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1682, 03
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Texte
1411.
Zugar
Ex Libris
E.E.Me
Duе
Live
Rainiere
1925
a
BIBLIOTHÈQUE
"Les Fomains: "
SJ
60
CHANTILLY

MERCURE
GALANT
DEDIE A MONSEIGNEUR
LE DAUPHIN.
Sum
MARS, 1682.
ex fibriaGuidonis
La
де
Sear
A V
A PARIS ,
PALAI S.
pella
Faint
729
O
N donnera toûjours unVoume
nouveau du Mercure Galant le
premier jour de chaque Mois, & on
le vendra , auffi-bien que l'Extraordinaire
, Trente fols relié en Veau,
& Vingt- cinq fols en Parchemin.
A PARIS,
Chez G. DE LUYNE au Palais , dans la
Salle des Merciers, à la Justice.
Chez C. BLAGEART , Rue S. Jacques ,
à l'entrée de la Rue du Plâtre,
Et en fa Boutique Court- Neuve du Palais,
AU DAUPHIN.
Et T. GIRARD, au Palais, dans la Grande
Salle , à l'Envie .
M. DC. LXXXII.
AVEC PRIVILEGE DV Ror,
MERCVRE
GALANT
MARS 1682 .
L m'eft fort aifé, Madame,
d'entrer dans vos
fentimens . Vous raifonnez
jufte , & j'aurois l'efprit
bien peu éclairé,fi je ne covenois
pas que le mérite de nos ,
actions dépend plus du temps
Mars 1682. A
2 MERCURE
que nous prenons pour les
faire , que de la maniere dont
elles font faites. Ileft des occafions
où le courage feroit
moins bravoure que temérité;
& fi nous voulons choifir
un exemple dans les choſes
faintes , des marques de pieté
données indifcretement, font
plûtoft l'effet d'une crimi
nelle hipocrifie , que d'une
folide & veritable vertu .
Veut - on voir des actions ,
faites toûjours fans défaut,
parce que le temps qui leur
eft propre y eft toûjours obfervé
? Regardons celles du
GALANT 3
:
Royroll n'en fait aucune qui
ne foit reglée par la prudence,
& dont la failon qui luy convient
n'augmente beaucoup
la prix , Celle où nous fommes
luy en demandoit de pieté.
Ce n'eft pas affez pour luy
d'en faire. Il croit que fon devoir
eft d'en faire faire à ceux
de fa Cour , ou pour le moins
d'empefcher qu'ils n'en faſfent
d'opposées à ce qu'ordonne
l'Eglife . C'eſt dans
cette veuë d'un devoir indif
penfable auquel il eſt ſans
ceffe appliqué , qu'il a défendu
tous les Repas , où les
A ij
4 MERCURE
Tables eftoient publiquemét
couvertes de mets , dont l'u
fage nous eft préfentement
défendu . Cefage Monarque
n'en eft pas demeuré là . D'il
luftres Malheureux de l'un &
de l'autre Sexe , eftoient tombez
dans fon indignation, &
il leur a fait connoiftre , en
leur permettant l'honneur de
le voir , qu'il a trouvé l'art de
fe vaincre également fur toutes
les chofes qui le touchent,
& qu'il ne fçait pas moins
eftre maiſtre de fes paſſions,
quelques juftes qu'elles foiét,
qu'il l'a efté de luy- meſme,
GALANT. $
lors qu'il a jugé contre fes intérefts
dans l'affaire des Remparts.
Il n'y a pas feulement
de la grandeur & de la juftice
.dans tout ce que le Roy fait
ily entre encor beaucoup de
galanterie felon les occafions,
& c'eft ce qui a paru depuis
peu dans les libéralitez qu'il
a faites à plufieurs Dames,
d'une maniere toute fpirituelle,
& qui les furprit agreablement
, quoy qu'il n'y ait
rien qui doive furprendre
d'une part dont on peut
attendre tout. Jugez , Ma
dame , fi ce n'eft pas avec
a
A iij
6 MERCURE
beaucoup de raifon qu'on dit
de ce grand Monarque , ce
que vous lirez dans les Boutsrimez
que je vous envoye . Ils
ont efté pris d'un Sonnet de .
feu Voiture , & propoſez à
remplir fur Alexandre.
BOUTS - RIMEZ.
A
Léxandre aux combats voloit
fur Bu-céphale,
Il portoit dans fes yeux la foudre &
fes écl- airs,
Du Granique il brava les abîmes
ouverts ,
Et conquit les Tréfors que l'Orient
étale,
GALANT.
7
S2
Son ardeurpour la gloire au monde fi
fatale,
Emporta ce Héros en cent périls
divers;
Sarapide valeur effrayal - Univers,
Et traina la Victoire en l'Inde
Orientale .
$2
Rien nepouvoit remplir ce coeur ambicieux
,
Il vouloit qu'on le crût forty dufang
des D -yeux;
Ce Fils de Jupiter demande qu'on l'a- -
dore ,
SS
Il arrachoit l'encens aux Peuples d'-
alentour;
Mais LOVIS réveré du Couchant
à l'Aurore,
Sans avoirfes défauts, met fes entus
au jour.
8 MERCURE
Je vous ay marqué le temps
où Meffire Jacques - Benigne
Boffuct , ancien Evefque de
Condom , cy - devant Précepteur
de Monfeigneur le
Dauphin , & préfentement
Premier Aumônier de Madame
la Dauphine , a efté
nommé àl'Evefché deMeaux ,
vacant par la mort de Meffire
Dominique de Ligny. Les
grands Emplois qu'à cùs cé
Prélat dans le Clergé , qui
l'avoit choify pour faire l'ou
verture de l'Affemblée , &
pour traiter le Point le plus
important de ceux qui en fai
GALANT. 9
foient le fujet , ayant privé
quelque temps fes Diocefains
de l'avantage de le poffeder
, on apprit à Meaux
avecune joye extraordinaire,
qu'il ya devoit arriver le Sa
medy 7. du dernier mois.
Tous les Bourgeois
prirent
auffitoft les armes , & fe mirent
dans le plus lefte équi
page qu'il leur fut poffible.
Ils eftoient divifez en cinq
Compagnies
, quiayant chacune
fon Capitaine
en teſte,
furent pofées fur les avenuës
du grand Chemin par M' le
Lieutenant
General , comme
10 MERCURE
Maire perpétuel de la Ville .
C'eft un Magiftrat qui a de
fort grandes qualitez , & qui
s'appelle Nicolas Payen, Seid'Autonne
, Sericour, gneur
& Manfigny. Il eft Frere de
M' de Montmaur , Maiſtre
d'Hôtel ordinaire chez le
Roy , Parent de M❞ de Lyonne
, & de Madame la Marquife
de Coeuvres , de M
Martineau , la Grange , &
Brigallier, & allié de plufieurs
Familles confidérables . Il a
toûjours fait fon plus grand
plaifir du devoir de fes Char
ges , dans les fonctions def.
GALANT. II
quelles il fe montre infatigable
, comme dans celle de la
Subdelegation de Meffieurs
les Intendans de la Province,
qu'il exerce depuis plufieurs
années avec beaucoup d'honneur
& de réputation . Il parle
en public avec une facilité
merveilleuſe , & peu de perfonnes
joignent tant d'habileté
à une probité aufli fcrupuleuſe
, & auffi exacte que
la fienne. Madame fa Femme
, Soeur de M' le Féron
Maiftre des Comptes , eft
Fille de M' le Féron , Grand
Maiftre des Eaux & Forefts
12 MERCURE
1
de Flandre , & Commiffaire
depuis vingt ans pour la réformation
des Forefts de
France. Elle eft alliée de M
le Duc de Chaunes , & Parente
de Mille Féron , dont il
y a eu deux Préfidens aux Enqueſtes,
& Prevafts des Marchands
, plufieurs Confeillers
au Parlement , & en la Cour
des Aydes , & M le Lieutenant
Criminel de Paris .
Si-toft qu'on cut fçeu que
M ' l'Evefque de Meaux approchoit
, la Campagne fut
couverte d'une infinité de
Gens de la Ville de l'un & de
4
GALANT. 13
l'autre Sexe, que l'impatience
de luy rendre leurs refpects
fit allér à fa rencontre. Ce
Prélat parut fur les cinq heures
du foir , accompagné de
MdEvefque de Tournay, de
M' l'Abbé de Quincé , & de
M' Boffuet Maistre des Requeftes
fon Frere , avec la Famille,
& entr'autres M' l'Abbé
Boffuet, qui fait connoiſtre
par de glorieux commencemés,
qu'il marchera fur les veftiges
de M' fon Oncle. Cette
Compagnie eftoit dans plufreurs
Carroffes à fix & à huit
Chevaux , ayant pour eſcorte
14 MERCURE

la Maréchauffée qui avoit
efté au devant d'elle jufques
à Claye , premier lieu du Diocefe.
Elle eftoit en tres ben
ordre , les Officiers magnifiquement
vétus , les Archers
couverts de Cafaques neuves
des couleurs du Roy, & tous
bien montez. Les Trompetes
qui les précedoient , mellerent
agreablement leurs fanfares
au bruit des Tambours
& des Fifres des Compagnies
, & aux cris de joye de
tout le Peuple.
A l'entrée de Meaux , on
tira le Canon & les Boëtes,
GALANT. 15
qui annoncerent avec le fon
& le carillon des Cloches de
toutes les Eglifes de la Ville
au nombre de vingt-deux,
que M' l'Evefque arrivoit. Il
trouva fur fa marche un
Arc de triomphe à l'entrée
de la grande Place , orné ainfi
que la Porte de l'Eveſché, des
Armes du Roy, de la Reyne,
de Monfeigneur le Dauphin ,
& de Madame la Dauphine .
Au deffous des Armes de ce
Prélat qui font trois Roues,
& qu'on y avoit meflées avec
celles de la Ville , les Echevins
avoient fait mettre pour
16 MERCURE
Devife ces paroles tirées d'Ezechiel
, Spiritus vitæ erat in
rotis. Vousvoyez , Madame,
que le raport en eft admirable
avec le zele dót fon coeur
eft animé , & les lumieres
qui font éclater létendue
de fon génie. Il fut à peine arrivé
dans la grande Salle du
Palais Epifcopal , qui eſt un
des plus beaux duRoyaume,
que s'y montrant en Camail
& en Rochet , il fut falüé par
le Chapitre de la Cathédrale,
Ce Chapitre eft d'autant plus
eftimé , qu'il eſt remply de
Perfonnes d'une vertu conGALANT.
17
fommée , & d'une profonde
érudition. Mde la Croix qui
en eft Doyen , portoit la parole.
Son Compliment fut
fort jufte , & entr'autres cho
fes il marqua à cet Evefque,
Que la joye qu'ils avoient de le
poffeder eftoit feule capable de
leur faire oublier les peines que
Limpatience leur avoit caufées, de
mefme que les grandes qualitez
de la belle Rachel , la violence
de l'amour de Facob , luy avoient
fait estimer que les quatorze an..
nées de fervice qu'il rendit àfon
Pere, pour de venir digne d'elle,
n'avoient pas efté un temps trop
Mars 1682. B
18 MERCURE
long pour luyfaire mériterla poffeffion
d'un ft grand bien . La maniere
libre dont il prononça
ce Compliment , avoit cet air
agreable qui eft naturel aux
Perfonnes de naiffance. Auffi
defcend il d'une Maifon trèsnoble
, & tres ancienne des
environs de Melun. I eft
Frere de M' de Crépy, Major
& Premier Capitaine dans le
Regiment du Roy , qui s'elt
diftingué en plufieurs Campagnes,
& qui par fes beles
actions a merité une Com
manderie de S. Lazare . Mádame
fa Mere eftoit de Fil
GALANT. 19
luftre Famille des Seguiers,
par laquelle il eft Parent de
Ms les Ducs de Luynes , de
Chevreufe , de Sully , & de
Coiflin , de M les Evefques
d'Orleans , & de Nifmes , &
de Mefdames les Ducheffes
de Verneuil , du Lude , Princeffe
de Furftemberg , Marquife
de Laval , Maréchale
de Rochefort, & Marqufe de
Nangis. Il a fuccedé en ce
Doyenné à M' l'Abbé de Ligny
de Rentilly , qui l'avoit
eu de feu M l'Evefque de
Meaux, & a efté Grand Vicaite
du Chapitre le Siege va-
Bij
20 MERCURE
cant , & fort fouvent Député
pour le Dioceſe aux Affemblées
Provinciales du Clergé.
Après qu'il eut finy fa Ha
rangue , le Corps de Ville
rendit fes reſpects à MIEvefque
, & luy offrit les Préfens
accoûtumez . Mile Lieu
tenant General parla pour ce
Corps en qualité de Maire
perpétuel , & dit à cet illuftre
Prélat , Qu'il avoit imité l'o
beiffance de Moife , qui n'avoir
confenty à gouverner le Peuple
de Dieu , qu'après que Dieu luy
en eut fait le commandements
Qu'il feroit reveré par les Pers
A
GALANT 21
ples defon Diocefe , qui efperoient
eftrebenis en luy ; Qu'il luyferoit
aifé d'obtenir de la Courlesgraces
néeeffaires à ces Peuples Qu'il
n'avoit qu'à monterfur la Montagne
& lever les mains vers le
Prince , pour faire ceffer leurs
maux , voir regner chez eux
I abondance ; Qu'ils demanderoient
au Ciel qu'il luy donnaft
des forces pourfoûtenirfes mains,
qui devoient eftre pour eux la
fource de tous les biens.
On vit en fuite paroiſtre
Election à la tefte de la
quelle M Macé le trouva , Il
avoir déja falüé M. l'Evefque
r
22 MERCURE
dans la Campagne comme
Capitaine de Quartier , & luy
voulant doublement fignaler
fon zele , il eftoit venu à toute
bride au travers du feu des
falves de la Bourgeoifie , pour
huy faire les complimens de
la Compagnie dont il eft Pre
mier Préfident. Il dit , Que le
choix que Sa Majesté avoir fait
de ce Prelat, eftoit une glorieufe
preuve de fa haute capacité ,
defon mérite ; Que l'un & l'autre
estant fi parfaitement connus au
Roy , on avoit lieu d'efperer que
Jas importans fervices Pélerug
toient un jour à la Pourpre , &
GALANT.
23
que
[a qu'on ne pouvoit douter
part qu'il avoit eue dans les affaires
du Clergé l'ayant fait contri
buer àprocurer la Paix àl'Eglife,
il nefe fift un plaifir de travailler
pour le bonheur de fon Peuple.
-Les Officiers du Grenier à
Sel luy firent auffi leurs.com
plimens par la bouche de M
Loret leur Préfident. Cet
Officier fit connoiftre en luy
parlant , que la folidité de l'efprit
n'eftoit pas incompatible
avec beaucoup de jeuneffe.
Son compliment
fut, Que quoy
qu'ils euffent une extréme joye de
fevoirfous la conduite d'un Paf24
MERCURE
teur fi éclairé, ils ne laiſſoient pas
de la fentir alterée , par la juste
crainte qu'ils avoient que fes
grandes qualitez, & fon extraordinaire
mérite l'élevant à des di
gnitez encor plus confidérables.
dans l'Eglife que n'eftoit l'Epif
copat , ils n'euffent le déplaifir
de le perdre prefque auffoft
qu'ils auroient eu la joye de le
poffeder.
Après ce Corps entraceluy
du Préfidial , à la tefte duquel
eftoit le Lieutenant General,
qui eft auffi Premier Préfi
dent de la mefme Compagnic.
Il furprit ceux qui
4
Payant
GALANT. 25
l'ayant entendu la premiere
fois , croyoient que l'on ne
pouvoit rien adjoûter à ce
qu'il avoit déja dit. Cependant
il s'attira de nouveau
sation de
tout
le
monde
, en
difant
à ce
Prélat
, Que
tout
ce
que
la
fageffe
avoit

faire
en
un
tres
digne
fujet
,
elle
l'avoit
en
luy
, puis
qu'elle
l'as
voit
fait
choifir
par
le
plus
grand
Roy
du
Monde
, pour
apprendre
à
Monseigneur
le
Dauphin
, que
cleftoit
sen
selle
que
confiftoit
la
gloire
des
Princes
,
eftoit
le
plus
ferme
appuy
des
Trôness
Que
le
fuccés
admirable
Mars 1682. C
qu'elle
26 MERCURE
avec lequel il venoit de concilier
les droits de la France, & les intérefts
de Rome , entretenir
cette union fi néceffaire entre le
Chef & leFils Aîné de l'Eglife,
eftoit encor un ouvrage de cette
mefmefageffe ; Qu'on ne venoit
pas avec moins d'empressement
pour le falüer, que fit autrefois
une grande Reyne pour le plus
fage des Roys de laTerre ; Quefi
ces Officiers n'avoient point d'or
à luy préfenter comme elle , ils
luy faifoient un Préfent encor
plus précieux, en luy offrant leurs
coeurs avec toute l'affection , &
toute la venération dont ils fe
GALANT. 27
trouvoient capables.
Ces Complimens eſtant
achevez , M Terrier, Affef
feur du Préfidial , & Capitaine
de la Premiere Compagnie
de la Ville , luy parla
au nom de toute la Milice
Bourgeoife , & luy marqua
d'une maniere touchante
les affections de tout ce Peuple,
les affurances qu'il concevoit de
fa protection & de fon crédit ,
& qu'il le confidéroit comme
un Aftre favorable dont il recevroit
d'heureufes & benignes
influences. Il fe fit en fuite
une Salve generale de toute
Cij
28 MERCURE
cette Milice dans la Court de
l'Evefché , apres laquelle les
Supérieurs de toutes les Communautez
de la Ville vinrent
auffi s'acquiter de leurs devoirs
. La maniere dont ils
luy parlerent , fit affez connoiftre
qu'il n'y avoit perfonne
dans tout le Dioceſe
de Meaux , qui ne ſentiſt vivement
la joye de fon arrivée.
Mais ce qui fut admiré
plus qu'aucune choſe , c'eſt
que ce Prélat répondit à tous
ces Complimens, non feulement
avec une fi grande juſGALANT
. 29
teffe , qu'il paroiffoit eftre
parfaitement informé de tout
ce qui luy devoit eſtre dit ,
mais auffi avec une grace
qui charmoit tous ceux qui
l'écoutoient ; & un caractere
fi fingulier, que ce qu'il difoit
à une Compagnie , ne
pouvoit s'appliquer à une
autre.
Il marqua en genéral à
tous les Corps qui l'avoient
félicité fur l'obligation
qu'ils
avoient au Roy de leur avoir
donné un fi grand Prélat
pour leur Paſteur , dont ils
auroient une éternelle re-
C iij
30 MERCURE
connoiffance , Que la fienne
ne feroit pas moindre pour toutes
les graces que Sa Majesté avoit
répandues fur luy avec abondance,
l'ayant approchéfi avantageufement
defa Famille Royale
; mais qu'il n'eftimoit pas une
des moindres la derniere qu'Elle
luy avoitfaite , en le nommant
Evefque de Meaux, puis qu'elle
luy donnoit occafion de leur faire
connoiſtre l'attachement qu'il auroit
à eftre utile au genéral &
au particulier.
Outre ces fentimens genéraux
, il dit au Chapitre,
Que fa joye eftoit égale, comme
GALANT. 3
fon impatience avoit efté femblable
à la leur ; Qu'il ſe faifoit
un plaifir tres-grand de vivre
avec des Perfonnes que la Providence
luy donnoit pour Freres,
& qu'il chercheroit toujours l'union
& la paix qui devoit eftre
entr'eux & luy.
Au Préfidial , Qu'il devoit
y avoir une liaiſon particuliere
entre l'Autorité Ecclefiaftique &
celle de la Justice ; Qu'elles ef
toient également traitées dans
l'Ecriture , où Dieu avoit dit
que les Fuges eftoient des Dieux,
dans laquelle les Miniftres
de l'Eglife eftoient appellez des
C iiij
32. MERCURE
Dieux femblables aux Hommes,
& qu'il contribuëroit defa part
avec beaucoup de plaifir à cette
union.
Au Corps de l'Election ,
Quuee les Officiers de Finances
veilloient aux droits du Roy,
qui estoient le foûtien de l'Etat,
& qu'ils eftoient par ce moyen
l'appuy defon Autorité dans les
Provinces ; Que comme il eftoit
engagé par toutes fortes de raifons
à foutenir cette mefme Autorité
, il s'en acquiteroit de concert
avec eux dans les occafions
qui s'en offriroient.
a
Au Corps de Ville , & à la
GALANT. 33
:
Bourgeoifie en armes , Qu'il
feroit gloire d'employer tout ce
qu'il pouvoit avoir de confidération
en Cour, pour leurprocurer
dufoulagement , & leur donner
des marques folides de fa tendreffe
; Qu'il veilleroit inceffamment
à leurs befoins fpirituels,
fur tout , qu'il ne fe lafferoit
point de lever les mains au Ciel
pour en attirer fur eux toutes les
graces.
Aux Officiers du Grenier
à Sel , Qu'il auroit toûjours
beaucoup de confidération pour
une Compagnie pour laquelle
Sa Majesté venoit de marquer
34 MERCURE
par fa bonté qu'il luy en reftoit
beaucoup.
Aux Supérieurs des Communautez
, Qu'il conferveroit
toute fa vie le fouvenir des honneſtetez
qu'ils luyfaifoient , &
l'union qui fe devoit maintenir
entr'eux , à caufe de la relation
que chacun de leurs Ordres avoit
avec les Prélats.
Le foir de ce jour fi fouhaité
, on fit connoiftre par
des Feux de joye allumez
dans chaque Rue, quelle
eftoit celle de toute la Ville,
& la nuit fe paffa entiere en
divertiffemens
. Il y eut grand
GALANT. 35
1
rs
Bal ce mefme foir , & les
trois fuivans , chez M ' le Lieutenant
General , & en plufieurs
autres lieux . M'S Chazot
& Boffuet, deux des Neveux
de M ' l'Evefque , s'y
firent admirer par leur bon
air & leur . bonne grace en
toutes chofes. L'Affemblée
qui fe fit chez M ' Marquelet,
Seigneur de la Nouë , Procureur
du Roy au Préfidial
& en l'Election, qui avoit l'avantage
de les loger , fut treséclatante
. Madame fa Femme
en fit les honncurs de la
maniere du monde la plus
"
36 MERCURE
engageante
& la plus honnefte.
Le lendemain huitiéme
du mois , le Chapitre , dont
les Dignitez eftoient reveftus
de Chapes , précedé de
tout le Clergé Séculier & Régulier,
alla prendre ce Prélat
dans la grande Salle de l'E
vefché. Il avoit fes Habits
Pontificaux , & eftoit affis
dans un Fauteuil qu'on avoit
placé fur une Eftrade , accompagné
de deux anciens
Chanoines députez du Chapitre,
auffi en Chapes . M' de
la Croix, Doyen, luy fit une

