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1681, 06 (Gallica)
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378
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GALANT
DEDIE' A MONSEIGNEUR
A PARIS.
AV l'AL.AISoON
donnera toujours unVolume
nouveau du Mercure Galant le
premier jour de chaque Mois, Éc on
le vendra, aussi-bien que r«£xtraordinaire
, Trente sols relié en. Veau.,
& Vingt-cinqsols en Parchemin..
A PARIS,
Chfz- G. DE LUYNE, au Palais, dans-WSalle
des Merciers, à laJustice
Chez C. BLAGEART, Ruë S. Jacques,
- à l'entrée de la Ruë du Plâtre,
Etensa BoutiqueCourt-Neuve duPalais,
AU DAUPHIN.
.)Ir T. GIRARD,au Palais,dansla Grande
Salle, à l'Envie.
M. D.C.LXXX.
<âVLCPRIVILEGE9VROI.
- 1 Be XlV. Tome de ïJLxtwvr&ndrt;
{¿dijlri/J;ë-ra-Ie ly deJuillet.
-
TABLE DES MATIERES
contenuës dans Ce Volume. AVant-propos, l'
ProcejfionfaiteaVersailles le jour
de la Feste-Dieu,avecladescription
du R pofolr, 4.
Cerémoniesfaites à Vernfe pourépoufer
laMer, IL
Prieres & Cérémonies faites à Vendosme
pour obtenir de la pluye, 16
Mort de Madame la Aïarquife de
Puisieux, 25
M. le Marquis de Valbelle prendpofsession
de la Charge de Conseiller &
Sénéchal au Siege & refforr de May..
seille, 52.
Galanteriesurun envoy de Fleurs &de.
EFrtuiats,tsetArtois3,7
jReaal faitpar M. Stakon, Chanoine dit-
Chapitre de Mayence, aux Damet
de la Cour de Hanover, 6;
TABLE.
TessedesArquebusiersde Rheims, 69
Suite de Hifloire des Fleu rs, 74
Entréede M. tEvefc/ue de ChaIons à
Châlons, 89
Sermonfuitsur le champsur trois dlérens
Textes.. 102
Requeste de Afonfeur le Duc de S. Aignana
MonseigneurleDauphin, 105
Missoire, III
Consolation a une aimable fleuve, 131
Jldadngal, 131
Conversïons, 131
Cobverfionsa'tepar Al. tArchevesque
Dde RiheoimscdaensslaeC,ap1ital3e d6e son 'Nouvelle Lettre en Proverbes, If;
Avanture, *47
Enigmes en Tableauxexpliquées au
College de Clermont, IJO
'Difcription du Canal qui joint les deux
Aiers, avecla premiereNavigation
qui vient d'eflrefaitesur le mesme
Canal, 163
Evefchez, donnez, parle Roy, 247
Effetssurprenons de la Nature,260
TAB L E.
rA,bb'¿fyn donnéespar Sa Majesté, 1(siï-
LArt de rejpirerfpns l'eau, avec le
moyen J'entretenirpendllnf untemps
considérable la fiameenfermée dans. unpetitlieu,2.691
Ouvrages de M. de S. Martin de Cllën,
270
JLeMulet. Fable,2.74.
DiffirtationdeM. Comiers,suriesMiroirs
ardens,17S irf Belle Inconstante, Hlftoire, 311
Régals donnez, par Ad.fAmbàssadeur
de Dannemark^, & par M. le Comte
de Mansfeldt, Envoyé Extraordinaire
de l'Empereur. 32.2.
Ordres de Sa Majesté en faveur de M.
deMonchauxFonquevillers, 314-
M.le Camus du ClosIntendant en Rous- sillon,partdePerpignan,$16
'Abbaye de Beaubecdonnée au Pere
Mfiienne Girard'n, 318
Mort de At. l'Abbé de S.Firm-n,32.9
Monaflere de Adontflenry en Daitphiné,
332.
ÇJt'.J/ionJ-re336 JMort de MefflrcHcnry-Frédéric de
TABLE.
Mort deM.le Cardinal Pieolomini
FesledeS*Quentin, 5- S
EJnÎigumet, reEn'rmc,54;7+G
Lettre g,d,;¡¡:e, 542
AiaruzaedeMademoiselle Vera T.351
Aïah?die de S.A. S. Aicnj.eiir le D;.c,
V1
Jdijfion de Troye 3 51
FindelaTable,.
Extrait du TriyiLege du 7(oy. PPAr Grace & Privilege du Roy, Donne"'a
S. Germain en Laycle 31.Décembre 1677.
Signé,ParleRoyen fou Conseil, JuNQViitRES,,
Ilefl permis à J.- D. Ecuyer, Sieur de Vizé,.
de faire imprimer par Mois un Livre intitulé
MERCUREGALANT, presenté à Monfeigneur
LE DAUPHIN, & tout ce qui concerne
ledit Mercure, pendant le temps & espace de
fixannées, à compter du jour qift chacun desd.
Volumes fera achevé d'imprimer peur la premiere
fois: Comme aussi defenses sont faires
à tous Libraires, Imprimeurs.,Graveurs & au.
très, d'imprimer, graver & debiter ledit line
sansle consentement de l'Exposant,ny d'en
extraire aucune Piece, ny Planches servant à
l'ornement dudit Livre, mesme d'en vendre fcparément,&
de donnera lire ledit Livre,,le
tout à peine de six mille livres d'amende, 8c
confiscationdes Exemplaires contrefaits, ainfique
plus au long il estporté audit Privilège.
Regiftpéfur le Livre de la Communauté le jv
Janvier 1678. Signé, E.COUTEROT, Syndic.
Et ledit Sieur D. Ecuyer, Sieur de Vizé,.
a cedé & transporté son droit de Privilege ii
C.Blagear-t, Imprimeur-Libraire) jouirsuivant pour en l'accord fait entr'eux.
tdthevêifimprimer four lapremterefoi*
le$et Ijtijiijti*
Avis-peur-placer Ces Figures.
LAir qui commence par. Petits, Ol-
Ceauxde la SaisonnsuvelLe, doir--
regarder lapage 89.
LaFietireoi'l pafleun RuiHeau e- ntredeux
Montagnes
,
doit regarder lagage
179.
La Figure octogone, doit regarder"
lapage 191.
La Chanson qui commence par
Depuis peu dans le fein de ces vastes
Çamfûgnes, doit regarder-la pagei^o,.
? GALANT
-
1
y
âmi
A Flaterie s'est acquis
tant de crédit
dansla Cour des
1 Princes, qu'on voit rarement
qu'elle y soufreaccès
S àîaVérité.C'eû par là
1 que beaucoupdeSouverains
dont onentreprend les Panégiriques,
ionr souvent
louez, non par le mérite qui !l,
le trouve en eux, mais pai"
celuy qui y devrait estre. On
leur'attribue toutes les vertus
qui font les grands Hommes;
& pourveu quon don*
ne de la beauté aux Portraits
, on s'arrache peu à
examiner s'ils ont de la refsemblance.
Ondoit cependant
demeurerd'accordque
les vrais éloges k tirent des
aâions;ôrqii'à moins qu'on
ne les marque, on est eh
péril de ne point perfijacteft
Cette sorte de péril tveft
pointàcraindre à l'égarddu
Rhaouyt.eTmoeuntctequ'il faitparle ason
avantage;
& par quelque endroit
<juon le puisse regarder, on
trouve une matiere abondante,
qui pour faire impression,
n'a besoinquedu
plus simple détail des vèritez
glorieusesqu'elle donxijc
à dire.Voqgvous fouvene^:,
Madame, ^eplufieu^^icicles,
qui endifférents oq-
<:afton~,ypu~pp~~ con- roiftrelapietédeceGrand
Moj^arque,,,JElle a paru re
nouveau avec éclat, par les
Malades qu'il toucha le jour
de la Pentecoste, apres avoir
fait ses devorions, & par les
marques de soûmission &
•dere'fpe<5tqu'ildonna à
Dieu publiquement le Jeudy
5.dece ii-iois,lourde l-a
Feste du plus augulte de
tous nos MyItérés. Vousfçavez
quelle est la iolemnité
des Procédons qui se sont
par tout pour lacelébres.
Celle de Versailles estant
preste à sortir la Paroisse
'quieit dans laVille neuve,
•Sa Majeité s'y rendit pour
l'accompagner, suivie de
toute la Cour, qui estoit
nômbrcufe & magnifique.
Tous les Pages de laChairu
bre, avec ceux de la Grande
& Petite Ecurie, les Cent
Suiffcs) & les Gardes du
Corps, portoient chacun un
plambeau de cire blanche.
On en compta près de mille.
Les Pages du Roy sont en
Si grand nombre, qu'on ne
doit points'étonner de celuy-
que je vous marque.
Les Peres de la Million, les
Recolets) &les Aumôniers
de toute la Maison Royale,
assisterent à cette ProceC
sion, qui passa devant la
Pompe, & s'y arresta. M*
Denys, Fonrenier de Sat
Majefié, avoit pris le (air}¡
d'y faire dreflfer un Repo-.
foir dune façon extraordiJ
naire. C'estoit une Feiïillec
toute remplie de Cascades.
d'eau, & de Rocailles. Lat
Processïonpassa de là dans
l'Avantcourt du Chasteau, ;
&,' en suite dans la Court,
toutesdeux tendues desplus
belles Tapisseries de la. Couronne.
Tous lesBakons <5c j
toutesles Fenestres,jusquauc|
comble du Chasteau, ettoient
parez de Tapisde
Perse à fonds d'or & d'argenr.:
On avoit placé le Reposoir
au bas du grand ôc
niagnifique Escalier dontje
vousayparlé plusieurs fois.
Il est d'une forme qui fournir
dequoy faire quelque
ehofe de très-fomptucux
dans les rencontres de ççtte
nature, sans ciu". yfaille
adjoûterbeaucoup d'embe^
lissemens. Aussi n'y,.cm,-
ploya-t-on- que ce que demandoit
l'ordre de cet JEt
ealier.. De grands Vases
d'argent, remplis de Plantes
de Fleurs, avoient esté mis
sur les Piédestaux de marbre
qui accompagnent les Balustres
de bronze doré On
en avoir posé de semblables
sur les Corniches & auxautres
endroits où de pareils
ornemens pouvoient convenir.
L'Autel estoit sur la
premiere hauceur du Degré,
vis-à-vis de la Fontaine. Un
Parement de Drap d'or,
d'une beauté surprenante,
faisoit admirer le devant de
cet Autel, dont le Tabernacle
qu'on avoirpercé à
jour, estoitorné de Rubis,
d'Emeraudes, & de Diamans.
Une Couronne de
trois pieds cte diametre en
faisoit le Dôme. Elle estoit
toute de Pierreries, & jettoit
un feu siébloüiissant, qu'on
avoit peine à en soûtenir
l'éclat. Les Caicades de la
Fontaine paroissoient au travers
du Tabernacle, & rien
n'estoit plus agreable à la
veuë que cette Eau & les
Pierreries que les lumieres
faisoient briller. Il y avoit
de grands Guéridons, avec
de grandes Torcheres aux
deux costez de l'Autel,ainsî
que sur les extrémitez des
marches de l'Escalier. La
Musique de la Chapelle du
Roy estoit placée sur le
haut. Il feroit fort malaisé
de trouver un lieu plus avanL
tageux pour l'Harmonie.
Aussi les Instrumens & les
Voix y furent-ils entendus
avec grandplaisir. Il n'y
eut aucun desordre, & tout
parut ce jour-là digne de la
i Cour d'un RoyTrcs-Chreftien.
La Procession efranc.
sortie. duChasteau, passa
de-.]
vantdes superbes Ecuries del
Sa Majesté, quiestoient tenduësjusques
à-Ia Ville neuve
de riches Tapisseries. Ce
Prince la remena jusques à
l'Eglise
, ayant eu la telle
nue pendant trois heures,
sans s'estre mesme servy de
Parasol contre l'ardeur du
Soleil. Ilentendit la Grand'
Messe à la Paroisse, où tous,
les soirs de l'ottave il elfe
venu auSalutr.M
Le >**'1 "u 15. de.làdéremois,
Feste de l'Ascension, onvit a Venise le grand & or3i~
naire concours que le Pardon
de S. Marc yattire tous
les ans. Il se tient une Foire
fort celebre dans la Place
pendant ce temps-là. Elle
dure quinze jours, & les
Masques y viennent avec
affluence. La principale Cérémonie
du jour de l'Ascension,
est que le Doge, avec
le Sénat & les Ambassadeurs
qui se trouvent à Venise,
monte sur le Bucenraure.
C'est un grand Vaisseau
doré, qui va à Voiles & à
Rames, & où les Rameurs
font à couvert fous le Pont.
Il a quarante-deux Bancs,
&; est long de soixante-quatre
pas, & large de seize. Ce
grand Vaisseau eH: suivy de
plusieurs Barques &Gondoles
jusques à S. Nicolas
de Lido, où le Doge va
époufer la Mer, en mémoire
de la fameuse Victoire que
la République remporta en
1177. contre l'Empereur Frédéric
Barberousse,en faveur
du Pape Alexandre III. Je
vous ay marqué dans une
autre Lettre les paroles qu'il
prononce, lors qu'il y jette
une Bague d'or, qui tl1 en.
viron de la valeur de quarante
francs. La Cerémonie
estant achevée, il
tourne à S. Marc, & fait
tres-grand Festin dans sa
Palais pour les Ambass~
deurs & les Nobles, qui
sont traitez enChair &Poi~
son. Apres le Dîné, onv
au Cours au Mouran.Ce~;
quelque chose de fort agre;
ble à voir que la quantité d
Gondoles remplies d'Ecran
gers qui syrencontren~
Mouran est le Lieu où
font lesGlacesqu'on v
chercherà Venise detour
l'Europe.
-
Mr leDuc
Mantouë s'est, trouvé pré
fent la derniere fois à cette
Cérémonie, à laquelle Mr
de Varangeville Ambassadeur
de France assista avec
: M dame l'Ambassadrice sa [Femme. MrleMarquis de
[Ja Torre, Ambassadeur de
[l'Empereur, y accompagna
:aussi le Doge, qui au retour
[les régala tous avec beaucoup
de
magnificence. Il y
savoit un Eturgeongros comfeme
la cuisse. Plus de cent
IPerlbnnes furent duRepas,
pqui dura plus de trois heu-
CS. On lefitàdix Services.
LesDomestiques des Ambassadeurs,
& quantité d'
trcs Etrangers, furent ré1
lez dans le mesme temps
Les Cerémonies pub
ques dont je viens de vc
parler, me font souvenir
celles qui ont esté faites
Vendosmepourobtenir
laplues Une secheresse
traordinaire de plus de de
mois, ayant donné lieu
craindre pour tous lesBie
dela terre, on eutrecou
aux prieres, & le moyen
plus infaillible qu'on trou
pourmériter qu'ellessusse
exaucées, ce sur de faire
ter processionnellement la
SainteLarme que le Sauveur
du monde répandit sur le
Lazare. Cette prétieuseRelique
est gardée avec grand
soin dans l'Abbayedes Rel'itrieux
Benedictins de la
Trinité de Vendoime, ou
elle fut apportée l'an 10^2.,
par son Fondateur Geoffroy
MartelComted'Anjou ôc
duVendômois. C'estoitun
Présentque luy avoit fait
Michel Paphlagon Empereur
de Constantinople,
reconnoissance du Secours
qu'il avoit donné à Catalus
ion Gouverneur en Sicile;
dans la défaite qu'il y fit des
Sarrasins,qui estant fortis
d'Afrique en grand nombres'estoient
rendusmaîtrèsde
toute l'Isle. Lesmiracles
continuels qu'elle fait
en soulageantceux qui sont
en péril de perdre laveuë,
la mettent dans une extréme
vénération. Aussi observet-
on beaucoup de formali
tez quand on laporte dans
uneProcession genérale, ce
qui ne se fait jamais qu'en
detres -
pressantes neceflitez.
La menace d'une fore
grandedisete ayant étonné
fOut le Païs,les Magistrats
& les Echevins s'affemblerent
la Maison de Ville
le Mercredy 17. de l'autre
mois, d'où s'estant rendus
en Corp's àl'Abbaye,ils
exposerent au Supérieur les
voeux empressez que faisoient
les Peuples. Ce qu'ils
demandaient leur fut accordé.
On résolut de faire
une Procession par toute la
Ville, dans laquelle la Sainte
;
Larme seroit portéeavec les
cérémonies de précautions
accoutuméespour sa feûreté;
& le Dimanche lutvant,
Feste de la Trinité,
ayant elle choisypourcela,
les Religieux jeûnerent au
pain & à l'eau jusques à ce
jour, pendant que M1 de
Remilly Bailly duVendômois,
extvlaire perpétuel de
laVille,donna tous les ordres
necessaires pour cette
Solemnité. Il manda les
Curez de quatre-vingts seize
Paroisses de la Campagne,
sit avertir les Compagnies
des Corps de la Ville, difposa
les Bourgeois à prendre
les armes,&n'oubliariea
de ce qui pouvoir contribuer
à la pompe de la Feste.
Le jour en estans venu, on
fit batre le Tambour, au
bruit duquel chacun se rendit
tous ion Drapeau. La
Procession sortit dans cet
ordre.
Toutes les Baniéres des
Paroisses, tant de la Camgagne
que de la Ville, marchoient
à la telle chacune à
la file, au milieu,d'une double
haye de Bourgeois rangez
fous les armes. Les
Croix suivoient de la mesme
forte, puis les Capucins «
lès Corde~liers en deux rangs
Apreseux paroissoient cous.
les Curez revestus deChapes,
ainsi que soixante Religieux
de l'Ordre de S. Benoist,
qui formoient deux
lignes. Le Prieur tenant la
SainteRelique, marchoir
fous un Dais de Velourscramoisy
en broderie d'or,
porté par lesEchevins de la
Ville. Ilsestoientprécédez
de plusieurs jeunes Enfans
vestus en Anges, qui jettoientdes
Fleurs dans les;
Ruës, qu'on avoitornées de:
Japifferic^De chaquecôtés
du Dais estoient huit Bourgeois
proprement vertus,
ayant chacun une Pertuifane
La Procession finis,
foitpar les Magistrats de la-
Ville,lesOfficiers desGrands
Jours; & ceux deTEle&ion^
avec leurs Habitsdecérémonie.
La Milice B'our-.'
geoife qui les suivoit,faisoit
des décharges à tous les Reposoirs
qu'on avoit dressez
en beaucoup d'endroits,afin
d'y poser la Sainte Larme.
C'estoitlà que laMusique
qchanutoitede fort beaux Mo": lesHarpes, ks
Luths, & les Violons, faisoient
un agreable concert
avec les Hautbois & les Mufetes.
Auretour on chanta
le Te Deum dans l'Eglise de
la Trinité, qui est une des
plus bellesEglisesdeFrance.
Ce que vous admirerez,c'est
que le temps ayant paru fort
serein jusques à huit heures
du matin, une pluye douce
tomba dans l'instant que la
Procession commençoit sa
marche,& continua jusqu'au
lendemain. Les Procès verbaux
que l'on conserve de
toutes les autres de cette nature,
ture, justifient que cet effet
n'a jamais manque. Ilya
douze ans qu'on fit la derniere.
Nous avons appris icy
que Madame la Marquise
dePuisieux,âgée seulement
de 32. à 33. ans, mourut à Huninghen
le 14. du dernier
Mois, d'une hydropisie qui
luy a causé de longue soufrances,
pendant lesquelles
elle a donné de continuelles
marques d'une solide vertu,
& d'une résignation veritablement
chrestienne. Elle
esioitrestée Fille unique de
feu Messire Joachim dcuGo-i
detdeRenneville, Seigneur
de Renneville, Champoulain,
de Marc, de S. Mars,
Vicomte de Gueux enChampagne,
GentilhommeOrdinaire
de la Chambre du
Roy, Mestre de Camp d'un
Regiment de Cavalerie, Maréchal
de ses Camps &Armées,
puis Lieutenant General,
mort à l'âge de trenteneuf
ans de la blessure qu'il
reçeut à la Bataille de Saint
Antoine le 30. Novembre
jéjt. La Maison de Godet
de Renneville est tres-ancienne
pour la Noblesse,alliée
de celles deMailly,de
Bourbers, deMiremont- de-
Berneux, de Beauveau-de-
Roucy
,
&deClermontd'Amboise,
& originaire de
Berry, où elle s'est signalée
par sa pieté; ce que fait connoistre
la Fondation du Ccnvent
desAuguftins de Blanc,
faite par Pierre deGodet,
Chevalier, Seigneur de Baugé
en 1380. -- Cette Maison s'établiten
Champagne en 1470. par
deux Freres à qui le party
-des Armes dona les moyens
de se signaler, & qui sarresterent
dans cette Province
par les acquisitions
des Terres qu'ils y avoient
faites. L'un s'appelloit Guillaume
deGodet, Chevalier,
Seigneur deS. Hilaire,de
Moivre, de Scury
,
de Coupets,
Coupeville,& deFrefne,
cinquiémeAyeul paternel
de Madame la Marquise
de Puisieux; & l'autre,
Philbert deGodet, Chevalier,
Seigneur deFaremont,
de S. Martin,Domé, de
Marthée, & du Petit-Ecury
en Champagne. Ils s'allierent
avec les Maisons de Folmarié,
& de Lambeisson, des
plusillustresde cette Province.
Jene dis rien des autres
Ancestres de cette Marquise,
qui ont tous servy
dans nos Armées avec autant
de fidélité que de succés,
& entr'autres, Messire Germain
de Godetde Renneville,
Chevalier, Seigneur de'
Boncourt, de S. Remy, de
Verrierede laNeuville,d'Es
cury ,
Baron d'Elise, Gentilhomme
Ordinaire de la
Chambre du Roy,Capitaine
de cinquante Hommes d'armes
de les Ordonnances,
Gouverneur desVille & Château
de Sainte Menehoud,
qui fous le Regne de Henry
III. défitcinq milleHommes
des Troupes des Ennemis.
devant la Place, avec toute
la valeur &la conduite que
peut donner un vray zele
accompagned'une longue
expérience. Il estoit Grand-
Oncle de Madame la Marquise
de Puisieux,qui est
morte Femme de Messire
Roger Brulart de Sillery,
Chevalier, Marquisde Puisieux,
Maréchal des Camps
& Armées de Sa Majesté, Ôc
Gouverneur des Ville &
ChasteaudeHuninghen.Fils
aîné de Messire Loüis Brulart,
Chevalier, Marquis de
Sillery,&de DameIsabelle
de la Rochefoucaut Tante
de François VIII. du nom,
Duc de la Rochefoucaut,
Prince de Marfîllac, Pair, &;
Grand-Veneur de France.
-
De Godet, porte pour
Armes,d'azur au Chevron
d'argent-,accompauné de trois
PommesdePind'or,deuxen
chef,&uneenpointe,&pour
suportsdeux Grisons d'or.
-. Mr le Commandeur de
Valbelle, dont je vous appris
la mort il y a un mois, n'a
point eu la joye de voir Me
le Marquis de Valbelle fort
Neveu, en possession de la
Charge de Conseiller& Senéchac>
l au Siege & Ressort de
l'a Ville de Marseille. Cette
Charge qui luy donne droit
de présider à la teste des Officiersde
ce Siege, le rend en
mesme temps Chefde la Noblesse
quand il s'agit de combatre
pour le Service du
Roy. Il y fut rcçeu. par le
Parlement de Provence le
fécond de May, & le 8. du
mesme Mois à huit heures
du matin
)
ilse présenta à li
,
Porte du Palais de Marseille,
en Manteau,l'Epéeaucofté.
avec quantité de Gentils-
,
hommes qui l'accompagnoient.
Deux Conseillers
de ce Siege, & un des Gens -
| du Roy qui l'y reçeurent,le
menerent à la Chambre du
Senéchalparmy une affiuen..
ce de monde accouru de
toutes parts. En suite l'Audience
ayant esté ouverte,
on y de fit lecture de ses Lettres
Provision. Ce fut une
ample matiere pourMCappus,
Avocat & Procureur du
Roy dans ce mesmeSiege,
qui apres avoir fait un tresbeau
Discours sur les avantages
de la Maison de Valbelle,
& sur le mérite particulier
de celuy dont on
présentoit les Lettres, en
demanda renregistrement.
Cela estant fait, Mr le Marquis
deValbelle entra dans
l'Audience du Palais)accom..
pagné de deux Conseillers.
Alors MrBaussetLieutenant
General, le prit par la main,
&le mit à la pretnierePlace
du Tribunal,l'Epée au costé,
comme je l'ay déja dit, & le
Chapeau sur la teste. Aussitost
qu'il fut assis, rHuinieir
appella cinq Causes , sur lesquelles
les Officiers du Siège
ayant opiné avec Mrde Valbelley
Mr de Bauffet prononça
sur toutes au nom de
ce nouveau Senéchal. Il
,monta de l'Audience à la
Chambre du Conseil, où
luchyaque Officier du Corps
fit compliment en particulier.
Mr le Marquis de
|ValbelleeltMeflredeCamp
de Cavalerie, ôc Cornete des
Chevaux-Legersde la Garde
de Sa Majesté.
Comme il n'est ny âge,
ny profession quine permettent
la galanterie, quand elle
est reglée sur la bienséance,
un Abbé de Lyon, dont la
naissanceégale l'esprit,&
qui s'estsouvent acquis l'approbation
publique par des
Discours remplis d'éloquence,
ayant fait présent à une
Dame de ses Amies d'un.
