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1680, 10, t. 12 (Extraordinaire)
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73.70 Mo
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392
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Texte
EXTRAORDINAIRE
DV MERCVRE
GALANT.
A PARIS.
AV PALAIS.
ON donneratoujours unVolume
nouveau du Mercure Galant le
premier jour de chaque Mois, & le on vendra, aussi-bienque l'Extraordinaire
,Trente sols relié en Veau,
&Vingt-cinq sols en Parchemin.
A PARIS,
Chez G. DELUYNE,auPalais, dansla.
Salledes Merciers, à la Justice,
'ChezC. BLAGRAitT Rue: S. Jacques,
à l'entrée de la Ruë duPlâtre,
Etensa BoutiqueCourt-Neuve du Palais,
AU DAU PHIN.
ïtT. GIRARD,au Palais,dansla Grande
Salle, à l'Envie.
M. D. C. LXXXI.
JIYEC PRIVILEGE DV ROY.
EXTRAORDINAIRE
DV MERCVRE
GALANT.
QUARTIER D'OCTOBRE 1'80.
- TOME XII.
Es Ouvrages qui composent
ce douzième
Extraordinaire , ne
sont point seulement
sur les Questions preposées dans le
dernier, mais sur etII?s dont on
avoit demandé la décision dans cehty
du Quartier d'Avril.Je vdNI
ay marqué, Madame, qu'il m'en
estoit demeurébeaucoup, &je rens
justice à leurs Autheurs, en les joignant
aux nouveaux Traitez, dont
je vay vous fairepart. Les noms
que vous trouverez aubas de chacun
de ces Ouvrages, vous apprendront
à qui la gloire en est deuë,sans que
jeprévienne vestrejugement en leur
faveur par aucun éloge, ily en a
quelques-unsdont la lecture neservira
passeulement à vous divertir,
mais qui vous seront utiles IlIlJftbïen
qu'a vos Amis.Cesont ceux
où les J'<!!.(fions qui regardent la
Santésontagitées.Riennedoitestre
plus cherquesaconservation? & il
estbon que chacun soitéclaircypar
cCh;,bilesGens,dece qui luypeut
estre avantageux, ounuisible.
A MADEMOISELLE*** vOus voulez ravoir mes
sentimens sur les Questions
du dernier Extraordinaire.
Il faut vous les dire en peu de
mots. J'auray du moins l'avantagede
vous pouvoir parler une
fois d'amour, sans craindre de
mie rendre digne de vostre colere.
e.f<.!!,el estle plus grand, chagrin
qu'uneMattrejfîfuijfe donner à
Eun Amant. Ntrebeaucoup de chagrins
qu'une Belle peut
causer à son Amant, le plus iensible
estassurément celuy deluy
préferer un Rival d'un médiocre
mérite. Tous les autres déplaisirs
qu'il peut soufrir en aimant,
sont pour luy de fâcheux
sujesdetristesse & de douleur,
mais celuy-là le conduit au desespoir.
La fidélité & la constance
l'emportent enfin sur la
fierté & sur l'insensibilité d'une
Maîtresse. Quelque mal-traité
que soit un Amant, tant qu'il
luy est permis d'esperer, il se
flate toûjours d'un heureux retour;
mais quand la préférence
d'un indigne Rival luy enleve
ce qu'il aime, non seulementla
perte de ses espérances, mais
l'injustice du choix de sa Belle,
& le peu d'estime qu'elle témoigne
pour luy & pourson amour,
luy font sentir le plus cruel de
tous les fuplices.
JQuelques chagrins quune ingrate Maitreffi
Puisse causer àson Amant,
Celuy qui luy tient lieu du plus rude
tourment,
N'ejîpas de n'avoirpuméritersa tendresse;
Mais de voir triompher un indigne
Rival,
C'est un mortelchagrin qui rieutjamais
d'égal.
Si le fouvtnir d'un plaisir pttjfé,
:
cause du plaisir, ou de la peine. cE Problème partagera bien
les opinions, & chaque sentiment
ne manquera ny de raifons
ny dePartisans. Pour moy
qui prens bientost ma: :résolus
tion, je me déclare d'abord pour
le plaisirque nous donne le fouvenir
d'un bien que nous n'avons
plus. Nous avons assez de
maux présens & effectifs, qui
nous rendent malheureux, sans
que nous contraignions nostre
memoire à fouillerdansle passé
pour nous en causer d'imaginaires.
Si elle doit nous représenter
les choses telles qu'elles
ont esté, n'est-ce pas luy faire
violence que de l'obliger à nous
faire voir le bien comme un mal,
&: la joye comme la douleur?
Je ne puis pardonner ces sentimens
qu'à des Héros de Roman
,qui se desesperent au fouvenir
des faveurs de leur Maîtresse,
dont il ne leur est plus
permisdejouir UnHomme de
bon sens, doit au moins, s'il ne
veut ou ne peut pas se faire, un
plaisir du souvenir des biens qu'il
n'a plus, ne s'en point faire un
sujetde peine. Pour moyj'ay de
la joye quand je me souviens
d'un plaisirpassé; &du chagrin,
quand je me rappelle en dépit
de moy les disgraces que je n'ay
pu éviter.
AquP) bonsefaire une gesne
Dusouvenirdes biens qu'on nepossede,
p["f1.?
Leurperte nous chagrine; abus.
Le souvenir des maux doit seul nous
faire peine.
Lequel toucheplus aisément le coeur
d'une Belle; ou celuy qui se déclarantd'abord,
employe les termes
les plus passionnez, pour luy
protesterqu'ill'aime; ou celuy
qui en luy rendant beaucoup d'asjÙl¡
¿itt, UijjeagirsesfiinssalU
se déclarer. QUelle est l'Indiférenté,
ou la Fiere, dont la persé
verance & les assiduitez d'irn
Amant respectueux n'ayent pas
gagné le coeur? La confiance
&le respect en amour, viennent
à bout des obstacles les plus difsiciles
àsurmonter;&sice chemin-
là n'est pas le plus seûr, il
cil du moins le plus court. Je
m'en raporterois volontiers aux
Dames, & suis tres-persuadé
que si elles avoient à juger la
Question
,
elles la décideroient
en faveur des Amans refpedueuxôcfournis,
ôc nous aprendroient
par leur jugement, que
se déclarer d'abord, & employer
les termes les plus passionnez,
n'est pas la voye la plus assurée
pour arriver au coeur d'une
Belle, quoy que cette maniere
d'agir paroisse la plus touchante.
Un Amant discret qui attend
tout de ses petits foins & de ses
soûmissions, tient la bonne route.
La complaisance &lesassiduitez
font plus éloquentes, toutes
muetes qu'elles sont, que les
protestationsd'éclat. Aimer
sans le dire, & soupirer sans se
plaindre, font des déclarations
respectueuses qui flatent lafierté
d'une Belle, & qui l'engagent
insensiblement ànous aimer; au
lieu que le plus souvent unedéclaration
précipitée faite à con
tretemps, nous attire l'aversion
de la Personne dont nous cherchons
à nous faire aimer.
Faireîofficieux>legalant, lediscret,
Par mille petits soins attaquer une-
Belle,
Quoy qu'ellesoitfiere & cruelle,
C'est pour s'enfaireaimerl'infaillible
secret.
Si un Amant maltraité de la personne
qu'il aime, peut sans l'offencer
souhaiter la mort. cEst l'injure la plus grande,
&l'affront le plus sensible
qu'on puisse faire à une Maitresse,
que de souhaiter la mort.
Un Amant qui aime veritablement
& tendrement, n'a point
de transports siviolens. A peine
en vient-il aux plaintes, ou s'il
luy en échape quelques-unes,
elles font si respectueuses, qu'on
les prendroit bien plutost pour
de nouvelles protestations d'amour
,que pour des reproches.
S'il est mal-traité, il soufre patiemment
les rigueurs de la Personne
qu'il aime, &croitse les
estre attirées par la temerité
qu'il a euë de luy adresser les
voeux. Que s'il en reçoit quelques
faveurs, ce sont des graces
qu'il ne veut devoir qu'à ses bontez,
la regardant comme l'Astre
qui doit faire ion bonheur ou
son malheur, & dont il dépend
absolument. S'oublier assez pour
se souhaiter la mort, c'e st un
transport de fureur, & non pas
d'amour; & comme ce [ouh.lit
n'est formé que pour donner
lieu à des plaintes éternelles contre
une Belle, & luy faire acquerir
le nom d'injuste, on ne peut
imaginer d'outrage qu'elle doive
ressentirplus vivement, s'il est
vray pourtant ( car j'en doute
fort) qu'il y ait quelqu'un qui
de bonne-foy souhaite mourir.
A dire les choses comme on a.
sujet de les penser, toutes ces
imprécations contre la vie, ont
plus de vanité que de verité,
& de tant de Braves de cette
nature, il yen a peu qui fassent
gloire de tenir parole. En effet,
si la mort s'ofroit à eux comme
elle s'offrit au Vieillard d' Esope,
je suis fort persuadé qu'ils
luy feroient le mesme remercîment.
Un Amant mal-traité, réduit au défefPo:
r
ènage peu ses jours, estime peusa vie;
Maissouhaiter la mort pour chagriner
Silvie,
C'est d'un parfait Amant ignorer le
devoir.
SUR
LES FOLLETS.
S'ilssont de tout Païs, d- ce
qu'ils ontfait. JE ne puis laisser l'Article des
Follets, sans vous faire l'Histoire
d1 'un Lutin d-e Vyil.lage,
natif de Champagne,Apoticaire
& Chirurgien de sa Vacation;
& comme je cherche seulement
à vous divertir, laissant aux autres
à examiner s'il y a des Lutins
Folletspar tout, je veux
vous dire la singerie d'un de ces
Meilleurs, dont j'ay esté ré..
moin.
Comme l'on n'a pas toutes
ses aises quand on bâtit à la
Oampngne dansle fort de la
Moisson,j'avois esté obligé de
faire mettre le Lit d'une ancienne
Servante dans la Chambre
mefrne où j'estoiscouché avec
un de mes Amis, qui estoit venu
me voir.Sur leminuit,nousoüymes
un grand bruit de Pots ÔC
de Plats renversez, qui nous
éveilla en sursaut. La Vieille
croyant que ce fust un Chat qui
eust fait tomber l'Etain, cria au
-charde toute sa force;& le bruit
continuant
,
elle fè leva enfin
pour le chasser
,
mais elle fut
bien surprise, quand elle se sentit
coëffer d'un sceau d'eau. Le
vcfy qu'elle fit
,
disant qu'elle
estoit perduë, êc qu'ilyavoit
quelqu'un dans la Chambre,
nous fit lever nous-mesmes précipitamment,
&employer de la
lumiere à chercher par tout.
Nous avions fureté dans tous les
endroits de la Chambre & d'un
Cabinet, sans trouver personne,
lors que le Follet dont je vous
écris l'Histoire, nous apprit par
un grand éclat de rire, qu'il
estoit ce quelqu'un que nous
cherchions. Cette connoissance
nous surprit d'abord; mais
enfin apres nous estre remis du
vacarme surprenant de ce nouvel
Hoste, nous nous remîmes
au Lit, & passâmes le reste de la
nuit avec afifez de repos. Lanuit
suivante nous eûmes leplaisir, à
la clartéd'une Lampe, de voir
remüer les Pots & les Plats, &
joüer des Gobelets. La vieille
Servante, à qui ce carillon d'E
cuellesne plaisoit point, &qui
se souvenoit du mauvais tour
que le Follet luy avoit fait, le
maudissoit de toute son ame, &
pli selleluy disoit d'injures, plus
il éclatoit de rire. Maiscomme
il sembla s'estre apprivoisé, &
que chaque nuitillecontentoit
de déplacer&de replacer l'Etain
sans riengâter, l'on commença
à se faire à ses fredaines,&la
feule précaution qu'on prit contre
ses malices, fut de laisser une
Lampe allumée dans la chambre
où nous couchions.
Une nuit,l'heure ordinaire
où le Follet nous rendoit vilite
estant passée
, nous croyions
qu'il fust allé faire ailleurs son
remuë-ménage,quand nous apperçeûmes
posersurlaTable un
Etuy d'Apoticaire, dont on tira
une Seringue, que l'on remplit
d'eau. Cet apareil nous fit croire
qu'il y auroit cette nuit quelque
Comédie nouvelle; & pour
nous mettre à couvert de la sur,
prise, nous nous campâmes mon
Amy & moy, dans une situation
qui nous ostoit tout sujet de
craindre. Nous ne fûmes pas
long-temps en sentinelle
, que
nous vîmes lever la couverture
du Lit de laVieille, qui avoit
maudit nostre Follet, & en un
moment la Seringue eut opéré.
Jamais Lavement ne fut donné
avec tant d'adresse. La Vieille
qui ne s'éveilla qu'à la fraîcheur
extraordinaire qu'elle commença
de sentir dans le bas ventre,
fut toute étonnée de se voir sans
couverture,& de trouver une
Seringue auprès d'elle. Les
soupçons qu'elle eut de cette
nouvelle piece
, par les tranchées
que l'eau fraîche luy causa,
& les éclats de rire de nostre
Follet, aussibien que ceux qu'il
nous fut impossible de retenir,
la transporterent si fort, qu'elle
proféra mille imprécations contre
le Lutin, & les eust longtemps
continuées sans de grandes
douleurs de colique, qui la
presserent extraordinairement.
Elle se crût morte, ou du moins
empoisonnée; Sece Clystereluy
tourmentant plus l'esprit que le
corps, la fièvre la prit le matin,
avec une forte oppression
,
& un
tremblement, qui luy dura plus
d'une heure. Un Barberot de
Village, qu'on alla chercher,
luy tira du fang ( car il ne salut
point parler de Lavement, le
seul nom estant capable de redoubler
tous ses maux.) L'oprefsion
& la fiévre diminuèrent un
peu par la saignée & comme le
malavoit esté moindre que la
peur, lors qu'elle fut un peu revenuë
à elle, chacun commença
à plaisanter sur l'A vanture. Le
Chirurgien qui faisoitfort le capable,
voulut raisonner comme
les autres, & dit, en retroussant
une moustache large de deux
doigts, quec'estoit quelque Valetà
qui la Servanteavoitdonné
du vin éventé, qui luy avoit fait
cette piece; que c'estoit une esreur
de croire ce qu'on disoit des
Follets; & enfilant là-dessus le
recit de quelques terreurs paniques
, &de quelques illusions,
dont il s'estoit détrompé par son
courage, il témoigna tant d'envie
d'entendre un Follet, que sur
l'offre qu'on luy fit du Lit de la
Vieille,pour voir l'Opéra de la
nuit prochaine, il accepta le
party. Nostre glorieux Barbier
s'estoit mis le coeur au ventre à
force de boire pendant toute la
soirée; & de peur de s'endormir,
il se promenoit à grands
pas, lors que le Follet vint faire
son remuë-ménage accoûtumé,
& ses tours de Gobelets. Nostre
Homme qui s'estoit attendu à
quelque chose de plus qu'à un
renversement de Marmites, peu
satisfait de la diablerie, commença
à insuter le Lutin, & à
le traiter de petit Esprit
,
de
Marmiton, & de pauvre Diable
; & le prenant d'un ton goguenard
,
il ajoûta que s'il ne
sçavoit que donner des Lavemens
,
il n'avoit qu'à le venir
trouver,& qu'illuy aprendroit
à faire la Barbe & les Cheveux.
Le Follet n'ayant répondu aux
imprécations du Barbier, que
par des éclats de rire, & ne faisant
plus aucun bruit, nostre
Brave crut que ses injures & ses
rodomontades estoient un redoutable
Exorcisine, qui avoit
chassé le Lutin; & sans songer à
luy davantage, il se jetta sur son -
Lit. Mais quel spectacle peu de
temps aprés! A peinecommençoit-
il à dormir 6c à ronfler,
qu'ayant entendu un bruit de
Ciseaux, nous jettâmes les yeux
surle Lit du Chirurgien, de qui
nous apperçeûmes couper les
Cheveux du costé droit,aussi
bien que le bouquet de Barbe
du mesme costé. Ce malicieux
Follet n'eut pas si-tost achevé
cette singerie, que tirant la couverture
avec violence, il éveilla
le Barbier, &luyjetta au nezla
Barbe & les Cheveux coupez,
avec des éclats de rire, qui luy
firent trop connoîtrequec'étoit
sur luy qu'il avoit voulu faire son
aprentissage de Barbier.Nostre
Rodomont qui se vit au Miroir
si crotefquement ajusté, pensa
crever de dépit. La confusion
qu'il eut des railleries qui luy fu-,
rent faites sur son Avanture
,
qui
consola un peu la vieille Servante
,
le fit décamper sans dire
adieu. Depuis ce temps-là personne
n'a entendu le Lutin. Je
ne sçay si nostre Chirurgien
voyant l'adresse du Follet à donner
des Lavemens, & à faire la
Barbe & les Cheveux,ne le prit
point POUIt luyservir de Frater;
mais s'il est toûjours aussi malicieux
qu'il estoit, comme cette
Vacation engage ceux qui la
professent à courir le Païs, vous
pourrez aprendre quelque nouvelle
singerie qu'ilaurafaite ailleurs
, dans les Nouvelles qui seront
envoyées au Mercure Galant
pour l'Extraordinaire prochain,
&la Province où il peut
estre.
Cette
Cette Histoire est allez longue
,sans yen ajouter d'autres,
pour vous faire connoître la ma- ice & les tours des Follets de
nos Quartiers, où ils ont bien
fait d'autres singeries.
Soit en Champagne, ou Picardie,
Soit en Provence, ou Normandie,
SoitenBretagne ouDauphiné,
Les Folletsfontremu-ménage,
Et leur diable de badinaqe
M'a plus de vingtfoischagriné.
J? suis,Mademoiselle,vostre
tres, &c.
MOLLOT, de Nostre-DtZme
duVal, à Provins.
DELA SYMPATHIE.
A MADAME A. P.
A Lyon.
N a si peu proposéde
Questions dans les Extraordinaires
du Mercure, qui ne
soient un effet particulier de la
Sympathie, que comme il n'est
point de passion qui ne tire ses
principaux caracteres de ce Secret
impénetrable, il [elnble,
pour peu qu'on y veüille refléchir,
qu'on ne peut rien pro- ;
poser qui doive attirer plus for.;
tementl'application des
-
Curieux,
que ces galantes toposi.
tions,
Neantmoins on demande
quelques Sujets plus particuliers,
où les admirables effets
de ce mystere paroissent plus
détachez de Geux de la Morale,
&laissentaux Curieuxqui n'ont
pas encor sçeu les sentimens des
plus éclairez, une connoissance
des difficultez qu'ils ont trouvées
jusqu'icy à découvrir les
routes inconnues de ce Labyrinthe
fameux, qui â estéle plus
grand Gb-fiacle de la Philosophie,
& l'admiration de tous les
Siecles.
Avant que d'entrer dans ce
détail, il faut établir que la
Sympathie ( ainsi qu'on en peut
juger partant d'Observations
curieuses) est une naturelleinclination
aux choies creées, de
s'unir par un perpétuel raport,
ou une secrete familiarité de
substance,de de parties, comme
l'antipathiel'est de s'éloigner
par une disproportion aussi
cachée, qui convient si peu aux
sujets dans lesquelsces effets le
rencontrent, que les derniersne
souffrentpasmoins à l'aproche,
que les premiers dans l'éloignement.
Le miraclefamilierde cette
Pierre merveilleusequi donne
tant d'amour au plus dur de tous
les Métaux, n'est pas la feule
Enigmequi a remply d'étonnement
toute la Nature, &: mis
tant d'Esprits à la gesne, pourle
former quelque legere idée de
cet effet surprenant, puis qu'il
n'est rien dans l'ordre de tout
ce qui existe, qui ne soit rernpIy
de dispositions & decaracteres
diférens.
Ils ont esté la vaste matiere
de tant de Questions & de
Volumes, où l'on s'est efforcé
de dire la mesme chose en des
termes peu diférens, pour mieux
colorer l'ignorance & la fOÁblesse
de l'efprir, qui n'a jamais
pû penétrerau travers des nuages
quicouvrent la causede ce
Secretmystérieux.
Toute la Medecine n'a pas
mieux réüssy dans les recherches
curieuses, 8c les sçavantes
découvertes qui l'ont toujours
flatée de trouverenfin l'art de
rajeunïr les Hommes, & le se-i
cret de l'immortalité. Elle a reconnu
que son étude la plus parfaite
estoit bornée au point de
pe pouvoir juger des moindres
effets que par le succés des longues
expériences, dont les évenemens
divers ont fourny incessamment
à l'Ecole la matiere
incertaine d'une infinitéde Propositions
& de Problèmes,où
la fin des Siecles ne trouvera pas
de moindres difficultezque les
premiers.
On a mis la vertu des Médicamens
purgatifs si necessaires
à la vie, au nombre de celles qui
ont plus particulièrement attiré
l'étude & l'application des plus
grands Hommes, qui ont commis
autant d'erreurs qu'ils ont
formé de Partis sur ce sujet.
Les premiers n'ont pu passer
les termes desqualitez occultes.
Ceux qui ont suivy, peu satisfaits
de ce Commentaire, l'ont
attribué à la forme, d'autres à
la matiere, plusieurs à des quilitez
chimériques qu'ils ne connoissoient
pas eux-mesmes; &
un grand nombre, à l'effet des
contraires.
Les plus spéculatifs ont reconnu
tant de manquemens &
de défauts à la force de leurs raisonnemens,
& à la perfection
de leurs découvertes, qu'ils ont
esté contraints de chercher dans
l'anathomie & la division des
corps, la Nature dans la Nature
mesme, & par le secours des
Verres enchantez, ils ont découvert
à la Philosophie & à la
Medecine, une infinité de nouveautez
& de merveilles qui n'avoient
pas moins échapé aux
yeux qu'à la raison.
Apres tantde raresobservations,
ils ont bien mieux pensé
d'établirun flux, ou une émillion
continuelle des parties les.
plus subtiles, qu'ils ont nommées
corpuscules (à. eaule de
leur extrême petitesse defiinées
à former en chaque Úlje,
cette inclination naturelle de
s'approcher. incessamment, &
de s'unir par leur rencontre.
C'est la conformité des substances,
& le raport des figures qui.
assemblent, &: liënt si fortement
ces corpuseulesentr'eux, qu'ils
ne cessentd'agirjusquesàce que
leur poids cede à leur inclination,
& que la partie qui résiste
le laisse vaincre àl'union qui la,
Frelfe.,
Il est aisé de remarquer ce
mouvement aux Remedes purgatifs,
lors que par une vertu
que l'on nomme magnétique.
( à cause qu'elle imite celle de,
l'Ayman)le Médicament estant
échaufé, & actué par la chaleur
de l'estomach, les corpuscules.
qui ont plus de disposition à se
répandre dans toutes les parties
où ils peuvent arriver, s'attachent
aux humeurs qu'ils trouvent
avoir plus de conformité
avec eux-mesmes, & de raport
en leurs figures.
Onest trop persuadé que tout
circule, & que tout retourne à.
fbn centre, pour ne pas juger
qu'ils entraînent ces humeurs,
cherchant à se réunir au principe
qui les a produits; & la NJ.,
ture ne pouvant souffrir longtemps
l'humeur &: le Remede,
chasse dans une salutaire confufioli
ce mélange de Médicament
& de pourriture, pour se
délivrer bientost de l'un & de
l'autre. Aïnli s'il échape quelque
chose à l'effet du premier
Remede, c'est par l'engagement
qui retient l'humeur, ou par le
peu de disposition qu'elle avoit
à sortir, & qui demande toute
la préparation necessaire pour
obeïr au Remede qui attire, & àlaNature qui expulse.
Toute la Philosophie n'a pas
trouvé de meilleures raisons
pour les effets qui partent de
l'antipathie, dont le principal
caractère est de séparer ou de
détruire tous les sujets où elle
se rencontre, quand on leur fait
la violence de les approcher, &
dejoindre ces Ennemis irréconciliables.
Ils ne cessent de souffrir
par le mélange forcé des
corpuscules, qui n'ont aucune
ressemblance qui puisse les rendre
compatibles; c'est pourquoy
ils font tant de ravage
dans cette opposition, qu'ils
causent bientost une prompte
& entiere desolation des corps
quilesreçoivent.
Ces pernicieux effets paroissent
dans une infinité de illjets,
où l'on admire ce que tant de
causes étranges peuvent pre.
duire de plus étonnant, mais
particulierement aux Cantharides
& au Liévre marin,dont
le premier ulcere la vescie,&
l'autre les poulmons, par les
pointes & les éguillons des corpuscules,
quidétruisent-absolument
ces parties composées
d'une texture entierement opposée
à leurs figures.
Ceux qui ont parlé de cette
doctrine, n'ont pas reçeu la
conformité de substance, que
l'on a cru absolument inutile
pour expliquer les effets de la
Sympathieattribuée aux figures
seulement qui ont plus de
ressemblance & d'union entre
elles. Neantmoins le nombre
des effets surprenans que l'oiv
observe en l'un &en l'autre, &
quel'on croit ne se pouvoir entierement
rapporter aux figures,
oblige à recourir aux deux ensemble.
Parmy les exemples les plus
particuliers, celuy que M"Tavernier
rapporte au Torne 2.
Livre3. Chap.19. de sesVoyages
des Indes, est l'un des plus
surprenans. Ce fameux & illustre
Voyageur tres-digne de
foy, comme il l'a paru en toutes
lesRelations, assurequeMrson
Frere, Homme demérite&de
probité, qu'il avoit mené aux
Indes, estant dans leRoyaume
de Macassar, où le Roy de ce
Païs luy faisoit l' honneur de
l'appeller entousses plaisirs, ce
Prince voulant un jour luy donner
des preuves de la force &
de la promptitude incroyable
desFlechesempoisonnées dont
il avoit seul le secret, fit venir
un Criminel qui méritoit la
mort, & ayant demandé en
quelle pattie du corps on vouloit
qu'il le tirast, Mr Tavernier
choisit le gros doigt du pied
droit, A l'heure mesme avec
une petite Sarbatane le Roy
poussa la Fleche, & donna fore
adroitement au lieu qu'on luy
avoit marqué. Le Criminel
mourut aussitost,quoy que deux
Chirurgiens, l'un Anglois, &
l'autre Hollandois, luy eusent
coupé au mesme instant le mesme
doigt du pied qui avoit esté
piqué.
Il est bien difficile de concevoir
comment une Aiguille qui
n'estoit pas plus grosse qu'une
petite Epingle, put à l'instant
qu'elle eut piqué, éteindre la
chaleur naturelle du coeur par
les feules figures des corpuscules,
sans avoir le temps d'estre
actuez, si l'opposition particuliered'unesubstance
mortifere
qui ne se peut concevoir, &qui
forme ce grand effet d'antipathie,
ne s'en fust meslé.
J',lY eu l'honneur de voir icy
MrTavernierchez mes Amis,
-6c d'avoir appris de luy-mesme
toutes les circonstances de ce
prompt & terrible effet, avant
qu'il eustécrit, & depuis, Mr
Raisin, qui est pour la troisiéme
fois aux Indes, me l'a confirmé.
J'eus le temps d'en parler
pendant six mois qu'il fut arresté
au Lit d'une maladiequ'il
avoit apportée desIndes, nom.;
mée le Dragonneau. C'est un
Ver qui tient depuis la teste jusques
aux pieds, entre chair&
cuir. Les mauvaises eaux que
l'on boit en ce Païs, rendentce
mal familier à ceux qui nese
précautionnent pas.
Voila, Madame, une legere
idée des effets de la Sympathie,
que vous souhaitiez d'apprendre,
& dont on vous a
toujours figuré les difficultez
( comme vous pouvez juger
par ce prélude) tellement
au dessus du raisonnement, que
les plus scavans ont esté contraints
d'avoüer qu'il est plus
aisé de l'admirer que de la connoistre.
Cependant l'effet decePoisonest
une belle &ample matieredephilosopher
sur la coagulation
&. la congélationdu
sang & des esprits subitement
éteints, ou interceptez par ce
venin que les termes d'une Lettre
ne permettent pas de pousser
plus loin. Je suis,Madame,
vostretres&c.
PANTHOT, Doct. Med,
AIRIS,
SUR SON ABSENCE.
SONNET. NOn, il n'est point pour moy de
supliceplus rude,
Queceluy de me voiréloigné de vos
yeux.
Je fais mille desseins de sortir de ces
Lieux,
Tour vota aller trouver dans vostre
Solitude.
Mon esprit,belle Iris, n'apointd'autre
habitude,
lu- celle d'un chagrinsombre & capricieux.
Helas!c'estfait de moy,sivous ne
revenez.
PLAINTE A UNE BELLE
qui avoit choisy deux Amans
noirs comme des demy-Mores.
UNRojJignolJthonneur de son
Bocage,
Chantant captifmoins que les Roitelets,
Trouva moyen desortir desa Cage,
Etsçeut depuiséviter lesfilets.
TrompeuseIris que ne deviens-jesage?
Je voy l'écueil, & ne lefuisjamais.
Ta beautébrille, & ton bel oeiléclate.
Que tonabordest doux&gratieux!
De ton accueil un pauvre Amant se
flate,
Et c'estalors que tu le trompes mieux.
Volage Iris,fourbe, crédule, ingrate,
Un coeurpeut-ilse fier à tesyeux?
De mon amour j'ay donné millesignes,
Et ta rigueurm'immole à mes Rivaux.
Fay des Amans ouplusseûrs, ouplu*
dignes,
uiinji du moins daigne adoucir mes
maux.
Quevoussert-il de bienchanter, ô
Cygnes,
Si Vénus met àsonChardes Corbeaux?
RICHIBOURG,AvocatàToulouse.
Si un Amour secretrécompenséde
faveurs, està
préferer à un Amour d"éflAt,
qui donne de lagloiresans
aucun plaisir. s I l'on doit se proposer une.
fin dans l'Amour
,
iln'y a
aucundoute que celuy-là est.
plus heureux qui joüit en secret
des faveurs de sa Maîtresse, que;
ceux dont le bonheur ne consîste
que dans un vain éclat, qui
n'a rien de réel ny de solide. Eneffet
, il importe peu que l'on
nous croye satisfaits
,
si nostre
bonheur n'est qu'imagination,
quinous attire l'envie desautres,
pour un bien que nous ne possedons
pas. Il n'y a rien qui engage
une Belle, ny si forrement
ny si long-temps, que la discretion
de celuy qu'elle croit pouvoir
rendre le dépositaire des
sentimens les plus secrets de son
coeur; mais quand au contraire
elle est persuadée de l'infidélité
de sa langue, elle retire tout
d'un coup ses faveurs,&: passe
aussi-tost de la confiance à la
froideur. Ne voit-on pas tous
les jours, qu'un Victorieux qui
sçait user avec modération de sa
victoire, est beaucoup plus suportable
au Vaincu,que celuy
qui fait gloire avec insolence
d'une Conqueste qui ne luy est
pas encor bien assurée? Enfin
quelque triomphe que l'on se
propose dans le public, en s'attribuant
un avantage qui ne nous
appartient pas, l'ona toûjours
du chagrin que la Vérité ne s'accorde
pas avec la Renommée,
& que nostre coeur n'ait pas lieu
de se flater de l'ambition dont
nostre esprit se repaift.
Auquel une Femme doit sçavoir
meilleur gré; ou à celuy qui a
aiméfinejprit avant que dese
laisser charmer desa beauté; Olk,
à celuy qui a aimésabeautéavant
que de se Laisser charmer de son
efirit. TOutes les Femmes veulentestreaimées,
&elles
examinent peu si c'est de leur.,
beauté ou de leur esprit que Tcm
est le plus charmé. La phîpart\
sont tellementébloüyes de leur
mérite, par un effet de l'amour
propre que des flateries continuelles
leurinspirent,qu'elles s'i-1
maginent que toutes les Graces
sont également attachées à leurs
Personnes. On peut dire néantmoins
que l'amour de la beauté
est ce qui touche plus vivement
leurs coeurs. C'est ce qui paroist
par l'opposition des contraires.
Ce n'estpas faireà plusieurs une
injure capable de leur causer de
fort grands chagrins, que mépriser
leur esprit, ou découvrir
leurs desordres.Une infinité
mesme font gloire de négliger
tous les ornemens de l'ame,
hormis ceux qui contribuënt à
leur faire de,s Captifs; mais quand
quand onpublie quelque chose
qui donne atteinte à leur beauté,
on les voit entrer dans une
indignation, qu'elles conservent
jusqu'au tombeau, contre les
auteurs d'un outrage qui leur est
si sensible. Lesplus vertueuses
ne font pas exemptes de ce defaut
; elles ne sont pas satisfaites
des éloges qu'on donne à leur
sagesse, si l'on ne louë en mesme
temps les graces de leurcorps ;
*&. quoy que l'esprit foitun bien
,ph.u; solide & plus durable, celles
qui sont convaincues par leur
Miroir, que la Nature ne leur a
esté aucunement favorable,
trouvent rarementàse consoler
de cette disgrâce, parles loüanges
que l'on donne à leur esprit.