GALANT. 37
qua-
Harangue Latine , qui luy
attra de grands applaudiffemens.
Il luy dit, Que tout ce
qu'il y avoit d'excellentes
litez divifées dans les autres , fe
trouvoit heureuſement réüny en
luy; Que comme jamais perfonne
n'avoit convaincu fi fortement
les Herétiques de leur opiniatreté,
nypénétréfi avant dans la
connoiffance de noftre Religion,
on pouvoit dire que jamais perfonne
n'avoit auffi employé les
talens reçeus de Dieu, avec tant
de gloire & d'utilité qu'il avoit
fait ; Que Monfeigneur le Dau
phinferoit toujours eftimé le plus
38 MERCURE
illuftre témoignage de fon mérite ,
ayant appris de luy à pratiquer
toutes les vertus, dans le mefme
-temps qu'il en recevoit une parfaite
connoiffance de toutes les
Sciences . Il finit par des actions
de grace , de ce qu'apres
avoir efté élevé à un fi
grand employ, il avoit bien
voulu agréer la conduite de
l'Eglife de Meaux , l'aſſurant
qu'ils en conferveroient une
reconnoiffance éternelle , par
les prieres qu'ils ne cefferoient
jamais d'adreffer au
Ciel pour fa profpérité. M
l'Evefque de Meaux luy réGALANT.
39
pondit en la mefme Langue
avec une facilité & une éloquence
qui charma cette
fçavante Aſſemblée . Il dit,
Qu'il attendoit du Ciel les dons
& les qualitez dont il connoiffoit
avoir befoin pour s'acquiter
dignement de fon miniftere ;
Qu'il se trouvoit avantageuſement
récompenfé par le Roy , de
pouvoir , apres avoir donné une
partie defes années au fervice de
la Famille Royale , employer le
refte pour la conduite du Diocefe
de Meaux ; Que le Chapitre
faifant anciennement partie du
Presbytere , fa Maifon feroit la
1
40 MERCURE
leur, qu'il contribuëroit de fa
part à entretenir une parfaite
union .
Cela eftant fait, on le conduifit
la Mitre en tefte, & fa
Croffe eftant portée devant
luy , entre deux Hayes de
Bourgeois , que M' Tenier,
Capitaine de la Colonelle ,
avoit placez aux avenues de
la Court de l'Eveſché , & fur
le Parvis de la Cathédrale,
pour empefcher le defordre.
Les décharges de cette Mi-
Jice,jointes au bruit desTambours
, des Fifres, des Trompetes
, & des Cloches , fe
GALANT. 41
firent entendre jufqu'à ce
qu'on fut arrivé au grand
Portail de l'Eglife. On y
avoit préparé un Prie - Dieu
& un Fauteüil pour M ' l'Evefque
, & ce fut là qu'il fir
le Serment accoûtumé pour
la confervation des droits,
immunitez, & franchiſes du
Chapitre. M ' le Doyena y ant
encenfé la Croix , & en fuite
ce Prélat , luy préſenta la
Vraye. Croix pour la baifer,
& luy fit en meſme temps
une autre Harangue en François
, dans laquelle il luy marqua
, Que ce Peuple qu'il voyoit
7
Mars 1682.
D
42 MERCURE
་ ཛ
2
5
fi empreffépour le voir , ne dou
toit point qu'il ne luy inſpiraft la
vertu par fon exemple , ayant
toujours confervé une pieté fo
lide au milieu des dangereux
ecueils de la Cour ; Qu'il luy
eftoit tres - glorieux de Je voir
foumis à celuy auquel l'Heritier
de la Couronne avoit bien voulu
obeir ; & qu'enfin il feroit le
Pere des Orphelins , l'azile des
Veuves , & le refuge des Affligez.
Ce Difcours fut prononcé
d'une maniere fi pathétique,
& fuivy d'une Réponſe
fi affectueufe , qu'on
peut dire que ce fut un épan-
1:
GALANT. 43
chement de coeur récipro
que . Mi de Meaux la finit
par les affurances qu'il donna
, Que comme il fe reconnoif-
•foit estre dans le coeur de fon
Peuple , fon Peuple feroit auffi
dans le fien , & qu'il fe feroit
tout à tous , pour fatisfaire aux
voeux de tous ceux qui feroient
fousfa conduite.
Apres cette Cerémonie, il
entra proceffionnellement
dans l'Eglife au bruit des
Tambours & des Fifres , au
fon des Orgues, & au chant
de la Mufique. On le conduifit
au Grand Autel, qu'on
Dij
42 MERCURE
fi empreffépour le voir , ne dou
toit point qu'il ne luy inſpiraſft la
vertu par fon exemple , ayant
toujours confervé une pieté folide
au milieu des dangereux
ecueils de la Cour ; Qu'il luy
eftoit tres - glorieux de Je voir
foumis à celuy auquel l'Heritier
de la Couronne avoit bien voulu
obeir ; & qu'enfin il feroit le
Pere des Orphelins , l'azile des
Veuves , & le refuge des Affligez.
Ce Difcours fut prononcé
d'une maniere fi pathétique,
& fuivy d'une Réponſe
fi affectueufe , qu'on
peut dire que ce fut un épanGALANT.
43
chement de coeur récipro
que. M' de Meaux la finit
par les affurances qu'il donna
, Que comme il fe reconnoiffoit
eftre dans le coeur de fon
Peuple , fon Peuple feroit auffi
dans le fien , & qu'il fe feroit
tout à tous , pour fatisfaire aux
voeux de tous ceux qui feroient
fousfa conduite.
Apres cette Cerémonie, il
entra proceffionnellement
dans l'Eglife au bruit des
Tambours & des Fifres , au
fon des Orgues, & au chant
de la Mufique. On le conduifit
au Grand Autel, qu'on
Dij
44 MERCURE
luy fit baifer. Il alla de là à
fa Chaife , où il s'affit , & en
fuite à fon Trône , d'où il revint
au pied de l'Autel. En
mefme temps on chanta le
Te Deum , dont la Mufique
fut admirée. Apres cela on
fit les Prieres ordinaires
, pendant
leſquelles il demeura à
genoux. Ces Prieres faites, il
fut remené à fon Trône , &
Mi le Doyen commença la
Meſſe, à la fin de laquelle ce
Prélat donna fa benédiction.
Les mefmes cerémonies
que
l'on avoit faites en l'allant
prendre au Palais Epifcopal,
GALANT
45
< .
furent obfervées en l'y re
menant. Il traita avec autant
de magnificence que de propreté,
les Dignitez & les Officians
du Chapitre, comme
auffi le Lieutenant General
& le Procureur du Roy ; &
le ſoir, apres avoir donné de
nouveau à Vefpres la bené
diction à fon Peuple , que le
plaifir de le voir attiroit toûjours
en foule , il régala de
la mefme forte la Compagnie
du Préfidial. M' l'Evefque
de Verdun , qui alloit aufft
prendre poffeffion de fon
Evelché , le trouva à ce Ré46
MERCURE
gale. Les jours fuivans , il fit
le mefme honneur aux Officiers
de l'Election, du Corps
de Ville, & du Grenier à Sel.
Le Lundy 9. ce Prélat fut
reçeu dans le Chapitre en
qualité de PremierChanoine
.
M' le Doyen luy fit fur cette
cerémonie un Difcours des
plus touchans. Il dit , Que
l'union des Prélats avec leur
Eglife , exprimoit celle du Sauveur
du monde avec l'Eglife
Univerſelle ; Que fi la fuite des
temps avoitfeparé les Chapitres
des Evefques , cette divifion de
Temporel & de Jurifdiction, ne
GALANT. 47
les devoit pas def- unir ; Qu'ils
feroient toujours gloire de le reconnoiftre
pour Chef, & quoy
qu'il ne préfidaft point au Chapitre
, qu'il préfideroit toûjours
dans leurs coeurs , parce qu'ils tenoient
à un honneur fingulier
l'alliance qu'ils venoient de contracter
avec luy. Il répondit à
cela d'une maniere toute
cordiale & paternelle , Qu'il
auroit toûjours un tres - grand
attachement pour conferver cette
union, & faire connoistre à tout
le monde que leurs intéreſts ſeroient
les fiens.
Il reçeut au fortir du Cha
48 MERCURE
pitre les Complimens des
Curez de Meaux, par la bouche
du Pere Gafté , Prieur
des Chanoines Réguliers de
l'Abbaye de Noftre - Dame
de Chaage . Il eſt Premier
Cvré de ce Diocele, & n'a
pas moins d'érudition que
que
de vertu . Il dit à Monfieur
de Meaux, Que c'eftoit un bonbeur
fingulier pour le Diocefe,
que la Providence ne l'cuſt point
fixé dans une Province éloignée;
Qu'il y feroit regardé comme un
Soleil , dont le favorable aspect
feroit la felicité de fon Peuple;
Qu'il eftoit un Prélat de nom &
d'action,
GALANT. 49
d'action tel que defiroit S. Am
broife ; Que fes ordres feroient
leurs regles ,fes fentimens leurs
maximes , & qu'ils auroient une
entierefoumiffion pour toutes fes
volontez. Sa réponſe fut, Qu'il
auroit beaucoup de confidération
pour des Perfonnes , quife propofoient
pourfeul objet de leursfoins
la gloire de Dieu, & l'intereft de
l'Eglife ; Qu'il tâcheroit de tout
fon pouvoir d'y concourir avec
eux, les appuyeroit en toutes
occafions de l'Autorité Epifcopale.
Le Corps de la Prévosté le
complimenta enfuite par la
Mars 1682. E
59 MERCURE
bouche de M Leber qui en
eſt Prévoſt, & Frere & Oncle
des deux derniers Lieutenans
Genéraux. Il eft Officier.
depuis foixante & dix ans ; &
apparemment
le plus ancien
de tout le Royaume
. C'eft
un prodige d'efprit & de mémoire.
Il a donné de tres.
beaux Ouvrages
au Public ,
& quoy qu'il ait quatrevingts-
dix ans , il
compoſe
encor tous les jours des Vers
auffi forts que délicats , fur
plufieurs
fujets d'hiftoire
&
de pieté. Il dit à M' l'Evefque,
Que la Providence
fembloit ne
S
&
GALANT SI
Iny avoir prolongé la vie prés
d'unfiecle , que pouravoir le bonbeurd'eftre
& de mourir fous fa
conduite , & qu'ayant rendu fes
fervices à cinq de fesPrédeceffeurs,
il luy dévouoit les reftes d'une vie
fi avancée avec autant de zele
& d'ardeur, que s'il fe trouvoit
encor dans fa premiere jeuneffe.
Ce Prélat qui reçeut fon compliment
de la maniere du
monde la plus obligeante,
porta ſon honneſteté jufqu'à
lay rendre vifite , apres avoir
efte falüer Madame de la
Vieuville , Fille du Duc de ce
nom , Abbeſſe de l'Abbaye
E ij
52 MERCURE
de Noftre Dame , dont la
pieté & l'humilité font telles,
qu'il a efté befoin , après la
mort de Madame fasTante,
de toutes les tendreffes de
M'fon Pere, & des ordres de
feu M' l'Evefque de Meaux,
pour obtenir d'elle qu'elle acceptaft
la conduite de cette
Abbaye , qu'elle gouverne
avec une fageffe & une prudence
confommée. Il continua
fes vifites par celles des
Dignitez de la Cathédrale , &
des principaux Officiers de la
Ville, Somayo A ob zold
II 70.
Le Mardy 10. apres avoir
SGALANT 53
donné les ordres pour une
Aumône genérale , où tous
les & Pauvres le nommoient
hautement leur Pere , il réfolut
d'éviter la foule de ceux
qui luy venoient faire compliment
de tous les endroits
de fon Dioceſe , en ſe retirant
en fa belle Maifon d'Hermigny
, à deux lieues de Meaux ..
Les beautez & la fituation en
font fi peu communes , qu'apres
les Maiſons des Princes ,
elle peut eftre eftimée unedes
phis belles , & des plus agreables
du Royaume. Il y médita
pendant quelques heu-
E iij
52 MERCURE
sela
de Noftre Dame , dont la
pieté & l'humilité font telles,
qu'il a efté befoin , après a
mort de Madame fa Tante,
de toutes les tendreffes de
M'fon Pere, & des ordres de
feu M' l'Evefque de Meaux,
pour obtenir d'elle qu'elle acceptaft
la conduite de cette
Abbaye , qu'elle gouverne
avec une fageffe & une prudence
confommée. Il continua
fes vifites par celles des
Dignitez de la Cathédrale, &
des principaux Officiers de la
Ville. Zamaro ♬ ob eold
Le Mardy 10. apres avoir
ན་
SGALANT 53
donné les ordres pour une
Aumône genérale , où tous
les & Pauvres de nommoient
hautement leur Pere , il réfolut
d'éviterla foule de ceux
qui luy venoient faire compliment
de tous les endroits
de fon Dioceſe , en ſe retirant
en fa belle Maifon d'Hermigny
, à deux lieues de Meaux .
Les beautez & la fituation en
font fi peu communes , qu'apres
les Maiſons des Princes,
elle peut eftre eftimée une des
phis belles , & des plus agreables
du Royaume. Il y médita
pendant quelques heu-
E iij
54 MERCURE
res , le Sermon qu'il précha le
lendemain jour des Cendres
dans fa Cathédrale , en préfence
de M l'Archevelque
Duc de Rheims , de M" les
Evefques de Tournay , de la
Rochelle , & de Châlons , vel'entendre
,
nus exprés pour
& d'une foule prodigieufe
d'Auditeurs de toutes fortes.
Ce Difcours fut remply de
tant d'érudition fur les cerémonies
du Carefme , & d'une
fi grande tendreſſe pour ce
Peuple qu'il traitoit de Freres,
& d'Enfans , qu'il n'y cut perfonne
qui ne donnaft des
GALANT. 55
marques extérieures
de la fal
tisfaction qu'il en recevoit .
Il dit, qu'il eftoit fâché d'annoncer
des nouvelles
de trifteffe
& de pénitence
, à ceux
qui venoient de luy marquer
une fi entiere joye , mais il
leur donna de fenfibles confolations
lors qu'il fe dévoua
publiquement
pour tout fon
Peuple , & promit d'éclairer
de fes lumieres
tous ceux qui
fe préfenteroient
à luy. Il fic
enfuite la cérémonie
de l'Abfoute,
qu'il avoit expliquée
en
préchant , & illa fit avec une
vigueur infatigable . Lorsqu'il
E iiij .
56 MERCURE
"
eut beny les Cendres, il alla
A avec ces Prélats en fon Séminaire,
où il inftruífit & exhor
ta les jeunes Eccléfiaftiques
qui eftoient prefts d'entrer
dans le Sacerdoce , à fe reng
dre dignes de tous les Emplois
où ils pouvoient afpirer,
& à acquérir les qualitez né
ceffaires pour remplir un Miniftere
fi relevé.
fot
Le Jeudy 12. il entendit le
Sermon d'un Chanoine Ré
gulier , qui preſche le Caref
me dans la Cathédrale. C'eft
un Homme qui a occupé les
premieres Chaires de Paris
GALANT: 57
avec beaucoup adev fuccés.
Apres l'expofition de fon deffein
l, qui eftoit de faire voir
qu'il n'y avoit plus de Foy
dans le Chriftianifme
, fur ces
paroles de l'Evangile , Jenay
point trouvé tant de foy dans If
raël que dans le Centenieril
adjoûta. Mais confolez- vous,
mes Freres . Vous verrez bientoft
cette foy fe rallumer parmy
vous , puis que la Providence
vient de nous donner un Paſteur
qui y travaillera avec tant de
Zele , qui eft fi capable
d'y travailler
. Quel avantage
,
Monfeigneur , pour cette Ville
58 MERCURE
voir for out ce Diocese defe
la conduite d'un tel Pafteur
, d'un Prélat que le plus
éclairé de tous les Roys a juge
digne de l'Employ , le plus important
defon Etat , d'un Prélat qui
afifouvent enlevétout Paris par
les charmes defon éloquence , &
qui a fceu tout nouvellement par
laforce de cette mefme éloquence
animée de l'onction de la Graces
inspirer à l'Eglife de France l'ef
prit de concorde et de paix, &
étoufer ces commencemens de divifion
, qui nous faifoient appré
bender des fuites fifâcheufes . Ce
futainfi qu'autrefois le grand AuGALANT
49
guftin , voyant l'Eglife d'Afrique
déchirée par le Schifme des
Donatiftes , parla avec tant de
force des avantages de la paix
dans une nombreufe affemblée
d'Evefques , qu'ils fe refolurent
tous de préferer l'union à toutes
chofes , jufqu'à vouloir bien quit_
ter leurs Sieges , & fe féparer de
leur propre Epouse , fi cela eftoit
néceffaire pour le bien de la paix.
Heureufe Eglife de France , d'avoir
trouvé dans nos jours un autre
Augustin , qui a parléfi divinement
de l'union du Chef avec
les Membres qu'on a vûfinirtout
d'un coupcesfemences de difcorde,
60 MERCURE
que nous ne croyions pas felon
toutes les apparences devoir finir
enſipeu de temps ! maisplus heureufe
encorEglifede Meaux, qui
le poffede
toute
cerg
Evefque , que
la France regarde comme
L'Oracle de fon Siecle , & que
toutes les Eglifes particulieres choi
firoient pour leurEvefque , fi ce
choix dépendoit d'elles ! Pour nous ,
Monfeigneur , nous avons en cet
avantage , que nos voeuxonteſté
écoutez, & que Dieu nous a donné
un Paſteur felonfon coeur
felon le noftre . Nous avionstous
prévenu voftre élection par nos defirs
; & la feule chose qui nous
GALANT. 61
confoloit dans la perte que nous
avons faite , eftoit l'espérance de
vous voir remplirla place de celuy
que nous perdions , & que nous
aurions pleuré longtemps ,fi voftre
nominationn'avoit bien- toft effuyé
nos larmes. Si j'ofois m'abandonner
à mon inclination , j'aurois
beaucoup à m'etedrefur unfiriche
fujets mais je dois appréhender de
vous déplaire, carjefçay que vous
ne me faites monter en cette Chaire
que pour inftruire vos Peuples,
& non pas pour faire vostre
éloge. La fonction que vostre
Grandeur m'impofe eft bien rele
vée, & pour m'en acquiter di62
MERCORE
gnement,je dois dire icy ce qu'Elifée
difoit à Elie fon Maistre,
quand il le chargea de porter la
parole de Dieu au Peuple d'Ifraël,
Fiat in me fpiritus tuus . Puis
que vous m'ordonnez de porter
cette divine parole en vostre pré
fence dans la premiere Eglife ,
dans la principale Ville de vostre
Diocefe , Fiat in me fpiritus
tuus , que l'Esprit de Dieu qui
eft en vous fe répande fur moy!!!
Le mefme jour M l'Evef
que de Meaux, que rappes
loient les affaires du Clergé,
partit pour Paris , en la compagnie
des mefmes Evefques
GALANIM 63
que je viens de vous.enommer
, efcorté par la Maréchauffée
, & au milieu d'une
double haye de Bourgeois,
après avoir reçeu les compli
mens de tous les Officiers de
La Ville. Hong side in stive
Puis que nous fommes
tombez fur le ſujet des Sermons
, vous ne ferez
pas
fâchée
d'apprendre
une
choſe
que
vous
trouverez
tres
-furprenante
, &
qui
demande autant
de
vivacité
que
de
préfence
d'efprit
.
Quelques
Gens
du
premier
rang
inftruits
des
talens
extraordi
64 MERCURE
naires de M'Efguifier , Docteur
en Theologie , & Sousprincipal
au College de Harcourt
, l'avoient prié de prefcher
fur telle matiere que
trois diverſes perfonnes luy
choifiroient fur le champ, Il
monta en Chairree , && lors
qu'il eut fait le figne de la
Croix , M l'Abbé de Lufi
gnan luy donna pour texte ce
verfet du Pleaume 67. Mons
coagulatus , mons pinguis , ut quid
fufpicamini montes coagulatos?
Un Avocat du Confeil choifit
cet autre verfet du meſme
Pleaume, Si dormiatis inter me -
NoM
GADANT $65
dios cleros , pennæ columbæ deargentata
, & posteriora dorfi ejus
in pallore auri ; & M l'Abbé
de Cabane luy propola ces
paroles , Redemptionem mifit
populo fuo. Ces trois textes
luy ayant efté donnez , la
Compagnie le pria de les appliquer
à la juſtice de Dieu,
chaque texte devant faire
une partie de fon Difcours ;
à quoy il réüffic admirablement
, en préſence d'un
grand nombre de Prélats , de
Docteurs, & d'autres Perfonnes
tres confidérables .
On ne s'eft pas contenté
Mars 1682. F
66. MERCURE
de cette premiere épreuve .
Madame la Maréchale d'Ef
trées luys envoya quelques
jours apres par un fort habile
Licentié de Sorbonne , Gou
verneur de M' l'Abbé d'Ef
trées, ce Paſſage qu'elle trouva
en ouvrant la Bible au zo.
Chapitre des Proverbes , Sua
vis eft homini panis mendacij,
Un fçavant Abbé luy donna
pour texte ,
tee
a neo
hofpitandi
de domo in domum , & un
autre Abbé , Qui volunt divifieri
, incident in tentationem,
in laqueum diaboli , le tout
applicable à l'humilité. M
GALANT. 67
Eſguifier parla ſur ces nou
veaux textes avec le mefine
fuccés qu'il avoit euula pres
miere fois , & laiffa fes Aut
diteurs charmez du bel ordre
qu'il fuivit dans la liaiſon qu'il
leur donna , ogale 990 2957
Je vous envoyay il ya deux
mois une Lettre en Vers du
Berger de Flore , à une Parente
Religieufe . En voicy
une feconde , dont je croy
que vous ne ferez pas moins
contente que vous m'avez
marquél'eftre de la premiere.
1001 of dedish wor
M
bulunula oldindga
Fij
68 MERCURE
-21 AM 295 corronoidy mey
25 25 25252525 2522
A MADA M END . C.
Religieufe de la Vifit.
a Tr .
B
Ten que jefois mauvais Poëte,
e nefuis pas mauvais Prophete
za of Cam
Faybienprévenla verités
Etj'aurois bienjurépar un bec d'Aloüete,
Et mefme par celuy de l'aimable
Fauvete,
Qui centfois defon chant m'a ravy
cet Eté,
Et qui jadis eftant Fillete ,
Ainfi que vous, chantoit des Lau
date,
GALANT 69
Que vous chicaneriez dés ma premiere
Lettre, 2323
Et qu'à mon réglement, fur veftre
Iqualité, MA CAM
IsAulienddee vousfoumettre
En toute humilité,
Vous formeriez de la difficulté.
S&
Il me semblepourtant que lejoly nom
d'Ange, y qu
J
Dont je couvrois avec honnefteté
Voftre devote humanité,
Comme un bel Enfant, d'un beau
Lange,
Pouvoit de vous eftre accepté
Dés cejourpour l'éternité.
Ie vous l'attribuois avec grandejuftice.
Stall
Vous en avez l'esprit, la voix, la &
pureté,
70 MERCURE
Et vous en faites l'exercice,
En loüant la Divinités palo !
Cependant vous l'avez tout d'abord
rejetté.
Un tel refus m'est un petit fuplice;
Le crains que vostre volonté,
Fuyant le nom , n'ait arreste
De n'en plus faire, à mon grand prês
I
judice,
Pour moy,pauvrepécheur, le falutaire
office.
Mais non, à tort de vous j'ay cette
opinion ,
Ce n'eft qu'un pur effet de vostre modeftic.
Vous aimez mon falut autant que
voſtre vie, del gans
Et je le veux devoir à vostre affection,
GALANT: 71
Puis qu'en toute devotion
Vous eftes, dites- vous , maplusintime
S2 S
w
Souffrez pourtant queje partage
Cette infigne obligation
Entre vous & cet Esprit fage
Quifait dans le Carmel, depuisfon
plus bel âge,
}
Des voeux au Ciel à mon intention,
Puis que vous voulez bien luy céder
la louange
Qu'attire apres foy le nom d'Ange.
Avoftre égard donc deformais,
Celuy que j'obmis de vous dire
Le nom d'Amie, aura le début des
Billets
A
Quej'auray foin de vous écrire.
Vous le voulez , je m'y foûmets;
Avos ordres toûjours vous me verrez
Souferire.
72 MERCURE
Mais ne me ditesplus que vous avez
se pitiéi síma orada , aron wakt
De mongrandembarras à vous choiſir
un titre, 2 artion a
Veu que tous nomsſontdoux à l'aang
mitiéma ubwgI'I
Il en eft deplus doux que d'autres de
moitié.
T'enprens vo prens voftre coeurpour arbitres
me je furs d'humou
→ Etfeachez
A vousconter toujours laplus grande
douceur. A sb pisM
Sa barb Stupig
Le tout fous l'agrément de vostre
Souveraine,
Que le Seigneur garde & mainaltienne,
moet beims an
Nonfeulement enparfaitefanté,
Mais encore en fa dignité,
Infqu'au temps que vofire tour
vienne,
GALANT! 73
Deprendre enpatience unefemblable.
peine.
Adieu donc, chere Amie , à vous de
tout mon coeur, buang mures
Pensez à vostre Serviteur.
L'Esprit du Carmel dont
le Berger de Flore parle en
cette Lettre, eftoit une Dame
Carmelite
, auffi fa proche
Parente , Soeur de M " des
Marq. de R. & d'H . Religieufe
dans le mefme Fauxbourg
de Tr. que
Madame
de C. avec laquelle ayant lié
une amitié fort étroite , ils
convinrent d'une affignation
fpirituelle , lors que fix heu-
Mars 1682. G
74 MERCURE
A
la
res
fonneroient le foir, pendant
quoy le Berger devoit
penfer a elle, & elle à luy, en
difant l'un pour l'autre ,
Priere ordinaire qu'on ſonne
à cette heure - là dans les
Convents , & en beaucoup
d'autres lieux. En quoy la
Dame Carmelite fut fi fidelle
, que le Berger luy en
témoigna fa reconnoiffance
par ce Sonnet.
O
quatorze ans
Voy , durant
l'amitié
vous inspire
De prier le Seigneur pour mɩ felicité
Chaque jourfans manquer, au m).
ment arresté,
GALANT 7
Souventmalgré des mauxpires que .
covile martyre? l youp Inst
"Le
Cette perfeverance eft digne qu'on
Padmire.
I'en ay l'esprit confus, furpris, tout
enchantés
Et je dois, mon cher Ange, à ta rare
bonté,
Mille && mille foisplus queje nefau
rois dire.
$2
Frinces, Roys, Empereurs , non , vous
ne pouvez pas
Avec tous vos trésors, avec tous leurs
amas,
M'aequiter d'une telle grace.
$2
Vos dons font préticux , ils ont de
grands appas,
On les voit quelquefois durer jufqu'au
trépass
76 MERCURE
Mais ce qu'afaitpour moy Théreſe,
Les furpaffe.
On dit que le talent de
faire des Vers vient de la
Nature. Cela n'eſt pas toujours
vray , fi nous croyons
ce qu'en a écrit un fort gaacce.
Une Belle
lant Homme.
l'ayant prié de luy dire ce
qu'il falloit faire pour devenir
Poëte , il luy envoya le
lendemain ces huit Quatrains.
GALANTM - 77
V
A IRIS
Oulez- vous réuffir fans une
peine extréme?
Charmante Iris , laiffez- vous en
42 flamer, ið set
Onfaitdes Vers dés que l'on aime,
Et l'on nepeut en fairefans aimer.
$2
L'efprit nefuffitpoint; eft- ce làfon
spartage?
Ne faut-il pas encore une douce langueur?
Le coeur eftfait pour cet ouvrage,
Et cet ouvrage pour le coeur.
22
Ce n'est qu'àluy que ma Mufe s'adreffe,
G iij
78 MERCURE
Vous le fçavez, je vous l'ay déja
dit.
L'on ne parle pas à l'efprit
Le langage de la tendreffe.
$2
L'efprit ne l'entend point, c'est à luy
d'eftre meûr,
D'eftrefage, éclairé, paiſible;
Mais qu'on le parle au coeur ,
jeune, il cftfeûr
Qu'ilyferabientoftfenfible.
S&
s'il eft
C'estpour luyfeul qu'onpeut s'affujettir
Apoindre dans des Vers tout ce qu'on
a de tendre.
Ils ne le font pas mieux coprendre,
Mais ils le font bien mieuxſentir.
SS
De tous lesfentimens dont l'esprit eft
capable,
& WEKOOKE
guns કહું છું "
FIRMAT
21000
NEO
MAGI
TUS
SOLIS
AX108
VIRTUTIBVS
IVDISHOVKBE
OR
GALANT. 79
La raifon eft maîtreffe, elle guidefes
pass
Quelques charmes qu'on ait qui puiffent
rendre aimable,
Il peut bien estimer, mais il n'aimera
pas.
se
On nefait point de Vers pour dire
qu'on estime,
La raifon à l'efprit n'inspire point
ce tour.
•On nepeut guére unir la raison &
la rime,
Mais toujours la rime & l'amour.
25
Allez, mes Vers, allez paroistre
Devant l'aimable Iris qui caufe mon
Гонсу.
Un tendre amour vous a fait
naître,
Erf.rez- vous naître un auffy?
1
Gij
80 MERCURE
1
Je vous envoye une nouvelle
Médaille faite depuis
peu en Allemagne , pour la
Paix conclue à Nimegue.
D'un coſté eft en l'air l'Ecuffon
aux Armes de l'Empire,
d'où voltige une Bande que
l'on y voit attachée , fur laquelle
font ces mots , Firmata
Neomagi Pax 1678. Au deffous
eft la Ville de Nimegue,
& fur le terrain de devant, les
Ambaffadeurs qui s'entrefaluent.
Le Revers fait voir la fi
gure de la Paix , qui eft en
pied fur des armes , avec un
GALANT 81
Soleil au deffus de fa tefte .
Elle tient de fa main droite
un Serpent qui forme un cerclep
& un Cordon où font attachez
fept Ecuffons , dont
celuy du milieu eft auxArmes
de l'Empire. Les trois Ecuffons
qui font à droit, contien
nent les Armes de France,
d'Angleterre , & de Dannemarc
; & les trois qui font à
gauche , celles d'Eſpagne, de
Suede , & de Hollande . Ce
Cordon eft foûtenu par la
main gauche de la Déeffe
qui tient une Palme , autour
de laquelle on lit ces mots,
°
82 MERCURE
Pacatus Solis virtutibus orbis.
Cela fait connoiftre que de
l'aveu mefme des Nations
Etrangeres, la Paix dontjouit
l'Europe , eft un bien qu'elle
doit entierement aux bontez
du Roy , qui l'a donnée à
toutes ces Puiffances au milieu
de fes Victoires . 1.
Je vous ay fait part l'Eté
dernier , des grands & fu
perbes Divertiffemens de la
Cour de Hanover , & vous
avez admiré la maniere toute
ingénieufe & toute galante
dont le Duc de ce nom , Frere
de la Reyne Mere de DanGALANT.
83
nemarck, régala cette Princeffe.
Le bruit de ces magnifiques
Festes s'eſt répandu
dans toute l'Europe ; & puis
qu'elles ont efté eftimées en
France , elles ont dû eftre du
gout de toutes les Nations.
Cette mefme Cour de Hanover
a voulu voir à fon
tour quels honneurs on rend
aux Souverains , qui vont vifiter
les autres Princes dans
leurs Etats. Monfieur l'Electeur
de Brandebourg eft
celuy qui a reçeu ces illuftres
Hoftes. Quoy que la magnificence
foit naturelle à cet
84 MERCURE
Electeur , il femble qu'il ait
encor recherché à la faire
doublement paroiftre , fçachant
qu'il avoit à recevoir
un Prince qui avoit mérité ſi
juſtement le furnom de Magnifique
. Voicy ce
efté écrit icy d'Allemagne,
par une Perfonne interefféeà
la gloire de Leurs Alteffes de
Hanover, & qui leur eſt toute
dévouée .
ani en a
isicalad!
GALANT. 85
S$25252 255 5222 52
A MONSIEUR DE ***
J
A Hanover le 15. Fevrier 1682 .
E continue , comme vous le
fouhaitez, à vous faire part
de ce qui arrive de plus remarquable
dans cette Cour. Monfieurle
Ducer Madame la Ducheffe
de Hanover ayantfait deffein
de rendre vifite à Monfieur
l'Electeur de Brandebourg, arriverent
le 22. deJanvier à Garle.
ben , premiere Villepar où ils devoient
entrer dans fes Etats. Ce
fut là que par l'ordre du Colonel
FIRMAT
PACATUS
SOLIS
NEO
MAGI
Ο
DISHOVKB
AX108
VIRTUTIBVS
GALANT. 79
La raifon eft maîtreffe, elle guidefes
pass
Quelques charmes qu'on ait qui puiffent
rendre aimable,
Il peut bien estimer, mais il n'aimera
pas.
S&
On nefait point de Vers pour dire
qu'on estime,
La raison à l'esprit n'inſpire point
ce tour.
•On nepeut guére unir la raiſon &
la rime,
Mais toujours la rime & l'amour.
25
Allez, mes Vers, allez paroistre
Devant l'aimable Iris qui caufe mon
Гонсу.
Un tendre amour, vous a fait
naître,
Enf.rez- vous naître un auffy?
G
80 MERCURE
Je vous envoye une nouvelle
Médaille faite depuis
peu en Allemagne , pour la
Paix conclue à Nimegue.
D'un cofté eft en l'air l'Ecuf
fon aux Armes de l'Empire,
d'où voltige une Bande que
l'on y voit attachée , fur laquelle
font ces mots , Firmata
Neomagi Pax 1678. Au deffous
eft la Ville de Nimegue,
& fur le terrain de devant, les
Ambaffadeurs qui s'entrefaluent.
Le Revers fait voir la fi
gure de la Paix , qui eft en
pied fur des armes , avec un
GALANT. 8
Soleil au deffus de fa tefte.
Elle tient de fa main droite
un Serpent qui forme un cercle
& un Cordon où font at+
tachez ſept Ecuffons , dont
celuy du milieu eft auxArmes
de l'Empire. Les trois Ecuffons
qui font à droit, contien
nent les Armes de France,
d'Angleterre , & de Dannemarc
; & les trois qui font à
gauche , celles d'Efpagne, de
Suede , & de Hollande . Ce
Cordon eft foûtenu par la
main gauche de la Déeffe
qui tient une Palme , autour
de laquelle on lit ces mots,
82 MERCURE
Pacatus Solis virtutibus orbis.
Cela fait connoiftre que de
l'aveu mefme des Nations
Etrangeres, la Paix dontjouit
l'Europe , eft un bien qu'elle
doit entierement aux bontez
du Roy , qui l'a donnée à
toutes ces Puiffances au milieu
de fes Victoires . 1
Je vous ay fait part l'Eté
dernier
, des grands
& fuperbes
Divertiffemens
de la
Cour de Hanover
, & vous
avez admiré la maniere
toute
ingénieufe
& toute galante
dont le Duc de ce nom , Frere
de la Reyne
Mere
de DanGALANT.
83
nemarck, régala cette Princeffe.
Le bruit de ces magnifiques
Festes s'eft répandu
dans toute l'Europe ; & puis
qu'elles ont efté eftimées en
France , elles ont dû eftre du
goult de toutes les Nations .
Cette mefme Cour de Ha- "
nover a voulu voir à fon
tour quels honneurs on rend
aux Souverains , qui vont vifiter
les autres Princes dans
leurs Etats. Monfieur l'Electeur
de Brandebourg eft
celuy qui a reçeu ces illuftres
Hoftes. Quoy que la magnificence
foit naturelle à cet
84 MERCURE
*
Electeur , il femble qu'il ait
encor recherché à la faire
doublement paroiftre , fçachant
qu'il avoit à recevoir
un Prince qui avoit mérité fi
juſtement le furnom de Magnifique.
Voicy ce qui en a
efté écrit icy
d'Allemagne ,
par une Perfonne intereffée à
gloire de Leurs Alteffes de
Hanover, & qui leur est toute
dévoüée .
la
MORS INSJOU
Astralalt
GALANT. 85
SS25252:255 5222 52
A MONSIEUR DE ***
A Hanover le 15. Fevrier 1682 .
E continue , comme vous.
fouhaitez, à vous faire part
de ce qui arrive de plus remarquable
dans cette Cour. Monfieur
le Duc Madame la Ducheffe
deHanover ayantfait deffein
de rendre vifite à Monfieur
l'Electeur de Brandebourg, arriverentle
22. deJanvier à Garle.
ben , premiere Ville par où ils devoient
entrer dansfes Etats . Ce
fut là que par l'ordre du Colonel
86 MERCURE
Marvits , à la tefte d'un Regiment
d'Infanterie qui formoit
deux gros Bataillons , Leurs Alteffes
furent faluées en arrivant
de trois décharges de toute la
Moufqueterie.
M Kromkau , un des premiers
de la Courde M l'Electeur , accompagné
de plufieurs Gentilshommes
defa Chambre , rendit de
fa part à Monfieur à Mada
me la Ducheffe de Hanover les
premiers complimens de civilité.
Il fut fecondé par M de Schulembourg,
qui les complimenta au
nom de tous les Etats du Pais,
dont il eft un des Chefs. Il estoit
GALANT: 87
furvy d'un grand nombre de Nobleffe
, qui fe faifoit un honneur
d'estre de cette Compagnie . On
traita fplendidement Leurs Alteffes
à dîner , & l'on accompagna
leur fortie de trois falves de
Moufquet, comme on avoit fait
à leur entrée. De là on alla coucher
à Tangermunden .
Le lendemain
#
23. on arriva
à
Rathnau , lieu rendu célebre par
la gloire dont la défaite de toute
une Armée ennemie y a couvert
Son Alteſſe Electorale. Ce fu
rent par tout des traitemens magnifiques
, aufquels il euft efté
difficile de rien adjoûter. Un Ré-

