Fichier
Nom du fichier
1681, 11
Taille
10.50 Mo
Format
Nombre de pages
355
Source
Lien vers la source
Année de téléchargement
Texte
Eur.
511
m
1684.11
Eur. 511m
+1684 21
4 :
Mercure
!
<36624573530014 S
<36624573530014
Bayer. Staatsbibliothek
MERCURE
GALANT
DEDIE A MONSEIGNEUR
LE DAVPHIN.
NOVEMBRE 1681.
A PARIS.
AV PALA I S.
N donnera toujours un Volume
nouveau du Mercure Galant le
premier jour de chaque Mois, & on
le vendra , auffi -bien que l'Extraordinaire
, Trente fols relié en Veau,
& Vingt- cinq fols en Parchemin.
A PARIS,
Chez G. DE LUYNE, au Palais , dans la
Salle des Merciers, à la Juftice, A .:
Chez C. BLAGEART , Rue S. Jacques,
à l'entrée de la Rue du Plâtre,
Et en fa Boutique Court -Neuve du Palais ,
AU DAUPHIN.
Et T. GIRARD , au Palais, dans la Grande
Salle, à l'Envie.
M. DC. LXXXI.
AVEC PRIVILEGE DV ROT.
Bayerische
Staatsbibliothek
München
2252 52525 esa sese
TABLE DES MATIERES
( contenues dans ce Volume.
Avant -propos , accompagné d'Okvrages
en Profe & en Vers,
17
Ce qui s'eft paffe à Stasbourg , dans le
retour du Roy, jufques à fon arrivée
à S. Germain,
Plufieurs Pieces en Vers & en Profe, fur
la foumiffion que Strasbourg a rendue
au Roy, & fur l'entrée des Troupes de
Sa Majefté dans la Citadelle de Cazal,
Sonnet,
32
39
Divertiffemens apres le depart duRoy, 4*
Galanterie en Profe & en Vers
Recepte amoureufe,
43
55
Prix tirez à Charolles en Bourgogne, &
difputez par les Dames,
L'Amour & la Mort, Fable,
Mort de M. de la Baume,
56
IIS .
122
Mort de Madame la Préfidente de la
Berchere,
Lettre en Profe & en Vers,
126
129,
ลี ii
TABLE.
Hiftoire,
Rondeau,
137
189
Retour de M. le Duc de Mortemar, 189
Noms de toutes les Galeres de France,
& de tous leurs Commandans, 190
Grand Procés jugé au Confeil du Roy,
195
207
Requejte d'un jeune Heftre aux Mirtes
des Jardins de Vénus , qui font dans
la Ville d'Idalie en Cipre,
Voyage des Troupes du Roy , & leur
entrée dans la Pille de Cazal, 219
Reception faite à Tours à Monfieur le
Duc du Maine,
Sonnet au Roy,
Autre Sonnet au mefme,
·Ceremonies faites à la Meffe du
245
253
259
S. Efprit
celebrée par Meffieurs du Clergé , 257
Noms de tous les Archevefques, Evef
ques, Abbez, & autres qui compofent
Affemblée du Clergé,
Plufieurs Abjurations,
259
265
Cerémoniefaite à Limours,
Mort de Madame de Sourdis,
276
284
Mort de Madame de Ruberpré, 285
Mort de Madame Forcadel, 288
TABLE.
Harangues faites à l'ouverture du Parlement,
Ouverture des Ecoles de Medecine
M. Puylon,
General Talon,
189
par
295
296
La Mercuriale faite par M. l'Avocat
Compliment du Clergé au Roy par M.
'Archevefque, 3298
Sonnet du Berger Fleuriste , fur une
Abfence, * 300
Noms de ceux qui ont devine la premiere
Enigme
302
Noms deceux qui ont devine la feconde,
306
Noms de ceux qui ont deviné toutes les
deux, 308
Retour de Monfieur à Paris, & tout ce
que ce Prince y a fait pendant fon fejour,
ey
Divertiffemens de cet Hyver,
Thefes foûtenues à Avignon,
Mort de M. Bernardy,
Fin de la Table.
313
319
320
327
a iij
25525252:255 52225
CATALOGVE DES PIECES
qui compofent le XV . Extraernaire
du Mercure Galant, Qu .
de Juillet 1681. donné au Pu-
"blic le 1s.octobre de la mefme année.
Cet Extraordinaire contient
Ne Réponse à la Queſtion , fça
voir, S'il eft plus avantageux à une
Femme d'eftre aimée dés la premierefois
qu'on la voit ; ou de ne l'eftre qu'apres
qu'on a eu le temps d'examiner fon més
•
rite.
on
Une Réponse à la Queſtion, Si une
Femme qui aime toujours un Amant
dont elle eft trahie, doit écouter fa paffion,
ou fa gloire, quand cer Amant tan
che à obtenirpardon de fon infidélité.
Une Réponſe à la Queftion , Com
ment l'ame eftant purement fpirituelle,
peut eftre touchée par la Musique , qui
eft une chofe fenfible.
Deux Réponses à la Queſtion , Si la
t
Santé peut eftre alterée par les Paffions :
Plufieurs Madrigaux fur divers fu
jets.
Une Epiftre en Vers , à une Veuve
irréfolue.
Une Réponse en Profe , & une en
Vers, à la Queftion , Si les plaifirs de
lEfpritfont plus fenfibles que ceux des
Sensange
,prinnel
Une Déclaration d'amour en Profe,
& deux en Vers, à la Queſtion, Si um
Amant aimé qui a peu de Bien , ung
extréme ambition , beaucoup de délica
seffe, & un violent amour, doit épouser
une Maitreffe peu favorisée de la For
tune, & qui a comme luy de l'ambition
& de la délicateffe...
Une Réponſe en Profe , & deux en
Vers , à la Queftion , fçavoir , Si cer
Amant ne devant point épouserfa Maitreffe
peut aimer une autre Perfonne
fans eftre inconftant,
doit
Deux en Vers , & une en Profe & en
Vers, fur la Queftion, Si le Mary
eftreplus grand Maitre que la Femme.
Un Difcours en Vers fur l'origine
de la Medecine ; Un autre Traité en
Profe ; & un troifiéme, de fon origine,
de fon progrés , & de fon état préfent.
Un Difcours en Vers touchant l'E
loquence.
Une tres-belle Piece qui fait voir
en quoy confifte l'air du Monde, & la
veritable Politeffe.
Une autre tres belle & tres -tou
chante, en Vers , intitulée, Les Larmes
de Daphnis , fur la mort de Sylviefon
Epouse.
Un Difcours qui traite des Peintres
anciens , & de leurs manieres.
Plufieurs Billets galans .
Le Singe & le Renard d'Efope,
Fable.
Les noms de ceux qui ont expliqué
la Lettre en Chifres du dernier Extraordinaire.'
4
Un Billet Enigmatique.
Plufieurs Madrigaux fur les Enigmes
des trois derniers mois de Juin , Juillet ,
& Aouft 1681
Les noms de ceux qui ont trouvé le
fens des deux Enigmes d'Aouſt.
Questions nouvelles à décider pour
le XVI . Extraordinaire, qui font,
I.
Si on peut aimerfans lefçavoir.
II.
Si une Belle qui aimefortement, peur
exécuterles deffeins de vangeance qu'elle.
médite contre un Amant abfent qui l'a
oubliée , quand à fon retour il apporte
des raisons , quoy que méchantes , pour
excuferfa conduite.
III.
Si fans marquer peu d'eftime pour une
Perfonne qui nous a fait un Préſent par
amitié , on peut donner à une autre ve
qu'elle now a donné.
IV.
Si un Amant ayant reçeu d'une Belle
les plusfortes marques d'eftime & da
mitié qu'elle pouvoit luy donner , peut
fans attirerfa colere, luy témoigner qu'il
doute de fa tendreffe pour en recevoir de
nouvelles affurances-
V.
En quoy confifte l'Honnefteté & le
veritable Sageſſe.
VI.
Si c'est une imagination mal fondée,
de croire que les Anciens n'ont point
connu dans la Mufique la Compofition
à plufieurs Parties , mais fe fontfeulement
fervis de quelques confonantes , &
parconfequent n'ont point eu l'harmonie
parfaite comme nous l'avõs aujourd'buys
ou bienfi cette opinion eft une verité tresclaire,
& dont on eft facilement perfuadé
par la feule lecture de ceux de ces An
ciens qui ont écrit de la Mufique.
VII.
On a appris par le Mercure du mois
de Septembre , que le 24. d Aouft une
Femme accoucha de deux Filles atta
chées l'une à l'autre par les coftes & par
le ventre , qui n'avoient qu'un coeur,
quoy qu'elles euffent deux corps , deux
teftes, & deux cerveaux. Comme le coeur
eft le fiege de la faculté vitale , on demande
fi dans ce monftrueux Compoſe
il n'y avoit qu'une feule ame , ou une
feule vie.
FIN.
Avis pour placer les Figures.
L'Airqui
' Air qui commence par On peut
encor dans la Prairie , doit regarder
la page 113
La Ville de Cazal doit regarder la
page 245.
L'Air qui commence par En dépit
del Amour,doit regarder la page 299.
La premiere Court de l'Efcurial doit
regarder la page 324 .
ནི་ ས
MERCVRE
GALANT
NOVEMBRE 1681.
E vous ay fait voir,
Madame , en vous parlant
de Strasbourg la
derniere fois , que le Roy
regle toutes fes actions fur la
. Juftice. Il la confulte toûjours
avant que de faire au-
Novembre 1681. A
2 MERCVRE
cune Entrepriſe , & ne s'en
rapporte ny au nombre de
fes Troupes , ny à fa valeur,
S'il fe vouloit fervir de ces
avantages , il eſt impoſſible
qu'il ne foir perfuadé ainfi
que toute l'Europe , que
quelques deffeins qu'il puiffe
former , il luy eft facile d'en
venir à bout , & c'eft en cela
fur toutes chofes que fa modération
éclate. Il fait que
lors qu'on peut tout, on ne
doit pas toutyouloir, & cette
raifon eft caufe qu'il ne veut
jamais que ce qui eft juſte,
Auffi quand ce grand MoGALANT
arque a une fois réfo
toutes les Puiffances duMon
de s'opoferoient inutilement
à fa conduite , à fes forces, &
à fa prudence. Ces trois
chofes vous ont paru dans
tout ce qui s'eft paffé tou
chant les foûmiffions que
Strasbourg luy a rendues , &
je vous ay fait conoître avec
combien de juftice il avoit
voulu fe les faire rendre.
Quoy que je ne vous aye
rien dit que devray , c'eftoit
moy qui vous parlois, & vous
ferez fans doute bien aife
qu'un témoignage qu'on as
A ÿ
4 MERCVRE
puiſſe réçuſer , ſoit la confirmation
de ce que j'ay
avancé fur cet Article . Je
puis vous en donner un qui
vous fera d'autant moins
fufpect , qu'il eft & public, &
d'un. Miniftre public. C'eft
lè Mémoire que M'lè Comte
d'Avaux,Ambaffadeur de Sa
Majefté, préfenta aux Etats
Generaux à la Haye le 8. du
dernier Mois . Ce Mémoire
contenoit , Qu'il croyoit de
fon devoir de faire connoiftre à
LL. SS, que le Roy fon Maistre
ayant effe pleinement informé
qui eſpéroient trouver
que
ceux
GALANT.
leurs avantages dans les troubles,
employoient tous leurs efforts pour
porter les Habitans de la Ville de
Straf bourg à eftre lesprincipaux
Autheurs des défordres qu'ils
que
vouloietfaire naiftre dans l'Empire,
que pour cet effet ilsfaifoient
entendre à ceux de la Ville,
la Cour de Vienne n'avoit
donnéfor confentement aux Conférences
de Francfort , que pour
cacher d'autant mieux le deffein
où elle eftoit de renouveller la
guerre auffi- toft que l'Empereur
auroit achevé les Levees , &
que la Ville de Strasbourg auroit
regeu les Troupes que la Maifon
A iij
MERCVRE
#Autriche y vouloit introduire,
pourporterfes armes dans l'Alface
avec tout l'avantage que ce
Pofteluypouvait doner, Sa Ma
jefté avoit crû devoir apporter
d'autant plus de diligence à préwenir
les défordres que l'execution
de ce deffein pouvoit caufer
dans l'Empire, qu' Elle avoit efte
avertie prefque auffi toft que les
intrigues & feditions du Baron
de Mercy , jointes aux offres &
auxpromeffes que luy les autres
"Emiffaires de l'Empire faifoient
"aunom de Sa MajeftéImpériale
auxHabitans de cette Ville- là,
commençoient à faire de fi fortès
A
GALANT. 7
L
fi
la
impreffiosfur les Efprits.crédules
& turbulens, qu'ils eftoient tout
disposez à recevoir les Troupes
Autrichiennes , & que le Prince
Charles de Lorraine fe préparoit
àyfaire entrercelles quifont
fousfon commandement; de forte
que Sa Majesté voyant que
guerre eftoit inévitable , i Elle
ne prévenoit avec une extréme
diligènce & un tres- grandfecret,
les mauvais deffeins de ceux qui
cherchoient à s'emparer d'un Pofte
fi confidérable au préjudice des
droits acquis à la Couronne de
France par les Traitez de Munfer
de Nimegue,fur toute la
A iiij
8 MERCVRE
Haute & Baffe Alface, &
par conséquent fur Strafbourg
qui en eft la Capitale ; Elle s'ef
toit trouvée obligée de s'y tranf
porter Elle-mefme ,pour y rece
voir leferment de fidelité qui luy
eftoit deú, de crainte qu'une plus
longue patience ne luy portaft
préjudice; Que comme MªleMarquis
de Louvois que le Roy avoit
envoyé avant luy , avoit mandé
que les Troupes avoient marché
avec tant de diligence , qu'elles
s'eftoient emparées le 28.Septem
bre de la Redoute qui regarde le
Pont, & avoient prévenu les
Troupes Impériales qui avoient
f
GALANT.
ordre de s'en faifir'; que ceux de
Strafbourg avoient en mefme
temps témoigné qu'ils eftoient
tout prefts à fe foumettre à l'obeiffance
qu'ils devoient à Sa
Majesté , & qu'ils vouloient
bien recevoir les Troupes dont
Elle croyoit qu'ils euffent befoin
pour leur défenfe, Sa Majesté
avoit renvoyé auffitoft en leurs
Quartiers toutes celles qui n'ef
toient pas néceffaires pour la feû
reté de la Ville de Strasbourg,
où Elle devoit fe rendre à petites
journées pour visiter la Place
pour ordonner ce qu'Elle jugeroit
à propos; Qu'ainfi il
10 MERCVRE
avoit fujet d'espérer que ce qui
auroit efté une occafion de guerre,
ferviroit d'orefnavant d'un
moyenplus facile à conferver la
paix, puis que lafoumiſſion de la
Ville de Strasbourg à l'obeïf-
Fance de Sa Majefte , uinoit les
deffeins de ceux qui prétendoient
fefervir d'un Pofte fi avanta
geuxpourrecommencerlaguerre,
&que d'ailleurs il n'y avoit pas.
eu de croire que les Princes de
【Empire , eftant auſſi éclairez
qu'ils font , vouluffent troubler
le repos dont toute l'Europe jouit
à prefent, pour disputer à Sa
Majeftédes droitsqui luy appar
GALANT. II
renoient avec juſtice , qu'Elle
poffedoit, & qu'Elle eftoit réfobue
de maintenir par tous les
moyens que Dieu luy avoit mis
en main ; Que cependant comme
les Miniftres Autrichiens avoiet
tachéd'alarmertout l'Empire, en
publiant que Sa Majesté avoir
deffein de porter fes armes aw
dela du Rhin , il pouvoit bien
affurer LL. SS. que le Roy
fon Maistre avoit des inten
tions fifinceres pour conferver la
Paix dans l'Europe , que loin de
fonger à rien entreprendre , il
eftoit au contraire tout disposé à
confentir dés- à -prefent à faire
12 MERCVRE
entierement démolir les Fortifi
cations de Fribourg , & à reftituer
à l'Empereurcette Place qui
eft la Capitale du Brifgavu , à
condition que l'Empereur feroit
pareillement rafer les Fortifications
de Philifbourg, & rendroit
cette Bourgade & fes dépendances
à l'Evefque de Spire; de forte
que par ce moyen il ne tiendroit
qu'à Sa Majesté Impériale de
faire cefferdepart & d'autre tout
fujet d'inquiétude & de défiance,
d'ofterpour l'avenir toute occa
fion de renouvellement de guerre,
d'affermir pour toujours une
parfaite correfpondance entre la
France & l'Empire.
GALANT. 13
Vous voyez , Madame, par
le deffein qu'avoient les Impériaux
de fe faifir de Stras .
bourg , que Sa Majeſté ne
les a prévenus que pour empeſcher
la Guerre. Ils s'eftoient
préparez à la déclarer
apres qu'ils fe feroient empa
rez de cette Place , & le Roy
n'a voulu en eftre Maitre
que pour affermir la Paix.
C'eft ce queje vous ay marqué
fort au long dans ma
Lettre precédente , & ce que
vient de vous confirmer le
Manifefte , dont j'ay crû de
voir vous faire part.Ainfi l'on
14 MERCVRE
ne peut douter que ce ne
foit avec une tres - grande
juftice que le Roy s'eft fait
rendre l'obéiffance qui luy
eftoit deuë par ceux de Strasbourg
, & qu'il n'ait eu plus
d'une raifon de le faire. Cependant
afin que les jaloux
de la gloire qu'il a ſi bien
meritée, n'euffent aucun lieu
de s'alarmer , il s'eft empef
ché, par un effet de la plus
haute modération, & qui luy
eft pourtant ordinaire , de
tenter une entrepriſe , qui
depuis plufieurs années luy
eftoit auffi facile qu'elle l'a
GALANT. If
efté le jour qu'il réfolut de
l'exécuter. Un motifpreffant
[ êtoit feul capable de luy faire
prendre cette réfolution ; &
il ne l'a prife que lors qu'il a
veû la Paix en péril d'eftre
troublée. Ainfi on peut dire
qu'en fe faifant ouvrir les
Portes de Strasbourg , il a
fermé celles de la Guerre,
puis queles Autrichiens vou
loient s'affurer de ce Paffage,
pour pouvoir enfuite nous la
déclarer. Ce n'eft point affez
pour ce grand Prince, d'avoir
donné le repos à toute l'Europe.
Il veut la maintenir
16 MERCVRE
dans ce calme , & l'on n'en
fçauroit douter , fi l'on examine
ce qu'il ne fait point
ce qu'il eft en état de faire .
On n'eût pas fitoft nouvel
les qu'une partie de ſes Troupes
marchoit vers Stras
bourg , que ce Madrigal
parut.
D
'Vn Projetfijufte &fibean
Quel fuccés acvons-nous
attendre ?
Sans quelque miracle nouveau,
Straslour pourroit- ilse défendre?
Non , non , le GRAND Loüis
fera toujours vainqueur,
Sa prudence ny fa valeur
Ne trouverontjamais d'obftacles,
Etc'est unpoint de foy qui n'est que
trop conftanti
L
GALANT 17
Quoy que puiffe le Proteftant ,
Il ne peutfaire de miracles.
Le Voyage de Sa Majeſte
à Strasbourg a fait trop de
bruit pour n'en parler qu'une
fois , & vous voudrez bien
fans doute , que nous reprenions
cette matiére. Le jour
que le Roy entendit la Meſſe
dans l'Eglife Cathédrale , M*
Evefque de Strasbourg qui
le reçeur à la Porte , comme
je vous l'ay déja marqué,n'êtoit
pas feulement accompagné
d'une partie de fon
Chapitre, mais encor de fept
Abbez mitrez avec leurs
Novembre 1681. B
MERCVRE
Croffes. Jamais l'allégreffe pe
parut plus grande en aucune
occafion qu'elle fe fit remarquer
par les cris dejoyequ'on
pouffa dans celle- cy. Le Te
Deum fut chanté au bruit du
Canon , des Cloches , des,
Orgues , des Timbales , des
Trompetes , & des Fifres
des Cent Suiffes , & des, acclamations
d'un nombre infiny
de Perfonnes de toute
forte d'états. Je ne vous dis
rien de la Mufique. Chaque,
Pais fe fait là - deffus des.
beautez à ſa maniére , & il
m'y arien quine plaife quand
GALANT. ig
Heft de noftre gouft. Pen
dant tout le temps que le
Roy a demeuré dans Stras
bourg , il a tous les jours
monté à cheval, tantoft pour
aller faire tracer lesLignes de
Circonvalation
autour de là.
Place , où il fait baſtir la Ci
tadelle , tantoft pour aller ali
Pont du Rhin , & tantoft.
pour vifiter les Dehors de la
Ville. La plûpart des Dames.
qui eftoient veftues en Amal
zones , employoient
le mefi
me temps à fe promener out
elles croyoient le mieux di
verrir. Les unes alloient cher
Bij
20 MERCVRE
cher ce que les Marchands
avoient de plus curieux , &
les autres fe faifoient mener
aux Lieux de la Ville qui eftoient
à voir. Elles y ont ad
miré le teint des Femmes,
qui prefque toutes ont les
traits bien faits . Elles portent
des Chapeaux ornez de den-..
telle noire ou d'argent , fuivant
le bien qu'elles ont ,
de gros Bonnets d'une fou
rure tres fine . Leurs cheveux
ne font point abatus , mais
natez & pendans , & elles
attachent leurs Jupes pref
que au milieu du dos, ce qui
&
GALANT. 21
5
empefche que leur taille
ne paroiffe avantageufe. Jamais
on n'avoit veu dans
Strasbourg une fi belle Af
femblée.Outre un fortgrand
nombre de Perfonnes du
premier rang de la Cour de
France , la plupart des Prin
ces des environs s'y eftoient
rendus, attirez , comme quelques-
uns ont dit en parlant
du Roy, pour voirla Merveille
du Monde ; & ceux qui n'ont
pû s'y rendre , ont envoyé
faire compliment à Sa Ma
jesté. Le 25. d'Octobre, Elle
donna Audience au Prince
22 MERCVRE
de la Petite Pierre , & le len
demain au Prince de Wirtemberg,
Adminiſtrateur du
Duché ; au Comte Bagliani ,
Envoyé du Duc de Mantouë
; à M' Cachevviki , En
voyé Extraordinaire de Po
logne , au Comte de Wirgeinftein
, Envoyé Extraordinaire
de l'Electeur Palatin
; au Marquis de Bade-
Dourlach , & au Baron de
Bicken , Grand Bailly du
Pais d'Eichesfelt
, Envoye
de l'Electeur de Mayence.
M de Bonneuil , Introdu
Ateur desAmbaffadeurs.com
GALANT. 23
duifit ces Princes & ces Mi
niftres , qui ce mefme jour
surent l'avantage de com
plimenter la Reyne ainfi que
Monfeigneur le Dauphin,
27.
du
Madame la Dauphine , &
Leurs Alteffes Royales. Je
vous ay déja mandé que
Leurs Majeftez eftoient par
ties de Strasbourg le
mefme mois , & qu'Elles al
lérent coucher à Saverne . Le
Roy & une partie de la Cour
logea dans le Palais de M
L'Evefque de Strasbourg . Ce
Prélat avoit fait tendre des
Toiles , & envoyé une belle
24 MERCVRE
Meute de Chiens courans au
devant de Monſeigneur le
Dauphin, dont l'arrivée precéda
celle du Roy. Plufieurs
Gentilshommes du Païs eurent
l'honneur d'eftre admis
à cette Chaffe. On y prit fix
ou fept Sangliers , l'un def
quels eftoit d'une groffeur
fi prodigieufe , qu'il pefoit
pres de fix cens livres . On
en prit un autre aupres de
Colmar , ayant à peu pres la
mefme groffeur. M' de Strasbourg
avoit ordonné qu'on
défonçaft des foudres deVin
en plufieurs endroits de fon
Palais,
GALANT. 25
$
Palais , où il y avoit diverfes
a
Tables
ouvertes , avec des
Gens deftinez pour inviter
à y prendre place. Le Roy
mangea à fon ordinaire , c'eſt
que fes Officiers pré- à dire
parerent le Souper . Il ne s'eft
prefque paffé aucun jour
pendant leVoyage, à l'excep
tion de ceux qui ont efté employez
à traverſer les Montagnes
, que Monſeigneur le
Dauphin n'ait efté à la Chaf
fe aux Chiens courans , ou à
Poyfeau. Ce jeune Prince
jouit apréſent d'une parfaite
fanté , ce qui eft un fort
Novembre 1681. C
26 MERCVRE
grand fujet de joye pour tou
te la Cour.
Le Roy qui fait les beaux
jours de tant de Perfonnes
,
ajoüy d'un tres- beau temps
depuis
Fontainebleau
, juſques
apres fon départ
de
Strasbourg
. Ainfi tout le
Voyage
pendant
plus de
trois lemaines
, eut plûtoſt
l'air d'une fomptueufe
Cavalcade,
que d'une
marche
faite
avec deffein
. Cóme
ce beau
temps
n'eftoit
neceffaire
que
pour faire paroiftre
la magnificence
de la Cour dans des
Lieux
où elle n'avoit
point
GALANT 27
encor efté veuë , la pluye
qui pouvoit eftre utile à la
terre, commença fur la fin
"
du dernier mois , & ne ceffa
5 point pendant dix ou douze
jours. Quoy qu'elle tombaſt
fi abondamment , que les
chemins en devinrent prefque
impraticables , elle ne
fut point capable d'empef
cher le Roy de fe détourner,
pour vifiter les Places qu'il
avoit réfolu de voir dans fa
route. Marfal fut du nombre,
ainfi que Nancy, dont
Sa Majesté vifita les Fortifi
cations , & fit Reveuë de la
Cij
28 MERCVRE
Garnifon . Elle vint coucher
à Mets le fecond du mois &
y
donna Audience au Baron
de Leyen , Envoyé Extraordinaire
de l'Electeur de Tréves.
La Journée de Thionville
à Longuyon eſtoit fort
grande pour toute la Cour,
& plus encor pour le Roy
qui devoit le détourner pour
voir Longvvy , où il diſna.
Quoy qu'il fût fort tard
quand il fe rendit à Longuyon
, la Reyne n'y eftoit
point encor arrivée , & la fatigue
d'avoir efté toûjours à
cheval depuis la pointe du
GALANT. 29
jour, ou occupé à viſiter des
Fortifications
, ne l'empefcha
point d'en prendre une
autre. Il defcendit de cheval,
ce fut feulement
pour en
changer. Il alla plus de deux
lieues à la rencontre de cette
Princeffe; de forte qu'il êtoit
pres de minuit quand Leurs
Majeftez arrivérent à Lon
guyon. Le lendemain Elles
allérent coucher à Stenay,
où Elles voulurent fejourner
un jour pour laiffer avancer
les Equipages que le mauvais
temps avoit retardez .
Elles ont en fuite couché à
C iij
30 MERCVRE
fur
Grandpré , à S. Souplet , à
Rheims, à Filmes, à Soiſſons,
à Villers- Cotrets , à Dammartin
, & font arrivées à S.
Germain le feiziéme de ce
mois dans une fanté parfaite.
Le Roy y a reçeu com
pliment de toutes parts
T'heureux fuccés de fon
Voyage, qu'il ne s'eft donné
la peine de faire que pour
affurer le calme dont jouit
toute l'Europe . C'eft dequoy,
conviennent les plus fages &
les plus éclairez Souverains,
aufli bien que ceux qui pren
nent les choſes du bon cofté,
GALANT. 31
5,
& à qui leur intereft particu
lier ne fait point chercher
de prétextes pour rompre la
Paix. Plufieurs ont écrit fur
la foûmiffion que Strasbourg
a rendue au Roy , & fur l'entrée
des Troupes de Sa Majefté
dans la Citadelle de
Cazal. Voicy quelques-unes
des Pieces qui ont eftéfaites
fur ce fujet.
B
32 MERCVRE
MADRICAL
Q
Vand faute d'Ennemis ,
LOV IS victorieux,
Laiffe repoferfon Tonnerre,
Ce qu'ilfait dans la Paix, le rend
plusglorieux,
Que ce qu'il a fait dans la Guerre.
O
L'ABBE DE SAINTE CROIXCHARPY.
SONNET.
Uy, Strasbourg s'eft foûmis
à votre obeiffance,
Et Cazal qui le fuit, reçoit les mefmes
Loix;
Grand Roy , voftre feul Nom , ou
voftre feul voix ,
Font voir à l'Univers quelle eft
voftre puiffance.
GALANT. 33
$2
Ainfi malgré l'effort de la Triple-
Alliance,
Neparuftes- vous pas le plus puiſſant
des Roys ?
Et lors que vous preniez fix Villes
à-la -fois,
L'Europe s'étonnoit des progrés de
la France.
25
Si ce vafte pouvoir qui s'étend en
tous Lieux,
Eft celuy d'un Héros toûjours victorieux,
En eft-il apres Vous un plus grand
fur la Terre ?
Rs
Non , non , on voit briller en tout
temps vos hauts Faits;
34 MERCVRE
Car ayant triomphé dans le temps de
la Guerre,
Ne triomphez- vous pas dans celuy
de la Paix ?
RAULT, de Roüen.
MADRIGAL
A Sujetirle Rhin & le Pô toug
d'un
temps,
N'eft pasunepetite affaires
Céfar ne lefit qu'en dix ans,
LOVIS en unjour l'afçeufaire.
On fçait que Célar em
ploya neuf ans à fe rendre
Maiftre des Gaules & du
Rhin qui paffe aupres de
Strasbourg, & qu'en fuite il
alla faire la guerre à PomGALANT.
35
pée , & affujettit le Pô , qui
paffe à Cazal. C'eft ce qui a
donné lieu à ces quatre derniers
Vers.
J'adjoûte un Billet que
vous trouverez galamment
tourné fur cette mefme matiere.
Ileft de M' de Clelban
de Normandie.
A MONSIEUR DE ***
en luy envoyant le Mercure.
J
E ne vous envoye ny Cyrus
ny Cléopatre. Il y a longtemps
que ces Livres ont ceffe
d'eftre à la mode , je ne feay
36 MERCVRE
pas comment les furannez attraits
de cette Princeffe , & les
exploits fabuleux du grand Artamene
, ont eu jusques à préfent
quelque pouvoirfur voftre
efprit Nous ne fommes plus
au temps des contes ; s'il s'en
fait encor, ce n'eft que pour rire ;
& ceux qui tiennent du meilleur
gouftfontfort au deffous de
ce qu'on voit faire tous les jours à
Louis LE GRAND . En
effet , les Romans n'ont jamais
tant inventé qu'il exécute ; &
・fe rendre Maistre de Strasbourg
& de Cazal dans le mef .
me temps , pafferoit pour une
GALANT. 37
Fable, fil' Allemagne , l'Italie,
tous les Peuples , n'eftoient
témoins de fes grandes Actions.
Fettez les yeuxfurfes diverfes
Conqueftes , leur rapidité vous
furprendra. Regardez qu'il s'arrefte
lors qu'ilpeut tout vaincre,
& vous avouerez que les Fai-
Teurs de Romans n'avoient point
encor trouvé ce bel endroit pour
former le coeur de leurs Héros,
Ils en ont aujourd'huy un parfait
modelle , & vous , Monfieur
, un Livre vivant , fans
aller chercher dans Cléopatre
Cyrus , où vous ne trouverez
pas ce que vous avez devant les
38 MERCVRE
yeux
. Je vous envoye
le Mercure
,
vous l'envoyeray
tous
les mois
. Il ne manquera
pas de
vous apprendre
agréablement
les
Illuftres
Actions
de noftre
Au
gufte
Monarque
; & afin que
vous
n'ayez
point
à regreter
la
perte
de voftre
vieille
Cléopatre
,
il vous contera
mille petites
Hiftoires
amoureuses
, &r vousfera
le Portrait
desplus jolies
Dames
du monde
, quifont
d'un goût
plus charmant
que les plus vantées
de celles
qui vivoient
dans
le Siecle
de Mandane
. Adieu
,
Monfieur
. Vous
n'aurez
de mes nouvelles
que par
que par le premier
Mercur?.
GALANT. 39
J
le ne puis mieux finir cet
Article que par un Sonnet
dont M'de Longpré Académifte
eft l'Autheur. Vous
prenez tant d'intereſt à ce
qui regarde la gloire du
Roy, que je ne fais aucun
doute que vous ne foyez de
fon fentiment.
A
SONNET.
Ugufte, apres César, eut l'im
mortel bonheur
De remplir defon Nom un des mois
de l'année;
L'Univers s'yfoûmit, & cefupréme
honneur
Paffe tous lesfuccés dontfa vie eft
ornéc.
40 MERCVRE
S
LOVIS ,le Grand LOVIS , cet illuftre
Vainqueur,
Sous qui s'étend la France, &fe voit
fortunée,
Ce Héros dont l'efprit égale le grand
coeur,
Amerité centfois la mefme deſtinée.
25
Confacrez à fon Nom le mois qu'il
vint au jour,
Banniffez deformais Septembre, &
fans retour,
Peuples, foumettez- vous à ce que
vcut fa gloire.
25
Vous avez adniré fes Exploits
inoüiss
Mais pour éternifer fon Nom & fa
mémoire,
Que Septembre àjamais ait le Nom
de LOVIS.
GALANT. 41
les
Dés le
lendemain que Sa
Majefté fut arrivée à S. Germain
, Elle alla voir à Verfailles
ce que les Ouvriers
avoient avancé depuis fon
départ , les dépenfes qu'Elle
eft obligée de faire pour les
Troupes , pour les Armemens
de Mer , & pour
Fortifications
de beaucoup
de Places , n'empefchant
point qu'on ne travaille toû
jours aux Ouvrages
qui font
dignes de la magnificence
d'un Grand Roy. C'est par
là que noftre Augufte Monarque
acheve de porter au
Novembre
1681.
D
42 MERCVRE
plus haut point la gloire de
fon Etat. Les Plaifirs qu'on
avoit abandonnez
pour le
Voyage
d'Alface
, & qui eftoient
partis pour Chambord
, ont efté rappellez
à S.
Germain
incontinent
apres
le retour, & l'on a déja commencé
à yjouer alternativement
le Pourceaugnac
, & le
Bourgeois Gentilhomme
du fameux
Moliere. Comme la
Mufique du Roy, & les Danfeurs
à qui Sa Majeſté donne
Penfion , font employez
dás
les agrémens
de ces deux
Pieces , elles ont paru avec
GALANT. 43
beaucoup d'avantage , &
ont extremément fatisfait
toute la Cour. Les Comé
·
diens de leur cofté fe font acquitez
tres - bien de leurs
Rôles , la plûpart les ayant
joüez d'Original , & ayant
efté inftruits
mefme.
par
l'Autheur
La fierre fied bien à celles
devoftre Sexe, mais elle ceffe
d'eftre une vertu , quand on
la porte jufqu'à faire gloire
de paffer pour infenfible.
C'eft un défaut qu'on reproche
à une fort belle Perfonne
, qui depuis plufieurs
Dij
44 MERCVRE
années , charmant tous ceux
qui la voyent , fait autant de
Malheureux qu'elle s'attire
d'Amans . Les plus empreffez
à luy donner tous leurs
foins , cherchent inutilement
par où fon coeur peut cftre
touché , & comme perfonne
n'a pû encor découvrir les
chemins qui y conduiſent,
on ne la nomme par tout que
la belle Indiférente . Une
Dame de Paris qu'elle a fu
jet de confidérer , & qui auroit
de la joye qu'elle vouluft
fe défaire d'une qualité qui
luy fait tort , luy envoya il
GALANT. 45
y a fort peu de temps un
Amour d'Email tres- bien
fait , tenant d'une main des
Coeurs enchaînez avec une
Clefde l'autre.Ce préfent luy
fut rendu en Province, ou
cette Belle fait fon féjour le
plus ordinaire. Il eftoit accompagné
d'une Lettre dont
on avoit chargé cet Amour,
qui devoit en mefme temps
,
offrir à la Belle deux Paires
de Boutons de Topafe tres
riches , propres pour mettre
aux Manchetes , & tout cela
au nom de la Dame. Je ne
vous dis point que cette
46 MERCVRE
Dame a l'efprit tres délicar.
Vous le connoiſtrez en lifant
fa Lettre.
25525252-255 52225
A MADEMOISELLE
***
L femble, ma Chere , que
vous foyez en poffeffion de
gagner les coeurs de tout le monde
, & de ne donner jamais le
•voftre ; & je pense que vous
vous imaginez, parce que vous
avez toujours conſervé une raifon
libre, un esprit fort, un empire
abfolu fur vos paffions ,
que vous avez mene jusques à
GALANT. 47
2
préfent une vie douce & tranquille
, ennemie de tout engagement,
qu'il vous fera permis de
vivre toûjours de la mefmeforte.
Cette prétention eft injufte ; elle
n'eftpas mefme tropChreftienne.
C'est un crime, que de manquer
de reconnoiffance pour ceux qui
nous aiment , nous sommes &
obligez d'avoir pitié de noftre
prochain. Je vous diray auffi en
bonne Amie , qu'il n'y a pas
feulement de la dureté dans ce
procedé, mais auffi quelque chofe
de fort fingulier, de fe vouloir
ainfi tirer du pair, &fe diftin
guer du refte des Gens. Défaites
48 MERCVRE
les
vous , ma Chere , de vos Chere , de vos faux
préjugez, & détrompez - vous
de vos erreurs. Vous avez beau
Faire. Vous ne vous dispenferez
point d'aimer non plus que
autres; l'Amour est un Dieu
fans quartier, & toft ou tard,
chacun luy doit payer le tribut,
ainſi qu'à la Mort. Celuy que
je vous envoye, & à qui je vous
prie de faire un accueilfavorable
à cause de moy , est un Amour
tres- irrité contre vous . Il a tenté
plufieurs fois inutilement la conquefte
de vostre coeur, mais àpréfent
ilfe fait fort de l'emporter;
l'euffiez- vous mis à couvert
Lous
GALANT. 49
Fous cent Cadenats & fous mille
Clefs, la fienne vaut mieux que
toutes les vostres , puis que c'eſt
un Paffe-par-tout à qui rien ne
refifte, & quifefait donner paf
fage en tous lieux.
Amour, ce petit Dieu , vient de
quitter la Mere.
Il defcend de l'Olimpe avec tous
fes attraits.
Il traverſe les airs , armé de tous
fes traits,
Et profere ces mots, dans fa juſte
colere.
S2
Moy, qui tiens fous ma Loy l'un
& l'autre Hémifphere,
Qui ne conçois jamais que de
vaftes projets ;
Novembre 1681 E
50 MERCVRE
Également puiffant dãs la Guerre
& la Paix,
Ne pourray-je toucher une in
grate Bergere?
S&
Je l'auray, malgré la froideur.
Ouy,je triompheray de ce coeur
infenfible.
Cette Place , apres tout, n'eſt
point inacceffible ,
Et j'en veux eftre le vainqueur,
Je fçay bien
$2
que ce coeur me fera
réſiſtance,
Qu'il me faudra forcer plufieurs
Retranchemens ,
Et qu'on m'oppoſera tous les
fiers Régimens
De l'Orgueil, du Dédain, & de
l'Indiférence.
GALANT. 51
་
Se
Je ne crains point ces Ennemis,
Leurs efforts ferviront de relief
à ma gloire;
On goufte avec plaifir les fruits
de la Victoire,
Apres que l'on a tout foûmis,
S&
Si la Bergere veut me remettre
la Place,
Sans me difputer le terrain,
Qu'elle conteſteroit en vain ,'
Ah, foy de Dieu d'honneur , elle
obtiendra fa grace .
Sa
J'auray pour elle cet douceurs ,
La Parque filera fes jours d'or
& de foye;
Les Ris & les Graces , mes
Sceurs,
La feront vivre en paix, & mourig
dans la joye.
52 MERCVRE
Voila, ma Chere, de belles pro
l'Amour vous fait.
&
meffes
que
Ce n'est
point
un Dieu
fourbe
fanfaron
, il les exécutera
à
la lettre. S'il ne dit pas
quelquefois
tout ce qu'ilfait, ilfait fou
vent
bien
plus
qu'il
ne dit. Si
vous
voulez
fuivre
mon
confeil
,
le
party qu'il vous accepterez
vous offre. C'est le plus feûr, le
plus agreable , & joferay dire,
le plus glorieux , puis que les
Dieux , les Roys , & les Conquérans,
s'y foumettent, & qu'à
moins que de vivre comme un
Anachorete de la Thébaïde , ou
d'eftre un peu Misantrope &
GALANT. 53
Loup-garou, on nepeutpas vivre
fans aimer.
F'ay chargé ce petit Amour
en partant de Paris, de vous préfenter
deux Paires de Boutons de
Topaze, de mapart, & de vous
・faire mes complimens ; mais comme
c'est un Dieu fort intéreße,
que parmy les Dieux , auffibien
que parmy les Hommes ,la
charité commence parfoy mesme,
je croy qu'il ne vous parlera que
de fes intérests,& qu'il oubliera
ma commiffion. Je luy aypourtant
fort recommandé de vous les
donner en main propre.
E iij
54 MERCVRE
Ces Noeuds font pour lier vos
manches,
Ou bien pour ler voftre coeur.
Permettez que ce Dieu vainqueur,
Defes bras potelez, de fes belles
mains blanches,
Vous attache cette Faveur .
Je dois vous l'avoüer , elle n'eft
pas bien grande,
Pour employer un Immortel ;
Et je ne fçay que trop , qu'une
pareille offrande
N'eft pas digne de voſtre Autel,
Toute indigne pourtant qu'elle
de vous eftre offerte , je vous
conjure de la recevoir comme un
de mon amitié fincere , &
eft
gage
de me croire, & C.
GALANT. 55
5
On m'a fait part d'une galante
Recepte quiferoit bien
propre pour une Belle du
caractére dont je vous ay
peint l'aimable Perfonne à
qui cette Lettre eft adreffée.
Jevous en envoye uneCopie.
RECEPTE AMOUREUSE .
P
Our bien purger une Beauté
Dont lesyeux charment tout
le monde,
Purgez - la de fa cruauté,
C'est là l'humeurdont elle abonde.
Se
Afin que la Purgation
Caufe peu d'altération,
Recipe pour noftre Ordonnance
E iiij
56 MERCVRE
Lepoids d'un Ecu de Pitié;
Une once engros de Confiance ,
Avec deux drachmes d'Amitié,
Et quatre de Correspondance.
Infusez le tout en douceur,
Cela luy purgera le coeur
De cette humeurfiere & maline
Quifiedmalà Beauté divine.
Quefi vous eftes aſſuré
Que le malfoit invéteré,
Et qu'ily refte quelque chofe,
Vous réitererez, & doublerez la dofe
Je ne fçay, Madame, ſi la
Ville de Charolles en Bourgogne
vous eft conuë . Quoy
qu'elle foit fort petite , on ne
laiffe pas de s'y divertir auſſi
GALANT. 57
agéablement que dans les
plus grandes du Royaume.
Les Dames yfont fpirituelles
& fort fociables , & fe déclarant
ennemies de la contrainte
, elles ont en toutes
choſes une liberté honneſte,
qui leur attire l'eftime de
tous leurs Voifins , & les
rend capables de toute forte
d'exercices. Celuy de laChaf
fe , où l'on peut dire qu'elles
font infatigables , eft un Divertiffement
qui leur fait
faire la plupart du temps de
tres - galantes Parties . Elles
montent auffi bien à cheval
58 MERCVRE
qu'elles dancent , & ne font
pas moins paroiftre d'adreſſe
à tirer un coup de Fufil & de
Piftolet , qu'elles en montrent
lors qu'elles veulent
manier l'Eguile. Apres cela
vous ne ferez pas furpriſe de
ce que j'ay à vous en conter,
Comme la plupart des plus
confidérables Perfonnes de
Dijon , Châlons & Maſcon,
viennent tous les ans paffer
à Charolles les plus beaux
jours de l'Eté, les Chevaliers
de cette petite Ville choifirent
ce temps, qui n'eft def
tiné qu'aux plaifirs & à la
GALANT. 59
I
2
joye, pour députer vers ceux
de Paroy - le- Moinel , du
Mont - Ceny, & du Mont
S.Vincent, afin qu'ils fe préparaffent
à venir tirer le Prix
Îe 25. Aouſt, ſuivant leurDéfy
de l'année derniere . Le Chevalier
qui fut député , leur
porta parole qu'on les attendroit
avec tout ce qui ef
toit néceffaire pour la pompe
de la Fefte , & qu'il y auroit
deux Prix , l'un du Panton ,
& l'autre de l'Arbalefte ; le
premier , d'un petit Service
de Vaiffelle d'argent de huit
cens Ecus ; & le fecond, de
60 MERCVRE
cent cinquante Loüis , que
l'on payeroit en efpeces. Ce
Défy fut accepté par les trois
Compagnies Etrangères, qui
eftant venues au jour arreſté
en tres- bon ordre , furent
reçeues avec de fort grands
honneurs , & logées en fuite
chez les Chevaliers de la
Ville, qui font obligez de les
défrayer pendant tout le téps
que dure la Fefte. Le lendemain
fut employé en Fef
tins, & à tirer quelques coups
d'effay , apres quoy on réfo
lut que le jour fuivant on tireroit
pour le Prix. Il fut
~
GALANT. 61
gagné par les Etrangers, au
grand déplaifir de ceux de
Charolles , qui paffent pour
S les meilleurs Fufeliers de la
Province. Le jour s'acheva
en réjouiſſances, & lePrix de
l'Arbalefte fut remis au lendemain.
Les Chevaliers E- S
trangers eurent encor le même
avantage , & ſe firent reconnoistre
pour Vainqueurs
au bruit des Tambours
&
des Trompetes
. Apres qu'ils
fe furent fait compliment
les uns aux autres , & qu'ils
eurent donné aux Vaincus
le Défy pour l'année pro62
MERCVRE
chaine , ils les envoyérent
lier avec des Rubans pour
marque de leur efclavage.
On éleva auffitoft les Enfeignes
des Chevaliers Etran
gers au plus haut des Tentes.
On cria Victoire, & en obfervant
les cérémonies ordinaires
, onfe mit en marche pour
retourner à la Ville. Jugez
quelle fut la furpriſe des
Vainqueurs , lors qu'y croyat
entrer en triophe, ils en trou
vérent les Portes fermées.
Le Roy de la Fefte envoya
fur l'heure un de fes Trompetes
pour en fçavoir la raiGALANT.
63
11
I
Ľ
fon. Le Trompete n'eut pas
plutoft donné le fignal, qu'il
e apperçeut une Dame au travers
d'une Feneftre , quiluy
jettant une Lettre , luy dit
qu'il la portaft à ſon Maiſtre.
It alla foudain retrouver le
Roy, qui ayant reçeu la Lettre,
la lût tout haut aux Chevaliers
de fa Suite . Voicy
dans quels termes elle eftoit
conçeuë.
N
E foyez point furpris
Roy vainqueur, & vous
braves Chevaliers , fi en vous
difputant l'entrée d'une Ville qui
64 MERCVRE
vous eft acquife par le droit des
Armes , nousfemblons parlà arrefter
le cours de vos Conqueftes .
Nous ne sçaurios voir le brillant
éclat de vos Trophéesfans confu
fion & fans douleur. Ces Cou
ronnes don't vos testes font chargées
, font l'Ouvrage de nos
mains. Ces Lauriers que vous
faites porterà vos costezpour témoignages
de voftre victoire ,
eftoient deftinez à d'autres Vain
queurs , & c'estparnosfoins &
par nos peines que vous les voyez
enrichis de Rubans & de Dewifes.
La trifte pofture de nos
Chevaliers vaincus , qui vous
GALANT.
65
fuivent les yeux baiffez &fans
Armes , eft une Image odieufe ,
qui nous fait former une entre-
#prife que vous devez appuyer, fi
5
vous ne voulez que vostre gloire
demeure imparfaite. Elle ne
peut eftre entiére , tant que vous
ne regnerez que fur la moitié
d'un Peuple. Ces infortunez
Vaincus compofent cette moitié,
& nous fommes l'autre qu'il
vous reste à vaincre . Profitez
de vostre bonnefortune . Rien ne
vous peut refifter apres
l'avantage
que vous avez eu . Peuteftre
ne vous fera-t-il pas difficile
de venir à bout de nous,
Novembre 1681. F
66 MERCVRE
mais peut- eftre auffi trouverez
vous quelque obftacle dans cette
victoire. A peine avons-nous
appris la défaite de nos Chevaliers
, que comme nous l'avionsprojetté
auparavant fi ce malheur
arrivoit , nous avons fait
fonner la Retraite pour celles des
nostres qui pouvoient estre dans
voftre Camp , où nous avons efté
averties que ce fon avoit apporté
quelque défordre. Nous nous
Tommes affemblées, & dans le
Confeil tenu entre nous , il a efté
réfolu qu'on vous fermeroit les
Portes , que l'entrée de la
Ville ne vous feroit accordée
GALANT. 67
་་
14-
6
qu'apres que vous auriez confenty
à nos demandes. Si vous
avez l'injustice de les rejetter,
on vous déclare que nous avons
poudre plomb, & des munitions
fuffifantes pourfoûtenir un
Siége de longue durée . Pour du
courage ,foyez affurez que nous
n'en maquerons pas . Ce que vous
nous demandons , braves Cheva
liers, eft l'avantage de disputer
un Prix avec vous . Le Panton
l'Arbalefte ont fervy de
Theatre à vostre gloire , & nous
vous ofrons dequoy la rendre
parfaite, en vous propofant de
combatre pour l'Onfean. Cet
Fij
68 MERCVRE
Oyfeau fera de bois, de la groffeur
d'une Merlete , les Aifles
éployées le Corps cuiraffe , afin
qu'il résiste à la balle du Fufil .
On le mettra à la pointe d'une
grande Verge de fer , où nous le
ferons clouer & river à force
& ilfera enfuite élevé à la
cime d'un des Saules qui formens
labelle Avenue des Eclufes de la
Ville ; mais comme on peut divifer
l'Oyfeau en quatre
voulons auffi partager en quatre
Lots ee que nous avons à vous
propofer.
I.
nous
Qui emportera l'Aifle droite,
GALANT. 69
aura une Garniture de Rubans,
Gands , Baudrier , Epée , le
tout de cinquante Louis.
II.
·Pour l'Aifle gauche, un Caf
tor de Plumes, avec une Gar
niture , des Gands & des Manchetes
de Point- d'Espagne , du
prix de vingt Louis.
III.
Pour la Tefte & le Col de
l'Oyfean , deux Fufils & deux
Paires de Piftolets des plus curieux
& desplus beaux.
IV.
Pour le Corps , la liberté des
derniers Vaincus , avec le droir
des Victorieux.
70 MERCVRE
Voila nos intentions . Nous
attendons voftre Réponſe avec
une extréme impatience , c'est à
dire vostre confentement , vous
estimant trop pourvous croire ca
pables de refufer un pareil Défy.
Il ne vous fera jamais honteux
Lavoir combatu avec des Femmes,
qui n'ont de leur Sexe que
taille , la douceur , & labeauté;
le courage & la harla
sar
pour
dieffe
, on nous
le verra
toûjours
.
difputer
avec
les plus
vigoureux
.
Cette Lettre leuë , le Roy
dit beaucoup de chofes à l'avantage
de ces genéreuſes
GALANT. 71
Héroïnes , & fit convenir fes
Chevaliers qu'il falloit leur
aller rendre les armes , &
leur remettre les Vaincus
entre les mains. La joye pa
rut genérale , & mille Gens
qui eftoient témoins de tout,
poufferent un cry qui fe fit
entendre jufque dans la
Ville . En mefme temps tous
les Chevaliers vainqueurs
prirent chacun un Vaincu,
& les conduifirent à la Porte..
La Dame parut lors que
Trompete eut fait le fignal,
& la refolution que l'on avoit
prife luy ayant efté expliquée
le
72 MERCVRE
au nom du Roy par un Che
valier , qui luy dit fort ga
lamment qu'ils venoient
changer de condition avec
leurs Captifs , elle répondit
d'une maniere auffi obligeante
que fpirituelle , qu'
elles ne pouvoient acce
pter leurs offres ; que les ¿ que
vouloir rendre Arbitres du
fort des Vaincus, c'eſtoit aller
au dela de la genérofité;
qu'eftant leurs Efclaves de
bonne guerre, elles auroient
à rougir, fi la liberté leur eftoit
renduë par une autre
voye ; & que puis qu'ils les
avoient
GALANT. 73
t
avoient affez eftimées pour
vouloir bien confentir à leurs
demandes, il eftoit jufte que
par leur valeur & par leur
adreffe elles méritaffent de'
rompre leurs fers , ou qu'elles
en fuffent chargées ellesmefmes
. On difputa quel
que temps , & enfin les Chevaliers
furent contraints de
céder. Le Roy eftant informé
de tout, fit affembler fon
Confeil. Il fut réfolu que l'on
renvoyeroit un Chevalier
pour complimenter les Dames
fur un procedé fi gené
reux, & pour les frier en mê
Novembre 1681. G
74 MERCVRE
me temps d'ouvrir les Portes
afin qu'ils puffent continuer
leur Triomphe. La mefme
Dame qui avoit déja parlé,
promit qu'on tiendroit les
Portes ouvertes ; mais pour le
"
Triophe, elle pretendit qu'il
feroit borné, c'eft à dire , que
les Chevaliers vainqueurs ne
traverſeroient que la moitié
de la Ville, ou bien que leur
marche eſtant deux à deux ,
il n'y auroit qu'un coſté armé,
pour marquer par là que
leur victoire n'eftoit pas entiere
. Le Chevalier eut beau
dire qu'il n'yavoit point d'eGALANT.
