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1680, 09 (partie 2, Voyage que le Roy a fait en Flandre en l'année 1680)
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/JJ£RCURE
CALJlNT
1-
SECONDE PARTIE,
Contenant leVoyagequele
Roly'aannfaéiete1n6F8la0n.dre ea
A PARIS.
ÂVFALAIst,
ON donnera toujours un Volume
nouveau du Mercure Galant le
premier jour de chaque Mois, & uo
le vendraaussï-bien que l'Extraordinaire,
Trente fois relié en Veau,
& Vingt-cinq sols en Parchemin.
A PARIS,
Chez G. DE LUYNE, au Palais, dansla
Salle des Merciers, à la Justice.
Chez C. BLAGEART, Rue S. Jacques;
à l'entrée de la Rue du Plâtre,
Et en sa Boutique Court-Neuve du Palais,
AU DAUPHIN.
EtT. GIRARD,auPalais,danslaGrande
Salle, à l'Envie.
M. D. LXXX.
«4TJC fSJVlLlQE DV tLQJi
p Extrait du Privl*Ir?" du ?-,Py-*
Ar Grace & Privilège du Roy, Donne à
S. Germain en Laye le 31Décembre 16-17,
Signé,Par le Royen son Conseil, JUNQUIERES,
Ilest permis à J. D. Ecuyer,Sieur deVizé,
de faire imprimer par Mois un Livre intitulé
MERCURE GALANT, presenté à Monseigneur
LE DAUPHIN, & tout ce qui concerne
ledit Mercure, pendant le temps & espace de
sixannées, à compter du jour que chacun desd.
Volumes fera achevé d'imprimer peur lapremiere
fois: Comme aussidefenses font faites
à tous Libraires, Imprimeurs, Graveurs & autres,
d'imprimer graver & debiter ledit Livre
sansle consentement de l'Exposant, ny d'en
extraire aucune Piece
, ny Planches servant à
l'ornement dudit Livre, mesme d'en vendre separément,
& de donnera lire ledit Livre, le
tout à peine de six mille livres d'amende, &
confiscationdes Exemplaires contrefaits, ainsi
que plus au long il est portéaudit Privilège.
Registrésur le Livre de la Communauté IgfJ
Janvier 1678. Signé, R.COYTJiROT, Syndic.
Et ledit Sieur D. Ecuyer, Sieur
de
Vizc*
a cédé & transporté son droit de Privilege à
C.Blageart, Imprimeur-Libraire, pour en
joüir suivant l'accord faitentr'eux.
^tkeved'imprimer pour la ,re".;,r,Pif
Avispour placerles Figures. LA Figure qui représente une Montagne,
doir regarder la page 165.
La- -FI- ;ig'-u~re qui repré, s--e--n-tre"u1bn-.vHJe.r- cule,doitregarder la page 11$,.
1,-,],1RC,V~RE,
-G~ALA,l,
£EPTEMBRE i680.
Ï SECONDE PARTIE. ÈTJ\,f fPVIS quatre ans
que je prens le
soin de vous écrire
tout c1 qui de p,,ffe en France,
6c dans les autres Cours
de l'Europe, de plus digne
1 Sept.1680.2.P. A
d'estre sçeu, la Relation qafci
jem'engageay la derniere
fois de vous envoyer,n'est
encor que la quatrième qui
aiepu. remplir une Lettre
.endere. Peu de Sujets {onc
capables de fournirseuls à
un Ouvrage particulier. H
faut pour cela, non seulement
que la matière foit
grande, mais qu'elle soit
diversifiée d'un nombre infîny
de circonstancesqui demandent
du détail. Quand
toutesces choses se rencontrent
enmesme temps, fat,
toujoursconnu que le Pufclic
n'estoit pas moins fatis- it que vous, d'avoir en un
scorps,ce qui ne peut estre
qu'imparfait dans des morceaux
détachez. On néglige
des parties quiestans
trop divisées, sont, incapables
de former un tout.
ïCest l'enchaînemenr qu'elles
ont ensemble, qui leur
sonne leur principal agrément;
& si cette liaisonleur
manque, il est impossible
qu'elles paroissent tout ce
qu'elles sont. Le dernier
Voyage de Sa Majesté est
en,. de ces heureuses ôcgraudesmatieres,
quifournirent
& l'abondance des particularitez,
& des particularirez
dignesd'estre remarquées.
La surprenante application
de cet auguste Monarque
pour le bien de ses Etats,
vous y paroiftra tout d'une
veuë. Vous y connoistrez
combien ses nouveaux Sujets
ont d'amour pour luy,
par le ze le & les soumissions
qu'ils luy ont marquées, en
le recevant dans les Villes
de sa route; & enfin ce ne
fera pas sans étonnement,
que vous apprendrez corn-,.
bien de Fortifications il a
visitées, & à combien de
Reveuës il a voulu se trouver.-
Il ne l'a pû saire sans
de-très-grandes fatigues.
lAu[fi peut-on dire,comme c croy vous l'avoir écritailleurs,
que ce qui auroit esté
une promenade pour un autre
Prince, a cité pour luy
un travailcontinuel. Sa présence
a réjoüy les Peu ples,
ille a fait mettre les Troupesenbon
état, & avancer
les Fortifications des Places.
Comme les lumieres en toutes choses avoient aisément
persuadé qu'il en connoiftroit
juiques au moindre
defaut, on ne sçauroit
mettre en doute, que la venuë
en les faisant avancer,
n'ait fait prendre foin de
tout ce qui les pouvoit rendre
parfaites, soit pour la
bonté, soit pour larégularité
de l'Ouvrage. Ce ne
sont pas là les seuls effets?
que sa présence ait produits.
Par tout où a passé cegrand
Prince, il n'est point de
coeurs qu'il n'ait charmer.
Si les Habitans detoutes les
Villes où il s'est fait voir, ne
se font point lassez d'admirer
cet air de grandeur qui
antpire du rei pcél: &
-
de la
vénération pour sa Personne,
combiencroyez-vous
qu'ils se ion!: tenus heureux
del'avoir pour Maistre,
quand ils ont veu Tes bonnez
pour tout le monde,
& ses libéralitez répanduës
frvec profusion sur tous
reux ou qui en avoient besoin,
ou qui s'estoient rendquus'ildignes
des recompenses
leur accordoit? Comité
je ne dis que des veritez
que les effets ont junifiées"
vous allez voir dans le cours;
de cette Relation, ce que je
ne fais qu'ébaucher icy.
Ct!.oy que vous en ayez
déjà appris quelque chose
par ma Lettre de Juillet, je
suis obligé de le repéter, afin
qu'un ineime Recit vous
informe pleinement de tout
ce qui s'est paue depuis le
jour que le Royest party de
S. Germain, jusquesà celuy
qu'il elt arrivé à Versailles.
Un Voyage de la Cour, publié
quatre mois avant qu'on
euil" deû le faire, auroit surpris
autrefois, &on n'auroit
pu s'imaginer qu'on l'eust
commencé precisément au
jour marqué pour partir;
mais rien n'étonne tous le
RegnedeLouis. LE
GRAND, & les mesures
qu'il prend avec sa sagesse
&dans son Conseil, sont
touj ours si justes & si bien
exarninées, que mesme pour
les plus importantes entreprîses
on n'a jamais veu regarder
d'un seul moment
.l 'exécution de ses grands
desseins. Ny l'éloignement
des tem ps,ny la distance
des lieux, n'y font apporter
aucun changement. Ainsi
le Roy ayant fixé son départ
pour sonVoyage de Flandre
au 13. de Juillet, avant qu'il
fist celuy de Fontainebleau,
il n'y a pas lieu d'estre surpris,
s'il partit ce mesme
jour. La Rcyne, Monseigneur
le Dauphin, & Madame
la Dauphine, estoient
avec luy dans son Carrosse.
Il fut résolu que pendant sa
route on sejourneroit dans
tres-peu de Villes. Cela fut
cause que Sa Majesté considérant
que le Regiment
des Gardes ne pourroit suiyre
sans des fatigues extrabrdinaires,
Elle eut la bonté
de le faire demeurer à Paris,
& ordonna que les Mousquetaires
rempliroient les
fondions qu'il auroit faites.
C'est ce qui s'est déja pratique
en plusieurs autres rencontres.
D'ailleurs on alloit
dans un Païs, où le Roy
ayant de tres- belles Troupes,
presque toutes les Villes
qui estoient marquées pour
fan passage, s'en trouvoient
remplies. Sa Majesté ordonna
aussi que Mrle Duc
deNoailles, Premier Capitaine
des Gardes du Corps,
commanderoit les Troupes
de la Maison pendant le
Voyage. Il s'en est tresglorieusementacquité,
& a
tenu table avec sa magnificence
ordinaire.
Le jour que Leurs Majcftcz
partirent de S. Germain,
Elles allerent coucher
à Beaumont for Oyse, & y
furent jointes par Monsieur
& par Madame, qui estoient
partis ce mesme jour de
Paris. LeursAltesses Royales
avoient passé par Pierrefite,
ou elles avoient esté régalées
par Mrde Forcadel Secretaire
du Roy, Pere de
Mr de Forcadel Controlleur
General de la Maison
de Monsieur. Ce Prince
s'arresta une heure & demie
à Pierrchte, quoy qu'il
ne luy restast que le temps
qui luyestoit necessaire
pour aller coucher à Beaumont.
Il assura Mr de Forcadel
de sa bienveillance,
&honora Madame de Forcadel
la Mere de pareilles
marques de considération..
Elle répondit à cet honneur
avec beaucoup de soûmission
& de grâce, & son esprit
parut tellement dans les
termes respectueux quelle
employa pour marquer sa
joye, que LeursAltesses
Royales en furent tres-satisfaites.
La Collation fut
servie avec une magnifique
abondance de toute forte
de Fruits. On y remarqua
des Bassins de Pesches. Cet
toient les premieres qu'on
eust encor veues. La Musique
répondit à la beauté de
ce Régal; & tout cela joint
au bon ordre qui fust observé
en toutes choses, fit
juger avantageusement de
la Maistresse de laMaison.
AussiLeursAltesses Royales
voulant témoigner à MaJ.
nainede Forcadel combien
une si agreable Reception
les satisfaisoit, luy ordonnerent
de s'asseoir, & de manger
à leur table. Elles firent
le mehne honneur à Madame
de Forcadel sa Belle-
Fille. Cette derniere vous
est connue. Elle eftofc Fille
d'honneur de feuë Madame,
fous le nom de Mademoiselle
deChemeraut. Il n'est
pas besoin de vous dire plus,-
pour vous faire souvenir des
avantages de sa naissance 8c
de la personne. Toute la
Suite de Leurs Altesses
Royales fut servie en mesme
temps à d'autres Tables.
Les plus bas Officiers se sentirent
du Régal, les Muids
ayant esté défoncez dans
la Court, pour tous ceux qui
eurent envie de boire. Monsieur
& Madame, en arrivant
à Beaumont,nepûrent
s'empescher de parler au
Roy de cette profusion.
Le 14. Leurs Majestez
dînerent àTillart, & mane-
crent dans leur Carrosse.
S'est'unecoutume que le
Iloy a établie pour tous les
Voyages, afin d'épargner
lu temps qui luy est utile
iilleurs, & qu'il croiroitper-
Sre, s'il s'arrestoit dans des
Lieux où il n'a aucune afaire.
Il n'y a rien de mieux.
entendu que ces fortes de
Repas,servis ainsi en pleine:
Campagne. Les Carrosses
ont grands & commodes.
l:a Table le dresse au miieu,
& les Services se font
l'une maniere qu'onauroit
peine a s'en acquiteravec
plus d'ordre dans l'Apartement
le mieux disposé. Vous
observerez que dans ces
Voyages ce sont ordinairement
les Officiers de la
Reyne qui font le Dîné, &
ceux du Roy le Soupe. Il
est facile par là de bien fervir,
& tres-promptement,
lesOfficiers de chaque Maison
n'ayant tous les jours
qu'un Repas à apprester.
Je ne vous dis rien de ceux
du Roy. Vous sçavez de
quelle maniere ce Prince
est servy en touteschoses.
Pour ceux de la Reyne, Mr
le Villacerf, son Premier
Jylaiftre-d'Hortel, ordonne îibien,& ce qu'il ordonne
:si toujours executé avec
rant d'exactitude, qu'on ne
peut rien adjoûter à ce qu ii
regarde la bonté Ôc la
^atcfTe des Tables de la Mai-
:o.i de cette Princesse.
L Le soir de ce mesme jour,
rpuie la Cour arriva à Beauwais,
où Leurs Majestez furent
reçeuës par le Corps de
Ville.* & conduites au Palais
[Epifcopalqui avoit esté pré-
[paré. pour. leur Logement.
Le Roy
-
avoit declaré qu'il
ne vouloit point qu'on le
haranguast, ny qu'on tirait
le Canon dans aucune des
Villes où il passeroit. Cependant
comme ses nouveaux
Sujets avoient déja
fait de fort grands préparatifs
pour le recevoir lors
qu'ils apprirent cet ordre,
Sa Majesté n'a pû refuser
à leurs instantes prieres, la
permission de luyfaire voir
par tout ce qui peut marquer
la plusvive joye, combien
ils se tiennentglorieux
d'avoir pour Maistre le plJst
gran d de tous les Roys.
Punfi, Madame, vous ne
devez point estre surprise,
si contre les ordres que ce
Prince avoit donnez avant
son depart de S. Germain,
vous le voyez reçeu en beaucoup
de lieux avec l'appareil
des plus grandes Festes.
Leurs Majestez parurent
très-satisfaites de la Réception
que leur fit Mr l'Evelque
& Comte de Beauvais
, Pair de France. Le
mesmesoir, ce Prélat donna
un magnifique Soupé à la
plus grande partie de la
Cour,
Le 15. on alla dîner à un
Village appelle Oudeüil; & comme le Chasteau de
Grevecoeur est presque sur
cette route, Mrde Manevillete,
SecretairedesCommandemens
de Son Altesse
Royale, eut l'honneur d'y
donner à dîner à Messieurs
les Princesde Conty & de
la Roche-sur-Yon, & à plusieurs
Personnes des plus
qualifiées de la Cour qui fedétacherent
delaSuite de
Leurs Majefiez. Je vous ay
déja marqué ailleurs oue-cçy.
Château luy appartient. Le ..:
Régal fut magniifque. Mrle
Cardinal de Bonzy en eCroit,
avec Mrle Grand, Mr
le .Co.m-te-de Brionne,M'Id '---'- Prince deCommercy, M1r*S
,1 les Ducsde Villeroy3, de
Crequyfd£laJFeiïjHade?
deGesvres,M Col-be-rt de Croissy,Mrde ChaIl:eaun-e-t?t
Secretaire d'Etat, Mr le
MComteaduu Plessis, Mr de MrsCavois*'d^
Beuvron, ChastilLon, San^,
guin, & autres principaux
Officiers de la Maison de
Monsieur.
Leurs Majestez estantarrivées
à Poix, où Elles coucherent
( Poix est une Principauté
appartenante à Mr
le Duc de Créquy) leRoy
& MonseigneurleDauphin
monterent aussitost à cheval,
&allerent prendre le
divertissementde laChasse.
Si elle délasse au sortir du
Cabinet, parce que le corps
s'estantr longtemps - reposé,
a quelquefoisbesoin de plaisirs
meslezd'agitation, il cft.
certain qu'après la marche
d'une journée, qui est toujours
une espece de travail
pour ceux mesmes qui voyagent
c'
gent avec le plus de commodité
, elle ne peut estre
que tres-fatiguante, quand
on ne s'est point accoûtumé
aux grands exercices; mais
Sa Majesté s'en est toujours
fait une si forte habitude,
que ccft sans aucune peine
qu'Elle resisite aux plus vioaens.
On dîna le 16 à Calaminoy,
& on arriva le soir àAbbevillerMrle Duc de
Çharost, Lieutenant de Roy
de Picardie, reçeut Leurs
Majestez hors les Portes, à
la teste de la Noblesse des,
environs. Elle estoit trcil
leste
; & le foin qu'elle avoit
pris de se bien monter, répondant
à la propreté de
ion équipage, faisoit connoistre
son zele, & le plaisir
qu'elle ressentoitdevoir son
Prince. La Cour passa le 17.
à Abbeville; &le Roy accompagné
de Monseigneur
le Dauphin, alla encor fc
diivveerrttiirr à llaa Chasse, tandis
que la Reyne,Madame la
Dauphine, & Madame, visiterent
les principales Eglises,
suivant leur pieté ordi-
naire. -
Le 18. Leurs Majestez vinrentdîner
à Bernay, & arriverent
le soir à Montreüil.
Mrle Ducd'Elbeuf qui en
est Gouverneur, ainsi que
de laCitadelle, ne s'y estant
pû trouver, le mesmeMrde
Charost les reçeut en son
aWence à la Porte de la
Ville. Elles en partirent le 19.
fcc dînerent à Neufchastel,
où Mr le Duc d'Aumont,
Gouverneur du Boulenois,
s'estoit rendu pour les recevoir.
Il y vint suivy de toute
la Noblesse du Païs. Rien
tt'estoit plus magnifique.
Aussi tous ceuxqui composoient
cet illuitre Corps,
avoient-ils fait dépense à
lenvy-, afin de paroistre dans
une rencontre si êlorieufe
pour eux. De Neufchastel,
on vint coucher à Bologne;
& comme le Roy n'avoit
enveuë dans tout ce Voyage
que de travailler au bien de
l'Etat, il n'y fut pas si-tost
arrivé, que sans se donner
aucun repos, il en visita les
Fortifications, & y employa
le restedusoir.
Le 20.Samajesté apres
avoir dîné àWimille, monta
cheval, & alla vVoOiIrrlleePPoorrtt
R'A-i-iibleteufe,quicftà deux
ieues de Bologne.Elle estoit
Accompagnée de Monfcigneur
le Dauphin, & suivie
des principaux Seigneurs de
àCour. Mr leMarquis de
seignelay s'yestant trouvé,
futavecluy &: avec Mr de
combe,qu'Elle examina
tres-exactement la situation
de ce Port. Ce dernier avoit p- pu ordre de le visiter Que!-
que temps auparavant, auni
bien qu'un autre Lieu, nomné
le Port de Wissan, qu'on
trouve à deux lieuës de là.
Celuyd'Afil bleteuse a cela
d'avantageux, qu'il est le
seul dans la Manche, du
costé de France, d'oùles
Vaisseaux puissent faire voile
parunventduNord. Outre
que la Rade en est auflx
bonne que la Rade de Dun":
kerque, la Mer s'en éloigne
beaucoup moins. Il y a plus
de se cens toiles à dire. L'air
&les eaux yfontadmirables.
Le Roy se rendit en fuite au
Port de Wissan. On croit
que ce foit le lieu d'oùJules
César passa dans la Grand
Bretagne, ôc qu'il nomme
Ifcim Portus dans ses Comnetaires.
On y voit encor
le vieùx vestiges, qu'on appelle
Camp de Clfir. De ce
ort,il n'y a que cinq
ïeuës detrajet pour passer
.-n Angleterre. Apres que
Sa Majesté en eut consideré
la situation pendant
quelque temps, celle d'Amleteuse
luy parut beaucoup
pluscommode pour ses
defeins,
& ainsi Elle résolut de
donner ses ordres pour y
aire travailler. Dans le
temps qu'Elle avançoit le
long delaCoste, on entendit
tirer quantité de coups
vers le rivage. Quelques
Gardes du Corps & Mousquetaires
y estant courus,
apperçeurent une Barque
poursuivie par une Patache
Angloise. La Barque estoit
chargée de Laine d'Angleterre
, que le Capitaine de
la Patache vouloit enlever.
Toute la Cour arriva prcC
que aussitost sur le rivage,
où Monseigneur le Dauphin
parut des premiers. Ce Capitaine
ayant esté arresté,
fut conduit devant le Roy,
qu'on informa de la choie.
Sa Majesté demanda à Mrle
euc d'Aumont ce qu'il auroitfaitsiElle
n'eust pas esté
présente. Mr d'Aumontrépondit,
quesescostes estoient
des lieux de refugeinviolables
,
qu'on n'y pouvoit attaquer
personne impunément,
qu'iln'auroitpûsedispenserdepunir
de mort celuy qui
avoit eu la teméritéde violer
\ce droit de franchise; mais
que le Coupable ayant .en
d 'honneur deparoistre devant
¡Sa Majesté,c'estoit à elle à
prononcerson Arrest, Le Roy
par un effet de cette clemence
qui luyestsi natureUe,
pardonna au Capitaine,
& cet heureux Teméraire
fut obligé de la vie
au bonheur qu'il eut d'avoir
ce grand Monarque pour
Juge.
On suivitlaCoste, & Sa
Majesté s'estanttrouvée sur
les six heures du foir aupres
du nouveauFort de Nieulay,
en allavoir lesTravaux. Elle
fut tres-satisfaite de la beauté
de l'Ouvrage, & trouva la
situation du Lieu fort avantageuse,
non feulement pour
sa force, mais pour les utililiez
qu'on y peut tirer des
eaux dela Mer, & deseaux
douces.
Tandis que le Roy&
Monseigneur le Dauphin
visitoient ainsi la Coite à
cheval, 6c avançoient vers,
Calais, la Reyne avoit pris
le grand chemin, & y estoit
déjàarrivée avec Madame
la Dauphine & Leurs Altesses
Royales. Madame,
accompagnée de plusieurs
Personnes du premier rang,
allavoir le Port dés ce met
me jour, & toute cette illustre
Compagnie se promena
quelque temps dans
des Chaloupes à un quart
de lieuë de Mer.
« Le21. Sa Majesté, arrivée
à Calais le soir précèdent
monta à cheval, vit six Corn..:
pagnies SuissesduRegiment
dePhisfer, & sir connoistre
à leur Colonel combien Elle::
enestoit satisfaite. Ce Prince
alla visiter en fuite les Ouvrages
de la Place, qu'il admira,&
particulièrement lcî
Glacis qui regarde Gravelines.
Il est d'une tres-grande
beauté, &on ne peut rien
voir de plus propre. Apres;
avoir bien confideré, Sa
Majesté se rendit sur le Rampart,
& en fit le tour. Elle
trouva que rien ny manquoit;
apres quoy estant entrée
dans la Citadelle, Elle
témoigna vouloir qu'on y
travaillast si-tostquon auroit
finy les Ouvrages commencez
Le 22. Elle retourna au
Fort de Nieulay pour l'examiner
avec toute l'attention
que mérite un Poste de cette
importance. Elle s'en fit a pporter
le Plan; & comme les
Ouvrages de Calais luy avoient
paru fort beaux, Elle
voulut encor les voir ce jourlà.
Onluy servitlaColla,
tion sur l'extrémité du Glacis
qui a sa veuë sur la Mer. La
Reyne,Monseigneur leDauphin,
& Madame la Dauphine,
qui luy faisoient compagnie,
découvraient de là*
tres-distinctement les Chaceaux
de Douvres, & les Du- j
nes d'Angleterre. Ce leur
fut à tous un fort grand
plaisir de voir la Mer
quil
montoit, & qui dans k>n(
plein mouille les bords duli
Glacis. Sa Majesté fut tces:)
.adxfaice de tous ceux qui
orennent le foin des Fortifications,
& le fit paroitre
Mrde Moyenneville,Commis
à l'Intendance desTravaux,
& à Mdu Puis qui en
est Ingénieur. Elle ne le fut
oas moins de la vigilance de
MrdeS.Lo Major de laVille,
qui Elle augmenta sesAp.
ointemens. Il est Frere de
ce fameux Ingénieur, qui
pres avoir pris Aire, fut tué
n donnant ses soins pour le
ervice.
J'ayoublié de vous dire
lue la Reyne
,
à l'issuë de
son Dîner, s'estoit divertie
à voir dancer un Ballet de
guerre au son du Tambour,
par douze petits Garçons,
dontle plus âgénavoit pas
dix ans. Ils firent cent tours
de souplesse avec l'Epée,
dont ils se servirent si adroitement,
que la Reyne leur
fit connoitre la satisfaction
qu'elle avoit reçeuë, par une
somme d'argent qui leur fut
distribuée. Ils donnèrent en
fuite le mesmedivertissement
à Monseigneur leDauphin,
qui les fit venir dan-,
cer sur l'Estran,& qui,SL
exemple de la Reyne, leur
t sentir des effets de la liéralité.
Ce n'est pas d'auourd'huy
que ceux de Canis
se mestent de manier les
rmes. Leurs Peres s'en sont
ervis avec gloire pour la déence
de leur Patrie. Témoin
lustache de S. Pierre & ses
Compatriotes,dontPhilip-
,les de Valoisrécompensala
aleur. Ils en avoient donné.
l'éclatantes preuves contre
Edoüard Roy d'Angleterre,
qui vint assieger leur Ville
n 1346. Jean deVienne
Maréhal de France,& le
Seigneur d'Andreghan,Pc?
sonnagedes plusfameux de
son tempsy y commandoient,
fecondezd'une forte
Garnison Françoise, & de
l'inébranlablefermeté des
Habitans Ces fidélles &l
zelez Sujets se défendirend
avec tant de vigueur & dei
courage, & ce Siege qui'
dura un an ,
coûtatantde:
milliers d'Hommes aux Ennemis
, qu' Edoüard jura;
qu'il nefèroitjamaismaiftrcl
de Calais, qu'il ne iîftregorJ
ger la Ville de fang. Cert
Place fut enfin forcée de fe*
endre à discrétion apres une
ruelle famine, sur la fin
l'Aoust de l'année1347. ôc
ce Roy pour expier son Serment,
voulut qu'on luy Ii..¡
rastsix des principaux Citoyens.
Leur résolutionest
remarquable. Ils s'estoient
tous assemblez àla Maison
commune ,
où cet ordreayant
esté apporté, un d'entr'eux
prit aussitost la parole,
£c dit sans la moindre màr-,,,
qued'étónement,Qu'ayant
tantdefois exposésaviepour
son Païs, il tenoit àgloire de
'ïnepointfurvitre ksonm&l~
heur, offroitsa teste ati
triomphe d'Edoüard. En
mesme temps ils crierent
tous qu'ils vouloient mourir,
&il y eut dispute parmy
ce grand nombre à qui auroit
l'avantage d'estre choisy
pour Victime. On en nommasix,
on les lia,&onles
conduisoitau Suplice,quand
la Reyne, Féme d'Edouard,
les voulut voir & le les ne
amener ainsi garrorez. Ce
triste spéctacle luy tira des
larmes, & la compassion qu'
elle eut de leurinfortuneluy
fit demander leur grace au
oy avec de si instantes priees,
qu'il ne la put refuser. Il
accordatoute entiere, en
eur permettant de demeuer
à Calais, dans l'assurance
que ceux quis'estoient monrez
si fidelles pour leur
tarrie, ne trahiroicnt pas
eur Libérateur. Ils se retierent
la plûpart enFrance,
ù Philippes de Valois oronna
que toutes les Charles
quivaqueroient leur seient
distribuées selon leur
mérite. Edouard envoya en
sur place une Colonied'Anlois,
& laissa Calais heréditaire
à ses Successeurs, qui
l'ont possedé deux cens dix
ans, c'est à dire jusqu'au
moisde Janvier de l'année
1558. qu'il fut repris par la
sage conduite du Duc de
Guise fous le Regne de HenryII.
On peutencorvoirla
fidelité& le courage de ceux
de Calais, par la vigoureuse
& opiniâtre resistance qu'ils
firéten 1596. sous Henry IV.
Le Cardinal d'Austriche qui
les affica-eoit; ayant pris la
Ville dassaut, tous les Habitans
se retirerent dans la Ci..
tadelle, où en dépendant
la,
reche, ils preférerent une
[;lorieufe mort à la honte de
= rendre à l' EnnelllY; &
DUS ce glorieuxRegne,leurs
Jefcendans ont repoussé
Hnfulte des Espagnols en
3658. avec autant d'intrépi-
Aité que de valeur. Ce que
je viens de vous dire à la
vloire de ce Peuple, mérite,
oien une legere déscri ption,
Be la Ville. Elle est. bâtie en
rriangle, & tres-bien fortiaaée.
D'un code elle regarde Mer,&del'autreelle ;aMer,6c de l'autre elle eesstt.
environnée d'Etants & de
plaines. Neuf Bazsi tions la
défendent, outre la Citadelle,
qui est fort grande, &
entourée de Fossez profonds
& de Marais, qui sont tous
remplis de l'eau de la Mer
Toutes les comoditez qu'on
peut souhaiter dans une Plan
ce de guerre, sont dans cette
Citadelle. La Ville est des:
plus marchandes, c'est ce
qui la rend fort peuplée':
Tous ceux quiont veu son
Port, l'estiment égatement
pour sagrandeur & pour sa
beauté. Il est fort leur,8c'
separé en deux Bras pour re.
revoir les Vaisseaux qu'on y
.Volt.1
voit toujours en tres-grand
nombre. Ils sont défendus
oar un Fort nommé le Fort
de Risban, qui efl: à gauche
au Port.
Le Roy futtres-commodèment
logé à Calais, &
-ette Ville luy plût tellement,
que pour témoigner
combien il estoit content
au zele& d,s acclamations
les Habitans
,
il il dit que neluy survenoit point
l'affairés, il vouloit y venir
vousles deux ans. Pendant
les deux jours qu'on s'y arestay
MonfelcyneurIeDauphin
prit tous les matins le
divertissement de la Chasle
de l'Oyseau le long dela
Coste, y fitparoistre Ton
adresse accoútumée.
1
Avant que la Cour partiffi
deCalais,M le Marquis-dej
Dangeau s'embarqua pour
aller complimenter le Royj
d' Angleterre, suivant les
ordres qu'ilavoit reçeus de
Sa Majeste quelques jours
auparavant. Ces deux Sou
verainsse rendent ordinai
rement une semblablecivi
lité,quand le Roy vient dd
ce colté là sur la Frontierei
Mrle Marquis deDangeaua
sprit si délicat& si éclairé,
il est d'ailleurs si magnifique
en tout ce qu'il fait, que
îes Emplois de cette naiire
luy feront toûjours
res- dignement confiez.
|Le 2.3 Leurs Maj estez
stant parties de Calais,
llerent dîner à Ardres.
l'est une petite Ville assez
ïen fortifiée, qu'on trouve
moitié chemin de Calais S. Omer. Le Royen,
amina toutes les Fortications.
Elles luy paruent
eu fort bon état; &
&cefut un nouveau sujet
de gloire pour ceux que je
vous ay déjà nommez, puis
qu'ils avoient pris foin de
celles-cy, aussibien que de
celles de Calais. Sa Majeste
apres avoir fait reveuëd'un
Bataillon de Picardie qui
cit dans Ardres
, monta en
Carrosse pour le rendre à
S. Orner. Elle n'y devoit
aller selon la rote qu'Elle
avoit restée,qu'a son retour
de Dunkerque; mais Elle
ch?.nçea de dessein
,
non
seulement parce qu'Elle
vouloir voir sortir du Po-Q
le cette derniere Ville un
ibrt grand Vaisseau qu'on
'.voit amené de Brest par rà ordre
,
& que pour cela
1falloir attendre le temps
Je la plus haute Marée;
fais parce qu'ayant-résolu
aller àIpres, la grande
£hauflcequ'on fit il y a
I:eux ans en rend le chemin
beaucoup plus beau,en y
liant de Dunkerque, que
i Cour ne l'eust trouvé, si
[Jle s y fust renduë au sorir
de S. Omer. Elle arriva
jonc le lOIr à cette derniere
iille,ôc aussitost le Roy
montant à cheval, allafaire
la reveuë de la Garnison,
Il la trouva dans la Place
rangée en bataille. Il me
seroit bien difficile de vous
bienrepresenter la joye qu
firentparoistrelesHabitans
Ils n'avoient rien oublie
pour marquer leur zele
leurnouveau Maistre. Tou
tes les Portes estoient tapi
fées de trois Lez de Drap
de
diférentes couleurs; &non
seulement ils avoient ~sem
de Fleurs le pavé des Ruës
mais ils les en avoient ~cou
vertes par le haut, en dress
~ntdes cordes qui traver-
~oient d'un costé à l'autre.
~insi on ne découvroit que
~leurs par tout, soit que l'on
laussastles yeux sur les corles
qui en estoient pleines,
~Dit qu'on les baissast sur le
~avé. Ce jour & les deux sui-
~ians, furent comme autant
~ejoursd'une Feste solem-
~elle. On chanta le Te
~eum,après quoy on commença
lesréjoüissances. ElÎS
furent continuées dans
~bute la Ville par des lu-
~nieres qu'on mit aux fenê-
~res, par des feuxqu'on alluma,
par des cris redoublez
de Vivele Roy,~qu
durerent toute la nuit
,
&
par des Tables que l'on
dressa devant la plupart des
Portes des Habitant
On passa deux jours à
S. Orier• & si lesDames
prirent ce temps pour se
donner un peu de repos, le
Roy toujours vigilant, &
toujours infatigable
,
s'en
servit pour satisfaire à de
nouveaux soins qui luy coûterent
de nouvelles peines.
Apres avoiremployé le 14/
entier à voir attentivement.
- Travaux de cette Place,
alla dîner le 25. à Aire,
accompagné de Monseigneur
le Dauphin,&suivy
les plus considérables Seigneurs
de la Cour. Sa Maeste
y futreçeuë comme
Elle l'avoit esté à S. Omer,
jUoy qu'Elle n'y fust venuë
que pour en voir la Garni-
~on& lesFortifications. Elle
~es visita, fit reveuë des
Troupes qui gardoient la
Place, & se rendit au Fort
~6. François,qui en est à la
portée du Canon,avec M le
Marquis de
---
Louvois. Elle
examina les Ouvrages commencez,
& donna ordre
qu'on les achevait .,.. Il sembloit apres ces diférentes
fatigues
, que ce
Grand Prince ne deuil plus
songer qu'a aller prendre du
reposàS. Omer, dontil
estoit éloigné de plus de trois
lieuës. Cependant il avoit
encor à faire la reveuë de
cinq mille Hommes, qui
l'attendoient, campez à demy
lieuë d'Aire. MrleChevalier
deSourdis les commandoit.
Ces Troupes efl
toient rangées en bataille
[ur une mesme ligne, ôc
composées des Regimens
rie Konismarck, deVivans,
deVilleroy
,
de Quincy,
de Lumbres
,
& de Rose.
Le Roy.Iës examinaCompagnie
par Compagnie, leur fit faire divers
mouvemens. Le bon état
de ces Troupes, qui estoient
aussilestes que bien
montées,& qui formoient
environ vingt Escadrons,
plûtfort à SaMajesté. Elle
les fit avancer jusques à trois
quarts de lieuës de S. Omer,
où la Reyne
,
Madame la
,.
Dauphine, & la plus grande
partie des Dames de la Cour,
qui venoientau devant du
Roy & de Monseigneur le
Dauphin, eurent le plaisir
de les voir. Le Régiment
de Konismarckattiroit la
curiosité par plusieurs Compagnies
de Polaques, vêtus
& armez en Croates Il
eftoittemps que Sa Majesté
se reposait, puis qu'outre
tout ce que je vous ay marque
qu'Elle avoit fait le matin,
Elle avoit esté huit heures
à cheval l'apres-dînée.
On rentra dans S. Omer.
commeje vous fis un fort
MTg détail de cette Place,
~rs qu'elle fut prise il y a
~ois ans, je vous en diray
~aujourd'huy fort peude cho-
~e. Cen'estoit d'abord qu'un
~petit Chasteau, & dans la
~uite des temps elle a esté
~rigée en Ville. Elle est la
~conde dû Comtéd'Artois,
~tuée sur laRiviere d'Ha,&
taÍft: à preCene pour une des
plus fortesPlaces de toute
Europe. Les Edifice en
~sont beaux,&les Rueslon-
~gues,larges& propres.Je
fr'py vous avoir déja marqué
qu'elle a pris son nom de
S. Omer
,
Evesque de Teroüanne,&
natif de Cont
tance en Allemagne. -',.
Leurs Majestez estant
parties le 26. allerent dîner
à Monquebour. Ce fut sur
cette route que Mr le Duc
de Montausier reçeut à la
jambe un coup de pied d'un
Cheval monté par MademoisellePoitiers
, Fille
d'Honneur de Madame. Il
fut pansé par Mr Lartet.
Chirurgien du Roy, qui le
trouva pour lors en quartier
aupres de Monseigneur le
Dauphin. La blessure de
Mr de Montausier, quoy
qu'allez considérable, auroit
pû estre guerie en peu
de jours,si ceDuc eust voulu
pren dre le repos qui luy étoit
necessaire;mais l'impatiente
ardeur de son zele ne luy
permit pas d'y consentir,
Ainsi lesremedes n'ont
servy qu'avec le temps. Il ne
luy reste plus presentement
qu'un peu de foiblesse. Gravelines
estant à demy lieuë
de Monquebour, le Roy y
alla,en visita les Fortifications,
& fit la reveuë de la
Garnison. Cette Place auffîi
forte que réguliere,estune
des Clefs deFlandres
Charles-Quint en a fait bâtir
la Citadelle. Sa Majeste
se rendit de là à Dunkerque.
&y entra sur les 8. heures dtï
soir,ainsi quetoute
Monseigneur le Dauphin
estoit à cheval. |
Avantque de vous parle,
de la reception qui luy su
faite par les Habitans de
certe Place, il faut vous dire
que Mr le Marquis
deSeigo'rre.
eh~iYye.ysetfo!:oiitc aarrrriivvéé ddéessildet
IJ. & avoit donné tous sess
[oins depuis ce temps a reglerquantité
de choses pour
la reception du Roy, sur le
superbe Vaisseau qu'on luy
devoit faire voir, & qui étoit
comandé parMleChevalier
de Lery. (Il n'avoit pas laissé
de se rendre le 20.à Ambleteuse.)
CeVaisseau arriva
le 13. à la Rade de Dunkerque,
& aussitostqu'il y fllt;,
Mr de Seignelay fit tout mettre l'Armement aumesme
état qu'il devoit paroistre
devant le Roy ,&fitfaire
l'exercice auxSoldats ôtaus
Matelots.Ils s'en acquiterent
avec tant d'adresse, qUfl
Mrle Mareschald'Estrade.
quiestoit présent, leur don
na mille louanges. Quano
de semblables Miniltres:
prennent eux-mesmes ces
sortes de soins, il est impossible
que les choses man",
quent de succés.
Mr le Comte d'Oxford,
Chevalier de l'Ordre de la
Jartiere, & Mr le Colonel
Churchill, Envoyez Extraordinaires
du Roy d'Angleterre,
&deMrle Ducs
d'Yorck
, pour complimenterleRoy,
attendoient Sa
Majesté à Dunkeque
,
&:
r estoient arrivez le 25. avec
Vir SavillEnvoyé Extraordinaire
enFrance.Ils avoient
quatre Jack des mieux meublez
,
& des plus magnifiques
d'Angleterre; mais
ayant veu la beauté du Vaisseau
commandé par Mr le
Chevalier de__Ler^, & la
brillante somptuosité de ses
meubles ,ils s'excuserent
d'entrer dans le Port.
Leurs Majestez furent
reçeuës à la Porte par les
Magistrats, qui avoient Mr
le Maréchald'Estrades à
leurteste. Vous sçavez, Madame,
qu'il est Gouverneur
de Dunkerque. Ce Maréchal
les conduisit entre une
double haye d'Infanterie,au
Logement qui leur avoit
(fié préparé dans l'Hostel
de Ville. Tous les autres
Gouverneurs ont esté les recevoir
à la teste de la Cavalerie
de leur Garnison, une
lieuë au dela de leurs Places
mais M le Maréchal JEC
trades eut ordre particulier
de ne point passer les Porces.-
Sidans tous les Lieux que
se Roy a honorez de sa présence,
les Peuples onttémo-
igné de la joye de voir
leur auguste Souverain, les
Habitans de Dunkerque
ont eu
plus de sujet que les
Autres d'en faire paroistre.
Des raisons d'Etat les ayant.
fait tomber fousla domination
d'un Prince d'une Religion
contraire à la leur, Sa
Majesté ne les y laissa pas
longtemps. Son zele pour
les avantagesde leglise, &.
son amitié pour ce Peuple,
l'engagerent presqueaussitoitàoffrir
jusqu'à cincLmitlions
pour racheter cette
Place, ôc par là elle fut remise
en la puissance. Ainsi
l'on peut dire qu'elle luy
doit estre prétieuse, puis
qu'il la conquise deux fois,
& qu'après l'avoir soûmise
par la force de ses armes, il
s'en est rendu le maistre tout
de nouveau, en ouvrant les
Trésors de son Epargne.
CetteVille, celebre aujourd'huy
par son Commerce,
par l'abord des Etrangers,
& par la valeur & le trafic
de ses Habitans, fut bastie
par le Comte Baudoüin vers
le temps de Charlemagne.
Le Marquis deSpinola luy
a fait ouvrir la Mer par une
espece de Digue, qquuii ss'eétteenn--
dant fort avant dans l'eau,
défend les Vaisseaux contre
les injures de l'air, & contre
les attaques des Ennemis.
Les François y ont fait achever
une Citadelle que les
Anglois avoient commencée.
Tout le monde sçait
qu'elle a esté prise deux fois
sur les Espagnols. La premiere
fut en 1646. par Monsieur
le Prince, qui estoit
alors Duc d'Enguyen; la
seconde en 1658. par seu Ivl,"
le Maréchal de Turenne- & parce que les-Angloiissqui
l'avoient assiegée par mer,,
nous aiderentà la - prendres
avec quelquesautres Places,
elle demeura sous leur puissance
jusqu'en Janvier 1661.
que le Roy la racheta. On
peut juger par le peu des
temps que Sa Majesté l'a
laissée entre leurs mains, des
la bonté qu'Elle a pour les
Peuples qui ont esté une fois
sous sa domination.
Le Roy estant arrivéà
l'Hostel deVille, oùje vous
ay.!-,)
y dit qu'on l'avoit conduit,
ne desçenditdeCarrosse que
pour monterà Cheval. Il
estoit déjà huit heures. Cependant
les jours estant
longs, à cause de la belle
Saison, il voulut voir lesFortifications
de la Place. C'estoit
une assez grande fatigue
pour ce Prince, qui avoit
déjà visité celles de Gravelines
cette mesmeapresdînée.
Sa Majesté s'estantmise
à table après les nouvelles
peines qu'illuy avoit plu de
se donner, Mr le Chevalier
- si' deLhery se présenta devant
Elle. Le Roy l'eut à peines
veu, qu'illuy dit avec cet]
air agreable qui luy gagne:
tous les coeurs; àrionjieun
le Chervalier, vous stre'{ la
premier Capitaine de mon
Royaume, qui m'atlrc'{ saia
qlloirunVaileau armé;
ce fera demain quej'irayà
vostre Bord. Sa Majesté luy,
parla encor plusieurs sois
pendant son Soupe, & toutes
la Cour luy fit mille hôn-î
nPestetrezià ln'exemcpleede c.es
Sonneuil, Introducteur des
Ambassadeurs, ayant cité
prendre Mrle Comte d'Oxord
& MrleColonel Churchill
dans les Carrosses de
Leurs Majestez, les mena
,
l'Audience. Ils l'eurent du
Roy, de la Reyne, de Monei&
gneur le Dauphin, de i Madame la Dauphine, de
Monsieur, &de Madame.
l' Mrle Duc de Villa-Hernosa,
Gouverneur des PaïsasEspagnols,
ne pût voir
la Majesté si proche des
Villes qui appartiennentau
Roy son Maistre, sans luy
envoyer faire compliment;.
Il choisit pour cela Mr le
Marquis de Warnies, Gou-
"— r—" 1 verneur de Courtray, quiij
eut audience deSaMajeste
apres Mr le Comte dOx~
ford, ôc luy présenta unes
Lettre de la part de Mr les
Duc de Villa-Hermosa.
Le IneÍlnejour,le Roy
monta sur le Vaisseauques
je vous ay dit avoir elles
amené de Brest. Il se nomme
l'Entreprenant, ôc ellf
commandé par Mr le Che~î
valier de Lhery. Laconstruaion
en est tres-belle. Di.::
~écries Figures en fontl'or-
~nemenr, avec des Festons &
les Feüillages. Son Avant
& son Arriere sont remplis
d' Ouvrages de Sculpture
bronzez & relevez en or sur
un fond verd. Les Armes
duRoy sontaudessus de la
Poupe. Elle soutient trois
Fanaux qui sont dorez ainsi
que ces Armes, & tout le
reste des ornemens. Il y a
au dessous une Galerie saillante.
