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BIBLIOTHEQUE
sines
60 – CHANTILLY
MERCURE
CALANT
DEDIE A MONSEIGNEUR
LE DAVRHIN
AOUST
A
PARIS.
AV PALAIS
Nodomera toûjours un Volume
nouveau du Mercure Galant le
premier jour de chaque Mois , & on
le vendra , auffi- bien que Ext
L'Extraor
dinaire , Trente fols relié en Veau,
& Vingt-cinq fols en Parchemin .
કેકામ
onari abioM Ish attilas
A PARIS ,
Chez G. DE LUYNE, au Palais , dans la
Salle des Merciers, à la Juftice, y
4443
Chez C, BLAGEART , Ruë S. Jacques,
Plâtre,
à l'entrée de la Rue du Plate Palais,
Et en fa Boutique Court-Neuve du Palais,
AU DAUPHIN
Et T. GIRARD , au Palais dans la Grande
Salle, Envie dishpold
M. DC . LXXXI .
ر ا ي ف
AVEC PRIVILEGË DY KOÏ » $3
ན ॰།དྷ(རཱུ ॰ ཝཱ, རྩྭ ར ༠ (
y grade2 o
kh my saustic) ape
525252 SZZESESZES
TABLE DES MATIERES
-40271X7
contenues dans ce Volume .
A
I
Vant-propos contenant un Elòge
du Roy, en Profe & en Vers, envoyé
de Rome , & composé par la
Solitaria del Monte Pinceno,
Fefte des Chevaliers, Archers, & Pif
toliers de la Ville de Péronne, rétablie
par Lettres Patentes de Sa Majefté;
tout ce qui s'eft paffe pendant plufieurs
jours qu'a duré cette Fefte, 19
Traduction de la quatorziéme Ode du
2. Livre d'Horace,
Baptème d'une jeune fuifve fait à Mets™
avecgrande ceremonie,
..
C
La Promenade,
46
$3
56
Confeils defintereffez , à la jeune Iris,
64
Ce qui s'eſt paffe aux Eaux de Pyrmont
entre les vingt-fept Alteffes , qui s'y
font trouvées,
La Saliere & le Sucrier, Fable,
8r
100
Theſe foûtenue par Mile Marquis de
2 ij
TABLE.
Bonvoys,
114
Galerie de Verfailles, I så mass% 120
Converfions,
127
DA MLADİ24
Lettre en Profe & en Vers,
Divertiffemens de la Cour de Hanover,
avec le Balet champestre qu'on y a
dancé pour le divertiffement de la
Reyne de Danemark & les Vers
du Balet,
Réponse de Monfieur
Madame de Saliez, Viguiere d' Alby,
furfon Projet pour une nouvelle Secte
de Philofophes, enfaveur des Dames,.
190
•
Galanterie furun Bouquet,
Hiftoire,
28144
à Filluftre
Cab 203.
Efclaves rachetez par les Peres de la
Mercy, avec l'origine de cet Ordre,
237
Sonnet fur la Fonction des deux Mers,
258
Les Baffes-Loges pres Fontainebleau,s
262
Sabab wol
Lettre de Londres , contenant plufieurs
Nouvelles d'Angleterre,
Nouvelles d'Ecoffe,
265
288
TABLE.
Regiment de Dragons donné à M. le
Chevalier de Teffe
292
Ba Chate métamorphofée en Femme,
Fable, 296
Mariagede M. le Comte du Pleffis , 295
ance,meilede fa valières
Baptême de cinquante Negres, 305
Retour de Male Duc de Mortemar en
* Mer, apres fon retour de Majorque
à
Marseille,
valier de Béthune,
Prifes faites fur Mer par
310
Mile Che
3II
Mariage de M. de Molac & de Ma
demoiselle de Rouffille, 3215
Ce qui s'eft paffe aux Etats deNantes,
330
323
Effersſurprenans du Tonnerre,
Madrigal fur ce que le Tonnerre a
laiffe les Armes du Roy entieres en
trois endroits du mefme Edifice, apres
avoir brifé grand nombre d'autres
Ecuffons,
Plufieurs Conversions remarquables, 333
Tour d'adreffe d'un Maquignon,
Explication de la premiere Enigme , 340
Noms de ceux qui en ont trouvé leMoss,
332
336
344
TABLE
Explication de la feconde Enigme, 346
Noms de ceux qui en ont trouvé le vray
Sensi pes akvosini19. X 90630346
Noms deceux qui ont expliqué les deux
Enigmes,
Enigme,
Autre Enigme,
347
348
3510%
VYAANO KA0342
Le Jeu duMonde, 18
Journal general de France, 31 Mar
Ki na ub 1934moɔ) é 2sòung*}}
nde bagdag pa comaloy
Fin de la Table.adriandid abdo
ervidoibuk znsmema'!
1012 ubai 20
usmingal Jissoula D
1
Extrait du Privilege du Roy . \\
PAGE
Ar Grace & Privilege du Roy, Donné à
S. Germain en Laye le zr.Decembre 1677.
Signé, Par le Roy en fon Confeil, JUNQUIERES.
Il eft permis à J. D. Ecuyer, Sieur de Vizé,
de faire imprimer par Mois un Livre intitulé
MERCURE GALANT, prefenté à Monfeigneur
LE DAUPHIN , & tout ce qui concerne
Tedit Mercure, pendant le temps , & efpace de
fix années, à compter du jour que chacun defd.
Volumes fera achevé d'imprimer pour la premiere
fois : Comme auſſi defenfes font faites
à tous Libraires , Imprimeurs, Graveurs & autres,
d'imprimer, graver & debiter ledit Livre
fans le confentement de l'Expofant , ny d'en
extraire aucune Piece , ny Planches fervant à
l'ornement dudit Livre, mefme d'en vendre feparément,
& de donner à lire ledit Livre, le
tout à peine de fix mille livres d'amende, &
confifcation des Exemplaires contrefaits , ainfi
que plus au long il eft porté audit Privilege .
Regiftré fur le Livre de la Communauté le s
Janvier 1678. Signé, E.COUTEROT , Syndic.
Et ledit Sieur D. Ecuyer , Sieur de Vizé,
a cedé & tranfporté fon droit de Privilege à
C. Blageart , Imprimeur- Libraire , pour en
jouir fuivant l'accord fait entr'eux .
achevéd'imprimer pour la premierefois
le 1. Aduft 1681.
Avis pour placer les Figures.
La
A Planche qui repréfente
la Veue
d'un Jardin , doit regarder la page
8 .
L'Air qui commence par Si je puis
bannir de mon coeur, doit regarder la
page 183.
La Médaille de Monfieur doit re
garder la page 260 .
La Chanfon qui commence par Si
T'amour quelque jour, doit regarder
la page 339.
MERCVRE
GALANT
AO
UST 1681.
Ecroy, Madame, qu'il
me feroit difficile de
commencer cette Let
tre d'une
maniere plus agreable
pour vous , qu'en vous
faifant part de ce qu'une des
plus fpirituelles
Perlonnes
de
Aguſt 1681.
A
2 MERCVRE
voltre Sexe m'a écrit de Rome.
Je vous envoye fon
Billet . Il vous fera voir que
toute la Terre partage avec
vous les fentimens d'admiration
que vous avez pour
Sa Majesté.
22525252525 25252
A Rome ce 4. Juillet 1681 .
V
Ostre fecours m'eft anjourd'huy
neceffaire, Galant
Mercure. Le glorieux
Nom que vous portez en tefte,
me fait juger que vous avez
quelque accés aupres du plus
grand Roy du Monde , puis que
GALANT.
3
a
fon illustre DAUPHIN vent
bien vous honorer de fa protection.
C'est ce qui m'oblige à
m'adreffer à vouspour vous ren
dre complice de ma`temérité.
Toute l'Europe estant occupée
à louer les grandes Actions de
cet augufle Monarque , il n'eft
pas juste que Rome feule de
meure dans le filence , pendant
qu'il applique tous fes foins à
détruire l'Heréfie, & à
procurer
de jour en jour de nouveaux
Triomphes à l'Eglife . Comme
il ne dédaigne pas de voir quelquefois
vos Lettres , faites qu'il
puiffefçavoirce qu'onpenfe icy de
A ij
4 MERCVRE
fus merveillenfes qualitez. Vons
ne devez pas refufer cette grace
à une Etrangere , qui n'a poins
encorpris de Protecteur en France,
&qui veut vous devoir tout.
LA SOLITARIA DEL
MONTE PINCINO .
Ce quifuit , eftoit ajoûté
Ge Billet
.
AV ROY.
G
RAND ROY , dot l'Univers
admire la puiffance,
Quijoignez au courage une rare
prudence,
Et qui faites douter par vos Faits
inoüis,
GALANT. 5
Laquelle eft plus grande en
Lours,
Ou la Valeur, ou la Clémence ;
Ma Mufe jufqu'icy tremblante
á voſtre afpect,
N'ofoit parler, pour avoir trop
à dire,
Et demeurant pour Vous dans
un humble reſpect ,
Faifoit des vocux pour voſtre
Empire.
Sa
Qui n'en feroit pour Vous, pour
un Prince fi grand,
Si puiffant, fi vaillant, fi jufte,
Dont leTitre le moins auguſte
Eft le Titre de Conquérant;
Qui fur tous fes Sujets répand
en abondance
Les dons de fa magnificence,
Qui les comble de biens, & les
rend fortunez,
6 MERCVRE
Et qui fait cnvier le bonheur de
la France
Aux Peuples les plus éloignez ?
se
Princes qu'il a vaincus , fuivez
fes beaux exemples,
Vous devez tout à ſa bonté ..
La plus fameufe Antiquité
A de moindres Héros a cofacré
des Temples ;
Loûts pouvoit ranger vos . Peu
ples fous fes Loix;
Heureux vos Peuples millefois,
S'il cuft voulu. s'en rendre
Maître.
Sa Valeur pouvoit tour, fon Bras
eftoit armé,
Ce Prince eftoit vainqueur, il a
ceffé de l'eftre;
Mais enfin, qui l'a déſarmé?
GALANT. 7
Sont-ce vos efforts , vos intrigues,
Et de tant d'Alliez à fes piedsabatus?
Princes , il faut céder , par des
coups impréveus,
Louis a renversé vos impuif
fantes Ligues ,
Il s'eft vaincu Luy- mefme , il
vous a pardonné,
C'eftoit le feul moyen d'appaifer
cet orage ;
Si la Paix vous a pû garantir du
naufrage ,
C'eſt un bien qu'il vous a
donné.
Sa
Ah, Grand Roy, quelle eft
voftre gloire !
Vous faites moins pour Vous,
que pour vos Ennemis.
A iiij.
8 MERCVRE
Voftre rare valeur yous les avoit
foûmis,
Et vous abandonnez le prix de
la Victoire .
Pourquoy vous expofer , courir .
tant de hazards ,
Forcer les plus puiſſans Ramparts
,
Et faire pour vos jours trembler
toute la France,
Si Vainqueur vous cédezle fruir
de vos travaux
,
Et content d'avoir pû vaincre
tant de Rivaux,
La gloire à voftre coeur tiet lieu
de récompenfe?.
Cette gloire'n'eft-elle pas aſſez
affermie ? Toute la Terre ne connoift-
elle pas affez le pouvoir de
voftre Bras? Et d'ailleurs, pourGALANT
. 9
quoy
rendre en un moment, ce
qui vous a couftéfi cher? Avez
vous combatu pour vos Ennemis
? C'est un effet , dit- on , de
voftre Royale bonté, qui veut
triompher auff- bien que voftre
valeur; mais , SIRE , permettezmoy
de croire autrement;
C'eft plutoft une prévoyance ,
Je connois quelle en eft la fin.
Vous voulez que voftre DALL
PHIN
Augmente, come Vous , la gloire
de la France.
Si cette rapide valeur,
Qui fait que tout deviết voſtre
conquefte,
Suivoit les mouvemens de voftre
illuftre coeur ,
10 MERCVRE
Ce cher Fils fans efpoir d'eftre,
jamais Vainqueur,
De quels Lauriers un jour couvriroit-
il fa tefter
En effet , SIRE , où V. M. voudroit-
elle qu'il trouvaft des Ennemis
à combatre ? Si vostre va- ›
leur fe les foumettant tous , les
retengit fous les Loix , cer illuftre
Dauphin , fur qui tout
I'Univers a prefentement les
yeux attachez, & dont il attend
les mefmes miracles , que vous.
faites éclateraujourd'huy , pourroit
avecplus de raifon que ne fit
autrefois Alexandre,fe plaindre
de cette valeur qui vous rendinGALANT.
II
de le
vincible , & pleurer vos
vos Conqueftes
, lors que toute la France
eft occupée à en témoignerfa joye
par des réjouiffances publiques .
Vous aveztrouvéle moyen.
confoler, SIRE , & de vousfaire
en meſme temps une nouvelle ma
tiere de triomphe , en rendant des
Provinces entieres à vos Ennemis
. Ainfi l'on peut dire avecjuſ
tice,
que bien loin de vous regar·
derVous-mefme dans cette Paix,
que vous avez imposée à toute
l'Europe, vous n'avez confulté
que vostre gloire, & celle de cet
illuftre Fils. Voftre bonté ne s'eft
pas arreftée là. Ilfalloit luy choifr
12 MERCVRE
pour Epoufe une des plus vertueufes
Princeffes du Monde, &
dont la Renommée publiaft de
jour en jour de nouveaux prodiges.
Ce n'eftoitpas affez pour
devenir la Belle -fille du plus
grand Roy de la Terre, d'eftre
fortie d'un Sano Roval, d'une
چ و آ
Famille qui a donné tant de
Roys , d'Empereurs à l'Europe
, fi les perfections de l'esprit
du corps , ne fe rencontroient
également dans fa Perfonne.
Puiffe le Ciel benir mille fois cer
augufte Mariage, & en faire
fortir une longue fuite de Héros,
imitateurs des vertus de Louts
LE GRAND .
GALANT. 13
4
Mais ce n'eft pas feulement
la Maifon Royale qui reffent les
bienfaits de V. M. Tous vos
Sujetsy ont part, & cette bonté
qui vous fait prendre la défence
de leurs intéreſts contre ceux de
V.M. mefme , &prononceren
leurfaveur contre les Droits de
voftre Couronne , trouveroitpeu
de croyance dans les Païs Etrangers
, fi la Renommée n'avoit
pris foin depuis longtemps de
nous informer de jour enjourdes
nouveaux miracles de V. M.
Quelle gloire , SIRE , de faire
vous feul lafélicité de tant de
Peuples ! A peine avezvous ga
14 MERCVRE
2
gré cent mille francs, que par une
libéralité inouye, vous les deftinez
au Public. La Fortune, qui
dispenfoit autrefois fes Trefors
mal- à-propos , s'eſt enfin repentie
defon aveuglement.
Oüy, c'eft maintenant qu'on
peut dire
Que la Fortune ouvre les yeux.
Cóftante à vous fervir on la voit
en tous lieux
Se foûmetre en Efclave auxLoix
de voftre Empire ;
Incapable de bien uſer
De tant de biens qu'elle pof
fede ,
Avec juftice elle vous cede
L'avantage d'en difpofer.
On peut connoiftre le mérite
-
GALANT. 15
d'une Famille par les graces dont
V. M. l'honore. Celle d'Eftrées
en a reçeu depuis peu de temps
des marques fi publiques & fi
glorieuses , qu'elle fe trouve préfentement
au comblede la gloire.
Toute laTerre admire avec beaucoup
de raifon le jufte difcernemet
du plus grand & du meilleur de
tous les Roys , & prend part
aux avantages d'une Maiſon,
dont tous les Païs Etrangers ont
éprouvé l'esprit , & le courage.
Rome fe peut vanter d'avoir
chez elle un Cardinal , & un
Ambaffadeur, tous deux illuftres
par cent belles actions , & dont
16 MERCVRE
la conduite à bien ménager les
intérefts de la France , eft connuë
de toute l'Europe. Les Mers
tremblent au feul Nom de ce
brave Maréchal d'Eftrées. Il
a trouvélefecret de dompter leur
orgueil, & leurfurie ; de mettre
en fuite, vaincre, brûler des
Flotes Ennemies jufques dans
leurs Ports ; deforcer en peu de
jours des Chafteaux , & des
Places capables de réſiſter plufieurs
mois à des Generaux moins
expérimentez, & moins vaillans
que luy; de prendre des Ifles
entieres, & de porter la terreur
des Armes de V. M. jufques
GALANT. 17
le
dans le Nouveau Monde .
Ce font ces illuftres récom
penfes , ces biens , & ces dignitez
dont V. M. honore tant de
Familles , quifont connoiſtre que
vray mérite ne peut ne peut demeurer
caché àfesyeux, & que lefaux
n'eft pas capable de l'ébloüir; &
c'eft de V. M. SIRE , qui a esté
donnée du Ciel à la Terre pour
la combler de biens ,
voit
que
dont on
des Actions éclatantes
marquent toutes les journées,
qu'on peut dire, comme autrefois
de nostre Titus, qu'Elle eft les
délices du Monde. Le Ciel ne
peut refuser à V. M. fes plus
douft1681.
B
18 MERCVRE
faintes benédictions, lors qu'Elle.
s'applique avec un foin particu
lier à étendre les droits de fon
Empire en détruifant l'Heréfie,
retirant du précipice tant de
milliers d'Ames qui courent
aveuglement à leurperte. C'eft
ce qui nous oblige, SIRE, à faire
à Dieu de continuelles . Prieres
pour V. M. & à luy fouhaiter
toutes les profpéritez quefa pieté
mérite.
Ouy, Grand Roy , que le Ciel
2: favorable
à nos voeux,
Daigne prolonger vos années ,
Et que vos Defcendans en comptent
les journées
285 Par des triomphes
glorieux
;
!
GALANT. 19
Qu'à vous redre Vainqueur tout
aide & tout confpire,
Que l'on voye à vos pieds vos
plus fiers Ennemis,
Et que tout l'Univers foûmis
Reconnoille un jour vostre
empire.
La Paix ayant donné lieu
de renouveler les Exercices
du corps qui font le plus en
eftime , les Chevaliers , Ar
chers, & Piftoliers de la Ville
de Péronne , ont crû devoir
rendre le Bouquet que ceux
de S Quentin leur avoient
donné en 1671. & dont ils
n'avoient pu encor s'acquil'embarras
des Arter
par
Bij
20 MERCVRE
ment ,
mées. Apres avoir obtenu
des Lettres Patentes de Sa
Majefté pour ce rétabliſſe
ils avertirent par des
Letrres circulaires tous ceux
qui s'exercent au Jeu de
l'Arc dans les Villes de Picardie
, Champagne , Soif,
fonnois, Artois, Flandres , &
autres, de fe trouver à la Fefte
dont ils fixerent le jour au
29. de Juin dernier. Ainfi le
28. du mefme Mois , les Hautbois
& les Tambours ayant
donné de fort grand matin
le fignal de l'Affemblée , les
Chevaliers de Péronne le
a
+
GALANT. 21
rendirent tous à cheval fur
les huit heures à la Porte de
leur Jardin. Ce Lieu que les
guerres avoient ruiné entierement
, eft devenu en fix
mois un des plus beaux de
la Ville par les foins qu'ils en
ont pris. Il eft fitué au milieu
de deux Ruiffeaux qui
coulent dans l'enceinte de
fes Murailles. Au deffus de
la Porte font gravées les Armes
de Sa Majefté , & au
deffous celles de Péronne,
relevées en or. Le Veftibule
eft tout remply depeintures.
A main gauche eſt
4
22 MERCVRE
Mutius Scevola fe brûlant
t
le bras pour ſe punir d'avoir
manqué Porfenna , l'Ennemy
de fa Patrie , avec ces
mots , Quid non pro Patria ?
A la Porte de la Chambre
font ces autres mots , Claris
affueta trophais , pour mar
quer que la Ville de Péronne
ne s'eft pas acquis moins de
gloire par les Armes , que
par la fidelité qu'elle a toûjours
eue pour fon Souve!
rain. Cette Chambre eft
fpatieufé , & peinte par tout
de Trophées d'Armes , de
Piftolets , de Carquois , de
GALANT. 23
Fleches , & d'Arcs . D'un
cofté eft une Fille qui tient
une Palme d'une main , &
un Bouclier de l'autre. Une
Fleche, un Arc,& un Piſtolet
font peints fur ce Bouclier,
avec ces paroles , Utroquefi
mul clarefcere pulchrum . Vis - àvis
d'elle eft un Chevalier
Romain , tenant une Epée
& une Rondache , fur laquelle
font ces mots , Turpe
referre pedem. Il y a quantité
d'autres Devifes de cette nas
ture . Le Jardineſt ſéparé en
trois Allées ,toutes trois plan
tées d'Arbres
à perte de
2.2
24 MERCVRE
·
veuë. Celle du milieu eft
bornée par deux grands
Buts , faits en Pavillon , &
couverts d'Ardoife , qui font
un tres- agreable aſpect parmy
la verdure de ces Arbres .
A cofté de l'un eſt le Jeu de
Pistolet , orné de plufieurs
Peintures. Une Perſpective
borne l'Allée , à coté de
l'autre , & la fait paroiftre
dans un grand éloignement,
Les Chevaliers , dont j'ay
commencé de vous parler,
eftant arrivez devant ce Jar
din , montez tous à l'avan .
tage avec des Houffes, & des
Chaperons
GALANT. 25
Chaperons de Piftolets, remplis
de Broderie d'or , & de
Dentelle d'argent , marcherent
en tres- bon ordre , au
milieu de la grande Place
d'Armes de la Ville . M'Aubé
qui en eft Mayeur , eftoit
leur tefte, comme Capitaine.
Lieutenat de la Compagnie
.
C'eſt un Gentilhome de mé
rite, qui's'acquita dignement.
de cet Employ. Il eftoit vétu
d'Ecarlate , & avoit fon Baudrier,
fes Gands, & fa Houſſe ,
garnis d'une Frange d'or
tres- riche. Le refte des Officiers
de la mefme Compa
Aouft 1681.
C
26 MERCVRE
gnie , fçavoir, M. Boïtel, ancien
Eleu en l'Election , Sous-
Lieutenant ; M : Vinchon ,
Enſeigne ; & M. Reynard,
Cornete , faifoient admirer
leur propreté. Quarante Chevaliers
qui les fuivoient , habillez
tous de la meſme forte,
avoient chacun une Plume
blanche , & une tres- grande
quantité de Rubans verds
fur eux & fur leurs Chevaux.
C'eftoit la Livrée de leur Jardin
. Ils traverferent la Ville
en cet équipage avec leurs
Hautbois , & leurs Tambours
, & allerent hors les
GALANT. 27
de
Portes recevoir les Compagnies
des Chevaliers Etrangers.
Celle de Soiffons parut
la premiere . On détacha M
Cahieu Maréchal des Logis,
pour la reconnoiſtre ; ce
qui ayant efté fait , la Com- ·
pagnie de Péronne marcha
jufqu'à un demy quart
lieuë de la Ville , où ayant
trouvé les Chevaliers de Soiffons
, M: Aubé mit l'Epée à
la main ainfi que ceux de fa
Suite , & en falüa le Capitaine
, luy témoignant l'obligation
qu'on leur avoit
d'eftre venus honorer la
c ij
28 MERCVRE
Fefte. En fuite toute la Com
pagnie paſſa devant celle de
Soiffons qu'elle falüa de l'Epée
nuë, revint avec elle dans
la Ville au fon des Hautbois
& des Tambours , & la conduifit
dans le Logis qui luy
eftoit préparé , apres qu'elle
eut fait un tour dans la Place
d'Armes. Ceux de Soiffons
eftoient à peine logez , que
le Guet ordinaire de la Ville ,
entretenu par les Echevins
pour avertir de ce qui fe
paffe à la Campagne , vint
donner avis qu'on voyoit
paroistre d'autres CompaGALANT.
29
gnies . Celle de Péronne marcha
auffi- toft , toûjours en
bon ordre , & fut à peine
fortie , qu'elle découvrit les
Chevaliers de la Ville de
St Quentin. Ils eftoient au
nombre de quatre-vingts,
tous tres-bien montez , &
avoient Mile Préfident Vallois
à leur tefte. Ils furent
reçeus , conduits , & logez
avec les mefmes honneurs
que ceux de Soiffons. La
Compagnie de Montdidier
arriva un peu apres , ayant
M Dargenlieu pour Capitaine.
On luy rendit . les
C iij
30 MERCVRE
mefmes honneurs qu'aux
deux premieres, & on en ufa
de la mefme forte pour les
Chevaliers des autres Villes
voifines , la reception defquels
dura jufqu'à neuf heures
du foir. Apres qu'on les
eut logez , ceux de Péronne
fe rendirent à leur Jardin , où
un fuperbe Repas fervit à les
délaffer. Le lendemain 29.
toutes les Bandes averties
par les Tambours , fe trou
verent à la Meffe qui fut celebrée
pour l'ouverture des
Prix. Chaque Compagnie y
alla Tambour batant, & EnGALANT.
ZI
feigne déployée ; & ceux de
Péronne s'y firent voir dans
de nouvelles parures. Sur les
quatre heures de ce mefme
jour , tous fe rendirent au
lieu d'Affemblée . La Compagnie
des Canóniers & Arquebufiers
de la Ville, commandée
par M. Vaillant fon
Capitaine , s'eftoit miſe fous
t
les
armes ,
quarante
, armez
de Mouf
quets
& de Bandolieres
, &
ayanc
chacun
une Plume
verte
& blanche
. On leur
avoit
confié le
Bouquet
que
rendoient
les Chevaliers
de
C.iiij
au nombre de
32 MERCVRE
Péronne. Les Fleurs qui le
compofoient eftoient d'une
foye fi vive, que les veritables
n'euffent pû les effacer .
Jamais Ouvrage ne fut travaillé
fi artiftement . Vous
n'aurez pas de peine à le
croire , quand je vous diray
que la Reyne fe l'eft fait
montrer plufieurs fois chez
les Dames Religieuſes de la
Rue du Bouloir , qui ont
bien voulu y donner leurs
foins. Ce Bouquet eftoit )
pofé fur un Piedeſtal de deux
pieds de haut, tout doré, &
orné de quatre Statuës auffi .
GALANT. 33
dorées , dans les quatre coins..
Ces Statuës eftoient deux.
Nymphes,ayant des Palmes.
dans une main , & un Coeur
dans l'autre , & deux Amours
qui tenant chacun un Arc,
fembloient eftre prefts à en
décocher les Fleches fur ces
Coeurs. Quatre Hommes
vétus des Livrées du Jardin,
portoient le Bouquet. Parmy
les diverfes Compagnies des
Chevaliers , celle de Villers-
Cotrets , quoy qu'en petit
nombre, fe fit diftinguer pan
une parure égale. On nevit
jamais plus de propreté..
34 MERCVRE
Auffi n'eftoit- elle compofée
que d'Officiers de la Maiſon
de Monfieur , qui eft un
Prince qui ne fe fert que de
Gens choifis. Toutes les
Bandes firent le tour de la
Ville dans un tres lefte Equipage
, chacune prenant fon
rang felon que le fort l'avoit
reglé . Lors qu'on fut devant
la Porte de M: de la Brouë,
Lieutenant pour Sa Majefté
dans la Place, les Officiers de
la Compagnie de Péronné ,
luy allerent reïterer la priere
qu'ils luy avoient déjà faite
de tirer le coup du Roy , &
GALANT. 35
d'eftre de la Collation préparée
en leur Jardin. Il fe mit
auffi- toft en marche à leur
tefte , précedé par tous les
Gardes de M d'Hoquin
cour , Gouverneur de Pé.
ronne , &fuivy du Major, &
de tous les Officiers de la
Garnifon . Ils trouverent une
premiere Collation qui leur
fut offerte par les Echevins
lors qu'ils arriverent à l'Hôtel
de Ville . On la préſenta
auffi à toutes les Bandes . Je
ne vous dis point combien
on vuida de Verres à la fanté
de Sa Majefté. Pendant ce
36 MERCVRE
de
temps, les Arquebuſes à croc
qui font dans le Béfroy de la
Ville, tirerent fans intervale,
& l'on fut furpris de voir plus
quarante Drapeaux , pofez
aux Feneftres de ce mef
me Hôtel par chaque Corps
des Meftiers . Les Bandes eftant
revenues au lieu d'où
elles avoient commencé leur
marche , chacun retourna
chez foy , à la réſerve des
Officiers , qui avec M. de la
Broüe & ceux de fa Suite ,
entrerent dans le Jardin . Il
tira le
coup
on l'en
avoit
prié , & mangea
du Roy comme
GALANT. 37
en fuite avec tous les Conviez
. La Collation fe trouva
fervie au milicu d'une des
Allées de ce Jardin . Rien
n'y manqua pour la rendre
magnifique , & les Hautbois
d'un cofté , & les Violons de
l'autre , firent pendant ce
Régal une harmonie des
plus agreables . Le lendemain
tous les Députez des
Bandes s'affemblerent au
mefme Lieu, où ils reglerent
le tirage au fort , & les Prix
au nombre de trente- deux,
( On y employe deux mille
Ecus que les Chevaliers four-
1
38 MERCVRE
niffent. ) Cela eftant fait , M
Aubé plaça les Pantons en
préfence de ces meſmes Députez,
au bruit des Hautbois,
& de plus de trente Tambours
. Chacun enfuite tira
à fon rang , mais en divers
jours. Celuy des Chevaliers
de Péronne eftant venu , ils
parurent tous en Veſtes de
Brocard, ou de toile de Hollande
très- fine , chamarrées
de Dentelle & de Pierreries,
avec des Toques de Satin
couvertes d'une infinité de
Rubans.Comme ils n'eurent
point leur ordinaire fuccés
GALANT. 39
au premier Panton , ils s'en
firent un fujet de divertiffement
pour eux , & pour tous
les autres. Ainfi ils parurent
le lendemain avec des Habits
de Drap noir , couverts
de Crefpe , & marcherent
dans la Place, leur Drapeau
plié , le bout en terre , leurs
Tambours voilez de noir, &
batant d'une maniere treslente
& toute lugubre. M
Landon , Préfident en l'Election
, qui les précedoit,
portoit , quoy qu'en plein
midy, une Chandelle allumée
dans une Lanterne, Un
40 MERCVRE
autre tenoit une Lunete d'ap
proche pour chercher le
Noir , qu'ils n'avoient pû
trouver au Panton . La plaifanterie
fut fort
approuvée.
Cependant tous fatiguez
qu'ils eftoient de toutes les
Feftes qu'ils avoient efté
obligez de faire , ils ne laifferent
pas de gagner cinq
Prix . Le premier de tous , fut
remporté par un Chevalier
de Chauny. C' eftoit une
Epée de vermeil
. Vous poupar
le
vez juger de fa valeur
fecond, qui eftoit un Baffin
d'argent de trois cens Ecus.
GALANT 41
:
5
4
Le Vendredy 4 de Juillet, on
diftribua ces Prix en pré-
Mence de tous les Députez;
& le Bouquet ayant eité def
tiné d'un confentement
general
à la Compagnie de
Mondidier, pour le rendre
dans deux ans , il luy fur
porté le lendemain par les
Chevaliers de Péronne, précedez
de leur Officiers tous
à pied , & armez d'un Piftolet
dont ils firent plufieurs
décharges. Ceux de Mondidier
marquerent beau
coup de joye en recevant ce
Bouquet , dont ils fe char-
Aoust1631. D
42 MERCVRE
gerent par un Acte , & ré
galerent en fuite les Chevaliers
de Péronne , & les Canóniers,
avec une entiere magnificence.
On compta plus
de 80. Perfonnes
à ce Repas
.
Jay oublié de vous dire que
depuis le commencement
de la Fefte , il y eut Bal tous
les foirs en trois ou quatre
Maifons
. Celuy que M
Aubé donna le Mardy premier
du Mois, eftoit general
pour toutes les Dames tant
de la Ville que des environs.
Mademoiſelle
Aubé fa Soeur,
qui eft une Perfonne bien
GALANT. 43
faite & d'un grand mérite,
en fit les honneurs , & s'en
- acquita avec l'entier applaudiffement
de l'Affemblée. Il
fut fuivy d'une tres- belle
Collation. Le mefme M
Aubé donna un magnifique
Repas à M. de la Broue, aux
Officiers de la Garnison, aux
Echevins , & aux Officiers
des CompagnicsEtrangeres .
Il fut fervy à cir q fervices, de
tout ce qu'on peut trouver
de rare & d'exquis , & ac--
compagné d'une Sympho--
nie admirable de Mufique,,
de Violons , & de Hautbois..
Dij
44 MERCVRE
Le Jeudy au foir 3. du mois,
on eut le plaifir d'un tresbeau
Feu d'artifice . Les Cerémonies
de la Fefte farenti
terminées par le départ des
Chevaliers de Mondidier,
que ceux de Péronne con
duifirent hors de leur Ville,
marchant en bon ordre , &
faifant des décharges continuelles
. L'honneur qu'ils fe.
font acquis dans cette ren ..
contre, a donné une telle
émulation à toutes les Villes.
de ces Provinces , que dans
l'ardeur de faire revivre un
Jeu fi noble , les plus con
GALANT 45.
fidérables de chacune s'em-.
preffent à s'y faire recevoir.. >
Ceux de Roye achetent une.
Maifon afin d'y faire un Jar..
din ; ce qui donne lieu de
croire qu'il n'y aura point.
à l'avenir une plus celébre
Fefte, que celle du Prix gene
ralde l'Arc.
Si voftre Amy que vous,
me peignez entierement ,
poffedé par les beaux Méubles
, & qui femble vouloir
faire autant de Palais qu'il a
de Maifons , eft capable de
foufrir une moralité un peu
fâcheuse pour ceux à qui
46 MERCVRE
.3
rien ne manque , faites luy
voir , je vous prie , la Traduction
que je vous envoye
de l'Ode d'Horace , qui commence
par , Eheu fugaces
Poftume , poftume, &c. Elle.
eft du Fils d'un Auditeur des
Comptes de Dijon , dont
Vous avez veu plufieurs Ouvrages.
:
525252 5222525225
TRADUCTION DE LA
14.Ode du 2. Livre d'Horace...
D
E tes attachemens fi tu veux
te guérir,
Poftume , fouviens - toy que tu vis
pourmourir.
GALANT. 47
Les plus beaux de tes ans paffent.
avec viteffe,
Et tu fens ralentir l'ardeur de ta
jeuneffe;
Ton culte envers le Ciel, ton encens,
nytes voeux ,
Ne pourront d'exempter d'une triſte
vieille ffe,
Ils n'arrefteront pas le temps quifuir
fans ceffe ,
Et quifans t'épargner viel blanchirr
tes cheveux.
25
Dûffes-tu châque jour immoler cent.
Victimes
Surles Autels du Maistre des Enfers,
Dont le pouvoir, par des droits
légitimes,
Pourpunir des Géans tous les crimes
divers,
48 MERCVRE
-
Déja dépuis longtemps les retient
dans les forsi
Rien nepourrafléchirfon coeur inéxorable,
C'estune Loy pour tous inévitable,
Qu'ilfautque chacun àson tour,
Pauvre, Riche, Berger, Monarque,
Pale confufement fans fpoir de.
retour.
Dans lafatale Barque..
Sa
En vain pour prolonger le cours de
nos années
Qui dans un certain temps par les
Dieux font bornées,
Nous voudrons éviter les funeftes
hazards
De Bellone & de Mars .
En vain l'art d'un Pilote, & le veng
favorable,
Conduiront fur lesflots d'une,Merredoutable
GALANT. 49
Noftre Navire jufqu'au Port;
En vain pour éloigner la mort qui,
nous étonne,
Nous craindrons dans l'Automne
D'un vent rude & mortel l'impétueux
effort.
$2
Ilfautfouffrir les
fatale,
coups
de la
Parque
Ilfaut payer un jour le tribut à
Caron,
Voir le Cocyte errant , & le trifte
Achéron ,
Habiter de Pluton la Demeure infernale,
Oùparmy les horreurs d'une obſcure
Prifon,
La Race Danaide, & l'orgueilleux
Typhon,
L'infortuné Sifyphe , Ixion , &
Tantale,
Aoust 1681.
E
50 MERCVRE
Souffrent cruellement
De leurs crimes commis lejufte châtiment.
25
Il faut quiter te's Maifons de Cam
pagne,
Tes Meublesfomptueux, tesfuperbes
Palais ,
Abandonner,& perdrepourjamais
Ton Epoufe charmante, & ta douce
Campagne,
Toy d'un Toutfi parfait la fidelle
Moitié,
Que la Mort àfes yeux ravirafans
pitié.
$2
Ilfaut quiter ces Lieux pleins de
delices
Qui font à tes voeux fi propices,
Ces Parterres, ces Bois, ces jardins
toûjours verds ,
GALANT. SI
Où malgré les rigueurs d'unefaifon
cruelle ,
Flore fouvent fe renouvelle,
Et conferve un Printemps au milieu
des
Hyvers.
S2
Ces Lys, ces Oeillets, & ces Rofes,
Que tu vois avecfoin dans tes fardins
éclofes,
Mais qui ne durent qu'un matin,
Sont de tes foibles jours une vive
peinture,
Ei tu n'auras qu'un femblable
deftin.
Ces Arbres, ces Gazons , & ces Lits
de verdure,
Quifemblent ne changer jamais,
Quand tufatisferas aux Loix de
la Nature ,
Perdront leursplus charmans at❤
traits,
E i
52 MERCVRE
Et deviendront pour toy defuneftes
Cyprés.
Sa
Un Héritier viendra, dont la folle
dépense
Diffipera les Biens qui luy feront
donnez ;
A table on luy verra répandre en
abondance
Sur tes Planchers de marbre de
peinture ornez,
Tes Vins délicieux, qu'on avoit deftincz
Pourlesjours de réjouiſſance,
Et qu'avec tant de foin & tant de
vigilance
Tu tenoisfous centclefs dans ta Cave
enfermez ,
Comme les plus exquís &les plus
eftimcz.
GALANT. 53
.
Le 20 de l'autre mois ,
il fe fit une fort grande Cerémonie
à Mets pour le Baptéme
d'une jeune Juifve
âgée de douze ans . Monfeigneur
le Dauphin & Madame
la Dauphine, qui vou
lurent bien luy fervir de
Parrain & de Marraine , firent
l'honneur à M. Bazin
Intendant de Juftice des
trois Evefchez de Mets,
Thoul & Verdun, & Frontiere
d'Allemagne , & à
Dame Marie le Page fon
Epoufe , de les choifir pour
la tenir en leur place . Tou-
E iij
54 MERCVRE
tes les Ruës par où l'on paffa
pour fe rendre dans l'Eglife
Cathédrale , eftoient tendues
de Tapifferies . Plufieurs
Hautbois & Trompetes
alloient les premiers;
& précedoient les Officiers
& Archers de la Ville en
marche tres - bien reglée.
Ils eftoient fuivis de quantité
de petites Filles veltuës
de Toile d'argent, habillées
en Anges, avec des Cierges,
& couronnées de Fleurs .
Derriere elles marchoit la
jeune Juifve qui alloit recevoir
le Baptéme , veftuë de
GALANT. 55
Moire d'argent , avec des
Fleurs fur la tefte , & quantité
de Perles & de Diamans.
Les Dames de la Propagation
l'accompagnoient , avec
les Nouvelles Catholiques;
& les Curez de toutes les
Paroiffes de la Ville , dont
les Banieres alloient devant,
fermoient cette Marche.
M: l'Archevefque d'Ambrun,
Evefque de Mets, fit
cette Cerémonie , pendant
laquelle la groffe Cloche,
qui ne fonne jamais que par
l'ordre de la Ville , fonna
plufieurs fois. Il faut foixante
E iiij
56 MERCVRE .
Hommes pour cela . Il y eut
grande Mufique, & on tira
le Canon. Cette Fille fut
nommée Anne - Marie Chrêtienne
, ainfi que Madame
la Dauphine l'avoit ordonné.
On diftribua une fomme
d'argent à tous les Pauvres
qui fe préfenterent, & cette
maniere de Fefte fut termipar
un grand Soupé, où
M. de Seve Premier Préfident
fe trouva avec la plus
grande partie de M ™ du Parlement,
& des Dames de la
Ville.
née
Le Cavalier que vous avez
GALANT. 57
veu fi galant dans voſtre
Province , & qu'on vous a
dit eftre en folitude , a choify
pour fa retraite le Lieu du
monde le plus agreable.
C'eft une Maiſon tres- bien
fituée , qu'on peut appeller
un petit Bijou. Les Apartemens
n'en font pas fort
grands, mais tout y eft
pre, & d'une commodité admirable.
Ce qui l'a fur tout
déterminé à la préferer à
beaucoup d'autres qu'on a
voulu luy faire acheter, c'eft
la beauté du Jardin. On m'a
fait voir une Lettre qu'il é
pro58
MERCVRE
crivoit en commun à cinq
ou fix Dames, pour les inviter
à l'aller voir. Il les en
le mérite qui fuit
prioit par
ce qu'on
fait pour les Reclus
; & comme
fi l'agrément
de fon humeur
n'euft
pas fuffy pour les attirer
, il
leur envoyoit
la Veuë d'une
Fontaine
ornée de Jets d'eau ,
au bord
de laquelle
il les
affuroit
qu'on
faifoit ſouvent
de fort galantes
converfations.
Il eft aifé de connoistre
par ce bel endroit
de
fa Maiſon
, qu'une
Solitude
pareille à la fienne
n'eſt pas
GALANT. 59
ཐ
difficile à fuporter . Auffi
ne l'eft- elle que de nom ,
puis qu'il eft rare qu'on l'y
laiffe feul. La maniere aifée
dont il reçoit fes Amis,
fait qu'on s'empreffe à le
vifiter , & l'on revient toûjours
tres - content de ces
fortes de Parties . Il s'en
fit une il y a huit jours , de
Gens choifis de l'un &
de l'autre Sexe , qui eurent
tout lieu d'eftre fatisfaits de
luy. Il leur donna un fort
grand Repas ; & quand la
chaleur du jour fut un peu
diminuée , il convia cette
60 MERCVRE
$
belle Troupe à venir prendre
le frais à la Fontaine
dont je viens de vous parler.
On y fervit la Collation aux
Dames , qui furent furpriſes
de l'effet que produifoient
les Jets d'eau au milieu des
Arbres qui font tout autour.
Elles fe promenerent en
fuite dans les Allées du Jardin
; & le hazard ayant fait
que le Cavalier demeura un
peu derriere avec une fort
jolie Perfonne , Fille d'une
de ces Dames , la plus enjoüée
de toutes fe détournant
, luy dit agreablement
GALANT. 61
que le nom de Solitaire qu'il
fe donnoit , n'empefchoit
point qu'il ne s'attachaft
toûjours aux Belles . Il répondit
avec le meſme enjouement,
qu'apres les longs
& divers voyages qu'il avoit
faits dans le Païs de Galanterie
, il n'eftoit plus propre
que pour le confeil , qu'à la
verité il croyoit y avoir quel-
1 que talent, à cauſe du grand
ufage qu'il avoit du monde,
& que peut -eftre les Leçons
qu'il donneroit ne feroient
pas inutiles , pourveu qu'on
vouluft foufrir qu'il parlaſt
*
62 MERCVRE
•
gea
fincérement. Il n'y eut perfonne
qui en mefme temps
ne s'ofrift à l'écouter. Il demanda
quelques jours pour
examiner ce qui convenoit
à chacune d'elles , & dégafa
parole par diverfes
Lettres qu'il leur fit porter
à toutes. Comme aucune de
ces Dames n'a voulu montrer
la fienne, je ne vous puis
dire de quelle nature eftoient
les confeils qu'il leur
donna. Apparemment ils
avoient raport à leur cara-
&tere. L'une eft coquete,
l'autre ambitieufe , la troiGALANT.
63
fiéme prude , & la derniere
un peu furannée. Vous jugercz
là deflus de ce qu'il
pûtleur écrire. La jeune Perfonne
qui avoit efté la caufe
de l'engagement qu'il s'ef
toit fait , eut auffi fa Lettre
en particulier. Je vous en
envoyé une Copie . L'innocence
de fon coeur qui eft
encor libre, n'a pû permettre
qu'elle en ait fait un fecret.
Voicy en quels termes
elle eftoit conçeuë
.
64 MERCVRE
$225525ss2SSSS25
CONSEILS
DES - INTERESSEZ ,
A LA JEUNE IRIS.
Ly a des Meres qui ne veupas
que l'on prononce le
lent
mot d'amour devant leurs Filles.
C'eft une précaution un peùſcrupuleufe,
& qui peut- eftre aquelque
chofe de bien dangereux.
Malheur à celles qui n'ont connu
l'amour que quand elles l'ont
fenty. Voila ce
plupart desGalans, dejeunes In
que cherchent
la
GALANT. 65
»
ra
vous appren
nocentes. Dieu fait quels
goufts ilsfefigurent à leurdonner
lespremieres leçons. Pour moy,
je veux, s'ilfe peut, les prévenir
aupres de vous
dre ce que vos Amans vous apprendroient.
Si mes enfeignemens
vous plaifent moins que ne
feroient ceux qu'ils vous donneroient,
en récompenfe ils vous
coûteront moins auffi.
Vous entrez dans le monde,
aimable Iris , fçachez les diférentes
mesures qu'ilfaut prendre
avec les diférens caracteres de
Galans , aufquels vous vous
verrez exposée. Vous trouverez
Aoust 1681.
E
66 MERCVRE
toutes les Ruelles & toutes les
Chambres femées de ces fades
Proteftans , de ces infatigables
Difeurs de douceurs, devant qui
un visage un peu jeune , & des
yeux un peu paffables, ne sçauroient
paroiftre , fans eftre auffitoft
attaquez d'un nombre infiny
de fleuretes. Leurs admirations
ne vous font quartierfur rien.
Vous ne pouvezfaire un pas, ny
dire un mot qui ne vous attire
un orage de loüanges. Leurs
yeux radoucis vous fuivent par
tout. Fay veu de jeunes Perfonnes
qui s'accommodoient de
ces Gens-là. Lespremieres douGALANT
67
ceurs qu'on entend, font d'ordinairefort
bonnes de quelque part
qu'elles viennent , & les goufts
qui ne font pas encor formez,
font fujets à en eftre un peu
avides. Je ne croy pas que vous
ayez befoin de leçon la- deffus;
mais en tout cas , s'il vous en
faloit une , écoutez ces fortes de
Galans deux ou trois fois , cela
fuffira pour vous en defabufer.
Fayveu auffi dejeunesPerfonnes
d'une autre humeur , qui eftoient
fatiguées de ces Doucereux éternels
, jufqu'à le leurdire, Gardez
vous bien de prendre cette métode
avec eux. Cela ne fert qu'à
Fij
68 MERCVRE
leurfaire redoubler, & qu'à irriter
encor leurs éloges . Ils croyent
que tout ce qui vous tient , c'eſt
la difficulté d'ajoûter foy à ce
qu'ils vous difent , & qu'en
vous le redifant d'une maniere
plusforte, ils vous perfuaderont.
Ce n'eftpas là le moyen de vous
délivrer de leurs vifites . Gouvernez
- vous plus finement.
Convenez avec eux des loüanges
qu'ils vous donneront. Mettez-
vous de moitié à vous admirer
vous mefme. Prévenez
quelquefois leurs fleuretes , mais
tout cela d'une certaine maniere
quifaſſe voir un agreable mépris
GALANT. 69
pour eux, & non pas unefote
eftime pour vous ; & je vous
répons que quelque efprit qu'ils
ayent, vous les verrezfort embaraſſez
Ily a dans le monde une infinité
de jeunes Gens auffi remplis
de bonne opinion d'eux;
qu'ils l'ont mauvaife des Fem
mes. Une feule avanture qu'ils
auront eue, peut - eftre en des
Lieux où il n'y avoit pas beaucoup
à combatre , leur fait tirer
des conféquences genérales pour
tout le reste du Sexe. Ils connoiffent
les Femmes , difent- ils,
ils fçavent les prendre par leur
MERCVRE
foible. Ils ont appris par expérience
, que quelques beaux debors
qu'elles montrent , rien ne
tient , quand on a l'art de bien
attaquer. Vous les reconnoîtrez
à un air de confiance qui regne
fur tout ce qu'ils difent , à de
certaines manieres hautes qu'ils
ont retenues de leurs conqueftes,
au peu de largeffe qu'ils font de
leur prétienfe estime. Ils font
perfuadez qu'une complaifance
aveugle gagne les Femmes. Ils
s'y étudient, mais c'est une complaifance
feinte, au travers de
laquelle vous démeflez aisément
qu'ilsfe répondent qu'elle ne leur
GALANT. 71
fera pas inutile. Recevez leurs
proteftations avec froideur, vous
ne voyez point qu'ils en foient
beaucoup touchez. Ilsfe tiennent
fürs que vous n'agiffez que par
grimaces. S'ilsfe trouvent tefteà-
tefte avec vous , vous ne leur
remarquez point cette agreable
timidité qui eft le caractere des
veritables Paffions. Point d'em →
barras à expliquer ce qu'ilspenfent.
L'honneur qu'ilsprétendent
faire enfe déclarant, les fait d'abord
entrer en matiere . Ils fe
plaignent d'un airfec & forcé,
avec des exagérations terribles
; & ce qui ne manque pref72
MERCVRE
que jamais , ils vous comparent
aux autres Maîtreffes qu'ils ont
euës , bien moins cruelles que
vous , car ∙ils croyent (& cela
eft quelquefois vray aupres d'une
certaine espece de Femmes) que
les exemples des faveurs qu'ils
ont obtenues de quelques- unes,
peuvent beaucoupfur les autres,
qu'une premiere bonne fortune
en attire une feconde , & que
telle ſe laiffe vaincre à la réputation
d'un Amant , qui ne ſe
feroit peut - eftre pas laiffée
vaincre à l'Amant mefme.
Si jamais quelques - uns de ces
Gens-là vous tombent entre les
mains
GALANT. 73
mains, vangez bienſeverement
fur eux tout voftre beau Sexe.
Ecoutez- les pour les mal-traiter,
mais d'ailleurs évitez- les autant
que vous le pourrez. Que toute
voftre conduite avec eux foir
extremement refferrée. Songez
qu'il faut leur refufer les apparences
autant que les chofes mefmes.
Un Billet qui les mettra
d'une Partie de jeu ou de promenade,
eft fort innocent. Cependant
ne le hazardez point avec
eux. Ils en montreront l'écriture
à mille Gens , à qui ils refuferont
de le lire. Souvent quand ils
font reste à tefte avec vous , ils
Aouft 1681.
G
74 MERCVRE
que
2
ne veulent
l'honneur
d'y
eftrefurpris. Ils affectent
de vous
rendre
des foins en public
; &
cependant
ils difentpar le monde:
en termes genéraux
, qu'ils ne
fontpas Gens àperdre leur peine.
Enfin il eft tel Homme
qu'il
vaudroit
mieux aimer
, que d'eftre
feulement
aimée d'un de
ceux- là.
Que j'aurois de chofes à vous.
dire fur les Amans que vous
pourrez avoir, qui feront au
deffus de vous par leur rang
& par leur naissance ! Rejettez
bien loin la dangereufe
vanité d'avoir tous les
GALANT -75
jours à voftre Porte un . Carroffe
à Manteau Ducal. Ces
fortes d'Amans fçavent vous
faire une espece de honte des
réfiftances que vous leurfaites,
en les traitant de manieres Provinciales
, aufquelles ils oppofens
celles de la Cour; & peut - estre
y a-t-il eu des Femmes qui leur
ont accordé des graces confidérables,
par lafeule crainte de faire
croire qu'elles ne fçavoient pas
affez bien vivre. Rendez à la
qualité des Gens ce qu'elle demande
précisément, t gardezvous
bien d'aller au dela. Autrement
vous leur feriez conce
Gij
76 MERCVRE
voir de trop hautes espérances.
Tenez- vous au deffous du Duc,
fi c'est un Duc qui cherche à vous
voir , mais infiniment au deffus
de l'Amant.
Une des plus dangereufes
efpeces de Gens que vous puiffiez
rencontrer à vostre entrée
dans le monde , ce font ceux qui
s'attacheront à vous pour vous
donner des confeils , & pour
prendre en quelque façon le foin
de vostre conduite . Ils ont de
l'acquis, ils décident. Unejeune
Femme eft bien- aife de les trou
ver d'abord pour Protecteurs de
fon mérite lors qu'elle commence
GALANT. 77
à paroître , & de tirer d'eux les
lumieres dont elle a befoin. Peu
peu on leur laiffe prendre fur
foy un afcendant qui fe fortifie
toujours. Quand on voudroit
fecouer le joug, on ne le peut
plus. Ils ne manquent point de
vous décrier le refte des Hom
mes. Ils tâchent ou à vous rendre
fuspects ceux qui leur feroient
ombrage aupres de vous,
on à les écarter par leurs propres
affiduitez. Ils vous broüillent
avec tous leurs Ennemis ;
quand ils ontfait de voftre Maifon
une Solitude telle qu'ils l'entendent,
ilsfe déclarent Amans,
G. iij
78 MERCVRE
ou plutoft ils ufent de leur droit,
en vous commandant de les aimer.
Prévenez cette indigne
fervitude, nonpas en ne recevant
point de confeils , (profitez- en,
fans vous affujettir trop à ceux
qui les donnent, ) mais en ne?
fouffrantpas qu'il s'établiſſe chez
vousfur ce prétexte aucuneforte
de domination ; &ne
fuft- ce
que pour l'empefcher, négligez
quelquefois de bons avis , quand
ce ne fera pas fur des matieres
trop importantes.
Voila, ce mefemble, lesprin:
cipaux caracteres contre lefquels
à vous tenirfur vos Vous avez
GALANT. 79
gardes. Si vous profitez de mes
Leçons , que vous devez croire
entierement def- intéreffées , puis
que je nefuis ny en état, nyen
âge de prétendre à vostre coeur,
au moins ne ferez- vous en peril
d'aimer que quand vous rencontrerez
un Homme quifoit veritablement
aimable ; mais comme
en ce cas je n'aurois guére de confeils
à vous donner contre luy,
veux vous apprendre comment
il doit eftrefait, afin que vous ne
vous y laiffiezpas troniper. C'eft
une peinture que je vous feray la
premiere fois.
G iiij
80 MERCVRE
Si noftre fpirituel Solitaire
tient ce qu'il promet, il ſçait
quelles qualitez font effentielles
à un galant Homme,
& il en fera fans-doute un
agreable portrait. Ce qu'il
a écrit aux Damès , dont je
-vous ay dit que l'une eft
prude, & l'autre coquete, ne
fera peut- eftre pas toûjours
fi caché , qu'il n'en échape
quelques Copies. Si elles me
tombent entre les mains ,
vous les aurez auffitoft . Il
penfe fi jufte , que tout ce
qui vient de luy mérite d'ef
tre gardé. Cependant je vous
S
S
81
me
vec
ine,
s de
ft la
elle
Jarbien
yeux .
< qui
ils à
der-
•n qui
Leyne
à la a
u'elle
GALANT. 81
envoye une Planche qui me
paroift avoir du raport avec
ce qu'on dit de la Fontaine,
qui fait un des ornemens de
fa nouvelle Maifon , C'eft la
Veuë de celle qu'on appelle
des Tritons dans le beau Jardin
d'Aranjuez . Elle a bien
dequoy contenter les yeux .
Auffi beaucoup de ceux qui
f'ont veuë, la préferent-ils à
toutes les autres.
Je vous appris , la derniere
fois la Reception qui
avoit efté faite à la Reyne
Mere de Danemark à la
Cour de Hanover, & qu'elle
82 MERCVRE
en eftoit partie pour aller à
Pyrmont , dans le deffein
d'y prendre des Eaux . Elle
y arriva le Samedy 18 de
Juin , felon le vieux ftile , &
le 28. felon nous. Madame
l'Electrice Palatine s'y ren
dit une heure apres , & vint
falüer la Reyne fa Mere.
