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Olur.
511-1681,4
Mercure
<36623710760013
S
<36623710760013
Bayer. Staatsbibliothek
33
9
MERCURE
GALANT
DEDIE A MONSEIGNEUR
LE DAVPHIN.
AVRIL 1681.
A PARIS.
AV PALA I S.
O
N donnera toujours un Volume
nouveau du Mercure Galant le
premier jour de chaque Mois, & on ›
le vendra , auffi-bien que l'Extraordinaire
, Trente fols relié en Veau,
& Vingt-cinq fols en Parchemin .
A PARIS ,
Chez G. DE LUYNE, au Palais , dans la
Salle des Merciers, à la Juftice,
Chez C. BLAGEART , Kue S. Jacques,
à l'entrée de la Rue du Plâtre,
Et en fa Boutique Court -Neuve du Palais,
AU DAUPHIN.
Et T. GIRARD, au Palais, dans la Grande
Salle , à l'Envie.
M. D.C. LXXX.
VEC PRIVILEGE DV ROY.
MERCVRE
GALANT
AVRIL 1681 .
E vous ay parlé , Madame
, dans quelqu'une
de mes Lettres de l'année
dernière , d'une Académie
de Beaux Efprits qui
s'eft établie depuis peu
Villefranche , & dont Mon-
Avril 1681 . A
2 MERCVRE
ſieur l'Archeveſque de Lyon
eft le Protecteur. Comme
elle ne s'eft formée que pour
confacrer toutes fes veilles'
au Roy , ce fera elle qui me
fournira aujourd'huy l'Eloge
que vous attendez de ce
grand Prince. L'impatience.
qu'elle a de rendre ſon zele
public, l'a obligée d'emprun
ter la voix de M ' Mignor
de Buffy pour le faire entendre
, & voicy de quelle
maniere ce digne Académicien
s'eft expliqué au nom
de fa Compagnie.
·
GALANT. 3
22525252525 25252
LACADEMIE
DE VILLEFRANCHE,
GR
AU ROY.
EPISTRE.
RAND PRINCE, que le Ciel
à nos voeux complaifant,
Nous a voulu donner comme un rare
préfent;
GRAND PRINCE, que l'on voit das
la Paix, dans la Guerre,
Montrer l'Art de régner aux Princes
de la Terre;
Nefois pas offence, fi ma Muſe au
Berceau
Ofe pour te louer employerfon Pin
ceau .
En vain elle réfifte à l'ardeur qui
la preffe,
4 MERCVRE
En vain elle connoit qu'elle a trop
defoibleffe
Four chanter dignement tes hauts
Faits, tes Vertus;
Elle aime mieux moins dire, & ne
retarder plus.
Son amour ,fon respect,font tropforts
pour les taire,
Il vaut mieux en parlant , qu'elle
foit teméraire;
Mais fifes Vers n'ontpoint deforce
ny d'appas,
Ilsfont fes premiers fruits , ne les
méprife pas.
Mille Plumes déja d'une fource -
féconde,
Ont porté ton grand Nom fur la
Terre &fur l'Onde;
Etpar mille beaux traits qu'on ne
peut imiter,
Ontſçeu facilement te peindre & ·
te vanter.
GALANT. }
En tout temps, en tous lieux , les
Filles de Mémoire,
Fontleur plus grand plaisir de celébrer
ta gloires
Leurs Ouvrages n'ont point deplus
charmant Objet,
Et tu leur es toujours un fertile
Sujet.
On ne les voitjamais dans un honteuxfilence
;
Apeine une a finy, que l'autre recommence.
Quand elles penfent eftre au bout de
leurs travaux ,
Tu leur enfais trouver auffitoft de
nouveaux .
Elles verroient fans toy leurs veines
infertiles ,
Et leurs voix bien fouvent leur
feroient inutiles,
Si ion Nom glorieux , digne feul de
leurs chants,
6 MERCVRE
Ne leur donnoit dequoy les rendre
plus touchans.
Depuis le jour heureux que le Ciel te
fit naiftre,
On a veu le Parnaffe en Grands
Hommes s'accroiftre,
Etjamais il ne fut dans le Sacré
Vallon
Tant d'illuftres Enfans du divin
Apollon.
On fçait bien qu'il en eft dont la
veine s'épuife,
Avant que d'avoir pûfinirleur entreprise.
Ils ontpourtant un champ vaste,
fertile, & beau,
Mais te louer, Grand Roy, c'eft un
pefantfardeau..
S'ils nepeuventfournir qu'à moitié.
la Carriere,
C'est qu'ils manquent deforce, &
non pas de matiere;
GALANT. 7
Et comme ils n'ontjamais que de
foibles accens,
Pour s'élever fi haut, ilsfont trop
impuiffans.
Par un fort fifâcheux, ma Mufe
refroidie,
Pourroit avec raifon n'eftre pas fi
hardie,
Etfufpendant l'effet d'un zele trop
ardent,
Garder à ton égard un filence prudent;
Mais peut-elle à préſent, pour une
vile crainte,
Se réfoudre àfouffrir une dure contraintc;
Etmefmefaudroit-il, pour un motif
fivain,
Interrompre le cours d'un fi noble
deffein ?
Non, non, dés ce moment duft- elle
perdre haleine,
8 MERCVRE
Ma Mufe àte loüer veut faire agir
fa veine, (
Etjoignantfes Concerts aux Chants
les plus heureux,
T'offrirfur tes Autels fon encens &
fes voeux.
Ne voit-on pas l'Aiglon, qui malgréfonjeune
âge,
S'approche du Soleil avec tant de
courage,
Et qui par les efforts d'un vol audacieux,
Pour le voir deplus prés, s'éleve
jufqu'aux Cieux ?
Bien loin de s'affaiblir par l'ardeur
qui l'emporte,
Son aile enparoift eftre & plus
prompte plusforte;
Et dés ce mefme inftant, il va comme
un éclair
Traverfer hardiment les régions de
l'air.
GALANT. 9
Par cet heureux fuccés ma Mufe.
encouragée,
Afuivrefonprojetfe fent plus cngagée;
Il ne luyfuffitpas, Grand Roy, de
t'admirer,
Ilfaut qu'elle le dife , & c'est trop
diférer.
Elle ne fçauroit plus retenirfon.
envie,
L'eftime, le respect, l'amour, tout l'y
convie.
Ileft vray qu'en voyant un Sujet.
fifécond,
Son esprit pour l'ouvrirfe trouble
&fe confond...
Detes fameux Exploits la trop grade
abondance
Sufpendfonjugement, &le met en
balance.
Voyant enToy des Roys le Modele
parfait,
10 MERCVRE
Elle nefçait par où commencerton
Portrait..
Elle voudroit tantoft publiant tes
Victoires,
Faire honte aux Héros que vantcnt
les Histoires,
Et malgré leurs grands noms qui
nous ont éblouis,
Fare voir que le tien , par tes Faits
inoüis,
Rendant toute la Terre &ſurpriſe
& charmée,
Des plus grands Conquérans ternit
la renommée.
Tantoft elle voudroit, dépeignant:
tes Combats,
Marquer par de beaux traits laforce
de ton Bras,
Etfuivant avecfoin fon invincible
Prince,
De Citez en Citez, de Province en
Province,
GALANT. m
Décrire tous les Lieux par ta valeuracquis,
En auffi peu de temps que tu les a
conquis.
Quelquefois elle veut faire voir tout:
de fuite
Mille effets furprenans de tafage
conduite;
L'Heréfie aux abois , fes Temples:
abatus,
La Justice en vigueur,fes Decrets
abfolus,
Les Duels abolis, les Querelles
bannies,
Le Commerce affuré, les Ufures
punies;
Ainfi par tant d'objets qui s'offrent
à la fois,
Ma Mufe embaraffée àpeine àfaire
un choix.
Cefoinferoit facile à ces Efprits.
Sublimes,
t
12 MERCVRE
}
Dont unftile pompeux foutient les
nobles Rimes;
Mais s'ils méritentfeuls le gloricux
employ
De chanterles Vertus d'un Héros
tel que Toy,
Tupeux, fansfaire tort à a gloire
éclatante,
Souffrir qu'à leur exemple un moindre
Autheur le tente;
S'il nepeut te donner que defoibles
Concerts,
Il tefait voirdu moinsfon zele dans
fes Vers.
Dans le fein de la Mer tes plus
grandes Rivieres
Nefont pasfeulement roulerleurs
ondes fieres.
Ne voit- on pas auffi les plus perits
Ruifeaux
Yporter hardiment leurs innocentes)
eaux?
GALANT. 13
Ne t'étonne doncpasfi malgréfa
jeuneffe
Ma Mufe avec ardeur s'encourage
- & s'empreffe
A chanter à fon tour tesfurprenans
Exploits.
Si tu pouvois fouffrir cet effay de
1.
favoix
,
Elle auroit deformaispour fa plus
grande affaire,
Lefoin de te louer, & celuy de te
plaire.
Le Sonnet qui fuit a eſté
fait fur ce que le Roy s'eft
bien voulu condamner Soymefme
en faveur de fes Sujets
, dans l'Affaire des Maifons
bafties fur les Fonds
alienez de fon Domaine.
14 MERCVRE
Cette Action eft fi belle, que
je ferois peu furpris quand
on m'envoyeroit toute l'année
des Ouvrages fur ce
fujet. Il faut du temps à la
Renommée pour aller la publier
jufqu'au bout du Monde
, & je croiray toûjours
vous faire plaifir, en vous apprenant
les fentimens d'admiration
qu'elle aura fait
naiftre dans les Païs éloignez
. C'eft de là que j'ay
reçeu ce Sonnet.
GALANT. 15
P
Arfa haute valeur effacer les
Céfars,
Remplir d'étonnement le Ciel, la
Terre , & l'onde,
Porter partout l'effroy, forcer mille
Rempars,
C'eſt eftrejustement leplus grand
Roy du Monde.
es
Faire regner Themisfous l'Empire
de Mars,
Faire éclater par tout ſa ſageſſe
profonde,
En tous lieux avecfoin établir les
beaux Arts,
Quifont de tous les biens unefourse
féconde;
$2
Balancer àfon gréle Sort de PVnivers,
16- MERCVRE
Scavoir donner la Paix à cent Peuples
divers,
C'eft cftre couronné d'an mèrite
Supreme.
S &
Mais LOV IS va plus loin contre
fes intérests,
Une Sainte Equité prononce des
Arrefts,
Et le Maiftre des Loix fe condamne
~ Soy- mefme.
Jefçay que vous avez veù
fix Vers Latins que l'on a
trouvez fort beaux, fur cette
mefme matiere . Ce font
ceux qui commencent par
Regem inter Po ulumque, c .
Je vous en envoye la TraGALANT.
17
duction dont vous ferez part
à vos Amies .
LE'
E Roy contre fon Peuple avoit
ungrand Procés ,
Les fuges partagez balançoient le
fuccés,
Ettenoient tout Paris das une crainte
દ extréme ,
Quandce Roygenéreux renonçant
àfes droits,
Prononce,fe condamne, & fe montre
à la fois
Le Pere defon Peuple, & le Roy de
Soy- mefme.
M' Garnier, Doyen du
College des Medecins de
Lyon eftant mort , depuis
peu de temps , M Spon,
Avril 1681.
r
B
18 MERCVRE
Homme de fçavoir & de mé
rite devoit remplir cette Place,
ſelon l'ordre du Tableau;
mais comme il eft de la Religion
Prétendue
Réformée,
& que les Edits de Sa Majefté
privent ceux qui en
font profeffion
, de tous les
honneurs
de leurs Compagnie
, les Docteurs & Profeffeurs
en Medecine
aggrégez
à ce College , fe font
affemblez
pour la donner à
un Catholique
, & de l'avis
& autorité de M' l'Archevefque
de Lyon , & de M'
Intendant
, ce choix eſt
P
GALANT. 19
3
tombé fur M' Falconet , ancien
Echevin de la Ville, qui
eftoit le plus proche à fucceder.
M'Panthot, Docteur
Medecin , & l'ancien Procureur
Syndic du College,
fit l'ouverture de la Propofition
parun Difcours qui con--
tenoit les éloges deûs à la
mémoire de M' Garnier. Ill
fit connoiſtre qu'il avoit foûtenu
la qualité de Doyen
avec tant d'honneur, que
l'on ne pouvoit douter qu'il
n'en euſt toûjours efté plus
digne par fon mérite parti
lier , que par le privilege de
Bij
20 MERCVRE
fon grand âge. Il s'étendit
enfuite fur les marques d'affection
qu'il avoit données
au College, dans les derniers
momens de fa vie , par un
Legs confidérable qu'il avoit
laiffé à la Compagnie.Il ajoûta
que fi quelque chofe eftoit
capable de les confoler d'une
perte fi fâcheufe , c'eftoit la
feule fatisfaction de voir
bientoft remplir cette Place
par un digne Succeffeur, qui
leur fiſt trouver les glorieux
avantages qu'ils avoient reçeus
de ce grand Homme ,
& fur tout celuy d'avoir
GALANT. 21
efté préfidez par l'un des
plus Sçavans Medecins de
France.
Il prit de là occafion de
louer les deffeins du Roy,
qui fe faiſant admirer dans
toutes fes Actions , ne s'applique
jamais avec plus d'ardeur,
que quand il s'agit de
faire éclater fa pieté & fon
zele pour les interefts de la
Religion Catholique , qu'ils
en reffentoient
de jour en
jour de tres - utiles effets,
dont celuy de n'eftre point
préfidez par un Religionnaire
, n'eftoit pas le moin,
22 MERCVRE
dre. Il fit voir enfuite que
dans l'ordre du Tableau , M'
Falconet devoit de juftice.
eftre leur Doyen; qu'il eftoit
l'un des plus renommez , &
des plus fameux Medecins du
Royaume ; & que files beaux
talens qu'il poffede , & les
grands emplois où il a efté
fouvent appellé le rendoient
confidérable , fes longues
expériences , & les fçavantes
lumieres qu'il avoit acquifes
dans la Medecine , ne donnoient
pas moins d'éclat à fa
réputation . Il parla des Charges
publiques , dont il s'eſt
GALANT 23
fi dignement acquité dans
le Confulat de Lyon , & en
d'autres lieux ; & apres cette
peinture de fon mérite ; il finit
en difant que M' l'Archevefque
, Lieutenant de Roy
de la Province, qui leur avoit
fait l'honneur de régler l'affaire
, l'avoit chargé de leur
déclarer que l'intention de
Sa Majefté, eftoit qu'il fuſt à
l'avenir Doyen du College,
& qu'en cette qualité on luy
rendift les honneurs qu'il
méritoit.
Tous les Docteurs ayant
opiné en fa faveur, fignerent
24 MERCVRE
l'Acte qui luy eftoit neceffaire
, pour remplir la Place
que M' Garnier venoit de
laiffer vacante
.
Il faut vous apprendre
d'autres foins que Sa Ma-'
jeſté a pris pour l'avantage
de la Medecine. Il s'y commettoit
quantité d'abus, par
la trop grande facilité que
l'on avoit à recevoir des
Docteurs . Pour remedier à
ce defordre , Elle a étably
des Colleges dans les plus
confidérables
Villes de fon
Royaume , & leur a accordé
des Statuts & des Privileges,
f qui
GALANT 25
qui leur donnent droit , par
ticulierement à Lyon , d'envoyer
pratiquer pendant
quatre ans dans les petites
Villes ou Bourgs , ceux qui
demandent à eſtre aggrégez
à ces Colleges. S'ils le veulent
eftre,ilfaut qu'ils rapor
tent apres ce temps, des Certificats
des Juges & des Confuls
des lieux où ils ont paffé
ces quatre années . C'eſt un
fûr moyen pour prévenir la
furpriſe de ceux qui envoyét
des Perfonnes inconnues
prendre des Lettres de Do
ateur fous leur nom ,pour dé
Avril 1681. C
26 MERCVRE
couvrir la troperie de certai
nes Gens qui en expofent de
fauffes , & pour empefcher
l'établiffement des Charla,
tans , des Coureurs , & des
Gens à grand ſecret ; ce qui
eft unfecours tres important
pour la feûreté publique.
Ceux que les Colleges ont
envoyé exercer la Medecine
pendant le temps que je
viens de vous marquer, font
apres cela deux Actes publics.
Le premier eft de
Théorie ; & le fecond , de
Pratique. Ils font févere
ment éprouvez dans l'un &
GALANT. 27
dans l'autre. Le College eftant
aſſemblé à huys ouverts
pour celuy de Théorie,
en préſence des Magiftrats
& des Confuls , le premier
Syndic prend un Livre des
Aphorifmes, écrits à la main
fans aucun ordre, & le pré
ſente au Lieutenant General
qui le pique. Auffitoft le
Poftulant eft obligé de faire
un Difcours fur l'Aphorifme
piqué, qui faffe connoiſtre
fa capacité, & qui mérite les
fuffrages du College ; autrement
il eft renvoyé pour
faire un autre Acte. S'iln'eft
·
C ij
28 MERCVRE
pas Docteur de Paris ou de
Montpellier
, on arguments
fur la matiere qui luy eft
écheuë; & s'il eft admis , trois
mois apres il fait l'Acte de
Pratique , devant la meſme
Affemblée. On préſente de
nouveau au Lieutenant General
un Livre écrit à la
main , où font feulement les
noms des Maladies au nóbre
de trois cens . Ces noms font
auffi mélezfans aucun ordre;
& celuy qui eft piqué, détermine
la matiere du Difcours
que doit faire le Docteur,
pour eftre jugé capable de
GALANT. 29
fervir utilement le public.
On enferme ces deux Livres
dans un Cofre à trois Ser
rures , dont le Doyen & les
deux Syndics gardent chacun
une Clef. J'aurois beaucoup
à vous dire à l'avantage
du College de Lyon , qui
s'eft rendu jufqu'icy l'un des.
plus celebres de l'Europe
par les grands Hommes
qu'on y a veûs de tout
temps , & par ceux qui le
compofent encor aujour
Thuy.
Je paffe à d'autres matieres
qui doivent eftre plus
C iij
30 MERCVRE
:
de voſtre gouft. Vous fou
haitiez un plaifir que vous
pouvez vous promettre , fi
la Belle qui nous donna il y
a deux Mois l'Hiftoire de fes
Conqueftes , a un peu de
complaifance pour une aimable
Inconnuë , qu'on ne
peut douter qui n'en mérite
beaucoup. Il manquoit à
cette Hiſtoire pour fatisfaire
entierement voftre curiofité
, qu'elle nous apprift ce
qui l'avoit obligée à rompre
avec celuy de tous fesAmans.
qui avoit le plus d'efprit , &
c'est ce qu'on luy demande
GALANT. 30
S
par cette Lettre , qu'on n'a
pû luy adreffer que par moy.
/: 5252525222525225
POUR CELLE QUI A SI
galamment écrit l'Hiſtoire
de fes. Conqueftes.
J
E trouve entre vous & moy
un ſi grand raport en beaucoup
de chofes, foit pour la conformité
de nourriture , en ce
qu'on vouloit que nous fuffions
toutes deux fort fimples & fort
innocentes , foit pour le teint &
Les yeux qu'il me semble que
nous avons affez femblables,
Cij
32 MERCVRE
qu'une fi heureuſe reſemblance
me donne non-feulement de l'inclination
pour vous, mais encor
un fort panchant à m'intéreſſer
dans les Avantures de ceux que
vous aimez. Ne foyez donc
pas ſurpriſe , fi je vous prie de
nous apprendre plus préciſement
que vous n'avezfait , comment
pú ceffer cet agreable commerce
que vous avez eu avec
celuy qui vous fit le premier appercevoir
de voſtre mérite . Ilſe
rencontre encor pour une
une pluspar
faite reffemblance de vous & de
moy, que lefeulHomme quej'aye
jamais aimé luy reffemble toutGALANT.
33
à -fait. Ce font les meſmes manieres
& le mefme esprit. La
feule diférence que je trouve
entre nous deux , c'est que je ne
veuxjamais aimer que luy, &
qu'il ne sçauroit aimer que moy
du moins tant que dureront ces.
traits & ce teint , ces lys &ces
rofes, dont il eftfi enchanté, qu'il
ne trouve plus rien de beau par
tout ailleurs. C'estainsi que nous
nousparlons cofidemment. Mais
peut- on s'affurer fi bien les uns
des autres dans les plus tendres.
amitiez , qu'on n'ait beaupas
coup à craindre de la jalouſie ?
Si nous pouvons nous mettre
à
34 MERCVRE
que
couvert de ce coſté-là , noffre
amour ne durera pas moins
noftre vie.. Mais de quelle forte
a pú finir une intelligence aufft
la voſtre ? Je nefuis
belle
que
pas
la
feule
que
cet
evenement
inquiete
, &
à
qui
il
donne
envie
de
fçavoir
ce
qu'est
devenu
un
fi
honnefte
Homme
.
De
la
maniere
dont
vous
nous
le
dépeignez
,
ma
Mere
croit
l'avoir
ven
quelquefois
chez
elle
,
&
m'en
a
dit
des
merveilles
.
Elle
m'aſſure
que
fi
je
vous
pourvois
engager
à
nous
faire
part
de
quelques
-unes
des
couverfations
que
vous
avez
euës
enſemble
,
GALANT. 35
eferoit un Ouvrage auffirare
que charmant. Voudriez- vous
réferver de fi jolies chofes pour
vous feule, & pouvez- vous
tirer un plus grand ufage de ce
prétieux trésor, que d'acquerir
beaucoup de gloire en nous le
communiquant ? Vous obligeriez
tres -fenfiblementpar là ceux qui
n'aiment rien fi fort que ce qui
s'appelle le bon esprit , & les
chofes naturelles délicates.
Vous le pourriez mefme fans
qu'il vous en couftaft beaucoup .
caronfentbien que vous n'avez
pas moins de facilité que
grément à écrire. Quand j'auray
d'a36
MERCVRE
appris à m'expliquer mieux ,peuteftre
vous rendray -je la pareille
du plaifir que je vous demande
prefentement ; mais outre que je
n'en fçay pas encor affez pour
me hazarder à une Hiftoire galante
, il n'y a pas bien longtemps
que j'ay commencé à aimer.
Comme nous devons dans
peu de jours faire un voyage
"Paris, j'y pratiqueray peut- eftre.
des Espions affez éclairez pour
découvrir où je pourray vous
trouver, vous faire voir une
Perfonne qui se tient tres-glorieuſe
d'avoir avec vous quelque
raport de beauté d'avantures .
GALANT. 37
Fe fuis voftre tres-humble
tres-obeiffante Servante,
En attendant la Réponſe
que je veux croire qu'on
fera à cette Lettre , je vous
envoye une Fable , dont les
Médifans tireront beaucoup
de fruit , s'ils en examinent
la moralité. Elle eft de l'Anonime
d'Alais , qui leur
découvre les maux que produit
leur langue, en leur apprenant
que la réputation
perduë ne fçauroit le recouvrer.
H
38 MERCVRE
25525252.55222525
L
FABLE
E Feu , la Renommée , &
Londe,
Reſolurent unjour d'aller courir le
Monde.
Fenefçay point quel eftoit le fujer
D'unfemblable projet,
Si c'eftoit l'intereft, le caprice , ou
la gloire,
L'on n'en dit rien dans leur Hif
toire,
Je n'en parleray point auſſi.
Seulement veux -je dire icy
Que l'Onde avec le Feu, quoy quefi
fort contraires,
Chercherent de concert les moyens
neceffaires
GALANT. 39
f
Pourfe retrouver aisément,
En cas de quelque égarement;
Et mefme, qui plus eft , contre toute
apparence
Dés lapremiere conférence,
Ilstomberent d'accord que chacun à
fon tour
Donneroit un fignal pour marquer
SonSejour.
L'Eau donna donc le fien, & dit, Si
je m'égare,
Ou qu'un autre accident en chemin
nous fépare,
Vous n'aurez qu'à vous rendre
où vous verrez desJoncs,
J'y feray fans faillir, ou bien aux
environs .
Quant au mien, dit le Feu, ce
fera la Fumée.
Pour moy, leurdit la Renommée,
Je ne donneray pas le mien,
40 MERCVRE
Mais fongez à me tenir bien,
Car déslors qu'une fois j'échape,
Jamais plus on ne me ratrape.
25
Toy qui te plais à déchirer,
Et dont la médifance eft par tout
répanduë,
Tremble d'un mal qu'en vain ta
voudras reparer;
La réputation perduë
Nepeutjamaisfe recouvrer.
Je ne vous parle jamais de
Nouvelles Etrangeres, fi des
circonstances remarquables
ne les accompagnent. Vous
en trouverez d'affez curieufes
dans ce que j'ay à vous
GALANT. 41
dire de l'Entreveuë de l'Em
pereur , & de M' l'Electeur
de Baviere. Les occafions.
de ces fortes d'Entreveuës
arrivent fr rarement , que
peu de Gens font inftruits
des Cerémonies qui s'y
obfervent. Un Voyage que
la pieté de l'Empereur.
luy a fait faire à Noftre-
Dame d'Oetting , a efté
cauſe de celle - cy. Il y arriva
le Vendredy 7. de Mars fur
les fix heures du foir , & M
l'Electeur de Baviere fe ren
dit dans le mefme temps à
un petit Chafteau qui n'en
Avril 1681. D
42 MERCVRE
eft éloigné que d'une lieuë,
avec M' le Duc Maximilien
fon Oncle , & Madame la
Ducheffe Maximilien fa
Femme. Le lendemain à
onze heures du matin , ils
vinrent à Oettingen ; & fur
les trois heures apres midy,
M l'Electeur envoya fon
Grand Chambellan à l'Empereur
, pour luy donner
part de fon arrivée , & demander
à quelle heure
il luy plairoit de le voir.
Le Grand Chambellan demeura
affez long - temps
chez l'Empereur , pendant
GALANT 43
2
quoy , Mile Comte de Valeftein,
Gentilhomme
de Sa
Chambre, vint complimen
ter M' l'Electeur
de la part
de Sa Majefté Impériale. A
5 peine fut-ilforty de fa Cham
bre , que M' le Comte Bar
y entra, & luy fit un autre
Compliment
au nom de
l'Impératrice
. Ce Comte a
la qualité d'Intendant
des
Poftes dans les Païs Here.
ditaires
. L'heure ayant eſté
donnée au Grand Chambellan
entre quatre & cinq,
pour l'Audience
de M ' l'EL
lecteur , ce Prince monta
Dij
44 MERCVRE
dans un Carroffe fort doré,
& tiré à fix Chevaux
, quoy
qu'il n'y euft que cent pas
jufqu'à la Maiſon où eftoit
logé l'Empereur. Toute fa
Cour marchoit à pied devant
fon Carroffe , à la defcente
duquel il fut reçeu
par M le Comte de Ditrichftein,
Grand Chambellan
de l'Empereur. M' le Comte
Lambert fon Grand - Maiftre
auroit remply cette fonction
, ou du moins il l'auroit
dû faire, fuivant les anciennes
coûtumes , mais il
eftoit demeuré malade à
GALANT. 45
Lints. L'Empereur vint recevoir
M' l'Electeur hors la
Porte d'un petit Paffage,
d'où ils entrerent dans l'Antichambre.
Ce fut là que
l'Audience luy fut donnée !
Elle dura un quart- d'heure;
apres quoy M'l'Electeur fut
reconduit de la mefme forte
qu'il avoit efté reçeu . Au
fortir de là, il fe rendit chez
l'Impératrice , qui le reçeut
à la Porte de fa Chambre.
Ce Prince eftant revenu
chez l'Empereur fur les fept
heures & demie du foir, alla
avec luy à pied à la Cha
46 MERCVRE
3
pelle de N. Dame d'Oëtting
, où l'on fit quelques
prieres. M le Duc Maximilien
marchoit le premier,
M ' l'Electeur en fuite , puisl'Empereur
précedant l'Impératrice
, qui eftoit fuivie
de Madame la Ducheffe
Maximilien . Au fortir de la:
Chapelle, ils revinrent tous
chez l'Empereur, où ils fouperent.
Lors que l'Empe--
reur eut lavé les mains , M
l'Electeur luy préſenta la
Serviete. Elle fut donnée à
l'Impératrice par M le Duc
Maximilien. Leurs Majeſtez
GALANT. 47
Impériales fe mirent à table,
& quand leurs Servietes furent
déployées , l'Empereur
fit figne de la main à M' l'Electeur
de prendre fa place..
Il s'affit au bout de la Table:
du cofté de l'Empereur , &
eut un Fauteuil ainfi que
luy. En fuite l'Empereur
ayant fait le mefme figne à
M' le Duc Maximilien , il
prit place à l'autre bout de la
Table , vis - à- vis M' l'Electeur.
L'Impératrice fit
auffi affcoir Madame la Ducheffe
Maximilien aupres
du Duc fon Mary , mais ils
48 MERCVRE
n'eurent l'un & l'autre que
des Sieges à dos, & fans bras.
L'Empereur, & les deux Princes
, furent fans Chapeau
pendant le Soupé. Mªl'Efecteur
fe leva pour boire la
Santé de l'Empereur , & la
bût debout ; & quand l'Empereur
bût fa Santé, cePrince
fe leva encore, & ſe tint auffi
debout pendát tout le temps
que l'Empereur bût. Le
Fruit ayant efté apporté,
M' & Madame la Ducheffe
Maximilien fortirent de table,
& allérent fe placer derriere
les, Chaiſes de Leurs
Majeſtez
GALANT. 49
Majeftez Impériales . Un
peu avant que l'on deſſervift
, M' l'Electeur de leva
auffi de table , & ayant pris
une Serviete des mains d'une
Dame , il alla ſe mettre
debout à cofté de l'Empereur.
Apres qu'on eut défervy
, il luy donna la Serviete
, dont l'Empereur effuya
fes mains. M' le Duc
Maximilien la préſenta à
l'Impératrice ; & la meſme
Dame qui avoit donné à laver
à l'Empereur , donna
auffi à laver aux Princes & à
la Ducheffe. Ils dînerent &
Avril 1681. E
TO MERCVRE
mifoûperent
encor le lende
main qui eftoit Dimanche
,
avec l'Empereur
, & l'Impératrice.
Ce mefme jour ſur
les quatre heures apres
dy , l'Empereur
précedé
de
toute fa Cour à pied , fortiſt
de chez luy dans un Carroffe
à fix Chevaux
, & vifita
M' l'Electeur
. Ce Prince le
vint recevoir
à la Portiere
de
fon Carroffe
, & marcha
devant
luy depuis la Porte de
la Rue jufqu'à
celle de fa
Chambre
, où il demeura
jufqu'à
ce que l'Empereur
eftant entré , luy fit figne y
GALANT. 51
1
trer ,
de le fuivre. Avant que d'enil
fit une tres-profonde
reverence; & quand l'Empe
reur fortit, il marcha encor
devant luy, & le remena juf
qu'à la Portiere de fon Car
roffe. Les principaux Seigeurs
de fa Cour le vifiterent
en fuite; & entr'autres M' le
Comte d'Harrac , Grand-
Ecuyer , M' le Comte de
Mansfeldt , Frere aîné de
celuy qui eft en France ; M -
les Comtes de Petting , d'Ifemberg
, de Luinbourg, de
Liram , de Noftis , & M
Abele.
E ij
52 MERCVRE
Le Lundy matin fur les
neufheures , M l'Electeur
fe rendit chez l'Empereur
,
qui luy fit préfent d'une
Epée garnie de Diamans, de
la valeur de trois mille écus.
Il donna auffi un Diamant à
M' le Duc Maximilien ; &
Impératrice , deux Braſſelets
à Madame la Ducheffe
fa Femme
. Ils
accompagnerent
Leurs Majeſtez Impériales
à la Meffe , apres la
quelle Elles monterent dans
un petit Carroffe pour s'en
r tourner à Lints . M' l'Electeur
qui les vit partir, vint
GALANT. 53
coucher à Hag ce mefme
jour , & arriva le lendemain
à Munich.
•
On a eu du Port. Louis,
des nouvelles plus certaines
que les premieres qu'on
avoit reçeues du départ de
M' l'Evefque d'Héliopolis ,
qui s'embarqua pour la Chi
ne le 25. de l'autre Mois, fur
deux Vaiffeaux de la Compagnic
Royale d'Orient , commandez
par M ' du Chefnay
Gentilhomme de Normandie.
Il mene avec luy dix
Ecclefiaftiques, du nombre
defquels font deux Docteurs
E iij
54 MERCVRE
de la Maifon de Sorbonne..
M'L'Abbé de Lyonne, troi
fiéme Fils de feu M' de
Lyonne , Miniftre & Secretaire
d'Etat, les accompagne
dans ce grand Voyage..
C'eſt couronner glorieufement
cette pieté folide dont
on a veu donner tant de
preuves à ce jeune Abbé,
dans le fejour qu'il a fait pen
dant cinq ans au Séminaire
des Miffions Etrangeres
.
Rien n'eft fi commun
que les Procés. Peu de Familles
s'en trouvent exemptes.
Mais, Madame , auriez"
GALANT. 55
vous crû qu'ils fuffent cónus
dans l'Empire de l'Amour, &
que les Amans qui plaident
entr'eux, ſe pûffent foûmettre
à obferver en plaidanc
toutes les formalitez établies
par la Chicane ? C'est pourtát
ce qui commence à fe pratiquer
, & vous l'allez voir par
le diférent qui eft furvenu
entre une fort aimable Perfonne
, & un Cavalier qui a
ofé la pourfuivre pour obtenir
le payement de quel
ques Debtes d'amour . Toutes
les Pieces du galant Procés
qu'ils ont eu enſemble,
E iiij,
·56 MERCVRE
m'eftant tombées depuis
peu entre les mains , je puis
vous en donner de feûres
nouvelles .
Il y avoit déjadeux ans que
l'Amant rendoit des foins
avec beaucoup d'affiduité . Il
avoit mis en ufage les empreffemens
, & les tranfports
les plus tendres. On y répondoit
à la verité , mais toûjours
avec des ménagemens
qui diminuoient un peu de
fa joye . On luy laiſſoit deviner
plus qu'on ne vouloit
-luy dire ; & fi par hazard il
faifoit paroiftre qu'il deviGALANT.
57
1
S
is
es
ie
ทร
1-1
ts
n
J.
15
noit trop à ſon avantage, on
fçavoit par quels moyens
rabatre fa vanité. Ce n'eft
pas qu'en cent manieres diférentes
on ne luy diſt aſſez
qu'on l'aimoit , mais on ne
luy difoit point je vous aime,
& c'eftoit la feule chofe qui
manquaft à ſon bonheur.
Un jour qu'il fe plaignoit du
refus qu'on luy faifoit de ce
mot , & qu'il foûtenoit à ſa
Maîtreffe que deux années
de fervice méritoient & fon
amour , & l'aveu mefme de
fon amour, que fa longue réfiſtance
eftoit fans exemple,
58 MERCVRE
& qu'il n'y avoit perfonne,
qui, s'il eftoit Juge de cette af
faire, ne la
códamnaft apayer
Fextréme tendreffe qu'il
avoit pour elle, il arriva affez
plaifamment qu'ils convinrent
d'un Arbitre pour vuider
la Queſtion . C'eftoit un
des Amis de l'Amant, qui ne
: Feftoit pas moins de la Belle,
& qu'ils avoient choify l'un
& l'autre pour le Confident
de leur
commerce . Il fut
arrefté entr'eux qu'ils plaidroient
devant luy , & qu'il
auroit le pouvoir de décider
fouverainement.
Quelques
GALANT. 59
e,
af
Cr
'il
ez
n-
11.
un
ne
Je,
nt
t
i
il
er
jours apres la Belle eftant
dans fon Cabinet , elle y vit
entrer un petit Laquais de
fon Amant , mais fans Livrées
, ayant un petit Habit
noir à Manteau
, fort propre,
& forr ajusté , une Écritoire
pendue à fa ceinture , &
une Plume fur fon oreille . Il
luy futaifé de le reconnoiſtre
pour un Sergent. En effet,
pour remplir les fonctions
de la Charge qu'il paroiffoit
exercer , il donna cette Affi
gnation à la Belle..
60 MERCVRE
EXPLOIT DE DAMON
A CLIMENE .
A
Amant fans fraude &
La requeſte de Damon,
de bonne foy , affignation a esté
donnée ce 26. Decembre 1680. à
Climene , en parlant à fa Perfonne
, à comparoiftre dans trois.
jours pardevant l' Amour, ou Licidas
fon Lieutenant Particulier,
pourfe voir condamner àpayer
audit Damon deux années de
Tendreffe qu'elle luy doit , avec
tous les interefts , dommages &
dépens , qui confiftent en partie
GALANT. 61
en ce
que I dit Damon auroit
gagnécinq ou fix Cooeurs pour le
moins, pendant le temps qu'il s'eft
attaché à ladite Climene feule;
partant elle fera condamnée à
l'aimer ellefeule autant que cinq
oufix autres auroient pú l'aimer;
fe fonde ledit Damon dansfa
Demande furplufieurs
Pieces &
Titres , dont quelques
-uns ont
pres de deux ans , Titres auffianciens
qu'on puiffe en produire en
fait d'amour ; & on a joint icy
des Extraits
des principaux
, qui
font des Reconnoiffances
de la
Debte
que
ladite Climene a
faites elle-mefme.
62 MERCVRE
Extrait de la feconde Lettre
écrite parelle au Demandeur, en
datte du mois de May de l'an
1679. par laquelle elle dit ; La
Tendreffe eft un Païs dont
je n'ay pas encor fait la moitié
du chemin . Or depuis ce
temps elle a eu le loifir de l'a
chever.
Extrait d'une autre Lettre.
Je vous fourniray quelques
douceurs , pour vous aider à
nourrir l'amour que je vous
ay donné. Or attefte ledit Damon
n'avoir jamais reçeu leſdites
douceurs.
Extrait d'un Quatrain de
GALANT. 63
·Climene , quifinit par ces deux
Vers .
Dés le moment que j'auray le
coeur tendre,
Je ne veux m'en fervir, Damon,
qu'à vous aimer.
Paroù il eft clairqu'elle donne
à Damon une Hipoteque fpécialefur
fon coeur, & qu'il doit
eftrepayé privilégiément à tous
autres Creanciers.
Extrait d'une autre Lettre.
Je vous promets de n'eftre
point ingrate. Si vous m'aimez
longtemps , je fçay à
quoy cela m'oblige . Je mefureray
ma tendreffe à voſtre
conftance
64 MERCVRE
On omet plufieurs Extraits de
converfations, voire des Extraits
d'oeillades, parce qu'il ne feroit
pas fi aife de les juftifier que
Sufdits.
les
La Belle trouva l'Affignation
conçeuë dans les formes
, & la Demande fort raifonnable
, & tres - bien fondée.
Je ne vous puis dire fi
dans le fond de fon ame elle
en fuft contente ou non . Je
fçay feulement qu'elle fit un
effort de fon efprit , auquel
eftre fon coeur réfiftoit,
peutpour
fe défendre de ce qu'on
luy demandoit fi legitimeGALANT.
65
ment. Voicy ce qu'elle envoya
à Damon.
DEFENSES DE CLIMENE .
C
Limene Defendereffe , ne
difconvient point qu'elle
ne doive à Damon Demandeur,
un ou deux ans de tendreſſe ; mais
comme le temps du payement ou
racquit de cette tendreffe n'a point
efté limité par luy ,ladite Climene
en payant bien & deuëment
l'intereft , nepeut eftre condamnée
à rendre le fond, que lors
qu'elle le trouvera à propos , e
que l'état defon coeur le luy permettra.
Or prouvera ladite Cli
Avril 1681. F
I][
66 MERCVRE
mene par bons Ecrits enforme,
quifont entre les mains de Damon,
avoirpayé lesdits interefts
par Douceurs disperfees par- cy
par-là dansfes Lettres , & partantfera
condamné ledit Damon
à repréſenter en Justice lesdites
Ecritures, afin d'eftre examinées.
Avant que de répondre aux
Pieces que le Demandeur a produites,
ladite Climene voudroit
bien fçavoir, pourquoy Damon
veut eftre payéfi promptement,
veu qu'il dit luy-mefme n'avoir
befoin de cette Tendreffe qu'il demande
pour faire fubfifter la
fienne ; ce que ladite Climene
GALANT. 67:
..
fera voir par trois ou quatre ·
Lettres écrites de la main de Da
mon dont elle eft nantie , &
qu'elle offre de montrer toutesfois
quantes. Eft-elle moins aimable
qu'elle n'eftoit , & ne·
peut-on plus l'aimerpourleplaifir
de l'aimer feulement , ainfi
que Damon atoujoursfaitparle
paffe ? Ou s'il eft vray que fa
Tendreffe fubfifte bienfans celle
de Climene , il ne veut donc que
luy faire avouer de temps en
temps qu'elle luy eft redevable, ·
tirer d'elle quelque petitefoumiffion
; ce qu'elle eſt preſte de
faire quand il voudra.
Fij
68 MERCVRE
elle
Mais pourrépondre par ordre
à tous les Articles dont Damon
demande compte à Climene ,
dit d'abord qu'elle avança beaucoup
dans le chemin de Tendreſſe,
parce qu'elle le trouvoit fort
deux, & qu'allant toûjours du
mefme pas , elle arriva en fort
peu de temps jufqu'à Estime qui
en eftfortproche; mais que depuis
elle a veu des périls fi evidens à
ce petit paffage , qu'elle n'a ofé
le franchir. Ce n'eft pas que.
Damon ne luy air fouvent remontré
qu'elle s'alarmoit mal-àbien
d'autres y
propos, & que
avoient paffe qui n'avoient pas
GALANT. 69
de fi bonnes affurances qu'elles
mais come elle a veu beaucoup de
Gens qui revenoient de ce Lieulà
tres -mal fatisfaits , elle prétend
que Damon demeure longtemps
feul dans le Païs de Tendreffe,
pourluyfaire croire qu'on
s'y trouve bien , & luy donner
envie de continuer le voyage, auquelil
il l'a engagée.
Elle jure avoirfourny au Demandeurles
Douceurs neceffaires
pour entretenir un amour auffi
"délicat qu'elle le veut, & elle
n'est pas en cela moins croyable
que luy qui atteste le contraire .
Si cependant on ne l'en croit pas
70 MERCVRE
9
furfa parole , elle fera voir un
Regeu de Damon , qui est une
Réponse à un Billet qu'il avoit
reçen d'elle , où elle l'appelloit
mon pauvre Damon , & par
ledit Billet il fe tient content,
confeffe avoir reçeu une fort
grande Douceur.
De plus, il faut qu'elle le diſe,
quoy que la chose luy foit defavantageuse.
Elle a eſtéjuſqu'à
un Helas dans une Lettre , d
apres cela , Damon ofe attefter
qu'il n'a reçen d'elle aucunes
Douceurs ! Elle demande fatisfaction
de ce qu'il a attefté à
faux, c'est au Fuge à en ufer
felonfa prudence.
GALANT. 71
L'Hipoteque spéciale que·
Damon prétend für le coeur de·
Climene , ne luy fçauroit eftre·
disputé , puis que le Quatrain
l'a dit. Qu'ilfonge feulement
la conferver, car ces fortes d'hypoteques
ont besoin qu'on yprenne
garde defort pres.
que
Cli-
Il a eu encor trop peu dé conftance
pour demander
mene y mesure fa tendreffe . Il
eft de l'intereft mefme de Ďamon
qu'on le faffe attendre quelques
années davantage.
A ces caufes , Climene conclut
à ce que Damon foit évincé
de fa Demande pour le préſent,
72 MERCVRE
fauf à elle à la luy accorder
tors que bon luy ſemblera
; en
attendant lequel temps , il fera
obligé de lafervir comme de coutume.
coû
Il fut aifé à Damon de
répondre à ces Défenſes. ,
Auffi ay- je peine à croire
que Climene prétendiſt qu'-
elles fuffent affez fortes pour
l'empefcher d'y répondre.
Dés le mefme jour il luy
envoya ce qui fuit fon
Huiffier ordinaire.
par
REPLIQUE
GALANT. 73
REPLIQUE DE DAMON
aux Défenfes de Climene .
toutes
Drones les
raisons que
Amon
prend
droit par
Climene
a alléguées
, il prétend
qu'il n'y en a aucune
qui
ne luy donne
, à luy Demandeur,
le gain defa Caufe
. Elle
dit en premier
lieu , que comme
le temps
de payer
la Tendreffe
qu'elle
luy doit n'eftpoint
limité,
pour-veu qu'elle
luy enpaye bien
deuement
l'intereft , on ne
peut la condamner
à luy en rendre
le fond. C'eft fa principale
raifon , & celle auffi qui fait
Avril 1681.
G
74 MERCVRE
plus contre elle. Elle reconnoîtpar
là qu'elle fait auDemandeur unerente
de Tendreffe . Elle a donc
reçeu de luy le fond de cette
Tendreffe. Il faut neceſſairement
qu'elle l'avoueë , & c'eſt
tout ce qu'on luy demande . Si
elle dit que ce n'est pas une
Rente ( ce que pourtant elle ne
peut dire qu'en fe defavoüant
elle-mefme) c'est donc une Debte
qu'il fautpayer toute- à-la fois,
& non par menus payemens
comme elle veut faire .
Sa feconde raifon n'est pas
plus forte. Damon , dit-elle ,
a reconnu que fa TenGALANT.
75
dreffe fubfiftera bien fans le
fecours de la mienne. Je l'avouë,
& par conséquent je ne
dois point luy demanderfa Tendreffe.
Quoy ? Est- ce qu'on ne
peut demander ce qui est dû légitimement
, à moins qu'on ne
puiffe fubfifter fans cela ? Les
Debiteursferont-ils reçeus àdire
à leurs Creanciers , Vous vous
pafferez bien de ce que nous
vous devons , nous ne vous
payerons point ? C'est là le
raifonnement de Climene . Elle
yadjoûte qu'on ne peut luy demander
tout- au-plus qu'un aveu
une reconoiffance de laDebte.
Gij
76 MERCVRE
1
La maniere de s'acquiter eftfort
jolie , & commode. Pour des
aveus & des reconnoiffances, on
vous en donnera tant que vous
voudrez . Cela ne vous ferapoint ,
épargné; mais pour aucun payement,
vous ne devez point vous
y attendre. Sij'avois dit à Climene;
Vrayement, vous eftes
affez aimable , je pourrois
bien vous aimer un jour qui
viendra ; elle me payeroit en
me donnant un aveu qu'elle pour
roit bien m'aimer auffi quelque
jour; maisje luy ay donné de bel
bon amour comptant , & je
prétens eftre payé tout de mefme.
GALANT. 77
En troifiéme lieu , elle me demande
pourquoyje la preffe tant.
Mais ne dit-elle pas elle - mefme
que les hipoteques d'Amourfont
fort difficiles à conferver ? Ainfi
il n'est rien tel que de fe faire
payer promptement. En effet,
celles qui font obligées à cesfortes:
de Debtes , deviennent fort aifement
infoluables faute d'avoir
volonté de payer, s'entend. On
ne voit tous les jours que Belles
qui font banqueroute , & qui
plantent là leurs Creanciers ; &
cela , parce que ces Creanciers
n'ont pas hafte le payement de
Leur Debte , dans le temps qu'il
G üj
.
78 MERCVRE
auroit pú eftrefait. Plus ces Debtes-
la vieilliffent, moins elles
font affurées , & on a toûjours
remarqué que les plus nouvelles.
font celles quife payent le mieux.
Sije n'avois l'oeil à mes affaires,
comme la Debte court toûjours,
Climene fe laifferoit accabler de
vieux du. Et qu'elle ne dife
point que c'eft luy faire une of
de la prefferfi fort de
que
fence que
payer, comme
fi elle eftoit moins
aimable
qu'elle
n'eftoit
lors
je l'aimois
gratis. Qu'elle
fçache
au contraire, que c'est parce
qu'elle
eft plus aimable
que jamais,
que je ne veuxplus l'aimer
gratis.
GALANT. 79
Quatrièmement, ce qu'elle
dit qu'on devroit me condamner
à demeurer longtemps feul dans
le Pais de Tendreffe , eft contre
elle-mefme . F'y ay efté deux ans
feul. Ilfautfaire estimer par
Expertsfi ce n'eft pas là un temps
compétent & raiſonnable .Je dis
des
encorplus. C'estbien tout ce que
peuvent faire la plûpart des
Amans, que d'eftre deux ans,
mefme en compagnie , dans ledit
Pais de Tendreffe.
Cinquièmement, les douceurs
•que Climene dit m'avoir fournies
, marquent affez combien je
fuis mal payé d'elle , puis qu'il
G iiij
80 MERCVRE
eft constant dans le Procés, par
les dates des deux payemens qu’—
elle prétend m'avoir faits, qu'il
y a plus de huit mois entre mon
pauvre Damon , & l'Helas.
Ainfi il est juste que je ne me·
contente plus de ces mefmespayjemens
qui font fi legers en euxmefmes
, &fi éloignez les uns
des autres, & que je demande un
payement total, duquel elle n'a
aucune raifon defe défendre .
Sixiemement, quand elle dit
que deux années de conftance.
font encor troppeu de chofe, pour
y mesurerfå tendreffe , je luy
demande fi ellefefent un figrand
GALANT 8
02
ar fond de tendreffe , qu'elle ne fa
- puiffe mesurer qu'à des vingt an
nées deconftance. Mais.toûjours,
qu'elle me donne de la tendreſſe
Jas pourle prix de mes deux années;
ce quifera encor estimé par Experts.
Elle nepeutfe défendre de
cela, & c'eftàquoy je conclus .
me
j
น
nce
W
པོ །
na
La Belle fut aifément con
vaincue qu'elle avoit affaire
à forte Partie. Auffi ne repliqua
-t-elle rien. SonAmant
& elle envoyerent chacun
feur Sac chez leur Juge. C'êtoient
des Sacs faits de la maniere
que le demandoit la
nature du Procés . Ils eftoient:
82 MERCVRE
d'une Etofe à fond d'argent,
avec beaucoup de Rubans
& de Points de France . Les
deux Parties ne
manquerent
pas de donner des Placets à
leur Juge. Voicy celuy de
la Belle .
PLACET DE CLIMENE.
J
P.
Laife au Juge d'Amour avoir
recommandé
Le droitd'unjeune Coeur, qu'on chicane,
& qu'on prefe
De payer fur le champdes fommes
deTendreffe
Dont ilferoit incommode.
Celuy de l'Amant eftoit
conçeu en ces termes.
GALANT. 83
PLACET DE DAMON.
P. Laifeaufuge d'Amour avoir
Le droit d'un pauvre Amant de conftance
exemplaire,
A qui depuis deux ans on retientfon
falaire,
Sans qu'il l'ait encor demandé.
Toutes les formalitez ayant
efté ainfi obſervées , enfin il
intervint Jugement
.
V
ARREST .
Eu par Nous Licidas,
Licentié és Loix de l'Amour,
Confeiller en fa Cour &
en fes Confeils les plus Privez,
84 MERCVRE
Lieutenant d'iceluy en cette
Partie , Le Procés meu & intenté
pardevant Nous , entre
Damon foy- difant Amant de
Climene, & Climenefoy- difant
aimée de Damon ; L'Exploit du
26. Decembre 1680. par lequel
ledit Damon conclut à ce que
ladite Climene ait pour luy la
valeur de fix Amours , attendu
durant le temps qu'il ne s'eft
attaché qu'à elle, il auroit púfe
faire aimer de fix autres ; Les
Défenfes de Climene ; Les Repliques
de Damon ; Les Lettres
defdits Damon & Climene';
Le tout veu & confideré : Nous,
que
GALANT. 85
par Jugement définitif, e en
1- dernier reffort , avons condamné
condamnons ladite Climene
á payer prefentement comptant
audit Damon la moitié des fix
Amours par luy demandez , laquelle
moitiéfera payée par un
feul Amourqui en vaudra trois,
Les trois autres refervez in petto
de ladite Climene, defquels elle
fera l'intereft au denier de l'Amour;
au payement defquels
Amours & interefts , elle fera
contrainte par toutes voyes deuës
& raisonnables,mefme parfaifie
defon Coeur, duquel nous avons
permis à Damon de fe nantir,
86 MERCVRE
fi fait n'a efté; & fera noftre
prefent Fugement & Ordonnance
executéefuivantfa forme
&teneur, nonobftant oppofitions
quelconques,defquellesfi aucunes
interviennent, nous noussommes
refervé la connoiffance, & icelle
avons interdite atous autresfuges.
Fait & ordonné ce 2.
vier 1681.
Fan-
Climene ne
manqua pas
de fe plaindre
. Elle cria à
l'injuſtice. Elle voulut prendre.
fon Juge à partie , mais
enfin
c'eftoit
un Arreft
donné. Que pouvoit - elle
faire ? Elle
paya.
GALANT. 87
2
-
lors
J'avois déja demandé l'Article
du Sapate de Savoye,
que vous m'avez écrit
que j'oubliois à vous l'envoyer.
Comme la choſe ſe
fait tous les ans au mois de
- Decembre,vous pouvez dire
qu'il eft un peu tard de vous
en parler ; mais , Madame,
pas toûjours à pointnommé
ce quivient de loin,
& on fe fert felon les occaſions,
des
correſpondances
que l'on peut trouver. Ce
dernier Sapate a eu cela de
nouveau, qu'il n'a point efté
caché comme tous les autres
on n'a
88 MERCVRE
ont accoûtumé de l'eftre.
Son AlteffeRoyale l'a donné
à découvert. C'eftoit un Luf
tre , & quatre Plaques d'argent
d'un admirable travail.
Madame Royale en trouva
fa Chambre éclairée , lors
qu'elle revint de laComédie,
avec ces Vers fur fa Table.
Ils font de M' Girardin , dont
je vous ay déja envoyé plu
fieurs Ouvrages , tous à la
gloire de Leurs Alteffes
Royales, qu'il fert avec zele,
& d'une autre maniere qu'en
faifant des Vers.
=
GALANT. 89
S S5225552 S2SSS52.
5. A. R. à M. R.
N'E
E cherchez point icy le fecret
d'un Sapate,
Madame , mon deffeinfans ftratagéme
éclate,
Aucun Art ne le cache, &pour mieux:
le montrer,
Dujour de vingt Flambeaux je le
fais éclairer.
Diſpenſé pour ce coup de la regle
ordinaire,
Fevvous offre un hommage exempt
de tout miftere,
Un Sapatefans voile, & nouveau
dans cepoint,
Quefon fecret unique eft de n'en
avoir point.
Avril 1681.5 H
90 MERCVRE
En n'étalant icy que la verité
pure,
J'ay voulu de mon coeur vous donnerla
peinture.
De ce qu'ilfent pour vous c'est un
jufte Portraits
Il ne fait renfermer ny feinte, ny
fecrets
Il eft toûjours égal à vous montrer
fans ceffe
-Les finceres transports d'une vive.
tendreffe,
Et dans ces fentimens , trop content
de s'ouvrir,
Il met tout fon bonheur à vous les
découvrir.
Obfervez-les, Madame, &foyez
prévenuë
De leur impreffion, & de leur étenduë.
Les droits du Sang Royal, qui me ·
donna lejour,
GALANT. 91
Sontdes devoirsfacrez que connoit
mon amour,
Et de vos nobles foins l'éclatante ,
conftance
Eft l'eternelmotifde ma reconnoif-
Sance.
Maisfans ces nænds du sang,fans
vosfoins empreffez,
Tous les voeux de mon coeur vous
feroient adreffez..
Quandil ne vous devroit ny lejour
qu'il refpire,
Ny dans l'Art de régner la peine de
m'inftruire,
Ny tant d'empressemens tendres &
délicats,
Ny le pénible foin de régir mes
Etats ,
Ny l'éclat immortel d'une grande
Couronne,
L
·Ny l'Empire nouveau que vostre
main me donne,
2
92 MERCVRE
*Ny mon Paï's remply d'heureuſes .
nouveautez,
Qui luy vont attirer mille prospéritez;
Ce coeur dans fon pachant prendroit.
affez d'amorce,
Pour vous aimer toûjours avecla
mefmeforce,
Etfuivant deplein gré des mouvemens
fi doux,
Neferoit micux àfoy, quepour mieux:
fire àvous:
S'il ne vous voyoit point comme une:
Mere aimable,
Ce coeur verroit en Vous une Reyne
adorable.
Il verroit ces attraits touchans &
préticux,
Qui charment tousles coeurs ainfi
que tous les yeux,
Le Commerce étably par M. R.
avec le Portugal.
GALANT. 93
Des Royales Vertus le divin. aſſem
blage,
Les brillans de l'esprit, la grandeur.
du
courage,
Le feu d'un grand Génie à régler
fes projets
L'Amour, l'heureux Amour, quifait
d'heureux Sujets;
Il verroit. ce bel Art , cette rare
Science,
De joindre la Grandeur avec la
Complaifances
De fe communiquer par la douce:
bonté,
Sans bleffer d'un haut Rang l'au
gufte Majefté,
D'eftre aux Infortunezfecourable
& propice
,
Sans affoiblir les Loix d'une exacte
Fuftice;
• Enfin il chériroit en vous tout-à la
fois
94 MERCVRE
Les charmes d'une Reyne , & les dons
des Grands Roys .
Ainfi de tous coftez des nændsinévitables
Ont attaché mon coeur à vos Loix
adorables.
Ainfijugezpour vous quelle estfa
paffion,
Puis qu'iljoint le devoir à l'inclination.
Mais qu'inutilementje le vois en--
treprendre
D'expliquer un amourfifenfible &
fitendre!
Quefert-ilpour lepeindre icy de
s'animer?
Plusonfait le fentir, moins onfçait
l'exprimer.
Examinez- le donc, Madame,pour
y lire
"
Ceferme attachement qui nefepeut
décrire
GALANT. 95
Fous y découvrirez un zele rout
parfait,
Iln'enferme pourVous , nyfeinte,
nyfecret,
Et femblable au Préfent qu'ilfait
icyparoistre,
Ilfe montre d'abord tel qu'il veut
toujours eftre.
Rien icy de caché , rien de mifté
rieux
Ne trompe voftre esprit, & n'abuſe
vos yeux.
Ainfi n'y cherchez point le fecret
d'un Sapate,
Madame, mon deffeinfans artifice
éclate,
Ceffez de fatiguer vos regards fur
ce point,
Le fecret du Sapate eft de n'en avoir
point.
96 MERCVRE
Je vous ay déja fait part
dans une de mes Lettres
Extraordinaires , d'un Cadran
Horisontal , qui marquoit
les dernieres Campagnes
du Roy. Le Systéme
que je vous envoye aujour
d'huy eſt plus étendu . On
y voit toutes les Conqueftes.
de ce Grand Monarque depuis
qu'il eft parvenu à là
Couronne, tous les Combats
tant de terre que de mer,,
avec les années & la date
des mois, & mefme des jours
en quelques endroits ; tous
les Traitez de Paix , & enfin
toutes
GALANT. 97
toutes les Actions de vigueur
qui ont fait connoiftre l'iné.
branlable fermeté du Roy
à foûtenir les droits de la
Couronne.
Les Sçavans n'ignorent
pas ce qu'il y a de curieux
fur le Syftéme univerfel, qui
eft un arrangement & har
monie des Corps celestes, & des
Elémens , qu'on appelle grandes
Parties du Monde . Ce n'eft
pas icy le lieu de rapporter
le nombre prodigieux des
opinions qui ont partagé, &
qui partagent encor la Philofophie
fur ce fujet. On n'a
Avril 1631. I
!