Elle est fermée d'une
Balustrade, & sert de passage
à la principale des quatre
Chambres de ce Vaisseau.
C'estcelle du Roy. Ofl
n'yvoit par tout que de
1?01
& de la peinture. Souscette
Chambre est celle où
roit
mange. Elle est toute remplie
de Rateliersd'Armes
garnis de Mousquets,Mo
quetons, Fusils, Pistolets,
Haches & Sabres, tout cela
en tres-grand nombre. Il y
en aunetroisiémeencore
au dessous. Elle est appellée
la Sainte Barbe,&sert comme
de Magazin aux Canonniers
pour y enfèrmer tout
ce qui appartient au Canon.
On n'y trouve rien qui ne
oit peint & fleurdelisé. La
quatriéme de ces Chambres
est à costé de celle du Roy.
1 fautvous dire dansquelle
nagnificence de Meubles
~eVaisseau parut. Ilyavoit
ingt- deux Sieges- plians,
& deuxFauteüils, dans la
chambre du Pvoy
,
le tout
l'une Brocatelle de Venise
fond blanc, nuée de tout
~ouleurs, outredeux
Portie
~es dela mesme Etose. Tout
Meuble estoit garny de
rangesd'or, & les Bois des
ieges & des Fauteüils esoient
dorez & scul ptez. Il
y avoit dans la Inehllej
Chambre un grand Miroir
à bordure de glace, avec des
ornemens de vermeil, <3d
une Table de marqueterie,
soûtenuë de quatre Figuresj
&deFestons,dorezainsî
que les Guéridons, avec le
Portrait du Roy accache
comme le Miroir avec de
gros Festons deRuban couleur
de feu & argent. La
Chambre qui est ç> a costé de
celle-cy , estoittapissée de
Damas blanc, à bandes ôc
bordures de Moüere d'or.
Il y avoit unLit de la mesne
Etose, garny par tout
de Crêpines ôc de Franges
d'or,aussi-bien que les Fau-
~:cüils, Tabourets & Portieres.
La Bordure du Miroir
estoit de glace, &: ornée de
Chifres de vermeil doré.
Un Bureau de pieces de raport
accompagnoit ce que
~e viens de marquer, & c'estoit
par tout un si grand
éclat, qu'il seroit fort malaisé
de rien voirde plus magnifique,
de mieux entendu,
& de plus brillant. La
Balustrade qui ferme la Galerie,
estoit couverte d'un
richeTapis pour s'appuyer.
Le Vaisseau est monte de
cinquante-six Pieces de Canon,
aupres de chacun desquels
estoient d'un' costé
son Refouloir, Tireboure &
Escouvillon, & de l'autre, le
Porte-gargousse & le Boutefeu.
Voicy ce qui compofoit
l'Equipage. LaCompagnie
de MrleChevalier de
Lhery,formée de centHommes,
tous Gens bien faits&
choisis, ayant chacun environ
cinq pieds huit pouces
de hauteur, & faisant admirablement
bien l'Exercice;
~tn Capitaine en second, qui
est M* de Paliere,quatre
ieutenans5 sçavoir, Mr de
Courcelles, M' de Rouvroy,
A£ le ChevalierdeVillars,
& Mrle Baron des Adrets;
rois Enseignes, qui sont
MrDesgleraux, Mrde Beaueu
, & Mrle Chevalier de
Sault; seize Gardes de Ma-
~ine; soixante & huit ofIi.
ciers Mariniers,¢ quare-
vingts deux Matelots.
Quantité de Banderoles
blanches ornoient le Vaisseau.
Toutl'Equipage parut
dans une magnificence. qui
ne se peut concevoir.
Le fond des Juste-à--corps
des Capitaines, Lieutenans,
& Enseignes, estoit bleu;
maisquant à l'or & l'argent
dont on les voyoit couverts,
à peine y en avoit-il deux,,
d'une mesmeforte, les Ga-
Ions d'or & d'argent des uns
n'estant pas moins diférens.
que la Broderie des autres.
Le reste de leur ajustement
estoit d'un fort grand éclat.
Sila Noblesse Françoise,
sans le secours mesme d'aucun
ornement, a toujours
un certain air qui marque
les avantages que luy donne
la naissance, jugez combien
elle doit paroistre quad
elle cherche à se distinguer,
qu'elle a dessein de plaire
au plus grand Prince du
Monde. Le Roy qui devoit
donner à toute sa Cour le
plaisir de voir un Vaisseau
armé, n'avoit point douté
que les principaux Officiers
qui seroient dessus, ne se
missent en état d'estre remarquez
par la dépense qu'
ils auroient faire; mais com- au.1-o ent f~il-Le. mais conime
il vouloit que toutrépondift
à ce qu'il attendoit
d'eux, afin que la satisfaction
des Dames en fust plus entiere.
Il avoit fait habiller à
ses dépens les Gardes-Ma:
rines, les Officiers Mariniers,
lesSoldats & Matelots.
Ainsi jamais on nevit
rien de si leste sur aucun
Vaisseau.
Les Juste-à-corps des seize
Gardes de la Marine, & des
quatreSergens, estoient d'E..
carlate, avec deux galons
d'or parderriere, & un sur
chaque couture. Les Paremens
des Manches, & la
veste,estoient de Velours
~erd,letour orné d'un galon
l)or de mesme que la Cuote,
qui estoit aussi d'Ecarate.
Ils avoient des Bas de
couleur de feu, des Baudriers
de Buffle garnis d'un
doublegalon d'or, des Echarpes
de Taffetas blanc,
cordées de Frange ainsi que
es Gans; des Sabres do-
'ez) des Chapeaux noirs 6c
les Plumes blanches, des
Cravates en maniere de Ra-
::>ar, renoüées d'un Ruban
verd &rouge,&desNoeuds
d'épaule & d'Epée de meCme,
avec une Crépine d'or
au bout.
Les principaux Officiers
Mariniers,, qui sont deux Pilotes,
le Maistre, le Contre-
Malftre, le Maistre Charpentier,
deux Maistres Canonniers,&
leCapitaine des;
Matelots, diféroient des;
Gardes-Marines & des Ser-.
gens, en ce que l'Etofe de:
leurs Juste-à-corps estoit
bleuë, leurGalon d'un autres
dessein, & méfié cd'a>rgent, leur Sabre argenté, & leurs;
Rubans de Ponceau.
Les Habits desMatelots;
qui devoient monter aux
^/oiles; estoient fort omnodes.
C'estoit un demy
usse-à-corps, ayant les
manches ferrées & boutonnées
sur le poignet. Il estoit
l'Ecarlate
, avec un Galon
or & argent sur chaque couure.
La mesme chose sur
outesles coutures de leurs
Bonnets, dont le bout retomboit
avec une houpe or
&argent. Ilsestoientrouges
ainsi que leurs Bà. mais le
evers enétoitdeSatin noir,
Lvec un Galon or & argent
t>
autour du bord. Ils avoient
des Chauffes bleues,avec un
Galon aussi or & argent sur
les côtez, une Echarbe blanche
garnie d'une Frange
d'or, des Escarpins blancs,
ouverts par les cotez, & des
Cravates de Tafetas noir,
avec une Frange d'or.
Les Matelots destinez à
demeurer sur le Gaillard, 8c:
tous les Chefs deFile,avoient:
des Juste-à-corps de la grandeur
ordinaire, garnis sur le:
devant, sur les manches, le:
long des poches & parderriere
,
de gros Boutons &
Boutonnières à queuë or ôc:
argent, ainsi qu'on enmets
sur les Casaques qu'on ap--
~lle Brandebourg. Leurs
pilotesestoientbleuës avec
deux Galons sur les costez;
eurs Bas, rouges; leurs Souiers,
bronzez; leurs Cravacs)
noires à pointes renoüées
de moletd'or & d'argent,&:
autour du col, sans
ubans. Ils avoient encor
chacun une Echarpe blanche
garnie de franges par
es bouts, ôc de molet tout
autour,& un Bonnet rouge à
5 c?
a Polonoife, doublé deVeours
vert par le devant, avec
les Boutons & des Bouton,
nieres comme ceux des
Juste-à-corps, un Galon or
& argentsurles coutures,
& une Houpe aussi or & argent
sur le bout.
Tous les autres Matelots
avoient un Bonnet semblable
à ceux-cy ,
à la réserve
qu'il n'y avoit qu'un petit
Galon or &argent par tout
surles coucures. Ilsavoientaussi
des Cravates,& des
Echarpes pareilles à celles
que je viens de vous décrire;
un petit Jupon rouge tombant
un peu au dessous de la
poche, garny sur lescouleures
d'un Galon or & argent
large d'un grand doigt;
une Culote bleue,avec un
Galon sur les costez, des
Bas rouges,& des Souliers
blancs & fort plats.
Les Soldats qui composent
la Compagnie de Mrle
Chevalier de Lhery, avoient
tous des Juste-à-corpstirant
sur la couleur de musc, avec
un Galon d'or sur chaque
couture. Le revers de leurs
Manches estoit orné d'un
pareil Galon, ainsi que leurs
Chausses & leurs Vestes- la
Vesteestoit de Drap verd,
& les Chausses rouges. On
ne peut rien voir de plus
beau, ny de plus riche qu'estoient
leurs Bonnets. On
lesavoir faits à la Polonoise,
d'un Etofe rouge doublée
de Veloursverd avecunGalon
d'or sur les coutures.
Une Houpe d'or faisoit retomberla
pointe de ces
Bonnets,
au devant desquelson
voyoit un Soleil d'or. Leurs
Cravatesestoient de Tafetas,
noir, garnies d'une frange
d'or, & renoüées d'un Ruban
verd ôc couleur de feu,*.,
avec des noeuds d'épaule des
xnefines couleurs ayant unE"r
frange d'or au bout. Ils,
avoient des Echarpes blanches
frangées d' or, des
Baudriers de BuRe, des Sabres
dorez & garnis d'un
noeud de Ruban couleur de
feu & verd, des Souliers
bronzez, & des Bandolieres
de Cuir de Roussy, frangées
aussi d'or, ainsi que les
Gans. Les Chifres du Roy
estoient sur ces Bandolieres
avec des Couronnes en broderie
d'or.
Les Tambours avoient
des Juste-à-corps tout couverts
de Galon dor, des
Bonnets d'Ecarlate d'une sa
çon extraordinaire, garnis
du mesme Galon, & des
Caisses magnifiques donc
les Cordons estoient de soye,
bleuë, meslez de fils d'or.
Il me reste à vous apprend
dre ladisposition de toutl'Equipage.
Les Gardes de la,..
Marine estoient sur la Dunete,
mis en bataillon; ez:
deux Files de Matelots rangez
sur les aîles depuis les
Cabanes jusques au Fronteau,
avoient à leur teste ME,
le Baron desAdrets. Cha^-
cun tenoit àlamain une.pe~n
cite
ite Pertuisane toute dorée,
le au milieu de leurs Forts
tftoient les Armes du Roy.
I Onvoyoit sur le Gaillard
dix-huit Matelots par bandes,
avec chacun une Perrnifane
comme celle des
Gardes-Marines. Les deux
premiers Pilotes estoient aupleres
du Mats d'Artimon, &
Maistre sur le milieu du
Gaillard.
> Sur les Liffcs d'entre les
deux Chasteaux, estoit une
file de Matelots avec des
Habits moins riches, ayant
à leur teste Mr les C.heVL
liers deBeauicu & de Saux.
Les Chefs de File avoient
tous des Brandebourgs, ôc:
estoient armez de Pertui- fanes.
Quatre autres Files
occupoient
le Chasteau d'Avant
deux d'un collé,& autant dé
l'aurre.Chaque Matelot
estoitarméd'uneHallebarde,
ayant seulement une
moicie de son fer dore'e?
MrsdeCourcelles&Defgle-i
reauxestoient aHrrrrteste..: Ilyavoit quatre Omciem
Mlaerinsiersa-auîmlilieeu &s(u.ifc
Une autre File de Matelots
estoit à droit& à gauche,
~c quatre petites aux deux
entrées du Corps-de- garde.
Ils avoient aussi des Hallebardes:
1 mais aucun Officier
n'estoit à leurteste parce .,)il:r qu'on n'est presque point
en veuë en ce lieu-là.
? On avoit rangé les Soldats
en Bataillon entre les
Jdtux Chasteaux, avec M18
•dcJ&ouvrov 3c de Villars à
leur teste. Quatre Sergens
estoient aussi à la teste & à
la queue, maisils se tenaient
r[ur les aîles. Les deux Maîtres
Canonniersestoient à
laSainte Barbe.
Toutes choses ayant esté
ainsipréparées pour la reception
duRoy sur l'Entreprenant,
( ce Vaisseauestdu
port de milleTonneaux, )
Sa Majesté s'embarqua sur
une Galiote toute dorée devant
& arriere, for un fond
bleu. Elle estoitornée par
tout de divers ouvrages de
Sculpture, & couverte d'un
Tendelet de Velours rouge:
cramoisy à Fleurs d'argent,,
garny de Crépines à franges
or & argent. Les Matelas,,
Rideaux&Coussins,estoient
de la mesme Etofe. Elle avoit
en Poupe & au haut de son
grand Mast, desPavillons
.de Damas blanc, & au 111i.
lieu de ces Pavillons, les Ar-
•mes de Sa Majesté en broderie
d'or. Tous les endroits
qui devoient estre garnis de
Cordages, l'estoient de Cordons
de soye cramoisy 6c on
Il y avoit dans la Galiote
rvingt Rameurs vestus de
Juste-à-corps d'Ecarlate,
garnis de Boutons appellez
Brandebourg, or& argent,
& fort relevez,& ayantdes
Chauffes bleuës, garnies de
la mesme forte. Leurs Bonnets
estoient rouges, avec
une houpe & un galon d'or
sur les coutures. Des Brandebourgs
pareils aux premiers,
ornoient le revers de
ces Bonnets quiestoient de
Velours verd. Ils avoient de
lafrangeor&argentàleurs
Cravates. MrPanetiertenait
le GouvernaildelaGaliote,
&MJulien Enseigne estoit
sur la Prouë pourobliger les
Rameurs à observer l'ordre.
Cette Galiote estoit suivie
de plusieurs Chaloupes peines
ÊE couvertes de Tendects-
de Damas de diférentes
couleurs; le tout garny de
crêpinesfrange
:J'
& molcc
or ôc argent, accompagnez
de Rideaux & de Couffins
de mesme parure. Tous les
Seigneurs de la Cour estoient
dans ces petits Bastimens.
Si-tost qu)o., vit avancer
sa Majêsté,Mrle Chevalier
de Lhery fit commandement
à tous les Matelots du
Vaisseau de poser les armes àterre,&demonter enhaut
sur les Vergues & dans les
hauts bouts. Chacun obeït
avec une diligence merveilleuse.
Jugez
au
brillant effet
que pouvoir produire la magnificence
de tout l'Equipage,
jointe aux riches ornemens
dont je vous ay fait
la description. Le Roy en
flle tres-content, & trouva,
en arrivant au Vaisseau, un
Escalier fort commode,dont*
les Balustres estoient de fer,
peint de bleu, avec des filets,
d'or. Mr de Paliere l'attendoit
au
basdecetEscalier.
Mr deCourcelles, Mr de
Rouvray, Mr le Chevalier
de Villars, Mrle Baron des
[frclrëts, MrDesgleraux,Mr
llêliêaujeu.,&M"le ChevalierdeSaulx,
estoient tous '---l'- - - en hayelelong de la Balustrade.
Mr le Chevalier de
Lhery reçeut leRoy au haut
1Jumefme Escalier. Il estoit
accompagné de Monseigneur
leDauphin, de Monsieur,
de Son Altesse Sere"'-
nissime, de Meilleurs les
Princes de Conty & de la
Roche-sur-Yon, & de plusieurs
Seigneurs de sa Cour.
.-
Ce Prince ayant ordonné
d'abord à Mr le Chevalier
deLhery defaire descendre
les Matelots, ils se remirent
dans leurs Portes avec beaucoup
d'ordre, & un silencë
qu'on n'avait pu jusqu'à présent
faire garder aux Gens
de Marine.
-
»
Sa Majesté dcfcendit en
suite dans la Chambre des
Armes, qu'elle trouva en
tres-bon état. Elles efïoient
rangées d'une maniéré extraordinaire,
& qui Iuy,.plQt-
fort. Elle descendit encor
dans la Baterie baffe, qui
estoitextrémement propre/
& dans le melme état que
le Vaisseau eust dû compatre;
apres quoy Elle visita
tout le Vaisseau jusques
la Sonde aux Poudres, &
au Fond de cale,faisant
l'honneur à Mr le Chevalier
de LhclX de luy donner
quelquefois la main pour se
soûtenir, & luy demandant
le détail de toutes choses.
La Chambre du Roy, ôc
celle de Mrle Chevalier de
Lhery, parurent si propres,
qu'il n'y eut personne qui
n'en fust surpris.SaMajesté
mesme en trouva les Meubles
si somptueux, qu'Elle
crûtqu'on les avoit achetez
iTes dépens.
Le Roy estant remonté
sur la Dunete du Vaisseau,
voulut voir faire l'Exercice
des Voiles aux Matelots. IIsi
s'enacquiterent avec beaucoup
d'ordre, &ce fut queIJ
que chose de surprenantque
leur silence. A cet Exercice
succeda celuy des Armes.
qui fut fait par les Soldats.
La justesse avec laquelle ils
executerent tout ce qui estoit
de leur employ, les fit
admirer. Apres cela, Mr le
Chevalier deLhery fitde"-
endrel'Abordage par les
soldats & par les Matelots;
comme ce Chevalier s'essoit
mis à la teste l'Epée à la
main, & qu'il alloit de costé
& d'autre avec beaucoup
d'action, le Roy dit à Monseigneur
le Dauphin. Voje%
wons le Chevalier comme il
agit? Il s'est trouve dans une
pareille occaftoll, mais ce riestoit
pas un jeu; il len tira
fortglorieusement. Sa Maljcfié
commanda en fuite
qu'on fifi: l'Exercice du Canon,
qui la satisfit beaucoup
; & apres avoir demeuré
deux heures & demie
dans le Vaisseau, Elle en fortit
en loüant Mrle Chevalier
de Lhery, & témoignant
estre fort contente du silence,
du bon ordre, de la diligence
des Maneuvres, ôc Oy de la disciplinedesSoldats,
mais sur tout de ses services,
dont Elle luy fit sçavoir qu~~
Elle se fouviendroit, en prenant
foin de son avancement
& de sa fortune.
Le mesme jour, sur les
trois heures apres midy, la
Reyne vint voir ce magnifiqueVaisseau,
accompa-(
gnée de Madame la Dauphine,
de Madame, de Mademoiselle
d'Orleans, & de
la plus grande partie des
Dames de la Cour. On avoit
fait faire un Pont qui alloit
de terre jusques au Vaisseau,
afin qu'elle y montast plus
commodement. Les mesmes
Exercices qui avoient
esté faits devant le Roy, furent
recômencez pour cette
Princesse. SaMajestéyprit
beaucoup de plaisir, & n'en
eut pas moins à voir les Apartemens
de ce grand &
superbe Bastiment. La richesse
ôc la propreté des
Meubles, plûrent fortà toutes
les Dames de la Cour.
Auflï donnerent-elles beau-,
coup de loüanges à Mr le
Chevalier de Lhery, fiir ce
qu'il s'entendoit en toutes
choses. La Reyne se fit apporter
la Collation dans le
Vaisseau, où Elle demeura
pres de trois heures. Mrle
Chevalier deLhery fîtservir
aux Dames quantité deGlaces
; & pendant que la Cour
a sejourné à Dunkerque, il
a donné plusieursmagnifiquesCollations.
Il en donna
me le 28. à Monsieur le
Prince de Conty, à Mefclanes
lesDuchesses deClic,
preuse & de Beauvilliers, à
Mrle DucdeChevreuse, à
Mr l'Ambassadeur de Suede,
à Mrle MarquisdeMaulevrier,
à M" deS. Géran ôc
de Thury
,
& une autre le
lendemain à Mesdames les
Duchesses de Cru(Toi &de
la Ferté, à Madame dela
MÕille) àMesdames de
Seignelay&deMaintenon.
.1
L'apresdînée du irnefàio
jour que le Roy eustesté sur
ce Vaisseau, il fit le tour des
Remparts de DunkerqueJ
&visita les Fortifications par
dehors, aussi bien que,le;
Risban,qui est une eipece
de petit Fort que l'on fait
faire au bord de la Mer. Sa.
Majesté donna les ordres:
particulièrement pour faire'
mettre le Port en bon étad
Il y a déja quelque temps]
que pour le rendre meilleur,
on commença deux Jettées,
que l'on faiten droite ligne
au travers du Banc jusques à
la Rade. Ellessont éloignées
l'une de l'autre d'environ^
J
quarante toises, & fort avancées
présentement, quoy
qu'elles en ayent près de
mi1le de longueur. Pour
donner une entiere [cûrcté
à cette Rade, on doit construireunRisban
au bout des
Jettées, & un autre dans la
Mer vers la pointe occidentale
d'un Banc fait en croissant,
& qui ayantses pointes
tournées vers la terre, semble
n'avoir estéainsi disposë
que pour défendre la Rade.
Il y a plus de cent Pieces de
Canon rangées sur le. bord.
duPorc. Ce Port se vuitle:
entierement dans la basse
Mer, & alors on ouvre les
Ecluses dont l'eau le nettoye
aussi-bien que le Canal.
Dans les hautes marées de
la pleine & nouvelle Lune,
la Mer croist dans le Port de
plus de dix-huit pieds. Le
Canal qui va du Port à la
Rade, a un de lieue, *&
il est accompagné presque
dans toutesa longueur d'une
Jettée de bois garnie depierres.
On a fait un Risban au
bout du Canal, dans la Mer,
entriangle sphérique, dont
un coite regarde le Canal,
l'autre la pleine Mer, &le
troisième le Banc du Château.
Le28. ayant cité destiné
pourfaire laReveuë decinq
Bataillons François, & de
deux Bataillons Suisses, qui
font en garnison dans I9.
Ville & dans la Citadelle,
le Roy les vist à son ordinaire
c'est à dire avec
une application qui luy fait
aussitost connoistre le fort
& le foible de tout ce qu'il
voit. Il visita en fuite la Citadelle
,
& fit lâcher les Ecluses.
Si l'on examine tout ce
queSaMajestéafaitàDun
kerque,dansle peu de temps
qu'Elle y a passé, on aurapeine
à comprendre coirU
ment Elle a pu suffireàtant
de fatigues. Joignez à tout
ce que je vous ay déjà dit,
qu'Elle ne laissoit pas d'estre
tous lesjours au Conseilpendant
plusieurs heures.
retLoeur2n9a.sauprrès midy, leRoy leVaisseaul'Entreprenant,
& y fit faire toutes
les Maneuvres dont il est
possible de se servir. Mr le
Chevalier de Lhery le reçeut
avec son Equipage, comme
s'il eust esté en Mer. La
moitié faisoit le quart, qui
:est la Garde, & cette Garde
fut relevée devant ce Prince,
par l'autre moitié de
*
l'Equipage.
Ensuite Sa Majestéordonna
à Mrle Chevalier de
Lhery, de mettre son Vaisseau
dans l'état où il doit
estre quand il y a occasion
de combatre. Cela fut fait
aussitost.On fit agir le Canon
en confusion, comme
s'il eust tiré dans un Combat.
LeRoy, & toute la Cour, y
prirent beaucoup de plaisir.
Apres cela,l'Abordage fut;
défendu aussi en confusion!
par les Soldats, & les Matei.
lotsquiavoientplusieursArmes
diférentes,les uns des
Sabres,des Haches d'armes;
& des Pertuifannes; & les
autres, des Hallebardes, des
Epées, des Epontons, des
Mousquetons, &desPistolets.
Cet Exercice finy, le
Roy voulut voir manger
l'Equipage,&ne sortit du
Vaisseau qu'aprèsy avoir demeuré
plus detrois heures.
Il entra de là dans sa Galiote,
accompagnéde MonseigneurleDauphin
,deSon
AlteÍfe
~ltesseSeremmme, de Meseurs
les Princes de Conty
& de la Roche-sur-Yon, &
le Mrs les Ducs de la Rochejoucaut,
& de Duras, pour
[nervoir leCombat de deux
frégates qui se tenoient
prestes à luy donner ce plai- sir. L'une,appellée l'Adroit,
iftoit commandée par Mr
netiey, Capitaine deVaisfani,
& montée de trentesix
pieces de Canon. Mr Albert)
Capitaine deFrégate
legere) commandoit l'autre
quiestoitmontée de trente.
Onla nomme la Serpentez
Sa-.MljCfté fit l'honneur à
Mrle Chevalier deLhery de
L: faire entrer dans sa Ga^
liote, afin d'y tenir le Goupveargnnaéiel.
LaReyne, accompiime
de Madame la Dau- jdeMadame,deMademoiselle
d'Orleans, & de
Mefdanies de Montespan,
deCréquy,deRichelieu,
dcot'ilcdela Ferté& de
MiKinteiion suivitdans une
autreque"ia peinture & l'oq
rendoient magnifique.Elle
cftoit couverted'un TeniJ
let de Damas ronge-cranoisy,
garnyde Crêpine,
leFrange, & de Moletd'or,
- i y avec..le, mesme ornement
ux Matelas, Rideaux&
Coussins. Mr de Selingue,
capitaine de Frégate légere,
~ut le soin du Gouvernail.
Toutlereste de la Cour en-
~ra dans d'autres Chaloupes,
pareillement peinte s & dosées.,
& couvertesde Tendelets
deDamas dediféren-
»et couleurs, avec Rideaux
SeCAoussins•gaIrnis aussi de Crêpine, de Frange,& de
Mcflet d'or.
Toutes ces Chaloupes s'eCtant
arreftées à l'entrée di*
Port, le signalfut donné.
pour le Combat, & aussitost
la Frégate l'Adroit leva l'An..,
cre. Toutes lesdeux firent
diverses Maneuvres pour
se disputer le vent. L'Adroit
envoya sa bordée à la
Serpente. La Serpente prit
sontemps pour envoyer la
sienne à l'Adroit. Elles venoient
quelquefois jusqu'à
la portée du Pistolet, s'éloi-:
gnoientensuite, regagnoit
lleevveennttl'lu'unneesÚutrr tl''aauuctrree~, 3&c
firent durer ainsi le Combat
pendantplus d'une heure,
*
avecune entiere satisfaction
le toute la Cour.
l' Pendant le séjour que le
Roy fit à Dunkerque, comme
la Cavalerie de sa Mau
son est tres-nombreuse
,
les
Gardes du Corps, les Gensdarmes,
Chevaux
-
Legers,
Mousquetaires, & Grenadiers,
camperent aux environs
de 1la Vtiille,sous Tl:e com.-'1
mandement de Mr le Duc
deNoailles. Sa Majesté
avant sondépart, marqua
plus particulièrement à Mr
le Chevalier deLhery combien
Elle estoit contente de
la beauté du Vaisseau,& de
l'Equipage, du bon ordre
qu'Elle avoit vû observeren
touteschoses, &sur tout de
l'intelligence de ceux qui
estoient dedans, par des gratificationsdignes
d'Elle.
Elle donna
12000 1. à ce Chevalier.
2000 1. au Capitaine en
second.
1000 1. à chacun des quatre
Lieutenans.
600 l. à chacun des Enseignes.
300 l. au Maistre du Navire.
f ioo 1. à chaque Garde de
Marine.
t 4000 1. au Soldats & Ma-
[elots.
[ &: 100 1. à l'Aumônier,
r Monseigneur le Dauphin
tfîr ressentir aussi des effets de
ia. libéralité à tout l'Equipage,
Il ne faut pas oublier
à vous apprendre celle de
M' le Prince de Conty. Le
jour que ce Prince alla voir
l'Entreprenant,un Matelot
failant l'exercice de la Maneuvre,
tomba d'aucz haut
sur une Piece de Canon, &c
de là dans l'eau. Il fut tiré
de la Mer dangereusement
blessé de sa chute. Mrle
Prince de Conty l'ayant appris,
layUonnadouzeLouis,' le
bt porter dans une Maison)
ot, il voulut qu'on prist
foin de luy,&envoya ordre
en mesme temps pour faire
payer tous Ijs jours la dépense
que feroitce Malheureux.
Je ne doute point, Madame
, que vous ne vous
souveniez de tout ce que je
vous ay dit de ce jeune
Prince, dans la Relation
particulière que je vous ay
envoyée de son Mariage.
Vousvoyez quil soûtient
en toutes choies son ca.f
ractere de bonté & de genérosité,
& que cestoit avec
connoissance&avec justice,
que dés sa plus tendre enfance,
la Cour le regardoit
avec admiration, & en avoit :conçeu de si hautes espérances.
Le 30. les Envoyez Extraordinaires
d'Angleterre,
après avoir esté régalez par SaMajesté, & par plusieurs
Personnes de marque, eurent
leur Audience de congé,
& reçeurent chacun le
Portrait du Roy dans une
Boëte enrichie deDiamans.
Ce mesme jour te. Roy
partit de Dunkerque, apres
avoir donné quarante mille
livres aux Magistrats,à cause
qu'ils ont beaucoup contribué
aux Armemens de Mer.
On avança le long du Can.
l, & en suite on trouva un
beau chemin qui conduit à
Ipres, & quiest fermé de
d.:ux grands Fossez, sans aucuneroutedetraverse.
La
Reyne alla tout droit à Responde,
où il tirait arresté
qu'on dîneroit. Le Roy qui
estoit à cheval,ainsi que
Monseigneur le Dauphin;
voulut voirleFort-Louis &
le Fort-François;entre Dunkerque
& Bergue S.Vinox.
Ils sont tous deux quarrez;
avec des Ravelins, & environnez
-
de Marais. Le premier
est revestu
, -
& l'autre
palissadé. Sa Majesté vint
de là à Bergue, où ayantesté
reçeuë hors les Portes par
Mr de Casaux qui en est le
Gouverneur, Elle fit reveuë
de la Garnison rangée en
bataille dans la Place d'Armes)
&visita les Ouvrages
de la Ville. Tout cela se fit
avant que dese rendre à
Responde, où toute laCour
se rejoignit.
Leurs Majestez arriverent àIpres sur les cinq heures
du foir. MrleMaréchal de
Humieres Gouverneur General
deFlandre, & Mrle
Marquis de la Trousse, les y
reçeurent. Ce dernier est
Gouverneur de la Place. Les
Clefs furent presentées au
Roy, qui après avoirelle
harangué par lesMagistrats,
se rendit à la Maison de-MI:
le Marquis delaTrousse, où
saMajestédevoitloger, &
qu'Elle trouva magnifiquement
parée. Comme Elle
n'estoitjamais venuë à Ipres,
lajoye que les Habitans eurent
de lavoir, fut sigrande,
qu'il m 'eil: impossible de
vous la representer. Il n'y a
aucun de mes Mémoires
qui ne porte que cet auguste
Monarque n'y a pas
esté reçeu comme un Homme,
mais comme quelque
chose de plus.Toutes les
Ruës qui devoient servir à
son passage, estoienttapis-
[êcs de plusieurs Lez de
Drap bleu & blanc, que
l'on avoit toutcouverts de
Fleurs de Lys aussi bleuës
& blanches, les bleues sur
le Drap blanc, & les blanches
sur le bleu. On avoit
non feulement semé le pavé
de toute forte de Fleurs
mais le haut des Ruës en
estoitencor remply de la
mesme forte que je l'ay marqué
en parlant de S.Omer.
On en voyoit diférens Fcfetons
en l'air, qui joints à la *
verdure, produisoient un
tres agreable effet,aussi- 1
bien que les feuillagesqui
ouvroient les murailles des
Maisons, depuis le haut JUCques
sur le Drap, qui te-
~loit lieu deTapisserie. On
voyoit aussi de dix en dix pas,
les Couronnes de Fleurs
oûtenues en l'air. Dans
~rois de ces Ruës ily avoit
un Arc de Triomphe,
avec des Trophées d'armes
& des Inscriptions Latines
à la gloire de Sa Majdlé.
Depuis la Porte par où l'on
entra jusques au Logisqui
luyavoit esté preparé, deux
doubles hayes de Soldats,
yeftus d'une maniere qu'on -
auroit pû dire magnifique,
occupoient les deux cofiez;J
& quatre milleHommes qui
font en garnison dans la
Ville, estoient en barailfd
sur la Place d'Armes. Quoy
que les Troupes du Roy
soient toûjours fort lestes,
la beauté de leurs Habits ne
laissa pas de surprendre. Le,
foir toutes les Fenestres se
trouverent remplies de lumieres,
& l'on alluma un
dgerasnd nombre de Pyramide
Lanternes qui avoiét
esté dressées en divers lieuîfy
de la Ville. Quatre Soleils
le vingt pieds de diametre,
~arurent en feu sur la Tour
de la Cathédrale. Il y avoit
~utre cela dans toutes les
Places &dans la plûpart des.
Rues, des Feux en pyramilds,
presque aufli hauts que
es Maisons les plus élevées;
le sorte que de quelque
~osté que l'on se tournast,
on nevoyoit que lumières
ic que feu. Les Roys de
Franceestoient peints de
lur hauteur dans toutes les.
Fene stres de l'Hostel de
Ville,ce dcIcaquuifsaeisoit un tres- del'illumination
; & sur la Porte du
mesmeHostel paroissoitune
grande Figure du Roy couronnée
par la Victoire, avec
cette Inscription, Luiovico
XIV.Sen.itus Yprenfis
Regisuopsuit. Le Soupé:
du Royfutmagnifique. Il y
eut en suiteMusique & Co-'
mmééddieie. .LLeessDDaammeseds 'Idp'Ipreress''
s empresserent pour entrer,
& virent souper Leurs Majestez,
qui allerent le lendemain
31. à Nostre-Dame.
C'est: une des plus belles
Eglises de Flandre. Le- Te,
Deum y fut foleninellemteiit3
chanté. Le Rov &Monseigneur
le Dauphin employerent
le reste de cette journée
à visiter la Place, ôc à faire
la reveuë de la Garnison; &
la Reyne&Madame laDauphine,
à voir les autres Egliùsy
& la plûpart des Cunvents.
Elles acheverent par
les Jesuites, où le Roy lé
trouva avec un tres-grand
nobre de Seigneurs. Toute
la Jeunesse de laVille estoit
en armes pour donner à
MonseigneurleDauphin
un Divertissement qu'elle
luy avoirpréparé.Elle avoir
déjà paru à rentrée de Leurs
Majestez, divisée en six
Compagnies, représentant
diférentes Nations. Le plus
vieux de cette Troupe n'avoir
pas douze ans, &celuy
qui lacommmdoit enavoit
à peine quatorze. Ils estoient
tous habillez tres - proprement,
& firent l'Exercice
anssi bien & avec autant de
justesse que le meilleur Regimentl'auroit
pu faire On
prit ce plaisir pendant deux
heures. Il y eut encor le soir
de fort grands Diversisser.
ens au Soupé;& pendant
sèjour que Sa Màjesté a
lit à Ipres, ce n'a ellejour
nuit que réjùüissance.
pilslc estoit si générale, que
Religieusesappellées Bearresoientdans
les
tous les Officiers du
Roy pour les faire boire;
)n ne doit point s'étonner
le l'amour de ce Peuple
jour lés François. Ila être
ortlongtemps tous leur donimation
avant que Louis
LE GRAND eust pris cette
place sur la fin de la derniere
guerre;& comme ses Habiuns,
s'en estoient tres-bien
trouvez, ainsi que de leur
Gouverneur, pourlequel ils
avoient une atlcétion particuliere,
ils ont toûjours conserve
les mesmes sentimens
pour la«France,
Ipres est une Vicomte
dont le Domaine s'érend
fort loin. Il y a peu de Villes
aussi riches&aussi marchan,
des dans tout le Païs. Le
Comte Baudouin, Fils du
Comte Arnould, en fut le
Fondateur en960. Elle est
bien bastie, environnée de
Marais, & toute remplie de
fortbeaux Canaux. Janfeflus
en a elle Evesque, 6c est enterré dans l'Eglise
le S. Martin.-Le Roy fait
ortisier la Place sur les Despins
de rvfde Vauban, ôc
j'estce fameux Ingénieur
lni en a le foin. Cette Ville
esté prise deux fois par les
françois. Modeur le Prince
commandoitau premier Sie..
re, & le Rey a commandé
u sécond
-
en propre peronne.
Le Gouverneur qui
ut l'avantage de soûtenirle
lernier, s'acquita si bien de
on devoir,qu'ilmérita les
oiianges de SaMajeslé, qui
s'estant trouvée à plusieurs
Sieges, avoiia qu'Elle avoit
veu peu de Places qui se fuifent
mieux défendliés&que-,, le Canon y avoit esté tresbien
servy.
Le premier d'Aoust toute
la Cour partit d'Ipres,& vint
dîner à Gelevve pour le ren,
dre à Lile. Quelques-uns.
passerent par Warneton,
d'autres par Menin. Le Roy
& Monseigneur leDauphin
citant à cheval, prirent la,
derniere route, & visiterent,
les dehors de cette Place.,
MenineA sur;la Lys. Mr dçi
- Vauban
Fauban le fait sortisier.
Quoy que les Habitans de
jleeuuencdéjaeu l'honsur
de voir plusieurs fois
a Majesté,ils ne laisserent
pas de la recevoir avec autint
de zele & de préparatifs,
que s'ils n'eussent point en-
:or jouy de cet avantage.
ses Magistrats la complinenterent
en arrivant, & la
Garnison estoit rangée depuis
la Porte par laquelle enrerent
Leurs Majestez, jusques
à l'Hostel de Ville, ou.
eur Logement avoit esté
préparé. Je nevousparleray
point desRuës tendues,&
jonchées de Fleurs. Il ne
s'est rien fait à cet égard
dans S.Ormer&dans Ipres,
qui n'ait esté fait avec les
mesmesdémonstrations de
joye dans toutes les Villes
de Flandre que le Roy a visitées.
Je vous diray seuler
ment, pour ce qui regarde
Lile, qu'il y avoit trois
ReJfl
gimens en bataille sur l'Esplanade
de la Citadelle, celuy
de Monseigneurle Dauphin,
celuy desFuzeliers, .&l
celuy deMagalotti.
MonlePl
gncur le Dauphin devança
leRoy,visitacesRegimens,
te se mit à la teste du ficit,
DU, la demy-Pique àlamain,
il faliiaSaMajesté avec une
grace singuliere
,
& un air
coût martial. Elle trouva
chacun de ces Regimens
en fort bon état, & sit la
reveuë de tous les trois. Il
n'y avoit rien de plus magnisique
que le Regiment
Dauphin, qui est composé
de Gens,tous choisis êe trèsbien
faits. Je ne vous repéteray
point ce que je vous
en ay déja dit en d'autres
occasions, &mecontenteray
de vous parler aujourd'huy
de celuy desFuzeliers:
du Roy, dont je ne vous ay
point encorentretenuë.
Plusieurs Bataillons composentceRegiment.
Il yen.
a deux qui sont des Batailllons
de campagne, & occupez
aux Fortifications de
Longvy; deux autres en
garniion à Lile, & un à
Dunkerque. Il est corn-,
mande par M' le Duc du
LudeGrand-Maistre de FAr--
tillerie,& porMrdeBarville
Lieutenant Colonel, Ôc fut:
créé pour estre aupres du
Dation
y
& pour le garder.
Cependant il ne laisse pas
l'avoirson ranLg,c,omme lesautreRegimens - , dans les
JCCàiîons les plus périlleues,
& d'estretoujourscampé
à latelle de l'Armée, pariculierement
aux Sieges.
C'est un des plus beaux Re.:.
gimens que le Roy aità préent.
Les Capitaines sont
habillez d'un Drap d'Angleterregris-
brun & tresàn,
doublé d'une Motiere
bleueavec un Galon d'or
large de quatre doigts sur
le revers des Manches. Les
Chausses sont d'untrès-beau
couleur defeu,ainsi que les
Bas, & garnies de Galons
d'or à chaquecosté. Ils ont.
leur Baudrier tout couvert,
d'une maniere de Broderie;
d'or filé, des Boutons d'or,
des Gans frangez aussidor3
& des Chapeaux de Castor
gris-blanc, avec une Plume
couleur de fèli.L'a)uflement
des Lieutenans aproche fort
de celuy des Capiraines. Les
Sergens sont aussi fort propres.,
& les Soldats ne le
font pas moins. Ils ont des
Habits. d'un bon Drap gris>t
doublé de bleu,des Chauffes
& des Bas rouges, des Cha-
5
peaux bordez, &: des Baudriers
& des Bandolieres de
Sussie, avec des Rubans
rouleur de feu. Tous les Soldats
de ce Reçiment sont
armcz d'une Epée, d'un
Fuzil, & d'une Bayonnette.
1 n'y a que le seul Régiment
lu Roy qui ait trois Batailonsencampagne.
Tous les
utres n'en ont qu'un, &
eluy des Fuzeliers en a
!eux;
Le 2. du mois, si. tost que
a Majesté eut dîné, Elle
visita les Fortifications de la
Ville. La Reyne, Madame
la Dauphine, &Madame,,
accompagnées d'un grand
nombre de Dames des plus
qualifiées de la Cour, alle-,
rent faire Collation dans le
Jardin de la Contrescarpe.
Elles y furent magnifique-]
mentrégalées par Madame
la Maréchale deJzLumiergsJ
qui leur donna le divertissement
de deux Concerts, ôc
apres la Collation, celuy
d'unCombat que des Bateliers
firent sur l'eau. Cette
auguste Compagnie y prie:
in fort grand plaisir, & sorit
de làtres- iadsraice.
- Le soir de ce mesme jour
on tira un tres-beau Feu
d'artifice, dont la guerre des
Geans faisoit le (ujec. Je
croirois ne vous apprendre
qu'imparrfatement les cho-
(es) si avant que de venir à
cette dcièriprion, je ne vous
faisois pas voir un Discours
que les Magistrats adresserent
là-dessus au Roy. En
voicy les termes.
sIRE,
-
LaPaix,queVotreMajeHé
a donnée à toute ïEuX
vopey estlefruitd'une guerre
glorieuse, @} une marque
éclatante desa hontcodantfer
Ennemis iiéémes- ont eu ïa^
vantage de profiter. C'est le
comble de la gloire, ou Dieu,.
quia toujours beny les Armes
de vostre Majesté a voulu
qu'Ellemontast pour faire
voiràtoute la Terre L o ii is-
LE GRAND dans une élévationyquifera
lesujet de l'ad--
iration de tous les siecles.
la Flandre est témoin de la,
multitude
,
wJ de la rapidité
le vos Conquestes,qui paistrontincroyablesa
14 Pohrité.
Bileaveulepremier
le tous le* Rois à la teste de
2s Armees,comptant autant
le Triomphes,qu'on luy a "veu
faire âEntreprifcs. Enfinil
sèmbloit qu'il ne manquajt
rJlus.,rien asagloire, qu'une
generositésansexemple dans
le plus auguste des Conquérans.
Elle a paru, SIRE,
cette generosité, lors que
vo,w, "e2, donné la Baix
a,toute£Europesacrifiantdex
«victoires afjlirées au reposmesme
devos Ennemis. La.