Celles mesme à qui l'âge a effacé
les plus beaux traits,de leur vifage
,
à peine souffrent-elles
qu'on les entretiennede ce qu'elles
ont esté autrefois, si elles ont
le chagrin de survivreàleursattraits.
Si pour une liai/on de tendresse, il
estplus agreable de s'attacher à
une ptrjiJiJrJc de seize ans,qu'à
une de trente. CEux qui dansle choix de
leurs Maîtressesnese proposent
pour but quedétablir
une longue passion, seront plus
portez à faire une liaison de tendresseavectinePersonne
deseize
ans,parce qu'outre lesagrémens
de sajeunesse, ilsesperent encor
de trouver en elle dans la suite les
mesmesavantages, que l'expérience
d'aimeraacquis à celle de
trente; mais ceuxquin'ont p s
une si' grande prévoyance pour
l'avenir& qui estiment les chosesplutost
par ce qu'elles valent,,
que par ce qu'elles pourront valoir
un jour,préfereront celle
qui aime avecconnoissance à
aine autre,quise laissant aller à
l'ardeur de ses premiers feux, ne
peut pas se garantir si aisément
de l'inconstance
, ny des autres
écueils qui rompent les amitiez.
''Là'jeune- ne nous peut retenir
..qll': parl'éclat de sa jeunesse, ou
desabeauté, que l'on méprise
bientostapres lapossession,&sur
tout, lors que l'on estconvaincu
d'irnefimpliciré
,
quidevient
ennuyeuse; mais l'esprir de l'au
tre, qui icaic ménager avec prudence
les artifices qui peuvent
rallumer nos feux mourans, est
unechaîne bien plus forte, dont
bien souvent les plus grands efforts
que nous faisons ne nous
peuventdégager.
Laquelle m doit plaindre davantage,
ou une Femme qui a un
Mary stupide jusqu'àlafolie;
ou celle dont le Mary est jaloux
jtifqualafureur.
JAy consulté deux de mes
Amies, dont l'une a un Mary
fiupide jusqu'à la folie, & l'autre
jaloux jusqu'à la fureur; mais
l'une& l'autre mont parlé avec
tant de passion,que je ne pûs
sur le champ discerner laquelle
des deux estoit plus à plaindre
Cependant, s'il m'est permis
d'expliquer ce que j'en pense, il
me paroist que c'est le dernier
des suplices,de passer toute sa
vie avec un stupide
, avec qui
l'onne peut avoir aucune union
spirituelle ; & qu'au contraire
l'on peut souffrir la fureur de
l'autre
,
qui ne vient que d'un
excés d'amour & de crainte,
qu'un autre ne partage son bonheur.
Il est vray quecettederniere
passion est plus violente,&
que leseffets en font plus à craindre
; mais y eut-il jamais amour
qui ne fust meslé de peines 6c
d'amertumes ? La jalollue n'estelle
pas compatible avec la correspondance
des coeurs 6c des
esprits, qui fait l'amour? Elfe:
est aussi une preuve certaine du
mérite que l'onreconnoit dans
la Personne que l'on aime. On
peutdire mesme qu'il y a peu de
Marys si déraisonnables, qu'une
Femme n'appaise par sa conduite
; ôc il est bien plus facile de
réduire l'excès à une juste modération
, que de rendre aimable
unSujet, qui n'a aucune dispositionàinspirerde
l'amour. Toutefois,
si la fureur n'avoit aucunes
bornes ny intervales favorables
,
de deux malheurs le
moindreestant à choisir, le stupide
feroit préferable au furieux,
contre lequell'on ne peut s'assurer
que par la fuite. Son emportement
donne lieu de tout
redouter; & la vie qui est si chere
,
est toûjours en danger,au
moindre Fantôme qui trouble
son imagination blessée. Au
contraire,le chagrin que peut
causer la folie du premier, n'cft
que volontaire, ù. s'il n'est pas
en état de faire du bien,du moins
pe fait-il aucun mal
,
dont les
suites puissent devenir funestes.
PEROT DE REGNONVAL.
DEL'ORIGINE
DE L'HARMONIE.
De ccttxqui l'ont inventée,deson
cusage, 6- deses effets. 'Efi: un grand Point que
l'Harmonie. C'estellequifait
subsister tout le monde, 6c
qui le répand par toutes les parties
de l'Univers, & sans laquelle
la dissolution de tous les Elemens
& de la Nature arriveroit
bientost. L'Harmonie qui naît
entr'eux ne se forme que deleurs
contrarierez ; de mesme que de
la diférence des voixou des sons
des Instrumens ,se forme celle
qui flate si doucement nostre
oreille.
Mais pour venir à l'origine de
l'Harmonie,il faut retourner à
celle des Instrumens & de la
Dance. Ils ont tous un mesme
principe;&Josephe au premier
Livre desAntiquitez Judjques).
rapporte, comme il aestéditau
Discours de la Dance,quejubal
Fils de Lamech,aestéle premier
Inventeur de l'Harmonie, comme
ill'avoitestédesInstrumens
& de la Dance. En effet, sans
le secours des Instrumens,ausquels
on joint souvent les Voix,
comment pourroit- on former
l'Harmonie ? Les uns ou lesautres
y sontabsolumentnécessairxes,
6c ne peuventen estre separez
qu'alternativement. Cet
Art doit estre appelle Divin
puis que ,. ce Jubal ne l'apprit que
du concert que forment les Planetes
& les mouvemens des
Cieux. Il se trouve toutefois divers
Autheurs qui en donnent
l'origine à d'autres.
Chez les Grecs, on tient
qu'Orphée Fils d'Apollon & de
Callrope,& Linus Filsdu mesme
Apollon & de Terpficore
, ont
esté les premiers qui ont trouvé
les secrets de l'Harmonie ; &
que pour la rendre plus recommandable
& plus auguste, ona
feint que ces deux grands Personnages
ont pris leurnaissance
deDivinitez;àquoyl'onaajoûté
que par cet Art le premier
sçavoit tellement tempérer Les
esprits & les passions des Hommes,
qu'il les conduisoit à son
gré; jusques-là mesme qu'ona
dit qu'iladoucissoit la fiertédes
Animaux, animoit les Rochers,
retenoit le cours des Rivieres,
& faisoit dancer les Arbres
; que
Linus n'excelloit pas moins que
luy en lamesme profession. C'est
ce quedisent Horace& Virgile,
après divers AutheursGrecs.
Properce, Stace en sa Thé,1
baïde, Pausanias& Eusebe,rapportent
que chez les mesmes
Grecs, AmphionFils de Jupiter
& d'Antiope,avoit le premier
découvert l'Harmonie,&que
parles secrets de cet Art il avoit
bâty la Ville de Thébes, Mais
que veulent dire toutes ces merveilles?
Si ce n'estqueceshabiles
Personnages de l'Antiquité
possedoient cet Arcavec tantde
perfection, que comme par de
nouveaux charmes ilsattiroient
les esprits des Hommes les plus
rustiques&les plus barbares, &
faisoienttelleimpression sur
leurs passionsqu'ils vouloient,
jusquesàles concilier ensemble,
& n'en faire qu'un corps, & c'est
d'où est venu que les Peuples
ont fait union ,& bâtY des Villes.
Les mesmes Grecs, fous le
nom de Denys,disent que Bacchus
a inventé la premiere Harmonie
, tant dans l'Egypte que
dans les Indes & que c'estoit
pour y celebrer ses Triomphes
& ses Conquestes ; que par le
conseil de Silene il joignit les
Voix des Nymphes à celles des
Bacchantes ses Prestresses, les
Chalumeaux des Faunes & des
Satyres qui l'acomppagnoient
aux Sistres des Egyptiens, Il
mena un plreilT-rÍ(m1phe,avec
l'Harmonie desSylvains &des
Egipans, apres la défaite des
Rois Licurgus.&Penthée.C'est
ce qu'en dit Diodore. Voyez
aussi les Images des Dieux.
A quoy bon encor lesGrecs
ont-ils feint qu'Apollon est le
Dieu de l'Harmonie
, que luy
& les Mures ses Soeurs forment
de doux concerts sur le Parnasse?
S'ils les font Filles de Jupiter &
de Mnemosyne, c'est-ce pas
pour nous donner une agréable
idée de l' Harmonie? Tout yest
divin. Les Muses
,
Filles d'un
Dieu 6c d'une Déesse
, y tiennent
chacune leur Instrument,
diférent l'un de l'autre. Leurs
Voix s'accordent, & Apollon
qui préside au Concert, en conduit
& régit toute l'Harmonie
au son de la Harpe. C'est assez
nous marquer par cette belle
Peinture, que l'Harmonie ne
dépend que desMules, que les
Principes en sont divins; qu'il
doityavoirdela diversité dans lenombre des Voix; qu'on doit
attendre un bel effet des cadences;
que les fons, quoy que diférens
en leurs rencontres, ne
laissent pas de faire d'agréables
accords; & qu'enfin il se doit
former une parfaite union 5c une
pdaorutciees.consonance de toutes les
Les Sculpteurs &les Peintres,
qui nous donnent le Portrait de
l'Harmonie
,
la represenrent
fous la figure d'une Nymphe
modeste en ses vesttemens,assise
aumilieu des Instrumens qui servent
à son Art & à sa Profession.
ilslafontattentive, & l'oeil porté
au Ciel,comme si elle confi
déroit son origine.
Quand Homere parle des
Syrénes , il n'en fait pas trois
Monstres,comme d'autres; mais
il dit que c'estoit trois Filles
adonnées à la Vertu &à l'Harmonie
;
qu'elles ne se plaifoient
qu'à chanter les belles Actions
des grends Héros, & que par
les louanges qu'elles leur donnoient,
elles s'efforçoient d'animer
les autres à les imiter. C'est
aussi ce qu'en dit Xenophoo,
Aristote mesme, en son Traité
des Merveilles, dit, que pour la
Vertu & l'Harmonie de ces Filles,
on avoit dressé des Autels,
Se érigé des Temples en certain
m.es Isles voisines de l'Italie.
Boëthius veut quePythagore
foit- le premier Inventeur de
l'Harmonie, & dit qu'ill'avoit
apprise du bruit alternatif que
font les Forgerons, quand à la
cadencé ils batent sur leur Ens-
olinquid'onne uneautre Solin,qui donne une autre
Origineà l'Harmonie,dit qu'élu
le a pris naissance dans Crete,
''& qu'elle est dérivée du Concert
que faisoient les Dactyles,
ou Corybantes, anciensPrestres
<le Cybele, avec le son aigu de
leurs Cymbales, ou Boucliers
d'airain, pendant les Sacrifices
decetteDéesse. Cetteopinion
n'est pas éloignée de la précédente.
Polybe dit que les plus anciens
des Arcadiens ont e(t&
les Inventeurs de l'Harmonie,
parce que cette Nation y a.
toûjours eu beaucoup d'inclination,&
qu'ils l'avoientinctoduire
dansle Païs Latin,oùauparavant
on ne se servoit pour tous
Instrumensque deChalumeau X.
MaisDiodore n'en demeure pas
là, & rapporte que Mercure,
qui a fait la découverte des plus
beauxArts,ainventéceluy cy,
estant le premier qui ait enseigné
le mélange &l'accord desVoix,
selon la qualité des organes, K.
ensuite le Concert & l'Hanno":
nie, qui en dépendent absolument.,
Athenée dit que les Anciens
ne peuvent avoir inventé l'Harmonie,
qu'en imitant le ramage
des Oyseaux, apresles avoir entendus
souventdégoiser sur les
Arbres. Selon Berose, l'Harmonie
a esté introduite dans les
Gaules pour un de leurs Rays,
nommé Bardus, qui futaussicurieux
des autres beaux Arts qu'il
yfitcultiver.
Maisapres tant de diférentes
opinions, il en faut toûjoursrevenir
àJ ubal, quia devancé tous
les autres Inventeurs, ayant vécu
plusieurs Siecles auparavant,
puis qu'il estoit du temps des
premiers Hommes.
- Cependant il semble que la
Nature aitestéla premiere Maîtresse
qui ait enseigné l'Harmonie
au Genre humain, puis
que dés les principes de la vie on
s'en sert pour adoucir les ennuis,
ou pour aider à en suporter les
satigues. On l'employédans
tous les Arts, pour tempérer en
quelque façon ce qu'il y a de
plus rude & de plus difficile.
L'expérience le fait connoistre,
sans lesspécifier.
On ne doute pas aussi qu'entre
les Animaux, les Poissons 8c.
les Oyseaux, il n'yen ait quel*,
ques-uns qui ne soient naturellement
instruits à l'Harmonie,
ou qu'ils n'y soient sensibles.
Elle fait toutes les delices du
Rossignol; & le Cygne qui s'y
plaist jusques aux derniers mou.
mens de sa vie,ne la finit qu'avec
elle. Le Dauphin y trouve
des charmes; & d'autres Poissons
d'une autre espece, s'y laissent
prendre dans un fameux.
Lac pres d'Alexandrie. Le Cheval
généreux s'égaye&s'anime
aux fanfares harmonieux du
Clairon & de la Tromperez
Voyez ce que dit Perse à l'entrée
de les Satyres.
Lamesme Harmonien'â-t-ellé.-
pas des effets merveilleux pour
diverses maladies? Elle guéritla-
Groute sciatique dans les lfies.,
de Lesbos, & d'Ion. La Phalange
ou Tarantole en Italie,
y perd l'effet de son venin,puis
que ceux qui en sontpiquez en
sont guéris par l'Harmonie.
LesLacedémoniciis,par son secours
ont esté délivrez de la
Peste. Elle remedie aux morsures
des Viperes, comme disent
Teophraste & Celius Rhodiginus.
Elle chasse la manie & la
rage, en excitant le corps par
des mouvemens violens. EIIeT
assoupitla colere,empesche la
sédicton,arreste la vangeance,
adoucit les travaux de l'esprit,
bannit latristesse,anime au conibat,
porte l'ame à la pieté, &
fait beaucoup d'autres effets furprenans,
dont parle Theodorus
Zuingerus.
Mais voyons en quoy consiste
l'Harmonie,& quelle opinion
les Autheursenonteuë. Aristote
nomme cet Art grand, relevé
& divin, & dit que l'Harmonie
ne se peut fairequede
tons diférens, qui ne laissentpas
de s'accorder les uns aux autres
,
& de faire une agreable
union, qui s'insinuë doucement
par les organes de l'oreille,&
pénétrant soudain jusques à l'ame,
la ravit, & la tranfporre
hors d'elle
- mesme jusques-là
que le corps devient comme insensible.
Ciceron dit que l'Harmonie
consiste en trois choses,dans
les Instrumens, dans les voix, &
dans les paroles, où se trouvent
les nombres, les cadences, &les
mesures, & que le plus souvent
la belle Poësle y prend part.
Pline dit que c'est une heu.
reuse rencontre de divers sons,
qui forment un agreable mé- lange,& en fuite une douce alliance
d'où naissent les accords
qui flatent nos sens; mais que
quand ces sons viennent à se
séparer de leur union, ils ne font
plus qu'aigrirl'oüye, & blesser,
son organe.
Il y a de plus trois especes
d'Harmonie. La premiere qu'on
appelle Diaronique, est molle,
efféminée, & étenduë. La seconde,
dire Cromatique, est figurée,
&emprunte ce qu'elle a
de beau des deux autres especes.
La troisiéme est l'Enharmonique
, qui est toute pleine d'art,
& dans la derniere perfection.
C'est celle que recherchent les
plus sçavans & les plus curieux.
Pour les Modes, selon les Anciens,
on en compte quatre. Le
sonsDorien coule dans l'ame un
amour tendre & spirituel, qui
l'éleve jusques à la Divinité, &-'
luy fait consacrer ses plus innocentes
flâmes. Le Phrygien fait
boüillonner le fang dans les
veines & dans lecoeur,& porte
Je courage &le bras auxarmes,
& des armes au combar, 6c du
combatàla victoire&au triomphe.
L'Eolien tempere l'esprit
& les panions, renferme le courage
,
arreste la colere, &
retient la vangeance. Le Lydien
dissipe ou chasse les ennuis,
ramene l'allégresse dans le
coeur, laserénité sur le front, le"
ris sur le visage, & la joye dans
les yeux. On en ajoûteuncinquiéme
qui a beaucoup de raport
avec le Dorique, & on l'à. 1
pellel'Iasien. Il réveille les es-
Ents
prits, porte le coeur à l'allégresse,
ranime l'espérance, 8c
éleve l'âme au dessus de toutes
choses.
Il y a quinze voix ou tons
diférens, lesquels ont chacun
leur nom particulier, & dont
l'unionfait une pleine Harmonie.
Il faut de plus remarquer
que lavoix humainea de l'avantage
sur tous les autres sons,
yarce qu'elle est naturelle, 8c
que les autres voix ou dons font
empruntez des Instrumens, qui
d'eux-mesmes, lors qu'ils sont
touchez, ne peuvent exprimer
qu'un son artificiel. La voix humaine
qui se regle & se conduit
par l'harmonie des conceptions
de l'esprit,sçait de quelle maniéré
il faut le gouverner, sans
rien attendre que de son organe •
& desregles qu'elle doitsuivre;
où au contraire les Instrumens
attendent tout de la main &de
la dexterité de celuy qui les touche,
6cde la bonneorganisation
qu'on peut leur donner.
Nous remarquons que chez
les Anciens l'Harmonie estoit
employée dans les Sacrifices,
dans les Banquets, & dans les
Jeux & les Spéctacles publics;
dans lesArmées 6c dans les Combats,
comme aussidans les Vistoires
& dans les Triomphes,
sur les Théatres & dans les Pompes
funebres. Toutes cescoûtumes
n'ont çucrechangé-, au
contraire, en nos temps, selon
Les grandes occasions de joye,
d'allégresse,d'alliances, de conféderations
&de paix, elles ont
reçeu des nouveautez & des
sujets deparoître avec plus d'éclac
& de magnificence. Les
plus belles Cours de l'Europe
peuvent dire que le renouvellement
n'en est dû qu'au plus
grand Monarque du Monde,
puis qu'en redonnant la Paix, il
a fait renaître tous les plaisirs
qui l'accompagnent, dontl'Harmonie
n'est pas un des moins
considérables, & qu'elle fait les
delices de la Cour. C'est donc
après Virgile qu'on peut aujourd'huy
dire, en parlant de cette
Fille du Ciel,
Fam redit,& Virgo, redeum Satutnis
regna,
& que cetéloge ne luy est pas
moins dû quà tous les autres
plaisirs qui renaissent avec la
Paix, & qui en sont comme in
séparables; & c'est la. pensée de
ce Prince des Poëtes
A L'HARMONIE.
DOux Accords,Soûpirs, Airs
charmans,
Tons de Voix, nobreuses Merveilles,
Chaînesd'Esprits, dont les Aymans
Tirent lescoeurspar les oreilles;
Si jamais les Roys ou les Dieux
A leurs plaisirs délicieux
Ont joint la divine Harmonie;
Nymphe,par un effort nouveau,
Faites que vostre Symphonie
Rende aujourd'huy vostreArt & plus
noble&plus beau.
C'est pour la gloire de LOUIS,
Leplus auguste desMonarques,,
jQu'ilfaut desesFaits induis
En tous lieux publier les marques.
Ce grand Hérosfait par la Paix
Renaîtreaucoeur desesSujets
L'amour, l'allégresse,& la ¡oje,
Etpour contenter nos desirs,
C'estpar Luy que le Ciel renvoye
Dans nos heureux Climats le calme <&'
les plaisirs.
OÜYJ cet invincibleHéros,
Couvert de Lauriers & de gloire,
Sans jamaisprendrede repos,
Voloit de VictoireenVictoire.
Le bruit que répandoitson Nom;
Tlpu craintpartoutquesonCanon,
Soûmit des Provinces entieres;
C'estoitassez qu'un ton de voix,
Suivy de sesvertus guerrieres,
Pour réduire à l'instant des Villessous
ses Loix.
Maissivos doux Airs ont chanté
QuavecJii Troupes toujours prestes,
Il pût, apres le Rhin dompté,
Etendre en tous lieuxses Conquestes;
Que malgrél'étroite union
Quefit l'Aigle avec le Lion,
Ji[fût en romprel'alliance;
Chantez, que maistre deson coeur, Ilsçaitfaireparsa clemence,
siJs, milieu desa glaire, un Vaincu d'un
Vainqueur.
Le vain orgueil enfinsoûmis
Et toute laforcedomptée;
Car par un effort glorieux,
Il donne la Paix souhaitée,
Etse domptantLuy-mesme,ilfaitplus
que les Dieux.
Parla Prix illes unit tous,
Puisqueseulil en estle Ma,jtre.
LesJeux, les Ris,l'Hymen,l'Amour,
Quifont les charmes desa Cour,
PourCompagne ontprisl'Harmonie
Nymphe,vousdescendezdesAirs,
Et d'une allégresse infinie,
JJ Vousfaites chez monRoy decelestes.
Concerts.
Maiscftiof!vct plaisîrsinnocens'
Serépandent dans les Prov!'nce!;-
On n entend que de doux accens
Chezles Sujets &chez, les Princes.
Et ditesqu'un heureux destin
Unitla Baviere à la France;
JQue l'éclat où brillent nos Lys,
Deleurnouveau lustreembellis,
En rendra la gloire immorteOe;
Et qu'un jour leurs Rameaux divers,
Naissansd'uneTigesibelle,
En s'nétendiantvpar teOHt,rcousvriro.nt l'UAlors
que novts.vapu écoutons,
Gardezen vos justes cadences,
Fugues,pauses, tons, demy-tons,
Roulemens,feintes, & muances;
Figurez l'air de vostrejeu,
Donn£Z' de L'éclat& dufeu
Auxdoux Airs où vostre Art s'applique;
Et par vos Concerts montrez-nous,
Que l'Esprit quise communique,
Et joint les Elémens ne dépend que de
vous.
jQuiregne dans ce vasteMonde,
Et quefort Corpsparvous s'unit,
PourformersaMachine ronde;
Parvossecrets harmonieux,
Faites que la Terre & lesCieux
Soient d'une mesme intelligence;
Et pour en écarterles maux,
Attirer l'heureuseinfluence
JQui peut coulersurnousparsesriches
canaux.
RAULT, de Roüen.
DUFREQUENTUSAGE
DE LASAIGNEE.
LE Sang estun corpsliquilde
,
qui c-oule-iiiceff-ii-n,
ment du coeur dans les arteres
des arteres dans les veines, &
des veines dans le coeur. C'efir
de ce Baume prétieux que toutes
les parties du corps tirent
leur nourriture &leuraccroissement.
Il s'en détache sans celle
une quantité de particules, qui
les nourrissent 8t les augmentent.
Cette liqueurs'épuiseroit
bientost, si la perte continuelle
qui s'en fait, nese réparoittous
les jours par les alimens que
nous prenons.. Toutes leurs
parties ne sont pourtant pas propres
à se convertir en Sang: Il
ttly a que celles qui ont quelque
raport avec l'acide de l'estoxnachv
qui les dissout. Je ne
m'arréteray. point à décrire la
maniere dont cette dissolution
sefait,j'en ay traitéamp lement
dans mesEntretiens sur l'Acide
& l'AlKali. Je diray seulement
icy quellesontesté mes conjdectuiress
tsoucohanltvla naaturne dte c.e
difJé'aryenttoûjours crû qu'il estok
dans tousles Animaux,
& qu'il contenoit une idée de
toutesleurs parties;qu'il imprimoit
cette idée & ce caractére
sur les alimens à peu prés de la
mesmeforte que fontlesAcides,
quand on les mesle avec les Al-
Kali; ilsdéterminent ces fels à
faire des corps de leur mesme
nature. Si c'est par exemple de
l'EspritdeNitre,àfaireunNitre
;
si c'est du Vinaigre, à faire
unTartrerégénéré. : Je me fuis donc persuadé que
l'impression que cet Acide fait
sur lesalimensest si forte, qu'ils
reçoivent lesmesmes idées iloil.'t
il est revétu, &qu'il fé trouve
dans le éhÿlëdes particules ca*
ractériféesd'une telle lilàilief).
lesquelles font propres à nourrir
telles, où telles parties. _J Toutes ces particules sont
meslées confusément dans le
chyle, & elles ne se dévelopent
que lors qu'il passe dans le coeur,
qu'il s'y rarefie, & se convertit
en Sang. C'est dansce temps ,-
que toutes lesparties du corps.
prennent leur npurriture&leur
accroissement, Les particules
qui ont reu le caractère des os,
s'accrochent aux os, des membranes
aux membranes, &ainsi
de toutes les autres parties.
Le Sang ne sert pas feulement
ànourrir nos corps, illeur communiquecetespritdevie
, qui
les anime
,
& lesrend capables
de tant d'actions & de mouvenons
diférens. C'est ce qui a
donné lieu à beaucoup de Philosophes
de croire que l'Ame est
dans le Sang;que ce n'est que
la partielaplustenue, &la plussubtile
de cette liqueur, quise
separe dans le cerveau,& qui
coulant ensuitele long des nerfs,
se répanddanstoutesles parties.
Nous lisons mesme dans l'AncienTestament,
au dix-septiéme
du Lévitique, qu'il faut se
prendre garde de magerleSang
d'aucune chair, parce qu'il contient
son ame. Anima enim omnis
carats in fanguivc f/?, unde dixi
Filiis Ifiaél, sanguinemuniverse
carnis non comedetur
,
quiaanima
cxrms insanguine c/L
Le mesme Sang qui nous fait
vivre,devientla source demille
maux, & de milleinfirmitez diférentes.
Silesalimens quenous
prenons ont plus de suc
,
& de
parties propres à recevoir les
impressions du dissolvant de l'estomach,
ou que cette liqueur
foit plus forte & plus active
qu'elle n'est ordinairement, il
s'engendrebeaucoup plus de
Sang qu'il n'en faut pour réparer
la perte qui s'en est faite : Ses
vaisseauxont peine à le contenir,
son mouvement est sans cesse interrompu
,
il croupit dans les
lieux où il coule, il s'a1rere se
corrompt, par le sejour qu'il y
fait: Lesdiférens sucs qui s'en
separent n'ont presque plus de
vertu; ôc cet Acide prétieux,
qui suinte continuellement des
glandules de la membrane interieure
de l'estomach
,
n'est plus
revétu des mesmes idées, & n'a
plus la mesme force qu'il avoit
pour dissoudre les alimens ; ladigestion
ne le fait plus, le corps
s'amaigrit, les forces manquent,
le poulx devient languissant&
inégal, on ne respire plus qu'avec
beaucoup de difficulté: la
teste secharge,on ressent une
certaine pesanteur,&une lalf1-'
tude dans tous les membres; en
un mot, le corps reste dans une
langueur & dans un accablement
si grand, qu'il succombe
sfouvaentsorusldepoeidsdaeceupesa.nt S'il se melle quelque corps
étranger avec le Sang,il le troll"
ble & l'agite en mesme temps
Il le rend quelquefois si épais 84
si grossier,qu'il a peineàcouler
dans sesvaisseaux, ily fait mille
obstructions
;
il se caille dans le
cerveau,dans les poulmons, &
dllS Jeceeur, ôcy causedes Olaf,'
ladiésdangereuses
,
telles que
sontl'Apopléxie,l'Asthme, &c:
Le corps sedesseche insensiblement,
&c il ne trouve plus dans
le Sangde parties propres pour
sa nourriture: Elles y demeurent,
pour ainsidire,concentrées,
de maniere qu'elles ne
sleçsauroient se débarasser d£celqui
les retiennent. Le mesme
agent qui coagule cette humeur^
Change tellement la nature& la
disposition des particules dudissolvant
de l'estomach,qu'il ne
conserve plus les mesmesidées
qu'il avoit, & n'est plus propre
qu'à produire des vents, des nausées
desraports aigres -&. fâcheux
,tcc..
Cette humeur devient quelqucfoisAfubfile,
qu'ellecoule
en abondance dans toutes les
parties; elle y. allume un feu devorant
qui lesconsume
;
elle s'y
porte souvent avec tant d'impé.,
tuosité
,
qu'elle cause des douleur
tres-violentes aux uns,&
deshæmorragies, ou des inflâmations
périlleusesaux autres.
La liqueur de l'estomachne retient
rien de sa premiere nature,
elle est si acre qu'elle desseche
la bouche & le gosier, & excite
unesoisinsatiable.EnfinlaNature
est dans un trouble&dans,
uneagitation siforte, qu'ellene
fait plus aucunes fonctions.
, Il seroit difficile de couper
pied aux maladies qui miiffent,
de l'abondance &de l'impureté
du Sang, si l'on n'avoit recours
àaSaignée. C'est le plus seur.
8cle plus prompt remede que
nous ayons,pourdétourner ceI;
les qui nous menacent,& pour
guérir celles qui nous affligent.
Si la Nature est accablée par la
quantité du Sang, elle la dégage
en mesme temps :Si le Sang
estépais, &qu'il ait peineàcoulerdans
ses vaifléaux,,elle facilite
sonmouvement. Ellearrête
le coursdecetteliqueur,quand
elle se jette sur quelque partie
avec trop de précipitation
ÿ.
elle
la purifie quand elle est corrompuë
, & la rétablitdans son état.
& sa consistence naturelle.
Nousvoyons tous les jours les
effets furprenans de la Saignée
dans la plénitude. La teste se
décharge aussi-tost
,
les poul
mons sedesemplissent, & l'air.yy
entre avec plus de liberté. Le
coeur n'est plus contraint dans
ses mouvemens ;
le Sang qu'il
pousse dans les artéres, y coule
librement
: Le corps devient leger
& agile,de lourd & de pesant
qu'il cItait; la chaleur naturelle
se réveille, & l'acide de l'estomach
se revest deses premieres
idées.
On nereçoit pas moins de
soulagement de la Saignée dans
les maladies quidépendentd'un
sang épais& grossier. Ellefoulage
la teste
,
la poitrine, &c.
Elle empêche que le Sang n'y
sejourne, & ne s'y coagule ; &
comme elle luydonne plus de liberté
de se mouvoir
,
elle fait
qu'il sedégageplusaisémentde
ce qui l'accable. Ses parties se
débarrassent peu à peu les unes
des autres,le corps prend davantage
de nourriture qu'il ne
faisoit, & ledissolvant de l'estomach,
commence de renaistre,
& de faire ses fonctions.
Y a-t-il un remede pluspuisfant
pour arréter le coursimpétueuxd'un
Sang rarefié,qui Id
porte de tontes partsavec vio-
J-ence? S'il excite des douleurs,
quelques violentes qu'elles [oiêr;
elle les appaise
;
s'il fort avec effort
de ses vaisseaux, elle le ter
tient;s'il s'épanche sur quelque
partie, elle le dissipe, & enlpêLl
che qu'il ne s'y porte davantage ;
s'il est corrompu, elle entraîne
une partie de l'humeur qui l'altere
,laquelle trouvant un passage
libre,y coule en mesme temps
en abondance, Quâ datâ sorts
ruit.
La Saignée ell un des plus
anciens Remedesque nous ayons,
dans la Médecine. Elle a de
touttempsesté pratiquée parce
qu'ilyaeu de sçavans Hommes.
Elle est en usage chez tous les
Peuples. Les Nationsmesmeles
plus barbares&les plus grossieres,
qui ne se gouvernent ordinairement
comme les AninlaUX,..
que par l'instinct de laNature,
y ont recours dansleursinfïrrnitez
: Ils suiventen cela l'exemple
dequelques Oyseaux ,qui S'OU,
vrent les veines avec le bc)
quand ils font malades. ,,'. La Nature nous indique tous
lesjours la nécessité de ce Reméde,
parl'abondance du Sang
qu'ellerépand dans les grandes
Hæmorragies ; elle nous aprend
à nous en servir dans les mesmes
maux,qu'elle guerit,ou qu'elle
modére par ces évacuations.
Imitons donc cette sage Conductrice
, profitons desmoyens
salutaires qu'elle nous ,
çtonge
mais usons-en avec prudence, Se.
ne. prodiguons pas une liqueur
quiest si nécessaire pour la viedes
Animaux.
Toutes les maladies ne viennent
pas d'une Qwrne source.
