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Eur.
511
m
1681.9
Eur 571227 - 1681,9
Mercure
<36624573420011
<36624573420011
Bayer. Staatsbibliothek
33
toin A
Bayerische
Staatsbibliothek
München
MERCURE
GALANT
DEDIE' A MONSEIGNEUR
LE DAVPHIN.
SEPTEMBRE 1681.
A PARIS .
AV PALAIS.
. ן י
ONdonnera toûjours un Volume
nouveau du Mercure Galant le
premier jour de chaque Mois, & on
le vendra , auffi- bien
auffi-bien que l'Extraordinaire
, Trente fols relié en Yeau,
& Vingt-cinq fols en Parchemin.
A PARIS,
Chez G. DE LUYNE, au Palais , dans
Salle des Merciers, à la Juſtice .
Chez C. BLAGEART , Rue S. Jacques,
à l'entrée de la Rue du Plâtre,
Et en fa Boutique Court - Neuve du Palais,
AU DAUPHIN.
Et T. GIRARD, au Palais, dans la Grande
Salle, à l'Envie .
M. DC. LXXXI.
AVEC PRIVILEGE DV ROI.
Le XV . Extraordinaire fe diftribuera
le 15. d'Octobre 1681 .
$25252:5222525225
TABLE DES MATIERES
contenues dans ce Volume.
Vant
Aversfur la fonction des deux
Mers,
Lettre de Hanover,
Siege galant SAS
S
14
25
Ceremonies obfervées à la Reception des
Chevaliers de l'Ordre de S. Marc, 49
Le Triomphe de l'Amour , Epitha
lame,
Defcription du feu du Monde,
$9
71
Querelle de Paris & de la Province, en
Profe & enVers, 78
Cerémoniesfaites à Chaumont en Vexin,
. 103
Nouvel Etablissementfait à Gex, 139
Les Arbres, Idille,
Ce
147
qui s'eft paffe le jour de S. Louis à
Académie Françoise , avec l'Eglogue
qui a emporté le Prix des Vers,
•
ISO
aij
TABLE.
186
Cerémonies faites à Marseille,
Nouvel Etabliffement d'une Compagnie
d'Afrique , avec les noms des Intéreffez,
131
Extrait d'une Lettre tres-curieufe écrite
194
de la Chine ,
Stances fur la Fievre d' Amarante , où
la Fieure & l'Amourfont comparez,
214
Effets de l'imagination des Femmes
groffes,
Hiftoire,
218
226
Tout ce qui s'eft passe à Edimbourg
depuis l'ouverture du Parlement d'E
A
coffe,
260
Grand zele des Apprentifs de Vveftminfter
pour le Roy d'Angleterre,
309
Entréefaite à Laon par M. l'Evefque
de ce nom ,
27
311
Haranguefaite par le Fils de M. Talon,
agé de cinq ans, 314
Election d'un Grand- Prieur faite par
Meffieurs de S. Victor,
Nouvelles de Siam,
316
317
TABLE.
343
Suite des Divertiſſemens deHanover,331
·Benéfices donnez par le Roy ,
Ce qui s'eft paffe pendant la maladie de
2. Monfieur,
Medecins de Monfeigneur le Dauphin
de Madame la Dauphine, nommez
par le Roy,
350
354
Mort de l'ancien Evefque de Tarbes, 355
Mort de Madame de Péquigny , Ducheffe
de Chaunes,
Mort & Pompe funebre de Mademoifelle
de Tours,
Enigme,
Autre Enigme,
357
358
364
365
Tout ce qui s'eft paffe à Fontainebleau.
pendant lefejour de Leurs Majeftez,
2366
Promotion de feize Cardinaux, 389
Mort de M.le Maréchal de la Ferté,
380
Départ du Roy,
fond,
380
Mariage de M. le Marquis de Belle-
381
Ouverturedu Bureau de Rencontre, 382
Fin de la Table.
I
Avis pour placer les Figures.
A Croix de Chevalier de S. Marc
doit regarder la page 58.
L'Air qui commence par Vous qui
craignez tant que les Loups , doit regarder
la page 5 .
La Médaille de Madame la Ducheffe
de Fontange doit regarder la page 311.
L'Air qui commence par fadore
une Beauté fi fiere & fi crnelle, doit regarder
la page 350..
2252525252525222
AVIS.
Navertit qu'il ne faut donner
aucun argent pour faire recevoir
les Mémoires qu'on fouhaitera de
voir employer dans le Mercure Ga
lant.
On les mettra tons, pourveu qu'ils
ne defobligent point les Particuliers
par quelques traitsfatyriques , & que
les Hiftoires qu'on envoyera n'ayent
rien qui blefle la modeftie des Dames.
On prie qu'on affranchiffe les ports
de Lettres, & qu'on les adreffè toujours
chez le Sieur Blageart , Imprimeur-
Libraire, Rue S.Jacques, à l'entrée
de la Rue du Plaftre.
Les Particuliers , ou Libraires des
Provinces, qui fouhaiteront avoir le
Mercure fi - toft qu'il fera achevé
d'imprimer, n'ont qu'à donner leur
adreffe audit Sieur Blageart, qui a fa
Boutique dans la Court-neuve du Palais
, au Dauphin , & il aura foin de
faire leurs paquets fur l'heure , & de
les faire porter à la Pofte , ou aux
Meflagers qu ils luy indiqueront, fans
qu'il leur en coufte rien pour la peine
qu'il en prendra , parce que lefdits
Particuliers ou Libraires qui les recevront
, en acquiteront le port fur
les lieux .
On a déja prié bien des fois ceux
qui envoyent des Mémoires où il y a
des noms propres , d'écrire ces noms
en caracteres tres bien formez. C'eſt
à quoy on manque tous les jours ; &
ce qui eft caufe qu'on les met mal . II
y a auffi des Pieces qu'on ne met
point , parce qu'elles font trop difficiles
à lire .
Il refte toûjours quantité de Pieces
qui auront leur tour, ou dans le Mercure,
ou dans l'Extraordinaire. Ainfi
les Autheurs ne fe doivent point impatienter.
Les premieres reçeuës font
toujours mifes les premieres, à moins
quela nouvelle matiere qu'on envoye,
ne foit tellement du temps, qu'on
ne puiffe diférer .
On avertit que les Mercures qui
s'impriment en Hollande & en quelques
Villes
peucorrects Allemagne , font fort
& tronquez en beaucoup
d'endroits.
Extrait du Privilege du Roy.
Ps.Grace & du.Decembre 1977.
Signé,Par le Roy en fon Confeil , JuNQUIERES .
Il eft permis à J. D. Ecuyer, Sieur de Vizé,
de faire imprimer par Mois un Livre intitulé
MERCURE GALANT , preſenté à Monſeigneur
LE DAUPHIN , & tout ce qui concerne
Tedit Mercure, pendant le temps & efpace de
fix années, à compter du jour que chacun defd .
Volumes fera achevé d'imprimer pour la premiere
fois : Comme auffi defenfes font faites
à tous Libraires , Imprimeurs, Graveurs & au.
tres, d'imprimer , graver & debiter ledit Livre
fans le confentement de l'Expofant , ny d'en
extraire aucune Piece , ny Planches fervant à
l'ornement dudit Livre , mefme d'en vendre feparément,
& de donner à lire ledit Livre, le
tout à peine de fix mille livres d'amende, &
confifcation des Exemplaires contrefaits , ainfi
que plus au long il eft porté audit Privilege.
Ar Grace & Privilege du Roy, Donné à
Regiftré fur le Livre de la Communauté le s.
Janvier 1678. Signé, E. CoUTEROT , Syndic ,
Et ledit Sieur D. Ecuyer, Sieur de Vizé,
a cedé & tranſporté fon droit de Privilege à
C. Blageart , Imprimeur- Libraire , pour en
jouir fuivant l'accord fait entr'eux.
Achevé d'imprimer pour la premiere fois
le 30. Septembre 1681 .
MERCVRE
GALANT
SEPTEMBRE 1681.
L
Es Actions de gran
deur, de juftice , &
de pieté , de noftre
augufte Monarque
, font en
fi grand nombre , que lors
que j'en fais le premier Article
de toutes mes Lettres,
A
Septembre 1681.
2 MERCVRE
vous ne devez pas vous étonner,
s'il m'en échape toûjours
quelqu'une que je fuis
contraint de rapeller dans le
Mois fuivant. C'eſt par cer
accablement d'inépuisable
matiere, que j'oubliay la derniere
fois à vous parler du
zele fervent que ce Grand
Prince a fait voir pour le
châtiment des Blafphémateurs.
Outre toutes les Ordonnances
fur ce fujet , qui
doivent eftre obfervées par
tout le Royaume , Sa Majeſté
a donné encor des ordres
tres-rigoureux à M ' le Grand
GALANT.
3
Prevoft, pour ce qui regarde
la Cour. Elle veut qu'il faffe
punir feverement les Particuliers
, & qu'il luy rende
un compte fidelle des crimes
de cette nature qu'auront
pû commettre les Perfonnes
d'un rang élevé, afin qu’Ellemefme
elle en ordonne la
peine. Apres des exemples
d'une pieté fi digne d'un
Roy véritablement Chreftien
, demandera- t - on d'où
viennent toutes les profpéritez
dont joüit la France ?
C'eſt peu de dire qu'elles
continuent depuis long-
A ij
4 MERCVRE
temps , puis qu'on les voit
s'augmenter
de jour en jour,
& qu'elle ne fait aucune Entreprise
qui ne luy apporte
autant d'utilité que , de gloire.
Vous en eftes convaincuë
par l'heureux fuccés qu'a
eu le Canal de Languedoc
.
Quoy que l'exacte Relation
que je vous en ay envoyée,
vous en ait affez expliqué les
avantages, je croy vous faire
plaifir d'y adjoûter la Peïnture
qu'en a faite M' Rault
dans les Vers fuivans. Tant
d'Ouvrages
curieux luy ont
acquis voltre eftime , que
GALANT.
5
fon nom fuffit pour vous
faire attendre un fort grand
plaifir de cette lecture.
| 25555255$ 2225 225
SUR LA JONCTION
DES
DEVX MERS.
L
OVIS fçait triompher &fur
Mer&furTerre,
Il ne luy fuffit pas de triompher en
guerres
Iln'eft point d'Elément, qui pour
fuivrefes Loix ,
Comme à l'ordre des Dieux , n'obeiffe
àfa voix.
Il commande , & le Feu porte en tous
lieux la foudres
A iij
6 MERCVRE
L'Air quife joint au Feu, met des
Ramparts en poudre.
La Terre accoûtumée aux plus pefans
fardeaux,
S'étonne d'en voir faire autant au
fein des Eaux.
Ainfi le Rhin reçeut, malgréfesflots
rapides,
Surfon dos écumant des Machines
folides;
Etfur des Ponts flotans , dont il fe
vit preſſe,
Des Chevaux & des Chars librement
ont paffé.
Les Rochers à leur tour deviennent
navigables;
L'on traverfe des Monts jadis impénétrables.
Les Ponts portent des eaux ,
Vaiffeaux chargez
où les
Trouvent par leurs conduits des
chemins abregez.
GALANT.
7
Là, tantoft à la Rame, & tantoft à
la voile,
L'on cinglefans s'aider de Bouffole
ou d'Etoile.
Les Filotes que l'art conduitpar des
refforts,
En des Lieux inconnus trouvent de
nouveaux Ports.
Sur une Mer nouvelle, où l'induſtrie
éclate,
Ils ne redoutent point les courfes du
Pyrate.
Les Goufres, les Rochers , les Bancs
& les Ecueils,
De nos Typhis nouveaux ne font
point les cercueils.
La tempefte jamais n'y fait enfler
les ondes,
Le calme les retient en leurs couches:
profondes.
L'eau qu'enferme un Etang, ou celled'un
Marais,
8 MERCVRE
N'ajamais pû garder une plus douce
paix.
Quelque cours qu'au Canalprennent
les eaux panchantes,
Il est toujours aifé d'en poursuivre
les pentes.
L'Eclufe à divers temps enfoûtient
le fardeau,
Et peut feule regler le mouvement
de l'eau.
S'ilfaut qu'ilfoit rapide, elle en hafte
la courfe,
An moment qu'on la leve au deffous
d'une fource;
Et de mefme qu'on peut le rendre
violent,
Onpeut leretarder,quandilfautqu'il
*foit lent.
Ces merveilleux Secretsfont d'un
profond Génie,
Etmarquent de LOVIS la puiſſance
infinie,
GALANT. 9
De LOVIS dont le Bras plus grand
que l'Vnivers,
Parfonfameux Canaljoint enſemble
deux Mers,
Et quiparfes Travaux, enfaveur
"
de la France,
Aux lieux les plus deferts répandant
l'abondance,
Sçait conduire à leurfin fes deffeins
glorieux,
· Etfait ce que n'ont pû fon Pere&
fes Ayeux.
Lesplus riches Tréfors qui naiſſent
vers l'Aurore,
Etque l'onjoint à ceux que produit
le Bosphore,
Transportezpar le cours de ce Canal
panchant,
Vontfans ceffe enrichir les Rives ™
du Couchant.
L'Amérique pour nous nefera plus
avare,
10 MERCVRE
Les Indes nousferont leur préfent le
plus rare,
Et les Vaiffeaux chargez , au retour
de Cadix,
De l'une à l'autre Mer rendront ce
qu'ils ont pris.
LesBiens qui s'épandront dans toutes
les Provinces,
Apportez des Païs des plus éloignez
Princes,
Par leficours des Eaux , & celuy
du Canal,
Nous feront admirer leur Terroir
libéral.
Qu'on ne nous vante plus ce
merveilleux Ouvrage,
Quifut chez les Troyens leprodige
de l'âge,
Oùles Dieux ayantpris la forme des
Humains,
Donnerent avec l'art le travail de
leurs mains.
GALANT. II
CesRamparts orgueilleux, ces illuftres
Pergames,
Quifentirent des Grecs lafureur&
les flames.
Ces pompeux Ornemens de l'antique
Ilion,
Quoyqu'Homere en ait dit,n'eftoient
quefiction.
Ces Dieux qui de leur tempsfurentce
quenous fommes ,
S'eftoientpar leur renom fouftrait an
rangdes Hommes;
Etfila Fable en fit des Braves, des
Héros,
Lagloire n'en brilloit qu'enla pompe
des mots.
La Montagne d'Athos , autrefois
penétrée,
Nepûtjamais donner une affezlibre
entrée
Aux Vaiffeaux dont Xerxés voulut
couvrirla Mer,
1
12 MERCVRE
Soitpour y faire voile, ou qu'ilfallut
ramer.
Ce Canalpréparépour la Pompe.
Romaine,
Qui coufta tantdefoins, de travaux
& de peine,
Et qui devoit de Rome arrofer les
Ramparts,
Apporta peu degloire au plus grand
des Céfars
La Nature icy cede, & quoy qu'elle
s'étonne
De recevoir les Loix qu'un vray_
Hérosluydonne,
Elle obeit foudain à fes commandemens,
Et foûmet à fa voix juſques aux
Elémens.
La distance des lieux ne luy faitpoint
d'obstacle.
L'eau regorge au Canal comme par
un miracle;
GALANT. 13
Et.c. qui pút fembler impoffible
autrefois,
Eft aujourd'huy facile au plus puiffant
des Roys.
Ouy, ce Canal qui doit embellirfon
Hiftoire,
En éternifera le nom & la mémoire,
*Et dira que LOVIS triomphant,
glorieux,
Eft au deffus des Roys, des Céfirs, &
des Dieux.
Je vous fis le dernier mois
un fort long détail du Baler
champeſtre dancé à Hanover
fous le titre de la Chaffe
de Diane , mais ce fut fans
vous rien dire de particulier
du magnifique Repas qui le:
14 MERCVRE
préceda . Voicy les Nouvelles
que l'on en a reçeuës
icy.
$225525$52 SSSSES
A MONSIEUR DE ***
A Hanover ce 18. Aouft 1681 .
JE
que
l'on donne
E fais ce que vous voulez;.
&pour fatisfaire vostre curiofité
, je continue le Recit des
Divertiſſemens
en cette Cour à la Reyne Mere
de Dannemark. Hyer 17.de ce
mois , onfortit de la Ville fur le
foir en fort grande pompe. Sa
Majefté, les deux Electricesfes
GALANT. 15
1
Filles , tous les Princes & Princeffes
, allerent à la promenade.
Le Cortege eftoit de cent Carroffes
, tous les Etrangers ayant
envoyé les leurs ; outre ceux de
Son Alteffe , & plufieurs autres
des Particuliers de la Cour &
de la Ville . Ce fut comme une
efpece de Cours depuis leJardin
de Leiné jufqu'à Hernhans.
On côtoyoit une Allée d'Arbres
plantez pour la perspective du
grand Theatre , & bordée de Soldats
de l'un de l'autre côté.
Cette Allée eftoit embellie en
plufieurs endroits du Chifre
de la Couronne de la Reyne,
16 MERCVRE
de plufieurs Piédeftaux dans lef
quels diférens Feux d'artifice
eftoient renfermez.
A huit heures & demie du
foir, onfit entrer la Reyne dans
le grand Jardin , où l'on avoit
préparé huit longues Tables tresbien
couvertes ,fous les Berceaux,
fous de grandes Feuilléesfaites
exprés pour traiter tous ceux
qui compofoient ce nombreux.
Cortege. Ces Tables contenōient
trois cens Couverts. Sa Majefté
avec tous ces Princes & Princef
fes, vint defcedre au milieu d'un
des grands Berceaux , qui s'ouvrit
d'abord par un des côtez,
GALANT. 17
fit voir une tres - fuperbe
Feuillée. Elle eftoit grande t
fpaticufe , éclairée par plufieurs
Luftres & par quantité de Bras
d'argent & de vermeil doré,
de plufieurs Plaques de mefme
matiere . Le Feuillage des quatre
côtez eftoit meflé d'un nombre
infiny de Fleurs , & à chacun
des quatre côtez il y avoit trois
grandes Glaces de Miroirs boxdez
de verdure. Plufieurs rares
Tableaux ou Portraits de Dames :
*
Yparoiffoient, bordez de la mefme
forte au deffus & aux côtez
des Miroirs . foignez à cela qua--
tre Grotes ornées d'un Coquillage
Septembre 1681.
B
18 MERCVRE
choify. Comme on avoit eufoin
de les éclairer , elles faifoient
voir aux quatre coins de cette
Feuillée des fets d'eau & des
Cafcades , qui par le bruit de
leur chute & par leurs bouillons
élevez en l'air , divertiffoient
"agreablement l'oreille & lesyeux
des Spéctateurs. C'eftoit une invention
du S Cadar, qui eut
un fot grand fuccés.
La Table
que l'on dreffa au
milieu de la Feüillée , eftoit en
forme de coeur, & feulement de
douze Couverts , les Princes &
les Princeffes qui eftoient de
quelque Entrée de Balet, ayant
GALANT.
19
la leur fous une autre grande
Feuillée , faite le long d'une des
ailes du Théatre. Elle eftoit de
quatre- vingts Couverts pour
tous les Danceurs , avec Leurs
Alteffes: Aucun d'eux ne fe
laiffa voir dans l'Aſſemblée,
parce qu'on vouloitfurprendre la
Reyne,& toute la Cour . L'Ambigu
quifutfervy, eftoit ordonné
admirablement ,
manqua, ny pour
(
rien n'y
l'abondance,
ny pour la délicateffe. Il fuffit
que le Baron de Platen de dire
nostre Grand Maréchal s'en
eftoit meflé , & que cette mer-·
veillenfe Feuillée eftoitfon Ou
Bij
20 MERCVRE
vrage . Tout le monde le connoit
pour un Homme auffi intelligent
qu'il eft magnifique . F'oubliois à
vous parler du Lambris de la
Feüillée , qu'on voyoit remply
d'Oranges , de Citrons , & de
plufieurs autres Fruits meflez
avec la verdure.
Si-toft que la Reyne fe leva
de table, la Feüillée s'ouvrit tout
d'un coup enface , & l'on commença
à voir leThéatre du Balet
avec fa longue Perfpective é
clairée de toutes parts . Les Ombres
de la Nuit avoient auffi leur
Théatre, fur lequel on les apper
geur dans l'éloignement. Un
GALANT. 21
"
grand Fantôme qu'on vit def
cendre du Ciel , & qui fe plaça
au milieu des Ombres , les fit
difparoistre à fon abord. Il eftoit
remply de Feux d'artifice qui firent
un fort bel effet . Cependant
l'Aurore parut fur un grand
Théatre roulant , & s'avança
peu à peu jufques fur celuy où
l'on devoit dancer le Balet. Elle
eftoitfuivie d'un Ange de Lumiere
du Point - du - four , de·
deux Nymphes portant des Corbeilles
pleines de Fleurs , & de
huit Hérauts qui annonçoient
Ja venuë au fon des Flûtes douces,
aufquelles les Violons, Cla22
MERCVRE
veffins, Baffes de Violes, & autres
Inftrumens , répondoient de
la maniere du monde la plus
agreable. Cette merveilleuſe
Symphonie accompagna un Concert
de Voix qui charma d'abord
toute l'Affemblée. Ce premier
Spectaclefervit de Prologue au
Balet de la Chaffe de Diane,
préfenta le Sujet à la
de
dont on préſenta
Reyne & à tous les Princes &
Princeffes qui eftoient aupres
Sa Majesté, à l'ouverture de cet
éclatant Théatre. La Fefte finit
par un beau Feu d'artifice , qu'une
Fufée qui partit du Lieu où la
Reyne estoit affife , alla allumer
GALANT. 23
à plus de mille pas loin de la.
Les Princes & les Princeffes
qui ont dancé au Balet, fe font
attirez l'admiration de tout le
monde. Tous ces plaifirs ont duré
jufques à deux heures après minuit
; & ce fomptueux Repas,
avec le Balet, & le dédommagement
des Champsdes Particuliers
que l'on a gâtez, revient à
plus de dix mille Ecus . Vous
voyez par
là
que
S. A. S. n'épargne
rien pour bien divertir
Sa Majesté. Tout le Chemin au
retour eftoit bordé de Lumieres,
toutes les Maifons de la Ville
illuminées , depuis la Porte de
24 MERCVRE
Kalembergjufques au Chafteau.
On doit fe delaffer aujourd'huy
à une Comédie intitulée La Jobin
, fameufe Devinereffe,
pendant qu'on prépare les Machines
pour repréſenter Les Amours
de Jupiter & de Semelé.
De tous les Divertiffemens
qu'on a donnez à la Reyne,
aucun n'a paru plus agreable à
tout le beau monde, que la Comédie
Françoife, & les Balets:
M' le Landgrave que
attendoit icy , n'y eft point encor
venu. Madame l'Electrice de
Saxe a un Train fort magnifi
que. Onfe dispofe à partirdans
quelques
l'on
GALANT 25
quelquesjours pour aller à Zell,
où tout est prest pour y recevoir
la Reyne . Je feray de ce voyage,
vous rendray compte de ce
qui s'y paffera.
Si le feul récit de ces
grandes Feftes donne du
plaifir à ceux qui ne peuvent
s'en former qu'une fimple
idée, jugez , Madame , combien
elles doivent divertir
quand le Spectacle occupe
les yeux , & qu'on eſt témoin
de ce que les plus exactesRélations
ne repréſentent jamais
que fort
imparfaite-
Septembre 1681.
C
26 MERCVRE
ment. Comme il eft des
Feftes de toute nature , j'ay
à vous parler d'une autre,
dont la nouveauté vous furprendra.
Quoy qu'il n'appartienne
qu'aux Souverains
de faire la guerre , des
Particuliers n'ont pas laiffé
d'entreprendre un Siege ; &
ce qui vous paroiftra le plus
incroyable , ce Siege a efté
formé par des Officiers de
voftre beau Sexe . Diverfes
Societez s'eftant faites à Die
Ville de Dauphiné, pendant
la faifon du Carnaval , entre
des Perfonnes fort confidé
GALANT. 27
rables , chacune prit le nom
d'un Regiment , felon qu'
elles crûrent fe le devoir impoſer.
On en nomma de Dragons,
de Turenne, de Montclar
, & d'autres. Ce dernier
eftant demeuré en union , fe
fignala par mille Parties galantes
, qui le diftinguerent
avec beaucoup d'avantage.
Il portoit le nom d'une Dame
de fort grande qualité,
Veuve d'un Seigneur de
Montclar, & prochę Parente
de feu M' le Duc de Lefdiguieres
. Cette Dame, régalant
un jour fa Troupe par
Cij
28 MERCVRE
un Repas magnifique , dit
à M ' du Cros, qui eftoic un
Gentilhomme de cette Societé
, Petit- Fils d'un Préfident
de Grenoble de ce mefme
nom , qu'elle avoit réfolu
d'aller l'affieger avec fon
Regiment , à Chamarges .
C'eſt une Maiſon qu'il a à
un quart-de-lieuë de Die.
Ce Gentilhomme
luy répondit
agreablement qu'il acceptoit
le défy, & qu'il promettoit
de bien s'acquiter
de fon devoir , pourveu que
le Siege fe fift dans les formes.
Cette menace d'un
GALANT. 29
Siege que vouloient faire des
Dames , fournit beaucoup
de matiere
à la converfation
,
mais enfin d'une choſe dite
en plaiſantant
, on en fit une
affaire férieuſe . Le Gentilhomme,
en qualité de Gouverneur
de la Place , affura
qu'il donneroit
tout le divertiffement
poffible dans fa
défence
; & les Dames qui
fe promirent
un fort grand
plaifir d'une nouveauté
de
cette nature , donnerent
parole
d'en entreprendre
l'Attaque.
La Partie ayant efté
réfolue , chacun fongea
à s'y
Cij
30 MERCVRE
préparer , & depuis le Carnaval
jufqu'à l'exécution qui
fut au commencement de
Juin , on ne parla d'autre
chofe dans toute la Ville. Le
Gouverneur de Chamarges,
( c'eftoit le nom que prenoit
M' du Cros ) n'oublia rien
de ce qui pouvoit donner
de l'agrément à ce Siege,
& pour en augmenter les
plaifir en le rendant régulier,
il emprunta le fecours
de quelques Officiers de
Cavalerie du Regiment de
Crillon , & de la Compagnie
de M ' de Maffot , qui
GALANT. 31
eſtoient alors en quartier
à Die. Ces Meffieurs tracerent
d'abord des Fortifications
autour de la Place,
& quoy que l'ouvrage en
fuft fort leger, on ne laiffoit
pas d'y voir toute la figure
des mieux travaillée. On y
fit loger enfuite quelques
petites Pieces de campagne,
que M' de Ferriol Gouver
neur de Die permift qu'on
tiraft de fa Citadelle. On fit
compofer grand nombre de
Feux pour faire l'effet des
Bombes, des Grenades , &
des Petards , & on eut mef
C iiij
32 MERCVRE
·
me le foin de faire creufer
des Mines qui devoient enlever
des bagatelles , afin de
marquer la diverfité des Attaques.
Toutes ces choſes
eftant difpofées , on feignit
une Lettre de cachet que
M' de Salieres , Commiffaire
d'Artillerie au Fort de Barraux
,veſtu en Courrier, porta
au General Montclar. Elle
contenoit un ordre exprés
à ce General d'affembler fes
Troupes pour le Siege de
Chamarges , & de prendre
tout ce qui luy feroit neceffaire
entre les mains du TréGALANT.
33
forier du Périer. ( C'eftoit
une de ces Dames qu'on
avoit chargée de cet employ.
) Dés qu'il eut reçeu
cet ordre , il le fit fçavoir aux
autres Dames , qui devoient
eſtre ſes Officiers , & leur
ordonna de tenir leurs Compagnies
preftes au jour qu'il
leur ſeroit affigné . Elles ſe
mirent dans un équipage
fort brillant ; mais n'attendez
point que je vous faffe
la deſcription de leur parure.
Je vous diray feulement qu'il
n'y en avoit aucune qui ne
portaft une Capeline en for34
MERCVRE
me de Cafque ombragé de
Plumes , une Cravate d'un
tres- beau Point, attachée par
deffous d'un large Ruban ;,
des Jufte- au - corps de diférentes
couleurs , couverts de
galon or & argent , une
Epée qui pendoit à un Baudrier
en Broderie , & une legere
Pique à la main , dont
le fer eftoit doré , & tout le
refte garny de Rubans.
Leurs Soldats eftoient de.
jeunes Meffieurs de la Ville
proprement veftus , & portant
chacun une Pique ou
un Moufqueton.
GALANT. 35
Le jour marqué pour ce
Siege eſtant arrivé , le General
fit fonner la Trompete
de fort grand matin ; & les
Troupes éveillées agreablement
par ce bruit, furent diligentes
à fe rendre dans une
Place qui eft devant fon
Hoftel . Là, des Officiers de
Crillon, faifant la Charge de
Major pour Madame Goder
qui l'avoit en titre , les rangerent
en Bataille . Cette
Armée eftant prefte à partir,
le General fe mit à la tefte,
& marcha jufques à la Porte
de la Ville, ayant à ſes coſtez
36 MERCVRE
Le Capitaine de Gilliers , &
l'Intendant Chaluet , deux
de fes Dames, l'une Femme
d'un Confeiller du Parle
ment de Paris , & l'autre
d'un Confeiller deGrenoble .
On auroit eu peine alors à
difcerner les Hommes parmy
les Dames , tant il paroiffoit
de fierté fur leur vifage.
Cette petite & galante
Armée marcha de la forte .
au fon des Timbales , des
Tambours , des Hautbois,
& des Trompetes , jufqu'à
un endroit hors de la Ville ,
où le General monta fur un
GALANT. 37
fuperbe Cheval parfaitement
bien enharnaché. Les autres
Dames qui luy fervoient
d'Officiers , monterent en
meſme temps à cheval, & à
cofté d'elles eftoient les Gen,
tilshommes , reçeus dés l'abord
dans leur Regiment.
L'un d'eux portoit un Etendard
rouge , à franges or &
argent , avec ce mot , A
LINVINCIBLE. Leur
marche, continua jufqu'à ce
que des Cavaliers l'ayant reconnue
, firent le coup de
Piftolet , & fe retirerent au
galop du cofté de la Place,
38 MERCVRE
Ce fut alors que la feinte
commença d'avoir des apparences
de verité. Le General
, comme s'il cuft craint
quelque furprise , fit promptement
mettre pied à terre
à fes Officiers, rangea toutes
fes Troupes en bataille , en
fit la reveuë , & apres avoir
tenu fon Conſeil de guerre,
il envoya un Trompete fommer
le Gouverneur de fe
rendre. Le refus qu'il attendoit,
l'ayant obligé de fe dif
pofer à l'Attaque, il fit avancer
cette belle Troupe, que
tout le feu de l'Artillerie du
GALANT. 39
Gouverneur ne pût ébran
ler. Cette décharge, dont on
euft dit qu'elle alloit eftre
toute foudroyée , ne caufa
aucun dommage au Party
du General ; & l'ardeur de
fes Soldats paroiffant toûjours
la meſme, il les fit approcher
pour donner l'Af
faut. Quelque Infanterie
que le Gouverneur avoit le
long des hayes, rendant l'abord
de la Place extrémemét
difficile , on détacha Mefdemoiſelles
de Chabrieres
& de S. Auban, Capitaines
du Regiment de Dragons,
40 MERCVRE
qui firent faire une décharge
fi à propos, que l'Embuſcade
ne la pouvant foûtenir , ſe
retira dans la Place en confufion
. Les avenuës eftant
libres par ce moyen , on
avança jufqu'à une Paliffade
qui alloit eftre emportée , fi
le Gouverneur n'euft fait
une Mine qui fit reculer les
plus avancez . Dans le temps
qu'il fe tint à cette Attaque,
on appliqua un Petard à la
Porte. Il y accourut , & tâcha
de repouffer Meſdemoifelles
de Lautares & d'Ambel
, qui commandoient un
a
GALANT. 41
Détachement de Piquiers
pour la forcer , & qui eftoient
foûtenuës par Mademoiſelle
de Gilliers , Capitaine
de Grénadiers, qui devoit
faciliter l'Attaque.
Pendant que cette vaillantè
Troupe s'attachoit à
ce Combat , le General qui
eftoit refté au Corps de Bataille
avec les Compagnies
de Mefdames de Laufaret
& de Cleles , & de Mefdemoiſelles
de Chaluet & de
Rochefort , pour veiller utilement
à ce qui eftoit le plus
neceffaire pour ce Siege, prit
Septembre 1681.
D
42 MERCVRE
garde que le Gouverneur
avoit négligé un endroit de
la Place, qui fembloit inacceffible.
Il alla le reconnoftre,
& l'ayant jugé facile
à eftre emporté, il commanda
les Volontaires Maffot,
Pelicier, & Catelet , Officiers
de Crillon, Brignon , S. Laurens,
Maubec, Champqueira
, & les deux Soilleres , &
leur ordonna , fur peine de
vie , d'occuper ce Poſte.
Ce commádement
eut tout
le fuccés qu'on en attendoit.
Ces Braves eftant entrez
dans la Place par ce paffage,
GALANT. 43
poufferent jufqu'au Gouverneur
qui eftoit encor attaché
au Combat avec ces
Amazones , & renverſerent
tout ce qui ſe préſenta à eux
pour fe défendre. Cette furprife
, à laquelle il s'attendoit
le moins , l'étonna de
telle forte , qu'abandonnant
tout, il fe retira dans le Donjon
de fa Place , & donna
par là une grande facilité au :
General de faire avancer fon
Armée victorieufe jufques .
au pied de fes Murs , & d'y
planter fon Etendard . Comme
il avoit de la peine à fee
Dij
44 MERCVRE
confeffer vaincu , il fit lancer
fur les Affaillans ce qui luy
reftoit de Feux , & euſt fait
une réſiſtance plus opiniâtre
, fi le General ne l'euft
fommé luy- mefme de ſe retirer,
en luy promettant une
tres- honnefte Compofition.
Des offres fi genéreufes
l'ayant obligé de parlementer
, on capitula , & on convint
de tous les Articles .
Vous jugez bien qu'eſtant
acceptez de part & d'autre,
on n'eut pas befoin d'Otages
pour en affurer l'exécution.
On mit bas les armes.
GALANT. 455
On fe falüa comme Amis ,
Les Dames raccommoderent
ce que l'ardeur du Combat
avoit caufé de defordre
à leur parure. On n'entendit
plus ny Trompetes, ny Timbales
, ny Tambours . Les
Violons avec les Hautbois,
prirent la place de ces Inftrumens
de guerre , & tous
les deſſeins d'attaque & de
défence furent changez
auffitoft en ceux de goûter
tous les plaifirs qui leur eftoient
préparez . La belle
Maiſon où fe paffa cette fameufe
Journée , eftoit bien
46 MERCVRE
capable d'en fournir. Elle
eft baſtie dans une Plaine,,
au confluent de deux Rivieres
, dont on voit les bords
couverts d'une infinité d'Arbres
, qui forment de tresbelles
Promenades. Elle a
d'ailleurs tout ce qui peut
faire l'ornement d'une Maifon
de Campagne , comme
Parterres, Fontaines, Allées ,
& Vergers. Ce fut dans ces
divers Lieux que fe diſperſa
confufément une Troupe
qui jufque- là avoit obſervé
tant d'ordre. Elle y attendit
fans peine un magnifiqueGALANT.
47
Repas qui fut fervy avec
beaucoup d'abondance &
de propreté. La partie du
jour que la chaleur rendit la
plus incommode , ſe paſſa
dans la Maiſon en dances,
en jeux, & en converſations
fpirituelles. On propoſa des
Enigmes, on fit des Inpromptu
, on remplit des Boutsrimez
, & ces diférens plaifirs
Occuperent agreablement
les Dames jufques à l'heure
de la promenade. Si - toft
qu'elle fut venuë , on alla
prendre le frais , & la nuit
commençant à s'approcher
48 MERCVRE
le Gouverneur termina la
Fefte par une fplendide Collation
qui fut fervie fous un
grand Berceau , & accompagnée
d'une Mufique
champeftre qu'on écouta
avec beaucoup de plaifir.
Apres cela , cette belle Trou
pe, fort fatisfaite d'une fi galante
reception , retourna à
Die dans le mefme ordre
qu'elle eftoit venuë. Elle y
entra au bruit des Timbales,
des Tambours , & des Trompetes
, & à la clarté de tant
de Flambeaux , qu'on euſt
crû que le Soleil avoit ramené
GALANT. 49
mené le jour. Le Peuple ,
attiré par ce Spectacle, combla
d'acclamations
l'heureux
fuccés de ce Siege ; & l'Armée
victorieuſe , plus fatiguée
des divertiffemens que
du travail de la guerre, ayant
rendu ce qu'elle devoit au
General qu'elle accompagna
jufqu'en fon Hoſtel,
alla prendre le repos qui luy
eftoit néceffaire.
Je ne doute point , Madame,
que vous n'appreniez
avec plaifir que le Roy par
un effet de fa bonté naturelle,
a agrcé le retour d'un
Septembre 1680. E
50 MERCVRE
Homme qui eft forty de
France depuis quinze ans,
& qui apres avoir voyagé en
Allemagne , en Angleterre,
aux Pais - Bas , & en Italie ,
s'eftoit enfin étably dans la
fameufe Univerſité de Padoüe.
Vous avez connu M'
Patin , Medecin , & Profef
feur à Paris , Fils du Profef
feur Royal. C'eft de luy
dont je vous parle .
m'apprend que la Répu-
On
blique de Vénife luy donna
d'abord de l'employ en luy
conférant une Charge de
Profeffeur en Medecine ,
GALANT.
51
dont il s'eft acquité avec un
applaudiffement univerſel .
Peu de temps apres , elle le
fit Chevalier de S. Marc ; &
la premiere Chaire de Chirurgie
ayant vaqué depuis
peu , les Réformateurs de
l'Académie l'ont nommé
tout d'une voix pour la luy
faire remplir , avec trois
cens Ducats d'augmétation.
Cette Place avoit efté autrefois
occupée par Véfale, Spigelius
, Aquapendente, Marchettis
, & autres grands
Hommes , dont la mémoire
fera toûjours eftimée. Com-
E ij
52 MERCVRE
me M Patin eft tout remply
de mérite , & qu'il s'eft
attaché dés fon bas âge à
toutes les particularitez de
la Medecine , on eft fort
perfuadé qu'il répondra pleinement
à la réputation de
tant d'illuftres Prédecef
feurs. Vous avez fçeu le degré
d'honneur qu'il s'eft acquis
dans la connoiffance
des Médailles , & de toutes
fortes d'Antiquitez . Tous
ceux qui s'appliquent à cette
étude entretiennent corref
pondance avec luy , & c'eft
ce quirend fon nom célebre
GALANT 53
par toute l'Europe. Il a donné
au Public diférens Traitez
de Medecine , & d'autres
Livres qui font autant de
témoins de l'étendue, & de
la beauté de fon Génie. Vous
demanderez
peut- eftre-quel
le dignité eft celle de Che
valier de S. Marc . Je vay
vous l'apprendre. Il y en a
de trois fortes. La premiere
eft une espece de récompenfe,
dont le Senat honore
particulierement
ceux d'entre
les Nobles Vénitiens
, qui
ont fait de grandes actions
pour le fervice de la Répu
E iij.
54 MERCVRE
blique , où qui s'eſtant dignement
acquitez des Ambaffades
qu'on leur avoit
confiées, reçoivent du Senat
mefme le titre de Chevalier
qui leur avoit efté cóferé par
les Teftes courónées, aupres
defquelles ils eftoicnt Ambaffadeurs.
Ils ont le privilege
de porter la Stole d'or aux
jours de cerémonie , & font
mefme diftinguez les autres
jours par un Galon d'or qui
borde la Stole noire qu'ils
portent ordinairement. Les
deux autres ont accoûtumé
de fe conferer à ceux qui par
GALANT. 55
le mérite des Armes ou des
Lettres , ont acquis l'eftime
de la République. Quoy
que ceux - cy portent une
mefine marque de Chevalerie
, on fait grande diférence
entre ceux qui fe font publiquement
dans l'Excellentif
fime College , & ceux qui
en reçoivent le caractere
en particulier dans la Chambre
du Doge , qui a le pouvoir
d'en créer de cette forte
quand il luy plaift . Voicy
ce qui fe pratique pour la
Réception des premiers.
L'Excellentiffime College
E iiij.
56 MERCVRE
eftant affemblé , le Cavalier
du Doge , accompagné de
l'Ecuyer , & des autres Officiers
de Sa Serénité , fait entrer
celuy qu'on doit rece
voir , & le conduit , apres
les trois revérences ordinaires
, juſques au ſecond degré
du Trône. Apres qu'il
s'y eft mis à genoux, le Doge
affis fous un Dais au milieu
de la Seigneurie , luy fait
connoiftre la réſolution qui
a efté priſe de le faire Chevalier
de S. Marc , enfuite
dequoy il le frape de l'Epée
Ducale fur chaque épaule,
GALANT. 57
luy difant à chaque fois, Efto
miles fidelis , & puis fur la teſte
en difant encor , Efto Eques
divi Marci . Dans ce mefme
temps fes Officiers luy attachent
aux pieds les Eperons
d'or qu'ils retirent aufſi- toſt .
Cela eftant fait , le Doge luy
met au col une Chaîne d'or
où pend le Lion de S. Marc,
Symbole ordinaire de la République.
Au fortir de là , il
eft conduit par fes Officiers,
jufqu'à la Porte du Palais,
au bruit des Clairons & des
Trompetes . Ceux qui font
reçeus ont le droit de Bour58
MERCVRE
geoifie , & le privilege de
porter dans leurs Armes un
mufle de Lion pour cimier.
Ceftun honneur qu'on eftime
fort. La diftinction dont
M' Patin a efté gratifié en le
recevant, c'eft que la plûpare
de ceux qu'on crée Chevaliers
de cette forte, achetent
la Chaîne qu'on leur met au
col , & qu'il doit la ſienne à
la libéralité de la République.
La Croix d'or qui pend
au bas eft chargée d'azur.
Je vous envoye la figure de
la Face droite, & du Revers.
La Piece qui fuit , a eſté
GALANT. 59
faite depuis peu de temps à
l'occafion du Mariage d'une
tres - belle Perfonne. C'eſt
M ' Baugé qui en eft l'Auheur
. Plufieurs Ouvrages
de luy vous ont déja fait
connoiftre la facilité de fon
Génie.
25252 52525252522
LE TRIOMPHE
DE L'AMOVR:
EPITHA LAME..
'Amour vouloit foûmettre une
L'jeune Rebelle,
Qui bravoitfon pouvoir, & défendoit
fon coeur;
60 MERCVRE
Mille Amansfoûpiroient pour elle ,
Sans pouvoir adoucirfon extréme
rigueurs
Et la Cruelle
Qui n'écoutoitquefa froideur,
Traitoit leursfoins & leur ardeur
De pure bagatelle,
Et les abandonnoit à leur douleur
mortele.
L'Amour au defefpoir, les yeux étins
ceians,
Concevant à la fois cent deffeins
violens,
Nerefpire que la vangeance.
Je fais trembler, dit- il, le celefte
Sejour,
Et je ne puis vaincre la réſiſ.
tance
Qu'une fimple Mortelle oppofe
à ma puiffance?
Il faut qu'avant la fin du jour
F
GALANT. 61
Je puniffe fon infolence,
Ou ceffe enfin d'eftrel'Amour.
Un Berger poffedoit tout ce qu'il
fautpourplaire;
Le Berger voyoit la Bergere
Sur le pied d' Amyfimplement.
L'Amourfe fert de ftratagéme
Pour venirplus facilement
A bout de la froideur extréme
Qui le bravoit impunément.
Des foûpirs indifcrets , des helas
je vous aime,
Ne font, dit-il, qu'effaroucher
un coeur.
A qui l'Amour fait peur.
Le Berger a toute l'eftime
De l'orgueilleux Objet qui méprife
mes Loix ;
Il faut que l'amitié me prefte icy
fa voix,
Et que pour
fatisfaire au couroux
qui m'anime,
62 MERCVRE
Elle immole à mes voeux cette
illuftre Victime,
Ilpart au mefme inftant, & volefe
loger.
Dans le coeur dujeune Berger.
Ily traîne avec luy fes ardeurs les
plus vives,
Il s'arme en Dieu vangeur, de redoutables
traits,
D'impétueux defirs , deflâmes exceffives,
Etflate fon dépit d'un glorieuxprogrés.
Maispourne riengafter, il voile la
Tendreffe
Du dehors indolent de fa Soeur l'Amitié,
Et cette bonne Déeſſe
Pourfon Frere s'intéreffe,
Et du chemin fait au moins la
moitié.
GALANT. 63
Le Berger tout remply du Dieu qui
le poffede,
Ignore cependant ce que luy veut
fon coeur,
Etfuivant le panchant de fa boüillante
ardcur,
Sans connoiftre fon mal , en cherche
le remede.
Un afcendant impérieux
Porte fes pas en mille lieux .
Tout le Bois retentit du nom de la
Bergere;
Illa cherche, &fans bien connoistre
ce qu'ilfent,
Il court, la rencontré en un Lieu
folitaire,
Nonchalamment affife au bord d'une
Onde claire,
Qu'un Zéphire coquet careſſoit en
paffant.
Fadis à fon aspect fon coeur reftoit
tranquile,
64 MERCVRE
D'aucun trouble jamais il n'eftoit
agité;
Il nepeut aujourd'huy foûtenirfa
Beauté,
Ilreste en la voyant, inquiet, immobile,
Laparole luy manque, & malgré
fes defirs,
Un timide respect étouffe fesfoûpirs.
Il connoit à l'inftant la caufe de fon
trouble,
Et mille mouvemens qu'on ne peut
exprimer,
Luj difent tous, qu'ilfaut aimer.
A ces refléxions for defordre redouble.
Si la Bergere euft raisonné,
Elle auroit bientoft deviné
D'où naiffoit l'embaras du Berger
qu'elle infpire.
GALANT. 65
Elle auroit prévenù la fuite de fes
feux ,
Mais la raison, les fens, contr'elle
tout confpire,
Et le Berger doit eftre heureux.
Libre encor, &fans défiance,
Elle voit ce nouvel Amant
Qui triomphe infenfiblement
De fa cruelle indiférence. (coeur,
L'Amour infinué jufques aupres di
Quitte de l'Amitié la nonchalante
ardeur,
Ilparoift ce qu'il eft, il tonne, il
intimide,
Etplein du couroux qui le guide,
Ilportepar tout la terreur.
Lajeune Bergerefurpriſe ,
Tâche, mais un peu tard , defuivre
Sa franchife.
Fierté, dédain, mépris , viennent à
fon fecours ,
Septembre 1680.
F
66 MERCVRE
Que dira-t- on s'en mefle, &re
veille l'Audace,
Qui veut conferver une Place,
Dont les Dehors font tous occupez
des Amours.
Le Coeurdans ce defordre extréme
Souffre tout ce qu'on peutfouffrir;
Le Berger àfesyeuxfans ceffe vient
s'offrir,
Digne d'eftre aimé comme il aime.
L'Eftime parle enſafaveur,
Et par mille confeils fortementfollicite
De fubir le pouvoir de l'aimable
Vainqueur
Dont elle vante le mérite.
La Raifon d'un autre cofté
Dit que c'eft affez résisté,.
Qu'on doit appréhender un Vainqueur
qu'on irrite,
Que c'est en vain qu'on fe défend,
GALANT. 67
Que l'Amour en tous lieux efttoû
jours triomphant,
Etque l'heure d'aimer eft une heure
preſcrite
Queperfonne n'évite .
La Libertéprefque aux abois,
Avec une mourante voix,
Preffe le Coeur de fe défendre.
Veux-tu me voir périr, dit- elle,
& par ma mort
Eftre auffitoft réduit en cẽdre?
Fais pour me conſerver un génereux
effort.
Tufçais combien je poffede de
charmes,
Tu les goûtes encor, & peux les
conferver.
Tâche à vaincre l'Amour , luy
feul peut t'en priver ,
Et t'accabler de larmes .
Mon Ennemy doit- il avoir
pour toy
F
68 MERCVRE
Plus de douceurs que moy?
A ces mots , la Fierté, l'Orgueil,
l'Indiférence,
C
Suivant l'Audace & le Mépris ,
Enlevent des Dehors de tres- grande
importance,
Queles Amours avoientfurpris.
Doux Yeux, tendres Soupirs, cedérent
à l'orage,
"
La Fierté les diffipa tous.
Cefuccés enflefon courage,
Et chatouille fon vain couroux.
L'Amourplein de dépit ; & boüillant
d. colere ,
S'oppose à cette Teméraire ;
Il la met en déroute, &ralliant les
Siens,
Il pouffe fcs progrés, & court à la
Victoire.
Tout confpire àfa gloire,
Le Mépris eft dans les liens,
GALANT. 69
Et l'Audace étouféc
Eleve parfa mort un illuftre Trophée
Au Dicu qui lafurmonte, & dont
toutfuit les Loix .
Ce bonheur impréveujettepar tour
la crainte;
En vain les Ennemis ont recours à
la feinte,
La Fierté ne peur plus réſiſter aux
Exploits
Du Vainqueur qui lapreffe ;
Et l'Indiférence aux abou
Expire aux yeux de la Tendreffe,
Et la
Rigueur
Abandonne le Coeur
Au pouvoir de Vainqueur.
Ilentre triomphant dans cette belle
Place,
Il étouffe d'abord l' Infenfibilité,
Une douce tendreffe en chaffe
70 MERCVRE
Les fiers mépris qu'y fit régner
l'Andace;
Et le Coeur trop content defa captivité,
Ne chérit plus la Liberté.
Pleine du doux plaifir a'aimer &
d'eftre aimée,
Lajeune Bergere animée
Des violens tranfports qui preffoient
fon Héros,
;
Sacrifie à l'Amour une Pudeur critique,
Dont l'éloquence chimérique
Le dépeignoit un Monstre ennemy .
du
reposi
3
Deformais fans fcrupule elle aime,
& l'ofe dire,
Elle entend foûpirer , elle-mefme
Soupire.
Cefubit changement étonne avec
raiſons
GALANT. 71
L'Amour pour maintenir les droits
defon Empire,
Et prévenir la trahison,
Met l'heureux Berger qu'il inſpire
Chez la Bergere en garnison.
Je vous ay promis de vous
parler d'un Jeu de Science
qu'on va établir , & dont
jefpere que je vous envoyeray
le Deffein gravé , dans la
premiere Lettre que vous recevrez
de moy apres cellecy.
On le nommera le Jeu
du Monde , parce qu'il n'y a
point d'efprit fi ftupide , qui
en le joüant , ne puiffe acquerir
fans aucune peine, la
72 MERCVRE
connoiffance d'une infinite
de chofes neceffaires à fçapart
aller
voir
pour
le commerce
de la
vie , & qu'ignorent
la plûde
nos
Sçavans
. Telle
eft celle
de
l'Hiftoire
naturelle
de tous
les Lieux
de
l'Europe
, de toutes
les Routes
qu'il
faut
tenir
pour
aux
Capitales
de
tous
les
Etats
, des
chofes
que
l'on
peut
voir
, & qui fe font
dans
toutes
les Villes
par où l'on
paffe
, des Voitures
qu'il
faut
prendre
, & des endroits
qu'il
faut
éviter
fur
Mer
& fur
Terre
. Joignez
à cela , que
par
GALANT. 73
1
par le moyen de ce fçavant
Jeu , l'on apprend à connoiftre
toutes les richeffes
de chaque Royaume
, par
rapport , non feulement à ce
qu'y produit la terre , mais
à ce que le commerce y apporte
d'avantages par les
Manufactures
, & par les efpeces
de Monnoyes qui y
font en regne. Ce Jeu nous
inftruit auffi de toutes les dignitez
aufquelles la vertu
nous y éleve , foit dans l'Eglife
, dans l'Epée , ou dans
la Robe, & de tous les genres
de fuplice qu'on a inventez
Septembre 1681.
G
74 MERCVRE
pour y punir les coupables.
On y voit encor les inclinations
de tous les Peuples felon
les Influences celeftes,
& les plaifirs qui attachent
le plus chaque Nation , foit
pour ce qui regarde les Femmes
, foit pour le jeu & la
bonne chere. La Navigation
des Mers qui environnent
l'Europe, eft une autre
connoiffance qu'il fait acquerir
. L'on voit les efpeces
de Poiffons qui font les plus
rares dans chacune. L'on
apprend le nom des Vents
qui font ordinaires , dans
GALANT. 75
l'Ocean , & dans la Méditerranée
, & par conféquent
celuy qui eft propre felon le
Païs où l'on veu taller. Tous
les Lieux où les grandes Batailles
fe font données , &
dans lesquels on a tenu des
Confeils & des Affemblées
confidérables , fe trouvent
marquez dans ce meſme Jeu
avec les Armes des Souverains
, leurs Livrées , & les
Ordres qui ont efté établis
par chacun d'eux . Il contient
quatre - vingts dix Figures
humaines , & un nomquatre
fois plus grand bre
Gij
76 MERCVRE
d'Ornemens de toutes fortes
, qui ont chacun leur utilité.
Ce qui eft fort remarquable
, c'eſt qu'un Enfant
& une Femme y peuvent
joüer dés la premiere fois
avec autant de facilité , que
celuy mefme qui s'eft donné
la peine de l'imaginer. Ce
feroit luy dérober la gloire
qui luy eft deuë , que de ne
pas ajoûter qu'il s'appelle
M' Jaugeon. Je vous ay
parlé de luy plufieurs fois
pour des choſes d'invention ,
qui ont eu toutes beaucoup
de fuccés. Paris n'eſt pas le
GALANT. 77
feul lieu où ce Divertiffe.
ment doit eftre étably . II
fera communiqué à toutes
les grandes Villes , & les Provinces
partageront l'avan
tage que vous voyez bien
qu'on en peut tirer . Sielles
doivent beaucoup à cette
admirable Capitale qui leur
fait part chaque jour de ce
qu'elle a de plus curieux ,
elles peuvent auffi ſe vanter
de luy faire quelquefois d'affez
aimables Préfens , pour
mériter ceux qu'elles en reçoivent.
L'ingénieux Dialogue
que vous allez voir,
G iij
78 MERCVRE
fervira de preuve à ce que
je vous dis. Il eft du Berger
Fleurifte , & fait pour une
belle Provinciale , venue à
Paris depuis peu de
temps .
255552555 2225225
QUERELLE
DE PARIS,
ET DE
LA PROVINCE
LA PROVINCE.
Q
Ue je fuis à plaindre !
Jayperdu ce que javois
de plus beau & de plus
GALANT. 79
aimable ; ce qui faiſoit mes
delices & ma gloire , & ce
qui m'attiroit le coeur & les
yeux de tout le monde . Je ne
fuis plus préfentement qu'
une malheureuſe Décriée ,
dont les galans Hommes ne
font plus d'état , qu'ils jugent
indigne de leur attachement
, & qu'ils abandonnent
& fuyent de toutes
parts. Que feray- je pour me
remettre en honneur ? Par
quel avantage réparer ma
perte ? Et d'où attendre le
rétabliffement de mon bonheur
, ou la confolation de
mon infortune ?
80 MERCVRE
Cloris , belle Cloris , ne reviendrezvous
pas?
Sans vous, belas , jefuisfans appas
&fans luftre,
Et de moy tout le monde eftlas.
Avec vous on me traite & d'aimable,
& d'illuftre
;
Degrace, rendez -moy mon luftre &
mes appas.
PARIS.
Que tes défirs font injuftes
, & tes plaintes importunes
! Eh, quoy ? Auroit- il
efté raisonnable
que Cloris
que les Dieux n'ont renduë
fi belle & fi parfaite
, que
pour faire admirer leur puiffance
, & adorer leur bonté,
GALANT. 81
cuft efté cachée toute fa
vie aux yeux du beau & du
grand monde , fans qu'elle
paruft jamais fur le Théatre
de la gloire , & dans les lieux
où l'on fçait donner le prix
qui eft deû à toutes chofes ?
Comment l'aveugler affez
pour croire que cette fage
Perfonne , apres avoir languy
dans ton fein depuis
tant d'années , fe remette
de nouveau fous ton impru
dente conduite , & retourne
s'expoſer volontairement au
martyre que tu luy faifois
foufrir chaque jour?
82 MERCVRE
Si tu la bais, tupeux demander fa
préfence.
Maisl'aimes-tu? croy-moy, defire
fon abfence,
Carenfin rien ne manque en mon·
heureux fejour.
C'est celuy de la mode & de la bien-
Séance,
Du beau port, du bel air, des beaux
mots, du beau tour,
Desjeux , des ris, & de l'amour,
De la douceur, & de la complaifance;
Au lieu que l'on ne trouve en taplus
noble Cour,
Que rudeffe, qu'orgucil, & beaucoup
d'ignorance.
Apres cela, t'attendre àfon retour,
N'est- ce pas te flater d'une folle
espérance?
GALANT. 83
LA PROVINCE.
Cruel, eft- ce ainfi que tu
confole une Infortunée à qui
tu as ravy la meilleure partie
de fon bien , & n'y auroit-
il pas plus de genérofité
à la plaindre qu'à l'infulter ?
Quel défaut as- tu remarqué
dans Cloris qui te faſſe blâmer
ma conduite , & quelles
chofes ne fçait- elle pas qui
te porte à m'accufer d'ignorance
? Ne l'ay- je pas élevée
avec toute la grace & toute
la politeffe poffible ? N'ay- je
pas remplyfon efprit de toutes
les lumieres qui le pou
84 MERCVRE
voient embellir , & n'eft- ce
pas l'élever autant que je
dois , & rendre juſtice à fon
mérite , de la priſer un peu
moins que les
Divinitez
, &
beaucoup
plus
que
tout
ce
qui
eft mortel
? Mais
, dismoy
, toy qui préfume
fi fort
de ta fuffifance
,
comment
te
laveras
- tu de la faute
que
tu as faite, de ne luy avoir
pas
épargné
l'incommodité
d'un
long
voyage
pendant
d'infuportables
chaleurs
, en amenant
, pour
la voir
& l'ad.
mirer
où elle
eftoit
, tout
ce
grand
monde
dont
tu tires
GALANT. 85
tant de vanité, & qui te rend
infolente dans tes avantages
?
As-tu jamais eu fujet de me
reprocher des incivilitez fi
honteuſes & fi groffieres ?
PARIS.
Quoy , pauvre Etourdie,
tu ne t'es donc pas aperçeuë
- que le chagrin que tu apportois
chaque jour à cette
admirable Perfonne, par les
complimens importuns, par
les cerémonies contraintes
,
par les libertez badines, par
les affemblées confufes
, par
les
converfations
ennuyeuſes
, & par toutes les affecta86
MERCVRE
dont
tions ridicules, a pouffé enfin
fa patience à bout , & l'a
obligée de s'expoſer à toutes
les fatigues du voyage
tu la plains, pour te fuir, pour
mettre fon efprit en repos,
& pour trouver aupres de
moy un azile affuré contre
l'odieux uſage de tes lotes &
ridicules maximes ? J'avouë
qu'il y a fujet de s'étonner
qu'elle ne fe reffente pas
de
tes defauts ordinaires , &
qu'on ne remarque rien en
elle qui tienne de ton air &
de tes façons , apres avoir
fuccé ton lait , & pris fon
GALANT. 87
éducation dans ton fein ;
mais c'eft fans - doute par
miracle feulement qu'elle
eft autre que toutes les Perfonnes
que tu éleves ; & elle
ne doit jamais te revoir , fi
elle veut empefcher que tes
mauvais exemples ne faffent
enfin fur elle des impreffions
defavantageufes à fes louables
& nobles façons de parler,
d'agir, & de paroiftre par
tout avec fuccés.
Amour, qui bien souvent avec elle
•fejoue,
Luy difoit encor byer tout-bas,
Cloris, vous avez fçcu vous tirer de
la bouë,
88 MERCVRE
Et tout le monde vous en louë;
Donnez ordre à n'y rentrerpas,
Vousferieztort à vos appas..
LA PROVINCE.'
Si j'ay fçeu l'amener jufqu'à
fa dix-huitième année,
fans qu'elle ait pris aucune
habitude que ta critique
puiffe condamner ; maintenant
qu'elle eft dans un
âge moins tendre, je la conduiray
plus loin, fans qu'elle
coure de rifque , & ſi tu en
doutes , tu n'as qu'à me la
rendre pour en voir l'épreuve
, puis que d'ailleurs
tu ne peux fans injuſtice reGALANT.
89
tenir un bien qui m'appartient,
& que je deftine à me
fervir de modelle, pour élever
deformais toutes les autres
Perfonnes de qualité,
dont le Ciel confiera la nourriture
à mes foins.
PARIS.
Je te le dis encor une fois,
ne t'attens point à fon retour.
Tes perfécutions l'ont
forcée de te quitter, & mes
douceurs m'ont fait mériter
le choix de fa retraite. Je la
garderay avec plus d'exactitude
que les Troyens ne garderent
l'Image de la Déeffe,
Septembre 1681. H
90 MERCVRE
à qui les Deftins avoient at
taché l'heureuſe fortune de
leur Ville. Tu fçais la maniere
dont tu l'as nourrie ;
profite de ta mémoire s'il
t'eft poffible , mais je feray
bien trompé, fi l'on voit ja
mais fortir de tes mains une
autre Perfonne auffi accomplie
qu'elle. Pour moy qui
mets chaque jour de jeunes
Merveilles au monde, je me
tiendrois bien glorieux fi
celle- là me devoit les foins
de fon éducation . Tu te flates
de cet avantage . ( Je me
trompe, il ne t'eft pas deub . )
GALANT. 91
Elle n'en eft redevable qu'au
Ciel, qui a joint aux charmes
dont il l'a pourveuë , un eſprit
noble, grand , éclairé, &
incapable des moindres fautes.
Ainfi de la Nature elle tiet ſabeautés
Les Gracesfurentfes Nourrices,
Les Vertus ont regléfes moeurs &fa
bonté.
Province, quels font tesfervices?
LA PROVINCE.
