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-t
i-1 rv-
Jl
EXTRAORDINAIRE
DV MERCVRE
GALANT.
QUARTIER DE JUILLET U3O.
TOME XI.
A PARIS.
DR IÂIAIS*-
~ON donnera toujours unVolume
nouveau du Mercure Galant
premier jour de chaque Mois, & c
le vendra
,
aussi-bien que l'Extraodinaire,
Trente fols relié en Vea
&Vingt-cinq sols en Parchemin. j
A PARIS,
Chez G. DE LUYNE, au Palais, dans
Salle des Merciers, à la Justice.
Chez C. BLAGEART, Ruë S. Jacque
à l'entrée de la Ruë du Plâtre,
Et en sa Boutique Court-Neuve duPalais
AU DAUPHIN.
Et T. GIRARD, au Palais, dans la Grand
Salle, à l'Envie.
M. D.LXXX.
AVEC PRIVILEGE DY ROY.
Extrait du PrivilegeduRoy.y
pAr Grace & Privilege du Roy, Donné à
S. Germain en Laye le 31.Decembre 1677.
iSliegnsét,Par le Royen son Conseil, JUNQUIERES.
permis à J. D. Ecuyer,Sieur de Vizé,
le faire imprimer par Mois un Livre intitulé
MERCUREGALANT, presenté à Menfeigneur
LE DAUPHIN,& tout ce qui concerne
edit Mercure, pendant le temps & espace de
années, à compter du jour que chacun dese.
Volumes fera achevé d'imprimer peur la premierefois:
Comme aussi defenses font faites
tous Libraires, Imprimeurs, Graveurs & au.
:res, d'imprimer, graver & debiter ledit Livre
sansle consentement del'Exposant, ny d'en
extraire aucune Piece, ny Planches servant à
iOllllemem dudit Livre, mesme d'en vendre separément,&
de donnera lire ledit Livre, le
tout à peine de six mille livres d'amende, &
consfiscationdes Exemplaires contrefaits, ainsi
que plus au long il est portéaudit Privilege
Registré sur le Livre de la Communauté le s.
Janvier 1678. Signé, E.COUTEROT, Syndic.
Et ledit Sieur D. Ecuyer, Sieur de Vizé,
a cedé & transporté son droit de Privilege à
C.Blageart, Imprimeur-Libraire,pour en
joüir suivant l'accord faitentr'eux.
Achevêd'imprimer pour la premierefois -
le IS. Octobre tfl9.
AvispourplacerlesFigures.
1. A Figure où est écrit, Yij/tl dtit
P UzueU de San D omingo, y du
Fuente en Madrid, doit regarder
page195
La Figure ou estécrit, Pïftll du
Fucnte y "Pia^uela de la ÇaVadaà
Madrid> doit regarder la page
EXTRAORDINAIRE
MERCVRE
GALANT.
QUARTIER DEJUILLET 1680.
TOME XI.
E Soin que je prEns
de vous divertir, en
vousfaisantpart dans
mes Lettres Ordinaires
de tout ce quise passe de plus
curieux en France,&presque dans
rtiotuetes les Cours de l'Europe, ne mépoint
les remercimens que vom
continuez, de m'en faire. Mais,
Madame,sivous avez à tirer quelque
avantage de nostre commerce, ce
doit estre decequele Publicaitbien
voulu seconder mon zele, en me
fournissantpour les Extraordinaires
lessçavans &spirituels ouvrages
qui le composent.Jecommenceceluycy
par un Traité qui plaira sans
doute
à toutes celles de vostre beau
Sexe, puisqu'il enestpeu qui n'aiment
la Dance, & à quiunpanchant
sinaturelne fasse souhaiter d'en apprendre
L'origine. Mr du Rosier, qui
- en est l'Autheur, y a renfermé tout
ce qu'on peut dire de plus particulier
sur cette matiere ; ér quoy que d'autres
Difiours vous ayent déja fait
connoistre l'excellence de cet Art,
lesdiversitez, dont ce dernier efi
remply ne peuvent vous donner
qu'un nouveauplaisir.
QUELLE EST L'ORIGINE
DE LA DANCE. cHaque passion a ses mouvemens
propres qui la font
connoistre. Ainsi l'Amour, la
Haine, & la Colere,agitent diversement
ceux qui les ressentent.
Le Rire, le Chant, & la
Dance, font les marques sensibles
delajoye, &les principaux
mouvemens que cette passion
nous inspire. Qu'on nes'étonne
pas si je mets la Dance au nombre
des signes corporels, ou des
caracteres de la joye. Il est si
vray qu'on la doit considerer
comme telle, que lors qu'elle
se répand au dehors, on va, on
vient, on saute, on ne sçauroit
demeurer en place. Tout le
corps est dans un mouvement
continuel; ce qui vient du petillement
des esprits, qui chatoüille
les s,&faciliteles
parties à semouvoir. Il faut
doncdireavec un de nos Poëtes,
que la Dance est née avec
l'Homme, & qu'elle est aussi
ancienne que le Monde.
Ce n'estfa* d'aujourd'huyqu'on celebre
lté Vartcc;
QndndleMondefutfait, elleprit
sanaissance.
Ce qui en est une preuve convaincante,
c'est qu'elle est en
usage parmy lesSauvages mesmes,
&lesNations les plus grossieres.
Nous apprenons des Relacions
de la Nouvelle France,
que ces Peuplessontjusqu'à douze
sortes de Dances; ce qui fait
voir que ce n'est pas seulement
une coutume,maisune habitude
tirée de la Naturemesme. Les
Satyres & les Faunes nedancent
ils pas dans lesBois, pour ne rien
dire des Singes, qui font naturellement
grands Danceurs, &des
Chiens, ausquels il est si facile
d'apprendre à le devenir?
Il y a quelques Peuples,
comme les Amériquains méridionaux,
qui dancent dans
la tristesse, aussi-bien que dans
la joye. Mais il ne faut pas s'étonner
si ces Peuples qui font
d'un autre Monde, se comportent
autrement que nous, &; s'ils
crient de ce que les autres pleurent.
Cependant il y a unejoye
sérieuse,&unejoye riante,
comme parle Mr de la Chambre;
& la Dance peut estre le
signede l'une &de l'autre. C'est
d'o ù viennent les Dancs graves
ez sérieuses, qui ne laissent
pas de plaire & de divertir, selon
les divers tempéramens de ceux
qui aiment cet exercice. Il en.
est comme de la Musique, qui a
des tons graves, tristes, &mélancoliques,
& d'autres éclatans,
gays, & enjoüez; & tous
concourent également à réveiller
l'ame, & à la divertir des
chagrins dont l'Homme est inséparable.
Tous ces divers mou.
vemens naissent de la joye, ou
la font naistre dans l'ame des
plus tristes & des plus affligez.
Mais enfin comme la Dance
peut exprimer toutes les passions,
disons qu'elle est un mouvement
qui represente l'état où
l'ame se trouve, ou dans lequel
elle feint d'estre. Ainsila Dance
exprime encor les facultez de
l'ame. Tantost le Danceur est
furieux, tantost il est passionné,
& tantost il est moderé & raifonnablc.
La Dance est aussi
un langage figuré,qui exprime
par le geste les pensées de l'ame.
Il faut donc que ces mouvemens
du corps soient justes &
réguliers, quoy que naturels;ce
qui fait la perfection du bon
Danceur, & qui le rend digne
de ce beau mot du Philosophe
Demétrius à un Comédien du
temps deNéron, qu'il avoir le
corps & les mains parlantes.
- Il faut demeurer d'accord
que la Dance, de la manière
qu'on acoûtumedela pratiquer,
estle plus ancien divertissement
de l'Homme, comme le plus
naturel; maisil ya grande aparence,
que dela cadence de la
Musique, on a fait la Dance,
& que celle-cy n'a esté régulière
qu'après que l'autre a esté
parfaite. La Dance est un mouvement
exact & régulier de la
Musique; & si quelqu'un dance
juste sans avoirappris, il en est
comme de ceux qui chantent
juste sans connoistre la Note.
C'est un don de la Nature que
l'Artperfectionné. Mais il faut
que ce mouvement naturel se
trouve en nous, autrement tout
l'Art ne peutdisposer àlaDance,
mais lors qu'il se rencontre
en nous, l'Art nous conduit, &
adjoûte quelquegrace à la Nature.
Il y a donc un grand raport
entre la Dance ôe la Musique.
L'une se regle absolument
sur l'autre, & le corps exprime
aussi parfaitement lestons
par la cadence, que la voix par
le Chant. C'est une agreable
harmonie, à laquelle l'Homme
accommode ses membres. La
Musique s'exprime par le chant,
ôc a besoin de la voix; la Dance
exprime tout cela par les pas
& par les gestes. Pour bien
chanter, ôc pour bien dancer,
il faut avoir l'oreille bonne, autrement
on ne peut ny dancer,
nychanter, mais sur tout bien
dancer, car il est plus facile de
se remettre dans le Chant, que
dans la Dance, sans que cela
paroisse. Ceux qui ont dit que
le monde subsiste par l'harmonie,
& que toutes les Creatures
font un Concert qui durera jusques
à la fin des Siecles, pouvoient
adjoûter, que toutes ces
Creatures font une Dance perpétuelle,
qui ne cessera qu'avec
cetteMusique.Quelques Poe*
tes ont fait un grand Bal des
Astres & des Etoiles; & Lucien
dit que laDanceaestéinventée
decetteagreable cadence. Mais
les Philosophes qui veulent que
la terre tourne, ne nous font-ils
pas dancer sans cesse avecassez
derégularité? Comme laDance
se conduit par l'oreille, & l'oreille
par le Chant, la diversité
de la Musique fait la diversité
de la Dance; & comme l'Homme
cherche l'ordre en toutes
choses, il a voulu qu'il y eust
quelque régularité dans ces
plaisirs, &quelaDance & la
Musique formassent ses pas &
sa voix. Mais pour faire une
harmonie parfaite, il faut que
l'Instrument exprime ce que la
voix profere, que le geste l'imite,
& que le pied le figure;
ce qu'un de nos Poëtes a dit
fort agreablement.
Le jeune Iphidamas quedans Cipre
on admire,
T>efi» sçavante main, touchesidouce
Lire,
Et répand dans les airs un sonmélodieux,
Dont l'agreable bruitmonte jusques
aux Cieux.
La Nymphe quifait voirunegrâce
infinie,
Pour accorderses pasavec cette harmonie,
D'unmouvement léger, du Tapisfait
letour,
Et trace desonpiedmilleChifresd'amour.
J
On doit conclure de toutes,
ces choses, quelaDance est
fort ancienne, &fort naturelle
à l' Homme. Elle estmesme,
utile à sa fanté; car outre la
gayeté qu'elle inspire, son mouvement
est plusmoderé que
dans les autres exercices, où il
se fait une trop grande dissipation
d'esprits
,
& dont la violence
nuit beaucoup plus qu'elle
ne profite. La Dance a toujours
esté le divertissement desGrads,
aussibien que du Vulgaire. Les
Bergers l'inventerent au commencementpour
se délasser de
cette agreableoisiveté qui les
occupe. Les Princes y prirent
plaisir en fuite, &cedivertissement
de Campagne devint celuyde
laCour & de la Ville.
Plutarque dit dans la Vie de
Thesée, queles Déliens dançoient
unesorte de Dance, où
il y avoit plusieurs tours & retours,
à l'imitation du Labyrinthe
de Crete, qu'ils appelloient
le Branle de la Gruë; car
les Dances qui au commencement
ne signifioientrien,&qui
n'estoient que des pas sans ordre
& sansmesure, devinrent composées,
& representerent quelque
chose. Thesée inventa cette
Dance de la Gruë avec les jeunes
Athéniens qui l'avoient accompagné
dans son Voyage.
On la croit la plus ancienne.
Mais si Pyrrhus n'a pas esté le
premier qui a inventé l'Art de
la Dance, du moins celle qui
portefonnom, & qu'il enseigna
à ceux de Crete, est la plus confidérable
chez les Anciens. Ce
fut luy qui apprit à tourner en
dançant, & à donner quelque
agrément aux gestes du corps,
qui accompagnent la Dance.
Le Fleuret, les CO!lpe'{, courant apres
; UTelle,
Dos à dosface àface,ensepressant
sur elle.
Que cette Dance Pyrrhique
fust armée & fust une espece de
combat, c'est ce qu'il n'est pas
facile de décider. Denisd'Halicarnasse
cft de ce sentiment.
Pline est d'une autre opinion,
& prétend que la Dance armée
a esté de l'invention d'un certain
Palladius, & qu'elle estoit
fort diférente de la Dance Pyrrhique.
La Dance armée s'appelloit
encor Troyenne, parce
qu'on tient qu'elle commença
au SiegedeTroye. Elle est admirablement
décrite dans le
cinquiéme Livre de l'Eneïde,
cù l'on voit tout ce que les Maîtres
de l'Art peuvent enseigner
pour les pas, & pour la Dance,
le Poëte n'ayant rien oublié
dans cette belle description des
Jeux qu'Enée fait celébrer pour
l'anniversaire de son Pere Anchise.
Tout ce qu'on peut dire
de cette Dance guerriere, c'est
que c'estoit une espece de Bal.
Les Curetes en furent les premiers
Inventeurs.Ainsi elle est
plus ancienne que la Troyenne
& la Pyrrhique, puis que les
Curetes l'inventerent pour la
garde deJupiter, & qu'une certaine
Rhea l'enfcigna à sesPrestres
en Crete & en Phrygie,
longtemps avant Pyrrhus & la
guerre de Troye. La Dance de
Rhea & des Curetes est donc
sans-doute la plus ancienne à
l'égard des Grecs. Les jeunes
Gens s'y appliquerent;&dans
la suite, la Dance sur non seulement
un exercice honneste,
mais encorquirendoit loüables
, ceux qui y excelloient. Homere
Jouë un certain Mereon d'estre
bon Danceur; ce qui fait encor
douter que Pyrrhus ait inventé
cette Dance guerriere qui estoit
alors en usage; car le Poëte,
n'auroit point dérobé. cette
gloire au Filsd'Achille. Les
Pheaques estoient de grands
Danceurs,dit Homere, & sur.
tout la description qu'il fait du
Bouclier d'Achille,où il y avoit
tant de Dance siagreablement
representées, montre bien que
celle de Pyrrhus est moins ancienne
, & ne pouvoir pas estre
sur le Bouclier de son Pere. Virgile
est sujet à l'Acronisme, cependant
il ne faut point croire,
qu'il en faire un, en parlant des
Jeux qu'Enée celebre pour Anchise,
où cette Dance est si
bien décrite. Enée apparemment
ne l'avoit point apprise
de Pyrrhus- mais ce qu'on peut
assurer,c'est que si la Dance
armée & la Pyrrhique ne font
que la mesme chose,ellereçeut
sa perfection de ce Prince
dont
elle porta en suite le nom, & luy
acquit plus de gloire, dit Lucien,
que sa beauté &: sa valeur.
Les Thessalliensestoient grads
Danceurs. Leurs Magistrats en
faisoient gloire, & s'appelloient
Meneurs deDances. Mais pour
ne pas s'ytromper, c'est que
l'Ordre militaire, & la marche
des Soldats,s'appelloit alors
une espece de Dance. Ainsi
bien garder ses rangs, avancer
à propos, & se remettre, enfin
combattre en brave & prudent
Capitaine,estoit estre un bon
Danceur; & c'est pourquoy les
Lacédemoniens passent encor
dans ce sens pour de grands
Danceurs, foit qu'ilsallassent
à la guerre en dançant au son
de la Flute comme les Ethiopiens
ou qu'ils fissent de la
Dance, qu'ils avoient apprise
de Castor & de Pollux,leur plus
noble exercice durant la paix.
Mais enfin la Discipline militaire
tient quelquechose de la
Dance, soit dans la marche, soit
dans le combat. Il y a des pas
feints, il y en a demesurez. La
guerre est une Danceficre &:
majestueuse; la Dance, une
guerre douce&plaisante. Comme
la Musique en est diférente,
il ne faut pas s'étonner si les
mouvemens en font si diférens.
Mais pour mõtrer que la guerre
supose la Dance, c'eit que ce
Titan quireçeut le Dieu Mars
des mains de Junon, & qui eut
le foin de l'instruire, luy apprit
la Dance avant l'exercice des
Armes, comme si c'eust esté un
prélude de la guerre.
-
Il y avoitchez les Anciens
de trois fortes de Dances, dont
ils se servoient au Theatre ÔC
dans les Cerémonies, le Cordace,
le Sycinnis, & l'Emmélie.
Ces Dances tiroient leurs noms
des Satyres, qui apparemment
ont esté les premiers Danceurs,
soit pur l'agilité de leurs corps,
soit par le peu d'occupation de
ces Hommes sauvages & vagabons,
qui ne font qu'errer dans
lesForefts & danslesMõtagnes.
Elles demandoient toutes plusi.
urs belles qualitez naturelles
pour y réüssir, mais particulierement
le Cordace, qu'on appelloit,
pour son excellence, la
Dancedes Dieux, ou la Dance
ou Soupe de Jupiter, lors que
Menipe monta au Ciel, si nous
en croyons Lucien. Ces Dances
estoient des especes de Ballet.
Il-y entroit de la science & de
la composition: c'e st pourquoy
ilne faut pas s'étonnersi Lucien
vante tant l'art des Ballets, &
.s'il supose qu'un bon Danccur,.
Fouplutost Compositeurde Bal-:
let, doit sçavoir la Poësie,la.
Geometrie, la Musique, la Peinture,
la Sculpture, la Philosophie,
&parfaitement bien la
Rhétorique, afin de bien exprimer
les passions & les divers
mouvemens de l'ame. Apres
cela, il ne craint pas d'adjoûter
qu'il y a plus d'érudition dans
les Ballets que dans la Comédie,
c'est à dire, que le dessein & l'exécution
du Ballet demandent
plus de génie & de perfection;
ce qui luy fait conclure qu'il ya
quelque chose de divin dans la
Dance, & qu'elle est au dessus
du prix qu'on luy pourroit donner;
raison qu'il apporte pourquoy
il n'y avoit point de prix
pour la Dance, & qu'il y en
avoit d'établis pour tous les autres
Jeux. 1
Cet Autheur s'étend fort au
4
long sur les qualitez requises
pour bien dancer. Pour celles
qui regardent le corps, il ne faut
estre ny trop grand, ny trop
petit, ny trop gras, ny trop maigre,
&je ne puis oublier quelques
petits contes qu'il fait sur
cesujet, quifont d'autant meilleurs,
qu'outre qu'ils font bien
entendre la chose,ils n'offencent
personne. Un petit Homme
représentant Hector dans
un Ballet devant ceux d'Antioche,
on demanda apres qu'il eut
dancé, quand Hector viendroit,
parce qu'on n'avoit encor veu
paroistre qu'Astianax. Un grand
Homme représentant Capance
fous les murs de Thebes, on dit
qu'il n'avoit que faire d'échelle
pour prendre la Ville, parce
qu'il estoit plus haut queles
murailles. On dit encor à un
gros Homme quis'efforçoit de
fauter, qu'il prist garde d'enfoncer
le Theatre;&à un maigre
& défait, qu'il songeast à se
guérir, & non pas à dancer. C,,:sJ
railleries paroîtroientpeut-estre
froides, mais on doitsonger que
celuy qui dance n'en juge pas
ainsi, & que les Rieurs ne font
pas de son costé, quand il a quelque
defaut qui faute aux yeux,
& qu'on ne peut voir sans rire.