S'il yena qui
namentde
l'abondance
& de l'impureté du Sang,
I s'en trouve d'autres où il ne
pecheny en quantité,ny enquiaitc",
& qui font de purs elfersd
l'une matiere corrompuë , qui
Toupie dans l'estomach ,
dans
4
les intestins,Sec. Si la Saignée
donne du soulagement aux unselle
ne faitqu'irriter les autresy
& si l'on y a recours quelquefois,
c'est que l'on appréhende la
plénitude,ou parce qu'il arrive
quelque inflâmation, où quelqu'autre
accident fâcheux qui
yengage. Iln'yadoncqueles
maladies qui dépendent de l'a-.
bondance ou de l'impureté du
Sang, quiayent besoin de cette
évacuation ; mais comme elles
-
ne font pas toutes égales, on
doit la proportionner à la grandeur
& à la qualité de la maladie.
Les grandes reflétions,oùle
Malade est sans celle dans la
crainte d'estre suffoqué;les infïâfnatiofis
& les douleurs violentes,
lentes, les Fievres continues, la
Squinancie, la Peripneumonie,
&c. En un mot, toutes les maladies
aiguës ne le guérissent que
par la réitération de ce Remede.
Il y en a d'autres que la Saignée
foulage considérablement,
mais qui n'ont pas besoin d'une
si grande évacuation ,& qui le
terminent heureusement, apres
quelques Saignées faites à pro„
pos.
Il est de la prudence d'un Mé-
¿:cin, d'examiner meurement
toutes ces choses
,
&: de régler
l'évacuation qu'il fait, sur l'âge,
les forces, & le tempéramenc
du Malade. Les Personnes (anguines,
robustes
,
qui sont dans
que celles qui ont peu de Sangquifontinfirmes,
& d'une complexionfoible
& délicate, comme
font ordinairement les Femmes
,
les Vieillards; & lesEnsans.
Je ne puis nVempêcher de
blâmer icy la conduite de certains
Médecins, qui n'ont pour
tout Remède que la Saignée.
Ils saignent indiféremmenttoutes
fortes de Personnes, & leur
tirent fouventjusqu'à la derniere
goûte de Sang. Demuntcumfin..
grtine Vitam. Ils devroientimiter
les Anciens, qui ne se fervoient
de ce Remede qu'avec
beaucoup de précautionj &
Avoir-toujours devant les yeux
ce Passage d'Aristote,Chap. 5.
du lu. Livre des Parties des Ani- maux. autem parum fanguinis
habent, hæcjaminde ad intcritumfuntoppoYtuniora
; interitm
tnim inopia quaedamsanguinis est.
LE PHILOSOPHE INCONNU,
de Coutances.
Les Madrigaux quifui-vent, ont
esté faitssur les deux Enigmes du
MoisdeSeptembre.
I.
E bais un Soulier incommode,
Etsansregarder a la mOde,
Je crains d'en ejtre estropie.
Segesner cff une folie;
Mais dans cette Enigme jolie
On trouve chaussure asonpied.
DEBEAULIEU.
Q II. Ve mauditfoit le Cordonnier
QujfitunsijolySoulier'.
Depuis qu'au beau pied aIfabelte
J'ay veu ce Bijou dangereux,
Jefuis tout trisse& sangoureux,
Et mon coeur ne bat que d'une aile.
Que mauditfoit le Cordonnier
QuifitunsijolySoulier.'
HAUMONTdu Pont de Bois.
A III HDieu! je voy dans le Mercure
Une Araignée en ce coin-là,
Luy qui nesouffre aucuneordure,
Peut-il bien souffrir celle-là?
Le mefrne.
M IV. Erure, quelheureux destin
Faitque chacun teporte envie!
Sicest pour avoir ce matin
Chauffe la jambe de Sylvie
jyunBasjoly,m'gnon &fin,
Millepour ce bonheurvoudroient donner
leur vie,
Ou du moinss'ob pouvoient, luy chauffer
fin Patin.
RAULT, de Roiien.
A v. V Voleur, au Voleur; songez, à
vofire vie,
Ah., Mouche, fawvez^-vom, &fuyez,
promptemem. L'Araignée cfi au guet,mais hel-.u!
fotement
Vous donnez dans le piège, &vous
voila ravie.
C. L. DE STURBE, Chanoine
deTours.
J V.. E n'aime point lesang, le meltrtre,
oulecarnage,
Il n ejt peut-titre aucun qui jo- itplus
doux que moy;
Mais alors que le vois une Araignée
enrage
EtalersesCorps morts, je sabos sans
effroy.
Met à la verité bien des Mouches a
mort;
Maïssa retraite estsombre, &sifinementfaite,
Que des yeux penétrans elle paJlè
fejfort
LesieusMercurepeutnous enfaire un
trophée,
Defion Soulier volant, fansfaire trahtfln"
« l'écrasant, la baigner dans sa bile
échauffie,
Et pour donner exemple, abatre sa
maiftn,
Le Bon Clerc de Châlons
sur Saône.
VII. 1Ris ayant envain resvéplus d'une.
fois
Aux E-nigmes du dernierM-.o.u,
EttoûjoltrsduvrayJenssetrouvant
éloignée
Vmlutvoir en cela si jeflois Ecolier.
Je lus, & rune & l'autre eslans examinée,
Lapremiere des deux, luy dis-je, cft
le Soulier,
Et laseconde l' Araignée.
OSSEMENT DE VILLIANCOURT.
VIII.
JE me ris à présent des coups de la
fortune,
Je fuis dans un état ou mon mauvais
deftln
Me met à couvertdu chagrin
Que cause à mille Gens une gloire importune.
Semblable aux FreresCordeliers,
Je vaysansBas &sans Souliers;
Jeneportesurmoy jamais ny fol, ny
mai-Etsouventcouchésurlapaille,
Jegoûte du repos les paisibles momens-
Onvoit dans mes Apartemens,
Jîu lieu de beaux Lambris & de 7V
piffine
Ainsi que dans une Ecurie,
Les toiles d'Araignéeyservird'ornemens..
Enfin la Parque impitoyable
Ne peut rienadjouter à mon malhe,.
reuxsort,
Si mesme le coup de la mort
Est le seul aujourd'huy qui me soit
favorable.
LE SOLITAJllE, de la RUE
des Arsis.
IX.
ENvainpourm'engagerdansCamoureux
empire,
Tu caches tes chagrins, tu vantes ton
martirei
Je connoistrop l'Amour, &je sçay,
cher Tyt'cisy
Quautant que de plaisirs il donne de
soucis,
Pouraimer, jevoudrois que comme
l'Araignée
L'Amourn'eut que defoibles retJ;
Au moinsquandje verrois maflâme
dédaignée,
Sans me consumer en regrets,
J'affranchiroú mon coeurdes Loixd'une
Cruelle,
Et me rendrois heureuxparune amour
nouvelle.
L'INDiFEREND,d'Abbeville..
DE L'ORIGINE
DE
LA NOBLESSE. LA Noblesse n'est autre
chose que la perfecton de iFibre, dit un Ancien. Dieu
estant le plus parfaitde tousles
Estres, efi: aussi le plus Noble,
c'c(t la source d'où toutes les
Creatures ont tiré leur Noblesse;
mais il ne leur communique
cette qualité que par degrez,
& à proportion qu'elles approchent
de sa nature & de son
excellence. Ainsi l'Angeest plus
noble que l'Homme, l'Homme
que la Beste. Adam se pouvoir
dire Noble dans la création, puis
queselon S. Gregoire de Naziance,
lapremiereNoblesse est
d'estre creé à l'image de Dieu.
Il avoit dans cet état cette Noblesse
-
surnaturelle dont parle
Barrole, & on voyoit reluire en saPersonne, non pas cet air fier,
superbe,& méprisant,qu'onappelle
faussementair dequalité;
mais un air doux, honneste , &
modeste, qui paroist encor dans
l'ancienne, & la veritable Noblesse,
soûmisà Dieu seul, maître
de ses passions,& Souverain
des Creatures. Il gouftoit les
douceurs du Paradis Terrestre,
sans dépendances, sansbassesse,
sans injustice; mais il ne joüit
pas longtemps de tous ces avantages,
le peché soüillason Aine,.
& son Corps, & effaça le divin
Caraccere qui ne
brille
plus que
sur le front desJufies,.&de ceux
qui ont conservé leur innocence.
Adam a donc esté le premier
Noble, & le premier Roturier
parmy les Hommes. La Grace
ravoir annobly
,
le Peché le fit
déroger de sa Noblesse. Mais
Dieu ayant relevé l'Homme de
sa chûte, ila accordé à la Vertit
ce qu'il avoit donné à la Nature,
Cette marque d'élévation n'est
pas un effet du péché, comme
quelques-uns ont crÍi
,
qui ont
dit que la Noblesse du Sang
estoit fondée surla Naturecorrompuë
;
maisdisons plutost que
cette première Noblesse est naturelle,
6r fondée sur la subordination,
que Dieu a voulu mettre
dans les Creatures. Il ne faut
pas eé onner si entre les Hommesily
a plus de Noblessedans
les uns que dans les autres; cela
se rencontre dans les Plantes,
dans les Pierres, & dans les Métaux,
Les belles qualitez dont il
douë ceux qu'il donne pour la
conduite & le gouvernementdes
Peuples, prouvent que la Nohlefie
est excellente (k- divine.
On peut douter, si Adam avoit
conservé soninnocence, queles
Hommes fussent demeurez dans
une égalité de condition, quiles
eust rendus tous semblables.On
dit queles Justes eussentesté sur
la Terre, comme les Saints dans
le Ciel. Il y a des degrez dans la
Grace comme dans la Gloire.
Dieusuffità tous, & chacun est
content;mais il se communique
plus abondamment aux uns
qu'aux autres, & tout cela sans
envie; & c'est ce qui fut arrivé
dans l'état d'innocence. Il y auroit
eu de ces belles & grandes
Ames,propres à éclairer &: à
conduire les Peuples, comme il
y auroit eu des Amesdociles Sci
soumises, propres à obeïr &ai
exécuter les ordres des Roys&
des Princes. Cetéclat quiparoist
dans tout ce que font les belles
Ames, &. qui est u ne fleur de1
Noblesse, marque bien cette
distinction que Dieu a établie
naturellemet entre les Hommes.
On peut appellcr cesAmes-là des
Ames de pourpre, dans unautre
.,
sens que Virgile ne l'a dit. Ce
font des Ames toutes Royales,
&nées pour la Domination &la
Souveraineté, pour le Sceptre
& la Couronne. Valere Maxime
nous apprend ce que c'est
que ce caractere de Noblesse, êc
de Majesté qui paroist dans les
belles Ames. C'est dans la Personne
qui attir e nos respects &
nostre vénération, l'excellence
de la vertu &. de la bonté qui
sont en elle, qui regne sans Couronne,
& qui se conserve sans
Gardes;&ànostre égard, c'est
un honneur perpetuel que nous
luY rendons naturellement &
sans peine. Ilestvrayque ce caractere
est quelque chose de bien
délicat, & de presqueimperceptible
à nos sens. Ce qui a fait dire
àM de Balzac, que la Beauté
se voit, que les Richeises fè touchent,
mais que la Noblessè s'imagine,&
se préfupofe dans le
sujet à qui nous l'attribuons.
Neantmoins quoy qu'inconnue
aux stupides, &auxignorans, les
Peuples les plus grossiers s'en
forment une belle idée, & courentapreselle.
Iln'ya pointde
Nation qui ne convienne du
respect qui luy est deû.LesPeuplesduNouveau-
Monde leurs ont Noblescommelesautres,
lx. font gloired'avoirunejlkjlre
origine. Les Malabresontjusqu'à
dix-huit sortes deConditionsparmyeux,
& on ditque
les Conditions supérieures font
si absoluës envers les inférieures,
qu"ill y va de la vie, lors qu'a la
rencontre ces Peuples se touchent
par hazard. Enfin soit
dansl'étatd'innocence ,ou dans
la Nature corrompuë, ceux qui
suivirentla Loy du Seigneur, ou
ceux qui s'ai éloignèrent
,
ils
prirent tous des marquesde diss
tinction, non seulementpour se
séparer d'avec les Enfans de
Cin'1ou les Geans comme les
appellent l'Ecriture,mais encorsuivant
les Arts & les Sciences
qu'ils avoient inventées,qui les.
rendoient Nobles& recommandablesentr'eulx.
Les Geans, to- us Geans qu'ils
estoient,n'èstoient que defaux
Nobles,&.depuis Adam jusques
à Noé, ce futunePosteriréRoturiere&
corrompue, &àpeines'en
trouva-t-il trois qui eiiileot
conservé cette qualité avec Tes:
vertus de leur Pere. Ce fut à
Abraham que recommença; la
Noblesse, &en qui Dieu fit un
veritable Noble. lLlúyceignit
cetteEpée de feudontparle
Philon, &lefit Chevalier de
sonOrdre , sij'ose dire ainsi. Il
le fit Maistre & Pere d'ungrand
Peuple. Il luy fit vaincre des
Roys, &: le fit régner luy-mesme.
Je ne fuis donc plus surpris,
qu'un Autheur moderne l'appelle
le premier Gentilhomme
du Monde. La Noblessen'est
pas une invention des Hommes
&c'est faussementqu'on ditque
les plusforts ont esté les premiers
Nobles. C'est un écoulement
de laDivinité. Elle estoit
naturelle dans Adam, elle fut
rétablie dans ce Patriarche.
C'estoit un effet de la Grace
dans le premier & dans le fcv
cond, une récompense de la
Vertu. Dieu jaloux de sa gloire,
ne l'est pas moins de sa Noblesse.
Il nel'a pas négligée pour
son Fils, lors qu'il s'est fait:
Homme.. Illuy donna une Nair.
sance îllustre, &, voulut que sa
Génération temporelle fust Nc.
ble, comme sa Génération éternelleestoit
Divine. Cen'apoint
esté par orgueuïl qu'il a parlé de
sesAncestres, ce n'a point eilé:
par la vanité de cette Noblesse
du Siecle, son Royamen'estoit
pas de ce Monde, comme il dit
luy-merme;& il est né de maniere
à mépriser la pourpre & la.
dignité des Roys , & des Patriarchesdont
il est sorty, mais
s'il a voulu naître pauvre, & vivre
dans une condition privée,.
il a voulu que cette pauvreté fust
relevée par l'éclat du Sang & de
la Noblesse, & que des Roys
reconnurent celuy qui selon lachair,
estoit descendu de tant de
Roys, &. de Patriarches. Ce
peut estre la raison pourquoy
l'on n'admet que les Nobles dans,
quelques Chapitres de France,
&d'Allemagne,&cdans la Religion
de Malte. Car comment
justifïer le scrupule avec lequel
on examine la Noblesse de ceux
qu'on y reçoit, sinon que le Sacerdoce
est une Royauté
,
de
que les Saints n'ont pas méprit
lagloirede leurs Ancestres ? Le
Peuple de Dieu tiroit là Nobielle
des Grands Prestres, cC.
des Sacrificateurs, & il estoitsi
jaloux de cette qualité, qu'il
monte plus haut qu'aucune
autre Nation dans les degrez de
Nobielle.
C'est à tort qu'on blâme ces
Titreséclatans& pompeux, qui
semblentestre des effets de la
vanité des Hommes. Ils n'ont
estéinventez qu'en faveur de la
Vertu, & pour servir de motif
8cde récompense à ceux qui la
suivent. Si les Hommesen abusent,
c'est qu'ils ne connoissent
pas la veritable gloire, & qu'ils
sont incapablesse l'acquérir.En.
consèrvant la memoire des Héros
, on conserve le desir,& l'image
dela Vertu. Les Grands
Hommes font curieux de leurs
Genealogies, parce qu'on remonte
avec plaisir à son origine
quandelle est Noble, & qu'elle
nous donne quelque éclat. S'il
n'y a pas d'infamie à estre forty
d'un Pere d'une condition basse
&.honteuse il yen a lors que
nos Parens ont esté criminels &
vicieux ; & comme les conditions
suposent la vertu & le mérite,
c'est ce qui fait que le reproche
de nostre naissance nous
est toûjours sensible. Il fâche
d'estre né d'un Pere Charbonnier,
& on est bien aise d'avoir
un Pere Marquis,non pas que la
qualité de Marquis donne plus
de vertu que celle de Charbonnier,
mais parce que dans l'opinion
du Peuple, cette qualité se
supose dans celuy qui la port.
Outre que les Hommes de condirions
médiocres manquent;
d'éducation.. Ils font réduis a
faire souvent tant de baHèffes,.
qu'il est rare que leur vie soit
pure &. sans tache. Ces fortes de
reproches font presques toujours
honteux. Le Pape Sixte V.
semocquoitde l'obscuritéde sa
Naissance, mais-il ne pûtsouffrir
qu'on Juy;reprochait d'avoir
gardé les Pourceaux, sans dire
que pourle moins c'estoient les
siens. La Nature nous fait Nobles,
& la Fortune Roturiers,
maisun Homme qui est Noble
par son mérite, se peut-il consolerdelle
l'estre pas par sa naissance
? Eta-t-il besoin de cette
qualité extérieure qui dépend
de la fortune & du caprice des
Hommes?Oüy,car le vulgaire:
en juge autrement il eH: toú.
jours fâcheux d'estre un exemple
de l'injustice, & du mauvais
goust de son siecle.Disonsnéants
moins avec Voiture, pour la
consolation de ceux qui n'ontpas
la qualité, Lk qui la ruérirent
comme luy qu'il ya bien d'autres
choses plus desirables dans
lavie, puis qu'on peut avoirla
santé, les richesses, l'esprit,l'hon
neur, lavertu, & la réputation
sans elle; mais ne soyons pas du
sentiment de Costar, qui prétend
que la Noblesse du Sang
foit du dernier ordre. Elle tient
un grand rang dans les biens de
fortune, & elle sertàen acquérir
beaucoup d'autres. Les Nobles
parle Sang,doivent palîlr de
vant
vant les Nobles par mérite,
parce que la Noblesse estant la
recompense de la vertu, les premières
recompensesont servy
d'exemples aux autres, foit par
leurs Peres, ou par eux-mesmes,
au lieu que les Roturiers vertueux,
ne font que des prérendans
à la Noblesse, qui n'ont
encor ny ordre ny rang. La
Monnoye est bonne, mais elle
n'est pas marquée au coing du
Prince, ou plutost ce font de
faux Monnoyeurs de Noblesse
l'Or qu'ils mettent en oeuvre est
bon; mais leur est-il permis de
battre Monnoye? Ils ont toutes
les belles qualitez qu'il faut pour
estre Nobles, mais leur est-il
permis de s'appeller ainsi, & de
disputerdupoint-d'honneur ?
r, Il ne faut donc pas estre surpris
si quelques Peuples du Nouveau
Monde, se disent descendus
du Soleil& de la Lune. Tous les
plus grands Hommes ont cet
entestement, de s'attribuer un
origineillustre&glorieuse. Alexandre
se disoit Fils de Jupiter,
Jules Césardescendud'Enée,&
Marc -
Anthoine
,
d'Hercule.
Ajax disputant à Ulisse les Armes
d'Achilles, prouve que la
Noblesse du Sang effc le caractère
de la Vertu,& qu'elle
l a fait connoistre à ceux qui en
pourroient dourer. -
Átque ego, Ji virtus in me dubita-
;
bilis ejfct,
Nobilitate petctisejjlm
,
Tclatnone
IlcrealUJ. -- parle ensuite de ses
-
An
cestres, & finit de la forte cette
belle Genealogie.
i——Sicà Jove tertius Ajay*
Il reproche à Ulisse la bassesse
de sa Naissance, & de se dire
faussement du Sang Cacide.
—>£)uidfmgttir.e cretus
Sysyphio,furtisque,&fraudesimil- limusilli,
Inseris Æacidisalienæ nomina
gentis?
Les avantages de laNoblesse
font legers, dit S. Hierosme,
quand on les possede fimple-
111ent; maisils sont admirables
quand on les possede,& qu'on
les méprise. Les Allemans
sonttrop fcrupulcux dansleurs
Genealogies, avec leurs huit
grr-ands quartiers, & les Italiens rafinenttrop au<srsisurcettematiere;
mais cette Noblesse est
un bien si délicat, &: si prétieux,
qu'on ne peut la conserver avec
trop de foin. Les Alliancessont
extrémement necessaires pour
la soutenir, & pour la rendre
iilustre. C'est par elles, qu'elle
monte ou qu'elle descend. Dieu
qui éstoit jaloux de la gloire du
Peuplequ'il avoit choisy, luy
avoitdéfendu de s'allier avec les
Etrangers, parce qu'ilsn'en estoient
pas dignes, & ceux qui
avoient violé cette Loy, estoient
séparez d'avec les autres, & severementpunis.
On dit que les Allemans
pour conserver la pureté
de leur origine, ne s'allioient
autrefois avec aucun Etranger.
Il y ades Nations quiontencor
4in£ extrême délicatesse sur ce
sujet. Elle n'est pas blâmable,&
il seroità souhaiterqu'onne fuit
pas si indulgent en fait de Mariage
pour la Noblesse , car
enfin selonMr de la Colombjge.)
c'est une qualiténaturelle
qui réside en la semence de nos
Peres, par laquelle ilsproduisent
des Enfans faciles & propres
à la Vertu. C'est une teinture
du Sang denos Ancestres, & un
caractere avantageux qui nous
porte avec tant de puissance à
bien faire qu'elle devient commeune
seconde Nature., C'est
aussi la pensée d'Honlcre" qui
parlant de Thelemaque, dit que
sa Vertu estoit diftilée de ion
Pere Ulisse. La Noblesse, dit
Mr de la Rocque, estune qualité
qui rend vertueux celuy qui
la possede, 6c qui disposesecretement
l'ameàl'amourdes choses
honnestes. Enfin cette Noblesseest
si considérable, qu'elle
a fait dire à un Ancien,que Dieu
conserve toujours la majesté de
l'Empire chez ceux qui font No..
bles par leurs Ancestres,&les
Turcs qui n'estiment que la Noblcfle
personnelle, n'ont-ils pas
une venération particulière pour
le S 'Ing Othoman, & pour ceux
qui font descendus de leur grand
Prophete ? Disons donc encor
avec MrdeBalzac, que le Sang
des Héros n'est point gasté par
le temps & qu'il coule dans les,
veines de leurs Petits-Fils, aussi
pur que dans sa premiere source.
, Mais la Noblesse a-t-elle un
sexe particulier,& n'y a-t-il
point d'injustice de refuser la
qualitédeNoblesàla postérité
du beau Sexe?Pourquoy les
Femmes ne peuvent-elles communiquer
à leurs Marys & à
leurs Enfans, une qualité quiest
inséparable d'elles-mesmes?Une
IHléroïne ne peut-elle faire un éros? Et s'il est vray que les
Mâles ressemblent davantage à
leurs Meres qu'à leurs Peres,
pourquoy n'heritent-ils pas de
leur Noblesse,aussi-bienquede
leurs Richesses & de leurs Vertus?
Une Femmepeut faire un
Roy, 6cun Souverain, &elle ne
peut pas faire un Gentilhomme.
Il y a de la rigueur dans cette
Loy. La Nature a rendu la
Femmeaussi capable de genération
& de vertu, que les Hommes.
Les Palmes mâles & se
melles, font égales en noblesse
& en fécondité, & cependant
on ne fait des Femmes qu'un.
simple instrument pour la production
des Hommes
-,
mais on
nefait pasassez de refléxion sur
Je mérite de la Femme. Dieu
crëa l'Homme mâle & femelle,
dit la Genése, & les benit ensemble,
pour nous montrer l'égalité,
demérite entre les deux Stxsy-
& eneffet dans la Loy de Moïse,
Dieu ne donna-t-il pas la conduite
deson Peuple à des Femmes
? Et n'a-t-il pas fait par elles
des chosesextraordinaires &-[ur..
lpersenantes? Qui doute que tous
Peuples n'ayent pas une venération
particulière pour les
Héroïnes, & pour ceux qui en
font sortis ? Qui doute encor que
la postérité d'Ester, & de Judith,
n'ait pas esté anoblie auffibien
que celle de la Pucelle d'Orleans?
Pourquoyrefuser cette
graceà toutes cellesqui imitent
leurs vertus? Les Anciens n'ont
point négligé la Noblesse du
costématernel, & se font prévalus
des avantages de l'un & de
l'autre. Ily a des Païs où la Noblesse
vient également de la
Mere comme du Pere; bien plus,
si nous en croyons Herodote,
en Crete,& en Carie,tousles
Nobles ne l'estoientqueparles
Femmes, ce qui donne suj et à
quelqu'un de demander s'ils portoient
le Nom de leurs Peres
ou de leurs Meres, & de la réfoudre
par i'afnrmative."P~
tarque dit allih, que les Femmes
de Xante & de Coëre,avoient
l'avantage d'anoblir leurs Marys.
Toutela Nobleffe.de_Cham..
pagne est descenduêducosté
des Femmes,Privilegequileur
fut accordé t),,.ir-Charles-le
Chauve,apreslaBataillede
Fontenay,ou deBrayfelonjgueL
euesautresv où prefqugjtoute laNoblesse de cette Province
denîeûralurTâJiace. Les Femmes
méritent cette grace, plûtost
par justiceque parnecessité.
Elles font naturellement nobles
& genéreufs, & les Hommes
leurs sont redevables des belles
qualitez qu'ils possedent. Un
Autheur Allemand raporte que
l'Empereur Conrad III. ayant
prisVeinsbourg sur le Roëer,il
se saisit de la Noblesse, & permit
aux Femmes de sortir de
la Ville avec ce qu'elles pourroientemporter.
Les Femmes
sechargerent feulement des
EnfansNobles, & se présenterentaux
Portes en cet équipage;
on sistdifficulté de les laisser
aller sur ce quelles contrevenoient
à l'intention de l'Empereur;
mais ce Prince charmé de
la genérosité de ces Femmes, les.
fist conduire où elles voulurent
aller, & leur fist donner dequoy
éleverlesEnfans. Elles méri- ,
toient bien devoir encor le droit
d'anobliraussi bien Les Hommes
de Campagne,puis qu'elles
avoient eu le foin deconserver.
la Noblesse de leur Ville. On
peut dire toutes ces choses en
faveur du beau Sexe;mais en£n.
la gloire de la genération estant
attribuée principalement à
l'Homme,c'est à luy seul à communiquer
à ses Enfans saNoblesse
&sesVertus. Cette Noblesseréside
dans le Sang,&n'est
pas seulement l'effet & la récompense
de la Vertu, mais un
caractére qui demeureimprimé
dans l'ame de celuy que le Prince
& le Peuple ont reconnu
p-our vertueux. Mais pour vous
montrer que le caractere passe
à la posterité,&seulement par
les mâles
;
quand Dieu fit allianceavec
Abraham,illuy ordonna
la Circoncision. Vt jit..
dit-il,fffder"inter me&
ws. Mais il exclut les Femmes,
Gireuncidemrexvohis emne mafeulinum.
Les autres Peuples ont
eu aussi de pareilles Loix en faveur
des Hommes, & qui ont
privéles Femmes de l'honneur
d'anoblir leurs Marys fk. leurs
£nfans.
Quoy que les Femmes n'anoblissent
pas par elles-mesmes,
elles rendent les Maisonsnobles;
se s'il manque quelquechose du
costé maternel, on ne peut
prouver l'antiquité de sa Noblesse.
Mais apres tout, que
nous sert d'avoir la Noblessenaturelle,
laNoblesse deRace, si
nous manquons de la NoblelTe
personnelle & de vertu? Le
grand nombred'Ayeux ne doit
pas cftre mis en compte, réponditUlisseàAjax.
Namgenus, &fvo avos, &qu*
mnsecimus ipsi,
Vix ea nostra voco:
Necsanguinis ordo
Sed virflM &honosspoliis quxratur
in istis.
Celuy-là est peu Illustre
,
disoit
Ciceron, qui n'a pour toute Noblesseque
le Nom& les Armoiries
de sa Famille. Il vaut bien
mieuxestre le commencement
&: l'exemple de sa Race, que de
joüir seulement delaréputation
de ses Ancestres. Celuyqui ell
Noble par sa Vertu, a l'avantage
de l'estre parsoy-mesme,aussi
bien que le Prince qui l'honore
decettequalité. Quand un Ne.
ble regarde le grand nombre
d'Ayeux dont il est descendu,
loin d'estre orgueilleux de cet
aavvaannttaaggee, 1il doit estre honteux de safoiblesse; car il doit s'arréter
bien moins à leur réputation,
qu'à la sienne. Il n'a rien au
dessus d'un Noble par sa Vertu,
qu'un plus grand nombre d'exemples
à suivre. La Noblesse,
dit Petrarque
, ne consiste pas
dans la Naissance, mais dans la
vie & dans la mort. Il y a une
égalité d'origine, qui fait naître
tous les hommes semblables. Il
y a une Destinée qui les réduit
à cette mesmeégalité:Les Rois
& les Peuples naissent & meurent
de la mesme forte; il n'y a
que le milieu de la vie, qui dépendantde
la Fortune, ou pour
mieux dire de la Providence,
met quelque diférence entre les
Hommes. Le Monde est nostre
Pere commun à tous, ditSeneque
, par quelque degré que
nous décendions, sans gloire, ou
avecgloire, nous ne venons
point d'un autre que de luy. Il
ne faut pas en croire les faiseurs
de Généalogies, ils font comme
les Poëtes, qui font intervenir
les Dieux sans nécessité, 6c
les mettent à laplacedes Ayeux,
qu'on ne peut nommer sans honte.
Le plus Noble tfi: celuy
qui a l'ame la plus droite, Se
plus de dispositions aux choses
loüables. Les Armoiries 6c les
Portraits de nos Ayeux nous font connoître, mais ils ne nous
anoblissent pas. Il en est de
ces Nobles sans vertu & sans
mérite, comme des Rois sans
Royaumes 6c sans Sujets. Ils
n'en 01U queleTitre, qui néanmoins
les font encore respecter
des Peuples. Mais est on obligé
d'avoir de Teftime pour un
Portrait presque effacé, pour
une Plante dont latige est pour-,.:
rie, pour une Mine dont la veine
est perdue?Bon pour le Fils
d'unHéros, fust-ilindigned'un
tel Pere : Mais quejosqu'à la
vingtième Genération ,un Noble
infame&vicieux,hérite de
mon estime & de Ines respects,
comme de laqualité& du bien
de ses Peres,c'est un assujetissement
contre lequel nostreraison
se révolte toujours.
DiogenedisoitquelesNobles
estoientceux qui méprifoient la
Gloire
y
les Plaisirs, & les Richesses
;Se qui surmontoient la
Pauvreté,la Bassesse
,
le Travail

èc laMort. Il ne faut pas.
s'enquerir d'où ils sont, mais ce
qu'ils font. Le Sage n'admet
point de Genéalogie,il eftde la
Race des Dieux;il n'a point
d'autres Ancestres & d'autres
Parens, dit Philon,que les Vertus
& lesActions-quilessuivent.
Moïse est admirable dans l'Eloge
qu'il fait de Noé. Voicy,ditii,
les Générations de Noé: IL
fut Homme parfait, il plût au
Seigneur, & marcha dans ses
voyes. Eneffet ; les Héros ne
font alliez entr'eux que par la
Vertu. C'est d'elledont ils font
les Descendans & les Héritiers,
& non pas deleurs Peres,ausquels
ilsressemblent si peu;comme
aussi leurs Enfans ne leur ressemblent
presque jamais. Les
Hérosfont rarement desHéros,
selon la Nature, mais par imitation
& par exemple , comme
Alexandre forma Cesar, &
Miltrade Themistrale. LesEgiptiens,
dit DiodoreSicilien, neloüent
jamais personne de sa
Noblesse dans leurs Oraisons
Funébres pour les morts, parcequ'ilsse
croyentaussi Nobles î^s>
uns que les autres. Ils ne coiw
rent pour rien laVertu de lcurscT
Parens; &ilsnepouvoient souffrir
qu'on loüast quelqu'und'une
qualité empruntée , & qu'il
ne possedoit pas. Cette Noblesse
originaire n'est qu'une fuméequientête,
& qui perd la
plûpartdesGentilshommes. Ils
se reposent sur les trophées de
leurs Ayeux
,
& croyentqu'ils
CBuonC-trop fait., pour leur avoir
encorlaisse quelque chose à
faire. Ils font comme s'ils n'avoient
point esté,&leurs Enfans
meurent & finissent avec eux.
Mais n'eil. il point honteux de
devoir tout à la Vertu de les Peres,
& de joüir d'un bien qui ne
nous appartient point, qu'on
nous laisse par tolerance, & sur
la bonne foy publique;de compenser
sans cesse nos defauts sur
leurs belles actions, & s'arréter
à jenesçay quelle splendeur apparente
, qui consiste dans les
aplaudissemens du Peuple, dans
quelques Arrests,&en quelques
vieuxRegistres ; dansl'éclatdes
Habits, du Train, & des Equi- p~~cs~ ;
La Gloire & l'Honneur font
un Apanage incertain de la Nobleue
; & ces Nobles Enfans du
Jour, comme Philon les appelle,
demeurent Enfans de douleur,
par les traverses que la vanité
eur cause.
