,un reme
de plûtoft qu'une peine & un fupplice .
S.Auguftin avoue dans fes Confeffions ,
qu'il ne fçait pas s'il la doit appeller une
vie mortelle ou une mort vivante ; on
n'y goute jamais de pur ny de folide
plaifir. Le repos le plus tranquille eſt
troublé par les foins. Le plaifir le plus
doux eft mêlé d'amertume ; & l'état le
plus heureux eft fujet à mille maux . Le
Philofophe moral avoit raifon de dire,
que fi tous les Hommes fçavoient tous
les maux qu'ils doivent fouffrir dans ce
monde, ils voudroient n'étre jamais nez.
Auffi naiffons- nous tous en pleurant nôtre
malheur, & en commençant le premier
jous de noftre naiffance par les
pleurs
du Mercure Galant.
pleurs & les gemiffemens, pour montrer
que nous entrons avec regret dans cette
vallée de larmes . La naiffance du plusheureux
des Roys , ne fut pas diférente
en cecy de celle des autres Hommes ;
car comme il le dit luy- mefme dans le
Livre de la Sageffe , il nâquit en pleurant
felon le cours ordinaire de la Nature
; & Pline met au nombre des miracles
ce qui arriva au Roy des Bactriens,
qui vint au monde en riant , quoy que
dans le cours de fa vie il ne fut pas plus
heureux que les autres , puis qu'apres
avoir effuyé mille périls & fouffert mille
maux, il mourut enfin miférablement , &
laiffa fon Royaume à fon Ennemy vain--
queur . Nous nailfons, difoit un Ancien ,
la tefte premiere , parce que nous nous
précipitons comme des miférables qui
doivent gemir fous le joug des travaux
& des douleurs qui fe font multipliez fur
la pofterité du premier Homme. Nous
fommes cruellement agitez & troublez
par les accidens qui arrivent dans la révolution
des chofes de ce monde . Ce
qui faifoit dire à Saint Auguftin , que
vivre long- temps n'eft autre chofe qu'etre
112 Extraordinaire
ftre longtemps tourmenté . Cette vie, dit
Idiota , eft un combat perpetuel , une
guerre continuelle , que toutes les Créatures
font à l'Homme, qui ne peut jamais
obtenir ni paix, ni tréve, ni eftre en repos
qu'apres la mort. Elle fe paffe parmy
les
pleurs & les gemiffemens, & ne finit que
par les larmes ; & le Pape Pie das fes Epîtres,
dit que c'eft plutôt une mort, qu'une
vie.C'est une vapeur, dit S.Jacques, qui
ne dure qu'un moment, elle fe diffipe &
s'évanouit comme une ombre , elle ne
demeure jamais dans le même état. Nous
fommes fujets à la défaillance comme les
Fleurs & les Lys des champs ; nous fommes
femblables au Foin qui fleurit aujourd'huy
, & qu'on arrachera demain
pour le jetter dans le feu. La moindre.
chofe eft capable de nous donner la mort.
La plus petite Befte nous , peut ravir la
vie , & nous mourons fouvent de la piqueure
d'un Infecte vil & méprifable.
Tout déperit en ce monde, tout eft fujet
à la mort , & les Hommes ne font pas
plûtoft nez , qu'ils tendent en croiffant
à un eftre plus parfait, & plus ils ſe haftent
d'eftre plus parfaitement tout ce
qu'il
du Mercure Galant.
113
qu'ils fçauroient eſtre, plus ils fe haftent
de n'eftre plus . Idiota les compare à ces
Etoiles éclatantes, qui viennent de l'Orient
avec une viteffe merveilleufe pour
arriver à leur terme , les unes vont plus
vifte , les autres plus lentement ; les
unes font des cercles plus grands , les autres
de plus petits : Ainfi les Hommes
paffent par les divers ages pour venir
à leur fin, les uns avec plus d'éclat que
les autres. La carriere de ceux - cy eft
plus longue & plus belle que celle de
ceux-là ; mais enfin la courfe des uns &
des autres fe doit terminer à la mort,
tout de mefme que ces Aftres lumineux
enfeveliffent leurs rayons dans les
tenebres du couchant. La mort en elle
mefine , dit Laerce , n'a rien de méchant
ny de terrible. Il n'eft que le chemin
qui nous mene à la mort qui eftant
temply de miferes & de malheurs ,
nous doit donner de la crainte & du trouble.
Or ce chemin n'est autre que la vie
humaine , qui eft par conféquent bien
miférable. Les Hommes cependant
aiment cette vie qui les conduit à la
mort. 1ls marchent à grands pas pour

aller
114
Extraordinaire
aller là où ils ne voudroient pas arriver;
& vont volontairement au terme qu'ils
tâchent d'éviter. Nôtre vie , dit S. Gre
goire , eft femblable à ceux qui navi.
gent fur la Mer , que le mouvement du
Navire mene au Port en quelque état
qu'ils foient ; foit qu'ils foient affis , foit
qu'ils foient debout. Ainfi nous, fuivant
le mouvement & la révolution de
nos années , nous tendons à la mort en
quelque état que nous foyons.
Démofthene dit en quelque endroit,
que le plus grand bien qui nous puiſſe
arriver en cette vie , c'eſt d'eftre heureux
; & Saint Auguftin femble eftre
de ce fentiment ,lors qu'il dit qu'il n'eſt
point de veritable vie fi l'on eft heureux.
Ainfi tous les Hommes s'imaginent
de vivre heureufement en ce monde,
où il n'y a qu'une veritable mifere &
une fauffe fecilité . Ceux qui font
dans l'abondance de toutes choſes , eftiment
les Pauvres miféables , & le Pauvres
croyent que les Riches font malheureux,
parce que leurs richeffes ne
les laiffent jamais en repos, mais ny les
uns , ny les autres , ne connoiffent pas
le
du Mercure Galant.
115
le malheur où ils font reduits; & il n'eft
pas une plus grande mifere , au fentiment
de S. Auguftin , que d'eftre miferable
fans le connoiftre , & fans plaindre
foy-mefme fa propre mifere. Tous les
plaiſirs, toutes les beautez & toutes les
richeffes de cette vie , n'ont qu'un certain
faſte au dehors & des apparences
trompeufes. Les Hommes qui femblent
les plus heureux , n'ont qu'un bonheur
apparent & une felicité imaginaire.
Auffi Seneque dans fes Epiftres , faifant
le portrait d'un Homme heureux,
affure que perfonne ne l'a jamais eſté
en ce monde , & confirme ce que Solon
avoit dit longtemps auparavant, que
nul ne doit eftre appellé heureux avant
la mort. En effet tout ce que les Hommes
font n'est que pour raffafier deux
paffions toutes deux infatiables , dont
P'une trouve l'in ligence & la pauvreté
dans les richeffes , & l'autre l'ignominie
& la honte dans la gloire . Tous
les biens du monde ne font pas capables
de fatisfaire le coeur humain ,toutes
les connoiffances naturelles ne peuvent
pas fatisfaire l'efprit de l'Homme ; toutes
116 Extraordinaire
tes les beautez de la terre , les couleurs
les plus agréables , ne peuvent pas contenter
la veuë. Les voix les plus douces
par leur concert , les inftrumens les
plus harmonieux par leur fon , ne fçauroient
fatisfaire le fens de l'ouye. Le
monde entier ne fuffit pas à la vaſte
étendue de l'efprit humain, & nos penfées
vont fouvent au delà de ces lieux.
qui bornent toutes choſes. Enfin qui
croit d'eftre plus heureux que le plus
fage , & le plus heureux des Roys , qui
dans la poffeffion des richeffes infinies ,
& dans lajouifance de tous les plaifirs
imaginables , avoit neantmoins un extréme
dégouft de la vie ? Il avoit fait
bâtir de belles Maifons & de fuperbes
Palais ; fes Jardins eftoient remplis des
fleurs les plus agréables , fes Vergers ,
eftoient garnis des fruits les plus délicieux
; il avoit fait de grands Refervoirs
& les plus beaux Canaux du monde,
pour arrofer le Bois qui eftoit dans l'enceinte
de fon logis . Sa Famille eftoit plus
nombreufe que celle d'aucun de fes Prédeceffeurs.
Il avoit dans fes coffres des
fommes imméfes ; les plus belles Voix du
Royaume
du Mercure Galant . 117
Royaume étoient dans fa Maifon pour
le divertir ; il avoit chez luy toutes les
chofes neceffaires pour la bonne chere
& pour le plaifir ; on fervoit à fa table
tout ce qu'on sçauroit s'imaginer de
plus ragoutant & de plus délicieux ; il
furpaffoit en richeffes , en biens & en
grandeur, tous les Roys qui avoient jamais
regné dans Jerufalem ; cependant il
eft obligé de dire que la vie luy a eſté à
charge, taduit me vita mea . Ecclef. 2. Un
Poete de la Cour d'Augufte , qui avoit
efté favorisé des deux Divinitez , qui
font goûter aux Hommes les plus doux
plaifirs de la vie, dit auffi qu'il n'eft point
de veritable bonheur dans ce monde , nihil
eft ab omni parte beatum. Suppofons
qu'un Homme vive moralement bien
avec fa femme & fes Enfans , qu'il foit
riche qu'il ait beaucoup d'Amis &
beaucoup de Charges , qu'il foit élevé
en honneur , & que neantmoins il ne
puiffe joüir pendant longtemps de tous
ces avantages exterieurs ; le Sage préfere
à cet Homme un Avorton qui trouve
fon tombeau dans le ventre de fa Mere
& qui reçoit la mort dans le meſme
118 Extraordinaire

me lieu où il a reçeu la vie. Les plus
heureux , dit Denys d'Halicarnaffe , ne
peuvent pas eftre longtemps heureux ,
& les Riches ne joüiront pas toûjours
de leurs richeffes , parce qu'ils vivent
dans ce monde dont la figure paffe
& ne dure pas longtemps. Toutefois
Dieu , dit Saint Ambroife , a fait
la vie de l'Homme courte , afin que fes
miferes & fes maux qui ne pouvoiết celfer
autrement , finiffent par la mort ;
ce qui faifoit dire à Apolonius , que la
vie d'un Homme heureux eft de peu
de durée ; au lieu que celle d'un Miferable
eft plus longue & dure plus longtemps.
La grandeur des miferes de Job
& l'excés de fes fouffrances , ne luy fontils
pas dire , maudit fois le jour dans lequel
je fuis né & la nuit dans laquelle
j'ay efté conceu ! Pourquoy ne fuisje
pas mort dans le ventre de ma Mere ?
je ferois maintenant dans un profond
filence, & je ferois entré dans une folitude
eternelle , où je ferois en repos .
Pourquoy la vie a- t- elle efté donnée
aux Miferables , qui attendent la mort
avec impatience, quoy que la cruelle ſe
bouche
du Mercure Galant . 119.
bouche les oreilles & les laiffe crier fans
les délivrer de leur maux ; Ils fouhaitent
avec tant d'ardeur de mourir , que
comme s'ils avoient trouvé un tréfor
inestimable , ils ont une extréme joye
de trouver le tombeau , où ils enfeveliffent
leurs miferes dans les tenebres &
l'ombre de la mort. Dans le premier
Livres des Machabées , Mathathias voyất
l'affliction du Peuple Juif, la défolation
de la Cité Sainte , les Vafes facrez
entre les mains des Etrangers , le
Temple fans honneur , & tous les Juifs
maflacrez par leurs ennemis , s'écrie ,
malheur à inoy , parce que je fuis né
dans un temps où tous ces maux &
tous ces malheurs nous arrivent. Pourquoy
fommes nous en vie pour eftre fi
malheureux ? Quo ergo nobis adhuc vivere.
Efdras dit auffi à l'Ange dans fon
quatriéme Livre, qu'il auroit voulu que
le ventre de fa Mere euft efté fon tombeau,
pour ne pas voir les travaux de Jacob
& les miferes d'Ifraël . C'eft pourquoy
fans doute la Nature , fuivant la
remarque de Pline , n'a donné qu'un endroit
pour venir dans le monde , au lieu
qu'on
120 Extraordinaire
·
qu'on trouve mille chemins & mille
voyes diferentes pour en fortir. Elle
a produit un nombre prefque infiny de
Poiſons , & ne nous a donné que cinq
ou fix fortes de Bled ; & Seneque affure
que la Loy eternelle n'a rien fait
mieux à propos. Auffi autrefois à Marfeille
on vendoit dans des Maifons publiques
, des Poifons qu'on permettoit
aux Miferables de prendre , pour le délivrer
des maux & des miferes de la vie.
D'ailleurs il n'y a rien d'affuré ny de
permanent dans ce monde , toutes les
chofes de la terre font fragiles & periffables.
Il n'y a rien qui foit eternel , tout
eft paffager. Il n'y a rien qui foit ftable
& folide , tout eft changeant. Auffi
Olympiodorus compare cette vie à une
roue , à cauſe de ſes revolutions continuelles
& de fes changemens perpetuels.
Les Fleurs, dit un Poëte , ne confervent
pas toûjours toute la beauté que
leur donne le Printemps, & la Lune ne
brille pas toûjours de la même maniere .
Nonfemperidem floribus eft bonos,
Vernis neque uno Luna rubens nitet
Vultu .
Dans
du Mercure Galant. 121
Dans l'adverfité on fouhaite la prof
perité , & dans la profperité on apprehende
l'adverfité. Deux raifons rendent
malheureuſes les profperitez du fiecle;
l'une, de ce qu'elles font accompagnées,
de crainte de l'adverfité ; l'autre , de
ce qu'elles nous corrompent par la
joye qu'elles nous caufent , & trois
raifons rendet malheureufes les adverfitez
du fiecle.La premiere,de ce qu'on y
defire la profperité. La feconde , de ce
que la mauvaiſe fortune eft elle-meſme
difficile à fupporter, Et la troifiéme , de
ce qu'elle fait affez fouvent fuccomber
nôtre patience ; & ainfi comme onpeut
trouver un état qui foit comme un milieu
entre ces deux diférens états , il eft
évident qu'en ce monde on ne fçauroit
eftre parfaitement heureux. La Fortune
aveugle favorife les Méchans , &
ne daigne pas regarder les Gens de bien.
Les Criminels & les Coupables font
honorez de tout le monde ; & les Innocens
font le plus fouvent perfecutez ;
ce qui faifoit dire à Salomon, fors qu'il
confideroit ces chofes , qu'il efimoit
les Morts mille fois plus heureux que
Q. d'Avril 1682 . F
122 Extraordinaire
les Vivans ; & croyoit que ceux qui
n'avoient jamais veu le jour , n'étoient
pas fi à plaindre, que ceux qui n'étoient
venus dans le monde que pour que pour endurer
tous ces maux. L'Homme qui eft né
pour les travaux & les fatigues , comme
les Oiseaux pour voler , felon l'Ecriture
, ne peut fe nourrir qu'à la fueur
de fon vifage ; & du moment qu'il
vient au inonde , il eſt dans une malheureuſe
neceffité de fouffrir toutes les
miferes & toutes les douleurs qui accompagnent
cette vie ; ce qui faifoit dire
à Euripide , qu'on devoit avec raifon
pleurer & plaindre le malheur de
ceux qui naiffent , parce qu'ils ne vivent
que pour fouffrir ; & qu'au contraire
on devoit le réjouïr lors qu'ils
mouroient , parce qu'alors la mort les
délivroit de toutes les peines & de tous
les maux aufquels ils eftoient fujets auparavant.
Apres cela je ne fçay comment
on peut craindre la mort , puis
que la feule crainte de la mort eft capable
de troubler tout le repos & toute la
tranquillité de noftre ame . Il n'eft rien
de fi terrible dans la mort , que la crainte
du Mercure Galant. 123
te de la mort mefme ; & Ciceron eft
d'avis que celuy qui n'apprehende
point la mort , commence déja de mener
une vie heureuſe. Il ajoûte auſſi
que nous devons eftre bien aiſe de faire
au plutoft ce dernier voyage , apres lequel
nous ferons heureuſement délivrez
de tous les maux qui nous affligent
en ce monde. Or il n'eft que la
mort qui nous en puiffe délivrer , &
nous mettre en repos , comme vous l'allez
voir plus au long.
La mort, au fentiment de Plutarque,
eft de toutes les chofes du monde , la
plus douce & la plus heureuſe , puis
qu'elle délivre les Malheureux des maux
dont ils eftoient tourmentez dans cette
vie , & met en lieu de feûreté ceux qui ,
dépendoient encore du caprice de la
Fortune. Le Prophete Jonas irrité de
ce que fa Prédiction , touchant la
deftruction de Ninive , s'eftoit trouvée
fauffe , demandoit à Dieu de mourir
, parce qu'il croyoit de trouver dans
la mort un remede pour tous les maux,
& toutes les peines qu'il enduroit en ce
monde , Melior eft mihi mors quam
Fij
124
Extraordinaire
vita, Et dans le quatriéme Livre des
Roys, Dieu ne dit- il pas au Roy Jofias ,
qu'en recompenfe de fa fidelité & de fa
religion , il le veut ôter de ce monde, &
le placer dans le tombeau de fes Peres ,
afin qu'il ne foit pas fi
malheureux que
de voir tous les maux qui doivent arriver
aux Ifraëlites ? Ciceron n'approuve
point toutes les réjouiffances que
firent les Napolitains , lors que Pompée
, qui avoit eſté longtemps malade
dans leur Ville , revint en fanté , parce
qu'à fon avis il auroit efté bien plus
heureux s'il fuft mort de cette maladie ;
car il n'auroit jamais efté ſujet à tous
les maux , ny à tous les chagrins qui le
tourmenterent pendant le refte de fes
jours ; il n'auroit pas fait la guerre à
fon Beaupere , n'auroit pas efté obligé
de prendre les armes en hafte pour ſe
défendre , il n'auroit pas abandonné fa
Maiſon , il n'auroit pas quitté l'Italie ,
& ne feroit jamais tombé entre les
mains de fes Ennemis , à la veuë de fon
Armée défaite. Il est donc facile de
voir, pourfuit l'Orateur Romain , combien
de malheurs & d'accidens fâcheux
il
du Mercure Galant. 125
il auroit évité par la inort ; car quoy
que ces maux n'arrivent pas infailliblement
, la mort nous délivre toûjours
de la crainte que nous en pourrions
avoir. Les Dieux immortels , dit le divin
Platon , qui fçavent bien mieux que
nous ce qui nous eft neceffaire , font
mourir au plûtoft ceux qu'ils veulent
recompenfer pour quelque belle action ;
& le Prince des Orateurs donne deux
exemples de cette verité dans fa premiere
Queſtion fur le mépris de la mort.
Trophonius & Agamedes , ayant fait
bâtir un magnifique Temple en l'honneur
d'Apollon , prierent ce Dieu de
leur accorder ce qui pouvoit rendre les
Hommes plus heureux , ce qu'Apollon
promit de faire dans trois jours , apres
lefquels on les trouva morts. Le mef
me arriva à Cleobis & à Biton , Enfans
de la Preftreffe Argia , pour avoir tiré
le Chariot de leur Mere , qui alloit faire
les fonctions de fon Miniftere dans
un lieu affez éloigné. Les Cygnes qui
font confacrez à Apollon le Dieu de
l'Art de deviner en quelqué maniere
, font bien voir que la mort eft plus
Fiij
126 Extraordinaire
douce que la vie , puis qu'ils chantent
& témoignent goûter un extréme plaifir
en fortant de ce monde.
Dulcia defecta modulatur carmina lingua.
Cantator Cygnus funeris ipfe fui.
Il vaut mieux mourir , dit l'Ecclefiaftique
, qu'eftre dans l'indigence. Et
dans un autre endroit ; O mort, que ton
choix eft jufte & raiſonnable , lors que
tu t'en prens à un Homme pauvre &
miferable , accablé de vieilleffe , qui
manque de forces , & que les chagrins
rongent & confument tous les jours !
Nous devons tous mourir, dit l'Orateur
Romain , & la mort eft la fin de nos
miferes. Lors que Longin voit dans
Homere les playes , les ligues , les fupplices
, les larmes , les emprifonnetous
ces autres accidens où ils
tombent fans ceffe , croit qu'il s'eft efforcé
autant qu'il a pû de faire ces
Dieux de pire condition que les Hommes
; car à l'égard de nous ,dit- il , quand
nous fommes malheureux , au moins
avons - nous la mort , qui eft comme un
port affuré affuré , pour › pour fortir de nos miferes ;
mens ,
au
du Mercure Galant. 127.
ད་
6
au lieu qu'en reprefentant les Dieux
de cette forte , il ne les rend pas proprement
immortels , mais eternellement
miferables . Nous lifons dans l'Ecclefiaftique
, que la mort eft preferable
à une vie pleine d'amertumes ; & qu'il
vaut mieux un repos eternel ,qu'une ma
ladie continuelle. Artaban dit dans He-
-I rodote , que la mort et l'afyle des Malheureux
, le port des Miferables , & la
fin des maux & des miferes de la vie . La
mort , au fentiment de Sallufte , nous
donne un veritable repos dans les affli
ctions & dans les chagrins, & diffipe tous
les maux qui tourmentent les Mortels.
La mort , dit S. Auguftin , fepare l'ame
du corps & nous délivre d'un pefant fardeau.
Qu'y a - t- il donc de fi terrible dans
cette mort , qui eft la fin de nos miſeres
& le commencement de nôtre repos
? Les ames genereuſes , dit S. Ambroife
, ne craignent point la mort naturelle
; les Sages la fouhaitent , & les
Miferables en ont un extréme defir. La
mort, dit le Poëte Lucain , eft la derniere
de toutes les peines , & les Hommes
ne la doivent pas craindre.
F iiij
128 Extraordinaire
Mors ultimapoena eft
Nec metuenda viris.
C'eft l'efperance de mourir qui confoloit
autrefois Ovide parmy les ennuis
& les fouffiances de fon exil .