Dieux , fouffrirez- vous que
ce méchant , apres m'avoir
ravy ce que j'avois de plus
prétieux , m'ofte encor un
honneur qui m'eft ſi légiti-
Hij
92 MERCVRE
ment acquis ? Accordez-
· moy
, de
grace
, affez
de
force
pour
tirer
vangeance
de fes outrages
, ou puniffezle
vous- mefme
de fon injuf
tice & de fon envie
.
PARIS.
Les Dieux n'ont point
d'oreilles pour les prieres
que la Colere leur adreffe;
& puis quand ils t'écouteroient
favorablement , il me
feroit facile de me confoler
de tous les maux qu'ils me
feroient endurer ,
pourveu
qu'ils me laiffaffent la belle
Cloris,
GALANT. 93
Cloris, dont l'aimable préſence
Pourroit enchanterlafouffrance,
Cloru, dont ......
LA PR . l'interrompant.
Que tu es ingénieux dans
tes malices ! Tu feins fansdoute
d'avoir beaucoup d'ef
time pour elle , afin d'augmenter
mon déplaifir , en
me repréſentat avec adreffe
l'importance de ma perte.
PARIS.
Pour te faire voir ton erreur
& ma franchiſe , je te
jure que fi j'eftois réduit à la
fâcheufe neceffité de te la
94 MERCVRE
rendre, ou de perdre ce que
j'ay de plus beau & de plus
brillant, lors que je me montre
au Cours dans mes jours
de parade, je ne balancerois
point dans mon choix . Je
facrifiërois toutes chofes
pour la conferver,
Etje croirois dans cettefeule Blonde
Avoirplus de vertus,
d'attraits,
de graces,
Queje n'en eusjamais,
&
Et que n'en a tout le reste du monde .
: LA PROVINCE.
Helas , que la nature
du
Bien
eft étrange
! On ne le
connoift
jamais
mieux
que
GALANT. 95
lors qu'on en eft privé.
PARIS.
Tu vois
neantmoins que
je connois affez bien celuy
que mon heureuſe fortune
me fait poffeder. A la verité
pendant qu'il eftoit à toy,
mes charmes
n'aprochoient
pas des tiens ; & à la premiere
conteftation que nous
aurions eue enfemble fur le :
prix de la Beauté, j'aurois reconnu
qu'il t'apartenoit.
Mais tout cede aujourd'huyfur la
terre & fur l'onde
Aux charmes dont jefuis pourveu.
Cloris n'a rien d'égal, Cloris eftfans
feconde,
96 MERCVRE
Rien de fi beau n'ajamais efté
veu.
LA PROVINCE.
Ingrat , tu m'en as l'obligation
, & il feroit de ton devoir
de la reconnoiftre.
PARIS.
Cà , je le veux , veux parlons
d'accommodement. Quelle
reconnoiffance prétens - tu
me demander ? Je te donnerois
volontiers douze de
mes plus aimables Nymphes.
Neantmoins, comme
je fçay, qu'encor qu'elles ne
fuffent pas des plus belles,
ny des plus fpirituelles, elles
ne
GALANT. 97
ne fuſſent pas des plus belles
ny des plus fpirituelles , elles
ne laifferoient pas de t'attirer
beaucoup de plaifir &
d'honneur , il vaut mieux ce
me femble pour ton avantage,
que je t'en offre vingtcinq
du fecond rang , que
douze du premier .
Combien tant de Beautez
Ferontde tous coftez
Retentir tes louanges!
Combien de Vers & de Portraits
Se feront de leur air, de leur teint,
de leurs traits !
Peintres , Rimeurs, Galans , les pren~
drontpour des Anges.
Septembre 1681.
I
98 MERCVRE
LA PROVINCE
.
Ah piquant Railleur , tu
m'accuſes
de mauvais gouſt.
Je l'ay auffi fin que toy . Il
n'y a point de milieu , je veux
ou Cloris, ou rien .
PARIS.
Hébien , que rien te demeure
, puis que tu ne veux
point démentir ta mauvaiſe
coûtume de paffer ſans ceffe
aux extrémitez , & de faire
toûjours l'abſoluë & l'opiniaſtre.
Pour moy je garderay
ta Cloris , qui me tiendra
lieu de tout. Apres un partage
fi jufte , & fi proporGALANT.
99
tionné à nos mérites,
Ilnousfiéroit mald'eftre enguerre,
Et dans un temps encore, où noftre
Grand LOVIS
A, parfes Exploits inoüys,
Mislapaix par toute la Terre.
LA PROVINCE.
N'efpere pourtant point
de repos , que je ne revoye
Cloris dans mon fein . Tu
me la rendras par force , fi la
douceur n'obtient rien de
toy. Je t'inveftiray de toutes
parts , & te prefferay de telle
maniere qu'il faudra enfin
que tu me faffes juſtice .
I ij
100 MERCVRE
PARIS.
Je t'aflure
que nous n'au
rons point de diférend
pour
la juftice
que tu me demandes
, car pour te la faire toute
entiere, j'auray toûjours
tresmauvaiſe
opinion
de toy ; &
quant à la belle Cloris , comme
je fuis perfuadé
qu'elle
ne me fçauroit
quitter
qu'avec
peine , fi je la laiffe jamais
aller, ce ne fera pas
fans
réſiſtance. Mais , adieu , confole
- toy , fi tu le peux,
Tandis qu'avec l'adorable Cloris
Je tepredray pour l'objet de nos ris,
Qu'on me verra triopher aves elle
GALANT. IOI
Des Beautez de tout l'Univers,
Etqu'on dira par tout,fur nos charmes
divers ,
Ah , que Paris eft beau ! Dieux, que
Cloris eft belle!
Puiffe leur union devenir eternelle.
LA PROVINCE.
L'Infolent me brave. Il fe
retire tout glorieux de mon
illuftre dépouille , & j'ay le
cruel déplaifir d'en eftre maltraitée
de toutes façons.
Hélas à qui auray-je recours
dans mon malheur ?
Cloris a peut- eftre de l'averfion
pour moy ; les Perfonnes
qui fe piquent de bel efprit
ont toûjours paru me
I iii
102 MERCVRE
méprifer, & les grandes Di
vinitez font aujourd'huy
fourdes à mes voeux. Je ne
connois que le temps dont
je puiffe efperer de l'affiftance
; mais qu'il eft lent
dans tout ce qu'il fait , &
que fes remedes font éloignez
pour des maux préſens!
Dieu léger,quiprensfoin de ramener
les Fruits,
Les beaux Fours, les Zephirs , les
Fafmins , & les Rofes;
Si tu prenois pitié de mes cruels
ennuis ,
Tu quitterois lefoin de tat de chofes,
Etpour me vanger de Paris,
Tu me ramenerois promptement ma
Cloris.
GALANT. 103
Apres le plaifir que doit
vous avoir caufé cette galante
Querelle , je croy, Madame
, que vous voudrez
bien foufrir que j'entre dans
une matiere toute férieufe.
Je m'en flate d'autant plus,
que ce qui regarde la Religion
, vous eft toûjours tres
confidérable , & que je fçay
qu'en plufieurs rencontres,
des Cerémonies de pieté
yous ont attirée en beaucoup
de Lieux , où vous n'avez pu
vous cacher parmy la foule.
Celles qui ont efté faites à
Chaumont , Ville du Véxin
I iiij
104 MERCVRE
François , pour un Corps
Saint qu'on y transféra dans
les derniers jours du mois de
Juillet , méritent fans doute
que vous en foyez inſtruite.
La Lettre qui fuit vous en
fera fçavoir le détail . Elle eſt
d'un Particulier àune Dame
de fes Amics , & quoy que
tombée un peu tard entre
mes mains, clle n'a pas moins
dequoy fatisfaire vostre curiofité.
La Relation eft tresexacte
, & l'on n'y peut rien
fouhaiter de plus pour l'ordre
des circonftances . Vous ver
rez d'abord que feu M' de
GALANT. 105
Monceaux a beaucoup contribué
à ce qui a donné lieu
aux Solemnitez qu'elle nous
explique ; & pour rendre à ſa
mémoire la justice qu'on luy
doit , il eft à propos de vous
le faire connoiftre . Ce Gentilhomme
, mort le 31. d'Otobre
de l'année derniere,
âgé de 42. ans , eftoit d'une
Nobleffe des mieux confirmées.
Il s'appelloit Gilles
- Odo de Charron , Sei-
Egneur de Monceaux lez-
Paris , Rucourt , Liencourt,
& tiroit fon origine des anciens
Fondateurs de la Ville
106 MERCVRE
1
par
d'Amiens , que M' de Charron
de Monceaux fon Grand-
Pere , dans l'Hiſtoire qu'il a
faite de l'Antiquité de la
France & de fes Rois, depuis
le commencement
du Monde
, dit avoir efté baſtie
uneLégion de Soldats Grecs.
Leur Chef portoit le nom
de Charron , & c'eft de luy
que la Famille de M' de
Monceaux eft defcenduë.
Du cofté de Dame Anne de
Champhuon fa Mere , il ef
toit venu de Meffire Gilles
de Champhuon
, Seigneur
du Ruiffeau , Confeiller d'E
y
GALANT. 107
tat, Fils d'un Chancelier d'Ecoffe
fous la Reyne Marie
Stüart. Le premier employ
qu'il eut , fut celuy d'Enfeigne
Colonelle dans le Regiment
du Roy , lors de fa
creation. On le fit en fuite
Lieutenant , & puis Capi--
taine dans le mefme Regi
ment. Il eftoit Ecuyer de la
Grande Ecurie , & Valet de
Chambre ordinaire de Sa
Majefté , laquelle en confidération
de trente années de
fervices aupres de fa Perfonne
, & de ceux qu'avoient
rendus fes Anceftres aux
108 MERCVRE
Roys fes Prédeceffeurs depuis
plus de 380. ans fucceffivemét
de Pere en Fils, & fans
aucune interruption , c'eſt à
dire , depuis le Roy Philippes
le Hardy Fils de S. Louis ,
a cu la bonté de conferver
cette Charge de Valet
de Chambre
à fa Famille,
l'ayant renduë au Pere Jé
rôme de Monceaux , Vicaire
des Capucins de Meudon
fon Frere , qui l'avoit précedé
dans l'exercice de la
mefme Charge avant qu'il
euft renoncé
au monde
, pour
en difpofer par luy en faveur
GALANT. 10g
des Filles de feu M ' de Monceaux.
Comme il n'a laiffé
aucuns Enfans mâles , on
peut dire qu'il eſt le dernier
de fon Nom , & de fa Famille,
( alliée à celles de Boulainvilliers
, d'Alincourt , & c. )
le Pere Jérôme Capucin , &
Melfire Jacques de Charron
, Seigneur de Liencourt,
Chanoine du Royal Chapitre
de S. Quentin , fes deux
Freres , eftant dans l'Etat
Ecclefiaftique . Voila , Madame
, ce qui m'a paru devoir
préceder la Rélation
que yous allez lire.
пο MERCVRE
52 25525552 55sses
A MADAME DE ***.
A Chaumont ce 8. Aouft 1681 .
Vous vous plaindriezfans
doute de ma négligence,
fi je diférois à vous faire part
de ce qui s'eft fait icy depuis
quelques jours pour une Solemnité
qui ne pouvoit eſtre plus
éclatante. Avant d'entrer
que
dans ce détail, je dois vous faire
fçavoir que nous avons un Convent
de Religieufes de Sainte
Elizabeth du Tiers - Ordre de
S. François, qui eft dans tout le
Pais en une fort grande eftime.
GALANT. III
1
*
L'affection quefeu M' de Monceaux
avoit pour cette Maifon,
dans laquelle quatre de fes Soeurs
ont pris l'Habit, & dont Ma
dame de Boulainvilliersfa Cou
fine eft Prieure , l'obligea ily a
quelques années d'unirfon crédit
à celuy du Pere Jerôme de Monceaux
Capucin, fon Frere, pour
obtenir un Corps Saint à ces vertuenfes
Filles . Ainfi ce Pere
ayant efté envoyé à Rome, agit
puiffamment aupres de Sa Sainteté
, afin qu'il luy pluft de luy
* accorder quelques Reliques confidérables
. Ses prieres
pourfuites furent employées fe
fes
112 MERCVRE
heureuſement
, qu'il obtint le
Corps entier de Sainte Fortunée
Vierge & Martyre , Fille de
Fortuné Colonel Romain, qui
l'âge de vingt deux ans a donné
fa tefte pour la Foy l'an degrace
297. Cela eftjuftifié par l'Ecrit
que l'on a trouvé dans fon Tombeau
fur du cuivre , avec une
Fiolle de fon fang. Ce Corps
fut apporté jufqu'icy par lesfoins
dumefme Pere, qui prit enfuite
celuy de faire faire une Chaffe
digne d'enfermer ce riche Tréfor
Toutes chofes ayant efté prépa
rées par les ordres de Sa Majefté;
& la Reyne , Monfieur,
GALANT. 113
Madame la Comteffe de Be
thune , & d'autres Perfonnes,
ayant bien voulu contribuer à ce
qui eftoit neceffaire pour rendre
= la Ceremonie plus folemnelle ,
elle commença le Vendredy 25.
de Juillet , apres que le Pere de
Monceaux, felon la Commiffion
qu'il avoit reçene de M³ l'Archevefque
de Rouen, euſt mis le
Corps de la Sainte dans la Chaffe
où on le voit à préfent . Elle est
longue de cinq pieds ) demy,
doublée de Brocard d'or , ainfi
le Matelas & l'Oreiller,
#embellie de vingt Cristaux,
qui laiffent voir la Sainte Mar
que
Septembre 1681.
K
ه
114 MERCVRE
tyre vêtue & coifée à la Romaine.
Elle eft habillée d'une
Etofe à fond d'argent, avec des
Fleurs couleur de feu , &fous
cet Habit elle en porte un autre
d'un Brocard d'or à grand ramage.
Tous fes Veftemens, auffi
bien que fa Coifure , fa Couronne
, & fes Souliers , brillent
d'une infinité de Diamans & de
Perles. Sa tefte eft entiere, & à
fa groffeur il eft aifé de juger
qu'elle estoit de grande taille.
Elle a prefque encor toutes fes
dents , les offemens de fes
pieds & defes mains paroiffent
au travers de fes Souliers & de
GALANT. 115
fes Gands , ce qui donne beau
coup de devotion à tous ceux qui
la regardent. Tous les Offemen's
de ce Saint Corps ayant eftémis
en ordre
par
le Pere de Monceaux
, en présence de deux habiles
Chirurgiens de la Ville , il
mitfur la Chaffe le Sceau du
Vicariat de Pontoife,& laferma
avec deux Clefs dorées , dont il
- donna l'une à la Prieure , లో
l'autre à l'ainée de fes Soeurs,
Religieufe dans ce Monaftere.
En fute il la conduifit de grand
matin incognito ce mefmejour
25. Juillet , en l'Abbaye de Gomerfontaine,
d'où toutes les Pen
Kij
116 MERCVRE
fionnaires vinrent au devant fort
loin donner le Dais à la Sainte..
Elle fut reçeuë par Madame de
Grancey, Soeur de M l'Archevefque
de Rouen, qui en eft Ab..
beffe , ce Pere l'ayant miſe en
dépoft entre fes mains , par un
Difcours qu'il luy fit. Cette
Abbeffe qui eftoit à la Grille , la
Croffe à la main, accompagnée.
de Mefdames de Grancey fes
Niécès, & de toute fa Communauté
, répondit d'une maniere.
pleine derefpectenvers la Sainte,
& de reconnoiffance envers ce-
Luy qui vouloit bien luy confer
ce Tréfor , en attendant qu'on
GALANT. 117
glife de
le
vinft l'enlever avec les honneurs
qu'il méritoit. En meſme temps:
elle commença d'entonner le Te
Deum , qui fut chanté par
Choeur par les Orgues. L'EGomerfontaine
estoit
tendue depuis le haut jusqu'a
bas de tres-belles Tapifferies ; &
l'Argenterie qui ornoit l'Autel,
ne pouvoit estre plus riche , ny
plus grand nombre. Au milieu
de cette Eglife eftoit un Lit
de paradeforthaut & fort large,
dreffé en maniere de Lit d' Ange,
avec un Repofoir couvert d'un
Tapis de Satin en broderie d'or
d'argent , fur lequel on mit
en
118 MERCVRE
la Chaffe. Comme elle eft fort
magnifique ,
jour , elle brilloit avec grand
éclat. Tous ceux qui devoient
prefque toute à
fervir à la transporter, s'eftant
rendus à Gomerfontaine , la Proceffion
commença fur les trois heu
rés. Voicy dans quel ordre . Apres
unfort beau Difcours que l'on fit
fur cefujet, M' l'Abbé de Vil
letartre qui officioit, benit la Baniere
de la Sainte , & la mit
entre les mains de l'Hermite de
S.Eutrope pour la porter. Cela
estant fait, ilfe plaça autour de
la Chaffe avec tout le Clergé,
chanta quelques Hymnes, &ſiGALANT.
119
tost qu'il eutfiny, quatre Trompetes
du Royfonnerent la marche.
La Baniere dont je viens
de vous parler , qui estoit un
tres-fuperbe Etendard, où l'on
avoit peint la Sainte environnée
de Trophées , fut la premiere
qu'on vit avancer. Celles des
Villes, & de tous les Villages
des environs , paroiſſoient en
5.fuite , & apres elles , toutes les
Croix des Paroiffes. Elles precédoient
une Compagnie nombreufe
de Filles vêtues de blanc,
qui repréfentoient lapureté de la
Sainte , & que l'on voyoit fuivies
de plufieurs Anges vêtus
120 MERCVRE
la
magnifiquement
, & fur les Habits
defquels il fembloit que
Broderie vouluft difputer le prix
aux Diamans & aux Perles:
Chacun d'eux avoit une Couronne
de Fleurs fur la teşte . Sitost
qu'ils eurent paffé, l'on appercent
fur deux lignes deux
Compagnies également lestes.
Toutes deux marchoient Tambours
batant & Enfeignes
déployées
, lune de jeunes Gens
mariez, & l'autre toute de Garçons
, les uns
bien armez, & fort proprement
vêtus . La derniere avoit en tefte
M Carpentier, & pour Lieu,
les autres trestenant,
GALANT. 121
tenant, M ' Padet, Fils duPréfidentde
l'Election de Chaumont.
Cette Infanterie faifoit paroître
tant d'ordre , & de difcipline fi
bien reglée , qu'on cuft dit que
ceux qui la compofoient, avoient
paffé toute leur vie à l'Armée .
Derriere eux estoient de jeunes
Enfans habillez à la Romaine,
pour représenter la Nation d'où
la Sainte eftoit. Les Recolets de
Chaumont & de Trie - Chafteau
fuivoient cette Troupe , & mar
choient devant les Mathurins
Réformez , tant de Calloy , que
de Nostre-Dame de Lieffe de
Gifors. Apres ces derniers ve-
Septembre 1680.
L
122 MERCVRE
S
noient des Gentilshommes à cheval,
habillez à là Romaine , en
maniere de Hérauts - d'armes.
Leurs Habits estoient fort riches
, & ils tenoient tous des
Palmes garnies de Rubans couleur
defeu. Les Fils de M' de
Liencourt estoient de ce nombre.
Ils avoient pour Chefun jeune
Parifien , d'une majesté charmante.
Son Equipage eftoit magnifique
, tant pour fon Habit
& la Houffe de fon Cheval,
que pourfon Capot, tout garny
de Plumes & de Pierreries.
Ces Hérauts eftoient fuivis de
quarre Trompetes du Roy qui
GALANT. 123
alloient devant la Châffe. Les
Plumes les Aigretes mifes
au deffus des Vafes dorez qui en
faifoient l'ornement , luy donnoient
beaucoup d'éclat. Elle
eftoit portée par huit Apostres
couronnez de Fleurs , ayant de
tres-belles Aubes avec de grandes
Echarpes . Huit autres qui
devoient les relever , marchoient
à cofté de ces premiers , & portoient
de gros Flambeaux de
Cire blanche Des quatre coins
de la Chaffe pendoient des Echarpes
en broderie, que tenoient
autant de Diacres , l'un desquels
eftoit M l'Abbé de Lencourt,
Lij
124 MERCVRE
Chanoine de S. Quentin , Frere
du Pere de Monceaux. Tous les
Ecclefiaftiques des environs venoient
en fuite , & cette marche
eftoit terminéepar les Officiers de
la Cerémonie , dont le principal
eftoit M' de Villetartre. C'eft
un Homme de qualité, Seigneur
de tres - belles Terres , qui employe
tout fon Bien à faire établir
des Miffions , & àfecourir
les Pauvres . M' Dorival Curé,
qu'on avoit fait Maistre des Cerémonies
, eftoit toûjours fur les
・aîles , auffi-bien que le Pere de
Monceaux, qui ne ceffoit point
de donnerfes ordres pour empefGALANT.
125
cher la confufion. Douze Hom
mes bien faits , armez chacun
d'une Pertuifane , & commandez
par M' Carpentier , faifoientfans
ceffe écarter la foule;
&quoy qu'elle fuft fort grande,
on vit toûjours la Proceffion
marcher fur deux lignes fans
aucun trouble. Les Ecclefiaftiques
& les Ordres Religieux
chantoient tour-à- tour , & ne
commençoient jamais que les
Trompetes n'euffent finy leurs
fanfares. Apres trois quarts de
lieue toujours en bel ordre , la
Proceffion arriva en la Paroiffe
de S. Martin , qui eft à l'entrée
Liij
126 MERCVRE
du Fauxbourg de Chaumont.
Le Curé la vint recevoir avec
Pencens , à la tefte de fes Pref
tres . On fit repofer le Corps fur
un Lit de parade fort propre,
dreffé dans l'Eglife qu'on trouva
parée de fes plus beaux Ornemens.
Quelques Prieres yfurent
chantées , l'on en partit au
fon des Trompetes pour entrer
dans la Ville , dont l'on avoit
embelly les Portes d'une maniere
d'Arc de Triomphe. Dans ce
moment , un fort grand nombre
de Buetes furent tirées , & l'on
apperçeut M' du Mefnil , nouveau
Lieutenant General, avec
GALANT. 127
tout le Corps de Ville , & les
Officiers de la Justice , qui s'avançant
vers la Châffe , firent
paroître leur zele par toutes les
marques de refpect & de venération
imaginables. Ils luy don
nerent unfort riche Dais , & le
porterent tout le reste du chemin,
quoy qu'il fuft fort difficile . M
le Curé de S. Jean , Docteur de
Sorbonne , qui eftoit venu attendre
le Corps de la Sainte,
accompagnéde tout fon Clergé,
luy donna de l'Encens à la Porte
de la Ville, & enfuite la reçeut
dans fon Eglife , où l'on monta
apres avoir traversé la premiere
L iiij
128 MERCVRE
grande Rue. Ce Vaiffeau qui eft
tres- grand & tres- beau , fe
trouva commode pour la grande
multitude de Peuple que cette
Solemnité avoit fait venir de
toutes parts . De S· Jean l'on
paffa par une autre grande Ruë,
qui
jufqu'aux Peres Récolets ,
regeurent la Relique avec les
mefmes honneurs. Apres plu
fieurs Motets & Prieres , l'on
arriva au Convent des Religienfes,
au bruit des Cloches
du Carrillon de toute la Ville.
On tira alors plufieurs autres
Boëtes ; & comme on les avoit
placées dans un Lieu où il y a
GALANT. 129
des Echo qui répondentpluſieurs
fois , ce fut un bruit qui dura
longtemps. Ilfut fuivy de plufieurs
Salves de toute la Mouf
queterie , tant des Dames Religienfes
, que des Compagnies
d'Infanterie, qui estoient venues
ec
de Gomerfontaine. On plaça la
Chaffe dans la Court du Convent
, parce que l'Eglife eftoit
trop petite pour contenir tout le
Re Peuple. On avoit couvert çe
Lieu d'une grande Toile verte,
de tres-belles Tapifferies l'ornoient
tout autour. On voyoit
dans le milieu une maniere d'Alesa
Vi
lcove fort enrichy , dans lequel
130 MERCVRE
eftoit un tres-beau Lit de Velours
cramoify à grande crêpine &
broderie d'or & d'argent. Le
Ciel eftoit de la mefme forte.
Cefutfous ce Ciel qu'on pofa la
Sainte fur une affezgrande Eftrade.
Le Pere François Séraphin
de Paris , ancien Lecteur
en Theologie, monta en Chaire,
& eut un applaudiffement general,
tant pour la beauté defes
penfees, que pour la politeffe de
fon difcours. Le foir, on porta la
Sainte dans l'Eglife , où l'on
chanta le Salut. Cette grande
Journée fe terminapar un tresbeau
Feu d'artifice, que commenGALANT.
131
E
cerent plufieurs décharges des
Boëtes . M' le Lieutenant General
y mit lefeu. Heftoit pofefur
une Eminence , vis- à- vis d'une
Montagne, où d'admirablesEcho
en firent fort loin retentir le
Se bruit. Les Fufées volantesfembloient
aller au deffus des nuës ;
maisfur tout on admira les dernieres
qui estoient faites exprés ,
qu'on appelloit de Sainte
&
Je Fortunée.
rta
Le lendemain Samedy 26.
deJuillet, les Trompetes vinrent
randes le matin faire entendre leurs
the fanfares , parce que c'estoit le
jour de la Fefte de Sainte Anne,
tre132
MERCVRE
dont Madame de Boulainvilliers
, Prieure de ce Convent,
porte le nom. On tira auſſi quantité
de Boëtes, & ce mesme
bruit recommença à la grande
Meffe. Elle fut chantée d'une
maniere furprenante par M*
Aubert, de la Mufique du Roy.
Plufieurs habiles Muficiens &
Symphonistes , le feconderent.
Rien ne sçauroit estre plus agrea
ble que le fut cette Mufique . Ils
la
continuerent à Vefpres , apres
lefquelles le Pere Fribourg , ancien
Docteur en Theologie aux
Cordeliers de Pontoife , prefcha
avec beaucoup defuccés.
GALANT. 133
Le 27. qui fut un jour de
Dimanche, les Muficiens fe firent
encor admirer. Apres les
Vefpres,M'P'Abbé deTombrel,
Frere du Marquis de ce nom,
fit paroîtrefon éloquence, & (atisfit
fort fon Auditoire . M
l'Abbé de Villetartre prefcha les
autres jours de l'Octave , d'une
maniere fi édifiante , que tous
ceux qui l'entendirent en furent
touchez. Le concours du Peuple
redoublant de jour en jour , on
fut obligé d'augmenter les Gardes
pour s'oppofer à la foule,
parce qu'autrement les plus foibles
auroient efté étoufez , quoy
134 MERCVRE
la
qu'on apportaft le Corps de la
Sainte dins la Court pour
faire voir plus aifement. Ony
prefchoit auffi tous les jours pour
fatisfaire la devotion de tout le
monde.
Le Dimanche 3. d'Aouft
ayant efté choify pour la clôture
de cette Ceremonie , & pour
refferrer la Chaffe, des Peuples
de toutes parts , & de plus de
trente lieues, arriverent à Chan
mont le jour precédent , & dés
minuit l'Eglife fut affiegée. Les
Gardes tâcherent inutilement
d'arrefter la foule. Ils furent
forcez; & pour empefcher ce
GALANT. 135
que la confufion pouvoit caufer
de defordre , il falut porter le
Corps de la Sainte dans la
grande Court du Convent, qui
eftoit encorplus fuperbement parée
que les premiers jours . Elle
fut toujours remplie d'une infinité
de monde jufqu'apres les
- Vefpres qu'on fit la Proceffion
dans le mefme ordre que la pre-
= miere avoit esté faite . Les
- Vierges vêtues de blanc , les
Anges , la Jeuneffe fous les ar-
Imes , les Enfans habillez à la
Romaine , les Corps des Religieux
, les Hérauts , tout le
Clergé, & Meffieurs de Ville,
136 MERCVRE
accompagnerent la Chaffe , qui
fut portée à la Paroiffe de Laiflerie.
De là on paffa derriere
la Ville , où l'on trouva à l'entrée
unfomptueux Repofoir chez
Mademoiselle Lignier. Apres
qu'on s'y fut arrefté quelques
momens , on paſſa par le milieu
de la Ville au bruit des Salves
de la Moufqueterie
, qui furent
réiterées quand la Chaffe entra
chez les Récolets . Ils la
rent comme ils avoient fait la
premierefois, & la conduisirent
jufque chez les Dames Religienfes
, où le Pere Eloy , Prédicateur
de la Reyne , Supérieur
reçeuGALANT.
137
des Récolets de Versailles , pref
cha fort éloquemment. M'
l'Abbé de Villetartre, qui avoit
officié à la Proceffion , officia
auffi au Salut. Quand il fur
finy , on mit la Chaffe entre les
mains des Religieufes , qui la
reçeurent à la Porte de leur
Cloture,faifant une double haye,
chacune un Cierge à la main,
chantant le Te Deum.
Depuis qu'elle eft refferrée , il ne
taiffe pas de venir des Gens de
plufieurs endroits pour implorer
l'affiftance de la Sainte , dont
quantité de Perfonnes ont déja
reçeu plufieurs fignalées faveurs
Septembre 1680
M
\
138 MERCVRE
Tous les ans , le 26. de Juillet,
qui est le jour où la Fefte de
Sainte Anne eft celébrée dans
le Diocefe de Rouen , on doit
defcendre la Chaffe quiferaportée
en proceffion avec de fort
grandes ceremonies. On l'expofera
pendant l'Octave , afin que
les Peuples ayent plus de temps
à la venir revérer. Je ne defef
pere pas que vous n'y veniez
vous-mefme faire éclater voftre
pieté. Elle vous invite à ce
voyage, auffi-bien que les prieres
de voſtre tres, & c.
Cette Matiere ne peut
GALANT. 129
eftre mieux fuivie , que d'une
Nouvelle qui doit donner de
la joye à tous ceux qui font
zélez pour les intérefts de
Dieu , & de la Religion . Sa
Majefté qui met fa plus
grande gloire à les foûg
tenir en toutes rencontres,
a donné des Lettres Patentes
aux Nouvelles Catholiques
de Paris , pour aller à Gez,
Terre de fon Domaine , où
depuis un mois elles ont étably
une Maiſon , pour y recevoir
les Filles qui fe veulent
convertir. Une Veuve
qui a voulu les accompa
Mij
140 MERCVRE
gner, & qui leur donne ce
qu'elle a de Bien , les feconde
fort dans ce grand
Ouvrage. Le bruit de leur
arrivée ayant efté porté à
Genéve , où elles fe rendirent
de Lyon , elles y trouverent
les Rues bordées de
Peuple. Quelques - uns les
falüoient , & d'autres faifoient
paroiftre une fort
grande confternation . M'le
Réfident leur donna fon Aumônier
qui les conduifit à
Gez .Jugezde la joye qu'elles
cauferent aux Catholiques,
qui font là en petit nombre.
GALANT. 141
Peu de temps apres M' l'Evefque
de Genève y eftant
venu benir leur Eglife , reçeut
l'abjuration de huit de
leurs Filles, & fit une Exhortation
admirable en préſence
de quantité de Prétendus
Réformez , qui affiſterent à
cette Cerémonie. Il leur
en vient tous les jours de divers
endroits , qui leur de
mandent retraite , & le nombre
en eft fi grand , que
comme elles font dans un
Païs remply de Montagnes
qui ne produit prefque rien,
& que ne croyant pas faire
142 MERCVRE
tant de fruit en fi peu de
temps , elles n'ont pas appor
té les fonds qui leur feroient
neceffaires pour leur fubfiftance
, il eft impoffible
qu'elles ne foufrent b . aucoup
. Mais rien ne couſte
quand l'Esprit de Dieu anime.
Elles remettent dans la
bonne voye , des Familles
toutes entieres , & ces jours
paffez il y en eut une qui
abjura , composée de neuf
Perfonnes , dont la Femme
eft Soeur du Premier Syndic
de Genève. Beaucoup de celles
qui ſe preſentent pour fe
GALANT. 143
dre
convertir , ont un fi grand
zele , que ne pouvant eſtre
reçeuës faute de Lics , elles
aiment mieux coucher par
terre fur un peu de paille, &
partager les plus fâcheufes
incommoditez, que d'atten
que la Maiſon foit mieux
établie . On a de grands
fruits à en eſpérer. Si quelques-
unes faifoient abjuration
les années dernieres ,
elles retomboient prefque
auffitoft dans leur premiere
heréfie , faute de retraite &
d'inſtruction, non pas qu'on
ne les laiffaft dans de tres144
MERCVRE
bellesxdifpofitionsą mais
comme leur coeur eftoit fim.
plement touché, & que ter
reur n'eftoit pas softée ride
leur efprit , la mondre oc
cafion leur faifoit craindre
de prendre le faux pour le
vray , au lieu qu'à préſent
qu'elles feront entierement
conva ncuës des Véritez de
la Religion Catholique , elles
feront fortes contre les
attaques de ceux de l'autre
Party. Ce qu'il y a de få .
ch ux pour ces courageufes
M ffionnaires dans ce premier
Etabliffement , c'eſt
que
GALANT. 145
que le Bled eftant extrémement
cher en ce Païs - là,
ainfi que les autres chofes
dont elles manquent
, la
haine que les Herétiques
ont pour elles , leur en fait
encor augmenter le prix .
Les Perfonnes charitables
peuvent s'acquérir beaucoup
de mérite aupres de
Dieu , en leur envoyant de
prompts fecours. C'eft contribuer
au falut des Ames
E qu'elles retirent du précipice
, & travailler avec elles
à la plus noble Moiffon que
puiffe faire un Chreftien.
Septembre 1631.
N
146 MEROVRE
coeurs
pablont
faneles
s'emdoute
à les
foulager . Heureux qui ne
l'eft que pour les choles de
cette nature. On ne feroit
pas réduit à envier le bonheur
des Arbres. Voyez,
Madame , fi celuy qui leur
parle dans ces Vers , vous
paroîtra digne d'eftre plaint.
3.7.2000mybed.So P
ДИ
GALANT. 147
2525252525252522
LES ARBRES.
Ob zakodo 291 quog sup fio !
IDILLE. 107 )
-nad algeben
A
60 90190
Reres, qui tous les ans par
un retour certain, 7050
De vos charmes perdus retrouvez
a la verdure, an 2
Queje porte d'envie à votre heureux
deftin,
Et queje veux de mal à l'injuſte
Nature!
Vosfeuilles, qui toujours renaiſſent
en Eté,
Me donnent moins de jalousie
Que vostreinfenfibilité.
Mon coeur eft déchirépar cettefrénésie,
Nij
148 MERCVRE
Et vous voyez tranquillement
Dans vos plus noirs ombrages
La petite Climene, & monperfide
17129)Amant, sup stiet 2 b mg15
Chercherlefond de vos Bocages.
Ab, que ces affreuſes images
Me caufent un rude tourment!
L'Ingrat, fçavant dans l'art de
feindre,
Ma jurémille & millefois
Que de fon changementje n'avois
rien à craindre,
3 YOUNGN
Et qu'on verroit plutoft les Hoftes
de vos Bois
Nager parmy les eaux , quefon
amour s'éteindre.
Helas ! defes fermens qui l'a pu
difpenfers pro
Ho
Ces tendres amitiez dans les ames
bien nées,
Qu'il eftfi doux de commencer,
GALANT. 149
Etqui font des Humains les belles
rodeftimées,omne 2002 2003Ɑ
Dévroient elles jamais ceffers »
Etpar des traits que les années
Nemanquentjamais d'effacer,
De durables attraits fi nousfommes
ornécs,
Un veritable Amant peut-il y re- ›
noncer? 53
C'est une longue connoiffance
Qui des coeursfait la liaiſon,
Et leurparfaite intelligence
Eft un effet de la raison.
Oüy, lafoible raiſonfans nous rendre
plusfages
Nousfait mieux reffentir l'amour.
Sans amour, fans raiſon, Arbres,
Plantesfauvages, wit
Si vous paffez , c'est pour un beau
retour.
Voftre éclat renouvelle, & vivant
Sur la terre
RO 12! MERCVRE
Plus heureux mefme que lesDieux,
- Vous n'apprébidez point la guerre
QQuest Antour, ve Tyran, daporteri
novjufqu'aux jeux, Jasviv
lol 101 2910USM
a
1 Je fuis toujours oblige
de diférer jufqu'au Mois on
slag bobI
nous fommes à vous parler
de ce qui fe paffe tous les
deux ans à l'Académie Françoiſe
le jour de Saint Louis ,
pour la diftribution des Prix,
parce que cette Feſte tombant
le 25. d'Aouft , je n'ay
pas le temps d'avoir des
Memoires
* jultes pour ce
curieux Article. Ces Prix ,
qui font deux Médailles ,
GALANT ISI
chacune de cent écus , font
donnez par deux Académiciens
Fun mort, & l'autre
A
vivant. Je croy vous avoir
déja mandé que le mort
eft M ' de Balzac , qui a
laiffe un Fond pour cela,
avec des Matieres fur lef
quelles on doit travailler en
Profe. Le Vivant ne veut
pas
eftre
n
moe
connu par m
deftie , & cette raiſon eft
caufe que M de l'Academie
prefcrivent
eux mêmes
le fujet qu'on propofe pour
les Vers. Il est toujours à la
louange de Sa Majefté. Ces
??
5
$
N
III.
152 MERCURE
deux Sujets ayant efté pu
bliez par une Affiche particuliere
qui fe répandɓ dans
tout le Royaume , ceux qui
travaillent pour avoir les
Prix envoyent leurs Ouvra
gesi au Secretaire de l'Aca
démie. Ils n'y mettent point
de nom , mais un Paffage
Latin , qu'ils mettent encor
fur un Billet cacheté. C'eft
dans ce Billet qu'est écrit
le nom. Ainfi aprés qu'on
a décidé quelles Pieces doivent
remporter les Prix , on
en connoît les Autheurs en
décachetant les deux Billets
GALANT sz
fur lesquels on trouver les
mefmes Pallages qui font au
bashde ces Pieces / p Voilà la
regle Je ne vous dis point
fille fecret eft extrémement
garde. Ilveftrare vdans le
monde, & je ne fçay s'il fe
trouverailleurs que dans le
Confeil du Roy. L'Acadé
mie fe fépare en divers Bul
reaux pour juger de ces
Ouvrages , & d'eft la plura
lité des voix qui donne les
Prix. Le jour de Saint Louis
on fait le matin le Panégy
rique du Saint & du Roy
dans la Chapelle du Louvre ,
1
154 MERCVRE
On y dit la Meffe , pendant
laquelle on chante un Mo
tet.14MbAbbé Anfelmeg
dont leninom & le mérite
vous font connus fit da
derniere fois cel Panégyri
que , & fut admiré de tous
les Illuftres qu'il avoit pour
Auditeurs. Je m'étendrois
davantage fur ce qui regarde
cet Abbé , fi je n'avois à
vous en parler bientoft plus
-amplement. Le Motet qui
fut chanté ce jour la eftoit
un Cantique en l'honneur
de Saint Louis , compofé
de divers Paffages de ' Ecr
3
GALANT 55
zure appliquez àlla Vie de
ce Saint Roy, M5Char!
pentiende Académie Fran
coife, les avoit joints pour
en faire ce Cantique, Cela
demande beaucoup d'éru
ditions & de lectures ; &
comme rien n'eft plus dif
ficile que de faire quelque
chofe de fuivy avec plufieurs.
morceaux féparez , on peut
fe vanter d'avoir le difcer
nement fort jufte quand on
réüffit dans ces Ouvrages
.
La Mufique eftoit de M
Oudot , & fut chantée par
les plus belles Voix de l'O156
MERCVRE
péra. Elle plût beaucoup , &
chacun en fortit fort fatisfait.
L'aprefdînée on s'affembla
dans la Salle de l'Académie
pour diftribuer les
Prix publiquement. L'A
femblée fut tres- illuftre ,
mais moins nombreuſe
qu'elle n'euft efté fi cette
Salle cuft pû contenir un
plus grand monde. Vous
fçavez qu'il y a tous les trois
Mois un Directeur nouveau
à l'Académie
, & que
c'eft le Sort qui fait ce choix.
Il eftoit tombé quelque
temps auparavant fur M
GALANT. 157
&
Doujar , Docteur Régent,
Profeffeur du Droit Canon,
Hiftoriographe de Sa
Majefté. Il ouvrit cette feance
parun excellent Difcours,
qui fut applaudy de tout le
monde , apres avoir dit que
la glorieufe protection dont
Sa Majefté honoroit leur
Compagnie leur avoit fait
choifir le jour de Saint
Louis pour celébrer la memoire
d'un avantage fi confidérable.
Il fit connoiftre
la conformité qu'avoit fon
Regne avec celuy de ce Modelle
des Roys. Il dit,
158 MERCVRE
2
que ces deux Héros eftoient nez
avec tout ce qu'on pouvoir de
firer de nobles inftructions &
d'excellentes
qualitez dans une
Ame veritablement Royale;
Que que tous deux eftant montez
prefque duBerceaufur le Trône,
en avoient foûtenu la majesté
avec la derniere vigueur; &
que le pouvoir qu'ils avoient ex
tous deux fur eux-mefmes , les
avoit toûjours empefchez d'a
bufer de celuy que
le Ciel leur
avoit donné fur les autres. Il
adjoûta , Qu'ils avoient d'a
bord trouvé des obftacles à leur
autorité naiffante , mais qu'ils
GALANT. 159
la
Les avoient furmontez par
prudente conduite de deux pienfes
Meres, que l'Espagne avoit
données pourReynes à la France,
& qui avoient esté affiftées des
confeils fidelles de deux celebres
Cardinaux Que la juſte défence
des Droits de leur Cou
ronne contre l'invasion de leurs
Voifins , avoit exercé la valeur
de l'un de l'autre , mais qu'-
une genérosité dont fort peu
Souverains ont jamais efté capables
, leur avoit fait toujours
préferer le repos general de la
Chreftienté à leurs propres intérefts
; & que dans leur ame,
de
160 MERCVRE
la modération avoit toûjours efté
victorieuſe des mouvemens fla
teurs de l'ambition . Il fit voir
que leur zele pour la Religion
avoit mis perpétuellement la
Pieté à la tefte de leurs Entreprifes;
Que fi S. Louis dompta
par la force defes armes les Herétiques
defon temps , qui commençoient
à prendre racine dans
une partie de fon Royaume,
LOUIS LE GRAND qui a
trouvé de nouveaux Herétiques
dans tous les endroits de fon
Etat, & tolérez mefme parles
Edits de fes Predeceffeurs , tra
vailloit avec le plus grand fuc
GALANT. 161
par
tes qu'on puſt espérer , a les ra
mener dans le fein de l'Eglife,
ar des voyes qui pour n'avoir
vien de violent , n'eftoient pas
moins efficaces ; Que file mefme
S. Louis, fuivant lapieté de fon
Siecle , alla chercher les Ennemis
de la Foy juſques aux extrémitez
de l'Orient & du Midy,
• pour effayer d'arracher de leurs
mains impies la poſſeſſion des
Pais confacrez par les mysteres
de noftre falut ; ce que le Roy
avoit déja fait , & ce qu'on luy
voyoit faire tous les jours avec
tant d'avantage contre les Pyrates
, Ennemis jurez du Nom
Septembre 1681.
O
162 MERCVRE
2
LUN 90 Angol
an-
2943
Chreftien, eftoit comme un gage
feur, qu'apres qu'il aura achevé
de rendre à la France fes
ciennes Limites, la Providence
referve à la gloire defon Regne,
ces Conqueftes lointaines , que
par des fecrets, qu'il ne nous eft
pas permis depénétrer, elle a refufees
dans les autres Siecles aux
efforts de tant de Roys & de
tant d'Empereurs ; Que les
vaftes Mers qui font entre les
Infidelles nous, n'estoient pas
des obftacles affez forts pour les
dérober au courage de noftre invincible
Monarque
; & que
luy qui avoit trouvé l'art de
Э
CeGALANT
163
1639
n
b
joindre deux Mers éloignées à
travers les Terres qui s'oppofoient
à ce deffein , çauroit bien
avec fes Flotes nombreuses , fi
bien armées & fi bien conduites,
aborder les Terres les plus reculées,
les approcher par les
&
mefmes Mers qui les feparent.
Ce qu'il dit en fuite me påroift
trop beau , pour n'en
faire qu'un Extrait . Voicy
les termes dont il fe fervit.
Je croy, Meffieurs, que le raport
de ces deux Regnes fameux vous
femblera jufqu'icy affez juste..
Quefera-ce, fi nous y adjoutons
cette conftante égalité d'efprit,
O ij.
164 MERCVRE
qui eftant à l'Ame ce que le tem
pérament exquis eft au Corps,
accorde enfemble une continuelle
Activité avec une Tranquillité
parfaite que rien ne sçaurois
troubler Gette vertu fi rare,
pluroft vantée que poffedée par
les anciens Philofophes , mais
inconnue à noftre Siecle , hors
de l'Ame du GRAND LOUIs ,
eft fans doute ce qui fait le veritable
Héros, & ce qui le rend
maître de tout ce qui eft hors de
Luys en le rendant maître de
Joy-mefmes Cette Tranquillité
S. Louis conferva fi admirablement
dans tout le cours de
que
1
GALANT. 165
fa wie, ne regne pas moins dans
relles de LOUIS LE GRAND:
Elle est la compagne inféparable
& l'ornement de fes autres
vertus, & fait le plus haut point
de fa veritable grandeur. Par
cette merveilleuſe qualité qui en
foy a quelque chose de divin,
ce Prince incomparable agiſſant
continuellement, jouit d'un repos
auffi profond que ceux qui languiffent
dans une molle oifiveté.
Il garde un calme parfait dans
une action fans relâche , ou plu
toft il ne trouve du relâche que
dans l'enchaînement de ces Projetsfurprenans
& de ces grandes.
166 MERCVRE
3
Actions , qui font la deftinée de
Europe , & l'étonnement de
l'Univers. Il est toujours occupé,
il travaille inceffamment,
il prend foin de tout par Luymefme,
mais fes occupationsfont
fans embarras, fon travail fans
empreffement ,fes foins fans inquiétude.
Auffiquel trouble pour
roit entrer dans une Ame fi grande,
qu'une prévoyance à qui rien
n'échape, & une magnanimité
affermie , mettent hors de toute
furprife , & au deffus de toute.
forte d'ornemens ? Son efprit
élevé au deffus de la portée des
Hommes , participant à la
GALANT. 167
J
la
condition des Celeftes Intelligences
, voit fans s'émouvoir le
mouvement qu'il imprime comme
il luyplaift à tout ce qui méritefon
application. Il eſt toû
jours le mefme, parce que, quoy
qu'il puiſſe arriver, il n'arrive
rien qui luyfoit nouveau. Enfin
cet Esprit ferme eft égal, ne
change jamais de fituation, tandis
qu'il fait changer de face à
tous les Etats qui l'environnent,
comme s'il eftoit fixe hors de
noftre Sphere, & qu'il cust
trouvé ce point fatal qu'Archimede
demandoit hors du Monde
, pour en remuer à fon gré
168 MERCVRE
toute la vafte Machine . Apres
cet Eloge , M' Doujat finit,
en difant que l'Académie
avoit marqué cette année
pour Sujet de Profe , les Paroles
de l'Ange à la Vierge
lors qu'il la falua Pleine de
grace, & que celuy de Poëfie
eftoit ce qu'il venoit de montrer,
Qu'on voyoit le Roy toû
jours tranquille , quoy que dans
un mouvement continuel. Ces
deux grands Sujets avoient
produit chacun trente - neuf
Pieces , dont M ' l'Abbé Tallemant
le jeune lût les deux,
qui ayant eu le plus de fuffrages,
GALANT. 169
t
8
frages , avoient emporté lès
Prix . Il commença par celle
de Profe , qui reçeut beaucoup
d'aplaudiffemens. Elle
eft de M' Toureil , Fils de
feu Mile Procureur General
du Parlement de Toulouſe.
C'eft un Homme fort peu
avancé en âge , & dont l'ef
prit eft fort éclairé. Si vos
Amis ont la curiofité de voir
cette Piece, ils la trouveront
chez M ' le Petit, qui l'a imprimée
avec plufieurs autres
d'Eloquence & de Poëfie
qui ont difputé les Prix.
Quoy que jufqu'icy on n'eût
Septembre 1680.
P.
.
10 MERCVRE
celuy des Vers qu'au
tile héroïque, M " de l'Academie
ont trouvé à propos
de donner pour cette fois la
préference à une Eglogue
qui fut auffi leue par M'
l'Abbé Tallemant. Les Vers
eftoient beaux d'eux - mefmes
, & illeur donna tant
de grace , qu'on en remarqua
jufques aux moindres
beautez . Je vous en fais part,
fçachant combien vous ai
mez ce qui fent le ſtile de
la Paftorale.
es
GALANT. 171
255552555 2225 225
EGLOGVE. '
CORYDON, DAPHNIS,
A
Ο
POLYDOR.
CORYDON.
Rnement de nos Bois ,Daphni,
dont la Mufete
Par de fublimes tons furpaſſe la
Trompete,
Dont la voix par des Airs tendres
&languiffans,
Des immortelles Soeurs égale les
cens.
Maintenant qu'à l'abry de tant &
tant d'orages,
Qui par tout abatoient les plus
fermes courages,
Pij
172 MERCVRE
1
Nos paifibles Moutons par tout errentfans
nous,
Ne craignent plus l'affaut de ces
terribles Loups,
Qui toûjours affamez &toûjours
en furie
Fondoient de toutes partsfur noftre
Bergeric;
Que toutvir en ces Lieux, que leur
fécondité
Seule peut s'égaler à leur tranquillité
;
Qu'en ces aimables Lieux, filongtemps
defirée,
Parlesfoins de LOV ISla Paix s'eft
retirée;
Que tardons-nous de dire , & d'apprendre
aux Echos
A redire apres nous le nom de ce
Mais
Héros ? ९
pour nepas ternir pardepen
nables marques
GALANT. 173
L'augufte majesté duplus grand des
Monarques,
De ce Chantre fameux, qui par des
tons nouveaux
Dans les Champs de la Thrace atti
rant les Troupeaux,
Faifoit au bruit charmant de fes
accens champestres
Dancer autour de luy les Ormes&
les Haiftres,
Et bondir comme Agneaux les Co
lines, les Bois;
De ce Chantre imitons l'harmonienfe
voix .
DAPHNIS .
A l'envy l'un de l'autre exerçons
noftre Muse;
Contre mon Flagcolet enfle ta Cor
nemuse.
Mais voicy noffre Fuge
fi doux.
en un combat
174 MEROVRE
POLYDOR.
Quelle est votre dispute , & dequoy
parlicz- vous?
DAPHNIS.
De LOVIS, de ce Roy qu'à tout
autre onpréfere.
POLYDOR.
Rempliffez de fon Nom l'un &
L'autre Hemisphere.
CORYDON. ** S
LOVIS toûjours tranquile&toû
jours agillant,
Du Soleil toujours vif, toûjours..
resplendiffant,
Des vents & des frimats reparant
le dommage,
Dans le vafte Univers repréſente
l'image.
Si cet Aftre immobile à nos foibles
regard's
Agit inceffamment, brille de toutes
parts;
GALANT. 175
Si du Dieu qui le meut la plus noble
figure,
Ilaime à ranimer la mourăte Nature",
Afe répandre entier dans cet immenfe
Corps,
Pour enfairefortir d'innombrables
Treforss
Si vainqueur des Hyvers tourtour
il couronne
De Fleurs, d'Epis, de Fruits, Flore,
Cerés,
Pomone
0170
Etfi d'un culte ardent ainsi qu'aux
Immortels
Mille Peuples divers luy dreſſent
des Autels,
Noftre invincible Roy danssa noble
carriere
Voit-il moins de Climats adorerfa
Lumiere?
Eft.il moins bienfaisant , moins
tranquile , moins doux,
Piiij
176 MERCVRE
Etpour noftre repos veille- t-il moins
fur nous?
DAPHNIS.
Theatre merveilleux defurprenans
Spectacles,
Dites- nousfi jamais à travers tant
d'obstacles
Le Soleil auroit pu par fes vives
clartez
Diffiper les horreurs de vos Champs
defertez,
Tirer tant de trésors de vos feches
entrailles,
Ainfi, qu'afait LOVIS, répondeznous,
Versailles?
Il parle, à fa parole, àſon gefte,
je vois
Vos Plaines, vos Valons, vos Montagnes,
vos Bois,
Se couvrir de torrens, d'ondes inépuifables,
GALANT. 177
Ses ondesfurmonter l'afprefoifde
vos fables,
En des plombs tortueux les unes
s'enfermer,
En de larges canaux les autres s'abîmer,
Yformer des Etangs, des Fleuves,
des Rivieres,
Et les faire dans l'airjallir en cent
manieres.
Que de Fleurs, que de Fruits, que
de Bois toujours verds,
Et quedefombresjours dans lesjours
lesplus clairs!
CORYDON.
De ces tranquiles Lieux mais encor
plus tranquile,
Il part le Foudre en main, & d'un
Peuple indocile
Renverfant d'un feul coup les ramparts
les plus hauts,
178 MERCVRE
Des plusfiers Potentais ilfoûtient
les affauts.
Telun Chefne aux longs bras, aw
front haut&fuperbe,
Tandis que les Autans mettent plus
bas que l'herbe
Planes, Haiftres, Tilleux, &Sapins
arrachez,
Tandis qu'on voit d'un Mont des
Rochers détachez
Roulerjuſqu'aux Valons où tombest
les Ravines,
Demeureferme affis fürfes longues
racines,
Et malgré la fureur des Vents fédi
tieux,
Ne porte pas moins hautſonfront
audacieux.
CORYDON.
L'admire comme toy ſa valeur,fa
puiffance,
GALANT. 179
Maisj'admire bien plusfa bonté,
Ja clémence.
DAPHNIS.
La Biche au pié léger volera dans
les Airs,
Les Poiffonsfécheront dans les profondes
Mers,
Et les Cerfs des Lions affronterent
l'audace,
Avantque de mon coeurſon image
s'efface.
CORYDON.
Cequ'est un doux regard de la belle
Cloris
Aujeune Alcimédon deſes charmes
épriss
Ce qu'eft au Moiffonneur dans la
Plaine brûlante
L'haleine des Zéphirs, l'onde fraî
che & coulante;
Ce qu'eft aux tendres coeurs un chant
délicieux,
180 MERCVRE
Le doux bruit d'un Ruiſſeau; LOVIS
l'eft à mesyeux.
Ce qu'eft dans les chaleurs au Laboureur
avide
L'onde errante àlongsflots fur la
Campagne aride;
Ce qu'est aux Jeux, aux Ris , aux
Graces, aux Amours,
Aupres d'affreux Hyvers, le retour
des beauxjours,
L'Herbe tendre aux Agneaux, & le
Thin aux Abeilles ,
Vos charmantes Chanfons le font à
mes oreilles;
Leurs douceurs du Nectar furpaffent
les douceurs ,
Et telsfont les Concerts des Neuf
fçavantes Saurs .
Que fidans nos Hameaux, pour une
ielle offrande ,
On ne ceint pas vos fronts d'une
riche Guirlande,
GALANT. 181
Allez la recevoir dans le facré
Valon,
Où le Prix vous attend de la main
d'Apollon.
PRIERE POUR LE ROY.
G
Rand Dieu , quifais régner
les
Roys,
Si LOVIS aréduit l'Heréfie aux
abois,
Aboly le Duel, aboly le Blaspheme,
Et toujours foûtenu tes Autels & tes
Droits;
Fay que par ta bontéfupréme,
Afa longue Pofterité
Il transmette la majesté
Defon eternel Diadéme.
Cette Eglogue eft de M
182 MERCVRE
par
du Périer , Gentilhomme
Provençal. Il eft fort connu
ſes Vers Latins , & l'on
peut dire que dans fes Odes
il a trouvé le beau tour d'Horace.
Les gratifications qu'il
en a reçcuës de Sa Majesté,
juftifient tout ce que je pourrois
dire là- deffus, & le Prix
qu'il vient d'avoir par le jugement
de l'Académie Francoife,
fait voir que dans noftre
Langue il s'eft acquis
l'heureux Art d'imiter Malherbe.
C'eſt à quoy il s'attache
particulierement. La
~Piece que vous venez d'aGALANT.
182
chever de lire , doit faire
connoiftre s'il y réüffit . Les
belles Infcriptions Latines
qu'il a données pour le Louvre
, auront fans doute efté
juſqu'à vous. Apres la diſtribution
des Prix , M ' Charpentier
lût uneVerſion , faite
par luy mefme en Vers François
, du Cantique qui le
matin avoit fervy de Motet.
Iln'eft pas befoin que je vous
parle de la beauté ny de la
jufteffe de cet Ouvrage. Il
fuffit que je vous aye nommé
fon Autheur. M' Regnier
Defmarefts, Prieur du
184 MERCVRE
Bouchet , qui eft de l'Académie
Françoiſe, & de celle
de la Crufca , lût apres luy
une autre Piece de Vers,
d'une mefure nouvelle . Elle
avoit pour titre , La foibleffe
de la Raifon. M'T'Abbé Tallemant
, dont le beau génie
fe fait admirer également
en Vers & en Profe , ferma
l'Affemblée par une Fable
qu'il recita fur les Eaux de
Sceaux. Elle eftoit ſi pleine
de penſées brillantes, & tournée
fi galamment , qu'on
crût l'avoir mal loüée , en
diſant tout d'une voix qu'on
GALANT. 185
ne pouvoit la loüer affez .
Il n'eft point befoin de
vous avertir qu'un des plus
grands Maiftres que nous
ayons , a fait l'Air des Vers
que vous allez lire. Vous le
connoiftrez aisément en les
chantant.
AIR NOUVEAU.
V
Dus qui craignez tant que
Les
Loups
N'entrent dans veftre Bergerie,
N'appréhendez - vous rien pour
vous,
Et ne craignez- vous point que l'Amour
enfurie
Ne vous faffefentirſes coups ?
Septembre 1680.
186 MERCVRE
Je vous entretins la der
niere fois d'une Cerémonie
ふね
le faite à Marseille pour
Baptéme de cinquante Negres.
J'en ay appris depuis
ce temps- là des circonftances
que je croy devoir adjoûter
icy. M le Maréchal
Duc de Vivonne les avoit
fait inſtruire depuis fix
mois des Myfteres de noftre
Religion , afin de les difpofer
à recevoir le Baptéme.
Le jour choify pour cela
eltant venu , on fe rendit
dans la grande Place qui eft
au devant de l'Eglife CatheGALANT.
187
drale. On l'avoit toute couverte
de Tentes en faveur
des Spectateurs que l'on
youloit garantir de l'excef
five ardeur du Soleil . Les
coftez de cette Place étoient
ornez de Tapifferies de:
haute - liffe , & plufieurs des
Banderoles qui fervent aux
Galeres pendoient au Clocher
& au Balcon
q
gne le long du grand Por--
tail de l'Eglife. Les cinquante
Mores eftoient habillez
de bleu. M Bauffet
Prevoft de la Cathédrale,
& Vicaire General du Dio-
9
ریپ
re-
Q ij
188 MERCVRE
cefe , revétu d'une Chape,
& accompagné du Clergé,
vint à l'entrée de l'Eglife
leur faire les Exorcifmes.
Ils eftoient divifez en cinq
Quadrilles , & rangez en
demy - cercle autour de la
Place. Les premieres Cerémonies
eftant achevées , M'
le Vicaire General entra
dans l'Eglife avec M' de
Vivonne , & toute la Compagnie
le fuivit. M ' l'Abbé
de Caux fit alors un beau
Difcours fur les difpofitions
qu'il faut apporter à une
action fi fainte , & prit pour
GALANT. 189
fon texte ces paroles de David
: Lavabis me, & fuper ni
vem dealbabor. Il fit enfuite un
Compliment à M' le Maréchal,
fur ce que ne fe contentant
pas de fervir le Roy
dans fes Armées , il s'étu
dioit encor à feconder fon
zele pour la Religion . Le
Sermon eftant finy , on fit
les dernieres cerémonies du
Baptéme , apres lefquelles
le Choeur de l'Eglife fut ouy
envert
aux Mores. Ils
trerent conduits par les
Peres de la Miffion qui
avoient pris foin de les in190
MERCVRE
ftruire , & revétus de Tuniques
blanches , avec un
Flambeau que chacun d'eux
portoit allumé. Le Te Deum
fut alors chanté par la Mu
fique , qui eft l'une des meil
leures du Royaume
. Le
bruit des Cloches & de deux
cens Boëtes avertirent tous
les Lieux voifins de la nouvelle
conquefte que venoit
de faire la Religion Chref
tienne. J'ay oublié de vous
dire qu'en arrivant dans la
Place , M les Commandeurs
de Rochechouart
,
de Lauzun & Fachinetti,
GALANT. 191
avoient eu foin de diftri
buer aux Dames qui fe
trouverent à cette Fefte, de
petites Bouteilles dorées,,
garnies de Rubans , & rem--
plies d'Eau d'Ange. Je croy
qu'on fera fouvent de pareils
Baptémes , puis que le
Roy a étably une Compa--
gnie d'Afrique pour négo--
tier dans la Cofte de Guinée,
Capvert, Senega, & Négres .
Voicy les noms des Interreffez.
M' Dapoigny.
3
M du Caffe. Il commandera
la Flote des Vaif192
MERCVRE
feaux de la Compagnie.
M' Mafiot , de la Rochelle
.
M²
Desforges.
M' de Larre.
M' Ménager.
M' Cebret .
M' de Keffel.
Ml'Abbé Faure.
f
On ne peut parler de ces
fortes d'Etabliffemens fans
louer la vigilance & lesfoins
de M' Colbert. Ce digne
Miniftre n'oublie rien de
tout ce qui peut eſtre utile
à Sa Majesté & à l'Etat , &
il s'y applique fi fortement,
qu'il
GALANT. 193
qu'il ne faut pas s'étonner fi
toutes les entrepriſes font
toûjours fuivies d'un heureux
fuccés.