Ville de Lile, qui est la plus
redevable à Vostre Majesté,
jouît heureusementdes avantages
dune Paixfiglorieufe.,
Elle a attendu,SIRE, tucca-
Jîon defuire éclatersa reconnoissance,
& de vous donner
desmdlrques dç la grandeur
desajoye. On a travailléavec
plaisirpourtrouver quelque
chosè3 qui eufl du rapport
avec les AEtions heroïques de
Vostre Majesté, &qui luyfifl
sonnoifire les transports de
joye qua,ce Peuple, voyant
tant d'Ennemisliguez, estre
redevables de la Paix, & de
leur conservation a f'{/ojlft
genérosité. Dans ce dejjein9
noué avons choisi plus aBis, e le plus éclatant de tous
les Blemens, qui est le Feu;
(ëjr pour donner une idée legere
de rvofire gloire, nous
nous flmmes servois de l'artifice
prodigieux de cet Element,
afin de reprêsenterun
sujetguerrier3 heroïque)
qui, comme nous ejperonsy
ne dcfigîéera pas à Vostre
JWdjeftc. Cisi la Gigantama,
cble., ou la Guerre des Geansi
que les Voetes
Appellentle\q
Enfans de la Terre. Et de
.q;raJ) pour peu qu'onfassi
réflexionsur la guerre derniere,
on trouveraque cei sujet, qui est l'un des pluli
illustres dela Fabley renfermé
l'idée des Actions heroïques
de Loüis LE GRAND,&de\
la confusîon de tant de-nne-g
misliguezinutilement contre
Luy. Les Poësisdisent que
ces Geans se latjfmt séduire
par une présomption tétnetaire,
& comptant trop sur
la grandeur de leur raiDe,
de leurs forces prodiguars,
s'allierent ensemble, &
ntreprirent de renverser le
rône de Jupiter, Ce Dieu,
ans en prendre aucune alarle,
le mit en état defaire
woûer àf&s Ennemis, que
outes les forces de laTerre
Soient incapables de ïébranlers
& comme ilssobjiinoient
meuglement dans leur enreprise,
surdefausses ~5 de
irompeufes espérences,ilfouiroya
le Mont Olympe, que
(ès Ennemis awount élerté
pour l'attâquer. Il anéantit
ce grand Ouvrùge; il deJit,
tous les Ouvriers
y
& fit connoifire
par là, que toutes les
puiJJances de li Terre, négaloïent
ny la grandeur deJbn
courage, ny laforce deson
bras.
- C'est aussi ce que tOUtel
l'Europe a admiré en cettet
derniere guerre dans la Per-^
sonnede LouisLE GRAND.
Osty, grand Roy? VofireMa\
jefié a <vu lespins illustres, (t;li
les plus puiffinJPrinces li-,
gUfz.contre Elle. Ellea tu
les forcesredoutables de ces^
Alliez.y qui préxtendaientmettreobifucle
au rapide cours dt
nos Conquestes
y- f.5 Elle a regardé
cette multitude d'En-
\emii quialaymoientvos bons
Sujets
,
comme des Gens qui
penoient releter l'éclat de
vos Actions guerrieres, g)
recevoir devostre main Royale
une Paix, qu'ils auroient
inutilement essayé d'obtenir
par L'effort des armes. En
effet,SIRE,VostreMajestédéconcerta
tous ces Liguez par
sasageconduite,donnant Ellemesme
ordre à toutes choses.
Elle les défit dans les Batailles.
ElleforçalesPlacesles
mieuxfortifiées,& les plus
imprenablesde l'Europe. euJ
aneantit tous leurs desseins.
EUe flûl11it leurs flJolonte,
auxsiennes
; ~4~f couronner
sa gloire par un prodige
debunté,file surmontajupiter
, puis quétoussant,
pourainsidire ,dans son Ame
le desir de la gloire qui luy
est si naturel, £Ile. mit ellemesme
des bornes à ses Conquestes.
Nous ne disons rien
dont toute l'Europen'aitesté
témoin. Ellea vû la genérosité
de LOÜIS LE GRAND,
qui, tout couvert de gloire, a
donnéla Paixàses Ennemis,
e.tpréreré.le bien publicà
sesinterests, dans un temps
où la Victoiresembloit estre
fixée k- fulz service. C'est ce
qui a surpris toute la Terre,
(gr qui rendant le nom de
VostreMajesté immortel,luy
donne avecjustice le titre du
plus grand (gf du plus genereux
de tous les Roys. C'est
aussi ce que nous ¡recunnoijJuns
avectoute la vénération que
nous devons à V. £MajeBe>
espérant qu'Elle nous sera la
grace d'agréernosrespect,&
de croire que nous sommes f5
que nous serons toujours avec
toute la la JoumiJJion poï
J'ble,
SIRE,
De Vostre Majefiéy*
Lestrcs-hnmblcsjtres-obcïflansji!
tres-fidellesSujets & Serviteurs]^
.LeJ7f.,e'ry.'!rt) Mayeur, Ec!,e~yin,j
oJ>nffeitl,l£l•e>'dIfueitTLfomimUes .de si
Vous pouvez juger palce
Discours de l'amour des
Habitans de Lile pour la*
Roy, & vous allez en conj
noistre les effers par la dé
pense du Feu dot on y parle.
Je vous en envoye le Dessein
gravé,&afin que vous la
compreniez avec moins de
peine,j'y adjoûtel'Explication.
Ce Feu estoit d'une inventiontoute
singuliere; &
comme il changea de Décoration,
onauroit raison de
L'appeller un Feu par Machines.
Ainsi. il peut estre
divisé en deux Spéctacles.
Le premier représentoit la
Gigantomachie,oula guerre
des Geans.
Une Montagne de dix
~foifes de tour, & soûtenuë
ur un Piédestal, s'élevoir
unmilieude la grande Place.
Plusieurs Geans paroissoient
sur cette Monragne, &faisoient
connoistre par le foi
qu'ilsprenoient àyentasser
pierre sur pierre, qu'ils aJ
voient desseind'usurper
l'Empire de Jupiter,& qu'il
travailloient à bastir un Lieu
quileurfacilitastle rrioyer
de l'escalader. Ils sembloient
tous s'animer l'un l'autre au
Combat, <5c n'avoir devant
les yeux que la Violoire.,
Voila quelle fut la
pre
miere des deux Machines
qui à trois, toises de distance
estoit illuminée tout autour
par quatre Nymphes pro-
~ortionnéesà k grandeur..
les• Nymphes, représenant
les quatre Parties de
Europe qui ont esté le
Théâtre de la Guerre, esoientla
France, FEipagney
l'Empire, & laSuede; &
omme la France estle premier
principe & la source
e tous les biens qui nous
jennent de la Paix, une
~usée partit du costé où eturSa
Majesté, & laissa par
chemin une grosse queuë,
ui ne se sépara point que
Fuséen'eust communiqué
son feu à la matiere que la
Nymphe qui servoit de si
gure à la France, portoit
dans une Couronne de Châ
teaux qu'on luy voyoit sur la
reste. Le bruit des Boëtes
& des Pétardsse fitaussitost
entendre; & ce qu'il y eut
d'admirable, c'est qu'ils con
tresirent la Marche Fran
çoiseassez distinctement,
pour la faire rcconnoistre
de tout le monde. La France
estant entièrement éclairée
répadit une infinité de reux
qui en se communiquant à
la Nymphe la plus voisine
qui
qui, représentoit l'Espagne,
raisoient remarquer la promotitude
auec laquelle cette
Nation a donné la main à
a France, afin d'attirer rAIlemagne
& laSuede parson
exemple. En fuite cette féconde
Nymphe fit part des
feux qu'elle avoit reçeus à la
troisieme, & cette troisiéme
à la derniere; de forte que
toutes les quatre parurent
en un moment comme autant
de sources de lumières.
: Ce fut à la faveur de tant
de clartez qu'on découvrit
le commencement de la
Gigantomachie, 3c le vray;
Portrait de cette fameuse
Guerre. On eust dit que les
Geans, environnez tout-àcoup
d'éclairs, & surpris des
épouvantables coups de
Tonnerre, qui firent trembler
toutes les Montagnes
qu'ilsavoient entassées l'une
sur l'autre, eussent perdu,
dans ce mesme instant les
présomptueuses efpéranccs
qu'ilsavoientconçeuës; de
maniere qu'ils mirent euxmesmes
le desordre & le
desespoir par tout. Enfin
celuy des Geans qui estoit
le plus élevé, lança une
grosse piece de Rocher contre
la personne de Jupiter
mesme. Le Soleil, qui est le
symbole de la grandeur du
Roy, parut aussitost envoyé
par ce Souverain des Dieux.
Il estoit armé d'un Foudre
pour écraser le Geant, & ces
mots formez en caracteres
de feu se lûrent en l'air aupres
de luy, VnUJ in omnes.
Lebrillant éclat de ceSoleil
surprit tout le monde. Il arresta
le Rocher qui venoit
d'estrelancé, ôc le re poussa
avec tant de force, que les
Montagnesqueces Temé
*
raires entassoient en ayant
esté renversées,ils trouverent
leur tombeau fous ce
débris. On le connut aisement
par ces trois mots lu-(
mineux qu'on vit paroill:re.
aussitost en l'air,Reditin
Autores. Le renversement
de la Montagne mit le feu
à plus de huit cens Boëtes,
ce qui fit un fracas inconcevable
& en mesme temps
un tres-bel effet. I
Ilme reste, pour vous ex.. j
pliquer entièrement cette
premiere partie, à vous faire
a description du Piédestal
qui servoit à la Machine.
Comme il estoit
on y voyoit huit Façades.
C'estoient autant de Tableaux
de la Guerre, dont
ces Façades représentoient
les malheurs, en forte pourtant
que par une double signification
les Symboles &c
les Devises qui les ornoient,
faisoient connoistre lesavantages
que la Paix devoit produire.
Dans la premiereFaçade
onvoyoitBacchuspâle, défait,
& inconsolable de ce
qu'il manquoit de Vin, parce
que les Partisans deMars
luy avoient cassé son Tonneau&
sa Bouteille par une
manie qui les possede assez
ordinairement. Cela estoit
causequ'il négligeoitlesoin
de la Vigne qui restoitinfructueuse.
On pouvoit con-4j
noistre combien il aspiroit.
à laPaix par les plaintes qu'il
faisoitau Dieu de laGuerre,,
marquées dans ces paroles
qu'on lisoit aupres de luy
sur un Ecriteau.Mars mihi 't vinanegat. f
Cerés sans épysfaisoit le
ujet de la seconde Façade.
:lIe paroissoit aussi déplorer
on infortune, en voyant sa
Moisson toute gâtée par ces
mpitoyablesSoldats qui ravagent
les Campagnes, &
qui employent les Instrumens
dont on cultive la ter-,
re, aux desseins de leur fureur.
Ces paroles qu'on lisoit
dans le Tableau, Alios
vertatur in usus, faisoient
cônoistre combien elle souhaitoit
que le retour de la
Paix fist servir ces Instrumens
à d'autres usages qu'à l1v'" la cruauté.
On voyoit dans latroisiéme,
Saturne.en habit de
fer,avec ces paroles, Faciet
Pax aurea. Rien nepouvoit
mieux marquer l'espérance
que ce Dieu avoit qu une
heureuse Paix succederoit à
la Guerre, & que changeant
en or son habit de fer, elle
nous rameneroit le premier
âge du monde avec les richesses
& l'abondance de
toute sorte de biens, sans
qu'il fallust plus parler ny]
d'Epée ny d'Armes, qui ne ]
ppeeuuvveennt tpprrééssaaggeer rqquueeddeess
ruines.
La quatriéme faisoit paroistre
Minerve desolée, en
voyant pâlir les feüilles &
les branches de ses Olives,
& quantité de Livres renversez,
pour marque que les
belles Lettres estoient détruites.
L'espérance dont
cette Déesse se flatoit que
la venue de la Paix feroit
cesser ces desordres, se connoissoit
par cette Devise,
notice reviviscent
,
Apollon, tout resveur dans
la cinquiéme,regardoit avec
chagrin ses Lauriers flétris.
Quoy que la douleur qui estoit
peinte sur son visage, fîst
entendre qu'il ne tiroit plus
de sa Harpe que des ions
lugubres, ces paroles, Resonam
concordiareddet, ne laissoient
pas de marquer que
quand la Paix feroit de retour,
ses Concerts reprendroient
bientost leurs premiers
charmes,
Dans la sixiéme,onvoyoit
Pluton regardant avec surprise
ses Coh*es remplis de
toute forte d'Armes, au lieu
de l'argent qu'ilprétendoit
y trouver. Le Caducée de
Mercure, qui ell le symbole
le la Paix, luy donnoit lieu
d'espérer., en les touchant
par un bout, qu'illes changeroit
en Chaînes d'or. C)cft
ce que fignifioient ces paroles,
Vis tanta attaffta.
La septiéme représentoit
Flore dans une posture mélancolique
ôc nonchalante,
ce qui exprimoit parfaitement
le dépit où elle estoit
du ravage de ses Jardins..
Dans cette tristesse, elle paroissoit
se plaindre, de ce
que les horreurs de laGuerre.
empeschant que les Zéphirs
ne vinssent entretenir l'éclat
de ses Fleurs, elle avoit perdu
l'avantage de joüir de leur
«tauce haleine. Ces paroles,
Cam stabuntZephin
,
tàisoient
connoître l'espérance
qu'elle avoit de leur retour
par la Paix qu'elle attendoit.
La huitiéme faisoit voir
Neptune tout alarmé de ce
que les Armées navales troubloient
le Commerce, &
forçoient les Matelots à rester
au Port, sans qu'aucun
d'eux osast lever l'Ancre, ny
tendre les Voiles. Il marquoit
par ces paroles, Donec
Pax redeat, que la Paix seule
pouvoit finir ces malheurs.
Apres le Spéctacle dont
jevous ay fait la description,
on fut fort surpris d'en voir
un second naître toutàcoup
de ce premier. Le Rocher
lancé par le Geant,ayant esté
repoussé contre luy-mesme
par le Soleil, les autres Rochers
s'écarterent en se brisant.
Tout fut renversé, &
de ces ruines sortit un nombre
insiny de feux de disérentes
manieres, qui ayant
consumé en un moment
toute la Montagne, n'en
épargnerent que le Piédestal,
surlequel parut la Paix,
dont la Machine estoit soû-
,
tenuë d'un Piédestal particulier,
au bas duquel on lût
ces paroles, E cinere Belli.
Cette Paix née des cendres
de la Guerre, fut d'autant
plus agreable, quon
avoit trouvé les Geans affreux.
Elle estoit au milieu
de deux Génies. Celuy de
Sa Majesté, qu'on voyoit
sur un nüage à sa droite,
ayant apperçeu à costé de
luy un Autel couvert de diverses
Armes, y mit aussitost
le feu avec son Arc. Ces
Armes disputerent quelque
temps contre la force du
feu,mais enfin elles en furent
détruites. Ce symbole
estoit si clair, qu'il n'avoit
besoind'aucune explication.
On ne laissa pas pourtant de
voir ces trois lettres A. I. M.
tracées encaracteres de feu.
Elles vouloient dire, Amori
in meos, & faisoient connoistre
que le Roy, en sacrifiantses
Armes à la Paix,
n'y avoit esté porté par aucun
fâcheux événement,
mais par la feule bonté qui!
a pour ses Peuples.
Le Génie de Lile, placé à
la gauche de la Paix, voulant
reconnoistre les sentimens
favorables qu'a Sa Majesté
pour cette Ville, décochast
de son costé une Fleche de
feu sur un Autel, où les
coeurs de tout ce Peuple estoient
ramassez. Ce feu qui
les embrasa, parut les consacrer
tous à l'amour qu'ils
ont pour ce Grand Monarque.
Ces deux lettres, A. P.
queformerent tout à coup
des caracteres de feu, & qui
vouloient dire Autori Pacis,
firent assez voir queles HaGitans
de Lile regardoicnt
le Roy comme le (eulAuteur
de la Paix.
Cependant toute la Machine
s'alluma, & on v.ic
briller un feu si serein, quil
futaisé de juger que cefloic
la Paix qui le produisoit. Un
feu plusvif & plusrougeluy*
succeda. Il donna les derniers
agrémens à cet artifice,
& marqua ces motSy
Vive le Roy, en cara&erespareils
aux premiers. Aw
dessus estoit une Couronna:
Royale, éclatante de lumières,
le toutsoûtenu par des.;
Laqs-d'amour. CeSpé'âa,:Ii
cle, qui dura plus d'une demy-
heure, fut accompagné
d'un nombre extraordinaire
de Fusées volantes. Les unes,
se croisant enl'air, y formerent
des Berceaux; & les autres,
une infinité d'Etoiles,
dont le Ciel parut remply.
Le Piédestalquiservoit d'apuy
particulier à cette Machine,
estoit quarré, & avoit
quatre Façades,c'est à dire
autant de diférens Tableaux
de la Paix.
Dans la premiere, on
voyoit deux Mains,,enfilant
les Coeurs, qui sont les sympoles
de la réünion des Princes.
Ces paroles servoient
d'ame à ce Tableau, Optata
muncm Pacis.
Une Corne d'abondance
remplie de Fruits, & une
autre pleine de Carquans
d'or ôc d'argent, faisoient
l'ornement de la seconde.
Au milieu estoit UrtCaduce'o
de Mercure, & au dessus ces.
paroles ,Omnia, pariter cum
eo. LeCaducée quimarque
la Paix,donnoit àentendre
que toutes fortes debiensviennent
avec elle.
La troisiéme représentoit
plusieurs Rameaux meslez
en confusion, parmy lesquels
une Main en prenoit
un d'Olivier, avec ces mots,
Hæc præ{iat. Cela montroit
que la Paix doit se preférer
à la Victoire.
Ondécouvroit dans la
quatriéme une Palme & un
Laurier croisez ensemble,
au milieu d'une Couronne
de Fleurs qui renfermoit cet
unique mot, Victori. Ces
autres estoient au dessus de
la Palme & du Laurier, Certantsinefinguine*.
L'Invention de ce Feu fut
tres-applaudie, & le zele des
Habitans de Lile fort estimé.
Il faut vous parler en
peu de mots de leur Ville.
Elle passe pour la premiere
des Païs-Bas apres Amstredam,
tant pour la multitude
du Peuple, que pour le
Commerce qu 'elle entretient.
Son nom Latin InfuU,
vient de ce qu'elle estoit
autrefois entourée d'Etangs
& de Marécages,
qu'ona eu l'adresse de tarir
& de secher. Baudoüin le
Debonnaire qui y prit naissance,
luy donna le nom de
Lile par cette raison. Il estoit
Fils de Baudoüin, dit le
Barbu, Comte de Flandres,
qui l'avoit fait bastir l'an
1007. Ce Fils lafir clore de
Murailles en 1066. Y fonda
l'Eglise de S.Pierre,&voulut
que les Evesques de Cambray
& de Téroüanne en
fussent Chanoines. Cette
Ville eH: si riche & si marchande,
qu'elle prestoit souvent
de l'argent au Roy:
d'Espagnelors qu'elle estoit
fbus sa domination. LesPlaces
publiques y
sontspatieu,
S. les Ruës fort larges &
droites, les Maisons belles,
esEglisesmagnifiques, &>
entres-grand nombre. On
a compare àLyon pour le
lombre de ses Edifices &.
lesHabitans.Elleest duDiocese
de Tournay, fortifiée,
de plusieurs BastiosRoyaux,
Lvec plusieursfortes d'Ourrages,
& défenduë de deux
Citadelles, dont Mr deVau-
;)anett Gouverneur. L'une,
luon nommela grande, est
un Pentagonerégulier. Le.
dedans contient une Place
aussi en pentagone, environnée
de Maisons. Rien
n'est plus beau que le Magazin
des Armes. Il y a plufleurs
Chambres garnies de
Mousquets, MouIqnetons,,
& Fuzils; & entr'autres, ow
y voit deux gros Mousquets
qu'on croiroit de petites
Coulevrines. Les Bastions,
font reveftus dans les Fossez,..
avec des Tenailles par tout
devant les Courtines, & au
devant des Ravelins, dans
lesquels il y a des Réduits
avec leurs Fossez. Les Chemins
couverts font interrompus
par des-
&la Citadelleenvironnéede
Marais. On l'a plutost faite
en ce lieu, là que vers celuy
de la Ville qui est le plus
élevé, parce qu'elle devait
estre la plus fortifiée, qu'elle
ne peut attaquer les Ennemis
que par deux Bastions,
& que la Ville les voit à
quatre ou cinq, & qu'enfin
elle est suffisamment défendue
par ce costé-là. Il y a
une petite Ciradelle neuve
entre les Murailles,de l'autre
cofté de la Ville Elle a deux
Moineaux qui laregardent,
dont les deux Courtines [er.
vent de flanc au grandBastion
qui el"t du costé de Iz
Campagne.Quoy que Sa
Majestéait beaucoup contribué
aux Travaux de cette
Place, elle pouvoit passer
pour imprenable lors qu'eHei
en fit la conqueste en 1667.
tant pour les Fortifications
qu'elleavoit déja, que pousJ
sa grandeur, & le nombre
extraordinaire desesHabitans.
Cependantelleneluy
cousta que dix-sept jours.
Comme elle estlaplus confidérable
de toutes les PlaJ
ces que le Roy ait dans les
Païs-Bas, elle est aussi le
Siege du Gouverneur,General.
La Cour estant partie de
ile le 3 d'Aoust, vint dîner
Pont à Tresin, & arriva le
birà Tournay. Leurs Maestez
y furent reçeuës par
var le Comte de Monbron,
Gouverneur dela Ville, &
lieutenantde Roy des Conquestes
de Flandre, & complimentée
par les Magistrats
lui l'avoient accompagné.
Toutesles Ruës estoient taissées
des plus bdles Tapiscries
de Flandre,depuis la
Porte jusqu'àl'AbbayeSaint
Martin où le Roy devoir loi
ger, & la Garnison, rangée
en double haye dans tout ce
passage. Lemesme jourSa
Majesté vit la Citadelle ÔC
les Fortifications de la Ville
& fit à pied le tour du Rempart,
dont elle considératous
les Ouvrages. Elle si
en fuite la reveuë de la Garnon
composée de deux
Bataillons d'Infanterie;
ôm
continuantses fatiguesdont
Elle-fait ses glusgrands pla
fits, Elle se rendit au bord
de l'Escaut, pour y voir fai
épreuve d'un Pont de Baeaux
de cuivre. On y fis
lasTer un Bataillon, avec
leux Pieces de Canon de
vingt-quatre, sur les aîles.
MLr du Mets,LieutenantGeneraldel'Artillerie,
& Maréchal
des Camps &Armées,
bft l'Inventeur de ce Pont.
je vous ay souvent parlé de
sagrande application à tout
ce qui regarde ses Emplois,
il sert avec zele, courage &
succés, & s'estrencontré en
tant d' occasionsqui en ont
fait foy, qu'elles disent plus
àson avantage, que tous les
éloges que je luy pourrois
donner. Le soir, il y eut Illumination,
& des Feux par
toutes les Ruës. On enavoit
élevé un en pyramide dans
le milieu de la Place, aulfi
haut que les Clochers de la
Ville, mais le Roy ne permit
pas qu'il fust allumé.
Le 4. la Reyne & Madame
la Dauphine allèrent
se promener dans la Citadelle
, ôc y furent régalées
d'une Collation magnifique
par Madame la Comtefif®
de Monbron.
Tournayestsituésurl'Ecaut.
C'est une Ville si ancienne,
qu'on y voit encor
la Maison de César dans le
grad Marché.Onl'appelloit
autrefois Nervra & Tornus,
&on la nomme aujourd'huy
Tournay. Elle a esté fous la
domination des Romains
depuis le temps de Jule-
César, jusqu'au Regne de
Clovis. Ce Prince ayant
passé le Rhin & la Meuse, &
bpoorrtdésses armes jusques aux
de l'Escaut, y défit les
Garnisons Romaines, &
s'empara des Villes de Toui>
nay & de Cambray, dont la
premiere demeura dans FoJ
beïssance des Roys de Fracjusqu'en
1513.queHenryRoy
d'Angleterre la prit. Illa remit
entre les mains deFrançois
I. en 1518. Trois ans
apres Charles-Quint s'en.
rendit maistre,&y celébrasolemnellement
le Chapitre
de l'Ordre de la Toison d'cd
en 1531.C'est un.Siege EpiC
copal. La Cathédrale est une
des' plus riches Eglises de
l'Europe, &a esté fondée
par Childeric. Il y a dix Paroisses
& plusieurs Convens
La Ville est fortifiée à
lanJ
tique, & corrigée par des
Bastionsdétachez. On y fait
des Ouvrages à cornes & à
couronnes. La Citadelle est
un Pentagone régulier, environnédune
Fausse-Braye,
& couverte de deux Ravelins
flanquez par deux Lunetes
du costé de laVille;
& parles deux autres costez,
ces Lunetes sontprolongées,
& forment des Contre-gardes.
La Place est minée sous
laFausse-Braye, fous la Coiu
trescarpe, & fous le Glacis.
Il ya aux Angles des Fossez
dans la Contrescarpe, des
Caponieres qui regardent
les Faces.
Leurs Majestez partirent
le 5. de Tournay, & prirent
le chemin de Valenciennes.
Le Roy trouva à une lieuë
de Condé, un Camp de Cavalerie
commandé par Mr
de Monbron, &composé
dehuit Regimens, qui formoient
dix-neuf Escadrons
rangezenbataille sur lamesme
ligne, le tout se montant
à pres de troismille Chevaux.
Ces huit Regimens estoient
celuy des Cuirassiers,
d'Auger, de Grignan, de
Piémont-Royal, des Dauphins,
de la Valete, d'Orleans,
& du Royal-Rouffil-
Ion. Monseigneur le Dauphin,
& Monsieur, salüerent
le Roy à la teste de leurs
Regimens. Ces Troupes estoient
tres-lestes,& tres-bien
montées. Sa Majesté les fit
défiler par Compagnies,
quoy qu'elle les eust déja
examinées le long de la ligne.
Elle poursuivit en fuite
son chemin vers Condé, où
Elle ne fut pas plutost arrivée,
qu'elle en visita lesFortifications,
& fit lâcher les.
Ecluses devant Elle; après
quoy, sans vouloir se reposer,
Elle alla faire la reveuë
de la Garnison.
Condé est sur l'Escaut,
où le Hayne perd son nom.
Cette Ville passe pour tresforte,
& n'a pas le quart en
terre-ferme, le reste estant
environné de Marais. Du
collé de Tournay, elle est
entourée d'une double Enceinte.
La nouvelle qui est
extérieure, présente de ce ]
costé-là trois ou quatre Bastions
qui défendent la terreferme,
& qui sont couverts
de Ravelins, le tout revestu.
Du cossé des Marais, il y a
des Pieces irrégulieres pour
s'accommoder au terrain ôc
aux Ecluses. L'Enceinte inférieure
& ancienne, est séparée
de la nouvelle par un
Fossé profond, dans lequel
passe un Bras de la Riviere.
Toute la Cour arriva le soir
à Valenciennes, & le Roy y
futreçeu par Mrle Comte
Bardi-Magalotti, qui en est
Gouverneur, a la teste des
Magistrats. Les Ruësestoiét
tapissées,& bordées d'InfanÇvrie
jusqu'àlaMaison de ce
Comte, où Sa Majesté logea.
Onavoit faitdes Machines
d'une invention particulière,
qui sortoient des Fenestres
en beaucoup d'endroits, &
qui s'avançant dans le milieu
du passage,jettoient des
Fleurs sur leCarrosse du Roy.
Si-tost que la nuit part, il y
eut des lumieres à chaque
Fenestre & on alluma des
feux par tout.
e Madame la Dauphine,
: de LeursAltesses Royales,
A de Nassau de Zuilestein,
nvoyé des Etats Généraux
es Provinces Unies, pour
omplimenter le Roy &
oute la Maison Royale, sur
L;ur heureux Voyage.
Lemesme jour, Sa Maesté
monta à cheval, avec
Monseigneur le Dauphin;
k apres avoir fait le tour des
Remparts de Valenciennes,
Elle visita les nouvelles Forfications
que l'onfait dans
es Dehors, dont Elle fut
:ort contente. Lapresdinée.
la Reyne, Madame la Dauphine,
& Madame, furent
régalées par MrdeNoailles
d'une magnifiqueCollation
dans le Camp que ce Duc
commande. Le soir, des
lumieres furent de nouveau
misesauxFenestres. Onalluma
des Feux dans toutes
les Ruës, &on tira dans la
Place le Feu d'artifice qu'on
y préparoit depuisfort longtemps.
Voicy un Discours
au Roy, des Habitans de
Valenciennes sur ce sujet.
s IRE,
Le Soleil ne se montre jamais
a la terre, qu'il ne la
remplilredeiye. AinsiVst; e
Majesté, que Lemondereconnoistl
comme un autre Soleil,
nepeut honorer cette Ville de
sapréjenceRyaie finsquille
porte partout lallegrejji(dp
épanoüissement.
,,,Vais> SIRS, quoy que le
Soleil soit le tres-juste, & le
tres-fidelle Portrait de Vostre
Majesté, ce n' cft passous cette
brillante Figure, que nous luy
Applaudirons aujourd' hr,fJ.,-
Nos yeux sont trop faibles
pour soutenir de prés les
rayons d'unsigrand Aflre ; &
d'ailleurs cette belle Devifty
que rvos victoires ont porte
en mille endroits de la Terre,
a jusqus'icy épuisé tant de
beaux FfPrits,que nous desespérons
avec justice d'y pouvoir
rien ajoûtt denouveau.
C'est Hercule,SIRE,que
nousavons choisipourledessein
de nos Feux, f5 pourexprimer
l'image de Vostre efijesté.
C'estle plusfort, &le
plus celebre de tous les Héros
de la Fable, qui reprèsente
sanssable si avec vérité le
plusgrande leplus valeureux,
££ le plus triomphantde tout
les Monarques du Monde.
Herculef,;ûté-nant le Oel
Apres le cours deses travaux
heroïques
, nous marque le
zeleinfatigable avec lequel
Vostre JXUjefté soûtient lesinterests
de Dieu, ». del'Eglisè.
Ce zele, SIRE, apar.
enmille occasions.L'Heresie,
les Duels exterminez du
Royaume; tant de puissanssecours
donnezaux autres Princes
contre l'Ennemy commun.
d,e.s-,Cbrejîienss tantd'actions
glorieuses faites pour la difence,
&pour l'accroissement
de la Foy,ontfaitvoirà toute
la Terre, que vous eReJ un
Hercule,sur lequelle Cielde l'Eglisepeutsûrementse reposer.
Voila, SIRE,le sujetde
nos Feux, la marque de l'allegresse
commune pour l'heunet/
si arrivée de Vostre éMajesté.
Nous laissonsàd'autres
Villes le soin d'étaler avec
pompe vos Victoires, vos
Triomphes, cette agreable
paix que vous vene^ de redonnerencor
à L'Eurr;pe. V'alenciennesse
borne a un sujet
moins guerrier,mais qui ne
doitpasest e moins glorieux
kvoftreNom;&sipeul-eflrt
ilse trouveailleursplus d'appareil,
nous esperons qu'onne
verra en aucun lieu plus de
zele, ny plusd'attachement
pour leservice de Vostre Majeflé.
Ces Feux, SIRE, ntsint
que les étincelles des flâmes
qui brûlent nos coeurspour lt
gloire, & pour la prosperité
devostre Personnesacrée,@r
ily a cette diference, que les
Eeux que nous dressons aujourd'huy
sontartificiel,
de peu dedurée; mais
qui font allumez dans
coeurs n'ont rien qui tienn
l'artifice. Ilssonttressince
& tres-fidelles. Ils nous b
1erontaujfi longtemps, dureront nos <ïies9
porteront à publier toûjou
hautement que noussomr
avec HH tres-profondrespe
SIR E,
De vostre Majesté,
Les tres-humbles,tres-obeïssans,
tres-fidelles Sujets & Serviteurs,
Prevost,Jurez, Echevins, & COlt
delaville de Valenciennes,
Le Dessein du Feu estoit
u choix de MrdeMontevec-
QiQ, Lieutenant au Regiment
Royal Italien. Il repréentoit
Hercule soûtenant le
Ciel. Vous le pouvez voir
lans cette Planche. Je l'ay
ait graver pour vous en donter
des idées plus fortes. La
Figure de ce Héros fabuleux
avoit vingtpieds de hauteur.
Onlevoyoit dans la contenance
d' un Homme qui
prend plaisir à porter sa
charge, quoy que tres- pe-
~nte, pour marquer par là
le zele du Roy à soûtenir le
fardeau des intérests de l'Eglise.
La Massuë & la Peau
du Lyon poséesnegligem-
-'
ment aux pieds de cette Statuë,
faisoient connoistre que
le Roy abandonne mesme
les soins & les marques de
ses Victoires, quand il s'agit
de prendre party dans la
querelle de Dieu. Le Ciel
reposant sur les épaules
d'Hercule, estoit la Figure
de l'Eglise. Le Zodiaque représentoit
la Hierarchie Ecclesiastique
; & les Etoiles
qui brilloient dans la Machine
du Ciel,ainsi que les
feux
feux qui en sortirent artificiellement
de toutes parts,
estoient les portraits des
voeux & des ferventes prieres
que les Peuples soûmis
à la Monarchie Françq![e
adressentcontinuellement à
Dieu pour la gloire & pour
la conservationde Sa Majesté.
LePiédestal sur lequel
estoitposée la Statue dHercule,
avoit quatre Faces, &
chaque Face, une Devise
tirée de quelqu'une de ses
Armes.
La premierefaisoit paroître
sa Peau de Lyon
,
&ce
mot, Terret. Hercule portant
la terreur par tout avec
cette Peau dont il s'estoit
revestu pour marque de sa,
victoire, est la Figure du
Roy. Quelques charmes&
quelque douceur qu'on
trouve dans la Personne de
ce Grand Monarque, fo
nomneantmoinsestredoutable
à toute la terre, mai
particulierement aux Scélerats,
dont il réptime l'infolence
par l'autorité de ses
Loix, & par la prudente ri
gueur de la Justice. Le Lyon
Belgique ne pouvoit avoir
aucun raport avec celuy de
meiemr,ee, puis que ce pre-
-
loin de rencontrer la
biort dans sa défaite, y trouve
sa gloire & son bonheur,
& que le Roy l'a moins
vaincu pour le dépoüiller
que pourl'enrichir. C'est ce
que marquoient ces Vers.
IZIIC tu dois de ton sortavoir l'ame
charmée,
Fameux Lyon des Païs-Bas!
Tu p-asses en vigueur LeLyon de lVemle,
Etton Herculeaplus d'appas,
Plus deforce & de renommée,
<2>ue l'Hercule quifutle Compagnon - d'Atlas.
A la feconde Face du Piédestal
estoient des Chaînes,
avec ce mot Coërcent. Hercule
descendu aux Enfers,
en tira Cerbere, & l'emmena
enchaînésur la terre.
C'est un symbole, qui par
les chaînes dont ce Monstre
fut lié,nous représente les
Loix & les Ordonnances,
par lesquelles Sa Majestéa
arresté la fureur des Duellistes,
qui comme autant de
Chiens monstrueux, ardens
à se déchirer les uns les autres,
s'ouvroient l'Enfer à
eux-mesmes par leur fausse
bravoure, & aux autres par
leurs dangereux exemples.
Ces Vers expliquoient cette
seconde Devise.
; Arrestez vos tranjforts,Cen,batans
fknguinaîreSy
Puis que no(Ire Hercule François
Par/es Arrests &parses Loix
Imposedesliens avos Bras teméraires.
La troisiéme Face du Piédestal
estoit chargéed'un
Flambeau, avec ce mot,
Exurit. Hercule brûla les
Telles renaissantes de l'Hydre
contre laquelle ilavoit
employé le fer inutilement.
Ainsi il a fallu recourir aux
derniers remedes contre les
Empoisonneurs, dont les
desordres n'auroient point
cessé, si la clemence du Roy
n'eustesté inexorable. La
rigueur du feu, en les reléguant
dans les abîmes doii
ils paroissent sortis, a esté
un châtimenttrop doux pour
leurscrimes.Ainsi cil a pu
leur dire, ¡;î
Horribles Monstres de U TeYrt,.
Portez vosfunestes poisons
Dansl:s fouterraines Prisons; j
Jux S YfOU, aux Démons,allez 'K
-
faire Idguerre.;
L-: La derniere Face du Piedestal
avoit pour Devise la
Massuë d'Hercule, avec ce
mot,Brofligat. S'il n'estoit
point d'Ennemis dont Hercule
ne vinit à bout avec sa
Massue, combien les Armes
de Sa Majestése sont-elles
signaléespar lesdéroutes
de J'Ennemy commun des
Chrestiens? La Hongrie, la
Pologne, Tîfle de Candie,
& la Mer Méditerranée,ont
estétémoins de ces défaites;
& ce qu'il faut sur tout remàrquer,
c'est que la MajC
suë
-
avec laquelle Hercule
remporta tant de victoires,
estoit de bois d'Olivier, si
nous en croyons les Poëres.
Rien ne peut mieux convenir
aux Armes du Roy.
L'Olivier est le symbole de
la Paix,& LOÜIS LEGRAND
n'a fait la guerre que pour
porter par tout les Olives.'
C'est par là qu'on luy fait
dire fort justement,
ain;,,, àfaire la guerre,
J'aime à lancer le tonnerre;
Mais mes plus ardenssouhaits,
Sont de donner lapaix.
Dans la Base de la Machine
paroissoient aux quatrc
coins quatre Animaux
vaincus par Hercule, sçavoir
l'Hydre,Cerbere, le
Lyon, & le Sanglier. Ils produisirent
un tres-bel esset,
vomissant des feux avec
grand bruit, Jusqu-àcequ'ils.
en eussent esté entièrement
confurmez. Autour de la Base,
on voyoit huit des plus
cofidérablesTravaux d'Hercule,
par raport aux Actions
héroïques denostreauguste
Monarque. Toute la Machine
luy estoit dédiée, avec
ces mots que le feu rendit
visibles, Hérculi Christianiffîmo.
On lisoit au bas,
Post domitiMonstra dans
ces trois lettres initiales,
P. D. M.
Les Habitans de Valenciennes
firent aussi voir une
Devise, qui expliquoit le
bonheur qu ils trouvent
dans l'obeïssancequilsrendent
au Roy. Cestoit un
Char traîné par des Cignes
avec ces paroles, Sicservire
juvat. Ces quatre vers.les
saisoient entendre.
Lejougquele Cielnous imposè,
pNOIoU dojnnjeïtaent dre iglotirêe ~,dme
Jtht'ilnousfaitsentir quelque
chose
Deplus doux depluscher que n'ejt
la liberté.
Cette Devisefuttrouvée
d'autant plus juste, que les
Cignes servent de Supofts
aux Armes de Valenciennes.
Le 7. le Roy alla au Quefnoy,
accompagné de Monseigneur
le Dauphin. C'est
une petite Ville assez sorte
& renommée pour son trafic,
qui n'estéloignée de
Valencicnnes
- que de trois
lieuës. Sa Majesté, apres
avoir fatigué à son ordinaire,
en revint le foir. Pendant ce
temps, la Reyne estoitallée
voir l'Abbaye de Vicogne,. àunelicuë de lamefmeVille.
Elle eH: de l'Ordre de Pré-^
montré, tres-belle,&très-"*
ancienne, ayant estébastie
l'an425. & a une Bibliote-*
que fort curieuse. Il y a quel-4
ques années que cette Ab-*
baye ayantvaqué, le Roy la
donna à MrleCardinal de ; Boüillon.
Avant que de quiterVa-1
lenciennes, il faut vous en * dire quelque chose. L'origine
de son nom est incer-
:aine. Les uns la tirent de
l'Empereur Valentinian &
les autres d'un Chasteau appellé
le Val desCignesparce
qu'il estoit situéen un lieu
où l'on voyoitquantité de
cesOyseaux. Cette Ville est
grande, & a des Palais antiques
& de tres-belles Eglises.
Elle est d'un costé dans la
terre-ferme, & de tous les
autres dans des Marais. Elle
fut prise en 1677. par celuy
qui est dans la terre-ferme,
6c qu'on appelle costé de
attaque. On a abbatu de
ce costé-là une partie d'une
Ruë pour faire un Réduit
en forme de Citadelle, qui
présente deux Bastions vers
la Ville, & qui est fermé de
l'autre costé par l'Enceinte
de la Placer.Ce Réduitest
jointàun Ouvrage presque
ovale, appellépasté,environ- :,
né d'unFosséassez profond,
ôc d'un Rempart fort haut.
L'Escaut passe entre le Pasté
&laCitadelle. LePastéest
est enfermé das une grande
Demy-Lune,¢reDemy-
Lune dans un Ouvrage à
cornes, couvert de Ravelins,
qui a esté fait pour occuper
une partie d'une Hauteur.Le
reste de la Villeestenvironné
de Bastions qu'onrevest, &
qu'on augmente.
Le Roy estant party le 8.
deValenciennes, vintà Bouchain,
& en visita les Fortifications.
Bouchain estune
maniéré de Citadelle, sur la
pente d'une Hauteur, bornée
d'un cofté de la Rivicre
quila sépare delabasseVille.
La haute Ville est environnée
de cinq ou sixBastions
régu liers du costé de Valenciennes,
& irréguliers du
costé des Marais, dans lesquels
il y a des Dames. La
Ville baffe est renfermée de
deux Ouvrages à cornes de
terre l'un devant l'autre. Le
Roy Pepin sit bastir Bouchain
en mémoire desglorieux
avantages qu'il avoit
eus en combatant contre
Theodoric Roy des Goths.
Leurs Majestez arriverent
le soir à Cambray, ou ayant
esté reçeues à la Porte de la
Ville par M deC.--zanqui
en est Gouverneur,(il estoit
accopagné des Magistrats,)
Elles passerent entre deux
hayes d'Infanterie, & furent
conduites àTArchevesché,
oTùousElles devoient loger.
les Bourgeois, pour
marque de leurzele,avoienc
orné le devant de leurs Mai
fons d'une infinité deFleurs
de Lys. Apeine le Royfùt-il
arrivé,qu'ilse rendit àlaCitadelle.
Il la visita par dedans
ôc pardehors, ainsi qire
lesFortificationsde laPlace.
Cambrayest une desplus
anciennes Villes de la Gaulé
Belgique,puis qu'elle a esté
bastie du temps de Tullus
Hostilius, troisièmeRoydes
Romains. Elle fut la premiere
conqueste de Clodion'
Roy de France. Sa prise
coûta cinquante-trois milice
Hommes tat aux AfTie'geans
qu'aux Assiegez. Elle a neuf
Paroisses & plusieurs grandes
Abbayes, sans lesConi*
vents. On y voitdesEglises
magnifiques, & d'une granJ
de richesse. Cette Ville, aussi
puissante que propre au trafic,
est dans le panchant
d'une Hauteur, & a sa partie
inférieure dans un Marais
que forme l'Escaut. Sa Cita-J
delle, est dans lelieu le
plusi
élevé. C'est un quarre dont
les Bastions ont des flancs
bas & retirez derriere une
épaule. Les Remparts sont
sort hauts, & couverts de
quatre Demy -
Lunes. Un
Epaulement traverse celuy
qui est à la Porte du Secours;
& le Rempart quiest vers
la droite en entrant par la
Ville, a un demy Epaulement.
Le reste de la Place a
deux Chasteaux couverts de
terre, qui sont dans les Marais.
Toute la Courpartitle9;
de Cambray, & après avoir
ddfîl'néà, Qn.u,"iévy, EflIlelv.int
coucher à Landrecies. Leurs
Majestez y furent reçeuës
par Mr le Marquis de Lignieres
, Gouverneur de
cette Place. Elle est sur la
Sambre, & s'est autrefois
défenduë pendant six mois
contre Charles-Quint, qui
l'avoitassiegée avec trentecinq
mille Hommes depied,
quinze mille Chevaux,&
cinquante Pieces deCanon.
Cet Empereur fut contraint
de lever le Siege. Le Roy
en visita les Fortification
avec Mrde Vauban. Elle
essÀ
environnée de sept ou huit
bons Bastions couverts d'ouvrages
de terre en quelques
endroits.
Le10. onvint dîner aFAbbaye
de Marolles, & on arriva
le soir à Avesnes. Mrle
comte de Broglio qui en
est le Gouverneur, y reçeut
e Roy. SaMajoré fit aussiost
le tour du Rempart; &
e lendemain II apres avoir
icu la Garnison rangée en
bataille, Elle visita les Delors.
Cette Ville a le titre
le Comté, & est situéesur la
Riviere deHepres. Elleest
basse de ce costé-là, &
l'autre,fort haute, & tre
escarpée. La plus grand
partie de ses Fortification
sont revestuës. On romp
devant le Roy des Digue
qui estoient fermées, & qu
inonderent une fort grand
étenduë de terre.