75
xemple qui autoriſaſt leur
prétention ; que c'eſtoit bor ,
ner le droit de la Royauté,
& que dans la fuite, les Etrangers
eftimeroient moins le
Prix des Chevaliers de leur
Ville, s'ils avoient à craindre
d'eftre affujetis à des Loix
nouvelles. La Dame répondit
au nom de toutes, que ce
qui pouvoit arriver un jour,
ne les touchoit point ; qu'
elles eftoient réfoluës de ra
cheter la liberté de leurs
Chevaliers aux defpens de la
leur propre , & qu'elles ne
foufriroient
jamais qu'on
Gij
76 MERCVRE
fi
prift aucun droit fur elles
qu'à tres-jufte titre ; que
ces conditions
bleffoient
le
Roy & Les Chevaliers
, ils
pouvoient
faire leur Triomphe
dans les Fauxbourgs
, ou
le rendre maiftres
de la Ville ,
s'ils ne croyoient
pas qu'elles
fuffent
affez fortes pour la
bien défendre
. Le Chevalier
eftant
allé faire fon raport
,
le Roy trouva qu'ayant
affaire
à des Dames , il eftoit
de leur honneur
& de leur
galanterie
, de fe foûmettre
aleurs volontez
; que cependant,
comme
borner
leur
GALANT. 77
Triomphe felon leurs prétentions
, feroit renoncer aux
avantages qu'ils venoient de
remporter fur la Ville, il eftoit
plus à propos de le remettre
jufqu'à ce que tout
fuft preft pour le Combat de
ľOyſeau , dont ils gagne
GI
00
1 I
roient aifément le Prix. On
alla dire auffitoft aux Dames
que le Roy & fes Chevaliets
mettoient bas les armes,
qu'elles n'avoient qu'à ouvrir
les Portes , & que tous
leurs diférens fe termineroient
dans un Bal qu'ils leur
donneroient le foir, ne vou
1
G iij
78 MERCVRE
lant fonger qu'à ce qui pourroit
leur caufer quelque plaifir
, jufqu'à ce qu'elles euffent
préparé tout ce qu'elles
croiroient neceffaire pour le
Combat qu'elles vouloient
entreprendre. Leur réponſe
fut, que le naturel des Femmes
eftant défiant, elles les
prioient de leur envoyer en
oftage deux de leurs principaux
Chevaliers , qu'elles
traiteroient affez agreablement
pour leur donner lieu
de fe louer d'elles , & qu'en
mefme temps on leur ouvriroit
les Portes . Les Oftages
GALANT. 79
S
t y
furent auffitoft donnez , &
les Chevaliers ayant renvoyé
tous leurs Chevaux , entrerent
fans armes dans la
Ville. Leur étonnement fut
grand , quand ils trouverent
les Dames rangées en
haye , armées d'un Mouf
quet & d'une Epée, avec un
Chapeau & un Jufte- aucorps.
Elles firent leur dé
charge en l'air ; & les Chevaliers
, apres mille complimens
fur leur bravoure , les
déchargerent de leurs Armes,
qu'ils firent porter par
ceux de leur Suite ; & les
G iiij
80 MERCVRE
ayant prifes par la main , ils
les menerent au Lieu que
l'on avoit préparé pour le
Roy du Prix. Elles y furent
fuperbement régalées , & il
y cut Bal , Collation , Con
cert , & réjoüiffance entiere
tout le refte de la nuit. Le
lendemain, elles donnerent,
ordre pour leur Prix, réfolurent
la maniere dont elles
s'habilleroient
, & firent porter
parole aux Chevaliers,
qu'elles feroient preftes pour
le Combat propofé , le 21.
Septembre, jour de S. Mathieu.
Ce jour-là eftant venu,
GALANT. 81
t
elles fe rendirent dans la
Chambre de leur Confeil,
où chacune s'eftant habillée
à fon avantage , elles monterent
à cheval fur les dix
heures , & allerent en tresbon
ordre dans le Pré S. Nicolas,
joignant les Eclufes de
la Ville, qui eft le Lieu ordinaire
de la Promenade. Rien
n'eftoit mieux ordonné , ny
plus charmant que leur marche.
A la tefte de leur Compagnie
eftoient deux Trompetes
, & quatre Hautbois,
dans le milieu , leur Enfeigne,
quatre Violons , & fix
82 MERCVRE
Fluftes douces; & à la queue,
quatre Hautbois, avec deux
Trompetes. Elles firent l'Exercice
dans ce Pré, & il n'y
eut aucun des Spéctateurs
qui n'admiraft leur adreffe .
En fuite, elles retournerent
dans la Ville, où elles avoient
ordonné un magnifique Re
pas pour régaler les Chevaliers
combatans , qui depuis
deux jours s'eftoient rendus
à Charolles . On fe mit à table
fur le midy , & la Compagnie
fut fervie par les Chevaliers
vaincus , qui portoient
tous une Chaîne de Rubans
GALANT. 83
pendue au col, pour marque
$ de leur efclavage. Le Dîné
finy , les Dames avertirent
les Chevaliers qu'il eftoit
temps de partir. Chacun
monta à cheval. Les Dames
eurent la droite, & les Combatans
la gauche , avec les
Efclaves qui marchoient à
leurs coftez . On n'entendoit
en tous lieux qu'acclamations
de joye. Toutes les
Feneftres eftoient remplies
d'un nombre infiny de Spé-
&tateurs ; & en plufieurs endroits
de la Ville, on défonça
des Tonneaux de Vin , où
84 MERCVRE
tout le monde eut la liberté
de boire. Les deux Compagnies
marcherent en tresbon
ordre jufqu'au Lieu du
rendez-vous où l'on avoit
élevé l'Oyfeau . Il y avoit fix
Tentes dreffées , deux pour
les Combatans & les Combatantes
; & les quatre autres
, pour les Spéctateurs &
les Inftrumens
.
l'on fut preft de commencer
, la Dame qui juſque - là
avoit parlé pour toutes les
autres , dit aux Chevaliers,
que pour empefcher qu'il
n'y cuft aucun defordre , il
Lors que
GALANT. 85
Į
falloit régler le nombre de
ceux qui devoient tirer. On
en nomma neuf de chaque
Party , & l'honneur du premier
coup fut laiffé aux Dames.
Celle qui fut choiſie
pour cela , falia la Compagnie
pendant les fanfares
des Trompetes ; & du coup
qu'elle tira , elle donna dans
la Feüille , directement au
deffus de la tefte de l'Oyſeau.
Cet heureux effay fut
pris pour un bon augure. II
faut vous dire ce que c'eft
que cette Feüille. Comme
'Oyfeau eft petit , & qu'on
86 MERCVRE
auroit peine à le découvrir,
par la diftance qu'il y a du
lieu d'où l'on tire, à celuy ou
l'Oyfeau eft élevé, l'on met
une Feuille de fer blanc par
derriere , rabatuë en arcade
par deffus fa tefte, afin qu'on
le puiffe voir par la reverbération
du Soleil . Ce premier
coup de la Dame luy attira
l'applaudiffement de tout le
monde. Les Chevaliers tirerent
en fuite, mais fans au
cun avantage. Dans le fecond
coup que l'on tira,
l'Aifle droite de l'Qyfeau fut
emportée par la Dame ; &
GALANT. 87
tous les autres de chaque
Party n'attraperent que la
Feüille . Au troifiéme coup,
un des Chevaliers abatit l'autre
Aiſle. Au quatrième, une
des Dames emporta la Teſte.
Il n'y eut rien au cinquiéme
de part ny d'autre, non plus
qu'au feptiéme ; mais au fixiéme,
une autre Dame abatit
la Feüille ; & au huitiéme,
celle qui avoit eu déja de
grands avantages , emporta
Oyfeau . On courut le prendre
, & on l'apporta à cette
illuftre Victorieuſe , à qui
chacun s'empreffa de mar88
MERCVRE
quer la joye. En mefme
temps elle fut proclamée
Reyne au fon des Trompetes
, & au bruit des Fufils
qu'on tira de toutes parts.
Les Chevaliers
qui regardoient
les honneurs
qu'on
luy rendoit, comme des reproches
de leur défaite , furent
obligez de fe foûmettre
à leur tour . Ils fe jetterent
aux pieds de ces belles Amazones
, & leur dirent d'une
maniere
fort fpirituelle
, que
ce n'eftoit
pas la premiere
fois qu'elles les avoit vaincus.
La Reyne les affura
GALANT. 89
qu'ils feroient traitez favorablement
, & fit publier par
tout le Camp que l'on remettoit
le Triomphe au lendemain
, parce qu'il eftoit
trop tard , & qu'on n'avoit
pas le temps de préparer ce
qui eftoit neceffaire pour le
rendre plus celebre . Alors
tout le monde fe retira dans
la Ville , les Vaincus meflez.
parmy les Vainqueurs , comme
fi l'on fuft revenu de la
Promenade . Le foir il y eut
Bal en plufieurs endroits .
Aucune des Dames , qui
avoient part au Triomphe,
Novembre 1681. H
90 MERCVRE
ne s'y trouva , eftant toutes
occupées à donner leurs orle
jour fuivant.
dres
pour
Leur
nombre
eftoit
de
vingtquatre
, qui
le lendemain
fe
rendirent
dans
le
Camp
fur
les
deux
heures
. Je
ne
nommeray
que
celles
qui
avoient
efté
choifies
pour
tirer
au
Prix
. Voicy
dans
quel
ordre
commença
leur
Marche
.
Trois
Trompetes
& trois
Hautbois
parurent
d'abord
,
fuivis
d'une
Dame
, à qui
on
avoit
donné
la
qualité
de
Maréchal
des
Logis
.
Elle
avoit
un
Juſte
-au- corps
de
GALANT. 91
S
"
Tafetas bleu , doublé de
rouge , & enrichy d'une
Dentelle d'argent, avec une
Garniture iſabelle , la Jupe,
la Culote , & les Bas de
mefme. Elle précedoit Mademoiſelle
de Ganay , Fille
de M' de Ganay, Chevalier,
Seigneur de Genelard , Montéguillon
, Langeres , & le
Süeil, qui eftoit au milieu de
deux des Dames qui n'avoient
pas tiré. Chacune
d'elles tenoit avec un Ruban
un des Vaincus , qui marchoient
à pied , fans Armes,
& fans Chapeau. Mademoi
Hij
92 MERCVRE
felle de Ganay avoit fes che
veux enfermez par derriere,
dans une Bource noüée d'un
Ruban couleur de Cerife ;
un Caftor garny de Plumes
couleur auffi de Cerife , &
meflées avec des blanches;
une Cravate d'un Point tresfin
d'Angleterre , à la Cavaliere
; un Jufte- au - corps de
Satin blanc de la Chine, enrichy
de Galons d'or, & dou
blé d'un Tafetas couleur de
Cerife, avec une Jupe de ce
mefme Tafetas , au bas de
laquelle eftoit une Frange
d'or . Cette Jupe ne paffoit
8
GALANT. 93
point les genoux. L'Echarpe
, qui la ceignoit, eftoit deDentelles
d'Angleterre pareilles
à la Cravate. On luyvoyoit
S fur l'épaule , aux Manches,
&& à l'Epée , de groffes Tou
S:
3
2
fes de Rubans étroits, cou
leur de Cerife & blancs. Elle
avoit une Culote de Satin
blanc , toute couverte de
Dentelle d'or , avec un Bas:
de Soye couleur deCerife,qui
eftoit roulé fous le genoüil .
Dans cet équipage, elle mar
choit fiérement, montée fur
un petit Cheval blanc, prefque
tout couvert de petits
94 MERCVRE
Noeuds de Ruban, de meſme
couleur que fa Garniture.
Elle foûtenoit fon Fufil de la
main droite, & le tenoit appuyé
fur la cuftode de fon
Piſtolet.
Mademoiſelle de Grandjean
la jeune, Fille du Maire
de la Ville, paroiffoit en ſuite
mótée fur unCheval Roüan,
ayant fes cheveux dans une
Bource , & tenant fon Fufil
comme la premiere , ce qui
eftoit imité par toutes les
autres. Elle avoit à fes coftez
deux Demoiſelles , tenant
chacune un Vaincu , & pa
GALANT. 95
0
que celles dont je
rées ainfi
viens de vous parler. Son
1 Jufte-au-corps eftoit bleu,
garny de Dentelles d'argent,
& doublé de feuille- morte.
Quantité de Plumes de ces
deux couleurs, faifoient l'ornement
de fon Chapeau.
Mademoiſelle des Autels
la jeune, Fille du Lieutenant
Civil , fuivoit fur un Cheval
gris - pommelé , accompagnée
ainsi que les autres .
Elle avoit unJufte-au- corps
de Tafetas couleur de Cerife,
doublé de blanc ; avec une
Jupe,& les Bas de Soye tres-
*
96 MERCVRE
bien affortis; le tout couvert
de Dentelles d'or & d'argent,
Sa Garniture eftoit bleue.
Mademoiſelle Carré, Fille
du Greffier en chef, marchoit
de la mefme forte,
montée fur un Cheval Pie ,
ayant un Jufte - au- corps
bleu , avec une fimple Treffe
d'or fur les coutures , des
Tours - de- bras de Pointd'Eſpagne,
& une tres - belle
Garniture.
Mademoiſelle de Juchaut
la jeune , Fille de M' de Juchaut
Tréforier de France en
Bourgogne & Breffe , avoit
un
GALANT. 97
un Jufte - au- corps couleur
de chair, doublé de vert, une
Garniture blanc, vert , & incarnat,
& montoit un Che
val blanc.
petes
Apres ces cinq Demoifelles
, venoient deux Trom-
& deux Hautbois, précedant
Mademoiſelle de Juchaut
l'aînée , qui portoit
l'Enfeigne. Sur cette Enfei
gne eftoient peints plufieurs
Trophées d'Amour, d'Epées,
& de Fufils , & au milieu on
lifoit ces quatre Vers qu'on
avoit écrits en lettres d'or.
Novembre 1681. 1
98 MERCVRE
It n'eft rien que l'Amour
Icy-bas ne furmonte .
Plus d'un Captifen ce jour
En fait l'épreuve à fa honte.
Mademoiſelle de Juchaut
avoit un Caftor noir , bordé
d'or, fans Plumes , un Jufteau-
corps de Velours , une
Garniture jaune , & montoit
un Cheval noir , tout couyert
auffi de Rubans jaunes .
Deux Trompetes , & deux
Hautbois , marchoient derriere-
elle .
Mademoiſelle Damas de
Marfilly , Fille de feu M' le
Comte de Marfilly , & CouGALANT.
99
fine - germaine de Mademoifelle
de Ganay , fuivoit feule
en qualité de Grand - Maiſtre
de la Maifon de la Reyne.
Comme elle a la plus belle
tefte du monde, fes cheveux
eftoient feulement noüez
par derriere d'un Ruban incarnadin
, & l'on en voyoit
trois ou quatre groffes boucles
, qui ondoyoient fur la
croupe de fon Cheval. Elle
avoit un Caſtor noir, couvert
de Plumes blanches, bleuës,
& incarnadines ; un Jufteau
- corps de Moire bleuë ,
enrichy de gros Galons d'or
I ij
too MERCVRE
& d'argent ; une Garniture
de Rubans en tres- grande
quantité des couleurs des
Plumes ; une Echarpe de
Point d'Espagne , or & argent
; une Jupe d'un Bro .
card bleu , à fleurs auffi or &
argent ; une Culote de Satin
incarnat , & des Bas de foye
de mefme . Elle montoit un
Cheval ifabelle tout couvert
de Rubans bleus ; & comme
elle avoit abatu la Tefte de .
l'Oyfeau , un Laquais de fa
Livrée , portoit cette Tefte
immédiatement devant elle
à la pointe d'une Epée,
GALANT. IOI
Douze Chevaliers
la fuivoient
quatre à quatre, ayant
l'Epée nue, comme Gardesdu
- Corps de la Reyne .
gneur
En fuite on voyoit Ma
demoiſelle des Landes des
Pierres , Fille de M ' Droüy
des Pierres , Chevalier, Sei.
des Landes, des Pierres
, & de Douvant , Lieute
nant General , Civil & Cri,
minel au Bailliage Royal dụ
Charollois. Elle avoir des
Plumes violetes & blanches,
une Garniture de mef
me , un Juſte -au- corps de
Tafetas blanc doublé de vio
I iij
102 MEROVRE
let , & montoit un Cheval
gris- de-fouris , couvert de
Rubans violet & blanc . Elle
marchoit feule en qualité de
Maréchal de Camp de la
Maiſon de la Reyne , & devant
elle cftoit un Laquais de
ſa Livrée, portant la Feüille
qu'elle avoit abatuë . Six
Gardes fuivoient avec deux
Exempts, & apres eux paroif
foit la
Reyne.
C'eftoit Mademoiſelle Péferat,
tres digne Fille de M
Peferat , fi recommandable
par fes belles qualitez , &
tres - eſtimé de tout ce qu'il y
GALANT. . 103
a de Perfonnes
de naiffance
dans la Province . Il eft genéreux
, magnifique
dans
tout ce qu'il fait, fçavant autant
qu'on peut l'eftre, & on
peut dire que
fi fa Table eft
ouverte
à tous les honneftes
Gens , fon Cabinet
eft l'A cadémie
des plus beaux Efprits
de ce Païs-là . Mademoiſelle
Peferat
eſt tres - bien faite , a
de la beauté , de l'efprit
infiniment
, parle auffibien
Latin
que François
, fçait la Philofophie
& Théologie
, & de
tous les Exercices
, la Chaffe
eft celuy qu'elle aime le plus.
I iiij
104 MERCVRE
Rien n'eftoit plus brillant
qu'elle dans l'équipage où
elle paruft enfon Triomphe.
Deux Pages la précedoient,
dont l'un portoit fon Fufil, &
l'autre le Corps de l'Oyfeau
à la pointe d'une Epée. Elle
eftoit montée fur un Cheval
d'Eſpagne noir , couvert
d'une Houffe d'Ecarlate enrichie
de Broderies & de
Franges d'or & d'argent , la
tefte , le col, & la queue
du Cheval ornez de petits
noeuds de Ruban couleur de
feu. Ses cheveux , du plus
beau noir que l'on puiffe
GLAANT. 105
6
voir, eftoient noüez en Perruque
, qu'elle rejettoit négligemment
fur les deux épaules
. Elle avoit une Cravate
de Point de France avec
cinq ou fix feuilles de Ruban
e ponceau ; un petit Caftor
noir , garny d'une fimple
Plume couleur de feu ; un
Jufte-au- corps bleu, en Bro .
derie or & argent ; une
Echarpe tres-riche de Pointd'Eſpagne,
or & argent ; une
petite Jupe ainfi que les autres,
de Brocard bleu à fleurs
auffi or & argent , avec une
Frange au bas de la meſme
1.
106 MERCVRE
forte ; une Culote garnie
d'une petite Broderie pareille
à la Frange , & des Bas de
foye couleur de feu . Sa Garniture
eftoit de petit Ruban
ponceau. Elle marchoit d'un
air fier & digne d'une veritable
Reyne , & avoit à fes
coftez quatre Demoiſelles
en qualité de Capitaines des
Gardes de fa Perfonne . Elles
portoient l'Epée nuë , & ef
toient en Jufte - au- corps
bleu , enrichy de Galons
d'or. Deux autres Exempts
& fix Gardes, trois à trois , al
loient derriere la Reyne , &
GALANT. 107
eftoient fuivis du refte des
Chevaliers qui venoient de
recouvrer leur liberté, tenant
chacun un Vaincu avec un
Ruban.
Ce fut dans cette ordre
que l'on marcha juſques à
l'Eglife de Saint Nizier , où
les Chanoines chanterent le
Te Deum en Mufique. Les
Trompetes & les Hautbois
répondirent en Fanfares à
chaque Verfet, ce qui faifoit
un Echo fort agreable. La
Reyne y fit venir un Drapeau;
& comme elle eft admirable
en toutes chofes,
108 MERCVRE
elle ſe leva, fit un grand Dif
cours aux Vaincus fur leur
malheur, &leur dit obligeam
ment que fi elle avoit vaincu
d'autres Chevaliers, elle mépriferoit
fa Victoire ; & pour
leur faire connoiftre qu'elle
leur parloit fincérement, elle
adjoûta que pendant la marche
il luy eftoit tombé en
penſée de créer un Ordre en
faveur duquel la liberté leur
pourroit eftre renduë , car il
eft porté par les Loix du Prix
de ce Païs , que ceux qui ſeront
vaincus refteront fujets
jufqu'à ce qu'on en tire un
GALANT. 109
د ا
pas
autre. Toutes fes Chevalieres
s'eftant approchées , elle demanda
fi elles ne voudroient
confentir à l'Inftitution
de cet Ordre, dont elles fçau
roient les Voeux dans leur
premiere Affemblée , les affurant
qu'ils ne feroient ny
fâcheux, ny rudes à exécuter.
Cette propoſition ayant eſté
reçeë avec joye, elle dit que
quand elle auroit fait les Regles
& les Voeux de l'Ordre,
elle leur en feroit prefter le
Serment, & qu'alors elle en
donneroit les Dignitez à cel
les qui en feroient jugées
110 MERCVRE
dignes . Cependant elle le
nomma l'Ordre des Cheva
lieres de l'Oyfeau , & leur fit la
defcription de la Marque
qu'elle promettoit d'en faire
faire , & qui doit eſtre , un
Trophée de Fufils , d'Epées
& de Flêches, chargé fur le
tout d'un Coeur plein de feu,
& au deffous , un Oyfeau démembré
, le tout noué d'un
Ruban, avec cette Infcription
, Libertatis honor & gloria.
En mefme temps elle
conféra cet Ordre à toutes
ces aimables Chevalieres
, &
les pria , pour rendre ce jour
GALANT. III
f
plus éclatant , de donner la
liberté à tous le Vaincus .
La joye redoubla de toutes
parts. Les Chevaliers Etran
gers reçeurent , comme ils
devoient , le Don qui leur
eftoit fait , & rompirent
les Rubans qui leur te
noient lieu de Chaînes. Les
Hautbois
& les Trompetes
faifoient cependant retentir
toute l'Eglife. Chacun en
fortit tres-fatisfait , & les
Dames eftant remontées à
cheval , firent le tour de la
Ville dans le mefme ordre
que je vous ay déja décrit.
112 MERCVRE
Le feul changement qu'on y
remarqua , fût que les Vaincus
montant auffi à cheval,
allérent au rang des Chevaliers
de Charolles . Le tour
de la Ville eftant achevé , on
fe rendit chez M' Peferat,
Pere de la Reyne. On y
fervit un magnifique Repas,
auquel fuccéda le Bal qui
dura toute la nuit. Le lendemain
, les Chevaliers traiterent
les Dames , & les autres
jours de la ſemaine ſe paſſerent
en plaifirs. On me promet
de m'apprendre quels
auront efté les Voeux de ce
GALANT. 113
nouvel Ordre , & les galantesCerémonies
que l'on aura
obfervées pour le Serment
de fidélité. C'est dont j'auray
foin de vous inftruire fur ce
qu'on m'écrira.
Les Paroles que vous trou
verez icy notées font de M
Daubaine , dont vous avez
déja veu de fort jolis Vers
L'Air eft d'un habile Maître.
CHANSON.
O
N peutencor dans la Prairie
Mener quelquefoisfonTrou- ·
peau,
Et cependant, la volage Silvie
Ne veutplusfortir du Hameau..
Novembre 1681. K
114 MERCVRE
Le froid n'eft pas ce qui l'arrefte,
Je ne l'ay que trop reconnu.
Afuivre mon Rival on la voit toûjours
prefte,
C'estpourmoyfculement que l' Hyver
eft venu.
Il eft affez rare que l'Amour
foit fans rigueurs. Si
vous en voulez fçavoir la raifon
, vous la trouverez dans
la nouvelle Fable que je
vous envoye. Elle eft de M
Bardou de Poitiers.
GALANT. 115
$225525552
SSSS25
L'AMOV
R
ET LA MORT.
L
FABLE .
Es deux Tyrans de la Nature,
L'Amour
, la Mort, un beau matin
Se rencontrerent
en chemin,
Parje-ne-fcay-quelle avanture.
Ils fefont d'abord compliment
,
Se difent qu'ils s'en vont dans un
certain Village,
Où fous les Loix d'Hymen s'engageoit
un Amant,
Et d'un commun confentement
Ils réfolvent defaire ensemble
le voyage
.
Kij
116 MERCVRE
Pour en moins reffentir les incom -
moditez,
Ils s'entretiennent de nouvelles,
Mille Contes badins font par cux
debitez,
Carl'Amourfe repaift fur tout de
bagatelles.
Sur le midy que la chaleur
Invite les Paffans à l'ombre,
Nos Voyageurs couverts depoudre
& defucur,
Se tirent à l'écart dans un Bocage
Jombre,
Pour yrefpirerla fraîcheur.
La place eftoit tenable ; une claire
Fontaine
Couloitdans cet aimable Lieu,
Et des Zéphirs la douce haleine
Porta bientoft le petit Dieu
fe coucher au bord de l'Onde.
La Mort enfit autant, & tous deux
de concert
GALANT. 17
Apres avoirpofé deffus le Tapis vert
Leurs Arcs & leurs Carquois , fi
funeftes au monde,
Dans ce Bois, à l'abry des ardeurs
du Soleil,
S'abandonnerent aufommeil.
25
Ces deux Ennemis de la vie
Dormoient affez tranquilement.
Les Soucis, les Chagrins, &la Mélancolie,
Reposoient avec eux dans cet heureux
moment..
Que noftrefort, helas! eftoitdigne
d'envie,
Si d'unfommeil mieux affermy,
Sans s'éveiller jamais, tous deux
euffent dormy!
Fo nefçay quel Démon contre nous
en colere
Troubla cette charmante Paix.
118 MERCVRE
Toutd'un coup un nuage épais
Dérobe au Soleil fa lumiere;
Le feu de mille Eclairs brille de toutes
parts,
On entendgronder le Tonnerre,
Et le Ciel irrité femble priver la
Terre
Defes favorables regards ,
Quand tout d'un coup le Foudre
avec unbruithorrible
Tombe fur le Bocage où repofoit l'Amour.
Réveillé par ce coup terrible ,
Il voit en feu les Arbres d'alentour
Combien cepetit Dieu, dont le coeur
eft fi tendre,
De ce fpectacle affreuxfut- il épouvanté
?
Car pour l'autre Divinité,
Sans s'étonner de rien, elle voit tout
in cendre.)
GALANT. 119
Croyant eftreperdu, dans cette extrémité,
Il eut recours aux cris, auxlarmes,
Etfe hafta de partir de ce Lien
où l'on n'avoit nul respect pour un
Dieu;
Mais voulant reprendre fes armes,
Dansfon impatient transport,
Ilprit fans y penfer le Carquois de
la Mort,
Et laiffant à cette Inhumaine
Les Traits dont il bleffoit & Tyrcis,
& Climene,
Trifte, troublé, confus, accablé de
frayeurs,
Ilfe mit àgagnerla Plaine.
La Mort en mefme temps chercha
fortune ailleurs.
Se
Apres unfifâcheux orage,
On voit venir le calme laferénité,
120 MERCVRE
Et du Soleil la brillante clarté
Diffipa cet épais nuage."
L'Amour alors revenu defa peur,
Voulut de cet affront s'allerplaindre
àfa Mere; 2
Ilfe mit de mauvaise humeur,
Etfut décharger fa colère
Sur un jeune Berger, qui dans un
Lieu charmant,
Sans amour,fans inquietude,
Fouiffoit fort innocemment
Des douceurs de lafolitude.
Lepetit Dieu troubla cet heureux
Fort
D'une maniere affez terrible;
Carvoulant luy donerun caur tendre
&fenfibile,
Il tire, mais belas ! il luy donne la
mort.
Il caufa bien d'autres allarmess
Mille innocens Bergers, mille jeunes
Beautez,
GALANT. 121
Sentirent l'effort de fes armes.
on n'entendoit de tous coftez
Que cris , quefoupirs, & que larmes,
Et tous les Echos d'alentour
Seplaignoient triftemet des rigueurs
de l'Amour.
$ 2
I-a Mort de fon cafte faifoit bien du
ravage.
Mille Vieillards dans unfeuljour
Quitterent du Stjx le rivage,
Pour s'embarquer avec l'Amour.
Elle cut beau dire, elle eut beau
faire,
Ses Traits n'avoient rien que de
doux ,
Tout eftoit renverfe , ls Vieux cherchoicnt
à plaire,
Et fe mefloient defaire desFaloux,
Tandis que l'aimableJeunesse,
L Novembre 1681.
122 MERCVRE
ca
Trifte, &le coeur gros defoûpirs,
Abandonnoit à la Vieilleffe,
Les ris , les jeux, & lesplaifirs.
Depuis cette Avanture & bizarres &
& cruelle, sa Jurskipt
La fierté, les rigueurs, fuccedent à
leur tour,
Et la Beauté la moins rebelle u
S'allarme aufeul nom de l'amour.
¿noftio2 SL
La mort de M de la Baume,
Confeiller au Parlement
de Dauphiné , arrivée le 20 .
du dernier mois, a fort affligé
icy pluſieurs Perſonnes qui
avoient pour luy une eftime
particuliere. Je vous ay parlé
fort amplement de cette FaGALANT:
123
mille , en vous apprenant le
Mariage de M de la Baume,
Seigneur de Chasteaudouble.
M de la Baume Pere
г
du Defunt, ne fur pas moins
confideré des Puiffances,
que l'avoient efté fes Prédeceffeurs.
Les deux Comtes
de Soiffons , & le Conneftable
de Lefdiguieres , Gouver
neurs , & Lieutenans Genéraux
en la Province de Dauphiné
, l'employerent pluheurs
fois en des Commiffions,
pour des Affaires importantes
à l'Etat , deça , &
dela les Monts. Ifit en fuite
Lij
124 MERCVRE
la fonction de Procureur General
au Sénat de Savoye fous
Louis XIII . tant que ce Monarque
voulut eftre Souverain
de cette Principauté, &
eut pluſieurs Enfans d'une
Heritiere , qui eftoit Niêce
du Sous - Doyen & Garde des
Sceaux du Parlement de Grenoble.
Celuy dont je vous
apprens la mort eſtant l'aîné,
prit la profeffion de la Robe,
& a paffé quarante ans dans
Magiftrature, où il s'eft acquis
beaucoup d'eftime dans
le Parlement de Dauphiné,
& dans la Commiffion de la
la
4
GALANT. 125
Ge
OUS
ve
Chambre de Juftice de Paris.
Il ne s'eft point voulu
marier , afin de fuivre avec
plus de liberté le panchant
qu'il a toujours eu pour les
belles Lettres Jamais Hom
me ne s'appliqua plus que
luy à la lecture . Il a donne fa
Bibliotheque aux Jefuites de
Grenoble quilontaffifté à la
mort & laiffé
aldo
pour
pour
Heritier
un
de fes Neveux
, qui
porte le
nom
de
la Baume
Plu-
&
vivet
, Marquis
d'Aigluy
,
Gouverneur
de la Ville
, Tour
& Chasteau
de Creft
, qui
eft un
des
Gentilshommes
les
re
JUS
L
111
126 MERCVRE
plus accomplis de la Pro
vince , & qui d'ailleurs a de
tres grands Biens . Il fera le
fixiéme Confeiller de fa Famille
dans le mefme Parlement.
Mi de la Baume portoit
, d'or à la Bande vivrée
d'azur , à deux Hermines de
fable.
+ pose t
$
Cette mort a efté fuivie de
celle de Madame la Premiere
Préfidente de la Berchere,
morte à Dijon fur la fin du
mefme mois . Tous ceux qui
la connoiffoient l'ont fort regretée
, & particulierement
les Pauvres qu'elle fecouroit
GALANT. 127
e 9
par des charitez continuelles.
Elle eftoit Veuve de Male
Goux de la Berchere, Prez
mierPréſident du Parlement
de Bourgogne avant qu'il le
fuft de celuy de Dauphiné,
Soeur de feu Meffire Goorges
Joly , Chevalier , Baron
de Blaify, Second Préſident
à Mortier au Parlement de
Dijon & More de M' le
Goux de laBerchere, Maiftre
des Requeftes, Marquis d'Inteville
, Comte de la Rochepot
, & Baron de Toify , de
M'L'Evefque de la Vaur ; de
feuë Madame la Comteffe
L iiij
128 MERCVRE
d'Eftain ; de Madame le Coq
de Goupilliere , & de Madame
la Marquife de Boury. Je
vous ay deja parlé plufieurs
fois de la Maifon de le Goux
de la Berchere , qui porte
pour Armes , d'argent à la
Tefte de Mort au naturel bandée
d'argent , accompagnée de trois
Molletes de Branches , deux en
chef, & une en pointe . Celle
de Joly dont eftoit Madame
de la Berchere, eft une des
plus anciennes, & des mieux
alliées de la Province. Elle
tire fon origine de Meffire
Antoine Joly , l'un des plus
GALANT. 129
cófidérables Confeillers d'E
tat du Duc de Bourgogne il
ya plus de trois Siecles , &
porte , au premier dernier
༢
I quartier, d'azur au Lys d'an
gent , tigé de finople , au chef
d'or chargé d'une Croix pattee
defable ; aufecond by troisieme,
d'azur au Leopard d'or paſſant,
armé, & lampaffé de gueules .
L'Oeuf admirable fur le
quel on a trouvé la Figure
du Soleil , a donné occaſion
à la Lettre que je vous envoye.
Vous vous fouvenez
fans doute, de ce que M ' de
Vienne- Plancy m'a fait la
"
130 MERCVRE
de m'écrire fur cette
grace
matiere. * {¥ ¢ ¥ * "
A MADAME LA L. G.
de Bar- fur- Seine.
V.Ox
Ous ne fçavez peut- eftre
pas , Madame , qu'à l
mefme heure que vous eftes accouchée
de vostre dernier Enfant,
une Poule de voftre Ville a fait
un Oeuf qui porte l'image du
Soleil. Fay confulté fur cette
rencontre d'habiles Connoiffeurs
npréfages . Ils m'ont tous affuré
que c'en eftoit un , que la Fille
en
GALANT. 131
י
que vous avez mife au monde,
Y paroîtroit un jour comme ce bel
Aftre, avec éclat gloire . Un
augure fi heureux est en verité
bien digne d'une Mere auffi aimable
& auffi brillante que vous,
mérite d'autant plus de créance,
que voftre Fille a déja comme
les Etoiles , l'avantage d'eftre
belle des fon Orient. On dir
qu'Helenefortit d'un Oeuf; &
cette Fable n'a efté inventée,
que pour exprimer la blancheur
du teint de cette Grecque ; mais
it fuffira deparlerdu voftre, pour
donner une grande & jufte idée
de celuy de veftre Fille , puis
13
132 MERCVRE
qu'elle vous reffemblera. Jamais
teint n'eut tant de blancheur &
tant d'éclatpour une Brune.
Tout ce qu'on dit des Rofes &
des Lys,
Ne fçauroit exprimer un fibeau,
coloris;
Il efface le teint de la plus belle
Blonde,
C'eſt le teint le plus beau du
monde.
Vos yeux n'ont pas moins de
charmes que voftre teint . Il n'en
fut jamais de plus propres à faire
des conqueftes, il y a bien plus.
de plaifir à les regarder, pou
fçavoir comme ceux de voftre
•
GALANT. 133
1
AT
bel Enfantferont faits, qu'à confulter
le Soleil & l'Oeuf.
A la Mere d'Amour vous les avez
pareils ,
Ils percent jufqu'au fonds de
- l'ame ,
Et font eux-mefmes des Soleils,
Puis qu'ils portent par tout la
lumiere & la fame.
1
Ce feroit inutilement que je
vous dirois l'effet que ce beau
teint dr ces beaux yeux ont produit
fur mon coeur ; il y a longtemps
que vous le fçavez. Je
vous repréfenteray ſeulement
qu'il fera bien doux un jour à
ceux qui prennentpart à vos in134
MERCVRE
terefts comme moy, de voir voftre
aimable Fille briller avec ces
mefmes avantages, & fucceder
ainfi à l'empire qu'ils vous, ont
acquis fur toutes les Perfonnes
qui ont l'honneur de vous approeber.
A
Cet empire n'eft pas petit,
Vous eftes engageante autant
qu'on le peut eftre;
Et quand l'Enfant qui vient de
naître
Sera dans l'âge où tout nous
rit.
Ou l'on fçait ce qu'on veut, ce
qu'on fait, ce qu'on dit,
Que de gloire pour cetteBelle,
De voir à fes genoux
Mille Amans s'enflâmer pour
elle
GALANT. 135
Des mefmes feux qu'ils auront
eus pour vous!
1 Un fort fi glorieux ne fera pas
་ ༨ ་ moins doux .
Cette Cour cõſtante & fidelle
S'accroîtra d'une Cour nou
velle,
Où le Ciel luy fera prendre un
charmant Epoux,
Qui l'aimera, fans en eftre ja
loux.
Enfin cette jeune Merveille ,
L'image de l'Aftre du Jour,
Auffibien que la voſtre, & celle
de l'Amour,
N'aura non plus que vous au
monde fa pareille ,
Et a félicité
Sera telle que fa beauté.
Le préfage donne lien dejuger
136 MERCVRE
•ainfi de fon mérite & defa for
tune , pourveu que vvoouuss nnee luy
Soyez pas contraire, & que vous
l'uimiez autant que voffre cher
Fils, & on afujet d'espérercette
juftice de voftre bon naturel, &
de l'exemple que vous en donne
Monfieur votre fage Epoux.
Mes voeux fecondent ce pré-
Jage & cette efpérance , &je
fuis, Madame, a mon ordinaire,
voftre, &c.
LE BERGER DE FLORE
Il n'y a point d'amitié fi
forte , qui ne foit fujette à la
rupture , lors que l'Amour
a les interefts par ticuliers à
3
GALANT. 137
foûtenir. Je puis vous en
donner un exemple.
Deux jeunes Perfonnes,
auffi agréables que bien faites
, fe voyant fouvent comme
Voifines , prirent un fi
fort
attachement l'une pour
l'autre, que rien ne ſembloit
égal à leur amitié. L'une ef
toit brune , & l'autre d'un
blond cendré admirable , &
toutes deux avoient les yeux
vifs & pleins de feu , le teint
fort brillant , & je - ne- fçayquoy
de dégagé dans la taille
qui n'aidoit pas peu à les
faire regarder. Comme elles
Novembre 1681. M
……
138 MERCVRE
avoient beaucoup d'efprit,
elles donnérent à leur amitié
tout l'agrément qu'elle eftoit
capable de recevoir . La
Brune prit le nom de Serviteur
la Blonde celuy de
Maiftreffe , & fous ces deux
noms , elles ne fe contentoient
pas de ſe parler d'une
maniére tres tendre ; elles
s'écrivoient encor prefque
tous les jours , & la conformité
de leur Sexe les mettant
au deffus de la réſerve , tout
ce que l'Amour fournit de
termes paffionnez eftoit em
ployé dans leurs Billers.
GALANT. 139
Quelques mois apres leur
union , la belle Brune fit
une Conquefte. C'eftoit un
Homme fort riche , à qui
une Charge de Conſeiller
qu'il exerçoit avec grand
hóneur depuis dix ou douze
sta
années dans un des plus celébres
Parlemens de France,
donnoit un rang fort confidérable.
Le hazard luy en
ayant fait acquérir la connoiffance
, il fembla la cultiver
par un pur effet d'incli
nation . Les foins obligeans
qu'il luyrendoit, & quelques
demy-déclarations qu'il luy
Mjj
140 MERCVRE
avoit faites, luy donnant lieu
de penfer qu'il fongeoit au
Mariage , elle s'en ouvrit
avec fon Amie. La Blonde
prit part à fon heureuſe fortune
, & ne pût venir fouvent
en apprendre des nouvelles
, fans que fon Amant
la vift plufieurs fois . Elle
avoit un caractére d'efprit
doux & engageant
, qui
malgré elle , fir impreffion
fur le coeur du Confeiller.
Il fe contraignit d'abord , &
cacha ce qu'il fentoit ; mais
la contrainte irritant fa paffion
, il s'abandonna à fa
GALANT. 14
deftinée , & ennuyé de ne
voir la Blonde qu'en préfence
de témoins , il luy rendit
vifite chez-elle. Cette aimable
Fille qui la recevoit com
me une vifite de civilité,
n'en fit point miftére à ſon
Amie. C'eftoit fa Maiftreffe
qu'elle prétendoit qu'il cherchaft
en elle , & quelques
douceurs qu'il puft luy conter
, elle les nommoit dou-.
ceurs de réflexion qui n'ef
toient point pour fon com .
Il la vit ainfi de temps .
en temps pendant plus d'un.
I mois , fans que cette Amie
[
pte
142 MERCVRE
en fuft allarmée ; mais enfin
foit qu'il marquaft quelque
froideur à la Brune, foit qu'il
luy parlaft de la belle Blonde
avec trop d'eftime, elle commença
à le foupçonner d'en
eftre amoureux , & vint avec
elle dans un éclairciffement
qu'elle ne pût faire fans
beaucoup d'aigreur, LaBelle
n'eut aucune peine à la fatisfaire.
Elle l'affura qu'elle
banniroir le Confeiller , &
luy tint parole, en le priant
la premiere fois qu'il la revit
, de ne luy plus rendre
aucune vifite. Cette prière,
GALANT. 143
I dont il eftoit fort aifé de
comprendre les raiſons , eur
un fuccés tout contraire à
celuy qu'on attendoit. Elle
marquoit une beauté d'ame
qui charma le Confeiller , &
ne fervit qu'à hafter ce qu'il
avoit réſolu de faire. Apres
s'eftre plaint de la rigueur de
cette aimable Perfonne , il
luy dit dans les termes les
plus férieux & les plus foûmis
, qu'il n'y avoit qu'elle
feule qu'il fuft capable d'aimer
, & qu'il ne prétendoit
point , pour quelques foins
rendus fans deffein à fon
144 MERCVRE
ww
me
Amie,avoir renoncé au droit
de difpofer de fon coeur,
qu'il eftoit à elle depuis le
moment qu'il l'avoit veuë ;
qu'aucune autre n'y auroit.
jamais de part ; & que s'il eftoit
affez heureux pour ne
luy déplaire pas , il luy donneroit
de promptes marques
da facrifice qu'il luy en fai
foit . Quoy que la Belle ne
puftfe défendrede répondre
avec eftime à une déclaration
fi obligeante, en témoigna
beaucoup de cha
grin , & demeura ferme dans
la refolution de ne plus fouf
ell
frir
GALANT. 145
frir le Confeiller. Toutes les
raifons qu'il luy oppofa furent
inutiles. Il fe vit contraint
de la quiter apres une.
longue cóteftation qui n'eut
point d'effet , & revint chez
elle trois ou quatre fois , fans
qu'elle vouluft fe rendre vifible.
Comme les obftacles
redoublent l'amour, ces dif
ficultez ayant augmenté le
fien , il ne garda plus aucu
nes mefures. Il alla trouver
fon Pere, & s'imaginant quelle
ne cherchoit qu'un ordre
abfolu qui excufaft fa
conduite , il luy découvrit
Novembre 1681. N
146 MERCVRE
l'état des chofes , & le conjura
d'eftre favorable à fa
paffion . Le Pere qui vit le
Party avantageux , luy promit
de vaincre les fcrupules
de fa Fille ; & ne voulant pas
fe fervir contr'elle de fa pleine
autorité, il fe contenta de
luy donner libre accés chez
luy, ne doutant point que le
temps , fon amour , & fon
mérite , ne luy fiffent obtenir
le confentement qu'on
luy refufoit. La Belle, obligée
de foufrir le Confeiller,
que fon Pere luy amenoit
fort fouvent luy-meſme , fit
GALANT. 147
1 Connoiftre à fon Amie la
violence qui luy eftoit faite,
& apres luy avoir juré tout
de nouveau l'amitié la plus
conftante & la plus fidelle ,
elle l'affura que malgré l'obeiffance
qu'elle devoit à
fon Pere, on n'auroit jamais
à luy reprocher qu'elle euft
le coeur affez bas pour luy
vouloir ofter fon Amant. Un
procedé fi honneſte n'adoucit
point cette Amie. Elle
eftoit outrée de ce que
Confeiller avoit ceffé de la
voir , & regardant l'aimable
Perfonne qui en eftoit cauſe,
Nij
148 MERCVRE
quoy qu'innocemment, cố-
me une Rivale , complice en
fecret de fa trahison, elle prit
pour elle autant de haine
qu'elle luy avoit auparavant
montré de tendreffe . Ainfi
fes emportemens n'eurent
point de bornes. Le commandement
d'un Pere efroit
un prétexte mandié pour
couvrir fa perfidie ; & quelques
prieres que luy filt la
Belle d'attendre à la condamner
qu'elle fuſt coupable,
elle n'écouta que fa jalou;
fe colere, & fe déclara fon Ennemie
avec un éclat qui furGALANT.
149
1
prit tous ceux qui la connoiffoient.
La rupture fut
entiere , & quand la Brune
fortit de chez fon Amie , apres
avoir feeu qu'elle foufroit
encor fon Amant , ce
1 fut avec proteftation de ne
la revoir jamais , & de chercher
tant qu'elle vivoit les
occafions de fe vanger. La
Belle euft pû tourner à fon
avantage des honneſtetez ſi
S mal reçeuës ; mais quoy que
le Confeiller n'euft rien qui
duft luy déplaire , elle conferva
pour fon Amie les fentimens
qu'elle luy avoit pro-
Niij
150 MERCVRE
mis eternels , & fe fit un
point- d'honneur de s'oppo
fer toûjours à un Mariage
qui l'euft pû rendre fufpecte
d'avoir agy de mauvaiſe foy.
L'Amante jalouſe, dont toutes
les paffions eſtoient violentes,
ne fut point touchée
d'une générofité fi peu commune
. Sa haine alla jufques
à l'excés ; & comme le voifinage
luy fourniffoit tous
les jours quelque occafion
d'en donner des marques,
fa Mere , à qui cet éclat ne
plaifoit pas, changea de Maifon,
pour en prévenir les fuiGALANT.
151
J
} tes, & alla loger dans le Quartier
de Paris le plus éloigné
de celuy qu'elle quitoit. Ce
pendant les Affaires qui avoient
amené le Confeiller
à Paris , ayant finy au bout
de trois mois par un accommodement
avantageux , il
voulut fçavoir déterminéquoy
il devoit s'at- ment à
tendre. La Belle ne balança
point à prendre party , &
foit que !fon coeur ne fentiſt
rien , foit qu'elle fuſt toûjours
genéreufe, comme fon
Pere luy avoit enfin laiffé la
liberté de choisir , elle pria
Nüij
152 MERCVRE
cet Amant d'aller offrir à
quelque autre ce que fon
premier engagement luy défendoit
d'accepter. Il retourna
en Province, remply d'ef
time pour cette charmante
Fille ; & pour fe guérir de fon
amour, il s'y maria prefque
auffitoft avec une affez jolie
Perfonne dont on luy parloit
depuis fort longtemps. La
belle Brune fit la mefme
P
chofe un mois apres fon dé
part . Un Amant s'offrit . Il
avoit beaucoup de Bien , &
quoy qu'il ne fuft ny fpirituel,
ny d'une naiffance fort
GALANT. 153
élevée , la confidération de
fes avantages l'obligea de
l'époufer. Cette occafion parut
favorable à fon Amie
pour renouer avec elle . Sitoft
qu'elle fçeut ſon Mariage
, elle luy fit demander fi
elle voudroit recevoir fes
complimens. Un nouveau
ferment de haine paya cette
honnefteté. On eut beau luy
dire que la maniere dont fon
Amie en avoit ufé faifoit voir
fon innocence; elle répondit
que loin qu'elle euft refufé
le Confeiller , elle fçavoit
avec certitude qu'il s'eftoir
-
154 MERCVRE
dégoufté d'elle, & qu'on pou
voit le connoiftre, puis qu'il
s'eftoit marié dans le mefine
temps qu'il l'avoit abandonnée.
Son efprit aigry la rendant
fi peu traitable , on la
laiffa dans l'aveuglement où
elle voulut refter. Son Mariage
fut de fort courte durée.
L'Epoux mourut un
mois apres cet engagement ;
& comme l'amour y avoit eu
peu de part , la jeune Veuve
fe cófola bientoft de fa perte.
Son deüil luy donna de nouveaux
charmes . Elle en parut
avoir le teint plus brillant,
GALANT. 155
& få
fortune eftant
augmenle
Bien que luy laiſſa tée
par
fon Mary, elle devint un Par-
-ty confidérable. Six mois de
veuvage s'eftant écoulez , elle
commença à voir le monde,
& dans ce temps meſme un
jeune Marquis Provincial
s'attacha à fon Amie. Il ef
toit bien fait & riche , mais
fort délicat en matiere de.
tendreffe. Il cherchoit un
coeur qu'il poffedaft fans
partage , & s'il croyoit impoffible
d'en trouver un qui
n'euft rien aimé , il vouloit
du moins qu'il n'euſt jamais
156 MERCVRE
reffenty une forte paffion.
A peine eut-il rendu quel.
ques foins à cette aimable
Perfonne, qu'il apprit l'engagement
que le Confeiller
avoit pris pour elle. Il luy
en parla, & elle ne fit aucune
façon de luy avouer que ce
n'eftoit point par manque
d'eftime qu'elle s'eftoit défendue
de l'époufer , mais
parce qu'elle devoit cette
réfiftance à une Amie qu
elle n'avoit pas laiffé de perdre
, quoy qu'elle luy euft
facrifié une affez grande fortune.
Le Marquis trouva le
GALANT. 157 .
U
procedé de la jeune Veuve
peu vray- femblable apres
de fi fortes
fortes marques d'une
folide amitié , que l'Avan,
ture luy devint fufpecte. II
voulut s'en éclaircir, & s'informa
avec d'autant plus de
foin des veritables raiſons
qui avoient empeſché ce
Mariage, qu'il luy parut que
le Pere de la Belle euft dû fe
fervir de fon pouvoir pour la
contraindre d'époufer le
Confeiller. La chofe luy ef
tant contée diverſement felon
qu'on l'avoit appriſe de
l'une des deux Parties, il crût
158 MERCVRE
que le mieux qu'il pouvoit
faire , eftoit d'obferver la
conduite de la Belle , & de
juger par luy - mefme des
fentimens dont fon coeur
eftoit capable. Il redoubla
+
l'affiduité qu'il avoit pour
elle , & luy voyant charmer
tout le monde par fa douceur
& par fes honneftetez ,
il en devint éperduëment
Vous pouvez amoureux .
croire qu'il ne tarda pas
long- temps à fe déclarer.
Quoy qu'il puft voir aifément
que fa déclaration eftoit
bien reçeuë , il dit à la
GALANT. 159
ד י
Belle, que ne cherchant à fe
marier que pour eftre heureux
, il vouloit qu'elle euft
le temps de le bien connoître
, afin que fi elle s'expliquoit
en fa faveur , elle n'euft
jamais fujet de fe repentir.
Ainfi il continua fes foins
encor plus d'un mois fans parler
d'affaires, & ce n'eftoit pas
affez pour luy de la voir prefà
toute heure , il luy
écrivoit encor tous les jours,
& rien n'eftoit fi paffionné
que fes Billets. La Belle eftoit
entiérement reſervée
dans fes réponſes , & cette
que
*
160 MERCVRE
trovvoit ce ca
il crairéferve
qui marquoit fa mo .
deftie , plaifoit au Marquis,
& le chagrinoit en mefme
temps . S'il y
ractere de fagefle & de pudeur
qu'on doit fouhaiter
dans une Femme ,
gnoit que les fentimens d'ef
time dans leſquels elle bornoit
fa reconnoiffance , ne
fuffent des marques de fon
peu d'amour. Voila l'état où
eftoiết les choſes, quand l'incident
le plus impréveu troubla
l'union de ces deux Amans.
Un jour que la jeune
Veuve, qui gardoit toûjours
3
GALANT. 161
fa haine , avoit chez elle
grande compagnie , apres
diverfes nouvelles qu'on y
debita, une Dame luy apprit
que fon Amie d'autrefois ef
toit fur le point de fe marier.
I Elle demanda auffitoft à qui.