88 MERCURE
giment de Cavalerie commandé
par le ColonelDevits , fejoignit
à la Suite de Leurs Alteffes pour ede
en augmenter l'escorte , & les accompagnerjusqu'à
Spandau, Fortereffe
confiderable à deux lieuës
de Berlin . Ellesfurent reçenës par
Mile GeneralMajor Schoening
Gouverneur de la Place an bruit
de trois décharges de tout le Canon,
onles logea dans le Chateau
, où Elles fe repoſerent le
refte du jour. Ce Gouverneur
rendit à Monfieur le Duc de Hanover
tous les respects qui luy ef
toient dûs , & luy fit voir pourle
divertir le bon état de la ForteGALANT.
89
reffe. Ce Prince partit tres -fatisfait
defes foins , & fit paroiftre
une estime finguliere pourfa Perfonne.
! 9.9irojs ADINDAN P
Pendant ce temps de repos,Monfieur
l'Electeur envoya le Comte
Madame l'E de Donau ,
Lectrice fon Ecuyer pour complimenter
Leurs Alteffes , & leur
témoigner la joye qu'ils avoient
de leur heureuſe arrivée à Spandans
leque
Le matin du jour fuivant qui
eftoit le 24. de Janvier , Monfieur
le Duc de Hanover envoja
M de Klenke , premier Gentilhomme
de fa Chambre; & Ma
Mars 1682 . H
92 MERCURE
1
omplimens
l'E.
dame la Ducheffe , M Santefon
Chevalier d'Honneur, pour
r, pourfaire
leurs à Monfieur
lecteur , luy témoigner avec
quetempreffement its fouhaitoient
l'honneur de le voir. Ily avoit
une fi grande quantité d'Hommes
fous les armes à Berlin , que ces
deux Envoyez n'euffent pú arriver
de tout lejour au Pdlajs
Electoral, fi on n'eust choify
des Rues détournées pour les y
conduire. L'un & l'autre s'acquita
tres-bien du devoir de fon
envoy ; & un peu apres que l'on
cut reçeu ces complimens , les or
dres furent donnez pour aller au
(ques
GALANT 91
ot
devant de Leurs Alteffes de Har
nover. Monfieur l'Electeurayant
fait mettre le Regiment de fes
Gardes à pied en bataille , für la
-
Place devantfon Palais, au nombre
de trois mille Cuiraffiers , fit
marcher devant luy le Regiment
defes Gardes à chevals and
Il n'y avoit qu'une heure que
Son Alteffe Electorale avoit donné
une Compagnie de ce Regiment
au jeune Prince Philippes
l'un defes Fils, âgé de douze ans.
Ce ne fut pasfans unfecretplaifre,
qu'Elle vit ce jeune Officier
faire la premiere fonction de fa
Charge en cette cerémonie , &
Hij
92 MERCURE
marcher à la tefte defa Compagnie
, avec cet air de Héros qui
promet de reffembler à celuy qui
luy a donné l'estre.
Aune heure apres midy, Monfieur
l'Electeur fortit accompagné
de toute fa Cour une bonne lieuë.
de France hors de la Ville , pour
aller à la rencontre de Monfieur
le Duc de Hanover. Il y avoit
environ trois quarts d'heure que
Pon attendoit ce Prince , lorsqu'il
arriva avec toute fa Suite. Apres
les complimens faits de part
d'autre , ces deux Souverains
avec Madame la Ducheffe de
Hanover, Madame EleGALANT
93
la
Etrice, monterent dans le Carroffe
deftiné à leur triomphe ,
marche pour l'Entrée commença
dans l'ordre quifuit. woh a yar
Le Regiment des Gardes à
cheval au nombre de fix cens
Hommes tous en Livrée bleue,
galonnée d'or & d'argent à dou
bles rangs , marcha avec grande
pompe, ayant à fa tefte M le
Lieutenant General d'Efpanfe,
-précedé de fes Trompetes & de
fes Timbales. Trois autres Regimens
, deux de Cavalerie &
un de Dragons , eftoient rangez
en Efcadrons de cofté & d'autre
de cette marche. On peut remar94
MERCURE
quer icy en paffant, que ces quatre
Regimens font partie des plus
belles Troupes , de la meilleure
Cavalerie d'Allemagne.
Quatre- vingts Carroffes à fix
Chevauxfuivoient à la file , &
quarante Chevaux de main fuperbement
parez de leurs Houffes
de Velours bleu en Broderie d'or
d'argent , la plus riche ) la
plus relevée qu'on puiffe voir , ne
faifoient pas un des moindres ornemens
de cette pompeufe Caval
cade.
Quarante Pages en Livrée
bleuë d'une richeſſe admirable,paroiffoient
en fuite allant quatre à
GALANT. 95
quatre.
Ils estoient conduits par
leur Gouverneur , & foûtenoient
affez-bien l'éclat de la marche.
M leBaron de Kanits, Grand
Maréchal de la Cour, eftoit à la
tefte de cent Gentilshommes, tous
fi magnifiquement couverts de
Galons d'or, de Broderie , de
riches Garnitures , qu'ilferoitfort
mal- aife de rien voir de plus fuperbe.
Quantité de Seigneurs,
Comtes , tâchoient à Barons,
l'envy de fe faire remarquer
, par
la beauté & par la richeſſe de
leur parure ...
Enfin plufieurs Princes mar
choient dans leur rang ; pour ho
92 MERCURE
marcher à la tefte defa Compagnie
, avec cet air de Héros qui
promet de reffembler à celuy qui
luy a donné l'estre.
Aune heure apres midy, Monfieur
l'Electeurfortit accompagné
de toute fa Cour une bonne lieuë.
de France hors de la Ville , pour
aller à la rencontre de Monfieur
le Duc de Hanover. Il y avoit
environ trois quarts d'heure que
l'on attendoit ce Prince , lorsqu'il
arriva avec toute fa Suite. Apres
les complimens faits de part
d'autre ces deux Souverains
avec Madame la Ducheffe de
Hanover, & Madame l'Ele
+
fr
GALANT 93
Etrice, monterent dans le Carroffe
deftiné à leur triomphe , & la
marche pour l'Entrée commença
dans l'ordre qui fuit. beach a yach
Le Regiment des Gardes à
chevals au nombre de fix cens
Hommes tous en Livrée bleue
galonnée d'or & d'argent à doubles
rangs , marcha avec grande
pompe, ayant à fa tefte M le
"Lieutenant , General d'Efpanfe
-précedé de fes Trompetes & de
fes Timbales. Trois autres Regimens,
deux de Cavalerie
un de Dragons , eftoient rangez
en Efcadrons de cofté & d'autre
de cette marche. Onpeut remar94
MERCURE
a
quer icy en paffant, que ces quatre
Regimens font partie des plus
belles Troupes , & de la meilleure
Cavalerie d'Allemagne. A
Quatre- vingts Carroffes àfix
Chevauxfuivoient à la file , &
quarante Chevaux de main fuperbement
parez de leurs Houffes
de Velours bleu en Broderie d'or
& d'argent , laplus riche ) la
plus relevée qu'on puiffe voir , ne
faifoient pas un des moindres or
nemens de cette pompeufe Caval
cade.
Quarante Pages en Livrée
bleuë d'une richeſſe admirable ,paiffoient
en fuite allant quatre
rol
GALANT. 95
do
quatre. Ils estoient conduits par
leur Gouverneur
, & foûtenoient
affez-bien l'éclat de la marche.
M leBaron de Kanits, Grand
Maréchal
de la Cour, eftoit à la
tefte de cent Gentilshommes
, tous
fi magnifiquement
couverts de
Galons d'or, de Broderie , de
riches Garnitures
, qu'ilferoitfort
mal- aife de rien voir de plusfuperbe.
Quantité de Seigneurs,
Barons , & Comtes , tâchoient
L'envy defe faire remarquer
, par
ta beauté & par la richeffe de
leur parure ...
Enfin plufieurs Princes mar
choient dans leur rang, pour ho94
MERCURE
antin
ces quatre
A
quer icy en
Regimens font partie des plus
belles Troupes , & de la meilleure
Cavalerie d'Allemagne.
Quatre- vingts Carroffes àfix
Chevauxfuivoient à la file , &
quarante Chevaux de main ſuperbement
parez de leurs Houffes
de Velours bleu en Broderie d'or
d'argent , la plus riche
plus relevée qu'on puiffe voir , ne
faifoient pas un des moindres ornemens
de cette pompeufe Caval
&
cade.
la
Quarante Pages en Livrée
bleue d'une richeffe admirable ,paroiffoient
en fuite allant quatre à
GALANT. 95
quatre Ils estoient conduits par
leur Gouverneur , & foûtenoient
affez-bien l'éclat de la marche.
M'leBaron de Kanits, Grand
Maréchal de la Cour, eftoit à la
tefte de cent Gentilshommes
, tous
fi magnifiquement
couverts de
Galons d'or, de Broderie , de
riches
Garnitures , qu'ilferoitfort
mal- aife de rien voir de plus fuperbe.
Quantité de Seigneurs,
Barons , & Comtes , tâchoient à
L'envy defe faire remarquer, par
ta beauté & par la richeffe de
leur
parure .
Enfin
plufieurs
Princes
mar
choient
dans leur rang , pour ho96
MERCURE
norer davantage cette Pompe fo
lemnelle ; entr'autres un Prince de
Curlande , un Prince d'Holfte in,
un jeunePrince d'Anhalt Zerbft,
un jeune Prince de Saxe - Hall,
le Prince d Anhalt d'Effau, Gon
verneur general de tout le Pais
de Mª l'Electeur; & fur tous les
autres Princes , M le Prince
Electoral , qui fe faifoit reconnoistre
de tout le monde par fon
portmajestueux , & parfon ma
gnifique ajustement. Il précedoit
immédiatement un pompeux Car
roffe à fond de Velours bleus rez
levé en broderie d'ore d'argent,
l'Impériale toute entourée de
A Campanes
GALANT. 97
• Campanes de mefme , & le
Corps taillé en reliefde quantité
de Figures & de Chifres dorez,
chargé fur le derriere & fur le
devant des Armes de Brande-
1bourg. Dans ce fuperbe Carroffe
eftoient Madamela Ducheffe &
MleDuc de Hanover, M l'Electrice
& M'Electeur. Il
eftoit tiré par fix Chevaux ifabelles
les plus beaux du monde.
Une Compagnie de trois cens
Trébans en Livrée bleue, toute
couverte d'or & d'argent , environnoit
ce Carroffe. Ilsmarchotent
armez de leurs grandes Pertuifanes
à la Macédonienne . Qua
Mars 1682. I
98 MERCURE
rante Valets de pied de mesme
parure, faifoient une fomptueuse
tres agreable confufion , me..
lez avec ces Hallebardiers autour
de cette triomphante Machine,
qui eftoit précedée de vingt
Trompetes , & de deux Timbaliers,
dans la plus éclatante Lidans
le plus brillant équi- vrée
page qu'on puiffe employer en de
pareillesfolemnitez. i
Apres ce grand Carroffefuivoit
celuy de Madame la Prin
ceffe Electorale , où estoit auſſi
Madame la Marquife de Brandebourg
Fille unique du feu
Prince Radzevil, Heritiere de
3GALANT 99
quatre Principantez , & mariée
depuis peu du Prince Louis ,fecand
Fils de M l'Electeur
, fans que
le mariage ait efté encor confom
me. Elle donnoit la place d'hon
neur à Madame la Princeffe de
Hanover. Madame la Ducheffe
d'Holstein , la feule qui reste de
ta Maifon des Princes de Brick ,
eftoit avec elles dans ce Carroffe.
Il eftoit
Ade plu
autres
de Princes & de Princeffes ; &
enfin un Regiment de Cavalerie
avant à la tefte fes Timbales &)
Les Trompetes, fermoir cette mar
che. Quoy que tout cela fift une
prodigieufe quantité d'Hommes
I ij
100 MERCURE
b
de Chevaux, il n'y eut pourtant
aucune confufion , this jou
A l'entrée de la Porte de la
Ville , cent Canons qui bordoient
le Rampart, firent trois fois leur
décharge. Ainfi Leurs Alteffes
furentfaluées de trois cens volées
de Canon. A mesure qu'on avans
çoit dans la Ville , dont les Rues
eftoient bordées de la Bourgeoifie
en haye & fous les armes, ilfe
faifoit une Salve continuelle de
tous ces Bourgeois qui s'eftoient
parez à l'avantages & auffitoft
qu'on entra dans la Porte du
Chafteau , les Gardes à pied fi_
rent une triple Salve de neuf
GALANT. IOI ΙΟΙ
mille coups de Moufquet . On
defcendit de Carroffe au bruit de
cette moufqueterie & des fan
fares des Trompetes & Timbales.
Ml'Electeur donna la main
à Madame la Ducheffe de Hanover,
M le Duc de Hanover
la donna à Madame l'Electrice,
Mle Prince Electoral à Madame
la Princeffe Electorale fa
Femme , & M le Prince Phi
lippe à Madame la Princeffe
de Hanover. Les autres Princes
prirent chacun leur Princeſſe, &
toute cette belle Troupe fut conduite
par Leurs Alteffes Electo-
I iij
10% MERCURE
rales dans les magnifiques Apartemens
de Ml'Electeur. On y
laiffa Leurs Alteffes de Hano
ver; qui en fortirent quelque
temps apres pour aller à l'Apartement
de Madame
l'Electrice,
Elles y furent reçeues en grande
cerémonie par cette Princeſſe, qui
leur fit tout le bon accueil quife
peut faire en defemblables
vifttes
. Elles y virent avec admira.
tion les Enfans de Leurs Alteffes
Electorales , Madame la Prin
ceffe Marie, Madame ſa Soeur,
& M les Princés Albert,
Chriftian - Louis ,
Charles ,
qui font tres bien fairs , & d'une
GALANT 103
grandebeauté. De là, on allafe
mettre à table. Tout y futferry
dans la derniere magnificence's
ce qui eft fort digne de remarque
, c'est que pendant dix
joursdefejourque Leurs Alteffes
de Hanover ont fait à Berlin,
la mefme magnificence a continué,
mais foir& matin toûjours
diferente , enforte que dans tous
·les Repas il ne s'eft trouvé aucune
chofe femblable à ce qu'on avoit
déja veu , ny dans les Services,
ny dans la quantité des Mets, ny
dans le Deffert. Toute la Vaiffelle
eftoit de vermeil doré , or
chargée d'une fi grande diverfité,
4
I
iiij
104 MERCURE
г
contenter
qu'il y avoit dequoy
enfemble la venëver te gouft.
Miles General Major Schoëningfervoit
S. A. de Hanover
a table ; M le General Major
du Hamel , Madame la Du
cheffest Mile Colonel de
Perbant, Chambellan de Son
Alteffe Electorale, fervoit Ma
dame la Princeffe de Hanover.
On peut dire que M Electeur
n'a rien oublié ny pourfa
Grandeur, ny pour le divertiffement
des illuftres Hoftes , dont la
préfence luy donnoit une fi entiere
joye. On a joint au plaiſir
de la Bonne-chere , celuy du Spé-
г
GALANT 105
Etacles par unbeau Fen d'artifice
On y voyoit les Armoiries de
Lo de Hanover d'un costé,
celles de Leurs Alteffes Ele
ctorales de l'autre. Elles eftoient
accompagnées d'un mélange de
Lettres lumineuses qui formoient
teurs Devifes & leurs Chifres .
Mais ce qui parut fur l'eau fut
quelque chofe de fi furprenant,
qu'on n'avoit peut - estre encor
rien veu defemblable en matiere
d'artifice. Neptune & fes Che
vaux marins, avec une Troupe
de Dauphins & de Tritons, for
toient de l'eau, & faifoient cent
mouvemens admirables , Mille
Popu
106 MERCURE
Globes , tout éclatans de lumieres,
qui brûloient au milieu des
ondes donnoient à la venë un
plaifir charmant , car ilſembloit
que le feu eftoit d'accord avec
Lean, & que chacun de ces Elémens
faifoit à l'envy tous fes
efforts pour contribuer à unfirare
divertiffement home and a
Je n'en fçaurois oublier un
militaire, dont M l'Electeur
prit lefoin de régaler M le Duc
de Hanover & toute fa Suite.
Ce fut de la veuë de fes effroyables
Mortiers, de fes grands Camons
, defon Artillerie , qui
eft une des plus belles de l'EnGALANT.
107
• Pendant qu'on ne fongeoit à
la Cour qu'à inventer de nonveaux
plaiſirs pour Leurs Al
teffes de Hanover, les Miniftres
Etrangers , & ceux du Païs,
n'oublierent rien pour traiterfu
perbement les principaux Seil
gneurs de leur Suite. Ainfi M
le Lieutenant General de Podvis ,
M' le Grand Maréchal de
Platen , & M™ les Generaux
Majors Oefner & Flemming,
eftoient tous les jours de quelque
nouveau Régale.
• Mule Comte de Reibenac
entr'autres a fait remarquer fa
magnificence par un grand Re108
MERCURE
pasfuivy d'un Bal, où Madame
la Princeffe Electorale , Madame
la Princeffe de Hanover,
Madame la Marquife de Bran
debourg , & Madame la Du
cheffe d'Holftein, dancerent avec
tous les Princes &r les Seigneurs
de la Cour ; fi-bien qu'on peur
dire que le Miniftre de France
trouva le moyen de rendre chez
luy la nuit auffi agreable que le
jour l'avoit esté chez tous les autres
Miniftres.
Apres que l'on ent paſſe dix
jours dans tous les plaifirs que
L'on pût imaginer, M l'Electeur
qui ne fçait jamais borner fa
GALANT! fog
• magnificence , voulut faire voir
à Leurs Alteffes de Hanoverfa
belle Maifon de Poftdam . Ily
fit mener douze Pieces de Canon
, qu'on pofta dans le Fardin
fous les feneftres d'une grande
Salle , pour fervir à la réjouif
fance qu'il s'eftoit propofe de
faire en ce Lieu avant le depart
de M le Duc de Hanover, Sa
On fortit de la Ville dans le
mesme ordre que l'on y eftoit entré
quelques jours auparavant,
pour aller à cette belle Maifon de
campagne. Ce fut là que dans
un magnifique Repas , où tous
Les Ambaſſadeurs & Envoyez
10 MERCURE
Etrangers efloient invitez, ononfe
divertit àfaire grand chere, fr
à boire àl Allemande. A chaque
Santé que l'on beuvoit , on faifait
la décharge de tout le Car
non, ce fut au milieu de cette
joye publique que deux desplus
grands Princes d'Allemagne fe
jurerent une eternelle amitié...
M le Duc de Hanover qui
fe plaift à faire du bien par tout
où ilfe rencontre, fit des Préfens
magnifiques aux Generaux Confeillers
d'Etat , Premiers Seigneurs
& Gentilshommes, à toutes
les Dames , aux principaux
Officiers de la Cour de Son
&
GALANT. III
Alreffe Electorale. »MLEle-
Eteur régala auffi de fon cofté
tous les Gens de la Suite de Son
Alteffe de Hanover, juſqu'aux
moindres Officiers. Enfin ces
deux Princes fe féparerent à
Podtam , & M le Duc de
Hanover reprit le chemin de fes
Etats. Il fut traité à fon retour
fur les Terres de M' l'Electeur
dans tous les endroits de fon paffage
, de la mefme forte qu'il
l'avoit efté àfon arrivée , c'est à
dire avec ta mefme fplendeur ;
&les mefmes Gens de Son Alceffe
Electorale l'accompagnerent
jufques aux Frontieres des
$ 112 MERCURE
Pais de Brunfvic & de Lunebourg.
12011impo
Je vous envoye une nouvelle
Fable de M' Daubaine,
Autheur de celle du Verluifant
qui vous a tant plû la
derniere fois. Son ftile aifé
eft toûjours le mefme.
52522 5525522 2555
L'AIGLE
ET LA CORNEILLE .
H&M
FABLE. I
L'oyſeau qui porte Jupiter,
L'Aigle, pourparler net, fur les bords
de la Mer
GALANT. 113
Se promenant unjour, appercent des
Coquilles.
Il faut , dit- il , parmy les plus
gentilles
**
« En choifir deux ou trois pour
mes petits Aiglons;
Ils en feront leurs amuletes.
Ces Coquilles n'eftoient pas netes,
Et toutes renfermoient encore leurs
Poions.
Or ces Poiffons , méchante affaire,
Tettoient une certaine odeur
Quifrapa l'Aiglejusqu'au coeur.
L'Aigle flaire, & cent fois re-
3.1.Aaire,
Maisjamais ilneput avoir
Le morceau qui rendoit cette odeur fi
charmante
,
Et ne fe reput que d'espoir.
L'Aigle en maigres morceaux
Befte peufçavante
Mars 1682. K
174 MERCURE
Comme les autres Roys ilmange.
toujours gras. 30E A
Le voila donc dans l'embarras,
Et ne Seachar que dire, ny quefaire.
Que s'il tenton des griffes es du
becky boy band old
D'entronorar la Coquille , ilyfaifoit
Téchec, ods
Ermefmeplus qu'à l'ordinaire
La Coquille fe reffervoit
Pourfçavoir donc comment il agiroit,
Et quelle devois eftre en tel cas fa
conduite,
&
Iljette les yeux furfa Suite 11
Le Confeiller dont ilfit choix,
Fur Corneille Bonbec , grande Iurif
confulte,
Qui plus d'un million defois,
Eloquente au Barreau , docte dans la
Confulte, notre site
w
I
BGALANT 115
25 Avoit donné la Loys! pres
A Pajot & Fourcxoy or
Sire, dit-elle au Roy, 015 35
Prenez cette Coquille avecque
ach vôtre ferre, notat li z ow
Et lors que d'un vol élevé
* Vous ferez bien haut arrivé, a
Laiffez- la choir à terre,
Je mettray deffous une pierre
Qui la fracaffera. OnI
L'expédient eft feûr autant qu'il
eft facile ; Sear
Le Poiffon qu'elle cache auffitoft
paroîtra,
Et comme à fendre l'air vous
eftes tres babile, Cad
IN1
Voftre Majefté Volatile
Dans le mefine inftant defcendra,
Et s'il luy plaift , le gobera.
L'avis fut trouvé bon ; Sa Majesté
commence
16 MERCURE
De le vouloir exécuter,illo nimeres
C'eft à dire qu'elle s'élance
Iufqu'où l'ailepút la portero
L'Aigle élevé laiffe tomberfaproye.
La Coquille fe rompt en centpettts
morceaux .
Quant au Poiffon, malgréplufieurs
autres Oyfeaux,
La Corneille le prend, & s'en donne
à coeurjoye.
"
Ainfi quand l'Aigle defcendit, in
Il reconnut qu'il n'estoit qu'une
Befte.
Voila ce qu'Eſope en adit, Up
Et ce quifuit vient de mareste.
JOV JOV
SumSH
Avocats, Procureurs en chicane fcavans,
Parmy vous n'est-il point de Gens
Qui reffemblent à la Corneilless
GALANT. 17
Comme elle vous avez affez bon
appétits
Le moins adroit de vous rarement
nous confeille,
Hous
Que ce nefoit àfonprofit.
3
Quoy qu'il n'y ait point de
meilleur remede que la fuite
contre les attaques de l'amour
, on n'eft pas toûjours
affure d'en guérir par là,
quand il a fait une profonde
bleffure. Les Vers qui fuivent
vous le feront voir. Un
Homme d'efprit qui a toûjours
eu grande paffion pour
les belles Lettres , s'eft retiré
depuis quelque temps dans
18 MERCURE
pai
un
Licu Lieu
fort
folitaire
,
pour
s'appliquer
à l'étude
plus
p
fiblement
, mais
quelque
ef
fort
qu'il
ait
fait
, il
n'a

bannir
de
fon
efprit
l'idée
d'une
fort
aimable
Perfonne
,
qu'il
a
tendrement
aimée
.
Cette
Belle
ayant
apris
qu'il
fongcoit
toûjours
à elle
, luy
a
fait
par
Lettre
des
reproches
agreables
, le traitant
de
foible
, de
ne
pouvoirs
oublier
fes
premiers
engagemens
Voicy
ce
qu'il
luy
a
répondu
.
GALANT 219
5552-552252 52255e
A LAIMABLE M***
SOLIT JA SONGE.
Njour qu'au bord d'une
UN
Fontaine
Ie dormousfortprofondement,
Je m'imaginay voir le Dieu d' Amour
enpeine,
Et preft afenoyer dans les pleurs
by
dan
d'un Amant.
Ie fentous de la joye au dedans de
-Somoy-mefine,
Croyant que ce Tyran des coeurs
Donneroitparfa mort quelque tréve
aux malheurs
Queje reffens depuis que je vous
aime.
120 MERCURE
Non , difous-je , Philis n'aura plus
ces attraitsaal
ui m'ont donné fi fouvent des
allarmes
Mon coeur ne craignant plus
fes charmes,
En tout temps jouira des douceurs
de la Paix.
Mais queje me flatois d'une vaine
espérance!
Cet Enfant de Cypris , helas !
Pour fe tirer d'unfi dangereux pas,
Avoit encor trop de puissance.
Ce petit Dieu changea fon Carquois
en Bateau,
Son Arc en Gouvernail , fes deux
Fleches en Rames,
Pour Maft attachafon Flambeat ,
Dont il avoit éteint les malheureufes
flames, a dive
Et prit pourVoilesfon Bandeau.
Alors
GALANT 121 ΤΖΙ
(10
Alors loin defaire naufrage,
Estantpouffe par de fréquens fou
pirs, Rommeils
Te le vis auffitost arriver au rivage
Pourme punir de mes defirs.
Non, me dit-il tout en colere,
Tu ne peux t'exempter de vivre
fous ma Loy.
2
Philis plus que jamais aura dequoy
te plaire,
Et tu luygarderas ta foy
Il rebande fon Arc, du premier coup
me bleffe
Iefens renaitre enmoy l'Amour.
Laiffez- vous done, Philis, toucher à
la tendreffes
Puis qu'ilnousfaut aimer, aimez à
vostre tour.
Sur la fin du dernier mois ,
on fit à Saint Germain pro-
Mars 1682. L
122 MERCURE
che l'Orangerie du vieux
Chafteau, l'épreuve d'un Secret
tout admirable pour la
confervation des Vaiffeaux .
C'eſt un Godron compofé,
qui empefche le bois de brûler
& de pourrir. M de Tatterback,
Originaire du Bran
bant Hollandois , & né en Efpagne
en eft l'Inventeur. Il
avoit préparé avec fon Godron
un Bateau qui fut levé
fur deux Chantiers de la hauteur
de trois pieds. On mit
deſſous quantité deFagots , de
Buches & de Cotrets, en préfence
deM leMarquis de SeiGALANT.
123
gnelay , & de plufieurs autres
Perfonnes
du premier rang.
Tout le bois fut confommé,
& le Bateau n'en receut aucun
dommage. A ce merveilleux
Secret M' de Tatter
back en ajoûte un autre, qui
eft de conferver l'eau - douce
fur la Mer , fans que jamais
elle fe
corrompe
.
On empefcheroit de fort
grands défordres, fi on trou
voit un Secret qui mift les
Maifos à couvert du feu auffi
bien que les Vaiffeaux . Il pric
à la Chambre des Comptes.
par la Cheminée du fecond
Lij
124 MERCURE
Bureau , le Mardy troifiéme
de ce mois, & caufa beaucoup
d'alarmes. Une ouverture de
cette Cheminée trop pleine
de fuif, le communiqua à une
poutre voifine , avec tant de
violence , que la Chambre
'euft efté dans le hazard d'être
entierement brûlée , fans
le prompt fecours qu'on
y
apporta . Le feu parut à ſept
heures du matin . Auffitoft
la Sainte Chapelle fit entendre
le Toxin qui mit en rumeur
tout le Palais. On courut
à l'Hoftel de Ville, pour
faire envoyer les Sceaux &
GALANT 125
E
AD
les Crocs neceffaires dans
une pareille occafion . M ' de
la Reynie , dont la diligence
en tout ce qui regarde le fervice
de l'Etat & l'utilité publi
que,égale la penétration d'efprit
dans les Affaires les plus
épineuſes , donna avec une
vîteffe incroyable tous les
ordres qu'il falloit , & vint
luy- mefme au lieu où eftoit
le feu . Il eut grande joye de
voir qu'on avoit déja trouvé
du fecours. M' le Gendre, Di
zenier de la Ville , eftoit par
bonheur à la Place de Change
, où en qualité de Syndic
Lij
126 MERCURE
de la Communauté des Agens
de Change & Banque,
il faifoit travailler à cette Pla
ce , qui eft dans le Palais meſ
me. Si- toft qu'on l'eut informé
de l'Incendie qui paroiffoit
à la Chambre, il fit porter
quantité de Sceaux qui fe
trouverent fous les voutes de
cette Place de Change , avec
les Crocs. Ainfi avant que
ceux de la Ville fuffent ap
portez , le feu de la Chambre
eftoit prefque éteint , quoy
qu'il euft fait de fi grands progrés,
qu'il paroiffoit jufques
aux Armoires, où eftoient en
GALANT 127
10
fermez tous les anciens Regiftres
qui concernent les Af
faires du Roy , de la Chambre,
& du Public . Auffi fut , on
contraint pour les conferver,
de les jetter par la feneftre
dans la grande Court du Pa-
-lais , d'où ils eftoient recueil
lis par desGens prépofez pour
s'en faifir , & les remettre où
il feroit jugé à propos. En
fuite M le Gendre fut préfenté
à Mle Premier Préfident
des Comptes par plufieurs
Maiftres de la Chambre,
comme celuy qui en
avoit empefché l'embraze-
L iiij
128 MERCURE
ment genéral par fa diligence
& par les foins . Ce grand
Magiftrat luy fit tout l'accueil
poffible , & l'aflura qu'il
fe fouviendroit du fervice
qu'il venoit de rendre à l'Etat.
Monfeigneur le Dauphin
eft venu fe divertir à la Foire ,
où il alla voir le feu du Monde.
Il y demeura une heure, pendantlaquelle
il joua aux Jeux
des Voyages & des Confultes ,
& marqua y prendre beau,
coup de plaifir . La Cour qui
l'accompagnoit eftoit fort
nombreuse. Ce Jeu du Mon-
J':
GALANT. 129
12
1
de dont M' Jaugeon eft l'Inventeur
, eft une grande Table
fur laquelle à la faveur de
trois Jeux diférens & extrémement
fimples , on aprend
ce qu'il y a de plus rare dans
toute l'Europe. Le premier
de ces Jeux, qu'on appelle le
Feu des Voyages , montre les
routes de terre de toutes les
Capitales par raport à Paris,
avec la diftance des grandes
Villes ; les lieux des Batailles
& des Conciles , & ce qu'il
ya de plus remarquable dans
chaque endroit. Il montre
de plus, par le moyen de pe130
MERCURE
tits Globes , à qui on donne
le nom de Vaiffeau , les Ports
les plus confidérables de
l'Europe & de l'Afrique du
côté de la Méditeranée , les
endroits des écueils , & où
fe font les plus importantes
Pefches; & ce qui eft de merveilleux
dans ce premier Jeu,
c'eft qu'il donne plus de plaifir
que tous ceux qu'on a encor
imaginez, & aprend plus
de chofes en moins de dix
parties, qu'on ne pourroit fai
re en deux mois d'étude de
Cabinet.
Mob them:
Le fecond Jeu s'appelle le
31
GALANT 131
21
Feu des Confultes. C'eſt un
Mail qui eft aux extrémitez
de la Table, qui fait connoître,
par le moyen de trois Eguilles
qui fe tournent, les
Devifes de tous les Monarques
de l'Europe ; les Ordres
de Chevalerie les plus confidérables;
les Dignitez à quoy
le mérite éleve tous les Hommes
dans la Religion , l'Epée
& la Robe ; les Monumens
qu'on dreffe à la Vertu apres
la mort, & les peines dont on
punit le Vice, le commencement
des Monarchies, & le
premier Roy ; les richeffes
132 MERCURE
des Etats par raport à ce que
la terre produit , aux Manufactures
, & aux efpeces de
Monnoye , avec leur valeur ;
des Inventions que l'on at
tribue à chaque Royaume ,
& les Inftrumens de Mufique
, en quoy on y excelle
les inclinations de tous les
Peuples, & les plaifirs à quoy
ils font plus enclins, comme
de l'amour , de la maniere
que les Femmes font , &
comme elles s'y comportent;
de la bonne-chere , les viandes
qu'on y mange , & les
boiffons dont on ufe , & des
GALANT. 133.
Jeux , ceux qui font le plus
en ufage, tant pour les Gens
de qualité que pour le
Peuple. Toutes ces chofes
font accompagnées de
plus de deux cens Figures,
toutes fignificatives , & d'une
infinité de diférens ornemens
; & ce qui eft le plus
confidérable , le tout d'une
32
facilité merveilleuse à retenir
pour toute forte de Perfonnes.
Le troifiéme Jeu , qu'on
appelle Aftrologique , ou du
Deftin, eft au quatriéme angle
de la Table. Il cft com134
MERCURE
X
le
pofé de fix Cercles, que l'on
confulte les uns apres les autres
par le moyen d'une Eguille.
Le premier marque
les Heures ; le fecond , les
Planetes dans leur figure naturelle
& hieroglifique ;
troifiéme, le climat, là granu
deur des jours, & l'élevation
du Pôle de toutes les Capitales
de l'Europe ; le quatriéme
, où tous les jours le
Soleil & la Lune fe trouvent;
le cinquième , le Zodiaque,
avec fes figures , & les Pla
netes placées das leurs Maifons,
& le fixieme , les Sol-
31
GALANT. 135
31
ftices & les Equinoxes , c'eſt
à dire où commencent &
finiffent les Saifons .
L'on voit, outre toutes ces
chofes,fur le cofté oriental de
la Table, que l'on appelle de
la Nature, les Armes blafonnées
des Monarques de l'Europe
, & les Dignitez que
l'on apporte en naiffant en
chaque lieu. M ' Jaugeon fe
difpofe à donner un Livre
auPublic , où toutes les régles
de cé Jeu ſeront contenuës.
L'Air qui fuit eft du mef
me Autheur qui a fait celuy
136 MERCURE
que je vous envoyay illy a
un mois , & dont les Paroles
commencent par , Quand
· nous allons, &c. La Baffe man ·
quoit à ce dernier Airg &
afin que vous l'ayez auffi
entier que les autres ,com l'a
mife au bas de celuy- ay.vb
UD
AIR NOUVEAU,
C
Royez- vous, aimable Lyfete,
Payer par une Chanfonnete
Tous lesfoins queje prens de garder
ves Moutons?
Jefçay que vostre voix eft charmante
& divine;
Mais vous savez que l'onbadine,
Quandl' AmourSepaye en Chan-
Sons.
SPOONAM
GALANT. 137
58
&
Je croy , Madame , qu'un
Portrait fait de la main des
Dieux, aura des beautez fenfibles
pour vous. Voyez celuy
dont on m'a fait part,
mais n'y cherchez point
ces defcriptions de bouche,
d'yeux , de nez, & de mains,
qui font dans tous les autres
Portraits. Toutes ces chofes
font fort inutiles à ceux à qui
la Perfonne que l'on peint
eft inconnue , & quand une
Divinité prend le Pinceau,
elle a des traits plus beaux à
*
marquer.
Mars 1682. M
138 MERCURE
SS25252.25S $222 52
IMAGINATION
O
GALANTE.
2
Que j'ay efté furpris ce
matin , en voyant le Portrait
de Mademoiselle de la Forefte
entre les mains d'Apollon !
Que de graces, que de merveilles
Ont d'abord frapé mes yeux !
J'ay reconnu la main des Dieux .
Non , les Mignars n'ontpoint
de ces manieres. C'eftoit un teint,
des yeux , une taille , un air....
enfin , Mademoiselle , c'eftoit
GALANT. 139
vous - mefme; mais ce qui eft
bien plus furprenant , la Peinture
eftoit fi finie , qu'on vous y
voyoit jufqu'au fonds de l'ame.
On vous y voyoit infenfible,
cruelle. Je m'arreſte tout court,
· ne veux pas vous offencer.
Une Mufe avoit écrit au bas
du Portrait ces quatre Vers.
Sa veüe aux Amans eft funeſte,
On n'y voit que mépris, que dédain
, que rigueur ;
Ce n'eft point l'aimable Foreſte,
C'eft Diane à fa mine, auffi - bien
qu'à fon coeur.
F'eftois ravy en admiration ;
je vous voyois ; je croyois vous
Mij
140 MERCURE
parler Apollon mefme eftoit
attendry de mon plaiſir , quand
les Heures impatientes font venuës
l'avertir , que l' Aurore ef
toit prefte, & qu'on l'attendoit
pour donner le jour à l'Univers.
Alors les Mufes s'eftant retirées
, il a jette fa Couronne de
Laurier , en a pris une de lu
miere, & dans le moment je l'ay
veu Soleil.
Je vais faire le tour du Monde,
M'a-t-il dit d'un air tout divin,
J'iray fur la terre & fur l'onde,
Ce fatal Portrait à la main.
Sa maniere eft toute celefte ,
Et les plus fages des Mortels,
t
GALANT. 141
En voyant la belle Forefte,
Nous vont élever des Autels.
En difant ces paroles , il eft
party comme un trait de lumiere.
Fay efté éblouy de l'éclat qu'il
s'eft donné , mais je n'en ay
pas moins fenty la perte de ce
beau Portrait, que je n'avois fait
qu'entrevoir. Triste & confus,
je m'en prenois aux Deftins,
quand j'ay veu briller dans les
airs un jeune Enfant encor plus
beau que lejour. Son Arc , fes
Fleches , & fon Bandeau , me
l'ont bientoft fait connoistrer
Pour vous , Mademoiselle, vous
142 MERCURE
Jes
ne l'auriez jamais connu ; il fe
feroit peut- estre fait connoistre à
vous. Non , il n'est pas poffible
de s'en défendre , fi vous l'aviez
veu comme moy, fa grace ;
petites manieres ,fon air enfantin,
Il m'a demandé ce que j'avois.
Il ne le fçavoit que trop, puis que
c'eftoit luy - mefme qui m'avoit
bleffé; mais voyant que je n'avois
pas la force de luy répondre,
le pauore Enfant s'eft arraché
deux ou trois plumes de fes aîles,
en a fait un Pinceau, &a com
mencé à vous peindre. O qu'il
eft meilleur Peintre qu'Apollon!
mais auffi qu'il est dangereux,
GALANT. 143
& qu'il me fera verfer de larmeso
f
Ce petit Dieu m'a fçeu prendre
En faifant voftre Portrait,
Il en marquoit chaque trait,
Hélas ! peut-on fe défendre
Des peines qu'un Dieu nous fait?
Ml'Abbé Cotin eftant
mort dans le mois de Janvier,
Meffieurs de l'Académie
Françoife, jetterent les yeux
fur M l'Abbé de Dangeau
pour remplir fa place. Ils ne
pouvoient faire un plus digne
choix , cet Abbé ayant un
fort grand mérite, & des qualitez
qui le diftinguent de
144 MERCURE
toutes manieres . Il eft de
l'ancienne Maifon de Cour-
Cillon, qui a eu plufieurs Gouverneurs
de Province, & Chevaliers
des Ordres du Roy. Il
a porté les armes dans le commencement
de fa vie ; &
parce qu'alors la France ef
toit en paix , il alla chercher
la
guerre en Hongrie , en Pologne
, en Suede , en Poméranie
; & quoy qu'il fuft fort
jeune , Sa Majesté ne laiſſa
pas de luy confer des Négotlations
importantes . Il alla
Envoyé Extraordinaire du
Roy en Pologne , apprit dans
fes
GALANT. 145
fes Voyages , toutes les Langues
de l'Europe , & s'inftruifit
parfaitement des intéreſts
diférens de tous les Princes. Il·
revint enfuite en France, pour
faire fon abjuration de la Religion
Prétendue Réformée, &
s'en alla peu de temps apresa
Rome , où le Pape Clément
X. le fit fon Camérier d'Honneur,
quoy qu'il y en euſt déja
un François , & que jufqu'alors
on n'en euft jamais veu
deux de la mefme Nation . Au
retour de ce Voyage, le Roy
le fit Lecteur ordinaire de fa
Chambre, & depuis , il a toû
Mars 1682. N
146 MERCURE
jours travaillé avec beaucoup
d'application , & une méthode
facile & nouvelle , à des Ou
vrages de Geographic, de Politique
, & d' Hiftoire , que
nous espérons qu'il donnera
un jour au Public . Il eft Frere
de M le Marquis de Dangeau,
qui eft aufli de l'Académie
Françoiſe , dans laquelle
cer Abbé fut reçeu le Jeudy
26. de Fevrier. L'Affemblée
qui fe trouva fort nombreuſe,
eftoit illuftre , non ſeulement
parce que les Perſonnes les
plus qualifiées de l'Académie
y eftoient; mais encor , parce
GALANT. 147