98 MERCVRE
point deffein d'entrer dans
cette difcution , mais feulement
de rendre raiſon pourquoy
on a choiſy un Syftéme
pour marquer les plus
belles Actions du Roy . Le
Soleil eft comme le coeur &
le Roy du Monde ; & felon
la penſée de Pline , il n'eft
pas feulement le maiſtre des
Temps & de la Terre, mais
auffi de tous les Aftres , &
mefme des Cieux . Il s'appelle
en Hébreu Semes, que
l'on interprete Miniftre de
Dieu, & de la Nature . Tous
les Doctes fçavent qu'il y a
GALANT. 99
C
mille beaux Eloges chez les
Autheurs facrez & profanes,
à la gloire du Soleil. Comme
cet Aftre eft le Hiérogliphe
de Louis LEGRAND,
& que ce n'eft pas flater ce
Prince, que de luy attribuer
les fonctions du Soleil , on
a crû qu'on pouvoit donner
un Abregé de ſes glorieux
Exploits , & de fa conduite
toute admirable, par un Syf
téme affez conforme pour
la difpofition au fentiment
des meilleurs Aftronomes.
On a marqué dans le premier
Ciel quelques Actions
I 'îj
100 MERCVRE
de pieté qui feront mériter
au Roy une des premieres
places dans cette Demeure
des Bienheureux. Le fecond
Ciel, qui eft le premier mobile,
n'a pas befoin de refléxion
particuliere. Il n'y a
guére de Philofophes qui ne
reconnoiffent le Criftalin
dont il eft parlé dans la Genefe.
Comme fes eaux font
de nature celefte , on a crû
que ce troifiéme Ciel repré-
.
.
fenteroit affez bien les Actions
qui fe font paffées fur
les Rivieres. Le Firmament,
qui eft le quatriéme Ciel,
GALANT: IO
S
contient unAbregé des principales
Conqueftes du Roy;
& comme il auroit efté im
poffible d'obferver fidellement
la date des Prifes de
Villes, à caufe de la diverfité
2 qu'on trouve chez tous les
Hiftoriens , & dans les Mémoires,
on s'eft contenté de
mettre aupres de chaque
Signe quelques Places qui
ont efté prifes dans le mois,
pour faire voir feulement
qu'il n'y a point eu de faifon
capable d'arrefter la courſe
glorieufe de Sa Majeſté. On
a féparé les autres Conquef
I iij
102 MERCVRE
tes fans aucun ordre que ce
luy de la Cronologie, & l'on
a mis feulement à la fin de
chaque Article les Royau
mes ou Puiſſances qui ont
perdu, par ces mots, Espagne,
Hollande , & c. Le Ciel de
Saturne eftant affez clairement
expliqué dans la Figure
, je n'en diray rien icy.
On a mis dans le Ciel de
Jupiter les Victoires que le
Roy a remportées fur Luymefme.
Elles font fi héroïques
, qu'elles effacent les
Actions qui ont procuré
Encens aux Dieux de l'AnGALANT.
103
tiquité , & principalement à
Jupiter le Maiftre de tous;
e ce qui a donné occafion aux
paroles Latines gravées hors
le Sylfenie , & qui ont efté
traduites par les deux Quatrains
que
Quoy
que
le Soleil
agiffe
fur toutes
les Parties
du Monl'on
y peut lire.
de, il ne laiffe pas d'avoir fon
Ciel particulier , qui n'eft
commun à aucun des Aftres:
On laiffe aux beaux Efprits
à réchérir reſpectueusement
fur la penfée qu'on a euë de
cette conduite ſpéciale de la
Providence, qui a voulu ac
I iiij
104 MERCVRE
corder à noftre augufte Mo.
narque ce qu'on ne trouve
dans aucun des autres , qui
eft l'hommage que luy ont
rendu trois Roysd'orient
Les autres Cieux ne de
mandent point d'explica
tion . On a mis les princi
pales Victoires de mer dans
l'efpace que devroit occuper
l'Air. Comme les eaux font
répandues autour de la Terre
, on a crû que ces Ac-.
tions pouvoient trouver place
dans ce lieu .
Ce vous doit eftre un fort
grand plaifir, Madame, de
´GALANT. 105;
y
pouvoir tout d'une veuë remarquer
dans une feule
feuille de papier tout ce qui
s'eft fait de confidérable
fous le Régne du plus grand
de tous les Roys, c'eft à dire
pendant pres de quarante
années, dont le cours a efté
fignalé par un nombre ina
finy d'Actions tres-mémo
rables , qu'il vous feroit impoffible
de trouver ailleurs,
fans feuilleter pendant plufieurs
mois un grand nom
bre de Volumes.
Si tant de merveilles font-
Regarder le Régne du Roy
106 MERCVRE
S
comme celuy des prodiges,
elles ont fait acquerir de
grands avantages aux plus
Illuftres de ceux qui ont eu
la gloire d'y contribuer.
Vous fçavez avec quel zele
M' le Comte d'Eftrées fert
depuis longtemps , en qua
lité de Vice Admiral de
France. Vous vous fouvenez
de ce grand Combat Naval
où il eftoit joint avec les Anglois
, contre la Flote Hol
landoife ; des longs Voyages
qu'il a faits en Mer ; de la
priſe de de l'Ifle de Cayenne
où il a rétably les François;
GALANT. 107
S
qui avoient efté contraints
de l'abandonner ; du Combat
Naval, & de la Défaite
des Hollandois dans l'Ifle de
Tabago ; de la priſe de cette
Ifle, & du Fort, dont l'année
fuivante il fe rendit maiſtre,
& enfin de plufieurs autres
actions d'éclat, qui font con
nuës de tout le Royaume.
Des fervices fi utiles à la
France , & fi glorieuſes pour
ce Comte , ont dés l'abord .
efté regardées du Roy dans ,
tout leur mérite. Ce grand
Prince voulant commencer
à les reconnoiftre, avoit déja
108 MERCVRE
augmenté les Penſions , donnéle
Commandement
d'un
Vaiffeau à M le Marquis
d'Eftrées fon Fils , & grati
fié un autre Fils de l'Abbaye
de Noftre-Dame lez-Nan
tes ; mais ce n'eftoit point
affez pour un Monarque qui
n'aime rien tant qu'à ré
pandre fes bienfaits . M' le
Comte d'Eftrées , qui dans
fon dernier Voyage avoit
mouillé jufqu'à Cartagene
,
l'eftant venu faluer à fon re
tour, Sa Majesté fut fi fatisfaite
de fa conduite & de fa
fidelité, qu'Elle l'honora du
GALANT. 109
Bafton de Maréchal le Mardy
25. de l'autre Mois . Il
is avoit cu l'avantage dés fes
premieres années de com
mander les Armées du Roy,
en qualité de Lieutenant General
, ainfi que M' le Marquis
de Coeuvres , Fils aîné
de M' le Duc d'Eftrées , a
fait en celle de Meftre de
Camp d'un Regiment de
Cavalerie . Ce Duc, aujour
d'huy Ambaffadeur Extraor
dinaire à Rome , eft aîné du
nouveau Maréchal dont je
vous parle , auflibien que Με
le Cardinal d'Eftrées , & tous
1
*
110 MERCVRE
trois font Fils de feu Meffire
François- Annibal d'Eftrées,
Duc , Maréchal , & Gouver
neur de l'Ile de France,
qui, juſqu'à l'âge de plus de
quatre- vingts dix- huit ans , a
donné des marques de la
force de fon efprit , dans les
Emplois de la plus grande
importance. Voicy dans
quels termes on prend le
Serment de M's les Maréchaux,
felon l'ancienne Inſti .
tution .
'GALANT. III
FORME DU SERMENT
DEM" LES MARECHAUX
de France.
Ous jarez à Dieu voftre
Createur, fur la foy&
toy que tenez de luy, &fur
voftre honneur, que bien &
loyaument vous fervirez le Roy
cy-prefent , en l'Office de Maréchal
de France , duquel ledit
Seigneur Roy vous a ce jourd'huypourveu
, envers tous &
contre tous qui pourront vivre
mourir ,fans perfonne quelconque
en excepter, &fans auffe
112 MERCVRE
3
avoiraucune intelligence nyparticularité
avec quelque Perfonne
que ce foit, au préjudice de Luy
&defon Royaume ; & quefi
vous entendez chofe qui luyfoir
préjudiciable, vous le luy revéterez;
Que vous ferez vivre
en bon ordre , justice & police,
les Gens de guerre , tant de fes
Ordonnances qu'autres , quifont
pourroient eftre cy- apres àfa
folde & fervice ; Que vous les
garderez de fouler le Peuple e
Sujets dudit Seigneur , & leur
ferez entierementgarder & ob
ferver les Ordonnances faitesfur
Tefdits Gens de guerre's Que des
GALANT. 113
• Délinquans vous ferez faire la
punition , justice , & correction
relle, qu'elle puiffe eftre exemple
à tous autres; Que vous pour .
voirez, ou ferezpourvoir , &
donner ordre à laforme de vivre
defdits Gens de guerre ; Que.
vous irez, & vous transporterez
par toutes les Provinces de ce
Royaume ,pour voir entendre
comme iceux Gens de guerre vi-
Gront ; & garderez & défen
drez de tout vostre pouvoir, qu'il
nefoit fait aucune oppreſſion ny
molefte au Peuple ; Et jurez au
demeurant
, que de vostre part
vous garderez & entretiendrez
Avril 1681. K
114 MERCVRE
lefdites Ordonnances en tout ce
qu'il vous fera poffible , & ac-.
complirez entierement tout ce
qu'il vous fera ordonné ſelon
icelles , & de faire en tout
par tout ce qui touche & concerne
ledit Office de Maréchal
de France ; tout ce qu'un bon )
notable Perfonnage, qui eftpourveu
comme vous en Etat préfentement
, doit est tenu de
faire en tout par tout ce qui
concerne ledit Etat. En figne
de ce , & pour mieux executer
ce quedeffus, ledit SeigneurRoy
vous fait mettre en la main le
Bafton de Maréchal, ainfi qu'il
GALANT. 115
a accoûtumé faire à vos Prédeceffeurs.
La Charge de Maréchal
fut établie du temps de Phi
lipe I. Guy & Anfelme fi
gnerent un Acte pour l'Eglife
de Saint Martin des
Champs à Paris l'an 1067. en
qualité de Maréchaux . C'eſt
'opinion de du Tillet. Cette
Dignité a efté élevée entre
les Militaires , avant celle de
Conneftable, quoy qu'origi
nairement les Maréchaux
ne fuffent en l'Ecurie , que .
les premiers Ecuyers fous les
Kij
116 MERCVRE
tige
Connestables. Alberic- Clement
, S ' du Mez en Gafti
nois , l'un des Maréchaux de
l'Ecurie du Roy , eut l'avande
devenir le Lieute
nant du Senéchal de France;
& depuis fes Succeffeurs , au
defaut de ce grand Officier,
le trouvant comme Lieute
nans de la Senéchauffée vacante
, porterent bien haut
leur Charge de Maréchal
dans les Armes , avant que
le Conneftable , qui avoit
efté leur Chef, le puft devenir
encor dans la Guerre,
en s'attribuant l'autorité MiGALANT.
117
litaire du Senéchal . Cet Alberic
eftoit Fils de Robert
Clement , S' du Mez , Mi
niftre d'Etat , & Gouverneur
du Roy Philipes Augufte . Il
accompagna ce Prince dans
fon Voyage de la Terre-
Sainte , & y fignala ſon cou
fage au Siege d'Acre , où il
fut tué à un Affaut l'an 1191 .
ainfi que raportent Guil
laume le Breton , & Rigord.
Henry- Clement fon Frere,
Seigneur d'Argentan & de
Mez, dit le Petit-Maréchal,
luy ayant fuccedé dans cette
Charge, le Roy la continua
118 MERCVRE
àfon Fils Jean qui estoit fort
jeune lors du dcceds de fon
Pere , qui arriva en 1214. &
afin que la poſtérité en confervait
la mémoire , fes Def
cendans garderét le nom de
Maréchal. Au commencemétil
n'y en eut qu'un, & en
fuite deux , mais la neceffité
des affaires obligea François
I. d'en faire quatre , lequel
nombre demeura fixé pendant
le Régne de Henry II.
on Fils. François II. ayant
contraint Anne de Montmorency
Conneſtable de
France, de réfigner fon OffiGALANT.
119
ce de Grand - Maiſtre , pour
en pourvoir François de Lorraine
Duc de Guiſe , en
érigea un de Maréchal de
France , en faveur de Fran-
3 çois de Montmorency
Fils ,
aîné d'Anne. Charles IX.
en créa deux nouveaux ; Henry
III . deux autres à ſon retour
de Pologne , & depuis
ce temps le nobre des braves
François a tellement augmenté,
& leurs actions ont
eſté ſi ſurprenantes, que nos
Roys n'en ont pú laiffer plufieurs
fans cette marque ,
d'honneur. Les Maréchaux
5.
120 MERCVRE
font comme Collatéraux du
Conneftable. Leur pouvoir*
eft prefque femblable au
fren , & le Siege de leur Juf- .
tice n'eft qu'un à la Table de
Marbre de Paris . Ils font
Generaux nez des Armées .
du Roy en France ; portent
pour marque de leur dignité
deux Baftons d'azur femez :
de Fleurs de Lys d'or , paffez
en fautoir derriere l'Ecu de
leurs Armes ; ont commandement
fur les Gens de
guerre ; font Arbitres des
querelles qui furviennent
entre les Gentilshommes du
Royaume,
GALANT. 121
OF
21
{
B
Royaume , & ont le pou
voir de punir les Trailtres,
les Délerteurs d'Armée
& autres femblables Mal
faicteurs. Ils ont fous eux
des Lieutenans qu'ils appel
lent Prevoft des Maréchaux,
& qui ont jurifdiction fur les
Vagabonds , Gens non domiciliez
, & Soldats qui fans
congé le font retirez du fervice
.
Dans les lieux où le mot
´de Conneſtable n'eſt point
en uſage , on fe fert de celuy
de Maréchal , pour dire,
Conducteur & Chef d'Ar-
Avril 1681. L
122 MERCVRE
mée . Le Duc de Saxe eft
Grand - Maréchal de l'Empire
; & les Ducs de Lorraine
, Comtes de Flandre &
Champagne , avoient auſſi
leurs Maréchaux . Les Alle
mans, & nos anciens Gau
lois , employoient le mot de
Markpour défigner un Che
val ; & Scal , fignifioit dans
les mefmes Langues Maître,
ou Homme.
29 .
La mort de Madame de
Séguiran arrivée le de
Mars , a fait tant de bruit
dans la Provence, qu'il aura
peut-eftre efté jusqu'à vous,
GALANT. 123
Son mérite la faifoit eftimer
de tout le monde. Elle fut
confiderée pendant ſa vie
comme un Modele parfait
de vertu , & fa charité envers
les Pauvres eftoit fi grande,,
qu'ils la regardoient comme
leurMere, & faMaiſon cóme
leur azile. Elle eftoir de la
noble & ancienne Famille
d'Audiffret
, originaire de
Piémont. En 1450. Marcellin
I. fut fait Vicaire General
du Comté de Barcellonne
, Titre que portoient autrefois
les Gouverneurs des
Provinces ; & le Pape Ni-
Li
124 MERCVRE
1
colas V. luy donna un fameux
Indult en confidération
du fervice qu'il rendit
à l'Eglife , en luy donnant
une fomme d'argent fort
confidérable pour le foulagement
des Chreftiens qui
combatoient en l'Ile de
Chypre contre les Infidelles .
En 1519. Jeanne Reyne d'Ef
pagne, Mère de l'Empereur
Charles quint, dóna à Pierre
d'Audiffret le Gouverne
ment de l'Eveſché , Ville &
Chafteau
de Lérida , pour
avoirfervy avec grand fuccés
pendant quarante ans , tant
GALANT. 125
dans les Charges de Colonel
a & Mestre de Camp, que dans
#plufieurs Commiffions &
Gouvernemens. Une Bran-
I che de cette illuftre Maiſon,
chaffée de ſes Terres par le
Marquis d'Uxelles , qui emeployoit
toutes les rigueurs
poffibles contre les Sujets
du Duc de Savoye , vint s'établir
en Provence , où elle
s'eft alliée aux Familles les
plus cófidérables de la Robe
& de l'Epée. Des Filles de
Caftelane , de Félix , de Foreſta
, & d'Arena , ont confondu
leur nom dans celuy
e
Liij
126 MERCVRE
d'Audiffret. La derniere qui
a épousé Noble Louis d'Audiffret
, connu de tous les
Sçavans de l'Europe par la
délicateffe de fon efprit , &
par la profondeur de fon
érudition, a l'honneur d'eftre
alliée de fort prés au Grand-
Maître de Malte d'aujourd'huy.
Je ne vous dis rien
de la Maifon de Séguiran ,
vous en ayant fait un fort
long Article , quand je
vous appris la mort du Premier
Préſident de la Chambre
des Comptes , de ce
nom .
GALANT. 127
น .
J.
1
Dans ce mefme temps
nous avons perdu un Hom-
3 me, qui par les merveilles de
fa Guitarre , a remply toute
l'Europe de fa réputation.
C'eſt le St Francifque Corbet.
Son mérite qui eftoit
tres-fingulier , m'oblige à
m'étendre un peu fur fon
hiftoire. Il est né à Pavie; &
dans toute l'Italie, quand on
veut loüer une Piece de Guitarre
par fonAucheur, on dit
feulement E'del Pavefe. Dés
ſa jeuneffe il aima fi fort cet
Inftrument , que fes Parens
qui le deftinoient à autre
L. iiij.
128 MERCVRE
chofe , employerent vainement
les carreffes & les me.
naces pour
cette étude . Il l'a continuée
depuis
avec un fi grand fuccés,
qu'il furprit
d'abord
tous
les Muficiens
d'Italie
. En
fuite il alla en Eſpagne
, où il
fit entendre
à la Cour , des
chofes
que l'on avoit crû auparavant
impoffibles
fur la
Guitarre
. De là il paffa chez
le détacher de
l'Empereur, & par toutes les
Cours d'Allemagne , où il
fut chéry des plus grands
Princes. Apres eftre retourné
en Italie , pour foûtenir
GALANT. 129
fa gloire que des Envieux
vouloient obfcurcir, en s'attribuant
injuſtement ſes Ouvrages
, il ſe donna au Duc
de Mantoüe , qui fut bien
aiſe d'avoir un tel Homme
à préfenter à Sa Majefté.
Noftre Grand Monarque
l'honora de fon eftime, & de .
fes libéralitez
, & l'employa
dans les plus pompeux Spé-
&tacles ; mais fon naturel ne
permettant pas qu'il fuft ,
longtemps dans un mefme,
lieu , il vouluft aller en An-,
gleterre, oùSa Majefté Britanique
, qui voulut bien ſe
130 MERCVRE
meller de fon Mariage , luy
donna le titre de Gentilhomme
de la Reyne , une
Clef de fa Chambre , fon
Portrait enrichy de Diamans
, & une Penfion confidérable.
Le regret d'avoir
quitté la France luy eſtant
venu trop tard , il fit deux ou
trois voyages à Paris , dans
lefquels il eut foin de faire
imprimer quelques Livres
de fa Compofition
, comme
il avoit déja fait en Flandre,
en Italie , & ailleurs. Il eſt
enfin revenu en France,,
marquer par fa mort la douGALANT.
131
e
leur qu'il avoit de ne luy
avoir pas donné toute favie.
Les Perfonnes du premier
rang luy ont toûjours confervé
la mefme eftime , & fur
tout il a reçeu dans fes derniers
jours plufieurs marques
fenfibles des bontez de
Son Alteffe Royale Madame.
M' Médard qui a pris.
de fes Leçons, & qui eft Autheur
du Concert de la Paix,
dont je vous ay parlé dans
quelqu'une de mes Lettres ,
ne s'eft pas contenté de
compofer une Piece fur fa
Guitarre , qui exprime less
132 MERCVRE
plaintes de cet Inftrument
fur la mort de fon Maiftre . Il
a voulu encor faire voir par .
l'Epitaphe qui fuit, combien ‹
fa mémoire luy eftoit chere.
EPITAPHE
DE FRANCISQUE CORBET.
Cri
Y gift l'Amphion de nos
jours,
Francifque , cet Homme fi rare,
Quifit parler àfa Guitarre
Le vray langage des Amours.
Sa
Ilgagnaparfon harmonie
Les cours des Princes & des
Roys,
Etplufieurs ont crû qu'un Génie
Prenoit lefoin de coduirefes doigts.)
GALANT. 133
2S
Paffant, fi tu n'as pas entendu ces
merveilles,
Apprens qu'il ne devoitjamaisfinir
fon Sort,
Et qu'ilauroit charmé la Mort;
Mais, helas ! par malheur, elle n'a
point d'oreilles.
Pendant que Monfei
gneur le Dauphin faifoit
préparer le magnifique Balet
du Triomphe de l'Amour
, qui a fervy de divertiffement
à Leurs Majeftez
tout le Carnaval , la Cour de
Hanover qui imite fi galamment
toutes les manieres de
celle de France , ſe diſpoſoit
1
134 MERCVRE
par Ma
à faire paroiftre une Maſcarade
miſe en Balet , preſque
fous le mefme titre . Ce Balet,
appellé le Charme de l'Amour,
a efté dancé
dame la Princeffe de Hano
ver , Fille aînée du Duc qui
porte aujourd'huy ce nom,
à qui elle a voulu témoigner,
en luy donnant ce Spéctacle
, la joye qu'elle avoit de
fon retour d'Italie . On avoit
feint, pour Sujet de la Mafcarade,
que l'Amour, ayant
promis à Junon qu'il trouveroit
un Lieu de plaifir en
Terre , affez charmant &
GALANT. 135
affez délicieux pour y retenir
Jupiter continuellement aupres
d'elle , avoit choify celuy
d'Eurybate aux Frontieres
de Lydie. Le refte s'expliquera
par les Entrées. Je vay
vous les marquer toutes , &
ajoûteray felon l'ordre de
ces Entrées , les Vers qui
conviennent à chacun de
ceux qui en ont eſté . Madame
la Princeffe de Hano.
ver parut avec grand éclat
en Reyne des Amazones .
Meffieurs les Princes fes
Freres y repréſentoient l'Aun
Plaifir Cham- mour
136 MERCVRE
peftre , & deux Princes de
Mycene. Parmy les Vers qui
furent diftribuez à l'Affemblée
avec le Sujet de la Mafcarade
, on y trouva ceux- cy
pour Monfieur
le Duc de
Hanover.
Noque
réjouiffance
Ousprétendions donner quel-
Au Grand Héros qui regne en cet
beurenxfejour,
Et c'eft luy qui parsaprésence
Fait renaître lajoye, & la donne à
Ja Cour.
Pour en combler nos coeurs , c'eft affez
qu'on le voye,
Son feul afpect nous peut tous réjouir.
Cepedant noftre ardeur s'employe
GALANT. 137
2
Aluy chercher un bien dont il nous
fait jouir.
22
Bien qu'ilfaffe beau voir noftre aimable
Amazone
,
Etfa Mere icy-bas digne de plus
d'un Trône,
Pres d'un Prince fi cher triompher
aujourd'buy,
Un amas de Vertus & de Beautez
en elles,
En nous lesfaifant voirfi belles ,
N'empefche point nos yeux d'eftre
charmezde Luy.
SS
Où pourroit- onjamais trouver rien
qui reffemble
Aux biens qu'enfafaveur lediel a
mis enfemble?
Ilprend le foin de le rendre icy - bas
Le plus heureux Prince du monde,
Avril 1681. M
138 MERCVRE
En luy donnant de grands Etats:
Pour y régner dans une Paix profonde;
Aimé de fes Sujets, utile àfes Voifins,
Et respecté du reste de la Terre,
En état, quand il veut, d'aller porter
la Guerre,
Hors de tousfes Païs , & loin de leurs
Confins.
S2
Mais quand le Ciel le rend aux autres
redoutable,
Il le rend pour les Siens un Potentat.
aimable,
Qui regne plus parfa bonté
Qui ne fait par le droit defon auturité.
Mefme aux Sujets qui font plus loin
de fa Perfonne,
De rendre lajustice ilfçait venir
àbout.
GALANT. 139 ›
Sil eft icy présent, il l'eſt encor par
tout,
Parlesfages ordres qu'ildonne.
25
Le falut de fon Peuple eſt aſſuréfur
Luy',
Au repos de l'Empire il cft unferme .
appuys
Etfi jettant les yeux furfa haute
conduite,
On confiderefon mérite ,
Savaleur, fa fageffe, &fes autres
vertus,
Il est à l'Univers quelque chofe de
plus,
Puis qu'il eft icy-bas , à qui bien le
contemple,
D'un parfait Souverain le modele &
L'exemple,
Et que fon grand courage, &fa rare
équité,
Mij
140 MERCVRE
Doivent charmerfon Siecle & la
Pofterité,
Pendant que de ces donsfa Perfonne
pourveuë
Nous comble tous les jours du bonbeur
defa veuë,
Et que Luy- mcfme il fait ce Charme
defa Cour,
Qui n'est pas moins puiffant que
celuy de l'Amour.
S2
Que ne devons -nouspoint aux botez
d'un tel Maiftre,
Alors qu'ilfe redonne à nos juftes
defirs,
Et qu'apres les avoirfait naître,
Ilvientparfon retour les changer en
plaifirs?
Cherchons à noftre tour tout ce qui
peutluy plaire
Dans les heures defon repos.
GALANT. 141
Des divertiffemens d'un fi digne
Héros
Faifons noftreplus grande affaires
Et tandis que la Terre & le Cielfont
d'accord
Aformer le glorieux Sort
Qui doit éterniferfon nom &fa
mémoire,
Que le zele nous preffe, & nous
occupe tous
A rendre les momens defon loifir
plus doux,
Et le laiffons agirpour nous &pour
Sa gloire,
Nul nesçaitmieux que luy ménager
ces deux Points,
Dont ilfaitfes deuxplus grands
Soins.
Sinous n'arrivons pas à l'effet deforable
142 MERCVRE
Que nous noussommespropofez,.
Nous montrerons dumoins, par un
effort loitable,
Qu'à tenter tout pour Luy nous
femmes difpofez.
Ne doutons point qu'il n'ait la com--
plaisance
De recevoir noftre hommage au
jourd'huy,
Et d'honorer defaprésence:
Un Divertiſſement que l'Amourfait
pourLuy.
Ilfait bien qu'elle estnécessaire
l'accompliffement du bonheur
de ces Lieux,
Pour
Et que c'eft Luyfeul qui doitfaire
Le Charme de nos coeurs, & celuy
de nos yeux.
Ce Sonnetfuivoit pour
Ma
dame la Ducheffe de HaGALANT.
143
nover. Elle eft Tante de
Madame , & Fille de Frideric
V. Electeur Palatin ,,
qui fut fait Roy de Boheme
en 1628..
Vous
Ous avez bonne part au
Charme de l'Amour,
Sa beauté de la voftre est la parfaite
Image;
Sipar Luy l'Eurybate eft un heureux
Sejour,
Tout ce qu'il a de grand eft voftre
digne Ouvrage..
25
Princes, Dieux, Amazone, en vou
rendant hommage,
Reconnoiffent affez qu'ils vous doin
vent le jour.
144 MERCVRE
Chacun d'eux à l'envy croit vous I
faire fa Cour,
Sils' empreffe à qui mieuxfera fon
Ferfonnage.
S2
a Ces Héros, b cet Amour, ce Plaifir
innocent,
Le raviffant éclat de ce Charme puif
Sant
}
Arrefteront lesyeux de noftre Grand
Augufte.
Se
Pour s'expliquer alors en Pere &
comme Epoux,
Luy-mefme il vous dira d'un aven
libre & jufte,
Que fes plus chers plaifirs font tou
jours avecvous.
Les quatre Princes . b Madame
la Princefle.
L
GALANT. 145
I. ENTREE .
L'ouverture
du Theatre faifoit
découvrir
le Lieu champêtre
d'Eurybate
. Onvoyoit
Mercure defcendre
du Ciel,
& un Concert de doux Inf
trumens
accompagnoit
fa
deſcente
. Il venoit de la part
de Jupiter & de Junon , obferver
ce qui fe paſſoit à Eurybate
, & avertir tous ceux
de cette Contrée
, que ces
deux Divinitez
avoient def
fein d'honorer
de leurs préfences
ce Lieu de
repos
&
de delices. Apres qu'il eut
Avril 1681. N
!!
146 MERCVRE
debité le Sujet de la Maſcarade,
qu'il jetta en pluſieurs
endroits du Parterre, il dança
feul au fon des Violons, & fe
retira en fuite dans un coin,
comme voulant remarquer
ce qui fe faifoit.
Pour M' Rekau, Gentilhomme
du Païs , repréfentant MERCURE.
Je nefais qu'aller & venir,
Sçavoir ce qui fe paffe eft ma plus
grande affaires
Maisjeferois troplongà vous en
tretenir.
Cet Ecrit vous dira tout ceque l'on
vafaire.
GALANT. 147
ㄢˊ
II. ENTREE.
Des Trompetes, des Timbales
, & des Tambours,
ayant commencé à fe faire
entendre confufément , le
Dieu Mars parut au fond du
Theatre defcendant du Ciel
au bruit de tous ces Inftru,
mens militaires , qui cefferent
auffitoft qu'ilfut à terre,
& donnerent lieu aux Violons
de jouer un Air inquiet
qu'il dança. Il venoit dans
ce Lieu tâcher de troubler
l'Ala
paix & le repos que
mour & Bacchus
y établiſ
Nij
148 MERCVRE
foient en faveur des Habitans
de cette Contrée , mais
il y demeura luy - mefme
comme enchanté par la force
du Charme que l'Amour
y avoit déja répandu. Ce
Charme avoit la vertu de
retenir tous ceux des Dieux
& des Hommes qui mettoient
le pied fur cette Terre
enchantée. Ainfi Mars ne
fongea plus qu'à y faire bonne
chere, qu'à y tenir table,
& fe divertir à laDance , mais
toûjours avec des marques
d'inquiétude pour la Guerre.
GALANT. 149.
PourM de la Chevalerie, Grand
Echanſon, tenant la Table du
Grand Maréchal de la Cour,
repréfentant MARS..
CeDieu n'eft pas le Mars quifait
mourir,
Chacunpeut hardiment leſuivre.
Que nul de vous ne craigne de
périr,
Car il eft le Mars qui fait vivre.
Tel Officier ne manquepas
De trouver àlever du monde,,
Parce qu'il fait tous fes Soldats
Chevaliers de la Table - Ronde.
III. ENTREE.
L'Amour, fuivy de trois.
Plaiſirs champêtres , vint
1
Niij
150 MERCVRE
pour préfider aux Feſtes &
aux Divertiffemens
des Habitans
d'Eurybate
. Il dança ,
& alla en fuite prendre
fa
place fur un Trône qui luy
eftoit préparé au fond du
Theatre
.
Pour Monfieur le Prince Chrif
tian , repréſentant l'AMOUR .
Avec les doux attraits de la belle
Hippolite,
Fay dans ces Lieux pouvoir de
tout charmer.
Sa grace ,fa bonté , fa vertu , ſon
mérite,
Forcent tout le monde à l'aimer.
La Beauté rend tout aimable
~AuxMortels,& mefme auxDieux.
GALANT. 151
1
C'est un Charme inévitable
Pour ceux à qui le Ciel donne un
coeur & des yeux.
IV. ENTRE'E.
1
Les trois Plaifirs champêtres
dancerent en préſence.
de l'Amour.
Pour Monfieur le Prince Erneft-
Augufte repréſentant le
PLAISIR de la Chaffe.
›
Vous nefaites que de naître,
Plaifirpetit & charmant,
Et déja vous caufez ungrand con--
tentement
A ceux qui vous ont donné l'eftre.
Vousferez à votre tour
Ce Dieu quifait que l'on aime,
N
iiij
A 152 MERCVRE
Er de Plaifir de l'Amour,
Vous deviendrez l' Amour meſme.
Pour le jeune Baron de Platen,
& le . jeune Offen , repréſen
tans LE PLAISIR de la Dance,.
& LE PLAISIR de la bonne
Chere.
De ccs Plaifirs innocens ·
Les charmesfont plus paisibles...
Il en eft de plusfenfibles,.
Mais ceux- cyfont toujours beaucoup
plus engageans..
V. ENTRE'E.
Un Char de Triomphe
defcendit du Ciel au fon des
Theorbes, Claveffins, Baffes.
de Violes , Luths , Flûtes
GALANT. 153 .
douces , & autres . Inftru..
mens , & demeura fufpendu
en l'air. Sur ce Char eftoient
la Renommée, la Gloire, &
laVictoire. La Gloire portoit :
le Sceptre d'Hippolite Reyne
des Amazones ; la Victoire,
fon Epée ; & la Renommée
placée au milieu de ces
deux Deitez, tenoit fa Trompete
en main , & ſe prépa-.
roit à publier en tous lieux
les exploits , & les grandes
qualitez de la jeune & belle
Reyne, qui entra par le cofté
droit, & fortit du coin le plus :
proche du fond du Theatre,
154 MERCVRE
Elle eftoit fuivie des Princes :
Euriale & Hylas, Fils du Roy
Euriftée , & Parens d'Hercule
, qu'elle avoit fait fes
Captifs dans la fameuſe Expédition
qu'elle venoit d'achever
contre les Mycéniens.
Huit. Hérauts d'Ar
mes , vétus à la Grecque, la
précedoient , publiant au fon
des Hautbois & autres In
ftrumens , la venue de cette
triomphanteAmazone
: Tandis
qu'ils fe rangeoient des
deux coftez du Theatre , la
Renommée chanta ces Paroles.
GALANT. 155
Je n'ay pas affez de cent voix
Pour dire tout ce queje vois
De cettejeune & charmante. Mer-
Je
veille;
Et quandje rediray cent fois
Qu'elle eft unique &Sanspareille,.
n'aypas affez de cent voix...
Pour dire tout ce queje vois
De cettejeune & charmante Merveille.
LA VICTOIRE.
Sa valeurpeut toutgagner,
Rien ne refifte àfes armes.
LA GLOIRE.
Tout doithommage àfes charmes,
Elle eftfaitepour régner..
Apres que la Renommée,
la Victoire, & la Gloire, eurent
chanté, la Reyne Hip156
MERCVRE
polite dança au fon des Vio
lons , & s'approcha enfuite
des Princes qu'elle affranchit
de leurs chaînes. Ils luy
firent une profonde revé
rence pour remercîment de
leur liberté . Cependant Hippolite
précedée de ſes He--
rauts, fe retira, & entra chez
Aloiane , principale Bergere:
d'Eurybate . Le Char de
Triomphe fe perdit dans les
nuës en meſme temps , &
l'Amour demeura fur fon:
Trône , environné des Plaifirs
champêtres,
GALANT. 157
Pour Madame la Princeffe de
Hanover , repréſentant La
REYNE DES AMAZONES.
Elle eft le Charme de l'Amour.
L'éclat de fa beauté luy donne
doux empire
un
Qui retient les coeurs qu'elle attire
Dans cet agreable fejour.
Avec lafierté d'Amazone,
Elle a d'un tendre coeur les charmātes
bontez,
Et nousfait voir cent nobles qualitez
Qui la rendent digne du Trône.
Heureux celuy des Porentats
Qui doit donner àfes Etats
La meilleure des Souveraines,
Lors que le Ciel luy donnera
Une Princeffe quifera
Flus belle que toutes les Reynes,
158 MERCVRE
VI. ENTRE'E.
Les deux Princes de Mycene
dancerent enſemble, &
fe réjoüirent de leur liberté,
qu'ils croyoient avoir entiere
, quand le Charme de
l'Amour les retenoit ainfi
que les autres dans ce Païs
enchanté.
Pour Monfieur le Prince Maximilien,
repréſentant EURYALE
Prince Captif d'Hippolite.
Quoyque d'unejeune Guerriere
Ce Princefoit le Captifaujourd'huy,
Il n'eftpoint de Beauté fifiere
Qui ne vouluftfe rendre à luy.
GALANT. 159
Pour Mofieur le Prince Charles,
repréfentant HYLAS , autre
Prince Captif d'Hippolite.
Ilfautpour unefois céder aux traits
vainqueurs
D'un Sexe fier dont je porte les
chaînes;
- Mais de ce Sexe unjourjevaincray
tant de coeurs,
3
Qu'ilspayeront toutes mespeines.
VII. ENTREE.
Alciane , principale Bergere
d'Eurybate, accompa
gnée de Ménalque & de
Lyfis , les deux plus confidérables
Bergers de la Contrée
, entra au fon des Mu160
MERCVRE
fetes & des Flûtes douces .
Elle fe réjouit avec eux de
l'honneur que leur Demeure
champêtre recevoit de l'arrivée
de la Reyne des Amazones
, & diſpoſa toutes les
chofes neceffaires à la Fefte
que les Bergers devoient
faire pour divertir cette
grande Reyne , qui vouloit
honorer de fa préſence leurs
Dances, leurs Jeux , & leurs
Luites. Alciane & ces deux
Bergers allerent faire avancer
les autres qui devoient
affifter à cette réjoüiſſance.
GALANT. 161
Pour Madame la Bàronne de
Platen, Grande Maréchale de
la Cour , repréfentant AL--
CIANE..
ய
Cette Bergere avec beaucoup d'a--
dreffe
A bonne grace , &lepasfin.
Elle n'eft point une Déeffe,
Et pourtant ille a l'air & le coeur
tout disin
Rien n'égalefa Bergerie,
où tout eft riche, tout est beau.
Rien ne paffe en galanterie
Son aimable & noble Troupeau.
Où peut. on voir de conduite plus
belle
Afervir un grand Souverain,
Que celle du Bergerfidelle
Dont elle a le coeur & la main?
La vie est toute héroïque
Avril 1681.
#
162 MERCVRE
De ce beau couple d'Amans;
Il a l'eftimepublique ,
Elle eft l'honneur de nos Champs.
Pour M¹ Senfft, Gouverneur de
Meffieurs les Princes , repréfentant
le Berger MENALQUE
Menalque , Berger d'importance,
A de certains Moutons remuans &
légers,
Qui fçauront s'écarter malgréſa
vigilance,
Et donner du chagrin à beaucoup
de Bergers.
Pour M de Gohr , Capitaine
d'Infanterie , repréſentant le
Berger Lysis .
Lyfis, dont l'humeur eft volage,
Prenoit plaifir tous lesjours à changers
GALANT. 163
Mais depuis que l'Amour parfon
Charme l'engage,
Il n'eft point dans ce Lien de plus
conftant Berger.
VIII ENTREE.
Oriane & Amafie , Ber
geres jeunes & volages , ef
tant accourues feules & fans.
Bergers à la Fefte d'Eurybate
, dancerent en fe prenant
quelquefois la main
l'une àl'autre. L'Amour qui
aime l'humeur volage, quita
fon Trône, & vint le mettre
entre- deux. Elles luy donnerent
la main de cofté &
d'autre , chacune croyant
O
164 ་
MERCVRE
la donner à fa
Compagne..
L'Amour fe retira d'entreelles
, fans en avoir efté apperçeu
, & retourna
à fa
place.
Pour Madame de Meyfenboug,,
repréfentant ORIANE.
Quand letorrent nous entraîne,
On cede au plus grand efforts
Mais quandfoy-mefme on peutfaire
choix defon fort,
La liberté vaut mieux que la plus :
bille chaîne
Pour Mademoiselle de Grotte ,
repréſentant A Masie .
Il n'eftpoint icy de Bergere,
Meilleure, & deplus belle humeur.
On ne la prendrapoint pour volage
&legere,
GALANT. 165
Quadon connoiftrabienfon coeurs
Car enfin c'eft la plusfage.
Des Bergeres du Village:
IX. ENTREE..
Un Satyre vint prendre :
la place de l'Amour, & dança
au milieu des deux Bergeres
volages, Elles luy donnerent
la main fans y penfer , mais
l'effroy les prit fitoft qu'elles
eurent jetté leurs regards fur
luy , & elles s'enfuyrent des
deux coftez du Theatre. Le
Satyre s eftant attaché à
pourſuivre Oriane , luy arracha
un petit Miroir qu'elle
166 MERCVRE
avoit pendu à fa ceinture . Il
dança , & tâcha de fe faire
beau pour plaire , mais d'abord
qu'il fe regarda dans ce
Miroir, il ne pût ſouffrir luymefme
la laideur de fa figure..
Pour le S Jemmes , Maiftre du
Balet, repréfentant le SATYRE.
Pour Ridicules mal -faifans
Onfait paffer tous les pauvres Satyres.
Helas! combien trouve-t-on de Gens
pires
Parmyvous autres Courtifans?
GALANT: 167
X. ENTRE'E.
Dares & Percas, Païfans :
- yvres , fortirent de la Taverne
du Village , rencontrerent
le Satyre , le carref
ferent , le firent dancer , &
apres s'eſtre joüez de luy
quelque temps, ils luy firent
une querelle , le pourſuivirent
à grands coups , & le
menerent toûjours batant,
jufqu'à ce qu'ils l'eurent perdu
de veue , apres quoy ils.
dancerent enſemble d'une
maniere tout-à -fait bizarre .
R:
168: MERCVRE
Pour M'de Boufch Colonel des :
Gardes , & M Poffadofsky
Ecuyer - Trachant de la Cour ,
repréfentant : LES PAÏSANS
(
YVRES ,
Chacun a fon plaifir dans ce Lien :
délectable.
Le nostre eft de vuider Bouteille,
Verre & Pot,
Et d'eftrejour& nuit àtable,
Sans avoirfoin depayer noftre écot..
XI. ENTREE.
+
Le Dieu Bacchus que l'on
vit fortir de la Taverne fur
fon Tonneau , traîné par fix
Satyres joüans de la Flûte ,
fe réjouit de trouver les Païfans
GALANT. 169
fans en cet état , leur donna
encor à boire, & dança avec
eux; mais quand il voulut
compter la dépenfe qu'ils
avoient faite, ils s'enfuyrent,
en faiſant mille grotesques
poftures. Bacchus , apres
avoir dancé ſeul , témoigna
à l'Amour qu'il n'avoit point
de plus fort defir que de
contribuer à l'Enchantement
de ce Dieu , par l'abondance
de fon Vin , qui
eft un Charme affez doux
pour toutes fortes de Perfonnes
dans un Lieu champêtre.
Il vint pour percer
Avril 1681. P
170 MERCVRE
fon Tonneau ; mais le Dieu
Pan , qui l'avoit pris , eſtant
yvre, pour l'Arbre facré dans
lequel il avoit accoûtumé de
fe retirer, fortit du Tonneau
tout réjoüy. Cette mépriſe
avoit fait que les Satyres qui
font une fidelle efcorte à leur
Dieu par tout où il eſt, s'eſtoient
attachez à traîner le
Tonneau de Bacchus , où ils
fçavoient que Pan s'eſtoit
enfermé. Ce Dieu des Sylvains
& des Bergers , invita
tous les Habitans des Bois,
des Eaux & des Montagnes
de cette Contrée , à publier
GALANT. 171
la grandeur du Nom de
Monfieur le Duc ERNESTEAUGUSTE
, Souverain du
Païs , & à préparer pour ce
grand Prince , qu'ils reconle
Maiſtre
noiffoient
pour
de leurs
Demeures
champêtres,
tous les Divertiffemens
capables
de le retenir
dans
ce Lieu
délicieux
. Voicy
les
Paroles
qu'il chanta
.
Pendant que les autres Dieux
S'empreffent tous à qui montrera
mieux
Leurfoumiffion éternelle
Pour le Souverain des Dieux;
Troupefidelle,
Montrez vestre zele
Pij
172 MERCVRE
Pour le Héros qui régne dans ces
Lieux.
Oreades & Naiades,
Faunes, Sylvains,& Dryades,
Faites que par tout dans ces Bois,
Sur vos doux Chalumeaux, Mufetes,
& Hautbois,
On entende le Nom du Grand
ERNESTE- AUGUSTE.
7
Il n'eft rien de fi jufte,
Que chaque Etat, foit divin,foit
humain,
Reconnoiffe fon Souverain.
Plufieurs Faunes & Sylvains,
Oreades , Naïades, &
Dryades , eftant accouruës
de toutes parts à la voix de
Pan , luy rendirent une
prompte obeiffance , en
chantant ces Vers.
GALANT. 173
Il n'est rien defijufte,
Que chaque Etat,foit divin, ſoit
humain ,
Reconnoiffe fon Souverain.
Vive le grand ERNESTE - AUGUSTE.
Allons graver ce Nom fur tous ces
Arbres verds,
Afin quepar nos foins leurs Habitas
divers
Puiffent connoiftre
Qu'il eft leurMaistre,
Et qu'ils fontfes Sujets.
Que fur nos Chalumeaux, Mufetes,
Flageolets,
On entende le Nom du Grand
ERNESTE AUGUSTE.
Il n'est rien de fi jufte,
Que chaque Etat,foit divin, foit
bimain,
Reconnoiffe fon Souverain.
Pij
174 MERCVRE
Auffitoft que le Dieu Pan
cult témoigné par fon chant
& par fa joye, qu'il eftoit de
concert avec l'Amour dans
le deffein de fon Charme, il
le laiffa maiftre de la Place
où fe devoit celébrer la Fefte
des Bergers d'Eurybate , &
reconduifit Bacchus dans fa
Taverne, en dançant au milieu
de fes Satyres.
Pour M' de Batincourt , Gentilhomme
de la Cour , repréfentant
BACCHUS.
Avoüez,fans mon fus divin,
Que tous vos plaifirs feroient
fades,
GALANT. 175
Et qu'enfin ceferoit vous traiter en
Malades,
Que vous priver de l'usage du
Vin.
Pour le S' Jemmes , Maistre du
Balet , repréſentant le Dieu
PAN.
I Je voudrois avoir du retour,
Si je changeois mon estre & ma
figure
1 Avecla plus belle pofture
Du Cavalier le mieuxfait de la
Cour.
XII. ENTRE'E.
L'Amour dança ſeul une
efpece de Ménüet pour
commencer la Fefte des
Bergers , tandis que les Ber-
Pij
176 MERCVRE
geres Alife, Doris, & Aminte
, entrerent du cofté droit
du Théatre , & que les Bergers
Mélinte , Licidas , &
Damis , entrerent de l'autre.
Ils montrerent tous leur admiration
pour l'Amour , qui
paffa au milieu d'eux pour
retourner fur fon Trône.
Alors cette Troupe Pafto
rale commença une Dance
en l'honneur de l'Amour,,
apres s'eftre tournez tous de
fon cofté , & s'eftre en mef
me temps inclinez devant
luy en figne de venération,
GALANT. 177
Pour les trois Bergers, tous trois.
Officiers de Guerre .
Il eft malaifé de changer
Noftre air de Commandant, & nos
demarchesfieres.
Pourtant avec de fibelles Bergeres
On s'accoûtumeroit à faire le Berger..
Pour les trois Bergeres.
Nousfommes troisjeunes Fieres,
Qui ne nous foucierions guéres
Chacune d'ataquer à la Luite un
Berger;
Nous luyferions courir la moitié
du danger
.
Pour M ' Veyhe , Lieutenant Colonel
des Gardes , repréſentant
le Berger MELINTE .
D'attaquer mes Moutonsjamais Loup
ne hazarde,
178 MERCVRE
Ilsfontdreffez , & vontfort bien
aux coups.
Atous autres Troupeaux ils ferviroient
degarde,
·
Carfans doute ils batroient pareil
nombre de Loups.
Pour MrBulau, Capitaine- Lieu.
tenant de la Garde du Palais,
repréſentant le Berger DAMIS .
Pour me débaraſſer de toute autre
conduite
Que de celle d'un fierTroupeau,
Je cherche une Bergere adroite & de
mérite,
Aquije veux donner lefoin de mon
Hameau.
Pour Mademoiſelle Gehle l'aînée,
Premiere Fille d'honneur
de Madame la Ducheffe de
GALANT. 179
Hanover , repréſentant la Bergere
ALISE .
Chacun me dit que Ménandre
Est un aimable Berger,
Qu'il m'aime d'un amour tendre
Qui nepeutjamais changer;
Mais encor qu'il m'ait dit fa paffion
Luy-mefme,
Cela doit-il m'alarmer?
Quand nousfçaurons comment
ilaime,
Nous verrons s'ilfaudra l'aimer .
Pour Mademoiſelle Gehle la
jeune , autre Fille d'honneur,
repréſentat la BergereDORIS .
Ie me plaisfur la Fougere
D'estrefeule tout le jour,
Etfuis tropjeune Bergere
Pour me connoistre à l'amour..
180 MERCVRE
Maisfi quelque Berger me vient dire
luy- mefme
Que pour moy le fien est extréme,
Gela doit-ilm'alarmer?
Quand nous fçaurons comment
il aime,
Nous verrons s'ilfaudra l'aimer..
Pour Mademoiſelle Bulau, Fille
de feu 'M' le Préfident Bulau,
repréſentat la BergereAMINTE
Bergere fibelle & lifage,
Sans balancer davantage,.
Devroit enfin s'engager.
A dix-huit ans on a l'âge
Defaire unfort beau ménage
Avec unjeune Berger.
XIIL ENTRE'E.
La Reyne Hippolite , &
GALANT. 181
les Princes de Mycene, voulant
eftre de la Partie , & fe
fignaler à la Dance , aux
Jeux, & à la Luite des Bergers
& des Bergeres , entre.
rent au fon des Flûtes dou
• ces , Hautbois , Violons &
autres Inftrumens de réjoüiffance.
Alciane entra
auffi avec Ménalque , & les
deux Bergers volages , pour
faire les honneurs du Lieu.
Elle fe plaça avec ſa Suite
dans le fond du Theatre ; &
les autres Bergers & Bergeres,
ſe rangerent des deux
coftez pour faire place à Hip182
MERCVRE
polite , à Euryale , & à Hylas.
Apres que cette belle
Amazone eut dancé avec les
deux Princes , au milieu de
toute cette Troupe de Ber-
& de Bergeres ; le Dieu
Mars qui ne cherche qu'à
troubler par tout la Fefte,
gers
annonça
au bruit des Tambours
, Timbales
& Trompetes
, la venue d'Hercule
dans Eurybate. Une alarme
fi impréveuë, cauſa trois effets
forts diférens. Les Bergers
& Bergeres prirent la
fuite , & fe difperferent des
deux coftez du Theatre.
GALANT. 183
1
1
Hippolite apprenant que
fon Ennemy capital eftoit
fi proche , courut auffitoft
aux Armes. Les Princes
de Mycene ayant demandé
les leurs , fort incertains du
party qu'ils devoient prendre,
eftant obligez à tous les
deux , allerent avec la Reyne
à la rencontre d'Hercule , &
l'Amour quitta fon Trône
pour les fuivre, & remedier à
ce tumulte.
XIV . ENTRE'E.
Pendant ce temps , Mars
dança ſeul au milieu de qua184
MERCVRE
tre Soldats, Artabaſe , Orozdas
, Pharaſmane , & Harpage
, qui fortirent de sdeux
coftez du Theatre ; apres
quoy , il alla s'affoir
à la
place que l'Amour
avoit
quittée , & laiffa dancer ſes
quatre
Guerriers
.
Pour les Soldats de Mars, Gentilshommes
de la Cour.
Bien qu'avec Mars à table ilſoit
bau de s'affoir,
Et que nous nousfaffions un honneur
d'y bien boire;
De combatre encor mieux chacun de
nous fait gloire,
L'occafion lefera voir.
GALANT. 185
XV . ENTRE'E..
Les quatre Soldats de la
Suite de Mars , firent connoiſtre
en dançant
, la joye
qu'ils avoient de la venuë
d'Hercule
, efpérant bientoftune
occafion
de Guerre,,
de ce Conquérant
, qui l'aleloit
porter dans tout le
Monde..
Pour Mi de Po fch, Colonel des
Gardes , reprefentant ARTA
BASE, Soldat de Mars..
Ce n'est par aucune difgrace
Queje deviens de Colonel, Soldat..
Le Charme de l'Amour m'a mis en
cet états
Avril 1681.
186 MERCVRE
L'Enchantementfiny, je rentre dans
maplace.
Pour M' Poffadofsky , Ecuyer-
Tranchant de la Cour, repréfentant
HARPAGE, Soldat de
Mars.
Cejeune Soldat, fans railler,
Mérite une Chargeplusgrande's
Car ilfait tout couper, & trancher,
& tailler,
Quandl'occafion le demande.
Pour M' le Comte de Noyelle,
repréfentant PHarasmane ,
Soldat de Mars .
Sans me faire tenir à quatre,
Etfans vouloir paffer pour un Soldat
cruel,
Qu'on m'attaque, on verrafijefçay
bien combatre
En touteforte de Duel.
GALANT. 187
Pour M de S. Pol , Lieutenant
Colonel d'Infanterie , repréſentant
ORONDAS , Soldat de
Mars.
Ce Soldatfçait parler &faire,
En Homme de coeur & d'efprit;
Etmefme, s'il eft neceffaire,
Ilfait encor plus qu'il ne dit.
XVI. ENTREE.
Hercule , retournant de
fes Expéditions de Gaule &
d'Eſpagne , accompagné de
deux Chevaliers errans de
l'une & de l'autre de ces Nations,
vint à Eury bate , où il
croyoit furprendre Hippo-
Qij
188 MERCVRE
lite , & retirer de captivité les
deux Princes de Mycene;;
mais il les trouva en liberté,.
& fçeut qu'ils en avoient l'obligation
à la genérofité de
la Reyne des Amazones . Ce
grand Héros,rendant juſtice
à la vertu de fon Ennemie,,
quitta tout fentiment de
haine pour elle. Ainfi le
Charme de l'Amour, l'ayant
arrefté comme tous les autres
dans ce Lieu de plaifirs,
ilne fongea plus qu'à s'y dé
laffer de fes longs travaux,
oubliant tous fes Combats,
paffez avec cette charmante
GALANT. 189
Amazone , & toute entre--
prife nouvelle. Il dança ſeul ,,
& fe ratira au fond du Theatre,
avec les deux Chevaliers .
errans à fes coftez . Mars
defcendit du Trône où il
s'eftoit mis , & fe joignit à
ce Héros qu'il invita à ſe divertir,
& à faire bonne chere,
en attendant de nouvelles
occafions de Guerre. En
mefme temps , les quatre Sol
dats s'allerent placer de l'un
& l'autre cofté de cette
Troupe , & ils parurent tous
de face au fond du Theatre.
190 MERCVRE
Pour Mile Comte de Schaumbourg,
repréfentantHERCULE .
Ie mefuis mis plus d'unefois
En toute forte de figures.
Icy jefuis un Hercule Gaulois,
Mais pourtant Grec aux bonnes
Avantures.
Pour M' de Gohr , Capitaine
d'Infanterie , repréſentant un
CHEVALIER ERRANT GAU.
LOIS.
En amour, nonplus qu'en vaillance,
Je ne cede à pas-un Mortel;
Etjefuis un Chevalier tel,
Qu'à lapointe de ma Lance,
Malgré cent Géans divers,
Jeprétens conquérir moy feul tout
l'Univers.
GALANT. 191
Pour M'Senfft, Gouverneur de
Meffieurs les Princes , repréfentant
un CHEVALIER ERRANT
ESPAGNOL .
Par la vertu de l'Armet de Mambrin,
Et de mabelle & forte Armure,
T'entreprens , & veux mettre àfin
Toute étrange& rare Avanture .
XVII. ENTREE..
Hippolite , précedée par
l'Amour & par fes Plaifirs
champêtres , & accompagnée
des deuxPrinces deMycene,
entra au fon des Luths,
Theorbes , & Violons , &
192 MERCVRE
ayant préſenté ces deux
Princes à Hercule , elle les
remift entre les mains , afin
qu'il les remenaft dans leur
Pais. Alciane de fon cofté,
fuivie des autres Bergers &
Bergeres dont l'Amour avoit
diffipé la crainte , vint prendre
part à la joye , que cau
foit à tout le monde la paifible
entreveuë d'Hercule
avec Hippolite: Enſuite l'Amour
dança un Ménuet au
milieu des Plaiſirs , & alla
trouver Mercure pour luy
donner ordre de remonter
au Ciel , & d'y porter la nouvelle
GALANT. 193
5
velle de ce grand accord
entre deux Perſonnes fi ennemies.
XVIII. ENTREE.
La Reyne des Amazones
dança avec les deux Princes.
Sa dance finie , Hercule luy
préfenta lesdeux Fils du Roy
Euriftée , & cette action de
genérofité fit naître une parfaite
reconciliation entre ce
Héros , & cette belle Amazone.
Pendant quetout cela
fe paffoit, la Concorde parut
au milieu des Airs , affiſe fur
un Arc-en-Ciel ; & chanta
ces Paroles.
Avril 1681. R
394 MERCVRE
Tout cftfoumis au Charme de l'Amour;
La douce Loy defon Empire,
Dans unparfait accord tient tout ce
qui refpire.
Soit aux Champs, foit à la Cour,
Fout eftfoumis au Charme de l'A
mour.
XIX. ENTREE.
Les
Chevaliers.errans, qui
à la premiere veuë d'Alciane
s'eftoient fentis portez à l'aimer,
dancerent & fe batirent:
pour elle en préſence de l'A£-
femblée, chacun prétendant
à l'honneur de fe dire fon
Chevalier; mais apres qu'ils
GALANT. 195
eurent fait preuve de leurvaleur
à la Dance & au Combat
, l'Amour les condamna
tous deux à un banniffement
perpétuel , dans la juſte appréhenfion
qu'il eut que
Chevaliers errans de deux
Nations fi oppofées en toules
tes chofes , telles que font la
Gauloife & l'Efpagnole, n'excitaffent
des défordres , qui
puffent fervir d'obſtacle au
deffein qu'il avoit fait de retenir
le Maiftre des Dieux
aupres de Junon , dans le lieu
délicieux
d'Eurybate
.
Rij
196 MERCVRE
XX . ENTRE'E.
Un Scaramouche curieux
de voir la Fefte , entra, & fit
mille plaifantes & agréables
poſtures , au milieu de cette
illuftre Affemblée.
Pour M' de Bonnefond , Capitaine
Reformé , repréfentant
un SCARAMOUCHE.
I'ay mes Congez en bonneforme.
T'ay paffe cent dangers fans cftre
eftropies
Et malgré toute la Réforme ,
Iefuis cr.for un Scaramouche enpie
DERNIERE ENTRE'E.
Mercure venu du Ciel de
GALANT. 197
la
part de Jupiter & de Junon
, pour fçavoir ce qui fe
paffoit dans cet endroit de la
Terre , leur alla dire du confentement
de l'Amour , que
tout eftoit preft pour les recevoir
dans Eury bate. II
leur apprit la reconciliation
d'Hercule avec Hippolite,
dont le Dieu Pan porta auffi
la nouvelle à tous les Habi
tans de fes Bois. L'Amour,
comme le Maître de ce Lieu,
y demeura .Mars invita toute
cette Troupe à venir faire
bonne chere à fa table , &
Bacchus promit de régaler
Rij
198 MERCVRE
Affemblée des meilleurs
Vins de la Terre. Un Inconnu
, & une Inconnuë, entrerent
parmy la foule , &
par leur maniere extraordinaire
de dancer divertirent
fort les Spéctateurs
.