Le 12. le Roy dîna à Beau
fort, & futreçeu le soir
Maubeuge par Mrle Comt
"duMontai. Lieutenant Ge
neral de ses Armées, & cydevant
Gouverneur deCharleroy.
Ce Prince, à son ordinaire,
en visita lesForrifications
sitostqu'il fut arrivé,
& sir la reveue de la Garnison,
qui consiste en septBataillons
François. Apres son
Soupé, il eut le divertissement
de la Comédie. Maubeuge
est situé sur la Sambre.
On y fait de grands
Bastions. Il y a un Convent
de Chanoinesses semblable
à celuy de Mons. Le Roy
& Monseigneur le Dauphin,
qui leur firent l'honneur de
les salüer, les baiserent toutes.
Le 13. on vint dîner ai.
Marie-Chasteau & on arriva
le soir à Thuin. Le
Grand Bailly du Païs y reçeut
Leurs Majestez. Quelques
Compagnies d'Infanfanterie,
détachées de Maubeuge
pour leur garde, formerent
deux hayes, au milieu
desquelles Elles passerent
pour se rendre au Logement
qu'on leur avoit préparé.
Thuin elt une petite
Ville sans Fortification, &
qui appartient aux Liégeois.
Elle est sur le haut d'une
Montagne, au pied de laquelle
elle voit passer la
Sambre.
Le
Le14. on dîna à Castillon,
,&, on vint coucher à Philipeville.
Mrle Comte de Madaillan
Gouverneur,yreçeut
LeursMajestez. Cette Ville
tient son nom de PhilipesII.
Roy d'Espagne, qui la ni
bastir sur une éminence.
C'est une Place assez réguliere,
& qui a cinq Bastions,
dont les Courtines qui sont
vers les deux Portes, sont
d'une juste longueur. Les
trois autres iont beaucoup
plus longues. Il y en a deux
qui fontun Angle rentrant.
Les Fossez sont dans le Roca
& dépendus par des Tenailles
à flancs, couverts de Demy-
Lunes, qui sont presque
tous accompagnez de Lunetes.
- On pifla deux jours à Philipeville,
pendantlesquels Mr
le Comte de Groënibench;
Grand Bailly de la partie du
Païs de Liege qui eiè entre !
Sambre & Meusè, vint complimenter
le Roy, en qualité
d'Envoyé Extraordinaire de
Mr l'Electeur de Cologne.
On le coduisit à l'Audience a'.£CTescérémonies ordinaires.
Les loirs il y eutComédie
Françoise. Sa Majesté
avant son départ, alla jusqu'à
Charlemont, Place forte &:
réguliere, que fit bastir
Charles-Quint. Une legere
indisposition qui engageoit
Monseigneur le Dauphin à
quelques remedes, cmpelcha
ce Prince de l'accompagner.
Le 17. toute la Cour vint
dîner à Frosne, & se rendit
de là à Rocroy. Le Roy y
ayant estéreçeu par M le
Marquis de la Hilliere,alla
visiter les Fortifications se-
Ion sa coutume, & fairereveuë
de la Garnison. La
Place est petite, presque réguliere,
& a cinq Bastions,
cinq Demy-Lunes,&deux
Contre-gardes où le terrain
est plus élevé.
Le 18. surles cinq heures
du soir, toute la Cour arriva
à Charleville. lvirle Marquis
de Palaiseau,Gouverneur de
cette Place, en présenta les
Clefs à Sa Majesté, à la telle
du Corps de Ville, qui harangua
à genoux. On ne
parle jamais autrement au
Roy, quand on porte là parole
au nom d'une Ville. Ce
Prince estant descendu chez
le Gouverneur, monta à cheval
un moment après, ôc alla
au Mont Olimpe, dont il
visita les Fortifications par
dedans & par dehors.
Le Mont-Olimpe est sur
le haut d'une Montagne,qui
n'est séparée de Charleville
que par la Meuse qui passe
entre-deux. Il yacinq Bastions
& cinq Demy-Lunes,
avec des Tenailles à flanc
dans les Fossez. Le Roy estant
revenu à Charleville,
envisita les Remparts,&fît
apres le tour de la Ville. Le
Peuple qui ne se pouvoit
lasser de faire entendre ses
acclamations à un si grand
Prince, couroit à tous les
passages pour les redou bler.
Il vit enfuite leBataillon de
Cligny) du Regiment de
Monseigneur le Dauphin.
Ilestoit en bataille, Mrle
Marquis d'Uxelles qui en
est Colonel, à la teste, avec
la Pique & le Haussecol. Ce
Bataillon fut trouvé tresbeau,
& eut l'honneur de
garder LeursMajestez. La
Reync, de son collé, alla aux
Capucins & aux Carmelires.;
Lefoir,toutela Placey les
quatre grandes Ruës qui aboutirent,. y
& celles de traverse,
furent éclairéespar un
nombre presque infiny de
Lanternes. Le brillanteffet
que cette Illumination produisit,
estoit tres-agreableà
voir du milieu de cettePlace.
Monseigneur le Dauphin,
Madamela Dauphine,Monfleur),
Madame, ôcMademoisselle
d'Orléans, s'y rendirent
pour s'y donner ce
plaisir. Elle est bastie, comme
l'efi icy la Place Royalemais
elle.a de plus les quatre
grandes Ruescirées au niveau,
avec une Porte air
bout dans un trèsgros Pavillon
celuy qui est sur la
Meuse servant de Moulin.
Elle est plus longue que
llaarr~gee. .LLeess deux lloonngguueeuurrss
font séparées au milieu par
une des grandes Rues; &
chaque partie que la Rue
sépare, contient quatre Pavillons
composèz de quatre
Arcades, &: une Tour au
milieu relevéed'un Etage
au dessus des autres. Cette
Tour a deux Arcades. Ainsi
on envoit trente-six dans la
Face entiere de chaque longueur.
Une des Faces de la
largeur contient six Pavillons,
trois de chaque costé
de la Ruë qui la partage.
Il y a aussiquatre Arcades
a chacun des Pavillons, ce
qui en fait voir vingtquatre.
La Face opposée de
la largeur, n'a qu'un Pavilon
dans chaque coin. Le
reste du terrain ell occupé
par la Muraille, pousséejufques
au premier Etage d'un
Palais que vouloit faire le
Duc de Nevers. Le Portail
qui en est fort haut, laisse
voir la Porte de ce costé-là,
& mesme des Chariots pafsent
dessous pour aller dans
la quatrième des grandes
Rues.
La Fontaine qui est au
milieu de cette Place, en fait
un des plus beaux orncmens.
C'est ungrand BallIn
de Marbre bleu, comme on
le trouve vers Namur. Il ell
quarré, avec des demyronds
dans le milieu de ses
Faces. Un Vaze de pierre
porté sur un Piédestal au
milieu de ce Ballin) jette
l'eau par quatre tuyaux de
quatre Gargouilles de cuivre.
Il est fermé&surmonté
d'une grosse Fleur-de-Lys
dorée. Trois Marches fiir
lesquelles on l'a élevé,régnent
tout autour, & font
environnées d'une Balustrade
peinte en vert. Les
eaux y viennent par des Canaux
souterrains qui les reçoivent
à plus de dix-huit
cens toises de Mezieres, par
dela la Meuse. -
Quant à Charleville, il en
environné de huit Bastions,
& de deux demy-Bastions
vers la Riviere. Entre ces
demy-Bastions, il y a,de
petites Courtines aux
trois
Portes; mais par tout ailleurs,
ce sont des Chaudrons
ou Bastions rentrans.
Le 19. le Roy donna au
dience à M l'AbbéScaglia
d.£Yéruë) Ambassadeur de
Savoye. Il a suivy le Rojj
dans tout le Voyage, &:
soûtient sa digniré avec depense
& beaucoupd'éclat.
Le mesme jour Sa Majette
allaà Mezieres, où Mrde
Lançon la rcçeut. Elle en
visitales Fortifications, Ôc
fit reveuë de la Garnison.
a Cour y devoit loger, par
Projet de la route; mais
~i changea de dessein, fiir
~queTon crût quil n'y
troit pas
assez de logemét.
ss.HabitansdeCharleville,
ce grandPrince retourna
~ucher) n'en furent pas
oins ravis, qu'on fut toulé
à Mezieres de ne levoir
~'un moment. Ainsi les
~\s & les autres firent éga-
~tnent leur cour, les uns
~ir Jeur joye, ôc les autres
~Lr leur chagrin.
Mezieres est à une portée
~e Canon de Charleville.
La Ville est presque entource
de la Meuse, qui fait 1^
une Peninsule. Elle est plu
longue que large, & aflfea
pleine de Peuple qui fait
trafic. On a fait quelque
Ouvrages modernes pou
la couvrir d'un Chasteau qu
la commande.
Pendant que le Roy la
visita, la Reyne continuant
ses dévotions, alla aux Religieuses
duS.Sepulchre, &
en fuite aux Cordelieres d
Bethléem, ou cette Princesse
entendit le Salut. En
fuite ellealla dans le Bois
de Charleville, accompagnée
de Madame, de ses
Dames d'Honneur, & de
Madame la Marquise de
Palaiseau, à qui elle fit l'honneur
de la faire entrer dans
son Carrosse. Ce Bois a beaucoup
perdu de sa beauté depuis
quatre ans qu'on en
abatit plus des trois quarts,
parce qu'il estoit trop pres
de la Contrescarpe, dont le
Glacis en occupe présentement
une partie. Toutefois
il commence à former encor
une veuë de trois Etoiles
j;.composées chacune de huit
Allées. La Reyne fit collation
au bord de laMeuse.-
Le 20. Leurs Majestez,
apres avoirentendu la Messe
aux Jesuites,& fait distribuer
avant leur départ des sommes
considérables auxCon-,
vents, aux Hôpitaúx, & aux;
Pauvres, vinrent dînaràj
Vrignes au Bois, & furen
reçeuës le foir à Sedan par
Mrle Comte delaBourlie.
qui en est le Gouverneur.
LeRoyvisita le mesme jour 4
les Remparts & les Fortifications
extérieures de la
Ville, & vit avec or 47 1
plaisir l'Ouvrage à cornes,
appelle la Corne de Floin,
qui est un des plus beaux
Ouvrages de Fortification
de toutel'Europe. Ses Fossez
qui sont tres-larges &
très, profonds, ont esté taillez
dans des Bancs de Roc
d'une qualité tenace & fort
jure;&il est si difficiled'y
faire une descente ou de les.
combler, ôc tellement impossible
de faire une Brèche
du d'ouvrir une Mine dans;
~e Roc sur lequel cet Ouvrage
est construit, qu'on le
courroie dire véritablement
inattaquable, s'il estoit permis
de se servir de ce mot
Les Habitans qui l'ont fait
faire, l'avoient rendu extrêmement
net, & pris fort
grand soin de toutes les choles
qui pouvoient plaire à
Sa Majesté. Aussi leur té
moigna-t-elle la satisfaction
qu'Elle enavoit; & lorsque
Mrs de Ville se présenterent
pourrecevoirles ordresàson
deparr, Elle les reçeut ave
xksdémonftrationsde bonté
tres-particulieresy & leur si
l'honneur de leurdire - qu'-
elle estoit fort contente de
leurconduite,&qu'Elle leur
donneroit des marques de
sa bienveillance. La Souveraineté
de Bouillonfut échangée
en 1651. par Fre.
deric Maurice de la Tour ,--'------ d'Auvergne,DucdeBoüillon,
contre les Duchez d'Albret&
de Chasteau-Thierry,.
& le Comtéd'Evreux, que
le Roy luy donna par Contract
d'échange.
Le2.1.la Cour dînaà Amblemont,
& arriva le foin
Stenav. Mr le Comte de
Bourlemont, Gouverneur
de cette Place, y reçeut.
Leurs Maj estez. Le Roy
employa le reste de la journée
à voir les Dragons qui
estoient campez au bord de
laMeuse. Mrle Marquis de
Bouflairs leur Colonel General,
avoit envoyé un jour
auparavant Mle Comte de
Tessé marquer le Camp sous
Srenay dans laPrairie. Sa
Majesté les trouva rangez
en bataille sur deux Lignes.
Cé Corps estoit composé
D. Regiment de Cavalerie
deTilladet,&des Regimens
de Dragons du Colonel General,
commandez par Mr
le Chevalier de Tilladet.
DuRegimentRoyal,commandé
par Mr le Marquis
d'Allegre.
Du Regiment de laReyne,
commandé par Mr le Vi-
Du Regiment Dauphin,
commandépar Mle Comte
tdeELotngueval des Regimens
De Mrle MarquisdeLis-
De Mrle Marquis deBarbezieres,
DeMrle Comte deTijle,
Genrela estoitvétu d'Ecarlate
doublée de bleu, avec des
Boutonnières d'argent, &
un Bonnet rouge doublé de
Pluches bleuës attachées
aussi de Boutonnieres d'argent;
les Officiers magnifîquement
vétus, & leurs
Juste-à-corps chamarez de
Brandebourg à Point d'Espagne
d'argent. L'Etendard
Colonel, blanc, Cerné de
flâmes d'or; & les autres
Etendards de ce mesme Regiment,
rouge,semezaussi de
flâmes d'or, faisoient trois
Escadrons. La Compagnie
Generale estoitdistinguée
en cequ'elleavoit desChevaux
blancs.
Le Royal, vétu de bleu
doublé de rouge, avec des
Bonnets bleus parez de Pluches
rouges, ôc rattachées
de Boutonnieres d'or; les
Etendards bleus, semez de
Fleurs de Lis d'or. Trois Escadrons.
La Reyne,vétude rouge
doublé de bleu; les Eten.
dards rouges, avec les Armes
& Chifres de la Reyne
en Broderie d'or. Trois Escadrotis.
- Le
Le Dauphin, à la teste
duquelMonseigneur le Dauphin
se mit pour salüer le
Roy, vétu de bleu doublé de
bleu; les Etendards bleus,
semez de Fleurs de Lys ôc
de Dauphins d'or; les Bonnetsbleus
ornez de Peaux
d'Ours. Trois Escadrons.
Listenois,vétu d'isabelle
doubléde bleu, les Bonnets
demesmornez de Pluches
bleuës, avec des agrémens
d'argent; les Etendards
bleus,avec le Soleil & la
Devise du Roy. Trois Escadrons.
>
Barbezieres, vétu de rouge
doublé d'isabelle; les
Bonnets rouges, avec un
Tortil de galon d'argent,
qui faisoient les Bonnetsàla
Turque. Deux hfendrons,
Tessé,vétu de jaunedou- ,1
blé de rOLIgc; les Bonnets
jaunes ornez - de Peaux
d'Ours, un Soleil en Broderie
de Moire d'or sur le devant
de la teste de chaque
Bonner, avec l'Aigrete blin,
che mile à la façondes Po-,
lacres; les Etendards blancs,
avec ces paroles en broderie
d'or. VICTORIA PINGET. Deuxescadrons.,
Pinçonnel, vétude rouge
doublé de verd; les Bonnets
rouges ornez de Peaux.
l'Ours, & ratachez deBouonnieres
d'argent; lesEtenlards
verds, en Broderie de
flâmes & de Foudres d'or,
vec laDevise du Roy& le
oleil. Deux Escadrons.
La Lande, vétu de jaune
oubléderouge, ainsi que
Feue; les Bonnets jaunes
rnez de Pluches rouges,
atachées de Boutonnieres
argent; les Etendards jaues
d'un costés, &rouges de
autre, avec le Soleil & la
Devise du Pvoy
,
& celle du
Colonel de fautrccollé.J
Deux Escadrons. :
La Bre-teche,vêtuderou-1
ge doubléde jaune; les Bon4
nets tous jaunes; l'Etendardj
jaune, & une Devise dontlel
corps est une Jambe de bois,
avec ces paroles. Anouveau*
mal nouveau remede. Il y a
déja quelque temps que ce
Colonel eut une Jambeemportée
d'uncoup deCatior.
& depuis ce temps il a tu e
Jambe de bois dont il se fert.
Deux tJl*idro'ûs..w
Burfard, vétu de rouge
doublé de verd ; les Bonnets
rouges, avec un Galon
d'argentsur le Bonnet. .&
des Boutonnieres d'or iiir
celuy desOfficiers; les
Etendardsverds,en Broderie
d'or, avec la Devise du
Roy d'un costé, & la Devise
du Colonel del' autre. Deux Efèadronj..
Asfeld, vetu de verd doublldërOuge;
les Bonnets
de mesme; les Etendards,
d'un costéverd en Broderie
d'argent,oùeitoit la Deviie
du Colonel, & de l'autre
rouge, avec le Soleil & la
Devise du Roy,en Broderie
dor. Deux escadrons.
Fimarcon, vécu de verd
doublé d'isabelle, avec les
Bonnets de mesme,& les
Etendards verds en Broderie
d'or &d'argent, avec la
Devise du Roy d'un cofté,
& celle duColonel de l'autre.
Chacun de ces Regimens
avoient des Hautbois
vétusdes Livrées des Colonels,
& tous les Officiers
vétus de celles des. Regimens.
*•
Apres que le Roy eut
passé à la teste des deux LiÀ
gnes, il fit faire plusieurs
iiïouvemens àpied &: à cheval,
dont il parut fort content.
Le 22. ce Prince ayant
eudessein de voir Monttnidy;
Mf le Marquis deBoufldirs
partit à la pointe-dujour,
& disposa sur sa Marche
depuis Stenay jusqu'à cette
Placc)tout le Corps des Oraw
gons qui servit ce jour-là
tfEfèorte à Sa Majesté. Moiïseigneur
le Dauphin n'alla
point à Montmidy, & prit
encor ce jour-là quelques
remedes. Le lendemain 23. k Royvit pour la seconde
fois le R egimentde Cavalerie
de Tilladet & tout le
Corps des Dragons,& les fit
defikr devant luy Compagnie
parCompagnie>apres
quoy illeur fit faire encor de
nouveaux mouvemes à pied
&àcheval. Ñronlèigneur le
Dauphinsalüa Sa Majestéà
la teste de son Regiment.
Le 24. la Cour vint coucher
à Vons, apres avoir
dîné à Besancy. Mrle Marquis
de Louvoisalla le mesme
jour à Verdun. Il y vit
les Troupes & les Fordrica- 4
tioAS,& poursuivit son voyage
pourvisiteraussi celles de
Lorraine & d'Alsace. On
peut s'en reposer sur ses
ioins. Ses lumieres sontconnues,&
il seroit inutile de
s'étendre là-dessus.
,
Le 25. on coucha à Château-
Porcier, & on arriva le
26.àLiesse. Leurs Majestez
se rendirent d'abord à l'Eglise,
& furent complimentées
en entrant par Mr le
Cardinald'Estrées, Evesque
de Laon. Il estoit accompagné
du Chapitre de la Cathédrale.
Mrl'AbbéBellotte
quien çH: Doyen,les complimenta
aussi au nom de son
Corps quand elles sortirent.
La Reyne & Madame la
Dauphine firent leurs devotions,
& le Roydonna une
somme considérable à l'Hôtel-
Dieu de Liesse, & une
autre pour le rétablissement
des Eglises voisines.Mrle
Cardinald'Estrées régala
splendidementunepartie de
la Cour, qui partit le 24. &
passa au bas de la Montagne
de Laon,où les Magistrats
& les Peuples de la Ville
estoient descendus, pour
rendre leursrespects à Leurs
Majestez.Elles y reçeurent
des rafraîchissemens, & des
Harangues imprimées, que
MrBellotte, Prevost & Maire
de Laon, leur présenta à
la teste des Echevins. Elles
se rendirent ensuite à Soisfons,
& arriverent le 28. à
Villers-Costrets. Le29. on
vint dîner à Nanteüil, ou
MonseigneurleDauphin se
trouva surpris d'un violent
mal de dents.LeRoyayant
sçeuque Mr Lartet,un de
ses Chirurgiens, en avoit
guéry Madame deMontesfan
depuis un jour, après
plusde huit p-affez dans des
douleurs excessives, voulut
qu'on le fist venir.Monsei-
-gnt--ur le Dauphinluy ordonna
de ne le pas epiignee,
&dit, qu'ilsoufriroittout le
malqu'il pourroitluy faire.
On appliqua le Remede, Ôc
ce jeune Prince fut guéry en
un moment en présence de
Leurs Majestez. On - alla
coucher à Dammartin, &
le 30. on arriva à Versailles.
Il y a longtemps, Madame,
que vousme demandez la
Description de l'Escalier de
cemagnifique Palais. Voicy
une occasion de vous satisfaire.
Le Roy y arrive,&j'en
dois parler.
Cet Escalier a onze toises
de long sur cinq de large,
dans lesquelles largeurs sont
compris les degrez d'enbas,
&scelle des Rampes.
L'on entre par trois Arcades
de face dans unVestibule
detrente-neufpieds de
large, sur treize de profondeur,
dont le bas est àcompartiment
de marbre, & la
ivivoouutete,,d'o.orrnneelmneepn.ss S&e trophées
en bas-relief dorez. - Onmonte par trois Degrez
& trois Arcades opposées
fiir le premier Palier,
large de cinquante-cinq
pieds, & sur la profondeur
large de dix-huit. Il est revestu
tout autour comme le
bas, de compartimens de
marbre.
L'on entre & fort par les
extrémitez,& dans les Apartemens
d'enbas, par une
Galerie ornée & sculptée
ainsi que le Vestibule.
En face de ces troisArcades,
il y a un Escalier à
pans, d'onze degrez de marbre,
Le Palier de dessus est
d'onze pieds en quarre.
-
Dans la face&l'épaisseur
du Mur, est une Niche surbaissée,
& dedans,un Bassin
de marbre, soûtenu de Dauphins
de bronze. Deux TÏU
~tons dessus suportent une
double Coquille de marbre;
ornée d'un Masque, jettant
de l'eau dans un Panier remply
de Coquilles. Ce Panier
forme une Nape qui tombe
dans le Baffin de marbre, &
qui se décharge par un autre
Masque&par les deux Dauphins;
le tout de bronze.
* Les Rampes sont de dix
pieds de large, & chacune
devingt degrez de marbre;
les appuis de mesme matière,
suportez de Balustres de
bronze, cizelez & dorez au
feu.
Les deux Paliers sontaussià
compartiment de marbre,&
de dix pieds de large. L'on
passe dans les Apartemens
par quatre Portes,richement
ornées de scu lpture, qui sont
fous chacun de ces Paliers.
Dedefliis lesmesmesPaliers,
on a élevé un ordre
d'Architecture Ionique de
Colomnes & Pilastres de
marbre, dontles bazes &
chapiteaux font de bronze
dorée au feu. <:
? Dans la face du milieu,
au delliîsde la Fontaine,on
a placé unBuste de marbre
blanc, représentant Sa Majesté,
Les bas costez de ce
Buste sont ornez de Casques,
de Boucliers, & de
Palmes. AudessusduBuste
dt une Tested'Apollon,
ivcc la Devise du Roy, &
plus haut, une Couronne
posée sur le cadre de la Niche,
ornée de, part & d'auprç
de Festons de Lauriers;
le tout de bronze. ";tif
A la face opposée est un
grand Trophée des Armes
de France; & le milieu des
deux bouts sur les Paliers, à
pareille hauteur,& de parcilleciniécïïîe,
est orné de
deCambray,S.Omer, ValCencieannses,
s&ela Bla.taille de
Pour rendre ce lieu plus
large & plus spacieux, ona
feint dans les places entre
ces Massifs & celles des milieux,
deux Galeries de chaque
costé, du mesme ordre
Ionique,. & sur le mesme
Plan, des Paliers dans lesquels
sont représentez des
Personnes de plusieurs Nations,
comme si elles pat
soient dans ces Galeries.
- Au dessus de la premiere
Corniche, on a feint un fccond
ordre d'Architecture
à plomb
, sur celuy d'enbas,
& deux Galeries ornées dans
la longueur des deux faces,
de six Thermes scints de
bronze,cjur suportent la
Cornich;i, le tout avec les
Sujets suivans dans la hauteur
dehuit pieds.
) Les quatre Angles ont
pour ornement de grandes,
Poupes de Vaisseaux remplis
d'Armes diférentes, &
portent un Trophéed'Armes
surl'extrémité. Chacun
desquatreTrophées fait
voir des Armes semblables
àcelles de lune des quatrç
Parties du Monde.
Ces Poupes de Vaisseaux
sont soûtenuës de deux Consoles
élevées&opposées en
Arcboutant,, fortifiées Pardessous
de Cornesd'abondance
renversées, & d'une
grande Coquille de bronze,
qui pose sur la Corniche
dans le fonds de l'Angle.
Sur le retour des mesmes
Consoles, aux costez des
Poupes, on a feint des Captifs
de sculpture, & ait
dessus, des Victoires colorées,
quisont sur.lese&trémitezde
ces Poupes.
Au dessus, dans le Platfond,
sont peintes la Magnisicence,
l'Autorité, la Force,
êc la Vigilance, en quatre
Bas-reliefs ottogones, sur
un fond de Dépoüillés de
Lyons qui les soûtient, portant
deux Cornes d'abondance
croisées dans les yeux
de ces Dépoüilles. Au defi
fus est un Masque d'Apollon,
qui fuporte des Roses
ou Rouleaux à feuillages,
liez ensemble, d'où prend
naissance un grand Cadre
quirenferme ces ornemens,
partie feints de bronze &de
sculpture.»
Les Festons de Fleursqui
tiennent les Victoires, sont
seints attachez à ces Roses
d'enhaut, par de petits Ensans
qui les soûtiennent en l'air. Dans la Face du milieu,
au dessus du Portrait duRoy;
font représentées les Muses
Clio & Polymnie, assises sur
des Livres, l'une vétue de
blanc, & l'autre de vert;
avec un Manteau de couleur
de Rose,rehausséd'or
r.Entre;: ceâî deuxFigures,
il y a un Char remply de
Boucliers, qui suportent un
Globe couronné, & orné de
trois Fleurs-de-Lys d'or.
Un peu derrière paroisfent
Minerve & Hercule,
appuyez sur le Globe; &
dessousle Char, unSerpent
àtrois testes, renverse.
Le fond de ceSujet, c'est
à dire le fond sur lequel les
choses dont jevay parler
sont peintes, est un grand
Rideau violer à Fleurs-de-
Lys d'or
,
soûtenu par des
Cordons d'or que tiennent
des Thermes qui le rensermène,
& du haut de la Cor-,
niche, dans le milieu,pendent
des Festons de Fleurs
de part & d'autre,tombant
le long des Attiques qui
font à costé des Figures, or-t
nez de Masques de bronze.
Au dessus sont des Calques
àfond d'or. .j* :» àa on Of.. -,
,":! |£ Dans le Sujetopposé font
représentées Calliope & NiCI.
pomene; l'une vétuë de vert
changeant & d'un Manteau
bleu, & l'autre habillée de
yblanco, & dr'un.Mfantetau tiflii Derriere elles, est représenté
Apollon appuyé sur
un grand Trépié d'or. Dd
l'autrecosté, la MuseThalie
tenant des Marques; & au
bas du Trépié, le Serpent
Pithon percé de Fleches.
Les deux extrémitez foiad
ornées d'un grand Vaze d'orposé
sur un Piédestal, avec^
des Festons de Fleurs attachez
à la Corniche, tombant
de part & d'autre sur les pié
destaux des Pilastres, & s'dfl
tendant jusques sur les Ca
ptifs qui en sontliez,
Aux costez il y a deux Figures
dans chaque Sujaw
L'une représente Uranie vcrnç
d'un violet changeant,
Semefuranc un Globe. Eucerpequi
est aupres d'elle,
tient un Flageolet.
Dans l'autre Sujet;sont
la Peinture ôc la Sculpture,
vétuës d'un grand Manteau
violet, tenant un Tableau
qu'elles regardent.
Entre les partiesdes milieux
des Faces & des Angles,
au dessus des Massifs
denbas, remplis des TJpiC.
series feintes, sont représentées
les quatre Parties du
Monde.
L'Europe, armée &couverte
d'un Manteau bleu,
estassise sur des Armes &
des Livres, tenant un Sceptre,
& s'appuyant sur un
Bouclier orné de la Devise
du Roy, & soûtenant de
l'autre une Corne d'Amalthée
pleine de Fleurs & de
Fruits, & ayant un Cheval
au pres d'elle.
De l'autrecosté est l'Amérique,
assise sur un Crocodile,
ornée & armée à la
manicrede ceux qui l'habitent.
L'Asie cil sur un
Chameau,
couverte d'un Manteau
de couleur orangée,
s'appuyant d'une main sur
un Bouclier Turc, & tenant
de l'autre une Cassolete,
Elle a aupres d'elle des Turbans,
& des Armes Turquesques
& Persiennes.
L'Affrique estlegerement
habillée de vert changeant.
Elle est assise sur un Eléphant
qu'elle flate, & a sous
ses pieds des Carquois, des
Fléchés,& des Boucliers.
Le Platfond qu'on voit au
dessus de la derniere Corniche,
est orné tout autour de
Tableaux ou Bas-relief
feints de Lapis àfond &rehaussez
d'or, representant
les Actions. de Sa Maj esté,
fous des Figures à la manière
antique & allégorique. On
peut les séparer en deux
rangs, de trois Tableaux
chacun.
Dans l'un de ces rangs,
le Tableau du milieu cil le
Panade du Rhin, où le Roy
paroistdonnant ses ordres
pour attaquer les Ennemis;
&en l'air, la Valeur Guerriere.
Le Fleuve du Rhin,
fous la figure d'un Vieillard,
exprime par son action la
terreur & l'épouvante.
L'un des Tableaux de ce
mesme rang, fait voir ce
Prince à cheval, entre trois
Capitaines,donnant ses o .:
dres pourformertroisSieges
de Ville dans un mesme
temps.
- Dans l'autre, il est afTÍs,
donnant d'une main un Livre
à des Vieillards ou Ju-,
rifconfultçs, & de l'autre,
une Epée & une Balance à
uné Femme, qu'on recônnoit
aisément pour la Justice.
Elle eeHs: taaccccoonm1ppaaggnnééee de 11EE-:
quite.
LesTableaux du rang,
opposésont,celuy du milieu,
la Conqueste de la Franche-
Comté. On voit le Roy à
cheval, suivy de ses Generaux,
& tenant une Victoire.
La Province estreprésentée
par une Femmecouronnée,
àlaquelle la Valeur metun
joug sur les épaules; & ces
Villes sont dépeintes par
d'autres Femmes à genoux,;
qMui doannjeent dsestCélef.s à$aj j L'un des deux
autrewïi
bleaux représente la Sa^jfcsi
faction qu'un Ambaflàdciflj
a faite au Royen présence
de ceux des Couronnes Etrangeres.
Il est conduit par
une Femme armée, qui est
la Force. La Raison tient
une Epée nuë d'une main,
& de l'autre, fait mettre un
Lyon aux pieds de ce Grand
Monarque. Derrieère, est
une autre Femme déchirant
ses vêtemens, pour marquer
le dépit de cette Nation.
On voit la Justicearmée aupres
du Roy, tenant une
Epée d'une main, & de l'autre,
une Balance.
Le dernier de ces six Tableaux
fait paroistre Sa Ma.
jefté recevant les Ambassadeurs
& Envoyez des Nations
Etrangères, pour renouveller
les Alliances.La
Bonne-foy est représentée à
fès costez par une Femme
couronnée de Fleurs. Elle
porte un Coeur & un Fait
ceau de Verges liez en&m<
ble,symbole de l'Union.
Dans le mesmerang, au
dessus des endroits feintes
percez, il y a deux Tableaux
de chaque cofté, représtant
la Peinture,laSculpture
laPoësie,& l'Histoire, cnj
bas-relief Ils sont feints
de bronze doré, & ornez
aux costez de Sphinx, sur
un fond de Mosaïque d'or,
& en haut, de Festons de
Fleurs.
Les deux Tableaux des
extrémitez, représentent le
Rétablissement du Commerce.
Le Roy eH: assis dans
l'un, donnant d'une main
des Lettres a des Pcrfonnes
qui sont à genoux, &: faisant
avancer de l'autre une jeune
Fille, qui porte une Corne
d'Almathée, ôc la Verge de
Mercure, pour signifier la.
Paix & l'Abondance.
Dans l'autre est représenté
ce mesme Monarque,
donnant d'une main un
Baston de Commandant, ôc
une Couronne de l'autre, à.
des Personnes qui les reçoivent
avec respect. A son
costé paroist une Femme.
Elle tient une Balance & un
Faisceau, qui est la Justice
distributive.
Au dessus de ces deux
Sujets, & dans le haut du
Plufond, on voit deux grandes
Médailles. Dans l'une,
une Renommée volante,
quisonne de la Trompéte,
& dans l'autre, Mercure en
gl'air, qaui tienzt le Ceheval.Pé- gaze.
Ces Médailles sont au milieu
d'un grand Cadre remply
d'Armes & de Trophées
qui leur sont convenables,
soit pour les Arts, la Paix,
ou laGuerre.
, La Voûte est portée dans
lemilieu, & l'ouvertureornée
tout à l'entour dans le
de ssous, d'un Cordon de
Fleurs & de Fruits, de sculpture.
Lesquatre Faces des
Consoles
sont
droites, à
plomb sur les Colomnes &
les Pilastres d'enbas; & de
l'une à l'autre sont des Fef.
tons pareillement de sculpture
,
qui y sont attachez
sur un fond de marbre. Ces
Consoles suportent une Cor.
niche pour couronnement,
& sur la Corniche estposë
un Compartiment de glaces
pour la couvrir, & empet
cher les caux d'y tomber.
Ce Lieu est embelly de
cette maniéré, pour repre- LL senter un jour de Feste, où
les DivinitezduParnasse
sont assemblées pour recevoir
le Roy à- ion retour de
aguerre. Ainsi une partie
les
-
Sujets en sont peints
sans les Tableaux & dans
es Tapisseriesfeintes. On
supose que tout l'a esté par
ces Génies qui paroissent en
air, ornant encor la Voûte
de Festons de Fleurs, après
en avoir mis en plusieurs endroi
s le long de la Corniche,&
dansde grandes Corbeilles
ou Vazes qui sont au
dessus des Thermes & des
Pilastres.
Sa Majeste cil: placée dans
le milieu,pour marquer que
c'est pour Elle que cette
Feste se fait. Les Casques
attribuez à Mars & à Minerve
, & leurs Armes qui
font en trophées dans les
extremitez, signifient la prudence
& la valeur de cet
augusteMonarque, & font
connoistre qu' estant aussi
grand Guerricr,qu il est
sage Capitaine, il a merité
la belle Devise que l'on a
miseau dessus de Luy.
Par ces Poupes de Vaisséauxquiremplissent&
soûtiennent
la Voûre dans les
Angles que les Romains
Diit appellezRostres, s'en
servant dans leurs Places
:omme dans les Lieux publics
où ils rendoient la Ju(-
ice, afin de signifier le Gouvernement,
est dépeintceluy
du Roy, qui par son admirable
conduite a mis la»
France dans le plus haut
point de gloire où elle ait
jamais monté.
Les Captifssontfeints de
sculpture, pour faire entendre
que les divers Peuples
qui ont senty le pouvoir des
armes deSaMajesté, vivent
fous ses Loix sans volons
& que la contrainte n'a aucune
part à leur servitude.
C est pour cela qu'ils ne paroissent
liez que de Festons
de Fleurs, par les mesmes
Victoires que ce Prince a
remportées sur les Mers &
en plusieurs endroits de la
Terre, dont les dépoüilles
& les armes diférentes sont
d épeintes sur chacun de ces
Vaisseaux.
Les Bas-reliefs repréfen-.
:
tant la Magnificence, l'Autorité,
la Force, & la Vigi-
Llnce, sont placez dans
lej
platfond au dessus de ces
Rostres, comme des Clefs
tjui soûtiennentle Compartiment,
parce que ce sont
quatre parties remarquables
pc unies en la Personne du
^oy3 pour le faire agir COITU
me il fait sans cesse,
& travailler
pour l'agradissement
|gc la gloire de rEcar.
Les Muses y sont représentées,
une partie pour contribuer
par leurs nobles divertissemens,
àceux que. Sa
Majesté prend dans cemagnifique
Lieu apres ses gi-arr,
des fatigues. La Peinture, laSculpture, & li&rchi^
tecture,tous Arts qu'ilayme,
paroissent comme venant
de travailler elles-mesmes
pour l'embellir, pendant
que- d'autres appliquent
leurs soins à luy acquérir
une glorieuse immortalité.
Celase connoist par les deux
Figures qui font dans les
faces des milieux. L'une qui
- regarde dans un Livre, eli.
l'Histoire; & l'autre qui=
montre Minerve, représente j
l'Eloquence.
-
Les Tra^iad
du Roy, sont fignifiez par
Hercule; & le Dragonà trott
refies qui est renversé, ipèM
voir que ce Prince a vaincu
les trois Puissances qui s'estoient
unies pour l'attaquer.
Leurs Dépoüilles qui remplissent
le Char d'Hercule,
dépeintes par les Boucliers
qui portent les Armes de ces
trois Puissances,servent de
trophées & de su port à la
gloire de celles de ce Royaume,
qui sont peintes sur le
Globe.
On peut dire encor que
par ces mesmes Vertus qui
ont donné en tous lieux de
glorieux avantages à Sa
Majesté, Elle a mis fin aux
Guerresciviles, & empesché
les Rebellions secretes que
les Ennemis ont voulu faire
naistre dans la France. Ces
Rebellions font figurées par
le Serpent Pithon dans le
Tableau opposé,parcequ'il
ne rire ion origine que des
grossieres impuretez de la
terre, & qu'il fut percé presque
en naissant des fleches
d'Apollon, qui représente la
Personne dii Roy dans ce
Sujet; & comme la Poësie a
beaucoup de part aux recits
des actions de tous les
grands Hommes, elleyparoist
accompagnée de la
Tragédie.
Les quatre Bas-reliefs où
fontdépeints l'Histoire, la
Poësie, la Peinture, & la
Sculpture qui travaillét, sont
placez dans le mesme rang
de l'Histoire du Roy, parce
que c'est dés le temps de la
vie des Princes qu'elles doivent
s'employer pour leur
gloire. Onconoist d'ailleurs
par là, qu'elles auront foin
d'immortalisercelle du Roy,
& que ses Actions heroïques
seront publiées dans tout le
Monde en deux divers manieres
, par la Renommée
d'enhaut,& par celle des
Princes & des Roys, rcprésentée
sous la figure d'une
Femme en l'air qui sonne de
la Trompete, &parle Dieu
de l'Eloquence Mercure,
qui, afin de le marquer,conduit
le Cheval Pegaze, que
les Poëtes ne font servir
qu'aux Héros.C'est ce qui
est causeque les Trophées
qui environnent chaque
Médaille, sont différentes.
Les quatre Parties du
Monde sont représentées
dans ce charmant Lieu,
pour
pour faire voir que le Roy aj
fait rechercher pour l'embellir,
ce qu'il y a de plus
rare dans toute la Terre,
tant pour les Meubles, que
pour les Plantes, Animaux,
& autres choses; ce
qui rend ce magnifique Palais
si considérable, qu'il
semble donner de la curiosité
à tous les Hommes, en
attirant une partie des Nations
les plus éloignées. Elles
y admirentavecplaisir les
surprenantes Actions - du
Roy, qu'on a pris foin d'y
représenter. Ainsi,onsupose
que ces Nations passent
dans ces Galeries feintes,
habillées toutesdiversement,
& à la maniere de leur
Païs, & qu'elles regardent
toutes ces merveilles selon
leur caractere,en allantvoir
le grand Prince, dont laréputation
les a charmées.
N'estes-vous pas surprise, Madanlc,
quand vous vous figurez
tant de choses, & d'une beauté
si surprenante, en un Lieu Qui
fournit si peu dequoy réussir
dans une entreprise de cette nature?
En effet, il n'en fut jamais
aucun moins favorable
pour y traiter unSujet suivy.Cependant
nous le trouvons dans
ce superbe Escalier. Il y a plus;
car quoy que tout en soit véritable,
lesactions qu'on y voit représentéesestantcelles
de Sa
Majesté, on nesçauroitdireque
ce fun: là un Sujet tou(flir,COlTImelesont
ceux que l'on prend
desAnciens.Tantd'excellens
Hommeslesonttraitez,que
ceux qui sVn servent, n'ont qu'à
peindre& à suivre les Ouvrages
tracez par les Tailles-douces,
par les Tapisseries, & de mille * autres manieres, qui ont transmis
cesSujetsjusques à nous. Mr
le Brun en a choisy un, quine
peut manquer de vivre eternellement,
maisqu'aucun autre n'avoittraité
avant luv. L'ordonnance
,lit,enfin
tout ce qui faitvoir le géniedes
Peintres, des Sculpteurs, & des
Graveurs, rien n'estoit trouvé.
Si ce Sujet n'cft pas tout à fait
-
nouveau, parce que toutes les
do,.is qu'il renferme, sontconnuër.
depuis L- Regne de Loüis
LE GRAND
, toutne laissoit pas
d'cflre nouveau pour le Peintre.
Il avoit abondamment de lama-,
tiere, mais elle estoit difficile à
partager. Il falloitluy donner
des ornemens. L'étenduë du lieu
le demandoit, & cette étenduë
n'estant pas suivie comme elle
l'estdans une Salle ou dans une
Chambre
,
elle demandoit en
mesmetemps tout legénied'un
grand Homme pour lesiiiven-.
ter. C'est ce que Mrle Bruna
fait. Vous voyez dans ce merveilleux
Ouvrage une varieté
qui fournit beaucoup à la Peinture,
& quidivertit les yeux; une
diversité où la symétrie le rencontre,
&: que r.idreflè du Peintre
asçeu rendre necessaire; les
quatre Parties du Monde qu)1
introduit,estanttoutes diférentes
en Habillemens,en Fruits, en
Fleurs,& en Animaux. Ainsi,
quoy que tout cela soit de finietrie,
des Fleurs estantopposées
à des Fleurs,&des Animauxà
des Animaux, ce font pourtant
pour les yeux des objetsbien diférens.
Il faut tll18vaste génie
pour embrasser tant de choses à
la fois. Il en faut pour les inventer.
Il en faut pour les placer.
Il en faut pour les exprimer bien
vivement. Il faut sçavoirce qui
convient à chaqueNation,&
leurs diverses manieres, comme
nous sçavons ce qui regarde la
Dortre; en un mot il faut estre
Mr te Brun. Auffi voit-on en de
certainsendroits de cetEscalier,
des traits d'un Maistre entierement
consommé
,
de dont les
plushabiles de cet Art n'ont pas
d'abord découvertl'adresse.
Quand Mrle Brun fait de ces
grands coups, ilrepare par là les
défautsdulieu, qui rendroit defagreables
à la veuë, leschoses
mesmes qui feroient dans les plus
exactes règles,& ce-qu'il ya de
surprenant, c'est que ce grand
Homme trouve moyen de ne
point pecher contre elles, en
couvrant ce qui blesserois les
yeux. Apres cela ne peut-on
pas dire, qu'iln'a pas seulement
fait le plus beau lieu de la Terre,
d'un lieu tres-difficile à orner,
mais qu'il y a ramasséla plus
belle Histoire qu'on lira jamais;
que par son choix, & par Ton
adresse, il a plus donné à la
Peinture qu'il n'a reçeu d'elle,
qu'il a travaillé pour les siecles
àvenir, en leur laissant ce grand
Monument des surprenantes
Actions du Roy que les Graveurs
auront soin de faire vivre
parleurBurin, qu'il a diverty
les yeux par le grand nombre
des choses qu'il a fait entrer dans
son Sujet, qu'il a charmé parles
enrichissemens qu'illuy a prêtez
, & qu'enfin ce qu'il a fait ne
pouvoit partir que d'un génie
comme le fien, c'est à dire, d'un
esprit plein de feu, d'invention,
&delumières. Aussi est-ce un
Hommeuniversel. Ses Ouvrages,
&: fou employ, nous le font
connoistre. Tous les Arts travaillent
fous luy. Pour en eilte
convaincu, il ne faut que voir ce
qu'on fait aux Gobelins, & la
plûpart de ce qui remplit les
Garde-Meubles de Sa Majesté.