En
attendant que je puiffe
vous apprendre celuy qu'-
aura cetteCompagnie, je vais
vous donner d'autres Nouvelles.
Ce font les dernieres
qu'on ait cues d'un Païs
fort éloigné. Les Jefuites
Miffionnaires de la Chine
ont écrit à Rome une longue
Lettre Latine, datée du
15. d'Aouft 1678. Elle eſt du
Pere Verbieft leur Viceprovincial.
Voicy en quels ter-
Septembre 1681.
R
194 MERCVRE
mes ceux qui l'ont traduite
en ont fait l'Extrait .
$ 225 $ 25 SS2SSSSES
EXTRAIT
D'VNE LETTRE
ECRITE DE LA CHINE
A ROME.
R
Ecevez cette Lettre comme
fi vous
entendiez un
cry pouffé vers vous par tout ce
que nousfommes icy de Miffion
naires , au travers des Païs immenfes
qui nous feparent , &
que vous nous viffiez tendre les
GALANT. 195
bras vers l'Occident , pour vous
demander le fecours qui nous eft
neceffaire. Noftre nombre a efté
extrémement diminué , & par
les maladies, par la perfecution
qui s'éleva contre nous l'an
1674 où noftre Religion , &
noftre Aftronomie qui nous fert
à l'établir, furent avec nous enfermées
fix mois dans la Prifon
de Péquin , chargées de neuf
Chaînes. Le temps eft tres -fa-·
vorable pour faire entrer dans
la Chine un renfort d'Hommes
tel que nous en avons befoin.
Ce grand Royaume, à la verité,
a toujours eftéjusqu'icyfort exa-
Rij
196 MERCVRE
tement fermé aux Etrangers,
par la crainte qu'il avoit de recevoir
chezfoy des Moeurs , des
Coûtumes , & des Religions
'il nommoit barbares ; mais
qu'il
la guerre qu'on y voit allumée
de tous côtez, ouvre beaucoup
de paffages à ceux qui voudroient
entreprendre
d'y entrer. Toute
l'Europe fçait que les Tartares
Afiatiques, féparez de la Chine
par cettefameufe & prodigieufe
Muraille qui leur en défendoit
l'entrée , ont furmonté enfin cet
obftacle depuis quelques ans, &
fe font rendus les Maiftres de
ce floriffant Empire. Ils n'ont
GALANT. 197
prefque rien changé dans la maniere
du Gouvernement ,
moins encor dans ce qui regarde
la Religion , car ils font dans la
déteftable erreur de croire les
Religions indiferentes ,&toutes
également agreables à Dieu .
Ainfi ils n'ont pas abatu unfeul
Temple dans la Chine , ny renverfe
un Pagode. Le feul chan
gement quife foit fait , eft que
la Race des Roys Chinois a esté
dépoffedée du Trône . Cependant
les Tartares n'en font pas paifibles
poffeffeurs. Le Party des
Roys légitimes fe conferve encor,
& eft affez puiſſant pour
Rij
198 MERCVRE
donner bien de la peine aux
Ufurpateurs. La Chine est donc
toute divifée , toute déchirée par
des guerres inteftines , & il ſeroitfacile
d'y gliffer une Troupe
de nos Gens parmy ce tumulte,
& tandis
que
durent les fumées
de ce grand embrafement. Ilya
déja longtemps que nous sommes
affezbien à la Cour de Péquin,
& que l'Empereur nous marque
une bontéfinguliere. Il nous envoyefortfouventfes
Courtifans
les plus chers pour s'informer de
noftrefanté. Il nous faitfouvent
venir à fon Palais , nous reçoit
dans fes plusfecrets Apartemens,
1
GALANT. 199
fefert de nous dans fes Affaires
tant particulieres que publiques,
nous faitfervir des Plats de fa
Table , nous donne des Habits
avec des Peaux de grand prix,
veut avoir nos Portraits , t
nous prefente de fa propre main
des Faifans , des Lievres , des
Cerfs qu'il a pris à la Chaffe.
Les Gouverneurs
& les Viceroysfuivent
l'exemple du Maitre,
& nous font toute forte
d'honneurs. Ils viennent avec
une grande Suite dans nos Maifons
& dans nos Eglifes, & ne
nous font pas peu respecter par
les Officiers inférieurs. Dans
1
R iiij
200 MERCVRE
quelques Provinces qui ont esté
ravagées ces années dernieres
par les deux Factions ennemies,
& où l'on n'a pas épargné les
Temples mefme des Idoles , il
n'y a eu que les nostres qui ayent
échapé à la fureur des Soldats.
Fugez quelle joye ce feroit pour
nous , fi nous pouvions profiter
de tant d'occafions favorables,
mais nostre nombre eft trop petit.
Nous avons la faveur du Prince
des Seigneurs, mais nous n'avons
point affez de Gens pour
Servir. Nous fommes
nous en
quatorze ou quinze difperfez
dans ce Royaume , mais qu'est-ce
GALANT 201
que ce nombre dans un Empire
fi vafte ? C'est la mefme chofe
quefil'un de nous eftoit à Rome,
l'autre à Turin , l'autre à Madrid
, l'autre à Lisbonne , l'aurre
à Paris , l'autre à Bordeaux,
l'autre à Vienne , l'autre à
Mayence, & l'autre à Anvers.
Combien la Chine a- t- elle encor
de Provinces qui n'ont jamais
veu d'Européens ? Je ne croy pas
inutile d'avertir ceux qui voudront
bien venir d'Europe pour
eftre icy les Compagnons de nos
travaux, que les Mathématiquesfont
d'un grandfecourspour
gagner les efprits des Chinois.
202 MERCVRE
Ellesfont d'ordinaire aſſez négligées
dans la plupart de nos
Colleges . On les regarde comme
le rebut des Sciences , comme des
connoiffances feches & de nul
ufage, & on s'adonne bien plus
volontiers aux vaines Questions
de la Philofophie commune ;
mais les Chinois ne font pas de
ce fentiment. Ils ont un gouſt
particulier pour les Mathematiques,
rienfur tout ne les
charme tant que l'Aftronomie,
l'Optique , & les Mécaniques.
Ces Sciences entrent au Palais
du Prince avec honneur. Elles
buy parlentfamilierement à ſon
GALANT. 203
Trône, tandis que les plusgrands
Seigneurs de l'Etat s'en tiennent
loin , & ofent àpeine le regarder
à
genoux. La Religion
mefme que nous apportons aux
Chinois , en a efté bien reçeuë¨ à
la faveur de l' Aftronomie avec
laquelle elle s'eftoit affociée ; &
c'est pour cela que j'exhorte ceux
qui viendront nous fecourir , à
vouloir bien fe charger de Lunetes
de longue veuë , de Microfcopes
, de Pendules , & de
tout ce que les
Mathématiques
produifent de curieux & d'agreable
. Ces fortes de chofes
font des préfens que les plus
204 MERCVRE
grands Seigneurs reçoivent avec
plaifir; & fi nos foins avoient
une fois réuffy dans la Chine,
quel exemple ne feroit- elle pas
pour tous les Peuples voisins ?
Les Chinois font estimez dans
tout l'Orient pour les plusfages
des Hommes. On y eft furpris
de cet admirable Gouvernement,
parlequel toutle Royaume a efté
jufqu'icy reglé comme une Fa
mille particuliere . En effet, tou
tes les Nations font barbares ,
tes comparer à celle-là, fi l'on en
excepte quelques-unes de noftre
Europe , & peut-eftre mesme,
s'il m'eft permis de le dire , elle
GALANT. 205
me
d'é-
L
furpaffe les plus polies de l'Europe
en beaucoup de chofes . Tous
les Royaumes voifins , le Tunquin
, la Cochinchine , le Japon
esme , tout fier & tout orgueilleux
qu'il eft, apprennent la maniere
Chinoife de lire
crire , quoy qu'ils en ayent une
particuliere infiniment plus aifée;
mais ils ont conçeu une idée
fi haute de ce Peuple , que tout
ce qui leur en vient leur paroift
digne d'eftre fuivy; & quand
les plus grands Hommes
zele de la Religion ait portez
dans l'Orient, ont preffé les faponois
pour leurfaire embrasfer
que le
206 MERCVRE
les
noftre croyance, n'ont- ils pas répondupour
leurplus forte raifon,
que l'on perfuadaft aux Chinois
defe ranger de ce Party, & que
fur l'exemple qu'ils en recevroient,
ils n'en feroient plus de
difficulté ? Ce qu'il y a encor de
plus remarquable , c'est que
Tartares Orientaux
, quoy que
Vainqueurs des Chinois, ne laiffent
pas d'en adorer les vices
comme de grandes vertus . Voila
auffi une des principales caufes
de la fierté des Chinois , & de
leur mépris pour les Nations
Etrangeres , à propos dequoy je
a
m'en vay vous raconter ce qui
GALANT. 207
m'est arrivé à moy- mefme. Les
Chinois fe fervent de l'Année
Lunaire , ilsimpriment tous les
ans un Calendrier, tel à peupres
que nos Almanachs d'Europe,
mais beaucoup plus autentique.
Il est toujours confirmé par un
Edit de l'Empereur, qui défend,
fur peine de la vie , qu'on n'y
ajoûte, ou qu'on n'en retranche
un feul mot. Ce Calendrier regle
tous les Contracts , & tous
les Actes publics , & mesme
toutes les Nations voisines s'en
fervent , & le reçoivent avec
autant de refpect que les Chinois.
Apres noftre perfecution
208 MERCVRE
des
de 1674 & lors que j'eus efté
rétably dans la Surintendance
Mathématiques , il arriva
que nos Ennemis publierent leur
Calendrier; & ce qui ne s'eftoit
point encorfait, ils y mirent
un Mois intercolaire , qui n'appartenoit
point à cette Année- là,
mais à lafuivante. Je préfentay
auffitoft une Requeſte à l'Empereur,
afin que ce Mois fut
effacé du Calendrier. Ily eut
grand bruit dans toute la Chine.
Les Mandarins s'affemblerent.
On préfenta beaucoup de Requeftes
contre la mienne , mais
perfonne ne pûtfoûtenir l'erreur
GALANT. 209
du Calendrier. Enfin le Chef
du Grand Confeil de la Chine
m'ayant tiré à l'écart , me pria
tout-bas , mais fort inftamment,
au nom desprincipaux Seigneurs,
de trouver quelque moyen de
diffimuler l'affaire , & de faire
entendre que l'erreur du Calendrier
eftoit excufable , de peur,
difoit- il , que toutes les Nations
voifines qui fuivent le Calendrier
Chinois , ne perdiffent la
bonne opinion qu'elles avoient
conçeue de leur Aftronomie.
Cependant l'Empereur n'eut
point d'égard à cette raifon, &
par un Edit public, il ordonna
Septembre 1681.
S
210 MERCVRE
que
le Mois intercolaire feroit
effacé. Cette Avanture à fait
grand honneur à nos Mathéma-
·tiques , préfentement c'eft
moy qui compofe le Calendrier,
on le debite fous mon nom
par tout ce vafte Royaume.
Voyez combien les Sciences y
ont de cours. Ce n'est que par
leur moyen que l'on monte aux
Charges & aux Dignitez.
Ceux qui les obtiennent, paffent
par divers degrez , comme nos
Docteurs de Sorbonne,
a point de Pere qui ne faſſe étudier
fes Enfans. Auſſi je ſuis
feûr qu'il eft plus d'Etudians
il n'y
GALANT. 211
Ge
ر
dans la Chine feule que dans
noftre Europe entiere. Queferafi
nous nous fervons de
cet amour des Sciences qui leur
eft fi naturel, pour leur inspirer
celuy de noftre Religion ? Il n'y
a rien qu'on ne Se puiffe promettre,
pourveu qu'on les prenne
par cet endroit.
Je laiffe les Nouvelles E
trangeres, pour vous en donner
une de nos plus belles
Provinces. C'eft du Languedoc
que je veux parler.
Une jeune Dame , qui fait
un des ornemens de la Ca-
Sij
212 MER CVRE
pitale , ayant efté attaquée
pendant quelques jours d'une
Fievre lente, a veu tout le
monde s'intéreffer dans fon
mal. Au Portrait qu'on m'en
a fait , elle mérite les voeux
qu'on a faits par tout pour
elle. Ce qui la met au deffus
de beaucoup d'aimables
Perfonnes de fon Sexe , eſt
une douceur qui enchante,
une langueur , & un je- ne
fçay quoy de tendre & d'engageant
dans les yeux, dans
le vifage , & dans tout ce
qu'elle fait, qu'on n'a jamais
veu qu'en elle feule, Un
GALANT. 213
galant Homme , qui a efté
plus affligé luy feul de ce
que fa Fievre luy faifoit fou
frir, que tous les autres enfemble
, n'eut pas plutoft
fçeu qu'elle eftoit diminuée,
que d'une extréme douleur,
on le vit paffer à une joye
exceffive. Les premiers tranf
ports que luy donna cette
joye , furent trop forts pour
luy laiffer déguifer les fenti
mens de fon coeur. H les fit
paroître dans ces Vers, que
vous verrez aisément avoir
eſté inſpirez par une Divinité
qui fçait éclairer l'ef
214 MERCVRE
prit. Je voudrois , Madame ,
vous en pouvoir envoyer
fouvent d'auffi agreables.
2552 $252 :255 $2225
SUR LA FIEVRE
D'AMARANTE
Enfin
, tupeux à tes Loix,
Amour ,foumettre Amarante,
Et vaincre, fi tu m'en crois,
Son humeur indiférente.
se
En apprenant le fecret
De furprendre cette Belle,.
Souviens - toy du feu difcret
Dont mon coeur brûle pour
S2
La Fievre depuis huitjours
elle.
GALANT. 215
Chez cette aimable Bergere,
Au grand mépris des Amours,
Fait ce que tu devrois faire .
Se
Sans repect du Medecin
Qui la fert de tout fon zele,
Elle allume dans fon fein
Sans ceffe une ardeur nouvelle..
S &
Garantis tant de tréfors
Du Deftin qui les menace;
Chaffe-la de ce beau Corps,
Et va te mettre en fa place.
Se
Tu peux luy jouer ce tour
Plus aisément qu'il nefemble,
Puis que la Fievre & l'Amour
Ont un grand raport enſemble.
S&
Va faire autant de fracas
Que cette Hofteffe cruelles
216 MERCVRE
Il n'eſt perſonne acy - bas
Qui ne te prenne pour
elle.
Tes accés font vehemens;
Tu jettes les plus rebelles
Dans de grands redoublemens,
Apres des langueurs mortelles.
&S
Les flames & les glaçons
Sont de tes moindres boutades;
Les chaleurs & les friffons
Accompagnent tes Malades.
$2
Sans beaucoup diffimuler,
Tu peux entrer dansfon amez
Accoutumée à bruler,
Elle foufrira ta flame.
22
Tuvois bien que furfon coeur
Tes entreprises font vaines;
Tu n'en feras le vainqueur
Qu'en
GALANT. 217
Qu'en te gliffant dansfes veines.
as
Jufqu'icy tous tes appas
N'ont rien púfurfafranchiſes
Encor, je n'en répons pas,
Si tu n'ufes de furprife.
Situ veux donc t'affurer
D'unefi belle conqueſte,
Prens le temps qu'à foupirer
Son mal la rend toujours prefte.
52
Sers-toy de ces mefmes traits
Qui caufent mon mal extréme;
On n'en échape jamais,
Je le connois par moy-mefme.
Sa
A ton aimable poifon
Fais céder fa Ficvre lente;
Cefera la guérison
De la divine Amarante.
Septembre 168.1. T
218 MERCVRE
S&
On ne voit que trop icy
Que les Fievres font mortelles;
Tes atteintes, Dieu mercy,
Nefont plus mourir les Belles.
Tant defeu qu'il te plaira, es
Quelque brulant qu'il puiſſe eſtre,
Amarante en guérira,
Fay l'honneur de la connoiftre."
.
Vous aurez fans- doute
entendu parler de divers
effets de l'Imagination dans
les Femmes groffes , Ce
qu'elle a produit depuis peu
de temps dans la Femme
d'un appellé Jean Cadoux
Manoeuvre , demeurant à
GALANT 219
Auxonne Ville de Bourgogne
, eft fort extraordinaire
.
Je l'ay appris d'une Lettre
d'un habile Medecin de ce
Païs - là , & vais me fervir
de fes
mefmes termes pour
vous en faire la Relation,
n'eftant pas affèz fçavant
dans la
Medecine pour vous
parler moy-mefme fur ces
fortes de Matiéres. Cette
Femme s'eſtant ſentie grof
fe , ne pût s'empeſcher
de
regarder fort fouvent , &
avec une extréme attention,
deux petits Anges qui font
peints dans un Tableau de
Tij
220 MERCVRE
l'Eglife des Capucins de la
Villelo Ces Anges fe touchent,
& entrelacent leurs
bras & leurs jambes. Cette
idée s'imprima fi fortement
dans fon efprit, que le24
du dernier Mois cftant dans
fon termega elle accoucha
de deux Filles qui mouru.
rent dans la difficulté du
travail qui fut long & dan,
gereux. Elles effoient attachées
l'une à l'autre par les
coftes & par le ventre , depuis
la region du coeur , ou
au deffous des reins qui
eftoient apparens , juſques
GALANT. 221
vers les os pubis, & la partie
fuperieure de la poitrine
eftoit entierement dégagée.
Elles prenoient leur nourri
ture par tuns feuh umbilic,
Les tegumens du ventre, &
toutes les parties contenantes
, eftoicnt communes à
Pune & à l'autre , & il n'y
- avoit aucune léparation entre
celles qui y eftoient conrenuës.
Ainfi on peut dire
que ce n'eftoit qu'un feul
ventre , quoy que par l'ouverture
qui en a efté faite
en préfence de M' Cuchot
Medecin ( c'eft celuy qui en
Tin
222 MERCVRE
J & à laquelle
Jup, Novi
a écrit icy , ) & à
affiftoient tous les Chinuit- foCirat
giens
de
la
plufieurs Officiers de Gar-
& d 2 Përfon- nion
200
-
es curieules ,
sarah
alte appáku
a
que toutess les parties
sen
eltoient
doubles , à la refer-
- que quieftoit
unique
, ve du foye
tais plus grand
que le ra-
も
ز
112 p decliödie fout
turel car iP occupon
med
insolentoit
l'efpace qui eftoit entre les
bindrés
des deux
Enfans . Il n'avoit pas la
rondeur que le fove doit
avoir , cftant bien plus long
que large , & aflez plat
-
251
GALANT, 223
J
ANOTHER
271913.
Cependant il n'avoit que
deux lobes , fous lefquels
eftoient attachées deux veficules
, du
deux ventricules ou eftoʊmacs
, deux rates , quatre
seins , & deux veffies, Tous
les inteſtins effoient doubles.
Les poitrines qui suniffoient
par les re
les coftes , fe
Communiquoient
intérieu
rement, & finiffoient par un
* feul cartilage xiphoide ; mais
chacune avoit fa capacité &
Les poulmons tres - bien com
pofez Il n'y avoit neantmains
qu'un coeur pour les
fiel . v. avoit
$
DOY
Tiiij
224 MERCVRE
deux . Il eftoit tout plat, af
fez mal formé , prefque auffi
large en la pointe qu'en fa
bale , & n'avoipaucunement
la figure pyramidale Ony
trouvoit comme dans les
autres , deux d oreilles deux
ventricules & quatre vaife
feaux, deux defquels, fçavoir,
la veine scaven valtere
pulmonaire,fe diftribucient )
& ſe portoient par l'une des
deux poitrines , & les deux
autres vaiſſeaux par d'autres
& un feul diaphragme for
voit pour les deux . Toites
les autres parties de ces Ent
•
GALANT. 225
fans eftpient bien formées,
bien enquiries, bien difshotes.
pLuncayoit la teſte
unspeu plus groffe que Bautre
, & les cheveux plusdongs
& plus épais , & l'un vides
vifages are ffembloit entieres
ment saraceluy de l'un des
Anges que la Femme du
Manelivre avoits anticons
fidérez dans le Tableau. Les
cols grke's épaules, les bras,
les dos , les jambes & les
autros membres infericurs,
avoient tous leur figure na²
turelle & leur jufte propor
tion , & chaque Enfant en
226 MERCVRE
eftoit afforty comme fi l'union
de leurs deux Corps
n'en avoit pas fait un Monf
tre.
L
"
Si les bizarres opérations
de la Nature nous furprennent
quelquefois , nous n'avons
pas moins fujet d'admirer
l'Amour dans fest diférens
caprices. Ce que j'ay
appris depuis quelques jours
en eft un exemple affez remarquable.
Un Cavalier
fort bien fait , effant arrivé
dans une Ville où l'on celébroit
une de ces Feftes
que les Chevaliers de l'Arc
GALANT. 227
& du Pistoler rendent fa-
'fheules en beaucoup d'endron's
, alla furteifoir dans
unLieu de promenade qu'on
luy dit eftre l'ordinaire Ren-
-dez vous des plus confidétables
Perfonnes de l'un &
-de l'autre sexe. Il aimoit les
Belles geftoiro hardy fans
Veltre effrontén comme
rien ne luy plaifoit tant que
Toccafion d'une Avanture,
il chercha d'abord cu s'adreffer
pour paffer au moins
quelques momens dans une
agreable_converſation. ~~ Il
neut pas fitoft regardé de
228 MERCVRE
་
toutes parts , qu'il apperçût
une Dame qui marchant
feule à l'écart, fembloit prendre
foin d'éviter le monde.
Il alla foudain de ce coftélà
, & dans le deffein de l'aborder
, il prit le tour qu'il
falloit pour venir à la rencontre.
Sa Coëffe abaiffée
luy fit préfumer qu'elle appréhendoit
d'eftre connue,
& il en refta tout- à- fait per
fuadé , quand en s'approchant
, il luy vit mettre fon
maſque . Il la falua fort civilement
, & luy dit en mef
me temps , qu'il avoit bien
GALANT. 229
f
lieu de fe plaindre de l'injuftice
qu'elle faiſoit à un
Etranger , en luy cachant
ce qu'il croyoit de plus beau
dans toute la Ville. Ce compliment
obligeant luy attira
une réponse de la Dame
qui luy fit noüer converſation
, & il luy marqua tant
de refpect en la priant de
foufrir qu'il luy tinft compagnie
dans fa promenade,
qu'elle parut n'eftre pas fàchée
de cette rencontre.
Elle eftoit vétuë modefte
ment , mais en Femme de
naiffance , avoit la taille af230
MERCVRE
fez fine , & un brillant dans
les yeux qui donnoit lieu
de penfer qu'il y en avoit
beaucoup dans tout fon vid
fage. L'Etranger impatient
d'en eftre éclaircy , la con
jura tant de fois de fe montrer
, qu'enfin elle ofta fon
*
mafque , & luy fit voir une
Perfonne de vingt - deux ou
vingt- trois ans toute pleine
d'agrément. Il en fut touché,
& cet agrément qui
rendit fon coeur fenfible luy
tint lieu pour elle de tout le
mérite qu'il euft pû luy fouhaiter.
Il luy demanda pourGALANT.
231
quoy ill'avoit trouvée ainfi
Solitaire , & il apprit qu'elle
eftoit Femme d'un Gentilhomme
qui la faifoit vivre
dans une entiere retraite ,
qu'il ne laiffoit pas d'aimer
fort la Compagnie
; que les
réjoüiffances de la Felte qui
devoit encor durer quel
ques jours , l'avoient mis
d'un grand Repas ; qu'il
devoit en fuite aller au Bal,
où il pafferoit une partie de
la nuit ; & que tandis qu'il
avoit d'agreables heures, elle
avoit voulu joüir du frais,
& fe divertir à examiner de
"
232 MERCVRE
fe
loin fans eftre connue , tous
ceux qui venoient à la promenade
. Il comprit par lå
que fon Mary eftoit un bizarre
; & comme une Femme
qu'on traite avec tyran
nie cherche quelquefois à
fo vanger's il fe fuft fait un
plaifir de luy infpirer ce fentiment,
s'il euft eu quelque
prétexte pour s'arrefter dans
la Ville ; mais n'y connoiffant
perfonne, il n'y pouvoit
faire un fort long séjour , &
l'efpérance d'une conquefte
incertaine ne méritoit pas
qu'il perdiſt ſon temps.
GALANT. 233
Quoy qu'il deuft partir le
lendemain , il ne laiffa pas
de le montrer charmé de
la Dame. Son talent eftoit
de débiter des douceurs , &
il le mit en uſage jufqu'à la
profufion. Les réponſes de
la Belle luy faifoient con
noiftre qu'elle fe plaifoit à
l'écouter. Elle avoit l'hu
meur affez enjoüée ; & fi
elle ne s'expliquoit pas toûjours
en termes corrects , il
imputoit ce défaut au peu
d'habitude qu'elle avoit du
monde. La nuits'avançant
,
la Dame voulut congédier
Septembre 1681.
87-
V
234 MERCVRE
3
PÉtranger ; mais il s'obftina
a la remener chez elle , &
34lors qu'il fut afa Porte, comavoit
fçû que le Mary
mei
devoit revenir fort tard , il
luy demanda permiffion de
l'entretenir encor quelque
temps . Elle luy fut accor
dée , & une vieille Servante
qui eftoit venue ouvrir , leur
porta de la lumiere dans une
Salle proprement meublée,
d'où elle eut ordrende ne
point fortir. La précaution
le chagrina , mais il fallut
qu'il prift patience , & qu'il
bornaft fes prétentions à
GALANT 235
eftre écouté favorablement.
On luy témoigna qu'il plais
foit affez , & que s'il eftoit
du voifinage , on pourroir
trouver moyen de faire avec
luy un commerce d'amitié,
mais qu'un Etranger n'ayant
rien de ftable , il eftoit fort
difficile de s'affurer de fon
coeur. Il répondit à cela par
mille affurances , d'acheter
du Bien aux environs , & à
l'entendre, il eftoit preft de
paffer une partie de l'année
dans la Ville mefme fens..
L'A
divers
prétextes que
mour luy
fourniffoit.od
Le
Tij
236 MERCVRE
heures coulant fort vifte , la
Belle craignit de ſe voir furprife
, & remit au lendemain
à examiner les offres , sil
vouloit luy rendre une feconde
vifite quand la nuit
commenceroit. Elle l'affura
que les plaifirs de la Feſte
occuperoient encor ſon Mary
, & qu'elle auroit liberté
entiere de reprendre l'entretien
où elle eftoit obligée
de le laiffer. Vous pouvez
croire que le Rendez - vous
ne déplût pas. L'Etranger
fortit remply d'efpérance ; &
pour s'acquerir la Vieille qui
GALANT 237
eftoit témoin de toute l'Im
trigue, il luy fit un préfent en
laquittant , ultrout grande
foin de bien remarquer la
Porte , & réfolut de paffer
encor un jour en Auberge
pour voir quelle fin auroit
l'Avanture . Le lendemain
comme il fortoit de fa Chamee
bre fur les fix heures du foir,
il fut fort furpris de trouver
fur l'Escalier un Gentilhomme
de fa connoiffance qui
venoit chercher un Cavalier
Fogé depuis quelques jours.
dans le mefme lieu. Plufieurs
Campagnes qu'ils
་
་ ་
D
238 MERCVRE
"
avoient faites enſemble dans
le mefme Regiment , les avoient
rendus amis , & ne
s'eftant point veus depuis la
Paix , ils ignoroient la fortune
l'un de l'autre . Ils s'embrafferent
avec beaucoup de
marques de joye ; & afin
d'avoir le temps de s'entretenir
, l'Etranger retint le
Gentilhomme à fouper. Le
plaifir d'eftre avec luy, l'obligea
de luy facrifier une
grande Compagnie , avec
laquelle il luy dit
que lés ré
jouiffances publiques le fai
foient eftre de fociété, & fur la
GALANT 239
•
furprife que fon Amy luy
montra de le trouver habi
tant d'un Lieu où il fçavoit
qu'il n'eftoit pas né , il luy
dit qu'y eftant venu pour
quelques affaires , il s'eftoit
laiffé charmer d'une affez
jolie Perfonne qui l'avoit
bien voulu époufer , & avec
laquelle il luy promettoit
de luy donner à dîner le
lendemain. Cet engage
ment parut favorable à l'Etranger
, qui ne cherchoit
que l'occafion de s'arrefter
dans la Ville. On apporta
le Soupé , qu'ils firent durer
a
240 MERCVRE
longtemps , en fe rendant
compte de mille choſes qu'-
ils fe demanderent. La nuit
approchant , le Gentilhomme
qui eftoit bien aile de
divertir fon Amy , le voulut
mener au Bal , ne dou
sant point qu'eftant fort galant
, il n'acceptaft
le party,
par l'envie de voir ce que la
Ville avoit d'aimables Perfonnes.
Le refus qu'il fit de
ce divertiffement ayant
tonné celuy qui le propofoit
, il le preffa tant de luy
en dire la cauſe , qu'il falut
enfin que l'Etranger luy fift
confidence
GALANT. 241
confidence de Rendez - vous
qu'il avoit. Le récit de l'Avanture
dans toutes les circonſtances
donnant une curiofité
entiere au Gentilhomme
, il demanda qui
eftoit la Dame. L'Etranger
luy protefta qu'il n'en connoiffoit
que la Maiſon ; &
fon Amy l'yulant accompagner
, il le pria de foufrir
qu'il fuft difcret , & de
ne point exiger de luy ce
qu'il fçavoit n'eftre pas d'un
galant Homme. Le Gentilhomme
fortit fans le preffer
davantage , & le pria feu
Septembre 1680.
X
242 MERCVRE
Ju 1300
lement de l'attendre le lendemain
, parce qu'il viendroit
le prendre pour le conduire
chez luy. La nuit com-
XX
mençoit à eftre obfcure.
Cela fut cauſe qu'ayant envie
de fçavoir chez qui l'Etranger
eftoit attendu , il
s'alla cacher à vingt pas de
là , afin de le fuivre quand
il fortiroit. Il eut bientoft
ce plaifir , & s'il marcha fur
fes pas fort fatisfait de n'eſtre
point veu , il paya bien
cher cette courte joye , lors
que l'Etranger s'arrefta devant
fa Porte. Il y frapa. On
GALANT. 243
luy vint ouvrir , & à la maniere
dont le Gentilhomme
vit qu'on le reçût , il fut
convaincu de l'intelligence.
La fureur d'abord s'empara
de fon efprit. Quelque affurance
qu'il euft de la vertu
de fa Femme , il crut qu'il
eftoit trahy , & cette penfée
troubla fi fort fa raifon
, qu'il fut fur le point
d'executer tout ce que la
vangeance luy fuggéroit
pour le fatisfaire. Cependant
au milieu de ce grand
trouble il fe fouvint que lors
qu'il avoit quitté fa Femme,
X ij
244 MERCVRE
elle fe
SVUOD
It pour
aller fou paroit
d'A
901 BONUS ups a l'up do
200
per chez une Dame , à qui
en fuite on donnoit le Bal
Il fe raffura par cette reflé.
xion , & rappellant
les tendres marques
d
mour qu'elle luy avoit tours
jours données
, il fe condamna
luy- mefme de la connoiftre
affez mal pour la
foupçonner, non feulement none
as shinob
d'une lâche perfidie , mais
d'eftre capable de s'attacher
à un Homme qu'elle n'auroit
veu qu'une ſeule fois .
La Maifon où elle devoit
avoir foupé eftoit tout pro-
MEMERIDAS
GALANT 245
"
che. Il y courut , & trouva
fa Femme fort brillante en
Diamans , qui achevoit de
dancer une Courante . Il
ne fçut que croire de ce qu'il
venoit de voir , & ceffa d'en
eftre en inquiétude . Il fuffifoit
qu'il n'euft aucun intéreft
au Rendez - vous , &
qu'il puft fçavoir qui l'avoit
donné en faifant parler la
vieille Servante . Tandis qu'il
examinoit quelle conduite
il devoit tenir dans cet éclairciffement
, l'Etranger faifoit.
merveilles auprés de fa Belle.
Il l'avoit trouvée fort "
X iij
246 MERCVRE
propre & fort ajuſtée , &
connut par là qu'elle avoit
deffein de toucher fon coeur.
C
L'agrément de fon vilage
augmenté par fa parure, produifito
l'effet qu'elle sen
cftoit promis. „ L'Etranger
fentit augmenter fa paffion,
ཞ་
yeux
T'oc
2
& le plaifir de fes
cupant entierement , il ne
fonges qu'à les fatisfair
Ce que la Belle difoit n'avoit
pas un tour fort fin ,
mais il eftoit dit ave enjoüement
, & dans une Femme
dont la Perfonne a fçu
plaire , les moindres choles
GALANT: 247
paffent pour efprit, L'en
tretien roula fur mille pro
teftations d'amour que l'E
or fit dans les termes
Hver
tranger
les plus forts & les plus capables
de perſuader la Belle.
Il l'affura qu'une affaire qu'il
seftoit faite l'empefcheroit
de partir fi- toft , & que fon
bonheur eftant de ne point
s'éloigner d'elle , il n'auroit
aucune peine à en trouver
les moyens . La Belle ne fur
point avare de réponſes engageantes.
Elle luy dit en
le regardant fort tendrement
, que pourveu qu'il
X iiij
248 MERCVRE
fçûſt aimer , il n'auroit point
lieu de felrepentir des foins
qu'il vouloit hyrendre , que
l'occafion des Rendez - vous
•ne manqueroit pas , & qu'il
pourroit compter -fur fon
coeur , dy le fien eftoicà elle p
Une déclarationdi obligearb
te dans un tefte- à -tefte acu?
cordé fi librement , fit voir
à l'Amanti qu'il en devoit
profiter Il voulut prendre
quelques libertez ; mais ce¶
fut en vain qu'il s'oublia. D
La Belle , avec fon air toû
jours enjoué , modéra fa
paffion ; & quoy qu'il put
OV
7
GALANT 249
dire comme fes Services
devoient préceder la récom
penfe , la plus grande liberté
qu'elle luy foufrit for delay !
baifer quelquefois la main,
encor fut- ce fur fon Gand, I
qu'il n'eut jamais le pouvoir
de luy faire ofter Cette réJJ
gularité qu'il n'attendoit pas, "
ne fit que donner de l'are ?
deur à fes defirs . Il ne pou
voit le réfoudre à quitter la જે
Belle & fur ce qu'elle luy
dit trois ou quatre fois qu'il
eftoit temps de fe féparer, il
tira une Montre de fa poc
che , afin qu'elle füft cer
250 MERCVRE
1
taine de l'heure. La Montre
qui eftoit des plus petites,
plût fort à la Belle , qui la
nomma un joly Bijou. Ce
fur affez pour engager
fon
Amant à la luy offrir. Elle
en fit quelques refus , &
pour les faire finir il la laiſſa
fur fa Table. On fe dit en
fin adieu , & on le quitta
apres des mefures prifes pour
fe revoir avant qu'il fuft
peu. L'Etranger devoit eftre
inftruit de l'heure par u
Billet qu'on promettoit de
luy envoyer. Il fut vifité le
lendemain par le Gentil
un
SOME
GALANT. 25r
te
TOD
homme , à qui la vicille Servante
s'eftoit veue contrain
e de découvrir ce qu'il avoit
foupçonné. La Suivante de
ſa Femme , qui eſtoit jolie
& fort enjouée , s'eftoit voulu
divertir à la promenade,
& pour n'eftre point conuë,
elle avoit pris un Habit de
fa Maiftreffe , & joué le Perdont
Etranger
eftoit devenu la dupe. Son
Amy en le voyant , luy de
manda des nouvelles de fon
Rendez - vous , & apprit de
luy qu'il avoit trouvé plus
de vertu dans la Dame que
252 MERCVRE
fes premieres démarches ne
donnoient lieu d'y en croire
, mais que cependant
apres
les
t
marques
d'amour
qu'il en recevoit , il ne doutoit
point qu'un peu de
temps n'achevaft ce que le
hazard avoit commencé . Le
J
1
Gentilhomme ayant dit qu'il
eftoit bien aife qu'une intrigue
d'Amourete luy fift
efperer la joye de le poffeder
pendant quelque temps,
adjoûta que peut- eftre il
trouveroit dequoy fe defennuyer
dans l'entretien de fa
Femme ; qu'on luy croyoit
GALANT 253
fit
de l'efprit , & qu'il efperoit
qu'après l'avoir veue , il ap
prouveroit fon choix, En
meſme temps il le conduiit
chez luy, & le fit entrer
dans la mefme Salle où il
fçavoit qu'il avoit cftéqrear
çeu par la Suivante, Jugez
de l'étonnement de l'Etran
ger , quand il reconnut la
Maiſon de fon Amy pourt
le Lieu mefme où il avoit cu
deux fois Rendez -vous .
ร บก
Tour
y failoit
croire
que
a Femm ceftoit l'aimable
Perfonne qui cherchoit à
' arrefter & fon bonheur
;
254 MERCVRE
dépendant d'avoir avec elle
de fréquentes entreveuës, il
ne trouvoit rien de plus fingulier
que de s'en voir faciliter
les occafions par fon
Mary mefme. La rencontre
eftoit fi avantageuſe à ſa
paffion , qu'il n'en pût cacher
fa joye . Elle parut dans
fes yeux , & le Gentilhomme
qui l'obfervoit , eut le
plaifir de lire dans fes penfées
, & de remarquer combien
il s'applaudiffoit de fon
prétendu triomphe. Il le
quitta un moment pour aller
voir fi fa Femme eftoit
GALANT. 255
#
en état de le recevoir , &
revint prefque auffitoft pour
'le mener dans fa Chambre .
Comme l'Etranger y croyoit
trouver la Dame qui luy
marquoit tant d'amour , il
eft aisé de juger du plaifir
qu'il fe faifoit de la Comédie
qu'il alloit joüer en la
falüant comme une Inconnuë.
Il entra remply de cette
penſée , & fe préparoit à luy
faire un compliment qu'elle
puft entendre fans que fon
Mary y découvrift rien de
particulier , quand il apperçeut
une Dame tres - bien
256 MERCVRE
faire qui s'avança quelques
pas vers luy La fupprifes de
trouver une aubres Perſonne
qu'il ne s'eftoit sattendu de
voir , le mit dans un fi grand
trouble ' qulik pût à peine
luy dire deux mors. Le Gentilhomme
en comprit la cau
fe & la Dame qui n'avoit
encor rien fçu de l'Avantur
re , imputa fon embarras au
férieux qu'on garde d'abord
avec les Perfonnes qu'on ne
connoît point. Pendant
qu'il tâchoit de ferremcard
l'efprit , la Suivante eftoit
dans un Cabinet tout proGALANT.
297
che , où elle cherchoit des.
Gands que fa Maiſtreffe a
voit demandez. Elle en fortit
pour les apporter , & n'eut
pas fait quatre pas , que jettant
les yeux fur l'Etranger,
elle demeura toute interdite.
Le defordre où il eftoit l'empéchant
de prendre garde à
une Perfonne , dont l'Habit
tres - negligé marquoit la
condition , elle cuft fuy fort
aifément avant qu'il l'euft
remarquée , fi le Gentilhomme
ne l'euft retenuë. II
la tira par le bras , & la contraignant
d'approcher de
Septembre 1680. Y
258 MERCVRE
il
le
pra
fon
Amy ,
EP JICTIV
de la
tire fi fa
regarder , & de luy dire
Femme ne l'expofoit pas à
ay
manquer
de fidence luy
gardant
chez
ellen chez elle une fi jolie
Suivante. Jugez combien
l'un & l'autre
Jncerté.
Rien n'approcha du
dont fut faifi l'Etranger
,
quand
il reconnut
la tromperie
qu'on
luy avoit
faite.
Son
trop
de crédulité
fur
une
apparence
de bonne
fortune
eftoit
pour luy une
honte
dont
il le faifoit
de
cruels
reproches
, & il ne
trouvoit
à s'en confoler
que
GALANT 259
par la penſée que l'Avan
ture ne pourroit ſe décou
fine
vrir. Le Gentilhomme qui
en fçavoit le fecret, joüiſſoir
plaifir de tout l'embar- avec
our
ras qu'il faifoit paroiftre.
de SIREnivante dif
Sc
part
faire
1EOn
fe mit
à table
,,
&
quoque x quoy
que
puſt
faire
l'E
tranger
, il refta
toûjours
ref.
veur
. Il prit
congé
le plutoft
SHE
MOVE
Vul
qui
put, & partit
ce mefme
qu'il
jour
, apres
avoir
dit
à ſon
Amy
, qu'une
affaire
fort
preffée
dont
il s'eftoit
fouvenu
, le forçoit
de renoncer
à la douceur
de fes Rendez
Y ij
260 MERCVRE
vous. Le Gentilhomme
conta l'Hiftoire à fa Femme,
à qui la Suivante ne déguiſa
rien . Comme elle avoit quel
que efprit, elle tourna cette
Intrigue d'une maniere plai
fante, qui faifoit connoiftre
que fon feul edeffein bavoit
efté de fe divertir de la vanitéh
d'un Inconnu
. Elle en garab
doit une Montre, & c'eſtoir ,
dequoy fe fouvenir de luy àd
route heure , b13 Suusé vo
: Je vous manday la der
niere fois que le Parlementa.
d'Ecoffe avoit { /commencé
fes Séances à Edimbourg le
GALANT 26F
Jeudyol d'Aoult. Quelques
jours auparavant, M' le Duc
dYork, Grand Commiſſaire
de Sa Majefté Britannique,
& les Seigneurs du Confeil
Privé ,pavoient fait un Acte
pour établir,felon l'ancienne
pratique du Royaume , l'or
dre de la Cavalcade qui fe
devoit faire à l'ouverture de
ce Parlement, depuis l'Abb
baye de Holyroode Houle, b
ou Sainte Croix , jufqu'au
Lieu de l'Affemblée. Cet
Acte portoit, si sup dot arm
Que les Magiftrats d'Eb
dimbourg feroient mettre
262 MERCVRE
20311
les Bourgeois bien armez,
& en tres bon ordre , en
haye depuis Ladyfteps juf
qu'à Netherbour , les Gar
des de Sa Majefté faifant
une autre haye depuis Ne
therbour juſques au Palais .
2 ) Que les mefmes Magiftrats
ordonneroient, fous de
grandes peines, qu'on ne fif
aucune décharge d'Armes,
qu'on ne déployalt pas les
Enfeignes , qu'on ne batiſt
point les Tambours durant
la Cavalcade , & qu'on ne
vift aucun Carroffe , dans
Edimbourg jufqu'à ce que
GALANT. 263.
la Cerémonie fuft entierement
achevée Qu'ils feroient
dreffer deux Barres
de bois dans l'enelos de
l'Abbaye, & autant à Ladyfteds
, pour monter & defcendré
de cheval
a
odiofi
3. Que le Conftable ou
Commiffaire, avec fes Gardes
armez de Pertuifanes, fe
mettroit en haye depuis Ladyfteps
, ceux - cy eftant au
dehors, & ceux du Maréchal
au dedans , à l'exception de
fix Pertuifaniers du Conftable
qui feroient dedans , felon
l'ancienne pratique.
264 MEROVRE
34. Que tous les Membres
du Parlement
fe trouve
roient à la Gavalcade , fous
peine d'amende
fuivant
l'Acte de 1661 of
ism Que lors qu'il y auroit
double élection
de Com.
milaires aucun d'eux ne
paroîtroitusno
od nev
6. Que la Nobleffe mart
cheroinen Robes & en Man
teaux longs , lust not
7. Que les Officiers d'Etat
qui n'eftoient pas Gentils
hommes, & qui avoient des
Robes affectées à leurs Charges
, marcheroient avec ces
xBds myslivcenzy 2
Robes.
GALANT. +265
Que les Membres ou
Députez marcheroient couverts
, excepté ceux qui porteroient
les Honneurs ,97819
9. Que le Lyon Roy d'Ar.
mes , fes Hérauts , Pourfuivans,&
Trompetes , marchefoient
immédiatement devant
les Honneurs , le Roy
d'Armes avec la Cotte , fa
Robé, la Chaîne, & ſon Bâton
, feul & immédiatement
devant l'Epée , les autres
avec leurs Cottes & Manteaux
longs, nue tefte, felon
l'ordre 'accoûtumé, due
10. Que deux Maffiers du
Z
Septembre 1681.
266 MERCVRE
Confeil , & les quatre Maf
fiers de la Seffion , marcheroientides
a deux côtez des
Honneurs , nuëzteſte , avec
leurs longs Manteaux , les
deux premiers aupres de la
e & les quatre au-
790
tres aupres du Sceptre & de
J'Epée.
11. Que la place la plus ho
norable, feroit d'aller le dernier.
donem 2amplov 20
312. Que chaque Duc auroit
huit Laquais , les Marquis
, fix chaque Comre,
quatre chaque Vicomte,
trois , chaque Lord , trois ;
GALANT: 267
chaque Commiffaire pour
un Comté, deux ; chaque
Commiffaire des Bourgs, un.
Que chaque Seigneur auroit
apres luy un Gentilhomme
pour porterfa queuë ; & que
quand les Seigneurs entreroient
à la Chambre , ces
Gentilshommes fe tientroient
hors de la Barre.
-113 . Que les Archevelques
& Evelques marcheroient
avec leurs Robes ordinaires
& leurs Manteaux longs ;
que les premiers pourroient
avoir huit Laquais , & les
derniers , trois ; & que cha-
Zij
268MERCVRE
cun d'eux auroit un Gentilhomme
nub tefte pour porten
faqueliöup sin
29b4uQueides Laquais des
Nobles pourroient avoir fur
lelus Livrées dune Cafaque
de Velouts avec leurs Ar
hes, leurs Timbres, & leurs
Deviles gravées fur des Pla
ques d'argent , ou en brodorie,
leroutconformement
L'ancienne Coûtume , on
qu'ils auroient feulement les
Livrées ordinaires, lam
915 Que des Conſtable ou
Commiffaite, & le Maréchal,
iroient le matin prendre les
GALANT 269
5
ordres du Grand Commif
faire , & reviendroient fans
cerémonie ; que le Conftat
ble vifiteroit à pied tous les
Lieux au deffus & au deffous
deplas Chambre du Parle
mentique brevêrul de sfa.
Robe , & fon Bâton à la
main ,bitufe mettroit dans
une Chaire à l'entrée de la
Court du Ladyfteps , qu'il
fe leveroit pour falter chaque
Membre du Parlement
à mesure qu'ils defcendroient
de cheval, & les recommanderoit
à ceux de fa
Garde , pour eftre conduits
Z.iij .
270 MERCVRE
aux Gardes du Maréchal
16. Que le Maréchal affis
fur une Chaife, & fon Bâton
à la main, les traiteroit de
la mefme maniere lors qu'ils
entreroient dans la Porte,
291dmoMeg
17. Que les Officiers de
PEtat qui eftoient Nobles,
marcheroient en Robes depuis
l'Abbaye une demy
heure avant la Cavalcade,
& le rendroient
à la Cham
bre du Parlement jufqu'à
l'arrivée du Grand Commif
ordinaire
faire. Quanduns
a la Commiffion
, le Chancelier
prend
dans fa main la Bourer
GALANT 271
su cette Commiffion eft enfermée,
la tient élevée depuis
ta Barre jufqu'au Trône , mais
quand un Fils on Frere légitime
de Roy eft Commiffaire , il la
tient élevée la
Portegas
,
18. Que tous les Membres
iroient recevoir
le Grand
Commiffaire
à la Salle des
Gardes, la Nobleffe en Robès
de cerémonie , les Valets
& les Chevaux
, reftant
dans
la Court.
19. Que le Roy d'Armes
Lyon,avecfa Cotte,la Robe,
fa Chaîne, & fon Bâton, accompagné
de fix Hérauts,
Z. iiij
272 MERCVRE
de fix Pourfuivans, & de fix
Trompetes , l'itoit aufficres
cevoir. C'eſt luy qui ordonne
toute la Gavalcade, 91900 as
$
20. Qu'aufſi- toft que de
Grand Commiffaire feroin
preft , de Lord Gardep dess
Regitres , ou quelqu'autre)
marqué par luy , & Lyon
Roy d'Armes, eftant enfem,
ble , chacun un Rôle à la
main , nommeroient deux )
des Seigneurs ou Députez ,
pour marcher chacun felon
leur ordre ; qu'un Héraus !
feroit aupres de la Feneftre
criant la mefme chofe, &
GALANT 273
arlav I unlautre à la Porte , pour
prendre garde fi l'ordre fe
roin obſervélo
1
21. Que les Membres mar
cheroient deux à deux, chaque
Degré ou Ordre à part,
& à quelque diſtance , fans
femeller les uns avec les au
tresy en forte que fi quelqu'un
fe trouvoit feul dans
fon sordre , il marcheroit
feubb erordion , Pain
22. Que le Lord Garde
des Regiftres , feroit les Rôles
du Parlement
, tant pour
marcher , que pour les autres
fonctions , conformé
274 MERCVRE
ment aux Rôles du dernier
tenu en 1669. dont il donneroit
un Double à Lyon
qu'on appelleroit les Membres
felon cet ordre qu'ils
marcheroient felon qu'ils
feroient appellez ; & que fi
quelqu'un croyoit foufris
préjudice, il pourroit pro
tefter , & en fuite fe pours
voir au Parlement.
23. Que les Honneurs fe
roient portez immédiatement
devant le Grand Com
miffaire la Couronne
par
le Marquis de Douglas &
en fuite le Sceptre par le
GALANT 275
premier Comte qui fe trous
veroit préfent , L'Epée par le
fecond Comte , & qu'ils
marcheroient un à un , la
tefte nuėjo ton wate
el24 Que les Ducs & les
Marquis marcheroient a
pres le Grand Commiffaire,
à quelque diſtance neant.
moins , felon l'ancien ufage.
25. Que le Grand Ecuyer
marcheroit tefte nue apres
le Grand Commiſſaire 1
mais un peu a cofté , lors
que ce Grand Commiffaire
eft Fils ou Frere légitime du
Royg suot stort nå
276 MERCVRE
26. Que l'Huiffier , le Bå
ton blanc à la main b mar
cheroit nuë tefte aupres du
Grand Commiffaire, devand
& à coſté , de la mefme fora
te , & du meſme colté que
le Grand Ecuyer le met der
riere. ziste¶ 36 15ab0191
-327. Qu'auffitofton quey sle
Grand Commiffaire décen
droit des cheval , le Lord
Conſtable le recevróit , såd
le conduiroit jufqu'au Maréchal
des Gardes , & qu'en
fuite ils le conduiroient eng
femble jufqu'au Trône , &
feroient la mefme choſe au
retour.
GALANT 277
128. Que lors que les Membres
du Parlement décen
droient de chevalt les Vá
lets & les Chevaux fe retireroient
dans la Place du Marché,
jufqu'à ce que le Grand
Commiffaire fuft preft de
retourner au Palais.
$129.Que le retour au Palais
feroit de la meſme forte,
alexception que le Conſtable
& de Maréchal marche
raient à cheval à coſté du
Grand Commiffaire , le premier
à la maindroite & le
fecondâ la gauche , que les
Officiers de l'Etat qui fel
JH0191
278 MERCVRE
"
>
roient Nobles , ne montel
roient à cheval qu'apres que
le Grand Commiſſaire feroit
party,& qu'ils marcheroient
à quelque diſtance des Gar
des.mabato un co . 201
Suivant cet Acte , qui a
efté inferé dans les Regiftres
du Conſeil Privé , & dans les
Lettres du Roy d'Armes
Lyon , la Cavalcade fel fit
dans l'ordre fuivant. xab
Deux Trompetes , avec
leurs Cottes d'Armes & leurs
Bannieres , tefte nuë .
Deux Pourfuivans , avec
leurs Cottes & Manteaux
GALANT. 279
longs , tefte nuë. A in by
Les Commiffaires des
Bourgs , deux à deux .
In Les Commiffaires des
Comtez , deux à deux.
Les quatre Officiers de
l'Etat qui n'eftoient pas Nobles
, deux à deux .
201 Les Lords ou Barons,
deux à deux.
it Les Evefques , deux à
deux .
Les Vicomtes , deux
deux.com
Les Comtes, deux à deux.
3 Les deux Archevefques.
Quatre Trompetes , nue
280 MERCVRE
zefoe , deux à deux no sup
Quatre Pourfavans deux
deux, nhöfte¶9U
95 SixHérantsd'Armes, ñue
tefte deux à deuxto il fo
Lyon Roy d'Armes aved
fan Corte RobeniCollier,
Bâton & Manteau long, nud
teſterobasi
29
я.A 2
25L'Epée Royale portéel
par le Comte de Marlinu
tefterol & boiq absolv
LeSceptre , par le Comter
d'Argile , nuëtefte. ) é olda
La Couronne, par de Marlo
quis de Douglas, mië teſtep
avec deux Maffiers de cha
„IZDI sydosiq Z
GALANT 281
J
que coftéz ainfi qu'au Scep
ne & à l'Epées 1970
Une Perfonne de qualité
Bue tefte , portant la Bource
où la Commiffion eftoit en
fermée. mm A'b yo ♬ noy !
L'Hoiffierau Bâton bland
cofté , & nue teftes not¶
S. A. R. Grand Commif
faire du Royo fuivie de fes
Gentilshommes yno Pages ,
Valets de pied ; & à fon re
tour , ayant le Grand Conftable
à fa droite , & le Maréchal
à fangauche en Robes
de Ceremonie, no C of susp
Le Grand Ecuyer , nuë
Septembre 1681.
A a
282 MERCVRE
tefte & à coftél & M
Les Ducs & les Marquis
en Robes 201
Le Capitaine des Gardes
du Roy,à la tefte des Gardes
Environ demys heure avant
la Marche , Mile Mar
quis d'Athel , que S. A. R. a
nommépour remplir la pla
ce de Chancelier d'Ecoffey
vacante par la mort du Duc
de Rhotes, en attendant que
le Roy en ait fait un autre,
marcha avec le Garde du
Sceau Privé, tous deux en
Robes de Cerémonie , les
premier à la droite , avec fa
GALANT 283
Maffe & la Bource devant
liy, & de fecond à la gauche .
Ils marcherent au retour à
quelque diſtance des Gar-
- Apres qu'on fut arrivé au
Lieu où le devoit tenir l'AL
femblée , & que l'Evelque
d'Edimbourg cut fait les
prieres ordinaires, Mile Duc
d'York eftant placé fur le
Trône , on lût la Commif.
fion du Roy , & la Lettre
qu'il avoit écrite au Parlement.
Elle marquoic à ceux
qui , le compofoient , Qu'
ayant toûjours eu une affections
2.
A a ij
284 MBRCVRE
particuliere pour fon ancien
Royaume d'Ecoffe attaché del
tout temps avec conftance dr
refpect à la Famille Royale,
( Vous fçavez , Madame, que
Jacques VI Roy d'Ecoffe,
Ayeub de Sa Majesté, wit
à la Couronne d'Angleterre
parla mort d'Elizabeth, )
il ne doutoit point qu'ils ne confentiffent
avec zele er promptio
tude à tout ce qui leurferoit pro
pofe pour fon fervice, qui eftoit
inféparable du bonheur de fest
Sajets ; Que des Schifmes ayans
esté excitez d'abord dans E
glife d Angleterre, & des Re
•
GALANIM 285
woltes enfuite, il attendoit de
leurs prudentes Delibérations
des Remedesfeurs pour arrester *
le cours de ces mauxe Qu'avecles
précautions neceffaires, il eft)
péroit que le Gouvernement tel
qu'on le voit létably felon les
Loix dans l'Eglife & dans s
1 Etat ,feroit foutenu par la ref
pectueufe obeiffance qui luy ef
toit deues & que tousfes Pen
plesferoient confervez dans une
parfaite tranquillité; Que c'eftoit
pour arriver à ces grandes
fins, pour établir par leurs ?
aves des Loix, dont quelques cass
arrivez depuis le dernier Par- 3
1
286 MERCVRE
lement, luy avoient fait con
noistre le befoin pour l'adminif
tration de la Faftice ,I qu'ile les
avoir affemblez Que pour leur
donner une marque toute fingu
liere defa bienveillance , il avoit
choify le Duc d'Albanie
d'York fon Frere pour eftre fon
Commiffaire dans leur Affem.
blée, comme celuy qu'il connoiffoit
extrémement attaché à leurs
interests , & auquel ils avoient
rendu toute forte de reſpectpen
dant fon longfejour en Ecoffe,
ce qui luy a voit donné le moyen
de s'inftruire à fond des Affaires
de cet ancien Royaume . Lalle
GALANT. 287
Gture de cette Lettre fuftfui
vie d'un fort beau Diſcours
de SAR Ce Prince, apres
avoir fait connoiftre com
bien il fe tenoit honoré de
la confiance que Sa Majesté
lay témoignoit en le nomi,
mant fon Grand Commif,
faire dans fon ancien Royau
me d'Ecoffe , dit qu'il estoit
d'autant plus perfuadé que cette
Affemblée fe termineroit avec
fon entiere fatisfaction, & celle
de tous fes fidelles Sujets , que
pendant le longfejour qu'il avoit
fait parmyeux, ily avoit trouvé
les Efprits entierement diſpoſez
288 MERCVRE
à tout ce qui eftoit de ſervice de
SaMajestés Que leRoy, done
ils wenoient d'entendre la Lettre
obligeantes luy a voit commande
de les affarer qu'il maintiendroit
inanolablement, ainfi que les
Loixl'avoient établie di Relie
gion Proteftante dans cer ancien
Royaume Qu'il maintiendroir
de la mefme forte le Gouvernes
ment de l'Eglife parles Archer
velques par les Evefques
dont il prendroit les perfonnes
fous fa Royale protection Qu'il
"leur recommandoit d'examiner
par quels moyens on pourroit
venir àbout defuprimer les Com
Alex venticules
d a
GALANT 289
Senticules de Rebelles , d'où procáddient,
ceš aptnion's horribles
en extravagantes, qui au grand
fcandale de la Chreftiente, ne
• pouvoient avoir que des fuites
trés -funeſtès¿ » Qu'il leur décla
roit au nom de Sa Majesté, quà
fon intention eftoit, ainfi qu'elle
avoit toujours effé, que les Loix
euffent leur cours ordinaire pour
lafeûreté des Biens & des droits
dofes Sujets Qu Elle s'appofe
roit à tout ce qui ne leur eftoit
pas conforme , & qu'Elle eſpérais
qu'ils n'auroient pas moins
• defidelité que leurs Ancestres
pour défendre aved vigueurfa
Septembre 1681.
Bb
290 MERCVRE
©
Royale prérogative , en déclarant
que le droit defa Couronne
regardoit fes naturels légiti
I
mest
Heritiers ! Il finit en leur
difant , que l'inclination qu'il
2 avoit de contribuer à leurs avan-
«tages , ayant efté un des principaux
motifs qui avoient porté
Sa Majesté à luy confier l'Employ
qu'il avoit à foûtenir ¸ il
leur feroit voir combien il s'in
Toit
au
bien
de
tout
le
Royaume. Si toft qu'il eut
ceffé de parler, on fit prefter
le Serment aux Députez, &
on nomma les Seigneurs des
Articles. Ils font ainfi apdЯ
GALANT. 291
pellez , parce qu'ils doivent
faire toutes les Propofitions
à l'Affemblée. La Coûtume
veut qu'on choififfe pour
cela huit Evefques, huit My
lords, huit Chevaliers, & huit
Bourgeois. Au fortir de là,
Mile Duc d'York traita tous
les Seigneurs & les Députez
avec une magnificence digne
de luy Je ne vous dis
rien de ce grand Feftin , dont
je vous parlay le dernier
mis, no lang ob Shos
38 Le Lundy fuiyant, le Parlement
s'eftant , raffemblé,
fit lire deux fois fa Réponſe
25
Bb ij
292 MERCVRE
au Roy. Elle contenoit, au
nom de tous ceux qui for
ment ce Corps, des affurances
d'une fidelité inviolable,
Qu'ils prétendoient faire voir à
fes autres Royaumes , & àtoute
La Terres qu'ils eftoient perfua+
dez que leurs vies & leurs biens
ne pouvoient eftre mieux employez
qu'à maintenir les légi
times droits les justes prérogatives
de la Couronne de Sa
oCoronet drbi
Majesté, & qu'on n'y pouvoir
donner la moindre atteinte fans
renverser les Loix fondamen
tales de l'ancien Royaume d'E
coffe; Que bien qu'il fust aray
वध
GIACANT 293
queplufieurs Perfonnes y avoient
troubleste Gouvernement de Sa
Majeſté, deurs massimes effaient
foextravagantes,
fuivies d'un fi petit nombre de
Gens de marques quils eſpér
roient que les crimes des Compat
bles ne feroient pas imputez au
avoient ofté
Royaumes Que ceux qui le repréſentaient
en ce Parlement
auroient foin de chercher des remedes
fuffifans pour arrefter ces
defordres Qu'ils voyoient avec
une extréme fatisfaction que Sa
Majesté s'intéreſſaſt fortement
à conferver la Religion Protef
tante ? Qu'ils luy rendoient tres-
Bb iij.