Bassin de Fleurs, & de Fruits,,
l'accompagna de ces Vers.
Le tour fin & délicat qu'il
leur donne, vous est connut •
par d'autres Ouvrages que
vous avez veus de luy fous
le nom du Druyde Lyonnois.
Ce dernier n'est tombé
entre mes mains que par
un larcin qui a esté fait à la
Dame.
SUR UN ENVOY DE
Fleurs &: de Fruits.
A MADAME D. S. PAr mille attraits ebarmans
qu'en vous Natureajjemble,
Iris, votufaitestous Les jours
NaÎtrtmiUepetitsAmours,
Si mutins quelquefois, quils si
brouillent cnfimblc.
il n'eifrien en cela de trop myfierieux,
LA Discordesouventse metparmy
les Dieux.
Maisvoicy choseplu*nouvelle.
Deux DeeJJespourvotafont ensorts
querelle,
Et chacune dans vofire coeur
Prétend à la place d'honneur.
Fforeparsesodeursfc vante de votu
plaire,
Pomone avecfis Fruits deifater
vofire goujh
Toutes deuxJefont une affaire
Pour vomde siporiffrà bout.
Pomone avec dédain dit Cautrejour—
à Flore,
Vraymet j'en fuis d'avis, Déesse
des Parfums,
Dont les appas font si communs,
Et qu'un peu d'ardur évaporé, on vous laisse usurper sur
moy le coeur d'Iris.
Surquoyfondez-vous l'espérance
Du dessein que vous avez pris?
L'éclat de vostre teint n'a qu'un
peu d'apparence,
.Vostre haleine au matin sent un
peu l'Ambre gris,
Vosregards ont quelques
soûris;
Mais a pres tout, quand on y
pcnfe,
De vos douces senteurs la plus
grande abondance
EU un régal à juste prix.
Vos atours, vos préfens, toute
vostredépense,
Ne mérite que du mépris.
1
A ces mots Flore impatiente,
Nepouvantplusfoujrir ce discours
orgueilleux.
D'un ton&fier&dédaigneux*
Dit à la Nymphe médifantcy
Il sied biendevous voir Mere
des cruditez,
Insulter âmes qualitez.
Quel aveuglement vous posfède,
Dem'oster pres d'Iris le rang
que l'on me cede?
Pouvez-vous sans mes soins
aspireràsoncoeur?
Que feroienc vos Fruits sans
la Fleur?
Lors qu'Iris vous reçoit, me
blâmer de la forte,
C'est abuserde ses bontez.
Le plus grand titre qu'elle
porte,
F-stdestre la Fleur des Beautez;
Mais remettons nostreque- relle
Au tempsque nous ferons pres
d'elle.
- De son choixfeulement dépend
nostre. bonheur,.
Et n'établissons rien sur le
fond du mérire
-
Pour la conqueste deson
coeu-c
Ainji l.Amant qui méiütee
De tourher une Beafité,-.
L
De toucheruneBeauté,
Avecjugement évite
Laplainte&la-vanité^'
Etjamais il ne profite-
£tuefarsafidélité.
Cependant, bille Iris,décidez, de
la chose:
£jles*.<vaiu pour la Pomme?efîes—
nsous pour lll-Eo.ff?
Si vousfecondez, mesvoeux,
Vousferez,purtoutes deux.
Au moinsfaites quelque carejje
Aux petits"Kejèttons(pie Wa main
vous adrejje.
Allez,, mes Fleurs; allez,, mes
Fruitsy
Vous essesassez,bieninfruits.
Neftites rien qui dégcxerê"
De la bonté de vostre Pere.
Allez,, mes Fruits; allez,, mes
Fleurs,
Tour cette belle Irisunissez, vos
douceurs,
Et composez, une Ambrosie
£)ujjamais ne la rdjfajie.
Mais quand elle vous baifera,
yomfintira, vous mangera,
N'ayez,jamais la hardiessè
D'en vouloir à,[on cæ/tr, d'ejflrer
sa, tendresse,
hfl\iy Lien ce quelle enfcra,
LefJelie Acante l'aura.
L'Assemblée des Etats
d'Artois s'est tenuëà Arras
le16.du Mois passé. L'ouvertureenfut
faite parM1
Ducd'Elbeuf, Pair de France,
par Mr le Prince d'Elbeufson
Fils, Gouverneurs,
decette Province; par M,
deBrcteüilIntendant; par-
Mr le Comte de Nancré,
Gouverneur d'Arras; & par
MrScarron deLongue,Préfident
d'Artois, qui en [one
les Commissaires de la part
duRoy. Apres que Mrle
Ducd'Elbeufeut fait entendre
les intentions de Sa
Màjesté, Mr de Breteüil fit
un Discours fort éloquent
surcesujet. Mrl'Evesquede
S. Orner les remercia au
nom de l'Assemblée, & les
pria d'assurer le Roy du zele-
& de l'affection qu'ils auroient
toûjours pour son service
, & de leur entiere foiu
mission à ses volontez. Les
-
Etats parurent avec un éclat
qu'ils n'avaient point eu depuis
longtemps,SaMajesté
ayant remis le Corps de la
Noblesse dans son ancien
ordre (qu'une guerre presque
continuelle de quarantecinqannées
avoit fort altéré)
& choisy parmy le grand
nombre de ceux qui s'eftoient
introduits pendant
ces temps là, soixante &--
dix Gentilshommesd'une
Noblesseépurée, qui à l'avenir
composeront cette illustre
Corps. Je croirois n'avoir
satisfait vostre curiosité
jqeuen'tarèjso-iûmtopairsfaitement, si leursnoms,
que j'ay mis par Familles
sélon l'ordrede l'Alphabet,
D'Assignies, Marquis d'Al luagne.
D'Asignies-Dacqquueeddoorrnnee,
Comte d'Ojly.
D'Affignies,BaronJeBailleul.
DeBacquetiemDuliez, Seigneur
deDrouvin.
De Beaufort, Seigneur de
Mondricourt.
—DBeBeellllefeor-f—iyeore,rCioemrteed.e
DeBelvaler, Seigneur deFamechon,
M&We de Camp
duRegimeneWallon d'Infanterie.
De Berghe Nomain , Seigneur
d'Hersin-Coupigny
DeBernage,Comte deMauve,
Marquis de Vilers-Brulin,
Député de la Noblesse
d'Artois.
De Bernemicourt.Seigneur
deFoucquieresprès deBéthune.
De Bethencourt, Seigneur
: d'Haplincourt.
DeBéthune-Desplanques. -
SeigneurdePenin.
De Blondel,Baron deQuin- 9) Seigneur de Boileux,
Lieutenant General des Armées
du Roy, & Mestre de
Camp d'un Régiment de
<
Cavalerie. .-
De Bonnieres, Comte de
Soüattre.
DeBryas,ComtedeRoyon,
cy- devant Capitainede
Cavalerie au service du
Roy d'Espagne.
DeCaravajal-Giron, Seigneur
deBugnies, cy-devant
Capitaine-au Regiment
d'Orléans-,
De Carnin, Seigneur de
S. Leger,Capitaine de Cavalerie
reformé au Régiment
du Roy.
DuChatel, Comte deBlangerval,
Seigneur d'Anne-
<^uin, cy- devant Gouverneur
neur d'Audenarde pour le
- Royd'Espagne.
DeComte, Seigneur de
Blengel
De Coupigny, Comte de
Henu.
DeCoupigny, Seigneur de
Foucquieres pres de Lens.
DeCoupigny, Seigneur dc
Ligny&: Delbarque.
DeCréquy, Duc & Pair de
France,Seigneur deFrefïïn,
Chevalier des Ordres du
Roy, Premier Gentilhome
de saChambreLieutcnant
General de ses Armees,&
Gouverneurd'Hesdin.
DeCrequy, Marquis d'Hcmont,
cy-devanr Capitaine
de Cavalerie au Regimenc
de S.Germain-Beaupré.
De Créquy, Vicomte de
Langre, Seigneur de Marconelle,
Capitaine au Regiment
de la Couronne.
De CrevantHumieres,Marquis
de Humieres,Maréchal
de France, Gouverneur
General de Flandre.
De Croefer, Seigneur d'Audentliun
De Croy, Baron de Clargue,
cy-devant Capitaine d'In
fanterie au service du Roy d'LIfp'acn
De Croy, Comte-- Seigneur de Beaufort, cydevant
Mestre de Camp
d'un Regiment d'Infanterie
au service du Roy d'Espagne.
DeCroix, Comte deWacca, ÏBrigadier des Armées au
Roy, cy-devant Colonel
du Regiment Royal Wa-
Ion de Cavalerie.
DeCunchy-Trambloy,Seigneur
deFloury.
De Dyon, Seigneur deVendonne.
(D^Fieniie, Vicomte deFruf.
ges^jcy- devant Gouverneur
.& Grand Bailly de Bruge
pour le Roy d'Espagne. "-
De Fienne,Seigneur deBien*
ques & d'Hupan, cy-dedevant
Capitaine d'Infanterie
au service du Roy d'Efpagne.
DeFienne-Regnauville Seigneur
d'Hestru,cy-devant
Député ordinaire de la Noblesse
d'Artois.
De Gand-&-Vilain,Prince
d'lsenghien, SeignI d'Ongnies,
cy-devant Capitaine
de Cavalerie au service du
Roy d Espagne.
DeGand- &-Vilain;Marquis;
d'Hem, Seigneur de Sussaint
Léger.
De Ghifelin, Seigneur de
Lofenghien.
DeGhiltelle, Marquis de
Croix.
De Ghistelle-Herny, Baron à,Éfcllmeux,
De Gomiecourt, Comte de
Gomiecourt, Seigneur de
Lignereul, Capitaine reformé
de Cavalerie au Re.
giment de Lumbre.
De Hamel, Seigneur de
Bourez-Berlencourt.
l,'
De Harchies, Seigneur de
Plumoison, cy-devant Ca--
pitaine au Régiment d'Artois.
De laHaye, Comte d'He-
JéCiue) cy-devant Député
ordinaire de la Nobleffc
d'Artois.
D'Haynin-Wambrechies,
Seigneur de Hamelaincourt,
cy-devantCapitaine
de Cavalerie au service du
Roy d'Espagne.
D'Haynin,Seigneur deVVaurans.
D'Henin-Lietard, Baron de
Foffeux, Capitaine reformé
de Cavalerie au Regiment deBezons.
D'Houdhin, Marquis de
Longattre, Seigneur d'Annefin,
cy-devant Député
ordinaire de la Noblesse
d'Artois,&Lieutenant Colonel
du Régiment Royal
Walon de Cavalerie.
De Jausse, Comte deMastain,
Seigneur de Marnez.
De Lens, Comte deBlandecque,
Baron d'A lenne,
cy-devant Capitaine d'Infanterie
au service du Roy
d'Espagne.
De Lieres-Doftrel, Comte -de S. Venant,cy -
devant
Gouverneur de S. Omer
pour le Roy d'Espagne, &
Députéordinaire de la Noblesse
d'Artois.
DeLieresDostrel,Baron
de Berneville.
DeLongueval, Comte de
Buquoy,cy-devant Mestre
de Camp d'un Regiment
de Cavalerie au service du
Roy d'Espagne.
DeMailly-Douronel Seigneur
de Velus.
DeMaulde, Marquis de la
Buiiliere.
De Marnez, Seigneur de
Nielles.
De Melun,Prince d'Epinoy^
Seigneur de Caruin. Son
Pere estoit Chevalier des
Ordres du Roy.
LeMerchier,Seigneurd'Hu-
1 lux.
DeMontmorency-Morbecque,
Prince de Robecque,
Seigneurde Berfée, cy-de-
,
vanr Mestre de Camp d'un
Regiment de Cavalerie au
service du Roy defpagne,
DeMontmorency,Seigneur
deNeufville-Vicaffe, cydevant
Mestre deCamp
- d'un Regiment de Cavalerie
au service duRoyd'Ef JEg~'
DeMontSaint Eloyy Seigneur
deWendin.
DeNoyelles, Marquis de
Lisbourg, Comte de Marles,
cy-devant Gouverneur
de la Motte au Bois pour
le Roy d'Espagne, &Député
ordinaire de sa Noblesse
d'Artois.
Dostrel, Segncur de Conçhy.
DreSeirvcin,oSeiguneurrd'Hte.- DCe Taoursteainn,cMyarq.uis de
DeTrayfignies, Vicomte
d'Armuiden, Seigneurde
Bomy, cy-devant Lieutenant
Colonel d'un Regiment
de Cavalerie au fervice
du Roy d'Espagne.
Dela Tramerie, Marquis
du Forest.
De la Tramerie, Seigneur
de Givenchy, cy -
devant
Lieutenant
de
Cavalerie au
Regiment de Saluces.
DeTramecour, Seigneur de
Werchin.
DeVignacourt, Baron de
Pernes,Seigneur d'Hourithon.
Un si grand nombre de
Noms illustres dans une
seule Province, vous pourra
causer de l'etonnement;
mais, Madame, vous ne devez
pas en estre surprise
L'Artois a toujours esté une
PeginieredeNoblesse,qui
en a fourny les Provinces
voisines. L'on a renouvellé
cette année les Députez ordinaires.
Ce changement
ne se fait que tous les trois
ans. Le Clergé a nommé
Mr l'Abbé de Dommartin;
la Nobleife.,-'M,r leComte
deBelleforiere; & le Tiersl..
Etat a continué MrPalisot
d'Incourt On a renouvelé
dans le mesme temps les
Députez qu'on prépole pour
voir l'employ des Deniers
que l'on a levez sur la Province.
Chaque Corps en
nomme deux, & ce n'est
aussique tous les trois ans
qu'on les choisit. Ceux du
Clergé font Mr l'Abbé de
Mareiiil,&M'deJïaJxfqmeL
Chanoine deS. Omer. Ceux
dela Noblesse,MrleComte
deGomiecourt,&MrleMarquis
de Carency. Outre ces-
Députez généraux qui ne se
font que tous les trois ans,
l'on en choisit encor trois

portent que le 18. de l'autre
mois, MrStradion Chanoine
duChapitre de Mayence,
donna unemagnifique Collation
dans son Jardin, aux
Dames de la Cour de Hanover,
que l'envie devoir
cette Capitale de l'Electeur
de ce nom, avoir amenées
des Bains de Wifbaden , avec quelques Cavaliers. Madame
laDuchesse de-aa_,,
nover,& la Princesse (a
Fille, y estoient incognito.
Deux joursaprès, l'une &
l'autre accompagna Mr le
Duc de Hanover, qui vint
à Mayenceavec douze Carrosses
à six Chevaux. Mrl'Electeur
en ayant reçeu avis,
partir à dix heures du matin,
ôc alla au devant d'eux à
une demy-lieuëau dela du
Pont du Rhin, avec un Correge
de seizeCarrosses, tous
aussi à six Chevaux. Si-tost
qu'ils se furent joints, le
Duc, la Ducheue, & la Princesse
leur Fille, mirent pied
àterre, & apres les complimens
réciproques, montèrent
avec l'Electeur dans
son Carrosse.On enten dit
ddeuinnsslemefme temps la pre- i
miere Salve de tout le Canon
de la Ville. La seconde
fut rirée quand ils arrivèrent
far le bord du Rhin; & la
troisiéme, à leur entrée dans
la Ville, qu'ils traverserent
au milieu de la Bourgeoisie,
& des Soldats en haye fous
les armes. Mrl'Elcteur conduisit
d'abord ses illustres
Hostesdans l'Apartement
qu'on leur avoit préparé, &
les y ayantlaissez jusqu'à ce
qu'on eutservy, il les revint
prendre pour le Dîné qui les
i,
attendoit. Il y eut vingtquatre
Personnes à tablt?j,
sans aucun Chanoine, parce
que le Grand Maréchal de
la Cour de Hanover vouloit
estreassis au dessus du
Doyen, qui ne veut céder
le pas à aucun Comte. Ceux
qui prirent place, estoient
M: FaugerEnvoyéde France,
Mle Comte deHolac,
& les Seigneurs & Dames
du Duc & de la Duchesse.
Ce Régal fut de quatre Services,
chacun de quarante
Plats. La Musique tant de
Voix que d'Instrumens, ne
cessa point pendant le Dîné,
non plus que les Timbales
& les Trompetes, & on tira
trois cou ps de Canon à chaque
sanéqu'on bur. Sur lessept
heures du soir, Mrle
Duc de Hanover, & les deux
Princesses, prirent congé de
l'Electeur de Mayence, qui
les remena jusqu'au bord du
Rhin,où ils entrerent dans
un grand Navire fort ajusté.
Ils descendirent jusqu'aBieberich,
montèrent là en Carrosse,
& retournerent coucher
à Wisbaden. Le lendemain
, ce Duc envoya plusieurs
PrésensauxOfficiers
de l'Electeur, sçavoir, unCofret
d'argent de treize
marcs, au Grand Maréchal;
un petit Cofret avec une
grande Coupe d'argent, au
Maréchal de la Cour; deux
Coupes ou Tasses avec deux
grands Gobelets, au Grand
Véneur qui l'avoit servy à
table; un grand Gobelet
avec une douzaine de petits;
à MrBieken qui avoit servy
Madame la Duchesse; deux
Chandeliers & deux Salieres
, à M'deWaesberg qui
avoit servy Madame la Princesse;
un Bassin avec l'Eguicre,
à l'Ecuyer-Tranchant;
& d'autres Présens
en Richedalles, aux quatre
Offices, aux Musiciens,aux.
Valetsdepied, aux Trabans
ou Hallebardiers, aux Gardes,
aux Canonniers, aux
Fourriers, au Maistre dHôtel,
&c. Ainsi tout le monde
eut part à Ces libéralitez.
Il est des Festes de toute
nature. Les unes se font«
avec beaucoup de magnificence,
& les autres n'ont
pour but que de réjouir les
Spectateurs par les grotesques
Figures qu'on y fait papoître.
Celle que font tous
les ans les Arquebusiers de;
Rheims, est de ce genre.
Ils vont tirer un Oysèau, où
tous à l'envy font voir leur
adresse
; & le lendemain ils,
se divertissentpu bliquement
par quelque Marche plaisante,
qu'ils appellentFarce.
Voicy ce qui s'estpaslédans.
la derniere. Elle fut faite le
3. de ce mois. Un Trompete
de la Ville faisoit à chevat
l'ouverture de cette Marche,
Il estoit suivy de deux Connestables
de la Compagnie
des Arquebusiers, & ceuxcy,
de quatreHommesmontez
lur des Asnes, &veftus
en Païsans. Apres eux venoient
dix ou douze desmesmes
Arquebusiers,ayant
des Pantalons de toile jaune
depuis les pieds jusques à la
teste,& des Couronnes de
feüillesdeVigne. Les Ceintures
& Bandolieres qu'ils
portoient,estoient composées
de ces mesmes feüilles.
Ils tenoient de gros Basions;
&dançoient devant unChar,
tout couvert aussi de feuilles
de Vigne, & attelé de six
Boeufs. Un des plus gros
Hommesqu'on eust pu
trouver, y représentoit Bacchus.
Il tenoit d'une main
une Bouteille d'environ
douze Pintes de Vin, &
un grand Verrede l'autre,
Plufieurs autres Pantalons
entouraient ce Char, ayant
chacun une Bouteille à la
main. En fuite paroissoient
dix ou douze Hommeshabillez
en Cuisiniers, portant
comme un Berceau de bois
pèint de diférentes couleurs;
On y voyait un grand feu
dans de longues Poêles de
fer, avec deux Broches tresaboTdammoenutgarrniens,
qeu'u:n
Tournebroche qu'onyavoic
appliquésaisoit tourner lentement.
Plusieurs Hommes
déguisez en Patissiers, portant
des Pastez & de grands
Gasteaux,suivoient cette
importante Machine. Leurs
Bandolieres estoient garnies
d'Echaudez, qu'ils distribuoient
a leurs Amis. Ils
firent le tour de la Ville dans
ce plaisant équipage,&terminerent
la Feste par un
Repas, où la grande Bouteille
-
du grosBacchus fut.
souventvuidée. L'Histoire ,,',\ des Fleursvous
est connue. Les spirituelles
égalantes Lettres du Berger
Fleuriste, vous ont appris
leurs amoureux démeslez.
Si vous voulez en sçavoir la
fuite, vous n'avez qu'à lire
ce qu'il adresse
A LA BELLE CLORIS
DES AMBARRIENS. vOu's me demandezJ belle
Cloris, s'il nj a rien de
nouveau dans les Aventures de
lit Violete & du Muguet, dont
'vous defircTid'ejlre éclaircie. Il
mestfacile de vous donnercette
fiatisfiaclion. Aiacuriosité a par
bonheur devancé la*vofire e9
jayJçeu des Primevem depuis
quatre jours, que le changement
de ces deux
Fleurs
ejlsi grand,
qu'onnypeutrienadjoûter; car
enfinelles ontpassé d'une extrémité
à l'autre9 & tourné leur
amour en haine.
Changement difficile à croire
Entre deux Fleurs de bonne
volonté,
- Quidas l'amourmettent toute
leur gloire •.* Ettouteleurfélicite.
Pourrant, belleCloris,onconte
ainsil'histoire,
Etjemerendsgarand que c'est
la verité.
Lesdernieres nouvelles de leu
Empire nous difoicnt bien que
le Muguet avoit un grand
panchant a cette révolution de
passions;) parce qu'après nous
avoir appris qu'il avoit aime
la Violete pour sa beauté
poursa douceur, Ëj- cessé del'airner
pour sa grande coquetterie,
tlles nous
apprenaient qu'il feu
cinoit de l'aimer encor Par raison
de pol,i.t.ique, malgré l'averlion
qu'ilavoitpour elle.. Mais
le,nuyen qu'un coeur demeure
}onrrtcrnbsencetétat? psen cet etats
One feinte en amour estun trop
,1 .oJourd.fardeau.
On a beau faire, on a beau
dire.
L'Objet le plus doux, leplus
beau
Quisoit dans l'amoureux Empire,
S'ildéplaist, devient un mastire.
Voicy donc,belleCloris, ce quien
ejtarrivé^ Çuivant le fidelle récit
des Primenjeres.Apres que le
Muguet eutfait pendantquelquts
mois l'expérience de cette
vérité,ïennuy & le chagrin
s'emparertnt de soncqrit, &
estant plusfortsque lapolitique,
te difJoferentpeu apeu à s'affranchir
de la contrainte ou il
*vivoit3 & a ne plus avoir
tïafjUuite%pour la Kiolete.
Plus je la vois (dit-il) plus j'en
ay de dégoust;
Car comme je me tais desa coquetterie,
La Friponne entriomphe, elle
y prend plus de goust,
Et croit quej'ignore sa vie.
C'est trop diffillluler) c'est trop
de flaterie;
A quoy bon faire tant d'honneur
A ce qu'on trouve indigne de
son coeur?
Cesratjonkl1eporterent à executer
le dejjein de rupture ou-
Werte qu'ilanjoitconçeu. Il se
retira volontairement dans une
Serre. Ily passa lHyver> &
nattapresque pluschez, le Vroherj
qui n'enfut pas tropfâché.
Il n'en fut pas de mesme de la
Violete. Sa Cour diminuoit
d'un Galant. EUe s'enplaignit.)
elle en gronda, maïs on ne se
mitguère en peine de tappaifer.
Des affaires importantes appellerentdans
lafuite leViciterc-it
grand Jardin« de Flore. Ilsash.t
séloigner. Ily alla,&ilY efi
encor. La négligence du Muguet
s'augmenta par cette absence.
Ilnesortit plus de sa Serre,
Pas mesme au retour du Printemps.
Fleur la plus rage de la Terre,
BelleImmorrelle,déscetemps
Vous avez quitté le Parterre,
Toutysouffroitde vostre éloignement.
Dieux !combien le Muguetenverra-
t-ildelarmes.
Son,unique soulagement
N'estoit que de penser à vos
aimables charmes,
Il y pensoit à tout moment.
'A\vcunsdevoirscependantnettoient
rendus dcfapart ala Violete..
Ce procédémarquoit de
FoublyJ de rindiférenceJ ou du
-mépris. Elle en redoublasac&-
lexe contre luy, &vint mesme
deuxfois danssa Retraite- pourluy
en faire des- reproche
pPgaUr tlatjfjoaryceer de le ramener a elle
de ses attraits, quelle
mit tous en campagne3 & par
te fowvenir des douceurs qu'ils
A'Voientg#ûtéu mfemble. •
L1,avez-vous,, luy dit-eflle, 6c.
quel fâcheux ombrage
Vous a rendud'une humeuril
sauvage?
Aveiz-ynousnouobfiéc. leesplnaiîisrs
Dont tantde fois l'amour a conw ",
tenté nos sens? - ,
Seriez-vous un ingrat? un parjure?
un volage?
Jesuis das mon Réduit en pleine
liberté,
Vous sçavez quelle eftmar, bonté, efl~ ma,.
Faut-il vous dire davantage?
Si vous n'en profitez,vous n'estes
guère sage.
LeMuguet luyfît desfoûmifftonspourJe-
défaired'elle; mais
comme il efl trop ffavant dans
l'Artdes Coquetes,pourignorer
quelles
veulent
toujours tout
gagnerJ & qu'elirs neveulent
jamais rien perdre3 il n'attribua, * attribut
lu démarches de celle-là qu'à
cette raisongenerale & interejJée,
& ne luy tintguère dé
compte de ses pas ny deses remontrances.