Pendant toutes ces rencontres
impréveuës , le jour
eftant venu fur fon déclin ,
on remit au lendemain les
Jeux & la Luite , & on ſe
contenta pour cette fois de
li Dance des Bergers. Ainfi
le Balet finit, & chacun fe
retira au Hameau , où par un
magnifiqueRepas, on donna
GALANT. 199
à tout ce beau monde ,, le
plaifir le plus neceſſaire à
T'accompliffement du Char-
-me de l'Amour .
Je ne doute point , Madame
, que vous ne foyez
furprife de voir qu'il fe trouve
en Allemagne des Mufes
Françoiſes auffi polies que
l'eft celle qui a infpiré les
Vers quel'on a meflez parmy
ces Entrées . Ils font aifez
, naturels , & dignes du
grand Spectacle dont ils ont
fervy à expliquer le Sujet.
Tout fut magnifique dans
cette Eefte , & fi l'on y ad-
Riiij
202 MERCVRE
mira la richeffe des Habits,
elle n'eut pas moins dequoy
fatisfaire par la beauté de la
Symphonie & de la Mufique.
Il eft jufte, apres vous
avoir parlé de Chants , de
fournir àvôtre voix le moyen
de s'exercer. Vous le trouverez
dans les Paroles qui fuivent
, notées par un fçavant
Maiſtre.
AIR NOUVEAU.
H
Aftez-vous, haftez - vous,.
doux Printemps,
Renaiffez , paresseuxfeuillage.
Petits Oyfeaux , recommencez vos.
chants.
GALANT. 201
Que toutfoit gay dans ce Bocage..
Echos, redites tour- à-tour
Les plaifirs quifuivent mapeine ,
Etque lajeune Célimene
Partage enfin tout ce quej'ay, d'amour.
c
rente ,
Sur la fin du dernier mois,
le Roy donna à M' le Prince
de Talmont Fréderic- Guil.
laume de la Trémoille , Fils
de feu M' le Prince de Ta-
& de la Princeſſe
Emilie de Heffe, lesAbbayes
de Charroux & de Talmont,
Dioceſe de Poitiers, vacantes
par la mort de M' le Comte
de Laval fon Oncle, decedé
à Talmont le 25. de Janvier,.
202 MERCVRE
âgé de cinquante- cinq ans.
Ce Prince, apres avoir porté
les armes avec réputation ,
dans les premieres années
de fa vie , & s'eftre trouvé
aux Prifes des Villes de Cref
centin , de Nice de la Paille,
de Tortonne, & de Thionville
, s'eftoit donné à l'Eglife,
& la douceur de la So
litude luy avoit fait rencon
trer des avantages qu'il a
bien plus eftimez depuis fa
retraite, que ceux qu'il pouvoit
efpérer avec juſtice de
fon mérite & de fa naiſſance .
Il eftoit de l'illuftre Maifon
*
GALANT. 203 .
de la Trémoille, connue depuis
pres de fept cens ans .
par les grands Hommes qu'-
elle a donnez, & qui font fi
fameux dans toutes les Hif
toires de l'Europe. Elle eſt
alliée aux Royales Maiſons .
de Bourbon, Bourbon-Motpenfier,
Anjou, Sicile, & Ar-
5 ragon. C'eſt par une Princeffe
de cette Maiſon , nom--
mée Charlote , Fille & unique
Heritiere de Frederic
d'Arragon, Roy de Naples,
que les Princes de la Maiſon
de la Trémoille fe font acquis
le droit fucceffif à ce
204 MERCVRE
Royaume , pour lequel M
le Duc de la Trẻmoille,
Chef de cette grande Maifon,
& M' le Duc de la Trémoille
fon Ayeul , ont fait
par leurs Envoyez Extraor
dinaires leurs Proteftations
contre le Roy d'Espagne,
dans les Affemblées tenues
pour la Paix genérale à
Munfter , & à Nimégue.
Outre ces illuftres Alliances
, ils en ont encor avec
les Maiſons Imperiales d'Autriche
, de Baviere , de Lu
xembourg , de Saxe & de
Naffau , & avec les Souve
GALANT. 205
raines de Heffe, de Brandebourg
, des Palatins de Wirtemberg,
&c. M' le Duc de
la Trémoille, Premier Gentilhomme
de la Chambre,
qui a époufé la Fille unique
de M' le Duc de Créquy, &
M le Prince de Talmont
fon Frere, font Coufins
germains
de Madame , de la
Reyne de Dannemark , de
Ml'Electeur Palatin , de
M' le Landgrave de Heffe
Caffel, de M le Duc de Saxe-
Veymar, & de Madame l'Electrice
de Brandebourg.
M' le Chevalier de Mef
206 MERCVRE
4
mes , qui poffedoit les Abbayes
de Vaulcroy & de
Humbye, eftant mort à Ro
me, M'de Meſmes fon Frere,
Préfident
à Mortier , les a
obtenues pour M ' l'Abbé de
Melmes fon Fils . Vous fça
vez , Madame , que M' le
Préſident de Mefmes a toujours
eu un tres - fort atta
chement pour le fervice du
Roy, qu'il eftoit Lecteur de
Sa Majefté avant qu'il exerçaft
la Charge de Préſident
à Mortier, qu'il a infiniment
de l'efprit, qu'il eft de l'Aca
démie Françoife , & qu'ef
GALANT. 207.
20
tant tres -obligeant , il joint
à la gravité de Magiftrat,
l'ait doux & affable , qui eft
de fon caractere . M' le Chevalier
de Meſmes eftant
mort à Rome, tous les Benéfices
qu'il poffedoit, quoy!
que fituez en France , devoient
eftre à la Nomination
du Pape. Cependant il avoit
eu la précaution , en y arrivant,
de demander un Bref
à Sa Sainteté, par lequel Elle
confentoit qu'ils demeuraffent
à la Nomination du
Roy, s'il arrivoit qu'il mou
ruft à Rome. Ce Bref luy fut
208 MERCVRE
accordé , & c'eſt par là que
Sa Majefté en a pourveu le
jeune Abbéfon Neveu. Elle
l'a fait de cette maniere engageante
qui gagne les
coeurs , & dont ceux à qui
l'on donne font plus touchez
que du Préfent qu'on
leur fait.
L'Abbaye de Valoir, Dioçefe
d'Amiens , vacante par
le deceds de M' l'Abbé Mar
tinot , fut donnée dans le
mefine temps à M' l'Abbé
de Fontanges. Je vous ay
déja parlé de cet Abbé à
Foccafion des Thefes qu'il a
GALANT. 209
foûtenues au College de .
Harcourt .
Le mefme Abbé Martinot
ayant , outre l'Abbaye de
Valoir , celle de S. Sauveur
des Vertus, Dioceſe de Châlons,
le Roy en agratifié Mª
L'Abbé de Lhéry. Il eft Frere.
du Chevalier de ce nom,,
i dont la conduite, la magnificence
, & la valeur , vous .
doivent eftre connuës par
plufieurs Articles de mes.
Lettres.
Mide Miromeſnil, Inten
dant en Champagne , a eur
BAbbaye de S. Urbain dans
Avril 1681. S
210 MERCVRE
rs
cette mefme Province, pour
un de M's fes Fils. Je vous
ay parlé de cet Intendant
dans la Relation du Mariage
de Monfeigneur le Dauphin.
Il fert le Roy avec une vigilance
& une exactitude inconcevable
. Auffi peut-on
dire qu'il foûtient tres - dignement
l'honneur du Nom
qu'il porte de M' de Miromefnil
fon Oncle , dont le
grand mérite fera toûjours
vivre la mémoire.
.
Dans le mefme temps que
M' le Comte d'Eftrées s'eft
veu honoré du Bafton de
GALANT. 211
Maréchal de France , l'Evef
ché de Laon a efté donné à
M'P'Abbé d'Eftrées, Fils du
Duc de ce nom , fur la Démiffion
que M le Cardinal
d'Eftrées en avoit faite entre
les mains de Sa Majesté .
Cet Abbé eft dans une fi
haute eftime pour fa vertu,
fa capacité , & les vives lu
mieres de fon efprit , que
tout le monde a veu ce choix
avec joye. L'Evefché de
Laon luy donnera le Titre
de Duc & Pair.
1
Je vous envoye une Lettre
: dont la lecture vous donnera
Sij
212 MERCVRE
du plaifir. Elle eſt toute de
Proverbes. S'il n'y a rien qui
foit moins du bel ufage, que
d'en mefler quelques -uns
dans la converfation , rien
n'eft auffi plus réjoüiſſant
que d'en faire un jeu qui
forme un difcours fuivy. Il
y a quelques années qu'on
s'écrivoit ainfi à la Cour , &
les Billets conçeus en ce ftile
y eftoient fort eftimez.Cette
Lettre eft d'une jeune Perfonne,
auffi aimable par fon
efprit que par fa beauté. Elle
eft adreffée à M' Guyonnet
de Vertron, Chancelier perGALANT.
213
pétuel de l'Académie Royale
d'Ardres , & fervira de mo
delle à ceux qui voudront fe
divertir à en faire de femblables..
$ S5225552 5255552
LETTRE
DE MADEMOISELLE ***
A
Tous Seigneurs, tous honneurs.
Bonjour pour
"
demain,
lajournée n'est paspaſsée.
Sans mentir, me voicy plus em-
13 barraffée qu'une Poule qui n'a
qu'un Pouffin ; car , mon cher
• Amy , ce n'eft pas un Couteau
214 MERCVRE
de
aife à tirer defa guaîne, que
vous écrire en Proverbes . Je
prendrois anffiroft la Lune avec
les dents. Fe fçay qu'ilfaut charier
droit avec vous , & que
vous n'eftes pas de ces Niais de
Soulogne , qui fe trompent à leur
profit. Il vous faut de la Mar
chandife de Paris, où il n'y a que
nicter; mais en faisant de fon
mieux, on en eft quite . Je vous
diray donc autant en un mot
comme en cent , car il n'en faut
qu'un bon & qui ferve , que
pourrevenir à nos Moutons,
Brébis tondue Dieu luy mefure
Le vent , auffi bien qu'à Brébis.
GALANT. 215
ם י נ
I comptées fouvent le Loup en
prend une. Mais il fouvient
toûjours à Robin de fes Flûtes.
Dites - vous vray, quand vous
m'affurez que mon abſence ne
vous plaift point ? car entre nous,
abeau mentir qui vient de loin.
Pour moy je vous a vouë , qu'apres
voftre départ, je demeuray
plus penaude qu'une Fondeufe
de Cloche, & je difois fans ceffe ,,
Helas, les jours fe fuivent, &
ne fe reffemblent pas. Il a
bien plu fur ma Mercerie.
Je n'ay plus laine du premier
Drap , & je crains bien d'avoir
mangé mon Pain blanc
216 MERCVRE
le premier. J'eftois avec mer
Amis come le Poiffon dans
l'eau , & le Rat en paille , &
maintenant je ne fçay plus
dé quel Bois faire Fleche. Ce
qui me confole , l'on m'a
promis de revenir ; mais pro
mettre & tenir, c'est tout ce
qu'un Homme de bien peut
faire , & je ne connois que
trop , que qui s'éloigne de
l'oeil, s'éloigne du coeur. Cependantfi
vous y manquiez, je
vous répons que je criërois plus
haut apres vous qu'un Aveugle.
qui a perdu fon Bafton , & je
ne fçay mesme fi je ne jetterøisť
point
GALANT. 217
point le Manche apres la Coignée,
mais ce feroit tomber de
fievre en chaud mal. Il vaut
donc mieux , contre fortune bon
coeur, que d'eftre trifte comme un
Bonnet de nuit fans Coiffe . Cent
ans de mélancolie ne payeroient
pas un fol de mes Debtes. En
verité, vous auriez grand tort,
fi vous ne fongiez non plus à
moy qu'à vos vieilles Bottes ;
mais à bon Chat, bon Rat; &
fi vous me donniez des Pois , je
vous rendrois des Féves . L'on
ne perd rien à Marchand qui
etalle . Je ne batrois pas longtemps
les Buiffons, files Oyfeaux
Avril 1681. T
218 MERCVRE
eftoient pour d'autres . Je nefuis
pas accoûtumée à tirer ma Pou
dre aux Moineaux; &fi vous
me mettiez au nombre des péchez
oubliez , je vous aurois
bientoft planté là pour reverdir.
Ce n'est pas à moy à qui il faut
vendre fes Coquilles . Il n'eft
que Changeurpour fe connoître
en Monnoye. Fin contre fin
n'eft pas bon à faire doublure ;
mais je fuis peut- eftre comme les
Anguilles de Melun, qui crient
avant qu'on lesécorche . Je veux
donc croire que vous m'aimez
comme vos petits boyaux,
que vous eftes peut- eftre plus
GALANT. 219
que
de
proche de Sainte Larme
Vendofme, de ne me plus voir;
mais il ne faut pasfe defefpérer
pourune mauvaiſe année . Apres
la pluye viendra le beau temps,
& vouspourrez revenir cuire à
noftre Four. Cependant me voicy
au bout de mon rolet. Je ne bats
plus que d'une aile . Je me retire
donc avec ma courte honte, quoy
que je croye avoir affez bien dit
pour avoir une Image ; mais
prétens de cecy faire d'une pierre
deux coups, que cefoit autant
pour votre Amy que pour vous.
Jefeay que vous eftes deux teftes
dans un Bonnet. Ainfi qui toque
je
Tij
220 MERCVRE
l'un , toque l'autre. Cependant
il faut finir , en vous. difant
comme le Roy Dagobert à fes
Chiens , il n'y a fi bonne Compagnie
qui ne fequitte . Bonjour
adieu, il n'y a point de troma
perie. En voila affez pour le
prix de votre argent. Payezmoy
en mefme monnoye . Il vaut
mieux un tien que deux tu l'an
ras. Adieu, mon cher Amy.
S
2
3
Vous cuffiez veu la Réponſe
de M' Guyonnet de
Vertron , s'il n'euft efté occupé
par les Ouvrages qu'il
a eu l'honneur de préfenter
GALANT. zzi
à Leurs Majeftez , à Monfeigneur
le Dauphin, & à Madame
la Dauphine . Sa modeftie
, qui n'a point encor
fouffert qu'il les ait rendus
publics , n'a pu empefcher
qu'on n'en ait parlé avec
dloge dans le Journal des
Sçavans. Ces Ouvrages font
des Panegyriques du Roy en
plufieurs Langues , fur des
Sujets diférens , un Dictionnaire
Hiftorique des Conqueftes
de Sa Majefté; & L'excellence
du beau Sexe, fous le nom de
la Minerve Dauphine
.
Je vous ay appris la mort
Tij
222 MERCVRE
de M' Patru , l'un des Quarante
qui forment le Corps
de l'Académie Françoiſe.
Cette Compagnie devant
donner cette Place à une
Perfonne qui cuft le mérite
neceffaire pour la remplir,
y a travaillé avec fuccés. Elle
n'eftoit pas obligée de faire
ce choix parmy ceux du premier
Rang, comme elle a
fait en plufieurs rencontres
mais quand on voit un grand
Homme en qui l'efprit eft
joint à la dignité , & qu'il y
eft joint avec tant d'éclat,
qu'on peut dire mefine qu'il
GALANT. 223
temps
la furpaffe , ces Meffieurs
pouvant fatisfaire en meſme
à l'intéreft de leur
gloire & à leur juſtice , ont
grande raifon de le préferer
à ceux que l'efprit feul feroit
afpirer à cet honneur. Ainſi
loin d'eftre furpris qu'ils
ayent choify M' de Novion
Premier Préfident , tout le
monde devoit croire que des
Efprits fiéclairez feroient ce
grand choix. Ils ont deû le
faire, & ils l'ont fait. Je vous
ay déja parlé en beaucoup
d'occafions de ce digne Chef
du premier Sénat duMonde.
Tiiij.
·
224 MERCVRE
feu-
Son mérite eft fi connu, qu'il
me feroit inutile de rien dire
icy de ce qui eft fçeu de
toute la France. Quelques
jours apres fon élection, que
l'on fit tout d'une voix, celuy
de fa Reception fut arrefté
pour le Jeudy 27. de Mars.
L'Affemblée ne fut pas
lement nombreuſe, mais des
plus illuftres , par le grand
concours des Perfonnes de
la premiere qualité qui s'y
trouverent. M' de Novion
parla le premier , fuivant la
coûtume de ceux qu'on reçoit.
N'attendez pas qu'en
GALANT. 225
A.
Vous apprenant quelque
chofe de ce qu'il dit , je vous
l'apprenne dans fes mefmes
termes. A peine vous en
spourray-je donner une foible
idée. Ses difcours, quoy
que fort peu étendus , font
fi remplis de penfées,& d'un
ftile fi ferré , que l'avidité
qu'on a de les retenir , fait
que la mémoire s'embar
raffe en s'attachant à trop de
chofes tout- à- la- fois ; mais
s'il parle peu , il ne laiffe pas
de dire beaucoup, tant cha
que mot eft employé avec
force. Il fit d'abord con226
MERCVRE
noiftre à l'Académie , qu'il
devoit le commencement
de fa fortune à l'Illuftre Fondateur
de ce Corps celebre,
parce qu'il avoit preſté la
main à fes Anceftres pour
monter aux Dignitez , &
qu'ainfi , en le choififfant,
elle ne faifoit qu'honorer la
mémoire du Grand Cardinal
de Richelieu. Il fe fervit
d'une penſée toute brillante
pour louer l'Efprit , parce
que c'eft la partie la plus effentielle
pour eftre admis à
F'Académie. Il dit , Que la
langue d'Ulyſſe avoit plus nuy
GALANT. 227
1
&
aux Troyens, que n'avoient fait
les armes d' Ajax. C'eft faire
voir en peu de paroles , que
l'Efpric triomphe de tout ,
que mefme la Valeur eft
cótrainte à luy céder. Apres
auoir dit obligeamment, en
- parlant de l'Académie, Que
qu'il apprendroitdans ce Corps
Luy ferviroit pour les Difcours
qu'il auroit à faire dans leTemple
de la Justice , il finit par une
tres- belle penfée , qui faifoit
entendre , qu'Hercule s'eftant
fait Citoyen de Corinthe , tout
le monde pouvoit l'eftre. En
effet , Madame, le Roy ef
се
228 MERCVRE
tant en quelque façon de
l'Académie, puis qu'il a bien
voulu agréer le Nom de fon
Protecteur, on peut dire que
ce rang n'eſt au deffous de
perfonne .
2.
Le Directeur & le Chancelier
eftant abfens , ce fut
fur M' de Mezeray , qui eft
Secretaire perpétuel de la
Compagnie , que tomba
l'Employ de répondre à M
le Premier Préfident. Il dit,
Qu'il avoit douté d'abord s'il le
devoit accepter, à cause d'une
indifpofition qui l'avoit mis depuis
quelques jours dans une
GALANT 229
grandefoibleffe ; mais qu'il s'eftoit
aisément perfuadé que
le
Génie immortel dont l'Académie
avoit toûjours efté animée , ne
l'abandonneroitpas, & luypour
roit inspirer des chofes qui ne
feroient pas tout-à-fait indignes
d'une fi glorieufe Fournée ; Que
t'honneur de la présence de M
le Premier Préfident ne pouvoit
moins faire que raffurer fa timidité,
& fortifier fa voix;
Qu'il devoit peu craindre de
manquer de hardieffe & de parole
dans une fi belle occafion ,
où fa feule venë luy préfentoit
les pus grandes chofes ; Qu'il
230 MERCVRE
cours;
fçavoit bien que ce feroit estre
temeraire , de les vouloir toutes
renfermer dans un espace auffi
borné que celuy de fon Difcou
mais qu'au moins on pouvoit les
comprendre éminemment dans
ces deux mots , que ſon mérite
extraordinaire & les importans
& longs fervices rendus
par luy à l'Etat , luy avoient
acquis les bonnes graces du
plus grand & du plus fage
des Roys , & qu'il luy en
avoit donné la plus glorieufe
marque qu'il puft ſouhaiter,
& qui luy eftoit deſtinée depuis
longtemps par les voeux
GALANT. 231
publics ; Que dans la Charge
de Premier Préfident , l'une
des plus nobles émanations de
l'Autorité Souveraine, qui préfide
à tout ce qu'il y a de plus
grand dans l'Etat, il n'eftoit pas
feulement réveré comme le Dif
penfateur des Loix, & le Chef
du Premier Parlement de ce
Royaume, mais qu'il eftoit encor
confideré comme la regle certaine
& le parfait modelle de l'Eloquence
Françoife ; Que les plus
grands Maistres qui s'eftoient
fouvent trouvez à fes Actions
publiques , avoüoient tout d'une
voix qu'il n'y avoit jamais rien
232 MERCVRE
eu de plus ingénieux pour l'invention,
de plus jufte pour l'ordre
& pour la méthode , de plus
puiffant pour le raisonnement,
de plus elegant & de plus poly.
pourle langage ; Qu'ils difoient
que c'eftoit un Fleuve délicieux,
dont les eaux toujours claires
couloient defource, arrofoient
doucementfans inonder. Il parla
en fuite de la fatisfaction que
I'Académie auroit de participer
à tant de tréfors ; &
apres avoir fait connoiſtre
qu'ayant efté établie pour
embellir noftre Langue, elle
s'eftoit parfaitement
acquiGALANT.
233
tée de fes devoirs , en aplaniſſant
, pour ainſi dire , les
rides de fon viſage , & luy
donnat
l'embonpoint
d'une
agreable jeuneffe , il ajoûta,
Que dans la perfection où la
Compagnie l'avoit mife , elle fe
trouvoit non -feulement en état
d'enfeigner toutes les Sciences
Divines & Humaines , mais
qu'elle eftoit devenue capable de
publier d'un ton plus haut, & en
termes plus magnifiques , les béroiques
Vertus , & les Actions
miraculeuses du Roy ; Qu'elle
pouvoit maintenant , fans trop
de temérité, entreprendre d'écrire
Avril 168.1. V
234 MERCVRE
fon Hiftoire avec plus de relief
& d'éloquence , que jamais les
Grecs nyles Romains n'avoient
écrit l'Hiftoire de leurs Héros,
Qu'en publiant le nombre incroyable
de fes Conquestes , elle
pouvoit raconter comme desRamparts
qui fembloient n'avoir à
la colere du Ciel,
craindre que
eftoient
tombez
prefque
au feul
bruit
de fes Trompetes
; comme
cent Fortereffes
vainement
entaffées
les unes fur les autres
,
avoient
efté réduites
en poudre
fes approches
; comme
il avoit
diffipé
cette Ligue
àtant de teftes
,
qui croyoit
donner
tant d'épouGALANT.
235.
1
Dante; comme il avoit plante
Ses Trophéespartout oùfesEtendards
avoient paru ; & enfin
comme il avoit pouffé, batu, &
humilié , toutes les fieres Puif-
Lancesqui luy vouloient refister.
Il pourfuivit, en difant, Qu'il
ne falloit pas toujours regarder
cet Arbitre de la Terre du cofté
qu'il eftoit armé de Foudres,
qu'ilfaifoit marcher la Terreur
devant luy Qu'il n'y avoit pas
moins de plaifir de le regarder
par le cofté qui avoit plus de
brillans
que
&
d'éclairs, et qui
charmoit doucement la veuëfans
L'effrayer ; Que l'ony voyoit des
V ij
236 MERCVRE
qualitezqui n'eftoientpas moins
adorables , & qui le faifoient
encor plus reffembler à Dieu
dont il eftoit la plus excellente
Image ; Qu'il entendoit, par ces
adorables qualitez, cette grandeur
d'ame, cette immenfe éten
duë de conduite, qui connoift, qui
embraffe , qui ordonne toutes les
Affaires defon Etat , qui d'un
coup d'oeil penetre le préfent
l'avenir, & qui fur cela fait
mouvoir tousfe's refforts ; Que
ces mefmes qualitez devoient
encorfaire entendre cettefolidité
de jugement , qui paroift dans
toutes fes actions & dans tous
GALANT. 237
fes difcours; cette affabilitépleine
d'attraits; eette liberalité inépui
fable , qui donne avec profusion,
= mais avec difcernement, quipré
vient les defirs , & comble les
efpérances; cette genéreufe paffion
de faire refleurir les beaux-
Arts ; & enfin une fage & hérotque
modération, connue àpeu
d'autres Souverains, & qui n'a
a
jamais efté la vertu des Conquérans
; Que c'eftoitpar là que renonçant
à fes propres interefts,
s'impofant à Luy- mefme les
Loix que toute la Terre n'euft
ofe luy propofer , il avoit joint
enfemble les Titres de Tres-Puif
&
238 MERCVRE
"
fant & de Tres -fufte , de Triom
phant de Pacificateur , de
Vainqueur & de Clément ;
Que c'estoit par la quefans def
cendre de la hauteur de fon
Trône, il avoit trouvé le moyen
defe faire aimer autant qu'il eft
redouté, & d'imprimer cette
croyance dans tous ceux qui ont
l'honneur d'approcher defa Perfonne,
qu'avec les qualitezpref
que divines d'un Grand Roy, il
poffedoit dans le fuprême degré.
celle du plus honnefte Homme de
fon Royaume ; Que pour comblede
fa gloire, il n'ostoit redevable
de ces rares perfections qu'à fes
GALANT. 239
= propres foins, qu'à fes reflexions:
continuelles ; Que s'eftantformé
Luy-mefme , il estoit fon veritable
Ouvrage , & le plus accomply
de fes Ouvrages ; &
qu'on pouvoit dire avec verité,
que c'estoit Louis QUATOR-
• ZIEME qui avoit fait Loüis
LE GRAND. tel que nous le
- voyons , & que toute l'Europe
l'admire ; Que ny le Pinceau,
ny le Burin , n'eftant point capables
de bien exprimer de fi
grands traits , & ce qui eft purement
fpirituel devant estre
L'objet des pures productions de
Esprit, c'eftoit à M² de l'A-
"
240 MERCVRE
leurs
cadémie à travaillerfans relâche
à unfi noble deffein, à n'y épar
gner ny leur industrie ny
veilles; & que laplus glorienfe
récompenfe qu ilsfe puffent pro
pofer leur eftoitfeure, puis que le
feul nom de Louis LEGRAND
donneroit l'immortalité à leurs
Ouvrages. Il finit en affſurant
MⓇ le Premier Préfident, au
nom de ceux pour qui il parloit
, qu'ils n'avoient jamais
reçeu plus de gloire & d'a
vantage que dans cette oc
cafion , & qu'ils chercheroient
à luy donner tous les
témoignages poffibles de
l'extréme
GALANT 241
l'extréme paffion qu'ils avoient
de l'honorer, & de le
fervir.
Cette réponfe fut fort
applaudie. On ne pouvoit
moins attendre de M' de
Mézeray, qui eft profond en
toute forte d'érudition. Mais
3
ce n'eft pas
feulement
parla
qu'il eft fameux
. Ill'eft encor
par une probité
ſouvent
éprouvée
, par une fidelité
inébranlable
pour fes Amis
,
& par un amour
fi grand
pour la verité , qu'aucune
confidération
n'a jamais
efté
capable
de luy faire prendre
Avril
1681. X
242 MERCVRE
un autre party. Il nous a
donné l'Hiftoire d'une façon
qui jufqu'à luy avoit
efté inconnue en France,
On y admire des traits recherchez
ſoigneuſement &
bien prouvez , & avec cela
beaucoup de folidité de rais
fonnement. On attend de
luy des Ouvrages tres- curieux
, & d'une fort grande
utilité pour tout le monde,
mais particulierement pour
les Gens de Lettres. Apres
qu'il eut ceffé de parler , il
demanda felón la coûtume,
s'il n'y avoit point d'Acadé
GALANT. 243
micien quieuft quelque Ouvrage
à lire. M de Benfe
rade dit qu'il travailloit à
- mettre des Heures en Vers
pour Sa Majefté , & apres en
avoir lû plufieurs Pleaumes
qui furent trouvez tresbeaux
, & par eux - mefmes,
& par l'agreable maniere
dont il les lût, il vint à l'E
1xaudiat. Tout le monde don
na de grandes louanges à
cette Traduction ,
marqua avec plaifir que les
deux Verfets qui finiffent
chaque Pleaume , eſtoient
tous traduits diféremment,
&
on
re
X ij
244 MERCVRE
Comme on approchoit du
temps le plus faint, cette ren
contre fut cauſe qu'on lût
plufieurs Ouvrages de devo
cion. M' Boyer imita en cela
M' de Benferade , & fit voir
un Miferere en Vers François
, qu'on trouva tresbeaux
, & fort bien tournez .
M' Charpentier changea de
matiere , & lût un Chapitre
d'un Livre de fa compofition
qu'on va imprimer , &
qui eft la fuite d'un autre que
vous avez déja veu, qui porte
pour titre, Défense de la Lan.
gue Françoife , pour l'Infcrip
GALANT. 245
G
tion de l'Arcde Triomphe , dédiée
au Roy , dans lequel il a
prouvé que ce fuperbe Monument
qui s'éleve à l'honneur
de Sa Majefté , doit
avoir une Inſcription Françoife.
Cette opinion a eſté
combatue par un Diſcours
Latin tres- fçavant , & tres
éloquent , qui fut prononcé
au College de Clermont par
le Pere Lucas Jeſuite , fur la
fin de Novembre 1676. &
c'eſt à ce Difcours que M
Charpentier a fait une ample
Réponse , qui auroit eſté
imprimée il y a plus de trois
X iij
246 MERCVRE
ans , s'il avoit eu plus de loifir.
C'eft de la qu'eft tiré là Chapitre
qui fut lú en cette rencontre
, où par occafion il
combat l'opinion commune
touchant la legereté de la
Nation Françoiſe , qu'il fait
voir eftre beaucoup plus
conftante que la Romaine.
Les raiſons qu'il en allegue
font tres recherchées , & tresconvaincantes
I lût auffi
une Piece de Poëfie pleine
de defcriptions fort agreables
qu'il appelle , La Belle
Soirée mais je n'ay pû encor
l'avoir. M' Quinaut eut auGALANT.
247
dience à fon tour , pour la
Traduction
d'une Ode
d'Horace ; & M' le Clerc ,
I
7
lût apres luy cent cinquante
Vers fur la Penitence . Quoy
que le nombre fuft grand,
& que l'on euft déja lû beaucoup
de chofes de ce caractere,
ils furent trouvez fi
beaux , que l'attention qu'on
leur prefta , fit connoiſtre le
plaifir que chacun en recevoit.
M' le Clerc n'en demeura
pas là , & lût encor à
la gloire de l'Académie les
deux Sonnets que vous allez
voir
...
X iiij
248 MERCVRE
A
L'ACADEMIE
FRANCOISE..
D
SONNET.
E l'aveuglé Ignorance invincible
Ennemic,
Quifçais à la Vertu donnerfon
jufte prix;
Délicieux Concert des plus nobles
Efprits,
Honneur de noftre Siecle , illuftre
Académie.
25
Tu vois du Grand LOVIS la puif
fance affermies
Son Bras euft tout dompté, s'il l'a
voit entrepriss
GALANT. 249
Etfon Coeur de la Gloire eft tellement.
épris,
Qu'il nefent qu'àregretfa Valeurendormie.
Se
Mais le Temps fleiriroit les fuperbes
Lauriers
Quefousfes Etendards ont cueilly
nos Guerriers,
Sans lefecours des Vers , ou celuy de
Hiftoire..
22
L'un & l'autre dépend de ta fça- ·
vante Mains
C'eſt Toy qui ties les Clefs duTemple
de Mémoire,
Et qui graves les Noms fur l'im--
mortel Airain,
250 MERCVRE
A LA MES ME..
SONNET.
I Lluftre Académie , agreable
Lycée,
Pour qui Minerve tient fes mystères
ouvers;
Concours de tantd'Espritspleins de
talens divers ,
Quellegloire n'estpointpar latienne
effacéc?
SS
Dans ton noble travail la France
intéressée
Via voir fleurirfa Langue au bour
de l'Univers;
On trouve dans tonfein la fource des
beaux Vers,
Ony voit l'Eloquence enfon Trône
placée.
GALANT. 251
S2
Les Miniftresfacrez, ceux qui ferventThemis,
Ceux à qui de l'Etat les fecretsfont
commis,
Prennentpart avecjoye àtes doux
Exercices.
Sa
LOVIS mefme applaudit à ton char
mant Employ,
LOVIS eftton AVGVSTE, &Sou
fes grands aufpices,
Du Langage parfait tu vas donner
la Loy.
Mile - Duc de S. Aignan finit
par une Réponſe en Vers
qu'il avoit faite à M² le Duc
de Vendofme , & à M˚ Chapelle
, qui luy avoient écrit
252 MERCVRE
d'Annet . Elle eftoit courte,
mais elle avoit ce tour aifé
qui luy eft fi naturel, & qui
fait voir que rien ne luy
coufte. Ces lectures eftant
faites , la Compagnie ſe leva ,
& M' le Premier Préfident:
fortit , fort fatisfait de l'Illuftre
Corps dans lequel il
venoit d'eftre reçeu avec une
joye univerfelle , & un applaudiffement
general ..
Je vous ay déja nommé les
Prédicateurs qui devoient
précher à la Cour pendant
le Careſme . C'eſtun employ
dont ils fe font tous acquitez
GALANT. 253
avee fuccés. Le Jeudy - Saint,
le Roy entendit le Sermon
de M' l'Abbé de Brou , l'un
de fes Aumôniers , & le
trouva Orateur. C'eft ce
que Sa Majesté dit à fon
avantage , en témoignant
qu'Elle en eftoit fort contente.
En fuite Elle affifta à
Abfoute faite par M' l'Evefque
de Lavaur , & fit la
Cene felon la maniere accoûtumée.
La Reyne la fit
pareillement , & Leurs Majeftez
entendirent avec une
devotion exemplaire l'Office
entier des trois derniers jours
254 MERCVRE
de la Semaine Sainte. Le
Samedy , le Roy apres avoir
fait fes Devotions , toucha
onze cens Malades fur la
Terraffe du Chafteau de
S. Germain. Il faut eftre auffi
infatigable , & auffi zelé que
l'eft ce grand Prince , pour
fuporter une fi longue fa
tigue fans fe repofer. Ce qui
furprit fort , ce fut de trouver
des Femmes tres - propres,
meflées parmy les Malades
, quoy qu'elles fuffent
en pleine fanté. C'eſtoient
des Dames Flamandes ve:
nuës exprés pour voir ce Mo
GALANT. 255.
1
narque , qu'elles n'avoient
veu qu'en confuſion
dans
fes Places de conquefte
. Le
jour de Pafques, Leurs Majeftez
entendirent
le Sermon
de M l'Evefque de Condom
l'ancien, qui fe furpaſſa luymefme.
La devotion de Madame
la Dauphine s'eft fait
auffi remarquer
, mais elle
n'a point furpris. C'eſt un
effet de l'avantage
qu'elle
a
d'eftre née d'un Pere qui a
vécu d'autant
plus en Saint,
qu'on n'a fçeu qu'apres ſa
mort toutes les aufteritez
qu'il faifoit. On doit à la
256 MERCVRE
pieté de cette Princeſſe un
Livre qu'elle a fait faire,
& qu'on fouhaitoit depuis
longtemps. C'eſt l'Office de
la Vierge fans renvoy , qui
fe vend chez le Sieur Dezalier
, Rue S. Jacques. Si
pendant le temps
de penitence
& de jeûne , la devo
tion a efté grande à la Cour,
elle l'a auffi efté beaucoup
à Paris. Les mefmes Prédicateurs
que Sa Majesté a
entendus, y ont remply les
plus importantes Chaires,
& prêché avec éloquence
, zele & fuccés. Le
GALANT. 257
Pere Bourdaloüe fur tout
a efté extraordinairement
fuivy à Saint Germain de
Lauxerrois. Une affluence
incroyable de Perſonnes de
la premiere qualité , compoloit
tous les jours fon auditoire
; & Monfieur Col
bert n'a pas manqué un de
fés Sermons , lors qu'il eft :
venu icy, & qu'il a pû dérober
une heure à fes grandes
occupations pour l'aller
entendre. Apres vous avoir:
- parlé des Prédicateurs confommez
, je puis vous dire !
qu'entre les nouveaux , M
Avril 1681
}
Y
258 MERCVRE
Plufieurs
Savary , jeune Chanoine de
S: Maur , qui a prêché tous
les Dimanches de Carefme
à S.Thomas du Louvre, s'eft
fort diftingué.
Connoiffeurs
, tres- capables
d'en juger , l'ont entendu
plufieurs fois avec plaifir, &
ils difent tous, que s'il continuë
de la maniere qu'il a
commencé , ils ne doutent
point qu'il ne tienne un jour
fa place parmy les Prédica
teurs du premier rang.
Le Mardy 8. de ce Mois,
Mle Comte de Gacey - Matignon
épousa Mademoiſelle
GALANT. 259
Berthelot , feconde & derniere
Fille de M' Berthelot,
Secretaire des Commandemens
de Madame la Dauphine.
La cerémonie du
Mariage ſe fit à S. Euſtachè,
en préſence de plufieurs Perfonnes
de la premiere qualité
, qui s'eftoient rendues
chez M Berthelot fur les
neuf heures du foir. Il y eut
deux Tables de quatorze
Couverts magnifiquement
fervies . Apres que l'on eut
foupé, toute l'Affemblée alla
à l'Eglife , d'où il n'y eut que
7 les plus proches Parens des
Y ij
260 MERCVRE
Mariez , qui revinrent avec
eux. Ce Mariage a eſtéhonoré
des vifites de Princes
& Princeſſes du Sang,grands
Seigneurs du Royaume , &
de tous les Miniftres.
M le Comte de Gacey
eft Frere de M le Comte:
de Matignon , & de M' le
Comte de Torigny , l'un
Lieutenant de Roy en Normandie
, & l'autre reçeu en
furvivance . Il eft fort bien
fait de fa perfonne , âgé de
trente à trente- deux ans ,
d'une phyfionomie qui marque
autant la nobleffe de fon
GALANT. 261
fang , que la douceur de
bfes inclinations
. Je vous ay
parlé de fa bravoure & de ce
qu'il fit en Candie , lors que
je vous ay appris le Mariage
de M' le Marquis de Seignelay
, avec Mademoiſelle de
Matignon fa Niêce.
Mademoiſelle Berthelot,
aujourd'huy Madame la
Comteffe de Gacey , eft une
brune de feize à dix - fept ans,
d'une grande taille, & tresbien
faite. Il eft aifé de juger
de fes bonnes qualitez
, puis:
qu'elle a efté élevée avec de
grands foins par Madame
262 MERCVRE
Berthelot fa Mere , dont la
pieté & la vertu font égale
ment connuës,
M' Berthelot fon Pere eft
une Perfonne d'un mérite
fingulier , d'un efprit univerfel
, infatigable dans le
travail , & prudent dans l'execution
de fes deffeins. II
s'eft rendu recommandable
dans toutes les Affaires dont
il a efté chargé en plufieurs
occafions pour le fervice du
Roy , tant dans les Finances,
que dans les Armées . Il s'eft
acquis l'eftime des Miniftres
, & l'amitié de toute
GALANT. 263 .
ר
10
la Cour , & Sa Majeſté qui
ne fait jamais de choix qu'avec
une diſtinction délicate,
la agreé depuis un mois dans
la Charge que je vous ay
marquée de Secretaire des
Commandemens
de Madame
la Dauphine.
La Maifon de Matignon
eft originaire de Bretagne,
où ceux qui en font fortis
ont paru d'abord fous le nom
illuftre de Goion . Elle eft fi
noble & fi ancienne, que les
Annales de cette Province
| qui en font voir la grandeur,
n'en rapportent point le
264 MERCVRE
¥
commencement. Elles pro
duifent dans le dixiéme Siecle
le fameux Goïon , qui
leva à fes frais une Armée
Navale , & qui apres avoir
chaffé de la Bretagne les
Peuples du Nort qui s'en
eftoient emparez , rétablit le
Duc fon Souverain dans fon
Trône , & affura fur fa tefte
fa Couronne chancelante.
Un autre du mefme nom,
fut un des principaux Miniftres
du Traité qu'un Duc
de Bretagne fit pour fa Rançon
avec le Roy de France,
& en demeura garand. Alain
Goion ,
GALANT. 265
Goion , fit fentir la valeur
aux Anglois dans plufieurs
défaites pour le fervice de
Charles VII. quil'honora de
la Charge de Grand- Ecuyer,
& de Grand- Chambellan .
Le fameux du Guesclin, qui
porta l'Epée de Conneftable
avec tant d'honneur , que
quand il fut mort , l'Hiftoire
remarque qu'il ne fe trouva
perfonne qui ofaft le juger
digne de la porter apres luy
eftoit Fils d'une Bertranne
de Goïon , qu'on appelloit
l'Héroïne de fon temps.
Voila la fource de l'illuftre
Avril 1681 . Z
266 MERCVRE
fang de Matignon . Guy &
Joachim de Matignon tous
deux Chambellans , & tous
deux Lieutenans de Roy en
Normandie , yrendirentce
lébre le nom de Goïon- Ma
tignon qu'ils y apporterent.
Jacques de Matignon , que
fesgrands fervices front par
venir à la Charge de Colo
nel des Suiffes , fut Pere d'un
autreJacques la merveille de
fon fecle , qui ayant expo
fe fa vie à mille dangers , &
laiffé couvrir fon corps d'un
nombre infiny de bleffures
fous le Regne de fix Roys,
、
GALANT. 267
mérita la gloire de le voir
Confeiller d'Etat , Lieute
nant de Røyen Normandie
& en Guyenne, Maréchal de
France , Chevalier des Or
dres de Sa Majefté , & Con
neftable par Commiſſion au
Sacre de Henry le Grand, &
en la cerémonie de fon Cou
ronnement. Il eut deux
Fils , tous deux Lieutenans
Generaux en Normandie,
Le premier mourut au Siege
de Dijon, un peu apres qu'il
eut efté honoré du Brevet
d'Amiral de France ; l'autre
fut fait Chevalier des Ordres
Z ÿj
268 MERCVRE
"
du Roy , & fe rendit digne
par fes ſervices du Brevet de
Maréchal. La Charge de
Lieutenant General pour le
Roy en Normandie , paſſa
de ce dernier à M le Comte
de Thorigny fon Fils ' aîné,
qui eftant mort quelque
temps apres , laiffa fon nom
& fa place à M' le Comte de
Matignon fon Frere ; Pere
de M le Comte de Matignon
d'aujourd'huy . Je ne
vous dis rien des Alliances
de ceux de cette Maiſon avec
celles de Bretagne , de Rohan
, de Dinan , de Rieux,
GALANT. 269
& autres , dont le fang s'eft
fouvent meflé à celuy de et Goïon & de Matignon , en
forte que leurs Anceftres
ont eu l'honneur d'affifter au
e Mariage d'Anne de Breta-
Igne , & de Charles VIII . comme
les plus proches Parens.
de cette Reyne.
En attendant que je puiffe
vous donner de feûres nouvelles
de l'Efcarboucle , je
yous envoye ce qui m'a efté
écrit d'Alais fur cette ma
tiere.
Z
UL
27% MERCVRE
C
HerMercure. Jay appris
par les dernieres
Lettres
que vous avez publiées , que le
Paifan qu'on dit avoir trouvé
meEfcarboucle
l'année derniere,
perfifte dans le deſaven qu'il en
afait ; & comme c'est un larcim
quiregarde
directement
Sa Ma
jefté , puis que cette Pierre s'eft
trouvée dans fon Royaume ,
d'ailleurs eftant la plus préticufe
& laplus eftimée de tou
ter , elle ne pouvoit de droit my
de bienfeance , appartenir qu'au
plus grand & plus illuſtre de
tous les Monarques, je crois que
que
味:
GALANT. 271
chacun doit travailler à l'eny
#rechercher la preuve d'une f
bache & fi injucte action. C'eft
par ce motifque je vous envoye
La Déclaration d'un Témoin,
dont il résulte qu'il s'eft dû trou
ver une Efcarboucle l'année der
niere , qui eftoit la quarante
deuxième de ce Grand Prince,
laquelle année on trouvera avoir
accomply le troifiéme âge de cette
vie fi glorieuse, fi jufqu'à lafoi
axante & dixieme , qui est l'ar
vée de la decrepitude, on compte
haque age par le nombre de qua
Borze années , ainsi que les Medecins
comptent le premier âge
가
Z
iiij
272 MERCVRE
aux Mafles jufqu'à la puberté.
C'eftfans doute de cette maniere
qu'a compté ce Témoin irrépra
chable , qui aprédit cette Efcar
boucle, auffi-bien que la Comete
qui a commencé à paroître au
mois de Decembre , laquelle fe
પાઠ
montrant vers l'Occident avec
une figure courbe du costé du
Midy, s'alloit terminer en s'au
gmentant toujours du costé du
Levant, Ce qu'il a dit encor de
la Famine dans le mefme endrcit
, fe trouve auffijuſtifié par
la grande fterilité caufée par la
fechereffe de l'année derniere en
plufieurs Provinces duRoyaume
GALANT 273:
particulierement en Languedoc,
où elle fut fi extraordinaires,
qu'on n'a rien recueilly dans les
Diocefes de Beziers , Carcaf
fonne , Narbonne, & Agde. Il
eft vray que ce Pais a eufujet de
fe confoler, puis que ce Grand
Roy, qui ne manquajamais d'a
de charité pourles Su
mour
ny
efter
.
jets, ayant efté informé de cette
defolation , a bien voulu foulager
ces quatre Diocefes de la
fomme de deux cens mille livres
du Don gratuit que luy ontfait
les Etats de cette Province dans
leur derniere Affemblée . Voila,
amon fentiment, cher Mercure,
274 MERCVRE
པ
se qui nepermetpas de douter de
la verité de cette Pierre , non
plus que die refte de cette Prédi
ction , dont il y a tant de Té
moins; & vous aurez peine à
ny pas donner une entiere foy,
quand vousfçaurez que legrand
Michel Noftradamus
eft l· Autheur
de cette Prophetic
, que
vous pourrez trouver dans fa
Centurie onzième
, Sixain 27.
fi vous n'en voulez pas croire à
Anonime
d'Alais
, qui vous en
envoye lespropres termes.
Clefte Feu du cofté d'Occident,
Et du Midy courir jafqu'au
Levant
GALANT. 275:
Vers demy- morts fans point
trouver racine,,
Troifiéme âge, à Mars le belliqueux,
Des Efcarboucles on verratt
a briller feux,
Age, Efcarboucle, & à la fin
Famine .
La Place de Premier Préfident
au Parlement de Mets
eftant demeurée vacante part
la mort de M' de Bragelon
ne , Sa Majefté a fait choix,
pour la remplir, de Meflire,
Guillaume de Seve, Seigneur
de Chaftillon le Roy , Maî
tre des Requeftes. C'est un
Homme d'un mérite can
276 MERCVRE
fommé. Il a exercé d'abord
la Charge , de Confeiller au
Chaftelet, puis celle de Con
feiller au Grand Confeil , &
a eu en fuite les Intendances.
de Bordeaux & de Montau
ban, où fon zele pour le fervice
du Roy a efté toûjours
accompagné de l'intégrité
la plus exacte. Auffi peut- on
dire que jamais perfonne ne
s'eft acquis plus d'eftime
dans ces importans Emplois.
Il eft Fils de feu Aléxandre
de Seve, Seigneur de Chaſtignonville
& de Chaſtillon
le Roy, Maiſtre des Requef
GALANT. 277
res , puis Confeiller du Roy
en tous fes Confeils & en fon
( Confeil Royal , Prevoſt des
- Marchands pendant huit
années , & de Marie- Mar
guerite de Rochechouart,
Fille de Guy de Rochechouart
, Seigneur de Chaf
tillon le Roy , & de Loüife
d'Etampes ; & Petit- Fils de
Guillaume
de Seve,Seigneur
de S. Julien, & de Catherine
Catin , qui defcendoit de la
Maifon de Rochefort . Il a
deux Freres , l'un , Guy de
Seve deRochechouart, Evef
que d'Arras, Abbé de S.Mi278
MERCVRE
"
chel en Tierrache, & l'autro
Jean de Seve , Seigneur de
Gomerville , Capitaine aux
Gardes. Sa Soeur eftor
Claude-Françoise de Seve
Femme de Jean- Teftu de
Balincourt , Confeiller au
Grand Confeil. Cette Mai
ſon a donné plufieurs Confeilleurs
au Parlement , au
Grand Confeil , & autres
Compagnies Souveraines,
des Mailtres des Requeftes,
un Premier Préfident à la
Cour des Aydes, & des Lientenans
Generaux à Lyon.
Elle parte , Facé d'or & de
GALANT. 279
fable de fix pieces, à la Bordure
componée de meſme.
Madame de Seve, Femme
de ce nouveau Premier Pré-
Lident, eft Soeur de Nicolas
le Clerc,de Leffeville , Préfident
en la Cinquiéme
Chambre des Enqueftes, &
Fille de Nicolas de Clerc de
Leffeville,Seigneur deThun,
Maiftre des Comptes, & de
Marie de Suramond , Fille
de Louis de Suramond , Préfident
des Tréforiers de
France en Auvergne , & de
Marie Chaffebras de Montigny,
venue des Chaffebras
280 MERCVRE
du Breau . Son Grand- Per
's'appelloit auffi Nicolas le
Clerc. Il eftoit Seigneur de
Leffeville , & Marquis de
Maillebois, Doyen des Maîtres
des Comptes , & avoit
époufé Catherine le Boulanger
, d'une Famille qui a
donné plufieurs Maîtres des
Requeſtes , & un Préſident
aux Enquestes. Les Oncles
de Madame de Seve, furent
Euſtache le Clerc de Leffeville
,Evefque de Couſtance,
Comte de Brioule , & auparavant
Aumônier du Roy,
Confeiller Clerc au ParleGALANT.
281:
**
ment de Paris, & Chanoine
de Noftre -Dame ; Antoine
le Clerc de Leffeville , Mar
quis de Maillebois , Pierre
le Clerc de Leffeville, Con- i
feiller en la Premiere Chambre
des Requeftes du Pa
lais ; & Charles le Clerc de
Leffeville Confeiller au
Grand Confeil. Sa Grande
Tante , Marie le Clerc de
Leffeville , époufa en 1575.3
Antoine le Camus de Jam
beville, Marquis de Maille
bois , Préfident à Mortier aut
Parlement de Paris , dont il t
eft forty une Fille unique, .!
Avril 1681. A 2
282 MERCVRE
Anne le Camus , Marquife
de Maillebois , Femme de
Chriftophe de Levy , Duc
d'Amville , morte fans Enfams.
Le Clerc de Leffeville
porte, d'azur à trois Croiflans
montans d'or.
Vous m'avez demandé le
nom de tous les Ambaffa
deurs & Envoyez qui font
en cette Cour . Je vous les
envoye , & ne manqueray,
point à vous donner au com
mencement de chaque Année
une Lifte , non feule
ment de tous ceux qui feront
enFrance en ce temps.
GALANT 283-
I , mais encor de tous ceux
qui y feront venus pendant
le cours de la précedente Année.
Je ne prétens point ré...
gler leurs rangs dans l'ordre
où vous les allez trouver
dans cette Lifte, puis que je
m'écris leurs noms que felon a
qu'ils me viennent dans la
mémoire.
D. Gafpard de Thebes ,
Marquis de la Fuente , Am
baffadeur d'Espagne.
Mile Baron Bielke , Am
baffadeur de Suede.
M' Heug , Ambaffadeus
de Dannemark.
A a ij
284 MERCVRE
M Sebaſtien Foſcarini,
Ambaffadeur de Veniſe .
M le Comte Ferrery,
Ambaffadeur de Savoye.
M'de Starembourg , Am
baffadeur de Hollande .
Mle Bailly de Hautefeuille
, Ambaffadeur de
Malte .
4
M ' le Comte de Mansfeld,
Envoyé Extraordinaire de
l'Empereur.
Mr Savill, Envoyé Extra
ordinaire d'Angleterre.
M'Taborda, Envoyé Ex
traordinaire de Portugal.
M ' l'Abbé Laury , Audi-
USA
GALANT. 285
1
teur de la Nonciature.
M' l'Abbé Gondy , En
voyé de Toſcane .
M' Spanhem, Envoyé Extraordinaire
de l'Electeur de
Brandebourg.
M' l'Abbé Rizzini , En
voyé de Modene.
Mile Comte Bagliani, Envoyé
de Mantouë.
M l'Abbé Siri eft Employé
de Monfieur le Duc
de Parme.
Les grandes fortunes accómodent
fort; mais quand
celle où l'on fe trouve don
+
286 MERCVRE
ne dequoy vivre heureux, la
prudence veut qu'on n'af
pire à rien de plus . Ce qui
fuit fait voir à quelle chute
on s'expofc , en voulant trop
s'élever.
2555525552225225
LA POVLE
AUX OEUFS D'OR
U
FABLE.
Ne Femme avoit une Poule,
Qui tous lesjours luy faifoit wo
...Oeufd'or.
Peu contente de ce trésor,
Dansfa tefte un marin la Malheu--
reuſe roule
GALANT. 287
Un moyen qu'elle crût desplus arran.
tugeux,
Pourfaire pondre àfa Poule deux
Oeufs.
Qu'arriva-t -il de cette affaire?
Ellefe trompafort, voussçaurex
comment.
Cette Femmefansjugement,
Crût, poury réuffir, qu'il eftoir neceffaire
De donner àla Poule à toute heure à
manger.
Elle devintfigralle & fipefante,
Qu'elle en creva La Femme cut tout
lieu
d'enrager
,
Et dit cent fois, pourquay n'ef
tois je pas contente?
Vausquivousplaignez hautement
D'unfort & jufte & raisonnable,
Profitez -bien del'avertiffement,
Qu'a voulu vous donner un Amy
charitable.
288 MERCVRE
1
Je viens d'apprendre la
mort . de Madame l'Abbeffe
de Malmouë , arrivée le 8.
de ce mois. Elle s'appelloit
Marie - Eleonor de Rohan,
& eftoit Fille d'Hercule de
Rohan , Duc de Montbazon
, Pair & Grand-Véneur
de France , & de Marie de
Bretagne. Ceux qui connoiftront
la grandeur & l'antiquité
de ce Nom illuftre,
fçauront que c'eſt affez ,
pour rendre la naiſſance de
cette Princeffe recomman
dable , de dire qu'elle eſtoit
fortie d'une Maifon, qui prenant
GALANT 289
nant fa fource des premiers
Ducs de Bretagne , a toûjours
continué de maſle en
male jufqu'à préfent. La
Nature l'avoit avantagée de
toutes les graces du corps &
de l'efprit ; mais Dieu qui la
deftinoit à une fin bien plus
élevée , luy en fit mépriſer ;
l'éclat dés fa plus tendre jeuneffe
, luy ayant infpiré le
la
deffein de fe confacrer à luy
fous la Régle de S. Benoist.
A peine eut elle atteint l'âge
de vingt- deux ans , que
réputation de fa vertu l'ayant
fait diflinguer des autres:
Avril 168.1. Bb
290 MERCVRE
Perfonnes de fa Profeffion,
le Roy la choifit pour eftre
Abbeffe du celebre Monaf
tere de la Trinité de Caën,
mais l'air fubtil & maritime.
de ce Climat ne pouvant
s'accorder avec lafoible,
de fa poitrine , elle fut contrainte
de permuter ſon Abbaye
avec celle de Malnouë,
qui eft d'un revenu beaucoup
moins confidérable,
ayant voulu témoigner par
là que ce n'eftoit pas le defir.
de devenir plus riche , mais
la penſée de prolonger davantage
le temps de la peni.
L
GALANT. 291
1
tence, qui l'avoit portée à ce
changement. Comme elle
avoit efté doüée d'un efprit
beaucoup élevé au deffus de
celles de fon Sexe , fes occupations
en furent auffi bien
diférentes. Le Public a lû &
admiré ce qu'elle a écrit fous
le nom de la Morale du Sage,
fans fçavoir qu'il luy fuft redevable
de ce tréfor ; & fi
fes dernieres refléxions fur
l'état où Dieu l'avoit appellée,
paroiffentjamais au jour,
on tombera peut- eftre d'ac-
-cord , qu'il eft peu d'Ouvrages
qui renferment unet
Bb ij
292 MERCVRE
auffi profonde connoiſſance
des devoirs de la Vie
Religieuſe , & autant de
pureté & de politeffe de langage.
Madame 1'Abbeffe de
Caën , qui eft de la Maiſon
de Vaucelles de Cochefilet,
Soeur de feu M' le Marquis
de Vauvineux, Pere de Madame
la Princeffe de Guimené
, n'eut pas plutoft ap
pris cette mort , que pour
marquer la reconnoiffance
qu'elle avoit à la mémoire
de cette Dame , de qui , en
plufieurs occafions , elle a
1
GALANT. 293
voit reçeu toute la proteation
poffible, elle ordonna
un Service folemnel, qui fut
fait pour le repos de fon ame
le 16 de ce mois M' Méliand
Intendant de la Province,
M' de Coigny Gouverneur
de la Ville & Citadelle de
Caen , & plufieurs Perſonnes :
de qualité, y affifterent, ainſi
que les Corps & Communautez.
Le Service fut celé- ;
bré avec les cerémonies accoûtumées
en de pareilles
rencontres , par les Dames
Religieufes , qui font toutes
Perfonnes de qualité de la
Bb iij
294 MERCVRE
Province, & autres lieux ; &
en mefme temps , il fut dit
une infinité de Meffes, tant
dans l'Abbaye que dans les
autres Eglifes de la Ville &
des Fauxbourgs ,, par l'ordre
de Madame l'Abbeffe , qui
fit en fuite de grandes aumônes.
La Ville de Troyes a auſſi
perdu depuis quelques jours ,
un Homme d'un mérite peu
commun , & d'une vie entierement
exemplaire. Son
nom eftoit Meffire Nicolas.
Denife , & fes qualitez , Archidiacre
de Sezanne, Grand
GALANT. 295
Vicaire de M' l'Evefque de
Mets , auparavant Grand
Vicaire de M'l'Evefque de
Troyes , Chanoine de l'E
glife de Troyes, Docteur de
Sorbonne, & Directeur d'un
grand nombre de Religieufes.
Il y avoit peu de temps
qu'il avoit quitté la Charge
d'Official , & il eftoit preft
à fe défaire de fon Archidiaconat
en faveur de fon Neveu
, Chanoine de la mefme
Eglife , pour ſe réſerver la
fimple qualité de Chanoine,
lors que la mort l'a furpris.
Sa Pompe funebre a efté
Bb iiij
296 MERCVREfuivie
d'un nombre infiny
de Gens qui pleuroient leur
Pere, & qui par leurs larmes
rendoient témoignage de ſa
charité & de fa vertu . Il pof
fedoit merveilleufement le
Droit , eftoit profond dans
la Théologie , confommé
dans les Sciences , & fort
verfé dans les Affaires Eccléfiaftiques.
C'eft ce qui ef
toit fi fort connu , qu'un de
nos Papes renvoya parde
vant luy une Affaire qui ef
toit pendante en Cour de
Rome. Sa Famille est une
des plus confidérables de la
GALANT. 297
Ville , où ceux de fon nom
ont poffedé de tout temps.
les plus belles Charges.
Ces Morts ont efté fuivies
icy de celle de Madame
Fouquet, Veuve de M ' Fouquet,
que nous avons veu
Surintendant des Finances.