La mefme Perfonne ayant
répondu qu'elle ignoroit le
nom de l'Amant, mais qu'on
le faifoit fort riche , & qu'il fe
difoit Marquis , un Cavalier
adjoûta que C eftoit avec
raifon qu'il prenoit ce titre ;
qu'il eftoit de ſes intimes
Amis , & qu'il pouvoit affuker,
de quelque mérite que
Novembre 168.1. O
162 MERCVRE
fuft fa Maîtreffe, qu'elle au
roit eu peine à faire un plus
digne choix . Lajeune Veuve
n'ayant rien dit davantage ,
tourna le difcours fur des
matieres, dans lesquelles elle
fir paroiftre un efprit fans
1
trouble & plein d'enjoüe
ment. La Compagnie fe retirant
peu à peu, le Cavalier
refta des derniers , & enfin il
demeura feul avec elle .
Alors remettant fur le tapis.
le Mariage dont la Dame
avoit parlé , elle dit au Ca
valier , qu'eftant autant de
fes Amies qu'elle eftoit ,
A
GALANT. 163
elle ne pouvoit le voir dans
l'intéreft du Marquis , fans
luy découvrir qu'il ne feroit
point heureux , s'il époufoit
la plus lâche & la plus diffimulée
de toutes les Filles ;
que luy ayant enlevé le Confeiller
par de honteuſes avances
, elle avoit tâché de
le retenir par des faveurs
qu'il n'attendoit pas, & qui
l'en avoient fi fort dégouſté;
squ'il avoit voulu revenir à
elle , que dans l'espérance
de l'obliger à luy pardonner
fa trahifon, il luy avoit fait le
facrifice de toutes les Lettres
O ij
164 MERCVRE
ทั้ง
qu'il avoit reçeuës de fa
fauffe Amie , & qu'il connoiſtroit
en les lifant, que le
Confeiller avoit eu des avantages
qui la rendoient
fort
indigne qu'un honneſte
Homme la confidéraft. En
mefme temps elle tira de fon
Cabinet un fort grand nom
bre de Lettres qu'elle luy fit
voir. C'eſtoient celles que
la Belle avoit écrites à la
jeune Veuve pendant leur
intelligence. Elles eftoient
toutes d'une Maîtreffe à un
Serviteur , & fi pleines d'un
amour qui n'a rien de réGALANT.
165
fervé qu'on n'en pouvoit
faire la lecture , fans y trou
ver la conviction du commerce
le plus libre . Le Ca
valier la pria de luy confier
ces Lettres, & ne les obtint
qu'apres qu'il l'euft affurée
qu'elles ne fortiroient point
de fes mains , & que dés le
lendemain il auroit foin des
les rapporter. Idemeura fiv
perfuadé du peu de conduite
qu'avoit eu la Belle , qu'il
crût qu'en donner avis à fon
Amy, c'eftoit luy rendre un
tres - bon office. Il luy demanda,
en luy faiſant voir le
166 MERCVRE
3
premier de ces Billets , s'il
en connoiffoit le caractere .
Le Marquis luy répondit
auffitoft que c'eftoit celuy
de fa Maîtreffe ; & comme
il l'aimoit paffionnément
,
un Criminel
à qui on prononce
fon Arreft, ne montre
point plus de trouble qu'il
en fit paroiftre à chaque ligne
qu'il lût. A dire vray ,
les expreffions eftoient tresfortes.
Vous en jugerez par
ce Billet, qui fut l'un de ceux
qu'on avoit donnez au Ca
valier.
२
3
GALANT: 167
4
2
ร
Ilma paru , mon cher Servi
teur , que vous me quitaftes hier
unpeu froidement . Je ne sçayfi
la Dame qui à force de contefter
vous obligea d'accourcir voftre
vifite , vous avoit mis de méchante
humeur ; mais à peine,
jettaſtes - vous un regard fur
moy en vous en allant je n'en
ay point dormy de toute la nuit.
Vous n'aurez pas de peine à me.
craire au teint brouillé que vous
11 me verrez. Venez promptement
réparer cela par vos plus tendres
carreffes. Je fuis tres- difpofée à
les recevoir, & fi vous.eftes auffi
3
168 MERCVRE
amoureux qu'aimé , vous aurez
tout lieu d'eftrefatisfait.
Le Marquis fut fi outré de
douleur , qu'il reſta comme
immobile , fans pouvoir dire
unfeul mot. Apres un quartd'heure
de filence, il voulut
prendre ces Lettres comme
des témoins irréprochables
de la folle paffion de fa Maîtreffe
dont il prétendoit l'aller
convaincre ; mais fon
Amy refufa toûjours de l'en
rendre maiſtre , & il falut
qu'il fe contentaft de les copier.
Il ne le put faire fans
foúpirer
GALANT. 169
f
ད
L
a
foûpirer mille fois , & l'excés
de fon amour qui luy peignoit
la Belle avec mille
charmes , luy faifant craindre
qu'il ne s'en laiffaft
gagner s'il la revoyoit , il réfolut
de fuir ce péril , & au lieu
d'aller chez elle , il luy écrivit
un Billet , dont fon Amy
fe chargea. Ce Billet portoit
, qu'il luy difoit adieu
pour jamais , & qu'il ne pouvoit
luy mieux prouver qu'il
l'avoit aimée tres- tendrement
, qu'en luy cachant le
fujet qui l'obligeoit d'en ufer
ainfi. Imaginez
- vous avec
Novembre
1681. P
170 MERCVRE
combien de ſurpriſe elle vit
ce changement. Elle s'y ef
toit fi peu attenduë , dans la
difpofition où il marquoit
eſtre de conclure enfin le
Mariage , qu'elle crût d'abord
qu'il cherchoit à l'é
prouver ; mais les Amis eurent
beau agir. Ils ne pûrent
l'obliger à leur rien dire , &
il ceffa entiérement de la
voir, fans s'eftre expliqué fur
la rupture. Ce fut un fort
grand Triomphe pour la
jeuneVeuve, mais il luy manquoit,
pour le rendre entier,
d'attirer l'Amant. Elle fit fi
GALANT. 171
bien aupres de l'Amy , qui
la trouvant d'une humeur
tres- enjoüée , la crût capa
ble de confoler le Marquis,
qu'il luy en donna la connoiffance.
Le Marquis fe
laiffa mener chez elle avec
plaifir , efpérant que les cir
conftances qu'elle luy dé
1
couvriroit des fauffes dé
marches de fon imprudente
Amie , effaceroient de fon
< coeur ce qu'il luy reftoit d'a
mour. La jeune Veuve qui
eftoit adroite, donna un tour
fpirituel , quoy que tresmalic
ieux , à ce qu'elle fup
Pij
172 MERCVRE
pofa qui s'eftoit paffé entre
la Belle & le Confeiller,
que le Marquis luy voyant
moins regreter l'Amant que
l'Amie , fut perfuadé qu'elle
eftoit fincere , & commença
infenfiblement à luy rendre
quelques
foins. Elle y répondit
par toutes les complaifances
que l'honnefteté
luy pouvoit permetrre. Elle
connoiffoit
fon caractere, &
le fçachant délicat fur la tendreffe
de coeur , elle luy fit
voir , fans trop affecter de le
vouloir faire , que fi le fien
prenoit de la paffion , ce
GALANT. 173
feroit la feule qu'elle cuft
jamais reffentie. Il ne falut
rien de plus pour luy faire
croire qu'il feroit heureux s'il
réüffiffoit à s'en faire aimer.
Elle eftoit belle & bien faite,
avoit l'efprit vif , beaucoup
plus de Bien que fon Amie;
& ce qui eftoit un tres- grand
charme pour luy , elle eut
tant de foin de bannir tous
ceux qui luy pouvoient faire
'ombrage , qu'en quelque
temps qu'il la vift , il la
trouvoit toûjours feule. Il
eftoit en bonne main , &
fans faire des avances qui
Piij
174 MERCVRE
le puffent refroidir , elle l'obligea
bientoft à s'expliquer
en termes intelligibles. I
crût d'autant moins riſquer
en fe déclarant, qu'il luy ref
toir encor quatre mois pour
acheverl'année defon deüil,
& qu'il pouvoit pendanttout
ce temps étudier fon efprit &
fon humeur , & connoiftre à
fond, avant qu'il s'engageaft
pour toûjours , fi lembar
quement n'avoit rien de
dangereux . Cette paffion
nouvelle , dont il fe fervoit
comme d'un remede propre
à le guérir de la premiere,
GALANT. 175
ne pût luy faire oublier la
belle Blonde , qui demeu
rant à l'un des bouts de Paris,
ne fçavoit rien de l'intrigue.
Il fongeoit fouvent à elle, &
quelquefois l'allant regarder
de loin dans une Eglife,
il eftoit au déſeſpoir que la
modeftie qu'il voyoit fur fon
vilage ne fuft qu'apparente
,
& qu'un extérieur fi honnefte
ne pût eftre le garant
d'une fageffe effective . Le
temps s'écouloit toûjours , &
la jeune Veuve , qui avoit
fujet de craindre qu'on ne
découvrift fa fourbe , faifoit
Pij
176 MERCVRE
entendre à demy , qu'elle ne
vouloit qu'eftre preffée pour
fe réfoudre à fe marier avant
la fin de l'année de fon veuvage
, quand le Confeiller
qui avoit aimé la Belle , fut
obligé de revenir à Paris. Le
Marquis le fçeut, & fouhaita
le connoiftre. On luy ménagea
une occafion de rencontre
, dans laquelle ils eurent
une converſation particuliére.
La Belle en fit
bientoft le fujet. Le Confeiller
en parla avec des marques
d'eftime qui ne pouvoient
partir que d'un Hom
GALANT. 177
dda
me véritablement perfuadé.
Il dit au Marquis qu'il ne
3fçavoit point ce qui les avoit
broüillez,mais que pour luy,
s'il avoit efté affez heureux
pour en eftre aimé , il auroit
fait gloire de la preférer aux
plus brillantes fortunes ,
qu'il s'eftoit marié par
defefpoir , & qu'une Amie
pour qui malheureuſement
il avoit eu quelque complaifance
en arrivant à Paris , ef
toit caufe que plus de trois
mois d'affiduité n'avoient
rien pû aupres d'elle. Là - deffus
il entra dans le détail de
178 MERCVRE
.
l'Avanture, & luy peignit en
termes fi forts la beauté d'a
me de cette charmante Perfonne
, que le Marquis demeura
embarraffé. Le Confeiller
ne luy difoit rien qui
ne luy paruft tres -vray femblable
; mais quelque panchant
qu'il euft à le croire,
il ne pouvoit démentir fes
yeux. Il avoit lû . Les Lettres
eftoient de la belle Blonde,
& le caractere luy en eftoit
trop connu , pour pouvoir
croire qu'il fe fuft trompé.
Le Confeiller parla fi longtemps
la mefme Langue,
GALANT. 179
鲨
qu'enfin le Marquis fut
4-
obligé de luy dire qu'il eftoit
difcret , & que cependant
on n'ignoroit pas qu'il
avoit reçeu quantité de Lettres
qui faifoient voir que
les faveurs de la Belle l'avoient
payé de fes ſoins. Il
répondit à cela par tant de
fermens de n'en avoir jamais
eu le moindre Billet , & demanda
avec tant d'inftance
qu'on luy fift connoiftre les
Impofteurs qui publioient
cette calomnie, que le Marquis
commença d'avoir quelque
foupçon de la furpriſe
180 MERCVRE
qu'on luy avoit fait faite. Il
quita le Confeiller , apres en
avoir tiré d'autres éclairciffemens
qui juſtifioient ſa belle
Maiftreffe
. Quoy que les
Lettres qu'il avoit veuës d'elle,
fuffét écrites à un Amant,
& à un Amant favorisé , le
Confeiller nioit fortement
qu'il en eut reçeu aucune;
& la fauffeté d'une circonf
tance dans une Hiftoire contée
par des Gens intéreſſez,
engage à tenir le refte fulpect
. Dans cet embarras,
fans prendre confeil que de
fon amour , il ſe réſolut d'alGALANT.
181
ler chez la Belle , & de s'éclaircir
avec elle-mefme du
fecret commerce qu'on prétendoit
qu'elle cuſt eu. Jugez
quel étonnement pour
cette aimable Perfonne , de
revoir un Inconftant dont
depuis deux mois elle n'avoit .
eu aucunes nouvelles. Elle
le reçeut d'un air fier & froid,
mais pourtant civil , & ſe tint
debout, afin qu'il ne paruſt
pas qu'elle vouluft l'engager
à une longue vifite. Le Marquis
entra d'abord en matiere,
& fans luy nommer la
jeune Veuve , il luy dit que
182 MERCVRE
devant fe marier au premier
jour, il avoit voulu luy venir
apprendre le fujet de fa rupture
, afin que tombant
d'accord des juftes raifons
qui l'y avoient obligé , elle
n'euft pas à fe plaindre qu'il
cuft mal agy. En fuite ,
&
il la pria d'écouter ,
luy ayant lû trois ou quatre
des Billets qu'il avoit tranfcrits
, il luy demanda fi elle
en avoit reconnu le ſtile. La
Belle luy dit, en le regardant
affez fiérement, qu'elle n'avoit
pas befoin de voir ces
Billets en original , pour luy
GALANT. 183
1
avouer qu'elle les avoitécrits
à un Serviteur cherement aimé
, & qu'elle vouloit , pour
l'intéreft de fa propre gloire,
& non dans aucune veuë de
le contenter , luy en faire
voir toutes les Réponses. En
mefme temps elle ouvrit fon
Cabinet, & tira d'une Layete
plus de cinquante Billets
qu'elle avoit reçeus de fon
Amie. Le Marquis en reconnut
d'abord l'écriture, &
par le jufte raport des uns
aux autres, il vit le commerce
d'Amant &d'Amante fi bien
étably entr'elles, que rappel-
1
184 MERCVRE
lant la réferve avec laquelle
fa belle Maiſtreffe luy avoic
toûjours écrit , & failant réfléxion
fur les fermens que
luy avoit faits le Confeiller,
il ouvrit les yeux fur la tromperie.
Je ne vous dis point
qu'il fe jetta aux pieds de la
Belle, & qu'en luy faiſant de
juftes reproches , on luy refufa
longtemps le pardon
qu'il demanda . Ils s'aimoient
tous deux , & il n'y a point
d'offence que le veritable
amour ne faffe oublier. Le
Marquis parla au Pere dans
ce moment mefme , & ne
•
GALANT. 185
voulut point fortir qu'on
n'euft figné des Articles. Le
Party eftoit trop avantageux
pour remettre au lendemain.
On appella le Notaire, & le
Mariage fe fit quatre jours
apres. La feule vangeance
que la Belle prit de fon Amie,
fut d'ordonner
au Marquis
de la remplir d'efpérance
jufqu'à la conclufion de
l'Affaire , dont il l'avertit luymefme
par un Billet le jour
qu'il fe maria. Cet avis donné
fut pour elle un coup de
Foudre . Il avoit joint au Bil
let quelques uns de ceux
Novembre 1681. Q
186 MERCVRE
qu'elle avoit écrits à la
belle Blonde. Elle vit par là
que fon artifice avoit efte
découvert , & pour s'éparoner
la honte d'avoir des
témoins de la rage où elle
fut, elle partit auffitoft pour
aller à une Terre d'où elle
n'eft point encor de retour
depuis plus de fix femaines
que le Mariage a eſtéfait.
Voyez , Madame , combien
quelquefois il eſt dangereux
de condamner fur les
apparences. Quoy que les
noms de Maîtreffe & de Serviteur
ayent penſé def- unir
GLAANT. 189
$
deux coeurs, qu'on pourroit
dire formez l'un pour l'autre,
ils ne laiffent pas d'eftre fort
communs parmy les Belles .
Le galant Rondeau que vous
allez voir en pourroit fervir
de preuve. Ileft de Madame
la Comteffe de Maroupian
de Marſeille, qui prenant le
nom d'Amant avec une Da
me de la mefme Ville , a fait
ce Rondeau pour elle , & l'a
adreffé à un Gentilhomme
qu'elles ont choify pour
Confident de leur paffion.
Qij
188 MERCVRE
D
RONDEAU.
E mon amour la fl'âme eft
éternelle;
A
Quandune fois d'une oeillade mortelle
Un bel objet afceu bleſſer mon coeur,
Indiference, injuftice, froideur,
* "Rebut, oubly, rien ne m'éloigne d'elle.
Je fuisperdu, s'il eft vray qu' Ifabelle
Ait réfolu d'eftre à mes voeux rebelle,
Carrien nepeut eftre égal à l'ardeur
De mon amour.
$ 2
"Mon cher Damon, mon Confident
fidelle,
Yous qui pour moy faites voir tant
de zele,
· De grace, ayez pitiéde ma lan gweur,
GALANT. 189
Etpourfléchirfon injufte rigueur,
Entretenez quelquefois cette Belle
De mon amour.
Mile Duc de Mortemar,
qui eft de retour depuis quel
ques jours, a efté reçeu tres
1 favorablement de Sa Majefté.
Il luy eft bien glorieux
d'avoir montré à fon âge au
tant de conduite & de fermeté
qu'il en a fait voir depuis
qu'il commande les Galeres.
Je ne répeteray point
ce que je vous en ay dit dans
quatre ou cinq de mes Lettres.
Ce mot de Galeres me
fait fouvenir des reproches
190 MERCVRE
>
que vous m'avez faite, de ce
que vous ayant envoyé il y a
quelques mois les noms de
celles du Roy , je n'y avois
point adjoûté ceux des Commandans
. Je les ignorois
en
ce temps - là , & ayant pris
foin de m'en informer depuis,
je vous les envoye dans
Fordre de leur ancienneté
.
La Réale M le Commandeur
de la Bréteche , Chef
d'Eſcoüade .
La Patronne. M' de Noail
les, Lieutenant General.
शं
La Princeffe . M'de Manfe,
GALANT. 191
Premier Chef d'Efcoüade.
La Perle Male Comman
deur d'Opede , Chef d'Ef
coüade.sp
+
L'Invincible. Mle Che
valier de Béthomas , Chef
d'Efcoüade .
La Forte M le Chevalier
2 ) de
Bréteüil. (JOV 27,200
La Victoire. M' le Chevalier
de Janfon .
La Reyne , M'de Montau
lieu .
A
La Valeur. M' du Vivier.
La France. M' de laMothe.
La Fortune. M ' le Chevalier
de la Renarde, raad.
192 MERCVRE
La Siréne. M'de Fourville
La Brave. Mile Chevalier
de Mirabeaux .
La Grande. M' de Mauboufquet,
La Belle. M' le Comte de
Beüil.
La Favorite. M' le Che-
*
valier d'Efpene.
La Hardie. M le Chevalier
de S. Héran .
La Fleur - de - Lys. M' lẹ
Commandeur de Piémoifon
.
La Superbe. Mle Chevalier
de Rancé,
L'Amazone. M' le Com
mandeur
GALANT. 193
mandeur de Rochoüart.
La Fidelle. Mle Chevalier
de Monféron .
La Galante. M' le Chevalier
Duchon .
La Souveraine . M'le Che
valier de Mareüil.
La Madame. M' le Che
valier de Roufet.
La Ferme. M le Vicomte
de Lozun.
La Renommée. M'le Bailly
de Colbert .
La Dauphine . M' le Che
valier de la Fare.
La Couronne. M' le Che
walier de Bourfeville.
Novembre 1681. R
194 MERCVRE
1 །
La Fiere. M' le Comte du
Luc.
9 S. Louis.
decupants
La Grande Réale. Où Mef
fieurs les Capitaines font
garde la nuit.
S. Jean, L'Hôpital des
Forçats invalides.
La Vigilante.
Deux Galliotes. M' de Laquaire
, Capitaine des deux
Galliotes.
La Subtile,
J'ay à vous apprendre que
le mois paffé , il fut jugé au
Confeil du Roy en faveur de
GALANT. 195
M'Claude de Roncherolles,
Marquis du Pont S. Pierre,
Seigneur & Patron de Noftre-
Dame d'Efcoüis, que l'honneur
que fes Anceftres ont
toûjours eu en Normandie,
d'y tenir le rang de premiers
Barons , de préfider à l'Echiquier,
& d'eftre depuis Confeillers
nez au Parlement, demeureroit
attaché à l'Aîné de
la Famille de Roncherolles,
& non pas à une Terre qui
eft fortie de leur Maiſon, ainſi
que le prétendoit M ' de la
Bazoche , à qui cette Terre
appartient préfentement . La
Rij
196 MERCVRE
Maifon dont je vous parle,
eft la feule en France qui foit
de tout temps en poffeffion
d'un pareil honneur, Mef
fieurs les Ducs ont aujour
d'huy le mefme avantage .
Tout le monde fçait qu'il y
avoit un Echiquier en Normandie
avant la création du
Parlement.C'eftoit unTribunal
Souverain, où les Barons
du Païs rendoient la Juftice.
L'Aîné de la Maifon de Roncherolles
y préfidoit, & tenoit
le premier rangà l'Entrée
des Archevefques, apres
laquelle ils font obligez de
GALANT. 197
lay envoyer leur Mülle blanche.
C'est ce que l'on jufti-
1 fie avoir encor efté fait par
Meffire Jean de Chanvalon,
Archevefque de Rouen . Les
Barons eftoient manciennement
les Grands & Pairs
du Royaume . L'Echiquier
ayant pris fin , l'Aîné de
ceux de cette Maifon cut
féance au Parlement , & Fa
toûjours confervée
, ainfi que
les Archevefques qui l'avoient
auffi à l'Echiquier. Ce
glorieux avantage leur a efté
confirmé par Lettres Patentes
de nos Roys , en con-
4
E
R iij
198 MERCVRE
fidération des grands fervi
ces qu'ils ont rendus à l'Etat
pendant les troubles , & on
les en a veus toûjours en poffeffion
jufqu'au commencement
du Procés dont je vous
apprens le jugement. Jelres
mets à une autre occaſion à
vous parler avec un peu d'or
dre des Defcendans de cette
Famille , & vous diray feulement
que Meffire Claude de
Roncherolles qui en eft le
Chef, eft levingt -fixéme dont
la Filiation eft connue par
Fondations & Contracts de
mariage. Il eft certain qu'il
GALANT. 199
$
e
ya peu de Gentilshommes
en France, dont les alliances
foient auffi illuftres. L'Hif
toire de la Maifon de Chaftillon,
fait connoiftre que nos
Roys leur ont fait l'honneur
de les avouer pour Parens , &
fans vous parler de celuy
qu'ils ont d'eftresalliez de
plufieurs autres Souverains,
je puis dire que les plus
confidérables Maifons du
Royaume font forties de
celle de Roncherolles
, fçavoir,
de Longueville , de Brif
facade la Lutumiere , dont
Madame de Matignon eft
Rij
200 MERCVRE
Heritiere , de Montcaurel,
de Gouffier Marquis de
Thoys , d'Iforée Marquis
d'Arvaux , de Breauté , der
Créquy Berniculle, de Bour
bon Sire de Rubanpré, de
Crefpin - Monaco & de Vvardes
, d'Eftrées, de Humieres,
de la Motte Houdancour, de
Rofmadec-Molac,de Rieux
Afferac, de Joyeufe , de Har- h
cour, de Richelieu , d'An
genne , de Ragny, de Gou
lenne , d'Arpajou , de Rambouillet,
de Rambure , de
Roye , de Gonnelieu , de la
Connelais , de Brienne , d'Ano
GALANT. 201
glure, de Grouche Marquis
de Chepy , de Nollan , de la
s Luferne, de Stüart Marquis
e de Montmartin , de Cliffon
, de Trie , de Tonnerre,
Aumale , & c .
On pepeut encor voir dans
quelle eftime cette Famille a
- toûjours efté par une Bulle
des Papes, qui accorde à M
de Roncherolles en confide
ration de leur pieté, & de leur
ancienne Nobleffe , le Privilege
de faire dire la Meffe
fur un Autel portatif par tout
où ils pourront fe trouver.
On voit un Arreſt du Parle202
MERCVRE
ment de Paris , qui porte
qu'en reconnoiffance d'un
fervice qui luy fut rendu par
un Rocherolles , dans une
émotion où il fe rencontra
avec fes Gens , les Caufes de
ceux de cette Famille feront
appellées immédiatement apres
celles des Princes du
Sang. Joignez à cela , que
lors qu'ils ont rendu foy &
hommage, ce n'a efté qu'entre
les mains de nos Roys.
Pierre de Roncherolles ,
Chevalier des Ordres de Sa
Majefté , le rendit entre les
mains de Catherine de Mé
GALANT. 203
1
aux
dicis , & depuis entre cel
les de Henry III . Je ne
& parle point d'un nombre
infiny de Fondations , &
Aumônes faites à diverfes
Abbayes , ny de plus de quarante
Cures dont la nomination
a efté relâchée par eux
Archeveſques, & au Chapitre
de Rouen , qui eft obli
gé de faire un Service tous
les ans pour ceux de cette
Maifon , auquel Service M
El'Archevefque doit officier
quand il s'y rencontre. Ce
qui eft fort remarquable
pour cette Famille , c'eft
204 MERCVRE
l'on a
qu'on ne fçauroit douter que
fon établiffement n'ait efté.
fait en Normandie longtemps
avant que les Danois
y entraffent. Cela paroift par
la
connoiffance
que I
d'un Rocherolius, qui défendit
l'entrée de la Seine au furnommé
Horic Chef des Danois,
qui pilla Roüen en 845-
& par l'avantage que M' de
Roncherolles ont eu de tout
temps d'eftre Grands Bouteillers
de Normandie , à
caufe de la Terre de ce nom ,
où il y a un Fief qu'on appelle
la Bouteillerie
. Cette qualité
GALANT. 205
7
כ .
·
leur eft donnée dans les
Aveux les plus anciens qu'on
leur ait rendus,
Ils n'ont pas efté confidérez
feulement en Norman.
die , comme fortis d'un fang
tres- illuftre , mais auffi dans
toute la France. C'eft ce que
vérifient les Etats de Blois,
où Meffire Pierre de Ron .
cherolles , Marquis du Pont
S. Pierre , & de Chaſtillon ,
fut député de toute la Nobleffe
du Royaume , ainfi que
M' de Senecé, pour en foûtenir
les intéreſts ; & dans les
derniers Etats de Norman206
MERCVRE
die , qui furent tenus pendant
la Minorité du Roy,
Meffire Robert de Roncherolles
fut député de toute la
•
Nobleffe de la Province ; &
M'fon Fils , Abbé de Baubec,
le fut du Clergé. Je ferois
trop long , fi je voulois vous
marquer avec quel zele ils fe
font toûjours portez à la
maintenir dans les fentimens
de foûmiffion & d'oberf
fance où nous l'avons veuë.
Il ne me refte plus qu'à vous
dire qu'il y a eu de tout temps
tres- grands Biens dans
cette Maifon , & qu'en 1560 .
de
GALANT. 207
1
C
OT
Philippes de Roncherolles,
Chevalier des Ordres du
Roy, & Renée d'Efpinay fa
Femme , partagerent avant
leur mort à leurs alleurs quatre Fils
plus de cinquante mille écus
de rente , & les plus belles
Terres du Royaume
, of nor
Il vous fera aifé de con
noiſtre par la lecture des
Vers queje vous envoye, que
celuy qui les a faits n'eft pas
mal avec les Mufes. Il faut
vous en dire le fujer. Une
Dame des plus réservées à
faire connoiftre les fentimens
de fon coeur , ayant à
208 MERCVRE
qu
paſſer une partie de l'Eté à la
Campagne,recevoit chez elle
toutela Nobleffe de fon voifinage.
Un Cavalier s'y rendit
fort affidu, & dans quelques
Madrigaux qu'il fit
pour elle , il le donna le nom
de Tircis. La Dame recevoit
les Madrigaux fans façon,
parce qu'elle aimoit les Vers,
& que ceux du Cavalier
avoient un tour agreable qui
les faifoit lire avec plaifir . Ces
Madrigaux l'accoutumerent
fi bien au nom de Tircis,
qu'en fe promenant un jour
elle l'écrivit fur l'écorce d'un
GALANT. 209
C
jeune Heftre. Il fut lû du
Cavalier , qui ayant trouvé
quelque temps apres le mot
de Fidelle , écrit encor de fa
main fur le mefme Heftre,
luy dit d'une maniere fort
tendre, que fes defirs eftoient
fatisfaits , puis que fa fidelité
luy eftoit connuë. La Dame
rougit , &un je- ne- fçay quel
trouble dont elle ne put eftre
la maiftreffe, luy faifant connoiftre
à elle- mefme , qu'elle
eftimoit plus le Cavalier qu'-
elle n'avoit crû , apres quelques
vains efforts pour déguifer
ce qu'elle fentoit pour
Novembre 1681. S
210 MERCVRE
luy de trop favorable , elle
luy permit de croire ce qu'il
voudroit de l'embarras où il
l'avoit veus. Deux ou trois
jours furent à peine paffez,
qu'elle écrivit quelques Vers
fur la mefme écorce. C'eft
•
core
là-deffus qu'ont efté faits
ceux que vous allez lire.
«shqa} abs
C
3
JMP
GALANT. 20
oldstowal gort ab vul
2252 525252525252
REQVESTE 2013
I D'UN JEUNE HESTRE
aux Mirtes des Jardins de Ve
nus , qui font dans la Ville d'Idalie
en Cipre
M
doux ,
aftob-a
tries des fardins d' Idalie.
Habitans d'un fejour fi
Un Arbre Etrangervousſupplie
Qu'on le reçoive parmy- vous.
S&
Ileft vray,je ne fuis qu'un Heftre,
Né dans des Lieux qui vousfont
inconnus;
Mais avec tous cela, peut- eftre
Je vaux un Mirte de Vénus.
Sij
212 MERCVRE
C'eft leprendre unpeu haut, Mirtes,
jele confeffe,
Et non pas cependant plus haut que
je ne doy,
Si vous me demandez mes Titres de
Nobleffe,
Je lesporte gravez für moy.
$2
Scachez que l'autrejour une aimable:
Bergere,
Errant dans noftre Bois , révenſe,
folitaire,
Vintfousnos ombrages charmans..
Afa douce langueur, àfa démarche
lente,
Nous difmes auffi-toft, c'est quelque
jeune Amante,
Car tous lesjours nous voyons des
Amans.
GALANT 213
*
Sz
Elle cherchoit des yeux une écorce
nouvelle,
Jeunes Heftres s'empresſoient tous
D'offrirleur écorce à la Belle,
De ces marques d'honcur nousfemmes
sofortjaloux,
Heureufementje fus choisi par elle..
$2
Elle grava , Tirfis , moy ravy de
prefter
Mon écorce naiſſante à cet aimable
#fage,
Glorieuxde fon choix , je femblois
Amien vanter
Aux Heftres envieux de tout mon
voisinage..
Deuxou troisjours apres , elle vint
ajoûter
Et le mot de Fidelle , & ce petit
Ouvrage.
€
214 MERCVRE
S &
En révant dans ce Bois à qui m'a
fçeu charmer, as
Sur cette écorce tendre & belle
Je gravay fon nom feul, fans par
ler de fon zele ,
Tous les Bergers du nom le venoient
réclamer ;
Mais à préfent que j'ajoûte,
Fidelle,
Tirfis des Amans le modelle
S'y connoiftra luy feul , puis qu'il
fçait feul aimer.
S&
Ah !fi vous aviez veu cette jeune
Perfonne,
Si vous connoiffiezſa beauté,
Vous ne blâmeriez pas , Mirtes, la
Vanité
Quefa confidence me donne..
GALANT 215
$2
Nas Heftres les plus vieux qui mille
& millefois
Préterent aux Amans leur ombrefa
savorable,
vorable,
yo
M'ont dit d'une commune voix
Qu'ils n'ontjamais vû dans nos 3 Bois
2001 WK
Une Bergere plus aimable.
mike
25NDA
Jay demandéfon nom à ces petits
Amours,jaunoja pobed
Qu'en foule depuis quelques jours
Un defir curieux dans noftre Bois
amene.
Et dont autour de mayſefait ungrand
concours
Pour voir les Vers dont mon écorce:
eftpleine.
C'eft Iris, m'ont- ils dit, & l'Amour
fe promet
216 MERCVRE
De tirer une gloire extréme
De ce qu'elle t'a pû confier fon
fecret;
Depuis affez longtemps elle
aime,
Et fon coeur n'en avoit pas fait
La cófidence à fon coeur même.
25
Tirfis , & quel Amant n'eft- ce
pas que Tirfis ? ) .
Quoy qu'elle partageaft fes
amoureux foucis ,
N'en pouvoit obtenir un aveu de
la bouche..
Enfin, apres un long ennuy,
Il fçait depuis un mois que fon
amour la touche,
Et tu l'as fçeu prefque auffitoft
que luy.
25
Songe que cette Iris obftinée
au filence
GALANT 217
Et qui n'aimoit qu'en fe cachant
de toy,
Ne vous a mis que trois dans
cette confidence ,
Elle- mefme, Tirfis , & toy.
Se
Voila quelle estmon Avanture.
Fier de tant d'honneur, jefuis las
une foule obfcure
De
vivre en une
D'Arbres que l'on ne connoift pas.
25
Souffrez que chez votre Décffe
# Par les Amours je me faffe emporter,
Je fuis en ma vertejeuneffe
Et propre encor à transplanter.
25
Parmy- vous de nouveau je meprépare
à naiftre,
D'Iris & deTirfis vous verrez l'amour
croiftre,
En mefme temps que je croiſtray :
Novembre 1681.
I
218 MERCVRE
Dans ces heureux fardins que
Déeffe habite,
LA
J'en pourrois bien avoir quelque
vifite,
Grace aux Vers defa main que je
conferveray.
25
Ne craignez point la confequendi,
Ny qu'un nombre trop grand de
Heftres tranfplantez
Ne regne enfin de tous coftez
Dans les lieux de vostre naiſſance.
Recevez - les, tous ceux qui porteront
écrits ,
De tendres Vers d'une Bergere
Qui vaille la Bergere Iris ,
Etfoyezfurs de n'en recevoirguért.
25
Vous voyez mes defirs, daignez les
approuver.
GALANT. 219
Mirtes ai fi toûjours une main immortelle
Prennefoin de vous cultiver,
Et chaque Mirte mâle, aitfon Mirte
femelle.
>
Je vous entretins le mois
paffé de l'entrée des Troupes
du Roy dans la Citadelle
de Cazal , mais j'accompagnay
cette nouvelle de fi
peu de circonftances, qu'une
Lettre qui en eft toute remplie,
m'eftant tombée depuis
ce temps-là entre les mains,
je croy vous faire plaifir de
yous l'envoyer. Elle eſt d'un
Homme fort intelligent &
Ti
120 MERCVRE
fort exact , & contient des
chofes qui n'ayant point encor
efté fçeuës , méritent
bien qu'on parle deux fois
d'une événement auffi remarquable
que celuy dont
elle traite.
25252-522252 52255
LETTRE
D'UN OFFICIER
des Troupes de la Citadelle
de Cazal .
JE
De Cazal le 9. Octobre 1681 .
Evous ay appris , Monfieur ,
ce qui c'est paffe juſques à
l'arrivée de nos Troupes en Dau
GALANT. 221
re
phiné. La difcipline qu'elles y
ont obfervée est une chofe in.
noüye jufques au Regne de Louis
le Grand. Elles n'y ont pas pris
01 un grain de Raifin , ny fait le
moindre défordre. Je ne parle
point par exagération , je dis la
vérité toute pure. Cette belle
difcipline vient du bon choix de
la Cour , qui n'employe que
fages Genéraux, & des Inten-
I dansfortprévoyans . On a campépar
toutfans entrer dans aucune
Ville ny Village , & fans
aller au Fourrage ny au Bois ,
parce quefous ce prétexte , on au
roit pu s'écarter mal- à-propos .
de
Tij
422 MERCVRE
Les Troupes ont trouvé leur
Camp marqué dans toute la
marche , du Pain , du Vin , de
la Viande , du Bois , des Perches
, & des Piquets pour tendre
les Tentes. La Cavalerie a
auffi trouvé par tout du Foin
de l'Avoine , & cet ordre s'eft
obfervé avec defifeûres précautions
, l'argent du Roy la wigilance
de M Breant y ayant
pourveu également , qu'aucun
Soldat ny Cavalier n'eft forty
de fon Camp , & ne s'est détaché
de fon Efcadron on Bataillon
pendant la Route . M
de Bouflerspartit de fon Camp
GALANT. 223
fous Pignerol la nuit du Samedy
au Dimanche du 28. Septembre
dernier , avec vingt Escadrons
de Cavalerie , & quatre Régimens
de Dragons , & laiſſa le
refte defa Cavalerie , toute l'In
fanterie , les Equipages , les Viures,
& le Trefor, a M'de Ca
tinat qui le devoitfuivre le lendemain
, & qui reçeut le Brevet
de Maréchal de Camp , le jour
qu'il partit de Pignerol. Ses
lumieres font connuës , & ont
eftéemployées utilement en beaucoup
d'occafions pour le fervice
de Sa Majesté. J'aurois beaucoup
à m'étendre fur fon efprit,
Tüij
224 MERCVRE
fur lafolidité de fon jugement;
mais pour vous faire fon
Panégirique en unfeul mot, je
vous diray que le Roy , le plus
éclairé de tous les Monarques,
l'a choifi pour luy confier la Citadelle
de Cazal. Revenons à
noftre marche. Nous eftions guidez
par M du Verger Maréchal
genéral des Logis de l'Armée
, qui pendant toute la der
niere Guerre a feray en cette
qualité- là en Catalogne avec
beaucoup defuccés d'applaudiffement
du coftéde la Cour, &
des Genéraux. Il a un talent
tout particulier pour cet employ,
་
GALANT: 229
l'Italie ne luy eft pas moins
connuë que l'Espagne . Nous
paffames le Pô avant le jourfur
le Pont de Carignan . On fit
alte pendant quatre heures . La
Meffe futdite dans le Camp, &
l'on dîna , apres quoy on détacha
un Efcadron de Cavalerie qu'on
laiffa au bout du Pont pour attendre
M de Catinat , & fon
Infanterie, & l'onfe remit en
marche. Nous paffâmes fur le
glacis de Villeneuve d'Aft. C'eft
une Ville affezgrande , bienfortifiée
, qui appartient à M
le Duc de Savoye. De là nous
allâmes camper & coucher à San
226 MEROVRE
J Paolo Village de Laftegean
M du Verger avoit marqué le
Camp au delà du Village , dans
une grande Prairie , le long du
Ruiffeau. Nous
arrivâmes
deux heures avant le Soleil conché
; de maniére qu'on prit la
commodité de reconnaitre le
Camp & fes environs de pofer
les Gardes de jour , de tendre
les Tentes , & de prendre fans
confufion la Ration du Fourrage
que nous avions eu pendant toute
la Route dans les Pays Ef
trangers , comme dans les Terres
mefmes de Sa Majesté , non
feulement par le bon ordre de
GALANT. 227
noftre Genéral , mais encorpar la
prévoyance merveilleufe & les
foins infatigables de Mª Breant
Intendant de nostre Armée &
de Cazal. C'eſt un Eléve de
M' Robert. Ce mot veut dire
tour. De San Paolo nous vinfmes
camperfous Montcalve qui
appartient au Duc de Mantonë.
Cefte grande Ville fcituée
fur une Colline. Il ya eu autrefois
un Chasteau on Citadelle
avec des Tours , dont on void
encor les veftiges du cofté du Septentrion.
La Ville a un Gouverneur
& beaucoup de Nobleffe
, mais elle n'a point de
228 MERCVRE
2
Garnifon. En cet endroit M
de Bouflers reçeut M' le Comte
d'Ogliani de la part de Madame
Royale. Il est Capitaine
des Gardes de cette Princeffe.
Tous les Capitaines de Montcalve,
tous ceuxdu Montfer
rat , vinrent avec luy marquer
la joye qu'ils avoient d'eftre
fous lapuiffante Protection de Sa
Majefté. On ne fçauroit affez
exprimercelle des Peuples , &
les carreffes qu'en reçeurent les
François . Les Dames mefme eurent
de l'empreffement à les venir
voirpendant qu'ils furent campez.`
Apres qu'on eut paſſé là
"
GALANT. 229
quelques heures , comme fi on
euft dú y coucher, on marcha
toutte la nuit , en fuite dequoy
l'on fit alte de nouveau pendant
une heure à une lieuë de Cazal.
On paffa les Défilez des Colines
, enfin le Mardy30. Septembre
on arriva devant la
Citadelle où l'on fe mit en Ba
taille un peu avant que lejour
- paruft . En mefmetemps M' de
Bouflers détacha M de Crillon
& M Intendant pour aller
fçavoirà la Citadelle fi l'on eftoit
prest à nous recevoir. Ilsfe préfentérent
à la Porte de Secours,
mais on leur cria qu'ils allaffent
&
230 MERCVRE
de la Citapar
la Ville , & qu'ils ne pou
voient entrer par là. Ils y al
Lerent , virent les Gouver
neurs de la Ville
delle , qui leur firent des excufes
de ce que la Porte de Secours n' ef
toit pas encor débouchée , & qui
les prierent de vouloir attendre.
Ces Meffieurs rapporterent ces
nouvelles àM de Bouflers , qui
Les renvoyafurleurs pas pour ha
ter cette ouverture , & offrirdes
Dragons pour y travailler. Il
recommanda à M l'Intendant
defonger au fonds , luy dit de
mener avec luy Meffieurs Gre
Zilemont , la Fonds & Grini,
GALANT. 231
Ph
Commiffaires des Guerres. Il
ordonna auffi à M le Marquis
J
de S. Hilaire d'y aller pour commencer
les Inventaires de l'Artillerie.
Ce Marquis eft Fils de
feu M de S. Hilaire LieurenantGenéral
de l'Artillerie , qui
eut un bras emporté du coup qui
tua M de Turenne . Ils'eft acquis
tant de réputation , qu'il n'y a
Perfonne qui ne fsache qu'il a
berité du mérite de M fon Pere,
du zele qu'il avoit pour
le
fervice du Roy. Il ordonna auffs
à M de la Mothe-Lamire de
s'y rendre en mefme temps , pour
fonger aux reparations qu'o
232 MERCVRE
jugeoit neceffaires. Eftant entrez
par la Porte de la Ville ,
noftreprincipalfoinfut de déboucher
celle de Secours. On y travailla
fortement , M de Bou
flers qui regardoit en dehors ce
travail avec autant d'attention
que d'impatience , crût fur le
midy que l'ouverture eftoit affez
grande , & ily entra avec les
Regimens de Dragons de la
Lande , & de Barbefieres. En
mefme temps la Garnifon qui eftoit
en bataille dans la Place
d'Armes , & composée de fix
Compagnies d'Infanterie Ita
talienne qui devoient estre cha
GALANT. 233
eune de cent Hommes, commença
fe retirant du cofté à défiler ,
de la Ville nous laiffa la Citadelle
vuide & libre. M le
Marquis de Bouflers fut auffitoft
complimenté par tout le Pays ,
parle Confeil Souverain & la
Chambre Ducale , & par les
Magistrats , comme il l'avoit
esté par les Gouverneurs & par
toute la Nobleffe . L'Evefque,
le Clergé, & tous les Notables,
complimentérent
en particulier.
Il fut fervy à difner aux
defpens de la Ville avec une trèsgrande
magnificence . Il y avoit
quatre Tables , chacune de vingt
le
Novembre 1681. V
234 MERCVRE
Couverts. Les Principaux
la Ville plufieurs Officiers de
PArmée, y mangerent , on bût la
fantédu Roy , & celle de M' le
Duc de Mantouë. La Ville
traita Made Bouflers fair &
matinpendanttrois jours avec les
mefmes apprets. Les Peuples ne
fe laffoient point de faire éclater
leurjoye, & de repeter les louanges
de Sa Majefté. M' de Bou
fers dépefcha ce mefme jour à la
Cour M de Saint Felix , &
envoya M le Marquis de Fi
marcon Colonel d'un Regiment
de Dragons à M ' le Ďuc de
Savoye, à Madame Royalı,
GALANT. 235
pour leur fairepart de l'entrée
des Troupes du Roy dans la Ci
tadelle de Gazal , & les affurer
d'unbon Voifinage de lapart des
François. M' le Marquis de
3 Crillonfut auffienvoyé vers M
le Comte de Melgar Gouver
neur du Milanois, Ce Marquis
outre fa qualité a infiniment de
l'esprit & du merite , & ſes
fervices ontfait affez connoistre
fon zele. Il mena avec luy M
le Marquis de Gefares , qui eft
un jeune Seigneur d'un nom trop
connupour vous en parler. Ces
Meffieurs revinrent de Turin
de Milan , fort fatisfaits de
Vij
236 MERCVRE
la maniere obligeante & pleine
d'eftime dont on les avoit traitez.
Les deux Regimens de Dragons
de Barbefieres , & de la Lande,
qu'on a mis dans la Citadelle,
font tres-beaux , tres-bien montez,
font environ neuf cens
Hommes. Il en refte deux au
Camp de pareille forte , dont
l'un eft Fimarcon , & l'autre
Teffé. Ily a outre cela les Regimens
de Cavalerie appellez Servon,
autrefois laRabliere,Royal,
Rouffillon , Crillon , Arnolfini,
Chevalier Duc , & plufieurs
autres, avec leurs Colonels , tant
chefqu'incorporez. Le ComGALANT.
237
mandant de la Cavalerie eft un
des plus anciens Brigadiers du
Royaume. Il a beaucoup de fervice
, & eftfort connu en Por-.
tugal , où il a fervy longtemps,
auffibien qu'en Catalogne . Toutes
ces Troupes viventfansfortir
du Camp , ny eftre à charge à
qui que ce foit. Le Lieutenant.
de Roy de la Citadelle eft M ' de
l'Ifle , qui a efté Lieutenant Colonel
de Louvigny ; & le Major,
M' du Coudray Major du
Regiment Royal de la Marine,
tous Gens choifis , defervice &
de merite.
Le Mercredy premier d'Octo238
MERCVRE
bre, M' de Catinat arrivafurle
midy, avec le reste de l'Armée
Cavalerie, & Infanterie, Equis
pages,Vivres & Tréfor, que trois
cens Muletsportoient avec lesfa
rines . L'Infanterie eftoitcompo
fée de quatre Bataillons ; fçavoir,
un de la Marine de buit cens
Hommes effectifs , conmandez
par M' Mathieu ( c'est un Homme
dont les fervices font anciens
connus ) un Bataillon de Sault,
commandé par M de la Batifſe
ancien Capitaine,qui s'eft fignalé
à la prife de Bellegarde en Ca +
talogne, à la Bataille d'Epouille,
à Puicerda un Bataillon de
GALANT. 239
at
Laré, conduit par le Marquis de
ce nom quien eft Colonel , Hom
me de qualité de mérite ; &
le Bataillon de Caftres , comman
dé par le Lieutenant Colonel, M
Le Marquis de Caftres eftant demeuré
à Pignerol. Toute cette
Infanterie avecla Cavalerie, &
les Dragons relevez, alla auſſitoft
groffir le Camp qui eft fous
la Citadelle en deux Lignes.
François , & Mantoüans, chanterent
le Te Deum , à la Citadelle
à la Ville , & pendant
toute la nuit on ne vit que feux,
✔ on n'entendit que coups de Ca
non. On en fit troisfalves , &
240 MERCVRE
au
autant de Moufqueterie, à la
Villey à la Citadelle ,
Camp. M de Catinar a reçen
les mefmes honneurs que M de
Bouflers & de plus un Preſent
de toutesfortes de Vins , de Ris,
de Fromages de Veaux gras,
de Paons Dindons Perdrix,
Faifans , Ortolans tardez, &
autres effeces de victuailles, avec
une abondance extraordinaire . Le
rout eftoit porté par quatre cons
foixanteHommes,marchant deux
à deux. Rien n'eftoir plus beau
avoir M de Carinat partit
deux
x jours apres , pour aller complimenter
Monfieur le Duc de
SexMantoйe.
GALANT. 241
Mantone. Le Camps & M
de Bouflers, font toujours au mef
me endroit, & l'on ne fait pour
combien de temps. Ilarriva hier
de Pignerol par la Riviere un
Convoy de Lits , de Paillaffes,
& de douze cens charges de Fa
rine. Ils avoient chargé à Villefranche,
Port & petite Villefur
le Pô, à trois lieues de Pignerol,
d'où l'onpeut venir icy commode .
ment, & amener toutes fortes de
munitions par Bateau . De Villefranche
on paffe à Carmagnol,
puis à Carignan , à Turin , à
Chivafe , à Vérue , à Pontaſture,
& à quantitéd'autrespetits lieux
Novembre 1681. X
242 MERCVRE
quifont affez inconnus , d'où il
nous vient une infinité de toutes
fortes de Provifions. Nousfommes
dans le plus beau Pais du
Monde , &le plus fertile entre
Turin Milan , n'y ayant
que quinze lieues d'icy a l'une
a L'autre , 22. a
22. Pignerol.
Cette Ville eft tres-peuplée, marchande,
ar fort belle, un peu plus
grande que S. Quentin, fortbien
fartifice & reueftue . Elle a trois
Portes , de bons Dehors ,
douze Compagnies de Garnifon,
qui fontenviron neuf cens Hommes,
avecune Compagnie de Cavalerie
. Toutes ces Troupes font
GALANT 243.
Italiennes. Ily a à l'autre bout
de la Ville fur le bord du Po, un
Chafteau qui eft tres - fort
quarre. Il a quatre Tours ,
quatreDemy-Lunes, Ses Foffez
font de vingt pieds de profondeur,
revestus de Maffonnerie de
Brique Les Baftimens de la Ville
font tres-beaux. On y voit un
Belveder magnifique. Il eſtplein
de Statues de Marbre , d'Orangers
, & de belles Peintures
frefque , & aboutit à une tresmagnifique
Gallerie . C'est la demeure
des Ducs de Mantoue. It
a force Canons fur les Remparts
du Chateau, une Com-
HOT
SE
X ij
244 MERCVRE
3
pagnie de foixante Hommes en
garnison. Pour ce qui eſt de noſtre
Citatelle , c'eft la plus connuë,
la plus belle de l'Europe . Elle
oft à fix Baſtions & eft plus
grande que Hédin. Tout est de
Brique. Less Cazernes & les
Baſtimens yfont magnifiques &
réguliersh davtemps y a gafté
quelques Ouvrages , il spen
trouve d'autres qui ne font point
achever ; mais il n'y a rien de
plus beau que le Corps de la
Place, dont la déduction rendroit
ma Lettre trop longue, Il est
temps de la finir, en vous affurant
quejefuis , cambro biiliv
GALANT 245
Je croy, Madame , qu'on
auroit peine à rien adjoûter
au détail de cette Lettre . Elle
vous fait voir que quoyqu'on
ait aimé les François das rous
les lieux où ils ont été,jamais
leur entrée dans un Pais
Etranger n'avoir donné tant
de joye. Cela vient de ce que
T'on n'a point vu jufques à
préfent, de difcipline pareille
à celle que leurs Commandans
leur font obferver Ainfi
ils font aimez non feulement
par eux nmefmes , par
leur douceur , & par leur civilité
ordinaire , mais encor
X iij
246 MERCVRE
par la maniere dont on réfout
dans le Conſeil du Roy,
de les faire vivre par l'exacte
& ponctuelle exécution que
les Genéraux & les Intendans
font faire des ordres de
Sa Majefté , & ce qui l'emporte
de beaucoup fur tout
cela , par
le
plaifir que l'on
trouve à eftre fous la domination
d'un auſſi grand Prince
que Louis XIV.Aufli a- t- on
vû fans aucun étonnement
la réception extraordinaire
que leur ont faite les Habitanns
de Cazal , & les marques
qu'ils ont données
GALANT. 247
d'une entiere joye à la ſeule
veuë des Troupes du Roy.
C'est vous parler trop longtemps
de cette fameufe Place,
fans vous faire voir la Ville
& la Citadelle. Vous connoiftrez
l'une & l'autre , en
jettant les yeux fur cette
Planche.
L'avis ayant efté apporté
à Tours que Monfieur le
Duc du Maine y devoit
paffer le Lundy ro . de ce
mois , à fon retour des Eaux
de Rarrege , M le Marquis
de Rafilly , Lieutenant Genéral
de la Province alta
X iiij
248 MERCVRE
au devant de luy , accom-1
pagné de la Nobleffe , de
fes Gardes, & des deux Com -1
pagnies de la Maréchauffée .
Ce Prince à qui la haute naiffance
n'inſpire que des fentimens
d'honneſteté , s'ar
reſta pour recevoir fon com
pliment , & y répondit d'u
ne maniere toute obligean
te , avec la grace & la pré
fence d'efprit qui luy eft fi
naturelle. Ce Marquis le
conduifit dans la Ville , où
il arriva au brüit de toute
l'Artillerie, & des décharges
de la Bourgeoifie , qui eftoit
GALANT.