Les Danois qu'on ne voyoit
jamais à ces Eaux qu'avec
des Fourrures , y ont paru
cette fois avec des Habits
chamarrez , & brodez d'or
& d'argent. En fort peu de
jours la Cour y devint fort
groffe,& peut- eftre ne verraGALANT.
83
-on de longtemps
tant de
Princes Souverains
affem
blez en meſme Lieu . Pendant
le fejour que Sa Majefté
a fait à Pyrmont, il y a
eu jufques à vingt- fept Alteffes
. En voicy les noms.
Monfieur
le Prince Royal
de Danemark
.
Monfieur l'Electeur , &
Madame l'Electrice de Brandebourg.
Madame
l'Electrice
Palatine
.
Meffieurs les deux jeunes
Princes de Brandebourg.
Madame la jeune Princeffe
de Friſland .
84 MERCVRE
Monfieur le Duc , & Madame
la Ducheffe de Zell.
Monfieur le Duc, & Ma
dame la Ducheffe de Hanover.
Meffieurs les deux jeunes
Princes de Hanover.
Meffieurs les deux Princes
de Holftein.
Monfieur le Prince d'Eyfenach
.
Madame la Princeffe de
Madame la Princeffe de
Zell.
Hanover.
Monfieur le Landgrave de
Caffel.
GALANT. 85
Meſdames les Landgraves
de Caffel la Mere & la Fille.
Madame la jeune Princeſſe
de Mekelbourg.
Monfieur le Prince & Ma
dame la Princeffe d'Anhalt.
Trois Princeffes d'Anhalt..
Les noms employez dans
cette Lifte ne défignent aucun
rang entre ce grand
nombre d'illuftres Perfonnes.
Elles n'en ont pû convenir
entr'elles ; & pour
ter dans les Affemblées toutes
les difputes de préſeance,
elles s'en font rapportées au
Sort , qui tour- a- tour leur a
évi86
MERCVRE
fait changer de place.
Le Dimanche 19. ( je fuis
toûjours le vieux ſtile employé
dans mes Mémoires )
la Reyne paffa tout le jour
en devotion felon fa coûtume
, & fut complimentée de
la part de M l'Electeur de
Brandebourg par M.de Galdebeek
fon Grand Chambellan
. Madame l'Electrice
de Brandebourg , les deux
Princes de cette Maifon, &
plufieurs autres Seigneurs ,
luy envoyerent auffi faire
compliment , & elle reçeut
ceux de Mile Comte de Val
GALANT. 87
dek , à qui la Comté de Pyrmont
appartient.
Le 20. Sa Majefté fit appeller
tous les Medecins,
pour confulter fi elle devoir
prendre des Eaux.
Le 2L Elle commença à
en boire, fuivant ce qui avoit
efté réfolu , & continua d'en
ufer pendant deux jours ;
mais comme elle s'en trouva
incommodée, elle les quita.
Le 24. Fette de S. Jean ,
fut encor pour elle un jour
de devotion .
↓
Le 25. cette Princeſſe rencontra
Madame l'Electrice
88 MERCVRE
de Brandebourg aupres de
la Fontaine .
Le 26. qui eftoit Dimanche
, fut employé à ſes devotions
ordinaires.
Le 27. Madame l'Electrice
de Brandebourg
, accompagnée
de M. le Landgrave.de
Caffel , la vint vifiter avec
une Suite magnifique.
Le 28. la Reyne alla voir
Madame l'Electrice de Brandebourg
, & Madame la
Landgrave de Caffel.
Le 29. Sa Majefté fut traitée
à Lude par M.l'Electeur
de Brandebourg. M les
GALANT. 89
Ducs de Zell & de Hanover'
prétendoient qu'il leur devoit
rendre vifite le premier,
à cauſe qu'il eftoit arrivé à
Pyrmont avant eux , mais
s'eftant trouvé attaqué de
goute, ces Princes y accompagnerent
la Reyne de Danemark
, & virent cet Ele-
&teur, comme eftant menez
par cette Princeffe. Peu de
temps apres on ſe mit à table.
Sa Majefté voulant don
nerlieu à ces Souverains d-s
fe voir fans conteftation
pour les rangs , própola de
faire tirer les Places aux Bilf
Aouſt1681.
H
90 MERCVRE
lets . Voicy comment le Sort
les régla dans ce Repas..
1. Place . M le Prince Philippe
de Holſtein.
2. Madame la Ducheffe de
Hanover.
3.
Ml'Electeur de Brandebourg.
4·
Madame l'Electrice Palatine.
S.
Mile Duc de Zell
6. M le Duc de Hano
ver.
7. La Reyne Mere de Danemark.
8. Madame l'Electrice de
Brandebourg.
GALANT. 91
Madame la Princeffe de
9.
Zell.
10. M le Prince de Saxe-
Eyfenach.
1
11. Madame la Princeffe
de Meklebourg.
12. M. le Prince Philippe
de Brandebourg.
13. Madame la Princeffe de
Hanover.
14.
Mi le Prince George.
15. Madame la Ducheffe
de Zell.
16. Mile Prince de Hanover.
17. M le Duc de Holftein
.
Hij
92 MERCVRE
Le 30. on fe divertit au
Jeu chez la Reyne de Danemark.
Le 1. Juillet , cette Princeffe
traita toute la Maifon
de Brandebourg & celle de
Brunfvic. La Table eftoit
de vingt- deux Couverts .
Le 2. M le Duc de Zell
donna un magnifique Repas
à la Reyne & à toutes
Ies Alteffes.
Le 3. Mile Duc de Hanover
traita à fon tour cette
illuftre Compagnie
.
Outre les Alteffes qui fe
font trouvées à Pyrmont, &
GALANT. 93
qui eftoient à la mefme Table
lors qu'elles fe font traitées
, il y avoit fouvent d'autres
Tables de cent Perfonnes
de qualité de l'un & de
l'autre Sexe.
Les quatre jours fuivans
fe pafferent
auffi agreablement
que les premiers ; &
le 8. les Princes , les Cavaliers,
& les Dames , voulant
divertir
la Reyne par la nouveauté
d'une Mafcarade
, prirent
des Chariots de Pofte,
avec du Foin & de la Paille,
& monterent
deffus comme
des Gens qui venoient aux
94 MERCVRE
}
Eaux . Les uns eftoient déguifez
en Chartiers. Les autres
, parmy lefquels eftoit
Mile Prince Royal , parurent
en gros Marchands
Hollandois venant des Indes
. M Ilten repréfentoit
un Opérateur , avec Mle
Prince de Holftein . M le
Prince Frederic - Augufte de
Hanover avoit un Habit de
Femme ; & les Dames qui
furent de cette Partie , fe.
mirent ainsi que luy , en!
Bourgeoifes de Campagne .
Toute cette illuftre Troupe
paffa devant les Feneftres de
GALANT. 95
la Reyne , qui leur donna à
fouper, & le Bal en fuite.
Le 9. on fit venir des Sauteurs
, des Marionetes , des
Joücurs de Flûtes , & d'autres
Inftrumens, avec des Chanteurs.
Le 10. on fit une Loterie
de deux mille Ecus, où il fut
permis à tout le monde d'aller
prendre des Billets . M
le Duc de Hanover donna
aux Comédiens deux cens
Ecus qu'il y avoit mis , & ils
aimerent mieux les prendre
en efpece, que de les riſquer,
fur l'efpérance d'avoir les
gros Lots.
96 MERCVRE
Le 11. la Reyne de Danemark
traita toutes les Alteffes
, & partit ce meſme
jour , apres avoir fait diftribuer
une grande fomme
d'argent aux Pauvres , qui
cftoient accourus en foule
à Pyrmont. Elle alla coucher
à Hamelin , & le lendemain
à Hanover . Pendant
quelques jours qu'elle y a
paffez, voicy l'ordre qu'on a
fuivy pour la Table. On fe
prenoit par la main dans la
Chambre de la Reyne, d'où
l'on fortoit en une longue
file, chaque Cavalier tenant
une
GALANT. 97
ane Dame. On tournoit
ainfi autour de la Table ; &
quand elle eftoit entourée
on prenoit place où l'on fe
trouvoit , fans qu'on s'attachaft
à
obſerver aucun rang.
La Reyne mefme qui voulut
eftre de cette Suite, n'avoit
quelquefois qu'une des
dernieres places. Treize Alteffes
mangeoient toûjours
avec elle , fçavoir , M. le
Prince Royal de Danemark,
Madame l'Electrice Palatine
, M les Ducs de Zell
& de Hanover , Mefdames
Aoust1681. I
98 MERCVRE
les Ducheffes leurs Femmes;
rs
trois
Ms les deux Princes de Holftein
, M. le Prince d'Eylenach
, avec M" les deux
Princes aînez de Hanover,
& Mefdames les Princeffes
de Zell , de Hanover , & de
Meklebourg. On y a donné
Répréſentations de l'Opéra
Italien d'Alcefte, & dancé
deux fois le grand Balet
intitulé le Charme de l'Amour,
que l'on avoit augmenté de
quelques Entrées. Je vous
en fis la deſcription dans ma
Lettre du Mois - d'Avril , &
l'accompagnay des Vers qui
GALANT. 99
ont efté faits fur cette matiere.
La Reyne de Danemark
s'eft fort divertie à ce
Balet . On en prépare un
nouveau , tout champeſtre
& qui doit eftre dancé dans
la Campagne à la clarté des
Flambeaux. Je vous feray .
part du détail qu'on m'en
promet.
M'Gardien, Secretaire du
Roy, eft Autheur de la Fable
: qui fuit. Elle eſt de pure invention
, & remplie d'allu
frons auffi fines que naturelles.
La morale en peut
eſtre utile à bien des Gens.
I ij
100 MERCVRE
525252-52225252ZS
LA SALIERE,
ET LE SUCRIER.
D
FABLE.
Ans une Office d'impor
tance,
Sur unefuperbe Crédence,
Parmy cent Vafes prétieux,
Régnoit une groffe Saliere,
A qui malgré fa mine fiere,
Un Sucrier voifin faifoit fort les
doux yeux.
Au retour du Buffet, aufortir de la
Table ,
Ce beau Peuple d'argent devenu
Sociable,
Pour charmer les ennuis de fa captivité,
GALANT. 101
1
Paffoit à difcourir les entieres journécs,
Peftant affezfonvent contre les Def
tinées,
C'est l'employ du chagrin & de l'oifiveté.
Unjour noftre Galant s'adreſſant à
la Belle,
Lay dit enfoûpirant ; Il le faut
avoüer,
Charmant Objet de la Gabelle,
On ne peut affez vous louer.
Quevoftre fort est beau qu'il
eft digne d'envie !
Vous donnez aux Mortels le
tréfor de la vie,
Ce Sel fi prétieux, du Ciel le
Favory,
Jadis fymbole de fageffe ,
Aujourd'huy fource de ri--
cheffe ,
102 MERCVRE .
Et qui depuis cent aus fait bien
le renchery
.
De fa piquante humeur , quoy
que l'on puiffe dire,
Il n'eft point à mon gré de com
merce plus doux ;
C'eft luy dont vous tenez
l'empire
Que l'on vous donne parmy
nous ..
Chez ces mefmes Mortels il a
mefme efficace ;
Par le Sel on s'éleve , avec luy
l'on peut tout;
Et fans luy , tel qui tient une
premiere place,
Comme le refte de fa race,
Se verroit encore au bas bout..
Quand vous eftes unis, ce n'eft
qu'avec prudence,
Ce n'eft qu'avec refpect qu'on
doit vous approcher;
GALANT. 103
Chez vous du bout du doigt on
n'ofe le toucher;
Et pour l'avoir de vous , il faut
baiffer la Lance .
A voftre feûreté tout le monde
prend part.
S'il vous arrive par hazard
De faire un faux
tremble ;
pas, chacun
Etfoit fcrupule, ſoit raiſon ,
Venez- vous à verfer, il femble
Qu'on va voir tomber la Maifon
.
Mais voyez des Humains quelle
-eft la frénefie.
Ils trouvent dans mes flancs le
Nectar, l'Ambrofie;
Cependant ces Ingrats me placent
dans un coin;
Comme un chétifValet on m'apelle
au befoin;
I iiij
104 MERCVRE
L'on m'empoigne , l'on me
culbute,
J'ay beau tomber, l'on méprife.
ma chute ;
Mefme l'on prend plaifir à voir:
couler mes pleurs ,
Et je fuis en un mot un vray
Souffre-douleurs .
O Dieux, que n'ay-je l'avatage
De faire de ce Sel le debit &
l'uſage !
Il pourroit feul tous mes defirs.
combler ,
Par l'honneur de vous reſſem
bler.
La Nymphe luy répond ; Je vous
fuis obligée ,
Mais avec tous ces biens que
vous exagerez ,
Amy, je ne fuis pas fi fort avan
tagée
GALANT. 105
1
Que vous vous le figurez .
fe voir
J'en conviens avec vous ;
fur le Pinacle ,
Peut flater noftre ambition ;
Mais eftre en eternel ſpectacle ,
Et ne fervir jamais qu'à la correction
,
Ne fe peut fans cauſer mortification
.
De Sel n'eftoit alors tout-à -fait dégarnie
La Saliere,parlant ainfy;
Mais elle n'en eutgrain, quandſuivant
fa manie
Elle adjouta le difcours que voicy.
Cher Hofte, & Confident du
Prince des Epices ,
Qui des Palais friands fait les
grandes delices,
N'eftes-vous pas cent & cent
fois heureux ?
106 MERCVRE
N'eft- ce pas vous , Monfieur le
Doucereux
,
Qu'on garde pour la bonne
bouche ?
Je vous trouve unjolyGarçon,
De vous plaindre fi fort de ce
que l'on vous touche ,
Sans faire beaucoup de façon.
Quoy? pour quelques tours
d'eftrapade ,
Ne comptez.vous pour rien
changement, promenade,
Et l'hōneur de paffer par de fort
belles mains ?
Allez, n'accufez plus la rigueur
des Humains.
Quel feroit mon bonheur d'eftre
ce que vous eftes ,
Et de faire ce que vous faites !
Ah, dit noftre Eventé, que le cour
roux du Ciel'
GALANT. 107
Change plûtoft mon Sucre
en Fiel.
Voila de ces deux teftesfoles
Les beaux raisonnemens, & les dif
cours frivoles,
Dont le Deftin, pour les punir tous
deux ,
Pritfujet d'exaucer leurs voeux.
Unjour, apres débauche entiere,
Ilarriva que l'Officier
Mitdu Sucre dans la Saliere,
Et du Seldans le Sucrier.
Afin que vous & moy nous trouvions
noftre compte,
Vous voulez bien, Lecteurs, que ce
foit du Sel blanc;
Car à vous le dire tout-franc,
Le gris n'eftpaspropre à ce conte;
Mais revenons-y promptement,
Avançons vers le dénouement,
Et voyons au Repas, quãd l'heure
enfut venue,
108 MERCVRE
L'effet que produifit cette étrange
bévenë.
Lepremierqui crût avoirpris
Du Selpourfalerfa viande,
D'un gouft fi diferentſe trouvant
bien furpris,
Cria, que la Saliere eftoit une
friande,
Qu'elle s'eftoit renduë aux douceurs
d'un Galant..
Mais
que
la continence eft un
rare talent !
Où trouver Femelle fi prude,
Que l'amoureufe paffion ,
* Malgré fa fierté, ſon étude,
Ne livre toft ou tard à la tentation
?
Un autre apresfemblable épreuve,
Feignit de l'excufer, difant qu'elle
eftoit Veuve,
Et quefans crime elle avoit convolé;
GALANT. 109
Mais ilfutbientoft controllé
` Par un tiers , qui d'un front auſtere
Affura qu'elle avoit grand tort,
Et que le Sel n'eftantpas mort,
Elle avoit commis adultere.
Parcent autres brocards , qu'il falut
effuyer,
Fugezfila Pauvrete eur dequoy s'en`
nuyer.
Enfin toute confufe & toute con
triftée,
A l'office elle eft reportée,
Pour la réduire àfonpremier em..
play,
Dont fi mal-à-propos elle enfraignit
la Loy.
Avec le Fruit, on fert un Plat de
Créme ;
Pour lafucrer, on prend noſtre
Galand;
Mais le Malheureux n'y répand
NO MERCVRE .
Avec fon Sel, qu'une amertume extréme.
Là le plus diligent est le plus - toft
trompés
On ne s'en vantepas , on touffe, on
crache, on mouche;
J'ay mal à la luete , oüay, j'avale
une Mouche.
Plutoft créver, qu'un feul l'euft
échape.
On aime mieuxfaire la mine
De tout Animal qui rumine,
ce qu'on ait veu le dernier Fusqu'à
attrapé.
C'est la métode charitable,
Par tout ailleurs, comme à la table;
Et telfouffriroit enfecret
Surfon dosfix bons coups defouet,
Pour le malin plaifir, de voirfur
quelque épaule
Appliquerfeulement deux ou trois
coups de gaule.
GALANT. III
Finiffons la digreffion,
Et quittons la refléxion .
Enfin l'éclat de rire au filencefuccede;
Aux Brûlots avalez, bienboire eft
le remede;
Puis,fans perdre de temps, on tra
vaille au Procés
De cet Audacieux qu'on accuse
d'excés.
Qui l'auroit crû, dit- on , de cette
ame traîtrefle?
Ah qu'un Ruftre
plaifant
peu com-
Eft quelquefois moins malfalfant
Qu'un Jan. doucet qui nous
careffe!
D'autres plus rigoureux le traitent
d'impofteur,
Difent que c'eft un Séducteur,
112 MERCVRE
Qu'il a corrompu la Saliere,
Ou du moins qu'on ne peut nier
Que ce nefoit un Fauffaunier,
Et que lapreuve en eft entiere .
Le dernier Opinant le prit d'un ton
plus doux,
Eidit; Seigneurs, vous fçavez
tous ,
Que la premiere faute eſt toujours
pardonnable.
Epargnez donc ce Miférable ,
Il a failly moins par malignité,
Que pour la curiofité.
Afin pourtant qu'il s'en fouvienne,
Et
que d'orefnavant la crainte
le retienne,
Donnons à cejoly Mignon ,
Pour furveillant, pour compa
gnon ,
Lebon Vinaigrier, dot l'humeur
fatyrique ,
GALANT . 113
Comme vous fçavez , mord &
pique;
Que placé devant luy ,fans ceffe
à fon afpec
Il en craigne les coups de bec,
L'avis fut trouvé bon, & l'Arrest
s'exécute.
Depuis ce temps , le pauvre Cóndamné,
Sur an Buffet bien ordonné,
A ce Cenfeur toujours ſe trouve en
bute.
Pour lagroſſe Saliere, elle ne paroifi
plus;
Apres s'eftre épuisée en regretsfa
perflus,
Elle-mefme elle s'eftpunie,
Elle-mefme elle s'eft banies
Et l'ondit que l'excés defes vives
douleurs,
Toulesjours la faitfondre enpleurs
Aoust1681. K
114 MERCVRE
Elle nous a laiffé de petites Bâtardess
Ces foibles Avortons , ces Salieres
camardes,
De honte fous les Flats vont fi bien
fe cacher,
Qu'à toute heure il les faut chercher...
Cette Fablepeut nous apprendre,
Qu'ilfautfe bien connoître, avant
que d'entreprendres
Er peut encor nous avertir,
Qu'il nefautjamais pervertir
Les talens que
en partage;
du Ciel nous avons
Autrement, pour conclufion,
Au Prochain nous canfons dommage,
A nous- mefmes confufion.
Le Vendredy 8. du mois ,
Mile Marquis de Louvoys,
GALANT. 115
Fils aîné de Monfieur le
Marquis de Louvoys , Mi--
niftre & Secretaire d'Etat,
foûtint un Acte de toute la
Philofophie au College de
Clermont. La Théle eftoit .
dédiée au Roy, qu'elle repré--
fentoit fort au naturel. Au
bout de la Salle eftoit élevé
un Dais, fous lequel on avoit
mis le Portrait de ce grand
Prince . Monfieur de Lou➡
voys, Pere de ce jeune Ré
pondant , & Monfieur l'Archevefque
de Rheims fon.
Oncle , faifoient les honpeurs
de l'Affemblée . Vous
Kij
116 MERCVRE
jugez- bien qu'elle fut auf
nombreuſe qu'illuftre. M
le Cardinal de Bouillon , M
l'Archevefque de Paris , &
tout ce qu'il y avoit alors de
Prélats icy, furent témoins
de cette Action , auffibien
qu'un grand nombre de
Princes, Ducs & Pairs, Maréchaux
deFrance, Ambaſſadeurs,
Confeillers d'Etat, &
autres Perfonnes qualifiées.
Avant l'ouverture de la
Difpute, le Soûtenant fitune
belle Harangue en l'honneur
du Roy, & la prononça
avec une grace qui ne fe
GALANT. 117
!
peut exprimer. Apres avoir
fait connoiftre qu'il pouvoit
combatre avec confiance fous les
auspices d'un Prince , à qui la
Victoire avoit toûjours obey, il
s'étendit fort fur fa modération
. Il dit , que cet auguſte
Monarque avoit mieux aiméſe
montrer digne de commander à
toute la Terre , que d'en acquerir
l'Empire , que préferant la
gloire de rendre heureux tous les
Peuples à celle d'en triompher, il
avoit fans peine interrompu des
Conqueftes , dont la fuite`auroit
pú mettre en quelque péril la
Justice , l'Innocence, la Religion,
118 MERCVRE
& les beaux Arts , qu'il avoit
toûjours cherché à faire fleurir.
Ce Difcours finy, M.l'Abbé
Pelletier , Fils du Confeiller
d'Etat qui porte ce nom , ou÷ ›
vrit la Difpute, avant laquelle
il fit compliment au Soûtenant,
fur les avantages de fon
illuftre Famille , qui a l'honneur
de fervir le Roy dans
les Charges , & dans les Affaires
les plus importantes de
l'Etat , avec la fidelité & le
fuccés qui eft fçeu de tout
le monde. Ceux qui argu
menterent apres luy, furent
M.I'Abbé de Lorraine d'ArGALANT.
119
mont ;
magnac ; M.Abbé de Cha
roft ; M de Croiffy ; M.
- l'Abbé de Luxembourg
; M
le Marquis de Villequier
,
Fils aîné de M. le Duc d'Au-
& M. l'Abbé de Vaubecourt
: On ne peut répondre
avec plus de netteté
& de préſence d'efprit , que
fit M. de Louvoys pendant
deux heures . Il découvrit de
filoin les difficultez
, & les
penétra fi bien , que celuy
qui préfidoit n'eut rien à luy
dire dans tout le cours de
cette Difpute . La folidité de
fes réponſes
ne furprit per120
MERCVRE
fonne. Au contraire, eſtant
du Sang dont il fort, on euſt
eu fujet de s'étonner , s'il fe
fuft tiré avec moins de gloire
d'une occafion de cette importance.
Je croyois ne vous parler
de la Galerie qu'on fait à
Verfailles , qu'apres qu'elle
feroit achevée , mais il n'y a
pas moyen de me taire d'un
morceau , qui pendant fept
ou huit jours qu'on l'a laiffé
découvert , a fait l'admiration
de toute la Cour , &
d'un nombre infiny de Curieux.
Ce fut dans le dernier
mois
GALANT. 121
mois qu'on cut le plaifir de
voir le commencement de
ce magnifique Ouvrage. M
le Brun en a fait tout le def
fein , c'eſt à dire que les Ornemens
, la Sculpture , &
enfin toutes les choſes qui
contribuent à l'enrichiffement
de la Galerie , partent
du Génie de ce premier
Peintre de Sa Majesté. Les
grands Tableaux font de fa
main , & le tout enſemble
repréſente l'Hiſtoire du Roy
par allégorie. Les fortes expreffions
, qui font ſi natu .
relles à cet Homme tout
Aout 1681. L
122 MERCVRE
merveilleux dans ſon Art,
jointes à la grandeur du fujet,
& à la crainte pleine d'ad
miration & de refpect qu'imprime
la Perfonne de noftre
augufte Monarque repréfentée
en plufieurs endroits,
éblouiffent tellement les
yeux, que pour les tenir trop
attachez à ce qu'on ne peut
affez regarder , on demeure
dans une agreable extaſe
dont on voudroit ne fortir
jamais. Si vous aviez entendu
parler ceux qui ont
veu ce fuperbe Ouvrage ,
vous diriez fans- doute que je
.
GALANT. 123
1
hazarde beaucoup à vous en
vouloir entretenir, puis qu'-
on ne fçauroit trouver de termes
qui puiffent bien exprimer
ce qu'il a de furprenant.
Je croy pourtant que
quelques beautez qu'il ait,
vous les cóprendrez quand.
je vous raporteray ce qui en
a efté dit, qui eft qu'il eftoit
digne du Roy. Difpenfez moy
de rien ajoûter à une loüange
qui comprend tout ce qui
fe peut dire. On a recouvert
ce beau morceau qu'on
ne reverra que dans deux ans
& demy, que la Galerie doir
eftre achevée.
124 MERCVRE
Le Samedy 2. de ce mois,
une Famille toute entiere
d'un riche Bourgeois de
Châlons fur Sône, compoſée
du Pere âgé de ſoixante ans;
dala Mere, de cinquante-fix ;
d'un Fils , de trente ; & de
cinq Filles dont la plus jeune
a quinze ans , abjura l'Hé
réfie de Calvin dans la Paroiffe
de St Jean de Dijon.
Leur converfion eft l'effet
des foins, & de l'extréme application
de M. le Marquis
de Vaifley à les convaincre
des VeritezCatholiques. Les
difficultez qu'ils luy ont opGALANT.
125
pofées pendant trois ans
n'ont point rebuté fon zele ,
& il eft enfin venu à bout
de ce glorieux ouvrage. Il
y a déja quelques années
que ce Marquis demeure
à Châlons , fon peu de fanté
luy ayant
vice dans lequel il s'eft toû
jours diftingué. Il est tout
percé de coups . Ce font d'aflez
fortes preuves de fa bravoure.
L'abjuration
dont j'ay
commencé de vous parler
s'eft fait
publiquement, &
avec beaucoup de pompe,
entre les mains de M. Arfait
quiter le Ser-
Liij
126 MERCVRE
mat ,
>
Grand- Vicaire de M.
de Langres. Il eftoit accompagné
de M. Bouhier Official
, ancien Confeiller au
Parlement de Dijon &
Doyen de la Sainte Chapelle
, & de M: Buiſſon Promoteur
, Chanoine de la
Chapelle aux Riches de la
mefme Ville.
La Violete s'eft brouillée
tout de nouveau avec le Muguet.
C'est ce que vous apprendra
la nouvelle Lettre
que je vous envoye du Berger
Fleurifte.
GALANT. 127
$2 25525552 SSSSES
A LA BELLE CLORIS
DES AM BARRIE NS.
A
H , Madame , qu'il eft
vray ce qu'on m'é- bien
crivit il y a quelque temps , en
ces termes !
Quand l'amour eft au point de
fon accroiffement,
On prend en bonne part ce que
fait un Amant,
Dit-il , mefme une injure, il femblé
qu'il encenfe;
Mais quand par un fâcheux
retour
La haine regne aux Lieux ou
commandoit l'amour,
128 MERCVRE
Qu'alors on a de défiance !
Un bon avis paffe pour trahifon,
Un bon remede pour poifon,
On croit qu'il n'en vient rien, qui
ne foit une offence.
Vous allez voir , aimable
Cloris, une affez grande preuve
de cette verité, dans cette Rela
tion de l'Empire des Fleurs , que
jay reçeuë d'une Lumiere de mes
Amies. La voicy.
L'un des premiers jours de
cet Eté , une Roze à cent
feuilles ayant affemblé le
Muguet & la Violete , avec
neufautres Fleurs , pour un
GALANT. 129
petit Régal qu'elle leur vou
loit donner fur les belles
Rives de la Jenfe , elles s'y
virent fans témoignage
de
mécontentement
, & partagerent
en paix avec leurs
Compagnes , les divertiffemens
de cette journée. Comme
j'eſtois de cette Feſte,j'en
puis parler avec certitude.
Flore noftre grande Princeffe,
Les Graces fes Dames d'atour,
Les doux Zéphirs fa petite Nobleffe,
LesJeux, les Ris , qui font les Scigneurs
de fa Cour,
Eftaient auffi conviez par la Roze,
Etparmy nouspafferent tout lejours.
130 MERCVRE
Mais la Fefte manqua de la meilleure
chofe,
On n'y vit point l'Amour.
Le hazard voulut que
fur le foir , chacune de nous
ayant pris party, le Muguet
& la Violete fe trouverent
feuls, dans un petit Pré affez
agreable. Ils garderent d'abord
le filence , puis le rompirent
par la louange de nos
Soeurs champeftres qui les
environnoient ; & paffant
enfuite de ce difcours à d'autres
, ils tomberent infenfiblement
fur leurs propres
affaires.
GALANT. 131
Ainfi les pourfuivans de la vive
étincelle,
Nos petits Moucherons
Avant que de s'approcher d'elle,
Font quelques tours aux environs ,
Puis fe viennent enfin brûler à la
Chandelle.
Le Muguet fe plaignant
des propos choquans que la
Violete avoit tenus de luy,
chez l'Iris ; & la Violete , du
peu d'état que le Muguet témoignoit
faire d'elle , depuis
plufieurs mois. Il luy dit que
les nouvelles connoiffances
qu'il avoit de fa Coqueterie,.
eftoient de grands fujets de
rebut. Elle luy répondit
132 MERCVRE
qu'un rebut qui eſtoit mal
fondé , devoit luy tenir lieu
de vangeance ; & enfin apres
s'eftre pouffez de cette forte
pendant quelque temps, elle
demanda
fur quelle preuve il
luy reprochoitfa Coqueterie,
ajoûtant qu'il n'avoit qu'à
parler & à parler fans déguifemét.
LeMuguet fe défendit
de venir à cette explication ..
Il connoiffoit la Verité.
Ilfçavoit que c'eſt une Belle,
Qui quelquefois a de la cruauté.
Il la trouvoit dans cette humcur
cruelle
Sur lefujet, dont il eftoit tenté
De s'expliquer d'un airfidelle.
GALANT. 133
Il ne fauroit mentir , il a de la
bonté,
Il craignoit de déplaire;
Reftoit donc à fe taire.
C'eftoit fon intention , &
elle dura aſſez longtemps;
mais enfin il fe rendit , tant
il fut preffé par la Violete;
& la genéreuſe eſpérance
qu'elle fçauroit profiter de
ce qu'il diroit , en prenant
du moins mieux garde à elle
à l'avenir, que par le paffé,
n'aida pas peuà luy ouvrir le
coeur & la bouche. Apres
donc luy avoir fait entendre
fi elle avoit de la peine
que
134 MERCVRE
à recevoir fon difcours en
bonne part , elle devoit penfer
qu'il ne tiroit à aucune
conféquence , puis qu'il luy
parloit fans témoins. Il luy
raconta avec la franchiſe or
dinaire, tout ce qu'il avoit reconnu
& jugé de ſon intrigue
avec la Fleur de Peſcher.
La Violete n'écouta pas ce
récit fans confufion . Les remarques
& les penétrations
du Muguet , la furprirent
tout- à-fait ; & comme elle
ne fçeut que luy répondre
pour fa défence , elle fe déchaîna
contre luy d'une maniere
terrible.
GALANT. 135
Tout ce qu'en bravant Terre &
Cieux,
L'infolente Mégere
Peutfaire éclater de colere,
Parut avec excés, au gefte & dans
les
yeux
De la brûlanteViolete;
Et tout ce que l'on fçait de plus injurieux,
Auprix des mots nouveaux que
cette Coquete ,
dit
N'eft que douceur& quefleurete;
Jamais transport ne futfifurieux.
Je l'ay appris d'une Fleur
champeſtre cachée derriere
un buiffon , qui obſervoit
cette Emportée, fans qu'elle
s'en apperçeuft. Cet orage
ne ſe borna pas à une grefle
136 MERCVRE
d'injures . Elle défendit pour
jamais au Muguet, l'entrée
deſa retraite , le menaça de
l'infulter en toute forte de
Compagnies ; proteſta de le
broüiller mortellement avec
le Violier ; & jura enfin fes
grands Dieux, qu'elle hazarderoit
encor fa réputation , &
mefmes fa vie, pour ſe vanger
de luy. Si le Muguet fut furpris
d'une tempefte fi extraordinaire
, je le laiffe à
penfer , mais il le fut beaucoup
d'avantage , lors qu’eftant
allé chez elle cinq jours
GALANT 137
apres , malgré fa défence,
pour luy demander
pardon
de l'avoir mife en colere, perfuadé
qu'il devoit cette honnefteté
à fon Sexe , elle recommença
les mefmes
dif
cours, avec la meſme
fu-
I
reur..
La récidive eft étonnantes
Mais il eftplus encore étonnant que
le temps,
Quifçait calmer la plus grande
tourmente ,
N'euft rien diminué defes tranf
ports ardens.
J'ay fait mon devoir, j'en fuis
quite,
Luy dit- il en prenant congés
Aouſt1681.
M
138 MERCVRE
De toutes les façons je me fens
dégagé,
Voicy ma derniere viſite ;
Violete, adieu pour jamais .
Elle luy répondit, Point d'adieux ,
point de paix.
Il ne fut pas difficile au
Muguet de le confoler de
ce procedé, dans les difpofitions
où il eftoit pour la Violete.
Ce qu'il en jugea , fut
que cette fine & miftérieu fe
Fleur crévoit de dépit , de
voir que fon jeu avoit efté
découvert , & que les apparences
qu'elle bravoit eftoient
foûtenuës par de
fâcheufes évidences.
trop
GALANT. 139)
Le mensonge eft compté pour une
bagatelle,
On en accorde aifément le pardon;
Mais pour la verité on prend un·
autre ton;
Son atteinte eft mortelle,
Elle frape le coeur, & refte aufouvenir,
On n'en peut revenir.
Cette raifon des grandes
émotions de la Violete , redoubla
dans le Muguet la
trop juſte averſion que luy
donnoit fa coqueterie , & le
fit réfoudre à le bien défendre
, fi elle entreprenoit de
l'attaquer. Ce jour- là mefme
, & les deux fuivans , ils
Mij
140 MERCVRE
fe trouverent de régal enfemble
au pied du Mont
charmant. Le filence fut
gardé de part & d'autre dans
les deux premieres rencontres
; mais dans la troifiéme ,
la Violete parla , & fit paroiftre
fon reffentiment par
des éclats qui luy échaperent.
Le Muguet les foûtint
avec une honnefte hardieffe,
& ne craignit point de faire
connoiftre à toute la Compagnie
qu'ils eftoient broüil-
Jez . Cette Compagnie dont
j'eftois , n'eftoit compofée
que de leurs Amis. Aucun
GALANT. 141
neantmoins ne fe mit en
peine de les raccommoder.
Nous avions unejoye extréme , mais
fecrete,
De voir ouvertement
L'empire de cette Coquete
Diminuéde cet Amant,
Et defirions à leur
rupture,
Un éclat de cette nature,
leur honneur, engagé d'in-
Afin que
tereft,
Al'entretenir comme elle cft;
Finift par là leur avanture.
Nous eûmes ce plaifir, nous fouhaitons
qu'il dure..
Toutes les
apparences y
font. La nuit fépara les deux
Fleurs ennemies
. Elles ne fe
142 MERCVRE
font point reveuës depuis ce
temps- là. La Violete garde
la folitude dans l'attente du :
Violier , & a le loifir de digérer
ſes chagrins ; mais le
Muguet va toûjours fon
train, parle tout haut de fon
3
dégagement comme d'un
grand bien , & veut meſme
que tout noftre Empire fçache
qu'il préfere la haine de
la Violete à fon amour, parce
qu'en le haïffant elle aura
des fentimens particuliers
pour luy ; au lieu qu'en l'aimant,
cette Coquete n'en
auroit que des genéraux,
GALANT. 143:
1
dont il n'eft pas d'humeur à
fe contenter.
Voila, belle Cloris , une nouvelle
qui vous donnera de la joye,
fi vous continuez à prendre part
au bonheur du Muguet. On le
menace de la Fleur de Napelle.
Vous en connoiffez le redoutable
pouvoir; mais il ne craindrarien,
fi vous fouhaitez qu'il vive.
10
Le Ciel l'a fauvé de l'orage ,
Pour le faire à vos pieds un jourfinir
fon fort;
Et c'eft dans ce glòrieux Port
e Qu'il brave la Coquete avec
toute fa rage; a
Mais quand bien fans remiſe il
recevroit la mort
1
144 MERCVRE
Par la malice induftrieufe.
De cette Furieufe,
Il trouveroit fon fort bien
doux ,
Puis qu'il mourroit eſtant à
vous ..
Il enferoit de mefme , Ma
dame , fi je courrois le mefme
hazard , puis que je fuis avec la
mefme paffion, Voftre Serviteur,
LE BERGER FLEURISTE.
J'ay eu des nouvelles
de
la Cour de Hanover plutoft
qu'on ne m'en faifoit attendre.
Le Balet champeſtre
que je vous ay dit qu'on y
préparoit, a déja eſté dancé,
& la
GALANT. 145
& la Reyne Mere de Danemark
s'y eft extrémement
divertie
. Vous voyez par là
que Mile Duc de Hanover
n'a rien voulu épargner pour
recevoir agreablement
cette
Princeffe. Cependant
, quelque
envie qu'on ait de
réüffir, la grande dépenfe ne
fait pas toujours le fuccés des
chofes. Il faut qu'il y ait de
l'invention , & de l'efprit
dans les Divertiffemens
, &
l'exécution en foit auffi
que
e jufte
, que
le deffein
en eft
bien
conçeu
. Tout
cela s'eft
rencontré
dans
la Chaffe
de.
Aoust
1681.
N
146 MERCVRE
Diane. C'eft le nom qu'a eu
ce Balet champeftre. M : la
Barre- Matéi , qui l'a compofé
entierement , à l'exception
de la Mufique , l'a tenu
preft en fi
peu de temps
qu'on ne peut trop eftimer la
facilité de fon génie. On
m'apprend qu'il eft l'Autheur
de l'autre Balet qui a
pour titre, le Charme de l'Amour
, & qui a tant plû à la
mefme Reyne de Danemark
. Auffi a- t- elle dit plufieurs
fois en le
voyant,
qu'aucun Opéra ne l'avoit
jamais fi bien divertie. Le
GALANT 147
jour qu'on avoit choify pour
cette nouvelle Feſte , eſtant
arrivé , Sa Majefté , accompagnée
de toute la Cour de
Hanover, fe rendit au grand
Jardin de Leiné, où le plaifir
de prendre le frais du foir l'avoit
engagée à la prome
nade. Ony avoit fait dreffer
une fort belle Feüillée , &
apres un magnifique Soupé
qui y fut fervy , on n'eut pas
plûtoft veu la Reynefe lever
de table , que le cofté de
cette Feüillée qui eftoit en
face, s'ouvrit tout à coup , &
laiffa voir un Théatre dans
N ij
148 MERCVRE
le fond duquel parut une
grande Plaine , bornée par
un Bois , & bordée d'Arbres
depuis ce Bois jufques au
Théatre. La Perfpective ,
quoy que naturelle , eftoit
affez furprenante , tous ces
vrays Arbres
femblant
fe
planter en un moment, à la
maniere d'une Décoration
qu'on cuft fait paroiftre. En
mefme temps que cette ouverture
eut efté faite , on découvrit
dans le milieu de la
Plaine quatre Lutins qui fortoient
de terre. Un grand
Fantôme volant s'eftant arGALANT.
149
refté au milieu de ces Lutins,
forma avec eux une Dance
auffi inquiete que confuſe,
comme de Perfonnes pouffées
par quelque Puiſſance
fecrete, & plus forte qu'elles.
Ce n'eftoit rien autre chofe
que les Ombres de la Nuit
qui fuyoient devant l'Aurore.
M. le Prince de Holftein
eftoit l'une de ces Ombres , avec
M: le Comte de Montalban;
M Oefner, Fils du General
Major de ce nom ; & M: de
Vvobefer , Capitaine - Lieutenant.
Le S. Femmes , Maistre
duBalet,repréfentoit le grand
N iij
50 MERCVRE
Fantôme volant. Un nom-"
bre incroyable de lumieres ,
dont on vit la Plaine éclairée
´en un moment , diffipa d'abord
ces Spectres, qui ſe perdirent
àmesure que l'Aurore
& le Point- du-jour, brillans
de leurs propres feux , s'éleverent
peu à peu jufque fur
le Theatre
a
Pour MLE PRINCE DE
HOLSTEIN , repréſentant
une OMBRE .
Que je paroiffe en ombre , & dans
L'obfcurité,
Je nesçaurois cacher lafplendeur de
mon eftre,
GALANT. ISI
1
F
Et l'éclat de ma qualité
Me découvre par tout, & mefait
reconnoiftre .
A peine ces deux Aftres
furent - ils montez fur le
Théatre , qu'on découvrit
dans le plus proche endroit
de la Plaine, comme par un
effet de leur préfence
, un
Chifre tout lumineux
, qui
formoit le Nom & la Couronne
Royale de Sa Majesté.
Ce nom eft Sophie. Amélie.
Pendant que les yeux eftoient
divertis par ce Spétacle
, la voix des deux Af
tres charma les oreilles . Voi-
N iiij
152 MERCVRE
cy les Vers qu'ils chanterent
pour Prologue du Balet.
L'AURORE.
Dépendons dans ces Lieux la lumiere
& le bruit
De lafplendeur du Nom de l'augufte
AMELIE.
Cetic Terre déja remplie
Nefoufre plus de nuit.
Quelejour ſe rallume
Platos que de coûtume,
Fuyez, Ombres , Sommeil.
Une grandeJournée
Eft depuis longtemps deftinče
Anous donner cet objetfanspareil.
LE POINT- DU JOUR.
Tandis que le Ciel nous employe
A redonner icy le jours
Cette REYNE y répandla joye
GALANT. 153
Par fon heureux retour.
Quinz, Bergers, veftre demeure,
Voicy voftre Heure.
Tous deux enſemble.
Ab, que le Point-du -Four
Eftpropre pour l' Amour,
Et qu'un Berger qui veille
Eft pres du doux moment,
Que celuy quifommeille
Laiffe perdre en dormant!
LE POINT- DU JOUR .
Diene eftdéja dans ces Bois,
Qui defon Dard& defa Voix
Donne la chaffe
A ce qui paffe.
Peut- elle bien goûter le plaifir d'un
beaujour,
Etn'avoirpoint d'amour?
154 MERCVRE
Tous deux enfemble .
Ah, que le Point - du-Jour, &c.
Apres qu'on cut chanté ce
Prologue , M. le Prince Fréderic
- Augufte de Brunfvick,
M: le Prince de Saxe- Eyfenach
, & M. le Ragrave Palatin
, repréſentant trois Bergers
, commencerent à paroître
avec Madame la Princeffe
de Meklebourg , Madame
de la Chevalerie , & Mademoiſelle
de Grote , veftues en
Bergeres .
I. ENTREE.SS
Les trois Bergers & les
GALANT. 155
trois Bergeres que je viens
de vous nommer, fe réjoüiffant
de la prise d'un Loup,
dont la tefte eftoit portée
devant eux , dancerent au
fon des Mufetes , & ſe donnerent
des marques de leurs
mutuelles inclinations.
Pour M LE PRINCE FRE
DERIC - AUGUSTE DE
BRUNSVICK , repréſentant
un BERGER .
Chacun luy rend reffect, à la Cour,
en Province,
Il fe déguife en vain fous l'Habit
de
Berger;
& 1
Et le Sujet, l'Etranger,
156 MERCVRE
Le prennent toujours pour un
Prince.
Pour MADAME LA PRINCESSE
DE MEKLEBOURG ,
repréſentant une BERGERE.
Si cette jeune & charmante Bergere
Avoit deffein de s'engager,
Ellepourroit icy fe choisir un Berger;
Mais cette belle Ficre,
Ace qu'on voit, nepenfe guére
Qu'elle esten âge d'y fonger.
Pour M. LE PRINCE DE
SAXE - EYSENACH , repréfentant
un Berger.
Il a bon air, de l'esprit, du courage.
Peut-on trouver dans tout le vaifinage
GALANT. 157
UnBergerplus galant,plus aimable,
& mieuxfait?
Afa parole iljoint toûjours l'effet,
Et pour fe faire aimer en faut- il da
vantage?
II. ENTREE.
a
Endimion éveillé de grand
matin, par la paffion qu'il
pour la Chaffe , & courant
les Bois à fon ordinaire , trouva
cette Troupe , à laquelle
til fe mefla, dançant au milieu
des Bergers & des Bergeres
.
Pour MILE PRINCE GEOR
GE - LOUIS DE BRUNS158
MERCVRE
vick , repréſentant ENDIMION.
Afaire l'amour & la guerre,
Ce jeune Endimion n'eſtjamais
endormy.
Sans-doute on le verroit remuer Ciel
& Terre,
Pourquelque belle Nymphe, ou contre
un Ennemy.
III. ENTREE.
Deux Paffans, repréfentez
par M Bousch Colonel des
Gardes , & par M.Veyhe Lieutenant
- Colonel des Gardes,
apres s'eftre un peu repoſeż
au frais, fe préparerent à regrendre
leur chemin , & à
GALANT. 159
1
continuer leur voyage.
IV. ENTREE.
Trois Voleurs, qui eftoient
M de Grote Gentilhomme de
la Cour, M. le Baron de Mellin
Enfeigne , & M. de Pluviane
Capitaine d'Infanterie , arrelterent
ces deux Paffans, les
volerent , & partagerent le
Butin entr'eux.
V. ENTREE.
Une Troupe de Sauvages
& de Satyres , faifant une
Battée pour Diane , furprirent
les trois Voleurs , qui
160 MERCVRE
ne fongeant qu'à fe conferver
la vie par la fuite , laiſſerent
par terre le Butin qu'ils
venoient de partager. M
Capitaine- Lieutenant des Bulau
Gardes du Palais, MOhr Enfeigne
des Gardes du Palais , &
M de Roden Capitaine d'Infanterie
, repréfentoient les
Sauvages , & M. du Mont
Capitaine d'Infanterie, Mª de
WizendorffGentilhomme à la
Cour, & M. Brugen Lieutenant,
les Satyres.
VI. ENTREE.
Un Singe , repréſenté par
GALANT. 161
M: de Folleville , entra dançant
& fautant , trouva la
Bource & l'argent qu'avoient
laiffé les Voleurs , &
apres l'avoir ramaffé , alla
s'affcoir fur le tronc d'un
1
Arbre , où il divertit fort
toute l'Affemblée , par les
grotesques poftures qu'il fit:
en regardant cet argent.
VII. ENTREE..
Deux Gueux & deux Gueufes
l'ayant apperçeu dans cet
étar , s'approcherent de cet
Arbre. Le Singe , qui leur
vit tendre la main, leur jetta
Aoust 1681.
162 MERCVRE
de cet argent , & témoigna
prendre grand plaifir à l'empreffement
qu'ils eurent de
le ramaffer. Mr Rekau &
d'Elts , eftoient déguiſez en
Gueux ; & M de Grote & de
Chazeron , en Gueuſes. Ce
font Gentils - hommes du
Pais.
VIII. ENTREE.
Deux Ours qui parurent,
firent fuir les Gueux , & commencerent
leur Dance, pendant
laquelle , le Singe qui
tournoit toûjours la Bource
en fit tomber tout l'argent
GALANT. 163
ا م
par terre. Ce fut avec tant
de bruit, que le Singe épou
vanté en prit auffitoft la fuite
. Ce bruit ne fit qu'animer
des Ours , qui allerent droit
à un Bucheron que le hazard
amena. Le Bucheron
fe mit à couvert de leur fùreur,
en ſe couchant devant
eux, & faifant le Mort . Les
Ours luy mangerent des
Rayons de Miel qu'il apportoit
, & vinrent tendre
F'oreille aupres de la bouche ,
écouter s'il ne refpiroit pour
rs
point encore. M Dragoni
& Rhemen, Gentilhommes , les
repréfentoient.
164 MERCVRE
IX . ENTREE .
Tandis que les Ours obfervoient
le Bucheron , quatre
Maures qui furvinrent,
lancerent leurs Dards fur
eux . Ces Beftes féroces fe
fentant bleffées , le tournerent
auffitoft pour ſe vanger
de leurs Ennernis , mais elles
s'enfuyrent à la veuë des
Chiens. Les Maures qui s'atacherent
à les pourſuivre,
eftoient M. d'Ofterling Liew
tenant - Colonel d'Infanterie,
M Gobr Capitaine d'Infanterie
, Mle Droffart de Bar,
GALANT. 165
& M. Poffadorffsky Ecuyer
Tranchant de la Cour:
X. ENTREE.
Le Bucheron délivré des
Ours , fe leva tout plein de
joye , & la fit paroiltre par
l'agilité avec laquelle il dança.
Il eftoit repréſenté par
M. de Bonnefond Capitaine
d'Artillerie, & d'une Compa
gnie de Grenadiers.
XI. ENTREE .
Deux Charbonniers ayent
rencontré le Bucheron , je
réjouirent avec luy , on bu
166 MERCVRE
vant dans fa Bouteille. Ces
deux Charbonniers eftoient
M: Ilten Major d'Infanterie,
& M.'le Chevalier de Sinville
Capitaine au Regiment des
Gardes:
XII. ENTREE.
Les
Maures
rentrerent,
faifant
apporter les Ours
percez de leurs Javelots , &
étendus comme morts fur
des Brancards .Tandis qu'en
dançant ils marquoient
la
joye que leur donnoit
leur
capture, les Ours commencerent
peu à peu à lever la,
GALANT. 167
tefte , & prirent la fuite . Les
Maures furpris de ce refte
de vigueur , fe mirent tout
de nouveau à les pourſuivre.
Le fond du Theatre fe referma
apres qu'ils furent
fortis.
XIII. ENTREE.
L'Amour, qui prend toute
fortes de figures pour s'ac
commoder aux diférentes
inclinations des Hommes,
ayant réfolu de s'affujetir
Diane & Endimion , qu'il
avoit trouvez toûjours infléxibles
, parut veſtir en Chaf
168 166 MERCVRE
feur , ne doutant point qu'il
ne vinft à bout de toucher
leurs coeurs dans quelque
heureuſe rencontre qu'il fe
promettoit de faire naître à
la Chaffe.
Pour M. LE PRINCE CHRISTIAN
DE BRUNSVICK , reprefentant
L'AMOur déguifé
en Chaffeur.
Eft -il contre mes traits quelqu'un
qui fe défende?
Bien queje fois un fortpetit Chaf
Seur,
Pourtant mon adreffe eftfi grande,
Que je frape toûjours au coeur.
XIV
GALANT. 167
XIV. ENTREE.
Deux jeunes Chaffeurs,
ayant veu fuir quelques
Nymphes de Diane , dont
ils eftoient amoureux , vinrent
marquer le chagrin que
leur donnoit la précaution
de ces Inhumaines à éviter
leur rencontre.
Pour M LE PRINCE MA
XIMILIEN DE BRUNSvick
, repréfentant un
CHASSEUR.
Ny tant d'ardeur, ny tant depromptitude,
Ne rendent parfait un Chaffeur.
Aoust1681.
P
168 MERCVRE
Ie fais beaucoup par mon étude,
Maisjefais plus encor, quadj'y joins
ma douceur.
Pour MLE PRINCE CHAR
LES DE BRUNSVIck , repréſentant
un autre CHASSEUR.
Ala Chafe en amour, quoy qu'on ait
du talent,
On ne faitpas toujours tout ce qu'on
Sepropoſe ;
Mais unjeune Chaffeur comme moy
vigilant,
Attrape toujours quelque chofe.
XV. ENTREE.
Six Dryades ou Nymphes
des Bois , chargées de
GALANT. 169
Bouquets de toute forte de
Fleurs , entrerent dançant
au fon des Hautbois . Elles
ſe réjoüiffoient d'avoir appris
que Diane venoit vifiter
leurs Demeures folitaires.
Ces fix Dryades eftoient,
Mademoifelle Gehle l'aînée,
premiere Fille d'honneur de
Madame la Ducheffe de Hanover;
Mademoiselle de Zerfen
, Fille d'honneur de cette
mefme Princeffe ; Mademoiselle
Geble la jeune , Fille d'honneur
de Madame la Princeffe de Hanover
; Mademoiſelle d'Affeeburg,
Mademoiselle d'Alven-
Pij
170 MERCVRE
fleven , & Mademoiſelle
de
Flemming, Fille de M. le General
Major Flemming. Plufieurs
Cors , & autres divers.
Inftrumens
de Vénerie ,
ayant marqué l'endroit de
la Chaffe , les Trompetes
&
Timbales
firent entendre
leurs bruits de réjoüiſſance
qui annonçoient
la priſe du
Cerf. Les Dryades averties
là de l'arrivée de Diane,
coururent
au devant d'elle
la recevoir.
par
pour
XVI. ENTREE
.
Un Satyre , qui avoit acGALANT:
171
coûtumé de faire dancer les
Nymphes de la Déeffe , au
fon d'un Violon , dont il
jouoit d'une maniere fort
agreable , entra en dançant
luy - mefme , & chanta ces
Vers enfuite , pour les inviter
à venir rendre leurs hommages
à la Reyne.
Sortez de ce Bocage,
Et venez rendre hommage
A la Divinité
Qui le remplit de majesté.
Le S Jemmes , Maiftre du
Balet , repréfentoit ce Satyre.
Piij
172 MERCVRE
XVII. ENTREE,
Quatre Nymphes de la
Suite de Diane , deux Bergers
, & deux Chaffeurs,
ayant entendu leur Mailtre
de Dance, accoururent à fa
voix , & chanterent ces . Paroles.
NYMHPES de Diane, BERGERS
, & CHASSEURS ,
enfemble.
Que nos Prez nos Champs, nos :
Vallons, nos Côteaux ,
Nos Forefts , nos Bocages,
De leurs Fleurs & de leurs feuillages,
Luyfaffent des Lambris nouveaux..
GALANT. 173
Que mille & mille Oyfeaux ,
Parleurs tendres ramages,
Luy rendent leurs hommages
Du haut de ces Ormeaux .
SILA REYNE fe plaift à nos douceursfauvages,
·
Ab, que nos Chants & ces Lieux
feront beaux !
I. NYMPHE.
Nous nous repentirons unjour
De noftre beau temps quife paffe..
Donnerons- nous tout à la Chaffe ,
Etjamais rien à noftre Amour?
II. NYMPHE.
Si Diane a le coeur deglace,
Le devons - nous avoir auſſy?
Non,j'aime mieux céder maplace
A la plusfevere d'icy.
P iiij
174 MERCVRE
III. NYMPHE .
Helas ! fi Diane àſon tour
Aux voeux d'un Dieu pouvoitfe
rendre,
Et quefon coeur devinftplus tědre,
Quel bonheur pour toute fa Cour!
IV. NYMPHE.
Toute tendreffe
N'eft que foibleffer
La fermeté
Fait noftre liberté.
Ne rien aimer comme noftre Déeſſe ,
C'eft du chagrin eftre toujours
Maîtreffe.
Sans la rigueur,
On garde malfon coeur.
1. NYMPHE .
Bergers, Nymphes, Chaſſeurs, qui
courez au hazard
GALANT. 175
où l'excés d'ardeur vous appelle,
Croyez- vous que l'Amour nepredra
point depart
Al'innocentplaifir d'une Chaffe fi
belle?
On doit à ce Chaffeurfaire un meil
leur
party,
Quand le Coeur qu'il pourfuit vient
fi-toft nous apprendre,
Qu'enfuyantil s'eft repenty
De ne s'eftrepas laisséprendre.
Un Concert de Theorbes,'
de Claveffins , de Baſſes de
Viole , & de Violons , acle
chant de ces.
compagna
Nymphes par plufieurs repriſes.
176 MERCVRE
XVIII. ENTREE.
Apres que ces Chants
furent finis , les Nymphes
fe.
retirerent
avec le Satyre au
fond du Theatre , qui s'ou
vrit au fon des Trompetes
& des Timbales , & fit voir
toute la Chaffe de Diane
dans la Plaine , éclairée par
un grand Palais lumineux
qui brilloit dans l'éloignement.