Celadevroit empescher les méchans
Danceursdese commettredans
les grandes Assemblées;*
mais on est pour la Dance comme
pour le Chant. Ceux quin'ont
point de voix, chantent
toujours
; ceux qui dancent nlaJ,
ne
ne font autre chose. On a dit
d'un de nos Roys, qu'il aimoit
passionnément la Dance, quoy
qu'il fust l' Homme de son
Royaume qui dançast de plus
méchante grace. Ce qui est furprenant,
c'estque les plus beaux
Esprits, mesme les plus galans,
&ceux qui ont le corps le mieux
fait, ont quelquefois peu de disposition
à la Dance. Voiture se
raille agréablement luy-mesme
sur ce sujet.Mademoiselle de Bourbon
,dit-il, jugea, qu'à la veritéje
dmçois mal, maisqueje tirois bien
des Armes,parcequ'à lafin detoutes
les cadences il sembloit que je me
missi en garde. C'est donc une
disposition naturelledu corps
qu'il faut avoir pour y réüssir,
que tousles Maistres ne peuvent
donner, &qu'ils ne peuvent acquérir
eux-mesmes, estant certain
qu'il y a d'habiles Maistres
à dancer qui dançent peu, &;
mesmetres-mal. Pour les qualitez
de l'esprit du Danceur, ou
plutost pour ce qui est de son
humeur & de son inclination,
on peut adjoûterà ce que nous
en avons déja dit, qu'ildoit
estre souple, docile, ny trop gay;
ny trop sérieux, s'il veut réüssir
en toutes fortes de Dances.
Apresavoirparlé de la Dance
en general, il nous faut dire
quelque chose de son nom, &
la defendre contre ceux quil'atraqnent.
Le mot de Dance, ou
de Bal, est fynonime dans la
LangueItalienne, & il estvraysemblable
que nous l'avons pris
de l'Italien, Danza, ou de i£11
pagnol, Dança. Les Latins confondent,
aussibien que les Grecs,
les Danceurs & les Sauteurs;
d'où vient qu'ils appellent du
mesme nom le Saut &la Dance.
Ils ont neantmoins diférens
noms les uns & les autres, pour
exprimer les diverses fortes de
Dances, comme chorea,Tripudium,
qui estoient des Danccs à
la ronde, & des Passepieds à peu
pres semblables à ceux de Bretagne,
ou à la Dance des Bohemes
d'aujourd'huy. Les Romains
estoient grandsDanceurs.
Les Fils des Senateurs, dit Macrobe,
se perfectionnoient à la
Dance, & en faisoient leur occupation,
auffibien que leur divertissement;
mais elle ne fut
dans el perfection chez les Romains
que du temps d'Auguste.
Les Saliens, qui estoient des
Prestres de Mars, s'appelloient
ainsi, parce qu'ils celébroient en
dançant,lesmisteres de ce Dieu. >La Dance a esté presque chez
tousles Peuples une espece de
Culte religieux. Dans l'ancien
Testament,David dança devant
l'Arche, & les Israëlites
avoient dancé devant le Veau
d'or par forme d'adoration. Les
Dervis chez les Turcs fontleuro
prieres en dansant au son de ï~
Flute & du Tambour, & tournent
avec tant de vîtesse,qu'à
peine les peut-on voir en faces
&àla reception d'un Novice,
on fait les prieres en dançant
autour de luyavec tant de
violence,
qu'ils tombent tous à
terre, presque évanoüis. C'est
encor la coûtume des J ezides
dans leurs Pricres publiques,
mais leurs D-nces font plus graves
& plus modérées que celles
des Religieux Turcs. Valere
Maxime rend une assez belle
raison de cette pratiquede dancer
dans les Caresmes de la Religion.
Il dit que les Roys de
Toscane ne vouloient pas qu'il
y eust aucune partie en l'Homme
qui ne servist au culte des
Dieux. Ainsi comme le Chant
appartenoit à l'esprit, le Bal &
la Dance apartenoient au corps,
& devoient cftre employez à ce
saint ministeres &: selon Aristore,
la Musique & la Dance
font les deux plus loûables, aussi
bien que les deux plus agréables
exercices du corps 6c de l'esprit.
La Dance n'est pas toujours
un effet du Vin & de la bonne
chere, & je ne sçay pas comme
on a pû dire qu'il faut estre fou
pour dancer avant déjeuner.
Quoy que Bacchus ait esté un
grand Danceur, & que les premieres
Dances ayt commencé
dans lesFestes & dans lesJeûnes,
elles n'en font ny plus criminellesny
plus honteuses. Elles
ne font pas toutes aussiblâmables
que celle d'Herodias, &
n'ont pas toutes pour prix la
teste de S.Jean-Baptiste. Elles
ne font pas toutes furieuses, ôc
inspiréesduDiable comme cette
Dance appellée vulgairement
la Dance de S.Jean, qui estoit
une maladie conragieufe qui infecta
les Païs Bas en l'année
1373. C'estoitunepassion maniaque,
ouunefrénsie. Ceux
qui en estoient atteints,-se dépoüilloient
tous nus, & couronnez
de fleurs, se tenoient
par les mains, & couroient les
Ruës en dançant comme des
Bacchantes, & ils chantoient
& dançoient avec tant de violence,
qu'ilsentomboient par
terre tous hors d'haleine, 6c si
fort enflez, qu'ils auroient crevé
sur l'heure, si on n'eust pris le
foin de leur serrer le ventre avec
de bonnes bandes; mais ce qui
estoitde plus fâcheux, c'est que
ceux qui les regardoient estoient
souventpris de lamesme manie.
Il y a donc des Dances forcenées
&. de Corybantes. Il y en a
de lascives &dedissoluës. Celles-
là font vitieuses,&méritent.
l'aversion&la ceàfure deshonnestes
Gens. Mais 'aQjourd!ooy;
l'ona banny de la Dance, ce
qu'elle avoit de sale & de grossier,&
il nefaut pas la condamner,
parce que quelques Princes,
comme les Empereurs Tibere
& Albert,quine sçavoient point
dancer, l'ont méprisée. Je suis
Surpris que Ciceron ait avance,
en défendant Murena, qu'il estoit
honteux à un Romain de
dancer. Les Romainspouvoient
ilsmépriserune chosequi faisoit
partie de leur Religion, eux qui tenoient à honneur d'estre
dunombre desPrestresSaliens,
qui estoient des Danceurs? Ne
feroit-ce point plutost que Catonauroit
accusé Murena d'avoir
fauté en public, & diverty
le Peuple par quelques tours de
souplesse? ce qui commençoit
déja d'estre méprisé, & qui obligea
l'EmpereurTibere àchasser
de Rome les Sauteurs &les Balladins,
qui dans l'équivoque du
mot Latin, font souvent confondus
avec les Danceurs?
Comme la Dance est un divertissementquise
pratique entre
les deux Sexes, & que l'amour
est inséparable de cette
union & de cet assemblage, il se
fourre toûjours dans ses pas &
dans ses cadences, & il semble
que tous ces mouvemens ne
soient faits que pour luy; mais
il ne faut pas s'en étonner. La
Dance, dit Lucien, a pris naissance
avec l'Amour. Mais ne
peut-on point dire aussi l'Amour que naist souvent de la
Dance? Que l'on soit gay ou
trille, la Dance ne respired'ordinaire
que l'amour, & àle
bien prendre, elle n'est qu'un
mouvement agreable &; régulier
qui represente le plaisir ou
la peine de deux véritables Amans.
Mais comme il y a un
amour honneste & bien réglé,
la représentation d'une union
si parfaite, n'a rien qui choque
la pudeur&la bienséance. Ilen
estdu Bal comme de la Comédie.
Cesontàlavérité desplaifirs
bien délicats, & qu'il est
difficile de gouster sans en recevoir
quelque incommodicé,
mais qui neanmoins ne font
point mauvais d'eux-mesme
quand on les prend avec modération.
Il y a des De nces graves
& sérieuses, où la joye paroist
moins, & où elle est fort mode.
rée. Il y en a mesmede tristes
& de lugubres, comme on voit
dans quelques Billets. Toutes
ces Dances représentent quelquepassion,
comme l'amour, la
colere, mais cette représentation
n'est pas moins propre à
les chasser de l'ame, qu'à les y
introduire. Quoy qu'il en soit,
pourquoy condamner la Dance
par le mauvais usage qu'on en
peut faire, & ne la pas considerer
du costé qu'elle peut estre
utile? Pourquoy trouver à redire
qu'un grand Homme se
delasse à la Dance, aussi-bien
qu'à.la Chasse, des fatigues de
la guerre ou des affaires? La
Dance rafraîchit unHomme
de guerre, & luy oste je ne sçay
quel air rude & grossier que la
guerre inspire. Elle donne de
l'air à ceux qui n'en ont point,
& elle radoucit & polit ceux
qui l'ont farouche & severe.
Enfin ces fortes de choses, dit
Mr le Chevalier de Meré (il
parle de la Dance & des autres
Exercices) donnent de la grâce
quand on les fait en galant
Homme, & mesme quand on
ne les fait pas, parce quele
corps en est plus libre & plus
dégage,& que cela se connoist,
quoy qu'ils se tiennenten repos.
Enfin s'il y a une éloquence du
corps, on peut dire que c'est la
Dance qui l'enseigne, On reconnoist
à la démarche ceux
qui sçavent bien dancer, comme
on reconnoift à la parole ceux
qui sçavent parler juste.
C'est une délicatesse, de dire
que la Dance ravale la majesté
duPrince. Quand il s'en acquite
de bon air, il ne sçauroit
descendre plus noblement du
Trône, ny communiquer plus
agréablement avec ses Sujets.
Le Bal n'a rien que de pompeux
& d'éclatant. La richesse,
& la somptuosité des Habits,
relevent sa bonne mine, & alors
on admire avec plaisir les belles
qualitez de sa personne.C'estt
là qu'ilparoist en Roy & en galant
Homme. Dans les autres
divertissemens, il est plus confondu
avec ses Sujets. A la
Chasse, il est peu distingué. Air
Jeu, il-sefamiliarise & se découvre
trop. Il est vray que
quand il n'a pas de disposîtion
pour la Dance, il doit peu s'y
exposer, car rien n'attire plus
le dégoust & le mépris qu'un
méchant Danceur. C'estoit
peut-estre la raison qui faisoit
dire à l'Empereur Federic, qu'il
auroit plutost souhaité d'avoir
toujours eu la fièvre, que d'aimer
à dancer, comme tous les
Princes de son temps, quand
mesme il auroit bien dancé,
dont je doute sort. Il est vray
qu'un Souverain ne doit jamais
estre de ces Ballets qui ne représentent
rien que de bas, &
dont le dessein est imprudent,
& l'exécution périlleuse. Tel
estoit le Ballet des Sauvages
dancé par Charles VI. où il
pensa périr comme les autres,
& qui le fist retomber dans cette
fâcheuse aliénation d'esprit,d'où
il ne faisoit que de sortir.
Ce Ballet estoitcomposé du
Roy,& decinqjeunesSeigneurs
vestusd'Habits de toile faits àla
justesse du corps, couverts de
Lin noircy en. guise de pois,
attaché avec de la poix. Pour
éviter le danger du feu, on avoit
faitsuspendre les Flambeaux,
&. l'on avoit défendu d'en apporter
aucun de dehors;mais
le Duc d'Orléans mal instruit
de cette précaution, &. curieux
de reconnoistre quelqu'un d
ces Sauvages qui dançoient
liez
queuë à queuë, approcha lej
Flambeau, & mit le feu sans y;
penser à leurs Habits, qui s'embrazerent
dans un instant. Le
Roy dans ce desordre, s'estant
faitconnoistre à laDuchesse de;
Berry, elle le couvrit de sa Robe,
& étouffa par ce moyen les
fiâmes qui l'alloient consumer.
Le jeune Nantoüilletayant
paflc promptement à l'Echansonnerie,
fut jetté dans un Cuvier
plein d'eau. Les quatre autres
furent misérablement étousez
&devorez des flâmes.
Il v a des temps & des régnés
où la Dance a esté plus en vogue.
C'estoit un Bal continuel
1
que la Régence de Catherine,
de Médicis, ou plutost, que le
Regne de son Mary & de ses
Enfans. Quelque fâcheuse nouvelle
qu'onreçeust le matin,
elle n'empeschoit point qu'il
n'y eust Balle foir.On attribue
cela à la politique de cette
Princesse, qui couvroit par là
le mauvais état des affairs, &
qui dans ces Assemblées avoit la
commoditéde ménager sesinterests.
Mais cette politique
estoit fondée sur la disposition
que les Courtisans avoient à la
Dance, qu'elle entretenoit par
l'inclination qu'elle leurenfaisoit
naîtte. On dança encor
sous le Regne de Henry le
Grand. Quand je dis qu'on
dança, je veux dire qu'onenfist
le plus grand divertissement de
la Cour. Ony estoit accoûtumé,
la plûpart des Courtisans
estant les mesmes du Regne
precédent.Quandje vins à la
Cour, dit le Maréchal de Clérambaut
dans les Convergions
du Chevalier de Meré, on estoit
persuade que pour estre honneste
Homme, il ne falloit que sçavoir
dancey. ott courre la Bague: mais,
continua-t-ilcommes ces Exercices
ne font quepour un certain âge, il
arrivoit que ceux qui n'avoient
singéqu'àcela,n'estantplusjeunes,
ne sçavoientplus à quoy s'occuper.
C'estoit ce que souhaitoit l'adroite
Princesse dontj'ay parlé.
Elle entretenoit les Courtisans
dans cette occupation pendant
qu'ils estoientjeunes, afin de les
rendre incapables de toutes
choses, lors qu'ils seroient vieux,
& qu'ils ne sçeussent plus rien
remuer de la teste, lors qu'ils ne
sçauroient plus remuer les jam- bes.
Maiss'il est ridicule de dancer
mal, de trop dancer, & de dancer
quand on est vieux, il est
certain que rien n'est plus utile
&plusnecessaire aux jeunes
Gens. Platon n'a pas défendu
la Dance dans sa République,
&ne l'a pasbornée comme nous
au divertissement des Cavaliers
& des Dames ; il a crû qu'elle
n'estoit pas indigneduSage.
En effet, Socrate & Caton ont
dancé comme les autres. Le
Maréchal de Monluc s'excuse
agreablement d'avoir esté furpris
dançant avec sa Famille,
par un Envoyé du Roy; &je
ne puis blâmer le Maréchal de
Camp, à qui Voiture reproche
d'avoir recommencé la Boutade
jusqu'à trente fois dans un Bal.
Il y a des temps qu'on doit donner
à la Dance, & l'on peut
estre grand Danceur & grand
Capitaine;ce qui me fait conclure
qu'il n'y a que ceux qui
n'y entendent rien, qui condamnent
la Dance, quand elle
estjuste& bien reglée.
LesRéponsesque vous allez voir
aux ^uefiions du neufviéme Extraordinaire
, Jon'tdzM* Gardien
Secrctaire du Rdy.
Si un Amant qui a le plaisir de
voir souvent saMaistresse dont
il se connoisthay, est moins à
plaindre que celuy quien estantéloignésansespérancede
la voir jamais , a la certitude
d'en estreaimé tendrement. vOirsouvent cequel'on adore,
Estunplaisirdespluscharmas;
Mais ilfautl'avoüer encore,
Sa hainefuttoûjours leplusgranddés
tourmens.
Jtftre absent pour jamais des jeMje
d'uneMaistresse,
Pour les sens, il estvray,c'est une
longuemort:
hdait estreseûr desatsndreffè,
Tourl'esprit,pour le (IZMr) quelplus
glorieuxfort!
Dans un si bizarrepartage,
Lequeldes deux doit avoirl'a Onplutost lequel des deux
Croire leplus milllJ/trelt.'?
force deferyir,cg- de conter ses
peines,
Ontouche lesplus inhumaines;
Jiddû, helas! où voit on de fideles
amours,
QuandVabsènce dure fojoll,.sl
S'il est possible d'aimer fortement,
sans qu'on foit aimé.
MOy quisuis d'humeur ose.
ctive,
J'opine pour III négative,
Etsoûtiens qu'aimerfortement,
Estpoursefaire aimer, l'infaillible
agrément.
??,/IIH le Bavolet jusques à III Q>ê^
ronne,
Toute Belle voudroitcaptiver tousles
coeurs, Et dans cesentimentnehaitpoint la
Personne
Dontelle cause les ardeurs.
Je laisse àpartla diférence
Quesçaitfaire un aimable Objet,
S'ilveut mettre "AlIs la Balance
Tout ceque la raisondictesur cesujet;
Autrement en amour, de mefmequen
fortune,
L'avantureestassez commune,
De voirsottementpréferé,
A l'Homme d'or, l'Asne doré.
Si l'absence est incapable d'augmenter
l'amour. ATnjtquunejeune *Plantet
Pourprofiter, a besoin
D'estredans un bonfonds culti-rée ayee
soin,
Et d'a^oirdu Soleil la chaleur bienfaisante,
+£ue toutefois cebelAstre du jour
S'éloigne en certains temps, <y chaque
nuits'absente,
¥uis vient tout ranimerpar son bUIroux
retour;
L'amour s'élevede mesme,
Sonfonds doit estre un bon riru.-i
Illuyfaut dece qu'il aime
Les regards&laferveur;
NAMpour entretenirsa vigueur,&
l'accroistre,
Sagement quelquefoisl'Objet doit disparoistre.
Trop boüillante Jeunesse, oyez pour
-fere bien, - Sil'amour se détruitpar tropde négligence.