Les PeuplesdeTransilvanie
& les Suisses,se mocquentdela
MobLJTïd'origindex£iCL
qui se vantent d'estre nez Gennishommêsr
Maisquicroiroit
qu'il yeust des Nations aussi curieusès
deconserver lamémoire
de leur basse & obscure Naissance,
que d'autres celle d'un grand
éclat & d'une illustrePostérité?
LesAmmaistres deStrasbourg,
qui sont les Premiers de cette
Villerprouvent*l^nrRoturede
huitRaces, pourarriveràcette
dLiOgnIeitnét:Il faut que lesAÎlemans
bien Peuples, & ayent
ld'aemGeenbnieesndogritoessstireekdree.lL'oerDdorgee
du_P£upJe, & non Noble; car
il y a des Nations& des Republiques
où le Peuple veut estre
Maître, & que ceux qui le commande
ne soient pas de meilleure
Maison que luy. Claudius de:
Dolabella renoncerent au rang
de Chevaliers,pourparvenir aux
Charges de Tribuns; foit qu'ils,
eussent peu de courage,ou qu'ils
reconnurent plus de vertu par-.
my le Peuple que parmy la No- -La qualité de Bourgeois n'est
pas siméprisable, que quelques
fauxNobles le persuadent:Ily;
aune grande diférence entre
Bourgeois & Artisan
, ou ceux
du communPeuplé. Lemot
de Bourgeois-signifie Citoyen;
&iln'y avoit autrefois que ceux:
qui vivoient noblement dansles
Villes qui portoient cette qualité
: Bien plus, ilyavoit desVilles
dont le droit de Bourgeoise
estoit si illustre , que les plus
grands Hommes ont fait gloire:
d'en estre honorez. C'estoit une,
faveur du Ciel &delaFortune,
d'estrené ou faitBourgeoisd'Athénes
Platon enrendoitgrace
aux Dir-tixi& onsçaitqueMontaigne
& leMaréchaldeMonluc,
onttenuàhonneurlaMairie,
âcBourdeaux,&les Aim£s_d&-
SIilenne.••• yavoit desVillesquiestoient
Noblespar excellence
, comme
Rome,Athénes,Sparte,&Corinthe.
Leurs Citoyensestoient
non seulement ce que nous :lP'¿)'-
pellons Gentilshommes
,
mais
encor quelque chose de plusj.
Nous avons desVilles en Frnn-r
ce, quiontcetavantage, 6cdonc
les Citoyens ont eu autrefois de
grands Privileges. in) Bourgeois deParis, dePoitiers^
delaRochelle, d'An'!oule{ille,î" --- estétraitezdelaforte.parphusieurs
F.dirs&:Déclarationsde
nosRoys.Et pour confervec
quelques marquesde leurnoble
Origine, les Maires&les Eche.
vins decesVilles-là, sur tout de
Paris ,acquierent pour eux,&C:
leurs Enfans, la ciuafire de Nobles.
Je ne sçay pas comment,
quelques Aurheurs mettent en
doute,siun Bourgeoisfait Ghe^
valier.
valier devient Noble; & si celuy
<Iue lesRois apellent Noble,l'est
effectivement. Cest s'attacher
trop à des déclarations en forme,
&à unmorceau de Parchemin
,qui est souvent mangé des
vers. On fait encor une question
plussubtile quesolide;sça- VOun Homme quiest noble,
l'estpar tout. Quand on est
Noble par Vertu& par Naiuant.
ce, pourquoy ne l'estre pas en
quelque lieu qu'on se trouve? Le
Sage est Citoyen du Monde, dit
Socrate; & un Prince lors qu'il
connoist la naissance& le mérite
du Sujet d'unautre Prince, peutil
luy refuserdans son Royaume
les honneurs qu'il reçoit chez
luy? Il ya des Nations qui ont
un grand mépris pour les Etrangers
, & qui ne reconnoissent
pour Nobles que leurs Compatriotes.
Maiss'ilyenaplusieurs
qui reçoivent leur Anoblissement
des Princes & des Republiques
,
sous lesquels ils font
obligez de vivre, cela n'arrive;
qu'en deux occasions ; ou quand
la Personne estd'unemédiocre
iillflànce dont on peut douter
; ou lors qu'elle tient à honneur
de recevoir cette qualité
du Prince sous lequel elle demeure.
Et en effet, quand un
Homme est d'une Naissanceillustre
& connuë,il est Noble
par tout ; & mesmeplusieurs
dédaignent les Titres dont uiv
autre Souverain les veut honorer.
D'autre costé si nous remontons
à la source des choses,
ôc si nous voulons tirer cette
Noblesse de trop loin, nous retomberons
dans cette Roture,
.de laquelle nous voulons sortir.
Car enfin, la Noblesse , telle
qu'elle est aujourd'huy
,
estant
inconnuë dans les premiers Siecles,
les Bergers ont précedé les
Rois & les Princes. Ce qui a
fait dire quela Noblesse est cellede
qui la Roture s'estdiffipée
à la longue; 8c la Roture,
-celle de qui la Noblesses'est
perduë de mesme. Quelques
Auteurs assurent quelaNoblesle
dégenere comme toutes choses;
qu'elle ne passe point la quatriéme
Genération
; & que c'est
là son point d'élevation & d'abaifleirent.
Il est d'une Nobles-
- se trop ancienne dans les Particuliers,
comme de la nouvelle;
toutes deux font trop foibles:
L'une par sa vieillesse & l'autre
par fà nouveauté; l'une finit,
l'autre commence. Démocrite
mettoit toute la Noblesse dans
la bonté des Moeurs, Socrate
la définit un bon tempérament
de l'Ame & du Corps. Mais
quand il estoit de méchante humeur,
il l'apelloit la source de
toutes sortes de maux; & Diogene
une excuse de mal faire.
Mais disons plutost avec Saluste,
que c'est une Lumiere qui éclaire,
& fait paroître davantage le
bien & le mal que font ceux qui
la possedent. C'est une belle
chose, dit Plutarque, mais c'est
un bien de nos Ancestres
, pour
nous aprendre que nous ne devons
pas nous glorifier d'uneillustre
Naissance., Ceux qui ne
font connus que par leurs Noms
& leurs Arrests
,
ressemblent,
dit une Fille sçavante,aux Portraits
de ces anciens P inrrC's,qui
estoient si grossiers & simal faits,
qu'il falloitécrire au bas, c'est un
Cheval, c'est un Homme, pour
reconnoître ce qu'ils represèntoient.
Disons donc que la véritable
Noblesseestun caractère
de Vertu, imprimé dans les bellesames
; un éclat d'uneLumiere
qui reluit dans toutes leurs
actions& qui résultentdéroutes
les belles qualirez qui fonten
elles; qui leur attire lJo..:ftitlle &
la bien-veillance des Sages, l'amour
& le respect ds Peuples.
Ceux qui ont cette Noblesse nela
doivent qu'à eux. mesmes;ce
n'est point un effet du Sang, &
de la faveur du Prince, mais d'un
beau naturel &; d'une heureuse
Naissance. Philon,quej'ay cité
tant de fois, éleve ces Nobles.
bien au dessus des autres. Ildit
qu'ils font d'autant plus admirables,
qu'ils n'ont point esté vertueux
parexemple, &par ambition
, pour imiter leurs Peres,
6c pour surpasser leurs Compagnons
; mais parce qu'ils font
portez naturellementà la Vertu.
Ceux qui par leurs efforts&par
leur industrie, excellent en belles
qualitez, méritent beaucoup
de louanges
;
mais ils n'auront
pourtant que le second Prix,la
Nature accorde le premier aux
autres. Je ne parle point icy de
la Genérosité
,
qui doit faire le
principal caractere de la No,
blesle : Je ne dis rien du Magnanime
d'Aristote
,
qui en
doitestre le véritable modelle
;
on auroit de la peine aujourd'huyà
renouveller ces idées;
& on prendroit pour des fictions
de Poëte tout ce que j'en pourroisdire.
C'est là cette Noblesse
que le Prince ne peut donner, &;
qui ne se rencontre point dans
les Honneurs & dans les Richesses.
Celle de l'estre, & de distinction,
est un effet de la Royauté.
Le Peuple a toûjours esté Peuple
, tant qu'il s'est gouverné
soy-mesme
; mais aussi-toit qu'il
y a eu des Rois, il y a eu des Nobles.
C'est un écoulement de
la Majesté du Prince, qui se répand
sur les Sujets, & qui les
rend plus dignes de ses graces,
&: de communiquer avec luy.
Comme il est une Image de la
Divinité, ils ne peuventl'aprocher,
sans recevoir en memie
temps un rayon de sa grace. Cette
Noblesse vient delanaissance-
& des belles actions, qui distinguent
un Homme du Vulgaire,
& qui l'éleve au dessus des autres.
C'est un effet de la faveur
<iu Prince; maiscomme elleest
aussi une récompense de la Vertu
,elle mérite avec justice nôtre
veneration & nos respects. Il y
en a une troisiéme, qui n'effc
qu'un pur effet de la Fortune,&
de la grace du Prince. C'est une
Noblesse d'exemption & de Privileges
accordée en faveur de
quelque Employ, ou de quelque
Charge, qui ne met autre distinction
entre celuy qui la possede,
& le Peuple, que la décharge de
quelques Imposts&dequelques
Subsides;de celle-là le Princehonore
qui il luy plaist; mais
la Guerre a toujours esté la
source d'où l'on atiré la véritable
Noblesse ;
c'est le Creuset
où l'on éprouve les grands Courages;
c.efi le Théatre où ils paroissent
dans tout leur éclat; on
les expose à l'Armée avant que
de les exposer au Peuple: La
Guerreest le plus beau Métier
du monde,& le seul qu'un Gentilhomme
doive faire. Tout
Homme de coeur est noble
,
di<.
soitMarius;& il n'y a point de
doute que de l'ancienne Chevalerie,
honneur qui doit son
Origine à la Guerre, est venuë
la qualité deNoble & deGentilhomme.
Je parle de la Noblesse
guerriere& qualifiée, qui
est celle qu'on peut dire résider
dans le Sang, 8qui part de race
en race, comme les Ruisseaux
qui coulent de Source, &quine
perdent rien ens'éloignant.
-. Les Romains tiroient leur Noblesse
des centSénateursétablis
par Romulus. Les Athéniens
de ceux qui avoient exercé les
Chargespubliques. Les Perses
des Villes qui par leur antiquité
& leurs Privilèges, rendoient
Nobles leurs Habitans. Les
Juifs des Prestres. Les Chinois
des Sçavans, & de ceux qui s'apliquent
aux belles Lettres. Il
y a sept fortes d'Anoblissemens
en France. La Noblesse Féodale,
la Chevalerie, la Mairie,
la Légitimation
,
les Charges
chez le Roy, les Emplois, les
Edits. MrdelaColombiereen
raportededouze sortes; 8c Mr
dela RocquediviselaNoblesse
en vingtespeces, qui font autant
de moyens d'anoblir. Platon
divise la Noblesse en quatre manieres
; Des Ancestres vertueux
& illustres
;
des AncestresPrinces
& puissans
;
des Ancestres
celébres par leurs actions; & de
ceux qui font Nobles par leurs
vertus personnelles. Aristotela
divise aussi en quatre;des Richesses,
de la Race, de la Vertu, de la
Science des bonnes habitudes.
Le Baron de Souley en trois;
celle du Sang , qu'il appelle ancienne
,
la Riche, & illlustre.
Ducarel en trois, fondez sur la
Vaillance, la Sagesse,les Richesses.
Limneves en deux; l'une MoralePolitique.
Uptâî en deux,l'une Militaire,,
&l'autre Litteraire. Balde en a faitunedivisionquiluy est particuliere
; en Commençante, Croissante, & Parfaire. Il dit
que la NoblesseCommençante
estcelle des nouveaux Anoblis,
qu'il compare à celuy qui porte
le Flambeau, qui éclaire ceux
qui le suivent,& ne s'éclaire pas
luymesme. Pour la Croissante
& la Parfaite, ce font celles des
anciens Nobles, qui par de belles
Actions
,
& de grandes Alliances,
parviennent à ce degré
de gloire & de splendeur, qui
ne met que le Prince au dessus
d'eux; jusques-làqu'en France
le Frcre du Roy Ce contente du
Nom de MONSIEUR ,comme
eÍblnt Premier Gentilhomme
du Royaume. Il yadonc la(l"No.
blessede Vertu,cellede Mérite
personnel, & celle d'Extraction;
l'unequi vient de nous, & l'autre
de nos Ancestres. Il y a la
Noblesse qualifiée, & laiNo.
blésle privilegiée.
J: trouve cette division jolie
de la NoblessedeFlorence, en
Njobi£lILde.Laine, &Noblesse
deSoye. On pourroit dire que
la Noblesse qui trafique, ou qui
demeure à la Campagne, est la
Noblesse de Laine; &; que celle
qui demeure à la Cour, ou qui
passe sa vie à la Guerre, &dans
les grands Emplois, est la Noblesse
de Soye : Mais on divise
plus sérieusement la Noblesse
d'Italie. Il y a l'ancienne Romaine
,& celle qui vient des Papes
; celle d'Agrégation, 6c la
Commune. La Noblesse de
France, d'Espagne,& d'Angleterre
est à peu prés semblable
dans son ordre & dans son rang.
Il y a eu autrefois des marques
d'honneur & d'antiquité parmy
les Nobles de ces Nations, mais
hormis le Titre de Grand, qui
est demeuré en Espagne, les
Chevaliers de la Table Ronde
en Anglererre
,
les Nobles à la
Rote, ou Nobles Edouars en
France, nele trouvent plus que
dansles vieux Romans, avec les
Paladines d'Allemagne.Le Chevalier
est par tout diferent du
Noble& de l'Ecuyer, en ce que
cette qualité ne passe point aux
Enfans ;
autrefois elle estoit accompagnée
de récompense,
quoy que néanmoins cet honneur
le puisse conserver du
Moindre au plus Grand, & du
Sujet au Princey comme François
premier
,
qui voulut estre
fait Chevalier par l'illustre
Bayard. On fait d'ordinaire une
questionassez délicate:Sçavoir,
si le Princeanoblit par puissance
ou par justice
,
lors que le Sujet
a les qualitez qu'il faut pour
estreNoble. LaNoblesseestla
récompensedelaVertu-, & c'étoit
dans ce sentiment qu'Auguste
qui estoit libéral en gratifications
& en bienfaits,estoît
fort avare en honneur & en dignitez,
parce que tout service
mérite récompense ; les honneurs
font deus à la Vertu seulement.
Jevous aime assez pour
vous faireriche,ditl'Empereur
Sigismond à quelqu'unqui luy
demandoitune Noblesse; mais iln'estpas en mon pouvoir de
vousfaire Noble. Les Gentils-
Hommes font les Ensans de
l'Empire; ce font les Produirions
de la Puisfsaannccee- & ddeellaa
Majesté du Prince; c'est le seul
& le supréme avantage qu'il
puisseaccorderàses Sujets; c'est
lpeasrla qu'il les distingue & qu'il
sépare
,
qu'il les honore 6c
qu'illesrécompense Mais lors
qu'ilaaccordécettegrâceàdes
Gens sans vertu & sans mérite,
il en corromp l'usage,& produ
gue un bien qui n'est pas en sou
pouvoir.
Ce n'est pas assez: que d'avoir
de la vertu èc du mérite pour
estre Noble ,il fautque les bellesqualitez
soient connues de
tout le monde, il faut que le
Prince &l'Etat endonne unedéclaration
publique. C'est 1er
Sceau quicaracterise le véritable
Noble
,
ôc qui rend seconds
en sa Perionne, desqualitez qui:
seroient infructueuses àJa posterité.
Noble veut dire connu,
suivantla distinction de Varron,
& celle de Ciceron,quidit que
la Noblesse est une vertu connucL
C'est aussi le sentiment
d'Aristote, quand il la définit
une recompense extérieure de la
vertu & dubienfait: Car enfin
c'est un Titre d'honneur,qui fait
reconnoître celuy que le Prince
rend Noble, soit qu'il ait du mérite,
ou qu'il ait feulement la reputation
d'en avoir. C'est un
obstacle invincible à un honnête
Homme, quand cette qualité
luymanque, & le vertueux est
plaindre,quand il n'a que la qualité
de vertu pour TitredeNoblesse.
On croit que ceux qui
sontnez Nobles, le sontentout.
On s'engage volontairement
sous leur obeissance
,
& de là
vient la grandeur de la Noblesse.
Disons donc avec Segoing,
que c'est une Dignité dont les
Souverains honorent leurs Su,
jets qui se font rendus recommandables
par des services importans
, ou parquelque haute
& genereuse action
, ou qui ont
découvert & excellé dans quelque
Art,& quelques Sciences.
Voila la source & l'origine de
tous les Nobles du monde. C'est
ce qui s'est pratiqué de tout
temps, & ce qui Ce conservera
jusquesàlafin des Siecles. Mais
je ne puis goûter cet autre lentimentd'Aristote,
lors qu'il dit que
la Noblesse est une marque de
l'opulence de nos Ayeux, Les
richesses ne font pas toujours de
l'Apanage de la vertu, c'est bien
souvent le contraire. Il seroitjuste
à la vérité que la Noblesse
fust suivie de l'opulence,car c'est
à elle principalement que la belle
dépense est permise, ë< qu'il
sied bien d'estre libéral& magnifique.
LesSenateursdeRome
devoient estre deux fois plus
riches que les Chevaliers, &
Denis Dhalicarnasse dit, que
Romûlussepara du Peuple, Be.
fit un ordre de Nobles de ceux:
qui estoientIllustres ennaissance
& en vertu, mais encore par
leursrichesses; & les Illustres quiestoient
riches ( il parle toûjours
ainsïfurent appeliez Patriciens,
& les autres Citoyens. Mais fë
les Nobles dévroient e stre riches
,ilsnedoivent pasledevenir,
c'est à dire,trafiquer& s'en.
richir par leur negoce de par leuravarice,
que ceuxqui font riches:
soient Nobles àla bonne heuret:,
pourveu qu'ils soient aussi vertueuxque
riches.Mais qu'onsoit
Noble, parce qu'on est riche,
c'est ce qu'on ne peut soûtenir:
On peut appliquer ces paroles.
du Sage à ce que fait un Roy,
lors qu'il anoblit ces fortes de
riches ,.& qu'illes tire de la lie
du Peuple,Rexjust erigit terram
,vir avant* destruet eam. Il
n'y a point de doute, que lors
quelesrichesses se trouvent jointes
à une haute naissance
,
elles'
ne soient le fondement d'une
grande fortune: La naissance,
fait qu'on respecte les Nobles,
les richesses qu'on les suit.. Le
mal n'est, pas d'avoir desrichesses,
mais de s'en croire plus bonnette
Homme,& de s'àbaisserlors
qu'on n'en a point;ce sont
les deuxécueils dela Noblesse
Un Gentilhommetrop riche de/
vient, ou orgueilleux ou avare:
Un pauvre Gentilhomme devient,
ou lâche ou mercenaire.
Enfin, dit un Ancien, la pauvreté
ne peut osterla Noblesse
nyles richesses la donner. Numa.
Pompilius dans les Loix qu'il
donna, s'opposa fortement au
desir injuste de s'enrichir par la
voye des Armes : Mais Licurgue
fut encor plus austere que luy
sur ce sujet,il défenditaux Personnes
de condition libres de faire
profiter leurargent, & le permit
feulement aux Esclaves.
C'est une distinction bien délicate
,
de permettre aux Nobles
le Trafic en gros, & de le leur
défendre en détail: Ilya des
Nations(commeeiLHollaiKie)
oulaNoblesse nedéroge point
pourcela,.neanmoins en Flandre&
enAngleterre^lil,iaut^
quitterleTraficlors qu'onest
anobly.
C)e un foible raisonnement
d'appuyer le Trafic de la Noblesse
sur l'Exemple de Drac,de
^lagelan,d'Albuqucrque,8c
deSoares. Ce font à la vérité
decélébresMarchands, & pour
lesquels il semble que Dieu ait
fait un nouveau monde; mais ce
n'a pas esté la Marchandise qui
les a anoblis
,
ç'ont esté leurs
Voyages & leurs découvertes
qui les ont mis au nombre des
Héros &des Conquérans. S'ils
n'avoient point party de leurs
maisons,, quand leurs Facteurs
auroient trafiqué pour eux dans
toutes les Villes du monde, je
doute fort qu'on eust pris la peine
de conserver leurs noms, non,
plus que ceux de tant d'autres
Marchands,d'Amsterdam & (le-,
Hambourg
,
dont le merite cfL
aussi obscur que la naillance.,1
C'estdoncavecbien de laj-nftu.s
ce qu'on cesse d'estreNoble,
aussi-tostqu'on commence d' e-,.
tre Marchand.Ceux mesmequi
font entestez du Commerce, &>
qui raisonnent à perte de veuë
sur les avantages qu'ils en tirent,
avouent ingenûment que les inclinations
& les. manieres d'un
Marchand fontentièrement opposées
àcelles d'un Gentilhomme
;.filais il y en a peu qui puissent
dire avec Scipionl'Afriquain
,qu'ils n'ont jamais, ny.-
rien acheté ny rien vendu. La*
6Xoirc:
Gloire doit estre le plus beau
bien de la Noblesse, & son principal
interest : Mais il faut fça-J
voir en quoy elle consiste, & par
quel moyen on peut l'acquerir. ,
Ce n'est point des richesses
qu'on doit l'attendre, mais des
Emplois & des Charges,afin
de servir l'Etat, & defaire voir
dequoy l'onest capable; c'est
le moyen le plus seur pour faire
connoistre qu'on a du méritey[
&je ne m'étonne pas s'il yatant
de braves Hommes qui font inconnus,&
qui ensevelissentleurs
mémoiresdans un éternel oubly.
Ils ne s'exposent pas au grand
jour
,
& ils aiment trop le repos
& la vie cachée. Ils s'amusent,
ditle Sage, à raconter les beaux-,
faits de leurs Peres, & ils meurent
en les racontant. La Robe ne rend pas moins
Nobleque l'Epée,& laJustice
JSL les Nobles auffibien que la
Guerre. Nous levoyons parla
conduire de ces grandsLégislateurs,
Licurgue&Numa Pompilius;
le premier cultiva la Valeur,
6c la rendit florissante chez
les Lacedémoniens. Les braves
Capitaines, estoient les premiers
entreles Peuples de Sparte.Le
second, cultiva laJustice, & modera
cette ardeur guerriere qui
dominoit chez les Romains.
Les Magistrats & les Senateurs,
estoient les plus considérables
parmy les Citoyens de Rome;
nlJisilfaut avouerque Numa
donna trop au Peuple, &: Licurgue
trop auxGens deGuerre.
Ce n'est pas sans raison que quelques
Autheurs ont avancé, que
la Noblesse qui vient des Charges,
Se des Emplois, &: qu'on
appelle Civile & Politique, est
préférable à cellequi vient dela
Naissance, puis qu'elle est un
effet de la vertu& dumérite, &
l'autre du hazard& de laNature.
je ne croy pas trop ce que
nous ditBalzac,parlant de Montagne
-& de Malherbe, que l'un
avoit eu honte defaire mention
qu'ileust esté Confeillcr au Par.
lementdeBordeaux, & Pautre
tant de répugnance que son siss
lefustau Parlement d'Aix, leur
délicatesse auroit marqué plus
d'ignorance & de foiblesse, que
de raison & de genérosité. Les
Nobles deSuede, méprisent les
Charges&lestiennentau dessous
d'eux; mais les Italiens, & lesErpagiioI7^ilinTëntTa^o~
Qffe de-0e.2 &préfère
à cellequi s'obtient par faveur,
& fous de faux pretextes. Les
Landgravesd'Allemagne qui
estoientdes Souverains considera
bles,estoient aussides Juges
qui accompagnoient l'Empereur,
& qui dans leurs Etats ad,,
aTliniftroientIaJulhce au Peuple
del'Empire. Les Senateurs précedoientlesChevaliersdutemps
de Romulus ; maischez, les
Gaulois, les Chevaliers précedoient
les Druides- les premiers
avoient foin du gouvernement
& de laconversation des Peu-
:p'es; les seconds, de laReligion,
ndis Sciences, & des Arts, cequi
me fait croire que c'est la raison
pourquoy l'on prefére en France
l'Epéeà la Robe, & que les
Officiers deJudicature font confondus
dans le tiers Etat.. On
prétendquela Noblessene commença
enFrance,qu'aprèsla
TéïTclëncêdel'Empire Romain^
que les Cïïcfsayantdivisé les
Tleerresacui-sSo!S)- dontlesSeigneurs devoientfournir
un certain nom- bredeTroupes,quicombateroitpourla
défence delaPatrie,
ainsi la Noblessecftoit en
cetemps-làtoutemilitaire. On
n'est pas assuré lequel de nos
Roys, alepremier anobly par
Lettres. Quelques Autheurs dirseunrntoqmuemc'éaeste
leRoyRobert,
le Devot, &queles
Anoblis furent Denys & Loüis-
JuorlarifsodeBourgogne; les:
autres raportent la chose à Philippes
I.qui anoblit un certain
Eudes, Mairedeson Palais,pour
avoir accomplyunVoeu que le
Roy avoit fait d'aller à Jerusalem
visiter le S, Sepulcre; mais,
on croit avec plus de verité, que
ç'a esté Philippes III. dit le
Hardy, en faveur d'un nommé
RaultsOrse.vJ:e. Ce Prince fist
beaucoup de Gentilhoi-iiiiics,
selon les apparences, & ils le
méritoient bien, puis que sous
le Regne de Philippesle Bel son.
Fils, il en demeura douze mille
sur la. place, à la Bataille de
Courtray. C'estoitalors une
Nob,fTe genéreuse&guerriere,
mais encor pure & sans cac.hej::
le vice n'avoit point corrompu
ses moeurs,& la Justice n'avoit
point ordonne de suplice pour
ses criminels. Philippes de Valois
ayant fait arrester le Pere du
Connestable de Clisson,& quelques
Gentilshommes Bretons,
fous prétexte d'intelligenceavec
l'Anglois, il leur fist à touscouper
lateste, ce qui causa une extréme
indignationàtoute la Noblesse,
qui n'avoit jarïxiis, dit
l'Histoire, répandu de sangqu'à
la guerre. Mais elle commença
à degénerer dans la fuite, & fous
le Regne du Roy Jean, elle devint
insolente,&superbe, vaine,
&. dissoluë;elle devine aussile
mépris&.la raillerie du Peuple,
& elle fut contrainte pour en
éviter les excés, de se retirer
des Villes, & d'aller habiter la
Campagne, où le Païsan plus
timide&, plus soûmis, se trouva
plus disposé à suporter son audace
& sa tyrannie, maisenfin
le Paiian se revolta, ce qui causa
de grands désordres. Quelques
Autheurs disent que longtemps
auparavant,lesNoblesavoient
abandonné les Villes , 6e faisoient
leurs demeures à la Campagne
,depuis que sous le Regne
t-i-'
bPepin le Bref, ils furentrejetez
des Etats, & exclus du ma- riaient des Affaires. Quoy qu'il
en soit, ce fut alors que privez
du commerce des belles Lettres,
& du beau Monde, & occupez
duseul exercice de la Chasse, &
de la vie champestre, elle devint
sauvage, ignorante &, grossiere,
sans vertu, ians courage, sans
éducation.
Cependant l'Historien Mathieu,
n'a pas sansraison relegué laNoblesse dans les Champs.
Les Gentilshommes de France
& d'Angleterre en preférent le
sejour à celuy des Villes; outre
la superiorite, & le plaisir de la
Chatfc qui s'y rencontre, les
manieres bourgeoises font fort
opposées aux manieres nobles&
cavalieres, & quoy qu'on ait
peine à souffrir d'un Gentilhomme
campagnard, ceux qui
s'y connoissent le preférent à Ujk
Gentilhomme citadin. La Campagne
quoy que rustique, a jene-
sçay-quoy de pure, de vaste,
& de relevé, qui donne plus de
liberté, & plus de grandeur de
courage, que l'air des Villes, où
l'on est plus concerté & plus
poly,maistrop fin & trop rusé,
ce qui entretient l'ame dans une
certaine bafTcfiè indigne d'un
Gentilhomme. Il fautaussi demeurer
d'accord avec Mr le
ChevalierdeMeré, qu'on est
plus Cavalier à la Cour d'un
Prince, que dans une République,
& on peut appliquer
cela à César, & à Aléxandre,,
ce font deux parfaits modelles
de la grande & de l'illustre Noblesse.
llsestoient tous deux
grands Capitaines;maisl'un
estoit bien plus Cavalier que
l'autre. Césartout brave&tout
galant q:)il est,me paroisttoûjours
revestu de sa Robe de
Consul,je voy toûjours en luy
un Homme de Robe,& de Lettres;
mais dans Alexandre, je
n'y voy rien que de guerrie r &
demartial; il est sçavant, mais
cela ne paroist point, &on ne.
pense jamais que c'est le Disciple
d'Aristote. UnparfaitCavalier
est donc un chefd'oeuvre de
l'Art & de la Nature; mais où
peut-il mieux estre formé qu'en.
France, & à la Cour du plus
grand Roy du Monde, & du
Prince le plus accomply de son
siecle?OnaditdeHenryIII.
qtue'ilioesntoit l'Homme le mieux R,-tynme , maison le
peut dire avec plus dejusticede
LOÜIS LE GRAND. Il possede
tous les avantages d'une heureuse
NaifTiDce, & le Cida'
joint en luy,auxqualitez d'un
grand Roy, celles d'un honneste
Homme. C'est un parfait modelle
pour la Noblesse de ce
Royaume,& gomme ilsurpasse
tous les autres Roys
,
elle surpasse
aussi tous les autres Noblesses.
Le foin que cet auguste
Monarquea pris de la purifier,
& de luy redonner son
premier éclat, & son premier
lustre; la bonté qu'il a euëd'établir
plusieurs Académies pour
son éducation, & pour ses exercices;
le zele qu'il apporte pour
la conservation d'un Sang qui'
luy est si précieux, rendent aujourd'huy
la Noblessede France
laplus illustre
,
la plus adroite,
& la plus nombreuse qu'il y en
ait au monde. Mais je ne puis
mieux,finirsonPortrait, 8c terminer
ce Discours,que par les
paroles dont le Sage commence
l'Eloge des Patriarches. C'estoientdes
Hommes riches en
verru&amoureuxde là. beau- « té, tous les jours de leurs vies
ontesté des jours deloüanges,
& leurs Enfans ont hérité de <c
leur gloire & de leurs vertus,
leurs beaux faits n'ont pas
péry avec eux, leurs Enfans «
les ont imitez, & conservent
leur nom jusqu'à la derniere
postérité. Ils font morts en
paix; mais ilsvivront toujours 44
dans la mémoiredes Hommes,
'& le Ciel & la Terre retentiront
de leurs loüanges
jusqu'àla fin des siecles.
DELA FEVRERIE,
—-— — —.
SENTIMENS SUR LES
-Questions du dernier Extraordinaire.
I.
I L est des Fansarons en amour comme
enguerre.
Toûjoursetunfauxéclat, ébloüis, &
charmez,
Ilsveulentque toute la Terre
Sçache combien ilsfont aimez.
D'un amour secret & pa:¡ible"
Ils ignorent lesdoux appas;
Cefont des Galans àfracas,
Quin'ontpas lecoeurtropfenfîble.
Maislors qu'unveritable Amant
Se mesled'aimer tendrement,
Il enfait toûjours unmistere,
Etse contenteseulement,
-D'Aimer:> d'estre aimé, defe taire.
I II. L n'estpoint de coeur qu'on ne
touche,
Quand, on a comme ma Philis
Debeaux yeux,une belle bouche,
Le teint & la gorge de Lys.
On brûle, onlanguit, onsoûpire,
Onseplasi'afcaffrlr, onseplaist à le
dire.
Mais quand d'une Sçavante onse laisse
charmer,
Onn'aime passouvent autant qu'on
croit aimer.
Jesçay que de l'Esprit la Beautéprend
des armes
Pourforcer un Rebelle à luy faire la
cour;
Qu'aux discoursdes Amans il donne un
pins beau tour,
Quede l'Objetqu'onaimeilaugmente
les charmes,
Jetais jamais l'Espritseul n'afait naître
l'amour.
III.
IL'est vray qu'on trouva en tout
temps
De jeunes & de vieux Amans,
Dejeunes, de VieillesMaîtresses;
Mais lors qu'on peutchoisirl'Objet de
sescarresses,
Ilfaut avoirperdu lesens,
Pourpréférerla Vieille àcelledeseize
ans.