249
rangée en double haye de.
puis la premiere Porte du
Fauxbourgjufqu'à fa Maifon
qu'il avoit fait préparer pour
ce jeune Prince. Le Préfi
dial & les Treforiers de Fran
cely vinrent complimenterainfi
que le Corps de
Ville; ce que " firent aptés
eux les Chanoinès de S. Gatien
& de S. Martin, qui luy
preſenterent lePain & leVin
de leur Chapitre. Ces com-
I plimens eftant faits , Me le
Marquis de Rafily le régala
d'un magnifique Soupé, qui
fut fuivy de la Comédie.
I
91
250 MERCVRE
C'eſt un divertiſſement que
luy donnerent des Comé
diens qui heureuſement eftoient
arrivez à Tours . Le
lendemain jour de S. Martince
Prince entendit la
Meffe aux Jacobins ,Moù il
fut conduit par le meſme M
de Rafally , qui luy donna
enfuite un Dîné tres propre.
Au fortir de table il remon
ca en Carroffe , pour aller
coucher à Amboiſe. Les
meſmes honneurs du jour
précedent luy furent rendus
; c'eft à dire qu'en par
rant il trouva enbor la Bour-
-
GALANT. 251
t
geoife fous les armes , &
que M' le Marquis de Rafilly
l'accompagna jufqu'à
une lieue de la Ville , avec la
Nobleffe & les deux Compagnies
de la Maréchauſſée.
Ce Marquis eft préfentement
l'Aîné de l'ancienne
Maiſon de Rafilly , auffi celebre
par la valeur & par les
fervices que ceux de ce nom
ont rendus de Pere en Fils ,
fur met & furterre , que par
les Chargesqu'ils ont poffedées.
L'efprit n'eft pas moins
un privilege de cette famille
, que l'éclat de la naiſſan252
MERCVRE
ce. On le peut connoiftre
par un Sonnet que Mademoiſelle
de Rafilly a fait
préfenter au Roy fur Cazal
& fur Strafbourg. Il femble
qu'au lieu du fang qu'ont
répandu fes Anceftres pour
le fervice de fa Majefté , &
pour les auguftes Pre
feurs , elle veuille épuifer le
feu de fon efprit , pour mar
quer l'attachement qu'elle a
aux interefts & à la gloire de
noftre Monarque , qui n'a
remporté aucune Victoire ,
qu'elle n'ait tâché de confacrer
par quelqu'un de fes
GALANT. 253.
1
Ouvrages. Voicy le dernier
que l'on ait veu d'elle.
AV ROY,
UPSONNET. DEVE
Ugufte Conquérant , voſtre
gloire immortelle
Pouvoit- elle efperer rien de plus
éclatant lov alls
Vitron jamais bonheur plusfolider
boll & conſtant as duste
Ny de conduite auffi plus heureuſe
& plus belle ?
Pous revenez vainqueur d'une
façon nouvelles i alla up
s voit du Midy , tout d'e On vous
254 MERCVRE
M coup au Levant,
Sur le Pô, fur le Rhin » paroiſtre
triomphantv
Etfinir en un jour vostre juste
querelle.
$2
Mais parmy la Valeur , la Cle
mence eutfon rang,
Vous blefsâtes les Coeurs , pour
épargner le Sang,
Veftre noble fierté dédaigna leur
courage;
$ 2
Et fi la Terreurfitfur ces Peuples
vaincus
Ce que fit par le fer le grand
Germanicus,
L'Amour les defarmant , fitbeaucoupdavantage.
J'ajoûte un autre Sonner
GALANT. 255
de M' Mallement de Meffange.
Je ne vous ay rien
envoyé de luy qui n'ait plû ,
& fur tout les Ouvrages qu'il
a faits pour le Roy , & pour
Monfieur.
AV ROY.
Sur fon Voyage de Strasbourg.
L
SONNET.
E Rhin fut effrayé, lors qu'il
te vit , grand Roy,
Avec tant de Guerriers qui couvrirent
fon Onde,
D'un air , qui répondoit de l'Empire
du Monde,
256 MERCVRE
Répandre le carnage, & l'horacur
devant Toy.
tari kai d ને
Mais fon étonnement furpaffe
cét effroys
Te voyant aujourd'huy dans une
A paix profonde,
Sans que ton Sabre frappe , on que
byroon Congrande.goldenst
• D'un tranquille regard mettre tout
fous ta Loy
-AI
S&
D'où vient dont a prefent ce
2015 ſurprenant ufages plavado
11XBt quel fiecte ditib , fur mon
ale fameux rivageutu Aash
Apú voir autrefois , ce qu'on voit
33 25
en cejour?
451 Au delà de mes Eaux ,pourfoù-
Wicks mettre une Place,
2008lq ,
. GALANT
257
LOVIS s'en va fuivy des Dames
de fa Cour,
Comme au bord de la Seine il iroit
à la Chaffe
Le Dimanche 9. de ce
mois , les Députez de l'Af
femblée genérale du Clergé
affifterent à laMeſſe du Saint
Efprit , qui fut celebrée pontificalement
par M l'Archevefque
de Paris , dans
l'Eglife du grand Convent
des Auguftins. Meffieurs les
Evefques eftoient dans les
hautes Chaifes en Camail &
en Rochet. Les premieres
places commençoient par
Novembre 1681. Y
258 MERCVRE
les plus proches de l'Aurel
Le fecond Ordre eftoit immediatement
aprés , & fitoft
qu'on eut finy l'Evangile
, M'Evefque de Meaux
monta en Chaire , & s'at
tira par fon éloquence or
dinaire l'applaudiffement
general de ce grand nom
bre d'Auditeurs illuftres .
M' l'Archevefque de Paris
donna la Benédiction Pontificale
à la fin de la Meffe ,
& communia tous les Députez.
Les Archevelques
ef
toient deux à deux. Ils alle
rent les premiers, ayant cha
GALANT 259
12
cun une Etole. Le fecond
Ordre fuivoit. Ceux qui
le formoient eftoient auffi
deux à deux , & avoient Sou
tannes , Manteaux longs ,
Bonnets carrez & Etoles.
Voicy les de ceux qui
compofent l'Affemblée. th
PAR PS9/197
nom's
Ml'Archevefque. >
M' l'Evefque de Meaux . M
M' l'Abbé Maupeou
.
ennob
M' l'Abbé Coquelin
.
pinofis
DS
BESANÇON.
M'T'Archevêque.
MTEvefque
du Bellay , on
Vi
260 MERCVRE
M l'Abbé Pare,boddAn
Ml'Abbé Laboraye.
RHEIMS.
M' l'Archevefque van in
M ' l'Evefque de Châlons.
M' l'Abbé Favre, add
M 'l'Abbé Maucroix
AMBRUN.
M' l'Archevefque. 199
M l'Evefque de Glandeve.
M' l'Abbé Vanée.
M' l'Abbe de la Fage.
CAMBRAY
M' l'Archevelque, meta
M ' l'Evefque de Tournay.
M ' l'Abbé de S. Eloy.
GALANT 261
M' l'Abbé de Franqueville.
SVALBYUDAIM
M' l'Archevelque. A
M ' l'Evefque de Mande, M
M' l'Abbé de Leſcures. M
M ' l'Abbé de Cans, ATM
BOUR GESATM
M' de Bourges , MA
M ' l'Evefque de TullesA
M'l'AbbéRotabon.lvd M
M'l'Abbé FeшsV ÷ ddAl M
Roüenddal
M
M' l'Archevefque & fon
CoadjuteurpaverisIA M
M' l'Evefque d'Avranches . M
M' l'Abbé de S. Luc. A M
262 MERCVRE
M'I'Abbé de Champigny.
BORDEAU x.
M' l'Archevefque
M' l'Evefque de la Rochelle.
M' l'Abbé de Gourgous.
M'l'Abbé Lambert,
VIENNE.
M' l'Evefque de Viviers.
M'l'Evefque de Valence.
M'l'Abbé Hargoud.
M' l'Abbé Jerbais,
AIR. I
M' l'Evefque de Riez
M l'Evefque de Frejus.
Ml'Abbé de Vacheres.
M' l'Abbé de Viens A
GALANT. 263
M ' l'Evefque d'Autun .
M' l'Evefque de Langres.
Mi le Comte de S. George ,
Comte de Lyondel A
M' l'Abbé Senault.
AUCH.
M ' l'Evefque de Bazas.
M'l'Evefque de Couzerans.
M'l'Abbé de Poudens.
M' l'Abbé Soupez .
TOURS.
M' l'Evefque de S. Malo.
M' l'Evefque de Tréguier.
M' l'Abbé de Guenegaud.
M. l'Abbé de Riyault.
264 MERCVRE
C
1.M
M' T'Evefque de Toulon.
M' l'Evefque de Marſeille.
M' l'Abbé de Boſche .
M' l'Abbé Bauffet.
TOULOUz E.
210
M.l'Evefque de Montauban.
M' l'Evefque de Lavaur .
M'I'Abbé Cheron.
M. l'Abbé Courfier.
NARBONNE.
M l'Evefque de Mótpellier.
M. l'Evefque d'Allet .
M. l'Abbé de Fleury.
M. l'Abbé le Franc .
SENS
៦ .
amos
M. l'Evefque d'Auxerre.
32
STU M. TEGALANT.
265
M. l'Evefque de Troyes.
M. l'Abbé de Lufignan .
M.
l'Abbé Bigot
.
Mat
Sb sub
Il s'eft fait une Abjuration
fort remarquable par
les circonftances dont elle
a efté accompagnée. Ce
que j'ay à vous en dire eft
arrivé à Orbec,Ville en Normandie,
où il y a
y a Bailliage.
Le Seigneur du lieu eft de
la Religion Prétenduë Reformée,
dont quantité d'Habitans
font profeffion. La
commodité d'un Prefche,
où l'exercice public s'en fait
Novembre 1681. Z
266 MERCVRE
dans ce mefme lieu , eft caufe
que beaucoup de Familles
anciennes reftent dans l'erreur.
Celle de M Defpars
Avocat d'Orbec eft de ce
nombre. Il a dix ou douze
Enfans qu'il a pris garnd
foin de bien inftruire dans
Heréfie qu'il profeffe. Ses
,
inftructions n'ont pourtant
point empefché que les lumieres
d'Enhaut n'ayent é
clairé l'une de fes Filles , qui
quoy qu'elle n'ait qu'onze
ans & demy , a l'eſprit tresmeûr
& fort avancé. Cette
jeune Fille tenant fa Reli
GALANT 267
1.
gion fufpecte , fe refolut de
quitter ſon Pere , pour ſe retirer
dans un Convent
de
Religieufes
qui font à Orbec.
Elle y alla le huitiéme
de Juillet , & n'y fut receuè
qu'après que Abbeffe du
Convent le vit appuyée de
l'autorité
de la Juftice
cut l'approbation
de fes Parens
Catholiques
. Mde
Touteville
, Juge en femai-
Gentilhomme
tres - zelé
ne ,
&
pour l'intereft de l'Eglife , luy
evint faire ouvrir les Portes,
en préfence de Meffieurs le
Burgois & de la Guerriere
Z ij
268 MERCVRE
Pere & Fils , Gentilshommes
de mérite : & proches
Parens de la Demoiselle.
Son Pere auffi furpris qu'affligé
de fi retraite , préfenta
Requelle aux Juges , dont
il poffedoit affez l'efprit, afin
que fa Fille luy fuſt rendue.
Il remontroit que fuivant la
Declaration de Sa Majefté
de 1669 11ile luy pouvoit
eftre permis de changer de
Religion , puis
usbuis qu'elle n'avot
point encor atteint
l'âge de douze ans. M' de
Touteville s'oppofa de tour
fon pouvoir à fa Requeſte
;
GALANT 269
mais quoy qu'il pût faire, il
euft efté difficile d'en empef
cher fort long- temps l'effet,
fi heureufement on n'euft
receu par la Pofte une nouvelle
Declaration du Roy,
verifiée le mefme jour 8 .
Juillet , qui permet à tous
Enfans au deffus de fept années,
de quitter Calvin pour
fe faire Catholiques. Ce fut
une grande joye pour cette
Fille , qui cut pleine liberté
de refter dans le Convent ,
& d'y recevoir les inftrutions
qui luy eftoient neceffaires.
Elle abjura il y a
Z iij
270 MEROVRE
un mois ou deux dans la
principale Eglife d'Orbec ,
entre les mains de Mle
Grand Vicaire de Lifieux .
Le Clergé avec tout le Corps
de la Juſtice , alla la prendre
au Convent des Religieufes
Madame de Touteville
eftoit avec elle , &
l'accompagna à l'Eglife, ainfque
plufieurs Demoifelles
qui portoient chacune
un Cierge blanc à la main .
Voyez , Madame , comme
le Roy fournit tous les jours
de nouveaux moyens pour
extirper l'Hérefie . En effet ,
GALANT: 271
2
il femble que Sa Declara
tion du 8. de Juillet ait efté
faite pour autoriſer la sconverfion
de cette jeune Perfonne.
On dit que M ' Def
pars ſon Pere commence à
ouvrir les yeux fur l'aveuglement
où il a toujours vêcu
. Ce feroit un grand bonheur
pour tous
ceux
de sfa
Famille
, & pour
beaucoup
d'autres
, à qui
fon
exemple
donneroit
fujet
d'examiner
plus
à fond
le funefte
engagement
ou
les
amis
leur
naiffancem
zussion
ab
JM
de Roffin
Gentilhom-
Z iiij
272 MERCVRE
me de Champagne, fort ef
timés de tous ceux qui le
connoiffent , pour les belles
lumieres de fon eſprit , a
fait auffi abjuration depuis
quelques jours entre les
mains du PereAlexis du Buc
Theatin , qui s'applique fans
relâche à la Converfion des
Herétiques , & qui le premier
Dimanche de ce mois ,
commença la Controverfe
par l'Eloge de fa Majefté.
Il dit , que cet invincible Mo
narque travailloit fans ceffe par.
la grandeur de fes Actions , &
par l'équité defes Arreſts , à reGALANT.
273
mettre dans l'Eglife ceux quir
s'en font feparez qu'il venoit
de rétablir le vray Culte dans
une Ville , d'où la tyrannie de
l'Hérefie l'avoit banny depuis
plus d'unfiecle : qu'il avoit pris
Soin de redreffer des Autels que
l'Impieté avoit abatus , qu'il
avoit fait entrer le veritable
Paſteur dans la Bergerie , dont
de faux Pafteurs s'effoient rendus
maiftres ; & que ces prodigesfaifoient
affez voir que rien
n'eftoit impoffible à un Prince
que le zele de la Maifondu Seigneur
devoroitzub rushnang
Je ne puis finir cette ma
4
274 MERCVRE
tiere fans vous apprendre
qu'on a eu nouvelles que
le dixième du mois paffé , le
Pere Brénier Supérieur des
Religieux de Saint Antoine,
& Curé de la Ville du Pont
de Royan en Dauphiné , fignifia
au Miniftre , & aux
principaux Religionnaires
de ce Pais - là , l'Arreft du
Confeil d'Etat , qui ordonne
la démolition de leur
Temple. Cela eftant fait , il
alla en fermer les Portes pour
toûjours , & deux jours apres
on en rendit graces à Dicu
publiquement , parune ProGALANT.
275
ceffion génerale qu'on fit
dans toute la Ville , avec les
meſmes folemnitez qui font
obfervées le jour de la Fefte-
Dieu. On avoit tapiffé toutes
les Ruës ; & Meffire ....
de la Jaffe , Abbé & Supérieur
Général de l'Ordre de
Saint Antoine, qui officioit,
eftoit accompagné duGrand
Prieur, des Définiteurs , des
Religieux de fon Abbaye ,
& d'un grand nombre de
Curez du voifinage . M ' le
Marquis de Saffenage , Seigneur
du Pont de Royan,
affifta à cette Proceffion , a276
MERCVRE
vec plufieurs autres Gentilshommes
, & une foule de
Peuple incroyable. Da
9.
Cette foule n'a pas efté
moindre dans la Ceremonie
qui fut faite à Limours,
Dioceſe de Paris , le Dimanche
de ce mois , pour la
Tranflation des Reliques de
Saint Marc , d'une vieille
Châffe dans une neuve. M
l'Archevefque de Paris ne
pouvant aller la faire , en
donna la permiffion à M
l'Evefque de Bayeux , Frere
de M le Préfident de Némond
, qui fe rendit à Li-
3
GALANT 277
e
mours , accompagné de M
l'Abbé de la Mothe , Chanoine
de & Archidiacre de
l'Eglife de Paris. Vous fçavez
, Madame , quel eft le
mérite de cet Abbé. C'eſt
luy qui a travaillé fi utilement
fous feu M' de Pérefixe
à rétablir la Jurifdiction
Archiepifcopale - dans le
Fauxbourg Saint Germain ,
en détruifant celle que l'Abbaye
de Saint Germain des
Prez exerçoit depuis plus de
fept cens ans. Auffi ce Prélat
avoit pour luy tant d'eftime
, que luy voulant donner
278 MERCVRE
en mourant de nouvelles
marques de fa confiance , il
le fit Exécuteur de fes dernieres
volontez.aval erot
Les Habitans de Limours
ayant faitorner magnifiquement
leur Eglife , ainfi que
les trois Autels qui furent
chargez d'un nombre infiny
de Cierges, on chanta Mati .
nes , apres lefquelles Mª de
Bayeux revêtu de fes Habits
Pontificaux , commença la
Céremonie par les Prieres
accoûtumées. Il benit enfuite
la nouvelle Châffe ,
on alla proceffionnellement
&
GALANT. 279
prendre l'ancienne dans le
lieu où elle avoit toûjours
efté mife. M ' l'Abbé de la
Mothe l'ayant apportée pres
du Grand Autel , & pofée fur
une Table préparée à ce def
fein , ce Prélat en fit l'ou
verture , & en tira les Reli
ques qu'on montra au Peuple
, à qui on permit de les
baifer fans qu'ellels fuffent
couvertes . Il demeure pour
conftant que ces Reliques
furent apportées de Venife
fur la fin du quatorziémeSićcle
, par Meffire Jacques de
Montmor,Chevalier, Cham280
MERCVRE
bellan du Roy , Gouverneur
de Dauphine , Seigneur de
plufieurs Terres , & entr'autres
de Brie & de Limours,
& que les Venitiens l'en avoient
gratifié , en recon
noiffance d'un Secours confidérable
qu'il avoit mené à
la République contre les
Génois. Aprés la Meffe qui
celebrée pontificalement
par M ' l'Evefque de Bayeux,
M & Madame de Baville
qui affifterent à cette Céremonie
avec quantité de Perfonnes
de qualité , régalerent
ce Prélat , & les princiGLAANT.
281
paux des Officiers , dans le
Château de Limours . On
chanta les Vefpres avec
beaucoup de folemnité , &
en fuite on commença
la
Proceffion
, à laquelle fe
trouva un concours de
monde
monde inconcevable
. Les
Freres de la Confrairie de
Saint Marc, chacun un Cier.
ge à la main , précédoient
le Clergé qui cftoit en Chapes
, auffi -bien que M' l'E
vefque de Bayeux & M
l'Abbé de la Mothe. Ils fuivoient
tous deux la Châffe,
que deux Eccléfiaftiques
Novembre 1681.
A a
282 MERCVRE
reveftus d'Aubes , portoient
fous un Dais. Madame de
Baville, & toutes les autres 91 &
Dames , marchoient apres
eux avec un Cierge allumé.
La Proceffion alla au Convent
de Picpus , où tous les
Religieux vinrent recevoir la
Chaffe à la Porte de l'Eglife.
Elle fut pofee fur le Maitre-
Autel , & après quelques
Antiennes chátées en l'honneur
du Saint, les Religieux
fe mirent à la tefte du Clergé,
& remenerent la Proceffion
jufques à l'Eglife. Lors qu'on
fut arrivé , on laiffa encor y
RDA
GALANT: 283
baifer les Reliques à décou
vert aux Perſonnes de qualité
, & aux Confreres qui le
matin n'avoient pû en approcher.
Apres cela , on mit
le Procés verbal de la Cerémonie
dans la Châffe , qu'on
fcella de plufieurs Sceaux , &
l'on acheva de la couvrir du
refte des Plaques cizelées de
vermeil doré , dont la vicille
eftoit couverte. On voit fur
ces Plaques laFigure deSaint
Marc , & aubas eft écrit, Mar
cus Sacerdos ,Difcipulus B. Petri
Apoftoli . L'on ne peut s'imaginer
la devotion qu'ont fait
A a ij
284 MERCVRE
paroiftre les Peuples en cette
rencontre.1629105.1 200
Vous aurez fans doute
entendu parler de la mort
prefque fubite de Madame
la Marquiſe de Sourdis , arrivée
au commencement de
ce mois. Elle eftoit de la Maifon
d'Antragues - Saintrevé,
Soeur de M' le Marquis d'Antragues,
Lieutenant de Roy
du Maſconnois , & Veuve
de M le Marquis de Sourdis
la Chapelle , Frere de feu M
le Marquis de Sourdis, Gouverneur
d'Orleans , Pere de
M' d'Aluy, & de M' le Che-
1
GALANT. 285
e
valier de Sourdis. Ce Mar
quis, Lieutenant de Roy du
Mafconnois , avoit eu d'un
premier Mariage feue Ma
dame la Marquife de Gordes,
& de la
ile dont i
vous apprens la mort, il en a
eus encorb une Fille , qui a
époufé M de la Roche Ba
ron , de la Maifon de la Ro
chefoucaut. I zongay
Madame de Riberpré
Veuve de M' le Marquis de h
Ribérpré Gouverneurs de &
Ham , l'a fuivie de pres. Ellé !
eftoit venue à Amiens pour
quelques affaires , parce que
286 MERCVRE
fa Terre, qui eft dans le voi
finage de cette Ville , n'a
point de logement pour les
Maiftres. Elle avoit longtéps
parlé de la mort fubite de
Madame de Sourdis , avec M'
l'Evefque d'Amiens , & M
l'Abbé de Sainte- Croix Charpy
qui eftoient venus la voir,
& à qui elle avoit dit , que
l'ayant quittée pleine fanté
à la Meffe aux Capucins
de Paris il n'y avoit que trois
jours , cette mort l'épouvan
toit d'autant plus , qu'elle
en
avoit comme elle de tresfréquentes
vapeurs , accom
GALANT. 287
pagnées d'une fort grande
langueur , & d'un batement
de coeur extraordinaire. Ces
deux Meffieurs furent à peine
fortis , qu'eftant entrée dans
un Cabinet , elle fentit une.
fort grande foibleſſe , & appella
une Fille pour avoir du
Vin. Elle en prit un peu,
pancha la tefte, l'appuya fur
cette Fille , & dit , Ah mon
Dieu, que je vay me trouver
mal En mefme temps elle
demeura fans connoiffance.
Apres diférens Remedes qui
n'eurent aucun effet , on luy
donna une violente prife
288 MERCVRE
d'Effence de Jacob , c'eſt à
dire , dix fois autant qu'on a
de coûtume d'en donner. La
force de cette Effence la fit
revenir , & elle employa
peu de momens qui luy ref
terent de vie, à le confeffer,
quoy qu'avec beaucoup de
peine , n'ayant pas la prononciation
libre . Elle mourut
auffitoft apres. Son Corps
a efté ouvert. On luy a trouvé
autour du coeur quantité
de fang caillé.
Madame Forcadel, Mere
de M'Forcadel , Controlleur
General de la Maifon de
Monfieur
GALANT. 289
$
Monfieur , eft morte auffi
depuis peu dejours . Son Al
teſſe Royale, qui a des bontez
particulieres pour fes
Officiers, envoya fçavoir de
Les nouvelles pendant fa maladie
par M' de Beauvais, Ordinaire
de fa Maiſon; & apres
La mort, M' Bailly, quia cette
meſme qualité, alla faire des
complimens de condoléance
de la part de ce Prince à M
Forcadel , Confeiller , Secre
taire du Roy.
Je ne vous parleray point
des Cerémonies de l'ouver
ture du Parlement , vous
Bb Novembre 1681
290 MERCVRE
4
en ayant entretenue deja
plufieurs fois. Je vous diray
feulement quelque chofe des
Difcours qui furent faits
Lundy dernier 24. dencé
mois , jour où l'on commen
ça les Audiences. Celuy de
Monfieur le Premier Prefi
dent, fut, concis, brillant, &
fort , & contenoit plus de
chofes que de paroles. Vous
fçavez que c'eſt la maniere
de ce grand Homme. Il dit ,
Qu'il ne fuffifoitpas auxFuges de
rendre exactement lajustice, mais
qu'ils devoient avoir de l'humis
lité, & fe fouvenir que ceux
GALANT 291
les
qu'ilsjugedient , avoient comme
eux la qualité d' Hommes:
Qu'ainfi ilfalloit avoir de l'honnefteté,
& de la douceur pour
Parties ; Que l'orgueil eftoit la
1 marque d'une petite ame , &que
les Superbes reffembloient aux
Cédres qu'on voyoit fort élevez
mais dont les racines eftoient pet
profondes. Il exhorta en fuite
les Procureurs , à ne point
traiter ceux dont ils défendoient
les Cauſes , plus mal
que ne les traitoient leurs
Parties adverſes , afin qu'on
n'euft pas fujet de dire d'eux,
ce qu'on fupofe que le Ber
Bb ij
292 MERCVRE
ger de la Fable ait dit , Que le
Sacrifice eftoit plus cruel que le
dégaft que les Loups auroient på
faire . Peut-eftre , Madame,
ignorez vous cette Fable,
Un Berger fe plaignit au
Dieu Faunus , que les Loups
portoient fouvent
de ſes
emportoient
Brebis , & que fon Troupeau
diminuoit tous les jours . Le
Dieu répondit que ce dégaft
cellſeroit, s'il luy youloit facrifier
dix Brebis , & les
continuant
à faire
Loups
Q
toûjours le mefme ravage,
il s'en fit facrifier vingt,
& en fuite trente , ce qui fit
i da
GALANT 293
le
dire au Berger , qu'il aimoit
mieux voir venir les Loups,
& qu'ils feroient moins dépérir
fon Troupeau que
Sacrifice qu'il faifoit au Dieu,
Il n'eft point beſoin d'explication
pour faire connoiftre
la moralité que Mª le Premier
Préfident a voulu tirer
de cette Fable.
Ml'Avocat General Ta
lon , parla apres luy fur les
qualitez que doit avoir un
à
bon Orateur. Il fit la defcription
de chacune en par
ticulier , & dit , Que lors qu'on
s'eftoit une fois acquis cet admi
Bb iij
294 MERCVRE
rable talent, un Orateur ne de
voit pas employer toutes les belles
vives couleurs de l'éloquence,
pour traiter toutes fortes defujets;
Qu'ilfe devoitfervir de chacune
felon la beauté de la matiere ;
mais que dans celles ·que l'on trou
ve inépuisables , comme dans les
Panegyriques de Louis LE
GRAND , un Homme éloquent
les devoit employer toutes. 11
prit de là occafion de louer
le Roy, & de dire , que par la
poffeffion de Strasbourg ,
Cazal, Sa Majesté venoit d'af-
Jurer à la France les Clefs de
l'Allemagne, & de l'Italie, Ce
de
GALANT. 295
$
Difcours reçeut beacoup d'a
playdiffemens, & fit dire qu'il
n appartenoit qu'à un
grand Orateur de bien peindre
les Orateurs.
,、
' à un fi
Ce mefme jour 24 du
mois, on ouvrit l'apreldînée
les Ecoles de Medecine , &
M' Puylon , Docteur de la
Faculté, & Profeffeur à Paris,
fit landeffus un fort beau
Difcours Latin . Il eft Fils de
feu M Puylon , fameux Medecin
, & s'eft rendu par luymefme
tres recommandable
dans cet Art. Il a beaucoup
de feu , & d'efprit, ce qui luy
Bb jij
296 MERCVRE
fait penétrer les caufes des
maladies. Il eft éloquent &
fçavant , & c'eft par cette
raiſon que M" de la Faculté
l'ont choify pour donner des
Leçons de Medecine . Il entre
dans fa feconde année de
Profeffeur , & il y a lieu de
croire que ceux qui auront
appris ce grand Art ſous luy,
l'auront appris fur de bons
principes. ]
Mercredy 26. on fit l'as
prefdînée la Mercuriale dans
la Grand Chambre du Parle
ment. Ce fut encor MFA
vocat General Talon qui
2
GALANT 297
1
a
parla. Il fit rouler fon Dif
cours fur la modération que
doivent avoir les Juges , &
edit , Qu'eftant dans un Champ
d'honneur & non de fortune, lòin
defonger à amaffer du bien par
leurs Charges , ils ne devoient
avoir d'autre but que celuy d'acquérir
de la réputation , en ren
dantjuftice à tout le monde avec
une entiere exactitude. 1097535
Il s'eft fait de fort beaux
Difcours à l'ouverture de
plufieurs Tribunaux de France.
Je vous les réſerve pour
le mois prochain , faute de
place, notsT lesHD 2007
298 MERCVRE
Le Roy , dont la modéra
tion eft fi extraordinaire
, &
qui fe contente de meriter
des loüanges fans vouloir
qu'on luy en donne , a refufé
les Harangues qu'on luy
avoit préparées au retourd'un
Voyage auffi heureux que
celuy qu'il vient de faire à
Strafbourg. M du Clergé
n'ont pas laiffé cependant de
luy aller rédre leurs refpects,
& M' l'Archevefque de Paris
l'a complimentéavec lagrace
qui luy eft fi naturelle, fur ce
qu'il a fait dans cette Capitale
de l'Alface en faveur de
la
Religion
.
GALANT. 299
Je vous envoye une feconde
Chanfon d'un affez
bon Maistre pour me tenir
affuré
ten te.
que vous en ferez con-
AIR NOUVEAU.
N dépit de l'Amour, je vivois
fans contrainie. E
Mon coeur depuis longtemps réfiftoit
àfes coups;
Mais enfin qui pourroit ne pasfentir
d'atteinte
D'un maldont la rigueur a des effets
fi doux?
On cherche en vain àſe défendre,
Quand de beaux yeux veulent
charmer.
Si toft outard ilfaut aimer,
Pourquoy refuferde fe rendre?
300 MERCVRE
On ne peut mieux peindre
le cruel chagrin que caufe.
fabfence , qu'a fait le Berger
Fleurifte dans le Sonnet que
vous allez voir.contin and avojā
JAY
S
SONNET
Sur l'éloignement de la
૩. ** belle Cloris. tt
I j'ay l'efprit chagrin , l'ail
trifte, leteintbleme, Velarna Ce
N'en ayez pas d'étonnement;
Mon coeurfent un certain tourment
Qui me rend odieux , & cruel à moymefme.
MES
Aimerfans efperance, eft un fuplice
extrémet Mace !)
Mais des maux qu'on fouffre en
aimant,
GALANT. 301
Lepire eft , à monjugem
Celuy d'eftre éloigné de la Belle qu'on
Haime.
012 25
Ah, fi vous connoiffiez la celefte
Beauté
Dont les attraits m'ont enchanté,
Dont l'abfence aujourd'huy me rend
l'humcar fi noirc;
Tircis, mon cher Tircis, vous fericz
fousfa Loy,
Erloin d'elle, vousferiez gloire
D'avoir l'esprit, les yeux, &le teint
Tɔmme moj, k, is grantees sh
Je viens aux Enigmes. Le
vray Mot de la premiere eſt
enfermé dans ce Madrigal,
qui m'a eſté envoyé au nom
.125.18
302
MERCVRE
de la jeune Mariere, âgée de
feize ans.
A
Jamaa net
H, que le Mercure Galuntas
Ce Mois dernier eft excellent
!
Qu'on prend de plaifir à le lire!
Qu'il estbeau ! qu'il eftcurieux!
Il a tant de beautez , qu'on ne peats
les décrire , food I us
Il charme l'Espritpar les Yeux.
a
Ceux qui ont trouvé ce
mefme, Mot , font M Aulnette
, Chanoine de la Ca
thédrale de S. Paul de Leon,
L'Abbé de la Grenelaye , Le
Hot , Avocat à Caën , Du
Fay - Dautille , de Vernon,
Mademoiſelle Toupet , L'E
GALANT 303
1
३
pagnol Flamand , Le Payfan
bien naturel, L'Indiférent Fi
nancier , L'Orefte nouveau;
Le Pylade Moderne ; Dom
Pedro , du petit Cloiftre ;
Les Freres du Rocher de
l'Evefque, en Baffe Bretagne,
L'honnefte Epicurien ;
L'Indiférent enchaîné ; Le
Captif par force Le Préfent
mystérieux , Le Retour
des Voyageurs d'Angleterre;
Le Jaloux du bon Amy de
l'Hôtel d'Avaux , Le Zéla
teur dudit Hôtel , Les Artifices
découverts ; L'Amant
agreable , quoy
que Trom
304 MERGVRE
peur , Le Satisfait dans tous
états , Les Maſques Inconnus
du Bal de Vitry, Le Har
lequin François , L'Epoufe
Tranquilifée
, Les Enchantereffes
Nocturnes ; La Belle
affligée ; La fiere & belle
Coufine de Lefbie , La Fauffe
Vieille , Les Vandangeufes
d'Auteuil, L'Aimable Veuve
du Marais , La Tourmente
de S.Paul, de Leon.
En Vers Mademoiſelle
de Preveranges ; M' le Jay,
Avocat à Poitiers ; La charmante
Iris , de Tournay ; La
Bergere Iris, d'Abbeville; Le
GALANT 305
Financier par hazard , de la
Rue de Clery ; Le Financier
Poete Moralifte ; le Silence
mefme de la Croix au Lin.
On a expliqué cette mefme
Enigme fur les Pistolets , les
Gonds d'une Forte, les Echo .
Vous trouverez le vray
Mot de la feconde dans cette
autre Madrigal, de Fr. J. Aug.
de
Cambray.
E
LE
in de Sucre eftoit caché
Dans cette Enigme incomparables
Mais eftantneceffaire à table,
lyfut auffitoft rencontré que cherché.
Novembre 1681. Cc
306 MERCVRE
Plufieurs autres ont expli
qué cette Enigme dans ce
mefme fens . Ce font M
Guillot , du Véxin , B. Car
3
rier, de S. Eftienne en Foreft ;
Davilers, du Quartier du Palais
; Madem, de Cluzet, de
Dreux ; Diot le brave Compagnon
, Le Faux Efpagnol
Spectateur, Le beau Receveur
du Grenier à Sel de Joinville
; Le Favory autoriſé, Le
Fortuné Philinte , l'Admirateur
éternel de LouLs LE
GRAND ; Les Réunions Fraternelles
, Les Moraliſtes par
infirmité , Le jeune HiftoGALANT
307
;
rien de l'Hoftel de Soiffons ;
L'Eſcorte du Faux Eſpagnol
Spectateur, Le Gendre pré
tendu fans prétention , L'Infinuateur
fatisfait de toutes
les Dames Les Illuftres
Commis de la Rue de Clery;
La chère Blonde du Marais,
Les anciennes Amitiez de la
Jeuneffe Les
Impatientes
Stérilitez , La Bellemere de
Epoufe triomphante ; L'aimable
de Clérdeüil ; & le
Convié de la Salle inconnu
AID de Sainte Catherine A
EnVers, Mdu Reau, Recteur
de l'Univerfité de Poi-
Cc ij
308 MERCVRE
tiers ; des Regnaudieres , de
la meine Ville , Re. de Sint
Martial , F. Fourary de Bau .
ge en Anjou , Raugy, de la
Rue Maubue , Le Financier
Medecin , Nugavi Reabi
fon , Guillebo ; & Trebuchet
du Palais. La Bouteille, la Por
celaine, es un Verre de Cristal,
font les autres fens que l'on a
donnez à cette Enigme -lah
Tadjoûte les noms de ceux
qui ont trouvé le vray fens
de l'une & de l'autre. M
Layraud, Lieutenant de Roy
en la Ville , & Citatelle del
Dourlans ; Léger de la VerGALANT.
309
briffonne ; L. le Gros , Pro
cureurs à Tours , L'Abbé de
L'Indiférence ; Le Refveur
artificiel , Tamirifte , de la
Rue de la Cerifaye , L'Ana,
corete; L'Amant de l'aima
ble Manon de la Rue des
Teinturiers, d'Abbeville La
Flamande Iris ; L'aimable ,
Lefbies Sylvic duHavre ; Le
Mal -récompenſé de Mouy
en Beauvoiſis ; & l'Amant
fidelle de la Belle Cam
pion. awal ob suul L
En Vers , M Daubainer
L'Ecuyer , K. R. de Morlaix ,
Joubert, de la Ferté- Bernards
rs
310 MERCVRE
น
Le Chevalier de Toutenay
Langlois de
de la Rue des Bourdonnois
; Rault, de Rouen
C. Hutuge d'Orleans , de,
meurant à Mets ; De Clelban,
en Normandie, Defarbois
de Rheims De la
Chauffée le jeune , d'Abbeville
; Le Baq ; Les Cheva
liers de Lieffe de l'Ille ; Le
Solitaire du Parnaffe , de
Rheims L'Amant conf
tant d'une Belle de trois ans;
L'Albanilte , de Rouen ; Le
Chevalier Fredin ; Alcidor,
du Havre , Le Poëte nou
veau né: Sans - foucy , d'Abbeville.
GALANT 311
M de Quervegec - Rolland
, de Morlaix , a fait la
premiere des deux nouvelles
Enigmes que je vous envoye.
La feconde eft du Financier
par hazard , de la
Rue de Clery, old ng asd
alod
ENIGME..
Pot
Lors
Ar un excés d'ambition,
qu'on m'a fait quiter ma preab
miere rudeffe, ub Juul62
Sous un nom éclatant je cache la baf↓
Seffe
trouve en mon extraction.
Pendant un certain temps je fuis
10 affez commode;
Les Belles m'ont mise à la mode,
Et meplacent en lieu d'honneur.
Aufijayfoinpour récompenfe,
312 MERCVRE
Contre un fier Ennemy trop remply
de rigueur,
Depredre ardemment leur défenſe.
Ileft vray que deux Curieux,
Quand onfe fert de moy, ne s'en
trouvent pas mieux,
AUTRE ENIGME.
Res du Fleuve du Rhinj'ay
pris
Commencement,
PR
Etj'y paroisfort noblement
Fe fçay favorifer les Damès.
Je fournis à leur fein une innocente
ardeur,
De cet endroit fans crime ellepofe à
Leur coeur,
Etnefçauroitfouillerleurs ames.
25
Vousenviez morfort, vous malheu
reux Amans,
Qui ne trouvez jamais de trève à
ves
tourmens-
7
GALANT. 313
Et qui dans vos peines cruelles
Napprochez que de l'oeilvos simables
Rebelles.
Mon régne n'apas un long cours;
11finit quand on voit renaistre les
beausidon
beaux jours
.
Mais quoy qu'en peu de temps la
gloire en faitbarnée, \\\
Fen connois qui voudroient avoir ma
deſtinée.
Tel qui de ce bonheur auroit esté
flaté,
Au milieu de l' Hyvet, croiroit trouver
l'Eté.
Je vous ay parlé au commencement
de ma Lettre
du retour du Roy à Saint
Novembre 1681.
* D d
314 MERCVRE
Germain , mais je ne vous
ay rien dit de Monfieur. Ce
Prince arriva avec toute fa
Cour , un jour avant Leurs
Majeftez , & fe rendit à Pas
ris , où il a demeuré huit
ou dix jours . Il avoit de l'im!
patience , ainfi que Madame,
de voir M' le Duc de
Chartres , qui estoit indifpo
fé depuis quelques temps.
Leurs Alteffes Royales ont
raifon de s'allarmer quand
će jeune Prince ſe trouve
mal . C'eft un prodige d'efprit
, mais de cet efprit qui
n'eft pas ordinaire à ceux
# 50
GALANT 315
eft
ر ا ی
qui en font paroiftre beaucoup
à fon age , puis qu'il
accompagné de juge
ment ; ce qui fe remarque
dans fes reparties , où la ju
fteffe & le bon fens égalent
l'efprit. Il femble qu'il n'ait
eu befoin pour guérir que de
la préſence de Monfieur &
de Madames , car aufficolt
apres leur retour zufa fanté
eft revenue, fans aucun fe
cours des Medecins. Pendant
le féjour que Leurs Al
teffes Royales ont fait à Pa
ris , Elles ont efté voir leur
belle Maifon de S. Cloud,
Dd ij
316 MERCVRE
& ont fait quelques voyages
à S. Germain , ne pouvant
eftre éloignées longtemps
de Leurs Majeftez . Elles ont
efté auffi prendre le diver
tiffement de la Comédie à
l'Hoſtel de Guénegaud , où
Elles ont veu une Tragédie
nouvelle, que M ' de la Tuilerie
a fait jouer fous le nom
d'Hercule . CettePiéce a quantité
de beaux Vers, & les Scenes
tédres qui y font meflées
en rendent la repréſentation
fort agreable. Leurs Alteffes
Royales font retournées à
S. Germain , où l'on jouë alGALANT:
317
ternativement tous les Mer
credis & les Samedis le Pourceaugnac
& le Bourgeois Gentilhomme
, ornez de Mufique,
comme je vous l'ay marqué .
Les Comediens Italiens y
ont auffi reprefenté quel
ques- unes de leurs plus plaifantes
Comédies. Il y a fou
vent eu Chaffe , & l'on a efté
plufieurs fois fe promener à
Verfailles. Enfin jamais la
Cour n'a efté plus en joye,
Elle a raifon de fe divertir,
fous un Roy dot le continuel
travail affure la gloire & le
repos du Royaume . J'ay ou
Ddij
318 MERCVRE
blié de vous dire qu'avant
que Leurs Alteffes Royales
partiffent, Elles firent l'hon
neur à M Nocret de tenir fa
Fille fur les Fonts. La Cé
remonie s'en fit dans la Cha
pelle de Madame , par M
Teftu Abbé de Fontaine-
Jean,Aumônier ordinaire de
cette Princeffe , en préfence
de M' le Vicaire de S. Euftaches.
M Nocret a deux
Charges dans la Maiſon de
Monfieur , l'une de Valet
de Chambre , & l'autre de
Premier Peintre de Son Alteſſe
Royale, nog zonda
GALANT 319
8
Il n'y aura aucun Opéra
nouveau pendant tout l'Hyver.
Celuy d'Atys , que Ma
dame la Dauphine n'a point
encore veu , fervira ce Carnaval
de divertiſſement à la
Cour. On affure que la plûpart
des Perſonnes de qualité
qui ont dancé dans le
Triomphe de l'Amour , danceront
auffi dans cet Opéra .
L'Académie de Mufique a
premis celuy de Proferpine
qu'elle donne préfentement
au Public , & qu'on a rendu
nouveau par plufieurs Machines
qu'on y a changées,
Dd iiij
320 MERCVRE
6
l'on a
& par les Entrées que
rendues plus belles , en
meflant la plûpart des Filles
qui ont dancé tout l'Eté
dans ce mefme Triomphe
de l'Amour. M de Lully
travaille à l'Opéra de Perſée
& d'Andromede , qu'il donnera
au Public incontinent
apres Paſques. Il eſt de la
compofition de M'Quinaut.
C'est tout dire en matiere
'd'Opéra.
Une des plus fpirituelles
Perfonnes de voftre beau Sexe,
a écrit icy que depuis fort
de
temps
peu le Fils aîné de
GALANT. 321 ·
M'GuyonDoyen de la Rote,
avoit foûtenu des Thefes
de Philofophie dans l'Eglife
des Jefuites d'Avignon , avec
une netteté & une préfence
d'efprit qui luy avoient attiré
l'applaudiffement de tout
le monde. La Thefe eftoit
dédiée à M le Cardinal:
Cibo , Légat d'Avignon,
dont le Portrait travaillé à
l'éguille or & foye , eftoit
fait avec tant d'art & tant
de délicateffe , qu'il fut admirécomme
un rare Ouvra
ge. M' l'Archevefque , que
ce Cardinal avoit prié de te322
MERCVRE
nir fa place , invita à cette
folemnitétrois autres Prélats
fes voifins , qui furent M
Lafcaris , l'Evefque de Carpentras
, M' de Sade-Mafan
Evefque de Cavaillon , &
M' l'Evefque d'Orange. Apres
un magnifique Repas
qu'il donna dans fon Palais
à ces Evefques & à la Compagnie
de la Rote , il partit
cavec un Cortége d'environ
quarante Carroffes , & fe
rendit à l'Eglife des Jefuites,
où ces quatre Prélats fe placérent
fous un grand Dais
de velours cramoify , au brüit
GALANT. 323
E
des Trompetes & des Hautbois
, apres quoy la Mufique
& les Violons augmentérent
le plaifir qu'il y avoit
de voir le grand nombre de
3 Perfonnes de qualité qui
compofoiene l'Affemblée .
Leurs Majeftez Catholiques
ont pallé quelques
jours du dernier mois à l'Ef
curial , d'où le Roy a cfté
prendre le divertiffement de
la Chaffe dans le voisinage
de Ségovie. Je vous ay donné
la premiere Veuë de cette
Maifon Royale , en vous envoyant
la Planche de fon en324
MERCVRE
Ce
trée dans ma quinziéme Lettre
Extraordinaire. Je vous
envoye aujourd'huy celle
de la premiere Court.
Palais , pour le baſtiment
duquel Philippe II . a dépenfé
prés de fix millions d'or,
eft au pied d'une Montagne,
& aupres d'un petit Village
appellé l'Efcurial , qui ne
fournit aucun logement , ce
qui a lieu de furprendre , la
Ĉour y allant trois ou qua
tre fois l'année. Le lieu où
eft la Maiſon fe nomme El
Sitio
par excellence , à cauſe
qu'on l'a applany pour y bâ,
GALANT. 325
1
tir. L'Edifice eft un tresbeau
quarré , qui a quatre
Tours aux quatre coins . On
trouve en entrant une longue
Place , qu'il faut traverfer,
pour paffer de là en deux
Corps de Logis, qui en font
comme les Offices , & les
Logemens des Gens de la
Cour. Apres qu'on a côtoyé
toute cette Façade du
quarré , on arrive à celle qui
regarde la Montagne. On y
voit un grand & magnifique
Portail , dont les coftez fortent
en maniere de Colomnes
. C'eft par là qu'on en
326 MERCVRE
7
tre dans une Court prefque
quarrée , au bout de laquel
le , & vis-à-vis du Portail,
on trouve l'Eglife . On y
monte par un Perron de
einq ou fix marches , qui
s'étendent d'un bout à l'au
ne de la largeur de la Court.
De belles Colomnes foû
tiennent de Porche, & fix
Statues font dans le plus
haut de la muraille. Les
deux du milieu repréſentent
David & Salomon , & fous
ces Figures on a eu deffein
de faire connoiftre Charles-
Quint & Philippes Ilol!
GALANT. 327
Je vous mande tous les ans
ce quife paffe au Siége & à la
Prife du Fort que l'on fait cóftruire
pour apprendre à la
Nobleffe de l'Académie du
Fauxbourg S. Germain, dont
je vous ay déja parlé plufieurs
fois , le Métier de la
Guerre autrement que par
des leçons. Plus de foixante
jeunes Gentilshommes de
la premiere qualité de l'Europe
, y ont fait paroiftre
leur adreffe cette année , &
fe font montrez fi fçavans
en ce bel Art , qu'ils fembloient
l'avoir appris en ap328
MERCVRE
prenant à marcher & à parler.
Je fuis trop preffé du
temps pour vous pouvoir .
faire la Deſcription
de l'At- .
taque de ce Fort , qui a duré
environ deux mois. Je
vous diray feulement
que
depuis fa Prife , le Public a
fait une grande perte par la
mort de Meffire Jacques
Bernardy , Chevalier , Efeuyer
ordinaire du Roy , qui
commandoit
cette Académie.
C'eftoit un Homme
agreable & complaifant avec
fes Amis , folide quand on
le confultoit , ferme & fevéGALANT.
329
re lors qu'il s'agiffoit de
maintenir l'ordre , & dont
la naiffance eftoit affez élevée
, pour obliger tous les
Gentilshommes , qui faifoient
chez luy leurs Exerci
ces , à luy obéir fans répu
gnance. Si quelque chofe
peut confoler de la perte ,
c'eft que l'Académie qu'il
laiffe ne fera pas moins florif
fante qu'auparavant. M' de
Mefmon remplit dignement
fa place , & mefme on peut
dire qu'il la rempliffoit déja
de fon vivant. Il eſt ſçavant
dans fa Profeffion , & n'a-
Novembre 1681. Ee
330 MERCVRE
voit que dix-huit ans , lère
qu'il fut choily par Monfieur
le Prince , pour mon
trer à Monfieur le Duc , &
enfuite à Mª de Longueville
Quelque temps aprés y le
Roy l'appella à fon fervice,
& le mit dans fa grande Ecutie.
Il a l'efprit doux , &
les manieres honneftes. Son
nom eft fameux dans la Profeffion
qu'il a embraffée , &
il le va rendre encor plus
celebre , ayant commencé
avec des avantages que feu
Mde. Mefmon fon oncle
n'a pas eus d'abord. Pour
.
GALANT 331
)
Mi de Chasteauneuf, il n'a
qu'à continuer ', ainfi qu'il
a commencé. Feu Monfieur
le Prince de Conty , qui fe
connoiffoit fi bien en Gens,
avoit jetté les yeux fur luy,
pour l'affocier avec M' Ber.
rardy. Ilenfeigne avec beau
coup de capacité & de bon
fens , aux Gentilshommes de
l'Académie , l'Hiftoire , la
Géographie , le Blaſon , &
mefme tout ce qui peut regarder
la Guerre. On a pris
garde qu'il infpire à tous momens
à la Jeuneſſe , l'amour
qu'elle doit avoir pour le fer-
Ee ij
332 MERCVRE
vice du Roy. Je ne dois pas
oublier à vous apprendre
que feu M' Bernardy a laiffé
dans fon Académie un Ne
veu de mefme nom. Ce Neveu
travaille déja avec un
fuccés qui doit faire croire
qu'il ira un jour auffi loin
que Filluftre Mort, dont il a
fuivy la Profeffion.
4
Je vous parleray la pre
miere fois des Cerémonies
que l'on fit le Mois paſſé, en
établiffant la nouvelle Chancellerie
de Tournay.
Pour le Diférent dont il ..
vous plaift me faire le Juge
1
GALANT 333
vous poffedez trop bien nôtre
Langue, pour n'avoir pas
déja dit à la Dame qui prend
le party de Dites- ly , contre
Dites-luy , qu'elle ne peut
éviter d'eftre condamnée.
La prononciation de Dites- ly
eft tres - vitieuſe , à moins
qu'on ne l'adouciffe dans les
Converfations familieres, en
luy faifant tenir un peu de
l'un & de l'autre. Quand le
verbe nuire fuit le pronom
luy je croy que l'on doit
prononcerly , comme l'envie
de ly nuire , & non de luy
nuire , parce que luy nuire ne
334 MERCVRE
fans
peutelt
peur
eftre eftre
prononcé
beaucoup
de peine
. Je vous
dis ce que
je penfe
, fans
prétendre
décider
, & fuis, Madame
, voftre
& CJAD
EXUDAZM
*b
Paris
ce 30. Nov.
1681
, 10
„Blah north
sup saopubisigion
ø29
-insid
- si ung seinngun'b
desdɔa
215) 29rapie
V
*531 Il y a déja neuf Liftes des
Avis du Journal general de France,
qui fe trouvent chez le Sicur
Blageart , Court - neuve du Palais
. Tous les feudys il en diftri
buera une nouvelle,
& saalivirst an work wok dirurgienst & 22
ne zluq , 3liardi ) -anmi.quií , nes geld
PA
I
Extrait du Privilege du Roy.
Ar Grace & Privilege du Roy, Donné à
S. Germain en Laye le 31.Decembre 1677 .
Signé,Par le Roy en fon Confeil, JuNQUIERES.
Il eft permis à J. D. Ecuyer, Sieur de Vizé,
de faire imprimer par Mois un Livre intitulé
MERCURE GALANT, preſenté à Monſeigneur
LE DAUPHIN, & tout ce qui concerne
Tedit Mercure, pendant le temps & efpace de
fix années, à compter du jour que chacun defd,
Volumes fera achevé d'imprimer pour la premiere
fois : Comme auffi defenfes font faites
à tous Libraires , Imprimeurs, Graveurs & a
tres, d'imprimer, graver & debiter ledit Livre
fans le confentement de l'Expofant , ny d'en
extraire aucune Piece , ny Planches fervant à
l'ornement dudit Livre, mefme d'en vendre feparément,
& de donner à lire ledit Livre, le
tout à peine de fix mille livres d'amende, &
confiſcation des Exemplaires contrefaits, ainfi
que plus au long il eft porté audit Privilege.
Regiftré fur le Livre de la Communauté le s.
Janvier 1678. Signé, E.COUTEROT, Syndic.
Et ledit Sieur D. Ecuyer , Sieur de Vizé ,
a cedé & tranfporté fon droit de Privilege à
C. Blageart , Imprimeur - Libraire , pour en
jouirfuivant l'accord fait entr'eux .
doheve d'imprimer pour la premierefoi
le 30. Novembre 1681.
