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1681, 07, t. 15 (Extraordinaire)
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EXTRAORDINAIRE BYMERCVRE
A ARIS.
AV îALAIS.
N donnera toûjours unVolifm«
nouveau du Mercure Galant le
lferemier jour de chaque Mois, & on.
vendra, aussi-bien que l'Extraordinaire
, Trente sols relié en Veau,
& Vingt-cinq sols en Parchemin.
A PARIS,
Chu G. DE LUYNE, au Palais, JAMHFE
Salle des Merciers, à la Justice,
Chez C. BMGEART,RueS.Jacquet,,
à l'ci.néccela R^lëau Plâtre,
Et en sa Boutique Court-Neuve duPalais,
AU DAU PHIN.
At T. GIRARD,auPalais,danslaGrande
Salle, à l'Envie.
M. DC. LXXXI.
.drxcritiriliax DV xor;
21 'EoNtr/t'!'! du'i-nvile&ëdttTfof. pArGuc & privilege duRoy Donné' à
S. Germain en La'y;If ;',Decrnbrt 1677.
Signé,Parle Roy en son GOlièit JUNQUIURBS.
Ilest permis à J. D. Ecuyer,Sieur deVizé,
de faire imprimer par Mois un Livre intitulé
MERCURE GALANT, presenté à Monseigneur
La DAUPHIN,& tout ce qui concerne
ledit Mercure, priiclant letemps & espace de
ex années, à compter du jour que chacun desd
Volumes seraachevé d'imprimer peur la pre-
Hdierefois: Comme âussï defenses sontfaites
à tous Libraires, Imprimeurs. Graveurt & ait.
tres, d'imprimer, graver & debiter ledit Livre
sansleconsentementde TBipolant, ny d'en
extraire aucune-Piece, ny Planches(èrvant à
l'ormementdudit Livre, mesme d'en vendre separement,
& ddonnerà lire ledit Livre, le
tout à peine de six mille livres d'amende, &
confis,caiioiidts Exemplaires contrefaits,ainsi
'lueplus:mlongil estporté audit Priyilege.
Registré sur le Livre de la Communauté le 5. Janvier1678.Signé, E.COUTEROT, Syndic.
Et ledit Sieur D. Ecuyer, Sieur de Vizé,
a cédé & transporté sson droit de Privilège à
C. Blageart, Imprimeur-Libraire,pour en
jouir Suivant l'accord fait entr'eux.
jdtbttt d'imprimer pour lapremierfflil
le Qftokriiffi%
Avis pourplacer lesFigures.
LA Figure des Fontaines de Bacchus
& de Neptune, doit regarder la
page 214.
La Figurede l'Entrée de l'Escurial,
doit regarder la page 356.
TABLE DES MATIERES
contenues dans ce Volume.
LEttre de la Solitaria del Monte
Pinceno,sur quatre des Queftion*
du treizième Extraordinaire, 3
Madrigalde la mesme,surlaLibéralité
duRoy, 10
Vers de M. Bouchet, ancien Cure de
Nogent le Roy, à uneVeuve irrésoluë,
II
Si les plaisirs de l'Esprit font finssensibles
que ceux dusens, parM.Allard
du Vèxin, 15
Déclaration d'Amour, en Prose & en
Vers, du mesme M. AOArd, 34
Sentimens en Vers de M. Gardien SecrétaireduRoy,
sur toutes lesQuestions
du dernier Extraordidaire, 37
En quoyconsistel'air du Monde, & la
véritable Politesse, par M. de la Févrerie,
47
Madrigaux sur les deux Enigmes du
T A B L E,
Nois de Juin, dent les Mots tfo'ent
leFeu, 104
Si le Mary doit t/trt a-st <rr^n4Maître
que la Femme, parjiPcrria d'Aix
en Provence, FUs.d"i Secretairedu
Roy dece nom, 114
Traitéde ïOrig-nedelaAfedcclne,par
M. de la Selve deNi'};,ts, 117
Les Larmes de Dtphnis, par M. de
Templery, Gentilhomme d'Aix en
Provence, 140
DesPeintres anciens, & de leurs maniérés,
parAi.GermainâeCaen, 156
Sentimens en Verssur troisQuestions
dudernierExtraordinaire, 215
Billetpour la charmante Caliste, 220
Autre Billet pour Iris, 221
Le Singe & le Renardd'Esope, par
M. Allard du Vexin 223
Si la Santé peut estre alterée par les
FaJJions, par M. Gaultier de Niort,
129
Madrigaux sur les deux Enigmes du
Moisde Juillet, dont les Mots estoient
LeLys& la Rose,& l'Eventail, Z75
TABLE.
JDeftrigint, duprogrés, & de CetÀ
présent de la MedecineJ par le Philosophe
inconnu de Coutances, 2 95
BExdpielHircnaicteiortEnExdmetrlagaLomertdtarietniaqeniurCeth,,i33fre55s2d5u.
Madrigauxsur la premiereEnigme du
Moisd'Aoust. dont leMot estoitla
Piece de trois fols & demy, 357
Madrigauxsurlaseconde Enigme du
Moisd'Aoust, dontleM$t cftaitle
Tabac, 36
Madrigaux sur les deux Enigmes du
mesmeMois,$69
Stueftions à décider, 374
Fig de la Table.
EXTRAORDINAIRE
DV MERCVRE
GALANT.
QUARTIER DE JUILLET 16ZU
TOME XV.
Oicy, Madame, un
Nouveau Recl/cil de
Pièces,dontlaplupart
des Autheurs vous
font connu*. Vous avez déjà veu
leurs noms en d'autres Ouvrages
qui VOi?$ ont plû, O'j'cjpere que
<voM ne ferez, pas moins satisfaite
de ceux-cy, que vous l'avezesté des
premiers. Diverses matières enfont
lesujet, &cettediversiténesçauroit
estre quefortagreable pour les Curieux.
Vous alleztrouver d'abordce
quim'a esté envoyé de Rome par
une des plus spirituelles Personnes
de vofhe Sexe. Ce quelle écritsur
unepartie des Pueflionç proposées
dans le treiziéme Extraordinaire,
auroit paru dans celuy du Quartier
d'Avril, sil'eloignement des Lieux
ne me l'avoitfait recevoir trop tard,
pourl'y employer.
A Rome ce II.Juin 1681.
S'il est plus avantageux à une
Femme, d'estre aimée dés la
premierefois qu'on la voit, ou
de ne l'estre qu'après qu'en a
eu le tempsd'examinerson
mérite.
1L est certain que la Beauté
peut faire en un moment de
fortes impressions sur un coeur.
Tout Homme est sensibleà l'amour,
& rien n'est capable de
le faire succomber plus facilement
à cette passion, que deux
beaux yeux, une belle bouche,
& de certains agrémens qui se
rencontrent sur un beau visage.
Une oeillade jettée bien à propos
, desarme le courage le plus
fier; un soûrire agreable, pénétre
le coeur le moins sensibles
& ce je-ne.sçay-quoy qu'on ne
peut décrire, & que les plus
grandes Beautez n'ont pas toiL
jours, enleve sans peine la plus
prétieuse liberté. Mais quoy
qu'un beau visage produise des
effets surprenans,& qui semblent
contribuer d'autant plus
à la gloire du beau Sexe, qu'on
voit peu de Personnes y resister,
il n'êfl pas toutefois avantageux
à une Femme, que son Amant
se laisse blesser aux premiers
traits quipartent de ses yeux.
Elle ne doit point trop s'applau-
<4r de cette conqueste. Un
Homme qui se laisse enflâmer
à la premiere veuë, pourra malaisément
défendre son coeur,
lors qu'ilrencontrera les mef- nl charmes dans une autre
Personne. Cette inclination naturelle
qui nous porte à desirer
la possession des belles choses,
luy faisant concevoir de l'amour
généralement pour tousles Objets
qui luy paroîtront aimables,
son coeursensibleàtousles traits
dontlesBelles levoudrontblesser,
se rendra plutost aux faveurs
qu'au mérite, & croira nefaire
aucun tort à celles dont la vertu
luy paroîtrasevere,en cherchant
parsoninconstance à le vanger
d'unedéfaite trop facile, pour
souffrir qu'elles en puissent longtemps
triompher. Mais quand
un Homme prévenu des belles
qualitez d'une Femme se laisse
vaincre à ce qu'elles ont de touchant,
la connoissance qu'il a
de sa vertu, rend sa passionferme
& inébranlable; & comme il ne
s'est pas laisse prendre aux feules
beautez extérieures, & que son
amour est fondé sur un mérite
dont il connoistparfaitement
tout le prix, il s'étudie àle rendre
immortel & pour son propre
interest, & par un motif d'ambition,
qui luy fait croire que les
Personnes d'esprit jugeront du
sien par celuy de la Personne
qu'il aime, &: dont il est réciproquement
aimé.
SiuneFemmequiaimetoujours un
Amantdontelle a ejlé trahie, doit
écouter sa passion, ousa gloire,
quand cet Amant tâche à obtenir
le pardondeson infidélité. uNe Femme d'esprit peut
facilement accorder sa passion
avec sa gloire. Lorsqu'elle
a esté trahie par un Amant, qu'-
elle aime toujours malgré son
infidélité, elle n'a qu'à consulter
son coeur pour les mettre bien
ensemble. S'il est glorieuxd'oublier
les injures qu'on nous a
faites, il est bien doux de pardonner
àce qu'on aime.
Comment l'Ameestant purement
j}lritmlleyefîtouchée par la Muquicjtunechostfinfiblè.
.f" CEtre Question seroit facile
à décider, iliivanr les sentimens
de c:s Anciens, qui vouloient
que l'Ame ne fust autre
chose qu'une harmonie, & que
la vie ne durait qu'autant que
les accords en croientjustes;
mais pour moy qui ne suis point
Philosophe,& qui ne possede
que ce peu de lumiere que la
Nature donne en naissant, je
tiens que laMusique estant une
chose spirituelle, quoy qu'elle
nous paroisse purement sensible,
puisque Dieu mesme s'y plaist,
comme on peut voir par les
S'inrcs Ecritures, qui nousordonnent
de le loüer par des
Chants & par des In strumens
h.-ivmaiijux,àl'exempledes
Anges,quifontcontinuellement
occupez à faire retentir ses
loüanges dans le Ciel, nostre
ame s'y laisse facilement transporter,
&: s'accoûtume par
avance icy-bas à ces doux ravissemens
que luy cause la Musique,
& dont elle doit joüir un
jour avec ces Esprits bienheureux.
Si la Santépeut flire alteréepar les
Passions. sI l'on doit juger des causes
par les effets; la colere, le
desespoir, les maladies, &le
mort melme, provenantes allez
souvent des paillons, on ne peut
difeonvemr qu'elles ne soient
capablesd'altérer la Santé,
quand elles font trop violentes.
SUR LA LIBERALITE'
du Roy, qui donne au Public
les cent mille Francs qu'il a
gagnez à la Loterie.
pOurneterien devoir, inconflantt
Fortune
LOUIS refuse tes bienfaits.
Comme tafaveur est commune, ) Ildestinbeau Public les biens que tu luy
faú.
LA SOLITARIADEL MONTI
PnWENo.
Cette Jpiritnelle Solitaire avoit
demandé dans une Lettre que VOUI
avez veue, Lequel est le plus
avantageux pour une Veuvede
25 a 26 ans, ou de se remarier,
ou de demeurerdansleVeuvage,
ou d'abandonner entièrementle
monde en se retirant dans un
Convent. Voicy des Vers de Mr
Bouchet, ancien Curé de Nogent le
Boy,pourfervir de Reponsea cette
Demande,
A UNE VEUVE.
IRRESOLUE. vous dontl'espritflotant&remply
dcfoiblefres,
711r tout cherche conseil, de grâce, éC9
,- tezrmtts.
oNAllez: pas soûpirer pour un fécond
Epoux,
Issi premier dsit avoir épuisévos tenareffls,
Quefaire,dites-vous? Jefuisjeune} &
bien faite,
Foule d'Adorateurs m'assiege tous les
jours.
avez.-vous point d'Enfans? mettezvous
en retraite,
Etfaites du Grand Dieu l'objet de vos
amours.
LuyseulptutVous remplir de joye &
d'abondance,
Luyseulaplusd'appas que tous les
Souverains;
Euyseul peut adoucir vosplus cuisans
chagrins
Et jamais le degoust nefuit la joùissance.
Si vous tivez. Lignée, en Mers bonne
&rage,
Y(JJ{,lez-vDtU conservervostre Famille
enpaix?
.Cardez, le Célibat, reJftez. dans le Fru- f
vage,
Des Enfans de deux Lits ne s'1accordent ¡amau.
Mais quoy?l'espriteflprompt, & la
chair est ¡r.u!:ile;
L'Hymen est un état dont les charmes
font doux. 1
Bien donc, mariez-vous, &sélon l'Evangile,
Mais nevous jettez, pasdans les bras
d'unJaloux.
Ce genre d'Animaux toute liberté
brave.
De cette passionsil'EpouxneflguéryM
L'Hymen n'empesche pas que l'on ne
soit Esclave,
Et l'on trouve un Tyran fous le nom
d'un Mary.
Mais un Mary pourra me vanger des
outrages
Qu'onfait impunément à la Viduité.
Ah, c'est trop chèrementbriguer des
avantages,
Qu^and l'ombre d'un Chapeau conste la
liberté.
Ainsi celle quanimeuneprudence exquise,
Et qui d'un nouveau joug craint lepoids
renawânt,
Doit, Celonmonavis,conserversa
franchise.
OH ne s'assujetir qu'aux Loix du ToutpuiJfltnt.
Si les plaisirsde l'Ecrit font
plus sensibles que ceux des
Sens. L Homme est un composé
d'ame & de corps, & ce
que les sens sont au corps, l'efîporinct
l'est à Tame. Ces parties
si bien* unies, qu'elles ne
font qu'un tout, dont il est fort
malaisë de séparer les aéholls,
toutes actions de l'Homme estant
des actions humaines, à la
produdion s'esquelles l'ame&le
corpscontribuentégalement,
comme ne pouvant estre separez
pendant que l'Homme agit &
qu'il est vivant ; & parce que les
plaisirs del'Homme font partie
de £és actions, ou qu'ils en font
les effets, il semble qu'il n'y a
point de plaisirs dans l'Homme
qui ne doivent estre également
&del'esprit &des sens tout ensemble,
ou du moins est-il fort
difficile de trouver de la diférence
entre les plaisirs de l'esprit
& ceux des sens. Il n'en faut
point d'autre preuve que le
terme desensibles employé dans
la présènte Question, dans laquelle
il est aussibienappliqué
aux plaisirs de l'esprit, qu'à ceux
des sens,car dire que les plaisirs
de refpntfontfcnfifyes, n'est-ce
pas en quelque façon demeurer
d'accord dans la proposition
mesme que l'on fait, qu'il n'y a
point de plaisirs dans l'esprit auiquels
les sens ne participent, &
que les sens n'en peuvent jouir
d'aucun, si l'esprit ne contribuë
à les leur faire goûter?
Ce n'est pas pour censurer la
Proposition qui est faite, que
l'on parle de la fortepuis qu'assurément
elle est des plus belles,
des plus curieuses & des plus
vastes qui se puissent faire. Elle
ouvre un si beau champ pour
discourir, que si l'on vouloir expliquer
toutes les pensées qu'elle
fait naistre
, on en seroit un gros
Livre, & non pas un petit Di£..
cours, auquel on ne peut se renfermer
sans beaucoup de peine.
Contre la difficultéqui estfaitecy-
defïusonfera voir la
diférence des plaisirs des [ens.,
d'avec ceuxdel'esprit. L'on discutera
ceux des sens, & puis on
parlera de ceux de l'esprit, &
ion finira par le sentiment qui
paroiftra le plus julte sur l'alternative
de la Propohtion.
Il ne faut point douterqueles
plaisirs de l'Homme ne fassent
partie de ses actions, ou qu'ils
n'en soient des effets. Il faut
donc demeurer d'accord qu'ils
font de mesme qualité, & que
la mesme diférence qui se rencontre
entre ses avions se trouve
entre ses plaisirs. Mr Descartes
dans sen Livre des Passions, a
parfaitement bien étably la disérence
des actions de l'Homme,
en disant que les unes font
purement Jfiritnelics, comme
penser, se rtjflwvcnir de quelque
those, qui font des actions produites
par l'esprit seul sans la participation
du corps; les autres
purement corporelles, comme le
mouvementéla chaleur qui se
rencontrent dans les corps qui
font privez d'âme & d'esprit.
Ainsi le feu produitcemouvement
& cette chaleur, & les
autres mixtes qui font produites
& par l'esprit & par le corps conjointement
,commeécrire, chanter,
se promener.
Il faut raisonnerdemesme des
plaisirs de l' Homme. Tous les
phisirs qu'il possede qui luy font
communs avec tous les autres
Animaux pourveusdes sens aussibien
que luy, ce font les pltliftrs
dessens comme entendre lesvoix,
manger. Les plaisirs dont il jouit
qui ne peuventestre possèdez
par les Brutes, ce font lesplaisirs
del'esprit, comme lasatisfaction
de possider l'honneur & la gloire,
dont l'ame d'aucun Animal autre
que celle de lhomnie, ne
peut estre chatouillée. Il y a de
plus une troisiéme forte de plaisirs
qui se peut appeller mixte,.
dont la jouinance en mesme
temps est partagée& par l'esprit
& par les senss. comme les plaisirs
uepeindre~desavoirpeindrey
&de dancer parce qu'on sçait fort
bien damer3 & c'est de ce Genre
deplaisirs dont le nombre est le
plus grand.
Cette mesme division, suivant
l'Apotre des Gentils, ne se
trouve-t-elle pas dans lesdesirs
de l'Homme? Il dit, que tout
ce qui le fait agir en ce monde
eÍ1:,Aat concupifientiacarnis, voila
les piaisirs des [ens; Aut concupiscentÍtt
oculorum, voila pour les
plaisirs mixtes, ausquelsl'esprit
& les sens participent ensemble;.
Aut/ùpobitzvitæ1 qui le rapporte
aux piaisirs de l'esprit seul. Il est
donc tres-constantque l'esprit a
ses plaisirsparticuliers; que les
sens en ont tout de mesmequi
leur fontpropresj & qu'.,LinG
tous les piaisirs de i'Homme ne
font pasgoûtez par les sens, puis
qu'il ya des plaisirs de l'esprit où
les lèns ne prennent aucune
parc.
Les plaisirs des sens font plus
anciens dans l'Homme que ceux
de l'esprit,& l'on peut dire aussi
qu'ils en font la meilleure & la
plus grande partie. L'Homme
aussitost qu'ilest né, al'usage de
sessens.Ilvoir,il entend,il goûte
longtemps avant que derayonner,&
l'on peut mesme ajouter
avec certitude qu'il raisonne
longtemps avant que de jouir
des plaisirsde sonraifoiinement.
L'Homme, dans l'âge mesme
qu'il est capable de goûter les
plaisirs de Ton esprit,en trouve
rarement les occasions
; mais les
douceurs des sens tout au contraire
le flatent dés qu'il voit le
jour, &ne l'abandonnantpoint
qu'il nesoit mort. Si l'un de ses
sens celse de luy donner du plaisir,
l'autre prend la place, &
souvent il arrive que plusieurs
d'entr'eux
,
& quelquefois tous
ensemble,luyfont ressentir mille
charmes inexprimables; de forte
qu'il semble que lesplaisirs des
1lèns parleur ancienneté, par
leur nombre, & par la facilité
qu'il yadelespossederl''emportent
beaucoup sur ceux de l'esprit,
& qu'ainsi les plaisirs des
sensfont plussensibleque ceux
de l'esprit.
C'estpourquoyl'on voit fouvent
des Hommes qui parmy les,.
accens mélodieux des Concerts
& dela Symphonie, ou parmy
les delices de l'Amour & de la
table, perdent entièrement le
souvenir des plaisirs de l'esprit
dontilsestoientauparavantremplis,
la jove de l'esprit le trouvantabîmée
& confondue parmy
cesdoux transports des fënSy
ainsi queles petits Ruissseause
perdent dans les grandesRivieres
,
& que la lumiere des
Etoiles est effacée par la présence
duSoleil. S'ilestoitnecessaire de quelque
autorité pour prouver ce
fait,dont notre propre expérience
nous rend convaincus,
on ne peut en rapporter une qui
ait plus de force & plus de poids
que le témoignage de Salomon,
qui non feulementmérite cPêrre
crû pour sa sagesse &sa science'
admirable, maismesme à causè
de sa propre expérience. Il affure
dans le sécond Chapitre de
J'Ecclesiste, apres avoir dit
qu'il a goêtétous les plaisirs
dont l'Homme est capable, que
les plaisirs des sens font les plus
doux, Nonne wdiws est comedeyre
~Ó" bibere oftendcrctinimoefu*
bon*
bona de Idboribw-fuùi par lesquels
termes il avoue franchement
que la bonne chere 6e les autres
voluptez des sens font les plus
sensibles & les plus doux de tous
les plaisirs.
Cependant si l'on confidere
l'origine ,la qualité, la durée
des plaisirs de l'esprit, & la faculté
dans laquelle ils résident,
on fera contraint de confesser
que les delices du sens ne font
nyplus grandes,ny plus capables
de faire impression dans l'Homme,
que les plaisirs de l'esprit.
Un Ragoufi, & le bon Vin, qui
chatouillent la langue & le gozier,
&qui souvent offencent la
teste 3c l'estomach; les tons
roulans d'une charmante Voix,
qui flatant l'oreille, finissent en
naissant; les vapeurs suaves des
odeurs donc l'odorat est charmé
,&qui souvent en s'exhalant
offencent le cerveau,& autres
choses semblables,sont les sources
où se puifcnt les plaisirs des
sens, qui ne durent qu'un moment
pourmarquer leurfoiblesse
& leur legereté ;
mais ceux
de l'esprir tirent leur origine de
la Science & de laSagesse, de
l'invention & de la subtilité des
Arts,de l'Honneur,de la Gloire,
& de la pratique des Vertus.
Toutes ces choses & d'aurres de
pareille espece,sont d'une nature
si pure & si éloignée de la corruption,
que cette matiere des
plaisirs de l'esprit subsiste toûjours.
C'est pour cette raison
que les plaisirs de l'esprit durent
aussi longtemps que l'Homme,
& mesme au dela de l'Homme.
Homere & Virgile, & tant
d'autres celébres Autheurs, ne
font plus il y a plusieurs Siécles ;
mais leurs Ouvrages qui ont
fait la matiere de leur esprit,subsistent
encore a pres eux, & donnent
du plaisir aux Esprits qui
les lisènt & qui les entendent.
Heliodore qui aima mieux percire
son Evesché, que desavoüerTOrtHifioire
deTheagene
& Cariclée, etrftôLjugé en faveur
des plaisirs des sens, ou de
ceux de l'esprit?
Les facultez où résident les
plaisirs des sens font d'une matiere
grossiere, sujette au changenlent,
& à la corruption;
mais la faculté qui reçoit les
plaisirs de l'esprit est d'une matiere
incorruptible &: permanence,
& dont la durée doit
égaler celle de l'Eternité. Ainsi
de quelque costé que l'on envisage
les plaisirs des sens, ils n'ont
rien en soy qui puisse charmer
davantage & plus fortement que
ceux de l'esprit.
Les delices des sens font à la
vérité fort communs & fort faciles
à posseder
; mais ils n'en
font pas plus estimables. La rareté
&la difficulté de joüir des
plaisirs de l'esprit les font desirer
plus fortement, & posséederavec
plus de douceur. Si les charmes,
dont les sens font quelquefois
comblez, font tout oublier, &
laissent l'Homme comme dans
une létargie bienheureuse,&
dans un abîme de volupté, les
delicesdel'esprit n'en font-ils
pas de mesme, & d'une maniere
plus noble & plus surprenante,
ainsi que l'on voit quelquefois
dans les ravissemens& les
extases de certaines Personnes,
pendant lesquels elles ne perdent
pas feulement le souvenir
des plaisirsdessens, maisl'usage
mesme des sens? Cet illustre
Mathématicien de Syracuse
n'estoit-il pas, pourainsi dire,
perdu & abîmé dans les plaisirs.
que son espritgoûtoit en
ses Recherches curieuses, puis
que les Ennemis entrerent plutost
dans son Cabinet, qu'il ne
se fut apperceu du bruit, des
cris, & des desordres horribles
qui se font à l'assaut & à sla
prise d'une Ville? Combien
voit-on de Gens (&ce fontles
plus sages des Hommes ) quitter
le bruit & laconfusion quinaiffent
parmy la volupté & les plaisirs
des sens, pour se retirer dans
la solitude, afin d'y joüir plus
paisiblement des charmes de la
sagesse & de l'étude, qui font
les delices deleuresprit?
Il ne sert de rien de dire que
Salomon, le plus fage des Roys
qui furent jamais, a voulu en
quelques endroits donner le prix
aux plaisirs des sens
; car il ne
faut que lire ce qui précede, &
ce qui fuit les paroles qui composent
le Passage que l'on rapporte
de luy, pour connoistre
clairement que préferant la sagesse
& la tranquilité de la vie
à toutes choses
,
il préfere les
plaisirsdel'espritàceux des sens.
Apres tout, ilest aisédevoir
que deux diferentes fortes de
Personnes, dont le monde est
composé, décideront diféremment
la Question proposée. Les
VoluptueuxlesDébauchez., les
Grossiers, &ceux dont l'ame est
tellement ensevelie dans la matiere,
qu'à peine y peut-on appercevoir
quelque étincelle de
raison, tiendront assurément
que les delices des sens font préferables
à ceux de l'esprit. Les
Sages, les Vertueux, &les Gens
éclairez, qui aiment la gloire&
l'honneur, tiendront au contraire
, que les plaisirs de l'esprit
touchent beaucoup plus que
toutes les douceurs des sens, &
ne croiront point que les Sardanapales,
les Heliogabales, &:
les Nérons, pour avoir esté les
plus voluptueux Hommes du
monde, en ayent esté les plus
heureux.
Mais enfin si lesdeux opinions
que je viens de ra pporter trou,
vent leurs Défenseurs, qui ne
manqueront point de part &
d'autre de raisons pour appuyer
leurs fènrimens, il est constant
que l'on peut encor prendre un
troisiéme party qui semble le
plus raisonnable. C'est celuy
des plaisirsmixtes, dontlajoüissance
se partageégalement entre
l'esprit & les sens, qui font
les plus sènsibles plaisirs que
l'Homme puisse goûter pendant
qu'il vit. Cette raison seule,
entre mille qu'il y a, suffit pour
prouver que ces fortes de plaisirs
où les sens contribuënt d'un
communaccord, font les plaisirs.
de l'Homme entier, & que les
deux autres especes ne font que
les plaisirs particuliers d'une partie
de l'Homme 5
& c'est en
effet de ces fortes de plaisirs dont
le Sage veut parler, quand il dit
ces paroles qui finiront ce Discours
: Et deprehendi nibil ejjc
melius quam Utart Hominem in
opère suo, hanc effi partem illius.
Mr Allard du Vexin, qui est
VAutheur de
ce Discours, afait les
Vers que vous allez, "voir sur cette
mesme matière.
cHacunsuitlesplaisirs oufonhumenr
l'encline.
Un Buveur aime le bon Vin,
Le Soldat cherche le Butin,
Et fI-Ioinmerfavant la Doctrine.
Soitparlessens, ou parl'esprit,
Quel'Objet meuve l'appétit,
N'est-cepas toûjours toutdemesme?
Pour moy, j'ay toûjours estimé ..,l Que leplaisîrleplusextrême,
C'estd'estretendrement aimé
Par l'aimable Philis que j'adore & que
j'aime.
"-,
DECLARATION
A D'AMOUR. Imer & craindre de le
découvrir, c'est un erreur
du temps passé, comme c'estoit
un abus dans la conduire d'une
belle Personne, de s'offenser
quand on luy parloit d'amour.
Nous vivons dans un Siecle
mieux instruit, &: je ne pense
pas qu'estant aussi spirituelle que
vous estes jeune & belle, vous
vouliez faire revivre cette vieille
mode, & qu'en vous disant que
je vous adore, & que je brûle
pour vous de l'amour le plus
respectueux &le plus ardent qui
fut jamais, je doive craindre de
vous donner le moindre chagrin.
Mon dessein en est fort éloigné.
Vous voyez bien où j'en fuis.
C'est à vous, sans vous en allarmer,
à disposer de mon fort. Me
voudriez-vous rendre malheureux,
pour avoir pris la liberté
de vous découvrir mes sentimens?
J'attens que vous me
fassiezsçavoir, puis que je fuis
à vous, ce que vous voulez faire
demoy.
.1 AUTRE DECLARATION
D'AMOUR. DEpuis assez longtemps j'ay caché
mes transports,
De peur devous déplaire.
Deformais pour me taire
Jefaisd'inutiles efforts.
LlImDur quefay pour vous, belle Iris,
me desole,
Je ne puis plus vous le celer. (role
Lesexcèsde tristesse empeschent lapa-
Mais les excès âamOHr nousfont plaindre
& parler.
Ces deux Déclarations font du
mefineM*Aflard> & Mr Gardien,
Secretaire du Roy, a fait tous les
* Vers qui suiventsursix des J$ueftionsproposées
dans le dernier*ExtUêrdinairc.
Si un Amant aimé, qui a peu de
Bien, une extrêmeambition,
beaucoup de délicatesse,&
un violent amour, doit époufer
uneMaîtresse peu favorisée
de la Fortune, & qui a
comme luy de l'ambition &
de la délicatesse.
AMans,faites céderà la belle teH*
-
dresse
Toute frivoleambition. 1
Un coeur entestéderichesse,
- De vains honneurs & cCélévation*
Danssa.feu,qèdélicatesse,
N'a CJHunefaxjfepassion.
Si quelque chose peut tenir l'Amour en
bride.
je m'en vay vousle direicy;
Ce doit estre leseuljoucy
D'un ètablissementsolide.
S'il vous manque, gardez-vous bien,
Pauvres Amans, d'aller à l'étourdie
Renouveller la Comédie
Du Mariage de Rien.
L'Amouravecl'Hymen,mesmes dans
l'opulence,
Est rarement tlimelligenre;
C'est le malheureux ftri de cefâcheux
Lien.
Quel desordre dans l'indigence!
Ilssedétruisent tour-à-tour;
l'Amour trahitfH chasse l'Amour.
Si cet Amant, ne devant point
épouser cette Maîtresse, peut
aimer uneautre Personnesans
estre inconstant.
JE vous diray bien plus ; Si leseul
Hymenée
- Peut, en vous appellantailleurs
Vous., donner des jours meilleurs,
Etsic'est HflArreft de vostre destinée;
Cédez, àcefatalpouvoir,
Sansscrupulepassezentre les bras CTHM
autre.
LA fortunen'afait qu'a demyson
devoir,
Vangez-vous,faites tout le vostre.
Aimez-vous toujours constamment;
A l'Epouse, à l'Epoux, gardez, une foy
pure;
VOIU pourrez,sansleurfaireinjure,
Conserver la tendresse à l'Amante, à
l'Amant.
Cet état n'cft point sifuneste;
Par luy, deson dessinunHéros epvain.
(pteur,
Et quandon possedele coeur,
On doitse consoler du reste.
Si les plaisirs du Corps sont plus
sensibles que ceux de l'Esprit. OZJy, lesplaisirsduCorpssont les
moindres plaisirs,
VEjprit en peut donner de beaucoup
plussensibles.
Mais ce n'estqu'aux nobles desirs
A connoistre, à gouster ces douceurs
indicibles.
Yeus lesçavez, Guerriers, & vous,
tendres Amans;
Vous lesçavez, aussi, Vertueux,&
Sçavans.
L'éclat d'une belle vi'Eloire,
La conqueste d'un coeur chastement
ArilOUreJtx,
Un atte de vertu, quelquesecret heureux,
Font vos plus chers plaisirs, & toute
vostre gloire.
Loin de leur préferer les delices des
sens
rOUI les iriez, chercher au milieu des
tourmens.
Coeurs malplacez, amesvulgaires,
De qui lessentimens contraires
Sontpour les basesvoluptez,
Et qui mesmes nous infHlttZ;
Reconnoissezvostreinjustice,
Ouvostre aveuglement fer*vostrefit*
plice.
Si le Mary doit estire plus grand
Maître que la Femme.
¡ 01V tu feras Tullus,je feray
Tullia;
Où tu feras Marcus, je seray Marcia..
Dans nostre Coûtume Romaine,
C'efl une Formule ancienne
Du discours que ternit la Romaine au
Romain,
Lejourquilsfe donnoient la main.
Cefloit pourfairevoir leurégale puif-'
sance,
Et que la primauténefl que de bicltseance.
EMpouax,viosuolezn.-v?ousfaire une bonne fal;re bo;ine
Surle commandementpoint de délica-.
te.lTe,
Point de Maître, ny de Aiattrejfca,
r ele bonsens &la raism»
DE L'ORIGINE
DE LA MEDECINE
sAns aller chercher l'origine
De la scavante Medecine
Chez un Payen comme estoit Pline,
Il est constantquelle est divine.
Certain Autheurdegrand renom ( L'Ecclesiastiqueestson nom)
Enfait un Chapitre, ou Canon;
Apresquoy, dirons nous que non?
Ason damlepauvreMolière
DMedecin riHsaguère,
Lajoua cCétrangemaniéré,
Chhlu' t du TheatreÓdans la Biere..
S'ilssont du Ciel, les Medecins,
Revérons-les comme desSaints,
Et tenonspourEspritsmal-sains
Ceux qui les traitent d*Assassins.
Apeine je retiensmaverve,
Carjefuispoureuxsans reserve;
Ah, que le Tyes-Haut les conferve;
Et que longtemps il m'enpreserve.
DE L'ELOQUENCE.
pLaire,persuader, & deplus émouvoir,
De l'habile Orateur c'est le triple
devoir;
Maispouryréussir, il doit de laScience
Avec la Politesse avoirfaitl'alliance;
Sanscetheureux accord,sans cedouble'
ornement,
l'Espritleplussublime entreprend
vainement.
Tour donner au discours une bellelfru*
Eture,
JPropofer,conifrmer,réfuter, & conclure,
! font presque toujours d'indispensablesLoix;
VExorâe & le narré s'épargnent quelquefois;
Ilfaut d'un choixprudent disposer ces
Partiesy
Qui forment un beau Tout estant hiç".
rorties;
Partager sagement, user de termes
purs,
Leschoisïr élégans, naturels, point
obscurs,
AVoirpour lebeoin unfonds de sinonimes,
JSannir les duretez., les mauvaissons,
les rimes,
Du langagePhébusejire fort épuré,
Avare dufleury, discret an figure;
Eflresasbigarrure.excellemmentfertile,
Nepoint trop resserrer, ny trop enfler
le stile,
fairt de temps en temps briller des
ttrraaitttss 0": ,e/s1pr,i't
Observerchaquegenre, &lèsLoix
qu'il preferit,
Seservirdoftemsnt & des mots, &des
choses,
Neprouverpas toujours les effets par
leurs causes,
joindre aux belles couleurs les plus
fortes raisons,
Estrefortreservésur les comparaisons.
Dediverseslongueursfaire les périodes,,
Et les transitions de liaisons commodes;
Attirer l'Auditeurpar l'endroitquiluy
plalft,
Leprendre,s'ilsepeut, parson propre
intéress;
Partout del'quitégarder le caractere,
Maissurle goust du Siecle estreplus
doux cjiiaustere,
Considérer le lieu, la nation, les moeiirs,
L'Âge,laqualité, le sexe, & les humeurs;
Eluderfinement ce qu'on ne peut dl..
truire,
Etpeindre au naturel tout ce quon veut
décrire;
Sçavoir des pttffions remüer les ressorts
four, avec le commun,entraîner les plus
forts;
N'employer rien de bas, ne laisser rien.
devuide,
S'attacher au bonsens,par tout l'avoir
pour guide,
S'écarter rarement dusujetdudiscours,
S'agiter quelquefois, se possedertoujours;
Enfin mettre avecsoinchaque chose en
sa place,
Et d'unairassuré s'énoncer avecgrâce,
Voila, sélon que je l'entens,
L'Eloquence de tousles temps.
En quoy conflstel'Airdu Mon*
de'3& laveritable Politesse. cEtte ffiion n'est: pas
facile à résoudre, puisque
ceux-mesmes qui se font polis
Par l'étude & par la convention,
& qui ont patte toute leur
vie à la Cour, ne conviennent
pas presscisement en quoy consiste
l'air du monde, &. la véritable
politesse. Il en est comme
duje-ne-sçay quoy. On levoit,
on le remarque, & on ne peut
dire ce que c'est. Mais il y a
cerre diférence, que l'air du
monde se communique & se
peut imiter, & le je-ne-sçayquoy
est inimitable, & ne se
peut prendre. L'un ce l'autre
font singuliers, &; ne se rencontrent
pas en toutes fortes de sujets.
Toutes les Nations en jugent
diféremment sélon leur
gout&leur inclination. Cependant
chacune dans ses maniérés;
est touchée du je-ne-scay-auoy,
& se forme une idée d'honnesteté
& de galanterie, qu'elle
appelle air du monde & véritable
politesse. Il n'y a que du plus:
ou du moins,sélon le Climat
qu'elle habite, son humeur &
ses coûturnes, qui pour estre
grossieres à l'égard des autres,
nelesont pas chez elle. On est
poly jusque dans les Terres Australes,
si nous en croyons l'Histoire
admirable,pour ne pas dire
fabuleuse.
fabuleuse, qu'on a faite des Sevarambes;
ce qui fait voir que
rien n'est plus naturel à l'Homme.
Mais plus on a de commerce
dans la societécivile, & plus on
a cet air & cette politesse. D'où
vient qu'on dit, ilsçait vivre,ila
veIl le monde, pour dire, c'est un
habile Homme,un galant Homme.
Ainsi par tout cù il y a quelquepolice
ou quelque especede
Gouvernement,il ya de l'air du
monde & de la véritable politesse.
Où il ya des Roys & des
1 Souverains, on y trouve des
Courtisans & desMinistres, qui
ne manquent ny d'adresse ny de
galanterie. Maisje doute si dans
lesRépubliques, cet air& cette
politesse se rencontrent au mesme
degré,&siRome& Athènes
ont esté aussi polies & aussi galantes
fous les Consuls & les
Aréopages, que fous les Roys
& lesEmpereurs; fous Solom
& Brutus, que fous César &
Alexandre.
Les Grecs ontestéextrémement
polis. Cependant sinous
en croyons Mde Balzac,les Romains
les surpasserent en politesse,
&laisserentleur Atticisme
bien loin derriere leur Urbanité.
C'estainsi que parle cet Autheur;
& cette politesse passa
du Sénat aux Ordres inférieurs,
& mesme jusqu'au Peuple.
Mais pour ne point faire d'injustice
aux Grecs, il dit dans un
autre endroit, qu'ils furent plus
polis & plus adroits à la Course
litàla Lute; &les Romains plus
propres au Commandement, &
plus entendus dans la Guerre.
Le grand air a plus esté de leur
caractere, soit que l'on examine
leur esprit & leur personnes.
Comme ils estoient grands en
tout, leur civilité n'avoir pas
moins de grandeur que de politesse.
Toutes leurs actions
avoient de la majesté. Tous
leurs sentimens estoient nobles
& relevez. Ils estoient accoutumez
à la veuë des grandes
choses. Ce n'estoient que triomphes
dans Rome, que Peuples
soûmis, que Roys vaincus &
traînez en Esclaves. Tout cela
les rendoit fiers,mais d'une fierté
modeste & polie, qui faisoit voir
leur Íàgelfe aussi grande que leur
courage. Qui doute que nos
François avec cette politessequi
leurest si naturelle, ne sefassent
pas un caractere de grandeur &
d'élévation, fous un Roy si
grand, & qui fait de si grandes
choses; fous un Regne aussi flonflant,
de aussiglorieux que le
sien?
On confond mal-à-propos,
ceme semble, ce grand air avec
l'air de qualité. Il y a de grands
Seigneurs qui font bien les honneurs
de leur naissance & de
leur personne, & qui ne peuvent*
attraper cet air& cette politesse
dont nous parlons. On en juge
mal à la Ville & dans la Province,
mais à la Cour on en sçait
faire lediscernement,&l'on n'y
pourroit souffrir cette Comtesse,
qui dans un Bal,voyant
dancer sa Fille de méchante
grace, luy crioit sans cesse Prenez,
donc, ma Fille, cet air de
qualité. Cette 'aff.?él:ation est
ridicule. Il faut que cet air soit
tout dans la Personne, c'est à
dire qu'il soit naturel. Un Berger
bien fait, peut avoir ce grand
air, & un grand Prince l'aura
souvent fort bas & fort médiocre.
On sçait l'Histoire de Philopémen
sur ce sujet, & combien
son peu de mine luy attira
de mépris malgré ses belles qualitez;
& quelque foin qu'il prist,
auraportdePlutarque, d'estre
armé &monté à l'avantage.
Alexandre, pour qui j'ay presque
autant de passion que cette
Femme de la Comédie des Visionnaires;
cet Aléxandre,dis-je
tout grand qu'il estoit du costé
de sonespri,de son courage,&
de sa fortune, n'avoir point ce
grand air; & lors que je le regarde
aupres de César, il faut
quej'avoue que ce n'estoit qu'un
petit Cavalier.Je sçay que Quinte-
Curse dit, qu'on ne pouvoit
l'envisager sans respect & sans
crainte; mais ce n'cft pas là ce
quej'appelle le grand air. Cette
qualité,ou plutost ceje-ne-fçayquoy,
cause feulement de l'admiration
& de l'estime. Il n'a
rien de terrible, son éclat est
doux & moderé, & bien plus
propre à se faire aimer, qu'à se
faire craindre. Ce grand air qui
accompagne par tout la Personne
qui en est revestuë, paroist
avec plusd'éclat en de certaines
occasions, à la Guerre,
dans les Assemblées. C'est là
où il brille avec majesté. C'est là
qu'il est necessaire, & qu'il rehausse
avantageusement la personne
du Prince. Pour estre un
Homme du grand air, il faut
estre un grandHomme, un
grand Génie. Un petit Homme,
unEsprit doux, est incapablede
ce caractere. Quand je dis un
Esprit doux, j'entens un Autheur,
un Blondin de Ruelle.
Maisquand jedis un grand
Homme, je n'entens pas un
Capitan, un Matamore. Tous
les Héros ne sont pas de belle
taiIle.- Si cela estoit, les Allemans
remporteraient en cette
rencontre sur tous- les autres
Peuples. Le grand air est donc,
selon i-nov,,àl'égard du Corps,
une belle & juste disposition de
toutes ses parties, qui consiste
dans le port & le geste de la Personne
; & àl'égard de l'Esprit
c'est une maniere noble & relevée
de penser & de dire les choses,
qui paroist dans les sentimens
& dans le discours; & pour
ce qui est de la politesse qu'on
joint si à propos dans cette Question,
c'est i*adouciuemenc fcc la
perfection de tous les deux; je
veux dire d'un Corps & d'un
Esprit bien fait," car sans elle il
en résulte un éclat difficile à
suporter, & qui blesse la veuë.
On sçait combien font incom.
modes & fatigans ces Gens du
grand air qui n'ont point de poiiceile,
& qui cherchent plutost
à éblouir qu'à plaire.
Les Provinciaux font consister
ce grand air dans la pompe
& la n(h{fe des Habits, dans
la majesté & le grand tourdu
stile, &par là ils se rendent ridicules
dans leurs habilkmens &
dans leurs conversations. Il est
vray que l'art de se bien mettre
& de bien dire les choses, donne
& inspire ce grand air; mais
c'est ce grand air qui fait paroître
les Habits & les paroles. Il donne du relief aux plus petites
choses, &sans luy avec les
plus beaux Habits & les plus
grands mots, on fut une fort
petitefigure, ou tout au plus un
personnage outré & ridicule;
mais peu de Gens s'y connoisfent.
On se laisse ébloüir à l'éclat
& au brillant des objets;
sans en examiner la juste valeur
mais on juge encor plus mal de
la politesse car ce n'est plus pas non ce grand ajustement dans
la Personne, cette grande exa- ctitude dans le discours, qui en sont le veritable caractere. De làvient cette fausse délicatesse
de Province, qui pense si mal de
tout, qui setient toûjours sur ses
gardes, & qui croit qu'il n'y a de que dans,
la propreté des Habits, dans le
stile fleury
,
d'estre bien mis,&
de sçavoir bien dire, d'avoir toujours
le Peigne & la Tabatière
à lamain. Ilyadesnégligences
quisont extrêmement polies, &
on peut dire que le secret d'estre
negligé bien à propos, soit dans;
sa personne, foit dans ses paroles,
est laveritable politesse. Et en
:eff.:t) les Italiens appellent ces
negligences de grands artifices;
.nlais c'est à la Cour, & non pas
dans la Province,qu'il faut chercher
cesecret. S'il y a icy quelque
politesse, &quelque peu de
cet air du monde, c'est là qu'on
en a le veritable usage.
Ce qu'on nomme aujourd'huy
air du monde &politesse, s'appelloit
autrefois avoir bon air,
faire les choses du bel air. Mais
Monsieur de laRoch.'foueaut,
en donne une définition plus
étenduë. Il dit que c'est une symétrie
dont onnesçait point
les regles
; un raport
secret
des
traits ensemble, & des traits
avec les couleurs, & avec l'air
de la Personne, & ce raport bon
ou mauvais, est ce qui fait que
les Personnes plaisent ou déplaisent.
Mademeiselle de Scudery
dit que c'est un Esprit naturel
qui fait que l'on est habile &
agreable. Mais-n'estce pas tomber
dans une autre Question?
car qu'estce que cet Esprit naturel?
Est ce cette heureuse
naissànce dont on parle tant?
ce gaudeant benenati desAnciens
,
Est-ce estre né coëffé? Ce feroic
toutcela, si avec l'art de plaire,
on avoit celuy d'estre heureux.
Mais trop de Gens heureux déplaisent,&
trop de Gens plaisent
qui font miserables.Qu'on en
die ce qu'on voudra, ces choses
ne rendent pas plus heureux; au
contraire je tiens que plus on
estpoly Se qu'on a de cet air du
monde, plus la miserce est dure &
insuportable, ence qu'on pa-
Iroill: moins à plaindre. Quelques-
autres ont dit que c'estla
science de laconversation, & le
dondeplaire dans les Compagnies
; mais je dirois encor de
plaire en quelque lieu qu'on se
rencontre, car un Homme bien
fait doit plaire par tour, & les
grandesAssembléès & les occasions
d'y paroître, sont rares.
L'Autheur des Converations
quejeciteray souvent ( carjene
puis prendre un meilleur Guide
sur cette matiere;) cet illustre - Chevalier dit que le bon air est
une agreable expression de l'action,
qui consiste à bien dire&
à bien faire ce que l'on dit & ce
que l'on fait. Il dlflre de l'agrément.
Celuy-cy est plus flateur
& plus infirmant IL va droit au
coeur, mais par une route secrete.
Celuy-là est plus de montre,
il est plus concerté & plus
dans l'ordre Enfin l'un charme,
l'autre se fait aimer. Mais ne
feroit-ce point encor une certaine
douceur & facilité de
moeurs qui s'accommode à tout
sans esclavage? qui n'aprouve
rien sans choix, & qui ne defaprouve
rien par dégoût? Ne
seroit-ce point enfin une maniere
agreable de se communiquer,
qui se prend de ceux qui l'ont,
&quilapratiquent? Carcetair
& cette politesse sont moins
pour nous que pour les autres,
& l'on ne s'en mettroit guère -
en peine, s'il n'y avoir ny grand
monde,ny Gens polis. Mais
Monsieur de Balzac en donne
une définition trop belle pour
l'oublier icy. Il dit que c'est un
certain éclat, & une certaine
lumiere qu'une heureuse naissance
répand sur le vi(-Q,c des
Hommes, & qui corr ge les de-
'sauts de la Nature avec avantage.
Elle rend beaux les plus
*laidsj & si elle n'attire pas dans
tous le respect & la vénération,
elle-leuracquiert du moins la
bienveillance &l'estimede ceux ,qui les voyent. Ce caractere,
adjoûte-t-il, ne se peut cacher,
& il fait toujours reconroitre
ceux qui le portent, parce que
rien n'est capable de l'effacer ny
de l'obscurcir. Tel parut Enée
lors qu'il aborda Didon.
Enée estoit brillant d'une vive clarté,
D'un Dieu plus que d'un Homme il
Avoit la beauté.
Et cette Reyne voulant exprimer
sa bonne mine, dit à sa
Soeur.
O ma Soeur, cjuEnée a de charmes,
Lorsqu'ilparoist dessousles armes! - Pour moy, je le voy danssesyeux,
Si mafoy ne me trompe, il etfforty des
Dieux. -
Virgile parle encor de la forte
en faveur du beau Sexe,lors qu'il
fait lePortrait d'Iris fous la figure
de Beroé.
L'Epouse de Doricle est modeste &
charmante,
Mais remarquez, biensa beauté
Queses yeux qontbrillans!qui'lsont
-
depureté'
J~OMhaleine est douce, &sa voix
ra'lliJfanter
Etque lors 'luelle'march'eJ elle a de -
malefté!
Quand Didon entre dans le
Temple, le Poëte ne se contentepas
delacomparer à Diane,
il adjoûte qu'elle surpasse
toutes les Déesses.
Proyèz.-,Vous Didon qui s'avancé,
TelleDianeavecsesNymphes danèi,
Mais cette Reyne a bien plus de
beauteiL,
Elle efface enmarchattoutes lesDettes
Etlors que Vénus quitte-Enée.
a qui elle s'estoit apparue fous
uneautre figure, il dit que son
air & sa démarche luy firent
connoistre la Déesse.
Quoyqu'à lefuir Vénuss'empresse,
du marcherseulement il connut la
Déesse.
J'ay emprunté tous ces Portraits
de Virgile, parce qu'on
ne peut tirer que de bonnes Copies
d'un si excellent Original.
Il y a des Gens à qui cetair &
cette politesse font si naturels,
qu'ils semblentestre nez pour la
Cour & le grand monde. Ce
sontdeces belles Ames à qui la
Nature donne de beaux corps
& de nobles inclinations; & lors
que la fortune leur est favorable,
elles font capables de toutes
choies. Cela se remarque
chez de certains Peuples & dans
quelques unes de nos Provinces,
où le vulgaire mesme est naturellement
civil & poly. Les remîmes
font plus susceptibles de
cet air du monde que les Hommes.
Elles seconnoissent mieux
en politesse & en galanterie, elles
rafinent sur ce sujet, & elles
nous en fontleçon. La Nature
leur a donné cetavantage. Elles
s'attachent à plaire dés leur ensance
, comme à la feule chose
qui peut les rendre recommandables,
& leur donne quelque
mérite au dessus des Hommes.
Quoy qu'il en soit, on ne peut
estreny poly, ny galant,sansle
commerce des Femmes. On
peut estre juste, sage & docte
sans elles, avoir du courage, de
l'honneur & de la probité; mais
ce sont elles qui inspirentla dou-
.GCUr, la civilité, la complaisance,
la délicatesse, le bon goût,
& enfin tout ce qui peut faire
un honneste Homme. Et la raiion
de cela, c'est qu'on agit
plus rondement avec les Hommes.
On amoins d'égard les uns
pour les autres; mais cerespect
que la coûtume a introduit pour
le beau Sexe, fait qu'on observe
bien plus de formalitez avec les
Femmes. Les Hommessonttoûjours
rupres d'elles dans une certaine
bienséance, qui est le véri- tablecaracteredela politesse &
de la galanterie. Je çay bon gré
à M Costard,d'avoir fait une
Déesse de cette derniere. Puis
que les Femmes nous rendent
galands,necragnons pas de C'lcrisser
à cette Divinité pour
nous la rendre favorable. Le
culte n'en est pas dangereux,&
on peut la servir sans idolâtrie.
L'Amour que l'on appréhende
tant, en est plus éloigné qu'on
ne pense. Ce qui le trouve le
moins dans la galanterie, c'est
de l'amour, dit l'Autheur des
Refléxions.Maisàtouthazard
un peu d'amour est necessaire
pour faire un galant Homme,
& il n'y a personne qui ne le
veuille bienestreà ce prix.
Vousappellez, à tort le beau Sexe trompeur,
On neperd jamais rien pouraimer une
Belle;
Quellefoitrigoureuse, inconstante,
infidelle,
Consolez, vous de ce malheur,
Sivousavez,apprisa>la're,
Cen'estas unegrande affaire,
Quepour estre bienfait, il en consteson
'oe/l,r.
Ce que dans le monde on appelle
un honneste Homme, dit
Madame deVildieu, fait gloire
d'estre galant,&favorisé desDames.
Ellessçavent l'art de plaire
& de se faire aimer, mais elles
veulent qu'on plaise, & qu'on
se rende aimable.Tout le secret
est de bien chowr, & de
tomberen bonne main. Je plains
unjeune Homme qui s'attache
aupres d'une Femme sansesprit
&. sans mérite;il est toujours
mal recompensé de son temps &
de sa peine. Mais d'autre cofté"
les Femmesspirituelles & sçavantes
font rarement propres à
la belle galanterie. Leur cara-
<£terc est trop romanesque; ce
qui me fait croire que celles qui
n'ontqu'un esprit naturel avec
un grand usage du monde, &
quifont également éloignées de
la coqueterie& de l'air prétieux,
-
font plus capables de faire un
galant Homme.
Quoy que les belles Personnes
ayentplusdedisposition que les
autres pour l'air du monde &
la veritable politesse, il y en a
qui n'ont aucun air
,
& souvent
de médiocres Beautez ont en
cela degrands avantages. C'est
que l'esprity contribuë
,
& je
ne sçay quel agrément naturel
qui ne résulte pas de la beaute,
mais de la symetrie du corps,
& du tempérament de la personne.
J'lty connu une Femme
qui estoit en tout d'un mérite
fort mediocre; neantmoins par
habitude ou autrement, elle
avoit un certain air quila fit regarder
dans le monde, &insensiblement
elle s'acquit la réputation
d'estre une Femme bien
faire ; & tout cela consistoit à
placer ses bras, & a avancer sa
gorge d'une certaine maniere,
& à dire les choses d'un ton mignon
& radoucy. Elle sçavoit
cinq ou ux Complimens avec
autant de petites raisons, qu'-
elle appliquaitàtout, &: qu'elle
ne craignoit point d'uleràforce
de s'en servir. Ceux qui ne la
voyoient qu'en passant, en estoient
charmez
; mais ceux qui
la voyoient souvent, ne pouvoient
comprendre eu estoit le
- charme, car cet air du monde
n'est souvent qu'une certaine
routine où l'on ne trouve aucun
fond
fond d'esprit &. de mérite. Il y
a mesme tant de foiblesse & de
badinerie, que je nem'étonne
pas si les Gens bien sensez se
récrient si fortement là-dessus.
Une faussepolitesse & un air contraint
,
dégoûtent plus qu'un
air simple de des façons grofsiereres.
Icyon pardonne à la
Nature sans art, & là on ne
peut pardonne à l'art sans la
Nature,car il choque du moment
qu'il est visible. Cet air
affecté est le mesme que l'air
prétieux, dont il y a de si bonnes
Copies dans les Prétieuses
Ridicules,Se dans le Misantrope
de Moliere. Ce font des Marquis
dont tout le mérite est dans
leurs Perruques & dans leurs
Canons.
-
Ils sçavent le bel air
des choses, & comme Gens de
qualité ils sçaventtout sans avoir
rien appris, dit Mascarille.
Cette affectation gaste fort
les jeunes Gens qui sont peu
de temps à la Cour. Ils y prennent
de faux airs, & desfaçons
de parler par où on lesconnoist
toute leurvie. Il n'y arienqu'on
doive pluséviter que lesmots
nouveaux,&même quelques uns
quisont en usage, mais quiont
quelque choie de trop fltiolilier.
Cela sent l'Enseigne, & fait rf..
connoistre les Gens. Maisil yen
a qui croyent qu'on ne paroist
dans laconversation que par ce
moyen. Cobiencemot, à l'heure
qu'il est, a-t-il fait de bruit dans la
Province?ONkefouroit
tout, & on en revenoit toujours
à l'heure qu'il est. Il vint il y a
quelque temps en Normandie,
une Dame que son mérite &
toute sa vie qu'ellepasse à la
Cour,rendent fort recommandable.
Un jour on luy proposa
unePartie d'Hombre,& elle répondit
pour s'en défendre, qu'-
elle n'aimoit point ceJeu, parce
qu'elle estoit déjà trop colet
monté, voulant dire qu'elle estoit
trop vieille. Ce mot fut recueillysoigneusement
du petit
nombre choisy qui avoit l'honneur
de l'approcher ; & depuis
ce temps-là,onn'entendit plus
que Colet monté. On l'appliquoit
à tout sans raison, & sans
savoir ce qu'il vouloit dire.
Enfin lors qu'il vient quelque
grand Seigneur en Province.
c'est àqui prendra ses manières,
mais ceux qui ont du bon sens,
&, l'esprit solide, se prennent
garde de pareilles afectations,
& ne s'entestent pas d'un air
quiest dangereux pour les Provinciaux.
On peut estre un honnefte
Homme, un Homme bien
fait, sans estre un Homme de
Cour; & ce seroit grand pitié.
si tous les Provinciaux devenoient
Courtisans. Qu'ils lisent
l'H(Jnnejle Homme deFaret, ou
le Parfait Courtisan du Coulet
Castiliogue,pour y apprendre
à estre civils & honnestes, mais
non pas je-nescay -quelle maniere)
& quelle rauile galanterie
, qui n'est bonne qu'à les
rendre ridicules. Parce qu'on
leur a dit que les Gens de Cour
& du grand monde ne font point
façonniers, ils font libres & familiers
jusques à l'impertinence
& à la malhonnesteté. Leshonnettes
Gens du Siecle passé es,
toient esclaves de leurs cerémonies;
mais ceux d'aujourd'huy
le pourroient bien devenir, par
la familiarité de ceux qui les
imitent. La contrainte d'autrefois
estoit insuportable, mais on
commence à éprouver que la
liberté d'aprésent est bien incommode
; car pour deux ou
trois qui en usent bien, il s'en
trouve vingt qui en usent mal.
De plus, cette liberté que nous
chérissons toujours, n'est-elle
point captive lors que nous nous
soûmettons si volontiers au ca,
price de ces Esprits familiers,
J'appelle ainsi ces jeunes Etourdis,
qui prétextent leur emportement
d'une honnestefamiliarité.
N'en sommes-nous point
esclaves, lors que noussouffrons
avec tant de patience, qu'ils nous
déclarent leurs sentimens &
leurs inclinations; & ne vaudroit-
il pas mieux essuyer cinquante
Complimens de Nervese,
que l'Inpromptu de quelque
fou de Marquis? Mais revenons
de cette petite digression
qui n'estpeut-estre pas hors du
fujer.
Cet air du monde & cette politesse
change comme toutes les
autres choses. On l'étudie plusieurs
années, & on n'a pas le
temps d'en profiter. Les Polis
du Siècle passé fèroient grossiers
lx. à la vieille mode dans celuycy.
Chaque Regne, chaque
Cour, a son air, sa politesse, sa
galanterie. Les vieux Courtisans
ne sont pas moins distinguez
par leurs façons, que par leurs
habits;& les jeunes en changent
tous les jours. Combien demodes
nouvelles, de figures & de
postures dans le geste, dans les
habillemens, dans la démarche,
& dans toute la Personne de
ceux qui se piquent d'avoir ces
qualitez, & qui prennent de
grands airs, comme ils parlent!
Un galant Homme disoitunjour
surcesujet, queles Suivantesde
sa Femme prenoient tous les
ans ses vieilles grâces. Il appel- iioi-cainnrcrsagremensnouveaux
quichangent sans ce de à la
Cour, & qui font la plus grande
occupation des Cavaliers & des
Dames. Mais ce quiest admirable,
cet air est si délicat & si
subtil, qu'il se dissipe & se corrompt
dans la Province, pour
peu qu'on y séjourne. Bien plus,
il y en a qui le perdent en changeant
d'Habit. Il n'en est pas
tout-à-fait ainsi de la politesse.
Comme elle est plus fondée sur
les mcolirs, & qu'elle rende principalement
dans l'esprit, elle
demeure toujours en ceux qui
l'ont naturellelnent, ou qui en
ont fait une habitude. Ce n'est
pas qu'il n'y arrive du changefilent)
car enfin, les Peuples les
plus polis, deviennent dans la
fuite des temps, rudes & barbares.
Il s'en faut bien que les
Grecs d'aujourd'huy & les Italiens
ne possedentl'ancienne
politesse d'Athenes, & l'Urbanité
de Rome. Ainsi un vieux
Courtisan devroit se consoler de
n'estre pluspoly. La qualité de
galant Homme, dit le Maréchal
de Clérambaut, passe comme
une Fleur, ou comme un Songe.
On est quinze ou vingt ans à le
devenir, & tout d'un coup ce
galant Homme est le rebut& le
mépris de ceux-mesme qui l'admiroientauparavant.
Mais c'est
un des entestemens de la Cour
d'estre toujours galanc;Sec'en:
pourquoy l'on y veut paroistre.
toujours jeune.
Les Gens deCour conserventl'air
du monde jusqu'au Tombeau
, ou du moins l'esprit du
monde;car il ne leur en demeure
que l'inclination apres que
l'âge & les affaires les en ont
éloignez. Je connois une Marquise,
à qui une vieillesse de quatre-
vingts ans, & un long féjour
à la Campagne, n'ont pû
faire perdre la curiosité de la
Mode Se dés Nouvelles. Elle
s'habille encor comme uneFille
de quinze ans, & se fait lire la
Gazette regulierement toutes
les semaines. C'estun Original
dans sa Province, &on la regarde
comme un Trésor de la vieille
Cour. Cependant il faut avoüer
qu'on peut conserver l'air du
monde & la véritable politesse
malgré le cours des années, Se
le séjour de la Province, quand
ona uneheureusenaissance, l'es.
prit droit &. juste, qu'on a commencé
de jeune âge à paroistre
dans le monde, qu'on s'est formé
sur de bons modelles, &que
le bon sens & le jugement reglent
nôtre conduite. Lors qu'un
Homme& une Femme de Cour
font faits de la forte, c'est un
grand charme que leur personne
& leur conversation.C'est
là qu'on trouve cette justesse de
pensées & d'expressions, cette
noblessede sentimens, cette penétration
d'esprit, ce juste discernement
, ce tour fin & délicat,
cette maniere aisée de dire
les choses, cette plaisanterie
spirituelle, cette fine raillerie;
enfin dans toute la personne un
air, & un je-ne-sçay-quoy qui
ravit & qui gagne tous les coeurs..
Maisil faut pour cela que la Nature
forme un Homme avec
foin, & que les belles Lettres&
le grand monde lepolissent
; car
ce n'est pas allez de plaire lors
qu'on nous voir, il faut encor
quenouslaissions le desir de nous;
revoir, 6cle regret de ne nous
voir plus,&toutcela ne se peut
sans un grandfond d'esprit &
de mérite. Les vrais agrémens,
dit Mrle Chevalier de Meré, ne
viennent pas d'unesimple super.
ficie, ou d'une legere apparence.„
L'esprit sans-doute est ce qui
touche le plus, & quelque avantage
que l'on ait de la Nature,-
on n'a point cette liberté, ce
brillant & cet enjouëment qui
plaisent tant dans le grand mondé
; car estre libre & enjoué
sans esprit, c'est estre brutal &
ridicule. Si tant debelles Personnes
ne touchent point &
n'ont point d'air, c'estqu'elles
n'ont point d'esprit; mais ceux
qui en ont, ne manquent jamais
de plaire, quelques laids qu'ils
puissent estre. La Nature donne
de la beauté; l'esprit, de l'agrément.
C'est le premier mobile
de toutes choses, & le principal
ressort de toute la machine ; car
dans une Personne bien faite, ce
n'est ny la taille, ny l'éclat du
teint, ny le brillant des yeux
qui nous enchante; c'est l'esprit
qui le fèjrt de tout cela commeil
faut, & qui luy donne le prix qui
nous le fait estimer. Sans luy,
dit un ancien Poëte, les yeux
sont aveugles, les oreilles fourdes,
les bras paralytiques; mais
lors qu'un Homme a de l'esprit,
les moindres mouvemens de son
corps ont quelque vertu qui le
fait aimer, tout ce qu'il fait charnle)
il y a plaisir à le voir & à
l'entendre. Le Maréchal de
Clérambautest si persuadé que
l'air du monde ne dépend pas
tout-à-faitdes avanrages du
corps, qu'il assure qu'un Hommecontrefait
a souvent meilleure
grace, qu'un Homme fait à
peindre; &: il conclud que ce
n'est pas assez que ces beaux dehors
pour estre agréable, mais
que le plusimportant consiste à
donner l'ordre dans sa teste &
dans son coeur, & qu'on n'estjamais
un galant Homme sans avoir
un bon coeur, ou bien de
l'esprit.
II semble donc que ceux qui
en ont beaucoup, doivent avoir
cette politesse & cet air du monde
plutost que les autres. Je ne
dis pas les Sçavans, car l'air d'un
Docteur est bien diférent de
celuy d'un Homme de Cour,
mais je parleicy de ce qu'on appelle
bel esprit ; & en effet, ceux
qui en ont, font toûjours fort
sgreables
,
& les plus beaux
Hommes sont fades & dégoûtans
quand ils en manquent.
Neantmoinsl'esprit seul ne fait
pas cela, & il est aisé de le remarquer
en des Personnes qui en
ont peu, & qui ne laissent pas
d'avoir bon air, & d'estre fort
polis. Lesagrémens du visage
&dela taille, l'em portentsouvent
surl'esprit ; & comme on
en est prévenu,on ne donne qu'à
la superficie &àl'apparence; &
c'est ce que veut direMrle Duc
de la Rochefoucautque la bonne
grace estau corps, ce que le
bon sens est à l'esprit. Mais il
faut avoüer que si ces Gens-là
n'ont pas foncièrement de l'esprit,
ils ontje ne sçay quelle teinture
des belles Lettres, & un
grand usage du monde, en quoy
cosistent presque toutes ceschoses.
Mais de plus, il y a des Gens
qui n'ont de l'esprit& du mérite
que pour déplaire, car bien souvent
ce n'est pas la chose qui
déplaift, mais l'air dont on la
fait, & on est d'autant pluschagrinque
la chose est belle, &
qu'on la gaste en la faisant mal,
La trop grande confiance qu'oJi
aen son mérite, rabaisse les plus
nobles actions. Onestbien aise
de voir un Homme ou une Femme
qui charme
5
mais on est
choqué déslors qu'ils affectent
de nous plaire, & qu'ilsnousforcent
à les admirer. On pourroit
leur- demander avec Mr le
Chevalier deMeré, quel avantage
ilstirent d'avoir de l'esprit,
puis qu'ils ne s'en fervent pas
pour sefaire aimer ;carensin cet
air du monde & cette politesse
ne servent qu'à cela, & ce n'est
que pour cettefin qu'on les étudie,
& qu'ons'y rend habile.
Ce qui me fait parler de la sorte,,
c'est que cen'est pas assez d'avoir
de l'esprit,il faut estre:
encor extrêmement honneste
Homme, &: poursuivre toujours
l'idéeque cet illustre Chevalier
m'a fait concevoir. Quoy qu';.11'
sçache parfaitement toutes ces
choses, & que l'on y soit occupé
toute sa vie, on ne le doitjamais
faire remarquer ny dans son entretien
, ny dans ses manieres.
La politesseàl'égardde l'esprit,
consiste, dit l'Autheur des Refléxions
,
à penser des choses:
honncestes&delicates ;& il y a
une éloquence,ajoûte-t'il, dans
les yeux & dansl'air de la Personn
,qui ne persuade pas moins
que la parole. Les beaux Esprits.
y devroient estre de grands Maîtres,
neantmoinsils en connoisfent
peu l'usage.. Ces fortes de
choses font du grand Monde &
de la Ruelle, &non de l'Ecole
.&. du Cabinet. Qui peut avoir.
cette étenduë d'esprit qui dépaise
les Gens, &; qui leur découvre
en toutes rencontres ce qui
leur est necessaire de faire & de
dire?
Je le dis avec peine; maisil est
certain que la politessedu Cabinet
n'est point la veritable politeflfe
, & qu'on n'a pas l'air du.
monde pour avoir bien de l'esprit..
A la verité, les S çavans&
les beaux Eiprirs, ont en cela de
grands avantages, mais ils ne
suffisent pas seuls. Ces Gens-là
s'attachent trop aux sentimens.
&aux paroles, àpenser juste, à
bien raisonner, à bien écrire
& ilfaut aller aux moeurs, aux
gestes, aux manieres qui dépendent
de l'usage du monde, ôCqui
en font le caractere le plus
essentiel. Lors qu'on veut appliquer
dans le grand Monde ce
que l'on a écrit, il s'en faut bien
qu'on ne foit ce que l'on croyoit
tehsetruer.slJeesparle mesme des Auplus
polis & les plus
galans. Un bon Ecrivain peut
bien faire des Portraits au naturel
de cette politesse, & attraper
dans ses Livres cet sir du monde
dont nous parlons. Il peut me£
ma aller au delà par la force de*
son imagination,& par la beauté
de son génie; mais lors qu'il
veut mettre ces choses en prati- -
que, il demeure court, & ses
Copies valent bien mieux que
l'Original. Ces maniérés aisées
& naturelles, cette douceur &
cet agrément qui procèdent de
la bonte des mceLirs,& des traits
du visage, ne s'apprennent guère
parl'etude&par la méditation.
II faut que la Nature les donne,
ou du moins ilfaut un longtemps
pCooumréledsieancquérir, estre un bony
&. jouer son Rôle
devant des Connoineurs,& non
pas derriere laToille,où l'on n'a
que foy pour Maistre & pour
Spéctateur. Les beaux Esprits
ne font pas Gens à se donner
tant de peines &en effet,si vous
en ostez un petit nombre, qui
par leur naissance ou par leur
éducation ont joint l'ulàge du
monde aux belles Lettres, il ya
peud'Autheurs qui ayenteu,je
ne dis pas feulement dans leurs
personnes,mais encor dans leurs
écrits, le grand air & la veritable
politesse.Avant Mrd'Ursé, nous
n'avons aucun Autheur François
qui ait excelé en ce genre ; mais c'estoit un Homme qui estoit
aussipoly & aussi galant dans
sa personne, que dans sa divine
Astrée. Les Autheurs de Poléxandre,
de Cléopatre, de Clélie,
de Cyrus, & de tantdebeaux
Romans qui ont paru de
nos jours,nous en ont donné de
parfaits modelles
;
mais comme
leurs idées estoient un peu trop
relevées, & audessus de l'usage
ordinaire, ilsne firent pas d'aussi
bons Ecoliers,.qu'ils avaient.
donné de bonnes Leçons. On
blâma ceux qui s'y attacherent.