294 MER
CVRE
humblement
grace de ce qu'Elle
mopour déliancien
les avoit convoquez , pour
berer conjointement far ſes inté
rests , & fur ceux defon
Royaume , qu'ils croyoient devoir
efire inseparables; Que l'a
b. and
confervation des
n des droits de la
Monarchic tant abfolument
neceſſaire pour celle de leurs li
bertez & de leurs biens , ilsfe
Wheur
A
rolent
&
&
Leur reſpect en déclarant par de
Loix pofitives qu'ils reconnoif
foient de bon coeur avecfou
miffion les justes prérogatives de
fa Couronne Impériale dans l'or
dre naturel de la Succeſſion
was da
GALANT 295
Qu'ils resteroient fermes teroient fermes dans
la réſolution de ne ſe départir
jamais de leur devoir envers la
Famille Royale, & lesHeritiers
Succeffeurs légitimes de Sa
Majefté; Qu'ils la remercioient
auffi tres-humblement de l'honneur
qu'Elle avoit fait à fon
Royaume d'Ecoffe , en nommant
fon Royal Frere pour fon Grand
Commiffaire dans ce Parlements
Que ce Caractere foutenu par
le Fils de leurs anciens Monarques,
qui les avoientfi longtemps
fheureusement gouvernez,
les mettoit fortement devant
Les yeux leur obligation natu
Bb iiij
206 MERCVRE
t
relle ; Quesce Princes quefes
grandes qualitez élevoientpas
moins querfal naiſſance eſtant
très bien informe de leurs Af-
*faires, & s'intéreffant à en prem
"die foin, & Sa¶ Majestéppouvoit
juſtement attendre d'un Parle
ment conduit par un Commiſ
faire de ce mérite , tout ce qui
feroit jugé néceffaire pour affer
mirfon Autorité Royalezie
pour conferver tes droits légiti
mes de fes Succeffeurs, muon
chargea le S ' Charles Straton
de cette Lettre , pour la por
ter à Londres au Comter
Morray, feul Secretaire d'E
r
DOIACANTI 297
-
tat pour ce Royaume. əllər
and Leio23.ldu- mefme mois.
d'Aouſt, le Parlement parki
un Ace par lequel il recons
noit dans les termes les plus
forts, que las Rays de ce
J
Royaumebayant regeu leur
Pouvoir de Dieu foul , leur
Succeffion , reglée de tout
remps felon les degrez ordi
naires de confanguinite, ne
peut eftre interrompue par
aucun Statut , que c'eft cher
cher à engager les Peuples
dans le parjure & dans la
rébellion, que d'y vouloir
apporter aucun chagement,
298 MERCVRE
& qu'apres la mort des Roys
& des Reynes , leur Serment
de fidelité les oblige d'obeir
à leur plus proche Heritier
légitime, Malle ou Femelle ,
fans que la diférence de Req
ligion , ny aucune Loy de
Parlement, les en puiffe dif
penfer. Le mefme Acte
porte, que par l'avis & con
fentement du Parlement,
Sa Majefté déclare qu'aucuns
Sujet du Royaume ne peut
travailler , de quelque maniere
que ce puiffe eftre , àp
changer l'ordre de Succef
fion à la Couronne , à def.g
GALANT.299
fein d'en exclure le plus pro
che légitime Heritier , fans
eftre coupable du Crime de
haute trahifon dont Elle
veut qu'on faffe foufrir les
peines à ceux qui feront de
pareilles entrepriſes . L'Acte
fut paſſe tout d'une voix, &
approuvé par S. A. R. qui le
toucha avec le Sceptre felon
la coûtume. Le Parlement
en paffa un autre , qui confirme
tous les Satuts qui ont
efté faits par les Roys Jacques
& Charles I. pour la
feûreté 2& bla liberté de la
Religion Proteftante , telle
300 MERCVRE
Ilent
qu'on la profeffe préſente
ment en Ecoffe. Le 36.16
hit un Projer d'Acte pour
affurer la Paix du Royau
me, & il fut paffé le &. de
ce mois. Il eft porté par cet
Acte, que lors que quelques
Perfonnes qui tiendront
Maifon ou Terres à ferme,
ou qui feront au fervice de
quelqu'un auront eſté acculées
pardevant un
Sun Juge
compétent , de fréquenter
les Conventicules qui fe
tiennent à la Campagne
,
2
bu
de recevoir chez elles les
Prédicateurs qui font ou ſe ?
GALANT. 301
ront excommuniez & déclarez
fugitifs, fices Perfonnes
font trouvées coupa
bles de ces offences , leur
Procés leur ayant efté fait
trois mois apres le Crime
commis , le Juge qui aura
prononcé leur Sentence, la
fera fignifier comme par
forme d'Inftrument au Maître
du Délinquant , s'il eft
en fervice , ou à Heritier
& Proprietaire dans la Maifon
ou fur les Terres duquel
ildemeure, s'il tient Maiſon Siltient
oy Terres
à rente ; & que
ce Maiftre ou Heritier 1fera
302 MEROVRE
છે.
obligé ou de payer l'amende
duDélinquant un mois après
la fignification de la Sentence,
fice Délinquant peut
y fatisfaire , apres luy avoir
payé une année de la Rente,
ou de le mettre luy & la Famille
hors de fes Terres ou
de fa Maiſon , s'il n'a point
dequoy payer. Le mefme
Acte porte, que fi quelque
Perfonne reçoitous garde
aucun Serviteur , Fermier,
ou autre tenant Maifon
rente qui aura eſté ainſi
chaffe , elle fera obligée de
payer trois années de gages
GALANT: 303
au Maiſtre , ou trois années
jede fervice à l'Heritier qui
aura chaffé ce Fermier ou
ce Serviteur; Que les Amendes
impofées par d'autres
Loix precédentes fur les
Conventicules qui fe tiennent
à la Campagne, feront
redoublées, que chaque Perfonne
en payera deux fois
Pautant que l'on en payoit
par ces autres Loix ; qu'à l'é-
Vegard des Bourgeois ou Désputez
en Parlement des
Bourg's Royaux , des Régalitez
ou Baronnies ,Doutre
qu'ils feront fujets aux A304
MERCURE
mendes cy - devant impoſées
fur ces Conventicules , ils
BE NO I
perdront
venir
leurs
droits de Bourgeoiſie ou de
Députation , & feront bannis
de la Ville où ils démeurent
; & qu'afin que toutes
les Loix faites fur ce fujet
foient plus feûrement exe
cutees Sa Majesté pourra
nommer des Sherifs, des
21 ST3N03 sm loo
Députez, des Juges de Paix,
ou d'autres Commiffaires,
pour la punition des Conventricules
, & de ceux qui
font coupables de Mariages
& de Baptémes irréguliers,
GALANT 305
✯ d'ufurper les droits & la
fonction des Miniftre desno
unsvs on paffa
JADI
Le 8. de ce mois on
Acte pour affurer la Reli
gion Proteftante contre les
Catholiques & les Fanati
ques, apres que le Parlement
eut examine pendant plufieurs
heures. Ce fut dans
cette rencontre qu'il fit connoiftre
particulierement
le
zele qu'il a pour maintenir
le droit de Succeffion à la
Couronne aux Heritiers lé
gitimes , puis qu'il fit mener
prifonnier au Chafteau Mylord
Belhaven , comme cou-
G. C
Septembre 1631.
306 MERCVRE
cela
pable du Ctime de trahiſon,
pour avoir dit que filon
prenoisles précautions ne
coffaires pour la fureté de la
Religion Proteftante ,
ne fuffiroit pas pour prévenir
tes defordres qu'on pouvoit
craindre frain Catholique
ou un Fanatique parvenoit
ala Couronnell s'expliqua
inutilement en difant qu'il
ne prétédoit parler que de ce
qu'on pouvoit craindre qui
n'arrivaft dans cent fans.
C'eftoit affez pourle trouver
eriminel, qu'on cuft déclaré
par le dernier Acte qu'aucu
30
GALANT 307
me diférence de Religion ne
préjudicieroit au droit de
fucceder qui eftoit acquis a
T'Héritier le plus proche.
Ainfi Avocat du Roy declara
qu'il apportéroit une
accufation de haute trahifon
contre ce Mylord. L'Acte
dont je viens de vous parler
porte que pour affiner laye
ritable Religion Proteftante,
telle qu'elle eft contenue
dans la Profeffion de Foy enregiftrée
au premier Parlement
tenu fous Jacques VI.
Sa Majelté enjoint à tous
Officiers , Juges & Magif
Cc ij
308 MERCVRE
trats, de ne point foufrir de
relâchement dans les Loix
faites par les deux Aderniers
Roys & par Elle meſme,
contre les Catholiques & les
Fanatiques , contre ceux qui
prêchent fans autorité chez
les Particuliers & dans les
Conventicules , & enfin con
tre tous ceux qui les favori
fent. Ce feulArticle renfer
me tout ce quila efté fait an
Parlement d'Ecoffe . J'aurois
encor quantité de chofes à
vous dire touchant Angles
terre mais le temps me
manque , & tout ce que je
GALANT. 309
phis, c'eft d'ajouter en deux
mors les marques de zele
que les Apprentifs de Weſt
minſter ont donné dans leur
Feftin. Il fut magnifique, &
apres qu'ils eurent bû la
fanté du Roy grils bûrent
celle des fidelles Préfenteurs
d'A dreffes , en fuire à la prof
perité des Succeffeurs en
droite ligne , & à la confu,
fion de tous les Impofteurs
& Prétendeurs d'injures fai
tés à la liberté publique . Ils
continuérent en buvant aux
braves Nobles & Commu
nes d'Ecoffe, a caufe de leur
310 MERCVRE
fidelité exemplaire & figna
lée , comme auffi à chaque
Corps qui avoit préſenté des
Adreffes en particulier, puis
enfin au Royà la Reyne,
à Mile Duc d'York, aux Suc
ceffeurs légitimes , & pourla
la feconde fois aux fidellesc
Préfenteurs d'Adreffes. Celav
fut fait aux acclamations det
toute l'Affemblée qui eftoit
en diférens endroits, à caufe
de leur grand nombre. Ils
choifirent douze Stavards,
ou Miftres du Feftin, pour
l'année prochaine. Icosdob
On prend plaifir à voir
GALANT. IF
les belles Perfonnes. C'eft
ce qui m'oblige à vous envoyer
le Portrait d'une de
celles à qui la Nature avoit
le plus prodigué de graces.
Je parle de Madame la Du
cheffe de Fontange, dont il
n'y a pas longtemps que je
vous appris la mort . On a
frapé depuis peu une Mé.
daille où elle eft repréſentée.
Je l'ay fait graver , & vous
en fais part.
Le Mercredy 10. de ce
mois, M' d'Eftrées, Evefque
de Laon , Pair de France, fit
fon Entrée dans cette Capi312
MERGVRE
pagne de
four
tale de fon Diocele, accom
de toute la Nobleſſe,
& de toutes les Perfonnes
de confidération de la Ville,
qui allerent une lieuë au
devant de luy , avec un fort
grand concours de Peuple.
En arrivant , il prit fes Habits
Pontificaux , & fut reçeu
à la Porte de l'Egliſe Cathédrale,
par le Clergé en Cha
pes ; ce qui ne s'eftoit point
pratiqué depuis qu'on a ceffé
d'obferver les anciennes
Cerémonies. En fuite il alla
dans le Chapitre , où il prononça
un tres -beau Dilcours
rex bod Latin,
geen
GARANT 313
Latin plein de fentimens
d'eltime & d'amitié pour
ce Corps qui eft fort confidérable.
M'Abbé de
Bellotte , Doyen , y répondit
avec beaucoup d'élo-
& de jufteffe. Les
quence
du Cha Corps de Ville
pitre, & du Préfidial, levincomplimenter
, & on
rent
lay fit les Préfens accoûtumez.
Le foir ce nouveau Prélar
donna un
magnifique
Repas aux Principaux de la
Feu
Ville. Il fut fuivy
d'un
qui
d'artifice
merveilleux, & qui
furpaffoit tout ce qu'on peut
Septembre
1681.
Dd
314 MERCVRE
520
E
attendre d'une Province,
Des témoignages de joye
féclatans font connoiftre
combien on conſerve d'efti-
* me & de venération pour M
³leCardinal d'Eftrées , qui pendant
plus de vingt- cinq ans
qu'il a gouverné ce Diocefe,
luy a fait fentir de tres -folides
effets de fa bienveillance
& de fa protection.sq zvon
Le mefme jour 10. du mois
on vit icy une chofe qui furprit
fort une nombreuſe Affemblée.
Un Enfant de cinq
ans & demy, Fils de Mi Talon
Avocat General , fit en
GALANT 315
3
Sorbonne l'ouverture de la
Thefe de M' l'Abbé de Jen-
Latifon
par une Harangue La
ne qui dura plus d'une demyheure
, & qu'il prononça
avec une préſence d'efprit
qui fut admirée , de tout le
monde. Ce petit Prodige
qui fit connoiftre les foins de
M Herbis fon Précepteur,
nous paroiftroit incroyable,
ficet Enfant n'eftoit pas d'une
Famille à qui le don de
s'expliquer en public eft na-
Dturel. Le Nom illuftre qu'il
porte parle fi fort par luymefme
, qu'il feroit inutileJ
Dd ij
316 MERCVRE
de vous rien dire de plus.
Les Chanoines Réguliers
AUD 90 290170119 22091
de l'Abbaye Royale de Saint
SEEM HOHIST 35V6 119
Victor, ayant tenu leur Cha-
ASIC , JLO VE ZLOVST 200
pitre General depuis
em
un
mois , y elûrent Mª de la
Lane, Prieur de Montbeon,
pour la Charge de Grand
Prieur Vicaire de cette Abbaye.
Ce choix fait par une
Affemblée de Gens entierement
eclairez fur le mérite,
fairClass
3905 SKOG OD 1163.
3D 29911019 2017 291 2001
MALE 95
fait voir combien ils efti ,
ment M' l'Abbé de la Lane.
METUSD
Il eft d'une noble & ancien-
D: 2060,16190191
ne Famille de baffe Navarre,
& allié en cette Ville à plu
b
GALANT. 317
fieurs Perfonnes de qualité
de la Robe & de l'Epée.
267
21017
C'eft avec railon, Madame
, que je vous ay dit bien
des fois que la grandeur de
noftre augufte Monarque
eftoit connue de toute la
Terre. Ses conqueftes & fes
admirables qualitez ont fait
tant de bruit chez les Nations
les plus éloignées, que
le Roy de Siam a refolu de
luy envoyer des Ambaffadeurs.
M' Baron, Directeur
General dans les Indes pour
la Compagnie Royale de
France, ayant fçû l'intention
JOPIS
Dd iij
318 MERCVRE
de ce Roy, luy fit offrir un de
fes Vaiffeaux
pour
our les aller
prendre jufqu'à Siam. Dans
ce deffein il fit partir le Vau
tour. Ce Vaiffeau eftoit com
mandé par M Cornuet, qui
menoit M Dellandes
- Bour
Cup 2010
reau . C'eft un jeune Homme
de tres- bonne mine, que
M' Baron avoit choify pour
Pov de porter fa Lettre au Roy
Siam , & luy offrir les Préfens
de la part de la Compa
Ml'Evefque
de Mefellopolis,
Vicaire Apoftoli
que a Siam , qui fçait la Langue
& les coûtumes
du Païs,
gnie.
GALANT 319
le ,
fe chargea de la négotiation.
Le Vautour arriva dans la
Riviere de Siam le 3, de Septembre
de l'année derniere ;
& M Cornuet & Deflandes
envoyerent demander, fi en
paffant devant la Fortercffe,
Cour trouveroit bon qu'ils
faluaffent le Pavillon , en la
maniere qui ſe pratique en
Europe. On leur répondit ,
que quoy que cela ne fe fuft
point encor fait en ces Lieuxlà
, ils en ufcroient à leur volonté,
parce qu'on vouloit
leur faire connoiftre la joye
qu'on avoit de leur venuë.
Dd iiij
329 MERCVRE
Le Vaiffeau monta la Rivicre
ſans plus retarder ; & lors
qu'on fut proche de la Fors
terefſe , Mª Deſlandes ayant
remarqué que sle Pavillon !
qu'on avoit mis au haut du
Donjon , eftoit celuy d'une
Republique , fit mouiller
l'ancre , & envoya dire au
Commandant de la Fortel
reffe qu'il ne pouvoit falüer
ce Pavillon , parce qu'il étoit
beaucoup inférieur à celuy
du Roy fon Maiſtre. Cel
Commandant luy manda
que dans les Indes les Roys
n'affectoient aucun Pavillon
GALANT. 321
particulièr & rauffitofton
en mit un de Tafetas rouge
enda place de celuy que l'on
avoir vu d'abord. M fut fa
lüéenmefme temps par tou
tell'Artillerie du Vaiffeau , a
quoy la Fortereffe répondit
d'une fi grande quantité de
coups de Canon , que tous
les Chinois qui eftoient alors
dans la Ville , les Portugais
& les Hollandois , auffi bien
que les Siamois, dirent plu
fieurs fois , qu'ils n'avoient
jamais entendu rien de pareil.
En effet , c'eſt rarement
qu'on prodigue la Poudre à
A
plu322
MERCVRE
Canon en ce Pais là Les
Gardest du Roy conduifirent
Me Deflandes & Cornuet
dans la Maiſon qu'on
leur avoit préparée ; & leis
du mefme mois de Septem
bre, qui fut le jour pris pour
porter la Lettre & les Pré
fens , trois grands Manda-
Fins ( qui font comme icy
nos Ducs & Pairs ) vinrent
avec leurs grands Bateaux
de parade devant la Maifon
où M' Deflandes eftoit logé,
pour accompagner la Lettre
de M' le Baron , & les Préfens
de la Compagnie. Ils furent
GALANT. 323
portez à découvert fur deux
grands Bateaux faits à la maniere
du Pais. On les fit entrer
dans la Salle , où le Mi
niftre affifté de plufieurs
Mandarins, Chinois , Mores,
Siamois, & Portugais , atten-
- doit M' Deflandes. Il arriva
avec M' Cornuet , & trente
Soldats François , & tous
- deux furent affis dans le milieu
de la Salle , vis- à - vis des
Miniftres, tenant devant eux.
la Lettre dans une Corbeille
d'or. Elle fut leue , & traduire
en mefme temps par
le Supérieur du Seminaire,
! ;
324 MERCVRE
François de nation , qu'on
avoit placé dans le lieu où
fe mettent orJinairement
leurs Preftres , qu'ils appels
lent Tallapoins . L'Audience
dura plus d'une heure , & fe
paffa prefque toute en Quef
tions fur l'état préfent de la
France, & fur la grandeur de
fon Monarque, dont les Siamois
fçavent les Victoires.
On y parla encor des autres
Princes de l'Europe , & M
Deflandes fatisfit à tout avec
une grace & une préſence
d'efprit dont tous ces Genslà
refterent furpris. L'Au
GALANT 325
dience eftant finie , le Miniftre
porta la Lettre avec la
Traduction au
Royqui
ayant veu les Préfens , les
eftima
plusqu'aucun de ceux
qu'il ait
accoûtumé de receyoir,
entr'autres deux grands
Luftres de criftal, trois gráds
Miroirs garnis d'argent & de
vermeil, deux Girandoles de
criftal, & deux Pieces de
Canon de fonte admirablement
bien travaillées . Il les
fit porter à une Maifon de
Campagne , avec plufieurs
Pieces de Brocard d'or &
d'argent, qui faifoient partie
326 MERCVRE
de ces Préfens . Cependant,
pour favoriferM Deflandes
plus qu'il ne fait d'ordinaire
les Envoyez des autres Nations,
il voulut bien fe mon.
Strer à luy. Pour cela, il fortit
de fon Palais les21.6& vint
dans une grande Court , où
M Deflandes & Cornuet
l'attendoient fur un Tapis.
Il eut plus d'une demy- heure
d'entretien avec eux , &stémoigna
prendre grand plaifir
à entendre conter par
Interprete les furprenantes
Actions du Roy , dont il dit
plus de vingt fois qu'il avoit
GALANT 327
fçeu le particulier. En fe retirant
, il leur fit préſent à
chacun d'une Vélte , compléte
de Brocard de Perfe,
qui eft une faveur des plus
fignalées que puiffe faire ce
Roy à des Etrangers. Sur
rout celle de fe faire voir eft
fort extraordinaire , ceuxzmefme
de fon Royaume
n'ayant prefque jamais l'avantage
de l'obtenir. Le lendemain
22. il envoya dire à
M Dellandes qu'il avoit réfolu
d'envoyer trois Ambaffadeurs
à l'Empereur des
François , & auffitoft l'ordre
1
328 MERCVRE
fut donné pour leur départ.
L'un de ces trois eft un Grád
Mandarin, qui s'el acquité
de plufieurs Ambaſſades à la
Chine. Ils fe rendirent en
pils
dix -fept jours de marche par
terre à Bantam, où ils cfpéroient
trouver le Navite
nommé le Soleil d'Orient,
mais il en avoit fait voile dés
le 17. de Septembre, & eftoit
retourné à Surate , où il reportoit
le Frere aîné de M
Deflandes, qui eft Commiffaire
General de la Compa
gnie Françoife , & qui mande
par fes Lettres écrites de
-1361 9- datorp.2
GALANT. 329
Bantam du 15 Septembre
1680. & par celles du 2. Fevrier
1681. qu'il iroit à Pondichery
dans la Cofte de
Coromandel juſques au
mois de Septembre de cette
ellau
année, pour de là venir en
France dans le Soleil d'Orient
, & y arriver vers le
mois de Mars prochain.
Comme l'on ne doute pas
que les trois Ambaffadeurs
ne foient partis de Bantam
pour Surate, peu apres eftre
arrivez en cette premiere
t Ville , on croit qu'ils viendront
dans ce mefme Vaif
Ee
Septembre 1681.
330 MERCVRE
feau le Soleil d'Orient, qui
eft du port de plus de douze
cens tonneaux . Le Roy de
Siam envoyé ces Ambafladeurs
non feulement à caufe
des grandes chofes qu'on
luy a dites du Roy , mais
parce que prévoyant qu'il
aura des déméllez avec une
Puiffance de l'Europe , il eſt
bien aile de s'appuyer de
celle d'un Prince , auquel il
fçait que rien ne peut réfifter.
Ce Roy eft appellé
dans fes Titres Le Roy des
Roys, le Seigneur des Seigneurs,
le Maistre des Eaux , le ToutGALANT
331
t
•
puiſſant de la Terre , le Dominateur
de la Mer l'Arbitre du
bonheur & de l'infortune, defes
Sujets. Ses Etats font fituez
dans les Indes, & ont plus de
trois cens lieues de largeur.
Ils contenoient autrefois.
toute cette pointe de terre
qui va jufqu'à Malaca.
On m'a fait voir une feconde
Lettre de Hanover,
dont je vous envoye une
Copie. Vous vous fouviendrez
que lors qu'on y parle
de la Reyne , c'est de la
Reyne Mere deDannemark.
qu'on entend parler. Cette
Ee ij
332 MERCVRE
Lettre contient les derniers
Divertiffemens que l'on a
donnez à Sa Majefté dans
cette Cour-là. Comme ceux
Zell vont commencer,
j'efpere qu'on voudra bien
me faire la grace de m'en
apprendre les particularitez.
de
INO
2ss25252 255 52225
A MONSIEUR DE ***
A Hanover ce 29. Aouft.
O
to
N donna Dimanche au
foir noftre Balet cham
pestre à la Reyne, avec la mes-
Javec
me dépense, & la mefmefom
ཝཱ
GALANT 333
ptuofité qu'on avoit fait la premierefois
; mais le Theatre , la
Plaine , & la Perspective, fu
rent encor éclairez de plus de
Lumieres. Outre les douze Cou
verts de la Table de cette Princeffe
, il y en avoit trois cens autresfous
diferentes Feuilléespour
toute la Cour. Chaque Table
fut chargée d'une abondance
prefque incroyable de touteforte
de Viandes
chair & poiffon.
Ily en eut une particulière pour
Les Princes & Princeffes , &
pour les Gentilshommes du Balet.
M de la Barre Matéi,
Gentilhomme de la Cour de
>
334 MERCVRE
९
Hanover, fut reçeu à cette Table;
& comme l'efprit fe fait
distinguor par tout, & que le
vif génie de ce Gentilhomme
avoit fort contribué aux grands
Divertiffemens dont je vous ay
écrit le détail Mole Prince de
Holſtem , Mole Rangrave
Palatin , luy donnerent d'obligeantes
marques de leur estime
Apres le Soupés qui fur furry
du Baler, on fir jouer le Feud'artifice.
Ce Feu parut au fond du
Theatre, on le trouva encor
sup plus beau que lepremiers
Le foir dujour precédent, les
Muficiens Italiens avoient fait
GALANT. 335
marcher un grand Dragon dans
la grande Rue du Palais , accom
a
Nuneat
A
quantité de Flambeaux . Ces
Flambeaux eftoient portez par
des Gens habillez de diferentes
manieres , dont ceux qui jouent
les Rôles Comiques dans les
Pieces de Theatre , ont accoûtumé
de fe déguifer. Ce Dragon
s'arresta devant le Balcon de
la Reyne , & s'estant ouvertpar
le côté, fit voir un Palais celeste,
plufieurs Divinitez affifes,
chanterent les louanges de
Sa Majesté. Cette Machine
donna un fort grand plaiſir à
qui
336 MEROVRE
foute
ba
la Cour , qui estoit aux
Feneftres
, furtes
Galeries
fur les Balcons
, ou l'on paffa
ha
plus grande
partie
de la nuit.
Enfin
apres
quatre
Repré-
Jentations
d'Opéra
, apres le Spé
ctacle
de cette Machine
, de plu
TNG
M493
SYNOR NA NO
fieurs Comédies,&de deux Balets
dancez deux fois l'un &
l'autre, avec de tres-grandes dé
penfes, pendant plus de cingfe
maines qu'il y a eu plus de for
xante , grandes Tables fervies
tous les joursfoir & matin , a
Reyne a voulu partir, quelque
effort que noftre Serenifſime Mat
tre ait pu faire pour la retenir
1
GALANT
337
jufqu'à la
Repréfentation des
Amours de Jupiter & de
Semelé , pour laquelle on préparoit
un fort grand Theatre de
Machines Sa
Majeſté a promis
de revenir dans buit ond
jours pour voir cette belle Piece,
cependant elle s'eft rendue à
Zell , où toute noftre Cour l'a
fuivie. Ce qu'ily a de plusfurc'est
qu'après prenant , c'est
que
ou dix
SN
quapres ces extraordinaires
dépenfes, S. A. S.
a fait Elle feule plus de Préfens,
toutes les autres Principau
tez nen
n'en ont fait enfemble. Ce
• Prince a régalé
régalé toutes les Perfonnes
de laMaifonde la Reyne,
Septembre 1681. Ff.
338 MERCVRE
• tous les autres Princes
de tous
& Princeſſes qui ont esté en fa
Cour 93
me
donné dans une
esme journée pour plass.
quinze mille Ecus d'Argenterie,
fans les Diamins & lesPor
traits envoyez aux Grands Sei
rs. La Reyne fit préfent à gneurs.
M de la Barre-Matéi , Autheur
des deux Balers dancez
devant Elle , d'un grand Wafe
de vermeil , e de deux grands
Flambeaux d'argent , & M
le Landgrave
de Heffe ne fut
pas moins libéral pour luys Ge
"Gentilhomme doit eftre bienglo-
Tieux de l'eftime que lay outfast
# 17
GALANT 339
paroîtrepar la unegrande Reyne
un Prince qui mérite celle de
tout le monde. En effet, ce jeune
Landgrave, quoy qu'il n'ait efté
que deux jours en cette Cour,
n'a pas laiffe d'y donner de gran
des marques de fa libéralité.
"Rien n'eſtplus digne d'une Perfonne
de cette naiffance, & c'eft
en quoy on nesçauroit trop louer
noftre Sereniffime Souverain.
On luy a fouvent entendu dire,
"qu'un Prince ne doit jamais
faire de Préfens, ou qu'il les
doit faire plus grands qu'on
n'a fujet de les efpérer ,
que c'eft la vraye maniere
&
Ffij
340 MERCVRE
de les rendre agreables à ce
huy qui les reçoit , & dignes
de celuy qui les fait. Rien
n'estoit plus beau à voir que la
marche du départ de la Reyne,
Cette Princeffe avoit un Cortege
de plus de quarante Carcoffes
ornez de Sculpture
tous brillans de dorure. Unfort
grand nombre de Chevaux de
main, avec des Houffes en bro
derie , attiroient les yeux par
Leurfierté. Ily avoit quantité
de Gardes & de Gentilshommes
beaucoup d'Infan
mikross
à cheval,
terie fur tous les paffages dedans
debors la Ville . Le bruit du
GALANT. 341
a
Canon fur joint à celuy des
Trompetes des Timbales,
on n'oublia aucune des lachofes
qui peuvent fervir à rendre les
Cérémonies de cette nature plus
éclatantes. M' le Duc de Zell,
Frere aîné de noſtre Prince, ing
patient de régaler la Reyne à
fon tour dans fes Etats, eft venu
au devant d'Elle. Nosfix Prin
ces & nostre belle Princeſſe
, ont
fans flaterie emporté le prix &
la gloire de la Dance . Ils font
tous parfaitement bien faits, &
c'est un cherme de voir & d'entendre
le plus petit , qui à l'age
de fix ans dit des chofes qui fur
Efij
342
a
Pongob an
253DCT
MERCVRE
3,4 tot ofpub
prennent
les plus fages. Il a fair
fa Gour tres- regulierement
a
Reyne, qui le chérit, fort, & qui
voudroit
bien l'emmener
avec
elle en Dannemark
. Il a rout
Lefprit
de Madame
la Ducheffe
sde Hanover
for Mere, qui au
jugement
de tous ceux qui la
connoiffent
est une Princeſſe
tres- accomplie
mal aas
3
2908
banatual sb ruebasto
Then go
Midame, qu
Je croy,
que vous
vous fouvenez
du Portrait
que
je vous fis de cette Duchelle
,
lors qu'elle
vint a Paris il y a
environ
deux ans. Elen'eftoit
alors que Dacheffe
d'Olnabrue
,
& toute la Cour fut charmée
de
fon efprit . Il feroit à fouhaiter
17
GALANT 343
-
qu'on vouluſt prendre le foin de
me donner des Nouvelles de
toutes les Cours de l'Europe
avec autant de détail que vous
benstrouvez
dans cette Lettre.
J'aurois le plaifir de vous en apchofes
& plus cefveen
Prendre des
choles
taines & plus curieufes
peu de temps vous conndiſtriez
également tout ce qu'elles ont
de Perfonnes de mérite , & la
grandeur de leurs Princes.
Dans l'Article des Abbayes
de ma Lettre du Mois paffé , le
nom de Redon a efté donne au
lieu de Bonneval , à celle que
M' du Mans a cuë. On a mis
sauf que le Fils de M Colbert
de Croiffy avoit eu l'Abbaye de
Bonport, & c'eft un des Fils de
M Colbert qui en a efté pour-
VIROTNIOY
FF iiij
344 MERCVRE
3
vcu . Depuis ce temps celle de
Mejemont , Dioceſe aides Cler
mont en Auvergne , heftédons
née à M' l'Abbé de Maulevrier )
Langeron , Comte de 8 eande
Lyon, & Aumônier de Madame
la Dauphine beftoic abfent
& fon mérite a beaucoup folli
cité pour luy, left Barent def
M'le Marquis de Langeron, quil
vient de le fichaler contre lesa
Corfaires de Salénov é noir yn'naj
Sa Majeftea auffi pourver
dele l'Abbaye de Blanchecou
ronne, Diocefe de Nantes, MP
l'Abbé de Barres, Neveu dem
M Milet, Sous- Gouverneur deA
Monfeigneur le Dauphin , Cet
Abbé , quoy que fort jeune, doit
eftre bientoft reçcu Bachelier
de Sorbonne, & joint beaucoup
GALANT: 347
Le
de conduire à beaucoup d'eff de
Lhoty apas dica des'en étonner,
puisque M' Milet a eu fom de
fon edukalamb dd ATM 990
MABbd Amelot " Aumônjer
du Royzaefte fourven en
mefme temps dell'Abbaye d'E
vron , Diocefe da Mans , dont
Mыl'Archevéfqué de Tours ſon
fonp Oncle steftoitidemi
nom d'Amelor eft fi connu , que
je n'ay rien à vous dire de la Maifon
de ceux qui le portent. On
ne peut mieux parler en public
que faifoit feu M Amelot Pro
mier Président de la Cour des
Aydes. Ses Dofcendans n'ont
qu'à l'imiter pour devenir de
Grands Hommesup roupa
Le Roy a donné l'Abbaye
de S. Polycarpe en Languedoc,
$
46 MEROVRE
M l'Abbé de la Roche Jaquelin,
Bachelier de Sorbonne,
& Aumônier de Madame la
Dauphine. Il est de la Maifon
duVerger de la Roche-Jaquelin,
l'une des plus qualifiées & des
mieux alliées de tout le Poitou
Elle conferve des Titres de cine
cens ans , qui portent qu'elle
eftoit déja d'une ancienne Not
bleffe. René du Vergen, Mar,
quis de la Roche Jacquelin, Pere
de l'Abbé dont je vous parle, a
fervy aux Sieges de Montauban,
Montpellier, la Rochelle, Cori
bie, & ailleurs , tant en qualité
de Capitaine d'une de ces belles
Compagnies franches de Cent
Maiftres qu'on ne donnoit de
fon temps qu'à des Gentilshom
mes de la premiere Naillance,
GALANT. 347
1
qu'en celle de Maréchal de
Camp. Louis du Verger , ſon
Grand- Pere, eftoit Frere utérin
de Meffire René de Vuignerot,
Marquis de Pont de Courlé,
- -
Grand Pere de Mide Duc de
Richelieu & Jacques du Verger
epoula en 1485. Sufanne de
la Porte de Vefins , de la mefme
Maiſon dont eft fortie la Mere
de feu M le Cardinal de Riche
heu , & feu M ' le Maréchal de
la Meilleraye , ce qui donne à
Ml'Abbé de la Roche -Jaquelin
l'honneur d'appartenir à ce Car.
dinal, & à Meffieurs les Ducs de
Mazarin, Coiflin, & Gramont.
Pierre du Verger, Grand- Oncle
de Louis, ayant épousé en 1400.
Renée d'Aubigné, Fille du Mar
quis de Sainte Gemme, unit fes
348 MERCURE
Ia
103050
Defcendang
M avec la Mailon
de
Rochefoucaut
, & avec celle
de Madame
la Marquife
de
Maintenon
. Marie
du Verger
, M 2000 Soeur de Pierre , fut, mariee
&
M 12 Marquis
de Vardes
, de 14
Maifon
du Bec, dont eft fortie
Madame
la Ducheffe
de Rohan
,
Catherine
de Vernon
, Bifayeule
du feu Marquis
de la Roche-
Jaquelin
, eur une Sour mariée à Gabriel
de Chateaubria
!!
97009
100
Comte
des Roches
- Baritaut
,
d'ou font defcendus
la Mere de
Mr le Duc de Montaufier
, & le
feu Comte
des Roches
- Baritaut
,
Lieutenant
de Roy de Poitou
.
Il y a eu dans cette Maiſon
plu- fieurs Chevaliers
de Rhodes
&
de Malte , qui fe font fignalez
en
divers
Combats
; & du cofté
ل ا ي ر
i
GALANT 349
ད་
199137 HD"
59012001
de Meffieurs Bochart de Champigny
, elle eft encor alliée de
Mle Maréchal de la Mothe.
Houdancourt, & de M le Marquis
d'Hoquincourt. Marie-
Anne du Verger , Soeur de M
l'Abbé de la Roche -Jaquelin,
a époufe Medire Louis de Meulles,
Marquis du Frefne -Chabor,
iflu des anciens Seigneurs d'Ar
genton - Chafteau , dont Meffieurs
de Chaftillon fur Marle
ont époufe l'Heritiere . Il com
mandoit le Regiment du Freine
des le Siège de la Rochelle , & a
continué longtemps dans le Ser.
vice .
250904 250
hod ob voЯ
Voicy une feconde Chanfon
d'un des plus grands Maitres
que nous avons.
er
35° MERCVRE
J
astroval á milled bang au vig
AIRNOUVEAU.m
singsⱭ.93asulystialidens
Adore une Beauté fi fière, fim
cruelle, T
woluow 971S
Qu'elle feroit foufrir une peiner
mortelle, saus! Ining , nich
Quand on we aimeroit qu'uns &
sted four, spammersz grilid
Pour l' Ingrate, pour l'Inhumaine,
Je cherche dans mon coeur du mépris,
de labaine, pomezquat
Et je n'y puis trouver que de l'as
mour.bacobsM yo
sua acheb0 93390 (15
Le 12. de ce mois, à deux heu
res du matin, Monfieur futlattaqué
d'un Coléramorbus affez
violent, qui luy caufa des vomif
femens continuels. Chaque fois
« qu'il vomit juſqu'à midy, il remGALANT
351
plit un grand Baffin à laver les
mains d'une Chumeur noire,
atrabilaire & gluante . Depuis
midy , les matieres eurent une
autre couleur. Tout ce qu'il
vomit de fuite juſqu'à huic dụ
foir , parut jaune & vert , & à
buit heures levòmiſſement atra.
bilaire recommença . Les foibloffesydes
extrémitez froides,
& des frémiflemens , furent les
fimptomes qui accompagnerent
cette maladie... Mile Bel, Pre.
mier Medecin de Madame, qui
en cette occafion eut foin de ce
Prince , affura toute la Cour
que l'on ne devoit rien craindre
delfonimal , & eut une fi vigilantevapplication
à le fecourir,
aqu'apres la Saignée & les autres
Remiedes qu'il crût neceffaires,
352 MERCVRE
Son Alteffe Rovale s'en trouva
entiérement délivrée fur les dix
heures du foir , & fut en état
deux jours apres de dancer au
Bal . On ne fçauroit exprimer
les inquiétudes & la tendreffe
que fit paroiftre le Roy. Sa
Majefte alloit à tous momens
aupres du Lit de Monfieur, pour
voir fi la violence de fon mal
n'eftoit point diminuée , & faifoit
fans ceffe raifonner Mr Da
quin fon Premier Medecin , &
M le Bel. Les foins empreffez
de ce Grand Monarque à faire
chercher les plus prompts Remedes,
n'ont pas peu contribué
à la guérifon de S. A. R. Aufli
ce Prince ne fe fentit pas plutoft
foulagé , qu'il dit à Sa Majeſtë
que la tendreffe l'avoit guéry.
GALANT 353
La tendreffe eft affurément une
qualité digne des Grands Hom
mes , & un Prince n'eft pas
moins louable par ces endroits,
que par les vertus qui font les
Héros. Il vous eft aifé de vous
figurer l'état où eftoit Madame,
Elle foufroit tellement, que M
fe Bel fut obligé plufieurs fois
de lay remettre l'efprit, en l'af
furant qu'elle n'avoit aucun lieu
de s'alarmer. La Reyne , Monfeigneur
le Dauphin , & Madame
la Dauphine , donnerent par
leurs conduites des marques de
l'appréhenfion & de la douleur
que leur caufoit cette maladie,
dont toute la Cour alloit sin
former à tous momens. On a
auffi veu une extréme inquié,
tude dans tout Paris pour
Septembre 1681. Gg.
354 MERCVRE
fanté de Son Alteffe Royale,
› mais on n'avoit pas befoin de
cet accident pour connoistre
que ce Prince eſt univerſellement
aimés saneb Jasovs up
Quand Monfieur tomba ma,
Jade, il y avoit peu de Medecinis
àla Cour M Fagon , Premier
Medecin de la Reyne , eftoit a
Bourbon aupres de Mademoi
felle de Tours ; & M Lifot, Premier
Medecin de Son Alteffe
Royale eftoit à Paris aupres de
Monfieur & de Mademoiselle
de Chartres, Cela fut cauſe que
le Roy jugea à propos de rem
plir les places qui vaquoient de
Premier Medecin de Monſei,
gneur le Dauphin, &de Madame
la Dauphine , & comme Sa Ma
jefté ne vouloit choifir que des
HGALANT
B +355
Ferfonnes qui euffent beaucoup
d'expérience, Ellejotta les yeux
fur Meffieurs Petic & Moreau ,
-tous deux de la Faculté de Paris,
qui avoient donné des marques
de leur fçavoir pendant la ma
ladie de Monfeigneur
le Dau.
phin, dans laquelle on les avoit
appellez . Cefont deux Hom.
mes conformez , qui exercent
la Médecine depuis plufieurs.
années , M Moreau ayant efte
autrefois Medecin de l'Hoſtel-
Dieu, où le nombre prefque in.
finy de Malades que l'on traite
en peu de temps , donne de gran
des lumieres à ceux qui cher
chent à fe rendre habiles ,
9M Malier du Houffay , an
eien Evefque & Comte de Tar
bes, autrefois Ambaffadeur pour
Gg ij
356 MERCVRE
le Roy à Venife, & Premier Au
mônier de feuë Madame la Du!
cheffe d'Orlean's la Doudifiere,
eft mort le side ce mois, âgé
de 8 anavoit efté marié, &
seftoit volontairement démis
de fon Evefchében faveur d'un
de fes Fils , qui mourutsiya
quelques années. Son longrife
jour à Venife luy avoit fait ac
quérir une connoiffance parfaite
des meilleurs Tableaux d'Iralie,
dont ilavoir un grand nombre,
& la plupart des Rarerez de bon
gouft que l'ontrouve en France ,
avoit paffé par fes mains. Ief
toit Frere de Madame la Préff
dente le Bailleulo :7zob
Quelques jours avant qu'on
euft appris cette mort, on avoit
fçeu celle de Claire- Charlote
GALANT 357
DaillynDame de Pequigny,
Ducheffe de Chaunes Elle ef
toisi Heritierel de trois grandes-
Maifons de Picardie , & fut don
née dés l'âge de fept ans à l'Ar
chiducheffendes Pais Bas & :
élevée aupres d'Elle en qualité
de Ménine.onLe feu Rayala fir
demander en mariage pour le
fecond Frere du Duc de Luynes
Conneftable de France, qui eft
toit Duc de Chaunes , Pair &
Maréchalde France , Chevalier
des Ordres du Roy , Vidame
d'Amiens, Gouverneur & Lieu
tenant General pour Sa Majeſté
en la Province de Picardie , &
des Villes & Citadelle d'Amiens ,
Elle eft morte en fon Chafteau
de Magny en Picardie, âgée de
79 ans. C'eftoit une Femme
358 MERCVRE
d'efprit, delmérite, & de vertul
J'aurois trop a direyleritrois
dans le dérail des grandes tha
ritez qu'elle faifoits silduo asiz
Une autre monta fait prendre
lel deuil à la Cour. C'est celle
de Mademoiſelle de Tours morg
tesa Bourbon ¿ depois quinze
jours! Cette jeune Princeffe ,
âgée ſeulement de cinq ans , ab
voit de l'efprit au dela de Pimas
gination & difoit non feule.
ments des chofes que furpred
noient, mais elle leur donnoitum
tour fi particulier , que le plaifir
de l'entendre eftoit un uvray
charme. Elle a efté enterrée dans
l'ancien Tombeau des Ducs de
Bourbon au Prieuré Royal de
Souvigny M PIntendant de la
Province avoit reçen l'ordre de
GALANT 39
la faire transporter de Bourbon
Larchambaut eb de Prieuré quis
en eft à quatre lieuës , & de ne
rien oublier, afin que la Pomper
fuft digne de lanaiffance de cet.
te Princeffe , autant que Lieu le
pouvoit permettre Les Princi
paux de Moulins, & les Officiers
& Capitaines des autres Villes
de la Province , tous tres bien
montéz , furent commandez par
MGaulmin , qui eft d'une Nobleffe
tres ancienne dans la Ro
be & dans l'Epée. Le Carroffe,
où eftoit le Corps de la Princeſ
fe, venoit enfuite , drapé de noir ,
& environné de quatre cens
Flambeaux de Cire blanche qui
éclairoient le Convoy , Les Che
vaux avoient des Houffes traînantes
, ornées d'Ecuffons. M
T
360 MERCVRE
le Curé de Bourbon eftoit dans
ce Carroffe , avec Madame la
Comtelle d'Ore Gouvernante
de cette Princeffe, & M le Che:
valier de Sarcelles . M le Maréchal
de Schomberg , Meffieurs
les Marquis de Valavoir , de
Bréauté , de Lévy Lieutenant
de Roy de la Province , & M¹
du Bordage, accompagnoient le
Corps , qui eftoit fuivy de cinquante
autres Carroffes . Les
Religieux de Moulins & des Villes
des environs , avecun Cierge
chacun du poids d'une livre,
vinrent au devant à une lieuë de
Souvigny. Un peu apres on apperçeur
deux cens Filles vêtuës
de blanc , appellées Pleureuſes ,
fuivant la coûtume du Païs .Elles
tenoient chacune un Cierge
blanc ,
GALANT. 361
blanc , & eftoient conduites par
les Filles Grifetes , Religieufes
tres-utiles au Public. Les Religieux
Benédictins de Souvigny
reçeurent le Corps , qui paffa au
travers de toute la Milice & des
Officiers de la Province , commandez
, comme je l'ay dit , par
M' Gaulmin , qui avoit fait obferver
un tres-grand ordre pendant
la marche. Les Portes de
l'Eglife eftoient gardées par tous
les Archers de la Genéralité.
Mr le Curé de Bourbon en li.
vrant le Corps aux Religieux,
leur fit un tres-beau Difcours,
auquel ils répondirent fort élo
quemment. Le Corps fut en
fuite tiré du Carroffe , & porté
par huit Religieux . On avoit
écrit ces paroles fur le Cercueil ;
Hh
Septembre1631.
362 MERCVRE
Cy gift Marie-Louise de Bourbon,
Fille Legitimée de France, morte
aux Eaux de Bourbon . Les quatre
coins du Poifle eftoient foûtenus
par les quatre Prieurs des
quatre
Religions Mandiantes . M' le
Marquis de Lévy portoit le der
riere , & eftoit, accompagné de
M de Bouville Intendant , &
de quantité de Gentilshommes,
Plufieurs Officiers de Robe longue
marchoient apres eux avec
Madame la Comtelle d'Ore, M
de Bréauté , Madame Gaulmin,
& un grand nombre de Dames
de la Province, parmy lefquelles
eftoient Mefd mes Diffards , du
Beitays , & des Roches Lieutenante
Generale. Toute cette
Compagnie eftoit en deüil , ainfi
que les Domeftiques, de forte
GALANT. 363
qu'on vit paroiftre à la fois plus
de huit cens Perfonnes veftues
de deuil , ce qui donna beaucoup
de furprife , à cauſe du peu de
temps. Le Choeur de l'Eglife,
qui eft tres-grand , eftoit tout
tendu de Drap blanc , garny
d'Ecuffons , & éclairé de plus
de deux mille Cierges. On
voyoit dans le milieu une Eftrade
à huit marches , remplies de
trois cens Chandeliers d'argent,
ornez de Fleurs , & au deffus de
L'Eftrade eftoit un Dais de Brocart
blanc & or , chamaré de
Paffemens , & garny de Crêpines
d'or. Enfin tout ce qui regarde
cette Pompe fur fi bien
ordonné & fi bien conduit,
qu'on ne sçauroit trop donner
de louanges à Mr l'Intendant,
Hh ij
364 MERCVRE
non plus qu'à M Gaulmin, fur
les foins duquel il s'eftoit déchargé
de beaucoup de chofes,
& qui s'en eft acquité avec autant
de ponctualité , que de prudence
.
J'ay reçeu en mefme temps
deux Enigmes , l'une du Berger
Fleurifte , & l'autre de la Bergere
Califte.
ENIGME.
' Enchante fi bien par mes charmes
Ceux qui m'adreßet leurs regards,
Que je leurfais rendre les armes,
Fuffent-ils plus braves que Mars.
Se
Lors qu'ils font defarmez , je les
charge de chaînes,
GALANT. 365
Etje les brûle àpetit feu;
Souvent j'aypitié de leurs peines,
Et fouventje les tourne enjeu.
AUTRE ÉNIGME.
E fuis telle qu'il plaift à celuy qui
m'adore,
Fereffemble à la Nuit, je reſſemble
à l'Aurore,
Fe reffemble à tout ce qu'on vents
Etpour mepoffeder, on s'empreſſe,
onfoûpire,
On pleure, on brúle, on foufre le
martire ,
Onfait enfin tout ce qu'on peur.
Je ne vous envoye point l'Explication
des deux dernieres Enigmes.
Vous la trouverez dans
ma quinziéme Lettre Extraordi-
Hh üj.
366 MERCVRE
naire que vous recevrez le 15.
d'Octobre avec tous les noms
de ceux qui ont découvert le fens
de l'une & de l'autre, o Meni
Je finis par les Divertiffemens
que la Cour a eus à Fontaine,
bleaus Je ne vous décriray point
toutes les Promenades qui fe
font faites tantoft à cheval autour
du Canal tantoft fur le
*mefme Canal avec la Collation
& lal Mufique , & tantoft en
Carroffe dans le Parc & à Franchart
, où les Dames ont efté en
Cavalcade , & où elles ont foupé
fous des Feuillées à la clarté
de cinq ou fix mille Lumieres,
placées fur les pointes de tous
les Rochers des environs.Cès
Rochers eftant plus bas que ce
Lieu , le faifoient paroiſtre tout
GALANT 367
environné de Lumieres , & com.
me il en eftoit luy mefme rem
ply , on euſt crá de loin voir
une Montagne toute lumineufe.
Voicy les noms des Dames qui
ont prefqué toûjours efté de ces
Cavalcades . Madame , Madame
la Princeffende Conty , Mademoiſelle
de Nantes, Madame la
Comceffe du Pleffis , Madame
de Grancé , & Mefdemoiſelles
de Tonnerre , Laval de Biron,
Gontault , Jarnac , de Poitiers,
de Loubes , & de Chaufferée,
Leur Equipage eftoit magnifi
que , & rien ne pouvoit eftre
plus agrable , que de les voir
toutes en Cavalieres avec des
Capelines . Le mefque Equipage
leur afouvent fervy à la Chaffe,
Je ne vous dis rien de la bonne
Hh iiij
368 MERCVRE
mine & de l'ajuſtement des
Hommes dont elles eftoient ac
compagnées. La Cour de France
eft connue , & l'on fait
qu'elle n'abonde pas moins en
Hommes galans , qu'en Braves.
On a fait auffi plufieurs Courfes
de Chevaux autour du Canal &
à Moret, qui eft à deux lieuës de
Fontainebleau . La plus belle
de toutes a efté faite autour du
Canal. Un petit Anglois , Officier
de l'Ecurie , couroit pour
Monfeigneur le Dauphin ; &
M' de la Valée, Ecuyer du Roy,
pour M' le Grand . Ces Courfes
ne fe faifoient point fans un
fort grand nombre de Parys . Ils
firent deux fois le tour du Canal.
Dans l'une & dans l'autre Courfe
le petit Anglois laiffa prendre
GALANT 369
le devant à M de la Valée &
lors qu'il palloit devant le Roy,
il pouffoit fon Cheval fi adroi
tement , qu'il reprenoit le devant.
Ainfi Monfeigneur le Dat
phin gagna le Prix . Toute la
Coureftoit placée fur une Terraffe
en forme de Balcon , au
deffus & un peu à cofté de la
Caſcade. L'affemblée du Peuple
eftoit fort grande, & on avoit fair
ranger tous les Spectacteurs dans
les Allées, en forte que les deux
coftez du Canal demeuroient li
bres . La Promenade a efte fouvent
fuivie du divertiffement de
la Comédie , tantoft Françoiſe,
& tantoft Italienne. Les Acteurs
qui occupoient l'Hôtel de Bour
gogne avant la joction des deux
Troupes , ont efté choifis pour
370 MERCVRE
divertir le Roy les premiers ,
Pendant qu'ils ont efté à Fontainebleau
, ils ont reprefenté
beaucoup de Piéces de M' de
Corneille l'aîné & de M Raci
ne, avec une Tragédie nouvelle
appellée orefte. On affure qu'elle
eft de deux Autheurs , tous deux
l'Académie Françoiſe, & tous
deux fameux par d'excellentes
Productions. te Clerc & Ce font Meffieurs
Boyer. Mle Clero
a fait erefois plufieurs Piéces
de Theatre , & la Virginie Ro
maqui en fon temps réüffit
beaucoup , a efté fon coup d'el
Jay. I eft l'Autheur d'une belle
Traduction du Taffe , que vend
le Sieur Barbin. Les Ouvrages
de M Boyer font fi connus &
en fi grand nombre , qu'il n'eſt
GALANT. 371
1
pas befoin de vous vanter fon
mérite. Il n'y a perfonne qui
ait perdu la memoire de fa belle
Piéce de Machines des Amours
de fupiter , & de Semele . Si des
Autheurs fe difputent quelquefois
la gloire des Ouvrages aufquels
ils ont travaillé enſemble,
les deux que je viens , de vous
nommer fe la donnent l'un à
l'autre au regard d'Orefte ; mais
ils demeurent d'accord que ce
qu'il y a de plus beau dans cette
Piéce eft dû aux lumieres , aux
confeils , & à l'efprit de M' le
Duc de Richelieu. On y a fur
tout admiré une grande quantité
de beaux Vers , la Reconnoif
fance d'Orefte , & une Déclaration
d'Amour. Mle Duc de Richeileu
n'eft pas le feul qui ait donné
372 MERCVRE
.
un Divertiffement nouveau að
Roy. Mrs les Ducs de Nevers &
de Vivonne ont régalé Sa Majefté
d'un Opéra , dont M² de
Nevers a compofé luy- mefme
les Vers Italiens . Ileft impoffi
ble d'exprimer l'empreffement
avec lequel M de Vivonne a
donné les foins pour la prompte
exécution de cet Ouvrage. Il
femble qu'il ait deſtiné tous
les momens de fa vie, pour fervir
le Roy, ou dans les grands Emplois
, ou dans ce qui regarde fes
plaifirs , ou en d'autres chofes
qui luy peuvent eſtre agreables,
comme eftoit le fuperbe Car.
roffe dont il luy fit préſent il y a
un an ou deux . Quand l'Employ
de ce Maréchal a demandé
qu'il fe meflaft des plaifirs du
GALANT. 373
"
Roy , il fembloit que fes ordres
les fiffent naître fur l'heure , tant
fon zele qui n'avoit pas moins
d'activité que d'ardeur , en infpiroit
à ceux que l'on employoit
pour travailler. Auffi a - t-on veu
en fix femaines le Balet des Mufes
augmenté par fes foins de quatre
Divertiffemens nouveaux, qu'on
mefla les uns apres les autres
dans ce Balet , & dont chacun
en pouvoit compofer un affez
grand pour eftre veu feul. Il a
fait la mefme chofe pour l'Opéra
dont j'ay commencé à vous
parler. Quoy que des Spectacles
beaucoup moindres pûffent occuper
plufieurs mois ceux qui
ont le plus d'application à les
préparer , il a neantmoins tout
fait faire en huit jours, jufqu'aux
374 MERCVRE
Habits qu'il a inventez , & qui
onttefte trouvez merveilleux .
On avoit dreffé un Theatre exprés
dans la Galerie des Cerfs,
Rien ne pouvoit eſtre plus galant.
Il eftoit tout de Portiques
de verdure naturelle , & de
Fleurs, entre lefquels pendoient
plufieurs Luftres de criftal . Au
deffus de ces Portiques eftoient
quantité de Vafes remplis de
Fleurs , & d'autres Vafes formoient
une Perfpective. L'Opéra
eftoit une Paftorale Italienne
, dont M' Lorenzani avoit
fait la Mufique, qui fut admirée
de toute la Cour, auffi - bien
que
la Symphonie. Vous vous fou
venez , Madame , que je vous
ay parlé plufieurs fois de M
Lorenzani. C'est celuy que
GALANT. 375
uxai
Mr le Maréchal de Vivonne a
amené de Meffine , & qui eft
préfentement Maiftre de Mufique
de la Chapelle de la Reyne.
Voicy le Sujet de la Paftorale.
Nicandre & Filene fe propofent
l'un à l'autre le Mariage de leurs
Filles. Elles refuſent fur divers
prétextes de fuivre la volonté
de leurs Peres . Toutes deux aiment
Lidio , jeune Amant volage
qui court apres toutes les
Bergeres. Plufieurs incidens arrivent
, & enfin Philis épouse
l'inconftant Lidio , & Cloris,
pour fe vanger de fes infidélitez,
Te marie avec Eurille . Le Prologue
de cette Piece fe fit par
Hommes qui eſtoient à
table , & qu'on fupofoit fur la
fin de leur repas , par les débris
qua
376 MERCVRE
V
reftez fur la Nape. Ces quatre
Hommes , que les fumées du
Vin devoient avoir rendus un
peu gays , eftoient Mrs Poif.
fon , Rofimont , Scaramou
che , &
-6
men
, tous bizarre
.
ment vêtus. Vous en jugerez
par ce que je vay vous dire de
T'Habit d'Arlequin . Le fonds
eftoit de Satin blanc.; & à l'égard
des pieces, des quatre couleurs
qui le compoſent toûjours,
fçavoir , le bleu , l'aurorel, le
feüille-morte, & le rouge, c'ef
toient quatre Fleurs ; une Rofe,
pour le rouge ; une Tulipe, pour
la feüille. morte ; un Soleil , ou
Fleur de Soucy , pour le jaune,
& un Barbeau pour le bleu.
Ces quatre excellens Comiques
commencerent à difputer touGALANT.
377
1
t
a
chant la beauté des Opéra
Italiens & François . Mrs de la
Grange & Cinthio voyant que
leur querelle alloit jufqu'aux
coups, vinrent pour les féparer,
& afin qu'on puft juger qui d'entr'eux
avoit raifon , Cinthio leur
propofa un petit Opéra Italien ;
ce qu'ils accepterent . Le premier
Acte finy , Arlequin vint
faire une tres- plaifante Scene
avec Scaramouche. Il contrefit
le Berger & la Bergere qui ve
noient de paroiftre fur la Scene;
& en voulant louer l'Opéra , il
le critiqua d'une maniere fort
agreable. Apres le fecond Acte,
Mrs Poiffon & Rofimont blamerent
l'Opéra Italien
fe jetterent fur les beaux en
droits des Opéra François, auf-
Septembre 1681.
Ii:
>
&
378 MERCVRE
quels ils donnerent des louanges
meflées d'un peu de Satyre, La
difpute recommença entre tous
les quatre , quand le dernier
Acte eut efte repréfenté. M
de la Grange les mit d'accord,
en parlant des auantages de la
Comédie & de la Mulique , &
conclut , que rien n'eftoit plus
capable de contenter tous les
Spectateurs qu'une Piece de
Theatre meflée de Mufique.
Iljona cette Scene d'une maniere
qui charma toute l'Afseblée .
Le Roy fur fort fatisfait des
Intermedes , I admira la propreté
des Habits des Muficiens
& des Acteurs , & dit qu'il n'avoit
rien veu de fi propre &
de fi noble que ce Spectacle.
Je vous envoye un Livre de cer
GALANT 379
1
"
Opera Italien , dont la Traduation,
qui eft fort fidelle, a efte
tres.eftimée . Sa Majesté en a vu
deux Repréfentations. Quel
que temps avant que l'on donnaft
la premiere, la Troupe, appellée
de Guenegaud , à caufe
du Quartier où elle joue, releva
celle qui a quitté l'Hostel de
Bourgogne . Comme les Acteurs
de cette derniére Troupe ont
toûjours joué les Pieces de feu
Moliere, & que ce merveilleux
Homme avoit luy- mefme pris
foin de donner à chacun d'eux
les tons neceffaires pour leurs
Perfonnages , ils en ont repré
fenté plufieurs qui ont tres fort
diverty la Cour.
Ce n'est plus une Nouvelle
que les feize Cardinaux faits par
Ii ij
380 MERCVRE
le Pape dans la Promotion du
premier jour de ce mois. Ainfi
je ne perdray point de temps
pour ne vous écrire que des
noms que vous fçavez . J'efpere
vous mander la premiere fois
quelque chofe de nouveau
ce fujet.
furs
Je viens d'apprendre la mort
de M le Maréchal Duc de la
Ferté , qui eft mort à fa Terre
de la Ferté . Je n'ay rien à vous
en dire. Vous trouverez un
Abregé de l'Hiftoire de fa Vie,
& des avantages de fa Maifon,
dans ma feconde Lettre de
1677.
J'ay de grandes Nouvelles à
vous apprendre . M ' de Louvoys
partit Jeudy 26. de ce mois pour
aller en Allemagne , fans qu'on
GALANT. 381
puft fçavoir pendant trois jours
s'il eftoit à Meudon, à Paris, ou
à Fontainebleau. Le Roy reçeut
un Courrier le 27. à onze heures
du matin, par lequel il fceut que
Strasbourg avoit efté inveſty,
& il déclara l'aprefdînée à quatre
heures , qu'au lieu d'aller à
Chambort, il partiroit le Mardy
30. pour fe rendre en fept jours
fous Strasbourg. Il a fait ce qu'il
a dit, & eft party ce matin. La
Reyne & Madame la Dauphine
font parties quelques heures
apres pour le fuivre à petites
journées. Je croy qu'à l'avenir
la matiere de mes Lettres fera
tres - belle. Vous fçavez que je
n'oublie rien pour vous donner
une entiere fatisfaction fur les
Nouvelles de guerre .
382 MERCVRE
Ce matin , M le Marquis de
Bellefond , Fils de Mr le Maré
chal de Bellefond , aboure
épouse
la feconde Fille de M le Duc
Mazarin. Je vous en parleray
plus amplement le Mois pro-
Mile
userud 90 95 9981ALVI)
chain .
•
Ma plume a efte trop vifte,
quand vous écrivant la derniere
fois , j'ay mis , M' le Marquis de
Cheifcuil Premier Gentilhomme de
la Chambre de Monfieur , jay cru crû
mettre Dac, & non pas Marques.
1 & 1
On doit faire enfin demain
l'ouverture du Bureau de Rencontre
, qui fait tant de bruit
depuis un mois . Si l'utilité répond
à la penſée de ceux qui
l'ont étably , & mefme à l'opi- .
nion publique, elle fera grande,:
Je vous en månderay le fuccés,
GALANT.
383
Cependant fi vous avez des Avis
à envoyer ; adrefie les au Bureau
qui eft étably au
Dauphin,
Court-neuve du Palais, & vous
connoiftrez par volte propre
expérience , fi ce qu'n publie
à l'avantage de ce Breau eft
veritable . Je fuis , Mdame ,
voftre , & c .
A Paris ce 30.Septembre 181.
Le Journal du Bureau de encontre
fe diftribuera tou les
Jeudis , à commencer le Judy
9. d'O&obre.