CALJlNT
1-
SECONDE PARTIE,
Contenant leVoyagequele
Roly'aannfaéiete1n6F8la0n.dre ea
A PARIS.
ÂVFALAIst,
ON donnera toujours un Volume
nouveau du Mercure Galant le
premier jour de chaque Mois, & uo
le vendraaussï-bien que l'Extraordinaire,
Trente fois relié en Veau,
& Vingt-cinq sols en Parchemin.
A PARIS,
Chez G. DE LUYNE, au Palais, dansla
Salle des Merciers, à la Justice.
Chez C. BLAGEART, Rue S. Jacques;
à l'entrée de la Rue du Plâtre,
Et en sa Boutique Court-Neuve du Palais,
AU DAUPHIN.
EtT. GIRARD,auPalais,danslaGrande
Salle, à l'Envie.
M. D. LXXX.
«4TJC fSJVlLlQE DV tLQJi
p Extrait du Privl*Ir?" du ?-,Py-*
Ar Grace & Privilège du Roy, Donne à
S. Germain en Laye le 31Décembre 16-17,
Signé,Par le Royen son Conseil, JUNQUIERES,
Ilest permis à J. D. Ecuyer,Sieur deVizé,
de faire imprimer par Mois un Livre intitulé
MERCURE GALANT, presenté à Monseigneur
LE DAUPHIN, & tout ce qui concerne
ledit Mercure, pendant le temps & espace de
sixannées, à compter du jour que chacun desd.
Volumes fera achevé d'imprimer peur lapremiere
fois: Comme aussidefenses font faites
à tous Libraires, Imprimeurs, Graveurs & autres,
d'imprimer graver & debiter ledit Livre
sansle consentement de l'Exposant, ny d'en
extraire aucune Piece
, ny Planches servant à
l'ornement dudit Livre, mesme d'en vendre separément,
& de donnera lire ledit Livre, le
tout à peine de six mille livres d'amende, &
confiscationdes Exemplaires contrefaits, ainsi
que plus au long il est portéaudit Privilège.
Registrésur le Livre de la Communauté IgfJ
Janvier 1678. Signé, R.COYTJiROT, Syndic.
Et ledit Sieur D. Ecuyer, Sieur
de
Vizc*
a cédé & transporté son droit de Privilege à
C.Blageart, Imprimeur-Libraire, pour en
joüir suivant l'accord faitentr'eux.
^tkeved'imprimer pour la ,re".;,r,Pif
Avispour placerles Figures. LA Figure qui représente une Montagne,
doir regarder la page 165.
La- -FI- ;ig'-u~re qui repré, s--e--n-tre"u1bn-.vHJe.r- cule,doitregarder la page 11$,.
1,-,],1RC,V~RE,
-G~ALA,l,
£EPTEMBRE i680.
Ï SECONDE PARTIE. ÈTJ\,f fPVIS quatre ans
que je prens le
soin de vous écrire
tout c1 qui de p,,ffe en France,
6c dans les autres Cours
de l'Europe, de plus digne
1 Sept.1680.2.P. A
d'estre sçeu, la Relation qafci
jem'engageay la derniere
fois de vous envoyer,n'est
encor que la quatrième qui
aiepu. remplir une Lettre
.endere. Peu de Sujets {onc
capables de fournirseuls à
un Ouvrage particulier. H
faut pour cela, non seulement
que la matière foit
grande, mais qu'elle soit
diversifiée d'un nombre infîny
de circonstancesqui demandent
du détail. Quand
toutesces choses se rencontrent
enmesme temps, fat,
toujoursconnu que le Pufclic
n'estoit pas moins fatis- it que vous, d'avoir en un
scorps,ce qui ne peut estre
qu'imparfait dans des morceaux
détachez. On néglige
des parties quiestans
trop divisées, sont, incapables
de former un tout.
ïCest l'enchaînemenr qu'elles
ont ensemble, qui leur
sonne leur principal agrément;
& si cette liaisonleur
manque, il est impossible
qu'elles paroissent tout ce
qu'elles sont. Le dernier
Voyage de Sa Majesté est
en,. de ces heureuses ôcgraudesmatieres,
quifournirent
& l'abondance des particularitez,
& des particularirez
dignesd'estre remarquées.
La surprenante application
de cet auguste Monarque
pour le bien de ses Etats,
vous y paroiftra tout d'une
veuë. Vous y connoistrez
combien ses nouveaux Sujets
ont d'amour pour luy,
par le ze le & les soumissions
qu'ils luy ont marquées, en
le recevant dans les Villes
de sa route; & enfin ce ne
fera pas sans étonnement,
que vous apprendrez corn-,.
bien de Fortifications il a
visitées, & à combien de
Reveuës il a voulu se trouver.-
Il ne l'a pû saire sans
de-très-grandes fatigues.
lAu[fi peut-on dire,comme c croy vous l'avoir écritailleurs,
que ce qui auroit esté
une promenade pour un autre
Prince, a cité pour luy
un travailcontinuel. Sa présence
a réjoüy les Peu ples,
ille a fait mettre les Troupesenbon
état, & avancer
les Fortifications des Places.
Comme les lumieres en toutes choses avoient aisément
persuadé qu'il en connoiftroit
juiques au moindre
defaut, on ne sçauroit
mettre en doute, que la venuë
en les faisant avancer,
n'ait fait prendre foin de
tout ce qui les pouvoit rendre
parfaites, soit pour la
bonté, soit pour larégularité
de l'Ouvrage. Ce ne
sont pas là les seuls effets?
que sa présence ait produits.
Par tout où a passé cegrand
Prince, il n'est point de
coeurs qu'il n'ait charmer.
Si les Habitans detoutes les
Villes où il s'est fait voir, ne
se font point lassez d'admirer
cet air de grandeur qui
antpire du rei pcél: &
-
de la
vénération pour sa Personne,
combiencroyez-vous
qu'ils se ion!: tenus heureux
del'avoir pour Maistre,
quand ils ont veu Tes bonnez
pour tout le monde,
& ses libéralitez répanduës
frvec profusion sur tous
reux ou qui en avoient besoin,
ou qui s'estoient rendquus'ildignes
des recompenses
leur accordoit? Comité
je ne dis que des veritez
que les effets ont junifiées"
vous allez voir dans le cours;
de cette Relation, ce que je
ne fais qu'ébaucher icy.
Ct!.oy que vous en ayez
déjà appris quelque chose
par ma Lettre de Juillet, je
suis obligé de le repéter, afin
qu'un ineime Recit vous
informe pleinement de tout
ce qui s'est paue depuis le
jour que le Royest party de
S. Germain, jusquesà celuy
qu'il elt arrivé à Versailles.
Un Voyage de la Cour, publié
quatre mois avant qu'on
euil" deû le faire, auroit surpris
autrefois, &on n'auroit
pu s'imaginer qu'on l'eust
commencé precisément au
jour marqué pour partir;
mais rien n'étonne tous le
RegnedeLouis. LE
GRAND, & les mesures
qu'il prend avec sa sagesse
&dans son Conseil, sont
touj ours si justes & si bien
exarninées, que mesme pour
les plus importantes entreprîses
on n'a jamais veu regarder
d'un seul moment
.l 'exécution de ses grands
desseins. Ny l'éloignement
des tem ps,ny la distance
des lieux, n'y font apporter
aucun changement. Ainsi
le Roy ayant fixé son départ
pour sonVoyage de Flandre
au 13. de Juillet, avant qu'il
fist celuy de Fontainebleau,
il n'y a pas lieu d'estre surpris,
s'il partit ce mesme
jour. La Rcyne, Monseigneur
le Dauphin, & Madame
la Dauphine, estoient
avec luy dans son Carrosse.
Il fut résolu que pendant sa
route on sejourneroit dans
tres-peu de Villes. Cela fut
cause que Sa Majesté considérant
que le Regiment
des Gardes ne pourroit suiyre
sans des fatigues extrabrdinaires,
Elle eut la bonté
de le faire demeurer à Paris,
& ordonna que les Mousquetaires
rempliroient les
fondions qu'il auroit faites.
C'est ce qui s'est déja pratique
en plusieurs autres rencontres.
D'ailleurs on alloit
dans un Païs, où le Roy
ayant de tres- belles Troupes,
presque toutes les Villes
qui estoient marquées pour
fan passage, s'en trouvoient
remplies. Sa Majesté ordonna
aussi que Mrle Duc
deNoailles, Premier Capitaine
des Gardes du Corps,
commanderoit les Troupes
de la Maison pendant le
Voyage. Il s'en est tresglorieusementacquité,
& a
tenu table avec sa magnificence
ordinaire.
Le jour que Leurs Majcftcz
partirent de S. Germain,
Elles allerent coucher
à Beaumont for Oyse, & y
furent jointes par Monsieur
& par Madame, qui estoient
partis ce mesme jour de
Paris. LeursAltesses Royales
avoient passé par Pierrefite,
ou elles avoient esté régalées
par Mrde Forcadel Secretaire
du Roy, Pere de
Mr de Forcadel Controlleur
General de la Maison
de Monsieur. Ce Prince
s'arresta une heure & demie
à Pierrchte, quoy qu'il
ne luy restast que le temps
qui luyestoit necessaire
pour aller coucher à Beaumont.
Il assura Mr de Forcadel
de sa bienveillance,
&honora Madame de Forcadel
la Mere de pareilles
marques de considération..
Elle répondit à cet honneur
avec beaucoup de soûmission
& de grâce, & son esprit
parut tellement dans les
termes respectueux quelle
employa pour marquer sa
joye, que LeursAltesses
Royales en furent tres-satisfaites.
La Collation fut
servie avec une magnifique
abondance de toute forte
de Fruits. On y remarqua
des Bassins de Pesches. Cet
toient les premieres qu'on
eust encor veues. La Musique
répondit à la beauté de
ce Régal; & tout cela joint
au bon ordre qui fust observé
en toutes choses, fit
juger avantageusement de
la Maistresse de laMaison.
AussiLeursAltesses Royales
voulant témoigner à MaJ.
nainede Forcadel combien
une si agreable Reception
les satisfaisoit, luy ordonnerent
de s'asseoir, & de manger
à leur table. Elles firent
le mehne honneur à Madame
de Forcadel sa Belle-
Fille. Cette derniere vous
est connue. Elle eftofc Fille
d'honneur de feuë Madame,
fous le nom de Mademoiselle
deChemeraut. Il n'est
pas besoin de vous dire plus,-
pour vous faire souvenir des
avantages de sa naissance 8c
de la personne. Toute la
Suite de Leurs Altesses
Royales fut servie en mesme
temps à d'autres Tables.
Les plus bas Officiers se sentirent
du Régal, les Muids
ayant esté défoncez dans
la Court, pour tous ceux qui
eurent envie de boire. Monsieur
& Madame, en arrivant
à Beaumont,nepûrent
s'empescher de parler au
Roy de cette profusion.
Le 14. Leurs Majestez
dînerent àTillart, & mane-
crent dans leur Carrosse.
S'est'unecoutume que le
Iloy a établie pour tous les
Voyages, afin d'épargner
lu temps qui luy est utile
iilleurs, & qu'il croiroitper-
Sre, s'il s'arrestoit dans des
Lieux où il n'a aucune afaire.
Il n'y a rien de mieux.
entendu que ces fortes de
Repas,servis ainsi en pleine:
Campagne. Les Carrosses
ont grands & commodes.
l:a Table le dresse au miieu,
& les Services se font
l'une maniere qu'onauroit
peine a s'en acquiteravec
plus d'ordre dans l'Apartement
le mieux disposé. Vous
observerez que dans ces
Voyages ce sont ordinairement
les Officiers de la
Reyne qui font le Dîné, &
ceux du Roy le Soupe. Il
est facile par là de bien fervir,
& tres-promptement,
lesOfficiers de chaque Maison
n'ayant tous les jours
qu'un Repas à apprester.
Je ne vous dis rien de ceux
du Roy. Vous sçavez de
quelle maniere ce Prince
est servy en touteschoses.
Pour ceux de la Reyne, Mr
le Villacerf, son Premier
Jylaiftre-d'Hortel, ordonne îibien,& ce qu'il ordonne
:si toujours executé avec
rant d'exactitude, qu'on ne
peut rien adjoûter à ce qu ii
regarde la bonté Ôc la
^atcfTe des Tables de la Mai-
:o.i de cette Princesse.
L Le soir de ce mesme jour,
rpuie la Cour arriva à Beauwais,
où Leurs Majestez furent
reçeuës par le Corps de
Ville.* & conduites au Palais
[Epifcopalqui avoit esté pré-
[paré. pour. leur Logement.
Le Roy
-
avoit declaré qu'il
ne vouloit point qu'on le
haranguast, ny qu'on tirait
le Canon dans aucune des
Villes où il passeroit. Cependant
comme ses nouveaux
Sujets avoient déja
fait de fort grands préparatifs
pour le recevoir lors
qu'ils apprirent cet ordre,
Sa Majesté n'a pû refuser
à leurs instantes prieres, la
permission de luyfaire voir
par tout ce qui peut marquer
la plusvive joye, combien
ils se tiennentglorieux
d'avoir pour Maistre le plJst
gran d de tous les Roys.
Punfi, Madame, vous ne
devez point estre surprise,
si contre les ordres que ce
Prince avoit donnez avant
son depart de S. Germain,
vous le voyez reçeu en beaucoup
de lieux avec l'appareil
des plus grandes Festes.
Leurs Majestez parurent
très-satisfaites de la Réception
que leur fit Mr l'Evelque
& Comte de Beauvais
, Pair de France. Le
mesmesoir, ce Prélat donna
un magnifique Soupé à la
plus grande partie de la
Cour,
Le 15. on alla dîner à un
Village appelle Oudeüil; & comme le Chasteau de
Grevecoeur est presque sur
cette route, Mrde Manevillete,
SecretairedesCommandemens
de Son Altesse
Royale, eut l'honneur d'y
donner à dîner à Messieurs
les Princesde Conty & de
la Roche-sur-Yon, & à plusieurs
Personnes des plus
qualifiées de la Cour qui fedétacherent
delaSuite de
Leurs Majefiez. Je vous ay
déja marqué ailleurs oue-cçy.
Château luy appartient. Le ..:
Régal fut magniifque. Mrle
Cardinal de Bonzy en eCroit,
avec Mrle Grand, Mr
le .Co.m-te-de Brionne,M'Id '---'- Prince deCommercy, M1r*S
,1 les Ducsde Villeroy3, de
Crequyfd£laJFeiïjHade?
deGesvres,M Col-be-rt de Croissy,Mrde ChaIl:eaun-e-t?t
Secretaire d'Etat, Mr le
MComteaduu Plessis, Mr de MrsCavois*'d^
Beuvron, ChastilLon, San^,
guin, & autres principaux
Officiers de la Maison de
Monsieur.
Leurs Majestez estantarrivées
à Poix, où Elles coucherent
( Poix est une Principauté
appartenante à Mr
le Duc de Créquy) leRoy
& MonseigneurleDauphin
monterent aussitost à cheval,
&allerent prendre le
divertissementde laChasse.
Si elle délasse au sortir du
Cabinet, parce que le corps
s'estantr longtemps - reposé,
a quelquefoisbesoin de plaisirs
meslezd'agitation, il cft.
certain qu'après la marche
d'une journée, qui est toujours
une espece de travail
pour ceux mesmes qui voyagent
c'
gent avec le plus de commodité
, elle ne peut estre
que tres-fatiguante, quand
on ne s'est point accoûtumé
aux grands exercices; mais
Sa Majesté s'en est toujours
fait une si forte habitude,
que ccft sans aucune peine
qu'Elle resisite aux plus vioaens.
On dîna le 16 à Calaminoy,
& on arriva le soir àAbbevillerMrle Duc de
Çharost, Lieutenant de Roy
de Picardie, reçeut Leurs
Majestez hors les Portes, à
la teste de la Noblesse des,
environs. Elle estoit trcil
leste
; & le foin qu'elle avoit
pris de se bien monter, répondant
à la propreté de
ion équipage, faisoit connoistre
son zele, & le plaisir
qu'elle ressentoitdevoir son
Prince. La Cour passa le 17.
à Abbeville; &le Roy accompagné
de Monseigneur
le Dauphin, alla encor fc
diivveerrttiirr à llaa Chasse, tandis
que la Reyne,Madame la
Dauphine, & Madame, visiterent
les principales Eglises,
suivant leur pieté ordi-
naire. -
Le 18. Leurs Majestez vinrentdîner
à Bernay, & arriverent
le soir à Montreüil.
Mrle Ducd'Elbeuf qui en
est Gouverneur, ainsi que
de laCitadelle, ne s'y estant
pû trouver, le mesmeMrde
Charost les reçeut en son
aWence à la Porte de la
Ville. Elles en partirent le 19.
fcc dînerent à Neufchastel,
où Mr le Duc d'Aumont,
Gouverneur du Boulenois,
s'estoit rendu pour les recevoir.
Il y vint suivy de toute
la Noblesse du Païs. Rien
tt'estoit plus magnifique.
Aussi tous ceuxqui composoient
cet illuitre Corps,
avoient-ils fait dépense à
lenvy-, afin de paroistre dans
une rencontre si êlorieufe
pour eux. De Neufchastel,
on vint coucher à Bologne;
& comme le Roy n'avoit
enveuë dans tout ce Voyage
que de travailler au bien de
l'Etat, il n'y fut pas si-tost
arrivé, que sans se donner
aucun repos, il en visita les
Fortifications, & y employa
le restedusoir.
Le 20.Samajesté apres
avoir dîné àWimille, monta
cheval, & alla vVoOiIrrlleePPoorrtt
R'A-i-iibleteufe,quicftà deux
ieues de Bologne.Elle estoit
Accompagnée de Monfcigneur
le Dauphin, & suivie
des principaux Seigneurs de
àCour. Mr leMarquis de
seignelay s'yestant trouvé,
futavecluy &: avec Mr de
combe,qu'Elle examina
tres-exactement la situation
de ce Port. Ce dernier avoit p- pu ordre de le visiter Que!-
que temps auparavant, auni
bien qu'un autre Lieu, nomné
le Port de Wissan, qu'on
trouve à deux lieuës de là.
Celuyd'Afil bleteuse a cela
d'avantageux, qu'il est le
seul dans la Manche, du
costé de France, d'oùles
Vaisseaux puissent faire voile
parunventduNord. Outre
que la Rade en est auflx
bonne que la Rade de Dun":
kerque, la Mer s'en éloigne
beaucoup moins. Il y a plus
de se cens toiles à dire. L'air
&les eaux yfontadmirables.
Le Roy se rendit en fuite au
Port de Wissan. On croit
que ce foit le lieu d'oùJules
César passa dans la Grand
Bretagne, ôc qu'il nomme
Ifcim Portus dans ses Comnetaires.
On y voit encor
le vieùx vestiges, qu'on appelle
Camp de Clfir. De ce
ort,il n'y a que cinq
ïeuës detrajet pour passer
.-n Angleterre. Apres que
Sa Majesté en eut consideré
la situation pendant
quelque temps, celle d'Amleteuse
luy parut beaucoup
pluscommode pour ses
defeins,
& ainsi Elle résolut de
donner ses ordres pour y
aire travailler. Dans le
temps qu'Elle avançoit le
long delaCoste, on entendit
tirer quantité de coups
vers le rivage. Quelques
Gardes du Corps & Mousquetaires
y estant courus,
apperçeurent une Barque
poursuivie par une Patache
Angloise. La Barque estoit
chargée de Laine d'Angleterre
, que le Capitaine de
la Patache vouloit enlever.
Toute la Cour arriva prcC
que aussitost sur le rivage,
où Monseigneur le Dauphin
parut des premiers. Ce Capitaine
ayant esté arresté,
fut conduit devant le Roy,
qu'on informa de la choie.
Sa Majesté demanda à Mrle
euc d'Aumont ce qu'il auroitfaitsiElle
n'eust pas esté
présente. Mr d'Aumontrépondit,
quesescostes estoient
des lieux de refugeinviolables
,
qu'on n'y pouvoit attaquer
personne impunément,
qu'iln'auroitpûsedispenserdepunir
de mort celuy qui
avoit eu la teméritéde violer
\ce droit de franchise; mais
que le Coupable ayant .en
d 'honneur deparoistre devant
¡Sa Majesté,c'estoit à elle à
prononcerson Arrest, Le Roy
par un effet de cette clemence
qui luyestsi natureUe,
pardonna au Capitaine,
& cet heureux Teméraire
fut obligé de la vie
au bonheur qu'il eut d'avoir
ce grand Monarque pour
Juge.
On suivitlaCoste, & Sa
Majesté s'estanttrouvée sur
les six heures du foir aupres
du nouveauFort de Nieulay,
en allavoir lesTravaux. Elle
fut tres-satisfaite de la beauté
de l'Ouvrage, & trouva la
situation du Lieu fort avantageuse,
non feulement pour
sa force, mais pour les utililiez
qu'on y peut tirer des
eaux dela Mer, & deseaux
douces.
Tandis que le Roy&
Monseigneur le Dauphin
visitoient ainsi la Coite à
cheval, 6c avançoient vers,
Calais, la Reyne avoit pris
le grand chemin, & y estoit
déjàarrivée avec Madame
la Dauphine & Leurs Altesses
Royales. Madame,
accompagnée de plusieurs
Personnes du premier rang,
allavoir le Port dés ce met
me jour, & toute cette illustre
Compagnie se promena
quelque temps dans
des Chaloupes à un quart
de lieuë de Mer.
« Le21. Sa Majesté, arrivée
à Calais le soir précèdent
monta à cheval, vit six Corn..:
pagnies SuissesduRegiment
dePhisfer, & sir connoistre
à leur Colonel combien Elle::
enestoit satisfaite. Ce Prince
alla visiter en fuite les Ouvrages
de la Place, qu'il admira,&
particulièrement lcî
Glacis qui regarde Gravelines.
Il est d'une tres-grande
beauté, &on ne peut rien
voir de plus propre. Apres;
avoir bien confideré, Sa
Majesté se rendit sur le Rampart,
& en fit le tour. Elle
trouva que rien ny manquoit;
apres quoy estant entrée
dans la Citadelle, Elle
témoigna vouloir qu'on y
travaillast si-tostquon auroit
finy les Ouvrages commencez
Le 22. Elle retourna au
Fort de Nieulay pour l'examiner
avec toute l'attention
que mérite un Poste de cette
importance. Elle s'en fit a pporter
le Plan; & comme les
Ouvrages de Calais luy avoient
paru fort beaux, Elle
voulut encor les voir ce jourlà.
Onluy servitlaColla,
tion sur l'extrémité du Glacis
qui a sa veuë sur la Mer. La
Reyne,Monseigneur leDauphin,
& Madame la Dauphine,
qui luy faisoient compagnie,
découvraient de là*
tres-distinctement les Chaceaux
de Douvres, & les Du- j
nes d'Angleterre. Ce leur
fut à tous un fort grand
plaisir de voir la Mer
quil
montoit, & qui dans k>n(
plein mouille les bords duli
Glacis. Sa Majesté fut tces:)
.adxfaice de tous ceux qui
orennent le foin des Fortifications,
& le fit paroitre
Mrde Moyenneville,Commis
à l'Intendance desTravaux,
& à Mdu Puis qui en
est Ingénieur. Elle ne le fut
oas moins de la vigilance de
MrdeS.Lo Major de laVille,
qui Elle augmenta sesAp.
ointemens. Il est Frere de
ce fameux Ingénieur, qui
pres avoir pris Aire, fut tué
n donnant ses soins pour le
ervice.
J'ayoublié de vous dire
lue la Reyne
,
à l'issuë de
son Dîner, s'estoit divertie
à voir dancer un Ballet de
guerre au son du Tambour,
par douze petits Garçons,
dontle plus âgénavoit pas
dix ans. Ils firent cent tours
de souplesse avec l'Epée,
dont ils se servirent si adroitement,
que la Reyne leur
fit connoitre la satisfaction
qu'elle avoit reçeuë, par une
somme d'argent qui leur fut
distribuée. Ils donnèrent en
fuite le mesmedivertissement
à Monseigneur leDauphin,
qui les fit venir dan-,
cer sur l'Estran,& qui,SL
exemple de la Reyne, leur
t sentir des effets de la liéralité.
Ce n'est pas d'auourd'huy
que ceux de Canis
se mestent de manier les
rmes. Leurs Peres s'en sont
ervis avec gloire pour la déence
de leur Patrie. Témoin
lustache de S. Pierre & ses
Compatriotes,dontPhilip-
,les de Valoisrécompensala
aleur. Ils en avoient donné.
l'éclatantes preuves contre
Edoüard Roy d'Angleterre,
qui vint assieger leur Ville
n 1346. Jean deVienne
Maréhal de France,& le
Seigneur d'Andreghan,Pc?
sonnagedes plusfameux de
son tempsy y commandoient,
fecondezd'une forte
Garnison Françoise, & de
l'inébranlablefermeté des
Habitans Ces fidélles &l
zelez Sujets se défendirend
avec tant de vigueur & dei
courage, & ce Siege qui'
dura un an ,
coûtatantde:
milliers d'Hommes aux Ennemis
, qu' Edoüard jura;
qu'il nefèroitjamaismaiftrcl
de Calais, qu'il ne iîftregorJ
ger la Ville de fang. Cert
Place fut enfin forcée de fe*
endre à discrétion apres une
ruelle famine, sur la fin
l'Aoust de l'année1347. ôc
ce Roy pour expier son Serment,
voulut qu'on luy Ii..¡
rastsix des principaux Citoyens.
Leur résolutionest
remarquable. Ils s'estoient
tous assemblez àla Maison
commune ,
où cet ordreayant
esté apporté, un d'entr'eux
prit aussitost la parole,
£c dit sans la moindre màr-,,,
qued'étónement,Qu'ayant
tantdefois exposésaviepour
son Païs, il tenoit àgloire de
'ïnepointfurvitre ksonm&l~
heur, offroitsa teste ati
triomphe d'Edoüard. En
mesme temps ils crierent
tous qu'ils vouloient mourir,
&il y eut dispute parmy
ce grand nombre à qui auroit
l'avantage d'estre choisy
pour Victime. On en nommasix,
on les lia,&onles
conduisoitau Suplice,quand
la Reyne, Féme d'Edouard,
les voulut voir & le les ne
amener ainsi garrorez. Ce
triste spéctacle luy tira des
larmes, & la compassion qu'
elle eut de leurinfortuneluy
fit demander leur grace au
oy avec de si instantes priees,
qu'il ne la put refuser. Il
accordatoute entiere, en
eur permettant de demeuer
à Calais, dans l'assurance
que ceux quis'estoient monrez
si fidelles pour leur
tarrie, ne trahiroicnt pas
eur Libérateur. Ils se retierent
la plûpart enFrance,
ù Philippes de Valois oronna
que toutes les Charles
quivaqueroient leur seient
distribuées selon leur
mérite. Edouard envoya en
sur place une Colonied'Anlois,
& laissa Calais heréditaire
à ses Successeurs, qui
l'ont possedé deux cens dix
ans, c'est à dire jusqu'au
moisde Janvier de l'année
1558. qu'il fut repris par la
sage conduite du Duc de
Guise fous le Regne de HenryII.
On peutencorvoirla
fidelité& le courage de ceux
de Calais, par la vigoureuse
& opiniâtre resistance qu'ils
firéten 1596. sous Henry IV.
Le Cardinal d'Austriche qui
les affica-eoit; ayant pris la
Ville dassaut, tous les Habitans
se retirerent dans la Ci..
tadelle, où en dépendant
la,
reche, ils preférerent une
[;lorieufe mort à la honte de
= rendre à l' EnnelllY; &
DUS ce glorieuxRegne,leurs
Jefcendans ont repoussé
Hnfulte des Espagnols en
3658. avec autant d'intrépi-
Aité que de valeur. Ce que
je viens de vous dire à la
vloire de ce Peuple, mérite,
oien une legere déscri ption,
Be la Ville. Elle est. bâtie en
rriangle, & tres-bien fortiaaée.
D'un code elle regarde Mer,&del'autreelle ;aMer,6c de l'autre elle eesstt.
environnée d'Etants & de
plaines. Neuf Bazsi tions la
défendent, outre la Citadelle,
qui est fort grande, &
entourée de Fossez profonds
& de Marais, qui sont tous
remplis de l'eau de la Mer
Toutes les comoditez qu'on
peut souhaiter dans une Plan
ce de guerre, sont dans cette
Citadelle. La Ville est des:
plus marchandes, c'est ce
qui la rend fort peuplée':
Tous ceux quiont veu son
Port, l'estiment égatement
pour sagrandeur & pour sa
beauté. Il est fort leur,8c'
separé en deux Bras pour re.
revoir les Vaisseaux qu'on y
.Volt.1
voit toujours en tres-grand
nombre. Ils sont défendus
oar un Fort nommé le Fort
de Risban, qui efl: à gauche
au Port.
Le Roy futtres-commodèment
logé à Calais, &
-ette Ville luy plût tellement,
que pour témoigner
combien il estoit content
au zele& d,s acclamations
les Habitans
,
il il dit que neluy survenoit point
l'affairés, il vouloit y venir
vousles deux ans. Pendant
les deux jours qu'on s'y arestay
MonfelcyneurIeDauphin
prit tous les matins le
divertissement de la Chasle
de l'Oyseau le long dela
Coste, y fitparoistre Ton
adresse accoútumée.
1
Avant que la Cour partiffi
deCalais,M le Marquis-dej
Dangeau s'embarqua pour
aller complimenter le Royj
d' Angleterre, suivant les
ordres qu'ilavoit reçeus de
Sa Majeste quelques jours
auparavant. Ces deux Sou
verainsse rendent ordinai
rement une semblablecivi
lité,quand le Roy vient dd
ce colté là sur la Frontierei
Mrle Marquis deDangeaua
sprit si délicat& si éclairé,
il est d'ailleurs si magnifique
en tout ce qu'il fait, que
îes Emplois de cette naiire
luy feront toûjours
res- dignement confiez.
|Le 2.3 Leurs Maj estez
stant parties de Calais,
llerent dîner à Ardres.
l'est une petite Ville assez
ïen fortifiée, qu'on trouve
moitié chemin de Calais S. Omer. Le Royen,
amina toutes les Fortications.
Elles luy paruent
eu fort bon état; &
&cefut un nouveau sujet
de gloire pour ceux que je
vous ay déjà nommez, puis
qu'ils avoient pris foin de
celles-cy, aussibien que de
celles de Calais. Sa Majeste
apres avoir fait reveuëd'un
Bataillon de Picardie qui
cit dans Ardres
, monta en
Carrosse pour le rendre à
S. Orner. Elle n'y devoit
aller selon la rote qu'Elle
avoit restée,qu'a son retour
de Dunkerque; mais Elle
ch?.nçea de dessein
,
non
seulement parce qu'Elle
vouloir voir sortir du Po-Q
le cette derniere Ville un
ibrt grand Vaisseau qu'on
'.voit amené de Brest par rà ordre
,
& que pour cela
1falloir attendre le temps
Je la plus haute Marée;
fais parce qu'ayant-résolu
aller àIpres, la grande
£hauflcequ'on fit il y a
I:eux ans en rend le chemin
beaucoup plus beau,en y
liant de Dunkerque, que
i Cour ne l'eust trouvé, si
[Jle s y fust renduë au sorir
de S. Omer. Elle arriva
jonc le lOIr à cette derniere
iille,ôc aussitost le Roy
montant à cheval, allafaire
la reveuë de la Garnison,
Il la trouva dans la Place
rangée en bataille. Il me
seroit bien difficile de vous
bienrepresenter la joye qu
firentparoistrelesHabitans
Ils n'avoient rien oublie
pour marquer leur zele
leurnouveau Maistre. Tou
tes les Portes estoient tapi
fées de trois Lez de Drap
de
diférentes couleurs; &non
seulement ils avoient ~sem
de Fleurs le pavé des Ruës
mais ils les en avoient ~cou
vertes par le haut, en dress
~ntdes cordes qui traver-
~oient d'un costé à l'autre.
~insi on ne découvroit que
~leurs par tout, soit que l'on
laussastles yeux sur les corles
qui en estoient pleines,
~Dit qu'on les baissast sur le
~avé. Ce jour & les deux sui-
~ians, furent comme autant
~ejoursd'une Feste solem-
~elle. On chanta le Te
~eum,après quoy on commença
lesréjoüissances. ElÎS
furent continuées dans
~bute la Ville par des lu-
~nieres qu'on mit aux fenê-
~res, par des feuxqu'on alluma,
par des cris redoublez
de Vivele Roy,~qu
durerent toute la nuit
,
&
par des Tables que l'on
dressa devant la plupart des
Portes des Habitant
On passa deux jours à
S. Orier• & si lesDames
prirent ce temps pour se
donner un peu de repos, le
Roy toujours vigilant, &
toujours infatigable
,
s'en
servit pour satisfaire à de
nouveaux soins qui luy coûterent
de nouvelles peines.
Apres avoiremployé le 14/
entier à voir attentivement.
- Travaux de cette Place,
alla dîner le 25. à Aire,
accompagné de Monseigneur
le Dauphin,&suivy
les plus considérables Seigneurs
de la Cour. Sa Maeste
y futreçeuë comme
Elle l'avoit esté à S. Omer,
jUoy qu'Elle n'y fust venuë
que pour en voir la Garni-
~on& lesFortifications. Elle
~es visita, fit reveuë des
Troupes qui gardoient la
Place, & se rendit au Fort
~6. François,qui en est à la
portée du Canon,avec M le
Marquis de
---
Louvois. Elle
examina les Ouvrages commencez,
& donna ordre
qu'on les achevait .,.. Il sembloit apres ces diférentes
fatigues
, que ce
Grand Prince ne deuil plus
songer qu'a aller prendre du
reposàS. Omer, dontil
estoit éloigné de plus de trois
lieuës. Cependant il avoit
encor à faire la reveuë de
cinq mille Hommes, qui
l'attendoient, campez à demy
lieuë d'Aire. MrleChevalier
deSourdis les commandoit.
Ces Troupes efl
toient rangées en bataille
[ur une mesme ligne, ôc
composées des Regimens
rie Konismarck, deVivans,
deVilleroy
,
de Quincy,
de Lumbres
,
& de Rose.
Le Roy.Iës examinaCompagnie
par Compagnie, leur fit faire divers
mouvemens. Le bon état
de ces Troupes, qui estoient
aussilestes que bien
montées,& qui formoient
environ vingt Escadrons,
plûtfort à SaMajesté. Elle
les fit avancer jusques à trois
quarts de lieuës de S. Omer,
où la Reyne
,
Madame la
,.
Dauphine, & la plus grande
partie des Dames de la Cour,
qui venoientau devant du
Roy & de Monseigneur le
Dauphin, eurent le plaisir
de les voir. Le Régiment
de Konismarckattiroit la
curiosité par plusieurs Compagnies
de Polaques, vêtus
& armez en Croates Il
eftoittemps que Sa Majesté
se reposait, puis qu'outre
tout ce que je vous ay marque
qu'Elle avoit fait le matin,
Elle avoit esté huit heures
à cheval l'apres-dînée.
On rentra dans S. Omer.
commeje vous fis un fort
MTg détail de cette Place,
~rs qu'elle fut prise il y a
~ois ans, je vous en diray
~aujourd'huy fort peude cho-
~e. Cen'estoit d'abord qu'un
~petit Chasteau, & dans la
~uite des temps elle a esté
~rigée en Ville. Elle est la
~conde dû Comtéd'Artois,
~tuée sur laRiviere d'Ha,&
taÍft: à preCene pour une des
plus fortesPlaces de toute
Europe. Les Edifice en
~sont beaux,&les Rueslon-
~gues,larges& propres.Je
fr'py vous avoir déja marqué
qu'elle a pris son nom de
S. Omer
,
Evesque de Teroüanne,&
natif de Cont
tance en Allemagne. -',.
Leurs Majestez estant
parties le 26. allerent dîner
à Monquebour. Ce fut sur
cette route que Mr le Duc
de Montausier reçeut à la
jambe un coup de pied d'un
Cheval monté par MademoisellePoitiers
, Fille
d'Honneur de Madame. Il
fut pansé par Mr Lartet.
Chirurgien du Roy, qui le
trouva pour lors en quartier
aupres de Monseigneur le
Dauphin. La blessure de
Mr de Montausier, quoy
qu'allez considérable, auroit
pû estre guerie en peu
de jours,si ceDuc eust voulu
pren dre le repos qui luy étoit
necessaire;mais l'impatiente
ardeur de son zele ne luy
permit pas d'y consentir,
Ainsi lesremedes n'ont
servy qu'avec le temps. Il ne
luy reste plus presentement
qu'un peu de foiblesse. Gravelines
estant à demy lieuë
de Monquebour, le Roy y
alla,en visita les Fortifications,
& fit la reveuë de la
Garnison. Cette Place auffîi
forte que réguliere,estune
des Clefs deFlandres
Charles-Quint en a fait bâtir
la Citadelle. Sa Majeste
se rendit de là à Dunkerque.
&y entra sur les 8. heures dtï
soir,ainsi quetoute
Monseigneur le Dauphin
estoit à cheval. |
Avantque de vous parle,
de la reception qui luy su
faite par les Habitans de
certe Place, il faut vous dire
que Mr le Marquis
deSeigo'rre.
eh~iYye.ysetfo!:oiitc aarrrriivvéé ddéessildet
IJ. & avoit donné tous sess
[oins depuis ce temps a reglerquantité
de choses pour
la reception du Roy, sur le
superbe Vaisseau qu'on luy
devoit faire voir, & qui étoit
comandé parMleChevalier
de Lery. (Il n'avoit pas laissé
de se rendre le 20.à Ambleteuse.)
CeVaisseau arriva
le 13. à la Rade de Dunkerque,
& aussitostqu'il y fllt;,
Mr de Seignelay fit tout mettre l'Armement aumesme
état qu'il devoit paroistre
devant le Roy ,&fitfaire
l'exercice auxSoldats ôtaus
Matelots.Ils s'en acquiterent
avec tant d'adresse, qUfl
Mrle Mareschald'Estrade.
quiestoit présent, leur don
na mille louanges. Quano
de semblables Miniltres:
prennent eux-mesmes ces
sortes de soins, il est impossible
que les choses man",
quent de succés.
Mr le Comte d'Oxford,
Chevalier de l'Ordre de la
Jartiere, & Mr le Colonel
Churchill, Envoyez Extraordinaires
du Roy d'Angleterre,
&deMrle Ducs
d'Yorck
, pour complimenterleRoy,
attendoient Sa
Majesté à Dunkeque
,
&:
r estoient arrivez le 25. avec
Vir SavillEnvoyé Extraordinaire
enFrance.Ils avoient
quatre Jack des mieux meublez
,
& des plus magnifiques
d'Angleterre; mais
ayant veu la beauté du Vaisseau
commandé par Mr le
Chevalier de__Ler^, & la
brillante somptuosité de ses
meubles ,ils s'excuserent
d'entrer dans le Port.
Leurs Majestez furent
reçeuës à la Porte par les
Magistrats, qui avoient Mr
le Maréchald'Estrades à
leurteste. Vous sçavez, Madame,
qu'il est Gouverneur
de Dunkerque. Ce Maréchal
les conduisit entre une
double haye d'Infanterie,au
Logement qui leur avoit
(fié préparé dans l'Hostel
de Ville. Tous les autres
Gouverneurs ont esté les recevoir
à la teste de la Cavalerie
de leur Garnison, une
lieuë au dela de leurs Places
mais M le Maréchal JEC
trades eut ordre particulier
de ne point passer les Porces.-
Sidans tous les Lieux que
se Roy a honorez de sa présence,
les Peuples onttémo-
igné de la joye de voir
leur auguste Souverain, les
Habitans de Dunkerque
ont eu
plus de sujet que les
Autres d'en faire paroistre.
Des raisons d'Etat les ayant.
fait tomber fousla domination
d'un Prince d'une Religion
contraire à la leur, Sa
Majesté ne les y laissa pas
longtemps. Son zele pour
les avantagesde leglise, &.
son amitié pour ce Peuple,
l'engagerent presqueaussitoitàoffrir
jusqu'à cincLmitlions
pour racheter cette
Place, ôc par là elle fut remise
en la puissance. Ainsi
l'on peut dire qu'elle luy
doit estre prétieuse, puis
qu'il la conquise deux fois,
& qu'après l'avoir soûmise
par la force de ses armes, il
s'en est rendu le maistre tout
de nouveau, en ouvrant les
Trésors de son Epargne.
CetteVille, celebre aujourd'huy
par son Commerce,
par l'abord des Etrangers,
& par la valeur & le trafic
de ses Habitans, fut bastie
par le Comte Baudoüin vers
le temps de Charlemagne.
Le Marquis deSpinola luy
a fait ouvrir la Mer par une
espece de Digue, qquuii ss'eétteenn--
dant fort avant dans l'eau,
défend les Vaisseaux contre
les injures de l'air, & contre
les attaques des Ennemis.
Les François y ont fait achever
une Citadelle que les
Anglois avoient commencée.
Tout le monde sçait
qu'elle a esté prise deux fois
sur les Espagnols. La premiere
fut en 1646. par Monsieur
le Prince, qui estoit
alors Duc d'Enguyen; la
seconde en 1658. par seu Ivl,"
le Maréchal de Turenne- & parce que les-Angloiissqui
l'avoient assiegée par mer,,
nous aiderentà la - prendres
avec quelquesautres Places,
elle demeura sous leur puissance
jusqu'en Janvier 1661.
que le Roy la racheta. On
peut juger par le peu des
temps que Sa Majesté l'a
laissée entre leurs mains, des
la bonté qu'Elle a pour les
Peuples qui ont esté une fois
sous sa domination.
Le Roy estant arrivéà
l'Hostel deVille, oùje vous
ay.!-,)
y dit qu'on l'avoit conduit,
ne desçenditdeCarrosse que
pour monterà Cheval. Il
estoit déjà huit heures. Cependant
les jours estant
longs, à cause de la belle
Saison, il voulut voir lesFortifications
de la Place. C'estoit
une assez grande fatigue
pour ce Prince, qui avoit
déjà visité celles de Gravelines
cette mesmeapresdînée.
Sa Majesté s'estantmise
à table après les nouvelles
peines qu'illuy avoit plu de
se donner, Mr le Chevalier
- si' deLhery se présenta devant
Elle. Le Roy l'eut à peines
veu, qu'illuy dit avec cet]
air agreable qui luy gagne:
tous les coeurs; àrionjieun
le Chervalier, vous stre'{ la
premier Capitaine de mon
Royaume, qui m'atlrc'{ saia
qlloirunVaileau armé;
ce fera demain quej'irayà
vostre Bord. Sa Majesté luy,
parla encor plusieurs sois
pendant son Soupe, & toutes
la Cour luy fit mille hôn-î
nPestetrezià ln'exemcpleede c.es
Sonneuil, Introducteur des
Ambassadeurs, ayant cité
prendre Mrle Comte d'Oxord
& MrleColonel Churchill
dans les Carrosses de
Leurs Majestez, les mena
,
l'Audience. Ils l'eurent du
Roy, de la Reyne, de Monei&
gneur le Dauphin, de i Madame la Dauphine, de
Monsieur, &de Madame.
l' Mrle Duc de Villa-Hernosa,
Gouverneur des PaïsasEspagnols,
ne pût voir
la Majesté si proche des
Villes qui appartiennentau
Roy son Maistre, sans luy
envoyer faire compliment;.
Il choisit pour cela Mr le
Marquis de Warnies, Gou-
"— r—" 1 verneur de Courtray, quiij
eut audience deSaMajeste
apres Mr le Comte dOx~
ford, ôc luy présenta unes
Lettre de la part de Mr les
Duc de Villa-Hermosa.
Le IneÍlnejour,le Roy
monta sur le Vaisseauques
je vous ay dit avoir elles
amené de Brest. Il se nomme
l'Entreprenant, ôc ellf
commandé par Mr le Che~î
valier de Lhery. Laconstruaion
en est tres-belle. Di.::
~écries Figures en fontl'or-
~nemenr, avec des Festons &
les Feüillages. Son Avant
& son Arriere sont remplis
d' Ouvrages de Sculpture
bronzez & relevez en or sur
un fond verd. Les Armes
duRoy sontaudessus de la
Poupe. Elle soutient trois
Fanaux qui sont dorez ainsi
que ces Armes, & tout le
reste des ornemens. Il y a
au dessous une Galerie saillante.