Elle s'appelloit Marie de
Maupeou, & eftoit un exemple
de vertu . Sa charité pour
les Pauvres alloit au dela de
tout ce qu'on en peut dire.
Elle les faignoit dans leurs
maladies, & avoit beaucoup
d'excellens Remedes qu'elle
leur donnoit pour rien.
298 MERCVRE
Madame Maiffat, Femme
de M Maiffat , qui a efté
Greffier du Confeil Privé, eft
morte environ dans le mef
me temps. Elle eftoit Soeur
de M Pétau Confeiller en
la Seconde Chambre des
Requeftes du Palais , & de
Magdelaine Pétau , Veuve
de Charles Briçonnet de
Glatigny, Préfident au Parlement
de Mets. Je vous ay
déja parlé de cette Famille.
M Maiffat a eu un Fils de
み
fa premiere Femme , Confeiller
en la Cinquiéme des
Enquestes ..
GALANT. 299
Tay a vous apprendre une :
autre mort arrivée dés le:
commencement de ce mois..
C'eft celle de Meffire Jean
Scarron , Marquis d'Aury,
Baron de Vaujour , Con
feiller en lå Grand' Chambre.
Cette Famille porte,
d'azur à la Bande crenelée :
d'or, & a donné des Confeillers
au Parlement de Paris
depuis pres de fix -vingts ans,
fans aucune interruption.
= Jean Scarron , fut reçeu le
18. Juin 1568. Gilles Scarron ,
Chanoine en l'Eglife de
Rheims , fut fait Confeiller
300 MERCVRE
le 26.Janvier 1571 Jean Scarron
, le 3. Avril 1597. Pauh
Scarron, en Septembre 15980
Jean Scarron , le 10. Fevrier
1600. Pierre Scarron , le 22.-
Aouft 1603. Pierre Scarron,
en 1620. ( il eft mort Evefque
de Grenoble, ) & Jean Scarron,
dontj'ay commencé de
vous parler, le 21. Juin 1641.
M'Voifin- Durand, Doyen
de la Seconde des Enqueftes
, eft monté en la place à
la Grand Chambre.com
Sur la fin du mois de
Mars, la Cour des Aydes
perdit deux Perfonnes de
GALANT. 301
fon Corps. M' Roger, Pro
cureur General de la feuë
Reyne, reçeu Confeiller le
28. Juin 1631. mourut le 25.
& M' le Tellier, quatre jours
capres. Ce dernier eftoit Seigneur
de Morfans & de Doifeu
, âgé de foixante & huit
ans, & avoit eſté reçeu dans
la Compagnie le 22. Janvier
169. Son Fils eſt Con.
feiller au Parlement ; & fa
Fille, Magdelaine le Tellier,
eft Femme de Germain-
Chriftophe de Thumery,
Seigneur de Boiffije , Confeiller
en la Cinquiéme des
Enquestes.
302 MERCVRE
On m'a fait connoiftre
que le Pere de feu M' le Duc
de Bethune Charoſt n'eftoit
point Fils de Maximilien de
Bethune , Duc de Sully,
comme je vous l'ay marqué
dans ma Lettre du dernier
mois. Il eft de cette mefme
Maiſon , mais d'une autre
Branche. J'au pû me tromper
, ne l'ayant écrit que fur
des Genealogies imprimées.
Si tout le monde fe retratoit
comme moy, on feroit
éclaircy de beaucoup de fautes
qui fe trouvent dans les
Hiſtoires. Quant à la quaGALANT.
303
lité de Duc & Pair, dont je
vous ay dit qu'il fut honoré
en 1651. quoy qu'il ne l'ait
priſe qu'en 1672. je me fuis
fondé fur ces termes , qui
font dans les Lettres de l'éfection
de laVille de Charoft
en Duché & Paire ; Il a fçen
enoor mériter la qualité de Duc
Pair de France ,
luy affurames par noftre Brevet
du 3. Janvier 1651. On voit
par là qu'il a eſté nommé
Duc & Pair des l'année 1651.
& mefme qu'il en a eu un
Brévet , quoy que l'Expédition
de fes Lettres ait retardé
jufqu'en 1672 .
que
nous
304 MERCVRE
T
Voftre Parent, que la curiofité
a fait partir pour l'Ef
pagne , vous dira à ſon retour
, fi la Maifon Royale
d'Aranjuez eft telle que
cette Planche vous la repréfente.
Elle eft à fept lieuës
de Madrid, & le Roy y va
ordinairement paſſer un
mois de Printemps toutes
les années. Les Poëtes dans
leurs Comédies en citent
les Jardins & les Fleurs comme
d'un endroit où Flore régne
, accompagnée de tous
les Tréfors. La fituation en
eft tres- belle, & les avenuës
GALANT. 305
{
fort agreables. Un peu apres
que l'on a paffé la Riviere
de Xarama , qui en eft à
demy- lieuë , on entre dans
de grandes Allées d'Ormes
& deTilleuls à pérte de veuë, ›
qui fe traverſent, & compofent
une Etoile. L'une de
ces Allées conduit fur un
Pont, conftruit fur le Tage, »
qui fe joint là aupres au Xarama.
Philippe II. ayant fait
couper cette celebré Rivie
re , pour la faire paffer tout
autour de fon Jardin ou de
fon Parc, l'a rendu par là
une Ifle toute charmante...
Avril 1681. Cc
306 MERCVRE
Ce Jardin , beaucoup plus
grand que les Tuileries , eft
traversé d'un tres - grand
nombre d'Allées trop étroites
toutes , mais pleines de
quantité de Statues de bróze
& de Fontaines, dont les Baffins
font de marbre, n'y en
ayant guére où il n'y en ait.
quatre ou cinq de manieres
diférentes. Je vous en feray
la defcription , en vous envoyant
les Veuës de ces fu
perbes Fontaines . Le deffein
de la Maiſon eft comme celuy
de toutes celles d'Eſpagne
, qui eft de faire le plus
GALANT
307
qu'ils peuvent de petites :
Courts. Celle- cy eft de pierre
& de brique , & doit eſtre un
Quarré composé de quatre
Courts , fi l'on acheve d'exécuter
le Deffein. La Chapelle
eft faite en rond , &
affez belle. Devant le Château
, on voit une grande
Place, à laquelle aboutiffent
une infinité d'Allées. C'eft
où l'on nourrit les Chameaux
du Roy.
Madame la Princeffe de
Marfillac , Fille de M de:
Louvois , qui l'année der
miere époufa M le Prince de
Cc ij
308 MERCVRE
Marfillac , Fils de M de la
Rochefoucaut, Grand - Maî
tre de la Garderobe , eft accouchée
d'un Garçon. Vous
fçavez qu'ils font fort jeunes
T'un & l'autre , && que
les Maiſons illuftres, où l'on
fouhaite des Fils par plu
fieurs raifons, c'eft un grand
fujet de joye d'en avoir de fi
bonne heure.
dans
Sa Majefté ayant fçeu que
M' Bordereau , l'un de fes
Valets de Chambre, Prevoſt
de l'Ile de France , s'acquitoit
fort dignement des fonctions
de fa Charge, l'a nomGALANT.
309
WAY
mé par commiffion Prevoſt
General de la Franche- Comté.
L'Employ eft tres- beau,
& d'un fort bon revenu.
Cela fait connoiſtre que
quand avec beaucoup de
mérite pour les chofes dont
on eft capable de prendre le
foin, on a le bonheur d'eftre
connu de ce grand Monarque
, on n'a pas befoin de
folliciter pour les obtenir.
L'Abbaye de Luc, qui eft
tres - confidérable , a eſté
donnée à M. l'Abbé de Fénis
, qu'une vie fort exemplaire
jointe à un mérite des
310 MERCVRE
mieux établis , rend depuis
longtemps recommádable.
Il eft Frere de Mle Commandeur
de Fénis , Gouver
neur de Bouchain dont je
vous ay fi fouvent parlé dans
mes Lettres. Elles vous ont
fait connoiftre fa naiffance,
qui eft une des plus illuftres
du Bas- Limofin, fes actions,
fes emplois , & fes négotia
tions , tant pour le Roy que
pour le Grand- Maître de
Malte aupres de Sa Majesté.
Le Lundy 14. de ce Mois,
M' l'Abbé Fléchier , de l'A
cadémie Françoife , fit le Pa
~
→
GALANT. 311
négyrique de S. François de
Paule dans l'Eglife des Minimes
de la Place Royale. ,
Il s'en acquita felon fa coû
tume avec une merveilleufe
fatisfaction de fes Auditeurs,
dont le nombre eftoit extraordinaire.
L'Hiftoire de
Theodofe, & plufieurs autres
Ouvrages qu'il a donnez
au Public font fon
éloge avec des traits fi brillans
, qu'on n'y peut rien adjoûter.
Dans cette folemnité
on regarda fort le Parement
du grand Autel. C'eftoit un
Préfent que Madame la
312 MERCVRE
Dauphine avoit fait aux Religieux
de cette Maiſon , par
devotion à leur Patriarche.
Iteft d'un fort beau Brocard I
d'argent à fleurs d'or frifé,
avec des bandes d'or & d'ars
gent, aufquelles cette Princeffe
a travaillé elle - mefme.
Les Armes qu'on voit deffus
& aux deux Credences font
auffi-bien faites que riches.
Je vous manday la der
niere fois que M' l'Évelque
de Poitiers, n'avoit pas fitoft
fenty les accés de fa fiévre diminuez
, qu'il alla luy- mefme
recevoir les abjurations
=
d'un
GALANT 313
4
d'un tres -grand nombre de
Religionnaires. Vous fçavez
qu'il eft Neveu de feu M
de Péréfixe , Précepteur du
Roy, & Archevefque de Paris
, & Fils du fameux M' de
la Hoguete qui a fait le Teſtament
fidelle d'un bon Pere à
fes Enfans. Ce zelé Prélat
continue fes foins fans aucun
relâche , pour tout ce qui
peut contribuer à faciliter les
converfions . M' Rabereul
"Doyen de l'Eglife de Poi-
"tiers , & fon Grand Vicaire,
accompagne M' de Maril
lac , Intendant de la Pro
Avril 1681. Dd
314 MERCVRE
vince, qui avec un zele qu'on
ne fçauroit exprimer , va
dans tous les lieux où il fe
croit neceffaire pour l'avancement
de ce grand Ouvrage.
Le fuccés en eft fi
grand , que depuis deux
mois , on compte plus de
fept mille Perfonnes de la
Religion Prétenduë Réformée
qui ont abjuré. M' de
Marillac eft Fils du Confeiller
d'Etat de ce nom,
Petit Fils du Garde des
Sceaux , & Petit Neveu du
Maréchal de Marillac. C'eft
un parfaitement honneſte
GALANT. 315
Honime , dont on ne peut
trop eftimer la probité.
Si cette vertu eftoit gene
rale , l'Article qui fuit n'au
roit point de lieu . On peut
marier des Gens en dépit
d'eux . L'autorité des Parens
fuffit pour cela quand on eft
fort jeune , mais que l'on
marie un Homme , non feulement
en dépit de luy , mais
mefme fans luy , c'eft un incident
qui n'a point d'exemple.
J'ay cependant à vous
faire le détail d'un Mariage
de cette nature . Un Cavalier
s'eftant mis fort jeune dans
Dd
ij
316 MERCVRE
Hes Moufquetaires , cherchoit
fa bonne fortune , ainfi que
font beaucoup d'autres dans
un pareil âge. Il crut la trou
ver en liant commerce avec
une Dame dont la beauté l'ébloüit
, & qui fe montra
affez fenfible aux douceurs
que fa paffion luy fit debiter.
Elle eftoit Femme
d'un Homme de qualité,
mais qui n'ayant point de
bien , luy avoit donné bientoft
fujet de fe dégoufter de
luy. Ainfi l'ayant laiffé en
Franche- Comté , où il vivoit
fort mal à fon aife , elle eftoit
.
GALANT. 317
venue chercher à Paris une
vie plus douce, & Cavalier le
luy ayant paru fon fait , elle
prit pour luy un tres- fort engagement.
Il dura pluſieurs
années , quoy qu'interrompu
fouvent par de longs
voyages que le Cavalier ef
toit obligé de faire pour le
fervice du Roy. Je ne puis
-vous dire jufqu'où alla le
commerce. Je fçay ſeulement
que la Dame pouvant
tout fur l'efprit du Cavalier,..
tira un Billet de luy , par le
quel il promit de l'époufer fi
2 fon Mary venoit à mourir.
-
Dd iij
318 MERCVRE
La condition de cette mortrendant
la promeffe nulle,
le Cavalier la donña fans
peine. La Dame mefme luy
dit en la recevant, qu'elle ne
Favoit pas demandée pour
s'en fervir , mais pour eftre
entierement convaincuë de
fa tendreffe , par fa complaiſance
à faire une choſe
qu'elle fouhaitoit. Cepen
dant les liaiſons qui fe forment
par un amour violent
n'eftant pas les plus durables
, infenfiblement le Cavalier
prit du dégouft pour la
Dame. La longueur de l'ha
GALANT 319
bitude luy fit découvrir en
elle beaucoup de defauts
qu'il n'avoit point encor
veus. Cette connoiffance
rallentit fa paffion . Il ouvrit
les yeux fur l'intéreſt qu'il
avoit de fe dégager , & apres
: quelques legeres querelles
dont on n'a aucune peine à
trouver l'occafion quand on
la veut prendre , il ceffa
d'eftre affidu , & rompit cnfin
entierement. Quoy qu'il
connuft la Dame capable
d'employer dans fes deffeins
toute forte d'artifices , il ne
put s'imaginer , que ne de- .
Dd iiij
320 MERCVRE
vant plus avoir aucune prétention
fur fon coeur , elle en
duft garder fur fa perfonne.
Il y eut entr'eux quelques.
procedures de Juſtice ſoûte.
nuës avec aigreur pour des
intérefts particuliers . La Dame
agit meſme en vertu de
la Promeffe qu'elle avoit tirée
du Cavalier, préſenta Requefte
pour faire ordonner
qu'il l'épouferoit , & afin de
ne point trouver d'obftacle à
fon entrepriſe , elle produifit.
un Extrait mortuaire qui fai
foit connoiftre qu'elle eftoit,
Veuve , & que fon Mary
.
GALANT. 321
avoit efté enterré à Chamberry.
Le Cavalier fit fes diligences
pour prouver en
temps & lieu la fauffeté de
F'Extrait , & fe defendit de la
pourfuite. Il fut quelque
temps abfent , & la Dame
n'eut pas plutoft appris fon
retour, qu'en fupofant mille
chofes qu'elle colora avec
adreffe , elle fit croire que le
Cavalier demandoit à l'épou
fer , & obtint , non feulement
la difpenfe des trois
Bans, mais encor, permiſſion
de fe marier où les deux Par
ties voudroient . Elle n'en
322 MERCVRE
fut pas fi - tolt faifie, qu'elle
réfolut de s'en fervir. Pour
cela , elle pratiqua un de ces
Gens qui font leurs affaires
au meftier de Fourbe , &
apres l'avoir inſtruit pour luy
faire faire le perfonnage du
Cavalier , elle le mena à un
Village des environs de Paris,
où le Curé, facile à tromper
à caufe de fon grand âge,
ne fit aucune façon de les ma
publiquement , elle fous
fon nom , & le Fourbe fous
celuy du Cavalier. Cela fe
fit le 5. Juin 1677. Commer
elle craignit que fon filence:
rier
GALANT. 323
>
ne luy portaft préjudice, ellé
protefta dés le lendemain
par devant Notaires , que
quoy que le Cavalier l'euſt
épousée , il l'empéchoit par
force de prendre la qualité
de fa Femme. Toute cette
intrigue demeura cachée, &
il fe paffa deux ans fans que le
Cavalier en découvrift rien.
La Dame efperoit toûjours .
qu'il renoüeroit avec elle;, &
alors, come on ne fçavoit ce
que fon Mary eftoit devenu,
ce renouement de commerce
auroit pû paffer pour une
approbation du Mariage.
324 MERCVRE
Soit qe'elle fe teuft dans
cette veuë ,foit que quelque
autre raiſon luy fift garder
le fecret , les chofes peuteftre
feroient encor dans ce.
mefme état, fi enfin le Fourbe
n'euft pas dit luy mefme
que le Cavalier eftoit marié.
Celuy à qui il fit cette confidence
, luy demanda en
quel lieu le Mariage avoit
efté fait , & n'eut pas plûtoft.
appris le nom du Village,
qu'eftant des Amis du Čavalier
, il courut l'en avertir. ,
Jugez de la furp: ife d'un
Homme qui fe trouva marié,
GALANT. 325
fans qu'il en fçeuſt rien . Il
forma fa Plainte , alla auVillage,
dont il eftoit queſtion , &
s'y préfenta un jour de Dimanche
au fortir de la grand'
-Meffe , afin qu'on puſt
voir fr c'eftoit luy qui cuft
contracté le Mariage . Quoy
qu'aucun Témoin ne le reconnuft
, ce qu'ils difoient
n'eftoit qu'un fait négatif,
qui en Juftice ne pro
duifoit point l'entiere conviction
de la fauffeté. Ainfi
il fe vit contraint de
-pouffer l'affaire . On empri-
Lonna la Dame ; & le Four-
AM
326 MERCVRE
be qui avoit donné la premiere
connoiffance du Ma
riage fut cherché par tout.
Il le fauva à Moulins , paffa
de là à Lyon, & fa fuite ayant
fait voir qu'il eftoit coupable
, il fut enfin arreſté. On
n'eut plus de peine apres
cela à déveloper le noeud de
l'intrigue. Le Curé & les Témoins
le reconnurent pour
celuy qui avoit joué le rôle
d'Epoux dans cette Piece ; &
tout ce qui avoit précedé la
derniere Scene ayant eſté
éclaircy , le Parlement déclara
le Mariage faux , &
GALANT 327
fauffement fabriqué. L'AE
faire eft fi peu croyable,
qu'elle pafferoit pour fiction ,
fi l'Arreft donné ne la rendoit
pas publique . Elle fut
jugée le 19. de l'autre Mois,
les Chambres affemblées ,
& M' Daurat eſtant Rapporteur.
Leurs Majeftez ont paſſe
huit jours dans la fuperbe &
délicieuſe Maiſon de S. Clou ,
dont Son Alteffe Royale a
fait les honneurs d'un air,
qui a charmé tous ceux qui
en ont efté témoins . Son
accueil a cfté obligeant pour
328 MERCVRE
tout le monde , fes manieres
routes engageantes , & per-
<fonne n'a fuivy la Cour dans
ce beau Lieu , qui n'ait eſté
enchanté des honneftetez
de ce grand Prince. Ce
terme , quoy que tres-fort,
exprime encor imparfaitement
l'effet qu'elles ont pro-
-duit dans tous les coeurs.
Non feulement il n'a oublié
‹ aucune choſe pour les diférens
plaifirs que pouvoit attendre
la Maifon Royale,
mais il eft , pour ainfi dire,
defcendu du haut de fa grandeur
pour recevoir avec des
GALANT. 329
bontez dignes de luy , toutes
les Perfonnes diftinguées par
leur mérite, & par leur nailfance.
Il a luy- mefme donné
ordre à tout, & ayant eu foin
de faire que chacun fuſt bien
logé , il n'a retenu pour luy
qu'un Apartement , qui ne
luy auroit pas efté deſtiné
ailleurs que dans un Lieu
qui luy appartient. Le Roy,
accompagné de toute fa
3 Cour , y arriva le 15. du Mois
entre quatre & cinq heures
du foir . Les Compagnies def
tinées pour la Garde de Sa
Majefté , eftoient déja dans
Avril 1681. Ee
330 MERCVRE
leurs poftes , dont les Trom
petes & les Timbales tenoient
le plus avancé . Monfieur
& Madame reçeurent
le Roy , la Reyne , Monfeigneur
le Dauphin , & Madame
la Dauphine, au bas
de l'Efcalicr , à la defcente de
leur Carroffe . Les Violons
& les Hautbois eftoient au
haut de cet Eſcalier. Leurs
Majeftez, fuivies de toute la
Cour , traverferent d'abord
la Salle des Gardes , paſſerent
enfuite dans une Antichambre
, puis dans un petit
Cabinet qui féparoit l'Apar
GALANT. 331
tement du Roy d'avec celuy
de la Reyne . On entra apres
cela dans l'Antichambre de
cette Princeffe, qu'on trouva
tres-magnifique. Les Meubles
eftoient de Brocard d'or
& de Velours violet , la Tapifferie
tres riche , & toute
rehauffée d'or . Elle eft faite
fur les deffeins deM' Nocret,,
Valet de Chambre de Monfieur
, & fon Premier Peintre
; & les Amadis de Gaule
en ont fourny le fujet. De
cette Antichambre
, on paffa
dans la Chambre de la Reyne.
La Tapifferie s'y fit d'a-
Ecij
332 MERCVRE
bord remarquer par fa beau
té. Elle repréſente la Bataille
d'Alexandre & de Darius.
Vous fçavez que les Def
feins font du fameux M ' le
Brun. Je vous entretins l'année
derniere de chaque Piece
en particulier , quand le
Roy les fic
graver,
& qu'on
en donna des Eftampes au
Public. C'eft où se trouve
cet admirable morceau de
la Mere & de la Femme de
Darius, qui implorent la clé
mence d'Alexandre en l'admirant.
Peut- eftre n'a- t- on
jamais veu enſemble tant
GALANT. 333
I
de diférentes & fi fortes expreffions
. Cette belle Tapifferie
eftoit accompagnée
d'un Ameublement de Bro .
derie d'or à fond violet , dont
le Lit,auquel Monfieur a fait
travailler pendant plufieurs.
années , eft eftimé trentecinq
mille écus. On alla de
là , dans un grand Cabinet
appellé la Salle des Audiences.
Il fembloit qu'apres ce
que l'on venoit de voir , on
ne pouvoit plus entrer dans
aucun Lieu, qui duſt arreſter
les yeux. Cependant ce Ca
binet parut tres- fuperbe334
MEROVRE
ment meublé , & difputa de
magnificence avec tout ce
qu'on avoit veu. Ce n'eftoient
qu'Ouvrages d'argenterie
de toutes manieres. Ce
qui eft ordinairement de
bois aux Sieges , Tables , &:
Fauteuils, eftoit d'argent, &
on voyoit une tres belle Broderie
dor , qui relevoit tous
lės Meublesjufques aux Por
tieres. M'le Begue , celebre
Organifte de Sa Majeſté,
touchoit en ce Lieu un Cabinet
d'Orgues d'une invention
particuliere; & le plaifir
qu'on eut de l'entendre , y
GALANT 335
arrefta la Cour quelque
temps. Apres cet agreable
divertiffement , on entra
dans le Sallon qui repréfente
les Amours de Mars
& de Vénus , & qui a efté
peint par M Mignard . Il
me fouvient que je vous en
ay promis la defcription, que
vous m'avez demandée apres
avoir veu celle de la
Galerie. L'application qu'il
faut pour vous la donner
exacte , a beſoin d'un temps
que je n'ay pû encor ménager.
Il n'y eut perſonné
- qui n'admiraft ce Sallon.
336 MERCVRE
Chacun donna des loüanges
à ce qui eftoit le plus de fon
gouft , & Leurs Majeftez
pafferent en fuite dans la
Galerie, au bout de laquelle
on trouva la Symphonie or
dinaire de Monfieur. Elle
eft composée d'un Claveffin,
d'un Deffus de Viole, & d'un
Luth ; le premier touché par
le S Baltafar , l'autre par le S
Garnier , & le Luth par le S
Jaquefon. Cette Symphonie
ayant ceffé, chacun alla voir
fon Apartement. Outre celuy
de la Reyne, où le Roy
devoit coucher , Sa Majefté
avoit
GALANT. 337
13
avoit encor une Chambre,
& un Cabinet où Elle tenoit
Confeil. De l'autre cofté qui
fait face à l'Apartement du
Roy & de la Reyne, eftoient
ceux de Monfeigneur le
Dauphin , & de Madame la
Dauphine , tres fuperbe
ment meublez. Ils font dans
l'ancien Baftiment , & re.
préfentét l'Alliance de Mon
fieur , avec feue Madame.
Feu M' Nocret les a peints.
On prit un peu de repos
apres quoy Leurs Majeſtez
eftant montées en Calêche,
allerent dans les Jardins &
Avril 1681. Ff
338 MERCVRE
y
admirerent la beauté des
Eaux .Il y eut Comédie le foir
fur un fuperbe Theatre, que
Monfieur avoit fait rehauffer
d'or . On y repréſenta Zaïde
Princeffe de Grenade, & les Prétienfes
ridicules. Le Roy n'a
vû aucune des Pieces qui
ont diverty la Cour , Sa Ma- ,
jefté ayant toûjours pris le
foin des Affaires de fon Etat
à fon ordinaire, & ayant tous
les jours tenu Confeil de la
maniere qu'Elle a accoûtumé
de le tenir quand Elle eft
à S. Germain. Il y a eu tous
les jours Bal ou Comédie,
GALANT 339.
Outre les deux que je viens
nommer, on y a repréſenté
l'Iphigénie de M' Racine,
Tréforier de France ; avec la
Comteffe d'Efcarbagnas de feu
M' Moliere , le Dom Bertrand
de Sigaral , de M' de Corneille
le jeune , & les Ufuriers,
par les Italiens. Le nouveau
Salon fervit feulement pour
le premier Bal. Le jour que
l'on arriva , le Roy fit l'honneur
aux Dames de les faire
manger avec Luy. Les Violons
, & les Hautbois joüerent
pendant tout le temps
i que l'on demeura à table,
14
Ffij
340 MERCVRE
Apres le Soupé on alla dans
la Galerie , où il y eut Concert
jufques au coucher. Le
lendemain
, on courut le
Cerf. Le Roy qui fe plaiſt
aux Exercices du corps , &
qui par là fe veut toujours tenir
preft à fuporter les fati
gues de la guerre , a efté plufieurs
fois à la Chaffe, tantoft
à Verſailles , & tantoſt dans
la Plaine de S. Denis , & la
vigueur , & l'adreffe de ce
grand Monarque y ont toûjours
éclaté. En arrivant à
S. Cloud , il congedia toute
fa Mufique , & voulut enGALANT.
341
rendre celle de Mcnfergneur
le Dauphin jufqu'à
fon retour à Saint Germain.
Elle a tous les jours chanté
à la Meffe des Motets de M
Charpentier , & Sa Majefté
n'en a point voulu entendre
d'autres , quoy qu'on luy en
cuft propolé. Ily a deux ans
qu'on en chante devant
Monfeigneur le Dauphin.
Les Violons fe font toûjours
fait entendre au dîner ,
l'affluence des Perfonnes venues
de Paris pour voir le
Roy a efté fi grande , qu'à
peine ce Prince pouvoit- il
Ff.iij.
ου
342 MERCVRE
7
paffer pour le mettre à ta
ble. M' le Duc de Chartres.
qui eftoit demeuré au Palais
Royal , pour étudier, & dont
les progrés dans l'étude font
fi grands qu'ils font à peine
croyables , vint à S. Cloud
faluer Leurs Majeftez. II
parla au Roy avec tant d'efprit,
& les réponfes qu'il fit
fans refver un feul moment
furent fi pleines de vivacité,
que Sa Majefté en fut furprife
, & dit hautement qu'à
fon âge elles tenoient du
prodige . La Cour ſe trouvant
alors fort groffe , toutes.
GALANT 343
les Tables de la Maifon
Royale fe font tenues à l'ordinaire.
Celles de la Maiſon
de Monfieur eftoient magnifiques,
& les grands Officiers
de ce Prince en ont admirablement
bien fait les
honneurs. Celle de M' le
Chevalier de Lorraine a efté
tres-bien fervie , & M' de
Straſbourg en a auffi tenu
une. La Comédie , le Bal ,
la Symphonie , & les Prome
nades , ne font pas les feuls
plaifirs que l'ont ait pris à
S. Cloud, on s'eft encor di
verty au Mail , & Monſei-
Ef iiij.
344 MERCVRE
gneur le Dauphin y a joüč
plufieurs fois. Pendant tout
le fejour qu'on a fait dans
cette belle Maifon, le temps
aefté le plus beau du monde,
& il femble que le Roy , que
Te bonheur fuit par tout , y
avoit mené les plus beaux
jours du Printemps. Ce
Prince partit le 23. & en
partit fi content, qu'il té
moigna eftre preft d'y retourner
, quand Monfieur
voudroit. Ce peu de paroles
dit tout , & ce n'eft point à
moy de parler apres un fi
grand Monarque..
GALANT. 345
Plufieurs Perfonnes ont trouvé
à l'ordinaire, les vrais Mots des
deux Enigmes. Celuy de la pre
miere , eft le dernier de ces qua
tre Vers de M' Frolant, Avocat
au Parlement de Normandie..
Si con I cen'eft pas eftre Sorcier,
C'eft quelque chofe au moins qu'il
faut que l'on admire,
De faire voirfurle Papier
Ce qui n'estfaitquefur la Cire.
Ce mefme Mot a efté trouv
par Meffieurs le Marquis de
Graffamant , de Troyes , Du
Moulin , de la Rue S. Denys;;
De Beaulieu , de la Rue de la
Harpe , Tamirifte , de la Rue
de la Cerifaye ; ( les deux pre
miers en Vers ; & par Made
346 MERCVRE
moiſelle C. B. de Chartres ; les
Aimables de la Sencerie de
Dreux ; & Diane de la Pofte à
Roüen. On a auffi expliqué
cetre Enigme furl'Hiftoire.
La feconde a donné lieu à ce
Madrigal de M ' de S. Placide,
du Cloiftre S. Germain de Lauxerrois
.
M
Ercure, le Dieu du Caquet,
Ou pour mieux en parler , le Dicu
de l'Eloquence,
Veut contrefaire le Muct,
Mays on le connoit trop en France.
Du moinspour moy c'est bien en
vain
Qu'il porte une Cloche en fa
main.
Ceux qui ont expliqué la
GALANT. 347
mefme Enigme dans fon vray
fens, font Meffieurs Francia, de
Roüen ; Du Fay, de Vernon,
Maillet, de Paffy lez Paris ; Du
Boulvart Anglois ; Le Philo
: fophe inconftant ; ( ces trois der
niers en Vers; ) Angelique , dela
Rue de l'Obfervance ; &
l'Aînée des Aimables de la Sèn
cerie de Dreux . L'Echo, la Trompete
, & le Tambour , font d'autres
Mots qu'on a appliquez à cette
Enigme.
Voicy les noms de ceux qui
ont trouvé le vray fens de l'une
& de l'autre. Meffieurs Gardien ,
Secretaire du Roy , De la Ville
aux Butes ; D. Laurent Ra--
guienne , Prieur de Bethune;
Hourlier, S'de Valemont, Gen
tilhomme ordinaire chez Mon348
MERCVRE
cur , Ferrot, Préſident au Gre
nier à Sel de S. Quentin ; De
Grafiniere , Commiffaire d'Ar
tillerie ; Des Effars d'Alençon,
de Morlaix , Chaſtelain , de la
Paroiffe de la Magdelaine ; Du
Tey de Franqueville, de Rouen,
De S. Victor le Fils ; De L. F.
de Maradac, Avocat en Parlement
, Samfon , d'Abbeville,
Blanchard , de Chafteauroux ;
De Plémont , de la Foreſt de
Lyons en Normandie , Le Chevalier
de Coftres , de Tours;;
Regnier de S. Martial ; G. Nazart,
des Incurables , De Nam
ptier L. Preftre, Curé Cardinal
de Suffies , Malpoy , Tréforier
de France à Dijon , Le Prieur
de Chenevieres fur la Marne,
Potin, de la Rue Clocheperfe;
GALANT. 349.
Jarres, de Paris, L.Serrant, Curé
de Nogent le Roy , L. Serrant,
Preftre du Clergé de la mefme
Ville, Peyre, Doyen à Roye;
Pillon, de Mouy en Beauvoifis;
Le Breft, de la Rue Montmar
tre , Le Tourneur , Coullange;
Girard, Rouffelet, Huet, L'A
mant fidelle & malheureux;
L'Amant embaraffé , Le Poëte
du Pied de Boeuf, De Gizeux ,
du Païs d'Anjou, Le Hot, Avocat
au Bailliage & Siege Préfidial
de Caën ; Le véritable
Thémiche ; Mériandre , Le
Gras malgré luy , Le Sincere
Herminius Angélique , de
la Rue de la Harpe , Mélife,
Nymphe de l'Ile de Badra à
Vennes ; La demie Padille ; La
Coquete en apparence ; L'A
5
350 MERCVRE
-
En
mante par converfation ; La
Nymphe folitaire , La Spirituelle
fans vanité , Sylvie , du
Havre ; La Belle Famille de la
Rue S. Julien des Meneftriers,
La Belle Blondine de Laigle,
La Belle & Inflexible Ragot,
de S. Julien en Normandie , Les
trois Pucelles d'Irlande .
Vers, Meffieurs Dargent, Commis
de l'Extraordinaire des
Guerres, Le Febvre, de Rouen,
Rault , de la mefme Ville ; De
Cordoy,pres de Falaiſe ; L. F. V.
de Morlaix , L. Bouchet, ancien
Curé de Nogent le Roy ; Baudoui
, de Lyfieux ; La Tronche,
de Rouen, De la Mare- Chefnewarin
, de la mafine Ville ; Le
Chevalier, Blondel , Le Rat du
Parnaffe ; L'Inconnu d'ArgenGALANT.
351
▪
T
ton-Chasteau , L'Indiférent du
Havre de Grace , E. Foyneau,
Sous- Chantre de la Cathédrale
deVennes ; Autier le cadet , Touloufain
; Il Signore de Caſa Cremata
, F. H.... du Mefnil , de
Chambrais en Normandie , C.
Hutuge d'Orleans , demeurant
à Mets ; Le P. de la Blanchar.
diere I. , Le Blanc - Le Blanc Boucher,
de la Ruë Simon le Franc ; De
da Ruffole , G.H.E. Scot Chamnois
; De la Croix de Beauregard
, de Tours ; Madame Devories;
L'Amant Chaffé de Poitiers,
Floridor, de la petite Ville
du Havre ; L'Olivier des Cholets
; K. P. Le Nouveau Solitaire
de Bouret à Morlaix ; Le
Berger de Fruffart pres Vennes;
Le Soleil du Quartier S. Me
352 MERCVRE
deric ; L'Albaniſte de Rouen,
D.M.deChaumont enBaffigny;
Le Solitaire de S. Geniez ; Le
Nouveau Bourgeois de la Rochelle
, L'Amy fans feintiſe de
Rennes ; Alcidor du Havre de
Grace , Le Laurier d'Abbeville;
L'Oracle de Goneffe , La Fille
aux grandes Avantures ; & les
deux Camarades d'Ecole du
Jardin de France.
M ' de la Mare Chefnevarin
eft Autheur de la premiere des
deux nouvelles Enigmes que je
vous envoye. L'autre eft de M
Belle de Lyon.
ENIGME .
Ncore que je fois du Genre
Brakes
E
feminin,
Le rens pourtant fervice au Sexe
and masculin;
GALANT. 353)
Depuis un certain temps j'ay vogué
dans la France..
Mon régne eft en Hyver, mon nom
vient d'un Marquis..
Tefuis affez fouvent de peu de con--
Séquences
Mais auffi quelquefois jefais d'un:
tres-grandprix.
AUTRE ENIGME..
N રે
Ous fommes plufieurs Soeurs,
en grandeur diférentes,
Egales de nom & d'employ;
Et quoy que nous paffions toûjours
pour inconftantes,
Chacun fefaitbonneur de nous avoir
chez foy..
Noftre conditionparoift affczfersvile,
Puis, qu'ilnousfautpar tout porter
un lourdfardeau.
Avril 16818 Gg
1 354 MERCVRE ·
1
Pourfurcroift de malheur, quand
nous allons en Ville,
L'on nous charge fouvent de quelque
faix nouveau,
Et ce n'est qu'à cela que nousfommes
utiles.
25
Fiéres avec cet équipage,
Nousfranchiffons les plusgrands
embarras ,
Et le plus hardy mefme avec tout
fon courage
En vain arrefteroit nospas.
Sa
Noftre deftin , quoy qu'un peu
rigoureux,
Seroit encor affez paffable,
Si quelqu'une de nous, par un fort
déplorable,
Ne faifoit quelquefois celuy des
Malheureux.
GALANT. 355
M' le Marquis de Chifreville,
d'une des meilleures Maifons de
Normandie, & Parent de Mef
fieurs les Marquis de Lange, du
Pleffis- Chaftillon, & de Nonan,
a épousé depuis peu Mademoi
felle de Teffé . C'est une clairebrune,
d'une taille avantageufe,
qui a les cheveux noirs , la bouche
petite, & beaucoup d'efprit,
quoy que fortjeune. Je ne vous
dis rien de la Maifon de Teffé.
Elle vous doit eſtre connue, puis
qu'elle eft la mefme que celle
de Froulay, dont je vous ay
parlé amplement dans quel .
qu'une de mes Lettres .
* M Bignon , Fils du Con
feiller d'Etat de ce nom , que je
vous ay déja dit eftre préfentement
Avocat du Roy au Chaf
Gg ij
356 MERCVRE
telet , n'a efté reçeu à cette
Charge que le Vendredy 18. de
ce mois. On ne peut douter qu'il
n'en faffe les fonctions avec
beaucoup d'éclat & de gloire,
apres l'Eloquence qu'il a fait
paroiftre en plaidant diverſes.
Cauſes tant au Parlement qu'au
Grand Confeil . C'eſt un talent
de Famille dont il fe fait voir le.
digne Heritier.
La Place de Procureur General
au Parlement de Rouen ,
eftant demeurée vacante par las
mort de M' de Bernieres , le
Roy , informné du zelé & des
longs fervices de M' le Guerr
chois fon Avocat General dans
le mefme Parlement , l'a choify
pour la remplir , avec des marques
de diftinction qui luy font
GALANT. 357
tres-glorieuſes. Sa Reception à
cette importante Charge a efté
un fujet de joye pour tous ceux
de la Province , où il eft treseftimé.
Auffi eft-ce un Homme:
d'un fort grand mérite. Il n'a
point fait d'actions d'éclat ou
fon éloquence ne luy ait attiré
l'admiration de fes Auditeurs,
qui font toûjours venus l'écou
ter en foule. Ses raifonnemens
font forts & folides , & peu de
Perfonnes fçavent parler avec
autant de jufteffe. Feu M' le
Guerchois fon Père s'eftoit ac
quis une fort grande réputation
dans la mefme Charge d'Avocat
General qu'il a exercée juſqu'à
fa mort , & celuy dont je vous
parle la foûtiết tres-dignement.
Cette Famille , fort confidéra
358 MERCVRE
ble par elle -mefme , eft origi
naire de Languedoc , d'où elle
eft venuë s'établir en Norman.
die. M' de Préfontaine cft devenu
Premier Avocat General
par ce changement
de Charge.
Il joint de grandes lumieres à
beaucoup de probité , & eſt tresexact
à bien s'acquiter de tous
fes devoirs dans la Place qu'il
occupe.
Le Roy a donné à M'de Chazeron
, Gouverneur de Breft, la
Lieutenance Generale du Rouf
fillon. Je vous ay fouvent parlé
de luy pendant les dernieres
Guerres, où il s'eft fort ſignalé.
Le fecond Air que j'adjoûte
icy, vous fera connoiftre le génie
de fon Autheur.
40
359
des
Are
ftoit
n &
re.
es
114x
it
fein
pire
358
ble P
naire
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die.
venu
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Il joi
beauc
plushorsdenartrevila-
-gesansoesselcaresexact
fes di erdure parertre
Infi =
Occu
zeron
Lieutroupeaux
entroupea he las
fillon
de lu
Guertempnertil encorea nai tre
Le
icy,
de
GALANT. 359%.
AIR NOUVEAU.
D
Ans le teps des frimats, des
néges, des glaçons ,
Tircis ne fortoit plus hors de noftre
Village.
Sans ceffe il me juroit qu'il n'eftoit
point.volage,
Sans ceffe il carreffoit mon Chien &
mes Moutons;
Mais dés qu'il a reveu la verdure.
paroiftre,
L'Infidelle, l'Ingrat, a quitté ces
Hameaux,
Il ne fait que courir de Troupeaux
en Troupeaux.
Helas ! que le Printemps n'eft-il
encor à naître !
Si voftre Amie, à qui le deffein
de fe confacrer à Dieu, a infpiré
360 MERCVRE
tant d'averfion pour les Airs pro
fanes, vient à Paris comme vous
le dites, elle pourra prendre des
Leçons pour régler fa voix, fans
qu'elle renonce à fes fcrupules .
L'illuftre M'de Baffilly , qui a
compofé deux Livres d'Airs ſpi
rituels , avec des feconds Cou
plets en diminution, s'eft réfolu
de les enfeigner chez luy , afin
que ces beaux Airs que l'on a
falcifiez fous le titre de diférens
Autheurs , foient chantez par
ceux qui voudront les bien fçavoir
, fuivant toutes les Regles
de fon Traité de l'Art de Chanter,
imprimé il y a déja plufieurs
années. Il l'expliquera de point
en point aux Curieux , & leur
donnerales exemples neceffaires
pour l'entiere intelligence de ces
2
Regles.
GALANT. 361
Regles. Ainfi en un petit nombre
de Leçons, on fçaura parfai
tement chanter toutes fortes
d'Airs, fur lefquels chacun pour
ra appliquer les Préceptes, dont
il aura enfeigné l'uſage . Il demeure
Rue S , Claude.
La Charge de Secretaire du
Cabinet, que poffedoit M¹ Galant,
mort au commencement
de ce mois, a cfté donnée à M
le Marquis de S. Poüange, à qui
Sa Majesté a accordé dans le
mefme temps la permiffion de
vendre celle qu'il a de Secretaire
des Comandemens de la Reyne.
Cela fait voir l'eftime particu
liere dont ce Grand Prince l'ho
nore , puis qu'il l'approche par
là de fa Perfonne. Mr Galant
paffoit pour Homme d'efprit,
qui ne manquoit pas d'érudi
Avril 1681. Hh
362 MERCVRE
uon. Il avoit époufé la Veuve de
M de Courchant , Préfident à
Mortier au Parlement de Mets.
C'eft une Dame qui a beaucoup .
de mérite. M le Marquis de
S.Pouange luy donne cent mille
francs par ordre du Roy.
Il eft mort depuis trois jours
un Préfident à Mortier dans le
mefme Parlement de Mets . Il
s'appelloit Meffire Charles le
Vayer , & eftoit Seigneur de
Vanteuil & de Sailly.
Je ne vous diray rien aujour
d'huy de M' de Brufac, Lieute
nant des Gardes du Corps, qui
eft mort fubitement , me refer
vant à vous en parler quand je
pourray vous apprendre à qui
le Roy aura donné certe Place.
Une mort fubite nous a auffi
enlevé M le Camus du Clos,
GALANT 363
Chevalier de S. Lazare , & Controlleur
General de l'Artillerie.
Je vous ay parlé plufieurs fois de
luy, & de toure få Famille.
L'Eglife n'a pas efté exempte
de dans ce mefme temps .
pertes
Deux de fes Prélats font morts,
L'un eft Meffire Jean Dolce, qui
depuis longtemps avoit la con
duite de l'Eglife de Bayonne,
Il eftoit Neveu de Bertrand de
Sebaux , Premier Aumônier de
Louis XIII. Archevefque de
Tours , Commandeur des Ordres
du Roy, & fut fait Evefque
de Bologne en 1633. transferé
* Agde en 1643. puis à Bayonne
dans la mefme année , fans avoir
pris poffeffion d'Agde. Il por
toit , d'argent à trois Chevrons
de gueules , à une Etoile de cinq
rais de mefme au franc- quar
tier .
364 MERCVRE
L'autre Prélat qu'a perdu l'E
glife , eft M' Billiade Lavocat,
Evefque de Bologne. Il avoit
eftéChanoine de Noftre-Dame,
& Grand Vicaire de Mle Cardinal
de Retz , & eftoit Coufin
germain de M Lavocat Maiſtre
des Requeſtes.
3
Il me reste à vous parler de
Mr Perrault , Baron de Milly,
Chagny , Montmirail , & autres
Lieux , Confeiller du Roy en
fes Confeils , & Préſident en fa
Chambre des Comptes , qui
mourut icy le 29. de ce mois,
âgé de 77 ans. Vous fçavez,
Madame , que c'eftoit un des
plus riches Hommes de France,
& que la Fortune ne luy avoit
rien donné fans eftre d'intelli
gence avec laJuftice ; mais vous
ne fçavez peut-eftre pas que faવિ
Famille eftoit déja illuſtre avant
GALANT. 365
l'éclat qu'il luy a prefté , & que
depuis CharlesVI . jufqu'à Lours
EE GRAND , la Nobleffe s'y eft.
perpétuée, fans aucun mélange
qui en ait pû corrompre
·la pus
reté. Sa Genealogie en feroit
foy, fi la modeftie de fes Parens,
qui prouvent affez leur Nobleffe
par leur vertu , ne faifoit gloire
d'enfèvelir ce qui feroit fort
à leur avantage . Quant à fon
mérite , toute la France en a
parlé fi haut, qu'il eft en feûreté
contre les attaques de l'Envie,
& pour ce qui eft de fa fidelité
envers les Grands Princes dont
il eftoit la Creature, on en voit
peu qui l'égale , & l'on n'en fçait
point qui la furpaffe . Feu Moni
fieur le Prince en cftoit fi bien
perfuadé , qu'il luy fit l'honneur
de le nommer Exécuteur de fon-
Hh.iij
366 MERCVRE
Teftament , & fi cette grace fut
grande , la reconnoiffance de
M le Préfident Perrault ne le
fut pas moins . Il fit faire au
Coeur de ce Prince un Maufolée
fi fuperbe, qu'il attire l'admiration
des Etrangers , & tranfmet
chez toutes les Nations voifines
le Nom de celuy qui l'a fait
conftruire. C'eft aux Jefuites de
la Rue S. Antoine qu'il eft érigé.
M' Sarazin , que tant de beaux
Ouvrages ont rendu fameux, regardoit
celuy- là come fon Chef.
d'oeuvre , & le Cavalier Bernin,
pendant qu'il eftoit en France,
avoua qu'il n'y avoit rien de plus
beau à Rome. Cependant Mile
Préfident Perrault ne s'eft pas
contenté de confier fa reconnoiffance
à la durée du Bronze
de ce magnifique Monument,
GALANT. 367-
Il a fondé à perpétuité un Ser
vice folemnel qui fe doit faire le
premier de Septembre, jour de
la naiffance de feu Monfieur le
Prince , pour
le repos de l'ame
de S. A. S. & une Oraifon Fus
nebre à fa gloire , & à celle de
fon augufte Maiſon . Pour cet
effet, il laiffe pár fon Teftiment
a- la Maiſon Profeffe des Jefuites
quarante mille livres , & prie
Monfieur le Prince de trouver
bon que fon Tréforier ſe charge
de fix mille quatre ceslivres, pour
en faire un Revenu de trois cent
vingt, qui feront employées tous.
les ans à faire faire quatre Bources
de Jettons d'argent, à raiſon
de quatre- vingts livres chacune...
D'un cofté de ces Jettons feront
les Armes de feu Monfieur le
Princé , avec cette Légende,
Hhij
368 MERCVRE
Henricus Borbonius, Princeps Condans
; & de l'autre , ce fera un
Tombeau à l'antique, d'où for
tiront des Lauriers & des Branches
de Lierre qui l'embraffe
ront , avec cette Devife à l'entour,
Etiampoftfata fidelis. Trois
de cesBources feront diftribuées
à Meffieurs les Adminiftrateurs .
de l'Hoftel-Dieu, que M' le Préfident
Perrault prie d'affiſter à
ce Service , & l'autre fera pour
le Prelicateur qui prononcera
POrailon Funebre : Et au cas
que les Jefuites manquent deux:
années de fuite à fatisfaire aux
Claufes de cette Fondation, M
le Préfident Perrault donne &
l'Hoftel- Dieu les quarante mille
francs qu'il leur a laiffez. Enfin,
pour étendre la reconnoiffance
envers feu Monfieur le Prince
GALANT. 369
1
jufques fur fa glorieufe Pofte
rité , il prie par fon Teftament
S. A. S. Monfieur le Duc, d'ac
cepter Montmirail , Auton , &
la Bazoche, trois Baronnies tres
confidérables dans la Province
du Perche, & qui valent plus de
vingt- cinq mille livres de rente.
M Girard , Seigneur du Thil,
Cofeiller au Parlement de Bour
gogne, & Neveu de M' le Préfident
Perrault , eft fon unique .
Heritier. Tous ceux qui le connoiffent
, demeurent d'accord
que fon mérite eft plus grand
que fa fortune , & chacun applaudit
à la juftice qui luy a efté:
rendue , parce qu'il a toutes les
qualitez qu'un honnefte Home
doit avoir. Le reste du Teftament
de M'le Préfident Perraultcontient
quantité de Legs par370
MERCVRE
(
ticuliers , fur tout , force Legs
pieux ; & comme il y a peu de
Convents qu'il n'ait affiftez pen
dant fa vie , il y en a peu auffi
qu'il ait oubliez à fa mort. Si
vous voulez voir un Portrait de
luy entiérement reffemblant,
donnez - vous la peine de lire
l'Epitaphe fuivante que je vous
envoye. Elle eft de la plume de
M' Bourfault, qu'il a honoré de
fon amitié, & dont il avoit fait
mention fur deux Teftamens .
Ans les Murs d'une Ville, où les.
eaux de la Saône
Semblent avoir regret d'aller joindre
Le Rhône,
D'un Sang qu'en divers temps on a ver
tant defois
Zelé pourfa Patrie , & fidelle à fes
Roys
Nâquit l'Esprit fécond enfublimes
Lumieres,
GALANT. 371
Qui du pieux Paffant implore les prieres
Amy de l'Equité, pour défendre fes
droits,
Il donnoit tousfes foins à l'étude des
Loix,
Lors qu'un Prince fameux du Royal
Sang de France,
Dont les hautes Vertus égaloient la
Naiſſance,
Voulant de fon mérite eftra l'augufte
appuy,
Pour regir fa Maifon, jetta les yeux
furluy.
Si le choix de ce Prince eut une heu̸--
reufe fuite,
La France des longtemps en eft affezinftruite:
SiPerrault futfenfible à l'honneur de
ce choix,
Sonzele & fon refpect l'ont dit affez
defois.
Enrichy des Bienfaits de ſon genéreux
Maistre,
Au dela du trepas fon zele fçeut paroiftre.
Au Coeur de ce Héros, dont lefort fut
fi bean,
372 MERCVRE
Safidelle douleur fit conftruire un Tom
beau,
Où la délicateffe & la magnificence
Sont d'éternels témoins de fa recon-
V.C
noiffance.
Ce Miniftre éclairé, quifçavoit tout
prevoir,
Ne borna pasfon zele à cepieux devoir
Il faloit un Confeil vigilant & fincere
Al'invincible Fils d'un fi vertueux
Pere.
Quoy qu'il put voir en paix fructifierfon
Bien,
Au repos de ce Prince il immola lefien;
Epoufa fafortune, & propice , & cruelle,
Et la voyant changer, ne changea poin
comme elle,
De ce Prince, adoré pourfa rare valeurs
On luy vit conftamment partager le
malheur;
La Prifon & l'Exil dont on punitfon
zele,
Ne pûrent l'empefcher d'eftre toujours .
fidelle:
Semblable à ce métal & fi pur &fi
beau,
GALANT. 373
A qui la moindre épreuve offre un éclar
nouveau,
Apres de longs travaux,fa veriu plus
brillante,
Emporta la victoire, & revint triomphante
Le refte defes jours tranquile, indėpenlant,
D'un Tribunal illuftre , illuftre Prefi
dent,
Il remplit avec gloire une fi haute
Place,
Et n'y parut jamais quepour y faire
Grace.
Enfin en tant de Lieux où fon Nom
eftoit craint,
Loin que d'une injuftice on fe foitjamais
plaint,
le Le Pauvre, dont la bonte augmente lo
martyre,
Que la mifere accable, & qui n'oſe le
dire,
Trouvait dans fa tendreffe un fecours
fouverain,
Qui luyſauvoit l'affront d'aller tendre
la main.
1
1
374 MEROVRE
Vous , qui pleurez fa perte, Ames
religienfes,
Solitaires facrez, Communautez pieufos,
Soyez envers le Ciel, pour fléchirfon
courroux,
Charitables pour luy, comme il lefut
pourvous's
Joignez à la ferveur de vos faintes
prieres
Les aufteres Vertus qui vous font fa
milieres.
Et Vous, Dieu Tout-puiſſant, pour
combler nosfoubaits,
Accordez àfon ame une éternellepaix.
Les beaux jours ayant pára ,
les Modes on't commencé. Ce.
pendant il eft affez difficile d'en
rien dire de certain . Chacun fùit
fon gouft , & ce qu'il y a de plus
general , c'eft que les Femmes
portent une tres grande quantité
de Satins de la Chine blancs.
On en double des Etofes or &
GALANT. 375
་་
argent, & alors on les lizere d'un
Cordonnet d'or. Quand on en
fait des Habits,, on les double
d'Etofes rayées de petites Rayes
er & argent. On porte des Etofes
or & arget tres - magnifiques,
& des Satins de la Chine blancs
qui en font remplis . Tous les
Habits qu'on fait à préfent, font
en Indienne ajuſtée. On voit
beaucoup d'Etofes de foye faites
fur les deffeins des Etofes or &
argent. On porte encor des Gri
fetes cette année , mais on en voit
beaucoup plus de foye que l'année
derniere. Il y en a quantité
de rayées, & quelques- unes font
rayées d'or. Les plus belles fe
vendent chez M' Charlier. Les
Tafetas d'Angleterre mouchetez
le portent endoublure . On
ne met plus guére de Frange au
376 MERCVRE
bas des Grizetes, & la plus grade
mode eft d'y mettre un Point
d'Eſpagne couché . On voit fort
peu d'Etofes à fonds de Satin.
Elles font toutes à fonds de Gros
deTours,& on en porte quantité
à carreaux. Je ne puis encor vous
rien dire des Habits des Hom
mes. La plupart des Perfonnes
de qualité portent des Garnitures
d'une richeffe qui emper
chera que les Particuliers ne les
imitent, puis qu'elles reviennent
à cinquante Louis. Ces Garni
tures font de Point- d'Espagne,
ou de Point-d'Aurillac , La mode
la plus generale des Hommes,
eft d'avoir des Leffes à leurs Cha
peaux . Elles font fort deliées, &
font grand nombre de tours. Ils
commencent à porter moins de
Boucles fur leurs Souliers , &
GALANT 377
mettent des Rubans. Le Mois
prochain je vous en apprendray
davantage.
Je croyois finir par l'Article des
deux Loteries du Roy; mais comme il
ya um Lot de la premiere, & deux de
la feconde qu'on n'eft point encor
venu demander , je ne puis avoir la
Lifte que l'on m'a promife , que ces
trois Lots ne foient délivrez. Je vous
l'envoyeray, accompagnée d'une Planche
par laquelle vous verrez la maniere
dont la Loterie a efté tirée, & la Ma
chine dont on s'eft fervy. Cette Plan- -
che me viendra de fi bon lieu, que je
puis vous affurer qu'elle fera tresexacte.
J'auray foin d'y joindre de fort
jolis Vers que l'on m'a donnez fur ce
fujet. Jefuis, Madame, yoftre, & c.
A Paris ce 30. Avril 1681.
16
555225552 525555&
TABLE DES MATIERES
contenues dans ce Volume.
Va
A ant-propos,
1.
L'Academie de Villefranche an
Roy. Epiftre,
Sonnet au Roy,
Madrigal fur le mefmefujet,
3
I
17
Ce qui s'eft paffe au College des Medecins
à Lyon, touchant l'Election
d'un nouveau Doyen, 17
Colleges de Medecine établis par le
Roy,
24.
Lettre à celle qui a fi galamment écrit
Hiftoire defes Conqueftes,
Fable,
31.
38
Particularitez touchant ce qui s'eft paffe
à l'entreveuë de l'Empereur & de
[Electeur de Baviere, 40
Départ de M. l'Evefque d' Heliopolis,
& de M. l'Abbé de Lyonne, pourles
Milions de la Chine,
Le Procés galant, avec toutes les Pieces
SI
TABLE.
du Procés, Hiftoire, 54
.87
Le dernier Sapate de Savoye,
M. leComte d'Eftrées eft reçen Maréchal
de France , 106
Forme de Serment de Meffieurs les Maréchaux
de France, ·IT
115
Origine des Maréchaux de France fr
leurs fonctions,
Mort de Madame de Seguiran, 422
Mort du Sieur Francifque Corbet, &
fon Epitaphe, 127
Balet dancé à Hanover; avec les Vers
du Sujet, ceux qui ont efté faitsfur
les Personnages,
Benefices donnez par le Roy,
Lettre en Proverbes,
133
201
2M
Tout ce qui s'eft paffe à l'Académie
Françoise à la Reception de M. le
Premier Prefident, 222
2.52
Tout ce qui s'eft passe à S. Germain pendant
la Semaine Sainte,
Mariage de M. le Comte de Gacey, &
de Mademoiselle Berthelot,
Lettre touchant l Efcarboncle,
2.09
270
M. de Seve eft nommé Premier Prif
TABLE.
dent au Parlement de Mets,
Noms des Ambassadeurs & Envoyez
quifont en cette Cour,
La Poule, Fable,
275
282
286
Morts diverses, 288. & pagesfuivantes.
Fautes furvenues dans lArticle de la
mort de M.de Charoft, 302
Accouchement de Madame la Princeffe
de Marfillac,
Prevofté Generale de la Franche- Comté
donnée par le Roy,
307
309
Abbaye de Luc donnée à M. l'Abbé
de Fénis,
309
M.l'Abbé Fléchier prêche aux Minimės,
Converfions,
Le Faux Mariage, Hiftoire,
310
312
315
Tout ce qui s'eſt paffé à S. Cloud pendant
le fejour que Leurs Majeftez
327 pontfait,
Explication de la premiere Enigme du
Mois dernier,
349
Noms de ceux qui en ont trouvé le
Mot, 345
Explication de lafeconde Enigme, aves
TABLE.
les noms de ceux qui en ont trouvé lee
fens,
346321
Noms de ceux qui ont trouvé les veritables
Mots de l'une & de l'autre, 347
352
353
Enigme,
Autre Enigme,
Mariage de Mademoiselle de Teffe, 355
M. Guerchois eft reçen Procureur General
au Parlement de Rouen, 356 .
Le Roy donne à M. de Chazeron la
Lieutenance Generale du Rouffillon,
358
A
360
Airs fpirituels enfeignez par M. de
Baffilly
Charge de Secretaire du Cabinet du Roy
donnée à M. le Marquis de Saint
Poüange,
:
Morts diverses, 361. & pagesfuivantes,
Modes nouvelles,
361
3741
Fin de la Table..
Avis pour placer les Figures.
E Syfteme doit regarder la page
L
96.
L'Air qui commence par Hafezvons,
bafkez - vous, doux Printemps, don
regarder la page 200.
La Planche où eft écrit El Palacio
de Aranjuez , doit regarder la page
304.
L'Air qui commence par Dans le
temps des frimats , doit regarder la
Page 359.