511
m
1681.9
Eur 571227 - 1681,9
Mercure
<36624573420011
<36624573420011
Bayer. Staatsbibliothek
33
toin A
Bayerische
Staatsbibliothek
München
MERCURE
GALANT
DEDIE' A MONSEIGNEUR
LE DAVPHIN.
SEPTEMBRE 1681.
A PARIS .
AV PALAIS.
. ן י
ONdonnera toûjours un Volume
nouveau du Mercure Galant le
premier jour de chaque Mois, & on
le vendra , auffi- bien
auffi-bien que l'Extraordinaire
, Trente fols relié en Yeau,
& Vingt-cinq fols en Parchemin.
A PARIS,
Chez G. DE LUYNE, au Palais , dans
Salle des Merciers, à la Juſtice .
Chez C. BLAGEART , Rue S. Jacques,
à l'entrée de la Rue du Plâtre,
Et en fa Boutique Court - Neuve du Palais,
AU DAUPHIN.
Et T. GIRARD, au Palais, dans la Grande
Salle, à l'Envie .
M. DC. LXXXI.
AVEC PRIVILEGE DV ROI.
Le XV . Extraordinaire fe diftribuera
le 15. d'Octobre 1681 .
$25252:5222525225
TABLE DES MATIERES
contenues dans ce Volume.
Vant
Aversfur la fonction des deux
Mers,
Lettre de Hanover,
Siege galant SAS
S
14
25
Ceremonies obfervées à la Reception des
Chevaliers de l'Ordre de S. Marc, 49
Le Triomphe de l'Amour , Epitha
lame,
Defcription du feu du Monde,
$9
71
Querelle de Paris & de la Province, en
Profe & enVers, 78
Cerémoniesfaites à Chaumont en Vexin,
. 103
Nouvel Etablissementfait à Gex, 139
Les Arbres, Idille,
Ce
147
qui s'eft paffe le jour de S. Louis à
Académie Françoise , avec l'Eglogue
qui a emporté le Prix des Vers,
•
ISO
aij
TABLE.
186
Cerémonies faites à Marseille,
Nouvel Etabliffement d'une Compagnie
d'Afrique , avec les noms des Intéreffez,
131
Extrait d'une Lettre tres-curieufe écrite
194
de la Chine ,
Stances fur la Fievre d' Amarante , où
la Fieure & l'Amourfont comparez,
214
Effets de l'imagination des Femmes
groffes,
Hiftoire,
218
226
Tout ce qui s'eft passe à Edimbourg
depuis l'ouverture du Parlement d'E
A
coffe,
260
Grand zele des Apprentifs de Vveftminfter
pour le Roy d'Angleterre,
309
Entréefaite à Laon par M. l'Evefque
de ce nom ,
27
311
Haranguefaite par le Fils de M. Talon,
agé de cinq ans, 314
Election d'un Grand- Prieur faite par
Meffieurs de S. Victor,
Nouvelles de Siam,
316
317
TABLE.
343
Suite des Divertiſſemens deHanover,331
·Benéfices donnez par le Roy ,
Ce qui s'eft paffe pendant la maladie de
2. Monfieur,
Medecins de Monfeigneur le Dauphin
de Madame la Dauphine, nommez
par le Roy,
350
354
Mort de l'ancien Evefque de Tarbes, 355
Mort de Madame de Péquigny , Ducheffe
de Chaunes,
Mort & Pompe funebre de Mademoifelle
de Tours,
Enigme,
Autre Enigme,
357
358
364
365
Tout ce qui s'eft paffe à Fontainebleau.
pendant lefejour de Leurs Majeftez,
2366
Promotion de feize Cardinaux, 389
Mort de M.le Maréchal de la Ferté,
380
Départ du Roy,
fond,
380
Mariage de M. le Marquis de Belle-
381
Ouverturedu Bureau de Rencontre, 382
Fin de la Table.
I
Avis pour placer les Figures.
A Croix de Chevalier de S. Marc
doit regarder la page 58.
L'Air qui commence par Vous qui
craignez tant que les Loups , doit regarder
la page 5 .
La Médaille de Madame la Ducheffe
de Fontange doit regarder la page 311.
L'Air qui commence par fadore
une Beauté fi fiere & fi crnelle, doit regarder
la page 350..
2252525252525222
AVIS.
Navertit qu'il ne faut donner
aucun argent pour faire recevoir
les Mémoires qu'on fouhaitera de
voir employer dans le Mercure Ga
lant.
On les mettra tons, pourveu qu'ils
ne defobligent point les Particuliers
par quelques traitsfatyriques , & que
les Hiftoires qu'on envoyera n'ayent
rien qui blefle la modeftie des Dames.
On prie qu'on affranchiffe les ports
de Lettres, & qu'on les adreffè toujours
chez le Sieur Blageart , Imprimeur-
Libraire, Rue S.Jacques, à l'entrée
de la Rue du Plaftre.
Les Particuliers , ou Libraires des
Provinces, qui fouhaiteront avoir le
Mercure fi - toft qu'il fera achevé
d'imprimer, n'ont qu'à donner leur
adreffe audit Sieur Blageart, qui a fa
Boutique dans la Court-neuve du Palais
, au Dauphin , & il aura foin de
faire leurs paquets fur l'heure , & de
les faire porter à la Pofte , ou aux
Meflagers qu ils luy indiqueront, fans
qu'il leur en coufte rien pour la peine
qu'il en prendra , parce que lefdits
Particuliers ou Libraires qui les recevront
, en acquiteront le port fur
les lieux .
On a déja prié bien des fois ceux
qui envoyent des Mémoires où il y a
des noms propres , d'écrire ces noms
en caracteres tres bien formez. C'eſt
à quoy on manque tous les jours ; &
ce qui eft caufe qu'on les met mal . II
y a auffi des Pieces qu'on ne met
point , parce qu'elles font trop difficiles
à lire .
Il refte toûjours quantité de Pieces
qui auront leur tour, ou dans le Mercure,
ou dans l'Extraordinaire. Ainfi
les Autheurs ne fe doivent point impatienter.
Les premieres reçeuës font
toujours mifes les premieres, à moins
quela nouvelle matiere qu'on envoye,
ne foit tellement du temps, qu'on
ne puiffe diférer .
On avertit que les Mercures qui
s'impriment en Hollande & en quelques
Villes
peucorrects Allemagne , font fort
& tronquez en beaucoup
d'endroits.
Extrait du Privilege du Roy.
Ps.Grace & du.Decembre 1977.
Signé,Par le Roy en fon Confeil , JuNQUIERES .
Il eft permis à J. D. Ecuyer, Sieur de Vizé,
de faire imprimer par Mois un Livre intitulé
MERCURE GALANT , preſenté à Monſeigneur
LE DAUPHIN , & tout ce qui concerne
Tedit Mercure, pendant le temps & efpace de
fix années, à compter du jour que chacun defd .
Volumes fera achevé d'imprimer pour la premiere
fois : Comme auffi defenfes font faites
à tous Libraires , Imprimeurs, Graveurs & au.
tres, d'imprimer , graver & debiter ledit Livre
fans le confentement de l'Expofant , ny d'en
extraire aucune Piece , ny Planches fervant à
l'ornement dudit Livre , mefme d'en vendre feparément,
& de donner à lire ledit Livre, le
tout à peine de fix mille livres d'amende, &
confifcation des Exemplaires contrefaits , ainfi
que plus au long il eft porté audit Privilege.
Ar Grace & Privilege du Roy, Donné à
Regiftré fur le Livre de la Communauté le s.
Janvier 1678. Signé, E. CoUTEROT , Syndic ,
Et ledit Sieur D. Ecuyer, Sieur de Vizé,
a cedé & tranſporté fon droit de Privilege à
C. Blageart , Imprimeur- Libraire , pour en
jouir fuivant l'accord fait entr'eux.
Achevé d'imprimer pour la premiere fois
le 30. Septembre 1681 .
MERCVRE
GALANT
SEPTEMBRE 1681.
L
Es Actions de gran
deur, de juftice , &
de pieté , de noftre
augufte Monarque
, font en
fi grand nombre , que lors
que j'en fais le premier Article
de toutes mes Lettres,
A
Septembre 1681.
2 MERCVRE
vous ne devez pas vous étonner,
s'il m'en échape toûjours
quelqu'une que je fuis
contraint de rapeller dans le
Mois fuivant. C'eſt par cer
accablement d'inépuisable
matiere, que j'oubliay la derniere
fois à vous parler du
zele fervent que ce Grand
Prince a fait voir pour le
châtiment des Blafphémateurs.
Outre toutes les Ordonnances
fur ce fujet , qui
doivent eftre obfervées par
tout le Royaume , Sa Majeſté
a donné encor des ordres
tres-rigoureux à M ' le Grand
GALANT.
3
Prevoft, pour ce qui regarde
la Cour. Elle veut qu'il faffe
punir feverement les Particuliers
, & qu'il luy rende
un compte fidelle des crimes
de cette nature qu'auront
pû commettre les Perfonnes
d'un rang élevé, afin qu’Ellemefme
elle en ordonne la
peine. Apres des exemples
d'une pieté fi digne d'un
Roy véritablement Chreftien
, demandera- t - on d'où
viennent toutes les profpéritez
dont joüit la France ?
C'eſt peu de dire qu'elles
continuent depuis long-
A ij
4 MERCVRE
temps , puis qu'on les voit
s'augmenter
de jour en jour,
& qu'elle ne fait aucune Entreprise
qui ne luy apporte
autant d'utilité que , de gloire.
Vous en eftes convaincuë
par l'heureux fuccés qu'a
eu le Canal de Languedoc
.
Quoy que l'exacte Relation
que je vous en ay envoyée,
vous en ait affez expliqué les
avantages, je croy vous faire
plaifir d'y adjoûter la Peïnture
qu'en a faite M' Rault
dans les Vers fuivans. Tant
d'Ouvrages
curieux luy ont
acquis voltre eftime , que
GALANT.
5
fon nom fuffit pour vous
faire attendre un fort grand
plaifir de cette lecture.
| 25555255$ 2225 225
SUR LA JONCTION
DES
DEVX MERS.
L
OVIS fçait triompher &fur
Mer&furTerre,
Il ne luy fuffit pas de triompher en
guerres
Iln'eft point d'Elément, qui pour
fuivrefes Loix ,
Comme à l'ordre des Dieux , n'obeiffe
àfa voix.
Il commande , & le Feu porte en tous
lieux la foudres
A iij
6 MERCVRE
L'Air quife joint au Feu, met des
Ramparts en poudre.
La Terre accoûtumée aux plus pefans
fardeaux,
S'étonne d'en voir faire autant au
fein des Eaux.
Ainfi le Rhin reçeut, malgréfesflots
rapides,
Surfon dos écumant des Machines
folides;
Etfur des Ponts flotans , dont il fe
vit preſſe,
Des Chevaux & des Chars librement
ont paffé.
Les Rochers à leur tour deviennent
navigables;
L'on traverfe des Monts jadis impénétrables.
Les Ponts portent des eaux ,
Vaiffeaux chargez
où les
Trouvent par leurs conduits des
chemins abregez.
GALANT.
7
Là, tantoft à la Rame, & tantoft à
la voile,
L'on cinglefans s'aider de Bouffole
ou d'Etoile.
Les Filotes que l'art conduitpar des
refforts,
En des Lieux inconnus trouvent de
nouveaux Ports.
Sur une Mer nouvelle, où l'induſtrie
éclate,
Ils ne redoutent point les courfes du
Pyrate.
Les Goufres, les Rochers , les Bancs
& les Ecueils,
De nos Typhis nouveaux ne font
point les cercueils.
La tempefte jamais n'y fait enfler
les ondes,
Le calme les retient en leurs couches:
profondes.
L'eau qu'enferme un Etang, ou celled'un
Marais,
8 MERCVRE
N'ajamais pû garder une plus douce
paix.
Quelque cours qu'au Canalprennent
les eaux panchantes,
Il est toujours aifé d'en poursuivre
les pentes.
L'Eclufe à divers temps enfoûtient
le fardeau,
Et peut feule regler le mouvement
de l'eau.
S'ilfaut qu'ilfoit rapide, elle en hafte
la courfe,
An moment qu'on la leve au deffous
d'une fource;
Et de mefme qu'on peut le rendre
violent,
Onpeut leretarder,quandilfautqu'il
*foit lent.
Ces merveilleux Secretsfont d'un
profond Génie,
Etmarquent de LOVIS la puiſſance
infinie,
GALANT. 9
De LOVIS dont le Bras plus grand
que l'Vnivers,
Parfonfameux Canaljoint enſemble
deux Mers,
Et quiparfes Travaux, enfaveur
"
de la France,
Aux lieux les plus deferts répandant
l'abondance,
Sçait conduire à leurfin fes deffeins
glorieux,
· Etfait ce que n'ont pû fon Pere&
fes Ayeux.
Lesplus riches Tréfors qui naiſſent
vers l'Aurore,
Etque l'onjoint à ceux que produit
le Bosphore,
Transportezpar le cours de ce Canal
panchant,
Vontfans ceffe enrichir les Rives ™
du Couchant.
L'Amérique pour nous nefera plus
avare,
10 MERCVRE
Les Indes nousferont leur préfent le
plus rare,
Et les Vaiffeaux chargez , au retour
de Cadix,
De l'une à l'autre Mer rendront ce
qu'ils ont pris.
LesBiens qui s'épandront dans toutes
les Provinces,
Apportez des Païs des plus éloignez
Princes,
Par leficours des Eaux , & celuy
du Canal,
Nous feront admirer leur Terroir
libéral.
Qu'on ne nous vante plus ce
merveilleux Ouvrage,
Quifut chez les Troyens leprodige
de l'âge,
Oùles Dieux ayantpris la forme des
Humains,
Donnerent avec l'art le travail de
leurs mains.
GALANT. II
CesRamparts orgueilleux, ces illuftres
Pergames,
Quifentirent des Grecs lafureur&
les flames.
Ces pompeux Ornemens de l'antique
Ilion,
Quoyqu'Homere en ait dit,n'eftoient
quefiction.
Ces Dieux qui de leur tempsfurentce
quenous fommes ,
S'eftoientpar leur renom fouftrait an
rangdes Hommes;
Etfila Fable en fit des Braves, des
Héros,
Lagloire n'en brilloit qu'enla pompe
des mots.
La Montagne d'Athos , autrefois
penétrée,
Nepûtjamais donner une affezlibre
entrée
Aux Vaiffeaux dont Xerxés voulut
couvrirla Mer,
1
12 MERCVRE
Soitpour y faire voile, ou qu'ilfallut
ramer.
Ce Canalpréparépour la Pompe.
Romaine,
Qui coufta tantdefoins, de travaux
& de peine,
Et qui devoit de Rome arrofer les
Ramparts,
Apporta peu degloire au plus grand
des Céfars
La Nature icy cede, & quoy qu'elle
s'étonne
De recevoir les Loix qu'un vray_
Hérosluydonne,
Elle obeit foudain à fes commandemens,
Et foûmet à fa voix juſques aux
Elémens.
La distance des lieux ne luy faitpoint
d'obstacle.
L'eau regorge au Canal comme par
un miracle;
GALANT. 13
Et.c. qui pút fembler impoffible
autrefois,
Eft aujourd'huy facile au plus puiffant
des Roys.
Ouy, ce Canal qui doit embellirfon
Hiftoire,
En éternifera le nom & la mémoire,
*Et dira que LOVIS triomphant,
glorieux,
Eft au deffus des Roys, des Céfirs, &
des Dieux.
Je vous fis le dernier mois
un fort long détail du Baler
champeſtre dancé à Hanover
fous le titre de la Chaffe
de Diane , mais ce fut fans
vous rien dire de particulier
du magnifique Repas qui le:
14 MERCVRE
préceda . Voicy les Nouvelles
que l'on en a reçeuës
icy.
$225525$52 SSSSES
A MONSIEUR DE ***
A Hanover ce 18. Aouft 1681 .
JE
que
l'on donne
E fais ce que vous voulez;.
&pour fatisfaire vostre curiofité
, je continue le Recit des
Divertiſſemens
en cette Cour à la Reyne Mere
de Dannemark. Hyer 17.de ce
mois , onfortit de la Ville fur le
foir en fort grande pompe. Sa
Majefté, les deux Electricesfes
GALANT. 15
1
Filles , tous les Princes & Princeffes
, allerent à la promenade.
Le Cortege eftoit de cent Carroffes
, tous les Etrangers ayant
envoyé les leurs ; outre ceux de
Son Alteffe , & plufieurs autres
des Particuliers de la Cour &
de la Ville . Ce fut comme une
efpece de Cours depuis leJardin
de Leiné jufqu'à Hernhans.
On côtoyoit une Allée d'Arbres
plantez pour la perspective du
grand Theatre , & bordée de Soldats
de l'un de l'autre côté.
Cette Allée eftoit embellie en
plufieurs endroits du Chifre
de la Couronne de la Reyne,
16 MERCVRE
de plufieurs Piédeftaux dans lef
quels diférens Feux d'artifice
eftoient renfermez.
A huit heures & demie du
foir, onfit entrer la Reyne dans
le grand Jardin , où l'on avoit
préparé huit longues Tables tresbien
couvertes ,fous les Berceaux,
fous de grandes Feuilléesfaites
exprés pour traiter tous ceux
qui compofoient ce nombreux.
Cortege. Ces Tables contenōient
trois cens Couverts. Sa Majefté
avec tous ces Princes & Princef
fes, vint defcedre au milieu d'un
des grands Berceaux , qui s'ouvrit
d'abord par un des côtez,
GALANT. 17
fit voir une tres - fuperbe
Feuillée. Elle eftoit grande t
fpaticufe , éclairée par plufieurs
Luftres & par quantité de Bras
d'argent & de vermeil doré,
de plufieurs Plaques de mefme
matiere . Le Feuillage des quatre
côtez eftoit meflé d'un nombre
infiny de Fleurs , & à chacun
des quatre côtez il y avoit trois
grandes Glaces de Miroirs boxdez
de verdure. Plufieurs rares
Tableaux ou Portraits de Dames :
*
Yparoiffoient, bordez de la mefme
forte au deffus & aux côtez
des Miroirs . foignez à cela qua--
tre Grotes ornées d'un Coquillage
Septembre 1681.
B
18 MERCVRE
choify. Comme on avoit eufoin
de les éclairer , elles faifoient
voir aux quatre coins de cette
Feuillée des fets d'eau & des
Cafcades , qui par le bruit de
leur chute & par leurs bouillons
élevez en l'air , divertiffoient
"agreablement l'oreille & lesyeux
des Spéctateurs. C'eftoit une invention
du S Cadar, qui eut
un fot grand fuccés.
La Table
que l'on dreffa au
milieu de la Feüillée , eftoit en
forme de coeur, & feulement de
douze Couverts , les Princes &
les Princeffes qui eftoient de
quelque Entrée de Balet, ayant
GALANT.
19
la leur fous une autre grande
Feuillée , faite le long d'une des
ailes du Théatre. Elle eftoit de
quatre- vingts Couverts pour
tous les Danceurs , avec Leurs
Alteffes: Aucun d'eux ne fe
laiffa voir dans l'Aſſemblée,
parce qu'on vouloitfurprendre la
Reyne,& toute la Cour . L'Ambigu
quifutfervy, eftoit ordonné
admirablement ,
manqua, ny pour
(
rien n'y
l'abondance,
ny pour la délicateffe. Il fuffit
que le Baron de Platen de dire
nostre Grand Maréchal s'en
eftoit meflé , & que cette mer-·
veillenfe Feuillée eftoitfon Ou
Bij
20 MERCVRE
vrage . Tout le monde le connoit
pour un Homme auffi intelligent
qu'il eft magnifique . F'oubliois à
vous parler du Lambris de la
Feüillée , qu'on voyoit remply
d'Oranges , de Citrons , & de
plufieurs autres Fruits meflez
avec la verdure.
Si-toft que la Reyne fe leva
de table, la Feüillée s'ouvrit tout
d'un coup enface , & l'on commença
à voir leThéatre du Balet
avec fa longue Perfpective é
clairée de toutes parts . Les Ombres
de la Nuit avoient auffi leur
Théatre, fur lequel on les apper
geur dans l'éloignement. Un
GALANT. 21
"
grand Fantôme qu'on vit def
cendre du Ciel , & qui fe plaça
au milieu des Ombres , les fit
difparoistre à fon abord. Il eftoit
remply de Feux d'artifice qui firent
un fort bel effet . Cependant
l'Aurore parut fur un grand
Théatre roulant , & s'avança
peu à peu jufques fur celuy où
l'on devoit dancer le Balet. Elle
eftoitfuivie d'un Ange de Lumiere
du Point - du - four , de·
deux Nymphes portant des Corbeilles
pleines de Fleurs , & de
huit Hérauts qui annonçoient
Ja venuë au fon des Flûtes douces,
aufquelles les Violons, Cla22
MERCVRE
veffins, Baffes de Violes, & autres
Inftrumens , répondoient de
la maniere du monde la plus
agreable. Cette merveilleuſe
Symphonie accompagna un Concert
de Voix qui charma d'abord
toute l'Affemblée. Ce premier
Spectaclefervit de Prologue au
Balet de la Chaffe de Diane,
préfenta le Sujet à la
de
dont on préſenta
Reyne & à tous les Princes &
Princeffes qui eftoient aupres
Sa Majesté, à l'ouverture de cet
éclatant Théatre. La Fefte finit
par un beau Feu d'artifice , qu'une
Fufée qui partit du Lieu où la
Reyne estoit affife , alla allumer
GALANT. 23
à plus de mille pas loin de la.
Les Princes & les Princeffes
qui ont dancé au Balet, fe font
attirez l'admiration de tout le
monde. Tous ces plaifirs ont duré
jufques à deux heures après minuit
; & ce fomptueux Repas,
avec le Balet, & le dédommagement
des Champsdes Particuliers
que l'on a gâtez, revient à
plus de dix mille Ecus . Vous
voyez par
là
que
S. A. S. n'épargne
rien pour bien divertir
Sa Majesté. Tout le Chemin au
retour eftoit bordé de Lumieres,
toutes les Maifons de la Ville
illuminées , depuis la Porte de
24 MERCVRE
Kalembergjufques au Chafteau.
On doit fe delaffer aujourd'huy
à une Comédie intitulée La Jobin
, fameufe Devinereffe,
pendant qu'on prépare les Machines
pour repréſenter Les Amours
de Jupiter & de Semelé.
De tous les Divertiffemens
qu'on a donnez à la Reyne,
aucun n'a paru plus agreable à
tout le beau monde, que la Comédie
Françoife, & les Balets:
M' le Landgrave que
attendoit icy , n'y eft point encor
venu. Madame l'Electrice de
Saxe a un Train fort magnifi
que. Onfe dispofe à partirdans
quelques
l'on
GALANT 25
quelquesjours pour aller à Zell,
où tout est prest pour y recevoir
la Reyne . Je feray de ce voyage,
vous rendray compte de ce
qui s'y paffera.
Si le feul récit de ces
grandes Feftes donne du
plaifir à ceux qui ne peuvent
s'en former qu'une fimple
idée, jugez , Madame , combien
elles doivent divertir
quand le Spectacle occupe
les yeux , & qu'on eſt témoin
de ce que les plus exactesRélations
ne repréſentent jamais
que fort
imparfaite-
Septembre 1681.
C
26 MERCVRE
ment. Comme il eft des
Feftes de toute nature , j'ay
à vous parler d'une autre,
dont la nouveauté vous furprendra.
Quoy qu'il n'appartienne
qu'aux Souverains
de faire la guerre , des
Particuliers n'ont pas laiffé
d'entreprendre un Siege ; &
ce qui vous paroiftra le plus
incroyable , ce Siege a efté
formé par des Officiers de
voftre beau Sexe . Diverfes
Societez s'eftant faites à Die
Ville de Dauphiné, pendant
la faifon du Carnaval , entre
des Perfonnes fort confidé
GALANT. 27
rables , chacune prit le nom
d'un Regiment , felon qu'
elles crûrent fe le devoir impoſer.
On en nomma de Dragons,
de Turenne, de Montclar
, & d'autres. Ce dernier
eftant demeuré en union , fe
fignala par mille Parties galantes
, qui le diftinguerent
avec beaucoup d'avantage.
Il portoit le nom d'une Dame
de fort grande qualité,
Veuve d'un Seigneur de
Montclar, & prochę Parente
de feu M' le Duc de Lefdiguieres
. Cette Dame, régalant
un jour fa Troupe par
Cij
28 MERCVRE
un Repas magnifique , dit
à M ' du Cros, qui eftoic un
Gentilhomme de cette Societé
, Petit- Fils d'un Préfident
de Grenoble de ce mefme
nom , qu'elle avoit réfolu
d'aller l'affieger avec fon
Regiment , à Chamarges .
C'eſt une Maiſon qu'il a à
un quart-de-lieuë de Die.
Ce Gentilhomme
luy répondit
agreablement qu'il acceptoit
le défy, & qu'il promettoit
de bien s'acquiter
de fon devoir , pourveu que
le Siege fe fift dans les formes.
Cette menace d'un
GALANT. 29
Siege que vouloient faire des
Dames , fournit beaucoup
de matiere
à la converfation
,
mais enfin d'une choſe dite
en plaiſantant
, on en fit une
affaire férieuſe . Le Gentilhomme,
en qualité de Gouverneur
de la Place , affura
qu'il donneroit
tout le divertiffement
poffible dans fa
défence
; & les Dames qui
fe promirent
un fort grand
plaifir d'une nouveauté
de
cette nature , donnerent
parole
d'en entreprendre
l'Attaque.
La Partie ayant efté
réfolue , chacun fongea
à s'y
Cij
30 MERCVRE
préparer , & depuis le Carnaval
jufqu'à l'exécution qui
fut au commencement de
Juin , on ne parla d'autre
chofe dans toute la Ville. Le
Gouverneur de Chamarges,
( c'eftoit le nom que prenoit
M' du Cros ) n'oublia rien
de ce qui pouvoit donner
de l'agrément à ce Siege,
& pour en augmenter les
plaifir en le rendant régulier,
il emprunta le fecours
de quelques Officiers de
Cavalerie du Regiment de
Crillon , & de la Compagnie
de M ' de Maffot , qui
GALANT. 31
eſtoient alors en quartier
à Die. Ces Meffieurs tracerent
d'abord des Fortifications
autour de la Place,
& quoy que l'ouvrage en
fuft fort leger, on ne laiffoit
pas d'y voir toute la figure
des mieux travaillée. On y
fit loger enfuite quelques
petites Pieces de campagne,
que M' de Ferriol Gouver
neur de Die permift qu'on
tiraft de fa Citadelle. On fit
compofer grand nombre de
Feux pour faire l'effet des
Bombes, des Grenades , &
des Petards , & on eut mef
C iiij
32 MERCVRE
·
me le foin de faire creufer
des Mines qui devoient enlever
des bagatelles , afin de
marquer la diverfité des Attaques.
Toutes ces choſes
eftant difpofées , on feignit
une Lettre de cachet que
M' de Salieres , Commiffaire
d'Artillerie au Fort de Barraux
,veſtu en Courrier, porta
au General Montclar. Elle
contenoit un ordre exprés
à ce General d'affembler fes
Troupes pour le Siege de
Chamarges , & de prendre
tout ce qui luy feroit neceffaire
entre les mains du TréGALANT.
33
forier du Périer. ( C'eftoit
une de ces Dames qu'on
avoit chargée de cet employ.
) Dés qu'il eut reçeu
cet ordre , il le fit fçavoir aux
autres Dames , qui devoient
eſtre ſes Officiers , & leur
ordonna de tenir leurs Compagnies
preftes au jour qu'il
leur ſeroit affigné . Elles ſe
mirent dans un équipage
fort brillant ; mais n'attendez
point que je vous faffe
la deſcription de leur parure.
Je vous diray feulement qu'il
n'y en avoit aucune qui ne
portaft une Capeline en for34
MERCVRE
me de Cafque ombragé de
Plumes , une Cravate d'un
tres- beau Point, attachée par
deffous d'un large Ruban ;,
des Jufte- au - corps de diférentes
couleurs , couverts de
galon or & argent , une
Epée qui pendoit à un Baudrier
en Broderie , & une legere
Pique à la main , dont
le fer eftoit doré , & tout le
refte garny de Rubans.
Leurs Soldats eftoient de.
jeunes Meffieurs de la Ville
proprement veftus , & portant
chacun une Pique ou
un Moufqueton.
GALANT. 35
Le jour marqué pour ce
Siege eſtant arrivé , le General
fit fonner la Trompete
de fort grand matin ; & les
Troupes éveillées agreablement
par ce bruit, furent diligentes
à fe rendre dans une
Place qui eft devant fon
Hoftel . Là, des Officiers de
Crillon, faifant la Charge de
Major pour Madame Goder
qui l'avoit en titre , les rangerent
en Bataille . Cette
Armée eftant prefte à partir,
le General fe mit à la tefte,
& marcha jufques à la Porte
de la Ville, ayant à ſes coſtez
36 MERCVRE
Le Capitaine de Gilliers , &
l'Intendant Chaluet , deux
de fes Dames, l'une Femme
d'un Confeiller du Parle
ment de Paris , & l'autre
d'un Confeiller deGrenoble .
On auroit eu peine alors à
difcerner les Hommes parmy
les Dames , tant il paroiffoit
de fierté fur leur vifage.
Cette petite & galante
Armée marcha de la forte .
au fon des Timbales , des
Tambours , des Hautbois,
& des Trompetes , jufqu'à
un endroit hors de la Ville ,
où le General monta fur un
GALANT. 37
fuperbe Cheval parfaitement
bien enharnaché. Les autres
Dames qui luy fervoient
d'Officiers , monterent en
meſme temps à cheval, & à
cofté d'elles eftoient les Gen,
tilshommes , reçeus dés l'abord
dans leur Regiment.
L'un d'eux portoit un Etendard
rouge , à franges or &
argent , avec ce mot , A
LINVINCIBLE. Leur
marche, continua jufqu'à ce
que des Cavaliers l'ayant reconnue
, firent le coup de
Piftolet , & fe retirerent au
galop du cofté de la Place,
38 MERCVRE
Ce fut alors que la feinte
commença d'avoir des apparences
de verité. Le General
, comme s'il cuft craint
quelque furprise , fit promptement
mettre pied à terre
à fes Officiers, rangea toutes
fes Troupes en bataille , en
fit la reveuë , & apres avoir
tenu fon Conſeil de guerre,
il envoya un Trompete fommer
le Gouverneur de fe
rendre. Le refus qu'il attendoit,
l'ayant obligé de fe dif
pofer à l'Attaque, il fit avancer
cette belle Troupe, que
tout le feu de l'Artillerie du
GALANT. 39
Gouverneur ne pût ébran
ler. Cette décharge, dont on
euft dit qu'elle alloit eftre
toute foudroyée , ne caufa
aucun dommage au Party
du General ; & l'ardeur de
fes Soldats paroiffant toûjours
la meſme, il les fit approcher
pour donner l'Af
faut. Quelque Infanterie
que le Gouverneur avoit le
long des hayes, rendant l'abord
de la Place extrémemét
difficile , on détacha Mefdemoiſelles
de Chabrieres
& de S. Auban, Capitaines
du Regiment de Dragons,
40 MERCVRE
qui firent faire une décharge
fi à propos, que l'Embuſcade
ne la pouvant foûtenir , ſe
retira dans la Place en confufion
. Les avenuës eftant
libres par ce moyen , on
avança jufqu'à une Paliffade
qui alloit eftre emportée , fi
le Gouverneur n'euft fait
une Mine qui fit reculer les
plus avancez . Dans le temps
qu'il fe tint à cette Attaque,
on appliqua un Petard à la
Porte. Il y accourut , & tâcha
de repouffer Meſdemoifelles
de Lautares & d'Ambel
, qui commandoient un
a
GALANT. 41
Détachement de Piquiers
pour la forcer , & qui eftoient
foûtenuës par Mademoiſelle
de Gilliers , Capitaine
de Grénadiers, qui devoit
faciliter l'Attaque.
Pendant que cette vaillantè
Troupe s'attachoit à
ce Combat , le General qui
eftoit refté au Corps de Bataille
avec les Compagnies
de Mefdames de Laufaret
& de Cleles , & de Mefdemoiſelles
de Chaluet & de
Rochefort , pour veiller utilement
à ce qui eftoit le plus
neceffaire pour ce Siege, prit
Septembre 1681.
D
42 MERCVRE
garde que le Gouverneur
avoit négligé un endroit de
la Place, qui fembloit inacceffible.
Il alla le reconnoftre,
& l'ayant jugé facile
à eftre emporté, il commanda
les Volontaires Maffot,
Pelicier, & Catelet , Officiers
de Crillon, Brignon , S. Laurens,
Maubec, Champqueira
, & les deux Soilleres , &
leur ordonna , fur peine de
vie , d'occuper ce Poſte.
Ce commádement
eut tout
le fuccés qu'on en attendoit.
Ces Braves eftant entrez
dans la Place par ce paffage,
GALANT. 43
poufferent jufqu'au Gouverneur
qui eftoit encor attaché
au Combat avec ces
Amazones , & renverſerent
tout ce qui ſe préſenta à eux
pour fe défendre. Cette furprife
, à laquelle il s'attendoit
le moins , l'étonna de
telle forte , qu'abandonnant
tout, il fe retira dans le Donjon
de fa Place , & donna
par là une grande facilité au :
General de faire avancer fon
Armée victorieufe jufques .
au pied de fes Murs , & d'y
planter fon Etendard . Comme
il avoit de la peine à fee
Dij
44 MERCVRE
confeffer vaincu , il fit lancer
fur les Affaillans ce qui luy
reftoit de Feux , & euſt fait
une réſiſtance plus opiniâtre
, fi le General ne l'euft
fommé luy- mefme de ſe retirer,
en luy promettant une
tres- honnefte Compofition.
Des offres fi genéreufes
l'ayant obligé de parlementer
, on capitula , & on convint
de tous les Articles .
Vous jugez bien qu'eſtant
acceptez de part & d'autre,
on n'eut pas befoin d'Otages
pour en affurer l'exécution.
On mit bas les armes.
GALANT. 455
On fe falüa comme Amis ,
Les Dames raccommoderent
ce que l'ardeur du Combat
avoit caufé de defordre
à leur parure. On n'entendit
plus ny Trompetes, ny Timbales
, ny Tambours . Les
Violons avec les Hautbois,
prirent la place de ces Inftrumens
de guerre , & tous
les deſſeins d'attaque & de
défence furent changez
auffitoft en ceux de goûter
tous les plaifirs qui leur eftoient
préparez . La belle
Maiſon où fe paffa cette fameufe
Journée , eftoit bien
46 MERCVRE
capable d'en fournir. Elle
eft baſtie dans une Plaine,,
au confluent de deux Rivieres
, dont on voit les bords
couverts d'une infinité d'Arbres
, qui forment de tresbelles
Promenades. Elle a
d'ailleurs tout ce qui peut
faire l'ornement d'une Maifon
de Campagne , comme
Parterres, Fontaines, Allées ,
& Vergers. Ce fut dans ces
divers Lieux que fe diſperſa
confufément une Troupe
qui jufque- là avoit obſervé
tant d'ordre. Elle y attendit
fans peine un magnifiqueGALANT.
47
Repas qui fut fervy avec
beaucoup d'abondance &
de propreté. La partie du
jour que la chaleur rendit la
plus incommode , ſe paſſa
dans la Maiſon en dances,
en jeux, & en converſations
fpirituelles. On propoſa des
Enigmes, on fit des Inpromptu
, on remplit des Boutsrimez
, & ces diférens plaifirs
Occuperent agreablement
les Dames jufques à l'heure
de la promenade. Si - toft
qu'elle fut venuë , on alla
prendre le frais , & la nuit
commençant à s'approcher
48 MERCVRE
le Gouverneur termina la
Fefte par une fplendide Collation
qui fut fervie fous un
grand Berceau , & accompagnée
d'une Mufique
champeftre qu'on écouta
avec beaucoup de plaifir.
Apres cela , cette belle Trou
pe, fort fatisfaite d'une fi galante
reception , retourna à
Die dans le mefme ordre
qu'elle eftoit venuë. Elle y
entra au bruit des Timbales,
des Tambours , & des Trompetes
, & à la clarté de tant
de Flambeaux , qu'on euſt
crû que le Soleil avoit ramené
GALANT. 49
mené le jour. Le Peuple ,
attiré par ce Spectacle, combla
d'acclamations
l'heureux
fuccés de ce Siege ; & l'Armée
victorieuſe , plus fatiguée
des divertiffemens que
du travail de la guerre, ayant
rendu ce qu'elle devoit au
General qu'elle accompagna
jufqu'en fon Hoſtel,
alla prendre le repos qui luy
eftoit néceffaire.
Je ne doute point , Madame,
que vous n'appreniez
avec plaifir que le Roy par
un effet de fa bonté naturelle,
a agrcé le retour d'un
Septembre 1680. E
50 MERCVRE
Homme qui eft forty de
France depuis quinze ans,
& qui apres avoir voyagé en
Allemagne , en Angleterre,
aux Pais - Bas , & en Italie ,
s'eftoit enfin étably dans la
fameufe Univerſité de Padoüe.
Vous avez connu M'
Patin , Medecin , & Profef
feur à Paris , Fils du Profef
feur Royal. C'eft de luy
dont je vous parle .
m'apprend que la Répu-
On
blique de Vénife luy donna
d'abord de l'employ en luy
conférant une Charge de
Profeffeur en Medecine ,
GALANT.
51
dont il s'eft acquité avec un
applaudiffement univerſel .
Peu de temps apres , elle le
fit Chevalier de S. Marc ; &
la premiere Chaire de Chirurgie
ayant vaqué depuis
peu , les Réformateurs de
l'Académie l'ont nommé
tout d'une voix pour la luy
faire remplir , avec trois
cens Ducats d'augmétation.
Cette Place avoit efté autrefois
occupée par Véfale, Spigelius
, Aquapendente, Marchettis
, & autres grands
Hommes , dont la mémoire
fera toûjours eftimée. Com-
E ij
52 MERCVRE
me M Patin eft tout remply
de mérite , & qu'il s'eft
attaché dés fon bas âge à
toutes les particularitez de
la Medecine , on eft fort
perfuadé qu'il répondra pleinement
à la réputation de
tant d'illuftres Prédecef
feurs. Vous avez fçeu le degré
d'honneur qu'il s'eft acquis
dans la connoiffance
des Médailles , & de toutes
fortes d'Antiquitez . Tous
ceux qui s'appliquent à cette
étude entretiennent corref
pondance avec luy , & c'eft
ce quirend fon nom célebre
GALANT 53
par toute l'Europe. Il a donné
au Public diférens Traitez
de Medecine , & d'autres
Livres qui font autant de
témoins de l'étendue, & de
la beauté de fon Génie. Vous
demanderez
peut- eftre-quel
le dignité eft celle de Che
valier de S. Marc . Je vay
vous l'apprendre. Il y en a
de trois fortes. La premiere
eft une espece de récompenfe,
dont le Senat honore
particulierement
ceux d'entre
les Nobles Vénitiens
, qui
ont fait de grandes actions
pour le fervice de la Répu
E iij.
54 MERCVRE
blique , où qui s'eſtant dignement
acquitez des Ambaffades
qu'on leur avoit
confiées, reçoivent du Senat
mefme le titre de Chevalier
qui leur avoit efté cóferé par
les Teftes courónées, aupres
defquelles ils eftoicnt Ambaffadeurs.
Ils ont le privilege
de porter la Stole d'or aux
jours de cerémonie , & font
mefme diftinguez les autres
jours par un Galon d'or qui
borde la Stole noire qu'ils
portent ordinairement. Les
deux autres ont accoûtumé
de fe conferer à ceux qui par
GALANT. 55
le mérite des Armes ou des
Lettres , ont acquis l'eftime
de la République. Quoy
que ceux - cy portent une
mefine marque de Chevalerie
, on fait grande diférence
entre ceux qui fe font publiquement
dans l'Excellentif
fime College , & ceux qui
en reçoivent le caractere
en particulier dans la Chambre
du Doge , qui a le pouvoir
d'en créer de cette forte
quand il luy plaift . Voicy
ce qui fe pratique pour la
Réception des premiers.
L'Excellentiffime College
E iiij.
56 MERCVRE
eftant affemblé , le Cavalier
du Doge , accompagné de
l'Ecuyer , & des autres Officiers
de Sa Serénité , fait entrer
celuy qu'on doit rece
voir , & le conduit , apres
les trois revérences ordinaires
, juſques au ſecond degré
du Trône. Apres qu'il
s'y eft mis à genoux, le Doge
affis fous un Dais au milieu
de la Seigneurie , luy fait
connoiftre la réſolution qui
a efté priſe de le faire Chevalier
de S. Marc , enfuite
dequoy il le frape de l'Epée
Ducale fur chaque épaule,
GALANT. 57
luy difant à chaque fois, Efto
miles fidelis , & puis fur la teſte
en difant encor , Efto Eques
divi Marci . Dans ce mefme
temps fes Officiers luy attachent
aux pieds les Eperons
d'or qu'ils retirent aufſi- toſt .
Cela eftant fait , le Doge luy
met au col une Chaîne d'or
où pend le Lion de S. Marc,
Symbole ordinaire de la République.
Au fortir de là , il
eft conduit par fes Officiers,
jufqu'à la Porte du Palais,
au bruit des Clairons & des
Trompetes . Ceux qui font
reçeus ont le droit de Bour58
MERCVRE
geoifie , & le privilege de
porter dans leurs Armes un
mufle de Lion pour cimier.
Ceftun honneur qu'on eftime
fort. La diftinction dont
M' Patin a efté gratifié en le
recevant, c'eft que la plûpare
de ceux qu'on crée Chevaliers
de cette forte, achetent
la Chaîne qu'on leur met au
col , & qu'il doit la ſienne à
la libéralité de la République.
La Croix d'or qui pend
au bas eft chargée d'azur.
Je vous envoye la figure de
la Face droite, & du Revers.
La Piece qui fuit , a eſté
GALANT. 59
faite depuis peu de temps à
l'occafion du Mariage d'une
tres - belle Perfonne. C'eſt
M ' Baugé qui en eft l'Auheur
. Plufieurs Ouvrages
de luy vous ont déja fait
connoiftre la facilité de fon
Génie.
25252 52525252522
LE TRIOMPHE
DE L'AMOVR:
EPITHA LAME..
'Amour vouloit foûmettre une
L'jeune Rebelle,
Qui bravoitfon pouvoir, & défendoit
fon coeur;
60 MERCVRE
Mille Amansfoûpiroient pour elle ,
Sans pouvoir adoucirfon extréme
rigueurs
Et la Cruelle
Qui n'écoutoitquefa froideur,
Traitoit leursfoins & leur ardeur
De pure bagatelle,
Et les abandonnoit à leur douleur
mortele.
L'Amour au defefpoir, les yeux étins
ceians,
Concevant à la fois cent deffeins
violens,
Nerefpire que la vangeance.
Je fais trembler, dit- il, le celefte
Sejour,
Et je ne puis vaincre la réſiſ.
tance
Qu'une fimple Mortelle oppofe
à ma puiffance?
Il faut qu'avant la fin du jour
F
GALANT. 61
Je puniffe fon infolence,
Ou ceffe enfin d'eftrel'Amour.
Un Berger poffedoit tout ce qu'il
fautpourplaire;
Le Berger voyoit la Bergere
Sur le pied d' Amyfimplement.
L'Amourfe fert de ftratagéme
Pour venirplus facilement
A bout de la froideur extréme
Qui le bravoit impunément.
Des foûpirs indifcrets , des helas
je vous aime,
Ne font, dit-il, qu'effaroucher
un coeur.
A qui l'Amour fait peur.
Le Berger a toute l'eftime
De l'orgueilleux Objet qui méprife
mes Loix ;
Il faut que l'amitié me prefte icy
fa voix,
Et que pour
fatisfaire au couroux
qui m'anime,
62 MERCVRE
Elle immole à mes voeux cette
illuftre Victime,
Ilpart au mefme inftant, & volefe
loger.
Dans le coeur dujeune Berger.
Ily traîne avec luy fes ardeurs les
plus vives,
Il s'arme en Dieu vangeur, de redoutables
traits,
D'impétueux defirs , deflâmes exceffives,
Etflate fon dépit d'un glorieuxprogrés.
Maispourne riengafter, il voile la
Tendreffe
Du dehors indolent de fa Soeur l'Amitié,
Et cette bonne Déeſſe
Pourfon Frere s'intéreffe,
Et du chemin fait au moins la
moitié.
GALANT. 63
Le Berger tout remply du Dieu qui
le poffede,
Ignore cependant ce que luy veut
fon coeur,
Etfuivant le panchant de fa boüillante
ardcur,
Sans connoiftre fon mal , en cherche
le remede.
Un afcendant impérieux
Porte fes pas en mille lieux .
Tout le Bois retentit du nom de la
Bergere;
Illa cherche, &fans bien connoistre
ce qu'ilfent,
Il court, la rencontré en un Lieu
folitaire,
Nonchalamment affife au bord d'une
Onde claire,
Qu'un Zéphire coquet careſſoit en
paffant.
Fadis à fon aspect fon coeur reftoit
tranquile,
64 MERCVRE
D'aucun trouble jamais il n'eftoit
agité;
Il nepeut aujourd'huy foûtenirfa
Beauté,
Ilreste en la voyant, inquiet, immobile,
Laparole luy manque, & malgré
fes defirs,
Un timide respect étouffe fesfoûpirs.
Il connoit à l'inftant la caufe de fon
trouble,
Et mille mouvemens qu'on ne peut
exprimer,
Luj difent tous, qu'ilfaut aimer.
A ces refléxions for defordre redouble.
Si la Bergere euft raisonné,
Elle auroit bientoft deviné
D'où naiffoit l'embaras du Berger
qu'elle infpire.
GALANT. 65
Elle auroit prévenù la fuite de fes
feux ,
Mais la raison, les fens, contr'elle
tout confpire,
Et le Berger doit eftre heureux.
Libre encor, &fans défiance,
Elle voit ce nouvel Amant
Qui triomphe infenfiblement
De fa cruelle indiférence. (coeur,
L'Amour infinué jufques aupres di
Quitte de l'Amitié la nonchalante
ardeur,
Ilparoift ce qu'il eft, il tonne, il
intimide,
Etplein du couroux qui le guide,
Ilportepar tout la terreur.
Lajeune Bergerefurpriſe ,
Tâche, mais un peu tard , defuivre
Sa franchife.
Fierté, dédain, mépris , viennent à
fon fecours ,
Septembre 1680.
F
66 MERCVRE
Que dira-t- on s'en mefle, &re
veille l'Audace,
Qui veut conferver une Place,
Dont les Dehors font tous occupez
des Amours.
Le Coeurdans ce defordre extréme
Souffre tout ce qu'on peutfouffrir;
Le Berger àfesyeuxfans ceffe vient
s'offrir,
Digne d'eftre aimé comme il aime.
L'Eftime parle enſafaveur,
Et par mille confeils fortementfollicite
De fubir le pouvoir de l'aimable
Vainqueur
Dont elle vante le mérite.
La Raifon d'un autre cofté
Dit que c'eft affez résisté,.
Qu'on doit appréhender un Vainqueur
qu'on irrite,
Que c'est en vain qu'on fe défend,
GALANT. 67
Que l'Amour en tous lieux efttoû
jours triomphant,
Etque l'heure d'aimer eft une heure
preſcrite
Queperfonne n'évite .
La Libertéprefque aux abois,
Avec une mourante voix,
Preffe le Coeur de fe défendre.
Veux-tu me voir périr, dit- elle,
& par ma mort
Eftre auffitoft réduit en cẽdre?
Fais pour me conſerver un génereux
effort.
Tufçais combien je poffede de
charmes,
Tu les goûtes encor, & peux les
conferver.
Tâche à vaincre l'Amour , luy
feul peut t'en priver ,
Et t'accabler de larmes .
Mon Ennemy doit- il avoir
pour toy
F
68 MERCVRE
Plus de douceurs que moy?
A ces mots , la Fierté, l'Orgueil,
l'Indiférence,
C
Suivant l'Audace & le Mépris ,
Enlevent des Dehors de tres- grande
importance,
Queles Amours avoientfurpris.
Doux Yeux, tendres Soupirs, cedérent
à l'orage,
"
La Fierté les diffipa tous.
Cefuccés enflefon courage,
Et chatouille fon vain couroux.
L'Amourplein de dépit ; & boüillant
d. colere ,
S'oppose à cette Teméraire ;
Il la met en déroute, &ralliant les
Siens,
Il pouffe fcs progrés, & court à la
Victoire.
Tout confpire àfa gloire,
Le Mépris eft dans les liens,
GALANT. 69
Et l'Audace étouféc
Eleve parfa mort un illuftre Trophée
Au Dicu qui lafurmonte, & dont
toutfuit les Loix .
Ce bonheur impréveujettepar tour
la crainte;
En vain les Ennemis ont recours à
la feinte,
La Fierté ne peur plus réſiſter aux
Exploits
Du Vainqueur qui lapreffe ;
Et l'Indiférence aux abou
Expire aux yeux de la Tendreffe,
Et la
Rigueur
Abandonne le Coeur
Au pouvoir de Vainqueur.
Ilentre triomphant dans cette belle
Place,
Il étouffe d'abord l' Infenfibilité,
Une douce tendreffe en chaffe
70 MERCVRE
Les fiers mépris qu'y fit régner
l'Andace;
Et le Coeur trop content defa captivité,
Ne chérit plus la Liberté.
Pleine du doux plaifir a'aimer &
d'eftre aimée,
Lajeune Bergere animée
Des violens tranfports qui preffoient
fon Héros,
;
Sacrifie à l'Amour une Pudeur critique,
Dont l'éloquence chimérique
Le dépeignoit un Monstre ennemy .
du
reposi
3
Deformais fans fcrupule elle aime,
& l'ofe dire,
Elle entend foûpirer , elle-mefme
Soupire.
Cefubit changement étonne avec
raiſons
GALANT. 71
L'Amour pour maintenir les droits
defon Empire,
Et prévenir la trahison,
Met l'heureux Berger qu'il inſpire
Chez la Bergere en garnison.
Je vous ay promis de vous
parler d'un Jeu de Science
qu'on va établir , & dont
jefpere que je vous envoyeray
le Deffein gravé , dans la
premiere Lettre que vous recevrez
de moy apres cellecy.
On le nommera le Jeu
du Monde , parce qu'il n'y a
point d'efprit fi ftupide , qui
en le joüant , ne puiffe acquerir
fans aucune peine, la
72 MERCVRE
connoiffance d'une infinite
de chofes neceffaires à fçapart
aller
voir
pour
le commerce
de la
vie , & qu'ignorent
la plûde
nos
Sçavans
. Telle
eft celle
de
l'Hiftoire
naturelle
de tous
les Lieux
de
l'Europe
, de toutes
les Routes
qu'il
faut
tenir
pour
aux
Capitales
de
tous
les
Etats
, des
chofes
que
l'on
peut
voir
, & qui fe font
dans
toutes
les Villes
par où l'on
paffe
, des Voitures
qu'il
faut
prendre
, & des endroits
qu'il
faut
éviter
fur
Mer
& fur
Terre
. Joignez
à cela , que
par
GALANT. 73
1
par le moyen de ce fçavant
Jeu , l'on apprend à connoiftre
toutes les richeffes
de chaque Royaume
, par
rapport , non feulement à ce
qu'y produit la terre , mais
à ce que le commerce y apporte
d'avantages par les
Manufactures
, & par les efpeces
de Monnoyes qui y
font en regne. Ce Jeu nous
inftruit auffi de toutes les dignitez
aufquelles la vertu
nous y éleve , foit dans l'Eglife
, dans l'Epée , ou dans
la Robe, & de tous les genres
de fuplice qu'on a inventez
Septembre 1681.
G
74 MERCVRE
pour y punir les coupables.
On y voit encor les inclinations
de tous les Peuples felon
les Influences celeftes,
& les plaifirs qui attachent
le plus chaque Nation , foit
pour ce qui regarde les Femmes
, foit pour le jeu & la
bonne chere. La Navigation
des Mers qui environnent
l'Europe, eft une autre
connoiffance qu'il fait acquerir
. L'on voit les efpeces
de Poiffons qui font les plus
rares dans chacune. L'on
apprend le nom des Vents
qui font ordinaires , dans
GALANT. 75
l'Ocean , & dans la Méditerranée
, & par conféquent
celuy qui eft propre felon le
Païs où l'on veu taller. Tous
les Lieux où les grandes Batailles
fe font données , &
dans lesquels on a tenu des
Confeils & des Affemblées
confidérables , fe trouvent
marquez dans ce meſme Jeu
avec les Armes des Souverains
, leurs Livrées , & les
Ordres qui ont efté établis
par chacun d'eux . Il contient
quatre - vingts dix Figures
humaines , & un nomquatre
fois plus grand bre
Gij
76 MERCVRE
d'Ornemens de toutes fortes
, qui ont chacun leur utilité.
Ce qui eft fort remarquable
, c'eſt qu'un Enfant
& une Femme y peuvent
joüer dés la premiere fois
avec autant de facilité , que
celuy mefme qui s'eft donné
la peine de l'imaginer. Ce
feroit luy dérober la gloire
qui luy eft deuë , que de ne
pas ajoûter qu'il s'appelle
M' Jaugeon. Je vous ay
parlé de luy plufieurs fois
pour des choſes d'invention ,
qui ont eu toutes beaucoup
de fuccés. Paris n'eſt pas le
GALANT. 77
feul lieu où ce Divertiffe.
ment doit eftre étably . II
fera communiqué à toutes
les grandes Villes , & les Provinces
partageront l'avan
tage que vous voyez bien
qu'on en peut tirer . Sielles
doivent beaucoup à cette
admirable Capitale qui leur
fait part chaque jour de ce
qu'elle a de plus curieux ,
elles peuvent auffi ſe vanter
de luy faire quelquefois d'affez
aimables Préfens , pour
mériter ceux qu'elles en reçoivent.
L'ingénieux Dialogue
que vous allez voir,
G iij
78 MERCVRE
fervira de preuve à ce que
je vous dis. Il eft du Berger
Fleurifte , & fait pour une
belle Provinciale , venue à
Paris depuis peu de
temps .
255552555 2225225
QUERELLE
DE PARIS,
ET DE
LA PROVINCE
LA PROVINCE.
Q
Ue je fuis à plaindre !
Jayperdu ce que javois
de plus beau & de plus
GALANT. 79
aimable ; ce qui faiſoit mes
delices & ma gloire , & ce
qui m'attiroit le coeur & les
yeux de tout le monde . Je ne
fuis plus préfentement qu'
une malheureuſe Décriée ,
dont les galans Hommes ne
font plus d'état , qu'ils jugent
indigne de leur attachement
, & qu'ils abandonnent
& fuyent de toutes
parts. Que feray- je pour me
remettre en honneur ? Par
quel avantage réparer ma
perte ? Et d'où attendre le
rétabliffement de mon bonheur
, ou la confolation de
mon infortune ?
80 MERCVRE
Cloris , belle Cloris , ne reviendrezvous
pas?
Sans vous, belas , jefuisfans appas
&fans luftre,
Et de moy tout le monde eftlas.
Avec vous on me traite & d'aimable,
& d'illuftre
;
Degrace, rendez -moy mon luftre &
mes appas.
PARIS.
Que tes défirs font injuftes
, & tes plaintes importunes
! Eh, quoy ? Auroit- il
efté raisonnable
que Cloris
que les Dieux n'ont renduë
fi belle & fi parfaite
, que
pour faire admirer leur puiffance
, & adorer leur bonté,
GALANT. 81
cuft efté cachée toute fa
vie aux yeux du beau & du
grand monde , fans qu'elle
paruft jamais fur le Théatre
de la gloire , & dans les lieux
où l'on fçait donner le prix
qui eft deû à toutes chofes ?
Comment l'aveugler affez
pour croire que cette fage
Perfonne , apres avoir languy
dans ton fein depuis
tant d'années , fe remette
de nouveau fous ton impru
dente conduite , & retourne
s'expoſer volontairement au
martyre que tu luy faifois
foufrir chaque jour?
82 MERCVRE
Si tu la bais, tupeux demander fa
préfence.
Maisl'aimes-tu? croy-moy, defire
fon abfence,
Carenfin rien ne manque en mon·
heureux fejour.
C'est celuy de la mode & de la bien-
Séance,
Du beau port, du bel air, des beaux
mots, du beau tour,
Desjeux , des ris, & de l'amour,
De la douceur, & de la complaifance;
Au lieu que l'on ne trouve en taplus
noble Cour,
Que rudeffe, qu'orgucil, & beaucoup
d'ignorance.
Apres cela, t'attendre àfon retour,
N'est- ce pas te flater d'une folle
espérance?
GALANT. 83
LA PROVINCE.
Cruel, eft- ce ainfi que tu
confole une Infortunée à qui
tu as ravy la meilleure partie
de fon bien , & n'y auroit-
il pas plus de genérofité
à la plaindre qu'à l'infulter ?
Quel défaut as- tu remarqué
dans Cloris qui te faſſe blâmer
ma conduite , & quelles
chofes ne fçait- elle pas qui
te porte à m'accufer d'ignorance
? Ne l'ay- je pas élevée
avec toute la grace & toute
la politeffe poffible ? N'ay- je
pas remplyfon efprit de toutes
les lumieres qui le pou
84 MERCVRE
voient embellir , & n'eft- ce
pas l'élever autant que je
dois , & rendre juſtice à fon
mérite , de la priſer un peu
moins que les
Divinitez
, &
beaucoup
plus
que
tout
ce
qui
eft mortel
? Mais
, dismoy
, toy qui préfume
fi fort
de ta fuffifance
,
comment
te
laveras
- tu de la faute
que
tu as faite, de ne luy avoir
pas
épargné
l'incommodité
d'un
long
voyage
pendant
d'infuportables
chaleurs
, en amenant
, pour
la voir
& l'ad.
mirer
où elle
eftoit
, tout
ce
grand
monde
dont
tu tires
GALANT. 85
tant de vanité, & qui te rend
infolente dans tes avantages
?
As-tu jamais eu fujet de me
reprocher des incivilitez fi
honteuſes & fi groffieres ?
PARIS.
Quoy , pauvre Etourdie,
tu ne t'es donc pas aperçeuë
- que le chagrin que tu apportois
chaque jour à cette
admirable Perfonne, par les
complimens importuns, par
les cerémonies contraintes
,
par les libertez badines, par
les affemblées confufes
, par
les
converfations
ennuyeuſes
, & par toutes les affecta86
MERCVRE
dont
tions ridicules, a pouffé enfin
fa patience à bout , & l'a
obligée de s'expoſer à toutes
les fatigues du voyage
tu la plains, pour te fuir, pour
mettre fon efprit en repos,
& pour trouver aupres de
moy un azile affuré contre
l'odieux uſage de tes lotes &
ridicules maximes ? J'avouë
qu'il y a fujet de s'étonner
qu'elle ne fe reffente pas
de
tes defauts ordinaires , &
qu'on ne remarque rien en
elle qui tienne de ton air &
de tes façons , apres avoir
fuccé ton lait , & pris fon
GALANT. 87
éducation dans ton fein ;
mais c'eft fans - doute par
miracle feulement qu'elle
eft autre que toutes les Perfonnes
que tu éleves ; & elle
ne doit jamais te revoir , fi
elle veut empefcher que tes
mauvais exemples ne faffent
enfin fur elle des impreffions
defavantageufes à fes louables
& nobles façons de parler,
d'agir, & de paroiftre par
tout avec fuccés.
Amour, qui bien souvent avec elle
•fejoue,
Luy difoit encor byer tout-bas,
Cloris, vous avez fçcu vous tirer de
la bouë,
88 MERCVRE
Et tout le monde vous en louë;
Donnez ordre à n'y rentrerpas,
Vousferieztort à vos appas..
LA PROVINCE.'
Si j'ay fçeu l'amener jufqu'à
fa dix-huitième année,
fans qu'elle ait pris aucune
habitude que ta critique
puiffe condamner ; maintenant
qu'elle eft dans un
âge moins tendre, je la conduiray
plus loin, fans qu'elle
coure de rifque , & ſi tu en
doutes , tu n'as qu'à me la
rendre pour en voir l'épreuve
, puis que d'ailleurs
tu ne peux fans injuſtice reGALANT.
89
tenir un bien qui m'appartient,
& que je deftine à me
fervir de modelle, pour élever
deformais toutes les autres
Perfonnes de qualité,
dont le Ciel confiera la nourriture
à mes foins.
PARIS.
Je te le dis encor une fois,
ne t'attens point à fon retour.
Tes perfécutions l'ont
forcée de te quitter, & mes
douceurs m'ont fait mériter
le choix de fa retraite. Je la
garderay avec plus d'exactitude
que les Troyens ne garderent
l'Image de la Déeffe,
Septembre 1681. H
90 MERCVRE
à qui les Deftins avoient at
taché l'heureuſe fortune de
leur Ville. Tu fçais la maniere
dont tu l'as nourrie ;
profite de ta mémoire s'il
t'eft poffible , mais je feray
bien trompé, fi l'on voit ja
mais fortir de tes mains une
autre Perfonne auffi accomplie
qu'elle. Pour moy qui
mets chaque jour de jeunes
Merveilles au monde, je me
tiendrois bien glorieux fi
celle- là me devoit les foins
de fon éducation . Tu te flates
de cet avantage . ( Je me
trompe, il ne t'eft pas deub . )
GALANT. 91
Elle n'en eft redevable qu'au
Ciel, qui a joint aux charmes
dont il l'a pourveuë , un eſprit
noble, grand , éclairé, &
incapable des moindres fautes.
Ainfi de la Nature elle tiet ſabeautés
Les Gracesfurentfes Nourrices,
Les Vertus ont regléfes moeurs &fa
bonté.
Province, quels font tesfervices?
LA PROVINCE.