IV.
DIeux, que cette Femme est à
plaindre,
Desevooir obligée à choisir un Epoux
Oufortstlipide, oufort jaloux!
De l'un& l'autre elle a lieu de tout
craindre;
Mais si pour la réfllldrc il luy faRoit,
ma voix,
Voicy quel estmonsens enfait deMariage.
Voulez-vous estre Femmesage,
Etsuivre de l'Hymen les rigoureuses
Loix?
Du Mary jalouxfaiteschoix;
Maisside coqueter vous avez quellueenvie,
Prenezpourvostre Epoux le plu*fou
quise lie.
V.
MAlgré lesfunesteseffets.
DelaNature corrompuë.
La vertu des Héros est toûjours reconnuë,
Et la Posteritécelebre leurs beaux
Faits.
Cette reconnoîssance est la vraye origine.*
D'où l'on a vûsortircette Race divine,
LaNoblesse féconde en tant deDemy-
Dieux,
Quisuîventdigmment les pas de leurs*
Ayeux.
MaissidelaNoblesse on connoitffex<*
celienee..
Si du mérite seulelle est la récom- -'
pens
Le prix de la T'ertu, la marque d'un
beau Sang.*
Onpeut dire ques'est en France,
DuRegne de Louis LE GRAND.
VI.
Ene m'étonnepointqueleplusgrand Courage
PâliJJè, & change de vis-age,
Quand il voit la Lancete,& qu'il donne
son bras,
Pourrecevoiruncoupqui ne l'honore
pas.
DecetArtinhumain ilabhorre tufagC.,
Ce Sang estinutile àsa gloire, à, l'Etat,
Celuy qui ta tirésans nom &sans
éclat,
Etse commettre ainsi riefipas d'un
Hommesage.


}J;1aú>d,'t-on> ce Remede estd'unsigrand
secours.
Quoy,p-our la moindre maladie,
Ausang ilfaut avoir recours?
Et nevoit-onpas tous lesjours
De quelsfâcheuxeffets la Saignée e(l.'
[ui'uid
Je conclus donc encor contre un Art si
fatal,
Quil nom apporte dans la vie
Beu de bien, & beaucoup de mal.
DE BOISGRIMOT.
vcm envoyayily atrois mois
une Planche dupetisEtang quiejh
dans le Buen-Ketiro de Madrid
En voicy une qui vomseravoirle
grandEtang, quifaitune des beautez
de cette mesme Maison.te iie
vous dispoint que cetaspet doit
estreageable.Vous enpouvez,jugerv
parvous-mesme.
On m'a erfin envoyé l'Explication
dela Lettre en chifresemployée
dans le dixiéme Extraordinaire. Je
ne puis mieux satisfaire vostre Ctlriosité
sur cet Article, qu'en vous
faisantvoir ce que l'Autheur de ce
chifre ingénieux a eu la bontéde
m'en écrire.
A Fau-Cleranton le 10. de
Decembre 16S0. S'Il m'estarrivé, Monsieur,
de laisser passer vostre der-
- •- nier Extraordinaire, sans vous
avoir envoyé l'Explication de la
Lettre du Marchand Vénitien,
sur le dessein de Selim Empereur
des Turcs,c'est que j'estois bienaise
de m'éclaircir auparavant,
si quelqu'unavoir trouvé le secret
deTriteme &de Ventura,
auffibien que moy ; mais comme
le silence de tout le monde sur
cette Lettre, me donne lieu de
juger que ce secret est encor à
sçavoir, je satisfaits présentement
avec joye, à l'offre que je
vous ay faite d'en donner la connoissance
au Public par vostre
entremise. Ce secretneconsiste,
comme les autres, que dans un
tour d'adresse,& ce tourestle
renversement des Alphabets, à
quoypersonneque jesçachen'a
encore pensé.Voicy l'intelligence
de ces paroles. Pliez en
quarré un quartde papier, où
vous puissiez écrire autant d'Al
phabets que nous avons de Lettrès,
& où il y ait de reffce un peu
d'espace au dessus,& au costé
gauche. Puis formez dans ce
quarré une premiere ligne de
nos vingt.- quatre Lettres, en
commençant par ladernière ef,
& finissant par la premiere a.
Apres cela, écrivez dans laseconde
ligne ces mesmes Lettres
en commençant par z, & fïni£
sant par &j marquez -
les en
fuite dans la troisiémeligne
, en
commençant par y, &: nnifiant
parz, &continuez,ainsijusqu'à
la vingt-quatrième ligne; mais
pour éviter la confusion, mettez
un peu de séparationentre les
lignes & entre leslettres, &
gardez un tel ordre que les lettrès
dela seconde ligne,soientdirectement
au dessous de celles
de la première ;celles de lacroisiéme,
audesoisde la seconde,
& de mesme des autres. Cela.
elhlnt fait, écrivez dans lesespaces
qui vous sont restez
,
deux.
Alphabets dans l'ordre ordinaire;
l'un au dessus du quarré,
&l'autre àson costé gauche,
ensorte que la lettre &, qui est
la premiere du quarré ait au dessus
d'elle, lalettre a du premier
Alphabet ;&àsoncosté gauche lamesme lettre a du sécond Alphabet,
& répondeainsi à l'une
&: à l'autre. Et sur cepied continuez
àécrire vos deux Alphabets,
de maniére que leurs deux
Il ayent une lettredu quarré qui
leur réponde aussi
,
qui fera J';,
pourdeux,uneautre qui fera u;
leurs deux d, une autre qui ferayj
&ainsi jusqu'à Li fin.Voila le plan
du Chifre, & du Contrechifre,.
dont deux Amis peuvent convenir
en se séparant, pour s'écrire
tout ce qu'ils voudront de
plus caché, Tons tel sens parfaitqu'il
leur plaira, dévot, prophane,
indiférend, opposé ou;
contraire; & nlclillcs en telle
Langue dont ilss'aviseront,
Françoise, Espagnole
,
Allemande
, Chinoise, ou Canadosse,
sans causer aucun soupçon
de leur artifice, & sans avoir aucune
peine à chifrer, ny à déchifrer
le secret qu'ils se voudront
communiquer. Et voicy la figureque
ce Plan doit avoir,surquoy
il fera facile de se regler.
C'estla. faveur,dece Plan,
que


que j'ay caché le secret du Marchand
Vénitien. Il se pouvoic
dresser encor d'une autre maniere
, & c'estoit en renversant
les deuxAlphabets du dessus &
du costé, au lieu de renverser
ceux du quarré que je pouvois
marquer à l'ordinaire
, en commençant
le premier para, le
deuxième par b, le troisiéme
parc, & Continuant ainsi jnu
qu'à la fin
;
mais la première façon
m'a paru plus naturelle, &:
lpalusaisée quecelle-cy, tantpour
composition que pour le déchifrement.
Avant que d' en
venir à l'explication, il se faut
souvenir que par la Lettre que
j'ay jointeà celle du Marchand
Vénitien, j'ay donné avis qu'il
n'yavoitd'essentiel que deux.
choies; l'une qui consistoit en
son Compliment quevoicy. J'ay
appris avec bien de la joye le rétablissement
de vostresanté. Et l'autre,
qui estoit renfermée dans les
Chifres de son Mémoire. Il faut
le souvenirencor,que pour sacs
liter davantage l'intelligence de
cette Lettre mysterieuse, à ceux
qui en voudroient entreprendre
l'explication, j'ay déclaré que
chacun des Chifres signifioit
une lettre de l'Alphabet, selon
la pratique de la spirituelle Lorraine
Espagnolete
,
découverte
dans vos Extraordinaires précedens.
Surquoy on a dû connoistre
que lesChifres suivans,
qui sont dansle Mémoire du
Marchand, exprimoient les lettres
que vous allez voir écrites
dcHousd'elles.
IJ. II. 15. 12. 6.12. 8. (dpc.
n,l,p,m, /,»»,h, ~c. -
II me sembloit que la connoissance
de ces lettres, qu'on peut
nommer Lettres numerales, &
celles du Compliment du Marchand
, que je vaV mettre icy séparément
,
devoient faire aisément trouver
le secret qui résulte des unes
&des autres; mais personne ne
l'a voulu entreprendre,ou ne
s'-fft avisé que toute la difficulté
consistoit dans le renversementdes
Alphabets. Pour peu
qu'on y cust pensé
, on eust aufutostdécouvert
le senscaché du
Marchand Vénitien; car pour.
y parvenir, on n'a qu'à chercher
dans l'Alphabetordinaire qui est
au dessus du quarré, la lettre n
quiest la premiere des Numerales;
& dans l'autre Alphabet
ordinaire qui eil: au costé gauche
, la lettre i quiest la première
du Compliment, & observer
ensuite la lettre du quar- réquirépon d à l'une&àl'autre,
& qui remplit pour ainsi
dire le coin de leurconcours, &
l'angle droit qu'elles forment.
Cette lettre cftd9 & c'est la premiere
du sens caché du Marchand.
Il la faut écrire à part,
pour l'accompagner des autres
qui se trouveront de la mesme
maniéré qu'~elle. Regardez
donc la séconde Lettre
Numérale
, & la seconde du
Compliment. C'dl L & A.Ee
remarquez la Lettre qui occupe
le lieu de leur concours,& vous
y aurez la lettre o pour la deuxiémedu
sens-caché.. Obsèrvez
ensuite les deux lettres p&y,
la troisiéme Numerale & la
troisiémeduCompliment
,
&.
elles vous donneront la lettre P,
qui est la troisiéme aussi du sens
caché.Continuez delamesme
façon jusqu'auxdernières,&
vous connoîtrez enfin que ce
sens mystérieux contient ces paroles
impostantes.Donnez,avis
alt. Senat, que Sclim arme, pour
envahir 11(le de Cypte.S'il se
trouvoit plus de lettres dans le
Complimentque parmy les Numérales
, ou au contraire, ces
surabondantes ne serviroient
que de nulles. Vigenere qui s'âmufoit
à compter le nombre des
lettres,& mesme celuy des dictions
,qui formoient l'avis de la
conspiration
, que Tritéme cachoit
fous la demande de quelque
argent, estoit bien éloigné
de pénétrercetartifice.Cequ'il
ad'avantageux, c'est que le contrechiffre
sert de chiffre,&qu'il
ne fut rien de plus, pour écrire
&pour expliquer,quele quarré,
dans la forme Scavec lesaccompagnemens
que j'aymarquez.
On peut comparer ce quarré à
un coffre qui enferme le tresor,
ou le secret qu'on veut cacher,
les deux Alphabets ordinaires,
à deux Serrures attachées à ce
coffre; le Compliment
, ou le
sens parfait qui paroist, à une
Clef; & les lettres Numéralesàune
autre Clef. Je ne sçache
point de comparaison plus-propre
à bien faire concevoir tout
ce mystere.Tritéme qui estoit
habilehomme, mais grand Fanfaron,
ne l'a pas voulu expliquer.
Il s'estcontenté deraporterune
des Clefs, & a montré la plus
surprenante
- comme on peut
voir par les exemples qu'il en
donne dans Péclaireiiïèmçutdu:
fecond Livre delaPoligraphie;
à quoy il ajoûte, que personne
ne peutjamais soupçonner un tel
artifice) Se bien moins le deviner,
y employast-il cent ansavec
les plus sçavans Hommes de la
Terre. Mais s'il a parlédusens
visible, qui couvre le sens mysterieux,
il n'a peint parlé de l'autre
Clef, qui détermine ce fèrrs
visîble à signifier un tel sensmysterieux
plutost qu'unautre. Il
ne cherchoit qu'à donner une
haute idée de lesinventions, &
à se rendre admirable
) & c'est
ce qui a ébloüy & trompé Vigenere
,
& tous ceux qui ont sué
song & eau,après la découverte
de ce Secret. Ils se font (impie,
ment attachez àce que dit Tritéme
,lâns penser à ce qu'il ne
disoitpasle laissantàjuger; &
ont pristrop précisementl'assurance
qu'il donne, que chaque
diction en representeunetoute
entiere ; puis que cela n'arrive
pas mesme si exactement dans
les exemples qu'il raporte. Làdessus
néantmoins ils se font
imaginez ces. grands Diction
naires
,
& les autres grands.
moyens embarassans,dont Vigenere
fait mention dans sa page.
2oy.dedans sa279.Et Collange,
qui traduisit de Latin en François
l'an 1561. la Poligraphie de
cet Autheur, se sentit tant de
respect: pour cet endroit de merveilleuse
apparence,que la crainte
d'en diminuer la force ou le
mystere
,
l'empêcha d'en joindre
la Tnlduébon à celle de tout
le reste
, tant la préoccupation
est propre à duper certains eÍpnts.
Pourreméddiieerr à-t ce ggrrcanndd
éblouissement, & à ces travaux
inutiles, & pour empêcher à l'à.-
venir les Curieux de se fatiguer
à la recherche de ce Secret,j'ay
bien voulu, Monsieur
, en publier
la connoissance que voila &je ; veux bienmesme en ajouter
une sécondé qui m'est venue
dans l'esprit
, en éclaircissant
celle-cy
; j'entens une sèconde.
maniere de signifier un sens ca,
ché par un sens connu, lettre
pour lettre. Cette nouvelle maniéré
se pratique par le moyen
d'un rond, au lieu d'un quarré ; & comme les Arts s'abregent &
se perfectionnentà mesure qu'on
y pense, elle n'a besoin que d'un
seul Alphabet,au lieu des vingtsix
que demande la maniéré précédente..
Voicy sa conduite. Il
faut tracer ungrand rond sur un
quart de papier, 6cy mettre autour
les vingt-quatre lettres de
nostre Alphabet; & supposé
qu'on veuille biencacher le Secret
du MarchandVénitien fous
son Compliment, puis qu'un
exemple en vautégalement un
autre dans le fait dont il s'agit,..
on n'a qu'à regarder quelle est la
premiere lettre du Secret du
Marchand, c'est: d puis voir
quelle est la premiere de son
Compliment c'est i-, & com-,
prer après celacombienilyade
lettres depuis d jusqu'à i. Ony -
en trouvera cinq, d non compris;
on écrira à part 5 ,
& ce
sera le premier nombre, &: le
premier chiffre qu'il faudra employer
à dressèr le Mémoire de
ce Marchand. On observera
ensuite quelleest la sécondélettre
du Secret,& la féconde du
Compliment, c'est 0 & a ;
puis
on comptera comme auparavant,
combien il y a de lettres
depuis o jusqu'à a , en décendant&
tournant autour du rond,
on y en trouvera onze & II sera
le sécond nombre pour le Mémoire.
Ilfaudracontinuer sélon
la mesmeméthode,jusqu'à la
derniere lettre du Secret, & on
aura enfinladeuxième Clef, qui
détermine la premiere , qui est
le Compliment &lesens connu
à signifier le Secret & le sens caché
du Marchand plutostqu'un
autre. Cette manière de chiffrer
n'a rien de difficile) 6c elle n'cil:
pas moins aisée pour déchiffrer;
car comme pour chiffrer on va
toujours en décendant, afin d'avoirles
distances des lettres qui
sont depuis celles du sens caché, iu[q,u'icelles du sens connu , on
ri"a pour déchiffrer qu'à aller
toujours en remontant ,depuis
leslettresdu sens connu, jusqu'à
chaque fin des distances marquées
par les chiffres, parce
qu'on trouve là les lettres donc
se forme lesens caché. Tout ce
qui peut eau1er de l'embarras,
c'est l'Equivoque, à quoy onest
sujet en comptant les lettres les
unes aprés les autres; mais un
peu d'attention fait éviter cet
inconvénient.
Voila, Monsieur, dequoy
dégager doublementvostre parole
auprès de labelle Dame à
qui vous aviez promis obligeamment
sur la mienne
,
de
donner la connoissance de l'ingénieuxTritéme6cdeVentura.
Je suisvostre,&c.
DE VlENNE-PLANCY.
Apres votu avoir fait voir les
difficultez de la Lettre en chifres de
MrdeVienne-Plancy, par l'Explication
qu'ilen a donnée,j'ayàvous
dire, à l'avantage duspirituelBerger
des Rives du Tarn,qu'il est leseul
qui en atrouvélesecret. Il a connu
quel'Alphabetestoitrenversé,~drive
l'a écrit en cespropres termes.
Sur les bords du Tarn
le10. Dec. 16309 JE vous envoye ,Monsieur,
le déchifrement de la Lettre
deMonsieur de Vienne-Plancy
du 10. Tomedevostre Extraordinaire,
qui n'a pas esté expliquée
dans le suivant. Elle contient
cesparoles.Donnez,avis
ait Scnat, que Sclim arme, pour envahir
rI(le deCypre. Cedéchifrementse
fait ainsi. La 13. lettre
.après/, est~T: laII. apresa, est
M: la 15. apres y,est N : la 12.
apres a, est N : la 6. apres p, est
X:la 12. apres p, est C:la 8.
après r, est A: la 21. apres i, est
F: la 23. apres s ,
estR: la 7.
.après a,eÏtH: & ainsi des autres.
Desquelles susdites lettres
ymwnxcAfrh,fuivantl'A1..
phabetcydessus, la lettre y,
marque D:la lettre m, marque
0: les deux lettres n, marquent
i N : la lettre n, ne changeant
pas; la lettre x,marque E: la
lettre c,marque Z : la lettre a,
marque A: cette lettre a, ne
changeant pasaussi ; la lettre f,
marque V: la lettre v, marque
I : & lalettre ~h, marque S : lesquellesassemblées
font, Donnez
avis ; & ainsi des autres, suivant
le mesme Alphabet, lequel M~
de Vienne-Plancy a composé
exprés, pour rendre le déchifrement
de sa Lettre plus difïù
cile,changeant l'Alphabet ordinaire
, y compris la conjonction
~& pour une 24. lettre,
avec le mesme Alphabet mis à
rebours; en telle lortJ que'rotites
les lettres y sontchangées les
unes aux autres, à la reserve des
lettres a & n, qui font les mesmes
dans les deux Alphabets,
sur lesquels ledit Sr dePlancy a
chifré & contre-chifré sa Lettre
encette maniere. Par exemple,
de la premiers Syllabe du mot
,
caché, Donnez,les 3. lettres de
l'Alphabet ordinaire font changées
aux 3.lettres de l'Alphabet
àrebours, qui font audessusdes
lettres ordinaires, & qui leur répondent.
Ainsipour la lettre D,
esty : pour la lettre O, c si: m: &
pour la lettre N, est la mesme
lettre n: lesquelles 3. lettres ym
pnr,emmiiesers fous les 3. lettr s du
Marchandmot de la Letue du ,qui~cft'ay;on
compte qu'après la lettre y,
est la 13: apres a, la lettre m, est
laII:&,apresy,la lettren,est
la 15: qui sont les 3. premiers.
chifres du Marchand se raportant
au mot J'ay
,
qui est aussi le
premier de sa Lettre, & qui
estant déchifré comme dcffilS)
fait la premiere Syllabe da..
mot, Donnez,, & ainsi de toutle
reste.
LE BERGER DES RIVES,
DU TARN.
Le mesme Berger des Rives du
Tarn a trouvé le sens de ma Lettre
en chifres du dernier Extraordinaire,
quitous cesparoles du Marchand,
Voicy un compte exact
de ce que j'ay payé pour vous
suivant vosordres,~fuputez tout,
cachoit celles quevous allez lire, On
doit vous empoisonner ce soir
auFestin.Songez à profiterde
ce salutaireavis. Lesecret decette
Lettre luy a esté £autantplus facile
à découvrir,qu'ilnedifére de celuy
de Mr de Vienne- Plancy, qu'en ce
quissefert de deux Alphabets, dont
ily en a un renversé, & queje n'ay
employé que l'Alphabet ordinaire.
Chaque lettre des premieresparoles
dit Marchanda IIIJ chifrequiluyrépoîydoteunepremiere
lettre d'un nom
ousurnom qui tient lieu de (hif-r,frJ
sorte que dans ces noms Simon&
Loüis Frambourg, les lettres S,
L, ~&F, qui sont les pre mieres de
ces noms, valent iSy II,~& ~Ó, parce
qu'elles fom les dix-huitième, onziéme,
~drfîxiémc de tAiph, ~h t. Le
premier mot de la lettre est,Voicy.
Les chifres qui répondent aux cinq
lettres de ce mot,sont dans le premierArticle
du Mémoire~conau en
cestermes. Le 27.Jlnv: par ordre
du 22. Dec. payé au Sr Simon,
11o I. Ce chifre 17. fait connoistre
que la lettre V, qui estla premiere
dumotVoicy
,
signifie la dix-~ftpiéme
lettre qui suit lamesme lettre.
V, &cettedix-septiéme lettre tflOC
Par la mesmeregle le chifre 22 fait
voir que la lettre O, qui estlaseconde
de ce mesme mot Voicy, marque la
vingt-deuxième après O, qui est la
lettre n. Pour avoirmoins d'embarras,
ilfautjoindre le chifre &,,:
lettre ensemble,selon le nombre qu'-
elle marque dans l'Alphabet. Ces
deux nombres joints, marquent la
lettre de l'Alphabet,pourveu qu'ils
ne passent point23. tmdles deux
p-assent2jrilfautprendreseulement
et qui demeure de plus. AinsiV, qui
signifie vingtyparce que c'estla vingtiémelettre,
de CAlphabet,jointau
chifre J7, faitle nombre de, 37,
Oi'Alz,-Cie 23, il reste 14, cefl à dire
un O
,
puis que la lettre O efi It
quatorzième de l'Alphabet. loigsïiz
O, qui marque 14 au chiffre22
vous aurez, 36.Ostez,en 23, il restera
13, qui marque n, treizième
lettre de L'Alphabet. Ainsi au lien
de Vo, quisontles deuxpremières
lettres de Voicy, vous avez, On,
qui estle premier mot du,sens caché,.
queje vous ay dit commencerpar"
On doit vous empoisonner.
Ilriapas-fajfy auspirituel Inconnu
qui se cache sous le nom du
Berger des Rives duTarn, de m'envoyer
l'Explication de ces deux
Cbifresy Ily en a joint un desa
façon, qui exercera aux qui en
voudrontchercher le sens. Les avis
qu'ildonne aubas desaLettre, doivent
le rendre moins difficile atrouver.
le vous en fais part dans les
mesmes.termes quejel'ay rcçeuè'
Du ilL, 7bre1680.
J,AYre.?u de vous,Mon
sieur, diverses foiiimes1)
pour î1 eiqnenes je vous ay envoyé
des Marchandises suivant
le present Compte, il vous plaira
l'examiner, ôc me le renvoyer
clos.
Reçeu de vos Correspondans
plusieurs sommes en diversesfois.
sçavoir le18Janv.&le 1. Fevrier
de l'annéepassée 103 1. d'un
costé,&231. d'autre.
Plus le 15. Mars 21 l.d'un cofté,
&110l.d'autre.
Les2.&22. d'Avril23l.& 861.
Les 3. 18.& 21. May68 1.99l.
& ziL
Les19.& 20. Juin £91.8c1991.
Le11.Juillet2881.
Les 8. & 11. Aoust & 7. Septemb.
501. 110l. &61l.
Le 8. Octobre 461.
Le13. Novembre& 8. Decemb.
198l.&188l.
Le16Janv.15. Fev. I. Mars 8c
21.Avrilderniers76l.23 l.
98l.&52l.19f.
Le 7.May 101 1. d'un costé, 8c
231. d'autre.
Le 10. Juin,5. & 12.Juill. & le2.
Aoust85l.4.5l.51.&199l.
Envoyépour le prix des fufd.-
sommes le II. Fev. de l'année
passée du Point de France pour
55'•
Plus le 10. Mars du Point d'EL:
pagne pour70l.
Le14.Avril9aunes de Tafetas
30 l. 18. aunesTabis 65 l. M.
81. Ruban.
Le 13. May II. Evantails pour
22 l.
Le 13.Juin du Ruban pour 13l.
Le 5. Juill. 21. Perles 6c 4.peries-
Diamanspour 68l
1 Le14.AoustI.Baudrierde 17l.
12. paires Gans 56 1. 4. Palatines
661. &21. paire Bas 70l
Le 23. Septembre de Garnitures
de Souliers de Femme pour
igl. -1 Les 2. & 17. Octob. 3.Rubis 4.
Emeraudes & 8. Turquoises
200 l.
Le 2. Novemb. 23. aunes Moire
99l.
Les17. &23.Decemb.14. Plumets
961. 10.aunesPoint d'An-
-
gleterre.
gleterre 199l. & 12. aunes Ruban
large23 l.
Le1. Janv. dernier 20. Masques
de Velours noir, 6c 15. Manchons
84l.
Le 18. Fev. 14. aunes Papeline,
21. aunes de Ruban,& 4. Garnitures
de Souliers de Femme
*-60 l. & IJ. aunes de Gros de
Tours 100 l.
Les 9. 6c 17. Mars 7. Diamans,
6. Emeraudes, 3.Saphirs, 6c 13.
Perles488l.
Le 9. Avril 7. aunes Brocard or
& argent 200 1. & 16. aunes
Velours339 Il
Le 3. May 5. Coëfuresdegaze
damasée 16 1. I.Echarpe 50 1.
&7.paires Gans12l.
Le 23. Juin 21. aunes de Ruban.
1 18l.
-
Le 16. juill, 14. aunes Ruban
large façonné, & 11. aune
demylarge411.
Le7.Aoust 6. paires Gans 15 l.
21.aunes Ruban d'Angleterre
291. de 10, Masques de Velours
noir 14 L LEs paroles du Marchand
telles qu'elles lont dans le
premier article de la Lettre,
sçavoir, l'ay refett devous, Monftàtr)
diverses sommes, pourlesquelles
je vous ay envoyé des Marchandisessuivantle
presentCompte,
il vous plairal'examiner,&me le
renvoyer clos, font celles qui fous
un sens à découvert, couvrent
- 1111 autre sens cache, qui dità
peu prés, qu'on espere de faire
trouver quelque difficulté dans
le déchifrement de cette Lettre
à la Frctllce, dansun temps où
elle ne voit rien qui luy foit impossibles
tout le surplus de la
Lettre ne fert que pour employer
avec quelque suite les
Chifres qui y font necessaires,
lesquels vallent précisement ce
qu'ils marquent jusqu'à 23. qui
est le nombre de nos Lettres,
ceux qui vont au dela, ne devant
secopter que suivant l'invention
de cette spirituelle Lorraine qui
n'est plus Espagnolete, c'est à
dire, comme s'ils n'avoient pas
de liaison ensemble; il n'y a point
de nulles, le zéro sert à 10.& à
20. ailleurs il est employé pour
faire copter lesChifres sans liaison,
commeexcedant le nombre
de 13. ainsi 10. vaut dix; 20. vaut
vingt ; & 23. vaut vingt-trois;
mais 103. ne vaut que quatre,
110. que deux;86. que quatorze,
& du reste de mesme, tant dans
la Lettre qu'en sa date,qui y cIl:
mile pour marquer le Contrechifre.
LEBERGERDESRIVESDUTARN.
,
Voicy ce quej'ay reçeu de Madrigauxsur
lesdeux EnigmesduMais
d'Octobre.
I.
1Ris au coeur de Diamant,
Quiconque devientvostreAmant,
Trouve à-la fitfforiïïtlentetrompee.
On n'envoitpoint qui ne soitimmolé;
JMaisriestonpas bienconsolé,
Quandon meurt d'une belleEpée?
GARDIEN.
I II
Risesttoujoursinsensible;
Aux doux traits de l'amourfort coeurest
invincible,
Et cepetit Dieu ditàsaconfusion,
QKil est d'une trempesidure,
Quil seroit plus aise de faire imprejjîotr
SurleDiamant duMercure.
HAUMONT,du Pont de Bois.
M III. Ercure aparemment ne veutplus
trafiquer,
Ce mestierluy faroif! peut-estre peu
commode;
jÇ luy sçayfort bon gré, carsans ljeaæcoup
risquer,
Porterl'Epée est bien plus à la mode.
FORMENTIN&CAUDRON,
d'Abbeville.
D IV. Emille petitstraits charmons
Ces Enigmesfont égayées,
Et neseroientpas trop payées
ParuneEpée de Diamans.
DE RoCQnEBRUHR.
Q V. rJoy que le divin Mercure
dit milleattraitsenchantez,
D'un Diamant de prix la brillante plirure
Rehausse encor ses heautez.
LE RAT DU PARNASSE.
du Cloistre S.Mederic
M VI. Ercure quitte ton Epée,
Ton bel esprittedéfendra
Dequiconquet'attaquera,
Fust-ilplus vaillant que Pompée.
MesdemoisellesMARCHAND,
de Chastillon surIndre, &
JANNETON MACHE.
L VII. Image de la Guerre, & celle de
laPaix,
DesEnigmessontlessecrets.
NOUS avons veu desang la terre détrempée;
LaPaix charme nos coeursparson retour
charmant,
Mars a renguaînésonEpée,
Et l'Hymen faitpar tout brillerle
Diamant.
LA BLONDINE GUERIN.
D VIII. Ans les replis obscurs d'un Vers
Enigmatique,
Àloy qu,uuim-e., qui mepique
D'entendre toutpeufinement"
Peut-estremesuis-je trompée,
Jidais j'ay crû voir le brillât d'une Epée
Avecl'éclat d'un Diamant
Mademoiselle DE BEAUVAIS, - deTours.
IX. JEsuisun ornementfort estimé des
Dames,
Et toutfroid que jesuis, je leur donne
desflames"
Quandjesuisprésentépar lesmainsdun
Amant.
Je nay qu'unArtisanpourennemysur
terre,
Dont le coeur inhumain prophane un
Diamant,
Pourcouper un morceau dé Verre.
ALCIDOR, du Havre de Grâce.
T X. Ont-beau, tout-beau, galant
Mercure,
C'est tropepouvanter les Gens
vettieni découvrir lesens
Quevotts tenez, caché dans une Enigme
obscure.
Pensantydécouvrir quelque chose de
doux,
J)(y veu mon attente trampée;
Et mon timide coeur a craintvostre
couroux,
Dés qEuejp'aéy.d.éc-ouv'ert que c'estoit une
Le mesme
u XI. NeEmame est comme lanuit;
La nuit onvoit tOIt/ce qui luit,
Soit le Diamant, foit l'Epée;
Et comme la raison en resvant estfrapée
De mille objetsfâcheux, demille objets
plaisans,
Nos passions portant tout à l'extréme,
Souventpar une erreur ou s'égare nos
sens,
Nostre espritvoit de me/me
Et ce qu'ilcraint, & ce qu'il aime.
A LAXRIEISV.EUSE, de Tours. Force de resver ainsiqu'unpauvre
Amant
SluiJonge à la rigueur desa belle In-
humaine --
J-ay trouvépar hazard, apres beaucoup
de peine,
Que l'Enigme en ses Vers cachoit un
Diamant.
DE BELLENGER lejcutie,,
Avocat a ralai&e.
M XIII. Ercure estsans-douteungrand
Homme,
Et reconnu pourtel à ParÍJJ-,& dans
Rome..
Cependantce galantDocteur,
Dont laplume esttujours dans le bon
sens trempée,
Nousfait une assez belle peur,
Quand il nous présentel'Epée.
L. BOUCHET, ancien Curé-
-deNogentle Roy..
A XIV. Dmirez, s'il vous plaist, l'industrieux
Mercure, r Qm change tous les mois d' objet & de
parure;
Il a dans celuy-cy
,
pournouvel ornement,
Asont costé l'Epée, au doigt le Diamant.
AGNES DE S.MARCEL.
Q XV. Ve tu portes un Diamant,
Jenepuisl'improuver,Mercure,
Cette Pierre déjà nature
Siedbien en un Galant, & lujrferttfor*
nement.
Àiais qu'au lieu de ton Caducée
Tuprennesaujourd'huy l'Epée,
Je te l'avouë ingénúment.
Ceprocédépourmoyn'estrantqu'une Enigme
obscure,
Et je nesçayquellefigure
Tu veuxfaireicy-bas par ce déguisement.
LE CHEVALIER BLONDEL.
XVI. J Ay resvé, je Cavoué, & plus de
quatrefois,
Al'obscure Enigme du mois,
Mais ma recherche n'estpasvaines;
Onemployé agréablement
Etses soins &sapeine
A la queste d'unDiamant.
LE PRIEUR PELEGRIN.
Q XVII. Voy,Mercure,est-ce tout de {,on!,
Hilpas tantde courage; Ilvaut mieux estreunpeupoltron,
Et vivre davantage,
Sivousavez, desEnnemis,
Vostreplumesur eux un quart- cTheure
occupée,
Vous lesseravoirplussoümis,
Quesi vous employezl'Epée.
Le mesme.