511
m
1684.11
Eur. 511m
+1684 21
4 :
Mercure
!
<36624573530014 S
<36624573530014
Bayer. Staatsbibliothek
MERCURE
GALANT
DEDIE A MONSEIGNEUR
LE DAVPHIN.
NOVEMBRE 1681.
A PARIS.
AV PALA I S.
N donnera toujours un Volume
nouveau du Mercure Galant le
premier jour de chaque Mois, & on
le vendra , auffi -bien que l'Extraordinaire
, Trente fols relié en Veau,
& Vingt- cinq fols en Parchemin.
A PARIS,
Chez G. DE LUYNE, au Palais , dans la
Salle des Merciers, à la Juftice, A .:
Chez C. BLAGEART , Rue S. Jacques,
à l'entrée de la Rue du Plâtre,
Et en fa Boutique Court -Neuve du Palais ,
AU DAUPHIN.
Et T. GIRARD , au Palais, dans la Grande
Salle, à l'Envie.
M. DC. LXXXI.
AVEC PRIVILEGE DV ROT.
Bayerische
Staatsbibliothek
München
2252 52525 esa sese
TABLE DES MATIERES
( contenues dans ce Volume.
Avant -propos , accompagné d'Okvrages
en Profe & en Vers,
17
Ce qui s'eft paffe à Stasbourg , dans le
retour du Roy, jufques à fon arrivée
à S. Germain,
Plufieurs Pieces en Vers & en Profe, fur
la foumiffion que Strasbourg a rendue
au Roy, & fur l'entrée des Troupes de
Sa Majefté dans la Citadelle de Cazal,
Sonnet,
32
39
Divertiffemens apres le depart duRoy, 4*
Galanterie en Profe & en Vers
Recepte amoureufe,
43
55
Prix tirez à Charolles en Bourgogne, &
difputez par les Dames,
L'Amour & la Mort, Fable,
Mort de M. de la Baume,
56
IIS .
122
Mort de Madame la Préfidente de la
Berchere,
Lettre en Profe & en Vers,
126
129,
ลี ii
TABLE.
Hiftoire,
Rondeau,
137
189
Retour de M. le Duc de Mortemar, 189
Noms de toutes les Galeres de France,
& de tous leurs Commandans, 190
Grand Procés jugé au Confeil du Roy,
195
207
Requejte d'un jeune Heftre aux Mirtes
des Jardins de Vénus , qui font dans
la Ville d'Idalie en Cipre,
Voyage des Troupes du Roy , & leur
entrée dans la Pille de Cazal, 219
Reception faite à Tours à Monfieur le
Duc du Maine,
Sonnet au Roy,
Autre Sonnet au mefme,
·Ceremonies faites à la Meffe du
245
253
259
S. Efprit
celebrée par Meffieurs du Clergé , 257
Noms de tous les Archevefques, Evef
ques, Abbez, & autres qui compofent
Affemblée du Clergé,
Plufieurs Abjurations,
259
265
Cerémoniefaite à Limours,
Mort de Madame de Sourdis,
276
284
Mort de Madame de Ruberpré, 285
Mort de Madame Forcadel, 288
TABLE.
Harangues faites à l'ouverture du Parlement,
Ouverture des Ecoles de Medecine
M. Puylon,
General Talon,
189
par
295
296
La Mercuriale faite par M. l'Avocat
Compliment du Clergé au Roy par M.
'Archevefque, 3298
Sonnet du Berger Fleuriste , fur une
Abfence, * 300
Noms de ceux qui ont devine la premiere
Enigme
302
Noms deceux qui ont devine la feconde,
306
Noms de ceux qui ont deviné toutes les
deux, 308
Retour de Monfieur à Paris, & tout ce
que ce Prince y a fait pendant fon fejour,
ey
Divertiffemens de cet Hyver,
Thefes foûtenues à Avignon,
Mort de M. Bernardy,
Fin de la Table.
313
319
320
327
a iij
25525252:255 52225
CATALOGVE DES PIECES
qui compofent le XV . Extraernaire
du Mercure Galant, Qu .
de Juillet 1681. donné au Pu-
"blic le 1s.octobre de la mefme année.
Cet Extraordinaire contient
Ne Réponse à la Queſtion , fça
voir, S'il eft plus avantageux à une
Femme d'eftre aimée dés la premierefois
qu'on la voit ; ou de ne l'eftre qu'apres
qu'on a eu le temps d'examiner fon més
•
rite.
on
Une Réponse à la Queſtion, Si une
Femme qui aime toujours un Amant
dont elle eft trahie, doit écouter fa paffion,
ou fa gloire, quand cer Amant tan
che à obtenirpardon de fon infidélité.
Une Réponſe à la Queftion , Com
ment l'ame eftant purement fpirituelle,
peut eftre touchée par la Musique , qui
eft une chofe fenfible.
Deux Réponses à la Queſtion , Si la
t
Santé peut eftre alterée par les Paffions :
Plufieurs Madrigaux fur divers fu
jets.
Une Epiftre en Vers , à une Veuve
irréfolue.
Une Réponse en Profe , & une en
Vers, à la Queftion , Si les plaifirs de
lEfpritfont plus fenfibles que ceux des
Sensange
,prinnel
Une Déclaration d'amour en Profe,
& deux en Vers, à la Queſtion, Si um
Amant aimé qui a peu de Bien , ung
extréme ambition , beaucoup de délica
seffe, & un violent amour, doit épouser
une Maitreffe peu favorisée de la For
tune, & qui a comme luy de l'ambition
& de la délicateffe...
Une Réponſe en Profe , & deux en
Vers , à la Queftion , fçavoir , Si cer
Amant ne devant point épouserfa Maitreffe
peut aimer une autre Perfonne
fans eftre inconftant,
doit
Deux en Vers , & une en Profe & en
Vers, fur la Queftion, Si le Mary
eftreplus grand Maitre que la Femme.
Un Difcours en Vers fur l'origine
de la Medecine ; Un autre Traité en
Profe ; & un troifiéme, de fon origine,
de fon progrés , & de fon état préfent.
Un Difcours en Vers touchant l'E
loquence.
Une tres-belle Piece qui fait voir
en quoy confifte l'air du Monde, & la
veritable Politeffe.
Une autre tres belle & tres -tou
chante, en Vers , intitulée, Les Larmes
de Daphnis , fur la mort de Sylviefon
Epouse.
Un Difcours qui traite des Peintres
anciens , & de leurs manieres.
Plufieurs Billets galans .
Le Singe & le Renard d'Efope,
Fable.
Les noms de ceux qui ont expliqué
la Lettre en Chifres du dernier Extraordinaire.'
4
Un Billet Enigmatique.
Plufieurs Madrigaux fur les Enigmes
des trois derniers mois de Juin , Juillet ,
& Aouft 1681
Les noms de ceux qui ont trouvé le
fens des deux Enigmes d'Aouſt.
Questions nouvelles à décider pour
le XVI . Extraordinaire, qui font,
I.
Si on peut aimerfans lefçavoir.
II.
Si une Belle qui aimefortement, peur
exécuterles deffeins de vangeance qu'elle.
médite contre un Amant abfent qui l'a
oubliée , quand à fon retour il apporte
des raisons , quoy que méchantes , pour
excuferfa conduite.
III.
Si fans marquer peu d'eftime pour une
Perfonne qui nous a fait un Préſent par
amitié , on peut donner à une autre ve
qu'elle now a donné.
IV.
Si un Amant ayant reçeu d'une Belle
les plusfortes marques d'eftime & da
mitié qu'elle pouvoit luy donner , peut
fans attirerfa colere, luy témoigner qu'il
doute de fa tendreffe pour en recevoir de
nouvelles affurances-
V.
En quoy confifte l'Honnefteté & le
veritable Sageſſe.
VI.
Si c'est une imagination mal fondée,
de croire que les Anciens n'ont point
connu dans la Mufique la Compofition
à plufieurs Parties , mais fe fontfeulement
fervis de quelques confonantes , &
parconfequent n'ont point eu l'harmonie
parfaite comme nous l'avõs aujourd'buys
ou bienfi cette opinion eft une verité tresclaire,
& dont on eft facilement perfuadé
par la feule lecture de ceux de ces An
ciens qui ont écrit de la Mufique.
VII.
On a appris par le Mercure du mois
de Septembre , que le 24. d Aouft une
Femme accoucha de deux Filles atta
chées l'une à l'autre par les coftes & par
le ventre , qui n'avoient qu'un coeur,
quoy qu'elles euffent deux corps , deux
teftes, & deux cerveaux. Comme le coeur
eft le fiege de la faculté vitale , on demande
fi dans ce monftrueux Compoſe
il n'y avoit qu'une feule ame , ou une
feule vie.
FIN.
Avis pour placer les Figures.
L'Airqui
' Air qui commence par On peut
encor dans la Prairie , doit regarder
la page 113
La Ville de Cazal doit regarder la
page 245.
L'Air qui commence par En dépit
del Amour,doit regarder la page 299.
La premiere Court de l'Efcurial doit
regarder la page 324 .
ནི་ ས
MERCVRE
GALANT
NOVEMBRE 1681.
E vous ay fait voir,
Madame , en vous parlant
de Strasbourg la
derniere fois , que le Roy
regle toutes fes actions fur la
. Juftice. Il la confulte toûjours
avant que de faire au-
Novembre 1681. A
2 MERCVRE
cune Entrepriſe , & ne s'en
rapporte ny au nombre de
fes Troupes , ny à fa valeur,
S'il fe vouloit fervir de ces
avantages , il eſt impoſſible
qu'il ne foir perfuadé ainfi
que toute l'Europe , que
quelques deffeins qu'il puiffe
former , il luy eft facile d'en
venir à bout , & c'eft en cela
fur toutes chofes que fa modération
éclate. Il fait que
lors qu'on peut tout, on ne
doit pas toutyouloir, & cette
raifon eft caufe qu'il ne veut
jamais que ce qui eft juſte,
Auffi quand ce grand MoGALANT
arque a une fois réfo
toutes les Puiffances duMon
de s'opoferoient inutilement
à fa conduite , à fes forces, &
à fa prudence. Ces trois
chofes vous ont paru dans
tout ce qui s'eft paffé tou
chant les foûmiffions que
Strasbourg luy a rendues , &
je vous ay fait conoître avec
combien de juftice il avoit
voulu fe les faire rendre.
Quoy que je ne vous aye
rien dit que devray , c'eftoit
moy qui vous parlois, & vous
ferez fans doute bien aife
qu'un témoignage qu'on as
A ÿ
4 MERCVRE
puiſſe réçuſer , ſoit la confirmation
de ce que j'ay
avancé fur cet Article . Je
puis vous en donner un qui
vous fera d'autant moins
fufpect , qu'il eft & public, &
d'un. Miniftre public. C'eft
lè Mémoire que M'lè Comte
d'Avaux,Ambaffadeur de Sa
Majefté, préfenta aux Etats
Generaux à la Haye le 8. du
dernier Mois . Ce Mémoire
contenoit , Qu'il croyoit de
fon devoir de faire connoiftre à
LL. SS, que le Roy fon Maistre
ayant effe pleinement informé
qui eſpéroient trouver
que
ceux
GALANT.
leurs avantages dans les troubles,
employoient tous leurs efforts pour
porter les Habitans de la Ville de
Straf bourg à eftre lesprincipaux
Autheurs des défordres qu'ils
que
vouloietfaire naiftre dans l'Empire,
que pour cet effet ilsfaifoient
entendre à ceux de la Ville,
la Cour de Vienne n'avoit
donnéfor confentement aux Conférences
de Francfort , que pour
cacher d'autant mieux le deffein
où elle eftoit de renouveller la
guerre auffi- toft que l'Empereur
auroit achevé les Levees , &
que la Ville de Strasbourg auroit
regeu les Troupes que la Maifon
A iij
MERCVRE
#Autriche y vouloit introduire,
pourporterfes armes dans l'Alface
avec tout l'avantage que ce
Pofteluypouvait doner, Sa Ma
jefté avoit crû devoir apporter
d'autant plus de diligence à préwenir
les défordres que l'execution
de ce deffein pouvoit caufer
dans l'Empire, qu' Elle avoit efte
avertie prefque auffi toft que les
intrigues & feditions du Baron
de Mercy , jointes aux offres &
auxpromeffes que luy les autres
"Emiffaires de l'Empire faifoient
"aunom de Sa MajeftéImpériale
auxHabitans de cette Ville- là,
commençoient à faire de fi fortès
A
GALANT. 7
L
fi
la
impreffiosfur les Efprits.crédules
& turbulens, qu'ils eftoient tout
disposez à recevoir les Troupes
Autrichiennes , & que le Prince
Charles de Lorraine fe préparoit
àyfaire entrercelles quifont
fousfon commandement; de forte
que Sa Majesté voyant que
guerre eftoit inévitable , i Elle
ne prévenoit avec une extréme
diligènce & un tres- grandfecret,
les mauvais deffeins de ceux qui
cherchoient à s'emparer d'un Pofte
fi confidérable au préjudice des
droits acquis à la Couronne de
France par les Traitez de Munfer
de Nimegue,fur toute la
A iiij
8 MERCVRE
Haute & Baffe Alface, &
par conséquent fur Strafbourg
qui en eft la Capitale ; Elle s'ef
toit trouvée obligée de s'y tranf
porter Elle-mefme ,pour y rece
voir leferment de fidelité qui luy
eftoit deú, de crainte qu'une plus
longue patience ne luy portaft
préjudice; Que comme MªleMarquis
de Louvois que le Roy avoit
envoyé avant luy , avoit mandé
que les Troupes avoient marché
avec tant de diligence , qu'elles
s'eftoient emparées le 28.Septem
bre de la Redoute qui regarde le
Pont, & avoient prévenu les
Troupes Impériales qui avoient
f
GALANT.
ordre de s'en faifir'; que ceux de
Strafbourg avoient en mefme
temps témoigné qu'ils eftoient
tout prefts à fe foumettre à l'obeiffance
qu'ils devoient à Sa
Majesté , & qu'ils vouloient
bien recevoir les Troupes dont
Elle croyoit qu'ils euffent befoin
pour leur défenfe, Sa Majesté
avoit renvoyé auffitoft en leurs
Quartiers toutes celles qui n'ef
toient pas néceffaires pour la feû
reté de la Ville de Strasbourg,
où Elle devoit fe rendre à petites
journées pour visiter la Place
pour ordonner ce qu'Elle jugeroit
à propos; Qu'ainfi il
10 MERCVRE
avoit fujet d'espérer que ce qui
auroit efté une occafion de guerre,
ferviroit d'orefnavant d'un
moyenplus facile à conferver la
paix, puis que lafoumiſſion de la
Ville de Strasbourg à l'obeïf-
Fance de Sa Majefte , uinoit les
deffeins de ceux qui prétendoient
fefervir d'un Pofte fi avanta
geuxpourrecommencerlaguerre,
&que d'ailleurs il n'y avoit pas.
eu de croire que les Princes de
【Empire , eftant auſſi éclairez
qu'ils font , vouluffent troubler
le repos dont toute l'Europe jouit
à prefent, pour disputer à Sa
Majeftédes droitsqui luy appar
GALANT. II
renoient avec juſtice , qu'Elle
poffedoit, & qu'Elle eftoit réfobue
de maintenir par tous les
moyens que Dieu luy avoit mis
en main ; Que cependant comme
les Miniftres Autrichiens avoiet
tachéd'alarmertout l'Empire, en
publiant que Sa Majesté avoir
deffein de porter fes armes aw
dela du Rhin , il pouvoit bien
affurer LL. SS. que le Roy
fon Maistre avoit des inten
tions fifinceres pour conferver la
Paix dans l'Europe , que loin de
fonger à rien entreprendre , il
eftoit au contraire tout disposé à
confentir dés- à -prefent à faire
12 MERCVRE
entierement démolir les Fortifi
cations de Fribourg , & à reftituer
à l'Empereurcette Place qui
eft la Capitale du Brifgavu , à
condition que l'Empereur feroit
pareillement rafer les Fortifications
de Philifbourg, & rendroit
cette Bourgade & fes dépendances
à l'Evefque de Spire; de forte
que par ce moyen il ne tiendroit
qu'à Sa Majesté Impériale de
faire cefferdepart & d'autre tout
fujet d'inquiétude & de défiance,
d'ofterpour l'avenir toute occa
fion de renouvellement de guerre,
d'affermir pour toujours une
parfaite correfpondance entre la
France & l'Empire.
GALANT. 13
Vous voyez , Madame, par
le deffein qu'avoient les Impériaux
de fe faifir de Stras .
bourg , que Sa Majeſté ne
les a prévenus que pour empeſcher
la Guerre. Ils s'eftoient
préparez à la déclarer
apres qu'ils fe feroient empa
rez de cette Place , & le Roy
n'a voulu en eftre Maitre
que pour affermir la Paix.
C'eft ce queje vous ay marqué
fort au long dans ma
Lettre precédente , & ce que
vient de vous confirmer le
Manifefte , dont j'ay crû de
voir vous faire part.Ainfi l'on
14 MERCVRE
ne peut douter que ce ne
foit avec une tres - grande
juftice que le Roy s'eft fait
rendre l'obéiffance qui luy
eftoit deuë par ceux de Strasbourg
, & qu'il n'ait eu plus
d'une raifon de le faire. Cependant
afin que les jaloux
de la gloire qu'il a ſi bien
meritée, n'euffent aucun lieu
de s'alarmer , il s'eft empef
ché, par un effet de la plus
haute modération, & qui luy
eft pourtant ordinaire , de
tenter une entrepriſe , qui
depuis plufieurs années luy
eftoit auffi facile qu'elle l'a
GALANT. If
efté le jour qu'il réfolut de
l'exécuter. Un motifpreffant
[ êtoit feul capable de luy faire
prendre cette réfolution ; &
il ne l'a prife que lors qu'il a
veû la Paix en péril d'eftre
troublée. Ainfi on peut dire
qu'en fe faifant ouvrir les
Portes de Strasbourg , il a
fermé celles de la Guerre,
puis queles Autrichiens vou
loient s'affurer de ce Paffage,
pour pouvoir enfuite nous la
déclarer. Ce n'eft point affez
pour ce grand Prince, d'avoir
donné le repos à toute l'Europe.
Il veut la maintenir
16 MERCVRE
dans ce calme , & l'on n'en
fçauroit douter , fi l'on examine
ce qu'il ne fait point
ce qu'il eft en état de faire .
On n'eût pas fitoft nouvel
les qu'une partie de ſes Troupes
marchoit vers Stras
bourg , que ce Madrigal
parut.
D
'Vn Projetfijufte &fibean
Quel fuccés acvons-nous
attendre ?
Sans quelque miracle nouveau,
Straslour pourroit- ilse défendre?
Non , non , le GRAND Loüis
fera toujours vainqueur,
Sa prudence ny fa valeur
Ne trouverontjamais d'obftacles,
Etc'est unpoint de foy qui n'est que
trop conftanti
L
GALANT 17
Quoy que puiffe le Proteftant ,
Il ne peutfaire de miracles.
Le Voyage de Sa Majeſte
à Strasbourg a fait trop de
bruit pour n'en parler qu'une
fois , & vous voudrez bien
fans doute , que nous reprenions
cette matiére. Le jour
que le Roy entendit la Meſſe
dans l'Eglife Cathédrale , M*
Evefque de Strasbourg qui
le reçeur à la Porte , comme
je vous l'ay déja marqué,n'êtoit
pas feulement accompagné
d'une partie de fon
Chapitre, mais encor de fept
Abbez mitrez avec leurs
Novembre 1681. B
MERCVRE
Croffes. Jamais l'allégreffe pe
parut plus grande en aucune
occafion qu'elle fe fit remarquer
par les cris dejoyequ'on
pouffa dans celle- cy. Le Te
Deum fut chanté au bruit du
Canon , des Cloches , des,
Orgues , des Timbales , des
Trompetes , & des Fifres
des Cent Suiffes , & des, acclamations
d'un nombre infiny
de Perfonnes de toute
forte d'états. Je ne vous dis
rien de la Mufique. Chaque,
Pais fe fait là - deffus des.
beautez à ſa maniére , & il
m'y arien quine plaife quand
GALANT. ig
Heft de noftre gouft. Pen
dant tout le temps que le
Roy a demeuré dans Stras
bourg , il a tous les jours
monté à cheval, tantoft pour
aller faire tracer lesLignes de
Circonvalation
autour de là.
Place , où il fait baſtir la Ci
tadelle , tantoft pour aller ali
Pont du Rhin , & tantoft.
pour vifiter les Dehors de la
Ville. La plûpart des Dames.
qui eftoient veftues en Amal
zones , employoient
le mefi
me temps à fe promener out
elles croyoient le mieux di
verrir. Les unes alloient cher
Bij
20 MERCVRE
cher ce que les Marchands
avoient de plus curieux , &
les autres fe faifoient mener
aux Lieux de la Ville qui eftoient
à voir. Elles y ont ad
miré le teint des Femmes,
qui prefque toutes ont les
traits bien faits . Elles portent
des Chapeaux ornez de den-..
telle noire ou d'argent , fuivant
le bien qu'elles ont ,
de gros Bonnets d'une fou
rure tres fine . Leurs cheveux
ne font point abatus , mais
natez & pendans , & elles
attachent leurs Jupes pref
que au milieu du dos, ce qui
&
GALANT. 21
5
empefche que leur taille
ne paroiffe avantageufe. Jamais
on n'avoit veu dans
Strasbourg une fi belle Af
femblée.Outre un fortgrand
nombre de Perfonnes du
premier rang de la Cour de
France , la plupart des Prin
ces des environs s'y eftoient
rendus, attirez , comme quelques-
uns ont dit en parlant
du Roy, pour voirla Merveille
du Monde ; & ceux qui n'ont
pû s'y rendre , ont envoyé
faire compliment à Sa Ma
jesté. Le 25. d'Octobre, Elle
donna Audience au Prince
22 MERCVRE
de la Petite Pierre , & le len
demain au Prince de Wirtemberg,
Adminiſtrateur du
Duché ; au Comte Bagliani ,
Envoyé du Duc de Mantouë
; à M' Cachevviki , En
voyé Extraordinaire de Po
logne , au Comte de Wirgeinftein
, Envoyé Extraordinaire
de l'Electeur Palatin
; au Marquis de Bade-
Dourlach , & au Baron de
Bicken , Grand Bailly du
Pais d'Eichesfelt
, Envoye
de l'Electeur de Mayence.
M de Bonneuil , Introdu
Ateur desAmbaffadeurs.com
GALANT. 23
duifit ces Princes & ces Mi
niftres , qui ce mefme jour
surent l'avantage de com
plimenter la Reyne ainfi que
Monfeigneur le Dauphin,
27.
du
Madame la Dauphine , &
Leurs Alteffes Royales. Je
vous ay déja mandé que
Leurs Majeftez eftoient par
ties de Strasbourg le
mefme mois , & qu'Elles al
lérent coucher à Saverne . Le
Roy & une partie de la Cour
logea dans le Palais de M
L'Evefque de Strasbourg . Ce
Prélat avoit fait tendre des
Toiles , & envoyé une belle
24 MERCVRE
Meute de Chiens courans au
devant de Monſeigneur le
Dauphin, dont l'arrivée precéda
celle du Roy. Plufieurs
Gentilshommes du Païs eurent
l'honneur d'eftre admis
à cette Chaffe. On y prit fix
ou fept Sangliers , l'un def
quels eftoit d'une groffeur
fi prodigieufe , qu'il pefoit
pres de fix cens livres . On
en prit un autre aupres de
Colmar , ayant à peu pres la
mefme groffeur. M' de Strasbourg
avoit ordonné qu'on
défonçaft des foudres deVin
en plufieurs endroits de fon
Palais,
GALANT. 25
$
Palais , où il y avoit diverfes
a
Tables
ouvertes , avec des
Gens deftinez pour inviter
à y prendre place. Le Roy
mangea à fon ordinaire , c'eſt
que fes Officiers pré- à dire
parerent le Souper . Il ne s'eft
prefque paffé aucun jour
pendant leVoyage, à l'excep
tion de ceux qui ont efté employez
à traverſer les Montagnes
, que Monſeigneur le
Dauphin n'ait efté à la Chaf
fe aux Chiens courans , ou à
Poyfeau. Ce jeune Prince
jouit apréſent d'une parfaite
fanté , ce qui eft un fort
Novembre 1681. C
26 MERCVRE
grand fujet de joye pour tou
te la Cour.
Le Roy qui fait les beaux
jours de tant de Perfonnes
,
ajoüy d'un tres- beau temps
depuis
Fontainebleau
, juſques
apres fon départ
de
Strasbourg
. Ainfi tout le
Voyage
pendant
plus de
trois lemaines
, eut plûtoſt
l'air d'une fomptueufe
Cavalcade,
que d'une
marche
faite
avec deffein
. Cóme
ce beau
temps
n'eftoit
neceffaire
que
pour faire paroiftre
la magnificence
de la Cour dans des
Lieux
où elle n'avoit
point
GALANT 27
encor efté veuë , la pluye
qui pouvoit eftre utile à la
terre, commença fur la fin
"
du dernier mois , & ne ceffa
5 point pendant dix ou douze
jours. Quoy qu'elle tombaſt
fi abondamment , que les
chemins en devinrent prefque
impraticables , elle ne
fut point capable d'empef
cher le Roy de fe détourner,
pour vifiter les Places qu'il
avoit réfolu de voir dans fa
route. Marfal fut du nombre,
ainfi que Nancy, dont
Sa Majesté vifita les Fortifi
cations , & fit Reveuë de la
Cij
28 MERCVRE
Garnifon . Elle vint coucher
à Mets le fecond du mois &
y
donna Audience au Baron
de Leyen , Envoyé Extraordinaire
de l'Electeur de Tréves.
La Journée de Thionville
à Longuyon eſtoit fort
grande pour toute la Cour,
& plus encor pour le Roy
qui devoit le détourner pour
voir Longvvy , où il diſna.
Quoy qu'il fût fort tard
quand il fe rendit à Longuyon
, la Reyne n'y eftoit
point encor arrivée , & la fatigue
d'avoir efté toûjours à
cheval depuis la pointe du
GALANT. 29
jour, ou occupé à viſiter des
Fortifications
, ne l'empefcha
point d'en prendre une
autre. Il defcendit de cheval,
ce fut feulement
pour en
changer. Il alla plus de deux
lieues à la rencontre de cette
Princeffe; de forte qu'il êtoit
pres de minuit quand Leurs
Majeftez arrivérent à Lon
guyon. Le lendemain Elles
allérent coucher à Stenay,
où Elles voulurent fejourner
un jour pour laiffer avancer
les Equipages que le mauvais
temps avoit retardez .
Elles ont en fuite couché à
C iij
30 MERCVRE
fur
Grandpré , à S. Souplet , à
Rheims, à Filmes, à Soiſſons,
à Villers- Cotrets , à Dammartin
, & font arrivées à S.
Germain le feiziéme de ce
mois dans une fanté parfaite.
Le Roy y a reçeu com
pliment de toutes parts
T'heureux fuccés de fon
Voyage, qu'il ne s'eft donné
la peine de faire que pour
affurer le calme dont jouit
toute l'Europe . C'eft dequoy,
conviennent les plus fages &
les plus éclairez Souverains,
aufli bien que ceux qui pren
nent les choſes du bon cofté,
GALANT. 31
5,
& à qui leur intereft particu
lier ne fait point chercher
de prétextes pour rompre la
Paix. Plufieurs ont écrit fur
la foûmiffion que Strasbourg
a rendue au Roy , & fur l'entrée
des Troupes de Sa Majefté
dans la Citadelle de
Cazal. Voicy quelques-unes
des Pieces qui ont eftéfaites
fur ce fujet.
B
32 MERCVRE
MADRICAL
Q
Vand faute d'Ennemis ,
LOV IS victorieux,
Laiffe repoferfon Tonnerre,
Ce qu'ilfait dans la Paix, le rend
plusglorieux,
Que ce qu'il a fait dans la Guerre.
O
L'ABBE DE SAINTE CROIXCHARPY.
SONNET.
Uy, Strasbourg s'eft foûmis
à votre obeiffance,
Et Cazal qui le fuit, reçoit les mefmes
Loix;
Grand Roy , voftre feul Nom , ou
voftre feul voix ,
Font voir à l'Univers quelle eft
voftre puiffance.
GALANT. 33
$2
Ainfi malgré l'effort de la Triple-
Alliance,
Neparuftes- vous pas le plus puiſſant
des Roys ?
Et lors que vous preniez fix Villes
à-la -fois,
L'Europe s'étonnoit des progrés de
la France.
25
Si ce vafte pouvoir qui s'étend en
tous Lieux,
Eft celuy d'un Héros toûjours victorieux,
En eft-il apres Vous un plus grand
fur la Terre ?
Rs
Non , non , on voit briller en tout
temps vos hauts Faits;
34 MERCVRE
Car ayant triomphé dans le temps de
la Guerre,
Ne triomphez- vous pas dans celuy
de la Paix ?
RAULT, de Roüen.
MADRIGAL
A Sujetirle Rhin & le Pô toug
d'un
temps,
N'eft pasunepetite affaires
Céfar ne lefit qu'en dix ans,
LOVIS en unjour l'afçeufaire.
On fçait que Célar em
ploya neuf ans à fe rendre
Maiftre des Gaules & du
Rhin qui paffe aupres de
Strasbourg, & qu'en fuite il
alla faire la guerre à PomGALANT.
35
pée , & affujettit le Pô , qui
paffe à Cazal. C'eft ce qui a
donné lieu à ces quatre derniers
Vers.
J'adjoûte un Billet que
vous trouverez galamment
tourné fur cette mefme matiere.
Ileft de M' de Clelban
de Normandie.
A MONSIEUR DE ***
en luy envoyant le Mercure.
J
E ne vous envoye ny Cyrus
ny Cléopatre. Il y a longtemps
que ces Livres ont ceffe
d'eftre à la mode , je ne feay
36 MERCVRE
pas comment les furannez attraits
de cette Princeffe , & les
exploits fabuleux du grand Artamene
, ont eu jusques à préfent
quelque pouvoirfur voftre
efprit Nous ne fommes plus
au temps des contes ; s'il s'en
fait encor, ce n'eft que pour rire ;
& ceux qui tiennent du meilleur
gouftfontfort au deffous de
ce qu'on voit faire tous les jours à
Louis LE GRAND . En
effet , les Romans n'ont jamais
tant inventé qu'il exécute ; &
・fe rendre Maistre de Strasbourg
& de Cazal dans le mef .
me temps , pafferoit pour une
GALANT. 37
Fable, fil' Allemagne , l'Italie,
tous les Peuples , n'eftoient
témoins de fes grandes Actions.
Fettez les yeuxfurfes diverfes
Conqueftes , leur rapidité vous
furprendra. Regardez qu'il s'arrefte
lors qu'ilpeut tout vaincre,
& vous avouerez que les Fai-
Teurs de Romans n'avoient point
encor trouvé ce bel endroit pour
former le coeur de leurs Héros,
Ils en ont aujourd'huy un parfait
modelle , & vous , Monfieur
, un Livre vivant , fans
aller chercher dans Cléopatre
Cyrus , où vous ne trouverez
pas ce que vous avez devant les
38 MERCVRE
yeux
. Je vous envoye
le Mercure
,
vous l'envoyeray
tous
les mois
. Il ne manquera
pas de
vous apprendre
agréablement
les
Illuftres
Actions
de noftre
Au
gufte
Monarque
; & afin que
vous
n'ayez
point
à regreter
la
perte
de voftre
vieille
Cléopatre
,
il vous contera
mille petites
Hiftoires
amoureuses
, &r vousfera
le Portrait
desplus jolies
Dames
du monde
, quifont
d'un goût
plus charmant
que les plus vantées
de celles
qui vivoient
dans
le Siecle
de Mandane
. Adieu
,
Monfieur
. Vous
n'aurez
de mes nouvelles
que par
que par le premier
Mercur?.
GALANT. 39
J
le ne puis mieux finir cet
Article que par un Sonnet
dont M'de Longpré Académifte
eft l'Autheur. Vous
prenez tant d'intereſt à ce
qui regarde la gloire du
Roy, que je ne fais aucun
doute que vous ne foyez de
fon fentiment.
A
SONNET.
Ugufte, apres César, eut l'im
mortel bonheur
De remplir defon Nom un des mois
de l'année;
L'Univers s'yfoûmit, & cefupréme
honneur
Paffe tous lesfuccés dontfa vie eft
ornéc.
40 MERCVRE
S
LOVIS ,le Grand LOVIS , cet illuftre
Vainqueur,
Sous qui s'étend la France, &fe voit
fortunée,
Ce Héros dont l'efprit égale le grand
coeur,
Amerité centfois la mefme deſtinée.
25
Confacrez à fon Nom le mois qu'il
vint au jour,
Banniffez deformais Septembre, &
fans retour,
Peuples, foumettez- vous à ce que
vcut fa gloire.
25
Vous avez adniré fes Exploits
inoüiss
Mais pour éternifer fon Nom & fa
mémoire,
Que Septembre àjamais ait le Nom
de LOVIS.
GALANT. 41
les
Dés le
lendemain que Sa
Majefté fut arrivée à S. Germain
, Elle alla voir à Verfailles
ce que les Ouvriers
avoient avancé depuis fon
départ , les dépenfes qu'Elle
eft obligée de faire pour les
Troupes , pour les Armemens
de Mer , & pour
Fortifications
de beaucoup
de Places , n'empefchant
point qu'on ne travaille toû
jours aux Ouvrages
qui font
dignes de la magnificence
d'un Grand Roy. C'est par
là que noftre Augufte Monarque
acheve de porter au
Novembre
1681.
D
42 MERCVRE
plus haut point la gloire de
fon Etat. Les Plaifirs qu'on
avoit abandonnez
pour le
Voyage
d'Alface
, & qui eftoient
partis pour Chambord
, ont efté rappellez
à S.
Germain
incontinent
apres
le retour, & l'on a déja commencé
à yjouer alternativement
le Pourceaugnac
, & le
Bourgeois Gentilhomme
du fameux
Moliere. Comme la
Mufique du Roy, & les Danfeurs
à qui Sa Majeſté donne
Penfion , font employez
dás
les agrémens
de ces deux
Pieces , elles ont paru avec
GALANT. 43
beaucoup d'avantage , &
ont extremément fatisfait
toute la Cour. Les Comé
·
diens de leur cofté fe font acquitez
tres - bien de leurs
Rôles , la plûpart les ayant
joüez d'Original , & ayant
efté inftruits
mefme.
par
l'Autheur
La fierre fied bien à celles
devoftre Sexe, mais elle ceffe
d'eftre une vertu , quand on
la porte jufqu'à faire gloire
de paffer pour infenfible.
C'eft un défaut qu'on reproche
à une fort belle Perfonne
, qui depuis plufieurs
Dij
44 MERCVRE
années , charmant tous ceux
qui la voyent , fait autant de
Malheureux qu'elle s'attire
d'Amans . Les plus empreffez
à luy donner tous leurs
foins , cherchent inutilement
par où fon coeur peut cftre
touché , & comme perfonne
n'a pû encor découvrir les
chemins qui y conduiſent,
on ne la nomme par tout que
la belle Indiférente . Une
Dame de Paris qu'elle a fu
jet de confidérer , & qui auroit
de la joye qu'elle vouluft
fe défaire d'une qualité qui
luy fait tort , luy envoya il
GALANT. 45
y a fort peu de temps un
Amour d'Email tres- bien
fait , tenant d'une main des
Coeurs enchaînez avec une
Clefde l'autre.Ce préfent luy
fut rendu en Province, ou
cette Belle fait fon féjour le
plus ordinaire. Il eftoit accompagné
d'une Lettre dont
on avoit chargé cet Amour,
qui devoit en mefme temps
,
offrir à la Belle deux Paires
de Boutons de Topafe tres
riches , propres pour mettre
aux Manchetes , & tout cela
au nom de la Dame. Je ne
vous dis point que cette
46 MERCVRE
Dame a l'efprit tres délicar.
Vous le connoiſtrez en lifant
fa Lettre.
25525252-255 52225
A MADEMOISELLE
***
L femble, ma Chere , que
vous foyez en poffeffion de
gagner les coeurs de tout le monde
, & de ne donner jamais le
•voftre ; & je pense que vous
vous imaginez, parce que vous
avez toujours conſervé une raifon
libre, un esprit fort, un empire
abfolu fur vos paffions ,
que vous avez mene jusques à
GALANT. 47
2
préfent une vie douce & tranquille
, ennemie de tout engagement,
qu'il vous fera permis de
vivre toûjours de la mefmeforte.
Cette prétention eft injufte ; elle
n'eftpas mefme tropChreftienne.
C'est un crime, que de manquer
de reconnoiffance pour ceux qui
nous aiment , nous sommes &
obligez d'avoir pitié de noftre
prochain. Je vous diray auffi en
bonne Amie , qu'il n'y a pas
feulement de la dureté dans ce
procedé, mais auffi quelque chofe
de fort fingulier, de fe vouloir
ainfi tirer du pair, &fe diftin
guer du refte des Gens. Défaites
48 MERCVRE
les
vous , ma Chere , de vos Chere , de vos faux
préjugez, & détrompez - vous
de vos erreurs. Vous avez beau
Faire. Vous ne vous dispenferez
point d'aimer non plus que
autres; l'Amour est un Dieu
fans quartier, & toft ou tard,
chacun luy doit payer le tribut,
ainſi qu'à la Mort. Celuy que
je vous envoye, & à qui je vous
prie de faire un accueilfavorable
à cause de moy , est un Amour
tres- irrité contre vous . Il a tenté
plufieurs fois inutilement la conquefte
de vostre coeur, mais àpréfent
ilfe fait fort de l'emporter;
l'euffiez- vous mis à couvert
Lous
GALANT. 49
Fous cent Cadenats & fous mille
Clefs, la fienne vaut mieux que
toutes les vostres , puis que c'eſt
un Paffe-par-tout à qui rien ne
refifte, & quifefait donner paf
fage en tous lieux.
Amour, ce petit Dieu , vient de
quitter la Mere.
Il defcend de l'Olimpe avec tous
fes attraits.
Il traverſe les airs , armé de tous
fes traits,
Et profere ces mots, dans fa juſte
colere.
S2
Moy, qui tiens fous ma Loy l'un
& l'autre Hémifphere,
Qui ne conçois jamais que de
vaftes projets ;
Novembre 1681 E
50 MERCVRE
Également puiffant dãs la Guerre
& la Paix,
Ne pourray-je toucher une in
grate Bergere?
S&
Je l'auray, malgré la froideur.
Ouy,je triompheray de ce coeur
infenfible.
Cette Place , apres tout, n'eſt
point inacceffible ,
Et j'en veux eftre le vainqueur,
Je fçay bien
$2
que ce coeur me fera
réſiſtance,
Qu'il me faudra forcer plufieurs
Retranchemens ,
Et qu'on m'oppoſera tous les
fiers Régimens
De l'Orgueil, du Dédain, & de
l'Indiférence.
GALANT. 51
་
Se
Je ne crains point ces Ennemis,
Leurs efforts ferviront de relief
à ma gloire;
On goufte avec plaifir les fruits
de la Victoire,
Apres que l'on a tout foûmis,
S&
Si la Bergere veut me remettre
la Place,
Sans me difputer le terrain,
Qu'elle conteſteroit en vain ,'
Ah, foy de Dieu d'honneur , elle
obtiendra fa grace .
Sa
J'auray pour elle cet douceurs ,
La Parque filera fes jours d'or
& de foye;
Les Ris & les Graces , mes
Sceurs,
La feront vivre en paix, & mourig
dans la joye.
52 MERCVRE
Voila, ma Chere, de belles pro
l'Amour vous fait.
&
meffes
que
Ce n'est
point
un Dieu
fourbe
fanfaron
, il les exécutera
à
la lettre. S'il ne dit pas
quelquefois
tout ce qu'ilfait, ilfait fou
vent
bien
plus
qu'il
ne dit. Si
vous
voulez
fuivre
mon
confeil
,
le
party qu'il vous accepterez
vous offre. C'est le plus feûr, le
plus agreable , & joferay dire,
le plus glorieux , puis que les
Dieux , les Roys , & les Conquérans,
s'y foumettent, & qu'à
moins que de vivre comme un
Anachorete de la Thébaïde , ou
d'eftre un peu Misantrope &
GALANT. 53
Loup-garou, on nepeutpas vivre
fans aimer.
F'ay chargé ce petit Amour
en partant de Paris, de vous préfenter
deux Paires de Boutons de
Topaze, de mapart, & de vous
・faire mes complimens ; mais comme
c'est un Dieu fort intéreße,
que parmy les Dieux , auffibien
que parmy les Hommes ,la
charité commence parfoy mesme,
je croy qu'il ne vous parlera que
de fes intérests,& qu'il oubliera
ma commiffion. Je luy aypourtant
fort recommandé de vous les
donner en main propre.
E iij
54 MERCVRE
Ces Noeuds font pour lier vos
manches,
Ou bien pour ler voftre coeur.
Permettez que ce Dieu vainqueur,
Defes bras potelez, de fes belles
mains blanches,
Vous attache cette Faveur .
Je dois vous l'avoüer , elle n'eft
pas bien grande,
Pour employer un Immortel ;
Et je ne fçay que trop , qu'une
pareille offrande
N'eft pas digne de voſtre Autel,
Toute indigne pourtant qu'elle
de vous eftre offerte , je vous
conjure de la recevoir comme un
de mon amitié fincere , &
eft
gage
de me croire, & C.
GALANT. 55
5
On m'a fait part d'une galante
Recepte quiferoit bien
propre pour une Belle du
caractére dont je vous ay
peint l'aimable Perfonne à
qui cette Lettre eft adreffée.
Jevous en envoye uneCopie.
RECEPTE AMOUREUSE .
P
Our bien purger une Beauté
Dont lesyeux charment tout
le monde,
Purgez - la de fa cruauté,
C'est là l'humeurdont elle abonde.
Se
Afin que la Purgation
Caufe peu d'altération,
Recipe pour noftre Ordonnance
E iiij
56 MERCVRE
Lepoids d'un Ecu de Pitié;
Une once engros de Confiance ,
Avec deux drachmes d'Amitié,
Et quatre de Correspondance.
Infusez le tout en douceur,
Cela luy purgera le coeur
De cette humeurfiere & maline
Quifiedmalà Beauté divine.
Quefi vous eftes aſſuré
Que le malfoit invéteré,
Et qu'ily refte quelque chofe,
Vous réitererez, & doublerez la dofe
Je ne fçay, Madame, ſi la
Ville de Charolles en Bourgogne
vous eft conuë . Quoy
qu'elle foit fort petite , on ne
laiffe pas de s'y divertir auſſi
GALANT. 57
agéablement que dans les
plus grandes du Royaume.
Les Dames yfont fpirituelles
& fort fociables , & fe déclarant
ennemies de la contrainte
, elles ont en toutes
choſes une liberté honneſte,
qui leur attire l'eftime de
tous leurs Voifins , & les
rend capables de toute forte
d'exercices. Celuy de laChaf
fe , où l'on peut dire qu'elles
font infatigables , eft un Divertiffement
qui leur fait
faire la plupart du temps de
tres - galantes Parties . Elles
montent auffi bien à cheval
58 MERCVRE
qu'elles dancent , & ne font
pas moins paroiftre d'adreſſe
à tirer un coup de Fufil & de
Piftolet , qu'elles en montrent
lors qu'elles veulent
manier l'Eguile. Apres cela
vous ne ferez pas furpriſe de
ce que j'ay à vous en conter,
Comme la plupart des plus
confidérables Perfonnes de
Dijon , Châlons & Maſcon,
viennent tous les ans paffer
à Charolles les plus beaux
jours de l'Eté, les Chevaliers
de cette petite Ville choifirent
ce temps, qui n'eft def
tiné qu'aux plaifirs & à la
GALANT. 59
I
2
joye, pour députer vers ceux
de Paroy - le- Moinel , du
Mont - Ceny, & du Mont
S.Vincent, afin qu'ils fe préparaffent
à venir tirer le Prix
Îe 25. Aouſt, ſuivant leurDéfy
de l'année derniere . Le Chevalier
qui fut député , leur
porta parole qu'on les attendroit
avec tout ce qui ef
toit néceffaire pour la pompe
de la Fefte , & qu'il y auroit
deux Prix , l'un du Panton ,
& l'autre de l'Arbalefte ; le
premier , d'un petit Service
de Vaiffelle d'argent de huit
cens Ecus ; & le fecond, de
60 MERCVRE
cent cinquante Loüis , que
l'on payeroit en efpeces. Ce
Défy fut accepté par les trois
Compagnies Etrangères, qui
eftant venues au jour arreſté
en tres- bon ordre , furent
reçeues avec de fort grands
honneurs , & logées en fuite
chez les Chevaliers de la
Ville, qui font obligez de les
défrayer pendant tout le téps
que dure la Fefte. Le lendemain
fut employé en Fef
tins, & à tirer quelques coups
d'effay , apres quoy on réfo
lut que le jour fuivant on tireroit
pour le Prix. Il fut
~
GALANT. 61
gagné par les Etrangers, au
grand déplaifir de ceux de
Charolles , qui paffent pour
S les meilleurs Fufeliers de la
Province. Le jour s'acheva
en réjouiſſances, & lePrix de
l'Arbalefte fut remis au lendemain.
Les Chevaliers E- S
trangers eurent encor le même
avantage , & ſe firent reconnoistre
pour Vainqueurs
au bruit des Tambours
&
des Trompetes
. Apres qu'ils
fe furent fait compliment
les uns aux autres , & qu'ils
eurent donné aux Vaincus
le Défy pour l'année pro62
MERCVRE
chaine , ils les envoyérent
lier avec des Rubans pour
marque de leur efclavage.
On éleva auffitoft les Enfeignes
des Chevaliers Etran
gers au plus haut des Tentes.
On cria Victoire, & en obfervant
les cérémonies ordinaires
, onfe mit en marche pour
retourner à la Ville. Jugez
quelle fut la furpriſe des
Vainqueurs , lors qu'y croyat
entrer en triophe, ils en trou
vérent les Portes fermées.
Le Roy de la Fefte envoya
fur l'heure un de fes Trompetes
pour en fçavoir la raiGALANT.
63
11
I
Ľ
fon. Le Trompete n'eut pas
plutoft donné le fignal, qu'il
e apperçeut une Dame au travers
d'une Feneftre , quiluy
jettant une Lettre , luy dit
qu'il la portaft à ſon Maiſtre.
It alla foudain retrouver le
Roy, qui ayant reçeu la Lettre,
la lût tout haut aux Chevaliers
de fa Suite . Voicy
dans quels termes elle eftoit
conçeuë.
N
E foyez point furpris
Roy vainqueur, & vous
braves Chevaliers , fi en vous
difputant l'entrée d'une Ville qui
64 MERCVRE
vous eft acquife par le droit des
Armes , nousfemblons parlà arrefter
le cours de vos Conqueftes .
Nous ne sçaurios voir le brillant
éclat de vos Trophéesfans confu
fion & fans douleur. Ces Cou
ronnes don't vos testes font chargées
, font l'Ouvrage de nos
mains. Ces Lauriers que vous
faites porterà vos costezpour témoignages
de voftre victoire ,
eftoient deftinez à d'autres Vain
queurs , & c'estparnosfoins &
par nos peines que vous les voyez
enrichis de Rubans & de Dewifes.
La trifte pofture de nos
Chevaliers vaincus , qui vous
GALANT.
65
fuivent les yeux baiffez &fans
Armes , eft une Image odieufe ,
qui nous fait former une entre-
#prife que vous devez appuyer, fi
5
vous ne voulez que vostre gloire
demeure imparfaite. Elle ne
peut eftre entiére , tant que vous
ne regnerez que fur la moitié
d'un Peuple. Ces infortunez
Vaincus compofent cette moitié,
& nous fommes l'autre qu'il
vous reste à vaincre . Profitez
de vostre bonnefortune . Rien ne
vous peut refifter apres
l'avantage
que vous avez eu . Peuteftre
ne vous fera-t-il pas difficile
de venir à bout de nous,
Novembre 1681. F
66 MERCVRE
mais peut- eftre auffi trouverez
vous quelque obftacle dans cette
victoire. A peine avons-nous
appris la défaite de nos Chevaliers
, que comme nous l'avionsprojetté
auparavant fi ce malheur
arrivoit , nous avons fait
fonner la Retraite pour celles des
nostres qui pouvoient estre dans
voftre Camp , où nous avons efté
averties que ce fon avoit apporté
quelque défordre. Nous nous
Tommes affemblées, & dans le
Confeil tenu entre nous , il a efté
réfolu qu'on vous fermeroit les
Portes , que l'entrée de la
Ville ne vous feroit accordée
GALANT. 67
་་
14-
6
qu'apres que vous auriez confenty
à nos demandes. Si vous
avez l'injustice de les rejetter,
on vous déclare que nous avons
poudre plomb, & des munitions
fuffifantes pourfoûtenir un
Siége de longue durée . Pour du
courage ,foyez affurez que nous
n'en maquerons pas . Ce que vous
nous demandons , braves Cheva
liers, eft l'avantage de disputer
un Prix avec vous . Le Panton
l'Arbalefte ont fervy de
Theatre à vostre gloire , & nous
vous ofrons dequoy la rendre
parfaite, en vous propofant de
combatre pour l'Onfean. Cet
Fij
68 MERCVRE
Oyfeau fera de bois, de la groffeur
d'une Merlete , les Aifles
éployées le Corps cuiraffe , afin
qu'il résiste à la balle du Fufil .
On le mettra à la pointe d'une
grande Verge de fer , où nous le
ferons clouer & river à force
& ilfera enfuite élevé à la
cime d'un des Saules qui formens
labelle Avenue des Eclufes de la
Ville ; mais comme on peut divifer
l'Oyfeau en quatre
voulons auffi partager en quatre
Lots ee que nous avons à vous
propofer.
I.
nous
Qui emportera l'Aifle droite,
GALANT. 69
aura une Garniture de Rubans,
Gands , Baudrier , Epée , le
tout de cinquante Louis.
II.
·Pour l'Aifle gauche, un Caf
tor de Plumes, avec une Gar
niture , des Gands & des Manchetes
de Point- d'Espagne , du
prix de vingt Louis.
III.
Pour la Tefte & le Col de
l'Oyfean , deux Fufils & deux
Paires de Piftolets des plus curieux
& desplus beaux.
IV.
Pour le Corps , la liberté des
derniers Vaincus , avec le droir
des Victorieux.
70 MERCVRE
Voila nos intentions . Nous
attendons voftre Réponſe avec
une extréme impatience , c'est à
dire vostre confentement , vous
estimant trop pourvous croire ca
pables de refufer un pareil Défy.
Il ne vous fera jamais honteux
Lavoir combatu avec des Femmes,
qui n'ont de leur Sexe que
taille , la douceur , & labeauté;
le courage & la harla
sar
pour
dieffe
, on nous
le verra
toûjours
.
difputer
avec
les plus
vigoureux
.
Cette Lettre leuë , le Roy
dit beaucoup de chofes à l'avantage
de ces genéreuſes
GALANT. 71
Héroïnes , & fit convenir fes
Chevaliers qu'il falloit leur
aller rendre les armes , &
leur remettre les Vaincus
entre les mains. La joye pa
rut genérale , & mille Gens
qui eftoient témoins de tout,
poufferent un cry qui fe fit
entendre jufque dans la
Ville . En mefme temps tous
les Chevaliers vainqueurs
prirent chacun un Vaincu,
& les conduifirent à la Porte..
La Dame parut lors que
Trompete eut fait le fignal,
& la refolution que l'on avoit
prife luy ayant efté expliquée
le
72 MERCVRE
au nom du Roy par un Che
valier , qui luy dit fort ga
lamment qu'ils venoient
changer de condition avec
leurs Captifs , elle répondit
d'une maniere auffi obligeante
que fpirituelle , qu'
elles ne pouvoient acce
pter leurs offres ; que les ¿ que
vouloir rendre Arbitres du
fort des Vaincus, c'eſtoit aller
au dela de la genérofité;
qu'eftant leurs Efclaves de
bonne guerre, elles auroient
à rougir, fi la liberté leur eftoit
renduë par une autre
voye ; & que puis qu'ils les
avoient
GALANT. 73
t
avoient affez eftimées pour
vouloir bien confentir à leurs
demandes, il eftoit jufte que
par leur valeur & par leur
adreffe elles méritaffent de'
rompre leurs fers , ou qu'elles
en fuffent chargées ellesmefmes
. On difputa quel
que temps , & enfin les Chevaliers
furent contraints de
céder. Le Roy eftant informé
de tout, fit affembler fon
Confeil. Il fut réfolu que l'on
renvoyeroit un Chevalier
pour complimenter les Dames
fur un procedé fi gené
reux, & pour les frier en mê
Novembre 1681. G
74 MERCVRE
me temps d'ouvrir les Portes
afin qu'ils puffent continuer
leur Triomphe. La mefme
Dame qui avoit déja parlé,
promit qu'on tiendroit les
Portes ouvertes ; mais pour le
"
Triophe, elle pretendit qu'il
feroit borné, c'eft à dire , que
les Chevaliers vainqueurs ne
traverſeroient que la moitié
de la Ville, ou bien que leur
marche eſtant deux à deux ,
il n'y auroit qu'un coſté armé,
pour marquer par là que
leur victoire n'eftoit pas entiere
. Le Chevalier eut beau
dire qu'il n'yavoit point d'eGALANT.