Una tamen fpes eft que me folatur in
istis ,
Hac fore morte mea non diuturna
mala.
Menander dit dans fes Epigrammes,
pourquoy apprehendez - vous la mort
qui vous doit mettre en repos & vous
doit délivrer de tous maux ? Elle ne
vient jamais qu'une fois , il n'eft perfonne
au monde qui l'ait veu revenir ;
au lieu que les maladies , les douleurs
& les chagrins qui font le fupplice des
Hommes dans cette vie , viennent fouvent
& ne ceffent jamais de les tourmenter
qu'apres la mort. L'illuftre Boëce
dit, que cette mort eft heureufe , qui
ne vient point troubler les Hommes ,
lors qu'ils jouiffent des biens & des pla
firs de la vie ; mais qui écoutant les
plaintes des Malheureux , les vient délivrer
de leurs maux ; mais il dit auffi que
fouvent par une cruauté inoüye , elle refufe
du Mercure Galant. 129
fufe de les entendre , & ne leur veut pas
fermer les yeux, pour avoir le plaifir de
leur voir fépandre des larines qui marquent
l'excés des douleurs & des miferes
qui les accablent en ce monde.
Mors Hominum felix qua fe nee dulcibus
annis.
Inferit & mastis fape vocata venit ,
Hen beu quam miferos furda averti- s
tur aure
Et flentes oculos claudere fava négat.
La mort, dit Idiota, eft un port affuré
où tout le monde doit arriver, pour fortir
des miferes de la vie. Ceux qui y
abordent les premiers , font plutoft dé-
-། livrez du danger & de la crainte du
naufrage. Comment fe peut- il donc
faire que les Hommes
apprehendent
fi fort de faire une fi heureuſe fin qui
leur devroit estre tres-agreable ? Ceux
qui ont travaillé pendant le jour , die
Theodoret, font bien aifes de fe repofer
pendant la nuit. Ceux qui ont combat.
tu durant le jour , le réjouiffent de voir
arriver la nuit qui les met en feureté.
Toutes les Creatures animées ont uné
extrême joye de voir venir la nuit pour
F v
130
Extraordinaire
fe loger dans leur retraite , où ils prennent
un paisible repos durant le fommeil.
Je ne fçay donc pourquoy ceux
qui ont travaillé pendant toute leur vie,
qui ont efté dans une guerre perpetuelle,
qui n'ont point de domicile perma
nent dans ce monde , & qui n'y prennent
aucun veritable repos , ayent en
horreur cette heureuſe nuit qui les doit
délivrer de toutes ces peines, & les faire
jouir de tous ces avantages. Ceux qui
travaillent , dit S. Chryfoftome , confiderent
avec plaifir la fin de leurs travaux.
Les Voyageurs regardent volon .
tiers le lieu de leur demeure. Les Gens de
fervice comptent plufieurs fois quand
viendra la fin de l'année . Le Pere de Famille
fe réjouit de fçavoir le temps , de la
moiffon . Le marchand fuppute nuit &
jour pour fçavoir le temps auquel tombera
le terme d'une debte ; La Femme
groffe compte avec joye quel jour elle
doit s'accoucher; & les Hommes ne fçauroient,
fans crainte & fans horreur penfer
à la mort, qui doit eftre la fin de leurs
travaux , le terme de leurs voyage ,
ta
recompenfe de leur fervice , le temps
de
du Mercure Galant.
131
+
temps de leur moiffon , le payement de
leur debte , & l'heureufe délivrance d'un
pelant fardeau . Enfin qu'y a- t-il à craindre
dans cette féparation de l'ame d'a
vec le corps qui fe fait fans douleur &
fans fentiment , & fouvent avec plaifir
? Y peut- il avoir quelque chofe de
terrible, puis qu'elle ne fait que paffer
& ne dure qu'un moment ? D'ailleurs
lors que nous fommes en vie , elle ne
nous fait point de mal ; & lors qu'elle eft
venue, nous fommes incapables de fouf.
frir fes rigueurs, parce que nous ne ſom-
1 mes plus. Outre cela il eft clair la que
mort ne nous caufera point de douleur,
puis que le fommeil , qui en eft l'image ,
ne le fait pas;& il n'eft rien de fi ridicu
le , au fentiment de Seneque , que d'appréhender
la mort , & de goûter un extréme
plaifir dans le fommeil qui en eſt
la figure.
Il eft inutile d'avertir que ny la veuë
des avantages de la mort , ny la confideration
des miferes de la vie , ne doivent
obliger perfonne à fe donner la
mort , puis que nous ne pouvons pas
difpofer d'une vie dont nous ne fommes
pas
132
Extraordinaire
pas les maiftres , & qui dépend d'une
Puiffance fuperieure qui nous l'a donnée
en dépoft. Il eft dit dans le Songe de
Scipion , que Dieu a donné aux
Hommes la terre à garder , & qu'ils
ne peuvent ſe difpenfer de cette obliga
tion , qu'avec la permiffion de cette
Puiffancefouveraine ; & que par confequent
perfonne ne peut fortir de ce
monde fans le confentement de celuy
qui l'y a fait entrer. Il eft vray que nous
voyons dans le Livre des Juges , que le
Roy Abimelech ne voulant pas qu'il
fuft dit qu'il avoit efté tué de la main
d'une Femme , ordonna à fon Ecuyer
de luy donner la mort ; & Samfon , pour
fe vanger des Philiftins , mourut fous
les ruines de la Maiſon ébranlée par fa
force ; & dans les Livres des Roys ,
Saül , & fon Ecuyer , fe tuent eux- mefmes,
de peur de mourir de la main d'un
Peuple incirconcis. Achitophel fe va
pendre , parce qu'on n'a pas fuivy fon
avis dans le Confeil. Zambri , pouffé du
defefpoir, met le feu à fa Maiſon & périt
malheureuſement . Dans le fecond Livre
des Machabées Ptolomer Macer
s'empoi
>
du Mercure Galant 133
*
s'empoifonne , parce que fes Amis l'ont
accufé de trahison contre Eupator ; &
Razias, pourſuivy par les Ennemis, qui
vouloient entrer par force dans fa Maifon,
mourut de fes propres mains . Je ne
parle point de l'Apoftre apoftat, qui fit
une fin auffi malheureufe que fon crime
le méritoit. Je laiffe auffi mille
exemples que je pourrois tirer de l'Hiftoire
profane , mais qui eftant preſque
fans nombre , ne pourroient que rendre
ce difcours ennuyeux & trop long. Il
fuffit de dire que ce ne font point des
exemples à ſuivre , ainfi que tous les
Hommes éclairez des feules lumieres de
la raifon le peuvent facilement connoître.
Outre que ces Gens- là pafferont
toûjours pour des lâches & des poltrons,
qui n'avoient pas le courage d'attendre
la mort avec une fermeté inébranlable ,
fans donner aucune marque de crainte
ny de frayeur. Ceux qui ont du coeur,
fe font un plaifir de paroître malheureux
, pour perfuader aux autres qu'ils
font an deffus de leurs malheurs , &
qu'ils ne fe foucient pas de s'en déli
vrer par une mort honteufe, Le Prince
les
134
Extraordinaire
des Faifeurs d'Epigrammes , dit qu'il
ne faut ny craindre , ny defirer la mort.
Summum nec metuas diem , nec optes.
En effet , un Timide l'apprehende , un
Fou ſe la procure , un Furieux fe la don-.
ne , & un Sage l'attend . Il n'eft point,
difoit le Roy Agefilaüs , de chemin ny
plus beau , ny plus court , pour arriver
à la gloire, que de méprifer la mort ; &
Plutarque affure que le Soldat le plus
genereux ne fera jamais une action
glorieufe , s'il craint la mort ; & nous
lifons qu'un fameux Capitaine des Lacédemoniens
difoit autrefois , exhortant
fes Soldats au combat ; courage , mes
Amis , nous irons peut- eftre ce ſoir
fouper dans les Enfers , pour leur apprendre
qu'ils ne devoient avoir aucune
crainte de la mort. Auffi c'étoient des
Gens genereux qui s'expofoient à mille
périls , & bravoient la mort en mille
rencontres. Un d'eux dit un jour à un
Perfan de l'Armée ennemie , qui fe
vantoit que la multitude de leurs traits
obfcurciroit le Soleil ; tant mieux , luy
dit-il , nous combattrons à l'ombre.
Auffi le mépris de la mort eſt la plus
belle
du Mercure Galant . 135
belle qualité que puiffe poffeder des
Gens nez pour la guerre ; & les Juifs
qui prirent les armes pour conferver la
liberté de leur Païs & la pureté de leur
Religion , difent dans le premier Livre
des Machabées , qu'il vaut mieux mourir
dans la guerre , que de voir tous les
maux qui leur arrivent. Melius eft nos
mori in bello quam videre mala gentis
nostra & fanctorum .
LA SELVE , de Nifmes.
Monfieur Daubaine , dont vous connoiffez
l'heureux talent àfaire des Versy
nous a expliqué en quoy confifte la veritable
Amitié , par une Fable employée
dans le dernier Extraordinaire . En voicy
une autre de fa facon , qui ne vous
paroîtra pas moins ingénieuse , fur l'aveuglement
que l'amour nous caufe.
SUR
136
Extraordinaire
SVR LA QUESTION ,
A quelles marques un veritable
Amant peut eftre connu.
EVX
LE LYON A MOVREVXSay
FABLE,
1 dans une premiere Fabl e
J'ay tâché de rendre éclaircy
Ce qu'est un amy veritable ,
Mon deffein eft de dire en celle- cy,
Que je prens chez le meſme Maiſtre
Ce qu'un Amant veritable doit eftre.
Au volume fecond , dés le commense.
ment ,
La Fontaine en donne un modelle.
Ce que fait la Fontaine, eftfait divine
ment ,
Mais en cecy fur tout je trouve qu'il
excelle.
Vn Lyon devint amoureux,
Dit-il, & l'objet de ſes voeux
Fut
du Mereure Galant.
137
Fut feulement une Bergere.
C'eftoit apparemment quelque grande
Beauté.
Quand un Roy vafur la Fougere
Il faut qu'il s'yfente porté
Par des
appas du moins qui paffent l'ordinaire,
Car fans cela ce feroit faire
Def- honneur à la Majesté.
Quoy qu'il en fuft , le Sceptre & la
Houlette
Eftoient d'un affez bon accord,
Et la Friponne aimoit la Royale flew
rette .
Sire , dit- elle un jour ; fi je fais votre
fort ,
S'il eft vray que mon coeur ait borné
voftre envie,
Si le bonheur de voftre vie
Dépend de fa poffeffion ,
Je confens de répondre à voftre paffion
Vous trouverez en moy , petite Bergerette
,
Une humble obeïffante , & fidelle
Sujette ;
Mais j'ole y mettre ,Sire , une condition.
Jufqu'icy
138
Extraordinaire
Jufqu'icy j'ay vefcu comme une Fille
fage ,
Je fçay ce que l'on doit à ceux de voſtre
rang ,
Vous eftes Maiftre enfin de mon bien ,
de mon fang.
Quant à mon Lit , je vous le dis tout
franc,
Vous n'y pouvez entrer que par le
Mariage.
Ah , bel Enfant , connoiffez - moy ,
Répondit le Lyon , ma flâme eft chafte
& pure,
Et je vous jure
Par Jupiter le feul Maiftre d'un Roy
Que pour prouver combien j'aime
voftre perfonne ,
Je prétans vous donner ma foy.
Ie prétens partarger avec vous ma Couronne
,
Et tous deux nous ferons également
la loy
A tout ce qui refpire
Dans mon Empire.
Mais pour moy le plaifir des plaifirs le
plus doux ,
Sera
du Mercure Galant . 139
Sera toûjours celuy de vivre voftre
E poux ,
Et je vay de ce pas engager voftre Pere
A confentir que dés ce jour
le montre jufqu'où va l'excés de mon
amour.
Adieu , belle & fage Bergere .
Le Pere eftoit un Homme fort prudent ,
Il exft aimé l'honneur qu'un Roy luy
vouloit faire ,
Mais il craignoit & fa griffe & fa dent ,
Et ne regardoit pas come une bonne affaire
Le Mariage proposé.
Volontiers mefme il euft ofé
Le refufer tout court. Quoy difoit , ma
Fille,
Peut eftre ne pourra
Faire au Lyon telle Famille
Qu'il le defirera ,
Et le Sire la mangera.
Chez ces Meffieurs c'eft ainfi qu'on
en uſe.
On ne fçait ce que c'eft que de répudier.
Il faut icy payer de ruſe ,
Noas tirer du péril , & le congédier.
S
It
140
Extraordinaire
Il s'y prit de cette maniere.
Sire , vous me comblez d'honneur ,
Mais je ne goûte pas fans trouble ce
bonheur
,
Et ma joye en cela ne sçauroit eſtre
entiere ,
Certain fcrupule qui me vient ,
La retient.
Non les careffes conjugales
Entre ma Fille & vous ne feront point
égales.
La pauvre Enfant n'ofera vous baifet ;
De quelque amour pour vous qu'elle
foit combatuë,
Voſtre dent un peu trop pointuë,
( le vous le dis fans déguifer)
Luy fera peur . Permettez que la Lime
Paffe deffus. La peur eft légitime ,
Dit le Lyon , faites venir des Gens ,
De bon coeur je confens
Qu'on me lime les dents.
Les Gens venus , la Lime opere.
Mais ce ne fut pas tout , qu'arriva- t-il
Le Pere ,
Adjoûte encor. Vos ongles , nous
dit- on , Sont
du Mercure Galant. 141
Sont crochus , & ma Fille aura quelques
allarmes,
Quand vous luy porterez une patte
au menton.
Ces ongles ont d'ailleurs à mon gré
peu de charmes.
Sire, daignez fouffrir
Que tout -à - l'heure on vous les rogne.
Le Roy le voulut bien ; Et Valets , de
courir ,
Et Cifedux, d'entrer en befogne.
Sans griffes & fans dents voila Sa Majesté.
Si le Pere l'euft fouhaité ,
Sous les Cifeaux auſſi la queuë euft efté
mife ,
Tant la Fille par fa beauté
Avoit fçeu du Lyon captiver la franchiſe.
Le Lyon en ce trifte état ,
N'eut non plus de forces qu'un Rat ,
Et fa maffe de chair par terre demeurée,
Tayaut , Miraut, Briffaut , en firent leur
curée.
Voila ce que c'est qu'un Amant.
Il est vray que l'exemple eft prisfur une
Befte ;
Mais
142
Extraordinaire
Mais vien ne prouve mieux qu'on ait
l'amour en tefte,
Que la perte du jugement .
BOUTS - RIM EZ,
Sonnet à la louange du Roy.
Lus heureux mille fois & plus chéry
que Pan,
PLus
Méprisant l'Ennemy bien plus qu'une
Guenuche,
LOUIS , pour conquérir , fait toûjours
le Satan •
Et remporte fur luy jufqu'à la moindre
Pluche.
Qty
Le bruit defa valeur fait trembler commne
un Fan,
Le plus puiffant Héros jufqu'au fonds
de fa Ruche ,
Il le glace de peur plus de douze fois
l'An ;
Euft -il le coeur plus chand mille fois
qu'une Autruche.
Les Roys de toutes parts , & ab hac &
ab hoc , Luy
du Mercure Galant. 143
Luy demandent la Paix , à tout prix , à
tout troc,
De crainte que fon Bras bientoft ne les
dé-niche.
Que les plus fier apprenne à munir fon
Rem par,
Et pense que celuy , qui la Flandre défriche
,
Peut cueillir des Lauriers au déla du
Né-car.
D'ARTIGUES , Chappelain de
Lefcun de Coudures en
Gascogne.
L'AMANT CONSTANT.
P
Our chanter nos amours prenons
le Flageolet,
Et laiffons aux Docteurs le Sacré Décalogue
;
Allons joindre nos chant à ceux du
Roytelet ,
Et faire dans ces Bois quelque amoureufe
Eglogue.
La Ville,fans Philis , me femble un Cha.
* _ſtelet, Chacun
144 Extraordinaire
Chacun de mes Amis me femble un
Pédagogue ;
Trop longtemps de Papiers chargé comme
un Mulet,
le me fuis aux Plaideurs acharné comme
un Dogue.
Libre de tous ces foins , enfin bien
écuré
Ie vay fuivre Philis malgré noftre
Curé,
Et pour elle hair toutes les autres
Belles
le l'adore, & fuft- elle aux bords de
'Hellefpont,
Les tendres amitiez dont fon coeur me
répond,
M'empefcheront toujours d'en faire de
nouvelles.
LE DEMY FLAMAND, d'Ypre..
SUR LE MESME SUJET.
Ris , voftre Beauté mérite un Pan-
Ris
théon ;
me ferois pour elle étoufer comme
Antée ,
l'effuy
du Mercure Galant.
145
L'effuyrois le Poignard du malheureux
Pantée ,
Et ferois étranglé tout comme Anacréon.
୧୯ :୨୭
Duffay-je eftre mangé des Chiens comme
Actéon.
Eftre brûle tout vif comme un horrible
Athée,
Vous ne me verrez point changer en vray
Protée >
Pen jure , belle iris , par Saint Pantaleon
.
S'il eft plus tendre Amant de l'Europe à
P'Afie ,
Qu'on me traite defou comme l'on fait
Sofie ,
De vostre amour je fuis auſſi remply
qu'un Oeuf.
Il m'agite fans ceffe , & fans ceffe me
bouffe
Ainfi qu'à la Charrue un miferable
Boeuf ;
Q. d'Avril 1682 .
G
146 Extraordinaire
Soulage - m'en , Cruelle, on je vay faire
pouffe.
SOROT , Controleur , General
des Finances en Bourgogne .
RUPTURE.
Nfin, graces à Jupiter,
Enfin, à Sans l'aide d'un Pharmacopole ,
Je mefens plus fier qu'un Frater ,
Et je me moque de Nicole.
L'esprit content en vray Pater ,
Je vay, je viens, je caracole ,
Et laffe de tant diſputer ,
Sesyeux nefont plus ma Bouffole .
Fay crû mon amour immortel ,
J'en aurois foufcris le Cartel ,
Et j'enfaifois ma feule affaire.
୧୫ : ୨୭
Maintenant je veux par ces Vers
Faire fçavoirà l'Univers
Que mon coeur a fçen s'en dé- faire.
Contre
du Mercure Galant.
147
Contre un fort laid Homme,
preſt à épouser une Belle .
UNcertain grand: Beneft , plus mal
>
Et qui de l'homme tient moins que de
la Guenuche .
D'ailleurs qui pense avoir tout l'efprit
de Satan ,
8
Bien que fa tefte pefe auffi peu que la
Pluche .
Ce joly monftre épris d'une jeune Fanfan
,
lour & nuit en laloux l'affiege dans fa
Ruche ,
Sous-ombre que l'Hymen avant la fin de
l'An
Semble affeurer la belle à ce grand corps
d'Autruche.
Ciel le foufrirez- vous , que Philis luy
foit hoc ;
Philis que pour Pallas on prendroit bien
en troc,
Luy qu'avec les Hibaux il faudra que
l'on niche ?
Gij
148
Extraordinaire
Ainfi la Deite , Mere du Dieu Poupar,
Recent jadis pres d'elle un noir Vifage
en friche ,
Vitime de l'Etat , & d'un abfolu
Car...
FOUCAULT , de Montfortl'Amaury.
I
CONTRE LES LIBERTAINS
I la crainte inventa jadis un Iupiter
,
S'
On l'eftime à préfent moins qu'un Pharmacopole
;
La pieté n'est plus fous l'habit d'un
Frater,
La Devote a pris l'air d'une Dame
Nicole.
Une Fille à dix ans fait plus que fon
Pater,
Contre la verité le Docteur caracole ,
Le luge à l'intereft fe rend fans dif
puter,
Et Four maintenant ne fert plus de
Bouffole.
Tel
du Mercure Galant . 149
Tel vit fans Foy, fans Loy , qui fe croit
immortel,
De la Parque oubliant lefunefte Cartel ,
Penfant qu'un peccavi le tirera d'affaire.
Vous dire , Libertins , dans un fens fi
per-vers ,
La vertu de LOUIS qui remplit l'Univers
Seule fuffit d'exemple à bien croire &
bien faire.
LE DRUIDE Lyonnois .
LE BON SUJET,
JE
E ne contemple point Saturne &
Jupiter ;
Je ne fuis point Marchand , Peintre ,
Pharmacopole,
Chimifte , Medecin , Chirugien , Frater,
le ne m'occuppepoint à feülleter Nicole.
欢迎点
le borne ma priere à dire le Pater ,
le laiffe au Cavalier faire la caracole
le ne puis en Docteur apprendre à difputer,
Giji
150
Extraordinaire
Je ne fçay point fur Mer conduire la
Bouffole ,
Je ne travaille point à me rendre immortel
,
J'aprébede la Guerre ,& jefuis le Cartel ,
Je ne fuis point Plaideur , ne puis parler
d'affaire .
Je nefuis point Amant , je ne fais point
de Vers;
Mais admirer LOUIS , Maistre de
l'Univers,
C'est tout ce que je fais , & ce que je
veux faire,
LA VIE HEUREUSE.
Ivre enpaix fousun Roy plusgrand
que Jupiter,
Ne voir jamais entrer chez foy Pharmacopole,
Jamais Chirurgien, Medecin, ny Frater,
Paffant le temps tout-doux avec Darne
Nicole.
Nepoufferfa colere au dela d'un Pater,
Arrefterfes defirs fans plus de caracole,
Ceder
du Mercure Galant. ISI
Ceder le plus fouvent, plutoſt que diſputer
,
L'Honneur & la Raifon nous fervant de
Bouffole.
Enfin pour poffeder un bonheur immortel
,
Il faudroit éviter,& querelle , & Cartel,
Et jamais, s'ilfe pent , ne fefaire d'affaire ,
S'égayer quelquefois en Profe comme en
Vers,
Sans pourtant de fon nomfatiguer l'Univers
,
C'est là tout ce qu'on peut & defirer &
faire.