M,. XVIII. Ercure, ce Dieu des Brigands,
Voyant qu'aujourd'uy tant
deGens -
Surson mestierse mestent d'entreprendre,
Pour nous munir contre tous leurs essorts,
Enmesme temps nousfournit destrésors,
Etdequoy repousserquivoudrait nous
lesprendre;
Car pardessoins généreux &charmans,
S'ilnous donne des Diamans,
Ilnous donne une Epéeafin de les défendre.
DETEMPLERY, Gentilhomme
— d'AixenProvence.
R XIX. EgtarrdeocettemFemmpeindéigneeme,nt La pitié de tan ame a deqttoy s'occuper
Arreste-luy le bras, oste-luyson Epée.
Elle sevafraper.
Madem. LE COMTE, proche
le Palais d'Alencon.
XX.
FALA BELLEIRIS. Atit-il que vostremodestie
Nousprive du contentement
Desçavoir qui, sifinement,
D'une promptitude inoüe,
Des Enigmes des Aiois trouve le dénomment.
Cette obstination cause une erreur
étrange,
Etfait connoistre clairement
Quevous avez, Iris, de tejpritplus^
qu'un Ange,
Mm'., vomavez.lecoeurplm durqu'un
Diamant.
Le Controlleur des Muses
maritimes.
M XXI. lircure,'VoUl mettezdans le mdtt*
vais chemin
Lesfinsbraves<Jtns de la France,
Enleur mettantl'Epée en main,
ContrelaRoyaleOrdonnance.
-
Lemefine.
XXII.
E puis en un moment
Expliquer vos Enigmes,
DisantJans tant de rimes,
Vne Epée, un Diamant.
MARTEL,Ruc Trousse-vache. -XXIII. I'.Ay beauresveagreableMercure,
Pour expliquertonEnigme en figure,
J'y trouve trop d'obsturité,
Etpourlapenétrerje manque de clarté;
Maispourles deux en Vers,sije nesuis
trompée,
C'est le Diamant &l'Epée.
LA SOLITAIRE EMENDIS.
M XXIV.
Ercure, ce Dieu si charmant, -
Ventsans-doute toucher lecoeurdequelqueBelle,
Puisqu'àsa beauténaturelle
Tl joint l'éclat du Diamant. -
Le Perroquet des Muses.
A XXV. Deux Amans, Iris, fay mis mon
coeur à prix,
De craintequ'ilnemesustpris.
Duquel aurots-je esté trompée?
Lïun desdeux moffrejttj Diamant,
Et l'autre m'offreson Epée;
Jugez, qui lemérite,Iris, plus digne'
ment.
Madem. LE COMTE, proche
le Palais d' Alençon.
XXVI.
DAL'ILLUSTREGEORGES DANDIN. Andin voy ceTableauqu'afait
nostreMercure;
Quoy quil l'aitfait sans-doute à'-.l.étvanture,
Je tY trouve,pour moyfortplaisamment
dépeint
Ta Rapiere tefait moinsefhonneur qui
de honte;
Carquandala tirertu te trouves contraint
On ten,donne plus que ton compte,
Dandin c'estpour t'aprendre àfaire
l'Ecuyer.
Situ latjfois là ta Rapiere,
On rient jamaisfaitessuyer
Tant d'affronts au Marquis Sieur de
la Dandiniere.BOULANcois. M XXVII.
On attente n'est point trompée
LeMercureaujourd'huy- me fert utilement,
Puis quej'ygagne un Diamant
A lapointe de mon Epée.
JANNOT HEGRON, de Tours. xxyrnr^ LE Mercure Galant doit avoir bonne
bourse,
Pourfairesisouvent unesilongue courses
De Paris jusqua Rome il s'en va reglément,
Etrevienttouslesmoisplusponctuellement.
Ces faurspajféz.surles Rives duTibre,
D'unair aussigalant que libre,
Ilsurprit deux Amans,qui dans leur
doux transport,
Pourl'amour leprirentd'abord.
Maisluy voyantaux pieds des ailes;
A vous,gentil poneur d'amoureuses
nouvelles,
Qn^arvezj-vow de nouveau, dit l'un, av
nota compter?
Jeviens, dit-il, vous apporter
Quantité de belles Fleuretes,
Jolis Rondeaux, nouvellesChansannetes,
DesMadrigaux, des Vèrrgalanf",I-'
D'agreablesHistorietes,
Enfinmille Ouvrages charmans,
Deux Enigmessurtoutsubtiles & bien- faites,- Cjour3
Dans leurobscuritè tâchez,de trouvee
Sjieparvous à lafin elle est dévelopée,
vous promets à mon retour,
Pourl'une un Diamant, & pourl'autre
uneEpée.
J. Romain deCivita vecchia.
N XXIX. Efaisons pointd'affaire à CAutheur
duMercure,
JI[fait également donner aux deux-,
Partys,
A nous le Diamant, l'Epée à nos
Marys;
Mafoy,lai(fons-le là, c'estle mieuxje
vous jure.
DESARBOIS, deRheims. E XXX.
Stant docile,humain, & doux,
Mercure, à1 quel ujajre employer une
Epéc?
Ah je l'ay deviné; cefi pour percer de
coups
Ceux dont la langue est occupée
A malparlerde vous.
LE KAT DU PARNASSE,
du Cloistre S.Mederic.
REPONSES AVJC
quatre premieres Question
proposées dans ledernier
Extraordinaire.
I, I Ln'ya point de doute que le
contentement intérieur que
l'ame reçoitne surpasse de
beaucoup les apparences extérieures
, que ron' ne fent qu'autant
quelles sont apperçeuës ait
dehors, & qui cessant d'être
dés que l'on ne fait plus de bruit
dans le monde, s'exalent comme
des fumées. Au contraire,
le contentement intérieur ( que
les Philosophes moraux disent
estre le souverain bien de l'Homme,
&que nous apellons autrement
satisfaction d'esprit ) est
un transport de joye indicible
qui nous ravit à nous-mesmes
pour nous porter au plus grand
bonheur, qui n'est autre chose
que l'Objet que nous aimons
souverainement.L'amour secree,
recompensé de faveurs,
est de cette nature; car s'il faut
croire qu'il transporte nostre
imagination incenamment vers
l'objet de ses plaisirs, & qu'y
trouvant ses desirs satisfaits, *
nous sommes beaucoup plus
agréablement émeus en nousmesmes,
que si une vaine-gloire
nous attirant vers un objet de
mérite, ne failbit que contenter
noitre ambition
,
pendant que
l'Amour sècret recevroit deux
plaisirs, celuy du corps&: celuy
de l'eiprit
;
celuy du corps en
possedant une Personne que
nous aimons, & celuy de l'esprit
ayant l'avantage d'agréeràcelle
à qui nous avons donné nostre
rendresse. Ainsi il semble qu'en
cet amour, l'Ambition &. l'Amour
y sont comprises ;au lieu
que dans un Amour de gloire
on ne voit dominer que l'Ambition.
II. LA Femme ayant l'esprit incomparablement
plus foiblé
que l'Homme, il y a apparence
qu'elle tirera bien plus
d'avantage de quelques agrcmens
du corps, que de la rorce">
&. de la solidité de son esprit, qui
ne donnant pas tant de brillant
au dehors que sa beauté, fait
qu'elleestimera plus elle-mesme
ce qui peut estre mieux connudu
monde. Ainsije crois qu'elle
sçaura plus de gré à un Homme,
qui donnant dans la voix publique
,se fera laisse gagner aux
charmes de sa beauté, quesi
J'cfprit avoit donné lieu aux premiers
engagemens , parce qu'il
sembleroit que la Belle auroit
employé son esprit pour s'acquérir
des Adorateurs; au lieu
que rAillant ayant esté charmé
de sa beauté, la Nature toute
muete semble avoir parlé par
ses perfections
,
sans employer
aucun artifice pour remportetcette
conqueste. L'on me dira
que l'esprit ainsi que le corps,
est un Ouvrage de la Nature;
maisilfaudra aussitomber d'accord
qu'il ya dans l'esprit beaucoup
plus d'acquis par l'habitude
que dans le corps.
III. sOit que l'on regarde les,
charmes du corps, foit que
l'on aye égard à ceux del'elrit,
l'on trouvera toujours beaucoup
plus de fatissaction,&l'on aura
bien plus de tendresse pour une
Peribnne de seize années, que
pour une de trente, par les raisons
que je vais alleguer. Premièrement
, à cause de l'union
qui fera d'une force plus grande
avec une Personne quicit d'un
âge à ne pouvoir laisser croira
qu'elle ait eu d'autres liaisons
d'amitié. D'ailleurs les impressionsqui
se font en nous dans un
âge tendre comme celuy-là;
estant plus fortes &mieux scellées
que celles qui se font en un
âge plus avancé, doivent aufit
causer une amitié plus inséparable.
En second lieu, dans une
Personne de seize ans l'on voit
des perfections naissantesquine
font ques'augmenter. Letemps
luy ajoûte toujours de nouveaux
charmesàla Personne aimée;&
l'esprit qui se va aussi fortifiant,
cherche toutes fortes de moyens,
&employé de nouvelles adresses
tous les jours pour sympathiser
avec celuy qui aime la B(ll"
mais
mais dés râge de trente ans, une
Femme commentant à perdie
son plus grand éclat, commence
aussi à dégoûter ion Amant.
Dans cet âge les soins que l'avenir
luy inspire, luy causent des
inquiétudes&desmaladies Subeunt
morbitriftifijuefeneffw^
Joignez à cela qu'il n'y a pas
lieu de douter que la tendresse
que l'on a pour une Personne
n'emporte avec foy le desir de
vivre avec elle le plus que l'on
peut 5
& par cette, raison l'on
préferera toujours uneBelle de
seize ans à une Femme de trente,
qui est déjadans son déclin.
J'appelle le déclinde la vie, dés
que nos beaux jours commencent
à disparoître.
IV. LA jalousie estant la plus
violente passion qui se puisle
concevoir, & portant celuy
en qui elle régneàexecuter jusqu'aux
cruautez les plus inouïes,
on ne peut douter qu'elle ne
tienne une Femmes qui doit
estre la Victime de ses furies, en
une perpetuelle crainte&
qu'ainsi elle ne la rende la plus
malheureuse Personne du monde,
6c bien plus encor que celle
qui aura un Mary stupide. Elle
peut se consoler de l'hebétement
de ceStupide,mais de l'autre
ellen'aura que des tortures
& des gesnes àattendre,Se peutcftiemesme
la mort. Si ellen'a
aucuns plaisirs avec le premier,
du moins n'aura- t-elle point de
maux à craindre
;
mais le peu de
contentement qu'elle peut efp¿.(;
reravec le second, a dessuitessi
fâcheuses, qu'il n'est point de
Femme
,
quelque peu raisonnable
qu'elle puisse estre, qui ne
préfere unMarystupide jusqu'à
lafolie,àunMary jalouxjusqu'à
la fureur.
LE DUR. DEGENr;V"
A Lyon ce 8.Novembre. AMADAME A. D.
Quelmal, ouquel bienpeut,arriver
.de la Saignée. MAlgré les soins qu'on a
pris de perfectionner les,
Sciences&les Arcs, l'abus a toujours
suivy de si préslaverité,&
les sentimens les plus raisonnables,
qu'il ne faut pas s'étonner si
les opinions les mieux établies,&
les plus utiles, ont esté renverfées
par tant denouveautez,&
si les changemens les plus préjudiciables
ont entierement corrompu
l'état des choses le piuii
parfait.
Elles ne sont devenuesvicieuses
qu'autant qu'elles se font éloignées
de la médiocrité,du bon
succés,oude l'usage le plus approuvé,
qui rend les chosesaussi
profitables,&. bonnes , lors qu'-
elles sont bien appliquéesque
le mauvais qui cause tant de
maux , les fait pernicieuses, &
mechantes.
Parmy tous les désordresqui
ont formé l'abus, celuydedétruire
lesmaximes, & les loix
les plus necessaires à la vie, n'a
pas esté le moindre, lors qu'on a
chancc,é)oti aboly les remedes les
plus importans, qu'une si longue
expérience atirez du neant,
& de l'obscurité, &: que tant de
siecles ont enfin confirmez par
l'étude des plus grands Hommes.
:-
Il n'en est point où l'on ait
commis un si grand nombre d'ef""
reurs, qu'à l'usage de la Saignée
qui a formé tant de partis, de
problémes, &: de paradoxes
qu'ilestaussi surprenant d'entendre
les raisons de ceux qui
l'admettent avecexcés
, que
celles desautres qui la condamnentabsolument.
Elleestnéanmoins le plusimportant,
le plus prompt, & le
plusexcellent remede de toute
la Medecine, quand elle est faite
bien à propos, parce qu'elle pre.;.:
vient les accidens les plus dangereux,
elle foulage les maux
les plus violens, elle appaise les
douleurs les plus aiguës, elle
calme les mouvemens les plus
déreglez, & dispose si facilement
au sommeil, que l'on peut
dire qu'elle est le plus puissant
secours, & le tombeau certain
des souffrances les plus rebelles.
Ces grands &admirables
effets, partent de la tiClLré que
l'ona de vuider plus promptement,
& sans danger, les vaisseaux,
que leventre, & de trouver
danslaSaignée les moyens
infaillibles de rafraîchir les humeurs
les plus intemperées, qui
ne cesseroient pas autrement
d'augmenter le mal ou les douleurs,
& de Fatiguer longtemps,
si ellen'arrestoitainsi le mouvement
des plus violentes fermentations.
C'estpourquoy dans l'ordre
de laméthodelaplus réguliere,
onluy donne le premier pas, ôç
l'on commence le plus souvent
par la Saignée, afin demodérer
l'intempérie, & préparer les humeursau
mouvement des purgatifs
,
qui ne réussiroient pas
làns cette précaution , & feroient
de nouveauxravages, s'ils
n'estoient prévenus. par les rafraîchissemens,
& le calme que
donne cet excellent remede.
Pour arriver à la Question
proposée, & sortir de la confusion
des états divers ausquels la
Saignée peut convenir, illa faut
considerer dans les maladies aiguës,
dans les longues,ouautrement
appelléescroniques, dans
la neutralité, qui est une disposition
incertaine,en laquelle on
n'estnysain,ny malade, & toujours
Languissons entre la santé
&la maladie, enfin dans la santé
lucfme aux Personnes qui recourent
souvent à la Saignée
sans qu'elle soit absolumentnecessaire.
La Question ne regarde pas
les maladies aiguës, puis que
parmy les Sçavans qui suivent la
veritable méthode, on nedoute
pas que la Saignéenesoitpresque
toujours le plus puissant de
tous les remedes, & celuy qui
doit emporter le prix de la guérison,
lors principalement queles
soupçons de malignité n'y
apportent aucun obstacle, ou
quand les forces & d'autres circonfiances
ne permettent pas de
mesurer ce remede à la grandeur
du mal, & à la violence des,
fymptômçs.
- On ne croit pas que la Question
s'étende non plus aux maladies
croniques, Ci:n à dire, à
celles qui d'aiguës ont degéneré
en longues, & durent des mois
& des années, qui ont pour cause
quelque vice considérable, ou
quelque engagement rebelle,
dans les parties nobles, que les
fréquentes Saignées ne peuvent
mgueénritr-,tnnuy .stotuulagervnotable- «
L'état neutre & valétudinaire,.
& mal sain, ou le caprice des
Personnes bien faines,qui donnent
à la Saignée sans aucune
necessité 1)est ce me semble le
sujet de la Question que l'on
propose, dans laquelle on demande
quelmal, ou quel bien
peut arriver de la fréquente Saignée.
II est aisé de concevoir par
tout ce raisonnement, que la
médiocritén'est pas moins la
réglé de la Saignée, que de tous
lesautressecours de l'Art, & de
la méthode, qui n'ont point d'état
plus parfait que celuy qu'elle
prescrit, & tout ce qui la sur.
passe ou s'en éloigne, est un
excès vieicieux, ou un défaut
préjudiciable.
Ce sentiment est conforme à
celuy du Prince de la Medecine,
qui conseille aux Personnes qui
prennent quelque foin de leur
[lnté, & qui craignent de tomber
dans la maladie, de ne pas
trop remplir, ny trop évacuer,
&. que sion passe ces bornes
,
&
ces limites, le remede le plus
excellent n'est plus qu'un lnaJ.
ou un contraire qui nuit toujours
, & devient pire que le mal
mesme.
; Cette authorité confirmée
par tant de celébresexpériences,
fait bien juger que les fréquentes
Saignées sontd'un tres-grand
préjudice à la santé,& quece
remede dans son usage immoderé,
n'est pas moins nuisible
que l'opinion, ou la crainte de
ceux qui la condamnent, &la refusent
sans raison.
Quoy quecesdeuxsentimens
si foreopposez soient extrémement
pernicieux, la fréquente
Saignée neanmoins, &la facilité
que l'on a de voir souvent répandre
son sang & ruisseler imprudemment
le trésordela vie.
causent dans la fuite de si grandes
dissipations d'esprits, de chaleur
naturelle, & d'humide radical,
que les parties nobles
s'affoiblissent en peu de temps
Les chairs & toute l'habitude
flétrissent demesme, le déclin
succede plus promptement, &
la vieillessequifuit plûtost, jette
-<;eux qui en abusent dans la fatale
necessité de mourir avant le
temps.
On remarque aussi que les
Personnes qui S'abandonnent
trop facilement à la Saignée, ou
qui ont beaucoup répandu de
fang en quelque âge que ce soit,
paroissent plus détruits, &plus
délicats,que ceux qui ont eu
plus de ménagement, & de conduire
àéviter lesdésordres qui
portent incessamment dans les
occasions indispensables de pratiquer
souventce rcmede.$'
Laraison de cechangement
est dans lafoiblessequiresteaux
parties nobles destinées à produire,
& à purifier le fang, qui
Fait, lors qu'il est pur, & plein
d'esprits,le beau teint, ranime
lecoloris. Il répand aussi lajoye
sur le visage, il donne unair gay
& agreable, & marque la bonne
santé, comme le sang impur qui
part de la soiblesse, & de la
destruction des visceres, rend
passe, de mauvaise couleur,&
mélancolique,
La principale cause de ces défordres
est plus aisée à concevoir,
si l'onobserve,commeilest
vray, que la vie est une étroite
&permanente union du chaud
Zz del'humide,ou un assemblage
vivant de la chaleur naturelle
avec l'humide radical; de
maniere que cet admirable feu
qui nous anime, ne peut subsister
un moment sans cet humide
prétieux qui le conserves
& cesdeux importantes parties
sont si étroicementuniës, que
l'on ne peut les séparer, les affoiblir
notablenlent, ou les corrompre,
sanscauser une mort cert
ine.* La vieest donc dans sa durée,
une continuelle dissipation de
l'humide radical par la chaleur
naturelle qui agit toujourspour
le conserver, ôc reparer sans
cesse la perte de cet humide qui
la fait subsister. C'estle principal
ouvrage de la Nature par
l'aide de tant d'organes, & de
facultez, qui ne cessent de travailler
pour ne pas cesser de
vivre.
L'aliment pris chaque jour,
qui fert à la reproduction continuelle
du fang & des esprits,
est destiné à la réparation si nécessaire
de l'humide radical, &
de la chaleur naturelle, lors que
par une irradiation merveilleuse
du coeur il répand à toutes les
parties l'esprit, & l'humide influent,
qui découlentincessamment
de cette noble source de
vie, pour en rétablir la perte 6c
le dommage.
;
Mais parce que la réparation
n'égale jamais la perte & la valeur
de cette humeur consumée,
le corps change aussi après le
temps du bel âge, 61 décline insensiblement
jusques à sa fin.
La cause de ce changement vicieux
estcelle qui détruit infailliblement
le principe ou le sujet
de la vie, &précipite sans cesse
par une indispensablefacalité,,
dans les incurables langueurs,
d'unevieillessemalheureuse.
Pardonnez, Madame,cette
digression, qui estoit absolument
nécessaire pour expliquer
comme laNature se détruit assez
d'élle-mesme,sans y ajoûter
encor le mal que cause la fréquente
Saignée, puis qu'elle affoiblit
extrêmement la force &
le tempérament des visceres qui
réparent l'humide radical, Çcla
chaleur innée des parties. Elle
diminuë aussi tellement la perfection
de l'esprit, & de l'humide
influent quien découlent,
que l'on trouve toûjours dans ce
fréquent remede unemort prochaine,
où l'on cherchoit une
plus longue vie.
Il est vray que la fréquente
Saignée, comme l'on a remarqué
,
refroidit dans la suite toute
l'habitude, & fait une tres-grande
diminution de chaleur dans
les visceres, qui travaillent à la
genération du Sang, & à laséparation
des excrémens. C'cft
laraison pour laquelle le Sang
reste cru & sereux dans les veines
, n'ayant pas acquis sa perfection
dans son principe, &
l'excrément demeure confus
avec la masse des humeurs alimentairesn'estant
pas separé:
par des facultez affoiblies..
Ce déreglement produitenfin
un grand nombre de maux, 8c
laisse ceux qui vivent dans l'abus
de la fréquente Saignée,lâches,
mois, effeminez peu habiles à
la genération,&. souvent parce
que les principaux visceres sont
épuisezdeforces&d'esprits, 6c
qu'ils produisent beaucoup plus. au que de sang.L'Hydropissesuccede
toujours.. Ilnefautpasconclure parces
raisons qu'il faille s'abstenir de la
Saignée& qu'il foit mieux de
l'éviter sans cause , que dy recourir
dans la nécessité
; puis
qu'on obsèrve souvent que ts.
suitesdu manquement sontaussi
p rnicieuses que celles de l'excés. stdel'abus..
On ne peut douter apres torr-i
tes les expériencesde la Saignée,
que la Nature nous apprend, par
tant de merveilles, & de guérifons
incroyables qu'il ne soit
tres-utile d'imiter cette fage &
prudente Ouvriere, èC de travailler
à retrancher le superflu,.
l'excrément,&tout ce qui blesse
l'action à son exemple.
-
LeSangn'est pas toûjoursun
parfait aliment, & une humeur
bien-faisante , il peche souvent
à un point de plénitude & de
mauvaises qualitez qui le font
dégenerer &corrompre, &le
rendent un tres -
dangereux excrément,
que l'on ne peut mieux
ny plus salutairement évacuer
que par la Saignée.
Cette nécessité se faitremarquer
particulièrement aux pertes
de fang utiles &nécessaires,
par les Hemorroïdes, par le Flux
menstruel , & par toutes celles
que la Nature entreprend avec
succés, qui produisent des biens
siconsidérables, qu'iln'y a point
de maux , & grands & petits,
qu'elles ne guérissentou ne soulagentparfaitement..
Mais aucontraire,quandces
évacuations salutaires
, & ces.
mouvemens naturels, font arrétez
par quelque indisposition
ou qu'on les détourne mal à propos
, ils accablent d'infirmitez
& de maux ceux qui font privez
d'un bien & d'un feeours si né..
cessaire.
L'expérience nous apprend
aussi quilefi:. périlleux,&quelquefois
mortel, d'en suprimes
entièrement le cours ,
mesme.
quand ilsurpasse les,[(rOles dela
médiocrité.. L'OracledelaMédecine
l'aconfirmé, lors qu'il
défend d'arréter entièrementle
Sang qui fluë des vieilles Hemorroïdes
-T& il ajouteque si on
n'en conserve pas une ouverte,,
pour donnerissuëaux impurerez.
qui en découlent, les Malades
deviennent tabides, qui tombent
pinfaiillisblesmeent .dans l'hydro- Il n'arrive pas de moindres,
maux aux Femmes , quand ces,
pertes qui les purgent chaque
mois d'un sang impur&. mal-fai
fant sont arrêtées. Ellescausent
autant de maux qu'il ya de par- les.ausquellesle.refluxdel'humeur
suprimée peut arriver, 6c
ne laissent jamais aucun espoir
de guérison, quel'ArtoulaNature
n'ayent réparé ces pernicieuses
impressions , &: que ces
humeurs impures ne reprennent
leur cours ordinaire.
Toute l'Antiquité &les Modernes
ont cité persuadez par
tous ces fameux exemples &ces
grandes expériences, que quand
la Nature s'oublie de son devoir,
ou qu'elleestcontrariée par des
causes qui luy sontopposées, &
que les humeurs pechent en
quelque degré de quantité& de
qualiténuisible
, ou de quelqu'autre
maniere que ce soit, il
faut saignersans crainte, autant
que le mal le demande
,
& que
les forces le-permettent.
Les refléxions que l'on doit
tirer de ces sentimens
,
font de
convenir que la fréquente Saignée
faite sasraisonny méthode,
ne peut produire aucun bien,
& quel'entestement d'yrecourir
souvent, est pernicieux. Il l'est
bien davantage lors qu'elle n'eit
pas accompagnée d'un bon &
convenable régime,, ny suivie
des autres remedes plus puis.
sans, capables de combattre le
mal dans sa racine, & de le
détruire dans sa cause reprodudive..
Elle n'est pas moins préjudiciable
lors qu'en de petites incommoditez,
ou de legeres indispositions
, que le temps , un
peu de régime, ou quelque ab-
Jftineflce,, pourroit facilement
guerir.
guérir, on répandincessamment
du Sang, parce que l'enlpreifement
de guerir bien-tost une rougeur,
ou des boutons au visage,
& l'intempérance, l'emportent
sur laraison.
Il n'cft rien au monde qui
l'emporte jamais sur laforterésolution
que j'ay faite d'estre
toute ma vie, Madame, Voarc).
&c.
PANTHOT,Bocf.Mcd.
H I STOIRS
ENIGMATIQUE.
JE fuis le premier principe de
toutes choses, je suis tous les
jours dans la bouche de tous les
Hommes. Cependant ma nature
est si extraordinaire, qu'on
ne sçauroit la comprendre, ny
dire ce qu'elleest, qu'en disant
ce qu'elle n'est pas. J'ay occupé
pendant fore longtemps tout
l'espacede ce grand monde, &.
je n'en occupepas présentement
la moindre' partie Icion quelques-
uns, bien que selon d'autres
je fois encor en plusieurs
endroits, mais fous un nom diférent,
qui pourtant signifîe la
mesme chose. Estant uny avec
mes Freres, je n'en deviens ny
plus grand ny plus confi. érable,
& plusieurs de nous n'en peuvent
jamais faire qu'un. Mes
Cousins germainssont à peu
presdemesme nature quemoy,
mais on les met quelquefois à la
Suite des Grands, dont ils aug*
mentent le prix & la valeur. Je
finis, en disant qu'il estimpossible
dedire ce queje suis, & qu'il
fera peut-estre afièz difficile de
deviner ce que je nefuis pas.
MrdeVille-chaînercfîïAutheut
de cetteHistoire.J'ayreçue Lettre
avec une autre du Bon clerc de
châlons sur Saône,apres avoir
achevél'Article qui contientl'Explication
des Chtfies des deux derniers
Extraordinaires. Le Secretde Mrde
Vienne-Plancy a esté impenétrable
po.'irl'un&pour l'autre, à cause de
l'Alphabet renverfîï maisils ont
troiwjc lemica, cr leu ces paroles,
fjHCJeVOltS ay déjà dit que le sens
ouvert cachoit. Ondoitvous erru
poisonner ce foir au Festin. Son,
gez à profiter de ce salutaire
avis. Je reserve une Lettre en chifres
du mefineMrdeVille-Chaluer
pourl'Extraordinaireprochain,dans
l'espéranceqailm'en envoyeral'Explicationaussi
précise qu'elle doit
L'estrepourestre entenauësans em-
L'HermitagedeS.Paulquiest barras.
danslkeBuen-Rtiro de Maddrriiad'..
fera la dernienFeue que vous aarex.


de cette MaisonRoyal.Toutesles
Planches qttcjcVO;M enay envoyées
vousfont (().;VJnoi/¡'re combien, clic est
digned'estre honorée aufjvfiwvcnt
quelle l'est de la prcfcncc de Leurs
Majejlez,.
L'INDIFEREND
PAS S ION NE'
"Avots* juré cent fois de n'aimer jamais
rien,
Avivre indiférend je bornois tout mon
bien,
Je blâmois des Amans les soins & la
tendresse,
Je défiois l'Amour & toutesafinesse,
Je croyaispourtoujoursestre exempt de
ses traits
Quand la belle Philis pap dans nos
Forests.
Tout le monde couroitpour voir cette
Bergere,
On disoitquelle avoit l'art de toucher,
deplaire,
Que rien ne resistoit à ses charmans
appM;
Aiecroyantajfexfort, j'ycourus, mais
'helas!.
Je vissur son visage une do*uceur extréme,
Unebouche, dzsyeux,enfinla Beauf;"
mesme.
Tout mecharmoit en elle, uneaimable
langueur
Acheva de gagner l'empire de mon
coeur.
Je connus qu'àl'Amourilfalloit rendre
hommage,
Que cejeune Vainqueur tost ou tard
nom engage,
Quecontr:resejfiirts tous les noflres
fontva-rf,
Et qu'il estle moteur du défiin des
Humains.
Aussitost ma défaite à Philis fut connuë
Depuis "Ci)' recherché sa prèsence &
saveuë,
J'ay redoublé mes foins, j'ay veu de..
jourenjour
De nouvelles beautez accroistre mon
amour,
J'eftoÙ indiférend, mais l'Objet de ma
f/âme
S'est rendu pour jamais le maistre de
mon ame.
LE RAT DU PARNASSE,
duCloiLheS.Meduico.
Quel estleplusgrand chagrin
qu'une Maïstressepuisse donner
afinAmant. DE tous les chagrins que
peut souffrirun Amant, la
jalousie,l'absence,& le mépris,
me semblent estre les plus insuportables.
La jalousie banit de l'esprit
le plus fort, le repos&latranquilité,
qui sont à mon avis ce
qui estle plus essentiel aux plaisirs.
Elle rend les Amans semblables
aux Phanatiques, quise
persuadent que leurs chimeres.
doivent passer pour desveritez
incontestables; & si ce mal a
quelque duree, il ne manque
jamais de les porter à la frénésie.
Alors ils deviennent insensez
& furieux, par l'indiférence
& l'indiscrétion d'une
Maîtresse coquete & malicieuse,
ce qui me fait dire avec Mr
Perrigny. :;
Il n'est point de tourment plus rude
Quelajalouse inquiétude
Quenomaimonsaconserver
Toutnous nuit nous trouble, & nous gesne,
Et nous cherchons avecque peine
Ce que noIU craignons de trouver.
Les Galans qui vont chezla
Belle qui est aimée d'un Jaloux,
tous ceux qui luy parlent,qui
luy écrivent, passent pour autant
de Rivaux déclarez, quine
travaillent qu'à le perdre. Il ne
la regade plus Ennemie, que comme une qui conspire contre
luypar des intrigues& desintelligences.
Celal'oblige à ne la
point perdre de veuë. Il lafuit,
il l'observe, & il inrerprete ses
paroles & ses avions suivant les
broülleries de son imagination.
S'ilarrive quela Personne qu'il
idolâtre,soitcomplice du crime
de ses Rivaux, elle sourit lors
qu'il se gesne, & se fait undivertissement
de luy donner des
alarmes. Ces Rivaux profitent
du désordre; ilsreçoivent des regards
,& elle leur dit des paroles
si tendres devant luy, qu'ils ne
manquent jamais de le déconcerter
}
en forte qu'il est contraint
de quiter la partie. Je
vous laisse àpenser combienil
lay rested'inquiétude, & s'il
perdson chagrin pour quiter sa
Maîtresse.Leschoses qu'ilpense
font bien pires que celles qu'il a
veuës. Il croit que tout est
perdu s'il ne retourne sur ses pas;
mais pour peu qu'il reste de
raison à un Amant,il en a toûjours
assez pour sçavoir qu'il doit
demeurer chez luy, plutost que
de s'exposer à la raillerie de sa
Maîtresse,&de (es Rivaux.
L'absence causeunautre
forte de chagrin
,
qui fait autant
de mal quela jalousie ; elle balance
le fort des Amans d'une
maniere toute diférente. Le Jaloux
voit trop souventl'Objet
qui l'enflâme,&l'Absent le
voit trop peu. Quoy qu'ils
soient tous deux blessez, leurs
playes ne sont pasde mesme nature.
Le remede qui est bon à
l'un, est dangereux à l'autre. Il
éft à craindre pour l'Amant absent,
que la Personne aimée, ne
prenne de l'amour pour un qui
la verra tous les jours. Le beau
Sexeest sujet à l'inconstance, &
conserve rarement l'amitié que
les assiduitez ont fait naistre.
En vain on tâche de s'assurer un
coeur par des Présens & par des
Billets. Les voeux,les pj?om£lIes,
& les engagernens,sont toûjours
plus persuasifs dans la bouche
d'un Amant présent
, que dans
celle de tous ses Confidens. S'il
faut accompagner les promesses
de sermens, y a-t-il au monde
une Personne plus propre à les
faire que luy-mesme? Lelangage
des yeux a quelque chose
de pluscharmant, & de plus
éloquentqueceluy de l'écriture.