Lors qu'on sçait qu'une Belle
accorde des faveurs.
BLU premier des Amans qui luy
dit des douceurs,
Leurattraitapeude puissance.
S'il gagne les nouveaux venus,
Si-tost qu'ils se font reconnus,
Adieu l'estime ôc la reconnoissance.
On ne veut en amour point de
communauré,
Le bonheur le plus grand y percl
saqualité,
Des qu'on voit qu'il entre en
partage.
On veut en avoir seul toujours
tout l'avantage,
Etsans ce glorieux&charmant
préciput,
Amour, faveurs, vous estes au
rebut.
Comme le MiiytetJçavoît
lufage que la Violetefaisoit des
fiennes3 il ne fut point touché
de leur ojJre. Il l'alla pourtant
njoir>mais il fit cetteviftteavec
une autre Fleur. La Violete le
reçeut froidementsur cette circonstance,
&luy témoignaquellenefloitpassatisfaite
de ce
devoir.Elle s'attendit donc à un
autre. Le temps luyfit voir que
Jon attente efloitvaine. Elle en
eut du dépit. La patience luy
échapa3 & lavangeance semparant
enfindeJon ame>elle Je
déchaîna d'une"telle maniéré
contre le Muguet3 que tout le
Darterre enfutJurprïs(èf fanlahse.
O Dieux! que ne peut point une
Fleur emportée?
Feu, flâme, foudre, & traies de
cruauté,
Sortentdeson ame irritée.
Elle invente, elle impose aved
témérité,
Et choque en tout la vérité.
N'en doutons point, il faut que
la Co q uetterie,
Soit Fille du Mensonge & de
l'Effronterie.
LIrïSy ancienne AmieduAlsa
guetJ l'avertit des dijeours ou-*
prageans que la Violete tenoit
de luy. Il en écouta le raport
miec étonnement) mais aujJiavec
modération. Elle en colei
dit-il, il faut l'cxcufer,& ] la pas croire. Ce peu de m fat toutesa défènse. Il nyari
adjouté jusqu'a ce jour, par
refpeéîqu'ildoit au Sexe de cet
Fleur, & par la confidératic
des premieres bonté quelle
eues pour luy. Tout le Parten
l'a loué de cette conduite peu or
dinaire, a blâmé ceMe de la Vie \, si) a déclaré qu'une ten
art/Je CM des faveurs qu:lon ac
corde a tout venant,méritoien
d'estre payées de mépris.Voila
belle Cforis, ce que j'ayfeu de,
Primeveres3 & ce que VOUJ
a~ve%deferéd'apprendre de moy,
Ainiî vous voyez le Muguet
Epuré de l'amour coquet,
Ne pensantplus à la Coquete,
Ou n'y pensant qu'avec dédain;
Mais côme fansamour son ame
s'inquiete,
Et que contre ce Dieu le plus
fier s'arme en vain,
Permetrez-luy d'aimer, renonçant
à toute autre,
Lesfleursd'un teintcomme
levostre,
Ou de mourir sur vostresein.
Vous y mettez louvent laVio- lete,
épargnez-luy des sentimens
jaloux..
-
BelleCloris,jeluis son Interprete.
Je sçay que tout ce qu'il sou
haite,
J'en jure par vos yeux aussi bri
lansque doux,
Est de vivre ou mourir pour
vous.
C'eflaussi,Madame>lapU
forte pajjion denjoftre, &c.
Les Vers qui Suivent or
esté notez par Mr dePulvi
any. Un Amant s'y plaint
Vous n'en ferez passurprise
Cest le langage ordinair
de tous ceux qui aiment.
AIR NOUVEAU: pEtits Oyséaux de la Saifin
nouvelle, 1, * Vous ne redoutezpoint nyialoux,,,
ny CrueUe-,
L'e retour du Printemps vous rend
toujours heureux.
Jefoujre, helas, pendant toute
l'lann'ée '1 rr Et les rigueurs,O'ies jaloux.
Pourquoy navons-nouspaslantcjmi
deeiri eC.?
- Faut-ilquelePrintemps nefoitfait
quepourvois?
Ma dernicre Lettre vous
a appris que M'de Noailles
Evefcmc & Comte de châlons,
avoit pris séance au
Parlement comme Pair de
France. Le Lundy 19. de
May, ce digne Prélat partit
de Paris, & estanrarrivé le
20. àEftoges, premierBourg
de sonDiocese, ildescendit
au Chasteau, où il fut traité
magnifiquement parM'le
Comte & Madame la Comtesse
d'Estoges. Il y trouva
Mrl'AbbéCuisotte, Archidiacre
deVertus, Syndic&
Chanoine dt la Cathé drale,
accompagné des Curez des
environs, qui le harangua;
ce que firent après luy
, au


nom de la Ville, Mrdu Sorton
Trésorier de France, &
Mr Bauger Conseiller au
Présidial, députez par le
Conseil. Ce lont des Personnes
d'un méritefinmalier,
qui remplirent cet employ
avec beaucoup de succés.
MrdeGhâlons s'avança
le 21. jusques à Athy, où iL
estoit attendu dans le Château
par MrLsllemantde
Lestrée, Seigneur de ce Lieu,
Grand-Maillre des Eaux ôc
Forests de Franceau Département
d'Orleans, & Lieutenant
de Villede Châlons.
Ce fut là que les premiers;
Complimens luy furent faits
de la part du Chapitre de la
Cathédrale. Le lendemain
12. il partit d'Athy,distant
de Châlonsde quatre lieuës.
A peine eut-il marché un
quart-d'heure, qu'ilapperçeur
deux cens Hommes,
tous de bonne mine, & trèsbienmontez,
qui environnant
son Parroffe, luy temoignerent
par la bouche
de Mr Truc de S. Feurjeux;
Lieutenant. General Criminel,&
Conseiller de Ville;
leur Commandant, 1impatience
où chacun estoit de
son arrivée. Le Discours &
la Réponse furent tres-dignes
de ceux qui les firent.
A l'entrée du premier. Fauxbourgde
Châlons, deux Ba.
taillons d'infanterie,chacun.
de mille Hommes, détachez:
fous vingt Capitaines deJ
Quartier, & commandez
par Mr Deû Conseiller au
Présidial & au Conseil de
Ville, reçeurent ce:Prélat si
souhaité. On fit les Salves
accoutumées, après lesqueles
on s'avança jusques au
secondFauxbourg, toutela
Cavalerie & Infanterie ie
tenant toujours dans un tresbon
ordre. Tout le Clergé
qui sortiten Chapes hors les
Portes de Châlons, vintdans
le mesmeFauxbourg jusques
à l'Eglise de S. Sulpice, ou
ce Prélat s'alla revestir de
ses HabitsPontificaux; apres
quoy il entraprocessionnellement
dans la Ville au bruit
des Cloches, du Canon, des
Trompetes, des Tambours,,
& des acclamations de tout
un grand Peuple. Sestànt
rendu à la Porte de la Cathédrale
dans le mesme ordre
que je viens de vous
marquer, il y fut harangué
en Latin par Mr de Bar,
Doyen, du Chapitre. Ilentra
en suite dansl'Eglise qui
estoit très-bien parée. La
Musique y chanta le Te
Deum,après qu'il l'eut entonné.
Ces Cérémonies estant
achevées, il quitta ses
Habits Pontificaux, & fut
conduit au Palais Episcopal.
Il y en a peu en France
d'aussi étendus pourle logement,
Vous en ferez convaincue
,quand je vous diray
que le Roy, la Reyne,
Monseigneur le Dauphin,
&; Madame la Dauphine,
y avoient chacun de trèsgrands
Apartemens, qu'ils
occupèrent trois jours, dans
l'occasion du Mariage, sans
parler des autres Lieux destinez
pour les Offices. Le
mesmejour, le Présidial en
Corps, & toutes les Compagnies
, le complimenterent
dans son Palais; & le
lendemain, le Conseil aussi
en Corps,luy vint présenter,
suivant l'ancien usage, unj
fort beau Calice de vermeil
doré,enrichy deFigures hifc?
conques'
toriques d'un admirable travail.
En fuite tous les Bourgeois
s'abandonnerent à la
joyequ'ils ressentoient dese
voir tous la conduite d'un
Evesque que sa pieté & ses
grandesqualitez ne rendent
pas moins illuitre que l'éclat
de sa naissance. Le 25. jour
de la Pentecoste, qui eIr la
Feste de la Ville, ce Prélat
officia. Vous pouvez juger
du nombre infiny de Peuple
de l'un & de l'autreSexe, qui
se trouva dans la Cathédrale.
Les Solemnitez qu'on fait
cejour-làsont assez particulieres.
Apres que les Velpres
ont esté chantées, on
descend plusieurs Chasses
où sont les Reliques des
Evesques de Châlons que
Ton a canonisez, & on les
expose au milieu du Choeur
jusqu'au lendemain Lundy
quelles sont portées par
toute la Ville dans une Procession
générale. Tous les
Ordres des Religieux, qui
font en grand nombre, se
trouvent à cette Procession.
Elle part à huit heures du
matin, & va dans tous les
Convents prendre les Chasses
qu'on a aussi descenduës
le jour précedent. Celle où
efi: le Corps de S. Memie,
premier Evesque ôc Apostre
deChâlons,estprécedée de
toutes les autres. La Procession
ayant fait un fort grand
tour, on les apporte dans la
Cathédrale,où elles sont
mises sur des Tréteauxélevez
de sept ou huit pieds,
en forte qu'on puisse palier
dessous. On les y laisse exposées
depuis midy que la
Procession rentre, jusqu'au
lendemain Mardy. Lesoir
tiu Lundy, onallume une
fort grande quantité de
Cierges, ôc apres le Te Deum
solemnellement chanté par
la Musique, on laisse plusieurs
Religieux à la garde
des Reliques, qui attirent
toute la nuit uneaffluence
de monde incroyable. Le
lendemain, on fait une seconde
Procession dans le
mesme ordre. Mrs du Conseil
aniftencen Corps à lune
& à l'autre, & sont suivis de
plusieurs Archers, qui empeschent
la confusion que
pourroit causer la foule. Je
ne vous dis rien des superbes
Reposoirs qu'on fait en
beaucoup de Lieux, pour y
poser les Saintes Reliques.
Les Chassesqu'on a prises
dans les Convents, y ayant
esté remises, on rapporte
celles de la Cathédrale, qui
font de vermeil doré,&aussi
bien travailléesqu'on en
voye en aucun Lieu. Mr de
Noailles ayant assisté il y 4
un mois à ces deux Procces
fions, fut caille que la foule
y redoubla, chacun estant
accouru des environs pour
voir cet illustre Evesque. S'il
est magnifiquement logé à.
la Ville, il l'est de mesme
dans sa belle Maison de Sarry,
qui n'estqu'à une portée
de Mousquet de cette charmante
Promenade que tout
le monde admire pour sa,
grandeur, & qu'on appelle
le Jard. Elle est dans une
situation avantageuse, bâtie
à l'antique, & entourée de
Fossez d'eau vive, aussi-bien
que le Jardin, qui est extrémement
grand. Cette eau
est un Bras de la Riviere de
Marne.
Dans le mesme temps
qu'on fit à ChâlonscesSolemnitez
publiques, on vit
à Marseille une espece de
prodige que l'on auroit peine
à croire, si toute la Ville
n'en avoit esté témoin.Un
jeune Ecclesiastique nommé
MrEiguesier, y estant
venu pour quelque affaire,
fut prié par les Amis de leur
donner un Sermonle Mardy
des Festes de la Pentecoste.
Il monta en Chaire dans l'E.
glise des Jesuites, apres avoir
demandé en y montant,
qu'on luy marquaft trois dit.
férensTextes, avec unSujet
pour les appliquer. Ce Pasfàge,
Ponam calceamentum
meum inI dumea, luy fut donne
par le Pere de Celieres,
donc tout le monde connoit
l'érudition; cet autre, Domus
Erodÿdux est eorum, par Mr
le Grand Vicaire; ce troisiéme,
Eruélavit cor meum
ruerbum bonum, par MrBaron
Capiscol de la Cathédrale;
& l'Envie fut la matiere sur
laquelle MrMalaval luy dit
de prêcher. Il le fit sur
l'heure avec un entier succés,
ôc accommoda si bien
ces trois Textes à son CLiiet.
qu'il s'attira l'admiration de
Cto'uesstocieeunxtlqaui l'entendirent.
plûpart Juges
fort intelligens.
Avoüez,Madame, que
peu de Personnes se hazarderoient
à une entreprise de
cette nature, & que pour ne
pas s'applaudir soy-mesme
quand on y a re'iifïy, il faut
avoir une extrême modestie.
Celle de Mrle Duc de S.Aignan
vous a privée d'une
lecture agreable, en luy faisant
suprimer quelques Vers
inpromptu fort galans, en
Réponse à d'autres de Mrle
Marquis deDangeau, tantost
sur le sujet du Ballet,
tantostsur la Loterie duRoy.
La mesme chose feroit arrivée
cette fois sur le sujet de
la Course de Bague & des
Testes, si malgré le foin
qu'il a pris d'empescher
qu'il n'en couruft des Copies,
il n'estoit tombé enrre
mes mains une Requefie
que ce Duc fit sur le champ,
pour fuplier Monseigneur le
Dauphin,qui l'avoit choisy
pour estre de sa Quadrille,
de ledispenser de cet honneur,
à cause du temps qu'il
avoit passé sans faire cet
Exercice, au lieu duquel il
a esté choisy pour estre Juge
du Camp dans ces Courses;
ce qui n'apas empesché que
s'estant exercé en son particulier
pour s'éprouver, il ne
l'ait fait avec son adreifc: ordinaire.
Voicy les Vers de
sa Requeste.
A MONSEIGNEUR.
c REQUESTE. JEjl a VousydigneFiùduplm
Grand Roy du Monde,
Quetouche d'unepeine4nulleautre
fécondé„
D'unvifageassez, trijh, é d'un oeil
abatu,
J'ose enfin m'adresser en ces Vers
inpremptu.
De deux contrats Tn.iUX) Seigneur,
jefinsL'atteintey
le brûle de dejir, je tremble de
crainte,
JEt cette incertitude PU je me vois
plongé
2Jc peutjamaisfinirqu'avecvoflre
congé.
L'honneur de vofirechoisdemande,
un coeursincere,
On compte ajjurcmentfar ce qu'on
ma Veitfaire.
Cen'efipas que toujours une noble
vigueur
Nesoûtienne assiz bien lafierté de
mon coeur.
Mais quoy?pourra)-jeavoircette
infaillibleadrcjfè
fu'cuncujfjreig,.fréquent a mis en la
Etpourray-jc, Sâgne/tr, avec fipeté
de temps
Remettre en quinzejours un repos
de quinze ans? En ces occasionsquandj'ayi cchheerrcchhéé
la gloire,
Mon Bras s'efihonoréddeeplus d'une
victoire;
Maissije ne fuispis ce qu'autrefois
jeftu,
le vous t'erray rrompé, Seigneur, dt*
moyconfus.
l'ay,Jivom le voulez, unegrande
rejfotircei
Vouspouvez me nommerpour luge
de la Courfcy
Pour Maréchal de Camp, pour ce
qu'il vousplaira,
HorscCcflre Combatant, tout Nom
me conviendra.
:
Maissije trouve en Vous un Prince
infxorable,
Etfije Hobtiens rien qui tnefoit
st'L'irablt,
Outré de defejpoit-> je m'envtÙ
déclarer
Que ce rieftpoint au Prix queje
veux ajjircr;
Queje courrayfortmal, &queje
j~fais mon compte, y~ ~~r~ ~~<'~, y<' Qu'où Con cherche l'honneur, je
trouveray la honte,
Que vousifrez,f>Armoyfoiblement
flcondé.
D'ailleurs, n'obtenantpoint ce que j'aydemande,
S'ilfaut Absolument combatrt, ou
,
vous déplâtre,
Vienne alotssur mes BYXS toutle
Party contraire,
De la ncccjfitéjefais une vertli,
Aucun neparoîtra qui ne foitabatu.
Qùjt) leplusdagercux va connaître
asa honte,
Jî>ue comme on ne voit rien que le
Roy nesur-monte,
Jguandfon auguste Fils Ilftit choix
d'un Guerrier,
On le voit en tous lieux couronné
de Laurier.
Il y a des avions qui seroient
d'un grand mérite, si
on les faisoit dans la pureté
d'intention qui accompagne
ce qui part d'un bon principe.
C'est par ce defaut
d'intention bien reglée que
beaucoup de Gens se privent
de tout, sans qu'il entre
aucune ombre devertudans
ce qui les fait renoncer à la
vanité & aux plaisirs.Vous
l'allez connoistre par ce que
j'ay à vous dire. Un Provincial,
à qui son Pere avoit
laissé de grands Biens, vivoit
dans une reforme que les
plus zélez auroient peine à
suivre. Il n'estoit d'aucun divertissement,
ne mangeoit
jamais avec personne,aimoit
la frugalité, jeûnoit une partie
de l'année, & dans l'horreur
qu'il avoit du luxe, il se
contentoit d'un Tour deLit
à la Païsanne& de quelques
Meubles proportionnez à
cette simplicité. Comme il
avoit feulement le tres-necessaire,
vous pouvez juger
qu'ileustesté un grand
Saint, s'il eust mené ce genre
de vie pour accommoder les'.
Pauvres de son superflu. Ce
n'estoit pas là ce qui luy tou--
choit le coeur. UnCofre fort
dont ilfaisoit ses delices,
l'occupoit entierement. Ille
vifitoit à toutes les heures,
& rien - ne luy plaisoit tant
que.dç>r.çpa_ître.Ces yeux de
la veuë de l'or qu'illuy donnoit
en dépost. L'avidité d'a^r
jtiafler toûjours,le rendoit
inéxorable. Fermages, Rentes,
si-tost que le terme estoit
écheu, l'Exploit eftoio.
seûr pour les Debiteurs, sans
que les plus prompts à sacquiter
se pûssent défendre
d'avoir un Procès,qu'ilalloit
poursuivreenquelque Lieu
que ce fust, avec un art do
chicane qui n'estoitsçeu que
deluy. Ily trouvoitd'autant
plus son compte,quelesdespens
qu'on taxoità son pro->-
fitpassoient de beaucouples
frais du voyage:Le galant
Homme le faisoittoûjours
; à pied, & s'ilfalloitdîner cru
chemin, il portoit dequoy
éviter l'Hôtellerie. Ainsiles
moyés qu'il employoit pour
faire payer ses Créanciers,
luy valoient autant que ibnr
Bien mesme,& il ne prestoit
aucune somme,qu'il ne fist
multiplier en fort peu de
temps. Cependant la tentation
le prit de semarier.
Ildécouvritune demy-
Demoiselle, d'âge tres-nubile,
qui outre l'argent cony'
ptant,avoirl'espérance d,,'
1 plusieurs Successions. Illa
demanda, & fit conclure
l'affaire avec d'autant moins
de peine, que son extrême
laideur & sa taille contrefaite
ne donnoient aucune
envie de courir sur son marché.
Il toucha la somme qui:
luy fut promise, & acheta
avec grand chagrin une Tapisserie
de Bergame, un Lit
d'une fort vilaine Etofe de
la Porte de Paris, deux Fauteüils,
6c quatre Chaises,
avec un Miroir, & une Table
sans Guéridons. Le tout
estoit de revente, & servit à
faire une Chambre de parade
pour y recevoir la future
Epouse. Comme il Ce"
crût ruiné par cetachapt, il
se garda bien de faire un,
FestindeNôce. Les Parens
furent priez de se trouver à
l'Eglise, & la Cerémonie estant
achevée, chacun retourna
chez soy. Il n'y eut
que le Beaupere & la Belle-
Mere que le Marié traita.
Vous pouvez croire que ce
fut à juste prix. Ils ne pûrent
s'empescher de luy faire remontrancesur
l'étroite épargne
dont on l'accusoit. Il répondit
qu'on estoit dans un
téps trop malheureux,pour
pouvoir faire des dépenses
inutiles, & qu'un Homme
fage devoir semettre en état
de n'avoirjamaisbesoin de
personne. L'irrégulierestructure
du Corps dela Mariée
n'empescha point sa sécondité,
&en troisans il fut ~Perc
de deux Filles. La crainte
qu'il eut d'une nombreuse
Famille qu'on ne peut entretenirsans
qu'il en couste
beaucoup, luy donna bientost
la vertu de continence,
Il fit le Devot, prêcha la
chasteté à sa Femme, 6cluy
conseilla de l'imiter dans le
dessein qu'il prenoit d'expier
par làles pechez de sa jeunene.
Soit qu'elle eust honte
de luy marquer des necefTLtez
qu'ilnesentoit pas, foiÊ:
qu'elle eust commis quelque
pechédepensée (~can
pour l'effet sa déplaisante
figurey avoitmisordre, &-
jamais personne ne s'estoit
avisédela tenter, ) elle consentità
vivreavec luy dé la
maniere qu'il le souhaita.
Ainsiles deux-Filles furent
lé seul fruit de son Mariage.
L'aînée cutà peine atteint
quinze ans,qu'ayant trouvé
un Couvent où l'on promit
de la recevoir pour une somme
assez médiocre, il l'y fit
entrer sans avoir sçeu d'elle
à quoy la volonté la portoit.
Comme on l'avoit élevée
sans aucune connoissance
des plaisirs du monde,l'aîiiour
de la Guimpe la toucha
si fort, qu'ayant pris
l'Habit quinze jours apres,
elle n'aspira qu'à faireProsession.
Letempsenestant
venu, il ne restoit plus qu'à
compter l'argent, quand il
luy survint une espece de
langueur, qui mit Ion Pere
en
en de cruelles alarmes. Il
appréhenda qu'elle ne mourust,
non pas pour laffliction
qu'il en auroit euë, (de
pareilles pertes n'estoient
rien pour luy,) mais illuy
fâchoit de payer mal-à- propos
; & dans cette crainte,
la Novice eut beau presser.
Deux mois sepasserent sans
qu'il voulust prendre jour,
&il ne le prit que sur un apparent
retour de santé qui
la fit croire tout-à-fait guérie.
Il eut grand regret à ouvrir
saBource, & pour (urcroifli
de chagrin,laReligieuse ne
vescut que douze jours apres
avoir fait ses Voeux. Ce fut
pour luy un sujet de desespoir
qu'on ne sçauroit exprimer.
Il alla trouver l'Abbesse,
luy dit qu'on l'avoit
trompé; que la Profession
de sa Fille ne pouvoit estre
valable, ayant elle faite dans
un temps où la maladie luy
troubloit l'esprit;qu'on luy
avoit déguisé le péril où elle
estoit pour attraper son argent
; que c'estoit un vol
qu'on luy faisoit, & qu'à
moins qu'on ne luy resti-
.tua11 ce qu'on ne pouvoit
retenir sans injustices,la damnation
estoit infaillible pour
tout leCouvent. Peu s'en
fallut que sur ces raisons
il ne fut ProcèsauxReligieufes.
Pour ne plus courir
le mesme péril de perdre, il
résolut de garder ion autre
Fille, qui commençoit à
estre en état de luy épargner
l'entretien d'une Servante.
Beaucoup de Gens songerent
à elle, parce qu'on fça4t
voit qu'elle auroit beaucoup
de Bien, mais il refusa tous
les Partys qui se pré{enre,.
rent; & comme il ne quita
point l'habitude de plaider,
apres quantité d'affaires qui
par les despens gagnez l'indemniserent
au double de
la perte prétenduë que le
Couvent luy avoit fait faire,
il vint à Paris il y a deux
mois pour un reglement de
Juges qu'il eut à poursuivre.
Son premier soin fut de découvrir
un Lieu où il pust
manger quand & comme il
voudroit. Il s'y logea, & àla
maniere dont il estoit habillé,
il n'eut point de peine
à se faire prendrepour un
Misérable. Huit jours apres
il fut atraqué de fièvre. L'exacte
dicte qu'il essaya, auroit
pû1\ guér, ir tout, autre,
mais il s'y estoit tellement
accoûtumé, que ce remede
luy fut inutile. Apres avoir
tâché quelque temps de
vaincre le mal par la fatigue,
il fut enfin obligé de garder
le Lit, & les accès de sa fiévre
estant devenus plus violens,
on luy fit venir un Apoticaire
Religieux qui sçavoit
de grands Secrets, & qui
valoir mieux qu'unMedecin
Ce qui luy plût davantage,
c'est que ses visites ne luy
devoient rien coûter. Cet
Apoticaire Conventuel assura
en le voyant, qu'il ne
vivroit pas encor deuxjours.
On allaaussitost chercher
un Prestre. Il Ce confessa, &
quand il eut fait tous les devoirs
d'un Chrestien,on luy
demanda s'il n'avoit aucune
affaire qu'il voulust régler.
Il fit écrire quelque InstruiSlion
pour trois ou quatre
Procés qui luy restoient à
faire vuider, & sou haita
qu'on le fist porter où les
Ancestres estoiententerrez.