511-1681,4
Mercure
<36623710760013
S
<36623710760013
Bayer. Staatsbibliothek
33
9
MERCURE
GALANT
DEDIE A MONSEIGNEUR
LE DAVPHIN.
AVRIL 1681.
A PARIS.
AV PALA I S.
O
N donnera toujours un Volume
nouveau du Mercure Galant le
premier jour de chaque Mois, & on ›
le vendra , auffi-bien que l'Extraordinaire
, Trente fols relié en Veau,
& Vingt-cinq fols en Parchemin .
A PARIS ,
Chez G. DE LUYNE, au Palais , dans la
Salle des Merciers, à la Juftice,
Chez C. BLAGEART , Kue S. Jacques,
à l'entrée de la Rue du Plâtre,
Et en fa Boutique Court -Neuve du Palais,
AU DAUPHIN.
Et T. GIRARD, au Palais, dans la Grande
Salle , à l'Envie.
M. D.C. LXXX.
VEC PRIVILEGE DV ROY.
MERCVRE
GALANT
AVRIL 1681 .
E vous ay parlé , Madame
, dans quelqu'une
de mes Lettres de l'année
dernière , d'une Académie
de Beaux Efprits qui
s'eft établie depuis peu
Villefranche , & dont Mon-
Avril 1681 . A
2 MERCVRE
ſieur l'Archeveſque de Lyon
eft le Protecteur. Comme
elle ne s'eft formée que pour
confacrer toutes fes veilles'
au Roy , ce fera elle qui me
fournira aujourd'huy l'Eloge
que vous attendez de ce
grand Prince. L'impatience.
qu'elle a de rendre ſon zele
public, l'a obligée d'emprun
ter la voix de M ' Mignor
de Buffy pour le faire entendre
, & voicy de quelle
maniere ce digne Académicien
s'eft expliqué au nom
de fa Compagnie.
·
GALANT. 3
22525252525 25252
LACADEMIE
DE VILLEFRANCHE,
GR
AU ROY.
EPISTRE.
RAND PRINCE, que le Ciel
à nos voeux complaifant,
Nous a voulu donner comme un rare
préfent;
GRAND PRINCE, que l'on voit das
la Paix, dans la Guerre,
Montrer l'Art de régner aux Princes
de la Terre;
Nefois pas offence, fi ma Muſe au
Berceau
Ofe pour te louer employerfon Pin
ceau .
En vain elle réfifte à l'ardeur qui
la preffe,
4 MERCVRE
En vain elle connoit qu'elle a trop
defoibleffe
Four chanter dignement tes hauts
Faits, tes Vertus;
Elle aime mieux moins dire, & ne
retarder plus.
Son amour ,fon respect,font tropforts
pour les taire,
Il vaut mieux en parlant , qu'elle
foit teméraire;
Mais fifes Vers n'ontpoint deforce
ny d'appas,
Ilsfont fes premiers fruits , ne les
méprife pas.
Mille Plumes déja d'une fource -
féconde,
Ont porté ton grand Nom fur la
Terre &fur l'Onde;
Etpar mille beaux traits qu'on ne
peut imiter,
Ontſçeu facilement te peindre & ·
te vanter.
GALANT. }
En tout temps, en tous lieux , les
Filles de Mémoire,
Fontleur plus grand plaisir de celébrer
ta gloires
Leurs Ouvrages n'ont point deplus
charmant Objet,
Et tu leur es toujours un fertile
Sujet.
On ne les voitjamais dans un honteuxfilence
;
Apeine une a finy, que l'autre recommence.
Quand elles penfent eftre au bout de
leurs travaux ,
Tu leur enfais trouver auffitoft de
nouveaux .
Elles verroient fans toy leurs veines
infertiles ,
Et leurs voix bien fouvent leur
feroient inutiles,
Si ion Nom glorieux , digne feul de
leurs chants,
6 MERCVRE
Ne leur donnoit dequoy les rendre
plus touchans.
Depuis le jour heureux que le Ciel te
fit naiftre,
On a veu le Parnaffe en Grands
Hommes s'accroiftre,
Etjamais il ne fut dans le Sacré
Vallon
Tant d'illuftres Enfans du divin
Apollon.
On fçait bien qu'il en eft dont la
veine s'épuife,
Avant que d'avoir pûfinirleur entreprise.
Ils ontpourtant un champ vaste,
fertile, & beau,
Mais te louer, Grand Roy, c'eft un
pefantfardeau..
S'ils nepeuventfournir qu'à moitié.
la Carriere,
C'est qu'ils manquent deforce, &
non pas de matiere;
GALANT. 7
Et comme ils n'ontjamais que de
foibles accens,
Pour s'élever fi haut, ilsfont trop
impuiffans.
Par un fort fifâcheux, ma Mufe
refroidie,
Pourroit avec raifon n'eftre pas fi
hardie,
Etfufpendant l'effet d'un zele trop
ardent,
Garder à ton égard un filence prudent;
Mais peut-elle à préſent, pour une
vile crainte,
Se réfoudre àfouffrir une dure contraintc;
Etmefmefaudroit-il, pour un motif
fivain,
Interrompre le cours d'un fi noble
deffein ?
Non, non, dés ce moment duft- elle
perdre haleine,
8 MERCVRE
Ma Mufe àte loüer veut faire agir
fa veine, (
Etjoignantfes Concerts aux Chants
les plus heureux,
T'offrirfur tes Autels fon encens &
fes voeux.
Ne voit-on pas l'Aiglon, qui malgréfonjeune
âge,
S'approche du Soleil avec tant de
courage,
Et qui par les efforts d'un vol audacieux,
Pour le voir deplus prés, s'éleve
jufqu'aux Cieux ?
Bien loin de s'affaiblir par l'ardeur
qui l'emporte,
Son aile enparoift eftre & plus
prompte plusforte;
Et dés ce mefme inftant, il va comme
un éclair
Traverfer hardiment les régions de
l'air.
GALANT. 9
Par cet heureux fuccés ma Mufe.
encouragée,
Afuivrefonprojetfe fent plus cngagée;
Il ne luyfuffitpas, Grand Roy, de
t'admirer,
Ilfaut qu'elle le dife , & c'est trop
diférer.
Elle ne fçauroit plus retenirfon.
envie,
L'eftime, le respect, l'amour, tout l'y
convie.
Ileft vray qu'en voyant un Sujet.
fifécond,
Son esprit pour l'ouvrirfe trouble
&fe confond...
Detes fameux Exploits la trop grade
abondance
Sufpendfonjugement, &le met en
balance.
Voyant enToy des Roys le Modele
parfait,
10 MERCVRE
Elle nefçait par où commencerton
Portrait..
Elle voudroit tantoft publiant tes
Victoires,
Faire honte aux Héros que vantcnt
les Histoires,
Et malgré leurs grands noms qui
nous ont éblouis,
Fare voir que le tien , par tes Faits
inoüis,
Rendant toute la Terre &ſurpriſe
& charmée,
Des plus grands Conquérans ternit
la renommée.
Tantoft elle voudroit, dépeignant:
tes Combats,
Marquer par de beaux traits laforce
de ton Bras,
Etfuivant avecfoin fon invincible
Prince,
De Citez en Citez, de Province en
Province,
GALANT. m
Décrire tous les Lieux par ta valeuracquis,
En auffi peu de temps que tu les a
conquis.
Quelquefois elle veut faire voir tout:
de fuite
Mille effets furprenans de tafage
conduite;
L'Heréfie aux abois , fes Temples:
abatus,
La Justice en vigueur,fes Decrets
abfolus,
Les Duels abolis, les Querelles
bannies,
Le Commerce affuré, les Ufures
punies;
Ainfi par tant d'objets qui s'offrent
à la fois,
Ma Mufe embaraffée àpeine àfaire
un choix.
Cefoinferoit facile à ces Efprits.
Sublimes,
t
12 MERCVRE
}
Dont unftile pompeux foutient les
nobles Rimes;
Mais s'ils méritentfeuls le gloricux
employ
De chanterles Vertus d'un Héros
tel que Toy,
Tupeux, fansfaire tort à a gloire
éclatante,
Souffrir qu'à leur exemple un moindre
Autheur le tente;
S'il nepeut te donner que defoibles
Concerts,
Il tefait voirdu moinsfon zele dans
fes Vers.
Dans le fein de la Mer tes plus
grandes Rivieres
Nefont pasfeulement roulerleurs
ondes fieres.
Ne voit- on pas auffi les plus perits
Ruifeaux
Yporter hardiment leurs innocentes)
eaux?
GALANT. 13
Ne t'étonne doncpasfi malgréfa
jeuneffe
Ma Mufe avec ardeur s'encourage
- & s'empreffe
A chanter à fon tour tesfurprenans
Exploits.
Si tu pouvois fouffrir cet effay de
1.
favoix
,
Elle auroit deformaispour fa plus
grande affaire,
Lefoin de te louer, & celuy de te
plaire.
Le Sonnet qui fuit a eſté
fait fur ce que le Roy s'eft
bien voulu condamner Soymefme
en faveur de fes Sujets
, dans l'Affaire des Maifons
bafties fur les Fonds
alienez de fon Domaine.
14 MERCVRE
Cette Action eft fi belle, que
je ferois peu furpris quand
on m'envoyeroit toute l'année
des Ouvrages fur ce
fujet. Il faut du temps à la
Renommée pour aller la publier
jufqu'au bout du Monde
, & je croiray toûjours
vous faire plaifir, en vous apprenant
les fentimens d'admiration
qu'elle aura fait
naiftre dans les Païs éloignez
. C'eft de là que j'ay
reçeu ce Sonnet.
GALANT. 15
P
Arfa haute valeur effacer les
Céfars,
Remplir d'étonnement le Ciel, la
Terre , & l'onde,
Porter partout l'effroy, forcer mille
Rempars,
C'eſt eftrejustement leplus grand
Roy du Monde.
es
Faire regner Themisfous l'Empire
de Mars,
Faire éclater par tout ſa ſageſſe
profonde,
En tous lieux avecfoin établir les
beaux Arts,
Quifont de tous les biens unefourse
féconde;
$2
Balancer àfon gréle Sort de PVnivers,
16- MERCVRE
Scavoir donner la Paix à cent Peuples
divers,
C'eft cftre couronné d'an mèrite
Supreme.
S &
Mais LOV IS va plus loin contre
fes intérests,
Une Sainte Equité prononce des
Arrefts,
Et le Maiftre des Loix fe condamne
~ Soy- mefme.
Jefçay que vous avez veù
fix Vers Latins que l'on a
trouvez fort beaux, fur cette
mefme matiere . Ce font
ceux qui commencent par
Regem inter Po ulumque, c .
Je vous en envoye la TraGALANT.
17
duction dont vous ferez part
à vos Amies .
LE'
E Roy contre fon Peuple avoit
ungrand Procés ,
Les fuges partagez balançoient le
fuccés,
Ettenoient tout Paris das une crainte
દ extréme ,
Quandce Roygenéreux renonçant
àfes droits,
Prononce,fe condamne, & fe montre
à la fois
Le Pere defon Peuple, & le Roy de
Soy- mefme.
M' Garnier, Doyen du
College des Medecins de
Lyon eftant mort , depuis
peu de temps , M Spon,
Avril 1681.
r
B
18 MERCVRE
Homme de fçavoir & de mé
rite devoit remplir cette Place,
ſelon l'ordre du Tableau;
mais comme il eft de la Religion
Prétendue
Réformée,
& que les Edits de Sa Majefté
privent ceux qui en
font profeffion
, de tous les
honneurs
de leurs Compagnie
, les Docteurs & Profeffeurs
en Medecine
aggrégez
à ce College , fe font
affemblez
pour la donner à
un Catholique
, & de l'avis
& autorité de M' l'Archevefque
de Lyon , & de M'
Intendant
, ce choix eſt
P
GALANT. 19
3
tombé fur M' Falconet , ancien
Echevin de la Ville, qui
eftoit le plus proche à fucceder.
M'Panthot, Docteur
Medecin , & l'ancien Procureur
Syndic du College,
fit l'ouverture de la Propofition
parun Difcours qui con--
tenoit les éloges deûs à la
mémoire de M' Garnier. Ill
fit connoiſtre qu'il avoit foûtenu
la qualité de Doyen
avec tant d'honneur, que
l'on ne pouvoit douter qu'il
n'en euſt toûjours efté plus
digne par fon mérite parti
lier , que par le privilege de
Bij
20 MERCVRE
fon grand âge. Il s'étendit
enfuite fur les marques d'affection
qu'il avoit données
au College, dans les derniers
momens de fa vie , par un
Legs confidérable qu'il avoit
laiffé à la Compagnie.Il ajoûta
que fi quelque chofe eftoit
capable de les confoler d'une
perte fi fâcheufe , c'eftoit la
feule fatisfaction de voir
bientoft remplir cette Place
par un digne Succeffeur, qui
leur fiſt trouver les glorieux
avantages qu'ils avoient reçeus
de ce grand Homme ,
& fur tout celuy d'avoir
GALANT. 21
efté préfidez par l'un des
plus Sçavans Medecins de
France.
Il prit de là occafion de
louer les deffeins du Roy,
qui fe faiſant admirer dans
toutes fes Actions , ne s'applique
jamais avec plus d'ardeur,
que quand il s'agit de
faire éclater fa pieté & fon
zele pour les interefts de la
Religion Catholique , qu'ils
en reffentoient
de jour en
jour de tres - utiles effets,
dont celuy de n'eftre point
préfidez par un Religionnaire
, n'eftoit pas le moin,
22 MERCVRE
dre. Il fit voir enfuite que
dans l'ordre du Tableau , M'
Falconet devoit de juftice.
eftre leur Doyen; qu'il eftoit
l'un des plus renommez , &
des plus fameux Medecins du
Royaume ; & que files beaux
talens qu'il poffede , & les
grands emplois où il a efté
fouvent appellé le rendoient
confidérable , fes longues
expériences , & les fçavantes
lumieres qu'il avoit acquifes
dans la Medecine , ne donnoient
pas moins d'éclat à fa
réputation . Il parla des Charges
publiques , dont il s'eſt
GALANT 23
fi dignement acquité dans
le Confulat de Lyon , & en
d'autres lieux ; & apres cette
peinture de fon mérite ; il finit
en difant que M' l'Archevefque
, Lieutenant de Roy
de la Province, qui leur avoit
fait l'honneur de régler l'affaire
, l'avoit chargé de leur
déclarer que l'intention de
Sa Majefté, eftoit qu'il fuſt à
l'avenir Doyen du College,
& qu'en cette qualité on luy
rendift les honneurs qu'il
méritoit.
Tous les Docteurs ayant
opiné en fa faveur, fignerent
24 MERCVRE
l'Acte qui luy eftoit neceffaire
, pour remplir la Place
que M' Garnier venoit de
laiffer vacante
.
Il faut vous apprendre
d'autres foins que Sa Ma-'
jeſté a pris pour l'avantage
de la Medecine. Il s'y commettoit
quantité d'abus, par
la trop grande facilité que
l'on avoit à recevoir des
Docteurs . Pour remedier à
ce defordre , Elle a étably
des Colleges dans les plus
confidérables
Villes de fon
Royaume , & leur a accordé
des Statuts & des Privileges,
f qui
GALANT 25
qui leur donnent droit , par
ticulierement à Lyon , d'envoyer
pratiquer pendant
quatre ans dans les petites
Villes ou Bourgs , ceux qui
demandent à eſtre aggrégez
à ces Colleges. S'ils le veulent
eftre,ilfaut qu'ils rapor
tent apres ce temps, des Certificats
des Juges & des Confuls
des lieux où ils ont paffé
ces quatre années . C'eſt un
fûr moyen pour prévenir la
furpriſe de ceux qui envoyét
des Perfonnes inconnues
prendre des Lettres de Do
ateur fous leur nom ,pour dé
Avril 1681. C
26 MERCVRE
couvrir la troperie de certai
nes Gens qui en expofent de
fauffes , & pour empefcher
l'établiffement des Charla,
tans , des Coureurs , & des
Gens à grand ſecret ; ce qui
eft unfecours tres important
pour la feûreté publique.
Ceux que les Colleges ont
envoyé exercer la Medecine
pendant le temps que je
viens de vous marquer, font
apres cela deux Actes publics.
Le premier eft de
Théorie ; & le fecond , de
Pratique. Ils font févere
ment éprouvez dans l'un &
GALANT. 27
dans l'autre. Le College eftant
aſſemblé à huys ouverts
pour celuy de Théorie,
en préſence des Magiftrats
& des Confuls , le premier
Syndic prend un Livre des
Aphorifmes, écrits à la main
fans aucun ordre, & le pré
ſente au Lieutenant General
qui le pique. Auffitoft le
Poftulant eft obligé de faire
un Difcours fur l'Aphorifme
piqué, qui faffe connoiſtre
fa capacité, & qui mérite les
fuffrages du College ; autrement
il eft renvoyé pour
faire un autre Acte. S'iln'eft
·
C ij
28 MERCVRE
pas Docteur de Paris ou de
Montpellier
, on arguments
fur la matiere qui luy eft
écheuë; & s'il eft admis , trois
mois apres il fait l'Acte de
Pratique , devant la meſme
Affemblée. On préſente de
nouveau au Lieutenant General
un Livre écrit à la
main , où font feulement les
noms des Maladies au nóbre
de trois cens . Ces noms font
auffi mélezfans aucun ordre;
& celuy qui eft piqué, détermine
la matiere du Difcours
que doit faire le Docteur,
pour eftre jugé capable de
GALANT. 29
fervir utilement le public.
On enferme ces deux Livres
dans un Cofre à trois Ser
rures , dont le Doyen & les
deux Syndics gardent chacun
une Clef. J'aurois beaucoup
à vous dire à l'avantage
du College de Lyon , qui
s'eft rendu jufqu'icy l'un des.
plus celebres de l'Europe
par les grands Hommes
qu'on y a veûs de tout
temps , & par ceux qui le
compofent encor aujour
Thuy.
Je paffe à d'autres matieres
qui doivent eftre plus
C iij
30 MERCVRE
:
de voſtre gouft. Vous fou
haitiez un plaifir que vous
pouvez vous promettre , fi
la Belle qui nous donna il y
a deux Mois l'Hiftoire de fes
Conqueftes , a un peu de
complaifance pour une aimable
Inconnuë , qu'on ne
peut douter qui n'en mérite
beaucoup. Il manquoit à
cette Hiſtoire pour fatisfaire
entierement voftre curiofité
, qu'elle nous apprift ce
qui l'avoit obligée à rompre
avec celuy de tous fesAmans.
qui avoit le plus d'efprit , &
c'est ce qu'on luy demande
GALANT. 30
S
par cette Lettre , qu'on n'a
pû luy adreffer que par moy.
/: 5252525222525225
POUR CELLE QUI A SI
galamment écrit l'Hiſtoire
de fes. Conqueftes.
J
E trouve entre vous & moy
un ſi grand raport en beaucoup
de chofes, foit pour la conformité
de nourriture , en ce
qu'on vouloit que nous fuffions
toutes deux fort fimples & fort
innocentes , foit pour le teint &
Les yeux qu'il me semble que
nous avons affez femblables,
Cij
32 MERCVRE
qu'une fi heureuſe reſemblance
me donne non-feulement de l'inclination
pour vous, mais encor
un fort panchant à m'intéreſſer
dans les Avantures de ceux que
vous aimez. Ne foyez donc
pas ſurpriſe , fi je vous prie de
nous apprendre plus préciſement
que vous n'avezfait , comment
pú ceffer cet agreable commerce
que vous avez eu avec
celuy qui vous fit le premier appercevoir
de voſtre mérite . Ilſe
rencontre encor pour une
une pluspar
faite reffemblance de vous & de
moy, que lefeulHomme quej'aye
jamais aimé luy reffemble toutGALANT.
33
à -fait. Ce font les meſmes manieres
& le mefme esprit. La
feule diférence que je trouve
entre nous deux , c'est que je ne
veuxjamais aimer que luy, &
qu'il ne sçauroit aimer que moy
du moins tant que dureront ces.
traits & ce teint , ces lys &ces
rofes, dont il eftfi enchanté, qu'il
ne trouve plus rien de beau par
tout ailleurs. C'estainsi que nous
nousparlons cofidemment. Mais
peut- on s'affurer fi bien les uns
des autres dans les plus tendres.
amitiez , qu'on n'ait beaupas
coup à craindre de la jalouſie ?
Si nous pouvons nous mettre
à
34 MERCVRE
que
couvert de ce coſté-là , noffre
amour ne durera pas moins
noftre vie.. Mais de quelle forte
a pú finir une intelligence aufft
la voſtre ? Je nefuis
belle
que
pas
la
feule
que
cet
evenement
inquiete
, &
à
qui
il
donne
envie
de
fçavoir
ce
qu'est
devenu
un
fi
honnefte
Homme
.
De
la
maniere
dont
vous
nous
le
dépeignez
,
ma
Mere
croit
l'avoir
ven
quelquefois
chez
elle
,
&
m'en
a
dit
des
merveilles
.
Elle
m'aſſure
que
fi
je
vous
pourvois
engager
à
nous
faire
part
de
quelques
-unes
des
couverfations
que
vous
avez
euës
enſemble
,
GALANT. 35
eferoit un Ouvrage auffirare
que charmant. Voudriez- vous
réferver de fi jolies chofes pour
vous feule, & pouvez- vous
tirer un plus grand ufage de ce
prétieux trésor, que d'acquerir
beaucoup de gloire en nous le
communiquant ? Vous obligeriez
tres -fenfiblementpar là ceux qui
n'aiment rien fi fort que ce qui
s'appelle le bon esprit , & les
chofes naturelles délicates.
Vous le pourriez mefme fans
qu'il vous en couftaft beaucoup .
caronfentbien que vous n'avez
pas moins de facilité que
grément à écrire. Quand j'auray
d'a36
MERCVRE
appris à m'expliquer mieux ,peuteftre
vous rendray -je la pareille
du plaifir que je vous demande
prefentement ; mais outre que je
n'en fçay pas encor affez pour
me hazarder à une Hiftoire galante
, il n'y a pas bien longtemps
que j'ay commencé à aimer.
Comme nous devons dans
peu de jours faire un voyage
"Paris, j'y pratiqueray peut- eftre.
des Espions affez éclairez pour
découvrir où je pourray vous
trouver, vous faire voir une
Perfonne qui se tient tres-glorieuſe
d'avoir avec vous quelque
raport de beauté d'avantures .
GALANT. 37
Fe fuis voftre tres-humble
tres-obeiffante Servante,
En attendant la Réponſe
que je veux croire qu'on
fera à cette Lettre , je vous
envoye une Fable , dont les
Médifans tireront beaucoup
de fruit , s'ils en examinent
la moralité. Elle eft de l'Anonime
d'Alais , qui leur
découvre les maux que produit
leur langue, en leur apprenant
que la réputation
perduë ne fçauroit le recouvrer.
H
38 MERCVRE
25525252.55222525
L
FABLE
E Feu , la Renommée , &
Londe,
Reſolurent unjour d'aller courir le
Monde.
Fenefçay point quel eftoit le fujer
D'unfemblable projet,
Si c'eftoit l'intereft, le caprice , ou
la gloire,
L'on n'en dit rien dans leur Hif
toire,
Je n'en parleray point auſſi.
Seulement veux -je dire icy
Que l'Onde avec le Feu, quoy quefi
fort contraires,
Chercherent de concert les moyens
neceffaires
GALANT. 39
f
Pourfe retrouver aisément,
En cas de quelque égarement;
Et mefme, qui plus eft , contre toute
apparence
Dés lapremiere conférence,
Ilstomberent d'accord que chacun à
fon tour
Donneroit un fignal pour marquer
SonSejour.
L'Eau donna donc le fien, & dit, Si
je m'égare,
Ou qu'un autre accident en chemin
nous fépare,
Vous n'aurez qu'à vous rendre
où vous verrez desJoncs,
J'y feray fans faillir, ou bien aux
environs .
Quant au mien, dit le Feu, ce
fera la Fumée.
Pour moy, leurdit la Renommée,
Je ne donneray pas le mien,
40 MERCVRE
Mais fongez à me tenir bien,
Car déslors qu'une fois j'échape,
Jamais plus on ne me ratrape.
25
Toy qui te plais à déchirer,
Et dont la médifance eft par tout
répanduë,
Tremble d'un mal qu'en vain ta
voudras reparer;
La réputation perduë
Nepeutjamaisfe recouvrer.
Je ne vous parle jamais de
Nouvelles Etrangeres, fi des
circonstances remarquables
ne les accompagnent. Vous
en trouverez d'affez curieufes
dans ce que j'ay à vous
GALANT. 41
dire de l'Entreveuë de l'Em
pereur , & de M' l'Electeur
de Baviere. Les occafions.
de ces fortes d'Entreveuës
arrivent fr rarement , que
peu de Gens font inftruits
des Cerémonies qui s'y
obfervent. Un Voyage que
la pieté de l'Empereur.
luy a fait faire à Noftre-
Dame d'Oetting , a efté
cauſe de celle - cy. Il y arriva
le Vendredy 7. de Mars fur
les fix heures du foir , & M
l'Electeur de Baviere fe ren
dit dans le mefme temps à
un petit Chafteau qui n'en
Avril 1681. D
42 MERCVRE
eft éloigné que d'une lieuë,
avec M' le Duc Maximilien
fon Oncle , & Madame la
Ducheffe Maximilien fa
Femme. Le lendemain à
onze heures du matin , ils
vinrent à Oettingen ; & fur
les trois heures apres midy,
M l'Electeur envoya fon
Grand Chambellan à l'Empereur
, pour luy donner
part de fon arrivée , & demander
à quelle heure
il luy plairoit de le voir.
Le Grand Chambellan demeura
affez long - temps
chez l'Empereur , pendant
GALANT 43
2
quoy , Mile Comte de Valeftein,
Gentilhomme
de Sa
Chambre, vint complimen
ter M' l'Electeur
de la part
de Sa Majefté Impériale. A
5 peine fut-ilforty de fa Cham
bre , que M' le Comte Bar
y entra, & luy fit un autre
Compliment
au nom de
l'Impératrice
. Ce Comte a
la qualité d'Intendant
des
Poftes dans les Païs Here.
ditaires
. L'heure ayant eſté
donnée au Grand Chambellan
entre quatre & cinq,
pour l'Audience
de M ' l'EL
lecteur , ce Prince monta
Dij
44 MERCVRE
dans un Carroffe fort doré,
& tiré à fix Chevaux
, quoy
qu'il n'y euft que cent pas
jufqu'à la Maiſon où eftoit
logé l'Empereur. Toute fa
Cour marchoit à pied devant
fon Carroffe , à la defcente
duquel il fut reçeu
par M le Comte de Ditrichftein,
Grand Chambellan
de l'Empereur. M' le Comte
Lambert fon Grand - Maiftre
auroit remply cette fonction
, ou du moins il l'auroit
dû faire, fuivant les anciennes
coûtumes , mais il
eftoit demeuré malade à
GALANT. 45
Lints. L'Empereur vint recevoir
M' l'Electeur hors la
Porte d'un petit Paffage,
d'où ils entrerent dans l'Antichambre.
Ce fut là que
l'Audience luy fut donnée !
Elle dura un quart- d'heure;
apres quoy M'l'Electeur fut
reconduit de la mefme forte
qu'il avoit efté reçeu . Au
fortir de là, il fe rendit chez
l'Impératrice , qui le reçeut
à la Porte de fa Chambre.
Ce Prince eftant revenu
chez l'Empereur fur les fept
heures & demie du foir, alla
avec luy à pied à la Cha
46 MERCVRE
3
pelle de N. Dame d'Oëtting
, où l'on fit quelques
prieres. M le Duc Maximilien
marchoit le premier,
M ' l'Electeur en fuite , puisl'Empereur
précedant l'Impératrice
, qui eftoit fuivie
de Madame la Ducheffe
Maximilien . Au fortir de la:
Chapelle, ils revinrent tous
chez l'Empereur, où ils fouperent.
Lors que l'Empe--
reur eut lavé les mains , M
l'Electeur luy préſenta la
Serviete. Elle fut donnée à
l'Impératrice par M le Duc
Maximilien. Leurs Majeſtez
GALANT. 47
Impériales fe mirent à table,
& quand leurs Servietes furent
déployées , l'Empereur
fit figne de la main à M' l'Electeur
de prendre fa place..
Il s'affit au bout de la Table:
du cofté de l'Empereur , &
eut un Fauteuil ainfi que
luy. En fuite l'Empereur
ayant fait le mefme figne à
M' le Duc Maximilien , il
prit place à l'autre bout de la
Table , vis - à- vis M' l'Electeur.
L'Impératrice fit
auffi affcoir Madame la Ducheffe
Maximilien aupres
du Duc fon Mary , mais ils
48 MERCVRE
n'eurent l'un & l'autre que
des Sieges à dos, & fans bras.
L'Empereur, & les deux Princes
, furent fans Chapeau
pendant le Soupé. Mªl'Efecteur
fe leva pour boire la
Santé de l'Empereur , & la
bût debout ; & quand l'Empereur
bût fa Santé, cePrince
fe leva encore, & ſe tint auffi
debout pendát tout le temps
que l'Empereur bût. Le
Fruit ayant efté apporté,
M' & Madame la Ducheffe
Maximilien fortirent de table,
& allérent fe placer derriere
les, Chaiſes de Leurs
Majeſtez
GALANT. 49
Majeftez Impériales . Un
peu avant que l'on deſſervift
, M' l'Electeur de leva
auffi de table , & ayant pris
une Serviete des mains d'une
Dame , il alla ſe mettre
debout à cofté de l'Empereur.
Apres qu'on eut défervy
, il luy donna la Serviete
, dont l'Empereur effuya
fes mains. M' le Duc
Maximilien la préſenta à
l'Impératrice ; & la meſme
Dame qui avoit donné à laver
à l'Empereur , donna
auffi à laver aux Princes & à
la Ducheffe. Ils dînerent &
Avril 1681. E
TO MERCVRE
mifoûperent
encor le lende
main qui eftoit Dimanche
,
avec l'Empereur
, & l'Impératrice.
Ce mefme jour ſur
les quatre heures apres
dy , l'Empereur
précedé
de
toute fa Cour à pied , fortiſt
de chez luy dans un Carroffe
à fix Chevaux
, & vifita
M' l'Electeur
. Ce Prince le
vint recevoir
à la Portiere
de
fon Carroffe
, & marcha
devant
luy depuis la Porte de
la Rue jufqu'à
celle de fa
Chambre
, où il demeura
jufqu'à
ce que l'Empereur
eftant entré , luy fit figne y
GALANT. 51
1
trer ,
de le fuivre. Avant que d'enil
fit une tres-profonde
reverence; & quand l'Empe
reur fortit, il marcha encor
devant luy, & le remena juf
qu'à la Portiere de fon Car
roffe. Les principaux Seigeurs
de fa Cour le vifiterent
en fuite; & entr'autres M' le
Comte d'Harrac , Grand-
Ecuyer , M' le Comte de
Mansfeldt , Frere aîné de
celuy qui eft en France ; M -
les Comtes de Petting , d'Ifemberg
, de Luinbourg, de
Liram , de Noftis , & M
Abele.
E ij
52 MERCVRE
Le Lundy matin fur les
neufheures , M l'Electeur
fe rendit chez l'Empereur
,
qui luy fit préfent d'une
Epée garnie de Diamans, de
la valeur de trois mille écus.
Il donna auffi un Diamant à
M' le Duc Maximilien ; &
Impératrice , deux Braſſelets
à Madame la Ducheffe
fa Femme
. Ils
accompagnerent
Leurs Majeſtez Impériales
à la Meffe , apres la
quelle Elles monterent dans
un petit Carroffe pour s'en
r tourner à Lints . M' l'Electeur
qui les vit partir, vint
GALANT. 53
coucher à Hag ce mefme
jour , & arriva le lendemain
à Munich.
•
On a eu du Port. Louis,
des nouvelles plus certaines
que les premieres qu'on
avoit reçeues du départ de
M' l'Evefque d'Héliopolis ,
qui s'embarqua pour la Chi
ne le 25. de l'autre Mois, fur
deux Vaiffeaux de la Compagnic
Royale d'Orient , commandez
par M ' du Chefnay
Gentilhomme de Normandie.
Il mene avec luy dix
Ecclefiaftiques, du nombre
defquels font deux Docteurs
E iij
54 MERCVRE
de la Maifon de Sorbonne..
M'L'Abbé de Lyonne, troi
fiéme Fils de feu M' de
Lyonne , Miniftre & Secretaire
d'Etat, les accompagne
dans ce grand Voyage..
C'eſt couronner glorieufement
cette pieté folide dont
on a veu donner tant de
preuves à ce jeune Abbé,
dans le fejour qu'il a fait pen
dant cinq ans au Séminaire
des Miffions Etrangeres
.
Rien n'eft fi commun
que les Procés. Peu de Familles
s'en trouvent exemptes.
Mais, Madame , auriez"
GALANT. 55
vous crû qu'ils fuffent cónus
dans l'Empire de l'Amour, &
que les Amans qui plaident
entr'eux, ſe pûffent foûmettre
à obferver en plaidanc
toutes les formalitez établies
par la Chicane ? C'est pourtát
ce qui commence à fe pratiquer
, & vous l'allez voir par
le diférent qui eft furvenu
entre une fort aimable Perfonne
, & un Cavalier qui a
ofé la pourfuivre pour obtenir
le payement de quel
ques Debtes d'amour . Toutes
les Pieces du galant Procés
qu'ils ont eu enſemble,
E iiij,
·56 MERCVRE
m'eftant tombées depuis
peu entre les mains , je puis
vous en donner de feûres
nouvelles .
Il y avoit déjadeux ans que
l'Amant rendoit des foins
avec beaucoup d'affiduité . Il
avoit mis en ufage les empreffemens
, & les tranfports
les plus tendres. On y répondoit
à la verité , mais toûjours
avec des ménagemens
qui diminuoient un peu de
fa joye . On luy laiſſoit deviner
plus qu'on ne vouloit
-luy dire ; & fi par hazard il
faifoit paroiftre qu'il deviGALANT.
57
1
S
is
es
ie
ทร
1-1
ts
n
J.
15
noit trop à ſon avantage, on
fçavoit par quels moyens
rabatre fa vanité. Ce n'eft
pas qu'en cent manieres diférentes
on ne luy diſt aſſez
qu'on l'aimoit , mais on ne
luy difoit point je vous aime,
& c'eftoit la feule chofe qui
manquaft à ſon bonheur.
Un jour qu'il fe plaignoit du
refus qu'on luy faifoit de ce
mot , & qu'il foûtenoit à ſa
Maîtreffe que deux années
de fervice méritoient & fon
amour , & l'aveu mefme de
fon amour, que fa longue réfiſtance
eftoit fans exemple,
58 MERCVRE
& qu'il n'y avoit perfonne,
qui, s'il eftoit Juge de cette af
faire, ne la
códamnaft apayer
Fextréme tendreffe qu'il
avoit pour elle, il arriva affez
plaifamment qu'ils convinrent
d'un Arbitre pour vuider
la Queſtion . C'eftoit un
des Amis de l'Amant, qui ne
: Feftoit pas moins de la Belle,
& qu'ils avoient choify l'un
& l'autre pour le Confident
de leur
commerce . Il fut
arrefté entr'eux qu'ils plaidroient
devant luy , & qu'il
auroit le pouvoir de décider
fouverainement.
Quelques
GALANT. 59
e,
af
Cr
'il
ez
n-
11.
un
ne
Je,
nt
t
i
il
er
jours apres la Belle eftant
dans fon Cabinet , elle y vit
entrer un petit Laquais de
fon Amant , mais fans Livrées
, ayant un petit Habit
noir à Manteau
, fort propre,
& forr ajusté , une Écritoire
pendue à fa ceinture , &
une Plume fur fon oreille . Il
luy futaifé de le reconnoiſtre
pour un Sergent. En effet,
pour remplir les fonctions
de la Charge qu'il paroiffoit
exercer , il donna cette Affi
gnation à la Belle..
60 MERCVRE
EXPLOIT DE DAMON
A CLIMENE .
A
Amant fans fraude &
La requeſte de Damon,
de bonne foy , affignation a esté
donnée ce 26. Decembre 1680. à
Climene , en parlant à fa Perfonne
, à comparoiftre dans trois.
jours pardevant l' Amour, ou Licidas
fon Lieutenant Particulier,
pourfe voir condamner àpayer
audit Damon deux années de
Tendreffe qu'elle luy doit , avec
tous les interefts , dommages &
dépens , qui confiftent en partie
GALANT. 61
en ce
que I dit Damon auroit
gagnécinq ou fix Cooeurs pour le
moins, pendant le temps qu'il s'eft
attaché à ladite Climene feule;
partant elle fera condamnée à
l'aimer ellefeule autant que cinq
oufix autres auroient pú l'aimer;
fe fonde ledit Damon dansfa
Demande furplufieurs
Pieces &
Titres , dont quelques
-uns ont
pres de deux ans , Titres auffianciens
qu'on puiffe en produire en
fait d'amour ; & on a joint icy
des Extraits
des principaux
, qui
font des Reconnoiffances
de la
Debte
que
ladite Climene a
faites elle-mefme.
62 MERCVRE
Extrait de la feconde Lettre
écrite parelle au Demandeur, en
datte du mois de May de l'an
1679. par laquelle elle dit ; La
Tendreffe eft un Païs dont
je n'ay pas encor fait la moitié
du chemin . Or depuis ce
temps elle a eu le loifir de l'a
chever.
Extrait d'une autre Lettre.
Je vous fourniray quelques
douceurs , pour vous aider à
nourrir l'amour que je vous
ay donné. Or attefte ledit Damon
n'avoir jamais reçeu leſdites
douceurs.
Extrait d'un Quatrain de
GALANT. 63
·Climene , quifinit par ces deux
Vers .
Dés le moment que j'auray le
coeur tendre,
Je ne veux m'en fervir, Damon,
qu'à vous aimer.
Paroù il eft clairqu'elle donne
à Damon une Hipoteque fpécialefur
fon coeur, & qu'il doit
eftrepayé privilégiément à tous
autres Creanciers.
Extrait d'une autre Lettre.
Je vous promets de n'eftre
point ingrate. Si vous m'aimez
longtemps , je fçay à
quoy cela m'oblige . Je mefureray
ma tendreffe à voſtre
conftance
64 MERCVRE
On omet plufieurs Extraits de
converfations, voire des Extraits
d'oeillades, parce qu'il ne feroit
pas fi aife de les juftifier que
Sufdits.
les
La Belle trouva l'Affignation
conçeuë dans les formes
, & la Demande fort raifonnable
, & tres - bien fondée.
Je ne vous puis dire fi
dans le fond de fon ame elle
en fuft contente ou non . Je
fçay feulement qu'elle fit un
effort de fon efprit , auquel
eftre fon coeur réfiftoit,
peutpour
fe défendre de ce qu'on
luy demandoit fi legitimeGALANT.
65
ment. Voicy ce qu'elle envoya
à Damon.
DEFENSES DE CLIMENE .
C
Limene Defendereffe , ne
difconvient point qu'elle
ne doive à Damon Demandeur,
un ou deux ans de tendreſſe ; mais
comme le temps du payement ou
racquit de cette tendreffe n'a point
efté limité par luy ,ladite Climene
en payant bien & deuëment
l'intereft , nepeut eftre condamnée
à rendre le fond, que lors
qu'elle le trouvera à propos , e
que l'état defon coeur le luy permettra.
Or prouvera ladite Cli
Avril 1681. F
I][
66 MERCVRE
mene par bons Ecrits enforme,
quifont entre les mains de Damon,
avoirpayé lesdits interefts
par Douceurs disperfees par- cy
par-là dansfes Lettres , & partantfera
condamné ledit Damon
à repréſenter en Justice lesdites
Ecritures, afin d'eftre examinées.
Avant que de répondre aux
Pieces que le Demandeur a produites,
ladite Climene voudroit
bien fçavoir, pourquoy Damon
veut eftre payéfi promptement,
veu qu'il dit luy-mefme n'avoir
befoin de cette Tendreffe qu'il demande
pour faire fubfifter la
fienne ; ce que ladite Climene
GALANT. 67:
..
fera voir par trois ou quatre ·
Lettres écrites de la main de Da
mon dont elle eft nantie , &
qu'elle offre de montrer toutesfois
quantes. Eft-elle moins aimable
qu'elle n'eftoit , & ne·
peut-on plus l'aimerpourleplaifir
de l'aimer feulement , ainfi
que Damon atoujoursfaitparle
paffe ? Ou s'il eft vray que fa
Tendreffe fubfifte bienfans celle
de Climene , il ne veut donc que
luy faire avouer de temps en
temps qu'elle luy eft redevable, ·
tirer d'elle quelque petitefoumiffion
; ce qu'elle eſt preſte de
faire quand il voudra.
Fij
68 MERCVRE
elle
Mais pourrépondre par ordre
à tous les Articles dont Damon
demande compte à Climene ,
dit d'abord qu'elle avança beaucoup
dans le chemin de Tendreſſe,
parce qu'elle le trouvoit fort
deux, & qu'allant toûjours du
mefme pas , elle arriva en fort
peu de temps jufqu'à Estime qui
en eftfortproche; mais que depuis
elle a veu des périls fi evidens à
ce petit paffage , qu'elle n'a ofé
le franchir. Ce n'eft pas que.
Damon ne luy air fouvent remontré
qu'elle s'alarmoit mal-àbien
d'autres y
propos, & que
avoient paffe qui n'avoient pas
GALANT. 69
de fi bonnes affurances qu'elles
mais come elle a veu beaucoup de
Gens qui revenoient de ce Lieulà
tres -mal fatisfaits , elle prétend
que Damon demeure longtemps
feul dans le Païs de Tendreffe,
pourluyfaire croire qu'on
s'y trouve bien , & luy donner
envie de continuer le voyage, auquelil
il l'a engagée.
Elle jure avoirfourny au Demandeurles
Douceurs neceffaires
pour entretenir un amour auffi
"délicat qu'elle le veut, & elle
n'est pas en cela moins croyable
que luy qui atteste le contraire .
Si cependant on ne l'en croit pas
70 MERCVRE
9
furfa parole , elle fera voir un
Regeu de Damon , qui est une
Réponse à un Billet qu'il avoit
reçen d'elle , où elle l'appelloit
mon pauvre Damon , & par
ledit Billet il fe tient content,
confeffe avoir reçeu une fort
grande Douceur.
De plus, il faut qu'elle le diſe,
quoy que la chose luy foit defavantageuse.
Elle a eſtéjuſqu'à
un Helas dans une Lettre , d
apres cela , Damon ofe attefter
qu'il n'a reçen d'elle aucunes
Douceurs ! Elle demande fatisfaction
de ce qu'il a attefté à
faux, c'est au Fuge à en ufer
felonfa prudence.
GALANT. 71
L'Hipoteque spéciale que·
Damon prétend für le coeur de·
Climene , ne luy fçauroit eftre·
disputé , puis que le Quatrain
l'a dit. Qu'ilfonge feulement
la conferver, car ces fortes d'hypoteques
ont besoin qu'on yprenne
garde defort pres.
que
Cli-
Il a eu encor trop peu dé conftance
pour demander
mene y mesure fa tendreffe . Il
eft de l'intereft mefme de Ďamon
qu'on le faffe attendre quelques
années davantage.
A ces caufes , Climene conclut
à ce que Damon foit évincé
de fa Demande pour le préſent,
72 MERCVRE
fauf à elle à la luy accorder
tors que bon luy ſemblera
; en
attendant lequel temps , il fera
obligé de lafervir comme de coutume.
coû
Il fut aifé à Damon de
répondre à ces Défenſes. ,
Auffi ay- je peine à croire
que Climene prétendiſt qu'-
elles fuffent affez fortes pour
l'empefcher d'y répondre.
Dés le mefme jour il luy
envoya ce qui fuit fon
Huiffier ordinaire.
par
REPLIQUE
GALANT. 73
REPLIQUE DE DAMON
aux Défenfes de Climene .
toutes
Drones les
raisons que
Amon
prend
droit par
Climene
a alléguées
, il prétend
qu'il n'y en a aucune
qui
ne luy donne
, à luy Demandeur,
le gain defa Caufe
. Elle
dit en premier
lieu , que comme
le temps
de payer
la Tendreffe
qu'elle
luy doit n'eftpoint
limité,
pour-veu qu'elle
luy enpaye bien
deuement
l'intereft , on ne
peut la condamner
à luy en rendre
le fond. C'eft fa principale
raifon , & celle auffi qui fait
Avril 1681.
G
74 MERCVRE
plus contre elle. Elle reconnoîtpar
là qu'elle fait auDemandeur unerente
de Tendreffe . Elle a donc
reçeu de luy le fond de cette
Tendreffe. Il faut neceſſairement
qu'elle l'avoueë , & c'eſt
tout ce qu'on luy demande . Si
elle dit que ce n'est pas une
Rente ( ce que pourtant elle ne
peut dire qu'en fe defavoüant
elle-mefme) c'est donc une Debte
qu'il fautpayer toute- à-la fois,
& non par menus payemens
comme elle veut faire .
Sa feconde raifon n'est pas
plus forte. Damon , dit-elle ,
a reconnu que fa TenGALANT.
75
dreffe fubfiftera bien fans le
fecours de la mienne. Je l'avouë,
& par conséquent je ne
dois point luy demanderfa Tendreffe.
Quoy ? Est- ce qu'on ne
peut demander ce qui est dû légitimement
, à moins qu'on ne
puiffe fubfifter fans cela ? Les
Debiteursferont-ils reçeus àdire
à leurs Creanciers , Vous vous
pafferez bien de ce que nous
vous devons , nous ne vous
payerons point ? C'est là le
raifonnement de Climene . Elle
yadjoûte qu'on ne peut luy demander
tout- au-plus qu'un aveu
une reconoiffance de laDebte.
Gij
76 MERCVRE
1
La maniere de s'acquiter eftfort
jolie , & commode. Pour des
aveus & des reconnoiffances, on
vous en donnera tant que vous
voudrez . Cela ne vous ferapoint ,
épargné; mais pour aucun payement,
vous ne devez point vous
y attendre. Sij'avois dit à Climene;
Vrayement, vous eftes
affez aimable , je pourrois
bien vous aimer un jour qui
viendra ; elle me payeroit en
me donnant un aveu qu'elle pour
roit bien m'aimer auffi quelque
jour; maisje luy ay donné de bel
bon amour comptant , & je
prétens eftre payé tout de mefme.
GALANT. 77
En troifiéme lieu , elle me demande
pourquoyje la preffe tant.
Mais ne dit-elle pas elle - mefme
que les hipoteques d'Amourfont
fort difficiles à conferver ? Ainfi
il n'est rien tel que de fe faire
payer promptement. En effet,
celles qui font obligées à cesfortes:
de Debtes , deviennent fort aifement
infoluables faute d'avoir
volonté de payer, s'entend. On
ne voit tous les jours que Belles
qui font banqueroute , & qui
plantent là leurs Creanciers ; &
cela , parce que ces Creanciers
n'ont pas hafte le payement de
Leur Debte , dans le temps qu'il
G üj
.
78 MERCVRE
auroit pú eftrefait. Plus ces Debtes-
la vieilliffent, moins elles
font affurées , & on a toûjours
remarqué que les plus nouvelles.
font celles quife payent le mieux.
Sije n'avois l'oeil à mes affaires,
comme la Debte court toûjours,
Climene fe laifferoit accabler de
vieux du. Et qu'elle ne dife
point que c'eft luy faire une of
de la prefferfi fort de
que
fence que
payer, comme
fi elle eftoit moins
aimable
qu'elle
n'eftoit
lors
je l'aimois
gratis. Qu'elle
fçache
au contraire, que c'est parce
qu'elle
eft plus aimable
que jamais,
que je ne veuxplus l'aimer
gratis.
GALANT. 79
Quatrièmement, ce qu'elle
dit qu'on devroit me condamner
à demeurer longtemps feul dans
le Pais de Tendreffe , eft contre
elle-mefme . F'y ay efté deux ans
feul. Ilfautfaire estimer par
Expertsfi ce n'eft pas là un temps
compétent & raiſonnable .Je dis
des
encorplus. C'estbien tout ce que
peuvent faire la plûpart des
Amans, que d'eftre deux ans,
mefme en compagnie , dans ledit
Pais de Tendreffe.
Cinquièmement, les douceurs
•que Climene dit m'avoir fournies
, marquent affez combien je
fuis mal payé d'elle , puis qu'il
G iiij
80 MERCVRE
eft constant dans le Procés, par
les dates des deux payemens qu’—
elle prétend m'avoir faits, qu'il
y a plus de huit mois entre mon
pauvre Damon , & l'Helas.
Ainfi il est juste que je ne me·
contente plus de ces mefmespayjemens
qui font fi legers en euxmefmes
, &fi éloignez les uns
des autres, & que je demande un
payement total, duquel elle n'a
aucune raifon defe défendre .
Sixiemement, quand elle dit
que deux années de conftance.
font encor troppeu de chofe, pour
y mesurerfå tendreffe , je luy
demande fi ellefefent un figrand
GALANT 8
02
ar fond de tendreffe , qu'elle ne fa
- puiffe mesurer qu'à des vingt an
nées deconftance. Mais.toûjours,
qu'elle me donne de la tendreſſe
Jas pourle prix de mes deux années;
ce quifera encor estimé par Experts.
Elle nepeutfe défendre de
cela, & c'eftàquoy je conclus .
me
j
น
nce
W
པོ །
na
La Belle fut aifément con
vaincue qu'elle avoit affaire
à forte Partie. Auffi ne repliqua
-t-elle rien. SonAmant
& elle envoyerent chacun
feur Sac chez leur Juge. C'êtoient
des Sacs faits de la maniere
que le demandoit la
nature du Procés . Ils eftoient:
82 MERCVRE
d'une Etofe à fond d'argent,
avec beaucoup de Rubans
& de Points de France . Les
deux Parties ne
manquerent
pas de donner des Placets à
leur Juge. Voicy celuy de
la Belle .
PLACET DE CLIMENE.
J
P.
Laife au Juge d'Amour avoir
recommandé
Le droitd'unjeune Coeur, qu'on chicane,
& qu'on prefe
De payer fur le champdes fommes
deTendreffe
Dont ilferoit incommode.
Celuy de l'Amant eftoit
conçeu en ces termes.
GALANT. 83
PLACET DE DAMON.
P. Laifeaufuge d'Amour avoir
Le droit d'un pauvre Amant de conftance
exemplaire,
A qui depuis deux ans on retientfon
falaire,
Sans qu'il l'ait encor demandé.
Toutes les formalitez ayant
efté ainfi obſervées , enfin il
intervint Jugement
.
V
ARREST .
Eu par Nous Licidas,
Licentié és Loix de l'Amour,
Confeiller en fa Cour &
en fes Confeils les plus Privez,
84 MERCVRE
Lieutenant d'iceluy en cette
Partie , Le Procés meu & intenté
pardevant Nous , entre
Damon foy- difant Amant de
Climene, & Climenefoy- difant
aimée de Damon ; L'Exploit du
26. Decembre 1680. par lequel
ledit Damon conclut à ce que
ladite Climene ait pour luy la
valeur de fix Amours , attendu
durant le temps qu'il ne s'eft
attaché qu'à elle, il auroit púfe
faire aimer de fix autres ; Les
Défenfes de Climene ; Les Repliques
de Damon ; Les Lettres
defdits Damon & Climene';
Le tout veu & confideré : Nous,
que
GALANT. 85
par Jugement définitif, e en
1- dernier reffort , avons condamné
condamnons ladite Climene
á payer prefentement comptant
audit Damon la moitié des fix
Amours par luy demandez , laquelle
moitiéfera payée par un
feul Amourqui en vaudra trois,
Les trois autres refervez in petto
de ladite Climene, defquels elle
fera l'intereft au denier de l'Amour;
au payement defquels
Amours & interefts , elle fera
contrainte par toutes voyes deuës
& raisonnables,mefme parfaifie
defon Coeur, duquel nous avons
permis à Damon de fe nantir,
86 MERCVRE
fi fait n'a efté; & fera noftre
prefent Fugement & Ordonnance
executéefuivantfa forme
&teneur, nonobftant oppofitions
quelconques,defquellesfi aucunes
interviennent, nous noussommes
refervé la connoiffance, & icelle
avons interdite atous autresfuges.
Fait & ordonné ce 2.
vier 1681.
Fan-
Climene ne
manqua pas
de fe plaindre
. Elle cria à
l'injuſtice. Elle voulut prendre.
fon Juge à partie , mais
enfin
c'eftoit
un Arreft
donné. Que pouvoit - elle
faire ? Elle
paya.
GALANT. 87
2
-
lors
J'avois déja demandé l'Article
du Sapate de Savoye,
que vous m'avez écrit
que j'oubliois à vous l'envoyer.
Comme la choſe ſe
fait tous les ans au mois de
- Decembre,vous pouvez dire
qu'il eft un peu tard de vous
en parler ; mais , Madame,
pas toûjours à pointnommé
ce quivient de loin,
& on fe fert felon les occaſions,
des
correſpondances
que l'on peut trouver. Ce
dernier Sapate a eu cela de
nouveau, qu'il n'a point efté
caché comme tous les autres
on n'a
88 MERCVRE
ont accoûtumé de l'eftre.
Son AlteffeRoyale l'a donné
à découvert. C'eftoit un Luf
tre , & quatre Plaques d'argent
d'un admirable travail.
Madame Royale en trouva
fa Chambre éclairée , lors
qu'elle revint de laComédie,
avec ces Vers fur fa Table.
Ils font de M' Girardin , dont
je vous ay déja envoyé plu
fieurs Ouvrages , tous à la
gloire de Leurs Alteffes
Royales, qu'il fert avec zele,
& d'une autre maniere qu'en
faifant des Vers.
=
GALANT. 89
S S5225552 S2SSS52.
5. A. R. à M. R.
N'E
E cherchez point icy le fecret
d'un Sapate,
Madame , mon deffeinfans ftratagéme
éclate,
Aucun Art ne le cache, &pour mieux:
le montrer,
Dujour de vingt Flambeaux je le
fais éclairer.
Diſpenſé pour ce coup de la regle
ordinaire,
Fevvous offre un hommage exempt
de tout miftere,
Un Sapatefans voile, & nouveau
dans cepoint,
Quefon fecret unique eft de n'en
avoir point.
Avril 1681.5 H
90 MERCVRE
En n'étalant icy que la verité
pure,
J'ay voulu de mon coeur vous donnerla
peinture.
De ce qu'ilfent pour vous c'est un
jufte Portraits
Il ne fait renfermer ny feinte, ny
fecrets
Il eft toûjours égal à vous montrer
fans ceffe
-Les finceres transports d'une vive.
tendreffe,
Et dans ces fentimens , trop content
de s'ouvrir,
Il met tout fon bonheur à vous les
découvrir.
Obfervez-les, Madame, &foyez
prévenuë
De leur impreffion, & de leur étenduë.
Les droits du Sang Royal, qui me ·
donna lejour,
GALANT. 91
Sontdes devoirsfacrez que connoit
mon amour,
Et de vos nobles foins l'éclatante ,
conftance
Eft l'eternelmotifde ma reconnoif-
Sance.
Maisfans ces nænds du sang,fans
vosfoins empreffez,
Tous les voeux de mon coeur vous
feroient adreffez..
Quandil ne vous devroit ny lejour
qu'il refpire,
Ny dans l'Art de régner la peine de
m'inftruire,
Ny tant d'empressemens tendres &
délicats,
Ny le pénible foin de régir mes
Etats ,
Ny l'éclat immortel d'une grande
Couronne,
L
·Ny l'Empire nouveau que vostre
main me donne,
2
92 MERCVRE
*Ny mon Paï's remply d'heureuſes .
nouveautez,
Qui luy vont attirer mille prospéritez;
Ce coeur dans fon pachant prendroit.
affez d'amorce,
Pour vous aimer toûjours avecla
mefmeforce,
Etfuivant deplein gré des mouvemens
fi doux,
Neferoit micux àfoy, quepour mieux:
fire àvous:
S'il ne vous voyoit point comme une:
Mere aimable,
Ce coeur verroit en Vous une Reyne
adorable.
Il verroit ces attraits touchans &
préticux,
Qui charment tousles coeurs ainfi
que tous les yeux,
Le Commerce étably par M. R.
avec le Portugal.
GALANT. 93
Des Royales Vertus le divin. aſſem
blage,
Les brillans de l'esprit, la grandeur.
du
courage,
Le feu d'un grand Génie à régler
fes projets
L'Amour, l'heureux Amour, quifait
d'heureux Sujets;
Il verroit. ce bel Art , cette rare
Science,
De joindre la Grandeur avec la
Complaifances
De fe communiquer par la douce:
bonté,
Sans bleffer d'un haut Rang l'au
gufte Majefté,
D'eftre aux Infortunezfecourable
& propice
,
Sans affoiblir les Loix d'une exacte
Fuftice;
• Enfin il chériroit en vous tout-à la
fois
94 MERCVRE
Les charmes d'une Reyne , & les dons
des Grands Roys .
Ainfi de tous coftez des nændsinévitables
Ont attaché mon coeur à vos Loix
adorables.
Ainfijugezpour vous quelle estfa
paffion,
Puis qu'iljoint le devoir à l'inclination.
Mais qu'inutilementje le vois en--
treprendre
D'expliquer un amourfifenfible &
fitendre!
Quefert-ilpour lepeindre icy de
s'animer?
Plusonfait le fentir, moins onfçait
l'exprimer.
Examinez- le donc, Madame,pour
y lire
"
Ceferme attachement qui nefepeut
décrire
GALANT. 95
Fous y découvrirez un zele rout
parfait,
Iln'enferme pourVous , nyfeinte,
nyfecret,
Et femblable au Préfent qu'ilfait
icyparoistre,
Ilfe montre d'abord tel qu'il veut
toujours eftre.
Rien icy de caché , rien de mifté
rieux
Ne trompe voftre esprit, & n'abuſe
vos yeux.
Ainfi n'y cherchez point le fecret
d'un Sapate,
Madame, mon deffeinfans artifice
éclate,
Ceffez de fatiguer vos regards fur
ce point,
Le fecret du Sapate eft de n'en avoir
point.
96 MERCVRE
Je vous ay déja fait part
dans une de mes Lettres
Extraordinaires , d'un Cadran
Horisontal , qui marquoit
les dernieres Campagnes
du Roy. Le Systéme
que je vous envoye aujour
d'huy eſt plus étendu . On
y voit toutes les Conqueftes.
de ce Grand Monarque depuis
qu'il eft parvenu à là
Couronne, tous les Combats
tant de terre que de mer,,
avec les années & la date
des mois, & mefme des jours
en quelques endroits ; tous
les Traitez de Paix , & enfin
toutes
GALANT. 97
toutes les Actions de vigueur
qui ont fait connoiftre l'iné.
branlable fermeté du Roy
à foûtenir les droits de la
Couronne.
Les Sçavans n'ignorent
pas ce qu'il y a de curieux
fur le Syftéme univerfel, qui
eft un arrangement & har
monie des Corps celestes, & des
Elémens , qu'on appelle grandes
Parties du Monde . Ce n'eft
pas icy le lieu de rapporter
le nombre prodigieux des
opinions qui ont partagé, &
qui partagent encor la Philofophie
fur ce fujet. On n'a
Avril 1631. I
!