75
xemple qui autoriſaſt leur
prétention ; que c'eſtoit bor ,
ner le droit de la Royauté,
& que dans la fuite, les Etrangers
eftimeroient moins le
Prix des Chevaliers de leur
Ville, s'ils avoient à craindre
d'eftre affujetis à des Loix
nouvelles. La Dame répondit
au nom de toutes, que ce
qui pouvoit arriver un jour,
ne les touchoit point ; qu'
elles eftoient réfoluës de ra
cheter la liberté de leurs
Chevaliers aux defpens de la
leur propre , & qu'elles ne
foufriroient
jamais qu'on
Gij
76 MERCVRE
fi
prift aucun droit fur elles
qu'à tres-jufte titre ; que
ces conditions
bleffoient
le
Roy & Les Chevaliers
, ils
pouvoient
faire leur Triomphe
dans les Fauxbourgs
, ou
le rendre maiftres
de la Ville ,
s'ils ne croyoient
pas qu'elles
fuffent
affez fortes pour la
bien défendre
. Le Chevalier
eftant
allé faire fon raport
,
le Roy trouva qu'ayant
affaire
à des Dames , il eftoit
de leur honneur
& de leur
galanterie
, de fe foûmettre
aleurs volontez
; que cependant,
comme
borner
leur
GALANT. 77
Triomphe felon leurs prétentions
, feroit renoncer aux
avantages qu'ils venoient de
remporter fur la Ville, il eftoit
plus à propos de le remettre
jufqu'à ce que tout
fuft preft pour le Combat de
ľOyſeau , dont ils gagne
GI
00
1 I
roient aifément le Prix. On
alla dire auffitoft aux Dames
que le Roy & fes Chevaliets
mettoient bas les armes,
qu'elles n'avoient qu'à ouvrir
les Portes , & que tous
leurs diférens fe termineroient
dans un Bal qu'ils leur
donneroient le foir, ne vou
1
G iij
78 MERCVRE
lant fonger qu'à ce qui pourroit
leur caufer quelque plaifir
, jufqu'à ce qu'elles euffent
préparé tout ce qu'elles
croiroient neceffaire pour le
Combat qu'elles vouloient
entreprendre. Leur réponſe
fut, que le naturel des Femmes
eftant défiant, elles les
prioient de leur envoyer en
oftage deux de leurs principaux
Chevaliers , qu'elles
traiteroient affez agreablement
pour leur donner lieu
de fe louer d'elles , & qu'en
mefme temps on leur ouvriroit
les Portes . Les Oftages
GALANT. 79
S
t y
furent auffitoft donnez , &
les Chevaliers ayant renvoyé
tous leurs Chevaux , entrerent
fans armes dans la
Ville. Leur étonnement fut
grand , quand ils trouverent
les Dames rangées en
haye , armées d'un Mouf
quet & d'une Epée, avec un
Chapeau & un Jufte- aucorps.
Elles firent leur dé
charge en l'air ; & les Chevaliers
, apres mille complimens
fur leur bravoure , les
déchargerent de leurs Armes,
qu'ils firent porter par
ceux de leur Suite ; & les
G iiij
80 MERCVRE
ayant prifes par la main , ils
les menerent au Lieu que
l'on avoit préparé pour le
Roy du Prix. Elles y furent
fuperbement régalées , & il
y cut Bal , Collation , Con
cert , & réjoüiffance entiere
tout le refte de la nuit. Le
lendemain, elles donnerent,
ordre pour leur Prix, réfolurent
la maniere dont elles
s'habilleroient
, & firent porter
parole aux Chevaliers,
qu'elles feroient preftes pour
le Combat propofé , le 21.
Septembre, jour de S. Mathieu.
Ce jour-là eftant venu,
GALANT. 81
t
elles fe rendirent dans la
Chambre de leur Confeil,
où chacune s'eftant habillée
à fon avantage , elles monterent
à cheval fur les dix
heures , & allerent en tresbon
ordre dans le Pré S. Nicolas,
joignant les Eclufes de
la Ville, qui eft le Lieu ordinaire
de la Promenade. Rien
n'eftoit mieux ordonné , ny
plus charmant que leur marche.
A la tefte de leur Compagnie
eftoient deux Trompetes
, & quatre Hautbois,
dans le milieu , leur Enfeigne,
quatre Violons , & fix
82 MERCVRE
Fluftes douces; & à la queue,
quatre Hautbois, avec deux
Trompetes. Elles firent l'Exercice
dans ce Pré, & il n'y
eut aucun des Spéctateurs
qui n'admiraft leur adreffe .
En fuite, elles retournerent
dans la Ville, où elles avoient
ordonné un magnifique Re
pas pour régaler les Chevaliers
combatans , qui depuis
deux jours s'eftoient rendus
à Charolles . On fe mit à table
fur le midy , & la Compagnie
fut fervie par les Chevaliers
vaincus , qui portoient
tous une Chaîne de Rubans
GALANT. 83
pendue au col, pour marque
$ de leur efclavage. Le Dîné
finy , les Dames avertirent
les Chevaliers qu'il eftoit
temps de partir. Chacun
monta à cheval. Les Dames
eurent la droite, & les Combatans
la gauche , avec les
Efclaves qui marchoient à
leurs coftez . On n'entendoit
en tous lieux qu'acclamations
de joye. Toutes les
Feneftres eftoient remplies
d'un nombre infiny de Spé-
&tateurs ; & en plufieurs endroits
de la Ville, on défonça
des Tonneaux de Vin , où
84 MERCVRE
tout le monde eut la liberté
de boire. Les deux Compagnies
marcherent en tresbon
ordre jufqu'au Lieu du
rendez-vous où l'on avoit
élevé l'Oyfeau . Il y avoit fix
Tentes dreffées , deux pour
les Combatans & les Combatantes
; & les quatre autres
, pour les Spéctateurs &
les Inftrumens
.
l'on fut preft de commencer
, la Dame qui juſque - là
avoit parlé pour toutes les
autres , dit aux Chevaliers,
que pour empefcher qu'il
n'y cuft aucun defordre , il
Lors que
GALANT. 85
Į
falloit régler le nombre de
ceux qui devoient tirer. On
en nomma neuf de chaque
Party , & l'honneur du premier
coup fut laiffé aux Dames.
Celle qui fut choiſie
pour cela , falia la Compagnie
pendant les fanfares
des Trompetes ; & du coup
qu'elle tira , elle donna dans
la Feüille , directement au
deffus de la tefte de l'Oyſeau.
Cet heureux effay fut
pris pour un bon augure. II
faut vous dire ce que c'eft
que cette Feüille. Comme
'Oyfeau eft petit , & qu'on
86 MERCVRE
auroit peine à le découvrir,
par la diftance qu'il y a du
lieu d'où l'on tire, à celuy ou
l'Oyfeau eft élevé, l'on met
une Feuille de fer blanc par
derriere , rabatuë en arcade
par deffus fa tefte, afin qu'on
le puiffe voir par la reverbération
du Soleil . Ce premier
coup de la Dame luy attira
l'applaudiffement de tout le
monde. Les Chevaliers tirerent
en fuite, mais fans au
cun avantage. Dans le fecond
coup que l'on tira,
l'Aifle droite de l'Qyfeau fut
emportée par la Dame ; &
GALANT. 87
tous les autres de chaque
Party n'attraperent que la
Feüille . Au troifiéme coup,
un des Chevaliers abatit l'autre
Aiſle. Au quatrième, une
des Dames emporta la Teſte.
Il n'y eut rien au cinquiéme
de part ny d'autre, non plus
qu'au feptiéme ; mais au fixiéme,
une autre Dame abatit
la Feüille ; & au huitiéme,
celle qui avoit eu déja de
grands avantages , emporta
Oyfeau . On courut le prendre
, & on l'apporta à cette
illuftre Victorieuſe , à qui
chacun s'empreffa de mar88
MERCVRE
quer la joye. En mefme
temps elle fut proclamée
Reyne au fon des Trompetes
, & au bruit des Fufils
qu'on tira de toutes parts.
Les Chevaliers
qui regardoient
les honneurs
qu'on
luy rendoit, comme des reproches
de leur défaite , furent
obligez de fe foûmettre
à leur tour . Ils fe jetterent
aux pieds de ces belles Amazones
, & leur dirent d'une
maniere
fort fpirituelle
, que
ce n'eftoit
pas la premiere
fois qu'elles les avoit vaincus.
La Reyne les affura
GALANT. 89
qu'ils feroient traitez favorablement
, & fit publier par
tout le Camp que l'on remettoit
le Triomphe au lendemain
, parce qu'il eftoit
trop tard , & qu'on n'avoit
pas le temps de préparer ce
qui eftoit neceffaire pour le
rendre plus celebre . Alors
tout le monde fe retira dans
la Ville , les Vaincus meflez.
parmy les Vainqueurs , comme
fi l'on fuft revenu de la
Promenade . Le foir il y eut
Bal en plufieurs endroits .
Aucune des Dames , qui
avoient part au Triomphe,
Novembre 1681. H
90 MERCVRE
ne s'y trouva , eftant toutes
occupées à donner leurs orle
jour fuivant.
dres
pour
Leur
nombre
eftoit
de
vingtquatre
, qui
le lendemain
fe
rendirent
dans
le
Camp
fur
les
deux
heures
. Je
ne
nommeray
que
celles
qui
avoient
efté
choifies
pour
tirer
au
Prix
. Voicy
dans
quel
ordre
commença
leur
Marche
.
Trois
Trompetes
& trois
Hautbois
parurent
d'abord
,
fuivis
d'une
Dame
, à qui
on
avoit
donné
la
qualité
de
Maréchal
des
Logis
.
Elle
avoit
un
Juſte
-au- corps
de
GALANT. 91
S
"
Tafetas bleu , doublé de
rouge , & enrichy d'une
Dentelle d'argent, avec une
Garniture iſabelle , la Jupe,
la Culote , & les Bas de
mefme. Elle précedoit Mademoiſelle
de Ganay , Fille
de M' de Ganay, Chevalier,
Seigneur de Genelard , Montéguillon
, Langeres , & le
Süeil, qui eftoit au milieu de
deux des Dames qui n'avoient
pas tiré. Chacune
d'elles tenoit avec un Ruban
un des Vaincus , qui marchoient
à pied , fans Armes,
& fans Chapeau. Mademoi
Hij
92 MERCVRE
felle de Ganay avoit fes che
veux enfermez par derriere,
dans une Bource noüée d'un
Ruban couleur de Cerife ;
un Caftor garny de Plumes
couleur auffi de Cerife , &
meflées avec des blanches;
une Cravate d'un Point tresfin
d'Angleterre , à la Cavaliere
; un Jufte- au - corps de
Satin blanc de la Chine, enrichy
de Galons d'or, & dou
blé d'un Tafetas couleur de
Cerife, avec une Jupe de ce
mefme Tafetas , au bas de
laquelle eftoit une Frange
d'or . Cette Jupe ne paffoit
8
GALANT. 93
point les genoux. L'Echarpe
, qui la ceignoit, eftoit deDentelles
d'Angleterre pareilles
à la Cravate. On luyvoyoit
S fur l'épaule , aux Manches,
&& à l'Epée , de groffes Tou
S:
3
2
fes de Rubans étroits, cou
leur de Cerife & blancs. Elle
avoit une Culote de Satin
blanc , toute couverte de
Dentelle d'or , avec un Bas:
de Soye couleur deCerife,qui
eftoit roulé fous le genoüil .
Dans cet équipage, elle mar
choit fiérement, montée fur
un petit Cheval blanc, prefque
tout couvert de petits
94 MERCVRE
Noeuds de Ruban, de meſme
couleur que fa Garniture.
Elle foûtenoit fon Fufil de la
main droite, & le tenoit appuyé
fur la cuftode de fon
Piſtolet.
Mademoiſelle de Grandjean
la jeune, Fille du Maire
de la Ville, paroiffoit en ſuite
mótée fur unCheval Roüan,
ayant fes cheveux dans une
Bource , & tenant fon Fufil
comme la premiere , ce qui
eftoit imité par toutes les
autres. Elle avoit à fes coftez
deux Demoiſelles , tenant
chacune un Vaincu , & pa
GALANT. 95
0
que celles dont je
rées ainfi
viens de vous parler. Son
1 Jufte-au-corps eftoit bleu,
garny de Dentelles d'argent,
& doublé de feuille- morte.
Quantité de Plumes de ces
deux couleurs, faifoient l'ornement
de fon Chapeau.
Mademoiſelle des Autels
la jeune, Fille du Lieutenant
Civil , fuivoit fur un Cheval
gris - pommelé , accompagnée
ainsi que les autres .
Elle avoit unJufte-au- corps
de Tafetas couleur de Cerife,
doublé de blanc ; avec une
Jupe,& les Bas de Soye tres-
*
96 MERCVRE
bien affortis; le tout couvert
de Dentelles d'or & d'argent,
Sa Garniture eftoit bleue.
Mademoiſelle Carré, Fille
du Greffier en chef, marchoit
de la mefme forte,
montée fur un Cheval Pie ,
ayant un Jufte - au- corps
bleu , avec une fimple Treffe
d'or fur les coutures , des
Tours - de- bras de Pointd'Eſpagne,
& une tres - belle
Garniture.
Mademoiſelle de Juchaut
la jeune , Fille de M' de Juchaut
Tréforier de France en
Bourgogne & Breffe , avoit
un
GALANT. 97
un Jufte - au- corps couleur
de chair, doublé de vert, une
Garniture blanc, vert , & incarnat,
& montoit un Che
val blanc.
petes
Apres ces cinq Demoifelles
, venoient deux Trom-
& deux Hautbois, précedant
Mademoiſelle de Juchaut
l'aînée , qui portoit
l'Enfeigne. Sur cette Enfei
gne eftoient peints plufieurs
Trophées d'Amour, d'Epées,
& de Fufils , & au milieu on
lifoit ces quatre Vers qu'on
avoit écrits en lettres d'or.
Novembre 1681. 1
98 MERCVRE
It n'eft rien que l'Amour
Icy-bas ne furmonte .
Plus d'un Captifen ce jour
En fait l'épreuve à fa honte.
Mademoiſelle de Juchaut
avoit un Caftor noir , bordé
d'or, fans Plumes , un Jufteau-
corps de Velours , une
Garniture jaune , & montoit
un Cheval noir , tout couyert
auffi de Rubans jaunes .
Deux Trompetes , & deux
Hautbois , marchoient derriere-
elle .
Mademoiſelle Damas de
Marfilly , Fille de feu M' le
Comte de Marfilly , & CouGALANT.
99
fine - germaine de Mademoifelle
de Ganay , fuivoit feule
en qualité de Grand - Maiſtre
de la Maifon de la Reyne.
Comme elle a la plus belle
tefte du monde, fes cheveux
eftoient feulement noüez
par derriere d'un Ruban incarnadin
, & l'on en voyoit
trois ou quatre groffes boucles
, qui ondoyoient fur la
croupe de fon Cheval. Elle
avoit un Caſtor noir, couvert
de Plumes blanches, bleuës,
& incarnadines ; un Jufteau
- corps de Moire bleuë ,
enrichy de gros Galons d'or
I ij
too MERCVRE
& d'argent ; une Garniture
de Rubans en tres- grande
quantité des couleurs des
Plumes ; une Echarpe de
Point d'Espagne , or & argent
; une Jupe d'un Bro .
card bleu , à fleurs auffi or &
argent ; une Culote de Satin
incarnat , & des Bas de foye
de mefme . Elle montoit un
Cheval ifabelle tout couvert
de Rubans bleus ; & comme
elle avoit abatu la Tefte de .
l'Oyfeau , un Laquais de fa
Livrée , portoit cette Tefte
immédiatement devant elle
à la pointe d'une Epée,
GALANT. IOI
Douze Chevaliers
la fuivoient
quatre à quatre, ayant
l'Epée nue, comme Gardesdu
- Corps de la Reyne .
gneur
En fuite on voyoit Ma
demoiſelle des Landes des
Pierres , Fille de M ' Droüy
des Pierres , Chevalier, Sei.
des Landes, des Pierres
, & de Douvant , Lieute
nant General , Civil & Cri,
minel au Bailliage Royal dụ
Charollois. Elle avoir des
Plumes violetes & blanches,
une Garniture de mef
me , un Juſte -au- corps de
Tafetas blanc doublé de vio
I iij
102 MEROVRE
let , & montoit un Cheval
gris- de-fouris , couvert de
Rubans violet & blanc . Elle
marchoit feule en qualité de
Maréchal de Camp de la
Maiſon de la Reyne , & devant
elle cftoit un Laquais de
ſa Livrée, portant la Feüille
qu'elle avoit abatuë . Six
Gardes fuivoient avec deux
Exempts, & apres eux paroif
foit la
Reyne.
C'eftoit Mademoiſelle Péferat,
tres digne Fille de M
Peferat , fi recommandable
par fes belles qualitez , &
tres - eſtimé de tout ce qu'il y
GALANT. . 103
a de Perfonnes
de naiffance
dans la Province . Il eft genéreux
, magnifique
dans
tout ce qu'il fait, fçavant autant
qu'on peut l'eftre, & on
peut dire que
fi fa Table eft
ouverte
à tous les honneftes
Gens , fon Cabinet
eft l'A cadémie
des plus beaux Efprits
de ce Païs-là . Mademoiſelle
Peferat
eſt tres - bien faite , a
de la beauté , de l'efprit
infiniment
, parle auffibien
Latin
que François
, fçait la Philofophie
& Théologie
, & de
tous les Exercices
, la Chaffe
eft celuy qu'elle aime le plus.
I iiij
104 MERCVRE
Rien n'eftoit plus brillant
qu'elle dans l'équipage où
elle paruft enfon Triomphe.
Deux Pages la précedoient,
dont l'un portoit fon Fufil, &
l'autre le Corps de l'Oyfeau
à la pointe d'une Epée. Elle
eftoit montée fur un Cheval
d'Eſpagne noir , couvert
d'une Houffe d'Ecarlate enrichie
de Broderies & de
Franges d'or & d'argent , la
tefte , le col, & la queue
du Cheval ornez de petits
noeuds de Ruban couleur de
feu. Ses cheveux , du plus
beau noir que l'on puiffe
GLAANT. 105
6
voir, eftoient noüez en Perruque
, qu'elle rejettoit négligemment
fur les deux épaules
. Elle avoit une Cravate
de Point de France avec
cinq ou fix feuilles de Ruban
e ponceau ; un petit Caftor
noir , garny d'une fimple
Plume couleur de feu ; un
Jufte-au- corps bleu, en Bro .
derie or & argent ; une
Echarpe tres-riche de Pointd'Eſpagne,
or & argent ; une
petite Jupe ainfi que les autres,
de Brocard bleu à fleurs
auffi or & argent , avec une
Frange au bas de la meſme
1.
106 MERCVRE
forte ; une Culote garnie
d'une petite Broderie pareille
à la Frange , & des Bas de
foye couleur de feu . Sa Garniture
eftoit de petit Ruban
ponceau. Elle marchoit d'un
air fier & digne d'une veritable
Reyne , & avoit à fes
coftez quatre Demoiſelles
en qualité de Capitaines des
Gardes de fa Perfonne . Elles
portoient l'Epée nuë , & ef
toient en Jufte - au- corps
bleu , enrichy de Galons
d'or. Deux autres Exempts
& fix Gardes, trois à trois , al
loient derriere la Reyne , &
GALANT. 107
eftoient fuivis du refte des
Chevaliers qui venoient de
recouvrer leur liberté, tenant
chacun un Vaincu avec un
Ruban.
Ce fut dans cette ordre
que l'on marcha juſques à
l'Eglife de Saint Nizier , où
les Chanoines chanterent le
Te Deum en Mufique. Les
Trompetes & les Hautbois
répondirent en Fanfares à
chaque Verfet, ce qui faifoit
un Echo fort agreable. La
Reyne y fit venir un Drapeau;
& comme elle eft admirable
en toutes chofes,
108 MERCVRE
elle ſe leva, fit un grand Dif
cours aux Vaincus fur leur
malheur, &leur dit obligeam
ment que fi elle avoit vaincu
d'autres Chevaliers, elle mépriferoit
fa Victoire ; & pour
leur faire connoiftre qu'elle
leur parloit fincérement, elle
adjoûta que pendant la marche
il luy eftoit tombé en
penſée de créer un Ordre en
faveur duquel la liberté leur
pourroit eftre renduë , car il
eft porté par les Loix du Prix
de ce Païs , que ceux qui ſeront
vaincus refteront fujets
jufqu'à ce qu'on en tire un
GALANT. 109
د ا
pas
autre. Toutes fes Chevalieres
s'eftant approchées , elle demanda
fi elles ne voudroient
confentir à l'Inftitution
de cet Ordre, dont elles fçau
roient les Voeux dans leur
premiere Affemblée , les affurant
qu'ils ne feroient ny
fâcheux, ny rudes à exécuter.
Cette propoſition ayant eſté
reçeë avec joye, elle dit que
quand elle auroit fait les Regles
& les Voeux de l'Ordre,
elle leur en feroit prefter le
Serment, & qu'alors elle en
donneroit les Dignitez à cel
les qui en feroient jugées
110 MERCVRE
dignes . Cependant elle le
nomma l'Ordre des Cheva
lieres de l'Oyfeau , & leur fit la
defcription de la Marque
qu'elle promettoit d'en faire
faire , & qui doit eſtre , un
Trophée de Fufils , d'Epées
& de Flêches, chargé fur le
tout d'un Coeur plein de feu,
& au deffous , un Oyfeau démembré
, le tout noué d'un
Ruban, avec cette Infcription
, Libertatis honor & gloria.
En mefme temps elle
conféra cet Ordre à toutes
ces aimables Chevalieres
, &
les pria , pour rendre ce jour
GALANT. III
f
plus éclatant , de donner la
liberté à tous le Vaincus .
La joye redoubla de toutes
parts. Les Chevaliers Etran
gers reçeurent , comme ils
devoient , le Don qui leur
eftoit fait , & rompirent
les Rubans qui leur te
noient lieu de Chaînes. Les
Hautbois
& les Trompetes
faifoient cependant retentir
toute l'Eglife. Chacun en
fortit tres-fatisfait , & les
Dames eftant remontées à
cheval , firent le tour de la
Ville dans le mefme ordre
que je vous ay déja décrit.
112 MERCVRE
Le feul changement qu'on y
remarqua , fût que les Vaincus
montant auffi à cheval,
allérent au rang des Chevaliers
de Charolles . Le tour
de la Ville eftant achevé , on
fe rendit chez M' Peferat,
Pere de la Reyne. On y
fervit un magnifique Repas,
auquel fuccéda le Bal qui
dura toute la nuit. Le lendemain
, les Chevaliers traiterent
les Dames , & les autres
jours de la ſemaine ſe paſſerent
en plaifirs. On me promet
de m'apprendre quels
auront efté les Voeux de ce
GALANT. 113
nouvel Ordre , & les galantesCerémonies
que l'on aura
obfervées pour le Serment
de fidélité. C'est dont j'auray
foin de vous inftruire fur ce
qu'on m'écrira.
Les Paroles que vous trou
verez icy notées font de M
Daubaine , dont vous avez
déja veu de fort jolis Vers
L'Air eft d'un habile Maître.
CHANSON.
O
N peutencor dans la Prairie
Mener quelquefoisfonTrou- ·
peau,
Et cependant, la volage Silvie
Ne veutplusfortir du Hameau..
Novembre 1681. K
114 MERCVRE
Le froid n'eft pas ce qui l'arrefte,
Je ne l'ay que trop reconnu.
Afuivre mon Rival on la voit toûjours
prefte,
C'estpourmoyfculement que l' Hyver
eft venu.
Il eft affez rare que l'Amour
foit fans rigueurs. Si
vous en voulez fçavoir la raifon
, vous la trouverez dans
la nouvelle Fable que je
vous envoye. Elle eft de M
Bardou de Poitiers.
GALANT. 115
$225525552
SSSS25
L'AMOV
R
ET LA MORT.
L
FABLE .
Es deux Tyrans de la Nature,
L'Amour
, la Mort, un beau matin
Se rencontrerent
en chemin,
Parje-ne-fcay-quelle avanture.
Ils fefont d'abord compliment
,
Se difent qu'ils s'en vont dans un
certain Village,
Où fous les Loix d'Hymen s'engageoit
un Amant,
Et d'un commun confentement
Ils réfolvent defaire ensemble
le voyage
.
Kij
116 MERCVRE
Pour en moins reffentir les incom -
moditez,
Ils s'entretiennent de nouvelles,
Mille Contes badins font par cux
debitez,
Carl'Amourfe repaift fur tout de
bagatelles.
Sur le midy que la chaleur
Invite les Paffans à l'ombre,
Nos Voyageurs couverts depoudre
& defucur,
Se tirent à l'écart dans un Bocage
Jombre,
Pour yrefpirerla fraîcheur.
La place eftoit tenable ; une claire
Fontaine
Couloitdans cet aimable Lieu,
Et des Zéphirs la douce haleine
Porta bientoft le petit Dieu
fe coucher au bord de l'Onde.
La Mort enfit autant, & tous deux
de concert
GALANT. 17
Apres avoirpofé deffus le Tapis vert
Leurs Arcs & leurs Carquois , fi
funeftes au monde,
Dans ce Bois, à l'abry des ardeurs
du Soleil,
S'abandonnerent aufommeil.
25
Ces deux Ennemis de la vie
Dormoient affez tranquilement.
Les Soucis, les Chagrins, &la Mélancolie,
Reposoient avec eux dans cet heureux
moment..
Que noftrefort, helas! eftoitdigne
d'envie,
Si d'unfommeil mieux affermy,
Sans s'éveiller jamais, tous deux
euffent dormy!
Fo nefçay quel Démon contre nous
en colere
Troubla cette charmante Paix.
118 MERCVRE
Toutd'un coup un nuage épais
Dérobe au Soleil fa lumiere;
Le feu de mille Eclairs brille de toutes
parts,
On entendgronder le Tonnerre,
Et le Ciel irrité femble priver la
Terre
Defes favorables regards ,
Quand tout d'un coup le Foudre
avec unbruithorrible
Tombe fur le Bocage où repofoit l'Amour.
Réveillé par ce coup terrible ,
Il voit en feu les Arbres d'alentour
Combien cepetit Dieu, dont le coeur
eft fi tendre,
De ce fpectacle affreuxfut- il épouvanté
?
Car pour l'autre Divinité,
Sans s'étonner de rien, elle voit tout
in cendre.)
GALANT. 119
Croyant eftreperdu, dans cette extrémité,
Il eut recours aux cris, auxlarmes,
Etfe hafta de partir de ce Lien
où l'on n'avoit nul respect pour un
Dieu;
Mais voulant reprendre fes armes,
Dansfon impatient transport,
Ilprit fans y penfer le Carquois de
la Mort,
Et laiffant à cette Inhumaine
Les Traits dont il bleffoit & Tyrcis,
& Climene,
Trifte, troublé, confus, accablé de
frayeurs,
Ilfe mit àgagnerla Plaine.
La Mort en mefme temps chercha
fortune ailleurs.
Se
Apres unfifâcheux orage,
On voit venir le calme laferénité,
120 MERCVRE
Et du Soleil la brillante clarté
Diffipa cet épais nuage."
L'Amour alors revenu defa peur,
Voulut de cet affront s'allerplaindre
àfa Mere; 2
Ilfe mit de mauvaise humeur,
Etfut décharger fa colère
Sur un jeune Berger, qui dans un
Lieu charmant,
Sans amour,fans inquietude,
Fouiffoit fort innocemment
Des douceurs de lafolitude.
Lepetit Dieu troubla cet heureux
Fort
D'une maniere affez terrible;
Carvoulant luy donerun caur tendre
&fenfibile,
Il tire, mais belas ! il luy donne la
mort.
Il caufa bien d'autres allarmess
Mille innocens Bergers, mille jeunes
Beautez,
GALANT. 121
Sentirent l'effort de fes armes.
on n'entendoit de tous coftez
Que cris , quefoupirs, & que larmes,
Et tous les Echos d'alentour
Seplaignoient triftemet des rigueurs
de l'Amour.
$ 2
I-a Mort de fon cafte faifoit bien du
ravage.
Mille Vieillards dans unfeuljour
Quitterent du Stjx le rivage,
Pour s'embarquer avec l'Amour.
Elle cut beau dire, elle eut beau
faire,
Ses Traits n'avoient rien que de
doux ,
Tout eftoit renverfe , ls Vieux cherchoicnt
à plaire,
Et fe mefloient defaire desFaloux,
Tandis que l'aimableJeunesse,
L Novembre 1681.
122 MERCVRE
ca
Trifte, &le coeur gros defoûpirs,
Abandonnoit à la Vieilleffe,
Les ris , les jeux, & lesplaifirs.
Depuis cette Avanture & bizarres &
& cruelle, sa Jurskipt
La fierté, les rigueurs, fuccedent à
leur tour,
Et la Beauté la moins rebelle u
S'allarme aufeul nom de l'amour.
¿noftio2 SL
La mort de M de la Baume,
Confeiller au Parlement
de Dauphiné , arrivée le 20 .
du dernier mois, a fort affligé
icy pluſieurs Perſonnes qui
avoient pour luy une eftime
particuliere. Je vous ay parlé
fort amplement de cette FaGALANT:
123
mille , en vous apprenant le
Mariage de M de la Baume,
Seigneur de Chasteaudouble.
M de la Baume Pere
г
du Defunt, ne fur pas moins
confideré des Puiffances,
que l'avoient efté fes Prédeceffeurs.
Les deux Comtes
de Soiffons , & le Conneftable
de Lefdiguieres , Gouver
neurs , & Lieutenans Genéraux
en la Province de Dauphiné
, l'employerent pluheurs
fois en des Commiffions,
pour des Affaires importantes
à l'Etat , deça , &
dela les Monts. Ifit en fuite
Lij
124 MERCVRE
la fonction de Procureur General
au Sénat de Savoye fous
Louis XIII . tant que ce Monarque
voulut eftre Souverain
de cette Principauté, &
eut pluſieurs Enfans d'une
Heritiere , qui eftoit Niêce
du Sous - Doyen & Garde des
Sceaux du Parlement de Grenoble.
Celuy dont je vous
apprens la mort eſtant l'aîné,
prit la profeffion de la Robe,
& a paffé quarante ans dans
Magiftrature, où il s'eft acquis
beaucoup d'eftime dans
le Parlement de Dauphiné,
& dans la Commiffion de la
la
4
GALANT. 125
Ge
OUS
ve
Chambre de Juftice de Paris.
Il ne s'eft point voulu
marier , afin de fuivre avec
plus de liberté le panchant
qu'il a toujours eu pour les
belles Lettres Jamais Hom
me ne s'appliqua plus que
luy à la lecture . Il a donne fa
Bibliotheque aux Jefuites de
Grenoble quilontaffifté à la
mort & laiffé
aldo
pour
pour
Heritier
un
de fes Neveux
, qui
porte le
nom
de
la Baume
Plu-
&
vivet
, Marquis
d'Aigluy
,
Gouverneur
de la Ville
, Tour
& Chasteau
de Creft
, qui
eft un
des
Gentilshommes
les
re
JUS
L
111
126 MERCVRE
plus accomplis de la Pro
vince , & qui d'ailleurs a de
tres grands Biens . Il fera le
fixiéme Confeiller de fa Famille
dans le mefme Parlement.
Mi de la Baume portoit
, d'or à la Bande vivrée
d'azur , à deux Hermines de
fable.
+ pose t
$
Cette mort a efté fuivie de
celle de Madame la Premiere
Préfidente de la Berchere,
morte à Dijon fur la fin du
mefme mois . Tous ceux qui
la connoiffoient l'ont fort regretée
, & particulierement
les Pauvres qu'elle fecouroit
GALANT. 127
e 9
par des charitez continuelles.
Elle eftoit Veuve de Male
Goux de la Berchere, Prez
mierPréſident du Parlement
de Bourgogne avant qu'il le
fuft de celuy de Dauphiné,
Soeur de feu Meffire Goorges
Joly , Chevalier , Baron
de Blaify, Second Préſident
à Mortier au Parlement de
Dijon & More de M' le
Goux de laBerchere, Maiftre
des Requeftes, Marquis d'Inteville
, Comte de la Rochepot
, & Baron de Toify , de
M'L'Evefque de la Vaur ; de
feuë Madame la Comteffe
L iiij
128 MERCVRE
d'Eftain ; de Madame le Coq
de Goupilliere , & de Madame
la Marquife de Boury. Je
vous ay deja parlé plufieurs
fois de la Maifon de le Goux
de la Berchere , qui porte
pour Armes , d'argent à la
Tefte de Mort au naturel bandée
d'argent , accompagnée de trois
Molletes de Branches , deux en
chef, & une en pointe . Celle
de Joly dont eftoit Madame
de la Berchere, eft une des
plus anciennes, & des mieux
alliées de la Province. Elle
tire fon origine de Meffire
Antoine Joly , l'un des plus
GALANT. 129
cófidérables Confeillers d'E
tat du Duc de Bourgogne il
ya plus de trois Siecles , &
porte , au premier dernier
༢
I quartier, d'azur au Lys d'an
gent , tigé de finople , au chef
d'or chargé d'une Croix pattee
defable ; aufecond by troisieme,
d'azur au Leopard d'or paſſant,
armé, & lampaffé de gueules .
L'Oeuf admirable fur le
quel on a trouvé la Figure
du Soleil , a donné occaſion
à la Lettre que je vous envoye.
Vous vous fouvenez
fans doute, de ce que M ' de
Vienne- Plancy m'a fait la
"
130 MERCVRE
de m'écrire fur cette
grace
matiere. * {¥ ¢ ¥ * "
A MADAME LA L. G.
de Bar- fur- Seine.
V.Ox
Ous ne fçavez peut- eftre
pas , Madame , qu'à l
mefme heure que vous eftes accouchée
de vostre dernier Enfant,
une Poule de voftre Ville a fait
un Oeuf qui porte l'image du
Soleil. Fay confulté fur cette
rencontre d'habiles Connoiffeurs
npréfages . Ils m'ont tous affuré
que c'en eftoit un , que la Fille
en
GALANT. 131
י
que vous avez mife au monde,
Y paroîtroit un jour comme ce bel
Aftre, avec éclat gloire . Un
augure fi heureux est en verité
bien digne d'une Mere auffi aimable
& auffi brillante que vous,
mérite d'autant plus de créance,
que voftre Fille a déja comme
les Etoiles , l'avantage d'eftre
belle des fon Orient. On dir
qu'Helenefortit d'un Oeuf; &
cette Fable n'a efté inventée,
que pour exprimer la blancheur
du teint de cette Grecque ; mais
it fuffira deparlerdu voftre, pour
donner une grande & jufte idée
de celuy de veftre Fille , puis
13
132 MERCVRE
qu'elle vous reffemblera. Jamais
teint n'eut tant de blancheur &
tant d'éclatpour une Brune.
Tout ce qu'on dit des Rofes &
des Lys,
Ne fçauroit exprimer un fibeau,
coloris;
Il efface le teint de la plus belle
Blonde,
C'eſt le teint le plus beau du
monde.
Vos yeux n'ont pas moins de
charmes que voftre teint . Il n'en
fut jamais de plus propres à faire
des conqueftes, il y a bien plus.
de plaifir à les regarder, pou
fçavoir comme ceux de voftre
•
GALANT. 133
1
AT
bel Enfantferont faits, qu'à confulter
le Soleil & l'Oeuf.
A la Mere d'Amour vous les avez
pareils ,
Ils percent jufqu'au fonds de
- l'ame ,
Et font eux-mefmes des Soleils,
Puis qu'ils portent par tout la
lumiere & la fame.
1
Ce feroit inutilement que je
vous dirois l'effet que ce beau
teint dr ces beaux yeux ont produit
fur mon coeur ; il y a longtemps
que vous le fçavez. Je
vous repréfenteray ſeulement
qu'il fera bien doux un jour à
ceux qui prennentpart à vos in134
MERCVRE
terefts comme moy, de voir voftre
aimable Fille briller avec ces
mefmes avantages, & fucceder
ainfi à l'empire qu'ils vous, ont
acquis fur toutes les Perfonnes
qui ont l'honneur de vous approeber.
A
Cet empire n'eft pas petit,
Vous eftes engageante autant
qu'on le peut eftre;
Et quand l'Enfant qui vient de
naître
Sera dans l'âge où tout nous
rit.
Ou l'on fçait ce qu'on veut, ce
qu'on fait, ce qu'on dit,
Que de gloire pour cetteBelle,
De voir à fes genoux
Mille Amans s'enflâmer pour
elle
GALANT. 135
Des mefmes feux qu'ils auront
eus pour vous!
1 Un fort fi glorieux ne fera pas
་ ༨ ་ moins doux .
Cette Cour cõſtante & fidelle
S'accroîtra d'une Cour nou
velle,
Où le Ciel luy fera prendre un
charmant Epoux,
Qui l'aimera, fans en eftre ja
loux.
Enfin cette jeune Merveille ,
L'image de l'Aftre du Jour,
Auffibien que la voſtre, & celle
de l'Amour,
N'aura non plus que vous au
monde fa pareille ,
Et a félicité
Sera telle que fa beauté.
Le préfage donne lien dejuger
136 MERCVRE
•ainfi de fon mérite & defa for
tune , pourveu que vvoouuss nnee luy
Soyez pas contraire, & que vous
l'uimiez autant que voffre cher
Fils, & on afujet d'espérercette
juftice de voftre bon naturel, &
de l'exemple que vous en donne
Monfieur votre fage Epoux.
Mes voeux fecondent ce pré-
Jage & cette efpérance , &je
fuis, Madame, a mon ordinaire,
voftre, &c.
LE BERGER DE FLORE
Il n'y a point d'amitié fi
forte , qui ne foit fujette à la
rupture , lors que l'Amour
a les interefts par ticuliers à
3
GALANT. 137
foûtenir. Je puis vous en
donner un exemple.
Deux jeunes Perfonnes,
auffi agréables que bien faites
, fe voyant fouvent comme
Voifines , prirent un fi
fort
attachement l'une pour
l'autre, que rien ne ſembloit
égal à leur amitié. L'une ef
toit brune , & l'autre d'un
blond cendré admirable , &
toutes deux avoient les yeux
vifs & pleins de feu , le teint
fort brillant , & je - ne- fçayquoy
de dégagé dans la taille
qui n'aidoit pas peu à les
faire regarder. Comme elles
Novembre 1681. M
……
138 MERCVRE
avoient beaucoup d'efprit,
elles donnérent à leur amitié
tout l'agrément qu'elle eftoit
capable de recevoir . La
Brune prit le nom de Serviteur
la Blonde celuy de
Maiftreffe , & fous ces deux
noms , elles ne fe contentoient
pas de ſe parler d'une
maniére tres tendre ; elles
s'écrivoient encor prefque
tous les jours , & la conformité
de leur Sexe les mettant
au deffus de la réſerve , tout
ce que l'Amour fournit de
termes paffionnez eftoit em
ployé dans leurs Billers.
GALANT. 139
Quelques mois apres leur
union , la belle Brune fit
une Conquefte. C'eftoit un
Homme fort riche , à qui
une Charge de Conſeiller
qu'il exerçoit avec grand
hóneur depuis dix ou douze
sta
années dans un des plus celébres
Parlemens de France,
donnoit un rang fort confidérable.
Le hazard luy en
ayant fait acquérir la connoiffance
, il fembla la cultiver
par un pur effet d'incli
nation . Les foins obligeans
qu'il luyrendoit, & quelques
demy-déclarations qu'il luy
Mjj
140 MERCVRE
avoit faites, luy donnant lieu
de penfer qu'il fongeoit au
Mariage , elle s'en ouvrit
avec fon Amie. La Blonde
prit part à fon heureuſe fortune
, & ne pût venir fouvent
en apprendre des nouvelles
, fans que fon Amant
la vift plufieurs fois . Elle
avoit un caractére d'efprit
doux & engageant
, qui
malgré elle , fir impreffion
fur le coeur du Confeiller.
Il fe contraignit d'abord , &
cacha ce qu'il fentoit ; mais
la contrainte irritant fa paffion
, il s'abandonna à fa
GALANT. 14
deftinée , & ennuyé de ne
voir la Blonde qu'en préfence
de témoins , il luy rendit
vifite chez-elle. Cette aimable
Fille qui la recevoit com
me une vifite de civilité,
n'en fit point miftére à ſon
Amie. C'eftoit fa Maiftreffe
qu'elle prétendoit qu'il cherchaft
en elle , & quelques
douceurs qu'il puft luy conter
, elle les nommoit dou-.
ceurs de réflexion qui n'ef
toient point pour fon com .
Il la vit ainfi de temps .
en temps pendant plus d'un.
I mois , fans que cette Amie
[
pte
142 MERCVRE
en fuft allarmée ; mais enfin
foit qu'il marquaft quelque
froideur à la Brune, foit qu'il
luy parlaft de la belle Blonde
avec trop d'eftime, elle commença
à le foupçonner d'en
eftre amoureux , & vint avec
elle dans un éclairciffement
qu'elle ne pût faire fans
beaucoup d'aigreur, LaBelle
n'eut aucune peine à la fatisfaire.
Elle l'affura qu'elle
banniroir le Confeiller , &
luy tint parole, en le priant
la premiere fois qu'il la revit
, de ne luy plus rendre
aucune vifite. Cette prière,
GALANT. 143
I dont il eftoit fort aifé de
comprendre les raiſons , eur
un fuccés tout contraire à
celuy qu'on attendoit. Elle
marquoit une beauté d'ame
qui charma le Confeiller , &
ne fervit qu'à hafter ce qu'il
avoit réſolu de faire. Apres
s'eftre plaint de la rigueur de
cette aimable Perfonne , il
luy dit dans les termes les
plus férieux & les plus foûmis
, qu'il n'y avoit qu'elle
feule qu'il fuft capable d'aimer
, & qu'il ne prétendoit
point , pour quelques foins
rendus fans deffein à fon
144 MERCVRE
ww
me
Amie,avoir renoncé au droit
de difpofer de fon coeur,
qu'il eftoit à elle depuis le
moment qu'il l'avoit veuë ;
qu'aucune autre n'y auroit.
jamais de part ; & que s'il eftoit
affez heureux pour ne
luy déplaire pas , il luy donneroit
de promptes marques
da facrifice qu'il luy en fai
foit . Quoy que la Belle ne
puftfe défendrede répondre
avec eftime à une déclaration
fi obligeante, en témoigna
beaucoup de cha
grin , & demeura ferme dans
la refolution de ne plus fouf
ell
frir
GALANT. 145
frir le Confeiller. Toutes les
raifons qu'il luy oppofa furent
inutiles. Il fe vit contraint
de la quiter apres une.
longue cóteftation qui n'eut
point d'effet , & revint chez
elle trois ou quatre fois , fans
qu'elle vouluft fe rendre vifible.
Comme les obftacles
redoublent l'amour, ces dif
ficultez ayant augmenté le
fien , il ne garda plus aucu
nes mefures. Il alla trouver
fon Pere, & s'imaginant quelle
ne cherchoit qu'un ordre
abfolu qui excufaft fa
conduite , il luy découvrit
Novembre 1681. N
146 MERCVRE
l'état des chofes , & le conjura
d'eftre favorable à fa
paffion . Le Pere qui vit le
Party avantageux , luy promit
de vaincre les fcrupules
de fa Fille ; & ne voulant pas
fe fervir contr'elle de fa pleine
autorité, il fe contenta de
luy donner libre accés chez
luy, ne doutant point que le
temps , fon amour , & fon
mérite , ne luy fiffent obtenir
le confentement qu'on
luy refufoit. La Belle, obligée
de foufrir le Confeiller,
que fon Pere luy amenoit
fort fouvent luy-meſme , fit
GALANT. 147
1 Connoiftre à fon Amie la
violence qui luy eftoit faite,
& apres luy avoir juré tout
de nouveau l'amitié la plus
conftante & la plus fidelle ,
elle l'affura que malgré l'obeiffance
qu'elle devoit à
fon Pere, on n'auroit jamais
à luy reprocher qu'elle euft
le coeur affez bas pour luy
vouloir ofter fon Amant. Un
procedé fi honneſte n'adoucit
point cette Amie. Elle
eftoit outrée de ce que
Confeiller avoit ceffé de la
voir , & regardant l'aimable
Perfonne qui en eftoit cauſe,
Nij
148 MERCVRE
quoy qu'innocemment, cố-
me une Rivale , complice en
fecret de fa trahison, elle prit
pour elle autant de haine
qu'elle luy avoit auparavant
montré de tendreffe . Ainfi
fes emportemens n'eurent
point de bornes. Le commandement
d'un Pere efroit
un prétexte mandié pour
couvrir fa perfidie ; & quelques
prieres que luy filt la
Belle d'attendre à la condamner
qu'elle fuſt coupable,
elle n'écouta que fa jalou;
fe colere, & fe déclara fon Ennemie
avec un éclat qui furGALANT.
149
1
prit tous ceux qui la connoiffoient.
La rupture fut
entiere , & quand la Brune
fortit de chez fon Amie , apres
avoir feeu qu'elle foufroit
encor fon Amant , ce
1 fut avec proteftation de ne
la revoir jamais , & de chercher
tant qu'elle vivoit les
occafions de fe vanger. La
Belle euft pû tourner à fon
avantage des honneſtetez ſi
S mal reçeuës ; mais quoy que
le Confeiller n'euft rien qui
duft luy déplaire , elle conferva
pour fon Amie les fentimens
qu'elle luy avoit pro-
Niij
150 MERCVRE
mis eternels , & fe fit un
point- d'honneur de s'oppo
fer toûjours à un Mariage
qui l'euft pû rendre fufpecte
d'avoir agy de mauvaiſe foy.
L'Amante jalouſe, dont toutes
les paffions eſtoient violentes,
ne fut point touchée
d'une générofité fi peu commune
. Sa haine alla jufques
à l'excés ; & comme le voifinage
luy fourniffoit tous
les jours quelque occafion
d'en donner des marques,
fa Mere , à qui cet éclat ne
plaifoit pas, changea de Maifon,
pour en prévenir les fuiGALANT.
151
J
} tes, & alla loger dans le Quartier
de Paris le plus éloigné
de celuy qu'elle quitoit. Ce
pendant les Affaires qui avoient
amené le Confeiller
à Paris , ayant finy au bout
de trois mois par un accommodement
avantageux , il
voulut fçavoir déterminéquoy
il devoit s'at- ment à
tendre. La Belle ne balança
point à prendre party , &
foit que !fon coeur ne fentiſt
rien , foit qu'elle fuſt toûjours
genéreufe, comme fon
Pere luy avoit enfin laiffé la
liberté de choisir , elle pria
Nüij
152 MERCVRE
cet Amant d'aller offrir à
quelque autre ce que fon
premier engagement luy défendoit
d'accepter. Il retourna
en Province, remply d'ef
time pour cette charmante
Fille ; & pour fe guérir de fon
amour, il s'y maria prefque
auffitoft avec une affez jolie
Perfonne dont on luy parloit
depuis fort longtemps. La
belle Brune fit la mefme
P
chofe un mois apres fon dé
part . Un Amant s'offrit . Il
avoit beaucoup de Bien , &
quoy qu'il ne fuft ny fpirituel,
ny d'une naiffance fort
GALANT. 153
élevée , la confidération de
fes avantages l'obligea de
l'époufer. Cette occafion parut
favorable à fon Amie
pour renouer avec elle . Sitoft
qu'elle fçeut ſon Mariage
, elle luy fit demander fi
elle voudroit recevoir fes
complimens. Un nouveau
ferment de haine paya cette
honnefteté. On eut beau luy
dire que la maniere dont fon
Amie en avoit ufé faifoit voir
fon innocence; elle répondit
que loin qu'elle euft refufé
le Confeiller , elle fçavoit
avec certitude qu'il s'eftoir
-
154 MERCVRE
dégoufté d'elle, & qu'on pou
voit le connoiftre, puis qu'il
s'eftoit marié dans le mefine
temps qu'il l'avoit abandonnée.
Son efprit aigry la rendant
fi peu traitable , on la
laiffa dans l'aveuglement où
elle voulut refter. Son Mariage
fut de fort courte durée.
L'Epoux mourut un
mois apres cet engagement ;
& comme l'amour y avoit eu
peu de part , la jeune Veuve
fe cófola bientoft de fa perte.
Son deüil luy donna de nouveaux
charmes . Elle en parut
avoir le teint plus brillant,
GALANT. 155
& få
fortune eftant
augmenle
Bien que luy laiſſa tée
par
fon Mary, elle devint un Par-
-ty confidérable. Six mois de
veuvage s'eftant écoulez , elle
commença à voir le monde,
& dans ce temps meſme un
jeune Marquis Provincial
s'attacha à fon Amie. Il ef
toit bien fait & riche , mais
fort délicat en matiere de.
tendreffe. Il cherchoit un
coeur qu'il poffedaft fans
partage , & s'il croyoit impoffible
d'en trouver un qui
n'euft rien aimé , il vouloit
du moins qu'il n'euſt jamais
156 MERCVRE
reffenty une forte paffion.
A peine eut-il rendu quel.
ques foins à cette aimable
Perfonne, qu'il apprit l'engagement
que le Confeiller
avoit pris pour elle. Il luy
en parla, & elle ne fit aucune
façon de luy avouer que ce
n'eftoit point par manque
d'eftime qu'elle s'eftoit défendue
de l'époufer , mais
parce qu'elle devoit cette
réfiftance à une Amie qu
elle n'avoit pas laiffé de perdre
, quoy qu'elle luy euft
facrifié une affez grande fortune.
Le Marquis trouva le
GALANT. 157 .
U
procedé de la jeune Veuve
peu vray- femblable apres
de fi fortes
fortes marques d'une
folide amitié , que l'Avan,
ture luy devint fufpecte. II
voulut s'en éclaircir, & s'informa
avec d'autant plus de
foin des veritables raiſons
qui avoient empeſché ce
Mariage, qu'il luy parut que
le Pere de la Belle euft dû fe
fervir de fon pouvoir pour la
contraindre d'époufer le
Confeiller. La chofe luy ef
tant contée diverſement felon
qu'on l'avoit appriſe de
l'une des deux Parties, il crût
158 MERCVRE
que le mieux qu'il pouvoit
faire , eftoit d'obferver la
conduite de la Belle , & de
juger par luy - mefme des
fentimens dont fon coeur
eftoit capable. Il redoubla
+
l'affiduité qu'il avoit pour
elle , & luy voyant charmer
tout le monde par fa douceur
& par fes honneftetez ,
il en devint éperduëment
Vous pouvez amoureux .
croire qu'il ne tarda pas
long- temps à fe déclarer.
Quoy qu'il puft voir aifément
que fa déclaration eftoit
bien reçeuë , il dit à la
GALANT. 159
ד י
Belle, que ne cherchant à fe
marier que pour eftre heureux
, il vouloit qu'elle euft
le temps de le bien connoître
, afin que fi elle s'expliquoit
en fa faveur , elle n'euft
jamais fujet de fe repentir.
Ainfi il continua fes foins
encor plus d'un mois fans parler
d'affaires, & ce n'eftoit pas
affez pour luy de la voir prefà
toute heure , il luy
écrivoit encor tous les jours,
& rien n'eftoit fi paffionné
que fes Billets. La Belle eftoit
entiérement reſervée
dans fes réponſes , & cette
que
*
160 MERCVRE
trovvoit ce ca
il crairéferve
qui marquoit fa mo .
deftie , plaifoit au Marquis,
& le chagrinoit en mefme
temps . S'il y
ractere de fagefle & de pudeur
qu'on doit fouhaiter
dans une Femme ,
gnoit que les fentimens d'ef
time dans leſquels elle bornoit
fa reconnoiffance , ne
fuffent des marques de fon
peu d'amour. Voila l'état où
eftoiết les choſes, quand l'incident
le plus impréveu troubla
l'union de ces deux Amans.
Un jour que la jeune
Veuve, qui gardoit toûjours
3
GALANT. 161
fa haine , avoit chez elle
grande compagnie , apres
diverfes nouvelles qu'on y
debita, une Dame luy apprit
que fon Amie d'autrefois ef
toit fur le point de fe marier.
I Elle demanda auffitoft à qui.