que le bruit s'eftant répandu
que c'eftoit M l'Abbé de
Dangeau qu'on y recevoir,
on y eftoit accouru en foule,
pap la certitude qu'on avoit
d'entendre de belles chofes ,
Ho commença fon compli
ment , en difant, Que quoy
qu'il eùft toûjours fouhaité avec
paffion l'honneur d'avoir place
dans une Compagnie fi célébre, il
n'avoit point efté affligé du choix
qui l'en avoit empefché pendant
quelque temps ( il entendoit
parler de M' le Premier Pré-
Lident ) parce que ce choix eftoit
tres digne de ceux qui l'avoient
Nij
148 MERCURE
de
fair ; mais qu'enfin le temps eftoit
arrivé , où ilfervoyoit affocié àce
qu'ily a deplus grand dans BEglife
, es dans le Miniftere ,
plus élevé dans la Nobleffe
dans la Robe , & de plus illuftre
parmyles Orateurs, les Poëtes,
les Hiftoriens. Apres avoir dit
qu'il connoiffoit tout le prix
de l'honneur qu'il recevoir,
ayant appris depuis fort longtemps
à honorer l'Affemblée
de tant de Perfonnes confe
dérables , il adjoûta.m
L'Académie eft une de cesgran
des chofes que M le Cardinal de
Richelieu a imaginéespour le bonGALANT:
149
heur de la France. Pendantqu'il
foudroyoit les Remparts de l'Hé
refier qu'il s'oppofoit en tant
de manieres à la puiffance de la
Maifon d'Autriche , ilfongeoit à
former voftre Compagnie ,
mettoit fa gloire enfeûreté en s'en
repofantfur vostre reconnoiffance.
Tout ce que ce grand Miniftre
avoit commencé , le Roy l'acheve
glorienfement. L'Héréfie prefque
abatue par des moyens plus doux,
& plus feurs ; la Maifond Autriche
, fifiere des quatorze
pereurs qu'elle a donnez à l'Allemagne
, & du grand nombre d'Etats
qu'elle poffede dans toutes les
Em-
N iij
150 MERCURE
Parties du Monde , obligée àdés
clarer publiquement qu'elle ne luy
difputera plus la premiere Place
parmy les Roys , & forcée à luy
cederpar cinq Traitez dePaix des
Provinces plus confidérables que
la plupartdes Royaumes dont elle
porte les titres ; la France fous
fon Regnefupérieure aux autres
Nations par les Sciences , & par
les beaux Arts, auffibien que par
les Armes ; les Sçavans de toutes
les Parties de l'Europe devenus
fes Penfionnaires ; l'Académie
élevée au plus haut point de gloi
re où elle pouvoit parvenir ; tant
de grandes chofes font affez com
GALANT 151
Com
SHO
ONE
bar
Ates
nus
mit
noiftre , que feul il pouvoit exécuter
ce que les plus habiles Politiques
n'ont fait qu'imaginer. Il
fait plus. Apres avoir preſcrit des
Loix à fes Ennemis, rétably fes
Alliez, donné la Paix à toute
l'Europe , il examine les Droits
defa Couronne. Ilfait marcher
la Justice toute feule ; &fans
Armée , dans une Paixprofonde,
fait autantde Conquestes quepen
dant la guerre . Les Provinces entieres
le reconnoiſſent, & dans
unmeſme jour ilſe rend maistre de
deux des plus grandes & des
plus importantes Places de l'Eu
rope , dont l'une nous fervira de
N
iiij
152 MERCURE
Barriere éternelle contre l'Allemagne,
& l'autre nous ouvrira
en tout temps toutes les Portes de
L'Italie Ce Prince qui agitavec
tant de grandeur & de gloire,
parle avec tant deforce & de po-
"liteffe,qu'en l'écoutant, vous-mefmes,
Meffieurs , vous apprenez
àbien parler. Jamais perfonne ne
dit fi bien tout ce qu'il faut dire,
& ne le dit fi noblement , foit
qu'il réponde aux Ambaffadeurs,
Joinqu'il parle à fes Sujets , fott
s'entretienne avecfes Courtifans
,foit que dans fon Camp,
ou dans fon Confeil, il donne les
ordres que fes Genéraux & fes
qu'il
a
2
GALANT. 153
Sec
Miniftres doivent exécuter , dans
les affaires les plus importantes,
dans les converfations lesplus familieres
, toujours également élo-
172, quent , toujours jufte dans fes expreffions
, toujours digne d'eftre
Protecteurde l'Académie.
Apres la mort de voſtre Fondi
fe
dateur , ce vous fut une grande
confolation de vous voir reçeus
chez ce grand Perfonnage , qui a
foutenu la dignité de Chancelier
avec plus de lumieres , & plus
langtemps qu'aucun de fes Prédeceffeurs
mais quand le Roy en
fes
fe déclarant voftre Protecteur,
vous fit entrer dans ſon Palais,
154 MERCURE
quand il vous approchadefa Per
fonnefacrée , & vous mit au
nombre despremieres Compagnies
de l'Etat , quelle fut voſtre joye,
-Meffieurs , & quelle fera voftre
reconnoiffance ! Parlà , ce grand
Prince fit plus pourfa gloire, que
s'il eust fait de nouvelles Conqueftes.
Il affurafon immortalité,
• vous avez parmy vous des
Hommes illuftres , quiferontpaffer
fes grandes actions à la Pofte
rité la plus éloignée. Ouy Mef
fieurs , l'Hiftoire de la Vie du
Roy , rendra noftre Langue la
Langue de tous les temps. Vos
Ouvrages l'ont déja rendue la
GALANT 155
*
Langue prefque universelle de
l'Europe. La plupart des Etran
gers s'en fervent dans les affaires
ferieuses , auffibien que dans les
affaires agreables dans les Négotiations
dans les Traitez,
auffibien que dans leurs Mufiques.
& fur leurs Theatres ; & nous
*
avonsfajet de croire qu'elle ſe répandra
bientot par toute la Terre,
puis que les actions du Roy & le
bruit defa gloire , ont déja obligé
les plus puiffans Princes de l'Afie
de l'Afrique à luy envoyer
des Ambaffadeurs , pour luy demander
fon amitié & fon alliance
a .
156 MERCURE
Ml'Abbé de Dangeau
finit en difant , Que quoy qu'il
luy fuft bien glorieux d'eftre reseu
parmy tant d'Illuftres , iil devoit
craindre de ne pouvoir remplir
la place d'un Homme que le
fçavoir l'esprit, & la vertu
avoient rendu fi recommandable;
mais que leur choix le raffuroit,
que l'esprit de l'Académie commençoit
à l'animer , qu'ilfe fen
toit déja plus propre à faire aupres
de Sa Majesté, une Charge dont
toutes les fonctions regardent les
Lettres ; & que pourſe rendre
encor plus capable de fervir un fi
grand Maiftre , & un fi digne
GALANT 157
25
AC
Protecteur , il alloit fonger àprofiter
de leurs lumieres par fon affi
duité à leurs Affemblées.
-96 M l'Abbé Galloys Direc
teur, le remercia au nom de
l'Académie , d'avoir fouhaité
d'en eftre, & dit qu'un Homme
d'une naiſſance auffi dif
tinguée , & d'un mérite auffi
reconnu que luy, honoroit la
Compagnie. Il prouva en
fuite , Qu'il falloit fonger à polir
la Langue defon Païs , & que
les Peuples qui s'y eftoient appli
quezcomme les Grecs & les Ro
mains , s'eftoient rendus immor
tels, au lieu que ceux qui avoient
158 MERCURE
négligé leur Langue , eo qui s'ef
toient amufez à faire des Tombeaux
& des Obélifques, comme
Les Egyptiens & les Affyriens,
eftoient morts tout entiers avec
leursplus belles actios, enforte que
Sefoftris , ce grand Conquerent
Egyptien , n'eftoit pas fi connu
que llee moindre Capitaine Grec,
Il parla enfuite des Autheurs
qui avoient poly la Langue
Françoife , & nomma M' du
Pleffis -Mornay, Ayeul de M
l'Abbé de Dangeau , en fou,
haitant qu'un fi grandHom
me euft employé fes talens à
la défenſe d'une bonne Cauſe.
GALANT. 159
ר י
Lorsque M' Galloys cut finy,
ilpria M de l'Académie de
lire quelques- uns de leurs
Ouvrages. M'Quinaut lût le
premier Chant d'un Poëme
intitulé Sceaux , qu'on trouva
plein de beaux Vers & d'expreffions
nouvelles . Mle
Clerc lût la fuite d'un grand
Poëme fur la Pénitence, dont
ilavoit lu le commencement
dans d'autres Affemblées dé
l'Académie , & Mª de Mézeray
fit voir une Paraphrafe
en Vers François , qu'il avoit
faite fur leVexilla dans fa premiere
jeuneffe ; ce qui mar160
MERCURE
que que cet Homme merveilleux
n'a rien ignoré , &
qu'il eftoit capable de tout,
La longueur de ces trois Pieces
, m'empefche
de vous en
rien envoyer. M le Duc de
S. Aignan fit part à cette illuftre
Affemblée
d'une Lettre
tres -fpirituelle , qu'il venoit
d'écrire fur la Groffeffe
de Madame
la Dauphine
. Je
vous l'envoye, Elle fut leue
par M'Abbé Regnier , qui
avoit lú la Paraphrafe
de M
de Mézeray
,
ang
GALANT. 161
32001 200ml £ 122_dy
LETTRE DEI MOV
LE DUC DE S. AIGNAN,
A M le Marquis de Robias,
MI
Secretaire perpétuel de l'Aca
démie Royale d'Arles
V
Ous me demandez des
Nouvelles. Je n'en ay
vous faire fçavoir,
qu'une à
mais elle vaut mieux que toutes
celles que je pourrois vous apprendre
. Madame
la Dauphine
fentit byer fon auguste Enfant.
Vous jugez bien , Monfieur
,
qu'au point où le Roy a mis fon
Autorité
, c'eftoit lefeul remuëment
quipuftfaire du bruit dans
Mars 1682. O
162 MERCURE
3

fa Cour. Le Ciel a donc voulu
que LOUIS LE GRAND fuft
Grand Pere, & qu'ayant mieux
aime eftre l'Arbitre que le Vainqueur
de l'Europe , il ne manquaft
rien àfa félicité non plus
qu'à fa gloire. Ce Gage pretieux
de l'amour de M te Dauphin
nous fait bien voir la faufferé de
ce Proverbe, Qu'il n'eft point
de belle Prifon . Auſſi je ne
penſe pas qu'il en veuille fortir
deplus de quatre mois . Lors qu'il
fera en liberte , ne croyez pas,
Monfieur, que les Canons du
Havre , ny les Vers du Gouver
neur, ſe taifent en une fi bette
GALANT. 163
occafion. Si les premiers ont bien
du feu , les autres n'en manquent
pas entierement ; comme je les
fais avec plus de facilité que l'on
nefond les autres , & qu'ils ne
me coûtent pas beaucoup, je prétens
mettre en feu toute noftre
Académie. Ce fera par vousmefme
que je feray commencer
cet agreable embrazement. Vous
brillez déja en tout ce que vous.
faites ; & c'est dans l'attente
commencement fi defirable, d'un
है
que finira la Lettre , Monfieur,
de voftre tres humble, c.
Cette Lettre fut écoutée
avec grand plaifir, & les ap-
O ij
164 MERCURE
plaudiffemens qu'elle reçeut
en furent la marque. On en
donna auffi beaucoup à ce
Sonnet de Mr Boyer.
SUR LA
VERITABLE GLOIREP
SONNET.
Rinces, Vainqueurs, Héros,
illuftres Conquerans, “
Vous eftes appellez à la Gloire immortelle
;
Maisfans vous éblouir par des Titres
fi grands,
Songez à difcerner la voix qui vous
appelle.
Se
IDM
Quelquefois égarez , à l'avanture
errans,
GALANT. 165
Vousfuivezfollement une route infidelle;
La Gloire vous paroift fous des traits
25 &
diférens
,
Gardez- vous d'embrasfer fon Fan.
tôme pour elle.
$2
Souvent les hauts projets d'un Coeur
ambitieux,
Les crimes éclatans éblouiſſent nos
yeux,
Etfont de leurs Autheurs honorer la
mémoire, pe
·Trompez parde fauxjours qui conduifentnos
pas,
Nouspenfans rencontrer la veritable
any Gloire;
Mais il n'eft point de Gloire où la
Vertu n'eft pas.
S
"
166 MERCURE
1
Le choix qu'on fait tous
les jours des Perfonnes les
plus diftinguées par de gran
des qualitez, pour leur confier
les Affaires importantes,
nous fait voir depuis longtemps
qu'il fuffit d'avoir du
mérite pour eftre parfaitement
connu de Sa Majeſté,
& pour parvenir aux plus
grands Emplois. C'est ce qui
vient encor de paroiftreten
la perfonne de M' le Vayer
de Boutigny , Maitre des
Requeſtes , nommé à l'Intendance
de Soiffons , fans
qu'il ait donné aucune marGALANT
167
AS
AA
que de la fouhaiter . On peut
meſme dire qu'il l'a acceptée
avec peine. On luy a donné
quinze jours pour en écrire
à Madame la Femme qui eft
au Maine , apres quoy on
duyya marqué de la part du
Roy, que s'agiffant du fervice
de l'Etat, il ne falloit pas
qu'il balançaft davantage.
Ce refus marque mieux la
juftice du choix de Sa Majeſté
, & le mérite de ce nouvel
Intendant , que tout ce
que j'en pourrois dire. Il eft
Fils de M le Vayer , Lieutenant
General du Mans , qui
168 MERCURE
fut choify par M' le Cardinal
de Richelieu pour l'Intendance
d'Artois . Le choix de
ce Miniftre fait ſon éloge. II
femble que le Ciel ait voulu
combler fa Famille de benédictions.
Elle eft des plus
grandes , & tous fes Enfans
ont eu en partage beaucoup
de fçavoir , de mérite , &
d'honnefteté. Son Fils aîné
qui fucceda à fa Charge,
mourut fort jeune , & laiffa
un Fils unique , qui eft M
le Vayer,Confeiller au Grand
Confeil , qui nous eft une
preuve vivante, que la vertu
&
GALANT. 169
C
0
& le mérite font heréditaires
dans cette Maiſon. Il a époufé
la Fille de M' Boindre,
Cófeiller en la Grand Chambre
, dont les rares qualitez
font connues de tout le mondel
Sonfecond Fils eft encor
aujourd'huy Lieutenant General
du Mans ; & le troifréme
eft M le Vayer de
Boutigny , à qui l'on vient
de donner l'Intendance de
Soiffons . Tous les Peuples
de ce Pais- là en ont une extréme
joye , car on fçait par
tout qu'il joint une exacte
probité , & une pieté tres-
Mars 1682.
1
Р
170 MERCURE
exemplaire , au profond fçavoir,
& au grand amour qu'il
a pour la Juftice . Il eſt le recours
des Affligez & des Opprimez,
& rien ne luy manque
de tout ce qui peut former
un digne & grand Magiftrat.
Je ne vous dis rien
de M' l'Abbé le Vayer, Aumônier
de la Reyne Mere, &
Grand Doyen du Mans. La
maniere dont je vous en ay
entendu parler, me fait juger
que vous en connoiffez
mieux que perfonne le rare
mérite. Vous fçavez que l'illuftre
M de la Motte - leGALANT.
171
Vayer eftoit Coufin de ceuxcy
, auffi bien que M' le
Vayer , aujourd'huy Préfident
à Mortier à Metz .
L'eftime
particuliere que
je fçay que vous avez pour
Madame la Viguiere d'Alby,
vous faifant prendre intéreſt
à fa gloire, vous verrez fansdoute
avec plaifir la Lettre
que M' de Mandajors, Juge
General du Comté d'Alais,
luy a écrite , pour luy marquer
combien tout le monde
eft charmé de fes Ouvrages .
La lecture de cette Lettre
vous (apprendra que l'Ano-
Pij
172 MERCURE
nime d'Alais, dont vous avez
veu des Vers fort galans dans
plufieurs des miennes, & M'
de Mandajors , ne font qu'-
une mefme choſe .
SSS2 SS2252 SZESSZ
A MADAME
DE SALIEZ,
C
VIGUIERE D'ALBY.
Omme il y a longtemps,
Madame, que j'admire les
productions de voſtre esprit, il n'y
en a pas moins que j'ay pour
voftre illuftre Perfonne une ef
GALANT. 173.
time particuliere. C'est pourtant .
fans avoir jamais eu l'honneur
de vous voir; mais il n'eft pas
incompatible que l'on eftime les
Gensfans les avoir veus . Si cela
eftoit,
Sans doute noftre grad LOUIS
Dont l'extrême valeur égale la
prudence ,
Et qui fait tout le bien & l'honneur
de la France ,
Malgré l'éclat de ſes Faits
inoüis ,
Malgré fon mérite fublime ,
De l'Univers entier n'auroit
eu l'eftime .
pas
En ce cas auffi , Madame , la
mémoire de tous les grands Hom-
Piij
174 MERCURE
mes de l'Antiquité(que bien nous
prend de n'avoir point veus ) ne
feroit pas revérée encor aujourd'huy
comme elle l'eft
dans les Siecles à venir;
le fera
Si toutefois la Renommée,
De noftre grand Héros charmée,
Pour publier fans fin fes merveilleux
Exploits,
Pour ces autres Héros ne demeure
fans voix .
Cependant, Madame, quoy que
je n'euffe jamais eu cet honneur,
ny celuy d'estre connu de vous,
jay mis fouvent la main à la
plume pour vous donner des mar-
Ques de mon estime ; mais je n'ay
GALANT. 175
jamais ofe prendre la liberté de
vous écrire , je me difois à
moy-mefme , dans la plus forte
des tentations que j'en ay euës,
quefi tous ceux qui vous effiment
avoient un tel droit, vous auriez
commerce avec toutes les Perfonnes
qui ont eu l'avantage de vous
voir , ou de lire vos Ouvrages,
& qu'ainfi vous vous trouveriez
accablée de Lettres . Voila, Madame
, ce qui m'a retenu jusqu'à
préfent, & me retiendroit encor,
fi ayant veu dans le Mercure du
mois d'Octobre dernier , en fuite
de voftre belle Lettre à Madame
de Piellat, une Fable du Chabot
Piiij
176 MERCURE

des Vérons , qu'un de mes.
Amis avoit fait mettre avec
mon nom , quoy que je n'y euffe
rien eu jusqu'alors que fous le
titre de l'Anonime d'Alais ,
je n'avois crû estre dans ce
droit.
En effet ,Madame, il me femble
Que depuis cet heureux moment
Qu'on nous mit fous la Preffe
enfemble ,
Je puis agir plus librement.
Faites- moy la grase, Madame,
de regarder cette Lettre comme
un juste hommage que tous ceux
qui fe mêlent de Vers &de Profe
GALANT. 177
vous doivent, mais que je n'au
rois ofé vous rendre fans une fi
favorable avanture, laquelle me
fourniffant un fpétieux prétexte,
à
m'engage
foyez
en mefme
temps
perfuadée
, que
quelque
grande
que
puiffe
eftre la gloire
que fe donne
cette
Province
d'avoir
une Per
fonne
de vostre
mérite
, elle cédera
pourtant
dans
mon
efprit
à celle que je recevray
, fije puis
apprendre
par
quelque
moyen,
que vous
aurez
eu la bonté
de
ne pas dédaigner
la fincére
protestation
de celuy
qui eft avec
beaucoup
de refpect
, Voftre
trescette
liberté; &i
178 MERCURE
humble tres - obeïſſant Serviteur,
DE MANDAJORs .
Meffire Louis de la Salle
eft mort , âgé de foixante &
quinze ans,le premier jour de
ce mois. Il eftoit Lieutenant
General des Armées du Roy,
& avoit commandé fes Gensdarmes
durant l'efpace de
26. ans . Il fut nourry dans les
armes dés fa plus tendre jeuneffe
fous la conduite de M
fon Pere , que le feu Roy
avoit choify pour eftre Capitaine
aux Gardes , dans la nouGALANT.
179
velle inftitution de ce Régiment.
Il a donné dans plufieurs
grandes occafions , où
il s'eft fait toûjours diftinguer
, des marques de fa valeur
ordinaire , & d'une expérience
confommée au fait de
la guerre. Jamais Sujet ne
fervit fon Prince avec tant
d'application que luy , & avec
une plus veriole paffion ,
ayant toûjours efté attaché
dans tous les diférens degrez
de fon âge avec une fidélité
inviolable aux feuls intéreſts,
& à la feule Perfonne de Sa
Majefté. Apres avoir perdu
180 MERCURE
plufieurs de Meffieurs fes Fils
dans les occafions d'honneur,
il a laiffé trois Enfans de
Dame Marie Magdelaine
Martel , Femme d'une vertu
& d'un mérite extraordinaire
, & digne de la gloire des
illuftres Maiſons de Martel,
& de Balfas, dont elle eft defcenduë
. Le premier eft M ' le
Marquis de la Salle , Maiftre
de la Garderobe , & qui a efté
Sous- Lieutenant
des Chevaux
Legers , & Commandånt
du Regiment
du Roy.
Il eut le bonheur de fe trouver
en qualité d'Aide de
GALANT. 181
Camp de Sa Majefté au fameux
Paſſage du Rhin , où il
fit voir, comme enfuite dans
la Bataille de Zintzin, & autres
Combats dans lefquels il
fut bleffé , ce que peut l'honneur
joint au devoir , dans
une Perfonne de qualité , &
d'un grand coeur. M' l'Abbé
de la Salle eft le fecond, beaucoup
plus recommandable
par la fageffe de fa conduite,
& par fon affiduité aux chofes
de fa profeffion
, que par
d'autres endroits qui font cependant
plus eftimez du reſte
des Homes. Pour Mademoi182
MERCURE
felle de la Salle , il ne faut que
la voir & la connoiftre, pour
eftre perfuadé qu'elle eſt une
Perfonne des plus accomplies.
!
Madame de Balfac d'Entragues
eft morte auffi au
commencement de ce mois.
Elle eftoit Veuve de M' de
Bretagne , Baron d'Avaugour,
Premier Baron de Bretagne
, Comte de Vertus &
de Goelle, Seigneur de Chillon,
& autres Lieux . La Maifon
de Balfac eft fort ancienne.
Elle a pris fon nom
de Balfac, petite Ville à deux
GALANT. 183
lieues de Brioude. Jean de
Balfac, S d'Entragues , aida
le Roy Charles VII. de tous
ſes Biens contre les Anglois.
Il n'y a point d'honneurs &
d'alliances du premier Rang,
qui n'ayent efté dans cette
Maiſon . On y a veu des
Chambellans , des Admiraux,
des Maréchaux, & des Chanceliers
de France , des Chevaliers
des Ordres , des Evefques,
& enfin toutes les Dignitez
qui peuvent eſtre données
à la plus haute naiſſance.
Le Parlement a fait plufieurs
pertes dans le meſme
184 MERCURE
temps . M' Berthier, Seigneur
de Sauvigny , Eftaultehaut,
& autres Lieux, Commiffaire
aux Requeſtes du Palais , où
il avoit efté reçeu le 26. de
May 1673. eft mort le
premier.
Sa mort a efté fuivie
de celle de M' Billard , Seigneur
de Montaterre, reçeu
Confeiller en 1678. emporté
fubitement par un Coleramorbus.
Il eftoit Fils de M
Billard,fameux Avocat, dont,
la réputation eft fi genéralement
connuë .
Depuis unfort grand nombre
d'années, on n'avoit point
GALANT. 185
la
vû d'inondations fi fortes
qu'ily en a eu en beaucoup
de lieux , & fur tout en Allemagne.
Les tempeftes ont
commencé dés le mois de
Décembre , & toutes les Lettres
qu'on a reçeuës de Poméranie
& de la Pruffe Ducale
, nous ont appris que
plus grande partie des Fortifications
de Memmel, & de
Pilau , en ont eſté emportées,
& qu'elles ont fait des défordres
furprenans fur les Côtes.
Elles en ont auffi caufé de
tres- grands dans le Duché de
Bremen. Tous les Ponts en
Mars 1682.
a
186 MERCURE
ont efté entraînez dans le
Blockland par la violence des
eaux , & les Habitans ont efté
contraints d'abandóner leur
Beftail pour fauver leur vie ;
ce qu'ils n'ont pû faire qu'avec
grande peine . Je ne vous
dis rien de quantité de Vaiffeaux
qui ont fait naufrage,
avec perte de la plus grande
partie de l'Equipage. Il y en
a eu deux Anglois qu'on a vû
périr fur l'Elbe , chargez de
diverfes Marchandifes. Cette
Riviere s'eftoit tellement accrüe
en trois jours , que les
Digue's ont efté én danger
GALANT. 187
d'eftre rompues . La Garnifon
de Tangermunde en fut
alarmée, & elle fe préparoit à
fortir quand les eaux diminuerent.
Le Danube s'eft débordé
de la mefme forte , &
a inondé prefque entierement
Ratisbonne. Ce qu'il
a eu d'heureux dans ce mal
heur, c'eft que plufieurs Maifons
de bois , ayant efté entraînées
par les eaux, elles ont
floté pendant quelques jours,
en forte qu'on a trouvé
moyen de fauver une partie
des Perfonnes qui cftoient
dedans. La Ville de Zell a
"