Le Prestre luy dit que la
chose estoit aisée, qu'on
mettroit son corps en déport
dans la Paroisse,& qu'en
suite on pourroit le tranlporter
selon les ordres qu'il auroit
donnez. Il voulut ravoir
combien ce dépost luy
coûteroit. Les droits luy en
furent expliquez; & comme
il trouva qu'il faisoit trop
cher mourir à Paris, il fit
donner quelque chose au
Prestre, & pria ion Hôte de
luy faire accommoder quelqu'un
des Fourgons qui ce
jour-là mesme retournoient
en son Païs, l'assurant que le
grand air contribuëroit à sa
guérison. L'Hôte qui craignoit
d'estrechargé de son
corps, s'il mouroit chez luy,
alla promptement luy en
chercher un qui le vint prendre
deux heures après. Jugez
de l'étonnement de ceux qui
aiderent à le tirer de son Lit,
quand le Conducteur de ce
Fourgon l'ayant reconnu,
dit tout haut que la voiture
n'estoit guére douce pour un
Homme riche de plus de
cent mille Ecus. Il marcha
le plus doucement qu'illuy
futpossible,& eue fait à peine
la premiere lieuë, que le Malade
se trouva réduit à l'extrémité.
On le fit descendre
au premier Village, où il expira
le soir, apresavoir témoigné
qu'il mouroit content,
puis qu'il s'estoit tiré
de Paris. Il est des Avares
qui s'épargnenttout pendant
leur vie, mais il en est
peu qui regretent la dépense
qu'on doit faire apres leur
mort. Le cas est fort singulier.
On a trouvé cent soixante
& cinq mille livres
dans le Cofre fort qui a esté
ouvert depuis peu avec les
formalitez requifes. Joignez
à cela plus de six mille livres
de rente en fond. La Demoiselle,
que cette Succession
rend un Party tresconsidérable,
aproche devingtcinq
ans. Elle a du teint, la
tailleassez belle, & si l'usage
du monde luy manque,
ayant autant de Bien qu'elle
en a) force honnestes Gens
brigueront l'employ de luy
donner des leçons. Pour la
Veuve, il y a grande apparence
que le Madrigal qui
fuit n'a pas esté fait pour cl~:
CONSOLATION
à une aimable Veuve.
J Apprens que voffreEpoux efl
mort,
LaMachinesans-doute amanque
d'un Rejflrf.
De grace, n'allez, pas, Cloris, VOU4
mettre en tefley
^u'enparlantde Machine, enparis.
- d'une Beste,
guandon eftvojîre Epouxqu'on
meurt, un a tort.
J%uoy qu'il ensist, leDéfunt n'efi
plus voflre,
Etpour vom consoler, il en faut
prendre un autre.
,Un galant Homme guery
d'un mal d'yeux par une Eau
que luy avoit envoyé une
belle Dame, luy fit ce Remercîment.
pTJisquevoflre Eau, Philis,
m'a r'ouvertlapaupiere,
J>)ueje recouvrela lumière
Parvosfoins ohligeans&doux,
lene veux déformais avoir d'yeux
que pour vous.
Le 7. du dernier mois,
M'le Comte deCreange,
l'un des plus puissans Seigneurs
de la LorraineAllemande,
abjura l'Herésie de
Luther, das loccafion d'une
maladie qui le mit en grand
péril. Sa conversion donne
d'autant plus dejoye, qu'elle
entraînera celle de tout un
grand Peuple, les Sujets suivant
en ce Païs-là la Reli-.
gion de leurs Seigneurs.
Deux joursapres,Mr de
StrefCapitaine deCavalerie,
Fils du Colonel de ce nom,
si fameux par ses services,
quitta la Prétenduë Reformée,
& en fit abjuration
entre les mains de Mr deja;
Feüillade Evesque de Mets,
en présence de Mrde Cogné
Conseiller du Parlement de
, la mesme Ville, qui depuis
deux jours avoit esté recevoir
sa Déclaration au Pontà-
Mousson. Cette Cérémonie
se fit à Montigny lez
Mets, dans l'Eglise des ReligleusesBenédictimes
de ce
Lieu, dontl'Abbesseest de
l'ancienne Maison de M1*
Lallemant, si recommandable
dans la Robe, & si connue
à Paris. J
Le ii. du mesme mois,
Mademoiselle d'Iloire, de la
Duché d'Aumale, Mere de
Mademoiselled-eMont- loüet, qui demeure à Charenton,
abjura aussi 1Herésie
de Calvin dans l'Eglise
de S. Eustache, entre les
mains de Mr Binard Docteur
en Theologie. Elle
avoit esté quinze jours auJ
paravant chezClaude
Ministre, avec lequel elle
conféra pendant trois heures
sur plusieursdifficultez,
dont MademoiselleLoir qui
estoit présente,l'avoit priée
de luy demander l'éclaircissement
; & ce Ministre
n'ayant pû y satisfaire, elle
ne balança plus à prendre
party. Mademoiselle Loir
est une Personne d'esprit,
dontMrClaude s'estoitservy
autrefois pour empescher la
Conversion de ceux qu'il
voyoit douter, & entr'autres
de la Fille de MrPaneret
Marchand de Vin à Charenton,
avec laquelle, vaincuëenfin
par la force de la
Verité, elle abjura il y a environ
cinq ans, entre les
mains de Mr l'Abbé Maillet.
0--.,-
Il s'est fait encor plusieurs
Abjurations en diverses Villes,
mais il en est peu d'aussi
éclatantes que celle que Mr
l'Archevesque de Rheims a
reçeuë ces derniers jours
dans la Capitale de son Diocese.
MFremindeMarzilly,
Capitaine dansle Regiment
de Grancé, apres avoir étudié
depuis deux ans avec une
application extraordinaire.,
les Veritez de la Religion
Catholique, en a esté enfin
entierement convaincu par
les conférencesqu'il a euës
à Rheims avec ce grand
Prélat,& le sçavant MrFaure
son Vicaire general. La Cerémonie
de la Réconciliation
se fit dans la Cathédrale
le Jeudy ir. de ce mois
, en
présence de tous les Corps,
& des Perionnes les plus
qualifiées de la Ville. Mr
l'Archevesque de Rheims,
qui pour la rendre plus édifiante
& plus solemnelle,
voulut la faire luy-mesme,
la termina par un excellent
Discours, qui fit admirer le
zele qu'il a pour tout ce qui
touche les interests de l'Eglise.
Pour comble de joye
publique, on apprit ce mesme
jour que le Cadet de Mr
de Marzilly, connu fous le
nom de Sainte Fraise dans
le Regiment de Conings
mark, où il est Lieutenant
d'une Compagnie, venoit
aussi de faire abjuration à
Boulogne; &ce qu'il y a
de surprenant, c'est que ces
deux heures font heureusement
sortis dans le mesme
temps des voyes de l'erreur,
sans que l'un sçeust rien du
dessein de l'autre. Ils ont
encor leur Mere, & quatre
Soeurs aussi spirituelles que
bien faites, & c'est là tour
ce qui reste aujourd'huy a.
Rheims de la Religion Prétenduë
Reformée; de forte
que sans compter les effets
que ce grand exemple donne
sujet d'espérer, cette Ville
peut dés-à- présent se vanter
d'estre la plus Catholique de
tout le Royaume. Les belles
qualitez de Mr de Marzilly
ont beaucoupcontribué à
la joye que tous ceux qui le
connoissent ont euë de ce
changement.Ilestbienfait,
spirituel, agreable, d'une
probitéquin'est pas commune,
& sçavant au dela de
ce qu'on croiroitd'un Homme
âgé feulement de vingthuit
ans. Ainsi on peut dire
que c'estoit une conqueste
digne du grand Prélat qui
sa faire, & deuë aux Veritez
triomphantes de la Religion
Catholique.
Vous aurez appris par les
Nouvelles publiques, les
fruits merveilleux qu'on fait
tous lesjours dans lePoitou.
Les Millions que Mr l'Evesque
de Poiriers y a établies,
& les foins qu'il prend
de faire donner par tout
les Instructions dont on a
besoin,ont unsuccés si avantageux,
que plus de douze
mille Perionnes se sont converties
depuis quatre mois.
L'aimable inconnue qui a
montré tant d'esprit dans &
Lettre en Proverbes à Mr
Guyonnet de yerçroll, s'est
fait un Adorateur, qui cherche
par moy à luy rendre
hommage. Je vous fais part
de la Déclaration d'amour
qu'il luy envoye. Il s'est
servy du mesme langage qui
luy a fait admirer la facilité
de son génie.
A LABELLE QUI A
écrit si spirituellement en
Proverbes.
MADEMOISELLE.
Je ne diraypassi vous l'cfies,
car je ne doute point que vous
ne la [oyez, & me/me gros
comme le bras. Mademoiselle
donc, puis que Mademoiselleya.
Quoy que jenaye pas esié à la
Place Afaubert pour apprendre
a faire des Complimeus, je nien
,vay pourtant tâcher à me mettresur
mon bien direpour vous
en faire un bien tissu & bien
eoufu,s'il estpoJlible. Vous direzpeut-
estre en le voyant, que
je fonds en raisons comme un
Caillou au Soleil, QUE je fuis un
habileHommepourtournerquatre
Broches3 que fay l'esprit fin
comme une Dague de plomb, que
je fuis un Animal indecrotable,
& enfin que jeveuxfaire comme
les grands Chiens quipijJent
contre les murs. Adais quand
vous diriez toutes ces choses,
cela ne me dechireroit pas ma
Robe. C'ejlpourquoyvaille que
vaille, & viennequi plante.
Ce font des Choux. Je feray.j
comme
comme dit iautre;, toutdu mieux
que je pourray, st) vous diray,
sans cherchermidy aquatorze
heures;, que depuis que fay leu
voflreLettre3jefais plus amoureux
de vous que ne l'efl un
Gueux desaBesace, queje me
mettrois en quatre, que je feras
de lafauffe Monnoyepour vous3
&quenfin vouspouve^faire de
moy comme des Choux de voflre
Jardin. oh que le Décorumefl
iqien gardé dans voflre Lettre!
Oüy) vous esses la crème des
beauxEsprits. Vous dites d'or.
Vous l'entendez,3voflre Perr
en rvendoit) e l'onvoit bien
que vous avez prêchejept dn"
pour un Caresme au Royaume
desymais foin, le
.,
/e
Diable s'en mejle. J'anois tout-
A-l'heure un bon motsur le bord
des lenjns, (if je ne le fçaurois
dire. Cela s'appelle e,1re
entre deux Selles le cul aterre.
N'importeJpuis que ce mot s'en
est allé3jeriay pas ennie de
couriratm ; car aujji-bien.doit il
estredéjàloin, sil court toujours.
pardonnez donc, Àdademoifellej
cette petite incongruité Sounenez.
vous qu'ilriy asi bon
Chartier qui ne ncrje> & qu' il
nejlpoint de plus empcfché que
xeluy qui tient la queue dela
Poëjle. Si ce compliment ne
vous semble pas bon, vousy
fertzunefauce. Sivousn'ejles
pas contente3 vous prendrez des
Cartes. Qui dit ce qu'il flait,
•£$r donne ce qu'il a nest pas
oblige à davantage. Bon-jour,
Bon-foir,ilnesspas tard. Adieu
sans adieu.) la journee n'est pas
pajJée. Jefuis.) Mademoiselle,
voflre tre& -
humble Serviteurt
quandvous ne levoudriezpas.
LE RAT DU PARNASSH,
du CloifireS.Mederic.
Il est survenuunDiférent
dont la caute eH: fort plaisante.
Un vieux Garçon estant
mort depuis deux mois - dans une assez grande Ville,
on apposa le Scelléchez luy,
en présence de diférens Héritiers
qui partageoient sa
Succession. Une Dame qui
n'y avoit que la moindre
part, s'y trouva comme les
autres. Les Officiers de Justice
estant sortis, elle voulut
s'en aller, &; chercha un
petit Chien qu'elle avoit
laissé courir. Le Chien ne
se trouva point. Elle visita1
toute la Maison, & l'entendit
enfin aboyer dans un
Cabinet où il s'estoit laissé
enfermer. Ma1heureulemet
le Scellé estoit à ce Cabinet.
Grand embarras pour la Dame.
Elle aimoit son Chien,
&le vouloir remporter. Ses
aboyemens luy touchant le
coejr, elle alla trouver celuy
qui avoit mis le Scellé. Il die
qu'il ne pouvoit rien sans
ordre. La Dame insista. Il
écrivit, dressa son Procès
verbal, le porta au Juge qui
donna son Ordonnance, &
le petit Chien fut tiré de si
prison. Tout cela ne pût se
faire sans frais. La Dameen
offre sa part, & c'estlesujet.
deladispute. Ses Coheritiers
soûtiennent qu'elle doit les
porter tous, & non laSuccession,
ceux qui la partagent
n'ayant aucun interest
à ce qui s'est fait pour la liberté
du Chien.
Le 15. de ce mois, on expliqua
dans le College des.
Jesuites de Paris, les Enigmes
que l'on avoit exposées
publiquement
*
depuis deux
jours,felon lacoutume de
ce College.
Le Tableau de Rhétorique,
peint par M Hallé,représentoit
Mercure qui apportoit
à Enée l'ordre de
quiter Carthage,&de s'embarquer
pour l'Italie.Apres
deux Sens diférens qui furent
donnez a cette Enigme
( ce qui arriva aussi pour
les deux autres) Mr de
Vermont, second Fils de
Mr LambertdeTorigny,
Président de la Chambre
des Comptes, fit connoistre
à l'Assemblée que le vérita-
- ble estoit laGazete. La maniere
noble & dégagée dont
il dit les choses,luy attira
l'admiration générale. Sort
Sens estoit beau, grand, &
agréable.
Mr Corneille avoit peint
le Tableau de la Seconde.
L'Histoire d'Esculape lors
qu'on rapporta d'Epidaure
à Rome sous la forme d'un
Serpent,y estoit représentée.
Aupres du Serpent, paroissoit
un Homme couché &
languissant, accompagné de
plusieurs Figures.Apollon
brilloit dans une nuée. Le
Remede Angloisestoit levray
Mot de cette Enigme. Mr
l'AbbéleTellier, & Mrle
Commandeur de Louvoys
son Frere, l'expliquerent
avec une grace & une juste(
Te qui ne laissoient rien à
desirer. Ils ont un air fin &
spirituel, qui fit fort goûter
tout ce qu'ils dirent. Leur
Sens,proportionné à leur caractere,
estoitd'une composition
pleine d'esprit & tresdélicate.
Jecroy,Madame,
que leur nom suffit pour
vous les faire connoistre, &
qu'il n'est pas besoin que
j'ajoutequ'ils font tous deux
Fils de Mr le Marquis de
Louvoys, Ministre & Secretaire
d'Etat, & Petits-Fils de
Mrle Chancelier.
Le Tableau de laTroisiéme,
peint par MSevin, rcc
présentoit le petit Mode,
que deux Dames de la Suite
de la Fille de Pharaon tiroient
hors du Nil pour le
présenter à la Princesse dont
le Palais paroissoit dans le
Tableau. Cette Enigme fut
expliquée sur l' Imprimerie
Royale, qui estoit son véritable
Sens, par Mr deBartillat,
Fils aîné de Mr Jehannot
de Bartillat,Brigadier des
Arméesdu Roy, & Colonel
cI'un Regiment deCavalerie,
&Petit-Fils deMrdeBartilkt3
Garde du Trésor Royal.
Un agrément qui luy elt
particulier, joint à une maniere
vive & naturelle de
dire les choses, le fit écouter
avec beaucoup de plaisir.
Son Sens estoitremply d'érudition,
d'applications heureuses,
& de tres-belles remarques.
Ces quatre Met
sieurs sont Pensionnaires du
College de Clermont, ôc
avoient proposé ces trois
Tableaux, chacun pour leur
Classe. i*
Monsieur leDuc deBourbon,
qui fait ses Etudes dans
ceCollege, honora de sa
présence la grande & illustre
Compagnie qu'attira cette
Action. Tous ceux qui parurent
for le Theatre, prirent
occasion de leur Mot
pour faire compliment à ce
jeune Prince, qui dans un
âge peu avancé, fait déjà
paroistre un esprit tres- penétrant,
un géniepropre
aux plus grandes choses, &
un mérite qui ne le distingue
pas moins que sa haute
qualité.
Le Pere René-Jean, Reigieux
duPetit Convent des
Angustins, qui en prêchant
re dernier Caresme à Lile,
avoit fait connoistre qu'il
estoit profond Theologien,
fit voir dans l'occasion dont
je vous parle, que son talent
pour la Chaire ne l'emped
choit pas de faire briller dans
des Actions moins sérieuses
le beau feu d'esprit qui luy
est si naturel. Il expliqua ces
trois diférensTableaux, mais
d'une maniere qui ne laissa
point douter que levraySens
de chacun neluy fust connu.
m
LesVers François qu'ilmesla
dans ses Explications,
satisfirent
fort toute
rAHemblee<j
Ilfît la première sur le
Com~j
pliment, &adressa ces paroles
au Roy, qu'il trouvoit représenté
dans la personne d'Enée,
à qui Mercure parloir. ;
InvincibleLOVIS,en vain nojtrt
éloquence
S'efforce d'exprimernos jufiesfen~J
timens. j
Z.fgrandeur de ion Now, lCLUt de
ta pttijjânce, i
Surpajîfnttotts nos Complïrnenf. j
Ilfaudradefarmaù,pOlirpublicr ta J
gloire, ;
Qutm },feJlàgcr des Dieux huante
j
ton Rifloire.. J
11 aj oûta ce Quatrain.
Tout le monde dira de moy,
J>)utjayfait ComplimentauRoys
Mais enplaindra monavanture,
'avoir eufeulement cet honneur en
peinture.
L'Apollon qui paroissoit
u haut du second Tableau,
uy donnaoccasion de l'exliquer
sur ce Grand Moarque.
Il prit le Malade
pour le Calvinisme agonilnt
iousionr Regne, & fit
ine très-juste application
le chaque Figure, quoy que
)lus morale que physique.
Il expliqua la troisiémeEnigme
sur le Jetd'eau, prenant
la Fille de Pharaon pour
Thétis; & les deux Dames
qui élevoientMoïse, pour
l'Art & pour la Nature. Il
dit là-dessus,
Ce quifait unJetd'eatu *
N'eifpasl'eautoute pure. *' î
Jlfaut que VArts'unisse avecque -
la Nature,
Tourfujpendrt en l'air un Ruifj'eau.
i
J 1
Les diférens Animaux que 1
le Peintre avoit fait paroiilre
dans le Tableau, luyfirent,
faire une fort agreable description
des diférentesFigures
qu'on fait formeraux
Jets d'eau. CesVers y furent
meslez.
Lors que d'un bel objet l'Art veur
flater nosJens,
Et donner à nos yeux des plaijîrs
innouns)
Ilforme dans le cours d'un Element:
fluide
Laflguredun Corpsfelide.
On voit floter en l'air un Scrpent,,
unOyseau,
Vn Satyre, un Mouton, uneNa
un Ronddeau.
Tàntrjl dans le BaJJln d'une claire
Fontaine,
ZJne Syrem tombeanpres d'une
Syrcne,
Etl'm efl étonné comment'me,, Animal
Dans le Bronze ou le Plomb, enferme
un de criJldl.
Il dit ceux qui suivent, sur
le Palais qui paroissoitdans
le Tableau.
Tbétif,pourl'ornement d'une Maifin
Royaley
Devant un Cabinet, ou devant une
Salle,
Touffeetimpétueux
Une Ondequicharmelesyeux;
It d'un fondinfertile, où l'ingrate
Nature
N'avoitjamaù mis goûte d'eau,
On entendfaillir unRuisseau
Dont la chute & le cours causent un
doux murmure,
jours la veuë par ses Cascades,
& par les autres embellissemens
qu'elle preste aux
plus superbes Maisons, elle
n'a jamais servy à une plus
noble &plus utile Entreprise
qu'à celle du CanaldeLanguedoc,
qui joint les deux
Mers,& sur lequel la premiere
Navigation vient d'estre
faite. Le succés en est
d'autant plus extraordinaire,
qu'on l'avoit toujours regardé
comme impossible;
& quoy que dans tous les
Siecles passez on en ait conjD&
les avantages, on n'avoit
osé l'entreprendre, par les
gran des difficultez qui se
rencontroient à faireréüssir
un Ouvrage de niveau dans
un Pais coupé de Montagnes,
Semefrne par celles
de trouver des eaux assez
élevées: êc en assez grande
abondance,, pour pouvoir
fournir aux Canaux qu'il
faudroit faire. Mais le bon
heur du Regne deSaMa,
jessé, sous la puissance duquel
il n'est plus rien dont
on ne vienneanémones
bout, a faitsurmonter tous
cesobstacles. L'extrême applicationdeMrColbertpour
toutcequi peutfairefleurir
le Commerce, y afÕrr con,
tribué. Voicy de quelle maniere
la chose fut entreprise.
Feu MrRicquet, natif de
Beziers, Homme d'un génie
heureux, & d'une pénétrationtrès-
vive, sçachant
qu'autrefois on avoit eu le
dessein de la Communication
que nous voyons enfin
achevée, résolut de n'épargner
ny foins ny recherches.
pour découvrir les moyens,
de l'exécuter. La connoissance
que diversEinglois
dans la Province luy avoient
donnéde tout le Païs, luy W-,
voir d'abord que la seule
Route qui conduit duHaut
au Bas Languedoc, le rendoit
possible, paice qu'à
droit & à gauche il y a des
Montagnes d'une hauteur
excessive, sçavoir, les Pyrenées
d'un costé, & de l'autre,
la Montagne noire, qu'aucun
travail ne sçauroit couper.
Il compritaussi, après
avoir tout examiné avec une
entière exaétirude, qu'il n'y
avoir qu'un seul endroit ou
les eaux qui conduisent à
l'Ocean devoient joindre
cMelelres qui conduisent à la
Méditerranée. Cet endroit
elt une petite Erriinence
appellée Naurouffe
dotl il y a deux Vallons qui
;naiiTenr. L'un a sa pente du
Couchant au Levant, & est
arrosé par une petite Riviere
qui descend dans celle de
Fresques. La Riviere d'Au.
.,
de, qui reçoit cette derniere
au dessous de Carcassonne,
se rend d'un costé par son
Canal naturel dans l'Etang
,.de Vendres, qui communique
avec la Mer Méditer^

ranée, & est conduite de
l'autre par un Canal artificiel
jusques à Narbonne, d'où
elle se vaperdre dans la Mer
mesme.L'autre Vallon qui
du Levant descend au Couchant,
est traversé par les
eaux de la Riviere de Lers.
Elle entre dans la Garonne
au dessous de Toulouse; ôc
ces deux petites Rivieres,
l'Aude & le Lers, ayant leurs
sources à la teste des deux
Vallons, à un' demy-quart
delieuë ou environ l'une de
l'autre, Mr Ricquetn'eur:
point à douter que si ellesr
e!toÍent:
estoientassez grandes pour
y établir une Navigation,
on pourroit faire approcher
à une fort petite distance les
Bateaux dont on se serviroit
sur l'une & sur l'autre.La
difficulté ne consistoitqu'en
deux Points. Ils'agissoit de
sçavoir si sur l'Eminence de
Nauroufe dont je viens de
vous parler, on pourroit faire
un Bassin &un Canal à droit
& àgauche, pour descendre
d'un costé à la Source de la
Riviere de Lers,& de l'autre
à celle de la Riviere de Fres
ques qui entre dans l'Aude;
& si, tupole que ce Baslin se
puft faire, il seroit possible
d'assembler des eaux, & de
les y amener en assez grande
abondance pour remplir ces
deux Canaux,& les rendre
propres à la Navigation.
Pour s'en éclaircir avec certitude,
ilvisira toutes les
Montagnes voisines, chercha
les hauteurs desSources
de plusieurs Rivieres que
l'ony voit naître, parcourut
tous ces Païs qu'il considera
exactement, & en nivela &
renivela le Terroir tant de
fois, qu'il trouva enfin quil
feroit aisé. d'assembler les
eaux de six petites Rivieres
qui sortoient de ces Montagnes.
Ces Rivieres arrosent
la Plaine de Revel, & d'autres
Contrées du Laurageois,
& s'appellent Alfau, Bernafson,
Lampy, Lampillon,
Rieutort, & Sor. Il trouva
mesme qu'en pratiquant un,
Canal qui côtoyeroit les
Montagnes, on en feroit
descendre les eaux jusqu'à
l'Eminence de Naurouse,
qu'il regarda comme le
Point de partage, où l'eau
se distribuëroit pour aller à
droit & à gauche (c'est à dire
vers l'ocean & vers la Mer
Méditerranée) remplir les
Canaux qu'on auroit faits
pour la Navigation. Toutes
ces épreuves ayant covaincu
MrRjcquet, il fit à Mr Colbert
la proposition de l'Entreprife.
Ce zelé Ministre en
parla au Roy; & pour connoistre
si elle pouvoitréüssir,
il fut jugé à propos de
faire une tentative par le
moyen d'une petite Rigolle.
On lacommença dans la
Montagne noire, au dessus
ddeellaaVViillllee ddce.'Rt~e,evveel, & elle
,
fut conduite si heureusement,
qu'elle porta àNaurousel'eau
de ces Rivieres.
Le suceés de cette Epreuve
semblarépondre de celuy
de l'Entreprise. On travailla
tout de bon, & ce qui n'estoit
qu'une Rigolle, devint
un Canal de profondeur ôc
de largeur suffisante pour lJè
transport des eaux necessaireres.
11futouvert pres de la
Forest de Ramondens, un
peu au dessous de la Source
de la Riviered'Alsau. Voicy
le cours qu'on luy a donné.