Trop d'assiduitépeut le réduire àrien.
C!I)Jl'wr cesujet la sage expérience,
Ne cessezpointd'aimer, desoûpirer,
jMais ménage^ yojlre prlftl1,
youa mettrez à profit /'AhftIlCe.
Sivoussçavezvousfairedesirer.
Comme j'estois en cet endroit,
un de mes Amis ayant
trouvél'Extraordinaire sur ma
Table, fitpresque sur le champ
le Madrigal qui fuit, sur ce qu'on
demande lequel des cinq Sens
contribuë le plus à la fatisfaction
de l'Homme. H1 E\ degrace,sivous m'aime^,
So"g'{ fliClltflnullr me tuë;
Quitte^cefifabitsparfume^
,*toute nue;
Chantez,jesuis charméde yoffre belle voix.
Quand je mange xyee 'fOUS,!"} deux
biens à Idfu*,
Et yotts voirseulement,me metfort à
"ion aisè.
Il merestepourtant certain pressant
desir.
7JUThilis, nevous déplaise,
-Terme,ttel-moyfueje "'vUS baise,
£tl'auray bienplus deplaisir.
-
Si par la plus grande satis-
£'l¿bon que lessens puissent donner
, l'on entend feulement ce
qu'une volupté purement sensuélle
peut faire sentir de plusdélicat
&de plus piquant,l'Autheur
du dernier Madrigal pourroit
dans cette petitefolieavoir
assez bien rencontré. Si d'autre
costé dans une vûë touteoppofée,
&: la plus nobleque cette
matiere puissefournir, l'onentendoit
l'utilité & les avantages
que lapartie supérieure de
l'ame tire des Sens extérieurs
pour se connoistre foy-mesme,&
les autres Estres créez; pour
sélever ensuiteà laconnoissance
& à l'amour de la premiere
cause, & pour apprendre enfin
leculte qui luyest deû; il n'y
aura point à douter que l'Oüye,
& apres elle laVeuë,ne l'emportent
sur les autres Sens; comme
ces deux cy estans les seuls capables
de moyenner à l'Ame un siexcellent bien, j'ay adjoûté
LaVeuëàl'Oüye, quoyque la
Veuë ne foit pas à beaucoup
pres si propre pour parvenir à
une fin si importante, & qu'elle
se trouve à cet égard accompagnée
de beaucoup de difficultez;
neantmoins au defaut de
l'Oüye, il est certain qu'elle est
suffisante, & l'on n'en peut difconvenir
apres plusieursexpériences
,'& entr'autres celle que
tout Paris vient de faire en la
personne d'un Homme de bonne
Famille, qui n'est decedé
quedepuis quelques années. Il
estoit né sourd, mais parle commercedes
signes qu'il rendoit
aisé, tant par sa facilité à les
comprendre, que par son industrie
à en inventer de distinction
tres-speciale, on luy avoit
Ii bien apris tous les Mysteres de
nostre Foy,&quantité de choses
foit generales,foit particulieres,
concernant la societé civile,
que c'estoit une merveille
de luy en voir rendre raison
par ces signes, & répondre juste
à mille diversitez touchant la
Religion&l'Etat, commeaussi
touchant la fortune &les affaires
de plusieurs Personnes. Il
devint aveugle peu d'années
avant sa mort, & fuporta cette
affiction avec beaucoup de patience.
Soncommerce de signes
se trouvant ainsiréduit au seul
secours du toucher,il l'entretint
encor d'une maniere admirable,
& par l'adresse de certaines figures
& de certains mouvement
,
quelquefois diversifiez
par les nombres, il donnoit
moyen de se faire entendre &
cooperoit merveilleusement a
entendre luy-mesme tout ce que
l'on vouloit luy faire connoistre.
Ayant appris qu'un fien Amy
qui avoit une Maison de Campagne,
en avoit fait accroistre
le Jardin
,
il s'y fit conduire, U.
quandilfutàl'endroitdeceJardin
d'où l'on avoit osté certain
petit Bastiment,il lereconnut,
& s'y arresta tout court, marquant
par des signes fort expressifs,
l'usage auquel ce petit
Bastiment avoit servy. Apres
quelques réfléxions sur des
exemples de cette nature, je
pense qu'àraisonner de lasatisfaction
qui fait le sujet-de nostre
Question, generalement par les
besoins, par les commoditez,&
par les plaisirs qui conviennent àl'Homme,en tant que raisonnable,
le Sens de la Veuë doit
emporter le prix sur tous les
autres. Jefçay bien àl'égardde
la necessité, que le Toucher va
necessairement de compagnie
avec tous les autres Sens, qu'ils
n'opérent que par son secours,&
qu'il faut que leurs organes
soient touchez & frapez des especes
propres à émouvoir les facultez
dont ces organes font
pourvûs ; mais outre que les
choses les plus necessairesne
font pas toûjours les plus excellentes,
comme cette necessité
n'estque de moyen &que la fin
est beaucoup plus noble,les Sens
ainsicõfiderez & comme faisant
actuellement odorer, gouster,
toucher, oüyr, & voir, sont de
cette maniere plus excellens,&
c'estcette opération completede
la Veuë que jemepersuade estre
plus necessaire &: plus avantageuse
que celle des autres Sens..
Quel besoin avons-nous tant de
l'Odorat? C'est ce me semble
çeluy dont on se peut le mieux
passer. Les plaisirs du Goust &
de l'attouchement, font à la verité
des amorces de la sage Nature
pour exciter l'animal à 1^
conservation del'individu, &4,
la propagation de l'espece. Cependant
combien de Gens pour
se délivrer des douleurs de la
goute, se passent à du lait,& ne
prendroientmesines pournourriture,
s'il ne se pouvoir autrement,
que des chosesdefragreablesau
goust?Et combien en
voyons nous qui par vertu, ou
pour leur santé, renoncent lontiers vo- à tout ce que l'attouchement
peut donner de plus,
délicieux, sans que dans leurs
incommoditez les uns ny les
autres voulussent se soulager aux
dépens de leur veuë? J'ay mesmes
de la peine à croire qu'il y
eust quelqu'un qui choisist plûtost
d'estre aveugle que paralitique,
ou sourd ; à la verité ce
font des états tres-fâcheux
; mais
la Veuë a de grands charmes,elle.
,
est d'une grande consolation, 6c
d'un servicepresque universel,&
c'est à sa faveur que l'écriture &
d'autres signes,suppléent avec
plus de facilité aux besoins de se
faire entendre. Quant aux commoditez,&
aux plaisirsquicôtribuent
le plus à la satisfaction de
l'Homme, comme le commode
consiste à avoir les choses nececsaires
en abondance, 6c le plaisir
à joüir de cette abondance,
& encores à joüir des choses
qui ne font que délectables
,
&
dont absolument parlant, on
pourroit se passer; la grande satisfaction
consiste aussi, ce me
semble, à pouvoir faire des unes
lx. des autres un usage le plus
fréquent, le plus de durée, &
le plus diversifié
;
cela estant, il
faut demeurerd'accord quela
Veuë nous donne toutes ces
choses, ou la plus grande partie,
sans comparaison mieux qu'aucun
des autres Sens en particulier,
ny que tous-en general.
Ellefournit & supplée àtoutce
qui nous est le plus necessaire,&
leplus agreable, soit pour conduire
ks autres, foit pournous
conduire nous-mesmes.L'on
voit pendant tout un jour sans
lassitude, & à la fois, une tresgrande
diversité d'objets, non
feulement de ceux qui font proche
de nous, mais encor de
ceux qui en font beaucoup éloignez,
& nous penétronsdel'oeil
jusques dans les Cieux; nous faisons
par nous-mêmes&avec certitudel'application&
l'usage de
ces choses :
les autres Sens n'ont
point tous ces avantages, leur
puissance plus ou moins bornée,
l'est toûjours beaucoup en comparaison
de celle de la Veuë;s'ils
nous fatisfonten quelquechose,
ce nest qu'avec épargne; ils
nous laissent toujours à desirer
bien plus qu'ils ne nous donnent;
les uns embarassent quelquefois
les autres ; mais celuycy
se mesle agréablement avec
eux tous, non pas par un ml.
niftere servile comme celuy du
Toucher, mais pour ainsi dire,
par une libéralité & munificence
seigneuriale, & pour leur
donner en quelque forte ce qui
leurmanque;l'expériencejournaliere
prouve assez cette verité,
l'on n'est pas entierement
content des objets des autres
Sens sans le concours de la
Veuë; on veut voir les fleurs
qui réjouissentl'Odorat; on a
le mesme desir pour le manger
& pour la boisson, qui vont chatoüiller
le Goust; la Veuë se
porte avec empressement vers
ce qui donne du plaisir par le
Toucher, &mesmesà l'égard
des sujetsd'oùémanent les sons
qui charment l'oreille, & par l'oreillel'esprit;
l'onn'est pas bien
content si l'on ne voitl'Orateur
&les Musiciens. Pour conclusion
interrogeonsceux qui ont le
malheur d'avoir, perduce trésor
de la vie; je pense que nous
en trouverons peu qui ne demeurent
d'accord de ce que
j'osesoûtenir,&qui n'avoüent
l
que ce funeste état les réduit à
une tres- fâcheuse indigence, au
milieu mesmes des plus grandes
richesses
; que parmy toutes les
délicesque l'on se puisse imaginer
,ils n'ont que des plaisirs
mutilez; que d'cftreperpétuellement
à charge aux autres 6c à
soy-mesme; dese trouver pour
ainsi dire absens de toute choses
quand toutes choses leur font
presentes,& de se reveiller chaquejour
sans jamais en revoir la
lumiere; une vie si misérable est
proprementparler une mort
avancée.
De l'origine de la Dance. sAns consulter les Autheurs
qui peuvent avoir écrit sur
ce sujet,je vay donner un cours
libre à mon imagination,& raisonner
ensuite simplement par
conjecture. Si je rencontre quelque
chose qui en vaille la peine
à la bonne heure,sinon je seray
bien aise d'apprendre que l'on
ait mieux pensé, car de certitude
entiere,jene croy pas qu'il soit
possible d'en trouver; & j'estime
que pour ces choies si generales
dont l'origineest si éloignée,
il est bon de remonter
d'abord au premier âge du
Monde. J'yconsidere doncles
Hommes vivans ensemble dans
une grande liberte, exempts à
raison de leur frugalité & de
leur peude besoins, de tant de
chagrins qui se font fait sentir
depuis, exempts aussi de toutes
ces contraintes que ceux qui
font venus a pres eux se font imposées,
& à nous, & à qui l'on
a donné les noms de bien-seance
&: de politesse. Commedans cet
heureux état ils suivoient presque
en toutes choses les mouvemens
de la bonne Mere Nature,
& qu'àraison de cette liaison si
érroite de l'ameavec le corps, il
n'y a rien de plus naturel à
l'Homme que de marquer par
quelque agitation extérieure,
celles que ses passions excitent
au dedans de luy, que la colere
parexemple, change les traits
duvisage&alterela voix, quela
crainte fait trembler &pâlir,&
quelajoye au contraire répand
un air de serénité sur le front &
dans les yeux, &agite le corps
de mouvemens libres & d'épanchement,
ce qui se voit ordinairement
aux Enfans & aux
Personnes rustiques, il està
croireque la joye estant la plus
ordinaire passion de ces premiers
Habitans du Monde, ils
ne s'avifoient pas d'en retenir
les signes, ny de se contraindre.
Ainsi je m'imagine,qu'aux évenemens
heureux, soit particuliers
, foit generaux, qui régardoientoulaPersonne,
oulaFamille,
ou le Hameau; lors d'un
Mariageconclud ; à lanaissance
d'un Enfant; apres une abondante
Recolte, ou apres quelque
Victoireremportée sur des
Voisins, ilsfaisoient deux choses
à la fois, l'une de dire & de repeter
tout haut & fréquemment
le sujet de leur joye,&
de fauter, de gesticuler, & de ib
mouvoir plus qu'à l'ordinaire,
en un mot des'abandonnerextérieurement
comme intérieurement
aux transportsdecette
joye ;& comme ils vivoient avec
assez d'union, 8c que rien ne
plaist tant ne se communique
si aisément que cette passion,
tout à fait amie de la Nature,
il arrivoit que celuy ou
ceux qui avoient ainsi commencé,
estoient bien-tost suivis,
accompagnez &imitezdebon
nombre d'autres, qui trouvoient
semblablement bien du plaisir
à reciter ces évenemens joyeux,
à s'agiter ( & si je l'ose dire) à se
démener de cette maniere, ce
qui forma d'abord une Dance
brute, & sans beaucoup d'ordre
ny de grace, eu égard à ce qui
s'estfait depuis. Voila pour l'origine
& pour l'invention; mais
pour le progrés & pour la perfection,
voicy aussi ce qui m'en
semble. L'on dit, & il est vray
de la Poësie & de la Peinture,
que celle-là est une Peinture
parlante, & celle-cy une Poësie
müete; je croy que l'on peur
direaussidelaMusique & de la
Dance, que la premiere est une
Dance qui parle
,
&la derniere
unemusiquequinedit mot; &
comme tous ces agreablesexercices
se donnent mutuellement
la main,je me persuadequ'entre
ces premiers Hommes, les plus
ingénieux, & principalement
les Amans, car l'Amour a esté
': de tout temps le Pere des inventions,
prenant sujet, les uns de
cesévenemens que nous venons
dedire, & lesautres de la beauté
de leurs Maîtresses
,
de leur
amour pour elles,&des défauts
de leurs Rivaux; Ils en composoientdes
discours avec quelque
peu d'ordre, étofez desplus
belles çomparaisons qu'ils pouvoient
trouver , prenans plaisir
de lesreciter & déclamer à la
loüange de leurs Amis, de leur
Patrie,& de leurs Belles, pour
sefaire aimer & estimer. Exprimant
donc ainsi le moins mal
qu'ils pouvoient leurs pensées
bc leurs affections, ilse peut
faire qu'ayant dans la fuite fait
refléxion sur la longueur &breveté
des silabes, & par la feule
bonté de l'oreille charmée de
la vertu secrete des nombres,
reconnu quelque chose de cet
agrément&decette dureté qui
résultentdu bon ou du mauvais
arrangement des paroles, & de
la douceur oude la rudesse de
leurs chûtes aux endroits du
discours qui finirent quelque
sens, ou qui veulent quelque
repos. Ces observations leur
auront donné lieu de polir un
peu leurs Ouvrages, premierementen
discours libre & assez
simple,puis enyajoûtantquelques
Fictionsqui auront donné
commencement à la Poësie,
mesmes avant l'invention des
Vers qui n'en font en effet que
la derniere partie, mais partie la
plus brillante. Je m'imagine de
plus qu'ayant d'ailleurs remarque,
foit dans leur parler ordinaire
& familier, foit dans les
occasionsoùles Chefs & les Supérieurs
parloient en public,
soit dans les déclamations de
leurs Idiles, foit en badinant
avec les Echos, soiten observant
lesRossignols&autres Oiseaux
de beau chant, que la voix s'éleve,
demeure & s'abaisse, &
peut parcourirfept degrez diférens
d'une octave à une autre, Se
que tantost elle se porte immédiatement
d'un degré au plusprochain
,tantostt en obmet
quelques-uns &: passe à de plus
éloignez; je m'imagine, (AIS
qu'à la faveur de ces remarquer
ils auront trouvé de la grâceà
diversifier leurs recits de ce haut
& bas, ce qui, comme je croy
se fera pratiqué d'abord plus par
caprice & au hazard, que non
pas à dessein de répondre à la
signifïcation des paroles, ce que
les Compositeurs affectent,mais
avec prudence.Ensuite dequoy
& par les mesmes observations
des longues&des bréves,du bon
arrangement,&des cadences,
ainsi qu'ils avoient fait à l'égard
des discours Amplement prononcez,
& ayans de plus reconnu
que certainssujets s'expriment
les uns plus, lesautres
moins lentement. De toutes ces
observations, ils auront au commencement
formé une espece
de Plain-Chant, puis un Chant
plus hardy & plus diversifié,
avec quelque espece de mesure,
plus ou moins précipitée. Ces
Recits & ces Chants, ayans
reçeu de temps à autre ces accroissemens
& ces embellissemens,
il est aisé de comprendre
que la Dance qui les accompagnoit
tres-souvent en aura
aussi profité; que les pas & les
figures, & tous les mouvemens
qui la concernent, s'y feront
imperceptiblement reglez &
conformez, & qu'ainsi ellese
fera trouvée beaucoup moins
desordonnée qu'auparavant. Le
monde se multipliant & se polissantde
plusen plus, l'on aura
trouve les diférentes parties de
Musique, Dessus, Hauteconte,:
Taille & Baffe ; l'inventiondes
Instrumensà vent & à cordes,
aura suivy de prés celle du
Chant (car je ne puis estre de
l'opinion de ceux qui leur donnent
l'antiquité sur luy:) ces
Instrumens se seront trouvez
d'une merveilleuse utilité pour
la Dance,&tous ces agreables
exercices auront pris de meilleures
formes,&embrasse un
plus grand nombre de sujets; ce
qui n'avoit servy au commencement
que pour la joye, aura aussi
esté employé aux occasions
d'affliction, pour la perte des
Parens, des Amis, & des bons
Citoyens. LeCultedes Idoles
ayant
ayant esté introduit, &les
Hymnes, les Odes, les Orgies,
les Bachanales, mises en usage,
la Danceaura presquetoujours
esté de la Feste. Enfin sous les
Peuplesles plus civilisez, la Poësie
& la Musique se seront persectionnées,&
la Danceaura
esté àleur imitation réduite en
préceptes, avec les distinctions
& divisions convenables; premierement
pour l'air, le port,&
la bonne grace de la Personne,
puis pour les pas,les figures,&les
autres mouvemens ; on l'aura
distinguée en Haute & Basse
celle-là pour les Spéctacles publics,
celle - cy pour les Divertissemens
familiers;l'on
s'en fera accommodé selon les
sujets, graves ou enjoüez; les
Villageois auront retenu leur
maniere simple & rustique;les
Prestres des faux-Dieux auront
pris celles qu'ils auront crû exprimer
plus de vénération par
la gravité, au plus de zele par
une commotion extraordinaire,
comme l'on voit encor aujonrd'huy
chezce qui rested'Idolâtres
,& chez les Turcs mesmes.