& les grands Lecteurs de Romans
furent traitez de Prétieuxridicules.
On vouloir un air &
des manières plusaccommodées
à la portée des Hommes, qui.
fissent voir les Gens comme ilsfont,
& non pas comme il seroit
à souhaiter qu'ils fussent ; ce qui
fit douter que ces Autheurs eussent
le vericable air du monde,
puis qu'ils donnoient des Copies
dont onn'avoit jamais vû d'Ori-,
ginaux. Voiture & Sarazin nous
ont confirmez dans cette opinion
,
& furent si bons Maistres
en cela, qu'on se trouve encor
fort bien de les imiter aujourd'huy.
Cependant ce Voiture,,
tout poly & tout galantqu'il
estoit, du consentementmefinede
son plus grand ennemy Mr
de Girac,pour ne rien dire de
Madame de Saintot, qui le promettait
à deux belles Dames
tout-a-la-fois ; ce Voiture,disje,
n'avoit pas bon air, & avoir
quelque chose de niais dans le visage,
comme il le dit luy-même.
Il est doncvray qu'il faut avoir
une forte d'esprit que les Livres
&les Sçavansne donnent guère,.
& qu'on ne peut apprendre dans
leCabinet.. Ilfautavoirlegoût
fin & délicat,, pour remarquer
les vrais& les fauxagrémens.-
Il y en a toujoursquelques-uns
qui fontàla mode, & dont le
monde est prévenu.Ilsdépendent
souvent du caprice de ceux
qui en jugent ;mais dans cette
bizarrerie il ya toujours une certaine
proportion à laquelle on
revient, parce que sans elle on
ne peut plairej & pour plaire &
pourestreagréable,il faut avoir
un esprit plus doux&plus pliable5.
ble, sij'oseme servir dece mot,
que n'ont les Aurheurs & les
beaux Esprits. Adjoûtez à cela
un abord galant, une conversation
brillante, une complaisance
agreable & un peu flateuse,
un procedé hardy &modesse
tout ensemble;ce qui est
rare dans un bel Esprit. Il peut
avoir la connoissnce de ces
choses
; mais un galantHomme
qui les possede, s'en fert tout autrement.
Un bel Esprit a trop
desuffisance, un galantHomme
a trop de vanité. Un galant
Homme cherche trop à plaire,
un bel Esprit croit qu'il plaist
toujours : l'un est incapable du
bon sens & de la raison, parc.
qu'il s'attache trop à ses maximes.
Il n'y a rien de plus ridicule
qu'un bel Esprit hors de ses Livres.
Il n'y a rien de plus décontenancé
qu'un galant Homme
hors de la Cour & du grand
Monde., quand il n'a pas beau,
coup d'esprit & d'habileté; car
alors il ne étonne de rien, il
s'accommode à tout, il profite
de tout, & il est par tout ce qu'-
estoit Alcibiade.Maissans nous
arrester à faire icy un plus long
dérail de leurs défauts, disons
pour leur fairejustice, qu'un bel
Esprit qui est galantHomme,est
un composé du Monde & des
belles Lettres, de l'Ecole&. du
Cercle, du Cabinet & de la
Ruelle, C'est la pensée de Mr
de Vaugelas, quand il a dit que
dans la Galanterie il y entre du
je-ne-sçay-quoy, de la bonne
grâce, de l'air de la Cour, de
l'esprit, du jugement, de la civilité,
del'honnesteté, del'enjouement,
Sele tout sans contrainte,
sans affectation & sans
défaut. Apres cela demeurons
d'accord qu'un bel Esprit qui a
cesqualitez,l'emporte facilemét
sur tous nos Blondins, du moins
il gagne la plus faine & la meilleure
partie du beau Sexe, s'il n'a.
pas la plus jeune & la plus belle;
mais enfin si on aime mieux un
bel Esprit, un galant Homme
plaist davantage. On se gaste
pour vouloir estre un peu de l'un
& de l'autre. On devroit se tenir
dans les bornes que la Nature&
le Génie nous prescrivent. Si un bel Esprit n'a point de disposition
pour le monde, qu'il demeure
dans son Cabinet, qu'il
voye peu de Personnes, que des
Scavans comme luy
,
& qu'il ne
se rende point ridicule avec ion
bel esprit. Mais d'ailleurs qu'un
galant Homme qui eil forme
pour le monde, ne s'érige point
en Autheur, &: qu'il n'envie jamais
à un bel Esprit la gloire
d'un Sonnetou d'une belle Let.
tre. Il n'y arien de plus ridicule
que cette manie. Je voudrois
mesmequ'il se passait d'en juger,
sans semeslerde vouloir mieux
faire, qu'ilrenchérift sur l'honnefteté
& surlacourtoisîe, par
Fagrément desa personne, & par iadélicateiTedesonesprit. C'cii
de la forte qu'un galant Homme
fera de tous les temps,& toujours
à la mode; qu'il plaira par
tout, & que tout le monde &
plaira avec Iuy.
Apres cela je puis conclure que
chacun en Ci maniéré peut avoir
J'air du monde & la veritable
politesse, & qu'iln'y a point aujourd'huy
de caractere qui n'en
foit capable. Il ne faut donc pas
s'étonnerfila France cit la plus
polie de toutes les Nations, & si
cet air du monde & cette politesse
se répandent jusques dansles
Provinces. Avant le Règne
de François I. on ne sçavoit ce
que c'estoit. Les Hommes estoient
fiers & courageux, mais
rudes & grossiers. Les Femmes
estoient sàjes & prudes, mais
farouches & severes.Sous Henry
II.& Henry III. on commença
à estre poly. Les Hommes devinrent
galans, & les Femmes
galantes. Depuis nous avons
veu des Prétieux & des Prétieuses.
Mais la politesse de l'ancicnne
Cour estoit trop contrainte
& trop affectée. Le corps
estoit à la gesne par les Habillemens
& par les grimaces, &
l'esprit par les complimens&les
conventions. Toutes les manieres
estoient étudiées, tous les
ajustemens estoient artificiels.
On n'agissoit que par ressorts,&
par machines ; mais à present on
est propre sans peine, & l'on est
negligé sans estre mal-propre.
On dit peu de choses, mais justes).
on est civil sans embarras
9
enfin on est plus François que
jamais on ait esté, sans pourtant
avoir aucun des défauts qu'on
reproche ànostreNation. Mais
dequoy n'est-on pas capable
quand on est Sujet de Loüis LE
GRAND? C'est à luy qu'on est:
redevable de toutes ces choses.
Ilpossele dans un parfait degré
la veritable politesse; & ce grand
air qui accompagne toutes ses
actions, êcqui releve si avantageusement
sa Personne au deffi1s,
de tous les Roys du monde,luy
donne à luy. seul cette grandeur
& cette majesté, que tous les
autres Princes n'emportent quede
l'éclat de leur Sceptre & de
leur Couronne.
DE LA FEVRERIE.
le VOta envoyé quelques M'adrigparoupxqouséeejs'adyanresçmeauLsseuttrreldesuEnigmes
Juin.LeFeucftQitleMotdemlo'uisndee
vOus raille1.-V0tu,SeigneurMer*
Cliri?
Vit-on jamais telle avanture?
Et quilaprendraitpour un jeu?
'.Aupllufort de c'Etè nous voyons tout
le monde
Chercher de lafraîcheurdansl'Onde,
Ht vous nomapportez, du Feu.
L'AIMABLEHUBERT,de
laRuë de la Harpe.
v II. Voulez-vous expliquer l'Enigme
du Mercure,
Disoit Cloris à son Amant?
Elle meparoist trop obscure
Et je l'avouë ingenûment
Jenenviendronsàbout que difficittr
ment,
Le Drôle,sans resver découvrit le
mistere,
Et luy répondit,franchement
Un peu de Feuseroitbienvostre affaire,
L'on vous enaimeroit mafoy,plutendrement.
LE COMTE DE MONTAIGU,
,fê la Ruë Montmartre..
D III. Egrace, dites-nousunpeu,
Beau Messager,galatMercure,
Si cest par caprice, OHparJeu,
Ouparquelque triste avanture,
Qu'on vousentendfwvent dans v ostre
Enigme obscure,
Crier à haute voix, au Feu, Mejifeurs,
auFeu.
IV.RAULT, de Roüen. LOrs
que je m'approche de vous,
Mon coeurcharméde vos traits lesplus
doux,
Vousfait récit de mon partira,-
Mais helas! quinutilement
Mille &millesoûpirs mefontparaître
aimant,
Puis que vous vousraillez. de ce qu'Amour
minspire,
Etque le Feu cruel qui consume ce coeur
N'est chez, vousquunefaibleardeur.
DE L'ISLE D'ORIGNY
deTr-r- --- - oyes.
D V. Dans vostre Enigme on voit,
Mercure,
Un Feu qui n'est que lafigure
De celuy dont les beaux Esprits,
Sousvostre nom, par vostreadresse,
Eclairent les plussombres nuits,
Soit d'ignorance, ou detriftejfe.
LE CHEVALIER DE LA SANTÉ3,
Doct. M. de M. deChâlons
en Champagne.
vr. JEsçaymegarantir des ardeurs dtt
Soleil,
Mercure avcc son Feu veut en vain Pie
furjfrendre.
Parlesecoursd'unsecretsans pareil,
Du Foudre deFupin jepourrais me défendre.
Fe pourroisinsulter au Ciel, à tous les
Dieux,
En un mot je ne crainsque lefeli de vos
yeux;
Mais le moyen, Philis, tout doit s'y
rendre;
Pourpeu qu'en sente un coeur, ilest réduit
en cendre.
DAuBAnu;
v VII. --- _h - .- Ous voulez. que j'explique, adt*
rableCamile,
L'Enigme qu'en ce Mois vous voyez.
avoircours;
Et pour rendre la chose assurêe &facile
Resvez.-y, dites-vous,plutostcinq lUjix
jours.
Lelong temps nefait rien; quiïa-dessus
se fonde,
Loin d'aidersonesprit, nel'affoiblit
pas peu.
Je resverois en vain jufqua la fin du
monde,
Si commeaupres de vous d'abord je ne
prens Feu.
DROÛART DE ROCONVAL, - de la Porte S Antoine.
L VIII Enigme que Mercure a mise la
premiere,
Donnesans-douteplus de lien
Dimaginer un Mot, quenefait la derniere;
, Tout le mondey court comme auFeu.
BOURET,Présidentenl'Election
IXde Ma.nte & Meulan. JEsuis
au comble de mesVoeux,
Jetriomphe à prêsent d'une jalouse
Et tandis que mavie (envie;:
Par un cruel destin ne sera point
:.:.rJll'iJi,- - Pour monfidelleEpoux foenimeray
mes Feux.
LaJeuneEpouse triomphante,
--eie laRuëS.Denys.
v X. Ous croyez donc, Seigneur
Mercure,
Sousombre qu'on vous nomme une
Divinité,
Par tout à vostre volonté
Rompre les Loix de la Nature?
Mais malgré tout vostre pouvoir,-
Et quoyquevous tentiez, afin de nous
surprendre,
Le Feuse laisse toujours voir,
LeTonnerre toujoursentendra.
F. HA. DU MESNIL. dg
Chambrais en Normandie.
O XI. Vy, c'esttrop soupirerpourvous,
belle Inhumaine,
Puis que vous méprisez mon Feu;
Je me retire enfin
,
& pourfinir ma
peine,
AditUyPhlUs, adieu.
LEBLANCDEROQUEMOMT,
H XII. 2TcjHoy, belle Philis, toujours inéxorable
Aiux cris d'unAmant misérable Jeprofttrne à vosgenoux?
C'esttrop
,
divin Objet, l'exposer Ali
martire.
Modérez.larigueurd'unsi rude cwr*
roux,
Sivous nevoulez, quilexpire rIlrunsupliceAjfreux le pluscruelde
tous. Ilveutimplorervostre grace,
Ne luy refusezpas un regardde vts
yeux.
Mercure vient en Feu pourfondre
vostreglace,
fourrez-vousrésister à laforce des
Dieux?
L XIII. Autrejourpresd'Iris, etlngHif
sant & bléme,
Je meplaignais desa rigueur;
Mais bienlait»de touchersez cour,
Safroideur adjoûtoit à mon malheur
extré,me
Mille &millefusujets d'une justedouleur.
La Belle lisoit le Mercure,
Et vouloit expliquer les Enigmes du
Mois,
Lors que d'une tremblante voix
Je devinay par avanture.
Lapremiere, luy dis-je, estsans-doute
le Feu,
Mon coeur en ressent les atteintes.
Pourquoy, quand il voiu fait ses plaintes,
Nel'écoutez-vouspasunpeu?
LE JUVENAL NAISSANT,
de la Rue dela Harpe.
Q XIV. Voyque nomsoyons tous dans la
Saisonardente,
Jene m'en ressens quefort peu,
Et mon amesans toy neseroitpoint contente;
Mercure, j'ay besoin pour vivre, de
ton Feu.
L'ARCHITECTE rlJcité
Q XV. Vi voudra trouver cettefois
Les Enigmes du dernierMois,
Ne doitpas manquer de lumière;
Car l'autrejour,sans aucunfruit,
Tâchant de découvrir lesens de lapremiere
jWotu resvâmesdessus jufquace qu'il
fitnuit.
Mais loin de l'attraper, quoy que nous
pûssionsfaire,
Nom en approchâmessipeu,
Quenous ferions*encoraffavoir le
miflere,
Si Cm n'eustapporté du Feu.
LEJEUNE SOLITAIRE, de la
Ruëdes trois Cheminées
de Poitiers.
A OCVI. Llez,loind'icy, Scrupuleux,
Qui voulez, condamner les
Songes;
J'ay connu par un Resue heureux,
Qu'ilsn'estoientpastoûjours mtllsonges.
qAuuxilElneimgmeesndtu,AMlooi;ss rreejsvvaanntt tran-
Lé sommeilmafkrpris, parune
avanture
Qui m'a laisse remply d'étonnements
M'a découvert lesecret de Mercure,
En mefaisantvoir en dormant
Deux Feuxqui n'estoient qu'enpeinture.
LEPINE DE PLOERMEIJ
La Piccequisuitestde MrPerrin,
d'Aix en Provence, Fils du Secrétaire
du Roy de ce nom. J^ttey qu'il ,.
fn'ait encor que dix-huit aiis, voyez, l'on peut mieux raisonner sur la
matière qu'il traite.
Si le Mary doit estre aussigrand
MaistrequelaFemme. si l'on veut se dépoüiller de
tous les Préjugez, on reconnoiuraaisément
que le pouvoir
se doit étendre aussi loin
d ans la Femme , que dans le
Mary. Q-i'est-ce que le Mariage,
dit-on? C'est une Société soû-
¡nuë par une mcimepuilîance
en deux Personnes égales. Je dis
égale?»,- car si avant qu'onleseust
unies il yavoit diversité de condition
, le Sacrement qui confond
&, leurnaissance, & leur
bien
,
bannit toute diférence,&
introduitl'égalité. Le Mary ne
trouve point dans la Personne de
son Epouse une inférieure, ny
une esclave qu'il doive tenir dans
laservitude ; il y rencontre une.
compagne, une autre soy-mesme,
qui a autant de droit que luy
au commandement. Ce droit est
étably sur ce que l'amour, ou
pour mieux dire l'amitié conjugale,
les oblige à ne s'appliquer
qu'a mettre un ordredans les engagemens
de la Société, où ils
puissent trouver ce qu'on appelle
lesdouceurs de la vie;ils
ne peuvent goûter ces douceurs
oec dans une paix qui soit entretenuë
par l'union des volontez.
gQauradnédel'égalité de pouvoir est
dans le Mariage, l'on n'y
remarque que ce qui peut-con--
tribuer davantage à l'accroisse
ment de la satisfaction commu- ne.Comme on y vit de concert
dans une communication mutuelle
d'autorité, les diférences
de sentimens ysont réciproques,
chacune des parties consentàce
que l'autre résout; ce qui est au
gré del'Epouse,est approuvé de
l'Epoux;&iln'y a en eux qu'une
volonté, parce qu'il n'y a qu'un
coeur. On n'y voit point les sâcheux
effets de ladiscorde, les
contrarietez chagrines, les haines
secretes, ces malheurs qui
surviennent par tout oul'infériorité.
est reconnuë. Car en
effet,
JQuand un Maryseroitfidelle,
Quani il aurait un tendre amour.
Et qnîl donneroit chaque jour
Del'ardeurdesesfeuxquelque marque
nouvelle,-
&ilfaut qu'on le revere, ~&sisa passion
Exigeinjuflement de la foûinilîton,-
Sa Femmefera bien docile,
Si pour luy plaire abandonnant[et,
droits,
Ellefuitsans troubleses Loix,
Et le laiJft tranquille.
TRAITE'SUR L'ORIGINE .,
DE LAMEDECINEA
Medecine a estéde tout
temps, &partout, selon Je<
sentiment de Cornelius Gellus,
Liti.r. de Medic. Et les Peuples
les moinscivilisez, & les Nations
les plus barbares, secourus.
des feules lumieres de la raison,.
ont sçeu seservir des Remedes
& des Plantes que la Nature
leur fournissoit, pour conserver
leur, corps sans maladies & en
parfaite sanré La Médecine est
un dondeDieu,.ditAvicenne;
& nos Peres ensevelis dans les
erreurs du Paganisme, croyoient
que les Dieux avoient Iitièiré:
les Medecins pour guérir les maladies,
quiestoientun effetde
leur colere &: de leur indignation.
Honorez les Medecins, dit
l'Ecclésiastique,parcequeDieu,
qui est la source de la véritable
Medecine, les a créez pour fupléer
au besoin deses Créatures..
Honora Medicum propter necessitatem;
etenim creavit illrni altissimu-
1; à Deo enim estemnis medclar,
Ecclesiastici 38. Le Parriarche
Seth). qui inventa les Lettres
Hébraïques, & donna un nom àchaque Etoile, commedit Genébrard,
ayant esté un tres-habile
Medecin, on peut croire
avec raison qu'il eut quelque
connoissance de la Medecine,.
& qu'illa mit au rang des Sciences
& des Arts Libéraux, qui.
furent gravez de son temps sur
deux Colomnes, dont l'une ef-
•
eftoitd'airain,
pour résister à l'impétuosité
des vagues, del'autre,
de brique, pour resister à l'activité
du feu. Il est mesme probable
que son Fils ne fut appelle.
Enos, c'estàdire Homme, que.
par la connoissance de soy-mef.
me & du Corps humain
,
qui
fait une partie de la Medecine..
Quant au PatriarcheJacob, il
ne faut, pas douter qu'il, ne sust
habile dans cette Science, puis
qu'il le fit bienparoistre dans le
partage des Troupeaux avec son
Oncle Laban. Une Fille de Pharaon,
nomméeThermuta, fit
élever Moïse comme son propre
Enfant,,& luy fit apprendre toutes
les Sciences qui estoient
alors en vogue parmy les Egyptiens.
On luy enseigna fansdoute
la Medecine, puis qu'es- -
tant devenu grand, il donna des
. preuves si convaincantes, en
rendant douces les eauxameres
deMara;actiond'un veritable
- Medecin, selonlesentiment de
l'Ecclésiastique. Dieu, dit-il,
acréé tous les Remedes,& un
Homme prudent n'aura point
pour eux d'aversion, puis que
par le moyen d'un Baston les
eaux
eaux ameres sontdevenues douces.
Altissimus creavitde terramedicamenta,
&virprudens non ahhorrebit
illa. Nonne à ligno indulcata
eflaqltd amara rEell.33. L'Ar--
change Raphaël, comme son
nom le porte, (carRAPHA en
Hébreu veut dire Sanavit, &
EL, Deus. ) fit les fonctions d'un
Medecin, en rendant la veuë
au Pere du jeune Tobie, avec
le foye d'un Poisson qu'il avoir
fait garder tout exprés, parce
qu'il le croyoit necessaire pour
la guérison. Le plus fage des
Roys, qui écrivitjusques à trois
mille Paraboles & cinq mille
Odes, & compora plusieurs Livres
touchant la nature des Arbres
& des Cédres du Liban,
des Animaux, des Poissons, des
Oyseaux, &. des Plantes, qu'on
garda longtemps dans le Trésor
du Temple de Jérusalem
,
mais
qui furent enfin brûlez par ordredu
Roy Ezechias, afin d'ofter
tout sujetdesuperstition,
qui estoit le foible de la Nation
Juisve, selon le sentiment d'Apulée
; Salomon, dis-je, fut tresscavant
dans la Physique & dans
la Medecine. Il fit mesme bastir,
au raport de josephe, la Piscine
des Agneaux, de laquelle parle
?
S.J ean au Chap. 5.deson Evangile..
Une foule de Malades at-
,
tendoitavec impatience le mouvement
miraculeux de ces eaux
salutaires qu'un Ange remuoit
dans un certain temps, pour faire
connoistre l'arrivée du Médecin,
& pour avertir les Malades,,
dont le premier descendu après
le mouvement de l'eau, estoit
entièrement guéry, quelque
maladie qu'il eust. On connut
à la venue du Fils de Dieu ce
miracle, qui finit d'abord après
sa mort avec l'ancienne Loy.
Le Sauveur du Monde, le Souverain
Medecin du Corps & de
l'Ame, guérissoit tous les Malades
qu'on luyprétentoit, &
donna ce mL-f- pouvoir à ses
Disciples, qui suivirent l'exemple
de leur Maistre. S. Luc l'Evangelifte
fut Medecin, comme
dit S.Paul.Sahitat vos Ltices Me.
dicus; dilectus,Col. 4. Les Egypptiens
qui se vantenr d'estre les
Inventeurs des plus beaux Arts,
attribuent l'Invention dela Médecineà
leur Dieu, qu'ils appellent
Theut, ouThoon, lequel
nom ils donnent au premier
mois de leur année. Diodore
neantmoins assureque Mercure
Trismégiste, que quelques-uns
ne distinguent pasde Moïse, en
est l'Autheur, aussi-bien quede
l' Arithmétique, de l'Astrologie,
& de la maniéré d'interpréter,
qui luy fit donnerle nom d'Hermes.
Galien dit que l'Anatomie
fut premièrement en usàge parmy
les Egyptiens, parce qu'elle
estoit necessaire pour embaumer
les Corps, suivant la coûtume
du Païs. Les Grecs ont
crû qu'Apollon estoit l'A utheur
de la Medecine, & un Poëte
profane l'a fait parler ences termes.
Inventum Medicina meum
est,opterque per orbem, Discor.
Ov.i.Met. Macrobeen donne
la raison; parce que, dit-il, un
Soleil temperé dissipe toutes les
maladies- Jamblicus & Apol-
IoniusTyaneüs, soûtiennent que
c'ett à cause de l'Art de deviner,
d'où la Medecine a tiré son origine
à leur avis. Hippocrate
mesme semble lessavoriser, lors
qu'il dit que la Medecine &. l'Art
de deviner onteule mesme Dieu
pour Antheur. L'illustre Centaure
Chiron, Fils de Saturne &
de la Nymphe Phyllire, fut le
Medecin des Argonautes; &
Hercule l'ayant blessé d'un coup
de Fleche dont il mourur, il fut
d'abord mis au rang des Signes
celestes, oùil est l'Archer. Pelée
&Thétis luy donnèrent Achille
leur Enfant pour l'élever, & il
luy apprit à joüer du Luth, &
quelque peu de Medecine, qui
luy fit trouver une Herbe qu'on
appella de son nom, pour guérir
Télé-jhus au raport de Pline,
Liv. 25. Ch 5. Enfinilenseigna
l'Iifbu ueie à Hercule, & la
^'kdeen. à Esculape, qui n'y
trouv a pas fort son compte, car
il fut f pe de la Foudre, pour
avo r reiî! cité Tyndare, Hippoli
,
Glaucus, & Androgeos,
ou po ur les avoir gu éris de maladies
mortelles$ suivant le sentiment
de quelquesAutheurs.
Il estoit Fils d'Apollon & de
la Nymphe Coronis. Taritius
neantmoins, De fOuI. Vir assure
qu'il nâquit de Parens inconnus,
& qu'ayant cite exposé par des
Chasseurs, il fut nourry du lait
d'une Chienne. Il eut deux Ensans,
Machaon & Podalirius, qui
avec trente Navires suivirent
Agamemnon au Siege de Troye,
où il *, furent d'un fort grand secours
à leurs Compagnons,qu'ils
guérissoient de leurs blessures.
Homere nous représente dans
son IliadeLiv.4.Machaon, qui
secouru de la Science qu'il avoit
heritée de ses Peres,guérit le
Roy Menélaüs.Podalirius, que
la longueur de ses pieds fit a ppeller
ainsi, apres l'incendie de
Troye, se retira dans la Carie,
où il avoit esté nourry p.irtuy
les Chevres. Ce fut là qu'il guérit
la Fille du Roy Damethée,
qui estoit tombée du toit de sa
Maison. Le Royen récompense
de cette cure, luy donna cette
mesme Fille en mariage, avec
une Province, où il bastit deux
Villes,àl'une desquelles il donna
le nom de sa Femme Syrne. Il
établit une Ecole de Medecine
à Rhodes, où il enseigna luy,
mesme. La Medecine depuis ce
temps-là demeura cachée & inconnuë,
au raport de Pline, pendant
cinq cens ans, c'est à dire
jusques à la guerre du Péloponese,
qui arriva l'an 300. depuis
la fondation de Rome. Hippocrate,
alors Disciple de Démocrite,
natifde l'Isle de Cos, dédiée
à Esculape, fit revivre cette
Science si utile & si avantageuse
aux Hommes, & commença à
traiter les Malades dans le Lit,
au lieu que son Disciple Prodicus
ne guérissoit qu'avec des
Onguens& des Emplâtres. Diocles,
Praxagore, &, sonDisciple
Plistonicus, suivirent ces grands
Hommes Chrysippe Gnidien
vint en fuite, avec son Disciple
Erasistrate. Ils bouleverserent
route la Medecine, &: rejetterent
entierement la Saignée. Ce dernier
estoit né d'une Fille d'Ariftote,
& le Roy Ptolomée le
récompensade cent talens, pour
avoir guéry son Pere Antiochus.
Ce futluy qui découvrit l'amour
qu'Antiochus avoit pour saBelle
mere Stratonice; ce qui est cause
que Galien a demandé si nous
avons un pouls qui découvre nos
sentimens amoureux. Empédoclescependant,
DiscipledePythagore,
établit en Sicile la Secte
des Empyriques, qui n'apprennent
la Medecine que par expérience
& par routine. Apres qu'il
se fut précipité dans le Mont-
Gibel, Acron son DiscipleAgri.
gentin,aussi-bien que luy, suivit
son exemple. Herophilus en
fuite confondit & altéra extrémement
la Medecine; & son
Disciple Phyllinus voulant faire
voir les defauts de son Maistre,
semble les amoindrir par la
quantité des fautes qu'il a faites
en le reprennant. Asclépiade,
qui vivoit du temps de Pompée
le Grand, ne sçeut la Medecine
que par conjectures. Il fut néantmoins
fort estimé des Grands
Hommes de son temps. Il méprisa
les sollicitations du Roy
Mithridates, qui le prioit de
venir dans son Royaume. De
peur qu'on ne crûst qu'il n'avoit
pas pû se guérir soy-mesme, il
aima mieux mourir d'une chûte
en se précipitant d'une Echelle
en bas. Mithridates, ce fameux
Roy du Pont, qui parloit les
Langues de vingt-deux Nations
soûmises à son obeïssance, fut
fort adonné à laMedecine. Pompée
l'ayant vaincu, trouva la
Recepte du Mithridat dans son
Cabinet; mais il ne l'estima pas
beaucoup, parce que les Simples
dont il est composé sont en petit
nombre & fort vulgaires, comme
vous l'allez voir.
Antidotus vero multis Aiithridatlcd
fertur
Consociatamodis,sedMagnusscrinia
Regis
Cum raperet victor,vilem deprehendit
inillis
Synthesin, & vulgatasatis medicamina
risit,
Bis denumrut&folium,salis& breve
granum
Juglandesque duas, totidem cum corpors
ifcm.
Hlieoiente die, parco conspersa LJli'
Sumebat metuens, dederat qua pOCH/Atutor.
Attalus Roy de Pergame, qui
fit le Peuple Romain son Heritier
trois cens ans avant Auguste,
avoit quelque connoissance de la
Medecine & de la nature des
Plantes, au raport de Galien,
DeAnt. L.I.C.I. Thémifon Discipled'Alclépiede,
futl'Autheur
de la Secte métodique, que
Thessalus suivit en fuite fous
l'Empire de Néron avec une arrogance
si extravagante, qu'il fit
mettre sur son Tombeau quiest
dansla Voye Appie, cet orgueilleux
Epitaphe, Jatrwices,• ecft
à dire, Vainqueur des Medecins.
Niconfortversé dans la Geométrie,
& tres-habile Architecte,
fut le Pere de Galien qui
nâquitàPergame fous l'Empire
de Marc-Aurele. Il fut sisobre,
qu'il ne mangeany ne bûtjamais
tout son saoul. Ilne prenoit rien
de cru,d'où vient qu'il respira
toûjours une haleine douce &
odoriférente. Il mena une vie
paisible&tranquille, conformément
à son nom durant l'espace
de cent quaranteans ; car comme
il eut appris à l'âge de vingthuit
ans qu'il y avoit uneScience
qui enseignoit les moyens de
guérir les maladies, & de conserver
la fanté du corps, il s'y
addonna avec tant d'application,
qu'il futlereste de sesjours
exempt du moindre mal, excepté
d'une Fiévre quotidienne,
que tout Homme né d'une condition
libre peut éviter,commeil
ditluymesme. Dionracôteque
l'Empereur Adrien,quelque sçavant
qu'il fust dans la Medecine,
fit mettre sur son Tombeau:
Turba,medicorumperdidit Casarem.
II y eut de tres.sçavans Medecins
dans lequatriéme Siecle,
comme Aréteüs de Capadoce,
Oribasiusnatif de Sardes, premier
Médecin de Julien l'Apostat,
quela profondeur de sa
science fit passer pour une Divinité,
sinous en croyons Suidas;
Aléxandre Trallien de Lydie,
Paul Ægineta, & le Disciple
d'Eunomius Ætius, natif d'Antioche,
qui nioit l'existence d'un
Dieu. ConstantinIV. Empereur
de Constantinople, furnommé
Pogonat à cause de sa
barbe, fut tres-sçavant dans la
Medecine, dans la Rhétorique,
danslaPhilosophie & dans l'Agriculture.
Paul-Jove dans l'Eloge
des grands Hommes, rapporte
que Pierre Leon natif de
Spolette, & fort habile Astrologue,
fut le Medecin de Laurens
de Medicis; mais poussé de
desespoir de n'y avoir pas bien
réüssy, il se précipita dans un
Puits.
Archagatus Fils de Lyfanias,
fut le premier Medecin qui vint
à Rome, au rapport de Cassius
Hemina, l'an cinq cens trentecinq
de la fondation de la Ville,
sous le Consultat de M. Æmi.
lius &de L. Livius. On luy accorda
d'abord le droit de Bourgeofie,
avec un beau Logement,
qui fut acheté aux dépens du
Public dans le Carrefourd'Aci.
lius. Ce nouveau Venu fut d'abord
tres-bien receu de tout le
monde; mais on s'en dégoûta
bientost apres, d'autant plus que
quittant l'ancienne maniere de
traiter les Malades, il ne parloic
que de dissections, dislocations,
coupures, &de pareilles choses
dont le nom seulfaisoitpeuraux
Romains, qui aimoient mieux
voir répandre leur fang dans un
Champ de Bataille, que dans
la Boutique d'un Chirurgien,
Apres avoir esté donc régalé du
beau nom de Vulnerarius, ne
voulant point prescrire de bornes
à ses opérations cruelles, &
ne demandant que pia\es &
bosses, on luy ajouta celuyde
Carnifex.Depuis ce temps-là,
comme Pline l'a tres- bien remarqué
,les Romains eurent de
l'aversion pour la Medecine, &
pour les Medecins même.Caton
encor qu'il ne fust pas grand
amy des Medecins de son temps,
commeil s'en expliqua à son Fils
Marcus, avoit neantmoinsquelque
connoissance des Plantes &
des Remedes naturels, dont il ne
se servoit que pour sa Maison &
pour sesAmis intimes. Pompée
le Grand vint en suite, & fit traduire
en Latin par son affranchy
Lenée, les Livres de Medecine
qu'il avoir trouvez dans le Cabinet
du Roy du Pont. Il y eut
apres plusieurs illustres Medecins
à Rome, comme Ælius
Gallu, Chevalier Romain, &le
premier Conquérantde l'Arabie
heureuse;Cornelius Celsus, qui
nâquit environ trente ans apres la'n1flancedu Fils de Dieu; un
autreHi pocrate, Scnbonius
Largus, Marcellus, Q.Serenus
queSaint Jrôme & Macrobe
~letient, pwuravoi: esté le Précepteur
du jeune Gordien, Se
l'heritier d'une Bibliothéque de
viost- six mille Volumes.
Les Medecins Arabes, quelques
récens qu'ils soient, ont
neantmoins excellé en cette
Science.Ilsnecommencèrentde
paroistrequ'en 670. fous leRegne
de Muave, qui avoit choisi
pour le lieu de sa demeure Damas
Ville de Syrie, où abordoient
tous les beaux Esprits &
tous les sçavans Hommes de la
Nation;d'où ilspasserent en
Espagne avec leurs Souverains
vers leseptiéme Siécle. En740.
Avenzoar parur. C'est luy qui
renfermoit tous les Trésors de la
Medecine,comme dit Averroës.
Rhafes vint en 1080. & vécut
jusqu'àsix-vingts ans. Avicenne
&Averroës furent connus sur le
milieu de l'onziéme Siécle. Avicenne
fut le DiscipledeRhases
dans Alexandrie, d'où il vint à
Cordouë, a presavoir parcouru
toute l'Egypte. Enfin plusieurs
s'v font rendus ilhfires, comme
Sérapion, Isaac, Albategnius,
Albuchasis, Hali, & mesme le
Neveu du Roy de Damas, qui
fut appellél'Evangeliste des
Medecins, à causede son grand
crédit.
LA SELVE, de Nifmtle
le ne doutepoint, Madame, que
'U6UJ ne soyez, touchée des trtfiet
Stances que vous allez lire. Elles
sont de Mr de Templery, d'Aix en
Provence,qui les a faitessur la mort
- de Madame Catherine deVarysa
Femme, morte depuis peu dans ses
plus belles années. Elle estoit native
d'Avignon, & Fillede Mr Marc de
Varry, GentilhommeRamain,&des
j)luT~anciennes Familles d'Italie.
Apresqu'il se fut distinguédanssa
jeunessepar des Commandemens importans
dans les Armées duPape &
de la République de Vinifie,ilJe
trouva engagé en un celébre Duel
qui si fit de nuit aux Flambeaux
dans Rome, àla Place de Navonne,
&auquel ily eut trois Gentilshommes
Romains qui furent tuez. Ce
malheurl'obligea defuir en Avignon,
où s'estant marié, il n'eut
aucun autre Enfant que la Dame
dont la mort a donnélieu à ces Vers.
D'autres Ouvrages que vous avez
veus de M*deTemplerj3 vous ont
faitconnoistre la beauté de son génie.
Ce dernier a fait grand bruit en
Provence, &ilesttombé entre mes
mains. à l'insçeudesonAutheur.
LES LARMES
DE DAPINIS,
SUR LA MORT
DE SYLVIE
SON EPOUSE.
SEjourduSilence & de l'Ombre,
Bois toufu,solitaire & sombre,
Que le Flambeau du Ciela toûjours
"Iz reJPeaé,
Et qui dans tanuit eternelle
N'III jamaisveu d'autreclarté
Que celle que Sylvieyportoit avec elle,
Tesouvient-il encorde nos doux entretiens?
Tesouvient-ilquand cette Belle,
A qui rien ne manquoit,sinond'estre
immortelle,
Voyant que tes Rameauxpard'innocens
liens
S'embrassoientd'une étreinteamoureuse
&fidelle, ,
Serroitenmesmetempsses bras IIItrl
les miens?
Mais d'un chagrin qui me devore,
Je vois que tes vieux Troncs ne sont
f,,;nt abbatus,
kued unverdtoûjoursviftes Prezsons
revlf/us,
JQue tesArbresvivent encore,
Et Sylvie, htllU! nevit plus.
Et toy pour qui Floresoûpire,
Toy qui peux de Cerés rafraîchir les
ardeurs,
- Vent amoureux, légerZéphire,
Tesouvient-il IIHffi, lorsqu'enbaisant
ces Fleurs,
Tu noussollicitois&soufloisaux oreilles
Dejoüir de douceurs pareilles?
Et pourlors,si tu t'ensouviens.
Nous prenions des baisers plus ardens
queles tiens.
Tandis que tu contais mille doucesfleuretes
Acelles de ce Bois affreux,
Comme toy nousparlionsde nDJflâmll
secretes,
Etlesyeuxpoursuvoient nos discours
amoureux; Mais aujourd'huy privé de ces doux
avantages,
Etsurpris d'estre encorvivant,
Je ne cherche en ces Lieuxsauvage
Jgue ton haleine & ces ombrages,
Et me repais d'ombre& de vent.
Toy, quedis-tu, Cristalfluide,
Miroircoulant,argentliquide,
Ruisseau,clair Ruisseau, que dis-tu
Dema pitoyable avanture?
Ton cours toujoursflotantdanson Lit
de verdure,
Neflote-t-ilpasmoins que mon coeur
combatu?
Tes caillouxsoufrent-ils le tourment que
j'endure?
Laves-10
Laves-tu sur tes bords un Poison plus
I!mer?
Ah! tu me dis par ton murmure,
Que le mesme tribut que tu rends à la
Mer (Nature.
Jevais en peu de jours le rendre à la
Vous, petits Cabinetssecrets,
Oùlafraîcheurdeseauxsemble estre
- ramajjce,
InsensiblesTerrainsdemagloirepassées
Etsombres Conifdent demessombres
regrets: Combien defois furvifire herbefleurie
J'ay dormy doucement dans les bras de
Sylvie?
Mais helas! aujourehuyquand le Dieu
du Repos
Vient portersurmesyeuxses humides
Pavots,
Un Phantôme affligeant, quoy que tout
plein de charmes,
Me dit; O cher Epoux,seche, seche
tes larmes,
A la Loy du Destin il m'a salucéder;
Ceii'etf pas que leCiel contre, ton
c.ceuç s'irrite,
C'est qu'il croit que luyseulm- érite
Le plaisir de me posseder; -
Ou si mon souvenir aux larmes te
convie.
Et si sur ta douleur tune peux faire
effort,
Daphnis,ne pleurepoint mamort,
Mais pleure seulement ta vie. ;
jîlors de mon Epouse adorant les aPlAt:
Je te:nbra(se;charméetunesib'elle vûë;
jrfais- quand je crois la tenir dans mes bras, Comme un autre Ixion je ny tiens
qu'unenuë, Et peur lorsjeressensmadouleurplus
emue;
Le Sommeil luy sert de renfort,
Lu,y' qui devroitcalmermondéplaisir
extréme;
Enfin le Frere de la Mort
M'est plus cruel que la mortmesme.
Fontaine, ornement de ce Bois,
Par un bonheur digne<£envie,
Quand tuvis dans tonfein le beaufeiu
de Sylvie,
Tu vis deux Mondes a-la-soiss
Etquandtn vis sesyeuxsur ton eau
vagabonde,
Cesyeux de qui tAmÍJIr fut leféal
Artifan,
Plus her.;-cafés vue l'Océan,
Tavis deux Soleilsdans ton onde.
Q.!;e ma vie enplaisirs estoit alorsfécor.
if!
Mais depuis que Sylvie est entrée au
Tombeau,
Mes plaisirs ont coulé tout dinfîque
ton eau,
ToiiiGun comme toy je murmurt,
Comme toy je boüillonne &frape lei
Echos,
Jepasse nuit & jour dans une Grot
obscure,
Etjamais comme toy je nesuis en reptfl
Favorable & douce Fontaine,
Tuflulagcois masoif, foulage Iluffi ma
peine,
Et mesflots de tourmens plus nombreux
que tesflots;
Déborde agros bouillonssurl'horrible
Atropos,
Ecume avec fureursur cette Déchaînée,
Enfle-toy de courroux, invoquel'Hymeelte.
Etfais un bruitsemblable au bruit de
messanglots.
Mais que me répons-tu?Quoy!t'ay-je
importHr':ée?
Tu gazouillestoûjours, C-; tu ne me
dis rien;
Ah! tafroideur témoigne bien
Que tu n'esguère susceptible
Du maldont je tefaisunfidelleTableau,
Et tevouloirrendresensible,
c'est justement battre ton eau.
Est-ce là le secours que tu devais me
rendre?
Je croyois te pouvoir toucher,
Maisestans Filled'un Rocher,
Quelle compassion, helas! en puis-je
Ifttendre?
Vous à qui tant d'Amans vont conter
leurs regrets
Beaux Arbres, qui portez, vos orgueilleuses
testes
-
Au dessus mesme des tempestes,
Jesuis tombépar d'inhumains Decrets
D'encoreplus haut queyous n'estes.
Et vous, Sapins, Chesnes, Til:aux,
De vos I:a;:¡eÍ branches toufliés
Vous irez ombragerles mits,
Sivous croissez comme mes maux.
Monfort estdiférentduvostre,
Vous perdez,unefeüille, il en revient
une autrt;
Ou si fHyvsrfalt mourirvos attraits,
On ne lesverrapaspourlongtemps disparaître,
Le Printempslesfera renaître,
Et ce quefay perdunerenaîtra jttrnAis.
MAis las! vous ne sçauriez, men*
tendre,
Les Zèphixsencourant emportentmes *Pour lesfaire durertoujours,
Aux jeunes Arbrisseaux je les feray
comprendre,
Engravant ces deuxVerssurleur écorce
tendre;
Lors qu'on ne joüit plus d'un Objet
plein d'appas,
La mort la plus cruelle est de ne
mourir pas.
Innocens Hostes des Bocages,
De qui les corps légers voltigentsans
effort,
Petits Oyseaux, Amanssauvages,
Changez, en cris vos doux ramages,
Pourplaindre mon rigoureuxfort.
Si voussentiez,le deüil dont mon ame
estsaisie,
Bien-loin de cherchervostrevie,
Vous ne chercheriez, que la mort.
Etvous, plaintives Tourterelles,
Quifaites des leçonsaussi tristes que
belles
A tous les Àiarys inconstans,
Quandfous avezperdu vos Compagnes
fidelles,
Sans en prendre plus de nouvelles,
Gémir&soûpirersont vossoins importans.
Vos plaisirsfurent peu durables,
Mais où voit-ondedurablesplaisirs?
Toutes chosessontvariables,
Lesuccés eji changeant ainsi que nos
desirs;
Lebonheur n'a jamais defermeté certaine,
Onpafe incessammentparnnfoudùn
reflux,
De lapeine aupl.Ûjir.. du plaisir à la
peine,
Et le malheur revient dés qu'on ne le
sent plus.
JtfonEpoufefaifoit mes plus tendres
delices,
Elle faitait ouYiinv.y mes plus cruelssuplices
Parclec'<<fans regrets <jA''nejçAuraient
fuir,
Enfinlewon esprit rien ne peut la
bamn
Heureux Ó., t;.? heu-eux (q.icy que
)sfans app^nce) enperlais ejo:;'Vemr,
Comme j'en perds la jouijjanct.
fMIlÚpuis-je l'oublier? Tout la montre àmesyeux,
En tous lieuxje lafuis, & lavois en tosti
lieux.
Je voisson teintvermeil quandle Soleil.
se courbe;
Les Rosessans aucun dessein
Me montrent l'éclat desa bouche,
Les Lys la blancheur desonsein.
Les Rochers à mesyeuxprésententsa
constance,
Les Chesnessasolidité,
Les Ruisseauxsavivacité,
Etjufques aux Serpens me marquent
sa prudence.
JM.aispour comble de masoufrance,
Lorsque d'amour tout éperdu
jeviens dire aux Echos le nom de ma
Sylvie,
Ils me font souvenir de ce quelle a
perdu,
Et ne me répondent que Vie;
Par un prodige enfin dontjereste confus.
Je lavoisplussouvent, en nela voyant
plus.
Objet de mes douleurs, ayant quité la
terre,
Ne me quiteras-tu jamais*
Etquandtu reposesenpaix,
Pourquoy me livres-tu la guerre?
Maisquel ridiculediscours
Tiens-je dans le mal qui m'accable!
Le moyen dequiter cetteImage adorable?
'Dlfns le fond de mon coeur je la porte
toujours,
Et je veux la porter tant que les De'}:-
nées
Prolongeront le cours de mes tristes nées. an-
Encelaje nesuis nyfourbe,nyjlatturJ
MaMusefaitparler Et n'en mon coeur, Irâlerestant que l'Interprete,' VrdY lesfeuxdontjemesens
brüier.
Jeparle comme.Epoux, non Poëte, comme
Car quel autre intèrest mepeutfaire
parler?
!¿¿iO)! puis-je attendre que Sylvie De mes gèmissemens unjourme re- mercie?
Sl*andles Morts au Cercueilse trouvent
étendus,
Nom negémissonspaspour
tcnd/U; en estre Cil-
Et lors que nom pleurons cesfunestes
Victimes,
NospteursfontauJfifHpe-fw
i<*ilspourraient estre légitimes.
C'esttrop en vainsregrets, ô Daphnis. ta??cfieri
Et pr>nrfinir icy ce discourspitoyable,
Contre finjiifh Parque il tefautéclater,
LesHeureuxdoivent laflater,
Mais efue peut craindreunMisèrable,
Sinon de trop peu l'irriter?
Noire Divinité qui n'épargnes personne,
Ta main,mesme des Roys,dévide le
Fuseau,
Et de leur teste arrachãt leurCouronne,
.Larenverre avec eux dans un trisse
Tombeau.
Monstredecruauté,decarnage, &
d'envie,
X>uiteplats dans l'borreur, les larmes,
~& les cris,
Si je te baisd'avoirpris ma Sylvie,
Je tebaisencor plus de ne m'avoirpas
pris.
Maisquoy que ta fureurait bienvoulu
prétendre
, Delaseparerd'avecmoy,
Lors que dans le Tombeau tu meferas
descendre,
Amourestans Dieu comme toy,
Ayantuny nosfeux,uniranostre cendre.
DES PEINTRES
ANCIENS,
cET DE LEURS MANIERES. E n'est poinr pour porter
jugement, que j'aydresse
ce petitTraite touchant la pré,
eminenee & les manières des
plus fameux Peintres de l'Antiquité.
L'ordre alphabétiqueest
tout ce que j'y obsèrve, laissant
juger, à qui s'en voudra donner
la peine,lequel d'entre tous ceux
que je rapporte, adroit d'estre
estimé le meilleur & le plus habile.
On luy donne la gloire d'avoir
trouvél'invention de faire ça,"
cher à la Peinture les défauts
naturels, & de peindre ce que
le Pinceau ne sçauroit bien exprimer,
commefont les Foudres
& les Tempestes, Pinxit A,eUes,
qud pingi non possunt; Tonitrua,
fulgetra, fuigaraque, e£r. Plin.
L.35.C.10. Il semble que l'on
voyoit dans ses Tableaux, ou
plutost que l'on s'imaginoit entendre
le bruit des Tonnerres,
3e le choc éclatant des nüées
toutes tranchées d'Eclairs, &
l'on y jugeoit facilement, si l'on
estoit bon Physionomiste, combien
avoit vescu, ou devoir vivre
la Personnequ'il avoit peinte.
Ce qui est encor plus admirable,
c'est que l'on y pouvoit mesme
remarquer les affections & les
mouvemens de l'esprit, tant ce
grand Homme estoit heureux
&subtil à bien représenter tous
les linéamens du visage. C'est
pourquoy le mesmePline adjoûte,
que le Grand Alexandre,
dont il estoit Contemporain,
ne voulut point estre tiré d'autre
main que de la sienne: Alexander
Imperator edixit, ne quis ipsum
alius quàm Apellespingeret. L'on
dit qu'il avoit coûtume de mettre
au bas de ses Tableauxce
terme, Facicbat, pour signifier
qu'il n'yavoit pas mis la derniere
main, de peur de faire rougir de
honte la Nature, qui se fust
avoüée vaincuëparl'industrie
de son Art; mais qu'il mit celuycy
, Fecit, dessous trois, de ses
plus rares Portraits, pourdon
ner à entendre qu'il y avoit surmonté
l'Art, la Nature, & soy-.
mesme.
La premiere de ces trois excellentes
Pieces, fut un Portrait
d'Alexandre le Grand, tenant
en main le Foudre de Jupiter,
qu'il fit estant à Ephese; mais
avec tantd'artifice, qu'on disoit,
au raport de Plutarque, que
des deux Aléxandres, le vifestoit
invincible, Se le peint inimitable
: Duorum Alexandrorum, al-
- terum Philippi nullàvtribu* vincibilem,
alterum Apellis nullo artijîcio
imitabilem. C'est pourquoy
ce Prince, felon Pline, luy en
donna vingt talens, qui valent,
suivant la fuputation de Budée,
six-vingts mille Ecus, & le fit
mettre pour ornement auTemple
de Diane. Toutefois Lysippe
trouva à redire en ce Tableau,
en ce qu'à son avis Apellés
avoit donné des armes à
Aléxandre, dont la terreur feroit
tenir pour fable, ce que la
verité devoit publier avec gloire
; d'où vint que pour luy il
représenta en fonte ce Monarque
armé feulement d'un Javelot,
disant qu'il falloit laisser aux
Dieux ce qui estoit aux Dieux,
& aux Hommes ce qui appartenoit
aux Hommes ; trait libre
dont Aléxandre ne s'offença.
point.
La seconde, fut (dit-on ) le
Tableau d'une Vénusendormie,
mais représentée tellement au
naturel, qu'en s'a pprochant
-
pour la voir, il sembloit qu'on
dtifI: craindrede l'éveiller. Aussi
adjouce-t^on,.qu'ilavx)it mis au
pied dèi®ë Portrait quatre Vers
Grecs,quidisoientàpeu pres
ainsi: n ; ;"
.Admt'/Y'l,fJofle Pinceau
£luimMfff-a déptindvssi belie,
Etreconnydans ce Tableau
LjndHftrieHfe main dApelle.
RelgeardsesC'iileeustxri,en d~annss la 7Teerrrree &
Parmy les Hommes & les Dieux,
Quisoit égal auxgrâces sans pareilles
Qui mefont à tes jeuxbriller;
JUAPS enme regardant laiJfi-moJsommeiller;
OHjEfuiray,fï tu m'éveilles.
La troisiémeenfin, qui l'emporta
sur toutes les autres, sur
un Portrait dela ny.-bne Vénus,
que cet admirable'Ouvrier dépeignit
sortant de la Mer, &
-
qu'il tira, ou sur Campaspé
,
la
plus chérie des Maîtressesd'Aléxandre,
&la plus belle des
Femmes de son temps, comme
assure Pline, ou selonAthénée-
Livre 13. à la ressemblance de la
belle Phryné, fameuseCourtisane
d'Athènes. Cet Ouvrage
fut estimé pour le plus grand
Chef-d'oeuvre de la Peinture, &
apres lequel on ne croyoit pas
qu'ilfustpossiblede rien faire
de beau nyde parfait. Aussi faifoir-
il l'admiration de tout le
monde, & la riche matiere des
Eloges des Poëtes Grecs &Latins
dece temps-là. Témoin
Sidonius Antipater, qui semble
en auoir renfermé dans quatre
Vers Grecs toq!.: le mérite &:
l'excellence. Voicy comment
un AutheurLatin les a traduits.
Egressam nupervenerem de marmoris
undis
jifpice, proeclari nobile Apellis .pUl.
HacvifaPsllas, sic cum Junone locuta
est:
Deforma vettcri etdere jure decct.
Ovide, Lib.4.de Ponto, Eleg. I.
nomme cette Piece, le plus glorieux
effet des travaux d'Apel-
Jés, & le fondement de toute
l'estime que cet Homme inimitable
s'est acquise par la hardiesse
& l'industrie de son Art.
VI Kenrn artificis labor est, &glor;
Coï, -
tÆ.q:u)reo maditas qua premitimbre
- coma.
Et dans uneautre Elégie il dit,
que cette Déesse seroit encor
ensevelie fous les onderldè;la')
Mer, &; n'en feroitjamaissortie,
si l'ingenieusemaind'Apellés
ne l'en eusttirée,pour la coucher
en suite surià.tojle, &faire
connoistre par l'adressede son
Pinceau {es-t)e{tute.t"oútes di-<.
vines aux yeuxdes ¥orte'lI(J
Si rnmAqHptmeven/elreemsCOH;S'p,inx'i"sset
Mersasub aquoreisilla lateret aqui?,'*
Le Poëte Properce adjoûte
à cela, que ce sçavant Peintre
avoit ramassé dans ce seul Tableau,
tout ce qu'il avoitjamais
exprimé de riche & d'excellent
dans tous les autres qu'il avait
faits. *
Inveneris Tabulasummamsibiponit
Apelles.
Cependant ce qui releve cl'u--:
tant plus le mérite de cet Ouvrage
& la gloire de son Autheur,
c'est qu'il n'estoitseulement
qu'ébaucher mortl'ayat
surpris lors qu'il estoit sur lci
point de l'achever; & que tout
imparfait qu'il estoit,il nelaissa
pas de mettre tous les Peintres
tellement à bout, qu'il ne s'en
trouva aucun assez hardy pour
entreprendre de l'achever, ou
de suivre seulement leporfil de
les traitsqu'Apellés y avoit commencez
; ce qui luy acquit le
titre non-seulement du plus habiledetousles
Peintres qui l'àvoient
précedé; maisencor, dit
Pline, de ceux qui devoient venirapres
luy dans tous les Sieclessuivans
: omnesprihsgenitos,
futurosque postea superavit ApeUesi
eo usque in Pictura provectus est,
utplurasolus prope, quàm exteri omnes
contulerit.
Il fit encor une infinité d'autres
Ouvrages si beaux & si accomplis,
que le mesmeAutheur
affure qu'on les achetoitàpleins
Boisseaux d'or & d'argent sans
lescompter. Parmy ces Ouvrages
on met un riche Tableau de
Diane, qu'illuy dédia dans son
Temple d'Ephese un autre de
Castor&Pollux;un de Clytus
à cheval,armé de toutes pieces,
& entrant dans le Combat; un
autre, d'un Atlethe, ou Luiteur
des JJUX Olympiques,qu'ilpeignit
tout nud, mais avec tant
de délicatesse&d'artifice, qu'on:
y pouvoit distinguer jusqu'aux
arteres,aux veines, & aux pores
mesme de la peauun autre enfin
d'Archélaüs accompagné
de la Reyne sa Femme & de la
Princesse sa Fille, & une infinité
de semblables.
Ctefidémus. Pline dit qu'il ne
se plaisoit qu'à peindre des Grotesques,
& autres Figuresridicules
& boufonnes, dont on le
faitle premier Inventeur,&dans
lesquelles il faisoit merveilles,
& beaucoup mieux que dans des.
sujets sérieux; ce qui n'empesche
pas qu'il ne se soit rendu illustre
dans son Art, jusques là
que Lucien le met en parallele
avec Apellés, en quoy il n'est
pas suivy des autres Autheurs.
Androcydes, Peintre illustre,
selon Plutarque, se rendit recommandable
particulièrement
dans la représentation qu'il fit
du grand Combat & de la glorieuse
Victoire que remporterent
les Thébains sur ceux de
Platée, fous la conduite de Charon,
un de leurs plus vaillans
Capitaines. On faisoit. sur tout
grand état des Poissons, qu'il
sçavoit mieux représenter qu'-
aucun,&ausquels on dit aussi
qu'il appliquentdavantage son
esprit,y apportant plus d'industriequ'à
toute autre chose, à
cause, dit le mesmePlutarque,
qu'il en faisoit sa plus délicieuse
& plus ordinaire nourriture:
Maxtme "verb laudati Pisces ab ce
Picti, in f}!t,:btu eò creditur magis
itttcndifje internum, atquc induf*
triam> quoeftt illorum imprimis caperetur.
Plutarch.L. 4. Sympos.
atidft. 11.
dans la reprélentation des Vifages,
P,-imujjecicsexprimereiîiftituit,
ôcd'avoir trouvél'invention
de mesler agréablement les
couleurs, &de disposerà propos
le clair & l'obscur, que quelques
-uns disent estre une des
plus belles parties de la Peinture.
Entre ce qu'ilafait de plus
beau, on vante Ajax foudroyé
par Jupiter, siadmirablement
bien dépeint, que la Peinture
avant luy n'avoit point produit
de plus excellente Piece. Ut
nihil tale Ars pingendi habuerit
prastantiusante illa tempota.Natal.
Com. Mythol. L. 7.
Ardicés, natif de Corinthc,
qui estoit en vogue en Grece
avant la guerre de Perse, fut le
premier qui inventa le Dessein,
ou la manière de porfiler & de
contrecirer avec le crayon & le
simple trait, sans mélange de
couleurs; ce qui n'estoit à la
vérité qu'un Ouvrage très-imparfait,
puis qu'ilfalloitmettre
au bas le nom de -la Personne
représentée, pourladonner à
connoistre. ideo&quos pingertt
ditPline, adfcribereinfîttuwm. }*
ducelebre pour avoir trouvé le
secret de peindreavec laCire,
ddiit on peut voir la manière
dâiis;l.e35.Li^re dePline,C.11.
Cetteforcede peinture, dont on
peignoit ordinairement les Navires,
estoit sisolide6cG. fortement
imprimée, dit cet Autheur,
que ny l'ardeur du Soleil,
ny l'eau salée de la Mer, ny l'humidiré
del'air & de,s vents*, n'es--
t~oti^eoniecnctacpaapbalbelsens,nyyddéel^laaltelrferr1,*
ny die1MeVnrrager,qu& Piéflta t.n
NavibusnecSole,necsale,ventisque
îorrrtmpiflJr. cftoit un secret
admirable, mais qui s'est
perdu depuis, estantprésentement
ignoré des Peintres. Quelques-
uns veulent que celuyd'émailler
en approche fort. Quoy
qu'il en soit, onestoit redevable
de cette rare inventionàce fameux
Peintre, qui se rendit en:"
corillustre pour avoir sçeu exprimer
ingénieusement dans ses
Portraits les inclinations & les
humeurs des Personnes qu'il représentoit.
L'on compte entre
ses plus beaux Ouvrages, la représentation
dela derniere Bataille
& de la célébré Victoire
d' Alexandre le Grand contre
Darius, un Tableau de Bacchus
& d' An,;une, qui fut vendu, six
mille S:su:rces; & par dessus
tous, celuy d'une Mere mourante,
ayantson Enfant attache
à les mammelles, mais représentée
si naïvement,qu'on eustdit
qu'elle vouloit empescherqu'il
netettast, de peur qu'eo'[\Jc'Çant
son lait, il ne fucçast en mesme
temps le sang qui fortôirà-g^ès
bouillons de la playe qu'uncoup de Fleche empoifonnèêTùy venoit
de faire dans le sein. Hujtu
ïiffura, fJl, ad Matris morienÚi è
vulnere mammam adrepens infans:
intelligiturquesentireMater, ~é*
timere, ne émortuo lastefunguincm
*i'nfans hmbat. Plin. l",''dl'.
A voircette mourante Mere
Kepouffer'cC'ùHefoiblemain
Cepetit Enfant de sonsein,
On juge quelmotif l'engage à Sen DE-n.
uifaire.;, QnjyQÏt.bit'fi quellea , peur quesoncher
:; NoHriJfon,
, Penfadtsuonnesuçe le poison
QHA porté danssonseinlaFleche qui
-la flÛ;,
Et 1itYc!'Jer::h-1ilt avec effort
Samaritale prétendue,
Qdw.t.estresavie, ilne truivslawjt.
ÇjijPPPyCléonien,,qi)iivl"Jlê
4ans la70 Olympiade,serendit
illustre pour avoir trouvé les
maniérés-de p£md££au vifles
diférentessituations, ou ptucoU
les diférens regards du visage,
& pour avoir,meryeUIeufeme^c
réussydans l'ordonancededans
la propc>!)E}£m!<$fe|$9uîKf$lç-s.parties
extérieure du
:
bP,fP'J la
jointure desmembres,ladisposition
desjvcines,<ko. comme
aussidanslareprosentationnaturelle
des cavitez,
boires,6c deTécofFcticlaDra-r
perie&des Vestemens:àmçtdk
etians membra difiinxiî,iMnasfroqtuinluits,
ifnrvéetenriqtu.Peilnin.vLes.3te5~é.r rCug.8as., &
Clefidés, Peintre assez renommé,
vivoit environ l'an du
monde3730. Ce qui fit le plus
parler de luy, fut un Tableau
qu'il fit, & qu'il exposa en Public
pour se vanger de la Reyne Stratonice;
car il l'y représentaau
vif couchée avec un Pescheur
dont elle estoitamoureuse, ajoûtant
des Vers scandaleuxaupied
de cettelascive Peinture.
En suite de quoy il eut l'éfronrerie
derattacher au lieu le
plus apparent du Havre d'£-
phese, ayant auparavant fait
préparer un Vaisseau,afin d'éviter
l'effet du justeressentimens
de cette Princesse qu'il croyoit
outrager au dernier point par cet
affront; duquel cependant elle
semocqua,ne voulant pas mesme
qu'on ostast ce Tableau de sonlieu.
Damon,Athénien, commence
d'estre en crédit vers l'an 36ooi
On fait estime de deux Soldats
qu'il peignit armez à la legere
avec tant d'artifice,que l'un sembloit
courir à la Bataille tout degoutant
de sueur; & l'autre sortir en si las, qu'on levoyoit haleteren
posantsesarmes. Toutefois
ayat fait un désyen l'Isle de
SamoscontreTimanthe, à qui
répresenteroit le mieux un Ajax
plaidantcontre Ulisse pourles
Armes d'Achille, ilen futvaincu.
Dequoyestantfâché,ildit
avec une raillerie. piquantecontre
sonAdversaire, qu'il avait
moins deregret de sevoirvaincu
par l'artifice d'un Peintre, que
devoirAjax contrainatleceder
deuxfoisl'avantageduCombat
à deux Personnessipeudignes
deleremporter. yf ;;J1c.a
Scop~is, defaire le Portraitdu
Roy Antigonusquiavoir perdu
un oeil àlaguerre ; Polygnotus
le tira fort bien au vif, mais avec
sonoeil crevé, voulant suivre en
toutl'Artde la Peinture. Scopas
le peignit enl'âge qu'ilavoit
avant ce malheureuxaccident,
& pensoit avoir fort bien rencontré.
Mais Dioclésplus adroit
prit le milieu de l'Art, & le peignit
en porfil; de forte qu'il n'y
avoit que le costé du bon oeil qui
parust.C'est pourquoyilremporta
le Prix, nonseulement
pour ce qui touche son Art, mais
encor pour ce qui regarde la prudence.
- -1
1.
Euphranor,Corinthien, qui
vivoit dans la 104. Olympiade,
fut égalementhabile, & dans la
Peinture, & dans la Sculpture,
ayant gkhièuÍènlent:J travaillé
dans l'un & dans l'autre de ces
beaux Arts, & mis au jour des
Ouvrages fortexcellens
; &entr'autres
dans le premier, douze
Dieux admirablement bien représentez,
&lafameuse Bataille
de Mantinée entre ceux d'Athènes
&les Lacédemoniens. Pline
dit qu'il a excellé sur tout dans
la Symétrie,sur laquelle il composà
de sçavans Traitez, au«i..,
,::ien que sur la préparation
,
l'alliement
& la composition. des
Couleurs: Volumina quoque composuit
de Symetria CrColoribus.
Plin.L.35.C.II,
in Libro deStatuarÿs, fut le premier
qui remarqua& fitconnoître
dans les Peintures la distinction
du Sexe entre l'Homme&
la Femme, Hygianon qui primus
marem foeminamque discrenverit.
Plin. L.35. G.8. Les Figures
ayantestéjusqu'à son temps dépeintes
si imparfaites pour la plûpart,
qu'à peine pouvoit-ondire
de quel Sexe elles estoient. Il
ricunjloic dans la 70. Olym- piade.
Martia,Dame Romaine, mise
aunombredesIllustres pour le
Pinceau,fleurissoit vers l'an
3910. Elle fut Fille de Marc
Varron. On luy donne cette
loüange d'avoir religieusement
confervé le prétieux Trésor de
sa Virginité, qu'elle garda toute
sa vie 5mais si pure &sientiere,
quesçachantparfaitement l'Art
de portraire, elle ne voulut jamais
s'en servir pour peindre aucun
Homme, parce que lacoûtume
estoit de son temps de ne
point représenter les Corps
humains autrement que nuds.
Pernicieuse coûtume, & qu'un
Poëte, tout Payen & tout libertin
qu'il estoit, ne s'est pû empêcher
de décrier par ces Vers,
Qua msrtus obscoenas depinxit prima
Tabellas,
Et p,fltit castâ tNrpillllifa dtm*:
Illa puellarum ingenuos corrupit DcetlOJ;
Nequitioequesuoe rttlnit esserudes.
lébre, particulierementdans la
naturellerepresentation des
Femmes, dans la judicieuse disposition
des ombres & des lumieres,&
dans lamaniere subtile
de faire sortir de la Toile les Portraits
qu'il y représentoit. Dili..
gentissimè mulierespinxit, lumen
& umbrdl custodivit;atque ut eminerent
è tabalu siButs.maxime
curavit, Plin. L.35. C.2. Ælian
de Varia, Historien, dit de luy
qu'il s'appliquoit si fortement à
son travail, qu'il en perdoit fouvent
le boire & le manger. Les
Ouvrages où l'ontient qu'il a le
mieux réüssi, furent les Portraits
de Bacchus, d'Io, d'Andromede,
de Calypso
,
&la rpréfeQ,
tation des Enfers, qu'il dépeignit
dans le Portiqued'Athènes,
suivant la description qui en
avoitesté faite par Homere. On
dit qu'il excella encor dans la
maniere de représenter les Animaux,
& sur tout les Chiens, &
qu'il avoit coûtume de chanter
en travaillant; ce quiremplissoit
ses Ouvrages d'une merveilleuse
gayeté,qu'on ne remarquoit
point dans ceux des autres, &
qui donnoit une singuliere fatisraction
à la veuë. La raison en
peut estre de ce que les effets
retiennentnecessairement jene
sçay
- quoy de la nature de
leurs causes; en forte que ce qui
est conçeu & produit en
*
fuite
avec plaisir, en garde toûjours
quelque impression, qui se répand
mesme au dehors. De là
vient aussi que Saint Augustin
conseilloit pour bien réüssirdans
son travail, de le faire gayement,
& de marier autant qu'il se peut
le son de la voix avec l'exercice
des mains : Inter laborandum,
cantandum.
Pamphile, Macédonien,commença
de fkurir dans la 105.
Olympiade. Il estoitsi jaloux
deson sçavoir, qu'il ne vouloit
recevoir aucun Disciple pour
luy apprendre son Art,qu'il ne
luy donnastannuellementuntalent
de lalaire,.& ne s'engageast
fous sa discipline pour dix ans;
& ce ne futqu'à ce prix &à cette
conditionqu'il receuc en son
Ecole "Apliés & Mélanthus.
Pline le fait universel dans toutes
fortes de Sciences, & particulierement
dans l'Arithmétique 5c.
la Geométrie
; &rapporte de
luy qu'il tenoitpour maxime,
queceluy qui veutestre bon
Peintre, nedoit rien ignorer;
& que quoy que la Geométrie
luy soit surtout necessaire pour
bien entendre la Perspective, il
se doit encor munir de plusieurs.
autres Sciences, afin d'observer
paraifcmenc dans la pratique de
son Art les raisons& les proportions,
avec le naturel de chaque
chose, pour la représenter telle
qu'elle est en effet. Omnibus literis
eruditus
,
proecipuè Arithmetice&
Geometricesine qutbut nett-
at Arum perfici fosse> 6-.,c.
Pi-h. L. 33: C. 10. Ce fut par son
conseil, & en partie desonautorité,
qu'àSycione, &ensuite
d,,,ns toute la Grece, les Enfans
des-.,Nobless'adonnerentà la
Peinture; dontoncleurfaisoit
fairel'apprentissage ;&ce fut
aussipar son crédit que cet Art
fuc>adrnis. au nombre des Arts
Libéraux, avecdéfensesàceux
qui nVftoient pas de condition
libre, de l'exercer, en forte qu'il
n'y avoit proprement' que les
PersonnesNobles qui s'y adonnaqènt.
C'est ce qu'assure Ale-
:",ander ab Alexandro dans ses
Jours Géniaux. Suidas ajoûte
qu'il enrichitle Public d'un tres_\
beau Traité de la maniere, de
bienpeindre, & qu'il composa
les Eloges & l'Histoire de ceux
qui avoient le plus excellé dans
ce bel Art.-Ju•>
,'- -
ancus¡"I Frere de ~P iihs, & natifdeCorinthe, cHoir en YO.
gue dansla83. Olympiade.Les
Autheurs rapportent que ce fut
de son temps qu'on établit dans
cette Ville 6e.a Delphes des
Combats & des Prix pour la
Peinture, & qu'il entra lepremier
en lice avec Timagoras de
Chalcide,duquel cependant il
fut vaincu dans les Jeux Pythiens:
£>mmmb cefi&men Picturoe
Florcnteràrioeo inflitutum est Cevinthi,
ac Dclphis;pimuufqucomnium
certavitcumTimagora chalcidenfe
fuperatúsque est ab,eo PJ..
thtjs. Plin. L. 35. C. 9. Ce qui
n'empescha pas qu'il ne fust estimé
un des plus habiles de sa,
Profession, & que l'on ne fist un
grand cas de ses Ouvrages; &
entr'autres d'une représentation
qu'il fit dans un des Portiques
d'Athènes,duCombat de ceux
de cette République avec les
Perfes à la célébré Journée de
Marathon, Piéce qui seuleestoit
capablede publier partout sa
renommée, quand iln'enauroit
point produite d'autre au jour;
tous les Personnages f/Y. trouvant
si naturellement représentez,
qu'on eustdit à les voir que
c'estoient autant de Personnes
vivantes, & que le Combat
estoit plutost réel, qu'en pein--
ture, &: l'on y pouvoit facilement
reconnoistre & distinguer
la meilleure partie de ceux qui
avoient eu le plus de part à la
gloire de cette sanglante & mémorableJournée.