Q ij
188 MERCURE
efté auffi entierement inondée
d'un cofté , & l'on n'y
pouvoit aller qu'en Bateau.
Les Fortifications.en ont efté
fort endommagées , & le défordre
n'a pas efté moindre
dans tout le Païs de Hanover.
Les eaux y ont couvert toutes
les Campagnes , & ont obligé
la Garnifon de Brémerfort
fe retirer. Le Pont du Wéfer
a efté entraîné dans Hammelen
, & la Riviere qui paffe
à Hanover a efté d'une hauteur
extraordinaire. Plufieurs
endroits de la Ville furent
remplis d'eau ; & pour l'emGALANT.
189
peſcher de ſe répandre par
tout , on tint les Portes fermées
un jour & une nuit. On
fait monter les dommages
les Habitans de ce Duque
ché ont foufferts , à plus de
centmille Richedalles .
Au commencement de Fe
vrier , le Mein s'eftant enflé
tout à coup comme les autres
Rivieres ,. inonda une partie
de la Ville de Francfort , où
l'on fut contraint d'aller en
Bateau. Une Arcade du Pont
de pierre en fut emportée. Ce
débordement renverfa plufieurs
Maifons, une partie des
190 MERCURE
Ramparts , & un Boulevard ,
fur lequel il y avoit du Canon .
Le Pais de Hanau , qui eft
tout le long du Mein , demeura
prefque tout entier
fous l'eau. La Riviere de Sal
fe déborda dans le mefme
temps , & les trois principaux
Ponts de Merfbourg furent
entraînez . Ces défordres,
quoy que grands, nous paroî
tront peu confidérables, fi on
les compare à ce qui arriva le
26. de Janvier dans la Flandre,
le Brabant, la Hollande ,
& la Zélande. Ce fut un débordement
qu'on n'avoit
GALANT. 191
point vu depuis plus d'un
Siecle. Si vous en voulez fçavoir
la cauſe , voicy ce que
porte une Lettre du Païs . La
principale raifon que l'on peut
donner de la furprenante inondation
arrivée depuis peu de jours
dans la Hollande, c'est que la Ma
rée montant defcendant defix
heures en fix heures , l'impétuofité
du vent l'a chaffée contre terre,
& l'empefchant de defcendre , a
retenu l'eau trois Marées defuite,
fans luy permettre defe retirer de
terre, enforte qu'une autre Marée
eftant venuefeconder cette impétuofité
du vent , a esté cause que
192 MERCURE
1
les Digues n'ont pú résister à des
forcesfiextraordinaires jus
Ces Digues s'eſtant rompuës
le jour que je viens de
yous marquer , vingt - cinq
Villages , & tout le Païs qui
eft entre l'Eclufe , Bruges, &
Oftende, furent fubmergez .
Le Fort qui garde le Canal appellé
le Sclick , fut prefque
détruit entierement . La hauts
teur de l'eau y fut de fept
pieds , & ce débordement
renverfa les Palliffades , les
Portes , les Pont - levis , aved
un des Baſtions . Toutes les
Eclufes, & tous les Ponts, fu
Allurent
GALANT. 193
rent aufli entraînez autour
de Nieuport. L'eau fit en méfme
temps de fort grands ravages
à Oftende , eftant en .
trée dans la Ville par toutes
les Portes , & ayant monté
jufques au fecond étage.
L'Ile de Cafandt fut fubmergée
dans fa plus grande partie
, ainfi que tout le Païs qui
eft autour de cette Ifle . La
Digue, appellée Traghel s'ef .
tantrompuë , la Fortereffe du
Sas de Gand fut inondée , &
le Fort de Moerfpüys emporté
avec le Canon , & la Garnifon.
Les eaux couvrirent
Mars 1682. R
194 MERCURE
tout le Païs des environs de
Dendermonde
, & entrerent
dans la Ville, où elles noyerent
un grand nombre d'Ha
bitans. Anvers n'en fut pas
exempt . Leur fureur fe répandit
jufque dás l'Eglife Cathé
drale deN.Dame, Elles tranf
porterent plufieurs Cercueils,
& y renverferent
la plûpart
des Tumbes. Les Digues de
l'Escaut en furent percées au
deffus & au deffous de la
Ville , & la Campagne
n'y
paroifloit plus qu'une vafte
Mer.On ne voyoit que Corps
morts , Beſtiaux noyez , & il
GALANT 195
feroit difficile de s'imaginer
un plus lugubre Spectacle.
Plufieurs Perfonnes qui s'eftoient
fauvées fur le haut des
Tours , ou fur les toits des
Maifons , faifoient voltiger
des linges pour faire connoiftre
dans quel péril elles fe
trouvoient , & il fallut attendre
que la tempefte euft ceffé
pour les aller fecourir avec
des Bateaux. La Province de
Zélande fouffrit auffi de fort
grands dommages. L'eau
couvrit le Quay de Midel
bourg qui en eft la Capitale,
& fe répandit dans beaucoup

c
Qij
196
MERCURE
de Magazins
. Fleffingue
eut
part à cette difgrace. La Mer
y entra avec violence
, ren!
verfa plufieurs
Maiſons
&
monta dans pluſieurs
Ruës
jufques au premier
étage. La
Ville de Ziriczée
, Capitale
de
l'Ile de Schouven
, fut fubmergée
, avec la plûpart
des
terres de cette mefme Ifle.
Les vagues
emporterent
le
Bourg de Bommene
, & tout
ce qui eftoit dedans. Lamef
me chofe de quantité
d'autres
Ifles de la Zélande
, qui furent
prefque
enfevelics
fous
les eaux. Dans celle deVoorn,
GALANT 197
qui seft la plus grande de la
Hollande , les eaux rompirent
le Koorendick , inonderent
le Territoire de Zuidpiershil,
leVieux & le Nouveau Beyerland
, & prefque tout le Païs
de Stryen , qui fait plus de la
moitié de cette grande Ifle.
La Ville de Dort en fut remplie.
Tout le Païs que couvroient
les Digues de Moetdick
, de Crimper , & de
Dortlevert , fut inondé dans
le mefme temps ; & l'eau s'eftant
répandue dans toutes les
Rues de Roterdam , entra
dans les Caves , & dans la
R
11
198 MERCURE .
plupart des Magazins , où
elle gafta quantité de Marchandifes.
La Digue du Vahal
fut auffi rompue à une
lienë de Nimégue , & fa rupture
caufa l'inondation de
prefque tout le Bétavv. Le
Bétavy fait la quatrième par
tie de la Province de Gueldre.
On a dit d'abord que le dom
niage montoit à plus de cent
trente millions; mais on commence
àconnoiftre qu'il n'eft
pas fi grand qu'on le croyoit.
Il eft certain que M' le Prince
d'Orange y fait une perte
tres confidérable. Quelques-
T
GALANT 199
uns tiennent qu'elle eft de
cinquante mille Ecus de
rente .
Le Probléme de M' Comiers
, Prevoft de Ternant,
& Profeffeur des Mathématiques
à Paris, fi connu dans
dans l'Empire des Lettres , a
depuis fix mois tant fait de
bruic parmy les Sçavans, que
vous ne ferez pas fâchée d'en
apprendre le fujet, & la fuite.
C'eft ce que vous trouverez
dans la Lettre que je viens
d'en recevoir.
250play ?
R iiij
200 MERCURE
$2522 $525522-2555
LETTRE
DE M COMIERS.
Omme il ne s'eft jamaisfait
de plus notable progrés dans
les Sciences Mathématiques, que
dans divers Siecles les
lors
que
Géometres
fe
font
propofez
l'un
à
l'autre
des
Questions
,
&
que
par
une
espece
d'émulation
hon
.
nefte
,
leur
ame
s'eft
enflâmée
de
cette
genéreufe
ambition
qui
nous
a produit
des
Ouvrages
fi
excellens
, qu'ils
femblent
, comme
a dit
GALANT 201
Mª Blondel , estre plutoft partis
de l'intelligence des Anges , que
de la méditation laborieufe de
l'Esprit humain ; le defir que j'ay
toujours eu de voir la Geometrie
dans fon entiere perfection , me
porta à configner le 16. Octobre
1681. dans le Bureau du Journal
General de France mon Obli
gation de cent Louis d'or , pour
prix , à celuy qui dans trois ans
trouveroit la Refolution de mon
Probléme ,
n'employant que les
Cercles, & les Lignes droites .
PROBLEME.
Eſtant donnez le Triangle
202 MERCURE
8
M
2
E
$4
R
Rectangle CIE , dont le côté
IE , 2. & l'Hypothenufe
GE, 4
la Ligne CO , 8. parallele à
la Ligne IS , affigner géomé
triquement par les Elémens
d'Euclide , fur la Ligne ter
minée E O le point M ; en
forte que tirant du point C
par M , la ligne droite CR ,
fa partie M R foit égale à la
Ligne CE, 4.
Plufieurs Sçavans ont déja
GALANT 203
travaillé pour réfoudre cet important
Probléme, & j'ay publié
leurs Paralogifmes & Supofi
tions, dans le Journal General de
France du 8.Janvier dernier.
MBrunet, Avocat en Provence
, Homme de mérite & de
grande penétration d'efprit , prétend
avoir rectifiéfa démonstration
precédente par une nouvelle
construction. Il l'a publiée depuis
Lundy dernier dans fon Livre
intitulé , LA
DUPLICATION
Du CUBE , par le Cercle & la
Ligne droite, ou Refolution Géométrique
du Probléme propofé
par M Comiers.
4
204 MERCURE
ace
Probleme de la
Puis
que
A
Duplication du Cube qui a travaille
tous les Géometres depuis
plus de deux mille ans , fut autrefois
propofé par l'Oracle d'Apollon
aux Habitans de l'Ifle de
Délos , pour estre délivrez de la
Peste.
Je répons laconiquement à
M Brunet , & de la mefme
maniere de l'Oracle , en deux
·les Scavans explique-
Vers ,
que
ront
par
l'inspection
de
la Figure
qui
eft dans
fon
Livre
.2012
201
Hugo
Henoivi sim
Delta tuum MEA claudicat. A
MEs non fecat æquè,
At
Error in eſſe eft, per quod ducitur
altera C R.
GALANT 205
Tous les Géometres de l'Europe
pourront examiner fi cet
important Probléme eft résolu par
M* Brunet , en attendant leJu
gement qui enfera rendu par les
Juges dont nous fommes convenus.
Ce font Meffieurs de l'Académie
Royale des Sciences, qui
ayant esté choisis entre les plus
Sçavans de l'Europe par M
Colbert , qui employe fi avanta
geufement une partie de fes foins
faire perfectionner les Arts &
les Sciences dans la plus floriffante
Monarchie du monde, compofent
un illuftre Sénat de veritables
Infaillibles dans la belle
Caribrell
206 MERCURE
Phyfique & dans les Mathématiques,
puis qu'ils découvrent toujours
fi parfaitement le Vray &
le Faux , qu'ils n'ont jamais efté
trompez par les fauffes apparences
de l'un , ny de l'autre. C'eft ce
qui a donné lieu à un Amy de
Mr Brunetdefaire les Versfuivans,
qui parlent en premier lieu
à ces doctes fuges, & puis dux
Cenfeurs ignorans, & cela à l'imitation
de la premiere des Satires
de Perfe.
Vous quijugez de tout fans erreur,
fans partage, ob 13
Illuftres Maiftres des beaux
Arts,
GALANT. 207
Vers qui l'on court de toutes
parts,
Efprits dont les clartez ne fouffrent
point d'ombrage ,
A vos feuls jugemens je foûmets
Noycet Ouvrage,
Trop heureux, sil arrefte un mo.
ment vos regards .
Pour vous qui ne fuivez
Loix du caprice ,
que les
* Efprits impérieux & vains ,
Dont l'ignorance ou l'injustice
Fait unjouet des moeurs des plus
fages Humains.
Pour vous à qui les fens fervent
toûjours de guide,
Groffiers, qui ne voyez les chofes
qu'au dehors , Bak
Et dont le jugement , s'il peut
zueftrefolide, ..
Ne l'eft qu'à décider fur les de-
Corps. fauts
208 MERCURE
Pour vous, Homes leuflez d'une
Vapparente gloire, ovquot
Et qui vous en faites accroire,
Parce qu'on vous a veu des petits
Magiftrats ) pm ne
2uDans la Place d'une Bourgade,
of Soit par raifon , ou par boutade,
Briler aunes & poids, & mettre
tout à bas .
Pour vous qui vous moquez de
nos Mathématiques, sy£ LX
es Denos nobres, lignes, & plans,
Injuftes & lâches Critiques,
Qu'on ne peut rendre plus contens,
Qu'en arrachant la barbe aux !
Aplus doctes Critiquesov st
Allez, je vous renvoye à paffer
tous les jours,
Le matin au Palais pour fçavoir
des nouvelles ,
3
Hove
01 mM
1
GALANT 209
Le foir au Logis de vos Belles,
Pourvous entretenir de vos vai
910res amours. nov up 12
clog askingv & droyno'up 2011
On m'a conté une Avanture
du Carnaval , qui vous
fera voir quelle veritable
amour n'eft point volontaire.
Une Veuve tres -bien faite ,
n'ayant point d'Enfans & ef
tant encor dansfes plus belles
années , joüiffoit avec plaifir
de la liberté que luy donnoit
le Veuvage. Parmy ceux qui
la voyoient, un Cavalier d'un
fort grand mérite ,
doir des foins affez affidus . Il
avoit beaucoup d'eſprit , &
Mars 1682.
v ren-
S
210 MERCURE
fortoit d'une Maiſon qu'une
ancienne Nobleffet égaloir
aux plus illuftres. La Dame,
à qui fon attachement eftoit
glorieux ; fe fit un honneur
d'entreprendre fa conquefte;
& pour ne la manquer pas ,
elle cut pour luy desmanieres
engageantes , qui luy firent
prendre un commencement
d'amour. Il luy conta des
douceurs , luy dit cent fois
qu'elle eftoit aimable ; & le
plaifir de la voir luy eftant
fenfible , it crût l'aimer tout
de bon , & fans prendre foin
de bien connoiftre fon coeur,
GALANT 218
il
l'abandonna à un
panchant
indifcret qui l'obligea enfin
de fe déclarer. Cette déclaration
fut reçeuë , avec plaifir,
On la
fouhaitoit depuis longtemps
, & le Cavalier plaifant
à la Dame , l'affaire euft efté
promptement
concluë , fans
l'obftacle d'un vieil Oncle
dont il héritoit, & qui s'eftoit
mis en tefte de le marier à fa
fantaifie. Cet Oncle eftoit un
Gentilhomme
d'Anjou , qui
pour retenir le Cavalier dans
fon voisinage , tâchoit de luy
ménager un Party fort riche.
La Demoiselle qu'il euſt bien
Sij
212 MERCURE
voulu luy faire épouſer , n'a-
*
voit
pas
encor
treize
ans .
Elle
eftoit
laide
, donnoit
peu
de
marques
d'avoir
un
jour
de l'efprit
, & tout
fon
mérite
eftant
dans
fon
Bien
, ce feul
avantage
ne pouvoir
luffire
au
Cavalier
, pour
qui
la beauté
eftoit
un grand
charme
. Il dit
à la Dame
qu'elle
devoit
peu
s'inquiéter
d'une
recherche
que
l'on
faifoit
malgré
luy, &
dans
laquelle
quantité
de
Concurrens
le traverſoient
. II
fut
réfolu
, que
pour
empef
cher
qu'elle
n'euft
des
fuites
,
il fe
rendroit
aupres
du
vicil
GALANTM 213
Oncle , & que fans luy decouvrir
qu'il cuft de l'engagement
, il le prieroit de le laiffer
libre dans le choix d'une
Maiſtreffe
. Il fit ce voyage,
&négotia fi bien, que les Pa
rens de la Demoiſelle diférant
toûjours à s'expliquer,
afin d'avoir à choifir entre
plus de Prétendans , le vieil
Oncle luy permit de ſe
rierfelon fon coeur. Ille quita,
fort ravy de ce fuccés , fans
luy avoir parlé de la Dame,
& à fon retouril alla coucher
chez un Gentilhomme de fes
Amis , qui faifoit fon ordima214
MERCURE
naire fejour dans une fort
belle Terre à dix ou douze
lieues de Paris . Le Gentilhomme
le retint le lendemain
, & pour l'obliger à ne
partir pas, il le pria d'un Sou
pé qu'il donnoit ce jour- là
mefme à une fort belle Compagnie
, l'affurant qu'il ver
roit des Dames d'un affez
bon air , & entr'autres une
tres-aimable Parifienne , en
faveur de qui il ne vouloit
point le prévenir. L'Affemblée
eftoit de dix ou douze
Perfonnes , de l'un & de l'autre
Sexe. La Belle , dont le
GALANT 215
Gentilhome luy avoit parlé,
s'y trouva avec fa Mere. Cel
toit une grande Brune, dont
tous les traits eftoient ani
mez, & qui brilloit d'un éclat
que les plus indiférens ne foû
tenoient qu'avec peine. Son
efprit répondoit à ſa beauté.
Elle l'avoit délicat & vif, &
tant d'agrément eftoit joint à
fes manieres , qu'elle ne difoit
ny ne faifoit rien qui ne donnaft
lieu de l'admirer. Le Cavalier
qui avoit beaucoup
d'ufage du monde , trouva
moyen d'entrer avec elle dans
une maniere de converfation
216 MERCURE
galante ; & fi fa perfonne luy
avoit d'abord paru toute aimable
, il fut charmé de fon
entretien. Elle parloit finement,
& les réponses à ce
do
qu'on luy difoit d'obligeant,
eltoient accompagnées de
certains regards qui penétroient
jufqu'au coeur . Tant
que dura le Soupé, il eut les
yeux attachez fur elle , &
quand il fut feul avec fon
Amy , il ne luy pût parler
d'autre chofe . Comme il avoit
fçeu fon nom, il luy demanda
dans quel Quartier elle lo
geoit à Paris , fi elle y feroit
bientoft
EGALANT 217
bientoft de retour, &nfisfa
Famille eftoit fort confidéras
ble Son Amyqui remarqua
fon empreffement à s'infor
mer d'elle luy dit en riant,
qu'il prift garde à luy, que la
Demoiselle eftoit dangereus
fe , & qu'il devoit bien fe confulter
avant que chercher à la
mieux connoiftre. Il adjoûta
qu'elle paffoit ordinairement
tout l'Eté à la Campagne ,
qu'elle eftoit d'une Maiſon
plus noble que riche , que s'il
Valloit voir on le recevroit la
premiere fois avec beaucoup
de civilité , mais qu'afluré-
Mars1682.
*
T
1
218 MERCURE
1 ment on l'obligeroit de s'expliquer
dés la feconde vifite,
la Mere vivant dans la plus
exacte régularité , & s'alarmant
aufli-toft de la veuë
d'un Homme , qui rendoit
des foins fans parler de Mariage.
Le Cavalier refva un
moment , & ne voulut plus
fçavoir où logeoit la Belle. Il
partit le jourfuivant , & quoy
pour bannir qu'il puft faire
l'image qu'il en confervoir, il
n'en fceut venir à bout. Cette
charmate Perfonne
luy eftoit
toûjours préfente , & il rentra
à Paris l'efprit remply d'elle.
GALANT. 219
La Dame pour qui il avoit fait
cevoyage , fçavoit à peu prés
le jour de fon arrivée, & commeren
le revoyant elle avoit
lieu d'attendre de luy de
grandes marques'de joye , il
fe trouvoit fort embaraffé de
ne pouvoir fe montrer à elle
qu'avec un efprit diſtrait. Il
alla la voir fi - toft qu'il fut de
retour , & fans trop fçavoir
pourquoy , il luy cacha qu'il
cuft gagné le vieil Oncle , &
fe contenta de dire qu'ayant
commencé de l'ébranler , il
avoit laiffé aupres de luy des
Gens qui feroient le refte . Il
Tij
220 MERCURE
?
gagnoit du temps par là , & fi
quelquefois il luy échapoit
quelque refverie , il s'en excufoir
fur les nouvelles qu'il
difoit avoir reçeuës moins favorables
que fa paffion ne ſe
les eftoit promiſes. Cepen
dant par la maniere dont fon
coeur eftoit touché, pour avoir
veu une feule fois la belle
Brune , il ouvrit les yeux fur le
faux amour qu'il avoit pris
pour la Dame , & ne fentant
point pour elle la force de ce
páchant, qui l'entraînoit malgré
luyversl'autre,il comença
de trembler de l'engagement
GALANT. 221
où il s'eftoit mis. La Dame
qui s'ennuyoit du retarde.
ment , luy dit plufieurs fois
qu'elle avoit du . Bien pour
luy , & pour elle , & que l'intéreft
n'ayant point de part à
fon amour , elle eftoit prefte
à luy en donner des preuves
fenfibles , en l'époufant fans
l'aveu de l'Oncle . Le Cavalier
oppofoit toûjours que ce
feroit renoncer à une importante
Succeffion , & qu'il valoit
mieux fe contraindre
encor pendát quelque temps ,
que de s'expofer à faire une
perte fi confidérable. La belle
T iij
222 MERCURE
1