Cette belle Troupe
envirónée de plufieurs Gens
à cheval, s'avança , & monta
fur le Théatre dans l'ordre
qui fuit..
GALANT. 177
1
Dix Trompetes , & deux
Timbaliers , tous richement
veftus à la Grecque, & montez
fur des Chevaux blancs.
en Houffes d'or, marchoient
pompeufement en fonnant
une marche de triomphe,,
entremeflée de mille fanfares,
& d'une agreable fymphonie,
& allerent ſe perdre
dans les aîles du Théatre,
Une Meute de Chiens conpe
duite par des Chaſſeurs , ar-
ES
T
J
..
S
ta
riva au fon des Cors , & fit
la mefme marche que cette
Cavalerie. En fuite, quatre
Nymphes joüant de la Flûte.
178 MERCVRE
douce parurent de front . Le
Satyre fe mit au milieu , &
accompagna leur mélodie
de fon Violon. Les quatre
Nymphes qui eftoient déja
fur le Théatre , fuivirent ces
premieres dans le mefme ordre
, & s'eftant avancées
toutes jufques au bord du
Théatre , elles fe partagerent
des deux coftez , laiſſant
voir le fuperbe Char de
Diane, traîné par deux Cerfs ,
& entouré des Dryades , des
Chaffeurs , & des Bergers.
Ils prirent place ainfi que les
Nymphes fur les aîles du
GALANT. 179
Théatre. Les Satyres & les
Sauvages demeurerent derriere
le Char , ayant devant
eux quatre Hautbois qui répondoient
à la Symphonic
des Flûtes . On découvroit
dans la Plaine des Trompetes
, & des Timbales à
cheval , qui s'avançoient
avec les Arbres de la Perſpective
, joüant le meſme
Air que jouoient les autres.
Diane brilloit fur ce
magnifique Char au milieu
de toute cette Troupe
, ayant l'Amour à fes
pieds , & à fes coſtez deux
180 MERCVRE
de fes Nymphes. Si - toft
qu'elle en fut fortie , le Char
difparut , & cette Déeſſe ſe
trouvant au milieu de fes
deux Nymphes, dança avec
elles , pour marquer la joye
qu'elle recevoit de la préfence
d'une grande Reyne,
à qui elle donnoit le plaifir
de voir tout l'appareil de fa
Chaffe. Les Dryades jettoient
des Fleurs devant elle,
& tout le Théatre en refta
femé. Apres que Diane cut
finy fa dance , elle ſe retira
dans le fond avec fes Nymphes
; & les Flûtes , accomGALANT.
181
a
2
1-
1-
pagnées du Violon recommencerent
leur Symphonie,
à laquelle il fut répondu par
les Hautbois.
Pour MADAME LA PRINCESSE
DE HANOVER , repréfentant
DIANE.
Eft- ce Diane, ou bien la Reyne des
Amours,
Que l'on voit triompher au milieu
des plus belles?
C'est quelque chofe encor de plus
raviffant qu'elles,
Puis que c'est vous , Merveille de
nos jours.
▲ Diane , à Vénus , c'eft honneur,
+
ma Princeffe,
Lors que vous les représentez,
182 MERCVRE
Et que vousfurpaffez l'une &l'autre
Déeffe
Enfageffe, en mérite, en vertus ,
en beautez.
XIX. ENTREE.
L'Amour , repréſenté par
MilePrince Chriftian de Brunfvick,
dança un Ménüet au
fon des Violons , & fe retira
aupres de Diane.
XX. ENTREE.
Endimion entra par le
cofté droit du fond du Théatre,
& voyant
voyant Diane fi belle
aupres de l'Amour , fit connoiftre
par fa dance qu'il
GALANT. 183
eftoit charmé de fon mérite,
apres quoy il s'avança vers
cette Déeffe.
XXI. ENTREE.
Diane partit à l'abord
d'Endimion
, & commença
une Dance avec fes deux
Nymphes & les fix Dryades,
témoignant toutes enfemble
leur indiférence
pour
l'Amour , & leur extréme
joye de la préfence de la
Reyne .
XXII. ENTREE.
Un Prince d'Ibérie que
Aoust 1681. Q
184 MERCVRE
Mle Prince Frideric- Augufte
de Brunfvick repréfentoit, entra
dans ce mefme temps ,
pour prendre part à la Chaffe
de Diane, & fe réjouit, comme
tous les autres , de cette
illuftre Affemblée .
XXIII. ENTREE.
Un Païfan , qui eftoit le
S Femmes , admirant cet
Etranger , & le voyant dancer
avec tant de grace, tâcha
de le contrefaire , & réjouit
fort tous les Spectateurs
par fes poftures grotefques.
Apres cette Entrée, les VioGALANT.
185-
lons , les Flûtes douces , les
Hautbois , les Mufetes , les
Trompetes &Tymbales, dás
des diftances proportionnées
à la force de leur harmonie
, quelquefois enfemble,
& quelquefois par repriſes
, firent un rare con--
cert , tandis qu'un Feu d'ar
tifice fut allumé tout à coup
dans le milieu de la Plaine,
& par cent merveilleufes
figures en l'air , finit cette
Fefte d'une maniere auffi
furprenante qu'agreable.
Toutes les Lettres que j'ay:
yeuës d'Hanover
,marquent
,
Q ij .
186 MERCVRE
qu'encor que ce Balet promette
beaucoup fur le papier
, l'exécution y mefle des
agrémens, qu'unfimple récit
ne fçauroit faire comprendre.
Si Meffieurs les Princes
y ont paru avec beaucoup
de magnificence, & de bonne
grace , Madame la Princeffe
de Hanover y a efté admirée.
Quoy que ſa beauté
n'euft pas befoin d'eftre relevée
par l'éclat des Pierreries
, elle en avoit pour un
milion qui tiroient un nouveau
luftre de fa bonne
mine. Toute l'illuftre AffemGALANT.
187
blée qui eftoit alors à Hanover
, en devoit partir quel
ques jours apres pour fe rendre
à Zell, où l'on preparoit
auffi de grands Divertiffe .
mens. J'efpere qu'on voudra
bien me faire la grace de
m'en envoyer le détail. On
n'en peut attendre qu'un
fort grand plaifir , la Cour
de Zell eftant.rres -galante.
Je voudrois , Madame,
pour votre entiere fatis
faction, vous pouvoir fournir
les Notes de quelqu'un des
Airs qu'on a chantez au Balet
, dont je viens de vous
188 MERCVRES
marquer
toutes les Entrées.
A ce défaut
je vous envoye
des Paroles
fort agreables
qu'un habile Maiftre a miſes
en Air depuis peu de jours..
AIR NOUVEAU.
I je puis bannir de mon coeur
L'Ingrat qui caufe ma lan-
SU
gueur,
Qu'iln'esperejamais depart en ma ‹
tendreffe.
Que dis-je ? helas ,jefens qu'en cemoment
Mon foible coeur, qui pour luy s'in-.
téreffe,
Meferrompre monferment.
Vous ,eftes entrée dans le
e
HH
39
e,
nt :
iut:
er
Il
de
ra.
rai
A
d
GALANT. 189
fentiment de tout le monde,
fur ce qui regarde le galant :
Projet de Madame la Viguiere
d'Alby. Il ne peut
eſtre connu fans luy attirer
beaucoup de Difciples . Il
s'en offreun qu'il y a grande
apparence qu'elle acceptera..
La Lettre qui fuit vous fera
juger de fon mérite.
190 MERCVRE
SZESSZSSSE SSSSÉS
REPONSE DE MONSIEUR ***
A L'ILLUSTRE
MADAME DE SALIEZ,
VIGUIERE D'ALBY,
Sur fon Projet pour une nouvelle
Secte de Philofophes,
en faveur des Dames.
JEcommenceraymaLettrepar
les mefmes termes que vous
employez pour finir la voftre. Fe
croy, Madame و
que
Solon,
ny
aucun de ces Philofophes qui ont
travaillépour établir le repos des
Hommes n'ont jamais efté fi
fameux
GALANT. 191
fameux que vous le ferez un
jour , fi voftre Projet s'execute,
comme il y a beaucoup d'apparence.
En effet, il n'y a rien de
mieux imaginé que cette nouvelle
Secte. Les Loix en font
1
à
également agreables , & folides;
la fin en eft utile , & glorieufe .
Que je me tiendrois heureux,
Madame, puis que vous voulez
bien que noftre Sexe ait part
cet avantage , d'eftre du nombre
de vos Sectateurs ! Je le fuis
déja par inclination ; & comme
je cherche à vivre commodement
, vos regles s'accordentfort
avec mon humeur. Je vous,
Aouſt1681.
R
192 MERCVRE
grace
affure que fi vous me faites la
de me recevoir parmy vos
Difciples , j'écouteray vos Leçons
avec affiduité, & obferveray
toutes vos Maximes . Cependant
fi ce n'eft point eftre téméraire
que de donnerfon avis
fur lenom de voftre Secte, avant
qu'on y foit reçeu , je pense que
celuy des Immortels feroit convenable
à voftre idée , & que
voftre Devife ayant pour corps
la fleur de ce nom , & pour ame
ces mots à l'épreuve des
temps , feroit reçeuë de tout le
monde raifonnable. Car enfin,
Madame , il faut laiffer les Sots
I
و
GALANT. 193 .
dans leurs fotifes. Ils ne s'en
deferoient pas pour tout ce qu'on
leur diroit. Nous ne parlons que
des Sages , mais de ces Sagesfans
feverité , de ces Sçavans fans.
présomption , de ces Fuges fans
préoccupation , en un mot de ces
Esprits bien reglez , de l'un &
de l'autre Sexe. Ouy , Madame,
fans vous flater , vous relevez
5
infiniment le vostre ,
juftice, & la jalousie des Hommes
infenfez s'efforce encor aujourd'huy
d'abattre , mais fort
inutilement. Car fans citer icy
les Mufes , les Sybiles les Pref
treffes , les Veſtales , les Amaque
l'in-
R jj
194 MERCVRE
leurs
Rones , les Graces, & les Vertus,
qui prennent leurs noms ,
habits , & leurs manieres des
Femmes ( comme on le voit parmyles
Divinitezdu Paganisme)
ilfuffit de dire à voſtre avantage,
quefielles gouvernoient des Empires
, fi elles faifoient des Loix,
fielles préfidoient aux Confeils ,fi
elles conduifoient des Armées , fi
elles profeffoient les beaux Arts,
comme elles ont fait autrefois,
nous verrions une infinité d'Héroïnes
, & particulierement en
France , qui effaceroient , ou du
moins qui égaleroiet les Hommes
illuftres en toutes ces chofes. Ah,
GALANT. 195
S
en
Madame, que ceux qui feront
vos Difciples,auront à juste titre
ce beaufurnom , auffi- bien que`
celuy d'Immortels, inséparable
de l'autre ! Je ne crains point de
le dire hautement . Je souhaite
avec paffion l'honneur d'eftre de
voftre nouvelle Secte ; & comme
la brigue ne sçauroit avoir d'acaupres
de vous , je m'expoſe
à un refus . Cependant je vous
envoye mon Portrait au naturel.
Vous pouvez juger par luy s'il
doit eftre reçeu. Au reste , Ma
dame , je vous avoue de bonnefoy
que fi je n'ay pas expliqué
tous mes défauts , pay auſſi un
cés
Riij
196 MERCVRE
peu diminué de mes bonnes qualitez.
Comme la prudence en eft
une , elle m'engage à vous cacher
à préfent mon nom , pour m'épargner
la honte & la raillerie
que me cauferoit un refus ouvert.
Mercure, ou la Renommée, vous
apprendront bientoft qui je fuis,
fifur ce Portrait vous me croyez
digne de l'honneur ou je prétens.
LE PEINTRE DE SOY-MESME.
J
Efuis officieux fans intéreſt,
difcret fans peine , jaloux
fans envie , contrariantfans opiniâtreté
, curieux fans impru
dence , propre fans affectation,
GALANT. 197
libre fans libertinage , promp
fans me laiffer emporter à l'excés
de la colere , railleur fans eftre
médifant , flateurfansfourberie,
laborieux fans contrainte ,
amy, amant inconſtant & commode,
froid aux inconnus , ouvert
auxperſonnes queje connois,
bon
présomptueux par amuſement,
melancolique par temperament,
fage par nature, enjoüé par art,
malheureux par lafatalité de ma
deftinée, cependant heureux par
imagination , patient parpolitique,
Orateurpar hazard , Poëte
par caprice, Epicurien par exemple
, Autheur parcomplaisance,
R. iiij ·
198 MERCVRE
civil par
Aprobateur par raiſon, Cenfeur
par amitié , Comédien quand il
faut, c'eft à dire , ferieux , trifte,
ou gaydans les rencontres , reconnoiffant
par juſtice , libéral par
inclination, bon
habitude. Au reste j'ay plus de
mémoire queje n'en voudrois..
Fay mefme plus d'imagination
que de fçavoir , ce qui fait que je
me plainsfouvent de mon efprit,
jamais de mon coeur , où fi
j'eftois Stoïcien jeplacerois l'ame;
carfans vanité, jefuis tout coeur.
Pour l'autre qui est ma Perfonne
, à tout prendre engros,
je parois plusbeau que laid, e
GALANT. 199
que
de
plais davantage de loin
prés ; mais heureusement pour
moy, vous estimez peu la beauté
corps , & je trouve que vous
avez tres-grande raison de ne
point faire de cas d'une fleurfi
du
paffagere. La veritable Philo
fophie, oupour mieux dire, voſtre:
Secte, ne doit s'attacher qu'à la
beauté de l'esprit. Foſerois ajoûter
pour dernier trait à mon Tableau,
que je parle mieux que
je n'écris , t) que je fuis plus
que
des
aimé des neuf Soeurs
Graces. Enfin , Madame , je le
ferois des unes & des autres,
fi j'avois l'avantage de vous
200 MERCVRE
plaire , & fi vous me faifiez
Thonneur de m'admettre dans
voftre Académie , pour y apprendre
lefecret d'estre au deffus
des caprices de la fortune , de
l'envie , & de la médifance , &
éloi...
l'erreur
le bel art de vivre en repos,
gné des contraintes
, que
la coûtume ont établies dans
le monde , qui eftla fin de vostre
Secte incomparable, & celle que
je recherche avec empreſſement.
Si vous m'honorez
d'une réponſe,
je l'attendray par le Mer
cure Galant.
A Paris ce 18. Aouſt 1681.
Un Bouquet , envoyé à
GALANT. 201
une Belle le jour de fa Fefte,,
a donné occafion aux Vers
que vous allez voir. Une
Boete àmouches luy fut portée
dans une Corbeille, avec
un petit Miroir de vermeil
doré. Cette Deviſe ſe trouva
gravée fur la Boëte , Se rejoindre
ou mourir, & cette autre
fur le Miroir , La douceurm'attire.
Il n'eft pas difficile
de deviner quel eftoit le
corps de ces deux Deviſes ,
qui font fort connues dans le
monde . Le Laquais qui apporta
le Préfent , dit qu'il eftoit
envoyé de la part de trois
202 MEROVRE
Perfónes des meilleurs Amis
de cette Belle . C'eft là- deffus
qu'on a fait ces Vers. Voyez
fi l'Autheur vous en paroiftra
fincere.
T
Rois Amans, me dit- on , vous
ont avec chaleur
Envoyé des Préfens; l'un veut par
la douceur
Vous attirer à luy; l'autre veutfe
rejoindre;
De l'autreje nefçay fi la demande
eft moindre,
Mais apréfent, Iris , en les obfervant
tous,
Je trouve que tous trois s'aiment
autantque vous .
Pour moy,fans m'aveugler d'une
vaine manie,
GALANT. 203
Je mesure mon vol à mon petit
génie,
Et plusfage qu'eux trois , je me
connoisfibien,
Queje vous offre tout , &ne demande
rien.
Mille incidens finguliers
nous font tous les jours connoiftre
ce que peut l'amour,
quand il entreprend de réüffir
, mais je doute fort qu'il
ait jamais rien caufé de fi
furprenant que l'Avanture
dont je vay vous faire
Un Cavalier jeune & riche,
que quelques affaires avoient
appellé dans une des
plus confidérables
Villes du
part.
204 MERCVRE
yeux
Royaume , s'y promenant
un foir dans un Lieu public
avec une Dame de ſes Parentes,
jetta les d'affez
loin fur trois Perfonnes fort
propres, qui venoient à leur
rencontre, & qui en paſſant,
s'arrefterent un moment
pour demander à la Dame
ce qu'elle avoit fait depuis
quelques jours. L'une de
ces trois eftoit une Brune
de fort belle taille , ayant le
teint vif, des yeux noirs tout
pleins de feu, la bouche petite
, les dents d'une blancheur
furprenante, & je -neGALANT.
205
fçay- quoy de fi riant dans
tout le viſage , que les plus
indiférens s'en feroient laiffé
charmer
. La Dame, qui
eftoit de ſes Amies , la congratula
fur fon brillant , &
luy dit qu'on voyoit bien
que l'Amour luy - mefme
prenoit foin de fa beauté.
La Belle répondit avec ef
prit ; & apres l'adieu , le Cavalier
qui l'avoit fort obfervée
, demanda qui elle ef
toit. Il apprit de fa Parente,
qu'elle devoit époufer dans
fort peu de jours un Gentilhomme
de la mefme Ville,
206 MERCVRE
qui ayant paffé dix ou douze
années en Languedoc
, où il
avoit eu diférens Emplois
,
eftoit de retour depuis quelque
temps ; qu'elle avoit de
la naiſſance, du bien médiocrement
, mais beaucoup .
d'honnefteté
, & un agrément
d'humeur
qui furpaffoit
tous fes autres charmes.
Un quart -d'heure apres, les
mefmes Perfonnes
parurent
encor. On fit avec elles une
feconde converſation
; & le
Cavalier
, fans fçavoir pourquoy
, pria fa Parente en la
quitant,ede le- mener chez
GALANT. 207
la Belle. La Partie fe fit le
lendemain . Il vit cette charmante
Perfonne , & le tour
aifé de fon efprit luy plut
tellement , qu'il fentit un
trouble dont fa raifon ne
fut point maîtreffe . C'eltoit
un Gentilhomme bien fait,.
qui au fortir de l'Académie
avoit pris employ quand Sa
Majeſté déclara la guerre
aux Hollandois , & qui depuis
ce temps là n'avoit eu
de paffion que pout la gloire.
La Paix qui le mettoit
en état d'eftre fenfible à l'amour
, luy avoit déja infpiré
Aoust1681.
S
208 MERCVRE
quelque penfée de faire un
choix qui le fatisfiſt. Ainſi
voyant dans la Belle mille.
qualitez touchantes , il envia
malgré luy le bonheur de
fon Amant. Si les chofes
n'euffent pas efté ſi avancées
, il auroit pû ſe flater
d'obtenir la préference. Son
bien , l'ancienne nobleffe
de fa Maiſon , & le mérite
particulier de fa Perfonne,
avoient dequoy le faire écouter
par tout ; mais il ne
reftoit prefque plus de temps.
jufqu'au jour du Mariage ;
& ce qui fit fon plus grand
GALANT. 209
chagrin , l'Amant de la Belle
ayant paru , il vit entr'eux
de fi tendres marques de
correfpondance , qu'il defefpera
de pouvoir gagner
un coeur que l'amour avoit
touché. Cependant il fut fi
fort poffedé de fa paffion
naiffante, qu'il ne pût foufrir
le bonheur de fon Rival. Il
réſolut d'y apporter quelque
obftacle, & en cherchant les
moyens d'y réüffir, il ſe fouvint
du fejour que ce trop
heureux Amant avoit fait en
Languedoc . C'eftoit affez
pour faire trouver de lavray
-
Sij
210 MERCVRE
femblance dans ce qu'il ima
gina. Il écrivit un Billet fans
nom , & l'envoya par un
Inconnu chez le Pere de la
Belle . Ce Billet portoit qu'on
fe croyoit obligé de l'avertir
que celuy qu'il choififfoit
pour fon Gendre, eftoit marié
fecretement à Toulouſe,
& qu'il luy feroit aifé de le
découvrir , s'il prenoir du
temps pour s'en informer.
L'Amant qui vit le Billet,
protefta avec raifon que
c'eftoit une impofture , & il
le fit avec des fermens fi
perfuafifs , qu'on n'auroit
GALANT. 211
peut- eſtre pas diferé ſon Mariage
, fi le lendemain on
n'euft reçeu deux autres Billets
qui marquoient la meſ
me chofe . Ces avis réitérez
mirent le Beaupere en inquiétude.
Ils pouvoient ef
tre l'effet d'une jalouſie ſe--
crete, mais la prudence vous
loit qu'il ne les négligeaft
pas . Il confulta fes Amnis ;
& pour n'avoir rien à ſe re--
procher , il voulut attendre
à faire la Nôce qu'il fuſt
éclaircy de la verité. La
chofe eftoit jufte , & quelque
chagrin qu'en reçeuft
212 MERCVRE
l'Amant , il fut obligé d'y
confentir. Comme il n'avoit
point à craindre qu'on
puft prouver ce qui n'eftoit
pas , les affurances d'amour
que luy donoit tous les jours
la Belle , le confoloient du
retardement. Le Cavalier,
feignant d'entrer dans fes
intérefts , vint enfin à bout
de s'infinuer dans fon efprit.
Il le plaignoit de la calomnie,
& l'accompagnant quelquefois
chez la Maîtreffe,
il montroit tant de chaleur
à foûtenir fon party , que la
Belle mefme l'en eftima
GALANT. 2137
davantage . Il eftoit reçeu
comme Amy de fon Amant;
& s'il cherchoit à luy plaire
par l'agrément qu'il donnoit
à la converfation , il le gardoit
bien de luy rien dire
qui puft faire découvrir les
fentimens de fon coeur . Il
ne laiffoit pas de travailler
en fecret pour luy . Son Valet
de Chambre, Confident de
fon amour , avoit pratiqué
une Femme fort bien faite ,
qui eftant née à Toulouſe,
pouvoit le fervir utilement.
Il l'eftoit allé chercher à
vingt lieuës de là , & l'avoit
214 MERCVRE
fi bien inftruite, qu'il ne ref
toit plus qu'à la faire agir.
Elle eftoit hardie , avoit de
l'efprit , & l'argent qu'on luy
donnoit accommodant fes
affaires , on peut juger avec.
quelle ardeur elle s'acquita
du rôle qu'elle entreprit de
joüer . On luy fit d'abord
connoiftre l'Amant dont
elle devoit fe dire la Femme;
& quand elle eut bien examiné
tous fes traits , elle alla
trouver la Belle qu'elle en
tretint en particulier. La
trahifon de fon prétendu
Mary, qui les trompoit l'une
&
GALANT. 215
& l'autre, fournit un ample
fujet à la fauffe Hiftoire
qu'elle debita. Elle y joignit
des circonftances fr particulieres
& fi vray- femblables,
que la Belle , quoy que
prévenue d'amour, n'y trou
va rien de fufpect . Je ne vous
dis point ce qui fe paffa alors
dans fon coeur. Son jufte ref
fentiment contre un Perfide
quivouloit facrifier fa gloire
afa paffion , n'y laiſſa d'abord
entrer que
de colere & de
vangeance .
Rien ne luy fembloit
affez
cruel pour punir un Homme
Aoust 1681.
des
mouvemens
T
216 MERCVRE
qui avoit fi lâchement abuſé
de fa tendreffe; mais en mefme
temps qu'elle s'appreftoit
à le hair, elle eftoit comme
forcée d'écouter encor
l'Amour ; & fi elle s'eftimoit
heureuſe que les Billets qu'-
on avoit reçeus euffent retardé
fon Mariage , la rupture
qu'elle voyoit neceffaire
, ne laiffoit pas de la chagriner.
Tandis que toutes
Les deux fe plaignoient de
leur malheur, celuy qu'elles
en nommoient la caufe vint
rendre vifite à fon ordinaire,
& entra fans avertir au Lieu
GALANT. 217
la
reoù
elles eftoient. La Belle
éclata en le voyant . Il écouta
fes reproches, & n'y pouvant
rien comprendre , il
refta preſque immobile, ſans
faire autre chofe que
garder . La Languedocienne
voulant profiter de fa furpri
fe , luy dit que fon defordre
ne l'étonnoit point, & que la
trouvant où il ne l'attendoit
pas , il avoit fujet de demeu
rer interdit. Ces paroles le
mettant dans un nouvel em
barras, il demanda qui eftoit
la Dame , & ce fut alors
qu'elle commença la Scene
Tij
218 MERCVRE
qu'on luy avoit fait étudier.
Elle la joua d'une maniere
admirable , & les plaintes
qu'elle fit furent fi touchantes
, qu'elle cuft convaincu
les plus incrédules , de la perfidie
qu'elle fupofoit. LAmant
qui ne l'avoit jamais
veuë, luy parla d'abord fans
s'emporter ; mais l'effronterie
qu'elle eut de luy foûtenir
qu'elle eftoit la Femme,
ne luy laiffa plus garder
aucunes mefures. Il la traita
d'infenfée , & plus il offric
de prouver fon innocence,
moins la Belle crût qu'il fuſt
GALANT. 219
innocent. Son Pere furvint
pendant tout ce bruit . Il en
apprit le fujet, & une Femme
venue pour reclamer fon
Mary apres les avis reçeus
d'un Mariage fecret , ne le
laiffa plus douter que ces
avis ne fuffent finceres . Il
affura la Languedocienne
qu'il ne nuiroit point à fes
intéreſts , & prit fon party
contre l'Amant qu'il accabia
de reproches d'avoir
voulu époufer fa Fille , eftant
déja marié. Vous pouvez
vous figurer ce que répondit
l'Amant. Comme l'in-
T iij
220 MERCVRE
nocence donne de la ferme
té, il fe plaignit de ce qu'on
pouvoit le croire capable
d'une lâcheté fi criminelle ;
& regardant l'Inconnuë qui
continuoit à l'appeller fon
Mary , il la menaça des peines
dont fon impudence la
rendoit digne. Elle n'en fut
point déconcertée. Au contraire
faifant couler à propos
des larmes , elle fe jetta à ſes
pieds , & le conjura par le
tendre amour qu'il avoit eu
autrefois pour elle, de ne la
point obliger à recourir contre
luy à des voyes fâcheuſes.
GALANT. 221
Apres la dure réponſe que
luy attira cette priere , elle
fortit en difant que puis
qu'il vouloit la voir éclater,
elle alloit rendre fa honte
publique . Ses pleurs ayant
achevé de perfuader le Beaupere
& la Maîtreſſe , aucun
des deux ne voulut plus écouter
l'Amant. Le premier
luy défendit fa Mailon , &
réitera cette défenſe bien
plus fortement le lédemain,
quand on luy fignifia celle
d'achever le Mariage. C'eft
ce que portoit une Sentence
de l'Official, qui en mefme:
Tiiij.
222 MERCVRE
temps avoit permis à la Dame
de faire venir fes Té
moins de Languedoc . Ces
procédures , quoy que furprenantes
, alarmerent peu
I'Amant. La verité eft fi
forte, qu'il ne craignit point
que l'impofture en puft
triompher ; mais ce qui le
mit au defefpoir , ce fut de
fe voir banny de chez fa
Maîtreffe . S'il la fuivoit quelquefois
quand elle alloit à
l'Eglife, elle eftoit fi préve
nuë de la noirceur de fon
crime, qu'elle refufoit de luy
parler. Plein de ce chagrin ,
GALANT. 223
& cherchant la folitude , il
réfolut d'aller paffer quel.
ques jours à une Maiſon de
campagne qu'il avoit à quatre
lieues de la Ville, en attendant
les Témoins qu'on
luy devoit confronter . Le
Cavalier à qui il fit part de
ce deffein, comme à unAmy
qui le voyoit tres -fouvent,
trouva cette occafion fort
favorable pour venir à bout
de fon entrepriſe. Il donna
fes ordres, & les fit exécuter
fi heureusement , qu'on ne
fçeut rien de ce qui fut fait.
L'Amant approshoit du
7
224 MERCVRE
Lieu où il efperoit ſoulager
fes déplaifirs , lors que traverfant
un petit Bois , il vit
tout - à - coup fix Hommes
mafquez qui vinrent à luy,
& qui l'arrefterent. Il les prit
pour des Voleurs, & le nombre
luy oftant les moyens
de fe défendre , il crût qu'il
en feroit quite pour donner
fa Bource , mais ce n'eftoit
pas ce qu'on vouloit . On le
fit defcendre de cheval , &
apres luy avoir dit qu'on ne
faifoit rien qui ne duft tourner
à fon avantage , on le
mena à cent pas de là , où il
GALANT 225
trouva un Carroffe à fix Chevaux.
On le fit entrer dedans
. Trois des fix Hommes
mafquez , dont Fun Iay banda
les yeux , prirent place
aupres de luy, & les trois autres
fervirent d'escorte. On
marcha toute la nuit , & le
jour eftoit déja affez avancé,
quand il s'apperçeut que le
Carroffe paffoit fur une maniere
de Pont- levis . On l'en
fit defcendre un moment
apres , & il fut conduit dans
une Chambre fort propre,
où deux Hommes deftinez
à le fervir , luy ofterent fon
226 MERCVRE
Bandeau. La beauté du Lieu,
& la bonne chere qu'on luy
fit , furent incapables de le
confoler. Il demandoit à
toute heure ce qu'on prétendoit
de luy , & enfin on
luy donna ce Billet d'une
écriture de Femme.
L'amourquej'ayprispour vous
n'a pu foufrir voftre Mariage.
Vous en pouvez connoiftre la
force par tout ce qu'il m'a fait
faire pour empefcher qu'il ne
s'achevaft . La Languedocienne
eftoit un perfonnage trop fort
pour le pouvoir foûtenir longtemps.
Dispensez-moy de vous
GALANT. 227
que
apprendre`mon nom , jusqu'à ce
que vostre coeurfe foit confulté
pour moy. Jefuis plus belle
laide , affez jeune encor pour
plaire à beaucoup de Gens ; &
pour vousfaire oublier les ennuis
queje vous cause, j'ay cent mille
Ecus dont il ne tiendra qu'à
vous que vous nefoyezle maître.
Si cela vous accommode , vous
me connoistrez quand il vous
plaira
Cette bizarre avanture
luy fit prendre patience . Il
répondit qu'on pouvoit le
renvoyer dés ce moment,
puis qu'il n'aimeroit jamais
228 MERCVRE
que
la Perfonne qu'on prétendoit
luy faire trahir ; mais
fa déclaration ne le remit
point en liberté. Cependant
comme on ne pût découvrir
ce qu'il eftoit devenu , on
ne douta point qu'il n'euft
pris la fuite. Ce fut la conviction
de fon Mariage avec
la Languedocienne
. Auffi
dit-elle par tout qu'elle n'avoit
plus befoin de faire ouir
des Témoins. Elle demeura
encor un moisfeignant toûjours
de l'attendre , & s'en
retourna fort fatisfaite des
Préfens du Cavalier. Il n'aGALANT.
229
voit rien oublié pendant
tout ce temps de ce qui pouvoit
contribuer à luy acquerir
le coeur de la Belle. Il
avoit rendu des foins , marqué
de fort grandes complaifances;
& quand il l'eut
veuë tout- à -fait perfuadée
que fon Amant eftoit marié,
il demanda à remplir ſa place
, & n'eut pas de peine
l'obtenir. Le Mariage ſe fit
avec l'applaudiffement de
toute la Ville , & jamais Amans
ne furent fi fatisfaits.
La Belle avoit tant de lieu
d'oublier celuy qui avoit cau
230
MERCVRE
fé fa premiere paſſion, que
le Cavalier ne s'apperçeut
point qu'elle cuft eu pour
luy que de l'eftime. Comme
il luy parut qu'il feroit fufpect
s'il le faifoit délivrer
trop toft, il le laiffa encor prifonnier
plus de deux mois ,
apres lefquels il le fit remettre
dans le mefme lieu où on
l'avoit pris. On obferva pour
cela les cerémonies de l'enlevement
, & il y fut ramené
fans qu'il puft fçavoir d'où
il revenoit. Les cent mille
Ecus qu'on l'avoit cent fois
preffé d'accepter,luy avoient
GALANT. 231
fait croire qu'il eftoit aimé
de quelque Folle dont tout le
mérite eftoit en argent ; & le
refus qu'il en avoit fait eftant
une forte preuve de fon
amour , il eſpéroit en tirer de
grands avantages, quand on
luy apprit que fa Maiſtreſſe
eftoit mariée. Il courut chez
elle tout défefperé, & on l'y
reçeut fi froidement, que ce
fut pour luy un nouveau fu
plicé. Il eut beau dire qu'il
s'eftoit toûjours cófervépour
elle. On luy répódit que pour *
fon honneur il devoit continuer
à nier fon Marjage, qu'il
Aoust 1681r V.
232 MERCVRE
n'avoit paru que lors que
les
chofes
n'eftoient
plus
au mef- me
état
, & que
fa fuite
avoit trop
fait
voir
que
les
Témoins
de Toulouſe n'euffent
rien dit à ſon
avantage. Le
Cavalier qui pour s'empef
cher d'eftre
foupçonné, vouloit
paroiftre
toûjours
de fes
Amis , s'excufoit aupres de
luy fur cette fuite apparente
,
& quand il parloit de la pri
fon , on donnoit
le nom de
Fable à cette Avanture, fans
que perfonne
puft croire ce
qu'il contoit de l'enlevemét
.
Il demanda que l'on fift pa
GALANT. 233
roiftre la
Languedocienne,
& que ces Témoins luy fuffent
produits. Tout cela ne
perfuada rien davantage . On
n'avoit plus d'intéreſt à é
claircir cette affaire , & les
pourſuites ceffées ne faifoient
pas voir qu'il ne fuft
point marié. Ses meilleurs
A mis ne fçavoient eux - mef
mes que s'imaginer des fer--
mens qu'il leur faifoit , tant
apparences luy eftoient
contraires. Jamais Homme
n'eut tant de lieu de fe plaindre
de fa malheureufe deftinée.
Il foufroit dans les deux
les
3
Vij
234 MERCVRE
chofes qui luy pouvoient
eftre les plus fenfibles ; & fi
la perte de fa Maiftreffe rendoit
fon amour inconteftable
, fa gloire eftoit outragée
au dernier point par l'injufte
croyance qu'on avoit qu'il
fuft de mauvaiſe foy . Cet
accablement luy donna un
tel dégouft pour le monde ,
qu'il réfolut de l'abandonner.
Il demanda à eftre reçeu
dans un Convent des plus
Réformez , & par un nouveau
malheur , il vit fes def
feins renverſez encor de ce
coíté- là. On luy dit qu'on
GALANT 235
vouloit croire que la Dame
qui l'eftoit venuepourſuivre,
auroit peine à juſtifier ſon
Mariage ; mais qu'apres ce
qui eftoit arrivé , il ne pouvoit
difpofer de fa perfonne,
qu'il n'euft fait lever l'oppofition
qu'elle avoit formée.
Rien ne luy parut fi cruel
que ce refus. Il n'avoit à ef
'
perer aucun bonheur dans le
monde , & il fe trouvoit dans
l'impoffibilité d'y renoncer.
Chagrin , abatu , & n'ayant
Fefprit remply que de fes
malheurs , il fe préparoit à
un Voyage de Rome , lors
236 MERCVRE
qu'il les vit terminez par
le mefme Cavalier qui l'avoit
réduit en ce trifte état.
A peine eut- il efté marié fix
mois,qu'il tomba malade, &
fi dangereusement , que les
Medecins ayant délefperé
de fa vic , on fut obligé de
l'avertir de mettre ordre à
fes affaires. Il fit auffitoft
venir cet Amant infortune,
& devant plufieurs Témoins
il déclara ce qu'il avoit fait
pour fe rendre heureux à fon
préjudice, conjurant fa Femme
de luy redonner toute fa
tendreffe , & de l'époufer
GALANT. 237
apres la mort , puis que fa fi
delité l'en rendoit fi digne.
Il mourut le lendemain , &
laiffa l'Amant dans de grandesefpérances.
Comme il a
permiffion de revoir l'aimable
Veuve , on ne doute point
que quand le deüil fera expiré
, elle ne confente avec
plaifir à luy tenir compte de
ce que l'amour luy a fait fou
frir pour elle.
Jamais les grands biens
ne font mieux gouftez , que .
quand noftre mauvaiſe fortune
nous en a privez longtemps.
Pour bien connoiftre
238 MERCVRE
.
2
quelle eft la douceur de la
liberté , il faut avoir éprou
vé les rigueurs de l'Efcla
vage. Les Captifs que les
Peres de la Mercy ont rache
tez depuis peu , pourroient
nous en dire des nouvelles
Les Proceffions publiques
où ils ont paru fur la fin du
dernier mois , nous les ont
fait voir f contens de leur
retour, qu'il eftoit facile de
juger que le plaifir d'eftre
libres leur tenoit lieu de la
plus haute fortune . Les Peres
que la Congrégation de Paris
, & les Provinces de
Guyenne
GALANT. 239
y
Guyenne & de Languedoc,
avoient nommez pour
aller aux Royaumes de
Fez & de Maroc , s'eftoient
embarquez à Marſeille au
mois d'Octobre dernier , avec
le Paffeport que Sa Ma
jefté leur avoit donné. Ils
arriverent apres avoir effuyé
beaucoup de dangers , & fair
plufieurs pertes, & racheterent
78 Eſclaves pendant les
mois de Fevrier & de Mars,
une partie du Roy de Fez
dans la Ville de Miguenez,
& l'autre partie du Gouverneur
de Salé, & de quelques
Aoust 1681.
X
240 MERCVRE
Patrons de la meſme Ville .
Its fe rendirent en fuite à
Toutouan , Ville éloignée de
cinquante lieues de Migue
nez , & y racheterent encor
un fort grand nombre d'Efclaves
, du Gouverneur , &
des autres Turcs . Le Roy
de Fez avoit confenty qu'ils
fuffent exemts des droits de
fortie , eux & les Chreftiens
30 14
90
rachetez . Cependant l'Alcaïde
, ou Gouverneur de
Toutoüan , qui eſt une Ville
maritime , fituée aupres du
Détroit de Gibraltar , dans
le voisinage de Ceute & de
GALANT. 241
£
n
Tanger, fremprifonner ces
Peres avec tous ces Malheureux
, & les contraignit par
fes mauvais traitemens de
luy payer pour chacun 26.
Piaftres, ou Patagons, valant
38un Ecu. Apres avoir cedé
à la force , ils mirent à la
Voile le 12. de May, & arriverent
bientoft à la Cofte
d'Eſpagne, au Royaume de
Grenade , d'où s'eſtant rendus
à la Rade de Marſeille
le 26. du meſme mois , apres
la quarantaine moderée à
quinze jours , ils curent permiffion
d'entrer dans la
X ij
242 MERCVRE
que ,
Ville, & dans celles de Toulon,
& d'Aix Capitale de Provence.
Ils firent des Procef
fions dans cette derniere
avec beaucoup de folemni
té. M' le Cardinal de Gri
maldi qui en eſt Archevel
& M. le Premier Prés
fident du Parlement de cette
Province, furent fort édifiez
de voir cette Troupe de zélez
Chreftiens rendre mille
graces auxReligieux qui leur
avoient procuré la liberté.
Apres que ce Cardinal leur
eut donné la Benédiction, ils
allerent tous à Avignon , où
GALANT 243
ceux qui eftoient de Languedoc
, de Guyenne , & de
Xaintonge, prirent la route
de leur Province . Les autres
furent amenez à Paris , &
s'eftant rendus aux Jacobins
de la Rue S. Jacques, tous les
Religieux de l'Ordre de la
Mercy allerent les y recevoir
, & les conduifirent en
l'Eglife de Noftre Dame.
Les trois jours fuivans, ils ont
efté en Proceffion , accompagnez
des Trompetes de
la Ville, dans les Eglifes de
S. Sulpice, de S Roch , & de
S. Paul. On les y reçeut
*
x iij
244 MERCVRE
avec beaucoup de cerémonic,
Chacun d'eux tenoit'
une Chaîne, dont les bouts
eftoient portez de chaque
cofté par des Enfans habil
lez en Anges. Le Pere Ale
xis du Buc Théatin , les pré
cha , dans S Sulpice ; M
L'Abbé de Labadie , à Saint
Roch ; & M. l'Abbé de Breteville,
dans l'Egliſe de Saint
Paul. Monfieur le Duc de
Chartres
les fit entrer au Pa-
Jais Royal , lors que la Proceffion
paffa devant la Porte,
& Madame de Guife les fit
auffi venir dans fon Hôtel,
GALANT 245
On les mena à Versailles , où
le Pere Vicaire General de
la Mercy les préfenta à Leurs
Majeftez. Ils furent fervis
pendant cinq jours par ce
mefme Pere , par le Commandeur
( c'eft à dire Prieur)
& par plufieurs Gentilshom
mes. Ces Peres doivent
encorvingt deux mille Ecus,
qui leur ont efté preftez par
un Marchand Arménien ,
qui eft venu en leur compagnie
de Toutoüan à Marfeille
, pour recevoir le payement
& les intérefts de cetre
fomme. I reft dans les
X iiij
246 MERCVRE
Villes de Fez , Maroc , Salé,
& Toutoüan , un tres grand
nombre d'Esclaves fort maltraitez
, & en danger de renier
leur Foy , fi on les laiffe
longtemps dans le malheu
reux état où ils fe trouvent.
Ceux quife voyent en pouvoir
de les fecourir par leurs
charitez , n'en fçauroiét faire
qui foient fi utiles. On doit
beaucoup aux Religieux de
la Mercy , qui pour les tirer
des fers, vont tous les jours
expofer leurvie. Auffi peut
on dire que leur Inſtitution
eft une chofe qui tient du
T
GALANT 247
Miracle. Dans la mefme
nuit S. Raimond de Ro
chefort , Jacques Roy d'Arragon
, & Pierre Nolaf
que,Gentilhomme François,
qui vivant tres- faintement
prit le premier l'Habit de
cet Ordre , crûrent voir la
Vierge en fonge , & furent
tous trois infpirez de l'établir.
Le Roy ayant raconté
le lendemain l'apparition
qu'il avoit euë , fut fort fur
pris quand les deux autres
luy dirent qu'ils en avoient
eu une femblable. Ce rapport
de fonges ne le laia
248 MERCVRE
point douter que Dieu ne .
vouluft qu'il inftituaft cet
Ordre. Il fit venir auffitoft
l'Evefque de Barcelone
, affembla fon Confeil
, la Nobleffe, & les Principaux
de la Ville , & toutes
chofes ayant efté préparées
pour le fonder , il le fonda
en effet le 10. d'Aouft jour
de St Laurens , l'an 1218.
fous le Nom & Invocation
de Noftre- Dame de la Mercy,
Rédemption des Captifs.
La Reyne fa Mere fut furnommée
Marie la Sainte.
Elle eftoit Fille & Heritiere
GALANT 249
du Comte de Montpellier,
& fes larmes obtinrent du
Ciel ce Fils qui eft mort en)
ødeur de Sainteté. Il ne
faut pas s'étonner s'il mena
une vie toute exemplaire.
Nous ne liſons point d'Hiftoires
qui ne faffent foy, que
tous les Enfans donnez de
Dieu aux prieres de leurs
Meres , ſe ſont toûjours dif
tinguez par leur pieté & par
leur valeur. Si vous aviez
déja fçeu que ce Jacques
d'Arragona eſté l'Inſtituteur
de l'Ordre de la Mercy, vous
ne pouvez ignorer que c'eft
250 MERCVRE
un Ordre de Chevalerie. Les
Roys , & les Princes Souverains,
n'en ont jamais étably
que de Militaires , &
d'ailleurs celuy cy a une
fonction externe, qui eft de
racheter les Captifs , en faveur
defquels il eft nommé
Ordre Militaire , & de Chevalerie.
Auffi lors qu'il fut
inftitué, on fit deux fortes de
Religieux . Les uns furent
appellez ChevaliersLaïques,
& les autres Chevaliers Prêtres
; ceux cy pour les exer
cices de la vie active , & ceux
pour S'attacher à la vie là
GALANT. 251
contemplative. Ileft aisé de
juger que le nombre des Religieux
Preftres eftoit auffi
grand que celuy des Freres
Séculiers, puis qu'autrement
il n'eut pasefté en leur pouvoir
de s'acquiter du fervice.
L'Ordre ayant eſté ainſi divifé
dans fon origine en Freres
ou Chevaliers Laïques,
& en Freres ou Chevaliers
Preftres , ils partagerent
entr'eux
les Offices & les Charges
, fuivant la conformité
qu'elles avoient avec leur
condition , mais comme le
temps change toutes chofes,
252 MERCVRE
ils ne conferverent des FreresLaïques
que pendant un
fiecle, ou peu d'années davantage.
On ne doit pas
conclure de là que l'Ordre
de la Mercy n'eft plus Milistaire.
Ceft un Titre d'honneur
qui ne luy peut eftre
-conteſté , non feulement
pour avoir efté inftituéstel,
mais parce que l'exercice en
faveur duquel il a mérité
qu'on l'appellaft Ordre Militaire,
qui eft la Rédemption
des Captifs luy demeure encor,
& qu'il en eft en poffeffion
depuis plus de quatre
GALANT 253
cens foixante ans , pendant
lefquels il n'a jamais difcontinué
de faire les fonctions
2 pour lesquelles le Roy d'Arragon
l'a étably , & c'eſt par
cette railon qu'encòr aujourd'huy
dans chaque Convent
de cet Ordré , on donne au
Prieur le titre de Commandear.
Plufieurs Autheurs
ont parlé de cette Chevalerie
Anoul Ruion , Livre 1 .
Chap. 86. de fon Arbre de
Vie, dit . Après les Chevaliers
ad'Alcantara viennent ceux de la
Mercy ; & dans un autre en-
97 droit de de mefrie Livre,
+
254 MERCVRE
ཏོ,ནི
Frere S Raimond Nonnant,
Chevalier de l'Ordre de la
Mercy de la Rédemption des
Captifs , fut fait Cardinal du
titre de S.Euftache , par Gregoire
IX. M: du Béloy , Avocat
General au Parlement de
Toulouſe , en fon Livre de
l'Inftitution de la Chevalerie
Chapitre 18. apres avoir raporté
tout ce qui regarde la
fonction de cet Ordre, ajoûte
ces mots , Les Chevaliers
de l'Ordre de la Mercy ont fait
de tres - grands fervices à la
Chrestiente, ont laiffé des
exemples admirables de leur cha
GALANT. 255
tite. Plufieurs Papes leur
ont accordé des Privileges
fort confidérables , & Gregoire
IX. Clement VIII . Calixte
III. & Paul V. ont tous
reconnu que le deffein de
feur établiffement avoit efté
infpiré de Dieu. Outre les
Voeux ordinaires d'obédien
ce, de pauvreté , & de chafteté,
ils en font un quatriéme,
qui eft de fe donner eux.
melines pour racheter un
Captif, en qui ils connof
troient affez de foibleffe
pour renier fa Foy fi on le
Taiffoit Efclave ; & cela , lors
Aoust1681.
Y
256 MERCVRE
•
que les deniers ne fuffifent
pas pour tirer des Fers tous
ceux qu'ils y trouvent.
Les Religieux qui demeurent
en oftage font fouvent
maltraitez, & quelquefois
mefine ils endurent le
Martyre , quand les accidens
ou les Naufrages empeſchent
l'argent d'arriver à
jour nommé. On les fait
paffer alors pour des trompeurs
, & des efpions , &vil
n'eft point de tourmens
qu'on ne leur falle foufrir.
Depuis que cet Ordre a efté
fondé , on compte pres de
67
GALANT. 257
trente mille Efclaves rachetez
par les Peres de la Mercy
François & Efpagnols , fans
vingt- fix Voyages que ces
mefmesPeres ont fait inutilement
, par le malheur qu'ils
ont eu d'eftre volez en chemin.
C'eft un péril que va
épargner à beaucoup de
Gens l'heureuſe commodité
du Canal de Languedoc . M
Pech, dont vous avez déja
veu un Sonnet, fur ce merveilleux
Ouvrage a fait
encor celuy- cy.
w amath ....
A
Y ij
258 MERCVRE
AU ROY,
Sur la Jonction des Mers.
G
Rand & fameux Vainqueur,
dont la vertu guerriere
Faitfentir en tous lieux laforce de
ton Bras,
Et qui feul foûtenant le poids de
tes Etats,
Par ta main triomphante en étend
la Frontiere.
SZ
L'Ennemyfurmonté perd fon humeur
altière ,
Tout cede à ta valeur, tout tremble
fous tes pas,.
Etfage en tes Confeils, vaillant dans
tes Combats,
De prodiges divers tu remplis ta
curriere.
GALANT. 259
25
Maintenant tufoumets Neptune à
ton pouvoir,
Et rangeant les deux Mers fous un
jufte devoir,
Tu joints à l'Ocean l'un & l'autre .
Bosphore.
S2
Ondes, qui vous roulez dans ces
nouveaux détroits,
Allezfatre fçavoir du Couchant
l'Aurore,
Que la Terre&la Mer ont reconny
fes Loix.
Vous vous plaignez qué
je ne vous fais plus voir de
Médailles. J'en ay cherché
pour vous fatisfaire , & je
vous en envoye une de Mon260
MERCVRE
fieur. Il y a plus d'un an
que vous m'en demandez
de ce Prince. La Grenade
que vous trouverez dans le
Revers , fait du bruit depuis
longtemps , & chacun fçait
qu'on dit d'elle , Alter poft
fulmina terror. La Grenade
eft le plus redoutable Foudre
de guerre apres le Canon ,
Comme Monfieureft le premier
qu'on doit craindre, &
refpecterapres le Roy, ha
Naiffance luy donnez cet
avantage, la fermeté de fon
coeur ne le diftingue pas
moins parmy les plus vail
fifa
GALANT. 261
lans Capitaines. La Bataille
de Caffel en peut faire foy.
On fçait quelle fut la réfo
lution à l'entreprendre , &
avec quelle préfence d'efprit
il donna toûjours l'exemple
dans cet important
Combat. On luy voyoit auffi
peu d'émotion , que fi chaque
mois de fa vie euft efté
marqué par une Bataille . Il
x
regardoit le péril fans le
moindre étonnement; & fon
intrépidité animant tous les
Soldats , faifoit avancer les
plus timides.
La pieté de ce Prince n'eft
262 MERCVRE
pas moins confidérable que
Les autres qualitez. Il la fit
encor paroiftre le Vendredy
de 15. ce mois, Fefte de l'Af
fomption , dans l'Eglife des
Carmes des Baffes - Loges,
pres Fontainebleau . Apres
y avoir fait fes devotions , il
entendit la Grand' Meffe
chantée par les Religieux.
Le lendemain , Fefte de
S. Roch, la Reyne aſſiſta au
Salut dans le mefme Lieu.
Ce n'eftoit autrefois qu'une
Chapelle, que la feue Reyne
Mere avoit choifie , pour y
faire fes devotions ordinai .
res,
GALANT. 263
res, quand Sa Majeſté eftoit
à Fontainebleau
, & le Roy
voulant feconder les pieufes
intentions de cette Princef
fe , fit bâtir l'Eglife des Baffes-
Loges en 1661. pour rendre
graces à Dieu de l'heu
reuſe naiffance de Monfeigneur
le Dauphin. Ces Baffes
- Loges ne font qu'un
Hofpice dépendant du Convent
des Carmes des Billetes
de Paris, qui font de la Proyince
nommée de Touraine,
& d'une Réforme particu
liere , diftincte des autres
Provinces des Carmes , pag
Aoust 1681.
Ꮓ
264 MERCVRE
b
des Conftitutions Apoftoliques,
& par des Lettres Patentes
du Roy. Cette Réforme
a commencé environ
dix-huit ans apres la
mort de Sainte Thérefe,
dans le Convent des Carmes
de Rennes.
Je n'ay point efté trompé
dans l'efpérance que j'avois
eue qu'on voudroit bien
me faire la grace de conti .
nuer à me faire part des
Nouvelles d'Angleterre . La
mefme Perfonne qui s'ef
tant trouvée préſente à l'Exécution
de l'Archevefque
GALANT. 265
d'Armagh, & de Fits - Harris ,
m'en a écrit fi exactement
les circonftances , a eu le
foin de m'apprendre ce qui
s'eft paffé depuis ce tempsla.
Voicy fa Lettre.
$225S25552 SSSS25
A Londres ce 12. Aouſt 1681 .
] E vous ay déja dit en vous
envoyant
mes premiers Mémoires
, que je me fervirois
du
Stile nouveau , c'est à dire du
Calendrier
François
. Vous vous
en fouviendrez
, s'il vous plaift,
afin que je n'aye plus à vous
8
Z ij
266 MERCVRE
avertir de la mefme choſe. Je
ne vous diray point préfente
ment d'où vient la diférence des
dates de ce Royaume , réſervant
cela , lors que je vous parleray
des diverfes Religions quiyfont
tolérées , & qu'on y exerce publiquement
, de leurs maximes,
des diferentes cerémonies qui
s'obfervent dans les unes dans
les autres . Je m'attacherayfeulement
à la fuite de l'affaire de
Fits-Harris, qui futjugé comme
vous fçavez, le Jendy 19. Juin
dernier. Comme dans l'inftrution
defon Procés, lors qu'il
comparut aux Afifes, on avança
GALANT 267
*
que Mylord Hovvard eſtois
Autheur du Libelle contre le
Roy , Sa Majesté l'ayant fçeu,
jugea à propos de le faire arrefter.
Elle en donna l'ordre, & le
Samedy 21. du mefme mois ,fur
les deux heures , un Meffager
du Banc du Roy l'ayant montré
au Mylord qu'il alla trouver
chez luy, le conduisit à la Tour,
`accompagné de quelques Gardes
à pied du Roy, & en laiffa
un qui doit le garder à venë.
C'est ce qui fe pratique toûjours
à l'égard de ceux qu'on mene à
ta Tour. Le Garde eft payé aux
defpens du Prifonnier, & chacun
Z iij
268 MERCVRE
na
des Prifonniers a un petit Logis
à part, où fes Domestiques ont
Libre entrée. On tient que le crime
de Mylord Hovvard n'eft
autre que d'eftre Autheur du
Libelle pour lequel Fits- Harris
efté executé. Cette accufation
s'examinera dans la fuite , &
peut- eftre avec l'affaire de Mylord
Shaftsbury, on découvrira
ce Plot ou Confpiration dont
on parle depuis fi longtemps. Je
vous en promets l'Hiftoire entiere
dans l'autre mois . Je vous
dirty cependant que l'exécution
de Fits- Harris s'eftant faite le
Vendredy . de Juillet , le Roy
1.
GALANT. 269
qui eftoit alors à Windſor , n'en
eut pas plutoft appris la nouvelle,
qu'il donna les ordres pour que
fes Carroffes & Gardes fuffent
prests le lendemain Samedy à
trois heures du matin , pour aller
a Hamptoncourt, autre Maiſon
de plaifance qu'il a fur le bord
de la Tamife, entre Londres &
Windfor. Cela n'eftcitpoint extraordinaire,
Sa Majestéfaifant
Jouvent de pareils voyages, &
de femblables heures . Tous les
Feudis mefme, Elle y vient tenir
Confeil. Il eft oray que quand il
falur prendre le chemin d'Hamptoncourt
, & quiser celuy de
Z iiij
270 MERCVRE
Londres , le Roy fit continuerfa
route, & on connut qu'effective ,
ment il alloit à Witheal. Il
འ
arriva le matin fur les fix heures,
& apres avoir fait venir
Mylord Chancelier, appeller
fon Confeil qui s'affembla auffitoft,
il envoya un Meſſager &
un Garde, pour luy amener My
lordShaftfoury Vous obferverez
que ce Mylordfutfait Secretaire
d'Etat de Cromvvel, dont il
eftoit Créature , dans les Révolutions
de ce Royaume . Le Roy
dansfon rétabliſſement crût qu'il
devoit le gagner, parce qu'il ef
toit fort aimé des Peuples , &
GALANT. 271
que
qu'il enfçavoit lefort & le foi
ble. Ce fut pour cela qu'il le
fit Mylord , qui eft une tresgrande
qualité. Il a esté fort
longtemps de fon Confeil ,
Sa Majesté ayant euſes raisons
pour l'en exclure , on croit
regardant cette excluſion comme
une injure, il a voulu s'en vanger,
enfe rendant Chefdes Pref
bytériens , & des Parlementai
res, & que dans la pensée de
foulever encor les Peuples contre
leur Roy, il eft l'Autheur des
defordres des deux derniers Parlemens.