Apres,qu'il a defendu jus
qu'aux deux petits Ruisseaux
de Comberouge & de Coudiere,
il prend la Rivicre de
Bernasson, avec un autre
Ruisseau du mesme nom,
un peu au dessous. En suite ilreçoit les Rivieres de
Lampy & de Lampillon, &
le Ruisseau la Costere, ôc
porte toutes ces Eaux dans
la Riviere de Sor au dessus
des Campmases, petit Village
proche la Forest de Crabesmortes.
Tout ce chemin
est fort sinueux,&a de longueur
dix mille sept cens soixante-
une toises. Pour faire. -. - -.
entrer l'eau de ces Rivieres
dans la Rigolle, il a fallu les
barrer par desDigues de
pierre bien cimentées. Leur
hauteuresttelle, qu'où l'eau
deviendroit trop abondante,
elle peut les surnager, &le
répandre dans ses Canaux
naturels. Commeonacherchhééààd
donner d1e tl-''eau.a,'ces
mesmesRivieres,apresque
les Bassins de communication
en feroient fournis,on.
a fait à la Rigolle plusieurs
décharges, que dans le Païs
on appelleEscampadous.
La Riviere de Sor estant
enflée de toutes ces eaux, les
porte la longueur de trois
mille quatre cens quaranteneuf
toises, jusquau pied de
la Montagne, où on les arreste
par une Digue semblable
aux premieres, pour
les faire entrer dans un autre
Canal, qui n'est pourtant
que la continuation de la
Rigolle, Ce Canal serpente
le long desCoteaux jusqua.
Nauroufe, durant l'espace
de 19378 toises.
Je vous ay marqué que
le succés de la communication
des deux Mers avoit
paru infaillible, en faisant
venir dans le Baffin construit
sur cette Eminence,
une quantité suffisante d'eau
pour fournir aux deux Canaux
qui la devoient établir.
La crainte qu'on eut de n'en
point tirer assez de toutes les
petites Rivieres que la Rigollereçoit,
& sur tout pendant
l'Eté, que la plûpart
font à sec, fit chercher dans
la Montagne un Lieu propprreeàafaaiire
un Reseervoir d'eau 1
si considérable, qu'il pust
en tout temps supléer à leur
défaut. Ce Lieu, fut trouvé.
C'est un Vallon, un quart
de lieuë au dessusdelaVille;
deRevel. On l'a nommé
de S. Feriol, à cause d'une
Métairie de ce nom qui en
efl: proche. Comme leRuis
ieau d'Audaut le traverse
entierement, ce fut de son
eau, & de celles des pluyes
& des neiges qui sont fort
fréquentes dans cette Montagne,
qu'on prétendit le
pouvoir remplir. Ce Vallon
qui a 760 toises de longueur
sur 550 de largeur, est fort
étroit à la teste. Il s'élargit
au milieu. & est resserré au


pied, par l'approche de deux
Montagnes qui le bornent
de l'un & l'autre costé, &
qu'on a jointes ensemble
pour former un Etang, ëey
retenir l'eau par une Chaus
fée. On peut l'appeller une
troisiéme Montagne, tant
elle a de hauteur & dépaisseur.
La Planche que vous
trouverez en cet endroit,
vous fera voir la figure de ce
Reservoir. J'ajoûteicy l'ex,
plication des lettres que
vous y voyezmarquées.
AA Vallonde S.Feriol.,
- - - - ._- -
B B Trfle du Vallon, ferrée en;'
tre deuxMontagnes. A
CCLargeur du Vallon>
cAîohntagneet à d.roi"t&a*gau- D Ruifseau d'Audaut qui pajft
par le milieu du Vallon.1
E Chauffée faite au pied du
mepne Vallon) pour arrester
l'eau, &formerl'Etang. I
La Chauffée dont j'ay commencé
de vous parler, a 61
toises de argeur. La baze de
ce grand Ouvrage est un
Corps solide de Maçonnerie,
fonde & enclavé de toutes
parts dans le Roc. Il n'a -
qu'une petite ouverture par
dessous en forme de Voûte,
& à rez de terre, qui Sert de
passage à l'eau de ce ReServoir.
Comme on s'estassujetty
à suivre le Ruisseau
d'Audaut qui coule dans le
Vallon, afin que l'eau pas.
sant par un lit qui luy est
naturel
,
&: n'ayant aucune
violence à soufrir, ne cause
aucune ruine, on a donné
neuf pieds de largeur à ce Passage, douze de hauteur,
l" Sc 96 toises de longueur en allant en ligne courbe. Un
grosMur elt élevé sur les
corps de cette Maçonnerie,
laquelle excede de quelques,
toises la hauteur de la Voûte,
ou Aqueduc. Il prend depuis
la teste de la Digue, &r;=
va jusquau pied à droite ligne.
Dans l'épaisseur de ce :
Mur est une autre Voûte en
forme de Galerie. Elle a ioa
entrée vers le pied de la '¡
Chaussée; & sa hauteur,aussibien
que sa largeur, est pareille
à celle de la premiere.
La Galerie qui le rétressit
insensiblementaufond, n'a
qu'une toise de largeur, ôc
une & demie de profon.
deur àla teste de l'Ouvrage.
Elle est moins longue que
l'Aqueduc, parce quelle
est tirée à droite ligne, ôc
non pas en ligne courbe.
Ainsi elle n'a que 67 toises,
au lieu que l'Aqueduc en
a 94. Elle répond par haut,
c'est à dire à la teste de la
Chauffée, perpendiculairement
à l'orifice de cetAqueduc,&
par bas elle est à côté
êc à main gauche de son embouchure.
Ces Travauxayât
esté faits & disposez de la
maniere que je viens de dire,
on a en suite basty trois gros
Murs de traverse,qui allant
d'un bout de la Chauffée à
l'autre, sont sondezsur le
corps de la Maçonnerie qui
fait la baze du Travail. Us:
sontaussi, non feulement:
enlacez avec la maçonnerie:
de la Galerie, laquelle ils tra- - versent en forme de Croix,
mais encor ancrez & enchasfez
à droit &à gauche dans
les Rochers des deux côteaux
du Vallon. Le premier
Mur, placé à la teste de la
Chaussée, est de douze pieds
d'épaisseur à l'extrémité,et
tant beaucoup plus large au
bas, à cause du Talus. Il n'a.
que sept toises de hauteur,
& huit à dix de longueur.
Le second, qui estleplus
élevé des trois, a 118 toises
de longueur, quinze pieds,
d'épaisseur,. & seize toises
deux pieds de hauteur. Il effc
placé à peu pres au milieux
de la Chaussée,àla distance
de33 toises du premier, ôc
peut estre prolongé jusqu'à
299 toises & plus s'il eft*
besoin de l'élever davantage.
Le troisiéme, qui estéloigné*
de 31
toises du second Mur,
fait le pied de la Chauffée,&
a la mesme hauteur & longueur
quelepremier, avec
huit pieds depaisseur. Des,
deux Voûtes dont je vous.
ay fait la description, celle
d'enbas sert pour l'écoulement
des eaux du Magazin;
&celle de deilils, pouraller:
ouvrir ou fermer le passage
àces mesmes eaux par le
moyende deux Trébuchecs,
de bronze posez horizontalement
dans un tour quià
le nom de Tambour, & qui
est attaché au premier Mur
appellé Interne. Autroisiéme
Mur, que l'on nomme
Externe, sont les ouvertures
de ces deux Voûtes.
Quant au Bassin de Naurouse,
qui efl; lelieu oùles
eaux de la Montagne noire,
& du Reservoirde S. Feriol,
sont apportées par le Canal
de dérivation, auquel faYJ
donné le nom de Rigolle,
on l'appelle lePoint de partage,
à cause quec'est delà
quel'eau sedistribuëàdroit
& àgauche dans les Canaux
qui,, conduisent aux deux -
Mers. Sa figure est un Octogone
ovale, dont le grand.
Diametre est de 200 toises,
& le petit de 150. revestu de
pierre de taille. Ce Bassin
reçoit les eaux de laRigolle
par l'un de ses Angles, & les
distribue par deux Canaux;
sortans de deux autres Angles.
L'un qui va vers l'Océan,
gagne le Vallon de
Lers, ôc se rend dans la Garonne.
Il a dix-huit Ecluses,
tant doubles que simples,
qui font 2.7 corps d'Ecluses
dans lespace de 28142 toises.
Ce sont quatorze lieuës de
France, L'autre Canal qui
va vers la Méditerranéejuf
quesà l'Etang de Thau, a
quarante-six Ecluses, tant
doubles,triples, quadruples,
qu'octuples. Il contient en
longueur 99443 toiles, qui
font pres dte cinquâtelieuës
de France. Il y a encor deux
autres Canaux. Le premier
a esté fait pour décharger le
Bassin quand il y aura trop
d'eau; & comme il seroit.
inutile de la répandre dans
les Canaux qui fervent à la
Navigation, on la fera perdre
par ce Canal de décharge
dans la Riviere de Lers.
Le sécond, qui netient point
au Bafiln)" a ion issuë à la
Rigolle, pour faire écouler
les eaux laies & boüeuses
qu'elle pourra amener, afin
que l'Etang ne recevant que
des eaux claires & nettes, ne
soit point sujet à se remplir
de bouë, & à se combler,
come font les autres Etangs,
qu'il faut nettoyer, &ap-,,
profondir de nouveau de
tempsen temps. CeBassin
est un Ouvrage trop beau,
pour me contenter de vous
en parler.Ilfautvousle faire
voir du moins autant qu'on
le peut, parle moyen dela


Planche que jevous envoya
Les lettres de l'Alphabet,,
qui y sont meslées en divers
endroits, marquent ce qui
suit.
A Baffin de Naurouje, Point
de partage.
BBBB QuayduBajjin.
C CGC Ejiahers
pour descendre
au Baffin.
D Ecluse qui porte l'eau de U
RigoUe au Baffin..,
E Eclusepour descendre dans lé
Canal du côté-de l'Océan.
E Ecluse pour descendre dans le
CManéaldduitceotérrdealna éMeer..
_.-' .--'
GG Ecluse pour la vuid*n?edx* vuid J,!i
t,
B.xjfm.
H EpanchoirdeUl{îgolle poury
emporter les.Sables,
On me promet d'autres2:
Plancs,tant du Canal & de
la Rigolle dans toute leur
étenduë, que des endroits
séparez. Le Cap de Sette est
un des plus importans. Pour
faire la communication des
Mers, rien n'estoit plus sa
vorable que la Riviere des
Garonne, qui donne un passJ
sage libre & commode dans
LÔcean. Il n'enestoitpas
deaJ
de mesme des Rivieres qui
vont à la Méditerranée le
long des Côtes de Languedoc.
Celle d'Aude n'avoit
jamais porté de Bateaux que
depuis Narbonne, & d'ailleurs
elle ne donne entrée à
la Mer que par les Etangs
de Bages & de Vendres, &
par des endroits où toute la
Rade eIl: si basse, qu'il est
impossible d'y établir aucun
Porc. Toutes ces Côtes furent
exactement visitées, &
enfin on ne trouva que Io
seulendroit duCap deCette
qui eust un fond fiiffifanc
pour les Vaisséaux de cinq à
six cens Tonneaux. L'établissement
d'un Port y fut:
soudainrésolu. Cetteestun
Promontoire dans le voifinage
de la petite Ville de :
Frontignan, où croist ce Vin
Muscat qu'on estime tant.
Cette Montagne, quoy qu'-
assez - peu haute, ne laisse pas
de paroistre fort élevée, ài,
cause que tout ce qui l'en
vironne estplat. Elle a d'un
costé la Mer; de l'autre, lescj
Etangs de Thau, de Maguelonne,
& de Petaut, bornez
par les Plaines du Bas Lan
guedoc; & à droit & à au
che, la Plage qui eH: entre
la Mer & ces Etangs. Cette
Montagne pouffe dans la
Mer une longue pointe.
D'un autre côté la Mer qui
avance, fait un ventre dans
la terre, dans lequel on a
trouvé ce fond suffisant dont
je viens de vous parler. Les
Bords qui sont le long de la
Plage, tenant de la Plage
mesme, sont remplis de Sable
comme toutes les autres
Côtes de Languedoc au circuit
du Golphe de Leon.
Le Cap ell plus enfoncé, &
il y a tout autour depuis;
vingt jusqu'à vingt-quatre;
pieds d'eau. Il me reste à
vous apprendre ce qu'a de
commun le Port de Cette
avec les Canaux de la communication
des Mers. Vous
avez pu remarquer par ce
que j'ay déjà dit, que le long
des Côtes de Languedoc
font plusieurs Etangs que
sépare de la Mer une petite
Langue de terre. Ces Etangs
n'ont d'eau que ce qu'ils en
peuvent recevoir des Graux.
Onappelle Graux les Pana-.
ges que s'ouvre la Mer,,
quand elle est forte, à travers
la Plage. Ils changent au gré
du vent, & donnent communication
des Etangs à la
Mer, Cela ne pouvant servir
qu'à de petits Bastimens, à
cause qu'il n'y a point assez
de fond, ny en la plûpart des
Etangs, ny aux Graux, ny en
plusieurs endroits de la Mer
où ils aboutissent, il fallut,
pour rendre cette communication
parfaite, chercher les
moyens de la rendre propre
pour toute forte de Vais-
,
seaux. Le plus gran d & le
plus profond de tous ces
Etangs, appelle l'Etang de
Thau, le trouvant heureusement
au voisinage du Cap
de Cette, ce fut celuy qu'on
choisit pour venir à bout de
cette Entreprise. Il est de
grande étenduë, &avingtcinq
& trente pieds de profondeur
en beaucoup d'endroits.
On y navireaussi ricurement que commodement,
& dans le besoin il
pourroit servir de Port. D'un
côté on y a fait aboutir les
Canaux qui viennent de
Naurouse, & qui communiquent
à l'Océan, &. de
l'autre on y a joint un Canal
qui en traversant la Plage,
serend dans la Mer Méditerranée.
Ce Canal qui est
profond de deux toises, en a
seize d'ouverture, huit de
base, & environ huit cens de
lon gueur.
Voila,Madame,, dequelle,s
parties est composé ce fameux
Ouvrage qui a tant
de fois exercé le raisonnement
des Incrédules. Il fut
commencé en 1666. après
que MrRiquet eut répondudusuccés.
C'est luy qui en a
conduit tous les Desseins, &
à qui la gloire est deuë de
l'achevement de tous lesTravaux
qu'il a fallu entreprendre.
Comme il restoit peu
de chose à faire pour les voir
parfaits, il avoit lieu d'espérer
que le premier Essay du Canal
ne se feroit point sans
qu'il y reçeust les justes
loüanges qu'on luy préparoit
de toutes parts. Cependant,
quelque digne qu'il en -
fust, sa mort l'a privé du
plaisir de les entendre. Elle
est arrivée au commencement
d'Octobre de l'annéederniere,,
& c'est là-dessus
que MrdeCassan a dit dans
son Epitaphe, cY gisl qui vint a bout de ce
h..rdyDeJJcin
Dijju/dvt des deuxMers Us liquides
Campagnes,
Et de la Terre ouvrant lïfein,
Aplanitme/me des Montagnes.
Pourfaire couler l'Eau, fuiuant
l'ordre du Roy, il ne manquejamais defoyr
Commefit unefols Misse.
Cependant de tom deux le dessin
fut égal.
L'un mourutpreifd'entrer dans la
Terre promire;
L'autre estmortsur le pointd'entrer
dansfin Canal.
Il y a déjà quelques annees
que l'on avoit eu des
preuves de l' utilité de ce
Canal dans ses deux parties >
opposées, sçavoir, depuis.
Toulouse jusqu'àCastelnaudary,
& depuis Beziers jus- J
qucs à l'Etang de Thau. :
Mais si l'on navigeoit dans
ces deux espaces, il restoit
encor le plus grand à faire,
depuis Castelnaudary jusques
à Beziers. C'estoitceluy
qui en liant les deux au- "*-
très, devoit perfectionner
toute l'Entreprise. Il sur enfin
achevé au mois d'Avril
dernier; ôc le Roy en ayant
eu la nouvelle, envoya ses
ordres à Mr Daguesseau
Intendant de Languedoc.
pour visiter le Canal à lec,,
& y faire mettre l'eau en.
fuite. C'est ce qu'il a fait
- ddeeppuuiiss Cette jjuusqua'àToulouse,
avec tous les soins
qu'on pouvoit attendre de
savigilance. D'abord qu'il
estoit passé par quelque endroit,
on travailloit à fermer
les Bréches, & à arrester le
cours des Rivieres qui devoientfournir
de l'eau pour
le remplissage du Canal. Il
estoit accôpagné dans cette
Visite du Pere de Mourgues
Jesuite, Recteur du College
de Roanne, grand Mathé-,
maticien; de Mrde BonreposMaistre
desRequestes,
& de Mrle Comte de Carmain
Capitaine aux Gardes,
l'un & l'autre Fils de feu Mr
Riquet; de Mr de Lanta
Baron des Etats de Languedoc,
&deMrde Lombrail
Trésorier de France, tous
deux Gendres du inelme
MrRiquet; de Mrde la
Fueille, Inspecteur du Canal
; & de Mrs ^dre'ofly,
Gillade, & deContigny,
Conteneursgénéraux,&
Conducteurs des Ouvrages.
Le Remplissage ayant esté
fait, il partit le 15. de May
de l'Embouchure de la Garonne,
sur une Barque préparce
exprés, & le 17. il arriva
à Castelnaudary. Cet
heureux Essay causa grande
joye aux Habitans de cette
Province, au nom desquels
: les Vers que vous allez voir
ont esté donnez à cet Intendant.
Ils sont du mesme Mr
de Cassan,Autheur de rE:
ppiittaapphheeddeeMMrR'Kiiqquueett-.
,:'
SUR LE CANAL ROYAL. LOÜIS LE GRAND,cedigne^,
Roy,
Doit à tous les Mortels Luyfeul don.:,
rnr la Loy,
Fuis qu'au bruit defin Nom tout
Enmmy recule.
SesExploitsfonttoujours si beaux,f7
JVue l'un deses moindres Travaux
Vautles douze Travaux d'flcrcule.
LaTerrcn'aveitqu'unendroity
Ou les Mersse joignant dans un
petit Détroit,
Ilfaloit aller loin en ri/qua le pafi, :,
fi<*-r¿/; Mais par celuy qu'a fait ce Roy,
Nul des Humains ne craintpour
foy
Nv le détour, ny le naufrage.
£hù peut le croiresans le voir,
S™ d'unir les deux Mers il dit eu lepouvoir?
Cette Merveille aussi n'a rien qui
ltty réponde.
Le Canal par ouvientcette Eau,
Estfculp!m utile &plusbeau
JgjfelesseptMerveillesdu Mode.
Cet invincible Souverain
Force ses Ennemis les armes à la
maIn,
Etd.insseshautsprojets ilforce la
Nature.
Il dompte ccux-la par le Fer,
Etde L'une&de l'autre Mer
Il rend les bornessans mejiere.
Ce Grand P-rince entoutcequ'il
fut
Imite le Très-Haut dont il ejlle
Portrait,
Puis que tout ce qu'il veut s'achève
&secQnfomme.
Ce Canal dont il vient à bout,
Montre quesa Main qui peut tout, ,
Tiïent bien plus de Dieu que de Homme.
Témoin de no(Inzele ardent,
lllll/ire DAGUESSEAU,glorieux
Intendant,
£hù dans le Languedoc cjles l'oeil
de ce Prince;
Voiuvojcz. qu'en tousses Etats iln'apeintde Coeurs nydt Bras
Comme ceux de ccttc Province.
Jpprenez, a tous les Mortels,
£hic s'ils ne drcjfent pas à ce Roy
desAutels,
Ils doivent luy drcffir fin Temple de
Mémoire
JïuilrempliraparJeshauts Faitsy
AffjJi ne verra-t-on jamais
Le terme infny desa gloire.
Dans le meline temps que
MrDaguesseau. arriva par le
Canal à Castelnaudary, Mr,
le CardinalBonzi Président
né des Etats de Languedoc
à cause de son Archevesché
de Narbonne, se rendit à;
S. Papoul avec Mrs les Evesques
de Beziers & d'Alet,
Mrle Marquis deVilleneuve
Baron des Etats, -Mrdela
Maransane Lieutenantde
RoydeNarbonne,. Mr de
Monbel Syndic genéral de
la Province, MrdePujols.
Secretaire du RoyauxEtats
de Languedoc, & Mr Mariotte
Greffier des mesmes
Etats. Ils furent traitez fplendidement
par Mr l'Evesque
;
de S. Papoul, avec lequel ils
se rendirent à Castelnaudary :
leLundy 19 du mesme mois
à huit heures du matin. Mr
le Cardinal Bonzi ayant mis 3
pied à terre hors les Portes a
~j
de la Ville, du côté du Ca",
nal, y reçeut les Harangues
du Présidial, des Consuls.,
&: des autres Corps de Ville
& Communautez Religieuses.
Il alla en suite visiter le
grand Bassin du Canal avec
Mr Daguesseau,quiestoir
sorty à sa rencontre; apres
quoy, il vint entendre la
Messe à laChapelleS.Roch,
qui est. au bord du mesme
Canal. LePerede Mourgues
l'y celebra pour le P,-oy;,
Cela fait, il sortit de la Chapelle,
Ôc s'avança le long du
Canal, avec M" les Evesqucs
de Beziers & d'Aler3,
ôc Mrl'Intendant, au devant
de la Procession, qui estant
partie de rEgliiè Collégiale
de Castelnaudary, avoit pris
sa marche du côtede la Chapelle
S. Roch, vers le Lieu
où l'on avoit préparé la Barque
Royale. Mr l'Evesque
de S. Papoul, revestu de ses
Habits Pontificaux, & la
Mitre en teste, faisoit laCerémonie,
la Ville de Castelnaudary
estant de son Diocese.
Il estoitprécédé de
tous les Ordres Séculiers ôc
Réguliers, & suivy des OfE* :
ciers du P-- résidial, des Consuil,
ôc des autres Corps de
Ville. Mrde Bonzi, & ceux
qui l'accopagnoient, ayant
rencontré la Procession, semirentàla
teste du Présidial,
& la suivirent jusques au
Lieu de l'Embarquement.
Ce sut là que Mr de S.Papoul
donna la Benédiction aux
Eaux duCanal, à la Barque
Royale, aux autres Barques
devo* e quidevoient la suivre, & à
tout le Peuple tant de laVille
que des environs, accouru
en foule pour jouir de ce
Spectacle. La Procession
--- .J -
s'en retourna dans le mesme
ordre qu'elle estoit venuë,
en chantant le Te Deum.
Elle entra dans la Chapelle
SS..RRoocchli,)oOùtMi rl'Evesque de
S. Papoul quitta ses Habits
Pontificaux. Ilvintrejoindre
de là Mr leCardrnal Bonzi
qui l'attendoir dans la Barque
préparée, avec les Prélats,
M'rDDaagcu~eusesnecaauu ôe les-
)
& les-
Officiers de la Province,
dont je vous ay dit les noms.
Cet Embarquement se firi-.;
au bruit du Canon, de toute
l'Artillerie de la Ville, & de
-
mille cris de Vive le Roy,
--
La Barqne Royale estoit cipissee
par tout, & meublée
fort proprement; & ce qui
plaiioit le plus à un nombre
infiny de Spéctateurs dont
le Canal, se trouva bordé,
cestoit de la voir suivie de'
vingt-trois autres chargées
richement pour la Foire de
Beaucaire, dont une partie
venoit du côté de. Bordeaux
par la Garonne.
Mr leCardinalBonziavoit
donné tant de Toins à cette
grande Entreprit, qu'il ne
faut. pas s'étonners'il voulut
luy -1-nefirie se rendre témoin
de son succés. Je vous envoye
un Sonnet qui fut pré---'
senté à cette Emmence;furu
le Cours ouvert au Canalla
Royal. Il a esté fait par Mril
Pech, de Narbonne en Lan--t
guedoc. C'est un jeunes
Abbé qui promet beau--
coup, & qui n'ayant encore
quevingt ans, a des con—
noissances qui passent lonac
QâAge. Vel Prodige étonnant!quel
merveilleux Ouvrage!
Tartesfoins, GRAND BONZJ). !
4 Neptune étendCesdroits, .--
Et roulant à longs flots par de nou-*
veaux endrpùs)
Dt\Q
De l'un à.l'autre Foie ilfcfait un ,
passare.
Le timide Nochtrnecraintfltuh
naufrage.
Ilfuit le cours detOnded l'abryde
nos Boú;
EtlaMersansfureuruniffantfes
Détroits,
Des Richcffcsde l'Inde embellit ce
Rivage.
Jyant uny les Coeurs, lesEJprits,
les Etats,
Réglé les Diférens de tant de Potentltts,
7-ajoins les Bords desMers, &rens
l'Eau plus trai/able,
Vaut rVnÏ'r ers auss dans Cadmiration,
Public à haute voix que le Cielfa--
vortlh!e,
T'adonnépour partage un EJJrit
UNION.
J'ay oublié de vous dire
que dans la Barque qui
devoit remorquer celle où
estoit ce Cardinal, on avoit
placé des Violons, des Hautbois,
& des Trompetes. Ce
fut au bruit de ces Instrumens,
ainsi qu'aux décharges
du Canon & de la Mous
queterie, que cette petite
Flote se mit à la voile.Toutes
lesEcluses, qui dans cet
espace sont au nombre de
59. contenant la quantitéde
76645 toises courantes, furent
passées avec beaucoup
de facilité; on peut dire
mesme en fort peu de temps,
quoyquel'on ne fistque de
petites journées, à cause des
cotinuelles observationsqui
arreftoient Mr Daguesseau.