Dieux , fouffrirez- vous que
ce méchant , apres m'avoir
ravy ce que j'avois de plus
prétieux , m'ofte encor un
honneur qui m'eft ſi légiti-
Hij
92 MERCVRE
ment acquis ? Accordez-
· moy
, de
grace
, affez
de
force
pour
tirer
vangeance
de fes outrages
, ou puniffezle
vous- mefme
de fon injuf
tice & de fon envie
.
PARIS.
Les Dieux n'ont point
d'oreilles pour les prieres
que la Colere leur adreffe;
& puis quand ils t'écouteroient
favorablement , il me
feroit facile de me confoler
de tous les maux qu'ils me
feroient endurer ,
pourveu
qu'ils me laiffaffent la belle
Cloris,
GALANT. 93
Cloris, dont l'aimable préſence
Pourroit enchanterlafouffrance,
Cloru, dont ......
LA PR . l'interrompant.
Que tu es ingénieux dans
tes malices ! Tu feins fansdoute
d'avoir beaucoup d'ef
time pour elle , afin d'augmenter
mon déplaifir , en
me repréſentat avec adreffe
l'importance de ma perte.
PARIS.
Pour te faire voir ton erreur
& ma franchiſe , je te
jure que fi j'eftois réduit à la
fâcheufe neceffité de te la
94 MERCVRE
rendre, ou de perdre ce que
j'ay de plus beau & de plus
brillant, lors que je me montre
au Cours dans mes jours
de parade, je ne balancerois
point dans mon choix . Je
facrifiërois toutes chofes
pour la conferver,
Etje croirois dans cettefeule Blonde
Avoirplus de vertus,
d'attraits,
de graces,
Queje n'en eusjamais,
&
Et que n'en a tout le reste du monde .
: LA PROVINCE.
Helas , que la nature
du
Bien
eft étrange
! On ne le
connoift
jamais
mieux
que
GALANT. 95
lors qu'on en eft privé.
PARIS.
Tu vois
neantmoins que
je connois affez bien celuy
que mon heureuſe fortune
me fait poffeder. A la verité
pendant qu'il eftoit à toy,
mes charmes
n'aprochoient
pas des tiens ; & à la premiere
conteftation que nous
aurions eue enfemble fur le :
prix de la Beauté, j'aurois reconnu
qu'il t'apartenoit.
Mais tout cede aujourd'huyfur la
terre & fur l'onde
Aux charmes dont jefuis pourveu.
Cloris n'a rien d'égal, Cloris eftfans
feconde,
96 MERCVRE
Rien de fi beau n'ajamais efté
veu.
LA PROVINCE.
Ingrat , tu m'en as l'obligation
, & il feroit de ton devoir
de la reconnoiftre.
PARIS.
Cà , je le veux , veux parlons
d'accommodement. Quelle
reconnoiffance prétens - tu
me demander ? Je te donnerois
volontiers douze de
mes plus aimables Nymphes.
Neantmoins, comme
je fçay, qu'encor qu'elles ne
fuffent pas des plus belles,
ny des plus fpirituelles, elles
ne
GALANT. 97
ne fuſſent pas des plus belles
ny des plus fpirituelles , elles
ne laifferoient pas de t'attirer
beaucoup de plaifir &
d'honneur , il vaut mieux ce
me femble pour ton avantage,
que je t'en offre vingtcinq
du fecond rang , que
douze du premier .
Combien tant de Beautez
Ferontde tous coftez
Retentir tes louanges!
Combien de Vers & de Portraits
Se feront de leur air, de leur teint,
de leurs traits !
Peintres , Rimeurs, Galans , les pren~
drontpour des Anges.
Septembre 1681.
I
98 MERCVRE
LA PROVINCE
.
Ah piquant Railleur , tu
m'accuſes
de mauvais gouſt.
Je l'ay auffi fin que toy . Il
n'y a point de milieu , je veux
ou Cloris, ou rien .
PARIS.
Hébien , que rien te demeure
, puis que tu ne veux
point démentir ta mauvaiſe
coûtume de paffer ſans ceffe
aux extrémitez , & de faire
toûjours l'abſoluë & l'opiniaſtre.
Pour moy je garderay
ta Cloris , qui me tiendra
lieu de tout. Apres un partage
fi jufte , & fi proporGALANT.
99
tionné à nos mérites,
Ilnousfiéroit mald'eftre enguerre,
Et dans un temps encore, où noftre
Grand LOVIS
A, parfes Exploits inoüys,
Mislapaix par toute la Terre.
LA PROVINCE.
N'efpere pourtant point
de repos , que je ne revoye
Cloris dans mon fein . Tu
me la rendras par force , fi la
douceur n'obtient rien de
toy. Je t'inveftiray de toutes
parts , & te prefferay de telle
maniere qu'il faudra enfin
que tu me faffes juſtice .
I ij
100 MERCVRE
PARIS.
Je t'aflure
que nous n'au
rons point de diférend
pour
la juftice
que tu me demandes
, car pour te la faire toute
entiere, j'auray toûjours
tresmauvaiſe
opinion
de toy ; &
quant à la belle Cloris , comme
je fuis perfuadé
qu'elle
ne me fçauroit
quitter
qu'avec
peine , fi je la laiffe jamais
aller, ce ne fera pas
fans
réſiſtance. Mais , adieu , confole
- toy , fi tu le peux,
Tandis qu'avec l'adorable Cloris
Je tepredray pour l'objet de nos ris,
Qu'on me verra triopher aves elle
GALANT. IOI
Des Beautez de tout l'Univers,
Etqu'on dira par tout,fur nos charmes
divers ,
Ah , que Paris eft beau ! Dieux, que
Cloris eft belle!
Puiffe leur union devenir eternelle.
LA PROVINCE.
L'Infolent me brave. Il fe
retire tout glorieux de mon
illuftre dépouille , & j'ay le
cruel déplaifir d'en eftre maltraitée
de toutes façons.
Hélas à qui auray-je recours
dans mon malheur ?
Cloris a peut- eftre de l'averfion
pour moy ; les Perfonnes
qui fe piquent de bel efprit
ont toûjours paru me
I iii
102 MERCVRE
méprifer, & les grandes Di
vinitez font aujourd'huy
fourdes à mes voeux. Je ne
connois que le temps dont
je puiffe efperer de l'affiftance
; mais qu'il eft lent
dans tout ce qu'il fait , &
que fes remedes font éloignez
pour des maux préſens!
Dieu léger,quiprensfoin de ramener
les Fruits,
Les beaux Fours, les Zephirs , les
Fafmins , & les Rofes;
Si tu prenois pitié de mes cruels
ennuis ,
Tu quitterois lefoin de tat de chofes,
Etpour me vanger de Paris,
Tu me ramenerois promptement ma
Cloris.
GALANT. 103
Apres le plaifir que doit
vous avoir caufé cette galante
Querelle , je croy, Madame
, que vous voudrez
bien foufrir que j'entre dans
une matiere toute férieufe.
Je m'en flate d'autant plus,
que ce qui regarde la Religion
, vous eft toûjours tres
confidérable , & que je fçay
qu'en plufieurs rencontres,
des Cerémonies de pieté
yous ont attirée en beaucoup
de Lieux , où vous n'avez pu
vous cacher parmy la foule.
Celles qui ont efté faites à
Chaumont , Ville du Véxin
I iiij
104 MERCVRE
François , pour un Corps
Saint qu'on y transféra dans
les derniers jours du mois de
Juillet , méritent fans doute
que vous en foyez inſtruite.
La Lettre qui fuit vous en
fera fçavoir le détail . Elle eſt
d'un Particulier àune Dame
de fes Amics , & quoy que
tombée un peu tard entre
mes mains, clle n'a pas moins
dequoy fatisfaire vostre curiofité.
La Relation eft tresexacte
, & l'on n'y peut rien
fouhaiter de plus pour l'ordre
des circonftances . Vous ver
rez d'abord que feu M' de
GALANT. 105
Monceaux a beaucoup contribué
à ce qui a donné lieu
aux Solemnitez qu'elle nous
explique ; & pour rendre à ſa
mémoire la justice qu'on luy
doit , il eft à propos de vous
le faire connoiftre . Ce Gentilhomme
, mort le 31. d'Otobre
de l'année derniere,
âgé de 42. ans , eftoit d'une
Nobleffe des mieux confirmées.
Il s'appelloit Gilles
- Odo de Charron , Sei-
Egneur de Monceaux lez-
Paris , Rucourt , Liencourt,
& tiroit fon origine des anciens
Fondateurs de la Ville
106 MERCVRE
1
par
d'Amiens , que M' de Charron
de Monceaux fon Grand-
Pere , dans l'Hiſtoire qu'il a
faite de l'Antiquité de la
France & de fes Rois, depuis
le commencement
du Monde
, dit avoir efté baſtie
uneLégion de Soldats Grecs.
Leur Chef portoit le nom
de Charron , & c'eft de luy
que la Famille de M' de
Monceaux eft defcenduë.
Du cofté de Dame Anne de
Champhuon fa Mere , il ef
toit venu de Meffire Gilles
de Champhuon
, Seigneur
du Ruiffeau , Confeiller d'E
y
GALANT. 107
tat, Fils d'un Chancelier d'Ecoffe
fous la Reyne Marie
Stüart. Le premier employ
qu'il eut , fut celuy d'Enfeigne
Colonelle dans le Regiment
du Roy , lors de fa
creation. On le fit en fuite
Lieutenant , & puis Capi--
taine dans le mefme Regi
ment. Il eftoit Ecuyer de la
Grande Ecurie , & Valet de
Chambre ordinaire de Sa
Majefté , laquelle en confidération
de trente années de
fervices aupres de fa Perfonne
, & de ceux qu'avoient
rendus fes Anceftres aux
108 MERCVRE
Roys fes Prédeceffeurs depuis
plus de 380. ans fucceffivemét
de Pere en Fils, & fans
aucune interruption , c'eſt à
dire , depuis le Roy Philippes
le Hardy Fils de S. Louis ,
a cu la bonté de conferver
cette Charge de Valet
de Chambre
à fa Famille,
l'ayant renduë au Pere Jé
rôme de Monceaux , Vicaire
des Capucins de Meudon
fon Frere , qui l'avoit précedé
dans l'exercice de la
mefme Charge avant qu'il
euft renoncé
au monde
, pour
en difpofer par luy en faveur
GALANT. 10g
des Filles de feu M ' de Monceaux.
Comme il n'a laiffé
aucuns Enfans mâles , on
peut dire qu'il eſt le dernier
de fon Nom , & de fa Famille,
( alliée à celles de Boulainvilliers
, d'Alincourt , & c. )
le Pere Jérôme Capucin , &
Melfire Jacques de Charron
, Seigneur de Liencourt,
Chanoine du Royal Chapitre
de S. Quentin , fes deux
Freres , eftant dans l'Etat
Ecclefiaftique . Voila , Madame
, ce qui m'a paru devoir
préceder la Rélation
que yous allez lire.
пο MERCVRE
52 25525552 55sses
A MADAME DE ***.
A Chaumont ce 8. Aouft 1681 .
Vous vous plaindriezfans
doute de ma négligence,
fi je diférois à vous faire part
de ce qui s'eft fait icy depuis
quelques jours pour une Solemnité
qui ne pouvoit eſtre plus
éclatante. Avant d'entrer
que
dans ce détail, je dois vous faire
fçavoir que nous avons un Convent
de Religieufes de Sainte
Elizabeth du Tiers - Ordre de
S. François, qui eft dans tout le
Pais en une fort grande eftime.
GALANT. III
1
*
L'affection quefeu M' de Monceaux
avoit pour cette Maifon,
dans laquelle quatre de fes Soeurs
ont pris l'Habit, & dont Ma
dame de Boulainvilliersfa Cou
fine eft Prieure , l'obligea ily a
quelques années d'unirfon crédit
à celuy du Pere Jerôme de Monceaux
Capucin, fon Frere, pour
obtenir un Corps Saint à ces vertuenfes
Filles . Ainfi ce Pere
ayant efté envoyé à Rome, agit
puiffamment aupres de Sa Sainteté
, afin qu'il luy pluft de luy
* accorder quelques Reliques confidérables
. Ses prieres
pourfuites furent employées fe
fes
112 MERCVRE
heureuſement
, qu'il obtint le
Corps entier de Sainte Fortunée
Vierge & Martyre , Fille de
Fortuné Colonel Romain, qui
l'âge de vingt deux ans a donné
fa tefte pour la Foy l'an degrace
297. Cela eftjuftifié par l'Ecrit
que l'on a trouvé dans fon Tombeau
fur du cuivre , avec une
Fiolle de fon fang. Ce Corps
fut apporté jufqu'icy par lesfoins
dumefme Pere, qui prit enfuite
celuy de faire faire une Chaffe
digne d'enfermer ce riche Tréfor
Toutes chofes ayant efté prépa
rées par les ordres de Sa Majefté;
& la Reyne , Monfieur,
GALANT. 113
Madame la Comteffe de Be
thune , & d'autres Perfonnes,
ayant bien voulu contribuer à ce
qui eftoit neceffaire pour rendre
= la Ceremonie plus folemnelle ,
elle commença le Vendredy 25.
de Juillet , apres que le Pere de
Monceaux, felon la Commiffion
qu'il avoit reçene de M³ l'Archevefque
de Rouen, euſt mis le
Corps de la Sainte dans la Chaffe
où on le voit à préfent . Elle est
longue de cinq pieds ) demy,
doublée de Brocard d'or , ainfi
le Matelas & l'Oreiller,
#embellie de vingt Cristaux,
qui laiffent voir la Sainte Mar
que
Septembre 1681.
K
ه
114 MERCVRE
tyre vêtue & coifée à la Romaine.
Elle eft habillée d'une
Etofe à fond d'argent, avec des
Fleurs couleur de feu , &fous
cet Habit elle en porte un autre
d'un Brocard d'or à grand ramage.
Tous fes Veftemens, auffi
bien que fa Coifure , fa Couronne
, & fes Souliers , brillent
d'une infinité de Diamans & de
Perles. Sa tefte eft entiere, & à
fa groffeur il eft aifé de juger
qu'elle estoit de grande taille.
Elle a prefque encor toutes fes
dents , les offemens de fes
pieds & defes mains paroiffent
au travers de fes Souliers & de
GALANT. 115
fes Gands , ce qui donne beau
coup de devotion à tous ceux qui
la regardent. Tous les Offemen's
de ce Saint Corps ayant eftémis
en ordre
par
le Pere de Monceaux
, en présence de deux habiles
Chirurgiens de la Ville , il
mitfur la Chaffe le Sceau du
Vicariat de Pontoife,& laferma
avec deux Clefs dorées , dont il
- donna l'une à la Prieure , లో
l'autre à l'ainée de fes Soeurs,
Religieufe dans ce Monaftere.
En fute il la conduifit de grand
matin incognito ce mefmejour
25. Juillet , en l'Abbaye de Gomerfontaine,
d'où toutes les Pen
Kij
116 MERCVRE
fionnaires vinrent au devant fort
loin donner le Dais à la Sainte..
Elle fut reçeuë par Madame de
Grancey, Soeur de M l'Archevefque
de Rouen, qui en eft Ab..
beffe , ce Pere l'ayant miſe en
dépoft entre fes mains , par un
Difcours qu'il luy fit. Cette
Abbeffe qui eftoit à la Grille , la
Croffe à la main, accompagnée.
de Mefdames de Grancey fes
Niécès, & de toute fa Communauté
, répondit d'une maniere.
pleine derefpectenvers la Sainte,
& de reconnoiffance envers ce-
Luy qui vouloit bien luy confer
ce Tréfor , en attendant qu'on
GALANT. 117
glife de
le
vinft l'enlever avec les honneurs
qu'il méritoit. En meſme temps:
elle commença d'entonner le Te
Deum , qui fut chanté par
Choeur par les Orgues. L'EGomerfontaine
estoit
tendue depuis le haut jusqu'a
bas de tres-belles Tapifferies ; &
l'Argenterie qui ornoit l'Autel,
ne pouvoit estre plus riche , ny
plus grand nombre. Au milieu
de cette Eglife eftoit un Lit
de paradeforthaut & fort large,
dreffé en maniere de Lit d' Ange,
avec un Repofoir couvert d'un
Tapis de Satin en broderie d'or
d'argent , fur lequel on mit
en
118 MERCVRE
la Chaffe. Comme elle eft fort
magnifique ,
jour , elle brilloit avec grand
éclat. Tous ceux qui devoient
prefque toute à
fervir à la transporter, s'eftant
rendus à Gomerfontaine , la Proceffion
commença fur les trois heu
rés. Voicy dans quel ordre . Apres
unfort beau Difcours que l'on fit
fur cefujet, M' l'Abbé de Vil
letartre qui officioit, benit la Baniere
de la Sainte , & la mit
entre les mains de l'Hermite de
S.Eutrope pour la porter. Cela
estant fait, ilfe plaça autour de
la Chaffe avec tout le Clergé,
chanta quelques Hymnes, &ſiGALANT.
119
tost qu'il eutfiny, quatre Trompetes
du Royfonnerent la marche.
La Baniere dont je viens
de vous parler , qui estoit un
tres-fuperbe Etendard, où l'on
avoit peint la Sainte environnée
de Trophées , fut la premiere
qu'on vit avancer. Celles des
Villes, & de tous les Villages
des environs , paroiſſoient en
5.fuite , & apres elles , toutes les
Croix des Paroiffes. Elles precédoient
une Compagnie nombreufe
de Filles vêtues de blanc,
qui repréfentoient lapureté de la
Sainte , & que l'on voyoit fuivies
de plufieurs Anges vêtus
120 MERCVRE
la
magnifiquement
, & fur les Habits
defquels il fembloit que
Broderie vouluft difputer le prix
aux Diamans & aux Perles:
Chacun d'eux avoit une Couronne
de Fleurs fur la teşte . Sitost
qu'ils eurent paffé, l'on appercent
fur deux lignes deux
Compagnies également lestes.
Toutes deux marchoient Tambours
batant & Enfeignes
déployées
, lune de jeunes Gens
mariez, & l'autre toute de Garçons
, les uns
bien armez, & fort proprement
vêtus . La derniere avoit en tefte
M Carpentier, & pour Lieu,
les autres trestenant,
GALANT. 121
tenant, M ' Padet, Fils duPréfidentde
l'Election de Chaumont.
Cette Infanterie faifoit paroître
tant d'ordre , & de difcipline fi
bien reglée , qu'on cuft dit que
ceux qui la compofoient, avoient
paffé toute leur vie à l'Armée .
Derriere eux estoient de jeunes
Enfans habillez à la Romaine,
pour représenter la Nation d'où
la Sainte eftoit. Les Recolets de
Chaumont & de Trie - Chafteau
fuivoient cette Troupe , & mar
choient devant les Mathurins
Réformez , tant de Calloy , que
de Nostre-Dame de Lieffe de
Gifors. Apres ces derniers ve-
Septembre 1680.
L
122 MERCVRE
S
noient des Gentilshommes à cheval,
habillez à là Romaine , en
maniere de Hérauts - d'armes.
Leurs Habits estoient fort riches
, & ils tenoient tous des
Palmes garnies de Rubans couleur
defeu. Les Fils de M' de
Liencourt estoient de ce nombre.
Ils avoient pour Chefun jeune
Parifien , d'une majesté charmante.
Son Equipage eftoit magnifique
, tant pour fon Habit
& la Houffe de fon Cheval,
que pourfon Capot, tout garny
de Plumes & de Pierreries.
Ces Hérauts eftoient fuivis de
quarre Trompetes du Roy qui
GALANT. 123
alloient devant la Châffe. Les
Plumes les Aigretes mifes
au deffus des Vafes dorez qui en
faifoient l'ornement , luy donnoient
beaucoup d'éclat. Elle
eftoit portée par huit Apostres
couronnez de Fleurs , ayant de
tres-belles Aubes avec de grandes
Echarpes . Huit autres qui
devoient les relever , marchoient
à cofté de ces premiers , & portoient
de gros Flambeaux de
Cire blanche Des quatre coins
de la Chaffe pendoient des Echarpes
en broderie, que tenoient
autant de Diacres , l'un desquels
eftoit M l'Abbé de Lencourt,
Lij
124 MERCVRE
Chanoine de S. Quentin , Frere
du Pere de Monceaux. Tous les
Ecclefiaftiques des environs venoient
en fuite , & cette marche
eftoit terminéepar les Officiers de
la Cerémonie , dont le principal
eftoit M' de Villetartre. C'eft
un Homme de qualité, Seigneur
de tres - belles Terres , qui employe
tout fon Bien à faire établir
des Miffions , & àfecourir
les Pauvres . M' Dorival Curé,
qu'on avoit fait Maistre des Cerémonies
, eftoit toûjours fur les
・aîles , auffi-bien que le Pere de
Monceaux, qui ne ceffoit point
de donnerfes ordres pour empefGALANT.
125
cher la confufion. Douze Hom
mes bien faits , armez chacun
d'une Pertuifane , & commandez
par M' Carpentier , faifoientfans
ceffe écarter la foule;
&quoy qu'elle fuft fort grande,
on vit toûjours la Proceffion
marcher fur deux lignes fans
aucun trouble. Les Ecclefiaftiques
& les Ordres Religieux
chantoient tour-à- tour , & ne
commençoient jamais que les
Trompetes n'euffent finy leurs
fanfares. Apres trois quarts de
lieue toujours en bel ordre , la
Proceffion arriva en la Paroiffe
de S. Martin , qui eft à l'entrée
Liij
126 MERCVRE
du Fauxbourg de Chaumont.
Le Curé la vint recevoir avec
Pencens , à la tefte de fes Pref
tres . On fit repofer le Corps fur
un Lit de parade fort propre,
dreffé dans l'Eglife qu'on trouva
parée de fes plus beaux Ornemens.
Quelques Prieres yfurent
chantées , l'on en partit au
fon des Trompetes pour entrer
dans la Ville , dont l'on avoit
embelly les Portes d'une maniere
d'Arc de Triomphe. Dans ce
moment , un fort grand nombre
de Buetes furent tirées , & l'on
apperçeut M' du Mefnil , nouveau
Lieutenant General, avec
GALANT. 127
tout le Corps de Ville , & les
Officiers de la Justice , qui s'avançant
vers la Châffe , firent
paroître leur zele par toutes les
marques de refpect & de venération
imaginables. Ils luy don
nerent unfort riche Dais , & le
porterent tout le reste du chemin,
quoy qu'il fuft fort difficile . M
le Curé de S. Jean , Docteur de
Sorbonne , qui eftoit venu attendre
le Corps de la Sainte,
accompagnéde tout fon Clergé,
luy donna de l'Encens à la Porte
de la Ville, & enfuite la reçeut
dans fon Eglife , où l'on monta
apres avoir traversé la premiere
L iiij
128 MERCVRE
grande Rue. Ce Vaiffeau qui eft
tres- grand & tres- beau , fe
trouva commode pour la grande
multitude de Peuple que cette
Solemnité avoit fait venir de
toutes parts . De S· Jean l'on
paffa par une autre grande Ruë,
qui
jufqu'aux Peres Récolets ,
regeurent la Relique avec les
mefmes honneurs. Apres plu
fieurs Motets & Prieres , l'on
arriva au Convent des Religienfes,
au bruit des Cloches
du Carrillon de toute la Ville.
On tira alors plufieurs autres
Boëtes ; & comme on les avoit
placées dans un Lieu où il y a
GALANT. 129
des Echo qui répondentpluſieurs
fois , ce fut un bruit qui dura
longtemps. Ilfut fuivy de plufieurs
Salves de toute la Mouf
queterie , tant des Dames Religienfes
, que des Compagnies
d'Infanterie, qui estoient venues
ec
de Gomerfontaine. On plaça la
Chaffe dans la Court du Convent
, parce que l'Eglife eftoit
trop petite pour contenir tout le
Re Peuple. On avoit couvert çe
Lieu d'une grande Toile verte,
de tres-belles Tapifferies l'ornoient
tout autour. On voyoit
dans le milieu une maniere d'Alesa
Vi
lcove fort enrichy , dans lequel
130 MERCVRE
eftoit un tres-beau Lit de Velours
cramoify à grande crêpine &
broderie d'or & d'argent. Le
Ciel eftoit de la mefme forte.
Cefutfous ce Ciel qu'on pofa la
Sainte fur une affezgrande Eftrade.
Le Pere François Séraphin
de Paris , ancien Lecteur
en Theologie, monta en Chaire,
& eut un applaudiffement general,
tant pour la beauté defes
penfees, que pour la politeffe de
fon difcours. Le foir, on porta la
Sainte dans l'Eglife , où l'on
chanta le Salut. Cette grande
Journée fe terminapar un tresbeau
Feu d'artifice, que commenGALANT.
131
E
cerent plufieurs décharges des
Boëtes . M' le Lieutenant General
y mit lefeu. Heftoit pofefur
une Eminence , vis- à- vis d'une
Montagne, où d'admirablesEcho
en firent fort loin retentir le
Se bruit. Les Fufées volantesfembloient
aller au deffus des nuës ;
maisfur tout on admira les dernieres
qui estoient faites exprés ,
qu'on appelloit de Sainte
&
Je Fortunée.
rta
Le lendemain Samedy 26.
deJuillet, les Trompetes vinrent
randes le matin faire entendre leurs
the fanfares , parce que c'estoit le
jour de la Fefte de Sainte Anne,
tre132
MERCVRE
dont Madame de Boulainvilliers
, Prieure de ce Convent,
porte le nom. On tira auſſi quantité
de Boëtes, & ce mesme
bruit recommença à la grande
Meffe. Elle fut chantée d'une
maniere furprenante par M*
Aubert, de la Mufique du Roy.
Plufieurs habiles Muficiens &
Symphonistes , le feconderent.
Rien ne sçauroit estre plus agrea
ble que le fut cette Mufique . Ils
la
continuerent à Vefpres , apres
lefquelles le Pere Fribourg , ancien
Docteur en Theologie aux
Cordeliers de Pontoife , prefcha
avec beaucoup defuccés.
GALANT. 133
Le 27. qui fut un jour de
Dimanche, les Muficiens fe firent
encor admirer. Apres les
Vefpres,M'P'Abbé deTombrel,
Frere du Marquis de ce nom,
fit paroîtrefon éloquence, & (atisfit
fort fon Auditoire . M
l'Abbé de Villetartre prefcha les
autres jours de l'Octave , d'une
maniere fi édifiante , que tous
ceux qui l'entendirent en furent
touchez. Le concours du Peuple
redoublant de jour en jour , on
fut obligé d'augmenter les Gardes
pour s'oppofer à la foule,
parce qu'autrement les plus foibles
auroient efté étoufez , quoy
134 MERCVRE
la
qu'on apportaft le Corps de la
Sainte dins la Court pour
faire voir plus aifement. Ony
prefchoit auffi tous les jours pour
fatisfaire la devotion de tout le
monde.
Le Dimanche 3. d'Aouft
ayant efté choify pour la clôture
de cette Ceremonie , & pour
refferrer la Chaffe, des Peuples
de toutes parts , & de plus de
trente lieues, arriverent à Chan
mont le jour precédent , & dés
minuit l'Eglife fut affiegée. Les
Gardes tâcherent inutilement
d'arrefter la foule. Ils furent
forcez; & pour empefcher ce
GALANT. 135
que la confufion pouvoit caufer
de defordre , il falut porter le
Corps de la Sainte dans la
grande Court du Convent, qui
eftoit encorplus fuperbement parée
que les premiers jours . Elle
fut toujours remplie d'une infinité
de monde jufqu'apres les
- Vefpres qu'on fit la Proceffion
dans le mefme ordre que la pre-
= miere avoit esté faite . Les
- Vierges vêtues de blanc , les
Anges , la Jeuneffe fous les ar-
Imes , les Enfans habillez à la
Romaine , les Corps des Religieux
, les Hérauts , tout le
Clergé, & Meffieurs de Ville,
136 MERCVRE
accompagnerent la Chaffe , qui
fut portée à la Paroiffe de Laiflerie.
De là on paffa derriere
la Ville , où l'on trouva à l'entrée
unfomptueux Repofoir chez
Mademoiselle Lignier. Apres
qu'on s'y fut arrefté quelques
momens , on paſſa par le milieu
de la Ville au bruit des Salves
de la Moufqueterie
, qui furent
réiterées quand la Chaffe entra
chez les Récolets . Ils la
rent comme ils avoient fait la
premierefois, & la conduisirent
jufque chez les Dames Religienfes
, où le Pere Eloy , Prédicateur
de la Reyne , Supérieur
reçeuGALANT.
137
des Récolets de Versailles , pref
cha fort éloquemment. M'
l'Abbé de Villetartre, qui avoit
officié à la Proceffion , officia
auffi au Salut. Quand il fur
finy , on mit la Chaffe entre les
mains des Religieufes , qui la
reçeurent à la Porte de leur
Cloture,faifant une double haye,
chacune un Cierge à la main,
chantant le Te Deum.
Depuis qu'elle eft refferrée , il ne
taiffe pas de venir des Gens de
plufieurs endroits pour implorer
l'affiftance de la Sainte , dont
quantité de Perfonnes ont déja
reçeu plufieurs fignalées faveurs
Septembre 1680
M
\
138 MERCVRE
Tous les ans , le 26. de Juillet,
qui est le jour où la Fefte de
Sainte Anne eft celébrée dans
le Diocefe de Rouen , on doit
defcendre la Chaffe quiferaportée
en proceffion avec de fort
grandes ceremonies. On l'expofera
pendant l'Octave , afin que
les Peuples ayent plus de temps
à la venir revérer. Je ne defef
pere pas que vous n'y veniez
vous-mefme faire éclater voftre
pieté. Elle vous invite à ce
voyage, auffi-bien que les prieres
de voſtre tres, & c.
Cette Matiere ne peut
GALANT. 129
eftre mieux fuivie , que d'une
Nouvelle qui doit donner de
la joye à tous ceux qui font
zélez pour les intérefts de
Dieu , & de la Religion . Sa
Majefté qui met fa plus
grande gloire à les foûg
tenir en toutes rencontres,
a donné des Lettres Patentes
aux Nouvelles Catholiques
de Paris , pour aller à Gez,
Terre de fon Domaine , où
depuis un mois elles ont étably
une Maiſon , pour y recevoir
les Filles qui fe veulent
convertir. Une Veuve
qui a voulu les accompa
Mij
140 MERCVRE
gner, & qui leur donne ce
qu'elle a de Bien , les feconde
fort dans ce grand
Ouvrage. Le bruit de leur
arrivée ayant efté porté à
Genéve , où elles fe rendirent
de Lyon , elles y trouverent
les Rues bordées de
Peuple. Quelques - uns les
falüoient , & d'autres faifoient
paroiftre une fort
grande confternation . M'le
Réfident leur donna fon Aumônier
qui les conduifit à
Gez .Jugezde la joye qu'elles
cauferent aux Catholiques,
qui font là en petit nombre.
GALANT. 141
Peu de temps apres M' l'Evefque
de Genève y eftant
venu benir leur Eglife , reçeut
l'abjuration de huit de
leurs Filles, & fit une Exhortation
admirable en préſence
de quantité de Prétendus
Réformez , qui affiſterent à
cette Cerémonie. Il leur
en vient tous les jours de divers
endroits , qui leur de
mandent retraite , & le nombre
en eft fi grand , que
comme elles font dans un
Païs remply de Montagnes
qui ne produit prefque rien,
& que ne croyant pas faire
142 MERCVRE
tant de fruit en fi peu de
temps , elles n'ont pas appor
té les fonds qui leur feroient
neceffaires pour leur fubfiftance
, il eft impoffible
qu'elles ne foufrent b . aucoup
. Mais rien ne couſte
quand l'Esprit de Dieu anime.
Elles remettent dans la
bonne voye , des Familles
toutes entieres , & ces jours
paffez il y en eut une qui
abjura , composée de neuf
Perfonnes , dont la Femme
eft Soeur du Premier Syndic
de Genève. Beaucoup de celles
qui ſe preſentent pour fe
GALANT. 143
dre
convertir , ont un fi grand
zele , que ne pouvant eſtre
reçeuës faute de Lics , elles
aiment mieux coucher par
terre fur un peu de paille, &
partager les plus fâcheufes
incommoditez, que d'atten
que la Maiſon foit mieux
établie . On a de grands
fruits à en eſpérer. Si quelques-
unes faifoient abjuration
les années dernieres ,
elles retomboient prefque
auffitoft dans leur premiere
heréfie , faute de retraite &
d'inſtruction, non pas qu'on
ne les laiffaft dans de tres144
MERCVRE
bellesxdifpofitionsą mais
comme leur coeur eftoit fim.
plement touché, & que ter
reur n'eftoit pas softée ride
leur efprit , la mondre oc
cafion leur faifoit craindre
de prendre le faux pour le
vray , au lieu qu'à préſent
qu'elles feront entierement
conva ncuës des Véritez de
la Religion Catholique , elles
feront fortes contre les
attaques de ceux de l'autre
Party. Ce qu'il y a de få .
ch ux pour ces courageufes
M ffionnaires dans ce premier
Etabliffement , c'eſt
que
GALANT. 145
que le Bled eftant extrémement
cher en ce Païs - là,
ainfi que les autres chofes
dont elles manquent
, la
haine que les Herétiques
ont pour elles , leur en fait
encor augmenter le prix .
Les Perfonnes charitables
peuvent s'acquérir beaucoup
de mérite aupres de
Dieu , en leur envoyant de
prompts fecours. C'eft contribuer
au falut des Ames
E qu'elles retirent du précipice
, & travailler avec elles
à la plus noble Moiffon que
puiffe faire un Chreftien.
Septembre 1631.
N
146 MEROVRE
coeurs
pablont
faneles
s'emdoute
à les
foulager . Heureux qui ne
l'eft que pour les choles de
cette nature. On ne feroit
pas réduit à envier le bonheur
des Arbres. Voyez,
Madame , fi celuy qui leur
parle dans ces Vers , vous
paroîtra digne d'eftre plaint.
3.7.2000mybed.So P
ДИ
GALANT. 147
2525252525252522
LES ARBRES.
Ob zakodo 291 quog sup fio !
IDILLE. 107 )
-nad algeben
A
60 90190
Reres, qui tous les ans par
un retour certain, 7050
De vos charmes perdus retrouvez
a la verdure, an 2
Queje porte d'envie à votre heureux
deftin,
Et queje veux de mal à l'injuſte
Nature!
Vosfeuilles, qui toujours renaiſſent
en Eté,
Me donnent moins de jalousie
Que vostreinfenfibilité.
Mon coeur eft déchirépar cettefrénésie,
Nij
148 MERCVRE
Et vous voyez tranquillement
Dans vos plus noirs ombrages
La petite Climene, & monperfide
17129)Amant, sup stiet 2 b mg15
Chercherlefond de vos Bocages.
Ab, que ces affreuſes images
Me caufent un rude tourment!
L'Ingrat, fçavant dans l'art de
feindre,
Ma jurémille & millefois
Que de fon changementje n'avois
rien à craindre,
3 YOUNGN
Et qu'on verroit plutoft les Hoftes
de vos Bois
Nager parmy les eaux , quefon
amour s'éteindre.
Helas ! defes fermens qui l'a pu
difpenfers pro
Ho
Ces tendres amitiez dans les ames
bien nées,
Qu'il eftfi doux de commencer,
GALANT. 149
Etqui font des Humains les belles
rodeftimées,omne 2002 2003Ɑ
Dévroient elles jamais ceffers »
Etpar des traits que les années
Nemanquentjamais d'effacer,
De durables attraits fi nousfommes
ornécs,
Un veritable Amant peut-il y re- ›
noncer? 53
C'est une longue connoiffance
Qui des coeursfait la liaiſon,
Et leurparfaite intelligence
Eft un effet de la raison.
Oüy, lafoible raiſonfans nous rendre
plusfages
Nousfait mieux reffentir l'amour.
Sans amour, fans raiſon, Arbres,
Plantesfauvages, wit
Si vous paffez , c'est pour un beau
retour.
Voftre éclat renouvelle, & vivant
Sur la terre
RO 12! MERCVRE
Plus heureux mefme que lesDieux,
- Vous n'apprébidez point la guerre
QQuest Antour, ve Tyran, daporteri
novjufqu'aux jeux, Jasviv
lol 101 2910USM
a
1 Je fuis toujours oblige
de diférer jufqu'au Mois on
slag bobI
nous fommes à vous parler
de ce qui fe paffe tous les
deux ans à l'Académie Françoiſe
le jour de Saint Louis ,
pour la diftribution des Prix,
parce que cette Feſte tombant
le 25. d'Aouft , je n'ay
pas le temps d'avoir des
Memoires
* jultes pour ce
curieux Article. Ces Prix ,
qui font deux Médailles ,
GALANT ISI
chacune de cent écus , font
donnez par deux Académiciens
Fun mort, & l'autre
A
vivant. Je croy vous avoir
déja mandé que le mort
eft M ' de Balzac , qui a
laiffe un Fond pour cela,
avec des Matieres fur lef
quelles on doit travailler en
Profe. Le Vivant ne veut
pas
eftre
n
moe
connu par m
deftie , & cette raiſon eft
caufe que M de l'Academie
prefcrivent
eux mêmes
le fujet qu'on propofe pour
les Vers. Il est toujours à la
louange de Sa Majefté. Ces
??
5
$
N
III.
152 MERCURE
deux Sujets ayant efté pu
bliez par une Affiche particuliere
qui fe répandɓ dans
tout le Royaume , ceux qui
travaillent pour avoir les
Prix envoyent leurs Ouvra
gesi au Secretaire de l'Aca
démie. Ils n'y mettent point
de nom , mais un Paffage
Latin , qu'ils mettent encor
fur un Billet cacheté. C'eft
dans ce Billet qu'est écrit
le nom. Ainfi aprés qu'on
a décidé quelles Pieces doivent
remporter les Prix , on
en connoît les Autheurs en
décachetant les deux Billets
GALANT sz
fur lesquels on trouver les
mefmes Pallages qui font au
bashde ces Pieces / p Voilà la
regle Je ne vous dis point
fille fecret eft extrémement
garde. Ilveftrare vdans le
monde, & je ne fçay s'il fe
trouverailleurs que dans le
Confeil du Roy. L'Acadé
mie fe fépare en divers Bul
reaux pour juger de ces
Ouvrages , & d'eft la plura
lité des voix qui donne les
Prix. Le jour de Saint Louis
on fait le matin le Panégy
rique du Saint & du Roy
dans la Chapelle du Louvre ,
1
154 MERCVRE
On y dit la Meffe , pendant
laquelle on chante un Mo
tet.14MbAbbé Anfelmeg
dont leninom & le mérite
vous font connus fit da
derniere fois cel Panégyri
que , & fut admiré de tous
les Illuftres qu'il avoit pour
Auditeurs. Je m'étendrois
davantage fur ce qui regarde
cet Abbé , fi je n'avois à
vous en parler bientoft plus
-amplement. Le Motet qui
fut chanté ce jour la eftoit
un Cantique en l'honneur
de Saint Louis , compofé
de divers Paffages de ' Ecr
3
GALANT 55
zure appliquez àlla Vie de
ce Saint Roy, M5Char!
pentiende Académie Fran
coife, les avoit joints pour
en faire ce Cantique, Cela
demande beaucoup d'éru
ditions & de lectures ; &
comme rien n'eft plus dif
ficile que de faire quelque
chofe de fuivy avec plufieurs.
morceaux féparez , on peut
fe vanter d'avoir le difcer
nement fort jufte quand on
réüffit dans ces Ouvrages
.
La Mufique eftoit de M
Oudot , & fut chantée par
les plus belles Voix de l'O156
MERCVRE
péra. Elle plût beaucoup , &
chacun en fortit fort fatisfait.
L'aprefdînée on s'affembla
dans la Salle de l'Académie
pour diftribuer les
Prix publiquement. L'A
femblée fut tres- illuftre ,
mais moins nombreuſe
qu'elle n'euft efté fi cette
Salle cuft pû contenir un
plus grand monde. Vous
fçavez qu'il y a tous les trois
Mois un Directeur nouveau
à l'Académie
, & que
c'eft le Sort qui fait ce choix.
Il eftoit tombé quelque
temps auparavant fur M
GALANT. 157
&
Doujar , Docteur Régent,
Profeffeur du Droit Canon,
Hiftoriographe de Sa
Majefté. Il ouvrit cette feance
parun excellent Difcours,
qui fut applaudy de tout le
monde , apres avoir dit que
la glorieufe protection dont
Sa Majefté honoroit leur
Compagnie leur avoit fait
choifir le jour de Saint
Louis pour celébrer la memoire
d'un avantage fi confidérable.
Il fit connoiftre
la conformité qu'avoit fon
Regne avec celuy de ce Modelle
des Roys. Il dit,
158 MERCVRE
2
que ces deux Héros eftoient nez
avec tout ce qu'on pouvoir de
firer de nobles inftructions &
d'excellentes
qualitez dans une
Ame veritablement Royale;
Que que tous deux eftant montez
prefque duBerceaufur le Trône,
en avoient foûtenu la majesté
avec la derniere vigueur; &
que le pouvoir qu'ils avoient ex
tous deux fur eux-mefmes , les
avoit toûjours empefchez d'a
bufer de celuy que
le Ciel leur
avoit donné fur les autres. Il
adjoûta , Qu'ils avoient d'a
bord trouvé des obftacles à leur
autorité naiffante , mais qu'ils
GALANT. 159
la
Les avoient furmontez par
prudente conduite de deux pienfes
Meres, que l'Espagne avoit
données pourReynes à la France,
& qui avoient esté affiftées des
confeils fidelles de deux celebres
Cardinaux Que la juſte défence
des Droits de leur Cou
ronne contre l'invasion de leurs
Voifins , avoit exercé la valeur
de l'un de l'autre , mais qu'-
une genérosité dont fort peu
Souverains ont jamais efté capables
, leur avoit fait toujours
préferer le repos general de la
Chreftienté à leurs propres intérefts
; & que dans leur ame,
de
160 MERCVRE
la modération avoit toûjours efté
victorieuſe des mouvemens fla
teurs de l'ambition . Il fit voir
que leur zele pour la Religion
avoit mis perpétuellement la
Pieté à la tefte de leurs Entreprifes;
Que fi S. Louis dompta
par la force defes armes les Herétiques
defon temps , qui commençoient
à prendre racine dans
une partie de fon Royaume,
LOUIS LE GRAND qui a
trouvé de nouveaux Herétiques
dans tous les endroits de fon
Etat, & tolérez mefme parles
Edits de fes Predeceffeurs , tra
vailloit avec le plus grand fuc
GALANT. 161
par
tes qu'on puſt espérer , a les ra
mener dans le fein de l'Eglife,
ar des voyes qui pour n'avoir
vien de violent , n'eftoient pas
moins efficaces ; Que file mefme
S. Louis, fuivant lapieté de fon
Siecle , alla chercher les Ennemis
de la Foy juſques aux extrémitez
de l'Orient & du Midy,
• pour effayer d'arracher de leurs
mains impies la poſſeſſion des
Pais confacrez par les mysteres
de noftre falut ; ce que le Roy
avoit déja fait , & ce qu'on luy
voyoit faire tous les jours avec
tant d'avantage contre les Pyrates
, Ennemis jurez du Nom
Septembre 1681.
O
162 MERCVRE
2
LUN 90 Angol
an-
2943
Chreftien, eftoit comme un gage
feur, qu'apres qu'il aura achevé
de rendre à la France fes
ciennes Limites, la Providence
referve à la gloire defon Regne,
ces Conqueftes lointaines , que
par des fecrets, qu'il ne nous eft
pas permis depénétrer, elle a refufees
dans les autres Siecles aux
efforts de tant de Roys & de
tant d'Empereurs ; Que les
vaftes Mers qui font entre les
Infidelles nous, n'estoient pas
des obftacles affez forts pour les
dérober au courage de noftre invincible
Monarque
; & que
luy qui avoit trouvé l'art de
Э
CeGALANT
163
1639
n
b
joindre deux Mers éloignées à
travers les Terres qui s'oppofoient
à ce deffein , çauroit bien
avec fes Flotes nombreuses , fi
bien armées & fi bien conduites,
aborder les Terres les plus reculées,
les approcher par les
&
mefmes Mers qui les feparent.
Ce qu'il dit en fuite me påroift
trop beau , pour n'en
faire qu'un Extrait . Voicy
les termes dont il fe fervit.
Je croy, Meffieurs, que le raport
de ces deux Regnes fameux vous
femblera jufqu'icy affez juste..
Quefera-ce, fi nous y adjoutons
cette conftante égalité d'efprit,
O ij.
164 MERCVRE
qui eftant à l'Ame ce que le tem
pérament exquis eft au Corps,
accorde enfemble une continuelle
Activité avec une Tranquillité
parfaite que rien ne sçaurois
troubler Gette vertu fi rare,
pluroft vantée que poffedée par
les anciens Philofophes , mais
inconnue à noftre Siecle , hors
de l'Ame du GRAND LOUIs ,
eft fans doute ce qui fait le veritable
Héros, & ce qui le rend
maître de tout ce qui eft hors de
Luys en le rendant maître de
Joy-mefmes Cette Tranquillité
S. Louis conferva fi admirablement
dans tout le cours de
que
1
GALANT. 165
fa wie, ne regne pas moins dans
relles de LOUIS LE GRAND:
Elle est la compagne inféparable
& l'ornement de fes autres
vertus, & fait le plus haut point
de fa veritable grandeur. Par
cette merveilleuſe qualité qui en
foy a quelque chose de divin,
ce Prince incomparable agiſſant
continuellement, jouit d'un repos
auffi profond que ceux qui languiffent
dans une molle oifiveté.
Il garde un calme parfait dans
une action fans relâche , ou plu
toft il ne trouve du relâche que
dans l'enchaînement de ces Projetsfurprenans
& de ces grandes.
166 MERCVRE
3
Actions , qui font la deftinée de
Europe , & l'étonnement de
l'Univers. Il est toujours occupé,
il travaille inceffamment,
il prend foin de tout par Luymefme,
mais fes occupationsfont
fans embarras, fon travail fans
empreffement ,fes foins fans inquiétude.
Auffiquel trouble pour
roit entrer dans une Ame fi grande,
qu'une prévoyance à qui rien
n'échape, & une magnanimité
affermie , mettent hors de toute
furprife , & au deffus de toute.
forte d'ornemens ? Son efprit
élevé au deffus de la portée des
Hommes , participant à la
GALANT. 167
J
la
condition des Celeftes Intelligences
, voit fans s'émouvoir le
mouvement qu'il imprime comme
il luyplaift à tout ce qui méritefon
application. Il eſt toû
jours le mefme, parce que, quoy
qu'il puiſſe arriver, il n'arrive
rien qui luyfoit nouveau. Enfin
cet Esprit ferme eft égal, ne
change jamais de fituation, tandis
qu'il fait changer de face à
tous les Etats qui l'environnent,
comme s'il eftoit fixe hors de
noftre Sphere, & qu'il cust
trouvé ce point fatal qu'Archimede
demandoit hors du Monde
, pour en remuer à fon gré
168 MERCVRE
toute la vafte Machine . Apres
cet Eloge , M' Doujat finit,
en difant que l'Académie
avoit marqué cette année
pour Sujet de Profe , les Paroles
de l'Ange à la Vierge
lors qu'il la falua Pleine de
grace, & que celuy de Poëfie
eftoit ce qu'il venoit de montrer,
Qu'on voyoit le Roy toû
jours tranquille , quoy que dans
un mouvement continuel. Ces
deux grands Sujets avoient
produit chacun trente - neuf
Pieces , dont M ' l'Abbé Tallemant
le jeune lût les deux,
qui ayant eu le plus de fuffrages,
GALANT. 169
t
8
frages , avoient emporté lès
Prix . Il commença par celle
de Profe , qui reçeut beaucoup
d'aplaudiffemens. Elle
eft de M' Toureil , Fils de
feu Mile Procureur General
du Parlement de Toulouſe.
C'eft un Homme fort peu
avancé en âge , & dont l'ef
prit eft fort éclairé. Si vos
Amis ont la curiofité de voir
cette Piece, ils la trouveront
chez M ' le Petit, qui l'a imprimée
avec plufieurs autres
d'Eloquence & de Poëfie
qui ont difputé les Prix.
Quoy que jufqu'icy on n'eût
Septembre 1680.
P.
.
10 MERCVRE
celuy des Vers qu'au
tile héroïque, M " de l'Academie
ont trouvé à propos
de donner pour cette fois la
préference à une Eglogue
qui fut auffi leue par M'
l'Abbé Tallemant. Les Vers
eftoient beaux d'eux - mefmes
, & illeur donna tant
de grace , qu'on en remarqua
jufques aux moindres
beautez . Je vous en fais part,
fçachant combien vous ai
mez ce qui fent le ſtile de
la Paftorale.
es
GALANT. 171
255552555 2225 225
EGLOGVE. '
CORYDON, DAPHNIS,
A
Ο
POLYDOR.
CORYDON.
Rnement de nos Bois ,Daphni,
dont la Mufete
Par de fublimes tons furpaſſe la
Trompete,
Dont la voix par des Airs tendres
&languiffans,
Des immortelles Soeurs égale les
cens.
Maintenant qu'à l'abry de tant &
tant d'orages,
Qui par tout abatoient les plus
fermes courages,
Pij
172 MERCVRE
1
Nos paifibles Moutons par tout errentfans
nous,
Ne craignent plus l'affaut de ces
terribles Loups,
Qui toûjours affamez &toûjours
en furie
Fondoient de toutes partsfur noftre
Bergeric;
Que toutvir en ces Lieux, que leur
fécondité
Seule peut s'égaler à leur tranquillité
;
Qu'en ces aimables Lieux, filongtemps
defirée,
Parlesfoins de LOV ISla Paix s'eft
retirée;
Que tardons-nous de dire , & d'apprendre
aux Echos
A redire apres nous le nom de ce
Mais
Héros ? ९
pour nepas ternir pardepen
nables marques
GALANT. 173
L'augufte majesté duplus grand des
Monarques,
De ce Chantre fameux, qui par des
tons nouveaux
Dans les Champs de la Thrace atti
rant les Troupeaux,
Faifoit au bruit charmant de fes
accens champestres
Dancer autour de luy les Ormes&
les Haiftres,
Et bondir comme Agneaux les Co
lines, les Bois;
De ce Chantre imitons l'harmonienfe
voix .
DAPHNIS .
A l'envy l'un de l'autre exerçons
noftre Muse;
Contre mon Flagcolet enfle ta Cor
nemuse.
Mais voicy noffre Fuge
fi doux.
en un combat
174 MEROVRE
POLYDOR.
Quelle est votre dispute , & dequoy
parlicz- vous?
DAPHNIS.
De LOVIS, de ce Roy qu'à tout
autre onpréfere.
POLYDOR.
Rempliffez de fon Nom l'un &
L'autre Hemisphere.
CORYDON. ** S
LOVIS toûjours tranquile&toû
jours agillant,
Du Soleil toujours vif, toûjours..
resplendiffant,
Des vents & des frimats reparant
le dommage,
Dans le vafte Univers repréſente
l'image.
Si cet Aftre immobile à nos foibles
regard's
Agit inceffamment, brille de toutes
parts;
GALANT. 175
Si du Dieu qui le meut la plus noble
figure,
Ilaime à ranimer la mourăte Nature",
Afe répandre entier dans cet immenfe
Corps,
Pour enfairefortir d'innombrables
Treforss
Si vainqueur des Hyvers tourtour
il couronne
De Fleurs, d'Epis, de Fruits, Flore,
Cerés,
Pomone
0170
Etfi d'un culte ardent ainsi qu'aux
Immortels
Mille Peuples divers luy dreſſent
des Autels,
Noftre invincible Roy danssa noble
carriere
Voit-il moins de Climats adorerfa
Lumiere?
Eft.il moins bienfaisant , moins
tranquile , moins doux,
Piiij
176 MERCVRE
Etpour noftre repos veille- t-il moins
fur nous?
DAPHNIS.
Theatre merveilleux defurprenans
Spectacles,
Dites- nousfi jamais à travers tant
d'obstacles
Le Soleil auroit pu par fes vives
clartez
Diffiper les horreurs de vos Champs
defertez,
Tirer tant de trésors de vos feches
entrailles,
Ainfi, qu'afait LOVIS, répondeznous,
Versailles?
Il parle, à fa parole, àſon gefte,
je vois
Vos Plaines, vos Valons, vos Montagnes,
vos Bois,
Se couvrir de torrens, d'ondes inépuifables,
GALANT. 177
Ses ondesfurmonter l'afprefoifde
vos fables,
En des plombs tortueux les unes
s'enfermer,
En de larges canaux les autres s'abîmer,
Yformer des Etangs, des Fleuves,
des Rivieres,
Et les faire dans l'airjallir en cent
manieres.
Que de Fleurs, que de Fruits, que
de Bois toujours verds,
Et quedefombresjours dans lesjours
lesplus clairs!
CORYDON.
De ces tranquiles Lieux mais encor
plus tranquile,
Il part le Foudre en main, & d'un
Peuple indocile
Renverfant d'un feul coup les ramparts
les plus hauts,
178 MERCVRE
Des plusfiers Potentais ilfoûtient
les affauts.
Telun Chefne aux longs bras, aw
front haut&fuperbe,
Tandis que les Autans mettent plus
bas que l'herbe
Planes, Haiftres, Tilleux, &Sapins
arrachez,
Tandis qu'on voit d'un Mont des
Rochers détachez
Roulerjuſqu'aux Valons où tombest
les Ravines,
Demeureferme affis fürfes longues
racines,
Et malgré la fureur des Vents fédi
tieux,
Ne porte pas moins hautſonfront
audacieux.
CORYDON.
L'admire comme toy ſa valeur,fa
puiffance,
GALANT. 179
Maisj'admire bien plusfa bonté,
Ja clémence.
DAPHNIS.
La Biche au pié léger volera dans
les Airs,
Les Poiffonsfécheront dans les profondes
Mers,
Et les Cerfs des Lions affronterent
l'audace,
Avantque de mon coeurſon image
s'efface.
CORYDON.
Cequ'est un doux regard de la belle
Cloris
Aujeune Alcimédon deſes charmes
épriss
Ce qu'eft au Moiffonneur dans la
Plaine brûlante
L'haleine des Zéphirs, l'onde fraî
che & coulante;
Ce qu'eft aux tendres coeurs un chant
délicieux,
180 MERCVRE
Le doux bruit d'un Ruiſſeau; LOVIS
l'eft à mesyeux.
Ce qu'eft dans les chaleurs au Laboureur
avide
L'onde errante àlongsflots fur la
Campagne aride;
Ce qu'est aux Jeux, aux Ris , aux
Graces, aux Amours,
Aupres d'affreux Hyvers, le retour
des beauxjours,
L'Herbe tendre aux Agneaux, & le
Thin aux Abeilles ,
Vos charmantes Chanfons le font à
mes oreilles;
Leurs douceurs du Nectar furpaffent
les douceurs ,
Et telsfont les Concerts des Neuf
fçavantes Saurs .
Que fidans nos Hameaux, pour une
ielle offrande ,
On ne ceint pas vos fronts d'une
riche Guirlande,
GALANT. 181
Allez la recevoir dans le facré
Valon,
Où le Prix vous attend de la main
d'Apollon.
PRIERE POUR LE ROY.
G
Rand Dieu , quifais régner
les
Roys,
Si LOVIS aréduit l'Heréfie aux
abois,
Aboly le Duel, aboly le Blaspheme,
Et toujours foûtenu tes Autels & tes
Droits;
Fay que par ta bontéfupréme,
Afa longue Pofterité
Il transmette la majesté
Defon eternel Diadéme.
Cette Eglogue eft de M
182 MERCVRE
par
du Périer , Gentilhomme
Provençal. Il eft fort connu
ſes Vers Latins , & l'on
peut dire que dans fes Odes
il a trouvé le beau tour d'Horace.
Les gratifications qu'il
en a reçcuës de Sa Majesté,
juftifient tout ce que je pourrois
dire là- deffus, & le Prix
qu'il vient d'avoir par le jugement
de l'Académie Francoife,
fait voir que dans noftre
Langue il s'eft acquis
l'heureux Art d'imiter Malherbe.
C'eſt à quoy il s'attache
particulierement. La
~Piece que vous venez d'aGALANT.
182
chever de lire , doit faire
connoiftre s'il y réüffit . Les
belles Infcriptions Latines
qu'il a données pour le Louvre
, auront fans doute efté
juſqu'à vous. Apres la diſtribution
des Prix , M ' Charpentier
lût uneVerſion , faite
par luy mefme en Vers François
, du Cantique qui le
matin avoit fervy de Motet.
Iln'eft pas befoin que je vous
parle de la beauté ny de la
jufteffe de cet Ouvrage. Il
fuffit que je vous aye nommé
fon Autheur. M' Regnier
Defmarefts, Prieur du
184 MERCVRE
Bouchet , qui eft de l'Académie
Françoiſe, & de celle
de la Crufca , lût apres luy
une autre Piece de Vers,
d'une mefure nouvelle . Elle
avoit pour titre , La foibleffe
de la Raifon. M'T'Abbé Tallemant
, dont le beau génie
fe fait admirer également
en Vers & en Profe , ferma
l'Affemblée par une Fable
qu'il recita fur les Eaux de
Sceaux. Elle eftoit ſi pleine
de penſées brillantes, & tournée
fi galamment , qu'on
crût l'avoir mal loüée , en
diſant tout d'une voix qu'on
GALANT. 185
ne pouvoit la loüer affez .
Il n'eft point befoin de
vous avertir qu'un des plus
grands Maiftres que nous
ayons , a fait l'Air des Vers
que vous allez lire. Vous le
connoiftrez aisément en les
chantant.
AIR NOUVEAU.
V
Dus qui craignez tant que
Les
Loups
N'entrent dans veftre Bergerie,
N'appréhendez - vous rien pour
vous,
Et ne craignez- vous point que l'Amour
enfurie
Ne vous faffefentirſes coups ?
Septembre 1680.
186 MERCVRE
Je vous entretins la der
niere fois d'une Cerémonie
ふね
le faite à Marseille pour
Baptéme de cinquante Negres.
J'en ay appris depuis
ce temps- là des circonftances
que je croy devoir adjoûter
icy. M le Maréchal
Duc de Vivonne les avoit
fait inſtruire depuis fix
mois des Myfteres de noftre
Religion , afin de les difpofer
à recevoir le Baptéme.
Le jour choify pour cela
eltant venu , on fe rendit
dans la grande Place qui eft
au devant de l'Eglife CatheGALANT.
187
drale. On l'avoit toute couverte
de Tentes en faveur
des Spectateurs que l'on
youloit garantir de l'excef
five ardeur du Soleil . Les
coftez de cette Place étoient
ornez de Tapifferies de:
haute - liffe , & plufieurs des
Banderoles qui fervent aux
Galeres pendoient au Clocher
& au Balcon
q
gne le long du grand Por--
tail de l'Eglife. Les cinquante
Mores eftoient habillez
de bleu. M Bauffet
Prevoft de la Cathédrale,
& Vicaire General du Dio-
9
ریپ
re-
Q ij
188 MERCVRE
cefe , revétu d'une Chape,
& accompagné du Clergé,
vint à l'entrée de l'Eglife
leur faire les Exorcifmes.
Ils eftoient divifez en cinq
Quadrilles , & rangez en
demy - cercle autour de la
Place. Les premieres Cerémonies
eftant achevées , M'
le Vicaire General entra
dans l'Eglife avec M' de
Vivonne , & toute la Compagnie
le fuivit. M ' l'Abbé
de Caux fit alors un beau
Difcours fur les difpofitions
qu'il faut apporter à une
action fi fainte , & prit pour
GALANT. 189
fon texte ces paroles de David
: Lavabis me, & fuper ni
vem dealbabor. Il fit enfuite un
Compliment à M' le Maréchal,
fur ce que ne fe contentant
pas de fervir le Roy
dans fes Armées , il s'étu
dioit encor à feconder fon
zele pour la Religion . Le
Sermon eftant finy , on fit
les dernieres cerémonies du
Baptéme , apres lefquelles
le Choeur de l'Eglife fut ouy
envert
aux Mores. Ils
trerent conduits par les
Peres de la Miffion qui
avoient pris foin de les in190
MERCVRE
ftruire , & revétus de Tuniques
blanches , avec un
Flambeau que chacun d'eux
portoit allumé. Le Te Deum
fut alors chanté par la Mu
fique , qui eft l'une des meil
leures du Royaume
. Le
bruit des Cloches & de deux
cens Boëtes avertirent tous
les Lieux voifins de la nouvelle
conquefte que venoit
de faire la Religion Chref
tienne. J'ay oublié de vous
dire qu'en arrivant dans la
Place , M les Commandeurs
de Rochechouart
,
de Lauzun & Fachinetti,
GALANT. 191
avoient eu foin de diftri
buer aux Dames qui fe
trouverent à cette Fefte, de
petites Bouteilles dorées,,
garnies de Rubans , & rem--
plies d'Eau d'Ange. Je croy
qu'on fera fouvent de pareils
Baptémes , puis que le
Roy a étably une Compa--
gnie d'Afrique pour négo--
tier dans la Cofte de Guinée,
Capvert, Senega, & Négres .
Voicy les noms des Interreffez.
M' Dapoigny.
3
M du Caffe. Il commandera
la Flote des Vaif192
MERCVRE
feaux de la Compagnie.
M' Mafiot , de la Rochelle
.
M²
Desforges.
M' de Larre.
M' Ménager.
M' Cebret .
M' de Keffel.
Ml'Abbé Faure.
f
On ne peut parler de ces
fortes d'Etabliffemens fans
louer la vigilance & lesfoins
de M' Colbert. Ce digne
Miniftre n'oublie rien de
tout ce qui peut eſtre utile
à Sa Majesté & à l'Etat , &
il s'y applique fi fortement,
qu'il
GALANT. 193
qu'il ne faut pas s'étonner fi
toutes les entrepriſes font
toûjours fuivies d'un heureux
fuccés.