}
faiſon finit , & le Cavalier,
guéry enfin par le temps
d'une idée flateufe qui l'avoit
trop occupé , fe préparoit à
dire à la Dame que fon amour
n'avoit plus d'obſtacle,
lors qu'eftant venu un matin
chez elle , il vit entrer tout
d'un coup une Perfonne affez
négligée , qui la courant
embraffer, en fut embraffée
de mefme avec de fort tendres
marques d'une amitié
réciproque. C'eftoit jufte
ment la belle Brune, qui eftant
arrivée de la Campagne
le foir précedét, avoit voulu la
GALANT 223
furprendre fans luy faire faire
aucun meffage . Elle demeu
roit dans fa mefme Rue , &
ce voifinage avoit donné licu
à leur amitié Jugez de l'étonnement
du Cavalier, qui
frapé encor plus vivement
par cette feconde veuë , eut
de la peine à cacher fon trouble.
Il fit compliment à cette
belle Perfonne ; & de la maniere
qu'il le fit , la Dame
connut que ce n'eftoit pas
la premiere fois qu'ils fe
voyoient. Elle apprit la rencontre
du Soupé , & dit au
Cavalier en riant, que com-
Tiiij
224 MERCURE
me il verroit fouvent fon
Amie chez elle , c'eftoit à
luy à fe munir de fidelité pour
fe fauver de fes charmes . On
plaiſanta là -deſſus , & la converfation
devint tres - fpirituelle.
Le Cavalier qui reprit
foudain fon premier feu,
réfolur plus que jamais de
faire valoir l'obftacle de
l'Oncle
. Rompre avec la
Dame , fe faire aimer de la
Belle , & obtenir l'une fans
fe la voir diſputer par l'autre ,
c'eſtoient des chofes qui luy
paroiffoient comme impoffibles
; mais il aimoit, & quelGALANT.
225
ques difficultez qu'on ait à
combatre, il fuffit qu'on aime
pour fe mettre en tefte que
l'on peut furmonter tout.
L'affiduité qu'il avoit depuis
longtemps aupres de la Dame
, luy donnoit occafion de
fe rencontrer chez elle dans
les heures que la Belle choififfoit
pour la venir voir. II
en manqua peu, & s'obferva
avec tant de foin, que s'il tâchoit
de luy paroiſtre agreable
, c'eftoit feulement par
un enjoüement d'efprit , auquel
il fembloit
n'euft point de part . Il faifoit
que le coeur
226 MERCURE
1
des Vers. La Belle en faifoit
auffi d'affez naturels &
comme il luy en donnoit
devant la Dame , qui marquoient
avec des expreffions
tres paffionnées , combien il
tiroit de gloire du choix qu'il
avoit fait pour aimer , elle ne
faifoit aucune façon d'en
apporter d'autres quelques
jours apres, qui l'exhortoient
à eftre fidelle à la Perfonne
du monde qui méritoit le
mieux d'eftre aimée. Tous
les Vers du Cavalier eftant
faits d'une maniere qui les
faifoit appliquer à l'engage
GALANT. 227
ment qu'il avoit avec la Dame,
elle n'eut aucun foupçon
de ce jeu d'efprit qui fe pra-
-tiquoit ouvertement , & qui
paroiffoit tourner à fon avantage.
Ce fut par là cependant
que le Cavalier vint à
bout de fon deffein . Un jour
que la Dame l'avoit laiffé
feul avec la Belle , il luy dit,
en luy jettant des regards
tout pleins d'amour, qu'il faifoit
parfaitement, ce que fes
Vers luy faifoient connoiſtre
qu'elle fouhaitoit qu'il fift ,
c'eft à dire qu'il aimoit toû
jours de plus en plus la belle
228 MERCURE
Perfonne pour qui les fiens
eftoient faits. La Belle luy
répondit que fon Amie eftoit
trop aimable pour n'inſpirer
pas la plus forte paffion ; &
fur ce qu'il adjouta qu'il ne
fe tiendroit heureux , que
quand lesVers luy plairoient,
faits pourune autre que pour
fon Amie , elle rougit , demeura
embaraſſée , & quelque
effort qu'elle fift pour
cacher fon trouble en détournant
le difcours , il s'aperçeut
ailément qu'elle ef
toit entrée dans ce qu'il avoit
voulu luy faire entendre , &
GALANT. 229
1
eut grande joye d'avoir fait
ce premier pas. La Dame
rentra, & le Cavalier demeura
fort enjoüé. Il fit d'autres
Vers. La Belle y répondit à
fon ordinaire , & les confeils
qu'elle luy donnoit d'augmenter
toûjours ſa paffion ,
luy faifant croire qu'elle confentoit
à eftre aimée, il réſolut
de fe déclarer fans aucun
détour , & profita pour cela
des moindres occafions qu'il
cut de luy parler feul . La
Belle le traita d'extravagant
;
mais quoy qu'elle fift des
plaifanteries de tout ce qu'il
1
230 MERCURE
quelquefois la
luy difoit de paffionné , elle
l'écoutoit quoy qu'il vouluſt
dire , ou
bienféance l'obligeoit à prendre
fon férieux , en mefme
temps qu'elle luy peignoit la
honte que
attireroit , la douceur de fes
regards l'invitoit fecretement
à eftre infidelle . Comme jamais
il n'avoit que des momens
à l'entretenir , il ne
pouvoit s'expliquer affez
pour luy ofter fes fcrupules ;
mais c'eftoit toûjours beaucoup
pour luy , qu'elle connuft
les fentimens de fon
fon infidelité luy
GALANT 231
coeur , & qu'elle en fift un
fecret à fon Amie . Tandis
que fa paffion prenoit d'agreables
efpérances, il arriva
une chofe qui luy fit croire
que tout confpiroit à le rendre
heureux. Un Financier,
Favory de la Fortune, & qui
fans aucun mérite eftoit parvenu
à de grands Biens,
ayant veu la Dame en quelque
lieu , fe laiffa piquer de
fon agrément , & ne doutant
point que le brillant de fon
or n'euft dequoy charmer les
plus délicates , il la vint voir
dés le lendemain , & débuta
232 MERCURE
par le Mariage. Il n'aimoit
point à languir , & une fi
prompte déclaration luy é
pargnoit des cerémonies d'Amant
qui n'eftoient point de
fon caractere
, Quoy que la
Dame fuft fort incapable
d'eftre ébloüye par le Bien,
elle crût que les affaires n'en
iroient que mieux , fi le Ca
valier craignoit de la perdre,
& dans cette veuë , elle répondit
avec beaucoup de
reconnoiffance à la déclararation
du Financier, & le pria
feulement de luy accorder
un mois , pendant lequel ils
GALANT. 233
fe connoiftroient l'un l'autre.
Le terme eftoit long pour
luy. Il vouloit conclurre ; &
fila Dame l'euft crû , deux
jours auroient terminé la
chofe. Il falut pourtant qu'il
s'accommodaft du retardement.
Elle conta l'avanture
au Cavalier, & la crainte qu'il
devoit avoir d'un Rival fi redoutable
, ne luy donna point
plus d'empreffemét pour l'époufer.
Il dit à la Dame, que
plus la Fortune la favorifoit,
plus ille croyoit indigne
qu'elle y renonçaft pour luy,
s'il ne s'affuroit la Succeffion
Mars 1682. V
234 MERCURE
de l'Oncle; que cet Oncle
refufoit toûjours de s'expli
quer, & qu'il falloit attendre
fa mort, qui ne pouvoit qu'
eftre proche , ou que fes
Amis euffent obtenu le confentement
qu'il luy faifoit
demander. Il crût la rebuter
par cette réponſe , & elle de
fon cofté demeura perfuadée
qu'en voyant fouvent le Financier
, elle le rendroit jaloux,
& que craignant qu'
elle ne changeaft, il cefferoit
d'avoir les égards qui l'em
pefchoient de cóclure. Ainfi
elle fit toûjours bon vifage au
GALANT. 235
Financier, quoy que fes manieres
luy dépluffent , & le
Cavalier par politique , luy
témoignoit quelquefois qu'il
en eftoit alarmé. Elle répon
doit qu'il avoit fujet de l'eftre
, que les Femmes n'ef.
toient pas toûjours conftantés
, & qu'un Financier qui
ofroit toute forte d'avanta
ges, eftoit un Rival à craindre.
Le Cavalier ne fouhaitant
rien plus ardemment
que de le voir infidelle , luy
difoit en foûpirant, que s'il
arrivoit que fon Rival fuft
heureux , il ne ſe plaindroit
Vij
236 MERCURE
que de fon malheur. A Pendant
ce temps , le Financier
vit la belle Brune. Comme
elle plaifoit à tout le monde ,
il ne faut pas s'étonner fi elle
luy plût. Il apprit qui elle
eftoit , & dit à la Dame fort
naïvement, qu'il eftoit faché
de ne l'avoir pas connuë avant
elle ; qu'ayant tres - peu
de fortune , elle auroit fur
l'heure confenty à l'époufer,
& n'cuft pas mis fon amour
à une fi longue épreuve. Cela
luy donnoit un nouveau prétexte
de preffer la Dame, qui
apres plufieurs remifes eftoit
GALANT 237
fort embaraffée de fe voir
enfin das les derniers jours du
Carnaval. LeFinácier prenoit
pour affront qu'elle prétédiſt
le faire encor attendre apres
Pafques ; & comme le temps
qu'il avoit efté contraint de
luy accorder , eftoit expiré
depuis plus de quinze jours ,
il vouloit abfolument termi,
ner ou rompre. Les chofes
eftoient en cet état , quand
le Cavalier flaté des marques
d'eftime qu'il recevoit de la
belle Brune , crût qu'il y alloit
de tout fon bonheur de
s'expliquer avec elle plus pré238
MERCURE
cilement qu'il n'avoit fait . Il
l'attendit à l'Eglife , d'où il
revint plufieurs fois fans, luy,
parler , parce qu'elle accompagnoit
fa Mere ; & enfin
l'ayant un jour trouvée feule,
il l'arreſta dans le temps qu'-
elle en fortoit. La Belle,à qui
les occafions de l'écouter
n'eftoient pas toûjours préfentes
, reçeut affez agreablement
tout ce qu'il luy dit de
fon amour ; & comme illa,
preffoit de fe déclarer , elle
répondit que lors qu'il feroit
fans engagement, il n'auroit
pas lieu de fe plaindre d'elle.
GALANT. 239.
L'inquiétude qu'elle fit paroiftre
d'eftre dans un Lieu
où elle pouvoit eftre obfervée
, l'obligea de la prier de
luy en marquer un autre, où
il puft en liberté luy faire
connoiftre qu'elle n'avoit
rien à craindre d'un engagement
qui eftoit preft de finir.
Elle ne luy fit aucune réponſe
, fon Amie ayant paru
dans le mefme temps. Elle
venoit à l'Egliſe , & les avoit
apperçeus de loin. L'action
avec laquelle ils parloient,
luy ayant efté fufpecte , elle
fut furprife,quand elle aborda
-
240 MERCURE
la Belle , de la voir embaraf
fée! Ella feigdit de ne le point
remarquer & apresquell
ques paroles des plus obli
gebates , elle la quitta &
donna la main au Cavalier
Hs entrerent à l'Eglife, & da
Belle alla chez elle. LaDa
me eut déslors quelque foul
pçon de l'amour du Cavalier,
& l'impatience de s'en éclaircir
ne luy coútà pas de lon
gues peines, puis que le ha
zard la fatisfit dés le lende
main. Elle régaloir le fair
une belle Compagnie
Cavalier , qui s'eftoit rendu
nie
GALANT. 241
chez elle avant tous les au
tres , laiffa tomber un Billet.
Elle mit le pied deffus fans
qu'il y prift garde , & ſe baif
fant comme pour remedier
à un Soulier qui l'incommodoit
, elle s'en faifit adroitement
, & l'alla lire fi- toft qu'il
fut venu d'autre monde . Elle
reconnut foudain l'écriture
de la Belle. Le Billet portoit,
que s'il vouloit continuer la
converfation dans laquelle ils
avoient eſté interrompus le
jour précedent , il pouvoit fe
rendre fur les onze heures du
foir chez Madame la Mar-
Mars 1682 . X
242 MERCURE
quile de... à qui on donnoit le
Bal ; que cette Maiſon eftapt
tres voifine, elle y viendroit
en Egyptienne, & qu'ilpour
roit luy faire connoiftre s'il
eftoit vray que la bonne fortune
dépendift d'elle. La
lecture de ce Billet convainquit
la Dame de l'intelligence
du Cavalier & de fon
Amie. Pour mieux fçavoir
juſqu'où elle alloit , elle fongeaauffitoft
à prendre fa place
, ne doutant point que l'amour
ne rendift leCavalier diligent
, & qu'elle ne puft prévenir
la Belle , en venant au
GALANT
243
Lieu marquénavant l'heure
qu'elle luy avoit dónée. Elles
eftoient toutes deux de la
mefme taille , & fousun mafque
, elle pouvoit déguiſer fa
voix. Ce deffein eftant formé,
elle donna ordre à fa suivante
, de luy tenir preft un
Habit d'Egytienne J & vint
retrouver la
Compagniç dans
un
enjoliement qui ne pou
voit mieux cacher qu'elle
euft quelque chofe en tefte .
On foupa , & incontinent
apres velle propofa diverfes
tables den Jeu. Elle fe mit
dune partie d'Hombre , & le
X ij
230 MERCURE
luy difoit de paffionné , elle
l'écoutoit quoy qu'il vouluſt
dire , ou f quelquefois la
bienféance l'obligeoit à prendre
fon férieux , en mefme
temps qu'elle luy peignoit la
honte que fon infidelité luy
attireroit , la douceur de fes
regards l'invitoit fecretement
à eftre infidelle. Comme jamais
il n'avoit que des momens
à l'entretenir , il ne
pouvoit s'expliquer affez
pour luy ofter fes fcrupules ;
mais c'eftoit toûjours beaucoup
pour luy , qu'elle connuft
les fentimens de fon
GALANT 231
coeur , & qu'elle en fiſt un
fecret à fon Amie . Tandis
que fa paffion prenoit d'agreables
efpérances, il arriva
une chofe qui luy fit croire
que tout confpiroit à le rendre
heureux. Un Financier,
Favory de la Fortune , & qui
fans aucun mérite eftoit parvenu
à de grands Biens,
ayant veu la Dame en quelque
lieu , fe laiffa piquer de
fon agrément, & ne doutant
point que le brillant de fon
or n'euft dequoy charmer les
plus délicates , il la vint voir
dés le lendemain , & débuta
232 MERCURE
par le Mariage. Il n'aimoit
point à languir , & une fi
prompte déclaration
luy é
pargnoit des cerémonies d'Amant
qui n'eftoient point de
fon caractere
, Quoy que la
Dame fuft fort incapable
d'eftre ébloüye par le Bien,
elle crût que les affaires n'en
iroient que mieux , fi le Cavalier
craignoit de la perdre,
& dans cette veuë , elle répondit
avec beaucoup de
reconnoiffance à la déclararation
du Financier, & le pria
feulement de luy accorder
un mois , pendant lequel ils
GALANT. 233
fe connoiftroient l'un l'autre.
Le terme eftoit long pour
luy. Il vouloit conclurre ; &
fila Dame l'euft crû , deux
jours auroient terminé la
chofe. Il falut pourtant qu'il
s'accommodaft du retardement.
Elle conta l'avanture
au Cavalier, & la crainte qu'il
devoit avoir d'un Rival fi redoutable
, ne luy donna point
plus d'empreffemét pour l'époufer.
Il dit à la Dame, que
plus la Fortune la favoriloit,
plus il de croyoit indigne
qu'elle y renonçaft pour luy,
s'il ne s'affuroit la Succeffion
Mars 1682 . V
234 MERCURE
!
)
de l'Oncle ; que cet Oncle
refufoit toûjours de s'expliquer,
& qu'il falloit attendre
fa mort, qui ne pouvoit qu'
eftre proche , ou que fes
Amis euffent obtenu le confentement
qu'il luy faifoit
demander. Il crût la rebuter
par cette réponſe , & elle de
fon cofté demeura perfuadée
qu'en voyant fouvent le Financier
, elle le rendroit jaloux,
& que craignant qu'
elle ne changeaft, il cefferoit
d'avoir les égards qui l'em
pefchoient de cóclure . Ainfi
elle fit toûjours bon viſage au
GALANT. 235
Financier, quoy que fes manieres
luy dépluffent ; & le
Cavalier par politique , luy
témoignoit quelquefois qu'il
en eftoit alarmé. Elle répondoit
qu'il avoit fujet de l'ef
tre , que les Femmes n'ef
toient pas toûjours conftantés
, & qu'un Financier qui
ofroit toute forte d'avantages
, eftoit un Rival à craindre.
Le Cavalier ne fouhaitant
rien plus ardemment
que de le voir infidelle, luy
difoit en foûpirant, que s'il
arrivoit que fon Rival fuft
heureux , il ne fe plaindroit
Vij
218 MERCURE
*
ment on l'obligeroit de s'expliquer
dés la feconde vifite,
fa Mere vivant dans la plus
exacte régularité , & s'alarmant
auffi - toft de la veuë
d'un Homme , qui rendoit
des foins fans parler de Mariage
. Le Cavalier refva un
moment , & ne voulut plus
fçavoir où logeoit la Belle. Il
partit le jour fuivant , & quoy
qu'il puft faire pour bannir
l'image qu'il en confervoit, il
n'en fceut venir à bout. Cette
charmate Perſonne luy eftoit
toûjours préfente, & il rentra
à Paris l'efprit remply d'elle.
GALANT 219
lefi
*
La Dame pour quiil avoit fait
cevoyage , fçavoit à peu prés
jour de fon arrivée, & commesen
le revoyant elle avoit
lieu
d'attendre de luy de
grandes
marques'de joye , il
le trouvoit fort embaraffé de
ne pouvoir ſe montrer à elle
qu'avec un efprit diftrait. Il
alla la voir fi-toft qu'il fut de
retour , & fans trop fçavoir
pourquoy , il luy cacha qu'il
cuft gagné le vieil Oncle , &
fe contenta de dire qu'ayant
commencé dé l'ébranler , il
avoit laiffé aupres de luy des
Gens qui feroient le reſte . Il
Tij
220 MERCURE
gagnoit du temps par là , & fi
quelquefois il luy échapoit
quelque refverie , il s'en excufoir
fur les nouvelles qu'il
difoit avoir reçeues moins favorables
que fa paffion ne fe
les eftoit promiſes. Cepen.
dant par la maniere dont fon
coeur eftoit touché, pour avoir
veu une feule fois la belle
Brune, il ouvrit les yeux fur le
faux amour qu'il avoit pris
pour la Dame , & ne fentant
point pour elle la force de ce
páchant, qui l'entraînoit malgréluyversl'autre,
il comença
de trembler de l'engagement
GALANT. 221
où il s'eftoit mis. La Dame
qui s'ennuyoit du retarde,
ment , luy dit plufieurs fois
qu'elle avoit du Bien pour
luy , & pour elle , & que l'intéreft
n'ayant point de part à
fon amour , elle eftoit prefte
à luy en donner des preuves
fenfibles , en l'époufant fans
l'aveu de l'Oncle. Le Cavalier
oppofoit toûjours que ce
feroit renoncer à une importante
Succeſſion , & qu'il valoit
mieux fe contraindre
encor pendát quelque temps,
que de s'expofer à faire une
perte fi confidérable. La belle
T iij
222 MERCURE
2
faifon finit , & le Cavalier,
guéry enfin par le temps
d'une idée flateufe qui l'avoit
trop occupé , fe préparoit à
dire à la Dame que fon amour
n'avoit plus d'obſtacle,
lors qu'eftant venu un matin
chez elle , il vit entrer tout
d'un coup une Perfonne affez
négligée , qui la courant
embraffer, en fut embraffée
de mefme avec de fort tendres
marques d'une amitié
réciproque. C'eftoit jufte
ment la belle Brune, qui eftant
arrivée de la Campagne
le foir précedét,avoit voulu la
GALANT 223
furprendre fans luy faire faire
aucun meſſage. Elle demeu
roit dans fa mefme Rue , &
ce voifinage avoit donné licu
à leur amitié. Jugez de l'étonnement
du Cavalier, qui
frapé encor plus vivement
par cette feconde veuë , eut
de la peine à cacher fon trouble.
Il fit compliment à cette
belle Perfonne , & de la maniere
qu'il le fit , la Dame
connut que ce n'eftoit pas
la premiere fois qu'ils fe
voyoient. Elle apprit la rencontre
du Soupé , & dit au
Cavalier en riant, que com-
Tiiij
224 MERCURE
me il verroit fouvent fon
Amie chez elle , c'eftoit à
luy à fe munir de fidelité pour
fe fauver de fes charmes . On
plaifanta là -deſſus, & la converfation
devint tres - fpirituelle.
Le Cavalier qui reprit
foudain fon premier feu ,
réfolut plus que jamais de
faire valoir l'obftacle de
l'Oncle. Rompre avec la
Dame , fe faire aimer de la
Belle , & obtenir l'une fans
fe la voir difputer par l'autre ,
c'eſtoient des choſes qui luy
paroiffoient comme impoffibles
; mais il aimoit, & quelGALANT.
225
ques difficultez qu'on ait à
combatre, il fuffit qu'on aime
pour le mettre en teſte que
l'on peut furmonter tout.
L'affiduité qu'il avoit depuis
longtemps aupres de la Dame
, luy donnoit occafion de
fe rencontrer chez elle dans
les
heures que la Belle choififfoit
pour
en manqua
peu, & s'obferva
avec
tant
de foin
, que
s'il tâchoit
de luy
paroiftre
agreable,
c'eftoit
feulement
par
un enjoüement
d'efprit
, auquel
il fembloit
que
le coeur
n'euft
point
de part
. Il faifoit
la venir voir. II
226 MERCURE
des Vers. La Belle en faifoit
auffi d'affez naturels , &
comme il luy en donnoit
devant la Dame , qui marquoient
avec des expreffions
tres paffionnées , combien il
tiroit de gloire du choix qu'il
avoit fait pour aimer , elle ne
faifoit aucune façon d'en
apporter d'autres quelques
jours apres, qui l'exhortoient
à eftre fidelle à la Perfonne
du monde qui méritoit le
mieux d'eftre aimée. Tous
les Vers du Cavalier eftant
faits d'une maniere qui les
faifoit appliquer à l'engageGALANT.
227
ment qu'il avoit avec la Dame,
elle n'eut aucun foupçon
de ce jeu d'efprit qui ſe pratiquoit
ouvertement , & qui
paroiffoit tourner à fon avantage.
Ce fut par là cependant
que le Cavalier vint à
bout de fon deffein . Un jour
que la Dame l'avoit laiffé
feul avec la Belle , il luy dit,
en luy jettant des regards
tout pleins d'amour , qu'il faifoit
parfaitement, ce que fes
Vers luy faifoient connoiſtre
qu'elle fouhaitoit qu'il fift ,
c'eft à dire qu'il aimoit toû
jours de plus en plus la belle
1
228 MERCURE
trop
Perfonne pour qui les fiens
eftoient faits. La Belle luy
répondit que fon Amie eftoit
aimable pour n'infpirer
pas la plus forte paffion ; &
fur ce qu'il adjoûta qu'il ne
fe tiendroit heureux , que
quand fesVers luy plairoient,
faits pour une autre que pour
fon Amie , elle rougit , demeura
embaraffée , & quelque
effort qu'elle fift pour
cacher fon trouble en détournant
le difcours , il s'aperçeut
aisément qu'elle ef
toit entrée dans ce qu'il avoit
voulu luy faire entendre , &
GALANT. 229
eut grande joye d'avoir fait
ce premier pas . La Dame
rentra, & le Cavalier demeura
fort enjoüé. Il fit d'autres
Vers. La Belle y répondit à
fon ordinaire , & les confeils
qu'elle luy donnoit d'augmenter
toûjours fa paffion ,
luy faifant croire qu'elle confentoit
à eftre aimée, il réfolut
de fe déclarer fans aucun
détour , & profita pour cela
des moindres occafions qu'il
cut de luy parler feul. La
Belle le traita d'extravagant
;
mais quoy qu'elle fift des
plaifanteries de tout ce qu'il
226 MERCURE