Il examinoit tous les Travaux,
& faisoit sonder lefond
de l'eau despace en e&ace,
comme il avoit fait depuis
Toulouse. On servitun magnifique
Dîné avantiqu,on
passast la premiere Ecluse;
& le soir, Mr de S. Papoul
régala la CompagnieàVillepinte.
Le lendemain on alla
coucher à Penautier, où Mr
de Penautier Concilier au
Parlement de Toulouse donna
un fort grand Repas à la
mesme Compagnie, qui le
jour suivant futtraitée faperbement
à Pechery par
MrdeMonbel.
Le Jeudy
22. on alla à
Roubia, & le Vendredy23.
on passa le Pont deRepudre.
Il aestéfaitàcaused'un Torrent
qui vient de côté encet
endroit là. Ce Pont, qui a68 -,
toises de longueur, sert de
passage au Canal. Vous pouvez
juger par là de quelle
solidité il doitestre. Cequ'il
y a de fort surprenant,c'est
de voir de grandes Barques.
naviger dessus, & y trouver
par tout [cpt pieds d'eau,
tan dis qu'au dessous le. Torrent
y en entraîne dix ou
douze toises cubes, pour
vous en donner une idée
plus forte, imaginez
- vous
que l'eau de quelque Canal
vient passersurle Pont-neuf
pour traverser le Fauxbourg
& b",, que la Seine est le Torrent
de Repudre qui roule ses,
eaux fous ce mesme Pont.
On passa en fuite for le Bord
de la Chaussée,appellée de
Cesse,à cause de la Riviere
de ce nom dont elle arreste
le cours. Sa longueur est de
in toises, sa hauteur de cinq,
& son epaisseur de quatre &
demie. Ce mesme jouron
coucha à Capestan, où W.
le Cardinal Bonzi traita tous
ceux qui l'accompagnoienr,
avec
la
magnificence ordinaire.
h~
< Le Samedy 24.lesBarques
passerét l'endroit qu'on
appelle le Malpas. Il està
Hu
une lieuë de Beziers.Ç'efl:
une Montagne percée en
Voûte dans le Roc pendant
85toises. Salargeurest de
quatre [oi[es,& sa hauteur
de quatre & demie.Aux
deux cotez il ya une Banquete
large detrois pieds
pour le tirage des Barques.
Il a salu escarper la Montagne
aux deux bouts pendant
plusde280 toises, & faire dç
fortextraordinaires enfoiv
cemens. Au sortir de cette
Voûte, sons laquelle il faut
que les Barques passent, osl
est fort surpris, qu'au lieu de;
se voir dans un Païs plat
comme il sembleroit que!
l'on devroitdire, on[e trouve
sur la premiere des huit
Ecluses accolées,c'est à dire,
sur une maniere de Montagne
d'eau, d'où l'on de'couvre
des Plaines, des Rivières,
ôc des Villes, qu'on perd de
veuë à mesure que l'on desccnd
ces Ecluses; & comme
elles sont fort proches les
unes des autres, il sèmble1
que les Bateaux descendent :
sur desmarches de criltal,
ce qui paroist un enchantement
;& dure environ trois
heures. Le Lieu où ces huit
Ecluses ont esté faites de
suite (& c'est pour cela
qu'on les appelle accolées)
cft un Païsage d'une beauté
merveilleuse. Il eH: presque
entierement plantéd'Oliviers.
La Méditerranée le
borde au Levant. Vers le;
Couchant, ce sont des Montagnes
dans un assez grandi
- éloignement. On en a fait
encor deux à l'endroit où le
Canal a son embouchure
dans la Riviere d'Orb, qui
coule le long des Murailles.
deBeziers. Ce nombre d'Ecluses
adjoûte une nouvelIoJ
beautéàcePaïsage, & pam
leur structure, & par la chûtes
des eaux du Canal
,
qui sorment
un semblable nombres
de Cascades. Quand on al;
passé les dernieres,il s'en fautii
peu qu'on ne croye qu'on ~at
changéde Païs. On voici,
d'autres Villes, d'autres Ri—i
vieres, ôc d'autres Plaines,?
& sur quelque objet qu'onn
jette la veue, elle a roûjourSG1
lieu d'estre satis faite,
La Barque Royale arriva
à la veuë de Beziers à dhcxj
heures du matin,au milieux
d'un grand Peuple, qui remplissant
les bords du Canal,
faisoit retentir de toutes parts
des cris de Vive le Roy. Elle
fut salüée d'abord par le
Corps des Marchandsà cheval,
qui firent leur décharge
les premiers; apres quoy
on entendit celle de quatre
cens Fantassins que les Conluis
& Gouverneurs de Beziers
avoient fait poster des
deux côtez. Ils accompagnerent
la Barque jtifqua:
la plus haute Ecluse de celles
qui se présentent à la veuë
adc la Ville du côté de Nar-
- --- --. - ._-'- -. -
bonne. On fitlà un feu e%X'
traordinairedeBoëtes, dob
Pétards,#c de Feux d'artifices
au quel le Canon de la Villoll
répondit. Mr le Cardinal
Bonzi, Mrs les Evesques d'AA
let, de Beziers, & de S. Pa.sl
poul, MrDaguesseau,&roua.
les autres, descendirentens
Bateau dans ces huit Eclussa
& à chacune, ils se trou..¡¡
voient régalez, tantost pars
des Corbeilles de Fleuran
qu'on leur apportoit des Jaru
dins du voisinage, tantossio
par quelques Présens dat
Fruits, tantost par des Verse
qu'on - recitoit à la loüange
de Sa Majesté, ôc tantost par
les Concerts de Musique.
Voicy un Dialogue qui leur
futchanté à l'Ecluse la plus
Dafle par les S" de Vezeau
& Bornes, deux des plus
belles Voix de la Province,
dont l'un représentoit le
Dieu du Canal, & l'autre,
la Nymphe d'Orb. Les Vers
sont de MrLepu]^ premier
Consul de la Ville. Je vous
envoye les premiers notez.
DIALOGUE
DU DIEU DU CANAL,
ET
DE LA NYMPHE D'ORB.
LE DIEU DU CANAL. DEpuispeu, danslefein dece*
rvafies Campagnes,
Je trace une rsutea mes Etlflx;
Desplut baslieux,jemélevé aux
plm hauts,
Jefranchis les Valons, je perce les
MontAgnes;
Et quoy que rien ntftit égalamoy,
Jefuis le moindreeffet du pouvoir
d'un vrand Roy.
LA NYMPHE D'ORB.
Dés l'enfance du Monde
J-Arrefl de mon on de,


"Desbords aussi féconds., qu'ilsfont
délicieux.
Cefileplus douxclimat que le Soleil
éclaira
-
EtsilesDieuxpouvoientfeflaire
Ailleurs que dans les Cieux,
Ilsi plairoientdans ces Lieux.
- LE DIEU.
De l'une &l'autre Mer, jeforme
Calliance.
LA NYMPHE.
Mes Bauxferventàvoftrccours.
LE DIEU.
Du Roy qui notuunit célébrons U
Puissance.
LA NYMPHE.
Je mets toute ma gloire a le chanter :
toujoA- urs.
aTous deux ensemble. l'Univers ildtnnedeha/MX
jours!
JjEnnemynecraintpuisJa marcbc
triomphante, IIenfutl'épouvante,
il enest lesamours.
LE DIEU.
Ah qu'il est élevésur le refit des
Princes!
LA NYMPHE.
J$j£ilpourvoitfigement au bien de
Ces Provinces !
J- - LEDIEU.
Ce Peuple en est cha-rm-é.-- LA NYMPHE.
1 • Ces Lieux en jon tewiQiflfn*
Tous deux ensemble,
JBONSI leur donnefisfoins.
LE DIEU.
D'un éclatsans pareilsa Pourpre ejt
embc/irt. LANYMPHE.
sifis grandes vertus il doitje/'ts
grands Emplois.
LE DIEU.
C'efila gloire de l'Italie.
LA NYMPHE.
Cefile bonheurde l'EmpireFrancou.
Tous deux ensemble.
ilferta lafois,
Les Dieux&les Roys.
C'ejîla gloire de l'Italie,
C'efiiebonheurdel'EmpireFrançois.
Dans l'endroitde l'Air de"
MrdePulvigny-, j'ay oublié
de vous dire que les Vers;
qu'il a notez font de Mrles
Comte deRocquebrune.
Jadjoûte un Sonnet, dans
lequel on fait parler la Riw
viere d'Orb.-
AVoir lefoible coursde mon
Eaulàag-uijfante Apeine me roulerdans le [c-m. dre
Thélis,
ParmyUs DieuxdesEAUX dbnt la,
France Jevante.
On a deu me compter-aurang des
thi* petits.
Mais dlpUIS que d'un RoylaMat»
fage&puijfantc.
Apujoindre les Mersdans lEmpïrt
desLysy
J'ay changé dt dijlin, &ma courJe
importante
Duevnientdria le lien des deux Mondes le,,,ieux mondet.-
FhlrVfS, qui rcntpliJJCZj & 1,1 FafJJtdr
l'tiifloïre,
Cédez, à ce bonheur qui me combla.
degloirey
Jefuisutileenfin aux desseins démonRoy.
a.
Son Canal dans mon feinse vafiiw
paftge,
Onvoit à mesdtus Bords abÕutir"
cet Ouvrage,
Et Neptune afintouraurabesoin
demoy.
La belle & illustre Compagnie
qui remplissoit la
Barque Royale,ayant passé
la dernicrc Ecluse,trouva
une espece de Galere armée
de Canons & de Forcat%,
que les MarchandsEpiciers,
quiont un grand interestà
la commodité du Commerce,
avoient préparée pour la
recevoir. Ils firent une fort
belle décharge, accompagnée
de celle du Corps des
Marchands à cheval, des
Fantasins, & du Canon de
la Ville, & apres avoir fait
leursPrésens à M- le Cardinal
Bonzi & à Mr Daguesseau
, qu'ils falüerent à leurpassage
de plusieurs coups
de Canon, ils les suivirent
dans le lit de laRiviere. Les
Consuls de Beziers les y attendoient
en Robes rouges,
dans un Bateau, avec les
'--- - --
Violons, & une agréable
Simphonie. Leur Bateau,
touttapissé au dedans, &
semé de Fleurs de Lys, estoit.
orné au dehors des Chifres.
du Roy, avec ses Armes a
l'endroit le plus élevé, & au
, dessous, celles de laVille.
Ils approcherent la Barque
de Mlle CardinalBonzi,où
estant entrez, Mr Lepul,
portant la parole en qualité
de premier Consul, le complimenta
en ces termes.
1'- Vostre Eminence ruient de
-voir un Ouvrage que les Romainsx
nos anciens Maiflrcs9
----- --- -' .- -.-.. - -4
V -
n'ont osé entreprendre; que ncis
Royslesplus pmffansriontfait
feulement qliimaginer> & que
LoÜrs LE GRAND a heurent
fernent achevé. Il ne manquoit
q%e ce miracle ason RegneJ que
fis Conque(les ont rendu si célébré3
& que la Paix. rend si
florissant. Ctcft un témoignage
autentique deJabontésaujjî-bien
quedesa magnificence. Ila furmonté
l't. Nature par le travail
pournoflre avantage3&poursa.
gloire. Il nous afacilité le Comsmerce
des deux Mers. Il adonne:
un ornement considérable à cette;
Ville.A une nouvelle PIvlere. À
cette Province, (èf une Merveille
à l'Etat. Comme nous en
f devons la perfectionavosfoinp2
Monfèirrneur
J nous 1JO.U5 ren.J. Jidcnjeigneur, vous rendons
grâces de tout le bien que
nous en attendons) &Jommu
avec le dernier reipeR) Vos trahumbles
e- très-obeïjjans. Ser-
I
'1)"
viteurs. J
On se débarqua en site,
& tout ce qui estoit sous les
armes fit la troisiéme décharge,
que le Canon de
la Ville termina. Les Consuls
accompagnerent tous ces Messieurs parmy lesacclamations
publiques, & au
son des Violons, a une Maison
des Peres Minimes, batie
sur le bord de la Riviere,
où Mr l'Evesque de Beziers
leur avoir fait préparer un
magnifiqueRepas. A pres,
le Dîné ils se séparerent.
MrleCardinal Bonzise ren.
dit le soir à son Abbaye de
Valmagne; & Ives les Evesques
d'Alet & de S. Papoul,
à leurs Evefchez, où laFeste:
dela Pentecoste les rappe lloit.
MrDaguesseau, avec
ceux qui l'avoient accompagnédepuis
Toulouse, se
jr-çmit sur le Canal,descendit; dans:
dans la Riviered'Heraut
pour l'Ecluse ronde, &alla
coucher à Agde. L'Ecluse
ronde a esté bâtie exprés
pour servir à trois Routes
diférentes. Ainsi on luy a
donné trois ouvertures. L'une
fait aller à l'Ocean; & les
deux autres à la Méditerranée,
par le Port deCette, &
par un Canal qui se dégorge
dans la Riviere d'Heraut qui
passe à Agde, & qui entre
dans la Mer àune lieuë ds: là.
Le Canal qui va de l'Ecluse
ronde à Agde, a 300 toises
delongueur. Le lendemain
xy jour de la Pentecôte,
Mr Daguesseau ayant remonté
parlamême Ecluse
d'où il reprit le Canal, traversal'Etang
de Thau, séparé
de la Merpar une Plage
de Sable, & alla mouiller au
Port de Cette au bruit des
Petards & Canonnades des
Barques& Bâtimens qui s'y
rencontrerent en fort grand
nombre, & de lanouvelle
Bourgeoisie rangée fous les
armes,parmy les acclamations
ordinaires deVive le
Roy. Il est impossible de
marquer la joye des Peuples
pour les avantages que Sa
Majesté leur a procurez.
Ceque l'Epreuve qui vient
d'être faite a de tres-considérable,
c'est que l'on n'a
employé que sept jours depuis
Castelnaudary jusqu'au
Port deCette. Si l'on en
joint deux pour la Navigation
de Castelnaudary à la
Garonne, & six pour ceux
de la Garonne julqua l'Ocean,
tout cela ne fera que
quinze jours pour passer d'une
Mer en l'autre, ce qui
dans la suite pourra s'abréger
par les facilitez de la pratique
continuelle des Ecluses.
Elles sont au nombre
de 104. dont plusieursétant
accolées, [e réduisent à 65
stations,qu'on peut paffer
en trente heures. Je laisse à
juger par ce détail combien
ce Canal fera utile au Commerce
du Ponant ôc du Levant,
puis qu'il fera éviter
les risques & les avaries de
Mer qu'il fautessuyer par les
grand Contour,& par le Détroit,
pour se rendre à l'Océan,
à Marseille, & à la Ri—
viere de Gennes. Tout ~celai
fera changé au plaisir de:
passer aussi~seûrement que
promptement, au milieu de
deux des plus belles Provinces
de France, abondantes
en denréesdélicieuses,
& remplies de toute forte de
manufactures. L'on a fait de
si surprenans Ouvrages pour
rechercher & pour conserver
les eaux, qu'on espere,
avec les autres précautions
que la suite fera prendre,
qu'on navigera sur le Canal
dans tout le cours de l'année
; ce qui le fait rarement
même sur les plus grandes
Rivieres. Le Canal eH: large
de trente pieds, & a de longueur
JDepuis la Garonne jujqu'aCaf
telnaudary3 î^y^toïfes*
De Castelnaudaryjusqu'à Be-
Vers, 76645
De Beziersjusqu'à la Mer,
-,
15995
Totalde longueur,127574
qui font à peu près 64 lieues
de France. Le plus grand
sujet d'admiration est, que
pendant les plus fortes guerres
, la constance & la fermeté
du Roy à n'abandonner
jamais aucun de ses
grands desseins& l'infatigable
applicationdeMrColbert,
ayent fait continuer
une Entreprise d'une si extraordinaire
dépensejusqu'à
son entiereperfection.
- Il y a eu plusieurs Evefchez
donnez. LePere Germain
Allart,Récolet de la
Province de Parrs, a tire
nommé à celui de Veiicé!
Il a eu un Grand-Oncle autrefois
Evêque de Verdun,
& fort d'une des premières
Maisons deSczanne en Brie,
où il naquit en 1618. Il prit
l'Habit de Recolet en 1636.
& après ses Etudes de Philofophie
& Théologie, il fut
lui-même choisi pour enseigner
l'une & l'autre, au
CoLn' vent de S. Denys. Depuis
il a été Gardien en diférentes
Maisons, & Commissaire
général en plusieurs
Provinces. Il fut fait Définiteur
étant encor jeune,
& a été troisfoiséleu Provincial
de la Province de
Paris, & une fois de celle
de S. Antoine en Artois. En 1
suite, à la demande du Roy,
le General le nomma pour
êtreCommissaire general de
tout l'Ordre de S. François
en France, c'est à dire, Supérieur
de tous les Récolets <3c
Cordeliers,& des Maisons de
Filles qui en dépendentdans
toute l'étenduë du Royau-*
me. En 1662. étant Provin.
cial de Paris,il aggrégeapour
la premiere fois, par l'ordre
du Roy & l'autorité des Supérieurs
généraux, à la Province
des Récolets de Paris,
tous les Convents de cet Ordre,
situez dans les Villes &
Païs cédez à la France par;
le Traité des Pyrenées du
côté desPays-Bas; & en 1668.
il poursuivit par le même
ordre aupres de Sa Sainteté
à Rome, & auprès du General
en Espagne, à ce que
ces Convents des Pays-Bas;
fussent séparez de la Province
de Paris, & érigez en
5 une Province nouvelle toute : renfermée dans les Terres
du Roy, fous le titre de
S. Antoine en Artois. Du-*
rant le temps de sa Com-
- mission générale, il sépara,
par le même ordre du Roy,
tous les Convents des Récolets
situez dans les Provinces
sujetes à l'Elpagne du
côté des Pays-Bas,&cédez
à la France par le Traité de
Nitllégue) & les aggrégea
aux deux Provinces de S. André
& de S. Antoine, qui
font toutes deux entiere- - ment soûmises à la Domi-
: nation Françoise. Le même
[ Pere Germain Allart estant
pour la séconde fois Provincial
de Paris, alla par ordre
du Royen Canada, pour y
rétablirlesRécolets de la
Province de Paris, quiautrefois
en avoient été les
premiers Missionnaires,&
que les Anglois en avoient
cbllez en 1628. Il eut ta.:
vantage daller avec le Roy
dans la Campagne de Hollande
avec quarante de ses
Religieux, pour etre lesMissionnaires
de cette Royale
Armée; & par sa pieté &
prudence il y établit un (I
bon ordre, tant pour les Hospitaux,
que pour la fuite de
l'Armée,quedepuis ce
temps-là Sa Majesté a fait
l'honneur aux Récolets de
se servir toujours d'eux pour
les Aumôniers & Missionnaires
de les Armées, tant
en Flandres qu'en Allemagne,
ayant même eu la
bonté de dire, qu'ilsvivaient
dans ses Armées avec autant
de recueillement que s'ils
avaient été dans leurs çon.
vents, qu'on ne les voyoit
qu'aux Lieux où ils devoient
être; & tout cela en vertu
du premier règlement d'une
vertueuse & charitable conduite
que le Pere Allart établit
en cette premiere Campagne
de Hollande où il
alla.On peut bien juger
qu'un Homme qui a eu tant
d'ordres de la Cour pour des
choses tres-considérables &
si diférentes, n'apu les exécuter
sans être obligé d en
t~ rendre compte dans ion
temps, & par ce moyen de
faire paroître l'étendue de
sonesprit au plus éclairé de
tous les Monarques. La recommandation
ne pouvoit
être plus forte. Aussia-t-elle
eu l'effet qu'on en espérait
pour lui, puis que c'est sur
ces principes que Sa Majesté
l'a fait Evesque de Vence.
Dans le même temps,
Mr dela Roque-Priellé,
Abbé de la Reulle, aété
nommé àl'Evesché de
Bayonne, Il y avait environ
huit ans qu'il n'estoit venu
en Cour, ayant euste, occupé,
pen ant tout ce temps a.
réformer les abus qui s'estoient
glissez dans son Abbaye
par les entreprises de
,quelques Particuliers, & à
en rétablir les ruines causées
par les guerres des Prétendus
Reformez. Il fut présenté
au Roy le24. de l'autre
mois par Mrle Marquis de
Gesvres,reçeu
enMarquisde
de la Charge de Premier
Gentilhomme de la Chambre.
L'estime où sa probité
l'a mis par tout où il est connu,
a raie voir en luy un
grand mérite, que Sa Ma
jesté a crû ne pouvoir faire
un plus digne choix pou
la conduite de l'Eglise de
Bayonne. Sa fidélité, & les
services que ceux de cette
Maison ont rendus & rendent
encor dans leurs Eniplois,
méritoientcette glo..
rieuse marque de distinction,
qui luy a esté donnée
avec de tels agrémens,qu'on
peut dire que l'on a reçeu
deux fois, quand on a reçeu
de cette sorte.
Mrl'AbbedeMespléez,
Conseiller au Parlement de
Navarre, & ancien Baron
de Bearn, a eu l'Evesché de
Lescar. Son mérite particulier,
joint aux avantages de
sanaissance, a faitvoiravec
plaisir que Sa Majesté l'ait
mis dans ce Poste. Il estoit
vacant par la mort de Messire
Jean de Salliez. C'estoit
unPrelquoyqu'ileust
quatrevingtsseptans,remplissoit
un peu mtfÊmavant' qu'il mourust, les devoirs les
I plus exacts de son ministere.
Sa vie a elîé d'un exemple
merveilleux, & ill'a passée
sans abandonner jamais son
Troupeau, & faisant continuellementla
Visite dans les
Paroisses. Mr de Salleterre
son Prédecesseur,avoit veu
en 1620. rétablir dans son
Diocese l'Exercice de la Religion
Catholique, que ceux
du Party cotraire enavoient
bannie depuis 1569. qu'ils
brûlerent les Eglises; & firentmourir
les Prestres. Il
avoit^||j|j^e{c^ÊWflfe. On
ne doit pas s'étonner de ce
grand âge. L'air du Païs effc
si bon, que la plupart des
Gens yvieillissétsans aucune

113 quand ilmourut.
Puis que nous sommes
sur les choses extraordinaires,
je ne dois pas oublier
de vous apprendre ce qui est
arrivédepuis deux mois à
Geneve. Mademoiselle Riltiet,
Femme de M l'Ancien
Auditeur, & Fille de M.
Estienne de Turnin, estant
grosse de deux mois, eut un
accident qui luy fit jetter
des oeufs en si grande quantité,
qu'on en remplit trois
Bassins. Les uns estoient
gros comme des Pois, & les
autres comme des oeufs de
Poisson.On eut la curiohte*
d'en fairecuire quelquesuns
, & ils devinrent aussi
durs que de la pierre. Mr
Labbé, tres-habile Medecin,
aggrégé au College de Paris,
à0conte,,
atteste avoir veu la mesme
choie, d'une Femme qui luy
est combée entre les mains.
Voicy une autre Merveille
qui tient plus du prodige.,
Une Demoiselle d'Ulm,
Ville d'Allemagne, âgée de
36 ans, estant grosse de six à
sept mois, dans le mesme
temps que je viens de vous
marquer, portoit un Enfant
qu'on entédoit pleurerdans
son ventre, & qui pouffoic
des cris aussi forts qu'il auroit
pû faire s'il eust esténé;1
Cela l'empeschoit de paroitre
en compagnie,où des
crissisurprenans la faisoient - trop regarder. Ces deux
Nouvelles ont esté écritesj
de tres- bonne partàMrSpon-
Fils, Docteur Medecin a
Lyon. J
Il me reste à vous parler
de deux Benefices. L'un cft
l'Abbaye de Noix, Diocese
de Beauvais,donnée à Mr
l'Abbé deChoiseul-Beaupré.
Mr le Marquis deBeaupré
son Pere eiloi^t à Chaumont
en Bassigny, quand il
apprit que leRoy l'en avoit
gratifié. Cette Ville est sur
la Marne,au de ssous de Langres,
& dépend de sa Lieutenance
de Royen Champagne,
dans laquelle jevous
fis sçavoir il y a cinq ou fis
mois, qu'il avoit succedé à
feu MdeBourbonne. Il y ht,ù./;1
sa premiereEntréepublique
le 22. deMay, & y futreçeu.
avecles hóneurs qui estoient
deûs& à son rang, &à son
mérite. Il trouva unBataillon
de six cens Bourgeois, nourris
aux armes sur cette Frontière,
auquel ilfit faire tous
les mouvemens qu'on peut
demander aux Troupes les
mieux disciplinées. Il loua
fort leur adresse, & dit qu'ils
venoient de luy donner le
plus agreable divertissement
qu'on pustoffrir à un Lieutenant
de Roy. Mrde Grand,
Maire ôc Avocat du Roy au
Siege Présidial de Chaumont,
le complimenta à la
Porte de la Ville,d'où il fut
conduit entre une double
..-- - haye
{
haye de Mousquetaires jusqu'à
l'Eglile S. Jean. Mr
de Poiresson Frcre du Procureur
du Roy au mesme
Siege, & Doyen de cette
Eglise, l'y harangua à la teste
: du Chapitre, ce que firent
apres luy tous les autres
Corps de Ville, au Logis du
Maire qu'on luy avoit préparé.