Il peignit encor
avec un artifice admirable
tout le dedans & le dehors du
superbe Temple d'Apollonâ
Delphes, sans vouloir recevoir
aucune récompense de son travail
& de ses peines. Ce qui
obligea lesAmphyctions de le
combler de gloire&d'honneur,
&. d'ordonner parune Déclaration
irrévocable, que la République
seroit oblig1 ée, en quelquelieu
qu'il allast, & quelque
temps qu'il vécut, de luy four
nir abondamment tout ce qui
luy seroit necessaire pour sa vie
& son entretien. On dit que ce
fut le premier qui ouvrit la bouche
à ses Figures, &quipersectionna
les traits du visage,qu'on
n'avoit encor que grossierement
ébauchez.
distinguer dans laPeinture vers
l'an 3630. On luy attribuë d'avoir
le mieux oblervé les proportionsdesFigures,
donné de
la grace aux cheveux,& embelly
le visage de traits déliez. Si
nous en croyons Quintilien, toutes
les Piéces qu'il mit au jour
estoient si délicatement travaillées,
qu'ellesservirentde patron
& de modelleà la plúpart de
celles que les autresPeintres entreprirent
;en sorte que pendant
un fort longtemps ils ne peignirent
presque point de Figures,
particulièrement des Dieux&
des Héros, quesurles idéesque
cesçavant Ouvrier leur en avoit
laissées. Deorum atqueHeroum
effigies, quales ab co funt tj'adit£,
coeLerijanquam necessefit,fcqunn*
tur. £hùntiL L. 12. C. 10. On le
taxe d'avoir esté fort cruel; car
on dit que Philippe de Macedoine
@
ayant mis en vente, comme
Esclaves, les Olynthiens, dont
il avoit ruiné la Ville, ce Peintre
en acheta un fort vieux, & le
mena à Athénes,où l'ayant attaché
contre unemuraille, illuy
fendit l'éstomach, & luy rendit
le foye tel que les Poëtes ont
feint que rQdeau de Jupiter
avoit rendu celuyde Promethée
enchaînésur le Mont Caucase;
&soudain l'ayant tiré au vif en
cette posture, il en dédia le Tableau
au Temple de Minerve,
comme une Piéce rare & tresprétieuse.
Ce qui pensa pourtant
luy coûter la vie; car quand on
sçeut sa perfidie, il fut cité devant
vant lesJuges de l'Aréopage, où
l'éloquence de son Avocat eut
bien de la peine à fléchircesage
Sénatenla faveur, & à le garantir
du supplice que son crime
méritoit. (On accule Michel
Ange d'avoir imité cette cruauté
sur un jeune Païsan, afin de
peindre plus naïvement un Crucifix
mourant; L'Histoire en est
triviale, quoy que peut-estre pas
trop veritable. ) Parrhasiusn'estoit
pas moins superbe & glorieux,
que cruel; car on
voyoit souvent paroître dans les
Festes publiques vestu d'un
Manteau de Pourpre, & portant
avec une posture extrêmement
fastueuse, la Couronne d'or sur
lateste. Cependant il nelaissoit
pas d'iifF,,,âer de passer pour un
Homme remply desagesse & de
vertu, comme le témoignent
quelques Vers Grecs qu'on dit
qu'il avoir coûtume de mettre
au dessous de ses plus beaux Ou.
vrages,quiselisent dans Athénée,
& qu'on peut voir traduits
en Latin par Casaubon.
coup dans cette Piéce. Ellefut
si estimée, que Lucullus l'acheta
une somme immense ; & l'ayant
apportée à Rome, il l'y fit placerau
lieu le plus éminent de son
Palais. On dit que ce Peintre
fut le premier qui réüssit à bien
peindre les Plafons, les Planchers
&les Lambris des Chambres.
Hic Pictorprimus Liquearia,
C Cameras pingereinflituit. Plin.
teste quileurdonnoientunegrâce
merveilleuse. PrimusMulures
Lucidâ vestepinxit & capita carum
Mitris'uerficoloribm operuit.Plia.
L. 350 C.f). Eliandie que le plus
riche de Ses Ouvrages, & qui luy
acquit le plus d'honneur, fut le
Tableau qu'il fit d' Ocnus, filant
& cordant des liens dejoncs que
nl\no.eoit un Asne à mdure qu'il
les tordoit. C'estoit une Enigme
par laquelle il vouloit marquer
l'inutilité du travail d'un Homme
qui se peine beaucoup pour
gagner du Bien, tandis que sa
femme dissipe tour par son luxe,
ainsi quefaisoit la Femme de ce
trop bon & trop complaisant
Miry. Il fit en outre, dit Plutarque
dans la Vie de Simonides,
des Ouvrages siexcellens, que
les Amphctions, qui estoit le
premier Sénat de la Grece, luy
établirentdes Retraites Hospitalieres
danstoutes lesVilles de
leur Domaine.
Procogenés,natifde Caune,
Ville de Carie, Peintre des plus
renommez de l'antiquiré
,
estoit
Contemporain d'Apeilés.Elian
L. 12 Histor.C.4.&Plutarque
dans laVie de Demetrius,disent
qu'il fut sept années à faire le
Portrait de Jalise Fondateur
d'uneVille du mesme nomliruée
dans l'lile de Rhodes. Pendant
tout ce temps, pour s'empescher
d'avoir les senshebestez en le
faisans, il garda unesi merveilleuseabstinence,
qu'il ne mangeoit
que des Lupins, qui est une
espece de Légumes, & ne buvoir
que de l'eau. Il donna à ce
Tableau quatre charges de Couleurs,
afin que quand le temps
en auroit conlumé une, l'autre
se trouvast toute fraîche & entiere
dessous. Bref, il yemploya
tant d'jndufirie, que bien qu'il
ne fust pas encor achevé,Apellés
l'ayant veu, ne pût se dèfendre
de l'admirer, & de reconnoistre
publiquement,malgré sa vanité,
& l'estime qu'il avoit de foymesme
pardenuscourautrePein.
tre, que Protogenés l'égalait en
plusieurs points, & particulièrement
en ce dernier Chef d'oeuvre
de sa main. Mais que cependant
luy mesme le surpassoit en
deux choses- la premiere, en ce
que ses Peintures avoient je-nerayquelle
grace que celles de
Protogenés n'avoientpas; & la
seconde, en ce qu'il sçavoit interrompre
facilement son travail,
ce que cet autre ne faisoit
qu'avec peine. Ce Tableau es.
toit en si grande estime, que
Demétrius ayant assiegé Rhodes,
&. trouvé dans une Maison
publique d'un des Fauxbourgs
de la Ville, cette admirable Pièce,
que les Rhodiens par je-nesçay-
quellenégligenceavoient
oublié de renfermer dans l'enceinte
de leurs Murailles, ceuxcy
apprenant avec beaucoup de
regretqu'elle estoit tombée entre
les mains de ce Conquerant,
luy députèrent aussirostquelques-
uns des plusconsidérables
d'entr'eux, pour le fuplier d'avoir
quelque considération pour
un sidigne Ouvrage, &de ne le
point condamnerau feu,comme
il faifoir tout le reste des dépouilles
qu'il prenoit sur eux.
A quoy ce lage Prince répondit:
Secitus Patris tmagtnu, quam earn
Picturam aboliturum Plutarch, in
Demetr.
Quiln soitpas assez. barbare
Tourfo'ffàrcjunne Image &siriche
&sirare,
Servist auxflâmes d'aliment;
Et que dansson estime il la tenoitJi
chere,
souffriroitplutostqu'on fit ce traitement
A toutes cellesdeson Pere.
Pline dit que par succession
detempsceTableau fut porté i
Rome, & mis au Temple de la
Paix. On sçait la rencontre que
ce Peintreeut à Rhodes avec
Apelles sur ces deuxLignes
qu'ils tirerent en l'absence l'un
de l'autre sur une mesme Toile,
& sur la délicatesse desquelles
tous deux alternativement se
confesserent vaincus. Le mesme
Pline la décrit assez au long
dans le 35. Livre de son Histoire
C. 9. Suidas dit qu'il mitaujour
deux excellens Livres touchant
la Peinture& les Figures.
Théon; natif de ï'Ml: de Sa.i
mos, Peintre des plus renommez,
estoit en vogue du temps
dePhilippe deMacédoine. Elian
rapporte qu'ayant dépeint un
gendarme à cheval qui sortoit
l'impourveu de laVille,&qui
s'alloit jetter tout furieux sur
l'Ennemy,ilne voulut point l'exposer
à la veuë du monde, qu'il
n'eust faitauparavantsonner par
un Trompette, d'un ton éclatant,
le Bouteselle. Puis quand
il vit quelesespritsdesAssistans
estoient tous émeus de ce son
guerrier, pour lors illeurmontra
tout-à-coup l'on Gendarme, afin
qu'ils remarquaient plusefficacement
combien il estoit habile
en son Art.
Timante. Peintre illustre,fleurissoit
vers l'an du monde 3600.
Quintilien L. II. C. 13. & Pline
L. 35. luy donnent la louange
d'avoir fait connoîrreimaginer
dans ses Peintures beaucoup
plus de choses qu'il n'en repréfenroit
en effet. In omnibus ejtU
ppsribm, dit ce dernier, intcllgitur
mpo•liunslseemper quàmpingitur.Té-
Cyciope dormant qu'il
représentasurunePiècede Cuivre
de la largeur de l'ongle,
étendu de son long, & entouré
daevSatyerecs, qui luy mésfuroientle une Gaule, afin de
sçavoirlesdimensions de sa stature
gigantesque. Témoin encor
cette Pièce si célébré dans les
Histoires du Sacrifice d'Iphigénie,&.
qu'il entreprit par un désy
contre Colothen, qu'il furmonta
sant par la délicatesse de ses
traits, que parl'industriede son
Art; caronditqu'après y avoir
representé de la maniéré du
mondelaplus touchantetons les
illustres Parensde cette infortunée
Princesse dans une désolation
extrême à la veuëdutriste
appareil du Sacrifice & de la
mort de cette innocente Victime,
quand il vint à dépeindre
Agamemnon son Pere, il luy
couvrit le visage d'une partie de
son Manteau, pour insinuer par
cet ingénieux artifice dans rcfprit
des Spéctateurs une idée de
la douleur&du descspoir de ce
Pere affligé,beaucoup plus grande
& plus persuasive, que s'il la
leuravoit tracée avec le Pinceau.
Etvidentibus, dit Valere
Maxime L. 8. C. II. cogitirdum
relinqueretsummum ieàmiué-tum,
quempenicillo non posset imitari.
que Céiar acheta vingt talens,
& les dédia dans le Temple de
Vénus. Pline L. 35. C. II. D'autres
adjoûtent que le dernier estoit
si admirablement bien travaillé,
que Médée, toute en su.
reur qu'elle y piroissoit contre
son propre fang, tenant le Poignard
d'une main, & empoignant
de l'autreles deux Enfans
qu'elle avoit eus de Jason, pouffée
d'un costé de rage &de haine
contre l'ingratitude de leurPere,
& émuë de Fourre de compassion
& tendresse pour les misérables
restes de son infidelle
Amant, paroissoit avoir la derniere
horreur de leur plonger le
fer dan lesein, & ne lefaire qu'à
regret, & comme yestant forcée
parune furieuse passion donc
elle ne pouvoit plus estre la Maîtresse
; de maniéré que dans ce
troubleaffreux oùl'on la voyoit
réduite, en eust dit que son vi..;
fage estoit doux & cruel, & ses
yeux pitoyables & furieux tout
ensemble. D'où vient qu'on
veut que ces Vers furent depuis
écrits au pied de ceTableau.
QuodnatosserituraferoxMedæa miratur;
-
Præstitit hoc magni dextera Timo"-
machi.
Tardat amor facinus;strictum dolor
incitatensem: Vult non 7JHlt natosperdere & ipsa suos.
On dit de luy que s'il ne cedoit
guère àApellés,ny àProtogenés
pour l'excellence de son Arc, il
lessurpassoit l'un &. l'autre en
vanité;car les Autheurs rapporcent,
qu'ayantamassé beaucoup
de richesses par son travail, il
estoitassez vain pour en faire parade,
& pour paroistre aux Jeux
Olympiquesrevestu d'un Manteau
de Pourpre, où son nom
estoit broché en Lettres d'or.
D'abord il vendit ses Tableaux
un prixexcessif; mais quandilse vit fort opulent, il commençaà
en faire des Présens,disant qu'on
f ne les pouvoit assez payer. Nullâ
fâtù digiJO pretio pamutari posse
dmbat. Plin. Les Agrigentins
eneurent Alcméne- Archelaüs,
un Dieu Pan; & quelqu'autres
un Atléche sortant du Combat,
qui estoit peintavectant de naïveté,
qu'on eust dit qu'il suoit
véritablement. Aussi en fit-il
tant d'éclat, qu'il osa bien mettre
au dessous un Vers Grec,
portant qu'il seroit plus facile
aux Peintres de l'envier, que de
l'imiter. Culpdberis faciliùs hoc,
quem imitaberis. Ce ne fut pas
cependant le plusaccomply de
tous ses Ouvrages;car on dit
que son Chef- d'oeuvre fut le
Portrait d'une Helene, dont
l'Orateur Romain a pris plaisir
de décrire l'excellence fous les
plus riches termes de sa Rhétorique
dans le commencement de
son second Livre De Inventione.
On dit qu'il rira cette rare Pièce,
qui fut estimée le Miracle de
la Peinture, sur cinq des plus
belles Filles de la Ville de Crotone,
qu'il choisit sur un plus
grand nombre que ces Peuples
luy avoient présèntées à ce dessein,
prenant de chacune ce qu'il
y trouva de plus charmant pour
le donner à son Helene, qu'il
trouva en fuite si belle & si accomplie,
qu'il mit au dessousce
Distique.
Hani turpe est Teucros, fulgentesque
are Pelasgos,
Conjuge pro talidiuturnosferre labores-
Ce Peintre eut la gloire
de surmonter par l'industrie de
son Art le fameux Parrhafius,
q^i'il sçeut adroitement
tromper, tout habile Maistre
qu'il estoit, par lareprésentation
d'un Rideau, lors que celuy-cy
ne sçeut tromper que des Oiseaux
par la peinture de ses
Raisins. Tout le monde en sçait
l'histoire. Au reste on dit que ce
Peintre mourut à force de rire,
cofidérant avec trop d'attention
le Portrait d'une Vieille,
qu'il avoit représentée d'une
posture si grotesque, qu'elle estoit
capable d'exciter le ris aux
plus sérieux. Enfin s'il en faut
croire le Poète Plaute, ce Peintre
surestiméaussibien qu'Apellés,
le plus excellent & le plus
habile de tous ceux de sa Prosession.
Apella, ô Zeuzis Pictor;
Cur numero estis mortui, hinc exemplum
ut pingeretis?
Jtfam aliosPictores nihil moror huiur.
modi tractare exempala
Voila ce que le loisir & le peu
d'Autheurs que j'ay lûs, m'ont
permis d'écrire sur les manieres
particulières de quelques-uns
des plus fameux Peintres de l'antiquité.
Comme la Question
proposée ne parle que d'eux, je
ne me fuis point mis en peine de
consulter les Livres sur les manieres
de ceux qui ont paru en
Italie depuis que l'Art de la
Peinture a quitté la Grece pour
s'y venir établir. LecelébreJean
Cibamus est celuy qu'on dit
avoir commencé à le remettre
dans son premier lustre en cette
plus noble Partie de l'Europe
vers l'an defalut 1240. les Italiens
avant luy ne s'estant servis
que de Peintres Grecs pendant
un fort grand nombre d'années.
Del'Ecole de ce Jean ObamuSy
ainsi que d'une seconde Pepiniere,
sontfortis les plus habiles
Peintres qui ayent parus dans le
monde depuis la descence des
Barbares en Italie. On compte
entr'eux le fameux & renommé
Michel Ange Florentin, que
plusieursfont non -
seulement
aller du pairavec Apellés,mais
mesme le hirpalTer en plusieurs
choses. La Pièce par laquelleon
veut qu'il se soitrendu le plus
recommandable, c'est sonJugementdernier
; comme Raphaël
d'Urbin par son Banquet des
Dieux,André de la Montagne
par son Triomphe, &c. On fait
encor beaucoup de mention
d'Antoine le Couroyeur, ditle
Titien; de Sebastien deVenise,
de JulesRomain, d'Antoine le
Couturier, de Bandinel Florentin,
d'AndréMatinée, &: de
quantitédesemblables, qu'on
peut voir dans VaffûtsLïb. de 4.
Artibus popûLtrihiMçap.J. de Graphice,
Jtvc de Arte Pingehdi.
Entre les manières particulières
où l'on tient que ces Peintres
modernes ont le plus excellé,
on fait état particulierementdel'invention
& hardiesse
du Parmésan, des N uits du Bas-
£in, du Porsil de M'chel. Ange,
&du Coloris deRaphaël;parce
que ce sont, diton, comme les
qurtireElemens&. les plus'beîlea
&plus nobles idées d'un Peintre
parfait. D'autres particularisant
davantage,disentqueleTitiena.
esté grand Coloriste, que R^
phaël d'Urbin a exceilé dans le
Dessein,lesCaracesdansl'Expression,
Michel Caravage dans
la Copie apres le Naturel, Léonard
Davincy dans l'Anatomie,
Rubens dans l'Histoire & dans
le Lustre, laHire dans les Proportions,
& ainsi du reste.
GERMAIN, deG*en.
le vous envoye la Veuë-des Fentaines
de Neptune & de Bacchus,
quisont dans le Jardind'Arnjuez,
au lieu desquelles je vous envoyay
dans le XIV. Extraordinaire la
rellë de celle qui est tlpfeUÙ de Don
Jean d'Autriche. Onluy a donné ce
nom, à câtefêque la Figure qui est
enbaut, &quijette de l'eauparses
cheveux, a esté faire d'une Pierre
que l'on trouva dans un Vaijfeatt
Turc apres laBataille de Lépante.
SÍhn Amant aimé, qui a peu de
Bien, une extrêmeambition,
beaucoup de délicatesse
,&
-
un violentamour,doit époufer
une Maîtresse peu favorifée
de laFortune, & qui a
comme luy de l'ambition &
TdeImrclias,dqéuleéivcoautersssseiert.-til atvec,tant de D'avoir le coeursort haut, & l'esprit
délicat?,
Contrevosfrevertu la Fortunes'irrite,
Sans elletoutefois on nefait point tJttclat.
Pour moy vostre amour est extrême,
Pourvous mon Amour est de mesme; J'ay du coeur comme vous, & de l'ambition,
J'ai iamedelicate;(pt{fîort}
Mais quelqu'essort qucfijfc en nous la
Ilnefautpoint quejevousflate.
Je ne puis estre vostrefait.
Le coeur & la délicatesse
Neservent de riensans richesse.
Sans elle l'Hymenest sujet
Ad'étranges revers ,
à beaucoup de
trif/effi.
Le mérite en ce temps est effimé peur
rien,
Quand onriapo:r>t de bien,
J'enaypeu, vous rien avez, guère,
EtleSort ne veut pascer vouloitfaire.
Ce que doit faire cet Amant
que sa Maîtresse refuse dépoufer,
par ces raisons de délicatesse
&. d'ambition.
Que dois-je devenir? Philis s'est
expliquée.
Toute Amante qu'elle est
Cette
Cette Belle aiijourd"huy d'ambition
f'qnée,
Prononce mon Arrest.
Enl'état où jesuis,pourrois-jedire etelU
Qu'elle a trop de rigueur?
Non,jescay lôn amour, jesçayqnclU
efîfidtile,
Et je connoisson coeur.
Elle a tc[prkbienfait, plein dedèlicAt
1trfTr
Et de discretion;
Ellefaittriompher& raifo,.&{Agep
Dcflusfaptflion.
UnHymensanssecours des biens de la
Fortune,
Nefçauroi' estre heureux;
Et laplusforte ardeur est bientost imÀ
portune
Dans un sort rigoureux.
Mais le moyen d'éteindre uneflâmesi
belle
Dont mon coeur est épris?
Ne dois-ie pas plûtost, pour la rendre
immortelle,
Aimer toujours Iris?
Fortune,Amour,. Raison, accordez-vous
ensemble,
Changeznostre destin;
,Faitesparvas.l-âveurs qu'un saint noeud
nous aflsmble
Pour noHt unirsans fin.
j'espere quelque jour voir finir ma disgrace
Par un doux changement;
Et jeveux, belleIris, àjamais, quoy
qu'on fasse,
-
YQJH aimer constamment.
Si le Mary doitestre plus grand
Maître que la Femme. DOrinde &sonMary ne sontjamais
d'accord,
La Femmeveut eflre Maîtresse;
Le Mary dit, qu'elle a grand tort.
Ilsse grondent ainsisans cesse.
La Femmeseplaint du Mary,
Qttoy qu'ilsoit d'ellefort chéry,
Disant qu'ilesttrop bon, tropdoux, &
trop facile,
QiieccLile rend mal-habile
A pouvoir gouvernerson Bien & sa
Maison.
Il est vray que Dorinde est bonne ménagere,
Qu'elleal'esprit bienfait, & ChumâHP
assezfiere,
Et qu'elle entendfort bien raison;
Quefin Mary ne fentend guére.
Et qu'ilressent unpeu l'Oison.
Ainsi l'onvoit bien qui doit estre
A laMastonleplus grandMalftrCl
POURLACHARMANTE
CALISTE. ON fait une peinture si
riste & si pitoyable de
FAlllVtlr, que la charité voudroitqu'onn'en
donnast point,
& la prudence que l'on n'en parlast
jamais.Cependant, Madamevousvouslaillez
voir tous
lesjours, & je connois une Personne
qui se fait un plaisir de
vous abandonnerentièrement
Son coeur. Il est aisé de juger
par ce que je dis,quel'Amour est
une espece de necessité qu'on
cil: absolumentforcé de suivre;
.f+ comme il estimpossible que
vous cessiez jamais d'estre aimable,
il estimpossible aussi que la
Personne dont jevous ay parlé
ne vous aime passionnément
toute sa vie.
-
S. P.
POUR IRIS.
I L y a longtemps quej'ayfait
dessein de vous écrire
;mais
toutes les fois que je l'ay eHayc..
il m'est venu des pensées si tristes
dansl'esprit, que lacraintede
vous déplaire m'a toujours fait
interrompre ce dessein
; car on
n'écoute pas volontiers les plaintes
d'une Personne affligée, & il
faut avoir le coeur tendre & sensible
pour prendre pitié du mal
qu'on luy voir souffrir. Je me
sens forcé de vous dire neantmoins
que ce n'est que depuis
que vous n'estes plus icy que
mon humeur est si changée. J'y
fuis resveur & solitaire, j'y languis
;&je ne puis songer à la
cruelle necessité qui vous en éloigne,
que je ne songe que je fuis
le plus malheureux de tousles
Hommes.
S. P.
LES I M G E,
ET LE RENARD
D'ESOPE.
UNSingeavec un vieux Renard.
L'un au nezlong,l'autre camart,
Avoient ensemble conférence,
Disantchose de conséquence.
Ils parloient des ajustemens
Quifontdans leurs habillemens.
Le Singequise croyait beste
De belesprit, & bonne teste
Demeurant a/Jis surson cû,
Parcequ'ilsçait qu'ilesttout nu,
De crainte que par raillerie
Quelqu'un ne s'en moque & s'en rie,
Pensantsu-prrnIre le Renard,
Et jouer un toure son art,
Luydit; Ma foy, cher Camarade,
Jevoy que tu n'as rien de fade
Ny dans l'esprit, ny dansle corps.
La Nature a fait des efforts
Pour te rendre recommandable.
- Ton esprit estfin, doux, affable.
Adroit,subtil,fin,&rufé,-
Et l'on feroitmal avisé
De penser qu'ont'en fistaccroire.
Pedonne n'aura cette gloire;
Ta prudence & ton jugement
Ont toujours fait l'étonnement
Des plus sçavans & des plus sages.
Mais si tous cesgrands avantages,
Et d'autres que je ne dis pas,
De ton esprit font les appas,
Du costé du corps tout de mesme;
Le Ciel par son pouvoir supréme,
T'a faitdigned'estreestimé.
Assurément on est charmé,
Quand on voit ta petite teste,
Ton nez aigu, ta gueullepreste
A croquer Poules & Poulet.
Tes dents sont blanchescomme lait.
Ta jambe est allez fine &droite.
Tonépauleparoist étroite.
Ton ventre n'estpoint boursouflé,
Ny trop petit, ny trop enflé.
Ton poil est fin, & la fourrure
En est bonne dans la froidure.
Mais à parler de bonne foy,
Une chose déplaift en toy,
C'est que ta queuë à ton derriere
Traînesouventdans la poussiere.
Elle
estdiforme
en sa grosseur,
Aussi bien que dans salongueur;
Et pourpeu quel'on soit habile,
Onvoit qu'elle t'est inutile,
- Quelle t'estmesme assez souvent
Tres-nuisiblequand il fait vent,
Ou quand il a fait de la pluye,
Parce que par tout eueeuuye
L'herbe & les feuilles dans les Bois,
Croy-moydonc une bonne fois.
Afin de rendre ta figure
D'une tres-galante structure,
Et tedonnantl'airdeguayté,
Te faire parfait en beauté,
Tudois chercher qui tela rogne.,. Je feray bien cette besogne.
Je fuis un adroit Animal.
ne ce feray point de mal,
L'affaire sera bientost faite,
Si tu consens que je m'y mette;
Et cequine te sertde rien,
A d'autres servira fort bien.
Entre ceux-làj'ay bonne place,
Car souvent faisant la grimace,
Je fuis contraint demefâcher,
Et comme je puis, de cacher
L'endroit où l'on met la croupiere,
En m'asséant sur mon derriere,
Parce qu'il est tout découvert,
Sas poil,tout rouge,& non pasverd.
Cela me cause tant de honte,
Que ma belle humeur s'en démonte.
Afin de cacher ce defaut,
Ta queuë esttout droit ce qu'il faut.
Jenedonnerayplus à rire.
J'enseraymieux, & toypointpire.
Sans sujet d'en estreaffigé,
Tu m'auras beaucoup obligé.
A ce discourspleind'éloquence,
De beaux mots, &de cempUifuncc,
Neantmoins un peu captieux,
D'unvieux Singe malicieux,
Le Renardfistcetteréponse.
Cher Amy Singe, ta semonce
N'est faite que par intérest.
Chacun se tienne comme il est,
Et que doucement il endure
Tous lesdefautsde sa nature.
Ton cû tout nud fera pour toy,
Et ma longuequeuë est pour moy.
Combien aurois-je de trin'eue,
De lavoir surta laide fesse!
J'aime bien mieux dedans ces Bois,
Quandje m'y promene par fois,
Apres qu'il a fait de la pluye,
Que l'herbe feuilles elle essuye,
Et que traînant sur mes talons,
Elle enfonce dans les sablons,
Dans la poussiere& dans la bouë,
Ou mesmequelevent s'enjouë.
Faut estrefin pour m'attraper.
Tu pensois, jecroy, me tromper,
Mais tu t'es bien trompé toy mesme
Avec ton beau visage blesme.
Tu te léves un peu trop tard,
Pour en faire accroire au Renard.
Je me ris de ta rhétorique;
En vain tu la mets en pratique,
Pour me vouloir persuader
Que ma queue est à marchander,
Couper, prester, donner, ou vendre.
Si tul'ignores, fautl'apprendre,
Que la Nature ne fait rien
D'inutile, & qui ne foitbien,
Et que tout ce qu'elle nous donne
Doit estre estimé chose bonne.
Va-t-endonc, s'il teplaist, ailleurs
Employer tes discours railleurs,
Et tout farcis deflaterie;
Et souviens-toy bien, je te prie,
Qu'on nedoitpoint croire unFla-
Ny demeurer sonServiteur, (teur,
uiinjî par un trait de morale,
Dontlefin Renard nous régale,
Finit ce plassansentretien
Dedeux Brutes quiparloient bien.
ALLARD, duVéxin.
Si la Santépeut estrealteréepar
lesPassions. pOur traiter cette Question
dans toute son étenduë, il
faudroit faire l'Anatomie entiére
du Corps humain; car la
santé dépend absolument de la
structure de tousses ressorts, &
du tempérament des liqueurs
qui les arrosent. Mais parce
qu'il ne s'agit icy que de faire
un discours succint sur la matiére
dont la fanté peut estre alterée
par les passions, je tâcheray
de démesler seulement quelques
fonctions du corps humain,
& entr'autres celles qui font
les plus sujettes aux paillons.
Quand je me seray acquiré de
cela ,
j'espere faire voir assez
clairement les desorares que
les passions causent quelque fois
à la santé.
Puis qu'il s'agist d'expliquer
quelques actions du corps humain
,
6e de donner une idée
de la fanté, je ne fçaurois peutestre
mieux faire, que de suivre
pied-à-pied les altérations que
le chyle souffre, quand il a
une fois passé dans les tuyaux
lactées
,
& qu'il s'est enfin dégorgé
dans le sang: Car il est
alors emporté par cette liqueur,
où il roule quelque temps sans
paroistre alteré, comme on l'observe
dans ceux à qui l'on ouvre
la veine quatre ou cinq heures
aprés qu'ils ont bien mange;
car l'on voit autant de lait,
que de fang dans les palettes.
Mais, lors que le chyle a circulé
durant quelques heures, il
luy arrive toujours du changement
; parce que les principes
actifs du sang le frapent de tous
costez) & qu'ilsendes-unissent
peu-à- peu les élemens.
Le premier & le plus simple
changement qu'éprouve le
chyle
,
Cmble[:: faire par l'évaporation
de son humidité
; car
je m'imagine que ce qu'il y a
de plus subtil dans le fang commence
d'abord par ses attaques
à froisser les petites parties du
chyle, & à les ouvrir de sorte,
qu'elles donnent issuë aux matieres
aqueuses
,
qu'elles tenoient
resserées. Ainsi le chyle
devient moins fluide qu'il n'êtoit,
& s'epaissit peu-à-peu.
M1Ís, parce que ce chyle ainsi
préparé est porté par les arteres
dans toutes les parties du corps,
il n'etf pas difficile de croire que
tout ce qui a besoin de nourriture
n'en retienne quelque chose.
Cependant, si l'on ne considéroit
que ce sac appliqué sur
une partie, l'on ne sçauroit raisonnablement
affurer
,
qu'elle
en est nourrie, parce que l'expérience
nous l'enseigne autrement.
Car, si l'on coupe un
nerf, quijette ses branches dans
quelque muscle ,ou dans quelque
autre partie du corps, alors
cette partie se seche, & ne se
nourritaucunement. C'estpour.
quoy il faut croire que la matiere
,
dont les parties se nourrissent,
vient de la part des nerfs,
aussi bien que de la part des artéres.
Etbien que nous n'ayons
encore rien touch é dela matiére
qui se glisse dans les canaux
nerveux, il est pourtant à croire
que quand elle se mesle avec le
chyle preparé, elle le r'anime,
&ycause une douce fermentation
,
qui acheve de dissiper
l'humeur aqueuse, qui y restoit;
c'est pourquoy il se fait alors
sur la partie, quidoit estrenourrie,
une gelée à peu prés semblable
à celle qu'on remarque
dans le sac des viandes, quand
on en fait évaporer doucement
l'humidité.
Le chvleainsi élaboré parle
fang, fert sans doute à reparer
les pertes de cette liqueur, aussi
bien que celles des parties solides
; car sans cela le sang seroit
bien-tost épuise, puis que
les visceres en tirt tous les jours
de nouveaux sucs. C'est pourquoy
la portion du sac nourricier
,
quireste dans le fang
après , que l'autre a esté employée
pour la nourriture des
parties solides, acquiert encore
plus de perfection qu'elle n'avoir
auparavant; car le coeur
& les artéres ne cessentpoint
de Pagiter & de la battre , ny les
esprits du fang de la penétrer.
D'où vient principalement que
le fang tire une teinture de ce
sac nourricier à peu prés comme
l'esprit de therebencine
qu'on verse sur les Fleurs de soulfre,
tire ce que le soulfre a de plus
pur, & se revêt d'une couleur
rouge, qu'il n'avoit point auparavant.
A mesure que le fang dévelope
le sac nourricier, & qu'il
en fait sa propre substance
,
il
fournit aux visceres les humeurs
qu'ils ont la proprieté de filtrer;
mais entr'autres il laisse échaper
par de petits canaux adipeux
une mariére huileuse
,
qui
par les diférens détours qu'elle
fait, se volatilize de plus en
plus ,jusqu'à ce qu'elle ait atteint
la masse du sang
où elle
se mesle de nouveau.
Si jevoulois donner une idée
de cette essence huileuse,
je ne
la sçaurois mieux comparer qu'à
la liqueur sulfurée,qui surnage,
quand on a diitilé par trois ou
quatre fois une livre d'esprit de
vin avec une demy-livre du
plus fort esprit de vitriol; car
alors on remarque deux liqueurs
qui se distinguent, &
dont l'une, qui tient le dcuus,
semble n'estre que l'esprit acide
du vitriol, qui s'est lié avec la
matière spiritueuse de l'espritde
vin; au lieu que l'autre, qui surnage
,
est une liqueur huileuse
tres-limpide
,
qui n'est sans
doute que le soulfre
, ou l'huile
pure de l'esprit de vin.
Quand une fois cette matiere
purement sulfurée, sest jettée
des vaisseauxadipeux dans la
mniïè du sang,elle fuit le cours
de cette liqueur, &. va tomber
avec elle dans la cavité droite
du coeury & comme elle en est
exprimée incontinent dans l'artere
du poulmon, elle n'est pas
longtemps sanss'impregner de
reprit lumineux, quiestrépendu
dans l'air; car cét esprit se
communique à elle dans les intestins
qu'il y a entre les extrémitez
de l'artere, & les origines
de la veine du poulmon. Mais
parce que cette matiere hui-r
leuse est capable d'imbiber comme
font les phosphores,ungrand
nombre d'esprits lumineux,
elle ne sçauroit non plus
éviter sonembrasement dans les
poulmons quand elle enesttoute
impregnée , que le feroit de
la matiere conbuftible qui recevroit
les rayons de lumière,
qu'on ramasse avec un Miroir
ardant.
S'ilfalloit produire l'exemple
d'une matière qui s'allume au
moment qu'on l'expose à l'air,
je n'en sçaurois donner d'autre
que celuy du phosphore liquide
dont parle le Journal des Sçavans.
Car l'autheur de ceJournal
rapporte que si l'on prend
decette liqueur qu'on tire dans
une phiole bien bouchée, &
qu'on en étende doucement une
goûte avec le doigt dans la
paulme de la main ou ailleurs , il s'éleve d'ibord une Bâllle
comme est celle de l'esprit de
vin, qui dure jufquM ce que
toute la matiere soit consumée.
Mais cette flâme ne se fait, que
parce que la liqueur a la proprieté
d'im biber la mniiere sitost
qu'elle est exposée à l'air;
c'estpourquoy elle ne s'allume
point dans une phiole bien bouchée
; car les corps lumineux
qu'elle tient absorbez
, ne font
pas alors assezagitez,ny peutestre
en assez grand nombre.
Cependant, si l'on leur fait
acquerir l'agitation qu'il fauten
secoüant la phiole
,
la liqueur
paroist au moment tout en feu,
quoy que l'air extérieur ne l'éteigne
aucunement;d'où je
conclus que la matiere huileuse
qui commence à s'allumer dans
les poulmons, & que je compare
avec ce phosphore
, peut
confcrver sa flâme dans toutes
les parties où elle passe
, par le
seul mouvement qu'elle a.
On m'objectera peut -estre
que s'il y avoir une matière huileuse
,
qui s'allumait dans les
poulmons
,
elle les brûleroit infailliblement
de me(me que toutes
les parties par où elle se répandroit.
Je répons à cela que
toutes sortes de flâmes ne consument
pas également les corps
sur lequels elles agissent ; car
la flâme qui se fait avec le charbon
dont les Forgerons sefervent,
est bin plus puissante &
plus capable de détruire les
corps, que n'est la flâme de
l'esprit de vin.. Deplus celle
qui s'éleve du phosphore liquide
dont je viens de parler, est
si douce & si benigne
,
qu'elle
ne dissoût pas mesme les corps
les plus combustibles, Car lors
qu'on
qu'on mouille de cette liqueur
les cheveux, ou quelque autre
matiere inflâmable, on les voit
au moment tout en feu, sans que
ces choses en reçoivent le moindre
dommage. De là vient qu'on
ne doit pas s'étonner si la matiere
huileuse qui absorbe la lumiere)
& qui s'allume dans les
poulmons, ne brûle pas les
parties par où elle passe, mais
qu'au contraireelle les anime
& les vivifie; puis que les animaux
semblent n'avoir de vie
qu'autant qu'ils ont de cette
flâme.
Mais dira quelqu'un, quelle
preuve avez vous pour avancer
que la vie des animaux n'est
qu'une flâme? Je vais dire ce
qui m'enconvainc. Jeremarque
premièrement que les choses
quisontnecessaires à la vie pour
la faire substister, font les mêmes
dont la flâmea besoin pour
s'entretenir; c'est pourquoy
l'une & l'autre s'éteignent dans
unGlobedeverre, si-tostqu'on
en a pompé l'airyd'où il paroist
..que l'airest également necessaire
pour leurentretien. D'ailleurs
elles dépendent encore
d'une autre espece de nourriture;
car il dans les animaux l'on
supprime le cours du chyle, &
qu'on en empesche l'entrée dans
le fang, ils périssent incontinent
de même que la flâme d'une
Bougie ou d'une Lampe
,
dont
lacire ou l'huile ne sçauroit
monter librement dans le lumignon.
C'est pourquoy lavie
& la flâme s'entretenant par les
mêmes choses
,
& ne pouvant
subsister sans qu'il leur arrive à
tous momens de l'air& de la matiere
huileuse,il est à croire
qu'elles font d'une feule & même
nature, & que la vie des
animaux par consequent n'est
qu'une flâme.
Dans la persuasion où l'on doit
estre
, que la vie n'est point
distinguée de la flâme
,
il est aisé
de voir que le sang est une liqueur
vivante; puis que la flâme
ou la vie se renouvelle dans les
poulmons, Se qu'elle se répand
de là par tout le corps en fuivat
les Loix du mouvement du sang.
Mais outre que cette flâme qui
penetre lesang jusqu'aux moindres
de ses parties, sefaitsentir
-& se communique à toutes les
humeurs que les visceres criblent,
ellese filtre particulièrement
dans les petites glandes
qui composent la substancegrise
ducerveau ; c'est pourquoy elle
s'échape ensuite par des tuyaux
-
trèsdélicatsqui prennent leurs
racines dans ces glandes$6c
comme ces tuyaux font plusieurs
détours & divers enlacemens
dans la substance calleuse
du cerveauavant que de sortir
du crâne, cette flâme vivante
fait nécessairement la même
route & se rompt différemment. - Mais si-tostquecescanaux font
hors du crane,ils vont par tout
en lig/nVes a(»fez droites sans ob- ferver les différens plis, -qu'on
peut voir d'une seule veuë dans
le cerveau & dans lecervelet
quand on les coupe de travers;
car on y remarque alors des ramifications
qui ne ressemblent
pas mal aux branches des Arbres.
Plus je fais de refléxions sur
les expériences qu'on fait tous
les jours quand on lie un nerf,
ou qu'il arrive une luxation aux
vertebres
,
& plus je suis convaincu
que la matière qui arrose
les nerfs a la proprieté de
fenrir. Car si l'on examine le
nerf au deflous de la ligature,
l'on remarque qu'il estflétry &
insensible, au lieu qu'au dessusil
parostestre tantsoie peu tuméfié
,
& avoir un sentiment extraordinairement
exquis ; d'où
je conclus que la matière qui
est dans les nerfs est un principe
qui sent
; puis qu'au moment
qu'ellecesse de couler
dans uu lieu où ellecouloir auparavant,
le sentiment s'en évanouit
, & qu'au contraire il se
fortifie& devient plus vifàmesure
qu'elle s'y amasse plusqu'à
l'ordinaire.
Il n'est pas difficile de déterminer
la matière qui sent dans
les nerfs; parce qu'elle ne peut
prendre sa source d'ailleurs que
des glandules du cerveau; &
puis que ces petites glandes par
une structure toute particuliére
separent entr'autres choses le
feu qui vivifie le fang, il est à
croire que ce quisent dans les
nerfs n'est proprement que ce
même feu ou cette même flâme
, qui après avoir passé par
les glandes du cerveau ,
se trouve
dégagée de tout ce qui pouvoit
obscurcir sa lumière.
Lesentiment donc qu'a la Mme
qui reluit dans les nerfs,,
n'est apparemmentqu'une production
de sa contexture particuliere
; car les corps naturels
n'agissentjamais que conformément
à la tissure ou àla ftrllal1
re de leurs parties. C'est pourquoy
l'or ne devient fulminant
que quand les esprits de l'eau
régale l'ont penétré, &: qu'ensuiteleSel
fixe de tartre l'a précipité
; car alors il se fait de
l'union & de lastructure de ces
trois manièresun composé, quitonne
avec beaucoup plus de
bruit & de violence que la poudre
à canon; puis que quand
on en met seulementquelques
grainsdans une cüiliere qu'on
fait châuffer lentement sur le
feu, cela fait un bruit éfroyable.
Pour démontrer que ce
bruit ou cette espece de Tonnerre
n'est qu'un effet
, ou
qu'une suite necessaire de la.
structure de cette chaux d'or,
c'est que si-tost qu'on détruit sa
structure, elle perdlapropriété
qu'elleavoit de fulminer
, comme
l'on s'en assure quand on
l'humeste d'un peu d'esprit de
Vitrioloud'esprit de Soulfre;
car ces esprits chageant l'arrangement
de ses parties, luy oftent
la vertu de fulminer. Il feroit
peutestre assez aisé de montrer
par plusieurs autres expériences,
qu'on ne connoistpointd'effets
dans la Nature qui ne soient
produits conformément à l'arrangementdes
parties de lamatière
;
de même qu'il ne se voit
point de mots qui ne s'expriment
suivantl'arrangement des
lettres de l'Alphabet.
Mais si l'on croyoit tirer plus
d'éclaircissement d'un exemple
que l'Art fourniroit
,
je rapporterois
celuy d'une Horloge
dont toutes les pieces n'agissent,
& ne font leurs effets que suivant
l'arrangement qu'elles ont;
car si le ressort, le balancier
,
les
rouës &lespoids n'estoient placez
où ils doivent estre
,
jamais
ces pieces ne marqueroient
justement, comme elles fonr, les
minutes) les heures) & mille
autres choses quine font point
de ce sujet. C'est po rquoy il
n'y a rien à hazarder quand on
avancera que tous les effets,
tant naturels qu'artificiels, ne
font que des fuites necessaires,
de l'arrangement des parties de
la matiere De là vient que le
sentiment qui se fait dans les
nerfs ne doit se regarder que
comme l'effet, ou le résultatde
la tissure de la flâme qui les
anime,je veux dire que le sentiment
& la tissure particuliére.
qu'a cette flâme dans les nerfs,
nefont qu'une même chose.
Puis que le sentiment m'est
que la rilfure particulière dela.
flâme qui vole pat tout dans les
nerfs, il y a grande apparence
que la flâme vivante qui illumine
le cerveau ,
& qui n'a pas
encore passé-dans les nerfs, fait
par les nüances ou par les changemens
qui luy arrivent, toutes
les connoissances que l'on a.
C'est pourquoy apparemment,
tantoit elleest imagination, tantost
elle est memoire suivant les
modifications ou les nouvelles
sissures qu'elle prend. Ainsi il
ne feroit peut-estre pas bien
malaisé d'expliquer les opérations
de l'ame
,
puis que cette
hypothese est simple
,
& telle
qu'on en peut tirer l'explication
d'un grand nombre de phénomènes.
Ajoutez à cela qu'elle
paroist estrevéritable, puis
qu'elle s'appuye sur cette Loy
inviolable de la Nature
,
qui est
que les effets se font toujours
conformément à la structure
des pairties de la matière.
Si l'on cft une fois pleinement
persuadé de cette derniere verité,
& qu'on ait foin d'en faire
l'applicacion aux opérations de
l'ame, il sera aisé de comprendre
comment les passions s'excitent,
puis qu'elles ne fontque
les impressions que les corps de
dehors font sur l'ame
,
& que
ces impressions ne ressemblent
pas mal à ces ondoyemens qu'un
petit vent fait faire sur l'eau
quand il soûfle, ou à ces changemens
qui arrivent à la flâme
de nos feux ordinaires lors qu'on
y ajoute du Salpestre, ou quelqu'autre
matière.
Dans la créance où l'on doit
estre
, que les passions ne font
queles impressions que les corps
exterieurs font sur l'âme, l'on
nedoutera point que les passions
ne puissent alterer la santé
,
sîtost
qu'elles se font sentir dans
l'ame; car comme elles ne font
que des changemens qui arrivent
à l'ame, & que l'ame est le
principe qui regle dans nous
toutes les fonctions du corps,il
est clair que les passions font capables
d'alterer la santé. Il ne
faut pourtant pas s'imaginer que
toutes fortes de passions rendent
la fanté moins bonne; puis qu'il
y en a qui l'augmentent, comme
il y en a qui la détruisent. C'est
dequoy l'on est convaincu toutes
les fois qu'on fait réflexion
sur le plaisir qu'on prend à la
Comédie, & sur le chagrin
qu'on a dans une compagnie
qui déplaist ; car quand on revient
de la Comédie, on est gay
&plein d'agreables idées, au lieu
qu'on est ordinairement triste
&. mal disposé lors qu'on se separe
d'une compagnie, où l'on -
n'a rien trouvé qui, la fist fbiU
haiter.
Mais parce que les choses générales
ne touchent pas comme
les particulières
,
il faut que
j'examine une passîon en particulier
,
& que je fasse voir ce
qu'elle opére pour la santé; &
comme il n'yen a point quisoit
plas ordinaire & qui ait plus
d'étendue que l'amour, jem'appliqueray
pour l'heure à penétrer
quelle est cette paillon,
& je démesleray autant que je
pourray ses sentimens intérieurs
dont on est si vivement touché.
Quoy qu'il ne foit pas aisé
d'expliquercomment une belle
Personne inspire de l'amour;
cependant si on fait une fois
qu'il se fait de tous les corps des
essumations dont ils font environnez
, l'on en devinera plus
aisément le secret
; car l'on s'imaginera
que les écoulemens
qui sortent des corps, font portez
de toutes parts par les ray os
de lumière
, comme on le peut
voir dans les corps odorans
quand on les expose au Soleil,
puis qu'alors ils répandent un
Parfum-qiii se fait sentir par tout
aux environs ; & je ne pensepas
qu'on puisseraisonnablementen
attribuer la cause qu'aux rayons
du Soleil
,
qui dispersent çà &
là ce parfum
,
c'est à dire les
parcellesinvisibles des corps
odorans.
Ain11 se faisant à tous momens
des«millionsdenostre propre
substance, comme il n'en faut
point douter, il est à croire que
les rayons du Soleil qui reflechissent
d'un bel objet, se chargent
des écoulemens qui s'en
échapent, C'est pourquoy ces
écoulemens penétrent avec la
lumiérejusqu'au fond des yeux;
& parce qu'ils se mêlent ensuite
avec la lumiére qui luit
dans la rétine, ils ne manquent
pasdelafaire briller plusqu'elle
ne brilloit ; de même que
-
le
nitre ranime & rend plus éclatante
la flâme de nos feux ordinaires.
Si-tost que cette lumière est
devenuë plus rayonnante, elle
passe comme un éclair de la
rétine dans le cerveau ,
où elle
fait une innnice de réflexions,
qui font toujours meslées de l'idée
du charmant objet qui les
cause. Mais cette idée qui occupe
si fort les Amans, n'est
que l'Image de la beauté qu'ils
adorent, Se cette Inlage est si
bien peinte comme en mignature
sur leur ame, qu'elle ressemble
à l'objet nyplus ny moins
que les traits qu'un Peintretresexcellent
en auroit faits sur une
toille. C'est dequoy l'on ne peut
pas douter
,
puis que IJ-expé..
ience faitvoir que tous les objets
qui se présent ent à la veuë,
ampriment en ptit leurs Images
sur le rétine. Ainsi ces Images
s'étendent par les ondulations
de l'ame jusqu'au cerveau le
long des filamens du nerf optique.
Quant aux refléxions qui suivent
toûjours cettte image ou
cette idée, qui est si bien empreinte
dans l'espritdesAmans,
elles ne semblent estre autre
chose que les modifications & les
réfractions que la lumière spirituelle
souffre à mesure qu'elle
semeut dans les plis du cerveau.
L'on peut encore dire que les
aéles les plus purs & les plus
clairs que leur ame fasse, vien- •
nent des lueurs qui s'y excitent,
&quiynaissentà peu pres comme
ces feux que nous voyons
ntaoistruequte-lqàuef-oics odanus lp'ai.r
Il est aisé à cette heure de reconnoistre
deux choses que.
l'Amour inspire de nouveau
dans l'ame de ceux qui aiment;
car l'on y peut remarquer d'abord
l'image ou l'idée de la
Personne qui les charme, &.on;
y voit ensuite les refléxionsou
les formes différentes qui suivt
toûjours cette idée. Ainsi quandon
sent de l'altération en sa santé
i l'occasion de l'amour, cela
vient sans doute de ces deux
premières causesqui changent:
l'ame; de sorte que les fonctions
de certains visceres ne s'en font:
pas si bien.
Lors que l'amourestmoderé,
& que l'idée qui le cause n'est
pas si bien gravée dans Pame;,
qu'elle ne s'efface à mesure que
l'ame se modifie, ou qu'elle roule
diférentes pensées, alors cette
passion rend l'esprit plus vif &
plus éclairé, parce qu'elle le
tient souvent en action
; d'où
vient que ce qu'il y a d'impur
dans l'ame, & qui obscurciroit
la clarté de ses connoissances,est
alors chasse du centre à la circonférence,
de mesme que les
impuretez du Vin font précipitées
&: pousées autour des Tonneaux
lors qu'il boult.
Si l'amour qu'on prend avec
modération rend l'esprit plus vif
& pluslumineux, ilsertaussi à la
santé par la mesme raison, puis
que l'ame qui est alors plus épurée
qu'auparavant, estaussi plus
propre à agir & à bien faire la
plûpart des fondions du corps
d'où vient qu'elle vole comme
un éclair, & qu'elle est si agile à
se porter dans tous les nerfs sans
que rien l'en empesche. C'est
pourquoy le coeur & les arteres
battent alors avec vigueur,&la
digestion des alimens s'en fait
beaucoup mieux & beaucoup
plus ville.
Maisquand on a de l'amour
sans mesure, & que l'idée de ce
qu'on aime est sifort empreinte
surl'ame, qu'elle ne sçauroit s'ef.
facer de quelque maniere que
l'ame se tourne, alors cette passionrend
les Amans resveurs, &
donne des atteintes à la santé.
Les Amans deviennent resveurs,
parce que leur ame est remplie
d'une idée, qui y est gravée si
profondément, qu'ils ne sçauroient
avoir de pensées qu'elles;
ne soient scellées de ce mesme;
caracteresi-tostqu'ellesnaissent;
de là viennent leurs distractions;
& leurconstance.,
Pour ce qui est de lasanté que
cette passion altère quand elleest
excessive, il faut expliquer
comment cela se fait, ou du
moins penétrer quelques-uns de
ces sentimens intérieurs qu'éprouvent
les Amans trop paf.
sionnez. C'est ce queje tâcheray
de faire dans la fuite..
Si l'on faitrefléxion sur ce
que l'ame des Amans n'a presque
point d'autreattention que celle
de contempler l'objet qu'elle
aime, l'on s'imaginera que cette
occupation qui la tient ramassée
dans le cerveau,fait qu'elle ne
coule pas dans les nerfs à plein
canal comme à son ordinaire ;
c'est pourquoy les parties où
aboutissent les nerfs, & qui ont
sans cessebesoin de leurs influences,
ne font leur devoir que foiblement
& avec peu de vigueur.
Il est aisé apres cela de voir
comment les Amans se sentent.
le coeur saisî & comme brifé
; car
les esprits qui font occupez dans
le cerveau à servir l'objet qui se
tient toûjours éclairé devant
eux, oublient leurs tâches, & ne
se glissent plus en abondance
dans les nerfs de la huitiéme paire
, & dans le nerf inrercostal;
c'est pourquoy le coeur, où plusieurs
branches de ces mesmes
nerfs aboutissent, ralentit ses
tte\11en5;dù vient que le
sangquinecesse pointd'aborder
aucoeur par la veine-cave, &
par laveine du poulmon, regorge
dans ces vaisseaux, &assiége
le coeur de sorte, qu'il ycause
une oppression qui est toûjours
fuivie d'un sentimentdetristesse.
L'oppression ou le resserre.,
ment que les pluspassionnez
sentent autour du coeur, est ordinairement
accompagné de
plusieurssoûpirs, qu'ils sembient
iijjP pousser que pour fléchir le
coeur de leurs Maistresses. Or
ces soûpirsviennent apparemment
dece que les esprits ne se
portent qu'à troupes & par interruption,
du cerveau dans le
nerf qui s'infere au diaphragme;
c'est pourquoy le diaphragme
est
est alors contraint de s'abaisser
par des reprises courtes & entrecoupées.
Ainsi parce qu'il étend
de plus en plus & inégalement la
poitrine durant ses legeres contractions,
l'air par sa propre pesanteur
s'y précipite, & y entre
comme par bonds inégaux à
proportion qu'elle s'élargit; ansi
il y forme ces sons lugubres ou
ces soûpirs, qui sont toûjours la
marque certaine d'une forte
passion.
Dans cet état où font les
Amans, s'il arrive que par une
application toute extraordinaire
leur ame intercepte ses influences
de forte, qu'elle cesse de couler
dans les nerfs qui vont au
coeur & au diaphragme, alors
ces parties cessent de faire leurs
fonctions, &. nilc mpuY£ntpre&
queplus.C'est pourquoy les
Amanstombentquelquefois
toutd'un coupcomme morts
aux pieds de leurs Maistresses,
&leur etat alors ne me semble
point digérerdece qu'on appelle
communément pâmoifori1) où
tombent quelquefois ceux qui
sont les plus emportezen amour.
Tandis que ces tragédies se
joüent dans la poitrine des
Amans, il ne se passe rienque de
tristesur leur visage; caril est
toûjours blême & défait, parce
que leur coeur n'a pas la force
d'y pousserlesang.C'est pourquoy
toutes les veinules qui font
plusieurs lacis dans levisage, ne
font lors presque plus arrosées
de cette liqueur vermeille; d'où
vient•qu'elles-prtfoifïcnt'sans
couleur auffibien que levisage,
quiemprunte toujours la siennedu(
àngqui couledansces veines.
Irya tant de correspondance
entre le visage les yeux que
le visage ne peut estrechangé,
sans que les yeux ne le soient
aussi. C'estpourquoy quand les
Amans ontle visage défait,comme
nous le venons de dire, l'on
voit dans leurs yeux une triste &
tendre langueur. Mais puis que
cettelangueur se fait comme
toutes lesautres passions du
corps, conformément à sa structure
vnéch'aniqucj ilest à croire
qu'elle vient de ce que l'ame
des Amans n'anime pas assez les
nerfs pathétiques, aussibien que
Quelques branches qui.naiiîèpC
de la cinaujemepairede, nerfs,
& quivontaboutirauxpaupieres,
Ainsi. les paupieres n'one
plus la force de se relever;c'est
pourquoy elles setiennent abaisfiFès,
&couvrentàdemylesglobes
des yeux, tandis que ces
globesfont tournez demaniere
par les nerfspathetiques, qu'ils
ne font vQir en eux que cetair
trdle & cette mourante langueur
qui atantde charmes.
Quand lesAmans en,font.venus
jusqueslà,ilssesentent
quelquefoissi tristes &siabatus,
qu'ilsversentsouvent des larmes
malgré qu'ils en ayent. Ce qui
se fait sans-doute, parcequeles
nerfs qui accompagnent les vaisseaux
du fang pat tout où ils f4;
flîftfrbuëHtdansles gîafr&ès^dtk
yblt^î1 rie'portent'âsïesd'efspe?
aitus'x" pour'fairé faire ,:à cesvaisleurscontractionsordinaires
; c'est pourquoy lesang qui y
aborde à tous momensn'en n'estant
presqueplus exprimé, il
remplit & étend les vaisseaux
plus que decoûtume. Ainsi selon
les Loixdu mouvement du fang,,
ildoit s'échaper autravers de
leurs tuniques beaucoup de serosite
que de petits tuyaux pratiquezdans
ces glandes reçoivent
& portent dans plusieurs
conduits lachrymaux, qui se terminent
non-seulement aux bords
des paupieres,mais àûssi dans
JïfursfursAC'es intérieures.
Ce qui fr{f.: dans le cerveau
desplus passionnez n'est pas
ynoins. triste,nyraomsiurprenanî
que ce qui leurarriveilanslapoitrine,
dans le visage & dans les
yeux;car lesveilleslesoccupent
quelquefoissifort, qu'ils passent
les jours & les nuits sans dormir.
Lacausedecela vient enpartie
decequ'ils mangent tres peu,
car ils n'ontpresquepoint d'appëtit
j c'cft pourquoyle peu de
suc nourricier qui se portedans
leur cerveau, n'est pas capable
d'y enveloper leur ame, & de
la disposerau sommeil.D'ailleurs,
leurs insomnies viennent
encor de ce que le sceau ou l'idée
de l'objet qu'ils aiment est tellementappliqué
sur leurame, qu'il
ne cesse point de luy faire faire
mille & mille refléxions
; ainsi
l'ame ne sçauroit s'empescher.
d'agir à cause de cette idée, qui
estsanscesse à la harceler; aussi
ce qu'il y a de suc nourricier qui
se présente pour s'y glisser, est
aussitost poussé aux environs par
l'action de l'ame, de mesme que lesimpuretez duVin font chassezdu
centre à la circonférence
par sa fermentation. De làvient
quel'ame qui n'est plus arrosée
ny penétréedece sucqui avoit
accoûtumé de la fairedormir
par intervales,se tient ordinairementéveillée,&
nejouitplus
dusommeilprofond où elle-sVînt,
sevelissoitde tempsen temps.
, S'ilarriveque durantcesinsomniesunAmant
ne puisse
avoirl'idéedesaMaistresse, sans
queced'un RÎVÙI qui l'empêched'en
estre aimé se présente
en mesme temps, alors cette
passion, qu'on appelle jalonsie,
s'éleve dans son ame, & y cause
de grands desordres, parce que
ces deux idées la piquent à tous
momens, & y excitent comme
des vagues quis'entrechoquent
avec violence. Ainsi un Amant
jaloux sent ordinairementcommeune
douleur, qui est meslée
d'inquiétude 6e de haine; &
parce qu'à la rencontre deces
vaguesqui travaille-,nt.-gi-liri son
rpe, ces deux idéesse meslent&
seconfondent,delà vient qu'il
nesçauroitpenser à sa Maistresse
sans que l'idée de son Rival ne
vienne à la traverse; c'est pourquoy
il a toûjours dans son ame
des sentimens qui l'agitent beaucoup,
& qui ne le laissent point
en repos.
-
:".!MaÍs: quandJiw: d'un Rival
paroistdansl'amed'un Amant
paffipnnê avec desqualitez capables
de luy ravir le coeur de sa
Maistresse, & de ledétruire entiérementaupres
d'elle, il s'éleve
alors desmouvemenssiétranges
ddaannssrsponnaaiiîmicc,, qu'il neseconnoist
presque plus ; c'est pourquoyil
se jette dans le desespoir, qui le
porte quelquefois jusqu'à se
plonger le Poignard dans le fein
Pour expliquer cette passionsi
violente, ilfaut sçavoir quecomme
chaque chose fait effort autant
qu'elle le peut pour continuerdanssafaçon
destre, l'ame
d'un Amant passionné ne manque
pas de suivre cette mesme
regle. Ainsi. puis que son ame employe tous ses efforts afin de
ne pas laisser échaper le douiï
panchantqu'elleapoursaMaîtresse,
& que cependantmalgré
tous ses efforts ce doux panchant
ne peut persisteravec la
mesme douceur& le mesme plaisir,
ilestnecessaire que son ame
succombeen ces momens, Se
qu'elle ressente des allarmes &
des inquiétudes cruelles; c'est
pourquoy il n'y a rien pour lors
qu'elle ne tente pour mettre fin
à ses peines. Un exemple peut
éclaircir ce que j'avance. Sil'on
suppose que laflâme d'une Lampe
ait du sentiment comme a
nostre ame, l'on s'imaginera aisément
que si-tost que l'huile
ou la nourriture commencera à
en estresupprimée, elle aura des
frayeurs & des sentimens inquiets,
qui feront d'autant plus
vifs que la flâme approchera
plus pres de sa mort. Or c'est
dans des frayeurs & dans des inquiétudes
semblables de l'ame
que consiste le desespoir; ce
malheureux état vient necessairementde
ce que l'ame qui fait
toûjours effort pour conserver
les douceurs quel'idée de sa
Maistresse luy inspire, & qui IUT
fervent de nourriture, ne peut
du tout les conserver, parce que
sonRival les luy enleve malgré
toute sa résistance."¡H't.nn!J
Puis que le desespoir est le dernierétat
où l'Amour porte les
Amans, ilesttemps quejefinisse
ce que j'avoisà dire surcette
passion, aussibien que sur la
Question, Si lasantépeut estre alterée
par lespafjidhs. Mais il ne
fera pétatVfeftré InaLa-fropoj
d'avertirjup^ra^anç,qu'on ne
confondepas fâtne quejedécris
dans ce Discours avec celle quci
Dieucrée dans le temps de la
formation de l'Homme; car elles
font tout-à -
fait diférentes,
puisquela Religion&lesEcrits
sacrez nous enseignent que celle
qui vient de Dieu est immate.
rielle, & d'une substance purement
spirituelle ; au lieu que
l'ame sensitive qui naist avec
nous, &delaquelle jeparle seulement
dansmonDiscours, est
purementmatérielle. ,,, GAUTHIER, deNiort.
Voicydes Madrigauxsurles deux
Enigmesproposées dansle Mercure
du Mois de IuilleLv >
G 1.
Es deuxincomparablesSoeurs ont nous entretient leMercure, lisons le cohri's,&t.Aimable parure
DesB(ilUtz. etky-kas, sont de char-
|» mantesFtmrs.
Vous entendez ajfez»fuis que dire je
Ie'l*ofet, f&^Ys&Rose.
J}tnxRoyaumesvoifmssen trouvent a RofeeftpourtÂnglêis; pour le
FYAttçiùilehys* L.BOUCHETancienCuré
de Nogent le Roy. -'! Q II. V'HIf Eventailavec rdifw,
SaitauxÇUoepr,f§ita lAMlfijô.]
Se tt&ie&ttokj9Hrs àla mode,
Et queparsonfevemscommode
J'évite bien lapÂtnoifinl
Parasol,eau,bois, & ga^ê/t, ToHtala,sansCêmparaifm,
Estunemoinsbonneméthode
$l»nn Eventail.
JANNETON DELEPINI,de la Ruë
neuve desPetits-Champs.
M 111. Ercureest tout plein £agré~
ment,
Toujoursfleury, toujours charmant: En Prose, en Vers, en toute chose,
Ilsçait enchanterles Esprits,
Et dans tousses galans Ecrits
On ne voit que Lys & queRose.
JOURDAIN, d'Amiens.
p IV. Eut-on voir dans le monde un plus
parfaitvisage
JQue celuy de la jeune lrÍl!
On y voit de Vin," la ressemblante Image,
C'est le charmantsejour et ddetss jJeeuuxx &
desRû,
Mille naissantesFleursyfont toujours
écloses,
Et l'aimablerougeurdes Roses rreleve l'éclat &lablancheur des Lys.1
L'Inconstant Misantrope.
v V. Oyez, Philis, comme j'explique
Les deux Enigmes à lajiù;
J'en devinelesensi-tostquejevom vois Avec tous vos attraits &.'f)DflTt air
magnifique.
N'y voit-on pas les Fleurs desArml1
de deux Roys,
De CHARLES qui tient [Angleterre}
Etde LoüsJfuipeul régir toute la
Terre?
Ce teintsivif,sibeau,sifrais,sidélicat
De la Rose portetéclat,
Et le Lys ybrille demesme
Mais j'admiredeplus un prétieux
travail,
Quand avec unegrace extrême
Voflrt mainfaitbrillerungalant Eventail.
RAULT, de Roüen
M VI. Ereure en touta fart deflaire,
C'eflson aimable caractere;
Ses Ouvragesfontsipolie,
Que cest un charmepour les Allies,
Et mes plus délicates Dames
N'y trouvent que Roses & Lys.
JOURDAIN,d'Amiens*
VII. IL nefaut pas tant,rafiner
Sur les Enigmes et*enprepofe.
Ilest aist de deviner,
Voyant mon teint de Lys entremeslé
de Roses.
La Belle Incoinauë,
-VTÏi.
Esuis une jeune Bergere
Quiraisonne tÕ/ff doucement,
Et qui nescaitpoint contrefaire
Ce quefaydans l'entendement.
D'autres tourneront galamment
Lesens de l'Enigmederniere,
Sur la Mer, ousur le Serment,
SurleLustre, ousurlaGalere.
Moy,sans à riend'extraordinaire
Hausser monpetit jugement
Jevokt diraynaïvement
Que mon Eventailfait l'affaire.
FANCHON LE FEVR,
M IX. deMagny.
Ercure, ce Moisnouspropose
One Enigme qui fent & le Lys et.
la Rose.
De grace, à quel dessein ces deux Fleurs
ttJflrtirl
Ne peut-on trouver autre chose
Capable de nous divertir?
Qu'elles brillent dans un Pdrrerr#.
Sur des Nobles,surdes Louis,
Q*onesnenAf-assneugleternre,f Quen les aimepartante 'ttrc:, ,
Mesfensriènfontpmht ébloui*.
Satisfontd'un grandsecours, c'estpour
des Genssurl'âge,
MaÏJ non paspour defêrinescoeursj
J'Aimemieuxvoir ces deux Aimables Smurs
Edmerfur lesein de celle quim'engagé.
L'ALBANISTE, deRouen.
X. M
Erciire, ¡'r:fhi1 bien enpeine
Deïënjtiifire le Roy, de meftpe que la
Reyne, ^v'JfîrsEri'gmeveut cacher.
le mepniftsis à les chercher,
Et jeperloispresquecourage,
Lors quejettant lesyeuxsur l'aimable
Philis, <-
Je reconnussursonvisage
Quel'Enigmecachoit des Roses & -, des Lys.
AiLAP.D,dijVéxm,
XI. EN,'-,Ítm,.¡.DÎt la Canicule :"
Echauffesifort,& nom brûle,
Silenepourserafraîchir
Prend à deux mains les deux bras de ,frlljfè"
-. Piene de bon Vina,laglace,
Boit aperted'haleine,wjusques à
'transir; - Mais Philis n'enfait pas de mesme.
Pour rafraîchirson teint rouge comme
torAil,
Danssa chaleurextrême
Ellefait jouer l'Eventail.
Le mesme.
E XII.
N vainvous pensez.quelachose
Que vous envelopez,pour la cacher aux
yeux,
Anostre connoissance en échapera mieux;
Onfent,sil'on ne voit, & le Lys, &
la Rose.
-
F. HA. DU MiSNlt, de
Chambrais en Normandie.
c XIII. El belles Fleurs,galant Mercure,
Dontvotanomfaites lapeinture,
Quand ellesfont dans un Jardin,
FnttOHifJHYS unepauvrefin;
NepUignezrVOHt Pasleurnature?
Le moindre vent leurfait injure,
Les bat, les meta la torture,
Et tout d'un coup flétrit enfin.
Ces belles Fleurs.
ilen/çtt, quifont autresigurs;
Et donttoujours labeautédure,
Cesi dans l'Enigme,&sur Catini.
Ellesfont d'un Estre divin,
Etfad< ire,jevouslejure,
- Ces belle&Fleurs.
XIV.DAUJSAUoll. : BEau Lys, Roy des Jardins, Colejfe
entre lesFkurs?- Géant de IIlt cAillé" Philk efi aussi bellej
Maismoinsdouce yuwottsihelas,cette
Cruelle
Mépriemes transports,A M•messieurs.orts,:.irs.,&
Je nepuis J'appvodkmfans la voir ensi"
) fiâmtt,->*- De cent petitsPoigrmrdscejkxme Rose
armée,
Elle en a la rigueur, enayant la beautés
C'est l'Hymenseulquipeut«~
fierté,
Cette ChaînequifaitauxBelles tan*
d'outrage.
Quoy, ledoisjeinvoquer, ceTombeau
des ^Amours?
Non, non, c'etf une Rose, il apeu de
beaux jours,
, SesEpines par tout durent bien davantage.
GYGES, du Havre.
v XV. Ous ne pouvez, Iris, estre belle a
mesyeux,
Si jen'apperçois en tous lieux
Vrillelrafurvofïreteint, & le Lysô- Rose.
Conservez-doncvostresanté,
Aprescelaveftre beauté
-,.
.11
-. Veut coûtera4res-peudeck>ofe.
L'Amant déclaré de la grande
Brune del'Hostel d'Avaux,.
D XVI. Ans un Jardindesmieuxsifleuris,
La Rose querelloit le Lys,
Et pour unesemblablechose,
LeLys invectivoit la Rose.
Sur leur diférente couleur
Ilss'estoientmisencette humeur;
Etpar une fuite cruelle
Ils alloient vuiderleurquerelle,
Quand Iris entrantauJoWdm,
D'un airà quirienne ressemble,
Les prenant dans sa belle main,
Et lesportant jufjuasonfnn3
Les mit tous deux t£accord ensemble,
LAPlERRï.