Elle est fermée d'une
Balustrade, & sert de passage
à la principale des quatre
Chambres de ce Vaisseau.
C'estcelle du Roy. Ofl
n'yvoit par tout que de
1?01
& de la peinture. Souscette
Chambre est celle où
roit
mange. Elle est toute remplie
de Rateliersd'Armes
garnis de Mousquets,Mo
quetons, Fusils, Pistolets,
Haches & Sabres, tout cela
en tres-grand nombre. Il y
en aunetroisiémeencore
au dessous. Elle est appellée
la Sainte Barbe,&sert comme
de Magazin aux Canonniers
pour y enfèrmer tout
ce qui appartient au Canon.
On n'y trouve rien qui ne
oit peint & fleurdelisé. La
quatriéme de ces Chambres
est à costé de celle du Roy.
1 fautvous dire dansquelle
nagnificence de Meubles
~eVaisseau parut. Ilyavoit
ingt- deux Sieges- plians,
& deuxFauteüils, dans la
chambre du Pvoy
,
le tout
l'une Brocatelle de Venise
fond blanc, nuée de tout
~ouleurs, outredeux
Portie
~es dela mesme Etose. Tout
Meuble estoit garny de
rangesd'or, & les Bois des
ieges & des Fauteüils esoient
dorez & scul ptez. Il
y avoit dans la Inehllej
Chambre un grand Miroir
à bordure de glace, avec des
ornemens de vermeil, <3d
une Table de marqueterie,
soûtenuë de quatre Figuresj
&deFestons,dorezainsî
que les Guéridons, avec le
Portrait du Roy accache
comme le Miroir avec de
gros Festons deRuban couleur
de feu & argent. La
Chambre qui est ç> a costé de
celle-cy , estoittapissée de
Damas blanc, à bandes ôc
bordures de Moüere d'or.
Il y avoit unLit de la mesne
Etose, garny par tout
de Crêpines ôc de Franges
d'or,aussi-bien que les Fau-
~:cüils, Tabourets & Portieres.
La Bordure du Miroir
estoit de glace, &: ornée de
Chifres de vermeil doré.
Un Bureau de pieces de raport
accompagnoit ce que
~e viens de marquer, & c'estoit
par tout un si grand
éclat, qu'il seroit fort malaisé
de rien voirde plus magnifique,
de mieux entendu,
& de plus brillant. La
Balustrade qui ferme la Galerie,
estoit couverte d'un
richeTapis pour s'appuyer.
Le Vaisseau est monte de
cinquante-six Pieces de Canon,
aupres de chacun desquels
estoient d'un' costé
son Refouloir, Tireboure &
Escouvillon, & de l'autre, le
Porte-gargousse & le Boutefeu.
Voicy ce qui compofoit
l'Equipage. LaCompagnie
de MrleChevalier de
Lhery,formée de centHommes,
tous Gens bien faits&
choisis, ayant chacun environ
cinq pieds huit pouces
de hauteur, & faisant admirablement
bien l'Exercice;
~tn Capitaine en second, qui
est M* de Paliere,quatre
ieutenans5 sçavoir, Mr de
Courcelles, M' de Rouvroy,
A£ le ChevalierdeVillars,
& Mrle Baron des Adrets;
rois Enseignes, qui sont
MrDesgleraux, Mrde Beaueu
, & Mrle Chevalier de
Sault; seize Gardes de Ma-
~ine; soixante & huit ofIi.
ciers Mariniers,¢ quare-
vingts deux Matelots.
Quantité de Banderoles
blanches ornoient le Vaisseau.
Toutl'Equipage parut
dans une magnificence. qui
ne se peut concevoir.
Le fond des Juste-à--corps
des Capitaines, Lieutenans,
& Enseignes, estoit bleu;
maisquant à l'or & l'argent
dont on les voyoit couverts,
à peine y en avoit-il deux,,
d'une mesmeforte, les Ga-
Ions d'or & d'argent des uns
n'estant pas moins diférens.
que la Broderie des autres.
Le reste de leur ajustement
estoit d'un fort grand éclat.
Sila Noblesse Françoise,
sans le secours mesme d'aucun
ornement, a toujours
un certain air qui marque
les avantages que luy donne
la naissance, jugez combien
elle doit paroistre quad
elle cherche à se distinguer,
qu'elle a dessein de plaire
au plus grand Prince du
Monde. Le Roy qui devoit
donner à toute sa Cour le
plaisir de voir un Vaisseau
armé, n'avoit point douté
que les principaux Officiers
qui seroient dessus, ne se
missent en état d'estre remarquez
par la dépense qu'
ils auroient faire; mais com- au.1-o ent f~il-Le. mais conime
il vouloit que toutrépondift
à ce qu'il attendoit
d'eux, afin que la satisfaction
des Dames en fust plus entiere.
Il avoit fait habiller à
ses dépens les Gardes-Ma:
rines, les Officiers Mariniers,
lesSoldats & Matelots.
Ainsi jamais on nevit
rien de si leste sur aucun
Vaisseau.
Les Juste-à-corps des seize
Gardes de la Marine, & des
quatreSergens, estoient d'E..
carlate, avec deux galons
d'or parderriere, & un sur
chaque couture. Les Paremens
des Manches, & la
veste,estoient de Velours
~erd,letour orné d'un galon
l)or de mesme que la Cuote,
qui estoit aussi d'Ecarate.
Ils avoient des Bas de
couleur de feu, des Baudriers
de Buffle garnis d'un
doublegalon d'or, des Echarpes
de Taffetas blanc,
cordées de Frange ainsi que
es Gans; des Sabres do-
'ez) des Chapeaux noirs 6c
les Plumes blanches, des
Cravates en maniere de Ra-
::>ar, renoüées d'un Ruban
verd &rouge,&desNoeuds
d'épaule & d'Epée de meCme,
avec une Crépine d'or
au bout.
Les principaux Officiers
Mariniers,, qui sont deux Pilotes,
le Maistre, le Contre-
Malftre, le Maistre Charpentier,
deux Maistres Canonniers,&
leCapitaine des;
Matelots, diféroient des;
Gardes-Marines & des Ser-.
gens, en ce que l'Etofe de:
leurs Juste-à-corps estoit
bleuë, leurGalon d'un autres
dessein, & méfié cd'a>rgent, leur Sabre argenté, & leurs;
Rubans de Ponceau.
Les Habits desMatelots;
qui devoient monter aux
^/oiles; estoient fort omnodes.
C'estoit un demy
usse-à-corps, ayant les
manches ferrées & boutonnées
sur le poignet. Il estoit
l'Ecarlate
, avec un Galon
or & argent sur chaque couure.
La mesme chose sur
outesles coutures de leurs
Bonnets, dont le bout retomboit
avec une houpe or
&argent. Ilsestoientrouges
ainsi que leurs Bà. mais le
evers enétoitdeSatin noir,
Lvec un Galon or & argent
t>
autour du bord. Ils avoient
des Chauffes bleues,avec un
Galon aussi or & argent sur
les côtez, une Echarbe blanche
garnie d'une Frange
d'or, des Escarpins blancs,
ouverts par les cotez, & des
Cravates de Tafetas noir,
avec une Frange d'or.
Les Matelots destinez à
demeurer sur le Gaillard, 8c:
tous les Chefs deFile,avoient:
des Juste-à-corps de la grandeur
ordinaire, garnis sur le:
devant, sur les manches, le:
long des poches & parderriere
,
de gros Boutons &
Boutonnières à queuë or ôc:
argent, ainsi qu'on enmets
sur les Casaques qu'on ap--
~lle Brandebourg. Leurs
pilotesestoientbleuës avec
deux Galons sur les costez;
eurs Bas, rouges; leurs Souiers,
bronzez; leurs Cravacs)
noires à pointes renoüées
de moletd'or & d'argent,&:
autour du col, sans
ubans. Ils avoient encor
chacun une Echarpe blanche
garnie de franges par
es bouts, ôc de molet tout
autour,& un Bonnet rouge à
5 c?
a Polonoife, doublé deVeours
vert par le devant, avec
les Boutons & des Bouton,
nieres comme ceux des
Juste-à-corps, un Galon or
& argentsurles coutures,
& une Houpe aussi or & argent
sur le bout.
Tous les autres Matelots
avoient un Bonnet semblable
à ceux-cy ,
à la réserve
qu'il n'y avoit qu'un petit
Galon or &argent par tout
surles coucures. Ilsavoientaussi
des Cravates,& des
Echarpes pareilles à celles
que je viens de vous décrire;
un petit Jupon rouge tombant
un peu au dessous de la
poche, garny sur lescouleures
d'un Galon or & argent
large d'un grand doigt;
une Culote bleue,avec un
Galon sur les costez, des
Bas rouges,& des Souliers
blancs & fort plats.
Les Soldats qui composent
la Compagnie de Mrle
Chevalier de Lhery, avoient
tous des Juste-à-corpstirant
sur la couleur de musc, avec
un Galon d'or sur chaque
couture. Le revers de leurs
Manches estoit orné d'un
pareil Galon, ainsi que leurs
Chausses & leurs Vestes- la
Vesteestoit de Drap verd,
& les Chausses rouges. On
ne peut rien voir de plus
beau, ny de plus riche qu'estoient
leurs Bonnets. On
lesavoir faits à la Polonoise,
d'un Etofe rouge doublée
de Veloursverd avecunGalon
d'or sur les coutures.
Une Houpe d'or faisoit retomberla
pointe de ces
Bonnets,
au devant desquelson
voyoit un Soleil d'or. Leurs
Cravatesestoient de Tafetas,
noir, garnies d'une frange
d'or, & renoüées d'un Ruban
verd ôc couleur de feu,*.,
avec des noeuds d'épaule des
xnefines couleurs ayant unE"r
frange d'or au bout. Ils,
avoient des Echarpes blanches
frangées d' or, des
Baudriers de BuRe, des Sabres
dorez & garnis d'un
noeud de Ruban couleur de
feu & verd, des Souliers
bronzez, & des Bandolieres
de Cuir de Roussy, frangées
aussi d'or, ainsi que les
Gans. Les Chifres du Roy
estoient sur ces Bandolieres
avec des Couronnes en broderie
d'or.
Les Tambours avoient
des Juste-à-corps tout couverts
de Galon dor, des
Bonnets d'Ecarlate d'une sa
çon extraordinaire, garnis
du mesme Galon, & des
Caisses magnifiques donc
les Cordons estoient de soye,
bleuë, meslez de fils d'or.
Il me reste à vous apprend
dre ladisposition de toutl'Equipage.
Les Gardes de la,..
Marine estoient sur la Dunete,
mis en bataillon; ez:
deux Files de Matelots rangez
sur les aîles depuis les
Cabanes jusques au Fronteau,
avoient à leur teste ME,
le Baron desAdrets. Cha^-
cun tenoit àlamain une.pe~n
cite
ite Pertuisane toute dorée,
le au milieu de leurs Forts
tftoient les Armes du Roy.
I Onvoyoit sur le Gaillard
dix-huit Matelots par bandes,
avec chacun une Perrnifane
comme celle des
Gardes-Marines. Les deux
premiers Pilotes estoient aupleres
du Mats d'Artimon, &
Maistre sur le milieu du
Gaillard.
> Sur les Liffcs d'entre les
deux Chasteaux, estoit une
file de Matelots avec des
Habits moins riches, ayant
à leur teste Mr les C.heVL
liers deBeauicu & de Saux.
Les Chefs de File avoient
tous des Brandebourgs, ôc:
estoient armez de Pertui- fanes.
Quatre autres Files
occupoient
le Chasteau d'Avant
deux d'un collé,& autant dé
l'aurre.Chaque Matelot
estoitarméd'uneHallebarde,
ayant seulement une
moicie de son fer dore'e?
MrsdeCourcelles&Defgle-i
reauxestoient aHrrrrteste..: Ilyavoit quatre Omciem
Mlaerinsiersa-auîmlilieeu &s(u.ifc
Une autre File de Matelots
estoit à droit& à gauche,
~c quatre petites aux deux
entrées du Corps-de- garde.
Ils avoient aussi des Hallebardes:
1 mais aucun Officier
n'estoit à leurteste parce .,)il:r qu'on n'est presque point
en veuë en ce lieu-là.
? On avoit rangé les Soldats
en Bataillon entre les
Jdtux Chasteaux, avec M18
•dcJ&ouvrov 3c de Villars à
leur teste. Quatre Sergens
estoient aussi à la teste & à
la queue, maisils se tenaient
r[ur les aîles. Les deux Maîtres
Canonniersestoient à
laSainte Barbe.
Toutes choses ayant esté
ainsipréparées pour la reception
duRoy sur l'Entreprenant,
( ce Vaisseauestdu
port de milleTonneaux, )
Sa Majesté s'embarqua sur
une Galiote toute dorée devant
& arriere, for un fond
bleu. Elle estoitornée par
tout de divers ouvrages de
Sculpture, & couverte d'un
Tendelet de Velours rouge:
cramoisy à Fleurs d'argent,,
garny de Crépines à franges
or & argent. Les Matelas,,
Rideaux&Coussins,estoient
de la mesme Etofe. Elle avoit
en Poupe & au haut de son
grand Mast, desPavillons
.de Damas blanc, & au 111i.
lieu de ces Pavillons, les Ar-
•mes de Sa Majesté en broderie
d'or. Tous les endroits
qui devoient estre garnis de
Cordages, l'estoient de Cordons
de soye cramoisy 6c on
Il y avoit dans la Galiote
rvingt Rameurs vestus de
Juste-à-corps d'Ecarlate,
garnis de Boutons appellez
Brandebourg, or& argent,
& fort relevez,& ayantdes
Chauffes bleuës, garnies de
la mesme forte. Leurs Bonnets
estoient rouges, avec
une houpe & un galon d'or
sur les coutures. Des Brandebourgs
pareils aux premiers,
ornoient le revers de
ces Bonnets quiestoient de
Velours verd. Ils avoient de
lafrangeor&argentàleurs
Cravates. MrPanetiertenait
le GouvernaildelaGaliote,
&MJulien Enseigne estoit
sur la Prouë pourobliger les
Rameurs à observer l'ordre.
Cette Galiote estoit suivie
de plusieurs Chaloupes peines
ÊE couvertes de Tendects-
de Damas de diférentes
couleurs; le tout garny de
crêpinesfrange
:J'
& molcc
or ôc argent, accompagnez
de Rideaux & de Couffins
de mesme parure. Tous les
Seigneurs de la Cour estoient
dans ces petits Bastimens.
Si-tost qu)o., vit avancer
sa Majêsté,Mrle Chevalier
de Lhery fit commandement
à tous les Matelots du
Vaisseau de poser les armes àterre,&demonter enhaut
sur les Vergues & dans les
hauts bouts. Chacun obeït
avec une diligence merveilleuse.
Jugez
au
brillant effet
que pouvoir produire la magnificence
de tout l'Equipage,
jointe aux riches ornemens
dont je vous ay fait
la description. Le Roy en
flle tres-content, & trouva,
en arrivant au Vaisseau, un
Escalier fort commode,dont*
les Balustres estoient de fer,
peint de bleu, avec des filets,
d'or. Mr de Paliere l'attendoit
au
basdecetEscalier.
Mr deCourcelles, Mr de
Rouvray, Mr le Chevalier
de Villars, Mrle Baron des
[frclrëts, MrDesgleraux,Mr
llêliêaujeu.,&M"le ChevalierdeSaulx,
estoient tous '---l'- - - en hayelelong de la Balustrade.
Mr le Chevalier de
Lhery reçeut leRoy au haut
1Jumefme Escalier. Il estoit
accompagné de Monseigneur
leDauphin, de Monsieur,
de Son Altesse Sere"'-
nissime, de Meilleurs les
Princes de Conty & de la
Roche-sur-Yon, & de plusieurs
Seigneurs de sa Cour.
.-
Ce Prince ayant ordonné
d'abord à Mr le Chevalier
deLhery defaire descendre
les Matelots, ils se remirent
dans leurs Portes avec beaucoup
d'ordre, & un silencë
qu'on n'avait pu jusqu'à présent
faire garder aux Gens
de Marine.
-
»
Sa Majesté dcfcendit en
suite dans la Chambre des
Armes, qu'elle trouva en
tres-bon état. Elles efïoient
rangées d'une maniéré extraordinaire,
& qui Iuy,.plQt-
fort. Elle descendit encor
dans la Baterie baffe, qui
estoitextrémement propre/
& dans le melme état que
le Vaisseau eust dû compatre;
apres quoy Elle visita
tout le Vaisseau jusques
la Sonde aux Poudres, &
au Fond de cale,faisant
l'honneur à Mr le Chevalier
de LhclX de luy donner
quelquefois la main pour se
soûtenir, & luy demandant
le détail de toutes choses.
La Chambre du Roy, ôc
celle de Mrle Chevalier de
Lhery, parurent si propres,
qu'il n'y eut personne qui
n'en fust surpris.SaMajesté
mesme en trouva les Meubles
si somptueux, qu'Elle
crûtqu'on les avoit achetez
iTes dépens.
Le Roy estant remonté
sur la Dunete du Vaisseau,
voulut voir faire l'Exercice
des Voiles aux Matelots. IIsi
s'enacquiterent avec beaucoup
d'ordre, &ce fut queIJ
que chose de surprenantque
leur silence. A cet Exercice
succeda celuy des Armes.
qui fut fait par les Soldats.
La justesse avec laquelle ils
executerent tout ce qui estoit
de leur employ, les fit
admirer. Apres cela, Mr le
Chevalier deLhery fitde"-
endrel'Abordage par les
soldats & par les Matelots;
comme ce Chevalier s'essoit
mis à la teste l'Epée à la
main, & qu'il alloit de costé
& d'autre avec beaucoup
d'action, le Roy dit à Monseigneur
le Dauphin. Voje%
wons le Chevalier comme il
agit? Il s'est trouve dans une
pareille occaftoll, mais ce riestoit
pas un jeu; il len tira
fortglorieusement. Sa Maljcfié
commanda en fuite
qu'on fifi: l'Exercice du Canon,
qui la satisfit beaucoup
; & apres avoir demeuré
deux heures & demie
dans le Vaisseau, Elle en fortit
en loüant Mrle Chevalier
de Lhery, & témoignant
estre fort contente du silence,
du bon ordre, de la diligence
des Maneuvres, ôc Oy de la disciplinedesSoldats,
mais sur tout de ses services,
dont Elle luy fit sçavoir qu~~
Elle se fouviendroit, en prenant
foin de son avancement
& de sa fortune.
Le mesme jour, sur les
trois heures apres midy, la
Reyne vint voir ce magnifiqueVaisseau,
accompa-(
gnée de Madame la Dauphine,
de Madame, de Mademoiselle
d'Orleans, & de
la plus grande partie des
Dames de la Cour. On avoit
fait faire un Pont qui alloit
de terre jusques au Vaisseau,
afin qu'elle y montast plus
commodement. Les mesmes
Exercices qui avoient
esté faits devant le Roy, furent
recômencez pour cette
Princesse. SaMajestéyprit
beaucoup de plaisir, & n'en
eut pas moins à voir les Apartemens
de ce grand &
superbe Bastiment. La richesse
ôc la propreté des
Meubles, plûrent fortà toutes
les Dames de la Cour.
Auflï donnerent-elles beau-,
coup de loüanges à Mr le
Chevalier de Lhery, fiir ce
qu'il s'entendoit en toutes
choses. La Reyne se fit apporter
la Collation dans le
Vaisseau, où Elle demeura
pres de trois heures. Mrle
Chevalier deLhery fîtservir
aux Dames quantité deGlaces
; & pendant que la Cour
a sejourné à Dunkerque, il
a donné plusieursmagnifiquesCollations.
Il en donna
me le 28. à Monsieur le
Prince de Conty, à Mefclanes
lesDuchesses deClic,
preuse & de Beauvilliers, à
Mrle DucdeChevreuse, à
Mr l'Ambassadeur de Suede,
à Mrle MarquisdeMaulevrier,
à M" deS. Géran ôc
de Thury
,
& une autre le
lendemain à Mesdames les
Duchesses de Cru(Toi &de
la Ferté, à Madame dela
MÕille) àMesdames de
Seignelay&deMaintenon.
.1
L'apresdînée du irnefàio
jour que le Roy eustesté sur
ce Vaisseau, il fit le tour des
Remparts de DunkerqueJ
&visita les Fortifications par
dehors, aussi bien que,le;
Risban,qui est une eipece
de petit Fort que l'on fait
faire au bord de la Mer. Sa.
Majesté donna les ordres:
particulièrement pour faire'
mettre le Port en bon étad
Il y a déja quelque temps]
que pour le rendre meilleur,
on commença deux Jettées,
que l'on faiten droite ligne
au travers du Banc jusques à
la Rade. Ellessont éloignées
l'une de l'autre d'environ^
J
quarante toises, & fort avancées
présentement, quoy
qu'elles en ayent près de
mi1le de longueur. Pour
donner une entiere [cûrcté
à cette Rade, on doit construireunRisban
au bout des
Jettées, & un autre dans la
Mer vers la pointe occidentale
d'un Banc fait en croissant,
& qui ayantses pointes
tournées vers la terre, semble
n'avoir estéainsi disposë
que pour défendre la Rade.
Il y a plus de cent Pieces de
Canon rangées sur le. bord.
duPorc. Ce Port se vuitle:
entierement dans la basse
Mer, & alors on ouvre les
Ecluses dont l'eau le nettoye
aussi-bien que le Canal.
Dans les hautes marées de
la pleine & nouvelle Lune,
la Mer croist dans le Port de
plus de dix-huit pieds. Le
Canal qui va du Port à la
Rade, a un de lieue, *&
il est accompagné presque
dans toutesa longueur d'une
Jettée de bois garnie depierres.
On a fait un Risban au
bout du Canal, dans la Mer,
entriangle sphérique, dont
un coite regarde le Canal,
l'autre la pleine Mer, &le
troisième le Banc du Château.
Le28. ayant cité destiné
pourfaire laReveuë decinq
Bataillons François, & de
deux Bataillons Suisses, qui
font en garnison dans I9.
Ville & dans la Citadelle,
le Roy les vist à son ordinaire
c'est à dire avec
une application qui luy fait
aussitost connoistre le fort
& le foible de tout ce qu'il
voit. Il visita en fuite la Citadelle
,
& fit lâcher les Ecluses.
Si l'on examine tout ce
queSaMajestéafaitàDun
kerque,dansle peu de temps
qu'Elle y a passé, on aurapeine
à comprendre coirU
ment Elle a pu suffireàtant
de fatigues. Joignez à tout
ce que je vous ay déjà dit,
qu'Elle ne laissoit pas d'estre
tous lesjours au Conseilpendant
plusieurs heures.
retLoeur2n9a.sauprrès midy, leRoy leVaisseaul'Entreprenant,
& y fit faire toutes
les Maneuvres dont il est
possible de se servir. Mr le
Chevalier de Lhery le reçeut
avec son Equipage, comme
s'il eust esté en Mer. La
moitié faisoit le quart, qui
:est la Garde, & cette Garde
fut relevée devant ce Prince,
par l'autre moitié de
*
l'Equipage.
Ensuite Sa Majestéordonna
à Mrle Chevalier de
Lhery, de mettre son Vaisseau
dans l'état où il doit
estre quand il y a occasion
de combatre. Cela fut fait
aussitost.On fit agir le Canon
en confusion, comme
s'il eust tiré dans un Combat.
LeRoy, & toute la Cour, y
prirent beaucoup de plaisir.
Apres cela,l'Abordage fut;
défendu aussi en confusion!
par les Soldats, & les Matei.
lotsquiavoientplusieursArmes
diférentes,les uns des
Sabres,des Haches d'armes;
& des Pertuifannes; & les
autres, des Hallebardes, des
Epées, des Epontons, des
Mousquetons, &desPistolets.
Cet Exercice finy, le
Roy voulut voir manger
l'Equipage,&ne sortit du
Vaisseau qu'aprèsy avoir demeuré
plus detrois heures.
Il entra de là dans sa Galiote,
accompagnéde MonseigneurleDauphin
,deSon
AlteÍfe
~ltesseSeremmme, de Meseurs
les Princes de Conty
& de la Roche-sur-Yon, &
le Mrs les Ducs de la Rochejoucaut,
& de Duras, pour
[nervoir leCombat de deux
frégates qui se tenoient
prestes à luy donner ce plai- sir. L'une,appellée l'Adroit,
iftoit commandée par Mr
netiey, Capitaine deVaisfani,
& montée de trentesix
pieces de Canon. Mr Albert)
Capitaine deFrégate
legere) commandoit l'autre
quiestoitmontée de trente.
Onla nomme la Serpentez
Sa-.MljCfté fit l'honneur à
Mrle Chevalier deLhery de
L: faire entrer dans sa Ga^
liote, afin d'y tenir le Goupveargnnaéiel.
LaReyne, accompiime
de Madame la Dau- jdeMadame,deMademoiselle
d'Orleans, & de
Mefdanies de Montespan,
deCréquy,deRichelieu,
dcot'ilcdela Ferté& de
MiKinteiion suivitdans une
autreque"ia peinture & l'oq
rendoient magnifique.Elle
cftoit couverted'un TeniJ
let de Damas ronge-cranoisy,
garnyde Crêpine,
leFrange, & de Moletd'or,
- i y avec..le, mesme ornement
ux Matelas, Rideaux&
Coussins. Mr de Selingue,
capitaine de Frégate légere,
~ut le soin du Gouvernail.
Toutlereste de la Cour en-
~ra dans d'autres Chaloupes,
pareillement peinte s & dosées.,
& couvertesde Tendelets
deDamas dediféren-
»et couleurs, avec Rideaux
SeCAoussins•gaIrnis aussi de Crêpine, de Frange,& de
Mcflet d'or.
Toutes ces Chaloupes s'eCtant
arreftées à l'entrée di*
Port, le signalfut donné.
pour le Combat, & aussitost
la Frégate l'Adroit leva l'An..,
cre. Toutes lesdeux firent
diverses Maneuvres pour
se disputer le vent. L'Adroit
envoya sa bordée à la
Serpente. La Serpente prit
sontemps pour envoyer la
sienne à l'Adroit. Elles venoient
quelquefois jusqu'à
la portée du Pistolet, s'éloi-:
gnoientensuite, regagnoit
lleevveennttl'lu'unneesÚutrr tl''aauuctrree~, 3&c
firent durer ainsi le Combat
pendantplus d'une heure,
*
avecune entiere satisfaction
le toute la Cour.
l' Pendant le séjour que le
Roy fit à Dunkerque, comme
la Cavalerie de sa Mau
son est tres-nombreuse
,
les
Gardes du Corps, les Gensdarmes,
Chevaux
-
Legers,
Mousquetaires, & Grenadiers,
camperent aux environs
de 1la Vtiille,sous Tl:e com.-'1
mandement de Mr le Duc
deNoailles. Sa Majesté
avant sondépart, marqua
plus particulièrement à Mr
le Chevalier deLhery combien
Elle estoit contente de
la beauté du Vaisseau,& de
l'Equipage, du bon ordre
qu'Elle avoit vû observeren
touteschoses, &sur tout de
l'intelligence de ceux qui
estoient dedans, par des gratificationsdignes
d'Elle.
Elle donna
12000 1. à ce Chevalier.
2000 1. au Capitaine en
second.
1000 1. à chacun des quatre
Lieutenans.
600 l. à chacun des Enseignes.
300 l. au Maistre du Navire.
f ioo 1. à chaque Garde de
Marine.
t 4000 1. au Soldats & Ma-
[elots.
[ &: 100 1. à l'Aumônier,
r Monseigneur le Dauphin
tfîr ressentir aussi des effets de
ia. libéralité à tout l'Equipage,
Il ne faut pas oublier
à vous apprendre celle de
M' le Prince de Conty. Le
jour que ce Prince alla voir
l'Entreprenant,un Matelot
failant l'exercice de la Maneuvre,
tomba d'aucz haut
sur une Piece de Canon, &c
de là dans l'eau. Il fut tiré
de la Mer dangereusement
blessé de sa chute. Mrle
Prince de Conty l'ayant appris,
layUonnadouzeLouis,' le
bt porter dans une Maison)
ot, il voulut qu'on prist
foin de luy,&envoya ordre
en mesme temps pour faire
payer tous Ijs jours la dépense
que feroitce Malheureux.
Je ne doute point, Madame
, que vous ne vous
souveniez de tout ce que je
vous ay dit de ce jeune
Prince, dans la Relation
particulière que je vous ay
envoyée de son Mariage.
Vousvoyez quil soûtient
en toutes choies son ca.f
ractere de bonté & de genérosité,
& que cestoit avec
connoissance&avec justice,
que dés sa plus tendre enfance,
la Cour le regardoit
avec admiration, & en avoit :conçeu de si hautes espérances.
Le 30. les Envoyez Extraordinaires
d'Angleterre,
après avoir esté régalez par SaMajesté, & par plusieurs
Personnes de marque, eurent
leur Audience de congé,
& reçeurent chacun le
Portrait du Roy dans une
Boëte enrichie deDiamans.
Ce mesme jour te. Roy
partit de Dunkerque, apres
avoir donné quarante mille
livres aux Magistrats,à cause
qu'ils ont beaucoup contribué
aux Armemens de Mer.
On avança le long du Can.
l, & en suite on trouva un
beau chemin qui conduit à
Ipres, & quiest fermé de
d.:ux grands Fossez, sans aucuneroutedetraverse.
La
Reyne alla tout droit à Responde,
où il tirait arresté
qu'on dîneroit. Le Roy qui
estoit à cheval,ainsi que
Monseigneur le Dauphin;
voulut voirleFort-Louis &
le Fort-François;entre Dunkerque
& Bergue S.Vinox.
Ils sont tous deux quarrez;
avec des Ravelins, & environnez
-
de Marais. Le premier
est revestu
, -
& l'autre
palissadé. Sa Majesté vint
de là à Bergue, où ayantesté
reçeuë hors les Portes par
Mr de Casaux qui en est le
Gouverneur, Elle fit reveuë
de la Garnison rangée en
bataille dans la Place d'Armes)
&visita les Ouvrages
de la Ville. Tout cela se fit
avant que dese rendre à
Responde, où toute laCour
se rejoignit.
Leurs Majestez arriverent àIpres sur les cinq heures
du foir. MrleMaréchal de
Humieres Gouverneur General
deFlandre, & Mrle
Marquis de la Trousse, les y
reçeurent. Ce dernier est
Gouverneur de la Place. Les
Clefs furent presentées au
Roy, qui après avoirelle
harangué par lesMagistrats,
se rendit à la Maison de-MI:
le Marquis delaTrousse, où
saMajestédevoitloger, &
qu'Elle trouva magnifiquement
parée. Comme Elle
n'estoitjamais venuë à Ipres,
lajoye que les Habitans eurent
de lavoir, fut sigrande,
qu'il m 'eil: impossible de
vous la representer. Il n'y a
aucun de mes Mémoires
qui ne porte que cet auguste
Monarque n'y a pas
esté reçeu comme un Homme,
mais comme quelque
chose de plus.Toutes les
Ruës qui devoient servir à
son passage, estoienttapis-
[êcs de plusieurs Lez de
Drap bleu & blanc, que
l'on avoit toutcouverts de
Fleurs de Lys aussi bleuës
& blanches, les bleues sur
le Drap blanc, & les blanches
sur le bleu. On avoit
non feulement semé le pavé
de toute forte de Fleurs
mais le haut des Ruës en
estoitencor remply de la
mesme forte que je l'ay marqué
en parlant de S.Omer.
On en voyoit diférens Fcfetons
en l'air, qui joints à la *
verdure, produisoient un
tres agreable effet,aussi- 1
bien que les feuillagesqui
ouvroient les murailles des
Maisons, depuis le haut JUCques
sur le Drap, qui te-
~loit lieu deTapisserie. On
voyoit aussi de dix en dix pas,
les Couronnes de Fleurs
oûtenues en l'air. Dans
~rois de ces Ruës ily avoit
un Arc de Triomphe,
avec des Trophées d'armes
& des Inscriptions Latines
à la gloire de Sa Majdlé.
Depuis la Porte par où l'on
entra jusques au Logisqui
luyavoit esté preparé, deux
doubles hayes de Soldats,
yeftus d'une maniere qu'on -
auroit pû dire magnifique,
occupoient les deux cofiez;J
& quatre milleHommes qui
font en garnison dans la
Ville, estoient en barailfd
sur la Place d'Armes. Quoy
que les Troupes du Roy
soient toûjours fort lestes,
la beauté de leurs Habits ne
laissa pas de surprendre. Le,
foir toutes les Fenestres se
trouverent remplies de lumieres,
& l'on alluma un
dgerasnd nombre de Pyramide
Lanternes qui avoiét
esté dressées en divers lieuîfy
de la Ville. Quatre Soleils
le vingt pieds de diametre,
~arurent en feu sur la Tour
de la Cathédrale. Il y avoit
~utre cela dans toutes les
Places &dans la plûpart des.
Rues, des Feux en pyramilds,
presque aufli hauts que
es Maisons les plus élevées;
le sorte que de quelque
~osté que l'on se tournast,
on nevoyoit que lumières
ic que feu. Les Roys de
Franceestoient peints de
lur hauteur dans toutes les.
Fene stres de l'Hostel de
Ville,ce dcIcaquuifsaeisoit un tres- del'illumination
; & sur la Porte du
mesmeHostel paroissoitune
grande Figure du Roy couronnée
par la Victoire, avec
cette Inscription, Luiovico
XIV.Sen.itus Yprenfis
Regisuopsuit. Le Soupé:
du Royfutmagnifique. Il y
eut en suiteMusique & Co-'
mmééddieie. .LLeessDDaammeseds 'Idp'Ipreress''
s empresserent pour entrer,
& virent souper Leurs Majestez,
qui allerent le lendemain
31. à Nostre-Dame.
C'est: une des plus belles
Eglises de Flandre. Le- Te,
Deum y fut foleninellemteiit3
chanté. Le Rov &Monseigneur
le Dauphin employerent
le reste de cette journée
à visiter la Place, ôc à faire
la reveuë de la Garnison; &
la Reyne&Madame laDauphine,
à voir les autres Egliùsy
& la plûpart des Cunvents.
Elles acheverent par
les Jesuites, où le Roy lé
trouva avec un tres-grand
nobre de Seigneurs. Toute
la Jeunesse de laVille estoit
en armes pour donner à
MonseigneurleDauphin
un Divertissement qu'elle
luy avoirpréparé.Elle avoir
déjà paru à rentrée de Leurs
Majestez, divisée en six
Compagnies, représentant
diférentes Nations. Le plus
vieux de cette Troupe n'avoir
pas douze ans, &celuy
qui lacommmdoit enavoit
à peine quatorze. Ils estoient
tous habillez tres - proprement,
& firent l'Exercice
anssi bien & avec autant de
justesse que le meilleur Regimentl'auroit
pu faire On
prit ce plaisir pendant deux
heures. Il y eut encor le soir
de fort grands Diversisser.
ens au Soupé;& pendant
sèjour que Sa Màjesté a
lit à Ipres, ce n'a ellejour
nuit que réjùüissance.
pilslc estoit si générale, que
Religieusesappellées Bearresoientdans
les
tous les Officiers du
Roy pour les faire boire;
)n ne doit point s'étonner
le l'amour de ce Peuple
jour lés François. Ila être
ortlongtemps tous leur donimation
avant que Louis
LE GRAND eust pris cette
place sur la fin de la derniere
guerre;& comme ses Habiuns,
s'en estoient tres-bien
trouvez, ainsi que de leur
Gouverneur, pourlequel ils
avoient une atlcétion particuliere,
ils ont toûjours conserve
les mesmes sentimens
pour la«France,
Ipres est une Vicomte
dont le Domaine s'érend
fort loin. Il y a peu de Villes
aussi riches&aussi marchan,
des dans tout le Païs. Le
Comte Baudouin, Fils du
Comte Arnould, en fut le
Fondateur en960. Elle est
bien bastie, environnée de
Marais, & toute remplie de
fortbeaux Canaux. Janfeflus
en a elle Evesque, 6c est enterré dans l'Eglise
le S. Martin.-Le Roy fait
ortisier la Place sur les Despins
de rvfde Vauban, ôc
j'estce fameux Ingénieur
lni en a le foin. Cette Ville
esté prise deux fois par les
françois. Modeur le Prince
commandoitau premier Sie..
re, & le Rey a commandé
u sécond
-
en propre peronne.
Le Gouverneur qui
ut l'avantage de soûtenirle
lernier, s'acquita si bien de
on devoir,qu'ilmérita les
oiianges de SaMajeslé, qui
s'estant trouvée à plusieurs
Sieges, avoiia qu'Elle avoit
veu peu de Places qui se fuifent
mieux défendliés&que-,, le Canon y avoit esté tresbien
servy.
Le premier d'Aoust toute
la Cour partit d'Ipres,& vint
dîner à Gelevve pour le ren,
dre à Lile. Quelques-uns.
passerent par Warneton,
d'autres par Menin. Le Roy
& Monseigneur leDauphin
citant à cheval, prirent la,
derniere route, & visiterent,
les dehors de cette Place.,
MenineA sur;la Lys. Mr dçi
- Vauban
Fauban le fait sortisier.
Quoy que les Habitans de
jleeuuencdéjaeu l'honsur
de voir plusieurs fois
a Majesté,ils ne laisserent
pas de la recevoir avec autint
de zele & de préparatifs,
que s'ils n'eussent point en-
:or jouy de cet avantage.
ses Magistrats la complinenterent
en arrivant, & la
Garnison estoit rangée depuis
la Porte par laquelle enrerent
Leurs Majestez, jusques
à l'Hostel de Ville, ou.
eur Logement avoit esté
préparé. Je nevousparleray
point desRuës tendues,&
jonchées de Fleurs. Il ne
s'est rien fait à cet égard
dans S.Ormer&dans Ipres,
qui n'ait esté fait avec les
mesmesdémonstrations de
joye dans toutes les Villes
de Flandre que le Roy a visitées.
Je vous diray seuler
ment, pour ce qui regarde
Lile, qu'il y avoit trois
ReJfl
gimens en bataille sur l'Esplanade
de la Citadelle, celuy
de Monseigneurle Dauphin,
celuy desFuzeliers, .&l
celuy deMagalotti.
MonlePl
gncur le Dauphin devança
leRoy,visitacesRegimens,
te se mit à la teste du ficit,
DU, la demy-Pique àlamain,
il faliiaSaMajesté avec une
grace singuliere
,
& un air
coût martial. Elle trouva
chacun de ces Regimens
en fort bon état, & sit la
reveuë de tous les trois. Il
n'y avoit rien de plus magnisique
que le Regiment
Dauphin, qui est composé
de Gens,tous choisis êe trèsbien
faits. Je ne vous repéteray
point ce que je vous
en ay déja dit en d'autres
occasions, &mecontenteray
de vous parler aujourd'huy
de celuy desFuzeliers:
du Roy, dont je ne vous ay
point encorentretenuë.
Plusieurs Bataillons composentceRegiment.
Il yen.
a deux qui sont des Batailllons
de campagne, & occupez
aux Fortifications de
Longvy; deux autres en
garniion à Lile, & un à
Dunkerque. Il est corn-,
mande par M' le Duc du
LudeGrand-Maistre de FAr--
tillerie,& porMrdeBarville
Lieutenant Colonel, Ôc fut:
créé pour estre aupres du
Dation
y
& pour le garder.
Cependant il ne laisse pas
l'avoirson ranLg,c,omme lesautreRegimens - , dans les
JCCàiîons les plus périlleues,
& d'estretoujourscampé
à latelle de l'Armée, pariculierement
aux Sieges.
C'est un des plus beaux Re.:.
gimens que le Roy aità préent.
Les Capitaines sont
habillez d'un Drap d'Angleterregris-
brun & tresàn,
doublé d'une Motiere
bleueavec un Galon d'or
large de quatre doigts sur
le revers des Manches. Les
Chausses sont d'untrès-beau
couleur defeu,ainsi que les
Bas, & garnies de Galons
d'or à chaquecosté. Ils ont.
leur Baudrier tout couvert,
d'une maniere de Broderie;
d'or filé, des Boutons d'or,
des Gans frangez aussidor3
& des Chapeaux de Castor
gris-blanc, avec une Plume
couleur de fèli.L'a)uflement
des Lieutenans aproche fort
de celuy des Capiraines. Les
Sergens sont aussi fort propres.,
& les Soldats ne le
font pas moins. Ils ont des
Habits. d'un bon Drap gris>t
doublé de bleu,des Chauffes
& des Bas rouges, des Cha-
5
peaux bordez, &: des Baudriers
& des Bandolieres de
Sussie, avec des Rubans
rouleur de feu. Tous les Soldats
de ce Reçiment sont
armcz d'une Epée, d'un
Fuzil, & d'une Bayonnette.
1 n'y a que le seul Régiment
lu Roy qui ait trois Batailonsencampagne.
Tous les
utres n'en ont qu'un, &
eluy des Fuzeliers en a
!eux;
Le 2. du mois, si. tost que
a Majesté eut dîné, Elle
visita les Fortifications de la
Ville. La Reyne, Madame
la Dauphine, &Madame,,
accompagnées d'un grand
nombre de Dames des plus
qualifiées de la Cour, alle-,
rent faire Collation dans le
Jardin de la Contrescarpe.
Elles y furent magnifique-]
mentrégalées par Madame
la Maréchale deJzLumiergsJ
qui leur donna le divertissement
de deux Concerts, ôc
apres la Collation, celuy
d'unCombat que des Bateliers
firent sur l'eau. Cette
auguste Compagnie y prie:
in fort grand plaisir, & sorit
de làtres- iadsraice.
- Le soir de ce mesme jour
on tira un tres-beau Feu
d'artifice, dont la guerre des
Geans faisoit le (ujec. Je
croirois ne vous apprendre
qu'imparrfatement les cho-
(es) si avant que de venir à
cette dcièriprion, je ne vous
faisois pas voir un Discours
que les Magistrats adresserent
là-dessus au Roy. En
voicy les termes.
sIRE,
-
LaPaix,queVotreMajeHé
a donnée à toute ïEuX
vopey estlefruitd'une guerre
glorieuse, @} une marque
éclatante desa hontcodantfer
Ennemis iiéémes- ont eu ïa^
vantage de profiter. C'est le
comble de la gloire, ou Dieu,.
quia toujours beny les Armes
de vostre Majesté a voulu
qu'Ellemontast pour faire
voiràtoute la Terre L o ii is-
LE GRAND dans une élévationyquifera
lesujet de l'ad--
iration de tous les siecles.
la Flandre est témoin de la,
multitude
,
wJ de la rapidité
le vos Conquestes,qui paistrontincroyablesa
14 Pohrité.
Bileaveulepremier
le tous le* Rois à la teste de
2s Armees,comptant autant
le Triomphes,qu'on luy a "veu
faire âEntreprifcs. Enfinil
sèmbloit qu'il ne manquajt
rJlus.,rien asagloire, qu'une
generositésansexemple dans
le plus auguste des Conquérans.
Elle a paru, SIRE,
cette generosité, lors que
vo,w, "e2, donné la Baix
a,toute£Europesacrifiantdex
«victoires afjlirées au reposmesme
devos Ennemis. La.