La Tragédie devenue pompeuse,
depuis sa foible & basse
origine du Chant du Boucq,
n'aura pas oublié laDancedans
les Choeurs, qui ne servoient
passeulement à distinguerles
Actes, oulesespacesqui équipolent
aux Actes, mais qui enijpoiçnt
aussidans la &epre&n£a~
Dsam^tvquc, & faisoient
ollîçe'dçjpcyrfcanages. De la
Musique&de laDance fera venue
l'invention desPantomimes,
ces Chefd'oeuvres d'expression
muete des passions,&dontl'usage
devoit, à mon sens, estre
quelque chose de fort agreable,
& de fort touchant. Ainsi tout
consideré,j'estimeque la Dance
aurapris naissance chez chaque
Peuple delaTerre,&jen'estime
Pi qg!il ^nfailLe attribuer l'Inàvention
à quelque Héros, ou quelqueIllustre en particulier,
oüy bien la gloire de quelque
accroissement à quelques 1$-
bilesde chaqueNation,ce qui
,WÍ}. fait aussi que chaqueNation
l'. ura pratiquée conforméinGjnt
àson génie guerrier,amou- uHiyjl" gay,galant,&aura
B&f.QêW?fâK'çnO:QUV.Ç'&5iffe£lc
quelque Dance particuliere;
de-la certaines Dances chez les
Grecs, la Lidienne, la Phrigienne
&c. termes qui cpondoientaux
noms, &aux modes
de leur Musique; & qui font
voir encor la grande affinité
qu'il y a toujours eu entre cette
Science & cet Exercice;de-là
la Courante Françoise,la SarabandeEspagnole
ou Moresque,
& ainsi du- reste. Mais je ne
fonge pas que j'entreprens&ha.
zarde beaucoup, de debiter icy
ces réveries dans un temps principalement,
où je viens d'apprendre
parvostre Ordinaire de
Juin, qu'il y a une Académie
érigée pour la Dance, avec
Chancelier,Secretaire,&c.U
que partantnous avons toutlieu
d'esperer que ces Meilleurs prendront
la peine d'en écrire amplement
, & de nous en donner
de plus belles lumières,&peutestre
plus certaines.
Que la Dance soit chose naturelle
à tous les Peu p les de la-
Terre, cela se voit par la passion
que ceux du Nouveau-Monde
ont pour cetexercice,avecleurs
Chansons &: leurs Symphonies
de Bassins. Il yen a parmy eux,
qui croyent comme nous l'immortalité
de l'Ame, & qu'après
la mort il y a des récompenses
& des peines, pour ceuxqui auront
bien ou mal vécu, 6c qui
font consister ces récompenses
des Bons, à aller pour jamais au
dela de leurs Montagnes chanter
&dancer avec leurs Peres..
Nous voyons aussi les pauvres
Esclaves Negres,que l'on occupedans
les Indes à des travaux
fore pénibles, pendant dix-r
sept heuresdesvingt-quatre du
jour, en employer à dancerqarre
des sept que leurs Mai-,
très leur laissent pour le repos de
la nuit,&nedonner au sommeil
que les trois qui leur restent. Et
comme leur Danceest tres-vio.-
lente, & d'une fatigue qui ffiet--
troit bien-tost sur les dents nosJ
plus robustes d'Europe, PÔIV
peut jrparlà de la paillon de
ces pauvres Gens pour ce divertissement,
puis qu'ils le préferent
de beaucoup à leur repos, Se.
qu'ils estiment se délasser parun
travail, qui peutestre, n'est:
guére.moins rude que celuy que:
l'on exige d'eux. Pardonnez
cette adition & ce hors-oeuvre,
au peu de loisir que j'ay préfentenlent,
qui m'oblige à
écrire sans façon, & avec plus
de négligence que je ne voudrois;
la mesme raisonme dispensera
de rien dire de la Sympathie:
carencor qu'il n'y euH:
presque autre chose à faire qu'à
extraire des Autheurs qui en
ont écrit ( ce que l'on peurfaire
quelquefois pour obliger le Pu-
-
DllG, en an11UU"ctlH.. tCÛjOUrç
l'honneur à ces Autheurs) il faut
neantmoins pour un sujet comme
celuy-Là,du temps & des
foins, queje nepuis présentementny
prendre ny donner.
V
On m'a donné la Conclusion de
l'Histoire amourcufe des Fleurs,
dont vous avez vou le commencement
dans le septiémeExtraordinaire,&
la Suite dans le neufviéme.
C'est toûjours lt m:fmçfiile~érU
m me invention, pour déguifer
agreabUmentdes Avantures qui
font vcrit,;hlcs" 4 ce quem'assure
leurAatheur, qui ne m'ejl connu
^quefont A nom du Bergerfleuriste
duTais des Am. B. je vous envoye
cette Fin, précedee d'une Lettre
galante qu'il écrit Àst chere vielete,
dO/II il est absent,
LE BERGER
FLEURISTE,
A MADAME DE*** LAVille oùje fuis,passe pour
la plus belle&la plusdiversissànte
duMondejôc cependant,
Madame, je n'y trouve que de
l'inquiétude& des ennuis. Voila
té que c'est qu'cltrehors de ion
élement. Onn'apointàesperer
de repos que l'on n'y foit retourné
Les Poissonsn'aiment
point l'air
,
quelque ferain qu'il
puisse estres & les Qifeaux se
plaindroient de l'eau la plus
claire, 'il¡ enefloientcouverts.
Tant que je feray éloigné de
vous, ne voyantrien de ce que
j'aime, je n'aimeray rien de ce
dqeue je verray. Je,me plaindray
la fortune & des affaires qui
m'arrachent à mon panchant;
& sanguilfanr dansun déplorable
état de contrainte & de souffranceJem'écriray
chaque jour
&-ti»ile,# rare dans Vahfènce>
De trouverun bon moment;
Etqu'uncoeurfiein deconfiancet
Endure un cruel iourmest!
J'enay.l'AIt l'expérience,
y*enfuitparlerfçayamment.
La B"eautélaplus humaine
Attireroit mon couroux.
Tout me cauje de lapeine,
KfJf/IIJÑ deefffrrjyvivs.-
Seray-je encor longtemps exposé.
à cette rude épreuve de
patience, &nereverray-je pas
bientost. ces beaux yeux, qui
font seuls capablesde me faire
recouvrer par leurs favorables
regards,lajoye & la tranquilité
que j'ay perduts?-1
A mittèmdu# chaquefour
le mesensl'Ornedjjcfïie..
.,'M;tÑ 'u'rllesi'"f'16..,ie
Aumoment de mon retour
Loin de-*îc,à;; »'- --- ;I'
Jtosjeux me rendront lejour.
Ah que j'JI} d*impatience
Tour cespldifîrs innocent,
Dont°foftre aimablepréfcncr
SçdltJtbien chdrmer les fins!1
- l'tnftt àcequejepense,
tONSfUindre^leinhfcm».
-En vérité, Madame, je mérite
bien que vous me peigniez,
leà moins que mes Rivaux ne
vous divertiitent plus que je ne
voudrois, vous ne devez pas
efire trop satisfaitedudestin qui
sembloit ne m'avoir séparé de
vous, que pour quelques jours,.
&. qui va prolonger mon éloignementà
des mois entiers. Ce
mauvais tour est un de, ses effets
ordinaires. Il me défoie, &je
pe pourrois le supporter sans
mourir, si je ne m'âffilrois que
les sentimens de vostre coeur,
tels que vous avez eu la bonté
de me les faire paroistre,fontà
l'épreuve de l'absence 6c du
temps, ôcque je vous trouveray
à mon retour aussi tendre Se
jauiH favorable que vous l'efliez
pour moy quandjefuis party.
rllijfi l'Amour, dont rie" ne ml,99
plus doux
tQue de reconnûtftrel'empire,
FONI conférerpour moy jufquà et
quej'expirey
Commejusquau tombeaujeyeuxtitrt
pour tous.
CONCLUSION
DE L'HISTOIRl
AMOUREUSE
DE QUELQUES FLEURS.
QVelque bruit que l'on fifisur les
bords de laJenfè,
.AIJpieddN.!tf9Nfcb"rlll"lIfstfll#'lN;I'
tiers d'alentour,
DDeererev*oyoiirrllee MMuaguet entesté d'unè
amour
Dont il avoit bravé tant defois la
puijjances
Onjugeaque laremontrance
N'estoitpas alors desaison.
Onsçavoitpar bonne raison,
Etpar expérience,
Qu'onnepeut arresterdans leurspremiers
courans,
Lespassions, nonplusquelestorrent.
Le recoursdoncfut à lapatience
Cependant nosdeuxFleurs
Goûtaientdans le retour;de leurs -riYI::S
ardeurs,
Tous lesplaiserqu'accorde la licence,
Sansfaire tort à l'innocence;
Rt jamais le Soleil~tiémùt tantde
transports
'JJM/sk NJJN cawrde Clitie,
tSue le MaguetparSimpatie
finxejp*nitalors
Pourl'engageanteViolete,
'FII"t cettepetitefinete
Sçavoit bien l'éblouirparlesbrillans
trésors
Tesonesprit c? deson corps,
Et luy cacboit avec adresse
Tout ce qu'elleavoitdefoiblisse.
Leurcommerce duralongtemps.
Le Violier devoitRetenir au "Printempsy
On s'attendoit àsaprésence;
Sans luy troublertejfrritmalà-pfop<u
Pardes avispleins d'imprudence,
Onpritsoin, onfit diligence
7J e trayailleràsonrepos.
Voiry commeelle le tenta.
Elleélût donc une Lumière
Bien instruite de la maniéré
Qu'ayoit*fçfcudepuiscejour,
AuxyeuxdeFlore çr desa Cour
LapetiteFleurprintanniere,
Tour en instruireàfondsnostre \§lafâ
Amant,
et luyfaire voir clairement
Qu'à tort ilestoit infdeUe
A lasage Immortelle;
Et voulant luy donnerplus de confit-
Jiony
Ellepria deuxTubereuses,
GrandesFleurs,&f>rtse'rieujest
Vesuivre la Lumiere en sa commission.'
Il raisonnoit alorssur cette fajjion
• gue l'onvenoit combatre, id'un coup avoit enLaforce de
l'abatre
, Malgréson indignation,
et s'en entretenaitavecune Pensée;
PetiteFleurde bonne affection,
Qui la nommoit toutfranc, une ardeur infeaféevdpjs
cette disposition•
La Lumiere l'aborde avec un dit
affable,
et luy dit, d'un ton agreable;
GentilMuguet, je viens avec ces
nobles Soeurs,
De la part cb l'Impériale,
Dont vous sçavezl'humeur loyale..
Et de vingt autres belles Fleurs;
Qui font toutes de bonnes moeurs,- Vousdécouvrir une conduite
Qui peut empescher vos malheurs
D'avoir une plus longue suite..
Ecoutez donc des veritez,
Dont sans erreur je fuis instruite,
Et de mon discoursprositez., ,
façon-,
Qu'ils s'alloient, sans là mort, mesme
Unir de demeure,
Pour se voir de plus pres, sans causer
de COllpçon.
Sachez qu'en vostre absence, une
Fleur étrangère,
Oeillet d'Inde, ou pareil poison,
S'arrestant dans ces lieux pour certaine
raison,
Apres quelque douceur lègere,
Luy témoigna. «fUelqet1iftcllftAtitfo,
Et qu'elle y répondit avec tant d'imprudence,
- Et tant de passion
Que le Parterre en fut en grande
émotion.
LeViolièr voulut courir à la van-
- geance,
Mais sa foible compassion
Attira sa fote cl-trneflèé'.-
Sçachez qu'elle osa bien avec le Chevreseuil,
Sans fuite & sans Compagne,
Auplus fortduPrintemps, s'en aller
-
en campagne.
Vous jugez bien qu'il n'en prit pas
le deüil.
Vous connoissez l'humeurde ce
Compere.
Ce qu'ils firent alors, sans-doute est
unmistere.
Mais estre seul à seul, parmy nous
c'est l'écueil
De la Vertu laplus severe.
Ce voyage, eut pour but devoir une
autre Fleur
Que l'on appelle Capucine,
Qui montroit une grande ardeur,
Qui se flatoit de bonne mine,
Qui preschoit soncrédit, & surtout
en Cuisine;
- Fleur toutefois de vilaine couleur,
Au Pavot semblableen odeur,.
Et tout aussifaquine.
Sçachez enfin que depuis le moment !
Que ce puant Pavot eut seul en sa
retraite
A sa discretionla pauvre Violete,
Il esttoûjoursdans l'amoureux tourment;
QtrtI se rend de concert une fois la1
semaine, -
De nuit, dans son Jardin, pour luy
conter sa peine,
Si le bonViolier duJardin est absent;
Oubien, de jour,chez laMamie,
Leur intime & communeAmie,
Si le bon Violier au Jardin est présent.
-
Raison qui fait que chez cette Intriguante
Assidûmentl'un &l'autrefréquente,
Et que leJardin voit souvent
Sa petite clôtureau vent,
Quoyqu'il ne gresle, ny ne vente.
Je nevous parle point du gros Volu-
- bilis,
Il a recommencé de ramper aupres
d'elle;
Vous verrez bientost sila Belle * Le met au rang des Favoris;
Mais on sçait que son voisinage,
Qui le fait en tout temps joüir
Des moyensde la voir Se de la réjoüir,
Cause un fâcheux ombrage
Au Chevrefeüil, qui souvent en dit
rage,
Et mesmes au puant Pavot,
Qui n'en pense - pas moins,quoy qu'il
n'en dise mot.
Ce n'est pas tout,certaineFleur
amere,
Fleur de Pescher,Fleur à Clistere,
Est à toute heure à son costé,
Sous prétextedesasanté;
Et la Belle ne peut sepasser,nysetaire
De cetteFleur d'Apoticaire,
Nymesme avaler un morceau,
Sans luy donner part au Gâteau.
Voila ceque j'avois, cher Muguet, àvousdire,
Ce n'estny Fable, ny Satire.
Jugez de là quelle est l'humeur
De la Belle qui vous captive.
On ny connoistny fonds, ny rive.
- Mille Amans tiendroientdans son
coeur,
L'accés en est ouvert à tout nostre
Parterre;
Ilne faut pour l'avoir, que dire une
douceur;
Mais ce qui vaudroit bien qu'onluy
jettaft la pierre,
C'est qu'on luy voit faire aussitost ;
faveur
A la plus détestable Fleur,
Qu'à la plus belle de la terre..
Ainsi ce feroit se tromper,
De s'attendre à quelqu'avantage
Quele Rival nesçeust pas attraper..
C'est son plaisir, c'est son usage,
Vous ne la ferez pas changer.
Son teint est beau,son oeil aimable,
Maissonhumeurestindomptable,
r
On ne la sçauroit corriger.
Jugez apres cela, s'il est bien agreable
De partager un coeur avec mille
Rivaux; - Ou si plutost l'on n'estpas misérable,
D'avoir àsouffrir tant de maux.
-
Muguet, joignez à ces raisonspuissantes,
Luy dit l'une des Assistantes,
<~ne le bon Violier est vostre bon
Amy.
-
a
Et ressouvenez-vous,adjoûta l'autre
7ïeUe\
Quevostre constante Immortelle
Ne vous aimoit pas à demy.
NostreAmantn'eut paspeula teste .-
miI"ilJI1,
2? '(J¡¡ir tous -esfâcheuxdifeours,
Ilfgctrda tristement la PeN.F) -
Nepouvantrenoncer aux nouvellesamours
s
Puisfaisant un effort,ildit à la
Lumiere.
Je vous rendray dans quinzejours
Une
réponse
entiere.
Ceterme-làfut pris, àdessein d'y
resver,
Ouplutost, afin d'observer
Lesfaçons dela Violete.
JdLats en bien moins de temps
Il apperçeut les yeux de la Coquete
Vqtoyer en faveur de ses Rivaux
rampans
(Par leur langue ejr lellrsplH. veritables
Serpens
Ces grâces , ces appas,cette langueur
secrete,
Et ces regards enfin, tendres
,
doux,
amoureux,
Vu Chevrefeüil, que du Volubilis;
Aujji pour luy l'oeillade estoit moins
IIDimÚ,
Et ces traits moins hardis.
MAMpourl'autre, elle estoit toutàfait
enflâmée,
Etfemblottémoigner une amour cousumée,
Tmanat udatnéssaflâme &danssapri-
IIfcmejloit
d'airejfronte'.
C*estoit encore Ailljiqu'il vit unpetit
Suisse
Gardiend'un Trésor,grandAccoleur
de caee,
Ze la Belle souvent coup sur coup
regardé;
Tapeurdontiljugeapeudigne
Cet Amanttoutnouveau, quis'estoit
bazardé
l' le conseil de quelques Fleurs de
Vtgns,
A'fmon;rerd'amour pour elle posfirdé.
Surprit,confus,fâché, Quoy,dit-il
enluy-mesme, •
Ses regards font pour tousaussi-bien
que pour moy,
Etleur douceur extréme
Qui seulem'a forcé de rentrer sous
sa loy,
Où jetrouvois un bien extréme,
N'avoit rien de nouveau, ny rien de
singulier?
C'est un charme commun, c'est un
air journalier
:
Qu'elle prend pour dire qu'elle aime,
A la premiere Fleur qu'elle, voit appi
cher?
; Enver ité,je fus un grand Nov ice,
De me laisser ainsi toucher
I*ar un si commun artifice.
Mais ce ne fûtpas tout, ilvit lepetit
Suiffc,
jiyecnojïre Coquete, do coin d'un
Espalier,
La caresser d'un airtoutaussifamilier
que s'il eusteu quatre mots deservice,
Et mesmes s'emportersifort,qued'oublier
£uil avoit d'autresFleurs, témoins
desamalice;
EtlAjeune Coquete, enfaisant les
yeux doux,
Luy dire seulement,Suisse, àquoy
pensez-vous?
Aimant mieux,cesembloit,passerpour
la complice -
Desatemérité,
Qued'en blâmer la liberté.
Vnesigrande complaisance,
Qui dans le teste-à-testealloità rtJlI.';' st'ltlence,
.:.", qui le lendemain auxyeuxdenojfrc
Amant
De mesmefaçonrecommence,
Le choque&i"a A force d'estrebonne,
Violete, dit-il tout b^s,
Je reconois que vous ne l'estespa.
Des faveurs qu'on ne peut refuser à
personne,
fk tort, ont eu pour moyde si puissans
appas.
Cefutbienpis,lors que loin du Parterre
Ilvit entrer toutseuls dans une obscure
Serre
NostreCoquette,c?3la Fleur de Tefcher,
Et n'ensortir qu'apres un temps considérable;
Etqu'ayantdemandécequ'ils alloient
chercher
Dans cet endroit desagreable,
Une Mignonete luy dit,
Quec'estoit pour trouver un Simple
dans le Sable,
Dont ilsavoient besoin, pourunsoin
charitable.