Q XVII. VeaAmas,belle lris,f),s beautez
vous,attirent!
Je n'entens que coeurs quifokfirenti
L'unseplaint des coupsde VII yeux
L'autre de mille & mille choses
Qui rendentson coeur amoureux.
Tourmoy
,
sans affecter un ton trop Ion*
geureux3
Je ne me croy pas malheureux,
D'admirervostre teint & de Lysfô"
de Roses.
L'AIMABLE HEBERT, de
la Ruëde la Harpe.
p XVIIL Our contenter Iris, dont les ordres
pressans
Mobligeaient à trouver lesens
DesdeuxEnigmesqu'on propose,
Je resvois & tandis que mesyeuxsans
dessin
Contemploientson teint &samain,
Je trouvayl'Eventail, & le Lys, &
la Rose.
LeProcureur du Roy,de
ConcheenNormandie
C XIX.
Est avecque raison, Mercure;
Que vous prenez le titre de Galant.
Rien négale l'heureux talent
Quivousfait en tous lieuxfaire belle
figure.
AuxBelles vous centez, de charmantes
douceurs;
Et dans ce tempsque les chaleurs
Imprimentsurleur teintl'agreable
mélange
Des Roses &des Lys, & labeauté
d'un Angey
Poureffacerce belémail,
Trous leuroffrez, un Eventail.
BARDOU, de Poitiers,
Q XX. Vandta Daphnis & mon Iris
Disputentsurla moindrechose;
\Afinfiant je vois le blanc Lys,
Et la rouge &vermeille Rose,
Parer d'un charme assez. égal
Tout leur teint & leur beau visage
Pour elles cen'est pas un petitavantage,
De profiter Ainsi du mal,
q,ue la colere à tous nefait pas sans
dommage.
Le Confident du Solitaire
de l'Hostel de Soissons.
M XXI. Erenre,vostre teint de Roses
& de Lys,
Ressemble au teint de ma Vo;¡;",
La belle, l'aimable Philis;
lltfi d'une Beauté divine.
'MaiscCou vient qu'onvous voit aujoMrd'huyfijoly,
Simignon,sipropet,sipoupin,sipoly?
Vamouruotu trote-t-ildans l'mt?
Surquelque Belle Auriez -vous du
dessein?
Enfin l'excèsdevostreflâme
Vous a-t-ilmisl'Eventail à la "'A!'n.
DAUBAINE:
XXII. ETla Rose&le Lysfont les aimables
Soeurs
Dont on nous afait la peinture
*Avec tant d'ornemens ce Mois dansle
Aiercitre.
Cesont defortaimables Fleurs}
Qui donnant grand éclat à celles du
Parterre,
Nefontpas voir leurs plus vives couleurs
Dans lesBlasons de France & d'Angleterre.
L'Avanturier nocturne,
de l'Iste du Palais.
XXIII. PXJUejue Mercure dit quevous estes
F1e.e,
Berger, onvousfuit a lapifle,
Et Convous voit dans ce jardin,
Sanspour les autres Fleurs avoir Aucun
dédain,
Entre les mieux écloses,
Choisir & les Lys & les Rosès,
Pour nom offrir en mots couverts
Un Bouquetsous de jolis Vers.
Le Resveur du Mont-Helicon,
de Châlons en Champagne.
A XXIY. Fillefaite comme moy,
Vostre Enigme, Mercure,
N'a pas assurèment dequoy -
La mettre à la torture.
Lesecoursseul de mon Miroir
M'expliquetouteschêfes,
Quandsur mon teint il mefaitVoir
Tant de Lys & de Roses.
HENRIETE DE LA S.
de Dreux.
p XXV.
Vis-jeassez. Mercure estimer
VO.Yez.lefoin qu'ilprend de me charmer;
Car pouvoit-il m'offrir de plus charmantes
choses,
Sur lafin de tEté, que des Lys &
des Roses;
Le jeune Solitaire,, de
la RueMaubué.
Tddjo.'tc deux Madrigaux qui
fontencorsur les Eni?mcs du Feu.
Une Bellese plaint dans le premier,
dece quej'ayoubliésonnom,enparlant
de ceux qui ont expliqué ces
deux Enigmes.
O I. Vy, jefuis toute en Feu,lors que jemefigure
Le méprisquede moyfait le Galant
Mercure; Ilm'oublie, & déjàmabeautéperd
l'espoir
Defaire à l'Universconnoistre mon
ppooui4vvooiirr-.
LA JELINB HOUDEL, du
Quartier S. Mederic.
11. ENvain, belle Philis, du Mercure
Galant
,Vousvoulezdevner l'Enigme
Ah, vous n'y resveriezpas tant,
Si vouspouviez,songer au beau Feu que
m'anime.
DE LACHAUSSEEle jeune,
d'ASFéviîle.
Del'origine
y
duprogrés
del'étatpresent , de la Medecine.
LA Medecine n'est point un
effet du hazarci,coiiiMeVeLl.
lent quelques-uns. Les Hommes
se sont trouvez dans la né.
cessité de l'inventer comme les
autres Arts. Ils Pcxerçoienc
d'abord d'une manière grossiére
& imparfaite,&nese fervoienr
que de quelques Simples qu'ils
employoient pour laguérison de
Ceurestblessures. -
Art demeura longtemps
nculte sans qu'on le pratiquait
l'une autre façon, foit que les
Hommes des premiers Siècles
sussent mieux composez &moins
sujetsaux maladies que nous ne
sommes, ou qu'ils ne voulurent
pas se donner la peine de le cultiver.
Il y a cependant assez
d'apparence que comme ils menoient
une vie sobre de reguliére
,ils jouïssoient d'une fanté
plus forte & plus vigoureuse que
la nostre
,
& qu'ils avoient moins
besoinde remedes que nous n'avons
; mais les Hommes ayant
quitté leur premiere manière de
vivre, & s'estantabandonnez à
une vie toute voluptueuse &
toute sensuelle,ils font devenus
bien plus faibles & beaucoup
moins vigoureux qu'ils n'êtoient
auparavant. Leur santé s'est
alterée peu à peu, &ils se font
veus accablez de tant de maladies
, qu'ils ont esté necessités
de chercher des remedes poury
couper pied.
Les Egyptiens &; les Grecs ont
esté ceux qui s'y font le plusattachez,&
qui y ont fait plus de
progrés
,
soit qu'ils eussent l'espritplus
penétrant &. qu'ils fussent
plus heureux que lesautres,
ou que la nécessité, où les plaisirs
& ladébauche les avoient réduits,
les eustobligez à fairedavantage
d'expériences, & àtenter
plus de remedes.
Quelques Autheurs veulent
que les animauxayent esté les
premiers inventeurs de la Médecine
, & qu'ils ayent apris aux
Hommes à la cultiver. Plutarque
croit qu'ils ont une connoifsance
entiere de cét Art, qu'ils
en observent toutes les regles
&toutes les maximes,& qu'ils
trouvent sans erreur & sans
peine toutce qui leur est necessaire
pour la guérison de leurs
maladies. Ils observent une diete
exacte quand ils sont malades;
ilsontl'usagedes lavemens, de
la saignée & de la purgation,ils
guérissent leurs playes & leurs
blessures
; en un mot, ils rencontren
t dans les Simples des remedes
àtoutes leurs infirmitez.
Les Lyons, les Ours, les
Loups,& les autres bestes voraces,
trouvent leur guérison dans
le repos&dans l'abstinence. La
Cicogne remplir son bec d'eau
salée qu'elle jette dans sonventre
quand il est paresseux. Le
Pélicans'ouvre les veines avec le bec lors qu'il est indisposé.
L'Hypotame,qui estuneespece
de Chevalaquatique,sort du Nil
quand il se trouve mal,&s'ouvre
un certain vaisseau de la cuisse
en l'appliquant sur la pointe de
quelque Roseau; il bouche enfuite
l'ouverture avec un peu de
bouë.
Les Peuples de l'Amériquese
saignentà peu prés de la mesme
sorte. Ilsentamentla peau avec
la pointe d'un Roseau
,
& se font
succer le fang de la playe jusqu'à
ce qu'il en ait sorty une quantité
suffisante. Les Chiens & les
Chats se purgent avec l'herbe
moüillée de rosée
;
les Geais, les
Merles
y
les Perdrix, avec les
feüilles de Laurier &c.LesCerfs.
& les Daims ont recours au Diccamne
quand ils font blessez
LesEléphansne se soulagent-ils
pas les uns les autres dans leurs
blessures?Avec quelle adresse
ne tirent-ils pas lesFleches Se
les Dards de leurs playes ? La
pluspart des Animaux ne guérissent-
ils pas les leurs en les le-1
chant & les abreuvant de leur
faHveJ
Les Anciens ont crû que la
Médecine devoit sa naissance à
la Divinité mesme
, que les
Dieux immortels estoient seuls
capables d'inventer un si bel Arc
si utile & si necessaire pour la vie
des Hommes. Medecinæ utilitas
Deorumimmortalium inventioni est
consecrata. Cicero. Li. 3. Tuscul
q. a. 1.
rHennés dit qu'elle est descenduë
du Ciel, & que Dieu l'a
donnée aux Hommes pour la
conservation de leur fanté & la
guérison de leurs maladies.
C'estoit auui la pensée de
JesusFilsdeSyrach,Ecclésiastique
38.Dieu a creéla Médecine,
ditceJuif, & l'Homme prudent
&sage ne la meprisera point.
Les Egyptiens attribuoient
l'invention de cét Art à Mercure,
les Grecs à Isis & à Ozyris,
les Tyriens à Agénor & à Chiron.
Homere veut que Paon,
qu'il appelle le Médecin des ,
Dieux, en foit le premier inventeur.
Quelques-uns le sontdescendre
d'Apis
,
quelques autres
d'Arabus Fils d'Apollon & de
Babylone. D'autres enfin Tactribuënt
à Apollon &àEsculape.
Voicy de quelle manière
Ovide fait parler le premier dans
ses Métamorphoses.
Inventum Medecina meum est,opiifxtjue
per orbem.
Dieor, & herbarumsubjectapotententianobis.
Esculape Fils d'Apollon &
d'Areadne, n'excella pasmoins
dans cet Art que son Pere, puis
qu'ilsçeut redonner la vie à Androgée
Fils de Minosquil'avoit
perduë.
Et Deusextintum Cressis Epid-aurius
herbis
Kejiitmt Patris Androgeona feeis.
Properce.
Toure l'antiquité a eu beaucoup
de venération pour ces
Dieux. Il ya eu peu de Villes
dans lesquelles on ne leur ait
êlevé des Temples & des Autels,
& où ilsn'ayent fait des Prodiges.
Ilredonnoientlaveuëaux
Aveugles; ils faisoient entendre
les Sourds, parler les Muets,
marcher droit les Boiteux ;
ils
guérissoient les Lépreux & les
Maniaques &c. Ces Prodiges
arrivoient souvent dans le Simulachred'Isis
en Egypte, aurapport
de Diodore.
Il y avoit à Pergame & dans
toute la Grece, des Temples dédiez
àEfCulap- oùce Dieua pparoissoit
en songe aux Malades
qu'on luy présentoit, & leur eneignoit
les remedes dont ils
levoient se servir. Il y en avoit
en beaucoup d'autres lieux, où
Apollon & Esculape rendoient
des Oracles, & découvroient
aux Peuples ceux dont ilsavoiet
besoin pour la guérison de leurs
maladies.
On voit encore à Rome quelques
fragmens de ces Oracles
enlettres Grecques sur une Table
de Marbre
, que l'on y trouva
dans le Temple d'Esculape.
On en peut lire la Traduction
dans Mercurial & dans les Obfervations
de Monsieur Spo,sur
les Fiévres &les Febrefuges.
Quelques Autheurs, comme
Paufaiiasôc Macrobe
,
veulent
que les Poëtes ayent attribué
les premiers l'invention dela
Médecine à Apollon 6cà Esculape
; que par Apollon ils entendoient
le Soleil, qui par sa douce
& benigne chaleur dissipe les
maladies, & augmente la force
& la vertu des Plantes & des
Animaux, dont l'Homme se sert
pour l'entretien de sa fanté & de
a vie; que par Esculape ils n'entendoient
aussi que l'air purôc
temperé, qui ne contribuë pas
moins en cet état que le Soleil
la conservation dela santé, Se
la guérison desmaladiesaCependantilest
certain qu'il
,eu un Apollon & un Escula- quiefFedivemcnt n'ont pas
esté les Inventeurs de cét Art,
nais qui ont commencé de le
cultiver. Apollon fut le premier
quiluy donna quelque forme. Il
découvritlavertude plusieurs
simples desquels on s'est servy
depuis fortheureusement en
beaucoup de rencontres. Efculape
n'ajouta pas peu aux découvertes
de sonPere; il inventa la
Sonde, les Bandages& l'Appareildes
playes. Æsculapiorumprimus
Apollinis, quem Arcades colunt,
Filius
,
specillum invenisse,
primwqtie vulntu obligavisse dicitur.
Cicero. Li. 3. de nat. Deor.
57.
LesTyriens croyent qu'Agenor
& Chiron ont exercé la Médecine
les premiers. Plutarque
veut que pour ce sujet ils leur offrissent
tous les ans leurs prémices.
Tirji Agenori, Chironi magnates
primitius offerltfJt) quodij
primi Medicinamfecisse existimantur.
Le Traducteur de Plutar.
que Moral. 674.
Chiron se rendit si fameux par
cét Art, qu'il devint Précepteur
d'Hercule & d'Achille Fils de
Pelée. Ille leur enseigna à tous
deux,&les rendit si habiles, qu'-
Achille guérit Télephusde ses
blessures, & Hercule ressuscita
parla force de ses Remedes Alcestide
Femme d'Admete Roy
deThessalie. Plutarque dit encor
qu'Achille découvrit le premier
la cause d'une Peste violente
qui envahit toute la Grece.
IsenimutChironis discipulus,
¡rimUl causamluis,que Græcos
invaserat deprehendit. Moral. 66.
On assure mesme que ce fameux
Centaure apprit la Medecinc
à Esculape, & qu'Apollon
son Pere le luy.avoit donné pour
d'instruire. Il y aeu, au rapport
de quelquesAutheurs, un second
Esculape
,
qui fut foudroyé par
Mercure pour avoir ressuscité
Thesidés Hippolite, Fils deThesée
& d'Hippolite Reyne des
Amazones, lequel avoit esté devoré
par des Chevaux. Ciceron
parle d'un troisiéme qui fut le
premier Arracheur de Dents, &
qui trouva le secret de la purgation.
Tertius Arsippi & Arsinoes
Filius,qui primuspurgationemalvi
& Dentis Avuljionem, ut serunt,
invenit. Cujus, ajoûte-t-il, in Arcadiâ
non longè à Lusio flumine
sepulibrum &Lucus ostenditur. Li.
3. de Nat. Deor.
Plusieurs Aurheurs croyent
cependant qu'il n'ya eu qu'un
Esculape qui laissa deux Fils,
dont l'un se nommoit Podalyre,
& l'autre Machaon. Ils sesignalérent
tous deux fous Agamomnon
à la Guerre de Troye; l'un
panfoit les BIencz, pendant que
l'autre avoitle foin de guérir les
Malades. Ces deux Héros apprirent
leur Art à leurs Descendans
, & il devint heréditaireà
ceux de leur Famille,que l'on
appella depuis Asclepiades.
La Medecine fût
-
quelque
temps dans cette Famille, sans
qu'elle se communiquait à d'autres
Personnes; mais les Sages
& les Philosophes l'apprirent
dans la fuite, & la cultivérent
avec beaucoup plus de foin &
d'exactitude que les Asclepiades.
Ils l'embélirent des maximes
les plus pures de la Philosophie,
& d'empirique qu'elle
estoit, ils l'en rendirent raisonnée
& dogmatique. Pythagore
s'y donna entierement,ainsi que
Zamolxis, Alchémaeonde Crotone,
Epycharme de Co, Empedocle,
&c. Démocrite, que
quelques-uns ont crû Précepteur
du Grand Hypocrate,s'y
appliqua aussi avec beaucoup de
succés.
Les premiers Hommes pratiquoient
la Medecine, come j'ay
déja dit, d'une maniere rustique
& grossiére
,
ainsi que font encore
à present les Sauvages. Ils
ne s'attachoient comme eux
qu'à connoistre la vertu de quelques
Plantes & de quelques
Simples, dont ils usoient pour la
périÍon de leurs maladies &
de leurs bleilures. Ils s'instruisoient
les uns les autres des Remedes
dont Ilss'estoientservis. -
Les Assyriens, au raport de Diodore,
exposoient leurs Malades
dans les Places publiques,afin
que si quelqu'un de ceux qui
passoient avaient eu le même
mal, il leurenfeignastles Remedes
qui l'avoient guéry. Les Babyloniens,&
d'autres Peuples,
faisoient la mesme chose, selon
Herodote& Strabon.
La Science des premiers Medecins
estoit donc une pure Empirie,
ou une pure observation
de quelques Remedes que le
bazard leur avoit fait découvrir.
S'ils apprenoient qu'un Malade
ïûtreceu quelque soulagement
i'un Remede
,
ils le mettoient
tuflitofl: en usage. Ils expérinentoient
mesme tous les jours
le nouveaux Remedes, & les
authorisoient quand ils avoienr
réüssy, comme ils les abandonnoient
lors que l'effet ne répondoit
pas à leur attente.. Ils passoient
souvent d'une partie &
d'unemaladie à une autre, comme
par exemple du bras à la
cuisse
,
de la pleuresie à la peripneumonie,
Ils se servoient aussi
d'un Remede au lieu de l'autre,
comme de la Menthe au lieu dUJ;
Baume, ou du Solanum au licur
de Plantin. Comme ils tentoient
continuellement de nouveaux
Remedes,ils acqueroient
de nouvelles connoissances
.,
&
l'Art se perfectionnant de jour
en jour par la quantité des expériences,
il devint beaucoup plus
ample&plus enrichi qu'il n'êtoint
auparavant. On peut dire toutesfois
que la Medecine eiloit
encore tout à fait grossiere &
imparfaite, & qu'elle ne cessa
de l'estre que lOf,) que les Philosophes
l'eurent cultivée quelque
temps, & qu'ils luy eurent donné
des Regles & des Principes.
Ils s'appliquèrentdonc à connoistre
la nature de l'Homme
Ils examinèrent toutes ses parties.
Ils observérent leur conftrt,
iâlon
,
leur nombre, leur
grandeur, leur figure, leur situarion,
leurs sonctions & leurs usages.
Ils les regardèrent dans leur
premiere conformation, leuraccroissement,
leur état, & leur
décroissements ils considérerent
l'Homme dansl'état de la santé
& dans celuy dela maladie; ils
examinèrent ses moeurs, sesinclinations,
iiès'h<'tbituttes&-'"f¿:
-,
maniere délivre,ilsremarqua
rentzrouces^lcs chosesqui pouvoientluyestreutilesounuisibles,
& quipouvoient altérer ou
consèrver sa fanté^fc'1 aprés
avoirconsideréquelquetemps
toutcequiestoitau dedans & au
dehors de luy .imefrnei];dcod..
vrirent la cause de courtes les maladies
quil'affligent,&trouvérentdesRemèdestoutesses
Ü104
firmitez ,ils établirent enfin des
dogmes & desmaximes,surlesqlueelulesrilDsoficretnrtrionuleer.
toute ,vw Leurs principes estoientdifférensde
ceux quiont paru depuis3<
vils neraisonnoient pas,
comme on faitencore àprésent,
par le chaud, le froid, le sec&
l'humide;
l'humide; ils ne connoissoient
lpaointd'agens plus puissansdans
Nature,que l'amer, le doux,
lesalé,l'insipide, l'acerbe, l'austere,
l'acide, l'acre &c. Ils estoient
persuadez que ces potits
corps estoient seuls capables
d'alterer la fanté, & de détruire
les principes de lavie, que l'une
& l'autre dépendoit de leur
union & de leur simmétrie, &
que la maladie & la mort estoient
de purs effets de leur desunion.
Quàm restè igitur
,
&
b, qukm con.v,enient ratiocinatione
iuxta Hominis Naturam hilc primi
inventoresinvestigando invenerunt
judicaveruntque artem dignam, quA
un Deum Autherem referretur, quem
admodum etiam à fojkris receptum
est. Namneque siccum, nequçbu~
TtHd-ufh> n:fjuécalidlltn) nequefri~
gidum , neque aliud quicquam ex
hjj-p&tAvcrunt hominemt&dtre, neque
ttliguo. borum homini opus effi
opiriatifunt,fidqhodin njm quoque fine) & humanâNaturâpotentius
IJl" vtabillâfkpersiri nequeat boc
tffium id essequod laderet exiHima-
'Berunt ,idemqueauferre quæsiverimt.
Fortifjlmumamemeji inter
diilcu'dulcifymum, interamAYaamarissimum&
c. kzc enim&in Homine
in ejje-vidcfowt- & hominem
tædere.Hypocrates de veterimedic.
a. 74. &fibfey.v
.tl CetteDoctrinefut suivie par
ce qu'il y eut de plus sçavans
Hommes dans l'antiquité jusqu'au
temps de Gorgias Leontin
&de Polus, lesquels introduisigenti
à ce que croit,Turnebede
'nQUv.,UX dogmesSede.nouvelles
maximes dans la Medecine.
Ils supposérent mesmedesprincipes,
sur lesquels ils établirent
unenouvelleDoctrine. Ils raisonnérent
les premiers par les
qualitez, & attribuérent au
chaud,au froid, au sec & à
! l'humide, la cause de la fanté, de
la maladie &dela mort mesme.
Voicy de quelle maniereHypocrateapostrophe
cette nouvelle.
Secte, de veteri Medic. a. 65.
yMmeftimvcro nuncadcos, qui novo
modeartem ex fundamentisfippojïiîscfujivwtsermonem.
convertam.
Siçrgj calidum estWP frigidNm."
autfucum> aut humi'dum<]uodhe<*
ytinçm Udit,ck^jop^ori^recî-emedçntxm
juxiliêvi. taJèdo,cjuïdem in
frigirJJ.'JIfper;1I1#tdto,fâgidpveroin
calidum ^Çfc.mjmme rutï0, Noit
ernm l¡£ft":: est aut frigiditni,
ajqiitp-t-ilaill^urs,quodmagnam
JXYseruimhdbci,&c.
CettenouvelleDodrinceue
beaucoup deSectateurs,elleest
encoreà present suivie de laplupqxy
des Médecins. Hippocrate
lafpmteiLde sontemps, & renouvelacelledespremier^
Phivoit,
dan. tout le Livre de veteri t,- Medçfrn^'CetÀuthcur s'y attad-
aaa'-Jy4f,t^hjcde fojn&: d'ap- plication,qu'ilconvainquit d'erreur
& d'ignorance ceux quitenaient
le party de Polus & de
Gorgias, Se rétablit la Médecine
dans ion premier éclat &. sa
premiere forme. Si tous les Livres
qui paroissent aujourd'huy
sous le nom d'Hippocrate,ne
sontpas remplis de cette Doctrine
on peut dire qu'ilssont
supposez,&qu'on lesattribuë
faussement à ce grand Homme.
Dioclés Cariftius,Praxagore
deCo, Mnesitheüs, Herophile
de Calcedoine, Philippe de Co,
&c. embrasserent la Doctrine
d'Hippocr^re.Crylippe le Sophifte
& Erasistrate la suivirent
aussi
; mais ils l'alterérent en
quelques endroits,te introduis
firent plusieursmaximesdifféfentes
de cestes qu'il avoitétablies.
PhilinusDiscipled'Herophise,
nes'apjMiqua pas comme son
SÇdaifti-SCàlaMdédeciened'Hsipp.o- m-plriqes & InéPIifa'lc' fecours"
de Li) hiifon! dansrÙne,
Science oùelleestsi âécëflàireV
ptiur^Lirèhclicrâ d.\sexpérionécs'n'oTI:
peufes, que le hazard.
fait fôavcïreussir. Ce futen cela
,qilÜ futdifferent despremiers
f^Eirrerpif\icïjues'',;qtiî n'avoient ne- ivUfolineiiterïtque parce J-tJLiPrqpb\¡{,Çcbnn6HTbÍetlt ni la
force^nyl'utilité.'rQaoyquefit"
Doctrinede Philinus eûtesté
combatuëparHërophile&par
Philippè de Co, Sérapiond'Aléxandrienelai(
1àpaé-dc.îà"fufvre.
Ill'embellit mesme demai
niere qu'on le crût le premierlnvenceurde
cette•Sè&'éf1ApoMo-
ïiius d'Antioche,Glaucias, Men^
odore&Sextus'^larêndiren.t
uassirecomnlandable, aindque
Sostrate,Hieron,Teutas,Hamon
d'A'éxandrie, & Hera:'"
clidcdeTarante..
Ascipiades dePrulTeneeau(à.
pas moins de changement dans
la Medecme, que ceux dont je
viens de parler. Commeilestoit
naturelle ment éloquent, &qu'il
avoit beaucoup de pénétration
d'esprit il n'eut pasde peineà
établir une nouvelle Scc1:e& à
aseffefacitrieondneeszpPoaurtrisonasDozeclterzin&e.
AftJcpun'-aqtpokqj McauQ^a^iL
Co ttjr/fans,eloquemivinab#
Medicos.Cixcrode Ora£ -,.(;2. Afclépiadesrenditlaprat^que
.delaJVÎ$^£p|ie/<prt if9f. Jl.qp
4*finconf*fterqi^JargIji,ciiç|DÇ,
l'exercice, la promenade & la
frictiondu-corps. Il autorisale
premierl'usageduVin dans.les
maladies*.ôc.trQirçajl'invention
de/sçrfcaûjs»Lits que :l'()B{U[pendoitenlVtirf
donc les Malades
ne recevoientpas peude foulagement.
Ilnefut pas longtemps -,, TOta^ablepar^la-ïgjn]pri.fbn*;de
quelques' Personnes çpnfidéra.
bles.Saréputation futd'autant
plus grande, que commeilestoiot
d'un bon tempérament, &qu'il
avoit un fonds de fauté
-
'acheY¿;¡
.chauleuçtuLciiiwiiitquAinmédecin,
n'estoit pas habile Hommfc
quand il tomboitmalade? Pline
ditaussi qu'il ne le fut jamais, &i
qu'il se tua malheureusementerit
tombantdu .b:Q.:t d'un Escalier
en bas.
Apres la mort d'Asclépiades,
Thétiii1ons'att&c&&îâfèpmà.*xiw
mes, &enseigna publiqliement
sa Doctrine.Il Précepteur
de Trassian,quifuivanrlôs tra
ces de ces deux grands Hom-
ITICS, introduiredans la Médecine
une nouvelleSecte,qui fut
celledes Méthodiques, laquelle
a esté depuissuivie par Mnaséus,
Dyonisius, Proclus, Antiparer,
Mylesius Olympicus, Menéma.
eus Aphrodiensis, Soranus d'E*
phese,&Ccelius Aureliatnis. :;;
Trallian ne rendit pas la Médecine
plusdifficilequ'Ascléiades
&Thémifon, puis qu'on la
pouvoitapprendre en moins de
sixmois. Ilétablit pourcceteffet
desMaximes générales &des
Lieux communs, surlesquelsil
fonda toute sa Doctrine. Il ne
connutpom:d'autres causesdes
mailifiJies que l'aftidion-& le relâchement.
Il ie|mettoit peu en
peine des autres connoissaces,
pourveu que l'onsçcust rendra
les humeurs fluides & coulantes
quand elles estoient trop denses,
& qu'on les condenîâft lors
qu'ellesestoient tropfluides &
trop relâchées. Si ces deux causes
concoureient ensemble à la
production d'unemaladiç,il
vouloit qu'onremedKvftà.k plus
pressante,sans avoirégaxd ny
au temps, ny àla saison,myA
l'âge,nyausexe,nyàlaconstitution,
ny au tempérament du
Malade.
,
Crinas deMarseillenes'acquit
pas moins de réputation dans
RomequeTrallian.Iladjoûta
le premier les Observations Astrôlogiquesàla
Medecine. Il fie
mesme des Ephémerides,1 où il
marquoit les heures & les temps
que les Malades devoient preru
dreles alimens & les remedes.
Trallian & Crinas partagerent
toute la gloire de laMe
decine.Avcbanr dit Pline
lors que Charmis vint de Mar
seille a Rome,& se rendit fameux
en blâmant les autres. Il
condamnal'usàge des Eftuves
qui estoitfore communchez les
Romains, & introduifif celuy
du Bain d'eau froide. Il sçeut
persuader les Romains si forcejinent,
qu'on voyoit mesme en
HyverlesLacs couverts de Malades
que l'on y plongeoit On
;"oyoirauHl) dit Pline, les vieux
Çonfulsa la fortiç de l'ru roides&tous tous pâmezdefroid.
Lanouveautéestoit tellement
au goustdesRomains,quec'eftoit
assez au Medecin, qui vouloit
se distinguer des autres, de
décrier leur conduite,ôc d'introduire
des Remedes & des maniérés
diferentes. Ilyenarrivoit
aussi dejour en jour,&l'on n'avoit
presque plusd'idée de l'ancienne
Medecine lors que Galien
natif de Perganje enGrece,
commença de l'exercer à Rome,
& de combattre les erreurs qui
s'y estoient glissées depuis un si
longtemps.
Quoy que ce grand Homme
n'eust pasd'autre but que derétablir
l'ancienne Medecine dans,
sa premieresplendeur, on peut
dire sans fairetort àsa mémoire,
t¡u>il a pris le change, & qu'au
lieu des veritablesPrincipes dont
les premiers Philosophes Medecinss'estoientservis,
il a renouvelle
ceux de Gorgias Se de
Polus,&raisonné comme eux
par le chaud,lefroid,le sec, &
Î'hiîimide. Cependantla Medecine
luyéft redevabled'une infinitéd'Observations
& de Remedes
dont il l'a enrichie. Ill'a
mesmepolie, & mise dans un
ordrebeaucoupplus net & plus
régulier, qu'illi'estoit auparavant.
LaMedecine passa depuis Galien
chez les Arabes, quil'aug-,
menterentconsidérablement.
Rasis& Avicennelacultivérent
avectant desoin, que pluneurs
ont crû qu'elle avoitreçeu d'eux
sa perfection. Ils eurent toutefois
beaucoupdemaximes opposées
à celles de Galien.
Averroës de Cordouë s'y appliqua
en fuite avec beaucoup
d'exactitude, puis elle passa chez
les François, les Anglois, les Allemans,
&c. où elle trouva de
savans Hommes qui en firent
toute leur occupation, & s'y attacherentavec
autant de foin &
de diligence, que s'ils eneussent
esté les premiers Inventeurs,
comme l'on peut voir dans les
doctes Ecrits de Comarius, Lacuna,
Zuingerus,Marinelle,
Martianus,Aveiga, Amatus,
Fernel,Duret,Hollier,Zacutus,
Lomnius, Forestier, Varandée
Acastro, &c. & d'une ioÇniçç
d'autresDocteurs,dontle nom
n'aurapas moinsdedurée,que
laScienceàlaquelle ils sesont
Appliquez.O~ÏJ£*. ,v<i
Ii,rLa Medecine s'exerçoit assez
tranquillement par ceux qui la
pratiquoient lors que Paracelse
commença de la professer,&
d'enseigner une Doctrine entierement
contraire à celle des au..)
tres MedecillSÍ Cet Allemand
s\Atdir mis en teste de renverser
toutl'ordre de la Medccine,d'en
changer les regles& les principes
,& d'introduire des dogmes
&des maximes toutes nouvelles.
Voicy de quelle manicre il parle
dans la Préfacede sa grande
Chirurgie. Apres avoirrefléchy
iu-elqetè romps,diï-il,iur ce que ra,lû" autrefois dans les Autheurs,
& que j'ayoüy dansles
Ecoles,j'ay trouvé que personne
nvott encorsçeudécouvrirla
vérité5 qu'ils s'estoient tous arrestezà
puiser dans le RuilîèaûJ
fan¡:.s'efire mis en peine de chercher
la source;qu'ils n'entendoient
pasmesme ce qu'ils en.
feignoient-fqu'ils ne connoissoient
ny la nature du mal, ny la
qualitédes Remedes ; qu'ils n'a..
voientd'étudeque celle del'orgueii
& de la superbe, &qu'on
pouvoit leurfaire uneapplicafion
juste de ces parolesdel'AfoQtïe\
V*os tjlis parietes dealbati.
Caefb ce qui m'aobligéjcoiïtâ
ntîë-t-il,àchercherlesveric^-
blesffprincipes de laMedecine
ailleurs que dansleurs Livres,&
àtrouver par mes travaux&mes
iongties£3&péneaces la source
detoutes les maladies qui nous
affligent,& lesRe®ie<k»iiece£
faire pour leur guérison. En
efEtfv cet Autheur a bouleversé
toute la Medecine. Ilenaconstruit
une nouvelle sur des principesdonton
n'avoit point encor
parlé. Il a inventé de nouveaux
Iteme,es, qu'il a tirez
principalementdesMinéraux,
des Corps mesmelesplus goîïÙ
pa£fcsôc-Jesplusfblides.Comme
ily apeu de Gens qui ne fçaçhntquûlsfqntl?
s principes
dont Paracelse s'estservy pour
établirsonSysteme,jene m'arrefteray
point à faire ledétail de
\àdo&riuç.t Je dirayseulement,
plee-cqiewllye«qu'ellefort diférente d'Hippocrate ô&des autres'MedecinsVdétoieiiaiiîèj&
s
ctVstréremplie debonnesi-Ob,
fervatiofts-&de Bons Remedes,
que l'on ignoroitauparavant.
Paracélsê n'a pas esté le seul
qui ait alteré laMédecinôï;eii
ces derniersSiecles;sa pratique
aèstë renverséepar une infinité
de faux Medecins,qui en ont
rejettélesplus belles7 maximes"
& les plus beaux dogmes."Ilsbat
aboly une^quaritité'd'exceli^ns,
Remedes qui l avoientcousté
beiitcüup'dé'lpéine, de veilles,
& de travaux aux premiers Medecins,
pour introduire une pra
tiquer pour ainsi dire,triviale,
plus digne de risée&de mépris;
que èi'honÓeÜ'l';"& de loiluiir
UnsçavantCritiqueido nosjours
n^pouYOicse lasser de leurreprocberlâunoipke^
Çoleijsiyp^r^eî
&leur igmi-we^q[r.iira
conimftfc mi--Pi ubfeieMSfewëi
bes &leurs eharl&w^rws*' oup
;; GracesauCiel,nous sommes
dans un çenipst.où;l'oniedelà-»
buse des vieilles erreurs VJ&; où
les Arts &les Sciences commencentde
renaître&de paçpîcçe
fous une forme beaucoupplus
belle, plus illustre,&plus ay^ii^
rageufCi On peut dire que,la
Medecine n'a jamais^efte-ce
qu'elle*e{iauj.Qurd'i*uy On l'a
enrichie d'une infinité d)Ob{e
vations utiles &curieuses. Nous
sommesredevables aux An^to-j
mistes modernes, de la découverte
de plusieursparties qui
avoient échapé aux yeu;: de
touslesAnciens. Les Chymistes
n'ont pas moinscontribué que
ceux-cy à la perfection de la
Medecine; car outre la prodigieuse
quantitéde Remedes
qu'ils ont trouvez,ils se font
attachez àexaminer la nature
des principes quientrent en la
composition de l'Homme,&ci
lesont trouvezentierementsemblables
àceuxque les premiers
PhilosophesMedecinsavoient
établis; ilsont renouvellé cette
andcnné^èdecin^^: &l'ont
mbelsemme aéugtmiednt^ée*Yco"nf5idjsral'i
LaMédecineaprisnaiflance,-
comme;j'aydéjàdit, chezles
Egyptiens&les <GTets. Elle&i
passéen fiiite chez les Romains^
&lesautresPeuples.ArchagatusdePéloponese
futlepremier
quilapratiqua d#nsRqrne^
fous le Consulat de Paul-Emile
& de Marcus Lucius. lpo}xi'(l
l'appritde Pythagore,&la com-rg
muniqua aux Thraces.Abaris
l'apportade Grèce chez l,Scy.,
thés. Les Assyriensl'apprirent
des Egyptiens. Et celles desautres
Nations,quinela reççurer£,j
pas immédiatement d'eux, l)aptJ
prirent des Romains, qui la terc¡,
noient des Grecs. Elle passa de
cette manier deRomeavec
l'Empire chez tous les Peuples.
Les Medecins Egyptiens ne
s'appliquoient qu'à la connois- -,
sance Sea la guérison d'une seuls,
maladie, Il y avoit desMedecins
pourles maladiesdeyeux; lyen avoit pour celles du nez-t lelabouche,des oreilles,du.
cerveau;de:la~poirfine*It*
leur estait mdi*nedéfende*dëjj
traiter d'autresmaux que ceux
qu'ilsfaisoientprofessiondegué-b rir.Quoyquecetre manière dé}
pratiquera Medecine fust. forel
judicieuse,cependantellèn'aettcours
que chez ce Peuples Les-
Médecine des autres;;Nationsî
traitaient indiréremment-toutes
forces de maladies. Ils estoient
beaucoupplusvigilans&plus
laborieuxquecpux^desderniers^
Siecles; :ils' préparaienteux^
raeiineslesRemedesdoBtils;fer*
feoîoienty-ilsnes'apphquoienci
pas avec'moins) d'attache. à la:)
guérisondes maladiesexternes.
qu'àcelledes internes; ils ne feJ
rendoient pas aussi 1110ins fameux
par la pratique de la ChJ
ri^rgic,quepar»celle de la Médecine.
OiT;fçtit en quelle répittatioia
fut Démocedes MedecindeCrotone,
pour avoir
fait laréduction du pied deDarius.
Critobulus n'acquist pas,
moins;d'honneur &de gloire,
en guérissantPhilippe Roy de
Macédoine,d'un coup de Fleche
qu'ilayoit reçeudansl'oeil., Les Medecins estoient donc
autrefois Chirurgiens & Apoticaires.
Cestrois qualitezse trouvoient
dans une mesme personne
;on les regardoit comme inréparables,
mais la négligence
&la nonchalance des Medecins
faitqueplusïeursPersonnes se
ontimmiscuéesdanscet Art, Se*
e sontattachées a la préparation
les Remedes, £cà,la- guérison
des maladies externes. Les Médecinsy
dit un sçavant Homme,
tntnwulu éviterla,peine, & retenir
l'honneur & le profit,•ils se
sont reservez, la feuleauthêïitc &
puissance d'ordonner, Içiffknt à la
foy &capacité de l'Apoticaire, le
choix, la dispensation, la préparation,
é-Ill compositiondesMédicantens,
& lUI Chirurgien les opérations
de 14111ainr Ils devoient fuivre
les tracesdes premiers Médecins,
& exercer comme eux la
Médecine
,
la Chirurgie, & la
Pharmacie, ou du moins préparer
eux-mesmes les Remedes
qu'ils mettoient en usage.
Parmy les anciennes Ordonnances
d'Angleterre, il s'en
trouve une, dit Mrde la Rocque
ans son Traité de laNoblesse,
par
par laquelle les Medecins doivent
préparer routes les Médecines
deleurs propres mains, Se
ils ne doivent pas permettre
qu'autresqu'eux les composent.
Il feroit à souhaiter que cette
Ordonnance fust observéedans
toutes les Villes dumonde,ou
Mu moins que les Medecinsfiseseunt
préparer les Remedes en présence; ils arresteroient
le cours d'une infinité d'abus
qui se font glilTez dans la Me,
dècine, par l'ignorance, l'avarice,
& la négligence des Apo
ticaires Ils soûtiendroient de
cette maniere le véritable caraéèere
des premiers Medecins, &
partageroient avec eux l'hon':'--
neur&la gloire d'uneProfession
quine leséleve pasmoins, qu'-
elle lesdistingue des elurresHommes.
En effet, la Medecine est
le plus noble & le plus illustre
des Arts que l'Homme professe.
Homere l'appelle divin, Odyssée
230.Voicy de quelle maniere
il s'explique, suivant la Traductiond'un
Poëte Latin.
AstMedicumreliquis divim Scietia
major
Instruit. Il avoit dit dans son
Iliade 514.
Namque vir est multis Medicas
præstntior unus.
Plutarque éleve la Medecine
au déplus de tous les autres Arts
&detoutes les autres Sciences.
Nulli nitore, copiâ, &jucunditate
cedens. Il adjoûte qu'il n'appartient
qu'aux Philosophes de l'exercer.
Iln'y avoit aussiautrefois
que les Prestres & Philosophes
qui la pratiquassent.
Les Prestres avoient le foin
des Malades chez les J uifs&les
Egyptiens; les Prestres, de Vulcain
& d'Isis de l'Isle Lemnos;
les Brachmanes, des Indiens; &
Ales Dlrlueydmes, daesnGsau.lois & des
Moïse enseigna la Medecine
aux Lévites, suivant le rapport
de quelques. Autheurs, & leur
recommanda l'exercice de cet
Art comme une chose sacrée.
Ils l'exercerent en suite, & ceux
d'entr'eux qui n'avoient pas autant
de connoissance que les
autres, savoient du moins guérir
la Lèpre. Le Prophete Esaïe
guérit Ezéchiasd'unelongue&
fâcheusemaladie, Nonadhortaiïonç
tantumreligiosa, sed Moedici
mam, Le Sauveur du monde
ne,recommande-t-il pas aux
Apostres & aux Pasteurs de
prendre foin des Malades? In
tjjjiacumque, civitatem intraveritis,
curatei^firmos. Qui foulage le
corps,adjo-ûte. guérit aifé- niçiitC'estPour cela qu'il
IDüe le Samaritain d'avoir pensé
leBlessé qu'il rencontra dans le
chemin, qu'il blâme le Prestre
denel'avoirpas fait, & luy commandé
delefaireàl'avenir. rade
tu,&sacsimiliter.
Diogéne Laërce rapporte que
Platon fut guéry de la Fièvre
par les PrestresEgyptiens, lefirentbaigner qui dans l'eau rIeè.
Les Prestres deMemphos estoient
obligez 'écriredansles
Temples de Vulcain&d'Isis,
les Remedesdontles Particuliers
avoient reçeu quelque ioul.
lagement, & de les enseigner
au Peuple. LesPrestres Grecs
estoient en obligationde faire
la mesme chose dansceuxd'Esculape&
d'Apollon. '.J..C
La Medecine a donc fait l'occupation
des plus grands Hommes
& des plus sages Philosophes
de rAnnquirë. Les Roys,
les Empereurs, les Papes, s'y
sont appliquez avec beaucoup
de soin. Les Raysd'Egypte faisoient
dissequer en leur présence
les.Corps deceuxqui mouroient
de quelques maladies extraordinaires,
afin de connoistre la nature
& la ca•use du mal qui les
avoitfait mourir. ",..
Alexandre n'avoit pas moins
de curiosité pour la Medecine
que pour les autres Sciences; il
s'attachoic mesme à l'Anatomie
avec beaucoup d'exaditude.
Salomon,leplussagedesRoys,
avoit une connoissance si particuliere
decetArt, qu'il écrivit
trois cens Paraboles,& cinq cens
Vers de la vertu des Plantes &
des Animaux, lesquels furent
fuprimez par Ezéchias, parce
que le Peuple avoit plus de confiance
en ces Remedes, qu'en
Dieu mesme. Archélaüs, Roy
de Cappadoce, s'estoit acquis
une telle expérience dans laChirurgie,
qu'il se pansaluy-mesme
d'une blessure qu'il avoit reçeuë,
àla teste, sans vouloir permettre
qu'aucun autre y mist la main.
Darius donna deux Chaînes
d'or d'un grand prixà Démades,
pour apprendre la composition
d'un Remede particulier qu'il
avoir. Les Roys Philometor,
Nicodeme, Hiero, Eupator,
Caton le Censeur, Varron,
Pline, Columelle, Dioscoride,
Celse, &c. ne se font-ils pas faits
une occupation particuliere de
cet Art? Gentius, Roy d'Illirie,
n'a-t-il pas découvert le premier
la Gentiane,Lysimachus
la Lysimachie, Thelephus le
-
Thélephium,Clymenus le Clymenum?&
c. Mithridates,Roy
dePont,n'a-til pasinventé ce
fameux Antidote qui porte son
nom? Evax,Royd'Arabie, fit
présent à Néron d'un Livre qu'il
avoit composé de la vertu des
Simples. Juba, Roy de Mauritanie,
s'acquit beaucoup d'honneur
par le sçavant Traité qu'il
fit des vertus de l'Euphorbe.
Attale, Roy de Pergame, ne
s'acquit pas moins de gloire par
ces admirables Compositions,
dont il enrichit la Pharmacie,
lesquelles conserveront toûjours
sa mémoire & son nom. On [ait
en quelle estime ce grandPrince
estoit chez Galien. Avicenne
parle du Roy Kabith,comme
d'un Homme fort profond
dans la Medecine. Il cite
mesme son témoignage en beaucoup
de lieux. Nous voyons
dans les Commentaires de Sérapion
, que Jaribussa Roy des
Médes, &Kémud, estoient fort
expérimentez en cet Art. Auguste
usoit tous les jours d'une
Composition qu'il avoitinventée.
On en trouve la description
dansquelques.Autheurs. Tibere
.xomAp.oia une Pastille contre les
Herpes, à ce que dit Galien.
Néronemployoit la plûpart du
temps à l'étude de cet Art; ce
fut apparemment ce qui donna
lieu à Evax, Roy d'Arabie,de
luy faire présent de son Livre de
la vertu des Simples, Les Empereurs
Adrien &Justin compoferent
plusieurs Antidotes qui
portent encor leur nom. Ne lisons-
nous pas dans l'Histoire .,,
Ecclésiastique, que les Papes
Nicolas V. & Eusebe, exerçoientle
plus souvent la Medecine.
Il y a eu mesme quelques
Femmes illustres qui l'ont pratiquée.
Artémise, Reynede
Carie, nes'est pas renduë moins
recommandable par la découverte
de l'Armoise, que par ce
fameux Tombeau qu'elle fit
éleverà sonMary Mausole. Si
la belle Helene a foüille sa mémoire
par la ruine de Troye,
elle l'a,pour ainsi dire, immortalisée
par ladécouverte del'Helénium.
L'Enchanteresse Cirte
découvrant l'Herbe qui porte
son nom, n'a-t-elle paseffacé
l'infamie dont elle s'estoit noircie
par son Art magique? Médée
ne sauva-t-elle pas Jasonparla
force des Herbes dõt elle se servoit?
Mais si tous les Roys & les
grands Hommes ne se sont pas
appliquez àlaMedecine, ilsont
sous eu beaucoup de vénération
pour cet Art. En quelle estime
& en quelle considération les
Medecins n'estoient-ils pas chez
les Anciens? Ils les regardoient
comme des demy-Dieux; ils se
perfuadoient qu'il y avoit quelque
Divinité qui les inspiroit,
&. leur revéloit les Remedes
dont ils se servoient
;
ils les prenoient
de leur mainavec lamesme
confiance, que si quelque
Dieu les leur eust présentez. If".
sum levatus, ut Deus mibi aliquis
Medicinamfecisse videatur. Cicero
13. Famil. 7.
Pratus, Roy des Argives, auocia
dans la Famille Royale Mé-
Iampus qui avoit guéry ses Filles
delamanie. Artaxercesnevoulut-
il pas honorer Hippocrate
du titre de Grandde Perse? Ne
luy offrit-il pas toutes les richessesde
son Empirepourl'obliger
àserendre aupres de luy?
Siles Romainsontchassé les
Medecins de leur Ville, ce n'a
pas esté à cause de leur Art,
commeprétendent quelquesuns,
mais parce qu'ils estoient
Grecs, Se que les Romains ne
gardoient ce Peuple comme une
.1'1ation barbare&maudite, qui
avok de tout tempsjuré la perte
de la République, & qui mettoit
tout en usage pour la destruction
de l'Empire. Ils s'estoient mesme
persuadez que les Grecs
avoient envoyé des Medecinsà
Romepour faire périr le Peuple
Romain ; ce que l'on peut voir
dans la Lettre que Marc Caton,
sous le Censoriat duquel ils furentchassez,
en écrit à son Fils,
JulesCesar ne les honora-t-il pas
en fuite du droit de Bourgeoisie?
Auguste ne fit-il pas Antoine
Musa Chevalier Romain? Les
Romains mesme n'accorderentils
pas à chaque Medecin qui
pratiquoit dansRome,deux cens
cinquante Sesterces paran,quoy
qu'ils n'en donnaient que cent
aux Poëtes, aux Orateurs, & à
ceux qui professoient quelque
Science&quelque Discipline?
En quelle estime Dioclés Caristius
ne fut-il pas chez Antigo.
nus? Critobulus chez Philippe
Roy de Macédoine, Philippe
chezAléxandre,Erasistrate
chez Antiochus & chez Ptolomée,
Craterus, Asclépiades,
Trallian, &c. chez lesRomains,
Galien chez les EmpereursMarc
Aurele, Antonin & Severe, &c.
Il y a eu peu de Princes & de
Roys qui n'ayent donné aux
Medecins des marques d'estime
& d'honneur. Les uns les ont
élevez aux plus hautes Dignitez,
les autres les ont honorez
des Titres les plus glorieux. Un
de nos Roys ne fit-il pas le Fils
de son premier Medecin Chancelier
de France, & Garde des
Sceaux en considérationde son
Pere? Philippes,Roy d'Espagne,
ne fit-il pas Paracelse Chevalier
delaToisond'or, &c. '¡ Il n'y a point de Siècles où
les Medecins n'ayent reçeu des
marques de l'estime & de la liberalité
des Princes & des Souverains.
Quels privilèges avantageux
nos Roys ne leur ont-ils
pasaccordez? SousleRegnede
Charles VII. le Cardinal d'£[-
touteteville, Député pour la
Reformation des Universitez du
Royaume, leur permiss de porter
la Robe rouge pour marque
d'honneur & de distinction. Il
y a beaucoup de Lieux où ils
joüissent des Privilèges accordez
à la Noblesse, & où ils ne
payent aucuns droits, ny aucuns
subsides.
Mais pourquoy les Hommes
n'auroient-ils pas de la considération
pour les Medecins, puis
que Dieu leur commandede les
honorer? Honore le Medccin,
Ecclesiastique 38. carDieu l'a créé
pour ta necessité. Toute Medecine
vient de Dieu, & elle fera re-
CornPenfèe des Roys &desPotentats
delaTerre, La Medecineélevera
le Médecinau dessus
des autres Hommes,&ilrecevra
des honneurs& des loüan-
-
ges en présence des Grands.
Bonora Medicumpropternecessitaternerewit
iUMm Dvwinu*.ADtIJ tflemmcmnis--MtdcU7 &.'À:Rtg(
accipietdonationem.Visciplina Medici
exaltabit caput illium in
conspectumagnatorumcallandabitur.
LE PHILOSOPHE INCONNU,
de Coutances. -:
Messieurs deBelle-Ile & Langlois,
tous deux de Paris, Mr de
Folleville de Normandie,fmtks
seulsqui ayenttrouvélesecret de la
Lettre du dernier Extraordinaire,
dans laquelle unsensparfait est M<
chésousunautresensparfait, Il
faut vous dire en quoy il conftfk.
Ces mots employez, d'abord,Voicy
le compte de ce que j'ay avancé
suivant vos ordres, fontcomposez,
de quarante-cinq lettres, ausquelles
un pareil nombre de Chifresrépond.
Prenez, la première lettre du mot
Voicy, qui estV.Elle est la vingtième
de l'Alphabet. Ostez la moitié
de ce nombre, il restera 10. Ioignez,
le nombre du premier Chifre, qui
jq4, vous aurez,quatorze, quivous
fait connoistre que cette lettre V ne
doit valoir que la quatorzième de
l'Alphabet, qui est O. La mesme
chosede la lettre ()¡qtsi estleseconde
du motVoicy. Elle vaut qu atorge;
ostez-en la moitié, il reflerasèpt.
Joignez, àcenombre desept, lesecondChifre,
qui est 6, vous aurez,
treize, c'est à dire, la lettre N, qui
estlatreizième del'Alphabet. Vous
voyez,par la que cespremieres lettres
Vopar le moyen des deux chifres
ad,joutez, veulent dire on; &ainsi
du reste. Vous remarquerez que
quand une lettre tient un nombre
impair dans l'Alphabet, comme la
lette I, qui eIf la neuviéme, ilfaut
d'abord- retrancher l'impair, ne
retenir que quatre pour la moitié de
neuf, De cettemanière, en rapportant
chaque chifreàchaque lettre de ces
mots, Voicy le compte de ce que
j'ay avancé suivant vos ordres,
vous trouverez qu'ils veulent dire,
On me marié à vostre Rival.
F-tilevez.moy, ou vous me per- dez. le vous envoyé une autre eflect
de Chifre. C'est un Billet Ent'gm&~
tique écrità une Belle,pourluy don-
1 ner un Avis utile. Il s'agit de déchifrer
cet Avis dans lesparolessuivantes.
,
BILLET ENIGMATIQUE. DEpuisfort longtemps, on
n'a point veu ce qu'on
voit aujourd'huy. Si vous me
marquez avoir envie d'apprendre,
le Lieu où se doit trouver
celuy qui donne ce Spectacle;
quand le foir viendra, un nouveau
Silene promet devous l'aller
dire. Ces sortes d'Animaux
montez sur des Asnes, sont présentement
couronnez de Jonc.
Feüilletez vos Livres sur l'Enignedont
jemesers. Mesurez
Grotes obscures, je nesçay si
vous pourrez découvrir les éminences
inévitables à surmonter
par les travaux de celuy qui exhpliqueemal
cue qui frait s.on bon- -
Vous trouverez dansla Planche
queje vous envoye,l'Entrée del'Escurial,
MaisonRoyale, dans laquelle
tfile Panthéon, Lieu destinépour la
Sepulture des Roysd'Espagne. Philippe
II. employa vingt un an à
faire bastir cette Maison, qui à la
t'onjidérer en general, estune masse
de Pierre tres-parfaite.Ie vous en
parleray plus amplement dans une
autre occafon.
Le vray Mot de la premiere des
deux Enigmesproposées dans ma
Lettre du Mois d'Aoust,estoit la
Pièce de Trois-foisi&. tdemyt""
Ellea donné lieuÀxesïdiwx* M.4t.
drigaux.
M J. Ercure ne craintpointl'outrage.
Qu'on peut recevoir des E;l'HK-'
Il n'apourfairesonvoyagt,
Qhhhc Piecede quatretous.
LeJeune Solitaire dela Ruë des
-
triosCheminéesdePoitiers.
II.
En'ay point veu, Damon, d'Enigme plustrompeuse
Quecelle qui vousfait resver;
Etsivousprétendeztrouver
Quelquechose de grand danssaRime
Vous voustrompez, mon cher Amy;
C'est une Enigme d'une ejpect
Qui ne contient rien qu'une Piece
Qui montejustement à trois fols &
demy.
KLUNGE',,de Dinanen Bretagne;
M III. ErcuredansceMois nom donne
une Invalide. 1
Ceprésent,à vray dire, estfoible &peu
solide;
fytdisPonr la rareté,l'ondoit le trouver
bon,
Vtuant de la main d'un Larron.
TROTTE', Avocat au Mans.
c IV. E que l'on a tiré d'une Mine profonde,
L'Enigme sa voulu chercher dans quelques
Vers.
',M,,¡s comment pourroit-on cacher à
l'Univers
Ce qui porteleCoin duplusgrandRoy
du monde?
Le Solitaire duBalory.
M V.
MErcure, lors que pourt'avoir,
JetireCde moa Bmourcep, outboienidre m,on ta Piece qu'en France on appelle
Piece de trois sols & demy,
Ne tiens-jepas,dy-moy je teprie, en
LeMot de l'Enigme nouvelle [Amy,
Que tu proposes en François -
Pourlapremierede ce Mois?
DELEPINE^ de Ploërmel
en Bretagne.
c VI. Ette Enigme ria rien, Mercure
qui mérite
entArt de deviner on se soit af-
: fermy.
Sil'on enveutsçavoir le Mot, on en
| est quitte
Pour une Pieceau plus de trois sols
& demy.
,>
1
DAUBAINE.
: A VII. - ---- U lieu desonger ausolide,
Tuperds un mois à du caquet.
Mercure,j'aime autant tevoirvenir à
vuide,
Que ne trouver en ton Paquet
Qu'unemisérable Invalide.
HENRY VARLET, de Rheims,
Physicien àTroyes.
Pusieurs autres ontexpliquécette
mesmeEnigmedansson vray sens,
sçavoir, MademoiselleGuper, de
Blois; MessieursBobé; S. Pacbe;
F.Guerrier;Hariveau; Guépin, de
Rennes,- L'Amoureux de Domfront;
Le Pelerin de la Touche; Alcidor,
du HavredeGrâce; Le Druyae,
d'Argenton-Chasteau; Le Mouton
bien aimé; & le Solitaire de la Rue
des troisCheminées de Poitiers. On
l'a encorexpliquée surk Hérautd'Armes,
la République, la
Rose d'Angleterre,la Grénade,
une Canne,& le Papier rinlbré.
Le Tabac, qui estoit le Motde
- laseconde de cesEnigmes,afaitfaire
ces aunes Madrigaux.
v I. Ous,Gens armezdeHallebardes,
Suisses,Soldats Cadets aux
Gardes,
Allemans, Anglois, & Flamans,
Venez, tous expliquer à l'envy cette
Enigme,
Etsoit enprose, fo-î en rime,
Venez-en tour-a-tourdire vosfèntimens,
Vovj l'expliquerez, à merveille.
Elle est amieà la Bouteille,
Et vous divertit tous les jours.
Riendeplussavoureux icy-bas mvota
touche,
Vous l'avez à toute heure au nez, c£*
dans la bouche,
Et c'est enfin l'objet de vos tendres
amours.
eqé quoy, vousgardez, lefi/eltca
FAt-un de vousn'a lapuissance
il)l'en parler ab hoc & ab hac?
Sans-dente sa vapeur vous a mis lie
déroute,
Chacun, sans répondre, m'écoute.
'AhJ pauvres hebestez,riez, c'estle
Tabac.
GIRARDIT.
M II.
Ercure, de la part du R,y"
Sans userpour ce coup de vos tours de
fodplefle,
Etsans y chercher JtfineJfi,
frenez. enpr(on.Çuivc^-moy.
Vous cachez,dansvostre Boutique
Ce que les Loix ont défendu.
Et vendant le Tabac que vous avez
vendu,
Vont avez, violé l' Ordonnance publique.
NH1UNG1E',ide D.inan en Bretagne. uND,.tJ:neurd'Eni»te est un rude
Ai fl.tr,
Ilne f¡¡:t rien s'il nest Sircier,
Da moins Damonse l'imagine,
Jtâaisquoy, Damon n'estpas grand Faifeurd'siImanaa
SdnsypenferefHelejuefoùjen devint*
En m amusantaprendre du Tabac.
T ——Dàu—baini. Out est perdu,Mercure, &la trifle
Vertu
;'d la Débauche enfin s'en va céder la
place.
Dcquey diable t'avisois-tu,
'!Jefemer du Tabac sur le Mont de
l'rn./fi?
HINRYVARLET,deRheims,
Physicien àTroyes.
L V. E Tabac nesepeut cacher,
»
ToHjeHrsson odeur le découvre
Soit tjHil/bit Tabac à mâcher,
0"fo:;7abicenpoudre.
Le Solitaire du Balory;
VI. T?^rnfoey découvertuneaffaire
fecretc.
a&hi'lez.-'Vcascru debonne-foy
Que Mercure eust voulu frauder les
droitsduRoy,
En debitant chez luy du Tabac en
cachete?
La Communauté des Nouveaux
Brasseurs d'Abbeville.
M VII. Ercure, je le veux, vousavez,le
talent
Deplaireencontantvos nouvelles.
C'esttoutefois estre bien peugalant,
Queetoffrir du Tabac aux Belles.
BARDOU, de Poitiers.
A VIII; Riss-otêavoit tort, le Tabac est
fort bon,
Sur tout pour chajferla tristesse.
Pour moy,
quand le chagrin me presse,
sefutne alors comme un Dragon.
DE MAUBUY DE.,.. IX. DE faire le Tabac si dangereux
quon dit,
Ce n'est pas le moyen - aentrouver le
debit.
Pour moy, je lepuisdire, & ne m'enfais
pointfeste,
R!!,'À leprendre, ilnem'apointfait mal
à la teste.
Le Docteur imaginaire.
p X. saisir dessens non défendu,
Charmant Tabac, Herbe divine, -Quipar ta puiss-ante vertu
Sçaisadoucirl'humeur chagrine,
u4h, jeiay bientost reconnu!
Le Mâche-Petun de la
ParoisseS. Aignan.
Ce mesme Mot a esté trouvé par
NefdcmoifellisdeL.V:rgilHcny Rué
Aubry*Boucher>*Henaut, de la Rué
S. Antoine;DeS. Georges, d'Alençon
; Etpar MejfieursSoyrot, Controlleur
General des Finances en
Bourgogne&Bresse
; LeGoti,dlpres;
De Vaux de la mesmeVilles
Le Roy, de Lile; Maubert; HutaLe,
d'Orléans, dimcm«ma}îets ; J~
flotyAvocatauR.ulliâ'rt&Sïtge
Frefidial de CACAÎ Pinchw--,de
Rouen; ColUngt du iTiiYT;de la
tntfme Ville ; L:._l!."fCJ, aweien
Curéde Nogent le Rtjj M,irùny ¿,j
Valogne du Quartierdts Halles;
L'ancienCuré& Deyen d'Encre, à
Amiens Le chevalier Fredim
L'Avaricieux Noirau, decz-Mr,
le Boeuf; L'Amant jaloux, de
Meaux ; Les Freres Cordonniers, de,
la Rué de Anguftinsi Le Solitaire
del'Ecluse en Picardie; Le Vifitemr
ordinaire de l'Hosteld'Avaux ,- Le
Rylade moderne; L'oreste nouveau;
L'Amysingulierdans son caractere;
Lesillustres Commis de la Rue de
Clery ; VArchitecte substilisé par
Méthaphore ; Lejeune Solitaire de
laR*H Mtnbué ; Les Amusemens
Ci ard-is: VAmant parlompUif.-
nce; Le S turuhnpiniant> Les
1'ri-cu.mitiS inctTnnu-dts> Le Chas.
sim en Tertc ce..jagate; L' Exsi(my
virginal ; Le tc;¡; An*y des Maris
Cvn>Yr?od>s;LeFaj]:<mnéjournalierj
L'Indij\n/itd'inclination ; Les
V~O-/y.-ag'Peu-"rs dr'.A:npierre; Le Rési- L(',J,,,'L- R
dont .;iJ.(t" ; Le Courageuxfpar
't'.l.¡né; Les çïtt'idsComl.ussur la
~Xï.iKresLesAvant*c.s de l*Ext>e-
L Alha.-.ifu r.'vPtvïi;Le Clerc né
(jdUnty Le ,vA,h-paM.2 de la FarotJe
de S.Àig*Ar>
; Les deux j'¡'lj
tres & solitaires Compagnes ; Lit.
skarvMnteM*l>ide} de la Pommed"olra'angireedse
Meaux ; Les deux S«eu\s du Fauxbourg de S. Nixilâs
de la méfiasVille ; La belle
Mrhn de 1-i Rue MicheLe-Comte:
¥La grande Brune de ïHofteld'Ansaux>
Lajeune Femme du mauvais
goust;l'Amitié desinteressée; Les
deux Famillesnaissantes; La Voisine
inconnue ; La jeune Epouse
triomphante, de la Paroisse S. Sauveur;
L'heureuse Délivrance ; Les
Inquiétudesconjugales;Sylvie, du
Hilvre de Grâce ; Diane, dela Forest
d'Aleleon ; Et lagrosse Gi.
La mesme Enigme a estéexpliquéesur
le Caphé, le Sorbet, le
Chocolat, le Quinquina, le
Poison, le Sucre, la Noix, le
Papier, &. le Poivre.
Les cinq Madrigauxsuivans ont
estéfaitssur les deux Enigmes.
L I. A Piece, dites-vous, de trois fols
&demy.
- Oèjtjcess bien raisonner & ab hoc,-
- &ab hac.
'.A.h pearnmadfoyojerremfus,y&suis tout ; Garfl)f.¡ donne-moy du Tabac. -
- GARDIEN. P II Our riavoirpvintgardémonvcsu*
fièlat! j'ay perdu ttJu au jeu;
~Jay leplusgranddefaut, &c'estleplus
tutabU
..!/Htl honneste Homme puisse avoir.
L'argent me manque,sanspouvoir
Trouverd'unAmyfavorable.
Une Piece de quatre fous.
Galant Mercure, en avez-vtttsf
Prestez-m'en, je vous ensuplie,
Pouravoir duTabac. Lapriereest
jolie.
GYGES,duHavre.
M m. Ercare lu; vendoit autrefois le
solide,
Donne-t-ilpassujet de formercesoupfon,
Sundébité ce Moune Fable, ou
Chanfi",
fuis qu'il
*
tous ses Lecteurs il offre une
Invalide?
Non,voicy lesecret, Mercure nottp
a mis
&Invalidealam.i'n, parce qhil apprêt:
enje,
Q^eyffMt r"-'-(""H -[ ..(,..t 4 t**
~J"",.t;'., ,,J,.;..,,::,I,6 .-Ju:' mi .-
De «",";j,:o'" du Tabacsans congé des du &. j" c ¿.- &'-'
Commis-
M IV. Ercure, en relisant, jtpajfoispar
hazard
Vn tjfez.longBrxs de Riviere;
Etplus content de ta matiere, tdes Contes creçhns <£unfort vilai".
Koixtrd,
^achtvois de te lire & resvois aux
hn:fm.es,
Lors cjiihngros Matelot, aussi brutal
CjHtfivt,
MAl.:!"tfllit arriver à bord,
Mefournit cesens & ces rimes.
Commejefortois Jefin Bac;
Aionfeur,^argué, dit-il, jesuis tout
horsd'haleine.
La Piece de trois fou, pour avoir du
Tabac.
De bon coeur la voila, tu me mets htrx
depeine.
PATAPOLIN,de Meudon.
D V. Ansl'une tfr rAHtrl Engmr, amt
dtiicateffe,
Àierture nousprédit, ainsi qttnn AïU
manac,
Que malgré des Traitans lafatigante
IIJrtlfi,
Avec unepetite Piece
De trois sols six deniers, l'onaura du
Tabac.
L'Opérateur F.de Dieppe.
Ceuxquiont encorexpliqué l'une
& l'autreEnigme, sont MesdemoisellesdeLommeau,
du Mans; Loüison
du ÑJoll/in, de la Rue S. Denis; Féru, de Lyon; Et Messieurs du
rerger, Officier de Monsieur ; Layraud,
Lieutenant de Roy àDoullens >
Chastellain, de la Paroisse de la
Magdelaine; De Naradac, Avocat
au Parlement de Bretagne;J. B.
Oury, Prestre à Caen; L. Mauroix,
de Soissons;Legerde la verhiffinne;
Giroüard, de Poitiers, C. Huetde
Grenault, de la Rue S. Denis ; De
Corday, pres Falaise ; Re. de S.
Martial; Le chevalier Merlatine^
de Poitiers; Le ChevalierdelaCour
duBoisS.Pere, de la Rue de la Bucherie
; Le ChevalierdelaSalamandre;
Le Marquis de la Hautetouffe;
Les Associez, de la Place aux Chats
de la Rüe S. Honoré;Tamiriste, de
la Rue de la Cerisaye ; Le R-elegae"
des Postes de Rennes;Le bonJoseph,
presdeLival;L'Hermiteenflng(,
deVennes;L'Amant rebuté de la
hclle Cousty ; Le Frere Gonin ; Vivant,
petit Frere Napolitain ; Cou-
~aulb Sieur de Flandrini > Le Fericitant
Rubicond, de l'isle ; G.ou
Avanturier Nocturne du Palais
Royal; Le Soldat sans Quartier,
le Laon en Picardie; L'Amy de tout
e Monde, de Morlaix; Lefolastre
imamy de la RüeTrousse
- Vache;
les Filistiens de Bouret, de Mortix
; La petite Incrédule de la Rüe
les Chanoines de rennes; Angéliue,
jadis la Cordeliere ; La Bergere
connüe d'Amiens; La Païsanne
aupres le Palais ; Et la belle Désigneuse
de Sainte Ménehoud,
cette derniere
en Vers. )
OUESTIONS,
A DECIDER.
I. s
i on peut aimer sans le sçavoir.
- II.
Si une Belle qui aime fortement*
peut exécuter,les desseins devangeance
qu'elle médite contreunAmant
absent qui l'a oubliée, quanda son
tour il apporte des raisons, quoy
que méchantes, pour excuser sa conduite.
III.
Si umsmarqua- peu d'estime pour
une Personne qui nous a fait un présent
par amitié, on peut donner à une
autre ce qu'elle nous a donné.
IV.
Siun Amantayant receud'une Belle
Ï£splus fortes marques d'estime &
I_a,amitié quellepouvoit luy donner,
peut sans attirer
lacolere,
luy témoi-
,
gner qu'il -doute de sa tendresse, pour
1
en recevoir de nouvelles assurances.
En quoy consiste l'homlesteté & la
RentableSagesse.
[ vi; Si c'estuneimaginationmal fonder ecroire que les Anciens n'ont point
connu dans la Musique laComposition
À plusieurs Parties, mais se font seulement
serris de quelques Consonanttes,
& par conséquent n'ont point en
l'harmonie parfaite comme nous l'avons
aujourd'huy; ou bien si cette
opinion estune verité tres-claire, &
sdont on cft facilement persuadé par la
[èûle levure de ceux de ces Anciens
bm-ont écrit de la Musique.
VII.
Kl eVronuksrav^z appris par ma Lettre du
Mois, que le 24. d'Aoust une
ïerniné acconcha de deux Filles, attachées
l'une à l'autre par les costes&
par leventre, qui n'avoient qu'un
coeur,quoyqu'elles eussent deux corps,
deux testes,& deux cerveaux. Comme
le coeur est le siege de la faculté vitale,
on demande si dans ce monstrueux
Comparé, il n'y avoit qu'une feule
ame, ou une feule vie.
:.Adieu.. Madame,jevous réservepour
le premierExtraordinaire, defort jolis
Vers de A£vduRosier, &plusieurs autres
Pieces surles Queflions, qui riont
pu entrer dans celuy-cy.