Le Traité qui fuit eft de Monfieur
Rault. C'eft luy qui eftoit l'Autheur de
celuy que je vous envoyay ily a trois mois
fur l'Origine de la Pourpre de l'Ecarlate.
DE
152
Extraordinaire
DE L'ORIGINE
DES COURONNES,
ET DE LEURS ESPECES .
'Origine des Couronnes ne fe peut
tirer que de celle du Monde , puis
que dés le mefme moment qu'il fut creé,
il en parut en toutes les parties. Le Soleil
fut non feulement couronné de ſes
rayons, mais auffi il parut fur ce grand
Aftre une merveilleufe Couronne , que
les Grecs appellent Halo, auffi éclatante
que fa plus vive lumiere ; foit qu'elle
fuft formée des nuës les plus pures , ou
de la reverbération de fes clartez avec
ces memes nuës. C'eft ce qui s'eft veu
diverfes fois, tant du temps de Pontius
& d'Aulus Confuls , que de celuy de
l'Empereur Octavien , comme rapportent
Orofius , liv . 6. ch. 18. & Eutropius.
Les autres Aftres ne font- ils pas auffi
couronnez de leurs lumieres ? Cette -
Con
du Mercure Galant. 153
E
Conftellation compofée de fept Etoiles.
que les Poëtes feignent eftre la Couronne
d'Ariadné, placée entre le Serpent
& Hercule , eft encore une marque que
le Ciel a plus d'une Couronne , quoy
que la Fable feigne que cette Couronne
eftoit venue des mains de Vénus .
La Terre a diverſes Plantes, qui portent
des Couronnes ; & celle que Mathiole
& Diofcoride appellent Coronaria,
en eftune des principales. Entre les
Fleurs, la Rofe & l'Impériale ne fe forment-
elles pas des Couronnes d'ellesmelines?
Sur tous les fruits , la Grénade , outre
fon écorce dorée, & fes grains , dont elle
enrichit fon fein , comme d'autant de
Rubis,a l'avantage d'avoir la tefte couronnée.
Claudien en fa belle Epigramme fur
le Phénix , comme au Roy des Oyſeaux,
luy donne une Couronne de Plumes dorées
& brillantes. Simon Majole , en
fon Colloque des Poiffons , donne le
meſme avantage au Dauphin , qu'il dit
en eftre le Roy; & cette Couronne luy
fert d'arme contre le Crocodile , de la
G V
254 Extraordinaire
pointe de laquelle il créve le ventre de
cet Amphibie dans le combat.
Mais pour ce qui eft de l'antiquité &
de l'origine des Couronnes entre les
Hommes , plufieurs Autheurs font de
diverfe opinion fur ceux qui les ont inventées.
Athenée liv. 15. & Rofinus
liv. 2. des Antiquitez Romaines , difent
que Janus a efté le premier qui ait trouvé
l'Art de faire des Couronnes ; & Govapitus
au liv. 4. des Origines , en dit la
mefme chofe, & que ce Janus fut Japhet,
fecond Fils de Noé , duquel felon Berofe
, les Grecs ont pris leur origine. Mais
Feftus & Plutarque en fes Sympofiaques,
difent que Bacchus a efté le premier qui
fe foit formé une Couronne de branches
de Lierre, dans le Triomphe qu'il mena
apres la Victoire qu'il remporta dans les
Indes & dans l'Egypte , d'où il en transfera
l'ufage dans la Grece. Pline fait
mention liv. 16. ch . 34. qu'Aléxandre
le Grand, ayant voulu imiter le Triomphe
de ce Dieu , au retour des Indes en
Macédoine , ramena fon Armée triomphante
couronnée de Lierre.
Quelques autres veulent que ce foit
Pro
du Mercure Galant
IS'S
Promethée, qui le premier ait inventé
les Couronnes , parce qu'ayant efté delivré
de fes chaînes par Jupiter , en mémoire
de cette faveur & pour un monument
eternel , il fe fit une Couronne &
un Anneau de ces mefmes fers . Sur cette
diverfité d'opinions , quelques- uns
ont eftimé que l'ufage en eftoit venu des
premiers Hommes mefmes , qui pour fe
garantir des ardeurs du Soleil, & fe donner
de l'ombre, auroient joint de Rameaux
d'Arbres enfemble pour faire des
Couronnes , quoy que contre tous ces
fentimens plufieurs en faffent un certain
Stephanus le premier Inventeur , & difent
que la Couronne en Grec s'appelle
de fon nom .
Les Poëtes ont toûjours dépeint dans
leurs Vers , la plus grande partie des
Divinitez avec des Couronnes; & Paufanias
mefme fait Jupiter affis fur un
Trône , ayant une Couronne d'or en la
tefte, & un Sceptre en la main. Martian
dans les Images des Dieux , le repréſente
avec une Couronne Royale en la tefte ,
toute brillante de rayons. Le meſme
figure Junon avec une Couronne de
pierres
156 Extraordinaire
pierres pretieuſes , que la Déeffe Iris
luy met fur la tefte .
Janus repreſenté avec un double vifage,
portoit une Couronne d'or qui environnoit
les deux fronts . On donnoit
en faveur d'Apollon , à fes Images , outre
la Couronne de rayons , une autre
Couronne de Laurier. Les Mufes fes
Soeurs portoient des Guirlandes de
Fleurs, ou des Chapeaux de füeilles de
Palmier. Cybelle Mere des Dieux,
avoit la tefte couronnée de Châteaux &
de Tours. C'est ce que dit Virgile au
fixiéme Livre de l'Eneide ,
Qualis Berecynthia mater ,
Invehitur curru Phrygias turrita per
urbes.
La Déeffe Ceres eftoit couronnée de
fes Epys , parce que c'estoit elle qui
avoit enfeigné l'Agriculture & l'ufage
du Bled , en la place du Gland , dont vivoient
les premiers Hommes..
Les Dieux & les Nymphes des Fleuves
eftoient couronnez de Rofeaux ;
c'eft ce que marque le mefme Virgile
liv.8. de fon Eneide , parlant du Dieu
qui préfide au Tibre.
E
du Mercure Galant.
157
Et crines umbrofa tegebat arundo.
Le Dieu Pan portoit fa tefte couronnée
de füeilles de Pin ; Hercule d'Ache
ou de Peuplier , Venus de branches de
Myrtes , ce que faifoit auffi le Dieu
Hymen.
Neptune , comme le dépeint Ovide
, avoit une Couronne blanche & le
Trident en la main ; Amphitrite fon
Epouſe avoit la tefte ceinte d'un tour
de Perles.
Martian donne à Pluton , Dieu des
Enfers , une Couronne d'Ebene , avec
un Sceptre de fer. Catulle reprefente
les trois Parques avec des Bandelettes
blanches au lieu de Couronnes . Philoftrate
au Tableau qu'il fait d'Amphiaraë
, figure le Dieu du [Sommeil couronné
de Pavots , tenant en la main un
Rameau trempé dans le Fleuve du Styx
ou de Lethé . Tibulle orne le bon genie
d'un Chapeau de Fleurs ou de Ra
meaux de Plane. Athenée repreſente
Venus avec une Couronne de Rofes
ou de branches de Myrthe . Paufanias
donne aux Graces des Guirlandes de diverfes
Fleurs.
A
158 Extraordinaire
A l'égard des Sacrifices qui fe faifoient
aux Dieux & aux Déeffes , les
Preftres fe couronnoient aux Feftes de
Bacchus, comme dit Timachidas en fon
Livre des Couronnes , de Rameaux de
Myrthe , ou de branches de Vigne , en
celles de la Déelles Cerés de feuilles de
Chefne; ce que remarque Virgile au 1 .
liv. des Georgiques
.
Cererifacra redimitus tempora queren.
Aux Sacrifices dédiez à Hercule , ils
fe faifoient des Couronnes de Peuplier.
Virgile liv. 8. de l'Eneide
Populeis adfunt evineti tempora ramis.
En ceux confacrez à Apollon, les Saerificateurs
fe fervoient de Laurier,
comme dit Apollonius au livre 1. des
Argonautes. Il y avoit trois fortes de
Couronnes en ces Sacrifices. Les unes
ſe mettoient au fommet de la tefte , les
autres defcendoient jufques fur les Temples
, & les dernieres s'abbattoient jufques
au col. Les Vaiffeaux dont ils fe
fervoient , avoient auffi des Couronnes
de Fleurs , & les Victimes en
avoient la tefte ornée , où de Bandelettes
de diverſes couleurs autour des
$
cornes.
du Mercure Galant. 159
T
cornes. Virgile livre troifiéme de l'Eneide.
Tumpater Anchifes magnum cratera corona
,
Induit.
Laquelle coûtume a duré long-temps ,
comme a remarqué André Tenedien en
fon voyage de la Propontide.
C'eftoit auffi la coûtume des Nautonniers
, comme dit Virgile liv. 1. des
Georgiques & de l'Eneide livre 4. des
couronner les Mats de leurs Vaiffeaux,
quand ils levoient l'ancre , pour faire
voile, ou quand ils prenoient port.
Puppibus & lati Nauta impofuere coronas
.
Les Roys & les Princes anciens, qui®
vouloient eftre reputez comme des
Dieux, portoient des Couronnes d'or par
rayons , à la figure de celle du Soleil.
Virgile parle de la forte de celle du Roy
Latinus , avant la fondation de Rome,
au liv. 1 2. de fon Eneide.
Cui tempora circum ,
Aurati bis fex radij fulgentia cingunt
Tempora.
Les
160 Extraordinaire
Les Statues & les Autels des Dieux
domestiques, appellez Pénates , ou Lares
, eftoient ordinairement couronnez
de Bandelettes de Laine,
Et molli cinge hae altaria vittâ.
Mais pour revenir à l'antiquité des
Couronnes , Jofephe en fes Antiquitéz
Judaïques , parlant des Ornemens
des Souverains Pontifes , fait les Couronnes
plus anciennes que du temps
de Bacchus ; car il rapporte que Moyfe
, que l'on fait preceder toutes ces
fauffes Divinitez , fit faire des Couronnes
d'or , & principalement une plus
pretieufe que les autres , en laquelle fur
une pierre inestimable , le nom de Dieu
étoit gravé en lettres Hébraïques , &
qui dure prefque à nos temps , comme
dit Polydore Virgile liv. 2. chap . 17.
des Origines .
Jules Scaliger, liv. 1. chap. 13. de fon
Art Poëtique, & Valere Maxime liv. 1 .
ch. 1. de fes exemples , difent que chez
les Athéniens, Pericles, pour les actions
héroïques , fut le premier qui fut recompensé
d'une Couronne par honneur;
& que comme l'honneur eft l'éguillon
qui
du Mercure Galant. 161
qui porte à la vertu , & la vertu aux
actions hautes & immortelles , enfuite la
coûtume auroit efté introduite chez la
Pofterité,de donner des Couronnes pour
récompenfe & pour marque de gloire.
Les Sacrez comme les Prophanes en
avoient pris l'ufage , ce qui fe remarque
en Judith , livre 15. qui aprés avoir
tué Holopherne , & délivré Betulie , fe
couronna d'un Rameau d'Olivier , &
toute couronnée rendit graces à Dieu
5 de la Victoire qu'elle avoit remportée
accompagnée de fes Dames d'honneur
& de fes Vierges avec le meſme
appareil.
Chez les Nations mefme les plus
barbares , comme difent Zuingerus &
Polibe , fe mettre des Couronnes fur
la tefte , eft un figne de reconciliation
de paix & d'amitié. Du temps des Grecs ,
que les Jeux Olympiques furent établis
en l'honneur d'Hercule , pour avoir
planté le premier l'Olivier en la Ville
d'Olympie , ces Jeux qui fe celebroient
de cinq ans en cinq ans , dans
les Villes de Pife & d'Elide , eftant de
cinq efpeces , les Rameaux d'Olivier
eftoient
162 Extraordinaire
eftoient la récompenfe des Athletes
Vainqueurs , dont ils feftoient couronnez
& remenez dans des Chars de
Triomphe en leurs Villes avec les Hérauts
& les Trompettes fonnantes ; c'eſt
ce que difent Caelius Rhodiginus &
Paufanias ; & de plus Ariftote en fon
Panthée . Ce fut dans ces mefmes Jeux ,
que Théagenes eftant diverfes fois
Vainqueur , tant à la Courſe , à la Luite,
qu'au Gantelet , remporta jufques à fix
vingts Couronnes , & Paufanias jufques
à cent quarante , Alexandre ab Alexandro
, le témoigne de la forte.
Du temps de Thefée, que de femblables
Jeux furent inftituez dans l'Ifle de
Crete , à prefent Candie , on avoit coûtume
d'y couronner les Vainqueurs de
Rameaux de Palmier ; mais cette coûtume
y fut changée , le Laurier fervit en
la place , & la Palme y fut donnée outre
la Couronne.
La Couronne qui fe donnoit dans les
Jeux de l'Ifthine de Corinthe, fe faifoit,
comme dit Rhodiginus , de füeilles
d'Ache, & c'eftoit à l'honneur du même
Hercule.
La
du Mercure Galant.
163
La Guirlande de Laurier fe donnoit
dans les Jeux Pythiens , qui le celebroient
à Delphes en l'honneur d'Apollon
, pour avoir tué le Serpent Python ;
& apres la Victoire on chantoit en l'honneur
de ce mefme Dieu des Hymnes fur
la Harpe , fur la Lype & la Flufte. Ces
Jeux eftoient de cinq efpeces comme les
Olympiens & s'appelloient Pantathlon.

La Couronne d'Ache, herbe funebre,
fe donnoit dans les Jeux Neméens , qui
avoient efté inftituez en l'honneur
d'Hercule , pour avoir tué un furieux
Lyon dans la Foreft de Nemée. Lucien
au Dialogue des Exercices , dit que ces
Jeux avoient efté inftituez en l'honneur
d'Archemore , Fils du Roy Licurgus,
qui avoit efté tué par un Serpent en
cette mefme Foreft. 11 eft à remarquer
que dans tous ces Jeux , les Hommes
feuls y avoient entrée ; & que jamais les
Femmes ne furent reçeues en ces exercices
, excepté Pherenice Mere d'un
Vainqueur.
Dan Lacédemone ceux qui s'eftoient
comportez genereuſement , & avoient
perdu
164 Extraordinaire
perdu la vie en la dé fence de leur Patrie
eftoient couronnez de branches d'Olivier
apres leur mort , & leurs funerailles
en eftoient ornées .
Du temps des premiers Romanins ,
peu apres la mort de leur premier Roy
Romulus , les Couronnes d'Epys , comme
dit Pline , furent les premieres mifes
en ufage ; enfuite defquelles dans
les Jeux du Cirque , celles de Rameaux
de Chefne, de Plane , d'Olivier , & d'autres
efpeces , furent introduites ; &
l'ufage enfin prevalut de les compoſer
de diverſes Fleurs . Glycere fut la premiere
qui en inventa l'Art ; & Paufias
Peintre excellent de Sicyone , par fes
pinceaux & fes couleurs , tâchoit d'imiter
l'induftrie de cette Maiftrefle Ouvriere
de Couronnes & de Guirlandes ,
d'où vinrent leur combat & leurs
amours , à qui fe vaincroit l'un l'autre
en leur Att diferent , l'un d'imiter la
varieté des Fleurs , & l'autre de vaincre
la peinture par la diverfité des couleurs
, dont elle entrelaçoit fes Couronnes.
Au défaut des Fleurs , pendant
l'Hyver , on faifoit les Couronnes à
la
du Mercure Galant .
165
la mode des Egyptiens, de füeilles d'Yvoire
peintes de diverfes couleurs , enfuite
dequoy vinrent celles des füeilles
d'argent & d'or ; & Craffas , le plus
riche des Romains , en donna de ces
efpeces , comme dit Polydore Virgile ,
liv.2. chap. 17 .
Dans Rome on avoit coûtume de
ceindre la tefte des nouvelles Epouſes
de Eleurs odoriferantes , ou de Verveine.
C'eft ce que dit Rofinus & Catule
dans les Noces de Julia & de Manilius
.
La Couronne d'herbe marquoit chez
les mefmes Romains , plus d'honneur &
de gloire dans la Milice. Agellius dit
qu'il y en avoit de diverfe efpece , &
pour en fuivre l'ordre , il faut commencer
par la plus noble , qui eftoit la
Triomphale. Elle eftoit d'or ; auparavant
elle fe faifoit de fueilles de
Laurier. C'eftoit celle que l'on envoyoit
par honneur aux Empereurs, qui
avoient obtenu le droit de triompher
pour les Victoires qu'ils avoient remportées
.
་།。
Publius Décius Tribun, pour avoir confervé
166 Extraordinaire
fervé fon Armée environnée des Sabins,
qui eftoit alors campée fur une Montagne
, fut recompensé par Coffus d'une
Couronne d'or , & d'une autre d'herbe
prife fur le lieu mefine par fes Soldats,
pour avoir fait lever le Siege aux Ennemis.
Fulvius ayant vaincu les Celtiberiens,
fut mené dans un Char de Triomphe au
Capitole , où il dépofa cent quarante
Couronnes. Autant en fit Emilius
Regillus , pour avoir défait l'Armée
Navale du Roy Antiochus. Dans ces
melmes Triomphes on ajoûtoit encore
les Couronnes Civiques, Murales , Obfidionales
, & d'autres , fi on les avoit
remportées .
La Couronne Ovale fe donnoit dans
le petit Triompheal
l'ordre du Senat
à celuy qui avoit reduit les Efclaves fugitifs
, ou pris les Pirates, ou fait quelques
autres actions qui ne fentoient pas
une guerre ouverte ou déclarée , & elle
fe faifoit de branche de Myrthe , quoy
que Marcus Craffus ,
achevé la guerre des Fugitifs en obtinft
du Sénat une de Laurier , ayant mépour
avoir
prifé
du Mercure Galant.
167
prifé celle de Myrthe. Pofthumius Tubertus
, pour avoir obtenu l'Ovation ,
fut couronné aufli des Rameaux de ce
mefme Arbre.
L'Obfidionale fe donnoit au Chef
par ceux qui avoient efté délivrez d'un
Siege , & l'on y obfervoit cette coûtume
de la faire d'herbe , prife fur le mefme
lieu d'où les Affiegez Javoient efté
délivrez. Plufieurs ont preferé cette
Couronne à toutes les autres . C'eftoit
anciennement une fouveraine marque
de Vidoire , quand les vaincus préfentoient
l'herbe arrachée fur le mefme
lieu où eftoit le Vainqueur ou le Libérateur.
Marcus Fabius Maximus receut
cet honneur , pour avoir délivré Rome
affiegée par Annibal. C'eft dont parle
Feltus , & Pline livr. 22. chap. 3.
& 4.
•·
La Couronne Civique eftoit d'une
autre efpece , & celle qu'un Citoyen
prefervé donnoit à celuy qui l'avoit délivré
du peril de la vie , elle fe faifoit de
füeilles de Chefne , parce que le fruit
de cet Arbre fut la nourriture des premiers
Homines . C'est ce que dit Cecilius
168 Extraordinaire
lius & Virgile au liv. 1. des Georgiques.
Gellius rapporte que Ciceron même
, pour avoir découvert la conjuration
de Catilina , & en avoir délivré
Rome , fut recompensé d'une pareille
Couronne dans le Senat , par le commun
confentement de la Republique ;
& cette Couronne eftoit preferée à
beaucoup d'autres ; tant la vie des Citoyens
eftoit pretieuſe.
La Couronne Murale eftoit celle qui
fe donnoit au Soldat genereux par
l'Empereur mefme, pour avoir franchy
le premier les murailles , & eftre entré
dans la Ville affiegée. Cette Couronne
eftoit ornée de Creneaux en forme
de Remparts.
La Caftrenfe fut celle dont l'Empereur
recompenfoit les Soldats , qui
les armes à la main eftoient entrez en
combattant dans la Tranchée des Ennemis
, & elle avoit en fa figure une efpece
de tranchée , d'où elle prenoit fon
noin.
La Navale fe donnoit à celuy , qui
dans un combat eftoit entré le premier
dans le Vaiffeau des Ennemis & ,
ayoit
du Mercure Galant. 169
avoit facilité l'entrée aux autres qui y
étoient fautez les armes à la main. Cette
Couronne portoit en fa figure des becs
de Navire pour les glorieufes marques.
La Murale , la Caftrenfe , & la Navale,
fe faifoient fouvent de fuielles d'Aches.
Voila les diferentes efpeces de Cour onnes
dont les Anciens avoient l'ufage .
Augufte, comme dit Suétone , obtint
le droit de porter toûjours une Couronne
de Laurier , pour avoir réduit Antoi
ne & Cléopatre à s'arracher eux- meſme
la vie . Jules Célar ne receut jamais
d'honneur plus à gré que de porter une
Courronne de Laurier , parce qu'il avoit
la tefte Chauve. C'est ce que remarquent
Suétone & Sabellius . Alexander
ab Alexandro dit que l'Empereur Caligula
inventa une espece de Couronne
à la reffemblance des rayons du Soleil'
ou de la Lune , pour le faire voir en
quelque façon comme une Divinité.
Il y avoit une Loy chez les Romains,
qui ordonnoit que ceux qui avoient mérité
des Couronnes , foit dans les Combats
, ou dans les Jeux publics , euffent
en leurs funerailles les mefmes hon-
Q. d'Avril 1682 . H
170
Extraordinaire
neurs de leur gloire. Leurs Theatres,
leurs Chars de Triomphe , leurs Chaifes
roulantes, leurs Monumens , & leurs
Buchers mefmes , eftoient couronnez,
Ce que Brafficanus en fes Antiquitez ,
Aneas Vicus dans les Médailles des
Anciens , & d'autres ont remarquez.