Ville de Lile, qui est la plus
redevable à Vostre Majesté,
jouît heureusementdes avantages
dune Paixfiglorieufe.,
Elle a attendu,SIRE, tucca-
Jîon defuire éclatersa reconnoissance,
& de vous donner
desmdlrques dç la grandeur
desajoye. On a travailléavec
plaisirpourtrouver quelque
chosè3 qui eufl du rapport
avec les AEtions heroïques de
Vostre Majesté, &qui luyfifl
sonnoifire les transports de
joye qua,ce Peuple, voyant
tant d'Ennemisliguez, estre
redevables de la Paix, & de
leur conservation a f'{/ojlft
genérosité. Dans ce dejjein9
noué avons choisi plus aBis, e le plus éclatant de tous
les Blemens, qui est le Feu;
(ëjr pour donner une idée legere
de rvofire gloire, nous
nous flmmes servois de l'artifice
prodigieux de cet Element,
afin de reprêsenterun
sujetguerrier3 heroïque)
qui, comme nous ejperonsy
ne dcfigîéera pas à Vostre
JWdjeftc. Cisi la Gigantama,
cble., ou la Guerre des Geansi
que les Voetes
Appellentle\q
Enfans de la Terre. Et de
.q;raJ) pour peu qu'onfassi
réflexionsur la guerre derniere,
on trouveraque cei sujet, qui est l'un des pluli
illustres dela Fabley renfermé
l'idée des Actions heroïques
de Loüis LE GRAND,&de\
la confusîon de tant de-nne-g
misliguezinutilement contre
Luy. Les Poësisdisent que
ces Geans se latjfmt séduire
par une présomption tétnetaire,
& comptant trop sur
la grandeur de leur raiDe,
de leurs forces prodiguars,
s'allierent ensemble, &
ntreprirent de renverser le
rône de Jupiter, Ce Dieu,
ans en prendre aucune alarle,
le mit en état defaire
woûer àf&s Ennemis, que
outes les forces de laTerre
Soient incapables de ïébranlers
& comme ilssobjiinoient
meuglement dans leur enreprise,
surdefausses ~5 de
irompeufes espérences,ilfouiroya
le Mont Olympe, que
(ès Ennemis awount élerté
pour l'attâquer. Il anéantit
ce grand Ouvrùge; il deJit,
tous les Ouvriers
y
& fit connoifire
par là, que toutes les
puiJJances de li Terre, négaloïent
ny la grandeur deJbn
courage, ny laforce deson
bras.
- C'est aussi ce que tOUtel
l'Europe a admiré en cettet
derniere guerre dans la Per-^
sonnede LouisLE GRAND.
Osty, grand Roy? VofireMa\
jefié a <vu lespins illustres, (t;li
les plus puiffinJPrinces li-,
gUfz.contre Elle. Ellea tu
les forcesredoutables de ces^
Alliez.y qui préxtendaientmettreobifucle
au rapide cours dt
nos Conquestes
y- f.5 Elle a regardé
cette multitude d'En-
\emii quialaymoientvos bons
Sujets
,
comme des Gens qui
penoient releter l'éclat de
vos Actions guerrieres, g)
recevoir devostre main Royale
une Paix, qu'ils auroient
inutilement essayé d'obtenir
par L'effort des armes. En
effet,SIRE,VostreMajestédéconcerta
tous ces Liguez par
sasageconduite,donnant Ellemesme
ordre à toutes choses.
Elle les défit dans les Batailles.
ElleforçalesPlacesles
mieuxfortifiées,& les plus
imprenablesde l'Europe. euJ
aneantit tous leurs desseins.
EUe flûl11it leurs flJolonte,
auxsiennes
; ~4~f couronner
sa gloire par un prodige
debunté,file surmontajupiter
, puis quétoussant,
pourainsidire ,dans son Ame
le desir de la gloire qui luy
est si naturel, £Ile. mit ellemesme
des bornes à ses Conquestes.
Nous ne disons rien
dont toute l'Europen'aitesté
témoin. Ellea vû la genérosité
de LOÜIS LE GRAND,
qui, tout couvert de gloire, a
donnéla Paixàses Ennemis,
e.tpréreré.le bien publicà
sesinterests, dans un temps
où la Victoiresembloit estre
fixée k- fulz service. C'est ce
qui a surpris toute la Terre,
(gr qui rendant le nom de
VostreMajesté immortel,luy
donne avecjustice le titre du
plus grand (gf du plus genereux
de tous les Roys. C'est
aussi ce que nous ¡recunnoijJuns
avectoute la vénération que
nous devons à V. £MajeBe>
espérant qu'Elle nous sera la
grace d'agréernosrespect,&
de croire que nous sommes f5
que nous serons toujours avec
toute la la JoumiJJion poï
J'ble,
SIRE,
De Vostre Majefiéy*
Lestrcs-hnmblcsjtres-obcïflansji!
tres-fidellesSujets & Serviteurs]^
.LeJ7f.,e'ry.'!rt) Mayeur, Ec!,e~yin,j
oJ>nffeitl,l£l•e>'dIfueitTLfomimUes .de si
Vous pouvez juger palce
Discours de l'amour des
Habitans de Lile pour la*
Roy, & vous allez en conj
noistre les effers par la dé
pense du Feu dot on y parle.
Je vous en envoye le Dessein
gravé,&afin que vous la
compreniez avec moins de
peine,j'y adjoûtel'Explication.
Ce Feu estoit d'une inventiontoute
singuliere; &
comme il changea de Décoration,
onauroit raison de
L'appeller un Feu par Machines.
Ainsi. il peut estre
divisé en deux Spéctacles.
Le premier représentoit la
Gigantomachie,oula guerre
des Geans.
Une Montagne de dix
~foifes de tour, & soûtenuë
ur un Piédestal, s'élevoir
unmilieude la grande Place.
Plusieurs Geans paroissoient
sur cette Monragne, &faisoient
connoistre par le foi
qu'ilsprenoient àyentasser
pierre sur pierre, qu'ils aJ
voient desseind'usurper
l'Empire de Jupiter,& qu'il
travailloient à bastir un Lieu
quileurfacilitastle rrioyer
de l'escalader. Ils sembloient
tous s'animer l'un l'autre au
Combat, <5c n'avoir devant
les yeux que la Violoire.,
Voila quelle fut la
pre
miere des deux Machines
qui à trois, toises de distance
estoit illuminée tout autour
par quatre Nymphes pro-
~ortionnéesà k grandeur..
les• Nymphes, représenant
les quatre Parties de
Europe qui ont esté le
Théâtre de la Guerre, esoientla
France, FEipagney
l'Empire, & laSuede; &
omme la France estle premier
principe & la source
e tous les biens qui nous
jennent de la Paix, une
~usée partit du costé où eturSa
Majesté, & laissa par
chemin une grosse queuë,
ui ne se sépara point que
Fuséen'eust communiqué
son feu à la matiere que la
Nymphe qui servoit de si
gure à la France, portoit
dans une Couronne de Châ
teaux qu'on luy voyoit sur la
reste. Le bruit des Boëtes
& des Pétardsse fitaussitost
entendre; & ce qu'il y eut
d'admirable, c'est qu'ils con
tresirent la Marche Fran
çoiseassez distinctement,
pour la faire rcconnoistre
de tout le monde. La France
estant entièrement éclairée
répadit une infinité de reux
qui en se communiquant à
la Nymphe la plus voisine
qui
qui, représentoit l'Espagne,
raisoient remarquer la promotitude
auec laquelle cette
Nation a donné la main à
a France, afin d'attirer rAIlemagne
& laSuede parson
exemple. En fuite cette féconde
Nymphe fit part des
feux qu'elle avoit reçeus à la
troisieme, & cette troisiéme
à la derniere; de forte que
toutes les quatre parurent
en un moment comme autant
de sources de lumières.
: Ce fut à la faveur de tant
de clartez qu'on découvrit
le commencement de la
Gigantomachie, 3c le vray;
Portrait de cette fameuse
Guerre. On eust dit que les
Geans, environnez tout-àcoup
d'éclairs, & surpris des
épouvantables coups de
Tonnerre, qui firent trembler
toutes les Montagnes
qu'ilsavoient entassées l'une
sur l'autre, eussent perdu,
dans ce mesme instant les
présomptueuses efpéranccs
qu'ilsavoientconçeuës; de
maniere qu'ils mirent euxmesmes
le desordre & le
desespoir par tout. Enfin
celuy des Geans qui estoit
le plus élevé, lança une
grosse piece de Rocher contre
la personne de Jupiter
mesme. Le Soleil, qui est le
symbole de la grandeur du
Roy, parut aussitost envoyé
par ce Souverain des Dieux.
Il estoit armé d'un Foudre
pour écraser le Geant, & ces
mots formez en caracteres
de feu se lûrent en l'air aupres
de luy, VnUJ in omnes.
Lebrillant éclat de ceSoleil
surprit tout le monde. Il arresta
le Rocher qui venoit
d'estrelancé, ôc le re poussa
avec tant de force, que les
Montagnesqueces Temé
*
raires entassoient en ayant
esté renversées,ils trouverent
leur tombeau fous ce
débris. On le connut aisement
par ces trois mots lu-(
mineux qu'on vit paroill:re.
aussitost en l'air,Reditin
Autores. Le renversement
de la Montagne mit le feu
à plus de huit cens Boëtes,
ce qui fit un fracas inconcevable
& en mesme temps
un tres-bel effet. I
Ilme reste, pour vous ex.. j
pliquer entièrement cette
premiere partie, à vous faire
a description du Piédestal
qui servoit à la Machine.
Comme il estoit
on y voyoit huit Façades.
C'estoient autant de Tableaux
de la Guerre, dont
ces Façades représentoient
les malheurs, en forte pourtant
que par une double signification
les Symboles &c
les Devises qui les ornoient,
faisoient connoistre lesavantages
que la Paix devoit produire.
Dans la premiereFaçade
onvoyoitBacchuspâle, défait,
& inconsolable de ce
qu'il manquoit de Vin, parce
que les Partisans deMars
luy avoient cassé son Tonneau&
sa Bouteille par une
manie qui les possede assez
ordinairement. Cela estoit
causequ'il négligeoitlesoin
de la Vigne qui restoitinfructueuse.
On pouvoit con-4j
noistre combien il aspiroit.
à laPaix par les plaintes qu'il
faisoitau Dieu de laGuerre,,
marquées dans ces paroles
qu'on lisoit aupres de luy
sur un Ecriteau.Mars mihi 't vinanegat. f
Cerés sans épysfaisoit le
ujet de la seconde Façade.
:lIe paroissoit aussi déplorer
on infortune, en voyant sa
Moisson toute gâtée par ces
mpitoyablesSoldats qui ravagent
les Campagnes, &
qui employent les Instrumens
dont on cultive la ter-,
re, aux desseins de leur fureur.
Ces paroles qu'on lisoit
dans le Tableau, Alios
vertatur in usus, faisoient
cônoistre combien elle souhaitoit
que le retour de la
Paix fist servir ces Instrumens
à d'autres usages qu'à l1v'" la cruauté.
On voyoit dans latroisiéme,
Saturne.en habit de
fer,avec ces paroles, Faciet
Pax aurea. Rien nepouvoit
mieux marquer l'espérance
que ce Dieu avoit qu une
heureuse Paix succederoit à
la Guerre, & que changeant
en or son habit de fer, elle
nous rameneroit le premier
âge du monde avec les richesses
& l'abondance de
toute sorte de biens, sans
qu'il fallust plus parler ny]
d'Epée ny d'Armes, qui ne ]
ppeeuuvveennt tpprrééssaaggeer rqquueeddeess
ruines.
La quatriéme faisoit paroistre
Minerve desolée, en
voyant pâlir les feüilles &
les branches de ses Olives,
& quantité de Livres renversez,
pour marque que les
belles Lettres estoient détruites.
L'espérance dont
cette Déesse se flatoit que
la venue de la Paix feroit
cesser ces desordres, se connoissoit
par cette Devise,
notice reviviscent
,
Apollon, tout resveur dans
la cinquiéme,regardoit avec
chagrin ses Lauriers flétris.
Quoy que la douleur qui estoit
peinte sur son visage, fîst
entendre qu'il ne tiroit plus
de sa Harpe que des ions
lugubres, ces paroles, Resonam
concordiareddet, ne laissoient
pas de marquer que
quand la Paix feroit de retour,
ses Concerts reprendroient
bientost leurs premiers
charmes,
Dans la sixiéme,onvoyoit
Pluton regardant avec surprise
ses Coh*es remplis de
toute forte d'Armes, au lieu
de l'argent qu'ilprétendoit
y trouver. Le Caducée de
Mercure, qui ell le symbole
le la Paix, luy donnoit lieu
d'espérer., en les touchant
par un bout, qu'illes changeroit
en Chaînes d'or. C)cft
ce que fignifioient ces paroles,
Vis tanta attaffta.
La septiéme représentoit
Flore dans une posture mélancolique
ôc nonchalante,
ce qui exprimoit parfaitement
le dépit où elle estoit
du ravage de ses Jardins..
Dans cette tristesse, elle paroissoit
se plaindre, de ce
que les horreurs de laGuerre.
empeschant que les Zéphirs
ne vinssent entretenir l'éclat
de ses Fleurs, elle avoit perdu
l'avantage de joüir de leur
«tauce haleine. Ces paroles,
Cam stabuntZephin
,
tàisoient
connoître l'espérance
qu'elle avoit de leur retour
par la Paix qu'elle attendoit.
La huitiéme faisoit voir
Neptune tout alarmé de ce
que les Armées navales troubloient
le Commerce, &
forçoient les Matelots à rester
au Port, sans qu'aucun
d'eux osast lever l'Ancre, ny
tendre les Voiles. Il marquoit
par ces paroles, Donec
Pax redeat, que la Paix seule
pouvoit finir ces malheurs.
Apres le Spéctacle dont
jevous ay fait la description,
on fut fort surpris d'en voir
un second naître toutàcoup
de ce premier. Le Rocher
lancé par le Geant,ayant esté
repoussé contre luy-mesme
par le Soleil, les autres Rochers
s'écarterent en se brisant.
Tout fut renversé, &
de ces ruines sortit un nombre
insiny de feux de disérentes
manieres, qui ayant
consumé en un moment
toute la Montagne, n'en
épargnerent que le Piédestal,
surlequel parut la Paix,
dont la Machine estoit soû-
,
tenuë d'un Piédestal particulier,
au bas duquel on lût
ces paroles, E cinere Belli.
Cette Paix née des cendres
de la Guerre, fut d'autant
plus agreable, quon
avoit trouvé les Geans affreux.
Elle estoit au milieu
de deux Génies. Celuy de
Sa Majesté, qu'on voyoit
sur un nüage à sa droite,
ayant apperçeu à costé de
luy un Autel couvert de diverses
Armes, y mit aussitost
le feu avec son Arc. Ces
Armes disputerent quelque
temps contre la force du
feu,mais enfin elles en furent
détruites. Ce symbole
estoit si clair, qu'il n'avoit
besoind'aucune explication.
On ne laissa pas pourtant de
voir ces trois lettres A. I. M.
tracées encaracteres de feu.
Elles vouloient dire, Amori
in meos, & faisoient connoistre
que le Roy, en sacrifiantses
Armes à la Paix,
n'y avoit esté porté par aucun
fâcheux événement,
mais par la feule bonté qui!
a pour ses Peuples.
Le Génie de Lile, placé à
la gauche de la Paix, voulant
reconnoistre les sentimens
favorables qu'a Sa Majesté
pour cette Ville, décochast
de son costé une Fleche de
feu sur un Autel, où les
coeurs de tout ce Peuple estoient
ramassez. Ce feu qui
les embrasa, parut les consacrer
tous à l'amour qu'ils
ont pour ce Grand Monarque.
Ces deux lettres, A. P.
queformerent tout à coup
des caracteres de feu, & qui
vouloient dire Autori Pacis,
firent assez voir queles HaGitans
de Lile regardoicnt
le Roy comme le (eulAuteur
de la Paix.
Cependant toute la Machine
s'alluma, & on v.ic
briller un feu si serein, quil
futaisé de juger que cefloic
la Paix qui le produisoit. Un
feu plusvif & plusrougeluy*
succeda. Il donna les derniers
agrémens à cet artifice,
& marqua ces motSy
Vive le Roy, en cara&erespareils
aux premiers. Aw
dessus estoit une Couronna:
Royale, éclatante de lumières,
le toutsoûtenu par des.;
Laqs-d'amour. CeSpé'âa,:Ii
cle, qui dura plus d'une demy-
heure, fut accompagné
d'un nombre extraordinaire
de Fusées volantes. Les unes,
se croisant enl'air, y formerent
des Berceaux; & les autres,
une infinité d'Etoiles,
dont le Ciel parut remply.
Le Piédestalquiservoit d'apuy
particulier à cette Machine,
estoit quarré, & avoit
quatre Façades,c'est à dire
autant de diférens Tableaux
de la Paix.
Dans la premiere, on
voyoit deux Mains,,enfilant
les Coeurs, qui sont les sympoles
de la réünion des Princes.
Ces paroles servoient
d'ame à ce Tableau, Optata
muncm Pacis.
Une Corne d'abondance
remplie de Fruits, & une
autre pleine de Carquans
d'or ôc d'argent, faisoient
l'ornement de la seconde.
Au milieu estoit UrtCaduce'o
de Mercure, & au dessus ces.
paroles ,Omnia, pariter cum
eo. LeCaducée quimarque
la Paix,donnoit àentendre
que toutes fortes debiensviennent
avec elle.
La troisiéme représentoit
plusieurs Rameaux meslez
en confusion, parmy lesquels
une Main en prenoit
un d'Olivier, avec ces mots,
Hæc præ{iat. Cela montroit
que la Paix doit se preférer
à la Victoire.
Ondécouvroit dans la
quatriéme une Palme & un
Laurier croisez ensemble,
au milieu d'une Couronne
de Fleurs qui renfermoit cet
unique mot, Victori. Ces
autres estoient au dessus de
la Palme & du Laurier, Certantsinefinguine*.
L'Invention de ce Feu fut
tres-applaudie, & le zele des
Habitans de Lile fort estimé.
Il faut vous parler en
peu de mots de leur Ville.
Elle passe pour la premiere
des Païs-Bas apres Amstredam,
tant pour la multitude
du Peuple, que pour le
Commerce qu 'elle entretient.
Son nom Latin InfuU,
vient de ce qu'elle estoit
autrefois entourée d'Etangs
& de Marécages,
qu'ona eu l'adresse de tarir
& de secher. Baudoüin le
Debonnaire qui y prit naissance,
luy donna le nom de
Lile par cette raison. Il estoit
Fils de Baudoüin, dit le
Barbu, Comte de Flandres,
qui l'avoit fait bastir l'an
1007. Ce Fils lafir clore de
Murailles en 1066. Y fonda
l'Eglise de S.Pierre,&voulut
que les Evesques de Cambray
& de Téroüanne en
fussent Chanoines. Cette
Ville eH: si riche & si marchande,
qu'elle prestoit souvent
de l'argent au Roy:
d'Espagnelors qu'elle estoit
fbus sa domination. LesPlaces
publiques y
sontspatieu,
S. les Ruës fort larges &
droites, les Maisons belles,
esEglisesmagnifiques, &>
entres-grand nombre. On
a compare àLyon pour le
lombre de ses Edifices &.
lesHabitans.Elleest duDiocese
de Tournay, fortifiée,
de plusieurs BastiosRoyaux,
Lvec plusieursfortes d'Ourrages,
& défenduë de deux
Citadelles, dont Mr deVau-
;)anett Gouverneur. L'une,
luon nommela grande, est
un Pentagonerégulier. Le.
dedans contient une Place
aussi en pentagone, environnée
de Maisons. Rien
n'est plus beau que le Magazin
des Armes. Il y a plufleurs
Chambres garnies de
Mousquets, MouIqnetons,,
& Fuzils; & entr'autres, ow
y voit deux gros Mousquets
qu'on croiroit de petites
Coulevrines. Les Bastions,
font reveftus dans les Fossez,..
avec des Tenailles par tout
devant les Courtines, & au
devant des Ravelins, dans
lesquels il y a des Réduits
avec leurs Fossez. Les Chemins
couverts font interrompus
par des-
&la Citadelleenvironnéede
Marais. On l'a plutost faite
en ce lieu, là que vers celuy
de la Ville qui est le plus
élevé, parce qu'elle devait
estre la plus fortifiée, qu'elle
ne peut attaquer les Ennemis
que par deux Bastions,
& que la Ville les voit à
quatre ou cinq, & qu'enfin
elle est suffisamment défendue
par ce costé-là. Il y a
une petite Ciradelle neuve
entre les Murailles,de l'autre
cofté de la Ville Elle a deux
Moineaux qui laregardent,
dont les deux Courtines [er.
vent de flanc au grandBastion
qui el"t du costé de Iz
Campagne.Quoy que Sa
Majestéait beaucoup contribué
aux Travaux de cette
Place, elle pouvoit passer
pour imprenable lors qu'eHei
en fit la conqueste en 1667.
tant pour les Fortifications
qu'elleavoit déja, que pousJ
sa grandeur, & le nombre
extraordinaire desesHabitans.
Cependantelleneluy
cousta que dix-sept jours.
Comme elle estlaplus confidérable
de toutes les PlaJ
ces que le Roy ait dans les
Païs-Bas, elle est aussi le
Siege du Gouverneur,General.
La Cour estant partie de
ile le 3 d'Aoust, vint dîner
Pont à Tresin, & arriva le
birà Tournay. Leurs Maestez
y furent reçeuës par
var le Comte de Monbron,
Gouverneur dela Ville, &
lieutenantde Roy des Conquestes
de Flandre, & complimentée
par les Magistrats
lui l'avoient accompagné.
Toutesles Ruës estoient taissées
des plus bdles Tapiscries
de Flandre,depuis la
Porte jusqu'àl'AbbayeSaint
Martin où le Roy devoir loi
ger, & la Garnison, rangée
en double haye dans tout ce
passage. Lemesme jourSa
Majesté vit la Citadelle ÔC
les Fortifications de la Ville
& fit à pied le tour du Rempart,
dont elle considératous
les Ouvrages. Elle si
en fuite la reveuë de la Garnon
composée de deux
Bataillons d'Infanterie;
ôm
continuantses fatiguesdont
Elle-fait ses glusgrands pla
fits, Elle se rendit au bord
de l'Escaut, pour y voir fai
épreuve d'un Pont de Baeaux
de cuivre. On y fis
lasTer un Bataillon, avec
leux Pieces de Canon de
vingt-quatre, sur les aîles.
MLr du Mets,LieutenantGeneraldel'Artillerie,
& Maréchal
des Camps &Armées,
bft l'Inventeur de ce Pont.
je vous ay souvent parlé de
sagrande application à tout
ce qui regarde ses Emplois,
il sert avec zele, courage &
succés, & s'estrencontré en
tant d' occasionsqui en ont
fait foy, qu'elles disent plus
àson avantage, que tous les
éloges que je luy pourrois
donner. Le soir, il y eut Illumination,
& des Feux par
toutes les Ruës. On enavoit
élevé un en pyramide dans
le milieu de la Place, aulfi
haut que les Clochers de la
Ville, mais le Roy ne permit
pas qu'il fust allumé.
Le 4. la Reyne & Madame
la Dauphine allèrent
se promener dans la Citadelle
, ôc y furent régalées
d'une Collation magnifique
par Madame la Comtefif®
de Monbron.
Tournayestsituésurl'Ecaut.
C'est une Ville si ancienne,
qu'on y voit encor
la Maison de César dans le
grad Marché.Onl'appelloit
autrefois Nervra & Tornus,
&on la nomme aujourd'huy
Tournay. Elle a esté fous la
domination des Romains
depuis le temps de Jule-
César, jusqu'au Regne de
Clovis. Ce Prince ayant
passé le Rhin & la Meuse, &
bpoorrtdésses armes jusques aux
de l'Escaut, y défit les
Garnisons Romaines, &
s'empara des Villes de Toui>
nay & de Cambray, dont la
premiere demeura dans FoJ
beïssance des Roys de Fracjusqu'en
1513.queHenryRoy
d'Angleterre la prit. Illa remit
entre les mains deFrançois
I. en 1518. Trois ans
apres Charles-Quint s'en.
rendit maistre,&y celébrasolemnellement
le Chapitre
de l'Ordre de la Toison d'cd
en 1531.C'est un.Siege EpiC
copal. La Cathédrale est une
des' plus riches Eglises de
l'Europe, &a esté fondée
par Childeric. Il y a dix Paroisses
& plusieurs Convens
La Ville est fortifiée à
lanJ
tique, & corrigée par des
Bastionsdétachez. On y fait
des Ouvrages à cornes & à
couronnes. La Citadelle est
un Pentagone régulier, environnédune
Fausse-Braye,
& couverte de deux Ravelins
flanquez par deux Lunetes
du costé de laVille;
& parles deux autres costez,
ces Lunetes sontprolongées,
& forment des Contre-gardes.
La Place est minée sous
laFausse-Braye, fous la Coiu
trescarpe, & fous le Glacis.
Il ya aux Angles des Fossez
dans la Contrescarpe, des
Caponieres qui regardent
les Faces.
Leurs Majestez partirent
le 5. de Tournay, & prirent
le chemin de Valenciennes.
Le Roy trouva à une lieuë
de Condé, un Camp de Cavalerie
commandé par Mr
de Monbron, &composé
dehuit Regimens, qui formoient
dix-neuf Escadrons
rangezenbataille sur lamesme
ligne, le tout se montant
à pres de troismille Chevaux.
Ces huit Regimens estoient
celuy des Cuirassiers,
d'Auger, de Grignan, de
Piémont-Royal, des Dauphins,
de la Valete, d'Orleans,
& du Royal-Rouffil-
Ion. Monseigneur le Dauphin,
& Monsieur, salüerent
le Roy à la teste de leurs
Regimens. Ces Troupes estoient
tres-lestes,& tres-bien
montées. Sa Majesté les fit
défiler par Compagnies,
quoy qu'elle les eust déja
examinées le long de la ligne.
Elle poursuivit en fuite
son chemin vers Condé, où
Elle ne fut pas plutost arrivée,
qu'elle en visita lesFortifications,
& fit lâcher les.
Ecluses devant Elle; après
quoy, sans vouloir se reposer,
Elle alla faire la reveuë
de la Garnison.
Condé est sur l'Escaut,
où le Hayne perd son nom.
Cette Ville passe pour tresforte,
& n'a pas le quart en
terre-ferme, le reste estant
environné de Marais. Du
collé de Tournay, elle est
entourée d'une double Enceinte.
La nouvelle qui est
extérieure, présente de ce ]
costé-là trois ou quatre Bastions
qui défendent la terreferme,
& qui sont couverts
de Ravelins, le tout revestu.
Du cossé des Marais, il y a
des Pieces irrégulieres pour
s'accommoder au terrain ôc
aux Ecluses. L'Enceinte inférieure
& ancienne, est séparée
de la nouvelle par un
Fossé profond, dans lequel
passe un Bras de la Riviere.
Toute la Cour arriva le soir
à Valenciennes, & le Roy y
futreçeu par Mrle Comte
Bardi-Magalotti, qui en est
Gouverneur, a la teste des
Magistrats. Les Ruësestoiét
tapissées,& bordées d'InfanÇvrie
jusqu'àlaMaison de ce
Comte, où Sa Majesté logea.
Onavoit faitdes Machines
d'une invention particulière,
qui sortoient des Fenestres
en beaucoup d'endroits, &
qui s'avançant dans le milieu
du passage,jettoient des
Fleurs sur leCarrosse du Roy.
Si-tost que la nuit part, il y
eut des lumieres à chaque
Fenestre & on alluma des
feux par tout.
e Madame la Dauphine,
: de LeursAltesses Royales,
A de Nassau de Zuilestein,
nvoyé des Etats Généraux
es Provinces Unies, pour
omplimenter le Roy &
oute la Maison Royale, sur
L;ur heureux Voyage.
Lemesme jour, Sa Maesté
monta à cheval, avec
Monseigneur le Dauphin;
k apres avoir fait le tour des
Remparts de Valenciennes,
Elle visita les nouvelles Forfications
que l'onfait dans
es Dehors, dont Elle fut
:ort contente. Lapresdinée.
la Reyne, Madame la Dauphine,
& Madame, furent
régalées par MrdeNoailles
d'une magnifiqueCollation
dans le Camp que ce Duc
commande. Le soir, des
lumieres furent de nouveau
misesauxFenestres. Onalluma
des Feux dans toutes
les Ruës, &on tira dans la
Place le Feu d'artifice qu'on
y préparoit depuisfort longtemps.
Voicy un Discours
au Roy, des Habitans de
Valenciennes sur ce sujet.
s IRE,
Le Soleil ne se montre jamais
a la terre, qu'il ne la
remplilredeiye. AinsiVst; e
Majesté, que Lemondereconnoistl
comme un autre Soleil,
nepeut honorer cette Ville de
sapréjenceRyaie finsquille
porte partout lallegrejji(dp
épanoüissement.
,,,Vais> SIRS, quoy que le
Soleil soit le tres-juste, & le
tres-fidelle Portrait de Vostre
Majesté, ce n' cft passous cette
brillante Figure, que nous luy
Applaudirons aujourd' hr,fJ.,-
Nos yeux sont trop faibles
pour soutenir de prés les
rayons d'unsigrand Aflre ; &
d'ailleurs cette belle Devifty
que rvos victoires ont porte
en mille endroits de la Terre,
a jusqus'icy épuisé tant de
beaux FfPrits,que nous desespérons
avec justice d'y pouvoir
rien ajoûtt denouveau.
C'est Hercule,SIRE,que
nousavons choisipourledessein
de nos Feux, f5 pourexprimer
l'image de Vostre efijesté.
C'estle plusfort, &le
plus celebre de tous les Héros
de la Fable, qui reprèsente
sanssable si avec vérité le
plusgrande leplus valeureux,
££ le plus triomphantde tout
les Monarques du Monde.
Herculef,;ûté-nant le Oel
Apres le cours deses travaux
heroïques
, nous marque le
zeleinfatigable avec lequel
Vostre JXUjefté soûtient lesinterests
de Dieu, ». del'Eglisè.
Ce zele, SIRE, apar.
enmille occasions.L'Heresie,
les Duels exterminez du
Royaume; tant de puissanssecours
donnezaux autres Princes
contre l'Ennemy commun.
d,e.s-,Cbrejîienss tantd'actions
glorieuses faites pour la difence,
&pour l'accroissement
de la Foy,ontfaitvoirà toute
la Terre, que vous eReJ un
Hercule,sur lequelle Cielde l'Eglisepeutsûrementse reposer.
Voila, SIRE,le sujetde
nos Feux, la marque de l'allegresse
commune pour l'heunet/
si arrivée de Vostre éMajesté.
Nous laissonsàd'autres
Villes le soin d'étaler avec
pompe vos Victoires, vos
Triomphes, cette agreable
paix que vous vene^ de redonnerencor
à L'Eurr;pe. V'alenciennesse
borne a un sujet
moins guerrier,mais qui ne
doitpasest e moins glorieux
kvoftreNom;&sipeul-eflrt
ilse trouveailleursplus d'appareil,
nous esperons qu'onne
verra en aucun lieu plus de
zele, ny plusd'attachement
pour leservice de Vostre Majeflé.
Ces Feux, SIRE, ntsint
que les étincelles des flâmes
qui brûlent nos coeurspour lt
gloire, & pour la prosperité
devostre Personnesacrée,@r
ily a cette diference, que les
Eeux que nous dressons aujourd'huy
sontartificiel,
de peu dedurée; mais
qui font allumez dans
coeurs n'ont rien qui tienn
l'artifice. Ilssonttressince
& tres-fidelles. Ils nous b
1erontaujfi longtemps, dureront nos <ïies9
porteront à publier toûjou
hautement que noussomr
avec HH tres-profondrespe
SIR E,
De vostre Majesté,
Les tres-humbles,tres-obeïssans,
tres-fidelles Sujets & Serviteurs,
Prevost,Jurez, Echevins, & COlt
delaville de Valenciennes,
Le Dessein du Feu estoit
u choix de MrdeMontevec-
QiQ, Lieutenant au Regiment
Royal Italien. Il repréentoit
Hercule soûtenant le
Ciel. Vous le pouvez voir
lans cette Planche. Je l'ay
ait graver pour vous en donter
des idées plus fortes. La
Figure de ce Héros fabuleux
avoit vingtpieds de hauteur.
Onlevoyoit dans la contenance
d' un Homme qui
prend plaisir à porter sa
charge, quoy que tres- pe-
~nte, pour marquer par là
le zele du Roy à soûtenir le
fardeau des intérests de l'Eglise.
La Massuë & la Peau
du Lyon poséesnegligem-
-'
ment aux pieds de cette Statuë,
faisoient connoistre que
le Roy abandonne mesme
les soins & les marques de
ses Victoires, quand il s'agit
de prendre party dans la
querelle de Dieu. Le Ciel
reposant sur les épaules
d'Hercule, estoit la Figure
de l'Eglise. Le Zodiaque représentoit
la Hierarchie Ecclesiastique
; & les Etoiles
qui brilloient dans la Machine
du Ciel,ainsi que les
feux
feux qui en sortirent artificiellement
de toutes parts,
estoient les portraits des
voeux & des ferventes prieres
que les Peuples soûmis
à la Monarchie Françq![e
adressentcontinuellement à
Dieu pour la gloire & pour
la conservationde Sa Majesté.
LePiédestal sur lequel
estoitposée la Statue dHercule,
avoit quatre Faces, &
chaque Face, une Devise
tirée de quelqu'une de ses
Armes.
La premierefaisoit paroître
sa Peau de Lyon
,
&ce
mot, Terret. Hercule portant
la terreur par tout avec
cette Peau dont il s'estoit
revestu pour marque de sa,
victoire, est la Figure du
Roy. Quelques charmes&
quelque douceur qu'on
trouve dans la Personne de
ce Grand Monarque, fo
nomneantmoinsestredoutable
à toute la terre, mai
particulierement aux Scélerats,
dont il réptime l'infolence
par l'autorité de ses
Loix, & par la prudente ri
gueur de la Justice. Le Lyon
Belgique ne pouvoit avoir
aucun raport avec celuy de
meiemr,ee, puis que ce pre-
-
loin de rencontrer la
biort dans sa défaite, y trouve
sa gloire & son bonheur,
& que le Roy l'a moins
vaincu pour le dépoüiller
que pourl'enrichir. C'est ce
que marquoient ces Vers.
IZIIC tu dois de ton sortavoir l'ame
charmée,
Fameux Lyon des Païs-Bas!
Tu p-asses en vigueur LeLyon de lVemle,
Etton Herculeaplus d'appas,
Plus deforce & de renommée,
<2>ue l'Hercule quifutle Compagnon - d'Atlas.
A la feconde Face du Piédestal
estoient des Chaînes,
avec ce mot Coërcent. Hercule
descendu aux Enfers,
en tira Cerbere, & l'emmena
enchaînésur la terre.
C'est un symbole, qui par
les chaînes dont ce Monstre
fut lié,nous représente les
Loix & les Ordonnances,
par lesquelles Sa Majestéa
arresté la fureur des Duellistes,
qui comme autant de
Chiens monstrueux, ardens
à se déchirer les uns les autres,
s'ouvroient l'Enfer à
eux-mesmes par leur fausse
bravoure, & aux autres par
leurs dangereux exemples.
Ces Vers expliquoient cette
seconde Devise.
; Arrestez vos tranjforts,Cen,batans
fknguinaîreSy
Puis que no(Ire Hercule François
Par/es Arrests &parses Loix
Imposedesliens avos Bras teméraires.
La troisiéme Face du Piédestal
estoit chargéed'un
Flambeau, avec ce mot,
Exurit. Hercule brûla les
Telles renaissantes de l'Hydre
contre laquelle ilavoit
employé le fer inutilement.
Ainsi il a fallu recourir aux
derniers remedes contre les
Empoisonneurs, dont les
desordres n'auroient point
cessé, si la clemence du Roy
n'eustesté inexorable. La
rigueur du feu, en les reléguant
dans les abîmes doii
ils paroissent sortis, a esté
un châtimenttrop doux pour
leurscrimes.Ainsi cil a pu
leur dire, ¡;î
Horribles Monstres de U TeYrt,.
Portez vosfunestes poisons
Dansl:s fouterraines Prisons; j
Jux S YfOU, aux Démons,allez 'K
-
faire Idguerre.;
L-: La derniere Face du Piedestal
avoit pour Devise la
Massuë d'Hercule, avec ce
mot,Brofligat. S'il n'estoit
point d'Ennemis dont Hercule
ne vinit à bout avec sa
Massue, combien les Armes
de Sa Majestése sont-elles
signaléespar lesdéroutes
de J'Ennemy commun des
Chrestiens? La Hongrie, la
Pologne, Tîfle de Candie,
& la Mer Méditerranée,ont
estétémoins de ces défaites;
& ce qu'il faut sur tout remàrquer,
c'est que la MajC
suë
-
avec laquelle Hercule
remporta tant de victoires,
estoit de bois d'Olivier, si
nous en croyons les Poëres.
Rien ne peut mieux convenir
aux Armes du Roy.
L'Olivier est le symbole de
la Paix,& LOÜIS LEGRAND
n'a fait la guerre que pour
porter par tout les Olives.'
C'est par là qu'on luy fait
dire fort justement,
ain;,,, àfaire la guerre,
J'aime à lancer le tonnerre;
Mais mes plus ardenssouhaits,
Sont de donner lapaix.
Dans la Base de la Machine
paroissoient aux quatrc
coins quatre Animaux
vaincus par Hercule, sçavoir
l'Hydre,Cerbere, le
Lyon, & le Sanglier. Ils produisirent
un tres-bel esset,
vomissant des feux avec
grand bruit, Jusqu-àcequ'ils.
en eussent esté entièrement
confurmez. Autour de la Base,
on voyoit huit des plus
cofidérablesTravaux d'Hercule,
par raport aux Actions
héroïques denostreauguste
Monarque. Toute la Machine
luy estoit dédiée, avec
ces mots que le feu rendit
visibles, Hérculi Christianiffîmo.
On lisoit au bas,
Post domitiMonstra dans
ces trois lettres initiales,
P. D. M.
Les Habitans de Valenciennes
firent aussi voir une
Devise, qui expliquoit le
bonheur qu ils trouvent
dans l'obeïssancequilsrendent
au Roy. Cestoit un
Char traîné par des Cignes
avec ces paroles, Sicservire
juvat. Ces quatre vers.les
saisoient entendre.
Lejougquele Cielnous imposè,
pNOIoU dojnnjeïtaent dre iglotirêe ~,dme
Jtht'ilnousfaitsentir quelque
chose
Deplus doux depluscher que n'ejt
la liberté.
Cette Devisefuttrouvée
d'autant plus juste, que les
Cignes servent de Supofts
aux Armes de Valenciennes.
Le 7. le Roy alla au Quefnoy,
accompagné de Monseigneur
le Dauphin. C'est
une petite Ville assez sorte
& renommée pour son trafic,
qui n'estéloignée de
Valencicnnes
- que de trois
lieuës. Sa Majesté, apres
avoir fatigué à son ordinaire,
en revint le foir. Pendant ce
temps, la Reyne estoitallée
voir l'Abbaye de Vicogne,. àunelicuë de lamefmeVille.
Elle eH: de l'Ordre de Pré-^
montré, tres-belle,&très-"*
ancienne, ayant estébastie
l'an425. & a une Bibliote-*
que fort curieuse. Il y a quel-4
ques années que cette Ab-*
baye ayantvaqué, le Roy la
donna à MrleCardinal de ; Boüillon.
Avant que de quiterVa-1
lenciennes, il faut vous en * dire quelque chose. L'origine
de son nom est incer-
:aine. Les uns la tirent de
l'Empereur Valentinian &
les autres d'un Chasteau appellé
le Val desCignesparce
qu'il estoit situéen un lieu
où l'on voyoitquantité de
cesOyseaux. Cette Ville est
grande, & a des Palais antiques
& de tres-belles Eglises.
Elle est d'un costé dans la
terre-ferme, & de tous les
autres dans des Marais. Elle
fut prise en 1677. par celuy
qui est dans la terre-ferme,
6c qu'on appelle costé de
attaque. On a abbatu de
ce costé-là une partie d'une
Ruë pour faire un Réduit
en forme de Citadelle, qui
présente deux Bastions vers
la Ville, & qui est fermé de
l'autre costé par l'Enceinte
de la Placer.Ce Réduitest
jointàun Ouvrage presque
ovale, appellépasté,environ- :,
né d'unFosséassez profond,
ôc d'un Rempart fort haut.
L'Escaut passe entre le Pasté
&laCitadelle. LePastéest
est enfermé das une grande
Demy-Lune,¢reDemy-
Lune dans un Ouvrage à
cornes, couvert de Ravelins,
qui a esté fait pour occuper
une partie d'une Hauteur.Le
reste de la Villeestenvironné
de Bastions qu'onrevest, &
qu'on augmente.
Le Roy estant party le 8.
deValenciennes, vintà Bouchain,
& en visita les Fortifications.
Bouchain estune
maniéré de Citadelle, sur la
pente d'une Hauteur, bornée
d'un cofté de la Rivicre
quila sépare delabasseVille.
La haute Ville est environnée
de cinq ou sixBastions
régu liers du costé de Valenciennes,
& irréguliers du
costé des Marais, dans lesquels
il y a des Dames. La
Ville baffe est renfermée de
deux Ouvrages à cornes de
terre l'un devant l'autre. Le
Roy Pepin sit bastir Bouchain
en mémoire desglorieux
avantages qu'il avoit
eus en combatant contre
Theodoric Roy des Goths.
Leurs Majestez arriverent
le soir à Cambray, ou ayant
esté reçeues à la Porte de la
Ville par M deC.--zanqui
en est Gouverneur,(il estoit
accopagné des Magistrats,)
Elles passerent entre deux
hayes d'Infanterie, & furent
conduites àTArchevesché,
oTùousElles devoient loger.
les Bourgeois, pour
marque de leurzele,avoienc
orné le devant de leurs Mai
fons d'une infinité deFleurs
de Lys. Apeine le Royfùt-il
arrivé,qu'ilse rendit àlaCitadelle.
Il la visita par dedans
ôc pardehors, ainsi qire
lesFortificationsde laPlace.
Cambrayest une desplus
anciennes Villes de la Gaulé
Belgique,puis qu'elle a esté
bastie du temps de Tullus
Hostilius, troisièmeRoydes
Romains. Elle fut la premiere
conqueste de Clodion'
Roy de France. Sa prise
coûta cinquante-trois milice
Hommes tat aux AfTie'geans
qu'aux Assiegez. Elle a neuf
Paroisses & plusieurs grandes
Abbayes, sans lesConi*
vents. On y voitdesEglises
magnifiques, & d'une granJ
de richesse. Cette Ville, aussi
puissante que propre au trafic,
est dans le panchant
d'une Hauteur, & a sa partie
inférieure dans un Marais
que forme l'Escaut. Sa Cita-J
delle, est dans lelieu le
plusi
élevé. C'est un quarre dont
les Bastions ont des flancs
bas & retirez derriere une
épaule. Les Remparts sont
sort hauts, & couverts de
quatre Demy -
Lunes. Un
Epaulement traverse celuy
qui est à la Porte du Secours;
& le Rempart quiest vers
la droite en entrant par la
Ville, a un demy Epaulement.
Le reste de la Place a
deux Chasteaux couverts de
terre, qui sont dans les Marais.
Toute la Courpartitle9;
de Cambray, & après avoir
ddfîl'néà, Qn.u,"iévy, EflIlelv.int
coucher à Landrecies. Leurs
Majestez y furent reçeuës
par Mr le Marquis de Lignieres
, Gouverneur de
cette Place. Elle est sur la
Sambre, & s'est autrefois
défenduë pendant six mois
contre Charles-Quint, qui
l'avoitassiegée avec trentecinq
mille Hommes depied,
quinze mille Chevaux,&
cinquante Pieces deCanon.
Cet Empereur fut contraint
de lever le Siege. Le Roy
en visita les Fortification
avec Mrde Vauban. Elle
essÀ
environnée de sept ou huit
bons Bastions couverts d'ouvrages
de terre en quelques
endroits.
Le10. onvint dîner aFAbbaye
de Marolles, & on arriva
le soir à Avesnes. Mrle
comte de Broglio qui en
est le Gouverneur, y reçeut
e Roy. SaMajoré fit aussiost
le tour du Rempart; &
e lendemain II apres avoir
icu la Garnison rangée en
bataille, Elle visita les Delors.
Cette Ville a le titre
le Comté, & est situéesur la
Riviere deHepres. Elleest
basse de ce costé-là, &
l'autre,fort haute, & tre
escarpée. La plus grand
partie de ses Fortification
sont revestuës. On romp
devant le Roy des Digue
qui estoient fermées, & qu
inonderent une fort grand
étenduë de terre.