des Vers . La Belle en faifoit
auffi d'affez naturels &
comme il luy en donnoit
devant la Dame , qui marquoient
avec des expreffions
tres paffionnées , combien il
tiroit de gloire du choix qu'il
avoit fait pour aimer , elle ne
faifoit aucune façon d'en
apporter d'autres quelques
jours apres, qui l'exhortoient
à eftre fidelle à la Perfonne
du monde qui méritoit le
mieux d'eftre aimée. Tous
les Vers du Cavalier eftant
faits d'une manière qui les
faifoit appliquer à l'engageGALANT.
227
ment qu'il avoit avec la Dame,
elle n'eut aucun foupçon
de ce jeu d'efprit qui ſe pratiquoit
ouvertement , & qui
paroiffoit tourner à fon avantage.
Ce fut
que
"
par là
cependant
que
bout
de fon
deffein
. Un
jour
la
Dame
l'avoit
laiffé
feul
avec
la Belle
, il luy
dit,
en
luy
jettant
des
regards
tout
pleins
d'amour
, qu'il
faifoit
parfaitement
, ce que
fes
Vers
luy
faifoient
connoiſtre
qu'elle
fouhaitoit
qu'il
fift
,
c'eft
à dire
qu'il
aimoit
toûjours
de plus
en plus
la belle
le Cavalier vint à
228 MERCURE
Perfonne pour qui les fiens
eftoient faits. La Belle luy
répondit que fon Amie eftoit
trop aimable pour n'inſpirer
pas la plus forte paffion ; &
fur ce qu'il adjoûta qu'il ne
fe tiendroit heureux , que
quand fesVers luy plairoient,
faits pourune autre que pour
fon Amie , elle rougit , demeura
embaraffée , & quelque
effort qu'elle fift pour
cacher fon trouble en détournant
le difcours , il s'aperçeut
aisément qu'elle ef
toit entrée dans ce qu'il avoit
voulu luy faire entendre , &
GALANT. 229
eut grande joye d'avoir fait
ce premier pas. La Dame
rentra, & le Cavalier demeura
fort enjoüé. Il fit d'autres
Vers. La Belle y répondit à
fon ordinaire , & les confeils
qu'elle luy donnoit d'augmenter
toûjours fa paffion ,
luy faifant croire qu'elle confentoit
à eftre aimée , il réfolut
de fe déclarer fans aucun
détour , & profita pour cela
des moindres occafions qu'il
cut de luy parler feul . La
Belle le traita d'extravagant
;
mais quoy qu'elle fift des
plaifanteries de tout ce qu'il
230 MERCURE
luy diſoit de paffionné , elle
l'écoutoit quoy qu'il vouluſt
dire ; ou quelquefois la
bienféance l'obligeoit à prendre
fon férieux , en mefme
temps qu'elle luy peignoit la
honte que fon infidelité luy
attireroit , la douceur de fes
regards l'invitoit fecretement
à eftre infidelle. Comme jamais
il n'avoit que des momens
à l'entretenirilne
pouvoit s'expliquer affez
pour luy ofter fes fcrupules ;
mais c'eftoit toûjours beaucoup
pour luy , qu'elle connuft
les fentimens de fon
GALANT 221
coeur , & qu'elle en fift un
fecret à fon Amie . Tandis
que fa paffion prenoit d'agreables
efpérances, il arriva
une chofe qui luy fit croire
que tout confpiroit à le rendre
heureux. Un Financier,
Favory de la Fortune , & qui
fans aucun mérite eftoit mérite eftoit parvenu
à de grands Biens,
ayant veu la Dame en quel
que lieu , fe laiffa piquer de
fon agrément , & ne doutant
point que
le brillant de fon
or n'euft dequoy charmer les
plus délicates , il la vint voir
dés le lendemain , & débuta
232 MERCURE
par le Mariage. Il n'aimoit
point à languir , & une fi
prompte déclaration luy é
pargnoit des cerémonies d'Amant
qui n'eftoient point de
fon caractere
. Quoy que la
Dame fuft fort incapable
d'eftre ébloüye par le Bien,
elle crût que les affaires n'en
iroient que mieux , fi le Cavalier
craignoit de la perdre,
& dans cette veuë , elle répondit
avec beaucoup de
reconnoiffance à la déclararation
du Financier, & le pria
feulement de luy accorder
un mois , pendant lequel ils
GALANT. 233
fe connoiftroient l'un l'autre.
Le terme eftoit long pour
luy. Il vouloit conclurre ; &
fila Dame l'euft crû , deux
jours auroient terminé la
chofe. Il falut pourtant qu'il
s'accommodaft du retardement.
Elle conta l'avanture
au Cavalier, & la crainte qu'il
devoit avoir d'un Rival fi redoutable,
ne luy donna point
plus d'empreffemét pour l'époufer.
Il dit à la Dame, que
plus la Fortune la favorifoit,
plus il le croyoit indigne
qu'elle y renonçaft pour luy,
s'il ne s'affuroit la Succeffion
Mars 1682. V
234 MERCURE
de l'Oncle ; que cet Oncle
refufoit toûjours de s'expli
quer, & qu'il falloit attendre
fa mort, qui ne pouvoit qu'
eftre proche ou que fes
Amis euffent obtenu le confentement
qu'il luy faifoit
demander. Il crût la rebuter
par cette réponſe , & elle de
fon cofté demeura perfuadée
qu'en voyant fouvent le Fi
nancier , elle le rendroit jaloux,
& que craignant qu'
elle ne changeaft, il cefferoit
d'avoir les égards qui l'em
pefchoient de cóclure . Ainfi
elle fit toûjours bon viſage au
GALANT. 235
Financier, quoy que fes manieres
luy dépluffent ; & le
Cavalier par politique , luy
témoignoit quelquefois qu'il
en eftoit alarmé. Elle répon
doit qu'il avoit fujet de l'ef
tre , que les Femmes n'ef
toient pas toûjours conftantés
, & qu'un Financier qui
ofroit toute forte d'avantages,
eftoit un Rival à craindre.
Le Cavalier ne fouhai
tant rien plus ardemment
que de le voir infidelle, luy
difoit en foûpirant, que s'il
arrivoit que fon Rival fuft
heureux , il ne fe plaindroit
Vij
236 MERCURE
que de fon malheur. Pendant
ce temps , le Financier
vit la belle Brune . Comme
elle plaifoit à tout le monde ,
il ne faut pas s'étonner fi elle
luy plût. Il apprit qui elle
eftoit , & dit à la Dame fort
naïvement, qu'il eftoit faché
de ne l'avoir pas connue avant
elle ; qu'ayant tres - peu
de fortune , elle auroit fur
l'heure confenty à l'époufer,
& n'cuft pas mis fon amour
à une filongue épreuve. Cela
luy donnoit un nouveau prétexte
de preffer la Dame , qui
apres plufieurs remifes eftoit
GALANT: 237
fort embaraffée de le voir
enfin das les derniers jours du
Carnaval. LeFinácier prenoit
pour affront qu'elle prétédift
le faire encor attendre apres
Pafques ; & comme le temps
qu'il avoit efté contraint de
luy accorder , eftoit expiré
depuis plus de quinze jours,
il vouloit abfolument termi,.
ner ou rompre . Les chofes
eftoient en cet état , quand
le Cavalier flaté des marques
d'estime qu'il recevoit de la
belle Brune , crût qu'il y alloit
de tout fon bonheur de
s'expliquer avec elle plus pré238
MERCURE
cilement qu'il n'avoit fait. Il
l'attendit à l'Eglife , d'où il
revint plufieurs fois fans, luy
parler , parce qu'elle accompagnoit
fa Mere , & enfin
l'ayant un jour trouvée feule,
il l'arrefta dans le temps qu'-
elle en fortoit. La Belle, à qui
les occafions de l'écouter
n'eſtoient pas toûjours préſentes,
reçeut affez agreablement
tout ce qu'il luy dit de
fon amour ; & comme il la
preffoit de fe déclarer , elle
répondit que lors qu'il feroit
fans engagement, il n'auroit
pas lieu de fe plaindre d'elle.
GALANT 239
L'inquiétude qu'elle fit paroiftre
d'eftre dans un Lieu
où elle pouvoit eftre obfervée
, l'obligea de la prier de
luy en marquer un autre, où
il puft en liberté luy faire
connoiftre qu'elle n'avoit
rien à craindre d'un engagement
qui eftoit preft de finir.
Elle ne luy fit aucune réponſe
, fon Amie ayant paru
dans le mefme temps. Elle
venoit à l'Eglife , & les avoit
apperçeus de loin. L'action
avec laquelle ils parloient,
luy ayant efté fufpecte , elle
fut furprife, quand elle aborda
1
240 MERCURE
la Belleu de la voir embaraf
féd. Ella feignit de në le point
remarquer
aprèsiquélt
ques paroles des plus obli
gehntes , elle la quittan&
donna la main au Cavalier
Hs entrerent à l'Eglife, sidh
Belle alla chez elle. La Baz
meleut déslors quelque font
pçon de l'amour du Cavalier,
&d'impatience de s'en éclaircir
ne luy coútà pas de lon
gues peines, puis que le ha
zard la fatisfit dés le lendee
main. Elle régaloit le foir
une belle Compagnies &nte
Cavalier , qui s'eftoit rendu
$295 difuz
GALANT. 241
chez elle avant tous les au
tres , laiffa tomber un Billet.
Elle mit le pied deffus fans
qu'il y prift garde , & ſe baif
fant comme pour remedier
à un Soulier qui l'incommodoit
, elle s'en faifit adroite .
ment , & l'alla lire fi- toft qu'il
fut venu d'autre monde. Elle
reconnut
foudain
l'écriture
de la Belle. Le Billet portoit,
que s'il vouloit
continuer la
converfation dans laquelle ils
avoient efté
interrompus le
jour
précedent , il pouvoit fe
rendre fur les onze
heures du
foir chez
Madame la Mar-
Mars 1682.
X
242 MERCURE
quiſe de... à qui on donnoit le
Bal , que cette Maiſon eftapt
tres voifine, elle y viendroit
en Egyptienne, & qu'il pourroit
luy faire connoiftre s'il
eftoit vray que la bonne fortune
dépendift d'elle . La
lecture de ce Billet convainquit
la Dame de l'intelligence
du Cavalier & de fon
Amie. Pour mieux fçavoir
jufqu'où elle alloit , elle fongeaauffitoft
à prendre fa pla
ce , ne doutant point que l'a
mour ne rendift leCavalier di
ligent , & qu'elle ne puft prévenir
la Belle , en venant au
GALANT. 243
Lieu
marquénavant l'heure
qu'elle luy avoit dónée. Elles
eftoient toutes deux de la
+
Imefme taille , & fousun mafque
, elle pouvoit déguiſer fa
voix. Ge deffein eftant formé,
elle donna ordre alfasSuivante
, de luy tenir preft un
Habit d'Egytienne j & vint
retrouver la
Compagnie dans
un
enjoliement qui ne pou
voit mieux cacher qu'elle
euft quelque chofe en tefte.
On foupa , & incontinent
apreselle propofa diverfes
tables den Jeu . Elle fer mit
dune partie d'Hombre , & le
X ij
244 MERCURE
Cavalier, qui avoit prié qu'on
le difpenfalt d'en eftré , le re
tira dans le mefme temps
qu'il luy vit tenir des Cartes .
La Dame n'en perdit point.
Elle obligea une Amie de
prendre fon Jeu pendant une
heure , & eftant montée dans
fon Cabinet, elle s'habilla fort
próptement, & courut au rendez-
vous . Elle eut bien.toft
aperçeu le Cavalier , qui dans
fon impatience obfervoit tous
les Mafques qui entroient, &
qui voyant une Egyptienne,
fut aifément trompé par la
taille . Elle luy dit , en le tiGALANT
245
rant un peu à quartier , que
fa ponctualité luy devoit faire
connoître, combien elle avoit
trouvé de charmes dans la
converfation qu'elle venoit
luy donner moyen de pourfuivre.
Les remercîmens du
Cavalier furent mellez de
mille affuraces du plus tendre
amour , & apres qu'il en eut
exageré toute la force , il luy
dit qu'elle devoit avoir l'ef
prit en repos fur les repro,
ches qui luy paroiffoient à
craindre du cofté de fon
Amie , qu'eftant réfolu de ne
l'époufer jamais , il s'en dé.
X iij
246 MERCURE
fendoit depuis plus de quatre
mois,fur le prétendu obftacle
d'un Oncle qui ne luy cau
foit aucun embarras , que rebutée
des longueurs de cet
obitacle , elle avoit prefté l'oreille
à un Financier , dont le
grandBien commençoit à l'é
blouir , qu'il fe conduiroit de
forte, qu'il l'obligeroit enfin à
ne pas laiffer échaper une fi
grande fortune; & que quand
le Financier l'auroit époufée,
rien ne s'oppofant à leur
amour , il leur feroit fort affé
de le faire réüffir , fans qué
l'un ny l'autre en reçeuffent
L
GALANT 247
aucun blâme. La Dame feiguit
d'eftre fort contente, &
dit' quel pourveu qu'il fult
conftant , elle koyoir tout à
efperen ; mais qu'il prift bien
garde line fouffrit point
qu'elle achevaft , & mille fermens
qui luy firent voir la
plus violente paffion , furent
la fin de ket entretien. La
Dame parlant toûjours au
nom de la Belle , témoigna
craindre que fa Mere , qu'elle
difoit avoir laiffée endormie ,
neda demandaft fi elle venoit
às éveiller, & elle fe hafta de
forrit fous cesprétexte . Le Cat
S
X iiij
248 MERCURE
valier voulut la conduire
mais elle ufa d'une autorité
fi abfoluë pour le faire demeurer
, qu'il fut contraint
de luy bobeir. Il refta peu
dans cette Affemblée , &
alla chez luy refver en reposà
fon bonheur. La Belle n'ef
tant venue qu'à minuit,
parce que fa Merepshel
toit couchée tard , l'attendic
jufqu'à une heure , & s'en retourna
pleine de dépit qu'il
euft fait fi peu de cas du feul
rendez - vous qu'il avoit eu
d'elle . Ce que je viens de
vous dire arriva le Jeudy
GALANT. 1249
grash Le lendemain , le foin
de la Dame fut, d'exécu
terbcen qu'elle avoit | médi,
té toute la nuit. Le Finan
cier vint la voir , & la preffa,
comme il avoit déja fait plus
d'une fois , de luy déclarer
déterminement
ce qu'elle
avoir réfolu de faire . Quelque,
Bien qu'il euft, elle ne balançoit
point à demeurer toûjours
Veuve , plutoft que de
faire un choix qui gefnaſt
fon coeur , mais le Financier
luy eftoit utile pour la vangeance
qu'elle s'eftoit propofée.
Elle connoiffoit fon
A
250 MERCURE
foible, & le voyant dans .
Renteftement de fe marier
avant le Carefme, elle affecta
une bonnefoy dont il n'avoit
aucun intéreſt à developer
la caufe. Apres luy avoir mar
qué grande paffion de le voirs
toûjours de fes Amis, elle luy
dit qu'elle avoit tâché de
rompre un engagement fel
cret que le Cavalier & elle
avoient pris enſemble, & que
n'en pouvant venir à bout, s
elle le prioit, puis qu'il eftoit
impoffible qu'elle fe donnaſt
à luy , de vouloir bien épou
fer une autre elle meſme;
GALANT. 251
qu'il connoiffoit fon Amie,
qu'elle eftoit tres belle, avoit
mille bonnes qualitez , &
qu'en faifant la fortune d'une
Fille de naiffance, il trouvoit
moyen defe rendre heureux .
Le Financier , dont les yeux
régloient l'amour , n'eut au
cune peine à conſentir à l'échange.
Il répondit que la
Demoiſelle luy plaifoit affez,
mais qu'il ne vouloit donner
aucune parole,à moins qu'on
né l'affuraft que le Mariage
fe feroit en vingt-quatre heureseLa
Dame qui ne fouhai
toit rien tant que la prompti
252 MERCURE
tude , fe chargea du foin de
cette affaire, & luy demanda
le refte du jour pour la propofer
à la Mere de la Belle .
Jamais propofition ne pouvoit
donner plus de joyenà
cette Mere. Il fut arrefté
qu'on garderoit le fecret, &
que la Fille elle- mefme n'apprendroit
rien de ceMariage,
que dans le moment qu'il
faudroit qu'elle fignaft. Le
jour fuivant, qui eftoit le Samedy
, la Dame amena le
Financier chez la Mere. Il
l'entretint en particulier . Le
Notaire vint, & l'on fit alors
City
GALANT : 253
fçavoir à la Belle
pourquoy
on l'avoit mandé. Le ton abfolu
dont fa Mere luy parla,
la haute fortune que luy af
furoit ce Mariage , & le fujet
qu'elle croyoit avoir de fe
plaindre des mépris du Cavalier
, tout cela luy fit une
impreffion
fi forte , qu'elle
figna comme on le voulut
Le Financier plein de joye,
alla donner ordre aux Bans,
& en fit publier un le lende
main à la grande Meffe , apres
laquelle on les maria.
La Cerémonie
venoit d'eftre
faite , quand le Cavalier en254
MERCURE
tra dans l'Eglife. Il connut
bientoft par l'empreffement
des Curieux, qu'il yavoit une
Mariée ; & entendant dire
qu'elle eftoit de qualité, il
s'avança pour la voir. Quel
coup de foudre quand il ret
marqua la Belle Il fit un cry
quifurprit tous ceux quilien !
rendirent. La Dame, qui
eftoit du Mariage , tourna
la tefte vers luy, & fe fépara
de la Compagnie , pour fe
donner le plaifir d'aller in
fulter à fa douleur. Ah, Ma
dame, qu'ay-je veu , luy dit il
tout confterné ? Sa réponſe
GALANT. 255
fut qu'elle eftoit contente,
puis que le chagrin où il eff
toit luyfaifoit connoiftre que
sien ne manquoit à fa vangeance.
Alors elle luy parla
du Billet trouvé, de fon Per
fonnage d ' Egyptienne , da
bonheur qu'elle avoit eu de
marier promptement la Belle
; & apres luy avoir dit qu'il
pouvoit donner fon coeur
fans appréhender qu'elle y
mift obftacle , elle le quita,
en luy défendant de la voir
jamais . Il demeura abîmé
dans fa douleur , & le defef
poir d'avoir perdu par fon
256 MERCURE .
A
a
imprudence la feule Perfon.
ne qu'il fenfentoit capable
d'aimer, le rendant inconfor
lable , il abandonna Paris,
pour cacher à fes Amis l'ac
cablement où il festrouvoit
On ne m'a point dit fnda
fierté de la Dame la guéric
de fon amour. Je fçay foule
ment que le Financier adore
la Belle, & que l'abondance
où elle eft de toutes choſes,
ne luy laiffe aucun fujet de
regreter ce qu'elle a perdu,
Il feroit pourtant à fouhaiter
pour le bonheut de beaucoup
de Filles, que les Meres
AM
GALANT 257
imitaffent l'Hirondelle de la
Fable , pour empefcher les
engagemens que lá veuë du
Bien fait prendre malgré l'i
négalité de l'âge. Les jeunes
Perfonnes les trouvent bien
longs avecodes Vieillards,
qu'on les contraint ſouvent
d'épouser parce qu'ils font
riches , & ileft rare que les
Mariages foient heureux
quand ils font mal affortis.
Ecoutez comment on fait
parler un Oyſeau ſur cette
matiere,
-wond ob ruach
ashoMeal
Mars 1682. Y.
258 MERCURE
SSS2 SS2252 522552
Janolaszəldamis tu wot
CHIRONDELLE.
63
you FABLEpom $79111
5101593-
N m'a conte que l'autrejour
One bette & jeune Hirantalq
delle
Se fentant éprife d'amour, m ⠀
Alla trouverfa Mere, & prendre
confeil d'elle.
Elle luy dit. Je fens dedans mon
coeur
Une fecrete & charmante lan-
Trstensh gueur,
Et je ne-fçay- quoy de fi redre,
Qu'il eft obligé de fe rendre
Aux doux appas de l'Amour fon
Vainqueur.
GALANT 259
J'aime, je ne puis plus diffimuler
Sema flame SORER
Pour un aimable Sanfonnet.
Si vous voulez, c'eft bien mon
fait ,
Il fera mon Epoux, & je feray ſa
Femme..
Je te vishyer fur un Ormeau.
C'eft à mes yeux des Oyfeaux
le plus beau.
Il me ravit par fon plumage ;
Mais quand j'entendis fon ra
12mage, ran a klapin
Erles doux accens de fa voix,
Il me charma bien davantage
Qu'aucun de ceux qui chantent
dans les Bois.
Ma Mere, dites- moy, qu'est- ce
banqu'il vous en fembler
Nevivrons- nous pas bien énfembler
alteracy a
260 MERCURE
7610015 970se û women onl
Ma chere Enfant, je ne con .
Libtefte pas, xarobe zwey onnd
Repartit la Mere Hirondelle,
Que voftre Sanfonnet n'ait de M
brillans
1
appassing
sib
Qui peuvet toucher
uneBelle,
Mais quand
il feroit plus parfait,
Amonavis, ce n'eft point voftre
fairy k mongol you sap vel
Pour vivre dans le Mariage,
Il faut l'égalité pour l'humeur &
pour l'âge.odstflou
Vous aimez le Printemps , le feul
Hyver luy plaift . 14
Il choifit pour fifler la faifon de
la bife ,
Et vous , vous gazottillez quand
la tetre s'eft mife
Dans fes habits d'un verdoyant
appreſt.
GALANT 265
Une humeurfi contraire étoufant
la tendreffe, sada M
Entre vous deux mettra la dif.
corde fans ceffe. A
Ma Fille, croyez, moy, je vous le
dit tout net gesind
Vous ne devez jamais penfer au
Sanfonnet.tbu
Sa
Souvenez- vous, Beautez volages,
Lors que vous fongerez à donner
voftre coeur,
Que vous ne devez point fonder
voftre bonheur
Sur d'éblouiffans avantages.
On ne peut conferver les Rofes &
des Lys,
Ny les graces de la Feuneſſe,
Parmy l'Hyver d'une froi de vieil
Leffe,
Etla neige des cheveux gris.
262 MERCURE
M" de l'Académie Royale
d'Arles,qui n'ontd'aplication
que pour la gloire duRoy, ont
réfolu de donner un Prix toutes
les années que l'Acadé
mie Françoiſe n'en donnera
point. Comme le dernier Su
jet de la Poefie a efté tiré de
l'une des Devifes gravées fur
leur fuperbe Obélifque , fur
ce que le Roy paroift toûjours
tranquille , quoy que
un mouvement conti
dan
nuel , ils propoſent cette an
née pour le sujet du Difcours
d'Eloquence Françoiſe , une
autre. Devife à la gloire de
GALANT. 263
Sa Majeſté, qui eft , Nec errat,
nec ceffat. Leur deffein eſt
de faire faire : Hiftoire de
noftre incomparable Monarque
en Panégyriques ,
mais comme cette illuftre
Compagnie eft compofée de
Perfonnes d'Epée , qui dans
le temps de la Paix s'appli
quent aux belles Lettres , &
qui s'affemblent principalement
pour parler d'une maniere
folide des merveilles de
ce Regne , plufieurs de ces
éloquens Capitaines quitant
la plume , afin d'obeïr aux
ordres du Roy , & le nombre
264 MERCURE
de l'Académie Royale qui'eft
de trente , eftant diminué par
la marche des Troupes , ces
Meffieurs ont jugé à propos
pour cette année feulement,
de ne propofer le Prix d'Eloquence
qu'en faveur de la
Villé d'Arles , fi glorieuſe par
ce Corps célebre , & par fon
Obélifque , de crainte qu'en
le propofant au Public , il
n'y cuft pas affez de temps
pour en répandre l'avis dans
les Provinces , ny affez d'Académiciens
pour examiner
les Pieces. Ce Prix fera une
Médaille d'or du Roy, qu'on
diftribuera
GALANT 265
diſtribuëra le jour de S. Louis
dans cette RoyaleAcadémie .
Vous voyez , Madame, par
ce beau deffein , que dans le
temps que l'Académie Francoife
fe repole , la Fille aînée,
pour ſe rendre digne de l'amitié
de la Mere , & de la
protection Royale dont elle
porte le furnom , veut entretenir
les Efprits dans l'éloquence,
& les Coeurs dans le
refpect pour Sa Majefté
Je fatisfais avec grand plai
fir , à la curiofité que vous
m'avez témoignée , touchant
lesVeuës du Palais qu'ont fait
Mars 1682. Ꮓ
266 MERCURE
baftir les Roys Afriquains
dans l'Alhambre de Grenade.
En voicy une nouvelle qui
ne vous plaira pas moins que
celle que je vous ay envoyée
dans ma Lettre de Janvier. Je
continueray àvous faire part
de tout ce que j'en pourray
recouvrer afin que vous
puiffiez prendre une idée parfaite
des beautez de ce fuperbe
Palais. Outre les deux
grands Sallons dont je vous
ay fait la deſcription , il y en a
un troifiéme , qui eft appellé
Sallon des Secrets , à cause que
la Voute en eft faite de ma-
,
see WEK COKE
-1aqul se al seruand cab saind
xusb asl euro all od
zuov aj snob zaolia2 sharp
s na y li ,noliqırolab shist võ
alliqqa ne jupi, ambition nu
эр
sup slums atv2 25k kolla2
-am ab sma flo no soy al
qe runs ce due Leu bonisÀ
syr die sone
ave qes bac bumpper Lucuque
142710059
anisupiíìА ayoЯas vified
banasbeidsl Alenib
imp allevuen enu or
sup znjom asq anisiq zuov sa
abyovria ya awow at Smp ollaa
ellasivnelab suu.I am ensb
Juq suist zwové yaraunitnoɔ
TAD
no
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-251 30s!
વધુ 25
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D
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Doro al znsb
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1,9A gecomTACLEall asano? xush
ubsolosysla ub
Ene qour le son qiz
che sau'up zot 319in
f5 silaup sbasig 17ot sh
HOUSA
D
GALANT. 267
+
niere, que deux Perfonnes fe
peuvent entendre d'un bout
à l'autre , quoy qu'elles parlent
tres - bas , pourveu qu'elles
s'approchent de la muraille
, & qu'elles prononcent
diftinctement
les paroles . On
dit qu'il y en a un femblable
dans la groffe Tour du Château
d'Heidelberg.
J'ay découvert que les
deux Sonnets fur les Rimes
du Flageoler , & du Décalo
gue , dont je vous dis la derniere
fois qu'une Perfonne
de fort grande qualité eftoit
l'Autheur , font de M ' le Duc
Zij
268 MERCURE
c
de S. Aignan, L'un qui eft
pour un Amant malheureux,
commence par ces mots,
Non , je ne connois plus
& l'autre à un Amy abfent, par
ceux - cy , L'heureux Berger qui
dance , &c. Toute la précaution
que ce Duca prife, pour
empefcher que les chofes ga
lantes qu'il a faites pour ſe divertir
avec les Amis , ne fuf
fent veues du Public , luy a
efté inutile. Les Bouts timez
qui courent de luy, luy ayant
efté donnez par des Perfonnes
des plus confidérables de
la Cour , toute la Maifon
GALANT 269
Royale les a vûs , & le plaifir
qu'elle a témoignéy prendre,
a efté caufe que de touš ĉoſtěž
on en a fait des Copies . Ainfi,
Madame , je puis vous les
envoyer. Le peu de temps
qu'il demande pour les Sonnets
les plus difficiles, eft une
chofe qui vous paroiftra prefque
incroyable. Il n'y en employe
guére davantage qu'il
en faut pour les écrire , & cette
facilité qui tient du prodige,
fait que l'on s'empreffe à l'attaquer
, pour voir s'il fera polfible
qu'il réüffiffe toûjours.
Plufieurs Dames des plus ſpi-
Z iij
270 MERCURE
rigelles de la Cour, luy ont
donnéb divers Bouts-rimez,
qu'il a toujours remplis avec
grand fuccés . Iba eu l'hon
neur d'en dire quelques-uns
à Madame la Dauphine qui
ne luy ont pas déply ; & ce
fut en fa préfence que Madame
la Ducheffe de Foix
ayant raconté l'avanture de
fon Perroquet , qui s'eſtoit
tué en tombant dans un Rofier
, Madame la Maréchale
de Rochefort dit à ce Duc,
qu'elle vouloit luy donner
des Bouts- rimez , pour faire
un Sonnet fur cette mort. Ces
દેવ
GALANT 271
Bouts-rimez ayant un peu
tardé à venir au gré de l'imb
patience de M. de S. Aignan,
il envoya cet Impromptu a
cette Dame, auſſi pleine d'efprit
que de vertu, pour la convier
à fe preffer davantage. sa
Songer
,
Marichal
Jil
Ongez, illuftre Maréchale, b
méchans Vers nul autre
Que pour
de
ne m'égale.
Lors que vous promettez , faut il
vous avertir? edonot na buh
Vifte, des Bouts - rimez , ou vous ferez,
blamable,
Puis qu'il s'agit de divertir
dao Sab
Quoll ab
Noftre Dauphine incomparable.P
Madame la Maréchale de
Z iiij
272 MERCURE
Rochefort luy envoya auſſi-
1oft les Rimes qui fuivent.
Divine Perroquet , Traquet,
Epine, Bouline, Coquet, Caquet,
Machine , Port, Mort, Etrange,
Crevé, Sauvé , Loüange. Illes
lûr deux ou trois fois , prit la
plume , & écrivit ce Sonnet
qu'il eut l'honneur de lire à
Sa Majefté , avant que de le
donner à Madame de Ro
chefort.
V
541 ENG
Ous croyez donc que j'aye une
vertu divine, ent
Et qu'en parlant icy d'un défunt
Perroquer,
Je puifle accommoder la rime de
Traquet
GALANT 273
Au destind'un Oyfeauqui meurtfur
ne Epine? mical for
TowpbrI
Sepia
En cecy mon Vaiffeau ne va qu'à la
15 Bouline,
Jeme tirerois mieux d'un fujetplus.
Policoquetok , JuwaZ
C'eſt là qu'avec plaiſirj'affile , mon
caquet,
sinula
Te paffe avec chagrinfur toute autre paſſe
Machine.
Se
Le ne mettrayjamais ce Sonnet à bon
port;
Madame, en verité vous me donnez.
la mort ,
Etpourmoy vous avez une rigueur
étrange.
$2
Mafoy, c'est troprimerfur un Oyfeau
crevé ;
274 MERCURE
Etfi de tous ces Vers je meſuis mal
2 fauvé, ЯAM AI JUIZ
Au moins ma diligence eftdigne de
louange,
ЗИНОГ
fi
A peine avoit il rendu en
peu de temps ce Sonnet à
la fpirituelle Dame qui le
luy avoitit demande , qu'un
Inconnu luy donna ces autres
Rimes. Luxembour, Doute,
Route, Sejour, Amour, Goute,
Redoute, Tour, Palme, Calme,
Faloux, Avantage, Nous, Partage.
Il les remplit avec la
mefme vivacité, & la mefme
promptitude.
areyangon vossccod's within
1001-6-4x01
GALANT 275
SAN 22) MOT 50 TL
SUR LA MARCHE DES
Troupes vers l'Allemagne .
Ο
SONNET .
N marche,& bon s'en vapeuteffre
à Luxembour; &
L'un en voudroit jurer, Pautre le {
met en doute,
Mais toujours chacunprend une affix
- noble route, your unaota
Qui vaut bien de Paris l'agreable™ ½
twofejour,
Preferons aujourd'huy le Dieu Mars
a l'Amour,
Le premier a desyeux, & l'autre ne
om voit goute.
Comme on apris nos coeurs, prenons
quelqne Redoute,
Le plaifir & l'honneur regneront
tour-à- tour.
276 MERCURE
2
Le Mirthe eft bien charmant, mais je
tiens pour la Palme,
L'orage en cet endroit vaut bien
emieux que le calme,
SMIST
LOP IS defa grandeur vaincra tous
LesJaloux , obtain I , abimat
AllonsANSNIA (MOJ
Allons aux Ennemus difputer l'avan-
Notage,brod
La peur ferapour eux, & la gloire
willpournous
Quipourroit defirer un plus beureux
partage?
sh - grabsM
Le fuccés étonnant de ces
deux Sonnets, obligea le len
demain M' le Maréchal Duc
de Vivonne, & M le Duc de
Nevers , de demander à ce
GALANT! 277
Duc, s'il vouloit accepter des
Bouts-rimez plus difficiles,
& s'il en fortiroit avec la
mefme facilité. Ces Bouts.
rimez eftoient , Panthéon ,
Antée , Pantée , Anacreon , Atéon,
Athée, Protée, Pantaleon,
Afie, Sofie, Oeuf, Bouffe, Bauf,
Pouffe. M'de S. Aignan ayant
répondu qu'il en feroit affu,
rément comme des autres
;
Madame
de Thiange
qui
eftoit préfente , & qui juge
afiu
,
parfaitement bien de toutes
chofes , voulut luy donner
jufqu'au lendemain , mais it
la furprit par la diligence
278 MERCURE
qu'il apporta à faire le Son
net qui fuit,
DA DE SOGENS
fort débauchez .
I
AM
SINCE
'Aimerois mieux avoirdétruit le
Panthéon,
to slot and
Estre étouffé lutant ainſi qu'un autre
Antée,
Ou percé d'un Roignard comme lefut
Pantée,
Qu bleſséparl' Amour plusfort qu'Anacréon,
& ass vore
thical or ot
Ou devoré des Chiens comme fut
Actéon,
Que de manger chez nous de la chair
Pollen Athee,
a cha
Decent Mess diferens changeant en
vray Protée,
GALANT. 279
Pour recourir enfuite à Saint Pan-P
taleon.
Sa
Ieprens, dinant chez vous , l'Afrique
pour l'Afie, dan dic
T'en fors plus étourdy qu'au Theatre
• Sofie, po 27 AVYDALA
Ma tefte eft à l'envers , je fuis plein
gyrecomme un Oeuf pots griza
SSSIMA
Monvisage est enflé comme un vent
quand il bouffe,
LeIe mange vos Perdrix comme chez
moy du Boeuf, GC 1987
Ie mefaoule en un mot, puis aprèsje
fais pouffe.
La difficulté de ces Rimes
tenoit toit encor chacun dans
l'étonnement de la prompti280
MERCURE
J
tude avec laquelle ree Duc
les avoit remplies , lors qu'il
apprit par le Mercure de Fevrier,
que M'MignonMaiftre
de la Mufique de N. Dame,
promettoit une Médaille du
Roy à celuy qui rempliroit
le mieux d'autres Rimes qu'il
a propofées à la gloire de Sa
Majelté , ce qui l'obligea de
dire à ce grand & éclairé
Monarque, que la grandeur
de la récompenfe luy faifant
méprifer le travail , il alloit
tâcher à gagner ſon Portrait.
Peu de temps apres , il pric
la liberté de luy lire le Son.
GALANT 281
A
net qu'il venoit de faire fur
ces Rimes. 11
un
entre
les
mains de M' Mignon , qui l'a
reçeu cacheré, & je ne vous
l'envoyeray qu'apres que
l'on aura veu quel en aura
efté le fuccés , mais ce qui
n'eft prefque pas croyable,
d'eft que l'ayant leu à Monfeigneur
, ce Prince voulur
qu'il en fift un fecond fur les
mefmes Rimes, & le luy vit
faire en fa préſence, prefque
fans lever la plume , & avec
une furprife telle que l'on fe
la peut imaginer. Il nè s'eſt
pas contenté de ces deux
Mars 1682. A a
282 MERCURE
3
Sonnets. Il en afait un troifiéme,
& les la envoyez tous
trois à Mi Mignon , qui avoit
rendu aſſez de juftice à ce
Duc, pour avoir defiré qu'il
fuft l'Arbitre de tous les Sonnets
qu'on luy donneroit, &
qui le voit maintenant entrer
en lice contre les autres
avec des armes, aufquelles il
nd fera pas facile de refifter.
Comme plufieurs Perfonnes
de la Cour fe divertiffent à
faire des Bouts- rimez, & que
cela eft fort à la mode , il y a
peu de jours que ce Duc ef
Tantbauulever du Royon
GALANT 283
vint luy dire qu'un Courrier
fort emprefféle demandoit
dans l'Antichambre, &aben
reçeut un Paquet , dans le
quel il trouva imprimées les
Rimes fuivantes, Cibelle Papa,
Agrippa; Donzelle , Cruelle ,
Frapa, Alumelle, Spa, Mufique,
Atlantique , Souvent , Epines,
Machines , Paravent. Cés mots
eftoient au deffus de ce Baquet,
imprimez de meſme.
BOUTS - RIMEZ
2. fur l'Opera
d'Atys
.
5bom also
32 On attaque Mi le Duc de
SAignan , & low luy donne
A a ij
284 MERCURE
feulement une heure pour
faire ce Sonnet. 2
Voicy de quelle manière il
remplit ces Bouts - rimez.
findrust
SONNET .
I "Opéra nous apprendqu' sig's
L fuyoit Cybelle, uo)
Etqu'il ne voulut point qu'elle le fift
Papa;
Mais s'il avoit efté fage comme
*** 2037
Agrippa, restaura
Il auroit bien mieux fait de quitter
Ja Donzelle.cak wymal st ALMILT
SS
-
Il eft vray qu' Alecton nous parut
side trop cruelle, 40 ingT
Quand de rage en volant , la Vieille
le frapa ;
Mais auffi devoit- il tirer fon Alu
melle ?
SGALANT. 285
S'il eftoir trap enfeu, que n'alloit-il
Spa ? Jannola
I'en aime cependant les Fers &la
Mufique 02
Leur bruit va jufqu'auxbords de la
Mer Atlantique;
Cet Opéra ne peut eftre veu trop
fouvent.
La Rofe m'en plaift fort, mais j'en
presverains les épines;
Etfi l'on le voyoisfans frais & fans
machines, mig Korun
-
Je l'aurois dans ma Salle avec un
Paravent.
Swiht wuit mouth
Tant de chofes agreables
font voir en general la galanterie
des François , & celle de
olloca
286 MERCURE
M' le Duc de S. Aignan en
particulier, dont l'efprit briflant
produit toûjours quel
que chofe de choſe de nouveau pot
pour
divertir & pour plaire . Auffi
dés qu'il eut rendu compte
au Roy du Paquet qui venoit
de luy eftre apporté par ce
Courrier inconnu Sa Majefté
luy permit d'aller remplir
ces Rimes dans fon Cabinet,
où il eut l'honneur de
luy lire ce Sonnet un quartd'heure
apres
aprestonA
Un peu auparavant , M
le Marquis de Lionne, Maî
tre de la Garderobe du Roy,
GALANT 287
ayoit envoyé à ce Duc cet
autre Sonnet qu'il avoit fait
usmeimes
Rimes diffi
ciles de Panthéon & d'Anthée.
• snalquoq ♬ vinavib
9A MONSIEUR LE DUC
30/15 de S. Aighan , vous
93 250 Šmoqda gutte vil ob
Lafaudroiswoulddreſſer pourTemple
un Panthéon,
Si nous estions au temps & d'Alcide
-d'Anthée, 111 213 miq
Veftre entretien charmant euft con
folé Pantée,
Et vousfaites des Versbien mieux
qu'Anacréon.
'M
JOBVOIS NOT A 53
I'en ay cornes en tefteainfiqu'autre
288 MERCURE
Et dans ce feu divin le plus horrible.
Athée
Voit un Dieu quit inpire, & varie
Cen Prothée
2
Mieux qu'aux Miracles faits par
Saint Pantaleon .
Sa
N'allons donc plus chercher l'éloquence
en Afie,
Vous en traitez le Dieu comme il
faifoit Sofie,
Lors qu'il fe fir à luy femblable
comme un Oeuf.
Voftre Vaiffeau fur l'onde àpleines
voiles bouffe.or
Helas ! qu'eft diférent de vous un
pauvre Boeuf, poten
Qui fe traînant à peine , à chaque pas
fait pouffeur, kaka
f
Quelques
· GALANT 289
Quelques momens apres,
on envoya d'autres Bouts
rimez à ce Duc, qui fit encor
fur le champ le Sonnet qui
fuit.
J
SUR LA GUERRE. W
Aimerois mieux avoir pourfix
mois de hoquet, and no erot
Et n'aller point au Bal fans porter
Ja Gamache, a
Que d'estre dans Paris jouant au
Tourniquet,
Quand il est question de prendre
la Rondache,tnos
Sa
Laiffons-donc aux Chaffeurs la Braque
ele Triquer,
Prenons Cuiraffe & Cafque avec un
grand Panache,
Mars 1682. Bb
290 MERCURE
·
Etfur un bon Cheval, non pasfur
bilahun Criquet, b yuohg
Courons tous au hazard de quelques
coups de Hache.net
S2
•LUD LO
On chantera nos Faits fur un aimable
ton,
L'Ennemy me paroift plus fet qu'un
Hanneton ,
Et de peurde LOVIS, n'ofe montrer
fon mufle.
SS
Mon Roy parfa valeur fert d'exemple
àfa Cour,
Er moy qui penfe avoir plus de raifon
qu'un Bufle, C
Le n'ay point esté contre, & je com-
!!! batray pour.
Enfin ce Duc laffé de tant
de
diférentes
attaques , &
GALANT 291
content d'eftre fr heureufement
forty de toutes, a fuplié
le Roy de trouver bon qu'apres
avoir réüffy dix fois , il
ceffaft de tenter la Fortune ;
ce que Sa Majesté luy a accordé.
Le Sonnet que je vous envoyay
il y a un mois , qui
commence par Que de Gens
vont dancer au fon du Flageolet,
n'eft point de M' de Benferade
, comme je vous l'ay
écrit. Ceux qui l'en faifoient
l'Autheur fe font mépris . En
voicy d'autres que la fainteté
des Jours où nous fommes,
Bb ij
292 MERCURE
m'engage à vous envoyer.
Les deux derniers font fur
la douceur de la Retraite.
SUR LE JUBILE'.
Anniffons les Concerts, jufques
au Flageolet, les
Obfervons aujourd'huy par tout le
Décalogue.
Le Roy du Ciel n'eft pas unfimple
Roytelet,
Il demande nos coeurs, & non pas
une Eglogue.
$2
Il faut le craindre auffi plus que le
Chaftelet .
Voicy le fubilé s prenons un Pédagogue.
GALANT. 293
Eftant de nos pechez chargez comme
un Mulet,
Qu'il nous enchaine enfin comme
l'on fait un Dogue.
S&
Apres que noftre coeur fera tout
écuré ,
Apres que nous ferons abfous par
le Curé,
Auffitoft devant Dicu nos amesferont
belles.
22
Faudroit- il donc paffer la Mer &
' Hellefpont,
Pourfairefonfalut? L'Eglife nous
répond,
Gagnez ces Grands Pardons, & ces
Graces nouvelles .
Bb iij
294 MERCURE
SUR L'AVANTAGE
de pouvoir gagner le Cielas
N
"on, ce n'est point affez d'un
Simple Flageolet
Pour chanter dignement l'Autheur
du Décalogue;
Ce Grand Roy pres duquel tout autre
eft Roytelet,
548
Demande un ton plus haut que celuy
d'une Eglogue.
Se
Royaumes, Villes , Cour, Parlement,
Chafteler,
Le Ciel, pour le loüer, vous fert de
Pédagogue.
Quine l'adorepas, eftplus fou qu'un
Mulet,
Plus brutal qu'un Cheval,plus enragé
qu'un Dogue.
GALANT 295
Se
A
Heureux ,fije pouvois, le coeur bien
écuré,
Touchéde fon amour, aux pieds de
mon Curé,
Soûmettre dés cejour mes paſſions
re - belles.
S &
Le Ciel à conquérir vautmieux que
'Hellefpont,
De cette verité le Grand Saint Paul
répond.
Qui mieux que luypourroit ca dire
des nouvelles ?
Bb iiij
296 MERCURE
AUX R. P. CHARTREUX
de Paris, fur leur folitude.
L
E Concert des Oyfeaux vous
vaut un Flageolet,
Quand vous avez remply les Loix
du Décalogue,
Quelquefois une Fleur , un perit
Roytelet,
Vous donnent le fujet d'une picuſe
Eglogue.
22
Vos petites Prifons n'ont rien du
Chafteler,
Vous vivez librementfous un Saint
Pédagogue,
Vos Refervoirs font pleins à l'aide
d'un Mulet ,
Les Fruits de vos fardins font gar
dez par un Dogue.
GALANT 297
Se
Autour de voftre Autel luit un Cuivre.
écuré,, by bott
Quifurpaffe l' Argent ; Il n'eftpoint
de Curé
Qui pare fes Autels de Richeſſes
belles.
SS
L'odeur de vos vertus va jusqu'à
'Hellefpont,
A vostre extérieur l'intérieur ré.
pond,
L'on en voit tous les jours millepreuves
nouvelles .
SUR LE BONHEUR !
de la Vie champestre .
Heforde
Flageolet
Eureux, qui peut en paix au
du
Pafferfesjours aux Champs , fuivant
le Décalogue,
298 MERCURE
Et qui dans fon Iardin vivant en
Roytelet,
#
Aux Festes des Bergers peut chanter
› uneEglogue.
" SS
Ilne craint Parlement, Confeil , ny
Chaſteler,
La Naturefans Art luyfert de Pedagogue,
Il peutfe promenerfans Cheval, ny
Mulet,
Et toutfon petit Bien est gardépar
un Dogue,
S&
Content pour tout Buffet d'Etain bien
écuré,
Il fe conduit fans peine au gré de
fon Curé,
Et n'occupe (on coeur ny d'honneurs,!:
ny de Belles. 503
GALANT 299
22
Ilfçait peu les deffeins qu'on afur
Hellefpont,
La Fortune aifément à fes defirs
répond,
Le temps & les moiffons font toutes
fes nouvelles:
M ' de Raye , Fils de M' le
Préfident Larcher , a efté reçeu
dans la Charge de Grand
Raporteur , qu'avoit auparavant
M'de la Grange. Il y a
deux Charges de Grand Raporteur
, & Correcteur des
Lettres aux Chancelleries de
France , dont la fonction eft
de Raporter au Grand Sceau ,
conjointement avec M les
300 MERCURE
Maiftres des Requeftes qui
y affiftent , toutes les Lettres
de Juftice. Ces deux Charges
doivent eftre poffedées par
deux Confeillers au Grand
Confeil. M'Rouillé du Coudray
en a une. Elle avoit efté
longtemps exercée par M
fon Pere , avant qu'il fe fift
Maistre des Requeſtes.
Vous devez avoir appris la
mort de Meffire Henry Bonneau
, Seigneur de Tracy,
Barbé, & autres Lieux , Maréchal
des Camps & Armées
du Roy , & Gouverneur pour
Sa Majefté de la Ville & CitaGALANT
301
delle de Tournay. C'eftoit
un ancien Officier , qui avoit
donné des marques de fon
courage dés le premier Siege
de Condé, où il eut une jambe
caffée. Les coups dont il
eftoit tout couvert , parloient
hautement de fa bravoure.
Lors qu'on affiegeaTournay,
il en reçeut un dás la tefte qui
luy avoit fracaffé la bouche.
La Bataille de Caffel luy fit acquérir
beaucoup de gloire . Il
s'y eftoit diftingué, & avoit été
Major General de l'Armée,
pendant cinq ans fous Monfieur
le Prince en Hollande,
302 MERCURE
& fous M' de Turenne en Allemagne.
Il eft mort à Valenciennes
chez M' Magalotti
, & a efté enterré dans
l'Eglife de Noftre - Dame de
Tournay , dont Sa Majefté
luy avoit donné depuis peu le
Gouvernement , dans une
Cave des anciens Ducs de ce
Païs- là ; ce que l'on a reconnu
par quelques Médailles
qu'on y a trouvées. Dako
Son Gouvernement a eſté
donné à M le Comte de
Maulevrier- Colbert , Lieute
nant General des Armées du
Roy. Il n'y a perfonne à qui
GALANT. 303
fon mérite ne foit connu. L'ardeur
qu'il a pour la gloire &
pour le fervice de Sa Majefté,
luy a fair paffer toute fa vie
dans le meftier de la
guerre.
Il n'avoit pas encor dix -ſept
ans , lors qu'on le fift Capitaine
dans le Régiment de
Navarre. Il monta à la Breche
d'une maniere intrépide au
Siege du Fort du Caftelet en
Lorraine , donnant l'exemple
aux plus anciens. Il y reçeut
huit coups de Moufquet , &
on le crut mort , parce qu'il
demeura quelque temps couchéfur
un tas de Morts . Quel304
MERCURE
que temps apres il fut Lieute
nant , & enfuite Capitaine
dans leRegiment
des Gardes.
Il en fut tiré pour commander
la Seconde Compagnie
des Moufquetaires
, apres
quoy Sa Majefté l'honora de
la qualité de Maréchal de
Camp , & enfin de celle de
Lieutenant
General de fes
Armées , dans laquelle il eſt
le plus ancien.
Au Siege de Lile , le Roy
qui eftoit préfent , luy fit
l'honneur de le choifir pour
l'attaque , preférablement à
tout autre , & tout bleſſé qu'il
GALANT 305
eftoit d'une bleffure tres - confidérable
, qu'il avoit reçeuë
le jour précedent en montant
la Garde , il ne laiffa pas
de faire des chofes furprenantes
avec les Moufquetaires
qu'il commandoit. Il batit,
& chaffa les Ennemis de
leur Pofte, prit la Demy-lune,
& obligea la Ville à capituler
& à fe rendre . On ne voit
point d'actions conduites
avec plus de vigueur , & plus
de prudence, que ce qu'il fit
en Candie , où il repouffa les
Troupes du Turc , & les batit
- en plufieurs forties . Aufft
Mars 1682.
(
Cc
306 MERCURE
peut- on dire , fans obfcurcir
la gloire des autres , que ce
fut luy feul qui pendant
un
mois foûtint
le Siege de cette
Ville , quoy que déſolée , &
batue fans ceffe du Canon
des Ennemis
. Celuy qui commandoit
alors les Troupes
du Roy , eftoit demeuré
malade
, comme beaucoup
d'autres
, qui n'eftoient
pas d'un
tempérament
affez robuſte
pour réfifter aux fatigues
de
guerre , ou à la difpofition
de l'air de ce Pais - là . Il y fut
extrémement
bleffé à la tefte .
Le Grand Doge de Vénife
la
GALANT. 307
luy fit faire compliment furfa
bravoure , & fur les fervices.
qu'il avoit rendus à la République.
Il eut la jambe caffée,
& le talon emporté d'un coup
de Fauconneau en Flandre ,
M de la Ferté commandant
eles Troupes
. I
tres -fouvent
batu les Allemands , fur tout
en Alface, où l'Arriere -Garde
fut taillée en pieces . Il s'eft
fignalé à Philifbourg , à la
Bataille de Zintzin , à celle
de Mons , au Siege d'Ypre
où il ouvrit la Tranchée ,
à ceux de Gand , de Fribourg,
& c . & à la derniere