Boire des Couronnes fut une ancienne
coûtume chez les Grecs & les
Latins ; & dans le Banquet que Cleopatre
donna à Antoine , elle en ufa de
cette maniere ; elle l'empefcha de boire,
car la Coupe eftoit empoisonnée. Elle
la fit donner à un Efclave tiré de la prifon
, qui en ayant bû expira au mefme
moment . Cette Reyne avoit déja un
preffentiment de la funefte avanture,
où elle alloit tomber avec ſon cher Antoine
, qu'elle vouloit fuivre autant en
la mort qu'en la vie . L'on tient que les
Joniens ont efté les Inventeurs de cette
Coûtume , où non feulement les Coupes
eftoient couronnées , mais auffi les
teftes des Banquetans. La grande Bretagne
a retenu encore quelque chofe de
cette Antiquité , car dans leurs Regales
les plus qual fiez Habitans couronnent
leurs
du Mercure Galant
171
leurs Coupes de Fleurs , & gardent cette
ceremonie ancienne ; ce qui s'obferve
auffi dans les folemnitez publiques ; la
plupart marchant la tefte couronnée de
Fleurs.
A l'égard de la dignité des Couronnes,
il y a une preéminence. La Pontificale
eft la premiere , & s'appelle , Tiare;
la feconde eft celle de l'Empire, qui
eft fermée avec un Globe reprefentant
le monde chargé d'une Croix . Jovius
rapporte liv. 37. de fon Hiftoire , que
les Empereurs d'Allemagne reçoivent
trois Couronnes ; la premiere d'argent
pour le Royaume d'Allemagne ; la feconde
de fer , entourée d'un cercle d'or
& de pierreries en dehors , pour le
Royaume de Lombardie ; & la troifiéme
d'or pour l'Empire Romain ; ce qui.
fut obfervé en la Perfonne de Charles
de Bologne , en l'année 1530.
La Couronne du Roy eft fermée , enrichie
de Pierreries ; celle de Prince
diminuë de cette precedente , celle de
Duc eft par Trefles avec des Rubis.
Celle de Comte eft moindre en fa figure.
Celle de Marquis diminuë aufli des
Hij
172 Extraordinaire
precedentes ; & celle de Baron a un fil
de Perles paffé en dedans & en dehors.
Rhabanus Maurus , en fa Prophetie
fur le Royaume de France , & fur la
grandeur de fa Couronne , luy donne
pour fondement l'Immortalité , & dit
que l'un & l'autre ne feront fujets à aucuns
revers. Cecy eft amplement expliqué
dans le Livre intitulé , Sacra Rhemenfia
, au titre de la Couronne , dedié
à Louis XIII. de triomphante memoire
, en la cerémonie de fon Sacre,
& dans les prerogatives de fon Auguration.
RAULT , de Rouen.
Les Enigmes du Mois d'Avril , dont
les Mots eftoient le Sel & le Melon,
ont donné lieu à ces Madrigaux.
E
I.
Nvain j'exerce icy ma veine ,
Cette Enigme , Tircis , me donne de la
peine ;
Ilfaut , pour l'expliquer , eftre à moitié
Devin ,
F'irois plus aisément à Rome.
Mais je pense à ce jus qu'on tire du Raifin,
Dont
du Mercure Galant. 173
Dont un coup , ce dit- on , aviſe bien un
Homme.
Voyonsfi ce remede eft tel ,
Qu'ilrende ma Mufe fertile.
Ony , ce fecours eft prompt autant que
naturel ,
Je reconnois qu'il eft utile .
Et fans luy ce difcours n'auroit point eu
de Sel,
AVICE , de Caën , Ruë
de la Harpe.
II.
E vous mets bien au deſſus d'Apol-
JE
Lon ,
Autrement le Soleil, admirable Mercure.
Ce n'est qu'en certain temps , & fuivant
la Nature ,
Qu'ilfait produire à la terre un Melon ;
Mais vous , quand il vous plaiſt, vous en
étes le maître ,
En tout temps vous le faites naître.
L'HABITANT EN ESPRIT ,
du Pré S. Gervais.
I I I.
Hristophe l'autre jour me donnant
un Ragouft.
CH
Le luy dis que le Sel y manquoit , & l'Orange.
H iij
174
Extraordinaire
Hlen mit. O prodige étrange !
La viande futfoudain de tout un autre
gouft.
V
RECOLIN , du Grand Ponteil ,
Lieutenant dans le Regiment
d'Auvergne.
IV.
>
Ous connoiffeż mon naturel
Ie rejette, Mercure , une matiere fade
Certains Vers me rendent malade >
Quandje n'y trouve point de Sel.
L'ALBANISTE
, de Rouen.
V.
Vel peut estre le Mot de l'Enigme
Q
Seconde
Demandois- je un jour à Fanchon ?
le fuis la plus trompée &plus belle du
monde ,
Dit- elle ,fi ce mot eft autre qu'un Melon.
Alors voulant parler fur l'Enigme premiere
,
Elle me demanda quel en eftoit le nom.
Le Sel , Fanchon, eft nôtre affaire,
Luy dis -je, apporte ton Melon .
Mad . RICARD , de Provins.
VI.
du Mercure Galant. 175
VI.
QVoy, donner du Sel au Public ?.
Auxyeux de tout le monde en faire ainfi
trafic ?
4
Vous étes trop hardy , Mercure,
Ne vous flarez pas tant d'eftre bien
écouté,
Malgré tous mes Amis il m'en a bien
coûté.
I'en avois mis un peu dans ma pauvre
voiture .
C'est mon premier forfait , belas ! j'y fus
Surpris ;
Mais vous recidivez, ma foy, vous ferez
pris .
GYGES , du Havre .
VII.
M
Ercure étoit , dit- on , un grand
Voleur.
N'eftoit- il point auffi Traiteur ?
le le croy, car encor fouvet il nous régale,
Et c'est le mieux du monde. Enfin nul
ne l'égale ,
Tout ce qu'il donne est tres - bien apprefté
;
S'il ne fert qu'un Melon , le Sel eft à côté.
La Fauvete de Morlaix.
H
76
Extraordinaire
VIII.
Pour éviter, Chimiste , & lesfrais &
la péine ,
Ceffe de travailler à tout Eftre réel.
Comme moy fans dépense , &fans beaucoup
degefne,
D'un eftre de rayon tu peux tirer le Sel.
ASTIER, Prieur d'Avignon .
M
IX.
Ercure eft un joly Garçon
Tout ce qu'il fait à l'art de plaire;
Pour moy , j'admirefa maniere ,
De mettre du Sel au Melon .
Mad. Rozon , de la Ruë
au Maire.
X.
IL femble que Mercure ait une peur
fecrete ,
Qu'à nousfaire un prefent il ne foit criminel
,
Tant il nous le fait en cachete.
Ok je n'y penfois pas ; la peste , c'eſt du
Sel .
F. H. DE VALLAUNAY , Sous-
Brigadier dans les Chevaux
Legers .
XI.
du Mereure Galant. 177
L
XI.
Ors que je fuis avec Nanon ,
Et qu'un mefme amour nous affemble
,
Nous nous accordons mieux enfemble
Que le Sel avec le Melon.
LE BERGER ALCIDON , du
Faux- bourg S. Victor .
XII.
Hébus , tout Fils qu'il eft du divin
P
Jupiter ,
Craindroit un Qui pro quo du vieil
Pharmacopole ;
Et tout Maiftre Juré se tiendroit un
Frater ,
Aufujet de l'Enigme où vous refvez
Nicole.
Et puis vous
m'ordonnez que dedans un
Pater ,
le tourne tant enfin, fi bien je caracole,
Que je donne à ce but qui nous fait difputer
,
Plus
Seûrement qu'au Nort l'aiguille de
Bouffole.
Dequoy que foit capable un amour
immortel ,
Hy
178
Extraordinaire
Je ne fçaurois , Nicole • accepter le
Cartel ;
C'eft , comme vous voyez , une terrible
affaire ,
De trop de Sel Mercure affaifonne les
Vers
Qu'en ce mois il expofe aux jeux de
l'Univers ;
Et moy , fade Devin, helas ! que puis-je
faire ?
Le Pere fans façon .
XIII.
efprit embaraffe pour découvrir le
Mot
nvelopé des Vers de la feconde Enigme,
' arreſtant à loifir à voir chacune
rime ;
In vain , difois-je en moy , je fais tant
le Marmot ,
Nors que par un beau Mot cet obftacle
déniche.
Oh, oh, dis-je auffitoft, vrayment j'étois
bien fot,
Zeft - il pas découvert dedans cet Acroftiche
?
ALCIDOR, du Hayre.
du Mercure Galant.
179
XI.V.
On Sel , Mercure , eft de bon gouft.
Le moyen defaire un ragouft TLe
Qui ne foit méchant , détestable,
Sans cette Mâne incomparable ?
Un certain Cuisinier , dit - on , s'en eft
paffe,
C'eftoit celuy d'Hédin , mais il eft tré-
V
passé.
La trifte Alcidiane de Berry.
X V.
Om qui fçavez résoudre tout
en Sel,
Vous devez bien réfoudré cette Enigme.
Seriez- vous court , Chimifte univerfel,
Vous quifçavez réfoudre tout en Sel?
N'est- ce donc pas un Eftre naturel
Ce que Mercure en ce mois nous exprimez
Vous quifçavez réfoudre tout en Sel,
Vous devez bien résoudre cette Enigme.
L'Ennemy d'amour , à l'Anagramme
L'Héroïne m'y
Ercure
entraîne.
XV I.
M a plus d'esprit qu'un
Ange ,
En liberalité l'on n'en voit point un tel,
180
Extraordinaire
Ilfaut le dire à fa loüange ;
Il ne donneroit pas des Perdrix fans
Orange ,
Non plus que du Melon fans Sel.
Le Secretaire du Parnaffe.
XVII.
Ans le Sel il n'eft rien de bon.
Sans luy que feroit le Jambon ?
Le Mercure s'enfert jufques hors de la
Table,
Et fans fe foncier des Loix ,
Veut vendre dans fon dernier Mois
Cette Marchandife agreable.
Ο
S. LANGELLE ' , Rhétoricien
des Jefuites.
XVIII.
V'un autre fe connoiffe au cours de
Jupiter,
Qu'il nomme chaque Simple en bon
Pharmacopole,
Qu'à panfer une playe il foit plus que
Frater,
Que Galant il s'entende à courtifer
Nicole ;
Qu'il enfoit qui , Delleurs, expliquent
le Pater,
Qui
du Mercure Galant . 181
Qui fcachent de bon air faire une caracole
,
Qui deffus tousfujetsfoient prefts à difputer
,
Qui reglent un Navire au gré de la
Bouffole ;
Que les Faits de LOUIS le rendent
immortel ,
Qu'affurant le Commerce 2 étoufant le
Cartel ,
Du bonheur de la Terre il falſe fon
affaire ,
୧୯୨୭
Quand à moy, fi jay pû deſſus les petits
Vers
Que donne à deviner Mercure à l'□-
nivers ,
Dire bien le Melon , c'est pour me fatisfaire.
Le Bouquet mystérieux du P.
X I X.
Pardonnez, moy , Galant Mercure,
Si je veux point recevoir
Le Sel que vous donnez , & je fais mon
devoir.
On dit que je l'ay pris , mais c'est une
imposture,
Je
182 Extraordinaire
Je n'en ay pas reçen la valeur d'un
denier.
Il n'en faudroit pas tant pour faire un
Faux-faunier.
Si j'eftois accufé , j'aurois beau me défendre,
A peine l'on voudroit m'entendre ,
Bientoft on me condamneroit ,
Tout Amy m'abandonneroit.
Quand on veut perdre un Miférable,
Il n'eft rien plus aifé que d'en faire un
Coupable.
l'ay donc renvoyé voftre Sel , "
le n'en veux que de la Gabelle,
Tout autre eft defendu , l'Ordonnance eft
formelle,
Ie crains trop de me voir condamné fans
appel, 5
BARICOT , du Havre .
X X.
Ous pouvezfeûrement , esprit univerfel,
Expofer an grand air vostre admirable
Piece;
Iamais rien ne fçauroit altérer ſa fineſſe,
Puis que vous y mettez du Sel ,
D. CHICHARD de Saragoce.
XXI.
du Mercure Galant. 183
15
XXI.
E fuis d'une complexion
Qui paroiſt aſſez délicate.
Helas ! s'il m'arrivoit quelque indigeftion,
le fentirois gonfler ma rate ,
Et j'en pourrois mourir ; mais j'admire,
Voifin,
Le temperament dont vous eftes.
Taurois mille douleurs, je créverois enfin ,
Si je mangeois comme vous faites
Vn Melon tout entier , fans Sel , fans
Pain , ny Vin.
L'ALBANISTE de Rouen.
XXII.
Mercure , prenezgarde à vous,
Meffieurs les Partifans vous feront une
affaire.
Quoy , vous garde du Sel , & ne pouvez
vous taire ?
On ne fait pas ainfi chez nous .
Les Affociez de la Rochelle.
XXIII.
Ot tua plena placent doctis Anigmata
Sale,
Tot
Sic fine Sale nocent Melones fæpe gulofis
.
}
POETA SUE VUS.
184 Extraordinaire
XXIV.
Ve vous foyez, Camille , encore à
Q
deviner
Ce que donne en ce mois Mercure à ruminer
Je ne crois pas de vous une telle foibleffe :
Vous avez trop de fens de feu fpirituel ,
De penétration & de délicateffe ,
L'ay penfe dire trop de Sel .
M
DROÜART DE ROCONVAL ,
de la Porte S, Antoine
XXV.
Ercure fçait donner des Fruits
prématurez ,
Nous en avons icy des fignes affurez ,
Puis qu'ence mois de May contre toutes
apparence.
On voit par ce moyen du Melon dans
la France!
GIRAULT le jeune.
XXVI.
Vot
Oftre Enigme a ce Mois je- ne -feay
quay qui pique,
Jamais je ne ay veu d'un goût fi relevés;
Et certes l'auroit dépravés
Qui
du Mercure Galant.
185
Qui n'y fentiroit pas un certain Sel
N
attique.

La Brunette à l'Anagramme
H. M. eft à fa Cour , de
la Ruë S. Denys.
XXVII.
Eft -ce pas eftre un broüllon,
De vouloir , Monfieur Mercure ,
En dépit de la nature,
Mettre dans lombre un Melon ?
LA BELLE TERBOCHER , à l'Anagramme
Bel Aftre cher Objet,
de la Rue S. Victor.
XXVIII.
Ous voyez donc , agreable Trom-
Vouspeur ,
Que vostre Enigme eft pour me faire
peur ,
Et qu'elle peut facilement m'abatre.
Certes , pour moy , je ne crains rien de
tel ,
Et
je
fçay
que
j'en
mangerois
quatre
Pareils
Melons
avec
un
grain
de
Sel
.
LE GUERY DU BLANC B.
de Monfort l'Amaury.
X XIX .
186 Extraordin aire
XXIX .
E ne sçay pour moy quel defordre
Altere aujourd'huy nos humeurs.
Mercure nous préfente un Melon des
meilleurs.
Et je ne vois perfonue y mordre.
DAPHNIS D.L.R.N.S.A.
X XX.
Ercure ne fait pas les chofes à
Mdemy,
Par tout il fait voir fa prudence ;
Et quand il nous préfente un Melon en
amy ,
Il fournit du Sel par avance .
La Blondine à l'Anagramme ,
LAftre de Riche Maifon
cher à tous , de la Ruë
Trouffevache.
X X X I.
'Il fut jamais un Melon délicat
S'T
>
Sans contredit , Mercure , c'est le
vostre.
Eftre toujours en mefme état >
Toujours piquant , n'avoir point le gouft
plar, C'eft
>
du Mercure Galant. 187
C'est ce qu'on dit rarement d'aucun
autre.
S'il fut jamais un Melon délicat ,
Sans contredit, Mercure , c'est le voftre.
La Belle à l'Anagramme , Bonne
à la fuitte , de Dreux.
+
Monfieur du Rofier a répondu par les
Vers quifuivent , à toutes les Queftions
du dernier Extraordinaire.
SI ON PEUT ESTIMER
une Perſonne fans qu'on l'aime.
ou l'aimer fans qu'on l'eftime.
H
Elas ! qu'un Homme a d'embarras
,
Lors que la paffion , ou la raison , l'entraine
!
Il eft contraint d'aimer ce qu'il n'eftime
pas ,
Et d'eftimer ce qui cauſe fa haine
Car l'eftime vient de l'efprit
Et l'amour, à ce que l'on dit,
Du coeur à toûjours pris puiffance ;
D'oùje conclus fort justement ,
Et tire cette conféquence ,
Qu'on
188 / Extraordinaire
Qu'onpeut aimer infiniment ,
Sans eftimer ce que l'on aime ;
Et qu'on peut eftimer de mefme
Ce que l'on n'aime aucunement .
S'il eft plus honteux à une Femme ,
d'accorder des faveur à un Amant
qu'elle a aimé , mais qu'elle n'aime
plus & dont elle n'eft plus aimée,
qu'à un autre qui l'aime ardemment,
& qu'elle n'aime point .
12
>
L nefçauroit eftre honteux
A cette Belle charitable >
De fecourir un Miferable
Quine s'est rendu malheureux
Quepour la trouver trop aimable ,
Et je puis dire affurément
Qu'Irispeut en ce cas accorder à Timate
Tout ce qu'un veritable Amant
1
Peut obtenir de fon Amante ;
Mais d'un cruel remors , que fon coeur
cambatu
Luy faffe reffentir tout ce que la vertu
Met de confufion dans l'ame laplus fage
Qui fe laiffe entraîner au panchant de
fon age >
Enfin
du Mercure Galant .
189
En fin que le Ciel & l'Amour
Puniffent ce honteux retour ,
Si ce lâche deffein entre dans fa pensée
Pour un Amant ingrat dont elle eft
méprisée.
Si ont peut dire , je vous estime , à une
Perfonne d'un rang plus élevé que
l'on n'eft .
Our les Provinciaux la chofe eft
Ронdélicate
Et peut eftre à la Cour ,
nement
où le difcer-
Avec tant de jufteſſe éclate ,
Vfe-ton indiferemment
Du mot d'Eftime en compliment ,
Et Voiture & Balfac n'en ont pas fait
un crime ;
Mais moy quifuis fincere , & qui vis
librement ,
Ayant pour les grandeurs peu
& d'eftime,
le les honore feulement
༢༤-༡༡
d'amour
S'il
190
Extraordinaire
S'il eft des railons,autres que celles que
nous fournit la Religion , pour méprifer
la mort.
Vand on ne feroit pas prévenu du
bonheur Ο'
Qu'on doitgouter en l'autre monde,
La mort doit- elle helas nous faire tant
d'horreur,
Qui nous oste une vie en miferes féconde?
Il ne faut pas fur nous faire un fi grand
effort,
Ny mettre pour cela nos fens à la torture.
Sans la Religion , noftre propre nature
Nous fournit des raiſons pour méprifer
la mort.
Envain, grandeurs ; en vain, richeſſes,
En vain , Fortune , vos carreſſes
Flatent fans ceffe mes defirs ;
Cette mort que je dois à tout moment
attendre,
Si je le fçavois bien comprendre,
Ne me donneroit pas de fi grands déplaifirs.
Sur
du Mercure Galant . 191
Sur l'origine & l'antiquité des Couronnes.
E ne laiffe aux Efprit curieux ,
A chercher dans Valere ou Pline
De ces ornemens glorieux
Et la nobleffe , & l'origine.
Pour moy, de qui l'efprit ne fe tourmente
pas
Apres les bonneurs de la terre,
Le prétens feulement dans quelque bon
Repas™
A la Couronne d'un grand Verre.
Si l'ufage des Mafques doit eftre permis
indiferemment à toute forte de
Perfonnes.
A
Pres humblefalut , excuſe , & compliment
,
Souffre , illustre Rault, que je parle uñ
moment
Sur noftre beau Traité des Mafques .
Quelques Efprits un peu fantaſques,
Ou d'humeur bouruë autrement ,
Ont dit que le Sexe charmant
Devoit , anfens du grand Apoftre ,
Eftre
192 Extraordinaire
Eftre voilé modeftement ,
Lors qu'il fe trouve avec le nostre ;
Mais le Mafque n'est pas un voile aſſurément
C'est pour la Laide un ornement ,
Pour la Belle un amuſement ,
Et pour l'orgueilleuse Grizete
Un honneste moyen de courir en cachete.
Ainfi, je le disfranchement ,
Du Mafque en general je condamne
l'uſage ;
Et qui s'en couvre le viſage ;
Hors la neceffité merite châtiment.
Quelle eft la raison qui peut avoir donnée
lieu à la frequente faignée.
A
Quoy bon me rompre la tefte ,
Et obercher dans mon Calepin
Le nom du plus grand Affaffin
Dont les Medecins font la Fefte ?
le diray feulement icy ,
Sans me donner tant defoucy ,
Que le Cheval Marin inventa la Saignée,
Et qu'un plus grand Cheval l'a depuis
enfeignée.
SUR
du Mercure Galant. 193
SUR LA FREQUENTE
SAIGN EE.