C'est ce que porte les
Chefs d'accufation que vous al
272 MERCVRE
lez voir. Le Meffager & le
Garde estant entrez dans fa
Chambre , le trouverent encor
couché , & luy dirent qu'ils avoient
ordre de le mener au Confeil.
Il répondit à cela , qu'il
fçavoit bien que le Roy ne
pouvoit fe paffer de fa préfence
, & commanda affiroft
qu'on luy tinft preft un Carroffe
. Quand il fut forty de fa
Chambre , un autre Meffager
yfcella deux Caffetes , qui fu
rent en fuite apportées au Roy.
Sa Majesté le voyant , luy dit.
Mylord que j'ay fait , ( c'eft
dinfi que le Roy parle aux MyGALANT.
273
lords, parce que Mylord veut
dire Monfeigneur, ) je m'eſtois
toûjours imaginé que vous
m'eftiez un bon Serviteur &
un fidelle Sujet , cependant
voftre conduite & vos actions
ne répondent point
aux fentimens que j'ay cus
de vous. Tant de Gens m'af
furent qu'elles font entierement
contre mon fervice,
que j'ay efté forcé de vous,
envoyer querir , afin d'en
connoiftre la verité. Apres
qu'il eut répondus pour fe défendre,
le Confeil ayant efté affemblé,
on l'interrogea devant le
274 MEROVRE
Roy fur les Crimes fuivans.
D'avoir efté l'Autheur &
l'Inventeur de l'exclufion
de M. le Duc d'York.Pop
Qu'il falloit que le Roy
fignaſt que d'oreinavant les
Gouverneurs des Villes, Ci
tadelles , & Forts , les Genéraux,
Lieutenans Genéraux,
Capitaines , & autres Offi
ciers d'Armée, tant fur mer
que fur terre, feroient nommez
par le Parlement.
Que tous les payemens
des Apointemens & Gages
defdits Gouverneurs & Officiers
, ferojent faits par des
GALANT. 275
Tréforiers nommez auffi par
le Parlement, entre les mains
deſquels le Roy feroit obligé
de mettre les fommes neceffaires
, ou qu'elles feroient
prifes fur les Revenus par
lefdits Tréforiers , qui en
donneroient Quitance aux
Receveurs des Droits de Sa
Majefté.
Qu'en cas que le Roy ne
vouluft pas figner ces Articles
, il falloit fe faifir de fa
Perfonne.
D'avoir fufcité des Té
moins, & de les avoir payez
pour dépofer faux contre le
276 MERCVRE
feu Vicomte de Stafford ,
execute depuis quelques
mois à Londres , pour eftre
Catholique Romain .
Ces Crimes , dont il y avoit
des preuves tres -fortes , parurent
d'une fi grande importance au
Roya fon Confeil, qu'apres
l'Interrogatoire de ce Mylord,
le Roy luy dit qu'il falloit aller
à la Tour, afin qu'on puft s'éclaircir
de toutes ces chofes . Ily
fut conduit par eau, & l'on remarqua
qu'on l'y fit entrer par
la Porte de fer. C'eft la Porte
par laquelle ont accoûtumé d'entrer
les grands Criminels, contre
GALANT. 277
qui les preuves font extraordinairement
fortes, & pour lef
quels il y a peu d'efperance
de
falut. On ne doute point qu'on
ne découvre l'origine & les Au
theurs de l'Hiftoire
de la Conf
piration qui a fait tant de bruit,
& quifont ceux qui ont affaffiné
le Chevalier
Godfrey Juge à
Paix. Si-toft que l'on fçeut que
Mylord Shaftsbury
eftoit arrefté,
les Quatre - vingts s'affemblechez
MylordMaire, & réfolurent
qu'on feroit une Adreſſe
au Roy & à fon Confeil , pour
juftifier la conduite de ce nouveau
Prifonnier; Qu'en cas que le
278 MERCVRE
Roy ne vouluſt pas ordennerfa
"liberté, on donneroit Caution de
le préfenter aux premieres Affifes
, pour cent mille Pieces , qui
font quatre cens mille Ecus monque
Mylord
an
noye de France ;
Maire iroit luy-mefme leFeudy
fuivant à Hamptoncourt ,
Confeil , afin de faire accepter
cette Caution. Lachofe n'eut pas
l'on avoit attendu,
嘻
Le
fuccés que
parce
que Mylord
Maire
ayant
fait demander
l'entrée
au Confeil
par un Meffager
, le Roy
informé
du motif
de fa venue
,
luy envoya
l'ordre
de s'en retourner
;
fur ce qu'il
infiftoit
, il
GALANT 279
से luy fit dire par fon Chancelier,
que l'Affaire de Shafifbury
eftoit de conféquence
, que
ce n'eftoit ny à luy , ny à fes
Peuples , de s'en mefler ;
qu'à fon égard ileuft à maintenir
la Ville de Londres
dans fon devoir, & dans l'obeiffance
qu'elle devoit à
fon Souverain , finon , qu'il
fçavoit punir fes Peuples, &
qu'il leur feroit bon Roy,
s'ils luy eftoient bons & fidelles
Sujets . Mylord Mare
retourna à Londres porter ces
nouvelles aux Quatre Vingts,
qui fe divifent en douze. De-
Louſt1631
A a
280 MERCVRE
puis ce temps- là on n'a rien fair
touchant Mylord Shaftsbury
Mylord Hovvard.
Il faut vous dire à préfent
ce que c'est que Mylord Maire
& les Quatre - vingts . La
Charge de Mylord Maire n'eft
qu'une Commiffion. Les fontions
en font à peupres pareilles
à celles du Prevost des Marchands
à Paris. C'eft la Ville
qui le nomme à la pluralité des
voix, elle choisit toûjours un
Marchand. Sa Commiffion ne
dure qu'un an. Il a un tresgrandcrédit,
estantfuge de toute
la Ville , & pouvant beaucoup
GALANT 281
fur l'esprit des Peuples . Chacun
a pourluy un respectparticulier.
S'il monte en Carroffe , il fe
place dans le fond, & fur le
devantfont les Mylords Maires
des deux années précedentes, qui
l'accompagnent par tout. Le
Porte-Epée eft à la Portiere.
L'Epée qu'il tient en fa main,
a la poignée enrichie de Diamans,
& eft dans un Fourreau
de Velours rouge , couvert au
de Diamans par le bout. Vingicinq
ou trente Officiers de Ville,
tous en Robe, fuivis de quelques
Valets, marchent de vant le Ćarxoffe
. Il ne fort jamais qu'en cer
uffi
A a ij
282 MERCVRE
équipage. Il eft des occafions où
ilfe montre à cheval, avec une
Houffe toute couverte de Rofes
d'or, & qui traîne jusqu'à terre
La Bride & les Etriersfont de
Vermeil doré. Il a une Robe lon
gue , qui eft prefqué comme celle
des Gens de Robe à Paris , &
porte au col une Chaîne d'or de
plufieurs Chainons. Les deux
derniers Mylords Maires vont
auffi à cheval derriere buy, &
ont les mefmes Habits & les
mefmes ornemens , àl'exception
de la Chaine d'or: Le Porte- >
Epée marche à pied , tenant
l'Epée à la main , avec le
.
$
GALANT. 283
que nombre d'Officiers de Ville
j'ay déja fait connoistre . Les
Quatre - vingts font ce qu'à
Paris on appelle Quarteniers
Dixiniers. On les distribue
dans chaque Quartier , où ils
s'inftruifent des volontez de ta
Ville , & les fontfçavoir aux
Douze , qui font comme les
Echevins ou Capitouls en France.
Ces Douze; & le Mylord
Maire, déliberent & réfolvent,
& cesfortes de déliberationsfont
tres - ponctuellement exécutées.
Tous ces Officiers ne durentqu'un
an dans ces Dignitez, &apres·
celu on en élit d'autres auplus
284 MERCVRE
grand nombre des voix, mor
Depuis l'execution du Seigneur
Olivier Plunket, Archevefque
& Primat Titulaire de
toute l'Irlande , non feulement
les Catholiques Romains , "mais
mefme les Protestans , publient
bautement fon innocence . Ce
quifert beaucoup à la confirmer,
c'est qu'un defes Témoins appellé
Duffy, qui avoit esté autrefois
Religieux de S.François , & qui
par libertinage avoit quitté la
Religion Romaine , apres avoir
feulement aidé à faire périr
ce Prélat parfa dépofition , mais
voulu estre témoin de fa mort,
GALANT. 285
ih
pour mieux affouvir la rage qui
Panimoit contre luy, s'en retourna
à Dublin, Ville Capitale du
Royaume, où estant allé trouver
un Juge à Paix , il luy raconta
Le Jugement & l'Exécution de
cet Archevefque , & luy dit en
fuite , que pour ruiner le Party
des Catholiques Romains ,
falloitfaire mourir le Duc d'Or
mond, Viceroy d'Irlande ; qu'on
en jetteroit la faute fur eux,
qu'onferoit par là un Plot com
me en Angleterre , & que
Religion estant abatue, ilferoit
aife d'établirpar tout la Protef
tante. Vous devezSçavoir qu'il
leur
286 MERCVRE,
y a beaucoup de Catholiques
Romains en ce Royaume, & en
omains liberté de pro-
Ecoffe , qui ont
a
feffer leur Religion . Ce Juge
Paix ayant écoute Duffy , le fit
conduire en prifon , ex donna
avis au Viceroy de ce qu'on Tuy
avoit dit. Ce Miferable fut
condamné à eftre pendu, & lors
qu'ilfe vit attaché à la Potence,
il déchargea , mais trop tard , le
Seigneur Plunket , confeffant
publiquement fon faux - temoignage.
C'est un grand malheur
en Angleterre , qu'on n'y fait
foufrir aucune
aucune peine aux Faux-
Témoins & qu'au lieu de les
punir,
7.
GALANT. 287
punir, on leur laiffe encor la li
berté de dépofer faux une autre
fois. Ce que je dis n'a que trop
paru depuis deux ans, à la perte
des Catholiques
Romains exécutez.
Dans l'Affaire du S. Colmand
Secretaire de la fenë Ducheffe
d'York , on rapporte que
les furez difoient aux Témoins
qu'ils fe contrarioient
, & qu'il
n'y avoit aucune raison à leurs
depofitions. On pretend qu'ils
ontdit la mefme chofe, lors qu'on
a
&
jugé Wakeler
les autres
Jefuites . Cependant
ils n'ontpas
laiffé d'eftre exécutez , malgré
Les contrarierez
de leurs Témoins,
Aouſt 1681.
Bb
Fix
288 MERCVRE
&la connoiffance qu'on a cue
de la fauffe2t5e1d4e2lherurss temoignages.
Je n'avance rien que je ne
puffe ailement prouver par ces
Procés dont j'ay les Mémoires
imprimez à Londres en Anglois
en François. J'en coteray les
Articles dans l'Histoire que je
vous ay promiſe de la Conspi
ration , à laquelle j'adjoûteray
ce quife fera paffe touchant les
deux Mylords & leurs Complices.
Jefuis voftre, &c.
Vous voyez , Madame,
par les circonstances de
Cette Relation , qu'il ne me
GALANT 289
peut rien venir de la mefme
part qui ne foit tres- curieux ,
Jay reçeu auffi quelques
nouvelles d'Ecoffe . Vous
fçavez que Monfieur le Duc
d'York eftà Edimbourg, où
depuis longtemps on fait de
fort grands préparatifs pour
l'ouverture d'un Parlement,
Elle fe fit le feptiéme de ce
mois ,, apres que deux jours
auparavant on cut apporté
du Chafteau , la Couronne,
le Sceptre, & l'Epée Royale.
Ces Peuples font fort zélez
pour affurer la Succeffion
des Royaumes d'Angleter
Bb ij
290 MERCVRE
...
rejod'Ecoffe
, & d'Irlande, à
qui elle doit appartenir
par
le droit de leur Naiffance
.
Le Grand Chancelier
d'E
coffe , appelle le Duc de
Rothes dont la maladie fai
foit reculer ce Parlement
,
eft mort le 6. de ce mois . Le
lendemain
, jour de l'ouver
ture 9 Monfieur
le Duc
dYork , qui eft Duc d'Al
banie en ce Pais-là , traita
tous les Seigneurs
fpirituels
& temporels
, & les Députez
des Communes
, sion avoit
dreffé trois Tables de cinquante
pieds de long , & de
GALANT. 295
cing de large, dans une lon
gue Galerie. Je n'ay point
fçeu l'ordre qui fut obſervé
dans ce grand Feftin . Jefçay
feulement que l'on avoit or
donné Soo! Volailles , 200
Canards , 200. Poulets , 50.
Oyes , 120. Poulets d'Inde,
140. Lapins, 60. douzaines
de Pigeons , 240. Pieces de
Gibier de la faifon , 60. Cochons
de lait , & 12. Boeufs ,
fans compter les Langues, les,
Jambons , & tout le réfte du
Service . Son Alteffe Royale.
mangea feule à une Table
placée fous un Dais au bout.
292 MERCVRE
de la Galerie , & fut fervie par
les principaux de la Nobleffe
, chacun faifant fa
Charge
fe
Je vous ay dit bien des
fois avec raifon , que nous
vivons fous un Regnefi
heureux que l'on n'ajamais
befoin de folliciter les ré
-compenfes
, & que pour
tenir feûr d'en recevoir , il
fuffit qu'on ait pu s'en rendre
digne. Le Regiment de Dragons
dont M le Chevalier
de Teffé vient d'eftre pourvû,
en eftune preuve . Il ef
toit Major dans celuy de M
pudg
GALANT. 293
le Comte de Tellé fon Frere,
que vous fçavezqeſtre Lieu
tenant de Roy du Maine,
Perche , & Païs de Laval,
Colonel , & Brigadier General
de Dragons, & fon
affiduité pour le fervice a
toujours esté fi grande , que
depuis deux ans il n'avoit
point paru à la Cour. Ce
pendant,le Roy, quife plaiſt
stoûjours à rendre juftice , &
qui connoift les Perfonnes
ades mérite plus 3 par ellesmefmes
quepar leur vifage ,
ayant fçeu que ce Regiment
eftoit vacant parla mort de
Bb iiij.
294 MERCYRE
3
M. de Burlar , s'eft fouvenu
de ce Chevalier. La Bravoure
qui l'a diftingué parh
tout , eft connue de tout le
monde , & je ne croy pas
que perſonne ait oublié lap
belle action du Pont de
Rheinfeld , où Mile Comte
de Teffé fon Frere , & luy,
apres avoir fait des chofes
dignes d'admiration , furent
tous deux blefféz dangereufement,
& tenus pour morts.
Le Gentilhomme qui fe
cache fous le nom du Berger
fidelle des Accates , conti
nue à me faire part de fes Ou
GALANT. 298s
vrages. Vous les aimez , &
je ne veux pas diferer à voush
donner le plaifir de voir l'av
greable tour qu'il donne à
la Satyre , que je vous ay
quelquefois entendu faire ?
contre ceux , dont les grands
biens acquis par bonheur
font tout le mérited) Tab
eatured
幾
GSEB
'anana , noiseriesbe'bzongib
- xumb enca
„CTROM 100
#lap samadhang) si
pspied ubimcaolevolashing
Minoo , Ronson.A rob allst
296 MERCVRE
2555525552225225
LA CHATE
METAMORPHOSE'E
EN FEMME.
D
FABLE.
Es agrémens de l'efprit,
Lesfoibleffes du coeur tirent leur origine.
Wattoverdet in
Vous le verrez dans la Fable qui
fuit.
Certain Grec d'affez bonne mine,
Maisfol àplus de vingt carats,
Avoitfans ceffe entre fes brass.
Une Chate d'humeur badine, a
Etgrande mangeufe de Rais.
Ill'aimoit de toureſon ame»«
GALANT. 297
Celaparut affez unjour
Que dans l'ardeur defon amour
Il pria Jupiter de la changer en
Femme.
Ses voeux eurent l'heureux fuccés
Que s'eftoitproposéfaftâme:
La Chate en un momentfut une belle
Dame,
De vertu peufarouche, & defacile
accés.
Necroyez paspourtant que noftre
Maniacle
Lefutjufqu'àperdre le temps
Afaire au Dien de longs remerci
mens
Sur lafaveur d'unfi rare miracle.
Ilfauta d'abord au cou
De cette Iris de fabrique nouvelle,
Etfans un maudit Bat qui faiſout
Sentinelle
A quelques pas defon trou,
298 MERCVRE
Dans ce qu'ilsentoitpour elle
• Pout oftre cuft itfairde fousT
Mais dés l'inftant que la Belleir
Qui n'avoitpas apparemment
M90
Autant d'ardeur que fon Amant,
Eur appercen ce Trouble feſtelovs
* Elle fonderfur luyfi brusquement,
Qu'il n'eat pas le lifir defonger 2
feulement
A faire une retraite honnefte.
S&
bot
• Les grands biens & les honneurs
Ne fçauroient changer les moeursa
Un Homme que le sort a tiré de
A labouë
Pour l'élever au plus haut defa
Rone,
2:01192
Fait toujours quelque action sor
Qui découvre à nosyeux fabile i
extraction
.
b
GALANT 299
En
a
Je finis ma Lettre du dernier
mois, en vous apprenant
que M. le Comte du Pleffis
avoit époule Mademoifelle
de la Valliere. Mile Curé de
S. André des Arcs, fit la Cerémonie
de ce Mariage le
Jeudy 30. Juillet , à deux heu
resapres minuit , dans la Chapelle
de l'Hôtel de Conty,
du confentement de M le
Curé de St Germain de l'Auxerrois
, Paroiffe de la Máriée.
Vous jugez bien que
l'Affemblée furilluftre. Voi
cy les noms de ceux qui la
compoloient. Monfieur le
300 MERCVRE
Prince & Madame la Princeffe
de Conty , Coufinegermaine
de Mademoiſelle
de la Valliere , Madame de
S. Remy , fa Grand mere;
Madame la Ducheffe de
Duras , Madame la Du
cheffe de Noailles , Marquife
de Lavardin , M. de
Béthune , Chevalier des Or
dres du Roy , M. le Chevalier
de Beuvron , Capitaine
des Gardes de Son Alteffe
Royale , M. de Choifeüil,
Marquis de Praflin , Lieutenant
General des Armées du
Roy , & fon Lieutenant GeGALANT
301
neral en Champagne , Mile
Marquis de Vallemé, Capi,
taine des Chevaux Legers
de Monfieur Lous deux
Coufins germains du Marié;
M. Hotteman , Intendanc
des Finances de France , M
de Pertuis , Gouverneur pour
Sa Majefté de la Ville de
Menin en Flandres , & Lieu
tenant General de fes Ar
mées , & M. de Valentine,
Controlleur General de la
Mailon du Roy. Les Mariez
eftoient dans une fort gran,
de parure . Avantq on allaſt
à la Chapelle pour cette Ce302
MERCVRE
frit
rémonie , il y avoit cu Comédie
, Mufique entre les
Actes par des Voix de l'Opéra
, & un grand Soupé,
Monfieur le Prince de Con
ty ayant voulu que l'on f
la Nôce dans fon Hôtel. M
le Comte du Pleffis eft celuy
qu'on appelloit autrefois le
Chevalier. Son nom , & fes
qualitez , font , Célar - Augufte
de Choifeüil , Chevalier
, Comte du Pleffis Praflin
, Premier Gentilhomme
de la Chambre de Son Alteffe
Royale , Lieutenant
General des Armées du
GALANT 303
Roy , & Gouverneur de la
Ville de Thoul, & Pais adja
cens . Il eft Fils de feu Mle
Maréchal du Pleffis, Duc de
Choifeuil, Pair de France,
Cadet du Comte de ce mef
me nom , mort à la
guerre,,
& Oncle de M. le Marquis,
de Choileüil , qui avoit la
moitié de la Charge de Premier
Gentilhomme de la
Chambre de Monfieur , &
qui l'a préſentement touter
entiere , ayant traité de l'autro
moitié avec Mile Comte du
Pleffis dont je vous parle.
Ce Comte a tres- bien fervy,
Aoust1681.
Cc
74 MERCVRE
«
31
point
& vous n'en douterez
poin
quand vous ſçaurez qu'il a
fait vingt trois Campagnes
.
Havoit deux Abbayes
, Lune
' appellée de Bonport , que le
Roy a donnée à M. l'Abþé
de Bouillon
, quien a remis
une autre en mefme temps
entre les mains de Sa Ma
jefté , dont elle a gratific
an
des Fils de M. Colbert, da
L'autre qui eftoit à
la nomination de Monfieur,
Bonneual
a
& qu'on appelle
Defté donnée à M. du Mans..
**Mademoiſelle de la Valliere,
préfentement Comteffe du
- GALANT. 305
-Pleflis eft grande, jeune,
bien faite , & Fille de feu M
François de la Baume le
5 Blanc , Chevalier , Marquis
de la Valliere, Gouverneur
pour le Roy en Bourbonnois
, & Lieutenant General
de fes Armées ; & de Dame
Gabrielle Glé de la Coturoday
, Dame du Palais de la
Reyne.
Il s'eft fair un grand Ba
preme à Marseille. Je l'ap
pelle grand , à caufe de la
qualité des Parrains & des
Marraines
, & du nombre
de ceux qui ont cfte bapti
Cc ij
306 MERCVRED
fez . Le lont cinquante Nélliod
gres Chaque Parrain dioT
chaque Marraine en nom- 1 sh
merent dix , M. le Maréchal nol
Duc de Vivomie avoit pour b
Commere Madame de Mir nul
rabeau , Femme d'un Genova
tilhomme des plus qualifiez b
de la Ville L Habit avec 19g
lequel il parut & dans certe/ ×
o s
Cerémonie, eftoit des mieuxio vs
entendus, & auffigalant que all
magnifique ; mais la galantog
terie de ce Maréchal n'en
demeura pas à l'ajustement. Toob
Il envoya un Bouquet à favo
Commere , dans une Cor- b
GALANT 30708
beille fore propre , avec une s
Toilete très riche Madamezg
de Mirabeau eft de la Maiso
fon de Rochemore, M. Bronx
dard, Intendant des Galeres, na
l'un des cinq Parrains, avoie
avec luy, pour Marraine de day
dix Négres, Madame du Pulli
get,Soeur de M.deMirabeau ! sh
& M de Manfe Intendant, p
avoir Madame de Pontévez.
Elle eft de la Maifon d'A
gouft une des plus an
ciennes & des plus illuftres 273
de l'Europe Md'Oppede
fervit de Compere avec Ma
dame de Montaulieu , Fille
308
MERCVRE
de Mode Mame,LaMaiſon
de Montauliereſt d'una no
bleffe tres confidérable. M
de la Breteche depoit estre
auff Compererandis ne
Payant pú , faite desfanté,
M. de Bréteüil le fut en fa
place avec Mademoiselle
de Mirabeaury Fille de Ma
dame de Mirabeau dont e
viens de vous parler. Elle eft
de tres belle taille, & a beau
coup de jeuneffe La Cere
monie fut folemnelle , & fe
paffa prefque entiere dans la
grande Place de l'Eglife Cahédrale,
où l'on avoit dreffe
GALANT 309
ume Tente, fous laquelle on
fit abjurer le Culte du Démon
aux cinquante Négres
Aprestoque ont eut fait ce
"grand nombre de Baptémes,
Les Dames allèrent au Cours
de Marſeille qui eft tresbeau
; & y firent quelques
nours de promenade. Elles
fe mirent en fuire fur leau ,
Joules Violons les divertirent
jufques à minuit. De là elles
fe rendirent chez M Intendant
, qui n'eftoit point
apréparé à recevoir cet hon .
neur. Il ne laila pas de les
régaler, & de leur donner le
To MERCVRE
Bal , qu'on ne termina que
quand le jour fut preft de
paroiftre.ne
Je ne puis finir cep Article
de Marſeille , fans vous apprendre
que M ' le Duc de
Mortemar y eft revenu , de
puis ce que je vous manday
la dernière fois qu'il avonfait
contre les Corfaires de Ma
jorque. Il a ramené les dix
Galeres qu'il commandoit .
Elles fe repofent , & om en
mis dix autres en Mer.
Mais ce jeune General ne
prend pas
le mielme repos
,
& its'elt embarqué de nou
yeau
GALANT 311H
veau avec ces dix dernieres
Galeres , les fatigues conti-
Mese
nuelles luy tenant lieu des
plus grands plaifirs, quand
il les prend pour fervir le
Roy.
TOME VID
M. le Chevalier de Bethune,
Capitaine d'une Frégate
, nommée la Mutine,
eftant
party
Fort
Louis
, pour
aller
rejoindre
M. de Chafteatrele
43, Juin du
gnaut , rangea la Coſte juſ
YO
ques à la Rade de Caſcaye,
diftante de fept licues de
Lifbonne. Il y mouilla le
premier de Juillet , & appa-
Houst 1681. Dd
312 MER CVRE
qu'il apprit
reilla le lendemain , fur ce
apprit que M. de Bart,
qui commandoit deux Fré
gates de Dunkerque armées
en guerre , venoit de prendre
un Vaiffeau des Corfaires
de Salé , & qu'il y en avoit
encor un autre de feize Pie
ces de Canon dans la Cofte
de Portugal . Ce premier
Vaiffeau que M. de Bart
avoit contraint d'échoüer,
eftoit monté de cent trois
Mores, qui s'eftoient jettez
à terre, & que le Prince Ré
gent luy a fait livrer depuis .
Le Neveu du Gouverneur
•
GALANT 313
de Salé, & quelques- uns des
plus confiderables de la Ville,
eftoient parmy eux . Il y avoit
auffi dix- huit Chreftiens que
l'on a remis en liberté. Sur
cette nouvelle, M.le Chevalier
de Béthune rangea la
Cofte dePortugal juſqu'au 4.
du dernier mois, & découvrit
environ à dix heures du matin
de ce mefme jour, un
Vaiffeau à la hauteur de quarante
degrez , au Sud- Sud-
Qüeft des Berlingues , à la
diftance de cinq à fix lieues .
Il luy donna chaffe jufqu'à
huit heures du foir , & fe
Ddij
314 MERCVRE
trouve
terre, if fit
revirer de un peu
trop
proche
de
ร
Bord au large jufqu'au tendemain
, que fur les quatre
heures & demie du matin,
il apperçeut ce mefme Vailfeau
qui rangeoit la terre, &
donnoit chaffe à une Caravelle
Portugaiſe, qu'il abandonna
, le voyant courir fur
lay. Il tâcha de s'échaper,
& ne pouvant plus fe difpenfer
de fe batre , ou d'échouer
à la Cofte , il prit ce
dernier party à deux heures
& demie apres midy. Avant
que de s'y réfoudre , il tira
GALANT 315
dix ou douze coups de Canon
, mais fans qu'il en vinſt
aucun jufqu'à
la Frégate,
tant le Pavillon
de France
rendoit
interdits
tous ces
Ainfi ils furent
7
Corfaires.
A
contraints
de
donner
vent
arriere
à la
Cofte
, à
cinq
heues
au
Sud
un
peu
Oüeft
de
montagne
; &
dés
qu'ils
furent
le
bout
à terre
, ils
s'y
jetterent
tous
, à l'exception
de
dix
- huit
Chreftiens
qu'ils
menoient
Efclaves
.
M.
de
Béthune
,
qui
avoit
fait
mouiller
l'Ancre
à fept
braf
fes
d'eau
, fit
mettre
en
mer
い
a
Dd iij.
316 MERCVRE
sub
mun
fon Canor. M. Deury ,
des Lieutenans
de la Frégate,
s'y embarqua avec fix
ou fept GardesMarines ,pour
voir s'il ne feroit point reſté
quelques Turcs dans le Vailfeau
échoué , mais ils s'eftoient
tous fauvez au nombre
de cent vingt - cinq.
·Apres que le Canot fut paron
mit auffi la Chaloupe
en mer . M. le Baron des
Adrets Lieutenant , M. le
Chevalier de Blénac Enfeigne,
& M. le Chevalier de la
Barre,s'y embarquerét
avec
quelques Soldats, pour aller
ty
GALANT 317
joindre M. Deury qui eftoit
déja monté à Bord. Vous
pouvez juger avec quelle
joye ils furent reçeus des
Chreftiens Efclaves. L'on
examinafi on pouvoit fauver
le Navire , mais la Mer eftoit
fi groffe, & il avoit tant
touche à terre , qu'on vit
bientoft qu'il n'y avoit aucun
lieu de l'eſpérer. Comme
on n'y trouva que les
Chreftiens , M. le Baron des
Adrets , M. le Chevalier de
Blénac , & quelques Gardes
Marines, fe firent defcendre
à terre avec grande peine,
Dd iiij
318 MERCVRE
pour voir s'ils ne pourroient
point reprendre quelquesuns
des Turcs qui s'eftoient
fauvez .
Pendant ce temps,
M. Deury ,& Mile Chevalier
de la Barre, refterent dans le
Vaiffeau, pour tâcher de le
brûler ; & ne pouvant en venir
à bout, ce dernier fe remit
dans la Chaloupe , pour con
duire dix François dans laFré
gate, & en amener le Maiftre
Canonnier , afin qu'avec des
Feux d'artifice il mift le feu
au Vaiſſeau , mais il leur fut
impoffible de moter à Bord,
sant il eftoit renversé, D'ail
GALANTM 319
leurs , la Mer qui eftoit tresgroffe
, comme je l'ay déja
dit, n'en rendoit pas l'appro
che facile . Il fut toutbrifé un
moment apres , fans qu'on
puft fauver que fes Pavillons!
M: Deury qui eftoit dedans,
fe jetta à terre avec fix ou
fept qui ne l'avoient point
quitté & M le Chevalier
de la Barre n'ayant pû ap
procher pour le reprendre,
s'en retourna dans fon Bord
avec la Chaloupe. Deux
jours apres , M. de Béthune
alla demander au Prince
Régent les cent vingt-cinq
320 MERCVRE
Turcs , qui ayant jetté leurs
armes à la Mer s'ettoient dif
perfez comme ils avoient pu
dans le Portugal ; & depuis
ce temps , ils luy ont efté
rendus. La Mutine, qui eft
la Frégate qu'il commande,
a pour Capitaine M. de Sevigny
; pour Lieutenans, M
de Fourbeins en pied, Mle
Baron des Adrets en fecond,
M: Deury en troifiéme ; &
pour Enfeignes , M. le Chevalier
de Blenac en pied ,
Mile Chevalier de la Barre
en fecond , & M de Feu
grolle en troifiéme . Mle
GALANT. 321
Marquis de Langeron , qui
commande un Vaiffeau de
la mefme Efcadre de M.le
Chevalier de Chafteauregnaut
, a pris auffi un petit
Corfaire de Salé, de fix Pieces
de Canon , monté de
quarante- cinq Turcs & de
quinze Efclaves Chreftiens ,
& fait la repriſe d'un Vaiffeau
Marchand qu'il emmenoit.
On m'apprend que M
de Molac, Fils de M.de Rof
madec, Marquis de Molac,
Gouverneur de la Ville &
Chafteau de Nantes, a épou
322 MERCVRE
·
fé Mademoiſelle de Rouf
fille , Soeur de feu Madame
la Ducheffe de Fontange.
C'est une tres belle Perfonne.
M le Marquis de
Molac a toûjours fait une
fort belle figure dans la Pro
vince, & vefcu en grand Se
gneur. M. de Molac fon Fils
marche fur fes traces. Je
vous ay déja parlé de luy
dans quelques occafions,
où il s'eft diftingué pendant
les dernieres guerres . Ma
dame fa Mere eft Niéce de
feu Mile Maréchal de Gué
briant, & s'appelloit Made
GALANT 323
moiſelle de Saffey avant que
Mide Molac l'euft épouſée.
La Ville de Nantes dont
je vous ay dit qu'il eſt Gouverneur
, eft préſentement
un Lieu de plaifirs, par l'Affemblée
des Etats , compofée
de neuf Evefques de la
Province , d'un fort grand
nombre d'Abbez , Prieurs,
Benéficiers, & autres Ecclé
fiaftiques , tous diftinguez
par quelque Dignité particuliere
, d'une Nobleffe,
dont la plupart de ceux qui
en font le Corps, fe piquent
d'eftre des plus anciennes &
324 MERCVRE
des plus illuftres Maifons de
Bretagne , & de Gens dur
Tiers - Etat , qu'un mérite
remarquable a fait nommer
Députez . Les Principaux y
prennent
féance
dans l'or
dre, & felon les qualitez que
je vous vay dire.
M ' le Duc de Chaunes à
la tefte de tous les Etats ,
comme Gouverneur de la
Province .
-M'de laTrémoüille, Prince
de Tarente , comme Préfi
dent de la Nobleffe. fur
M'de Bauvau, Evefque de
Nantes , comme Préfident
du Clergé.
GALANT. 325
SM Charette, Senéchal de
Nantes , comme Préfident
du Tiers Etat.>
r.Made Coëtlogon , S. de
Mejuffeaume , Syndic des
Etats.201
- M: de Harouys , Tréforier
& Receveur General des
Etats .
M de la Vieuville & de
S. Aignan , Generaux de la
Province.
M. de Caumartin , Confeiller
d'Etat , Premier Commiffaire
de Sa Majesté aux
Etats .
M.Huchete, Seigneur de
V
[226 MERÖVRE
-Ja Bedoyere , Procureur Ge-
2neral du Parlement de Bretagne,
Second Commiffaire
du Royaux meſmes Etats.
L'ouverture de leurs Seances
fefit le Mardy 39. de ce
mois dans une grande Salle
des Cordeliers de la Ville, &
commença par un excellent
Difcours de Mole Duc de
Chaunes , qui s'attira l'applaudiffement
de tout le
monde, tant par la force des
expreffions qu'il employa,
que par le beau tour qu'il
donne toujours à tour de
qu'il dit. Sitoft qu'il eut ? I
GALANT. 327
coffe de parler , M. de Pont
chartrain, Premier Préfident
du Parlement de Bretagne,
prit la parole , & s'étendit
d'une maniere tres délicate
fur la grandeur de Sa Majefté
, & fur les bontez parti
culieres qu'Elle fait paroî
tre pour cette Province. M
de Coetlogon , Syndic des
Etats , finit cette premiere
Séance par un troifiéme Dif
cours, auff juſte que poly..
Le jour fuivant on fit la fe
conde, qui fut commencée
par une Meffe folemnelle
que M. l'Evefque de Tré
Aouft 1681.
Ee
328 MERCVRE
guier celebra. En fuite on
s'affembla dans dag mefme
Salle , où M. de Caumartin,
Commiffaire des Etats , fit
un Difcours qui donna une
forte idée de la haute capa
cité , & de l'expérience qu'il
s'eft acquife dans les grands
Employs que Sa Majesté
luy a confiez . Il expliqua les
intentions du Roy , & demanda
deux millions deux
cens mille livres . Ce Don
luy fut accordé apresune Dé
libération generale & una
nime de tous les Etats qui
en cela oft fait connoiftre
GALANT 329
Sa Majefté leur foûmiſſion,
& leur prompte obeïffance
dans tout ce qui dépend
d'eux . Les Affemblées ont
continué depuis ce jour- là ,
& lion yn traiteb diferentes
affaires , qui regardent le
bien de la Province . Quant
aux plaiſirs , chacun femble
y vouloir contribuer de fon
cofté , tant par la magnifi,
cence des Equipages & des
Habits , que par les Feftins
& labonne chere. Il y a tous
les jours vingtTables ouver
tes , où l'on voit regner la
delicateffe avec la profufion
•
Ee ij
330 MERCVRE
Joignez à
nez à cela les parties
de
Promenade
& de Chaffe, la
Comédie & les Bals , qui
font une agreable varieté
dans les divertiffemens
TRARD
Onm'a fait voirune Let
tre , qui marque une chofe
fort particuliere du Tónerre?
Il y a un mois ou deux , qu'a→
res des éclats extraordi
il tomba fur le Por
pres
naires
,
tail du Pont de Moulins, où
il y avoit une Horloged fort
propre , & un tres-beau Pa™
villon couvert d'Ardoiſe II
le Pavillon en feu, mit tour
fondit le Plomb de la cou
GALANT 33F
GALANTE
verture , & brûla une
partie
de la charpente
. Ce qui furprit
fort, c'est que ce Por
tail eftant orné de quantité
d'Ecuffons
de diverfes Armes
, comme du Roy
La Ville de M. le Prince,
& de plufieurs autres , il n'y
eut que celles de Sa Majefté
que le Tonnerre
épargna, &
cela, en crois endroits
du
mefme Edifice. Tout le refte
fut brifé. Dans ce mefme
temps on achevoit un grand
Ecuffon des Armes de Frani
ce qu'on met au deffus de ce
Portail , à caufe de la con-
12
332 MERCVRE
Atruction du Pont que l'on
fait préfentement. Cet Ecuf
fon fut auffi laiffé en ſon ehd
tier , & le Sculpteur qui y
travailloit, en fut quitte pour
la peur. Quelqu'un de la
Ville a fait là- deffus ce Ma
drigal., koniką furaha k
心
L
•Arbre de Daphné toûjours
vert,
ab mon
Amispleinement à couvert
Lefloriffant Ecu du Vainqueur de
la Terre.
La Foudre n'a rien pû deffus les ;
Fleurs de Lys;
Ainfi qui craindra le Tonnerre,
Peutprendre un Parafol des Armes
-de LOIS.
GALANT. 333
tolls'est fait plufieurs converfions
de Perfonnes con
fidérables , parmy leſquelles
celle de M le Marquis de
Montaut a donné beaucoup
de joye à M. le Maréchal
Duc de Navailles fon Oncle.
Il eft d'une des plus illuftres
Familles de Bearn , & le feul
qui porte aujourd'huy le
nom de Montaut , par le de
ceds de M. le Marquis de
Montaut fon Coufin.
M. le Vicomte de Beynac
a abjuré comme luy l'Hé
réfie de Calvin , & a fuivy
l'exemple de M. de Beynaç
334 MERCVRE
fon Frere , Meftre de Camp
d'un Régiment de Cava
lerie . Leur Maiſon eft des
meilleures du Perigord.
Dans ce mefme temps.
M. le Chevalier de Vialar,
Capitaine de Chevaux- Legers
dans le Regiment de
Gaffion, a renonce aux me
Crreurs. Il eft de la Fa
mille de M. le Comte de Via
mes
lar, & Domy en Bearn .
M. du Vignau , Gentil
homme de cette mefme Province
, n'a pas peu fervy à
convertir ces deux derniers,
apres s'eftre
tre converty luy-
1001 mefme,
GALANT. 335
mefme. C'eft un Homme
fort éclairé dans les belles
Lettres, & pour qui plufieurs
Illuftres ont une eftime tresparticuliere.
Quoy qu'il ne
foit pas encor avancé en âge,
il poffede entierement les
Peres & l'Ecriture , & il en
tire des preuves fi fortes, que
ceux du Party qu'il a quité,
ne fçauroient que luy ré
pondre.
M. de Chadirac S de Ga
-charnaut, convaincu dès Veritez
dont le Pere Aléxis du
Buc Théatin donne l'éclairciffement
dans les Contro-
Aouft 1681.
Ff
336 MERCVRE
verles , abjura Lundy dernier,
Felte de St Loab noted
Louis, entre
les mains de ce Pere. Cette
action fut d'autant plus folemnelle
, qu'il fit un Dif
cours fort éloquent fur les
motifs qui l'avoient porté
fe convertir. Il le finit par
les Eloges du Roy , qui fé
rend Imitateur de S. Louis
par fon zele pour l'extirpation
de l'Heréfie .
On a beau prendre fes
précautions pour éviter les
affaires . On s'en attire lors
moins.
qu'on y penfe le
Deux Gentilshommes
ayant
Rob
GALANT 337
befoin de deux Chevaux de
Carroffe , allerent ces derniers
jours chez les Maquignons
, ou is cu
qu'ils crûrent leur fait. Ils
f
eftoient prefts d'en conclure
le marché, quand ils décou
vrirent qu'un des deux Chevaux
n'avoit pas bonne veuë ,
Ils propoferent
leur difficulté
au Marchand
, qui leur dit,
je vous garantis qu'ils ont deux
bons yeux. Les Gentilshomes
vouloient luy faire fignerce
qu'il u'il affuroit ; mais ne fçachant
pas écrire , il fit venir
deux Témoins
devant lef
ils en trouverent
Ff ij
338 MERCVRE
quels il garantit les Chevaux
dans les mefmesternes
. Cela
fait on arreſta le marché,
Quatre jours apres, les Acheteurs
ayant fçeu certainement
qu'un de ces Chevaux
eftoit prefque aveugle , voufurent
les rendre au Maquignon
, fuivant la claufe dont
il eftoit convenu ; mais comme
dans cette forte de commerce
on s'attache préciſement
aux paroles qui ont
bien fouvent double ſens, le
Maquignon
refufa de les reprendre,
& prétendit ne leur
avoir garanty que deux bons
339
quatre,
x les deintenté.
i des af
re font
en dire
une
fe
eferoit
= à une
vous défendre
onnoift
N.
r préten
uloir
338
quels
que deux pons
GALANT 339
yeux , & non pas quatre,
comme deux Chevaux les devoient
avoir. Procés intenté.
On prie ceux , à qui des af
faires de cette nature font
arrivées, de vouloir en dire
leur fentiment .
Je vous envoye une fe
conde Chanfon . Il me feroit
inutile d'en rien dire à une
Perfonne qui s'y connoift
comme vous.
St
CHANSON.
I l'Amour quelque jour prétendoit
vous furprendre,
Ne vous hazardez pas de vouloir
vous défendresda
Ff iij
34° MERCVRE
C'est envain qu'on refifle afon divin
pouvoir,
En amour il ne faut nyraison, ny
devoir.
203)2017
Je paſſe à l'Article des Enigmes.
L'Inconnu
,Tyrcis en Bre
tagne a expliqué la premiere par
ces
Vers.cfm
D
ob app
allivuo spasilov
Amon s'eft plaint à moy ce
matin du Mercure,no ♬ ab
Foubliois, m'a-t- il dit, Philis & fes
beauxyeux, sauda
Lors que ce Dieu malicieux,
Quandj'y penfois le moins, a r'ou
vert mableſſure..ok 100M
nixə V
Je n'aypas plutoft lu fon Enigmes.
nouvelle, proMonusm
Qu'y trouvant la Rofe & leLys.
bust
GALANT. 348
Ab , me fuis-je écrié , trop cruelle
Philis,
Cefont là ces deux Soeursqui vous
readentfi belle.
Plufieurs Perfonnes ont trouvé
ce melnie Mot du Lys & de la
Roze. Ce font Meffieurs les Mar
quis de Graffamont ; Le Che
valier de Rouville ; Gardien,
Secretaire du Roy ; Pinchon,
de Rouen ; Du Bourg , de l'Hôtel
de
Soiffons ; l'Abbé de Be
thune, du Quartier S. Mederic;
Davilers , Ruc Simon le Franc,
Léger de la Verbriffonne ; Du
Mont, Avocat à Chaumont en
Véxin ; Le Chevalier Fredin ,
Regnault, de Petit Pont , Poirier,
de Mer, Devories, de Mer;
Reynal, Receveur des Gabelles
Ffiiij
342 MERCVRE
de Domfront, Soyvot , Control 1
leur General des Finances en 1
Bourgogne , Des Granges , Ai
vocat à Angouleme s Vivien, ob
Chirurgien Major de la Marine
à Dunkerque , Le Fevre le Fils,
& Dubois , De la Ville- aux- Butes
, de la Rue de la Harpe. Elle
a efté expliquée en Vers par M.
Gigés , du Havre , Jourdain, d'A
miens , Alcidor , du Havre de
Grace ; L.Bouchet, ancien Curé
de Nogent le Roy , D. L. Raguienne
, Prieur de Béthune,
De Lépine de Ploërmel , & par
Meldemoifelles Devories , de !
Mer ; De Layraud , Lieutenant
de Roy à Dourlans ; & Oudon
Deniſe. Le veritable Sens de
cette Enigme m'a encor efté
envoyé fous les noms fuivans.
GALANT 343
e
T
201
Le Voyageur de Chaumont
LeJaloux de la Femme Le Solal
litaire de Pontoife , Le Pelerin
radovalet
de S. Jacques Le Valet mal
monte , Le Berger Siecle d'a
mour de Diane des Forefts , Les
Degeen réunis , Le Bon Fils
de la Rue Maubue ; Le Politi
que dans fa Famille
Le Faux
Financier , Les deux Amis ri
vaux fans jaloufie , Le galant
Clerc de la Chambre des Comptes
, Le Vifiteur des Belles de
Hoftel d'Avaux , Le beau
Faifan du Quartier S. Sauveur
L'Architecte du Convent de la
Raquette; Le Méćene Girardin;
Le Virgile de Potofy , Les Engagemens
forcez ; L'Infidelle
par violence, Les illuftres Commis
de la Rue de Clery ; Le So
344 MERCVRE
litaire Amphibie du Quartier
Shou
Sinon le Franc , Le Solitaire
triennal de l'Hoſtel de Soiffons,
Le Solitaire externe de l'Hoftel
de Vivonne , Les aimables Soli
taires d'Auteuil Le Berger
Fleuriſte , & le Réveille -matin
de la Rue de la Coffonnerie .
Phufieurs autres ont envoyé
des Explications en Vers fous
les noms que vous allez lire . Le
Rêveur du Mont Helicon , de
Châlons en Champagne , Le
jeune Solitaire de la Rue Maubué
, Le jeune Solitaire de la
Rue des trois Cheminées de
Poitiers , Le Confident du Solitaire
de l'Hoftel de Soiffons
L'aimable Hebert , L'inconnu
Tyrcis de Dinan en Bretagne ,
L'Amant déclaré de la grande
GALANT 345
STRILOG
ز
Brune de l'Hofte d'Avaux;
L'Albanifte de Rouen ; L'Avanturier
nocturne de l'Ifle du
Palais , L'Inconftant Mifantrope
; Le folâtre Amant de la
Rue vache ; Le jeune
Heudel , Les Stérilitez conju
gales ; Les galantes Féconditez;
L'aimable Fécondité de la Ruë
S.Bon ; Les Traverſes domeſti
ques ; La galante Bergerie de
Bezons ; La Genérofité fans of
tentation ; Sylvie du Havre de
Grace , L'illuftre Sophie ; La
belle Inconnuë ; La belle Bour.
geoife bien aimée ; La jeune AL
cidalie , & la belle Arthenice.
On a expliqué cette mefme
Enigme fur le Point- de - France
& le Point - d'Angleterre , la belle
Taille & le beau Vifage , le Soleil
& la Lune.
1
346 MERCVRE
L'Explication
de la feconde
Enigme, dont le Mot eftoit l'Eventail,
eftdans lesVers que vous
allez voir. Ils m'ont efté ens
J
voyez par M. F. Ha ...du Mefnil,
M.F.
de Chambrais en Normandie .
MeraErcure, c'eft eftrepeufin,
Et prendre malfon temps , pourun
Efpritfillime,
De nouspropofer cette Enigme,
Alorsque tout le monde a l'Eventail
en main .
Ce mefme Mot a efté trouvé
par Meffieurs Gardien Secreraire
du Roy , De Plémont , de
la Foreft de Lyons en Normandie.
M
Ceux qui l'ont expliquée en
Vers font , Fanchon le Fevre,
GALANT. 347
de Magny, Janneton de Lépine,
de la Rue Neuve des Petits-
Champs. Les autres Sens qu'on
a trouvez fur la meſme Enigme
font, Eau , le Livre , le Canal de
Languedoc , une Grue à lever des
Pierres , le Parafol , l'Ocean , un
Moulin , un Chandelier à plufieurs
branches , la Riviere , un Arbre,
une Plume , une Fourchete , un
Bateau.
Il me reste à vous nommer
ceux qui ont expliqué les deux
dans leur vray fens. "M: le Chevalier
Chabans , & le Penfionnaire
de la Ruë Aubry- Boucher.
En Vers , Meffieurs Allard , du
Véxin , Regnier , F. Ha ... du
Mefnil, de Chambrais en Normandic
, Le Procureur du Roy
de Conches en Normandie ,
348 MEROVRE
Hutage, d'Orleans, demeurant
Daubaine , Rault , de
à
Mets ,
Das.
Rouen
, & Bardou
, de Poitiers
.
Je vous
envoye
deux
nouvelles
Enigmes
. La
premiere
m'a
efté
envoyée
de
Compiegne
, & la
feconde
eft
de
M
de la Grive
de
Lyon
pa
яTUA
J
ENIGME.
Eftois plus haute en ma naiffance,
Queje nefuis préfentement;
tombée en décadence,
Bien
que
Jefuis commej'estois dans mon commencement.
Par une étrange deftinée,
Cinq ans apres que jefurnée,
Te perdis quelque peu des forces que
j'avou. Be sat ite
GALANT 349
Beaucoupfouffroient de ma dif-
Say dyn I.
ab grace,
Beaucoup s'en font plains mille
foiss
Mais que veulent-ilsque j'yfaffe?
Te porte la Couronne, & fuisfujete
aux Loix.
AUTRE ENIGME.
D'
naiſſance,
Un Pais éloigné je tire ma
Fay longtemps efté peu connu;
Mais maintenant par tout jefuis le
bien venu,
Et l'on m'aime beaucoup en France.
Cette grande amitié m'a caufé du
malheur,
Car depuis quelque temps j'ay perdu
mafranchises
Pour mieux jouir de moy, fouvent
on me déguiſe,
350 MERCVRE
Et l'on me traite avec riiqueur.
Il eft vray qu'un Homme bienfage
Ne me doit point mettre en ufage,
Parce que je produits de fâcheux
accidens.
Auffipour mepunir, on me réduit
en cendre,
On mepille, on me met enpiece avec
les dents;
Lecteurs , j'en ay trop dit, vouspow
vez me comprendre.
0 % 1606
Adieu, Madame , ma Lettre
eft déja plus remplie qu'à l'ordinaire
, quoy qu'ilme reste encor
affez de matiere pour vous en
écrire une feconde. Je réſerve
tout pour le mois prochain , &
vous parleray en ce temps- là de
ce qui s'ft paffé à l'Académie,
le jour que les Prix yfurent dif-
2. ચ
GALANT 251
tribuez. J'y joindray une grande
Ceremonie qui s'eft faite
Chaumont en Véxin . Je vous
parleray de l'établiffement d'un
Jeu de
ce ', appellé
le feu du
Monde , parce qu'il fait acquerir
en fort peu de temps les connoiffances
les plus neceffaires au
commerce de la Vie. L'établif
fement de ce Jeu fi utile pour
P'efprit , me fait fonger à un au
tre dont on diftribue le Projet
fous le nom de fournal general de
France. Il eft d'une fi grande
commodité pour les
avantages
du Public , qu'il eft impoffible
de n'en pas tomber d'accord
quand on a lû le Projet dont je
vous parle. Quelque utilité qui
fe rencontre en certaines chofes ,
on peut n'en eftre pas con
Aouſt1681. Gg
352 MERCVRE
vaincu , quand on n'eſt point
dans la liberté de s'en fervir , ou
de ne s'en fervir pas ; mais lors
qu'on n'impofe la . deffus aucune
contrainte
, & qu'on fe fert yolontairement
de ce qu'on propole
, on ne peut douter qu'il ne
foit veritablement
avantageux
.
Ce Journal , qu'on fouhaite icy
"depuis longtemps
, ne peut engager
perfonne à luy donner cours
par des raifons de plaifir & de
curiofité , ny par l'efpérance
de
gains dont le hazard ou le jeu
puiffe eftre la caufe. L'utilité
en eft auffi feûre que réelle , &
vous le verrez par le Projet imprimé
que je vous envoye . Si
Ton fouhaite quelque uns de ces
Projets dans voftre Province, il
me fera aifé de vous en fournir
GALANT 353
puis qu'il ne faut qu'en deman
der au S Blageart qui les diſtribue
gratis , n'eftant pas jufte qu'il
en coufte rien au Public pour
apprendre en quoy ce Journal
Jay peut eftre, utile. Commeles
incrveilles de la Nature ne frapent
pas moins dans les petites
chofes que dans les grandes , or
doit également admirer tout ce
qui fe fait fous le Regne de
LOUIS LE GRAND Depuis
glorieux Régne il n'eft point de
modite que I
ce
que l'on ne trouve à
Paris. Cette grande Ville , ou
l'on croyoit qu'on n'établiroit :
jamais ny la netteté , ny la fed
Preté voelt devenue la plus feûre,
* & la plus nette de tout le Royau...
me. Les lumieres, dont on prend
foin d'éclairer toutes les Ruës
Ggij
314 MER . GAL
pendant l'Hyver , diffipent l'ob
fcurité des plus fombres nuits;
& les Etrangers que nous imi
tios autrefois ,font à préfent contraints
de nous imiter. Auffi les
Magiftrats ne peuvent- ils prendre
de fauffes mefures fous un
Prince auffi éclairé que noftre
augufte Monarque . Il connoiſt
ceux qu'il choifit , & les fuites
font voir qu'il ne fe trompe ja
mais. Je fuis voftre , & c .
Code A Paris ce 31. Aonft 1681.
esh Board
R
150x
9454
Vis
Cominquitla
225252525ESESEZE
imi zmaĄ VIS.
OF
Navertit qu'il ne faut donner
aucun argent pour faire recevoir
les Mémoires qu'on fouhaitera de
voir employer dans le Mercure Ga
lant.99
On les mettra tous, pourven qu'ils
ne defobligent point les Particuliers
par quelques traits fatyriques , & que
les Hiftoires qu'on envoyera n'ayent
rien qui bleffe la modeftie des Dames
.
On prie qu'on affranchiffe les ports
de Lettres , & qu'on les adreffe toujours
chez le Sieur Blageart , Imprimeur-
Libraire, Rue S.Jacques, à l'entrée
de la Rue du Plaftre.
> Les Particuliers , ou Libraires des
Provinces, qui fouhaiteront avoir le
Mercure hi - toft qu'il fera achevé
d'imprimer , n'ont quà donner leuc
adreffe audit Sieur Blageart, qui a fa
Boutique dans la Court- neuve du Pa
lais , au Dauphin , & il aura foin de
faire leurs paquets fur l'heure , & de
les faire porter à la Pofte , ou aux
a lay
Mellagers qu ils luy indiqueront, fans
qu'il leur en coufte rien pour la peine
qu'il en prendra , parce que lesdits
Particuliers ou Libraires qui les recevront
, en acquiteront le port fur
les lieux .
On a déja prié bien des fois ceux
qui envoyent des Mémoires où il ya
des noms propres , d'écrire ces noms
en caracteres tres bien formez : C'eft
à
quoy on manque tous les jours, &
ce qui eft caufe qu'on les met mal. Il
y a auffi des Pieces qu'on ne met
point , parce qu'elles font trop difficiles
à lire .
Il refte toûjours quantité de Pieces
qui auront leur tour, ou dans le Mercure,
ou dans l'Extraordinaire . Ainfi
les Autheurs ne fe doivent point impatienter.
Les premieres reçeues font
#
a
toujours mifes les premieres , à moins
que la nouvelle matiere qu'on envoye,
ne foit tellement du temps, qu'on
midg Jod un
ne puiflè diférer .
30
On avertit que les Mercures qui
s'impriment en Hollande & en quel
ques Villes d'Allemagne , font fort
peu corrects & tronquez en beaucoup
342 99167 Bibasiq no l d'endroits.
sines
60 – CHANTILLY
MERCURE
CALANT
DEDIE A MONSEIGNEUR
LE DAVRHIN
AOUST
A
PARIS.