Vain prétexte, aussitostreprit
Le triste Muguet en luy-mesme; -
Lors qu'on va dans un lieu si noir,
si retiré,
Par l'Amour seul on s'y sent attiré,
- L'on n'ycherchequecequ'on aime.
Helas! je me flatoisqu'on ne cherchoit
que moy,
Et dans ce jour, perfide Fleur, je voy
Vostrerecherche égale,
Pour une Fleur medecinale;
Je ne fuis pas de qualité
A souffrir cette égalité.
Vostre abaissement me fait honte,
Il m'a tout-à-fait rebuté;
Plus de retour, jamais je ne veux faire
conte
De vos douceurs,ny devoftre beauté..
Enfin pour acheter de le tirer d'af
faire, - - Ilsçeutque le payot devoitl'pt¿.:.
nuit
Hors desa demeure ordinaire. Ilenvoyeaussitost un Zéphir qui k. flaire,
Et quide loin,sansfaire bruit,
Enl'observant,toûjours lesuit.
Le Zéphir voit que cetteFleurpuate,
Apres un détourfait,prit unpetit
sentier
Qui le mena droit au Quartier
Oùrésidoit lajeuneFlante,
Etqu'enrompant la ha-çc, une Forte
s'ouvroit
Paroùsoudainilpritsa route,
Etsi coula dans un endroit
Oùl'onnevoyoitgoute.
Plusn'enjât d,>r?le Zep'hir,-
Issars le JtfupueïyoulaKù fid') oirle
reste,
Alla le lendemain d^un air doux (7
modeste,
Depeur qu'on n'aperçeustson curieux
desir,
Sur les lieux,pour s'en éclaicir.
Il vit la Haye avecfracture,
Etfutcruellement troubléde cet effet:
Maisquandilvit la Belle avec le teint
défait,
Ilfuiflrtempejchédesatrijlefgtire;
Il nesçeut s'ildevort recouriràl'injure,
Ou se taire dufait.
La Pensée arriva dans ce temps nécessaire,
EtLuydit ce qu'ildeyoitfaire,
Tandis que la Coqueteécoutoitle Soucy
nivenoitd'arriver artffsi.
Cher Amy,vostre ame est blessée,
Songez à laguérir,luy dit cette Pensée,
Sans en venir jamais à l'éclaircissement.
L'adroit & fin déguiseme- nt
De la chose la plus certaine,
Fourbe, mensonge, faux serment,
Tout cela c'est le chant d'une telle
Sirene; N
Si vous l'écoutiez un moment,
Il vous pervertiroit esprit & jugement.
Laissez-la donc, innocente ou coupable.
L'apparence est contr'elle,& c'est plus
qu'il ne faut
Pour rendre aux sages Fleurs cette
Fleur méprisable.
Elle t'si: coquete, & ce defaut
N'est nonplus douteux, qu'excusable.
Vous le sçavez, ne donnez plus
Dans un panneau semblable;
Allez, retirez-vous, contre un coeur
si peu stable
Les reproches sontsuperflus.
Ce conseilfutsuivy, le Muguetsçeut
se taire.
Il cachason ressentiment,
Etquittamesme à l'ordinaire
La Coquete civilement.
Mais ilestoit changépourelle.
Le dédain, le mépris, cg- l'extréme
froideur,
Avoient dans ce moment repris place
enfon coeur,
Ils en avoient chassé toute l'amour
nouvelle,
Et n'y laissoient qu'un regret de l'erreur
'pc s'estre renflamépour cette indigne
Fleur.
DanscetLumiere
Pour la re ercier deses heureux ayW, Ilsm'ont tiré,luy dit-il del'orniere,
J'estoisgasté,mais je les ay suivis,
Et je leur dois ce que je fuis.
Jtlpres,iljlitlt l'tUujhe Impériale;
Et cette Fleurplus que Royale,
Luy témoignabienduplaisir
De le voirdégagéde cette amourfatale
Qui nepouvoit bien réussir.
Enfin ilse renditchez lAsage Immortelle,
Luy demandapa-rdon desondéregle.
ment;
Elle est du moins drei bonne que belle,
Il l'obtint aisément.
Il ne vouloit jllmAÑ revoirla Violete,
Etbien moins, luyfaire la cour;
Mats certaine raisonpolitique&secrete,
En cela voulutson retour.
Ilfallutobeïr à cette Loy discrete.
Ille voit donc, malgré l'aversion,
Qu'ilafaitsucceder à Cindignation
Qu'ilressentoit pour elle.
Illuy renddesrespects,illuy montre
du zele,
Illuy tient des discours, mesmed'affection.
Sans que la Fleur constante &sage
En reçoive le moindre ombrage,
Car le tout n'est quefiction.
Onlejuge aux bonté^ qu'apourluy tif
Coquete;
Sesplus tendres regards,sesplusgrader
douceurs,
N'ontpluspour le charmer,qu'uneforce
imparfaites
Etfin air tiede, en ces momensflateurs,
Apprendbienquepourelle, il n'a de
ses ardeurs,
De resteaucoeur,pasmesme une
bluette.
Ilpasse enson espritpourtantpoursonl
Amant,
Parce qu'à se flaterla Belle esttrop
sujete,
Tourpêuyoit l'accuser d'un second
changement,
Ne croyantpas lepremierfeulement.
Cette erreur estdouce, il l'y laisse,
Etcependantsoncoe*urporte agréablement
Autrepart sa tendress.
JEneffet,aujourd'buyfonplaiftrJtngulier,
Sagloire la$!uslettey
C'estledesirqu'ilad'estre toujours
fidelle
D.,ins l'amitiédutropbon Violier,
Etdansl'amour delasage Immortelle.
SENTIMENS
SUR LES QUESTIONS
DU DERNIER
1 EXTRAORDINAIRE.
emel est le plus grand chagrin
qu'une Maistressepuisse donner
à un Amant. LE déplaisir d'un Amant à
qui sa Maistresse ne laisse
aucune occasion de la voir, cause
des douleurs si vives, que je
n'aurois point balancé il y a
quelques années, à soûtenirque
c'est le plus grand qu'elle soit
capabledeluydonner. Mais l'épreuve
que j'ay faite depuis ce
temps-là d'un autre chagrin, m'a
tiré d'erreur. J'ay veu mon Rival
traité favorablement de ce
que j'aimois, tandisque la Belle
m'accabloit de ses mépris, &
qu'elle n'estoit touchée ny de
mes soûpirs, ny de mes plaintes.
A mes yeux mesmes elle se faisoit
une joye d'accorder à ce
Rival les plus obligeantes marques
d'estime que la bien-seance
luy pouvoirpermettre, sans que
l'empressement de mes foins
m'attirait jamais que des rebuts.
II est impossible d'exprimer ce
q,c j'aysouffert dans ce triste
état & c'est par là que je fuis
entierement convoi ncu qu'il n'y
a point de suplice plus cruel
pour un Amant, que celuy que
je vous viens de repréfencer.
Si lesouvenir d'un plaisir passé
-
dont on ne joüit fins, cause du
fUifir, ou de lapeine. cEtre Question me semble
assez difficileàdécider, car
comme il est vray que lors qu'on
a enfermé quelques essences
dans un vase, l'odeur y demeure
encor longtemps apres qu'on
les en a retirée, de mesme on
peut dire qu'un plaisir, quoy que
passé, laisse en s'en allant celuy
d'en avoir 1*ouy &. que la satisfion
qu'on goustoit dans
lesdoux momens de ce plaisir,
chatoüillant nostremagination,
nous en cause de nouveaux,
selon que nous rappellons fortement
-
d'agreabls souvenirs.
Cependant comme nous souhaitons
naturellement le bien
que nous n'avons plus, nostre
coeur flatéd'abord de l'aimable
souvenir d'unplaisirpassé, soûpire
apres la possession du mefmeplaisir,
&de cessoûpirs qui
ne font autrechose qu'un desir
que bien souvent nous ne sçaurions
satisfaire, il passe insensiblement
au regret d'en estre
privé, & enfin de ce regret, à
une peine & à un chagrin qu'on
ne peut bien expliquer. Celuy
qui se trouvedans cet état, est à
peu prés commeunHomme,qui
dans un songe s'imagine estre
au milieu de mille plaisirs. Tous
ses sens estant excitezpar son
imagination,ilestaussisatisfaict
dans ce moment que s'il joüisfoit
des plaisirs mesmes qu'elle
luyafigurez.Maiss'éveillant
dans le temps qu'il croit avoir le
plus de sujet d'estre content, il
semble qu'il n'a ouvert les yeux
quepour perdre de veuë les
plaisirs qu'il avoit crû posseder,
& cette perte luy cause un chagrin
plus ou moins grand,
selon que le bien dontson songe
le flatoit, luy a paru estimable,
De mesme l'imagination de
celuy qui se souvientdes plaisirs
passez, emportée parce souvenir,
luy fait goutter plus de sacisfaction
qu'il n'en recevoit dans
la joüissancemesme, d'autant
queluy représentant en un moment
tous les plaisirs qu'il a eus,
ou pendant un jour, ou pendant
plusieursheures,elleluyenramasse
les plus sensibles douceurs,
&. les luy faitgouster toutes
presque en un instant; mais,
cet Homme seréveillantunpeu
après comme d'un songe, & faisant
refléxion que non seulement
ce font des plaisirs passez,
mais qu'il est peut-estre dans
l'impuissance d'en joüir jamais,
il tombe dans un chagrin d'autant
plus sensible que tous ses
sens estoient disposez à la joye,
& je ne doute point que le
chagrin ne l'emporte de beaucoup
sur la satisfacitonqu'il
avoit goustéeunmomentauparavant.
Si vous me dites que
cela ne sçauroit estre, & que
puis que le chagrin naist du
plaisir qu'on a eu, il doit estre
mesuré à ce plaisir,&qu'ainsil'un
ne peut-estreplus grand
que l'autre a esté, je vous répondray
que lors qu'on ne jouir plus
d'un bien, nostre imagination,
comme si elle se plaisoit à nous
tourmenter, nous le represente
toujours plus grand qu'il n'est
en effet, en forte qu'on pourroit
dire, que la privation d'un
bien, quel qu'il foit,est une
espece de Microscope qui
grossit les plaisirs attachez à
la possession de ce mesme
bien; outre que le
-
plaisir
que nous cause un souvenir
agreable ne nous dure qu'un
moment, & autant de temps
qu'il en faut à l'imagination
pour refléchir sur la perte de ce
que nous ne possedons plus, au
lieu que le chagrin que l'on en
ressentdure, &noustourmente:
longtemps.
Lequeltouche plus aisément le coeur
d'une Belle, ou celuy quise déclarantd'abord,
emploie les termes
les plus passionez à luyprotester
qu'il l'aime; ouceluy qui*
en luy rendant beaucoupd'assiduitez,
laisseagirsessoinssans
se déclarer;
J'E dis que c'est le dernier de
ces deux Amans. La raifcn
est que nous méprisons ordinairement
le bien que nous possedons,
& surtout celuy que nous
acquerons sans peine. Ainsil'Amant
qui se déclare d'abord,est
pour une Belle un bien qui ne
luy couse rien àacquérir, &.:
dont fort souvent elle ne fait pas
grand cas.Je sçay que s'il parle,
l'aveu qu'il fait des sentimens.
deson coeur nesçauroit estre
imputé qu'à la force de son
amour, &au pouvoir des charmes
de sa Maistresse; maisl'Amant
qui se contente de faire
parler ses soins, ne fait pas moins
connoistre qu'il aime, que celuy
qui se déclare ouvertement.
Au contraire, parce qu'il agit
d'une maniere opposée, il touche
plusaisement le coeur de la
Belle. Elle juge dela grandeur
de sa passion par celle de son
respect, & estantpersuadée de
la cause qui l'empesche de parler,
elleestconvaincue en me["
me temps de
-
l'amour qu'il a
pour elle, & fouhaiteroit qu'il
fuit plus hardy
; ce qui ne fait
pas un méchant effet, car elle
cherche toujours après cela par,
où le faire expliquer. Elle fait
tomber la conversation sur des
sujets qui luy en facilitent les
moyens. S'il se déclare, c'est
ce qu'elle a souhaité, & il la
trouve toute disposée à l'écouterfavorablement.
S'il ne le fait
pas, cette retenue ne fait qu'augmenter
l'envie qu'elle a de luy
entendre dire qu'ill'aime. Cependant
comme un silence si
long l'oblige encor à douter si
elle ne se trompe point dans la
pensée qu'elle a d'estre aimé?,
elle examine tout de nouveau
son Amant. Elle étudie ses regards
pour y remarquer quelque
langueur qui la convainque de..:
satendresse.Elle écoute sessoupirsavecplaisir,
ne perd aucune
desesactions ny de sesparoles,&
apres qu'elle s'est fortement
assurée de son amour,
elle luy fait connoistre par ses
manieres qu'elle n'y est pas insensible.
Ilne faut qu'aimer
pour entendre ce langage. Il exprime
les plus secrets sentimens
de l'âme;& parmy les vrais
Amans, l'union des coeurs est
toujoursfaite,avant que la bou
che ait rien expliqué.
Si un Amantmal-traitede la Ptr,
sonnequ'il aime, peut sans l'of-
Ifencersouhaiter la mort. E croy qu'il peut faire ce
souhait sans que
-
saMaistresse
;
ait lieu de s'entenir offencée.
Voicy la raisonque j'en ap--
porte. Un Amantestmal traité
de sa Belle, ou parce qu'il est
hay,ou parce qu'il a commis
quelque crime qui le rend indigne
de sa tendresse. S'il est
hay, quel témoignage plus fort
luy peut-il donner de sa complaisance&
de sonamour,qu'ense
souhaitant la mort, puis qu'il
montre en mesme temps qu'il
cherche à la délivrer d'un Objet
qui luy déplaist? - S'il luy a - fait quelque outrage,illaconvainc
encor mieux par ce
,
fouhait
de la passion qu'il a pour
elle, puisque s'il estvrayque
quelque légèreque soit une
faute; elle esttoûjours fort considérable
quand elle est -commise
envers-ce qu'on aime, cet
Amant
Amant veut marquer à sa Maîtresse,
que la satisfactcion qu'il
luy seroitpar son repentir& par
ses chagrins, feroit trop peu
pour expier une offence que la
mort feule luy peut faire pardonner,
ou si vous voulez le
prendre d'une autre
-
maniere
en se souhaitant la mort, il veut
luy faire connoistre, que desesperant
de rentrer jamais dans
ses bonnes graces, il est incapable
d'aimer la vie aprescette
perte. -
De la nature des Esprits Folets. sI jereglois toute la Nature
selon les sentimensde Def,
cartes, je dirois que les Esprits
Folets ne font autre chose qu'un
composé de certains Esprits ou
corpuscules qui émanent de nos
Corps, & qui se rencontrant en
l'air, sedisposent d'une certaine
maniere, que par les petits ressorts
quece Philosophe admet
dans les Animaux, ils remuent
& agissentdiféremment selon
leurdiférentedisposition; Mais
pour estre de ce sentiment, il
faudroit auparavant qu'on eust
bien sçeu me convaincre que la
volonté de celuy à qui un Esprit
s'est attaché, peut changerla
disposition des ressorts qui meuvent
& font agir cet Esprit. Si
cela estoit, jen'aurois pas de
peine à comprendre, comment
lors que je prierois cet Esprit
Folet de faire telle ou telle
chose, je le verrois aussi-tost
porté à l'exécuter, quoy qu'il
n'eust pas coustume de s'attacher
à cette action. Or il est
confiant que cela arrive tous
les jours, & sur tout en Allemagne
,où l'on donne, & où.
mesme l'on vend ces fortes d'Esprits,
en forte que si mon Amy
vouloit bien accepter l'offre
que je luy ferois de mon Esprit
Folet, il cesseroitaussitost de
me servirquoyqu'il eust esté
toûjours attaché àmoy
,
& commenceroit
de rendre service à
cet Amy. Ce n'est pas qu'on ne
pust répondre assez probablement
à une pareille objection,
qu'aussi-tost que ces fortes d'Esprits
se font formez en l'air,comme
jel'ay déja dit, & que le hazard
les a fait s'attacher indiféremment
à la premiere Personneavcc
laquelle ils onttrouvé
quelque sympathie ou d'Atomes
ou d'Esprits, apres cela
lors qu'on souhaitepossederl'Esprit
Folet qu'on voit attache
à un autre, comme ce desir est
dereglé, Dieu par punition permet
volontiers que la personne
qui le possedoiten soitdélivrée,
& qu'il s'attache de nouveau à
celle qui l'aappellé, à condition
qu'en luy rendant les petits services
qu'ils ont coustume de
rendre, elle en soit quelquefois
tourmentée ; ce qu'on peut aisément
conjecturer, de ce qu'entre
tous ceux qui ont ces Esprits
Folers,il n'yen a aucun qui
n'en voulust estre délivré. Si
vous demandez comment ces
petits corps peuvent faire toutes
les choses qui nous surprennent,
je dis qu'ils les font de la mesme
maniere, que les Bestes font toutes
leurs operations, puis qu'on
peut également imputer & les
unes & lesautres àla diverse dispositiondelamatiere,
avec cette
diférence, que les Efprirs Folets
estant composez d'une matiere
plus subtile, ils agissent plus
subtilement,& sans estre remarquez.
Mais quoy que ces raisons
soient assez probables, j'aime
mieux me raporter à la plus
commune, 6c croire que ces fortes
d'Esprits font tous diaboliques,
& que les Sorciers, que je
ne refute pas comme des contes,
les évoquent des Enfers,pour
les donner à quelques Personnes
qu'ils veulent faire soufrir, ou
qu'ils veulent obliger, car il est
constant que quelques-uns ne
font aucun mal. Un de mes Amis
le sçait par expérience. Il a un de
cesEspritsdepuisquelquetemps,
ôc cet Esprit ne fait autre chose
que de luy friser les cheveux du
derrierede sa teste, comme on
frise une Boucle de Perruque.
Dv CAMPOVSSIN,deRoüen,
L'AGREABLE DEBAVCHE.
MArs&Baccbussont réünis,
LA PaixAujourd'bll) les
rassemble,
EtgraceànostreGrand LOVIS,
Les voila bien d'accord ensemble.