98 MERCVRE
point deffein d'entrer dans
cette difcution , mais feulement
de rendre raiſon pourquoy
on a choiſy un Syftéme
pour marquer les plus
belles Actions du Roy . Le
Soleil eft comme le coeur &
le Roy du Monde ; & felon
la penſée de Pline , il n'eft
pas feulement le maiſtre des
Temps & de la Terre, mais
auffi de tous les Aftres , &
mefme des Cieux . Il s'appelle
en Hébreu Semes, que
l'on interprete Miniftre de
Dieu, & de la Nature . Tous
les Doctes fçavent qu'il y a
GALANT. 99
C
mille beaux Eloges chez les
Autheurs facrez & profanes,
à la gloire du Soleil. Comme
cet Aftre eft le Hiérogliphe
de Louis LEGRAND,
& que ce n'eft pas flater ce
Prince, que de luy attribuer
les fonctions du Soleil , on
a crû qu'on pouvoit donner
un Abregé de ſes glorieux
Exploits , & de fa conduite
toute admirable, par un Syf
téme affez conforme pour
la difpofition au fentiment
des meilleurs Aftronomes.
On a marqué dans le premier
Ciel quelques Actions
I 'îj
100 MERCVRE
de pieté qui feront mériter
au Roy une des premieres
places dans cette Demeure
des Bienheureux. Le fecond
Ciel, qui eft le premier mobile,
n'a pas befoin de refléxion
particuliere. Il n'y a
guére de Philofophes qui ne
reconnoiffent le Criftalin
dont il eft parlé dans la Genefe.
Comme fes eaux font
de nature celefte , on a crû
que ce troifiéme Ciel repré-
.
.
fenteroit affez bien les Actions
qui fe font paffées fur
les Rivieres. Le Firmament,
qui eft le quatriéme Ciel,
GALANT: IO
S
contient unAbregé des principales
Conqueftes du Roy;
& comme il auroit efté im
poffible d'obferver fidellement
la date des Prifes de
Villes, à caufe de la diverfité
2 qu'on trouve chez tous les
Hiftoriens , & dans les Mémoires,
on s'eft contenté de
mettre aupres de chaque
Signe quelques Places qui
ont efté prifes dans le mois,
pour faire voir feulement
qu'il n'y a point eu de faifon
capable d'arrefter la courſe
glorieufe de Sa Majeſté. On
a féparé les autres Conquef
I iij
102 MERCVRE
tes fans aucun ordre que ce
luy de la Cronologie, & l'on
a mis feulement à la fin de
chaque Article les Royau
mes ou Puiſſances qui ont
perdu, par ces mots, Espagne,
Hollande , & c. Le Ciel de
Saturne eftant affez clairement
expliqué dans la Figure
, je n'en diray rien icy.
On a mis dans le Ciel de
Jupiter les Victoires que le
Roy a remportées fur Luymefme.
Elles font fi héroïques
, qu'elles effacent les
Actions qui ont procuré
Encens aux Dieux de l'AnGALANT.
103
tiquité , & principalement à
Jupiter le Maiftre de tous;
e ce qui a donné occafion aux
paroles Latines gravées hors
le Sylfenie , & qui ont efté
traduites par les deux Quatrains
que
Quoy
que
le Soleil
agiffe
fur toutes
les Parties
du Monl'on
y peut lire.
de, il ne laiffe pas d'avoir fon
Ciel particulier , qui n'eft
commun à aucun des Aftres:
On laiffe aux beaux Efprits
à réchérir reſpectueusement
fur la penfée qu'on a euë de
cette conduite ſpéciale de la
Providence, qui a voulu ac
I iiij
104 MERCVRE
corder à noftre augufte Mo.
narque ce qu'on ne trouve
dans aucun des autres , qui
eft l'hommage que luy ont
rendu trois Roysd'orient
Les autres Cieux ne de
mandent point d'explica
tion . On a mis les princi
pales Victoires de mer dans
l'efpace que devroit occuper
l'Air. Comme les eaux font
répandues autour de la Terre
, on a crû que ces Ac-.
tions pouvoient trouver place
dans ce lieu .
Ce vous doit eftre un fort
grand plaifir, Madame, de
´GALANT. 105;
y
pouvoir tout d'une veuë remarquer
dans une feule
feuille de papier tout ce qui
s'eft fait de confidérable
fous le Régne du plus grand
de tous les Roys, c'eft à dire
pendant pres de quarante
années, dont le cours a efté
fignalé par un nombre ina
finy d'Actions tres-mémo
rables , qu'il vous feroit impoffible
de trouver ailleurs,
fans feuilleter pendant plufieurs
mois un grand nom
bre de Volumes.
Si tant de merveilles font-
Regarder le Régne du Roy
106 MERCVRE
S
comme celuy des prodiges,
elles ont fait acquerir de
grands avantages aux plus
Illuftres de ceux qui ont eu
la gloire d'y contribuer.
Vous fçavez avec quel zele
M' le Comte d'Eftrées fert
depuis longtemps , en qua
lité de Vice Admiral de
France. Vous vous fouvenez
de ce grand Combat Naval
où il eftoit joint avec les Anglois
, contre la Flote Hol
landoife ; des longs Voyages
qu'il a faits en Mer ; de la
priſe de de l'Ifle de Cayenne
où il a rétably les François;
GALANT. 107
S
qui avoient efté contraints
de l'abandonner ; du Combat
Naval, & de la Défaite
des Hollandois dans l'Ifle de
Tabago ; de la priſe de cette
Ifle, & du Fort, dont l'année
fuivante il fe rendit maiſtre,
& enfin de plufieurs autres
actions d'éclat, qui font con
nuës de tout le Royaume.
Des fervices fi utiles à la
France , & fi glorieuſes pour
ce Comte , ont dés l'abord .
efté regardées du Roy dans ,
tout leur mérite. Ce grand
Prince voulant commencer
à les reconnoiftre, avoit déja
108 MERCVRE
augmenté les Penſions , donnéle
Commandement
d'un
Vaiffeau à M le Marquis
d'Eftrées fon Fils , & grati
fié un autre Fils de l'Abbaye
de Noftre-Dame lez-Nan
tes ; mais ce n'eftoit point
affez pour un Monarque qui
n'aime rien tant qu'à ré
pandre fes bienfaits . M' le
Comte d'Eftrées , qui dans
fon dernier Voyage avoit
mouillé jufqu'à Cartagene
,
l'eftant venu faluer à fon re
tour, Sa Majesté fut fi fatisfaite
de fa conduite & de fa
fidelité, qu'Elle l'honora du
GALANT. 109
Bafton de Maréchal le Mardy
25. de l'autre Mois . Il
is avoit cu l'avantage dés fes
premieres années de com
mander les Armées du Roy,
en qualité de Lieutenant General
, ainfi que M' le Marquis
de Coeuvres , Fils aîné
de M' le Duc d'Eftrées , a
fait en celle de Meftre de
Camp d'un Regiment de
Cavalerie . Ce Duc, aujour
d'huy Ambaffadeur Extraor
dinaire à Rome , eft aîné du
nouveau Maréchal dont je
vous parle , auflibien que Με
le Cardinal d'Eftrées , & tous
1
*
110 MERCVRE
trois font Fils de feu Meffire
François- Annibal d'Eftrées,
Duc , Maréchal , & Gouver
neur de l'Ile de France,
qui, juſqu'à l'âge de plus de
quatre- vingts dix- huit ans , a
donné des marques de la
force de fon efprit , dans les
Emplois de la plus grande
importance. Voicy dans
quels termes on prend le
Serment de M's les Maréchaux,
felon l'ancienne Inſti .
tution .
'GALANT. III
FORME DU SERMENT
DEM" LES MARECHAUX
de France.
Ous jarez à Dieu voftre
Createur, fur la foy&
toy que tenez de luy, &fur
voftre honneur, que bien &
loyaument vous fervirez le Roy
cy-prefent , en l'Office de Maréchal
de France , duquel ledit
Seigneur Roy vous a ce jourd'huypourveu
, envers tous &
contre tous qui pourront vivre
mourir ,fans perfonne quelconque
en excepter, &fans auffe
112 MERCVRE
3
avoiraucune intelligence nyparticularité
avec quelque Perfonne
que ce foit, au préjudice de Luy
&defon Royaume ; & quefi
vous entendez chofe qui luyfoir
préjudiciable, vous le luy revéterez;
Que vous ferez vivre
en bon ordre , justice & police,
les Gens de guerre , tant de fes
Ordonnances qu'autres , quifont
pourroient eftre cy- apres àfa
folde & fervice ; Que vous les
garderez de fouler le Peuple e
Sujets dudit Seigneur , & leur
ferez entierementgarder & ob
ferver les Ordonnances faitesfur
Tefdits Gens de guerre's Que des
GALANT. 113
• Délinquans vous ferez faire la
punition , justice , & correction
relle, qu'elle puiffe eftre exemple
à tous autres; Que vous pour .
voirez, ou ferezpourvoir , &
donner ordre à laforme de vivre
defdits Gens de guerre ; Que.
vous irez, & vous transporterez
par toutes les Provinces de ce
Royaume ,pour voir entendre
comme iceux Gens de guerre vi-
Gront ; & garderez & défen
drez de tout vostre pouvoir, qu'il
nefoit fait aucune oppreſſion ny
molefte au Peuple ; Et jurez au
demeurant
, que de vostre part
vous garderez & entretiendrez
Avril 1681. K
114 MERCVRE
lefdites Ordonnances en tout ce
qu'il vous fera poffible , & ac-.
complirez entierement tout ce
qu'il vous fera ordonné ſelon
icelles , & de faire en tout
par tout ce qui touche & concerne
ledit Office de Maréchal
de France ; tout ce qu'un bon )
notable Perfonnage, qui eftpourveu
comme vous en Etat préfentement
, doit est tenu de
faire en tout par tout ce qui
concerne ledit Etat. En figne
de ce , & pour mieux executer
ce quedeffus, ledit SeigneurRoy
vous fait mettre en la main le
Bafton de Maréchal, ainfi qu'il
GALANT. 115
a accoûtumé faire à vos Prédeceffeurs.
La Charge de Maréchal
fut établie du temps de Phi
lipe I. Guy & Anfelme fi
gnerent un Acte pour l'Eglife
de Saint Martin des
Champs à Paris l'an 1067. en
qualité de Maréchaux . C'eſt
'opinion de du Tillet. Cette
Dignité a efté élevée entre
les Militaires , avant celle de
Conneftable, quoy qu'origi
nairement les Maréchaux
ne fuffent en l'Ecurie , que .
les premiers Ecuyers fous les
Kij
116 MERCVRE
tige
Connestables. Alberic- Clement
, S ' du Mez en Gafti
nois , l'un des Maréchaux de
l'Ecurie du Roy , eut l'avande
devenir le Lieute
nant du Senéchal de France;
& depuis fes Succeffeurs , au
defaut de ce grand Officier,
le trouvant comme Lieute
nans de la Senéchauffée vacante
, porterent bien haut
leur Charge de Maréchal
dans les Armes , avant que
le Conneftable , qui avoit
efté leur Chef, le puft devenir
encor dans la Guerre,
en s'attribuant l'autorité MiGALANT.
117
litaire du Senéchal . Cet Alberic
eftoit Fils de Robert
Clement , S' du Mez , Mi
niftre d'Etat , & Gouverneur
du Roy Philipes Augufte . Il
accompagna ce Prince dans
fon Voyage de la Terre-
Sainte , & y fignala ſon cou
fage au Siege d'Acre , où il
fut tué à un Affaut l'an 1191 .
ainfi que raportent Guil
laume le Breton , & Rigord.
Henry- Clement fon Frere,
Seigneur d'Argentan & de
Mez, dit le Petit-Maréchal,
luy ayant fuccedé dans cette
Charge, le Roy la continua
118 MERCVRE
àfon Fils Jean qui estoit fort
jeune lors du dcceds de fon
Pere , qui arriva en 1214. &
afin que la poſtérité en confervait
la mémoire , fes Def
cendans garderét le nom de
Maréchal. Au commencemétil
n'y en eut qu'un, & en
fuite deux , mais la neceffité
des affaires obligea François
I. d'en faire quatre , lequel
nombre demeura fixé pendant
le Régne de Henry II.
on Fils. François II. ayant
contraint Anne de Montmorency
Conneſtable de
France, de réfigner fon OffiGALANT.
119
ce de Grand - Maiſtre , pour
en pourvoir François de Lorraine
Duc de Guiſe , en
érigea un de Maréchal de
France , en faveur de Fran-
3 çois de Montmorency
Fils ,
aîné d'Anne. Charles IX.
en créa deux nouveaux ; Henry
III . deux autres à ſon retour
de Pologne , & depuis
ce temps le nobre des braves
François a tellement augmenté,
& leurs actions ont
eſté ſi ſurprenantes, que nos
Roys n'en ont pú laiffer plufieurs
fans cette marque ,
d'honneur. Les Maréchaux
5.
120 MERCVRE
font comme Collatéraux du
Conneftable. Leur pouvoir*
eft prefque femblable au
fren , & le Siege de leur Juf- .
tice n'eft qu'un à la Table de
Marbre de Paris . Ils font
Generaux nez des Armées .
du Roy en France ; portent
pour marque de leur dignité
deux Baftons d'azur femez :
de Fleurs de Lys d'or , paffez
en fautoir derriere l'Ecu de
leurs Armes ; ont commandement
fur les Gens de
guerre ; font Arbitres des
querelles qui furviennent
entre les Gentilshommes du
Royaume,
GALANT. 121
OF
21
{
B
Royaume , & ont le pou
voir de punir les Trailtres,
les Délerteurs d'Armée
& autres femblables Mal
faicteurs. Ils ont fous eux
des Lieutenans qu'ils appel
lent Prevoft des Maréchaux,
& qui ont jurifdiction fur les
Vagabonds , Gens non domiciliez
, & Soldats qui fans
congé le font retirez du fervice
.
Dans les lieux où le mot
´de Conneſtable n'eſt point
en uſage , on fe fert de celuy
de Maréchal , pour dire,
Conducteur & Chef d'Ar-
Avril 1681. L
122 MERCVRE
mée . Le Duc de Saxe eft
Grand - Maréchal de l'Empire
; & les Ducs de Lorraine
, Comtes de Flandre &
Champagne , avoient auſſi
leurs Maréchaux . Les Alle
mans, & nos anciens Gau
lois , employoient le mot de
Markpour défigner un Che
val ; & Scal , fignifioit dans
les mefmes Langues Maître,
ou Homme.
29 .
La mort de Madame de
Séguiran arrivée le de
Mars , a fait tant de bruit
dans la Provence, qu'il aura
peut-eftre efté jusqu'à vous,
GALANT. 123
Son mérite la faifoit eftimer
de tout le monde. Elle fut
confiderée pendant ſa vie
comme un Modele parfait
de vertu , & fa charité envers
les Pauvres eftoit fi grande,,
qu'ils la regardoient comme
leurMere, & faMaiſon cóme
leur azile. Elle eftoir de la
noble & ancienne Famille
d'Audiffret
, originaire de
Piémont. En 1450. Marcellin
I. fut fait Vicaire General
du Comté de Barcellonne
, Titre que portoient autrefois
les Gouverneurs des
Provinces ; & le Pape Ni-
Li
124 MERCVRE
1
colas V. luy donna un fameux
Indult en confidération
du fervice qu'il rendit
à l'Eglife , en luy donnant
une fomme d'argent fort
confidérable pour le foulagement
des Chreftiens qui
combatoient en l'Ile de
Chypre contre les Infidelles .
En 1519. Jeanne Reyne d'Ef
pagne, Mère de l'Empereur
Charles quint, dóna à Pierre
d'Audiffret le Gouverne
ment de l'Eveſché , Ville &
Chafteau
de Lérida , pour
avoirfervy avec grand fuccés
pendant quarante ans , tant
GALANT. 125
dans les Charges de Colonel
a & Mestre de Camp, que dans
#plufieurs Commiffions &
Gouvernemens. Une Bran-
I che de cette illuftre Maiſon,
chaffée de ſes Terres par le
Marquis d'Uxelles , qui emeployoit
toutes les rigueurs
poffibles contre les Sujets
du Duc de Savoye , vint s'établir
en Provence , où elle
s'eft alliée aux Familles les
plus cófidérables de la Robe
& de l'Epée. Des Filles de
Caftelane , de Félix , de Foreſta
, & d'Arena , ont confondu
leur nom dans celuy
e
Liij
126 MERCVRE
d'Audiffret. La derniere qui
a épousé Noble Louis d'Audiffret
, connu de tous les
Sçavans de l'Europe par la
délicateffe de fon efprit , &
par la profondeur de fon
érudition, a l'honneur d'eftre
alliée de fort prés au Grand-
Maître de Malte d'aujourd'huy.
Je ne vous dis rien
de la Maifon de Séguiran ,
vous en ayant fait un fort
long Article , quand je
vous appris la mort du Premier
Préſident de la Chambre
des Comptes , de ce
nom .
GALANT. 127
น .
J.
1
Dans ce mefme temps
nous avons perdu un Hom-
3 me, qui par les merveilles de
fa Guitarre , a remply toute
l'Europe de fa réputation.
C'eſt le St Francifque Corbet.
Son mérite qui eftoit
tres-fingulier , m'oblige à
m'étendre un peu fur fon
hiftoire. Il est né à Pavie; &
dans toute l'Italie, quand on
veut loüer une Piece de Guitarre
par fonAucheur, on dit
feulement E'del Pavefe. Dés
ſa jeuneffe il aima fi fort cet
Inftrument , que fes Parens
qui le deftinoient à autre
L. iiij.
128 MERCVRE
chofe , employerent vainement
les carreffes & les me.
naces pour
cette étude . Il l'a continuée
depuis
avec un fi grand fuccés,
qu'il furprit
d'abord
tous
les Muficiens
d'Italie
. En
fuite il alla en Eſpagne
, où il
fit entendre
à la Cour , des
chofes
que l'on avoit crû auparavant
impoffibles
fur la
Guitarre
. De là il paffa chez
le détacher de
l'Empereur, & par toutes les
Cours d'Allemagne , où il
fut chéry des plus grands
Princes. Apres eftre retourné
en Italie , pour foûtenir
GALANT. 129
fa gloire que des Envieux
vouloient obfcurcir, en s'attribuant
injuſtement ſes Ouvrages
, il ſe donna au Duc
de Mantoüe , qui fut bien
aiſe d'avoir un tel Homme
à préfenter à Sa Majefté.
Noftre Grand Monarque
l'honora de fon eftime, & de .
fes libéralitez
, & l'employa
dans les plus pompeux Spé-
&tacles ; mais fon naturel ne
permettant pas qu'il fuft ,
longtemps dans un mefme,
lieu , il vouluft aller en An-,
gleterre, oùSa Majefté Britanique
, qui voulut bien ſe
130 MERCVRE
meller de fon Mariage , luy
donna le titre de Gentilhomme
de la Reyne , une
Clef de fa Chambre , fon
Portrait enrichy de Diamans
, & une Penfion confidérable.
Le regret d'avoir
quitté la France luy eſtant
venu trop tard , il fit deux ou
trois voyages à Paris , dans
lefquels il eut foin de faire
imprimer quelques Livres
de fa Compofition
, comme
il avoit déja fait en Flandre,
en Italie , & ailleurs. Il eſt
enfin revenu en France,,
marquer par fa mort la douGALANT.
131
e
leur qu'il avoit de ne luy
avoir pas donné toute favie.
Les Perfonnes du premier
rang luy ont toûjours confervé
la mefme eftime , & fur
tout il a reçeu dans fes derniers
jours plufieurs marques
fenfibles des bontez de
Son Alteffe Royale Madame.
M' Médard qui a pris.
de fes Leçons, & qui eft Autheur
du Concert de la Paix,
dont je vous ay parlé dans
quelqu'une de mes Lettres ,
ne s'eft pas contenté de
compofer une Piece fur fa
Guitarre , qui exprime less
132 MERCVRE
plaintes de cet Inftrument
fur la mort de fon Maiftre . Il
a voulu encor faire voir par .
l'Epitaphe qui fuit, combien ‹
fa mémoire luy eftoit chere.
EPITAPHE
DE FRANCISQUE CORBET.
Cri
Y gift l'Amphion de nos
jours,
Francifque , cet Homme fi rare,
Quifit parler àfa Guitarre
Le vray langage des Amours.
Sa
Ilgagnaparfon harmonie
Les cours des Princes & des
Roys,
Etplufieurs ont crû qu'un Génie
Prenoit lefoin de coduirefes doigts.)
GALANT. 133
2S
Paffant, fi tu n'as pas entendu ces
merveilles,
Apprens qu'il ne devoitjamaisfinir
fon Sort,
Et qu'ilauroit charmé la Mort;
Mais, helas ! par malheur, elle n'a
point d'oreilles.
Pendant que Monfei
gneur le Dauphin faifoit
préparer le magnifique Balet
du Triomphe de l'Amour
, qui a fervy de divertiffement
à Leurs Majeftez
tout le Carnaval , la Cour de
Hanover qui imite fi galamment
toutes les manieres de
celle de France , ſe diſpoſoit
1
134 MERCVRE
par Ma
à faire paroiftre une Maſcarade
miſe en Balet , preſque
fous le mefme titre . Ce Balet,
appellé le Charme de l'Amour,
a efté dancé
dame la Princeffe de Hano
ver , Fille aînée du Duc qui
porte aujourd'huy ce nom,
à qui elle a voulu témoigner,
en luy donnant ce Spéctacle
, la joye qu'elle avoit de
fon retour d'Italie . On avoit
feint, pour Sujet de la Mafcarade,
que l'Amour, ayant
promis à Junon qu'il trouveroit
un Lieu de plaifir en
Terre , affez charmant &
GALANT. 135
affez délicieux pour y retenir
Jupiter continuellement aupres
d'elle , avoit choify celuy
d'Eurybate aux Frontieres
de Lydie. Le refte s'expliquera
par les Entrées. Je vay
vous les marquer toutes , &
ajoûteray felon l'ordre de
ces Entrées , les Vers qui
conviennent à chacun de
ceux qui en ont eſté . Madame
la Princeffe de Hano.
ver parut avec grand éclat
en Reyne des Amazones .
Meffieurs les Princes fes
Freres y repréſentoient l'Aun
Plaifir Cham- mour
136 MERCVRE
peftre , & deux Princes de
Mycene. Parmy les Vers qui
furent diftribuez à l'Affemblée
avec le Sujet de la Mafcarade
, on y trouva ceux- cy
pour Monfieur
le Duc de
Hanover.
Noque
réjouiffance
Ousprétendions donner quel-
Au Grand Héros qui regne en cet
beurenxfejour,
Et c'eft luy qui parsaprésence
Fait renaître lajoye, & la donne à
Ja Cour.
Pour en combler nos coeurs , c'eft affez
qu'on le voye,
Son feul afpect nous peut tous réjouir.
Cepedant noftre ardeur s'employe
GALANT. 137
2
Aluy chercher un bien dont il nous
fait jouir.
22
Bien qu'ilfaffe beau voir noftre aimable
Amazone
,
Etfa Mere icy-bas digne de plus
d'un Trône,
Pres d'un Prince fi cher triompher
aujourd'buy,
Un amas de Vertus & de Beautez
en elles,
En nous lesfaifant voirfi belles ,
N'empefche point nos yeux d'eftre
charmezde Luy.
SS
Où pourroit- onjamais trouver rien
qui reffemble
Aux biens qu'enfafaveur lediel a
mis enfemble?
Ilprend le foin de le rendre icy - bas
Le plus heureux Prince du monde,
Avril 1681. M
138 MERCVRE
En luy donnant de grands Etats:
Pour y régner dans une Paix profonde;
Aimé de fes Sujets, utile àfes Voifins,
Et respecté du reste de la Terre,
En état, quand il veut, d'aller porter
la Guerre,
Hors de tousfes Païs , & loin de leurs
Confins.
S2
Mais quand le Ciel le rend aux autres
redoutable,
Il le rend pour les Siens un Potentat.
aimable,
Qui regne plus parfa bonté
Qui ne fait par le droit defon auturité.
Mefme aux Sujets qui font plus loin
de fa Perfonne,
De rendre lajustice ilfçait venir
àbout.
GALANT. 139 ›
Sil eft icy présent, il l'eſt encor par
tout,
Parlesfages ordres qu'ildonne.
25
Le falut de fon Peuple eſt aſſuréfur
Luy',
Au repos de l'Empire il cft unferme .
appuys
Etfi jettant les yeux furfa haute
conduite,
On confiderefon mérite ,
Savaleur, fa fageffe, &fes autres
vertus,
Il est à l'Univers quelque chofe de
plus,
Puis qu'il eft icy-bas , à qui bien le
contemple,
D'un parfait Souverain le modele &
L'exemple,
Et que fon grand courage, &fa rare
équité,
Mij
140 MERCVRE
Doivent charmerfon Siecle & la
Pofterité,
Pendant que de ces donsfa Perfonne
pourveuë
Nous comble tous les jours du bonbeur
defa veuë,
Et que Luy- mcfme il fait ce Charme
defa Cour,
Qui n'est pas moins puiffant que
celuy de l'Amour.
S2
Que ne devons -nouspoint aux botez
d'un tel Maiftre,
Alors qu'ilfe redonne à nos juftes
defirs,
Et qu'apres les avoirfait naître,
Ilvientparfon retour les changer en
plaifirs?
Cherchons à noftre tour tout ce qui
peutluy plaire
Dans les heures defon repos.
GALANT. 141
Des divertiffemens d'un fi digne
Héros
Faifons noftreplus grande affaires
Et tandis que la Terre & le Cielfont
d'accord
Aformer le glorieux Sort
Qui doit éterniferfon nom &fa
mémoire,
Que le zele nous preffe, & nous
occupe tous
A rendre les momens defon loifir
plus doux,
Et le laiffons agirpour nous &pour
Sa gloire,
Nul nesçaitmieux que luy ménager
ces deux Points,
Dont ilfaitfes deuxplus grands
Soins.
Sinous n'arrivons pas à l'effet deforable
142 MERCVRE
Que nous noussommespropofez,.
Nous montrerons dumoins, par un
effort loitable,
Qu'à tenter tout pour Luy nous
femmes difpofez.
Ne doutons point qu'il n'ait la com--
plaisance
De recevoir noftre hommage au
jourd'huy,
Et d'honorer defaprésence:
Un Divertiſſement que l'Amourfait
pourLuy.
Ilfait bien qu'elle estnécessaire
l'accompliffement du bonheur
de ces Lieux,
Pour
Et que c'eft Luyfeul qui doitfaire
Le Charme de nos coeurs, & celuy
de nos yeux.
Ce Sonnetfuivoit pour
Ma
dame la Ducheffe de HaGALANT.
143
nover. Elle eft Tante de
Madame , & Fille de Frideric
V. Electeur Palatin ,,
qui fut fait Roy de Boheme
en 1628..
Vous
Ous avez bonne part au
Charme de l'Amour,
Sa beauté de la voftre est la parfaite
Image;
Sipar Luy l'Eurybate eft un heureux
Sejour,
Tout ce qu'il a de grand eft voftre
digne Ouvrage..
25
Princes, Dieux, Amazone, en vou
rendant hommage,
Reconnoiffent affez qu'ils vous doin
vent le jour.
144 MERCVRE
Chacun d'eux à l'envy croit vous I
faire fa Cour,
Sils' empreffe à qui mieuxfera fon
Ferfonnage.
S2
a Ces Héros, b cet Amour, ce Plaifir
innocent,
Le raviffant éclat de ce Charme puif
Sant
}
Arrefteront lesyeux de noftre Grand
Augufte.
Se
Pour s'expliquer alors en Pere &
comme Epoux,
Luy-mefme il vous dira d'un aven
libre & jufte,
Que fes plus chers plaifirs font tou
jours avecvous.
Les quatre Princes . b Madame
la Princefle.
L
GALANT. 145
I. ENTREE .
L'ouverture
du Theatre faifoit
découvrir
le Lieu champêtre
d'Eurybate
. Onvoyoit
Mercure defcendre
du Ciel,
& un Concert de doux Inf
trumens
accompagnoit
fa
deſcente
. Il venoit de la part
de Jupiter & de Junon , obferver
ce qui fe paſſoit à Eurybate
, & avertir tous ceux
de cette Contrée
, que ces
deux Divinitez
avoient def
fein d'honorer
de leurs préfences
ce Lieu de
repos
&
de delices. Apres qu'il eut
Avril 1681. N
!!
146 MERCVRE
debité le Sujet de la Maſcarade,
qu'il jetta en pluſieurs
endroits du Parterre, il dança
feul au fon des Violons, & fe
retira en fuite dans un coin,
comme voulant remarquer
ce qui fe faifoit.
Pour M' Rekau, Gentilhomme
du Païs , repréfentant MERCURE.
Je nefais qu'aller & venir,
Sçavoir ce qui fe paffe eft ma plus
grande affaires
Maisjeferois troplongà vous en
tretenir.
Cet Ecrit vous dira tout ceque l'on
vafaire.
GALANT. 147
ㄢˊ
II. ENTREE.
Des Trompetes, des Timbales
, & des Tambours,
ayant commencé à fe faire
entendre confufément , le
Dieu Mars parut au fond du
Theatre defcendant du Ciel
au bruit de tous ces Inftru,
mens militaires , qui cefferent
auffitoft qu'ilfut à terre,
& donnerent lieu aux Violons
de jouer un Air inquiet
qu'il dança. Il venoit dans
ce Lieu tâcher de troubler
l'Ala
paix & le repos que
mour & Bacchus
y établiſ
Nij
148 MERCVRE
foient en faveur des Habitans
de cette Contrée , mais
il y demeura luy - mefme
comme enchanté par la force
du Charme que l'Amour
y avoit déja répandu. Ce
Charme avoit la vertu de
retenir tous ceux des Dieux
& des Hommes qui mettoient
le pied fur cette Terre
enchantée. Ainfi Mars ne
fongea plus qu'à y faire bonne
chere, qu'à y tenir table,
& fe divertir à laDance , mais
toûjours avec des marques
d'inquiétude pour la Guerre.
GALANT. 149.
PourM de la Chevalerie, Grand
Echanſon, tenant la Table du
Grand Maréchal de la Cour,
repréfentant MARS..
CeDieu n'eft pas le Mars quifait
mourir,
Chacunpeut hardiment leſuivre.
Que nul de vous ne craigne de
périr,
Car il eft le Mars qui fait vivre.
Tel Officier ne manquepas
De trouver àlever du monde,,
Parce qu'il fait tous fes Soldats
Chevaliers de la Table - Ronde.
III. ENTREE.
L'Amour, fuivy de trois.
Plaiſirs champêtres , vint
1
Niij
150 MERCVRE
pour préfider aux Feſtes &
aux Divertiffemens
des Habitans
d'Eurybate
. Il dança ,
& alla en fuite prendre
fa
place fur un Trône qui luy
eftoit préparé au fond du
Theatre
.
Pour Monfieur le Prince Chrif
tian , repréſentant l'AMOUR .
Avec les doux attraits de la belle
Hippolite,
Fay dans ces Lieux pouvoir de
tout charmer.
Sa grace ,fa bonté , fa vertu , ſon
mérite,
Forcent tout le monde à l'aimer.
La Beauté rend tout aimable
~AuxMortels,& mefme auxDieux.
GALANT. 151
1
C'est un Charme inévitable
Pour ceux à qui le Ciel donne un
coeur & des yeux.
IV. ENTRE'E.
1
Les trois Plaifirs champêtres
dancerent en préſence.
de l'Amour.
Pour Monfieur le Prince Erneft-
Augufte repréſentant le
PLAISIR de la Chaffe.
›
Vous nefaites que de naître,
Plaifirpetit & charmant,
Et déja vous caufez ungrand con--
tentement
A ceux qui vous ont donné l'eftre.
Vousferez à votre tour
Ce Dieu quifait que l'on aime,
N
iiij
A 152 MERCVRE
Er de Plaifir de l'Amour,
Vous deviendrez l' Amour meſme.
Pour le jeune Baron de Platen,
& le . jeune Offen , repréſen
tans LE PLAISIR de la Dance,.
& LE PLAISIR de la bonne
Chere.
De ccs Plaifirs innocens ·
Les charmesfont plus paisibles...
Il en eft de plusfenfibles,.
Mais ceux- cyfont toujours beaucoup
plus engageans..
V. ENTRE'E.
Un Char de Triomphe
defcendit du Ciel au fon des
Theorbes, Claveffins, Baffes.
de Violes , Luths , Flûtes
GALANT. 153 .
douces , & autres . Inftru..
mens , & demeura fufpendu
en l'air. Sur ce Char eftoient
la Renommée, la Gloire, &
laVictoire. La Gloire portoit :
le Sceptre d'Hippolite Reyne
des Amazones ; la Victoire,
fon Epée ; & la Renommée
placée au milieu de ces
deux Deitez, tenoit fa Trompete
en main , & ſe prépa-.
roit à publier en tous lieux
les exploits , & les grandes
qualitez de la jeune & belle
Reyne, qui entra par le cofté
droit, & fortit du coin le plus :
proche du fond du Theatre,
154 MERCVRE
Elle eftoit fuivie des Princes :
Euriale & Hylas, Fils du Roy
Euriftée , & Parens d'Hercule
, qu'elle avoit fait fes
Captifs dans la fameuſe Expédition
qu'elle venoit d'achever
contre les Mycéniens.
Huit. Hérauts d'Ar
mes , vétus à la Grecque, la
précedoient , publiant au fon
des Hautbois & autres In
ftrumens , la venue de cette
triomphanteAmazone
: Tandis
qu'ils fe rangeoient des
deux coftez du Theatre , la
Renommée chanta ces Paroles.
GALANT. 155
Je n'ay pas affez de cent voix
Pour dire tout ce queje vois
De cettejeune & charmante. Mer-
Je
veille;
Et quandje rediray cent fois
Qu'elle eft unique &Sanspareille,.
n'aypas affez de cent voix...
Pour dire tout ce queje vois
De cettejeune & charmante Merveille.
LA VICTOIRE.
Sa valeurpeut toutgagner,
Rien ne refifte àfes armes.
LA GLOIRE.
Tout doithommage àfes charmes,
Elle eftfaitepour régner..
Apres que la Renommée,
la Victoire, & la Gloire, eurent
chanté, la Reyne Hip156
MERCVRE
polite dança au fon des Vio
lons , & s'approcha enfuite
des Princes qu'elle affranchit
de leurs chaînes. Ils luy
firent une profonde revé
rence pour remercîment de
leur liberté . Cependant Hippolite
précedée de ſes He--
rauts, fe retira, & entra chez
Aloiane , principale Bergere:
d'Eurybate . Le Char de
Triomphe fe perdit dans les
nuës en meſme temps , &
l'Amour demeura fur fon:
Trône , environné des Plaifirs
champêtres,
GALANT. 157
Pour Madame la Princeffe de
Hanover , repréſentant La
REYNE DES AMAZONES.
Elle eft le Charme de l'Amour.
L'éclat de fa beauté luy donne
doux empire
un
Qui retient les coeurs qu'elle attire
Dans cet agreable fejour.
Avec lafierté d'Amazone,
Elle a d'un tendre coeur les charmātes
bontez,
Et nousfait voir cent nobles qualitez
Qui la rendent digne du Trône.
Heureux celuy des Porentats
Qui doit donner àfes Etats
La meilleure des Souveraines,
Lors que le Ciel luy donnera
Une Princeffe quifera
Flus belle que toutes les Reynes,
158 MERCVRE
VI. ENTRE'E.
Les deux Princes de Mycene
dancerent enſemble, &
fe réjoüirent de leur liberté,
qu'ils croyoient avoir entiere
, quand le Charme de
l'Amour les retenoit ainfi
que les autres dans ce Païs
enchanté.
Pour Monfieur le Prince Maximilien,
repréſentant EURYALE
Prince Captif d'Hippolite.
Quoyque d'unejeune Guerriere
Ce Princefoit le Captifaujourd'huy,
Il n'eftpoint de Beauté fifiere
Qui ne vouluftfe rendre à luy.
GALANT. 159
Pour Mofieur le Prince Charles,
repréfentant HYLAS , autre
Prince Captif d'Hippolite.
Ilfautpour unefois céder aux traits
vainqueurs
D'un Sexe fier dont je porte les
chaînes;
- Mais de ce Sexe unjourjevaincray
tant de coeurs,
3
Qu'ilspayeront toutes mespeines.
VII. ENTREE.
Alciane , principale Bergere
d'Eurybate, accompa
gnée de Ménalque & de
Lyfis , les deux plus confidérables
Bergers de la Contrée
, entra au fon des Mu160
MERCVRE
fetes & des Flûtes douces .
Elle fe réjouit avec eux de
l'honneur que leur Demeure
champêtre recevoit de l'arrivée
de la Reyne des Amazones
, & diſpoſa toutes les
chofes neceffaires à la Fefte
que les Bergers devoient
faire pour divertir cette
grande Reyne , qui vouloit
honorer de fa préſence leurs
Dances, leurs Jeux , & leurs
Luites. Alciane & ces deux
Bergers allerent faire avancer
les autres qui devoient
affifter à cette réjoüiſſance.
GALANT. 161
Pour Madame la Bàronne de
Platen, Grande Maréchale de
la Cour , repréfentant AL--
CIANE..
ய
Cette Bergere avec beaucoup d'a--
dreffe
A bonne grace , &lepasfin.
Elle n'eft point une Déeffe,
Et pourtant ille a l'air & le coeur
tout disin
Rien n'égalefa Bergerie,
où tout eft riche, tout est beau.
Rien ne paffe en galanterie
Son aimable & noble Troupeau.
Où peut. on voir de conduite plus
belle
Afervir un grand Souverain,
Que celle du Bergerfidelle
Dont elle a le coeur & la main?
La vie est toute héroïque
Avril 1681.
#
162 MERCVRE
De ce beau couple d'Amans;
Il a l'eftimepublique ,
Elle eft l'honneur de nos Champs.
Pour M¹ Senfft, Gouverneur de
Meffieurs les Princes , repréfentant
le Berger MENALQUE
Menalque , Berger d'importance,
A de certains Moutons remuans &
légers,
Qui fçauront s'écarter malgréſa
vigilance,
Et donner du chagrin à beaucoup
de Bergers.
Pour M de Gohr , Capitaine
d'Infanterie , repréſentant le
Berger Lysis .
Lyfis, dont l'humeur eft volage,
Prenoit plaifir tous lesjours à changers
GALANT. 163
Mais depuis que l'Amour parfon
Charme l'engage,
Il n'eft point dans ce Lien de plus
conftant Berger.
VIII ENTREE.
Oriane & Amafie , Ber
geres jeunes & volages , ef
tant accourues feules & fans.
Bergers à la Fefte d'Eurybate
, dancerent en fe prenant
quelquefois la main
l'une àl'autre. L'Amour qui
aime l'humeur volage, quita
fon Trône, & vint le mettre
entre- deux. Elles luy donnerent
la main de cofté &
d'autre , chacune croyant
O
164 ་
MERCVRE
la donner à fa
Compagne..
L'Amour fe retira d'entreelles
, fans en avoir efté apperçeu
, & retourna
à fa
place.
Pour Madame de Meyfenboug,,
repréfentant ORIANE.
Quand letorrent nous entraîne,
On cede au plus grand efforts
Mais quandfoy-mefme on peutfaire
choix defon fort,
La liberté vaut mieux que la plus :
bille chaîne
Pour Mademoiselle de Grotte ,
repréſentant A Masie .
Il n'eftpoint icy de Bergere,
Meilleure, & deplus belle humeur.
On ne la prendrapoint pour volage
&legere,
GALANT. 165
Quadon connoiftrabienfon coeurs
Car enfin c'eft la plusfage.
Des Bergeres du Village:
IX. ENTREE..
Un Satyre vint prendre :
la place de l'Amour, & dança
au milieu des deux Bergeres
volages, Elles luy donnerent
la main fans y penfer , mais
l'effroy les prit fitoft qu'elles
eurent jetté leurs regards fur
luy , & elles s'enfuyrent des
deux coftez du Theatre. Le
Satyre s eftant attaché à
pourſuivre Oriane , luy arracha
un petit Miroir qu'elle
166 MERCVRE
avoit pendu à fa ceinture . Il
dança , & tâcha de fe faire
beau pour plaire , mais d'abord
qu'il fe regarda dans ce
Miroir, il ne pût ſouffrir luymefme
la laideur de fa figure..
Pour le S Jemmes , Maiftre du
Balet, repréfentant le SATYRE.
Pour Ridicules mal -faifans
Onfait paffer tous les pauvres Satyres.
Helas! combien trouve-t-on de Gens
pires
Parmyvous autres Courtifans?
GALANT: 167
X. ENTRE'E.
Dares & Percas, Païfans :
- yvres , fortirent de la Taverne
du Village , rencontrerent
le Satyre , le carref
ferent , le firent dancer , &
apres s'eſtre joüez de luy
quelque temps, ils luy firent
une querelle , le pourſuivirent
à grands coups , & le
menerent toûjours batant,
jufqu'à ce qu'ils l'eurent perdu
de veue , apres quoy ils.
dancerent enſemble d'une
maniere tout-à -fait bizarre .
R:
168: MERCVRE
Pour M'de Boufch Colonel des :
Gardes , & M Poffadofsky
Ecuyer - Trachant de la Cour ,
repréfentant : LES PAÏSANS
(
YVRES ,
Chacun a fon plaifir dans ce Lien :
délectable.
Le nostre eft de vuider Bouteille,
Verre & Pot,
Et d'eftrejour& nuit àtable,
Sans avoirfoin depayer noftre écot..
XI. ENTREE.
+
Le Dieu Bacchus que l'on
vit fortir de la Taverne fur
fon Tonneau , traîné par fix
Satyres joüans de la Flûte ,
fe réjouit de trouver les Païfans
GALANT. 169
fans en cet état , leur donna
encor à boire, & dança avec
eux; mais quand il voulut
compter la dépenfe qu'ils
avoient faite, ils s'enfuyrent,
en faiſant mille grotesques
poftures. Bacchus , apres
avoir dancé ſeul , témoigna
à l'Amour qu'il n'avoit point
de plus fort defir que de
contribuer à l'Enchantement
de ce Dieu , par l'abondance
de fon Vin , qui
eft un Charme affez doux
pour toutes fortes de Perfonnes
dans un Lieu champêtre.
Il vint pour percer
Avril 1681. P
170 MERCVRE
fon Tonneau ; mais le Dieu
Pan , qui l'avoit pris , eſtant
yvre, pour l'Arbre facré dans
lequel il avoit accoûtumé de
fe retirer, fortit du Tonneau
tout réjoüy. Cette mépriſe
avoit fait que les Satyres qui
font une fidelle efcorte à leur
Dieu par tout où il eſt, s'eſtoient
attachez à traîner le
Tonneau de Bacchus , où ils
fçavoient que Pan s'eſtoit
enfermé. Ce Dieu des Sylvains
& des Bergers , invita
tous les Habitans des Bois,
des Eaux & des Montagnes
de cette Contrée , à publier
GALANT. 171
la grandeur du Nom de
Monfieur le Duc ERNESTEAUGUSTE
, Souverain du
Païs , & à préparer pour ce
grand Prince , qu'ils reconle
Maiſtre
noiffoient
pour
de leurs
Demeures
champêtres,
tous les Divertiffemens
capables
de le retenir
dans
ce Lieu
délicieux
. Voicy
les
Paroles
qu'il chanta
.
Pendant que les autres Dieux
S'empreffent tous à qui montrera
mieux
Leurfoumiffion éternelle
Pour le Souverain des Dieux;
Troupefidelle,
Montrez vestre zele
Pij
172 MERCVRE
Pour le Héros qui régne dans ces
Lieux.
Oreades & Naiades,
Faunes, Sylvains,& Dryades,
Faites que par tout dans ces Bois,
Sur vos doux Chalumeaux, Mufetes,
& Hautbois,
On entende le Nom du Grand
ERNESTE- AUGUSTE.
7
Il n'eft rien de fi jufte,
Que chaque Etat, foit divin,foit
humain,
Reconnoiffe fon Souverain.
Plufieurs Faunes & Sylvains,
Oreades , Naïades, &
Dryades , eftant accouruës
de toutes parts à la voix de
Pan , luy rendirent une
prompte obeiffance , en
chantant ces Vers.
GALANT. 173
Il n'est rien defijufte,
Que chaque Etat,foit divin, ſoit
humain ,
Reconnoiffe fon Souverain.
Vive le grand ERNESTE - AUGUSTE.
Allons graver ce Nom fur tous ces
Arbres verds,
Afin quepar nos foins leurs Habitas
divers
Puiffent connoiftre
Qu'il eft leurMaistre,
Et qu'ils fontfes Sujets.
Que fur nos Chalumeaux, Mufetes,
Flageolets,
On entende le Nom du Grand
ERNESTE AUGUSTE.
Il n'est rien de fi jufte,
Que chaque Etat,foit divin, foit
bimain,
Reconnoiffe fon Souverain.
Pij
174 MERCVRE
Auffitoft que le Dieu Pan
cult témoigné par fon chant
& par fa joye, qu'il eftoit de
concert avec l'Amour dans
le deffein de fon Charme, il
le laiffa maiftre de la Place
où fe devoit celébrer la Fefte
des Bergers d'Eurybate , &
reconduifit Bacchus dans fa
Taverne, en dançant au milieu
de fes Satyres.
Pour M' de Batincourt , Gentilhomme
de la Cour , repréfentant
BACCHUS.
Avoüez,fans mon fus divin,
Que tous vos plaifirs feroient
fades,
GALANT. 175
Et qu'enfin ceferoit vous traiter en
Malades,
Que vous priver de l'usage du
Vin.
Pour le S' Jemmes , Maistre du
Balet , repréſentant le Dieu
PAN.
I Je voudrois avoir du retour,
Si je changeois mon estre & ma
figure
1 Avecla plus belle pofture
Du Cavalier le mieuxfait de la
Cour.
XII. ENTRE'E.
L'Amour dança ſeul une
efpece de Ménüet pour
commencer la Fefte des
Bergers , tandis que les Ber-
Pij
176 MERCVRE
geres Alife, Doris, & Aminte
, entrerent du cofté droit
du Théatre , & que les Bergers
Mélinte , Licidas , &
Damis , entrerent de l'autre.
Ils montrerent tous leur admiration
pour l'Amour , qui
paffa au milieu d'eux pour
retourner fur fon Trône.
Alors cette Troupe Pafto
rale commença une Dance
en l'honneur de l'Amour,,
apres s'eftre tournez tous de
fon cofté , & s'eftre en mef
me temps inclinez devant
luy en figne de venération,
GALANT. 177
Pour les trois Bergers, tous trois.
Officiers de Guerre .
Il eft malaifé de changer
Noftre air de Commandant, & nos
demarchesfieres.
Pourtant avec de fibelles Bergeres
On s'accoûtumeroit à faire le Berger..
Pour les trois Bergeres.
Nousfommes troisjeunes Fieres,
Qui ne nous foucierions guéres
Chacune d'ataquer à la Luite un
Berger;
Nous luyferions courir la moitié
du danger
.
Pour M ' Veyhe , Lieutenant Colonel
des Gardes , repréſentant
le Berger MELINTE .
D'attaquer mes Moutonsjamais Loup
ne hazarde,
178 MERCVRE
Ilsfontdreffez , & vontfort bien
aux coups.
Atous autres Troupeaux ils ferviroient
degarde,
·
Carfans doute ils batroient pareil
nombre de Loups.
Pour MrBulau, Capitaine- Lieu.
tenant de la Garde du Palais,
repréſentant le Berger DAMIS .
Pour me débaraſſer de toute autre
conduite
Que de celle d'un fierTroupeau,
Je cherche une Bergere adroite & de
mérite,
Aquije veux donner lefoin de mon
Hameau.
Pour Mademoiſelle Gehle l'aînée,
Premiere Fille d'honneur
de Madame la Ducheffe de
GALANT. 179
Hanover , repréſentant la Bergere
ALISE .
Chacun me dit que Ménandre
Est un aimable Berger,
Qu'il m'aime d'un amour tendre
Qui nepeutjamais changer;
Mais encor qu'il m'ait dit fa paffion
Luy-mefme,
Cela doit-il m'alarmer?
Quand nousfçaurons comment
ilaime,
Nous verrons s'ilfaudra l'aimer .
Pour Mademoiſelle Gehle la
jeune , autre Fille d'honneur,
repréſentat la BergereDORIS .
Ie me plaisfur la Fougere
D'estrefeule tout le jour,
Etfuis tropjeune Bergere
Pour me connoistre à l'amour..
180 MERCVRE
Maisfi quelque Berger me vient dire
luy- mefme
Que pour moy le fien est extréme,
Gela doit-ilm'alarmer?
Quand nous fçaurons comment
il aime,
Nous verrons s'ilfaudra l'aimer..
Pour Mademoiſelle Bulau, Fille
de feu 'M' le Préfident Bulau,
repréſentat la BergereAMINTE
Bergere fibelle & lifage,
Sans balancer davantage,.
Devroit enfin s'engager.
A dix-huit ans on a l'âge
Defaire unfort beau ménage
Avec unjeune Berger.
XIIL ENTRE'E.
La Reyne Hippolite , &
GALANT. 181
les Princes de Mycene, voulant
eftre de la Partie , & fe
fignaler à la Dance , aux
Jeux, & à la Luite des Bergers
& des Bergeres , entre.
rent au fon des Flûtes dou
• ces , Hautbois , Violons &
autres Inftrumens de réjoüiffance.
Alciane entra
auffi avec Ménalque , & les
deux Bergers volages , pour
faire les honneurs du Lieu.
Elle fe plaça avec ſa Suite
dans le fond du Theatre ; &
les autres Bergers & Bergeres,
ſe rangerent des deux
coftez pour faire place à Hip182
MERCVRE
polite , à Euryale , & à Hylas.
Apres que cette belle
Amazone eut dancé avec les
deux Princes , au milieu de
toute cette Troupe de Ber-
& de Bergeres ; le Dieu
Mars qui ne cherche qu'à
troubler par tout la Fefte,
gers
annonça
au bruit des Tambours
, Timbales
& Trompetes
, la venue d'Hercule
dans Eurybate. Une alarme
fi impréveuë, cauſa trois effets
forts diférens. Les Bergers
& Bergeres prirent la
fuite , & fe difperferent des
deux coftez du Theatre.
GALANT. 183
1
1
Hippolite apprenant que
fon Ennemy capital eftoit
fi proche , courut auffitoft
aux Armes. Les Princes
de Mycene ayant demandé
les leurs , fort incertains du
party qu'ils devoient prendre,
eftant obligez à tous les
deux , allerent avec la Reyne
à la rencontre d'Hercule , &
l'Amour quitta fon Trône
pour les fuivre, & remedier à
ce tumulte.
XIV . ENTRE'E.
Pendant ce temps , Mars
dança ſeul au milieu de qua184
MERCVRE
tre Soldats, Artabaſe , Orozdas
, Pharaſmane , & Harpage
, qui fortirent de sdeux
coftez du Theatre ; apres
quoy , il alla s'affoir
à la
place que l'Amour
avoit
quittée , & laiffa dancer ſes
quatre
Guerriers
.
Pour les Soldats de Mars, Gentilshommes
de la Cour.
Bien qu'avec Mars à table ilſoit
bau de s'affoir,
Et que nous nousfaffions un honneur
d'y bien boire;
De combatre encor mieux chacun de
nous fait gloire,
L'occafion lefera voir.
GALANT. 185
XV . ENTRE'E..
Les quatre Soldats de la
Suite de Mars , firent connoiſtre
en dançant
, la joye
qu'ils avoient de la venuë
d'Hercule
, efpérant bientoftune
occafion
de Guerre,,
de ce Conquérant
, qui l'aleloit
porter dans tout le
Monde..
Pour Mi de Po fch, Colonel des
Gardes , reprefentant ARTA
BASE, Soldat de Mars..
Ce n'est par aucune difgrace
Queje deviens de Colonel, Soldat..
Le Charme de l'Amour m'a mis en
cet états
Avril 1681.
186 MERCVRE
L'Enchantementfiny, je rentre dans
maplace.
Pour M' Poffadofsky , Ecuyer-
Tranchant de la Cour, repréfentant
HARPAGE, Soldat de
Mars.
Cejeune Soldat, fans railler,
Mérite une Chargeplusgrande's
Car ilfait tout couper, & trancher,
& tailler,
Quandl'occafion le demande.
Pour M' le Comte de Noyelle,
repréfentant PHarasmane ,
Soldat de Mars .
Sans me faire tenir à quatre,
Etfans vouloir paffer pour un Soldat
cruel,
Qu'on m'attaque, on verrafijefçay
bien combatre
En touteforte de Duel.
GALANT. 187
Pour M de S. Pol , Lieutenant
Colonel d'Infanterie , repréſentant
ORONDAS , Soldat de
Mars.
Ce Soldatfçait parler &faire,
En Homme de coeur & d'efprit;
Etmefme, s'il eft neceffaire,
Ilfait encor plus qu'il ne dit.
XVI. ENTREE.
Hercule , retournant de
fes Expéditions de Gaule &
d'Eſpagne , accompagné de
deux Chevaliers errans de
l'une & de l'autre de ces Nations,
vint à Eury bate , où il
croyoit furprendre Hippo-
Qij
188 MERCVRE
lite , & retirer de captivité les
deux Princes de Mycene;;
mais il les trouva en liberté,.
& fçeut qu'ils en avoient l'obligation
à la genérofité de
la Reyne des Amazones . Ce
grand Héros,rendant juſtice
à la vertu de fon Ennemie,,
quitta tout fentiment de
haine pour elle. Ainfi le
Charme de l'Amour, l'ayant
arrefté comme tous les autres
dans ce Lieu de plaifirs,
ilne fongea plus qu'à s'y dé
laffer de fes longs travaux,
oubliant tous fes Combats,
paffez avec cette charmante
GALANT. 189
Amazone , & toute entre--
prife nouvelle. Il dança ſeul ,,
& fe ratira au fond du Theatre,
avec les deux Chevaliers .
errans à fes coftez . Mars
defcendit du Trône où il
s'eftoit mis , & fe joignit à
ce Héros qu'il invita à ſe divertir,
& à faire bonne chere,
en attendant de nouvelles
occafions de Guerre. En
mefme temps , les quatre Sol
dats s'allerent placer de l'un
& l'autre cofté de cette
Troupe , & ils parurent tous
de face au fond du Theatre.
190 MERCVRE
Pour Mile Comte de Schaumbourg,
repréfentantHERCULE .
Ie mefuis mis plus d'unefois
En toute forte de figures.
Icy jefuis un Hercule Gaulois,
Mais pourtant Grec aux bonnes
Avantures.
Pour M' de Gohr , Capitaine
d'Infanterie , repréſentant un
CHEVALIER ERRANT GAU.
LOIS.
En amour, nonplus qu'en vaillance,
Je ne cede à pas-un Mortel;
Etjefuis un Chevalier tel,
Qu'à lapointe de ma Lance,
Malgré cent Géans divers,
Jeprétens conquérir moy feul tout
l'Univers.
GALANT. 191
Pour M'Senfft, Gouverneur de
Meffieurs les Princes , repréfentant
un CHEVALIER ERRANT
ESPAGNOL .
Par la vertu de l'Armet de Mambrin,
Et de mabelle & forte Armure,
T'entreprens , & veux mettre àfin
Toute étrange& rare Avanture .
XVII. ENTREE..
Hippolite , précedée par
l'Amour & par fes Plaifirs
champêtres , & accompagnée
des deuxPrinces deMycene,
entra au fon des Luths,
Theorbes , & Violons , &
192 MERCVRE
ayant préſenté ces deux
Princes à Hercule , elle les
remift entre les mains , afin
qu'il les remenaft dans leur
Pais. Alciane de fon cofté,
fuivie des autres Bergers &
Bergeres dont l'Amour avoit
diffipé la crainte , vint prendre
part à la joye , que cau
foit à tout le monde la paifible
entreveuë d'Hercule
avec Hippolite: Enſuite l'Amour
dança un Ménuet au
milieu des Plaiſirs , & alla
trouver Mercure pour luy
donner ordre de remonter
au Ciel , & d'y porter la nouvelle
GALANT. 193
5
velle de ce grand accord
entre deux Perſonnes fi ennemies.
XVIII. ENTREE.
La Reyne des Amazones
dança avec les deux Princes.
Sa dance finie , Hercule luy
préfenta lesdeux Fils du Roy
Euriftée , & cette action de
genérofité fit naître une parfaite
reconciliation entre ce
Héros , & cette belle Amazone.
Pendant quetout cela
fe paffoit, la Concorde parut
au milieu des Airs , affiſe fur
un Arc-en-Ciel ; & chanta
ces Paroles.
Avril 1681. R
394 MERCVRE
Tout cftfoumis au Charme de l'Amour;
La douce Loy defon Empire,
Dans unparfait accord tient tout ce
qui refpire.
Soit aux Champs, foit à la Cour,
Fout eftfoumis au Charme de l'A
mour.
XIX. ENTREE.
Les
Chevaliers.errans, qui
à la premiere veuë d'Alciane
s'eftoient fentis portez à l'aimer,
dancerent & fe batirent:
pour elle en préſence de l'A£-
femblée, chacun prétendant
à l'honneur de fe dire fon
Chevalier; mais apres qu'ils
GALANT. 195
eurent fait preuve de leurvaleur
à la Dance & au Combat
, l'Amour les condamna
tous deux à un banniffement
perpétuel , dans la juſte appréhenfion
qu'il eut que
Chevaliers errans de deux
Nations fi oppofées en toules
tes chofes , telles que font la
Gauloife & l'Efpagnole, n'excitaffent
des défordres , qui
puffent fervir d'obſtacle au
deffein qu'il avoit fait de retenir
le Maiftre des Dieux
aupres de Junon , dans le lieu
délicieux
d'Eurybate
.
Rij
196 MERCVRE
XX . ENTRE'E.
Un Scaramouche curieux
de voir la Fefte , entra, & fit
mille plaifantes & agréables
poſtures , au milieu de cette
illuftre Affemblée.
Pour M' de Bonnefond , Capitaine
Reformé , repréfentant
un SCARAMOUCHE.
I'ay mes Congez en bonneforme.
T'ay paffe cent dangers fans cftre
eftropies
Et malgré toute la Réforme ,
Iefuis cr.for un Scaramouche enpie
DERNIERE ENTRE'E.
Mercure venu du Ciel de
GALANT. 197
la
part de Jupiter & de Junon
, pour fçavoir ce qui fe
paffoit dans cet endroit de la
Terre , leur alla dire du confentement
de l'Amour , que
tout eftoit preft pour les recevoir
dans Eury bate. II
leur apprit la reconciliation
d'Hercule avec Hippolite,
dont le Dieu Pan porta auffi
la nouvelle à tous les Habi
tans de fes Bois. L'Amour,
comme le Maître de ce Lieu,
y demeura .Mars invita toute
cette Troupe à venir faire
bonne chere à fa table , &
Bacchus promit de régaler
Rij
198 MERCVRE
Affemblée des meilleurs
Vins de la Terre. Un Inconnu
, & une Inconnuë, entrerent
parmy la foule , &
par leur maniere extraordinaire
de dancer divertirent
fort les Spéctateurs
.