En
attendant que je puiffe
vous apprendre celuy qu'-
aura cetteCompagnie, je vais
vous donner d'autres Nouvelles.
Ce font les dernieres
qu'on ait cues d'un Païs
fort éloigné. Les Jefuites
Miffionnaires de la Chine
ont écrit à Rome une longue
Lettre Latine, datée du
15. d'Aouft 1678. Elle eſt du
Pere Verbieft leur Viceprovincial.
Voicy en quels ter-
Septembre 1681.
R
194 MERCVRE
mes ceux qui l'ont traduite
en ont fait l'Extrait .
$ 225 $ 25 SS2SSSSES
EXTRAIT
D'VNE LETTRE
ECRITE DE LA CHINE
A ROME.
R
Ecevez cette Lettre comme
fi vous
entendiez un
cry pouffé vers vous par tout ce
que nousfommes icy de Miffion
naires , au travers des Païs immenfes
qui nous feparent , &
que vous nous viffiez tendre les
GALANT. 195
bras vers l'Occident , pour vous
demander le fecours qui nous eft
neceffaire. Noftre nombre a efté
extrémement diminué , & par
les maladies, par la perfecution
qui s'éleva contre nous l'an
1674 où noftre Religion , &
noftre Aftronomie qui nous fert
à l'établir, furent avec nous enfermées
fix mois dans la Prifon
de Péquin , chargées de neuf
Chaînes. Le temps eft tres -fa-·
vorable pour faire entrer dans
la Chine un renfort d'Hommes
tel que nous en avons befoin.
Ce grand Royaume, à la verité,
a toujours eftéjusqu'icyfort exa-
Rij
196 MERCVRE
tement fermé aux Etrangers,
par la crainte qu'il avoit de recevoir
chezfoy des Moeurs , des
Coûtumes , & des Religions
'il nommoit barbares ; mais
qu'il
la guerre qu'on y voit allumée
de tous côtez, ouvre beaucoup
de paffages à ceux qui voudroient
entreprendre
d'y entrer. Toute
l'Europe fçait que les Tartares
Afiatiques, féparez de la Chine
par cettefameufe & prodigieufe
Muraille qui leur en défendoit
l'entrée , ont furmonté enfin cet
obftacle depuis quelques ans, &
fe font rendus les Maiftres de
ce floriffant Empire. Ils n'ont
GALANT. 197
prefque rien changé dans la maniere
du Gouvernement ,
moins encor dans ce qui regarde
la Religion , car ils font dans la
déteftable erreur de croire les
Religions indiferentes ,&toutes
également agreables à Dieu .
Ainfi ils n'ont pas abatu unfeul
Temple dans la Chine , ny renverfe
un Pagode. Le feul chan
gement quife foit fait , eft que
la Race des Roys Chinois a esté
dépoffedée du Trône . Cependant
les Tartares n'en font pas paifibles
poffeffeurs. Le Party des
Roys légitimes fe conferve encor,
& eft affez puiſſant pour
Rij
198 MERCVRE
donner bien de la peine aux
Ufurpateurs. La Chine est donc
toute divifée , toute déchirée par
des guerres inteftines , & il ſeroitfacile
d'y gliffer une Troupe
de nos Gens parmy ce tumulte,
& tandis
que
durent les fumées
de ce grand embrafement. Ilya
déja longtemps que nous sommes
affezbien à la Cour de Péquin,
& que l'Empereur nous marque
une bontéfinguliere. Il nous envoyefortfouventfes
Courtifans
les plus chers pour s'informer de
noftrefanté. Il nous faitfouvent
venir à fon Palais , nous reçoit
dans fes plusfecrets Apartemens,
1
GALANT. 199
fefert de nous dans fes Affaires
tant particulieres que publiques,
nous faitfervir des Plats de fa
Table , nous donne des Habits
avec des Peaux de grand prix,
veut avoir nos Portraits , t
nous prefente de fa propre main
des Faifans , des Lievres , des
Cerfs qu'il a pris à la Chaffe.
Les Gouverneurs
& les Viceroysfuivent
l'exemple du Maitre,
& nous font toute forte
d'honneurs. Ils viennent avec
une grande Suite dans nos Maifons
& dans nos Eglifes, & ne
nous font pas peu respecter par
les Officiers inférieurs. Dans
1
R iiij
200 MERCVRE
quelques Provinces qui ont esté
ravagées ces années dernieres
par les deux Factions ennemies,
& où l'on n'a pas épargné les
Temples mefme des Idoles , il
n'y a eu que les nostres qui ayent
échapé à la fureur des Soldats.
Fugez quelle joye ce feroit pour
nous , fi nous pouvions profiter
de tant d'occafions favorables,
mais nostre nombre eft trop petit.
Nous avons la faveur du Prince
des Seigneurs, mais nous n'avons
point affez de Gens pour
Servir. Nous fommes
nous en
quatorze ou quinze difperfez
dans ce Royaume , mais qu'est-ce
GALANT 201
que ce nombre dans un Empire
fi vafte ? C'est la mefme chofe
quefil'un de nous eftoit à Rome,
l'autre à Turin , l'autre à Madrid
, l'autre à Lisbonne , l'aurre
à Paris , l'autre à Bordeaux,
l'autre à Vienne , l'autre à
Mayence, & l'autre à Anvers.
Combien la Chine a- t- elle encor
de Provinces qui n'ont jamais
veu d'Européens ? Je ne croy pas
inutile d'avertir ceux qui voudront
bien venir d'Europe pour
eftre icy les Compagnons de nos
travaux, que les Mathématiquesfont
d'un grandfecourspour
gagner les efprits des Chinois.
202 MERCVRE
Ellesfont d'ordinaire aſſez négligées
dans la plupart de nos
Colleges . On les regarde comme
le rebut des Sciences , comme des
connoiffances feches & de nul
ufage, & on s'adonne bien plus
volontiers aux vaines Questions
de la Philofophie commune ;
mais les Chinois ne font pas de
ce fentiment. Ils ont un gouſt
particulier pour les Mathematiques,
rienfur tout ne les
charme tant que l'Aftronomie,
l'Optique , & les Mécaniques.
Ces Sciences entrent au Palais
du Prince avec honneur. Elles
buy parlentfamilierement à ſon
GALANT. 203
Trône, tandis que les plusgrands
Seigneurs de l'Etat s'en tiennent
loin , & ofent àpeine le regarder
à
genoux. La Religion
mefme que nous apportons aux
Chinois , en a efté bien reçeuë¨ à
la faveur de l' Aftronomie avec
laquelle elle s'eftoit affociée ; &
c'est pour cela que j'exhorte ceux
qui viendront nous fecourir , à
vouloir bien fe charger de Lunetes
de longue veuë , de Microfcopes
, de Pendules , & de
tout ce que les
Mathématiques
produifent de curieux & d'agreable
. Ces fortes de chofes
font des préfens que les plus
204 MERCVRE
grands Seigneurs reçoivent avec
plaifir; & fi nos foins avoient
une fois réuffy dans la Chine,
quel exemple ne feroit- elle pas
pour tous les Peuples voisins ?
Les Chinois font estimez dans
tout l'Orient pour les plusfages
des Hommes. On y eft furpris
de cet admirable Gouvernement,
parlequel toutle Royaume a efté
jufqu'icy reglé comme une Fa
mille particuliere . En effet, tou
tes les Nations font barbares ,
tes comparer à celle-là, fi l'on en
excepte quelques-unes de noftre
Europe , & peut-eftre mesme,
s'il m'eft permis de le dire , elle
GALANT. 205
me
d'é-
L
furpaffe les plus polies de l'Europe
en beaucoup de chofes . Tous
les Royaumes voifins , le Tunquin
, la Cochinchine , le Japon
esme , tout fier & tout orgueilleux
qu'il eft, apprennent la maniere
Chinoife de lire
crire , quoy qu'ils en ayent une
particuliere infiniment plus aifée;
mais ils ont conçeu une idée
fi haute de ce Peuple , que tout
ce qui leur en vient leur paroift
digne d'eftre fuivy; & quand
les plus grands Hommes
zele de la Religion ait portez
dans l'Orient, ont preffé les faponois
pour leurfaire embrasfer
que le
206 MERCVRE
les
noftre croyance, n'ont- ils pas répondupour
leurplus forte raifon,
que l'on perfuadaft aux Chinois
defe ranger de ce Party, & que
fur l'exemple qu'ils en recevroient,
ils n'en feroient plus de
difficulté ? Ce qu'il y a encor de
plus remarquable , c'est que
Tartares Orientaux
, quoy que
Vainqueurs des Chinois, ne laiffent
pas d'en adorer les vices
comme de grandes vertus . Voila
auffi une des principales caufes
de la fierté des Chinois , & de
leur mépris pour les Nations
Etrangeres , à propos dequoy je
a
m'en vay vous raconter ce qui
GALANT. 207
m'est arrivé à moy- mefme. Les
Chinois fe fervent de l'Année
Lunaire , ilsimpriment tous les
ans un Calendrier, tel à peupres
que nos Almanachs d'Europe,
mais beaucoup plus autentique.
Il est toujours confirmé par un
Edit de l'Empereur, qui défend,
fur peine de la vie , qu'on n'y
ajoûte, ou qu'on n'en retranche
un feul mot. Ce Calendrier regle
tous les Contracts , & tous
les Actes publics , & mesme
toutes les Nations voisines s'en
fervent , & le reçoivent avec
autant de refpect que les Chinois.
Apres noftre perfecution
208 MERCVRE
des
de 1674 & lors que j'eus efté
rétably dans la Surintendance
Mathématiques , il arriva
que nos Ennemis publierent leur
Calendrier; & ce qui ne s'eftoit
point encorfait, ils y mirent
un Mois intercolaire , qui n'appartenoit
point à cette Année- là,
mais à lafuivante. Je préfentay
auffitoft une Requeſte à l'Empereur,
afin que ce Mois fut
effacé du Calendrier. Ily eut
grand bruit dans toute la Chine.
Les Mandarins s'affemblerent.
On préfenta beaucoup de Requeftes
contre la mienne , mais
perfonne ne pûtfoûtenir l'erreur
GALANT. 209
du Calendrier. Enfin le Chef
du Grand Confeil de la Chine
m'ayant tiré à l'écart , me pria
tout-bas , mais fort inftamment,
au nom desprincipaux Seigneurs,
de trouver quelque moyen de
diffimuler l'affaire , & de faire
entendre que l'erreur du Calendrier
eftoit excufable , de peur,
difoit- il , que toutes les Nations
voifines qui fuivent le Calendrier
Chinois , ne perdiffent la
bonne opinion qu'elles avoient
conçeue de leur Aftronomie.
Cependant l'Empereur n'eut
point d'égard à cette raifon, &
par un Edit public, il ordonna
Septembre 1681.
S
210 MERCVRE
que
le Mois intercolaire feroit
effacé. Cette Avanture à fait
grand honneur à nos Mathéma-
·tiques , préfentement c'eft
moy qui compofe le Calendrier,
on le debite fous mon nom
par tout ce vafte Royaume.
Voyez combien les Sciences y
ont de cours. Ce n'est que par
leur moyen que l'on monte aux
Charges & aux Dignitez.
Ceux qui les obtiennent, paffent
par divers degrez , comme nos
Docteurs de Sorbonne,
a point de Pere qui ne faſſe étudier
fes Enfans. Auſſi je ſuis
feûr qu'il eft plus d'Etudians
il n'y
GALANT. 211
Ge
ر
dans la Chine feule que dans
noftre Europe entiere. Queferafi
nous nous fervons de
cet amour des Sciences qui leur
eft fi naturel, pour leur inspirer
celuy de noftre Religion ? Il n'y
a rien qu'on ne Se puiffe promettre,
pourveu qu'on les prenne
par cet endroit.
Je laiffe les Nouvelles E
trangeres, pour vous en donner
une de nos plus belles
Provinces. C'eft du Languedoc
que je veux parler.
Une jeune Dame , qui fait
un des ornemens de la Ca-
Sij
212 MER CVRE
pitale , ayant efté attaquée
pendant quelques jours d'une
Fievre lente, a veu tout le
monde s'intéreffer dans fon
mal. Au Portrait qu'on m'en
a fait , elle mérite les voeux
qu'on a faits par tout pour
elle. Ce qui la met au deffus
de beaucoup d'aimables
Perfonnes de fon Sexe , eſt
une douceur qui enchante,
une langueur , & un je- ne
fçay quoy de tendre & d'engageant
dans les yeux, dans
le vifage , & dans tout ce
qu'elle fait, qu'on n'a jamais
veu qu'en elle feule, Un
GALANT. 213
galant Homme , qui a efté
plus affligé luy feul de ce
que fa Fievre luy faifoit fou
frir, que tous les autres enfemble
, n'eut pas plutoft
fçeu qu'elle eftoit diminuée,
que d'une extréme douleur,
on le vit paffer à une joye
exceffive. Les premiers tranf
ports que luy donna cette
joye , furent trop forts pour
luy laiffer déguifer les fenti
mens de fon coeur. H les fit
paroître dans ces Vers, que
vous verrez aisément avoir
eſté inſpirez par une Divinité
qui fçait éclairer l'ef
214 MERCVRE
prit. Je voudrois , Madame ,
vous en pouvoir envoyer
fouvent d'auffi agreables.
2552 $252 :255 $2225
SUR LA FIEVRE
D'AMARANTE
Enfin
, tupeux à tes Loix,
Amour ,foumettre Amarante,
Et vaincre, fi tu m'en crois,
Son humeur indiférente.
se
En apprenant le fecret
De furprendre cette Belle,.
Souviens - toy du feu difcret
Dont mon coeur brûle pour
S2
La Fievre depuis huitjours
elle.
GALANT. 215
Chez cette aimable Bergere,
Au grand mépris des Amours,
Fait ce que tu devrois faire .
Se
Sans repect du Medecin
Qui la fert de tout fon zele,
Elle allume dans fon fein
Sans ceffe une ardeur nouvelle..
S &
Garantis tant de tréfors
Du Deftin qui les menace;
Chaffe-la de ce beau Corps,
Et va te mettre en fa place.
Se
Tu peux luy jouer ce tour
Plus aisément qu'il nefemble,
Puis que la Fievre & l'Amour
Ont un grand raport enſemble.
S&
Va faire autant de fracas
Que cette Hofteffe cruelles
216 MERCVRE
Il n'eſt perſonne acy - bas
Qui ne te prenne pour
elle.
Tes accés font vehemens;
Tu jettes les plus rebelles
Dans de grands redoublemens,
Apres des langueurs mortelles.
&S
Les flames & les glaçons
Sont de tes moindres boutades;
Les chaleurs & les friffons
Accompagnent tes Malades.
$2
Sans beaucoup diffimuler,
Tu peux entrer dansfon amez
Accoutumée à bruler,
Elle foufrira ta flame.
22
Tuvois bien que furfon coeur
Tes entreprises font vaines;
Tu n'en feras le vainqueur
Qu'en
GALANT. 217
Qu'en te gliffant dansfes veines.
as
Jufqu'icy tous tes appas
N'ont rien púfurfafranchiſes
Encor, je n'en répons pas,
Si tu n'ufes de furprife.
Situ veux donc t'affurer
D'unefi belle conqueſte,
Prens le temps qu'à foupirer
Son mal la rend toujours prefte.
52
Sers-toy de ces mefmes traits
Qui caufent mon mal extréme;
On n'en échape jamais,
Je le connois par moy-mefme.
Sa
A ton aimable poifon
Fais céder fa Ficvre lente;
Cefera la guérison
De la divine Amarante.
Septembre 168.1. T
218 MERCVRE
S&
On ne voit que trop icy
Que les Fievres font mortelles;
Tes atteintes, Dieu mercy,
Nefont plus mourir les Belles.
Tant defeu qu'il te plaira, es
Quelque brulant qu'il puiſſe eſtre,
Amarante en guérira,
Fay l'honneur de la connoiftre."
.
Vous aurez fans- doute
entendu parler de divers
effets de l'Imagination dans
les Femmes groffes , Ce
qu'elle a produit depuis peu
de temps dans la Femme
d'un appellé Jean Cadoux
Manoeuvre , demeurant à
GALANT 219
Auxonne Ville de Bourgogne
, eft fort extraordinaire
.
Je l'ay appris d'une Lettre
d'un habile Medecin de ce
Païs - là , & vais me fervir
de fes
mefmes termes pour
vous en faire la Relation,
n'eftant pas affèz fçavant
dans la
Medecine pour vous
parler moy-mefme fur ces
fortes de Matiéres. Cette
Femme s'eſtant ſentie grof
fe , ne pût s'empeſcher
de
regarder fort fouvent , &
avec une extréme attention,
deux petits Anges qui font
peints dans un Tableau de
Tij
220 MERCVRE
l'Eglife des Capucins de la
Villelo Ces Anges fe touchent,
& entrelacent leurs
bras & leurs jambes. Cette
idée s'imprima fi fortement
dans fon efprit, que le24
du dernier Mois cftant dans
fon termega elle accoucha
de deux Filles qui mouru.
rent dans la difficulté du
travail qui fut long & dan,
gereux. Elles effoient attachées
l'une à l'autre par les
coftes & par le ventre , depuis
la region du coeur , ou
au deffous des reins qui
eftoient apparens , juſques
GALANT. 221
vers les os pubis, & la partie
fuperieure de la poitrine
eftoit entierement dégagée.
Elles prenoient leur nourri
ture par tuns feuh umbilic,
Les tegumens du ventre, &
toutes les parties contenantes
, eftoicnt communes à
Pune & à l'autre , & il n'y
- avoit aucune léparation entre
celles qui y eftoient conrenuës.
Ainfi on peut dire
que ce n'eftoit qu'un feul
ventre , quoy que par l'ouverture
qui en a efté faite
en préfence de M' Cuchot
Medecin ( c'eft celuy qui en
Tin
222 MERCVRE
J & à laquelle
Jup, Novi
a écrit icy , ) & à
affiftoient tous les Chinuit- foCirat
giens
de
la
plufieurs Officiers de Gar-
& d 2 Përfon- nion
200
-
es curieules ,
sarah
alte appáku
a
que toutess les parties
sen
eltoient
doubles , à la refer-
- que quieftoit
unique
, ve du foye
tais plus grand
que le ra-
も
ز
112 p decliödie fout
turel car iP occupon
med
insolentoit
l'efpace qui eftoit entre les
bindrés
des deux
Enfans . Il n'avoit pas la
rondeur que le fove doit
avoir , cftant bien plus long
que large , & aflez plat
-
251
GALANT, 223
J
ANOTHER
271913.
Cependant il n'avoit que
deux lobes , fous lefquels
eftoient attachées deux veficules
, du
deux ventricules ou eftoʊmacs
, deux rates , quatre
seins , & deux veffies, Tous
les inteſtins effoient doubles.
Les poitrines qui suniffoient
par les re
les coftes , fe
Communiquoient
intérieu
rement, & finiffoient par un
* feul cartilage xiphoide ; mais
chacune avoit fa capacité &
Les poulmons tres - bien com
pofez Il n'y avoit neantmains
qu'un coeur pour les
fiel . v. avoit
$
DOY
Tiiij
224 MERCVRE
deux . Il eftoit tout plat, af
fez mal formé , prefque auffi
large en la pointe qu'en fa
bale , & n'avoipaucunement
la figure pyramidale Ony
trouvoit comme dans les
autres , deux d oreilles deux
ventricules & quatre vaife
feaux, deux defquels, fçavoir,
la veine scaven valtere
pulmonaire,fe diftribucient )
& ſe portoient par l'une des
deux poitrines , & les deux
autres vaiſſeaux par d'autres
& un feul diaphragme for
voit pour les deux . Toites
les autres parties de ces Ent
•
GALANT. 225
fans eftpient bien formées,
bien enquiries, bien difshotes.
pLuncayoit la teſte
unspeu plus groffe que Bautre
, & les cheveux plusdongs
& plus épais , & l'un vides
vifages are ffembloit entieres
ment saraceluy de l'un des
Anges que la Femme du
Manelivre avoits anticons
fidérez dans le Tableau. Les
cols grke's épaules, les bras,
les dos , les jambes & les
autros membres infericurs,
avoient tous leur figure na²
turelle & leur jufte propor
tion , & chaque Enfant en
226 MERCVRE
eftoit afforty comme fi l'union
de leurs deux Corps
n'en avoit pas fait un Monf
tre.
L
"
Si les bizarres opérations
de la Nature nous furprennent
quelquefois , nous n'avons
pas moins fujet d'admirer
l'Amour dans fest diférens
caprices. Ce que j'ay
appris depuis quelques jours
en eft un exemple affez remarquable.
Un Cavalier
fort bien fait , effant arrivé
dans une Ville où l'on celébroit
une de ces Feftes
que les Chevaliers de l'Arc
GALANT. 227
& du Pistoler rendent fa-
'fheules en beaucoup d'endron's
, alla furteifoir dans
unLieu de promenade qu'on
luy dit eftre l'ordinaire Ren-
-dez vous des plus confidétables
Perfonnes de l'un &
-de l'autre sexe. Il aimoit les
Belles geftoiro hardy fans
Veltre effrontén comme
rien ne luy plaifoit tant que
Toccafion d'une Avanture,
il chercha d'abord cu s'adreffer
pour paffer au moins
quelques momens dans une
agreable_converſation. ~~ Il
neut pas fitoft regardé de
228 MERCVRE
་
toutes parts , qu'il apperçût
une Dame qui marchant
feule à l'écart, fembloit prendre
foin d'éviter le monde.
Il alla foudain de ce coftélà
, & dans le deffein de l'aborder
, il prit le tour qu'il
falloit pour venir à la rencontre.
Sa Coëffe abaiffée
luy fit préfumer qu'elle appréhendoit
d'eftre connue,
& il en refta tout- à- fait per
fuadé , quand en s'approchant
, il luy vit mettre fon
maſque . Il la falua fort civilement
, & luy dit en mef
me temps , qu'il avoit bien
GALANT. 229
f
lieu de fe plaindre de l'injuftice
qu'elle faiſoit à un
Etranger , en luy cachant
ce qu'il croyoit de plus beau
dans toute la Ville. Ce compliment
obligeant luy attira
une réponse de la Dame
qui luy fit noüer converſation
, & il luy marqua tant
de refpect en la priant de
foufrir qu'il luy tinft compagnie
dans fa promenade,
qu'elle parut n'eftre pas fàchée
de cette rencontre.
Elle eftoit vétuë modefte
ment , mais en Femme de
naiffance , avoit la taille af230
MERCVRE
fez fine , & un brillant dans
les yeux qui donnoit lieu
de penfer qu'il y en avoit
beaucoup dans tout fon vid
fage. L'Etranger impatient
d'en eftre éclaircy , la con
jura tant de fois de fe montrer
, qu'enfin elle ofta fon
*
mafque , & luy fit voir une
Perfonne de vingt - deux ou
vingt- trois ans toute pleine
d'agrément. Il en fut touché,
& cet agrément qui
rendit fon coeur fenfible luy
tint lieu pour elle de tout le
mérite qu'il euft pû luy fouhaiter.
Il luy demanda pourGALANT.
231
quoy ill'avoit trouvée ainfi
Solitaire , & il apprit qu'elle
eftoit Femme d'un Gentilhomme
qui la faifoit vivre
dans une entiere retraite ,
qu'il ne laiffoit pas d'aimer
fort la Compagnie
; que les
réjoüiffances de la Felte qui
devoit encor durer quel
ques jours , l'avoient mis
d'un grand Repas ; qu'il
devoit en fuite aller au Bal,
où il pafferoit une partie de
la nuit ; & que tandis qu'il
avoit d'agreables heures, elle
avoit voulu joüir du frais,
& fe divertir à examiner de
"
232 MERCVRE
fe
loin fans eftre connue , tous
ceux qui venoient à la promenade
. Il comprit par lå
que fon Mary eftoit un bizarre
; & comme une Femme
qu'on traite avec tyran
nie cherche quelquefois à
fo vanger's il fe fuft fait un
plaifir de luy infpirer ce fentiment,
s'il euft eu quelque
prétexte pour s'arrefter dans
la Ville ; mais n'y connoiffant
perfonne, il n'y pouvoit
faire un fort long séjour , &
l'efpérance d'une conquefte
incertaine ne méritoit pas
qu'il perdiſt ſon temps.
GALANT. 233
Quoy qu'il deuft partir le
lendemain , il ne laiffa pas
de le montrer charmé de
la Dame. Son talent eftoit
de débiter des douceurs , &
il le mit en uſage jufqu'à la
profufion. Les réponſes de
la Belle luy faifoient con
noiftre qu'elle fe plaifoit à
l'écouter. Elle avoit l'hu
meur affez enjoüée ; & fi
elle ne s'expliquoit pas toûjours
en termes corrects , il
imputoit ce défaut au peu
d'habitude qu'elle avoit du
monde. La nuits'avançant
,
la Dame voulut congédier
Septembre 1681.
87-
V
234 MERCVRE
3
PÉtranger ; mais il s'obftina
a la remener chez elle , &
34lors qu'il fut afa Porte, comavoit
fçû que le Mary
mei
devoit revenir fort tard , il
luy demanda permiffion de
l'entretenir encor quelque
temps . Elle luy fut accor
dée , & une vieille Servante
qui eftoit venue ouvrir , leur
porta de la lumiere dans une
Salle proprement meublée,
d'où elle eut ordrende ne
point fortir. La précaution
le chagrina , mais il fallut
qu'il prift patience , & qu'il
bornaft fes prétentions à
GALANT 235
eftre écouté favorablement.
On luy témoigna qu'il plais
foit affez , & que s'il eftoit
du voifinage , on pourroir
trouver moyen de faire avec
luy un commerce d'amitié,
mais qu'un Etranger n'ayant
rien de ftable , il eftoit fort
difficile de s'affurer de fon
coeur. Il répondit à cela par
mille affurances , d'acheter
du Bien aux environs , & à
l'entendre, il eftoit preft de
paffer une partie de l'année
dans la Ville mefme fens..
L'A
divers
prétextes que
mour luy
fourniffoit.od
Le
Tij
236 MERCVRE
heures coulant fort vifte , la
Belle craignit de ſe voir furprife
, & remit au lendemain
à examiner les offres , sil
vouloit luy rendre une feconde
vifite quand la nuit
commenceroit. Elle l'affura
que les plaifirs de la Feſte
occuperoient encor ſon Mary
, & qu'elle auroit liberté
entiere de reprendre l'entretien
où elle eftoit obligée
de le laiffer. Vous pouvez
croire que le Rendez - vous
ne déplût pas. L'Etranger
fortit remply d'efpérance ; &
pour s'acquerir la Vieille qui
GALANT 237
eftoit témoin de toute l'Im
trigue, il luy fit un préfent en
laquittant , ultrout grande
foin de bien remarquer la
Porte , & réfolut de paffer
encor un jour en Auberge
pour voir quelle fin auroit
l'Avanture . Le lendemain
comme il fortoit de fa Chamee
bre fur les fix heures du foir,
il fut fort furpris de trouver
fur l'Escalier un Gentilhomme
de fa connoiffance qui
venoit chercher un Cavalier
Fogé depuis quelques jours.
dans le mefme lieu. Plufieurs
Campagnes qu'ils
་
་ ་
D
238 MERCVRE
"
avoient faites enſemble dans
le mefme Regiment , les avoient
rendus amis , & ne
s'eftant point veus depuis la
Paix , ils ignoroient la fortune
l'un de l'autre . Ils s'embrafferent
avec beaucoup de
marques de joye ; & afin
d'avoir le temps de s'entretenir
, l'Etranger retint le
Gentilhomme à fouper. Le
plaifir d'eftre avec luy, l'obligea
de luy facrifier une
grande Compagnie , avec
laquelle il luy dit
que lés ré
jouiffances publiques le fai
foient eftre de fociété, & fur la
GALANT 239
•
furprife que fon Amy luy
montra de le trouver habi
tant d'un Lieu où il fçavoit
qu'il n'eftoit pas né , il luy
dit qu'y eftant venu pour
quelques affaires , il s'eftoit
laiffé charmer d'une affez
jolie Perfonne qui l'avoit
bien voulu époufer , & avec
laquelle il luy promettoit
de luy donner à dîner le
lendemain. Cet engage
ment parut favorable à l'Etranger
, qui ne cherchoit
que l'occafion de s'arrefter
dans la Ville. On apporta
le Soupé , qu'ils firent durer
a
240 MERCVRE
longtemps , en fe rendant
compte de mille choſes qu'-
ils fe demanderent. La nuit
approchant , le Gentilhomme
qui eftoit bien aile de
divertir fon Amy , le voulut
mener au Bal , ne dou
sant point qu'eftant fort galant
, il n'acceptaft
le party,
par l'envie de voir ce que la
Ville avoit d'aimables Perfonnes.
Le refus qu'il fit de
ce divertiffement ayant
tonné celuy qui le propofoit
, il le preffa tant de luy
en dire la cauſe , qu'il falut
enfin que l'Etranger luy fift
confidence
GALANT. 241
confidence de Rendez - vous
qu'il avoit. Le récit de l'Avanture
dans toutes les circonſtances
donnant une curiofité
entiere au Gentilhomme
, il demanda qui
eftoit la Dame. L'Etranger
luy protefta qu'il n'en connoiffoit
que la Maiſon ; &
fon Amy l'yulant accompagner
, il le pria de foufrir
qu'il fuft difcret , & de
ne point exiger de luy ce
qu'il fçavoit n'eftre pas d'un
galant Homme. Le Gentilhomme
fortit fans le preffer
davantage , & le pria feu
Septembre 1680.
X
242 MERCVRE
Ju 1300
lement de l'attendre le lendemain
, parce qu'il viendroit
le prendre pour le conduire
chez luy. La nuit com-
XX
mençoit à eftre obfcure.
Cela fut cauſe qu'ayant envie
de fçavoir chez qui l'Etranger
eftoit attendu , il
s'alla cacher à vingt pas de
là , afin de le fuivre quand
il fortiroit. Il eut bientoft
ce plaifir , & s'il marcha fur
fes pas fort fatisfait de n'eſtre
point veu , il paya bien
cher cette courte joye , lors
que l'Etranger s'arrefta devant
fa Porte. Il y frapa. On
GALANT. 243
luy vint ouvrir , & à la maniere
dont le Gentilhomme
vit qu'on le reçût , il fut
convaincu de l'intelligence.
La fureur d'abord s'empara
de fon efprit. Quelque affurance
qu'il euft de la vertu
de fa Femme , il crut qu'il
eftoit trahy , & cette penfée
troubla fi fort fa raifon
, qu'il fut fur le point
d'executer tout ce que la
vangeance luy fuggéroit
pour le fatisfaire. Cependant
au milieu de ce grand
trouble il fe fouvint que lors
qu'il avoit quitté fa Femme,
X ij
244 MERCVRE
elle fe
SVUOD
It pour
aller fou paroit
d'A
901 BONUS ups a l'up do
200
per chez une Dame , à qui
en fuite on donnoit le Bal
Il fe raffura par cette reflé.
xion , & rappellant
les tendres marques
d
mour qu'elle luy avoit tours
jours données
, il fe condamna
luy- mefme de la connoiftre
affez mal pour la
foupçonner, non feulement none
as shinob
d'une lâche perfidie , mais
d'eftre capable de s'attacher
à un Homme qu'elle n'auroit
veu qu'une ſeule fois .
La Maifon où elle devoit
avoir foupé eftoit tout pro-
MEMERIDAS
GALANT 245
"
che. Il y courut , & trouva
fa Femme fort brillante en
Diamans , qui achevoit de
dancer une Courante . Il
ne fçut que croire de ce qu'il
venoit de voir , & ceffa d'en
eftre en inquiétude . Il fuffifoit
qu'il n'euft aucun intéreft
au Rendez - vous , &
qu'il puft fçavoir qui l'avoit
donné en faifant parler la
vieille Servante . Tandis qu'il
examinoit quelle conduite
il devoit tenir dans cet éclairciffement
, l'Etranger faifoit.
merveilles auprés de fa Belle.
Il l'avoit trouvée fort "
X iij
246 MERCVRE
propre & fort ajuſtée , &
connut par là qu'elle avoit
deffein de toucher fon coeur.
C
L'agrément de fon vilage
augmenté par fa parure, produifito
l'effet qu'elle sen
cftoit promis. „ L'Etranger
fentit augmenter fa paffion,
ཞ་
yeux
T'oc
2
& le plaifir de fes
cupant entierement , il ne
fonges qu'à les fatisfair
Ce que la Belle difoit n'avoit
pas un tour fort fin ,
mais il eftoit dit ave enjoüement
, & dans une Femme
dont la Perfonne a fçu
plaire , les moindres choles
GALANT: 247
paffent pour efprit, L'en
tretien roula fur mille pro
teftations d'amour que l'E
or fit dans les termes
Hver
tranger
les plus forts & les plus capables
de perſuader la Belle.
Il l'affura qu'une affaire qu'il
seftoit faite l'empefcheroit
de partir fi- toft , & que fon
bonheur eftant de ne point
s'éloigner d'elle , il n'auroit
aucune peine à en trouver
les moyens . La Belle ne fur
point avare de réponſes engageantes.
Elle luy dit en
le regardant fort tendrement
, que pourveu qu'il
X iiij
248 MERCVRE
fçûſt aimer , il n'auroit point
lieu de felrepentir des foins
qu'il vouloit hyrendre , que
l'occafion des Rendez - vous
•ne manqueroit pas , & qu'il
pourroit compter -fur fon
coeur , dy le fien eftoicà elle p
Une déclarationdi obligearb
te dans un tefte- à -tefte acu?
cordé fi librement , fit voir
à l'Amanti qu'il en devoit
profiter Il voulut prendre
quelques libertez ; mais ce¶
fut en vain qu'il s'oublia. D
La Belle , avec fon air toû
jours enjoué , modéra fa
paffion ; & quoy qu'il put
OV
7
GALANT 249
dire comme fes Services
devoient préceder la récom
penfe , la plus grande liberté
qu'elle luy foufrit for delay !
baifer quelquefois la main,
encor fut- ce fur fon Gand, I
qu'il n'eut jamais le pouvoir
de luy faire ofter Cette réJJ
gularité qu'il n'attendoit pas, "
ne fit que donner de l'are ?
deur à fes defirs . Il ne pou
voit le réfoudre à quitter la જે
Belle & fur ce qu'elle luy
dit trois ou quatre fois qu'il
eftoit temps de fe féparer, il
tira une Montre de fa poc
che , afin qu'elle füft cer
250 MERCVRE
1
taine de l'heure. La Montre
qui eftoit des plus petites,
plût fort à la Belle , qui la
nomma un joly Bijou. Ce
fur affez pour engager
fon
Amant à la luy offrir. Elle
en fit quelques refus , &
pour les faire finir il la laiſſa
fur fa Table. On fe dit en
fin adieu , & on le quitta
apres des mefures prifes pour
fe revoir avant qu'il fuft
peu. L'Etranger devoit eftre
inftruit de l'heure par u
Billet qu'on promettoit de
luy envoyer. Il fut vifité le
lendemain par le Gentil
un
SOME
GALANT. 25r
te
TOD
homme , à qui la vicille Servante
s'eftoit veue contrain
e de découvrir ce qu'il avoit
foupçonné. La Suivante de
ſa Femme , qui eſtoit jolie
& fort enjouée , s'eftoit voulu
divertir à la promenade,
& pour n'eftre point conuë,
elle avoit pris un Habit de
fa Maiftreffe , & joué le Perdont
Etranger
eftoit devenu la dupe. Son
Amy en le voyant , luy de
manda des nouvelles de fon
Rendez - vous , & apprit de
luy qu'il avoit trouvé plus
de vertu dans la Dame que
252 MERCVRE
fes premieres démarches ne
donnoient lieu d'y en croire
, mais que cependant
apres
les
t
marques
d'amour
qu'il en recevoit , il ne doutoit
point qu'un peu de
temps n'achevaft ce que le
hazard avoit commencé . Le
J
1
Gentilhomme ayant dit qu'il
eftoit bien aife qu'une intrigue
d'Amourete luy fift
efperer la joye de le poffeder
pendant quelque temps,
adjoûta que peut- eftre il
trouveroit dequoy fe defennuyer
dans l'entretien de fa
Femme ; qu'on luy croyoit
GALANT 253
fit
de l'efprit , & qu'il efperoit
qu'après l'avoir veue , il ap
prouveroit fon choix, En
meſme temps il le conduiit
chez luy, & le fit entrer
dans la mefme Salle où il
fçavoit qu'il avoit cftéqrear
çeu par la Suivante, Jugez
de l'étonnement de l'Etran
ger , quand il reconnut la
Maiſon de fon Amy pourt
le Lieu mefme où il avoit cu
deux fois Rendez -vous .
ร บก
Tour
y failoit
croire
que
a Femm ceftoit l'aimable
Perfonne qui cherchoit à
' arrefter & fon bonheur
;
254 MERCVRE
dépendant d'avoir avec elle
de fréquentes entreveuës, il
ne trouvoit rien de plus fingulier
que de s'en voir faciliter
les occafions par fon
Mary mefme. La rencontre
eftoit fi avantageuſe à ſa
paffion , qu'il n'en pût cacher
fa joye . Elle parut dans
fes yeux , & le Gentilhomme
qui l'obfervoit , eut le
plaifir de lire dans fes penfées
, & de remarquer combien
il s'applaudiffoit de fon
prétendu triomphe. Il le
quitta un moment pour aller
voir fi fa Femme eftoit
GALANT. 255
#
en état de le recevoir , &
revint prefque auffitoft pour
'le mener dans fa Chambre .
Comme l'Etranger y croyoit
trouver la Dame qui luy
marquoit tant d'amour , il
eft aisé de juger du plaifir
qu'il fe faifoit de la Comédie
qu'il alloit joüer en la
falüant comme une Inconnuë.
Il entra remply de cette
penſée , & fe préparoit à luy
faire un compliment qu'elle
puft entendre fans que fon
Mary y découvrift rien de
particulier , quand il apperçeut
une Dame tres - bien
256 MERCVRE
faire qui s'avança quelques
pas vers luy La fupprifes de
trouver une aubres Perſonne
qu'il ne s'eftoit sattendu de
voir , le mit dans un fi grand
trouble ' qulik pût à peine
luy dire deux mors. Le Gentilhomme
en comprit la cau
fe & la Dame qui n'avoit
encor rien fçu de l'Avantur
re , imputa fon embarras au
férieux qu'on garde d'abord
avec les Perfonnes qu'on ne
connoît point. Pendant
qu'il tâchoit de ferremcard
l'efprit , la Suivante eftoit
dans un Cabinet tout proGALANT.
297
che , où elle cherchoit des.
Gands que fa Maiſtreffe a
voit demandez. Elle en fortit
pour les apporter , & n'eut
pas fait quatre pas , que jettant
les yeux fur l'Etranger,
elle demeura toute interdite.
Le defordre où il eftoit l'empéchant
de prendre garde à
une Perfonne , dont l'Habit
tres - negligé marquoit la
condition , elle cuft fuy fort
aifément avant qu'il l'euft
remarquée , fi le Gentilhomme
ne l'euft retenuë. II
la tira par le bras , & la contraignant
d'approcher de
Septembre 1680. Y
258 MERCVRE
il
le
pra
fon
Amy ,
EP JICTIV
de la
tire fi fa
regarder , & de luy dire
Femme ne l'expofoit pas à
ay
manquer
de fidence luy
gardant
chez
ellen chez elle une fi jolie
Suivante. Jugez combien
l'un & l'autre
Jncerté.
Rien n'approcha du
dont fut faifi l'Etranger
,
quand
il reconnut
la tromperie
qu'on
luy avoit
faite.
Son
trop
de crédulité
fur
une
apparence
de bonne
fortune
eftoit
pour luy une
honte
dont
il le faifoit
de
cruels
reproches
, & il ne
trouvoit
à s'en confoler
que
GALANT 259
par la penſée que l'Avan
ture ne pourroit ſe décou
fine
vrir. Le Gentilhomme qui
en fçavoit le fecret, joüiſſoir
plaifir de tout l'embar- avec
our
ras qu'il faifoit paroiftre.
de SIREnivante dif
Sc
part
faire
1EOn
fe mit
à table
,,
&
quoque x quoy
que
puſt
faire
l'E
tranger
, il refta
toûjours
ref.
veur
. Il prit
congé
le plutoft
SHE
MOVE
Vul
qui
put, & partit
ce mefme
qu'il
jour
, apres
avoir
dit
à ſon
Amy
, qu'une
affaire
fort
preffée
dont
il s'eftoit
fouvenu
, le forçoit
de renoncer
à la douceur
de fes Rendez
Y ij
260 MERCVRE
vous. Le Gentilhomme
conta l'Hiftoire à fa Femme,
à qui la Suivante ne déguiſa
rien . Comme elle avoit quel
que efprit, elle tourna cette
Intrigue d'une maniere plai
fante, qui faifoit connoiftre
que fon feul edeffein bavoit
efté de fe divertir de la vanitéh
d'un Inconnu
. Elle en garab
doit une Montre, & c'eſtoir ,
dequoy fe fouvenir de luy àd
route heure , b13 Suusé vo
: Je vous manday la der
niere fois que le Parlementa.
d'Ecoffe avoit { /commencé
fes Séances à Edimbourg le
GALANT 26F
Jeudyol d'Aoult. Quelques
jours auparavant, M' le Duc
dYork, Grand Commiſſaire
de Sa Majefté Britannique,
& les Seigneurs du Confeil
Privé ,pavoient fait un Acte
pour établir,felon l'ancienne
pratique du Royaume , l'or
dre de la Cavalcade qui fe
devoit faire à l'ouverture de
ce Parlement, depuis l'Abb
baye de Holyroode Houle, b
ou Sainte Croix , jufqu'au
Lieu de l'Affemblée. Cet
Acte portoit, si sup dot arm
Que les Magiftrats d'Eb
dimbourg feroient mettre
262 MERCVRE
20311
les Bourgeois bien armez,
& en tres bon ordre , en
haye depuis Ladyfteps juf
qu'à Netherbour , les Gar
des de Sa Majefté faifant
une autre haye depuis Ne
therbour juſques au Palais .
2 ) Que les mefmes Magiftrats
ordonneroient, fous de
grandes peines, qu'on ne fif
aucune décharge d'Armes,
qu'on ne déployalt pas les
Enfeignes , qu'on ne batiſt
point les Tambours durant
la Cavalcade , & qu'on ne
vift aucun Carroffe , dans
Edimbourg jufqu'à ce que
GALANT. 263.
la Cerémonie fuft entierement
achevée Qu'ils feroient
dreffer deux Barres
de bois dans l'enelos de
l'Abbaye, & autant à Ladyfteds
, pour monter & defcendré
de cheval
a
odiofi
3. Que le Conftable ou
Commiffaire, avec fes Gardes
armez de Pertuifanes, fe
mettroit en haye depuis Ladyfteps
, ceux - cy eftant au
dehors, & ceux du Maréchal
au dedans , à l'exception de
fix Pertuifaniers du Conftable
qui feroient dedans , felon
l'ancienne pratique.
264 MEROVRE
34. Que tous les Membres
du Parlement
fe trouve
roient à la Gavalcade , fous
peine d'amende
fuivant
l'Acte de 1661 of
ism Que lors qu'il y auroit
double élection
de Com.
milaires aucun d'eux ne
paroîtroitusno
od nev
6. Que la Nobleffe mart
cheroinen Robes & en Man
teaux longs , lust not
7. Que les Officiers d'Etat
qui n'eftoient pas Gentils
hommes, & qui avoient des
Robes affectées à leurs Charges
, marcheroient avec ces
xBds myslivcenzy 2
Robes.
GALANT. +265
Que les Membres ou
Députez marcheroient couverts
, excepté ceux qui porteroient
les Honneurs ,97819
9. Que le Lyon Roy d'Ar.
mes , fes Hérauts , Pourfuivans,&
Trompetes , marchefoient
immédiatement devant
les Honneurs , le Roy
d'Armes avec la Cotte , fa
Robé, la Chaîne, & ſon Bâton
, feul & immédiatement
devant l'Epée , les autres
avec leurs Cottes & Manteaux
longs, nue tefte, felon
l'ordre 'accoûtumé, due
10. Que deux Maffiers du
Z
Septembre 1681.
266 MERCVRE
Confeil , & les quatre Maf
fiers de la Seffion , marcheroientides
a deux côtez des
Honneurs , nuëzteſte , avec
leurs longs Manteaux , les
deux premiers aupres de la
e & les quatre au-
790
tres aupres du Sceptre & de
J'Epée.
11. Que la place la plus ho
norable, feroit d'aller le dernier.
donem 2amplov 20
312. Que chaque Duc auroit
huit Laquais , les Marquis
, fix chaque Comre,
quatre chaque Vicomte,
trois , chaque Lord , trois ;
GALANT: 267
chaque Commiffaire pour
un Comté, deux ; chaque
Commiffaire des Bourgs, un.
Que chaque Seigneur auroit
apres luy un Gentilhomme
pour porterfa queuë ; & que
quand les Seigneurs entreroient
à la Chambre , ces
Gentilshommes fe tientroient
hors de la Barre.
-113 . Que les Archevelques
& Evelques marcheroient
avec leurs Robes ordinaires
& leurs Manteaux longs ;
que les premiers pourroient
avoir huit Laquais , & les
derniers , trois ; & que cha-
Zij
268MERCVRE
cun d'eux auroit un Gentilhomme
nub tefte pour porten
faqueliöup sin
29b4uQueides Laquais des
Nobles pourroient avoir fur
lelus Livrées dune Cafaque
de Velouts avec leurs Ar
hes, leurs Timbres, & leurs
Deviles gravées fur des Pla
ques d'argent , ou en brodorie,
leroutconformement
L'ancienne Coûtume , on
qu'ils auroient feulement les
Livrées ordinaires, lam
915 Que des Conſtable ou
Commiffaite, & le Maréchal,
iroient le matin prendre les
GALANT 269
5
ordres du Grand Commif
faire , & reviendroient fans
cerémonie ; que le Conftat
ble vifiteroit à pied tous les
Lieux au deffus & au deffous
deplas Chambre du Parle
mentique brevêrul de sfa.
Robe , & fon Bâton à la
main ,bitufe mettroit dans
une Chaire à l'entrée de la
Court du Ladyfteps , qu'il
fe leveroit pour falter chaque
Membre du Parlement
à mesure qu'ils defcendroient
de cheval, & les recommanderoit
à ceux de fa
Garde , pour eftre conduits
Z.iij .
270 MERCVRE
aux Gardes du Maréchal
16. Que le Maréchal affis
fur une Chaife, & fon Bâton
à la main, les traiteroit de
la mefme maniere lors qu'ils
entreroient dans la Porte,
291dmoMeg
17. Que les Officiers de
PEtat qui eftoient Nobles,
marcheroient en Robes depuis
l'Abbaye une demy
heure avant la Cavalcade,
& le rendroient
à la Cham
bre du Parlement jufqu'à
l'arrivée du Grand Commif
ordinaire
faire. Quanduns
a la Commiffion
, le Chancelier
prend
dans fa main la Bourer
GALANT 271
su cette Commiffion eft enfermée,
la tient élevée depuis
ta Barre jufqu'au Trône , mais
quand un Fils on Frere légitime
de Roy eft Commiffaire , il la
tient élevée la
Portegas
,
18. Que tous les Membres
iroient recevoir
le Grand
Commiffaire
à la Salle des
Gardes, la Nobleffe en Robès
de cerémonie , les Valets
& les Chevaux
, reftant
dans
la Court.
19. Que le Roy d'Armes
Lyon,avecfa Cotte,la Robe,
fa Chaîne, & fon Bâton, accompagné
de fix Hérauts,
Z. iiij
272 MERCVRE
de fix Pourfuivans, & de fix
Trompetes , l'itoit aufficres
cevoir. C'eſt luy qui ordonne
toute la Gavalcade, 91900 as
$
20. Qu'aufſi- toft que de
Grand Commiffaire feroin
preft , de Lord Gardep dess
Regitres , ou quelqu'autre)
marqué par luy , & Lyon
Roy d'Armes, eftant enfem,
ble , chacun un Rôle à la
main , nommeroient deux )
des Seigneurs ou Députez ,
pour marcher chacun felon
leur ordre ; qu'un Héraus !
feroit aupres de la Feneftre
criant la mefme chofe, &
GALANT 273
arlav I unlautre à la Porte , pour
prendre garde fi l'ordre fe
roin obſervélo
1
21. Que les Membres mar
cheroient deux à deux, chaque
Degré ou Ordre à part,
& à quelque diſtance , fans
femeller les uns avec les au
tresy en forte que fi quelqu'un
fe trouvoit feul dans
fon sordre , il marcheroit
feubb erordion , Pain
22. Que le Lord Garde
des Regiftres , feroit les Rôles
du Parlement
, tant pour
marcher , que pour les autres
fonctions , conformé
274 MERCVRE
ment aux Rôles du dernier
tenu en 1669. dont il donneroit
un Double à Lyon
qu'on appelleroit les Membres
felon cet ordre qu'ils
marcheroient felon qu'ils
feroient appellez ; & que fi
quelqu'un croyoit foufris
préjudice, il pourroit pro
tefter , & en fuite fe pours
voir au Parlement.
23. Que les Honneurs fe
roient portez immédiatement
devant le Grand Com
miffaire la Couronne
par
le Marquis de Douglas &
en fuite le Sceptre par le
GALANT 275
premier Comte qui fe trous
veroit préfent , L'Epée par le
fecond Comte , & qu'ils
marcheroient un à un , la
tefte nuėjo ton wate
el24 Que les Ducs & les
Marquis marcheroient a
pres le Grand Commiffaire,
à quelque diſtance neant.
moins , felon l'ancien ufage.
25. Que le Grand Ecuyer
marcheroit tefte nue apres
le Grand Commiſſaire 1
mais un peu a cofté , lors
que ce Grand Commiffaire
eft Fils ou Frere légitime du
Royg suot stort nå
276 MERCVRE
26. Que l'Huiffier , le Bå
ton blanc à la main b mar
cheroit nuë tefte aupres du
Grand Commiffaire, devand
& à coſté , de la mefme fora
te , & du meſme colté que
le Grand Ecuyer le met der
riere. ziste¶ 36 15ab0191
-327. Qu'auffitofton quey sle
Grand Commiffaire décen
droit des cheval , le Lord
Conſtable le recevróit , såd
le conduiroit jufqu'au Maréchal
des Gardes , & qu'en
fuite ils le conduiroient eng
femble jufqu'au Trône , &
feroient la mefme choſe au
retour.
GALANT 277
128. Que lors que les Membres
du Parlement décen
droient de chevalt les Vá
lets & les Chevaux fe retireroient
dans la Place du Marché,
jufqu'à ce que le Grand
Commiffaire fuft preft de
retourner au Palais.
$129.Que le retour au Palais
feroit de la meſme forte,
alexception que le Conſtable
& de Maréchal marche
raient à cheval à coſté du
Grand Commiffaire , le premier
à la maindroite & le
fecondâ la gauche , que les
Officiers de l'Etat qui fel
JH0191
278 MERCVRE
"
>
roient Nobles , ne montel
roient à cheval qu'apres que
le Grand Commiſſaire feroit
party,& qu'ils marcheroient
à quelque diſtance des Gar
des.mabato un co . 201
Suivant cet Acte , qui a
efté inferé dans les Regiftres
du Conſeil Privé , & dans les
Lettres du Roy d'Armes
Lyon , la Cavalcade fel fit
dans l'ordre fuivant. xab
Deux Trompetes , avec
leurs Cottes d'Armes & leurs
Bannieres , tefte nuë .
Deux Pourfuivans , avec
leurs Cottes & Manteaux
GALANT. 279
longs , tefte nuë. A in by
Les Commiffaires des
Bourgs , deux à deux .
In Les Commiffaires des
Comtez , deux à deux.
Les quatre Officiers de
l'Etat qui n'eftoient pas Nobles
, deux à deux .
201 Les Lords ou Barons,
deux à deux.
it Les Evefques , deux à
deux .
Les Vicomtes , deux
deux.com
Les Comtes, deux à deux.
3 Les deux Archevefques.
Quatre Trompetes , nue
280 MERCVRE
zefoe , deux à deux no sup
Quatre Pourfavans deux
deux, nhöfte¶9U
95 SixHérantsd'Armes, ñue
tefte deux à deuxto il fo
Lyon Roy d'Armes aved
fan Corte RobeniCollier,
Bâton & Manteau long, nud
teſterobasi
29
я.A 2
25L'Epée Royale portéel
par le Comte de Marlinu
tefterol & boiq absolv
LeSceptre , par le Comter
d'Argile , nuëtefte. ) é olda
La Couronne, par de Marlo
quis de Douglas, mië teſtep
avec deux Maffiers de cha
„IZDI sydosiq Z
GALANT 281
J
que coftéz ainfi qu'au Scep
ne & à l'Epées 1970
Une Perfonne de qualité
Bue tefte , portant la Bource
où la Commiffion eftoit en
fermée. mm A'b yo ♬ noy !
L'Hoiffierau Bâton bland
cofté , & nue teftes not¶
S. A. R. Grand Commif
faire du Royo fuivie de fes
Gentilshommes yno Pages ,
Valets de pied ; & à fon re
tour , ayant le Grand Conftable
à fa droite , & le Maréchal
à fangauche en Robes
de Ceremonie, no C of susp
Le Grand Ecuyer , nuë
Septembre 1681.
A a
282 MERCVRE
tefte & à coftél & M
Les Ducs & les Marquis
en Robes 201
Le Capitaine des Gardes
du Roy,à la tefte des Gardes
Environ demys heure avant
la Marche , Mile Mar
quis d'Athel , que S. A. R. a
nommépour remplir la pla
ce de Chancelier d'Ecoffey
vacante par la mort du Duc
de Rhotes, en attendant que
le Roy en ait fait un autre,
marcha avec le Garde du
Sceau Privé, tous deux en
Robes de Cerémonie , les
premier à la droite , avec fa
GALANT 283
Maffe & la Bource devant
liy, & de fecond à la gauche .
Ils marcherent au retour à
quelque diſtance des Gar-
- Apres qu'on fut arrivé au
Lieu où le devoit tenir l'AL
femblée , & que l'Evelque
d'Edimbourg cut fait les
prieres ordinaires, Mile Duc
d'York eftant placé fur le
Trône , on lût la Commif.
fion du Roy , & la Lettre
qu'il avoit écrite au Parlement.
Elle marquoic à ceux
qui , le compofoient , Qu'
ayant toûjours eu une affections
2.
A a ij
284 MBRCVRE
particuliere pour fon ancien
Royaume d'Ecoffe attaché del
tout temps avec conftance dr
refpect à la Famille Royale,
( Vous fçavez , Madame, que
Jacques VI Roy d'Ecoffe,
Ayeub de Sa Majesté, wit
à la Couronne d'Angleterre
parla mort d'Elizabeth, )
il ne doutoit point qu'ils ne confentiffent
avec zele er promptio
tude à tout ce qui leurferoit pro
pofe pour fon fervice, qui eftoit
inféparable du bonheur de fest
Sajets ; Que des Schifmes ayans
esté excitez d'abord dans E
glife d Angleterre, & des Re
•
GALANIM 285
woltes enfuite, il attendoit de
leurs prudentes Delibérations
des Remedesfeurs pour arrester *
le cours de ces mauxe Qu'avecles
précautions neceffaires, il eft)
péroit que le Gouvernement tel
qu'on le voit létably felon les
Loix dans l'Eglife & dans s
1 Etat ,feroit foutenu par la ref
pectueufe obeiffance qui luy ef
toit deues & que tousfes Pen
plesferoient confervez dans une
parfaite tranquillité; Que c'eftoit
pour arriver à ces grandes
fins, pour établir par leurs ?
aves des Loix, dont quelques cass
arrivez depuis le dernier Par- 3
1
286 MERCVRE
lement, luy avoient fait con
noistre le befoin pour l'adminif
tration de la Faftice ,I qu'ile les
avoir affemblez Que pour leur
donner une marque toute fingu
liere defa bienveillance , il avoit
choify le Duc d'Albanie
d'York fon Frere pour eftre fon
Commiffaire dans leur Affem.
blée, comme celuy qu'il connoiffoit
extrémement attaché à leurs
interests , & auquel ils avoient
rendu toute forte de reſpectpen
dant fon longfejour en Ecoffe,
ce qui luy a voit donné le moyen
de s'inftruire à fond des Affaires
de cet ancien Royaume . Lalle
GALANT. 287
Gture de cette Lettre fuftfui
vie d'un fort beau Diſcours
de SAR Ce Prince, apres
avoir fait connoiftre com
bien il fe tenoit honoré de
la confiance que Sa Majesté
lay témoignoit en le nomi,
mant fon Grand Commif,
faire dans fon ancien Royau
me d'Ecoffe , dit qu'il estoit
d'autant plus perfuadé que cette
Affemblée fe termineroit avec
fon entiere fatisfaction, & celle
de tous fes fidelles Sujets , que
pendant le longfejour qu'il avoit
fait parmyeux, ily avoit trouvé
les Efprits entierement diſpoſez
288 MERCVRE
à tout ce qui eftoit de ſervice de
SaMajestés Que leRoy, done
ils wenoient d'entendre la Lettre
obligeantes luy a voit commande
de les affarer qu'il maintiendroit
inanolablement, ainfi que les
Loixl'avoient établie di Relie
gion Proteftante dans cer ancien
Royaume Qu'il maintiendroir
de la mefme forte le Gouvernes
ment de l'Eglife parles Archer
velques par les Evefques
dont il prendroit les perfonnes
fous fa Royale protection Qu'il
"leur recommandoit d'examiner
par quels moyens on pourroit
venir àbout defuprimer les Com
Alex venticules
d a
GALANT 289
Senticules de Rebelles , d'où procáddient,
ceš aptnion's horribles
en extravagantes, qui au grand
fcandale de la Chreftiente, ne
• pouvoient avoir que des fuites
trés -funeſtès¿ » Qu'il leur décla
roit au nom de Sa Majesté, quà
fon intention eftoit, ainfi qu'elle
avoit toujours effé, que les Loix
euffent leur cours ordinaire pour
lafeûreté des Biens & des droits
dofes Sujets Qu Elle s'appofe
roit à tout ce qui ne leur eftoit
pas conforme , & qu'Elle eſpérais
qu'ils n'auroient pas moins
• defidelité que leurs Ancestres
pour défendre aved vigueurfa
Septembre 1681.
Bb
290 MERCVRE
©
Royale prérogative , en déclarant
que le droit defa Couronne
regardoit fes naturels légiti
I
mest
Heritiers ! Il finit en leur
difant , que l'inclination qu'il
2 avoit de contribuer à leurs avan-
«tages , ayant efté un des principaux
motifs qui avoient porté
Sa Majesté à luy confier l'Employ
qu'il avoit à foûtenir ¸ il
leur feroit voir combien il s'in
Toit
au
bien
de
tout
le
Royaume. Si toft qu'il eut
ceffé de parler, on fit prefter
le Serment aux Députez, &
on nomma les Seigneurs des
Articles. Ils font ainfi apdЯ
GALANT. 291
pellez , parce qu'ils doivent
faire toutes les Propofitions
à l'Affemblée. La Coûtume
veut qu'on choififfe pour
cela huit Evefques, huit My
lords, huit Chevaliers, & huit
Bourgeois. Au fortir de là,
Mile Duc d'York traita tous
les Seigneurs & les Députez
avec une magnificence digne
de luy Je ne vous dis
rien de ce grand Feftin , dont
je vous parlay le dernier
mis, no lang ob Shos
38 Le Lundy fuiyant, le Parlement
s'eftant , raffemblé,
fit lire deux fois fa Réponſe
25
Bb ij
292 MERCVRE
au Roy. Elle contenoit, au
nom de tous ceux qui for
ment ce Corps, des affurances
d'une fidelité inviolable,
Qu'ils prétendoient faire voir à
fes autres Royaumes , & àtoute
La Terres qu'ils eftoient perfua+
dez que leurs vies & leurs biens
ne pouvoient eftre mieux employez
qu'à maintenir les légi
times droits les justes prérogatives
de la Couronne de Sa
oCoronet drbi
Majesté, & qu'on n'y pouvoir
donner la moindre atteinte fans
renverser les Loix fondamen
tales de l'ancien Royaume d'E
coffe; Que bien qu'il fust aray
वध
GIACANT 293
queplufieurs Perfonnes y avoient
troubleste Gouvernement de Sa
Majeſté, deurs massimes effaient
foextravagantes,
fuivies d'un fi petit nombre de
Gens de marques quils eſpér
roient que les crimes des Compat
bles ne feroient pas imputez au
avoient ofté
Royaumes Que ceux qui le repréſentaient
en ce Parlement
auroient foin de chercher des remedes
fuffifans pour arrefter ces
defordres Qu'ils voyoient avec
une extréme fatisfaction que Sa
Majesté s'intéreſſaſt fortement
à conferver la Religion Protef
tante ? Qu'ils luy rendoient tres-
Bb iij.