"
Cc ij
308 MERCURE
#
Bataille de Flandres. Enfin
il n'y a point eu d'occafion
remarquable depuis la guer.
re , où il n'ait acquis beaucoup
de gloire. Les cicatri
ces dont tout fon Corps eft
couvert, en font des preuves
qu'on ne fçauroit conteſter.
J'ay oublié de vous dire que
le Roy, avant la premiere
guerre de Hollande , ayant
envoyé du Secours aux Hollandois
fes Alliez , contre
l'Evefque de Munster , M
de Maulevrier fut choify
pour y commander un Détachement
de MouſqueraiGALANT.
309
res , & y fit des actions de .
valeur qui vont jufques au
prodige.
M'
+
La mort de M' de Tracy
a efté fuivie de celle de M
le Marquis de Bréval , Lieutenant
General des Armées
du Roy, arrivée icy le 16. de
ce mois. Il eftoit Frere de
l'Archevefque de Paris.
Loüis de Harlay , Seigneur
de Cefy & de Chanvalon,
cinquiéme Fils de Louis de
Harlay , Seigneur de Monglat
, époufa Loüife Stuart
de Carre , Fille de Gratien,
Seigneur de S. Quentin le
310 MERCURE
Verger. De ce Mariage for
tirent Jean de Harlay Seigneur
de Cefy ; & Jacques,
qui a fait la Branche des Sei-)
gneurs de Chanvalon . (Jean)
de Harlay fut marié par Difpenfe
en 1580. avec Anne du
Puy fa Coufine , Dame de
S. Valerien , & en eut Philippes
de Harlay , Comte de
Cefy, Ambaffadeur à Conftantinople
pendant vingt
quatre ans. C'eftoit un Home
me admirablement bien fait,
& qui avoit infiniment de
l'efprit. Il fe maria len 1610.
& époufa Marie de Béthune,
GALANTM 311
Fille de Floreftan de Béthune,
Seigneur de Congis , dont :
il cut Roger de Harlay,
Comte de Cefy, tué dans un
Combat en Italie l'an 1647.2
pour le fervice du Duc de
Savoye. François - Antoine
de Harlay , pourveu de l'Evefché
de Lodeve en 1657.
Charlote de Harlay, Abbeffe
de Sainte Perrine; & Lucrece
Chreftienne de Harlay, Fem
me de Louis de Courtenay.
Jacques de Harlay , Sei.
gneur de Chanvalon , Eils
puîné de Louis, Seigneur de
Cefy, fut Premier Ecuyer &
312 MERCURE
Meftre de Camp du Regi
ment des Gardes de François
de France Duc d'Anjou &
d'Alençon , puis Chevalier
des Ordres du Roy, & Gou
verneur de la Ville de Sens.
Il'époufa Catherine dé zla
Mark, Dame de Bréval, Fille
de Robert IV. de la Marky
Duc de Bouillon , Prince
Souverain de Sedan , Maré
chal de France , & de Frans
çoife de Brezé , & mourut
en 1630. laiffant deux Fils de
fon Mariage, fçavoir, Achil
les de Harlay , Marquis de
Bréval , & Seigneur de Chan
* valon;
"
A
1
GALANT. 313
valon ; & François de Har
lay , Archevefque de Rouen,
mort le 22. de Mars 1653 .
Achilles de Harlay, Homme
illuftre dans les belles Lettres,
époufa en premieres nôcés
l'an 1609. Oudete de Vau
detar- Perfan, Dame de Nerville.
Il en eut François-
Bonaventure deHarlay,Marquis
de Bréval , dont je vous
apprens la mort; François
de Harlay , aujourd'huy Archevefque
de Paris , Commandeur
des Ordres du Roy,
Duc & Pair de France ; &
cinq Filles, qui ont eſté tou-
Dd Mars 1682.
314 MERCURE
tes Religieufes . En fecondes
nôces , il fe maria fur la fin
de l'an 1634 avec Anne de
la Barre , Veuve de François
de Fortia, Seigneur du Pleffis,
& Fille d'Adam de la Barre,
Seigneur de la Baufferaye,
dont il n'a point eu d'Enfans.
M' le Marquis de Bréval eſt
mort d'une fiévre continuë,
âgé feulement de foixante
ans . Il avoit fervy le Roy
dans la guerre de Flandre ,
& s'eftoit trouvé aux Sie
gese de Xaintes , de Taille
bourg , & d'Alexandrie en
Italie , où il fut bleffé danGALANT
315
3
gereusement . Feu Madame
la Marquifes de Bréval ſa
Femme , morte depuis peu
d'années , s'appelloit Geneviefve
de Fortia , & eftoit Fille
de François , Seigneur du
Pleffis, & d'Anne de la Barre ,
feconde Femme d'Achilles
fon Pere. Il n'eft refté d'Enfans
de ce Mariage , que Ma
demoiſelle de Bréval , fort
confiderée de Mademoiſelle
d'Orleans
, aupres de qui
elle a l'honneur d'eftre . M'
lell Marquis & de Chanvalon
fon Frere , fut tué au commencement
de la guerre de
Hollande.
316 MERCURE
Meflire Jean Forcoal , Evef
que de Séez , Prieur de Montier
au Peche, eft mort dans
le mefme temps, fort regreté
de tous ceux qui eftoient ſous
fa conduite. Il avoit efté Aut
mônier ordinaire du Roy,
qui le nomma à cet Evefché
le 31. Octobre 1670.
Ces morts ont efté fuivies
de celle de Meffire Jacques
de Geniers . Baron du Cou
dray , reçeu Confeiller au
Parlement en 1639. Il eftoit
de la Grand Chambre, &
fortoic d'une ancienne Famille
de Languedoc , égale
GALANT 317
ment illuftre dans l'Epée &
dans la Robe, dont on comdes
Préfidens à Mortier
au Parlement de Paris , dés
l'autre Siecle . Il a fervy le
pte
Roy dans fa Charge pendant
plus de quarante ans , avec
toute la capacité & l'intégrité
ત્રિ
qu'on peut fouhaiter dans un
bon Juge. Jamais Homme
de fon rang n'a cu plus de
vrais Amis, de toutes les qualitez
, depuis les Princes jufqu'au
Peuple , charmant les
uns par les graces de fon efprit
& de fa perfonne , & les
autres par fa politeffe , & par
2
Dd iij
318 'MERCURE
fes honneftetez. Il avoit époufé
Dame Catherine de
Bordeaux , Fille de Meffire
Guillaume de Bordeaux, Intendant
des Finances , dont
il a laiffé plufieurs Enfans.
Il y en a quelques- uns dans
le Service. M' de Bullion,
Doyen de la Cinquiéme des
Enqueftes , eft monté à la
Grand Chambre. Il eft Fils
d'un Frere de feu M' de Bullion
, Sur-Intendant des Finances.
On découvre tous les jours
combien feu M' Tronçon
eftoit fenfible au malheur
8
GALANT. 319
de ceux qui perdoient à fon
Raport. Les Parties qu'il
connoiffoit n'avoir point de
Bien , & que la Juſtice l'obligeoit
de condamner, trou
voient en luy un fecours qui
empefchoit leur ruine. Il leur
donnoit de fa propre bource
une partie de ce que leur
mauvais droit leur avoit coûté
, & c'eft fans doute ce qui
a fait naître le bruit d'une
Piece fouftraite d'un Procés ,
ce que ceux de fa Maiſon af
furent ne pouvoir eſtre arrivé,
feu M'Tronçon n'ayant jamais
eu que deux Secretaires,
Dd iiij
320 MERCURE
tous deux tres- fidelles , dont
l'un eft mort à ſon ſervice,
& l'autre a efté à luy jufqu'à
fa mort , & n'ayant d'ailleurs
employé pour Sous - Secre
taire que des Gens que leur
conduite a mis à couvert de
tous reproches . Une libera
lité de neufmille francs ( peur
eftre a- t - elle efté moindre )
ayent paru extraordinaire , on
luy a voulu donner une cauſe,
& on n'a pû rien trouver de
plus vray-femblable , que de
dire qu'il s'y eftoit crû obligé
par une Piece fouftraite , qui
avoit fait perdre celuy qui
devoit gagner
.
L
GALANT 321
La feconde Chanfon que
je vous envoye eft d'un treshabile
Maiftre. Vous le connoiftrez
en la chantant.
AIR NOUVEAU .
Ο
Vand jefonge à parler de l'excés
de mes feux,
Vous me dites d'abord que je vay
vous déplaire ,
Et que vous me rendrez censfoisplus
Dumalheureux.
yul
Vousm'avez fait les maux que vous
mepouviezfaire,
En me rendant amoureux.
byildo dna a
l
jup J'ajoute un fort joly Ma
drigal , qui m'a eſté envoyé
322 MERCURE
au nom de Mademoiſelle
de
Villiers , petite - Niéce du feu
Pere le Moine Jefuite , dont
les Ouvrages font en venération
fur le Parnaffe. Quoy
que la vivacité de fon elprit
la faffe paffer pour un Prodige,
vous voulez bien que
je ne vous marque point le
peu d'âge qu'on luy donne.
Il feroit impoffible
apres cela
quevous crûffiez que ce Madrigal
fuft d'elle.
9

W 530
GALANT. 323
ob
FIGNEURA A MONSEIGNEUR
L'E DAUPHIN,
JCET A MADAME
LA DAUPHINE
.
OVIS leplusgrand des Hu-"
mains ,
Grand Monarquepar fanaiffance,
Grand Conquérantparfa vaillance,
Grand Politique en fes deffeins,
Grand dans la Paix, Grand dans
la Guerre,
Grandfur la Mer, Grandſur la
Terre,
Grand par tout, manquoit en un
point;
C'eftoit de n'eftre pas Grand- Pere.
On crût bien que ceTitre aux autres
feroitjoint,
Deslors que de vous deux dépendroit
cette affaire.
324 MERCURE
upUne Perſonne d'efprit
ayant fait l'Anagramme du
nom de Mademoiſelle d'Ef
trée, Fille aînée de Mule Ma
réchal d'Eftrée, Vice- Admi
ral de France, & trouvé dans
Mariane- Catherine d'Eftrée,
Aftre animé, Reyne de charité,
fit fur ce fujet l'Epigramme
que je vous envoye.
S'llefvray que de Dieu la Ce-
Puissance
Parles Aftresfouvent fe communique
à nous;
Heureux
celuy
duelanaiſſance
Le doitfoumettre à l'influence
D'un tel Aftre que vous.
GALANT: 325
3; Voicy d'autres Vers qui
ont efté faits par une belle &
jeune Perfonne , pour le retour
d'un Amant , dont elle
croyoit avoir efté oubliée.
J
E croyois que l'abfence agiroitfur
mon coeur,
Que ne te voyant plus,je deviendrois
maîtreffe
De mes ennuis, de ma douleur,
Des transports violens que caufe la
tendreffe .
Je croyois qu'un mépris que tu n'as pú
cacher,
Auroit fçeu de ton coeur tout mon
coeur arracher;
Mais belas ! ton retour, à mon impatience
Te rendant tout entier, augmente ma
Soufrance.
326 MERCURE
4
Tonlangage, tes yeux, font plus
beaux que jamais,
Je trouve dans ton air mille nonveaux
attraits. y
Etplus je m'apperçois que ta douceur
me tue,
Plus je cherche Daphnis , plusje cherche
fa veue,
Amour, quipourluyfeul allumaftes
mes feux,
Etcignez en moy cetteflame,
Rendez plus tranquille mon ame,
Ou faites qu'ilfoûpire avec moy
ceslicux.
dans
Yach culq st
M' le Marquis de Villequier
, Petit-Fils de M le
Chancelier , & Fils de Mile
Duc d'Aumont Premier
Gentilhomme de la Cham
GALANT 327
bre , a foûtenu depuis peu au
College de Harcourt des
Thefes fur toute la Philofo
phie , fous M' de Chantelou,
tres- habile Profeffeur. L'Af
femblée , à laquelle Monfieur
le Prince de Conty ſe trouva,
eftoit fort nombreufe, & plus
illuftre encor que nombreufe
, puis que tout ce que l'Eglife
, l'Epée, & la Robe , ont
de plus confidérable , fut témoin
des vives lumieres d'ef
prit , qui attirerent un applau
diffement general à ce jeune
Soûtenant. M l'Abbé Roquete
ouvrit la Difpute, & fit

328 MERCURE
un Difcours à la gloire de M
le Chancelier. La matiere ef
toit ample, & fut traitée avec
grand fuccés. Modu Four,
Régent de Seconde, préſenta
une tres belle Ode Latine à
ce digne Chef de la Juſtice.
Le nombre de ceux qui attaquerent
M' le Marquis de
Villequier, fut grand. Miles
Abbez de la Ferté, de Coiflin ,
de Miramion & de Charreau
, firent paroiftre leur ef
prit dans cette Difpute , auffibien
que M " les Marquis
d'Anthin , & de Caumartin,
& M' de Frémont , Frere de
$201 70.IA
rs
GALANT 329
Madame la Maréchale de
Lorgenson MMOol
Le Lundy 9. de ce mois,
Mle Comte de Pertengue,
Ambaffadeur Extraordinaire
den Savoye à Londres , y fit
fon Entrée publique . Je vous
en parle , parce que c'eft la
premiere fois qu'une pareille
cérémonie s'eft faite en Angleterre
, où les Ambaſſadeurs
de Savoye n'avoient
point encor efté reçeus cóme
Ambaffadeurs de Teftes couronnées.
Ce Comte avoit
fait cette Negotiation à Londres
, pendant qu'il y eftoit
Mars 1682. Ee
330 MERCURE
Envoyé Extraordinaire , quoy
qu'il n'euft alors que vinge,
deux ans. Vous voyez par là,
Madame combien il s'eft
fait de grandes choſes en Sa
voye , à la gloire & à l'avan
tage du Païs , depuis que le
mérite & la naiffance en ont
rendu Madame Royale Sou
veraine , ou que cette Prin
A ceffe y a Regné avec Mons
fieur le Duc de Savoye fon
Fils. Le jour que je viens de
vous marquer , M le Comte
de Pertengue fur reçeu à
Gréenvvich , & amené à la
Tour dans les Bérges de Sa
GALANT. 331
Majeſté Britanique , parM”
le Comte de Berkley , & le
Chevalier Cotterel , Maiſtre
des Cérémonies. Il y defcen
dit au bruit du Canon , &
eftant monté dans le Carroffe
du Roy, il fut conduit prés
de Weſtminſter à la Maifon .
qu'on luy avoit préparée.
Trois de fes Carroffes , rem
plis de Gentilshommes Sa
voyards , le fuivoient, avec
plufieurs autres de Perfonnes
de qualité. Mylord Landf
dovine , l'y complimenta au
nom du Roy , & MI Savvyer,
aunom de la Reyne !
Ee ij
332 MERCURE
Snapprens tout préſente.
ment la mort de Dame Françoiſe
Morin , Femme de Meffire
Philippes de Courcillon ,
Marquis de Dangeau , Comte
de Civray , Baron de Meſle,
Huffon , Berfuire & Sainte
Hermine,Seigneur de Chauf
feraye , & c. Gouverneur &
Lieutenant General pour le
Roy en fa Province de Tou
raine , Ville & Chateau de
Tours. Elle eft morte icy le
21. de ce mois , apres une
longie maladie , pendant laquelle
M l'Abbé de Dangeau
l'a affifté avec grandarGALANT
333
tachement, & d'une maniere
tres- exemplaire. Elle n'a laiffé
que deux Filles! nine shop
Les Rimes données par M
Mignon , ont déja produit
beaucoup de Sonnets . Com
me le Prix ne fera donné qu'a
pres les Feſtes , je ne vous en
envoyerois aujourd'huy au
cun , fiune Perfonne de voftrè
Sexe , qui a fait celuy que
vous allez voir , ne méritoit
2
quelque privilege.
SHD
29798
UCT
viore so sh sa
0 shade Mulioup
334 MERCURE
NOUVEAUX
br 12 236
BOUTS - RIMEZ
L
à la louange du Roy.
ན་ས་ ཞེས་
peut
OFIS à bon droit eſtre
plus fierqu'un Panzer
Il a portéfes Loixjuſqu'où naiſt la
Guenuche,
Dans la Guerre il fefaitplus craindre
que Satan,
Les plusfiers devant Luyfont plus
doux que la Pluche.
Il nous conferve mieux que la Biche
Son Fan,
Plus doux ànoftre égardque le Miel
de la Ruche;
Auffi demandons- nous pour luy mille
fois l'an
GALANT 335
Les Siecles d'un Phénix, la fanté
d'une Autruche ,
Sa
v
Contre aucun des Cefars nous n'en
ferions le troc, roi
Les quatre coins du Monde unjour
luyferont hoc , 20
Au Temple de Mémoire il s'est fait
une Niche.
SS
Ceft de luy qu'il eft dit, Nec plu
ribus im- par. ,
1
Ennemis, il mettra tous vos Pais X
en friche , wa
Gardez de l'irriter,& cedez-luy tout,
edaicar....
On a fair fur ces mefmes .
Bouts -rimez , les deux nouvelles
Enigmes que je vous
336 MERCURE
envoye. La premiere eft de
Gygés , du Havre ; & la ſeconde
, du Berger Fidelle.
Vous n'aurez les noms de
ceux qui ont expliqué les
deux dernieres , que dans ma
Lettre Extraordinaire, qui paroiftra
le quinziéme d'Avril.
ENIGME.
Aymis au defefpoir la Nymphe
du Dieu Pan,
lay donné les moyens d'avoir Singe
ou Guenuche;
Admirez mon pouvoir, j'eu ay contre
Satan ,
Et n'épargne ny Roys, ny Clercs , ny
Froe, ny Pluche.
GALANT. 337
SS
Ic fais peur à beaucoup qui fuycnt
comme un Fan;
Et l' Abeille me craint jufque dedans
fa Ruche.
On me voudra pourtant avant lafin
de l'an,
Quand on devroit bannir ce qui
vient d'une Autruche.
$2
Quelquefois jefurprens, & fais demeurer
hoc
Ceux qui veulent courir ; Ils voudroient
faire un troc,
Etme changer furl'heure, ou m'oster
de ma Niche.
S&
Quej'en ayfait parler, & plusfait
mourir par....
Acheveray-je? Non. Si mon nomſe
défriche,
Mars 1682. Ff
338 MERCURE
On verra qu'en grandeur il estfemblable
à car......
AUTRE ENIGME.
Our défendre le Sexe -aimé
de Pan , Pojadis
Contre un traître Ennemy plus mordant
que Guenuche,
Quifçait éguillonner la chair comme
un Satan ,
I'oppoſe mon corpsferme autrement
quela Pluche.
$2
Plus uny par dedans qu'un premier
Bois de Fan,
Je me montre en dehors cavé comme
une Ruche ,
L'ay laforme àpeu pres d'un Baffinet
de G - lan ,
La matiere, des corps que digere
l'Autruche.
GALANT. 339
S2
Avecmoy (falut-il trouver unpareil
c-hoc )
Que d'Amans de leurfort voudroient
bien faire un troc ,
Etpreffer tendrement l'endroit oùje
me niche!
$2
De* celle qui m'employe ( ilfaloit
dire *par )
Au regard de l' Anneau qu'elle a d'un
relie- f riche,
Je fuis mis au haut bout comme en la
phrafe est car.
Je finis ma Lettre par deux
nouvelles qui font l'entretien
de tout Paris.La premiere eft,
que les Turcs attaquent la
Hongrie avec une Armée de
Ff ij
340 MERCURE
cinquante mille Hommes ;
& la feconde , que le Roy
pour donner en ce rencontre
d'éclatantes marques de fa
genérofité , a pris réſolution
de ſecourir l'Empire , & n'a
point voulu profiter de fon
défordre. Sa Majefté a envoyé
les ordres en meſme
temps pour faire lever le Blocus
de Luxembourg . On ne
peut parler d'abord des actions
d'un fi grand mérite,
parce qu'on ne peut en dire
affez. Il faut qu'un filence
d'admiration , nous don-
Sac
plein
ne le temps de faire réfléxion
fur cette grande nouvelle.
GALANT. 341
Ainfi je me tais jufqu'au mois
prochain.
Je n'ay plus qu'à vous dire une
chofe qui affurement vous don
nera de lajoye. La Ducheffe d'Eftramene
, dont vous m'avez écrit
plufieurs fois qu'on vous a parlé
avec tant d'éloges, eft fur le point
de paroiftre. Le S Blageart, qui
acheve de l'imprimer , la doit
donner au Public le 15. jour du
mois où nous fommes prefts d'en
trer, & ainfi l'impatience que
vous avez de la voir fera bientoft.
fatisfaite. On dit que l'Autheur
n'a jamais aimé. Cela eft difficile
à croire , ou felon ce qu'on pui
blie de fon Ouvrage, il n'eft pas
befoin d'aimer pour entrer parfaitement
dans tous les replis du
coeur. Ceux de fes Amis qu'il a
Ff ïïj
342 MERCURE
confultez , l'appellent avare de
mots,tantfon langage eft concis.
Il penfe beaucoup , & de la ma.
niere que l'on dit qu'il penfe , je
ne doute point que vous ne foyez
fâchée de ce qu'il n'ait pas encor
penſé davantage . On vante fur
tout un caractere d'honneftet
qu'il a répandu dans les fenti
mens & les incidens , auffi bien
que dans fon ftile. Adieu , Ma--
dame . La rencontre de lá Feſte
m'oblige à faire partir ma Lettre
trois jours plutoft queje n'ay accoûtumé.
A Paris cc 28. Mars 1682.
On employera volontiers le
Mémoire qu'on a reçen de
Rouen , mais il y manque une
chofe effentielle. On y nomme
GALANT 343
plufieurs Confeillers du Parle
ment, dont on fouhaite l'Attef
tation , afin de donner du poids
à l'Article . L'Autheur du Memoire
la peut envoyer ; & quand
les Intéreffez feront contens , on
fongera à le fatisfaire.
Le XVII . Tome de l' Extraordinaire
distribuera le 1s. jour d'Avril,
Avec la Ducheffe d'Estramene.
Avispourplacerles Figures.
A Médaille doit regarder la page
L80.
L'Air qui commence par Croyezvons,
aimable Lifete , doit regarder la
page 136 .
La Planche qui repréſenteleChaſteau
de Grenade, doit regarder la page 266 .
L'Air qui commence par Quand je
fonge àparler, doit regarder la page 321.
$2522-5525522-2555
MATIERES
contenues dans ce Volume.
TABLE DES
Vantpropos,
ASonnet, 6
8
Reception de M. l'Evefque de Meaux
dans la Ville de ce nom , avec toutes
les Harangues & les Réponses,
Sermon prefché fur le champ , fur trois
Textes diferens, appliquez à un mefme
Sujet,
Lettre en Vers,
Sonnet,
Quatrains à Iris,
63
68
74
77
Honneurs rendus à M. le Duc & à
Madame la Ducheffe de Hanover,
dans les Etats de M. l'Electeur de
Brandebourg, & à la Cour de ce
Prince,
L'Aigle & la Corneille, Fable,
Songe,
Epreuve merveilleuse,
82
112
119
121
Feu de la Chambre des Comptes heureu
fement éteint, 123
TABLE.
128
138
Defcription dufeu du Monde,
Imagination galante,
Tout cequi s'eft paffé àl'Académie Frangoife
le jour de la Reception de M.
Abbé de Dangeau, 143
M. le Vayer de Boutigny eft nommé à
l'Intendance de Soiffons,
Lettre en Profe & en Vers, à Madame
la Viguiere d'Alby,.
Mort de M. de la Salle,
166
178
172
182
184
184
Mort de Madame de Balfac-d'Entragues,
Mort de M. Berthier,
Inondations,
Lettre de M. Comiers touchant fon Probléme
, fon diférent avec les plus
illuftres Mathématiciens,
Hiftoire,
L'Hirondelle, Fable,
199
209
258
Prix proposé par Meffieurs de l'Académie
d'Arles, 262
Hiftoire defix Sonnets , dont les Boutsrimez
ont efté remplis par M. le Duc
de S. Aignans avec lesfix Sonnets,267
Quatre Sonnets fur les Bouts - rimez du
Flageolet,
292
TABLE.
Sonnet fur le bonheur de la Vie champestre,
297
M. de Raye, Fils de M. le Préfident Larcher,
reçeu Grand Raporteur à la
Chancelerie, 297
Mort de M. de Tracy, 300
Gouvernement de Tournay donné à M.
le Comte de Manlevrier- Colbert, 302
Mort de M.le Marquis de Bréval, 309
Mort de M. l'Evefque de Séez, 316
Mort de M. de Geniers , Confeiller de la
Grand Chambre,
Madrigal à Monfieur le Dauphin & à
Madamela Dauphine,
Madrigal pour Mad. d'Eftrées,
Versfur le retour d'un Amant,
316
323
324
325
Theſe foutenue par M. le Marquis de
Villequier,
Entrée de M. le Comte de Pertengue,
Ambaff. Extraord. à Londres,
326
329
Mort de M.la Marquise de Dagean, 332
Nouveaux Bouts-rimez à la loüange du
Roy,
Enigme, 336.
334
Autre Enigme, 338
Fin de la Table.
La Ducheffe d'Eftramene, 341

Expl. des Enig.
2
L'eau
toit
lemor
De
Lapremiere
Ct.
Le Dé's a coudre
ctoit le mot de
La Secondes
Qualité de la reconnaissance optique de caractères
Soumis par lechott le