Le 12. le Roy dîna à Beau
fort, & futreçeu le soir
Maubeuge par Mrle Comt
"duMontai. Lieutenant Ge
neral de ses Armées, & cydevant
Gouverneur deCharleroy.
Ce Prince, à son ordinaire,
en visita lesForrifications
sitostqu'il fut arrivé,
& sir la reveue de la Garnison,
qui consiste en septBataillons
François. Apres son
Soupé, il eut le divertissement
de la Comédie. Maubeuge
est situé sur la Sambre.
On y fait de grands
Bastions. Il y a un Convent
de Chanoinesses semblable
à celuy de Mons. Le Roy
& Monseigneur le Dauphin,
qui leur firent l'honneur de
les salüer, les baiserent toutes.
Le 13. on vint dîner ai.
Marie-Chasteau & on arriva
le soir à Thuin. Le
Grand Bailly du Païs y reçeut
Leurs Majestez. Quelques
Compagnies d'Infanfanterie,
détachées de Maubeuge
pour leur garde, formerent
deux hayes, au milieu
desquelles Elles passerent
pour se rendre au Logement
qu'on leur avoit préparé.
Thuin elt une petite
Ville sans Fortification, &
qui appartient aux Liégeois.
Elle est sur le haut d'une
Montagne, au pied de laquelle
elle voit passer la
Sambre.
Le
Le14. on dîna à Castillon,
,&, on vint coucher à Philipeville.
Mrle Comte de Madaillan
Gouverneur,yreçeut
LeursMajestez. Cette Ville
tient son nom de PhilipesII.
Roy d'Espagne, qui la ni
bastir sur une éminence.
C'est une Place assez réguliere,
& qui a cinq Bastions,
dont les Courtines qui sont
vers les deux Portes, sont
d'une juste longueur. Les
trois autres iont beaucoup
plus longues. Il y en a deux
qui fontun Angle rentrant.
Les Fossez sont dans le Roca
& dépendus par des Tenailles
à flancs, couverts de Demy-
Lunes, qui sont presque
tous accompagnez de Lunetes.
- On pifla deux jours à Philipeville,
pendantlesquels Mr
le Comte de Groënibench;
Grand Bailly de la partie du
Païs de Liege qui eiè entre !
Sambre & Meusè, vint complimenter
le Roy, en qualité
d'Envoyé Extraordinaire de
Mr l'Electeur de Cologne.
On le coduisit à l'Audience a'.£CTescérémonies ordinaires.
Les loirs il y eutComédie
Françoise. Sa Majesté
avant son départ, alla jusqu'à
Charlemont, Place forte &:
réguliere, que fit bastir
Charles-Quint. Une legere
indisposition qui engageoit
Monseigneur le Dauphin à
quelques remedes, cmpelcha
ce Prince de l'accompagner.
Le 17. toute la Cour vint
dîner à Frosne, & se rendit
de là à Rocroy. Le Roy y
ayant estéreçeu par M le
Marquis de la Hilliere,alla
visiter les Fortifications se-
Ion sa coutume, & fairereveuë
de la Garnison. La
Place est petite, presque réguliere,
& a cinq Bastions,
cinq Demy-Lunes,&deux
Contre-gardes où le terrain
est plus élevé.
Le 18. surles cinq heures
du soir, toute la Cour arriva
à Charleville. lvirle Marquis
de Palaiseau,Gouverneur de
cette Place, en présenta les
Clefs à Sa Majesté, à la telle
du Corps de Ville, qui harangua
à genoux. On ne
parle jamais autrement au
Roy, quand on porte là parole
au nom d'une Ville. Ce
Prince estant descendu chez
le Gouverneur, monta à cheval
un moment après, ôc alla
au Mont Olimpe, dont il
visita les Fortifications par
dedans & par dehors.
Le Mont-Olimpe est sur
le haut d'une Montagne,qui
n'est séparée de Charleville
que par la Meuse qui passe
entre-deux. Il yacinq Bastions
& cinq Demy-Lunes,
avec des Tenailles à flanc
dans les Fossez. Le Roy estant
revenu à Charleville,
envisita les Remparts,&fît
apres le tour de la Ville. Le
Peuple qui ne se pouvoit
lasser de faire entendre ses
acclamations à un si grand
Prince, couroit à tous les
passages pour les redou bler.
Il vit enfuite leBataillon de
Cligny) du Regiment de
Monseigneur le Dauphin.
Ilestoit en bataille, Mrle
Marquis d'Uxelles qui en
est Colonel, à la teste, avec
la Pique & le Haussecol. Ce
Bataillon fut trouvé tresbeau,
& eut l'honneur de
garder LeursMajestez. La
Reync, de son collé, alla aux
Capucins & aux Carmelires.;
Lefoir,toutela Placey les
quatre grandes Ruës qui aboutirent,. y
& celles de traverse,
furent éclairéespar un
nombre presque infiny de
Lanternes. Le brillanteffet
que cette Illumination produisit,
estoit tres-agreableà
voir du milieu de cettePlace.
Monseigneur le Dauphin,
Madamela Dauphine,Monfleur),
Madame, ôcMademoisselle
d'Orléans, s'y rendirent
pour s'y donner ce
plaisir. Elle est bastie, comme
l'efi icy la Place Royalemais
elle.a de plus les quatre
grandes Ruescirées au niveau,
avec une Porte air
bout dans un trèsgros Pavillon
celuy qui est sur la
Meuse servant de Moulin.
Elle est plus longue que
llaarr~gee. .LLeess deux lloonngguueeuurrss
font séparées au milieu par
une des grandes Rues; &
chaque partie que la Rue
sépare, contient quatre Pavillons
composèz de quatre
Arcades, &: une Tour au
milieu relevéed'un Etage
au dessus des autres. Cette
Tour a deux Arcades. Ainsi
on envoit trente-six dans la
Face entiere de chaque longueur.
Une des Faces de la
largeur contient six Pavillons,
trois de chaque costé
de la Ruë qui la partage.
Il y a aussiquatre Arcades
a chacun des Pavillons, ce
qui en fait voir vingtquatre.
La Face opposée de
la largeur, n'a qu'un Pavilon
dans chaque coin. Le
reste du terrain ell occupé
par la Muraille, pousséejufques
au premier Etage d'un
Palais que vouloit faire le
Duc de Nevers. Le Portail
qui en est fort haut, laisse
voir la Porte de ce costé-là,
& mesme des Chariots pafsent
dessous pour aller dans
la quatrième des grandes
Rues.
La Fontaine qui est au
milieu de cette Place, en fait
un des plus beaux orncmens.
C'est ungrand BallIn
de Marbre bleu, comme on
le trouve vers Namur. Il ell
quarré, avec des demyronds
dans le milieu de ses
Faces. Un Vaze de pierre
porté sur un Piédestal au
milieu de ce Ballin) jette
l'eau par quatre tuyaux de
quatre Gargouilles de cuivre.
Il est fermé&surmonté
d'une grosse Fleur-de-Lys
dorée. Trois Marches fiir
lesquelles on l'a élevé,régnent
tout autour, & font
environnées d'une Balustrade
peinte en vert. Les
eaux y viennent par des Canaux
souterrains qui les reçoivent
à plus de dix-huit
cens toises de Mezieres, par
dela la Meuse. -
Quant à Charleville, il en
environné de huit Bastions,
& de deux demy-Bastions
vers la Riviere. Entre ces
demy-Bastions, il y a,de
petites Courtines aux
trois
Portes; mais par tout ailleurs,
ce sont des Chaudrons
ou Bastions rentrans.
Le 19. le Roy donna au
dience à M l'AbbéScaglia
d.£Yéruë) Ambassadeur de
Savoye. Il a suivy le Rojj
dans tout le Voyage, &:
soûtient sa digniré avec depense
& beaucoupd'éclat.
Le mesme jour Sa Majette
allaà Mezieres, où Mrde
Lançon la rcçeut. Elle en
visitales Fortifications, Ôc
fit reveuë de la Garnison.
a Cour y devoit loger, par
Projet de la route; mais
~i changea de dessein, fiir
~queTon crût quil n'y
troit pas
assez de logemét.
ss.HabitansdeCharleville,
ce grandPrince retourna
~ucher) n'en furent pas
oins ravis, qu'on fut toulé
à Mezieres de ne levoir
~'un moment. Ainsi les
~\s & les autres firent éga-
~tnent leur cour, les uns
~ir Jeur joye, ôc les autres
~Lr leur chagrin.
Mezieres est à une portée
~e Canon de Charleville.
La Ville est presque entource
de la Meuse, qui fait 1^
une Peninsule. Elle est plu
longue que large, & aflfea
pleine de Peuple qui fait
trafic. On a fait quelque
Ouvrages modernes pou
la couvrir d'un Chasteau qu
la commande.
Pendant que le Roy la
visita, la Reyne continuant
ses dévotions, alla aux Religieuses
duS.Sepulchre, &
en fuite aux Cordelieres d
Bethléem, ou cette Princesse
entendit le Salut. En
fuite ellealla dans le Bois
de Charleville, accompagnée
de Madame, de ses
Dames d'Honneur, & de
Madame la Marquise de
Palaiseau, à qui elle fit l'honneur
de la faire entrer dans
son Carrosse. Ce Bois a beaucoup
perdu de sa beauté depuis
quatre ans qu'on en
abatit plus des trois quarts,
parce qu'il estoit trop pres
de la Contrescarpe, dont le
Glacis en occupe présentement
une partie. Toutefois
il commence à former encor
une veuë de trois Etoiles
j;.composées chacune de huit
Allées. La Reyne fit collation
au bord de laMeuse.-
Le 20. Leurs Majestez,
apres avoirentendu la Messe
aux Jesuites,& fait distribuer
avant leur départ des sommes
considérables auxCon-,
vents, aux Hôpitaúx, & aux;
Pauvres, vinrent dînaràj
Vrignes au Bois, & furen
reçeuës le foir à Sedan par
Mrle Comte delaBourlie.
qui en est le Gouverneur.
LeRoyvisita le mesme jour 4
les Remparts & les Fortifications
extérieures de la
Ville, & vit avec or 47 1
plaisir l'Ouvrage à cornes,
appelle la Corne de Floin,
qui est un des plus beaux
Ouvrages de Fortification
de toutel'Europe. Ses Fossez
qui sont tres-larges &
très, profonds, ont esté taillez
dans des Bancs de Roc
d'une qualité tenace & fort
jure;&il est si difficiled'y
faire une descente ou de les.
combler, ôc tellement impossible
de faire une Brèche
du d'ouvrir une Mine dans;
~e Roc sur lequel cet Ouvrage
est construit, qu'on le
courroie dire véritablement
inattaquable, s'il estoit permis
de se servir de ce mot
Les Habitans qui l'ont fait
faire, l'avoient rendu extrêmement
net, & pris fort
grand soin de toutes les choles
qui pouvoient plaire à
Sa Majesté. Aussi leur té
moigna-t-elle la satisfaction
qu'Elle enavoit; & lorsque
Mrs de Ville se présenterent
pourrecevoirles ordresàson
deparr, Elle les reçeut ave
xksdémonftrationsde bonté
tres-particulieresy & leur si
l'honneur de leurdire - qu'-
elle estoit fort contente de
leurconduite,&qu'Elle leur
donneroit des marques de
sa bienveillance. La Souveraineté
de Bouillonfut échangée
en 1651. par Fre.
deric Maurice de la Tour ,--'------ d'Auvergne,DucdeBoüillon,
contre les Duchez d'Albret&
de Chasteau-Thierry,.
& le Comtéd'Evreux, que
le Roy luy donna par Contract
d'échange.
Le2.1.la Cour dînaà Amblemont,
& arriva le foin
Stenav. Mr le Comte de
Bourlemont, Gouverneur
de cette Place, y reçeut.
Leurs Maj estez. Le Roy
employa le reste de la journée
à voir les Dragons qui
estoient campez au bord de
laMeuse. Mrle Marquis de
Bouflairs leur Colonel General,
avoit envoyé un jour
auparavant Mle Comte de
Tessé marquer le Camp sous
Srenay dans laPrairie. Sa
Majesté les trouva rangez
en bataille sur deux Lignes.
Cé Corps estoit composé
D. Regiment de Cavalerie
deTilladet,&des Regimens
de Dragons du Colonel General,
commandez par Mr
le Chevalier de Tilladet.
DuRegimentRoyal,commandé
par Mr le Marquis
d'Allegre.
Du Regiment de laReyne,
commandé par Mr le Vi-
Du Regiment Dauphin,
commandépar Mle Comte
tdeELotngueval des Regimens
De Mrle MarquisdeLis-
De Mrle Marquis deBarbezieres,
DeMrle Comte deTijle,
Genrela estoitvétu d'Ecarlate
doublée de bleu, avec des
Boutonnières d'argent, &
un Bonnet rouge doublé de
Pluches bleuës attachées
aussi de Boutonnieres d'argent;
les Officiers magnifîquement
vétus, & leurs
Juste-à-corps chamarez de
Brandebourg à Point d'Espagne
d'argent. L'Etendard
Colonel, blanc, Cerné de
flâmes d'or; & les autres
Etendards de ce mesme Regiment,
rouge,semezaussi de
flâmes d'or, faisoient trois
Escadrons. La Compagnie
Generale estoitdistinguée
en cequ'elleavoit desChevaux
blancs.
Le Royal, vétu de bleu
doublé de rouge, avec des
Bonnets bleus parez de Pluches
rouges, ôc rattachées
de Boutonnieres d'or; les
Etendards bleus, semez de
Fleurs de Lis d'or. Trois Escadrons.
La Reyne,vétude rouge
doublé de bleu; les Eten.
dards rouges, avec les Armes
& Chifres de la Reyne
en Broderie d'or. Trois Escadrotis.
- Le
Le Dauphin, à la teste
duquelMonseigneur le Dauphin
se mit pour salüer le
Roy, vétu de bleu doublé de
bleu; les Etendards bleus,
semez de Fleurs de Lys ôc
de Dauphins d'or; les Bonnetsbleus
ornez de Peaux
d'Ours. Trois Escadrons.
Listenois,vétu d'isabelle
doubléde bleu, les Bonnets
demesmornez de Pluches
bleuës, avec des agrémens
d'argent; les Etendards
bleus,avec le Soleil & la
Devise du Roy. Trois Escadrons.
>
Barbezieres, vétu de rouge
doublé d'isabelle; les
Bonnets rouges, avec un
Tortil de galon d'argent,
qui faisoient les Bonnetsàla
Turque. Deux hfendrons,
Tessé,vétu de jaunedou- ,1
blé de rOLIgc; les Bonnets
jaunes ornez - de Peaux
d'Ours, un Soleil en Broderie
de Moire d'or sur le devant
de la teste de chaque
Bonner, avec l'Aigrete blin,
che mile à la façondes Po-,
lacres; les Etendards blancs,
avec ces paroles en broderie
d'or. VICTORIA PINGET. Deuxescadrons.,
Pinçonnel, vétude rouge
doublé de verd; les Bonnets
rouges ornez de Peaux.
l'Ours, & ratachez deBouonnieres
d'argent; lesEtenlards
verds, en Broderie de
flâmes & de Foudres d'or,
vec laDevise du Roy& le
oleil. Deux Escadrons.
La Lande, vétu de jaune
oubléderouge, ainsi que
Feue; les Bonnets jaunes
rnez de Pluches rouges,
atachées de Boutonnieres
argent; les Etendards jaues
d'un costés, &rouges de
autre, avec le Soleil & la
Devise du Pvoy
,
& celle du
Colonel de fautrccollé.J
Deux Escadrons. :
La Bre-teche,vêtuderou-1
ge doubléde jaune; les Bon4
nets tous jaunes; l'Etendardj
jaune, & une Devise dontlel
corps est une Jambe de bois,
avec ces paroles. Anouveau*
mal nouveau remede. Il y a
déja quelque temps que ce
Colonel eut une Jambeemportée
d'uncoup deCatior.
& depuis ce temps il a tu e
Jambe de bois dont il se fert.
Deux tJl*idro'ûs..w
Burfard, vétu de rouge
doublé de verd ; les Bonnets
rouges, avec un Galon
d'argentsur le Bonnet. .&
des Boutonnieres d'or iiir
celuy desOfficiers; les
Etendardsverds,en Broderie
d'or, avec la Devise du
Roy d'un costé, & la Devise
du Colonel del' autre. Deux Efèadronj..
Asfeld, vetu de verd doublldërOuge;
les Bonnets
de mesme; les Etendards,
d'un costéverd en Broderie
d'argent,oùeitoit la Deviie
du Colonel, & de l'autre
rouge, avec le Soleil & la
Devise du Roy,en Broderie
dor. Deux escadrons.
Fimarcon, vécu de verd
doublé d'isabelle, avec les
Bonnets de mesme,& les
Etendards verds en Broderie
d'or &d'argent, avec la
Devise du Roy d'un cofté,
& celle duColonel de l'autre.
Chacun de ces Regimens
avoient des Hautbois
vétusdes Livrées des Colonels,
& tous les Officiers
vétus de celles des. Regimens.
*•
Apres que le Roy eut
passé à la teste des deux LiÀ
gnes, il fit faire plusieurs
iiïouvemens àpied &: à cheval,
dont il parut fort content.
Le 22. ce Prince ayant
eudessein de voir Monttnidy;
Mf le Marquis deBoufldirs
partit à la pointe-dujour,
& disposa sur sa Marche
depuis Stenay jusqu'à cette
Placc)tout le Corps des Oraw
gons qui servit ce jour-là
tfEfèorte à Sa Majesté. Moiïseigneur
le Dauphin n'alla
point à Montmidy, & prit
encor ce jour-là quelques
remedes. Le lendemain 23. k Royvit pour la seconde
fois le R egimentde Cavalerie
de Tilladet & tout le
Corps des Dragons,& les fit
defikr devant luy Compagnie
parCompagnie>apres
quoy illeur fit faire encor de
nouveaux mouvemes à pied
&àcheval. Ñronlèigneur le
Dauphinsalüa Sa Majestéà
la teste de son Regiment.
Le 24. la Cour vint coucher
à Vons, apres avoir
dîné à Besancy. Mrle Marquis
de Louvoisalla le mesme
jour à Verdun. Il y vit
les Troupes & les Fordrica- 4
tioAS,& poursuivit son voyage
pourvisiteraussi celles de
Lorraine & d'Alsace. On
peut s'en reposer sur ses
ioins. Ses lumieres sontconnues,&
il seroit inutile de
s'étendre là-dessus.
,
Le 25. on coucha à Château-
Porcier, & on arriva le
26.àLiesse. Leurs Majestez
se rendirent d'abord à l'Eglise,
& furent complimentées
en entrant par Mr le
Cardinald'Estrées, Evesque
de Laon. Il estoit accompagné
du Chapitre de la Cathédrale.
Mrl'AbbéBellotte
quien çH: Doyen,les complimenta
aussi au nom de son
Corps quand elles sortirent.
La Reyne & Madame la
Dauphine firent leurs devotions,
& le Roydonna une
somme considérable à l'Hôtel-
Dieu de Liesse, & une
autre pour le rétablissement
des Eglises voisines.Mrle
Cardinald'Estrées régala
splendidementunepartie de
la Cour, qui partit le 24. &
passa au bas de la Montagne
de Laon,où les Magistrats
& les Peuples de la Ville
estoient descendus, pour
rendre leursrespects à Leurs
Majestez.Elles y reçeurent
des rafraîchissemens, & des
Harangues imprimées, que
MrBellotte, Prevost & Maire
de Laon, leur présenta à
la teste des Echevins. Elles
se rendirent ensuite à Soisfons,
& arriverent le 28. à
Villers-Costrets. Le29. on
vint dîner à Nanteüil, ou
MonseigneurleDauphin se
trouva surpris d'un violent
mal de dents.LeRoyayant
sçeuque Mr Lartet,un de
ses Chirurgiens, en avoit
guéry Madame deMontesfan
depuis un jour, après
plusde huit p-affez dans des
douleurs excessives, voulut
qu'on le fist venir.Monsei-
-gnt--ur le Dauphinluy ordonna
de ne le pas epiignee,
&dit, qu'ilsoufriroittout le
malqu'il pourroitluy faire.
On appliqua le Remede, Ôc
ce jeune Prince fut guéry en
un moment en présence de
Leurs Majestez. On - alla
coucher à Dammartin, &
le 30. on arriva à Versailles.
Il y a longtemps, Madame,
que vousme demandez la
Description de l'Escalier de
cemagnifique Palais. Voicy
une occasion de vous satisfaire.
Le Roy y arrive,&j'en
dois parler.
Cet Escalier a onze toises
de long sur cinq de large,
dans lesquelles largeurs sont
compris les degrez d'enbas,
&scelle des Rampes.
L'on entre par trois Arcades
de face dans unVestibule
detrente-neufpieds de
large, sur treize de profondeur,
dont le bas est àcompartiment
de marbre, & la
ivivoouutete,,d'o.orrnneelmneepn.ss S&e trophées
en bas-relief dorez. - Onmonte par trois Degrez
& trois Arcades opposées
fiir le premier Palier,
large de cinquante-cinq
pieds, & sur la profondeur
large de dix-huit. Il est revestu
tout autour comme le
bas, de compartimens de
marbre.
L'on entre & fort par les
extrémitez,& dans les Apartemens
d'enbas, par une
Galerie ornée & sculptée
ainsi que le Vestibule.
En face de ces troisArcades,
il y a un Escalier à
pans, d'onze degrez de marbre,
Le Palier de dessus est
d'onze pieds en quarre.
-
Dans la face&l'épaisseur
du Mur, est une Niche surbaissée,
& dedans,un Bassin
de marbre, soûtenu de Dauphins
de bronze. Deux TÏU
~tons dessus suportent une
double Coquille de marbre;
ornée d'un Masque, jettant
de l'eau dans un Panier remply
de Coquilles. Ce Panier
forme une Nape qui tombe
dans le Baffin de marbre, &
qui se décharge par un autre
Masque&par les deux Dauphins;
le tout de bronze.
* Les Rampes sont de dix
pieds de large, & chacune
devingt degrez de marbre;
les appuis de mesme matière,
suportez de Balustres de
bronze, cizelez & dorez au
feu.
Les deux Paliers sontaussià
compartiment de marbre,&
de dix pieds de large. L'on
passe dans les Apartemens
par quatre Portes,richement
ornées de scu lpture, qui sont
fous chacun de ces Paliers.
Dedefliis lesmesmesPaliers,
on a élevé un ordre
d'Architecture Ionique de
Colomnes & Pilastres de
marbre, dontles bazes &
chapiteaux font de bronze
dorée au feu. <:
? Dans la face du milieu,
au delliîsde la Fontaine,on
a placé unBuste de marbre
blanc, représentant Sa Majesté,
Les bas costez de ce
Buste sont ornez de Casques,
de Boucliers, & de
Palmes. AudessusduBuste
dt une Tested'Apollon,
ivcc la Devise du Roy, &
plus haut, une Couronne
posée sur le cadre de la Niche,
ornée de, part & d'auprç
de Festons de Lauriers;
le tout de bronze. ";tif
A la face opposée est un
grand Trophée des Armes
de France; & le milieu des
deux bouts sur les Paliers, à
pareille hauteur,& de parcilleciniécïïîe,
est orné de
deCambray,S.Omer, ValCencieannses,
s&ela Bla.taille de
Pour rendre ce lieu plus
large & plus spacieux, ona
feint dans les places entre
ces Massifs & celles des milieux,
deux Galeries de chaque
costé, du mesme ordre
Ionique,. & sur le mesme
Plan, des Paliers dans lesquels
sont représentez des
Personnes de plusieurs Nations,
comme si elles pat
soient dans ces Galeries.
- Au dessus de la premiere
Corniche, on a feint un fccond
ordre d'Architecture
à plomb
, sur celuy d'enbas,
& deux Galeries ornées dans
la longueur des deux faces,
de six Thermes scints de
bronze,cjur suportent la
Cornich;i, le tout avec les
Sujets suivans dans la hauteur
dehuit pieds.
) Les quatre Angles ont
pour ornement de grandes,
Poupes de Vaisseaux remplis
d'Armes diférentes, &
portent un Trophéed'Armes
surl'extrémité. Chacun
desquatreTrophées fait
voir des Armes semblables
àcelles de lune des quatrç
Parties du Monde.
Ces Poupes de Vaisseaux
sont soûtenuës de deux Consoles
élevées&opposées en
Arcboutant,, fortifiées Pardessous
de Cornesd'abondance
renversées, & d'une
grande Coquille de bronze,
qui pose sur la Corniche
dans le fonds de l'Angle.
Sur le retour des mesmes
Consoles, aux costez des
Poupes, on a feint des Captifs
de sculpture, & ait
dessus, des Victoires colorées,
quisont sur.lese&trémitezde
ces Poupes.
Au dessus, dans le Platfond,
sont peintes la Magnisicence,
l'Autorité, la Force,
êc la Vigilance, en quatre
Bas-reliefs ottogones, sur
un fond de Dépoüillés de
Lyons qui les soûtient, portant
deux Cornes d'abondance
croisées dans les yeux
de ces Dépoüilles. Au defi
fus est un Masque d'Apollon,
qui fuporte des Roses
ou Rouleaux à feuillages,
liez ensemble, d'où prend
naissance un grand Cadre
quirenferme ces ornemens,
partie feints de bronze &de
sculpture.»
Les Festons de Fleursqui
tiennent les Victoires, sont
seints attachez à ces Roses
d'enhaut, par de petits Ensans
qui les soûtiennent en l'air. Dans la Face du milieu,
au dessus du Portrait duRoy;
font représentées les Muses
Clio & Polymnie, assises sur
des Livres, l'une vétue de
blanc, & l'autre de vert;
avec un Manteau de couleur
de Rose,rehausséd'or
r.Entre;: ceâî deuxFigures,
il y a un Char remply de
Boucliers, qui suportent un
Globe couronné, & orné de
trois Fleurs-de-Lys d'or.
Un peu derrière paroisfent
Minerve & Hercule,
appuyez sur le Globe; &
dessousle Char, unSerpent
àtrois testes, renverse.
Le fond de ceSujet, c'est
à dire le fond sur lequel les
choses dont jevay parler
sont peintes, est un grand
Rideau violer à Fleurs-de-
Lys d'or
,
soûtenu par des
Cordons d'or que tiennent
des Thermes qui le rensermène,
& du haut de la Cor-,
niche, dans le milieu,pendent
des Festons de Fleurs
de part & d'autre,tombant
le long des Attiques qui
font à costé des Figures, or-t
nez de Masques de bronze.
Au dessus sont des Calques
àfond d'or. .j* :» àa on Of.. -,
,":! |£ Dans le Sujetopposé font
représentées Calliope & NiCI.
pomene; l'une vétuë de vert
changeant & d'un Manteau
bleu, & l'autre habillée de
yblanco, & dr'un.Mfantetau tiflii Derriere elles, est représenté
Apollon appuyé sur
un grand Trépié d'or. Dd
l'autrecosté, la MuseThalie
tenant des Marques; & au
bas du Trépié, le Serpent
Pithon percé de Fleches.
Les deux extrémitez foiad
ornées d'un grand Vaze d'orposé
sur un Piédestal, avec^
des Festons de Fleurs attachez
à la Corniche, tombant
de part & d'autre sur les pié
destaux des Pilastres, & s'dfl
tendant jusques sur les Ca
ptifs qui en sontliez,
Aux costez il y a deux Figures
dans chaque Sujaw
L'une représente Uranie vcrnç
d'un violet changeant,
Semefuranc un Globe. Eucerpequi
est aupres d'elle,
tient un Flageolet.
Dans l'autre Sujet;sont
la Peinture ôc la Sculpture,
vétuës d'un grand Manteau
violet, tenant un Tableau
qu'elles regardent.
Entre les partiesdes milieux
des Faces & des Angles,
au dessus des Massifs
denbas, remplis des TJpiC.
series feintes, sont représentées
les quatre Parties du
Monde.
L'Europe, armée &couverte
d'un Manteau bleu,
estassise sur des Armes &
des Livres, tenant un Sceptre,
& s'appuyant sur un
Bouclier orné de la Devise
du Roy, & soûtenant de
l'autre une Corne d'Amalthée
pleine de Fleurs & de
Fruits, & ayant un Cheval
au pres d'elle.
De l'autrecosté est l'Amérique,
assise sur un Crocodile,
ornée & armée à la
manicrede ceux qui l'habitent.
L'Asie cil sur un
Chameau,
couverte d'un Manteau
de couleur orangée,
s'appuyant d'une main sur
un Bouclier Turc, & tenant
de l'autre une Cassolete,
Elle a aupres d'elle des Turbans,
& des Armes Turquesques
& Persiennes.
L'Affrique estlegerement
habillée de vert changeant.
Elle est assise sur un Eléphant
qu'elle flate, & a sous
ses pieds des Carquois, des
Fléchés,& des Boucliers.
Le Platfond qu'on voit au
dessus de la derniere Corniche,
est orné tout autour de
Tableaux ou Bas-relief
feints de Lapis àfond &rehaussez
d'or, representant
les Actions. de Sa Maj esté,
fous des Figures à la manière
antique & allégorique. On
peut les séparer en deux
rangs, de trois Tableaux
chacun.
Dans l'un de ces rangs,
le Tableau du milieu cil le
Panade du Rhin, où le Roy
paroistdonnant ses ordres
pour attaquer les Ennemis;
&en l'air, la Valeur Guerriere.
Le Fleuve du Rhin,
fous la figure d'un Vieillard,
exprime par son action la
terreur & l'épouvante.
L'un des Tableaux de ce
mesme rang, fait voir ce
Prince à cheval, entre trois
Capitaines,donnant ses o .:
dres pourformertroisSieges
de Ville dans un mesme
temps.
- Dans l'autre, il est afTÍs,
donnant d'une main un Livre
à des Vieillards ou Ju-,
rifconfultçs, & de l'autre,
une Epée & une Balance à
uné Femme, qu'on recônnoit
aisément pour la Justice.
Elle eeHs: taaccccoonm1ppaaggnnééee de 11EE-:
quite.
LesTableaux du rang,
opposésont,celuy du milieu,
la Conqueste de la Franche-
Comté. On voit le Roy à
cheval, suivy de ses Generaux,
& tenant une Victoire.
La Province estreprésentée
par une Femmecouronnée,
àlaquelle la Valeur metun
joug sur les épaules; & ces
Villes sont dépeintes par
d'autres Femmes à genoux,;
qMui doannjeent dsestCélef.s à$aj j L'un des deux
autrewïi
bleaux représente la Sa^jfcsi
faction qu'un Ambaflàdciflj
a faite au Royen présence
de ceux des Couronnes Etrangeres.
Il est conduit par
une Femme armée, qui est
la Force. La Raison tient
une Epée nuë d'une main,
& de l'autre, fait mettre un
Lyon aux pieds de ce Grand
Monarque. Derrieère, est
une autre Femme déchirant
ses vêtemens, pour marquer
le dépit de cette Nation.
On voit la Justicearmée aupres
du Roy, tenant une
Epée d'une main, & de l'autre,
une Balance.
Le dernier de ces six Tableaux
fait paroistre Sa Ma.
jefté recevant les Ambassadeurs
& Envoyez des Nations
Etrangères, pour renouveller
les Alliances.La
Bonne-foy est représentée à
fès costez par une Femme
couronnée de Fleurs. Elle
porte un Coeur & un Fait
ceau de Verges liez en&m<
ble,symbole de l'Union.
Dans le mesmerang, au
dessus des endroits feintes
percez, il y a deux Tableaux
de chaque cofté, représtant
la Peinture,laSculpture
laPoësie,& l'Histoire, cnj
bas-relief Ils sont feints
de bronze doré, & ornez
aux costez de Sphinx, sur
un fond de Mosaïque d'or,
& en haut, de Festons de
Fleurs.
Les deux Tableaux des
extrémitez, représentent le
Rétablissement du Commerce.
Le Roy eH: assis dans
l'un, donnant d'une main
des Lettres a des Pcrfonnes
qui sont à genoux, &: faisant
avancer de l'autre une jeune
Fille, qui porte une Corne
d'Almathée, ôc la Verge de
Mercure, pour signifier la.
Paix & l'Abondance.
Dans l'autre est représenté
ce mesme Monarque,
donnant d'une main un
Baston de Commandant, ôc
une Couronne de l'autre, à.
des Personnes qui les reçoivent
avec respect. A son
costé paroist une Femme.
Elle tient une Balance & un
Faisceau, qui est la Justice
distributive.
Au dessus de ces deux
Sujets, & dans le haut du
Plufond, on voit deux grandes
Médailles. Dans l'une,
une Renommée volante,
quisonne de la Trompéte,
& dans l'autre, Mercure en
gl'air, qaui tienzt le Ceheval.Pé- gaze.
Ces Médailles sont au milieu
d'un grand Cadre remply
d'Armes & de Trophées
qui leur sont convenables,
soit pour les Arts, la Paix,
ou laGuerre.
, La Voûte est portée dans
lemilieu, & l'ouvertureornée
tout à l'entour dans le
de ssous, d'un Cordon de
Fleurs & de Fruits, de sculpture.
Lesquatre Faces des
Consoles
sont
droites, à
plomb sur les Colomnes &
les Pilastres d'enbas; & de
l'une à l'autre sont des Fef.
tons pareillement de sculpture
,
qui y sont attachez
sur un fond de marbre. Ces
Consoles suportent une Cor.
niche pour couronnement,
& sur la Corniche estposë
un Compartiment de glaces
pour la couvrir, & empet
cher les caux d'y tomber.
Ce Lieu est embelly de
cette maniéré, pour repre- LL senter un jour de Feste, où
les DivinitezduParnasse
sont assemblées pour recevoir
le Roy à- ion retour de
aguerre. Ainsi une partie
les
-
Sujets en sont peints
sans les Tableaux & dans
es Tapisseriesfeintes. On
supose que tout l'a esté par
ces Génies qui paroissent en
air, ornant encor la Voûte
de Festons de Fleurs, après
en avoir mis en plusieurs endroi
s le long de la Corniche,&
dansde grandes Corbeilles
ou Vazes qui sont au
dessus des Thermes & des
Pilastres.
Sa Majeste cil: placée dans
le milieu,pour marquer que
c'est pour Elle que cette
Feste se fait. Les Casques
attribuez à Mars & à Minerve
, & leurs Armes qui
font en trophées dans les
extremitez, signifient la prudence
& la valeur de cet
augusteMonarque, & font
connoistre qu' estant aussi
grand Guerricr,qu il est
sage Capitaine, il a merité
la belle Devise que l'on a
miseau dessus de Luy.
Par ces Poupes de Vaisséauxquiremplissent&
soûtiennent
la Voûre dans les
Angles que les Romains
Diit appellezRostres, s'en
servant dans leurs Places
:omme dans les Lieux publics
où ils rendoient la Ju(-
ice, afin de signifier le Gouvernement,
est dépeintceluy
du Roy, qui par son admirable
conduite a mis la»
France dans le plus haut
point de gloire où elle ait
jamais monté.
Les Captifssontfeints de
sculpture, pour faire entendre
que les divers Peuples
qui ont senty le pouvoir des
armes deSaMajesté, vivent
fous ses Loix sans volons
& que la contrainte n'a aucune
part à leur servitude.
C est pour cela qu'ils ne paroissent
liez que de Festons
de Fleurs, par les mesmes
Victoires que ce Prince a
remportées sur les Mers &
en plusieurs endroits de la
Terre, dont les dépoüilles
& les armes diférentes sont
d épeintes sur chacun de ces
Vaisseaux.
Les Bas-reliefs repréfen-.
:
tant la Magnificence, l'Autorité,
la Force, & la Vigi-
Llnce, sont placez dans
lej
platfond au dessus de ces
Rostres, comme des Clefs
tjui soûtiennentle Compartiment,
parce que ce sont
quatre parties remarquables
pc unies en la Personne du
^oy3 pour le faire agir COITU
me il fait sans cesse,
& travailler
pour l'agradissement
|gc la gloire de rEcar.
Les Muses y sont représentées,
une partie pour contribuer
par leurs nobles divertissemens,
àceux que. Sa
Majesté prend dans cemagnifique
Lieu apres ses gi-arr,
des fatigues. La Peinture, laSculpture, & li&rchi^
tecture,tous Arts qu'ilayme,
paroissent comme venant
de travailler elles-mesmes
pour l'embellir, pendant
que- d'autres appliquent
leurs soins à luy acquérir
une glorieuse immortalité.
Celase connoist par les deux
Figures qui font dans les
faces des milieux. L'une qui
- regarde dans un Livre, eli.
l'Histoire; & l'autre qui=
montre Minerve, représente j
l'Eloquence.
-
Les Tra^iad
du Roy, sont fignifiez par
Hercule; & le Dragonà trott
refies qui est renversé, ipèM
voir que ce Prince a vaincu
les trois Puissances qui s'estoient
unies pour l'attaquer.
Leurs Dépoüilles qui remplissent
le Char d'Hercule,
dépeintes par les Boucliers
qui portent les Armes de ces
trois Puissances,servent de
trophées & de su port à la
gloire de celles de ce Royaume,
qui sont peintes sur le
Globe.
On peut dire encor que
par ces mesmes Vertus qui
ont donné en tous lieux de
glorieux avantages à Sa
Majesté, Elle a mis fin aux
Guerresciviles, & empesché
les Rebellions secretes que
les Ennemis ont voulu faire
naistre dans la France. Ces
Rebellions font figurées par
le Serpent Pithon dans le
Tableau opposé,parcequ'il
ne rire ion origine que des
grossieres impuretez de la
terre, & qu'il fut percé presque
en naissant des fleches
d'Apollon, qui représente la
Personne dii Roy dans ce
Sujet; & comme la Poësie a
beaucoup de part aux recits
des actions de tous les
grands Hommes, elleyparoist
accompagnée de la
Tragédie.
Les quatre Bas-reliefs où
fontdépeints l'Histoire, la
Poësie, la Peinture, & la
Sculpture qui travaillét, sont
placez dans le mesme rang
de l'Histoire du Roy, parce
que c'est dés le temps de la
vie des Princes qu'elles doivent
s'employer pour leur
gloire. Onconoist d'ailleurs
par là, qu'elles auront foin
d'immortalisercelle du Roy,
& que ses Actions heroïques
seront publiées dans tout le
Monde en deux divers manieres
, par la Renommée
d'enhaut,& par celle des
Princes & des Roys, rcprésentée
sous la figure d'une
Femme en l'air qui sonne de
la Trompete, &parle Dieu
de l'Eloquence Mercure,
qui, afin de le marquer,conduit
le Cheval Pegaze, que
les Poëtes ne font servir
qu'aux Héros.C'est ce qui
est causeque les Trophées
qui environnent chaque
Médaille, sont différentes.
Les quatre Parties du
Monde sont représentées
dans ce charmant Lieu,
pour
pour faire voir que le Roy aj
fait rechercher pour l'embellir,
ce qu'il y a de plus
rare dans toute la Terre,
tant pour les Meubles, que
pour les Plantes, Animaux,
& autres choses; ce
qui rend ce magnifique Palais
si considérable, qu'il
semble donner de la curiosité
à tous les Hommes, en
attirant une partie des Nations
les plus éloignées. Elles
y admirentavecplaisir les
surprenantes Actions - du
Roy, qu'on a pris foin d'y
représenter. Ainsi,onsupose
que ces Nations passent
dans ces Galeries feintes,
habillées toutesdiversement,
& à la maniere de leur
Païs, & qu'elles regardent
toutes ces merveilles selon
leur caractere,en allantvoir
le grand Prince, dont laréputation
les a charmées.
N'estes-vous pas surprise, Madanlc,
quand vous vous figurez
tant de choses, & d'une beauté
si surprenante, en un Lieu Qui
fournit si peu dequoy réussir
dans une entreprise de cette nature?
En effet, il n'en fut jamais
aucun moins favorable
pour y traiter unSujet suivy.Cependant
nous le trouvons dans
ce superbe Escalier. Il y a plus;
car quoy que tout en soit véritable,
lesactions qu'on y voit représentéesestantcelles
de Sa
Majesté, on nesçauroitdireque
ce fun: là un Sujet tou(flir,COlTImelesont
ceux que l'on prend
desAnciens.Tantd'excellens
Hommeslesonttraitez,que
ceux qui sVn servent, n'ont qu'à
peindre& à suivre les Ouvrages
tracez par les Tailles-douces,
par les Tapisseries, & de mille * autres manieres, qui ont transmis
cesSujetsjusques à nous. Mr
le Brun en a choisy un, quine
peut manquer de vivre eternellement,
maisqu'aucun autre n'avoittraité
avant luv. L'ordonnance
,lit,enfin
tout ce qui faitvoir le géniedes
Peintres, des Sculpteurs, & des
Graveurs, rien n'estoit trouvé.
Si ce Sujet n'cft pas tout à fait
-
nouveau, parce que toutes les
do,.is qu'il renferme, sontconnuër.
depuis L- Regne de Loüis
LE GRAND
, toutne laissoit pas
d'cflre nouveau pour le Peintre.
Il avoit abondamment de lama-,
tiere, mais elle estoit difficile à
partager. Il falloitluy donner
des ornemens. L'étenduë du lieu
le demandoit, & cette étenduë
n'estant pas suivie comme elle
l'estdans une Salle ou dans une
Chambre
,
elle demandoit en
mesmetemps tout legénied'un
grand Homme pour lesiiiven-.
ter. C'est ce que Mrle Bruna
fait. Vous voyez dans ce merveilleux
Ouvrage une varieté
qui fournit beaucoup à la Peinture,
& quidivertit les yeux; une
diversité où la symétrie le rencontre,
&: que r.idreflè du Peintre
asçeu rendre necessaire; les
quatre Parties du Monde qu)1
introduit,estanttoutes diférentes
en Habillemens,en Fruits, en
Fleurs,& en Animaux. Ainsi,
quoy que tout cela soit de finietrie,
des Fleurs estantopposées
à des Fleurs,&des Animauxà
des Animaux, ce font pourtant
pour les yeux des objetsbien diférens.
Il faut tll18vaste génie
pour embrasser tant de choses à
la fois. Il en faut pour les inventer.
Il en faut pour les placer.
Il en faut pour les exprimer bien
vivement. Il faut sçavoirce qui
convient à chaqueNation,&
leurs diverses manieres, comme
nous sçavons ce qui regarde la
Dortre; en un mot il faut estre
Mr te Brun. Auffi voit-on en de
certainsendroits de cetEscalier,
des traits d'un Maistre entierement
consommé
,
de dont les
plushabiles de cet Art n'ont pas
d'abord découvertl'adresse.
Quand Mrle Brun fait de ces
grands coups, ilrepare par là les
défautsdulieu, qui rendroit defagreables
à la veuë, leschoses
mesmes qui feroient dans les plus
exactes règles,& ce-qu'il ya de
surprenant, c'est que ce grand
Homme trouve moyen de ne
point pecher contre elles, en
couvrant ce qui blesserois les
yeux. Apres cela ne peut-on
pas dire, qu'iln'a pas seulement
fait le plus beau lieu de la Terre,
d'un lieu tres-difficile à orner,
mais qu'il y a ramasséla plus
belle Histoire qu'on lira jamais;
que par son choix, & par Ton
adresse, il a plus donné à la
Peinture qu'il n'a reçeu d'elle,
qu'il a travaillé pour les siecles
àvenir, en leur laissant ce grand
Monument des surprenantes
Actions du Roy que les Graveurs
auront soin de faire vivre
parleurBurin, qu'il a diverty
les yeux par le grand nombre
des choses qu'il a fait entrer dans
son Sujet, qu'il a charmé parles
enrichissemens qu'illuy a prêtez
, & qu'enfin ce qu'il a fait ne
pouvoit partir que d'un génie
comme le fien, c'est à dire, d'un
esprit plein de feu, d'invention,
&delumières. Aussi est-ce un
Hommeuniversel. Ses Ouvrages,
&: fou employ, nous le font
connoistre. Tous les Arts travaillent
fous luy. Pour en eilte
convaincu, il ne faut que voir ce
qu'on fait aux Gobelins, & la
plûpart de ce qui remplit les
Garde-Meubles de Sa Majesté.
Qualité de la reconnaissance optique de caractères