Pendant toutes ces rencontres
impréveuës , le jour
eftant venu fur fon déclin ,
on remit au lendemain les
Jeux & la Luite , & on ſe
contenta pour cette fois de
li Dance des Bergers. Ainfi
le Balet finit, & chacun fe
retira au Hameau , où par un
magnifiqueRepas, on donna
GALANT. 199
à tout ce beau monde ,, le
plaifir le plus neceſſaire à
T'accompliffement du Char-
-me de l'Amour .
Je ne doute point , Madame
, que vous ne foyez
furprife de voir qu'il fe trouve
en Allemagne des Mufes
Françoiſes auffi polies que
l'eft celle qui a infpiré les
Vers quel'on a meflez parmy
ces Entrées . Ils font aifez
, naturels , & dignes du
grand Spectacle dont ils ont
fervy à expliquer le Sujet.
Tout fut magnifique dans
cette Eefte , & fi l'on y ad-
Riiij
202 MERCVRE
mira la richeffe des Habits,
elle n'eut pas moins dequoy
fatisfaire par la beauté de la
Symphonie & de la Mufique.
Il eft jufte, apres vous
avoir parlé de Chants , de
fournir àvôtre voix le moyen
de s'exercer. Vous le trouverez
dans les Paroles qui fuivent
, notées par un fçavant
Maiſtre.
AIR NOUVEAU.
H
Aftez-vous, haftez - vous,.
doux Printemps,
Renaiffez , paresseuxfeuillage.
Petits Oyfeaux , recommencez vos.
chants.
GALANT. 201
Que toutfoit gay dans ce Bocage..
Echos, redites tour- à-tour
Les plaifirs quifuivent mapeine ,
Etque lajeune Célimene
Partage enfin tout ce quej'ay, d'amour.
c
rente ,
Sur la fin du dernier mois,
le Roy donna à M' le Prince
de Talmont Fréderic- Guil.
laume de la Trémoille , Fils
de feu M' le Prince de Ta-
& de la Princeſſe
Emilie de Heffe, lesAbbayes
de Charroux & de Talmont,
Dioceſe de Poitiers, vacantes
par la mort de M' le Comte
de Laval fon Oncle, decedé
à Talmont le 25. de Janvier,.
202 MERCVRE
âgé de cinquante- cinq ans.
Ce Prince, apres avoir porté
les armes avec réputation ,
dans les premieres années
de fa vie , & s'eftre trouvé
aux Prifes des Villes de Cref
centin , de Nice de la Paille,
de Tortonne, & de Thionville
, s'eftoit donné à l'Eglife,
& la douceur de la So
litude luy avoit fait rencon
trer des avantages qu'il a
bien plus eftimez depuis fa
retraite, que ceux qu'il pouvoit
efpérer avec juſtice de
fon mérite & de fa naiſſance .
Il eftoit de l'illuftre Maifon
*
GALANT. 203 .
de la Trémoille, connue depuis
pres de fept cens ans .
par les grands Hommes qu'-
elle a donnez, & qui font fi
fameux dans toutes les Hif
toires de l'Europe. Elle eſt
alliée aux Royales Maiſons .
de Bourbon, Bourbon-Motpenfier,
Anjou, Sicile, & Ar-
5 ragon. C'eſt par une Princeffe
de cette Maiſon , nom--
mée Charlote , Fille & unique
Heritiere de Frederic
d'Arragon, Roy de Naples,
que les Princes de la Maiſon
de la Trémoille fe font acquis
le droit fucceffif à ce
204 MERCVRE
Royaume , pour lequel M
le Duc de la Trẻmoille,
Chef de cette grande Maifon,
& M' le Duc de la Trémoille
fon Ayeul , ont fait
par leurs Envoyez Extraor
dinaires leurs Proteftations
contre le Roy d'Espagne,
dans les Affemblées tenues
pour la Paix genérale à
Munfter , & à Nimégue.
Outre ces illuftres Alliances
, ils en ont encor avec
les Maiſons Imperiales d'Autriche
, de Baviere , de Lu
xembourg , de Saxe & de
Naffau , & avec les Souve
GALANT. 205
raines de Heffe, de Brandebourg
, des Palatins de Wirtemberg,
&c. M' le Duc de
la Trémoille, Premier Gentilhomme
de la Chambre,
qui a époufé la Fille unique
de M' le Duc de Créquy, &
M le Prince de Talmont
fon Frere, font Coufins
germains
de Madame , de la
Reyne de Dannemark , de
Ml'Electeur Palatin , de
M' le Landgrave de Heffe
Caffel, de M le Duc de Saxe-
Veymar, & de Madame l'Electrice
de Brandebourg.
M' le Chevalier de Mef
206 MERCVRE
4
mes , qui poffedoit les Abbayes
de Vaulcroy & de
Humbye, eftant mort à Ro
me, M'de Meſmes fon Frere,
Préfident
à Mortier , les a
obtenues pour M ' l'Abbé de
Melmes fon Fils . Vous fça
vez , Madame , que M' le
Préſident de Mefmes a toujours
eu un tres - fort atta
chement pour le fervice du
Roy, qu'il eftoit Lecteur de
Sa Majefté avant qu'il exerçaft
la Charge de Préſident
à Mortier, qu'il a infiniment
de l'efprit, qu'il eft de l'Aca
démie Françoife , & qu'ef
GALANT. 207.
20
tant tres -obligeant , il joint
à la gravité de Magiftrat,
l'ait doux & affable , qui eft
de fon caractere . M' le Chevalier
de Meſmes eftant
mort à Rome, tous les Benéfices
qu'il poffedoit, quoy!
que fituez en France , devoient
eftre à la Nomination
du Pape. Cependant il avoit
eu la précaution , en y arrivant,
de demander un Bref
à Sa Sainteté, par lequel Elle
confentoit qu'ils demeuraffent
à la Nomination du
Roy, s'il arrivoit qu'il mou
ruft à Rome. Ce Bref luy fut
208 MERCVRE
accordé , & c'eſt par là que
Sa Majefté en a pourveu le
jeune Abbéfon Neveu. Elle
l'a fait de cette maniere engageante
qui gagne les
coeurs , & dont ceux à qui
l'on donne font plus touchez
que du Préfent qu'on
leur fait.
L'Abbaye de Valoir, Dioçefe
d'Amiens , vacante par
le deceds de M' l'Abbé Mar
tinot , fut donnée dans le
mefine temps à M' l'Abbé
de Fontanges. Je vous ay
déja parlé de cet Abbé à
Foccafion des Thefes qu'il a
GALANT. 209
foûtenues au College de .
Harcourt .
Le mefme Abbé Martinot
ayant , outre l'Abbaye de
Valoir , celle de S. Sauveur
des Vertus, Dioceſe de Châlons,
le Roy en agratifié Mª
L'Abbé de Lhéry. Il eft Frere.
du Chevalier de ce nom,,
i dont la conduite, la magnificence
, & la valeur , vous .
doivent eftre connuës par
plufieurs Articles de mes.
Lettres.
Mide Miromeſnil, Inten
dant en Champagne , a eur
BAbbaye de S. Urbain dans
Avril 1681. S
210 MERCVRE
rs
cette mefme Province, pour
un de M's fes Fils. Je vous
ay parlé de cet Intendant
dans la Relation du Mariage
de Monfeigneur le Dauphin.
Il fert le Roy avec une vigilance
& une exactitude inconcevable
. Auffi peut-on
dire qu'il foûtient tres - dignement
l'honneur du Nom
qu'il porte de M' de Miromefnil
fon Oncle , dont le
grand mérite fera toûjours
vivre la mémoire.
.
Dans le mefme temps que
M' le Comte d'Eftrées s'eft
veu honoré du Bafton de
GALANT. 211
Maréchal de France , l'Evef
ché de Laon a efté donné à
M'P'Abbé d'Eftrées, Fils du
Duc de ce nom , fur la Démiffion
que M le Cardinal
d'Eftrées en avoit faite entre
les mains de Sa Majesté .
Cet Abbé eft dans une fi
haute eftime pour fa vertu,
fa capacité , & les vives lu
mieres de fon efprit , que
tout le monde a veu ce choix
avec joye. L'Evefché de
Laon luy donnera le Titre
de Duc & Pair.
1
Je vous envoye une Lettre
: dont la lecture vous donnera
Sij
212 MERCVRE
du plaifir. Elle eſt toute de
Proverbes. S'il n'y a rien qui
foit moins du bel ufage, que
d'en mefler quelques -uns
dans la converfation , rien
n'eft auffi plus réjoüiſſant
que d'en faire un jeu qui
forme un difcours fuivy. Il
y a quelques années qu'on
s'écrivoit ainfi à la Cour , &
les Billets conçeus en ce ftile
y eftoient fort eftimez.Cette
Lettre eft d'une jeune Perfonne,
auffi aimable par fon
efprit que par fa beauté. Elle
eft adreffée à M' Guyonnet
de Vertron, Chancelier perGALANT.
213
pétuel de l'Académie Royale
d'Ardres , & fervira de mo
delle à ceux qui voudront fe
divertir à en faire de femblables..
$ S5225552 5255552
LETTRE
DE MADEMOISELLE ***
A
Tous Seigneurs, tous honneurs.
Bonjour pour
"
demain,
lajournée n'est paspaſsée.
Sans mentir, me voicy plus em-
13 barraffée qu'une Poule qui n'a
qu'un Pouffin ; car , mon cher
• Amy , ce n'eft pas un Couteau
214 MERCVRE
de
aife à tirer defa guaîne, que
vous écrire en Proverbes . Je
prendrois anffiroft la Lune avec
les dents. Fe fçay qu'ilfaut charier
droit avec vous , & que
vous n'eftes pas de ces Niais de
Soulogne , qui fe trompent à leur
profit. Il vous faut de la Mar
chandife de Paris, où il n'y a que
nicter; mais en faisant de fon
mieux, on en eft quite . Je vous
diray donc autant en un mot
comme en cent , car il n'en faut
qu'un bon & qui ferve , que
pourrevenir à nos Moutons,
Brébis tondue Dieu luy mefure
Le vent , auffi bien qu'à Brébis.
GALANT. 215
ם י נ
I comptées fouvent le Loup en
prend une. Mais il fouvient
toûjours à Robin de fes Flûtes.
Dites - vous vray, quand vous
m'affurez que mon abſence ne
vous plaift point ? car entre nous,
abeau mentir qui vient de loin.
Pour moy je vous a vouë , qu'apres
voftre départ, je demeuray
plus penaude qu'une Fondeufe
de Cloche, & je difois fans ceffe ,,
Helas, les jours fe fuivent, &
ne fe reffemblent pas. Il a
bien plu fur ma Mercerie.
Je n'ay plus laine du premier
Drap , & je crains bien d'avoir
mangé mon Pain blanc
216 MERCVRE
le premier. J'eftois avec mer
Amis come le Poiffon dans
l'eau , & le Rat en paille , &
maintenant je ne fçay plus
dé quel Bois faire Fleche. Ce
qui me confole , l'on m'a
promis de revenir ; mais pro
mettre & tenir, c'est tout ce
qu'un Homme de bien peut
faire , & je ne connois que
trop , que qui s'éloigne de
l'oeil, s'éloigne du coeur. Cependantfi
vous y manquiez, je
vous répons que je criërois plus
haut apres vous qu'un Aveugle.
qui a perdu fon Bafton , & je
ne fçay mesme fi je ne jetterøisť
point
GALANT. 217
point le Manche apres la Coignée,
mais ce feroit tomber de
fievre en chaud mal. Il vaut
donc mieux , contre fortune bon
coeur, que d'eftre trifte comme un
Bonnet de nuit fans Coiffe . Cent
ans de mélancolie ne payeroient
pas un fol de mes Debtes. En
verité, vous auriez grand tort,
fi vous ne fongiez non plus à
moy qu'à vos vieilles Bottes ;
mais à bon Chat, bon Rat; &
fi vous me donniez des Pois , je
vous rendrois des Féves . L'on
ne perd rien à Marchand qui
etalle . Je ne batrois pas longtemps
les Buiffons, files Oyfeaux
Avril 1681. T
218 MERCVRE
eftoient pour d'autres . Je nefuis
pas accoûtumée à tirer ma Pou
dre aux Moineaux; &fi vous
me mettiez au nombre des péchez
oubliez , je vous aurois
bientoft planté là pour reverdir.
Ce n'est pas à moy à qui il faut
vendre fes Coquilles . Il n'eft
que Changeurpour fe connoître
en Monnoye. Fin contre fin
n'eft pas bon à faire doublure ;
mais je fuis peut- eftre comme les
Anguilles de Melun, qui crient
avant qu'on lesécorche . Je veux
donc croire que vous m'aimez
comme vos petits boyaux,
que vous eftes peut- eftre plus
GALANT. 219
que
de
proche de Sainte Larme
Vendofme, de ne me plus voir;
mais il ne faut pasfe defefpérer
pourune mauvaiſe année . Apres
la pluye viendra le beau temps,
& vouspourrez revenir cuire à
noftre Four. Cependant me voicy
au bout de mon rolet. Je ne bats
plus que d'une aile . Je me retire
donc avec ma courte honte, quoy
que je croye avoir affez bien dit
pour avoir une Image ; mais
prétens de cecy faire d'une pierre
deux coups, que cefoit autant
pour votre Amy que pour vous.
Jefeay que vous eftes deux teftes
dans un Bonnet. Ainfi qui toque
je
Tij
220 MERCVRE
l'un , toque l'autre. Cependant
il faut finir , en vous. difant
comme le Roy Dagobert à fes
Chiens , il n'y a fi bonne Compagnie
qui ne fequitte . Bonjour
adieu, il n'y a point de troma
perie. En voila affez pour le
prix de votre argent. Payezmoy
en mefme monnoye . Il vaut
mieux un tien que deux tu l'an
ras. Adieu, mon cher Amy.
S
2
3
Vous cuffiez veu la Réponſe
de M' Guyonnet de
Vertron , s'il n'euft efté occupé
par les Ouvrages qu'il
a eu l'honneur de préfenter
GALANT. zzi
à Leurs Majeftez , à Monfeigneur
le Dauphin, & à Madame
la Dauphine . Sa modeftie
, qui n'a point encor
fouffert qu'il les ait rendus
publics , n'a pu empefcher
qu'on n'en ait parlé avec
dloge dans le Journal des
Sçavans. Ces Ouvrages font
des Panegyriques du Roy en
plufieurs Langues , fur des
Sujets diférens , un Dictionnaire
Hiftorique des Conqueftes
de Sa Majefté; & L'excellence
du beau Sexe, fous le nom de
la Minerve Dauphine
.
Je vous ay appris la mort
Tij
222 MERCVRE
de M' Patru , l'un des Quarante
qui forment le Corps
de l'Académie Françoiſe.
Cette Compagnie devant
donner cette Place à une
Perfonne qui cuft le mérite
neceffaire pour la remplir,
y a travaillé avec fuccés. Elle
n'eftoit pas obligée de faire
ce choix parmy ceux du premier
Rang, comme elle a
fait en plufieurs rencontres
mais quand on voit un grand
Homme en qui l'efprit eft
joint à la dignité , & qu'il y
eft joint avec tant d'éclat,
qu'on peut dire mefine qu'il
GALANT. 223
temps
la furpaffe , ces Meffieurs
pouvant fatisfaire en meſme
à l'intéreft de leur
gloire & à leur juſtice , ont
grande raifon de le préferer
à ceux que l'efprit feul feroit
afpirer à cet honneur. Ainſi
loin d'eftre furpris qu'ils
ayent choify M' de Novion
Premier Préfident , tout le
monde devoit croire que des
Efprits fiéclairez feroient ce
grand choix. Ils ont deû le
faire, & ils l'ont fait. Je vous
ay déja parlé en beaucoup
d'occafions de ce digne Chef
du premier Sénat duMonde.
Tiiij.
·
224 MERCVRE
feu-
Son mérite eft fi connu, qu'il
me feroit inutile de rien dire
icy de ce qui eft fçeu de
toute la France. Quelques
jours apres fon élection, que
l'on fit tout d'une voix, celuy
de fa Reception fut arrefté
pour le Jeudy 27. de Mars.
L'Affemblée ne fut pas
lement nombreuſe, mais des
plus illuftres , par le grand
concours des Perfonnes de
la premiere qualité qui s'y
trouverent. M' de Novion
parla le premier , fuivant la
coûtume de ceux qu'on reçoit.
N'attendez pas qu'en
GALANT. 225
A.
Vous apprenant quelque
chofe de ce qu'il dit , je vous
l'apprenne dans fes mefmes
termes. A peine vous en
spourray-je donner une foible
idée. Ses difcours, quoy
que fort peu étendus , font
fi remplis de penfées,& d'un
ftile fi ferré , que l'avidité
qu'on a de les retenir , fait
que la mémoire s'embar
raffe en s'attachant à trop de
chofes tout- à- la- fois ; mais
s'il parle peu , il ne laiffe pas
de dire beaucoup, tant cha
que mot eft employé avec
force. Il fit d'abord con226
MERCVRE
noiftre à l'Académie , qu'il
devoit le commencement
de fa fortune à l'Illuftre Fondateur
de ce Corps celebre,
parce qu'il avoit preſté la
main à fes Anceftres pour
monter aux Dignitez , &
qu'ainfi , en le choififfant,
elle ne faifoit qu'honorer la
mémoire du Grand Cardinal
de Richelieu. Il fe fervit
d'une penſée toute brillante
pour louer l'Efprit , parce
que c'eft la partie la plus effentielle
pour eftre admis à
F'Académie. Il dit , Que la
langue d'Ulyſſe avoit plus nuy
GALANT. 227
1
&
aux Troyens, que n'avoient fait
les armes d' Ajax. C'eft faire
voir en peu de paroles , que
l'Efpric triomphe de tout ,
que mefme la Valeur eft
cótrainte à luy céder. Apres
auoir dit obligeamment, en
- parlant de l'Académie, Que
qu'il apprendroitdans ce Corps
Luy ferviroit pour les Difcours
qu'il auroit à faire dans leTemple
de la Justice , il finit par une
tres- belle penfée , qui faifoit
entendre , qu'Hercule s'eftant
fait Citoyen de Corinthe , tout
le monde pouvoit l'eftre. En
effet , Madame, le Roy ef
се
228 MERCVRE
tant en quelque façon de
l'Académie, puis qu'il a bien
voulu agréer le Nom de fon
Protecteur, on peut dire que
ce rang n'eſt au deffous de
perfonne .
2.
Le Directeur & le Chancelier
eftant abfens , ce fut
fur M' de Mezeray , qui eft
Secretaire perpétuel de la
Compagnie , que tomba
l'Employ de répondre à M
le Premier Préfident. Il dit,
Qu'il avoit douté d'abord s'il le
devoit accepter, à cause d'une
indifpofition qui l'avoit mis depuis
quelques jours dans une
GALANT 229
grandefoibleffe ; mais qu'il s'eftoit
aisément perfuadé que
le
Génie immortel dont l'Académie
avoit toûjours efté animée , ne
l'abandonneroitpas, & luypour
roit inspirer des chofes qui ne
feroient pas tout-à-fait indignes
d'une fi glorieufe Fournée ; Que
t'honneur de la présence de M
le Premier Préfident ne pouvoit
moins faire que raffurer fa timidité,
& fortifier fa voix;
Qu'il devoit peu craindre de
manquer de hardieffe & de parole
dans une fi belle occafion ,
où fa feule venë luy préfentoit
les pus grandes chofes ; Qu'il
230 MERCVRE
cours;
fçavoit bien que ce feroit estre
temeraire , de les vouloir toutes
renfermer dans un espace auffi
borné que celuy de fon Difcou
mais qu'au moins on pouvoit les
comprendre éminemment dans
ces deux mots , que ſon mérite
extraordinaire & les importans
& longs fervices rendus
par luy à l'Etat , luy avoient
acquis les bonnes graces du
plus grand & du plus fage
des Roys , & qu'il luy en
avoit donné la plus glorieufe
marque qu'il puft ſouhaiter,
& qui luy eftoit deſtinée depuis
longtemps par les voeux
GALANT. 231
publics ; Que dans la Charge
de Premier Préfident , l'une
des plus nobles émanations de
l'Autorité Souveraine, qui préfide
à tout ce qu'il y a de plus
grand dans l'Etat, il n'eftoit pas
feulement réveré comme le Dif
penfateur des Loix, & le Chef
du Premier Parlement de ce
Royaume, mais qu'il eftoit encor
confideré comme la regle certaine
& le parfait modelle de l'Eloquence
Françoife ; Que les plus
grands Maistres qui s'eftoient
fouvent trouvez à fes Actions
publiques , avoüoient tout d'une
voix qu'il n'y avoit jamais rien
232 MERCVRE
eu de plus ingénieux pour l'invention,
de plus jufte pour l'ordre
& pour la méthode , de plus
puiffant pour le raisonnement,
de plus elegant & de plus poly.
pourle langage ; Qu'ils difoient
que c'eftoit un Fleuve délicieux,
dont les eaux toujours claires
couloient defource, arrofoient
doucementfans inonder. Il parla
en fuite de la fatisfaction que
I'Académie auroit de participer
à tant de tréfors ; &
apres avoir fait connoiſtre
qu'ayant efté établie pour
embellir noftre Langue, elle
s'eftoit parfaitement
acquiGALANT.
233
tée de fes devoirs , en aplaniſſant
, pour ainſi dire , les
rides de fon viſage , & luy
donnat
l'embonpoint
d'une
agreable jeuneffe , il ajoûta,
Que dans la perfection où la
Compagnie l'avoit mife , elle fe
trouvoit non -feulement en état
d'enfeigner toutes les Sciences
Divines & Humaines , mais
qu'elle eftoit devenue capable de
publier d'un ton plus haut, & en
termes plus magnifiques , les béroiques
Vertus , & les Actions
miraculeuses du Roy ; Qu'elle
pouvoit maintenant , fans trop
de temérité, entreprendre d'écrire
Avril 168.1. V
234 MERCVRE
fon Hiftoire avec plus de relief
& d'éloquence , que jamais les
Grecs nyles Romains n'avoient
écrit l'Hiftoire de leurs Héros,
Qu'en publiant le nombre incroyable
de fes Conquestes , elle
pouvoit raconter comme desRamparts
qui fembloient n'avoir à
la colere du Ciel,
craindre que
eftoient
tombez
prefque
au feul
bruit
de fes Trompetes
; comme
cent Fortereffes
vainement
entaffées
les unes fur les autres
,
avoient
efté réduites
en poudre
fes approches
; comme
il avoit
diffipé
cette Ligue
àtant de teftes
,
qui croyoit
donner
tant d'épouGALANT.
235.
1
Dante; comme il avoit plante
Ses Trophéespartout oùfesEtendards
avoient paru ; & enfin
comme il avoit pouffé, batu, &
humilié , toutes les fieres Puif-
Lancesqui luy vouloient refister.
Il pourfuivit, en difant, Qu'il
ne falloit pas toujours regarder
cet Arbitre de la Terre du cofté
qu'il eftoit armé de Foudres,
qu'ilfaifoit marcher la Terreur
devant luy Qu'il n'y avoit pas
moins de plaifir de le regarder
par le cofté qui avoit plus de
brillans
que
&
d'éclairs, et qui
charmoit doucement la veuëfans
L'effrayer ; Que l'ony voyoit des
V ij
236 MERCVRE
qualitezqui n'eftoientpas moins
adorables , & qui le faifoient
encor plus reffembler à Dieu
dont il eftoit la plus excellente
Image ; Qu'il entendoit, par ces
adorables qualitez, cette grandeur
d'ame, cette immenfe éten
duë de conduite, qui connoift, qui
embraffe , qui ordonne toutes les
Affaires defon Etat , qui d'un
coup d'oeil penetre le préfent
l'avenir, & qui fur cela fait
mouvoir tousfe's refforts ; Que
ces mefmes qualitez devoient
encorfaire entendre cettefolidité
de jugement , qui paroift dans
toutes fes actions & dans tous
GALANT. 237
fes difcours; cette affabilitépleine
d'attraits; eette liberalité inépui
fable , qui donne avec profusion,
= mais avec difcernement, quipré
vient les defirs , & comble les
efpérances; cette genéreufe paffion
de faire refleurir les beaux-
Arts ; & enfin une fage & hérotque
modération, connue àpeu
d'autres Souverains, & qui n'a
a
jamais efté la vertu des Conquérans
; Que c'eftoitpar là que renonçant
à fes propres interefts,
s'impofant à Luy- mefme les
Loix que toute la Terre n'euft
ofe luy propofer , il avoit joint
enfemble les Titres de Tres-Puif
&
238 MERCVRE
"
fant & de Tres -fufte , de Triom
phant de Pacificateur , de
Vainqueur & de Clément ;
Que c'estoit par la quefans def
cendre de la hauteur de fon
Trône, il avoit trouvé le moyen
defe faire aimer autant qu'il eft
redouté, & d'imprimer cette
croyance dans tous ceux qui ont
l'honneur d'approcher defa Perfonne,
qu'avec les qualitezpref
que divines d'un Grand Roy, il
poffedoit dans le fuprême degré.
celle du plus honnefte Homme de
fon Royaume ; Que pour comblede
fa gloire, il n'ostoit redevable
de ces rares perfections qu'à fes
GALANT. 239
= propres foins, qu'à fes reflexions:
continuelles ; Que s'eftantformé
Luy-mefme , il estoit fon veritable
Ouvrage , & le plus accomply
de fes Ouvrages ; &
qu'on pouvoit dire avec verité,
que c'estoit Louis QUATOR-
• ZIEME qui avoit fait Loüis
LE GRAND. tel que nous le
- voyons , & que toute l'Europe
l'admire ; Que ny le Pinceau,
ny le Burin , n'eftant point capables
de bien exprimer de fi
grands traits , & ce qui eft purement
fpirituel devant estre
L'objet des pures productions de
Esprit, c'eftoit à M² de l'A-
"
240 MERCVRE
leurs
cadémie à travaillerfans relâche
à unfi noble deffein, à n'y épar
gner ny leur industrie ny
veilles; & que laplus glorienfe
récompenfe qu ilsfe puffent pro
pofer leur eftoitfeure, puis que le
feul nom de Louis LEGRAND
donneroit l'immortalité à leurs
Ouvrages. Il finit en affſurant
MⓇ le Premier Préfident, au
nom de ceux pour qui il parloit
, qu'ils n'avoient jamais
reçeu plus de gloire & d'a
vantage que dans cette oc
cafion , & qu'ils chercheroient
à luy donner tous les
témoignages poffibles de
l'extréme
GALANT 241
l'extréme paffion qu'ils avoient
de l'honorer, & de le
fervir.
Cette réponfe fut fort
applaudie. On ne pouvoit
moins attendre de M' de
Mézeray, qui eft profond en
toute forte d'érudition. Mais
3
ce n'eft pas
feulement
parla
qu'il eft fameux
. Ill'eft encor
par une probité
ſouvent
éprouvée
, par une fidelité
inébranlable
pour fes Amis
,
& par un amour
fi grand
pour la verité , qu'aucune
confidération
n'a jamais
efté
capable
de luy faire prendre
Avril
1681. X
242 MERCVRE
un autre party. Il nous a
donné l'Hiftoire d'une façon
qui jufqu'à luy avoit
efté inconnue en France,
On y admire des traits recherchez
ſoigneuſement &
bien prouvez , & avec cela
beaucoup de folidité de rais
fonnement. On attend de
luy des Ouvrages tres- curieux
, & d'une fort grande
utilité pour tout le monde,
mais particulierement pour
les Gens de Lettres. Apres
qu'il eut ceffé de parler , il
demanda felón la coûtume,
s'il n'y avoit point d'Acadé
GALANT. 243
micien quieuft quelque Ouvrage
à lire. M de Benfe
rade dit qu'il travailloit à
- mettre des Heures en Vers
pour Sa Majefté , & apres en
avoir lû plufieurs Pleaumes
qui furent trouvez tresbeaux
, & par eux - mefmes,
& par l'agreable maniere
dont il les lût, il vint à l'E
1xaudiat. Tout le monde don
na de grandes louanges à
cette Traduction ,
marqua avec plaifir que les
deux Verfets qui finiffent
chaque Pleaume , eſtoient
tous traduits diféremment,
&
on
re
X ij
244 MERCVRE
Comme on approchoit du
temps le plus faint, cette ren
contre fut cauſe qu'on lût
plufieurs Ouvrages de devo
cion. M' Boyer imita en cela
M' de Benferade , & fit voir
un Miferere en Vers François
, qu'on trouva tresbeaux
, & fort bien tournez .
M' Charpentier changea de
matiere , & lût un Chapitre
d'un Livre de fa compofition
qu'on va imprimer , &
qui eft la fuite d'un autre que
vous avez déja veu, qui porte
pour titre, Défense de la Lan.
gue Françoife , pour l'Infcrip
GALANT. 245
G
tion de l'Arcde Triomphe , dédiée
au Roy , dans lequel il a
prouvé que ce fuperbe Monument
qui s'éleve à l'honneur
de Sa Majefté , doit
avoir une Inſcription Françoife.
Cette opinion a eſté
combatue par un Diſcours
Latin tres- fçavant , & tres
éloquent , qui fut prononcé
au College de Clermont par
le Pere Lucas Jeſuite , fur la
fin de Novembre 1676. &
c'eſt à ce Difcours que M
Charpentier a fait une ample
Réponse , qui auroit eſté
imprimée il y a plus de trois
X iij
246 MERCVRE
ans , s'il avoit eu plus de loifir.
C'eft de la qu'eft tiré là Chapitre
qui fut lú en cette rencontre
, où par occafion il
combat l'opinion commune
touchant la legereté de la
Nation Françoiſe , qu'il fait
voir eftre beaucoup plus
conftante que la Romaine.
Les raiſons qu'il en allegue
font tres recherchées , & tresconvaincantes
I lût auffi
une Piece de Poëfie pleine
de defcriptions fort agreables
qu'il appelle , La Belle
Soirée mais je n'ay pû encor
l'avoir. M' Quinaut eut auGALANT.
247
dience à fon tour , pour la
Traduction
d'une Ode
d'Horace ; & M' le Clerc ,
I
7
lût apres luy cent cinquante
Vers fur la Penitence . Quoy
que le nombre fuft grand,
& que l'on euft déja lû beaucoup
de chofes de ce caractere,
ils furent trouvez fi
beaux , que l'attention qu'on
leur prefta , fit connoiſtre le
plaifir que chacun en recevoit.
M' le Clerc n'en demeura
pas là , & lût encor à
la gloire de l'Académie les
deux Sonnets que vous allez
voir
...
X iiij
248 MERCVRE
A
L'ACADEMIE
FRANCOISE..
D
SONNET.
E l'aveuglé Ignorance invincible
Ennemic,
Quifçais à la Vertu donnerfon
jufte prix;
Délicieux Concert des plus nobles
Efprits,
Honneur de noftre Siecle , illuftre
Académie.
25
Tu vois du Grand LOVIS la puif
fance affermies
Son Bras euft tout dompté, s'il l'a
voit entrepriss
GALANT. 249
Etfon Coeur de la Gloire eft tellement.
épris,
Qu'il nefent qu'àregretfa Valeurendormie.
Se
Mais le Temps fleiriroit les fuperbes
Lauriers
Quefousfes Etendards ont cueilly
nos Guerriers,
Sans lefecours des Vers , ou celuy de
Hiftoire..
22
L'un & l'autre dépend de ta fça- ·
vante Mains
C'eſt Toy qui ties les Clefs duTemple
de Mémoire,
Et qui graves les Noms fur l'im--
mortel Airain,
250 MERCVRE
A LA MES ME..
SONNET.
I Lluftre Académie , agreable
Lycée,
Pour qui Minerve tient fes mystères
ouvers;
Concours de tantd'Espritspleins de
talens divers ,
Quellegloire n'estpointpar latienne
effacéc?
SS
Dans ton noble travail la France
intéressée
Via voir fleurirfa Langue au bour
de l'Univers;
On trouve dans tonfein la fource des
beaux Vers,
Ony voit l'Eloquence enfon Trône
placée.
GALANT. 251
S2
Les Miniftresfacrez, ceux qui ferventThemis,
Ceux à qui de l'Etat les fecretsfont
commis,
Prennentpart avecjoye àtes doux
Exercices.
Sa
LOVIS mefme applaudit à ton char
mant Employ,
LOVIS eftton AVGVSTE, &Sou
fes grands aufpices,
Du Langage parfait tu vas donner
la Loy.
Mile - Duc de S. Aignan finit
par une Réponſe en Vers
qu'il avoit faite à M² le Duc
de Vendofme , & à M˚ Chapelle
, qui luy avoient écrit
252 MERCVRE
d'Annet . Elle eftoit courte,
mais elle avoit ce tour aifé
qui luy eft fi naturel, & qui
fait voir que rien ne luy
coufte. Ces lectures eftant
faites , la Compagnie ſe leva ,
& M' le Premier Préfident:
fortit , fort fatisfait de l'Illuftre
Corps dans lequel il
venoit d'eftre reçeu avec une
joye univerfelle , & un applaudiffement
general ..
Je vous ay déja nommé les
Prédicateurs qui devoient
précher à la Cour pendant
le Careſme . C'eſtun employ
dont ils fe font tous acquitez
GALANT. 253
avee fuccés. Le Jeudy - Saint,
le Roy entendit le Sermon
de M' l'Abbé de Brou , l'un
de fes Aumôniers , & le
trouva Orateur. C'eft ce
que Sa Majesté dit à fon
avantage , en témoignant
qu'Elle en eftoit fort contente.
En fuite Elle affifta à
Abfoute faite par M' l'Evefque
de Lavaur , & fit la
Cene felon la maniere accoûtumée.
La Reyne la fit
pareillement , & Leurs Majeftez
entendirent avec une
devotion exemplaire l'Office
entier des trois derniers jours
254 MERCVRE
de la Semaine Sainte. Le
Samedy , le Roy apres avoir
fait fes Devotions , toucha
onze cens Malades fur la
Terraffe du Chafteau de
S. Germain. Il faut eftre auffi
infatigable , & auffi zelé que
l'eft ce grand Prince , pour
fuporter une fi longue fa
tigue fans fe repofer. Ce qui
furprit fort , ce fut de trouver
des Femmes tres - propres,
meflées parmy les Malades
, quoy qu'elles fuffent
en pleine fanté. C'eſtoient
des Dames Flamandes ve:
nuës exprés pour voir ce Mo
GALANT. 255.
1
narque , qu'elles n'avoient
veu qu'en confuſion
dans
fes Places de conquefte
. Le
jour de Pafques, Leurs Majeftez
entendirent
le Sermon
de M l'Evefque de Condom
l'ancien, qui fe furpaſſa luymefme.
La devotion de Madame
la Dauphine s'eft fait
auffi remarquer
, mais elle
n'a point furpris. C'eſt un
effet de l'avantage
qu'elle
a
d'eftre née d'un Pere qui a
vécu d'autant
plus en Saint,
qu'on n'a fçeu qu'apres ſa
mort toutes les aufteritez
qu'il faifoit. On doit à la
256 MERCVRE
pieté de cette Princeſſe un
Livre qu'elle a fait faire,
& qu'on fouhaitoit depuis
longtemps. C'eſt l'Office de
la Vierge fans renvoy , qui
fe vend chez le Sieur Dezalier
, Rue S. Jacques. Si
pendant le temps
de penitence
& de jeûne , la devo
tion a efté grande à la Cour,
elle l'a auffi efté beaucoup
à Paris. Les mefmes Prédicateurs
que Sa Majesté a
entendus, y ont remply les
plus importantes Chaires,
& prêché avec éloquence
, zele & fuccés. Le
GALANT. 257
Pere Bourdaloüe fur tout
a efté extraordinairement
fuivy à Saint Germain de
Lauxerrois. Une affluence
incroyable de Perſonnes de
la premiere qualité , compoloit
tous les jours fon auditoire
; & Monfieur Col
bert n'a pas manqué un de
fés Sermons , lors qu'il eft :
venu icy, & qu'il a pû dérober
une heure à fes grandes
occupations pour l'aller
entendre. Apres vous avoir:
- parlé des Prédicateurs confommez
, je puis vous dire !
qu'entre les nouveaux , M
Avril 1681
}
Y
258 MERCVRE
Plufieurs
Savary , jeune Chanoine de
S: Maur , qui a prêché tous
les Dimanches de Carefme
à S.Thomas du Louvre, s'eft
fort diftingué.
Connoiffeurs
, tres- capables
d'en juger , l'ont entendu
plufieurs fois avec plaifir, &
ils difent tous, que s'il continuë
de la maniere qu'il a
commencé , ils ne doutent
point qu'il ne tienne un jour
fa place parmy les Prédica
teurs du premier rang.
Le Mardy 8. de ce Mois,
Mle Comte de Gacey - Matignon
épousa Mademoiſelle
GALANT. 259
Berthelot , feconde & derniere
Fille de M' Berthelot,
Secretaire des Commandemens
de Madame la Dauphine.
La cerémonie du
Mariage ſe fit à S. Euſtachè,
en préſence de plufieurs Perfonnes
de la premiere qualité
, qui s'eftoient rendues
chez M Berthelot fur les
neuf heures du foir. Il y eut
deux Tables de quatorze
Couverts magnifiquement
fervies . Apres que l'on eut
foupé, toute l'Affemblée alla
à l'Eglife , d'où il n'y eut que
7 les plus proches Parens des
Y ij
260 MERCVRE
Mariez , qui revinrent avec
eux. Ce Mariage a eſtéhonoré
des vifites de Princes
& Princeſſes du Sang,grands
Seigneurs du Royaume , &
de tous les Miniftres.
M le Comte de Gacey
eft Frere de M le Comte:
de Matignon , & de M' le
Comte de Torigny , l'un
Lieutenant de Roy en Normandie
, & l'autre reçeu en
furvivance . Il eft fort bien
fait de fa perfonne , âgé de
trente à trente- deux ans ,
d'une phyfionomie qui marque
autant la nobleffe de fon
GALANT. 261
fang , que la douceur de
bfes inclinations
. Je vous ay
parlé de fa bravoure & de ce
qu'il fit en Candie , lors que
je vous ay appris le Mariage
de M' le Marquis de Seignelay
, avec Mademoiſelle de
Matignon fa Niêce.
Mademoiſelle Berthelot,
aujourd'huy Madame la
Comteffe de Gacey , eft une
brune de feize à dix - fept ans,
d'une grande taille, & tresbien
faite. Il eft aifé de juger
de fes bonnes qualitez
, puis:
qu'elle a efté élevée avec de
grands foins par Madame
262 MERCVRE
Berthelot fa Mere , dont la
pieté & la vertu font égale
ment connuës,
M' Berthelot fon Pere eft
une Perfonne d'un mérite
fingulier , d'un efprit univerfel
, infatigable dans le
travail , & prudent dans l'execution
de fes deffeins. II
s'eft rendu recommandable
dans toutes les Affaires dont
il a efté chargé en plufieurs
occafions pour le fervice du
Roy , tant dans les Finances,
que dans les Armées . Il s'eft
acquis l'eftime des Miniftres
, & l'amitié de toute
GALANT. 263 .
ר
10
la Cour , & Sa Majeſté qui
ne fait jamais de choix qu'avec
une diſtinction délicate,
la agreé depuis un mois dans
la Charge que je vous ay
marquée de Secretaire des
Commandemens
de Madame
la Dauphine.
La Maifon de Matignon
eft originaire de Bretagne,
où ceux qui en font fortis
ont paru d'abord fous le nom
illuftre de Goion . Elle eft fi
noble & fi ancienne, que les
Annales de cette Province
| qui en font voir la grandeur,
n'en rapportent point le
264 MERCVRE
¥
commencement. Elles pro
duifent dans le dixiéme Siecle
le fameux Goïon , qui
leva à fes frais une Armée
Navale , & qui apres avoir
chaffé de la Bretagne les
Peuples du Nort qui s'en
eftoient emparez , rétablit le
Duc fon Souverain dans fon
Trône , & affura fur fa tefte
fa Couronne chancelante.
Un autre du mefme nom,
fut un des principaux Miniftres
du Traité qu'un Duc
de Bretagne fit pour fa Rançon
avec le Roy de France,
& en demeura garand. Alain
Goion ,
GALANT. 265
Goion , fit fentir la valeur
aux Anglois dans plufieurs
défaites pour le fervice de
Charles VII. quil'honora de
la Charge de Grand- Ecuyer,
& de Grand- Chambellan .
Le fameux du Guesclin, qui
porta l'Epée de Conneftable
avec tant d'honneur , que
quand il fut mort , l'Hiftoire
remarque qu'il ne fe trouva
perfonne qui ofaft le juger
digne de la porter apres luy
eftoit Fils d'une Bertranne
de Goïon , qu'on appelloit
l'Héroïne de fon temps.
Voila la fource de l'illuftre
Avril 1681 . Z
266 MERCVRE
fang de Matignon . Guy &
Joachim de Matignon tous
deux Chambellans , & tous
deux Lieutenans de Roy en
Normandie , yrendirentce
lébre le nom de Goïon- Ma
tignon qu'ils y apporterent.
Jacques de Matignon , que
fesgrands fervices front par
venir à la Charge de Colo
nel des Suiffes , fut Pere d'un
autreJacques la merveille de
fon fecle , qui ayant expo
fe fa vie à mille dangers , &
laiffé couvrir fon corps d'un
nombre infiny de bleffures
fous le Regne de fix Roys,
、
GALANT. 267
mérita la gloire de le voir
Confeiller d'Etat , Lieute
nant de Røyen Normandie
& en Guyenne, Maréchal de
France , Chevalier des Or
dres de Sa Majefté , & Con
neftable par Commiſſion au
Sacre de Henry le Grand, &
en la cerémonie de fon Cou
ronnement. Il eut deux
Fils , tous deux Lieutenans
Generaux en Normandie,
Le premier mourut au Siege
de Dijon, un peu apres qu'il
eut efté honoré du Brevet
d'Amiral de France ; l'autre
fut fait Chevalier des Ordres
Z ÿj
268 MERCVRE
"
du Roy , & fe rendit digne
par fes ſervices du Brevet de
Maréchal. La Charge de
Lieutenant General pour le
Roy en Normandie , paſſa
de ce dernier à M le Comte
de Thorigny fon Fils ' aîné,
qui eftant mort quelque
temps apres , laiffa fon nom
& fa place à M' le Comte de
Matignon fon Frere ; Pere
de M le Comte de Matignon
d'aujourd'huy . Je ne
vous dis rien des Alliances
de ceux de cette Maiſon avec
celles de Bretagne , de Rohan
, de Dinan , de Rieux,
GALANT. 269
& autres , dont le fang s'eft
fouvent meflé à celuy de et Goïon & de Matignon , en
forte que leurs Anceftres
ont eu l'honneur d'affifter au
e Mariage d'Anne de Breta-
Igne , & de Charles VIII . comme
les plus proches Parens.
de cette Reyne.
En attendant que je puiffe
vous donner de feûres nouvelles
de l'Efcarboucle , je
yous envoye ce qui m'a efté
écrit d'Alais fur cette ma
tiere.
Z
UL
27% MERCVRE
C
HerMercure. Jay appris
par les dernieres
Lettres
que vous avez publiées , que le
Paifan qu'on dit avoir trouvé
meEfcarboucle
l'année derniere,
perfifte dans le deſaven qu'il en
afait ; & comme c'est un larcim
quiregarde
directement
Sa Ma
jefté , puis que cette Pierre s'eft
trouvée dans fon Royaume ,
d'ailleurs eftant la plus préticufe
& laplus eftimée de tou
ter , elle ne pouvoit de droit my
de bienfeance , appartenir qu'au
plus grand & plus illuſtre de
tous les Monarques, je crois que
que
味:
GALANT. 271
chacun doit travailler à l'eny
#rechercher la preuve d'une f
bache & fi injucte action. C'eft
par ce motifque je vous envoye
La Déclaration d'un Témoin,
dont il résulte qu'il s'eft dû trou
ver une Efcarboucle l'année der
niere , qui eftoit la quarante
deuxième de ce Grand Prince,
laquelle année on trouvera avoir
accomply le troifiéme âge de cette
vie fi glorieuse, fi jufqu'à lafoi
axante & dixieme , qui est l'ar
vée de la decrepitude, on compte
haque age par le nombre de qua
Borze années , ainsi que les Medecins
comptent le premier âge
가
Z
iiij
272 MERCVRE
aux Mafles jufqu'à la puberté.
C'eftfans doute de cette maniere
qu'a compté ce Témoin irrépra
chable , qui aprédit cette Efcar
boucle, auffi-bien que la Comete
qui a commencé à paroître au
mois de Decembre , laquelle fe
પાઠ
montrant vers l'Occident avec
une figure courbe du costé du
Midy, s'alloit terminer en s'au
gmentant toujours du costé du
Levant, Ce qu'il a dit encor de
la Famine dans le mefme endrcit
, fe trouve auffijuſtifié par
la grande fterilité caufée par la
fechereffe de l'année derniere en
plufieurs Provinces duRoyaume
GALANT 273:
particulierement en Languedoc,
où elle fut fi extraordinaires,
qu'on n'a rien recueilly dans les
Diocefes de Beziers , Carcaf
fonne , Narbonne, & Agde. Il
eft vray que ce Pais a eufujet de
fe confoler, puis que ce Grand
Roy, qui ne manquajamais d'a
de charité pourles Su
mour
ny
efter
.
jets, ayant efté informé de cette
defolation , a bien voulu foulager
ces quatre Diocefes de la
fomme de deux cens mille livres
du Don gratuit que luy ontfait
les Etats de cette Province dans
leur derniere Affemblée . Voila,
amon fentiment, cher Mercure,
274 MERCVRE
པ
se qui nepermetpas de douter de
la verité de cette Pierre , non
plus que die refte de cette Prédi
ction , dont il y a tant de Té
moins; & vous aurez peine à
ny pas donner une entiere foy,
quand vousfçaurez que legrand
Michel Noftradamus
eft l· Autheur
de cette Prophetic
, que
vous pourrez trouver dans fa
Centurie onzième
, Sixain 27.
fi vous n'en voulez pas croire à
Anonime
d'Alais
, qui vous en
envoye lespropres termes.
Clefte Feu du cofté d'Occident,
Et du Midy courir jafqu'au
Levant
GALANT. 275:
Vers demy- morts fans point
trouver racine,,
Troifiéme âge, à Mars le belliqueux,
Des Efcarboucles on verratt
a briller feux,
Age, Efcarboucle, & à la fin
Famine .
La Place de Premier Préfident
au Parlement de Mets
eftant demeurée vacante part
la mort de M' de Bragelon
ne , Sa Majefté a fait choix,
pour la remplir, de Meflire,
Guillaume de Seve, Seigneur
de Chaftillon le Roy , Maî
tre des Requeftes. C'est un
Homme d'un mérite can
276 MERCVRE
fommé. Il a exercé d'abord
la Charge , de Confeiller au
Chaftelet, puis celle de Con
feiller au Grand Confeil , &
a eu en fuite les Intendances.
de Bordeaux & de Montau
ban, où fon zele pour le fervice
du Roy a efté toûjours
accompagné de l'intégrité
la plus exacte. Auffi peut- on
dire que jamais perfonne ne
s'eft acquis plus d'eftime
dans ces importans Emplois.
Il eft Fils de feu Aléxandre
de Seve, Seigneur de Chaſtignonville
& de Chaſtillon
le Roy, Maiſtre des Requef
GALANT. 277
res , puis Confeiller du Roy
en tous fes Confeils & en fon
( Confeil Royal , Prevoſt des
- Marchands pendant huit
années , & de Marie- Mar
guerite de Rochechouart,
Fille de Guy de Rochechouart
, Seigneur de Chaf
tillon le Roy , & de Loüife
d'Etampes ; & Petit- Fils de
Guillaume
de Seve,Seigneur
de S. Julien, & de Catherine
Catin , qui defcendoit de la
Maifon de Rochefort . Il a
deux Freres , l'un , Guy de
Seve deRochechouart, Evef
que d'Arras, Abbé de S.Mi278
MERCVRE
"
chel en Tierrache, & l'autro
Jean de Seve , Seigneur de
Gomerville , Capitaine aux
Gardes. Sa Soeur eftor
Claude-Françoise de Seve
Femme de Jean- Teftu de
Balincourt , Confeiller au
Grand Confeil. Cette Mai
ſon a donné plufieurs Confeilleurs
au Parlement , au
Grand Confeil , & autres
Compagnies Souveraines,
des Mailtres des Requeftes,
un Premier Préfident à la
Cour des Aydes, & des Lientenans
Generaux à Lyon.
Elle parte , Facé d'or & de
GALANT. 279
fable de fix pieces, à la Bordure
componée de meſme.
Madame de Seve, Femme
de ce nouveau Premier Pré-
Lident, eft Soeur de Nicolas
le Clerc,de Leffeville , Préfident
en la Cinquiéme
Chambre des Enqueftes, &
Fille de Nicolas de Clerc de
Leffeville,Seigneur deThun,
Maiftre des Comptes, & de
Marie de Suramond , Fille
de Louis de Suramond , Préfident
des Tréforiers de
France en Auvergne , & de
Marie Chaffebras de Montigny,
venue des Chaffebras
280 MERCVRE
du Breau . Son Grand- Per
's'appelloit auffi Nicolas le
Clerc. Il eftoit Seigneur de
Leffeville , & Marquis de
Maillebois, Doyen des Maîtres
des Comptes , & avoit
époufé Catherine le Boulanger
, d'une Famille qui a
donné plufieurs Maîtres des
Requeſtes , & un Préſident
aux Enquestes. Les Oncles
de Madame de Seve, furent
Euſtache le Clerc de Leffeville
,Evefque de Couſtance,
Comte de Brioule , & auparavant
Aumônier du Roy,
Confeiller Clerc au ParleGALANT.
281:
**
ment de Paris, & Chanoine
de Noftre -Dame ; Antoine
le Clerc de Leffeville , Mar
quis de Maillebois , Pierre
le Clerc de Leffeville, Con- i
feiller en la Premiere Chambre
des Requeftes du Pa
lais ; & Charles le Clerc de
Leffeville Confeiller au
Grand Confeil. Sa Grande
Tante , Marie le Clerc de
Leffeville , époufa en 1575.3
Antoine le Camus de Jam
beville, Marquis de Maille
bois , Préfident à Mortier aut
Parlement de Paris , dont il t
eft forty une Fille unique, .!
Avril 1681. A 2
282 MERCVRE
Anne le Camus , Marquife
de Maillebois , Femme de
Chriftophe de Levy , Duc
d'Amville , morte fans Enfams.
Le Clerc de Leffeville
porte, d'azur à trois Croiflans
montans d'or.
Vous m'avez demandé le
nom de tous les Ambaffa
deurs & Envoyez qui font
en cette Cour . Je vous les
envoye , & ne manqueray,
point à vous donner au com
mencement de chaque Année
une Lifte , non feule
ment de tous ceux qui feront
enFrance en ce temps.
GALANT 283-
I , mais encor de tous ceux
qui y feront venus pendant
le cours de la précedente Année.
Je ne prétens point ré...
gler leurs rangs dans l'ordre
où vous les allez trouver
dans cette Lifte, puis que je
m'écris leurs noms que felon a
qu'ils me viennent dans la
mémoire.
D. Gafpard de Thebes ,
Marquis de la Fuente , Am
baffadeur d'Espagne.
Mile Baron Bielke , Am
baffadeur de Suede.
M' Heug , Ambaffadeus
de Dannemark.
A a ij
284 MERCVRE
M Sebaſtien Foſcarini,
Ambaffadeur de Veniſe .
M le Comte Ferrery,
Ambaffadeur de Savoye.
M'de Starembourg , Am
baffadeur de Hollande .
Mle Bailly de Hautefeuille
, Ambaffadeur de
Malte .
4
M ' le Comte de Mansfeld,
Envoyé Extraordinaire de
l'Empereur.
Mr Savill, Envoyé Extra
ordinaire d'Angleterre.
M'Taborda, Envoyé Ex
traordinaire de Portugal.
M ' l'Abbé Laury , Audi-
USA
GALANT. 285
1
teur de la Nonciature.
M' l'Abbé Gondy , En
voyé de Toſcane .
M' Spanhem, Envoyé Extraordinaire
de l'Electeur de
Brandebourg.
M' l'Abbé Rizzini , En
voyé de Modene.
Mile Comte Bagliani, Envoyé
de Mantouë.
M l'Abbé Siri eft Employé
de Monfieur le Duc
de Parme.
Les grandes fortunes accómodent
fort; mais quand
celle où l'on fe trouve don
+
286 MERCVRE
ne dequoy vivre heureux, la
prudence veut qu'on n'af
pire à rien de plus . Ce qui
fuit fait voir à quelle chute
on s'expofc , en voulant trop
s'élever.
2555525552225225
LA POVLE
AUX OEUFS D'OR
U
FABLE.
Ne Femme avoit une Poule,
Qui tous lesjours luy faifoit wo
...Oeufd'or.
Peu contente de ce trésor,
Dansfa tefte un marin la Malheu--
reuſe roule
GALANT. 287
Un moyen qu'elle crût desplus arran.
tugeux,
Pourfaire pondre àfa Poule deux
Oeufs.
Qu'arriva-t -il de cette affaire?
Ellefe trompafort, voussçaurex
comment.
Cette Femmefansjugement,
Crût, poury réuffir, qu'il eftoir neceffaire
De donner àla Poule à toute heure à
manger.
Elle devintfigralle & fipefante,
Qu'elle en creva La Femme cut tout
lieu
d'enrager
,
Et dit cent fois, pourquay n'ef
tois je pas contente?
Vausquivousplaignez hautement
D'unfort & jufte & raisonnable,
Profitez -bien del'avertiffement,
Qu'a voulu vous donner un Amy
charitable.
288 MERCVRE
1
Je viens d'apprendre la
mort . de Madame l'Abbeffe
de Malmouë , arrivée le 8.
de ce mois. Elle s'appelloit
Marie - Eleonor de Rohan,
& eftoit Fille d'Hercule de
Rohan , Duc de Montbazon
, Pair & Grand-Véneur
de France , & de Marie de
Bretagne. Ceux qui connoiftront
la grandeur & l'antiquité
de ce Nom illuftre,
fçauront que c'eſt affez ,
pour rendre la naiſſance de
cette Princeffe recomman
dable , de dire qu'elle eſtoit
fortie d'une Maifon, qui prenant
GALANT 289
nant fa fource des premiers
Ducs de Bretagne , a toûjours
continué de maſle en
male jufqu'à préfent. La
Nature l'avoit avantagée de
toutes les graces du corps &
de l'efprit ; mais Dieu qui la
deftinoit à une fin bien plus
élevée , luy en fit mépriſer ;
l'éclat dés fa plus tendre jeuneffe
, luy ayant infpiré le
la
deffein de fe confacrer à luy
fous la Régle de S. Benoist.
A peine eut elle atteint l'âge
de vingt- deux ans , que
réputation de fa vertu l'ayant
fait diflinguer des autres:
Avril 168.1. Bb
290 MERCVRE
Perfonnes de fa Profeffion,
le Roy la choifit pour eftre
Abbeffe du celebre Monaf
tere de la Trinité de Caën,
mais l'air fubtil & maritime.
de ce Climat ne pouvant
s'accorder avec lafoible,
de fa poitrine , elle fut contrainte
de permuter ſon Abbaye
avec celle de Malnouë,
qui eft d'un revenu beaucoup
moins confidérable,
ayant voulu témoigner par
là que ce n'eftoit pas le defir.
de devenir plus riche , mais
la penſée de prolonger davantage
le temps de la peni.
L
GALANT. 291
1
tence, qui l'avoit portée à ce
changement. Comme elle
avoit efté doüée d'un efprit
beaucoup élevé au deffus de
celles de fon Sexe , fes occupations
en furent auffi bien
diférentes. Le Public a lû &
admiré ce qu'elle a écrit fous
le nom de la Morale du Sage,
fans fçavoir qu'il luy fuft redevable
de ce tréfor ; & fi
fes dernieres refléxions fur
l'état où Dieu l'avoit appellée,
paroiffentjamais au jour,
on tombera peut- eftre d'ac-
-cord , qu'il eft peu d'Ouvrages
qui renferment unet
Bb ij
292 MERCVRE
auffi profonde connoiſſance
des devoirs de la Vie
Religieuſe , & autant de
pureté & de politeffe de langage.
Madame 1'Abbeffe de
Caën , qui eft de la Maiſon
de Vaucelles de Cochefilet,
Soeur de feu M' le Marquis
de Vauvineux, Pere de Madame
la Princeffe de Guimené
, n'eut pas plutoft ap
pris cette mort , que pour
marquer la reconnoiffance
qu'elle avoit à la mémoire
de cette Dame , de qui , en
plufieurs occafions , elle a
1
GALANT. 293
voit reçeu toute la proteation
poffible, elle ordonna
un Service folemnel, qui fut
fait pour le repos de fon ame
le 16 de ce mois M' Méliand
Intendant de la Province,
M' de Coigny Gouverneur
de la Ville & Citadelle de
Caen , & plufieurs Perſonnes :
de qualité, y affifterent, ainſi
que les Corps & Communautez.
Le Service fut celé- ;
bré avec les cerémonies accoûtumées
en de pareilles
rencontres , par les Dames
Religieufes , qui font toutes
Perfonnes de qualité de la
Bb iij
294 MERCVRE
Province, & autres lieux ; &
en mefme temps , il fut dit
une infinité de Meffes, tant
dans l'Abbaye que dans les
autres Eglifes de la Ville &
des Fauxbourgs ,, par l'ordre
de Madame l'Abbeffe , qui
fit en fuite de grandes aumônes.
La Ville de Troyes a auſſi
perdu depuis quelques jours ,
un Homme d'un mérite peu
commun , & d'une vie entierement
exemplaire. Son
nom eftoit Meffire Nicolas.
Denife , & fes qualitez , Archidiacre
de Sezanne, Grand
GALANT. 295
Vicaire de M' l'Evefque de
Mets , auparavant Grand
Vicaire de M'l'Evefque de
Troyes , Chanoine de l'E
glife de Troyes, Docteur de
Sorbonne, & Directeur d'un
grand nombre de Religieufes.
Il y avoit peu de temps
qu'il avoit quitté la Charge
d'Official , & il eftoit preft
à fe défaire de fon Archidiaconat
en faveur de fon Neveu
, Chanoine de la mefme
Eglife , pour ſe réſerver la
fimple qualité de Chanoine,
lors que la mort l'a furpris.
Sa Pompe funebre a efté
Bb iiij
296 MERCVREfuivie
d'un nombre infiny
de Gens qui pleuroient leur
Pere, & qui par leurs larmes
rendoient témoignage de ſa
charité & de fa vertu . Il pof
fedoit merveilleufement le
Droit , eftoit profond dans
la Théologie , confommé
dans les Sciences , & fort
verfé dans les Affaires Eccléfiaftiques.
C'eft ce qui ef
toit fi fort connu , qu'un de
nos Papes renvoya parde
vant luy une Affaire qui ef
toit pendante en Cour de
Rome. Sa Famille est une
des plus confidérables de la
GALANT. 297
Ville , où ceux de fon nom
ont poffedé de tout temps.
les plus belles Charges.
Ces Morts ont efté fuivies
icy de celle de Madame
Fouquet, Veuve de M ' Fouquet,
que nous avons veu
Surintendant des Finances.