7$éj9kijJè{-'VQwi Buveurs,
Chantez, Yvrognes,
Et ne crilign'{!lf# les malheurs
Dont ontsouventpaly vos trognes;
L'Epée jfilll croc,
Le Vinest surtable,
Etpar un échange admirable,
On n'entendplus de choc
Que cdu} des Bouteilles,
DesFiacons&desPots
Quel'onvuideenrepos
A l'ombrede nos Treilles; Ilriejlplus enfin decombats,
Plus de guerre Sur la Terre,
Il.!!.', coupsde rerre.
j"Baccbus a mille appat,
Celébronssa mémoire,
SIH, tost, dépeschons-nous;
Etsi l'on m'en veut croire,
Joignons nos voix, Ci- crions (Dm,
Iln'est point deplaisirplusdoux
Queceluy que l'onprendàboire.
SAYROT, de Chastillon sur
Seine en Bretagne.
Voicy divers Madrigaux sur les
deux E;;igmu en Vers proposées
dansma Lettre du Mois deJuin.
c I. -rr: ,.J F.;y?z de niennuyer devosvainés
c 'meres* ?LUsfùyhss refictifS) qui ne niaprene\
rien.
G<jfandifle9ÇarteJ'ient
Je n 'écouterayplusvos Leçons ordinaires;
L' Enigme que je listsans tant me travailler)
M'explique mieux que you* la nature
de l'Air.
BVRET DE LEPINAT, de Vitré.
J I I. E siaypas l'esprit agreable,
Sinonpresdu Verre&duVots
Et nepuisdeviner le Mot
V.e vostre Enigme, quà la Table.
DENIS,Curé de laMothe
en Blefy.
Mrd'Ambreville, de Lisieux, qui
crû que le Mot de la seconde Enigme,
estoit la Main, afiny l'Explication
quisuit, par des Vers du
celebre Theophile.
III. AMy,cesse de tant resver,
Sanspeineje viens de trouver
Les deux Enigmes du Mercure.
A mesyeux, ainsi qu'un Eclair,
Le Mot en est brillant et" clair:
Maissouffre en cette conjoncture,
Pour m'épargner desVers lafâcheuse
torture,
Qu'unPoëtejadissanspair,
Et dont encor le renom dure,
T'aprenne au lieu de moy,d'une Veine
plus pure,
Que l'une 11 la Main, l'autre l'Air.
Celuyquiformant le Soleil,
Arrachad'un profondsommeil
L'Air&le Feu, la Terre & l'Onde,
Renversera d'un coup de Mdin
La demeure du Genre humain,
Et la baze où le Ciel se fonde;
Et ce grand desordre du monde
Peut-estre arrivera demain. iV.i QVe le Mercure efiadmirable!
Il vientde nous donner,pour bannir
le chagrin.
DesVerres de Vin,
Et pour les reposer,ilofurnitune
Table.
C. HVTVGE d'Orléans,
demeurant à Mets.
Mesdemoiselles de la Cour, de
S.Denys,ayant trouvé le sens de
la premiere de ces deux Enigmes,; l'une d'elles qui n'ajamais fait de
Vers, nom donne son coup d'cjfay
par ceMadrigal.-
D V. AnscenobleJeud'avanture,
Nous travaillonssouvent en .,,,ill.
L'esprit n'estpastoûjours devin,
Pours'estredonnéla torture.
Lepremiersujet,quoyque clair,
Ne nous a produit que de l'Air.
M VI. Ettez vostre Chevalseulement
à l'Etable;
LaYézfaire à chacun, Mercure,son
Md/Ù",
Montezvostre Genest, tiyàvex "fojlrt
Coursîer,
Ganimedesans vous finir. bien la
Table.
L'HERMITE DE SAÇEY,
pres Pontorson.
p VII. Premieresource de la Vie,
Quifais tout agrrç?*mttuyoir0!
Qui "ro" tout sans tefairevoirs
Par qui l'amenous est ravie,
Qui du coeur tires lessoûpirs,
Qui portes l'aisle des Zephirs,
Et lesfoudres (7 les tempestes,
Quiformant la voixfais parler,
Qui regnes bas, Cfsur nos ftftu,
Quelautre corps es-tu, sidu moins t.
n'esl'Air? • RAVLT, de Roüen.
M VIII. Ercure, yos Lecteurs doivent
estre contens,
"Puis que joignant l'utile avec le délectable
,
Vousleurfaitespasserle temps,
Tantostà la Ruelle, fy* tantostà la
Table.
Le ControlleurdesMuses
de Montasnel.
M IX. Ille Mots dans l'espritmeviennentà
lafois
Dessùs L'Enigme de ce Mois*
Jemeflate à chacun d'une heureuse
rencontre;
Maisquãdj'ycroy voir leplusclair,
Dans le momentquej'enyeuxfaire
montre,
Adieu you* dis, tousseperdent dam
l'Air.
F. HA. DV MESNIL,de Cambrais
en Normandie.
I X. E n'ay jamais bû dans la Tajje
Desdoctes&sçavantes Soeurs,
JtJy jamais mon espritn'a senty les
fureurs
Qu'inspire le Dieu du Tarnajp;
N'importe,essayons toutefois
A trouver le secret de cet Art admi*
rable:
Minerve,sois-moyfavorable,
Et dans ces Vers écrits sur le coin de
ma Table,
De la derniereEnigme de ce Mois,
Rensermon le sens "'e"itltbl.
GAVTIER,SeigneurduTronchay
-
lez Tonnerre.
s XI. Icette Enigmeestambiguë,
Il ne s'enfautpas étonner;
Mais ilfaudroit dire biengruë,
Pour nierqu'elle eustle bon Air.
Une des Nymphesde
Montasnel.
c XII. EtteEnigme, mefoy, n'estguére
desaison,
Ellem'a mis en eau, mafaitmalÀ"
lateste.
Enjinjefl,.()Ñ mortchezmoy comme uneBeste
Sije n'avoispris l'Air clt'{ l*aimable
Nanon.
P. C. L'ENJOÜE', d'Orleans;
,- v XIII. Omsyeutfàtigue^trof, agreable
Cloris,
Vous avezdéjàprisvostre beau coloris,
Pour vouloirpénétrerlesensdesdeux
Snigmes. 1
Mercureprendlesoin de lecachersi
bien,
Qu'àpeineycomprendrez "tout rien, oJque "vous ayex lû plus de dixfiM
ses Trimes.
Sortez unpeupourprendrel'Air,
Pendant que l'on mettra le Couvert
sur la Table.
Cefont levrais moyens,sanspluslong
tempsparler,
De trouverlesensveritdble
Des deux enilmes de ce Mok,
Que yous expliquerez toutes deux à
la fois.
ALCIDOR,du Havre de Grace.
XIV. j.A.wÑ mdlÀ la testeàforce de
resver
A ce que nous cachait l'Enigme du
Mercure;
Et le Mot mesemblant diiffcile À
trouver,
Jeprisl'Air, &cessay d'enfairela
lecture.
I. F. JARRES, du Quartier
du Louvre.
A XV. Vray-je biensçeu deviner
Ce Rien qui nepeutpasse dire;
&uejamais on n'apû décrire,
Mercure, en disantquec'estl'Air?
L'HERMITE DESAÇEY,
pres Pontoise.
DE L'USAGE
DE LA GLACE.
A MADAME A. D. LA question du Froid & de
la Glace
,
convient si bien
aux excessives chaleurs de l'Eté,
& à la satisfaction que l'on y
trouve, qu'il n'est pas possible
pendant les ardeurs de cette
Saison
,
de rien proposer de
plus agreable que les moyens
d'en faire un usage salutaire, cù
la necessîté, & le plaisir se rencontrent
à la fois, & servent de
délice, & deremede tout en- - semble.
Cependant le nombre des
sujets ausquels peut convenir la
Glace dans la diférence des
âges, des sexes, des temperamens,
des habitudes, & des climats
, est trop grand, pour entreprendre
une décisionparticuliere
comme vous la desirez,
& personne ne doute qu'il ne
foit entierement impossible de
pouvoir satisfaire dans une réponce
aussi generale qu'est la."
proposition, au bien, & au mal
que tant de Particuliers diférens
en peuvent recevoir dans
leur usage.
En effet,l'expérience nous
apprend que dans la santé &
dans la maladie, chaque sujet
fait si parfaitement la regle qui
luy est necessaire, qu'il n'est
rien dans le monde qui foit generalement
bon, comme il n'est
rien aussi qui soit generalement
méchant.
Ilfaut donc avant qu'entrer
dans la circonstance particuliere
de laquestion, convenir que la
Glace est une congelation du
froid, & de l'humide, ou pour
ne pas s'engager en des difficultcz
qui ne se pourroient résoudre
dans une Lettre, qu'elle
estune congelation de l'eau, par
le mélange des esprits nitreux
qui ramassent, & réunissent les
parties homogenées,&hetérogenées,
& donnent cette densité,
ou solidité glaciale, enexprimant
les parties les plussubtiles
de l'eau, laquelle estant
ainsi glacée, est referrée dans les
lieux lesplus propres à conserver
ces parties nitreuses, pour
communiquerà l'eau mesme, au
vin, & à toutes les liqueurs, ce
froid glacial qui surpasse de plusieursdegrez
le froid naturel des
eaux des Puits, & des Fontaines.
La necessitépressante que
l'on a euë de trouver quelque
soulagementaux extrêmeslangueurs
dont les corps font
abatus, & qui causent de Li
grandes maladies pendant les
ardeurs immodérées de l'Esté,
a fait penser à ce délicieux secours,
quiapassé dans un usage
si familier, qu'ilest peu de Climats
exposez aux grande chaleurs
, qui n'en fassent leurs
plaisirs,&unehabitudecontinuelle.
1
L'ona observéaussidepuis
l'usagedela Glace,que dans les
lieux, les plus chauds, on est
moins sujet à tantdepérilleuses
maladies,& aux fièvres malignes
pendant l'Eté,&qu'il n'y meurt
pas une si grande quatité d'Hommes
par les desordres que les
chaleurscausentdans nos corps,
parce que la Glace rempere si
parfaitement ceux qui la peuventsuporter,
qu'en peut dire
qu'elle est un agreable remede
dans les chaleurs. Leur excés
semble demanderun pareil con
traire pour empescher la résolution,
ou la dissipation des esprits,
& des humeurs, attenüées par
les ardeurs infuportables qui
les consument si fort, qu'elles
causent ordinairement tous
les maux, & longs, & mortels,
qui ont accoutuméde regner à
la fin de FEcc & dans l'Automne.
Quoy que la Glaceenréprimant
la violence des chaleurs,
prévienne un grand nombre de
maux,& qu'on en reçoive un
plaisir inexplicable, toutes ces
expériences neantmoinsnepeuvent
pas faire une regle generale,
puis que nous voyons tous
les jours beaucoup de personnes
qui s'en trouvent fort mal, &
tant d'âges, de tempérament,
de sexes, & de dispositions opposées
à ce secours siagreable.
Il est vray que la Nature
souffre tant, dans l'usage des
violens contraires; & l'excès luy
est tellement nuisible, ainsi que
l'expérience nous l'enseigne,
suivant l'authorité d'Hippo-.
crate qui défend detrop échaufer,
& de rafraîchir excessivement,
qu'il nefaut pas douter
que cet excès de froideur n'affoiblisse
extraordinairement dans
le temps, ou dans la fuite la vigueur
des organes, & la force
dela digestion.
Il faut donc conclure, puis
qu'on a suposéqu'ilnest rien
qui foit generalement bon, ôc
rien qui
soit
generalement méchant
, que la Glace convient
mieux aux Païsextrémement
chauds, qu'aux temperez, qu'-
elle est moins nuisibleauxHommes,
qu'aux Femmes; qu'elle est
plus utile aux fains, qu'aux infirmes;
& qu'il y a peu de Personnes
qui n'en ressentent quelque
incommodité, ou quelque
foiblesse, dans le long usage, ou
dans le temps,
Il estaisé de comprendre que
dans les Païschauds, les corps
font tellement défechez & affoiblis
par les violentes chaleurs,
que la Nature qui ne subsiste
& ne se conserve que dans
la mediocrité des causes qui l'environnent,
ne pourroit soutenir
longtempsl'effet de ces chaleur
excessives, comme on l'a remarque
avantl'usage de la Glace,
si elle n'arrestoitla rapidité d'une
prompte résolution qui ne
manque jamaisdeproduire de
tres-méchans effets, ausquels la
Glace dans ces climats est presque
genéralement 6c, absolument
necessaire.
Le tempérament chaud &
robuste de l'Homme, surpasse
trop en vigueur &en force celuy
des Femmes délicates, moins
chaudes & plus humides, pour
ne pas croire qu'elles font d'une
disposition moinssusceptible
des effets de la chaleur excessive,
& qu'ayant les pores moins
ouverts, &le corps peu transpirable,
;
elles ne pourroient suporter
plaoGrtelarcsei facilement l'usage de
que les Hommes la fiu
portent.
ITîïïimidité q-ui excede dans
le tempérament desFemmes,
& qui les rend moins fortes, &
plus infirmes que les Hommes,
détruiroitbien-tost lesujetqui
la renferme, ou augmenteroic
d'abord le grand nombre des
maladies qui leur font familieres,
£ ces humiditez estoient
fixées & concentréespar l'usage,
& la présence de la Glace
qui les rendroit plus fufceptL
hles de la pourriture lors qu'elles
feroient fixées, ou qu'elles retarderoient
leur transpiration,
&leurcoursordinaire.
Les Hommes au contraire,
ont les humeurs si subtiles, si
faciles à résoudre, & à transpirer,
que le défautd'humidité
ne leur causeroit pas de moindres
incommoditez, que l'abondance
de la mesme humidité en
caufeaux Femmes, s'ils ne cherchoient
dans les chaleurs extrêmes
à moderer l'exces de la
transpiration par lesgrands rafraîchissemens
,
& principale,
ment par celuy de la Glace.
De tous les tempéramens ausquels
on peut proposer l'usage
de la Glace, elle convient plus
particulierementaux Bilieux qui
ont les humeurs tenuës subtiles,
& dissipables, puis aux Atrabilaires,
qui les ont brûlées, ardentes,
& facilesàs'enflâmer,
en fuite aux Sanguins, qui n'ont
pas tant de necessité de ce grand
rafraîchissement
, parce qu'ils
font humides,&nullement aux
vrays Mélancholiques, & aux
Pituiteux.
Parmy toutes les dispositions
on ne peut douter que la Glace
ne soitplus utile, & moins préjudiciable
aux fains qu'aux infirmes,
qui ont les parties nobles
mal disposées, & affoiblies,ou
qui font ordinairement sujets à
des maladies que l'usage de la
Glace peut irriter par l'excès
du froid, qu'un état délicat &
malsain n'est pas capable de
suporter.
Onjugera aisément des maux
qu'elleput produire, lors qu'on
sçaura dans le sentiment d'Hippocrate,
confirmé par unedongue
expérience ( ainsi qu'ilaesté
déja remarqué) que le froid
extrême, comme
-
la Neige -èc
la Glace hefi: le plus grand eru
nemy des Poulmons;&. mesme
,que dans un degrémoinsviolent,
il est trespernicieux au
cerveau, aux dents, aux os, aux
nerfs, aux membranes, &que
le plus grand nombre des maux
qui naissent en ces parties
, ont
pour cause principale le froid
qui les affoiblit, & qui les rend
susceptibles des maladiesdont
elles font capables.
Cette description un peu generale,
laisseroit dans une satisfactionimparfaite,
si l'onmanquoit
par un détail plus précis
d'expliquer cet usage particulier,
qui ne convient nullement
aux Vieillards, aux Enfans, èc
aux Femmes principalement
quand elles font grosses
, nourrices,
ou dans le temps de leurs
maladies. Elle n'est pas moins
préjudiciable à la gcute, à la
gravelle, ou rhoumatisme, aux
maux de poitrine, aux obstructions
de foye ëc de rate,
aux coliquesquiproviennent
descruditez, que la foibiesse
d'eftom c produit.
Celles quinaissent d'unedisposition
purement bilieuse,les
migraines,les dégousts en Été,
& presque tous les desordres de
la bile, font corrigez par ce secours,
lors qu'il n'y a point de
complication, & d'autres dispositions
plus considérables, qui
prévalent aux raisons que l'ona
d'user de cet agreable remede.
- Il fautencor observer que
l'on ne doit boire à la Glace
que dans les grandes chaleurs,
éc rarement lors que l'estomac
est vuide
,
à moins que l'on ne
souffre par un excès de chaleur,
parce qu'elle affoiblit trop
les membranes de cette partie;
mais dans les repasavcc la
viande, ajoutant un peu plus de
Vin qu'à l'ordinaire,elle fait
mieux.
On ne doit cependant jamais
boire à la Glace dans l'ardeur,
& la sueur de quelque grand
exercice, & mesme dans les médiocres;
parce que tous les subits
changemens, d'une chaleur
extraordinaire à un froid excessif,
font tres-dangereux, 8Q
ne manquent jamais de causer
de pernicieuses maladies. -
Cet usage n'est pas seulement
utile pris intérieurement, mais
encor appliqué aux parties extérieures,
comme aux grandes
coliques qui sontsoulagéessurle
champ, lors qu'après les remedes
generaux, ontrempe des
linges ou desassiettes, & qu'on
les applique sur le ventre àl'endroit
de la douleur, changées
de temps en temps, quand la
froideur commence à passer. On
en fait de mesme aux coliques
nephrétiques, en appliquant la
ferviete
, ou l'assiete moüillée,
sur le rein du costé de la douleur.
Elle ne foulage pas moins les
maux des dents, pourveu qu'elles
ne soient pas extrémement
cariées, & que la jouë ne soit
point enflée, quand on applique
un linge moüillé dans l'eau
froidederriere l'oreille du côté
malade, qu'il faut changer de
mesme, lors que la froideur diminuë
pour mieux intercepter
l'humeur fluxionnaire que l'on
attire souvent plutost par les
linges trop chauds, comme aux
coliques que l'onaugmente
quelquefois.
Quoy que le chaud appliqué
soit amy dela Nature, on voit
par expérience qu'il y a des
temps dans les maladies ausquels
il dilate & raréfie si fort les humeurs
qui ne peuvent se résoudre
par transpiration, qu'il augmente
lafermentation, en forte
que les douleurs deviennentplus
vehémentes & plus insuportables.
Le froid au contraire diminuë
le mouvement, appaise
la fermentation comme l'eau
froide jettée dans le Pot qui
boult, & fait cesser heureusement
la douleur.