AV PALAIS
Nodomera toûjours un Volume
nouveau du Mercure Galant le
premier jour de chaque Mois , & on
le vendra , auffi- bien que Ext
L'Extraor
dinaire , Trente fols relié en Veau,
& Vingt-cinq fols en Parchemin .
કેકામ
onari abioM Ish attilas
A PARIS ,
Chez G. DE LUYNE, au Palais , dans la
Salle des Merciers, à la Juftice, y
4443
Chez C, BLAGEART , Ruë S. Jacques,
Plâtre,
à l'entrée de la Rue du Plate Palais,
Et en fa Boutique Court-Neuve du Palais,
AU DAUPHIN
Et T. GIRARD , au Palais dans la Grande
Salle, Envie dishpold
M. DC . LXXXI .
ر ا ي ف
AVEC PRIVILEGË DY KOÏ » $3
ན ॰།དྷ(རཱུ ॰ ཝཱ, རྩྭ ར ༠ (
y grade2 o
kh my saustic) ape
525252 SZZESESZES
TABLE DES MATIERES
-40271X7
contenues dans ce Volume .
A
I
Vant-propos contenant un Elòge
du Roy, en Profe & en Vers, envoyé
de Rome , & composé par la
Solitaria del Monte Pinceno,
Fefte des Chevaliers, Archers, & Pif
toliers de la Ville de Péronne, rétablie
par Lettres Patentes de Sa Majefté;
tout ce qui s'eft paffe pendant plufieurs
jours qu'a duré cette Fefte, 19
Traduction de la quatorziéme Ode du
2. Livre d'Horace,
Baptème d'une jeune fuifve fait à Mets™
avecgrande ceremonie,
..
C
La Promenade,
46
$3
56
Confeils defintereffez , à la jeune Iris,
64
Ce qui s'eſt paffe aux Eaux de Pyrmont
entre les vingt-fept Alteffes , qui s'y
font trouvées,
La Saliere & le Sucrier, Fable,
8r
100
Theſe foûtenue par Mile Marquis de
2 ij
TABLE.
Bonvoys,
114
Galerie de Verfailles, I så mass% 120
Converfions,
127
DA MLADİ24
Lettre en Profe & en Vers,
Divertiffemens de la Cour de Hanover,
avec le Balet champestre qu'on y a
dancé pour le divertiffement de la
Reyne de Danemark & les Vers
du Balet,
Réponse de Monfieur
Madame de Saliez, Viguiere d' Alby,
furfon Projet pour une nouvelle Secte
de Philofophes, enfaveur des Dames,.
190
•
Galanterie furun Bouquet,
Hiftoire,
28144
à Filluftre
Cab 203.
Efclaves rachetez par les Peres de la
Mercy, avec l'origine de cet Ordre,
237
Sonnet fur la Fonction des deux Mers,
258
Les Baffes-Loges pres Fontainebleau,s
262
Sabab wol
Lettre de Londres , contenant plufieurs
Nouvelles d'Angleterre,
Nouvelles d'Ecoffe,
265
288
TABLE.
Regiment de Dragons donné à M. le
Chevalier de Teffe
292
Ba Chate métamorphofée en Femme,
Fable, 296
Mariagede M. le Comte du Pleffis , 295
ance,meilede fa valières
Baptême de cinquante Negres, 305
Retour de Male Duc de Mortemar en
* Mer, apres fon retour de Majorque
à
Marseille,
valier de Béthune,
Prifes faites fur Mer par
310
Mile Che
3II
Mariage de M. de Molac & de Ma
demoiselle de Rouffille, 3215
Ce qui s'eft paffe aux Etats deNantes,
330
323
Effersſurprenans du Tonnerre,
Madrigal fur ce que le Tonnerre a
laiffe les Armes du Roy entieres en
trois endroits du mefme Edifice, apres
avoir brifé grand nombre d'autres
Ecuffons,
Plufieurs Conversions remarquables, 333
Tour d'adreffe d'un Maquignon,
Explication de la premiere Enigme , 340
Noms de ceux qui en ont trouvé leMoss,
332
336
344
TABLE
Explication de la feconde Enigme, 346
Noms de ceux qui en ont trouvé le vray
Sensi pes akvosini19. X 90630346
Noms deceux qui ont expliqué les deux
Enigmes,
Enigme,
Autre Enigme,
347
348
3510%
VYAANO KA0342
Le Jeu duMonde, 18
Journal general de France, 31 Mar
Ki na ub 1934moɔ) é 2sòung*}}
nde bagdag pa comaloy
Fin de la Table.adriandid abdo
ervidoibuk znsmema'!
1012 ubai 20
usmingal Jissoula D
1
Extrait du Privilege du Roy . \\
PAGE
Ar Grace & Privilege du Roy, Donné à
S. Germain en Laye le zr.Decembre 1677.
Signé, Par le Roy en fon Confeil, JUNQUIERES.
Il eft permis à J. D. Ecuyer, Sieur de Vizé,
de faire imprimer par Mois un Livre intitulé
MERCURE GALANT, prefenté à Monfeigneur
LE DAUPHIN , & tout ce qui concerne
Tedit Mercure, pendant le temps , & efpace de
fix années, à compter du jour que chacun defd.
Volumes fera achevé d'imprimer pour la premiere
fois : Comme auſſi defenfes font faites
à tous Libraires , Imprimeurs, Graveurs & autres,
d'imprimer, graver & debiter ledit Livre
fans le confentement de l'Expofant , ny d'en
extraire aucune Piece , ny Planches fervant à
l'ornement dudit Livre, mefme d'en vendre feparément,
& de donner à lire ledit Livre, le
tout à peine de fix mille livres d'amende, &
confifcation des Exemplaires contrefaits , ainfi
que plus au long il eft porté audit Privilege .
Regiftré fur le Livre de la Communauté le s
Janvier 1678. Signé, E.COUTEROT , Syndic.
Et ledit Sieur D. Ecuyer , Sieur de Vizé,
a cedé & tranfporté fon droit de Privilege à
C. Blageart , Imprimeur- Libraire , pour en
jouir fuivant l'accord fait entr'eux .
achevéd'imprimer pour la premierefois
le 1. Aduft 1681.
Avis pour placer les Figures.
La
A Planche qui repréfente
la Veue
d'un Jardin , doit regarder la page
8 .
L'Air qui commence par Si je puis
bannir de mon coeur, doit regarder la
page 183.
La Médaille de Monfieur doit re
garder la page 260 .
La Chanfon qui commence par Si
T'amour quelque jour, doit regarder
la page 339.
MERCVRE
GALANT
AO
UST 1681.
Ecroy, Madame, qu'il
me feroit difficile de
commencer cette Let
tre d'une
maniere plus agreable
pour vous , qu'en vous
faifant part de ce qu'une des
plus fpirituelles
Perlonnes
de
Aguſt 1681.
A
2 MERCVRE
voltre Sexe m'a écrit de Rome.
Je vous envoye fon
Billet . Il vous fera voir que
toute la Terre partage avec
vous les fentimens d'admiration
que vous avez pour
Sa Majesté.
22525252525 25252
A Rome ce 4. Juillet 1681 .
V
Ostre fecours m'eft anjourd'huy
neceffaire, Galant
Mercure. Le glorieux
Nom que vous portez en tefte,
me fait juger que vous avez
quelque accés aupres du plus
grand Roy du Monde , puis que
GALANT.
3
a
fon illustre DAUPHIN vent
bien vous honorer de fa protection.
C'est ce qui m'oblige à
m'adreffer à vouspour vous ren
dre complice de ma`temérité.
Toute l'Europe estant occupée
à louer les grandes Actions de
cet augufle Monarque , il n'eft
pas juste que Rome feule de
meure dans le filence , pendant
qu'il applique tous fes foins à
détruire l'Heréfie, & à
procurer
de jour en jour de nouveaux
Triomphes à l'Eglife . Comme
il ne dédaigne pas de voir quelquefois
vos Lettres , faites qu'il
puiffefçavoirce qu'onpenfe icy de
A ij
4 MERCVRE
fus merveillenfes qualitez. Vons
ne devez pas refufer cette grace
à une Etrangere , qui n'a poins
encorpris de Protecteur en France,
&qui veut vous devoir tout.
LA SOLITARIA DEL
MONTE PINCINO .
Ce quifuit , eftoit ajoûté
Ge Billet
.
AV ROY.
G
RAND ROY , dot l'Univers
admire la puiffance,
Quijoignez au courage une rare
prudence,
Et qui faites douter par vos Faits
inoüis,
GALANT. 5
Laquelle eft plus grande en
Lours,
Ou la Valeur, ou la Clémence ;
Ma Mufe jufqu'icy tremblante
á voſtre afpect,
N'ofoit parler, pour avoir trop
à dire,
Et demeurant pour Vous dans
un humble reſpect ,
Faifoit des vocux pour voſtre
Empire.
Sa
Qui n'en feroit pour Vous, pour
un Prince fi grand,
Si puiffant, fi vaillant, fi jufte,
Dont leTitre le moins auguſte
Eft le Titre de Conquérant;
Qui fur tous fes Sujets répand
en abondance
Les dons de fa magnificence,
Qui les comble de biens, & les
rend fortunez,
6 MERCVRE
Et qui fait cnvier le bonheur de
la France
Aux Peuples les plus éloignez ?
se
Princes qu'il a vaincus , fuivez
fes beaux exemples,
Vous devez tout à ſa bonté ..
La plus fameufe Antiquité
A de moindres Héros a cofacré
des Temples ;
Loûts pouvoit ranger vos . Peu
ples fous fes Loix;
Heureux vos Peuples millefois,
S'il cuft voulu. s'en rendre
Maître.
Sa Valeur pouvoit tour, fon Bras
eftoit armé,
Ce Prince eftoit vainqueur, il a
ceffé de l'eftre;
Mais enfin, qui l'a déſarmé?
GALANT. 7
Sont-ce vos efforts , vos intrigues,
Et de tant d'Alliez à fes piedsabatus?
Princes , il faut céder , par des
coups impréveus,
Louis a renversé vos impuif
fantes Ligues ,
Il s'eft vaincu Luy- mefme , il
vous a pardonné,
C'eftoit le feul moyen d'appaifer
cet orage ;
Si la Paix vous a pû garantir du
naufrage ,
C'eſt un bien qu'il vous a
donné.
Sa
Ah, Grand Roy, quelle eft
voftre gloire !
Vous faites moins pour Vous,
que pour vos Ennemis.
A iiij.
8 MERCVRE
Voftre rare valeur yous les avoit
foûmis,
Et vous abandonnez le prix de
la Victoire .
Pourquoy vous expofer , courir .
tant de hazards ,
Forcer les plus puiſſans Ramparts
,
Et faire pour vos jours trembler
toute la France,
Si Vainqueur vous cédezle fruir
de vos travaux
,
Et content d'avoir pû vaincre
tant de Rivaux,
La gloire à voftre coeur tiet lieu
de récompenfe?.
Cette gloire'n'eft-elle pas aſſez
affermie ? Toute la Terre ne connoift-
elle pas affez le pouvoir de
voftre Bras? Et d'ailleurs, pourGALANT
. 9
quoy
rendre en un moment, ce
qui vous a couftéfi cher? Avez
vous combatu pour vos Ennemis
? C'est un effet , dit- on , de
voftre Royale bonté, qui veut
triompher auff- bien que voftre
valeur; mais , SIRE , permettezmoy
de croire autrement;
C'eft plutoft une prévoyance ,
Je connois quelle en eft la fin.
Vous voulez que voftre DALL
PHIN
Augmente, come Vous , la gloire
de la France.
Si cette rapide valeur,
Qui fait que tout deviết voſtre
conquefte,
Suivoit les mouvemens de voftre
illuftre coeur ,
10 MERCVRE
Ce cher Fils fans efpoir d'eftre,
jamais Vainqueur,
De quels Lauriers un jour couvriroit-
il fa tefter
En effet , SIRE , où V. M. voudroit-
elle qu'il trouvaft des Ennemis
à combatre ? Si vostre va- ›
leur fe les foumettant tous , les
retengit fous les Loix , cer illuftre
Dauphin , fur qui tout
I'Univers a prefentement les
yeux attachez, & dont il attend
les mefmes miracles , que vous.
faites éclateraujourd'huy , pourroit
avecplus de raifon que ne fit
autrefois Alexandre,fe plaindre
de cette valeur qui vous rendinGALANT.
II
de le
vincible , & pleurer vos
vos Conqueftes
, lors que toute la France
eft occupée à en témoignerfa joye
par des réjouiffances publiques .
Vous aveztrouvéle moyen.
confoler, SIRE , & de vousfaire
en meſme temps une nouvelle ma
tiere de triomphe , en rendant des
Provinces entieres à vos Ennemis
. Ainfi l'on peut dire avecjuſ
tice,
que bien loin de vous regar·
derVous-mefme dans cette Paix,
que vous avez imposée à toute
l'Europe, vous n'avez confulté
que vostre gloire, & celle de cet
illuftre Fils. Voftre bonté ne s'eft
pas arreftée là. Ilfalloit luy choifr
12 MERCVRE
pour Epoufe une des plus vertueufes
Princeffes du Monde, &
dont la Renommée publiaft de
jour en jour de nouveaux prodiges.
Ce n'eftoitpas affez pour
devenir la Belle -fille du plus
grand Roy de la Terre, d'eftre
fortie d'un Sano Roval, d'une
چ و آ
Famille qui a donné tant de
Roys , d'Empereurs à l'Europe
, fi les perfections de l'esprit
du corps , ne fe rencontroient
également dans fa Perfonne.
Puiffe le Ciel benir mille fois cer
augufte Mariage, & en faire
fortir une longue fuite de Héros,
imitateurs des vertus de Louts
LE GRAND .
GALANT. 13
4
Mais ce n'eft pas feulement
la Maifon Royale qui reffent les
bienfaits de V. M. Tous vos
Sujetsy ont part, & cette bonté
qui vous fait prendre la défence
de leurs intéreſts contre ceux de
V.M. mefme , &prononceren
leurfaveur contre les Droits de
voftre Couronne , trouveroitpeu
de croyance dans les Païs Etrangers
, fi la Renommée n'avoit
pris foin depuis longtemps de
nous informer de jour enjourdes
nouveaux miracles de V. M.
Quelle gloire , SIRE , de faire
vous feul lafélicité de tant de
Peuples ! A peine avezvous ga
14 MERCVRE
2
gré cent mille francs, que par une
libéralité inouye, vous les deftinez
au Public. La Fortune, qui
dispenfoit autrefois fes Trefors
mal- à-propos , s'eſt enfin repentie
defon aveuglement.
Oüy, c'eft maintenant qu'on
peut dire
Que la Fortune ouvre les yeux.
Cóftante à vous fervir on la voit
en tous lieux
Se foûmetre en Efclave auxLoix
de voftre Empire ;
Incapable de bien uſer
De tant de biens qu'elle pof
fede ,
Avec juftice elle vous cede
L'avantage d'en difpofer.
On peut connoiftre le mérite
-
GALANT. 15
d'une Famille par les graces dont
V. M. l'honore. Celle d'Eftrées
en a reçeu depuis peu de temps
des marques fi publiques & fi
glorieuses , qu'elle fe trouve préfentement
au comblede la gloire.
Toute laTerre admire avec beaucoup
de raifon le jufte difcernemet
du plus grand & du meilleur de
tous les Roys , & prend part
aux avantages d'une Maiſon,
dont tous les Païs Etrangers ont
éprouvé l'esprit , & le courage.
Rome fe peut vanter d'avoir
chez elle un Cardinal , & un
Ambaffadeur, tous deux illuftres
par cent belles actions , & dont
16 MERCVRE
la conduite à bien ménager les
intérefts de la France , eft connuë
de toute l'Europe. Les Mers
tremblent au feul Nom de ce
brave Maréchal d'Eftrées. Il
a trouvélefecret de dompter leur
orgueil, & leurfurie ; de mettre
en fuite, vaincre, brûler des
Flotes Ennemies jufques dans
leurs Ports ; deforcer en peu de
jours des Chafteaux , & des
Places capables de réſiſter plufieurs
mois à des Generaux moins
expérimentez, & moins vaillans
que luy; de prendre des Ifles
entieres, & de porter la terreur
des Armes de V. M. jufques
GALANT. 17
le
dans le Nouveau Monde .
Ce font ces illuftres récom
penfes , ces biens , & ces dignitez
dont V. M. honore tant de
Familles , quifont connoiſtre que
vray mérite ne peut ne peut demeurer
caché àfesyeux, & que lefaux
n'eft pas capable de l'ébloüir; &
c'eft de V. M. SIRE , qui a esté
donnée du Ciel à la Terre pour
la combler de biens ,
voit
que
dont on
des Actions éclatantes
marquent toutes les journées,
qu'on peut dire, comme autrefois
de nostre Titus, qu'Elle eft les
délices du Monde. Le Ciel ne
peut refuser à V. M. fes plus
douft1681.
B
18 MERCVRE
faintes benédictions, lors qu'Elle.
s'applique avec un foin particu
lier à étendre les droits de fon
Empire en détruifant l'Heréfie,
retirant du précipice tant de
milliers d'Ames qui courent
aveuglement à leurperte. C'eft
ce qui nous oblige, SIRE, à faire
à Dieu de continuelles . Prieres
pour V. M. & à luy fouhaiter
toutes les profpéritez quefa pieté
mérite.
Ouy, Grand Roy , que le Ciel
2: favorable
à nos voeux,
Daigne prolonger vos années ,
Et que vos Defcendans en comptent
les journées
285 Par des triomphes
glorieux
;
!
GALANT. 19
Qu'à vous redre Vainqueur tout
aide & tout confpire,
Que l'on voye à vos pieds vos
plus fiers Ennemis,
Et que tout l'Univers foûmis
Reconnoille un jour vostre
empire.
La Paix ayant donné lieu
de renouveler les Exercices
du corps qui font le plus en
eftime , les Chevaliers , Ar
chers, & Piftoliers de la Ville
de Péronne , ont crû devoir
rendre le Bouquet que ceux
de S Quentin leur avoient
donné en 1671. & dont ils
n'avoient pu encor s'acquil'embarras
des Arter
par
Bij
20 MERCVRE
ment ,
mées. Apres avoir obtenu
des Lettres Patentes de Sa
Majefté pour ce rétabliſſe
ils avertirent par des
Letrres circulaires tous ceux
qui s'exercent au Jeu de
l'Arc dans les Villes de Picardie
, Champagne , Soif,
fonnois, Artois, Flandres , &
autres, de fe trouver à la Fefte
dont ils fixerent le jour au
29. de Juin dernier. Ainfi le
28. du mefme Mois , les Hautbois
& les Tambours ayant
donné de fort grand matin
le fignal de l'Affemblée , les
Chevaliers de Péronne le
a
+
GALANT. 21
rendirent tous à cheval fur
les huit heures à la Porte de
leur Jardin. Ce Lieu que les
guerres avoient ruiné entierement
, eft devenu en fix
mois un des plus beaux de
la Ville par les foins qu'ils en
ont pris. Il eft fitué au milieu
de deux Ruiffeaux qui
coulent dans l'enceinte de
fes Murailles. Au deffus de
la Porte font gravées les Armes
de Sa Majefté , & au
deffous celles de Péronne,
relevées en or. Le Veftibule
eft tout remply depeintures.
A main gauche eſt
4
22 MERCVRE
Mutius Scevola fe brûlant
t
le bras pour ſe punir d'avoir
manqué Porfenna , l'Ennemy
de fa Patrie , avec ces
mots , Quid non pro Patria ?
A la Porte de la Chambre
font ces autres mots , Claris
affueta trophais , pour mar
quer que la Ville de Péronne
ne s'eft pas acquis moins de
gloire par les Armes , que
par la fidelité qu'elle a toûjours
eue pour fon Souve!
rain. Cette Chambre eft
fpatieufé , & peinte par tout
de Trophées d'Armes , de
Piftolets , de Carquois , de
GALANT. 23
Fleches , & d'Arcs . D'un
cofté eft une Fille qui tient
une Palme d'une main , &
un Bouclier de l'autre. Une
Fleche, un Arc,& un Piſtolet
font peints fur ce Bouclier,
avec ces paroles , Utroquefi
mul clarefcere pulchrum . Vis - àvis
d'elle eft un Chevalier
Romain , tenant une Epée
& une Rondache , fur laquelle
font ces mots , Turpe
referre pedem. Il y a quantité
d'autres Devifes de cette nas
ture . Le Jardineſt ſéparé en
trois Allées ,toutes trois plan
tées d'Arbres
à perte de
2.2
24 MERCVRE
·
veuë. Celle du milieu eft
bornée par deux grands
Buts , faits en Pavillon , &
couverts d'Ardoife , qui font
un tres- agreable aſpect parmy
la verdure de ces Arbres .
A cofté de l'un eſt le Jeu de
Pistolet , orné de plufieurs
Peintures. Une Perſpective
borne l'Allée , à coté de
l'autre , & la fait paroiftre
dans un grand éloignement,
Les Chevaliers , dont j'ay
commencé de vous parler,
eftant arrivez devant ce Jar
din , montez tous à l'avan .
tage avec des Houffes, & des
Chaperons
GALANT. 25
Chaperons de Piftolets, remplis
de Broderie d'or , & de
Dentelle d'argent , marcherent
en tres- bon ordre , au
milieu de la grande Place
d'Armes de la Ville . M'Aubé
qui en eft Mayeur , eftoit
leur tefte, comme Capitaine.
Lieutenat de la Compagnie
.
C'eſt un Gentilhome de mé
rite, qui's'acquita dignement.
de cet Employ. Il eftoit vétu
d'Ecarlate , & avoit fon Baudrier,
fes Gands, & fa Houſſe ,
garnis d'une Frange d'or
tres- riche. Le refte des Officiers
de la mefme Compa
Aouft 1681.
C
26 MERCVRE
gnie , fçavoir, M. Boïtel, ancien
Eleu en l'Election , Sous-
Lieutenant ; M : Vinchon ,
Enſeigne ; & M. Reynard,
Cornete , faifoient admirer
leur propreté. Quarante Chevaliers
qui les fuivoient , habillez
tous de la meſme forte,
avoient chacun une Plume
blanche , & une tres- grande
quantité de Rubans verds
fur eux & fur leurs Chevaux.
C'eftoit la Livrée de leur Jardin
. Ils traverferent la Ville
en cet équipage avec leurs
Hautbois , & leurs Tambours
, & allerent hors les
GALANT. 27
de
Portes recevoir les Compagnies
des Chevaliers Etrangers.
Celle de Soiffons parut
la premiere . On détacha M
Cahieu Maréchal des Logis,
pour la reconnoiſtre ; ce
qui ayant efté fait , la Com- ·
pagnie de Péronne marcha
jufqu'à un demy quart
lieuë de la Ville , où ayant
trouvé les Chevaliers de Soiffons
, M: Aubé mit l'Epée à
la main ainfi que ceux de fa
Suite , & en falüa le Capitaine
, luy témoignant l'obligation
qu'on leur avoit
d'eftre venus honorer la
c ij
28 MERCVRE
Fefte. En fuite toute la Com
pagnie paſſa devant celle de
Soiffons qu'elle falüa de l'Epée
nuë, revint avec elle dans
la Ville au fon des Hautbois
& des Tambours , & la conduifit
dans le Logis qui luy
eftoit préparé , apres qu'elle
eut fait un tour dans la Place
d'Armes. Ceux de Soiffons
eftoient à peine logez , que
le Guet ordinaire de la Ville ,
entretenu par les Echevins
pour avertir de ce qui fe
paffe à la Campagne , vint
donner avis qu'on voyoit
paroistre d'autres CompaGALANT.
29
gnies . Celle de Péronne marcha
auffi- toft , toûjours en
bon ordre , & fut à peine
fortie , qu'elle découvrit les
Chevaliers de la Ville de
St Quentin. Ils eftoient au
nombre de quatre-vingts,
tous tres-bien montez , &
avoient Mile Préfident Vallois
à leur tefte. Ils furent
reçeus , conduits , & logez
avec les mefmes honneurs
que ceux de Soiffons. La
Compagnie de Montdidier
arriva un peu apres , ayant
M Dargenlieu pour Capitaine.
On luy rendit . les
C iij
30 MERCVRE
mefmes honneurs qu'aux
deux premieres, & on en ufa
de la mefme forte pour les
Chevaliers des autres Villes
voifines , la reception defquels
dura jufqu'à neuf heures
du foir. Apres qu'on les
eut logez , ceux de Péronne
fe rendirent à leur Jardin , où
un fuperbe Repas fervit à les
délaffer. Le lendemain 29.
toutes les Bandes averties
par les Tambours , fe trou
verent à la Meffe qui fut celebrée
pour l'ouverture des
Prix. Chaque Compagnie y
alla Tambour batant, & EnGALANT.
ZI
feigne déployée ; & ceux de
Péronne s'y firent voir dans
de nouvelles parures. Sur les
quatre heures de ce mefme
jour , tous fe rendirent au
lieu d'Affemblée . La Compagnie
des Canóniers & Arquebufiers
de la Ville, commandée
par M. Vaillant fon
Capitaine , s'eftoit miſe fous
t
les
armes ,
quarante
, armez
de Mouf
quets
& de Bandolieres
, &
ayanc
chacun
une Plume
verte
& blanche
. On leur
avoit
confié le
Bouquet
que
rendoient
les Chevaliers
de
C.iiij
au nombre de
32 MERCVRE
Péronne. Les Fleurs qui le
compofoient eftoient d'une
foye fi vive, que les veritables
n'euffent pû les effacer .
Jamais Ouvrage ne fut travaillé
fi artiftement . Vous
n'aurez pas de peine à le
croire , quand je vous diray
que la Reyne fe l'eft fait
montrer plufieurs fois chez
les Dames Religieuſes de la
Rue du Bouloir , qui ont
bien voulu y donner leurs
foins. Ce Bouquet eftoit )
pofé fur un Piedeſtal de deux
pieds de haut, tout doré, &
orné de quatre Statuës auffi .
GALANT. 33
dorées , dans les quatre coins..
Ces Statuës eftoient deux.
Nymphes,ayant des Palmes.
dans une main , & un Coeur
dans l'autre , & deux Amours
qui tenant chacun un Arc,
fembloient eftre prefts à en
décocher les Fleches fur ces
Coeurs. Quatre Hommes
vétus des Livrées du Jardin,
portoient le Bouquet. Parmy
les diverfes Compagnies des
Chevaliers , celle de Villers-
Cotrets , quoy qu'en petit
nombre, fe fit diftinguer pan
une parure égale. On nevit
jamais plus de propreté..
34 MERCVRE
Auffi n'eftoit- elle compofée
que d'Officiers de la Maiſon
de Monfieur , qui eft un
Prince qui ne fe fert que de
Gens choifis. Toutes les
Bandes firent le tour de la
Ville dans un tres lefte Equipage
, chacune prenant fon
rang felon que le fort l'avoit
reglé . Lors qu'on fut devant
la Porte de M: de la Brouë,
Lieutenant pour Sa Majefté
dans la Place, les Officiers de
la Compagnie de Péronné ,
luy allerent reïterer la priere
qu'ils luy avoient déjà faite
de tirer le coup du Roy , &
GALANT. 35
d'eftre de la Collation préparée
en leur Jardin. Il fe mit
auffi- toft en marche à leur
tefte , précedé par tous les
Gardes de M d'Hoquin
cour , Gouverneur de Pé.
ronne , &fuivy du Major, &
de tous les Officiers de la
Garnifon . Ils trouverent une
premiere Collation qui leur
fut offerte par les Echevins
lors qu'ils arriverent à l'Hôtel
de Ville . On la préſenta
auffi à toutes les Bandes . Je
ne vous dis point combien
on vuida de Verres à la fanté
de Sa Majefté. Pendant ce
36 MERCVRE
de
temps, les Arquebuſes à croc
qui font dans le Béfroy de la
Ville, tirerent fans intervale,
& l'on fut furpris de voir plus
quarante Drapeaux , pofez
aux Feneftres de ce mef
me Hôtel par chaque Corps
des Meftiers . Les Bandes eftant
revenues au lieu d'où
elles avoient commencé leur
marche , chacun retourna
chez foy , à la réſerve des
Officiers , qui avec M. de la
Broüe & ceux de fa Suite ,
entrerent dans le Jardin . Il
tira le
coup
on l'en
avoit
prié , & mangea
du Roy comme
GALANT. 37
en fuite avec tous les Conviez
. La Collation fe trouva
fervie au milicu d'une des
Allées de ce Jardin . Rien
n'y manqua pour la rendre
magnifique , & les Hautbois
d'un cofté , & les Violons de
l'autre , firent pendant ce
Régal une harmonie des
plus agreables . Le lendemain
tous les Députez des
Bandes s'affemblerent au
mefme Lieu, où ils reglerent
le tirage au fort , & les Prix
au nombre de trente- deux,
( On y employe deux mille
Ecus que les Chevaliers four-
1
38 MERCVRE
niffent. ) Cela eftant fait , M
Aubé plaça les Pantons en
préfence de ces meſmes Députez,
au bruit des Hautbois,
& de plus de trente Tambours
. Chacun enfuite tira
à fon rang , mais en divers
jours. Celuy des Chevaliers
de Péronne eftant venu , ils
parurent tous en Veſtes de
Brocard, ou de toile de Hollande
très- fine , chamarrées
de Dentelle & de Pierreries,
avec des Toques de Satin
couvertes d'une infinité de
Rubans.Comme ils n'eurent
point leur ordinaire fuccés
GALANT. 39
au premier Panton , ils s'en
firent un fujet de divertiffement
pour eux , & pour tous
les autres. Ainfi ils parurent
le lendemain avec des Habits
de Drap noir , couverts
de Crefpe , & marcherent
dans la Place, leur Drapeau
plié , le bout en terre , leurs
Tambours voilez de noir, &
batant d'une maniere treslente
& toute lugubre. M
Landon , Préfident en l'Election
, qui les précedoit,
portoit , quoy qu'en plein
midy, une Chandelle allumée
dans une Lanterne, Un
40 MERCVRE
autre tenoit une Lunete d'ap
proche pour chercher le
Noir , qu'ils n'avoient pû
trouver au Panton . La plaifanterie
fut fort
approuvée.
Cependant tous fatiguez
qu'ils eftoient de toutes les
Feftes qu'ils avoient efté
obligez de faire , ils ne laifferent
pas de gagner cinq
Prix . Le premier de tous , fut
remporté par un Chevalier
de Chauny. C' eftoit une
Epée de vermeil
. Vous poupar
le
vez juger de fa valeur
fecond, qui eftoit un Baffin
d'argent de trois cens Ecus.
GALANT 41
:
5
4
Le Vendredy 4 de Juillet, on
diftribua ces Prix en pré-
Mence de tous les Députez;
& le Bouquet ayant eité def
tiné d'un confentement
general
à la Compagnie de
Mondidier, pour le rendre
dans deux ans , il luy fur
porté le lendemain par les
Chevaliers de Péronne, précedez
de leur Officiers tous
à pied , & armez d'un Piftolet
dont ils firent plufieurs
décharges. Ceux de Mondidier
marquerent beau
coup de joye en recevant ce
Bouquet , dont ils fe char-
Aoust1631. D
42 MERCVRE
gerent par un Acte , & ré
galerent en fuite les Chevaliers
de Péronne , & les Canóniers,
avec une entiere magnificence.
On compta plus
de 80. Perfonnes
à ce Repas
.
Jay oublié de vous dire que
depuis le commencement
de la Fefte , il y eut Bal tous
les foirs en trois ou quatre
Maifons
. Celuy que M
Aubé donna le Mardy premier
du Mois, eftoit general
pour toutes les Dames tant
de la Ville que des environs.
Mademoiſelle
Aubé fa Soeur,
qui eft une Perfonne bien
GALANT. 43
faite & d'un grand mérite,
en fit les honneurs , & s'en
- acquita avec l'entier applaudiffement
de l'Affemblée. Il
fut fuivy d'une tres- belle
Collation. Le mefme M
Aubé donna un magnifique
Repas à M. de la Broue, aux
Officiers de la Garnison, aux
Echevins , & aux Officiers
des CompagnicsEtrangeres .
Il fut fervy à cir q fervices, de
tout ce qu'on peut trouver
de rare & d'exquis , & ac--
compagné d'une Sympho--
nie admirable de Mufique,,
de Violons , & de Hautbois..
Dij
44 MERCVRE
Le Jeudy au foir 3. du mois,
on eut le plaifir d'un tresbeau
Feu d'artifice . Les Cerémonies
de la Fefte farenti
terminées par le départ des
Chevaliers de Mondidier,
que ceux de Péronne con
duifirent hors de leur Ville,
marchant en bon ordre , &
faifant des décharges continuelles
. L'honneur qu'ils fe.
font acquis dans cette ren ..
contre, a donné une telle
émulation à toutes les Villes.
de ces Provinces , que dans
l'ardeur de faire revivre un
Jeu fi noble , les plus con
GALANT 45.
fidérables de chacune s'em-.
preffent à s'y faire recevoir.. >
Ceux de Roye achetent une.
Maifon afin d'y faire un Jar..
din ; ce qui donne lieu de
croire qu'il n'y aura point.
à l'avenir une plus celébre
Fefte, que celle du Prix gene
ralde l'Arc.
Si voftre Amy que vous,
me peignez entierement ,
poffedé par les beaux Méubles
, & qui femble vouloir
faire autant de Palais qu'il a
de Maifons , eft capable de
foufrir une moralité un peu
fâcheuse pour ceux à qui
46 MERCVRE
.3
rien ne manque , faites luy
voir , je vous prie , la Traduction
que je vous envoye
de l'Ode d'Horace , qui commence
par , Eheu fugaces
Poftume , poftume, &c. Elle.
eft du Fils d'un Auditeur des
Comptes de Dijon , dont
Vous avez veu plufieurs Ouvrages.
:
525252 5222525225
TRADUCTION DE LA
14.Ode du 2. Livre d'Horace...
D
E tes attachemens fi tu veux
te guérir,
Poftume , fouviens - toy que tu vis
pourmourir.
GALANT. 47
Les plus beaux de tes ans paffent.
avec viteffe,
Et tu fens ralentir l'ardeur de ta
jeuneffe;
Ton culte envers le Ciel, ton encens,
nytes voeux ,
Ne pourront d'exempter d'une triſte
vieille ffe,
Ils n'arrefteront pas le temps quifuir
fans ceffe ,
Et quifans t'épargner viel blanchirr
tes cheveux.
25
Dûffes-tu châque jour immoler cent.
Victimes
Surles Autels du Maistre des Enfers,
Dont le pouvoir, par des droits
légitimes,
Pourpunir des Géans tous les crimes
divers,
48 MERCVRE
-
Déja dépuis longtemps les retient
dans les forsi
Rien nepourrafléchirfon coeur inéxorable,
C'estune Loy pour tous inévitable,
Qu'ilfautque chacun àson tour,
Pauvre, Riche, Berger, Monarque,
Pale confufement fans fpoir de.
retour.
Dans lafatale Barque..
Sa
En vain pour prolonger le cours de
nos années
Qui dans un certain temps par les
Dieux font bornées,
Nous voudrons éviter les funeftes
hazards
De Bellone & de Mars .
En vain l'art d'un Pilote, & le veng
favorable,
Conduiront fur lesflots d'une,Merredoutable
GALANT. 49
Noftre Navire jufqu'au Port;
En vain pour éloigner la mort qui,
nous étonne,
Nous craindrons dans l'Automne
D'un vent rude & mortel l'impétueux
effort.
$2
Ilfautfouffrir les
fatale,
coups
de la
Parque
Ilfaut payer un jour le tribut à
Caron,
Voir le Cocyte errant , & le trifte
Achéron ,
Habiter de Pluton la Demeure infernale,
Oùparmy les horreurs d'une obſcure
Prifon,
La Race Danaide, & l'orgueilleux
Typhon,
L'infortuné Sifyphe , Ixion , &
Tantale,
Aoust 1681.
E
50 MERCVRE
Souffrent cruellement
De leurs crimes commis lejufte châtiment.
25
Il faut quiter te's Maifons de Cam
pagne,
Tes Meublesfomptueux, tesfuperbes
Palais ,
Abandonner,& perdrepourjamais
Ton Epoufe charmante, & ta douce
Campagne,
Toy d'un Toutfi parfait la fidelle
Moitié,
Que la Mort àfes yeux ravirafans
pitié.
$2
Ilfaut quiter ces Lieux pleins de
delices
Qui font à tes voeux fi propices,
Ces Parterres, ces Bois, ces jardins
toûjours verds ,
GALANT. SI
Où malgré les rigueurs d'unefaifon
cruelle ,
Flore fouvent fe renouvelle,
Et conferve un Printemps au milieu
des
Hyvers.
S2
Ces Lys, ces Oeillets, & ces Rofes,
Que tu vois avecfoin dans tes fardins
éclofes,
Mais qui ne durent qu'un matin,
Sont de tes foibles jours une vive
peinture,
Ei tu n'auras qu'un femblable
deftin.
Ces Arbres, ces Gazons , & ces Lits
de verdure,
Quifemblent ne changer jamais,
Quand tufatisferas aux Loix de
la Nature ,
Perdront leursplus charmans at❤
traits,
E i
52 MERCVRE
Et deviendront pour toy defuneftes
Cyprés.
Sa
Un Héritier viendra, dont la folle
dépense
Diffipera les Biens qui luy feront
donnez ;
A table on luy verra répandre en
abondance
Sur tes Planchers de marbre de
peinture ornez,
Tes Vins délicieux, qu'on avoit deftincz
Pourlesjours de réjouiſſance,
Et qu'avec tant de foin & tant de
vigilance
Tu tenoisfous centclefs dans ta Cave
enfermez ,
Comme les plus exquís &les plus
eftimcz.
GALANT. 53
.
Le 20 de l'autre mois ,
il fe fit une fort grande Cerémonie
à Mets pour le Baptéme
d'une jeune Juifve
âgée de douze ans . Monfeigneur
le Dauphin & Madame
la Dauphine, qui vou
lurent bien luy fervir de
Parrain & de Marraine , firent
l'honneur à M. Bazin
Intendant de Juftice des
trois Evefchez de Mets,
Thoul & Verdun, & Frontiere
d'Allemagne , & à
Dame Marie le Page fon
Epoufe , de les choifir pour
la tenir en leur place . Tou-
E iij
54 MERCVRE
tes les Ruës par où l'on paffa
pour fe rendre dans l'Eglife
Cathédrale , eftoient tendues
de Tapifferies . Plufieurs
Hautbois & Trompetes
alloient les premiers;
& précedoient les Officiers
& Archers de la Ville en
marche tres - bien reglée.
Ils eftoient fuivis de quantité
de petites Filles veltuës
de Toile d'argent, habillées
en Anges, avec des Cierges,
& couronnées de Fleurs .
Derriere elles marchoit la
jeune Juifve qui alloit recevoir
le Baptéme , veftuë de
GALANT. 55
Moire d'argent , avec des
Fleurs fur la tefte , & quantité
de Perles & de Diamans.
Les Dames de la Propagation
l'accompagnoient , avec
les Nouvelles Catholiques;
& les Curez de toutes les
Paroiffes de la Ville , dont
les Banieres alloient devant,
fermoient cette Marche.
M: l'Archevefque d'Ambrun,
Evefque de Mets, fit
cette Cerémonie , pendant
laquelle la groffe Cloche,
qui ne fonne jamais que par
l'ordre de la Ville , fonna
plufieurs fois. Il faut foixante
E iiij
56 MERCVRE .
Hommes pour cela . Il y eut
grande Mufique, & on tira
le Canon. Cette Fille fut
nommée Anne - Marie Chrêtienne
, ainfi que Madame
la Dauphine l'avoit ordonné.
On diftribua une fomme
d'argent à tous les Pauvres
qui fe préfenterent, & cette
maniere de Fefte fut termipar
un grand Soupé, où
M. de Seve Premier Préfident
fe trouva avec la plus
grande partie de M ™ du Parlement,
& des Dames de la
Ville.
née
Le Cavalier que vous avez
GALANT. 57
veu fi galant dans voſtre
Province , & qu'on vous a
dit eftre en folitude , a choify
pour fa retraite le Lieu du
monde le plus agreable.
C'eft une Maiſon tres- bien
fituée , qu'on peut appeller
un petit Bijou. Les Apartemens
n'en font pas fort
grands, mais tout y eft
pre, & d'une commodité admirable.
Ce qui l'a fur tout
déterminé à la préferer à
beaucoup d'autres qu'on a
voulu luy faire acheter, c'eft
la beauté du Jardin. On m'a
fait voir une Lettre qu'il é
pro58
MERCVRE
crivoit en commun à cinq
ou fix Dames, pour les inviter
à l'aller voir. Il les en
le mérite qui fuit
prioit par
ce qu'on
fait pour les Reclus
; & comme
fi l'agrément
de fon humeur
n'euft
pas fuffy pour les attirer
, il
leur envoyoit
la Veuë d'une
Fontaine
ornée de Jets d'eau ,
au bord
de laquelle
il les
affuroit
qu'on
faifoit ſouvent
de fort galantes
converfations.
Il eft aifé de connoistre
par ce bel endroit
de
fa Maiſon
, qu'une
Solitude
pareille à la fienne
n'eſt pas
GALANT. 59
ཐ
difficile à fuporter . Auffi
ne l'eft- elle que de nom ,
puis qu'il eft rare qu'on l'y
laiffe feul. La maniere aifée
dont il reçoit fes Amis,
fait qu'on s'empreffe à le
vifiter , & l'on revient toûjours
tres - content de ces
fortes de Parties . Il s'en
fit une il y a huit jours , de
Gens choifis de l'un &
de l'autre Sexe , qui eurent
tout lieu d'eftre fatisfaits de
luy. Il leur donna un fort
grand Repas ; & quand la
chaleur du jour fut un peu
diminuée , il convia cette
60 MERCVRE
$
belle Troupe à venir prendre
le frais à la Fontaine
dont je viens de vous parler.
On y fervit la Collation aux
Dames , qui furent furpriſes
de l'effet que produifoient
les Jets d'eau au milieu des
Arbres qui font tout autour.
Elles fe promenerent en
fuite dans les Allées du Jardin
; & le hazard ayant fait
que le Cavalier demeura un
peu derriere avec une fort
jolie Perfonne , Fille d'une
de ces Dames , la plus enjoüée
de toutes fe détournant
, luy dit agreablement
GALANT. 61
que le nom de Solitaire qu'il
fe donnoit , n'empefchoit
point qu'il ne s'attachaft
toûjours aux Belles . Il répondit
avec le meſme enjouement,
qu'apres les longs
& divers voyages qu'il avoit
faits dans le Païs de Galanterie
, il n'eftoit plus propre
que pour le confeil , qu'à la
verité il croyoit y avoir quel-
1 que talent, à cauſe du grand
ufage qu'il avoit du monde,
& que peut -eftre les Leçons
qu'il donneroit ne feroient
pas inutiles , pourveu qu'on
vouluft foufrir qu'il parlaſt
*
62 MERCVRE
•
gea
fincérement. Il n'y eut perfonne
qui en mefme temps
ne s'ofrift à l'écouter. Il demanda
quelques jours pour
examiner ce qui convenoit
à chacune d'elles , & dégafa
parole par diverfes
Lettres qu'il leur fit porter
à toutes. Comme aucune de
ces Dames n'a voulu montrer
la fienne, je ne vous puis
dire de quelle nature eftoient
les confeils qu'il leur
donna. Apparemment ils
avoient raport à leur cara-
&tere. L'une eft coquete,
l'autre ambitieufe , la troiGALANT.
63
fiéme prude , & la derniere
un peu furannée. Vous jugercz
là deflus de ce qu'il
pûtleur écrire. La jeune Perfonne
qui avoit efté la caufe
de l'engagement qu'il s'ef
toit fait , eut auffi fa Lettre
en particulier. Je vous en
envoyé une Copie . L'innocence
de fon coeur qui eft
encor libre, n'a pû permettre
qu'elle en ait fait un fecret.
Voicy en quels termes
elle eftoit conçeuë
.
64 MERCVRE
$225525ss2SSSS25
CONSEILS
DES - INTERESSEZ ,
A LA JEUNE IRIS.
Ly a des Meres qui ne veupas
que l'on prononce le
lent
mot d'amour devant leurs Filles.
C'eft une précaution un peùſcrupuleufe,
& qui peut- eftre aquelque
chofe de bien dangereux.
Malheur à celles qui n'ont connu
l'amour que quand elles l'ont
fenty. Voila ce
plupart desGalans, dejeunes In
que cherchent
la
GALANT. 65
»
ra
vous appren
nocentes. Dieu fait quels
goufts ilsfefigurent à leurdonner
lespremieres leçons. Pour moy,
je veux, s'ilfe peut, les prévenir
aupres de vous
dre ce que vos Amans vous apprendroient.
Si mes enfeignemens
vous plaifent moins que ne
feroient ceux qu'ils vous donneroient,
en récompenfe ils vous
coûteront moins auffi.
Vous entrez dans le monde,
aimable Iris , fçachez les diférentes
mesures qu'ilfaut prendre
avec les diférens caracteres de
Galans , aufquels vous vous
verrez exposée. Vous trouverez
Aoust 1681.
E
66 MERCVRE
toutes les Ruelles & toutes les
Chambres femées de ces fades
Proteftans , de ces infatigables
Difeurs de douceurs, devant qui
un visage un peu jeune , & des
yeux un peu paffables, ne sçauroient
paroiftre , fans eftre auffitoft
attaquez d'un nombre infiny
de fleuretes. Leurs admirations
ne vous font quartierfur rien.
Vous ne pouvezfaire un pas, ny
dire un mot qui ne vous attire
un orage de loüanges. Leurs
yeux radoucis vous fuivent par
tout. Fay veu de jeunes Perfonnes
qui s'accommodoient de
ces Gens-là. Lespremieres douGALANT
67
ceurs qu'on entend, font d'ordinairefort
bonnes de quelque part
qu'elles viennent , & les goufts
qui ne font pas encor formez,
font fujets à en eftre un peu
avides. Je ne croy pas que vous
ayez befoin de leçon la- deffus;
mais en tout cas , s'il vous en
faloit une , écoutez ces fortes de
Galans deux ou trois fois , cela
fuffira pour vous en defabufer.
Fayveu auffi dejeunesPerfonnes
d'une autre humeur , qui eftoient
fatiguées de ces Doucereux éternels
, jufqu'à le leurdire, Gardez
vous bien de prendre cette métode
avec eux. Cela ne fert qu'à
Fij
68 MERCVRE
leurfaire redoubler, & qu'à irriter
encor leurs éloges . Ils croyent
que tout ce qui vous tient , c'eſt
la difficulté d'ajoûter foy à ce
qu'ils vous difent , & qu'en
vous le redifant d'une maniere
plusforte, ils vous perfuaderont.
Ce n'eftpas là le moyen de vous
délivrer de leurs vifites . Gouvernez
- vous plus finement.
Convenez avec eux des loüanges
qu'ils vous donneront. Mettez-
vous de moitié à vous admirer
vous mefme. Prévenez
quelquefois leurs fleuretes , mais
tout cela d'une certaine maniere
quifaſſe voir un agreable mépris
GALANT. 69
pour eux, & non pas unefote
eftime pour vous ; & je vous
répons que quelque efprit qu'ils
ayent, vous les verrezfort embaraſſez
Ily a dans le monde une infinité
de jeunes Gens auffi remplis
de bonne opinion d'eux;
qu'ils l'ont mauvaife des Fem
mes. Une feule avanture qu'ils
auront eue, peut - eftre en des
Lieux où il n'y avoit pas beaucoup
à combatre , leur fait tirer
des conféquences genérales pour
tout le reste du Sexe. Ils connoiffent
les Femmes , difent- ils,
ils fçavent les prendre par leur
MERCVRE
foible. Ils ont appris par expérience
, que quelques beaux debors
qu'elles montrent , rien ne
tient , quand on a l'art de bien
attaquer. Vous les reconnoîtrez
à un air de confiance qui regne
fur tout ce qu'ils difent , à de
certaines manieres hautes qu'ils
ont retenues de leurs conqueftes,
au peu de largeffe qu'ils font de
leur prétienfe estime. Ils font
perfuadez qu'une complaifance
aveugle gagne les Femmes. Ils
s'y étudient, mais c'est une complaifance
feinte, au travers de
laquelle vous démeflez aisément
qu'ilsfe répondent qu'elle ne leur
GALANT. 71
fera pas inutile. Recevez leurs
proteftations avec froideur, vous
ne voyez point qu'ils en foient
beaucoup touchez. Ilsfe tiennent
fürs que vous n'agiffez que par
grimaces. S'ilsfe trouvent tefteà-
tefte avec vous , vous ne leur
remarquez point cette agreable
timidité qui eft le caractere des
veritables Paffions. Point d'em →
barras à expliquer ce qu'ilspenfent.
L'honneur qu'ilsprétendent
faire enfe déclarant, les fait d'abord
entrer en matiere . Ils fe
plaignent d'un airfec & forcé,
avec des exagérations terribles
; & ce qui ne manque pref72
MERCVRE
que jamais , ils vous comparent
aux autres Maîtreffes qu'ils ont
euës , bien moins cruelles que
vous , car ∙ils croyent (& cela
eft quelquefois vray aupres d'une
certaine espece de Femmes) que
les exemples des faveurs qu'ils
ont obtenues de quelques- unes,
peuvent beaucoupfur les autres,
qu'une premiere bonne fortune
en attire une feconde , & que
telle ſe laiffe vaincre à la réputation
d'un Amant , qui ne ſe
feroit peut - eftre pas laiffée
vaincre à l'Amant mefme.
Si jamais quelques - uns de ces
Gens-là vous tombent entre les
mains
GALANT. 73
mains, vangez bienſeverement
fur eux tout voftre beau Sexe.
Ecoutez- les pour les mal-traiter,
mais d'ailleurs évitez- les autant
que vous le pourrez. Que toute
voftre conduite avec eux foir
extremement refferrée. Songez
qu'il faut leur refufer les apparences
autant que les chofes mefmes.
Un Billet qui les mettra
d'une Partie de jeu ou de promenade,
eft fort innocent. Cependant
ne le hazardez point avec
eux. Ils en montreront l'écriture
à mille Gens , à qui ils refuferont
de le lire. Souvent quand ils
font reste à tefte avec vous , ils
Aouft 1681.
G
74 MERCVRE
que
2
ne veulent
l'honneur
d'y
eftrefurpris. Ils affectent
de vous
rendre
des foins en public
; &
cependant
ils difentpar le monde:
en termes genéraux
, qu'ils ne
fontpas Gens àperdre leur peine.
Enfin il eft tel Homme
qu'il
vaudroit
mieux aimer
, que d'eftre
feulement
aimée d'un de
ceux- là.
Que j'aurois de chofes à vous.
dire fur les Amans que vous
pourrez avoir, qui feront au
deffus de vous par leur rang
& par leur naissance ! Rejettez
bien loin la dangereufe
vanité d'avoir tous les
GALANT -75
jours à voftre Porte un . Carroffe
à Manteau Ducal. Ces
fortes d'Amans fçavent vous
faire une espece de honte des
réfiftances que vous leurfaites,
en les traitant de manieres Provinciales
, aufquelles ils oppofens
celles de la Cour; & peut - estre
y a-t-il eu des Femmes qui leur
ont accordé des graces confidérables,
par lafeule crainte de faire
croire qu'elles ne fçavoient pas
affez bien vivre. Rendez à la
qualité des Gens ce qu'elle demande
précisément, t gardezvous
bien d'aller au dela. Autrement
vous leur feriez conce
Gij
76 MERCVRE
voir de trop hautes espérances.
Tenez- vous au deffous du Duc,
fi c'est un Duc qui cherche à vous
voir , mais infiniment au deffus
de l'Amant.
Une des plus dangereufes
efpeces de Gens que vous puiffiez
rencontrer à vostre entrée
dans le monde , ce font ceux qui
s'attacheront à vous pour vous
donner des confeils , & pour
prendre en quelque façon le foin
de vostre conduite . Ils ont de
l'acquis, ils décident. Unejeune
Femme eft bien- aife de les trou
ver d'abord pour Protecteurs de
fon mérite lors qu'elle commence
GALANT. 77
à paroître , & de tirer d'eux les
lumieres dont elle a befoin. Peu
peu on leur laiffe prendre fur
foy un afcendant qui fe fortifie
toujours. Quand on voudroit
fecouer le joug, on ne le peut
plus. Ils ne manquent point de
vous décrier le refte des Hom
mes. Ils tâchent ou à vous rendre
fuspects ceux qui leur feroient
ombrage aupres de vous,
on à les écarter par leurs propres
affiduitez. Ils vous broüillent
avec tous leurs Ennemis ;
quand ils ontfait de voftre Maifon
une Solitude telle qu'ils l'entendent,
ilsfe déclarent Amans,
G. iij
78 MERCVRE
ou plutoft ils ufent de leur droit,
en vous commandant de les aimer.
Prévenez cette indigne
fervitude, nonpas en ne recevant
point de confeils , (profitez- en,
fans vous affujettir trop à ceux
qui les donnent, ) mais en ne?
fouffrantpas qu'il s'établiſſe chez
vousfur ce prétexte aucuneforte
de domination ; &ne
fuft- ce
que pour l'empefcher, négligez
quelquefois de bons avis , quand
ce ne fera pas fur des matieres
trop importantes.
Voila, ce mefemble, lesprin:
cipaux caracteres contre lefquels
à vous tenirfur vos Vous avez
GALANT. 79
gardes. Si vous profitez de mes
Leçons , que vous devez croire
entierement def- intéreffées , puis
que je nefuis ny en état, nyen
âge de prétendre à vostre coeur,
au moins ne ferez- vous en peril
d'aimer que quand vous rencontrerez
un Homme quifoit veritablement
aimable ; mais comme
en ce cas je n'aurois guére de confeils
à vous donner contre luy,
veux vous apprendre comment
il doit eftrefait, afin que vous ne
vous y laiffiezpas troniper. C'eft
une peinture que je vous feray la
premiere fois.
G iiij
80 MERCVRE
Si noftre fpirituel Solitaire
tient ce qu'il promet, il ſçait
quelles qualitez font effentielles
à un galant Homme,
& il en fera fans-doute un
agreable portrait. Ce qu'il
a écrit aux Damès , dont je
-vous ay dit que l'une eft
prude, & l'autre coquete, ne
fera peut- eftre pas toûjours
fi caché , qu'il n'en échape
quelques Copies. Si elles me
tombent entre les mains ,
vous les aurez auffitoft . Il
penfe fi jufte , que tout ce
qui vient de luy mérite d'ef
tre gardé. Cependant je vous
S
S
81
me
vec
ine,
s de
ft la
elle
Jarbien
yeux .
< qui
ils à
der-
•n qui
Leyne
à la a
u'elle
GALANT. 81
envoye une Planche qui me
paroift avoir du raport avec
ce qu'on dit de la Fontaine,
qui fait un des ornemens de
fa nouvelle Maifon , C'eft la
Veuë de celle qu'on appelle
des Tritons dans le beau Jardin
d'Aranjuez . Elle a bien
dequoy contenter les yeux .
Auffi beaucoup de ceux qui
f'ont veuë, la préferent-ils à
toutes les autres.
Je vous appris , la derniere
fois la Reception qui
avoit efté faite à la Reyne
Mere de Danemark à la
Cour de Hanover, & qu'elle
82 MERCVRE
en eftoit partie pour aller à
Pyrmont , dans le deffein
d'y prendre des Eaux . Elle
y arriva le Samedy 18 de
Juin , felon le vieux ftile , &
le 28. felon nous. Madame
l'Electrice Palatine s'y ren
dit une heure apres , & vint
falüer la Reyne fa Mere.