A Paris, ce 15. Octobre 1681.
A ARIS.
AV îALAIS.
N donnera toûjours unVolifm«
nouveau du Mercure Galant le
lferemier jour de chaque Mois, & on.
vendra, aussi-bien que l'Extraordinaire
, Trente sols relié en Veau,
& Vingt-cinq sols en Parchemin.
A PARIS,
Chu G. DE LUYNE, au Palais, JAMHFE
Salle des Merciers, à la Justice,
Chez C. BMGEART,RueS.Jacquet,,
à l'ci.néccela R^lëau Plâtre,
Et en sa Boutique Court-Neuve duPalais,
AU DAU PHIN.
At T. GIRARD,auPalais,danslaGrande
Salle, à l'Envie.
M. DC. LXXXI.
.drxcritiriliax DV xor;
21 'EoNtr/t'!'! du'i-nvile&ëdttTfof. pArGuc & privilege duRoy Donné' à
S. Germain en La'y;If ;',Decrnbrt 1677.
Signé,Parle Roy en son GOlièit JUNQUIURBS.
Ilest permis à J. D. Ecuyer,Sieur deVizé,
de faire imprimer par Mois un Livre intitulé
MERCURE GALANT, presenté à Monseigneur
La DAUPHIN,& tout ce qui concerne
ledit Mercure, priiclant letemps & espace de
ex années, à compter du jour que chacun desd
Volumes seraachevé d'imprimer peur la pre-
Hdierefois: Comme âussï defenses sontfaites
à tous Libraires, Imprimeurs. Graveurt & ait.
tres, d'imprimer, graver & debiter ledit Livre
sansleconsentementde TBipolant, ny d'en
extraire aucune-Piece, ny Planches(èrvant à
l'ormementdudit Livre, mesme d'en vendre separement,
& ddonnerà lire ledit Livre, le
tout à peine de six mille livres d'amende, &
confis,caiioiidts Exemplaires contrefaits,ainsi
'lueplus:mlongil estporté audit Priyilege.
Registré sur le Livre de la Communauté le 5. Janvier1678.Signé, E.COUTEROT, Syndic.
Et ledit Sieur D. Ecuyer, Sieur de Vizé,
a cédé & transporté sson droit de Privilège à
C. Blageart, Imprimeur-Libraire,pour en
jouir Suivant l'accord fait entr'eux.
jdtbttt d'imprimer pour lapremierfflil
le Qftokriiffi%
Avis pourplacer lesFigures.
LA Figure des Fontaines de Bacchus
& de Neptune, doit regarder la
page 214.
La Figurede l'Entrée de l'Escurial,
doit regarder la page 356.
TABLE DES MATIERES
contenues dans ce Volume.
LEttre de la Solitaria del Monte
Pinceno,sur quatre des Queftion*
du treizième Extraordinaire, 3
Madrigalde la mesme,surlaLibéralité
duRoy, 10
Vers de M. Bouchet, ancien Cure de
Nogent le Roy, à uneVeuve irrésoluë,
II
Si les plaisirs de l'Esprit font finssensibles
que ceux dusens, parM.Allard
du Vèxin, 15
Déclaration d'Amour, en Prose & en
Vers, du mesme M. AOArd, 34
Sentimens en Vers de M. Gardien SecrétaireduRoy,
sur toutes lesQuestions
du dernier Extraordidaire, 37
En quoyconsistel'air du Monde, & la
véritable Politesse, par M. de la Févrerie,
47
Madrigaux sur les deux Enigmes du
T A B L E,
Nois de Juin, dent les Mots tfo'ent
leFeu, 104
Si le Mary doit t/trt a-st <rr^n4Maître
que la Femme, parjiPcrria d'Aix
en Provence, FUs.d"i Secretairedu
Roy dece nom, 114
Traitéde ïOrig-nedelaAfedcclne,par
M. de la Selve deNi'};,ts, 117
Les Larmes de Dtphnis, par M. de
Templery, Gentilhomme d'Aix en
Provence, 140
DesPeintres anciens, & de leurs maniérés,
parAi.GermainâeCaen, 156
Sentimens en Verssur troisQuestions
dudernierExtraordinaire, 215
Billetpour la charmante Caliste, 220
Autre Billet pour Iris, 221
Le Singe & le Renardd'Esope, par
M. Allard du Vexin 223
Si la Santé peut estre alterée par les
FaJJions, par M. Gaultier de Niort,
129
Madrigaux sur les deux Enigmes du
Moisde Juillet, dont les Mots estoient
LeLys& la Rose,& l'Eventail, Z75
TABLE.
JDeftrigint, duprogrés, & de CetÀ
présent de la MedecineJ par le Philosophe
inconnu de Coutances, 2 95
BExdpielHircnaicteiortEnExdmetrlagaLomertdtarietniaqeniurCeth,,i33fre55s2d5u.
Madrigauxsur la premiereEnigme du
Moisd'Aoust. dont leMot estoitla
Piece de trois fols & demy, 357
Madrigauxsurlaseconde Enigme du
Moisd'Aoust, dontleM$t cftaitle
Tabac, 36
Madrigaux sur les deux Enigmes du
mesmeMois,$69
Stueftions à décider, 374
Fig de la Table.
EXTRAORDINAIRE
DV MERCVRE
GALANT.
QUARTIER DE JUILLET 16ZU
TOME XV.
Oicy, Madame, un
Nouveau Recl/cil de
Pièces,dontlaplupart
des Autheurs vous
font connu*. Vous avez déjà veu
leurs noms en d'autres Ouvrages
qui VOi?$ ont plû, O'j'cjpere que
<voM ne ferez, pas moins satisfaite
de ceux-cy, que vous l'avezesté des
premiers. Diverses matières enfont
lesujet, &cettediversiténesçauroit
estre quefortagreable pour les Curieux.
Vous alleztrouver d'abordce
quim'a esté envoyé de Rome par
une des plus spirituelles Personnes
de vofhe Sexe. Ce quelle écritsur
unepartie des Pueflionç proposées
dans le treiziéme Extraordinaire,
auroit paru dans celuy du Quartier
d'Avril, sil'eloignement des Lieux
ne me l'avoitfait recevoir trop tard,
pourl'y employer.
A Rome ce II.Juin 1681.
S'il est plus avantageux à une
Femme, d'estre aimée dés la
premierefois qu'on la voit, ou
de ne l'estre qu'après qu'en a
eu le tempsd'examinerson
mérite.
1L est certain que la Beauté
peut faire en un moment de
fortes impressions sur un coeur.
Tout Homme est sensibleà l'amour,
& rien n'est capable de
le faire succomber plus facilement
à cette passion, que deux
beaux yeux, une belle bouche,
& de certains agrémens qui se
rencontrent sur un beau visage.
Une oeillade jettée bien à propos
, desarme le courage le plus
fier; un soûrire agreable, pénétre
le coeur le moins sensibles
& ce je-ne.sçay-quoy qu'on ne
peut décrire, & que les plus
grandes Beautez n'ont pas toiL
jours, enleve sans peine la plus
prétieuse liberté. Mais quoy
qu'un beau visage produise des
effets surprenans,& qui semblent
contribuer d'autant plus
à la gloire du beau Sexe, qu'on
voit peu de Personnes y resister,
il n'êfl pas toutefois avantageux
à une Femme, que son Amant
se laisse blesser aux premiers
traits quipartent de ses yeux.
Elle ne doit point trop s'applau-
<4r de cette conqueste. Un
Homme qui se laisse enflâmer
à la premiere veuë, pourra malaisément
défendre son coeur,
lors qu'ilrencontrera les mef- nl charmes dans une autre
Personne. Cette inclination naturelle
qui nous porte à desirer
la possession des belles choses,
luy faisant concevoir de l'amour
généralement pour tousles Objets
qui luy paroîtront aimables,
son coeursensibleàtousles traits
dontlesBelles levoudrontblesser,
se rendra plutost aux faveurs
qu'au mérite, & croira nefaire
aucun tort à celles dont la vertu
luy paroîtrasevere,en cherchant
parsoninconstance à le vanger
d'unedéfaite trop facile, pour
souffrir qu'elles en puissent longtemps
triompher. Mais quand
un Homme prévenu des belles
qualitez d'une Femme se laisse
vaincre à ce qu'elles ont de touchant,
la connoissance qu'il a
de sa vertu, rend sa passionferme
& inébranlable; & comme il ne
s'est pas laisse prendre aux feules
beautez extérieures, & que son
amour est fondé sur un mérite
dont il connoistparfaitement
tout le prix, il s'étudie àle rendre
immortel & pour son propre
interest, & par un motif d'ambition,
qui luy fait croire que les
Personnes d'esprit jugeront du
sien par celuy de la Personne
qu'il aime, &: dont il est réciproquement
aimé.
SiuneFemmequiaimetoujours un
Amantdontelle a ejlé trahie, doit
écouter sa passion, ousa gloire,
quand cet Amant tâche à obtenir
le pardondeson infidélité. uNe Femme d'esprit peut
facilement accorder sa passion
avec sa gloire. Lorsqu'elle
a esté trahie par un Amant, qu'-
elle aime toujours malgré son
infidélité, elle n'a qu'à consulter
son coeur pour les mettre bien
ensemble. S'il est glorieuxd'oublier
les injures qu'on nous a
faites, il est bien doux de pardonner
àce qu'on aime.
Comment l'Ameestant purement
j}lritmlleyefîtouchée par la Muquicjtunechostfinfiblè.
.f" CEtre Question seroit facile
à décider, iliivanr les sentimens
de c:s Anciens, qui vouloient
que l'Ame ne fust autre
chose qu'une harmonie, & que
la vie ne durait qu'autant que
les accords en croientjustes;
mais pour moy qui ne suis point
Philosophe,& qui ne possede
que ce peu de lumiere que la
Nature donne en naissant, je
tiens que laMusique estant une
chose spirituelle, quoy qu'elle
nous paroisse purement sensible,
puisque Dieu mesme s'y plaist,
comme on peut voir par les
S'inrcs Ecritures, qui nousordonnent
de le loüer par des
Chants & par des In strumens
h.-ivmaiijux,àl'exempledes
Anges,quifontcontinuellement
occupez à faire retentir ses
loüanges dans le Ciel, nostre
ame s'y laisse facilement transporter,
&: s'accoûtume par
avance icy-bas à ces doux ravissemens
que luy cause la Musique,
& dont elle doit joüir un
jour avec ces Esprits bienheureux.
Si la Santépeut flire alteréepar les
Passions. sI l'on doit juger des causes
par les effets; la colere, le
desespoir, les maladies, &le
mort melme, provenantes allez
souvent des paillons, on ne peut
difeonvemr qu'elles ne soient
capablesd'altérer la Santé,
quand elles font trop violentes.
SUR LA LIBERALITE'
du Roy, qui donne au Public
les cent mille Francs qu'il a
gagnez à la Loterie.
pOurneterien devoir, inconflantt
Fortune
LOUIS refuse tes bienfaits.
Comme tafaveur est commune, ) Ildestinbeau Public les biens que tu luy
faú.
LA SOLITARIADEL MONTI
PnWENo.
Cette Jpiritnelle Solitaire avoit
demandé dans une Lettre que VOUI
avez veue, Lequel est le plus
avantageux pour une Veuvede
25 a 26 ans, ou de se remarier,
ou de demeurerdansleVeuvage,
ou d'abandonner entièrementle
monde en se retirant dans un
Convent. Voicy des Vers de Mr
Bouchet, ancien Curé de Nogent le
Boy,pourfervir de Reponsea cette
Demande,
A UNE VEUVE.
IRRESOLUE. vous dontl'espritflotant&remply
dcfoiblefres,
711r tout cherche conseil, de grâce, éC9
,- tezrmtts.
oNAllez: pas soûpirer pour un fécond
Epoux,
Issi premier dsit avoir épuisévos tenareffls,
Quefaire,dites-vous? Jefuisjeune} &
bien faite,
Foule d'Adorateurs m'assiege tous les
jours.
avez.-vous point d'Enfans? mettezvous
en retraite,
Etfaites du Grand Dieu l'objet de vos
amours.
LuyseulptutVous remplir de joye &
d'abondance,
Luyseulaplusd'appas que tous les
Souverains;
Euyseul peut adoucir vosplus cuisans
chagrins
Et jamais le degoust nefuit la joùissance.
Si vous tivez. Lignée, en Mers bonne
&rage,
Y(JJ{,lez-vDtU conservervostre Famille
enpaix?
.Cardez, le Célibat, reJftez. dans le Fru- f
vage,
Des Enfans de deux Lits ne s'1accordent ¡amau.
Mais quoy?l'espriteflprompt, & la
chair est ¡r.u!:ile;
L'Hymen est un état dont les charmes
font doux. 1
Bien donc, mariez-vous, &sélon l'Evangile,
Mais nevous jettez, pasdans les bras
d'unJaloux.
Ce genre d'Animaux toute liberté
brave.
De cette passionsil'EpouxneflguéryM
L'Hymen n'empesche pas que l'on ne
soit Esclave,
Et l'on trouve un Tyran fous le nom
d'un Mary.
Mais un Mary pourra me vanger des
outrages
Qu'onfait impunément à la Viduité.
Ah, c'est trop chèrementbriguer des
avantages,
Qu^and l'ombre d'un Chapeau conste la
liberté.
Ainsi celle quanimeuneprudence exquise,
Et qui d'un nouveau joug craint lepoids
renawânt,
Doit, Celonmonavis,conserversa
franchise.
OH ne s'assujetir qu'aux Loix du ToutpuiJfltnt.
Si les plaisirsde l'Ecrit font
plus sensibles que ceux des
Sens. L Homme est un composé
d'ame & de corps, & ce
que les sens sont au corps, l'efîporinct
l'est à Tame. Ces parties
si bien* unies, qu'elles ne
font qu'un tout, dont il est fort
malaisë de séparer les aéholls,
toutes actions de l'Homme estant
des actions humaines, à la
produdion s'esquelles l'ame&le
corpscontribuentégalement,
comme ne pouvant estre separez
pendant que l'Homme agit &
qu'il est vivant ; & parce que les
plaisirs del'Homme font partie
de £és actions, ou qu'ils en font
les effets, il semble qu'il n'y a
point de plaisirs dans l'Homme
qui ne doivent estre également
&del'esprit &des sens tout ensemble,
ou du moins est-il fort
difficile de trouver de la diférence
entre les plaisirs de l'esprit
& ceux des sens. Il n'en faut
point d'autre preuve que le
terme desensibles employé dans
la présènte Question, dans laquelle
il est aussibienappliqué
aux plaisirs de l'esprit, qu'à ceux
des sens,car dire que les plaisirs
de refpntfontfcnfifyes, n'est-ce
pas en quelque façon demeurer
d'accord dans la proposition
mesme que l'on fait, qu'il n'y a
point de plaisirs dans l'esprit auiquels
les sens ne participent, &
que les sens n'en peuvent jouir
d'aucun, si l'esprit ne contribuë
à les leur faire goûter?
Ce n'est pas pour censurer la
Proposition qui est faite, que
l'on parle de la fortepuis qu'assurément
elle est des plus belles,
des plus curieuses & des plus
vastes qui se puissent faire. Elle
ouvre un si beau champ pour
discourir, que si l'on vouloir expliquer
toutes les pensées qu'elle
fait naistre
, on en seroit un gros
Livre, & non pas un petit Di£..
cours, auquel on ne peut se renfermer
sans beaucoup de peine.
Contre la difficultéqui estfaitecy-
defïusonfera voir la
diférence des plaisirs des [ens.,
d'avec ceuxdel'esprit. L'on discutera
ceux des sens, & puis on
parlera de ceux de l'esprit, &
ion finira par le sentiment qui
paroiftra le plus julte sur l'alternative
de la Propohtion.
Il ne faut point douterqueles
plaisirs de l'Homme ne fassent
partie de ses actions, ou qu'ils
n'en soient des effets. Il faut
donc demeurer d'accord qu'ils
font de mesme qualité, & que
la mesme diférence qui se rencontre
entre ses avions se trouve
entre ses plaisirs. Mr Descartes
dans sen Livre des Passions, a
parfaitement bien étably la disérence
des actions de l'Homme,
en disant que les unes font
purement Jfiritnelics, comme
penser, se rtjflwvcnir de quelque
those, qui font des actions produites
par l'esprit seul sans la participation
du corps; les autres
purement corporelles, comme le
mouvementéla chaleur qui se
rencontrent dans les corps qui
font privez d'âme & d'esprit.
Ainsi le feu produitcemouvement
& cette chaleur, & les
autres mixtes qui font produites
& par l'esprit & par le corps conjointement
,commeécrire, chanter,
se promener.
Il faut raisonnerdemesme des
plaisirs de l' Homme. Tous les
phisirs qu'il possede qui luy font
communs avec tous les autres
Animaux pourveusdes sens aussibien
que luy, ce font les pltliftrs
dessens comme entendre lesvoix,
manger. Les plaisirs dont il jouit
qui ne peuventestre possèdez
par les Brutes, ce font lesplaisirs
del'esprit, comme lasatisfaction
de possider l'honneur & la gloire,
dont l'ame d'aucun Animal autre
que celle de lhomnie, ne
peut estre chatouillée. Il y a de
plus une troisiéme forte de plaisirs
qui se peut appeller mixte,.
dont la jouinance en mesme
temps est partagée& par l'esprit
& par les senss. comme les plaisirs
uepeindre~desavoirpeindrey
&de dancer parce qu'on sçait fort
bien damer3 & c'est de ce Genre
deplaisirs dont le nombre est le
plus grand.
Cette mesme division, suivant
l'Apotre des Gentils, ne se
trouve-t-elle pas dans lesdesirs
de l'Homme? Il dit, que tout
ce qui le fait agir en ce monde
eÍ1:,Aat concupifientiacarnis, voila
les piaisirs des [ens; Aut concupiscentÍtt
oculorum, voila pour les
plaisirs mixtes, ausquelsl'esprit
& les sens participent ensemble;.
Aut/ùpobitzvitæ1 qui le rapporte
aux piaisirs de l'esprit seul. Il est
donc tres-constantque l'esprit a
ses plaisirsparticuliers; que les
sens en ont tout de mesmequi
leur fontpropresj & qu'.,LinG
tous les piaisirs de i'Homme ne
font pasgoûtez par les sens, puis
qu'il ya des plaisirs de l'esprit où
les lèns ne prennent aucune
parc.
Les plaisirs des sens font plus
anciens dans l'Homme que ceux
de l'esprit,& l'on peut dire aussi
qu'ils en font la meilleure & la
plus grande partie. L'Homme
aussitost qu'ilest né, al'usage de
sessens.Ilvoir,il entend,il goûte
longtemps avant que derayonner,&
l'on peut mesme ajouter
avec certitude qu'il raisonne
longtemps avant que de jouir
des plaisirsde sonraifoiinement.
L'Homme, dans l'âge mesme
qu'il est capable de goûter les
plaisirs de Ton esprit,en trouve
rarement les occasions
; mais les
douceurs des sens tout au contraire
le flatent dés qu'il voit le
jour, &ne l'abandonnantpoint
qu'il nesoit mort. Si l'un de ses
sens celse de luy donner du plaisir,
l'autre prend la place, &
souvent il arrive que plusieurs
d'entr'eux
,
& quelquefois tous
ensemble,luyfont ressentir mille
charmes inexprimables; de forte
qu'il semble que lesplaisirs des
1lèns parleur ancienneté, par
leur nombre, & par la facilité
qu'il yadelespossederl''emportent
beaucoup sur ceux de l'esprit,
& qu'ainsi les plaisirs des
sensfont plussensibleque ceux
de l'esprit.
C'estpourquoyl'on voit fouvent
des Hommes qui parmy les,.
accens mélodieux des Concerts
& dela Symphonie, ou parmy
les delices de l'Amour & de la
table, perdent entièrement le
souvenir des plaisirs de l'esprit
dontilsestoientauparavantremplis,
la jove de l'esprit le trouvantabîmée
& confondue parmy
cesdoux transports des fënSy
ainsi queles petits Ruissseause
perdent dans les grandesRivieres
,
& que la lumiere des
Etoiles est effacée par la présence
duSoleil. S'ilestoitnecessaire de quelque
autorité pour prouver ce
fait,dont notre propre expérience
nous rend convaincus,
on ne peut en rapporter une qui
ait plus de force & plus de poids
que le témoignage de Salomon,
qui non feulementmérite cPêrre
crû pour sa sagesse &sa science'
admirable, maismesme à causè
de sa propre expérience. Il affure
dans le sécond Chapitre de
J'Ecclesiste, apres avoir dit
qu'il a goêtétous les plaisirs
dont l'Homme est capable, que
les plaisirs des sens font les plus
doux, Nonne wdiws est comedeyre
~Ó" bibere oftendcrctinimoefu*
bon*
bona de Idboribw-fuùi par lesquels
termes il avoue franchement
que la bonne chere 6e les autres
voluptez des sens font les plus
sensibles & les plus doux de tous
les plaisirs.
Cependant si l'on confidere
l'origine ,la qualité, la durée
des plaisirs de l'esprit, & la faculté
dans laquelle ils résident,
on fera contraint de confesser
que les delices du sens ne font
nyplus grandes,ny plus capables
de faire impression dans l'Homme,
que les plaisirs de l'esprit.
Un Ragoufi, & le bon Vin, qui
chatouillent la langue & le gozier,
&qui souvent offencent la
teste 3c l'estomach; les tons
roulans d'une charmante Voix,
qui flatant l'oreille, finissent en
naissant; les vapeurs suaves des
odeurs donc l'odorat est charmé
,&qui souvent en s'exhalant
offencent le cerveau,& autres
choses semblables,sont les sources
où se puifcnt les plaisirs des
sens, qui ne durent qu'un moment
pourmarquer leurfoiblesse
& leur legereté ;
mais ceux
de l'esprir tirent leur origine de
la Science & de laSagesse, de
l'invention & de la subtilité des
Arts,de l'Honneur,de la Gloire,
& de la pratique des Vertus.
Toutes ces choses & d'aurres de
pareille espece,sont d'une nature
si pure & si éloignée de la corruption,
que cette matiere des
plaisirs de l'esprit subsiste toûjours.
C'est pour cette raison
que les plaisirs de l'esprit durent
aussi longtemps que l'Homme,
& mesme au dela de l'Homme.
Homere & Virgile, & tant
d'autres celébres Autheurs, ne
font plus il y a plusieurs Siécles ;
mais leurs Ouvrages qui ont
fait la matiere de leur esprit,subsistent
encore a pres eux, & donnent
du plaisir aux Esprits qui
les lisènt & qui les entendent.
Heliodore qui aima mieux percire
son Evesché, que desavoüerTOrtHifioire
deTheagene
& Cariclée, etrftôLjugé en faveur
des plaisirs des sens, ou de
ceux de l'esprit?
Les facultez où résident les
plaisirs des sens font d'une matiere
grossiere, sujette au changenlent,
& à la corruption;
mais la faculté qui reçoit les
plaisirs de l'esprit est d'une matiere
incorruptible &: permanence,
& dont la durée doit
égaler celle de l'Eternité. Ainsi
de quelque costé que l'on envisage
les plaisirs des sens, ils n'ont
rien en soy qui puisse charmer
davantage & plus fortement que
ceux de l'esprit.
Les delices des sens font à la
vérité fort communs & fort faciles
à posseder
; mais ils n'en
font pas plus estimables. La rareté
&la difficulté de joüir des
plaisirs de l'esprit les font desirer
plus fortement, & posséederavec
plus de douceur. Si les charmes,
dont les sens font quelquefois
comblez, font tout oublier, &
laissent l'Homme comme dans
une létargie bienheureuse,&
dans un abîme de volupté, les
delicesdel'esprit n'en font-ils
pas de mesme, & d'une maniere
plus noble & plus surprenante,
ainsi que l'on voit quelquefois
dans les ravissemens& les
extases de certaines Personnes,
pendant lesquels elles ne perdent
pas feulement le souvenir
des plaisirsdessens, maisl'usage
mesme des sens? Cet illustre
Mathématicien de Syracuse
n'estoit-il pas, pourainsi dire,
perdu & abîmé dans les plaisirs.
que son espritgoûtoit en
ses Recherches curieuses, puis
que les Ennemis entrerent plutost
dans son Cabinet, qu'il ne
se fut apperceu du bruit, des
cris, & des desordres horribles
qui se font à l'assaut & à sla
prise d'une Ville? Combien
voit-on de Gens (&ce fontles
plus sages des Hommes ) quitter
le bruit & laconfusion quinaiffent
parmy la volupté & les plaisirs
des sens, pour se retirer dans
la solitude, afin d'y joüir plus
paisiblement des charmes de la
sagesse & de l'étude, qui font
les delices deleuresprit?
Il ne sert de rien de dire que
Salomon, le plus fage des Roys
qui furent jamais, a voulu en
quelques endroits donner le prix
aux plaisirs des sens
; car il ne
faut que lire ce qui précede, &
ce qui fuit les paroles qui composent
le Passage que l'on rapporte
de luy, pour connoistre
clairement que préferant la sagesse
& la tranquilité de la vie
à toutes choses
,
il préfere les
plaisirsdel'espritàceux des sens.
Apres tout, ilest aisédevoir
que deux diferentes fortes de
Personnes, dont le monde est
composé, décideront diféremment
la Question proposée. Les
VoluptueuxlesDébauchez., les
Grossiers, &ceux dont l'ame est
tellement ensevelie dans la matiere,
qu'à peine y peut-on appercevoir
quelque étincelle de
raison, tiendront assurément
que les delices des sens font préferables
à ceux de l'esprit. Les
Sages, les Vertueux, &les Gens
éclairez, qui aiment la gloire&
l'honneur, tiendront au contraire
, que les plaisirs de l'esprit
touchent beaucoup plus que
toutes les douceurs des sens, &
ne croiront point que les Sardanapales,
les Heliogabales, &:
les Nérons, pour avoir esté les
plus voluptueux Hommes du
monde, en ayent esté les plus
heureux.
Mais enfin si lesdeux opinions
que je viens de ra pporter trou,
vent leurs Défenseurs, qui ne
manqueront point de part &
d'autre de raisons pour appuyer
leurs fènrimens, il est constant
que l'on peut encor prendre un
troisiéme party qui semble le
plus raisonnable. C'est celuy
des plaisirsmixtes, dontlajoüissance
se partageégalement entre
l'esprit & les sens, qui font
les plus sènsibles plaisirs que
l'Homme puisse goûter pendant
qu'il vit. Cette raison seule,
entre mille qu'il y a, suffit pour
prouver que ces fortes de plaisirs
où les sens contribuënt d'un
communaccord, font les plaisirs.
de l'Homme entier, & que les
deux autres especes ne font que
les plaisirs particuliers d'une partie
de l'Homme 5
& c'est en
effet de ces fortes de plaisirs dont
le Sage veut parler, quand il dit
ces paroles qui finiront ce Discours
: Et deprehendi nibil ejjc
melius quam Utart Hominem in
opère suo, hanc effi partem illius.
Mr Allard du Vexin, qui est
VAutheur de
ce Discours, afait les
Vers que vous allez, "voir sur cette
mesme matière.
cHacunsuitlesplaisirs oufonhumenr
l'encline.
Un Buveur aime le bon Vin,
Le Soldat cherche le Butin,
Et fI-Ioinmerfavant la Doctrine.
Soitparlessens, ou parl'esprit,
Quel'Objet meuve l'appétit,
N'est-cepas toûjours toutdemesme?
Pour moy, j'ay toûjours estimé ..,l Que leplaisîrleplusextrême,
C'estd'estretendrement aimé
Par l'aimable Philis que j'adore & que
j'aime.
"-,
DECLARATION
A D'AMOUR. Imer & craindre de le
découvrir, c'est un erreur
du temps passé, comme c'estoit
un abus dans la conduire d'une
belle Personne, de s'offenser
quand on luy parloit d'amour.
Nous vivons dans un Siecle
mieux instruit, &: je ne pense
pas qu'estant aussi spirituelle que
vous estes jeune & belle, vous
vouliez faire revivre cette vieille
mode, & qu'en vous disant que
je vous adore, & que je brûle
pour vous de l'amour le plus
respectueux &le plus ardent qui
fut jamais, je doive craindre de
vous donner le moindre chagrin.
Mon dessein en est fort éloigné.
Vous voyez bien où j'en fuis.
C'est à vous, sans vous en allarmer,
à disposer de mon fort. Me
voudriez-vous rendre malheureux,
pour avoir pris la liberté
de vous découvrir mes sentimens?
J'attens que vous me
fassiezsçavoir, puis que je fuis
à vous, ce que vous voulez faire
demoy.
.1 AUTRE DECLARATION
D'AMOUR. DEpuis assez longtemps j'ay caché
mes transports,
De peur devous déplaire.
Deformais pour me taire
Jefaisd'inutiles efforts.
LlImDur quefay pour vous, belle Iris,
me desole,
Je ne puis plus vous le celer. (role
Lesexcèsde tristesse empeschent lapa-
Mais les excès âamOHr nousfont plaindre
& parler.
Ces deux Déclarations font du
mefineM*Aflard> & Mr Gardien,
Secretaire du Roy, a fait tous les
* Vers qui suiventsursix des J$ueftionsproposées
dans le dernier*ExtUêrdinairc.
Si un Amant aimé, qui a peu de
Bien, une extrêmeambition,
beaucoup de délicatesse,&
un violent amour, doit époufer
uneMaîtresse peu favorisée
de la Fortune, & qui a
comme luy de l'ambition &
de la délicatesse.
AMans,faites céderà la belle teH*
-
dresse
Toute frivoleambition. 1
Un coeur entestéderichesse,
- De vains honneurs & cCélévation*
Danssa.feu,qèdélicatesse,
N'a CJHunefaxjfepassion.
Si quelque chose peut tenir l'Amour en
bride.
je m'en vay vousle direicy;
Ce doit estre leseuljoucy
D'un ètablissementsolide.
S'il vous manque, gardez-vous bien,
Pauvres Amans, d'aller à l'étourdie
Renouveller la Comédie
Du Mariage de Rien.
L'Amouravecl'Hymen,mesmes dans
l'opulence,
Est rarement tlimelligenre;
C'est le malheureux ftri de cefâcheux
Lien.
Quel desordre dans l'indigence!
Ilssedétruisent tour-à-tour;
l'Amour trahitfH chasse l'Amour.
Si cet Amant, ne devant point
épouser cette Maîtresse, peut
aimer uneautre Personnesans
estre inconstant.
JE vous diray bien plus ; Si leseul
Hymenée
- Peut, en vous appellantailleurs
Vous., donner des jours meilleurs,
Etsic'est HflArreft de vostre destinée;
Cédez, àcefatalpouvoir,
Sansscrupulepassezentre les bras CTHM
autre.
LA fortunen'afait qu'a demyson
devoir,
Vangez-vous,faites tout le vostre.
Aimez-vous toujours constamment;
A l'Epouse, à l'Epoux, gardez, une foy
pure;
VOIU pourrez,sansleurfaireinjure,
Conserver la tendresse à l'Amante, à
l'Amant.
Cet état n'cft point sifuneste;
Par luy, deson dessinunHéros epvain.
(pteur,
Et quandon possedele coeur,
On doitse consoler du reste.
Si les plaisirs du Corps sont plus
sensibles que ceux de l'Esprit. OZJy, lesplaisirsduCorpssont les
moindres plaisirs,
VEjprit en peut donner de beaucoup
plussensibles.
Mais ce n'estqu'aux nobles desirs
A connoistre, à gouster ces douceurs
indicibles.
Yeus lesçavez, Guerriers, & vous,
tendres Amans;
Vous lesçavez, aussi, Vertueux,&
Sçavans.
L'éclat d'une belle vi'Eloire,
La conqueste d'un coeur chastement
ArilOUreJtx,
Un atte de vertu, quelquesecret heureux,
Font vos plus chers plaisirs, & toute
vostre gloire.
Loin de leur préferer les delices des
sens
rOUI les iriez, chercher au milieu des
tourmens.
Coeurs malplacez, amesvulgaires,
De qui lessentimens contraires
Sontpour les basesvoluptez,
Et qui mesmes nous infHlttZ;
Reconnoissezvostreinjustice,
Ouvostre aveuglement fer*vostrefit*
plice.
Si le Mary doit estire plus grand
Maître que la Femme.
¡ 01V tu feras Tullus,je feray
Tullia;
Où tu feras Marcus, je seray Marcia..
Dans nostre Coûtume Romaine,
C'efl une Formule ancienne
Du discours que ternit la Romaine au
Romain,
Lejourquilsfe donnoient la main.
Cefloit pourfairevoir leurégale puif-'
sance,
Et que la primauténefl que de bicltseance.
EMpouax,viosuolezn.-v?ousfaire une bonne fal;re bo;ine
Surle commandementpoint de délica-.
te.lTe,
Point de Maître, ny de Aiattrejfca,
r ele bonsens &la raism»
DE L'ORIGINE
DE LA MEDECINE
sAns aller chercher l'origine
De la scavante Medecine
Chez un Payen comme estoit Pline,
Il est constantquelle est divine.
Certain Autheurdegrand renom ( L'Ecclesiastiqueestson nom)
Enfait un Chapitre, ou Canon;
Apresquoy, dirons nous que non?
Ason damlepauvreMolière
DMedecin riHsaguère,
Lajoua cCétrangemaniéré,
Chhlu' t du TheatreÓdans la Biere..
S'ilssont du Ciel, les Medecins,
Revérons-les comme desSaints,
Et tenonspourEspritsmal-sains
Ceux qui les traitent d*Assassins.
Apeine je retiensmaverve,
Carjefuispoureuxsans reserve;
Ah, que le Tyes-Haut les conferve;
Et que longtemps il m'enpreserve.
DE L'ELOQUENCE.
pLaire,persuader, & deplus émouvoir,
De l'habile Orateur c'est le triple
devoir;
Maispouryréussir, il doit de laScience
Avec la Politesse avoirfaitl'alliance;
Sanscetheureux accord,sans cedouble'
ornement,
l'Espritleplussublime entreprend
vainement.
Tour donner au discours une bellelfru*
Eture,
JPropofer,conifrmer,réfuter, & conclure,
! font presque toujours d'indispensablesLoix;
VExorâe & le narré s'épargnent quelquefois;
Ilfaut d'un choixprudent disposer ces
Partiesy
Qui forment un beau Tout estant hiç".
rorties;
Partager sagement, user de termes
purs,
Leschoisïr élégans, naturels, point
obscurs,
AVoirpour lebeoin unfonds de sinonimes,
JSannir les duretez., les mauvaissons,
les rimes,
Du langagePhébusejire fort épuré,
Avare dufleury, discret an figure;
Eflresasbigarrure.excellemmentfertile,
Nepoint trop resserrer, ny trop enfler
le stile,
fairt de temps en temps briller des
ttrraaitttss 0": ,e/s1pr,i't
Observerchaquegenre, &lèsLoix
qu'il preferit,
Seservirdoftemsnt & des mots, &des
choses,
Neprouverpas toujours les effets par
leurs causes,
joindre aux belles couleurs les plus
fortes raisons,
Estrefortreservésur les comparaisons.
Dediverseslongueursfaire les périodes,,
Et les transitions de liaisons commodes;
Attirer l'Auditeurpar l'endroitquiluy
plalft,
Leprendre,s'ilsepeut, parson propre
intéress;
Partout del'quitégarder le caractere,
Maissurle goust du Siecle estreplus
doux cjiiaustere,
Considérer le lieu, la nation, les moeiirs,
L'Âge,laqualité, le sexe, & les humeurs;
Eluderfinement ce qu'on ne peut dl..
truire,
Etpeindre au naturel tout ce quon veut
décrire;
Sçavoir des pttffions remüer les ressorts
four, avec le commun,entraîner les plus
forts;
N'employer rien de bas, ne laisser rien.
devuide,
S'attacher au bonsens,par tout l'avoir
pour guide,
S'écarter rarement dusujetdudiscours,
S'agiter quelquefois, se possedertoujours;
Enfin mettre avecsoinchaque chose en
sa place,
Et d'unairassuré s'énoncer avecgrâce,
Voila, sélon que je l'entens,
L'Eloquence de tousles temps.
En quoy conflstel'Airdu Mon*
de'3& laveritable Politesse. cEtte ffiion n'est: pas
facile à résoudre, puisque
ceux-mesmes qui se font polis
Par l'étude & par la convention,
& qui ont patte toute leur
vie à la Cour, ne conviennent
pas presscisement en quoy consiste
l'air du monde, &. la véritable
politesse. Il en est comme
duje-ne-sçay quoy. On levoit,
on le remarque, & on ne peut
dire ce que c'est. Mais il y a
cerre diférence, que l'air du
monde se communique & se
peut imiter, & le je-ne-sçayquoy
est inimitable, & ne se
peut prendre. L'un ce l'autre
font singuliers, &; ne se rencontrent
pas en toutes fortes de sujets.
Toutes les Nations en jugent
diféremment sélon leur
gout&leur inclination. Cependant
chacune dans ses maniérés;
est touchée du je-ne-scay-auoy,
& se forme une idée d'honnesteté
& de galanterie, qu'elle
appelle air du monde & véritable
politesse. Il n'y a que du plus:
ou du moins,sélon le Climat
qu'elle habite, son humeur &
ses coûturnes, qui pour estre
grossieres à l'égard des autres,
nelesont pas chez elle. On est
poly jusque dans les Terres Australes,
si nous en croyons l'Histoire
admirable,pour ne pas dire
fabuleuse.
fabuleuse, qu'on a faite des Sevarambes;
ce qui fait voir que
rien n'est plus naturel à l'Homme.
Mais plus on a de commerce
dans la societécivile, & plus on
a cet air & cette politesse. D'où
vient qu'on dit, ilsçait vivre,ila
veIl le monde, pour dire, c'est un
habile Homme,un galant Homme.
Ainsi par tout cù il y a quelquepolice
ou quelque especede
Gouvernement,il ya de l'air du
monde & de la véritable politesse.
Où il ya des Roys & des
1 Souverains, on y trouve des
Courtisans & desMinistres, qui
ne manquent ny d'adresse ny de
galanterie. Maisje doute si dans
lesRépubliques, cet air& cette
politesse se rencontrent au mesme
degré,&siRome& Athènes
ont esté aussi polies & aussi galantes
fous les Consuls & les
Aréopages, que fous les Roys
& lesEmpereurs; fous Solom
& Brutus, que fous César &
Alexandre.
Les Grecs ontestéextrémement
polis. Cependant sinous
en croyons Mde Balzac,les Romains
les surpasserent en politesse,
&laisserentleur Atticisme
bien loin derriere leur Urbanité.
C'estainsi que parle cet Autheur;
& cette politesse passa
du Sénat aux Ordres inférieurs,
& mesme jusqu'au Peuple.
Mais pour ne point faire d'injustice
aux Grecs, il dit dans un
autre endroit, qu'ils furent plus
polis & plus adroits à la Course
litàla Lute; &les Romains plus
propres au Commandement, &
plus entendus dans la Guerre.
Le grand air a plus esté de leur
caractere, soit que l'on examine
leur esprit & leur personnes.
Comme ils estoient grands en
tout, leur civilité n'avoir pas
moins de grandeur que de politesse.
Toutes leurs actions
avoient de la majesté. Tous
leurs sentimens estoient nobles
& relevez. Ils estoient accoutumez
à la veuë des grandes
choses. Ce n'estoient que triomphes
dans Rome, que Peuples
soûmis, que Roys vaincus &
traînez en Esclaves. Tout cela
les rendoit fiers,mais d'une fierté
modeste & polie, qui faisoit voir
leur Íàgelfe aussi grande que leur
courage. Qui doute que nos
François avec cette politessequi
leurest si naturelle, ne sefassent
pas un caractere de grandeur &
d'élévation, fous un Roy si
grand, & qui fait de si grandes
choses; fous un Regne aussi flonflant,
de aussiglorieux que le
sien?
On confond mal-à-propos,
ceme semble, ce grand air avec
l'air de qualité. Il y a de grands
Seigneurs qui font bien les honneurs
de leur naissance & de
leur personne, & qui ne peuvent*
attraper cet air& cette politesse
dont nous parlons. On en juge
mal à la Ville & dans la Province,
mais à la Cour on en sçait
faire lediscernement,&l'on n'y
pourroit souffrir cette Comtesse,
qui dans un Bal,voyant
dancer sa Fille de méchante
grace, luy crioit sans cesse Prenez,
donc, ma Fille, cet air de
qualité. Cette 'aff.?él:ation est
ridicule. Il faut que cet air soit
tout dans la Personne, c'est à
dire qu'il soit naturel. Un Berger
bien fait, peut avoir ce grand
air, & un grand Prince l'aura
souvent fort bas & fort médiocre.
On sçait l'Histoire de Philopémen
sur ce sujet, & combien
son peu de mine luy attira
de mépris malgré ses belles qualitez;
& quelque foin qu'il prist,
auraportdePlutarque, d'estre
armé &monté à l'avantage.
Alexandre, pour qui j'ay presque
autant de passion que cette
Femme de la Comédie des Visionnaires;
cet Aléxandre,dis-je
tout grand qu'il estoit du costé
de sonespri,de son courage,&
de sa fortune, n'avoir point ce
grand air; & lors que je le regarde
aupres de César, il faut
quej'avoue que ce n'estoit qu'un
petit Cavalier.Je sçay que Quinte-
Curse dit, qu'on ne pouvoit
l'envisager sans respect & sans
crainte; mais ce n'cft pas là ce
quej'appelle le grand air. Cette
qualité,ou plutost ceje-ne-fçayquoy,
cause feulement de l'admiration
& de l'estime. Il n'a
rien de terrible, son éclat est
doux & moderé, & bien plus
propre à se faire aimer, qu'à se
faire craindre. Ce grand air qui
accompagne par tout la Personne
qui en est revestuë, paroist
avec plusd'éclat en de certaines
occasions, à la Guerre,
dans les Assemblées. C'est là
où il brille avec majesté. C'est là
qu'il est necessaire, & qu'il rehausse
avantageusement la personne
du Prince. Pour estre un
Homme du grand air, il faut
estre un grandHomme, un
grand Génie. Un petit Homme,
unEsprit doux, est incapablede
ce caractere. Quand je dis un
Esprit doux, j'entens un Autheur,
un Blondin de Ruelle.
Maisquand jedis un grand
Homme, je n'entens pas un
Capitan, un Matamore. Tous
les Héros ne sont pas de belle
taiIle.- Si cela estoit, les Allemans
remporteraient en cette
rencontre sur tous- les autres
Peuples. Le grand air est donc,
selon i-nov,,àl'égard du Corps,
une belle & juste disposition de
toutes ses parties, qui consiste
dans le port & le geste de la Personne
; & àl'égard de l'Esprit
c'est une maniere noble & relevée
de penser & de dire les choses,
qui paroist dans les sentimens
& dans le discours; & pour
ce qui est de la politesse qu'on
joint si à propos dans cette Question,
c'est i*adouciuemenc fcc la
perfection de tous les deux; je
veux dire d'un Corps & d'un
Esprit bien fait," car sans elle il
en résulte un éclat difficile à
suporter, & qui blesse la veuë.
On sçait combien font incom.
modes & fatigans ces Gens du
grand air qui n'ont point de poiiceile,
& qui cherchent plutost
à éblouir qu'à plaire.
Les Provinciaux font consister
ce grand air dans la pompe
& la n(h{fe des Habits, dans
la majesté & le grand tourdu
stile, &par là ils se rendent ridicules
dans leurs habilkmens &
dans leurs conversations. Il est
vray que l'art de se bien mettre
& de bien dire les choses, donne
& inspire ce grand air; mais
c'est ce grand air qui fait paroître
les Habits & les paroles. Il donne du relief aux plus petites
choses, &sans luy avec les
plus beaux Habits & les plus
grands mots, on fut une fort
petitefigure, ou tout au plus un
personnage outré & ridicule;
mais peu de Gens s'y connoisfent.
On se laisse ébloüir à l'éclat
& au brillant des objets;
sans en examiner la juste valeur
mais on juge encor plus mal de
la politesse car ce n'est plus pas non ce grand ajustement dans
la Personne, cette grande exa- ctitude dans le discours, qui en sont le veritable caractere. De làvient cette fausse délicatesse
de Province, qui pense si mal de
tout, qui setient toûjours sur ses
gardes, & qui croit qu'il n'y a de que dans,
la propreté des Habits, dans le
stile fleury
,
d'estre bien mis,&
de sçavoir bien dire, d'avoir toujours
le Peigne & la Tabatière
à lamain. Ilyadesnégligences
quisont extrêmement polies, &
on peut dire que le secret d'estre
negligé bien à propos, soit dans;
sa personne, foit dans ses paroles,
est laveritable politesse. Et en
:eff.:t) les Italiens appellent ces
negligences de grands artifices;
.nlais c'est à la Cour, & non pas
dans la Province,qu'il faut chercher
cesecret. S'il y a icy quelque
politesse, &quelque peu de
cet air du monde, c'est là qu'on
en a le veritable usage.
Ce qu'on nomme aujourd'huy
air du monde &politesse, s'appelloit
autrefois avoir bon air,
faire les choses du bel air. Mais
Monsieur de laRoch.'foueaut,
en donne une définition plus
étenduë. Il dit que c'est une symétrie
dont onnesçait point
les regles
; un raport
secret
des
traits ensemble, & des traits
avec les couleurs, & avec l'air
de la Personne, & ce raport bon
ou mauvais, est ce qui fait que
les Personnes plaisent ou déplaisent.
Mademeiselle de Scudery
dit que c'est un Esprit naturel
qui fait que l'on est habile &
agreable. Mais-n'estce pas tomber
dans une autre Question?
car qu'estce que cet Esprit naturel?
Est ce cette heureuse
naissànce dont on parle tant?
ce gaudeant benenati desAnciens
,
Est-ce estre né coëffé? Ce feroic
toutcela, si avec l'art de plaire,
on avoit celuy d'estre heureux.
Mais trop de Gens heureux déplaisent,&
trop de Gens plaisent
qui font miserables.Qu'on en
die ce qu'on voudra, ces choses
ne rendent pas plus heureux; au
contraire je tiens que plus on
estpoly Se qu'on a de cet air du
monde, plus la miserce est dure &
insuportable, ence qu'on pa-
Iroill: moins à plaindre. Quelques-
autres ont dit que c'estla
science de laconversation, & le
dondeplaire dans les Compagnies
; mais je dirois encor de
plaire en quelque lieu qu'on se
rencontre, car un Homme bien
fait doit plaire par tour, & les
grandesAssembléès & les occasions
d'y paroître, sont rares.
L'Autheur des Converations
quejeciteray souvent ( carjene
puis prendre un meilleur Guide
sur cette matiere;) cet illustre - Chevalier dit que le bon air est
une agreable expression de l'action,
qui consiste à bien dire&
à bien faire ce que l'on dit & ce
que l'on fait. Il dlflre de l'agrément.
Celuy-cy est plus flateur
& plus infirmant IL va droit au
coeur, mais par une route secrete.
Celuy-là est plus de montre,
il est plus concerté & plus
dans l'ordre Enfin l'un charme,
l'autre se fait aimer. Mais ne
feroit-ce point encor une certaine
douceur & facilité de
moeurs qui s'accommode à tout
sans esclavage? qui n'aprouve
rien sans choix, & qui ne defaprouve
rien par dégoût? Ne
seroit-ce point enfin une maniere
agreable de se communiquer,
qui se prend de ceux qui l'ont,
&quilapratiquent? Carcetair
& cette politesse sont moins
pour nous que pour les autres,
& l'on ne s'en mettroit guère -
en peine, s'il n'y avoir ny grand
monde,ny Gens polis. Mais
Monsieur de Balzac en donne
une définition trop belle pour
l'oublier icy. Il dit que c'est un
certain éclat, & une certaine
lumiere qu'une heureuse naissance
répand sur le vi(-Q,c des
Hommes, & qui corr ge les de-
'sauts de la Nature avec avantage.
Elle rend beaux les plus
*laidsj & si elle n'attire pas dans
tous le respect & la vénération,
elle-leuracquiert du moins la
bienveillance &l'estimede ceux ,qui les voyent. Ce caractere,
adjoûte-t-il, ne se peut cacher,
& il fait toujours reconroitre
ceux qui le portent, parce que
rien n'est capable de l'effacer ny
de l'obscurcir. Tel parut Enée
lors qu'il aborda Didon.
Enée estoit brillant d'une vive clarté,
D'un Dieu plus que d'un Homme il
Avoit la beauté.
Et cette Reyne voulant exprimer
sa bonne mine, dit à sa
Soeur.
O ma Soeur, cjuEnée a de charmes,
Lorsqu'ilparoist dessousles armes! - Pour moy, je le voy danssesyeux,
Si mafoy ne me trompe, il etfforty des
Dieux. -
Virgile parle encor de la forte
en faveur du beau Sexe,lors qu'il
fait lePortrait d'Iris fous la figure
de Beroé.
L'Epouse de Doricle est modeste &
charmante,
Mais remarquez, biensa beauté
Queses yeux qontbrillans!qui'lsont
-
depureté'
J~OMhaleine est douce, &sa voix
ra'lliJfanter
Etque lors 'luelle'march'eJ elle a de -
malefté!
Quand Didon entre dans le
Temple, le Poëte ne se contentepas
delacomparer à Diane,
il adjoûte qu'elle surpasse
toutes les Déesses.
Proyèz.-,Vous Didon qui s'avancé,
TelleDianeavecsesNymphes danèi,
Mais cette Reyne a bien plus de
beauteiL,
Elle efface enmarchattoutes lesDettes
Etlors que Vénus quitte-Enée.
a qui elle s'estoit apparue fous
uneautre figure, il dit que son
air & sa démarche luy firent
connoistre la Déesse.
Quoyqu'à lefuir Vénuss'empresse,
du marcherseulement il connut la
Déesse.
J'ay emprunté tous ces Portraits
de Virgile, parce qu'on
ne peut tirer que de bonnes Copies
d'un si excellent Original.
Il y a des Gens à qui cetair &
cette politesse font si naturels,
qu'ils semblentestre nez pour la
Cour & le grand monde. Ce
sontdeces belles Ames à qui la
Nature donne de beaux corps
& de nobles inclinations; & lors
que la fortune leur est favorable,
elles font capables de toutes
choies. Cela se remarque
chez de certains Peuples & dans
quelques unes de nos Provinces,
où le vulgaire mesme est naturellement
civil & poly. Les remîmes
font plus susceptibles de
cet air du monde que les Hommes.
Elles seconnoissent mieux
en politesse & en galanterie, elles
rafinent sur ce sujet, & elles
nous en fontleçon. La Nature
leur a donné cetavantage. Elles
s'attachent à plaire dés leur ensance
, comme à la feule chose
qui peut les rendre recommandables,
& leur donne quelque
mérite au dessus des Hommes.
Quoy qu'il en soit, on ne peut
estreny poly, ny galant,sansle
commerce des Femmes. On
peut estre juste, sage & docte
sans elles, avoir du courage, de
l'honneur & de la probité; mais
ce sont elles qui inspirentla dou-
.GCUr, la civilité, la complaisance,
la délicatesse, le bon goût,
& enfin tout ce qui peut faire
un honneste Homme. Et la raiion
de cela, c'est qu'on agit
plus rondement avec les Hommes.
On amoins d'égard les uns
pour les autres; mais cerespect
que la coûtume a introduit pour
le beau Sexe, fait qu'on observe
bien plus de formalitez avec les
Femmes. Les Hommessonttoûjours
rupres d'elles dans une certaine
bienséance, qui est le véri- tablecaracteredela politesse &
de la galanterie. Je çay bon gré
à M Costard,d'avoir fait une
Déesse de cette derniere. Puis
que les Femmes nous rendent
galands,necragnons pas de C'lcrisser
à cette Divinité pour
nous la rendre favorable. Le
culte n'en est pas dangereux,&
on peut la servir sans idolâtrie.
L'Amour que l'on appréhende
tant, en est plus éloigné qu'on
ne pense. Ce qui le trouve le
moins dans la galanterie, c'est
de l'amour, dit l'Autheur des
Refléxions.Maisàtouthazard
un peu d'amour est necessaire
pour faire un galant Homme,
& il n'y a personne qui ne le
veuille bienestreà ce prix.
Vousappellez, à tort le beau Sexe trompeur,
On neperd jamais rien pouraimer une
Belle;
Quellefoitrigoureuse, inconstante,
infidelle,
Consolez, vous de ce malheur,
Sivousavez,apprisa>la're,
Cen'estas unegrande affaire,
Quepour estre bienfait, il en consteson
'oe/l,r.
Ce que dans le monde on appelle
un honneste Homme, dit
Madame deVildieu, fait gloire
d'estre galant,&favorisé desDames.
Ellessçavent l'art de plaire
& de se faire aimer, mais elles
veulent qu'on plaise, & qu'on
se rende aimable.Tout le secret
est de bien chowr, & de
tomberen bonne main. Je plains
unjeune Homme qui s'attache
aupres d'une Femme sansesprit
&. sans mérite;il est toujours
mal recompensé de son temps &
de sa peine. Mais d'autre cofté"
les Femmesspirituelles & sçavantes
font rarement propres à
la belle galanterie. Leur cara-
<£terc est trop romanesque; ce
qui me fait croire que celles qui
n'ontqu'un esprit naturel avec
un grand usage du monde, &
quifont également éloignées de
la coqueterie& de l'air prétieux,
-
font plus capables de faire un
galant Homme.
Quoy que les belles Personnes
ayentplusdedisposition que les
autres pour l'air du monde &
la veritable politesse, il y en a
qui n'ont aucun air
,
& souvent
de médiocres Beautez ont en
cela degrands avantages. C'est
que l'esprity contribuë
,
& je
ne sçay quel agrément naturel
qui ne résulte pas de la beaute,
mais de la symetrie du corps,
& du tempérament de la personne.
J'lty connu une Femme
qui estoit en tout d'un mérite
fort mediocre; neantmoins par
habitude ou autrement, elle
avoit un certain air quila fit regarder
dans le monde, &insensiblement
elle s'acquit la réputation
d'estre une Femme bien
faire ; & tout cela consistoit à
placer ses bras, & a avancer sa
gorge d'une certaine maniere,
& à dire les choses d'un ton mignon
& radoucy. Elle sçavoit
cinq ou ux Complimens avec
autant de petites raisons, qu'-
elle appliquaitàtout, &: qu'elle
ne craignoit point d'uleràforce
de s'en servir. Ceux qui ne la
voyoient qu'en passant, en estoient
charmez
; mais ceux qui
la voyoient souvent, ne pouvoient
comprendre eu estoit le
- charme, car cet air du monde
n'est souvent qu'une certaine
routine où l'on ne trouve aucun
fond
fond d'esprit &. de mérite. Il y
a mesme tant de foiblesse & de
badinerie, que je nem'étonne
pas si les Gens bien sensez se
récrient si fortement là-dessus.
Une faussepolitesse & un air contraint
,
dégoûtent plus qu'un
air simple de des façons grofsiereres.
Icyon pardonne à la
Nature sans art, & là on ne
peut pardonne à l'art sans la
Nature,car il choque du moment
qu'il est visible. Cet air
affecté est le mesme que l'air
prétieux, dont il y a de si bonnes
Copies dans les Prétieuses
Ridicules,Se dans le Misantrope
de Moliere. Ce font des Marquis
dont tout le mérite est dans
leurs Perruques & dans leurs
Canons.
-
Ils sçavent le bel air
des choses, & comme Gens de
qualité ils sçaventtout sans avoir
rien appris, dit Mascarille.
Cette affectation gaste fort
les jeunes Gens qui sont peu
de temps à la Cour. Ils y prennent
de faux airs, & desfaçons
de parler par où on lesconnoist
toute leurvie. Il n'y arienqu'on
doive pluséviter que lesmots
nouveaux,&même quelques uns
quisont en usage, mais quiont
quelque choie de trop fltiolilier.
Cela sent l'Enseigne, & fait rf..
connoistre les Gens. Maisil yen
a qui croyent qu'on ne paroist
dans laconversation que par ce
moyen. Cobiencemot, à l'heure
qu'il est, a-t-il fait de bruit dans la
Province?ONkefouroit
tout, & on en revenoit toujours
à l'heure qu'il est. Il vint il y a
quelque temps en Normandie,
une Dame que son mérite &
toute sa vie qu'ellepasse à la
Cour,rendent fort recommandable.
Un jour on luy proposa
unePartie d'Hombre,& elle répondit
pour s'en défendre, qu'-
elle n'aimoit point ceJeu, parce
qu'elle estoit déjà trop colet
monté, voulant dire qu'elle estoit
trop vieille. Ce mot fut recueillysoigneusement
du petit
nombre choisy qui avoit l'honneur
de l'approcher ; & depuis
ce temps-là,onn'entendit plus
que Colet monté. On l'appliquoit
à tout sans raison, & sans
savoir ce qu'il vouloit dire.
Enfin lors qu'il vient quelque
grand Seigneur en Province.
c'est àqui prendra ses manières,
mais ceux qui ont du bon sens,
&, l'esprit solide, se prennent
garde de pareilles afectations,
& ne s'entestent pas d'un air
quiest dangereux pour les Provinciaux.
On peut estre un honnefte
Homme, un Homme bien
fait, sans estre un Homme de
Cour; & ce seroit grand pitié.
si tous les Provinciaux devenoient
Courtisans. Qu'ils lisent
l'H(Jnnejle Homme deFaret, ou
le Parfait Courtisan du Coulet
Castiliogue,pour y apprendre
à estre civils & honnestes, mais
non pas je-nescay -quelle maniere)
& quelle rauile galanterie
, qui n'est bonne qu'à les
rendre ridicules. Parce qu'on
leur a dit que les Gens de Cour
& du grand monde ne font point
façonniers, ils font libres & familiers
jusques à l'impertinence
& à la malhonnesteté. Leshonnettes
Gens du Siecle passé es,
toient esclaves de leurs cerémonies;
mais ceux d'aujourd'huy
le pourroient bien devenir, par
la familiarité de ceux qui les
imitent. La contrainte d'autrefois
estoit insuportable, mais on
commence à éprouver que la
liberté d'aprésent est bien incommode
; car pour deux ou
trois qui en usent bien, il s'en
trouve vingt qui en usent mal.
De plus, cette liberté que nous
chérissons toujours, n'est-elle
point captive lors que nous nous
soûmettons si volontiers au ca,
price de ces Esprits familiers,
J'appelle ainsi ces jeunes Etourdis,
qui prétextent leur emportement
d'une honnestefamiliarité.
N'en sommes-nous point
esclaves, lors que noussouffrons
avec tant de patience, qu'ils nous
déclarent leurs sentimens &
leurs inclinations; & ne vaudroit-
il pas mieux essuyer cinquante
Complimens de Nervese,
que l'Inpromptu de quelque
fou de Marquis? Mais revenons
de cette petite digression
qui n'estpeut-estre pas hors du
fujer.
Cet air du monde & cette politesse
change comme toutes les
autres choses. On l'étudie plusieurs
années, & on n'a pas le
temps d'en profiter. Les Polis
du Siècle passé fèroient grossiers
lx. à la vieille mode dans celuycy.
Chaque Regne, chaque
Cour, a son air, sa politesse, sa
galanterie. Les vieux Courtisans
ne sont pas moins distinguez
par leurs façons, que par leurs
habits;& les jeunes en changent
tous les jours. Combien demodes
nouvelles, de figures & de
postures dans le geste, dans les
habillemens, dans la démarche,
& dans toute la Personne de
ceux qui se piquent d'avoir ces
qualitez, & qui prennent de
grands airs, comme ils parlent!
Un galant Homme disoitunjour
surcesujet, queles Suivantesde
sa Femme prenoient tous les
ans ses vieilles grâces. Il appel- iioi-cainnrcrsagremensnouveaux
quichangent sans ce de à la
Cour, & qui font la plus grande
occupation des Cavaliers & des
Dames. Mais ce quiest admirable,
cet air est si délicat & si
subtil, qu'il se dissipe & se corrompt
dans la Province, pour
peu qu'on y séjourne. Bien plus,
il y en a qui le perdent en changeant
d'Habit. Il n'en est pas
tout-à-fait ainsi de la politesse.
Comme elle est plus fondée sur
les mcolirs, & qu'elle rende principalement
dans l'esprit, elle
demeure toujours en ceux qui
l'ont naturellelnent, ou qui en
ont fait une habitude. Ce n'est
pas qu'il n'y arrive du changefilent)
car enfin, les Peuples les
plus polis, deviennent dans la
fuite des temps, rudes & barbares.
Il s'en faut bien que les
Grecs d'aujourd'huy & les Italiens
ne possedentl'ancienne
politesse d'Athenes, & l'Urbanité
de Rome. Ainsi un vieux
Courtisan devroit se consoler de
n'estre pluspoly. La qualité de
galant Homme, dit le Maréchal
de Clérambaut, passe comme
une Fleur, ou comme un Songe.
On est quinze ou vingt ans à le
devenir, & tout d'un coup ce
galant Homme est le rebut& le
mépris de ceux-mesme qui l'admiroientauparavant.
Mais c'est
un des entestemens de la Cour
d'estre toujours galanc;Sec'en:
pourquoy l'on y veut paroistre.
toujours jeune.
Les Gens deCour conserventl'air
du monde jusqu'au Tombeau
, ou du moins l'esprit du
monde;car il ne leur en demeure
que l'inclination apres que
l'âge & les affaires les en ont
éloignez. Je connois une Marquise,
à qui une vieillesse de quatre-
vingts ans, & un long féjour
à la Campagne, n'ont pû
faire perdre la curiosité de la
Mode Se dés Nouvelles. Elle
s'habille encor comme uneFille
de quinze ans, & se fait lire la
Gazette regulierement toutes
les semaines. C'estun Original
dans sa Province, &on la regarde
comme un Trésor de la vieille
Cour. Cependant il faut avoüer
qu'on peut conserver l'air du
monde & la véritable politesse
malgré le cours des années, Se
le séjour de la Province, quand
ona uneheureusenaissance, l'es.
prit droit &. juste, qu'on a commencé
de jeune âge à paroistre
dans le monde, qu'on s'est formé
sur de bons modelles, &que
le bon sens & le jugement reglent
nôtre conduite. Lors qu'un
Homme& une Femme de Cour
font faits de la forte, c'est un
grand charme que leur personne
& leur conversation.C'est
là qu'on trouve cette justesse de
pensées & d'expressions, cette
noblessede sentimens, cette penétration
d'esprit, ce juste discernement
, ce tour fin & délicat,
cette maniere aisée de dire
les choses, cette plaisanterie
spirituelle, cette fine raillerie;
enfin dans toute la personne un
air, & un je-ne-sçay-quoy qui
ravit & qui gagne tous les coeurs..
Maisil faut pour cela que la Nature
forme un Homme avec
foin, & que les belles Lettres&
le grand monde lepolissent
; car
ce n'est pas allez de plaire lors
qu'on nous voir, il faut encor
quenouslaissions le desir de nous;
revoir, 6cle regret de ne nous
voir plus,&toutcela ne se peut
sans un grandfond d'esprit &
de mérite. Les vrais agrémens,
dit Mrle Chevalier de Meré, ne
viennent pas d'unesimple super.
ficie, ou d'une legere apparence.„
L'esprit sans-doute est ce qui
touche le plus, & quelque avantage
que l'on ait de la Nature,-
on n'a point cette liberté, ce
brillant & cet enjouëment qui
plaisent tant dans le grand mondé
; car estre libre & enjoué
sans esprit, c'est estre brutal &
ridicule. Si tant debelles Personnes
ne touchent point &
n'ont point d'air, c'estqu'elles
n'ont point d'esprit; mais ceux
qui en ont, ne manquent jamais
de plaire, quelques laids qu'ils
puissent estre. La Nature donne
de la beauté; l'esprit, de l'agrément.
C'est le premier mobile
de toutes choses, & le principal
ressort de toute la machine ; car
dans une Personne bien faite, ce
n'est ny la taille, ny l'éclat du
teint, ny le brillant des yeux
qui nous enchante; c'est l'esprit
qui le fèjrt de tout cela commeil
faut, & qui luy donne le prix qui
nous le fait estimer. Sans luy,
dit un ancien Poëte, les yeux
sont aveugles, les oreilles fourdes,
les bras paralytiques; mais
lors qu'un Homme a de l'esprit,
les moindres mouvemens de son
corps ont quelque vertu qui le
fait aimer, tout ce qu'il fait charnle)
il y a plaisir à le voir & à
l'entendre. Le Maréchal de
Clérambautest si persuadé que
l'air du monde ne dépend pas
tout-à-faitdes avanrages du
corps, qu'il assure qu'un Hommecontrefait
a souvent meilleure
grace, qu'un Homme fait à
peindre; &: il conclud que ce
n'est pas assez que ces beaux dehors
pour estre agréable, mais
que le plusimportant consiste à
donner l'ordre dans sa teste &
dans son coeur, & qu'on n'estjamais
un galant Homme sans avoir
un bon coeur, ou bien de
l'esprit.
II semble donc que ceux qui
en ont beaucoup, doivent avoir
cette politesse & cet air du monde
plutost que les autres. Je ne
dis pas les Sçavans, car l'air d'un
Docteur est bien diférent de
celuy d'un Homme de Cour,
mais je parleicy de ce qu'on appelle
bel esprit ; & en effet, ceux
qui en ont, font toûjours fort
sgreables
,
& les plus beaux
Hommes sont fades & dégoûtans
quand ils en manquent.
Neantmoinsl'esprit seul ne fait
pas cela, & il est aisé de le remarquer
en des Personnes qui en
ont peu, & qui ne laissent pas
d'avoir bon air, & d'estre fort
polis. Lesagrémens du visage
&dela taille, l'em portentsouvent
surl'esprit ; & comme on
en est prévenu,on ne donne qu'à
la superficie &àl'apparence; &
c'est ce que veut direMrle Duc
de la Rochefoucautque la bonne
grace estau corps, ce que le
bon sens est à l'esprit. Mais il
faut avoüer que si ces Gens-là
n'ont pas foncièrement de l'esprit,
ils ontje ne sçay quelle teinture
des belles Lettres, & un
grand usage du monde, en quoy
cosistent presque toutes ceschoses.
Mais de plus, il y a des Gens
qui n'ont de l'esprit& du mérite
que pour déplaire, car bien souvent
ce n'est pas la chose qui
déplaift, mais l'air dont on la
fait, & on est d'autant pluschagrinque
la chose est belle, &
qu'on la gaste en la faisant mal,
La trop grande confiance qu'oJi
aen son mérite, rabaisse les plus
nobles actions. Onestbien aise
de voir un Homme ou une Femme
qui charme
5
mais on est
choqué déslors qu'ils affectent
de nous plaire, & qu'ilsnousforcent
à les admirer. On pourroit
leur- demander avec Mr le
Chevalier deMeré, quel avantage
ilstirent d'avoir de l'esprit,
puis qu'ils ne s'en fervent pas
pour sefaire aimer ;carensin cet
air du monde & cette politesse
ne servent qu'à cela, & ce n'est
que pour cettefin qu'on les étudie,
& qu'ons'y rend habile.
Ce qui me fait parler de la sorte,,
c'est que cen'est pas assez d'avoir
de l'esprit,il faut estre:
encor extrêmement honneste
Homme, &: poursuivre toujours
l'idéeque cet illustre Chevalier
m'a fait concevoir. Quoy qu';.11'
sçache parfaitement toutes ces
choses, & que l'on y soit occupé
toute sa vie, on ne le doitjamais
faire remarquer ny dans son entretien
, ny dans ses manieres.
La politesseàl'égardde l'esprit,
consiste, dit l'Autheur des Refléxions
,
à penser des choses:
honncestes&delicates ;& il y a
une éloquence,ajoûte-t'il, dans
les yeux & dansl'air de la Personn
,qui ne persuade pas moins
que la parole. Les beaux Esprits.
y devroient estre de grands Maîtres,
neantmoinsils en connoisfent
peu l'usage.. Ces fortes de
choses font du grand Monde &
de la Ruelle, &non de l'Ecole
.&. du Cabinet. Qui peut avoir.
cette étenduë d'esprit qui dépaise
les Gens, &; qui leur découvre
en toutes rencontres ce qui
leur est necessaire de faire & de
dire?
Je le dis avec peine; maisil est
certain que la politessedu Cabinet
n'est point la veritable politeflfe
, & qu'on n'a pas l'air du.
monde pour avoir bien de l'esprit..
A la verité, les S çavans&
les beaux Eiprirs, ont en cela de
grands avantages, mais ils ne
suffisent pas seuls. Ces Gens-là
s'attachent trop aux sentimens.
&aux paroles, àpenser juste, à
bien raisonner, à bien écrire
& ilfaut aller aux moeurs, aux
gestes, aux manieres qui dépendent
de l'usage du monde, ôCqui
en font le caractere le plus
essentiel. Lors qu'on veut appliquer
dans le grand Monde ce
que l'on a écrit, il s'en faut bien
qu'on ne foit ce que l'on croyoit
tehsetruer.slJeesparle mesme des Auplus
polis & les plus
galans. Un bon Ecrivain peut
bien faire des Portraits au naturel
de cette politesse, & attraper
dans ses Livres cet sir du monde
dont nous parlons. Il peut me£
ma aller au delà par la force de*
son imagination,& par la beauté
de son génie; mais lors qu'il
veut mettre ces choses en prati- -
que, il demeure court, & ses
Copies valent bien mieux que
l'Original. Ces maniérés aisées
& naturelles, cette douceur &
cet agrément qui procèdent de
la bonte des mceLirs,& des traits
du visage, ne s'apprennent guère
parl'etude&par la méditation.
II faut que la Nature les donne,
ou du moins ilfaut un longtemps
pCooumréledsieancquérir, estre un bony
&. jouer son Rôle
devant des Connoineurs,& non
pas derriere laToille,où l'on n'a
que foy pour Maistre & pour
Spéctateur. Les beaux Esprits
ne font pas Gens à se donner
tant de peines &en effet,si vous
en ostez un petit nombre, qui
par leur naissance ou par leur
éducation ont joint l'ulàge du
monde aux belles Lettres, il ya
peud'Autheurs qui ayenteu,je
ne dis pas feulement dans leurs
personnes,mais encor dans leurs
écrits, le grand air & la veritable
politesse.Avant Mrd'Ursé, nous
n'avons aucun Autheur François
qui ait excelé en ce genre ; mais c'estoit un Homme qui estoit
aussipoly & aussi galant dans
sa personne, que dans sa divine
Astrée. Les Autheurs de Poléxandre,
de Cléopatre, de Clélie,
de Cyrus, & de tantdebeaux
Romans qui ont paru de
nos jours,nous en ont donné de
parfaits modelles
;
mais comme
leurs idées estoient un peu trop
relevées, & audessus de l'usage
ordinaire, ilsne firent pas d'aussi
bons Ecoliers,.qu'ils avaient.
donné de bonnes Leçons. On
blâma ceux qui s'y attacherent.