La mefme Perfonne ayant
répondu qu'elle ignoroit le
nom de l'Amant, mais qu'on
le faifoit fort riche , & qu'il fe
difoit Marquis , un Cavalier
adjoûta que C eftoit avec
raifon qu'il prenoit ce titre ;
qu'il eftoit de ſes intimes
Amis , & qu'il pouvoit affuker,
de quelque mérite que
Novembre 168.1. O
162 MERCVRE
fuft fa Maîtreffe, qu'elle au
roit eu peine à faire un plus
digne choix . Lajeune Veuve
n'ayant rien dit davantage ,
tourna le difcours fur des
matieres, dans lesquelles elle
fir paroiftre un efprit fans
1
trouble & plein d'enjoüe
ment. La Compagnie fe retirant
peu à peu, le Cavalier
refta des derniers , & enfin il
demeura feul avec elle .
Alors remettant fur le tapis.
le Mariage dont la Dame
avoit parlé , elle dit au Ca
valier , qu'eftant autant de
fes Amies qu'elle eftoit ,
A
GALANT. 163
elle ne pouvoit le voir dans
l'intéreft du Marquis , fans
luy découvrir qu'il ne feroit
point heureux , s'il époufoit
la plus lâche & la plus diffimulée
de toutes les Filles ;
que luy ayant enlevé le Confeiller
par de honteuſes avances
, elle avoit tâché de
le retenir par des faveurs
qu'il n'attendoit pas, & qui
l'en avoient fi fort dégouſté;
squ'il avoit voulu revenir à
elle , que dans l'espérance
de l'obliger à luy pardonner
fa trahifon, il luy avoit fait le
facrifice de toutes les Lettres
O ij
164 MERCVRE
ทั้ง
qu'il avoit reçeuës de fa
fauffe Amie , & qu'il connoiſtroit
en les lifant, que le
Confeiller avoit eu des avantages
qui la rendoient
fort
indigne qu'un honneſte
Homme la confidéraft. En
mefme temps elle tira de fon
Cabinet un fort grand nom
bre de Lettres qu'elle luy fit
voir. C'eſtoient celles que
la Belle avoit écrites à la
jeune Veuve pendant leur
intelligence. Elles eftoient
toutes d'une Maîtreffe à un
Serviteur , & fi pleines d'un
amour qui n'a rien de réGALANT.
165
fervé qu'on n'en pouvoit
faire la lecture , fans y trou
ver la conviction du commerce
le plus libre . Le Ca
valier la pria de luy confier
ces Lettres, & ne les obtint
qu'apres qu'il l'euft affurée
qu'elles ne fortiroient point
de fes mains , & que dés le
lendemain il auroit foin des
les rapporter. Idemeura fiv
perfuadé du peu de conduite
qu'avoit eu la Belle , qu'il
crût qu'en donner avis à fon
Amy, c'eftoit luy rendre un
tres - bon office. Il luy demanda,
en luy faiſant voir le
166 MERCVRE
3
premier de ces Billets , s'il
en connoiffoit le caractere .
Le Marquis luy répondit
auffitoft que c'eftoit celuy
de fa Maîtreffe ; & comme
il l'aimoit paffionnément
,
un Criminel
à qui on prononce
fon Arreft, ne montre
point plus de trouble qu'il
en fit paroiftre à chaque ligne
qu'il lût. A dire vray ,
les expreffions eftoient tresfortes.
Vous en jugerez par
ce Billet, qui fut l'un de ceux
qu'on avoit donnez au Ca
valier.
२
3
GALANT: 167
4
2
ร
Ilma paru , mon cher Servi
teur , que vous me quitaftes hier
unpeu froidement . Je ne sçayfi
la Dame qui à force de contefter
vous obligea d'accourcir voftre
vifite , vous avoit mis de méchante
humeur ; mais à peine,
jettaſtes - vous un regard fur
moy en vous en allant je n'en
ay point dormy de toute la nuit.
Vous n'aurez pas de peine à me.
craire au teint brouillé que vous
11 me verrez. Venez promptement
réparer cela par vos plus tendres
carreffes. Je fuis tres- difpofée à
les recevoir, & fi vous.eftes auffi
3
168 MERCVRE
amoureux qu'aimé , vous aurez
tout lieu d'eftrefatisfait.
Le Marquis fut fi outré de
douleur , qu'il reſta comme
immobile , fans pouvoir dire
unfeul mot. Apres un quartd'heure
de filence, il voulut
prendre ces Lettres comme
des témoins irréprochables
de la folle paffion de fa Maîtreffe
dont il prétendoit l'aller
convaincre ; mais fon
Amy refufa toûjours de l'en
rendre maiſtre , & il falut
qu'il fe contentaft de les copier.
Il ne le put faire fans
foúpirer
GALANT. 169
f
ད
L
a
foûpirer mille fois , & l'excés
de fon amour qui luy peignoit
la Belle avec mille
charmes , luy faifant craindre
qu'il ne s'en laiffaft
gagner s'il la revoyoit , il réfolut
de fuir ce péril , & au lieu
d'aller chez elle , il luy écrivit
un Billet , dont fon Amy
fe chargea. Ce Billet portoit
, qu'il luy difoit adieu
pour jamais , & qu'il ne pouvoit
luy mieux prouver qu'il
l'avoit aimée tres- tendrement
, qu'en luy cachant le
fujet qui l'obligeoit d'en ufer
ainfi. Imaginez
- vous avec
Novembre
1681. P
170 MERCVRE
combien de ſurpriſe elle vit
ce changement. Elle s'y ef
toit fi peu attenduë , dans la
difpofition où il marquoit
eſtre de conclure enfin le
Mariage , qu'elle crût d'abord
qu'il cherchoit à l'é
prouver ; mais les Amis eurent
beau agir. Ils ne pûrent
l'obliger à leur rien dire , &
il ceffa entiérement de la
voir, fans s'eftre expliqué fur
la rupture. Ce fut un fort
grand Triomphe pour la
jeuneVeuve, mais il luy manquoit,
pour le rendre entier,
d'attirer l'Amant. Elle fit fi
GALANT. 171
bien aupres de l'Amy , qui
la trouvant d'une humeur
tres- enjoüée , la crût capa
ble de confoler le Marquis,
qu'il luy en donna la connoiffance.
Le Marquis fe
laiffa mener chez elle avec
plaifir , efpérant que les cir
conftances qu'elle luy dé
1
couvriroit des fauffes dé
marches de fon imprudente
Amie , effaceroient de fon
< coeur ce qu'il luy reftoit d'a
mour. La jeune Veuve qui
eftoit adroite, donna un tour
fpirituel , quoy que tresmalic
ieux , à ce qu'elle fup
Pij
172 MERCVRE
pofa qui s'eftoit paffé entre
la Belle & le Confeiller,
que le Marquis luy voyant
moins regreter l'Amant que
l'Amie , fut perfuadé qu'elle
eftoit fincere , & commença
infenfiblement à luy rendre
quelques
foins. Elle y répondit
par toutes les complaifances
que l'honnefteté
luy pouvoit permetrre. Elle
connoiffoit
fon caractere, &
le fçachant délicat fur la tendreffe
de coeur , elle luy fit
voir , fans trop affecter de le
vouloir faire , que fi le fien
prenoit de la paffion , ce
GALANT. 173
feroit la feule qu'elle cuft
jamais reffentie. Il ne falut
rien de plus pour luy faire
croire qu'il feroit heureux s'il
réüffiffoit à s'en faire aimer.
Elle eftoit belle & bien faite,
avoit l'efprit vif , beaucoup
plus de Bien que fon Amie;
& ce qui eftoit un tres- grand
charme pour luy , elle eut
tant de foin de bannir tous
ceux qui luy pouvoient faire
'ombrage , qu'en quelque
temps qu'il la vift , il la
trouvoit toûjours feule. Il
eftoit en bonne main , &
fans faire des avances qui
Piij
174 MERCVRE
le puffent refroidir , elle l'obligea
bientoft à s'expliquer
en termes intelligibles. I
crût d'autant moins riſquer
en fe déclarant, qu'il luy ref
toir encor quatre mois pour
acheverl'année defon deüil,
& qu'il pouvoit pendanttout
ce temps étudier fon efprit &
fon humeur , & connoiftre à
fond, avant qu'il s'engageaft
pour toûjours , fi lembar
quement n'avoit rien de
dangereux . Cette paffion
nouvelle , dont il fe fervoit
comme d'un remede propre
à le guérir de la premiere,
GALANT. 175
ne pût luy faire oublier la
belle Blonde , qui demeu
rant à l'un des bouts de Paris,
ne fçavoit rien de l'intrigue.
Il fongeoit fouvent à elle, &
quelquefois l'allant regarder
de loin dans une Eglife,
il eftoit au déſeſpoir que la
modeftie qu'il voyoit fur fon
vilage ne fuft qu'apparente
,
& qu'un extérieur fi honnefte
ne pût eftre le garant
d'une fageffe effective . Le
temps s'écouloit toûjours , &
la jeune Veuve , qui avoit
fujet de craindre qu'on ne
découvrift fa fourbe , faifoit
Pij
176 MERCVRE
entendre à demy , qu'elle ne
vouloit qu'eftre preffée pour
fe réfoudre à fe marier avant
la fin de l'année de fon veuvage
, quand le Confeiller
qui avoit aimé la Belle , fut
obligé de revenir à Paris. Le
Marquis le fçeut, & fouhaita
le connoiftre. On luy ménagea
une occafion de rencontre
, dans laquelle ils eurent
une converſation particuliére.
La Belle en fit
bientoft le fujet. Le Confeiller
en parla avec des marques
d'eftime qui ne pouvoient
partir que d'un Hom
GALANT. 177
dda
me véritablement perfuadé.
Il dit au Marquis qu'il ne
3fçavoit point ce qui les avoit
broüillez,mais que pour luy,
s'il avoit efté affez heureux
pour en eftre aimé , il auroit
fait gloire de la preférer aux
plus brillantes fortunes ,
qu'il s'eftoit marié par
defefpoir , & qu'une Amie
pour qui malheureuſement
il avoit eu quelque complaifance
en arrivant à Paris , ef
toit caufe que plus de trois
mois d'affiduité n'avoient
rien pû aupres d'elle. Là - deffus
il entra dans le détail de
178 MERCVRE
.
l'Avanture, & luy peignit en
termes fi forts la beauté d'a
me de cette charmante Perfonne
, que le Marquis demeura
embarraffé. Le Confeiller
ne luy difoit rien qui
ne luy paruft tres -vray femblable
; mais quelque panchant
qu'il euft à le croire,
il ne pouvoit démentir fes
yeux. Il avoit lû . Les Lettres
eftoient de la belle Blonde,
& le caractere luy en eftoit
trop connu , pour pouvoir
croire qu'il fe fuft trompé.
Le Confeiller parla fi longtemps
la mefme Langue,
GALANT. 179
鲨
qu'enfin le Marquis fut
4-
obligé de luy dire qu'il eftoit
difcret , & que cependant
on n'ignoroit pas qu'il
avoit reçeu quantité de Lettres
qui faifoient voir que
les faveurs de la Belle l'avoient
payé de fes ſoins. Il
répondit à cela par tant de
fermens de n'en avoir jamais
eu le moindre Billet , & demanda
avec tant d'inftance
qu'on luy fift connoiftre les
Impofteurs qui publioient
cette calomnie, que le Marquis
commença d'avoir quelque
foupçon de la furpriſe
180 MERCVRE
qu'on luy avoit fait faite. Il
quita le Confeiller , apres en
avoir tiré d'autres éclairciffemens
qui juſtifioient ſa belle
Maiftreffe
. Quoy que les
Lettres qu'il avoit veuës d'elle,
fuffét écrites à un Amant,
& à un Amant favorisé , le
Confeiller nioit fortement
qu'il en eut reçeu aucune;
& la fauffeté d'une circonf
tance dans une Hiftoire contée
par des Gens intéreſſez,
engage à tenir le refte fulpect
. Dans cet embarras,
fans prendre confeil que de
fon amour , il ſe réſolut d'alGALANT.
181
ler chez la Belle , & de s'éclaircir
avec elle-mefme du
fecret commerce qu'on prétendoit
qu'elle cuſt eu. Jugez
quel étonnement pour
cette aimable Perfonne , de
revoir un Inconftant dont
depuis deux mois elle n'avoit .
eu aucunes nouvelles. Elle
le reçeut d'un air fier & froid,
mais pourtant civil , & ſe tint
debout, afin qu'il ne paruſt
pas qu'elle vouluft l'engager
à une longue vifite. Le Marquis
entra d'abord en matiere,
& fans luy nommer la
jeune Veuve , il luy dit que
182 MERCVRE
devant fe marier au premier
jour, il avoit voulu luy venir
apprendre le fujet de fa rupture
, afin que tombant
d'accord des juftes raifons
qui l'y avoient obligé , elle
n'euft pas à fe plaindre qu'il
cuft mal agy. En fuite ,
&
il la pria d'écouter ,
luy ayant lû trois ou quatre
des Billets qu'il avoit tranfcrits
, il luy demanda fi elle
en avoit reconnu le ſtile. La
Belle luy dit, en le regardant
affez fiérement, qu'elle n'avoit
pas befoin de voir ces
Billets en original , pour luy
GALANT. 183
1
avouer qu'elle les avoitécrits
à un Serviteur cherement aimé
, & qu'elle vouloit , pour
l'intéreft de fa propre gloire,
& non dans aucune veuë de
le contenter , luy en faire
voir toutes les Réponses. En
mefme temps elle ouvrit fon
Cabinet, & tira d'une Layete
plus de cinquante Billets
qu'elle avoit reçeus de fon
Amie. Le Marquis en reconnut
d'abord l'écriture, &
par le jufte raport des uns
aux autres, il vit le commerce
d'Amant &d'Amante fi bien
étably entr'elles, que rappel-
1
184 MERCVRE
lant la réferve avec laquelle
fa belle Maiſtreffe luy avoic
toûjours écrit , & failant réfléxion
fur les fermens que
luy avoit faits le Confeiller,
il ouvrit les yeux fur la tromperie.
Je ne vous dis point
qu'il fe jetta aux pieds de la
Belle, & qu'en luy faiſant de
juftes reproches , on luy refufa
longtemps le pardon
qu'il demanda . Ils s'aimoient
tous deux , & il n'y a point
d'offence que le veritable
amour ne faffe oublier. Le
Marquis parla au Pere dans
ce moment mefme , & ne
•
GALANT. 185
voulut point fortir qu'on
n'euft figné des Articles. Le
Party eftoit trop avantageux
pour remettre au lendemain.
On appella le Notaire, & le
Mariage fe fit quatre jours
apres. La feule vangeance
que la Belle prit de fon Amie,
fut d'ordonner
au Marquis
de la remplir d'efpérance
jufqu'à la conclufion de
l'Affaire , dont il l'avertit luymefme
par un Billet le jour
qu'il fe maria. Cet avis donné
fut pour elle un coup de
Foudre . Il avoit joint au Bil
let quelques uns de ceux
Novembre 1681. Q
186 MERCVRE
qu'elle avoit écrits à la
belle Blonde. Elle vit par là
que fon artifice avoit efte
découvert , & pour s'éparoner
la honte d'avoir des
témoins de la rage où elle
fut, elle partit auffitoft pour
aller à une Terre d'où elle
n'eft point encor de retour
depuis plus de fix femaines
que le Mariage a eſtéfait.
Voyez , Madame , combien
quelquefois il eſt dangereux
de condamner fur les
apparences. Quoy que les
noms de Maîtreffe & de Serviteur
ayent penſé def- unir
GLAANT. 189
$
deux coeurs, qu'on pourroit
dire formez l'un pour l'autre,
ils ne laiffent pas d'eftre fort
communs parmy les Belles .
Le galant Rondeau que vous
allez voir en pourroit fervir
de preuve. Ileft de Madame
la Comteffe de Maroupian
de Marſeille, qui prenant le
nom d'Amant avec une Da
me de la mefme Ville , a fait
ce Rondeau pour elle , & l'a
adreffé à un Gentilhomme
qu'elles ont choify pour
Confident de leur paffion.
Qij
188 MERCVRE
D
RONDEAU.
E mon amour la fl'âme eft
éternelle;
A
Quandune fois d'une oeillade mortelle
Un bel objet afceu bleſſer mon coeur,
Indiference, injuftice, froideur,
* "Rebut, oubly, rien ne m'éloigne d'elle.
Je fuisperdu, s'il eft vray qu' Ifabelle
Ait réfolu d'eftre à mes voeux rebelle,
Carrien nepeut eftre égal à l'ardeur
De mon amour.
$ 2
"Mon cher Damon, mon Confident
fidelle,
Yous qui pour moy faites voir tant
de zele,
· De grace, ayez pitiéde ma lan gweur,
GALANT. 189
Etpourfléchirfon injufte rigueur,
Entretenez quelquefois cette Belle
De mon amour.
Mile Duc de Mortemar,
qui eft de retour depuis quel
ques jours, a efté reçeu tres
1 favorablement de Sa Majefté.
Il luy eft bien glorieux
d'avoir montré à fon âge au
tant de conduite & de fermeté
qu'il en a fait voir depuis
qu'il commande les Galeres.
Je ne répeteray point
ce que je vous en ay dit dans
quatre ou cinq de mes Lettres.
Ce mot de Galeres me
fait fouvenir des reproches
190 MERCVRE
>
que vous m'avez faite, de ce
que vous ayant envoyé il y a
quelques mois les noms de
celles du Roy , je n'y avois
point adjoûté ceux des Commandans
. Je les ignorois
en
ce temps - là , & ayant pris
foin de m'en informer depuis,
je vous les envoye dans
Fordre de leur ancienneté
.
La Réale M le Commandeur
de la Bréteche , Chef
d'Eſcoüade .
La Patronne. M' de Noail
les, Lieutenant General.
शं
La Princeffe . M'de Manfe,
GALANT. 191
Premier Chef d'Efcoüade.
La Perle Male Comman
deur d'Opede , Chef d'Ef
coüade.sp
+
L'Invincible. Mle Che
valier de Béthomas , Chef
d'Efcoüade .
La Forte M le Chevalier
2 ) de
Bréteüil. (JOV 27,200
La Victoire. M' le Chevalier
de Janfon .
La Reyne , M'de Montau
lieu .
A
La Valeur. M' du Vivier.
La France. M' de laMothe.
La Fortune. M ' le Chevalier
de la Renarde, raad.
192 MERCVRE
La Siréne. M'de Fourville
La Brave. Mile Chevalier
de Mirabeaux .
La Grande. M' de Mauboufquet,
La Belle. M' le Comte de
Beüil.
La Favorite. M' le Che-
*
valier d'Efpene.
La Hardie. M le Chevalier
de S. Héran .
La Fleur - de - Lys. M' lẹ
Commandeur de Piémoifon
.
La Superbe. Mle Chevalier
de Rancé,
L'Amazone. M' le Com
mandeur
GALANT. 193
mandeur de Rochoüart.
La Fidelle. Mle Chevalier
de Monféron .
La Galante. M' le Chevalier
Duchon .
La Souveraine . M'le Che
valier de Mareüil.
La Madame. M' le Che
valier de Roufet.
La Ferme. M le Vicomte
de Lozun.
La Renommée. M'le Bailly
de Colbert .
La Dauphine . M' le Che
valier de la Fare.
La Couronne. M' le Che
walier de Bourfeville.
Novembre 1681. R
194 MERCVRE
1 །
La Fiere. M' le Comte du
Luc.
9 S. Louis.
decupants
La Grande Réale. Où Mef
fieurs les Capitaines font
garde la nuit.
S. Jean, L'Hôpital des
Forçats invalides.
La Vigilante.
Deux Galliotes. M' de Laquaire
, Capitaine des deux
Galliotes.
La Subtile,
J'ay à vous apprendre que
le mois paffé , il fut jugé au
Confeil du Roy en faveur de
GALANT. 195
M'Claude de Roncherolles,
Marquis du Pont S. Pierre,
Seigneur & Patron de Noftre-
Dame d'Efcoüis, que l'honneur
que fes Anceftres ont
toûjours eu en Normandie,
d'y tenir le rang de premiers
Barons , de préfider à l'Echiquier,
& d'eftre depuis Confeillers
nez au Parlement, demeureroit
attaché à l'Aîné de
la Famille de Roncherolles,
& non pas à une Terre qui
eft fortie de leur Maiſon, ainſi
que le prétendoit M ' de la
Bazoche , à qui cette Terre
appartient préfentement . La
Rij
196 MERCVRE
Maifon dont je vous parle,
eft la feule en France qui foit
de tout temps en poffeffion
d'un pareil honneur, Mef
fieurs les Ducs ont aujour
d'huy le mefme avantage .
Tout le monde fçait qu'il y
avoit un Echiquier en Normandie
avant la création du
Parlement.C'eftoit unTribunal
Souverain, où les Barons
du Païs rendoient la Juftice.
L'Aîné de la Maifon de Roncherolles
y préfidoit, & tenoit
le premier rangà l'Entrée
des Archevefques, apres
laquelle ils font obligez de
GALANT. 197
lay envoyer leur Mülle blanche.
C'est ce que l'on jufti-
1 fie avoir encor efté fait par
Meffire Jean de Chanvalon,
Archevefque de Rouen . Les
Barons eftoient manciennement
les Grands & Pairs
du Royaume . L'Echiquier
ayant pris fin , l'Aîné de
ceux de cette Maifon cut
féance au Parlement , & Fa
toûjours confervée
, ainfi que
les Archevefques qui l'avoient
auffi à l'Echiquier. Ce
glorieux avantage leur a efté
confirmé par Lettres Patentes
de nos Roys , en con-
4
E
R iij
198 MERCVRE
fidération des grands fervi
ces qu'ils ont rendus à l'Etat
pendant les troubles , & on
les en a veus toûjours en poffeffion
jufqu'au commencement
du Procés dont je vous
apprens le jugement. Jelres
mets à une autre occaſion à
vous parler avec un peu d'or
dre des Defcendans de cette
Famille , & vous diray feulement
que Meffire Claude de
Roncherolles qui en eft le
Chef, eft levingt -fixéme dont
la Filiation eft connue par
Fondations & Contracts de
mariage. Il eft certain qu'il
GALANT. 199
$
e
ya peu de Gentilshommes
en France, dont les alliances
foient auffi illuftres. L'Hif
toire de la Maifon de Chaftillon,
fait connoiftre que nos
Roys leur ont fait l'honneur
de les avouer pour Parens , &
fans vous parler de celuy
qu'ils ont d'eftresalliez de
plufieurs autres Souverains,
je puis dire que les plus
confidérables Maifons du
Royaume font forties de
celle de Roncherolles
, fçavoir,
de Longueville , de Brif
facade la Lutumiere , dont
Madame de Matignon eft
Rij
200 MERCVRE
Heritiere , de Montcaurel,
de Gouffier Marquis de
Thoys , d'Iforée Marquis
d'Arvaux , de Breauté , der
Créquy Berniculle, de Bour
bon Sire de Rubanpré, de
Crefpin - Monaco & de Vvardes
, d'Eftrées, de Humieres,
de la Motte Houdancour, de
Rofmadec-Molac,de Rieux
Afferac, de Joyeufe , de Har- h
cour, de Richelieu , d'An
genne , de Ragny, de Gou
lenne , d'Arpajou , de Rambouillet,
de Rambure , de
Roye , de Gonnelieu , de la
Connelais , de Brienne , d'Ano
GALANT. 201
glure, de Grouche Marquis
de Chepy , de Nollan , de la
s Luferne, de Stüart Marquis
e de Montmartin , de Cliffon
, de Trie , de Tonnerre,
Aumale , & c .
On pepeut encor voir dans
quelle eftime cette Famille a
- toûjours efté par une Bulle
des Papes, qui accorde à M
de Roncherolles en confide
ration de leur pieté, & de leur
ancienne Nobleffe , le Privilege
de faire dire la Meffe
fur un Autel portatif par tout
où ils pourront fe trouver.
On voit un Arreſt du Parle202
MERCVRE
ment de Paris , qui porte
qu'en reconnoiffance d'un
fervice qui luy fut rendu par
un Rocherolles , dans une
émotion où il fe rencontra
avec fes Gens , les Caufes de
ceux de cette Famille feront
appellées immédiatement apres
celles des Princes du
Sang. Joignez à cela , que
lors qu'ils ont rendu foy &
hommage, ce n'a efté qu'entre
les mains de nos Roys.
Pierre de Roncherolles ,
Chevalier des Ordres de Sa
Majefté , le rendit entre les
mains de Catherine de Mé
GALANT. 203
1
aux
dicis , & depuis entre cel
les de Henry III . Je ne
& parle point d'un nombre
infiny de Fondations , &
Aumônes faites à diverfes
Abbayes , ny de plus de quarante
Cures dont la nomination
a efté relâchée par eux
Archeveſques, & au Chapitre
de Rouen , qui eft obli
gé de faire un Service tous
les ans pour ceux de cette
Maifon , auquel Service M
El'Archevefque doit officier
quand il s'y rencontre. Ce
qui eft fort remarquable
pour cette Famille , c'eft
204 MERCVRE
l'on a
qu'on ne fçauroit douter que
fon établiffement n'ait efté.
fait en Normandie longtemps
avant que les Danois
y entraffent. Cela paroift par
la
connoiffance
que I
d'un Rocherolius, qui défendit
l'entrée de la Seine au furnommé
Horic Chef des Danois,
qui pilla Roüen en 845-
& par l'avantage que M' de
Roncherolles ont eu de tout
temps d'eftre Grands Bouteillers
de Normandie , à
caufe de la Terre de ce nom ,
où il y a un Fief qu'on appelle
la Bouteillerie
. Cette qualité
GALANT. 205
7
כ .
·
leur eft donnée dans les
Aveux les plus anciens qu'on
leur ait rendus,
Ils n'ont pas efté confidérez
feulement en Norman.
die , comme fortis d'un fang
tres- illuftre , mais auffi dans
toute la France. C'eft ce que
vérifient les Etats de Blois,
où Meffire Pierre de Ron .
cherolles , Marquis du Pont
S. Pierre , & de Chaſtillon ,
fut député de toute la Nobleffe
du Royaume , ainfi que
M' de Senecé, pour en foûtenir
les intéreſts ; & dans les
derniers Etats de Norman206
MERCVRE
die , qui furent tenus pendant
la Minorité du Roy,
Meffire Robert de Roncherolles
fut député de toute la
•
Nobleffe de la Province ; &
M'fon Fils , Abbé de Baubec,
le fut du Clergé. Je ferois
trop long , fi je voulois vous
marquer avec quel zele ils fe
font toûjours portez à la
maintenir dans les fentimens
de foûmiffion & d'oberf
fance où nous l'avons veuë.
Il ne me refte plus qu'à vous
dire qu'il y a eu de tout temps
tres- grands Biens dans
cette Maifon , & qu'en 1560 .
de
GALANT. 207
1
C
OT
Philippes de Roncherolles,
Chevalier des Ordres du
Roy, & Renée d'Efpinay fa
Femme , partagerent avant
leur mort à leurs alleurs quatre Fils
plus de cinquante mille écus
de rente , & les plus belles
Terres du Royaume
, of nor
Il vous fera aifé de con
noiſtre par la lecture des
Vers queje vous envoye, que
celuy qui les a faits n'eft pas
mal avec les Mufes. Il faut
vous en dire le fujer. Une
Dame des plus réservées à
faire connoiftre les fentimens
de fon coeur , ayant à
208 MERCVRE
qu
paſſer une partie de l'Eté à la
Campagne,recevoit chez elle
toutela Nobleffe de fon voifinage.
Un Cavalier s'y rendit
fort affidu, & dans quelques
Madrigaux qu'il fit
pour elle , il le donna le nom
de Tircis. La Dame recevoit
les Madrigaux fans façon,
parce qu'elle aimoit les Vers,
& que ceux du Cavalier
avoient un tour agreable qui
les faifoit lire avec plaifir . Ces
Madrigaux l'accoutumerent
fi bien au nom de Tircis,
qu'en fe promenant un jour
elle l'écrivit fur l'écorce d'un
GALANT. 209
C
jeune Heftre. Il fut lû du
Cavalier , qui ayant trouvé
quelque temps apres le mot
de Fidelle , écrit encor de fa
main fur le mefme Heftre,
luy dit d'une maniere fort
tendre, que fes defirs eftoient
fatisfaits , puis que fa fidelité
luy eftoit connuë. La Dame
rougit , &un je- ne- fçay quel
trouble dont elle ne put eftre
la maiftreffe, luy faifant connoiftre
à elle- mefme , qu'elle
eftimoit plus le Cavalier qu'-
elle n'avoit crû , apres quelques
vains efforts pour déguifer
ce qu'elle fentoit pour
Novembre 1681. S
210 MERCVRE
luy de trop favorable , elle
luy permit de croire ce qu'il
voudroit de l'embarras où il
l'avoit veus. Deux ou trois
jours furent à peine paffez,
qu'elle écrivit quelques Vers
fur la mefme écorce. C'eft
•
core
là-deffus qu'ont efté faits
ceux que vous allez lire.
«shqa} abs
C
3
JMP
GALANT. 20
oldstowal gort ab vul
2252 525252525252
REQVESTE 2013
I D'UN JEUNE HESTRE
aux Mirtes des Jardins de Ve
nus , qui font dans la Ville d'Idalie
en Cipre
M
doux ,
aftob-a
tries des fardins d' Idalie.
Habitans d'un fejour fi
Un Arbre Etrangervousſupplie
Qu'on le reçoive parmy- vous.
S&
Ileft vray,je ne fuis qu'un Heftre,
Né dans des Lieux qui vousfont
inconnus;
Mais avec tous cela, peut- eftre
Je vaux un Mirte de Vénus.
Sij
212 MERCVRE
C'eft leprendre unpeu haut, Mirtes,
jele confeffe,
Et non pas cependant plus haut que
je ne doy,
Si vous me demandez mes Titres de
Nobleffe,
Je lesporte gravez für moy.
$2
Scachez que l'autrejour une aimable:
Bergere,
Errant dans noftre Bois , révenſe,
folitaire,
Vintfousnos ombrages charmans..
Afa douce langueur, àfa démarche
lente,
Nous difmes auffi-toft, c'est quelque
jeune Amante,
Car tous lesjours nous voyons des
Amans.
GALANT 213
*
Sz
Elle cherchoit des yeux une écorce
nouvelle,
Jeunes Heftres s'empresſoient tous
D'offrirleur écorce à la Belle,
De ces marques d'honcur nousfemmes
sofortjaloux,
Heureufementje fus choisi par elle..
$2
Elle grava , Tirfis , moy ravy de
prefter
Mon écorce naiſſante à cet aimable
#fage,
Glorieuxde fon choix , je femblois
Amien vanter
Aux Heftres envieux de tout mon
voisinage..
Deuxou troisjours apres , elle vint
ajoûter
Et le mot de Fidelle , & ce petit
Ouvrage.
€
214 MERCVRE
S &
En révant dans ce Bois à qui m'a
fçeu charmer, as
Sur cette écorce tendre & belle
Je gravay fon nom feul, fans par
ler de fon zele ,
Tous les Bergers du nom le venoient
réclamer ;
Mais à préfent que j'ajoûte,
Fidelle,
Tirfis des Amans le modelle
S'y connoiftra luy feul , puis qu'il
fçait feul aimer.
S&
Ah !fi vous aviez veu cette jeune
Perfonne,
Si vous connoiffiezſa beauté,
Vous ne blâmeriez pas , Mirtes, la
Vanité
Quefa confidence me donne..
GALANT 215
$2
Nas Heftres les plus vieux qui mille
& millefois
Préterent aux Amans leur ombrefa
savorable,
vorable,
yo
M'ont dit d'une commune voix
Qu'ils n'ontjamais vû dans nos 3 Bois
2001 WK
Une Bergere plus aimable.
mike
25NDA
Jay demandéfon nom à ces petits
Amours,jaunoja pobed
Qu'en foule depuis quelques jours
Un defir curieux dans noftre Bois
amene.
Et dont autour de mayſefait ungrand
concours
Pour voir les Vers dont mon écorce:
eftpleine.
C'eft Iris, m'ont- ils dit, & l'Amour
fe promet
216 MERCVRE
De tirer une gloire extréme
De ce qu'elle t'a pû confier fon
fecret;
Depuis affez longtemps elle
aime,
Et fon coeur n'en avoit pas fait
La cófidence à fon coeur même.
25
Tirfis , & quel Amant n'eft- ce
pas que Tirfis ? ) .
Quoy qu'elle partageaft fes
amoureux foucis ,
N'en pouvoit obtenir un aveu de
la bouche..
Enfin, apres un long ennuy,
Il fçait depuis un mois que fon
amour la touche,
Et tu l'as fçeu prefque auffitoft
que luy.
25
Songe que cette Iris obftinée
au filence
GALANT 217
Et qui n'aimoit qu'en fe cachant
de toy,
Ne vous a mis que trois dans
cette confidence ,
Elle- mefme, Tirfis , & toy.
Se
Voila quelle estmon Avanture.
Fier de tant d'honneur, jefuis las
une foule obfcure
De
vivre en une
D'Arbres que l'on ne connoift pas.
25
Souffrez que chez votre Décffe
# Par les Amours je me faffe emporter,
Je fuis en ma vertejeuneffe
Et propre encor à transplanter.
25
Parmy- vous de nouveau je meprépare
à naiftre,
D'Iris & deTirfis vous verrez l'amour
croiftre,
En mefme temps que je croiſtray :
Novembre 1681.
I
218 MERCVRE
Dans ces heureux fardins que
Déeffe habite,
LA
J'en pourrois bien avoir quelque
vifite,
Grace aux Vers defa main que je
conferveray.
25
Ne craignez point la confequendi,
Ny qu'un nombre trop grand de
Heftres tranfplantez
Ne regne enfin de tous coftez
Dans les lieux de vostre naiſſance.
Recevez - les, tous ceux qui porteront
écrits ,
De tendres Vers d'une Bergere
Qui vaille la Bergere Iris ,
Etfoyezfurs de n'en recevoirguért.
25
Vous voyez mes defirs, daignez les
approuver.
GALANT. 219
Mirtes ai fi toûjours une main immortelle
Prennefoin de vous cultiver,
Et chaque Mirte mâle, aitfon Mirte
femelle.
>
Je vous entretins le mois
paffé de l'entrée des Troupes
du Roy dans la Citadelle
de Cazal , mais j'accompagnay
cette nouvelle de fi
peu de circonftances, qu'une
Lettre qui en eft toute remplie,
m'eftant tombée depuis
ce temps-là entre les mains,
je croy vous faire plaifir de
yous l'envoyer. Elle eſt d'un
Homme fort intelligent &
Ti
120 MERCVRE
fort exact , & contient des
chofes qui n'ayant point encor
efté fçeuës , méritent
bien qu'on parle deux fois
d'une événement auffi remarquable
que celuy dont
elle traite.
25252-522252 52255
LETTRE
D'UN OFFICIER
des Troupes de la Citadelle
de Cazal .
JE
De Cazal le 9. Octobre 1681 .
Evous ay appris , Monfieur ,
ce qui c'est paffe juſques à
l'arrivée de nos Troupes en Dau
GALANT. 221
re
phiné. La difcipline qu'elles y
ont obfervée est une chofe in.
noüye jufques au Regne de Louis
le Grand. Elles n'y ont pas pris
01 un grain de Raifin , ny fait le
moindre défordre. Je ne parle
point par exagération , je dis la
vérité toute pure. Cette belle
difcipline vient du bon choix de
la Cour , qui n'employe que
fages Genéraux, & des Inten-
I dansfortprévoyans . On a campépar
toutfans entrer dans aucune
Ville ny Village , & fans
aller au Fourrage ny au Bois ,
parce quefous ce prétexte , on au
roit pu s'écarter mal- à-propos .
de
Tij
422 MERCVRE
Les Troupes ont trouvé leur
Camp marqué dans toute la
marche , du Pain , du Vin , de
la Viande , du Bois , des Perches
, & des Piquets pour tendre
les Tentes. La Cavalerie a
auffi trouvé par tout du Foin
de l'Avoine , & cet ordre s'eft
obfervé avec defifeûres précautions
, l'argent du Roy la wigilance
de M Breant y ayant
pourveu également , qu'aucun
Soldat ny Cavalier n'eft forty
de fon Camp , & ne s'est détaché
de fon Efcadron on Bataillon
pendant la Route . M
de Bouflerspartit de fon Camp
GALANT. 223
fous Pignerol la nuit du Samedy
au Dimanche du 28. Septembre
dernier , avec vingt Escadrons
de Cavalerie , & quatre Régimens
de Dragons , & laiſſa le
refte defa Cavalerie , toute l'In
fanterie , les Equipages , les Viures,
& le Trefor, a M'de Ca
tinat qui le devoitfuivre le lendemain
, & qui reçeut le Brevet
de Maréchal de Camp , le jour
qu'il partit de Pignerol. Ses
lumieres font connuës , & ont
eftéemployées utilement en beaucoup
d'occafions pour le fervice
de Sa Majesté. J'aurois beaucoup
à m'étendre fur fon efprit,
Tüij
224 MERCVRE
fur lafolidité de fon jugement;
mais pour vous faire fon
Panégirique en unfeul mot, je
vous diray que le Roy , le plus
éclairé de tous les Monarques,
l'a choifi pour luy confier la Citadelle
de Cazal. Revenons à
noftre marche. Nous eftions guidez
par M du Verger Maréchal
genéral des Logis de l'Armée
, qui pendant toute la der
niere Guerre a feray en cette
qualité- là en Catalogne avec
beaucoup defuccés d'applaudiffement
du coftéde la Cour, &
des Genéraux. Il a un talent
tout particulier pour cet employ,
་
GALANT: 229
l'Italie ne luy eft pas moins
connuë que l'Espagne . Nous
paffames le Pô avant le jourfur
le Pont de Carignan . On fit
alte pendant quatre heures . La
Meffe futdite dans le Camp, &
l'on dîna , apres quoy on détacha
un Efcadron de Cavalerie qu'on
laiffa au bout du Pont pour attendre
M de Catinat , & fon
Infanterie, & l'onfe remit en
marche. Nous paffâmes fur le
glacis de Villeneuve d'Aft. C'eft
une Ville affezgrande , bienfortifiée
, qui appartient à M
le Duc de Savoye. De là nous
allâmes camper & coucher à San
226 MEROVRE
J Paolo Village de Laftegean
M du Verger avoit marqué le
Camp au delà du Village , dans
une grande Prairie , le long du
Ruiffeau. Nous
arrivâmes
deux heures avant le Soleil conché
; de maniére qu'on prit la
commodité de reconnaitre le
Camp & fes environs de pofer
les Gardes de jour , de tendre
les Tentes , & de prendre fans
confufion la Ration du Fourrage
que nous avions eu pendant toute
la Route dans les Pays Ef
trangers , comme dans les Terres
mefmes de Sa Majesté , non
feulement par le bon ordre de
GALANT. 227
noftre Genéral , mais encorpar la
prévoyance merveilleufe & les
foins infatigables de Mª Breant
Intendant de nostre Armée &
de Cazal. C'eſt un Eléve de
M' Robert. Ce mot veut dire
tour. De San Paolo nous vinfmes
camperfous Montcalve qui
appartient au Duc de Mantonë.
Cefte grande Ville fcituée
fur une Colline. Il ya eu autrefois
un Chasteau on Citadelle
avec des Tours , dont on void
encor les veftiges du cofté du Septentrion.
La Ville a un Gouverneur
& beaucoup de Nobleffe
, mais elle n'a point de
228 MERCVRE
2
Garnifon. En cet endroit M
de Bouflers reçeut M' le Comte
d'Ogliani de la part de Madame
Royale. Il est Capitaine
des Gardes de cette Princeffe.
Tous les Capitaines de Montcalve,
tous ceuxdu Montfer
rat , vinrent avec luy marquer
la joye qu'ils avoient d'eftre
fous lapuiffante Protection de Sa
Majefté. On ne fçauroit affez
exprimercelle des Peuples , &
les carreffes qu'en reçeurent les
François . Les Dames mefme eurent
de l'empreffement à les venir
voirpendant qu'ils furent campez.`
Apres qu'on eut paſſé là
"
GALANT. 229
quelques heures , comme fi on
euft dú y coucher, on marcha
toutte la nuit , en fuite dequoy
l'on fit alte de nouveau pendant
une heure à une lieuë de Cazal.
On paffa les Défilez des Colines
, enfin le Mardy30. Septembre
on arriva devant la
Citadelle où l'on fe mit en Ba
taille un peu avant que lejour
- paruft . En mefmetemps M' de
Bouflers détacha M de Crillon
& M Intendant pour aller
fçavoirà la Citadelle fi l'on eftoit
prest à nous recevoir. Ilsfe préfentérent
à la Porte de Secours,
mais on leur cria qu'ils allaffent
&
230 MERCVRE
de la Citapar
la Ville , & qu'ils ne pou
voient entrer par là. Ils y al
Lerent , virent les Gouver
neurs de la Ville
delle , qui leur firent des excufes
de ce que la Porte de Secours n' ef
toit pas encor débouchée , & qui
les prierent de vouloir attendre.
Ces Meffieurs rapporterent ces
nouvelles àM de Bouflers , qui
Les renvoyafurleurs pas pour ha
ter cette ouverture , & offrirdes
Dragons pour y travailler. Il
recommanda à M l'Intendant
defonger au fonds , luy dit de
mener avec luy Meffieurs Gre
Zilemont , la Fonds & Grini,
GALANT. 231
Ph
Commiffaires des Guerres. Il
ordonna auffi à M le Marquis
J
de S. Hilaire d'y aller pour commencer
les Inventaires de l'Artillerie.
Ce Marquis eft Fils de
feu M de S. Hilaire LieurenantGenéral
de l'Artillerie , qui
eut un bras emporté du coup qui
tua M de Turenne . Ils'eft acquis
tant de réputation , qu'il n'y a
Perfonne qui ne fsache qu'il a
berité du mérite de M fon Pere,
du zele qu'il avoit pour
le
fervice du Roy. Il ordonna auffs
à M de la Mothe-Lamire de
s'y rendre en mefme temps , pour
fonger aux reparations qu'o
232 MERCVRE
jugeoit neceffaires. Eftant entrez
par la Porte de la Ville ,
noftreprincipalfoinfut de déboucher
celle de Secours. On y travailla
fortement , M de Bou
flers qui regardoit en dehors ce
travail avec autant d'attention
que d'impatience , crût fur le
midy que l'ouverture eftoit affez
grande , & ily entra avec les
Regimens de Dragons de la
Lande , & de Barbefieres. En
mefme temps la Garnifon qui eftoit
en bataille dans la Place
d'Armes , & composée de fix
Compagnies d'Infanterie Ita
talienne qui devoient estre cha
GALANT. 233
eune de cent Hommes, commença
fe retirant du cofté à défiler ,
de la Ville nous laiffa la Citadelle
vuide & libre. M le
Marquis de Bouflers fut auffitoft
complimenté par tout le Pays ,
parle Confeil Souverain & la
Chambre Ducale , & par les
Magistrats , comme il l'avoit
esté par les Gouverneurs & par
toute la Nobleffe . L'Evefque,
le Clergé, & tous les Notables,
complimentérent
en particulier.
Il fut fervy à difner aux
defpens de la Ville avec une trèsgrande
magnificence . Il y avoit
quatre Tables , chacune de vingt
le
Novembre 1681. V
234 MERCVRE
Couverts. Les Principaux
la Ville plufieurs Officiers de
PArmée, y mangerent , on bût la
fantédu Roy , & celle de M' le
Duc de Mantouë. La Ville
traita Made Bouflers fair &
matinpendanttrois jours avec les
mefmes apprets. Les Peuples ne
fe laffoient point de faire éclater
leurjoye, & de repeter les louanges
de Sa Majefté. M' de Bou
fers dépefcha ce mefme jour à la
Cour M de Saint Felix , &
envoya M le Marquis de Fi
marcon Colonel d'un Regiment
de Dragons à M ' le Ďuc de
Savoye, à Madame Royalı,
GALANT. 235
pour leur fairepart de l'entrée
des Troupes du Roy dans la Ci
tadelle de Gazal , & les affurer
d'unbon Voifinage de lapart des
François. M' le Marquis de
3 Crillonfut auffienvoyé vers M
le Comte de Melgar Gouver
neur du Milanois, Ce Marquis
outre fa qualité a infiniment de
l'esprit & du merite , & ſes
fervices ontfait affez connoistre
fon zele. Il mena avec luy M
le Marquis de Gefares , qui eft
un jeune Seigneur d'un nom trop
connupour vous en parler. Ces
Meffieurs revinrent de Turin
de Milan , fort fatisfaits de
Vij
236 MERCVRE
la maniere obligeante & pleine
d'eftime dont on les avoit traitez.
Les deux Regimens de Dragons
de Barbefieres , & de la Lande,
qu'on a mis dans la Citadelle,
font tres-beaux , tres-bien montez,
font environ neuf cens
Hommes. Il en refte deux au
Camp de pareille forte , dont
l'un eft Fimarcon , & l'autre
Teffé. Ily a outre cela les Regimens
de Cavalerie appellez Servon,
autrefois laRabliere,Royal,
Rouffillon , Crillon , Arnolfini,
Chevalier Duc , & plufieurs
autres, avec leurs Colonels , tant
chefqu'incorporez. Le ComGALANT.
237
mandant de la Cavalerie eft un
des plus anciens Brigadiers du
Royaume. Il a beaucoup de fervice
, & eftfort connu en Por-.
tugal , où il a fervy longtemps,
auffibien qu'en Catalogne . Toutes
ces Troupes viventfansfortir
du Camp , ny eftre à charge à
qui que ce foit. Le Lieutenant.
de Roy de la Citadelle eft M ' de
l'Ifle , qui a efté Lieutenant Colonel
de Louvigny ; & le Major,
M' du Coudray Major du
Regiment Royal de la Marine,
tous Gens choifis , defervice &
de merite.
Le Mercredy premier d'Octo238
MERCVRE
bre, M' de Catinat arrivafurle
midy, avec le reste de l'Armée
Cavalerie, & Infanterie, Equis
pages,Vivres & Tréfor, que trois
cens Muletsportoient avec lesfa
rines . L'Infanterie eftoitcompo
fée de quatre Bataillons ; fçavoir,
un de la Marine de buit cens
Hommes effectifs , conmandez
par M' Mathieu ( c'est un Homme
dont les fervices font anciens
connus ) un Bataillon de Sault,
commandé par M de la Batifſe
ancien Capitaine,qui s'eft fignalé
à la prife de Bellegarde en Ca +
talogne, à la Bataille d'Epouille,
à Puicerda un Bataillon de
GALANT. 239
at
Laré, conduit par le Marquis de
ce nom quien eft Colonel , Hom
me de qualité de mérite ; &
le Bataillon de Caftres , comman
dé par le Lieutenant Colonel, M
Le Marquis de Caftres eftant demeuré
à Pignerol. Toute cette
Infanterie avecla Cavalerie, &
les Dragons relevez, alla auſſitoft
groffir le Camp qui eft fous
la Citadelle en deux Lignes.
François , & Mantoüans, chanterent
le Te Deum , à la Citadelle
à la Ville , & pendant
toute la nuit on ne vit que feux,
✔ on n'entendit que coups de Ca
non. On en fit troisfalves , &
240 MERCVRE
au
autant de Moufqueterie, à la
Villey à la Citadelle ,
Camp. M de Catinar a reçen
les mefmes honneurs que M de
Bouflers & de plus un Preſent
de toutesfortes de Vins , de Ris,
de Fromages de Veaux gras,
de Paons Dindons Perdrix,
Faifans , Ortolans tardez, &
autres effeces de victuailles, avec
une abondance extraordinaire . Le
rout eftoit porté par quatre cons
foixanteHommes,marchant deux
à deux. Rien n'eftoir plus beau
avoir M de Carinat partit
deux
x jours apres , pour aller complimenter
Monfieur le Duc de
SexMantoйe.
GALANT. 241
Mantone. Le Camps & M
de Bouflers, font toujours au mef
me endroit, & l'on ne fait pour
combien de temps. Ilarriva hier
de Pignerol par la Riviere un
Convoy de Lits , de Paillaffes,
& de douze cens charges de Fa
rine. Ils avoient chargé à Villefranche,
Port & petite Villefur
le Pô, à trois lieues de Pignerol,
d'où l'onpeut venir icy commode .
ment, & amener toutes fortes de
munitions par Bateau . De Villefranche
on paffe à Carmagnol,
puis à Carignan , à Turin , à
Chivafe , à Vérue , à Pontaſture,
& à quantitéd'autrespetits lieux
Novembre 1681. X
242 MERCVRE
quifont affez inconnus , d'où il
nous vient une infinité de toutes
fortes de Provifions. Nousfommes
dans le plus beau Pais du
Monde , &le plus fertile entre
Turin Milan , n'y ayant
que quinze lieues d'icy a l'une
a L'autre , 22. a
22. Pignerol.
Cette Ville eft tres-peuplée, marchande,
ar fort belle, un peu plus
grande que S. Quentin, fortbien
fartifice & reueftue . Elle a trois
Portes , de bons Dehors ,
douze Compagnies de Garnifon,
qui fontenviron neuf cens Hommes,
avecune Compagnie de Cavalerie
. Toutes ces Troupes font
GALANT 243.
Italiennes. Ily a à l'autre bout
de la Ville fur le bord du Po, un
Chafteau qui eft tres - fort
quarre. Il a quatre Tours ,
quatreDemy-Lunes, Ses Foffez
font de vingt pieds de profondeur,
revestus de Maffonnerie de
Brique Les Baftimens de la Ville
font tres-beaux. On y voit un
Belveder magnifique. Il eſtplein
de Statues de Marbre , d'Orangers
, & de belles Peintures
frefque , & aboutit à une tresmagnifique
Gallerie . C'est la demeure
des Ducs de Mantoue. It
a force Canons fur les Remparts
du Chateau, une Com-
HOT
SE
X ij
244 MERCVRE
3
pagnie de foixante Hommes en
garnison. Pour ce qui eſt de noſtre
Citatelle , c'eft la plus connuë,
la plus belle de l'Europe . Elle
oft à fix Baſtions & eft plus
grande que Hédin. Tout est de
Brique. Less Cazernes & les
Baſtimens yfont magnifiques &
réguliersh davtemps y a gafté
quelques Ouvrages , il spen
trouve d'autres qui ne font point
achever ; mais il n'y a rien de
plus beau que le Corps de la
Place, dont la déduction rendroit
ma Lettre trop longue, Il est
temps de la finir, en vous affurant
quejefuis , cambro biiliv
GALANT 245
Je croy, Madame , qu'on
auroit peine à rien adjoûter
au détail de cette Lettre . Elle
vous fait voir que quoyqu'on
ait aimé les François das rous
les lieux où ils ont été,jamais
leur entrée dans un Pais
Etranger n'avoir donné tant
de joye. Cela vient de ce que
T'on n'a point vu jufques à
préfent, de difcipline pareille
à celle que leurs Commandans
leur font obferver Ainfi
ils font aimez non feulement
par eux nmefmes , par
leur douceur , & par leur civilité
ordinaire , mais encor
X iij
246 MERCVRE
par la maniere dont on réfout
dans le Conſeil du Roy,
de les faire vivre par l'exacte
& ponctuelle exécution que
les Genéraux & les Intendans
font faire des ordres de
Sa Majefté , & ce qui l'emporte
de beaucoup fur tout
cela , par
le
plaifir que l'on
trouve à eftre fous la domination
d'un auſſi grand Prince
que Louis XIV.Aufli a- t- on
vû fans aucun étonnement
la réception extraordinaire
que leur ont faite les Habitanns
de Cazal , & les marques
qu'ils ont données
GALANT. 247
d'une entiere joye à la ſeule
veuë des Troupes du Roy.
C'est vous parler trop longtemps
de cette fameufe Place,
fans vous faire voir la Ville
& la Citadelle. Vous connoiftrez
l'une & l'autre , en
jettant les yeux fur cette
Planche.
L'avis ayant efté apporté
à Tours que Monfieur le
Duc du Maine y devoit
paffer le Lundy ro . de ce
mois , à fon retour des Eaux
de Rarrege , M le Marquis
de Rafilly , Lieutenant Genéral
de la Province alta
X iiij
248 MERCVRE
au devant de luy , accom-1
pagné de la Nobleffe , de
fes Gardes, & des deux Com -1
pagnies de la Maréchauffée .
Ce Prince à qui la haute naiffance
n'inſpire que des fentimens
d'honneſteté , s'ar
reſta pour recevoir fon com
pliment , & y répondit d'u
ne maniere toute obligean
te , avec la grace & la pré
fence d'efprit qui luy eft fi
naturelle. Ce Marquis le
conduifit dans la Ville , où
il arriva au brüit de toute
l'Artillerie, & des décharges
de la Bourgeoifie , qui eftoit
GALANT.