Les Danois qu'on ne voyoit
jamais à ces Eaux qu'avec
des Fourrures , y ont paru
cette fois avec des Habits
chamarrez , & brodez d'or
& d'argent. En fort peu de
jours la Cour y devint fort
groffe,& peut- eftre ne verraGALANT.
83
-on de longtemps
tant de
Princes Souverains
affem
blez en meſme Lieu . Pendant
le fejour que Sa Majefté
a fait à Pyrmont, il y a
eu jufques à vingt- fept Alteffes
. En voicy les noms.
Monfieur
le Prince Royal
de Danemark
.
Monfieur l'Electeur , &
Madame l'Electrice de Brandebourg.
Madame
l'Electrice
Palatine
.
Meffieurs les deux jeunes
Princes de Brandebourg.
Madame la jeune Princeffe
de Friſland .
84 MERCVRE
Monfieur le Duc , & Madame
la Ducheffe de Zell.
Monfieur le Duc, & Ma
dame la Ducheffe de Hanover.
Meffieurs les deux jeunes
Princes de Hanover.
Meffieurs les deux Princes
de Holftein.
Monfieur le Prince d'Eyfenach
.
Madame la Princeffe de
Madame la Princeffe de
Zell.
Hanover.
Monfieur le Landgrave de
Caffel.
GALANT. 85
Meſdames les Landgraves
de Caffel la Mere & la Fille.
Madame la jeune Princeſſe
de Mekelbourg.
Monfieur le Prince & Ma
dame la Princeffe d'Anhalt.
Trois Princeffes d'Anhalt..
Les noms employez dans
cette Lifte ne défignent aucun
rang entre ce grand
nombre d'illuftres Perfonnes.
Elles n'en ont pû convenir
entr'elles ; & pour
ter dans les Affemblées toutes
les difputes de préſeance,
elles s'en font rapportées au
Sort , qui tour- a- tour leur a
évi86
MERCVRE
fait changer de place.
Le Dimanche 19. ( je fuis
toûjours le vieux ſtile employé
dans mes Mémoires )
la Reyne paffa tout le jour
en devotion felon fa coûtume
, & fut complimentée de
la part de M l'Electeur de
Brandebourg par M.de Galdebeek
fon Grand Chambellan
. Madame l'Electrice
de Brandebourg , les deux
Princes de cette Maifon, &
plufieurs autres Seigneurs ,
luy envoyerent auffi faire
compliment , & elle reçeut
ceux de Mile Comte de Val
GALANT. 87
dek , à qui la Comté de Pyrmont
appartient.
Le 20. Sa Majefté fit appeller
tous les Medecins,
pour confulter fi elle devoir
prendre des Eaux.
Le 2L Elle commença à
en boire, fuivant ce qui avoit
efté réfolu , & continua d'en
ufer pendant deux jours ;
mais comme elle s'en trouva
incommodée, elle les quita.
Le 24. Fette de S. Jean ,
fut encor pour elle un jour
de devotion .
↓
Le 25. cette Princeſſe rencontra
Madame l'Electrice
88 MERCVRE
de Brandebourg aupres de
la Fontaine .
Le 26. qui eftoit Dimanche
, fut employé à ſes devotions
ordinaires.
Le 27. Madame l'Electrice
de Brandebourg
, accompagnée
de M. le Landgrave.de
Caffel , la vint vifiter avec
une Suite magnifique.
Le 28. la Reyne alla voir
Madame l'Electrice de Brandebourg
, & Madame la
Landgrave de Caffel.
Le 29. Sa Majefté fut traitée
à Lude par M.l'Electeur
de Brandebourg. M les
GALANT. 89
Ducs de Zell & de Hanover'
prétendoient qu'il leur devoit
rendre vifite le premier,
à cauſe qu'il eftoit arrivé à
Pyrmont avant eux , mais
s'eftant trouvé attaqué de
goute, ces Princes y accompagnerent
la Reyne de Danemark
, & virent cet Ele-
&teur, comme eftant menez
par cette Princeffe. Peu de
temps apres on ſe mit à table.
Sa Majefté voulant don
nerlieu à ces Souverains d-s
fe voir fans conteftation
pour les rangs , própola de
faire tirer les Places aux Bilf
Aouſt1681.
H
90 MERCVRE
lets . Voicy comment le Sort
les régla dans ce Repas..
1. Place . M le Prince Philippe
de Holſtein.
2. Madame la Ducheffe de
Hanover.
3.
Ml'Electeur de Brandebourg.
4·
Madame l'Electrice Palatine.
S.
Mile Duc de Zell
6. M le Duc de Hano
ver.
7. La Reyne Mere de Danemark.
8. Madame l'Electrice de
Brandebourg.
GALANT. 91
Madame la Princeffe de
9.
Zell.
10. M le Prince de Saxe-
Eyfenach.
1
11. Madame la Princeffe
de Meklebourg.
12. M. le Prince Philippe
de Brandebourg.
13. Madame la Princeffe de
Hanover.
14.
Mi le Prince George.
15. Madame la Ducheffe
de Zell.
16. Mile Prince de Hanover.
17. M le Duc de Holftein
.
Hij
92 MERCVRE
Le 30. on fe divertit au
Jeu chez la Reyne de Danemark.
Le 1. Juillet , cette Princeffe
traita toute la Maifon
de Brandebourg & celle de
Brunfvic. La Table eftoit
de vingt- deux Couverts .
Le 2. M le Duc de Zell
donna un magnifique Repas
à la Reyne & à toutes
Ies Alteffes.
Le 3. Mile Duc de Hanover
traita à fon tour cette
illuftre Compagnie
.
Outre les Alteffes qui fe
font trouvées à Pyrmont, &
GALANT. 93
qui eftoient à la mefme Table
lors qu'elles fe font traitées
, il y avoit fouvent d'autres
Tables de cent Perfonnes
de qualité de l'un & de
l'autre Sexe.
Les quatre jours fuivans
fe pafferent
auffi agreablement
que les premiers ; &
le 8. les Princes , les Cavaliers,
& les Dames , voulant
divertir
la Reyne par la nouveauté
d'une Mafcarade
, prirent
des Chariots de Pofte,
avec du Foin & de la Paille,
& monterent
deffus comme
des Gens qui venoient aux
94 MERCVRE
}
Eaux . Les uns eftoient déguifez
en Chartiers. Les autres
, parmy lefquels eftoit
Mile Prince Royal , parurent
en gros Marchands
Hollandois venant des Indes
. M Ilten repréfentoit
un Opérateur , avec Mle
Prince de Holftein . M le
Prince Frederic - Augufte de
Hanover avoit un Habit de
Femme ; & les Dames qui
furent de cette Partie , fe.
mirent ainsi que luy , en!
Bourgeoifes de Campagne .
Toute cette illuftre Troupe
paffa devant les Feneftres de
GALANT. 95
la Reyne , qui leur donna à
fouper, & le Bal en fuite.
Le 9. on fit venir des Sauteurs
, des Marionetes , des
Joücurs de Flûtes , & d'autres
Inftrumens, avec des Chanteurs.
Le 10. on fit une Loterie
de deux mille Ecus, où il fut
permis à tout le monde d'aller
prendre des Billets . M
le Duc de Hanover donna
aux Comédiens deux cens
Ecus qu'il y avoit mis , & ils
aimerent mieux les prendre
en efpece, que de les riſquer,
fur l'efpérance d'avoir les
gros Lots.
96 MERCVRE
Le 11. la Reyne de Danemark
traita toutes les Alteffes
, & partit ce meſme
jour , apres avoir fait diftribuer
une grande fomme
d'argent aux Pauvres , qui
cftoient accourus en foule
à Pyrmont. Elle alla coucher
à Hamelin , & le lendemain
à Hanover . Pendant
quelques jours qu'elle y a
paffez, voicy l'ordre qu'on a
fuivy pour la Table. On fe
prenoit par la main dans la
Chambre de la Reyne, d'où
l'on fortoit en une longue
file, chaque Cavalier tenant
une
GALANT. 97
ane Dame. On tournoit
ainfi autour de la Table ; &
quand elle eftoit entourée
on prenoit place où l'on fe
trouvoit , fans qu'on s'attachaft
à
obſerver aucun rang.
La Reyne mefme qui voulut
eftre de cette Suite, n'avoit
quelquefois qu'une des
dernieres places. Treize Alteffes
mangeoient toûjours
avec elle , fçavoir , M. le
Prince Royal de Danemark,
Madame l'Electrice Palatine
, M les Ducs de Zell
& de Hanover , Mefdames
Aoust1681. I
98 MERCVRE
les Ducheffes leurs Femmes;
rs
trois
Ms les deux Princes de Holftein
, M. le Prince d'Eylenach
, avec M" les deux
Princes aînez de Hanover,
& Mefdames les Princeffes
de Zell , de Hanover , & de
Meklebourg. On y a donné
Répréſentations de l'Opéra
Italien d'Alcefte, & dancé
deux fois le grand Balet
intitulé le Charme de l'Amour,
que l'on avoit augmenté de
quelques Entrées. Je vous
en fis la deſcription dans ma
Lettre du Mois - d'Avril , &
l'accompagnay des Vers qui
GALANT. 99
ont efté faits fur cette matiere.
La Reyne de Danemark
s'eft fort divertie à ce
Balet . On en prépare un
nouveau , tout champeſtre
& qui doit eftre dancé dans
la Campagne à la clarté des
Flambeaux. Je vous feray .
part du détail qu'on m'en
promet.
M'Gardien, Secretaire du
Roy, eft Autheur de la Fable
: qui fuit. Elle eſt de pure invention
, & remplie d'allu
frons auffi fines que naturelles.
La morale en peut
eſtre utile à bien des Gens.
I ij
100 MERCVRE
525252-52225252ZS
LA SALIERE,
ET LE SUCRIER.
D
FABLE.
Ans une Office d'impor
tance,
Sur unefuperbe Crédence,
Parmy cent Vafes prétieux,
Régnoit une groffe Saliere,
A qui malgré fa mine fiere,
Un Sucrier voifin faifoit fort les
doux yeux.
Au retour du Buffet, aufortir de la
Table ,
Ce beau Peuple d'argent devenu
Sociable,
Pour charmer les ennuis de fa captivité,
GALANT. 101
1
Paffoit à difcourir les entieres journécs,
Peftant affezfonvent contre les Def
tinées,
C'est l'employ du chagrin & de l'oifiveté.
Unjour noftre Galant s'adreſſant à
la Belle,
Lay dit enfoûpirant ; Il le faut
avoüer,
Charmant Objet de la Gabelle,
On ne peut affez vous louer.
Quevoftre fort est beau qu'il
eft digne d'envie !
Vous donnez aux Mortels le
tréfor de la vie,
Ce Sel fi prétieux, du Ciel le
Favory,
Jadis fymbole de fageffe ,
Aujourd'huy fource de ri--
cheffe ,
102 MERCVRE .
Et qui depuis cent aus fait bien
le renchery
.
De fa piquante humeur , quoy
que l'on puiffe dire,
Il n'eft point à mon gré de com
merce plus doux ;
C'eft luy dont vous tenez
l'empire
Que l'on vous donne parmy
nous ..
Chez ces mefmes Mortels il a
mefme efficace ;
Par le Sel on s'éleve , avec luy
l'on peut tout;
Et fans luy , tel qui tient une
premiere place,
Comme le refte de fa race,
Se verroit encore au bas bout..
Quand vous eftes unis, ce n'eft
qu'avec prudence,
Ce n'eft qu'avec refpect qu'on
doit vous approcher;
GALANT. 103
Chez vous du bout du doigt on
n'ofe le toucher;
Et pour l'avoir de vous , il faut
baiffer la Lance .
A voftre feûreté tout le monde
prend part.
S'il vous arrive par hazard
De faire un faux
tremble ;
pas, chacun
Etfoit fcrupule, ſoit raiſon ,
Venez- vous à verfer, il femble
Qu'on va voir tomber la Maifon
.
Mais voyez des Humains quelle
-eft la frénefie.
Ils trouvent dans mes flancs le
Nectar, l'Ambrofie;
Cependant ces Ingrats me placent
dans un coin;
Comme un chétifValet on m'apelle
au befoin;
I iiij
104 MERCVRE
L'on m'empoigne , l'on me
culbute,
J'ay beau tomber, l'on méprife.
ma chute ;
Mefme l'on prend plaifir à voir:
couler mes pleurs ,
Et je fuis en un mot un vray
Souffre-douleurs .
O Dieux, que n'ay-je l'avatage
De faire de ce Sel le debit &
l'uſage !
Il pourroit feul tous mes defirs.
combler ,
Par l'honneur de vous reſſem
bler.
La Nymphe luy répond ; Je vous
fuis obligée ,
Mais avec tous ces biens que
vous exagerez ,
Amy, je ne fuis pas fi fort avan
tagée
GALANT. 105
1
Que vous vous le figurez .
fe voir
J'en conviens avec vous ;
fur le Pinacle ,
Peut flater noftre ambition ;
Mais eftre en eternel ſpectacle ,
Et ne fervir jamais qu'à la correction
,
Ne fe peut fans cauſer mortification
.
De Sel n'eftoit alors tout-à -fait dégarnie
La Saliere,parlant ainfy;
Mais elle n'en eutgrain, quandſuivant
fa manie
Elle adjouta le difcours que voicy.
Cher Hofte, & Confident du
Prince des Epices ,
Qui des Palais friands fait les
grandes delices,
N'eftes-vous pas cent & cent
fois heureux ?
106 MERCVRE
N'eft- ce pas vous , Monfieur le
Doucereux
,
Qu'on garde pour la bonne
bouche ?
Je vous trouve unjolyGarçon,
De vous plaindre fi fort de ce
que l'on vous touche ,
Sans faire beaucoup de façon.
Quoy? pour quelques tours
d'eftrapade ,
Ne comptez.vous pour rien
changement, promenade,
Et l'hōneur de paffer par de fort
belles mains ?
Allez, n'accufez plus la rigueur
des Humains.
Quel feroit mon bonheur d'eftre
ce que vous eftes ,
Et de faire ce que vous faites !
Ah, dit noftre Eventé, que le cour
roux du Ciel'
GALANT. 107
Change plûtoft mon Sucre
en Fiel.
Voila de ces deux teftesfoles
Les beaux raisonnemens, & les dif
cours frivoles,
Dont le Deftin, pour les punir tous
deux ,
Pritfujet d'exaucer leurs voeux.
Unjour, apres débauche entiere,
Ilarriva que l'Officier
Mitdu Sucre dans la Saliere,
Et du Seldans le Sucrier.
Afin que vous & moy nous trouvions
noftre compte,
Vous voulez bien, Lecteurs, que ce
foit du Sel blanc;
Car à vous le dire tout-franc,
Le gris n'eftpaspropre à ce conte;
Mais revenons-y promptement,
Avançons vers le dénouement,
Et voyons au Repas, quãd l'heure
enfut venue,
108 MERCVRE
L'effet que produifit cette étrange
bévenë.
Lepremierqui crût avoirpris
Du Selpourfalerfa viande,
D'un gouft fi diferentſe trouvant
bien furpris,
Cria, que la Saliere eftoit une
friande,
Qu'elle s'eftoit renduë aux douceurs
d'un Galant..
Mais
que
la continence eft un
rare talent !
Où trouver Femelle fi prude,
Que l'amoureufe paffion ,
* Malgré fa fierté, ſon étude,
Ne livre toft ou tard à la tentation
?
Un autre apresfemblable épreuve,
Feignit de l'excufer, difant qu'elle
eftoit Veuve,
Et quefans crime elle avoit convolé;
GALANT. 109
Mais ilfutbientoft controllé
` Par un tiers , qui d'un front auſtere
Affura qu'elle avoit grand tort,
Et que le Sel n'eftantpas mort,
Elle avoit commis adultere.
Parcent autres brocards , qu'il falut
effuyer,
Fugezfila Pauvrete eur dequoy s'en`
nuyer.
Enfin toute confufe & toute con
triftée,
A l'office elle eft reportée,
Pour la réduire àfonpremier em..
play,
Dont fi mal-à-propos elle enfraignit
la Loy.
Avec le Fruit, on fert un Plat de
Créme ;
Pour lafucrer, on prend noſtre
Galand;
Mais le Malheureux n'y répand
NO MERCVRE .
Avec fon Sel, qu'une amertume extréme.
Là le plus diligent est le plus - toft
trompés
On ne s'en vantepas , on touffe, on
crache, on mouche;
J'ay mal à la luete , oüay, j'avale
une Mouche.
Plutoft créver, qu'un feul l'euft
échape.
On aime mieuxfaire la mine
De tout Animal qui rumine,
ce qu'on ait veu le dernier Fusqu'à
attrapé.
C'est la métode charitable,
Par tout ailleurs, comme à la table;
Et telfouffriroit enfecret
Surfon dosfix bons coups defouet,
Pour le malin plaifir, de voirfur
quelque épaule
Appliquerfeulement deux ou trois
coups de gaule.
GALANT. III
Finiffons la digreffion,
Et quittons la refléxion .
Enfin l'éclat de rire au filencefuccede;
Aux Brûlots avalez, bienboire eft
le remede;
Puis,fans perdre de temps, on tra
vaille au Procés
De cet Audacieux qu'on accuse
d'excés.
Qui l'auroit crû, dit- on , de cette
ame traîtrefle?
Ah qu'un Ruftre
plaifant
peu com-
Eft quelquefois moins malfalfant
Qu'un Jan. doucet qui nous
careffe!
D'autres plus rigoureux le traitent
d'impofteur,
Difent que c'eft un Séducteur,
112 MERCVRE
Qu'il a corrompu la Saliere,
Ou du moins qu'on ne peut nier
Que ce nefoit un Fauffaunier,
Et que lapreuve en eft entiere .
Le dernier Opinant le prit d'un ton
plus doux,
Eidit; Seigneurs, vous fçavez
tous ,
Que la premiere faute eſt toujours
pardonnable.
Epargnez donc ce Miférable ,
Il a failly moins par malignité,
Que pour la curiofité.
Afin pourtant qu'il s'en fouvienne,
Et
que d'orefnavant la crainte
le retienne,
Donnons à cejoly Mignon ,
Pour furveillant, pour compa
gnon ,
Lebon Vinaigrier, dot l'humeur
fatyrique ,
GALANT . 113
Comme vous fçavez , mord &
pique;
Que placé devant luy ,fans ceffe
à fon afpec
Il en craigne les coups de bec,
L'avis fut trouvé bon, & l'Arrest
s'exécute.
Depuis ce temps , le pauvre Cóndamné,
Sur an Buffet bien ordonné,
A ce Cenfeur toujours ſe trouve en
bute.
Pour lagroſſe Saliere, elle ne paroifi
plus;
Apres s'eftre épuisée en regretsfa
perflus,
Elle-mefme elle s'eftpunie,
Elle-mefme elle s'eft banies
Et l'ondit que l'excés defes vives
douleurs,
Toulesjours la faitfondre enpleurs
Aoust1681. K
114 MERCVRE
Elle nous a laiffé de petites Bâtardess
Ces foibles Avortons , ces Salieres
camardes,
De honte fous les Flats vont fi bien
fe cacher,
Qu'à toute heure il les faut chercher...
Cette Fablepeut nous apprendre,
Qu'ilfautfe bien connoître, avant
que d'entreprendres
Er peut encor nous avertir,
Qu'il nefautjamais pervertir
Les talens que
en partage;
du Ciel nous avons
Autrement, pour conclufion,
Au Prochain nous canfons dommage,
A nous- mefmes confufion.
Le Vendredy 8. du mois ,
Mile Marquis de Louvoys,
GALANT. 115
Fils aîné de Monfieur le
Marquis de Louvoys , Mi--
niftre & Secretaire d'Etat,
foûtint un Acte de toute la
Philofophie au College de
Clermont. La Théle eftoit .
dédiée au Roy, qu'elle repré--
fentoit fort au naturel. Au
bout de la Salle eftoit élevé
un Dais, fous lequel on avoit
mis le Portrait de ce grand
Prince . Monfieur de Lou➡
voys, Pere de ce jeune Ré
pondant , & Monfieur l'Archevefque
de Rheims fon.
Oncle , faifoient les honpeurs
de l'Affemblée . Vous
Kij
116 MERCVRE
jugez- bien qu'elle fut auf
nombreuſe qu'illuftre. M
le Cardinal de Bouillon , M
l'Archevefque de Paris , &
tout ce qu'il y avoit alors de
Prélats icy, furent témoins
de cette Action , auffibien
qu'un grand nombre de
Princes, Ducs & Pairs, Maréchaux
deFrance, Ambaſſadeurs,
Confeillers d'Etat, &
autres Perfonnes qualifiées.
Avant l'ouverture de la
Difpute, le Soûtenant fitune
belle Harangue en l'honneur
du Roy, & la prononça
avec une grace qui ne fe
GALANT. 117
!
peut exprimer. Apres avoir
fait connoiftre qu'il pouvoit
combatre avec confiance fous les
auspices d'un Prince , à qui la
Victoire avoit toûjours obey, il
s'étendit fort fur fa modération
. Il dit , que cet auguſte
Monarque avoit mieux aiméſe
montrer digne de commander à
toute la Terre , que d'en acquerir
l'Empire , que préferant la
gloire de rendre heureux tous les
Peuples à celle d'en triompher, il
avoit fans peine interrompu des
Conqueftes , dont la fuite`auroit
pú mettre en quelque péril la
Justice , l'Innocence, la Religion,
118 MERCVRE
& les beaux Arts , qu'il avoit
toûjours cherché à faire fleurir.
Ce Difcours finy, M.l'Abbé
Pelletier , Fils du Confeiller
d'Etat qui porte ce nom , ou÷ ›
vrit la Difpute, avant laquelle
il fit compliment au Soûtenant,
fur les avantages de fon
illuftre Famille , qui a l'honneur
de fervir le Roy dans
les Charges , & dans les Affaires
les plus importantes de
l'Etat , avec la fidelité & le
fuccés qui eft fçeu de tout
le monde. Ceux qui argu
menterent apres luy, furent
M.I'Abbé de Lorraine d'ArGALANT.
119
mont ;
magnac ; M.Abbé de Cha
roft ; M de Croiffy ; M.
- l'Abbé de Luxembourg
; M
le Marquis de Villequier
,
Fils aîné de M. le Duc d'Au-
& M. l'Abbé de Vaubecourt
: On ne peut répondre
avec plus de netteté
& de préſence d'efprit , que
fit M. de Louvoys pendant
deux heures . Il découvrit de
filoin les difficultez
, & les
penétra fi bien , que celuy
qui préfidoit n'eut rien à luy
dire dans tout le cours de
cette Difpute . La folidité de
fes réponſes
ne furprit per120
MERCVRE
fonne. Au contraire, eſtant
du Sang dont il fort, on euſt
eu fujet de s'étonner , s'il fe
fuft tiré avec moins de gloire
d'une occafion de cette importance.
Je croyois ne vous parler
de la Galerie qu'on fait à
Verfailles , qu'apres qu'elle
feroit achevée , mais il n'y a
pas moyen de me taire d'un
morceau , qui pendant fept
ou huit jours qu'on l'a laiffé
découvert , a fait l'admiration
de toute la Cour , &
d'un nombre infiny de Curieux.
Ce fut dans le dernier
mois
GALANT. 121
mois qu'on cut le plaifir de
voir le commencement de
ce magnifique Ouvrage. M
le Brun en a fait tout le def
fein , c'eſt à dire que les Ornemens
, la Sculpture , &
enfin toutes les choſes qui
contribuent à l'enrichiffement
de la Galerie , partent
du Génie de ce premier
Peintre de Sa Majesté. Les
grands Tableaux font de fa
main , & le tout enſemble
repréſente l'Hiſtoire du Roy
par allégorie. Les fortes expreffions
, qui font ſi natu .
relles à cet Homme tout
Aout 1681. L
122 MERCVRE
merveilleux dans ſon Art,
jointes à la grandeur du fujet,
& à la crainte pleine d'ad
miration & de refpect qu'imprime
la Perfonne de noftre
augufte Monarque repréfentée
en plufieurs endroits,
éblouiffent tellement les
yeux, que pour les tenir trop
attachez à ce qu'on ne peut
affez regarder , on demeure
dans une agreable extaſe
dont on voudroit ne fortir
jamais. Si vous aviez entendu
parler ceux qui ont
veu ce fuperbe Ouvrage ,
vous diriez fans- doute que je
.
GALANT. 123
1
hazarde beaucoup à vous en
vouloir entretenir, puis qu'-
on ne fçauroit trouver de termes
qui puiffent bien exprimer
ce qu'il a de furprenant.
Je croy pourtant que
quelques beautez qu'il ait,
vous les cóprendrez quand.
je vous raporteray ce qui en
a efté dit, qui eft qu'il eftoit
digne du Roy. Difpenfez moy
de rien ajoûter à une loüange
qui comprend tout ce qui
fe peut dire. On a recouvert
ce beau morceau qu'on
ne reverra que dans deux ans
& demy, que la Galerie doir
eftre achevée.
124 MERCVRE
Le Samedy 2. de ce mois,
une Famille toute entiere
d'un riche Bourgeois de
Châlons fur Sône, compoſée
du Pere âgé de ſoixante ans;
dala Mere, de cinquante-fix ;
d'un Fils , de trente ; & de
cinq Filles dont la plus jeune
a quinze ans , abjura l'Hé
réfie de Calvin dans la Paroiffe
de St Jean de Dijon.
Leur converfion eft l'effet
des foins, & de l'extréme application
de M. le Marquis
de Vaifley à les convaincre
des VeritezCatholiques. Les
difficultez qu'ils luy ont opGALANT.
125
pofées pendant trois ans
n'ont point rebuté fon zele ,
& il eft enfin venu à bout
de ce glorieux ouvrage. Il
y a déja quelques années
que ce Marquis demeure
à Châlons , fon peu de fanté
luy ayant
vice dans lequel il s'eft toû
jours diftingué. Il est tout
percé de coups . Ce font d'aflez
fortes preuves de fa bravoure.
L'abjuration
dont j'ay
commencé de vous parler
s'eft fait
publiquement, &
avec beaucoup de pompe,
entre les mains de M. Arfait
quiter le Ser-
Liij
126 MERCVRE
mat ,
>
Grand- Vicaire de M.
de Langres. Il eftoit accompagné
de M. Bouhier Official
, ancien Confeiller au
Parlement de Dijon &
Doyen de la Sainte Chapelle
, & de M: Buiſſon Promoteur
, Chanoine de la
Chapelle aux Riches de la
mefme Ville.
La Violete s'eft brouillée
tout de nouveau avec le Muguet.
C'est ce que vous apprendra
la nouvelle Lettre
que je vous envoye du Berger
Fleurifte.
GALANT. 127
$2 25525552 SSSSES
A LA BELLE CLORIS
DES AM BARRIE NS.
A
H , Madame , qu'il eft
vray ce qu'on m'é- bien
crivit il y a quelque temps , en
ces termes !
Quand l'amour eft au point de
fon accroiffement,
On prend en bonne part ce que
fait un Amant,
Dit-il , mefme une injure, il femblé
qu'il encenfe;
Mais quand par un fâcheux
retour
La haine regne aux Lieux ou
commandoit l'amour,
128 MERCVRE
Qu'alors on a de défiance !
Un bon avis paffe pour trahifon,
Un bon remede pour poifon,
On croit qu'il n'en vient rien, qui
ne foit une offence.
Vous allez voir , aimable
Cloris, une affez grande preuve
de cette verité, dans cette Rela
tion de l'Empire des Fleurs , que
jay reçeuë d'une Lumiere de mes
Amies. La voicy.
L'un des premiers jours de
cet Eté , une Roze à cent
feuilles ayant affemblé le
Muguet & la Violete , avec
neufautres Fleurs , pour un
GALANT. 129
petit Régal qu'elle leur vou
loit donner fur les belles
Rives de la Jenfe , elles s'y
virent fans témoignage
de
mécontentement
, & partagerent
en paix avec leurs
Compagnes , les divertiffemens
de cette journée. Comme
j'eſtois de cette Feſte,j'en
puis parler avec certitude.
Flore noftre grande Princeffe,
Les Graces fes Dames d'atour,
Les doux Zéphirs fa petite Nobleffe,
LesJeux, les Ris , qui font les Scigneurs
de fa Cour,
Eftaient auffi conviez par la Roze,
Etparmy nouspafferent tout lejours.
130 MERCVRE
Mais la Fefte manqua de la meilleure
chofe,
On n'y vit point l'Amour.
Le hazard voulut que
fur le foir , chacune de nous
ayant pris party, le Muguet
& la Violete fe trouverent
feuls, dans un petit Pré affez
agreable. Ils garderent d'abord
le filence , puis le rompirent
par la louange de nos
Soeurs champeftres qui les
environnoient ; & paffant
enfuite de ce difcours à d'autres
, ils tomberent infenfiblement
fur leurs propres
affaires.
GALANT. 131
Ainfi les pourfuivans de la vive
étincelle,
Nos petits Moucherons
Avant que de s'approcher d'elle,
Font quelques tours aux environs ,
Puis fe viennent enfin brûler à la
Chandelle.
Le Muguet fe plaignant
des propos choquans que la
Violete avoit tenus de luy,
chez l'Iris ; & la Violete , du
peu d'état que le Muguet témoignoit
faire d'elle , depuis
plufieurs mois. Il luy dit que
les nouvelles connoiffances
qu'il avoit de fa Coqueterie,.
eftoient de grands fujets de
rebut. Elle luy répondit
132 MERCVRE
qu'un rebut qui eſtoit mal
fondé , devoit luy tenir lieu
de vangeance ; & enfin apres
s'eftre pouffez de cette forte
pendant quelque temps, elle
demanda
fur quelle preuve il
luy reprochoitfa Coqueterie,
ajoûtant qu'il n'avoit qu'à
parler & à parler fans déguifemét.
LeMuguet fe défendit
de venir à cette explication ..
Il connoiffoit la Verité.
Ilfçavoit que c'eſt une Belle,
Qui quelquefois a de la cruauté.
Il la trouvoit dans cette humcur
cruelle
Sur lefujet, dont il eftoit tenté
De s'expliquer d'un airfidelle.
GALANT. 133
Il ne fauroit mentir , il a de la
bonté,
Il craignoit de déplaire;
Reftoit donc à fe taire.
C'eftoit fon intention , &
elle dura aſſez longtemps;
mais enfin il fe rendit , tant
il fut preffé par la Violete;
& la genéreuſe eſpérance
qu'elle fçauroit profiter de
ce qu'il diroit , en prenant
du moins mieux garde à elle
à l'avenir, que par le paffé,
n'aida pas peuà luy ouvrir le
coeur & la bouche. Apres
donc luy avoir fait entendre
fi elle avoit de la peine
que
134 MERCVRE
à recevoir fon difcours en
bonne part , elle devoit penfer
qu'il ne tiroit à aucune
conféquence , puis qu'il luy
parloit fans témoins. Il luy
raconta avec la franchiſe or
dinaire, tout ce qu'il avoit reconnu
& jugé de ſon intrigue
avec la Fleur de Peſcher.
La Violete n'écouta pas ce
récit fans confufion . Les remarques
& les penétrations
du Muguet , la furprirent
tout- à-fait ; & comme elle
ne fçeut que luy répondre
pour fa défence , elle fe déchaîna
contre luy d'une maniere
terrible.
GALANT. 135
Tout ce qu'en bravant Terre &
Cieux,
L'infolente Mégere
Peutfaire éclater de colere,
Parut avec excés, au gefte & dans
les
yeux
De la brûlanteViolete;
Et tout ce que l'on fçait de plus injurieux,
Auprix des mots nouveaux que
cette Coquete ,
dit
N'eft que douceur& quefleurete;
Jamais transport ne futfifurieux.
Je l'ay appris d'une Fleur
champeſtre cachée derriere
un buiffon , qui obſervoit
cette Emportée, fans qu'elle
s'en apperçeuft. Cet orage
ne ſe borna pas à une grefle
136 MERCVRE
d'injures . Elle défendit pour
jamais au Muguet, l'entrée
deſa retraite , le menaça de
l'infulter en toute forte de
Compagnies ; proteſta de le
broüiller mortellement avec
le Violier ; & jura enfin fes
grands Dieux, qu'elle hazarderoit
encor fa réputation , &
mefmes fa vie, pour ſe vanger
de luy. Si le Muguet fut furpris
d'une tempefte fi extraordinaire
, je le laiffe à
penfer , mais il le fut beaucoup
d'avantage , lors qu’eftant
allé chez elle cinq jours
GALANT 137
apres , malgré fa défence,
pour luy demander
pardon
de l'avoir mife en colere, perfuadé
qu'il devoit cette honnefteté
à fon Sexe , elle recommença
les mefmes
dif
cours, avec la meſme
fu-
I
reur..
La récidive eft étonnantes
Mais il eftplus encore étonnant que
le temps,
Quifçait calmer la plus grande
tourmente ,
N'euft rien diminué defes tranf
ports ardens.
J'ay fait mon devoir, j'en fuis
quite,
Luy dit- il en prenant congés
Aouſt1681.
M
138 MERCVRE
De toutes les façons je me fens
dégagé,
Voicy ma derniere viſite ;
Violete, adieu pour jamais .
Elle luy répondit, Point d'adieux ,
point de paix.
Il ne fut pas difficile au
Muguet de le confoler de
ce procedé, dans les difpofitions
où il eftoit pour la Violete.
Ce qu'il en jugea , fut
que cette fine & miftérieu fe
Fleur crévoit de dépit , de
voir que fon jeu avoit efté
découvert , & que les apparences
qu'elle bravoit eftoient
foûtenuës par de
fâcheufes évidences.
trop
GALANT. 139)
Le mensonge eft compté pour une
bagatelle,
On en accorde aifément le pardon;
Mais pour la verité on prend un·
autre ton;
Son atteinte eft mortelle,
Elle frape le coeur, & refte aufouvenir,
On n'en peut revenir.
Cette raifon des grandes
émotions de la Violete , redoubla
dans le Muguet la
trop juſte averſion que luy
donnoit fa coqueterie , & le
fit réfoudre à le bien défendre
, fi elle entreprenoit de
l'attaquer. Ce jour- là mefme
, & les deux fuivans , ils
Mij
140 MERCVRE
fe trouverent de régal enfemble
au pied du Mont
charmant. Le filence fut
gardé de part & d'autre dans
les deux premieres rencontres
; mais dans la troifiéme ,
la Violete parla , & fit paroiftre
fon reffentiment par
des éclats qui luy échaperent.
Le Muguet les foûtint
avec une honnefte hardieffe,
& ne craignit point de faire
connoiftre à toute la Compagnie
qu'ils eftoient broüil-
Jez . Cette Compagnie dont
j'eftois , n'eftoit compofée
que de leurs Amis. Aucun
GALANT. 141
neantmoins ne fe mit en
peine de les raccommoder.
Nous avions unejoye extréme , mais
fecrete,
De voir ouvertement
L'empire de cette Coquete
Diminuéde cet Amant,
Et defirions à leur
rupture,
Un éclat de cette nature,
leur honneur, engagé d'in-
Afin que
tereft,
Al'entretenir comme elle cft;
Finift par là leur avanture.
Nous eûmes ce plaifir, nous fouhaitons
qu'il dure..
Toutes les
apparences y
font. La nuit fépara les deux
Fleurs ennemies
. Elles ne fe
142 MERCVRE
font point reveuës depuis ce
temps- là. La Violete garde
la folitude dans l'attente du :
Violier , & a le loifir de digérer
ſes chagrins ; mais le
Muguet va toûjours fon
train, parle tout haut de fon
3
dégagement comme d'un
grand bien , & veut meſme
que tout noftre Empire fçache
qu'il préfere la haine de
la Violete à fon amour, parce
qu'en le haïffant elle aura
des fentimens particuliers
pour luy ; au lieu qu'en l'aimant,
cette Coquete n'en
auroit que des genéraux,
GALANT. 143:
1
dont il n'eft pas d'humeur à
fe contenter.
Voila, belle Cloris , une nouvelle
qui vous donnera de la joye,
fi vous continuez à prendre part
au bonheur du Muguet. On le
menace de la Fleur de Napelle.
Vous en connoiffez le redoutable
pouvoir; mais il ne craindrarien,
fi vous fouhaitez qu'il vive.
10
Le Ciel l'a fauvé de l'orage ,
Pour le faire à vos pieds un jourfinir
fon fort;
Et c'eft dans ce glòrieux Port
e Qu'il brave la Coquete avec
toute fa rage; a
Mais quand bien fans remiſe il
recevroit la mort
1
144 MERCVRE
Par la malice induftrieufe.
De cette Furieufe,
Il trouveroit fon fort bien
doux ,
Puis qu'il mourroit eſtant à
vous ..
Il enferoit de mefme , Ma
dame , fi je courrois le mefme
hazard , puis que je fuis avec la
mefme paffion, Voftre Serviteur,
LE BERGER FLEURISTE.
J'ay eu des nouvelles
de
la Cour de Hanover plutoft
qu'on ne m'en faifoit attendre.
Le Balet champeſtre
que je vous ay dit qu'on y
préparoit, a déja eſté dancé,
& la
GALANT. 145
& la Reyne Mere de Danemark
s'y eft extrémement
divertie
. Vous voyez par là
que Mile Duc de Hanover
n'a rien voulu épargner pour
recevoir agreablement
cette
Princeffe. Cependant
, quelque
envie qu'on ait de
réüffir, la grande dépenfe ne
fait pas toujours le fuccés des
chofes. Il faut qu'il y ait de
l'invention , & de l'efprit
dans les Divertiffemens
, &
l'exécution en foit auffi
que
e jufte
, que
le deffein
en eft
bien
conçeu
. Tout
cela s'eft
rencontré
dans
la Chaffe
de.
Aoust
1681.
N
146 MERCVRE
Diane. C'eft le nom qu'a eu
ce Balet champeftre. M : la
Barre- Matéi , qui l'a compofé
entierement , à l'exception
de la Mufique , l'a tenu
preft en fi
peu de temps
qu'on ne peut trop eftimer la
facilité de fon génie. On
m'apprend qu'il eft l'Autheur
de l'autre Balet qui a
pour titre, le Charme de l'Amour
, & qui a tant plû à la
mefme Reyne de Danemark
. Auffi a- t- elle dit plufieurs
fois en le
voyant,
qu'aucun Opéra ne l'avoit
jamais fi bien divertie. Le
GALANT 147
jour qu'on avoit choify pour
cette nouvelle Feſte , eſtant
arrivé , Sa Majefté , accompagnée
de toute la Cour de
Hanover, fe rendit au grand
Jardin de Leiné, où le plaifir
de prendre le frais du foir l'avoit
engagée à la prome
nade. Ony avoit fait dreffer
une fort belle Feüillée , &
apres un magnifique Soupé
qui y fut fervy , on n'eut pas
plûtoft veu la Reynefe lever
de table , que le cofté de
cette Feüillée qui eftoit en
face, s'ouvrit tout à coup , &
laiffa voir un Théatre dans
N ij
148 MERCVRE
le fond duquel parut une
grande Plaine , bornée par
un Bois , & bordée d'Arbres
depuis ce Bois jufques au
Théatre. La Perfpective ,
quoy que naturelle , eftoit
affez furprenante , tous ces
vrays Arbres
femblant
fe
planter en un moment, à la
maniere d'une Décoration
qu'on cuft fait paroiftre. En
mefme temps que cette ouverture
eut efté faite , on découvrit
dans le milieu de la
Plaine quatre Lutins qui fortoient
de terre. Un grand
Fantôme volant s'eftant arGALANT.
149
refté au milieu de ces Lutins,
forma avec eux une Dance
auffi inquiete que confuſe,
comme de Perfonnes pouffées
par quelque Puiſſance
fecrete, & plus forte qu'elles.
Ce n'eftoit rien autre chofe
que les Ombres de la Nuit
qui fuyoient devant l'Aurore.
M. le Prince de Holftein
eftoit l'une de ces Ombres , avec
M: le Comte de Montalban;
M Oefner, Fils du General
Major de ce nom ; & M: de
Vvobefer , Capitaine - Lieutenant.
Le S. Femmes , Maistre
duBalet,repréfentoit le grand
N iij
50 MERCVRE
Fantôme volant. Un nom-"
bre incroyable de lumieres ,
dont on vit la Plaine éclairée
´en un moment , diffipa d'abord
ces Spectres, qui ſe perdirent
àmesure que l'Aurore
& le Point- du-jour, brillans
de leurs propres feux , s'éleverent
peu à peu jufque fur
le Theatre
a
Pour MLE PRINCE DE
HOLSTEIN , repréſentant
une OMBRE .
Que je paroiffe en ombre , & dans
L'obfcurité,
Je nesçaurois cacher lafplendeur de
mon eftre,
GALANT. ISI
1
F
Et l'éclat de ma qualité
Me découvre par tout, & mefait
reconnoiftre .
A peine ces deux Aftres
furent - ils montez fur le
Théatre , qu'on découvrit
dans le plus proche endroit
de la Plaine, comme par un
effet de leur préfence
, un
Chifre tout lumineux
, qui
formoit le Nom & la Couronne
Royale de Sa Majesté.
Ce nom eft Sophie. Amélie.
Pendant que les yeux eftoient
divertis par ce Spétacle
, la voix des deux Af
tres charma les oreilles . Voi-
N iiij
152 MERCVRE
cy les Vers qu'ils chanterent
pour Prologue du Balet.
L'AURORE.
Dépendons dans ces Lieux la lumiere
& le bruit
De lafplendeur du Nom de l'augufte
AMELIE.
Cetic Terre déja remplie
Nefoufre plus de nuit.
Quelejour ſe rallume
Platos que de coûtume,
Fuyez, Ombres , Sommeil.
Une grandeJournée
Eft depuis longtemps deftinče
Anous donner cet objetfanspareil.
LE POINT- DU JOUR.
Tandis que le Ciel nous employe
A redonner icy le jours
Cette REYNE y répandla joye
GALANT. 153
Par fon heureux retour.
Quinz, Bergers, veftre demeure,
Voicy voftre Heure.
Tous deux enſemble.
Ab, que le Point-du -Four
Eftpropre pour l' Amour,
Et qu'un Berger qui veille
Eft pres du doux moment,
Que celuy quifommeille
Laiffe perdre en dormant!
LE POINT- DU JOUR .
Diene eftdéja dans ces Bois,
Qui defon Dard& defa Voix
Donne la chaffe
A ce qui paffe.
Peut- elle bien goûter le plaifir d'un
beaujour,
Etn'avoirpoint d'amour?
154 MERCVRE
Tous deux enfemble .
Ah, que le Point - du-Jour, &c.
Apres qu'on cut chanté ce
Prologue , M. le Prince Fréderic
- Augufte de Brunfvick,
M: le Prince de Saxe- Eyfenach
, & M. le Ragrave Palatin
, repréſentant trois Bergers
, commencerent à paroître
avec Madame la Princeffe
de Meklebourg , Madame
de la Chevalerie , & Mademoiſelle
de Grote , veftues en
Bergeres .
I. ENTREE.SS
Les trois Bergers & les
GALANT. 155
trois Bergeres que je viens
de vous nommer, fe réjoüiffant
de la prise d'un Loup,
dont la tefte eftoit portée
devant eux , dancerent au
fon des Mufetes , & ſe donnerent
des marques de leurs
mutuelles inclinations.
Pour M LE PRINCE FRE
DERIC - AUGUSTE DE
BRUNSVICK , repréſentant
un BERGER .
Chacun luy rend reffect, à la Cour,
en Province,
Il fe déguife en vain fous l'Habit
de
Berger;
& 1
Et le Sujet, l'Etranger,
156 MERCVRE
Le prennent toujours pour un
Prince.
Pour MADAME LA PRINCESSE
DE MEKLEBOURG ,
repréſentant une BERGERE.
Si cette jeune & charmante Bergere
Avoit deffein de s'engager,
Ellepourroit icy fe choisir un Berger;
Mais cette belle Ficre,
Ace qu'on voit, nepenfe guére
Qu'elle esten âge d'y fonger.
Pour M. LE PRINCE DE
SAXE - EYSENACH , repréfentant
un Berger.
Il a bon air, de l'esprit, du courage.
Peut-on trouver dans tout le vaifinage
GALANT. 157
UnBergerplus galant,plus aimable,
& mieuxfait?
Afa parole iljoint toûjours l'effet,
Et pour fe faire aimer en faut- il da
vantage?
II. ENTREE.
a
Endimion éveillé de grand
matin, par la paffion qu'il
pour la Chaffe , & courant
les Bois à fon ordinaire , trouva
cette Troupe , à laquelle
til fe mefla, dançant au milieu
des Bergers & des Bergeres
.
Pour MILE PRINCE GEOR
GE - LOUIS DE BRUNS158
MERCVRE
vick , repréſentant ENDIMION.
Afaire l'amour & la guerre,
Ce jeune Endimion n'eſtjamais
endormy.
Sans-doute on le verroit remuer Ciel
& Terre,
Pourquelque belle Nymphe, ou contre
un Ennemy.
III. ENTREE.
Deux Paffans, repréfentez
par M Bousch Colonel des
Gardes , & par M.Veyhe Lieutenant
- Colonel des Gardes,
apres s'eftre un peu repoſeż
au frais, fe préparerent à regrendre
leur chemin , & à
GALANT. 159
1
continuer leur voyage.
IV. ENTREE.
Trois Voleurs, qui eftoient
M de Grote Gentilhomme de
la Cour, M. le Baron de Mellin
Enfeigne , & M. de Pluviane
Capitaine d'Infanterie , arrelterent
ces deux Paffans, les
volerent , & partagerent le
Butin entr'eux.
V. ENTREE.
Une Troupe de Sauvages
& de Satyres , faifant une
Battée pour Diane , furprirent
les trois Voleurs , qui
160 MERCVRE
ne fongeant qu'à fe conferver
la vie par la fuite , laiſſerent
par terre le Butin qu'ils
venoient de partager. M
Capitaine- Lieutenant des Bulau
Gardes du Palais, MOhr Enfeigne
des Gardes du Palais , &
M de Roden Capitaine d'Infanterie
, repréfentoient les
Sauvages , & M. du Mont
Capitaine d'Infanterie, Mª de
WizendorffGentilhomme à la
Cour, & M. Brugen Lieutenant,
les Satyres.
VI. ENTREE.
Un Singe , repréſenté par
GALANT. 161
M: de Folleville , entra dançant
& fautant , trouva la
Bource & l'argent qu'avoient
laiffé les Voleurs , &
apres l'avoir ramaffé , alla
s'affcoir fur le tronc d'un
1
Arbre , où il divertit fort
toute l'Affemblée , par les
grotesques poftures qu'il fit:
en regardant cet argent.
VII. ENTREE..
Deux Gueux & deux Gueufes
l'ayant apperçeu dans cet
étar , s'approcherent de cet
Arbre. Le Singe , qui leur
vit tendre la main, leur jetta
Aoust 1681.
162 MERCVRE
de cet argent , & témoigna
prendre grand plaifir à l'empreffement
qu'ils eurent de
le ramaffer. Mr Rekau &
d'Elts , eftoient déguiſez en
Gueux ; & M de Grote & de
Chazeron , en Gueuſes. Ce
font Gentils - hommes du
Pais.
VIII. ENTREE.
Deux Ours qui parurent,
firent fuir les Gueux , & commencerent
leur Dance, pendant
laquelle , le Singe qui
tournoit toûjours la Bource
en fit tomber tout l'argent
GALANT. 163
ا م
par terre. Ce fut avec tant
de bruit, que le Singe épou
vanté en prit auffitoft la fuite
. Ce bruit ne fit qu'animer
des Ours , qui allerent droit
à un Bucheron que le hazard
amena. Le Bucheron
fe mit à couvert de leur fùreur,
en ſe couchant devant
eux, & faifant le Mort . Les
Ours luy mangerent des
Rayons de Miel qu'il apportoit
, & vinrent tendre
F'oreille aupres de la bouche ,
écouter s'il ne refpiroit pour
rs
point encore. M Dragoni
& Rhemen, Gentilhommes , les
repréfentoient.
164 MERCVRE
IX . ENTREE .
Tandis que les Ours obfervoient
le Bucheron , quatre
Maures qui furvinrent,
lancerent leurs Dards fur
eux . Ces Beftes féroces fe
fentant bleffées , le tournerent
auffitoft pour ſe vanger
de leurs Ennernis , mais elles
s'enfuyrent à la veuë des
Chiens. Les Maures qui s'atacherent
à les pourſuivre,
eftoient M. d'Ofterling Liew
tenant - Colonel d'Infanterie,
M Gobr Capitaine d'Infanterie
, Mle Droffart de Bar,
GALANT. 165
& M. Poffadorffsky Ecuyer
Tranchant de la Cour:
X. ENTREE.
Le Bucheron délivré des
Ours , fe leva tout plein de
joye , & la fit paroiltre par
l'agilité avec laquelle il dança.
Il eftoit repréſenté par
M. de Bonnefond Capitaine
d'Artillerie, & d'une Compa
gnie de Grenadiers.
XI. ENTREE .
Deux Charbonniers ayent
rencontré le Bucheron , je
réjouirent avec luy , on bu
166 MERCVRE
vant dans fa Bouteille. Ces
deux Charbonniers eftoient
M: Ilten Major d'Infanterie,
& M.'le Chevalier de Sinville
Capitaine au Regiment des
Gardes:
XII. ENTREE.
Les
Maures
rentrerent,
faifant
apporter les Ours
percez de leurs Javelots , &
étendus comme morts fur
des Brancards .Tandis qu'en
dançant ils marquoient
la
joye que leur donnoit
leur
capture, les Ours commencerent
peu à peu à lever la,
GALANT. 167
tefte , & prirent la fuite . Les
Maures furpris de ce refte
de vigueur , fe mirent tout
de nouveau à les pourſuivre.
Le fond du Theatre fe referma
apres qu'ils furent
fortis.
XIII. ENTREE.
L'Amour, qui prend toute
fortes de figures pour s'ac
commoder aux diférentes
inclinations des Hommes,
ayant réfolu de s'affujetir
Diane & Endimion , qu'il
avoit trouvez toûjours infléxibles
, parut veſtir en Chaf
168 166 MERCVRE
feur , ne doutant point qu'il
ne vinft à bout de toucher
leurs coeurs dans quelque
heureuſe rencontre qu'il fe
promettoit de faire naître à
la Chaffe.
Pour M. LE PRINCE CHRISTIAN
DE BRUNSVICK , reprefentant
L'AMOur déguifé
en Chaffeur.
Eft -il contre mes traits quelqu'un
qui fe défende?
Bien queje fois un fortpetit Chaf
Seur,
Pourtant mon adreffe eftfi grande,
Que je frape toûjours au coeur.
XIV
GALANT. 167
XIV. ENTREE.
Deux jeunes Chaffeurs,
ayant veu fuir quelques
Nymphes de Diane , dont
ils eftoient amoureux , vinrent
marquer le chagrin que
leur donnoit la précaution
de ces Inhumaines à éviter
leur rencontre.
Pour M LE PRINCE MA
XIMILIEN DE BRUNSvick
, repréfentant un
CHASSEUR.
Ny tant d'ardeur, ny tant depromptitude,
Ne rendent parfait un Chaffeur.
Aoust1681.
P
168 MERCVRE
Ie fais beaucoup par mon étude,
Maisjefais plus encor, quadj'y joins
ma douceur.
Pour MLE PRINCE CHAR
LES DE BRUNSVIck , repréſentant
un autre CHASSEUR.
Ala Chafe en amour, quoy qu'on ait
du talent,
On ne faitpas toujours tout ce qu'on
Sepropoſe ;
Mais unjeune Chaffeur comme moy
vigilant,
Attrape toujours quelque chofe.
XV. ENTREE.
Six Dryades ou Nymphes
des Bois , chargées de
GALANT. 169
Bouquets de toute forte de
Fleurs , entrerent dançant
au fon des Hautbois . Elles
ſe réjoüiffoient d'avoir appris
que Diane venoit vifiter
leurs Demeures folitaires.
Ces fix Dryades eftoient,
Mademoifelle Gehle l'aînée,
premiere Fille d'honneur de
Madame la Ducheffe de Hanover;
Mademoiselle de Zerfen
, Fille d'honneur de cette
mefme Princeffe ; Mademoiselle
Geble la jeune , Fille d'honneur
de Madame la Princeffe de Hanover
; Mademoiſelle d'Affeeburg,
Mademoiselle d'Alven-
Pij
170 MERCVRE
fleven , & Mademoiſelle
de
Flemming, Fille de M. le General
Major Flemming. Plufieurs
Cors , & autres divers.
Inftrumens
de Vénerie ,
ayant marqué l'endroit de
la Chaffe , les Trompetes
&
Timbales
firent entendre
leurs bruits de réjoüiſſance
qui annonçoient
la priſe du
Cerf. Les Dryades averties
là de l'arrivée de Diane,
coururent
au devant d'elle
la recevoir.
par
pour
XVI. ENTREE
.
Un Satyre , qui avoit acGALANT:
171
coûtumé de faire dancer les
Nymphes de la Déeffe , au
fon d'un Violon , dont il
jouoit d'une maniere fort
agreable , entra en dançant
luy - mefme , & chanta ces
Vers enfuite , pour les inviter
à venir rendre leurs hommages
à la Reyne.
Sortez de ce Bocage,
Et venez rendre hommage
A la Divinité
Qui le remplit de majesté.
Le S Jemmes , Maiftre du
Balet , repréfentoit ce Satyre.
Piij
172 MERCVRE
XVII. ENTREE,
Quatre Nymphes de la
Suite de Diane , deux Bergers
, & deux Chaffeurs,
ayant entendu leur Mailtre
de Dance, accoururent à fa
voix , & chanterent ces . Paroles.
NYMHPES de Diane, BERGERS
, & CHASSEURS ,
enfemble.
Que nos Prez nos Champs, nos :
Vallons, nos Côteaux ,
Nos Forefts , nos Bocages,
De leurs Fleurs & de leurs feuillages,
Luyfaffent des Lambris nouveaux..
GALANT. 173
Que mille & mille Oyfeaux ,
Parleurs tendres ramages,
Luy rendent leurs hommages
Du haut de ces Ormeaux .
SILA REYNE fe plaift à nos douceursfauvages,
·
Ab, que nos Chants & ces Lieux
feront beaux !
I. NYMPHE.
Nous nous repentirons unjour
De noftre beau temps quife paffe..
Donnerons- nous tout à la Chaffe ,
Etjamais rien à noftre Amour?
II. NYMPHE.
Si Diane a le coeur deglace,
Le devons - nous avoir auſſy?
Non,j'aime mieux céder maplace
A la plusfevere d'icy.
P iiij
174 MERCVRE
III. NYMPHE .
Helas ! fi Diane àſon tour
Aux voeux d'un Dieu pouvoitfe
rendre,
Et quefon coeur devinftplus tědre,
Quel bonheur pour toute fa Cour!
IV. NYMPHE.
Toute tendreffe
N'eft que foibleffer
La fermeté
Fait noftre liberté.
Ne rien aimer comme noftre Déeſſe ,
C'eft du chagrin eftre toujours
Maîtreffe.
Sans la rigueur,
On garde malfon coeur.
1. NYMPHE .
Bergers, Nymphes, Chaſſeurs, qui
courez au hazard
GALANT. 175
où l'excés d'ardeur vous appelle,
Croyez- vous que l'Amour nepredra
point depart
Al'innocentplaifir d'une Chaffe fi
belle?
On doit à ce Chaffeurfaire un meil
leur
party,
Quand le Coeur qu'il pourfuit vient
fi-toft nous apprendre,
Qu'enfuyantil s'eft repenty
De ne s'eftrepas laisséprendre.
Un Concert de Theorbes,'
de Claveffins , de Baſſes de
Viole , & de Violons , acle
chant de ces.
compagna
Nymphes par plufieurs repriſes.
176 MERCVRE
XVIII. ENTREE.
Apres que ces Chants
furent finis , les Nymphes
fe.
retirerent
avec le Satyre au
fond du Theatre , qui s'ou
vrit au fon des Trompetes
& des Timbales , & fit voir
toute la Chaffe de Diane
dans la Plaine , éclairée par
un grand Palais lumineux
qui brilloit dans l'éloignement.