Left bien difficile , pour ne pas dire
impoffible , d'établir des raiſonnemens
fur certaines matieres & points
de Doctrine , qui puiffent eftre receus
de tout le monde avec une approbation
inconteftable ; parce qu'aujourd'huy
la plupart des Gens fe piquent de
bel efprit , & d'une penetration profonde
, & veulent fe faire des Sistemes
qui flatent leur imagination , pour en
pouffer les preuves conformément à
leurs premieres idées , fondées le plus
fouvent furu ne conception dépravée, en
prenant à toute heure l'ombre pour le
corps , & l'ideal pour le réel . Ces obftinez
Sectateurs de nouvelles opinions
qui n'ont guére couté à inventer
, & tres-peu de temps à apprendre,
font voir tous les jours fi évidemment
par leurs contradictions & par leurs
Q. d'Avril 1682. I
194
Extraordinaire

7
fautives experiences, que ce qu'ils avancent
n'eft qu'abfurdité , qu'il ne faut
qu'examiner tout ce qui fe dit aujourd'huy
par emportement contre la Saignée
, pour les convaincre que les refforts
de leur machine font en mauvais ordre ,
Tous habiles qu'ils pretendent eftre , il
faut qu'ils confeffent que quand ils
font une fois perfuadez d'avoir dit merveilles
, rien n'eft plus capables de les
obliger à changer de fentimens . S'ils
affurent par exemple que toutes les
Beftes font des machines , ils demeurent
là tout court fans en pouvoir expliquer
le moindre reffort. Demandez
leur les cauſes immediates des fonctions
de ces machines , ils s'embaraffent dans
un galimatias qui ne prouve rien , & fe
retranchent enfin fur les comparaifons
, dont ils ont accoûtumé de faire
leur fort.
Çependant les comparaisons ne peuvent
donner que quelques idées groffieres
aux efprits du commun , pour lefquels
on eft obligé de les mettre en ufage,
parce que l'intelligence en eft fi bornée
, & fi peu cultivée dans les belles
Scien
du Mercure Galant. 195
Sciences , qu'il eft fort facile de leur
impoſer. En effet, il n'y a point de comparaiſon
qui ne foit defectueufe , quand
on en veut faire de juftes applications
par toutes les circonftances. Il faut
donc des productions plus fines & plus
judicieuſement raifonnées pour prétendre
avoir quelque droit de s'établir en
titre de beaux Efprits ; de ces beaux
Efprits , dis-je , qui veulent renverſer
toute l'antiquité , & traiter de refveurs
stant de venerables Autheurs , qui nous
ont laiſsé de fi admirables monumens
de leur profonde Doctrine. Si on les
veut croire , c'eſt à eux feuls qu'eft refervée
la puiffance de déveloper le cahos
des Sciences du temps paſsé , qu'ils
affurent n'avoir jamais efté compris de
perfonne . Mais examinons les fentimens
de ces grands Déclamateurs déchaînez
contre la Saignée ; ces grands
Inveſtigateurs de Specifiques ; ces fins
Purificateurs de fang corrompu ; ces
grands Scrutateurs des mouvemens de
la Nature. Leurs raifonnemens font
établis par des experiences que nous
verrons le confondre & ne font point
I ij
196 Extraordinaire
accorder. Ils ne fçavent ce que c'eſt
que d'approfondir les chofes , & le contentant
de voir les effets , dés qu'un
Homme de bon fens veut venir aux
cauſes , leur efprit fe perd , & ils n'ont
rien à répondre pour le fatisfaire. Leur
déchaînement contre la Saignée eft fi
violent & fi emporté , qu'ils ne font
feulement pas reflexion à la definition
d'experience , quand ils s'écrient fi fort
contre les Medecins qui autorifent les
frequentes Saignées , comme fi l'ancien
ufage n'en avoit pas fait ce que l'on appelle
une coûtume , appuyée für la raifon
, la coûtume n'eftant autre chofe
que ce qui a efté formé & engendré,
comme parlent les Philofophes, par une
infinité d'experiences.

Il fuffiroit de cette raison pour faire
connoître jufques à quel point il s'embaraffent
par la paffion qu'ils ont de
contredire , ou de paroiftre finguliers
dans leurs fentimens , afin de trouver des
Admirateurs qui n'entendent ny ne peu
vent rien comprendre dans leurs énonciattons
hetéroclites ; car je voudrois
qu'on leur demandaft ce que c'eft qu'experience,
de Mercure Galant. 197
.
perience , & fi pour la définir il ne faut
pas un fuccés ordinaire & frequent
pour les mefmes chofes que l'on veut
experimenter , lefquelles doivent toujours
, ou du moins le plus fouvent , immanquablement
arriver dans les mêmes
circonftances , ce qui demande un
efprit capable de reflexion , & de deméler
les occafions pour faire reüffir &
confirmer l'experience .
Le Remede du Medecin Anglois qui
a tant fait de bruit, & tant tué de monde
par le défaut de fon jugement & de
tous ceux qui à fon imitation s'en font
vouiu fervir, n'a eu de fuccés que par la
raifon des experiences. Elles n'ont pourtant
jamais paru plus éclatantes ny plus.
enlevantes , que quand les Malades ont
efté bien faignez , plufieurs fois purgez ,
& qu'ils ont gardé un regime de vivre
exact . Comme il eft fort naturel de
chercher une prompte guérifon , le chagrin
de la longueur de la maladie , joint
au bel air de la mode , en a obligé beaud'avoir
recours à ce Remede , lecoup
quel de foy n'a jamais efté blâmé par
les Medecins mefmes les plus feveres
I j
198 Extraordinaire
& les plus critiques . Il faut donc de
la raifon & du jugement pour difcerner
les occafions où les bonnes chofes doivent
eftre appliquées , parce que ces
mefmes bonnes chofes mal diftribuées
& mal conduites , détruifent la bonté
du Remede , & les experiences pretenduës.
La conduite de l'Anglois eftoit fi extraordinaire
, qu'aucune Perfonne bien
éclairée n'a pû l'approuver. Elle jettoit
les plus rafinez & les plus penetrans
dans l'étonnement , & ce qui peut
faire voir fon ignorance fans nulle replique
, c'eft qu'en quelque état que
fuft le Malade , pour cinquante piftoles
il luy donnoit fon Remede . On luy en
a veu diftribuer également à l'agonie,
comme dans la naiffance du mal , & en
toute espece de fiévre indiftinctement ;
mais ces grands fuccez n'ont paru ny
brillé que dans ceux qui avoient elté
traitez quelque temps par les Medecins
, encor falloit- il fe refoudre à ufer
de ce Remede deux ou trois mois pour
eftre certain de cette belle experience ,
au hazard de demeurer toûjours languiffant
,
du Mercure Galant. 199
guiffant, & d'avoir à craindre fans ceffe
la recidive . Il en va de mefme de tous
les autres nouveaux Remedes qui n'ont
d'effets fenfibles que par la conduite des
prudens & habiles Medecins .
Mais finiffons cette digreffion , quoy
que neceffaire , par les experiences pretendues
infaillibles des Capucins du
Louvre , celles de Rabel , celles des
Sucs de Pervanche pour les inflammations
, particulierement de poitrine , la
Panacée qu'on a inventée nouvellement.
Ces Sudorifiques imaginaires ,
ces Vulneraires qui viennent du Païs
des Suiffes , ces Extraits de genievre
pour les foibleffes d'eftomach ; enfin
ces correctifs de Serofitez nitrewles, tartareuſes
, ichoreufes, & cancreufes ; ces
puiffans Alkali prônez pour la fixation
immancable des fermentations , ces
Remedes qui font tranfpirer les humeurs
jufques dans le centre des entrail.
les, par le moyen defquels l'on n'a plus
befoin du trifte fecours de la Saignée,
ne peuvent fervir qu'à duper les
Idiots , qui ne font pas capables de
raifonner longtemps , & encor moins
I iiij
200 Extraordinaire *
de fuivre les raiſonnemens de ceux qui
parlent jufte.
Paffons donc à la decifion de la Queftion
proposée , pour fçavoir qui a le
premier inventé la Saignée , & quelles
peuvent eftre les raifons qui obligent
aujourd'huy tous les habiles Gens
de la rendre fi frequente.
Il n'y a perfonne , pour peu qu'il foit
versé dans l'étude de la bonne Medecine,
qui ne reconnoiffe Hippocrate , que
l'on traite toûjours de Divin , pour le
premier qui a preferit & confeillé la
Saignée. Apres luy Galien en a fi bien
expliqué les raifons , envelopées pour
les Ignorans , dans fon ftyle Laconique
, qu'il en fait un Livre tout entier,
pour en démontrer la neceffité abfoluë.
Il avoit dans fon temps des Aimaphobes
à combattre , qui crioient auffi fort
contre luy , qu'on fait aujourd'huy contre
les vrais , & les plus employez Medecins
de Paris , qui ne le font diftinguer
que par leur judicieuſe pratique de
la frequente Saignée , dont les utilitez
& les fecours fi prompts & fi infaillibles
, devroient faire refpecter les Medecins
du Mercure Galant. 201
decins plus que l'on ne fait , puifqu'ik
n'y a que la Saignée qui nous dégage
de nos plenitudes & qui purifie le
lang , en donnant lieu à la nature embarrafsée
de faire fes fonctions librement.
Car de croire avec le vulgaire
que les Saignées font l'Hydropifie,
qu'elles affoibliffent le fond de la Nature
, c'eft raifonner pauvrement , &
ne s'attacher qu'aux apparences & à
l'écorce ; puifque l'experience fait connoiftre
aux éclairez , que quand on
épargne la Saignée dans les fiévres continues
, dans les violentes & communes
inflammations , & dans les Rhumatifmes
; les Malades deviennent en-
Alez , languiffans , ou fujets aux grands
dépofts , qui font des abcés tant intetnes
qu'externes. La raifon en eft palpable
, parce que le fang s'eftant enflammé
, faute de la circulation & du
commerce des Efprits , qui ne roulent
plus fuffisamment pour le bien animer,
il fe ferifie , & fe fond tout en ferofitez
, qui s'échapent & tranffudent
aifément , en forme de fueurs ,. au travers
des tuniques, des veines & arteres,
I v
202 Extraordinaire
fe jettant dans le corps , & les interfti
ces des Mufcles ; d'où les ames vulgaires
prennent lieu de croire que ces en-
Alures font des Hydropifies , comme fi
tous les enflez eftoient Hydropiques,
par la raifon que tous les Hydropiques
font enflez ; mais les Sçavans & bons
'Praticiens , comme ont efté les Guenaults
, les Brayers , les Pietres , les
Rainfants , & ceux qui brillent prefentement
à la Cour , n'ont jamais raifonné
de cette maniere , & rien ne les
a tant élevez que les fuccés de la fré- ,
quente Saignée , qui les a fait diftinguer
d'avec les autres , parce que cette
conduite demande un jugement folide ..
Voyez files Alkaliftes , les Medecins
Viperins dont la mode fe paffe , & les
Empiriques acidules , tiennent quelque
rang dans Paris ? Ils aboyent affez , mais
ils ne mordent pas.
Il faut encore lire le Traité délicat &
fi bien raifonné de Monfieur Bachot,
Docteur de la Faculté de Medecine
de Paris fur la Saignée ; car de préténdre
répondre à toutes les Objetions
triviales avec exactitude , ce feroit
s'engager
du Mercure Galant. 203
1
2
s'engager dans la Differtation pour des
Gens qui ne peuvent entendre le fin
des preuves. Voicy ce qu'on oppoſe de
plus apparent. Hippocrate dit dans les
Aphorifmes , qu'une Femme groffe avorte
fi on la faigne. L'on croit en
mefme temps qu'il n'y a point de réponce
à cela. Pourquoy ? parce que ces
petits Efprits prennent le texte au pied
de la lettre , & ne font pas capables de
penétrer le vray fens de ce divin Génie,
dans le temps duquel , & comme la
marqué Galien dans le Livre cótre Etafiltrate,
les Saignées à la verité n'eftoient
pas fi multipliées, mais infiniment plus
copieuſes ; de forte que l'on ne tiroit
pas moins d'une ou deux livres de fang
à la fois ; & c'étoit la raison qui faifoit
prononcer que les Femmes groffes avortoient,
fi on les faignoit de cette maniere
plus d'une fois. C'eſt donc dans ce
fens qu'il faut entendre Hippocrate, puis
que l'experience fait connoiftre que la
prudence des évacuations du fang , qui
ne doivent pas eftre nombrées , mais
pelées & réiterées affez fouvent, fait les
accouchemens heureux ; & que les
Fem
204 Extraordinaire
Femmes delicates qui font bonne chere
& s'exercent peu , courent toûjours
grand rifque en accouchant , ou par les
1uites des pertes de fang , ou par des travaux
tres-laborieux , venant de l'excęz
de la nourriture de l'Enfant.
S'il y a quelques Autheurs d'un ſentiment
contraire , vous trouverez qu'ils
ne font d'aucune eftime , & de nulle
marque entre les Doctes & les bons
Praticiens. Que fi par hazard l'on en
trouve quelqu'un qui aye du nom , qui
pretende qu'il n'y a qu'à purifier le fang
par les purgatifs o tres rectifians , il
fera aisé de concilier les fentimens qui
paroiffent oppofez , en examinant leurs
intentions & leur efprit ; car la fuite
de leurs raifonnemens expliquera cette
premiere propofition , que l'on oppofe
pour univerfelle & certaine .
с
pré-
Ces Sectateurs nouveaux qui
tendent tout faire entendre , & tout
comprendre par les Mécaniques ou
comparaifons fenfibles , & tirer de là
leurs confequences , ont oublié entre
tous les Spécifiques pour purifier le
fang trouble & corrompu , les blancsd'oeufs,
du Mercure Galant.
205
d'oeufs , feuls propres à purifier & clarifier
les liqueurs pleines d'impuretez ;
& il y auroit de l'apparence que cela
feroit plus efficace que les fels de Vi
peres , les yeux d'Ecreviffes , les Sucs
de Pervanche, & autres dont on ne voit
jamais de fuccés, que l'on ne puiffe vrayfemblablement
plutôt attribuer à la longueur
du temps qu'aux remedes , parce
que l'on oblige les Malades d'en prendre
deux ou trois mois entiers ; mais la
Saignée feule fait les trois chofes effentielles
des plus grands Remedes , qui
font le Cito, Tuto , Incunde ; puis qu'en
un moment elle fauve la vie , & que la
pourriture & corruption du fang , engageant
& neceffitant les bons Medecins
à ces reiterations chagrinantes , les petits
efprits fe trouvent en tres- peu de
temps rectifiez , parce que l'on voit
changer à veuë d'oeil , les degrez de l'alteration
à mesure que l'on en tire , &
que rien n'eft plus faux ny contraire à
l'experience que de foutenir comme
l'on fait opiniâtrement , & fans raifon,
que quand on tire du fang tres- pourry,
il fera toûjours de mefme quand on le
tire
206 Extraordinaire
tireroit juſques à la derniere goûte ;
Vray raiſonnement des Medecins ignorans
, lefquels n'ayant que fort peu de
pratiques, n'ont en tefte que de prolon
ger les maladies pour s'occuper , multiplier
leurs vifites , & rendre force affiduitez
inutiles, qu'ils ne laiffent pas de
faire valoir aux Malades , qui n'en peuvent
profiter pour la raifon de leur ig
norance.
Ils font ordinairement de deux for
tes de caractere. Les uns avancent leurs
affaires par des baffeffes d'efprit , &
mille lâches cóplaifances qui font pitié
aux honneftes Gens , eftant toûjours de
l'avis des Malades , afin d'attirer leur
confiance , & pouvoir tirer de la petite
Boëte , des Remedes de rien , pour paroiftre
finguliers & attachez aux Specifiques
, en les diftribuant dans les entre-
temps des principaux , & leur attribuer
hautement le foulagement dû aux
effentiels, & fe gliffer ainfi dans l'efprit
des Malades par cette charlatannerie,
pour ne pas dire friponnerie , n'eftant
reveftus que d'une probité apparente,
& manquant dans le fond de cette honnefte
du Mercure Galant.
207
neftaté genereuſe, de laquelle doit eftre
remply un vray & bon Medecin.
Les autres font bien du bruit , vantant
par tout les Cures qu'ils n'ont ja
mais faites, s'établiffant par des airs tous
oppoſez à ces premiers ; tenant le dé
par tout , babillant dans toutes les Ruelles
, fans laiffer aux autres le temps de
de parler , fe guindant fur les galima
tias des nouvelles opinions ; obligeant
tout le monde à fe taire pour les écouter
, criant bien haut , & fe faifant admirer
par des Innocens qui n'entendent
pas leur jargon . On pourroit nommer
ceux de cette efpece grands diſeurs
de rien.
Il en est d'un troifiéme caractere. Ce
font ceux qui fe piquem de condition,
& qui ont peur de prendre le mauvais
air , qu'ils croyent eftre aux lieux où on
les appelle. Ils fe font courtiſer & encenfer
pour avoir de leurs Remedes ,
foutenant l'inutilité de l'inſpection des
Malades , ne les voulant jamais voir , fe
contentans du rapport d'un Laquais ou
de la Cuifiniere, qui leur porte quelquefois
des Bouillons ; & ceux-là ne manquent
208
Extraordinaire
quent pas plus de Duppes que les autres.
parce que chaque Fou cherche la Maro
te qui luy convient le mieux .
C'est ce qui doit faire conclure aujourd'huy
que le bon fens fait divorce
avec la raifon & le jugement , puis
que l'on ne peut quafi plus rien efperer
de la bonne & veritable Medecine,
dans le defordre extraordinaire où elle
eft , fi les Chefs ne s'en mélent pour
étouffer ces Infectes , & perfuader au
Public qu'il faut s'attacher toûjours au
gros de l'Arbre.
LE FRANG , Docteur
de Montpellier.
Réponse
du Mercure Galant. 209
2013·2003 ·2013
Réponses à cinq Queſtion du XVII.
Extraordinaire .
Si on peut eftimer une Perfonne, ſans
qu'on l'aime, & c.
L'Eftime ayant l'appuy d'un ſolide
mérite,
Et le mérite eftant aimable infiniment ,
L'on ne peut estimer fort raisonnablement
Que l'Amour ne foit de le fuite.
D'ailleurs l'Amour eftant l'enchantement
du coeur,
Et le beau panchant qui l'anime,
On ne fçauroit aimer , que cet Amour
vainqueur
Nefaffe impreffion , & n'entraîne l'ef
time.
Le quel eft le plus honteux à une Femme
d'acorder des faveurs , & c .
T
Out ce quife rapporte à l'amoureux
mistere
Dont fi funeftes font les traits ,
Enpaffant mon eſprit , paſſe mon miniſtere
,
Et
210 Extraordinaire
Et j'en diray beaucoup , en n'en parlant
jamais.
Si l'on peut dire, je vous estime , à une
Perfonne d'un rang plus élevé que
l'on n'eft.
Ar maniere de jeu , fans fcrupule &
fans crime ,
PA
Mefme àplus grand que foy ,
On pourroit en riant dire, je vous eſtime ;
Voila ce que je croy.
Mais dans le férieux, fi la Perfonne eft
fiere ,
Elle findiquera
Cette façon d'agir , comme trop Cavaliere,
Et s'en offencera.
Quand la condition fuit la délicateffes
On ne peut s'expliquer avec trop de
justesse.
Qu'elles raifans on pourroit avoir de
méprifer la mort, &c.
Pour conferverfon Prince , & ſauver
fa patrie,
On peut rifquerfes biens , hazarder Son
repos,
Verfer
du Mercure Galant. 211
Verfer fon fang , & prodiguer ſa vie ,
Voila ce qui fait un Héros.
Mourir pour une Cauſe & fi jufte &
fi belle ,
Eft l'éclatant fujet d'une gloire immortelle.
A
Sur l'ufage du Mafque.
Vx Perfonnne d'autorité ,
De qui la naissance eft illuftre ,
Et qui touchent de pres le Daiz & le
Balluftre ,
Le Mafque est bienséant c'eſt une verité,
Et l'on n'en peut blâmer l'usage.
Raifonner autrement n'eft pas lefait d'un
Sage ;
Mais quand des Gens fans qualité ,
Par un fecret orgueil qui regnefous leur
Cafque ,
Sefont de feste , & prennent Mafque,
On ne peut trop blâmér leur fotte vanité.
Il faut fe retrancher dans l'état où nous
Sommes ,
Sans vouloir
Par
ambition
S'elever au deffus de fa condition ,
Pour foumenter la mode , ou pour tromper
les Hommes.
L. BOUCHET ancien Curé
de Nogent le Roy.
212 Extraordinaire
Vous m'ave marqué que les fçavans
de vostre Province avoient une eftime
particuliere pour les Ouvrages de Monfeur
Comiers. C'est ce qui m'oblige à
vous envoyer cette Lettre , dans laquel
le ils trouveront de tres- utiles Remar
ques fur les Elevations des Eaux. Elle
est adreffée à Monfieur le Marquis de
Seignelay. Fy adjoûte la Figure de la
Machine appellée Royale, construite par
Meffieurs Ralph du Deel , & John Burnaby
, Anglois , & Aſſocie .
2003.2003. 2003.
LETTRE.
DE M COMIERS,
Prevoft de Ternant , Profeffeur des
Mathématiques ; contenant toutes les
Machines anciennes & modernes
pour élever les Eaux, & les avantages
que la Machine qu'il appelle Royadeffus
toutes les autres le
par ?
qu'on a cy-devant executé.
MONSEIGNEUR ,
Ayant eu l'honneur depuis peu de
jours
A
OTHÈQUE
DEC
LYON
* 1893*
VILLE
+7
HC
DE
LA
BIBLIO
THE
$
VILLE
LYON
*1893
du Mercure Galant.
213
jours de vous fervir d'Interprete , au fujet
de la nouvelle Machine Royale pour
P'élevation des Eaux, que vous prices la
peine de faire agir vous -mefme , pour
mieux connoftre par voftre expérience
le mérite , la facilité , & l'effet de cette
Machine, j'ay crû devoir compagner des
Remarques fuivantes , le Modelle que
voftre Grandeur ordonna eftre porté à
S. Germain , pour le présenter à S A
MAJESTE'.
L
'Elevation des Eaux , tant pour la
neceffité , que pour l'ornement
des lieux qu'on a voulu embellir , a fait
dans tous les fiecles l'etude des plus ·
grands Genies.