Ils fautsouvent comprendre ce
quelabouchen'oseroitdire. Ce
sontlesMessagersdu coeur
les fidelles interpretes de nos
plus secretes pensées. C'est
pourquoy l'éloignement nous
chagrine
,
ôc redouble l'envie
quenousavonsderevoir l'Objet
aimé.Tout nous dégouste pen:".
dant l'absence, tout nous cho
que, tous nous faitpeine, & ce
mal est quelquefois si grand,
qu'il accable,&met l'Amanten
unétat semblable a celuy des
Létargiques; mais c'estle moindre
effet de l'absence
, au sentiment
d'un de nos Poëtes.
La Terre dansses tremblement,
La Mer enses débordemens,
Quelle qu'ensoitlaviolence;
Enfin lesplus cruels malheurs
Quifontsoûpirer l'innocence,
Au prix des maux quefaitl'absence,
Nefont &quejeux,& quefleurs.
Cependant ce n'est rien en
comparaison du chagrin que
soufreun Amantméprisé. Quelque
force d'esprit qu'on puissè
avoir, on n'en a jamais assez
pour n'enestre pas extrêmementaffligé.
Cemépris estl'ouvrage
de l'envie, S- ce la médisance.
S'il vient del'antiprathie
qui le rencontre dans l'ame
d'une Maîtresse, c'est ce qui
fait qu'elle haït naturellement
sonAmant, quoy qu'ilfasse pour
se faire aimer; mais pour cela
est-il moinsàplaindre, & lors
que ses propres défauts font la
causede son aversion
,
est-ilrien
qui le puisse consoler de son
malheur? Lors qu'une Belle fait
dessein d'aimer une Personne,
elle s'en forme une idée parfaite,
c'estàdire, qu'elle ne veut
point y connoistre de défaut,
afin de n'en point avoir de dégoust.
Autrement ce dégoust
engendré le mépris, quoy que
nous ne pouvons aimer une
chose qu'autant qu'elle nous paroist
agreable. On sçait combien
de maux viennent de ce
niélirisi l'imposture, la dureté,
la raillerie, font employez à
pousseràboutun pauvreAmant,
qui se voit exposé par làà l'infolence
de ses Rivaux; mais
comme dit un bel Esprit,
Quelsquesoient ces mépris dont on traite
un beaufeu,
Onse le cache, on dissimule,
Onseplaint,mais enfin un coeurse plaint
sipeu,
Qu'il marquemoins l'affront,que Camour
qui le brûle.
Qnel secours peut attendre un
Homme en cet état? Il ne peut
se défaire de la passion qui le
rend malheureux, qu'en se défaisant
de la vie; mais ce moyen
seroit-il seûr? & la Personne
qu'il a méprisé de son vivant,
le regreteroit-elleapres sa mort?
Au contraire,ilest certain que
sa haine durera longtemps, &
}'eut-cftrc qu'il fera hay jusques
dans le tombeau. Ceux qui disent
que l'absence est un remede
contre l'amour, n'en ont fait
aucune épreuve. On conferve
trop cherement les idées qu'on ad'une Maîtresse, pour en
perdre sitost lesouvenir. C'est
pourquoy je dis qu'il n'efl:,pret:-
que pas au pouvoir d'un Amant
niéprifé,(ie se guérirparl'absence.
Il aime son malheur,il
languit,ilsoûpire,&pourtoute
consolation il sçait qu'il ca sans
faveur, & sans espérance. Cette
espérance qui reste à l'Absent&
auJaloux, les rend l'un & l'autre
moinsmalheureux que celuy-cy,
parce qu'ils ne sont pas rout-à,..
fait perdus. Leurs peines auront
leur récompense. Le Jaloux
pourra se des-abuser à force de.
s'éclaircir,avecsa Maîtresse;&
l'Absent pourra la revoir apres
ses ennuis & ses impatiences;
mais un Amant méprisé de la
maniere que nous l'avons dépeint,
soufre un chagrin si grand
qu'il n'en est pointqui luy puissent
estre comparable.
LE CESNE, deCoutance.
LETTRE DE PLAINTE
D'UNE
FLEUR D'ORANGE,
AU MERCURE GALANT,
0Etfaveur du Berger Fleuriste. N a bien sujetde se plain-
Jrj de vous, Seigneur
Mercure. Quoyne pasmettre
un point, ny une virgule,aux
Ouvrages qu'on vous envoyé,
quand il y en lTI.ingue n'y pas
réformer un mot suranné, ny
un mauvaisson, lors qu'il s'yen
trouve ,6c faire enfin passer du
ParticulierauPublic, laProse&
les Vers comme vous les recevez,
sans mesme en corrigerles
plus grosses fautes! C'est en verité
n'avoir guère de charité
pour le prochain , ny guere de
bonté pour les Personnes qui
contribuent si obligeamment à
vous donner des pratiquesagréables.
Vous avez beau dire, comme
vous faites au commencement
de vostre Ordinaire d'O- ctobre dernier, fievousn'av(z
que le tempsd'écrire leschcfes,sans
avoir celuyde lespolir; &vouloir
insinuër par là que l'on vous doit
épargner, si vous laissez les Ouvrages
des autres imparfait,puis
que vous n'avez pas le loisir de
perfectionner les vostres
1,
c'est
toujoursmanquer de charité, &
si jem'en plains c'estavec jllhce.
Ce défaut de charité est
cause d'une grande querelle que
j'ay euë depuis quelques jours
avec une de mes Compagnes
des plus qualifiées.Voicy coiru
me celas'estpane. J'estois dans
une jolie Serre, où je me divertissois
à lire vostre dernier Extraordinaire
, avec quelques
Fleurs de Grenade & de Jasmin.
d'Espagne. Nous estions tombées
sur la conclusion de l'Histoire
amoureuse du Muguet &
de la Violette,composée par le
Berger Fleuriste. CeBergerest
de nos bons amis depuis long.
temps, &nousrecevonschaque
jour des marques de fonamitié,
par le foin qu'il prend de nous
fournir abondamment tout ce
qui nous peut servir & plaire.
Nous prenionsaussi grand plaisir
à la lecture de ses Vers, aisez &
galans; & après l'avoir achevée
nous la recommencions,lorsque
nous fûmesinterrompues,à l'endroit
où une lumière se met en
état d'executer l'ordre que la
sage Impériale luy avoirdonné,
d'aller éclairer le Muguet, sur la
conduire déreglée de sa Maîtrèsse.
Le sujetdel'interruption
flit l'arrivée d'une Roze musquée,
qui venoit rendre visite.
aux Fleurs de Grenade. Elles la
receurent avec la civilité qui se
pratique entre nous, & luy firent
prendre place au dcffus d'elles,
& au dessous de moy, ce qui la
chagrina un peu, àcause du rang
qu'elle prétend sur toutes les
Fleurs. Elle est comme vous (ça.
vez,jolie, mignonne, assez blanche,&
d'assez bonne odeur,imais
elle est comme ses Soeurs, d'humeur
à piquer jusques aux Divinirez,&
par consequent à n'épargner
personne, & fait mesme
la délicate & la sçavanre. Elle
nous fournit une belle preuve de
tout cela, comme vousallez entendre.
La conversation qu'on
eut avec elle, commença par la
louange de l'Astre qui nous donnoit
alors desi beaux jours. Elle
continua par les nouvelles de ce
qui s'estoit passé de plus galant
dans nostreEmpire- depuis le
Printemps
,
& enfin elle se tour..
na sur le Livre que nous lisions.
On le presenta à la Roze musquée,
qui J'ayant ouvert, tomba
justement à l'endroitounous
en citions demeurées, C'estoit
des Vers, elle les aime, LQi leur
aussi-tost ceux que voicy.
Tour lors nostreMuguetfaisoit réflexion
A cette ardente fajfion
Qwe l'on venoit combatre
Quid'un coup avoitsçeu Cabatre
Aialnrèfon indignation;
Et s'en entretenoit avec une Pensee,
Petite Fleur de bonne tfijfc[lt'on
Oui la nommoittout-franc, une ardeur
infenjce.
A cette lecture la Roze &
.< rvem prit feu,& s'écria
,..
Cacophonie,
Cacophonie, épouvantable&
terribleCacophonie. Les Fleurs de
Grenade ny moy qui n'entendions
point cemotde Cacophonie,
crûmesqu'elledisoit Cacofolie,
& luy demandâmes de
quelle folie elle vouloit parler.
Je
je perle de folie, puis que vont le
voulez, nous répondit-elle; car
en fut-iljamais uneplusgrande, que
de faire imprimeren Vers, ce quine
vaudrait mesmes rien en Prose?
Il l'en entretenoit,
reprit-elle, ô Dic-ux,qtici mot,
quelgrandmot, qutlrudc.mot.'j'en
ay la gorge & l'artille si fort écorchées,
que je desespered'en guerir
de trois mois; sa vef/ë mesmcm'a
faitmalaux yeux.UnedesFleurs
de Grenade luy dit qu'elle estoit
bien délicate: Une autre ajouta
qu'elle estoit bien facile à blesser
;
mais pourmoy , prenant la
chose plus iericuiemenc, &; en
rentable Amie du Berger Fleuriste
,
je luy repliquay que ces
mots se disoient si ordinairement
enProse, qu'ils pouvoient bien
passer en Verslibres & naturels,
& qu'il n'y avoir pas tant de lieu
des'écrier& de se plaindrecomme
elle faisoit. Elle se railla de
mes rairons, & perlevera dans la
critique. Ce procedé me fàcha
&; m'aigrit ; nous en vinsines.
aux reproches &aux injures,&
nous en ferions peut-estre venues
aux prises, sans la nuit qui nous
sépara. Depuis cette rupture;
nous ne nous femmes point reveuës,
sinon avec toutela froideur
de l'H yver, ôc je ne pense
pas que la paix se fasïe si-tost entre
nous, si Flore n'y interpose
son autorité absoluë.Voila,
SeigneurMercure
,
la querelle
que vous avez causée parvostre
peu de charité. Le Jasmind'Espagne
dit qu'il auroit esté effe
ctivement mieux de mettre, il
s'x» ouvroit, m il en parloit à certaine
pensée,que d'employer, il
sen entretenoit ; mais doit-on
croire une Fleur Espagnole sur
une façon de parler Françoise?
S'il dit vray , que ne réformiez,
vous ces paroles? la Roze & moy
ferions encore bonnes amies,
quoy que toujours un peu jalouses
l'une de l'autre pour le
rang, & vous ne m'entendriez
pasaujourd'huy me plaindre de
vous. Il me semble que vous me
répondez déja
, que ceux qui
vous envoyenr des Pieces ont
tout le loisir qui leur estnécesiairc
pour les mettre dans leur
perfection
,
& que si ce r/eft pas
assez de trois mois
,
ils en peu,
vent prendre six. Celan'est pas
à nier , maisleBerger Fleuriste
estoitsi fortpersuadé par le bruit
commun , que vous preniez le
soin de rectifier toutes lesgalanteries
qui vous passoientparles
mains
, que je sçay de bonne
part, qu'à peine se donna-t-ille
temps de relire celle dont il s'agit,
lors qu'ilvousl'envoya. S'il
avoit estéaverty du contraire, il
auroit examiné ce petitOuvrage
avec plus de foin, & ne feroit pas
tombé dans la faute qu'on luy
reproche. Il se fioiten vous, &
vous luy avez manqué. Cela
luy apprendra à estre plus exact
uneautre fois; & d'autres profiteront
de la connoissance de son
avanture,s'ils ont sages. Ce qui
est fâcheuxc'est de servir d'exemple;
maiscommeila plus de
charité que vous, & qu'il vous
aime,il ne desagréera pas de voir
tourner sa disgrace à l'avantare
de ceux qui travaillent dans vos
Extraordinaires au divertissement
de ce Royaume, &detous
les autres Etats qui entendant
nostre Langue.Voila, Seigneur
Mercure,ce que j'avois à vous
dire; & sçachant que vous m'aimez
,jene doute point que vous
ne preniez letout en bonne part,
quevousne blâmiez mesmeavec
moy la Critique de la Roze nlufquée
,
& que vous ne me donniez
toujours la préference sur
elle dans nostreEmpire , quoy
qu'elle se prétendenostre Reine..
Maisafin que sa Critique ne laisse
point de mauvaise idée de la
charmante versification du Berger,
qui a de sigrands foins de
mes Soeurs & demoy, je veux
vous communiquer un Recit de
sa façon, qu'il fit chanter il ya
quelque temps.,
Pourdonnerdwplaijriràcert-aine /M~
mortelle
Maîtressedefort coeur,
Quinest ny Déesse, ny Fleur,
Adais millefois
plusbelle.
Ce Concert sefitdans une petite
Forestd'Orangers,qu'il
cultive , entre deux agreables
Rui{fcaux , 011 il y a un bon
Echo,&où vous pouvez juger
que je ne manquay pas de me
trouver.
RECIT CHANTE' PAR
les Trois Graces,à lagloire
del'Amour. sllertceâàns ceBois,
Qu'on icoiïteiiosvoix,
;Nous chanterons l'aimable peine fait siMuctmertt languir&soûpt'rsr.
Zéphirs, retenez, vostrehaleine;
RuiJfeaPexJ cessezde murmurer;
Oyséaux, ou txtfez-voas, ou v'o!à)dans.
laPlaine; Etvous, Echo, ne repétezjamais
Les discours que nous auronsfaits-
Non, venez, entrez, tous
En concert avec nom,
Puisquevoussouffrez. lesatteintes
Du mal dont nom voulons publier les
douceurs;
Zéphirs, continuez. Vos plaintes;
Ruisseaux,expliquez,vos douleurs;
Chantez, petits Oyseaux,vos desirs &
voscraintes;
Etvous, Echo, repétez, nos discours
Mille& millefois tous les jours.
Quel'humeurhonneste &sincere
Bannisse de ces Lieux lafeinte & le
miflere.
Parlonsfranc, dites-nous, Zéphirs,
Est-il rien de si doux que les tendres
soûpirs?
Ntcft-ce pas dans leslarmes,
Jtiiijfeaux, que vous toouvez. les plus
aimables charmes!
Oyseaux, vos petits coeurs
Oùseplaisent-ilsplus,qu'au milieu des lanIlngguueeut,y,,rs.c.;:
Et vous, Echo,contant vostremartire,
N'avez-vous pas duplaisirà le dire?
Mortels, apres cela, plaigneZrVoHs de-.
vosfeux,
Grondez, l'Amour maudissez [on:
Empire;
Ses tourmenssont centfoupllU doux
que douloureux.
Quqisouuffire,quilanguit,quipleure, & soûpire,
S'ilestfidelle Amant, n'en estpas moinsheureux.
Je ne vous dis rien, Seigneur
Mercure, de la beauté de ces
Vers. Je m'en rapporte à vous.
Jugez-en, & croyez-moy, s'il
vous plaist, vostretreshumble
Servante,
FLEUR D'ORANGE.
;q DE L'ORIGINE;
DE LA NOBLESSE.
LEs Regles de la Prudence
ne souffrentpas queje m'étende
beaucoup sur une matiere
qui aestétraitéede tout ce qu'il
y a d*Autheursillustreschez-le
sacré, & le prophane. On trouve
dans le Deuteronôme, que Moise
dit au Peuple de Dieu,J'ay
choisydes HommesSages & Nobles
pour gouverner.
Salomon dans
ses Proverbes reconnoist pour
Noble, celuy qui prend séance
avec les Sénateurs; & autre part
il est occupé à féliciter le Peuple
donc le Royest Noble. -
Il y a trois fortes de Noble£re;,
sçavoir,lasurnaturelle, la naturelle,&
lapolitique. La premiere
vient de Dieu; l'autre, de
nous; & la derniere dont il s'agi-
R,quiéft un composé des deux
premieres , nous est marquée par
la Loy. Je croirois qu'elle nil.
esté bien connuë que vers l'an
du Monde 4200. lors que la
Gtecc estoit le tresor de la belle
Police.OJÔc,"f:)£! Aristote de Platon qui ont
parú peu apres, en ont parléassez
nettement pour nous faire
consentir à cette opinion, qui
n'a pas besoin du grand nombre
d'autoritez que nous pourrions,
emprunterensa faveur. Il fuilic
de dire que les Latins ont perfectionné
l'estimeque les Grecs
avoient acquis avant eux à la
Noblesse,& que nos Peres apres
la décadence de l'Empire Romain,
luyont donné tout ce
qu'elle a d'éclat. hi-'jJ'iVi!<- dJ(
,
C'est dans cet état parfait que
Landulphe, &1, disent qu'elle est une clarté de Lignée,&
deJflcndeurdes Ancestres,
avec succession d'Armoiries, conserée
à quelquINJ ( & par luy à sa
Famille) par le Prince, par la Loy,
ouparlaCoûtume, en récompensede
ses grandes actions. Cette idée
que le Droit a admise pour marquer
la Noblesse ,nous engage
à faire refléxion sur l'origine des
Génealogies, des Armes ou Armoiries,&
de quelques Nobles
Familles de France.
L'usage des Génealogies a esté
reçeii fort peu apres lanaissance
du Monde, Les Livres de la
Genese ,des Roys, des Prophet
,& le premier Chapitre
de l'Evangile de S. Mathieu,
nous invitent à publier cette verité,
quiest établie parHicrômes
Heninges Autheur Allemand,
car nous a donné les Génealo- les detoutes les Personnes con.. sidérablesdepuis Adam
,
juc.
qu'au dernier siecle. Les Egyptiens
ont commencé la pratique
qui s'établit depuis chez lesautes
Peuples, de confervertresreligieusement
les représentations,
& quelques enseignes ou
symboles particuliers de leurs
Ancestres.
LesRomains enchérirent sur
cette pieté. Leurs Palais estoient
pleins de Portraits, ic. autres
Monumens glorieux à la Famille
; & Pline assure que toutç.
la Génealogie des Défunts, se
voyoit dans les Pompes funebres.
Ciceron, Virgile, Ovide
Juvenal,Suetône,&Tacite,nous
parlent siouvertement des Génealogies,
que je ne fais aucun
doute de leur dèferer; & Saint
Paul qui a vécu avec lesderniers,
se plaint de l'attache que
ceuxdeson siecle témoignoient
avoir pour la recherche des Génealogies.
II n'est pas si aisé de sedéterminer
sur l'origine des Armes
ou Armoiries. Quelque étude
que l'onsa, lesDoctes trou-
¥£i«ont toûjours dequoy s'sxçr~
cersur cetteenion. Les Autheurs
Les moins recevables,veulent
que le Blazon ait esté inventédans
les premiers siecles
du Monde. Il est confiant que
les Armoiriesestant des Signes
wfiituez pour npréfenterlesActions,
oule Rang de ceux qui les portent,
on n'avoit pas encor ces égards
du temps deJosüé pour luy blazonner
un Soleil d'or, parraport
auMiracle qui a fait dire qu'il
avoit cim: stéce bel Astre.
C'est donc en vain qu'on apporte
le Chap.2. du Livre des
Nombres, pour justifier les Armes
fabuleusesdes quatre Chefs
desdouzeTributs d'Israël fç"'-
voir, àJuda, un Lion en champ
de sinople; à Ruben, un Hommearmé
d'une Lance en champ
de gueules; à Ephraim, UNLBoeuf
dansun Ecussond'or ; & à Dan,
une Aigle qui devore une Couleuvre,
sur un fond de pourpre
ou gris de lin. On ne doit pas
écouter plusfavorablemt, ceux
qui attribuent l'invention des
Armoiries aux Cariens, Peuples
d"Afiei non plus que les autres,
qui veulent que nous en soyons
obligez aux Pictes, ouaux Airy-
Llns.
Le Pere Petra Sante, Jesuite
Romain, qui a trouvé le premier lamanieredemarquerlesEmaux
du Blazon par les diférenteshachûres,
soûtient queles Armes
sontbien plus anciennes qu'Auguste
; il en a ssigne dans son
Tissera G ntilitioe à quantité de
Héros des premiers temps. Il
ne se contente pas d'assurer
qu'elles estoient perronndies,
pour Agamemnon , Alexandre
le Grand, Antiochus,Archimcde,
Cadmusv Hercules,Lycurgus
, M'ccenas le Grand
Pompée & les autres ; il veut
mesme que les premiers Roys
d'Epireayent transmis à leur
posterité, une Aigleàdeux.
testesj les Roys dus Indes,trois
Cloches
;
les Roysde Perse, une
Aigle d'or; l'Empereur Galba,
un Chien; les Scipions,&les
Torquato, une Rose& un Colier,
qui ont esté héréditairesdans
leursFamilles.Je serois
trop long si je voulois particu--
lariser ce qu'il apporte pour établir
son sentiment y.de comme ce
docte Italien mérite qu'on ait
quelque égard pour luy dans Î&
Science Héraldique, je dis àsa.
loüange
,
&: pour luy rendre ce
quiluy est dú, qu'on pourroic le
justifier par quelquesautoritez
d'Aristophanes, d'Euripides,
d'Eschyle,d'Herodote, Xenophon
,
Suetone, Quintecurse , Diodore, Homere, Virgile,
Ovide, Seneque, Stace, Claudien,&
Lypsius.
Mjnet se déclare pour Auguste
, qu'il fait Autheur des
lt.?gles du Blazon, telles que
nous les pratiquons aujourd'huy;
il ne s'éloigne pas en cela de
MrdeCfaafeigne & deBudée,
qui font succeder les Armoiries
aux Enseignes des Romains,&
se fortifient d'un Passage de
Pline,Histor. Cap. 3. Lib.JJ.I"fis
qualibusapud Trojam pugnoetum
tft: &c. On trouve cependant
des Gens si idolâtres de ces aatoritez,
qu'ils croyent pouvoir
puiser seurement les Armoiries,
au delà de dix-neuf siecles, Ôc.
nous apporter des Armes plus,
anciennes de 300.ansque l'Empire
de Néron. Les moins apocryphes
de tous ses Ecrivains,,
croyent avec Yvolfan.^ Ln1:.
que l'on peutsepartager diféremment
en faveur d<s Marconians,
des Francs, des Gots, des,
Vv.andàtesr&desLombards.
II y. a beaucoup plus de seureté
à suivre Paleotus, PaulJove,
MessieursFauchet, kLaboureur&
delaRoque,quis'accordent
àpeu prés du tempsTtC
ne quittent gueres le dix ou on
ziémeSiecle ; comme ccluy qui
a faitnaître les Armoiries, ou atb
moins leur a donné l'éclat qu'on
a cultivédepuis, L'illustre Monsi
sur desainte-Marthe, aujourc'iiuy
HistoriographedeFrance
, qu'on ne peut assezestimer,
semble se déclarer pourles Dodes,
quidisent que les premiers
Voyages d'outremer en Afie
contre les Infidelles Mahométans,
ontdonné occasionàl'Origine
des Armoiries, il ya environ
six cens ans, sous les Rois,
Henry & Philippes premiers du
nom.
Monsieur dehEpoque dans fa-
MéthodeRoyaleduBlafia, dit que
les plus-anciennes Armes que
nous ayons, font celles du Pape
Paschal fécond en 1100o.qui sont.
de gueules à deux Chevrons
d'argent. Je ne prétens pas que
cette opinion sa(Te rejetter det,
Armes très-anciennes de quelquesFamilles
,qui ont précédé
ce temps-là.;Je prie seulement
les Nobles qui pourroient y
prendre part, d'estre persuadez
quejen'épouseaucun sentiment,
& que je me soumettray de
grand coeur aux avis de ceux qui;
me feront la grâce de m'instruire
sur ce Chapitre.
C'est une erreur,aussigrossiere
que commune,de croire qu'il n'y
ait presque point de Familles au
delà de six Siècles. Il est bien
vray qu'on en trouve peu, si vous
exceptez la Maison Royale de
France, & quelques autres, qui
montent plushaut. Aussifautil
convenir avec Monsieur le 'La'
boureur,. que les Surnoms iVefiant
héréditaires que depuis l'ait
é1l0o0i0g.nleesz,Hdi'satiollreieunrssdpeeuceasrdteemnspàs
obliger la Pofteriré
, ont manque
de Tecours & de lumieres,.
pour nous découvrir des tresors,
qui n'auraient pas échapé à ce
Siecle qui est si éclairé.•"-
On pourroit marquer icyl'origine
des plusilluftres Familles,,
si ce n'estoitenchérir témeraire-
, ment sur les Ecrits deMessieurs
deSainteJVloi'Xbe, Duche[net.
Geoffroy
,
leLajioureur-, du
Bouchet, d'Herouval, du Père
Anselme AugustinDéchaussé, If
& des autres qui ont traite 8C
traitentcettematiere si utilement.
Joignez à,cela, quedans.
le Mercure Galant, qui nous est
donné depuis quatre ans , on
trouve de tres-curieuses remarques
, touchant les meilleures
Mailons de France. Je pourray
peut-estre à la premiere occasion
faire part de quelques Mémoires
que j'ay recueillis sur ce
Íiljer,. qui ne feront pas si communs,
qu'ils ne donnent quelque,
fatisfadion aux Curieux de
l'origine de la Noblesse, & des.
illustres Familles.
LE M. D. S. B:
DE
L'HARMONIE.
J Amais matiere n'a esté traitéeDpar
run plus-grand1no,m- bre d'Ecrivains. cependant la
Musique n'a jamais esté si bien
d'accordque dans les sentimens
de ceux qui en ont parlé. Il en
estde leurs Ecrits, comme des
parties qui la composent, qui
font toujours les mesmes, quoy
que chantées pardes voixdiférentes.
On peut dire que c'est
par là qu'on reconnoift visiblement
le pouvoir, de l'Harmojais.
J'av
Jay donc crû après uneallez
zurieufe-recherche, & uneassez
force méditation, qu'il estoit
difficile de donner une autre forme
à cette matiere, & de vouloir
dire sur ce si.ljt quelques
choses que les autres n'eussent
pas dit. La qualité de Plagiaire
m'a toujours déplu
; & lors que
les Auteurs ne me font naître aucunes
pensées, ou que leur autorité
m'estinutile, je me pasle aisément
de paroistre sçavan à
leurs dépens. Je me ferois aussi
fort bien passe par la mesmeraison
,
de parler de l'Harnlonje;
mais unePersonnedont les volontez
~m font des commandemens,
m'oblige de traiter cet e
question,& de luy dire ce que
les Auteurs m'en ont apris. COIn.
me ils rapportent tous les mesmes
choses, & qu'ils ont épuisé
cette matiere ,on trouvera par
tout ce que j'en diray.J'espere
néanmoins que ce Discours
n'aura rien de commun &d'ennuyeux.-
Un de nos vieux Poètes, qui
estoitauDuc d'Alencon, Frère
de Henry III nous a laisse un
PoëmeintitulélaGalliade. Dans
cetOuvrage ,qui est comme
une especed'Eneydopedie,où
font contenus les Sciences &: les
Arts Libéraux, que les Gaulois
ont inventez, & enseignez àleur
Postérité,ilditquelaMusique
doit son commencement à Bardus,
sixiéme Roy des Gaules,
dont le nom en Langue Chaldaïque,
veut dire le FilsduFondement,
ou de la Résonnance;
& que les Bardes, qui font décendus
de ce Prince, ont esté
les Inventeurs des Orgues, de
la Harpe, de la Lyre, du Lut, Se
de plusieurs autres Instrumens.
Ce Poëte compare la Voix, qui
se répand & se multiplie dans
l'air, à la pierre qu'on jette dans
l'eau, qui trace & forme plusieurs
Cercles;&comme ils font
plus oumoinsgrands, selon la
force avec laquelle elle a esté
jettée, de mesme le son est plus
ou moins haut, selon la violence
avec laquelle laVoix est pouffée.
Il y a donc le ton bas, & le ton
haut, & le moyen, qui n'efi: ny
trop haut ny trop bas. Ilajoûte
encor la comparaison des Chalumaux,
dont le son est disérent,
à proportion des trous -quifont
ou plus prés, ou plus éloignez
de la bouche. Ainsi ce
louille de l'espritmoteur estant
poussé au dehors, se répand dans
les lieux, & leur imprime cette
agréable Harmonie, quise communique
à chacund'eux comme
autant de Cercles, dont les uns
font plus grands, & les autres
moindres. Mais cette voix se
fait bien mieux entendreaux esprits
dépouillez de la matiere,
parce qu'ils font plus prés de leur
principe. Ainsi le dixiéme des
Cieuxraisonne plushaut, parce
qu'il se fait une succession de l'un
à l'autre jusqu'au Ciel de la Lune,
où cette Voix diminuë, &
s'abaisse.
Suivant la penséedecePoëte,
la Musique est bien plus noble
dans son origine que quelquesuns
n'ont cru, puis qu'elle vient
de l' Harmonie célcfte , & de
l'accord qui se rencontre dans le
nombre des Cieux & des Fianetes,
& non pas des coups de
marteau redoublez sur l'Enclume,
qui en donna l'idéeà Jubal,
ou à Pytagore, comme veulent
quelquesautres. LaMusiquede
laTerre n'est que l'ombre de
l'Harmonie des Cieux. Dieu,
dit Platon, estla Voix Souveraine,
& cette Voix se répand
dans leur Mouvement périodique.
Cette Harmonie n'est pas
seulement une juste proportion
entre toutes les Parties du Monde
, un ordre exact & régulier.
dans le concours de toutesces
Créatures
,
enfin une parfaite
Symétrie du grand & du petit
Monde; mais une Musique composée
de Sons & de Voix,qui se
fait par l'approche & l'éloignement
des Corps Célestes. Elle
est moins parfaiteque celle du
Paradis, mais plus excellente
que celle de laTerre. Synesius
n'estoit pas éloigné de ce sentiment,
quandil compare le Monde
à une Harpe; & Dieu demande
àJob, qui est l'Homme sur la
Terre qui puissefaire la Musique
du Ciel.
LesPytagoriciensdisent pour
prouver cette Harmonie Céleste,
que l'Ame du Monde est
composée de sept nombres divers,
qui procedent du Pair &
dunom-Pair, qui font ensemble
une alliance Arithmétique. Ce
nombre premier & pyramidal,
estl'Unité. Apressuivent le Binaire
& le Ternaire, qui doublant,
l'un au premier, & l'autre
au second,produisent l'Hémiole.
A pres deux vient le quatre,
6cle neuf regarde le trois, dont
l'un double au second, & l'autre
au troisiéme. Le huit succede,
& double au quatriéme; & pour
fonder le Triangle,on pose vingt
sept, qui triple à neuf, fait que
l'un se multiplie vingt-sept fois
en foy. On prétend que de ces
nombres Dieu ayant composé rABle de l'Univers
, non seulement
tout fut produit par poids,
nombre, & mesure
; mais qu'ils
forment sur les tons des Cieux
lçs six genres d'accords de la.
Musique. De deux à l'égard
d'un, se faitla proportion doublée,
qu'on appelle Symphonie,
ou Diapason. De trois comparez
à deux, naîtl'Hémiole, ou
Diapenté, lors que la Voix arrive
à la quinte. De quatre à trois,
qui est le nombre Epitrite, vient
le Diatessaron, ou la Quarte ;
& depuis trois àun ,la Voix qui
se quarte par muances, fait un
accord de Diapason avec Diapenté,
ou autrementdel'Octave
& de la Quinte. L'accord
d'un à quatre est Disdiapason,
qu'on dit deux fois parfait. De
huit à neufest le nombreappellé
Epogdouë, qui forme le ton de
tous les accords. La Quarte est
dedeuxtons&demy;l Quinte
de trois tons & demy ; l'Ottave);
ou Diapason comprend six tons
entiers; ik- l'accord de deux accords,
qui est Diapason avec
Diapenté, se mesure& se compasse
de neuf tons & demy. Le
Diapason
,
qu'on appelle une
quinzième, contient douze tons
pleins,&estle plus grand accord
dela Musique, soit pour la Voix,
ou pour les Instrumens. Mais
on prétend que le ton des Cieux
s'étend plus loin, &quelaVoix
de l'esprit moteur peut jusqu'à
quatre fois comprendre, & em.
brasser les neuf tons & demy en
bonne consonance. Mais comme
toutes choses, & Dieumesme
prend son repos dans le lêpt,
ainsi la fuite de Voix, oul'étente
de l'air,ne passe point plus avant.
On rapporte diférentesopinions
pour établir ces sept voix
dans les Cieux, & entr'autres
celles de Boëce, qui est moins
abstraite & plusvray-semblable.