249
rangée en double haye de.
puis la premiere Porte du
Fauxbourgjufqu'à fa Maifon
qu'il avoit fait préparer pour
ce jeune Prince. Le Préfi
dial & les Treforiers de Fran
cely vinrent complimenterainfi
que le Corps de
Ville; ce que " firent aptés
eux les Chanoinès de S. Gatien
& de S. Martin, qui luy
preſenterent lePain & leVin
de leur Chapitre. Ces com-
I plimens eftant faits , Me le
Marquis de Rafily le régala
d'un magnifique Soupé, qui
fut fuivy de la Comédie.
I
91
250 MERCVRE
C'eſt un divertiſſement que
luy donnerent des Comé
diens qui heureuſement eftoient
arrivez à Tours . Le
lendemain jour de S. Martince
Prince entendit la
Meffe aux Jacobins ,Moù il
fut conduit par le meſme M
de Rafally , qui luy donna
enfuite un Dîné tres propre.
Au fortir de table il remon
ca en Carroffe , pour aller
coucher à Amboiſe. Les
meſmes honneurs du jour
précedent luy furent rendus
; c'eft à dire qu'en par
rant il trouva enbor la Bour-
-
GALANT. 251
t
geoife fous les armes , &
que M' le Marquis de Rafilly
l'accompagna jufqu'à
une lieue de la Ville , avec la
Nobleffe & les deux Compagnies
de la Maréchauſſée.
Ce Marquis eft préfentement
l'Aîné de l'ancienne
Maiſon de Rafilly , auffi celebre
par la valeur & par les
fervices que ceux de ce nom
ont rendus de Pere en Fils ,
fur met & furterre , que par
les Chargesqu'ils ont poffedées.
L'efprit n'eft pas moins
un privilege de cette famille
, que l'éclat de la naiſſan252
MERCVRE
ce. On le peut connoiftre
par un Sonnet que Mademoiſelle
de Rafilly a fait
préfenter au Roy fur Cazal
& fur Strafbourg. Il femble
qu'au lieu du fang qu'ont
répandu fes Anceftres pour
le fervice de fa Majefté , &
pour les auguftes Pre
feurs , elle veuille épuifer le
feu de fon efprit , pour mar
quer l'attachement qu'elle a
aux interefts & à la gloire de
noftre Monarque , qui n'a
remporté aucune Victoire ,
qu'elle n'ait tâché de confacrer
par quelqu'un de fes
GALANT. 253.
1
Ouvrages. Voicy le dernier
que l'on ait veu d'elle.
AV ROY,
UPSONNET. DEVE
Ugufte Conquérant , voſtre
gloire immortelle
Pouvoit- elle efperer rien de plus
éclatant lov alls
Vitron jamais bonheur plusfolider
boll & conſtant as duste
Ny de conduite auffi plus heureuſe
& plus belle ?
Pous revenez vainqueur d'une
façon nouvelles i alla up
s voit du Midy , tout d'e On vous
254 MERCVRE
M coup au Levant,
Sur le Pô, fur le Rhin » paroiſtre
triomphantv
Etfinir en un jour vostre juste
querelle.
$2
Mais parmy la Valeur , la Cle
mence eutfon rang,
Vous blefsâtes les Coeurs , pour
épargner le Sang,
Veftre noble fierté dédaigna leur
courage;
$ 2
Et fi la Terreurfitfur ces Peuples
vaincus
Ce que fit par le fer le grand
Germanicus,
L'Amour les defarmant , fitbeaucoupdavantage.
J'ajoûte un autre Sonner
GALANT. 255
de M' Mallement de Meffange.
Je ne vous ay rien
envoyé de luy qui n'ait plû ,
& fur tout les Ouvrages qu'il
a faits pour le Roy , & pour
Monfieur.
AV ROY.
Sur fon Voyage de Strasbourg.
L
SONNET.
E Rhin fut effrayé, lors qu'il
te vit , grand Roy,
Avec tant de Guerriers qui couvrirent
fon Onde,
D'un air , qui répondoit de l'Empire
du Monde,
256 MERCVRE
Répandre le carnage, & l'horacur
devant Toy.
tari kai d ને
Mais fon étonnement furpaffe
cét effroys
Te voyant aujourd'huy dans une
A paix profonde,
Sans que ton Sabre frappe , on que
byroon Congrande.goldenst
• D'un tranquille regard mettre tout
fous ta Loy
-AI
S&
D'où vient dont a prefent ce
2015 ſurprenant ufages plavado
11XBt quel fiecte ditib , fur mon
ale fameux rivageutu Aash
Apú voir autrefois , ce qu'on voit
33 25
en cejour?
451 Au delà de mes Eaux ,pourfoù-
Wicks mettre une Place,
2008lq ,
. GALANT
257
LOVIS s'en va fuivy des Dames
de fa Cour,
Comme au bord de la Seine il iroit
à la Chaffe
Le Dimanche 9. de ce
mois , les Députez de l'Af
femblée genérale du Clergé
affifterent à laMeſſe du Saint
Efprit , qui fut celebrée pontificalement
par M l'Archevefque
de Paris , dans
l'Eglife du grand Convent
des Auguftins. Meffieurs les
Evefques eftoient dans les
hautes Chaifes en Camail &
en Rochet. Les premieres
places commençoient par
Novembre 1681. Y
258 MERCVRE
les plus proches de l'Aurel
Le fecond Ordre eftoit immediatement
aprés , & fitoft
qu'on eut finy l'Evangile
, M'Evefque de Meaux
monta en Chaire , & s'at
tira par fon éloquence or
dinaire l'applaudiffement
general de ce grand nom
bre d'Auditeurs illuftres .
M' l'Archevefque de Paris
donna la Benédiction Pontificale
à la fin de la Meffe ,
& communia tous les Députez.
Les Archevelques
ef
toient deux à deux. Ils alle
rent les premiers, ayant cha
GALANT 259
12
cun une Etole. Le fecond
Ordre fuivoit. Ceux qui
le formoient eftoient auffi
deux à deux , & avoient Sou
tannes , Manteaux longs ,
Bonnets carrez & Etoles.
Voicy les de ceux qui
compofent l'Affemblée. th
PAR PS9/197
nom's
Ml'Archevefque. >
M' l'Evefque de Meaux . M
M' l'Abbé Maupeou
.
ennob
M' l'Abbé Coquelin
.
pinofis
DS
BESANÇON.
M'T'Archevêque.
MTEvefque
du Bellay , on
Vi
260 MERCVRE
M l'Abbé Pare,boddAn
Ml'Abbé Laboraye.
RHEIMS.
M' l'Archevefque van in
M ' l'Evefque de Châlons.
M' l'Abbé Favre, add
M 'l'Abbé Maucroix
AMBRUN.
M' l'Archevefque. 199
M l'Evefque de Glandeve.
M' l'Abbé Vanée.
M' l'Abbe de la Fage.
CAMBRAY
M' l'Archevelque, meta
M ' l'Evefque de Tournay.
M ' l'Abbé de S. Eloy.
GALANT 261
M' l'Abbé de Franqueville.
SVALBYUDAIM
M' l'Archevelque. A
M ' l'Evefque de Mande, M
M' l'Abbé de Leſcures. M
M ' l'Abbé de Cans, ATM
BOUR GESATM
M' de Bourges , MA
M ' l'Evefque de TullesA
M'l'AbbéRotabon.lvd M
M'l'Abbé FeшsV ÷ ddAl M
Roüenddal
M
M' l'Archevefque & fon
CoadjuteurpaverisIA M
M' l'Evefque d'Avranches . M
M' l'Abbé de S. Luc. A M
262 MERCVRE
M'I'Abbé de Champigny.
BORDEAU x.
M' l'Archevefque
M' l'Evefque de la Rochelle.
M' l'Abbé de Gourgous.
M'l'Abbé Lambert,
VIENNE.
M' l'Evefque de Viviers.
M'l'Evefque de Valence.
M'l'Abbé Hargoud.
M' l'Abbé Jerbais,
AIR. I
M' l'Evefque de Riez
M l'Evefque de Frejus.
Ml'Abbé de Vacheres.
M' l'Abbé de Viens A
GALANT. 263
M ' l'Evefque d'Autun .
M' l'Evefque de Langres.
Mi le Comte de S. George ,
Comte de Lyondel A
M' l'Abbé Senault.
AUCH.
M ' l'Evefque de Bazas.
M'l'Evefque de Couzerans.
M'l'Abbé de Poudens.
M' l'Abbé Soupez .
TOURS.
M' l'Evefque de S. Malo.
M' l'Evefque de Tréguier.
M' l'Abbé de Guenegaud.
M. l'Abbé de Riyault.
264 MERCVRE
C
1.M
M' T'Evefque de Toulon.
M' l'Evefque de Marſeille.
M' l'Abbé de Boſche .
M' l'Abbé Bauffet.
TOULOUz E.
210
M.l'Evefque de Montauban.
M' l'Evefque de Lavaur .
M'I'Abbé Cheron.
M. l'Abbé Courfier.
NARBONNE.
M l'Evefque de Mótpellier.
M. l'Evefque d'Allet .
M. l'Abbé de Fleury.
M. l'Abbé le Franc .
SENS
៦ .
amos
M. l'Evefque d'Auxerre.
32
STU M. TEGALANT.
265
M. l'Evefque de Troyes.
M. l'Abbé de Lufignan .
M.
l'Abbé Bigot
.
Mat
Sb sub
Il s'eft fait une Abjuration
fort remarquable par
les circonftances dont elle
a efté accompagnée. Ce
que j'ay à vous en dire eft
arrivé à Orbec,Ville en Normandie,
où il y a
y a Bailliage.
Le Seigneur du lieu eft de
la Religion Prétenduë Reformée,
dont quantité d'Habitans
font profeffion. La
commodité d'un Prefche,
où l'exercice public s'en fait
Novembre 1681. Z
266 MERCVRE
dans ce mefme lieu , eft caufe
que beaucoup de Familles
anciennes reftent dans l'erreur.
Celle de M Defpars
Avocat d'Orbec eft de ce
nombre. Il a dix ou douze
Enfans qu'il a pris garnd
foin de bien inftruire dans
Heréfie qu'il profeffe. Ses
,
inftructions n'ont pourtant
point empefché que les lumieres
d'Enhaut n'ayent é
clairé l'une de fes Filles , qui
quoy qu'elle n'ait qu'onze
ans & demy , a l'eſprit tresmeûr
& fort avancé. Cette
jeune Fille tenant fa Reli
GALANT 267
1.
gion fufpecte , fe refolut de
quitter ſon Pere , pour ſe retirer
dans un Convent
de
Religieufes
qui font à Orbec.
Elle y alla le huitiéme
de Juillet , & n'y fut receuè
qu'après que Abbeffe du
Convent le vit appuyée de
l'autorité
de la Juftice
cut l'approbation
de fes Parens
Catholiques
. Mde
Touteville
, Juge en femai-
Gentilhomme
tres - zelé
ne ,
&
pour l'intereft de l'Eglife , luy
evint faire ouvrir les Portes,
en préfence de Meffieurs le
Burgois & de la Guerriere
Z ij
268 MERCVRE
Pere & Fils , Gentilshommes
de mérite : & proches
Parens de la Demoiselle.
Son Pere auffi furpris qu'affligé
de fi retraite , préfenta
Requelle aux Juges , dont
il poffedoit affez l'efprit, afin
que fa Fille luy fuſt rendue.
Il remontroit que fuivant la
Declaration de Sa Majefté
de 1669 11ile luy pouvoit
eftre permis de changer de
Religion , puis
usbuis qu'elle n'avot
point encor atteint
l'âge de douze ans. M' de
Touteville s'oppofa de tour
fon pouvoir à fa Requeſte
;
GALANT 269
mais quoy qu'il pût faire, il
euft efté difficile d'en empef
cher fort long- temps l'effet,
fi heureufement on n'euft
receu par la Pofte une nouvelle
Declaration du Roy,
verifiée le mefme jour 8 .
Juillet , qui permet à tous
Enfans au deffus de fept années,
de quitter Calvin pour
fe faire Catholiques. Ce fut
une grande joye pour cette
Fille , qui cut pleine liberté
de refter dans le Convent ,
& d'y recevoir les inftrutions
qui luy eftoient neceffaires.
Elle abjura il y a
Z iij
270 MEROVRE
un mois ou deux dans la
principale Eglife d'Orbec ,
entre les mains de Mle
Grand Vicaire de Lifieux .
Le Clergé avec tout le Corps
de la Juſtice , alla la prendre
au Convent des Religieufes
Madame de Touteville
eftoit avec elle , &
l'accompagna à l'Eglife, ainfque
plufieurs Demoifelles
qui portoient chacune
un Cierge blanc à la main .
Voyez , Madame , comme
le Roy fournit tous les jours
de nouveaux moyens pour
extirper l'Hérefie . En effet ,
GALANT: 271
2
il femble que Sa Declara
tion du 8. de Juillet ait efté
faite pour autoriſer la sconverfion
de cette jeune Perfonne.
On dit que M ' Def
pars ſon Pere commence à
ouvrir les yeux fur l'aveuglement
où il a toujours vêcu
. Ce feroit un grand bonheur
pour tous
ceux
de sfa
Famille
, & pour
beaucoup
d'autres
, à qui
fon
exemple
donneroit
fujet
d'examiner
plus
à fond
le funefte
engagement
ou
les
amis
leur
naiffancem
zussion
ab
JM
de Roffin
Gentilhom-
Z iiij
272 MERCVRE
me de Champagne, fort ef
timés de tous ceux qui le
connoiffent , pour les belles
lumieres de fon eſprit , a
fait auffi abjuration depuis
quelques jours entre les
mains du PereAlexis du Buc
Theatin , qui s'applique fans
relâche à la Converfion des
Herétiques , & qui le premier
Dimanche de ce mois ,
commença la Controverfe
par l'Eloge de fa Majefté.
Il dit , que cet invincible Mo
narque travailloit fans ceffe par.
la grandeur de fes Actions , &
par l'équité defes Arreſts , à reGALANT.
273
mettre dans l'Eglife ceux quir
s'en font feparez qu'il venoit
de rétablir le vray Culte dans
une Ville , d'où la tyrannie de
l'Hérefie l'avoit banny depuis
plus d'unfiecle : qu'il avoit pris
Soin de redreffer des Autels que
l'Impieté avoit abatus , qu'il
avoit fait entrer le veritable
Paſteur dans la Bergerie , dont
de faux Pafteurs s'effoient rendus
maiftres ; & que ces prodigesfaifoient
affez voir que rien
n'eftoit impoffible à un Prince
que le zele de la Maifondu Seigneur
devoroitzub rushnang
Je ne puis finir cette ma
4
274 MERCVRE
tiere fans vous apprendre
qu'on a eu nouvelles que
le dixième du mois paffé , le
Pere Brénier Supérieur des
Religieux de Saint Antoine,
& Curé de la Ville du Pont
de Royan en Dauphiné , fignifia
au Miniftre , & aux
principaux Religionnaires
de ce Pais - là , l'Arreft du
Confeil d'Etat , qui ordonne
la démolition de leur
Temple. Cela eftant fait , il
alla en fermer les Portes pour
toûjours , & deux jours apres
on en rendit graces à Dicu
publiquement , parune ProGALANT.
275
ceffion génerale qu'on fit
dans toute la Ville , avec les
meſmes folemnitez qui font
obfervées le jour de la Fefte-
Dieu. On avoit tapiffé toutes
les Ruës ; & Meffire ....
de la Jaffe , Abbé & Supérieur
Général de l'Ordre de
Saint Antoine, qui officioit,
eftoit accompagné duGrand
Prieur, des Définiteurs , des
Religieux de fon Abbaye ,
& d'un grand nombre de
Curez du voifinage . M ' le
Marquis de Saffenage , Seigneur
du Pont de Royan,
affifta à cette Proceffion , a276
MERCVRE
vec plufieurs autres Gentilshommes
, & une foule de
Peuple incroyable. Da
9.
Cette foule n'a pas efté
moindre dans la Ceremonie
qui fut faite à Limours,
Dioceſe de Paris , le Dimanche
de ce mois , pour la
Tranflation des Reliques de
Saint Marc , d'une vieille
Châffe dans une neuve. M
l'Archevefque de Paris ne
pouvant aller la faire , en
donna la permiffion à M
l'Evefque de Bayeux , Frere
de M le Préfident de Némond
, qui fe rendit à Li-
3
GALANT 277
e
mours , accompagné de M
l'Abbé de la Mothe , Chanoine
de & Archidiacre de
l'Eglife de Paris. Vous fçavez
, Madame , quel eft le
mérite de cet Abbé. C'eſt
luy qui a travaillé fi utilement
fous feu M' de Pérefixe
à rétablir la Jurifdiction
Archiepifcopale - dans le
Fauxbourg Saint Germain ,
en détruifant celle que l'Abbaye
de Saint Germain des
Prez exerçoit depuis plus de
fept cens ans. Auffi ce Prélat
avoit pour luy tant d'eftime
, que luy voulant donner
278 MERCVRE
en mourant de nouvelles
marques de fa confiance , il
le fit Exécuteur de fes dernieres
volontez.aval erot
Les Habitans de Limours
ayant faitorner magnifiquement
leur Eglife , ainfi que
les trois Autels qui furent
chargez d'un nombre infiny
de Cierges, on chanta Mati .
nes , apres lefquelles Mª de
Bayeux revêtu de fes Habits
Pontificaux , commença la
Céremonie par les Prieres
accoûtumées. Il benit enfuite
la nouvelle Châffe ,
on alla proceffionnellement
&
GALANT. 279
prendre l'ancienne dans le
lieu où elle avoit toûjours
efté mife. M ' l'Abbé de la
Mothe l'ayant apportée pres
du Grand Autel , & pofée fur
une Table préparée à ce def
fein , ce Prélat en fit l'ou
verture , & en tira les Reli
ques qu'on montra au Peuple
, à qui on permit de les
baifer fans qu'ellels fuffent
couvertes . Il demeure pour
conftant que ces Reliques
furent apportées de Venife
fur la fin du quatorziémeSićcle
, par Meffire Jacques de
Montmor,Chevalier, Cham280
MERCVRE
bellan du Roy , Gouverneur
de Dauphine , Seigneur de
plufieurs Terres , & entr'autres
de Brie & de Limours,
& que les Venitiens l'en avoient
gratifié , en recon
noiffance d'un Secours confidérable
qu'il avoit mené à
la République contre les
Génois. Aprés la Meffe qui
celebrée pontificalement
par M ' l'Evefque de Bayeux,
M & Madame de Baville
qui affifterent à cette Céremonie
avec quantité de Perfonnes
de qualité , régalerent
ce Prélat , & les princiGLAANT.
281
paux des Officiers , dans le
Château de Limours . On
chanta les Vefpres avec
beaucoup de folemnité , &
en fuite on commença
la
Proceffion
, à laquelle fe
trouva un concours de
monde
monde inconcevable
. Les
Freres de la Confrairie de
Saint Marc, chacun un Cier.
ge à la main , précédoient
le Clergé qui cftoit en Chapes
, auffi -bien que M' l'E
vefque de Bayeux & M
l'Abbé de la Mothe. Ils fuivoient
tous deux la Châffe,
que deux Eccléfiaftiques
Novembre 1681.
A a
282 MERCVRE
reveftus d'Aubes , portoient
fous un Dais. Madame de
Baville, & toutes les autres 91 &
Dames , marchoient apres
eux avec un Cierge allumé.
La Proceffion alla au Convent
de Picpus , où tous les
Religieux vinrent recevoir la
Chaffe à la Porte de l'Eglife.
Elle fut pofee fur le Maitre-
Autel , & après quelques
Antiennes chátées en l'honneur
du Saint, les Religieux
fe mirent à la tefte du Clergé,
& remenerent la Proceffion
jufques à l'Eglife. Lors qu'on
fut arrivé , on laiffa encor y
RDA
GALANT: 283
baifer les Reliques à décou
vert aux Perſonnes de qualité
, & aux Confreres qui le
matin n'avoient pû en approcher.
Apres cela , on mit
le Procés verbal de la Cerémonie
dans la Châffe , qu'on
fcella de plufieurs Sceaux , &
l'on acheva de la couvrir du
refte des Plaques cizelées de
vermeil doré , dont la vicille
eftoit couverte. On voit fur
ces Plaques laFigure deSaint
Marc , & aubas eft écrit, Mar
cus Sacerdos ,Difcipulus B. Petri
Apoftoli . L'on ne peut s'imaginer
la devotion qu'ont fait
A a ij
284 MERCVRE
paroiftre les Peuples en cette
rencontre.1629105.1 200
Vous aurez fans doute
entendu parler de la mort
prefque fubite de Madame
la Marquiſe de Sourdis , arrivée
au commencement de
ce mois. Elle eftoit de la Maifon
d'Antragues - Saintrevé,
Soeur de M' le Marquis d'Antragues,
Lieutenant de Roy
du Maſconnois , & Veuve
de M le Marquis de Sourdis
la Chapelle , Frere de feu M
le Marquis de Sourdis, Gouverneur
d'Orleans , Pere de
M' d'Aluy, & de M' le Che-
1
GALANT. 285
e
valier de Sourdis. Ce Mar
quis, Lieutenant de Roy du
Mafconnois , avoit eu d'un
premier Mariage feue Ma
dame la Marquife de Gordes,
& de la
ile dont i
vous apprens la mort, il en a
eus encorb une Fille , qui a
époufé M de la Roche Ba
ron , de la Maifon de la Ro
chefoucaut. I zongay
Madame de Riberpré
Veuve de M' le Marquis de h
Ribérpré Gouverneurs de &
Ham , l'a fuivie de pres. Ellé !
eftoit venue à Amiens pour
quelques affaires , parce que
286 MERCVRE
fa Terre, qui eft dans le voi
finage de cette Ville , n'a
point de logement pour les
Maiftres. Elle avoit longtéps
parlé de la mort fubite de
Madame de Sourdis , avec M'
l'Evefque d'Amiens , & M
l'Abbé de Sainte- Croix Charpy
qui eftoient venus la voir,
& à qui elle avoit dit , que
l'ayant quittée pleine fanté
à la Meffe aux Capucins
de Paris il n'y avoit que trois
jours , cette mort l'épouvan
toit d'autant plus , qu'elle
en
avoit comme elle de tresfréquentes
vapeurs , accom
GALANT. 287
pagnées d'une fort grande
langueur , & d'un batement
de coeur extraordinaire. Ces
deux Meffieurs furent à peine
fortis , qu'eftant entrée dans
un Cabinet , elle fentit une.
fort grande foibleſſe , & appella
une Fille pour avoir du
Vin. Elle en prit un peu,
pancha la tefte, l'appuya fur
cette Fille , & dit , Ah mon
Dieu, que je vay me trouver
mal En mefme temps elle
demeura fans connoiffance.
Apres diférens Remedes qui
n'eurent aucun effet , on luy
donna une violente prife
288 MERCVRE
d'Effence de Jacob , c'eſt à
dire , dix fois autant qu'on a
de coûtume d'en donner. La
force de cette Effence la fit
revenir , & elle employa
peu de momens qui luy ref
terent de vie, à le confeffer,
quoy qu'avec beaucoup de
peine , n'ayant pas la prononciation
libre . Elle mourut
auffitoft apres. Son Corps
a efté ouvert. On luy a trouvé
autour du coeur quantité
de fang caillé.
Madame Forcadel, Mere
de M'Forcadel , Controlleur
General de la Maifon de
Monfieur
GALANT. 289
$
Monfieur , eft morte auffi
depuis peu dejours . Son Al
teſſe Royale, qui a des bontez
particulieres pour fes
Officiers, envoya fçavoir de
Les nouvelles pendant fa maladie
par M' de Beauvais, Ordinaire
de fa Maiſon; & apres
La mort, M' Bailly, quia cette
meſme qualité, alla faire des
complimens de condoléance
de la part de ce Prince à M
Forcadel , Confeiller , Secre
taire du Roy.
Je ne vous parleray point
des Cerémonies de l'ouver
ture du Parlement , vous
Bb Novembre 1681
290 MERCVRE
4
en ayant entretenue deja
plufieurs fois. Je vous diray
feulement quelque chofe des
Difcours qui furent faits
Lundy dernier 24. dencé
mois , jour où l'on commen
ça les Audiences. Celuy de
Monfieur le Premier Prefi
dent, fut, concis, brillant, &
fort , & contenoit plus de
chofes que de paroles. Vous
fçavez que c'eſt la maniere
de ce grand Homme. Il dit ,
Qu'il ne fuffifoitpas auxFuges de
rendre exactement lajustice, mais
qu'ils devoient avoir de l'humis
lité, & fe fouvenir que ceux
GALANT 291
les
qu'ilsjugedient , avoient comme
eux la qualité d' Hommes:
Qu'ainfi ilfalloit avoir de l'honnefteté,
& de la douceur pour
Parties ; Que l'orgueil eftoit la
1 marque d'une petite ame , &que
les Superbes reffembloient aux
Cédres qu'on voyoit fort élevez
mais dont les racines eftoient pet
profondes. Il exhorta en fuite
les Procureurs , à ne point
traiter ceux dont ils défendoient
les Cauſes , plus mal
que ne les traitoient leurs
Parties adverſes , afin qu'on
n'euft pas fujet de dire d'eux,
ce qu'on fupofe que le Ber
Bb ij
292 MERCVRE
ger de la Fable ait dit , Que le
Sacrifice eftoit plus cruel que le
dégaft que les Loups auroient på
faire . Peut-eftre , Madame,
ignorez vous cette Fable,
Un Berger fe plaignit au
Dieu Faunus , que les Loups
portoient fouvent
de ſes
emportoient
Brebis , & que fon Troupeau
diminuoit tous les jours . Le
Dieu répondit que ce dégaft
cellſeroit, s'il luy youloit facrifier
dix Brebis , & les
continuant
à faire
Loups
Q
toûjours le mefme ravage,
il s'en fit facrifier vingt,
& en fuite trente , ce qui fit
i da
GALANT 293
le
dire au Berger , qu'il aimoit
mieux voir venir les Loups,
& qu'ils feroient moins dépérir
fon Troupeau que
Sacrifice qu'il faifoit au Dieu,
Il n'eft point beſoin d'explication
pour faire connoiftre
la moralité que Mª le Premier
Préfident a voulu tirer
de cette Fable.
Ml'Avocat General Ta
lon , parla apres luy fur les
qualitez que doit avoir un
à
bon Orateur. Il fit la defcription
de chacune en par
ticulier , & dit , Que lors qu'on
s'eftoit une fois acquis cet admi
Bb iij
294 MERCVRE
rable talent, un Orateur ne de
voit pas employer toutes les belles
vives couleurs de l'éloquence,
pour traiter toutes fortes defujets;
Qu'ilfe devoitfervir de chacune
felon la beauté de la matiere ;
mais que dans celles ·que l'on trou
ve inépuisables , comme dans les
Panegyriques de Louis LE
GRAND , un Homme éloquent
les devoit employer toutes. 11
prit de là occafion de louer
le Roy, & de dire , que par la
poffeffion de Strasbourg ,
Cazal, Sa Majesté venoit d'af-
Jurer à la France les Clefs de
l'Allemagne, & de l'Italie, Ce
de
GALANT. 295
$
Difcours reçeut beacoup d'a
playdiffemens, & fit dire qu'il
n appartenoit qu'à un
grand Orateur de bien peindre
les Orateurs.
,、
' à un fi
Ce mefme jour 24 du
mois, on ouvrit l'apreldînée
les Ecoles de Medecine , &
M' Puylon , Docteur de la
Faculté, & Profeffeur à Paris,
fit landeffus un fort beau
Difcours Latin . Il eft Fils de
feu M Puylon , fameux Medecin
, & s'eft rendu par luymefme
tres recommandable
dans cet Art. Il a beaucoup
de feu , & d'efprit, ce qui luy
Bb jij
296 MERCVRE
fait penétrer les caufes des
maladies. Il eft éloquent &
fçavant , & c'eft par cette
raiſon que M" de la Faculté
l'ont choify pour donner des
Leçons de Medecine . Il entre
dans fa feconde année de
Profeffeur , & il y a lieu de
croire que ceux qui auront
appris ce grand Art ſous luy,
l'auront appris fur de bons
principes. ]
Mercredy 26. on fit l'as
prefdînée la Mercuriale dans
la Grand Chambre du Parle
ment. Ce fut encor MFA
vocat General Talon qui
2
GALANT 297
1
a
parla. Il fit rouler fon Dif
cours fur la modération que
doivent avoir les Juges , &
edit , Qu'eftant dans un Champ
d'honneur & non de fortune, lòin
defonger à amaffer du bien par
leurs Charges , ils ne devoient
avoir d'autre but que celuy d'acquérir
de la réputation , en ren
dantjuftice à tout le monde avec
une entiere exactitude. 1097535
Il s'eft fait de fort beaux
Difcours à l'ouverture de
plufieurs Tribunaux de France.
Je vous les réſerve pour
le mois prochain , faute de
place, notsT lesHD 2007
298 MERCVRE
Le Roy , dont la modéra
tion eft fi extraordinaire
, &
qui fe contente de meriter
des loüanges fans vouloir
qu'on luy en donne , a refufé
les Harangues qu'on luy
avoit préparées au retourd'un
Voyage auffi heureux que
celuy qu'il vient de faire à
Strafbourg. M du Clergé
n'ont pas laiffé cependant de
luy aller rédre leurs refpects,
& M' l'Archevefque de Paris
l'a complimentéavec lagrace
qui luy eft fi naturelle, fur ce
qu'il a fait dans cette Capitale
de l'Alface en faveur de
la
Religion
.
GALANT. 299
Je vous envoye une feconde
Chanfon d'un affez
bon Maistre pour me tenir
affuré
ten te.
que vous en ferez con-
AIR NOUVEAU.
N dépit de l'Amour, je vivois
fans contrainie. E
Mon coeur depuis longtemps réfiftoit
àfes coups;
Mais enfin qui pourroit ne pasfentir
d'atteinte
D'un maldont la rigueur a des effets
fi doux?
On cherche en vain àſe défendre,
Quand de beaux yeux veulent
charmer.
Si toft outard ilfaut aimer,
Pourquoy refuferde fe rendre?
300 MERCVRE
On ne peut mieux peindre
le cruel chagrin que caufe.
fabfence , qu'a fait le Berger
Fleurifte dans le Sonnet que
vous allez voir.contin and avojā
JAY
S
SONNET
Sur l'éloignement de la
૩. ** belle Cloris. tt
I j'ay l'efprit chagrin , l'ail
trifte, leteintbleme, Velarna Ce
N'en ayez pas d'étonnement;
Mon coeurfent un certain tourment
Qui me rend odieux , & cruel à moymefme.
MES
Aimerfans efperance, eft un fuplice
extrémet Mace !)
Mais des maux qu'on fouffre en
aimant,
GALANT. 301
Lepire eft , à monjugem
Celuy d'eftre éloigné de la Belle qu'on
Haime.
012 25
Ah, fi vous connoiffiez la celefte
Beauté
Dont les attraits m'ont enchanté,
Dont l'abfence aujourd'huy me rend
l'humcar fi noirc;
Tircis, mon cher Tircis, vous fericz
fousfa Loy,
Erloin d'elle, vousferiez gloire
D'avoir l'esprit, les yeux, &le teint
Tɔmme moj, k, is grantees sh
Je viens aux Enigmes. Le
vray Mot de la premiere eſt
enfermé dans ce Madrigal,
qui m'a eſté envoyé au nom
.125.18
302
MERCVRE
de la jeune Mariere, âgée de
feize ans.
A
Jamaa net
H, que le Mercure Galuntas
Ce Mois dernier eft excellent
!
Qu'on prend de plaifir à le lire!
Qu'il estbeau ! qu'il eftcurieux!
Il a tant de beautez , qu'on ne peats
les décrire , food I us
Il charme l'Espritpar les Yeux.
a
Ceux qui ont trouvé ce
mefme, Mot , font M Aulnette
, Chanoine de la Ca
thédrale de S. Paul de Leon,
L'Abbé de la Grenelaye , Le
Hot , Avocat à Caën , Du
Fay - Dautille , de Vernon,
Mademoiſelle Toupet , L'E
GALANT 303
1
३
pagnol Flamand , Le Payfan
bien naturel, L'Indiférent Fi
nancier , L'Orefte nouveau;
Le Pylade Moderne ; Dom
Pedro , du petit Cloiftre ;
Les Freres du Rocher de
l'Evefque, en Baffe Bretagne,
L'honnefte Epicurien ;
L'Indiférent enchaîné ; Le
Captif par force Le Préfent
mystérieux , Le Retour
des Voyageurs d'Angleterre;
Le Jaloux du bon Amy de
l'Hôtel d'Avaux , Le Zéla
teur dudit Hôtel , Les Artifices
découverts ; L'Amant
agreable , quoy
que Trom
304 MERGVRE
peur , Le Satisfait dans tous
états , Les Maſques Inconnus
du Bal de Vitry, Le Har
lequin François , L'Epoufe
Tranquilifée
, Les Enchantereffes
Nocturnes ; La Belle
affligée ; La fiere & belle
Coufine de Lefbie , La Fauffe
Vieille , Les Vandangeufes
d'Auteuil, L'Aimable Veuve
du Marais , La Tourmente
de S.Paul, de Leon.
En Vers Mademoiſelle
de Preveranges ; M' le Jay,
Avocat à Poitiers ; La charmante
Iris , de Tournay ; La
Bergere Iris, d'Abbeville; Le
GALANT 305
Financier par hazard , de la
Rue de Clery ; Le Financier
Poete Moralifte ; le Silence
mefme de la Croix au Lin.
On a expliqué cette mefme
Enigme fur les Pistolets , les
Gonds d'une Forte, les Echo .
Vous trouverez le vray
Mot de la feconde dans cette
autre Madrigal, de Fr. J. Aug.
de
Cambray.
E
LE
in de Sucre eftoit caché
Dans cette Enigme incomparables
Mais eftantneceffaire à table,
lyfut auffitoft rencontré que cherché.
Novembre 1681. Cc
306 MERCVRE
Plufieurs autres ont expli
qué cette Enigme dans ce
mefme fens . Ce font M
Guillot , du Véxin , B. Car
3
rier, de S. Eftienne en Foreft ;
Davilers, du Quartier du Palais
; Madem, de Cluzet, de
Dreux ; Diot le brave Compagnon
, Le Faux Efpagnol
Spectateur, Le beau Receveur
du Grenier à Sel de Joinville
; Le Favory autoriſé, Le
Fortuné Philinte , l'Admirateur
éternel de LouLs LE
GRAND ; Les Réunions Fraternelles
, Les Moraliſtes par
infirmité , Le jeune HiftoGALANT
307
;
rien de l'Hoftel de Soiffons ;
L'Eſcorte du Faux Eſpagnol
Spectateur, Le Gendre pré
tendu fans prétention , L'Infinuateur
fatisfait de toutes
les Dames Les Illuftres
Commis de la Rue de Clery;
La chère Blonde du Marais,
Les anciennes Amitiez de la
Jeuneffe Les
Impatientes
Stérilitez , La Bellemere de
Epoufe triomphante ; L'aimable
de Clérdeüil ; & le
Convié de la Salle inconnu
AID de Sainte Catherine A
EnVers, Mdu Reau, Recteur
de l'Univerfité de Poi-
Cc ij
308 MERCVRE
tiers ; des Regnaudieres , de
la meine Ville , Re. de Sint
Martial , F. Fourary de Bau .
ge en Anjou , Raugy, de la
Rue Maubue , Le Financier
Medecin , Nugavi Reabi
fon , Guillebo ; & Trebuchet
du Palais. La Bouteille, la Por
celaine, es un Verre de Cristal,
font les autres fens que l'on a
donnez à cette Enigme -lah
Tadjoûte les noms de ceux
qui ont trouvé le vray fens
de l'une & de l'autre. M
Layraud, Lieutenant de Roy
en la Ville , & Citatelle del
Dourlans ; Léger de la VerGALANT.
309
briffonne ; L. le Gros , Pro
cureurs à Tours , L'Abbé de
L'Indiférence ; Le Refveur
artificiel , Tamirifte , de la
Rue de la Cerifaye , L'Ana,
corete; L'Amant de l'aima
ble Manon de la Rue des
Teinturiers, d'Abbeville La
Flamande Iris ; L'aimable ,
Lefbies Sylvic duHavre ; Le
Mal -récompenſé de Mouy
en Beauvoiſis ; & l'Amant
fidelle de la Belle Cam
pion. awal ob suul L
En Vers , M Daubainer
L'Ecuyer , K. R. de Morlaix ,
Joubert, de la Ferté- Bernards
rs
310 MERCVRE
น
Le Chevalier de Toutenay
Langlois de
de la Rue des Bourdonnois
; Rault, de Rouen
C. Hutuge d'Orleans , de,
meurant à Mets ; De Clelban,
en Normandie, Defarbois
de Rheims De la
Chauffée le jeune , d'Abbeville
; Le Baq ; Les Cheva
liers de Lieffe de l'Ille ; Le
Solitaire du Parnaffe , de
Rheims L'Amant conf
tant d'une Belle de trois ans;
L'Albanilte , de Rouen ; Le
Chevalier Fredin ; Alcidor,
du Havre , Le Poëte nou
veau né: Sans - foucy , d'Abbeville.
GALANT 311
M de Quervegec - Rolland
, de Morlaix , a fait la
premiere des deux nouvelles
Enigmes que je vous envoye.
La feconde eft du Financier
par hazard , de la
Rue de Clery, old ng asd
alod
ENIGME..
Pot
Lors
Ar un excés d'ambition,
qu'on m'a fait quiter ma preab
miere rudeffe, ub Juul62
Sous un nom éclatant je cache la baf↓
Seffe
trouve en mon extraction.
Pendant un certain temps je fuis
10 affez commode;
Les Belles m'ont mise à la mode,
Et meplacent en lieu d'honneur.
Aufijayfoinpour récompenfe,
312 MERCVRE
Contre un fier Ennemy trop remply
de rigueur,
Depredre ardemment leur défenſe.
Ileft vray que deux Curieux,
Quand onfe fert de moy, ne s'en
trouvent pas mieux,
AUTRE ENIGME.
Res du Fleuve du Rhinj'ay
pris
Commencement,
PR
Etj'y paroisfort noblement
Fe fçay favorifer les Damès.
Je fournis à leur fein une innocente
ardeur,
De cet endroit fans crime ellepofe à
Leur coeur,
Etnefçauroitfouillerleurs ames.
25
Vousenviez morfort, vous malheu
reux Amans,
Qui ne trouvez jamais de trève à
ves
tourmens-
7
GALANT. 313
Et qui dans vos peines cruelles
Napprochez que de l'oeilvos simables
Rebelles.
Mon régne n'apas un long cours;
11finit quand on voit renaistre les
beausidon
beaux jours
.
Mais quoy qu'en peu de temps la
gloire en faitbarnée, \\\
Fen connois qui voudroient avoir ma
deſtinée.
Tel qui de ce bonheur auroit esté
flaté,
Au milieu de l' Hyvet, croiroit trouver
l'Eté.
Je vous ay parlé au commencement
de ma Lettre
du retour du Roy à Saint
Novembre 1681.
* D d
314 MERCVRE
Germain , mais je ne vous
ay rien dit de Monfieur. Ce
Prince arriva avec toute fa
Cour , un jour avant Leurs
Majeftez , & fe rendit à Pas
ris , où il a demeuré huit
ou dix jours . Il avoit de l'im!
patience , ainfi que Madame,
de voir M' le Duc de
Chartres , qui estoit indifpo
fé depuis quelques temps.
Leurs Alteffes Royales ont
raifon de s'allarmer quand
će jeune Prince ſe trouve
mal . C'eft un prodige d'efprit
, mais de cet efprit qui
n'eft pas ordinaire à ceux
# 50
GALANT 315
eft
ر ا ی
qui en font paroiftre beaucoup
à fon age , puis qu'il
accompagné de juge
ment ; ce qui fe remarque
dans fes reparties , où la ju
fteffe & le bon fens égalent
l'efprit. Il femble qu'il n'ait
eu befoin pour guérir que de
la préſence de Monfieur &
de Madames , car aufficolt
apres leur retour zufa fanté
eft revenue, fans aucun fe
cours des Medecins. Pendant
le féjour que Leurs Al
teffes Royales ont fait à Pa
ris , Elles ont efté voir leur
belle Maifon de S. Cloud,
Dd ij
316 MERCVRE
& ont fait quelques voyages
à S. Germain , ne pouvant
eftre éloignées longtemps
de Leurs Majeftez . Elles ont
efté auffi prendre le diver
tiffement de la Comédie à
l'Hoſtel de Guénegaud , où
Elles ont veu une Tragédie
nouvelle, que M ' de la Tuilerie
a fait jouer fous le nom
d'Hercule . CettePiéce a quantité
de beaux Vers, & les Scenes
tédres qui y font meflées
en rendent la repréſentation
fort agreable. Leurs Alteffes
Royales font retournées à
S. Germain , où l'on jouë alGALANT:
317
ternativement tous les Mer
credis & les Samedis le Pourceaugnac
& le Bourgeois Gentilhomme
, ornez de Mufique,
comme je vous l'ay marqué .
Les Comediens Italiens y
ont auffi reprefenté quel
ques- unes de leurs plus plaifantes
Comédies. Il y a fou
vent eu Chaffe , & l'on a efté
plufieurs fois fe promener à
Verfailles. Enfin jamais la
Cour n'a efté plus en joye,
Elle a raifon de fe divertir,
fous un Roy dot le continuel
travail affure la gloire & le
repos du Royaume . J'ay ou
Ddij
318 MERCVRE
blié de vous dire qu'avant
que Leurs Alteffes Royales
partiffent, Elles firent l'hon
neur à M Nocret de tenir fa
Fille fur les Fonts. La Cé
remonie s'en fit dans la Cha
pelle de Madame , par M
Teftu Abbé de Fontaine-
Jean,Aumônier ordinaire de
cette Princeffe , en préfence
de M' le Vicaire de S. Euftaches.
M Nocret a deux
Charges dans la Maiſon de
Monfieur , l'une de Valet
de Chambre , & l'autre de
Premier Peintre de Son Alteſſe
Royale, nog zonda
GALANT 319
8
Il n'y aura aucun Opéra
nouveau pendant tout l'Hyver.
Celuy d'Atys , que Ma
dame la Dauphine n'a point
encore veu , fervira ce Carnaval
de divertiſſement à la
Cour. On affure que la plûpart
des Perſonnes de qualité
qui ont dancé dans le
Triomphe de l'Amour , danceront
auffi dans cet Opéra .
L'Académie de Mufique a
premis celuy de Proferpine
qu'elle donne préfentement
au Public , & qu'on a rendu
nouveau par plufieurs Machines
qu'on y a changées,
Dd iiij
320 MERCVRE
6
l'on a
& par les Entrées que
rendues plus belles , en
meflant la plûpart des Filles
qui ont dancé tout l'Eté
dans ce mefme Triomphe
de l'Amour. M de Lully
travaille à l'Opéra de Perſée
& d'Andromede , qu'il donnera
au Public incontinent
apres Paſques. Il eſt de la
compofition de M'Quinaut.
C'est tout dire en matiere
'd'Opéra.
Une des plus fpirituelles
Perfonnes de voftre beau Sexe,
a écrit icy que depuis fort
de
temps
peu le Fils aîné de
GALANT. 321 ·
M'GuyonDoyen de la Rote,
avoit foûtenu des Thefes
de Philofophie dans l'Eglife
des Jefuites d'Avignon , avec
une netteté & une préfence
d'efprit qui luy avoient attiré
l'applaudiffement de tout
le monde. La Thefe eftoit
dédiée à M le Cardinal:
Cibo , Légat d'Avignon,
dont le Portrait travaillé à
l'éguille or & foye , eftoit
fait avec tant d'art & tant
de délicateffe , qu'il fut admirécomme
un rare Ouvra
ge. M' l'Archevefque , que
ce Cardinal avoit prié de te322
MERCVRE
nir fa place , invita à cette
folemnitétrois autres Prélats
fes voifins , qui furent M
Lafcaris , l'Evefque de Carpentras
, M' de Sade-Mafan
Evefque de Cavaillon , &
M' l'Evefque d'Orange. Apres
un magnifique Repas
qu'il donna dans fon Palais
à ces Evefques & à la Compagnie
de la Rote , il partit
cavec un Cortége d'environ
quarante Carroffes , & fe
rendit à l'Eglife des Jefuites,
où ces quatre Prélats fe placérent
fous un grand Dais
de velours cramoify , au brüit
GALANT. 323
E
des Trompetes & des Hautbois
, apres quoy la Mufique
& les Violons augmentérent
le plaifir qu'il y avoit
de voir le grand nombre de
3 Perfonnes de qualité qui
compofoiene l'Affemblée .
Leurs Majeftez Catholiques
ont pallé quelques
jours du dernier mois à l'Ef
curial , d'où le Roy a cfté
prendre le divertiffement de
la Chaffe dans le voisinage
de Ségovie. Je vous ay donné
la premiere Veuë de cette
Maifon Royale , en vous envoyant
la Planche de fon en324
MERCVRE
Ce
trée dans ma quinziéme Lettre
Extraordinaire. Je vous
envoye aujourd'huy celle
de la premiere Court.
Palais , pour le baſtiment
duquel Philippe II . a dépenfé
prés de fix millions d'or,
eft au pied d'une Montagne,
& aupres d'un petit Village
appellé l'Efcurial , qui ne
fournit aucun logement , ce
qui a lieu de furprendre , la
Ĉour y allant trois ou qua
tre fois l'année. Le lieu où
eft la Maiſon fe nomme El
Sitio
par excellence , à cauſe
qu'on l'a applany pour y bâ,
GALANT. 325
1
tir. L'Edifice eft un tresbeau
quarré , qui a quatre
Tours aux quatre coins . On
trouve en entrant une longue
Place , qu'il faut traverfer,
pour paffer de là en deux
Corps de Logis, qui en font
comme les Offices , & les
Logemens des Gens de la
Cour. Apres qu'on a côtoyé
toute cette Façade du
quarré , on arrive à celle qui
regarde la Montagne. On y
voit un grand & magnifique
Portail , dont les coftez fortent
en maniere de Colomnes
. C'eft par là qu'on en
326 MERCVRE
7
tre dans une Court prefque
quarrée , au bout de laquel
le , & vis-à-vis du Portail,
on trouve l'Eglife . On y
monte par un Perron de
einq ou fix marches , qui
s'étendent d'un bout à l'au
ne de la largeur de la Court.
De belles Colomnes foû
tiennent de Porche, & fix
Statues font dans le plus
haut de la muraille. Les
deux du milieu repréſentent
David & Salomon , & fous
ces Figures on a eu deffein
de faire connoiftre Charles-
Quint & Philippes Ilol!
GALANT. 327
Je vous mande tous les ans
ce quife paffe au Siége & à la
Prife du Fort que l'on fait cóftruire
pour apprendre à la
Nobleffe de l'Académie du
Fauxbourg S. Germain, dont
je vous ay déja parlé plufieurs
fois , le Métier de la
Guerre autrement que par
des leçons. Plus de foixante
jeunes Gentilshommes de
la premiere qualité de l'Europe
, y ont fait paroiftre
leur adreffe cette année , &
fe font montrez fi fçavans
en ce bel Art , qu'ils fembloient
l'avoir appris en ap328
MERCVRE
prenant à marcher & à parler.
Je fuis trop preffé du
temps pour vous pouvoir .
faire la Deſcription
de l'At- .
taque de ce Fort , qui a duré
environ deux mois. Je
vous diray feulement
que
depuis fa Prife , le Public a
fait une grande perte par la
mort de Meffire Jacques
Bernardy , Chevalier , Efeuyer
ordinaire du Roy , qui
commandoit
cette Académie.
C'eftoit un Homme
agreable & complaifant avec
fes Amis , folide quand on
le confultoit , ferme & fevéGALANT.
329
re lors qu'il s'agiffoit de
maintenir l'ordre , & dont
la naiffance eftoit affez élevée
, pour obliger tous les
Gentilshommes , qui faifoient
chez luy leurs Exerci
ces , à luy obéir fans répu
gnance. Si quelque chofe
peut confoler de la perte ,
c'eft que l'Académie qu'il
laiffe ne fera pas moins florif
fante qu'auparavant. M' de
Mefmon remplit dignement
fa place , & mefme on peut
dire qu'il la rempliffoit déja
de fon vivant. Il eſt ſçavant
dans fa Profeffion , & n'a-
Novembre 1681. Ee
330 MERCVRE
voit que dix-huit ans , lère
qu'il fut choily par Monfieur
le Prince , pour mon
trer à Monfieur le Duc , &
enfuite à Mª de Longueville
Quelque temps aprés y le
Roy l'appella à fon fervice,
& le mit dans fa grande Ecutie.
Il a l'efprit doux , &
les manieres honneftes. Son
nom eft fameux dans la Profeffion
qu'il a embraffée , &
il le va rendre encor plus
celebre , ayant commencé
avec des avantages que feu
Mde. Mefmon fon oncle
n'a pas eus d'abord. Pour
.
GALANT 331
)
Mi de Chasteauneuf, il n'a
qu'à continuer ', ainfi qu'il
a commencé. Feu Monfieur
le Prince de Conty , qui fe
connoiffoit fi bien en Gens,
avoit jetté les yeux fur luy,
pour l'affocier avec M' Ber.
rardy. Ilenfeigne avec beau
coup de capacité & de bon
fens , aux Gentilshommes de
l'Académie , l'Hiftoire , la
Géographie , le Blaſon , &
mefme tout ce qui peut regarder
la Guerre. On a pris
garde qu'il infpire à tous momens
à la Jeuneſſe , l'amour
qu'elle doit avoir pour le fer-
Ee ij
332 MERCVRE
vice du Roy. Je ne dois pas
oublier à vous apprendre
que feu M' Bernardy a laiffé
dans fon Académie un Ne
veu de mefme nom. Ce Neveu
travaille déja avec un
fuccés qui doit faire croire
qu'il ira un jour auffi loin
que Filluftre Mort, dont il a
fuivy la Profeffion.
4
Je vous parleray la pre
miere fois des Cerémonies
que l'on fit le Mois paſſé, en
établiffant la nouvelle Chancellerie
de Tournay.
Pour le Diférent dont il ..
vous plaift me faire le Juge
1
GALANT 333
vous poffedez trop bien nôtre
Langue, pour n'avoir pas
déja dit à la Dame qui prend
le party de Dites- ly , contre
Dites-luy , qu'elle ne peut
éviter d'eftre condamnée.
La prononciation de Dites- ly
eft tres - vitieuſe , à moins
qu'on ne l'adouciffe dans les
Converfations familieres, en
luy faifant tenir un peu de
l'un & de l'autre. Quand le
verbe nuire fuit le pronom
luy je croy que l'on doit
prononcerly , comme l'envie
de ly nuire , & non de luy
nuire , parce que luy nuire ne
334 MERCVRE
fans
peutelt
peur
eftre eftre
prononcé
beaucoup
de peine
. Je vous
dis ce que
je penfe
, fans
prétendre
décider
, & fuis, Madame
, voftre
& CJAD
EXUDAZM
*b
Paris
ce 30. Nov.
1681
, 10
„Blah north
sup saopubisigion
ø29
-insid
- si ung seinngun'b
desdɔa
215) 29rapie
V
*531 Il y a déja neuf Liftes des
Avis du Journal general de France,
qui fe trouvent chez le Sicur
Blageart , Court - neuve du Palais
. Tous les feudys il en diftri
buera une nouvelle,
& saalivirst an work wok dirurgienst & 22
ne zluq , 3liardi ) -anmi.quií , nes geld
PA
I
Extrait du Privilege du Roy.
Ar Grace & Privilege du Roy, Donné à
S. Germain en Laye le 31.Decembre 1677 .
Signé,Par le Roy en fon Confeil, JuNQUIERES.
Il eft permis à J. D. Ecuyer, Sieur de Vizé,
de faire imprimer par Mois un Livre intitulé
MERCURE GALANT, preſenté à Monſeigneur
LE DAUPHIN, & tout ce qui concerne
Tedit Mercure, pendant le temps & efpace de
fix années, à compter du jour que chacun defd,
Volumes fera achevé d'imprimer pour la premiere
fois : Comme auffi defenfes font faites
à tous Libraires , Imprimeurs, Graveurs & a
tres, d'imprimer, graver & debiter ledit Livre
fans le confentement de l'Expofant , ny d'en
extraire aucune Piece , ny Planches fervant à
l'ornement dudit Livre, mefme d'en vendre feparément,
& de donner à lire ledit Livre, le
tout à peine de fix mille livres d'amende, &
confiſcation des Exemplaires contrefaits, ainfi
que plus au long il eft porté audit Privilege.
Regiftré fur le Livre de la Communauté le s.
Janvier 1678. Signé, E.COUTEROT, Syndic.
Et ledit Sieur D. Ecuyer , Sieur de Vizé ,
a cedé & tranfporté fon droit de Privilege à
C. Blageart , Imprimeur - Libraire , pour en
jouirfuivant l'accord fait entr'eux .
doheve d'imprimer pour la premierefoi
le 30. Novembre 1681.
Qualité de la reconnaissance optique de caractères