Il y auroit en cette matiere
dequoy composer un gros Volume,
& dire beaucoup de choses
que l'on ne peut renfermer
dans une Lettre. Jelessuprime,
Madame,par la crainte que j'ay
que vous ne receviez moins favorablementla
protestation que
j'ay faite d'estre toute ma vie,
vostretres &c.
PANTHOT, Doct. Med.
A Lyon, ce 10. AouJt\C,Zo.
SUR LES QUESTIONS
DU DERNIER
EXTRAORDINAIRE.
QVESTION L LE plus grand chagrin que
puisse donner une MaîtresseàsonAmant,
c'est, si je
ne me trompe, de luy préferer
un Rival; car dans les autres
disgraces, l'espoir qu'il a d'en
sortir, & de devenir heureux,
occupe son esprit,& empesche
qu'ilnerefléchisse sur ses maux.
Mais afin qu'on soit convaincu
de ce que j'avance, il faudroit
interroger quelque perséverant
Adorateur, qui n'est jamais re- eu d'une Belle qu'avec beaucoup
de dédain, à qui elle parle
toujours d'un ton fier, & contre
qui, pour l'obliger à se défaire
de son amour,elle ne cesse point
de mettre en usage les plus
cruelles rigueurs. Cet Homme
quesapassion aveugle, merépondroit
qu'il se représente les
divers obstacles, qui le traversent
, comme des Digues qui
estant trop foibles, font incapables-
d'arrester le cours d'un
Fleuve rapide. Il m'assureroit
qu'au travers de tant de difficultez,
il découvre qu'un jour
la conqueste de sa Maistresse
luy fera aussi glorieuse qu'elle
aura esté difficile à faire. On
tombe d'accord, me dira-t-on,
que c'est là le langage d'un
amour violent que les malheurs
ne rebutent point, parce que
l'espérance de s'en délivrer en.
tretient ses forces, &empesche
qu'il ne succombe sous le faix
de ses douleurs. Mais c'est un
chagrin, adjoûtera-t-on, qui
doit accabler un Homme qui
aime, lors que sa Belle le bannit
de sa présence, & luy oste tous
les moyens de la voir & de luy
parler jamais. La vie que ce
Malheureuxtraîne dans ce triste
état, est une fuite continuelle
de souffrances, s'il s'obstine à
soûpirer. On ne manque point
d'exemples, poursuivra-t-on,
pour montrer que des Gens
passionnez n'ayant pû paroistre
devant leur Maistresse
, ont
changé le chagrin qu'ils ont
reçeu de cette infortune en un
rmortel desespoir. On apportera
celuyd'Iphis, qui ne pouvant
suporter les rigueurs d'Anaxarete,
alla se pendre à sa Porte.
A cela je répondray, qu'on ne
trouve plus d'Iphis, & qu'il n'est
point d'amour que l'on n'étoufast
plutost que d'en venir à de
si ridicules extrémitez. Un AmantdontsaMaistresse
ne veut
recevoir aucune visite, se flate
toujours qu'il fera heureux, s'il
a de l'adresse. Il se persuade
que l'Amour estingénieuxqu'il
est des Belles d'une humour
changeante, que la sienne sera
de ce nombre, que le temps
amene toutes choses,& qu'enfin
si elle, refuse de le voir, c'est
qu'apparemment elle appréhende
que sa rencontre ne la
laisse pas maistresse de ses sentimens.
Rien ne se dit plus
communément. Toutestfaveur
en amour, hors l'indiférence.
Mais l'indiférence mesme ne
me paroist pas la matiere du
plus grand chagrin que puisse
avoir un Amant; cars'il s'apperçoit
que la Personne dont il
croyoit toucher le coeur est indiférente,
& qu'il ne sçauroit se
la rendre favorable, n'a-t-il pas
cette penséequ'en cas qu'elle
eust à aimer, ce feroit luy seul
qu'elle aimeroit; &; cela, parce
qu'il se persuade qu'il est impossible
d'avoir plus d'amour
qu'il en sent pour elle? Il a du
chagrin à la vérité, mais ce chaz
grin n'estrien en comparaison
de ce que soufre un Amant qui
voit que son Rivalluy est préseré.
Ce Malheureux ne trouve
point à se consoler sur ce qu'il
pourroità l'avenir rentrer dans
les bonnes grâces de sa Maîtresse.
Quelque peu detemps
qu'il ait donné à l'amour, il est
devenu trop délicat pour cliérir
une seconde fois la Personne
qui l'a sacrifié à un Rival. Il
sçait bien que dans ce retour il
n'y auroit point de gloire à acquérir.
Je voudroispouvoir décrire
comment le dépit Se la
rage s'emparent de son esprit
lors qu'il se convaincd'avoir
aimé une Ingrate. Quels efforts
ne fait-il point pourétouserson
amour,à l'instant qu'il en ressent
mieux l'ardeurqu'il n'a
peut-estreencorfait? De quel
air croiroit
- on qu'il envisage
que toutes ses assiduitez luy ont
esté inutiles,&n'ont servy qu'a
luy attirer le mépris de la Perfide
qu'il adoroit? Ne seroit-ce
point avec un visage consterné
& abbatu? Oüy, sans -doute.
Chaque foisqu'ilfonge à cette
Infidelle, l'idée qu'il en a, ne
renouvelle-t-elle point ses douleurs,
ou plutost ne luy fert-elle
pas d'un suplice eternel? Assurément.
Avoüons donc que
rien n'égale le chagrin d'un
Amant à qui un Rivalest préseré,
&finirons par uneDevise
qui nous dépeigne en quelque
mniere le malheur de cet Amant.
Le mérite d'une Belle,
qui plaist assez à un Cavalier
pour luy faire souhaiter d'en
estreaimé, & qui cependant
11'..ttire ses soinsquepourluy
donner matiere de soûpirer, &
le rendre le plus malheureux de
tous les Hommes, cemérire,
dis-je, ressemble au Soleil, qui
durant quelques jours serains,
n'échauffe le sein de la Terre,
qu'à desein d'en former des vapeurs;
des pluyes,& enfin de
grands orages. Ainsi jemettrois
pour le corps de la Devise, le
Foudre tombant, & une partie
des desordresdontilestordinairement
la cause. Comme
l'endroit de la terre où ilferoit
tombé, n'auroit point mérité
d'estre en bute à cette tempeste,
de mesme l'Amant, n'éstant
pointcoupable, ne devoit pointestre
exposé à une si cruelle
disgrace. Ces paroles Latines
serviroientd'ame, Necpotui tantumsperare
dolorem, & ony pourroit
ajoûter les Vers suivans.
Leseulaspect dece belAstre
Mconsumoitjusques au coeur,
DPoevuorisa-vjoeuirnseanttteyndtrroeupndt'aerlddeeusra,stre?
QUESTION II. IE me rangerois volontiers du
costé de ceux qui croyent que
le souvenird'un plaisir passé
cause plutôt de la peine que du
plaisir Voicyles raisons pourquoy
j'embrasserois leur party.
Lors qu'un Homme songe au
plaisir qu'il y a déja quelque
temps qu'il s'estdonné, dans
l'instant mesme qu'il s'occupe
ày songer, ou il jouic d'un plaisirplusgrand
que celuy queson
souvenir rappelle, ou d'un pareil,
ou d'un moindre, ou il n'en
joüit d'aucun. Si le plaisir qu'il
goûte dans cet instant est moindre
, celuy qu'il n'a qu'en idée,
luy est une matiere de chagrin,
puis qu'il luy montre tout ce
qui manque à celuyqu'il se
donne, & empesche qu'il ne le
prenne bien, comme il eust pû :
faire sans cette cruelle refléxion.
Si cet Homme goûte un plaisir
pareil, il est certain que celuy
qui est devant ses yeux, agit sur
luy avec plus de force, que celuy
qui n'est que présent àson
souvenir. Cela
estant,
afin de
goûter ce bien dans tout ce qu'il
peut avoir de douceurs,il voudroit
en estre entièrement possedé,
sans resver à autre chose.
Ainsi dans cette circonfiance,
l'idée du plaisir dont il se souvient,
luy estàcharge,&trouble
la joüissance qu'il a du plaisir
present. Enfin si cet Homme
goûte un plaisir plus grand,
comme il voit tant d'attraits du
costé de celuy-cy, il ne pense
que legérement à l'autre, & cet
autre n'estant capable que de
faire une foible impression sur
son esprit, quand bien le souvenir
luyenseroit agréable,la satisfaction
que ce souvenirluy
causeroit, ne pourroitestreque
fort médiocre.Avoüons plutost
qu'iln'yen auroit aucune, puis
qu'il n'yen a pas mesmelors
que rien n'empesche de resver
au plaisir qu'on a pris autrefois.
Dans cet instant qu'on y songe,
.l'appétit se meut. Ainsi on est
inquiet, parce qu'on voudroit
en avoir la joüissance; & comme
l'impossibilité s'y trouve souvent,
l'inquiétude redouble, &
se change en desespoir. Il est
doncvray,que comme on a de
la joye à raconter ses malheurs
passez, parce qu'on n'a plus à
les soufrir; de mesme on ne
pense qu'avec chagrin aux plaisirs
qu'on a perdus, parce qu'on
voudroit les gourer tout de
nouveau, & que leur possession
n'est plus en nostre pouvoir. Je
compare le plaisir qu'on s'est
donné, une sois,& dont l'usage
nous est en fuite interdit,à un
Mont couvert de neiges, qu'on
ne sçauroit regarder plusieurs.
fois sans peine. De cette Métaphore
je forme une Devise. Le
corps est le Mont couvert de
neiges;l'ame, ces mots Latins,
Satvidissesemel, &j'y ajoute ces
quatre Vers.
-
Quiconquevoudroit arrester
Sur moyplus d'unefois là"Veuè\
77auroit lieuderegreter
L'envie qu'il en auroit euë.
-
QUESTION III. ILne suffit donc pas que l'Amour
ait les yeux voilez, il
falloit encor, me dira-ton, luy
-
fermer la bouche pour toujours,
puis que vous ne voulez pas
qu'on le reconnoisse à sa voix,
& qu'au contraire vous sotenez
que les soins & les assiduitez
d'un Amant touchent plusaisément
le coeur d'une Belle, que le
tendre aveu de sa passion? Hé
quoy! est-ceune voye feure,
ajoutera-t-on, afin d'entrer
dans les bonnes graces d'une
Maistresse
, que ne dire mot
de l'amour qu'elle a inspiré?
Oüy,c'est une voyefeure, &je
le prouve. La plûpart des Belles.
font convaincuës que les Hommes
font peu sinceres dans leurs
déclarations, & parlentsouvent;
en Comédiens. Elles font si accoutumées
à entendre dire un
je vou* aime, qui n'est que sur le
bout des levres, &à le voir prononcerde
la meilleure grâce du t
monde, qu'enfin l'incré
est devenue chez elles la Pierre
detouche de l'Amour. Ellest
veulent ne fonderies coeurs que:
par la longue fuite des soins &;:
des assiduitez qu'on leur rend,
& elles ne s'arrestent point aux
paroles qui font presquetoujours
mensongeres.Quand
mesme les paroles seroient veritables,
une Belle aura-t-elle de
la complaisance pour un Gavalier,
si elle voit qu'il s'empreue.
à en faire sa conqueste, & qu'il
s'imagine qu'il n'aura qu'à par.
1er, & à l'ébloüir pardebeaux,
mors? Nesçaic-on pas quela
fierté est comme l'appanage d<J)
la Beauté, que cette Beauté [e-¡'
fait valoir, & qu'elle ne se rend
guéres qu'après de longues u.¡. *taquet:
taques? Ainsi les assurances positives
d'une fidelité inébranlable
ne produisent aucun effet.
Ce font les soins & les assiduitez
qui peuvent feulement montrer
dans la fuite des temps, que lors
que la bouche de l'Amant parloit,
elle estoit d'intelligence
avec le coeur. Joignons à cela
qu'il se trouve des Belles qui
rougissènt au seul mot (ipaniotir;
mais si ce doux mot les épouvante,
& qu'elles n'yprestent
aucune attention, à quoy fert
d'employer des expressions pressantes
& amoureuses, puis qu'-
elles font presque toujours inutiles;
au lieu que quand on laide
parler les foins & les assiduirez,
ce font de fidelles interprétés des
plus secrets f ntimens du coeur
Une Fille qui s'apperçoit que
l'amour en est leseulprincipe
n'a-t-elle pas de la joye de pouvoir,
sans le découvrir, examiner
à fonds ces foins &ces assiduitez,
afinde ne - rien précipu
termal à propos? N'a-t-elle pas
tout le loisir qu'elle peut souhaiter,
afin de songer à la maniéré
dont elle doit y répondre? Ne
voit-elle pas volontiers quec'est
une passion respectueuse, &qui
ne prétend point la surprendre
par de beaux termes?. Enfin ne
se fait elle pas insensiblement
une idée de l'amour qu'un
Amant si retenu cache en luymesme,
beaucoup plus grande
quene pourroient faireles paroles
de celuy qui prend le party,
dese déclarer? Laraison decela.
c'est que, commej'ay déja mon- tré, les déclarations n'ébauchent
pas mesme l'amour dans
le coeur de la Personne à qui
elles s'adressent, &que les foins
te les affiduitez ont tout le
temps d'y former parfaitement
cette passion. Ainsi, dés qu'une
Belles'est laisse toucher le coeur
par un Homme, dont elle se
persuade qu'elle est aimée, elle
s'imagine que l'amour de cet
Homme est excessif, parce
qu'elle voudroit qu'il le fust,
& quelquefoismesme parce
qu'elle se flate, & qu'elle croit
mériter beaucoup.Avouons
donc qu'une Belle découvrel'amour
par le moyen des soins &
desassiduitez, demesme qu'on
connoist en quel endroit est le
Soleil, lors que quelques-uns de
ses rayons passentàtravers le
nuage qui l'environne. C'est
pourquoy pour Faire une Devise,
il faudroit peindre un
Nuage percé des rayons de
l'Astre du jour. Ces mots Latins
serviroient d'ame, Indicat& celat,
& on mettroitlesVerssuivans
au dessous du Cartouche.
Puis-je cacher unsigrandfeu, ; Sasqu'aucun trait iéne à paroistre?
Mais chaque trait motre en quel Lieu
estl'Autheur qui luy donc l'estre.
EVESRION IV. UN Amantmal-traité de sa
Belle, peut sansl'ossenser
soihaiterlamort; caroula HeHe aquelque sujet de le mal-traiter,
ou elle n'en a aucun. Si elle en
a sujet, les paroles de désespoir
qu'il prosere doivent-elles l'aigrir
contre luy, quand les peines
qu'il endure luy font deuës, &
qu'il ne peut les reprocher à sa
Maîcresse comme des effets
d'une tropgrande rigueur? Ce
n'est point-làaussi son denein. Il
prétend au contraire, que lors
qu'il souhaite la mort,ilmontre
que puis qu'il a esté assez malheureux
de déplaire à l'aimable
Personne qu'il adore, il secroit
indigne de vivre. Un Amant
coupable donna-t-il jamais un
plus, grand témoignage de son
repentir, qu'en avouant qu'à
cause qu'il est coupable, & qu'il
s'est attiré les maux qu'il souffre,
lavie luy est devenueàcharge?
Que mérite-t-il cet Amant,
sinon que la Belle luy pardonne,
& mette fin au malheur
>dontileft accablé? CetteBelle
a lieu d'être plûtost émeuê de
pitiéque de colere,au moment qll'cl'eapperçoitqueson Adorateur
ne l'aime pas moins au
milieu des tourmens, encor
qu'il veuille luy faire connoistre
, qu'il en sent de trop vives atteintes.
Je suismesme persuadé
4 quecetteBelle n'auroit pas sujet
de s'orrenfer qu'un autre
Ament qu'elle auroit maltraité
lans raison
,
soûhaitât la mort;
quoyque peut-estre on me diroit,
que c'est se vanger en quelque
maniere d'une Maîtresse, que
de la convaincre qu'elle est trop cruelle,&qu'un Amant bien
respectueux doit luy épargner
ce chagrin. Helas! lors qu'un
Malheureux, disgracié de sa Belle,
desire la mort, il ne prétend
point irriter cette Personne qui
leréduitau déplorable état où
ilse trouve. Si c'estoit là sa pensée,
lemoyen d'en venir plutôt
à bout, ceJ sreroit de porter s?es
voeux ailleurs, & de donner à
son Inhumaine toutes les marques
qu'il pourroir de sonrefsentiment.
Son seuldesseinest
qu'elle s'aperçoive que IcS peines
qu'il soffre, luy sont d'autant
plus rudes & plus dignes de
compassion,qu'il ne les a point
meritées, & que s'il souhaite la
mort, c'estafinqu'elle fasse
cette réflexion,qu'elleenferoit
coupable, & qu'il n'yauroit pas
de gloire pour elle. Une Maî
tresse severene doit point trouver
étrange que ses rigueurs
fassentleureffet.C'est à ellemesme
qu'il faut qu'elle s'en
prenne, & non-point à celuy
qui s'abandonne au désespoir.
Elle peut bien s'imaginer qu'on
n'cft point insensible, & que
c'estl'ordinaire des Gens qui
souffrent, d'exhaler leurdouleur
par les plaintes. Lors donc qu'un
Malheureux exprime à sa Belle,
quels font les tourmens que sa
cruauté luy fait sôuffrir, si elle
est convaincue qu'elle luy faÍr\
injuflice,elle n'a pas plusde
lieu de se fâcher contre luy, li
qu'une laide Personne ena de
s'emporter contre son Miroir;
parce qu'elle s'y voitlaide.Ainsi
peignantun Mirqir, je compo-
,
serois une Devise à laquelle je
donnerois pour ame ces mots
Latins, Verum non offendit, 8c
les Vers qui suivent conviendroient
égalementàl'Amant&
au Miroir.
Est-cevffencersqtiefirefideUe
A marquer cèque je refoJ..:
VuePersonnese toit telle
émetteJe montre devant moy.
DE LA SALLE,
SrdeLestang.
j'ay enfnrecouvre une Copie du
Voyage de Munieque vous m'avez
demandé. Cette Piece est d'un illustre
Abbé, que la beauté de son
esprit, & la place qu'il tient dans
l'AcadémieFrançoise,rendent celébre.
Ilaccompagna Mr le Due de
Créquy quandilfutenvoyé en Baviere,
pour le Mariage de Monseigneur
le Dauphin; & c'est la description
deson Voyage, qu'ilfait
d'une maniere aussi galante que
Jfirimelle.