Le lendemain il se rendit
au Palais, pour y faire enregistrer
son Brevet, & prit
sur les Fleurs de Lys la place
deuë à sa dignité.
L'autreBénéfice, estl'Abbaye
de Gildas.Mrl'Abbé

thode, a l'esprit tres-vif, &
en a donné des marques
ayant faitses Etudes aux Jefuites
avec un succés qui
n'est pas commun. Peu l'égalent
en Sorbonne, où il
est présentement en Licence.
Il parle en publicfacilement,
& soit qu'il attaque,
ou qu'il se défende,l'avantage
est toûjours de son
cofté. Tant de belles qualitez
ne doivent pas vous surprendre.
On ne peut estre
Neveu de Mr 1 Evesque
d'Autun, & manquer 4'cC
prit. '#.H ..¡:Jl
Les Gens pieux, à qui la
Poësie Latine sert de divertissement,
sont fortobligez
àlvr Varadier de S. Andriol,
Docteur en Theologie, &
Archidiacre de l'Eglise d'Arles,
quia mis en Vers Latins
l'Imitationd'jikempis, sur les
Vers François de M de_Corneille
l'aîné.Cetillustre
Aveugle les doit bien-tost
donner au Public. Je vous
ay déja parlé de luy dans
quelqu'une de mes Lettres.
C'est un Homme fortestimé
de tous les Sçavans. Il traxyic
une facilité inn
croyable tous les Vers Françoisqu'ilse
faitlire,&onen
aimprimé depuis deux ans
un Volume,qui fait attendre
impatiemment tout ce qu'on
promet de luy.
L' esprit,sefaisant connoistre
de toutes manieres,
Mr de Hautefeüile a fait voir
la soliditédu sien, par le
Traité qui porte pour titre,
L'Artderespirersousl'eau, &
Lemoyen d'entretenirtpendant
un temps considèrâble laflâme
enfermée
dans
unpetit
lieu.
Ces deux merveilleux effets
gare: ssent prouvez si nettement,
dans ce que l'Autheur
en a écrit, qu'ilest difficile
de ne se pas rendre à ses raisons.
On n'a rien à opposer
quand l'épreuve les confirme.
Siles découvertes de cette
nature sont utiles au Public,
ce qui touche la santé doit
l'estre encor davantage.C'est
à quoy a travaillé Mr jde
S. Martinde Caën, Docteur
en Theologie en l'Université
de Rome, Protonotaire
du S. Siege,&Seigneur de
la Mare du Desert, en nous
donnant le Portrait de Mrde
Lorme,Premier Médecin de
trois denos Roys.Onyvoit
les admirables effets de ses
Remedes. Le mesme doit
rendre public au premier
jourunLivre, qui contiendra
les moyens dont s'est
servy ce celébre Medecin
pour vivre prés de cent ans,
&: qui fera voir qu'ils sont
fondez sur l'ex périence. La
fanté estant le plus pretieux
de tous les biens,je ne doute
point que ce Livre ne soit
beaucoup recherché; & par
luy-mesme,& par le mérite
de son Autheur,à qui personne
ne refuserad'ajouter
foy.C'estun Gentilhomme
de probité, dont vous avez
veu souvent le nom dans
mes Lettres. Les Gazetes,
&: le Journal des Sçavans,
ontparlé de luy en beaucoup
d'occasions.
Apres tant d'Articles sérieux,
il faut chercher à vous
réjoüir par quelque matiere
un peu égayée. Rien n'est
plusàestimer que l'éclat de
la Naissance. Elle a des droits
respectez par rour;
-
nlaisaulIi
rien n'est plus insuportable
que devoir certaines Gens
dont on connoist l'origine,
faire les fiers en toute rencontre
de leurprétenduëNoblesse,
comme s'ilssortoient
d'une Maison où l'on comptait
des Gouverneurs de Province,
ou des Maréchaux de
France. Un galant Homme
de S. Geniez en Provence, a
voulu les rendre sages par
cette Traduction d'une des
Fables d'Esope. C'est à eux.
à profiter de l'avis.
LE MVLET.
u FABLE. I.V Mulet, Vrd) GA/COU, qui
vivoiî doucement
Dans un Herbagesans rienfaire,
Se vantoit à chaque moment
De(a noblejTeimaginaire.
Je fuis né, disoit-il,d'une nere
Jument,
Qui pouvoir contenter par ses
tours de souplesse
Le plus adroit Cavalier.
Mon Pere estoit un Coursier,
Dont le courage égaloit la
vîceue,
Je luy ressemble en cela.
Un Chien quipajfoitparti,
fCcfloit, au raport aEJope,
ZJn chien unpeumisantrope,)
Luy dit d'un ton goguenarde
Compere, allez ailleurs debiter
ces iornetes,
Chacun sçait icy qui vous
estes.
Feu Messire Baudet surnommé
le Paillard,
De son vivant passoit pourvostre
Pere;
On m'a mesme assuré qu'ille fut.
par hazard,
Et que vous n'esses qu'un Bâtard,
( Cecysoitdit sans vous déplaire,)
Sorty d'un infame adultere,
0 toy quinetts étourdis
De tA nobiejfe chimérique)
7-oy,dont le Perejadis
Au Marchétenoit Boutique
La mcjmechofct'attend;
Zs'/ijoitrtutroarvcras quelque maudit
Cynique i
Jj)ui pourra, t'en dire autant.$ raBois vous parler du Miroir
ardent qui fait tant de
bruit icy, & que MrVillete
de Lyon montre aux Cuneuxaupres
de l'Hôtel des
Mousquetaires, quand Mr
Comiers, Prevost de Ter-'
nant,Professeur des Mathémathiques
à Paris, a eu la
bonté de m'en envoyer un
petit, dont il m'a fait voir
tous les effets.Vous les
connoitfrez en lisant la sçavante
Dissertation qu'il a
compoiée surce sujet.L'excellent
Discours que vous
avez veu de luy touchant
les Cometes, dans l'une de
mes Lettres de cette année,
a esté si estimé, que son
nom suffit pour justifier la
bontédesesOuvrages,
DISSERTATION
DE Mr COMIERS,
SUR LES MIROIRS ARDENS, L3drt perfectionne toujours.
& surmonte mesme (Ou.
vent la JNaturr. Le MiroiJ
fyhérïque concave que AlVillette
de Lyon montre publiquement
aux Curieux,&celuj qut
je vous envoje, le prouventpan
txpérience. Lafurjace du Aliroir
de M1Ville;ce a trots piedsi
&feP* pouces de diametre. Ik
^oifconséquent (eize mille
:inq cens lignes quarrées des
rayons du Soleil, qu'il remit à
trois pieds & demy au devant
de foy dans l'efface de dix ou
douze lignes. Cet eFface de la
concentration des rayons est par
analogieappelle Foyer. C'efl
la veritable image du Soleil.
Elle ejljibrillante, que lesyeux
ne lapeuventJuporter. - Le feu de laflâme du Soleil
efi si violenten ce Foyer, qu'il
embraje d'abord toutes les matiere-
l combujhbles, & en peu
de momens il fond le fer, l'or,
l'argent, W'/es autret métaux*
& vitrifielargile & la brij'
que. -
J'dy démontre en dautrest
Discours,que ce prodigieux effets
riefl que la terébration & 'Vio-,-
lent pouffement que les rayons't
de lafubfiance liquide> dont l'amascompofe
le Soleil,font eni
pajjant fèrrrz & condense
dans ce petit espace où les Loix*
de la reflexion les réünissènt. ln
en arrive de mesme a leau3 qui
s'élance avec violence dautant
plushautdamlair3quejafouice
efi plus élevée&abondanteft)
que le diametre du trou du jet
faitsansajustage, efipluspetit.
Archimede, dont le seul nom
fait le panégjrique
3
est lInventeur
des Miroirs ardens.
Cardan ajJure, furie raport
d'AntoineGogava„ quArcbimede
a bien démontré tout ce
qui concerne cette forte de Miroirs.
CI"cft le mcjmeGogava
que le doéle PIvaltus dans la
lrie d'Archimede dit avoir esté rInterprete de son Livre des
Miroirs brûlans.
Pcrfonne n'ignore que Ion
quAppius & Marcus Marcelle
aJJZegerent Syracufe} Ville
Capitale de Sicile
j ce grand
Ani)!medefoutint luy seul
l'effort de la plus puissante Armée
des Romains. C'est Tite-
Livequil'assure dansle4.Livre
de sa troisiémeDécade. Voicy
ses termes rendus en nostre LangueparMrdu
Ryer. Et il ne
faut point douter que cette
entreprise n'eust eu du succés,
sans le secours d'un seul
Homme qui estoit alors das
S yracuse. C'estoit le fameux
Archimede, Personnage sçavant
dans la connoissance
des Cieux & des Astres, mais
admirable sur tout par l'invention
des Machines de
guerre, avec lesquelles il de-
*
truifoit facilement tout ce
que les Ennemis ne pouvoient
faire qu'avec beaucoup
de peines & de grands
travaux. Ce venérableVieillard
combatant mathématique--
ment, auroit luyseulforcé les
Romains à lever honteusement
le Siege, si le traître Mericus
Préfet d'Acradine,n'eust pas
livré une Porte à Marcellus, qui
avoit ordonné à son Armée de
sauver Archimede, comme If'
fruitde la plus glorieuse contqueste
desRomains. Biendes Gensveulent qu-
Arcbime-de ait employé A~
roïrsardens pour la défènse de
pSeytriatecuJè., ce qui mérite cette
dissèrtation.
DiodoreSicilien dit quArchimede
brûla les Navires à la
distance de trais ftddes;, qui varient
73I pas; mais cet Autbeur
ne sataucune mention du Miroir3
bien que dans le Chapitre
dupremierLivredzsAntiquité%
ilait remarqué queles Egiptiens
Jefervoient de laViZ dArchirhede,
pour élever les eaux.
Polibe3 qui dans son 8. Livre
fait le détaildes artifices parleffjuels
Archimede son Contemporain
défiendoit Syracuje9 ne
parle point des Miroirs.
Les Historiensplus jeunet
queDiodore Sicilien, n'enparlent
non plus q:te lujJ bien que.
T,te - Linje dans sa troisiéme
Décade, & Plutarque dans U
Vie de Mdrcellut, ayentécrit
avecjoin l'Histoire de ce quiJe
pajja au Siege de Syracuse:
Galien dans les premieres
pagesdesontroisieme Livre des
Tempéramens, parle en ces termes.
On. dit qu'Archimede
embrasa les Navires desEnnemis,
par le moyen de ses
Miroirs brûlans.
Dion Hijtoriencélébréâ
Tzetzez HiflorienGrec> en
disent autant.
1 Zonaras au troisiéme Tome
de Jes Histoires dans Anastase
Dicoro, parle comme Galien.
On dit que Proclus, à l'imitation
d'Archimede, fabriqua
dans B ysance, à present
Constantinople, des Miroirs
brûlans,lesquels estant exposez
aux rayons du Soleil,
lancerent des flâmes qui
consumerentl'Armée navale
de Vitalian.
Cardan ayantfupofe ce que-
Galien navance queparon dit,,
tnfetgna en l'année ijçy. danst
le 4. Livre de la Subtilité, jà.
maniere de construire des Miroirs
concaves pour brûler à
millepasloin. Cefut avecjuste
raison que le Docte Napolitain
Jean-Baptiste Porta, au Chapitre
JJ. du 17. Livre de sa
Magie naturelle, s'écria Bon
Dieu! combien Cardan dit
de fottiess en peu de mots! Ilajoûte, Qu'il est impossible
de faire des Miroirs concaves
qui brûlent à trente
pas loin. Ce que jay reconnu
mesme. par expérience enl'année1653
à Lyon, où j'avois
porté lespremiersMiroirs paraboliques.
J'en vendis un ati*
P. GalienGardien des. Corde--
liersyaveclequelj'en fis voir
aux Curieux tous les prodigieux J
effets, &je leur démontray pari
les Mathématiques, qu'auMirair
sphérique concave direSic--
,ment oppose au Soleil, chaquet
rayon
refléchy
coupe taxe en un
point autant dislavt du centre,c.
queJon point d'incidence est éloigné
du pôle de l'axe au fonds
du Miroir3 & que par confé-
-
quent tous les r-ayons réfléchisi
coupent l'axe en despoints quit
ne font jamais éloigne% dufondï
du Miroir de la moitié du demyv.
diamètre,,
Jiametre. Ainsi les rayons qui
yons qui
tombentfitr un mesme cercle du
MMiirrooiirr, Je réfléchifient en un
des petits cercles concentriques
qui forment le foyer ou image
duSoleil; d'où ils'enfuitquele
Miroir concave efiant portion
d'une plus grande Sphere> le
foyer est dautant plus large.
Cefl pourquoy laforce de brûler
n'augmente pas en la mesme
raison que le Miroir efl d'une
plus grande portion.) ou qu'il efl
segment d'uneplusgrande Sphère
,'& brûle parconfiéquentplus
lentementJ quesile Miroir efloit
portiondune moindre Sphère.
afin qu'il eufijonj-oyer moins
éloigné.
Ce que je viens de vous dire
fait connoiflre la raisson pour laquelle
le Miroir concave de tillustre
ManfieJe Settala Chanoine
de Milan, bien que le
diametre ou corde defiafiurfitce
dit trois pieds & demy, ne met
le feu mefime a du boisfiecquajfresle
temps quilfautpour dire
le Pseaume Miserere. C'efi
parce que lefoyer ou concours des
rayons du Soleil réfléchis, quiJe
fiait à quinze pas au devant du
Miroir, a trois pouces de diametrem
lieu que mon petitMi:
roir que je vous envoye, bien
qu'il riût sa surface que de
treizepouces de diametre, allume
a l'instant mesme
>
le boisfec>&
fond bientojlle plomb, parce que on fcryer efl tm-petit, nefiant
éloigne que de neufpouces
3 &
nejlant que la "vingtièmepartie,
ou18. degrezd'uneSphere detrois
pieds de diametre; carsi la portion
du Miroir efioit plus grande,
tout le refle feroit inutile,
dinfi que je l'ay faitremarquer
dans mon Livre de la D1uplica- tiondu Cube} imprimé à Paris
en 1677. cftan* wdj de Aire qtue
puis que lefoyer efi l'image du
SoleilJ il doit avoir du moins
demydegrédelaSpbereduMiroir,
parce que leplus petit diametre
aparentdu, SoleilJors qu'il
efidansson apogée,efidetrente
minutet.
Pour démontrer que ïArmée
navale de Marce'ius devant
Syracuse
3
& celle de Vitalian
devant Confiantinople, ne périrentpas
parles fiâmes des rayons
du Soleil refléchisparunMiroir
concave3 ilsuffit de remarquer
lesquatre ebofes pavantes. .ï Que les Vaijïeauxauroient
dd efire tres-peuéloigne^ des murailles,
auquel cas lefeu d'artifice
appelle Gregeoisestoittoujours
utilement emploje de nuit& de jour. -
1° Que les Vniffcauxauroient
dû estre precisement à la portte
des Adiroirs3 c'est à dire à leur
foyer.
30
Ouilsauraientdu eftrefans
aucun mouvement.
40 Enfin les lraijfeaux da
Romains eussent dû estre entre
la muraille de la lrille ù le Soleil;
mais leur incendie arriva
lors qu'il;. Je furent retirez dans
un endroit appelle Bocca di
porto, qui estau Septentrion de
Syracuj.
Il resse donc a expliquer par
quellevoye Archimede &Provins
ont brûlé les Navires de
leurs Ennemis &de remarquer
ce qui a donne lieu d'attribuer
leur incendie à un effet des Miroirs
ardens qu'ils n'ont puproduire.
Il est confiant que les Machines
des Ancienslançoient bien
.-l,oin du haut des muj railles des
Pierres du poids de 2JO livressur
lesAssiegeans
j comme aussi de
{}-ands Globes de jeu d'artifice
qu'on a depuis appellez feux-
Grégeois; comme on peut encor
lancer plusieurs Grenades 4 la,
fois, &mesme des Bombes, par
le moyen d'un Levier mis en
bascule. CesMachines,&ceux
qui les[cervoient, estoientà couvert
au derriere des murailles;
& pour s'ajjurer de leur mire
(èj de la portéede leurs boulets
dejeu d'artifice, ils élevoient en
l'air des Miroirs de métal qui
réfifloient aux flèchesdesEnnemis
; & comme dans un Miroir
on ne peut voirunePersonne
sansy epre veu3 les Ennemis
appercevoient d'abord ces feux
dans les Miroirs, e c'efi de 1%
que les Ignorans ont crû que ces
feux confumans qui tomboient
dans les Navires,riefloient que
les rayons &fubflançe du Soleil
que les Miro;'rs reftéchifJoient.
Jesçay par expériencequ'Avec
une douzaine de Miroirs
plans d'un pied en quarré diffor
z en telle forte qu'ils reftéchiffent
en mesmetemps les
rayons du Soleilsur un mefmc
endroit d'un corps inflâmable,
brûlent plus promptement, &
trois foisplusloin qu'aucun Mi-'
roir concave3 (gjrfay pris cette
pensée de l'Hiflorien GrecTzetzez,
qui ditque le AiiroirdïAr~
chimede efloitexagone3 & le
décrit compose de plusieurspieces
mobilu.
Maispuis que Jean-Baptijle
Porta, ce Jçavant & expérimenté
NapolitairP, ajJure dans
le 17. Chapitre du 77. Livre
de sa Magie naturelle, avoir
trouvé un moyen plus excellent
que ceux que lesAnciens avoient
inventé pour bruler à telle distance
qu'on voudra3parles rayons
réfléchis du Soleil, les dardant
en ligne droite comme un brandon
defleu au devant&.au derriere
du Miroir;, qu'il aflaitmiftere
dejon Secretj en ayantparlé
commefont les ChymiJ}:sde leur
grand oeurure. Voicy commentje
niy prendrons pour exécuter tant
ce qu'il avance.
j'employerotsdeux Tubes paraboliques
tronque^,l'un fort
grand,&lautretm-n;édiocrey
dont les foyers Je trouveroient
ajJèmblez en un mesme point,
(gp* dont les axesformeroientune
tncfmelignedroite. La grande
ouverture dugrand Tube efiant
opposée au Soleil, réunira ses
rayons au derriere de foy ason
foyer, ou se trouvant, le foyer
dupetitTube qui les rccevradivergeans
, les fera sortir en parallelisme
ou cilindre de fiâmes.
C'est de cette maniere qu'Archimede
auroitbrûlé lArmée
navale de Marcellus) sitOn
dit de Galien efloit veritable,
puis qu'elleestoit AU Septentrion
4e Syracuse. QueJi l'objetqu'on
-veut bruler est entre 'Vous & le
Soleil , men-ez la petite ouverture
d'un petitTube parabolique
tronque3 en forte que son foyer
foit précisement au foyerd'un
grand Adiroirparabolique concave,
carparce moyen il réfléchira
en une mince colomne de
feu les rayons du Soleil, &son
effetfera tm-violent, parce que
dans ce cas le fond du Miroir
quifaitle principaleffet> sj
trouve entier.
Mais parce qu'en l'une 0-
t'autre mamere onfupaJe que
maticrequ'on ueut bruler foin,
opposée au Soleil au devant ow
au derriere du M-irovr3voicy 101
moyen de fane r infiniment loim
ces petits cilindrea de feu solaires
a droiteu a gauche> au dejfm
ou au dessous du Miroir. Mette;o
un petit Miroir solide parabolique
convexe au devant dm
Miroirparaboliqueconcave, cm
forte que les foyers de l'un (SpL
de l'autre soient toujours en um
mesmepoint. Dirige^enfuites
faxe de ce petit Miroirdirefiement
a lobjet quilfaut brûler^
car ilypouffera un brandon d01
'-eu des rayons du Soleil qu'il
'end paralleles à son axe3 les
ryant refeus convergeans (ursa,
onvexité. Voila quelleefloit la
Lunete de Ptolomée avec lamelle3
a ce que dit Porta, il
xoyoïtdefoixantemilles loin ar-
MerlesNavires. Cecypourra
ncorservir 4 expliquer les Vah
($f Bajjlns de cuivre de Theare
dont Vitruve parle au 36.
chapitre, lesquels Jervoient à
orterloin lavoix des Acleurs.
Parlons maintenant des aures
effets des Miroirs concaves,
lSee pprreemrniieerreefflt dd''éécl~ai~rerr d~rf de
\fcouvrir pendant les nuits les
plus sombres, les lieux & les
objets tftJ-éloi¡;nez, en mettant
laflâme d'un Flambeau aufoyer
d'un l'vliroir, car puis que les
rayons de chaque point du disque
du Soleilquitobentphisiquement
parallèlessurlasurface du Miroir
concave 5font refecbis conrvergens,
&feramassenten un
foyer; aujJi les rayons de laflamc
du Flambeau mise dans lefoyer,
tombant divergeans sur la furface
du Miroir, enferont refechis
parallèles en une colomne de*
lumiere éclatante, dontune baze:
cft en lasuperficie du Miroir, gjr
l'autresur les objets eéccUireikre
On les pourra en fuitereconnoistre
très-diftinélement par
une Luneîe a quatre verres3 -dont nous avons donné la conftruftion
en l'année 1665. & en
avoirla véritable vijton parfaite
ou veut dijlinéle, avec un Binocle,
de la bonne&facileconÇttaêlionque
Daniel Chorez inventa&
exécuta heureusement,
& qu'ilpréjenta au Roy en
annee 1615.
LeJecond effet est de porter
pendant la nuit la plus noire
telles figures ou écritures qu'on
voudraJur une muraille éloignée
deplus de tficis cens pas,apres les
avoir écrites en ordrerenverse
sur laferface du Miroir3 f0 allumant
un Flambeau au point
dufoyer.
Le troijiéme effet efl plusfurprenant
; car si avec de l'encre
ordinaire, auon appelle encre
double &
bien
gommée) vous
tracez quelque imagesur lafurface
du Miroir> vous en jetterez
la représentation a plus de
trois cens pasloin, & lafaifant
entrer par une seneJlre ouverte
dans une Chambre obscure3 la
figure paroilfra d'unegrandeur
gigantefquefur la muraille3 &
comme revefluë de gloire) estant
paree de mille couleurs que produit
la diférente réfaction &
modification de la lumiere.
Le quatrième effet efl plus.
ordinaire, quoy que tres-Jltrprenant.
Vn objet mis entre laJun
face (t) le centre du Miroir, paivifi
hors du Miroir comme Un
Fantômesuspendu en l'air, a
ceux qui en font éloignez de
quinze ou vingtpieds. Ainsi
une courte Epée semble sortir
plus grande du Miroirpour venirpercer
le Regardant qui
peut efire en telle difitance qu'il'
croira que la pointe luy donne
dans l'oeil. Si le Miroir de M*
Fillette estoit attache au plancher
d'une Salle, enforte que sa
surface regardap àplomb
lepa-
IVE, & qu'unHommefust directement
au dejjous duÀdiroir,
on le uerroit en lair & comme
fenduparlespieds. Quesion
met quelque petite Statue renversee
au devant du Adiroir3
l'image en
paroiflraredressêe en fair. Enfinjeramajje en
unArticle
tous lesautres effets furprenans.
des Miroirs concaves.
L'objet mis entre la surface
du Miroir concave (&fon centre,&
ïoe>l.efiant fam m
Jeca du centre *il en vermtonjoursl'image
droitepltUpetite&
plus enfoncée dansle Miroir que
l'objet n'en efl éloigné par de-.
vanty ü cela plus ou moins3
suivant les digèrentespojitions
ou places de I'oell; ce qui n'arrivepas
aux Miroirsplans qui
représentent toujours les objets
aujifgrands &autant enfonce
dans le Aliroir, quilsfont éloi~
gnez de sasurface.
Si vous mettez la tefie entre-"
le centre du Miroir(êfsafurfacey
vous verreK voflre visage
plus grand, dans la feituation
ordinaire. Eloigne^vous.:
peu a peu du devant de lafurface
du Miroir concave, l'image
de vojlrefaces'agrandit juf
qu'à devenir d'une taille gigantejque,
&cela est tres-commode
pour reconnoistre & remedier
aux defauts du vifâge3 comme
tane$", rougeurs, poils, &c. En
vous. éloignantpeu apeuj'imagede
ruoftre visage paroiflra toujours
droite.J'& s*agrandira en savançant sur la surface concave
du Miroir,jusques a ce
que l'oeil ejla-nt arrivéau.centre
du Miroir, il ne voit queson
image qui est aujjîgrande que
tourleMiroir. Enfin voflre oeil
s'cflant un peu plus éloigné du
Miroir, il verra voflre vifâge
encorfort grandx mais renverfi
ftr) hors du< Miroir;, & * me:-
jure ope vous vous en éloigne:-
rez davantage3 la grandeur de
l'imagediminuera jurqua devenir
égale avoflre vifâge} &'
enfin elleparoiflrad'autantplus
petite que vous vous éloignerez
davantagedu Miroir.