Archimede élevoit les Eaux par un
Tuyau de plomb , ou Canal creufé en
viz autour d'un l'ong Cylindre de bois,
ayant un pouce de diamettre fur chaque
pied de longueur , ou autour d'un Cone,
dont l'axe eftoit panché.Vitruve Architecte
de l'Empereur Augufte, fait mentió
de cette Machine ou Viz d'Archimede
; mais cette Machine, quoy que tres
fimple & furprenante , puis que l'eau y
monte
214 Extraordinaire
monte en deſcendant , ne peut élever
l'Eau qu'à une hauteur fort médiocre ;
car comme dit Vitruve fi l'Arbre a
cinq pieds de longueur , il ne peut
élever l'eau qu'a trois pieds , puis que
la pente ou inclination de l'Axe de l'Arbre
doit faire l'Hypotenuse d'un triangle
rectangle , dont le cofté à plomb
n'eft que trois , & le cofté horizontal
quatre. Il eft vray que le Coné peut
eftre appliqué plus droit , ou moins incliné.
Diodore Siciliens affure que les
Egyptiens employoient la Viz d'Archemede,
pour ofter les Eaux qui couvroient
leurs Plaines apres le débordement du
Nil , dont la Source eft au Territoire de
Sagola en la Partie Occidentale du
Royaume de Goyam , fuivant la découverte
qui en fut faite en l'année 16 18 .
Quelques Anciens fe contenterent
de pratiquer des Quaiffe dans l'épaiffeur
d'une Roue. Ces Quaifles apres avoir
plongé fucceffivement dans l'Eau , dés
qu'elles fe trouvent par le tour de la
Roue un peu élevées au deffus de
l'Effieu qui eft creux , y verfent leur
Eau par un petit Canal de commnication
,
du Mercure Galant. 215
l'extrémi- cation, laquelle fort ainfi par
té de l'Effieu. Une femblable Machine
éleve une fi grande quantité d'Eau ,
qu'elle forme un Ruiffeau dans la Ville
de Brême. Pour faciliter davantage cette
forte de Machine , on la peut compofer
d'une vingtaine de Canaux creufez
en fpirale , ou de Tuyaux de plomb
ou de cuivre, courbez en fpirale & attachez
fur la ſurface & plan d'une grande
Rouë , en forte qu'une bouche de
chaque Tuyau aboutiffe prés de l'Effieu,
& l'autre bouche foit arreftée à la circonférence
de la Roue , afin que ces
bouches plongeant fucceffivement l'une
apres l'autre , elles puifent l'eau qui
fortira par la bouche qui eft arreſtée
prés l'Effieu . Ainfi l'eau montera en defcendant,
de mefme que par la Viz d'Anchimede
; mais cette Machine ne peut
élever l'Eau qu'à douze pieds de hauteur,
la Rouë ayant vingt-cinq pied de
diamettre
Les autres ont pratiqué les Pots,
Godets , Seaux & Baquets attachez fur
l'épaiffeur de la circonférance d'une
Rouë , laquelle eftant tournée vertica-

lement,
216
Extraordinaire
lement , éleve l'eau de la hauteur de la
Roue. Cette Machine eft autant excellente
qu'elle eft plus fimple & naturelle.
On en voit à Paris de petites qui
épuifent continuellement l'Eau des Ba
teaux des Lavandieres ; mais l'uſage de
ces Machines eft fort limité , la plus
grande Roue ne pouvant avoir qu'environ
trente pieds de diametre , comme
celle que j'ay vue à Effone dans la Maifon
de feu Monfieur Effelin , qui appartient
maintenant à Monfieur du Pin.
Pour remedier à l'embarras des
Roues à Baquets , on a employé la Chaîne
fans fin , garnie de Baquets elpacés
à diftance égales. Cette Chaîne eſtant
posée fur l'Arbre équarré , ou coupé à
à plufieurs pans bien égaux , lors que
cet Arbre tourne horizontalement fur
fes pivots , la Chaîne fans fin ne pouvant
gliffer , remonte continuellement
d'un mefme côté les Baquets plein
d'eau , & ils l'épanchent dans un refervoir
dés qu'ils font arrivez fur le haut
de l'Arbre , d'où ils defcendent la bouche
en bas. Cette Machine eft fujette à
de grands inconveniens ; car fi une
charniere,
du Mercure Galant. 217
charniere, ou boulon de la Chaîne vient
à manquer , toute la Machine tombe
tout à coup ; les Baquets s'écrafent , la
Chaîne fe brife , & c.
Vitruve a décrit ces quatre fortes de
Machines dans les neuf, dix , & onziéme
Chapitres de fon dixiéme Livre.
d'Architecture. Focundus en a donné
les Figures en l'anneé 1523. & apres
luy Daniel Barbaro , Noble Vénitien
& Patriarche d'Aquillée , en l'année
1567. dans les Commentaires fur Vi
truve .

On a encor mis en ufage la Chaîne
fans fin à chapellets , car les Boules ou
Globes vaides & ouverts par les coftez,
remontant toûjours dans le creux d'un
Tuyau cilindrique élevée perpendiculairement,
charient avec eux l'eau qu'ils
contiennent , & celle qui eft dans la
diſtance des Globes juſques à la bouche
fupérieure du Tuyau cilindrique , d'où
elle s'épanche dans un Réſervoir. J'ay
vu pour la premiere fois la figure de la
Chaîne à chapelets dans la page 149 .
du Livre De Re Metallica de George
Agricola, imprimé à Bafle en l'année
Q.d'Avril 1682 . K
2181 Extraordinaire
1-55.6 . mais cette Machine demande de
la viteffe dans fon mouvement pour faire
fon effet ; car autrement l'eau coule
en bas , à moins que ces Boulets ne
joignent parfaitement à toutes les parties
interieures du tuyau , ce qui cauſeroit
un frottement extraordinaire , & c.
De plus fi une Charniere ou un Boulon
vient à manquer , toute la Machine
tombe au fond de l'eau , & il faut bien
du temps, du monde, & de la dépenſe,
pour la remettre en état de ſervir .
Enfin pour éviter les inconveniens
de toutes ces premieres Machines, l'Ingénieur
Crefibius inventa , comme dit
Vitruve , dans le 12. Chapitre de fon
10. Livre d'Arthitecture , la Machine
des Pompes à piston. On a depuis pratiqué
diverfement les Pompes , aufquelles
on a donné diférens noms , à caufe
de quelque diference dans leur conftruction
, & diférentes manieres d'agir;
car les unes font Pompes afpirantes,
les autres font Pompes refoulantes , &
les autres font mixtes. Elle conviennent
toutes en cela que le Pifton doit
entrer bien juſtement dans le corps de
la
1
2
du Mercure Galant 219
la Pompe,de mefine que dans une Sirinque
; mais le grand frottement fait que
pour le vaincre , il faut appliquer à la
Machine une puiffance bien plus forte
que n'eft le poid de l'eau que l'on veut
élever , & que l'on compte toûjours
par la hauteur du Tuyau , & par la largeur
du Pifton ou diametre interieur
du Corps de Pompe ; car fi la foupape
ou diametre du Tuyau par lequel l'eau
monte eft plus petit que le diametre
du Pifton , il faut que l'eau foit firinquée
& qu'elle paffe par conféquent
plus ferrées , & avec plus de viteffe ;
c'eſt pourquoy il faut une plus grand
force où puillance pour faire agir la
Pompe.
Pour éviter ce frottement fi neceffaire
, & fi incommode dans les Pompes
ordinaires on a employé diverſement
les Pompes à Soufflets , dans lefquelles
la compreffion de l'air produit le mefme
effet que le pifton dans les autres Pompes
. J'ay vû pour la premiere fois la figure
des Pompes à Soufflets , au 12 .
Livre De Re Militari, de Valturin. &
depuis dans la page 28. du Livre de Val-
Kij
220 Extraordinaire
lo, imprimé à Veniſe en l'année 1531 .
Agricola s'en fert dans la 166. , page de
fon Livre De Re Metallica , pour attirer
le mauvais air des Mines , mais
cette Machine ne peut long- temps faire
fon effet , à cauſe que l'air comprimé
trouve bien-toft , ou fe fait facilement
par fa fubtilité, un libre paffage.
Quelques-uns voulant éviter le frottement
des parties de la Machine , ont
employé diverſement de certains Baquets
, qui eftant alternativement élevez
par le moyen d'une Balance , puifent
ou fe verfent alternativement l'eau
que le fecond Baquet inferieur puife,
chacun à fon tour. Cette Machine fut
à mon avis executée pour la premiere
fois en l'année 1641. à 3. lieues de Paris
chez Monfieur l'Ecuyer à Montfer
met, qui appartient maintenant à Monfieur
de la Marche-Coquet ; car il me
fouvient qu'un Sçavant , tres expérimenté
, me le dit il y a longtemps , &
m'en fit voir la figure , & Monfieur de
la Marche-Coquet n'a pas refufé d'en
faire voir les débris qu'il en conferve,
furquoy tous les Curieux peuvent fe
fatisfaire
du Mercure Galant. 221
fati faire
par
la veuë de cette ancienne
Machine à Balance ; mais cette Machine
requiert eftre poſée à plomb , & ne
peut élever l'eau au dela de trente
pieds , & c.
On a depuis conftruit une Machine
à deux Roues , dentelées & encoffrées
dans un ovale ; mais cette Machine a
beaucoup de frottement , outre qu'elle
requiert un tres- prompt mouvement
par la révolution de la Manivelle
, & dans peu de temps les Roues
frayant donnent entrée à l'air, qui rend
bien toft la Machine inutile , ce qui a
efté bien remarqué dans l'examen du
88. Probléme du Livre des Recreations
Mathématiques , & par Cavallerius
Autheur de la Geométrie des indivifibles
, dans la 39. Propofition de fa 6.
Exercitation Geométrique . Ce Gavalerius
à inventé une Machine plus fimple.
Elle confifte en une Quaiffe , dont
les deux fonds font paralleles , &,, en
ovale. Au dedans de cette Quaiffe , eft
un Timpan ou Cilindre placé excentriquement
& ouvert au long de l'Axe,
pour donner libre paffage à une planche ,
Kiij
222 Extraordinaire

laquelle coule dans la Quaiffe ovale , la
rafant toûjours , & dans les deux fonds,
& dans fa circonférence ovalaire, à mefure
que par une Manivelle on fait tourner
le Tinpan ou Cilindre interieur
fur des Pivots qui font excentriques à
Ja quaiffe ; mais cette Machine eft à
mon avis autant ou plus difficile à conftruire
que la précedente, & ſujette aux
mefme inconveniens.
Enfin le prix & la difficulté de la
conftruction de toutes les Machines
dont on s'eft fervy jufques à prefent
pour élever l'eau , ont détourné beaucoup
de Perfonnes qui auroient fait travailler,
ou pour l'ufage particulier , ou
pour enrichir la beauté des Lieux , pour
lefquels il avoient quelque paffion ; car
outre la dépense extraordinaire de leur
conftruction, & le grand eſpace que ces
Machines demandent , elles engagent
une dépense continuelle pour leur entretien
, & eftant fujettes à mille inconvéniens
, elles manquent le plus fouvent
dans le befoin le plus preffant.
C'eft fous ce Regne heureux du
plus grands des Monarques, duquel on
ne
du Mercure Galant . 223
ne peut dignement faire le Panégerique
, qu'avec les mefine termes que le
S. Efprits dans le premier Chapitre du
Livre des Machabées , fit celuy d'Aléxandre
le Grand, Siluit terra in confpe-
&u ejus , qu'en perfectionnant les Arts
& les Sciences , on a trouvé le fecret
de furmonter toutes les difficultez qui
fe rencontrent dans les Machines ordinaires
pour l'élevation de l'eau. '
L'effet furprenant de la nouvelle &
fimple Pompe, laquelle fans frottement,
ny Pifton , par la feule application de
la force d'un Enfant , éleve l'eau fans
discontinuation, a plû à fa Majefté , apres
avoir reçeu par acte du 13. Novembre
1680. l'Aprobation de Meffieurs de
l'Academie Royale des Sciences , la
quelle merite le titre de veritable Sénat ,
compofé d'illuftres Infaillibles dans la
Phyfique , & dans les Mathématiques ,
puis qu'elle découvre fi parfaitement
le vray & le faux , qu'elle n'a jamais
efté trompée par les fauffes apparences
de l'un n'y de l'autre.
Enfin voicy la Machine que je nomme
Royale , à raison de fa bonté , de
K
(224 Extraordinaire
fes grandes utilitez , & de fon effet extraordinaire
dans l'élevation où élancement
de l'eau, qui furpaffe de beaucoup
tout ce que les autres Machines ont
cy- devant produit d'admirable.
Cette Machine eft tres fimple . Elle
eft auffi de moindre couft , de plus facile
construction , de moindre entretien,
de moindre embarras & beaucoup
plus feûre , & plus commode , puis
qu'on la peut facilement tranfporter
& employer par tout.
.
Sont effet eft extraordinaire , puis
que Meffieurs les Ducs de Chau
ne , & de Chevreufe , & Voltre
Grandeur , ont vû & connu par expérience
, qu'un feul Homme fans
faire effort , hauffant & puis baiffant
d'une main un Levier de cinq pieds .
de longueur , éleve l'Eau , & la fait
fortir en jet au haut d'un Tuyau qui
a cinquante- quatre pieds de hauteur ,
& neuf pouces en quarrez dans fon
ouverture ,. & peut fournir , quoy
que petite , deux mille cent foixante
tonneaux d'eaux par jour.
Il fuffit que le corps de cette Machine
du Mercure Galant. 225
chine , qui a fix pieds de hauteur &
neufpouces quarrez de largeur interieure
, foit placé à plomb , car le Tuyau qui
eft au deffous , & qui peut eftre de 24.
pieds de longueur perpendiculaire, comme
auffi le Tuyau qui eft au deffus du
corps de la Machine , qui enferme tout
le fecret , peuvent faire tels contours
qu'on voudra , & mefine eftre couchez
fuivant la pente d'une colline , au cas
que le Roy veüille employer cette Machine
pour élever l'eau de la Seine, dans
le Château de Saint Germain en Laye,
ou ailleurs.
L'ufage de cette Machine eft admirable
pour éteindre le feu dans les incendies.
Ainfi les Vaiffeaux de Sa Majefté,
eftant garnis de la nouvelle Pompe
pour en vuider l'Eau , & de cette Machine
pour éteindre le feu , ils feront
comme entierement hors de peril dans
les accidens le plus à craindre ; car le
corps de cette Machine eftant posé au
fonds de Cale à couvert du Canon des
Ennemis , elle lancera par un Tuyau
mobile une fi prodigieufe quantité d'Eau
fur les Hunes , fur le Mats , Voiles ,, &
K Y
226 Extraordinaire
Cordages & fur le pont , que le feu fera
d'abord éteint.
X
fa- Ces Nouvelles Machines peuvent
cilement eftre tranfportées. On les peut
placer fous les Ecoutilles , & fous le Tillac
, en y faifant un trou pour paffer le
bout du Tuyau mobile fait de cuir en
trompe d'Elephant , qu'on détournera facilement
de tous côtez , pour conduire &
lancer l'Eau dans tous les endroits du
Vaiffeau qui paroiftront en feu . Elles
ferviront encor à vuider promptement
l'Eau par les Sabords & autres iffuës,
pour preferver le Vaiffeau de couler à
fonds.
Les Vaiffeaux peuvent avec cette
nouvelle Machine , fecourir fans aucun
rifque, & dans une diſtance raisonnabie,
ceux qui font en feu .
Pour fervir aux incendies , cette Machine
fera double comme on la voit dans
le Profil de la feconde Figure , & deux
Hommes fe balançant alternativement
l'un fur l'Eftrieu marqué I , & l'autre fur
le bout du Levier marqué R , & puis
fur le bout du Levier marqué de la lettre
E , & l'autre fur l'Eftrieu S , &c. ( ce
qu'on
du Mercure Galant.
227
qu'on fera auſſi pour élever alternativement
le Corps de Pompe interieur , des
nouvelles Pompes fans frottement, ) lanceront
de tel côté qu'on voudra un déluge
d'eau pour éteindre promptement
le feu.
Si-toft que les Gens de Mer auront
connu le grand effet, & prompt & affuré
fecours de ces Machines , pour garantir
les Vaiffeaux de couler à fonds , & pour
les empêcher d'étre confumez par le feu,
ils n'abandonneront plus par la crainte
d'un peril autrefois inévitable , ny le
combat , ny la Manoeuvre , comme ils
ont fait par le passé, lors que dans un peril
évident ils ne pouvoient le fier au
peu d'effet des Pompes ordinaires , qui
font lourdes , embaraffantes , & qui fe
détraquent tres-fouvent dans le plus
grand befoin , eftant fujettes à beaucoup
d'accidens.
I
Voila ,
MONSEIGNEUR , ce que
jay crû vous devoir marquer de l'excellence
de cette nouvelle Machine . Iefuis
avec un profond respect, & c.
Le mot de la premiere des deux Enigmes
288
Extraordinaire
mes de May , eftoit la Puce . En voicy
plufieurs Explications en Vers.
LE
I.
Es plus affoupiffans Pavots
Viennent s'offrir en vain pour chariner
mes travaux ,
Auffi-bien que le Ins qui coule de la
Treille.
de dors moins qu'un Ialoux qu'un Rival
fait fremur.
Helas ! pourroit-on bien dormir.
Quand on a la Pace à l'oreille ?
Q
L. BOUCHET , ancien Curé
de Nogent le Roy.
H
Vand jay pres de moy mon
Amant ,
En gaye humeur je n'ay point de pareille,
Mais auffi, dans l'éloignement ,
Fay toujours la Puce à l'oreille.
Mad. MANTES , de la Ruë
Jean de Lépine.
Par
du Mercure Galant. 229
P
III.
Ar cette Enigme qui nous pique ,
Mercure croit faire la nique
Aux Enfans d'Apollon qui le rendront
camus.
Quoy donc ? fouffrirons - nous qu'une
Beste nous fuce ?
Non, non , pour écrafer la Puce.
Il nous faut feulement mettre le doigt
deffus.
V
De MANICOURT , de S.Quentin.
I V.
, Ostre Brunette fur ma foy
Mercure , n'eftoit pas une Enigme
pour moy ,
l'encompris d'abord la merveille.
Pour peu que fur le fens on veuille rafiner
Elle eft aisée à devenir ,
Quand on a la Puce à l'oreille.
DE LIGNIERES , du Port-Louis.
V.
Es Merveilles , Iris , vous étes la
Merveille ,
DES
Phébus à moins d'efprit que vous.
Voffre
230 Extraordinaire
Voftre beautéfait honte à la Rofe ver.
meille ,
Et des traits de l'amour exprime les plus
doux.
Ce n'eft pasfans fujer que Monfieur vôtre
Epoux
A fi fort la Puce à l'oreille.
Li
Le Pelerin de S. Jacques.
VI.
Autre jour aupres de ma Belle
le voulois expliquer voire Enigme
nouvelle ,
Ie vis qu'elle chercha par deffous fon
Iupon.
Auffi- toft je me pris à rire ;
Turis , dit - elle , fans raiſon .
La Puce que je tiens finit noftre martire.
L. V. du Ponteaudemer,
VII.
Ans fe mettre l'efprit trop long- temps
à la gefne , SA
Chacun d'abord reconnoît les refforts
Qu'on admire en tout temps dans un fi
Jouple Corps ,
Et de l'adroite Puce ils s'entendent fans
peine.
Cette
'du Mercure Galant. 231

Cette Brunete errant le plus fouvent la
nuit.
Ka , court de tous coftez, & tout celafans
bruit ;
Elle éveille en piquant , &ſouvent on
L'attrape.
On la punit alors defa temerité ;
Mais auffi quelquefois parfa legereté.
A qui croit la tenir fous fon doigt , elle
échape.
"
On la compare au Dieu d'Amour
Non à caufe qu'elle tourmente ,
Mais parce qu'elle va tant de nuit que
de jour ,
Et qu'il n'eft point d'Humain, ny de lieu,
qu'elle exempte
Du mal qu'elle caufe fouvent .
Pourmoy qui pendant la retraite
Que j'ayfaite dans ce Convent ,
Croyois mettre à couvert ma tefte
De toute forte de tourment ,
Ienefçay pourquoy , ny comment
Soit que je dorme , ou que je veille ,
l'ay toûjours la Puce à l'oreille .
La Penfionnaire de la Villete.
111.
232
Extraordinaire
CE
VIII.
Eft par ma foygrande merveille,
Si Mercure n'éprouve un amoureux
tourment.
La grande marque d'eftre Amant ,
Et d'avoir la Puce à l'oreille.
V
FREDIN DE CRAQUE VILLE
de la Rue du Crucifix Saint
Jacques.
I X.
Eux- tu goûter un doux repos ?
Veux - tu vivre toûjours tran
tranquille ?
Ne cherche pas mal- à propos.
De voir la charmante Amarille ;
Quiconque la voit , s'en repent ,
Mon exemple Damon , te doit rendre
prudent ,
Car depuis que j'ay ven cette jeune Merveille
,
L'ay toûjours la Puce à l'oreille,
L'Amant de la veritable Gloire.
X.
Ous ne cachez pas mieux un méchant
Beftien,
Dont
du Mercure Galant . 233
Dont l'engeance fourmille , & n'eft
que trop commune,
Pour nous donner fouvent de l'occupation
,
Plus dans cette faifon encor que dans
aucune ,
Mais qui pour mon regard ne m'importune
moins .
Que l'Amour me caufe defoins !
Car queje dorme, ou que je veille ,
L'ay toûjours la Puce à l'oreille.
La Femme du Phénix des
Marys , de Caën,
X I.
Nfecte, de qui la naiffance
dann
Ne fe voit par aucun Mortel ,
Foible Corps qui faute & qui dance ,
Qui n'as prefque rien de réel ;
烘炉
Malheureuse petite engeance ,
Atême vivant & cruel ,
Petit Monftre dont l'infolencé
Paroift jufqu'aux pied de l'Autel ;
Puce , qui fans ceffe importunes
Les Blondes ainfi que les Brunes ,
Laiffe
234 Extraordinaire
Laiffe- les dormir en repos ;
Un mal tropfâcheux les réveille,
Lors qu' Amour comme toy dispos
S'eft placé dans leur coeur , & toy dans
Leur oreille.