& les grands Lecteurs de Romans
furent traitez de Prétieuxridicules.
On vouloir un air &
des manières plusaccommodées
à la portée des Hommes, qui.
fissent voir les Gens comme ilsfont,
& non pas comme il seroit
à souhaiter qu'ils fussent ; ce qui
fit douter que ces Autheurs eussent
le vericable air du monde,
puis qu'ils donnoient des Copies
dont onn'avoit jamais vû d'Ori-,
ginaux. Voiture & Sarazin nous
ont confirmez dans cette opinion
,
& furent si bons Maistres
en cela, qu'on se trouve encor
fort bien de les imiter aujourd'huy.
Cependant ce Voiture,,
tout poly & tout galantqu'il
estoit, du consentementmefinede
son plus grand ennemy Mr
de Girac,pour ne rien dire de
Madame de Saintot, qui le promettait
à deux belles Dames
tout-a-la-fois ; ce Voiture,disje,
n'avoit pas bon air, & avoir
quelque chose de niais dans le visage,
comme il le dit luy-même.
Il est doncvray qu'il faut avoir
une forte d'esprit que les Livres
&les Sçavansne donnent guère,.
& qu'on ne peut apprendre dans
leCabinet.. Ilfautavoirlegoût
fin & délicat,, pour remarquer
les vrais& les fauxagrémens.-
Il y en a toujoursquelques-uns
qui fontàla mode, & dont le
monde est prévenu.Ilsdépendent
souvent du caprice de ceux
qui en jugent ;mais dans cette
bizarrerie il ya toujours une certaine
proportion à laquelle on
revient, parce que sans elle on
ne peut plairej & pour plaire &
pourestreagréable,il faut avoir
un esprit plus doux&plus pliable5.
ble, sij'oseme servir dece mot,
que n'ont les Aurheurs & les
beaux Esprits. Adjoûtez à cela
un abord galant, une conversation
brillante, une complaisance
agreable & un peu flateuse,
un procedé hardy &modesse
tout ensemble;ce qui est
rare dans un bel Esprit. Il peut
avoir la connoissnce de ces
choses
; mais un galantHomme
qui les possede, s'en fert tout autrement.
Un bel Esprit a trop
desuffisance, un galantHomme
a trop de vanité. Un galant
Homme cherche trop à plaire,
un bel Esprit croit qu'il plaist
toujours : l'un est incapable du
bon sens & de la raison, parc.
qu'il s'attache trop à ses maximes.
Il n'y a rien de plus ridicule
qu'un bel Esprit hors de ses Livres.
Il n'y a rien de plus décontenancé
qu'un galant Homme
hors de la Cour & du grand
Monde., quand il n'a pas beau,
coup d'esprit & d'habileté; car
alors il ne étonne de rien, il
s'accommode à tout, il profite
de tout, & il est par tout ce qu'-
estoit Alcibiade.Maissans nous
arrester à faire icy un plus long
dérail de leurs défauts, disons
pour leur fairejustice, qu'un bel
Esprit qui est galantHomme,est
un composé du Monde & des
belles Lettres, de l'Ecole&. du
Cercle, du Cabinet & de la
Ruelle, C'est la pensée de Mr
de Vaugelas, quand il a dit que
dans la Galanterie il y entre du
je-ne-sçay-quoy, de la bonne
grâce, de l'air de la Cour, de
l'esprit, du jugement, de la civilité,
del'honnesteté, del'enjouement,
Sele tout sans contrainte,
sans affectation & sans
défaut. Apres cela demeurons
d'accord qu'un bel Esprit qui a
cesqualitez,l'emporte facilemét
sur tous nos Blondins, du moins
il gagne la plus faine & la meilleure
partie du beau Sexe, s'il n'a.
pas la plus jeune & la plus belle;
mais enfin si on aime mieux un
bel Esprit, un galant Homme
plaist davantage. On se gaste
pour vouloir estre un peu de l'un
& de l'autre. On devroit se tenir
dans les bornes que la Nature&
le Génie nous prescrivent. Si un bel Esprit n'a point de disposition
pour le monde, qu'il demeure
dans son Cabinet, qu'il
voye peu de Personnes, que des
Scavans comme luy
,
& qu'il ne
se rende point ridicule avec ion
bel esprit. Mais d'ailleurs qu'un
galant Homme qui eil forme
pour le monde, ne s'érige point
en Autheur, &: qu'il n'envie jamais
à un bel Esprit la gloire
d'un Sonnetou d'une belle Let.
tre. Il n'y arien de plus ridicule
que cette manie. Je voudrois
mesmequ'il se passait d'en juger,
sans semeslerde vouloir mieux
faire, qu'ilrenchérift sur l'honnefteté
& surlacourtoisîe, par
Fagrément desa personne, & par iadélicateiTedesonesprit. C'cii
de la forte qu'un galant Homme
fera de tous les temps,& toujours
à la mode; qu'il plaira par
tout, & que tout le monde &
plaira avec Iuy.
Apres cela je puis conclure que
chacun en Ci maniéré peut avoir
J'air du monde & la veritable
politesse, & qu'iln'y a point aujourd'huy
de caractere qui n'en
foit capable. Il ne faut donc pas
s'étonnerfila France cit la plus
polie de toutes les Nations, & si
cet air du monde & cette politesse
se répandent jusques dansles
Provinces. Avant le Règne
de François I. on ne sçavoit ce
que c'estoit. Les Hommes estoient
fiers & courageux, mais
rudes & grossiers. Les Femmes
estoient sàjes & prudes, mais
farouches & severes.Sous Henry
II.& Henry III. on commença
à estre poly. Les Hommes devinrent
galans, & les Femmes
galantes. Depuis nous avons
veu des Prétieux & des Prétieuses.
Mais la politesse de l'ancicnne
Cour estoit trop contrainte
& trop affectée. Le corps
estoit à la gesne par les Habillemens
& par les grimaces, &
l'esprit par les complimens&les
conventions. Toutes les manieres
estoient étudiées, tous les
ajustemens estoient artificiels.
On n'agissoit que par ressorts,&
par machines ; mais à present on
est propre sans peine, & l'on est
negligé sans estre mal-propre.
On dit peu de choses, mais justes).
on est civil sans embarras
9
enfin on est plus François que
jamais on ait esté, sans pourtant
avoir aucun des défauts qu'on
reproche ànostreNation. Mais
dequoy n'est-on pas capable
quand on est Sujet de Loüis LE
GRAND? C'est à luy qu'on est:
redevable de toutes ces choses.
Ilpossele dans un parfait degré
la veritable politesse; & ce grand
air qui accompagne toutes ses
actions, êcqui releve si avantageusement
sa Personne au deffi1s,
de tous les Roys du monde,luy
donne à luy. seul cette grandeur
& cette majesté, que tous les
autres Princes n'emportent quede
l'éclat de leur Sceptre & de
leur Couronne.
DE LA FEVRERIE.
le VOta envoyé quelques M'adrigparoupxqouséeejs'adyanresçmeauLsseuttrreldesuEnigmes
Juin.LeFeucftQitleMotdemlo'uisndee
vOus raille1.-V0tu,SeigneurMer*
Cliri?
Vit-on jamais telle avanture?
Et quilaprendraitpour un jeu?
'.Aupllufort de c'Etè nous voyons tout
le monde
Chercher de lafraîcheurdansl'Onde,
Ht vous nomapportez, du Feu.
L'AIMABLEHUBERT,de
laRuë de la Harpe.
v II. Voulez-vous expliquer l'Enigme
du Mercure,
Disoit Cloris à son Amant?
Elle meparoist trop obscure
Et je l'avouë ingenûment
Jenenviendronsàbout que difficittr
ment,
Le Drôle,sans resver découvrit le
mistere,
Et luy répondit,franchement
Un peu de Feuseroitbienvostre affaire,
L'on vous enaimeroit mafoy,plutendrement.
LE COMTE DE MONTAIGU,
,fê la Ruë Montmartre..
D III. Egrace, dites-nousunpeu,
Beau Messager,galatMercure,
Si cest par caprice, OHparJeu,
Ouparquelque triste avanture,
Qu'on vousentendfwvent dans v ostre
Enigme obscure,
Crier à haute voix, au Feu, Mejifeurs,
auFeu.
IV.RAULT, de Roüen. LOrs
que je m'approche de vous,
Mon coeurcharméde vos traits lesplus
doux,
Vousfait récit de mon partira,-
Mais helas! quinutilement
Mille &millesoûpirs mefontparaître
aimant,
Puis que vous vousraillez. de ce qu'Amour
minspire,
Etque le Feu cruel qui consume ce coeur
N'est chez, vousquunefaibleardeur.
DE L'ISLE D'ORIGNY
deTr-r- --- - oyes.
D V. Dans vostre Enigme on voit,
Mercure,
Un Feu qui n'est que lafigure
De celuy dont les beaux Esprits,
Sousvostre nom, par vostreadresse,
Eclairent les plussombres nuits,
Soit d'ignorance, ou detriftejfe.
LE CHEVALIER DE LA SANTÉ3,
Doct. M. de M. deChâlons
en Champagne.
vr. JEsçaymegarantir des ardeurs dtt
Soleil,
Mercure avcc son Feu veut en vain Pie
furjfrendre.
Parlesecoursd'unsecretsans pareil,
Du Foudre deFupin jepourrais me défendre.
Fe pourroisinsulter au Ciel, à tous les
Dieux,
En un mot je ne crainsque lefeli de vos
yeux;
Mais le moyen, Philis, tout doit s'y
rendre;
Pourpeu qu'en sente un coeur, ilest réduit
en cendre.
DAuBAnu;
v VII. --- _h - .- Ous voulez. que j'explique, adt*
rableCamile,
L'Enigme qu'en ce Mois vous voyez.
avoircours;
Et pour rendre la chose assurêe &facile
Resvez.-y, dites-vous,plutostcinq lUjix
jours.
Lelong temps nefait rien; quiïa-dessus
se fonde,
Loin d'aidersonesprit, nel'affoiblit
pas peu.
Je resverois en vain jufqua la fin du
monde,
Si commeaupres de vous d'abord je ne
prens Feu.
DROÛART DE ROCONVAL, - de la Porte S Antoine.
L VIII Enigme que Mercure a mise la
premiere,
Donnesans-douteplus de lien
Dimaginer un Mot, quenefait la derniere;
, Tout le mondey court comme auFeu.
BOURET,Présidentenl'Election
IXde Ma.nte & Meulan. JEsuis
au comble de mesVoeux,
Jetriomphe à prêsent d'une jalouse
Et tandis que mavie (envie;:
Par un cruel destin ne sera point
:.:.rJll'iJi,- - Pour monfidelleEpoux foenimeray
mes Feux.
LaJeuneEpouse triomphante,
--eie laRuëS.Denys.
v X. Ous croyez donc, Seigneur
Mercure,
Sousombre qu'on vous nomme une
Divinité,
Par tout à vostre volonté
Rompre les Loix de la Nature?
Mais malgré tout vostre pouvoir,-
Et quoyquevous tentiez, afin de nous
surprendre,
Le Feuse laisse toujours voir,
LeTonnerre toujoursentendra.
F. HA. DU MESNIL. dg
Chambrais en Normandie.
O XI. Vy, c'esttrop soupirerpourvous,
belle Inhumaine,
Puis que vous méprisez mon Feu;
Je me retire enfin
,
& pourfinir ma
peine,
AditUyPhlUs, adieu.
LEBLANCDEROQUEMOMT,
H XII. 2TcjHoy, belle Philis, toujours inéxorable
Aiux cris d'unAmant misérable Jeprofttrne à vosgenoux?
C'esttrop
,
divin Objet, l'exposer Ali
martire.
Modérez.larigueurd'unsi rude cwr*
roux,
Sivous nevoulez, quilexpire rIlrunsupliceAjfreux le pluscruelde
tous. Ilveutimplorervostre grace,
Ne luy refusezpas un regardde vts
yeux.
Mercure vient en Feu pourfondre
vostreglace,
fourrez-vousrésister à laforce des
Dieux?
L XIII. Autrejourpresd'Iris, etlngHif
sant & bléme,
Je meplaignais desa rigueur;
Mais bienlait»de touchersez cour,
Safroideur adjoûtoit à mon malheur
extré,me
Mille &millefusujets d'une justedouleur.
La Belle lisoit le Mercure,
Et vouloit expliquer les Enigmes du
Mois,
Lors que d'une tremblante voix
Je devinay par avanture.
Lapremiere, luy dis-je, estsans-doute
le Feu,
Mon coeur en ressent les atteintes.
Pourquoy, quand il voiu fait ses plaintes,
Nel'écoutez-vouspasunpeu?
LE JUVENAL NAISSANT,
de la Rue dela Harpe.
Q XIV. Voyque nomsoyons tous dans la
Saisonardente,
Jene m'en ressens quefort peu,
Et mon amesans toy neseroitpoint contente;
Mercure, j'ay besoin pour vivre, de
ton Feu.
L'ARCHITECTE rlJcité
Q XV. Vi voudra trouver cettefois
Les Enigmes du dernierMois,
Ne doitpas manquer de lumière;
Car l'autrejour,sans aucunfruit,
Tâchant de découvrir lesens de lapremiere
jWotu resvâmesdessus jufquace qu'il
fitnuit.
Mais loin de l'attraper, quoy que nous
pûssionsfaire,
Nom en approchâmessipeu,
Quenous ferions*encoraffavoir le
miflere,
Si Cm n'eustapporté du Feu.
LEJEUNE SOLITAIRE, de la
Ruëdes trois Cheminées
de Poitiers.
A OCVI. Llez,loind'icy, Scrupuleux,
Qui voulez, condamner les
Songes;
J'ay connu par un Resue heureux,
Qu'ilsn'estoientpastoûjours mtllsonges.
qAuuxilElneimgmeesndtu,AMlooi;ss rreejsvvaanntt tran-
Lé sommeilmafkrpris, parune
avanture
Qui m'a laisse remply d'étonnements
M'a découvert lesecret de Mercure,
En mefaisantvoir en dormant
Deux Feuxqui n'estoient qu'enpeinture.
LEPINE DE PLOERMEIJ
La Piccequisuitestde MrPerrin,
d'Aix en Provence, Fils du Secrétaire
du Roy de ce nom. J^ttey qu'il ,.
fn'ait encor que dix-huit aiis, voyez, l'on peut mieux raisonner sur la
matière qu'il traite.
Si le Mary doit estre aussigrand
MaistrequelaFemme. si l'on veut se dépoüiller de
tous les Préjugez, on reconnoiuraaisément
que le pouvoir
se doit étendre aussi loin
d ans la Femme , que dans le
Mary. Q-i'est-ce que le Mariage,
dit-on? C'est une Société soû-
¡nuë par une mcimepuilîance
en deux Personnes égales. Je dis
égale?»,- car si avant qu'onleseust
unies il yavoit diversité de condition
, le Sacrement qui confond
&, leurnaissance, & leur
bien
,
bannit toute diférence,&
introduitl'égalité. Le Mary ne
trouve point dans la Personne de
son Epouse une inférieure, ny
une esclave qu'il doive tenir dans
laservitude ; il y rencontre une.
compagne, une autre soy-mesme,
qui a autant de droit que luy
au commandement. Ce droit est
étably sur ce que l'amour, ou
pour mieux dire l'amitié conjugale,
les oblige à ne s'appliquer
qu'a mettre un ordredans les engagemens
de la Société, où ils
puissent trouver ce qu'on appelle
lesdouceurs de la vie;ils
ne peuvent goûter ces douceurs
oec dans une paix qui soit entretenuë
par l'union des volontez.
gQauradnédel'égalité de pouvoir est
dans le Mariage, l'on n'y
remarque que ce qui peut-con--
tribuer davantage à l'accroisse
ment de la satisfaction commu- ne.Comme on y vit de concert
dans une communication mutuelle
d'autorité, les diférences
de sentimens ysont réciproques,
chacune des parties consentàce
que l'autre résout; ce qui est au
gré del'Epouse,est approuvé de
l'Epoux;&iln'y a en eux qu'une
volonté, parce qu'il n'y a qu'un
coeur. On n'y voit point les sâcheux
effets de ladiscorde, les
contrarietez chagrines, les haines
secretes, ces malheurs qui
surviennent par tout oul'infériorité.
est reconnuë. Car en
effet,
JQuand un Maryseroitfidelle,
Quani il aurait un tendre amour.
Et qnîl donneroit chaque jour
Del'ardeurdesesfeuxquelque marque
nouvelle,-
&ilfaut qu'on le revere, ~&sisa passion
Exigeinjuflement de la foûinilîton,-
Sa Femmefera bien docile,
Si pour luy plaire abandonnant[et,
droits,
Ellefuitsans troubleses Loix,
Et le laiJft tranquille.
TRAITE'SUR L'ORIGINE .,
DE LAMEDECINEA
Medecine a estéde tout
temps, &partout, selon Je<
sentiment de Cornelius Gellus,
Liti.r. de Medic. Et les Peuples
les moinscivilisez, & les Nations
les plus barbares, secourus.
des feules lumieres de la raison,.
ont sçeu seservir des Remedes
& des Plantes que la Nature
leur fournissoit, pour conserver
leur, corps sans maladies & en
parfaite sanré La Médecine est
un dondeDieu,.ditAvicenne;
& nos Peres ensevelis dans les
erreurs du Paganisme, croyoient
que les Dieux avoient Iitièiré:
les Medecins pour guérir les maladies,
quiestoientun effetde
leur colere &: de leur indignation.
Honorez les Medecins, dit
l'Ecclésiastique,parcequeDieu,
qui est la source de la véritable
Medecine, les a créez pour fupléer
au besoin deses Créatures..
Honora Medicum propter necessitatem;
etenim creavit illrni altissimu-
1; à Deo enim estemnis medclar,
Ecclesiastici 38. Le Parriarche
Seth). qui inventa les Lettres
Hébraïques, & donna un nom àchaque Etoile, commedit Genébrard,
ayant esté un tres-habile
Medecin, on peut croire
avec raison qu'il eut quelque
connoissance de la Medecine,.
& qu'illa mit au rang des Sciences
& des Arts Libéraux, qui.
furent gravez de son temps sur
deux Colomnes, dont l'une ef-
•
eftoitd'airain,
pour résister à l'impétuosité
des vagues, del'autre,
de brique, pour resister à l'activité
du feu. Il est mesme probable
que son Fils ne fut appelle.
Enos, c'estàdire Homme, que.
par la connoissance de soy-mef.
me & du Corps humain
,
qui
fait une partie de la Medecine..
Quant au PatriarcheJacob, il
ne faut, pas douter qu'il, ne sust
habile dans cette Science, puis
qu'il le fit bienparoistre dans le
partage des Troupeaux avec son
Oncle Laban. Une Fille de Pharaon,
nomméeThermuta, fit
élever Moïse comme son propre
Enfant,,& luy fit apprendre toutes
les Sciences qui estoient
alors en vogue parmy les Egyptiens.
On luy enseigna fansdoute
la Medecine, puis qu'es- -
tant devenu grand, il donna des
. preuves si convaincantes, en
rendant douces les eauxameres
deMara;actiond'un veritable
- Medecin, selonlesentiment de
l'Ecclésiastique. Dieu, dit-il,
acréé tous les Remedes,& un
Homme prudent n'aura point
pour eux d'aversion, puis que
par le moyen d'un Baston les
eaux
eaux ameres sontdevenues douces.
Altissimus creavitde terramedicamenta,
&virprudens non ahhorrebit
illa. Nonne à ligno indulcata
eflaqltd amara rEell.33. L'Ar--
change Raphaël, comme son
nom le porte, (carRAPHA en
Hébreu veut dire Sanavit, &
EL, Deus. ) fit les fonctions d'un
Medecin, en rendant la veuë
au Pere du jeune Tobie, avec
le foye d'un Poisson qu'il avoir
fait garder tout exprés, parce
qu'il le croyoit necessaire pour
la guérison. Le plus fage des
Roys, qui écrivitjusques à trois
mille Paraboles & cinq mille
Odes, & compora plusieurs Livres
touchant la nature des Arbres
& des Cédres du Liban,
des Animaux, des Poissons, des
Oyseaux, &. des Plantes, qu'on
garda longtemps dans le Trésor
du Temple de Jérusalem
,
mais
qui furent enfin brûlez par ordredu
Roy Ezechias, afin d'ofter
tout sujetdesuperstition,
qui estoit le foible de la Nation
Juisve, selon le sentiment d'Apulée
; Salomon, dis-je, fut tresscavant
dans la Physique & dans
la Medecine. Il fit mesme bastir,
au raport de josephe, la Piscine
des Agneaux, de laquelle parle
?
S.J ean au Chap. 5.deson Evangile..
Une foule de Malades at-
,
tendoitavec impatience le mouvement
miraculeux de ces eaux
salutaires qu'un Ange remuoit
dans un certain temps, pour faire
connoistre l'arrivée du Médecin,
& pour avertir les Malades,,
dont le premier descendu après
le mouvement de l'eau, estoit
entièrement guéry, quelque
maladie qu'il eust. On connut
à la venue du Fils de Dieu ce
miracle, qui finit d'abord après
sa mort avec l'ancienne Loy.
Le Sauveur du Monde, le Souverain
Medecin du Corps & de
l'Ame, guérissoit tous les Malades
qu'on luyprétentoit, &
donna ce mL-f- pouvoir à ses
Disciples, qui suivirent l'exemple
de leur Maistre. S. Luc l'Evangelifte
fut Medecin, comme
dit S.Paul.Sahitat vos Ltices Me.
dicus; dilectus,Col. 4. Les Egypptiens
qui se vantenr d'estre les
Inventeurs des plus beaux Arts,
attribuent l'Invention dela Médecineà
leur Dieu, qu'ils appellent
Theut, ouThoon, lequel
nom ils donnent au premier
mois de leur année. Diodore
neantmoins assureque Mercure
Trismégiste, que quelques-uns
ne distinguent pasde Moïse, en
est l'Autheur, aussi-bien quede
l' Arithmétique, de l'Astrologie,
& de la maniéré d'interpréter,
qui luy fit donnerle nom d'Hermes.
Galien dit que l'Anatomie
fut premièrement en usàge parmy
les Egyptiens, parce qu'elle
estoit necessaire pour embaumer
les Corps, suivant la coûtume
du Païs. Les Grecs ont
crû qu'Apollon estoit l'A utheur
de la Medecine, & un Poëte
profane l'a fait parler ences termes.
Inventum Medicina meum
est,opterque per orbem, Discor.
Ov.i.Met. Macrobeen donne
la raison; parce que, dit-il, un
Soleil temperé dissipe toutes les
maladies- Jamblicus & Apol-
IoniusTyaneüs, soûtiennent que
c'ett à cause de l'Art de deviner,
d'où la Medecine a tiré son origine
à leur avis. Hippocrate
mesme semble lessavoriser, lors
qu'il dit que la Medecine &. l'Art
de deviner onteule mesme Dieu
pour Antheur. L'illustre Centaure
Chiron, Fils de Saturne &
de la Nymphe Phyllire, fut le
Medecin des Argonautes; &
Hercule l'ayant blessé d'un coup
de Fleche dont il mourur, il fut
d'abord mis au rang des Signes
celestes, oùil est l'Archer. Pelée
&Thétis luy donnèrent Achille
leur Enfant pour l'élever, & il
luy apprit à joüer du Luth, &
quelque peu de Medecine, qui
luy fit trouver une Herbe qu'on
appella de son nom, pour guérir
Télé-jhus au raport de Pline,
Liv. 25. Ch 5. Enfinilenseigna
l'Iifbu ueie à Hercule, & la
^'kdeen. à Esculape, qui n'y
trouv a pas fort son compte, car
il fut f pe de la Foudre, pour
avo r reiî! cité Tyndare, Hippoli
,
Glaucus, & Androgeos,
ou po ur les avoir gu éris de maladies
mortelles$ suivant le sentiment
de quelquesAutheurs.
Il estoit Fils d'Apollon & de
la Nymphe Coronis. Taritius
neantmoins, De fOuI. Vir assure
qu'il nâquit de Parens inconnus,
& qu'ayant cite exposé par des
Chasseurs, il fut nourry du lait
d'une Chienne. Il eut deux Ensans,
Machaon & Podalirius, qui
avec trente Navires suivirent
Agamemnon au Siege de Troye,
où il *, furent d'un fort grand secours
à leurs Compagnons,qu'ils
guérissoient de leurs blessures.
Homere nous représente dans
son IliadeLiv.4.Machaon, qui
secouru de la Science qu'il avoit
heritée de ses Peres,guérit le
Roy Menélaüs.Podalirius, que
la longueur de ses pieds fit a ppeller
ainsi, apres l'incendie de
Troye, se retira dans la Carie,
où il avoit esté nourry p.irtuy
les Chevres. Ce fut là qu'il guérit
la Fille du Roy Damethée,
qui estoit tombée du toit de sa
Maison. Le Royen récompense
de cette cure, luy donna cette
mesme Fille en mariage, avec
une Province, où il bastit deux
Villes,àl'une desquelles il donna
le nom de sa Femme Syrne. Il
établit une Ecole de Medecine
à Rhodes, où il enseigna luy,
mesme. La Medecine depuis ce
temps-là demeura cachée & inconnuë,
au raport de Pline, pendant
cinq cens ans, c'est à dire
jusques à la guerre du Péloponese,
qui arriva l'an 300. depuis
la fondation de Rome. Hippocrate,
alors Disciple de Démocrite,
natifde l'Isle de Cos, dédiée
à Esculape, fit revivre cette
Science si utile & si avantageuse
aux Hommes, & commença à
traiter les Malades dans le Lit,
au lieu que son Disciple Prodicus
ne guérissoit qu'avec des
Onguens& des Emplâtres. Diocles,
Praxagore, &, sonDisciple
Plistonicus, suivirent ces grands
Hommes Chrysippe Gnidien
vint en fuite, avec son Disciple
Erasistrate. Ils bouleverserent
route la Medecine, &: rejetterent
entierement la Saignée. Ce dernier
estoit né d'une Fille d'Ariftote,
& le Roy Ptolomée le
récompensade cent talens, pour
avoir guéry son Pere Antiochus.
Ce futluy qui découvrit l'amour
qu'Antiochus avoit pour saBelle
mere Stratonice; ce qui est cause
que Galien a demandé si nous
avons un pouls qui découvre nos
sentimens amoureux. Empédoclescependant,
DiscipledePythagore,
établit en Sicile la Secte
des Empyriques, qui n'apprennent
la Medecine que par expérience
& par routine. Apres qu'il
se fut précipité dans le Mont-
Gibel, Acron son DiscipleAgri.
gentin,aussi-bien que luy, suivit
son exemple. Herophilus en
fuite confondit & altéra extrémement
la Medecine; & son
Disciple Phyllinus voulant faire
voir les defauts de son Maistre,
semble les amoindrir par la
quantité des fautes qu'il a faites
en le reprennant. Asclépiade,
qui vivoit du temps de Pompée
le Grand, ne sçeut la Medecine
que par conjectures. Il fut néantmoins
fort estimé des Grands
Hommes de son temps. Il méprisa
les sollicitations du Roy
Mithridates, qui le prioit de
venir dans son Royaume. De
peur qu'on ne crûst qu'il n'avoit
pas pû se guérir soy-mesme, il
aima mieux mourir d'une chûte
en se précipitant d'une Echelle
en bas. Mithridates, ce fameux
Roy du Pont, qui parloit les
Langues de vingt-deux Nations
soûmises à son obeïssance, fut
fort adonné à laMedecine. Pompée
l'ayant vaincu, trouva la
Recepte du Mithridat dans son
Cabinet; mais il ne l'estima pas
beaucoup, parce que les Simples
dont il est composé sont en petit
nombre & fort vulgaires, comme
vous l'allez voir.
Antidotus vero multis Aiithridatlcd
fertur
Consociatamodis,sedMagnusscrinia
Regis
Cum raperet victor,vilem deprehendit
inillis
Synthesin, & vulgatasatis medicamina
risit,
Bis denumrut&folium,salis& breve
granum
Juglandesque duas, totidem cum corpors
ifcm.
Hlieoiente die, parco conspersa LJli'
Sumebat metuens, dederat qua pOCH/Atutor.
Attalus Roy de Pergame, qui
fit le Peuple Romain son Heritier
trois cens ans avant Auguste,
avoit quelque connoissance de la
Medecine & de la nature des
Plantes, au raport de Galien,
DeAnt. L.I.C.I. Thémifon Discipled'Alclépiede,
futl'Autheur
de la Secte métodique, que
Thessalus suivit en fuite fous
l'Empire de Néron avec une arrogance
si extravagante, qu'il fit
mettre sur son Tombeau quiest
dansla Voye Appie, cet orgueilleux
Epitaphe, Jatrwices,• ecft
à dire, Vainqueur des Medecins.
Niconfortversé dans la Geométrie,
& tres-habile Architecte,
fut le Pere de Galien qui
nâquitàPergame fous l'Empire
de Marc-Aurele. Il fut sisobre,
qu'il ne mangeany ne bûtjamais
tout son saoul. Ilne prenoit rien
de cru,d'où vient qu'il respira
toûjours une haleine douce &
odoriférente. Il mena une vie
paisible&tranquille, conformément
à son nom durant l'espace
de cent quaranteans ; car comme
il eut appris à l'âge de vingthuit
ans qu'il y avoit uneScience
qui enseignoit les moyens de
guérir les maladies, & de conserver
la fanté du corps, il s'y
addonna avec tant d'application,
qu'il futlereste de sesjours
exempt du moindre mal, excepté
d'une Fiévre quotidienne,
que tout Homme né d'une condition
libre peut éviter,commeil
ditluymesme. Dionracôteque
l'Empereur Adrien,quelque sçavant
qu'il fust dans la Medecine,
fit mettre sur son Tombeau:
Turba,medicorumperdidit Casarem.
II y eut de tres.sçavans Medecins
dans lequatriéme Siecle,
comme Aréteüs de Capadoce,
Oribasiusnatif de Sardes, premier
Médecin de Julien l'Apostat,
quela profondeur de sa
science fit passer pour une Divinité,
sinous en croyons Suidas;
Aléxandre Trallien de Lydie,
Paul Ægineta, & le Disciple
d'Eunomius Ætius, natif d'Antioche,
qui nioit l'existence d'un
Dieu. ConstantinIV. Empereur
de Constantinople, furnommé
Pogonat à cause de sa
barbe, fut tres-sçavant dans la
Medecine, dans la Rhétorique,
danslaPhilosophie & dans l'Agriculture.
Paul-Jove dans l'Eloge
des grands Hommes, rapporte
que Pierre Leon natif de
Spolette, & fort habile Astrologue,
fut le Medecin de Laurens
de Medicis; mais poussé de
desespoir de n'y avoir pas bien
réüssy, il se précipita dans un
Puits.
Archagatus Fils de Lyfanias,
fut le premier Medecin qui vint
à Rome, au rapport de Cassius
Hemina, l'an cinq cens trentecinq
de la fondation de la Ville,
sous le Consultat de M. Æmi.
lius &de L. Livius. On luy accorda
d'abord le droit de Bourgeofie,
avec un beau Logement,
qui fut acheté aux dépens du
Public dans le Carrefourd'Aci.
lius. Ce nouveau Venu fut d'abord
tres-bien receu de tout le
monde; mais on s'en dégoûta
bientost apres, d'autant plus que
quittant l'ancienne maniere de
traiter les Malades, il ne parloic
que de dissections, dislocations,
coupures, &de pareilles choses
dont le nom seulfaisoitpeuraux
Romains, qui aimoient mieux
voir répandre leur fang dans un
Champ de Bataille, que dans
la Boutique d'un Chirurgien,
Apres avoir esté donc régalé du
beau nom de Vulnerarius, ne
voulant point prescrire de bornes
à ses opérations cruelles, &
ne demandant que pia\es &
bosses, on luy ajouta celuyde
Carnifex.Depuis ce temps-là,
comme Pline l'a tres- bien remarqué
,les Romains eurent de
l'aversion pour la Medecine, &
pour les Medecins même.Caton
encor qu'il ne fust pas grand
amy des Medecins de son temps,
commeil s'en expliqua à son Fils
Marcus, avoit neantmoinsquelque
connoissance des Plantes &
des Remedes naturels, dont il ne
se servoit que pour sa Maison &
pour sesAmis intimes. Pompée
le Grand vint en suite, & fit traduire
en Latin par son affranchy
Lenée, les Livres de Medecine
qu'il avoir trouvez dans le Cabinet
du Roy du Pont. Il y eut
apres plusieurs illustres Medecins
à Rome, comme Ælius
Gallu, Chevalier Romain, &le
premier Conquérantde l'Arabie
heureuse;Cornelius Celsus, qui
nâquit environ trente ans apres la'n1flancedu Fils de Dieu; un
autreHi pocrate, Scnbonius
Largus, Marcellus, Q.Serenus
queSaint Jrôme & Macrobe
~letient, pwuravoi: esté le Précepteur
du jeune Gordien, Se
l'heritier d'une Bibliothéque de
viost- six mille Volumes.
Les Medecins Arabes, quelques
récens qu'ils soient, ont
neantmoins excellé en cette
Science.Ilsnecommencèrentde
paroistrequ'en 670. fous leRegne
de Muave, qui avoit choisi
pour le lieu de sa demeure Damas
Ville de Syrie, où abordoient
tous les beaux Esprits &
tous les sçavans Hommes de la
Nation;d'où ilspasserent en
Espagne avec leurs Souverains
vers leseptiéme Siécle. En740.
Avenzoar parur. C'est luy qui
renfermoit tous les Trésors de la
Medecine,comme dit Averroës.
Rhafes vint en 1080. & vécut
jusqu'àsix-vingts ans. Avicenne
&Averroës furent connus sur le
milieu de l'onziéme Siécle. Avicenne
fut le DiscipledeRhases
dans Alexandrie, d'où il vint à
Cordouë, a presavoir parcouru
toute l'Egypte. Enfin plusieurs
s'v font rendus ilhfires, comme
Sérapion, Isaac, Albategnius,
Albuchasis, Hali, & mesme le
Neveu du Roy de Damas, qui
fut appellél'Evangeliste des
Medecins, à causede son grand
crédit.
LA SELVE, de Nifmtle
le ne doutepoint, Madame, que
'U6UJ ne soyez, touchée des trtfiet
Stances que vous allez lire. Elles
sont de Mr de Templery, d'Aix en
Provence,qui les a faitessur la mort
- de Madame Catherine deVarysa
Femme, morte depuis peu dans ses
plus belles années. Elle estoit native
d'Avignon, & Fillede Mr Marc de
Varry, GentilhommeRamain,&des
j)luT~anciennes Familles d'Italie.
Apresqu'il se fut distinguédanssa
jeunessepar des Commandemens importans
dans les Armées duPape &
de la République de Vinifie,ilJe
trouva engagé en un celébre Duel
qui si fit de nuit aux Flambeaux
dans Rome, àla Place de Navonne,
&auquel ily eut trois Gentilshommes
Romains qui furent tuez. Ce
malheurl'obligea defuir en Avignon,
où s'estant marié, il n'eut
aucun autre Enfant que la Dame
dont la mort a donnélieu à ces Vers.
D'autres Ouvrages que vous avez
veus de M*deTemplerj3 vous ont
faitconnoistre la beauté de son génie.
Ce dernier a fait grand bruit en
Provence, &ilesttombé entre mes
mains. à l'insçeudesonAutheur.
LES LARMES
DE DAPINIS,
SUR LA MORT
DE SYLVIE
SON EPOUSE.
SEjourduSilence & de l'Ombre,
Bois toufu,solitaire & sombre,
Que le Flambeau du Ciela toûjours
"Iz reJPeaé,
Et qui dans tanuit eternelle
N'III jamaisveu d'autreclarté
Que celle que Sylvieyportoit avec elle,
Tesouvient-il encorde nos doux entretiens?
Tesouvient-ilquand cette Belle,
A qui rien ne manquoit,sinond'estre
immortelle,
Voyant que tes Rameauxpard'innocens
liens
S'embrassoientd'une étreinteamoureuse
&fidelle, ,
Serroitenmesmetempsses bras IIItrl
les miens?
Mais d'un chagrin qui me devore,
Je vois que tes vieux Troncs ne sont
f,,;nt abbatus,
kued unverdtoûjoursviftes Prezsons
revlf/us,
JQue tesArbresvivent encore,
Et Sylvie, htllU! nevit plus.
Et toy pour qui Floresoûpire,
Toy qui peux de Cerés rafraîchir les
ardeurs,
- Vent amoureux, légerZéphire,
Tesouvient-il IIHffi, lorsqu'enbaisant
ces Fleurs,
Tu noussollicitois&soufloisaux oreilles
Dejoüir de douceurs pareilles?
Et pourlors,si tu t'ensouviens.
Nous prenions des baisers plus ardens
queles tiens.
Tandis que tu contais mille doucesfleuretes
Acelles de ce Bois affreux,
Comme toy nousparlionsde nDJflâmll
secretes,
Etlesyeuxpoursuvoient nos discours
amoureux; Mais aujourd'huy privé de ces doux
avantages,
Etsurpris d'estre encorvivant,
Je ne cherche en ces Lieuxsauvage
Jgue ton haleine & ces ombrages,
Et me repais d'ombre& de vent.
Toy, quedis-tu, Cristalfluide,
Miroircoulant,argentliquide,
Ruisseau,clair Ruisseau, que dis-tu
Dema pitoyable avanture?
Ton cours toujoursflotantdanson Lit
de verdure,
Neflote-t-ilpasmoins que mon coeur
combatu?
Tes caillouxsoufrent-ils le tourment que
j'endure?
Laves-10
Laves-tu sur tes bords un Poison plus
I!mer?
Ah! tu me dis par ton murmure,
Que le mesme tribut que tu rends à la
Mer (Nature.
Jevais en peu de jours le rendre à la
Vous, petits Cabinetssecrets,
Oùlafraîcheurdeseauxsemble estre
- ramajjce,
InsensiblesTerrainsdemagloirepassées
Etsombres Conifdent demessombres
regrets: Combien defois furvifire herbefleurie
J'ay dormy doucement dans les bras de
Sylvie?
Mais helas! aujourehuyquand le Dieu
du Repos
Vient portersurmesyeuxses humides
Pavots,
Un Phantôme affligeant, quoy que tout
plein de charmes,
Me dit; O cher Epoux,seche, seche
tes larmes,
A la Loy du Destin il m'a salucéder;
Ceii'etf pas que leCiel contre, ton
c.ceuç s'irrite,
C'est qu'il croit que luyseulm- érite
Le plaisir de me posseder; -
Ou si mon souvenir aux larmes te
convie.
Et si sur ta douleur tune peux faire
effort,
Daphnis,ne pleurepoint mamort,
Mais pleure seulement ta vie. ;
jîlors de mon Epouse adorant les aPlAt:
Je te:nbra(se;charméetunesib'elle vûë;
jrfais- quand je crois la tenir dans mes bras, Comme un autre Ixion je ny tiens
qu'unenuë, Et peur lorsjeressensmadouleurplus
emue;
Le Sommeil luy sert de renfort,
Lu,y' qui devroitcalmermondéplaisir
extréme;
Enfin le Frere de la Mort
M'est plus cruel que la mortmesme.
Fontaine, ornement de ce Bois,
Par un bonheur digne<£envie,
Quand tuvis dans tonfein le beaufeiu
de Sylvie,
Tu vis deux Mondes a-la-soiss
Etquandtn vis sesyeuxsur ton eau
vagabonde,
Cesyeux de qui tAmÍJIr fut leféal
Artifan,
Plus her.;-cafés vue l'Océan,
Tavis deux Soleilsdans ton onde.
Q.!;e ma vie enplaisirs estoit alorsfécor.
if!
Mais depuis que Sylvie est entrée au
Tombeau,
Mes plaisirs ont coulé tout dinfîque
ton eau,
ToiiiGun comme toy je murmurt,
Comme toy je boüillonne &frape lei
Echos,
Jepasse nuit & jour dans une Grot
obscure,
Etjamais comme toy je nesuis en reptfl
Favorable & douce Fontaine,
Tuflulagcois masoif, foulage Iluffi ma
peine,
Et mesflots de tourmens plus nombreux
que tesflots;
Déborde agros bouillonssurl'horrible
Atropos,
Ecume avec fureursur cette Déchaînée,
Enfle-toy de courroux, invoquel'Hymeelte.
Etfais un bruitsemblable au bruit de
messanglots.
Mais que me répons-tu?Quoy!t'ay-je
importHr':ée?
Tu gazouillestoûjours, C-; tu ne me
dis rien;
Ah! tafroideur témoigne bien
Que tu n'esguère susceptible
Du maldont je tefaisunfidelleTableau,
Et tevouloirrendresensible,
c'est justement battre ton eau.
Est-ce là le secours que tu devais me
rendre?
Je croyois te pouvoir toucher,
Maisestans Filled'un Rocher,
Quelle compassion, helas! en puis-je
Ifttendre?
Vous à qui tant d'Amans vont conter
leurs regrets
Beaux Arbres, qui portez, vos orgueilleuses
testes
-
Au dessus mesme des tempestes,
Jesuis tombépar d'inhumains Decrets
D'encoreplus haut queyous n'estes.
Et vous, Sapins, Chesnes, Til:aux,
De vos I:a;:¡eÍ branches toufliés
Vous irez ombragerles mits,
Sivous croissez comme mes maux.
Monfort estdiférentduvostre,
Vous perdez,unefeüille, il en revient
une autrt;
Ou si fHyvsrfalt mourirvos attraits,
On ne lesverrapaspourlongtemps disparaître,
Le Printempslesfera renaître,
Et ce quefay perdunerenaîtra jttrnAis.
MAis las! vous ne sçauriez, men*
tendre,
Les Zèphixsencourant emportentmes *Pour lesfaire durertoujours,
Aux jeunes Arbrisseaux je les feray
comprendre,
Engravant ces deuxVerssurleur écorce
tendre;
Lors qu'on ne joüit plus d'un Objet
plein d'appas,
La mort la plus cruelle est de ne
mourir pas.
Innocens Hostes des Bocages,
De qui les corps légers voltigentsans
effort,
Petits Oyseaux, Amanssauvages,
Changez, en cris vos doux ramages,
Pourplaindre mon rigoureuxfort.
Si voussentiez,le deüil dont mon ame
estsaisie,
Bien-loin de cherchervostrevie,
Vous ne chercheriez, que la mort.
Etvous, plaintives Tourterelles,
Quifaites des leçonsaussi tristes que
belles
A tous les Àiarys inconstans,
Quandfous avezperdu vos Compagnes
fidelles,
Sans en prendre plus de nouvelles,
Gémir&soûpirersont vossoins importans.
Vos plaisirsfurent peu durables,
Mais où voit-ondedurablesplaisirs?
Toutes chosessontvariables,
Lesuccés eji changeant ainsi que nos
desirs;
Lebonheur n'a jamais defermeté certaine,
Onpafe incessammentparnnfoudùn
reflux,
De lapeine aupl.Ûjir.. du plaisir à la
peine,
Et le malheur revient dés qu'on ne le
sent plus.
JtfonEpoufefaifoit mes plus tendres
delices,
Elle faitait ouYiinv.y mes plus cruelssuplices
Parclec'<<fans regrets <jA''nejçAuraient
fuir,
Enfinlewon esprit rien ne peut la
bamn
Heureux Ó., t;.? heu-eux (q.icy que
)sfans app^nce) enperlais ejo:;'Vemr,
Comme j'en perds la jouijjanct.
fMIlÚpuis-je l'oublier? Tout la montre àmesyeux,
En tous lieuxje lafuis, & lavois en tosti
lieux.
Je voisson teintvermeil quandle Soleil.
se courbe;
Les Rosessans aucun dessein
Me montrent l'éclat desa bouche,
Les Lys la blancheur desonsein.
Les Rochers à mesyeuxprésententsa
constance,
Les Chesnessasolidité,
Les Ruisseauxsavivacité,
Etjufques aux Serpens me marquent
sa prudence.
JM.aispour comble de masoufrance,
Lorsque d'amour tout éperdu
jeviens dire aux Echos le nom de ma
Sylvie,
Ils me font souvenir de ce quelle a
perdu,
Et ne me répondent que Vie;
Par un prodige enfin dontjereste confus.
Je lavoisplussouvent, en nela voyant
plus.
Objet de mes douleurs, ayant quité la
terre,
Ne me quiteras-tu jamais*
Etquandtu reposesenpaix,
Pourquoy me livres-tu la guerre?
Maisquel ridiculediscours
Tiens-je dans le mal qui m'accable!
Le moyen dequiter cetteImage adorable?
'Dlfns le fond de mon coeur je la porte
toujours,
Et je veux la porter tant que les De'}:-
nées
Prolongeront le cours de mes tristes nées. an-
Encelaje nesuis nyfourbe,nyjlatturJ
MaMusefaitparler Et n'en mon coeur, Irâlerestant que l'Interprete,' VrdY lesfeuxdontjemesens
brüier.
Jeparle comme.Epoux, non Poëte, comme
Car quel autre intèrest mepeutfaire
parler?
!¿¿iO)! puis-je attendre que Sylvie De mes gèmissemens unjourme re- mercie?
Sl*andles Morts au Cercueilse trouvent
étendus,
Nom negémissonspaspour
tcnd/U; en estre Cil-
Et lors que nom pleurons cesfunestes
Victimes,
NospteursfontauJfifHpe-fw
i<*ilspourraient estre légitimes.
C'esttrop en vainsregrets, ô Daphnis. ta??cfieri
Et pr>nrfinir icy ce discourspitoyable,
Contre finjiifh Parque il tefautéclater,
LesHeureuxdoivent laflater,
Mais efue peut craindreunMisèrable,
Sinon de trop peu l'irriter?
Noire Divinité qui n'épargnes personne,
Ta main,mesme des Roys,dévide le
Fuseau,
Et de leur teste arrachãt leurCouronne,
.Larenverre avec eux dans un trisse
Tombeau.
Monstredecruauté,decarnage, &
d'envie,
X>uiteplats dans l'borreur, les larmes,
~& les cris,
Si je te baisd'avoirpris ma Sylvie,
Je tebaisencor plus de ne m'avoirpas
pris.
Maisquoy que ta fureurait bienvoulu
prétendre
, Delaseparerd'avecmoy,
Lors que dans le Tombeau tu meferas
descendre,
Amourestans Dieu comme toy,
Ayantuny nosfeux,uniranostre cendre.
DES PEINTRES
ANCIENS,
cET DE LEURS MANIERES. E n'est poinr pour porter
jugement, que j'aydresse
ce petitTraite touchant la pré,
eminenee & les manières des
plus fameux Peintres de l'Antiquité.
L'ordre alphabétiqueest
tout ce que j'y obsèrve, laissant
juger, à qui s'en voudra donner
la peine,lequel d'entre tous ceux
que je rapporte, adroit d'estre
estimé le meilleur & le plus habile.
On luy donne la gloire d'avoir
trouvél'invention de faire ça,"
cher à la Peinture les défauts
naturels, & de peindre ce que
le Pinceau ne sçauroit bien exprimer,
commefont les Foudres
& les Tempestes, Pinxit A,eUes,
qud pingi non possunt; Tonitrua,
fulgetra, fuigaraque, e£r. Plin.
L.35.C.10. Il semble que l'on
voyoit dans ses Tableaux, ou
plutost que l'on s'imaginoit entendre
le bruit des Tonnerres,
3e le choc éclatant des nüées
toutes tranchées d'Eclairs, &
l'on y jugeoit facilement, si l'on
estoit bon Physionomiste, combien
avoit vescu, ou devoir vivre
la Personnequ'il avoit peinte.
Ce qui est encor plus admirable,
c'est que l'on y pouvoit mesme
remarquer les affections & les
mouvemens de l'esprit, tant ce
grand Homme estoit heureux
&subtil à bien représenter tous
les linéamens du visage. C'est
pourquoy le mesmePline adjoûte,
que le Grand Alexandre,
dont il estoit Contemporain,
ne voulut point estre tiré d'autre
main que de la sienne: Alexander
Imperator edixit, ne quis ipsum
alius quàm Apellespingeret. L'on
dit qu'il avoit coûtume de mettre
au bas de ses Tableauxce
terme, Facicbat, pour signifier
qu'il n'yavoit pas mis la derniere
main, de peur de faire rougir de
honte la Nature, qui se fust
avoüée vaincuëparl'industrie
de son Art; mais qu'il mit celuycy
, Fecit, dessous trois, de ses
plus rares Portraits, pourdon
ner à entendre qu'il y avoit surmonté
l'Art, la Nature, & soy-.
mesme.
La premiere de ces trois excellentes
Pieces, fut un Portrait
d'Alexandre le Grand, tenant
en main le Foudre de Jupiter,
qu'il fit estant à Ephese; mais
avec tantd'artifice, qu'on disoit,
au raport de Plutarque, que
des deux Aléxandres, le vifestoit
invincible, Se le peint inimitable
: Duorum Alexandrorum, al-
- terum Philippi nullàvtribu* vincibilem,
alterum Apellis nullo artijîcio
imitabilem. C'est pourquoy
ce Prince, felon Pline, luy en
donna vingt talens, qui valent,
suivant la fuputation de Budée,
six-vingts mille Ecus, & le fit
mettre pour ornement auTemple
de Diane. Toutefois Lysippe
trouva à redire en ce Tableau,
en ce qu'à son avis Apellés
avoit donné des armes à
Aléxandre, dont la terreur feroit
tenir pour fable, ce que la
verité devoit publier avec gloire
; d'où vint que pour luy il
représenta en fonte ce Monarque
armé feulement d'un Javelot,
disant qu'il falloit laisser aux
Dieux ce qui estoit aux Dieux,
& aux Hommes ce qui appartenoit
aux Hommes ; trait libre
dont Aléxandre ne s'offença.
point.
La seconde, fut (dit-on ) le
Tableau d'une Vénusendormie,
mais représentée tellement au
naturel, qu'en s'a pprochant
-
pour la voir, il sembloit qu'on
dtifI: craindrede l'éveiller. Aussi
adjouce-t^on,.qu'ilavx)it mis au
pied dèi®ë Portrait quatre Vers
Grecs,quidisoientàpeu pres
ainsi: n ; ;"
.Admt'/Y'l,fJofle Pinceau
£luimMfff-a déptindvssi belie,
Etreconnydans ce Tableau
LjndHftrieHfe main dApelle.
RelgeardsesC'iileeustxri,en d~annss la 7Teerrrree &
Parmy les Hommes & les Dieux,
Quisoit égal auxgrâces sans pareilles
Qui mefont à tes jeuxbriller;
JUAPS enme regardant laiJfi-moJsommeiller;
OHjEfuiray,fï tu m'éveilles.
La troisiémeenfin, qui l'emporta
sur toutes les autres, sur
un Portrait dela ny.-bne Vénus,
que cet admirable'Ouvrier dépeignit
sortant de la Mer, &
-
qu'il tira, ou sur Campaspé
,
la
plus chérie des Maîtressesd'Aléxandre,
&la plus belle des
Femmes de son temps, comme
assure Pline, ou selonAthénée-
Livre 13. à la ressemblance de la
belle Phryné, fameuseCourtisane
d'Athènes. Cet Ouvrage
fut estimé pour le plus grand
Chef-d'oeuvre de la Peinture, &
apres lequel on ne croyoit pas
qu'ilfustpossiblede rien faire
de beau nyde parfait. Aussi faifoir-
il l'admiration de tout le
monde, & la riche matiere des
Eloges des Poëtes Grecs &Latins
dece temps-là. Témoin
Sidonius Antipater, qui semble
en auoir renfermé dans quatre
Vers Grecs toq!.: le mérite &:
l'excellence. Voicy comment
un AutheurLatin les a traduits.
Egressam nupervenerem de marmoris
undis
jifpice, proeclari nobile Apellis .pUl.
HacvifaPsllas, sic cum Junone locuta
est:
Deforma vettcri etdere jure decct.
Ovide, Lib.4.de Ponto, Eleg. I.
nomme cette Piece, le plus glorieux
effet des travaux d'Apel-
Jés, & le fondement de toute
l'estime que cet Homme inimitable
s'est acquise par la hardiesse
& l'industrie de son Art.
VI Kenrn artificis labor est, &glor;
Coï, -
tÆ.q:u)reo maditas qua premitimbre
- coma.
Et dans uneautre Elégie il dit,
que cette Déesse seroit encor
ensevelie fous les onderldè;la')
Mer, &; n'en feroitjamaissortie,
si l'ingenieusemaind'Apellés
ne l'en eusttirée,pour la coucher
en suite surià.tojle, &faire
connoistre par l'adressede son
Pinceau {es-t)e{tute.t"oútes di-<.
vines aux yeuxdes ¥orte'lI(J
Si rnmAqHptmeven/elreemsCOH;S'p,inx'i"sset
Mersasub aquoreisilla lateret aqui?,'*
Le Poëte Properce adjoûte
à cela, que ce sçavant Peintre
avoit ramassé dans ce seul Tableau,
tout ce qu'il avoitjamais
exprimé de riche & d'excellent
dans tous les autres qu'il avait
faits. *
Inveneris Tabulasummamsibiponit
Apelles.
Cependant ce qui releve cl'u--:
tant plus le mérite de cet Ouvrage
& la gloire de son Autheur,
c'est qu'il n'estoitseulement
qu'ébaucher mortl'ayat
surpris lors qu'il estoit sur lci
point de l'achever; & que tout
imparfait qu'il estoit,il nelaissa
pas de mettre tous les Peintres
tellement à bout, qu'il ne s'en
trouva aucun assez hardy pour
entreprendre de l'achever, ou
de suivre seulement leporfil de
les traitsqu'Apellés y avoit commencez
; ce qui luy acquit le
titre non-seulement du plus habiledetousles
Peintres qui l'àvoient
précedé; maisencor, dit
Pline, de ceux qui devoient venirapres
luy dans tous les Sieclessuivans
: omnesprihsgenitos,
futurosque postea superavit ApeUesi
eo usque in Pictura provectus est,
utplurasolus prope, quàm exteri omnes
contulerit.
Il fit encor une infinité d'autres
Ouvrages si beaux & si accomplis,
que le mesmeAutheur
affure qu'on les achetoitàpleins
Boisseaux d'or & d'argent sans
lescompter. Parmy ces Ouvrages
on met un riche Tableau de
Diane, qu'illuy dédia dans son
Temple d'Ephese un autre de
Castor&Pollux;un de Clytus
à cheval,armé de toutes pieces,
& entrant dans le Combat; un
autre, d'un Atlethe, ou Luiteur
des JJUX Olympiques,qu'ilpeignit
tout nud, mais avec tant
de délicatesse&d'artifice, qu'on:
y pouvoit distinguer jusqu'aux
arteres,aux veines, & aux pores
mesme de la peauun autre enfin
d'Archélaüs accompagné
de la Reyne sa Femme & de la
Princesse sa Fille, & une infinité
de semblables.
Ctefidémus. Pline dit qu'il ne
se plaisoit qu'à peindre des Grotesques,
& autres Figuresridicules
& boufonnes, dont on le
faitle premier Inventeur,&dans
lesquelles il faisoit merveilles,
& beaucoup mieux que dans des.
sujets sérieux; ce qui n'empesche
pas qu'il ne se soit rendu illustre
dans son Art, jusques là
que Lucien le met en parallele
avec Apellés, en quoy il n'est
pas suivy des autres Autheurs.
Androcydes, Peintre illustre,
selon Plutarque, se rendit recommandable
particulièrement
dans la représentation qu'il fit
du grand Combat & de la glorieuse
Victoire que remporterent
les Thébains sur ceux de
Platée, fous la conduite de Charon,
un de leurs plus vaillans
Capitaines. On faisoit. sur tout
grand état des Poissons, qu'il
sçavoit mieux représenter qu'-
aucun,&ausquels on dit aussi
qu'il appliquentdavantage son
esprit,y apportant plus d'industriequ'à
toute autre chose, à
cause, dit le mesmePlutarque,
qu'il en faisoit sa plus délicieuse
& plus ordinaire nourriture:
Maxtme "verb laudati Pisces ab ce
Picti, in f}!t,:btu eò creditur magis
itttcndifje internum, atquc induf*
triam> quoeftt illorum imprimis caperetur.
Plutarch.L. 4. Sympos.
atidft. 11.
dans la reprélentation des Vifages,
P,-imujjecicsexprimereiîiftituit,
ôcd'avoir trouvél'invention
de mesler agréablement les
couleurs, &de disposerà propos
le clair & l'obscur, que quelques
-uns disent estre une des
plus belles parties de la Peinture.
Entre ce qu'ilafait de plus
beau, on vante Ajax foudroyé
par Jupiter, siadmirablement
bien dépeint, que la Peinture
avant luy n'avoit point produit
de plus excellente Piece. Ut
nihil tale Ars pingendi habuerit
prastantiusante illa tempota.Natal.
Com. Mythol. L. 7.
Ardicés, natif de Corinthc,
qui estoit en vogue en Grece
avant la guerre de Perse, fut le
premier qui inventa le Dessein,
ou la manière de porfiler & de
contrecirer avec le crayon & le
simple trait, sans mélange de
couleurs; ce qui n'estoit à la
vérité qu'un Ouvrage très-imparfait,
puis qu'ilfalloitmettre
au bas le nom de -la Personne
représentée, pourladonner à
connoistre. ideo&quos pingertt
ditPline, adfcribereinfîttuwm. }*
ducelebre pour avoir trouvé le
secret de peindreavec laCire,
ddiit on peut voir la manière
dâiis;l.e35.Li^re dePline,C.11.
Cetteforcede peinture, dont on
peignoit ordinairement les Navires,
estoit sisolide6cG. fortement
imprimée, dit cet Autheur,
que ny l'ardeur du Soleil,
ny l'eau salée de la Mer, ny l'humidiré
del'air & de,s vents*, n'es--
t~oti^eoniecnctacpaapbalbelsens,nyyddéel^laaltelrferr1,*
ny die1MeVnrrager,qu& Piéflta t.n
NavibusnecSole,necsale,ventisque
îorrrtmpiflJr. cftoit un secret
admirable, mais qui s'est
perdu depuis, estantprésentement
ignoré des Peintres. Quelques-
uns veulent que celuyd'émailler
en approche fort. Quoy
qu'il en soit, onestoit redevable
de cette rare inventionàce fameux
Peintre, qui se rendit en:"
corillustre pour avoir sçeu exprimer
ingénieusement dans ses
Portraits les inclinations & les
humeurs des Personnes qu'il représentoit.
L'on compte entre
ses plus beaux Ouvrages, la représentation
dela derniere Bataille
& de la célébré Victoire
d' Alexandre le Grand contre
Darius, un Tableau de Bacchus
& d' An,;une, qui fut vendu, six
mille S:su:rces; & par dessus
tous, celuy d'une Mere mourante,
ayantson Enfant attache
à les mammelles, mais représentée
si naïvement,qu'on eustdit
qu'elle vouloit empescherqu'il
netettast, de peur qu'eo'[\Jc'Çant
son lait, il ne fucçast en mesme
temps le sang qui fortôirà-g^ès
bouillons de la playe qu'uncoup de Fleche empoifonnèêTùy venoit
de faire dans le sein. Hujtu
ïiffura, fJl, ad Matris morienÚi è
vulnere mammam adrepens infans:
intelligiturquesentireMater, ~é*
timere, ne émortuo lastefunguincm
*i'nfans hmbat. Plin. l",''dl'.
A voircette mourante Mere
Kepouffer'cC'ùHefoiblemain
Cepetit Enfant de sonsein,
On juge quelmotif l'engage à Sen DE-n.
uifaire.;, QnjyQÏt.bit'fi quellea , peur quesoncher
:; NoHriJfon,
, Penfadtsuonnesuçe le poison
QHA porté danssonseinlaFleche qui
-la flÛ;,
Et 1itYc!'Jer::h-1ilt avec effort
Samaritale prétendue,
Qdw.t.estresavie, ilne truivslawjt.
ÇjijPPPyCléonien,,qi)iivl"Jlê
4ans la70 Olympiade,serendit
illustre pour avoir trouvé les
maniérés-de p£md££au vifles
diférentessituations, ou ptucoU
les diférens regards du visage,
& pour avoir,meryeUIeufeme^c
réussydans l'ordonancededans
la propc>!)E}£m!<$fe|$9uîKf$lç-s.parties
extérieure du
:
bP,fP'J la
jointure desmembres,ladisposition
desjvcines,<ko. comme
aussidanslareprosentationnaturelle
des cavitez,
boires,6c deTécofFcticlaDra-r
perie&des Vestemens:àmçtdk
etians membra difiinxiî,iMnasfroqtuinluits,
ifnrvéetenriqtu.Peilnin.vLes.3te5~é.r rCug.8as., &
Clefidés, Peintre assez renommé,
vivoit environ l'an du
monde3730. Ce qui fit le plus
parler de luy, fut un Tableau
qu'il fit, & qu'il exposa en Public
pour se vanger de la Reyne Stratonice;
car il l'y représentaau
vif couchée avec un Pescheur
dont elle estoitamoureuse, ajoûtant
des Vers scandaleuxaupied
de cettelascive Peinture.
En suite de quoy il eut l'éfronrerie
derattacher au lieu le
plus apparent du Havre d'£-
phese, ayant auparavant fait
préparer un Vaisseau,afin d'éviter
l'effet du justeressentimens
de cette Princesse qu'il croyoit
outrager au dernier point par cet
affront; duquel cependant elle
semocqua,ne voulant pas mesme
qu'on ostast ce Tableau de sonlieu.
Damon,Athénien, commence
d'estre en crédit vers l'an 36ooi
On fait estime de deux Soldats
qu'il peignit armez à la legere
avec tant d'artifice,que l'un sembloit
courir à la Bataille tout degoutant
de sueur; & l'autre sortir en si las, qu'on levoyoit haleteren
posantsesarmes. Toutefois
ayat fait un désyen l'Isle de
SamoscontreTimanthe, à qui
répresenteroit le mieux un Ajax
plaidantcontre Ulisse pourles
Armes d'Achille, ilen futvaincu.
Dequoyestantfâché,ildit
avec une raillerie. piquantecontre
sonAdversaire, qu'il avait
moins deregret de sevoirvaincu
par l'artifice d'un Peintre, que
devoirAjax contrainatleceder
deuxfoisl'avantageduCombat
à deux Personnessipeudignes
deleremporter. yf ;;J1c.a
Scop~is, defaire le Portraitdu
Roy Antigonusquiavoir perdu
un oeil àlaguerre ; Polygnotus
le tira fort bien au vif, mais avec
sonoeil crevé, voulant suivre en
toutl'Artde la Peinture. Scopas
le peignit enl'âge qu'ilavoit
avant ce malheureuxaccident,
& pensoit avoir fort bien rencontré.
Mais Dioclésplus adroit
prit le milieu de l'Art, & le peignit
en porfil; de forte qu'il n'y
avoit que le costé du bon oeil qui
parust.C'est pourquoyilremporta
le Prix, nonseulement
pour ce qui touche son Art, mais
encor pour ce qui regarde la prudence.
- -1
1.
Euphranor,Corinthien, qui
vivoit dans la 104. Olympiade,
fut égalementhabile, & dans la
Peinture, & dans la Sculpture,
ayant gkhièuÍènlent:J travaillé
dans l'un & dans l'autre de ces
beaux Arts, & mis au jour des
Ouvrages fortexcellens
; &entr'autres
dans le premier, douze
Dieux admirablement bien représentez,
&lafameuse Bataille
de Mantinée entre ceux d'Athènes
&les Lacédemoniens. Pline
dit qu'il a excellé sur tout dans
la Symétrie,sur laquelle il composà
de sçavans Traitez, au«i..,
,::ien que sur la préparation
,
l'alliement
& la composition. des
Couleurs: Volumina quoque composuit
de Symetria CrColoribus.
Plin.L.35.C.II,
in Libro deStatuarÿs, fut le premier
qui remarqua& fitconnoître
dans les Peintures la distinction
du Sexe entre l'Homme&
la Femme, Hygianon qui primus
marem foeminamque discrenverit.
Plin. L.35. G.8. Les Figures
ayantestéjusqu'à son temps dépeintes
si imparfaites pour la plûpart,
qu'à peine pouvoit-ondire
de quel Sexe elles estoient. Il
ricunjloic dans la 70. Olym- piade.
Martia,Dame Romaine, mise
aunombredesIllustres pour le
Pinceau,fleurissoit vers l'an
3910. Elle fut Fille de Marc
Varron. On luy donne cette
loüange d'avoir religieusement
confervé le prétieux Trésor de
sa Virginité, qu'elle garda toute
sa vie 5mais si pure &sientiere,
quesçachantparfaitement l'Art
de portraire, elle ne voulut jamais
s'en servir pour peindre aucun
Homme, parce que lacoûtume
estoit de son temps de ne
point représenter les Corps
humains autrement que nuds.
Pernicieuse coûtume, & qu'un
Poëte, tout Payen & tout libertin
qu'il estoit, ne s'est pû empêcher
de décrier par ces Vers,
Qua msrtus obscoenas depinxit prima
Tabellas,
Et p,fltit castâ tNrpillllifa dtm*:
Illa puellarum ingenuos corrupit DcetlOJ;
Nequitioequesuoe rttlnit esserudes.
lébre, particulierementdans la
naturellerepresentation des
Femmes, dans la judicieuse disposition
des ombres & des lumieres,&
dans lamaniere subtile
de faire sortir de la Toile les Portraits
qu'il y représentoit. Dili..
gentissimè mulierespinxit, lumen
& umbrdl custodivit;atque ut eminerent
è tabalu siButs.maxime
curavit, Plin. L.35. C.2. Ælian
de Varia, Historien, dit de luy
qu'il s'appliquoit si fortement à
son travail, qu'il en perdoit fouvent
le boire & le manger. Les
Ouvrages où l'ontient qu'il a le
mieux réüssi, furent les Portraits
de Bacchus, d'Io, d'Andromede,
de Calypso
,
&la rpréfeQ,
tation des Enfers, qu'il dépeignit
dans le Portiqued'Athènes,
suivant la description qui en
avoitesté faite par Homere. On
dit qu'il excella encor dans la
maniere de représenter les Animaux,
& sur tout les Chiens, &
qu'il avoit coûtume de chanter
en travaillant; ce quiremplissoit
ses Ouvrages d'une merveilleuse
gayeté,qu'on ne remarquoit
point dans ceux des autres, &
qui donnoit une singuliere fatisraction
à la veuë. La raison en
peut estre de ce que les effets
retiennentnecessairement jene
sçay
- quoy de la nature de
leurs causes; en forte que ce qui
est conçeu & produit en
*
fuite
avec plaisir, en garde toûjours
quelque impression, qui se répand
mesme au dehors. De là
vient aussi que Saint Augustin
conseilloit pour bien réüssirdans
son travail, de le faire gayement,
& de marier autant qu'il se peut
le son de la voix avec l'exercice
des mains : Inter laborandum,
cantandum.
Pamphile, Macédonien,commença
de fkurir dans la 105.
Olympiade. Il estoitsi jaloux
deson sçavoir, qu'il ne vouloit
recevoir aucun Disciple pour
luy apprendre son Art,qu'il ne
luy donnastannuellementuntalent
de lalaire,.& ne s'engageast
fous sa discipline pour dix ans;
& ce ne futqu'à ce prix &à cette
conditionqu'il receuc en son
Ecole "Apliés & Mélanthus.
Pline le fait universel dans toutes
fortes de Sciences, & particulierement
dans l'Arithmétique 5c.
la Geométrie
; &rapporte de
luy qu'il tenoitpour maxime,
queceluy qui veutestre bon
Peintre, nedoit rien ignorer;
& que quoy que la Geométrie
luy soit surtout necessaire pour
bien entendre la Perspective, il
se doit encor munir de plusieurs.
autres Sciences, afin d'observer
paraifcmenc dans la pratique de
son Art les raisons& les proportions,
avec le naturel de chaque
chose, pour la représenter telle
qu'elle est en effet. Omnibus literis
eruditus
,
proecipuè Arithmetice&
Geometricesine qutbut nett-
at Arum perfici fosse> 6-.,c.
Pi-h. L. 33: C. 10. Ce fut par son
conseil, & en partie desonautorité,
qu'àSycione, &ensuite
d,,,ns toute la Grece, les Enfans
des-.,Nobless'adonnerentà la
Peinture; dontoncleurfaisoit
fairel'apprentissage ;&ce fut
aussipar son crédit que cet Art
fuc>adrnis. au nombre des Arts
Libéraux, avecdéfensesàceux
qui nVftoient pas de condition
libre, de l'exercer, en forte qu'il
n'y avoit proprement' que les
PersonnesNobles qui s'y adonnaqènt.
C'est ce qu'assure Ale-
:",ander ab Alexandro dans ses
Jours Géniaux. Suidas ajoûte
qu'il enrichitle Public d'un tres_\
beau Traité de la maniere, de
bienpeindre, & qu'il composa
les Eloges & l'Histoire de ceux
qui avoient le plus excellé dans
ce bel Art.-Ju•>
,'- -
ancus¡"I Frere de ~P iihs, & natifdeCorinthe, cHoir en YO.
gue dansla83. Olympiade.Les
Autheurs rapportent que ce fut
de son temps qu'on établit dans
cette Ville 6e.a Delphes des
Combats & des Prix pour la
Peinture, & qu'il entra lepremier
en lice avec Timagoras de
Chalcide,duquel cependant il
fut vaincu dans les Jeux Pythiens:
£>mmmb cefi&men Picturoe
Florcnteràrioeo inflitutum est Cevinthi,
ac Dclphis;pimuufqucomnium
certavitcumTimagora chalcidenfe
fuperatúsque est ab,eo PJ..
thtjs. Plin. L. 35. C. 9. Ce qui
n'empescha pas qu'il ne fust estimé
un des plus habiles de sa,
Profession, & que l'on ne fist un
grand cas de ses Ouvrages; &
entr'autres d'une représentation
qu'il fit dans un des Portiques
d'Athènes,duCombat de ceux
de cette République avec les
Perfes à la célébré Journée de
Marathon, Piéce qui seuleestoit
capablede publier partout sa
renommée, quand iln'enauroit
point produite d'autre au jour;
tous les Personnages f/Y. trouvant
si naturellement représentez,
qu'on eustdit à les voir que
c'estoient autant de Personnes
vivantes, & que le Combat
estoit plutost réel, qu'en pein--
ture, &: l'on y pouvoit facilement
reconnoistre & distinguer
la meilleure partie de ceux qui
avoient eu le plus de part à la
gloire de cette sanglante & mémorableJournée.