Ce grand Homme dit qu'au
Ciel de Saturne se fait la grosse
voix, comme Yut au Ciel d'apres;
le re un peu plus haut; le
my dans l'affere de Mars; le sa
au Ciel du Soleil; & parce que
Vénus & Mercure font leurs
cours presque en mesmes jours
& en mesme temps, le Soleil y
fait un unisson, ou y raisonne
deux fois; &le la, qui est le plus
élevé,demeure dans le Ciel de
la Lune.
Pytagore compare les temps
de la Musique aux intervales des
Astres. Il dit qu'entre le Ciel
de la Lune &la Terre, il y a un
ton; un demy-ton de la Lune
jusqu'à Mercure; autant de Mercure
à Venus; & depuisVénus
au Soleil, une fois 6c demie autant
de distance de Vénus à
Mercure; du Soleil à Mars, un
ton, comme entre la Lune & la
Terre; deMarsàJupiter, un
demy-ton, &autantdeJupiter
à Saturne; de Saturne jU[-iu)-au
Zodiaque, une fois & demie autant
que de Jupiter à Saturne;
ce qui joint enssemble, compose
septtons, & fait une Musique
parfaire, comme est le diapason.
Tout cela est tiré du Chap.12.
du 2. Livre de Pline. De cette
Harmonie est venuë la Diatonique,
que quelques Anciens
ont louée & préferée à la Chromatique
& à l'Harmonique,blâmansle
Fleuretis & laMusique
trop figurée. CetteMusiqueceleste,
quoy qu'élevée au derfus
des sens, peut estre compriie par
la raison, & on dit que David
monta la Harpe sur le nombre
des Cieux, & Orphée sur celuy
des Planetes. Il tira de la Lune,
la voixnomméehypaté,de Mercure
parhypaté,deVénus lycanos,
du Soleil mesé, de Mars paramesé,
de Jupiter parameté, &
de Saturneneré, & toutes ces
voix se trouvèrent renfermées
dans saLyre.
Mais tout le monde n'ayant
pas l'oreille si subtile que les Platoniciens,
& ne pouvant pas
comprendre les nombres millérieux
de Pytagore, quelques-uns
ont inventé une autreallégorie,
sur taçjpelle ils ont fondé l'origyie
<^e 1*Harmonie. Ils disent
que nostreMusique c-si imitée
du parfait mêlange des Elémens
qui composentnoscorps, &qui
sont ltt diversité des Saisons. La
Basle J;f-Pré[enre l'humeur mélancolique,
l'Hyver,& la Terre.
LaTaille, le Phlegme,l'Automne,&
l'Eau. La Haute-contre,
le Sang, le Printemps, & l'Air.
Le Dessus, la Bile, l'Eté
,
& le
Feu; & toutes les autres voix
oues autres Ions, conviennent
avec l'une oul'autredeces parties.
Cela s'accommode encor
avec la doctrine des nombres.
L'un se rapporte à la terre & à
l'humeur mélancolique; le deux
auphlegme&à reauï le trois à
la bile & à l'air, le quatre au
sang & au feu. Il est certain que
si les nombres fontl'Harmonie,
& si on connoist par eux la nature
& le remede des maladies,
on peut juger par eux de l'état
&de la situation de l'aine. Lors
qu'ils font bien reglez, ils font le
juste tempérament des humeurs,
qui rend une fanté parfaite, &
de leur exacte proportion il naist
cette parfaite Harmonie qui
flate si agréablement nos oreilles.
Comme au Nom de Dieu
ily a quatre lettres, il ya par raport
quatre partiesàlaMusique,
qui répondent aux quatre sacultez
de l'ame raisonnable, Iç
sens, lafantaisie,l'intellect, &
la raison. Les Anciens établit
soient aussi quatre Systemes
; le
Systeme desbardes,ou dela M..
fique vocale, le Systeme d'Orphée,
le Systeme humain, le Systeme
de David ou du Monde
archetipe. Mais pour ne point
descendre icy dans ce que la
Musique a de plus particulier,ce
qui seroit d'un trop long dérail,
je me contenteray de dire qu'au
commencement il n'y avoit que
trois tons, fondez sur les trois
âgesdela vie; l'enfance, la jeunesse,&
lavieillesse, représentez
par rrois voix, labasse, la haute,
& la moyenne. Il n'y avoit aussi
,qtie trois fortes de Musique,
l'Harmonique, la Diatonique,
& la Chromatique; & trois
Modes de chanter, la Dorique,
la Phrygienne, 6c la Lydienne.
La Dorique représentoitlabasse,
la Phrygienne la haute-contre
ou la moyenne voix, & la
Lydienne le dessus ou la voix
grêle. Sapho inventa une quatriéme
Mode,qu'on appella
mixolydienne; mais l'augmentation
des cordes sur la Lyre,
ayant esté jusques au nombre
de huit, on remarqua autant de
tons diferens,& ces tons prirent
leur nomdeceluy des cordes. La
premiere estoit la grosse, nommée
proslambanomenela seconde
proche de la grosse, hypaté;
la troisiéme, parhypate,
la quatrième, hyperhypate;la
cinquiéme, mese, qui veut dire
moyenne; la sixiéme,paramese;
la septiéme, paranete; & la huitiéme
,nete, qui est la chanterele.
En fuite il y eut donc huit
Modes de chanter.) dérivée des
autres; la Dorienne,qui approche
de lagrossecordeproslambanomene
ou voix à quize ; la
Soudorienne, qui est lypate ou
voix principale; la Phrygienne,
qui est la paripatheouvoixapprochante
de la principale; la
Souphrygienne, qui (si lyperipathe
ou voix approchante de
la moyenne, la Lydienne, qui
est lamese ou voix moyenne; la
Soulydienne, qui est la para.-
mese ou voix prochaine de la
mese;la Mixolydienne, qui effcla
paralete ou voix prochaine de
la plus haute des Ícparcs; 6c la
Soumixolydienne, qui est la
nete ou voix la plus haute; &
tout cela se termine en deux
tétracordes,dont les quatre premieres
font basses & graves, Sç
les quatre autres hautes & aiguës.
Ainsi nos Musiciens ont
pris leurs tons de ces huit Modes,
qu'ils accommodentàchacune,
& dont il est aisé defaire
l'application.
Si chaque Mode avoit sa maniere
de chanter,elle avoit aussi
des Instrumens qui luy estoient
propres. La Dorienne avoit la
Lyre, la Harpe, le Lut, la Viole;
la Phrygienne, la Trompete, &
le Hautbois
;
la Lydienne, la
Fhdle&]e Flajolet. Pour l'Orgue,
il contient tous les Modes,
& il n'yen a point dont il ne
foit capable.LesOrgues n'ont
paru en France que sousle Régné
de Pepin le Bref, &ce fut
Constantin Copromuse qui les
<er, oya à ce Prince; mais la MIN
fique estoit en usage dans nos
Eglises dés le commencement
de la Religion,& elle passa des
anciens Druides aux premiers.
Fidelles. Cette Musique estoit
à la Phrygienne, mais sigrossiere
& si barbare, que ce fut avec
grande raison que Charlemagne
la bannit de l'Eglise Gallicane,
& introduisit le ChantGrégorien
en sa place. On dit que les,
Romains ont esté les pren-Ürs
parmy les Payens qui ont admis
la Musique dans leurs Temples.
& dans leurs Cerémonies.
Il y a trois Médietes dans la
Musique,l'Arithmétique , la
Geometrique,& l'Harmonique.
L'Arithmétique surmonte,&effc
surmontée de nombre égal. La
Géométriquede raison égale,Se
semblable; & r Harmonique
n'estsurmontée ny par nombre,
ny par raison égale, mais des
nusmes parties de les extrémitez.
Anstote ne compte quedeux
Médietes,l'Arithmétique,
f6c l' Harmonique. Cette malïere
d'intervalle se pratiquoit
dans la Musiquedont les Payens
se servoient dans leurs Temples,
qui estoit composée d'Estrophés
, d'Antistrophés, & d'Epodes,
suivant la Loy qu'on appelle
du Metre. Les Prophés,
dans la Doctrine des Platoniciens,
marqnoient le cours rapide,
6c vehement des Cieux; les
Antistrophés
,
le mouvement
plus posé des Planetes; les Epodes,
la solidité 6c fermeté de la
Terre. Mais ce qui est admira6c
dans cet Art, c'est que les
intervalles y font harmonieux.
Ce silence a son agrément, &.
fait par ses poses & ses suspensions
de voix, une cinquiéme
Partie dans la Musique, qu'on
nomme le Tacet. Un Ancien:
appelle ces intervalles des silences
bien placez,silentia ordinata.
En effet, ce silencerégulier ôc:
concerté, augmente à faire remarquer
la beauté du Chant. Il
y a mesme une voix, disèntles-
Maistres, qui approchent du silence,
& cette voixeft le mouvement
de haut en bas. Enfin le
Son est un frapement d'air sensible,
& perceptible à Poiiye que
forme la voix; &la Musique un
Art qui l'exprime par signes, ôc
par figures, foit par le Chant, ou
par la Note. On dit que Pithagore
en fut l'Inventeur,apresavoir
observé la cadence que
faisoient les coups de Marteau
redoublez sur l'Enclume, il mit
quatre Chevilles contre la muraille
de sa Chambre qu'il lia
avec des Cordes de boyau en
égalesdistances,demesme grosseur
& longueur, ausquelles il
attacha divers poids, ce quifaisoit
divers Sons, lors qu'elles eftoient
touchées. Le poidsle plus,
leger faisoit le Son grave & pesant
, parce qu'il estoit moins
tendu. Le poids pesant faisoit le
Son gresle, & aigu, & ainsi des
autres, ce qui rendoit une espece
d'harmonie, & formoit
quelques accords de la quarte,
de la quinte, & de l'octave, lors
que les cordes estoienttouchées
enlemble. De là est venuë la
Musique,soit de la Voix, ou desinstrumens;
mais elle avoit
pris son origine longtemps avant
Pithagore, puis que Jubal chez
les Hebreux,inventa les Instrumens,
&futsçavantdansla Musique.
Apollon l'apprit aux
Grecs; Marsyas,inventa la Flûte;
& Olimpus, le genre Harmonique.
Amphion a esté le
premier qui a chanté par mesure,
&à la Lydienne; Thangras,àla
Dorique; éMarfsyas, à laPhrigienne.
Il est confiant que les
Bardes ont esté les premiers qui
ont joint les Vers à la Musique,
& quiontpossedé ce bel Art de
toute antiquité. Bardus m'avoit
appris de Drus sonPere; Di-us.,
de Saron; Saron, de Samothés,
Samothés, de Gomer; Gomer,
de l'Hercule Gaulois;decec
Hercule Gaulois, d'Atlas qui la.
tenoit dSJlllUS. Quoy qu'il en
soit, la MusiqueDoriennepasse
pour la plus parfaire,& la plus
naturelleàl'Homme. On en
rapporte des effets surprenans.
Ondit quePithagorevoyant un
jeune Homme emporté d'àmour,&
devin, & animé par
un Joüeur de Flûte,quijoüoit à
la Phrygienne,ilfist changer de
ton au Musicien,& tout d'un
coup le jeune Homme devint
aussi sage & auffimoderé, qu'il
estoit emporté & furieux auparavant.
Empedocle n'eut pas
plutost chanté à la Dorienne
quelques Vers d'Homere, de- -" vait
vant un Homme qui alloit oster
la vie au Meurtrier de son Pere,
<ju)il remist ion Epée, & pardonnaàson
Ennemy. Elle met
donc l'Ame dans le calme,. &
danslerepos. LeoKiennechasse
l'ennuy, & cause un doux sommei;
de la Lydienne dissipe le
chagrin, & la mélancolie,l'Iastienne,
inspire l' amour & la
joye; la Phrygienne, excite le
courage, de porte à la guerre.
Un Ancien adit, que le Monde
estunLivredeMusique; que les
Jours &les Nuits en sont les Notes
: & quelajustice le marque,
& le compose; mais c'est une
allégorie, on en fiaitPexpérience
dans les choses inanimées. Pline
dit que dans le Lac d'Orchomenie
proche de Cheronée, il y a
des Roseaux qui ont une harmonie
infuse, dont on faisoit au
commencementdes Flûtes, qui
raisonnoient toutes feules apres
qu'on leur avoit donné le rOll.'1
Ce qui prouve les paroles dLil
Prophète-,que toutes lesCréatitres
chantent la gloire du Createur.
C^ue dirons-nous de ces
deux Chantres perpetuels de la
Nature, lesCygales & lesSauterelles?
dont les uns commencent
à la myJuin, & les autres a
lamy Septembre, pourcontinuer
leur Musique durant toute
l'année; mais sur tout la Cygalle
est si amie del'harmonie,
que non feulementelle chante
toujours,ellesupléeencor à la
voix des autres. La Chanterelle
du Lut dun Homme s'estant
rompue,elle remplit heureusement
la place,& luy aida à chanter
la Victoirequ'Apollonavoit
remportée sur le Serpent Python.
Mais y a-t-il rien de comparableauChant
mélodieux des
Oiseaux? Leurs petits Concerts
fone lesdélices de nos Bois, &
de nos Solitudes. Le Rossignol
possede seul toute lascience, &
tqouues;'y-tmesaàigsirélmfaeuntsredmearlqaueMriLclyl,.
que tous les lnstrumens sont fondez
surle ChantdesOiseaux, &
qu'il y en a peuqui expriment
parfaitement la Voix humaine.
Comme il n'y a que l'Homme
qui joigne la parole au chant,
toutes les autres Creatures ont
de la Voix & du Son, & pl1
vent estre capables d'Harmonie,
mais point du tout du Chant. Si
on dit le Chant des Oiseaux,
c'est qu'ils sont capables de la
parole;mais neantmoins c'est
une faonde parler, ilschiflent
& ne chantent pas. Soit donc
que lesCreatures pouffent au
dehors, les accords de cette divine
Harmonie, foit qu'elle la ,
renferme en elles-mesmesparla
parfaite symétrie qui lescomposent,
elles sont sensibles à la Mufigue,
&s'en laissent toucher.
Le Bercer Daphnis dans le Sophiste
Longin, fait faire à les
Chevres ce qu'il veut,par le
moyen de sa Flûte. Je ne parle
point des Echos & des Syrenes,
pour direquetoutestremply de
cetteHarmonie universelle. Le
Ciel, la Terre,les Eauxles Bois,
MMer. En effet,toute agitée
qu'elle est, elle n'est pas. sans
accords & sans harmonie, puis
qu'elle a le Son d'une Harpe sur
les Rives d"Actium. Une Fontaine
prés d'Elusime,s'agite 8c
s'élance auSon de la Flûte, ce
quiafaitdire à quelqu'un, que
l'esprit moteur & harmonique,
estantinfus dans les Eaux,aussibien
que dans les Cieux, il peur
les faire boüi~lonnerau Son dela
Voix, ou desInstrumens.
Enfinle Chant est le symbole
de la joye, & le remède de la
tristesse : Il adoucit nos malheurs
,il fait paroître le chemin
& le travail plus courts ;ilcause
aux Enfans undouxsommeil, 6c
une agréable gayeté
,
qui dissipe:
&qui séche cette fâcheusehunÚdiré;
danslaquelle ils fqcDt
-
plongezperdant les premières
années de la vie ; elle réveille
les Hommes faits,àc chanede
leur espritcette noire mélancolie
qmjes acç¿blf quelquefois,
&> dans laquelleifc|>aroi{]eoten-
~Cvelis. La Mu'ftquçdélafléreC.
prit,soulageles peines ducorps,
:,ôc modère1~ paffiOl)s"fc.;{\rc!e apai&icTpofefonçhapt^s^mo-
.^Qîisfdu!p:e«ple.|D^mo^vp^çja
Trompe.tte:reriypitsles jepnes
geiis.de ladébauchç,ôtles.pof-
._t:oitj. latempérance. Asclepiade
parelleguérissoit dJJilrpiw)
';:.Hi[mias: de,la Fiévre&deila
Goûte, scyatique;Théophraste
delà Folie,&ThalesdelaPcfte.
Gfijdit encor,que Çaçoncnt
,tU)JOUI; h.campagne, gvjgijt
sonbéstial par une Chanson rustique.
Il ne faut donc pas s'étonner
si on attribuë tant de
merveilles i la Lyre d'Amphion
& d'Orphée;, LaMusiqueguérit
les Linphatiques,chasse les
Démons,donne l'esprit de Prophétie
,touche le Coeur de Dieu
mesme. Si elle est née de la Paix,
&propre dans le plaisir, elle
n'est pas moins nécessaire à la
Guerre. Les plus grands Héros.
ne l'ont pas dedaignée; témoin
Achille, Alexandre, &, tant
d'autres, qui en ont fait un dU
vertissementaussi utile qu'agréable.
Il n'y a que la Musique mole
& effeminée qui puisse corrompre
ramé. Alexandre refusa
laLyredeParis parcetteraisonmais
i'ay celle d'Achille, dit-il,.
sur laquelle je chante lesbeaux
faits des Héros.C'estoitdece
ton là quechantoientles Grecs,
qu'on ne pouvoit entendre sans
sentiréchaufer son courage,S'il
y adonc une Musîque impure &:'
dissoluë ril y ena une chaste &
modeste, qui n'inspire que de
bons sentimens. Tel estoit le
Chant d'Elgiste aupres deCïw
temnestre. En effet, la parfaite
Musique est une véritable idée
de l'union&delajuste conformité
des Créatures énergies &
leur premier estre. Ilenest des
quatre Parties de la Mu/îque,
comme des quatre Tempéramens
qui composent les Hommes
; Ils n'ont rien de vicieux,
que l'excès qui s'y renconrreiou
quand ils ne sont pas réglezpar
la droite raisom Il faut donc
avoüerque lors que la Musique
est judicieusement conduite,elle
en non feulement d'une grande
utilité,mais encor elle a quelque
chose de Divin , qui éleve
l'âmeau dessus des £èns,& d'ellemesme.
Elle a donc esté sagement
ordonnée dans nos Eglises;
& il ne faut pas se persuader que
lcHSuqufelte estconformeaux
Paroles &. aux Cérémonies de
nosMystéres,elle flate &corrompe
nos Ames;cequivient
de Dieu ne touche point nos.
sens.Onne peutaussi trop loüer
Saint jean Damascene, Cosme
~eierosoliimitain
, & Grégoire
le Grand, qui par une méthode
dechanter toute pure&:toute;,
Cétaftey oncefoit retentir des
loüanges de Dieu les Eglisès
Grecques & Latines. L'une&
l'autre méthode cftoient Do.
rienne, ce qui montre l'excellence
de ce Mode. Enfin haïr
<
la Musique est un signede Réprobation
; ce qui peut venirde
l'aversion que le Diable a pour
elle. Il y a une Province enPerse
où les Enfansne crient& ne
pleurent qu'en Musqué ; mais
cela se doit entendre des habiles
Musiciens qui naissent dans ce
Païs-là, dont Gerçone esr la
Capitale. Un fameux Chinois
soutenoit qu'un Etat ne pouvoir
estre bien gouverné sans Musique
- c'est à dire, sans la Justice
& l'Equiré, qui endoivent faire
l'Harmonie. Ilnefaut pas prendre
cette pensée à la lettre )æ
seroit tomber dans les Mélodies
naturelles & politiques du Docteur
Flud Anglois, qui sont
encierementchimériques.
Je ne rapporte point icy les
non1d.x quiontexcelle
dans cet Art, soit par le talent
qu'ils ont reçeude la Nature
pourbien chanter,soit par les
connoissances qu'ils se sont acquises
d<Jn.laMusique ,..le dé-
^prnbfremeru: desÀnciens seroît
trop long & trop ennuyeux, &
celuy des Modernes pourroit
estres.rf'pcd de flaterie,&d'affectation.
Les uns & lesautres
sontconnus des Sçavans, & des
Connoisseurs,qui rendent à leur
méritecequiluy est dû; mais il
fcroir à souhaiter que les Changes&
les Musiciens,ne gâtassent
point ce bel Art par des maniéres
salles & def-honnestes ,qui
corrompent les moeurs de ceux
qui les entendent ;
sur tous les,
Muslciens François, font encor
plus obligez à conserver,l'honneurde
laMusique;carsoit
qu'elle ait pris naissanceen
France, ou quelle y aip esté
jreceuë,ôe cultivée par nos Anciens
Gaulois., il n'y apointde
Nation qui ait plus d'interestà
la maintenir dans sa pureté ,èC
à travaillera sa perfectioii-Ia
Musique commença de reprendre
son éclat fous le Regnede
François I. & chacun sçait la.
passion que HenryII. &. ses Ensans
avoient pour elle;mais cela
n'approche point de ce que
Loüis LEGRAND afaitpour
sa gloire; par la protection qu'il
a donnera. l'Académie Royale
dMllfiqùe, que le celébre Mr
de Lully a établie depuis quelquesannées.
C'est là qu'on travaille
tous les jours à la dépouiller
de ce qu'elle avoitde grossier
&de barbare, & à luy donner
ce que l'Arta de plus fin, & de
plus exquis.Tantdeméthodes
de Chanter si touchantes, si aiieës,
& si naturelles
; tant de
beaux Livres d. Airs, & de Molteats
pour la Chapelle & pour Chambre du Roy, font les
fruitsdélicieux de ses noblesexercices.
Mais pour finir
par les Chefd'oeuvres de sonillustre
Sur-Intendant, ne faut-il
pas demeurer d'accord, que la
Musique eil parvenuë à ce haut
degré d'excellence & de perfection,
où l'a souhaitée le plus
grand Roy du Monde?
Ces divins Opéra dont les rares merveilles
Enchantent à la fois nosyeux& nos
oreilles,
Fontdire de Baptiste, à tous lesbeaux
Ejprits3
QuesurlesChantres Grecs il remporte
leprix,
Etque laFrancevoitau^ourd'huyclans
cetHomme, ToutcecjuelajMufiqueeutde charmes
à Rome. ,, DE MARPALU.
Le vray Mot de la premiere des
deux Enigmes du AloM de Novembre
j estoit le Soufler. Voicy de
quellemaniere elle a esté expliquée
en Vers,
I
QVe c£un Souflet bizarre cft la
nature!
Il renferme enson corpsune ame, & ne
vitpas,
-, Saris elle cependantilfaitpauvrefigure,
Etc'est par sonmoyen qu'on en fait
quelque cas.
Des Eftru généraux il tire samatière,
Sapeau des Animaux,sonfer des
Alinéraux;
Etpourserevestirpar devant & derrière,
Il a recours aux Bois, quisont des Vegétaux.
Pour achever encor sa surprenante
histoire,
Dans les mains d'uneBelle il trouvele
l'employ,
Et le Chimiste enfin, ce curieux, doit
croire,
1l.i!'il dit vray,
quand il dit, il ne peut
riensans moy.
LE SOLITAIRE DEBOIS-ARTAULT;
pres de Provins.
A II H, pourcecoup, le MercurfA
raison,
Etjelesoutiendroismoyseule à tousles
Hommes;
DansleA4oisounousfemmes,
UnSouflet est pourmus un meuble
de faifon*
MademoiCelleB<DUVA
de Chartres,
D III. Etermesspécieuxunesigrande
Lifte,
Minéraux, Végétaux, cela sint ïAlchimiste.
Je croy quenostre Medecitt,
Quand il compost cette Enigme
D'une manieresisublime,
Travaillait au grandoeuvre unSouflet
à lamain.
LABLONDIHEGUIRIN*
c IV. Ommunèment en ceMois
Chacunsousse danssesdoigts,
LeAdercureGalant ence point nous
soulage,
Puisqu'un Soufletest,jegage,
Lepremier deses deux mots-
Jamais Piece de ménage
Ne nous vintplus àpropos.
LEGER, Docteur en Medecine e Mortain.
s V.
Garnirelle poursonHyver
AvoitdeBois uneamplefourniture,
Jlîaisilnebraloitpoint}parcequilefiç&z
verd,
Etcela luy mettoit l'esprit àla tortureChacun
appritcedeplorablefait,
Lebruit enfut ]uf.quauGalant Mer..
cure,
Quipour arrester tout murmure,
Audit Seigneurfit prèsent<fanSouflet:»
LE RAT DU PARNASSE,
du Cloistre S.Mederic.
Ceuxqui ont expliqué la mefmç
Enigmesur le Souflet, sont Messieurs
le Brest, Rue. Montmartre;
LeDoux, Filsd'un ConfiMtide.
SainteMendmud; D.Russier,de
Paris; Guillebot; Mcfdemûifclles,
Tigrine; DeîEpiney de Languedoc;
Bouvard, de Chartres;L'Inconnu
de Loches; LeNouvel.Accordé- du
MaraisiL Inconifantdeprofitions
LePerroquet des MNfiJi Le Pan~
trace de la Ruë Plastriere; Le Petit
Cochet de Saintecroix> Uaiwahfa
Solitaire de Sainte Croix; Lejaquemardu
Clocher S. Paul; L'Inconnu
de Rouen; C. charpentier
d'Anthony L'aimable Euterpe;
La Belle Recluse; L'Amante sans
amour;La Spirituelle Calliope; &
Plautinela Cadete :K
On a expliqué la mifme Enigme
sur la Pendule, l'Imprimerie,
l'Histoire, la Plume, le Livre,
la Devise,la Mode, la Bouteille,
JeBfedi'la Montre l'Encre,la
Bourse, la Mine d'or, le Vifargent,
leClavessin,l'Orgue,
laBassede Viole, le Lut, la Bougie,
8c laGuitarre.
- ,
4- On ne peut mieux expliquer l&i
secondeEnigme dont le Mot estoit.
le Chanvre, qu'afaitMademoiselle.
Cauvain de Molesme, dansles Vers,
quisuivent.
APres le long sejour par vousfait:
dansles Champs,
Où les Oyreauxd'abord vous ont tant
fait la guerre,
Si toïi vous tire dela terre,
C'est au grand regret desMechans.
Auxquels Damoiselle la Corde
Fait rarement miséricorde.
D'autre-part vouspassezpercentdiverses
mains,
Vous estes faite Toile,&servez, les
,
* HuTians --- A diverses fortesd'usages.
La chose est en effetconstanteparmy
nous, -,: Que les Religieux qui renoncent tt'l/of#;
Passentpar toutpourlesplussages.
Quandvous riavez,flus rien ny de bon,
tiy debeau,
Etquevous estes vieuxdrapeau,
L.'on vousfait au Moulin promptemens
comparoistre,
Oul'Art vous donne un nouvelestre
Aforce de coups de marteau,
Et Papier vous venez,nous servir de
nouveau.
Alors ilestincontestable
£)uéde l'Encre empruntantleplusfoible
secours,
Votts avez ledon admirable
De vousfaire entendre aux plus
- fourdi,
Lepremierdes deux Madrigaux
que vous allezvoir, est de MademoiselleHuotde
la Rue S.Honoré,
&l'autre de Mzle Trieur Pelegrin.
J I. Emefemmordu, jevousjure,
Plus de cent &centfois les doigts
Pourdeviner,valant Mercure,
Vostre deuxièmeEnigme de ce Mou.-
Apres maint effort incroyable,
J'ensuismaitresse enfin,&jevais
parier
Quej'en tiens lesensvéritable,
,J.'(Jrs quejetiensduLinge &du PAp}tr.
v II. Ousquichérissez. tant Mercure;
Déplorezsa tristeavanture.
Courant le Aiois dernier pour afaires
decoeur
Unsoirilperditsa Valise;
Encorpoursonplusgrand malhelJi
Je pense que quelque Voleur
Luysaisît jufquasa Chemise.,
Avecque raisonje le crois,
Carpour reparerledommage
Desomn Lingee pserdsu daansgsoneder,nier Il luyfallutfemer du Chanvre£autre
Adois.
La mefint Enigmea ejll expliquéesur
le Chanvre par Messieurs
Bridsurs Prieur de BoisguiIbirt en
Normandie; LeChevalierBlondel;
C.Hutuge, d'Orléans; Soyrot,de
ChastillonsurSeine; Martel, de la
Mai TrOH/flvache; Mesdemoselles
Humbert, Fille du Lieutenant Generalde
Sainte Menehoud; Thérese
deVetchamfs; DeChamprosier, du
Quartier du Palaisd'Alençon; Le
jeune Ecossois de Tours; Le Reclus
malgré luy, de la Ruë Ganterie de
Rouen; Le Pesant,&lesSolitaires
des dix VcrtMy de la mesme Villes
L'Amant ressuscité de la Bourguignonne;
L'aimableInconfiante dm
Quartier duPalais d'Alençon; La
ckarmanu Comtesse; & le Poulet
retowvèrtde la belle Mouton, de la meVille.
La Bouteille, le Vin, le TaJ
bac,la Potence, le Tambour,
rOr,' l'Argent, le Méralà.sa
briquer, le Parchemin,l'Amour
le Raisin, l'Oeuf, la Canne, &
lç§ Ongles
t,
sont les autres fem
qu'tn adonnez, àla mesmez Enigme.
I'adjoûte les Noms de ceux qui;,
onttrouvé lesvrais Mots del'une&
de l'autre. Mefjicurs deBoissimon.
C. D.C. Gardien, Secretairedu Roy;
L'Abbéde la Rue Montmartre; De ¡ér le Solitaire de Gim-
Iroû.
Les troisExplications, en Vers que
j'ajoute icysurl*Enigme en figure de
Venu*naijjante, vous seront cûtinoistrequ'elle
ne cachoit autre chose
que la Perle.L'application en est
Àfô.
I. Qv'àdmir?:..-'lJoU!,B"rhonJ?- qu'admirez-
vous, Jeunesse?
Quel est ce rare Objet quisemblevous
charmer?
IfomDadmiroénsleestrafitfs (ilim:e j'eunc !!.l!,inaiftparmY'.Usflots&vaguesde
IfAÎt-er,,
- - 1-Qui
Thètis a des ressorts qui passent la
pensée,
Et que tout nostre esprit ne sçauroit
penétrer.
c II.
Harmonie Mere des tendresses,
Quisur le Mont Ida remportastes le
prix,
-
Ceseroitfaire tortaux beauxyeux de
Parts,
De ne vous croire paslaPerle des
Dttjfes,
LA BLONDÎHËGHERIK.
O III. Nnesçaurait teffi-t admirer le
Mercure.
Ilestfort curieux âestretDûjours GIr
lant;
Ilestoit l'autreMois paré d'un Diamant,
Onlevoit à présentdansl'Enigme en
figure
Tirer une Perle hors de l'eau,
Pourse faire toujoursplmlre-IIH.
J.,'.Â!nantde la Belle Poitevine.
Ceux qui ont trouvéce mefine Mot,
sont Mcffirftrsde Bridours Prieur
deHoifÇmtberti Cdrilep;TïeBois-
SimonC.D.C. £!mçha*d,,-deCha£
ttâurcnxÎ L'AkétéDANCJT_» d'AbPt
kevitic; Le ckvaikrBlind)ei & ïsiermite de Sacé presdeFwtor-,
fin:
On a encorexpliquécettemesme
Enigmesur la Vérité, le Sel, la
Faveur, laTémérité, l'Huistre,
le Soleil. levant, & l'Ambre.
QU E STIO N S
A DECIDER.
L I. Equel est le plus à plaindre
, ou un Mary jaloux,
ou la Femme d'un Mary jaloux.
II.
Lequel doit estre estimé le
plus malheureux, ou l'Aveugle
né, ouceluyqui a perdu la veuë
On les supose tous deux à l'âge
de raison
; & le dernier dans cet
âge de raison, quand il est devenu
aveugle.
III.
L'engageante JI"Acefmonde demande
Ce que doit faire une Belle qui
est pressée de se déclarer par
diiix Amans, dont l'un a beaucoup
d'amour & peu de mérite;
6c l'autre, beaucoup de mérite
avec peu d'amour.
IV.
On demande l'Origine de la Chasse. , -- -
V.
On pried'écrire fàwrJaSuper-î
stition, & lesErreurs populaires.
VI.
Onsouhaiteroit quel'on voulost
inventer des Fables sur TO*
rigine des Bagues.
VII.
Si l'Eau minérale, en quelque
maniere qu'elle soit prise, est
utile, oudarigereufe.
Ceux qui voudront bien se donner
la peine d'écrire, sont priez d'envoyer
leurs Ouvragesen caractères
ajfcz, gros,pourestre lûs sans aucune
peine, pour le premier Extraordi- naire. Adieu,.Madamejevousreserve
un Traitéde Mr GauthiersurlaSaignée,
quisatisfera apurement ceuxquise
déclarentpour ces fortes de
matières, sesuisvostre&c.
A Paris ce 15Janvier 1681.
Avispour placer les Figures.
LA Veuë du grandEstang duBuen--
Retira de Madrid, doit regarder
la page 187. - ..,
La Planche marquée des Lettres'
de l'Alphabet, doit regarder la page,
19.2«..
La Veuë de l'Hennitage de S.Paul
Qualité de la reconnaissance optique de caractères
Soumis par lechott le