ALLARD , du Véxin
Q
XII.
Vand je vous vois le jour avecque
mes Rivaux ,
En vain la raifon me confeille ;
Loin de goûter un moment de repos.
Toute la nuit , Philis , j'ay la Puce à
l'oreille .
LE BERGER FIDELLE
d'Angoulefme.
Ceux qui ont trouvé ce mefme Mot,
font Meffieurs Le Hulle , du Quartier du
Palais ; L Abbé du Rocher de l'Evéque;
Les illuftres Voyageurs d'Angleterre; Le
Notaire Content , de la rue S. Denis;
Les Clercs montez d'un degré ; Le Trop
Court d'argent ; L'aimable Marſeillois ;
Le Chevalier de Louriac , Penfionnaire
au College d'Harcourt ; Le Relegué à
Pont
du Mercure Galant. 235
"
Pont à Mouffon ; Miran , Albeur de la
Comédie de Solpet ; L'Amant fans faveur,
de la ruë S. Jean de Beauvais , Mefdemoiselles
de Breffon ; La belle Marie
Lieffe , du Fauxbourg S. Germain ; La
belle Meffine , de la rue S. Martin ; La
belle Veuve Moravale, de la rue des Petits
Soliers d'Orleans ; La belle aux
Doux- Seins , de la mefme Ville ; Miroitier
la Cadete , de la rue S. Martin ;
La Bergere mélancolique , de Soiffons ;
La Bergere à l'Anagramme, Bonne à la
fuite ; L'Amante inconfolable , du coin
des lefuites de la rue Saint Antoine ;
La belle Orphévreffe de la mefme rue;
La Nymphe partie pour Chasteau- Thierry
; La fenfible Henriete, de la ruë Mazarine.
T'ajoute les Explications qui m'ont efté
envoyées fur la feconde Enigme de May,
dont le Soleil eftoit le vray Mot.
S"
I.
'Il ne faut qu'un Soleil pour la Terre
& pour l'Onde ,
Faut-il plus d'un LOUIS pour gonverner
le Monde ?
Le
236
Extraordinaire
Le grand nombre des Roysfait - il rien que
debats?
Non, non, dit le Galant Mercure,
Ilfuffit pour lapaix de toute la Nature,
D'un Soleil dans les Cieux, d'un Louis
icy-bas.
DE MANICOURT, de S. Quentin.
Vo
II.
Oftre Enigme , Galant Mercure,
M'a fort embaraffé l'efprit ,
Depuis deux heures, je vous jure,
J'enfuis tout interdit ;
Mais cela m'eft bien dû, carje ne fuis pas
Sage,
Je fuyois le Soleil , pour chercher de l'ombrage.
L. V. du Ponteaudemer.
III.
B Elles, vous avez beau vous mettre
fous les armes ,
Etaler à nos yeux la pompe de vos charmes,
Voir avecquefiertè les Grands à vos ge-
поих
Cet
du Mercure Galant . 237
Cet Aftre dont la courfe utile & vagabonde
Promene fes beautez par tous les coins
du Monde ,
Le Soleil eft encor cent fois plus beau
que vous.
L. BOUCHET , ancien Curé
de Nogent le Roy.
IV.
A Bergere qui m'importane
Louandje veille, & dans mon sommeil
>
A la face comme la Lune,
Mais elle a l'éclat du Soleil.
Le Secretaire du Parnaffe.
V.
Eluy qui n'eut jamais en beautéfon
pareil ,
CE
Ne peut estre , Mercure , estre , Mercure , autre que le
Soleil.
Meld. JAC QUART, de la rue S. H.
V I.
Efuis plus reveré que Mars & Ju-
JE piter ,
Tant
238 Extraordinaire
Tant par le Medecin que le Pharmacopole
;
Je leur fournis de tout auffi - bien qu'au
Frater,
Pour rafraîchir Catin , & réchaufer
Nicole.
Dés que je difparois chacun dit fon
Pater,
Pour me redemander nouvelle caracole.
Je Suis l'unique Bien , nul ne peut difputer,
7
Quefans moy tout neant , jusques à la
Bouffole.
Si LOVIS , ce grand Roy , rend ſon
nom immortel ,
Et s'il fait tout trembler avecque fon
Cartel ,
Fe puis feul avoir part dans cette noble
affaire.
Point de Poëtes fans moy , point de
Chant, point de Vers ;
Et je puis me vanter , que dans tout
l'Univers ,
Comme
du Mercure Galant. 239
A
Comme Louis LE GRAND , je fçay
M
prefque tout faire.
La Fauvete de Morlaix.
VIL
Ercure, je fuis hors de peine,
Et fans craindre l'erreur de la
temerité,
Lors que je vois la verité ,
Toute Enigme me paroift vaine.
Au travers de l'obscurité ,
Ce que tu veux chacher fe fait trop bien
connoiftre ,
Le Soleil a trop de clarté é
Pour eftre un moment fans paroître.
L'aimable Chevalier PAS QUIER,
de la Rue de la Harpe,
VIII.
Lors que
Ors que je fuis preft de ma Belle
Sesyeux brillans, fon teint vermeil,
M'infpirent d'autres feux pour elle ..
Que ceux dont on brûle au Soleil.
M
IX.
Ercure eft un adroit à qui tout eft
A facile,
L'on
240 Extraordinaire
L'on ne peut icy bas luy trouver de
pareil ;
Ce Galant, quand il veut , d'une méthode
habile ,,
Fait voir qu'il peut tres bien obſcurcir
le Soleil.
ALCIDOR du Havre.
E
X.
N vain fous une Enigme obfcure
Vous nous cache , Galant Mercure,
Le plus vifible des Objets.
Si l'éclat du Soleil nous ferme les paupieress
Vous ne vousfervez pas d'un voile affez
epais
Pour nous dérober fes lumieres.
A
XI.
Dmirez le talent .
Du Mercure Galant,
Dans toute la Nature entiere ;
Par unfecret, qui n'a point de pareil
Il nous cache l'éclat du Pere de Lumiere,
Et nous afait ce Mois éclipfer le Soleil.
ALLARD ,
XII.
du Mercure Galant.
241
XII.
L
E Soleil eft fans yeux , fans jambes,
fans tefte ,
Et pourtant dans un mesme jour
Il va che le Manan & chez l'Homme
de Cour ;
Et fans que jamais il s'arreſte ,
Tous les jours on luy voit recommencer
fon tour.
L
FAUCONNIER MIRTIL,
ou le Berger Fidelle ,
d'Angouleſme.
XIII.
' Animal plus petit que n'eft grand
Jupiter,
Qui fait quelqne bleſſure où le Pharmacopole
N'a que voir cependant non plus que le
Frater,
Et qui s'attaque moins à Colas qu'à
Nicole ;
Qui fe fourre aux Palais comme aux
toits de Pater,
Pour répaître fans ceffe , ou faire caracole;
Q. d'Avril 1682. L
242
Extraordinaire
Et ( le paffage en vain ſe pouvant difputer
)
Quimarche en pleine nuit où luy plaift
fans Bouffole ;
*
Qui ne fe pique pas beaucoup d'eftre
immortel ,
Puis que le plus fouvent fans façon de
Cartel ,.
Deux ongles meurtriers luy donnent fon
affaire.
Voila cet Animal , qui tapy daus vos
Vers,
Auxyeux les plus perçans qui foient en
l'Univers ,
Veut encorfe cacher , comme il fçait ſi
bien faire.
DAPHNIS D.L.R.N.S. A.
XIV.
E crainte d'eftre attaquée ,
De teinfe couvroit d'un maſque.
Enfin,
du Mercure Galant .
243
Enfin, grace au Dieu fantafque ,
Voila le Soleil mafqué
JE
تف
LA BLON DINE CC.T. de
la Rue Trouffevache,
X V.
E difois un jour à¦D'aphnis ,
Queje m'eftois donné des tourmens infinis
A vouloir de Mercure expliquer l'artifice.
Je le priois alors de m'aider de confeil.
Vous mocquez- vous dit- il d'un air plein
de malice )
Vous avez un Esprit au deffus du Soleil.
La Brunette à
l'Anagramme,
H. M. eft à fa Cour , de la
Rue Trouffevache.
X V I.
JE refverois jufqu'à la Saint Martin
,
Sans expliquer l'Enigme où Mercure
nous jone
Malgré mes dents , il faut que je l'a
vonë ,
Lij
244 Extraordinaire
le parlerois P'hébus , & perdrois mon
Latin.
LA BELLE TERBOCHER , à
l'Anagramme , Bel Aftre,
cher Objet , de la ruë Saint
Victor.
Puisque
XVIL
Vifque vous m'ordonnez Camille,
De vous dire mon Mot ſur l'Enigmefubtile
,
Dont ce Mois l'Autheur fans pareil
Amufe la Cour & la Ville ;
le vous nommeray mon Soleil.
L'E
DROUARD DE RECONVAL,
de la Porte S. Antoine.
XVIII
A MERCURE.
'Entrepriſe eft temeraire ,
Vous n'y fçaurieréüſſir ;
Eh ! le moyen d'obscurcir
Le Pere de la Lumiere ?
Mad . I. D. L. de la Ruë
de Harlay .
Ce
du Mercure Galant.
245
Ce mefme Mot a esté trouvé par divers
Particuliers , qui font Meffieurs
E. Briet , du Pontean de Mer : L'aimable
Marquis de Marfilly , Page de
la Grande Ecurie : Le petit Penfionairede
Laon : Le jeune Agrippa inftruir ,
de Dreux Le Balayeur de la Ruë S.
Antoine ; Le petit Notaire & le Rou
leux , de la Rue du Cocq d'Orleans :
Mefdemoiselles Quergadion Quergrift,
& de la villeneuve , de Morlaix : La
belle Carillonneuse de la Ruë S. Antoine
La Servante du Curé ; La Mangeufe
de petits Paftez revenant de Chail .
lot : La belle Affemblée de Coulommiers
: La Garde - Maifon de Paris :
La belle Acidalie , de la Rië des cing
Diamans : les Coufines infeparables , de
Soiffons: La belle du Pré , de Meaux :
La conftante & fidelle Amante de l'aimable
Noir : la Tourmente , de S. Pani
de Leon : & la Dragone de Poiffy .
le vous envoye divers Madrigaux
faitsfur l'une & l'autre Enigme ,
I.
246
Extraordinaire
I.
E te cherchois en vain , Puce , avec la
chandelle ,
JE
Tu fçavois éviter & ma main , & mon
oeil,
Mais j'ay fi bien fait fentinelle,
Que je t'ay prife enfin avec que le Soleil.
Q
Mad. Du REST- BLANCHARD.
II.
Velle honte pour vous , Docte &
Galant Mercure,
De paroistre aux yeux des Mortels
Dans une indécente posture,
Vous qu'on a toujours crû digne de cent
Autels !
Quoy vous, l'Ambaffadeur du Dieu
Lance-tonnerre ,
Vous qu'on eftime tant aux Cieux & ſur
la Terre,
Vous qu'on n'ajamais veu qu'avec grand
appareil,
Se peut-il qu'oubliant vostre Race divine,
Ou bien que mépriſant cette haute origine,
Vous
du Mercure Galant.
247
Vous cherchiez comme un Gueux une
Puce au Soleil ?
SYLVIE, du Havre "
III.
R Efvant dans un Boquet , écarté du
Soleil,
Ie me plaignois, abfent d'une jeune Merveille,
Quand j'apperçeus à mon réveil
Mercure qui tenoit une bonne Bouteille.
Boy deux coups , me dit- il , pour pafer
ton chagrin ;
Comme toy ta belle Catin
Afouvent la Puce à l'oreille:
V
DE LA THUILLERIE ,
de Compiegne.
IV.
Os Enigmes , Galant Mercure ,
Ne nous donnent point la torture,
Nous les devinons toutes deux ,
Dés que nous en faifons la premiere le-
&ture;
Le Soleil ébloüit , la Puce faute aux
yeux.
L'ALBANISTE de Rouen .
L. iiij
248
Extraordinaire
L
V.
E Soleil est un bien commun
Qui ne peut nous eftre importun.
Dans l'Eté cependant il offence les Belles,
Mais moins que ces Puces cruelles
Qui troublent leur repos, & leurgaftent
Le fein,
Pour les en garantir , Amy , mets -y la
main;
Te rengeant du party contre ces Sauterelles,
Ces Mutines & ces Rebelles ,
Tu ne peux travailler en vain.
0%
V I.
Le mefme,
Vide en fes
Metamorphofes,
Ayant daigné nous revéler
L'origine de tant de chofes,
Nous a pourtant voulu celer,
Soit qu'il l'ait fait exprés , ou faute de
mémoire,
D'où vient qu'une Puce eft fi noire.
Mercure nous l'apprend , & l'on n'en
doute plus.
C'est qu'elle fit voyage avec le bean
Phébus;
Le
du Mercure Galant.
249
Le Galant par fon induſtrie
Fit l'une de l'autre approcher;
Mais la Pucelle enfut noircie,
Faute d'un Parafol qui la devoit cacher.
G
GYGES , du Havre.
VII.
Rands Dieux , faut - il que je m'éveille
Tous les jours avant le Soleil ;
Ah ! jay veu Janneton , cet Objet fant
pareil,
Et j'en ayla Puce à l'oreille.
P. FOUR MY , de Baugé
en Anjou .
L'Ingrate Iris , au lieu de m'écouter,
Lors que je luy parlois des peines que
j'endure,
Ayant enfes mains le Mercure,
S'amufoit à le feuilleter ,
Et des raifons que je pouvois conter,
Elle n'en entendoit aucune.
Lefeul Mercure l'attachoit,
Les Enigmes eftoient ce qu'Iris y cherchoit;
LY
250
Extraordinaire
Enfin elle en trouve une.
Elle la lit tout bas , elle fait un foûrit;
Et moy qui l'impûtois à ma bonne fortune,
Je crûs toucher le coeur d'Iris ,
Je crûs que mon amour ceffoit de luy déplaire
,
Et que dans cet heureux moment
Je ne pouvois mieuxfaire
Que de demander hardiment
Qu'elle m'acceptast pour Amant.
En vain de l'ardeur la plus pure
Ie luy jure que j'ay le coeur pour elle épris
Iris , de l'autre Enigme entreprend. la
lecture ,
Et l'achevant par un nouveau foûris,
De nouveauj'efperay quej'obtiendrois
d'Iris
L'aveu de mon amour extréme,
Et qu'eftant de fes Favoris ,
Ie luy ferois enfin prononcer , je vous
aime.
Iugez combien jefuis furpris.
Lors qu'Iris queje croyois prefte
Am'accorder ce jufte prix,
N'ayant rien qu'Enigmes en tefte ,
Me dit,je crois que l'une eft une Befte,
Et
du Mercure Galant.
251
Et l'autre un Aftre nompareil;
La premiere eft la Puce , & l'autre le
Soleil.
Le nom de cette Iris qui devine fi jufte,
Qui nuit & jour me tarabufte,
Et qui me retient dansfes fers,
Eft écrit au bas de ces Vers.
M
L'ANGE , de la Ruë de Taranne .
IX .
Ercure avoit fort bien pensé,
De nous donner le Mois paffé
Du Melon & du Sel l'excellent aſſemblage;
Mais ce Dieu ceffe d'eftre fage,
Quand par un attentat qui n'a point de
pareil,
Il fait aller du pair la Puce & le
Soleil.
DE MONTMOLLIN , Gentilhomme
de Neufchaftel en Suiffe.
X.
QDo lanence
Voy que la Puce prenne foin
De feretrancher dans un coin,
Ce n'est pas une grande affaire
Que
252
Extraordinaire
Que d'en découvrir le fecret ;
Lors que le Soleil nous éclaire,
On voit par tout ce que
tout ce que l'onfait.
Mad. Rozon , de la rue au Maire.
X I.
Our furprendre Philis dans les bras
du fommeil,
Pour
Comme Mars fit Vénus , quoy que vens
du Soleil ,
Ne faudroit- ilpas que je puiſſe
Faire ce que Mercure dit ,
Sans bruit me gliffer en fon Lit ,
Et devenir petite Puce ;
Sto
RAULT, de Roüen.
XII.
I vos beaux yeux, aimable Luce,
Sont plus brillans que le Soleil ,
Voſtre humeur, à titre pareil ,
Eft plus changeante que la Puce.
Miftiquet l'Albanois; Tatelet
Labretefque ; & le ſpectre
Chorifte de Rouen.
XIII.
C
Omme on vous louë , Iris , d'avoir
l'humeur égale,
On
du Mereure Galant.
253
On n'eft pas fans étonnement ,
Que l'on vous voit préfentement,
Contre voftre coûtume, eſtre ſi matinale,
Le Soleil deformais plus paresseux que
vous,
S'il en eftoit capable , en deviendroit
jaloux.
D'où vient ce changement dont chacun
s'émerveille ?
Cupidon, de fes traits vous bleſſe-t - il le
coeur ?
Eft-ce ce Dieu qui vous réveille ?
Vous ne répondez rien fans -doute ce
Vainqueur
Vous à mis la Puce à l'oreille.
RVICE , de Caën , Ruë
de la Harpe .
XIV.
A Puce fe plaint fort de l'honneur
L^
Sans
pareil
Que vous luy procurez dedans votre
Mercure
Auffi la placez- vous fi proche du Soleil ,
Que la mort est égale au tourment qu'elle
endure.
BLONDIN, Gentilhomme Ferrarois,

XV .
254
Extraordinaire
D
XV .
Eux agreables Soeurs , d'un mérite
Sublime ,
Ont rencontré le fens de l'une & l'autre
Enigme
Qu'a fait voir au Public voftre Ouvrage
galant.
N'enfoyez pasfurpris , Mercure,
Ainfi que leur beauté , leur esprit excellent
Fait tout par connoiſſance , & rien par
avanture.
Leur taille pour charmer a le parfait
Leur
talent,
port ,
leur air , leurs yeux ; ` en un
mot, je vous jure
Que le Soleil eft moins brillant
Et quoy que leur vertu trouve peu de
pareille,
Leurs Amans quelque fois ont la Puce
à l'oreille.
Aimables Soeurs , à ce Portrait
Reconnoiffez le coeur de celui qui l'afait.
L'AMANT CONSTANT , de la
Rue Desjardins , de Lile en
Flandre .
XVI.
du Mercure Galant. 255
XVI.
Avois une Puce à l'oreille ,
Et depuis que le Soleil luit ,
Je n'ay fenty douleur pareille.
Enfin laffsé de ce tourment ,
Je me fuis mis dans la lecture ,
Qui m'afait attraper la Puce du Mercure
;
Celle de mon Lit , nullement.
POLIARQUE , prés du Havre .
X VI I.
NE pouvant deviner l'Enigme du
Ν Mercure ;
Un beau matin par avanture ,
Fallay pour voir Iris à ſon réveil.
Je ne connoiffois point ſa beauté ſansſeconde
,
Elle fort de fon Lit avec mefme appareil
Que le pere du four fortant du fein de
l'onde
Dans fon équipage vermeil ,
Vient fi pompeufement pour éclairer le
monde.
Si
256
Extraordinaire
Si le Soleil donne un beau jour ,
L'éclat des yeux d'Iris , cette jeune merveille,
Me donna de l'amour.
Depuis ce temps cruel à peine je som
meille ;
Soit que je dorme, ou que je veille ,
Lesyeux charmans préfentent leur douceur
;
La Raifon en vain me confeille ,
Ses confeils mal fuivis irritent mon ardeur.
Enfin ce coeur fi fier eft dans une langueur
Qui n'aura jamais de pareille.
Helas , Mercure, helas, je devine à merveille
,
Mon efprit a bien moins deviné que mon
coeur ,
Et pour un beau Soleil , j'ay la Puce à
l'oreille.
Le Garçon Veuf de la Fille
remariée, de Tours .
XVIII.
', que fais- tu , pauvre Mer-
HE,
quef
Jamais je ne te vis dans un état pareil.
Pour
du Mercure Galant .
257
Pour un Dieu l'indigne posture ,
De chercher comme un Gueux les Puces
au Soleil !
H. VARLET, de Rheims.
XIX.
'Ous m'avez oublié, Mercure ,
Vivez vous crût que j'étois mort ?
On vous ay-je fait tant d'injure ,
Pour me faire éprouver un fi rigoureux
fort ?
C'est mafaute, il eft vray , je vous ay fait
outrage ,
le vous ay renvoyé deux fois voftre prefent
,
Que d'autres n'ont pas crû comme moy fi
pefant ,
le le devois garder , & changer de langage.
Hé bien , une autrefois je feray plus difcret
,
Excufez mon erreur , j'en ay bien du
regret ;
l'ay pris , pour me punir , vostre jeune
Brunete ,
Qui par tout jusqu'au vif me pique &
me mal-traite.
l'eftois
258
Extraordinaire
l'estois pourtant affez tourmenté nuit &
& jour,
Sans prendre encor qui me réveille ,
Moy quifuis plus prefsé de douleur que
d'amour,
Heureux , fi je n'avois qu'une Puce à
l'oreille.
N'importe , je veux bien encor plus en
Jouffrir.
Votre fecond present a de quoy me
guerir ,
Voftre Soleil par fa lumiere ,
Pour qui j'ay poussé tant de voeux,
Fera voir que je fuis , malgré vostre
colere ,
Mains coupable que
malheureux.
BARICOT , du Havre .
X X.
Ercure, vous paroiffez gay
MDans les deux Enigmes de May,
L'Amour vous fait dire merveille..
Eft-ce que le Soleil , échauffe vos efprits ?
Vous avez la Puce à l'oreille.