Il peignit encor
avec un artifice admirable
tout le dedans & le dehors du
superbe Temple d'Apollonâ
Delphes, sans vouloir recevoir
aucune récompense de son travail
& de ses peines. Ce qui
obligea lesAmphyctions de le
combler de gloire&d'honneur,
&. d'ordonner parune Déclaration
irrévocable, que la République
seroit oblig1 ée, en quelquelieu
qu'il allast, & quelque
temps qu'il vécut, de luy four
nir abondamment tout ce qui
luy seroit necessaire pour sa vie
& son entretien. On dit que ce
fut le premier qui ouvrit la bouche
à ses Figures, &quipersectionna
les traits du visage,qu'on
n'avoit encor que grossierement
ébauchez.
distinguer dans laPeinture vers
l'an 3630. On luy attribuë d'avoir
le mieux oblervé les proportionsdesFigures,
donné de
la grace aux cheveux,& embelly
le visage de traits déliez. Si
nous en croyons Quintilien, toutes
les Piéces qu'il mit au jour
estoient si délicatement travaillées,
qu'ellesservirentde patron
& de modelleà la plúpart de
celles que les autresPeintres entreprirent
;en sorte que pendant
un fort longtemps ils ne peignirent
presque point de Figures,
particulièrement des Dieux&
des Héros, quesurles idéesque
cesçavant Ouvrier leur en avoit
laissées. Deorum atqueHeroum
effigies, quales ab co funt tj'adit£,
coeLerijanquam necessefit,fcqunn*
tur. £hùntiL L. 12. C. 10. On le
taxe d'avoir esté fort cruel; car
on dit que Philippe de Macedoine
@
ayant mis en vente, comme
Esclaves, les Olynthiens, dont
il avoit ruiné la Ville, ce Peintre
en acheta un fort vieux, & le
mena à Athénes,où l'ayant attaché
contre unemuraille, illuy
fendit l'éstomach, & luy rendit
le foye tel que les Poëtes ont
feint que rQdeau de Jupiter
avoit rendu celuyde Promethée
enchaînésur le Mont Caucase;
&soudain l'ayant tiré au vif en
cette posture, il en dédia le Tableau
au Temple de Minerve,
comme une Piéce rare & tresprétieuse.
Ce qui pensa pourtant
luy coûter la vie; car quand on
sçeut sa perfidie, il fut cité devant
vant lesJuges de l'Aréopage, où
l'éloquence de son Avocat eut
bien de la peine à fléchircesage
Sénatenla faveur, & à le garantir
du supplice que son crime
méritoit. (On accule Michel
Ange d'avoir imité cette cruauté
sur un jeune Païsan, afin de
peindre plus naïvement un Crucifix
mourant; L'Histoire en est
triviale, quoy que peut-estre pas
trop veritable. ) Parrhasiusn'estoit
pas moins superbe & glorieux,
que cruel; car on
voyoit souvent paroître dans les
Festes publiques vestu d'un
Manteau de Pourpre, & portant
avec une posture extrêmement
fastueuse, la Couronne d'or sur
lateste. Cependant il nelaissoit
pas d'iifF,,,âer de passer pour un
Homme remply desagesse & de
vertu, comme le témoignent
quelques Vers Grecs qu'on dit
qu'il avoir coûtume de mettre
au dessous de ses plus beaux Ou.
vrages,quiselisent dans Athénée,
& qu'on peut voir traduits
en Latin par Casaubon.
coup dans cette Piéce. Ellefut
si estimée, que Lucullus l'acheta
une somme immense ; & l'ayant
apportée à Rome, il l'y fit placerau
lieu le plus éminent de son
Palais. On dit que ce Peintre
fut le premier qui réüssit à bien
peindre les Plafons, les Planchers
&les Lambris des Chambres.
Hic Pictorprimus Liquearia,
C Cameras pingereinflituit. Plin.
teste quileurdonnoientunegrâce
merveilleuse. PrimusMulures
Lucidâ vestepinxit & capita carum
Mitris'uerficoloribm operuit.Plia.
L. 350 C.f). Eliandie que le plus
riche de Ses Ouvrages, & qui luy
acquit le plus d'honneur, fut le
Tableau qu'il fit d' Ocnus, filant
& cordant des liens dejoncs que
nl\no.eoit un Asne à mdure qu'il
les tordoit. C'estoit une Enigme
par laquelle il vouloit marquer
l'inutilité du travail d'un Homme
qui se peine beaucoup pour
gagner du Bien, tandis que sa
femme dissipe tour par son luxe,
ainsi quefaisoit la Femme de ce
trop bon & trop complaisant
Miry. Il fit en outre, dit Plutarque
dans la Vie de Simonides,
des Ouvrages siexcellens, que
les Amphctions, qui estoit le
premier Sénat de la Grece, luy
établirentdes Retraites Hospitalieres
danstoutes lesVilles de
leur Domaine.
Procogenés,natifde Caune,
Ville de Carie, Peintre des plus
renommez de l'antiquiré
,
estoit
Contemporain d'Apeilés.Elian
L. 12 Histor.C.4.&Plutarque
dans laVie de Demetrius,disent
qu'il fut sept années à faire le
Portrait de Jalise Fondateur
d'uneVille du mesme nomliruée
dans l'lile de Rhodes. Pendant
tout ce temps, pour s'empescher
d'avoir les senshebestez en le
faisans, il garda unesi merveilleuseabstinence,
qu'il ne mangeoit
que des Lupins, qui est une
espece de Légumes, & ne buvoir
que de l'eau. Il donna à ce
Tableau quatre charges de Couleurs,
afin que quand le temps
en auroit conlumé une, l'autre
se trouvast toute fraîche & entiere
dessous. Bref, il yemploya
tant d'jndufirie, que bien qu'il
ne fust pas encor achevé,Apellés
l'ayant veu, ne pût se dèfendre
de l'admirer, & de reconnoistre
publiquement,malgré sa vanité,
& l'estime qu'il avoit de foymesme
pardenuscourautrePein.
tre, que Protogenés l'égalait en
plusieurs points, & particulièrement
en ce dernier Chef d'oeuvre
de sa main. Mais que cependant
luy mesme le surpassoit en
deux choses- la premiere, en ce
que ses Peintures avoient je-nerayquelle
grace que celles de
Protogenés n'avoientpas; & la
seconde, en ce qu'il sçavoit interrompre
facilement son travail,
ce que cet autre ne faisoit
qu'avec peine. Ce Tableau es.
toit en si grande estime, que
Demétrius ayant assiegé Rhodes,
&. trouvé dans une Maison
publique d'un des Fauxbourgs
de la Ville, cette admirable Pièce,
que les Rhodiens par je-nesçay-
quellenégligenceavoient
oublié de renfermer dans l'enceinte
de leurs Murailles, ceuxcy
apprenant avec beaucoup de
regretqu'elle estoit tombée entre
les mains de ce Conquerant,
luy députèrent aussirostquelques-
uns des plusconsidérables
d'entr'eux, pour le fuplier d'avoir
quelque considération pour
un sidigne Ouvrage, &de ne le
point condamnerau feu,comme
il faifoir tout le reste des dépouilles
qu'il prenoit sur eux.
A quoy ce lage Prince répondit:
Secitus Patris tmagtnu, quam earn
Picturam aboliturum Plutarch, in
Demetr.
Quiln soitpas assez. barbare
Tourfo'ffàrcjunne Image &siriche
&sirare,
Servist auxflâmes d'aliment;
Et que dansson estime il la tenoitJi
chere,
souffriroitplutostqu'on fit ce traitement
A toutes cellesdeson Pere.
Pline dit que par succession
detempsceTableau fut porté i
Rome, & mis au Temple de la
Paix. On sçait la rencontre que
ce Peintreeut à Rhodes avec
Apelles sur ces deuxLignes
qu'ils tirerent en l'absence l'un
de l'autre sur une mesme Toile,
& sur la délicatesse desquelles
tous deux alternativement se
confesserent vaincus. Le mesme
Pline la décrit assez au long
dans le 35. Livre de son Histoire
C. 9. Suidas dit qu'il mitaujour
deux excellens Livres touchant
la Peinture& les Figures.
Théon; natif de ï'Ml: de Sa.i
mos, Peintre des plus renommez,
estoit en vogue du temps
dePhilippe deMacédoine. Elian
rapporte qu'ayant dépeint un
gendarme à cheval qui sortoit
l'impourveu de laVille,&qui
s'alloit jetter tout furieux sur
l'Ennemy,ilne voulut point l'exposer
à la veuë du monde, qu'il
n'eust faitauparavantsonner par
un Trompette, d'un ton éclatant,
le Bouteselle. Puis quand
il vit quelesespritsdesAssistans
estoient tous émeus de ce son
guerrier, pour lors illeurmontra
tout-à-coup l'on Gendarme, afin
qu'ils remarquaient plusefficacement
combien il estoit habile
en son Art.
Timante. Peintre illustre,fleurissoit
vers l'an du monde 3600.
Quintilien L. II. C. 13. & Pline
L. 35. luy donnent la louange
d'avoir fait connoîrreimaginer
dans ses Peintures beaucoup
plus de choses qu'il n'en repréfenroit
en effet. In omnibus ejtU
ppsribm, dit ce dernier, intcllgitur
mpo•liunslseemper quàmpingitur.Té-
Cyciope dormant qu'il
représentasurunePiècede Cuivre
de la largeur de l'ongle,
étendu de son long, & entouré
daevSatyerecs, qui luy mésfuroientle une Gaule, afin de
sçavoirlesdimensions de sa stature
gigantesque. Témoin encor
cette Pièce si célébré dans les
Histoires du Sacrifice d'Iphigénie,&.
qu'il entreprit par un désy
contre Colothen, qu'il furmonta
sant par la délicatesse de ses
traits, que parl'industriede son
Art; caronditqu'après y avoir
representé de la maniéré du
mondelaplus touchantetons les
illustres Parensde cette infortunée
Princesse dans une désolation
extrême à la veuëdutriste
appareil du Sacrifice & de la
mort de cette innocente Victime,
quand il vint à dépeindre
Agamemnon son Pere, il luy
couvrit le visage d'une partie de
son Manteau, pour insinuer par
cet ingénieux artifice dans rcfprit
des Spéctateurs une idée de
la douleur&du descspoir de ce
Pere affligé,beaucoup plus grande
& plus persuasive, que s'il la
leuravoit tracée avec le Pinceau.
Etvidentibus, dit Valere
Maxime L. 8. C. II. cogitirdum
relinqueretsummum ieàmiué-tum,
quempenicillo non posset imitari.
que Céiar acheta vingt talens,
& les dédia dans le Temple de
Vénus. Pline L. 35. C. II. D'autres
adjoûtent que le dernier estoit
si admirablement bien travaillé,
que Médée, toute en su.
reur qu'elle y piroissoit contre
son propre fang, tenant le Poignard
d'une main, & empoignant
de l'autreles deux Enfans
qu'elle avoit eus de Jason, pouffée
d'un costé de rage &de haine
contre l'ingratitude de leurPere,
& émuë de Fourre de compassion
& tendresse pour les misérables
restes de son infidelle
Amant, paroissoit avoir la derniere
horreur de leur plonger le
fer dan lesein, & ne lefaire qu'à
regret, & comme yestant forcée
parune furieuse passion donc
elle ne pouvoit plus estre la Maîtresse
; de maniéré que dans ce
troubleaffreux oùl'on la voyoit
réduite, en eust dit que son vi..;
fage estoit doux & cruel, & ses
yeux pitoyables & furieux tout
ensemble. D'où vient qu'on
veut que ces Vers furent depuis
écrits au pied de ceTableau.
QuodnatosserituraferoxMedæa miratur;
-
Præstitit hoc magni dextera Timo"-
machi.
Tardat amor facinus;strictum dolor
incitatensem: Vult non 7JHlt natosperdere & ipsa suos.
On dit de luy que s'il ne cedoit
guère àApellés,ny àProtogenés
pour l'excellence de son Arc, il
lessurpassoit l'un &. l'autre en
vanité;car les Autheurs rapporcent,
qu'ayantamassé beaucoup
de richesses par son travail, il
estoitassez vain pour en faire parade,
& pour paroistre aux Jeux
Olympiquesrevestu d'un Manteau
de Pourpre, où son nom
estoit broché en Lettres d'or.
D'abord il vendit ses Tableaux
un prixexcessif; mais quandilse vit fort opulent, il commençaà
en faire des Présens,disant qu'on
f ne les pouvoit assez payer. Nullâ
fâtù digiJO pretio pamutari posse
dmbat. Plin. Les Agrigentins
eneurent Alcméne- Archelaüs,
un Dieu Pan; & quelqu'autres
un Atléche sortant du Combat,
qui estoit peintavectant de naïveté,
qu'on eust dit qu'il suoit
véritablement. Aussi en fit-il
tant d'éclat, qu'il osa bien mettre
au dessous un Vers Grec,
portant qu'il seroit plus facile
aux Peintres de l'envier, que de
l'imiter. Culpdberis faciliùs hoc,
quem imitaberis. Ce ne fut pas
cependant le plusaccomply de
tous ses Ouvrages;car on dit
que son Chef- d'oeuvre fut le
Portrait d'une Helene, dont
l'Orateur Romain a pris plaisir
de décrire l'excellence fous les
plus riches termes de sa Rhétorique
dans le commencement de
son second Livre De Inventione.
On dit qu'il rira cette rare Pièce,
qui fut estimée le Miracle de
la Peinture, sur cinq des plus
belles Filles de la Ville de Crotone,
qu'il choisit sur un plus
grand nombre que ces Peuples
luy avoient présèntées à ce dessein,
prenant de chacune ce qu'il
y trouva de plus charmant pour
le donner à son Helene, qu'il
trouva en fuite si belle & si accomplie,
qu'il mit au dessousce
Distique.
Hani turpe est Teucros, fulgentesque
are Pelasgos,
Conjuge pro talidiuturnosferre labores-
Ce Peintre eut la gloire
de surmonter par l'industrie de
son Art le fameux Parrhafius,
q^i'il sçeut adroitement
tromper, tout habile Maistre
qu'il estoit, par lareprésentation
d'un Rideau, lors que celuy-cy
ne sçeut tromper que des Oiseaux
par la peinture de ses
Raisins. Tout le monde en sçait
l'histoire. Au reste on dit que ce
Peintre mourut à force de rire,
cofidérant avec trop d'attention
le Portrait d'une Vieille,
qu'il avoit représentée d'une
posture si grotesque, qu'elle estoit
capable d'exciter le ris aux
plus sérieux. Enfin s'il en faut
croire le Poète Plaute, ce Peintre
surestiméaussibien qu'Apellés,
le plus excellent & le plus
habile de tous ceux de sa Prosession.
Apella, ô Zeuzis Pictor;
Cur numero estis mortui, hinc exemplum
ut pingeretis?
Jtfam aliosPictores nihil moror huiur.
modi tractare exempala
Voila ce que le loisir & le peu
d'Autheurs que j'ay lûs, m'ont
permis d'écrire sur les manieres
particulières de quelques-uns
des plus fameux Peintres de l'antiquité.
Comme la Question
proposée ne parle que d'eux, je
ne me fuis point mis en peine de
consulter les Livres sur les manieres
de ceux qui ont paru en
Italie depuis que l'Art de la
Peinture a quitté la Grece pour
s'y venir établir. LecelébreJean
Cibamus est celuy qu'on dit
avoir commencé à le remettre
dans son premier lustre en cette
plus noble Partie de l'Europe
vers l'an defalut 1240. les Italiens
avant luy ne s'estant servis
que de Peintres Grecs pendant
un fort grand nombre d'années.
Del'Ecole de ce Jean ObamuSy
ainsi que d'une seconde Pepiniere,
sontfortis les plus habiles
Peintres qui ayent parus dans le
monde depuis la descence des
Barbares en Italie. On compte
entr'eux le fameux & renommé
Michel Ange Florentin, que
plusieursfont non -
seulement
aller du pairavec Apellés,mais
mesme le hirpalTer en plusieurs
choses. La Pièce par laquelleon
veut qu'il se soitrendu le plus
recommandable, c'est sonJugementdernier
; comme Raphaël
d'Urbin par son Banquet des
Dieux,André de la Montagne
par son Triomphe, &c. On fait
encor beaucoup de mention
d'Antoine le Couroyeur, ditle
Titien; de Sebastien deVenise,
de JulesRomain, d'Antoine le
Couturier, de Bandinel Florentin,
d'AndréMatinée, &: de
quantitédesemblables, qu'on
peut voir dans VaffûtsLïb. de 4.
Artibus popûLtrihiMçap.J. de Graphice,
Jtvc de Arte Pingehdi.
Entre les manières particulières
où l'on tient que ces Peintres
modernes ont le plus excellé,
on fait état particulierementdel'invention
& hardiesse
du Parmésan, des N uits du Bas-
£in, du Porsil de M'chel. Ange,
&du Coloris deRaphaël;parce
que ce sont, diton, comme les
qurtireElemens&. les plus'beîlea
&plus nobles idées d'un Peintre
parfait. D'autres particularisant
davantage,disentqueleTitiena.
esté grand Coloriste, que R^
phaël d'Urbin a exceilé dans le
Dessein,lesCaracesdansl'Expression,
Michel Caravage dans
la Copie apres le Naturel, Léonard
Davincy dans l'Anatomie,
Rubens dans l'Histoire & dans
le Lustre, laHire dans les Proportions,
& ainsi du reste.
GERMAIN, deG*en.
le vous envoye la Veuë-des Fentaines
de Neptune & de Bacchus,
quisont dans le Jardind'Arnjuez,
au lieu desquelles je vous envoyay
dans le XIV. Extraordinaire la
rellë de celle qui est tlpfeUÙ de Don
Jean d'Autriche. Onluy a donné ce
nom, à câtefêque la Figure qui est
enbaut, &quijette de l'eauparses
cheveux, a esté faire d'une Pierre
que l'on trouva dans un Vaijfeatt
Turc apres laBataille de Lépante.
SÍhn Amant aimé, qui a peu de
Bien, une extrêmeambition,
beaucoup de délicatesse
,&
-
un violentamour,doit époufer
une Maîtresse peu favorifée
de laFortune, & qui a
comme luy de l'ambition &
TdeImrclias,dqéuleéivcoautersssseiert.-til atvec,tant de D'avoir le coeursort haut, & l'esprit
délicat?,
Contrevosfrevertu la Fortunes'irrite,
Sans elletoutefois on nefait point tJttclat.
Pour moy vostre amour est extrême,
Pourvous mon Amour est de mesme; J'ay du coeur comme vous, & de l'ambition,
J'ai iamedelicate;(pt{fîort}
Mais quelqu'essort qucfijfc en nous la
Ilnefautpoint quejevousflate.
Je ne puis estre vostrefait.
Le coeur & la délicatesse
Neservent de riensans richesse.
Sans elle l'Hymenest sujet
Ad'étranges revers ,
à beaucoup de
trif/effi.
Le mérite en ce temps est effimé peur
rien,
Quand onriapo:r>t de bien,
J'enaypeu, vous rien avez, guère,
EtleSort ne veut pascer vouloitfaire.
Ce que doit faire cet Amant
que sa Maîtresse refuse dépoufer,
par ces raisons de délicatesse
&. d'ambition.
Que dois-je devenir? Philis s'est
expliquée.
Toute Amante qu'elle est
Cette
Cette Belle aiijourd"huy d'ambition
f'qnée,
Prononce mon Arrest.
Enl'état où jesuis,pourrois-jedire etelU
Qu'elle a trop de rigueur?
Non,jescay lôn amour, jesçayqnclU
efîfidtile,
Et je connoisson coeur.
Elle a tc[prkbienfait, plein dedèlicAt
1trfTr
Et de discretion;
Ellefaittriompher& raifo,.&{Agep
Dcflusfaptflion.
UnHymensanssecours des biens de la
Fortune,
Nefçauroi' estre heureux;
Et laplusforte ardeur est bientost imÀ
portune
Dans un sort rigoureux.
Mais le moyen d'éteindre uneflâmesi
belle
Dont mon coeur est épris?
Ne dois-ie pas plûtost, pour la rendre
immortelle,
Aimer toujours Iris?
Fortune,Amour,. Raison, accordez-vous
ensemble,
Changeznostre destin;
,Faitesparvas.l-âveurs qu'un saint noeud
nous aflsmble
Pour noHt unirsans fin.
j'espere quelque jour voir finir ma disgrace
Par un doux changement;
Et jeveux, belleIris, àjamais, quoy
qu'on fasse,
-
YQJH aimer constamment.
Si le Mary doitestre plus grand
Maître que la Femme. DOrinde &sonMary ne sontjamais
d'accord,
La Femmeveut eflre Maîtresse;
Le Mary dit, qu'elle a grand tort.
Ilsse grondent ainsisans cesse.
La Femmeseplaint du Mary,
Qttoy qu'ilsoit d'ellefort chéry,
Disant qu'ilesttrop bon, tropdoux, &
trop facile,
QiieccLile rend mal-habile
A pouvoir gouvernerson Bien & sa
Maison.
Il est vray que Dorinde est bonne ménagere,
Qu'elleal'esprit bienfait, & ChumâHP
assezfiere,
Et qu'elle entendfort bien raison;
Quefin Mary ne fentend guére.
Et qu'ilressent unpeu l'Oison.
Ainsi l'onvoit bien qui doit estre
A laMastonleplus grandMalftrCl
POURLACHARMANTE
CALISTE. ON fait une peinture si
riste & si pitoyable de
FAlllVtlr, que la charité voudroitqu'onn'en
donnast point,
& la prudence que l'on n'en parlast
jamais.Cependant, Madamevousvouslaillez
voir tous
lesjours, & je connois une Personne
qui se fait un plaisir de
vous abandonnerentièrement
Son coeur. Il est aisé de juger
par ce que je dis,quel'Amour est
une espece de necessité qu'on
cil: absolumentforcé de suivre;
.f+ comme il estimpossible que
vous cessiez jamais d'estre aimable,
il estimpossible aussi que la
Personne dont jevous ay parlé
ne vous aime passionnément
toute sa vie.
-
S. P.
POUR IRIS.
I L y a longtemps quej'ayfait
dessein de vous écrire
;mais
toutes les fois que je l'ay eHayc..
il m'est venu des pensées si tristes
dansl'esprit, que lacraintede
vous déplaire m'a toujours fait
interrompre ce dessein
; car on
n'écoute pas volontiers les plaintes
d'une Personne affligée, & il
faut avoir le coeur tendre & sensible
pour prendre pitié du mal
qu'on luy voir souffrir. Je me
sens forcé de vous dire neantmoins
que ce n'est que depuis
que vous n'estes plus icy que
mon humeur est si changée. J'y
fuis resveur & solitaire, j'y languis
;&je ne puis songer à la
cruelle necessité qui vous en éloigne,
que je ne songe que je fuis
le plus malheureux de tousles
Hommes.
S. P.
LES I M G E,
ET LE RENARD
D'ESOPE.
UNSingeavec un vieux Renard.
L'un au nezlong,l'autre camart,
Avoient ensemble conférence,
Disantchose de conséquence.
Ils parloient des ajustemens
Quifontdans leurs habillemens.
Le Singequise croyait beste
De belesprit, & bonne teste
Demeurant a/Jis surson cû,
Parcequ'ilsçait qu'ilesttout nu,
De crainte que par raillerie
Quelqu'un ne s'en moque & s'en rie,
Pensantsu-prrnIre le Renard,
Et jouer un toure son art,
Luydit; Ma foy, cher Camarade,
Jevoy que tu n'as rien de fade
Ny dans l'esprit, ny dansle corps.
La Nature a fait des efforts
Pour te rendre recommandable.
- Ton esprit estfin, doux, affable.
Adroit,subtil,fin,&rufé,-
Et l'on feroitmal avisé
De penser qu'ont'en fistaccroire.
Pedonne n'aura cette gloire;
Ta prudence & ton jugement
Ont toujours fait l'étonnement
Des plus sçavans & des plus sages.
Mais si tous cesgrands avantages,
Et d'autres que je ne dis pas,
De ton esprit font les appas,
Du costé du corps tout de mesme;
Le Ciel par son pouvoir supréme,
T'a faitdigned'estreestimé.
Assurément on est charmé,
Quand on voit ta petite teste,
Ton nez aigu, ta gueullepreste
A croquer Poules & Poulet.
Tes dents sont blanchescomme lait.
Ta jambe est allez fine &droite.
Tonépauleparoist étroite.
Ton ventre n'estpoint boursouflé,
Ny trop petit, ny trop enflé.
Ton poil est fin, & la fourrure
En est bonne dans la froidure.
Mais à parler de bonne foy,
Une chose déplaift en toy,
C'est que ta queuë à ton derriere
Traînesouventdans la poussiere.
Elle
estdiforme
en sa grosseur,
Aussi bien que dans salongueur;
Et pourpeu quel'on soit habile,
Onvoit qu'elle t'est inutile,
- Quelle t'estmesme assez souvent
Tres-nuisiblequand il fait vent,
Ou quand il a fait de la pluye,
Parce que par tout eueeuuye
L'herbe & les feuilles dans les Bois,
Croy-moydonc une bonne fois.
Afin de rendre ta figure
D'une tres-galante structure,
Et tedonnantl'airdeguayté,
Te faire parfait en beauté,
Tudois chercher qui tela rogne.,. Je feray bien cette besogne.
Je fuis un adroit Animal.
ne ce feray point de mal,
L'affaire sera bientost faite,
Si tu consens que je m'y mette;
Et cequine te sertde rien,
A d'autres servira fort bien.
Entre ceux-làj'ay bonne place,
Car souvent faisant la grimace,
Je fuis contraint demefâcher,
Et comme je puis, de cacher
L'endroit où l'on met la croupiere,
En m'asséant sur mon derriere,
Parce qu'il est tout découvert,
Sas poil,tout rouge,& non pasverd.
Cela me cause tant de honte,
Que ma belle humeur s'en démonte.
Afin de cacher ce defaut,
Ta queuë esttout droit ce qu'il faut.
Jenedonnerayplus à rire.
J'enseraymieux, & toypointpire.
Sans sujet d'en estreaffigé,
Tu m'auras beaucoup obligé.
A ce discourspleind'éloquence,
De beaux mots, &de cempUifuncc,
Neantmoins un peu captieux,
D'unvieux Singe malicieux,
Le Renardfistcetteréponse.
Cher Amy Singe, ta semonce
N'est faite que par intérest.
Chacun se tienne comme il est,
Et que doucement il endure
Tous lesdefautsde sa nature.
Ton cû tout nud fera pour toy,
Et ma longuequeuë est pour moy.
Combien aurois-je de trin'eue,
De lavoir surta laide fesse!
J'aime bien mieux dedans ces Bois,
Quandje m'y promene par fois,
Apres qu'il a fait de la pluye,
Que l'herbe feuilles elle essuye,
Et que traînant sur mes talons,
Elle enfonce dans les sablons,
Dans la poussiere& dans la bouë,
Ou mesmequelevent s'enjouë.
Faut estrefin pour m'attraper.
Tu pensois, jecroy, me tromper,
Mais tu t'es bien trompé toy mesme
Avec ton beau visage blesme.
Tu te léves un peu trop tard,
Pour en faire accroire au Renard.
Je me ris de ta rhétorique;
En vain tu la mets en pratique,
Pour me vouloir persuader
Que ma queue est à marchander,
Couper, prester, donner, ou vendre.
Si tul'ignores, fautl'apprendre,
Que la Nature ne fait rien
D'inutile, & qui ne foitbien,
Et que tout ce qu'elle nous donne
Doit estre estimé chose bonne.
Va-t-endonc, s'il teplaist, ailleurs
Employer tes discours railleurs,
Et tout farcis deflaterie;
Et souviens-toy bien, je te prie,
Qu'on nedoitpoint croire unFla-
Ny demeurer sonServiteur, (teur,
uiinjî par un trait de morale,
Dontlefin Renard nous régale,
Finit ce plassansentretien
Dedeux Brutes quiparloient bien.
ALLARD, duVéxin.
Si la Santépeut estrealteréepar
lesPassions. pOur traiter cette Question
dans toute son étenduë, il
faudroit faire l'Anatomie entiére
du Corps humain; car la
santé dépend absolument de la
structure de tousses ressorts, &
du tempérament des liqueurs
qui les arrosent. Mais parce
qu'il ne s'agit icy que de faire
un discours succint sur la matiére
dont la fanté peut estre alterée
par les passions, je tâcheray
de démesler seulement quelques
fonctions du corps humain,
& entr'autres celles qui font
les plus sujettes aux paillons.
Quand je me seray acquiré de
cela ,
j'espere faire voir assez
clairement les desorares que
les passions causent quelque fois
à la santé.
Puis qu'il s'agist d'expliquer
quelques actions du corps humain
,
6e de donner une idée
de la fanté, je ne fçaurois peutestre
mieux faire, que de suivre
pied-à-pied les altérations que
le chyle souffre, quand il a
une fois passé dans les tuyaux
lactées
,
& qu'il s'est enfin dégorgé
dans le sang: Car il est
alors emporté par cette liqueur,
où il roule quelque temps sans
paroistre alteré, comme on l'observe
dans ceux à qui l'on ouvre
la veine quatre ou cinq heures
aprés qu'ils ont bien mange;
car l'on voit autant de lait,
que de fang dans les palettes.
Mais, lors que le chyle a circulé
durant quelques heures, il
luy arrive toujours du changement
; parce que les principes
actifs du sang le frapent de tous
costez) & qu'ilsendes-unissent
peu-à- peu les élemens.
Le premier & le plus simple
changement qu'éprouve le
chyle
,
Cmble[:: faire par l'évaporation
de son humidité
; car
je m'imagine que ce qu'il y a
de plus subtil dans le fang commence
d'abord par ses attaques
à froisser les petites parties du
chyle, & à les ouvrir de sorte,
qu'elles donnent issuë aux matieres
aqueuses
,
qu'elles tenoient
resserées. Ainsi le chyle
devient moins fluide qu'il n'êtoit,
& s'epaissit peu-à-peu.
M1Ís, parce que ce chyle ainsi
préparé est porté par les arteres
dans toutes les parties du corps,
il n'etf pas difficile de croire que
tout ce qui a besoin de nourriture
n'en retienne quelque chose.
Cependant, si l'on ne considéroit
que ce sac appliqué sur
une partie, l'on ne sçauroit raisonnablement
affurer
,
qu'elle
en est nourrie, parce que l'expérience
nous l'enseigne autrement.
Car, si l'on coupe un
nerf, quijette ses branches dans
quelque muscle ,ou dans quelque
autre partie du corps, alors
cette partie se seche, & ne se
nourritaucunement. C'estpour.
quoy il faut croire que la matiere
,
dont les parties se nourrissent,
vient de la part des nerfs,
aussi bien que de la part des artéres.
Etbien que nous n'ayons
encore rien touch é dela matiére
qui se glisse dans les canaux
nerveux, il est pourtant à croire
que quand elle se mesle avec le
chyle preparé, elle le r'anime,
&ycause une douce fermentation
,
qui acheve de dissiper
l'humeur aqueuse, qui y restoit;
c'est pourquoy il se fait alors
sur la partie, quidoit estrenourrie,
une gelée à peu prés semblable
à celle qu'on remarque
dans le sac des viandes, quand
on en fait évaporer doucement
l'humidité.
Le chvleainsi élaboré parle
fang, fert sans doute à reparer
les pertes de cette liqueur, aussi
bien que celles des parties solides
; car sans cela le sang seroit
bien-tost épuise, puis que
les visceres en tirt tous les jours
de nouveaux sucs. C'est pourquoy
la portion du sac nourricier
,
quireste dans le fang
après , que l'autre a esté employée
pour la nourriture des
parties solides, acquiert encore
plus de perfection qu'elle n'avoir
auparavant; car le coeur
& les artéres ne cessentpoint
de Pagiter & de la battre , ny les
esprits du fang de la penétrer.
D'où vient principalement que
le fang tire une teinture de ce
sac nourricier à peu prés comme
l'esprit de therebencine
qu'on verse sur les Fleurs de soulfre,
tire ce que le soulfre a de plus
pur, & se revêt d'une couleur
rouge, qu'il n'avoit point auparavant.
A mesure que le fang dévelope
le sac nourricier, & qu'il
en fait sa propre substance
,
il
fournit aux visceres les humeurs
qu'ils ont la proprieté de filtrer;
mais entr'autres il laisse échaper
par de petits canaux adipeux
une mariére huileuse
,
qui
par les diférens détours qu'elle
fait, se volatilize de plus en
plus ,jusqu'à ce qu'elle ait atteint
la masse du sang
où elle
se mesle de nouveau.
Si jevoulois donner une idée
de cette essence huileuse,
je ne
la sçaurois mieux comparer qu'à
la liqueur sulfurée,qui surnage,
quand on a diitilé par trois ou
quatre fois une livre d'esprit de
vin avec une demy-livre du
plus fort esprit de vitriol; car
alors on remarque deux liqueurs
qui se distinguent, &
dont l'une, qui tient le dcuus,
semble n'estre que l'esprit acide
du vitriol, qui s'est lié avec la
matière spiritueuse de l'espritde
vin; au lieu que l'autre, qui surnage
,
est une liqueur huileuse
tres-limpide
,
qui n'est sans
doute que le soulfre
, ou l'huile
pure de l'esprit de vin.
Quand une fois cette matiere
purement sulfurée, sest jettée
des vaisseauxadipeux dans la
mniïè du sang,elle fuit le cours
de cette liqueur, &. va tomber
avec elle dans la cavité droite
du coeury & comme elle en est
exprimée incontinent dans l'artere
du poulmon, elle n'est pas
longtemps sanss'impregner de
reprit lumineux, quiestrépendu
dans l'air; car cét esprit se
communique à elle dans les intestins
qu'il y a entre les extrémitez
de l'artere, & les origines
de la veine du poulmon. Mais
parce que cette matiere hui-r
leuse est capable d'imbiber comme
font les phosphores,ungrand
nombre d'esprits lumineux,
elle ne sçauroit non plus
éviter sonembrasement dans les
poulmons quand elle enesttoute
impregnée , que le feroit de
la matiere conbuftible qui recevroit
les rayons de lumière,
qu'on ramasse avec un Miroir
ardant.
S'ilfalloit produire l'exemple
d'une matière qui s'allume au
moment qu'on l'expose à l'air,
je n'en sçaurois donner d'autre
que celuy du phosphore liquide
dont parle le Journal des Sçavans.
Car l'autheur de ceJournal
rapporte que si l'on prend
decette liqueur qu'on tire dans
une phiole bien bouchée, &
qu'on en étende doucement une
goûte avec le doigt dans la
paulme de la main ou ailleurs , il s'éleve d'ibord une Bâllle
comme est celle de l'esprit de
vin, qui dure jufquM ce que
toute la matiere soit consumée.
Mais cette flâme ne se fait, que
parce que la liqueur a la proprieté
d'im biber la mniiere sitost
qu'elle est exposée à l'air;
c'estpourquoy elle ne s'allume
point dans une phiole bien bouchée
; car les corps lumineux
qu'elle tient absorbez
, ne font
pas alors assezagitez,ny peutestre
en assez grand nombre.
Cependant, si l'on leur fait
acquerir l'agitation qu'il fauten
secoüant la phiole
,
la liqueur
paroist au moment tout en feu,
quoy que l'air extérieur ne l'éteigne
aucunement;d'où je
conclus que la matiere huileuse
qui commence à s'allumer dans
les poulmons, & que je compare
avec ce phosphore
, peut
confcrver sa flâme dans toutes
les parties où elle passe
, par le
seul mouvement qu'elle a.
On m'objectera peut -estre
que s'il y avoir une matière huileuse
,
qui s'allumait dans les
poulmons
,
elle les brûleroit infailliblement
de me(me que toutes
les parties par où elle se répandroit.
Je répons à cela que
toutes sortes de flâmes ne consument
pas également les corps
sur lequels elles agissent ; car
la flâme qui se fait avec le charbon
dont les Forgerons sefervent,
est bin plus puissante &
plus capable de détruire les
corps, que n'est la flâme de
l'esprit de vin.. Deplus celle
qui s'éleve du phosphore liquide
dont je viens de parler, est
si douce & si benigne
,
qu'elle
ne dissoût pas mesme les corps
les plus combustibles, Car lors
qu'on
qu'on mouille de cette liqueur
les cheveux, ou quelque autre
matiere inflâmable, on les voit
au moment tout en feu, sans que
ces choses en reçoivent le moindre
dommage. De là vient qu'on
ne doit pas s'étonner si la matiere
huileuse qui absorbe la lumiere)
& qui s'allume dans les
poulmons, ne brûle pas les
parties par où elle passe, mais
qu'au contraireelle les anime
& les vivifie; puis que les animaux
semblent n'avoir de vie
qu'autant qu'ils ont de cette
flâme.
Mais dira quelqu'un, quelle
preuve avez vous pour avancer
que la vie des animaux n'est
qu'une flâme? Je vais dire ce
qui m'enconvainc. Jeremarque
premièrement que les choses
quisontnecessaires à la vie pour
la faire substister, font les mêmes
dont la flâmea besoin pour
s'entretenir; c'est pourquoy
l'une & l'autre s'éteignent dans
unGlobedeverre, si-tostqu'on
en a pompé l'airyd'où il paroist
..que l'airest également necessaire
pour leurentretien. D'ailleurs
elles dépendent encore
d'une autre espece de nourriture;
car il dans les animaux l'on
supprime le cours du chyle, &
qu'on en empesche l'entrée dans
le fang, ils périssent incontinent
de même que la flâme d'une
Bougie ou d'une Lampe
,
dont
lacire ou l'huile ne sçauroit
monter librement dans le lumignon.
C'est pourquoy lavie
& la flâme s'entretenant par les
mêmes choses
,
& ne pouvant
subsister sans qu'il leur arrive à
tous momens de l'air& de la matiere
huileuse,il est à croire
qu'elles font d'une feule & même
nature, & que la vie des
animaux par consequent n'est
qu'une flâme.
Dans la persuasion où l'on doit
estre
, que la vie n'est point
distinguée de la flâme
,
il est aisé
de voir que le sang est une liqueur
vivante; puis que la flâme
ou la vie se renouvelle dans les
poulmons, Se qu'elle se répand
de là par tout le corps en fuivat
les Loix du mouvement du sang.
Mais outre que cette flâme qui
penetre lesang jusqu'aux moindres
de ses parties, sefaitsentir
-& se communique à toutes les
humeurs que les visceres criblent,
ellese filtre particulièrement
dans les petites glandes
qui composent la substancegrise
ducerveau ; c'est pourquoy elle
s'échape ensuite par des tuyaux
-
trèsdélicatsqui prennent leurs
racines dans ces glandes$6c
comme ces tuyaux font plusieurs
détours & divers enlacemens
dans la substance calleuse
du cerveauavant que de sortir
du crâne, cette flâme vivante
fait nécessairement la même
route & se rompt différemment. - Mais si-tostquecescanaux font
hors du crane,ils vont par tout
en lig/nVes a(»fez droites sans ob- ferver les différens plis, -qu'on
peut voir d'une seule veuë dans
le cerveau & dans lecervelet
quand on les coupe de travers;
car on y remarque alors des ramifications
qui ne ressemblent
pas mal aux branches des Arbres.
Plus je fais de refléxions sur
les expériences qu'on fait tous
les jours quand on lie un nerf,
ou qu'il arrive une luxation aux
vertebres
,
& plus je suis convaincu
que la matière qui arrose
les nerfs a la proprieté de
fenrir. Car si l'on examine le
nerf au deflous de la ligature,
l'on remarque qu'il estflétry &
insensible, au lieu qu'au dessusil
parostestre tantsoie peu tuméfié
,
& avoir un sentiment extraordinairement
exquis ; d'où
je conclus que la matière qui
est dans les nerfs est un principe
qui sent
; puis qu'au moment
qu'ellecesse de couler
dans uu lieu où ellecouloir auparavant,
le sentiment s'en évanouit
, & qu'au contraire il se
fortifie& devient plus vifàmesure
qu'elle s'y amasse plusqu'à
l'ordinaire.
Il n'est pas difficile de déterminer
la matière qui sent dans
les nerfs; parce qu'elle ne peut
prendre sa source d'ailleurs que
des glandules du cerveau; &
puis que ces petites glandes par
une structure toute particuliére
separent entr'autres choses le
feu qui vivifie le fang, il est à
croire que ce quisent dans les
nerfs n'est proprement que ce
même feu ou cette même flâme
, qui après avoir passé par
les glandes du cerveau ,
se trouve
dégagée de tout ce qui pouvoit
obscurcir sa lumière.
Lesentiment donc qu'a la Mme
qui reluit dans les nerfs,,
n'est apparemmentqu'une production
de sa contexture particuliere
; car les corps naturels
n'agissentjamais que conformément
à la tissure ou àla ftrllal1
re de leurs parties. C'est pourquoy
l'or ne devient fulminant
que quand les esprits de l'eau
régale l'ont penétré, &: qu'ensuiteleSel
fixe de tartre l'a précipité
; car alors il se fait de
l'union & de lastructure de ces
trois manièresun composé, quitonne
avec beaucoup plus de
bruit & de violence que la poudre
à canon; puis que quand
on en met seulementquelques
grainsdans une cüiliere qu'on
fait châuffer lentement sur le
feu, cela fait un bruit éfroyable.
Pour démontrer que ce
bruit ou cette espece de Tonnerre
n'est qu'un effet
, ou
qu'une suite necessaire de la.
structure de cette chaux d'or,
c'est que si-tost qu'on détruit sa
structure, elle perdlapropriété
qu'elleavoit de fulminer
, comme
l'on s'en assure quand on
l'humeste d'un peu d'esprit de
Vitrioloud'esprit de Soulfre;
car ces esprits chageant l'arrangement
de ses parties, luy oftent
la vertu de fulminer. Il feroit
peutestre assez aisé de montrer
par plusieurs autres expériences,
qu'on ne connoistpointd'effets
dans la Nature qui ne soient
produits conformément à l'arrangementdes
parties de lamatière
;
de même qu'il ne se voit
point de mots qui ne s'expriment
suivantl'arrangement des
lettres de l'Alphabet.
Mais si l'on croyoit tirer plus
d'éclaircissement d'un exemple
que l'Art fourniroit
,
je rapporterois
celuy d'une Horloge
dont toutes les pieces n'agissent,
& ne font leurs effets que suivant
l'arrangement qu'elles ont;
car si le ressort, le balancier
,
les
rouës &lespoids n'estoient placez
où ils doivent estre
,
jamais
ces pieces ne marqueroient
justement, comme elles fonr, les
minutes) les heures) & mille
autres choses quine font point
de ce sujet. C'est po rquoy il
n'y a rien à hazarder quand on
avancera que tous les effets,
tant naturels qu'artificiels, ne
font que des fuites necessaires,
de l'arrangement des parties de
la matiere De là vient que le
sentiment qui se fait dans les
nerfs ne doit se regarder que
comme l'effet, ou le résultatde
la tissure de la flâme qui les
anime,je veux dire que le sentiment
& la tissure particuliére.
qu'a cette flâme dans les nerfs,
nefont qu'une même chose.
Puis que le sentiment m'est
que la rilfure particulière dela.
flâme qui vole pat tout dans les
nerfs, il y a grande apparence
que la flâme vivante qui illumine
le cerveau ,
& qui n'a pas
encore passé-dans les nerfs, fait
par les nüances ou par les changemens
qui luy arrivent, toutes
les connoissances que l'on a.
C'est pourquoy apparemment,
tantoit elleest imagination, tantost
elle est memoire suivant les
modifications ou les nouvelles
sissures qu'elle prend. Ainsi il
ne feroit peut-estre pas bien
malaisé d'expliquer les opérations
de l'ame
,
puis que cette
hypothese est simple
,
& telle
qu'on en peut tirer l'explication
d'un grand nombre de phénomènes.
Ajoutez à cela qu'elle
paroist estrevéritable, puis
qu'elle s'appuye sur cette Loy
inviolable de la Nature
,
qui est
que les effets se font toujours
conformément à la structure
des pairties de la matière.
Si l'on cft une fois pleinement
persuadé de cette derniere verité,
& qu'on ait foin d'en faire
l'applicacion aux opérations de
l'ame, il sera aisé de comprendre
comment les passions s'excitent,
puis qu'elles ne fontque
les impressions que les corps de
dehors font sur l'ame
,
& que
ces impressions ne ressemblent
pas mal à ces ondoyemens qu'un
petit vent fait faire sur l'eau
quand il soûfle, ou à ces changemens
qui arrivent à la flâme
de nos feux ordinaires lors qu'on
y ajoute du Salpestre, ou quelqu'autre
matière.
Dans la créance où l'on doit
estre
, que les passions ne font
queles impressions que les corps
exterieurs font sur l'âme, l'on
nedoutera point que les passions
ne puissent alterer la santé
,
sîtost
qu'elles se font sentir dans
l'ame; car comme elles ne font
que des changemens qui arrivent
à l'ame, & que l'ame est le
principe qui regle dans nous
toutes les fonctions du corps,il
est clair que les passions font capables
d'alterer la santé. Il ne
faut pourtant pas s'imaginer que
toutes fortes de passions rendent
la fanté moins bonne; puis qu'il
y en a qui l'augmentent, comme
il y en a qui la détruisent. C'est
dequoy l'on est convaincu toutes
les fois qu'on fait réflexion
sur le plaisir qu'on prend à la
Comédie, & sur le chagrin
qu'on a dans une compagnie
qui déplaist ; car quand on revient
de la Comédie, on est gay
&plein d'agreables idées, au lieu
qu'on est ordinairement triste
&. mal disposé lors qu'on se separe
d'une compagnie, où l'on -
n'a rien trouvé qui, la fist fbiU
haiter.
Mais parce que les choses générales
ne touchent pas comme
les particulières
,
il faut que
j'examine une passîon en particulier
,
& que je fasse voir ce
qu'elle opére pour la santé; &
comme il n'yen a point quisoit
plas ordinaire & qui ait plus
d'étendue que l'amour, jem'appliqueray
pour l'heure à penétrer
quelle est cette paillon,
& je démesleray autant que je
pourray ses sentimens intérieurs
dont on est si vivement touché.
Quoy qu'il ne foit pas aisé
d'expliquercomment une belle
Personne inspire de l'amour;
cependant si on fait une fois
qu'il se fait de tous les corps des
essumations dont ils font environnez
, l'on en devinera plus
aisément le secret
; car l'on s'imaginera
que les écoulemens
qui sortent des corps, font portez
de toutes parts par les ray os
de lumière
, comme on le peut
voir dans les corps odorans
quand on les expose au Soleil,
puis qu'alors ils répandent un
Parfum-qiii se fait sentir par tout
aux environs ; & je ne pensepas
qu'on puisseraisonnablementen
attribuer la cause qu'aux rayons
du Soleil
,
qui dispersent çà &
là ce parfum
,
c'est à dire les
parcellesinvisibles des corps
odorans.
Ain11 se faisant à tous momens
des«millionsdenostre propre
substance, comme il n'en faut
point douter, il est à croire que
les rayons du Soleil qui reflechissent
d'un bel objet, se chargent
des écoulemens qui s'en
échapent, C'est pourquoy ces
écoulemens penétrent avec la
lumiérejusqu'au fond des yeux;
& parce qu'ils se mêlent ensuite
avec la lumiére qui luit
dans la rétine, ils ne manquent
pasdelafaire briller plusqu'elle
ne brilloit ; de même que
-
le
nitre ranime & rend plus éclatante
la flâme de nos feux ordinaires.
Si-tost que cette lumière est
devenuë plus rayonnante, elle
passe comme un éclair de la
rétine dans le cerveau ,
où elle
fait une innnice de réflexions,
qui font toujours meslées de l'idée
du charmant objet qui les
cause. Mais cette idée qui occupe
si fort les Amans, n'est
que l'Image de la beauté qu'ils
adorent, Se cette Inlage est si
bien peinte comme en mignature
sur leur ame, qu'elle ressemble
à l'objet nyplus ny moins
que les traits qu'un Peintretresexcellent
en auroit faits sur une
toille. C'est dequoy l'on ne peut
pas douter
,
puis que IJ-expé..
ience faitvoir que tous les objets
qui se présent ent à la veuë,
ampriment en ptit leurs Images
sur le rétine. Ainsi ces Images
s'étendent par les ondulations
de l'ame jusqu'au cerveau le
long des filamens du nerf optique.
Quant aux refléxions qui suivent
toûjours cettte image ou
cette idée, qui est si bien empreinte
dans l'espritdesAmans,
elles ne semblent estre autre
chose que les modifications & les
réfractions que la lumière spirituelle
souffre à mesure qu'elle
semeut dans les plis du cerveau.
L'on peut encore dire que les
aéles les plus purs & les plus
clairs que leur ame fasse, vien- •
nent des lueurs qui s'y excitent,
&quiynaissentà peu pres comme
ces feux que nous voyons
ntaoistruequte-lqàuef-oics odanus lp'ai.r
Il est aisé à cette heure de reconnoistre
deux choses que.
l'Amour inspire de nouveau
dans l'ame de ceux qui aiment;
car l'on y peut remarquer d'abord
l'image ou l'idée de la
Personne qui les charme, &.on;
y voit ensuite les refléxionsou
les formes différentes qui suivt
toûjours cette idée. Ainsi quandon
sent de l'altération en sa santé
i l'occasion de l'amour, cela
vient sans doute de ces deux
premières causesqui changent:
l'ame; de sorte que les fonctions
de certains visceres ne s'en font:
pas si bien.
Lors que l'amourestmoderé,
& que l'idée qui le cause n'est
pas si bien gravée dans Pame;,
qu'elle ne s'efface à mesure que
l'ame se modifie, ou qu'elle roule
diférentes pensées, alors cette
passion rend l'esprit plus vif &
plus éclairé, parce qu'elle le
tient souvent en action
; d'où
vient que ce qu'il y a d'impur
dans l'ame, & qui obscurciroit
la clarté de ses connoissances,est
alors chasse du centre à la circonférence,
de mesme que les
impuretez du Vin font précipitées
&: pousées autour des Tonneaux
lors qu'il boult.
Si l'amour qu'on prend avec
modération rend l'esprit plus vif
& pluslumineux, ilsertaussi à la
santé par la mesme raison, puis
que l'ame qui est alors plus épurée
qu'auparavant, estaussi plus
propre à agir & à bien faire la
plûpart des fondions du corps
d'où vient qu'elle vole comme
un éclair, & qu'elle est si agile à
se porter dans tous les nerfs sans
que rien l'en empesche. C'est
pourquoy le coeur & les arteres
battent alors avec vigueur,&la
digestion des alimens s'en fait
beaucoup mieux & beaucoup
plus ville.
Maisquand on a de l'amour
sans mesure, & que l'idée de ce
qu'on aime est sifort empreinte
surl'ame, qu'elle ne sçauroit s'ef.
facer de quelque maniere que
l'ame se tourne, alors cette passionrend
les Amans resveurs, &
donne des atteintes à la santé.
Les Amans deviennent resveurs,
parce que leur ame est remplie
d'une idée, qui y est gravée si
profondément, qu'ils ne sçauroient
avoir de pensées qu'elles;
ne soient scellées de ce mesme;
caracteresi-tostqu'ellesnaissent;
de là viennent leurs distractions;
& leurconstance.,
Pour ce qui est de lasanté que
cette passion altère quand elleest
excessive, il faut expliquer
comment cela se fait, ou du
moins penétrer quelques-uns de
ces sentimens intérieurs qu'éprouvent
les Amans trop paf.
sionnez. C'est ce queje tâcheray
de faire dans la fuite..
Si l'on faitrefléxion sur ce
que l'ame des Amans n'a presque
point d'autreattention que celle
de contempler l'objet qu'elle
aime, l'on s'imaginera que cette
occupation qui la tient ramassée
dans le cerveau,fait qu'elle ne
coule pas dans les nerfs à plein
canal comme à son ordinaire ;
c'est pourquoy les parties où
aboutissent les nerfs, & qui ont
sans cessebesoin de leurs influences,
ne font leur devoir que foiblement
& avec peu de vigueur.
Il est aisé apres cela de voir
comment les Amans se sentent.
le coeur saisî & comme brifé
; car
les esprits qui font occupez dans
le cerveau à servir l'objet qui se
tient toûjours éclairé devant
eux, oublient leurs tâches, & ne
se glissent plus en abondance
dans les nerfs de la huitiéme paire
, & dans le nerf inrercostal;
c'est pourquoy le coeur, où plusieurs
branches de ces mesmes
nerfs aboutissent, ralentit ses
tte\11en5;dù vient que le
sangquinecesse pointd'aborder
aucoeur par la veine-cave, &
par laveine du poulmon, regorge
dans ces vaisseaux, &assiége
le coeur de sorte, qu'il ycause
une oppression qui est toûjours
fuivie d'un sentimentdetristesse.
L'oppression ou le resserre.,
ment que les pluspassionnez
sentent autour du coeur, est ordinairement
accompagné de
plusieurssoûpirs, qu'ils sembient
iijjP pousser que pour fléchir le
coeur de leurs Maistresses. Or
ces soûpirsviennent apparemment
dece que les esprits ne se
portent qu'à troupes & par interruption,
du cerveau dans le
nerf qui s'infere au diaphragme;
c'est pourquoy le diaphragme
est
est alors contraint de s'abaisser
par des reprises courtes & entrecoupées.
Ainsi parce qu'il étend
de plus en plus & inégalement la
poitrine durant ses legeres contractions,
l'air par sa propre pesanteur
s'y précipite, & y entre
comme par bonds inégaux à
proportion qu'elle s'élargit; ansi
il y forme ces sons lugubres ou
ces soûpirs, qui sont toûjours la
marque certaine d'une forte
passion.
Dans cet état où font les
Amans, s'il arrive que par une
application toute extraordinaire
leur ame intercepte ses influences
de forte, qu'elle cesse de couler
dans les nerfs qui vont au
coeur & au diaphragme, alors
ces parties cessent de faire leurs
fonctions, &. nilc mpuY£ntpre&
queplus.C'est pourquoy les
Amanstombentquelquefois
toutd'un coupcomme morts
aux pieds de leurs Maistresses,
&leur etat alors ne me semble
point digérerdece qu'on appelle
communément pâmoifori1) où
tombent quelquefois ceux qui
sont les plus emportezen amour.
Tandis que ces tragédies se
joüent dans la poitrine des
Amans, il ne se passe rienque de
tristesur leur visage; caril est
toûjours blême & défait, parce
que leur coeur n'a pas la force
d'y pousserlesang.C'est pourquoy
toutes les veinules qui font
plusieurs lacis dans levisage, ne
font lors presque plus arrosées
de cette liqueur vermeille; d'où
vient•qu'elles-prtfoifïcnt'sans
couleur auffibien que levisage,
quiemprunte toujours la siennedu(
àngqui couledansces veines.
Irya tant de correspondance
entre le visage les yeux que
le visage ne peut estrechangé,
sans que les yeux ne le soient
aussi. C'estpourquoy quand les
Amans ontle visage défait,comme
nous le venons de dire, l'on
voit dans leurs yeux une triste &
tendre langueur. Mais puis que
cettelangueur se fait comme
toutes lesautres passions du
corps, conformément à sa structure
vnéch'aniqucj ilest à croire
qu'elle vient de ce que l'ame
des Amans n'anime pas assez les
nerfs pathétiques, aussibien que
Quelques branches qui.naiiîèpC
de la cinaujemepairede, nerfs,
& quivontaboutirauxpaupieres,
Ainsi. les paupieres n'one
plus la force de se relever;c'est
pourquoy elles setiennent abaisfiFès,
&couvrentàdemylesglobes
des yeux, tandis que ces
globesfont tournez demaniere
par les nerfspathetiques, qu'ils
ne font vQir en eux que cetair
trdle & cette mourante langueur
qui atantde charmes.
Quand lesAmans en,font.venus
jusqueslà,ilssesentent
quelquefoissi tristes &siabatus,
qu'ilsversentsouvent des larmes
malgré qu'ils en ayent. Ce qui
se fait sans-doute, parcequeles
nerfs qui accompagnent les vaisseaux
du fang pat tout où ils f4;
flîftfrbuëHtdansles gîafr&ès^dtk
yblt^î1 rie'portent'âsïesd'efspe?
aitus'x" pour'fairé faire ,:à cesvaisleurscontractionsordinaires
; c'est pourquoy lesang qui y
aborde à tous momensn'en n'estant
presqueplus exprimé, il
remplit & étend les vaisseaux
plus que decoûtume. Ainsi selon
les Loixdu mouvement du fang,,
ildoit s'échaper autravers de
leurs tuniques beaucoup de serosite
que de petits tuyaux pratiquezdans
ces glandes reçoivent
& portent dans plusieurs
conduits lachrymaux, qui se terminent
non-seulement aux bords
des paupieres,mais àûssi dans
JïfursfursAC'es intérieures.
Ce qui fr{f.: dans le cerveau
desplus passionnez n'est pas
ynoins. triste,nyraomsiurprenanî
que ce qui leurarriveilanslapoitrine,
dans le visage & dans les
yeux;car lesveilleslesoccupent
quelquefoissifort, qu'ils passent
les jours & les nuits sans dormir.
Lacausedecela vient enpartie
decequ'ils mangent tres peu,
car ils n'ontpresquepoint d'appëtit
j c'cft pourquoyle peu de
suc nourricier qui se portedans
leur cerveau, n'est pas capable
d'y enveloper leur ame, & de
la disposerau sommeil.D'ailleurs,
leurs insomnies viennent
encor de ce que le sceau ou l'idée
de l'objet qu'ils aiment est tellementappliqué
sur leurame, qu'il
ne cesse point de luy faire faire
mille & mille refléxions
; ainsi
l'ame ne sçauroit s'empescher.
d'agir à cause de cette idée, qui
estsanscesse à la harceler; aussi
ce qu'il y a de suc nourricier qui
se présente pour s'y glisser, est
aussitost poussé aux environs par
l'action de l'ame, de mesme que lesimpuretez duVin font chassezdu
centre à la circonférence
par sa fermentation. De làvient
quel'ame qui n'est plus arrosée
ny penétréedece sucqui avoit
accoûtumé de la fairedormir
par intervales,se tient ordinairementéveillée,&
nejouitplus
dusommeilprofond où elle-sVînt,
sevelissoitde tempsen temps.
, S'ilarriveque durantcesinsomniesunAmant
ne puisse
avoirl'idéedesaMaistresse, sans
queced'un RÎVÙI qui l'empêched'en
estre aimé se présente
en mesme temps, alors cette
passion, qu'on appelle jalonsie,
s'éleve dans son ame, & y cause
de grands desordres, parce que
ces deux idées la piquent à tous
momens, & y excitent comme
des vagues quis'entrechoquent
avec violence. Ainsi un Amant
jaloux sent ordinairementcommeune
douleur, qui est meslée
d'inquiétude 6e de haine; &
parce qu'à la rencontre deces
vaguesqui travaille-,nt.-gi-liri son
rpe, ces deux idéesse meslent&
seconfondent,delà vient qu'il
nesçauroitpenser à sa Maistresse
sans que l'idée de son Rival ne
vienne à la traverse; c'est pourquoy
il a toûjours dans son ame
des sentimens qui l'agitent beaucoup,
& qui ne le laissent point
en repos.
-
:".!MaÍs: quandJiw: d'un Rival
paroistdansl'amed'un Amant
paffipnnê avec desqualitez capables
de luy ravir le coeur de sa
Maistresse, & de ledétruire entiérementaupres
d'elle, il s'éleve
alors desmouvemenssiétranges
ddaannssrsponnaaiiîmicc,, qu'il neseconnoist
presque plus ; c'est pourquoyil
se jette dans le desespoir, qui le
porte quelquefois jusqu'à se
plonger le Poignard dans le fein
Pour expliquer cette passionsi
violente, ilfaut sçavoir quecomme
chaque chose fait effort autant
qu'elle le peut pour continuerdanssafaçon
destre, l'ame
d'un Amant passionné ne manque
pas de suivre cette mesme
regle. Ainsi. puis que son ame employe tous ses efforts afin de
ne pas laisser échaper le douiï
panchantqu'elleapoursaMaîtresse,
& que cependantmalgré
tous ses efforts ce doux panchant
ne peut persisteravec la
mesme douceur& le mesme plaisir,
ilestnecessaire que son ame
succombeen ces momens, Se
qu'elle ressente des allarmes &
des inquiétudes cruelles; c'est
pourquoy il n'y a rien pour lors
qu'elle ne tente pour mettre fin
à ses peines. Un exemple peut
éclaircir ce que j'avance. Sil'on
suppose que laflâme d'une Lampe
ait du sentiment comme a
nostre ame, l'on s'imaginera aisément
que si-tost que l'huile
ou la nourriture commencera à
en estresupprimée, elle aura des
frayeurs & des sentimens inquiets,
qui feront d'autant plus
vifs que la flâme approchera
plus pres de sa mort. Or c'est
dans des frayeurs & dans des inquiétudes
semblables de l'ame
que consiste le desespoir; ce
malheureux état vient necessairementde
ce que l'ame qui fait
toûjours effort pour conserver
les douceurs quel'idée de sa
Maistresse luy inspire, & qui IUT
fervent de nourriture, ne peut
du tout les conserver, parce que
sonRival les luy enleve malgré
toute sa résistance."¡H't.nn!J
Puis que le desespoir est le dernierétat
où l'Amour porte les
Amans, ilesttemps quejefinisse
ce que j'avoisà dire surcette
passion, aussibien que sur la
Question, Si lasantépeut estre alterée
par lespafjidhs. Mais il ne
fera pétatVfeftré InaLa-fropoj
d'avertirjup^ra^anç,qu'on ne
confondepas fâtne quejedécris
dans ce Discours avec celle quci
Dieucrée dans le temps de la
formation de l'Homme; car elles
font tout-à -
fait diférentes,
puisquela Religion&lesEcrits
sacrez nous enseignent que celle
qui vient de Dieu est immate.
rielle, & d'une substance purement
spirituelle ; au lieu que
l'ame sensitive qui naist avec
nous, &delaquelle jeparle seulement
dansmonDiscours, est
purementmatérielle. ,,, GAUTHIER, deNiort.
Voicydes Madrigauxsurles deux
Enigmesproposées dansle Mercure
du Mois de IuilleLv >
G 1.
Es deuxincomparablesSoeurs ont nous entretient leMercure, lisons le cohri's,&t.Aimable parure
DesB(ilUtz. etky-kas, sont de char-
|» mantesFtmrs.
Vous entendez ajfez»fuis que dire je
Ie'l*ofet, f&^Ys&Rose.
J}tnxRoyaumesvoifmssen trouvent a RofeeftpourtÂnglêis; pour le
FYAttçiùilehys* L.BOUCHETancienCuré
de Nogent le Roy. -'! Q II. V'HIf Eventailavec rdifw,
SaitauxÇUoepr,f§ita lAMlfijô.]
Se tt&ie&ttokj9Hrs àla mode,
Et queparsonfevemscommode
J'évite bien lapÂtnoifinl
Parasol,eau,bois, & ga^ê/t, ToHtala,sansCêmparaifm,
Estunemoinsbonneméthode
$l»nn Eventail.
JANNETON DELEPINI,de la Ruë
neuve desPetits-Champs.
M 111. Ercureest tout plein £agré~
ment,
Toujoursfleury, toujours charmant: En Prose, en Vers, en toute chose,
Ilsçait enchanterles Esprits,
Et dans tousses galans Ecrits
On ne voit que Lys & queRose.
JOURDAIN, d'Amiens.
p IV. Eut-on voir dans le monde un plus
parfaitvisage
JQue celuy de la jeune lrÍl!
On y voit de Vin," la ressemblante Image,
C'est le charmantsejour et ddetss jJeeuuxx &
desRû,
Mille naissantesFleursyfont toujours
écloses,
Et l'aimablerougeurdes Roses rreleve l'éclat &lablancheur des Lys.1
L'Inconstant Misantrope.
v V. Oyez, Philis, comme j'explique
Les deux Enigmes à lajiù;
J'en devinelesensi-tostquejevom vois Avec tous vos attraits &.'f)DflTt air
magnifique.
N'y voit-on pas les Fleurs desArml1
de deux Roys,
De CHARLES qui tient [Angleterre}
Etde LoüsJfuipeul régir toute la
Terre?
Ce teintsivif,sibeau,sifrais,sidélicat
De la Rose portetéclat,
Et le Lys ybrille demesme
Mais j'admiredeplus un prétieux
travail,
Quand avec unegrace extrême
Voflrt mainfaitbrillerungalant Eventail.
RAULT, de Roüen
M VI. Ereure en touta fart deflaire,
C'eflson aimable caractere;
Ses Ouvragesfontsipolie,
Que cest un charmepour les Allies,
Et mes plus délicates Dames
N'y trouvent que Roses & Lys.
JOURDAIN,d'Amiens*
VII. IL nefaut pas tant,rafiner
Sur les Enigmes et*enprepofe.
Ilest aist de deviner,
Voyant mon teint de Lys entremeslé
de Roses.
La Belle Incoinauë,
-VTÏi.
Esuis une jeune Bergere
Quiraisonne tÕ/ff doucement,
Et qui nescaitpoint contrefaire
Ce quefaydans l'entendement.
D'autres tourneront galamment
Lesens de l'Enigmederniere,
Sur la Mer, ousur le Serment,
SurleLustre, ousurlaGalere.
Moy,sans à riend'extraordinaire
Hausser monpetit jugement
Jevokt diraynaïvement
Que mon Eventailfait l'affaire.
FANCHON LE FEVR,
M IX. deMagny.
Ercure, ce Moisnouspropose
One Enigme qui fent & le Lys et.
la Rose.
De grace, à quel dessein ces deux Fleurs
ttJflrtirl
Ne peut-on trouver autre chose
Capable de nous divertir?
Qu'elles brillent dans un Pdrrerr#.
Sur des Nobles,surdes Louis,
Q*onesnenAf-assneugleternre,f Quen les aimepartante 'ttrc:, ,
Mesfensriènfontpmht ébloui*.
Satisfontd'un grandsecours, c'estpour
des Genssurl'âge,
MaÏJ non paspour defêrinescoeursj
J'Aimemieuxvoir ces deux Aimables Smurs
Edmerfur lesein de celle quim'engagé.
L'ALBANISTE, deRouen.
X. M
Erciire, ¡'r:fhi1 bien enpeine
Deïënjtiifire le Roy, de meftpe que la
Reyne, ^v'JfîrsEri'gmeveut cacher.
le mepniftsis à les chercher,
Et jeperloispresquecourage,
Lors quejettant lesyeuxsur l'aimable
Philis, <-
Je reconnussursonvisage
Quel'Enigmecachoit des Roses & -, des Lys.
AiLAP.D,dijVéxm,
XI. EN,'-,Ítm,.¡.DÎt la Canicule :"
Echauffesifort,& nom brûle,
Silenepourserafraîchir
Prend à deux mains les deux bras de ,frlljfè"
-. Piene de bon Vina,laglace,
Boit aperted'haleine,wjusques à
'transir; - Mais Philis n'enfait pas de mesme.
Pour rafraîchirson teint rouge comme
torAil,
Danssa chaleurextrême
Ellefait jouer l'Eventail.
Le mesme.
E XII.
N vainvous pensez.quelachose
Que vous envelopez,pour la cacher aux
yeux,
Anostre connoissance en échapera mieux;
Onfent,sil'on ne voit, & le Lys, &
la Rose.
-
F. HA. DU MiSNlt, de
Chambrais en Normandie.
c XIII. El belles Fleurs,galant Mercure,
Dontvotanomfaites lapeinture,
Quand ellesfont dans un Jardin,
FnttOHifJHYS unepauvrefin;
NepUignezrVOHt Pasleurnature?
Le moindre vent leurfait injure,
Les bat, les meta la torture,
Et tout d'un coup flétrit enfin.
Ces belles Fleurs.
ilen/çtt, quifont autresigurs;
Et donttoujours labeautédure,
Cesi dans l'Enigme,&sur Catini.
Ellesfont d'un Estre divin,
Etfad< ire,jevouslejure,
- Ces belle&Fleurs.
XIV.DAUJSAUoll. : BEau Lys, Roy des Jardins, Colejfe
entre lesFkurs?- Géant de IIlt cAillé" Philk efi aussi bellej
Maismoinsdouce yuwottsihelas,cette
Cruelle
Mépriemes transports,A M•messieurs.orts,:.irs.,&
Je nepuis J'appvodkmfans la voir ensi"
) fiâmtt,->*- De cent petitsPoigrmrdscejkxme Rose
armée,
Elle en a la rigueur, enayant la beautés
C'est l'Hymenseulquipeut«~
fierté,
Cette ChaînequifaitauxBelles tan*
d'outrage.
Quoy, ledoisjeinvoquer, ceTombeau
des ^Amours?
Non, non, c'etf une Rose, il apeu de
beaux jours,
, SesEpines par tout durent bien davantage.
GYGES, du Havre.
v XV. Ous ne pouvez, Iris, estre belle a
mesyeux,
Si jen'apperçois en tous lieux
Vrillelrafurvofïreteint, & le Lysô- Rose.
Conservez-doncvostresanté,
Aprescelaveftre beauté
-,.
.11
-. Veut coûtera4res-peudeck>ofe.
L'Amant déclaré de la grande
Brune del'Hostel d'Avaux,.
D XVI. Ans un Jardindesmieuxsifleuris,
La Rose querelloit le Lys,
Et pour unesemblablechose,
LeLys invectivoit la Rose.
Sur leur diférente couleur
Ilss'estoientmisencette humeur;
Etpar une fuite cruelle
Ils alloient vuiderleurquerelle,
Quand Iris entrantauJoWdm,
D'un airà quirienne ressemble,
Les prenant dans sa belle main,
Et lesportant jufjuasonfnn3
Les mit tous deux t£accord ensemble,
LAPlERRï.
Q XVII. VeaAmas,belle lris,f),s beautez
vous,attirent!