294 MER
CVRE
humblement
grace de ce qu'Elle
mopour déliancien
les avoit convoquez , pour
berer conjointement far ſes inté
rests , & fur ceux defon
Royaume , qu'ils croyoient devoir
efire inseparables; Que l'a
b. and
confervation des
n des droits de la
Monarchic tant abfolument
neceſſaire pour celle de leurs li
bertez & de leurs biens , ilsfe
Wheur
A
rolent
&
&
Leur reſpect en déclarant par de
Loix pofitives qu'ils reconnoif
foient de bon coeur avecfou
miffion les justes prérogatives de
fa Couronne Impériale dans l'or
dre naturel de la Succeſſion
was da
GALANT 295
Qu'ils resteroient fermes teroient fermes dans
la réſolution de ne ſe départir
jamais de leur devoir envers la
Famille Royale, & lesHeritiers
Succeffeurs légitimes de Sa
Majefté; Qu'ils la remercioient
auffi tres-humblement de l'honneur
qu'Elle avoit fait à fon
Royaume d'Ecoffe , en nommant
fon Royal Frere pour fon Grand
Commiffaire dans ce Parlements
Que ce Caractere foutenu par
le Fils de leurs anciens Monarques,
qui les avoientfi longtemps
fheureusement gouvernez,
les mettoit fortement devant
Les yeux leur obligation natu
Bb iiij
206 MERCVRE
t
relle ; Quesce Princes quefes
grandes qualitez élevoientpas
moins querfal naiſſance eſtant
très bien informe de leurs Af-
*faires, & s'intéreffant à en prem
"die foin, & Sa¶ Majestéppouvoit
juſtement attendre d'un Parle
ment conduit par un Commiſ
faire de ce mérite , tout ce qui
feroit jugé néceffaire pour affer
mirfon Autorité Royalezie
pour conferver tes droits légiti
mes de fes Succeffeurs, muon
chargea le S ' Charles Straton
de cette Lettre , pour la por
ter à Londres au Comter
Morray, feul Secretaire d'E
r
DOIACANTI 297
-
tat pour ce Royaume. əllər
and Leio23.ldu- mefme mois.
d'Aouſt, le Parlement parki
un Ace par lequel il recons
noit dans les termes les plus
forts, que las Rays de ce
J
Royaumebayant regeu leur
Pouvoir de Dieu foul , leur
Succeffion , reglée de tout
remps felon les degrez ordi
naires de confanguinite, ne
peut eftre interrompue par
aucun Statut , que c'eft cher
cher à engager les Peuples
dans le parjure & dans la
rébellion, que d'y vouloir
apporter aucun chagement,
298 MERCVRE
& qu'apres la mort des Roys
& des Reynes , leur Serment
de fidelité les oblige d'obeir
à leur plus proche Heritier
légitime, Malle ou Femelle ,
fans que la diférence de Req
ligion , ny aucune Loy de
Parlement, les en puiffe dif
penfer. Le mefme Acte
porte, que par l'avis & con
fentement du Parlement,
Sa Majefté déclare qu'aucuns
Sujet du Royaume ne peut
travailler , de quelque maniere
que ce puiffe eftre , àp
changer l'ordre de Succef
fion à la Couronne , à def.g
GALANT.299
fein d'en exclure le plus pro
che légitime Heritier , fans
eftre coupable du Crime de
haute trahifon dont Elle
veut qu'on faffe foufrir les
peines à ceux qui feront de
pareilles entrepriſes . L'Acte
fut paſſe tout d'une voix, &
approuvé par S. A. R. qui le
toucha avec le Sceptre felon
la coûtume. Le Parlement
en paffa un autre , qui confirme
tous les Satuts qui ont
efté faits par les Roys Jacques
& Charles I. pour la
feûreté 2& bla liberté de la
Religion Proteftante , telle
300 MERCVRE
Ilent
qu'on la profeffe préſente
ment en Ecoffe. Le 36.16
hit un Projer d'Acte pour
affurer la Paix du Royau
me, & il fut paffé le &. de
ce mois. Il eft porté par cet
Acte, que lors que quelques
Perfonnes qui tiendront
Maifon ou Terres à ferme,
ou qui feront au fervice de
quelqu'un auront eſté acculées
pardevant un
Sun Juge
compétent , de fréquenter
les Conventicules qui fe
tiennent à la Campagne
,
2
bu
de recevoir chez elles les
Prédicateurs qui font ou ſe ?
GALANT. 301
ront excommuniez & déclarez
fugitifs, fices Perfonnes
font trouvées coupa
bles de ces offences , leur
Procés leur ayant efté fait
trois mois apres le Crime
commis , le Juge qui aura
prononcé leur Sentence, la
fera fignifier comme par
forme d'Inftrument au Maître
du Délinquant , s'il eft
en fervice , ou à Heritier
& Proprietaire dans la Maifon
ou fur les Terres duquel
ildemeure, s'il tient Maiſon Siltient
oy Terres
à rente ; & que
ce Maiftre ou Heritier 1fera
302 MEROVRE
છે.
obligé ou de payer l'amende
duDélinquant un mois après
la fignification de la Sentence,
fice Délinquant peut
y fatisfaire , apres luy avoir
payé une année de la Rente,
ou de le mettre luy & la Famille
hors de fes Terres ou
de fa Maiſon , s'il n'a point
dequoy payer. Le mefme
Acte porte, que fi quelque
Perfonne reçoitous garde
aucun Serviteur , Fermier,
ou autre tenant Maifon
rente qui aura eſté ainſi
chaffe , elle fera obligée de
payer trois années de gages
GALANT: 303
au Maiſtre , ou trois années
jede fervice à l'Heritier qui
aura chaffé ce Fermier ou
ce Serviteur; Que les Amendes
impofées par d'autres
Loix precédentes fur les
Conventicules qui fe tiennent
à la Campagne, feront
redoublées, que chaque Perfonne
en payera deux fois
Pautant que l'on en payoit
par ces autres Loix ; qu'à l'é-
Vegard des Bourgeois ou Désputez
en Parlement des
Bourg's Royaux , des Régalitez
ou Baronnies ,Doutre
qu'ils feront fujets aux A304
MERCURE
mendes cy - devant impoſées
fur ces Conventicules , ils
BE NO I
perdront
venir
leurs
droits de Bourgeoiſie ou de
Députation , & feront bannis
de la Ville où ils démeurent
; & qu'afin que toutes
les Loix faites fur ce fujet
foient plus feûrement exe
cutees Sa Majesté pourra
nommer des Sherifs, des
21 ST3N03 sm loo
Députez, des Juges de Paix,
ou d'autres Commiffaires,
pour la punition des Conventricules
, & de ceux qui
font coupables de Mariages
& de Baptémes irréguliers,
GALANT 305
✯ d'ufurper les droits & la
fonction des Miniftre desno
unsvs on paffa
JADI
Le 8. de ce mois on
Acte pour affurer la Reli
gion Proteftante contre les
Catholiques & les Fanati
ques, apres que le Parlement
eut examine pendant plufieurs
heures. Ce fut dans
cette rencontre qu'il fit connoiftre
particulierement
le
zele qu'il a pour maintenir
le droit de Succeffion à la
Couronne aux Heritiers lé
gitimes , puis qu'il fit mener
prifonnier au Chafteau Mylord
Belhaven , comme cou-
G. C
Septembre 1631.
306 MERCVRE
cela
pable du Ctime de trahiſon,
pour avoir dit que filon
prenoisles précautions ne
coffaires pour la fureté de la
Religion Proteftante ,
ne fuffiroit pas pour prévenir
tes defordres qu'on pouvoit
craindre frain Catholique
ou un Fanatique parvenoit
ala Couronnell s'expliqua
inutilement en difant qu'il
ne prétédoit parler que de ce
qu'on pouvoit craindre qui
n'arrivaft dans cent fans.
C'eftoit affez pourle trouver
eriminel, qu'on cuft déclaré
par le dernier Acte qu'aucu
30
GALANT 307
me diférence de Religion ne
préjudicieroit au droit de
fucceder qui eftoit acquis a
T'Héritier le plus proche.
Ainfi Avocat du Roy declara
qu'il apportéroit une
accufation de haute trahifon
contre ce Mylord. L'Acte
dont je viens de vous parler
porte que pour affiner laye
ritable Religion Proteftante,
telle qu'elle eft contenue
dans la Profeffion de Foy enregiftrée
au premier Parlement
tenu fous Jacques VI.
Sa Majelté enjoint à tous
Officiers , Juges & Magif
Cc ij
308 MERCVRE
trats, de ne point foufrir de
relâchement dans les Loix
faites par les deux Aderniers
Roys & par Elle meſme,
contre les Catholiques & les
Fanatiques , contre ceux qui
prêchent fans autorité chez
les Particuliers & dans les
Conventicules , & enfin con
tre tous ceux qui les favori
fent. Ce feulArticle renfer
me tout ce quila efté fait an
Parlement d'Ecoffe . J'aurois
encor quantité de chofes à
vous dire touchant Angles
terre mais le temps me
manque , & tout ce que je
GALANT. 309
phis, c'eft d'ajouter en deux
mors les marques de zele
que les Apprentifs de Weſt
minſter ont donné dans leur
Feftin. Il fut magnifique, &
apres qu'ils eurent bû la
fanté du Roy grils bûrent
celle des fidelles Préfenteurs
d'A dreffes , en fuire à la prof
perité des Succeffeurs en
droite ligne , & à la confu,
fion de tous les Impofteurs
& Prétendeurs d'injures fai
tés à la liberté publique . Ils
continuérent en buvant aux
braves Nobles & Commu
nes d'Ecoffe, a caufe de leur
310 MERCVRE
fidelité exemplaire & figna
lée , comme auffi à chaque
Corps qui avoit préſenté des
Adreffes en particulier, puis
enfin au Royà la Reyne,
à Mile Duc d'York, aux Suc
ceffeurs légitimes , & pourla
la feconde fois aux fidellesc
Préfenteurs d'Adreffes. Celav
fut fait aux acclamations det
toute l'Affemblée qui eftoit
en diférens endroits, à caufe
de leur grand nombre. Ils
choifirent douze Stavards,
ou Miftres du Feftin, pour
l'année prochaine. Icosdob
On prend plaifir à voir
GALANT. IF
les belles Perfonnes. C'eft
ce qui m'oblige à vous envoyer
le Portrait d'une de
celles à qui la Nature avoit
le plus prodigué de graces.
Je parle de Madame la Du
cheffe de Fontange, dont il
n'y a pas longtemps que je
vous appris la mort . On a
frapé depuis peu une Mé.
daille où elle eft repréſentée.
Je l'ay fait graver , & vous
en fais part.
Le Mercredy 10. de ce
mois, M' d'Eftrées, Evefque
de Laon , Pair de France, fit
fon Entrée dans cette Capi312
MERGVRE
pagne de
four
tale de fon Diocele, accom
de toute la Nobleſſe,
& de toutes les Perfonnes
de confidération de la Ville,
qui allerent une lieuë au
devant de luy , avec un fort
grand concours de Peuple.
En arrivant , il prit fes Habits
Pontificaux , & fut reçeu
à la Porte de l'Egliſe Cathédrale,
par le Clergé en Cha
pes ; ce qui ne s'eftoit point
pratiqué depuis qu'on a ceffé
d'obferver les anciennes
Cerémonies. En fuite il alla
dans le Chapitre , où il prononça
un tres -beau Dilcours
rex bod Latin,
geen
GARANT 313
Latin plein de fentimens
d'eltime & d'amitié pour
ce Corps qui eft fort confidérable.
M'Abbé de
Bellotte , Doyen , y répondit
avec beaucoup d'élo-
& de jufteffe. Les
quence
du Cha Corps de Ville
pitre, & du Préfidial, levincomplimenter
, & on
rent
lay fit les Préfens accoûtumez.
Le foir ce nouveau Prélar
donna un
magnifique
Repas aux Principaux de la
Feu
Ville. Il fut fuivy
d'un
qui
d'artifice
merveilleux, & qui
furpaffoit tout ce qu'on peut
Septembre
1681.
Dd
314 MERCVRE
520
E
attendre d'une Province,
Des témoignages de joye
féclatans font connoiftre
combien on conſerve d'efti-
* me & de venération pour M
³leCardinal d'Eftrées , qui pendant
plus de vingt- cinq ans
qu'il a gouverné ce Diocefe,
luy a fait fentir de tres -folides
effets de fa bienveillance
& de fa protection.sq zvon
Le mefme jour 10. du mois
on vit icy une chofe qui furprit
fort une nombreuſe Affemblée.
Un Enfant de cinq
ans & demy, Fils de Mi Talon
Avocat General , fit en
GALANT 315
3
Sorbonne l'ouverture de la
Thefe de M' l'Abbé de Jen-
Latifon
par une Harangue La
ne qui dura plus d'une demyheure
, & qu'il prononça
avec une préſence d'efprit
qui fut admirée , de tout le
monde. Ce petit Prodige
qui fit connoiftre les foins de
M Herbis fon Précepteur,
nous paroiftroit incroyable,
ficet Enfant n'eftoit pas d'une
Famille à qui le don de
s'expliquer en public eft na-
Dturel. Le Nom illuftre qu'il
porte parle fi fort par luymefme
, qu'il feroit inutileJ
Dd ij
316 MERCVRE
de vous rien dire de plus.
Les Chanoines Réguliers
AUD 90 290170119 22091
de l'Abbaye Royale de Saint
SEEM HOHIST 35V6 119
Victor, ayant tenu leur Cha-
ASIC , JLO VE ZLOVST 200
pitre General depuis
em
un
mois , y elûrent Mª de la
Lane, Prieur de Montbeon,
pour la Charge de Grand
Prieur Vicaire de cette Abbaye.
Ce choix fait par une
Affemblée de Gens entierement
eclairez fur le mérite,
fairClass
3905 SKOG OD 1163.
3D 29911019 2017 291 2001
MALE 95
fait voir combien ils efti ,
ment M' l'Abbé de la Lane.
METUSD
Il eft d'une noble & ancien-
D: 2060,16190191
ne Famille de baffe Navarre,
& allié en cette Ville à plu
b
GALANT. 317
fieurs Perfonnes de qualité
de la Robe & de l'Epée.
267
21017
C'eft avec railon, Madame
, que je vous ay dit bien
des fois que la grandeur de
noftre augufte Monarque
eftoit connue de toute la
Terre. Ses conqueftes & fes
admirables qualitez ont fait
tant de bruit chez les Nations
les plus éloignées, que
le Roy de Siam a refolu de
luy envoyer des Ambaffadeurs.
M' Baron, Directeur
General dans les Indes pour
la Compagnie Royale de
France, ayant fçû l'intention
JOPIS
Dd iij
318 MERCVRE
de ce Roy, luy fit offrir un de
fes Vaiffeaux
pour
our les aller
prendre jufqu'à Siam. Dans
ce deffein il fit partir le Vau
tour. Ce Vaiffeau eftoit com
mandé par M Cornuet, qui
menoit M Dellandes
- Bour
Cup 2010
reau . C'eft un jeune Homme
de tres- bonne mine, que
M' Baron avoit choify pour
Pov de porter fa Lettre au Roy
Siam , & luy offrir les Préfens
de la part de la Compa
Ml'Evefque
de Mefellopolis,
Vicaire Apoftoli
que a Siam , qui fçait la Langue
& les coûtumes
du Païs,
gnie.
GALANT 319
le ,
fe chargea de la négotiation.
Le Vautour arriva dans la
Riviere de Siam le 3, de Septembre
de l'année derniere ;
& M Cornuet & Deflandes
envoyerent demander, fi en
paffant devant la Fortercffe,
Cour trouveroit bon qu'ils
faluaffent le Pavillon , en la
maniere qui ſe pratique en
Europe. On leur répondit ,
que quoy que cela ne fe fuft
point encor fait en ces Lieuxlà
, ils en ufcroient à leur volonté,
parce qu'on vouloit
leur faire connoiftre la joye
qu'on avoit de leur venuë.
Dd iiij
329 MERCVRE
Le Vaiffeau monta la Rivicre
ſans plus retarder ; & lors
qu'on fut proche de la Fors
terefſe , Mª Deſlandes ayant
remarqué que sle Pavillon !
qu'on avoit mis au haut du
Donjon , eftoit celuy d'une
Republique , fit mouiller
l'ancre , & envoya dire au
Commandant de la Fortel
reffe qu'il ne pouvoit falüer
ce Pavillon , parce qu'il étoit
beaucoup inférieur à celuy
du Roy fon Maiſtre. Cel
Commandant luy manda
que dans les Indes les Roys
n'affectoient aucun Pavillon
GALANT. 321
particulièr & rauffitofton
en mit un de Tafetas rouge
enda place de celuy que l'on
avoir vu d'abord. M fut fa
lüéenmefme temps par tou
tell'Artillerie du Vaiffeau , a
quoy la Fortereffe répondit
d'une fi grande quantité de
coups de Canon , que tous
les Chinois qui eftoient alors
dans la Ville , les Portugais
& les Hollandois , auffi bien
que les Siamois, dirent plu
fieurs fois , qu'ils n'avoient
jamais entendu rien de pareil.
En effet , c'eſt rarement
qu'on prodigue la Poudre à
A
plu322
MERCVRE
Canon en ce Pais là Les
Gardest du Roy conduifirent
Me Deflandes & Cornuet
dans la Maiſon qu'on
leur avoit préparée ; & leis
du mefme mois de Septem
bre, qui fut le jour pris pour
porter la Lettre & les Pré
fens , trois grands Manda-
Fins ( qui font comme icy
nos Ducs & Pairs ) vinrent
avec leurs grands Bateaux
de parade devant la Maifon
où M' Deflandes eftoit logé,
pour accompagner la Lettre
de M' le Baron , & les Préfens
de la Compagnie. Ils furent
GALANT. 323
portez à découvert fur deux
grands Bateaux faits à la maniere
du Pais. On les fit entrer
dans la Salle , où le Mi
niftre affifté de plufieurs
Mandarins, Chinois , Mores,
Siamois, & Portugais , atten-
- doit M' Deflandes. Il arriva
avec M' Cornuet , & trente
Soldats François , & tous
- deux furent affis dans le milieu
de la Salle , vis- à - vis des
Miniftres, tenant devant eux.
la Lettre dans une Corbeille
d'or. Elle fut leue , & traduire
en mefme temps par
le Supérieur du Seminaire,
! ;
324 MERCVRE
François de nation , qu'on
avoit placé dans le lieu où
fe mettent orJinairement
leurs Preftres , qu'ils appels
lent Tallapoins . L'Audience
dura plus d'une heure , & fe
paffa prefque toute en Quef
tions fur l'état préfent de la
France, & fur la grandeur de
fon Monarque, dont les Siamois
fçavent les Victoires.
On y parla encor des autres
Princes de l'Europe , & M
Deflandes fatisfit à tout avec
une grace & une préſence
d'efprit dont tous ces Genslà
refterent furpris. L'Au
GALANT 325
dience eftant finie , le Miniftre
porta la Lettre avec la
Traduction au
Royqui
ayant veu les Préfens , les
eftima
plusqu'aucun de ceux
qu'il ait
accoûtumé de receyoir,
entr'autres deux grands
Luftres de criftal, trois gráds
Miroirs garnis d'argent & de
vermeil, deux Girandoles de
criftal, & deux Pieces de
Canon de fonte admirablement
bien travaillées . Il les
fit porter à une Maifon de
Campagne , avec plufieurs
Pieces de Brocard d'or &
d'argent, qui faifoient partie
326 MERCVRE
de ces Préfens . Cependant,
pour favoriferM Deflandes
plus qu'il ne fait d'ordinaire
les Envoyez des autres Nations,
il voulut bien fe mon.
Strer à luy. Pour cela, il fortit
de fon Palais les21.6& vint
dans une grande Court , où
M Deflandes & Cornuet
l'attendoient fur un Tapis.
Il eut plus d'une demy- heure
d'entretien avec eux , &stémoigna
prendre grand plaifir
à entendre conter par
Interprete les furprenantes
Actions du Roy , dont il dit
plus de vingt fois qu'il avoit
GALANT 327
fçeu le particulier. En fe retirant
, il leur fit préſent à
chacun d'une Vélte , compléte
de Brocard de Perfe,
qui eft une faveur des plus
fignalées que puiffe faire ce
Roy à des Etrangers. Sur
rout celle de fe faire voir eft
fort extraordinaire , ceuxzmefme
de fon Royaume
n'ayant prefque jamais l'avantage
de l'obtenir. Le lendemain
22. il envoya dire à
M Dellandes qu'il avoit réfolu
d'envoyer trois Ambaffadeurs
à l'Empereur des
François , & auffitoft l'ordre
1
328 MERCVRE
fut donné pour leur départ.
L'un de ces trois eft un Grád
Mandarin, qui s'el acquité
de plufieurs Ambaſſades à la
Chine. Ils fe rendirent en
pils
dix -fept jours de marche par
terre à Bantam, où ils cfpéroient
trouver le Navite
nommé le Soleil d'Orient,
mais il en avoit fait voile dés
le 17. de Septembre, & eftoit
retourné à Surate , où il reportoit
le Frere aîné de M
Deflandes, qui eft Commiffaire
General de la Compa
gnie Françoife , & qui mande
par fes Lettres écrites de
-1361 9- datorp.2
GALANT. 329
Bantam du 15 Septembre
1680. & par celles du 2. Fevrier
1681. qu'il iroit à Pondichery
dans la Cofte de
Coromandel juſques au
mois de Septembre de cette
ellau
année, pour de là venir en
France dans le Soleil d'Orient
, & y arriver vers le
mois de Mars prochain.
Comme l'on ne doute pas
que les trois Ambaffadeurs
ne foient partis de Bantam
pour Surate, peu apres eftre
arrivez en cette premiere
t Ville , on croit qu'ils viendront
dans ce mefme Vaif
Ee
Septembre 1681.
330 MERCVRE
feau le Soleil d'Orient, qui
eft du port de plus de douze
cens tonneaux . Le Roy de
Siam envoyé ces Ambafladeurs
non feulement à caufe
des grandes chofes qu'on
luy a dites du Roy , mais
parce que prévoyant qu'il
aura des déméllez avec une
Puiffance de l'Europe , il eſt
bien aile de s'appuyer de
celle d'un Prince , auquel il
fçait que rien ne peut réfifter.
Ce Roy eft appellé
dans fes Titres Le Roy des
Roys, le Seigneur des Seigneurs,
le Maistre des Eaux , le ToutGALANT
331
t
•
puiſſant de la Terre , le Dominateur
de la Mer l'Arbitre du
bonheur & de l'infortune, defes
Sujets. Ses Etats font fituez
dans les Indes, & ont plus de
trois cens lieues de largeur.
Ils contenoient autrefois.
toute cette pointe de terre
qui va jufqu'à Malaca.
On m'a fait voir une feconde
Lettre de Hanover,
dont je vous envoye une
Copie. Vous vous fouviendrez
que lors qu'on y parle
de la Reyne , c'est de la
Reyne Mere deDannemark.
qu'on entend parler. Cette
Ee ij
332 MERCVRE
Lettre contient les derniers
Divertiffemens que l'on a
donnez à Sa Majefté dans
cette Cour-là. Comme ceux
Zell vont commencer,
j'efpere qu'on voudra bien
me faire la grace de m'en
apprendre les particularitez.
de
INO
2ss25252 255 52225
A MONSIEUR DE ***
A Hanover ce 29. Aouft.
O
to
N donna Dimanche au
foir noftre Balet cham
pestre à la Reyne, avec la mes-
Javec
me dépense, & la mefmefom
ཝཱ
GALANT 333
ptuofité qu'on avoit fait la premierefois
; mais le Theatre , la
Plaine , & la Perspective, fu
rent encor éclairez de plus de
Lumieres. Outre les douze Cou
verts de la Table de cette Princeffe
, il y en avoit trois cens autresfous
diferentes Feuilléespour
toute la Cour. Chaque Table
fut chargée d'une abondance
prefque incroyable de touteforte
de Viandes
chair & poiffon.
Ily en eut une particulière pour
Les Princes & Princeffes , &
pour les Gentilshommes du Balet.
M de la Barre Matéi,
Gentilhomme de la Cour de
>
334 MERCVRE
९
Hanover, fut reçeu à cette Table;
& comme l'efprit fe fait
distinguor par tout, & que le
vif génie de ce Gentilhomme
avoit fort contribué aux grands
Divertiffemens dont je vous ay
écrit le détail Mole Prince de
Holſtem , Mole Rangrave
Palatin , luy donnerent d'obligeantes
marques de leur estime
Apres le Soupés qui fur furry
du Baler, on fir jouer le Feud'artifice.
Ce Feu parut au fond du
Theatre, on le trouva encor
sup plus beau que lepremiers
Le foir dujour precédent, les
Muficiens Italiens avoient fait
GALANT. 335
marcher un grand Dragon dans
la grande Rue du Palais , accom
a
Nuneat
A
quantité de Flambeaux . Ces
Flambeaux eftoient portez par
des Gens habillez de diferentes
manieres , dont ceux qui jouent
les Rôles Comiques dans les
Pieces de Theatre , ont accoûtumé
de fe déguifer. Ce Dragon
s'arresta devant le Balcon de
la Reyne , & s'estant ouvertpar
le côté, fit voir un Palais celeste,
plufieurs Divinitez affifes,
chanterent les louanges de
Sa Majesté. Cette Machine
donna un fort grand plaiſir à
qui
336 MEROVRE
foute
ba
la Cour , qui estoit aux
Feneftres
, furtes
Galeries
fur les Balcons
, ou l'on paffa
ha
plus grande
partie
de la nuit.
Enfin
apres
quatre
Repré-
Jentations
d'Opéra
, apres le Spé
ctacle
de cette Machine
, de plu
TNG
M493
SYNOR NA NO
fieurs Comédies,&de deux Balets
dancez deux fois l'un &
l'autre, avec de tres-grandes dé
penfes, pendant plus de cingfe
maines qu'il y a eu plus de for
xante , grandes Tables fervies
tous les joursfoir & matin , a
Reyne a voulu partir, quelque
effort que noftre Serenifſime Mat
tre ait pu faire pour la retenir
1
GALANT
337
jufqu'à la
Repréfentation des
Amours de Jupiter & de
Semelé , pour laquelle on préparoit
un fort grand Theatre de
Machines Sa
Majeſté a promis
de revenir dans buit ond
jours pour voir cette belle Piece,
cependant elle s'eft rendue à
Zell , où toute noftre Cour l'a
fuivie. Ce qu'ily a de plusfurc'est
qu'après prenant , c'est
que
ou dix
SN
quapres ces extraordinaires
dépenfes, S. A. S.
a fait Elle feule plus de Préfens,
toutes les autres Principau
tez nen
n'en ont fait enfemble. Ce
• Prince a régalé
régalé toutes les Perfonnes
de laMaifonde la Reyne,
Septembre 1681. Ff.
338 MERCVRE
• tous les autres Princes
de tous
& Princeſſes qui ont esté en fa
Cour 93
me
donné dans une
esme journée pour plass.
quinze mille Ecus d'Argenterie,
fans les Diamins & lesPor
traits envoyez aux Grands Sei
rs. La Reyne fit préfent à gneurs.
M de la Barre-Matéi , Autheur
des deux Balers dancez
devant Elle , d'un grand Wafe
de vermeil , e de deux grands
Flambeaux d'argent , & M
le Landgrave
de Heffe ne fut
pas moins libéral pour luys Ge
"Gentilhomme doit eftre bienglo-
Tieux de l'eftime que lay outfast
# 17
GALANT 339
paroîtrepar la unegrande Reyne
un Prince qui mérite celle de
tout le monde. En effet, ce jeune
Landgrave, quoy qu'il n'ait efté
que deux jours en cette Cour,
n'a pas laiffe d'y donner de gran
des marques de fa libéralité.
"Rien n'eſtplus digne d'une Perfonne
de cette naiffance, & c'eft
en quoy on nesçauroit trop louer
noftre Sereniffime Souverain.
On luy a fouvent entendu dire,
"qu'un Prince ne doit jamais
faire de Préfens, ou qu'il les
doit faire plus grands qu'on
n'a fujet de les efpérer ,
que c'eft la vraye maniere
&
Ffij
340 MERCVRE
de les rendre agreables à ce
huy qui les reçoit , & dignes
de celuy qui les fait. Rien
n'estoit plus beau à voir que la
marche du départ de la Reyne,
Cette Princeffe avoit un Cortege
de plus de quarante Carcoffes
ornez de Sculpture
tous brillans de dorure. Unfort
grand nombre de Chevaux de
main, avec des Houffes en bro
derie , attiroient les yeux par
Leurfierté. Ily avoit quantité
de Gardes & de Gentilshommes
beaucoup d'Infan
mikross
à cheval,
terie fur tous les paffages dedans
debors la Ville . Le bruit du
GALANT. 341
a
Canon fur joint à celuy des
Trompetes des Timbales,
on n'oublia aucune des lachofes
qui peuvent fervir à rendre les
Cérémonies de cette nature plus
éclatantes. M' le Duc de Zell,
Frere aîné de noſtre Prince, ing
patient de régaler la Reyne à
fon tour dans fes Etats, eft venu
au devant d'Elle. Nosfix Prin
ces & nostre belle Princeſſe
, ont
fans flaterie emporté le prix &
la gloire de la Dance . Ils font
tous parfaitement bien faits, &
c'est un cherme de voir & d'entendre
le plus petit , qui à l'age
de fix ans dit des chofes qui fur
Efij
342
a
Pongob an
253DCT
MERCVRE
3,4 tot ofpub
prennent
les plus fages. Il a fair
fa Gour tres- regulierement
a
Reyne, qui le chérit, fort, & qui
voudroit
bien l'emmener
avec
elle en Dannemark
. Il a rout
Lefprit
de Madame
la Ducheffe
sde Hanover
for Mere, qui au
jugement
de tous ceux qui la
connoiffent
est une Princeſſe
tres- accomplie
mal aas
3
2908
banatual sb ruebasto
Then go
Midame, qu
Je croy,
que vous
vous fouvenez
du Portrait
que
je vous fis de cette Duchelle
,
lors qu'elle
vint a Paris il y a
environ
deux ans. Elen'eftoit
alors que Dacheffe
d'Olnabrue
,
& toute la Cour fut charmée
de
fon efprit . Il feroit à fouhaiter
17
GALANT 343
-
qu'on vouluſt prendre le foin de
me donner des Nouvelles de
toutes les Cours de l'Europe
avec autant de détail que vous
benstrouvez
dans cette Lettre.
J'aurois le plaifir de vous en apchofes
& plus cefveen
Prendre des
choles
taines & plus curieufes
peu de temps vous conndiſtriez
également tout ce qu'elles ont
de Perfonnes de mérite , & la
grandeur de leurs Princes.
Dans l'Article des Abbayes
de ma Lettre du Mois paffé , le
nom de Redon a efté donne au
lieu de Bonneval , à celle que
M' du Mans a cuë. On a mis
sauf que le Fils de M Colbert
de Croiffy avoit eu l'Abbaye de
Bonport, & c'eft un des Fils de
M Colbert qui en a efté pour-
VIROTNIOY
FF iiij
344 MERCVRE
3
vcu . Depuis ce temps celle de
Mejemont , Dioceſe aides Cler
mont en Auvergne , heftédons
née à M' l'Abbé de Maulevrier )
Langeron , Comte de 8 eande
Lyon, & Aumônier de Madame
la Dauphine beftoic abfent
& fon mérite a beaucoup folli
cité pour luy, left Barent def
M'le Marquis de Langeron, quil
vient de le fichaler contre lesa
Corfaires de Salénov é noir yn'naj
Sa Majeftea auffi pourver
dele l'Abbaye de Blanchecou
ronne, Diocefe de Nantes, MP
l'Abbé de Barres, Neveu dem
M Milet, Sous- Gouverneur deA
Monfeigneur le Dauphin , Cet
Abbé , quoy que fort jeune, doit
eftre bientoft reçcu Bachelier
de Sorbonne, & joint beaucoup
GALANT: 347
Le
de conduire à beaucoup d'eff de
Lhoty apas dica des'en étonner,
puisque M' Milet a eu fom de
fon edukalamb dd ATM 990
MABbd Amelot " Aumônjer
du Royzaefte fourven en
mefme temps dell'Abbaye d'E
vron , Diocefe da Mans , dont
Mыl'Archevéfqué de Tours ſon
fonp Oncle steftoitidemi
nom d'Amelor eft fi connu , que
je n'ay rien à vous dire de la Maifon
de ceux qui le portent. On
ne peut mieux parler en public
que faifoit feu M Amelot Pro
mier Président de la Cour des
Aydes. Ses Dofcendans n'ont
qu'à l'imiter pour devenir de
Grands Hommesup roupa
Le Roy a donné l'Abbaye
de S. Polycarpe en Languedoc,
$
46 MEROVRE
M l'Abbé de la Roche Jaquelin,
Bachelier de Sorbonne,
& Aumônier de Madame la
Dauphine. Il est de la Maifon
duVerger de la Roche-Jaquelin,
l'une des plus qualifiées & des
mieux alliées de tout le Poitou
Elle conferve des Titres de cine
cens ans , qui portent qu'elle
eftoit déja d'une ancienne Not
bleffe. René du Vergen, Mar,
quis de la Roche Jacquelin, Pere
de l'Abbé dont je vous parle, a
fervy aux Sieges de Montauban,
Montpellier, la Rochelle, Cori
bie, & ailleurs , tant en qualité
de Capitaine d'une de ces belles
Compagnies franches de Cent
Maiftres qu'on ne donnoit de
fon temps qu'à des Gentilshom
mes de la premiere Naillance,
GALANT. 347
1
qu'en celle de Maréchal de
Camp. Louis du Verger , ſon
Grand- Pere, eftoit Frere utérin
de Meffire René de Vuignerot,
Marquis de Pont de Courlé,
- -
Grand Pere de Mide Duc de
Richelieu & Jacques du Verger
epoula en 1485. Sufanne de
la Porte de Vefins , de la mefme
Maiſon dont eft fortie la Mere
de feu M le Cardinal de Riche
heu , & feu M ' le Maréchal de
la Meilleraye , ce qui donne à
Ml'Abbé de la Roche -Jaquelin
l'honneur d'appartenir à ce Car.
dinal, & à Meffieurs les Ducs de
Mazarin, Coiflin, & Gramont.
Pierre du Verger, Grand- Oncle
de Louis, ayant épousé en 1400.
Renée d'Aubigné, Fille du Mar
quis de Sainte Gemme, unit fes
348 MERCURE
Ia
103050
Defcendang
M avec la Mailon
de
Rochefoucaut
, & avec celle
de Madame
la Marquife
de
Maintenon
. Marie
du Verger
, M 2000 Soeur de Pierre , fut, mariee
&
M 12 Marquis
de Vardes
, de 14
Maifon
du Bec, dont eft fortie
Madame
la Ducheffe
de Rohan
,
Catherine
de Vernon
, Bifayeule
du feu Marquis
de la Roche-
Jaquelin
, eur une Sour mariée à Gabriel
de Chateaubria
!!
97009
100
Comte
des Roches
- Baritaut
,
d'ou font defcendus
la Mere de
Mr le Duc de Montaufier
, & le
feu Comte
des Roches
- Baritaut
,
Lieutenant
de Roy de Poitou
.
Il y a eu dans cette Maiſon
plu- fieurs Chevaliers
de Rhodes
&
de Malte , qui fe font fignalez
en
divers
Combats
; & du cofté
ل ا ي ر
i
GALANT 349
ད་
199137 HD"
59012001
de Meffieurs Bochart de Champigny
, elle eft encor alliée de
Mle Maréchal de la Mothe.
Houdancourt, & de M le Marquis
d'Hoquincourt. Marie-
Anne du Verger , Soeur de M
l'Abbé de la Roche -Jaquelin,
a époufe Medire Louis de Meulles,
Marquis du Frefne -Chabor,
iflu des anciens Seigneurs d'Ar
genton - Chafteau , dont Meffieurs
de Chaftillon fur Marle
ont époufe l'Heritiere . Il com
mandoit le Regiment du Freine
des le Siège de la Rochelle , & a
continué longtemps dans le Ser.
vice .
250904 250
hod ob voЯ
Voicy une feconde Chanfon
d'un des plus grands Maitres
que nous avons.
er
35° MERCVRE
J
astroval á milled bang au vig
AIRNOUVEAU.m
singsⱭ.93asulystialidens
Adore une Beauté fi fière, fim
cruelle, T
woluow 971S
Qu'elle feroit foufrir une peiner
mortelle, saus! Ining , nich
Quand on we aimeroit qu'uns &
sted four, spammersz grilid
Pour l' Ingrate, pour l'Inhumaine,
Je cherche dans mon coeur du mépris,
de labaine, pomezquat
Et je n'y puis trouver que de l'as
mour.bacobsM yo
sua acheb0 93390 (15
Le 12. de ce mois, à deux heu
res du matin, Monfieur futlattaqué
d'un Coléramorbus affez
violent, qui luy caufa des vomif
femens continuels. Chaque fois
« qu'il vomit juſqu'à midy, il remGALANT
351
plit un grand Baffin à laver les
mains d'une Chumeur noire,
atrabilaire & gluante . Depuis
midy , les matieres eurent une
autre couleur. Tout ce qu'il
vomit de fuite juſqu'à huic dụ
foir , parut jaune & vert , & à
buit heures levòmiſſement atra.
bilaire recommença . Les foibloffesydes
extrémitez froides,
& des frémiflemens , furent les
fimptomes qui accompagnerent
cette maladie... Mile Bel, Pre.
mier Medecin de Madame, qui
en cette occafion eut foin de ce
Prince , affura toute la Cour
que l'on ne devoit rien craindre
delfonimal , & eut une fi vigilantevapplication
à le fecourir,
aqu'apres la Saignée & les autres
Remiedes qu'il crût neceffaires,
352 MERCVRE
Son Alteffe Rovale s'en trouva
entiérement délivrée fur les dix
heures du foir , & fut en état
deux jours apres de dancer au
Bal . On ne fçauroit exprimer
les inquiétudes & la tendreffe
que fit paroiftre le Roy. Sa
Majefte alloit à tous momens
aupres du Lit de Monfieur, pour
voir fi la violence de fon mal
n'eftoit point diminuée , & faifoit
fans ceffe raifonner Mr Da
quin fon Premier Medecin , &
M le Bel. Les foins empreffez
de ce Grand Monarque à faire
chercher les plus prompts Remedes,
n'ont pas peu contribué
à la guérifon de S. A. R. Aufli
ce Prince ne fe fentit pas plutoft
foulagé , qu'il dit à Sa Majeſtë
que la tendreffe l'avoit guéry.
GALANT 353
La tendreffe eft affurément une
qualité digne des Grands Hom
mes , & un Prince n'eft pas
moins louable par ces endroits,
que par les vertus qui font les
Héros. Il vous eft aifé de vous
figurer l'état où eftoit Madame,
Elle foufroit tellement, que M
fe Bel fut obligé plufieurs fois
de lay remettre l'efprit, en l'af
furant qu'elle n'avoit aucun lieu
de s'alarmer. La Reyne , Monfeigneur
le Dauphin , & Madame
la Dauphine , donnerent par
leurs conduites des marques de
l'appréhenfion & de la douleur
que leur caufoit cette maladie,
dont toute la Cour alloit sin
former à tous momens. On a
auffi veu une extréme inquié,
tude dans tout Paris pour
Septembre 1681. Gg.
354 MERCVRE
fanté de Son Alteffe Royale,
› mais on n'avoit pas befoin de
cet accident pour connoistre
que ce Prince eſt univerſellement
aimés saneb Jasovs up
Quand Monfieur tomba ma,
Jade, il y avoit peu de Medecinis
àla Cour M Fagon , Premier
Medecin de la Reyne , eftoit a
Bourbon aupres de Mademoi
felle de Tours ; & M Lifot, Premier
Medecin de Son Alteffe
Royale eftoit à Paris aupres de
Monfieur & de Mademoiselle
de Chartres, Cela fut cauſe que
le Roy jugea à propos de rem
plir les places qui vaquoient de
Premier Medecin de Monſei,
gneur le Dauphin, &de Madame
la Dauphine , & comme Sa Ma
jefté ne vouloit choifir que des
HGALANT
B +355
Ferfonnes qui euffent beaucoup
d'expérience, Ellejotta les yeux
fur Meffieurs Petic & Moreau ,
-tous deux de la Faculté de Paris,
qui avoient donné des marques
de leur fçavoir pendant la ma
ladie de Monfeigneur
le Dau.
phin, dans laquelle on les avoit
appellez . Cefont deux Hom.
mes conformez , qui exercent
la Médecine depuis plufieurs.
années , M Moreau ayant efte
autrefois Medecin de l'Hoſtel-
Dieu, où le nombre prefque in.
finy de Malades que l'on traite
en peu de temps , donne de gran
des lumieres à ceux qui cher
chent à fe rendre habiles ,
9M Malier du Houffay , an
eien Evefque & Comte de Tar
bes, autrefois Ambaffadeur pour
Gg ij
356 MERCVRE
le Roy à Venife, & Premier Au
mônier de feuë Madame la Du!
cheffe d'Orlean's la Doudifiere,
eft mort le side ce mois, âgé
de 8 anavoit efté marié, &
seftoit volontairement démis
de fon Evefchében faveur d'un
de fes Fils , qui mourutsiya
quelques années. Son longrife
jour à Venife luy avoit fait ac
quérir une connoiffance parfaite
des meilleurs Tableaux d'Iralie,
dont ilavoir un grand nombre,
& la plupart des Rarerez de bon
gouft que l'ontrouve en France ,
avoit paffé par fes mains. Ief
toit Frere de Madame la Préff
dente le Bailleulo :7zob
Quelques jours avant qu'on
euft appris cette mort, on avoit
fçeu celle de Claire- Charlote
GALANT 357
DaillynDame de Pequigny,
Ducheffe de Chaunes Elle ef
toisi Heritierel de trois grandes-
Maifons de Picardie , & fut don
née dés l'âge de fept ans à l'Ar
chiducheffendes Pais Bas & :
élevée aupres d'Elle en qualité
de Ménine.onLe feu Rayala fir
demander en mariage pour le
fecond Frere du Duc de Luynes
Conneftable de France, qui eft
toit Duc de Chaunes , Pair &
Maréchalde France , Chevalier
des Ordres du Roy , Vidame
d'Amiens, Gouverneur & Lieu
tenant General pour Sa Majeſté
en la Province de Picardie , &
des Villes & Citadelle d'Amiens ,
Elle eft morte en fon Chafteau
de Magny en Picardie, âgée de
79 ans. C'eftoit une Femme
358 MERCVRE
d'efprit, delmérite, & de vertul
J'aurois trop a direyleritrois
dans le dérail des grandes tha
ritez qu'elle faifoits silduo asiz
Une autre monta fait prendre
lel deuil à la Cour. C'est celle
de Mademoiſelle de Tours morg
tesa Bourbon ¿ depois quinze
jours! Cette jeune Princeffe ,
âgée ſeulement de cinq ans , ab
voit de l'efprit au dela de Pimas
gination & difoit non feule.
ments des chofes que furpred
noient, mais elle leur donnoitum
tour fi particulier , que le plaifir
de l'entendre eftoit un uvray
charme. Elle a efté enterrée dans
l'ancien Tombeau des Ducs de
Bourbon au Prieuré Royal de
Souvigny M PIntendant de la
Province avoit reçen l'ordre de
GALANT 39
la faire transporter de Bourbon
Larchambaut eb de Prieuré quis
en eft à quatre lieuës , & de ne
rien oublier, afin que la Pomper
fuft digne de lanaiffance de cet.
te Princeffe , autant que Lieu le
pouvoit permettre Les Princi
paux de Moulins, & les Officiers
& Capitaines des autres Villes
de la Province , tous tres bien
montéz , furent commandez par
MGaulmin , qui eft d'une Nobleffe
tres ancienne dans la Ro
be & dans l'Epée. Le Carroffe,
où eftoit le Corps de la Princeſ
fe, venoit enfuite , drapé de noir ,
& environné de quatre cens
Flambeaux de Cire blanche qui
éclairoient le Convoy , Les Che
vaux avoient des Houffes traînantes
, ornées d'Ecuffons. M
T
360 MERCVRE
le Curé de Bourbon eftoit dans
ce Carroffe , avec Madame la
Comtelle d'Ore Gouvernante
de cette Princeffe, & M le Che:
valier de Sarcelles . M le Maréchal
de Schomberg , Meffieurs
les Marquis de Valavoir , de
Bréauté , de Lévy Lieutenant
de Roy de la Province , & M¹
du Bordage, accompagnoient le
Corps , qui eftoit fuivy de cinquante
autres Carroffes . Les
Religieux de Moulins & des Villes
des environs , avecun Cierge
chacun du poids d'une livre,
vinrent au devant à une lieuë de
Souvigny. Un peu apres on apperçeur
deux cens Filles vêtuës
de blanc , appellées Pleureuſes ,
fuivant la coûtume du Païs .Elles
tenoient chacune un Cierge
blanc ,
GALANT. 361
blanc , & eftoient conduites par
les Filles Grifetes , Religieufes
tres-utiles au Public. Les Religieux
Benédictins de Souvigny
reçeurent le Corps , qui paffa au
travers de toute la Milice & des
Officiers de la Province , commandez
, comme je l'ay dit , par
M' Gaulmin , qui avoit fait obferver
un tres-grand ordre pendant
la marche. Les Portes de
l'Eglife eftoient gardées par tous
les Archers de la Genéralité.
Mr le Curé de Bourbon en li.
vrant le Corps aux Religieux,
leur fit un tres-beau Difcours,
auquel ils répondirent fort élo
quemment. Le Corps fut en
fuite tiré du Carroffe , & porté
par huit Religieux . On avoit
écrit ces paroles fur le Cercueil ;
Hh
Septembre1631.
362 MERCVRE
Cy gift Marie-Louise de Bourbon,
Fille Legitimée de France, morte
aux Eaux de Bourbon . Les quatre
coins du Poifle eftoient foûtenus
par les quatre Prieurs des
quatre
Religions Mandiantes . M' le
Marquis de Lévy portoit le der
riere , & eftoit, accompagné de
M de Bouville Intendant , &
de quantité de Gentilshommes,
Plufieurs Officiers de Robe longue
marchoient apres eux avec
Madame la Comtelle d'Ore, M
de Bréauté , Madame Gaulmin,
& un grand nombre de Dames
de la Province, parmy lefquelles
eftoient Mefd mes Diffards , du
Beitays , & des Roches Lieutenante
Generale. Toute cette
Compagnie eftoit en deüil , ainfi
que les Domeftiques, de forte
GALANT. 363
qu'on vit paroiftre à la fois plus
de huit cens Perfonnes veftues
de deuil , ce qui donna beaucoup
de furprife , à cauſe du peu de
temps. Le Choeur de l'Eglife,
qui eft tres-grand , eftoit tout
tendu de Drap blanc , garny
d'Ecuffons , & éclairé de plus
de deux mille Cierges. On
voyoit dans le milieu une Eftrade
à huit marches , remplies de
trois cens Chandeliers d'argent,
ornez de Fleurs , & au deffus de
L'Eftrade eftoit un Dais de Brocart
blanc & or , chamaré de
Paffemens , & garny de Crêpines
d'or. Enfin tout ce qui regarde
cette Pompe fur fi bien
ordonné & fi bien conduit,
qu'on ne sçauroit trop donner
de louanges à Mr l'Intendant,
Hh ij
364 MERCVRE
non plus qu'à M Gaulmin, fur
les foins duquel il s'eftoit déchargé
de beaucoup de chofes,
& qui s'en eft acquité avec autant
de ponctualité , que de prudence
.
J'ay reçeu en mefme temps
deux Enigmes , l'une du Berger
Fleurifte , & l'autre de la Bergere
Califte.
ENIGME.
' Enchante fi bien par mes charmes
Ceux qui m'adreßet leurs regards,
Que je leurfais rendre les armes,
Fuffent-ils plus braves que Mars.
Se
Lors qu'ils font defarmez , je les
charge de chaînes,
GALANT. 365
Etje les brûle àpetit feu;
Souvent j'aypitié de leurs peines,
Et fouventje les tourne enjeu.
AUTRE ÉNIGME.
E fuis telle qu'il plaift à celuy qui
m'adore,
Fereffemble à la Nuit, je reſſemble
à l'Aurore,
Fe reffemble à tout ce qu'on vents
Etpour mepoffeder, on s'empreſſe,
onfoûpire,
On pleure, on brúle, on foufre le
martire ,
Onfait enfin tout ce qu'on peur.
Je ne vous envoye point l'Explication
des deux dernieres Enigmes.
Vous la trouverez dans
ma quinziéme Lettre Extraordi-
Hh üj.
366 MERCVRE
naire que vous recevrez le 15.
d'Octobre avec tous les noms
de ceux qui ont découvert le fens
de l'une & de l'autre, o Meni
Je finis par les Divertiffemens
que la Cour a eus à Fontaine,
bleaus Je ne vous décriray point
toutes les Promenades qui fe
font faites tantoft à cheval autour
du Canal tantoft fur le
*mefme Canal avec la Collation
& lal Mufique , & tantoft en
Carroffe dans le Parc & à Franchart
, où les Dames ont efté en
Cavalcade , & où elles ont foupé
fous des Feuillées à la clarté
de cinq ou fix mille Lumieres,
placées fur les pointes de tous
les Rochers des environs.Cès
Rochers eftant plus bas que ce
Lieu , le faifoient paroiſtre tout
GALANT 367
environné de Lumieres , & com.
me il en eftoit luy mefme rem
ply , on euſt crá de loin voir
une Montagne toute lumineufe.
Voicy les noms des Dames qui
ont prefqué toûjours efté de ces
Cavalcades . Madame , Madame
la Princeffende Conty , Mademoiſelle
de Nantes, Madame la
Comceffe du Pleffis , Madame
de Grancé , & Mefdemoiſelles
de Tonnerre , Laval de Biron,
Gontault , Jarnac , de Poitiers,
de Loubes , & de Chaufferée,
Leur Equipage eftoit magnifi
que , & rien ne pouvoit eftre
plus agrable , que de les voir
toutes en Cavalieres avec des
Capelines . Le mefque Equipage
leur afouvent fervy à la Chaffe,
Je ne vous dis rien de la bonne
Hh iiij
368 MERCVRE
mine & de l'ajuſtement des
Hommes dont elles eftoient ac
compagnées. La Cour de France
eft connue , & l'on fait
qu'elle n'abonde pas moins en
Hommes galans , qu'en Braves.
On a fait auffi plufieurs Courfes
de Chevaux autour du Canal &
à Moret, qui eft à deux lieuës de
Fontainebleau . La plus belle
de toutes a efté faite autour du
Canal. Un petit Anglois , Officier
de l'Ecurie , couroit pour
Monfeigneur le Dauphin ; &
M' de la Valée, Ecuyer du Roy,
pour M' le Grand . Ces Courfes
ne fe faifoient point fans un
fort grand nombre de Parys . Ils
firent deux fois le tour du Canal.
Dans l'une & dans l'autre Courfe
le petit Anglois laiffa prendre
GALANT 369
le devant à M de la Valée &
lors qu'il palloit devant le Roy,
il pouffoit fon Cheval fi adroi
tement , qu'il reprenoit le devant.
Ainfi Monfeigneur le Dat
phin gagna le Prix . Toute la
Coureftoit placée fur une Terraffe
en forme de Balcon , au
deffus & un peu à cofté de la
Caſcade. L'affemblée du Peuple
eftoit fort grande, & on avoit fair
ranger tous les Spectacteurs dans
les Allées, en forte que les deux
coftez du Canal demeuroient li
bres . La Promenade a efte fouvent
fuivie du divertiffement de
la Comédie , tantoft Françoiſe,
& tantoft Italienne. Les Acteurs
qui occupoient l'Hôtel de Bour
gogne avant la joction des deux
Troupes , ont efté choifis pour
370 MERCVRE
divertir le Roy les premiers ,
Pendant qu'ils ont efté à Fontainebleau
, ils ont reprefenté
beaucoup de Piéces de M' de
Corneille l'aîné & de M Raci
ne, avec une Tragédie nouvelle
appellée orefte. On affure qu'elle
eft de deux Autheurs , tous deux
l'Académie Françoiſe, & tous
deux fameux par d'excellentes
Productions. te Clerc & Ce font Meffieurs
Boyer. Mle Clero
a fait erefois plufieurs Piéces
de Theatre , & la Virginie Ro
maqui en fon temps réüffit
beaucoup , a efté fon coup d'el
Jay. I eft l'Autheur d'une belle
Traduction du Taffe , que vend
le Sieur Barbin. Les Ouvrages
de M Boyer font fi connus &
en fi grand nombre , qu'il n'eſt
GALANT. 371
1
pas befoin de vous vanter fon
mérite. Il n'y a perfonne qui
ait perdu la memoire de fa belle
Piéce de Machines des Amours
de fupiter , & de Semele . Si des
Autheurs fe difputent quelquefois
la gloire des Ouvrages aufquels
ils ont travaillé enſemble,
les deux que je viens , de vous
nommer fe la donnent l'un à
l'autre au regard d'Orefte ; mais
ils demeurent d'accord que ce
qu'il y a de plus beau dans cette
Piéce eft dû aux lumieres , aux
confeils , & à l'efprit de M' le
Duc de Richelieu. On y a fur
tout admiré une grande quantité
de beaux Vers , la Reconnoif
fance d'Orefte , & une Déclaration
d'Amour. Mle Duc de Richeileu
n'eft pas le feul qui ait donné
372 MERCVRE
.
un Divertiffement nouveau að
Roy. Mrs les Ducs de Nevers &
de Vivonne ont régalé Sa Majefté
d'un Opéra , dont M² de
Nevers a compofé luy- mefme
les Vers Italiens . Ileft impoffi
ble d'exprimer l'empreffement
avec lequel M de Vivonne a
donné les foins pour la prompte
exécution de cet Ouvrage. Il
femble qu'il ait deſtiné tous
les momens de fa vie, pour fervir
le Roy, ou dans les grands Emplois
, ou dans ce qui regarde fes
plaifirs , ou en d'autres chofes
qui luy peuvent eſtre agreables,
comme eftoit le fuperbe Car.
roffe dont il luy fit préſent il y a
un an ou deux . Quand l'Employ
de ce Maréchal a demandé
qu'il fe meflaft des plaifirs du
GALANT. 373
"
Roy , il fembloit que fes ordres
les fiffent naître fur l'heure , tant
fon zele qui n'avoit pas moins
d'activité que d'ardeur , en infpiroit
à ceux que l'on employoit
pour travailler. Auffi a - t-on veu
en fix femaines le Balet des Mufes
augmenté par fes foins de quatre
Divertiffemens nouveaux, qu'on
mefla les uns apres les autres
dans ce Balet , & dont chacun
en pouvoit compofer un affez
grand pour eftre veu feul. Il a
fait la mefme chofe pour l'Opéra
dont j'ay commencé à vous
parler. Quoy que des Spectacles
beaucoup moindres pûffent occuper
plufieurs mois ceux qui
ont le plus d'application à les
préparer , il a neantmoins tout
fait faire en huit jours, jufqu'aux
374 MERCVRE
Habits qu'il a inventez , & qui
onttefte trouvez merveilleux .
On avoit dreffé un Theatre exprés
dans la Galerie des Cerfs,
Rien ne pouvoit eſtre plus galant.
Il eftoit tout de Portiques
de verdure naturelle , & de
Fleurs, entre lefquels pendoient
plufieurs Luftres de criftal . Au
deffus de ces Portiques eftoient
quantité de Vafes remplis de
Fleurs , & d'autres Vafes formoient
une Perfpective. L'Opéra
eftoit une Paftorale Italienne
, dont M' Lorenzani avoit
fait la Mufique, qui fut admirée
de toute la Cour, auffi - bien
que
la Symphonie. Vous vous fou
venez , Madame , que je vous
ay parlé plufieurs fois de M
Lorenzani. C'est celuy que
GALANT. 375
uxai
Mr le Maréchal de Vivonne a
amené de Meffine , & qui eft
préfentement Maiftre de Mufique
de la Chapelle de la Reyne.
Voicy le Sujet de la Paftorale.
Nicandre & Filene fe propofent
l'un à l'autre le Mariage de leurs
Filles. Elles refuſent fur divers
prétextes de fuivre la volonté
de leurs Peres . Toutes deux aiment
Lidio , jeune Amant volage
qui court apres toutes les
Bergeres. Plufieurs incidens arrivent
, & enfin Philis épouse
l'inconftant Lidio , & Cloris,
pour fe vanger de fes infidélitez,
Te marie avec Eurille . Le Prologue
de cette Piece fe fit par
Hommes qui eſtoient à
table , & qu'on fupofoit fur la
fin de leur repas , par les débris
qua
376 MERCVRE
V
reftez fur la Nape. Ces quatre
Hommes , que les fumées du
Vin devoient avoir rendus un
peu gays , eftoient Mrs Poif.
fon , Rofimont , Scaramou
che , &
-6
men
, tous bizarre
.
ment vêtus. Vous en jugerez
par ce que je vay vous dire de
T'Habit d'Arlequin . Le fonds
eftoit de Satin blanc.; & à l'égard
des pieces, des quatre couleurs
qui le compoſent toûjours,
fçavoir , le bleu , l'aurorel, le
feüille-morte, & le rouge, c'ef
toient quatre Fleurs ; une Rofe,
pour le rouge ; une Tulipe, pour
la feüille. morte ; un Soleil , ou
Fleur de Soucy , pour le jaune,
& un Barbeau pour le bleu.
Ces quatre excellens Comiques
commencerent à difputer touGALANT.
377
1
t
a
chant la beauté des Opéra
Italiens & François . Mrs de la
Grange & Cinthio voyant que
leur querelle alloit jufqu'aux
coups, vinrent pour les féparer,
& afin qu'on puft juger qui d'entr'eux
avoit raifon , Cinthio leur
propofa un petit Opéra Italien ;
ce qu'ils accepterent . Le premier
Acte finy , Arlequin vint
faire une tres- plaifante Scene
avec Scaramouche. Il contrefit
le Berger & la Bergere qui ve
noient de paroiftre fur la Scene;
& en voulant louer l'Opéra , il
le critiqua d'une maniere fort
agreable. Apres le fecond Acte,
Mrs Poiffon & Rofimont blamerent
l'Opéra Italien
fe jetterent fur les beaux en
droits des Opéra François, auf-
Septembre 1681.
Ii:
>
&
378 MERCVRE
quels ils donnerent des louanges
meflées d'un peu de Satyre, La
difpute recommença entre tous
les quatre , quand le dernier
Acte eut efte repréfenté. M
de la Grange les mit d'accord,
en parlant des auantages de la
Comédie & de la Mulique , &
conclut , que rien n'eftoit plus
capable de contenter tous les
Spectateurs qu'une Piece de
Theatre meflée de Mufique.
Iljona cette Scene d'une maniere
qui charma toute l'Afseblée .
Le Roy fur fort fatisfait des
Intermedes , I admira la propreté
des Habits des Muficiens
& des Acteurs , & dit qu'il n'avoit
rien veu de fi propre &
de fi noble que ce Spectacle.
Je vous envoye un Livre de cer
GALANT 379
1
"
Opera Italien , dont la Traduation,
qui eft fort fidelle, a efte
tres.eftimée . Sa Majesté en a vu
deux Repréfentations. Quel
que temps avant que l'on donnaft
la premiere, la Troupe, appellée
de Guenegaud , à caufe
du Quartier où elle joue, releva
celle qui a quitté l'Hostel de
Bourgogne . Comme les Acteurs
de cette derniére Troupe ont
toûjours joué les Pieces de feu
Moliere, & que ce merveilleux
Homme avoit luy- mefme pris
foin de donner à chacun d'eux
les tons neceffaires pour leurs
Perfonnages , ils en ont repré
fenté plufieurs qui ont tres fort
diverty la Cour.
Ce n'est plus une Nouvelle
que les feize Cardinaux faits par
Ii ij
380 MERCVRE
le Pape dans la Promotion du
premier jour de ce mois. Ainfi
je ne perdray point de temps
pour ne vous écrire que des
noms que vous fçavez . J'efpere
vous mander la premiere fois
quelque chofe de nouveau
ce fujet.
furs
Je viens d'apprendre la mort
de M le Maréchal Duc de la
Ferté , qui eft mort à fa Terre
de la Ferté . Je n'ay rien à vous
en dire. Vous trouverez un
Abregé de l'Hiftoire de fa Vie,
& des avantages de fa Maifon,
dans ma feconde Lettre de
1677.
J'ay de grandes Nouvelles à
vous apprendre . M ' de Louvoys
partit Jeudy 26. de ce mois pour
aller en Allemagne , fans qu'on
GALANT. 381
puft fçavoir pendant trois jours
s'il eftoit à Meudon, à Paris, ou
à Fontainebleau. Le Roy reçeut
un Courrier le 27. à onze heures
du matin, par lequel il fceut que
Strasbourg avoit efté inveſty,
& il déclara l'aprefdînée à quatre
heures , qu'au lieu d'aller à
Chambort, il partiroit le Mardy
30. pour fe rendre en fept jours
fous Strasbourg. Il a fait ce qu'il
a dit, & eft party ce matin. La
Reyne & Madame la Dauphine
font parties quelques heures
apres pour le fuivre à petites
journées. Je croy qu'à l'avenir
la matiere de mes Lettres fera
tres - belle. Vous fçavez que je
n'oublie rien pour vous donner
une entiere fatisfaction fur les
Nouvelles de guerre .
382 MERCVRE
Ce matin , M le Marquis de
Bellefond , Fils de Mr le Maré
chal de Bellefond , aboure
épouse
la feconde Fille de M le Duc
Mazarin. Je vous en parleray
plus amplement le Mois pro-
Mile
userud 90 95 9981ALVI)
chain .
•
Ma plume a efte trop vifte,
quand vous écrivant la derniere
fois , j'ay mis , M' le Marquis de
Cheifcuil Premier Gentilhomme de
la Chambre de Monfieur , jay cru crû
mettre Dac, & non pas Marques.
1 & 1
On doit faire enfin demain
l'ouverture du Bureau de Rencontre
, qui fait tant de bruit
depuis un mois . Si l'utilité répond
à la penſée de ceux qui
l'ont étably , & mefme à l'opi- .
nion publique, elle fera grande,:
Je vous en månderay le fuccés,
GALANT.
383
Cependant fi vous avez des Avis
à envoyer ; adrefie les au Bureau
qui eft étably au
Dauphin,
Court-neuve du Palais, & vous
connoiftrez par volte propre
expérience , fi ce qu'n publie
à l'avantage de ce Breau eft
veritable . Je fuis , Mdame ,
voftre , & c .
A Paris ce 30.Septembre 181.
Le Journal du Bureau de encontre
fe diftribuera tou les
Jeudis , à commencer le Judy
9. d'O&obre.
Qualité de la reconnaissance optique de caractères