Le Miroireslans couché horizontalementsa
concavité enhaut,,
unobjet ou fldtuè'fufjtendue
a plomb sursa concavité
entresa,surface {$foncentres
v-o-usparoift~ra d.ro-ite ou renver- -, -.,¡j
pe,suivant que vousJerczpÜu'
fJUmoins éloigne du Miroir:
Enfin il me souvient qu'en
jfyl.
jefistravail
ler plujieurs
ferres plans-convexes que fétamay
du cofté de la convexite.
Jinfi ces Miroirs auoient- les
propriete des Miroirs plans
avec cellesdes Miroirs concave*.
J'en fopresent au Pere Ignace
Baudet de Grenoble, Jesuite,
pour porter aux Indesjou il
alloit avec le P. Alexandre de
Rhodes, ÏJpofîre duTunquinJ
ma
fante ne mayant pu permettre
de lesyaccompagner.
Il n'y a personne qui le
puisse croire exempt de Proces,
a pres celuy qu'on a fait
à un Cavalier d'une des plus
belles, & plus grandes Villes
du Royaume. Une jeune
Veuve, dont la beauté & le
bien égaloient l'esprit, ne
put estre veuë de celuy dont
je vous parle, sans qu'il en
restast charmé. Son mérite
luy attirant tous les jours de
nouveaux Adorateurs, ilse
mit du nombre & n'oublia
rien de ce qui pouvoit luy
prouver sa passion. Il prit
d'abord un Apartement voi-
*
fin du sien, & cette commoditéluy
donnant occasion.
de lavoirà tous momens, il
fit si bien par ses foins, que
ne pouvant plus résister à sa
tendresse elle luy promir de
l'épouser, des qu'elleauroit
terminé quelques affaires
qui l'appelloient à Paris. Le
Cavalier l'y accompagna, ôe
comme l'amourestennemy
de l'épargné,illuy procura
tous les plaisirs qu'elle pouvoit
souhaiter. L'Hôtel garny
où elle logeait, estoit
remply de Provinciaux de
toute espece. Il s'y trouva
des
des Plaideurs,&c la conformité
de fortune demandant
une confidence réciproque,
elle leur conta le sujet de son
Procés,&apprit d'eux ce qui
1
lesfaisoitplaider. Parmy ces
Provinciaux, estoitunAvanturier,
qui quoy qu'il payast
• assez peu de mine, ne laissa
pas de s'insinuer dans son
! esprit par les offres d'un secours
qui luy fututile au pres de ses Juges. C'estoit un
Homme expérimenté dans
lesAffaires. Ilenavoireude !toutes les fortes, & à force
d'employerlessubtilitez de
la chicane, il estoit venu a
bout de se ruiner. Comme
il connoissoit le Rapporteur
de la Belle, il fut son Solliciteur,
& les soins qu'il prit de
luyexpliquer l'affaire, eurent
un succés si avantageux,
qu'en fort peu de tempselle
gagna son Procés. Jugez de
la joye du Cavalier. Il se
loüoit du bonheur d'avoir
choisy cette Auberge,&
plein de reconoissancepour
ce qu'avoit fait l'Avanturier,
ille nommoit à toute heure
le meilleur de ses Amis. Tandis
que la Belle faisoit taxer
les dépéns, il eutquelques
ordres à donneren Normandie.
L'Avanturier qui avoit
ses fins. &: quine cherchoit
qu'àrétablir sa fortune, ne
laissa pas perdre un temps si
commode. Il le ménagea
si adroitement, qu'ayant
ébloüy la Veuve par decertains
airs du monde que fait
acquérir la longue pratique,
illuy promit de la suivre, si
elle rompoit avec son Rival.
: L'absencefortifiant sa lege- 1reté,elle luy donna parole de
n'aimer jamais que luy. Le
retour du Cavalier ne laissa
pas de luy cauler de l'inquiétude.
Elle se feignit iiialaie
pendant quelques jours, afin
qu'il ne pût s'apercevoir que
la froideur qu'elle luy marquoit
venoit de son inconfiance.
Illa remena dans la
Province, apres avoirfait
mille complimens à son Rival,
qui suposa quelque affaire
qui l'obligeait à serendre
au mesme lieu peu de
temps après. C'estoitunprétexte
pour aller trouver la
Belle. Dix ou douze jours
estoient à peine pairez, que
l'Avanturier partit. Le Cavalier
luy fit tout l'accueil
favorable, & l' auroit logé
chez luy, si le partyl'eust accommodé;
mais le dessein;
qu'il avoir, ne permettoit pas
qu'il acceptait l'offre. La
Belleaveccluilachose estoit
concertée, prit occasion
d'une bagatelle pour fermer
sa Porte au Cavalier. Ce fut
un divorce qui létonna peu.
Quelqueemportement quelle
eust fait paroistre, il crue
qu'ilseroit de peu de durée,
& qu'ellemesme le rappelleroit
apres la chaleur des premiers
transports. Le succés.
fit voirqu'il l'avoit fort mal
connuë Elle tint parole à
l'A vanturier,conclut en trois
jours son Mariage, & l'épousà
si secretement, que le
Cavalier n'enappritrien que
quand son malheur n'eut
plus deremede. Cettetrom- *
perie l'irrita si fort, qu'ilnest
point d'éclat qu'il ne voulust
faire. Ses Amis luy firent
ouvrir les yeux sur l'avantage
que la Belle en tireroit. Il ie ;
rendir à cetteraison,&jugea ,
plus à propos de montrer par
quelque Feste
, que la perte
d'une Inconstante ne méri
toit pas qu'il s'en affligeast
Ainsi il fit un Régal à quelques
belles Voisines, & aCsembla
huit de ses Amis pour
dancer le soit. L'Apartement
qu'il avoir estant voisin de
la Maison de la Belle, elle
fut témoin de cette Réjoüissance.
Quel que in justice
qu'elleeust faire au Cavalier,
elle vouloit qu'il la regretast,
& ne luy pouvoit sur tout
pardonner qu'il eust prié dit
Régal si plus mortelle Ennemie.
C' enoitune Dame
qu'elle haïssoit par des intérests
particuliers. Ce qui
redou bla son ressentiment,
ce fut l'assemblage de quantité
d'Instrumens que l'on fit
joüer toute la nuit. Quelques-
uns estoient champestres
; & comme ils formoient
une Musique dun
accord irrégulier, elle donna
le nom de Charivary à ce
Concert, & prétendit qu'estant
Veuve, on ne le faisoit
que pour l'insulter. LeMary
entra dans ses sentimens, &
voulant comme elle que les
divers sons qu'il entendoit
fussent un Charivary
, que
fcn veuvage luy cuit attiré,
ilsefit un point- d'honneur
de luy faire avoir réparation
de cette injure. Dés le lendemain
il coucha sa plainte,
& comme il sçavoit parfaitement
le tour de la Procédure,
il en donna un si apparent
à la prétenduë offence
que le Cavalierluy avoit
faire, qu'il obtint Decret de
prise de corps, non seulement
contre luy,mais contre
les huit Amis qu'il avoit traicez
le soir précedent. La
Femme vouloit qu'on y
comprist les bellesVoisines
quiavoient estéde la partie;
mais c'est ce qu'en vain elle
demanda aux Juges. Les
Partiesonrappellé à Paris de
ceDecret & avec quelque
chaleur que les nouveaux
Mariez fassent leurs pourfuires
,
il y a grande apparence
qu'ils n'en tireront aucun
autre fruit que de s'estre
fait Charivary à euxmesmes,
par l'éclat des plaintesqui
ont formé leProcés. -
Les A mbassadeurs& Envoyez
Extraordinaires qui
sonten cette Cour, joüissent
entr'eux de latranquilitéde laFrance,&ccommecet
heureux calme est un grand
attrait pour les plaisirs
,
ils
ontrecommencé depuis Par.
ques a se traiter comme ils
avoient fait pendant tout
l'Hyver. Mr l'Ambassadeur
de Dannemarck a renouvelé
le premier ces fortes de
Festes. Je vous ay souvent
parlé de luy, & vous [çavez;
que depuis qu'il est en ce
Royaume
,
il y a paru avec
tant d'éclat, qu'il seroit sort
difficile de porter plus haut
qu'il fait la gloire du Roy
son Maistre.Mrle Comte de
Mansseldt, Envoyé Extraordinaire
de l'Empereur, qui
n'avoit pointencor donné
deRégal, s'en acquita quelques
jours apres avec une
sonsptuositédigne deluy. Il
est Gouverneur de Vienne,
& l'un des grandsSeigneurs
de l'Empire. Il a époulé la
Veuve de Mrle Duc de Lorraine,
de la Maisond'A pre- -
m- ont. On vient de me dire (&
je croy ,
Madame, vous en
devoir avertir) que Mr des
Monchaux
-
Foncquevillers,
ayantesteobniis au nombre :
des Gentilshommes qui ont
eu séance à la derniere Convocation
des Etats d'Artois,
quoy que depuis le Traité
des Pyrenées il ait chaque
année dignement remply sa
place dans cette Assemblée,
ôc qu'il ait esté souvent honoré
de la Députation en
Cour pour les Etats & pour
l'Ordre de la Noblesse,
comme aussi de plusieurs
Commissions importantes
au service du Roy & au bien
de la Province, Sa Majesté
bien informée de sa naissance
& de ses mérites, a -donnéses ordres pour repa<
rcr cette Obllliffion, & luy
faire expédier ses Lettres de s
Convocation aux Erats,ainsi
que par lepassé.
Il ya déja quelque temps 1
que je vous ay appris la
mort
de MrleCamus-Beaulieu,
Controlleur general de l'Artillerie.
Ses Emplois qu'il
remplissoit avec autant de:
fidelité que d'exactitude,
ayant esté donnez à M les
Camus du Clos son Frere,
Intendanten Roussillon, il
en estparty pour venir icy les
exercer. Vous ne sçauriez
croire combien il est regretés
dans la Province, & sur tout
à Perpignan. Il rendoit juc.
tice à tout le monde, & l'on
a veu fort souvent ceux qu'il
condamnoit, sortir aussi satisfaits
d'auprès de luy, que
s'illeur eust donné gain de
Cause. Il faisoit vivre tous
lès Gens de guerre dans la
plus exacte discipline. Tous
Jes Regimens ont assemblé
leurs Officiers, quiontesté
le complimenter en Corps,
lavec de fcnfibles témoignages
du veritable chagrin leur que causoit son éloignement.
On ne peut estre si
t
genéralement estimé, sans
un grand fond de mérite.
Le Pere EstienneGirardin,
ReligieuxProsés du Royal J
Monastere de Sainte Croix:
de la Brétonnerie à Paris, & :
Chanoine Régulier de S.Augustin,
a eu depuis quelques
jours l'agrément du Roy,
pour l'Abbaye de Beaubec,
Diocese de Roüen. Il est
Frere de MrGirardin Lieutenant
Civil, & aesté Prieur
du Verger en Anjou, Ordre
de Sainte Croix, & en suite,
deS.Ursinau Païs du Maine,
, de la mesmeCongrégation.
Si la justice qu'onluy a
rendue cause dela joye, la
,
perte de Mrl'Abbé de S.Firmin,
est un grand sujet d'asfliction
pour tous ses Amis.
Qjoy qu'il fust d'une qualité
fort distinguée, on peut le
mettre au nombre de ceux
qui donnent plusd'éclat àleur
naissance, quelque illustre
qu'elle soit,qu'ilsn'en
reçoivent eux-mesmes, Peu
de Personnesl'ont jamais
entretenu, sans trouver lieu
[ d'admirer sa profonde érudition
dans les plus hautes
1 Sciences. La douceur & lai
netteté de ion esprit, qui le
faisoient entrer dans toute
forte de caracctere, luy attiroient
l'amitié de tout le
monde; & samodération à
ne se pas plaindre mesme de
ceque des accusations précipitées
luyavoient pû susciter
de plus cruel, estoit une
chose qu'on ne pouvoir voir
sans étonnement. Qj£oy que
sa mort ait estésubite (elle
est arrivée le 19. de ce mois)
ellen'a point, ce semble,
esté impréveuë. pour luy,
puis que depuis fort long.-
temps il s'y disposoit par une
entiere réparation du monde,
qu'ilévitoitavec d'autantplus
de soin, qu'on estoit
par tout empressé à le
chercher. Il a composédivers
Ouvrages également
admirez & approuvez de&
Sçavans. Je pourray une
autre fois vous en faire le*
détail. Il estoit Frere. de M1;
le Président de la Cofte^
Homme d'esprit & de mérite,
de la Maison de Simiane,
qui est divisée en quatre
Branches,sçavoir, de Gorj
des; de la Coste à GrenoblO>g-:..
de Simiane. en Provence,&

que de faire voir qu'on -' a
uneFille àMontfleury; Chacune
decelles qui ontvingt
annéesdeReligion, y nomme
pour une place; & les
Religieuses qui en ont quarante
, y peuvent nommer
pour deux. Rien n'est recherché
avec plus d'empressement.
CetteMaisonestà
une demy-lieuë de Grenoble,
au chemin de la Chartreuse,
sur la cime d'une petite
Montagne de Roc. Le
terrain y est. tellement pressé,
qu'on n'a pû trouver
moyen d'y faire un Cloistre
quarre" quelque petit qu'il
pufceUre.La-Commurnutc.
estgouvernée parune Prieuretriennale,
selon,la Regle
de l'Ordre ; & celles quila
composentse sont toujours
conservées dans une si gran..
de pratique d'humilité, que
lors de l'Election, bien IOÍfL
d'y avoir des brigues, il faut
(buvent employer l'autorité
des Parens pour faire accepter
le Commandement à
celle qui est éleuë. La charmante
situationde ce Monastere,
qui passe pour une
lies. plus belles choses, de
l'Europe, fait que personne
ne vient ou ne lort de France
par les, Alpes, quin'aille en
visiter la Terrasse. Au bas,
& vis-à vis de cette Terrasse,
est la fameuse Vallée de Grisivaudan,
quiregne depuis
Chamberry juiques à Grenoble,
& qui fait par ses
Prairies & ses Plants les plus
; beaux effets du monde au
bord de l'Ifere. Cette Riviere,
qui forme une véritable
Fleur-de-Lysvis-à-vis de
Montfleury, va paffer au
Pont de Grencble, & de là
se joindre auRhône aupres,
de ValenceIl.. Valence.
Messire Frédéric-Henry
de Gassion, connu par la
naissance, par son mérite,
& par les Emplois qu'il a
eus au service des Eff,Cl.t,Cy)llols,-
dans leursguerres contre le
PortuOgal>,eitmort au Portuc-alcil fii de- more aussi depuis
quelques jours. Il tènlbloit
avoir le don de toutes
les Langues, & n'estpas,
moins regreté des Sçavans
que des Gens de pieté, qui
l'estimoient fort à cause duzele
qu'il a toûjours fait pa—
roître depuis son abjuration,
pour l'avancement de laFoy..
Il a desFreresau service des
Saj
SaMajesté, dont toutes nos
Relations ont parlé avec
éloge; & quoy qu'il ait
porté les armes pour les EL
pagnols, ce n'a jamais esté
contre la France.
Le Sacré College diminue
en nombre dejour en jour,
& la mort de MrleCardinal
Picolomini y vient de laifTLr
unevingt-sixiéme Place vacante.
Il est mort le 2.4. de
l'autre mois à Sienne, où il
estoit né en 1607. A pres
avoir esté Chanoine deSaint
Pierre, il futsacré ArcheveC
que de Cesarée en 16S4. &
eut en luite l Archevesché
de Sienne, dont il se démit
en 1673, en faveur de MrPicolomini
ion Neveu. Ilaesté
Nonce en France pendant
sept ans, & à son retour à
Rome, Sa Sainteté le fit Légat
de Ravenne, &depuis,
,
Secrétaire de les Brefs.Alexandre
VII l'avoit crèé xand re l'avoitcréé Cardinal
de S. Pierre in Monte
aureoen 1664.
La Festede S. Quentin,
Patron delaVille de ce nom,
-
y fut celebrée le2. de l'autre
mois avec lesceremonies
dont jevous fis part la derniere
année.Ainsi je laisse
tout cequi regarde la Procession,
pour vous dire qu'apres
le Service de l'Eglise, les
plus distinguez de la Jeunesse
J tous tres- bien montez,
& dans un leste équipage,
le rendirent au Lieuque
Mrs de Ville avoient choisy
pour la Course hors laPorte
de Cambray. Ilestoitenvironnéde
tout ce qu'il y avoit
alors debeau monde de l'un
&: de rflutre Sexe, & à Saint
Quentin, & aux environs,
chacun estant accouru pour
ioiiir de ce Spectacle. Si-tost
que MrdeChaivoix, qui fait
cette année l'exercice de la
Charge de Mayeur, & deux
Echevins, tous trois Juges
de la Course, furent arrivez,
les Chevaliers qui en dévoient
disputer les Prix, allerentse
mettre sur unemesme
ligne à un bout de la Carriere,
qui estoit longue de
35.0 pas, &: large de 150. Les.
Trompetes ôc les Timbales
qu on avoit placées d'un
costé, & ausquelles répondoient
de l'autre,les Violons,
les Tambours, & les Hautbois,
furent quelque temps
un fort agreable divertissement
pour la Compagnie,
Enfin on n'eut pas plutost
donnéle signal,qu'ilsvoierent
tous à l'autre bout de
cette Carriere. Ils coururent
trois fois de la mefineforce.
Mrde la Mareliere gagna la
- — ZD premiere des deux Couronnes,
appellées des Dames;
MrBotté,la secondé, (il avoit
eu la premiere l'année précedente;
) & Mr Desjardins, j ardins,
aussi adroit que bien fait de
sa personne,remporta la principale,
quiest une Bague que
le Mayeur donne. Ces Courles
faites, ils rentrerent dans
la Ville avec grande pompe,
ce dernier ay ant !a droite,
comme nouveau Roy, sur
Mr Bcllac, qui l'avoit elle ri
y a un an. Ils firent le tour
de la Ville. & des décharges
en plusieurs endroits; la premiere,
en passant devant le
Logis de M Dabancourt
Lieutenant de Roy, & Commandant
dans la Place en
l'absence de Mr Pradel qui
en est le Gouverneur; deux
autres, en entrant &en sor- '1
tant de l'Eglise, oùils alle- |
rent
remettre la Couronne I
à
entre les mains du Trésorier
qui les attendoit, &enfin
devant la Maison de leur
nouveau Roy, qu'ils remenerent.
Ils continuerent ces - décharges pédant un Sou pe
qu'ils avoient fait préparer
pour toute leur Troupe, &
qui dura jusqu'à troisheures
apres minuit. Le Dimanche
4. du mesme mois, jour destiné
pourcourir la Bague, ils
se rendirent à une demylieuë
de la Ville, dans le jnefme
ordre & avec le mefine
concours de monde qu'il y
avoit eu le jour de laFeste.
M Deslandes remporta le
Prix, qui estoit aussi une
Bague. Le foir il y eut encor
un magnifique Soupéauquel
succeda le Bal qu'ils
donnerent aux Dames chez
M'le Mayeur. Mademoilelle
deChalvoixsa Fille qui eut
le Bouquet,en fit les honneurs.
Il fut suivy d'une tres.
belle Collation, que ce Ma,
gistrat leur présenta.
Les vrays Mots des deux
Enigmes du dernier Mois,
& les noms de ceux qui les
ont trouvez, feront un Article
dans ma Lettre Extraordinaire
que vous aurez le
IJ. de Juillet. Ce qui me surprend,
c'est de voir que la
seconde n'ait encorcité expliquée
dans son veritable
Sens, que par une feule
Personne, qui asuivy l'opinion
de Descartes touchant
les Machines de Philosophe.
Cette opinion est si connuë,
qu'elle devroit peu embarasfer.
Voicy deux autres Enigmes,
qui estant moins obscuresque
cette derniere, ne
feront pas tant resver ceux
qui se plaisent à ce Jeu d'esprit.
ENIGMi~Eij.. QUoy quejefoi,:fort redouab-
le,
Toutu menât a l'envy me daine de l\mploy.
Jefiu au Lit ccmmc à la TableEt ; tout d'ijf)oy,
Lors qu'unefoi.-je me rends intraitable,
Jefuis d'un commerce agréable,
guat:don met la règle chez, moyt
Tourlaci'fintioîr,ilne s'en trouve i',r1e ''')' £r)^u
a l1amienne en pu1//< cçaYr.
Jjillet, LettreCî, ou ~-
mour, on outi. m'enfaffedépositaire,
Jamais on nenentendparler,
AUTRE ENIGME. oNmevoit tous les jours habiter de
bas lirax.
Jefvispoiïrtantdetrèshauteor:g'ne.
Souventcachéfans quefonrnexamine
,
Tant jeffay bien tromperiesye:txx
Jamajfequelque te/ûps des, armes pour
combat-e,
Puis toxt-àetmp lefais le Diable à
quatre.
JSEnnemy q'tC jecrains teplus,
Payantpointlors deforces pesses
POHrarreftermes rapides conquestes,
Partout en moins de rien j'emporte le
dessus.
Dansles maix que jefaisje montréune
ame dure
Quifait connoifire la nature
DeCinflexible Pere à qui je doisle jour.
Commeparla ma Mere lny rcJèmble.,
Ilsne s*approchentpoint que pourse
batre ensemble,
Jugez, de moy quifuis lefruit de leur
amour.
Une belle & jeune Dame cffc
en peine de sçavoir ce que luy
veutfaire entendre un de Tes
Amis, par ces mots qui font la
fin d'un Billetqu'elle en areçe.
Adieu,MAdame, sije uou!oisD3M
dire la centième partie de ce que je
penjè, je n'aurais pat assez deptpiero———————————
Ctirait
vota dira le rifle Elle prie ceux
quis'apliquent à deviner les Enigmes
&les Chifres du Mercure,
d'avoir la bonté de luy expliquer
ce que signifie cette fin de
Lettre qu'elle n'entend pas. En
voicy une dont le caractere aisé
me paroist devostregoust.Elle
est d'un Homme d'efprir, écrite
à une jeune Personne qu'on dit
qui n'en manque pas.
A MADEMOISELLE D.L.
"AJ bien affaire que vous m'empeflhiez
de conter la moindre
douceur à d'assez, jolies MattreJjes
que l'onvoit icy de temps en temps.
Pourquoyfaut-ilvom avoir toujours
devantlesyeux? Ce qui ne s'adresse
point à moy (me dites-
VOIM )autant de perdu. Est-il au
monde une plus belle Pei sonne
quemoy? Je vous fais l'honneur
devous considerer. je fuis bienaise
de vous voir quand vous,
estes à Paris, je reçois volontiers
devosnouvelles. Je vous écris,
quelquefois. Est-ilpoissible,mon
pauvre Amy
, que cela ne vous
tienne pas plus au coeur que tout
ceque vous pouvez trouverd'a
greable en Province? VrtUnt
attes qite /;-,o
dîtes
que trop VldY, c'est dontje
Juis d'ûvis de meplaindre.
Depuis que jeretiens vos coups, Je demande en amour trop de délicatesse.
Si jene pensois point à vous,
Je n'aurois jamais de tendresse;
euplutcfij'en aureii quineferoitpas
a laverttéjibien plat ée, mais avec
laquelle je vivrons peut-estre plus
tranquilitment, chose étrange, que
nom naimions jamais ce qui nom
estpropre! Vousfaiez, centfoispltu
dijfiule à lonnoiflre que 10ut ne
l'ijhs, 6, il) auroit III moitiéplus
de dijlance entre vous & moy qu'il
n'yen a, que je vous regarderons
toujours sanseompàraijon,,&que
sirou* toute ma vie plus que per- Jhnne deImonde,vllretus) &c.
j
Mademoiselle Perraut a épouftMt
leMarquisde Chabane, Fils aîné de M
Mr de4ftLM«fte
,
Premier Ecuyer de&-
Monsieur le Prince. On dit qu'elleluy
apporte pres de deux millions de Bien.
La Cerémonie du Mariage fut faite
ces derniers jours àl'Hôtel deCondé,
d'où les Mariez allerent coucher à
S. Maur. -
Son Altesse Serénissime Monsieur
le Ducaeu six acces de fièvre au commencement
de ce mois. Le premier a
duté huit heures, & les cinq autres ont
toujours diminué. Ce Prince est présentement
àChantilly, où il prend des
Eauxde Forges.
On ditmerveilles des Fruits queles
Peres Capucins font à Troyes, où ils
font en Million. Ils établissent, avec
un zele si persuasif, la solidité des Veritez
du Christianisme, & font sibien
voirle peu de fondement qu'il faut
faire sur les avantages que promet le
monde, qu'on ne sçauroit les entendre-,
sans demeurer convaincu qu'iln'y 2
qu'une feule chosenecessaire. Dans
cette pensée chacun se détache de foymesme,
&ce changement en cause un
si grand dans toute la Ville, qu'on n'y
voit par tout que mortification & penitence.
Plus de plaisirs, plus de promenades,
plus de divertissemes. Les
Filles les plus capables de se faire ai-
*411er, font les premieres à donner l'exemple.
Elles courent s'enfermer dans
les Convents; & les Meres,bien loin
desoûpirerdeleurperte,font voirpar
leurjoye combien elles sont touchées
de leur bonheur. Heureux, qui peut en
user de cette sorteAdieu, Madame.
je ne sçauroismieux finir que par un
Article si édifiant. Il me reste encor
plusieurs Mémoires, que je réserve
pour leMois prochain. Jefuis,&c.
A Part, ce 50. }Ûn 16SL
Qualité de la reconnaissance optique de caractères
Soumis par lechott le