Je n'entens que coeurs quifokfirenti
L'unseplaint des coupsde VII yeux
L'autre de mille & mille choses
Qui rendentson coeur amoureux.
Tourmoy
,
sans affecter un ton trop Ion*
geureux3
Je ne me croy pas malheureux,
D'admirervostre teint & de Lysfô"
de Roses.
L'AIMABLE HEBERT, de
la Ruëde la Harpe.
p XVIIL Our contenter Iris, dont les ordres
pressans
Mobligeaient à trouver lesens
DesdeuxEnigmesqu'on propose,
Je resvois & tandis que mesyeuxsans
dessin
Contemploientson teint &samain,
Je trouvayl'Eventail, & le Lys, &
la Rose.
LeProcureur du Roy,de
ConcheenNormandie
C XIX.
Est avecque raison, Mercure;
Que vous prenez le titre de Galant.
Rien négale l'heureux talent
Quivousfait en tous lieuxfaire belle
figure.
AuxBelles vous centez, de charmantes
douceurs;
Et dans ce tempsque les chaleurs
Imprimentsurleur teintl'agreable
mélange
Des Roses &des Lys, & labeauté
d'un Angey
Poureffacerce belémail,
Trous leuroffrez, un Eventail.
BARDOU, de Poitiers,
Q XX. Vandta Daphnis & mon Iris
Disputentsurla moindrechose;
\Afinfiant je vois le blanc Lys,
Et la rouge &vermeille Rose,
Parer d'un charme assez. égal
Tout leur teint & leur beau visage
Pour elles cen'est pas un petitavantage,
De profiter Ainsi du mal,
q,ue la colere à tous nefait pas sans
dommage.
Le Confident du Solitaire
de l'Hostel de Soissons.
M XXI. Erenre,vostre teint de Roses
& de Lys,
Ressemble au teint de ma Vo;¡;",
La belle, l'aimable Philis;
lltfi d'une Beauté divine.
'MaiscCou vient qu'onvous voit aujoMrd'huyfijoly,
Simignon,sipropet,sipoupin,sipoly?
Vamouruotu trote-t-ildans l'mt?
Surquelque Belle Auriez -vous du
dessein?
Enfin l'excèsdevostreflâme
Vous a-t-ilmisl'Eventail à la "'A!'n.
DAUBAINE:
XXII. ETla Rose&le Lysfont les aimables
Soeurs
Dont on nous afait la peinture
*Avec tant d'ornemens ce Mois dansle
Aiercitre.
Cesont defortaimables Fleurs}
Qui donnant grand éclat à celles du
Parterre,
Nefontpas voir leurs plus vives couleurs
Dans lesBlasons de France & d'Angleterre.
L'Avanturier nocturne,
de l'Iste du Palais.
XXIII. PXJUejue Mercure dit quevous estes
F1e.e,
Berger, onvousfuit a lapifle,
Et Convous voit dans ce jardin,
Sanspour les autres Fleurs avoir Aucun
dédain,
Entre les mieux écloses,
Choisir & les Lys & les Rosès,
Pour nom offrir en mots couverts
Un Bouquetsous de jolis Vers.
Le Resveur du Mont-Helicon,
de Châlons en Champagne.
A XXIY. Fillefaite comme moy,
Vostre Enigme, Mercure,
N'a pas assurèment dequoy -
La mettre à la torture.
Lesecoursseul de mon Miroir
M'expliquetouteschêfes,
Quandsur mon teint il mefaitVoir
Tant de Lys & de Roses.
HENRIETE DE LA S.
de Dreux.
p XXV.
Vis-jeassez. Mercure estimer
VO.Yez.lefoin qu'ilprend de me charmer;
Car pouvoit-il m'offrir de plus charmantes
choses,
Sur lafin de tEté, que des Lys &
des Roses;
Le jeune Solitaire,, de
la RueMaubué.
Tddjo.'tc deux Madrigaux qui
fontencorsur les Eni?mcs du Feu.
Une Bellese plaint dans le premier,
dece quej'ayoubliésonnom,enparlant
de ceux qui ont expliqué ces
deux Enigmes.
O I. Vy, jefuis toute en Feu,lors que jemefigure
Le méprisquede moyfait le Galant
Mercure; Ilm'oublie, & déjàmabeautéperd
l'espoir
Defaire à l'Universconnoistre mon
ppooui4vvooiirr-.
LA JELINB HOUDEL, du
Quartier S. Mederic.
11. ENvain, belle Philis, du Mercure
Galant
,Vousvoulezdevner l'Enigme
Ah, vous n'y resveriezpas tant,
Si vouspouviez,songer au beau Feu que
m'anime.
DE LACHAUSSEEle jeune,
d'ASFéviîle.
Del'origine
y
duprogrés
del'étatpresent , de la Medecine.
LA Medecine n'est point un
effet du hazarci,coiiiMeVeLl.
lent quelques-uns. Les Hommes
se sont trouvez dans la né.
cessité de l'inventer comme les
autres Arts. Ils Pcxerçoienc
d'abord d'une manière grossiére
& imparfaite,&nese fervoienr
que de quelques Simples qu'ils
employoient pour laguérison de
Ceurestblessures. -
Art demeura longtemps
nculte sans qu'on le pratiquait
l'une autre façon, foit que les
Hommes des premiers Siècles
sussent mieux composez &moins
sujetsaux maladies que nous ne
sommes, ou qu'ils ne voulurent
pas se donner la peine de le cultiver.
Il y a cependant assez
d'apparence que comme ils menoient
une vie sobre de reguliére
,ils jouïssoient d'une fanté
plus forte & plus vigoureuse que
la nostre
,
& qu'ils avoient moins
besoinde remedes que nous n'avons
; mais les Hommes ayant
quitté leur premiere manière de
vivre, & s'estantabandonnez à
une vie toute voluptueuse &
toute sensuelle,ils font devenus
bien plus faibles & beaucoup
moins vigoureux qu'ils n'êtoient
auparavant. Leur santé s'est
alterée peu à peu, &ils se font
veus accablez de tant de maladies
, qu'ils ont esté necessités
de chercher des remedes poury
couper pied.
Les Egyptiens &; les Grecs ont
esté ceux qui s'y font le plusattachez,&
qui y ont fait plus de
progrés
,
soit qu'ils eussent l'espritplus
penétrant &. qu'ils fussent
plus heureux que lesautres,
ou que la nécessité, où les plaisirs
& ladébauche les avoient réduits,
les eustobligez à fairedavantage
d'expériences, & àtenter
plus de remedes.
Quelques Autheurs veulent
que les animauxayent esté les
premiers inventeurs de la Médecine
, & qu'ils ayent apris aux
Hommes à la cultiver. Plutarque
croit qu'ils ont une connoifsance
entiere de cét Art, qu'ils
en observent toutes les regles
&toutes les maximes,& qu'ils
trouvent sans erreur & sans
peine toutce qui leur est necessaire
pour la guérison de leurs
maladies. Ils observent une diete
exacte quand ils sont malades;
ilsontl'usagedes lavemens, de
la saignée & de la purgation,ils
guérissent leurs playes & leurs
blessures
; en un mot, ils rencontren
t dans les Simples des remedes
àtoutes leurs infirmitez.
Les Lyons, les Ours, les
Loups,& les autres bestes voraces,
trouvent leur guérison dans
le repos&dans l'abstinence. La
Cicogne remplir son bec d'eau
salée qu'elle jette dans sonventre
quand il est paresseux. Le
Pélicans'ouvre les veines avec le bec lors qu'il est indisposé.
L'Hypotame,qui estuneespece
de Chevalaquatique,sort du Nil
quand il se trouve mal,&s'ouvre
un certain vaisseau de la cuisse
en l'appliquant sur la pointe de
quelque Roseau; il bouche enfuite
l'ouverture avec un peu de
bouë.
Les Peuples de l'Amériquese
saignentà peu prés de la mesme
sorte. Ilsentamentla peau avec
la pointe d'un Roseau
,
& se font
succer le fang de la playe jusqu'à
ce qu'il en ait sorty une quantité
suffisante. Les Chiens & les
Chats se purgent avec l'herbe
moüillée de rosée
;
les Geais, les
Merles
y
les Perdrix, avec les
feüilles de Laurier &c.LesCerfs.
& les Daims ont recours au Diccamne
quand ils font blessez
LesEléphansne se soulagent-ils
pas les uns les autres dans leurs
blessures?Avec quelle adresse
ne tirent-ils pas lesFleches Se
les Dards de leurs playes ? La
pluspart des Animaux ne guérissent-
ils pas les leurs en les le-1
chant & les abreuvant de leur
faHveJ
Les Anciens ont crû que la
Médecine devoit sa naissance à
la Divinité mesme
, que les
Dieux immortels estoient seuls
capables d'inventer un si bel Arc
si utile & si necessaire pour la vie
des Hommes. Medecinæ utilitas
Deorumimmortalium inventioni est
consecrata. Cicero. Li. 3. Tuscul
q. a. 1.
rHennés dit qu'elle est descenduë
du Ciel, & que Dieu l'a
donnée aux Hommes pour la
conservation de leur fanté & la
guérison de leurs maladies.
C'estoit auui la pensée de
JesusFilsdeSyrach,Ecclésiastique
38.Dieu a creéla Médecine,
ditceJuif, & l'Homme prudent
&sage ne la meprisera point.
Les Egyptiens attribuoient
l'invention de cét Art à Mercure,
les Grecs à Isis & à Ozyris,
les Tyriens à Agénor & à Chiron.
Homere veut que Paon,
qu'il appelle le Médecin des ,
Dieux, en foit le premier inventeur.
Quelques-uns le sontdescendre
d'Apis
,
quelques autres
d'Arabus Fils d'Apollon & de
Babylone. D'autres enfin Tactribuënt
à Apollon &àEsculape.
Voicy de quelle manière
Ovide fait parler le premier dans
ses Métamorphoses.
Inventum Medecina meum est,opiifxtjue
per orbem.
Dieor, & herbarumsubjectapotententianobis.
Esculape Fils d'Apollon &
d'Areadne, n'excella pasmoins
dans cet Art que son Pere, puis
qu'ilsçeut redonner la vie à Androgée
Fils de Minosquil'avoit
perduë.
Et Deusextintum Cressis Epid-aurius
herbis
Kejiitmt Patris Androgeona feeis.
Properce.
Toure l'antiquité a eu beaucoup
de venération pour ces
Dieux. Il ya eu peu de Villes
dans lesquelles on ne leur ait
êlevé des Temples & des Autels,
& où ilsn'ayent fait des Prodiges.
Ilredonnoientlaveuëaux
Aveugles; ils faisoient entendre
les Sourds, parler les Muets,
marcher droit les Boiteux ;
ils
guérissoient les Lépreux & les
Maniaques &c. Ces Prodiges
arrivoient souvent dans le Simulachred'Isis
en Egypte, aurapport
de Diodore.
Il y avoit à Pergame & dans
toute la Grece, des Temples dédiez
àEfCulap- oùce Dieua pparoissoit
en songe aux Malades
qu'on luy présentoit, & leur eneignoit
les remedes dont ils
levoient se servir. Il y en avoit
en beaucoup d'autres lieux, où
Apollon & Esculape rendoient
des Oracles, & découvroient
aux Peuples ceux dont ilsavoiet
besoin pour la guérison de leurs
maladies.
On voit encore à Rome quelques
fragmens de ces Oracles
enlettres Grecques sur une Table
de Marbre
, que l'on y trouva
dans le Temple d'Esculape.
On en peut lire la Traduction
dans Mercurial & dans les Obfervations
de Monsieur Spo,sur
les Fiévres &les Febrefuges.
Quelques Autheurs, comme
Paufaiiasôc Macrobe
,
veulent
que les Poëtes ayent attribué
les premiers l'invention dela
Médecine à Apollon 6cà Esculape
; que par Apollon ils entendoient
le Soleil, qui par sa douce
& benigne chaleur dissipe les
maladies, & augmente la force
& la vertu des Plantes & des
Animaux, dont l'Homme se sert
pour l'entretien de sa fanté & de
a vie; que par Esculape ils n'entendoient
aussi que l'air purôc
temperé, qui ne contribuë pas
moins en cet état que le Soleil
la conservation dela santé, Se
la guérison desmaladiesaCependantilest
certain qu'il
,eu un Apollon & un Escula- quiefFedivemcnt n'ont pas
esté les Inventeurs de cét Art,
nais qui ont commencé de le
cultiver. Apollon fut le premier
quiluy donna quelque forme. Il
découvritlavertude plusieurs
simples desquels on s'est servy
depuis fortheureusement en
beaucoup de rencontres. Efculape
n'ajouta pas peu aux découvertes
de sonPere; il inventa la
Sonde, les Bandages& l'Appareildes
playes. Æsculapiorumprimus
Apollinis, quem Arcades colunt,
Filius
,
specillum invenisse,
primwqtie vulntu obligavisse dicitur.
Cicero. Li. 3. de nat. Deor.
57.
LesTyriens croyent qu'Agenor
& Chiron ont exercé la Médecine
les premiers. Plutarque
veut que pour ce sujet ils leur offrissent
tous les ans leurs prémices.
Tirji Agenori, Chironi magnates
primitius offerltfJt) quodij
primi Medicinamfecisse existimantur.
Le Traducteur de Plutar.
que Moral. 674.
Chiron se rendit si fameux par
cét Art, qu'il devint Précepteur
d'Hercule & d'Achille Fils de
Pelée. Ille leur enseigna à tous
deux,&les rendit si habiles, qu'-
Achille guérit Télephusde ses
blessures, & Hercule ressuscita
parla force de ses Remedes Alcestide
Femme d'Admete Roy
deThessalie. Plutarque dit encor
qu'Achille découvrit le premier
la cause d'une Peste violente
qui envahit toute la Grece.
IsenimutChironis discipulus,
¡rimUl causamluis,que Græcos
invaserat deprehendit. Moral. 66.
On assure mesme que ce fameux
Centaure apprit la Medecinc
à Esculape, & qu'Apollon
son Pere le luy.avoit donné pour
d'instruire. Il y aeu, au rapport
de quelquesAutheurs, un second
Esculape
,
qui fut foudroyé par
Mercure pour avoir ressuscité
Thesidés Hippolite, Fils deThesée
& d'Hippolite Reyne des
Amazones, lequel avoit esté devoré
par des Chevaux. Ciceron
parle d'un troisiéme qui fut le
premier Arracheur de Dents, &
qui trouva le secret de la purgation.
Tertius Arsippi & Arsinoes
Filius,qui primuspurgationemalvi
& Dentis Avuljionem, ut serunt,
invenit. Cujus, ajoûte-t-il, in Arcadiâ
non longè à Lusio flumine
sepulibrum &Lucus ostenditur. Li.
3. de Nat. Deor.
Plusieurs Aurheurs croyent
cependant qu'il n'ya eu qu'un
Esculape qui laissa deux Fils,
dont l'un se nommoit Podalyre,
& l'autre Machaon. Ils sesignalérent
tous deux fous Agamomnon
à la Guerre de Troye; l'un
panfoit les BIencz, pendant que
l'autre avoitle foin de guérir les
Malades. Ces deux Héros apprirent
leur Art à leurs Descendans
, & il devint heréditaireà
ceux de leur Famille,que l'on
appella depuis Asclepiades.
La Medecine fût
-
quelque
temps dans cette Famille, sans
qu'elle se communiquait à d'autres
Personnes; mais les Sages
& les Philosophes l'apprirent
dans la fuite, & la cultivérent
avec beaucoup plus de foin &
d'exactitude que les Asclepiades.
Ils l'embélirent des maximes
les plus pures de la Philosophie,
& d'empirique qu'elle
estoit, ils l'en rendirent raisonnée
& dogmatique. Pythagore
s'y donna entierement,ainsi que
Zamolxis, Alchémaeonde Crotone,
Epycharme de Co, Empedocle,
&c. Démocrite, que
quelques-uns ont crû Précepteur
du Grand Hypocrate,s'y
appliqua aussi avec beaucoup de
succés.
Les premiers Hommes pratiquoient
la Medecine, come j'ay
déja dit, d'une maniere rustique
& grossiére
,
ainsi que font encore
à present les Sauvages. Ils
ne s'attachoient comme eux
qu'à connoistre la vertu de quelques
Plantes & de quelques
Simples, dont ils usoient pour la
périÍon de leurs maladies &
de leurs bleilures. Ils s'instruisoient
les uns les autres des Remedes
dont Ilss'estoientservis. -
Les Assyriens, au raport de Diodore,
exposoient leurs Malades
dans les Places publiques,afin
que si quelqu'un de ceux qui
passoient avaient eu le même
mal, il leurenfeignastles Remedes
qui l'avoient guéry. Les Babyloniens,&
d'autres Peuples,
faisoient la mesme chose, selon
Herodote& Strabon.
La Science des premiers Medecins
estoit donc une pure Empirie,
ou une pure observation
de quelques Remedes que le
bazard leur avoit fait découvrir.
S'ils apprenoient qu'un Malade
ïûtreceu quelque soulagement
i'un Remede
,
ils le mettoient
tuflitofl: en usage. Ils expérinentoient
mesme tous les jours
le nouveaux Remedes, & les
authorisoient quand ils avoienr
réüssy, comme ils les abandonnoient
lors que l'effet ne répondoit
pas à leur attente.. Ils passoient
souvent d'une partie &
d'unemaladie à une autre, comme
par exemple du bras à la
cuisse
,
de la pleuresie à la peripneumonie,
Ils se servoient aussi
d'un Remede au lieu de l'autre,
comme de la Menthe au lieu dUJ;
Baume, ou du Solanum au licur
de Plantin. Comme ils tentoient
continuellement de nouveaux
Remedes,ils acqueroient
de nouvelles connoissances
.,
&
l'Art se perfectionnant de jour
en jour par la quantité des expériences,
il devint beaucoup plus
ample&plus enrichi qu'il n'êtoint
auparavant. On peut dire toutesfois
que la Medecine eiloit
encore tout à fait grossiere &
imparfaite, & qu'elle ne cessa
de l'estre que lOf,) que les Philosophes
l'eurent cultivée quelque
temps, & qu'ils luy eurent donné
des Regles & des Principes.
Ils s'appliquèrentdonc à connoistre
la nature de l'Homme
Ils examinèrent toutes ses parties.
Ils observérent leur conftrt,
iâlon
,
leur nombre, leur
grandeur, leur figure, leur situarion,
leurs sonctions & leurs usages.
Ils les regardèrent dans leur
premiere conformation, leuraccroissement,
leur état, & leur
décroissements ils considérerent
l'Homme dansl'état de la santé
& dans celuy dela maladie; ils
examinèrent ses moeurs, sesinclinations,
iiès'h<'tbituttes&-'"f¿:
-,
maniere délivre,ilsremarqua
rentzrouces^lcs chosesqui pouvoientluyestreutilesounuisibles,
& quipouvoient altérer ou
consèrver sa fanté^fc'1 aprés
avoirconsideréquelquetemps
toutcequiestoitau dedans & au
dehors de luy .imefrnei];dcod..
vrirent la cause de courtes les maladies
quil'affligent,&trouvérentdesRemèdestoutesses
Ü104
firmitez ,ils établirent enfin des
dogmes & desmaximes,surlesqlueelulesrilDsoficretnrtrionuleer.
toute ,vw Leurs principes estoientdifférensde
ceux quiont paru depuis3<
vils neraisonnoient pas,
comme on faitencore àprésent,
par le chaud, le froid, le sec&
l'humide;
l'humide; ils ne connoissoient
lpaointd'agens plus puissansdans
Nature,que l'amer, le doux,
lesalé,l'insipide, l'acerbe, l'austere,
l'acide, l'acre &c. Ils estoient
persuadez que ces potits
corps estoient seuls capables
d'alterer la fanté, & de détruire
les principes de lavie, que l'une
& l'autre dépendoit de leur
union & de leur simmétrie, &
que la maladie & la mort estoient
de purs effets de leur desunion.
Quàm restè igitur
,
&
b, qukm con.v,enient ratiocinatione
iuxta Hominis Naturam hilc primi
inventoresinvestigando invenerunt
judicaveruntque artem dignam, quA
un Deum Autherem referretur, quem
admodum etiam à fojkris receptum
est. Namneque siccum, nequçbu~
TtHd-ufh> n:fjuécalidlltn) nequefri~
gidum , neque aliud quicquam ex
hjj-p&tAvcrunt hominemt&dtre, neque
ttliguo. borum homini opus effi
opiriatifunt,fidqhodin njm quoque fine) & humanâNaturâpotentius
IJl" vtabillâfkpersiri nequeat boc
tffium id essequod laderet exiHima-
'Berunt ,idemqueauferre quæsiverimt.
Fortifjlmumamemeji inter
diilcu'dulcifymum, interamAYaamarissimum&
c. kzc enim&in Homine
in ejje-vidcfowt- & hominem
tædere.Hypocrates de veterimedic.
a. 74. &fibfey.v
.tl CetteDoctrinefut suivie par
ce qu'il y eut de plus sçavans
Hommes dans l'antiquité jusqu'au
temps de Gorgias Leontin
&de Polus, lesquels introduisigenti
à ce que croit,Turnebede
'nQUv.,UX dogmesSede.nouvelles
maximes dans la Medecine.
Ils supposérent mesmedesprincipes,
sur lesquels ils établirent
unenouvelleDoctrine. Ils raisonnérent
les premiers par les
qualitez, & attribuérent au
chaud,au froid, au sec & à
! l'humide, la cause de la fanté, de
la maladie &dela mort mesme.
Voicy de quelle maniereHypocrateapostrophe
cette nouvelle.
Secte, de veteri Medic. a. 65.
yMmeftimvcro nuncadcos, qui novo
modeartem ex fundamentisfippojïiîscfujivwtsermonem.
convertam.
Siçrgj calidum estWP frigidNm."
autfucum> aut humi'dum<]uodhe<*
ytinçm Udit,ck^jop^ori^recî-emedçntxm
juxiliêvi. taJèdo,cjuïdem in
frigirJJ.'JIfper;1I1#tdto,fâgidpveroin
calidum ^Çfc.mjmme rutï0, Noit
ernm l¡£ft":: est aut frigiditni,
ajqiitp-t-ilaill^urs,quodmagnam
JXYseruimhdbci,&c.
CettenouvelleDodrinceue
beaucoup deSectateurs,elleest
encoreà present suivie de laplupqxy
des Médecins. Hippocrate
lafpmteiLde sontemps, & renouvelacelledespremier^
Phivoit,
dan. tout le Livre de veteri t,- Medçfrn^'CetÀuthcur s'y attad-
aaa'-Jy4f,t^hjcde fojn&: d'ap- plication,qu'ilconvainquit d'erreur
& d'ignorance ceux quitenaient
le party de Polus & de
Gorgias, Se rétablit la Médecine
dans ion premier éclat &. sa
premiere forme. Si tous les Livres
qui paroissent aujourd'huy
sous le nom d'Hippocrate,ne
sontpas remplis de cette Doctrine
on peut dire qu'ilssont
supposez,&qu'on lesattribuë
faussement à ce grand Homme.
Dioclés Cariftius,Praxagore
deCo, Mnesitheüs, Herophile
de Calcedoine, Philippe de Co,
&c. embrasserent la Doctrine
d'Hippocr^re.Crylippe le Sophifte
& Erasistrate la suivirent
aussi
; mais ils l'alterérent en
quelques endroits,te introduis
firent plusieursmaximesdifféfentes
de cestes qu'il avoitétablies.
PhilinusDiscipled'Herophise,
nes'apjMiqua pas comme son
SÇdaifti-SCàlaMdédeciened'Hsipp.o- m-plriqes & InéPIifa'lc' fecours"
de Li) hiifon! dansrÙne,
Science oùelleestsi âécëflàireV
ptiur^Lirèhclicrâ d.\sexpérionécs'n'oTI:
peufes, que le hazard.
fait fôavcïreussir. Ce futen cela
,qilÜ futdifferent despremiers
f^Eirrerpif\icïjues'',;qtiî n'avoient ne- ivUfolineiiterïtque parce J-tJLiPrqpb\¡{,Çcbnn6HTbÍetlt ni la
force^nyl'utilité.'rQaoyquefit"
Doctrinede Philinus eûtesté
combatuëparHërophile&par
Philippè de Co, Sérapiond'Aléxandrienelai(
1àpaé-dc.îà"fufvre.
Ill'embellit mesme demai
niere qu'on le crût le premierlnvenceurde
cette•Sè&'éf1ApoMo-
ïiius d'Antioche,Glaucias, Men^
odore&Sextus'^larêndiren.t
uassirecomnlandable, aindque
Sostrate,Hieron,Teutas,Hamon
d'A'éxandrie, & Hera:'"
clidcdeTarante..
Ascipiades dePrulTeneeau(à.
pas moins de changement dans
la Medecme, que ceux dont je
viens de parler. Commeilestoit
naturelle ment éloquent, &qu'il
avoit beaucoup de pénétration
d'esprit il n'eut pasde peineà
établir une nouvelle Scc1:e& à
aseffefacitrieondneeszpPoaurtrisonasDozeclterzin&e.
AftJcpun'-aqtpokqj McauQ^a^iL
Co ttjr/fans,eloquemivinab#
Medicos.Cixcrode Ora£ -,.(;2. Afclépiadesrenditlaprat^que
.delaJVÎ$^£p|ie/<prt if9f. Jl.qp
4*finconf*fterqi^JargIji,ciiç|DÇ,
l'exercice, la promenade & la
frictiondu-corps. Il autorisale
premierl'usageduVin dans.les
maladies*.ôc.trQirçajl'invention
de/sçrfcaûjs»Lits que :l'()B{U[pendoitenlVtirf
donc les Malades
ne recevoientpas peude foulagement.
Ilnefut pas longtemps -,, TOta^ablepar^la-ïgjn]pri.fbn*;de
quelques' Personnes çpnfidéra.
bles.Saréputation futd'autant
plus grande, que commeilestoiot
d'un bon tempérament, &qu'il
avoit un fonds de fauté
-
'acheY¿;¡
.chauleuçtuLciiiwiiitquAinmédecin,
n'estoit pas habile Hommfc
quand il tomboitmalade? Pline
ditaussi qu'il ne le fut jamais, &i
qu'il se tua malheureusementerit
tombantdu .b:Q.:t d'un Escalier
en bas.
Apres la mort d'Asclépiades,
Thétiii1ons'att&c&&îâfèpmà.*xiw
mes, &enseigna publiqliement
sa Doctrine.Il Précepteur
de Trassian,quifuivanrlôs tra
ces de ces deux grands Hom-
ITICS, introduiredans la Médecine
une nouvelleSecte,qui fut
celledes Méthodiques, laquelle
a esté depuissuivie par Mnaséus,
Dyonisius, Proclus, Antiparer,
Mylesius Olympicus, Menéma.
eus Aphrodiensis, Soranus d'E*
phese,&Ccelius Aureliatnis. :;;
Trallian ne rendit pas la Médecine
plusdifficilequ'Ascléiades
&Thémifon, puis qu'on la
pouvoitapprendre en moins de
sixmois. Ilétablit pourcceteffet
desMaximes générales &des
Lieux communs, surlesquelsil
fonda toute sa Doctrine. Il ne
connutpom:d'autres causesdes
mailifiJies que l'aftidion-& le relâchement.
Il ie|mettoit peu en
peine des autres connoissaces,
pourveu que l'onsçcust rendra
les humeurs fluides & coulantes
quand elles estoient trop denses,
& qu'on les condenîâft lors
qu'ellesestoient tropfluides &
trop relâchées. Si ces deux causes
concoureient ensemble à la
production d'unemaladiç,il
vouloit qu'onremedKvftà.k plus
pressante,sans avoirégaxd ny
au temps, ny àla saison,myA
l'âge,nyausexe,nyàlaconstitution,
ny au tempérament du
Malade.
,
Crinas deMarseillenes'acquit
pas moins de réputation dans
RomequeTrallian.Iladjoûta
le premier les Observations Astrôlogiquesàla
Medecine. Il fie
mesme des Ephémerides,1 où il
marquoit les heures & les temps
que les Malades devoient preru
dreles alimens & les remedes.
Trallian & Crinas partagerent
toute la gloire de laMe
decine.Avcbanr dit Pline
lors que Charmis vint de Mar
seille a Rome,& se rendit fameux
en blâmant les autres. Il
condamnal'usàge des Eftuves
qui estoitfore communchez les
Romains, & introduifif celuy
du Bain d'eau froide. Il sçeut
persuader les Romains si forcejinent,
qu'on voyoit mesme en
HyverlesLacs couverts de Malades
que l'on y plongeoit On
;"oyoirauHl) dit Pline, les vieux
Çonfulsa la fortiç de l'ru roides&tous tous pâmezdefroid.
Lanouveautéestoit tellement
au goustdesRomains,quec'eftoit
assez au Medecin, qui vouloit
se distinguer des autres, de
décrier leur conduite,ôc d'introduire
des Remedes & des maniérés
diferentes. Ilyenarrivoit
aussi dejour en jour,&l'on n'avoit
presque plusd'idée de l'ancienne
Medecine lors que Galien
natif de Perganje enGrece,
commença de l'exercer à Rome,
& de combattre les erreurs qui
s'y estoient glissées depuis un si
longtemps.
Quoy que ce grand Homme
n'eust pasd'autre but que derétablir
l'ancienne Medecine dans,
sa premieresplendeur, on peut
dire sans fairetort àsa mémoire,
t¡u>il a pris le change, & qu'au
lieu des veritablesPrincipes dont
les premiers Philosophes Medecinss'estoientservis,
il a renouvelle
ceux de Gorgias Se de
Polus,&raisonné comme eux
par le chaud,lefroid,le sec, &
Î'hiîimide. Cependantla Medecine
luyéft redevabled'une infinitéd'Observations
& de Remedes
dont il l'a enrichie. Ill'a
mesmepolie, & mise dans un
ordrebeaucoupplus net & plus
régulier, qu'illi'estoit auparavant.
LaMedecine passa depuis Galien
chez les Arabes, quil'aug-,
menterentconsidérablement.
Rasis& Avicennelacultivérent
avectant desoin, que pluneurs
ont crû qu'elle avoitreçeu d'eux
sa perfection. Ils eurent toutefois
beaucoupdemaximes opposées
à celles de Galien.
Averroës de Cordouë s'y appliqua
en fuite avec beaucoup
d'exactitude, puis elle passa chez
les François, les Anglois, les Allemans,
&c. où elle trouva de
savans Hommes qui en firent
toute leur occupation, & s'y attacherentavec
autant de foin &
de diligence, que s'ils eneussent
esté les premiers Inventeurs,
comme l'on peut voir dans les
doctes Ecrits de Comarius, Lacuna,
Zuingerus,Marinelle,
Martianus,Aveiga, Amatus,
Fernel,Duret,Hollier,Zacutus,
Lomnius, Forestier, Varandée
Acastro, &c. & d'une ioÇniçç
d'autresDocteurs,dontle nom
n'aurapas moinsdedurée,que
laScienceàlaquelle ils sesont
Appliquez.O~ÏJ£*. ,v<i
Ii,rLa Medecine s'exerçoit assez
tranquillement par ceux qui la
pratiquoient lors que Paracelse
commença de la professer,&
d'enseigner une Doctrine entierement
contraire à celle des au..)
tres MedecillSÍ Cet Allemand
s\Atdir mis en teste de renverser
toutl'ordre de la Medccine,d'en
changer les regles& les principes
,& d'introduire des dogmes
&des maximes toutes nouvelles.
Voicy de quelle manicre il parle
dans la Préfacede sa grande
Chirurgie. Apres avoirrefléchy
iu-elqetè romps,diï-il,iur ce que ra,lû" autrefois dans les Autheurs,
& que j'ayoüy dansles
Ecoles,j'ay trouvé que personne
nvott encorsçeudécouvrirla
vérité5 qu'ils s'estoient tous arrestezà
puiser dans le RuilîèaûJ
fan¡:.s'efire mis en peine de chercher
la source;qu'ils n'entendoient
pasmesme ce qu'ils en.
feignoient-fqu'ils ne connoissoient
ny la nature du mal, ny la
qualitédes Remedes ; qu'ils n'a..
voientd'étudeque celle del'orgueii
& de la superbe, &qu'on
pouvoit leurfaire uneapplicafion
juste de ces parolesdel'AfoQtïe\
V*os tjlis parietes dealbati.
Caefb ce qui m'aobligéjcoiïtâ
ntîë-t-il,àchercherlesveric^-
blesffprincipes de laMedecine
ailleurs que dansleurs Livres,&
àtrouver par mes travaux&mes
iongties£3&péneaces la source
detoutes les maladies qui nous
affligent,& lesRe®ie<k»iiece£
faire pour leur guérison. En
efEtfv cet Autheur a bouleversé
toute la Medecine. Ilenaconstruit
une nouvelle sur des principesdonton
n'avoit point encor
parlé. Il a inventé de nouveaux
Iteme,es, qu'il a tirez
principalementdesMinéraux,
des Corps mesmelesplus goîïÙ
pa£fcsôc-Jesplusfblides.Comme
ily apeu de Gens qui ne fçaçhntquûlsfqntl?
s principes
dont Paracelse s'estservy pour
établirsonSysteme,jene m'arrefteray
point à faire ledétail de
\àdo&riuç.t Je dirayseulement,
plee-cqiewllye«qu'ellefort diférente d'Hippocrate ô&des autres'MedecinsVdétoieiiaiiîèj&
s
ctVstréremplie debonnesi-Ob,
fervatiofts-&de Bons Remedes,
que l'on ignoroitauparavant.
Paracélsê n'a pas esté le seul
qui ait alteré laMédecinôï;eii
ces derniersSiecles;sa pratique
aèstë renverséepar une infinité
de faux Medecins,qui en ont
rejettélesplus belles7 maximes"
& les plus beaux dogmes."Ilsbat
aboly une^quaritité'd'exceli^ns,
Remedes qui l avoientcousté
beiitcüup'dé'lpéine, de veilles,
& de travaux aux premiers Medecins,
pour introduire une pra
tiquer pour ainsi dire,triviale,
plus digne de risée&de mépris;
que èi'honÓeÜ'l';"& de loiluiir
UnsçavantCritiqueido nosjours
n^pouYOicse lasser de leurreprocberlâunoipke^
Çoleijsiyp^r^eî
&leur igmi-we^q[r.iira
conimftfc mi--Pi ubfeieMSfewëi
bes &leurs eharl&w^rws*' oup
;; GracesauCiel,nous sommes
dans un çenipst.où;l'oniedelà-»
buse des vieilles erreurs VJ&; où
les Arts &les Sciences commencentde
renaître&de paçpîcçe
fous une forme beaucoupplus
belle, plus illustre,&plus ay^ii^
rageufCi On peut dire que,la
Medecine n'a jamais^efte-ce
qu'elle*e{iauj.Qurd'i*uy On l'a
enrichie d'une infinité d)Ob{e
vations utiles &curieuses. Nous
sommesredevables aux An^to-j
mistes modernes, de la découverte
de plusieursparties qui
avoient échapé aux yeu;: de
touslesAnciens. Les Chymistes
n'ont pas moinscontribué que
ceux-cy à la perfection de la
Medecine; car outre la prodigieuse
quantitéde Remedes
qu'ils ont trouvez,ils se font
attachez àexaminer la nature
des principes quientrent en la
composition de l'Homme,&ci
lesont trouvezentierementsemblables
àceuxque les premiers
PhilosophesMedecinsavoient
établis; ilsont renouvellé cette
andcnné^èdecin^^: &l'ont
mbelsemme aéugtmiednt^ée*Yco"nf5idjsral'i
LaMédecineaprisnaiflance,-
comme;j'aydéjàdit, chezles
Egyptiens&les <GTets. Elle&i
passéen fiiite chez les Romains^
&lesautresPeuples.ArchagatusdePéloponese
futlepremier
quilapratiqua d#nsRqrne^
fous le Consulat de Paul-Emile
& de Marcus Lucius. lpo}xi'(l
l'appritde Pythagore,&la com-rg
muniqua aux Thraces.Abaris
l'apportade Grèce chez l,Scy.,
thés. Les Assyriensl'apprirent
des Egyptiens. Et celles desautres
Nations,quinela reççurer£,j
pas immédiatement d'eux, l)aptJ
prirent des Romains, qui la terc¡,
noient des Grecs. Elle passa de
cette manier deRomeavec
l'Empire chez tous les Peuples.
Les Medecins Egyptiens ne
s'appliquoient qu'à la connois- -,
sance Sea la guérison d'une seuls,
maladie, Il y avoit desMedecins
pourles maladiesdeyeux; lyen avoit pour celles du nez-t lelabouche,des oreilles,du.
cerveau;de:la~poirfine*It*
leur estait mdi*nedéfende*dëjj
traiter d'autresmaux que ceux
qu'ilsfaisoientprofessiondegué-b rir.Quoyquecetre manière dé}
pratiquera Medecine fust. forel
judicieuse,cependantellèn'aettcours
que chez ce Peuples Les-
Médecine des autres;;Nationsî
traitaient indiréremment-toutes
forces de maladies. Ils estoient
beaucoupplusvigilans&plus
laborieuxquecpux^desderniers^
Siecles; :ils' préparaienteux^
raeiineslesRemedesdoBtils;fer*
feoîoienty-ilsnes'apphquoienci
pas avec'moins) d'attache. à la:)
guérisondes maladiesexternes.
qu'àcelledes internes; ils ne feJ
rendoient pas aussi 1110ins fameux
par la pratique de la ChJ
ri^rgic,quepar»celle de la Médecine.
OiT;fçtit en quelle répittatioia
fut Démocedes MedecindeCrotone,
pour avoir
fait laréduction du pied deDarius.
Critobulus n'acquist pas,
moins;d'honneur &de gloire,
en guérissantPhilippe Roy de
Macédoine,d'un coup de Fleche
qu'ilayoit reçeudansl'oeil., Les Medecins estoient donc
autrefois Chirurgiens & Apoticaires.
Cestrois qualitezse trouvoient
dans une mesme personne
;on les regardoit comme inréparables,
mais la négligence
&la nonchalance des Medecins
faitqueplusïeursPersonnes se
ontimmiscuéesdanscet Art, Se*
e sontattachées a la préparation
les Remedes, £cà,la- guérison
des maladies externes. Les Médecinsy
dit un sçavant Homme,
tntnwulu éviterla,peine, & retenir
l'honneur & le profit,•ils se
sont reservez, la feuleauthêïitc &
puissance d'ordonner, Içiffknt à la
foy &capacité de l'Apoticaire, le
choix, la dispensation, la préparation,
é-Ill compositiondesMédicantens,
& lUI Chirurgien les opérations
de 14111ainr Ils devoient fuivre
les tracesdes premiers Médecins,
& exercer comme eux la
Médecine
,
la Chirurgie, & la
Pharmacie, ou du moins préparer
eux-mesmes les Remedes
qu'ils mettoient en usage.
Parmy les anciennes Ordonnances
d'Angleterre, il s'en
trouve une, dit Mrde la Rocque
ans son Traité de laNoblesse,
par
par laquelle les Medecins doivent
préparer routes les Médecines
deleurs propres mains, Se
ils ne doivent pas permettre
qu'autresqu'eux les composent.
Il feroit à souhaiter que cette
Ordonnance fust observéedans
toutes les Villes dumonde,ou
Mu moins que les Medecinsfiseseunt
préparer les Remedes en présence; ils arresteroient
le cours d'une infinité d'abus
qui se font glilTez dans la Me,
dècine, par l'ignorance, l'avarice,
& la négligence des Apo
ticaires Ils soûtiendroient de
cette maniere le véritable caraéèere
des premiers Medecins, &
partageroient avec eux l'hon':'--
neur&la gloire d'uneProfession
quine leséleve pasmoins, qu'-
elle lesdistingue des elurresHommes.
En effet, la Medecine est
le plus noble & le plus illustre
des Arts que l'Homme professe.
Homere l'appelle divin, Odyssée
230.Voicy de quelle maniere
il s'explique, suivant la Traductiond'un
Poëte Latin.
AstMedicumreliquis divim Scietia
major
Instruit. Il avoit dit dans son
Iliade 514.
Namque vir est multis Medicas
præstntior unus.
Plutarque éleve la Medecine
au déplus de tous les autres Arts
&detoutes les autres Sciences.
Nulli nitore, copiâ, &jucunditate
cedens. Il adjoûte qu'il n'appartient
qu'aux Philosophes de l'exercer.
Iln'y avoit aussiautrefois
que les Prestres & Philosophes
qui la pratiquassent.
Les Prestres avoient le foin
des Malades chez les J uifs&les
Egyptiens; les Prestres, de Vulcain
& d'Isis de l'Isle Lemnos;
les Brachmanes, des Indiens; &
Ales Dlrlueydmes, daesnGsau.lois & des
Moïse enseigna la Medecine
aux Lévites, suivant le rapport
de quelques. Autheurs, & leur
recommanda l'exercice de cet
Art comme une chose sacrée.
Ils l'exercerent en suite, & ceux
d'entr'eux qui n'avoient pas autant
de connoissance que les
autres, savoient du moins guérir
la Lèpre. Le Prophete Esaïe
guérit Ezéchiasd'unelongue&
fâcheusemaladie, Nonadhortaiïonç
tantumreligiosa, sed Moedici
mam, Le Sauveur du monde
ne,recommande-t-il pas aux
Apostres & aux Pasteurs de
prendre foin des Malades? In
tjjjiacumque, civitatem intraveritis,
curatei^firmos. Qui foulage le
corps,adjo-ûte. guérit aifé- niçiitC'estPour cela qu'il
IDüe le Samaritain d'avoir pensé
leBlessé qu'il rencontra dans le
chemin, qu'il blâme le Prestre
denel'avoirpas fait, & luy commandé
delefaireàl'avenir. rade
tu,&sacsimiliter.
Diogéne Laërce rapporte que
Platon fut guéry de la Fièvre
par les PrestresEgyptiens, lefirentbaigner qui dans l'eau rIeè.
Les Prestres deMemphos estoient
obligez 'écriredansles
Temples de Vulcain&d'Isis,
les Remedesdontles Particuliers
avoient reçeu quelque ioul.
lagement, & de les enseigner
au Peuple. LesPrestres Grecs
estoient en obligationde faire
la mesme chose dansceuxd'Esculape&
d'Apollon. '.J..C
La Medecine a donc fait l'occupation
des plus grands Hommes
& des plus sages Philosophes
de rAnnquirë. Les Roys,
les Empereurs, les Papes, s'y
sont appliquez avec beaucoup
de soin. Les Raysd'Egypte faisoient
dissequer en leur présence
les.Corps deceuxqui mouroient
de quelques maladies extraordinaires,
afin de connoistre la nature
& la ca•use du mal qui les
avoitfait mourir. ",..
Alexandre n'avoit pas moins
de curiosité pour la Medecine
que pour les autres Sciences; il
s'attachoic mesme à l'Anatomie
avec beaucoup d'exaditude.
Salomon,leplussagedesRoys,
avoit une connoissance si particuliere
decetArt, qu'il écrivit
trois cens Paraboles,& cinq cens
Vers de la vertu des Plantes &
des Animaux, lesquels furent
fuprimez par Ezéchias, parce
que le Peuple avoit plus de confiance
en ces Remedes, qu'en
Dieu mesme. Archélaüs, Roy
de Cappadoce, s'estoit acquis
une telle expérience dans laChirurgie,
qu'il se pansaluy-mesme
d'une blessure qu'il avoit reçeuë,
àla teste, sans vouloir permettre
qu'aucun autre y mist la main.
Darius donna deux Chaînes
d'or d'un grand prixà Démades,
pour apprendre la composition
d'un Remede particulier qu'il
avoir. Les Roys Philometor,
Nicodeme, Hiero, Eupator,
Caton le Censeur, Varron,
Pline, Columelle, Dioscoride,
Celse, &c. ne se font-ils pas faits
une occupation particuliere de
cet Art? Gentius, Roy d'Illirie,
n'a-t-il pas découvert le premier
la Gentiane,Lysimachus
la Lysimachie, Thelephus le
-
Thélephium,Clymenus le Clymenum?&
c. Mithridates,Roy
dePont,n'a-til pasinventé ce
fameux Antidote qui porte son
nom? Evax,Royd'Arabie, fit
présent à Néron d'un Livre qu'il
avoit composé de la vertu des
Simples. Juba, Roy de Mauritanie,
s'acquit beaucoup d'honneur
par le sçavant Traité qu'il
fit des vertus de l'Euphorbe.
Attale, Roy de Pergame, ne
s'acquit pas moins de gloire par
ces admirables Compositions,
dont il enrichit la Pharmacie,
lesquelles conserveront toûjours
sa mémoire & son nom. On [ait
en quelle estime ce grandPrince
estoit chez Galien. Avicenne
parle du Roy Kabith,comme
d'un Homme fort profond
dans la Medecine. Il cite
mesme son témoignage en beaucoup
de lieux. Nous voyons
dans les Commentaires de Sérapion
, que Jaribussa Roy des
Médes, &Kémud, estoient fort
expérimentez en cet Art. Auguste
usoit tous les jours d'une
Composition qu'il avoitinventée.
On en trouve la description
dansquelques.Autheurs. Tibere
.xomAp.oia une Pastille contre les
Herpes, à ce que dit Galien.
Néronemployoit la plûpart du
temps à l'étude de cet Art; ce
fut apparemment ce qui donna
lieu à Evax, Roy d'Arabie,de
luy faire présent de son Livre de
la vertu des Simples, Les Empereurs
Adrien &Justin compoferent
plusieurs Antidotes qui
portent encor leur nom. Ne lisons-
nous pas dans l'Histoire .,,
Ecclésiastique, que les Papes
Nicolas V. & Eusebe, exerçoientle
plus souvent la Medecine.
Il y a eu mesme quelques
Femmes illustres qui l'ont pratiquée.
Artémise, Reynede
Carie, nes'est pas renduë moins
recommandable par la découverte
de l'Armoise, que par ce
fameux Tombeau qu'elle fit
éleverà sonMary Mausole. Si
la belle Helene a foüille sa mémoire
par la ruine de Troye,
elle l'a,pour ainsi dire, immortalisée
par ladécouverte del'Helénium.
L'Enchanteresse Cirte
découvrant l'Herbe qui porte
son nom, n'a-t-elle paseffacé
l'infamie dont elle s'estoit noircie
par son Art magique? Médée
ne sauva-t-elle pas Jasonparla
force des Herbes dõt elle se servoit?
Mais si tous les Roys & les
grands Hommes ne se sont pas
appliquez àlaMedecine, ilsont
sous eu beaucoup de vénération
pour cet Art. En quelle estime
& en quelle considération les
Medecins n'estoient-ils pas chez
les Anciens? Ils les regardoient
comme des demy-Dieux; ils se
perfuadoient qu'il y avoit quelque
Divinité qui les inspiroit,
&. leur revéloit les Remedes
dont ils se servoient
;
ils les prenoient
de leur mainavec lamesme
confiance, que si quelque
Dieu les leur eust présentez. If".
sum levatus, ut Deus mibi aliquis
Medicinamfecisse videatur. Cicero
13. Famil. 7.
Pratus, Roy des Argives, auocia
dans la Famille Royale Mé-
Iampus qui avoit guéry ses Filles
delamanie. Artaxercesnevoulut-
il pas honorer Hippocrate
du titre de Grandde Perse? Ne
luy offrit-il pas toutes les richessesde
son Empirepourl'obliger
àserendre aupres de luy?
Siles Romainsontchassé les
Medecins de leur Ville, ce n'a
pas esté à cause de leur Art,
commeprétendent quelquesuns,
mais parce qu'ils estoient
Grecs, Se que les Romains ne
gardoient ce Peuple comme une
.1'1ation barbare&maudite, qui
avok de tout tempsjuré la perte
de la République, & qui mettoit
tout en usage pour la destruction
de l'Empire. Ils s'estoient mesme
persuadez que les Grecs
avoient envoyé des Medecinsà
Romepour faire périr le Peuple
Romain ; ce que l'on peut voir
dans la Lettre que Marc Caton,
sous le Censoriat duquel ils furentchassez,
en écrit à son Fils,
JulesCesar ne les honora-t-il pas
en fuite du droit de Bourgeoisie?
Auguste ne fit-il pas Antoine
Musa Chevalier Romain? Les
Romains mesme n'accorderentils
pas à chaque Medecin qui
pratiquoit dansRome,deux cens
cinquante Sesterces paran,quoy
qu'ils n'en donnaient que cent
aux Poëtes, aux Orateurs, & à
ceux qui professoient quelque
Science&quelque Discipline?
En quelle estime Dioclés Caristius
ne fut-il pas chez Antigo.
nus? Critobulus chez Philippe
Roy de Macédoine, Philippe
chezAléxandre,Erasistrate
chez Antiochus & chez Ptolomée,
Craterus, Asclépiades,
Trallian, &c. chez lesRomains,
Galien chez les EmpereursMarc
Aurele, Antonin & Severe, &c.
Il y a eu peu de Princes & de
Roys qui n'ayent donné aux
Medecins des marques d'estime
& d'honneur. Les uns les ont
élevez aux plus hautes Dignitez,
les autres les ont honorez
des Titres les plus glorieux. Un
de nos Roys ne fit-il pas le Fils
de son premier Medecin Chancelier
de France, & Garde des
Sceaux en considérationde son
Pere? Philippes,Roy d'Espagne,
ne fit-il pas Paracelse Chevalier
delaToisond'or, &c. '¡ Il n'y a point de Siècles où
les Medecins n'ayent reçeu des
marques de l'estime & de la liberalité
des Princes & des Souverains.
Quels privilèges avantageux
nos Roys ne leur ont-ils
pasaccordez? SousleRegnede
Charles VII. le Cardinal d'£[-
touteteville, Député pour la
Reformation des Universitez du
Royaume, leur permiss de porter
la Robe rouge pour marque
d'honneur & de distinction. Il
y a beaucoup de Lieux où ils
joüissent des Privilèges accordez
à la Noblesse, & où ils ne
payent aucuns droits, ny aucuns
subsides.
Mais pourquoy les Hommes
n'auroient-ils pas de la considération
pour les Medecins, puis
que Dieu leur commandede les
honorer? Honore le Medccin,
Ecclesiastique 38. carDieu l'a créé
pour ta necessité. Toute Medecine
vient de Dieu, & elle fera re-
CornPenfèe des Roys &desPotentats
delaTerre, La Medecineélevera
le Médecinau dessus
des autres Hommes,&ilrecevra
des honneurs& des loüan-
-
ges en présence des Grands.
Bonora Medicumpropternecessitaternerewit
iUMm Dvwinu*.ADtIJ tflemmcmnis--MtdcU7 &.'À:Rtg(
accipietdonationem.Visciplina Medici
exaltabit caput illium in
conspectumagnatorumcallandabitur.
LE PHILOSOPHE INCONNU,
de Coutances. -:
Messieurs deBelle-Ile & Langlois,
tous deux de Paris, Mr de
Folleville de Normandie,fmtks
seulsqui ayenttrouvélesecret de la
Lettre du dernier Extraordinaire,
dans laquelle unsensparfait est M<
chésousunautresensparfait, Il
faut vous dire en quoy il conftfk.
Ces mots employez, d'abord,Voicy
le compte de ce que j'ay avancé
suivant vos ordres, fontcomposez,
de quarante-cinq lettres, ausquelles
un pareil nombre de Chifresrépond.
Prenez, la première lettre du mot
Voicy, qui estV.Elle est la vingtième
de l'Alphabet. Ostez la moitié
de ce nombre, il restera 10. Ioignez,
le nombre du premier Chifre, qui
jq4, vous aurez,quatorze, quivous
fait connoistre que cette lettre V ne
doit valoir que la quatorzième de
l'Alphabet, qui est O. La mesme
chosede la lettre ()¡qtsi estleseconde
du motVoicy. Elle vaut qu atorge;
ostez-en la moitié, il reflerasèpt.
Joignez, àcenombre desept, lesecondChifre,
qui est 6, vous aurez,
treize, c'est à dire, la lettre N, qui
estlatreizième del'Alphabet. Vous
voyez,par la que cespremieres lettres
Vopar le moyen des deux chifres
ad,joutez, veulent dire on; &ainsi
du reste. Vous remarquerez que
quand une lettre tient un nombre
impair dans l'Alphabet, comme la
lette I, qui eIf la neuviéme, ilfaut
d'abord- retrancher l'impair, ne
retenir que quatre pour la moitié de
neuf, De cettemanière, en rapportant
chaque chifreàchaque lettre de ces
mots, Voicy le compte de ce que
j'ay avancé suivant vos ordres,
vous trouverez qu'ils veulent dire,
On me marié à vostre Rival.
F-tilevez.moy, ou vous me per- dez. le vous envoyé une autre eflect
de Chifre. C'est un Billet Ent'gm&~
tique écrità une Belle,pourluy don-
1 ner un Avis utile. Il s'agit de déchifrer
cet Avis dans lesparolessuivantes.
,
BILLET ENIGMATIQUE. DEpuisfort longtemps, on
n'a point veu ce qu'on
voit aujourd'huy. Si vous me
marquez avoir envie d'apprendre,
le Lieu où se doit trouver
celuy qui donne ce Spectacle;
quand le foir viendra, un nouveau
Silene promet devous l'aller
dire. Ces sortes d'Animaux
montez sur des Asnes, sont présentement
couronnez de Jonc.
Feüilletez vos Livres sur l'Enignedont
jemesers. Mesurez
Grotes obscures, je nesçay si
vous pourrez découvrir les éminences
inévitables à surmonter
par les travaux de celuy qui exhpliqueemal
cue qui frait s.on bon- -
Vous trouverez dansla Planche
queje vous envoye,l'Entrée del'Escurial,
MaisonRoyale, dans laquelle
tfile Panthéon, Lieu destinépour la
Sepulture des Roysd'Espagne. Philippe
II. employa vingt un an à
faire bastir cette Maison, qui à la
t'onjidérer en general, estune masse
de Pierre tres-parfaite.Ie vous en
parleray plus amplement dans une
autre occafon.
Le vray Mot de la premiere des
deux Enigmesproposées dans ma
Lettre du Mois d'Aoust,estoit la
Pièce de Trois-foisi&. tdemyt""
Ellea donné lieuÀxesïdiwx* M.4t.
drigaux.
M J. Ercure ne craintpointl'outrage.
Qu'on peut recevoir des E;l'HK-'
Il n'apourfairesonvoyagt,
Qhhhc Piecede quatretous.
LeJeune Solitaire dela Ruë des
-
triosCheminéesdePoitiers.
II.
En'ay point veu, Damon, d'Enigme plustrompeuse
Quecelle qui vousfait resver;
Etsivousprétendeztrouver
Quelquechose de grand danssaRime
Vous voustrompez, mon cher Amy;
C'est une Enigme d'une ejpect
Qui ne contient rien qu'une Piece
Qui montejustement à trois fols &
demy.
KLUNGE',,de Dinanen Bretagne;
M III. ErcuredansceMois nom donne
une Invalide. 1
Ceprésent,à vray dire, estfoible &peu
solide;
fytdisPonr la rareté,l'ondoit le trouver
bon,
Vtuant de la main d'un Larron.
TROTTE', Avocat au Mans.
c IV. E que l'on a tiré d'une Mine profonde,
L'Enigme sa voulu chercher dans quelques
Vers.
',M,,¡s comment pourroit-on cacher à
l'Univers
Ce qui porteleCoin duplusgrandRoy
du monde?
Le Solitaire duBalory.
M V.
MErcure, lors que pourt'avoir,
JetireCde moa Bmourcep, outboienidre m,on ta Piece qu'en France on appelle
Piece de trois sols & demy,
Ne tiens-jepas,dy-moy je teprie, en
LeMot de l'Enigme nouvelle [Amy,
Que tu proposes en François -
Pourlapremierede ce Mois?
DELEPINE^ de Ploërmel
en Bretagne.
c VI. Ette Enigme ria rien, Mercure
qui mérite
entArt de deviner on se soit af-
: fermy.
Sil'on enveutsçavoir le Mot, on en
| est quitte
Pour une Pieceau plus de trois sols
& demy.
,>
1
DAUBAINE.
: A VII. - ---- U lieu desonger ausolide,
Tuperds un mois à du caquet.
Mercure,j'aime autant tevoirvenir à
vuide,
Que ne trouver en ton Paquet
Qu'unemisérable Invalide.
HENRY VARLET, de Rheims,
Physicien àTroyes.
Pusieurs autres ontexpliquécette
mesmeEnigmedansson vray sens,
sçavoir, MademoiselleGuper, de
Blois; MessieursBobé; S. Pacbe;
F.Guerrier;Hariveau; Guépin, de
Rennes,- L'Amoureux de Domfront;
Le Pelerin de la Touche; Alcidor,
du HavredeGrâce; Le Druyae,
d'Argenton-Chasteau; Le Mouton
bien aimé; & le Solitaire de la Rue
des troisCheminées de Poitiers. On
l'a encorexpliquée surk Hérautd'Armes,
la République, la
Rose d'Angleterre,la Grénade,
une Canne,& le Papier rinlbré.
Le Tabac, qui estoit le Motde
- laseconde de cesEnigmes,afaitfaire
ces aunes Madrigaux.
v I. Ous,Gens armezdeHallebardes,
Suisses,Soldats Cadets aux
Gardes,
Allemans, Anglois, & Flamans,
Venez, tous expliquer à l'envy cette
Enigme,
Etsoit enprose, fo-î en rime,
Venez-en tour-a-tourdire vosfèntimens,
Vovj l'expliquerez, à merveille.
Elle est amieà la Bouteille,
Et vous divertit tous les jours.
Riendeplussavoureux icy-bas mvota
touche,
Vous l'avez à toute heure au nez, c£*
dans la bouche,
Et c'est enfin l'objet de vos tendres
amours.
eqé quoy, vousgardez, lefi/eltca
FAt-un de vousn'a lapuissance
il)l'en parler ab hoc & ab hac?
Sans-dente sa vapeur vous a mis lie
déroute,
Chacun, sans répondre, m'écoute.
'AhJ pauvres hebestez,riez, c'estle
Tabac.
GIRARDIT.
M II.
Ercure, de la part du R,y"
Sans userpour ce coup de vos tours de
fodplefle,
Etsans y chercher JtfineJfi,
frenez. enpr(on.Çuivc^-moy.
Vous cachez,dansvostre Boutique
Ce que les Loix ont défendu.
Et vendant le Tabac que vous avez
vendu,
Vont avez, violé l' Ordonnance publique.
NH1UNG1E',ide D.inan en Bretagne. uND,.tJ:neurd'Eni»te est un rude
Ai fl.tr,
Ilne f¡¡:t rien s'il nest Sircier,
Da moins Damonse l'imagine,
Jtâaisquoy, Damon n'estpas grand Faifeurd'siImanaa
SdnsypenferefHelejuefoùjen devint*
En m amusantaprendre du Tabac.
T ——Dàu—baini. Out est perdu,Mercure, &la trifle
Vertu
;'d la Débauche enfin s'en va céder la
place.
Dcquey diable t'avisois-tu,
'!Jefemer du Tabac sur le Mont de
l'rn./fi?
HINRYVARLET,deRheims,
Physicien àTroyes.
L V. E Tabac nesepeut cacher,
»
ToHjeHrsson odeur le découvre
Soit tjHil/bit Tabac à mâcher,
0"fo:;7abicenpoudre.
Le Solitaire du Balory;
VI. T?^rnfoey découvertuneaffaire
fecretc.
a&hi'lez.-'Vcascru debonne-foy
Que Mercure eust voulu frauder les
droitsduRoy,
En debitant chez luy du Tabac en
cachete?
La Communauté des Nouveaux
Brasseurs d'Abbeville.
M VII. Ercure, je le veux, vousavez,le
talent
Deplaireencontantvos nouvelles.
C'esttoutefois estre bien peugalant,
Queetoffrir du Tabac aux Belles.
BARDOU, de Poitiers.
A VIII; Riss-otêavoit tort, le Tabac est
fort bon,
Sur tout pour chajferla tristesse.
Pour moy,
quand le chagrin me presse,
sefutne alors comme un Dragon.
DE MAUBUY DE.,.. IX. DE faire le Tabac si dangereux
quon dit,
Ce n'est pas le moyen - aentrouver le
debit.
Pour moy, je lepuisdire, & ne m'enfais
pointfeste,
R!!,'À leprendre, ilnem'apointfait mal
à la teste.
Le Docteur imaginaire.
p X. saisir dessens non défendu,
Charmant Tabac, Herbe divine, -Quipar ta puiss-ante vertu
Sçaisadoucirl'humeur chagrine,
u4h, jeiay bientost reconnu!
Le Mâche-Petun de la
ParoisseS. Aignan.
Ce mesme Mot a esté trouvé par
NefdcmoifellisdeL.V:rgilHcny Rué
Aubry*Boucher>*Henaut, de la Rué
S. Antoine;DeS. Georges, d'Alençon
; Etpar MejfieursSoyrot, Controlleur
General des Finances en
Bourgogne&Bresse
; LeGoti,dlpres;
De Vaux de la mesmeVilles
Le Roy, de Lile; Maubert; HutaLe,
d'Orléans, dimcm«ma}îets ; J~
flotyAvocatauR.ulliâ'rt&Sïtge
Frefidial de CACAÎ Pinchw--,de
Rouen; ColUngt du iTiiYT;de la
tntfme Ville ; L:._l!."fCJ, aweien
Curéde Nogent le Rtjj M,irùny ¿,j
Valogne du Quartierdts Halles;
L'ancienCuré& Deyen d'Encre, à
Amiens Le chevalier Fredim
L'Avaricieux Noirau, decz-Mr,
le Boeuf; L'Amant jaloux, de
Meaux ; Les Freres Cordonniers, de,
la Rué de Anguftinsi Le Solitaire
del'Ecluse en Picardie; Le Vifitemr
ordinaire de l'Hosteld'Avaux ,- Le
Rylade moderne; L'oreste nouveau;
L'Amysingulierdans son caractere;
Lesillustres Commis de la Rue de
Clery ; VArchitecte substilisé par
Méthaphore ; Lejeune Solitaire de
laR*H Mtnbué ; Les Amusemens
Ci ard-is: VAmant parlompUif.-
nce; Le S turuhnpiniant> Les
1'ri-cu.mitiS inctTnnu-dts> Le Chas.
sim en Tertc ce..jagate; L' Exsi(my
virginal ; Le tc;¡; An*y des Maris
Cvn>Yr?od>s;LeFaj]:<mnéjournalierj
L'Indij\n/itd'inclination ; Les
V~O-/y.-ag'Peu-"rs dr'.A:npierre; Le Rési- L(',J,,,'L- R
dont .;iJ.(t" ; Le Courageuxfpar
't'.l.¡né; Les çïtt'idsComl.ussur la
~Xï.iKresLesAvant*c.s de l*Ext>e-
L Alha.-.ifu r.'vPtvïi;Le Clerc né
(jdUnty Le ,vA,h-paM.2 de la FarotJe
de S.Àig*Ar>
; Les deux j'¡'lj
tres & solitaires Compagnes ; Lit.
skarvMnteM*l>ide} de la Pommed"olra'angireedse
Meaux ; Les deux S«eu\s du Fauxbourg de S. Nixilâs
de la méfiasVille ; La belle
Mrhn de 1-i Rue MicheLe-Comte:
¥La grande Brune de ïHofteld'Ansaux>
Lajeune Femme du mauvais
goust;l'Amitié desinteressée; Les
deux Famillesnaissantes; La Voisine
inconnue ; La jeune Epouse
triomphante, de la Paroisse S. Sauveur;
L'heureuse Délivrance ; Les
Inquiétudesconjugales;Sylvie, du
Hilvre de Grâce ; Diane, dela Forest
d'Aleleon ; Et lagrosse Gi.
La mesme Enigme a estéexpliquéesur
le Caphé, le Sorbet, le
Chocolat, le Quinquina, le
Poison, le Sucre, la Noix, le
Papier, &. le Poivre.
Les cinq Madrigauxsuivans ont
estéfaitssur les deux Enigmes.
L I. A Piece, dites-vous, de trois fols
&demy.
- Oèjtjcess bien raisonner & ab hoc,-
- &ab hac.
'.A.h pearnmadfoyojerremfus,y&suis tout ; Garfl)f.¡ donne-moy du Tabac. -
- GARDIEN. P II Our riavoirpvintgardémonvcsu*
fièlat! j'ay perdu ttJu au jeu;
~Jay leplusgranddefaut, &c'estleplus
tutabU
..!/Htl honneste Homme puisse avoir.
L'argent me manque,sanspouvoir
Trouverd'unAmyfavorable.
Une Piece de quatre fous.
Galant Mercure, en avez-vtttsf
Prestez-m'en, je vous ensuplie,
Pouravoir duTabac. Lapriereest
jolie.
GYGES,duHavre.
M m. Ercare lu; vendoit autrefois le
solide,
Donne-t-ilpassujet de formercesoupfon,
Sundébité ce Moune Fable, ou
Chanfi",
fuis qu'il
*
tous ses Lecteurs il offre une
Invalide?
Non,voicy lesecret, Mercure nottp
a mis
&Invalidealam.i'n, parce qhil apprêt:
enje,
Q^eyffMt r"-'-(""H -[ ..(,..t 4 t**
~J"",.t;'., ,,J,.;..,,::,I,6 .-Ju:' mi .-
De «",";j,:o'" du Tabacsans congé des du &. j" c ¿.- &'-'
Commis-
M IV. Ercure, en relisant, jtpajfoispar
hazard
Vn tjfez.longBrxs de Riviere;
Etplus content de ta matiere, tdes Contes creçhns <£unfort vilai".
Koixtrd,
^achtvois de te lire & resvois aux
hn:fm.es,
Lors cjiihngros Matelot, aussi brutal
CjHtfivt,
MAl.:!"tfllit arriver à bord,
Mefournit cesens & ces rimes.
Commejefortois Jefin Bac;
Aionfeur,^argué, dit-il, jesuis tout
horsd'haleine.
La Piece de trois fou, pour avoir du
Tabac.
De bon coeur la voila, tu me mets htrx
depeine.
PATAPOLIN,de Meudon.
D V. Ansl'une tfr rAHtrl Engmr, amt
dtiicateffe,
Àierture nousprédit, ainsi qttnn AïU
manac,
Que malgré des Traitans lafatigante
IIJrtlfi,
Avec unepetite Piece
De trois sols six deniers, l'onaura du
Tabac.
L'Opérateur F.de Dieppe.
Ceuxquiont encorexpliqué l'une
& l'autreEnigme, sont MesdemoisellesdeLommeau,
du Mans; Loüison
du ÑJoll/in, de la Rue S. Denis; Féru, de Lyon; Et Messieurs du
rerger, Officier de Monsieur ; Layraud,
Lieutenant de Roy àDoullens >
Chastellain, de la Paroisse de la
Magdelaine; De Naradac, Avocat
au Parlement de Bretagne;J. B.
Oury, Prestre à Caen; L. Mauroix,
de Soissons;Legerde la verhiffinne;
Giroüard, de Poitiers, C. Huetde
Grenault, de la Rue S. Denis ; De
Corday, pres Falaise ; Re. de S.
Martial; Le chevalier Merlatine^
de Poitiers; Le ChevalierdelaCour
duBoisS.Pere, de la Rue de la Bucherie
; Le ChevalierdelaSalamandre;
Le Marquis de la Hautetouffe;
Les Associez, de la Place aux Chats
de la Rüe S. Honoré;Tamiriste, de
la Rue de la Cerisaye ; Le R-elegae"
des Postes de Rennes;Le bonJoseph,
presdeLival;L'Hermiteenflng(,
deVennes;L'Amant rebuté de la
hclle Cousty ; Le Frere Gonin ; Vivant,
petit Frere Napolitain ; Cou-
~aulb Sieur de Flandrini > Le Fericitant
Rubicond, de l'isle ; G.ou
Avanturier Nocturne du Palais
Royal; Le Soldat sans Quartier,
le Laon en Picardie; L'Amy de tout
e Monde, de Morlaix; Lefolastre
imamy de la RüeTrousse
- Vache;
les Filistiens de Bouret, de Mortix
; La petite Incrédule de la Rüe
les Chanoines de rennes; Angéliue,
jadis la Cordeliere ; La Bergere
connüe d'Amiens; La Païsanne
aupres le Palais ; Et la belle Désigneuse
de Sainte Ménehoud,
cette derniere
en Vers. )
OUESTIONS,
A DECIDER.
I. s
i on peut aimer sans le sçavoir.
- II.
Si une Belle qui aime fortement*
peut exécuter,les desseins devangeance
qu'elle médite contreunAmant
absent qui l'a oubliée, quanda son
tour il apporte des raisons, quoy
que méchantes, pour excuser sa conduite.
III.
Si umsmarqua- peu d'estime pour
une Personne qui nous a fait un présent
par amitié, on peut donner à une
autre ce qu'elle nous a donné.
IV.
Siun Amantayant receud'une Belle
Ï£splus fortes marques d'estime &
I_a,amitié quellepouvoit luy donner,
peut sans attirer
lacolere,
luy témoi-
,
gner qu'il -doute de sa tendresse, pour
1
en recevoir de nouvelles assurances.
En quoy consiste l'homlesteté & la
RentableSagesse.
[ vi; Si c'estuneimaginationmal fonder ecroire que les Anciens n'ont point
connu dans la Musique laComposition
À plusieurs Parties, mais se font seulement
serris de quelques Consonanttes,
& par conséquent n'ont point en
l'harmonie parfaite comme nous l'avons
aujourd'huy; ou bien si cette
opinion estune verité tres-claire, &
sdont on cft facilement persuadé par la
[èûle levure de ceux de ces Anciens
bm-ont écrit de la Musique.
VII.
Kl eVronuksrav^z appris par ma Lettre du
Mois, que le 24. d'Aoust une
ïerniné acconcha de deux Filles, attachées
l'une à l'autre par les costes&
par leventre, qui n'avoient qu'un
coeur,quoyqu'elles eussent deux corps,
deux testes,& deux cerveaux. Comme
le coeur est le siege de la faculté vitale,
on demande si dans ce monstrueux
Comparé, il n'y avoit qu'une feule
ame, ou une feule vie.
:.Adieu.. Madame,jevous réservepour
le premierExtraordinaire, defort jolis
Vers de A£vduRosier, &plusieurs autres
Pieces surles Queflions, qui riont
pu entrer dans celuy-cy.
A Paris, ce 15. Octobre 1681.
Qualité de la reconnaissance optique de caractères