Cette belle Troupe
envirónée de plufieurs Gens
à cheval, s'avança , & monta
fur le Théatre dans l'ordre
qui fuit..
GALANT. 177
1
Dix Trompetes , & deux
Timbaliers , tous richement
veftus à la Grecque, & montez
fur des Chevaux blancs.
en Houffes d'or, marchoient
pompeufement en fonnant
une marche de triomphe,,
entremeflée de mille fanfares,
& d'une agreable fymphonie,
& allerent ſe perdre
dans les aîles du Théatre,
Une Meute de Chiens conpe
duite par des Chaſſeurs , ar-
ES
T
J
..
S
ta
riva au fon des Cors , & fit
la mefme marche que cette
Cavalerie. En fuite, quatre
Nymphes joüant de la Flûte.
178 MERCVRE
douce parurent de front . Le
Satyre fe mit au milieu , &
accompagna leur mélodie
de fon Violon. Les quatre
Nymphes qui eftoient déja
fur le Théatre , fuivirent ces
premieres dans le mefme ordre
, & s'eftant avancées
toutes jufques au bord du
Théatre , elles fe partagerent
des deux coftez , laiſſant
voir le fuperbe Char de
Diane, traîné par deux Cerfs ,
& entouré des Dryades , des
Chaffeurs , & des Bergers.
Ils prirent place ainfi que les
Nymphes fur les aîles du
GALANT. 179
Théatre. Les Satyres & les
Sauvages demeurerent derriere
le Char , ayant devant
eux quatre Hautbois qui répondoient
à la Symphonic
des Flûtes . On découvroit
dans la Plaine des Trompetes
, & des Timbales à
cheval , qui s'avançoient
avec les Arbres de la Perſpective
, joüant le meſme
Air que jouoient les autres.
Diane brilloit fur ce
magnifique Char au milieu
de toute cette Troupe
, ayant l'Amour à fes
pieds , & à fes coſtez deux
180 MERCVRE
de fes Nymphes. Si - toft
qu'elle en fut fortie , le Char
difparut , & cette Déeſſe ſe
trouvant au milieu de fes
deux Nymphes, dança avec
elles , pour marquer la joye
qu'elle recevoit de la préfence
d'une grande Reyne,
à qui elle donnoit le plaifir
de voir tout l'appareil de fa
Chaffe. Les Dryades jettoient
des Fleurs devant elle,
& tout le Théatre en refta
femé. Apres que Diane cut
finy fa dance , elle ſe retira
dans le fond avec fes Nymphes
; & les Flûtes , accomGALANT.
181
a
2
1-
1-
pagnées du Violon recommencerent
leur Symphonie,
à laquelle il fut répondu par
les Hautbois.
Pour MADAME LA PRINCESSE
DE HANOVER , repréfentant
DIANE.
Eft- ce Diane, ou bien la Reyne des
Amours,
Que l'on voit triompher au milieu
des plus belles?
C'est quelque chofe encor de plus
raviffant qu'elles,
Puis que c'est vous , Merveille de
nos jours.
▲ Diane , à Vénus , c'eft honneur,
+
ma Princeffe,
Lors que vous les représentez,
182 MERCVRE
Et que vousfurpaffez l'une &l'autre
Déeffe
Enfageffe, en mérite, en vertus ,
en beautez.
XIX. ENTREE.
L'Amour , repréſenté par
MilePrince Chriftian de Brunfvick,
dança un Ménüet au
fon des Violons , & fe retira
aupres de Diane.
XX. ENTREE.
Endimion entra par le
cofté droit du fond du Théatre,
& voyant
voyant Diane fi belle
aupres de l'Amour , fit connoiftre
par fa dance qu'il
GALANT. 183
eftoit charmé de fon mérite,
apres quoy il s'avança vers
cette Déeffe.
XXI. ENTREE.
Diane partit à l'abord
d'Endimion
, & commença
une Dance avec fes deux
Nymphes & les fix Dryades,
témoignant toutes enfemble
leur indiférence
pour
l'Amour , & leur extréme
joye de la préfence de la
Reyne .
XXII. ENTREE.
Un Prince d'Ibérie que
Aoust 1681. Q
184 MERCVRE
Mle Prince Frideric- Augufte
de Brunfvick repréfentoit, entra
dans ce mefme temps ,
pour prendre part à la Chaffe
de Diane, & fe réjouit, comme
tous les autres , de cette
illuftre Affemblée .
XXIII. ENTREE.
Un Païfan , qui eftoit le
S Femmes , admirant cet
Etranger , & le voyant dancer
avec tant de grace, tâcha
de le contrefaire , & réjouit
fort tous les Spectateurs
par fes poftures grotefques.
Apres cette Entrée, les VioGALANT.
185-
lons , les Flûtes douces , les
Hautbois , les Mufetes , les
Trompetes &Tymbales, dás
des diftances proportionnées
à la force de leur harmonie
, quelquefois enfemble,
& quelquefois par repriſes
, firent un rare con--
cert , tandis qu'un Feu d'ar
tifice fut allumé tout à coup
dans le milieu de la Plaine,
& par cent merveilleufes
figures en l'air , finit cette
Fefte d'une maniere auffi
furprenante qu'agreable.
Toutes les Lettres que j'ay:
yeuës d'Hanover
,marquent
,
Q ij .
186 MERCVRE
qu'encor que ce Balet promette
beaucoup fur le papier
, l'exécution y mefle des
agrémens, qu'unfimple récit
ne fçauroit faire comprendre.
Si Meffieurs les Princes
y ont paru avec beaucoup
de magnificence, & de bonne
grace , Madame la Princeffe
de Hanover y a efté admirée.
Quoy que ſa beauté
n'euft pas befoin d'eftre relevée
par l'éclat des Pierreries
, elle en avoit pour un
milion qui tiroient un nouveau
luftre de fa bonne
mine. Toute l'illuftre AffemGALANT.
187
blée qui eftoit alors à Hanover
, en devoit partir quel
ques jours apres pour fe rendre
à Zell, où l'on preparoit
auffi de grands Divertiffe .
mens. J'efpere qu'on voudra
bien me faire la grace de
m'en envoyer le détail. On
n'en peut attendre qu'un
fort grand plaifir , la Cour
de Zell eftant.rres -galante.
Je voudrois , Madame,
pour votre entiere fatis
faction, vous pouvoir fournir
les Notes de quelqu'un des
Airs qu'on a chantez au Balet
, dont je viens de vous
188 MERCVRES
marquer
toutes les Entrées.
A ce défaut
je vous envoye
des Paroles
fort agreables
qu'un habile Maiftre a miſes
en Air depuis peu de jours..
AIR NOUVEAU.
I je puis bannir de mon coeur
L'Ingrat qui caufe ma lan-
SU
gueur,
Qu'iln'esperejamais depart en ma ‹
tendreffe.
Que dis-je ? helas ,jefens qu'en cemoment
Mon foible coeur, qui pour luy s'in-.
téreffe,
Meferrompre monferment.
Vous ,eftes entrée dans le
e
HH
39
e,
nt :
iut:
er
Il
de
ra.
rai
A
d
GALANT. 189
fentiment de tout le monde,
fur ce qui regarde le galant :
Projet de Madame la Viguiere
d'Alby. Il ne peut
eſtre connu fans luy attirer
beaucoup de Difciples . Il
s'en offreun qu'il y a grande
apparence qu'elle acceptera..
La Lettre qui fuit vous fera
juger de fon mérite.
190 MERCVRE
SZESSZSSSE SSSSÉS
REPONSE DE MONSIEUR ***
A L'ILLUSTRE
MADAME DE SALIEZ,
VIGUIERE D'ALBY,
Sur fon Projet pour une nouvelle
Secte de Philofophes,
en faveur des Dames.
JEcommenceraymaLettrepar
les mefmes termes que vous
employez pour finir la voftre. Fe
croy, Madame و
que
Solon,
ny
aucun de ces Philofophes qui ont
travaillépour établir le repos des
Hommes n'ont jamais efté fi
fameux
GALANT. 191
fameux que vous le ferez un
jour , fi voftre Projet s'execute,
comme il y a beaucoup d'apparence.
En effet, il n'y a rien de
mieux imaginé que cette nouvelle
Secte. Les Loix en font
1
à
également agreables , & folides;
la fin en eft utile , & glorieufe .
Que je me tiendrois heureux,
Madame, puis que vous voulez
bien que noftre Sexe ait part
cet avantage , d'eftre du nombre
de vos Sectateurs ! Je le fuis
déja par inclination ; & comme
je cherche à vivre commodement
, vos regles s'accordentfort
avec mon humeur. Je vous,
Aouſt1681.
R
192 MERCVRE
grace
affure que fi vous me faites la
de me recevoir parmy vos
Difciples , j'écouteray vos Leçons
avec affiduité, & obferveray
toutes vos Maximes . Cependant
fi ce n'eft point eftre téméraire
que de donnerfon avis
fur lenom de voftre Secte, avant
qu'on y foit reçeu , je pense que
celuy des Immortels feroit convenable
à voftre idée , & que
voftre Devife ayant pour corps
la fleur de ce nom , & pour ame
ces mots à l'épreuve des
temps , feroit reçeuë de tout le
monde raifonnable. Car enfin,
Madame , il faut laiffer les Sots
I
و
GALANT. 193 .
dans leurs fotifes. Ils ne s'en
deferoient pas pour tout ce qu'on
leur diroit. Nous ne parlons que
des Sages , mais de ces Sagesfans
feverité , de ces Sçavans fans.
présomption , de ces Fuges fans
préoccupation , en un mot de ces
Esprits bien reglez , de l'un &
de l'autre Sexe. Ouy , Madame,
fans vous flater , vous relevez
5
infiniment le vostre ,
juftice, & la jalousie des Hommes
infenfez s'efforce encor aujourd'huy
d'abattre , mais fort
inutilement. Car fans citer icy
les Mufes , les Sybiles les Pref
treffes , les Veſtales , les Amaque
l'in-
R jj
194 MERCVRE
leurs
Rones , les Graces, & les Vertus,
qui prennent leurs noms ,
habits , & leurs manieres des
Femmes ( comme on le voit parmyles
Divinitezdu Paganisme)
ilfuffit de dire à voſtre avantage,
quefielles gouvernoient des Empires
, fi elles faifoient des Loix,
fielles préfidoient aux Confeils ,fi
elles conduifoient des Armées , fi
elles profeffoient les beaux Arts,
comme elles ont fait autrefois,
nous verrions une infinité d'Héroïnes
, & particulierement en
France , qui effaceroient , ou du
moins qui égaleroiet les Hommes
illuftres en toutes ces chofes. Ah,
GALANT. 195
S
en
Madame, que ceux qui feront
vos Difciples,auront à juste titre
ce beaufurnom , auffi- bien que`
celuy d'Immortels, inséparable
de l'autre ! Je ne crains point de
le dire hautement . Je souhaite
avec paffion l'honneur d'eftre de
voftre nouvelle Secte ; & comme
la brigue ne sçauroit avoir d'acaupres
de vous , je m'expoſe
à un refus . Cependant je vous
envoye mon Portrait au naturel.
Vous pouvez juger par luy s'il
doit eftre reçeu. Au reste , Ma
dame , je vous avoue de bonnefoy
que fi je n'ay pas expliqué
tous mes défauts , pay auſſi un
cés
Riij
196 MERCVRE
peu diminué de mes bonnes qualitez.
Comme la prudence en eft
une , elle m'engage à vous cacher
à préfent mon nom , pour m'épargner
la honte & la raillerie
que me cauferoit un refus ouvert.
Mercure, ou la Renommée, vous
apprendront bientoft qui je fuis,
fifur ce Portrait vous me croyez
digne de l'honneur ou je prétens.
LE PEINTRE DE SOY-MESME.
J
Efuis officieux fans intéreſt,
difcret fans peine , jaloux
fans envie , contrariantfans opiniâtreté
, curieux fans impru
dence , propre fans affectation,
GALANT. 197
libre fans libertinage , promp
fans me laiffer emporter à l'excés
de la colere , railleur fans eftre
médifant , flateurfansfourberie,
laborieux fans contrainte ,
amy, amant inconſtant & commode,
froid aux inconnus , ouvert
auxperſonnes queje connois,
bon
présomptueux par amuſement,
melancolique par temperament,
fage par nature, enjoüé par art,
malheureux par lafatalité de ma
deftinée, cependant heureux par
imagination , patient parpolitique,
Orateurpar hazard , Poëte
par caprice, Epicurien par exemple
, Autheur parcomplaisance,
R. iiij ·
198 MERCVRE
civil par
Aprobateur par raiſon, Cenfeur
par amitié , Comédien quand il
faut, c'eft à dire , ferieux , trifte,
ou gaydans les rencontres , reconnoiffant
par juſtice , libéral par
inclination, bon
habitude. Au reste j'ay plus de
mémoire queje n'en voudrois..
Fay mefme plus d'imagination
que de fçavoir , ce qui fait que je
me plainsfouvent de mon efprit,
jamais de mon coeur , où fi
j'eftois Stoïcien jeplacerois l'ame;
carfans vanité, jefuis tout coeur.
Pour l'autre qui est ma Perfonne
, à tout prendre engros,
je parois plusbeau que laid, e
GALANT. 199
que
de
plais davantage de loin
prés ; mais heureusement pour
moy, vous estimez peu la beauté
corps , & je trouve que vous
avez tres-grande raison de ne
point faire de cas d'une fleurfi
du
paffagere. La veritable Philo
fophie, oupour mieux dire, voſtre:
Secte, ne doit s'attacher qu'à la
beauté de l'esprit. Foſerois ajoûter
pour dernier trait à mon Tableau,
que je parle mieux que
je n'écris , t) que je fuis plus
que
des
aimé des neuf Soeurs
Graces. Enfin , Madame , je le
ferois des unes & des autres,
fi j'avois l'avantage de vous
200 MERCVRE
plaire , & fi vous me faifiez
Thonneur de m'admettre dans
voftre Académie , pour y apprendre
lefecret d'estre au deffus
des caprices de la fortune , de
l'envie , & de la médifance , &
éloi...
l'erreur
le bel art de vivre en repos,
gné des contraintes
, que
la coûtume ont établies dans
le monde , qui eftla fin de vostre
Secte incomparable, & celle que
je recherche avec empreſſement.
Si vous m'honorez
d'une réponſe,
je l'attendray par le Mer
cure Galant.
A Paris ce 18. Aouſt 1681.
Un Bouquet , envoyé à
GALANT. 201
une Belle le jour de fa Fefte,,
a donné occafion aux Vers
que vous allez voir. Une
Boete àmouches luy fut portée
dans une Corbeille, avec
un petit Miroir de vermeil
doré. Cette Deviſe ſe trouva
gravée fur la Boëte , Se rejoindre
ou mourir, & cette autre
fur le Miroir , La douceurm'attire.
Il n'eft pas difficile
de deviner quel eftoit le
corps de ces deux Deviſes ,
qui font fort connues dans le
monde . Le Laquais qui apporta
le Préfent , dit qu'il eftoit
envoyé de la part de trois
202 MEROVRE
Perfónes des meilleurs Amis
de cette Belle . C'eft là- deffus
qu'on a fait ces Vers. Voyez
fi l'Autheur vous en paroiftra
fincere.
T
Rois Amans, me dit- on , vous
ont avec chaleur
Envoyé des Préfens; l'un veut par
la douceur
Vous attirer à luy; l'autre veutfe
rejoindre;
De l'autreje nefçay fi la demande
eft moindre,
Mais apréfent, Iris , en les obfervant
tous,
Je trouve que tous trois s'aiment
autantque vous .
Pour moy,fans m'aveugler d'une
vaine manie,
GALANT. 203
Je mesure mon vol à mon petit
génie,
Et plusfage qu'eux trois , je me
connoisfibien,
Queje vous offre tout , &ne demande
rien.
Mille incidens finguliers
nous font tous les jours connoiftre
ce que peut l'amour,
quand il entreprend de réüffir
, mais je doute fort qu'il
ait jamais rien caufé de fi
furprenant que l'Avanture
dont je vay vous faire
Un Cavalier jeune & riche,
que quelques affaires avoient
appellé dans une des
plus confidérables
Villes du
part.
204 MERCVRE
yeux
Royaume , s'y promenant
un foir dans un Lieu public
avec une Dame de ſes Parentes,
jetta les d'affez
loin fur trois Perfonnes fort
propres, qui venoient à leur
rencontre, & qui en paſſant,
s'arrefterent un moment
pour demander à la Dame
ce qu'elle avoit fait depuis
quelques jours. L'une de
ces trois eftoit une Brune
de fort belle taille , ayant le
teint vif, des yeux noirs tout
pleins de feu, la bouche petite
, les dents d'une blancheur
furprenante, & je -neGALANT.
205
fçay- quoy de fi riant dans
tout le viſage , que les plus
indiférens s'en feroient laiffé
charmer
. La Dame, qui
eftoit de ſes Amies , la congratula
fur fon brillant , &
luy dit qu'on voyoit bien
que l'Amour luy - mefme
prenoit foin de fa beauté.
La Belle répondit avec ef
prit ; & apres l'adieu , le Cavalier
qui l'avoit fort obfervée
, demanda qui elle ef
toit. Il apprit de fa Parente,
qu'elle devoit époufer dans
fort peu de jours un Gentilhomme
de la mefme Ville,
206 MERCVRE
qui ayant paffé dix ou douze
années en Languedoc
, où il
avoit eu diférens Emplois
,
eftoit de retour depuis quelque
temps ; qu'elle avoit de
la naiſſance, du bien médiocrement
, mais beaucoup .
d'honnefteté
, & un agrément
d'humeur
qui furpaffoit
tous fes autres charmes.
Un quart -d'heure apres, les
mefmes Perfonnes
parurent
encor. On fit avec elles une
feconde converſation
; & le
Cavalier
, fans fçavoir pourquoy
, pria fa Parente en la
quitant,ede le- mener chez
GALANT. 207
la Belle. La Partie fe fit le
lendemain . Il vit cette charmante
Perfonne , & le tour
aifé de fon efprit luy plut
tellement , qu'il fentit un
trouble dont fa raifon ne
fut point maîtreffe . C'eltoit
un Gentilhomme bien fait,.
qui au fortir de l'Académie
avoit pris employ quand Sa
Majeſté déclara la guerre
aux Hollandois , & qui depuis
ce temps là n'avoit eu
de paffion que pout la gloire.
La Paix qui le mettoit
en état d'eftre fenfible à l'amour
, luy avoit déja infpiré
Aoust1681.
S
208 MERCVRE
quelque penfée de faire un
choix qui le fatisfiſt. Ainſi
voyant dans la Belle mille.
qualitez touchantes , il envia
malgré luy le bonheur de
fon Amant. Si les chofes
n'euffent pas efté ſi avancées
, il auroit pû ſe flater
d'obtenir la préference. Son
bien , l'ancienne nobleffe
de fa Maiſon , & le mérite
particulier de fa Perfonne,
avoient dequoy le faire écouter
par tout ; mais il ne
reftoit prefque plus de temps.
jufqu'au jour du Mariage ;
& ce qui fit fon plus grand
GALANT. 209
chagrin , l'Amant de la Belle
ayant paru , il vit entr'eux
de fi tendres marques de
correfpondance , qu'il defefpera
de pouvoir gagner
un coeur que l'amour avoit
touché. Cependant il fut fi
fort poffedé de fa paffion
naiffante, qu'il ne pût foufrir
le bonheur de fon Rival. Il
réſolut d'y apporter quelque
obftacle, & en cherchant les
moyens d'y réüffir, il ſe fouvint
du fejour que ce trop
heureux Amant avoit fait en
Languedoc . C'eftoit affez
pour faire trouver de lavray
-
Sij
210 MERCVRE
femblance dans ce qu'il ima
gina. Il écrivit un Billet fans
nom , & l'envoya par un
Inconnu chez le Pere de la
Belle . Ce Billet portoit qu'on
fe croyoit obligé de l'avertir
que celuy qu'il choififfoit
pour fon Gendre, eftoit marié
fecretement à Toulouſe,
& qu'il luy feroit aifé de le
découvrir , s'il prenoir du
temps pour s'en informer.
L'Amant qui vit le Billet,
protefta avec raifon que
c'eftoit une impofture , & il
le fit avec des fermens fi
perfuafifs , qu'on n'auroit
GALANT. 211
peut- eſtre pas diferé ſon Mariage
, fi le lendemain on
n'euft reçeu deux autres Billets
qui marquoient la meſ
me chofe . Ces avis réitérez
mirent le Beaupere en inquiétude.
Ils pouvoient ef
tre l'effet d'une jalouſie ſe--
crete, mais la prudence vous
loit qu'il ne les négligeaft
pas . Il confulta fes Amnis ;
& pour n'avoir rien à ſe re--
procher , il voulut attendre
à faire la Nôce qu'il fuſt
éclaircy de la verité. La
chofe eftoit jufte , & quelque
chagrin qu'en reçeuft
212 MERCVRE
l'Amant , il fut obligé d'y
confentir. Comme il n'avoit
point à craindre qu'on
puft prouver ce qui n'eftoit
pas , les affurances d'amour
que luy donoit tous les jours
la Belle , le confoloient du
retardement. Le Cavalier,
feignant d'entrer dans fes
intérefts , vint enfin à bout
de s'infinuer dans fon efprit.
Il le plaignoit de la calomnie,
& l'accompagnant quelquefois
chez la Maîtreffe,
il montroit tant de chaleur
à foûtenir fon party , que la
Belle mefme l'en eftima
GALANT. 2137
davantage . Il eftoit reçeu
comme Amy de fon Amant;
& s'il cherchoit à luy plaire
par l'agrément qu'il donnoit
à la converfation , il le gardoit
bien de luy rien dire
qui puft faire découvrir les
fentimens de fon coeur . Il
ne laiffoit pas de travailler
en fecret pour luy . Son Valet
de Chambre, Confident de
fon amour , avoit pratiqué
une Femme fort bien faite ,
qui eftant née à Toulouſe,
pouvoit le fervir utilement.
Il l'eftoit allé chercher à
vingt lieuës de là , & l'avoit
214 MERCVRE
fi bien inftruite, qu'il ne ref
toit plus qu'à la faire agir.
Elle eftoit hardie , avoit de
l'efprit , & l'argent qu'on luy
donnoit accommodant fes
affaires , on peut juger avec.
quelle ardeur elle s'acquita
du rôle qu'elle entreprit de
joüer . On luy fit d'abord
connoiftre l'Amant dont
elle devoit fe dire la Femme;
& quand elle eut bien examiné
tous fes traits , elle alla
trouver la Belle qu'elle en
tretint en particulier. La
trahifon de fon prétendu
Mary, qui les trompoit l'une
&
GALANT. 215
& l'autre, fournit un ample
fujet à la fauffe Hiftoire
qu'elle debita. Elle y joignit
des circonftances fr particulieres
& fi vray- femblables,
que la Belle , quoy que
prévenue d'amour, n'y trou
va rien de fufpect . Je ne vous
dis point ce qui fe paffa alors
dans fon coeur. Son jufte ref
fentiment contre un Perfide
quivouloit facrifier fa gloire
afa paffion , n'y laiſſa d'abord
entrer que
de colere & de
vangeance .
Rien ne luy fembloit
affez
cruel pour punir un Homme
Aoust 1681.
des
mouvemens
T
216 MERCVRE
qui avoit fi lâchement abuſé
de fa tendreffe; mais en mefme
temps qu'elle s'appreftoit
à le hair, elle eftoit comme
forcée d'écouter encor
l'Amour ; & fi elle s'eftimoit
heureuſe que les Billets qu'-
on avoit reçeus euffent retardé
fon Mariage , la rupture
qu'elle voyoit neceffaire
, ne laiffoit pas de la chagriner.
Tandis que toutes
Les deux fe plaignoient de
leur malheur, celuy qu'elles
en nommoient la caufe vint
rendre vifite à fon ordinaire,
& entra fans avertir au Lieu
GALANT. 217
la
reoù
elles eftoient. La Belle
éclata en le voyant . Il écouta
fes reproches, & n'y pouvant
rien comprendre , il
refta preſque immobile, ſans
faire autre chofe que
garder . La Languedocienne
voulant profiter de fa furpri
fe , luy dit que fon defordre
ne l'étonnoit point, & que la
trouvant où il ne l'attendoit
pas , il avoit fujet de demeu
rer interdit. Ces paroles le
mettant dans un nouvel em
barras, il demanda qui eftoit
la Dame , & ce fut alors
qu'elle commença la Scene
Tij
218 MERCVRE
qu'on luy avoit fait étudier.
Elle la joua d'une maniere
admirable , & les plaintes
qu'elle fit furent fi touchantes
, qu'elle cuft convaincu
les plus incrédules , de la perfidie
qu'elle fupofoit. LAmant
qui ne l'avoit jamais
veuë, luy parla d'abord fans
s'emporter ; mais l'effronterie
qu'elle eut de luy foûtenir
qu'elle eftoit la Femme,
ne luy laiffa plus garder
aucunes mefures. Il la traita
d'infenfée , & plus il offric
de prouver fon innocence,
moins la Belle crût qu'il fuſt
GALANT. 219
innocent. Son Pere furvint
pendant tout ce bruit . Il en
apprit le fujet, & une Femme
venue pour reclamer fon
Mary apres les avis reçeus
d'un Mariage fecret , ne le
laiffa plus douter que ces
avis ne fuffent finceres . Il
affura la Languedocienne
qu'il ne nuiroit point à fes
intéreſts , & prit fon party
contre l'Amant qu'il accabia
de reproches d'avoir
voulu époufer fa Fille , eftant
déja marié. Vous pouvez
vous figurer ce que répondit
l'Amant. Comme l'in-
T iij
220 MERCVRE
nocence donne de la ferme
té, il fe plaignit de ce qu'on
pouvoit le croire capable
d'une lâcheté fi criminelle ;
& regardant l'Inconnuë qui
continuoit à l'appeller fon
Mary , il la menaça des peines
dont fon impudence la
rendoit digne. Elle n'en fut
point déconcertée. Au contraire
faifant couler à propos
des larmes , elle fe jetta à ſes
pieds , & le conjura par le
tendre amour qu'il avoit eu
autrefois pour elle, de ne la
point obliger à recourir contre
luy à des voyes fâcheuſes.
GALANT. 221
Apres la dure réponſe que
luy attira cette priere , elle
fortit en difant que puis
qu'il vouloit la voir éclater,
elle alloit rendre fa honte
publique . Ses pleurs ayant
achevé de perfuader le Beaupere
& la Maîtreſſe , aucun
des deux ne voulut plus écouter
l'Amant. Le premier
luy défendit fa Mailon , &
réitera cette défenſe bien
plus fortement le lédemain,
quand on luy fignifia celle
d'achever le Mariage. C'eft
ce que portoit une Sentence
de l'Official, qui en mefme:
Tiiij.
222 MERCVRE
temps avoit permis à la Dame
de faire venir fes Té
moins de Languedoc . Ces
procédures , quoy que furprenantes
, alarmerent peu
I'Amant. La verité eft fi
forte, qu'il ne craignit point
que l'impofture en puft
triompher ; mais ce qui le
mit au defefpoir , ce fut de
fe voir banny de chez fa
Maîtreffe . S'il la fuivoit quelquefois
quand elle alloit à
l'Eglife, elle eftoit fi préve
nuë de la noirceur de fon
crime, qu'elle refufoit de luy
parler. Plein de ce chagrin ,
GALANT. 223
& cherchant la folitude , il
réfolut d'aller paffer quel.
ques jours à une Maiſon de
campagne qu'il avoit à quatre
lieues de la Ville, en attendant
les Témoins qu'on
luy devoit confronter . Le
Cavalier à qui il fit part de
ce deffein, comme à unAmy
qui le voyoit tres -fouvent,
trouva cette occafion fort
favorable pour venir à bout
de fon entrepriſe. Il donna
fes ordres, & les fit exécuter
fi heureusement , qu'on ne
fçeut rien de ce qui fut fait.
L'Amant approshoit du
7
224 MERCVRE
Lieu où il efperoit ſoulager
fes déplaifirs , lors que traverfant
un petit Bois , il vit
tout - à - coup fix Hommes
mafquez qui vinrent à luy,
& qui l'arrefterent. Il les prit
pour des Voleurs, & le nombre
luy oftant les moyens
de fe défendre , il crût qu'il
en feroit quite pour donner
fa Bource , mais ce n'eftoit
pas ce qu'on vouloit . On le
fit defcendre de cheval , &
apres luy avoir dit qu'on ne
faifoit rien qui ne duft tourner
à fon avantage , on le
mena à cent pas de là , où il
GALANT 225
trouva un Carroffe à fix Chevaux.
On le fit entrer dedans
. Trois des fix Hommes
mafquez , dont Fun Iay banda
les yeux , prirent place
aupres de luy, & les trois autres
fervirent d'escorte. On
marcha toute la nuit , & le
jour eftoit déja affez avancé,
quand il s'apperçeut que le
Carroffe paffoit fur une maniere
de Pont- levis . On l'en
fit defcendre un moment
apres , & il fut conduit dans
une Chambre fort propre,
où deux Hommes deftinez
à le fervir , luy ofterent fon
226 MERCVRE
Bandeau. La beauté du Lieu,
& la bonne chere qu'on luy
fit , furent incapables de le
confoler. Il demandoit à
toute heure ce qu'on prétendoit
de luy , & enfin on
luy donna ce Billet d'une
écriture de Femme.
L'amourquej'ayprispour vous
n'a pu foufrir voftre Mariage.
Vous en pouvez connoiftre la
force par tout ce qu'il m'a fait
faire pour empefcher qu'il ne
s'achevaft . La Languedocienne
eftoit un perfonnage trop fort
pour le pouvoir foûtenir longtemps.
Dispensez-moy de vous
GALANT. 227
que
apprendre`mon nom , jusqu'à ce
que vostre coeurfe foit confulté
pour moy. Jefuis plus belle
laide , affez jeune encor pour
plaire à beaucoup de Gens ; &
pour vousfaire oublier les ennuis
queje vous cause, j'ay cent mille
Ecus dont il ne tiendra qu'à
vous que vous nefoyezle maître.
Si cela vous accommode , vous
me connoistrez quand il vous
plaira
Cette bizarre avanture
luy fit prendre patience . Il
répondit qu'on pouvoit le
renvoyer dés ce moment,
puis qu'il n'aimeroit jamais
228 MERCVRE
que
la Perfonne qu'on prétendoit
luy faire trahir ; mais
fa déclaration ne le remit
point en liberté. Cependant
comme on ne pût découvrir
ce qu'il eftoit devenu , on
ne douta point qu'il n'euft
pris la fuite. Ce fut la conviction
de fon Mariage avec
la Languedocienne
. Auffi
dit-elle par tout qu'elle n'avoit
plus befoin de faire ouir
des Témoins. Elle demeura
encor un moisfeignant toûjours
de l'attendre , & s'en
retourna fort fatisfaite des
Préfens du Cavalier. Il n'aGALANT.
229
voit rien oublié pendant
tout ce temps de ce qui pouvoit
contribuer à luy acquerir
le coeur de la Belle. Il
avoit rendu des foins , marqué
de fort grandes complaifances;
& quand il l'eut
veuë tout- à -fait perfuadée
que fon Amant eftoit marié,
il demanda à remplir ſa place
, & n'eut pas de peine
l'obtenir. Le Mariage ſe fit
avec l'applaudiffement de
toute la Ville , & jamais Amans
ne furent fi fatisfaits.
La Belle avoit tant de lieu
d'oublier celuy qui avoit cau
230
MERCVRE
fé fa premiere paſſion, que
le Cavalier ne s'apperçeut
point qu'elle cuft eu pour
luy que de l'eftime. Comme
il luy parut qu'il feroit fufpect
s'il le faifoit délivrer
trop toft, il le laiffa encor prifonnier
plus de deux mois ,
apres lefquels il le fit remettre
dans le mefme lieu où on
l'avoit pris. On obferva pour
cela les cerémonies de l'enlevement
, & il y fut ramené
fans qu'il puft fçavoir d'où
il revenoit. Les cent mille
Ecus qu'on l'avoit cent fois
preffé d'accepter,luy avoient
GALANT. 231
fait croire qu'il eftoit aimé
de quelque Folle dont tout le
mérite eftoit en argent ; & le
refus qu'il en avoit fait eftant
une forte preuve de fon
amour , il eſpéroit en tirer de
grands avantages, quand on
luy apprit que fa Maiſtreſſe
eftoit mariée. Il courut chez
elle tout défefperé, & on l'y
reçeut fi froidement, que ce
fut pour luy un nouveau fu
plicé. Il eut beau dire qu'il
s'eftoit toûjours cófervépour
elle. On luy répódit que pour *
fon honneur il devoit continuer
à nier fon Marjage, qu'il
Aoust 1681r V.
232 MERCVRE
n'avoit paru que lors que
les
chofes
n'eftoient
plus
au mef- me
état
, & que
fa fuite
avoit trop
fait
voir
que
les
Témoins
de Toulouſe n'euffent
rien dit à ſon
avantage. Le
Cavalier qui pour s'empef
cher d'eftre
foupçonné, vouloit
paroiftre
toûjours
de fes
Amis , s'excufoit aupres de
luy fur cette fuite apparente
,
& quand il parloit de la pri
fon , on donnoit
le nom de
Fable à cette Avanture, fans
que perfonne
puft croire ce
qu'il contoit de l'enlevemét
.
Il demanda que l'on fift pa
GALANT. 233
roiftre la
Languedocienne,
& que ces Témoins luy fuffent
produits. Tout cela ne
perfuada rien davantage . On
n'avoit plus d'intéreſt à é
claircir cette affaire , & les
pourſuites ceffées ne faifoient
pas voir qu'il ne fuft
point marié. Ses meilleurs
A mis ne fçavoient eux - mef
mes que s'imaginer des fer--
mens qu'il leur faifoit , tant
apparences luy eftoient
contraires. Jamais Homme
n'eut tant de lieu de fe plaindre
de fa malheureufe deftinée.
Il foufroit dans les deux
les
3
Vij
234 MERCVRE
chofes qui luy pouvoient
eftre les plus fenfibles ; & fi
la perte de fa Maiftreffe rendoit
fon amour inconteftable
, fa gloire eftoit outragée
au dernier point par l'injufte
croyance qu'on avoit qu'il
fuft de mauvaiſe foy . Cet
accablement luy donna un
tel dégouft pour le monde ,
qu'il réfolut de l'abandonner.
Il demanda à eftre reçeu
dans un Convent des plus
Réformez , & par un nouveau
malheur , il vit fes def
feins renverſez encor de ce
coíté- là. On luy dit qu'on
GALANT 235
vouloit croire que la Dame
qui l'eftoit venuepourſuivre,
auroit peine à juſtifier ſon
Mariage ; mais qu'apres ce
qui eftoit arrivé , il ne pouvoit
difpofer de fa perfonne,
qu'il n'euft fait lever l'oppofition
qu'elle avoit formée.
Rien ne luy parut fi cruel
que ce refus. Il n'avoit à ef
'
perer aucun bonheur dans le
monde , & il fe trouvoit dans
l'impoffibilité d'y renoncer.
Chagrin , abatu , & n'ayant
Fefprit remply que de fes
malheurs , il fe préparoit à
un Voyage de Rome , lors
236 MERCVRE
qu'il les vit terminez par
le mefme Cavalier qui l'avoit
réduit en ce trifte état.
A peine eut- il efté marié fix
mois,qu'il tomba malade, &
fi dangereusement , que les
Medecins ayant délefperé
de fa vic , on fut obligé de
l'avertir de mettre ordre à
fes affaires. Il fit auffitoft
venir cet Amant infortune,
& devant plufieurs Témoins
il déclara ce qu'il avoit fait
pour fe rendre heureux à fon
préjudice, conjurant fa Femme
de luy redonner toute fa
tendreffe , & de l'époufer
GALANT. 237
apres la mort , puis que fa fi
delité l'en rendoit fi digne.
Il mourut le lendemain , &
laiffa l'Amant dans de grandesefpérances.
Comme il a
permiffion de revoir l'aimable
Veuve , on ne doute point
que quand le deüil fera expiré
, elle ne confente avec
plaifir à luy tenir compte de
ce que l'amour luy a fait fou
frir pour elle.
Jamais les grands biens
ne font mieux gouftez , que .
quand noftre mauvaiſe fortune
nous en a privez longtemps.
Pour bien connoiftre
238 MERCVRE
.
2
quelle eft la douceur de la
liberté , il faut avoir éprou
vé les rigueurs de l'Efcla
vage. Les Captifs que les
Peres de la Mercy ont rache
tez depuis peu , pourroient
nous en dire des nouvelles
Les Proceffions publiques
où ils ont paru fur la fin du
dernier mois , nous les ont
fait voir f contens de leur
retour, qu'il eftoit facile de
juger que le plaifir d'eftre
libres leur tenoit lieu de la
plus haute fortune . Les Peres
que la Congrégation de Paris
, & les Provinces de
Guyenne
GALANT. 239
y
Guyenne & de Languedoc,
avoient nommez pour
aller aux Royaumes de
Fez & de Maroc , s'eftoient
embarquez à Marſeille au
mois d'Octobre dernier , avec
le Paffeport que Sa Ma
jefté leur avoit donné. Ils
arriverent apres avoir effuyé
beaucoup de dangers , & fair
plufieurs pertes, & racheterent
78 Eſclaves pendant les
mois de Fevrier & de Mars,
une partie du Roy de Fez
dans la Ville de Miguenez,
& l'autre partie du Gouverneur
de Salé, & de quelques
Aoust 1681.
X
240 MERCVRE
Patrons de la meſme Ville .
Its fe rendirent en fuite à
Toutouan , Ville éloignée de
cinquante lieues de Migue
nez , & y racheterent encor
un fort grand nombre d'Efclaves
, du Gouverneur , &
des autres Turcs . Le Roy
de Fez avoit confenty qu'ils
fuffent exemts des droits de
fortie , eux & les Chreftiens
30 14
90
rachetez . Cependant l'Alcaïde
, ou Gouverneur de
Toutoüan , qui eſt une Ville
maritime , fituée aupres du
Détroit de Gibraltar , dans
le voisinage de Ceute & de
GALANT. 241
£
n
Tanger, fremprifonner ces
Peres avec tous ces Malheureux
, & les contraignit par
fes mauvais traitemens de
luy payer pour chacun 26.
Piaftres, ou Patagons, valant
38un Ecu. Apres avoir cedé
à la force , ils mirent à la
Voile le 12. de May, & arriverent
bientoft à la Cofte
d'Eſpagne, au Royaume de
Grenade , d'où s'eſtant rendus
à la Rade de Marſeille
le 26. du meſme mois , apres
la quarantaine moderée à
quinze jours , ils curent permiffion
d'entrer dans la
X ij
242 MERCVRE
que ,
Ville, & dans celles de Toulon,
& d'Aix Capitale de Provence.
Ils firent des Procef
fions dans cette derniere
avec beaucoup de folemni
té. M' le Cardinal de Gri
maldi qui en eſt Archevel
& M. le Premier Prés
fident du Parlement de cette
Province, furent fort édifiez
de voir cette Troupe de zélez
Chreftiens rendre mille
graces auxReligieux qui leur
avoient procuré la liberté.
Apres que ce Cardinal leur
eut donné la Benédiction, ils
allerent tous à Avignon , où
GALANT 243
ceux qui eftoient de Languedoc
, de Guyenne , & de
Xaintonge, prirent la route
de leur Province . Les autres
furent amenez à Paris , &
s'eftant rendus aux Jacobins
de la Rue S. Jacques, tous les
Religieux de l'Ordre de la
Mercy allerent les y recevoir
, & les conduifirent en
l'Eglife de Noftre Dame.
Les trois jours fuivans, ils ont
efté en Proceffion , accompagnez
des Trompetes de
la Ville, dans les Eglifes de
S. Sulpice, de S Roch , & de
S. Paul. On les y reçeut
*
x iij
244 MERCVRE
avec beaucoup de cerémonic,
Chacun d'eux tenoit'
une Chaîne, dont les bouts
eftoient portez de chaque
cofté par des Enfans habil
lez en Anges. Le Pere Ale
xis du Buc Théatin , les pré
cha , dans S Sulpice ; M
L'Abbé de Labadie , à Saint
Roch ; & M. l'Abbé de Breteville,
dans l'Egliſe de Saint
Paul. Monfieur le Duc de
Chartres
les fit entrer au Pa-
Jais Royal , lors que la Proceffion
paffa devant la Porte,
& Madame de Guife les fit
auffi venir dans fon Hôtel,
GALANT 245
On les mena à Versailles , où
le Pere Vicaire General de
la Mercy les préfenta à Leurs
Majeftez. Ils furent fervis
pendant cinq jours par ce
mefme Pere , par le Commandeur
( c'eft à dire Prieur)
& par plufieurs Gentilshom
mes. Ces Peres doivent
encorvingt deux mille Ecus,
qui leur ont efté preftez par
un Marchand Arménien ,
qui eft venu en leur compagnie
de Toutoüan à Marfeille
, pour recevoir le payement
& les intérefts de cetre
fomme. I reft dans les
X iiij
246 MERCVRE
Villes de Fez , Maroc , Salé,
& Toutoüan , un tres grand
nombre d'Esclaves fort maltraitez
, & en danger de renier
leur Foy , fi on les laiffe
longtemps dans le malheu
reux état où ils fe trouvent.
Ceux quife voyent en pouvoir
de les fecourir par leurs
charitez , n'en fçauroiét faire
qui foient fi utiles. On doit
beaucoup aux Religieux de
la Mercy , qui pour les tirer
des fers, vont tous les jours
expofer leurvie. Auffi peut
on dire que leur Inſtitution
eft une chofe qui tient du
T
GALANT 247
Miracle. Dans la mefme
nuit S. Raimond de Ro
chefort , Jacques Roy d'Arragon
, & Pierre Nolaf
que,Gentilhomme François,
qui vivant tres- faintement
prit le premier l'Habit de
cet Ordre , crûrent voir la
Vierge en fonge , & furent
tous trois infpirez de l'établir.
Le Roy ayant raconté
le lendemain l'apparition
qu'il avoit euë , fut fort fur
pris quand les deux autres
luy dirent qu'ils en avoient
eu une femblable. Ce rapport
de fonges ne le laia
248 MERCVRE
point douter que Dieu ne .
vouluft qu'il inftituaft cet
Ordre. Il fit venir auffitoft
l'Evefque de Barcelone
, affembla fon Confeil
, la Nobleffe, & les Principaux
de la Ville , & toutes
chofes ayant efté préparées
pour le fonder , il le fonda
en effet le 10. d'Aouft jour
de St Laurens , l'an 1218.
fous le Nom & Invocation
de Noftre- Dame de la Mercy,
Rédemption des Captifs.
La Reyne fa Mere fut furnommée
Marie la Sainte.
Elle eftoit Fille & Heritiere
GALANT 249
du Comte de Montpellier,
& fes larmes obtinrent du
Ciel ce Fils qui eft mort en)
ødeur de Sainteté. Il ne
faut pas s'étonner s'il mena
une vie toute exemplaire.
Nous ne liſons point d'Hiftoires
qui ne faffent foy, que
tous les Enfans donnez de
Dieu aux prieres de leurs
Meres , ſe ſont toûjours dif
tinguez par leur pieté & par
leur valeur. Si vous aviez
déja fçeu que ce Jacques
d'Arragona eſté l'Inſtituteur
de l'Ordre de la Mercy, vous
ne pouvez ignorer que c'eft
250 MERCVRE
un Ordre de Chevalerie. Les
Roys , & les Princes Souverains,
n'en ont jamais étably
que de Militaires , &
d'ailleurs celuy cy a une
fonction externe, qui eft de
racheter les Captifs , en faveur
defquels il eft nommé
Ordre Militaire , & de Chevalerie.
Auffi lors qu'il fut
inftitué, on fit deux fortes de
Religieux . Les uns furent
appellez ChevaliersLaïques,
& les autres Chevaliers Prêtres
; ceux cy pour les exer
cices de la vie active , & ceux
pour S'attacher à la vie là
GALANT. 251
contemplative. Ileft aisé de
juger que le nombre des Religieux
Preftres eftoit auffi
grand que celuy des Freres
Séculiers, puis qu'autrement
il n'eut pasefté en leur pouvoir
de s'acquiter du fervice.
L'Ordre ayant eſté ainſi divifé
dans fon origine en Freres
ou Chevaliers Laïques,
& en Freres ou Chevaliers
Preftres , ils partagerent
entr'eux
les Offices & les Charges
, fuivant la conformité
qu'elles avoient avec leur
condition , mais comme le
temps change toutes chofes,
252 MERCVRE
ils ne conferverent des FreresLaïques
que pendant un
fiecle, ou peu d'années davantage.
On ne doit pas
conclure de là que l'Ordre
de la Mercy n'eft plus Milistaire.
Ceft un Titre d'honneur
qui ne luy peut eftre
-conteſté , non feulement
pour avoir efté inftituéstel,
mais parce que l'exercice en
faveur duquel il a mérité
qu'on l'appellaft Ordre Militaire,
qui eft la Rédemption
des Captifs luy demeure encor,
& qu'il en eft en poffeffion
depuis plus de quatre
GALANT 253
cens foixante ans , pendant
lefquels il n'a jamais difcontinué
de faire les fonctions
2 pour lesquelles le Roy d'Arragon
l'a étably , & c'eſt par
cette railon qu'encòr aujourd'huy
dans chaque Convent
de cet Ordré , on donne au
Prieur le titre de Commandear.
Plufieurs Autheurs
ont parlé de cette Chevalerie
Anoul Ruion , Livre 1 .
Chap. 86. de fon Arbre de
Vie, dit . Après les Chevaliers
ad'Alcantara viennent ceux de la
Mercy ; & dans un autre en-
97 droit de de mefrie Livre,
+
254 MERCVRE
ཏོ,ནི
Frere S Raimond Nonnant,
Chevalier de l'Ordre de la
Mercy de la Rédemption des
Captifs , fut fait Cardinal du
titre de S.Euftache , par Gregoire
IX. M: du Béloy , Avocat
General au Parlement de
Toulouſe , en fon Livre de
l'Inftitution de la Chevalerie
Chapitre 18. apres avoir raporté
tout ce qui regarde la
fonction de cet Ordre, ajoûte
ces mots , Les Chevaliers
de l'Ordre de la Mercy ont fait
de tres - grands fervices à la
Chrestiente, ont laiffé des
exemples admirables de leur cha
GALANT. 255
tite. Plufieurs Papes leur
ont accordé des Privileges
fort confidérables , & Gregoire
IX. Clement VIII . Calixte
III. & Paul V. ont tous
reconnu que le deffein de
feur établiffement avoit efté
infpiré de Dieu. Outre les
Voeux ordinaires d'obédien
ce, de pauvreté , & de chafteté,
ils en font un quatriéme,
qui eft de fe donner eux.
melines pour racheter un
Captif, en qui ils connof
troient affez de foibleffe
pour renier fa Foy fi on le
Taiffoit Efclave ; & cela , lors
Aoust1681.
Y
256 MERCVRE
•
que les deniers ne fuffifent
pas pour tirer des Fers tous
ceux qu'ils y trouvent.
Les Religieux qui demeurent
en oftage font fouvent
maltraitez, & quelquefois
mefine ils endurent le
Martyre , quand les accidens
ou les Naufrages empeſchent
l'argent d'arriver à
jour nommé. On les fait
paffer alors pour des trompeurs
, & des efpions , &vil
n'eft point de tourmens
qu'on ne leur falle foufrir.
Depuis que cet Ordre a efté
fondé , on compte pres de
67
GALANT. 257
trente mille Efclaves rachetez
par les Peres de la Mercy
François & Efpagnols , fans
vingt- fix Voyages que ces
mefmesPeres ont fait inutilement
, par le malheur qu'ils
ont eu d'eftre volez en chemin.
C'eft un péril que va
épargner à beaucoup de
Gens l'heureuſe commodité
du Canal de Languedoc . M
Pech, dont vous avez déja
veu un Sonnet, fur ce merveilleux
Ouvrage a fait
encor celuy- cy.
w amath ....
A
Y ij
258 MERCVRE
AU ROY,
Sur la Jonction des Mers.
G
Rand & fameux Vainqueur,
dont la vertu guerriere
Faitfentir en tous lieux laforce de
ton Bras,
Et qui feul foûtenant le poids de
tes Etats,
Par ta main triomphante en étend
la Frontiere.
SZ
L'Ennemyfurmonté perd fon humeur
altière ,
Tout cede à ta valeur, tout tremble
fous tes pas,.
Etfage en tes Confeils, vaillant dans
tes Combats,
De prodiges divers tu remplis ta
curriere.
GALANT. 259
25
Maintenant tufoumets Neptune à
ton pouvoir,
Et rangeant les deux Mers fous un
jufte devoir,
Tu joints à l'Ocean l'un & l'autre .
Bosphore.
S2
Ondes, qui vous roulez dans ces
nouveaux détroits,
Allezfatre fçavoir du Couchant
l'Aurore,
Que la Terre&la Mer ont reconny
fes Loix.
Vous vous plaignez qué
je ne vous fais plus voir de
Médailles. J'en ay cherché
pour vous fatisfaire , & je
vous en envoye une de Mon260
MERCVRE
fieur. Il y a plus d'un an
que vous m'en demandez
de ce Prince. La Grenade
que vous trouverez dans le
Revers , fait du bruit depuis
longtemps , & chacun fçait
qu'on dit d'elle , Alter poft
fulmina terror. La Grenade
eft le plus redoutable Foudre
de guerre apres le Canon ,
Comme Monfieureft le premier
qu'on doit craindre, &
refpecterapres le Roy, ha
Naiffance luy donnez cet
avantage, la fermeté de fon
coeur ne le diftingue pas
moins parmy les plus vail
fifa
GALANT. 261
lans Capitaines. La Bataille
de Caffel en peut faire foy.
On fçait quelle fut la réfo
lution à l'entreprendre , &
avec quelle préfence d'efprit
il donna toûjours l'exemple
dans cet important
Combat. On luy voyoit auffi
peu d'émotion , que fi chaque
mois de fa vie euft efté
marqué par une Bataille . Il
x
regardoit le péril fans le
moindre étonnement; & fon
intrépidité animant tous les
Soldats , faifoit avancer les
plus timides.
La pieté de ce Prince n'eft
262 MERCVRE
pas moins confidérable que
Les autres qualitez. Il la fit
encor paroiftre le Vendredy
de 15. ce mois, Fefte de l'Af
fomption , dans l'Eglife des
Carmes des Baffes - Loges,
pres Fontainebleau . Apres
y avoir fait fes devotions , il
entendit la Grand' Meffe
chantée par les Religieux.
Le lendemain , Fefte de
S. Roch, la Reyne aſſiſta au
Salut dans le mefme Lieu.
Ce n'eftoit autrefois qu'une
Chapelle, que la feue Reyne
Mere avoit choifie , pour y
faire fes devotions ordinai .
res,
GALANT. 263
res, quand Sa Majeſté eftoit
à Fontainebleau
, & le Roy
voulant feconder les pieufes
intentions de cette Princef
fe , fit bâtir l'Eglife des Baffes-
Loges en 1661. pour rendre
graces à Dieu de l'heu
reuſe naiffance de Monfeigneur
le Dauphin. Ces Baffes
- Loges ne font qu'un
Hofpice dépendant du Convent
des Carmes des Billetes
de Paris, qui font de la Proyince
nommée de Touraine,
& d'une Réforme particu
liere , diftincte des autres
Provinces des Carmes , pag
Aoust 1681.
Ꮓ
264 MERCVRE
b
des Conftitutions Apoftoliques,
& par des Lettres Patentes
du Roy. Cette Réforme
a commencé environ
dix-huit ans apres la
mort de Sainte Thérefe,
dans le Convent des Carmes
de Rennes.
Je n'ay point efté trompé
dans l'efpérance que j'avois
eue qu'on voudroit bien
me faire la grace de conti .
nuer à me faire part des
Nouvelles d'Angleterre . La
mefme Perfonne qui s'ef
tant trouvée préſente à l'Exécution
de l'Archevefque
GALANT. 265
d'Armagh, & de Fits - Harris ,
m'en a écrit fi exactement
les circonftances , a eu le
foin de m'apprendre ce qui
s'eft paffé depuis ce tempsla.
Voicy fa Lettre.
$225S25552 SSSS25
A Londres ce 12. Aouſt 1681 .
] E vous ay déja dit en vous
envoyant
mes premiers Mémoires
, que je me fervirois
du
Stile nouveau , c'est à dire du
Calendrier
François
. Vous vous
en fouviendrez
, s'il vous plaift,
afin que je n'aye plus à vous
8
Z ij
266 MERCVRE
avertir de la mefme choſe. Je
ne vous diray point préfente
ment d'où vient la diférence des
dates de ce Royaume , réſervant
cela , lors que je vous parleray
des diverfes Religions quiyfont
tolérées , & qu'on y exerce publiquement
, de leurs maximes,
des diferentes cerémonies qui
s'obfervent dans les unes dans
les autres . Je m'attacherayfeulement
à la fuite de l'affaire de
Fits-Harris, qui futjugé comme
vous fçavez, le Jendy 19. Juin
dernier. Comme dans l'inftrution
defon Procés, lors qu'il
comparut aux Afifes, on avança
GALANT 267
*
que Mylord Hovvard eſtois
Autheur du Libelle contre le
Roy , Sa Majesté l'ayant fçeu,
jugea à propos de le faire arrefter.
Elle en donna l'ordre, & le
Samedy 21. du mefme mois ,fur
les deux heures , un Meffager
du Banc du Roy l'ayant montré
au Mylord qu'il alla trouver
chez luy, le conduisit à la Tour,
`accompagné de quelques Gardes
à pied du Roy, & en laiffa
un qui doit le garder à venë.
C'est ce qui fe pratique toûjours
à l'égard de ceux qu'on mene à
ta Tour. Le Garde eft payé aux
defpens du Prifonnier, & chacun
Z iij
268 MERCVRE
na
des Prifonniers a un petit Logis
à part, où fes Domestiques ont
Libre entrée. On tient que le crime
de Mylord Hovvard n'eft
autre que d'eftre Autheur du
Libelle pour lequel Fits- Harris
efté executé. Cette accufation
s'examinera dans la fuite , &
peut- eftre avec l'affaire de Mylord
Shaftsbury, on découvrira
ce Plot ou Confpiration dont
on parle depuis fi longtemps. Je
vous en promets l'Hiftoire entiere
dans l'autre mois . Je vous
dirty cependant que l'exécution
de Fits- Harris s'eftant faite le
Vendredy . de Juillet , le Roy
1.
GALANT. 269
qui eftoit alors à Windſor , n'en
eut pas plutoft appris la nouvelle,
qu'il donna les ordres pour que
fes Carroffes & Gardes fuffent
prests le lendemain Samedy à
trois heures du matin , pour aller
a Hamptoncourt, autre Maiſon
de plaifance qu'il a fur le bord
de la Tamife, entre Londres &
Windfor. Cela n'eftcitpoint extraordinaire,
Sa Majestéfaifant
Jouvent de pareils voyages, &
de femblables heures . Tous les
Feudis mefme, Elle y vient tenir
Confeil. Il eft oray que quand il
falur prendre le chemin d'Hamptoncourt
, & quiser celuy de
Z iiij
270 MERCVRE
Londres , le Roy fit continuerfa
route, & on connut qu'effective ,
ment il alloit à Witheal. Il
འ
arriva le matin fur les fix heures,
& apres avoir fait venir
Mylord Chancelier, appeller
fon Confeil qui s'affembla auffitoft,
il envoya un Meſſager &
un Garde, pour luy amener My
lordShaftfoury Vous obferverez
que ce Mylordfutfait Secretaire
d'Etat de Cromvvel, dont il
eftoit Créature , dans les Révolutions
de ce Royaume . Le Roy
dansfon rétabliſſement crût qu'il
devoit le gagner, parce qu'il ef
toit fort aimé des Peuples , &
GALANT. 271
que
qu'il enfçavoit lefort & le foi
ble. Ce fut pour cela qu'il le
fit Mylord , qui eft une tresgrande
qualité. Il a esté fort
longtemps de fon Confeil ,
Sa Majesté ayant euſes raisons
pour l'en exclure , on croit
regardant cette excluſion comme
une injure, il a voulu s'en vanger,
enfe rendant Chefdes Pref
bytériens , & des Parlementai
res, & que dans la pensée de
foulever encor les Peuples contre
leur Roy, il eft l'Autheur des
defordres des deux derniers Parlemens.