Elle s'appelloit Marie de
Maupeou, & eftoit un exemple
de vertu . Sa charité pour
les Pauvres alloit au dela de
tout ce qu'on en peut dire.
Elle les faignoit dans leurs
maladies, & avoit beaucoup
d'excellens Remedes qu'elle
leur donnoit pour rien.
298 MERCVRE
Madame Maiffat, Femme
de M Maiffat , qui a efté
Greffier du Confeil Privé, eft
morte environ dans le mef
me temps. Elle eftoit Soeur
de M Pétau Confeiller en
la Seconde Chambre des
Requeftes du Palais , & de
Magdelaine Pétau , Veuve
de Charles Briçonnet de
Glatigny, Préfident au Parlement
de Mets. Je vous ay
déja parlé de cette Famille.
M Maiffat a eu un Fils de
み
fa premiere Femme , Confeiller
en la Cinquiéme des
Enquestes ..
GALANT. 299
Tay a vous apprendre une :
autre mort arrivée dés le:
commencement de ce mois..
C'eft celle de Meffire Jean
Scarron , Marquis d'Aury,
Baron de Vaujour , Con
feiller en lå Grand' Chambre.
Cette Famille porte,
d'azur à la Bande crenelée :
d'or, & a donné des Confeillers
au Parlement de Paris
depuis pres de fix -vingts ans,
fans aucune interruption.
= Jean Scarron , fut reçeu le
18. Juin 1568. Gilles Scarron ,
Chanoine en l'Eglife de
Rheims , fut fait Confeiller
300 MERCVRE
le 26.Janvier 1571 Jean Scarron
, le 3. Avril 1597. Pauh
Scarron, en Septembre 15980
Jean Scarron , le 10. Fevrier
1600. Pierre Scarron , le 22.-
Aouft 1603. Pierre Scarron,
en 1620. ( il eft mort Evefque
de Grenoble, ) & Jean Scarron,
dontj'ay commencé de
vous parler, le 21. Juin 1641.
M'Voifin- Durand, Doyen
de la Seconde des Enqueftes
, eft monté en la place à
la Grand Chambre.com
Sur la fin du mois de
Mars, la Cour des Aydes
perdit deux Perfonnes de
GALANT. 301
fon Corps. M' Roger, Pro
cureur General de la feuë
Reyne, reçeu Confeiller le
28. Juin 1631. mourut le 25.
& M' le Tellier, quatre jours
capres. Ce dernier eftoit Seigneur
de Morfans & de Doifeu
, âgé de foixante & huit
ans, & avoit eſté reçeu dans
la Compagnie le 22. Janvier
169. Son Fils eſt Con.
feiller au Parlement ; & fa
Fille, Magdelaine le Tellier,
eft Femme de Germain-
Chriftophe de Thumery,
Seigneur de Boiffije , Confeiller
en la Cinquiéme des
Enquestes.
302 MERCVRE
On m'a fait connoiftre
que le Pere de feu M' le Duc
de Bethune Charoſt n'eftoit
point Fils de Maximilien de
Bethune , Duc de Sully,
comme je vous l'ay marqué
dans ma Lettre du dernier
mois. Il eft de cette mefme
Maiſon , mais d'une autre
Branche. J'au pû me tromper
, ne l'ayant écrit que fur
des Genealogies imprimées.
Si tout le monde fe retratoit
comme moy, on feroit
éclaircy de beaucoup de fautes
qui fe trouvent dans les
Hiſtoires. Quant à la quaGALANT.
303
lité de Duc & Pair, dont je
vous ay dit qu'il fut honoré
en 1651. quoy qu'il ne l'ait
priſe qu'en 1672. je me fuis
fondé fur ces termes , qui
font dans les Lettres de l'éfection
de laVille de Charoft
en Duché & Paire ; Il a fçen
enoor mériter la qualité de Duc
Pair de France ,
luy affurames par noftre Brevet
du 3. Janvier 1651. On voit
par là qu'il a eſté nommé
Duc & Pair des l'année 1651.
& mefme qu'il en a eu un
Brévet , quoy que l'Expédition
de fes Lettres ait retardé
jufqu'en 1672 .
que
nous
304 MERCVRE
T
Voftre Parent, que la curiofité
a fait partir pour l'Ef
pagne , vous dira à ſon retour
, fi la Maifon Royale
d'Aranjuez eft telle que
cette Planche vous la repréfente.
Elle eft à fept lieuës
de Madrid, & le Roy y va
ordinairement paſſer un
mois de Printemps toutes
les années. Les Poëtes dans
leurs Comédies en citent
les Jardins & les Fleurs comme
d'un endroit où Flore régne
, accompagnée de tous
les Tréfors. La fituation en
eft tres- belle, & les avenuës
GALANT. 305
{
fort agreables. Un peu apres
que l'on a paffé la Riviere
de Xarama , qui en eft à
demy- lieuë , on entre dans
de grandes Allées d'Ormes
& deTilleuls à pérte de veuë, ›
qui fe traverſent, & compofent
une Etoile. L'une de
ces Allées conduit fur un
Pont, conftruit fur le Tage, »
qui fe joint là aupres au Xarama.
Philippe II. ayant fait
couper cette celebré Rivie
re , pour la faire paffer tout
autour de fon Jardin ou de
fon Parc, l'a rendu par là
une Ifle toute charmante...
Avril 1681. Cc
306 MERCVRE
Ce Jardin , beaucoup plus
grand que les Tuileries , eft
traversé d'un tres - grand
nombre d'Allées trop étroites
toutes , mais pleines de
quantité de Statues de bróze
& de Fontaines, dont les Baffins
font de marbre, n'y en
ayant guére où il n'y en ait.
quatre ou cinq de manieres
diférentes. Je vous en feray
la defcription , en vous envoyant
les Veuës de ces fu
perbes Fontaines . Le deffein
de la Maiſon eft comme celuy
de toutes celles d'Eſpagne
, qui eft de faire le plus
GALANT
307
qu'ils peuvent de petites :
Courts. Celle- cy eft de pierre
& de brique , & doit eſtre un
Quarré composé de quatre
Courts , fi l'on acheve d'exécuter
le Deffein. La Chapelle
eft faite en rond , &
affez belle. Devant le Château
, on voit une grande
Place, à laquelle aboutiffent
une infinité d'Allées. C'eft
où l'on nourrit les Chameaux
du Roy.
Madame la Princeffe de
Marfillac , Fille de M de:
Louvois , qui l'année der
miere époufa M le Prince de
Cc ij
308 MERCVRE
Marfillac , Fils de M de la
Rochefoucaut, Grand - Maî
tre de la Garderobe , eft accouchée
d'un Garçon. Vous
fçavez qu'ils font fort jeunes
T'un & l'autre , && que
les Maiſons illuftres, où l'on
fouhaite des Fils par plu
fieurs raifons, c'eft un grand
fujet de joye d'en avoir de fi
bonne heure.
dans
Sa Majefté ayant fçeu que
M' Bordereau , l'un de fes
Valets de Chambre, Prevoſt
de l'Ile de France , s'acquitoit
fort dignement des fonctions
de fa Charge, l'a nomGALANT.
309
WAY
mé par commiffion Prevoſt
General de la Franche- Comté.
L'Employ eft tres- beau,
& d'un fort bon revenu.
Cela fait connoiſtre que
quand avec beaucoup de
mérite pour les chofes dont
on eft capable de prendre le
foin, on a le bonheur d'eftre
connu de ce grand Monarque
, on n'a pas befoin de
folliciter pour les obtenir.
L'Abbaye de Luc, qui eft
tres - confidérable , a eſté
donnée à M. l'Abbé de Fénis
, qu'une vie fort exemplaire
jointe à un mérite des
310 MERCVRE
mieux établis , rend depuis
longtemps recommádable.
Il eft Frere de Mle Commandeur
de Fénis , Gouver
neur de Bouchain dont je
vous ay fi fouvent parlé dans
mes Lettres. Elles vous ont
fait connoiftre fa naiffance,
qui eft une des plus illuftres
du Bas- Limofin, fes actions,
fes emplois , & fes négotia
tions , tant pour le Roy que
pour le Grand- Maître de
Malte aupres de Sa Majesté.
Le Lundy 14. de ce Mois,
M' l'Abbé Fléchier , de l'A
cadémie Françoife , fit le Pa
~
→
GALANT. 311
négyrique de S. François de
Paule dans l'Eglife des Minimes
de la Place Royale. ,
Il s'en acquita felon fa coû
tume avec une merveilleufe
fatisfaction de fes Auditeurs,
dont le nombre eftoit extraordinaire.
L'Hiftoire de
Theodofe, & plufieurs autres
Ouvrages qu'il a donnez
au Public font fon
éloge avec des traits fi brillans
, qu'on n'y peut rien adjoûter.
Dans cette folemnité
on regarda fort le Parement
du grand Autel. C'eftoit un
Préfent que Madame la
312 MERCVRE
Dauphine avoit fait aux Religieux
de cette Maiſon , par
devotion à leur Patriarche.
Iteft d'un fort beau Brocard I
d'argent à fleurs d'or frifé,
avec des bandes d'or & d'ars
gent, aufquelles cette Princeffe
a travaillé elle - mefme.
Les Armes qu'on voit deffus
& aux deux Credences font
auffi-bien faites que riches.
Je vous manday la der
niere fois que M' l'Évelque
de Poitiers, n'avoit pas fitoft
fenty les accés de fa fiévre diminuez
, qu'il alla luy- mefme
recevoir les abjurations
=
d'un
GALANT 313
4
d'un tres -grand nombre de
Religionnaires. Vous fçavez
qu'il eft Neveu de feu M
de Péréfixe , Précepteur du
Roy, & Archevefque de Paris
, & Fils du fameux M' de
la Hoguete qui a fait le Teſtament
fidelle d'un bon Pere à
fes Enfans. Ce zelé Prélat
continue fes foins fans aucun
relâche , pour tout ce qui
peut contribuer à faciliter les
converfions . M' Rabereul
"Doyen de l'Eglife de Poi-
"tiers , & fon Grand Vicaire,
accompagne M' de Maril
lac , Intendant de la Pro
Avril 1681. Dd
314 MERCVRE
vince, qui avec un zele qu'on
ne fçauroit exprimer , va
dans tous les lieux où il fe
croit neceffaire pour l'avancement
de ce grand Ouvrage.
Le fuccés en eft fi
grand , que depuis deux
mois , on compte plus de
fept mille Perfonnes de la
Religion Prétenduë Réformée
qui ont abjuré. M' de
Marillac eft Fils du Confeiller
d'Etat de ce nom,
Petit Fils du Garde des
Sceaux , & Petit Neveu du
Maréchal de Marillac. C'eft
un parfaitement honneſte
GALANT. 315
Honime , dont on ne peut
trop eftimer la probité.
Si cette vertu eftoit gene
rale , l'Article qui fuit n'au
roit point de lieu . On peut
marier des Gens en dépit
d'eux . L'autorité des Parens
fuffit pour cela quand on eft
fort jeune , mais que l'on
marie un Homme , non feulement
en dépit de luy , mais
mefme fans luy , c'eft un incident
qui n'a point d'exemple.
J'ay cependant à vous
faire le détail d'un Mariage
de cette nature . Un Cavalier
s'eftant mis fort jeune dans
Dd
ij
316 MERCVRE
Hes Moufquetaires , cherchoit
fa bonne fortune , ainfi que
font beaucoup d'autres dans
un pareil âge. Il crut la trou
ver en liant commerce avec
une Dame dont la beauté l'ébloüit
, & qui fe montra
affez fenfible aux douceurs
que fa paffion luy fit debiter.
Elle eftoit Femme
d'un Homme de qualité,
mais qui n'ayant point de
bien , luy avoit donné bientoft
fujet de fe dégoufter de
luy. Ainfi l'ayant laiffé en
Franche- Comté , où il vivoit
fort mal à fon aife , elle eftoit
.
GALANT. 317
venue chercher à Paris une
vie plus douce, & Cavalier le
luy ayant paru fon fait , elle
prit pour luy un tres- fort engagement.
Il dura pluſieurs
années , quoy qu'interrompu
fouvent par de longs
voyages que le Cavalier ef
toit obligé de faire pour le
fervice du Roy. Je ne puis
-vous dire jufqu'où alla le
commerce. Je fçay ſeulement
que la Dame pouvant
tout fur l'efprit du Cavalier,..
tira un Billet de luy , par le
quel il promit de l'époufer fi
2 fon Mary venoit à mourir.
-
Dd iij
318 MERCVRE
La condition de cette mortrendant
la promeffe nulle,
le Cavalier la donña fans
peine. La Dame mefme luy
dit en la recevant, qu'elle ne
Favoit pas demandée pour
s'en fervir , mais pour eftre
entierement convaincuë de
fa tendreffe , par fa complaiſance
à faire une choſe
qu'elle fouhaitoit. Cepen
dant les liaiſons qui fe forment
par un amour violent
n'eftant pas les plus durables
, infenfiblement le Cavalier
prit du dégouft pour la
Dame. La longueur de l'ha
GALANT 319
bitude luy fit découvrir en
elle beaucoup de defauts
qu'il n'avoit point encor
veus. Cette connoiffance
rallentit fa paffion . Il ouvrit
les yeux fur l'intéreſt qu'il
avoit de fe dégager , & apres
: quelques legeres querelles
dont on n'a aucune peine à
trouver l'occafion quand on
la veut prendre , il ceffa
d'eftre affidu , & rompit cnfin
entierement. Quoy qu'il
connuft la Dame capable
d'employer dans fes deffeins
toute forte d'artifices , il ne
put s'imaginer , que ne de- .
Dd iiij
320 MERCVRE
vant plus avoir aucune prétention
fur fon coeur , elle en
duft garder fur fa perfonne.
Il y eut entr'eux quelques.
procedures de Juſtice ſoûte.
nuës avec aigreur pour des
intérefts particuliers . La Dame
agit meſme en vertu de
la Promeffe qu'elle avoit tirée
du Cavalier, préſenta Requefte
pour faire ordonner
qu'il l'épouferoit , & afin de
ne point trouver d'obftacle à
fon entrepriſe , elle produifit.
un Extrait mortuaire qui fai
foit connoiftre qu'elle eftoit,
Veuve , & que fon Mary
.
GALANT. 321
avoit efté enterré à Chamberry.
Le Cavalier fit fes diligences
pour prouver en
temps & lieu la fauffeté de
F'Extrait , & fe defendit de la
pourfuite. Il fut quelque
temps abfent , & la Dame
n'eut pas plutoft appris fon
retour, qu'en fupofant mille
chofes qu'elle colora avec
adreffe , elle fit croire que le
Cavalier demandoit à l'épou
fer , & obtint , non feulement
la difpenfe des trois
Bans, mais encor, permiſſion
de fe marier où les deux Par
ties voudroient . Elle n'en
322 MERCVRE
fut pas fi - tolt faifie, qu'elle
réfolut de s'en fervir. Pour
cela , elle pratiqua un de ces
Gens qui font leurs affaires
au meftier de Fourbe , &
apres l'avoir inſtruit pour luy
faire faire le perfonnage du
Cavalier , elle le mena à un
Village des environs de Paris,
où le Curé, facile à tromper
à caufe de fon grand âge,
ne fit aucune façon de les ma
publiquement , elle fous
fon nom , & le Fourbe fous
celuy du Cavalier. Cela fe
fit le 5. Juin 1677. Commer
elle craignit que fon filence:
rier
GALANT. 323
>
ne luy portaft préjudice, ellé
protefta dés le lendemain
par devant Notaires , que
quoy que le Cavalier l'euſt
épousée , il l'empéchoit par
force de prendre la qualité
de fa Femme. Toute cette
intrigue demeura cachée, &
il fe paffa deux ans fans que le
Cavalier en découvrift rien.
La Dame efperoit toûjours .
qu'il renoüeroit avec elle;, &
alors, come on ne fçavoit ce
que fon Mary eftoit devenu,
ce renouement de commerce
auroit pû paffer pour une
approbation du Mariage.
324 MERCVRE
Soit qe'elle fe teuft dans
cette veuë ,foit que quelque
autre raiſon luy fift garder
le fecret , les chofes peuteftre
feroient encor dans ce.
mefme état, fi enfin le Fourbe
n'euft pas dit luy mefme
que le Cavalier eftoit marié.
Celuy à qui il fit cette confidence
, luy demanda en
quel lieu le Mariage avoit
efté fait , & n'eut pas plûtoft.
appris le nom du Village,
qu'eftant des Amis du Čavalier
, il courut l'en avertir. ,
Jugez de la furp: ife d'un
Homme qui fe trouva marié,
GALANT. 325
fans qu'il en fçeuſt rien . Il
forma fa Plainte , alla auVillage,
dont il eftoit queſtion , &
s'y préfenta un jour de Dimanche
au fortir de la grand'
-Meffe , afin qu'on puſt
voir fr c'eftoit luy qui cuft
contracté le Mariage . Quoy
qu'aucun Témoin ne le reconnuft
, ce qu'ils difoient
n'eftoit qu'un fait négatif,
qui en Juftice ne pro
duifoit point l'entiere conviction
de la fauffeté. Ainfi
il fe vit contraint de
-pouffer l'affaire . On empri-
Lonna la Dame ; & le Four-
AM
326 MERCVRE
be qui avoit donné la premiere
connoiffance du Ma
riage fut cherché par tout.
Il le fauva à Moulins , paffa
de là à Lyon, & fa fuite ayant
fait voir qu'il eftoit coupable
, il fut enfin arreſté. On
n'eut plus de peine apres
cela à déveloper le noeud de
l'intrigue. Le Curé & les Témoins
le reconnurent pour
celuy qui avoit joué le rôle
d'Epoux dans cette Piece ; &
tout ce qui avoit précedé la
derniere Scene ayant eſté
éclaircy , le Parlement déclara
le Mariage faux , &
GALANT 327
fauffement fabriqué. L'AE
faire eft fi peu croyable,
qu'elle pafferoit pour fiction ,
fi l'Arreft donné ne la rendoit
pas publique . Elle fut
jugée le 19. de l'autre Mois,
les Chambres affemblées ,
& M' Daurat eſtant Rapporteur.
Leurs Majeftez ont paſſe
huit jours dans la fuperbe &
délicieuſe Maiſon de S. Clou ,
dont Son Alteffe Royale a
fait les honneurs d'un air,
qui a charmé tous ceux qui
en ont efté témoins . Son
accueil a cfté obligeant pour
328 MERCVRE
tout le monde , fes manieres
routes engageantes , & per-
<fonne n'a fuivy la Cour dans
ce beau Lieu , qui n'ait eſté
enchanté des honneftetez
de ce grand Prince. Ce
terme , quoy que tres-fort,
exprime encor imparfaitement
l'effet qu'elles ont pro-
-duit dans tous les coeurs.
Non feulement il n'a oublié
‹ aucune choſe pour les diférens
plaifirs que pouvoit attendre
la Maifon Royale,
mais il eft , pour ainfi dire,
defcendu du haut de fa grandeur
pour recevoir avec des
GALANT. 329
bontez dignes de luy , toutes
les Perfonnes diftinguées par
leur mérite, & par leur nailfance.
Il a luy- mefme donné
ordre à tout, & ayant eu foin
de faire que chacun fuſt bien
logé , il n'a retenu pour luy
qu'un Apartement , qui ne
luy auroit pas efté deſtiné
ailleurs que dans un Lieu
qui luy appartient. Le Roy,
accompagné de toute fa
3 Cour , y arriva le 15. du Mois
entre quatre & cinq heures
du foir . Les Compagnies def
tinées pour la Garde de Sa
Majefté , eftoient déja dans
Avril 1681. Ee
330 MERCVRE
leurs poftes , dont les Trom
petes & les Timbales tenoient
le plus avancé . Monfieur
& Madame reçeurent
le Roy , la Reyne , Monfeigneur
le Dauphin , & Madame
la Dauphine, au bas
de l'Efcalicr , à la defcente de
leur Carroffe . Les Violons
& les Hautbois eftoient au
haut de cet Eſcalier. Leurs
Majeftez, fuivies de toute la
Cour , traverferent d'abord
la Salle des Gardes , paſſerent
enfuite dans une Antichambre
, puis dans un petit
Cabinet qui féparoit l'Apar
GALANT. 331
tement du Roy d'avec celuy
de la Reyne . On entra apres
cela dans l'Antichambre de
cette Princeffe, qu'on trouva
tres-magnifique. Les Meubles
eftoient de Brocard d'or
& de Velours violet , la Tapifferie
tres riche , & toute
rehauffée d'or . Elle eft faite
fur les deffeins deM' Nocret,,
Valet de Chambre de Monfieur
, & fon Premier Peintre
; & les Amadis de Gaule
en ont fourny le fujet. De
cette Antichambre
, on paffa
dans la Chambre de la Reyne.
La Tapifferie s'y fit d'a-
Ecij
332 MERCVRE
bord remarquer par fa beau
té. Elle repréſente la Bataille
d'Alexandre & de Darius.
Vous fçavez que les Def
feins font du fameux M ' le
Brun. Je vous entretins l'année
derniere de chaque Piece
en particulier , quand le
Roy les fic
graver,
& qu'on
en donna des Eftampes au
Public. C'eft où se trouve
cet admirable morceau de
la Mere & de la Femme de
Darius, qui implorent la clé
mence d'Alexandre en l'admirant.
Peut- eftre n'a- t- on
jamais veu enſemble tant
GALANT. 333
I
de diférentes & fi fortes expreffions
. Cette belle Tapifferie
eftoit accompagnée
d'un Ameublement de Bro .
derie d'or à fond violet , dont
le Lit,auquel Monfieur a fait
travailler pendant plufieurs.
années , eft eftimé trentecinq
mille écus. On alla de
là , dans un grand Cabinet
appellé la Salle des Audiences.
Il fembloit qu'apres ce
que l'on venoit de voir , on
ne pouvoit plus entrer dans
aucun Lieu, qui duſt arreſter
les yeux. Cependant ce Ca
binet parut tres- fuperbe334
MEROVRE
ment meublé , & difputa de
magnificence avec tout ce
qu'on avoit veu. Ce n'eftoient
qu'Ouvrages d'argenterie
de toutes manieres. Ce
qui eft ordinairement de
bois aux Sieges , Tables , &:
Fauteuils, eftoit d'argent, &
on voyoit une tres belle Broderie
dor , qui relevoit tous
lės Meublesjufques aux Por
tieres. M'le Begue , celebre
Organifte de Sa Majeſté,
touchoit en ce Lieu un Cabinet
d'Orgues d'une invention
particuliere; & le plaifir
qu'on eut de l'entendre , y
GALANT 335
arrefta la Cour quelque
temps. Apres cet agreable
divertiffement , on entra
dans le Sallon qui repréfente
les Amours de Mars
& de Vénus , & qui a efté
peint par M Mignard . Il
me fouvient que je vous en
ay promis la defcription, que
vous m'avez demandée apres
avoir veu celle de la
Galerie. L'application qu'il
faut pour vous la donner
exacte , a beſoin d'un temps
que je n'ay pû encor ménager.
Il n'y eut perſonné
- qui n'admiraft ce Sallon.
336 MERCVRE
Chacun donna des loüanges
à ce qui eftoit le plus de fon
gouft , & Leurs Majeftez
pafferent en fuite dans la
Galerie, au bout de laquelle
on trouva la Symphonie or
dinaire de Monfieur. Elle
eft composée d'un Claveffin,
d'un Deffus de Viole, & d'un
Luth ; le premier touché par
le S Baltafar , l'autre par le S
Garnier , & le Luth par le S
Jaquefon. Cette Symphonie
ayant ceffé, chacun alla voir
fon Apartement. Outre celuy
de la Reyne, où le Roy
devoit coucher , Sa Majefté
avoit
GALANT. 337
13
avoit encor une Chambre,
& un Cabinet où Elle tenoit
Confeil. De l'autre cofté qui
fait face à l'Apartement du
Roy & de la Reyne, eftoient
ceux de Monfeigneur le
Dauphin , & de Madame la
Dauphine , tres fuperbe
ment meublez. Ils font dans
l'ancien Baftiment , & re.
préfentét l'Alliance de Mon
fieur , avec feue Madame.
Feu M' Nocret les a peints.
On prit un peu de repos
apres quoy Leurs Majeſtez
eftant montées en Calêche,
allerent dans les Jardins &
Avril 1681. Ff
338 MERCVRE
y
admirerent la beauté des
Eaux .Il y eut Comédie le foir
fur un fuperbe Theatre, que
Monfieur avoit fait rehauffer
d'or . On y repréſenta Zaïde
Princeffe de Grenade, & les Prétienfes
ridicules. Le Roy n'a
vû aucune des Pieces qui
ont diverty la Cour , Sa Ma- ,
jefté ayant toûjours pris le
foin des Affaires de fon Etat
à fon ordinaire, & ayant tous
les jours tenu Confeil de la
maniere qu'Elle a accoûtumé
de le tenir quand Elle eft
à S. Germain. Il y a eu tous
les jours Bal ou Comédie,
GALANT 339.
Outre les deux que je viens
nommer, on y a repréſenté
l'Iphigénie de M' Racine,
Tréforier de France ; avec la
Comteffe d'Efcarbagnas de feu
M' Moliere , le Dom Bertrand
de Sigaral , de M' de Corneille
le jeune , & les Ufuriers,
par les Italiens. Le nouveau
Salon fervit feulement pour
le premier Bal. Le jour que
l'on arriva , le Roy fit l'honneur
aux Dames de les faire
manger avec Luy. Les Violons
, & les Hautbois joüerent
pendant tout le temps
i que l'on demeura à table,
14
Ffij
340 MERCVRE
Apres le Soupé on alla dans
la Galerie , où il y eut Concert
jufques au coucher. Le
lendemain
, on courut le
Cerf. Le Roy qui fe plaiſt
aux Exercices du corps , &
qui par là fe veut toujours tenir
preft à fuporter les fati
gues de la guerre , a efté plufieurs
fois à la Chaffe, tantoft
à Verſailles , & tantoſt dans
la Plaine de S. Denis , & la
vigueur , & l'adreffe de ce
grand Monarque y ont toûjours
éclaté. En arrivant à
S. Cloud , il congedia toute
fa Mufique , & voulut enGALANT.
341
rendre celle de Mcnfergneur
le Dauphin jufqu'à
fon retour à Saint Germain.
Elle a tous les jours chanté
à la Meffe des Motets de M
Charpentier , & Sa Majefté
n'en a point voulu entendre
d'autres , quoy qu'on luy en
cuft propolé. Ily a deux ans
qu'on en chante devant
Monfeigneur le Dauphin.
Les Violons fe font toûjours
fait entendre au dîner ,
l'affluence des Perfonnes venues
de Paris pour voir le
Roy a efté fi grande , qu'à
peine ce Prince pouvoit- il
Ff.iij.
ου
342 MERCVRE
7
paffer pour le mettre à ta
ble. M' le Duc de Chartres.
qui eftoit demeuré au Palais
Royal , pour étudier, & dont
les progrés dans l'étude font
fi grands qu'ils font à peine
croyables , vint à S. Cloud
faluer Leurs Majeftez. II
parla au Roy avec tant d'efprit,
& les réponfes qu'il fit
fans refver un feul moment
furent fi pleines de vivacité,
que Sa Majefté en fut furprife
, & dit hautement qu'à
fon âge elles tenoient du
prodige . La Cour ſe trouvant
alors fort groffe , toutes.
GALANT 343
les Tables de la Maifon
Royale fe font tenues à l'ordinaire.
Celles de la Maiſon
de Monfieur eftoient magnifiques,
& les grands Officiers
de ce Prince en ont admirablement
bien fait les
honneurs. Celle de M' le
Chevalier de Lorraine a efté
tres-bien fervie , & M' de
Straſbourg en a auffi tenu
une. La Comédie , le Bal ,
la Symphonie , & les Prome
nades , ne font pas les feuls
plaifirs que l'ont ait pris à
S. Cloud, on s'eft encor di
verty au Mail , & Monſei-
Ef iiij.
344 MERCVRE
gneur le Dauphin y a joüč
plufieurs fois. Pendant tout
le fejour qu'on a fait dans
cette belle Maifon, le temps
aefté le plus beau du monde,
& il femble que le Roy , que
Te bonheur fuit par tout , y
avoit mené les plus beaux
jours du Printemps. Ce
Prince partit le 23. & en
partit fi content, qu'il té
moigna eftre preft d'y retourner
, quand Monfieur
voudroit. Ce peu de paroles
dit tout , & ce n'eft point à
moy de parler apres un fi
grand Monarque..
GALANT. 345
Plufieurs Perfonnes ont trouvé
à l'ordinaire, les vrais Mots des
deux Enigmes. Celuy de la pre
miere , eft le dernier de ces qua
tre Vers de M' Frolant, Avocat
au Parlement de Normandie..
Si con I cen'eft pas eftre Sorcier,
C'eft quelque chofe au moins qu'il
faut que l'on admire,
De faire voirfurle Papier
Ce qui n'estfaitquefur la Cire.
Ce mefme Mot a efté trouv
par Meffieurs le Marquis de
Graffamant , de Troyes , Du
Moulin , de la Rue S. Denys;;
De Beaulieu , de la Rue de la
Harpe , Tamirifte , de la Rue
de la Cerifaye ; ( les deux pre
miers en Vers ; & par Made
346 MERCVRE
moiſelle C. B. de Chartres ; les
Aimables de la Sencerie de
Dreux ; & Diane de la Pofte à
Roüen. On a auffi expliqué
cetre Enigme furl'Hiftoire.
La feconde a donné lieu à ce
Madrigal de M ' de S. Placide,
du Cloiftre S. Germain de Lauxerrois
.
M
Ercure, le Dieu du Caquet,
Ou pour mieux en parler , le Dicu
de l'Eloquence,
Veut contrefaire le Muct,
Mays on le connoit trop en France.
Du moinspour moy c'est bien en
vain
Qu'il porte une Cloche en fa
main.
Ceux qui ont expliqué la
GALANT. 347
mefme Enigme dans fon vray
fens, font Meffieurs Francia, de
Roüen ; Du Fay, de Vernon,
Maillet, de Paffy lez Paris ; Du
Boulvart Anglois ; Le Philo
: fophe inconftant ; ( ces trois der
niers en Vers; ) Angelique , dela
Rue de l'Obfervance ; &
l'Aînée des Aimables de la Sèn
cerie de Dreux . L'Echo, la Trompete
, & le Tambour , font d'autres
Mots qu'on a appliquez à cette
Enigme.
Voicy les noms de ceux qui
ont trouvé le vray fens de l'une
& de l'autre. Meffieurs Gardien ,
Secretaire du Roy , De la Ville
aux Butes ; D. Laurent Ra--
guienne , Prieur de Bethune;
Hourlier, S'de Valemont, Gen
tilhomme ordinaire chez Mon348
MERCVRE
cur , Ferrot, Préſident au Gre
nier à Sel de S. Quentin ; De
Grafiniere , Commiffaire d'Ar
tillerie ; Des Effars d'Alençon,
de Morlaix , Chaſtelain , de la
Paroiffe de la Magdelaine ; Du
Tey de Franqueville, de Rouen,
De S. Victor le Fils ; De L. F.
de Maradac, Avocat en Parlement
, Samfon , d'Abbeville,
Blanchard , de Chafteauroux ;
De Plémont , de la Foreſt de
Lyons en Normandie , Le Chevalier
de Coftres , de Tours;;
Regnier de S. Martial ; G. Nazart,
des Incurables , De Nam
ptier L. Preftre, Curé Cardinal
de Suffies , Malpoy , Tréforier
de France à Dijon , Le Prieur
de Chenevieres fur la Marne,
Potin, de la Rue Clocheperfe;
GALANT. 349.
Jarres, de Paris, L.Serrant, Curé
de Nogent le Roy , L. Serrant,
Preftre du Clergé de la mefme
Ville, Peyre, Doyen à Roye;
Pillon, de Mouy en Beauvoifis;
Le Breft, de la Rue Montmar
tre , Le Tourneur , Coullange;
Girard, Rouffelet, Huet, L'A
mant fidelle & malheureux;
L'Amant embaraffé , Le Poëte
du Pied de Boeuf, De Gizeux ,
du Païs d'Anjou, Le Hot, Avocat
au Bailliage & Siege Préfidial
de Caën ; Le véritable
Thémiche ; Mériandre , Le
Gras malgré luy , Le Sincere
Herminius Angélique , de
la Rue de la Harpe , Mélife,
Nymphe de l'Ile de Badra à
Vennes ; La demie Padille ; La
Coquete en apparence ; L'A
5
350 MERCVRE
-
En
mante par converfation ; La
Nymphe folitaire , La Spirituelle
fans vanité , Sylvie , du
Havre ; La Belle Famille de la
Rue S. Julien des Meneftriers,
La Belle Blondine de Laigle,
La Belle & Inflexible Ragot,
de S. Julien en Normandie , Les
trois Pucelles d'Irlande .
Vers, Meffieurs Dargent, Commis
de l'Extraordinaire des
Guerres, Le Febvre, de Rouen,
Rault , de la mefme Ville ; De
Cordoy,pres de Falaiſe ; L. F. V.
de Morlaix , L. Bouchet, ancien
Curé de Nogent le Roy ; Baudoui
, de Lyfieux ; La Tronche,
de Rouen, De la Mare- Chefnewarin
, de la mafine Ville ; Le
Chevalier, Blondel , Le Rat du
Parnaffe ; L'Inconnu d'ArgenGALANT.
351
▪
T
ton-Chasteau , L'Indiférent du
Havre de Grace , E. Foyneau,
Sous- Chantre de la Cathédrale
deVennes ; Autier le cadet , Touloufain
; Il Signore de Caſa Cremata
, F. H.... du Mefnil , de
Chambrais en Normandie , C.
Hutuge d'Orleans , demeurant
à Mets ; Le P. de la Blanchar.
diere I. , Le Blanc - Le Blanc Boucher,
de la Ruë Simon le Franc ; De
da Ruffole , G.H.E. Scot Chamnois
; De la Croix de Beauregard
, de Tours ; Madame Devories;
L'Amant Chaffé de Poitiers,
Floridor, de la petite Ville
du Havre ; L'Olivier des Cholets
; K. P. Le Nouveau Solitaire
de Bouret à Morlaix ; Le
Berger de Fruffart pres Vennes;
Le Soleil du Quartier S. Me
352 MERCVRE
deric ; L'Albaniſte de Rouen,
D.M.deChaumont enBaffigny;
Le Solitaire de S. Geniez ; Le
Nouveau Bourgeois de la Rochelle
, L'Amy fans feintiſe de
Rennes ; Alcidor du Havre de
Grace , Le Laurier d'Abbeville;
L'Oracle de Goneffe , La Fille
aux grandes Avantures ; & les
deux Camarades d'Ecole du
Jardin de France.
M ' de la Mare Chefnevarin
eft Autheur de la premiere des
deux nouvelles Enigmes que je
vous envoye. L'autre eft de M
Belle de Lyon.
ENIGME .
Ncore que je fois du Genre
Brakes
E
feminin,
Le rens pourtant fervice au Sexe
and masculin;
GALANT. 353)
Depuis un certain temps j'ay vogué
dans la France..
Mon régne eft en Hyver, mon nom
vient d'un Marquis..
Tefuis affez fouvent de peu de con--
Séquences
Mais auffi quelquefois jefais d'un:
tres-grandprix.
AUTRE ENIGME..
N રે
Ous fommes plufieurs Soeurs,
en grandeur diférentes,
Egales de nom & d'employ;
Et quoy que nous paffions toûjours
pour inconftantes,
Chacun fefaitbonneur de nous avoir
chez foy..
Noftre conditionparoift affczfersvile,
Puis, qu'ilnousfautpar tout porter
un lourdfardeau.
Avril 16818 Gg
1 354 MERCVRE ·
1
Pourfurcroift de malheur, quand
nous allons en Ville,
L'on nous charge fouvent de quelque
faix nouveau,
Et ce n'est qu'à cela que nousfommes
utiles.
25
Fiéres avec cet équipage,
Nousfranchiffons les plusgrands
embarras ,
Et le plus hardy mefme avec tout
fon courage
En vain arrefteroit nospas.
Sa
Noftre deftin , quoy qu'un peu
rigoureux,
Seroit encor affez paffable,
Si quelqu'une de nous, par un fort
déplorable,
Ne faifoit quelquefois celuy des
Malheureux.
GALANT. 355
M' le Marquis de Chifreville,
d'une des meilleures Maifons de
Normandie, & Parent de Mef
fieurs les Marquis de Lange, du
Pleffis- Chaftillon, & de Nonan,
a épousé depuis peu Mademoi
felle de Teffé . C'est une clairebrune,
d'une taille avantageufe,
qui a les cheveux noirs , la bouche
petite, & beaucoup d'efprit,
quoy que fortjeune. Je ne vous
dis rien de la Maifon de Teffé.
Elle vous doit eſtre connue, puis
qu'elle eft la mefme que celle
de Froulay, dont je vous ay
parlé amplement dans quel .
qu'une de mes Lettres .
* M Bignon , Fils du Con
feiller d'Etat de ce nom , que je
vous ay déja dit eftre préfentement
Avocat du Roy au Chaf
Gg ij
356 MERCVRE
telet , n'a efté reçeu à cette
Charge que le Vendredy 18. de
ce mois. On ne peut douter qu'il
n'en faffe les fonctions avec
beaucoup d'éclat & de gloire,
apres l'Eloquence qu'il a fait
paroiftre en plaidant diverſes.
Cauſes tant au Parlement qu'au
Grand Confeil . C'eſt un talent
de Famille dont il fe fait voir le.
digne Heritier.
La Place de Procureur General
au Parlement de Rouen ,
eftant demeurée vacante par las
mort de M' de Bernieres , le
Roy , informné du zelé & des
longs fervices de M' le Guerr
chois fon Avocat General dans
le mefme Parlement , l'a choify
pour la remplir , avec des marques
de diftinction qui luy font
GALANT. 357
tres-glorieuſes. Sa Reception à
cette importante Charge a efté
un fujet de joye pour tous ceux
de la Province , où il eft treseftimé.
Auffi eft-ce un Homme:
d'un fort grand mérite. Il n'a
point fait d'actions d'éclat ou
fon éloquence ne luy ait attiré
l'admiration de fes Auditeurs,
qui font toûjours venus l'écou
ter en foule. Ses raifonnemens
font forts & folides , & peu de
Perfonnes fçavent parler avec
autant de jufteffe. Feu M' le
Guerchois fon Père s'eftoit ac
quis une fort grande réputation
dans la mefme Charge d'Avocat
General qu'il a exercée juſqu'à
fa mort , & celuy dont je vous
parle la foûtiết tres-dignement.
Cette Famille , fort confidéra
358 MERCVRE
ble par elle -mefme , eft origi
naire de Languedoc , d'où elle
eft venuë s'établir en Norman.
die. M' de Préfontaine cft devenu
Premier Avocat General
par ce changement
de Charge.
Il joint de grandes lumieres à
beaucoup de probité , & eſt tresexact
à bien s'acquiter de tous
fes devoirs dans la Place qu'il
occupe.
Le Roy a donné à M'de Chazeron
, Gouverneur de Breft, la
Lieutenance Generale du Rouf
fillon. Je vous ay fouvent parlé
de luy pendant les dernieres
Guerres, où il s'eft fort ſignalé.
Le fecond Air que j'adjoûte
icy, vous fera connoiftre le génie
de fon Autheur.
40
359
des
Are
ftoit
n &
re.
es
114x
it
fein
pire
358
ble P
naire
eft ve
die.
venu
par
co
Il joi
beauc
plushorsdenartrevila-
-gesansoesselcaresexact
fes di erdure parertre
Infi =
Occu
zeron
Lieutroupeaux
entroupea he las
fillon
de lu
Guertempnertil encorea nai tre
Le
icy,
de
GALANT. 359%.
AIR NOUVEAU.
D
Ans le teps des frimats, des
néges, des glaçons ,
Tircis ne fortoit plus hors de noftre
Village.
Sans ceffe il me juroit qu'il n'eftoit
point.volage,
Sans ceffe il carreffoit mon Chien &
mes Moutons;
Mais dés qu'il a reveu la verdure.
paroiftre,
L'Infidelle, l'Ingrat, a quitté ces
Hameaux,
Il ne fait que courir de Troupeaux
en Troupeaux.
Helas ! que le Printemps n'eft-il
encor à naître !
Si voftre Amie, à qui le deffein
de fe confacrer à Dieu, a infpiré
360 MERCVRE
tant d'averfion pour les Airs pro
fanes, vient à Paris comme vous
le dites, elle pourra prendre des
Leçons pour régler fa voix, fans
qu'elle renonce à fes fcrupules .
L'illuftre M'de Baffilly , qui a
compofé deux Livres d'Airs ſpi
rituels , avec des feconds Cou
plets en diminution, s'eft réfolu
de les enfeigner chez luy , afin
que ces beaux Airs que l'on a
falcifiez fous le titre de diférens
Autheurs , foient chantez par
ceux qui voudront les bien fçavoir
, fuivant toutes les Regles
de fon Traité de l'Art de Chanter,
imprimé il y a déja plufieurs
années. Il l'expliquera de point
en point aux Curieux , & leur
donnerales exemples neceffaires
pour l'entiere intelligence de ces
2
Regles.
GALANT. 361
Regles. Ainfi en un petit nombre
de Leçons, on fçaura parfai
tement chanter toutes fortes
d'Airs, fur lefquels chacun pour
ra appliquer les Préceptes, dont
il aura enfeigné l'uſage . Il demeure
Rue S , Claude.
La Charge de Secretaire du
Cabinet, que poffedoit M¹ Galant,
mort au commencement
de ce mois, a cfté donnée à M
le Marquis de S. Poüange, à qui
Sa Majesté a accordé dans le
mefme temps la permiffion de
vendre celle qu'il a de Secretaire
des Comandemens de la Reyne.
Cela fait voir l'eftime particu
liere dont ce Grand Prince l'ho
nore , puis qu'il l'approche par
là de fa Perfonne. Mr Galant
paffoit pour Homme d'efprit,
qui ne manquoit pas d'érudi
Avril 1681. Hh
362 MERCVRE
uon. Il avoit époufé la Veuve de
M de Courchant , Préfident à
Mortier au Parlement de Mets.
C'eft une Dame qui a beaucoup .
de mérite. M le Marquis de
S.Pouange luy donne cent mille
francs par ordre du Roy.
Il eft mort depuis trois jours
un Préfident à Mortier dans le
mefme Parlement de Mets . Il
s'appelloit Meffire Charles le
Vayer , & eftoit Seigneur de
Vanteuil & de Sailly.
Je ne vous diray rien aujour
d'huy de M' de Brufac, Lieute
nant des Gardes du Corps, qui
eft mort fubitement , me refer
vant à vous en parler quand je
pourray vous apprendre à qui
le Roy aura donné certe Place.
Une mort fubite nous a auffi
enlevé M le Camus du Clos,
GALANT 363
Chevalier de S. Lazare , & Controlleur
General de l'Artillerie.
Je vous ay parlé plufieurs fois de
luy, & de toure få Famille.
L'Eglife n'a pas efté exempte
de dans ce mefme temps .
pertes
Deux de fes Prélats font morts,
L'un eft Meffire Jean Dolce, qui
depuis longtemps avoit la con
duite de l'Eglife de Bayonne,
Il eftoit Neveu de Bertrand de
Sebaux , Premier Aumônier de
Louis XIII. Archevefque de
Tours , Commandeur des Ordres
du Roy, & fut fait Evefque
de Bologne en 1633. transferé
* Agde en 1643. puis à Bayonne
dans la mefme année , fans avoir
pris poffeffion d'Agde. Il por
toit , d'argent à trois Chevrons
de gueules , à une Etoile de cinq
rais de mefme au franc- quar
tier .
364 MERCVRE
L'autre Prélat qu'a perdu l'E
glife , eft M' Billiade Lavocat,
Evefque de Bologne. Il avoit
eftéChanoine de Noftre-Dame,
& Grand Vicaire de Mle Cardinal
de Retz , & eftoit Coufin
germain de M Lavocat Maiſtre
des Requeſtes.
3
Il me reste à vous parler de
Mr Perrault , Baron de Milly,
Chagny , Montmirail , & autres
Lieux , Confeiller du Roy en
fes Confeils , & Préſident en fa
Chambre des Comptes , qui
mourut icy le 29. de ce mois,
âgé de 77 ans. Vous fçavez,
Madame , que c'eftoit un des
plus riches Hommes de France,
& que la Fortune ne luy avoit
rien donné fans eftre d'intelli
gence avec laJuftice ; mais vous
ne fçavez peut-eftre pas que faવિ
Famille eftoit déja illuſtre avant
GALANT. 365
l'éclat qu'il luy a prefté , & que
depuis CharlesVI . jufqu'à Lours
EE GRAND , la Nobleffe s'y eft.
perpétuée, fans aucun mélange
qui en ait pû corrompre
·la pus
reté. Sa Genealogie en feroit
foy, fi la modeftie de fes Parens,
qui prouvent affez leur Nobleffe
par leur vertu , ne faifoit gloire
d'enfèvelir ce qui feroit fort
à leur avantage . Quant à fon
mérite , toute la France en a
parlé fi haut, qu'il eft en feûreté
contre les attaques de l'Envie,
& pour ce qui eft de fa fidelité
envers les Grands Princes dont
il eftoit la Creature, on en voit
peu qui l'égale , & l'on n'en fçait
point qui la furpaffe . Feu Moni
fieur le Prince en cftoit fi bien
perfuadé , qu'il luy fit l'honneur
de le nommer Exécuteur de fon-
Hh.iij
366 MERCVRE
Teftament , & fi cette grace fut
grande , la reconnoiffance de
M le Préfident Perrault ne le
fut pas moins . Il fit faire au
Coeur de ce Prince un Maufolée
fi fuperbe, qu'il attire l'admiration
des Etrangers , & tranfmet
chez toutes les Nations voifines
le Nom de celuy qui l'a fait
conftruire. C'eft aux Jefuites de
la Rue S. Antoine qu'il eft érigé.
M' Sarazin , que tant de beaux
Ouvrages ont rendu fameux, regardoit
celuy- là come fon Chef.
d'oeuvre , & le Cavalier Bernin,
pendant qu'il eftoit en France,
avoua qu'il n'y avoit rien de plus
beau à Rome. Cependant Mile
Préfident Perrault ne s'eft pas
contenté de confier fa reconnoiffance
à la durée du Bronze
de ce magnifique Monument,
GALANT. 367-
Il a fondé à perpétuité un Ser
vice folemnel qui fe doit faire le
premier de Septembre, jour de
la naiffance de feu Monfieur le
Prince , pour
le repos de l'ame
de S. A. S. & une Oraifon Fus
nebre à fa gloire , & à celle de
fon augufte Maiſon . Pour cet
effet, il laiffe pár fon Teftiment
a- la Maiſon Profeffe des Jefuites
quarante mille livres , & prie
Monfieur le Prince de trouver
bon que fon Tréforier ſe charge
de fix mille quatre ceslivres, pour
en faire un Revenu de trois cent
vingt, qui feront employées tous.
les ans à faire faire quatre Bources
de Jettons d'argent, à raiſon
de quatre- vingts livres chacune...
D'un cofté de ces Jettons feront
les Armes de feu Monfieur le
Princé , avec cette Légende,
Hhij
368 MERCVRE
Henricus Borbonius, Princeps Condans
; & de l'autre , ce fera un
Tombeau à l'antique, d'où for
tiront des Lauriers & des Branches
de Lierre qui l'embraffe
ront , avec cette Devife à l'entour,
Etiampoftfata fidelis. Trois
de cesBources feront diftribuées
à Meffieurs les Adminiftrateurs .
de l'Hoftel-Dieu, que M' le Préfident
Perrault prie d'affiſter à
ce Service , & l'autre fera pour
le Prelicateur qui prononcera
POrailon Funebre : Et au cas
que les Jefuites manquent deux:
années de fuite à fatisfaire aux
Claufes de cette Fondation, M
le Préfident Perrault donne &
l'Hoftel- Dieu les quarante mille
francs qu'il leur a laiffez. Enfin,
pour étendre la reconnoiffance
envers feu Monfieur le Prince
GALANT. 369
1
jufques fur fa glorieufe Pofte
rité , il prie par fon Teftament
S. A. S. Monfieur le Duc, d'ac
cepter Montmirail , Auton , &
la Bazoche, trois Baronnies tres
confidérables dans la Province
du Perche, & qui valent plus de
vingt- cinq mille livres de rente.
M Girard , Seigneur du Thil,
Cofeiller au Parlement de Bour
gogne, & Neveu de M' le Préfident
Perrault , eft fon unique .
Heritier. Tous ceux qui le connoiffent
, demeurent d'accord
que fon mérite eft plus grand
que fa fortune , & chacun applaudit
à la juftice qui luy a efté:
rendue , parce qu'il a toutes les
qualitez qu'un honnefte Home
doit avoir. Le reste du Teftament
de M'le Préfident Perraultcontient
quantité de Legs par370
MERCVRE
(
ticuliers , fur tout , force Legs
pieux ; & comme il y a peu de
Convents qu'il n'ait affiftez pen
dant fa vie , il y en a peu auffi
qu'il ait oubliez à fa mort. Si
vous voulez voir un Portrait de
luy entiérement reffemblant,
donnez - vous la peine de lire
l'Epitaphe fuivante que je vous
envoye. Elle eft de la plume de
M' Bourfault, qu'il a honoré de
fon amitié, & dont il avoit fait
mention fur deux Teftamens .
Ans les Murs d'une Ville, où les.
eaux de la Saône
Semblent avoir regret d'aller joindre
Le Rhône,
D'un Sang qu'en divers temps on a ver
tant defois
Zelé pourfa Patrie , & fidelle à fes
Roys
Nâquit l'Esprit fécond enfublimes
Lumieres,
GALANT. 371
Qui du pieux Paffant implore les prieres
Amy de l'Equité, pour défendre fes
droits,
Il donnoit tousfes foins à l'étude des
Loix,
Lors qu'un Prince fameux du Royal
Sang de France,
Dont les hautes Vertus égaloient la
Naiſſance,
Voulant de fon mérite eftra l'augufte
appuy,
Pour regir fa Maifon, jetta les yeux
furluy.
Si le choix de ce Prince eut une heu̸--
reufe fuite,
La France des longtemps en eft affezinftruite:
SiPerrault futfenfible à l'honneur de
ce choix,
Sonzele & fon refpect l'ont dit affez
defois.
Enrichy des Bienfaits de ſon genéreux
Maistre,
Au dela du trepas fon zele fçeut paroiftre.
Au Coeur de ce Héros, dont lefort fut
fi bean,
372 MERCVRE
Safidelle douleur fit conftruire un Tom
beau,
Où la délicateffe & la magnificence
Sont d'éternels témoins de fa recon-
V.C
noiffance.
Ce Miniftre éclairé, quifçavoit tout
prevoir,
Ne borna pasfon zele à cepieux devoir
Il faloit un Confeil vigilant & fincere
Al'invincible Fils d'un fi vertueux
Pere.
Quoy qu'il put voir en paix fructifierfon
Bien,
Au repos de ce Prince il immola lefien;
Epoufa fafortune, & propice , & cruelle,
Et la voyant changer, ne changea poin
comme elle,
De ce Prince, adoré pourfa rare valeurs
On luy vit conftamment partager le
malheur;
La Prifon & l'Exil dont on punitfon
zele,
Ne pûrent l'empefcher d'eftre toujours .
fidelle:
Semblable à ce métal & fi pur &fi
beau,
GALANT. 373
A qui la moindre épreuve offre un éclar
nouveau,
Apres de longs travaux,fa veriu plus
brillante,
Emporta la victoire, & revint triomphante
Le refte defes jours tranquile, indėpenlant,
D'un Tribunal illuftre , illuftre Prefi
dent,
Il remplit avec gloire une fi haute
Place,
Et n'y parut jamais quepour y faire
Grace.
Enfin en tant de Lieux où fon Nom
eftoit craint,
Loin que d'une injuftice on fe foitjamais
plaint,
le Le Pauvre, dont la bonte augmente lo
martyre,
Que la mifere accable, & qui n'oſe le
dire,
Trouvait dans fa tendreffe un fecours
fouverain,
Qui luyſauvoit l'affront d'aller tendre
la main.
1
1
374 MEROVRE
Vous , qui pleurez fa perte, Ames
religienfes,
Solitaires facrez, Communautez pieufos,
Soyez envers le Ciel, pour fléchirfon
courroux,
Charitables pour luy, comme il lefut
pourvous's
Joignez à la ferveur de vos faintes
prieres
Les aufteres Vertus qui vous font fa
milieres.
Et Vous, Dieu Tout-puiſſant, pour
combler nosfoubaits,
Accordez àfon ame une éternellepaix.
Les beaux jours ayant pára ,
les Modes on't commencé. Ce.
pendant il eft affez difficile d'en
rien dire de certain . Chacun fùit
fon gouft , & ce qu'il y a de plus
general , c'eft que les Femmes
portent une tres grande quantité
de Satins de la Chine blancs.
On en double des Etofes or &
GALANT. 375
་་
argent, & alors on les lizere d'un
Cordonnet d'or. Quand on en
fait des Habits,, on les double
d'Etofes rayées de petites Rayes
er & argent. On porte des Etofes
or & arget tres - magnifiques,
& des Satins de la Chine blancs
qui en font remplis . Tous les
Habits qu'on fait à préfent, font
en Indienne ajuſtée. On voit
beaucoup d'Etofes de foye faites
fur les deffeins des Etofes or &
argent. On porte encor des Gri
fetes cette année , mais on en voit
beaucoup plus de foye que l'année
derniere. Il y en a quantité
de rayées, & quelques- unes font
rayées d'or. Les plus belles fe
vendent chez M' Charlier. Les
Tafetas d'Angleterre mouchetez
le portent endoublure . On
ne met plus guére de Frange au
376 MERCVRE
bas des Grizetes, & la plus grade
mode eft d'y mettre un Point
d'Eſpagne couché . On voit fort
peu d'Etofes à fonds de Satin.
Elles font toutes à fonds de Gros
deTours,& on en porte quantité
à carreaux. Je ne puis encor vous
rien dire des Habits des Hom
mes. La plupart des Perfonnes
de qualité portent des Garnitures
d'une richeffe qui emper
chera que les Particuliers ne les
imitent, puis qu'elles reviennent
à cinquante Louis. Ces Garni
tures font de Point- d'Espagne,
ou de Point-d'Aurillac , La mode
la plus generale des Hommes,
eft d'avoir des Leffes à leurs Cha
peaux . Elles font fort deliées, &
font grand nombre de tours. Ils
commencent à porter moins de
Boucles fur leurs Souliers , &
GALANT 377
mettent des Rubans. Le Mois
prochain je vous en apprendray
davantage.
Je croyois finir par l'Article des
deux Loteries du Roy; mais comme il
ya um Lot de la premiere, & deux de
la feconde qu'on n'eft point encor
venu demander , je ne puis avoir la
Lifte que l'on m'a promife , que ces
trois Lots ne foient délivrez. Je vous
l'envoyeray, accompagnée d'une Planche
par laquelle vous verrez la maniere
dont la Loterie a efté tirée, & la Ma
chine dont on s'eft fervy. Cette Plan- -
che me viendra de fi bon lieu, que je
puis vous affurer qu'elle fera tresexacte.
J'auray foin d'y joindre de fort
jolis Vers que l'on m'a donnez fur ce
fujet. Jefuis, Madame, yoftre, & c.
A Paris ce 30. Avril 1681.
16
555225552 525555&
TABLE DES MATIERES
contenues dans ce Volume.
Va
A ant-propos,
1.
L'Academie de Villefranche an
Roy. Epiftre,
Sonnet au Roy,
Madrigal fur le mefmefujet,
3
I
17
Ce qui s'eft paffe au College des Medecins
à Lyon, touchant l'Election
d'un nouveau Doyen, 17
Colleges de Medecine établis par le
Roy,
24.
Lettre à celle qui a fi galamment écrit
Hiftoire defes Conqueftes,
Fable,
31.
38
Particularitez touchant ce qui s'eft paffe
à l'entreveuë de l'Empereur & de
[Electeur de Baviere, 40
Départ de M. l'Evefque d' Heliopolis,
& de M. l'Abbé de Lyonne, pourles
Milions de la Chine,
Le Procés galant, avec toutes les Pieces
SI
TABLE.
du Procés, Hiftoire, 54
.87
Le dernier Sapate de Savoye,
M. leComte d'Eftrées eft reçen Maréchal
de France , 106
Forme de Serment de Meffieurs les Maréchaux
de France, ·IT
115
Origine des Maréchaux de France fr
leurs fonctions,
Mort de Madame de Seguiran, 422
Mort du Sieur Francifque Corbet, &
fon Epitaphe, 127
Balet dancé à Hanover; avec les Vers
du Sujet, ceux qui ont efté faitsfur
les Personnages,
Benefices donnez par le Roy,
Lettre en Proverbes,
133
201
2M
Tout ce qui s'eft paffe à l'Académie
Françoise à la Reception de M. le
Premier Prefident, 222
2.52
Tout ce qui s'eft passe à S. Germain pendant
la Semaine Sainte,
Mariage de M. le Comte de Gacey, &
de Mademoiselle Berthelot,
Lettre touchant l Efcarboncle,
2.09
270
M. de Seve eft nommé Premier Prif
TABLE.
dent au Parlement de Mets,
Noms des Ambassadeurs & Envoyez
quifont en cette Cour,
La Poule, Fable,
275
282
286
Morts diverses, 288. & pagesfuivantes.
Fautes furvenues dans lArticle de la
mort de M.de Charoft, 302
Accouchement de Madame la Princeffe
de Marfillac,
Prevofté Generale de la Franche- Comté
donnée par le Roy,
307
309
Abbaye de Luc donnée à M. l'Abbé
de Fénis,
309
M.l'Abbé Fléchier prêche aux Minimės,
Converfions,
Le Faux Mariage, Hiftoire,
310
312
315
Tout ce qui s'eſt paffé à S. Cloud pendant
le fejour que Leurs Majeftez
327 pontfait,
Explication de la premiere Enigme du
Mois dernier,
349
Noms de ceux qui en ont trouvé le
Mot, 345
Explication de lafeconde Enigme, aves
TABLE.
les noms de ceux qui en ont trouvé lee
fens,
346321
Noms de ceux qui ont trouvé les veritables
Mots de l'une & de l'autre, 347
352
353
Enigme,
Autre Enigme,
Mariage de Mademoiselle de Teffe, 355
M. Guerchois eft reçen Procureur General
au Parlement de Rouen, 356 .
Le Roy donne à M. de Chazeron la
Lieutenance Generale du Rouffillon,
358
A
360
Airs fpirituels enfeignez par M. de
Baffilly
Charge de Secretaire du Cabinet du Roy
donnée à M. le Marquis de Saint
Poüange,
:
Morts diverses, 361. & pagesfuivantes,
Modes nouvelles,
361
3741
Fin de la Table..
Avis pour placer les Figures.
E Syfteme doit regarder la page
L
96.
L'Air qui commence par Hafezvons,
bafkez - vous, doux Printemps, don
regarder la page 200.
La Planche où eft écrit El Palacio
de Aranjuez , doit regarder la page
304.
L'Air qui commence par Dans le
temps des frimats , doit regarder la
Page 359.
Qualité de la reconnaissance optique de caractères