N'eftes- vous point des yeux du Châteautiers
épris ?
XXI.
du Mercure Galant.
259
XX I
Depuisqu'Irisme fait porter
Le pefant fardeau de mes chaînes,
Elle me caufe tant de peines ,
Que je ne fçay comment je puis y refister.

>
Cette Ingrate , cette Rebelle
Auffi fevere qu'elle est belle
Prend plaifir à me tourmenter ,
Quoy que cette Cruelle
Ne puiffe pas douter
Du beau feu que je fens pour elle.
Ses yeux qui m'ont femblé fi doux ,
De tout ce je fais s'offenfent ;
Et fi les miens luy difent ce qu'ils
penſent ,
Elle redoublefon couroux.
Rien ne peut adoucir ſon injuſte colere,
l'ay beau dire, & bean faire,
Elle ne change point d'humeur ,
Mais belas, au contraire ,
Elle fait aller fa rigueur
Jufqu'à ne vouloir pas que mon amour
s'excuse
Des fautes dont fa haine injuftement
l'accufe.
Iamais Amant eut - il tant de malheur !
Mercure,
260 Extraordinaire
Mercure, cher Mercure , en mille lieux
déclame
Contre cette Beauté qui déchire mon ame;
Dis , que par un malheur qui n'a point
fon pareil,
Mey, qu'on vit autrefois gros,gras,dodu,
vermeil ,
Je deviens auffi fec , par l'excés de ma
flame,
Qu'une Puce roftie à l'ardeur du Soleil.
LE BERGER ALCIDON , du
Fauxbourg,S. Victor.
XXII.
Q
d'étude,
Ve me fert - il apres beaucoup
D'avoir trouvé l'Enigme du Soleil ?
Cela ne peut rien faire à mon inquétude,
Je n'en paffe pas mieux les heures du
fommeil;
Pour un Aftre auffi beau , qui dert lors
que je veille,
Pay toûjours la Puce à l'oreille.
Le mefme
XXIII.
du Mercure Galant. 261
XXIII.
E t'avertis, Galant Mercure,
Que contre toymon Iris jure,
Qu'elle eft dans un dépit qui n'a point
de pareil.
Du moment qu'elle hait , fa haine toûjours
dure,
Tu n'es point fatisfait de troubler fon
Sommeil
Avec ta Puce à la rouge piqueûre;
Tu viens encor anx ardeurs du Soleil
Expoferfon beau tein qu'on voit toûjours
vermeil.
Peux-tu luyfaire plus injure ?
Tâche de l'adoncir , fi tu crois mon confeil.
XXIV.
Le mefme.
Oftre Puce , Mercure , eftoit fort
bien cachée, Vo
En vain pour la trouver mon foin fur
fans pareil;
Ie l'euffe encor longtemps charmée,
Si vous ne l'euffiez pas mife aupres du
Soleil.
L.M. D. P.
Ceux
262 Extraordinaire
:
Ceux qui ont encor expliqué ces
mêmes Enigmes dans leur vray fens , font
Meffieurs Leger de la Verbiffonne :
Domouret , Gentilhomme de Montpellier:
Noque , Bachelier de Sorbonne , &
Curé de S. Remy de S. Quentin : Marlier
, Lieutenant des Chirurgiens de la
mefme Ville : N. L. M. D. D. Hordé de
Senlis De Billy l'Ingenieur , Lieutenant
au Regiment Royal des Vaiffeaux
à Strasbourg: Monfieur Brionnet , de
Vienne en Dauphiné : Petit , de la Ruë
Quinquempoix ; l'Abbé de Capdeville,
de la Rue des bons Enfans : Guépin , de
Rennes : De l'Epine de Ploermel ; l'Efcadre
Voifvenel , de Caen : Le Cordier,
de la mefme Ville : Le Maire de Tours ;
Michel le jeune , de Villeneuve la
Guyard ; Astonogden ; Marfollier âgé
de quinze ans ; Angiboust , de la Ruë
de la Tixeranderie ; D'Hault ... L'Abbé
de Clairay : L. P. de Linieres , I. de la
Rue Saint Iacques ; L'Abbé Cattelan
le Cadet , de Toulouse : De Corbigny,
de la Rue de la Harpe : Le Comte de
Montaigu , de la Rue Sainte Croix de la
Bretonnerie : De la Ville-aux- Buttes :
L.
du Mercure Galant . 263
:
L. Michon, de la Ruë S. Iacques ; Caffaro
, Gentilhomme Mefinois ; De Pontigny
T. D. F. en la Generalité de
Soiffons : L'Abbé Bardet , de Sévre :
Du Serigat, C. D. S. E. Choify , de Saint
Malo : Reveft, Avocat au Parlement de
Provence Bourquelot : Le Berger difgracié
, de Dreux : Le Spectre Choriste :
Le Secretaire de l'Hérone , de Poitiers
: Le Berger à l'Anagramme, Siecle
d'Amour : L'Inconnu , de Saint Malo :
Le Facteur du Mercure Galant , de la
Ville de Troyes : Tamiriste , de la Ruë
de la Cerifaye Dom Pedro du petit
Cloistre G. ou l'Indiferent , de la Ruë
de Richelieu : Les trois Diligens de la
Rue de la Tixéranderie ; L'Amateur
des Spectacles : Le Paffionné pour la
plus Belle de Fére en Tardenois : L'Orphelin
par jaloufie : Le petit Bijou Fevrier
, de la Rue des Mathurins : L'Inconftant
: Le Malade d'Anjou ; De Lofme:
Le Baron de Bretecuit , Rue des
Feuillans Pinchon , de Roüen : Les
Philistins des trois Cyprés : L'Exilé
du Parnaffe : Billecoq , de Royc en Picardie
: Les Solitaires , de Sang- Terre :
L'Astro
:
264 Extraordinaire
L'Aftrologue Trompeur : & le fidelle
Amy de la belle Affligée : Mefdemoifeiles
de la Sauvagere : Du Bois , Lieutenant
à Dreux : Bénard , de Tournay.
M. H. de Fére en Tardenois : Ianneton
de Cligny , de Troyes , âgée de 16
ans : Pitault , du Port- Louis : De Cluzet
: De S.Vi &tor , d'Angers ; A. Petit,
d'Ay en Champagne : Legere , deTroyes;
Boterel , de Ruftan De S. Laurent de
Guingamp Loüifon le Baillif, & Mag..
delon Soulamare, de la rue groffe Orloge
de Roüen ; La galante Rabé, & C. Gaudeou
, du mefme Lieu : La Prifonniere
volontaire , de S. Martin des Champs :
L'Affemblée de chez la jeune Veuve du
Cloiftre Noftre- Dame ; La belle Affligée
; L'Imperatrice ; La belle Suzanne
, de d'Or... La belle Bourdeloife, antrement
dit le petit Ange ; La jeune
Chalonnoife , des Rives de Marne : La
Françoise Hollandoiſe à l'Anagramme,
Pur Image de Vertu : Diane de la Foreft
d'Alcleon: Les trois Amies infeparables,
d'Abbeville : La belle Caigneux,
de la Rue Coipeau : La Belle à l'Ànagramme
, Bon au lit m'y arrefte , de la
Rue
du Mercure Galant.
265
Quentin
Rue Parifie : La Perle des Amans du
mefme lieu: La Brune Gaillarde , d'Argenton
: La jeune Cloris , de Dreux :
La Mere Coquete de la juftice , de la
Rue des Lavandieres : La Belle Douceur:
La charmante Madelon , de Saint
Toinon , Soeur du Poëte Canonique
, de Peronne : La belle Fanchon
, de Saint Quentin : La belle Mariane
: Philidelphe , de Saint Quentin :
Le Grand Vifir , de Soiffons : Le Poëte
Canonique : Le Berger fidelle : Le
Tartuffe , Medecin de Saint Quentin :
L'Amant fans Maiftreffe , de Dreux :
L'Amant de la veritable gloire : Le Rimeur
à la mode : Le Chinois Parifien :
Le Pelerin de la Torche Guillebert , de
Neufbourg: le noble Taneur , d'Argenton
: Les deux Amis infeparables , de
Mouy en Beauvoifis : Apper , Praticien
, de la Rue des Maffons : Louis
Huet de la Trame : Tircis , Berger fidelle
: L'Abbé de la Iafe : L'Abbé Cortez
: L'Abbé Repoux de Luzi : Mefdemoiselles
de Sommersdicks la Nocle:
Charlote de Brunmont : & de la Magdelaine
, fur la Durance : Mademo
iQ d'Avril 1682 .
M
266 Extraordinaire
felle M. Archambaut , de Tours ; & le
Serviteur de L. S.V.
Les Sentimens qui fuivent font de
Monfieur PANTHOT, Doct . Medecin , &
Profeffeur aggregé au College de Lyon.
QUESTION
Surla caufe des Vapeurs , dont
l'on croit que les Hommes &
les Femmes n'ont efté incommodées
feulement que depuis
quinze ans.
A
A Lyon , ce 20. Mars 1682 .
MADAME A. D.
'On voit peu de longues Maladies,
& difficiles à guerir, qui ne paroiffeat
nouvelles , ou inconnues à ceux
qui n'ont aucune intelligence dans la
Medecine , & qui n'ont pas veu dans
les plus fameux Autheurs , que depuis
plus de vingt fiecles on s'eft toûjours
plaint des mêmes maux, qui font l'étonnément
de plufieurs , & la peine de ceux
qui les fouffrent. Les
du Mercure Galant.
267
Les Vapeurs dont vous me demandez
la caufe , font du nombre de ceux qui
ont commencé d'incommoder , & de
faire des maladies depuis que les Hommes
fe fon abandonnez à leur intempérance
naturelle , dont les déreglemens
ont pris naiffance avec le
monde.
Parmy tous les défordres que les excés
ont commis , celuy de troubler cette importante
féparation du pur & de l'impur
tellement neceffaire à la vie . n'eft pas
le moindre , dont le defaut remplit le
corps d'une fi grande abondance d'impuretez
, qu'il abrege les jours , &
rend les Hommes adonnez à l'intemperance
, plus fujets à une multitude
d'infirmitez qu'elle produit. C'eft pourquoy
dans la fanté & dans la maladie,
cette feparation eft l'unique ouvrage de
la Nature, qui ne ceffe, par l'effet d'une
chimie continuelle , de perfectionner
l'aliment en feparant les parties impures
, pour affermir la bonne difpofition
du temperament au premier , & vaincre
en l'autre la caufe de la maladie,
qu'elle ne peut furmonter que par
Mi
268 Extraordinaire
les victorieux efforts de la chaleur naturelle.
Vous jugerez mieux , Madame , de
la verité de cette propofition , lors que
je vous auray fait connoiftre que les
alimens deſtinez à la nourriture de
l'Homme , font compofez de parties
tres - diférentes entr'elles. Cette di
verfité que les Philofophes appellent
homogénées , & helerogenées,
fait toute la difficulté de la digeſtion ,
& la peine du feu qui nous anime ,
quand il faut que les organes par le
moyen de la chaleur naturelle , uniffent
l'utile, qui peut eftre changé en humeur
alimentaire , & qu'elles feparent l'inutile
ou l'excrement.
Ce raifonnement fait affez com.
prendre, que le feul & continuel ouvrage
de ce grand nombre de parties , de
fonctions , & de facultez , ne fert qu'à
· feparer les impuretez , qui fe rencontrent
dans les alimens , afin de perfe-
Яionner les humeurs. Pour cet effet,
la nature ne ceffe de les rejetter comme
des excremens pernicieux , non feulement
capables de caufer les Vapeurs,
dont
du Mercure Galant. 269
dont la queſtion fait le fujet de cette Lettre,
mais encor tous les maux imaginables
lors qu'ils font retenus , & qu'ils
n'ont pas leur cours ordinaire,
Afin de mieux connoiftre ou d'admi
rer de plus prés les moyens particuliers,
dont la nature fe fert pour arriver à la
pureté , & à la perfection des humeurs ,
il est important de parcourir tous les
changemens , & les effets ordinaires,
qui naiffent des differentes coctions deftinées
à cette merveilleufe neceffité.
Si la Nature fait une bonne & loüable
ſeparation du chile dans la premiere
coction , qui eft preparée dans le
ventricule, & finit dans les inteftins, la
liberté du ventre doit bientoft ſuivre ce
mouvement , qui fepare les excremens
les plus groffiers & les plus nuifibles
Ces matieres infecte laiffent par leur
évacuation autant de foulagement , que
leur fejour , ou leur prefence peuvent
caufer de confufion par les Vapeurs qui
s'en élevent.
Cette premiere coction , quoy que
parfaite, ne fuffiroit pas , fi la feconde,
qui n'eft pas moins importante , ne
M iij
270
Extraordinaire
purrépondoit
à la mefme intention de la
Nature , dont la fin principale eft de
ger le fang des impuretez , & des fucs
capables de le corrompre, s'ils n'étoient
feparez. Elle en eft dégagée par l'effet
d'une circulation perpetuelle , & d'une
louable fermentation des humeurs , dont
les parties inutiles , & les excrémens
font inceffamment reçeus dans les lieux
propres àleur tranfcolation , & difpofez
à les philtrer.
Ce mouvement continuel , qui agite
- les humeurs , la conformation , la te
cture , & les facultez particulieres de
chaque vifcere , font que l'humeur mélancolique
s'arrefte dans la rate , la bile
dans la vefcie du fiel , les ferofitez dans
les reins, d'autres fucs dans le pancreas ,
& en des lieux dont le nombre , la diverfité
auffibien que l'ufage , n'ont pas
efté connu jufques icy.
Toutes ces preparations laiffent la
maffe du fang dans la perfection abfolument
neceffaire à la confervation de la
vie, qui fe foutient dans une vigueur, &
une force admirable pendant qu'elle
jouit de la pureté des humeurs , que la
bonne
du Mercure Galant.
271
bonne difpofition des parties nobles , le
bon choix des alimens , & le regime
propre à chaque temperament luy procurent.
La fanté n'eft donc prefque jamais
alterée que par la fuppreffion des excrémens
dans leurs receptacles ordinaires
, ou lors qu'ils font encor confondus
avec la maffe des humeurs qui doivent
fervir de nourriture à tout le corps. Elles
conçoivent dans cette confufion une
chaleur étrangere qui caufe une fermentation
fi confiderable, qu'elle éleve
les fumées , & les vapeurs , dont on n'a
pas
efté moins incommodé dans les fiecles
paffez , qu'en celui- cy .
Il n'y a point de doute que l'intemperance
ne foit la fource de tous les
maux , & de tous les défordres qui troublent
la bonne conftitution des tempé
ramens les mieux affermis ; puis qu'elle
augmente l'intemperie , & les obftrutions
à ceux qui naturellement y font
difpofez, & fait naiftre ces incommoditez
à d'autres, qui n'en reffentiroient jamais
les fâcheux effets , s'ils n'avoient
pas fuivy le dereglement .
Mij
272
Extraordinaire
Cette intempérance ne confifte pas
feulement à l'excés de la quantité , &
de la qualité mais encor à la diverfité
des alimens, & des ragoufts pris dans un
mefme repas. Ce mélange de qualitez
fi diférentes , prefque toûjours oppofées
fait une confufion, & un amas plus
propre à produire de la pourriture , ou
d'autres maux ; que des humeurs temperées,
& louables.
On peut objecter les indifpofitions ,
les maux , & les vapeurs que fouffrent
ceux qui vivent dans une grande fobrieté
, & le plus tranquille repos du corps
& de l'efprit , qu'on puiffe s'imaginer,
Ils ne laiffent pas neanmoins d'eftre extrémement
travaillez de vapeurs , ou
d'autres infirmitez aufquelles l'intemperance
, l'excés , & le mauvais regime
n'ont aucune part.
Il eft certain que dans l'un & l'autre
Sexe , on remarque de pareilles indifpofitions
en des Perfonnes qui vivent
dans un régime , & une fobrieté extraordinaire.
Elle leur aide auffi beaucoup
à vivre , & à prolonger leurs
jours. Ils n'auroient pas eu la peine de
s'en
du Mercure Galant. 273
s'en plaindre longtemps , s'il s'eftoient
jettez dans les excés , & dans les débauches.
De tous les temperamens les bilieux
les mélancoliques , & les attrabilaires,
font ordinairement plus fujets aux vapeurs
, que les autres , parce que les
priemiers abondent d'avantage en humeur
difpofées à s'enflamer , à cauſe
de leur chaleur exceffive , & de leur
fubtilité ; & les derniers , en ce que
la qualité groffiere , terreftre , & brûlée,
des fucs dont ils abondent bouche
facilement les conduits , forme des
engagemens , où les humeurs font retenues
& fermentées avec beaucoup de
d'agitation.

Les Femmes font plus fréquemment
attaquées des Vapeurs , que les Hommes
à caufe qu'elles abondent plus en
excremens ; & quoyque la nature
ait pourveu à ce defaut , par le fecours
des évacuations falutaires , &
tres importantes , bien fouvent elles
ne fuffifent pas à les purger autant
qu'il eft neceffaire , pour dégager la
matrice , la ratte , & plufieurs autres
M v
274
Extraordinaire
parties mal affectées , & remplies de
corruption.
Les Vapeurs incommodent fouvent
les corps mal difpofez , & particulierement
dans le déclin de l'âge , fi
les foins , les travaux , les veilles , la
mauvaiſe nourriture , tous les autres
excés, y ont contribué. Elles font auffi
plus fréquentes à jeun , & en Eté ,
dans le temps que les humeurs ne
font pas temperées , ny adoucies par
la préſence des alimens , ou des liqueurs
qui puiffent empefcher la diffipation
des efprits , arrefter la fermentation ,
& abattre les Vapeurs nuifibles.
Ces raifons font affez juger , que.
dans tous les lieux , où les impuretez
fejournent contre l'ordre de la nature ,
elles conçoivent un Feu , & une fermentation
d'autant plus violente , que
la chaleurs étrangere furpaffe les termes
de la naturelle , & que l'humeur
qui fe tranſporte eft plus acre , plus
fubtile , & plus capable de s'enflâmer.
Voila , Madame , ec que vous avez
ſouhaité ſur la caufe des Vapeurs. L'idée
que je vous en donne , quoy qu'imparfaite
du Mercure Galant.
275
parfaite, vous fera affez connoiftre que
cette incommodité dont on fe plaint
fi fouvent , a commencé depuis un
grand nombre de fiecles , & que parmy
tous les remedes que l'on
apporte
à la gueriſon de cette maladie , le régime
n'eft pas le moindre. Je fuis
voftre, & c.
PANTHот , Docteur
Medecin.
Sur ce qu'on a demandé la peinture
d'un parfait Amant.
M
MADRIGAL .
Ercure demande aujourd'huy
Une peinture naturelle
D'un Amant tendre , ardent , fidelle.
On peut faire cela pour luy ,
Et fans prendre beaucoup de peine.
Travaillez -y Belle Climene ,
Vous ne réuffire pas mal ,
Si je vousfers d'Original.
DAUBAINE ,
QVES
276
Extraordinaire.
QUESTIONS
A DECIDER.
I.

9
Uel choix doit faire un Homme
qui ayant le coeur fenfible à l'efprit
& à la beaute , n'eft point affez riche
pour vivre fans chagrin avec une
Perfonne qui ne luy apporteroit aucun
bien. On luy propofe trois Partys
pour le Mariage ; une fille tres- riche
mais tres l'aide & n'ayant aucun efprit
; une autre parfaitement belle ,
d'une fageffe reconnue , d'une humeur
tres- douce , mais fans bien ; & enfin
une troifiéme , qui par fon efprit ſe
fait admirer de tout le monde, mais qui
n'a ny bien , ny beauté.
·
II.
On demande fi le fentiment de Phinée
dans l'Opéra de Perfée , eft d'un veritable
Amant , lors qu'il dit qu'il aime
mieux voir Andromede dévorée par un
Monftre , qu'entre les bras d'un Rival.
III.
du Mercure Galant.
277
III.
Il a paru depuis quinze jour un Livre
nouveau , intitulé Académie Galante. Il
eft composé de plufieurs Hiftoires , dans
l'une defquelles un Cavalier foûtient
que l'Amour eftant un tribut qui eft
dû à la Beauté , celuy qu'on a pour une
jolie Femme , ne doit point empefcher
qu'on n'en prenne encor pour toutes les
belles Perfonnes que l'on rencontre. Un
autre prétend que quand on aime une
Femme , l'amour que l'on a pour elle
doit enlaidir tout le refte du beau Sexe à
l'égard de celuy qui aime. On demande
quelle opinion eft à preferer .
IV.
On demande le Portrait d'un Homme
qui vit parfaitement heureux.
V.
Quelle eft l'origine du Droit.
V I.
Quelles font les qualitez neceffaires
la Converfation .
pour
VII.
On voudroit fçavoir quel eft l'Autheur
des Lunettes, quel progrés elles
ont
278
Extraordinaire
ont eu , & quelles en ont efté les diférentes
manieres.
Il me reste quantité de Pieces en Vers
& en profe , qui n'ont pû avoir place
dans cet Extraordinaire. Ie vous les
réferve pour celuy qui fuivra. Il y a entr'autres
un tres- bel ouvrage de Monfieur
de la Févrerie ,fur la Queftion,
Qu'elle eft la Marque d'une veritable
Amitié. Vous fçavez Madame , que tout
ce qui part de luy est tres- digne d'eftre
leû , & qu'il remplit fes Traitez d'un
raifonnement folide , qui convainc toûjours
l'efprit. Ceux dont on garde les
Pieces ›
en peuvent envoyer d'autres
fur les Sujets qui leur agréeront. Tout
aura fon tour, & aucun ne fe plaindra
d'avoir écrit inutilement. le fuis
voftre &c.
A Paris ce
THEQUE
BIBLIO
Juillet 1682 .
LYON
VILLE
Qualité de la reconnaissance optique de caractères
Soumis par lechott le