C'est ce que porte les
Chefs d'accufation que vous al
272 MERCVRE
lez voir. Le Meffager & le
Garde estant entrez dans fa
Chambre , le trouverent encor
couché , & luy dirent qu'ils avoient
ordre de le mener au Confeil.
Il répondit à cela , qu'il
fçavoit bien que le Roy ne
pouvoit fe paffer de fa préfence
, & commanda affiroft
qu'on luy tinft preft un Carroffe
. Quand il fut forty de fa
Chambre , un autre Meffager
yfcella deux Caffetes , qui fu
rent en fuite apportées au Roy.
Sa Majesté le voyant , luy dit.
Mylord que j'ay fait , ( c'eft
dinfi que le Roy parle aux MyGALANT.
273
lords, parce que Mylord veut
dire Monfeigneur, ) je m'eſtois
toûjours imaginé que vous
m'eftiez un bon Serviteur &
un fidelle Sujet , cependant
voftre conduite & vos actions
ne répondent point
aux fentimens que j'ay cus
de vous. Tant de Gens m'af
furent qu'elles font entierement
contre mon fervice,
que j'ay efté forcé de vous,
envoyer querir , afin d'en
connoiftre la verité. Apres
qu'il eut répondus pour fe défendre,
le Confeil ayant efté affemblé,
on l'interrogea devant le
274 MEROVRE
Roy fur les Crimes fuivans.
D'avoir efté l'Autheur &
l'Inventeur de l'exclufion
de M. le Duc d'York.Pop
Qu'il falloit que le Roy
fignaſt que d'oreinavant les
Gouverneurs des Villes, Ci
tadelles , & Forts , les Genéraux,
Lieutenans Genéraux,
Capitaines , & autres Offi
ciers d'Armée, tant fur mer
que fur terre, feroient nommez
par le Parlement.
Que tous les payemens
des Apointemens & Gages
defdits Gouverneurs & Officiers
, ferojent faits par des
GALANT. 275
Tréforiers nommez auffi par
le Parlement, entre les mains
deſquels le Roy feroit obligé
de mettre les fommes neceffaires
, ou qu'elles feroient
prifes fur les Revenus par
lefdits Tréforiers , qui en
donneroient Quitance aux
Receveurs des Droits de Sa
Majefté.
Qu'en cas que le Roy ne
vouluft pas figner ces Articles
, il falloit fe faifir de fa
Perfonne.
D'avoir fufcité des Té
moins, & de les avoir payez
pour dépofer faux contre le
276 MERCVRE
feu Vicomte de Stafford ,
execute depuis quelques
mois à Londres , pour eftre
Catholique Romain .
Ces Crimes , dont il y avoit
des preuves tres -fortes , parurent
d'une fi grande importance au
Roya fon Confeil, qu'apres
l'Interrogatoire de ce Mylord,
le Roy luy dit qu'il falloit aller
à la Tour, afin qu'on puft s'éclaircir
de toutes ces chofes . Ily
fut conduit par eau, & l'on remarqua
qu'on l'y fit entrer par
la Porte de fer. C'eft la Porte
par laquelle ont accoûtumé d'entrer
les grands Criminels, contre
GALANT. 277
qui les preuves font extraordinairement
fortes, & pour lef
quels il y a peu d'efperance
de
falut. On ne doute point qu'on
ne découvre l'origine & les Au
theurs de l'Hiftoire
de la Conf
piration qui a fait tant de bruit,
& quifont ceux qui ont affaffiné
le Chevalier
Godfrey Juge à
Paix. Si-toft que l'on fçeut que
Mylord Shaftsbury
eftoit arrefté,
les Quatre - vingts s'affemblechez
MylordMaire, & réfolurent
qu'on feroit une Adreſſe
au Roy & à fon Confeil , pour
juftifier la conduite de ce nouveau
Prifonnier; Qu'en cas que le
278 MERCVRE
Roy ne vouluſt pas ordennerfa
"liberté, on donneroit Caution de
le préfenter aux premieres Affifes
, pour cent mille Pieces , qui
font quatre cens mille Ecus monque
Mylord
an
noye de France ;
Maire iroit luy-mefme leFeudy
fuivant à Hamptoncourt ,
Confeil , afin de faire accepter
cette Caution. Lachofe n'eut pas
l'on avoit attendu,
嘻
Le
fuccés que
parce
que Mylord
Maire
ayant
fait demander
l'entrée
au Confeil
par un Meffager
, le Roy
informé
du motif
de fa venue
,
luy envoya
l'ordre
de s'en retourner
;
fur ce qu'il
infiftoit
, il
GALANT 279
से luy fit dire par fon Chancelier,
que l'Affaire de Shafifbury
eftoit de conféquence
, que
ce n'eftoit ny à luy , ny à fes
Peuples , de s'en mefler ;
qu'à fon égard ileuft à maintenir
la Ville de Londres
dans fon devoir, & dans l'obeiffance
qu'elle devoit à
fon Souverain , finon , qu'il
fçavoit punir fes Peuples, &
qu'il leur feroit bon Roy,
s'ils luy eftoient bons & fidelles
Sujets . Mylord Mare
retourna à Londres porter ces
nouvelles aux Quatre Vingts,
qui fe divifent en douze. De-
Louſt1631
A a
280 MERCVRE
puis ce temps- là on n'a rien fair
touchant Mylord Shaftsbury
Mylord Hovvard.
Il faut vous dire à préfent
ce que c'est que Mylord Maire
& les Quatre - vingts . La
Charge de Mylord Maire n'eft
qu'une Commiffion. Les fontions
en font à peupres pareilles
à celles du Prevost des Marchands
à Paris. C'eft la Ville
qui le nomme à la pluralité des
voix, elle choisit toûjours un
Marchand. Sa Commiffion ne
dure qu'un an. Il a un tresgrandcrédit,
estantfuge de toute
la Ville , & pouvant beaucoup
GALANT 281
fur l'esprit des Peuples . Chacun
a pourluy un respectparticulier.
S'il monte en Carroffe , il fe
place dans le fond, & fur le
devantfont les Mylords Maires
des deux années précedentes, qui
l'accompagnent par tout. Le
Porte-Epée eft à la Portiere.
L'Epée qu'il tient en fa main,
a la poignée enrichie de Diamans,
& eft dans un Fourreau
de Velours rouge , couvert au
de Diamans par le bout. Vingicinq
ou trente Officiers de Ville,
tous en Robe, fuivis de quelques
Valets, marchent de vant le Ćarxoffe
. Il ne fort jamais qu'en cer
uffi
A a ij
282 MERCVRE
équipage. Il eft des occafions où
ilfe montre à cheval, avec une
Houffe toute couverte de Rofes
d'or, & qui traîne jusqu'à terre
La Bride & les Etriersfont de
Vermeil doré. Il a une Robe lon
gue , qui eft prefqué comme celle
des Gens de Robe à Paris , &
porte au col une Chaîne d'or de
plufieurs Chainons. Les deux
derniers Mylords Maires vont
auffi à cheval derriere buy, &
ont les mefmes Habits & les
mefmes ornemens , àl'exception
de la Chaine d'or: Le Porte- >
Epée marche à pied , tenant
l'Epée à la main , avec le
.
$
GALANT. 283
que nombre d'Officiers de Ville
j'ay déja fait connoistre . Les
Quatre - vingts font ce qu'à
Paris on appelle Quarteniers
Dixiniers. On les distribue
dans chaque Quartier , où ils
s'inftruifent des volontez de ta
Ville , & les fontfçavoir aux
Douze , qui font comme les
Echevins ou Capitouls en France.
Ces Douze; & le Mylord
Maire, déliberent & réfolvent,
& cesfortes de déliberationsfont
tres - ponctuellement exécutées.
Tous ces Officiers ne durentqu'un
an dans ces Dignitez, &apres·
celu on en élit d'autres auplus
284 MERCVRE
grand nombre des voix, mor
Depuis l'execution du Seigneur
Olivier Plunket, Archevefque
& Primat Titulaire de
toute l'Irlande , non feulement
les Catholiques Romains , "mais
mefme les Protestans , publient
bautement fon innocence . Ce
quifert beaucoup à la confirmer,
c'est qu'un defes Témoins appellé
Duffy, qui avoit esté autrefois
Religieux de S.François , & qui
par libertinage avoit quitté la
Religion Romaine , apres avoir
feulement aidé à faire périr
ce Prélat parfa dépofition , mais
voulu estre témoin de fa mort,
GALANT. 285
ih
pour mieux affouvir la rage qui
Panimoit contre luy, s'en retourna
à Dublin, Ville Capitale du
Royaume, où estant allé trouver
un Juge à Paix , il luy raconta
Le Jugement & l'Exécution de
cet Archevefque , & luy dit en
fuite , que pour ruiner le Party
des Catholiques Romains ,
falloitfaire mourir le Duc d'Or
mond, Viceroy d'Irlande ; qu'on
en jetteroit la faute fur eux,
qu'onferoit par là un Plot com
me en Angleterre , & que
Religion estant abatue, ilferoit
aife d'établirpar tout la Protef
tante. Vous devezSçavoir qu'il
leur
286 MERCVRE,
y a beaucoup de Catholiques
Romains en ce Royaume, & en
omains liberté de pro-
Ecoffe , qui ont
a
feffer leur Religion . Ce Juge
Paix ayant écoute Duffy , le fit
conduire en prifon , ex donna
avis au Viceroy de ce qu'on Tuy
avoit dit. Ce Miferable fut
condamné à eftre pendu, & lors
qu'ilfe vit attaché à la Potence,
il déchargea , mais trop tard , le
Seigneur Plunket , confeffant
publiquement fon faux - temoignage.
C'est un grand malheur
en Angleterre , qu'on n'y fait
foufrir aucune
aucune peine aux Faux-
Témoins & qu'au lieu de les
punir,
7.
GALANT. 287
punir, on leur laiffe encor la li
berté de dépofer faux une autre
fois. Ce que je dis n'a que trop
paru depuis deux ans, à la perte
des Catholiques
Romains exécutez.
Dans l'Affaire du S. Colmand
Secretaire de la fenë Ducheffe
d'York , on rapporte que
les furez difoient aux Témoins
qu'ils fe contrarioient
, & qu'il
n'y avoit aucune raison à leurs
depofitions. On pretend qu'ils
ontdit la mefme chofe, lors qu'on
a
&
jugé Wakeler
les autres
Jefuites . Cependant
ils n'ontpas
laiffé d'eftre exécutez , malgré
Les contrarierez
de leurs Témoins,
Aouſt 1681.
Bb
Fix
288 MERCVRE
&la connoiffance qu'on a cue
de la fauffe2t5e1d4e2lherurss temoignages.
Je n'avance rien que je ne
puffe ailement prouver par ces
Procés dont j'ay les Mémoires
imprimez à Londres en Anglois
en François. J'en coteray les
Articles dans l'Histoire que je
vous ay promiſe de la Conspi
ration , à laquelle j'adjoûteray
ce quife fera paffe touchant les
deux Mylords & leurs Complices.
Jefuis voftre, &c.
Vous voyez , Madame,
par les circonstances de
Cette Relation , qu'il ne me
GALANT 289
peut rien venir de la mefme
part qui ne foit tres- curieux ,
Jay reçeu auffi quelques
nouvelles d'Ecoffe . Vous
fçavez que Monfieur le Duc
d'York eftà Edimbourg, où
depuis longtemps on fait de
fort grands préparatifs pour
l'ouverture d'un Parlement,
Elle fe fit le feptiéme de ce
mois ,, apres que deux jours
auparavant on cut apporté
du Chafteau , la Couronne,
le Sceptre, & l'Epée Royale.
Ces Peuples font fort zélez
pour affurer la Succeffion
des Royaumes d'Angleter
Bb ij
290 MERCVRE
...
rejod'Ecoffe
, & d'Irlande, à
qui elle doit appartenir
par
le droit de leur Naiffance
.
Le Grand Chancelier
d'E
coffe , appelle le Duc de
Rothes dont la maladie fai
foit reculer ce Parlement
,
eft mort le 6. de ce mois . Le
lendemain
, jour de l'ouver
ture 9 Monfieur
le Duc
dYork , qui eft Duc d'Al
banie en ce Pais-là , traita
tous les Seigneurs
fpirituels
& temporels
, & les Députez
des Communes
, sion avoit
dreffé trois Tables de cinquante
pieds de long , & de
GALANT. 295
cing de large, dans une lon
gue Galerie. Je n'ay point
fçeu l'ordre qui fut obſervé
dans ce grand Feftin . Jefçay
feulement que l'on avoit or
donné Soo! Volailles , 200
Canards , 200. Poulets , 50.
Oyes , 120. Poulets d'Inde,
140. Lapins, 60. douzaines
de Pigeons , 240. Pieces de
Gibier de la faifon , 60. Cochons
de lait , & 12. Boeufs ,
fans compter les Langues, les,
Jambons , & tout le réfte du
Service . Son Alteffe Royale.
mangea feule à une Table
placée fous un Dais au bout.
292 MERCVRE
de la Galerie , & fut fervie par
les principaux de la Nobleffe
, chacun faifant fa
Charge
fe
Je vous ay dit bien des
fois avec raifon , que nous
vivons fous un Regnefi
heureux que l'on n'ajamais
befoin de folliciter les ré
-compenfes
, & que pour
tenir feûr d'en recevoir , il
fuffit qu'on ait pu s'en rendre
digne. Le Regiment de Dragons
dont M le Chevalier
de Teffé vient d'eftre pourvû,
en eftune preuve . Il ef
toit Major dans celuy de M
pudg
GALANT. 293
le Comte de Tellé fon Frere,
que vous fçavezqeſtre Lieu
tenant de Roy du Maine,
Perche , & Païs de Laval,
Colonel , & Brigadier General
de Dragons, & fon
affiduité pour le fervice a
toujours esté fi grande , que
depuis deux ans il n'avoit
point paru à la Cour. Ce
pendant,le Roy, quife plaiſt
stoûjours à rendre juftice , &
qui connoift les Perfonnes
ades mérite plus 3 par ellesmefmes
quepar leur vifage ,
ayant fçeu que ce Regiment
eftoit vacant parla mort de
Bb iiij.
294 MERCYRE
3
M. de Burlar , s'eft fouvenu
de ce Chevalier. La Bravoure
qui l'a diftingué parh
tout , eft connue de tout le
monde , & je ne croy pas
que perſonne ait oublié lap
belle action du Pont de
Rheinfeld , où Mile Comte
de Teffé fon Frere , & luy,
apres avoir fait des chofes
dignes d'admiration , furent
tous deux blefféz dangereufement,
& tenus pour morts.
Le Gentilhomme qui fe
cache fous le nom du Berger
fidelle des Accates , conti
nue à me faire part de fes Ou
GALANT. 298s
vrages. Vous les aimez , &
je ne veux pas diferer à voush
donner le plaifir de voir l'av
greable tour qu'il donne à
la Satyre , que je vous ay
quelquefois entendu faire ?
contre ceux , dont les grands
biens acquis par bonheur
font tout le mérited) Tab
eatured
幾
GSEB
'anana , noiseriesbe'bzongib
- xumb enca
„CTROM 100
#lap samadhang) si
pspied ubimcaolevolashing
Minoo , Ronson.A rob allst
296 MERCVRE
2555525552225225
LA CHATE
METAMORPHOSE'E
EN FEMME.
D
FABLE.
Es agrémens de l'efprit,
Lesfoibleffes du coeur tirent leur origine.
Wattoverdet in
Vous le verrez dans la Fable qui
fuit.
Certain Grec d'affez bonne mine,
Maisfol àplus de vingt carats,
Avoitfans ceffe entre fes brass.
Une Chate d'humeur badine, a
Etgrande mangeufe de Rais.
Ill'aimoit de toureſon ame»«
GALANT. 297
Celaparut affez unjour
Que dans l'ardeur defon amour
Il pria Jupiter de la changer en
Femme.
Ses voeux eurent l'heureux fuccés
Que s'eftoitproposéfaftâme:
La Chate en un momentfut une belle
Dame,
De vertu peufarouche, & defacile
accés.
Necroyez paspourtant que noftre
Maniacle
Lefutjufqu'àperdre le temps
Afaire au Dien de longs remerci
mens
Sur lafaveur d'unfi rare miracle.
Ilfauta d'abord au cou
De cette Iris de fabrique nouvelle,
Etfans un maudit Bat qui faiſout
Sentinelle
A quelques pas defon trou,
298 MERCVRE
Dans ce qu'ilsentoitpour elle
• Pout oftre cuft itfairde fousT
Mais dés l'inftant que la Belleir
Qui n'avoitpas apparemment
M90
Autant d'ardeur que fon Amant,
Eur appercen ce Trouble feſtelovs
* Elle fonderfur luyfi brusquement,
Qu'il n'eat pas le lifir defonger 2
feulement
A faire une retraite honnefte.
S&
bot
• Les grands biens & les honneurs
Ne fçauroient changer les moeursa
Un Homme que le sort a tiré de
A labouë
Pour l'élever au plus haut defa
Rone,
2:01192
Fait toujours quelque action sor
Qui découvre à nosyeux fabile i
extraction
.
b
GALANT 299
En
a
Je finis ma Lettre du dernier
mois, en vous apprenant
que M. le Comte du Pleffis
avoit époule Mademoifelle
de la Valliere. Mile Curé de
S. André des Arcs, fit la Cerémonie
de ce Mariage le
Jeudy 30. Juillet , à deux heu
resapres minuit , dans la Chapelle
de l'Hôtel de Conty,
du confentement de M le
Curé de St Germain de l'Auxerrois
, Paroiffe de la Máriée.
Vous jugez bien que
l'Affemblée furilluftre. Voi
cy les noms de ceux qui la
compoloient. Monfieur le
300 MERCVRE
Prince & Madame la Princeffe
de Conty , Coufinegermaine
de Mademoiſelle
de la Valliere , Madame de
S. Remy , fa Grand mere;
Madame la Ducheffe de
Duras , Madame la Du
cheffe de Noailles , Marquife
de Lavardin , M. de
Béthune , Chevalier des Or
dres du Roy , M. le Chevalier
de Beuvron , Capitaine
des Gardes de Son Alteffe
Royale , M. de Choifeüil,
Marquis de Praflin , Lieutenant
General des Armées du
Roy , & fon Lieutenant GeGALANT
301
neral en Champagne , Mile
Marquis de Vallemé, Capi,
taine des Chevaux Legers
de Monfieur Lous deux
Coufins germains du Marié;
M. Hotteman , Intendanc
des Finances de France , M
de Pertuis , Gouverneur pour
Sa Majefté de la Ville de
Menin en Flandres , & Lieu
tenant General de fes Ar
mées , & M. de Valentine,
Controlleur General de la
Mailon du Roy. Les Mariez
eftoient dans une fort gran,
de parure . Avantq on allaſt
à la Chapelle pour cette Ce302
MERCVRE
frit
rémonie , il y avoit cu Comédie
, Mufique entre les
Actes par des Voix de l'Opéra
, & un grand Soupé,
Monfieur le Prince de Con
ty ayant voulu que l'on f
la Nôce dans fon Hôtel. M
le Comte du Pleffis eft celuy
qu'on appelloit autrefois le
Chevalier. Son nom , & fes
qualitez , font , Célar - Augufte
de Choifeüil , Chevalier
, Comte du Pleffis Praflin
, Premier Gentilhomme
de la Chambre de Son Alteffe
Royale , Lieutenant
General des Armées du
GALANT 303
Roy , & Gouverneur de la
Ville de Thoul, & Pais adja
cens . Il eft Fils de feu Mle
Maréchal du Pleffis, Duc de
Choifeuil, Pair de France,
Cadet du Comte de ce mef
me nom , mort à la
guerre,,
& Oncle de M. le Marquis,
de Choileüil , qui avoit la
moitié de la Charge de Premier
Gentilhomme de la
Chambre de Monfieur , &
qui l'a préſentement touter
entiere , ayant traité de l'autro
moitié avec Mile Comte du
Pleffis dont je vous parle.
Ce Comte a tres- bien fervy,
Aoust1681.
Cc
74 MERCVRE
«
31
point
& vous n'en douterez
poin
quand vous ſçaurez qu'il a
fait vingt trois Campagnes
.
Havoit deux Abbayes
, Lune
' appellée de Bonport , que le
Roy a donnée à M. l'Abþé
de Bouillon
, quien a remis
une autre en mefme temps
entre les mains de Sa Ma
jefté , dont elle a gratific
an
des Fils de M. Colbert, da
L'autre qui eftoit à
la nomination de Monfieur,
Bonneual
a
& qu'on appelle
Defté donnée à M. du Mans..
**Mademoiſelle de la Valliere,
préfentement Comteffe du
- GALANT. 305
-Pleflis eft grande, jeune,
bien faite , & Fille de feu M
François de la Baume le
5 Blanc , Chevalier , Marquis
de la Valliere, Gouverneur
pour le Roy en Bourbonnois
, & Lieutenant General
de fes Armées ; & de Dame
Gabrielle Glé de la Coturoday
, Dame du Palais de la
Reyne.
Il s'eft fair un grand Ba
preme à Marseille. Je l'ap
pelle grand , à caufe de la
qualité des Parrains & des
Marraines
, & du nombre
de ceux qui ont cfte bapti
Cc ij
306 MERCVRED
fez . Le lont cinquante Nélliod
gres Chaque Parrain dioT
chaque Marraine en nom- 1 sh
merent dix , M. le Maréchal nol
Duc de Vivomie avoit pour b
Commere Madame de Mir nul
rabeau , Femme d'un Genova
tilhomme des plus qualifiez b
de la Ville L Habit avec 19g
lequel il parut & dans certe/ ×
o s
Cerémonie, eftoit des mieuxio vs
entendus, & auffigalant que all
magnifique ; mais la galantog
terie de ce Maréchal n'en
demeura pas à l'ajustement. Toob
Il envoya un Bouquet à favo
Commere , dans une Cor- b
GALANT 30708
beille fore propre , avec une s
Toilete très riche Madamezg
de Mirabeau eft de la Maiso
fon de Rochemore, M. Bronx
dard, Intendant des Galeres, na
l'un des cinq Parrains, avoie
avec luy, pour Marraine de day
dix Négres, Madame du Pulli
get,Soeur de M.deMirabeau ! sh
& M de Manfe Intendant, p
avoir Madame de Pontévez.
Elle eft de la Maifon d'A
gouft une des plus an
ciennes & des plus illuftres 273
de l'Europe Md'Oppede
fervit de Compere avec Ma
dame de Montaulieu , Fille
308
MERCVRE
de Mode Mame,LaMaiſon
de Montauliereſt d'una no
bleffe tres confidérable. M
de la Breteche depoit estre
auff Compererandis ne
Payant pú , faite desfanté,
M. de Bréteüil le fut en fa
place avec Mademoiselle
de Mirabeaury Fille de Ma
dame de Mirabeau dont e
viens de vous parler. Elle eft
de tres belle taille, & a beau
coup de jeuneffe La Cere
monie fut folemnelle , & fe
paffa prefque entiere dans la
grande Place de l'Eglife Cahédrale,
où l'on avoit dreffe
GALANT 309
ume Tente, fous laquelle on
fit abjurer le Culte du Démon
aux cinquante Négres
Aprestoque ont eut fait ce
"grand nombre de Baptémes,
Les Dames allèrent au Cours
de Marſeille qui eft tresbeau
; & y firent quelques
nours de promenade. Elles
fe mirent en fuire fur leau ,
Joules Violons les divertirent
jufques à minuit. De là elles
fe rendirent chez M Intendant
, qui n'eftoit point
apréparé à recevoir cet hon .
neur. Il ne laila pas de les
régaler, & de leur donner le
To MERCVRE
Bal , qu'on ne termina que
quand le jour fut preft de
paroiftre.ne
Je ne puis finir cep Article
de Marſeille , fans vous apprendre
que M ' le Duc de
Mortemar y eft revenu , de
puis ce que je vous manday
la dernière fois qu'il avonfait
contre les Corfaires de Ma
jorque. Il a ramené les dix
Galeres qu'il commandoit .
Elles fe repofent , & om en
mis dix autres en Mer.
Mais ce jeune General ne
prend pas
le mielme repos
,
& its'elt embarqué de nou
yeau
GALANT 311H
veau avec ces dix dernieres
Galeres , les fatigues conti-
Mese
nuelles luy tenant lieu des
plus grands plaifirs, quand
il les prend pour fervir le
Roy.
TOME VID
M. le Chevalier de Bethune,
Capitaine d'une Frégate
, nommée la Mutine,
eftant
party
Fort
Louis
, pour
aller
rejoindre
M. de Chafteatrele
43, Juin du
gnaut , rangea la Coſte juſ
YO
ques à la Rade de Caſcaye,
diftante de fept licues de
Lifbonne. Il y mouilla le
premier de Juillet , & appa-
Houst 1681. Dd
312 MER CVRE
qu'il apprit
reilla le lendemain , fur ce
apprit que M. de Bart,
qui commandoit deux Fré
gates de Dunkerque armées
en guerre , venoit de prendre
un Vaiffeau des Corfaires
de Salé , & qu'il y en avoit
encor un autre de feize Pie
ces de Canon dans la Cofte
de Portugal . Ce premier
Vaiffeau que M. de Bart
avoit contraint d'échoüer,
eftoit monté de cent trois
Mores, qui s'eftoient jettez
à terre, & que le Prince Ré
gent luy a fait livrer depuis .
Le Neveu du Gouverneur
•
GALANT 313
de Salé, & quelques- uns des
plus confiderables de la Ville,
eftoient parmy eux . Il y avoit
auffi dix- huit Chreftiens que
l'on a remis en liberté. Sur
cette nouvelle, M.le Chevalier
de Béthune rangea la
Cofte dePortugal juſqu'au 4.
du dernier mois, & découvrit
environ à dix heures du matin
de ce mefme jour, un
Vaiffeau à la hauteur de quarante
degrez , au Sud- Sud-
Qüeft des Berlingues , à la
diftance de cinq à fix lieues .
Il luy donna chaffe jufqu'à
huit heures du foir , & fe
Ddij
314 MERCVRE
trouve
terre, if fit
revirer de un peu
trop
proche
de
ร
Bord au large jufqu'au tendemain
, que fur les quatre
heures & demie du matin,
il apperçeut ce mefme Vailfeau
qui rangeoit la terre, &
donnoit chaffe à une Caravelle
Portugaiſe, qu'il abandonna
, le voyant courir fur
lay. Il tâcha de s'échaper,
& ne pouvant plus fe difpenfer
de fe batre , ou d'échouer
à la Cofte , il prit ce
dernier party à deux heures
& demie apres midy. Avant
que de s'y réfoudre , il tira
GALANT 315
dix ou douze coups de Canon
, mais fans qu'il en vinſt
aucun jufqu'à
la Frégate,
tant le Pavillon
de France
rendoit
interdits
tous ces
Ainfi ils furent
7
Corfaires.
A
contraints
de
donner
vent
arriere
à la
Cofte
, à
cinq
heues
au
Sud
un
peu
Oüeft
de
montagne
; &
dés
qu'ils
furent
le
bout
à terre
, ils
s'y
jetterent
tous
, à l'exception
de
dix
- huit
Chreftiens
qu'ils
menoient
Efclaves
.
M.
de
Béthune
,
qui
avoit
fait
mouiller
l'Ancre
à fept
braf
fes
d'eau
, fit
mettre
en
mer
い
a
Dd iij.
316 MERCVRE
sub
mun
fon Canor. M. Deury ,
des Lieutenans
de la Frégate,
s'y embarqua avec fix
ou fept GardesMarines ,pour
voir s'il ne feroit point reſté
quelques Turcs dans le Vailfeau
échoué , mais ils s'eftoient
tous fauvez au nombre
de cent vingt - cinq.
·Apres que le Canot fut paron
mit auffi la Chaloupe
en mer . M. le Baron des
Adrets Lieutenant , M. le
Chevalier de Blénac Enfeigne,
& M. le Chevalier de la
Barre,s'y embarquerét
avec
quelques Soldats, pour aller
ty
GALANT 317
joindre M. Deury qui eftoit
déja monté à Bord. Vous
pouvez juger avec quelle
joye ils furent reçeus des
Chreftiens Efclaves. L'on
examinafi on pouvoit fauver
le Navire , mais la Mer eftoit
fi groffe, & il avoit tant
touche à terre , qu'on vit
bientoft qu'il n'y avoit aucun
lieu de l'eſpérer. Comme
on n'y trouva que les
Chreftiens , M. le Baron des
Adrets , M. le Chevalier de
Blénac , & quelques Gardes
Marines, fe firent defcendre
à terre avec grande peine,
Dd iiij
318 MERCVRE
pour voir s'ils ne pourroient
point reprendre quelquesuns
des Turcs qui s'eftoient
fauvez .
Pendant ce temps,
M. Deury ,& Mile Chevalier
de la Barre, refterent dans le
Vaiffeau, pour tâcher de le
brûler ; & ne pouvant en venir
à bout, ce dernier fe remit
dans la Chaloupe , pour con
duire dix François dans laFré
gate, & en amener le Maiftre
Canonnier , afin qu'avec des
Feux d'artifice il mift le feu
au Vaiſſeau , mais il leur fut
impoffible de moter à Bord,
sant il eftoit renversé, D'ail
GALANTM 319
leurs , la Mer qui eftoit tresgroffe
, comme je l'ay déja
dit, n'en rendoit pas l'appro
che facile . Il fut toutbrifé un
moment apres , fans qu'on
puft fauver que fes Pavillons!
M: Deury qui eftoit dedans,
fe jetta à terre avec fix ou
fept qui ne l'avoient point
quitté & M le Chevalier
de la Barre n'ayant pû ap
procher pour le reprendre,
s'en retourna dans fon Bord
avec la Chaloupe. Deux
jours apres , M. de Béthune
alla demander au Prince
Régent les cent vingt-cinq
320 MERCVRE
Turcs , qui ayant jetté leurs
armes à la Mer s'ettoient dif
perfez comme ils avoient pu
dans le Portugal ; & depuis
ce temps , ils luy ont efté
rendus. La Mutine, qui eft
la Frégate qu'il commande,
a pour Capitaine M. de Sevigny
; pour Lieutenans, M
de Fourbeins en pied, Mle
Baron des Adrets en fecond,
M: Deury en troifiéme ; &
pour Enfeignes , M. le Chevalier
de Blenac en pied ,
Mile Chevalier de la Barre
en fecond , & M de Feu
grolle en troifiéme . Mle
GALANT. 321
Marquis de Langeron , qui
commande un Vaiffeau de
la mefme Efcadre de M.le
Chevalier de Chafteauregnaut
, a pris auffi un petit
Corfaire de Salé, de fix Pieces
de Canon , monté de
quarante- cinq Turcs & de
quinze Efclaves Chreftiens ,
& fait la repriſe d'un Vaiffeau
Marchand qu'il emmenoit.
On m'apprend que M
de Molac, Fils de M.de Rof
madec, Marquis de Molac,
Gouverneur de la Ville &
Chafteau de Nantes, a épou
322 MERCVRE
·
fé Mademoiſelle de Rouf
fille , Soeur de feu Madame
la Ducheffe de Fontange.
C'est une tres belle Perfonne.
M le Marquis de
Molac a toûjours fait une
fort belle figure dans la Pro
vince, & vefcu en grand Se
gneur. M. de Molac fon Fils
marche fur fes traces. Je
vous ay déja parlé de luy
dans quelques occafions,
où il s'eft diftingué pendant
les dernieres guerres . Ma
dame fa Mere eft Niéce de
feu Mile Maréchal de Gué
briant, & s'appelloit Made
GALANT 323
moiſelle de Saffey avant que
Mide Molac l'euft épouſée.
La Ville de Nantes dont
je vous ay dit qu'il eſt Gouverneur
, eft préſentement
un Lieu de plaifirs, par l'Affemblée
des Etats , compofée
de neuf Evefques de la
Province , d'un fort grand
nombre d'Abbez , Prieurs,
Benéficiers, & autres Ecclé
fiaftiques , tous diftinguez
par quelque Dignité particuliere
, d'une Nobleffe,
dont la plupart de ceux qui
en font le Corps, fe piquent
d'eftre des plus anciennes &
324 MERCVRE
des plus illuftres Maifons de
Bretagne , & de Gens dur
Tiers - Etat , qu'un mérite
remarquable a fait nommer
Députez . Les Principaux y
prennent
féance
dans l'or
dre, & felon les qualitez que
je vous vay dire.
M ' le Duc de Chaunes à
la tefte de tous les Etats ,
comme Gouverneur de la
Province .
-M'de laTrémoüille, Prince
de Tarente , comme Préfi
dent de la Nobleffe. fur
M'de Bauvau, Evefque de
Nantes , comme Préfident
du Clergé.
GALANT. 325
SM Charette, Senéchal de
Nantes , comme Préfident
du Tiers Etat.>
r.Made Coëtlogon , S. de
Mejuffeaume , Syndic des
Etats.201
- M: de Harouys , Tréforier
& Receveur General des
Etats .
M de la Vieuville & de
S. Aignan , Generaux de la
Province.
M. de Caumartin , Confeiller
d'Etat , Premier Commiffaire
de Sa Majesté aux
Etats .
M.Huchete, Seigneur de
V
[226 MERÖVRE
-Ja Bedoyere , Procureur Ge-
2neral du Parlement de Bretagne,
Second Commiffaire
du Royaux meſmes Etats.
L'ouverture de leurs Seances
fefit le Mardy 39. de ce
mois dans une grande Salle
des Cordeliers de la Ville, &
commença par un excellent
Difcours de Mole Duc de
Chaunes , qui s'attira l'applaudiffement
de tout le
monde, tant par la force des
expreffions qu'il employa,
que par le beau tour qu'il
donne toujours à tour de
qu'il dit. Sitoft qu'il eut ? I
GALANT. 327
coffe de parler , M. de Pont
chartrain, Premier Préfident
du Parlement de Bretagne,
prit la parole , & s'étendit
d'une maniere tres délicate
fur la grandeur de Sa Majefté
, & fur les bontez parti
culieres qu'Elle fait paroî
tre pour cette Province. M
de Coetlogon , Syndic des
Etats , finit cette premiere
Séance par un troifiéme Dif
cours, auff juſte que poly..
Le jour fuivant on fit la fe
conde, qui fut commencée
par une Meffe folemnelle
que M. l'Evefque de Tré
Aouft 1681.
Ee
328 MERCVRE
guier celebra. En fuite on
s'affembla dans dag mefme
Salle , où M. de Caumartin,
Commiffaire des Etats , fit
un Difcours qui donna une
forte idée de la haute capa
cité , & de l'expérience qu'il
s'eft acquife dans les grands
Employs que Sa Majesté
luy a confiez . Il expliqua les
intentions du Roy , & demanda
deux millions deux
cens mille livres . Ce Don
luy fut accordé apresune Dé
libération generale & una
nime de tous les Etats qui
en cela oft fait connoiftre
GALANT 329
Sa Majefté leur foûmiſſion,
& leur prompte obeïffance
dans tout ce qui dépend
d'eux . Les Affemblées ont
continué depuis ce jour- là ,
& lion yn traiteb diferentes
affaires , qui regardent le
bien de la Province . Quant
aux plaiſirs , chacun femble
y vouloir contribuer de fon
cofté , tant par la magnifi,
cence des Equipages & des
Habits , que par les Feftins
& labonne chere. Il y a tous
les jours vingtTables ouver
tes , où l'on voit regner la
delicateffe avec la profufion
•
Ee ij
330 MERCVRE
Joignez à
nez à cela les parties
de
Promenade
& de Chaffe, la
Comédie & les Bals , qui
font une agreable varieté
dans les divertiffemens
TRARD
Onm'a fait voirune Let
tre , qui marque une chofe
fort particuliere du Tónerre?
Il y a un mois ou deux , qu'a→
res des éclats extraordi
il tomba fur le Por
pres
naires
,
tail du Pont de Moulins, où
il y avoit une Horloged fort
propre , & un tres-beau Pa™
villon couvert d'Ardoiſe II
le Pavillon en feu, mit tour
fondit le Plomb de la cou
GALANT 33F
GALANTE
verture , & brûla une
partie
de la charpente
. Ce qui furprit
fort, c'est que ce Por
tail eftant orné de quantité
d'Ecuffons
de diverfes Armes
, comme du Roy
La Ville de M. le Prince,
& de plufieurs autres , il n'y
eut que celles de Sa Majefté
que le Tonnerre
épargna, &
cela, en crois endroits
du
mefme Edifice. Tout le refte
fut brifé. Dans ce mefme
temps on achevoit un grand
Ecuffon des Armes de Frani
ce qu'on met au deffus de ce
Portail , à caufe de la con-
12
332 MERCVRE
Atruction du Pont que l'on
fait préfentement. Cet Ecuf
fon fut auffi laiffé en ſon ehd
tier , & le Sculpteur qui y
travailloit, en fut quitte pour
la peur. Quelqu'un de la
Ville a fait là- deffus ce Ma
drigal., koniką furaha k
心
L
•Arbre de Daphné toûjours
vert,
ab mon
Amispleinement à couvert
Lefloriffant Ecu du Vainqueur de
la Terre.
La Foudre n'a rien pû deffus les ;
Fleurs de Lys;
Ainfi qui craindra le Tonnerre,
Peutprendre un Parafol des Armes
-de LOIS.
GALANT. 333
tolls'est fait plufieurs converfions
de Perfonnes con
fidérables , parmy leſquelles
celle de M le Marquis de
Montaut a donné beaucoup
de joye à M. le Maréchal
Duc de Navailles fon Oncle.
Il eft d'une des plus illuftres
Familles de Bearn , & le feul
qui porte aujourd'huy le
nom de Montaut , par le de
ceds de M. le Marquis de
Montaut fon Coufin.
M. le Vicomte de Beynac
a abjuré comme luy l'Hé
réfie de Calvin , & a fuivy
l'exemple de M. de Beynaç
334 MERCVRE
fon Frere , Meftre de Camp
d'un Régiment de Cava
lerie . Leur Maiſon eft des
meilleures du Perigord.
Dans ce mefme temps.
M. le Chevalier de Vialar,
Capitaine de Chevaux- Legers
dans le Regiment de
Gaffion, a renonce aux me
Crreurs. Il eft de la Fa
mille de M. le Comte de Via
mes
lar, & Domy en Bearn .
M. du Vignau , Gentil
homme de cette mefme Province
, n'a pas peu fervy à
convertir ces deux derniers,
apres s'eftre
tre converty luy-
1001 mefme,
GALANT. 335
mefme. C'eft un Homme
fort éclairé dans les belles
Lettres, & pour qui plufieurs
Illuftres ont une eftime tresparticuliere.
Quoy qu'il ne
foit pas encor avancé en âge,
il poffede entierement les
Peres & l'Ecriture , & il en
tire des preuves fi fortes, que
ceux du Party qu'il a quité,
ne fçauroient que luy ré
pondre.
M. de Chadirac S de Ga
-charnaut, convaincu dès Veritez
dont le Pere Aléxis du
Buc Théatin donne l'éclairciffement
dans les Contro-
Aouft 1681.
Ff
336 MERCVRE
verles , abjura Lundy dernier,
Felte de St Loab noted
Louis, entre
les mains de ce Pere. Cette
action fut d'autant plus folemnelle
, qu'il fit un Dif
cours fort éloquent fur les
motifs qui l'avoient porté
fe convertir. Il le finit par
les Eloges du Roy , qui fé
rend Imitateur de S. Louis
par fon zele pour l'extirpation
de l'Heréfie .
On a beau prendre fes
précautions pour éviter les
affaires . On s'en attire lors
moins.
qu'on y penfe le
Deux Gentilshommes
ayant
Rob
GALANT 337
befoin de deux Chevaux de
Carroffe , allerent ces derniers
jours chez les Maquignons
, ou is cu
qu'ils crûrent leur fait. Ils
f
eftoient prefts d'en conclure
le marché, quand ils décou
vrirent qu'un des deux Chevaux
n'avoit pas bonne veuë ,
Ils propoferent
leur difficulté
au Marchand
, qui leur dit,
je vous garantis qu'ils ont deux
bons yeux. Les Gentilshomes
vouloient luy faire fignerce
qu'il u'il affuroit ; mais ne fçachant
pas écrire , il fit venir
deux Témoins
devant lef
ils en trouverent
Ff ij
338 MERCVRE
quels il garantit les Chevaux
dans les mefmesternes
. Cela
fait on arreſta le marché,
Quatre jours apres, les Acheteurs
ayant fçeu certainement
qu'un de ces Chevaux
eftoit prefque aveugle , voufurent
les rendre au Maquignon
, fuivant la claufe dont
il eftoit convenu ; mais comme
dans cette forte de commerce
on s'attache préciſement
aux paroles qui ont
bien fouvent double ſens, le
Maquignon
refufa de les reprendre,
& prétendit ne leur
avoir garanty que deux bons
339
quatre,
x les deintenté.
i des af
re font
en dire
une
fe
eferoit
= à une
vous défendre
onnoift
N.
r préten
uloir
338
quels
que deux pons
GALANT 339
yeux , & non pas quatre,
comme deux Chevaux les devoient
avoir. Procés intenté.
On prie ceux , à qui des af
faires de cette nature font
arrivées, de vouloir en dire
leur fentiment .
Je vous envoye une fe
conde Chanfon . Il me feroit
inutile d'en rien dire à une
Perfonne qui s'y connoift
comme vous.
St
CHANSON.
I l'Amour quelque jour prétendoit
vous furprendre,
Ne vous hazardez pas de vouloir
vous défendresda
Ff iij
34° MERCVRE
C'est envain qu'on refifle afon divin
pouvoir,
En amour il ne faut nyraison, ny
devoir.
203)2017
Je paſſe à l'Article des Enigmes.
L'Inconnu
,Tyrcis en Bre
tagne a expliqué la premiere par
ces
Vers.cfm
D
ob app
allivuo spasilov
Amon s'eft plaint à moy ce
matin du Mercure,no ♬ ab
Foubliois, m'a-t- il dit, Philis & fes
beauxyeux, sauda
Lors que ce Dieu malicieux,
Quandj'y penfois le moins, a r'ou
vert mableſſure..ok 100M
nixə V
Je n'aypas plutoft lu fon Enigmes.
nouvelle, proMonusm
Qu'y trouvant la Rofe & leLys.
bust
GALANT. 348
Ab , me fuis-je écrié , trop cruelle
Philis,
Cefont là ces deux Soeursqui vous
readentfi belle.
Plufieurs Perfonnes ont trouvé
ce melnie Mot du Lys & de la
Roze. Ce font Meffieurs les Mar
quis de Graffamont ; Le Che
valier de Rouville ; Gardien,
Secretaire du Roy ; Pinchon,
de Rouen ; Du Bourg , de l'Hôtel
de
Soiffons ; l'Abbé de Be
thune, du Quartier S. Mederic;
Davilers , Ruc Simon le Franc,
Léger de la Verbriffonne ; Du
Mont, Avocat à Chaumont en
Véxin ; Le Chevalier Fredin ,
Regnault, de Petit Pont , Poirier,
de Mer, Devories, de Mer;
Reynal, Receveur des Gabelles
Ffiiij
342 MERCVRE
de Domfront, Soyvot , Control 1
leur General des Finances en 1
Bourgogne , Des Granges , Ai
vocat à Angouleme s Vivien, ob
Chirurgien Major de la Marine
à Dunkerque , Le Fevre le Fils,
& Dubois , De la Ville- aux- Butes
, de la Rue de la Harpe. Elle
a efté expliquée en Vers par M.
Gigés , du Havre , Jourdain, d'A
miens , Alcidor , du Havre de
Grace ; L.Bouchet, ancien Curé
de Nogent le Roy , D. L. Raguienne
, Prieur de Béthune,
De Lépine de Ploërmel , & par
Meldemoifelles Devories , de !
Mer ; De Layraud , Lieutenant
de Roy à Dourlans ; & Oudon
Deniſe. Le veritable Sens de
cette Enigme m'a encor efté
envoyé fous les noms fuivans.
GALANT 343
e
T
201
Le Voyageur de Chaumont
LeJaloux de la Femme Le Solal
litaire de Pontoife , Le Pelerin
radovalet
de S. Jacques Le Valet mal
monte , Le Berger Siecle d'a
mour de Diane des Forefts , Les
Degeen réunis , Le Bon Fils
de la Rue Maubue ; Le Politi
que dans fa Famille
Le Faux
Financier , Les deux Amis ri
vaux fans jaloufie , Le galant
Clerc de la Chambre des Comptes
, Le Vifiteur des Belles de
Hoftel d'Avaux , Le beau
Faifan du Quartier S. Sauveur
L'Architecte du Convent de la
Raquette; Le Méćene Girardin;
Le Virgile de Potofy , Les Engagemens
forcez ; L'Infidelle
par violence, Les illuftres Commis
de la Rue de Clery ; Le So
344 MERCVRE
litaire Amphibie du Quartier
Shou
Sinon le Franc , Le Solitaire
triennal de l'Hoſtel de Soiffons,
Le Solitaire externe de l'Hoftel
de Vivonne , Les aimables Soli
taires d'Auteuil Le Berger
Fleuriſte , & le Réveille -matin
de la Rue de la Coffonnerie .
Phufieurs autres ont envoyé
des Explications en Vers fous
les noms que vous allez lire . Le
Rêveur du Mont Helicon , de
Châlons en Champagne , Le
jeune Solitaire de la Rue Maubué
, Le jeune Solitaire de la
Rue des trois Cheminées de
Poitiers , Le Confident du Solitaire
de l'Hoftel de Soiffons
L'aimable Hebert , L'inconnu
Tyrcis de Dinan en Bretagne ,
L'Amant déclaré de la grande
GALANT 345
STRILOG
ز
Brune de l'Hofte d'Avaux;
L'Albanifte de Rouen ; L'Avanturier
nocturne de l'Ifle du
Palais , L'Inconftant Mifantrope
; Le folâtre Amant de la
Rue vache ; Le jeune
Heudel , Les Stérilitez conju
gales ; Les galantes Féconditez;
L'aimable Fécondité de la Ruë
S.Bon ; Les Traverſes domeſti
ques ; La galante Bergerie de
Bezons ; La Genérofité fans of
tentation ; Sylvie du Havre de
Grace , L'illuftre Sophie ; La
belle Inconnuë ; La belle Bour.
geoife bien aimée ; La jeune AL
cidalie , & la belle Arthenice.
On a expliqué cette mefme
Enigme fur le Point- de - France
& le Point - d'Angleterre , la belle
Taille & le beau Vifage , le Soleil
& la Lune.
1
346 MERCVRE
L'Explication
de la feconde
Enigme, dont le Mot eftoit l'Eventail,
eftdans lesVers que vous
allez voir. Ils m'ont efté ens
J
voyez par M. F. Ha ...du Mefnil,
M.F.
de Chambrais en Normandie .
MeraErcure, c'eft eftrepeufin,
Et prendre malfon temps , pourun
Efpritfillime,
De nouspropofer cette Enigme,
Alorsque tout le monde a l'Eventail
en main .
Ce mefme Mot a efté trouvé
par Meffieurs Gardien Secreraire
du Roy , De Plémont , de
la Foreft de Lyons en Normandie.
M
Ceux qui l'ont expliquée en
Vers font , Fanchon le Fevre,
GALANT. 347
de Magny, Janneton de Lépine,
de la Rue Neuve des Petits-
Champs. Les autres Sens qu'on
a trouvez fur la meſme Enigme
font, Eau , le Livre , le Canal de
Languedoc , une Grue à lever des
Pierres , le Parafol , l'Ocean , un
Moulin , un Chandelier à plufieurs
branches , la Riviere , un Arbre,
une Plume , une Fourchete , un
Bateau.
Il me reste à vous nommer
ceux qui ont expliqué les deux
dans leur vray fens. "M: le Chevalier
Chabans , & le Penfionnaire
de la Ruë Aubry- Boucher.
En Vers , Meffieurs Allard , du
Véxin , Regnier , F. Ha ... du
Mefnil, de Chambrais en Normandic
, Le Procureur du Roy
de Conches en Normandie ,
348 MEROVRE
Hutage, d'Orleans, demeurant
Daubaine , Rault , de
à
Mets ,
Das.
Rouen
, & Bardou
, de Poitiers
.
Je vous
envoye
deux
nouvelles
Enigmes
. La
premiere
m'a
efté
envoyée
de
Compiegne
, & la
feconde
eft
de
M
de la Grive
de
Lyon
pa
яTUA
J
ENIGME.
Eftois plus haute en ma naiffance,
Queje nefuis préfentement;
tombée en décadence,
Bien
que
Jefuis commej'estois dans mon commencement.
Par une étrange deftinée,
Cinq ans apres que jefurnée,
Te perdis quelque peu des forces que
j'avou. Be sat ite
GALANT 349
Beaucoupfouffroient de ma dif-
Say dyn I.
ab grace,
Beaucoup s'en font plains mille
foiss
Mais que veulent-ilsque j'yfaffe?
Te porte la Couronne, & fuisfujete
aux Loix.
AUTRE ENIGME.
D'
naiſſance,
Un Pais éloigné je tire ma
Fay longtemps efté peu connu;
Mais maintenant par tout jefuis le
bien venu,
Et l'on m'aime beaucoup en France.
Cette grande amitié m'a caufé du
malheur,
Car depuis quelque temps j'ay perdu
mafranchises
Pour mieux jouir de moy, fouvent
on me déguiſe,
350 MERCVRE
Et l'on me traite avec riiqueur.
Il eft vray qu'un Homme bienfage
Ne me doit point mettre en ufage,
Parce que je produits de fâcheux
accidens.
Auffipour mepunir, on me réduit
en cendre,
On mepille, on me met enpiece avec
les dents;
Lecteurs , j'en ay trop dit, vouspow
vez me comprendre.
0 % 1606
Adieu, Madame , ma Lettre
eft déja plus remplie qu'à l'ordinaire
, quoy qu'ilme reste encor
affez de matiere pour vous en
écrire une feconde. Je réſerve
tout pour le mois prochain , &
vous parleray en ce temps- là de
ce qui s'ft paffé à l'Académie,
le jour que les Prix yfurent dif-
2. ચ
GALANT 251
tribuez. J'y joindray une grande
Ceremonie qui s'eft faite
Chaumont en Véxin . Je vous
parleray de l'établiffement d'un
Jeu de
ce ', appellé
le feu du
Monde , parce qu'il fait acquerir
en fort peu de temps les connoiffances
les plus neceffaires au
commerce de la Vie. L'établif
fement de ce Jeu fi utile pour
P'efprit , me fait fonger à un au
tre dont on diftribue le Projet
fous le nom de fournal general de
France. Il eft d'une fi grande
commodité pour les
avantages
du Public , qu'il eft impoffible
de n'en pas tomber d'accord
quand on a lû le Projet dont je
vous parle. Quelque utilité qui
fe rencontre en certaines chofes ,
on peut n'en eftre pas con
Aouſt1681. Gg
352 MERCVRE
vaincu , quand on n'eſt point
dans la liberté de s'en fervir , ou
de ne s'en fervir pas ; mais lors
qu'on n'impofe la . deffus aucune
contrainte
, & qu'on fe fert yolontairement
de ce qu'on propole
, on ne peut douter qu'il ne
foit veritablement
avantageux
.
Ce Journal , qu'on fouhaite icy
"depuis longtemps
, ne peut engager
perfonne à luy donner cours
par des raifons de plaifir & de
curiofité , ny par l'efpérance
de
gains dont le hazard ou le jeu
puiffe eftre la caufe. L'utilité
en eft auffi feûre que réelle , &
vous le verrez par le Projet imprimé
que je vous envoye . Si
Ton fouhaite quelque uns de ces
Projets dans voftre Province, il
me fera aifé de vous en fournir
GALANT 353
puis qu'il ne faut qu'en deman
der au S Blageart qui les diſtribue
gratis , n'eftant pas jufte qu'il
en coufte rien au Public pour
apprendre en quoy ce Journal
Jay peut eftre, utile. Commeles
incrveilles de la Nature ne frapent
pas moins dans les petites
chofes que dans les grandes , or
doit également admirer tout ce
qui fe fait fous le Regne de
LOUIS LE GRAND Depuis
glorieux Régne il n'eft point de
modite que I
ce
que l'on ne trouve à
Paris. Cette grande Ville , ou
l'on croyoit qu'on n'établiroit :
jamais ny la netteté , ny la fed
Preté voelt devenue la plus feûre,
* & la plus nette de tout le Royau...
me. Les lumieres, dont on prend
foin d'éclairer toutes les Ruës
Ggij
314 MER . GAL
pendant l'Hyver , diffipent l'ob
fcurité des plus fombres nuits;
& les Etrangers que nous imi
tios autrefois ,font à préfent contraints
de nous imiter. Auffi les
Magiftrats ne peuvent- ils prendre
de fauffes mefures fous un
Prince auffi éclairé que noftre
augufte Monarque . Il connoiſt
ceux qu'il choifit , & les fuites
font voir qu'il ne fe trompe ja
mais. Je fuis voftre , & c .
Code A Paris ce 31. Aonft 1681.
esh Board
R
150x
9454
Vis
Cominquitla
225252525ESESEZE
imi zmaĄ VIS.
OF
Navertit qu'il ne faut donner
aucun argent pour faire recevoir
les Mémoires qu'on fouhaitera de
voir employer dans le Mercure Ga
lant.99
On les mettra tous, pourven qu'ils
ne defobligent point les Particuliers
par quelques traits fatyriques , & que
les Hiftoires qu'on envoyera n'ayent
rien qui bleffe la modeftie des Dames
.
On prie qu'on affranchiffe les ports
de Lettres , & qu'on les adreffe toujours
chez le Sieur Blageart , Imprimeur-
Libraire, Rue S.Jacques, à l'entrée
de la Rue du Plaftre.
> Les Particuliers , ou Libraires des
Provinces, qui fouhaiteront avoir le
Mercure hi - toft qu'il fera achevé
d'imprimer , n'ont quà donner leuc
adreffe audit Sieur Blageart, qui a fa
Boutique dans la Court- neuve du Pa
lais , au Dauphin , & il aura foin de
faire leurs paquets fur l'heure , & de
les faire porter à la Pofte , ou aux
a lay
Mellagers qu ils luy indiqueront, fans
qu'il leur en coufte rien pour la peine
qu'il en prendra , parce que lesdits
Particuliers ou Libraires qui les recevront
, en acquiteront le port fur
les lieux .
On a déja prié bien des fois ceux
qui envoyent des Mémoires où il ya
des noms propres , d'écrire ces noms
en caracteres tres bien formez : C'eft
à
quoy on manque tous les jours, &
ce qui eft caufe qu'on les met mal. Il
y a auffi des Pieces qu'on ne met
point , parce qu'elles font trop difficiles
à lire .
Il refte toûjours quantité de Pieces
qui auront leur tour, ou dans le Mercure,
ou dans l'Extraordinaire . Ainfi
les Autheurs ne fe doivent point impatienter.
Les premieres reçeues font
#
a
toujours mifes les premieres , à moins
que la nouvelle matiere qu'on envoye,
ne foit tellement du temps, qu'on
midg Jod un
ne puiflè diférer .
30
On avertit que les Mercures qui
s'impriment en Hollande & en quel
ques Villes d'Allemagne , font fort
peu corrects & tronquez en beaucoup
342 99167 Bibasiq no l d'endroits.
Qualité de la reconnaissance optique de caractères