LE VOYAGE
DE MVNICH,
A MONSIEUR**
J'Arrive
tout
pdjèNt;"',,,t,
Pluscroté, plus mouillé que l'on ne
sçauroit dire,
Etpour nepas perdre un moment,
Je mesuis mis à "VOUS écrire
Ces Versquej'ayfais augalop,
Comme assurementàles lire
Vo*S ne le connoistrez que trop;
Sipourtantj'ose me promettre
Que vostre Employsigrand (71silaborieux.
Vu Abbéfortpeuriche, CP cet Abbé
c'est tnoy,- NÑdés la troisiémejournée,
Des trois Chaisesilneresta
Que la Chaise au Duc destinée;
Tout le resteàchevalmonta,
Et comme pourpresser le TÇYoy.dalHj-. l
menée9
Chaque instantsembloit une année,
Nuit &joursans relâche on courut,
on trota.
L'épreuve estoitpour moy nouvelle,
Je n'estoispointfort exercé:
Cependantsoit ardeur dezele,
Soit aussi vigueur naturelle,
Je ne mesenspoint harajpf
De la Course continuelle,
Ettoutjusqu'à Présent s'estassezbien
!".Jfl!,
Sinon que ma Bote apercé,
Malgrélapromesseinfidelle
DuSavoyardqui m'a chaussé
Et qfuro'auispsrèes;ddet NiVadnnccyy,j'eus le coJlJ
,
j'eau te cgé
Cardu restegrace à maSelle,
Grace au Chamois, à la Chandelle
le nesuispoint ailleurs /'lej{l.
Jusqu'icy lagreste&lapluye
Nous ont toujours accompgangenze,
Chose qui d'ordinaireennuye
Les Couriers plus déterminez;
Ets'ilput que le tempss'essuye, (J- aurons le chagrind'avoir levent
au»er.
En tous lieux sur nostre lhtJPl,
Cesont des débordemens d'eau
Qu'ilfauttraverserpresque à nage.
Chaque Fleuve, chaque Ityiffèau,
Apar toutfanchyson rivage;
Ilfalloitpour nostre Voyage,
Au lieude Chevaux, unBateau.
lufijties auxsangles dans la crote
Voilaque maintenantje trote
Sur un Chevalqui Va boitant.
Toute la Troupe suit, Cg,wd,-Iueses
allures
Ilar de larges éclaboussures
Quellefaitjaillir en trotant
Sur les Homme,surlesMontures;
l'en viens d'emplir en cet instant
LePostillon de Luneville,
^uitadevantmoybarbotant;
VnHomme quisuitàlafile
Vientdem'enfairetoutautant.
L'Allemagneafort étalé
Le mérite de cette Aubade,
Par tout elle en afaitparade,
Comme d'unsuccéssignalé;
Etcequejetrouvedepire,
JSn France mesme on a raillé
De l'Arriereban dépoüillé:
MItH aprestout, quepeut-on dire
De cet Enlevement dont ona tant
parlé,
Sinon que la Troupe ennemie
N'estoitpas beaucoup endormie,
Et f'le
l'Arrierebann'estoit
guere éveillé?
Dans les crotes jusquesauventre;
Ie crains qu'il n'enfoncesousmoy,
I'ensuis dehors, jevoy les Rochers de
Saverne,
Ony montre encorla Caverne
Où s'assitautrefois le 7(j..,,,1¡/tsi!, Grad
'J(fJJ)
Charles, qui triompha de Françoissous
Pavie,
Où le Sort nous traita si mal,
Mais qui malgrélagloire CF l'éclat de
sa ..,Ù,
De tant defortunesuivie,
Eustestépour LOVISun tropfoible Rival.
Passonsvistevers Argentine,
Strasbourg, vulgairementpdrtdnt;
Mon Cheval est~<~ lent,
Ol'impertinente Machine!
Piquons, la Porteyferme ityantlafi#
du jour.
Courage, j'apperçoy la Tour
Par les Soldats tant destrée:
Ilsyprétendoientfaire une bonne curée
2Vs le moindre ordre de la Cèm,
Combien J'lIt"NI la nuit l'ont en
fongefittfeï
JXfaispendat que tous (!JI#t;ft{ d'or,
Etcourbezsous lefaix ils s'en chargeoient
encor,
Leur paupiere s'ejt dessillée,
Et d'uncoup deTambourlaBripdo
êyeiUee
 malheureusement ferdu toutsost
trésor.
Nousvoicydansla Ville, elleestbelle,
, elle estgrande,
€Ueparoiji riche C-r marchande.
Iesuisfortsatisfait de tout ce quej'y
yoj:
rI"., manque rienqu'unechose,
C'est la Protection du'J(oy% ,
Quejeluysouhaite,&pourcause;
E8" ne craindroitfins alors
Qu'on yinjl brûlersonPont,qu'on yinft
raserses Fortss
Son Tevpl?farouche,indocile,
Et-qui ria ny bride, ny mords,
M*deviendraitplusdoux^ plusfifgCf
&plustranquille,
Bt ce seroit enfin le salut de la Ville
Pourlededans, &ledehors.
Mais levoila ce Pontque la Guerre
derniere
ji rendusifameux d'un & d'autre
cofte\
S'ilse fust maintenu dans la Neutralité;
Chaque piece en seroitplussaine £7°
plus entiere;
Maispouravoir estémoins François
quAllemand,
Il cft encor tout noir &presque tour
fumant
Desfeuxd'une justevangeances
LesForts nesontpas mieux traitez
LeMarquis mefaitvoirqu'ilssont
tous deux restez
SansPallissade&sans Véfincs*
l'observe cependant 'lN',J l'aspectde
ces Lieux
Iljoüit ensecret du noble témoignage
.fl.:/e touty rendàfin courage,
Et qued'un airvictorieux,
Et comme s'Il/;'lIo.it,à travers le carnage
Denouveaus'yfaire p"JFt,p,
Illes mesureencor desyeux.
J/!!,elfl't leMaréchal,& queldéçoit-il
estre,
Quandillevits'en rendre Jtfaifire
AprèsunAssautfurieux?
Maisadieu le Rhin, je>fomlaijje^
leyaû courircommeunperdu,
Carle,Ducn'a reposny cesse,
Qu'ilnesoitàMunitrendu.
-
AllonsPostillon promptement,
Voila déjà que lejourbaisse Ilfautbienmarcher autrement,
Tour estre à la couchée ayant qu'il
disparoisse.
Maisl'enrouéCornetdont tout l'air
retentit
D'un ton aigre nous avertit
Que noussommesproche dugifla.
Descendons; Estcelà lelieu qu'onnous
a dit ?
QuelLogis!quelGistemauditl
Falloit-ildoncallersiviste,
Pour netrouver ny Feu, ny Pain ny yin.nyLit.
Pourcomble unPoisle où l'on respire
Vne mole c~fade vapeur
£uifaitpresquefaillirlecoeur
Est l'endroit où l'onseretire,
Btth nosmauxpourtantcen'estpas IJ
le pire: Le pire estouqu'ilfautdormir.sur le
pllllllche,.
Chose d'ordinaire unpeu dufe9
Ouse résoudre àse jucher
Sur un Lit que je voy dont la seulefigure
Mceoduétecrmhineeprres;que à ne mepoint ut J me poiltt
/rfchose toutefois neftpas encorbien feAte^
Etpour ne me rien reprocher,
Je croy qu'elle merite ayant que de
conclure.
délibérationplusme6re.
Cependantjemenyais tâcher
Vedécrire ce Lit avecsa Garniture,
MNft, quenyma Çofteoitfayfoufèrt
frafture
l'4,.sine bigarre ayanture,
Nyles mauyaû cheminsdont encorje
murmure
De mespas n'ontpâdétacher,
Vous quiminfpire^ detoucher
- YIl dessèin decette nature,
eC'()lJre'{-moy dans lapeinture
Que j'entreprensd'enébaucher.
Ilestfaitenforme d'Armoire,
Et L'ony montepardegrez-
Des T^ideattx, vous m'excuserez
Cessortes de Lits-làfontgloire
De rien estrejamais jJlt,et-
L'ambitieux Chevetjusques au Ciel
s'eleve
1'entens jusques au Cieldu Lit,
Etde la Coucbe large (JF brève
Tient la moitiésans contredit :
Vne Coiiete deLit vers le milieu renyfée,
Maisplate&mince vers lepied
Avec une autre Coüete , encore plus
goftjlée,
en occupe l'autre moitié
Voulez-vous vous coucher, c'est entre
cesdeux Ço^etes
Où yous trouvez deuxDrapsgrands
commedeux Servietes,
Qu'ilfaut tout "'isle"st..,tlir..
Romains vainqueurs de l'Alterna*
.fl1e,
Etvous, illustre Charlemagne,
Que yousl aye^Jçeumalpolir!
Au lieu de tantde Loix de toutes les
natures,
Dont on vous a veu la remplit,
C'ejtoit des Draps, des Couvertures,
C'estoitdes Matelats qu'ilfalloit établir.
Maisdéjà lesommeil commence,de surprendre
De messens assoupislaforce& l*
yertUy
Sans queje m'enpuisse défendre:
lettons mussur ce Lit tout bâté,tout
vestu,
C'est le meilleurpartyqueje croy qu'on
peut prendre;
Voila que je m'endors, bonsoir
le m'en vaispour un temps ne rien du
- tout entendre,
Ne dire mot, &ne rienyoir.
reviens de m'êveiller, çfjesensà m*
tefiç
Que jeriaypas dormy tropmal;
Levons-nous promptement, le Duc est
matinal,
EtjevoyquesaChaise efi déjatoute
preste,
Ildescend,"'iftf mon Cheval.
Comment?c'estun Cravate, C-r leFollet
lepanse,
Si l'on s'en rapporteàses crins
Quipendentpresque à terre, &flllt
mefle^çrjîns;
Ie ¿'issi toutefoisàchacunsacroyance
Sur lepansement des Lutins.
Le bonc'est qu'ila l'airde fairediligence
;
Eprouvonssil'effet répond à l*apparence,
Etfaisons-luy du pied devorerles
chemins.
Déjad'une course legere
Nousavonspaffeles Etats
.Zut leNekre, enrichit deses Vins dé-
- licatsv
Etle¥rinceenpassant nousafait
bonne chere,
Ce qu'aucun autre encor n'auroitpris
foin defaire;
2?ej'a nous avons veu le Danube inconfiant,
/i.*i tantost Catholique, cr tantost
Troteftant,
Sert Rome C?° Lutherdeson onde,
et quicomptant aprespour rien
Le xomdin, le Luthérien,
Finitsacoursevagabonde
Tdr n'estrepas mesmeChrestien.
Rarement à courirle Monde
OndevientplusJFfommedebien.
ledécouvre unegrande ViSet
Fameusèpar l'Autheurdesa Fondation,
Maisplusfkmeufèencorpar la Confiffioll
*Del'an cinqcens c-r trente, tgmiye.
rCo'eifsîAseusnbtoutg, les Dehors m'enpatres-
beaux,-
B reeent
le la trouve au dedansmagnifique&
superbe,
ParsesBastimens,parses Eaux,
Mais dãs lesCarrefoursonyvoitcroître
1 l'herbe,
Autrefois,à ceque j'entens,
Elle "",,..,oitplU cette tare.
Le Peupleyparoissoit moins rare;
Onyrencontroit tantde Gens,
Qu'ilfalloit toujours diregare;
Mais Lesguerres des derniers temps,
Dont il reste enses Murs des témoins
éclatans,
Et la Peste affreuse&barbare,
Dont aucun remede nepare,
Ont éclaircyses Habitans,
Quipeusujets aux Loixdela Mode
bizarre,
N'ont que celle qui courtdepuis quatre
(cens ans.
Mais nous voicy bientost au bout de
nostre Comfè,
Et Munie le sujet des soûpirs du
Dauphin.
Munie de tous ses mauxlasource&
la resource,
Municselaisse voirenfin,
Quej'auray tantost de matiere
De vous entretenir de la Courde
LiIl'a?iere!
Quej'auray dequoy raconter,
Quand j'auray veu l'auguste
C-71 ChAr.
mante Princesse,
Dont les graces, l'esprit,la b()1Jt la
fltglft;
Nesepeuvent affe^yanterl
Maisàpeinej'arrive, CFdej'a l'on
m'engage
u4. refaire un autre Voyages
On me charged'allerporter
La Nouvelle du Mariage,
DontpnarelesssointsrdueDsucaCPgduMei,-
L'heureux jour vient de s'arrester.
J'obéïssansbeaucoup depeine,
guoyquÀne rien dissimuler,
Ma Coste nesoitpasfortsaine;
Mais le tempsseperd à parler,
Voila les Chevauxqu'on amene, Ilfautcourir,ilfautvoler. 1
Il me reste encor à vom faire
voir deux Places publiques de
Madrid, efinque vousconnoissiez,
outes les beautez de cette Ville.
re vous ay déja marqué qu'elles
sont toutes ornées de Fontaines,
avec des Statuës, &. c'est ce qu'on
voitparticulierement dans celle que
l'onappelle de San Domingo.
Vous la trouverez gravéedans cette
Planche, &c'est à vos yeux à vous
expliquer le reste.
Le Philosophe Inconnu de Couances
afait le Traité quisuit, il
est surune matiere qui doitplaire
aux Curieux.
DES ESPRITS
FOLETS..
LEs Anciens ont crû que les
Esprits, qu'ils appellent
Démons ou Génies,estoientdes
Demy-Dieux, qui participoient
de la nature des Dieux & des
Hommes, ilssont,ditApulée,
immortels comme les Dieux, &sujets
à la pitié& à la colere comme
nous; ils se laissenttoucher par les
prieres, par les présens, e- par les
honneurs; ilssontsensibles aux injlueruers
ér aux mépris, &c. Toute
occupation n'est que d'entretenir
le commerce entre les
Dieux & lesHommes, & de
prendre foin des choses d'icybas.
Chaque Nation, chaque
Famillea ion Esprit ou son Génie,
qui la gouverne; & chaque
Homme en particulier alesien,
qui le guide &: qui veille sur sa
conduite.
Tousles Peuples avoient beaucoup
de respect pour ces Esprits.
Ils les adoroient comme
les Dieux; ilsleur élevoient des
Autels; ils leur offroient des
Sacrifices; ils confervoient leurs
Images avec tout le foin & la
venération possible;ils négligeoient
mesme toutes choses
pour les sauver, quand le malheur
de la guerre les chassoit de
leur Païs.O Enée aima mieux
abandonner ce qu'il avoit de
plus cher & de plus précieux,
que de laisser ses Dieux domestiques
à ses Ennemis.
Les Romains ne les revéroient
pas moins que les autres
Peuples. Ilsn'assiégeoientpoint
de Villes, que leurs Prestres
n'eussent évoqué le Génie, ou
le Dieu tutelaire du Païs,auquel
ils promettaient, pour l'avoir
favorable,deluy rendre à Rome
le mesme culte & les mesmes
honneurs qu'il recevoir chez
luy. Ils firent aussi publier un
Edit, par lequel ils imposerent
de tres-rigoureuses peines à ceux
qui blasphémeroient cotre leurs
Génies, & l'Empereur Caligula
en fit punir publiquement
quelques-uns qui les avoient
maudits.
leur donnant avis de faire foüir
àl'endroit où le Spectre s'estoit
évanoüy. On y trouva des os
d'un Cadavre. On les fit enterrer
aux dépens du Public, & on
n'entendit depuis ce temps-là
aucun bruitdansla Maison.
Il arrivesouvetlamesme chose
dans les lieux où lon a tué quelques
Personnes. Suétone dit
qu'apres la mort de l'Empereur
Caligula, on oüit tant de bruit
dans le lieu où il avoit esté tué,
que l'on n'osa plus y demeurer.
On a longtemps entendu un
grand bruit d'Armes & de Combatans
dans lesChamps dePharsale,
depuis la défaite de Pompée.
On n'en oüit pas moins
dans laCampagne de Marathon
apres la déroute des Perses.
Je ne puispasser sous, silence
une Histoire qui nous est rapportée
par Guillaume de Neubrige.
Un Païsan d'un Village
voisin des Eaux deVips, allant
un soir d'un temps calme & serein
chez un de ses Amis, entendit
en passant aupres d'un
Tombeau, un Concert de diférentes
voix. Le Païsan surpris
de cette harmonie, s'approcha
du Tombeau,&enayant trouvé
la Porte ouverte, ileut la curiosité
de regarder dedans. Il vie
une grandeSalle éclairée de
quantité de Flambeaux, au milieu
de laquelle estoit uneTable
bien couverte,entourée d'Hommes&
de Femmes qui se réjoüissoient.
Un de ceux qui servoient
à tablel'ayant aperçeu, luyprésenta
une Coupe remplie d'une
Liqueur très-claire. Le Païsan
la prit, & ayant renversé la Liqueur,
s'enfuitavec la Coupe au
premierVillage,Cette Coupe
estoit d'une matiere que l'on n'a.
jamais sçeuconnoistre, La figure
en estoit extraordinaire, &
la couleur n'avoit rien de com
mun avec celles que nous voyos.
Elle fut présentée à Henry le
Vieux, Roy d'Angleterre, qui
l'envoya au Roy d'Ecosse, dans
le Trésor duquel elle aestégardée
avec beaucoup de foin, jusqu'à
ce que Guillaume Roy d'Ecosse
en fit présent à Henry II.
Il y a une Montagne en Irlande
, au pied de laquelle on
rencontre souvent, au raport de
Paul Zélande, des Hommes
morts, qui paroissent vivans à
ceux qui en approchent. Ils leur
parlent mesme, & leur révelent
beaucoup de choses des Païs
éloignez; & si on leur dit de
retourner chez eux, ils répondent
en gémissant qu'ils ne le
peuvent, qu'il faut qu'ils aillent
au Mont Hecla, & disparoissent
aussitost.
Nous lisons dans quelques
Autheurs, qu'un nomé Estienne
Hubener, deTravuteneauv en
Boheme, parut en plusieurs endroits
de la Ville peu de jours
apres sa mort, & qu'il embrassa
quelques-uns de ses Amis qui le
rencontrerent. On dit de Néron,
qu'il fut tourmenté toute
sa vie par l'ame d'Agripine sa
Mere, qu'il avoit fait mourir.
S.Augustin rapporte que Félix
le Martyr se fit voir aux Habitans
de Nole, lors que cette
Ville estoit assiegée par les Barbares.
En un mot, les Histoires
sont toutes remplies d'exemples
de Morts qui ont apparu à leurs
Parensou à leurs Amis.
On pourroit encor confirmer
cette opinion par l'autorité de
quelques Peres de l'Eglise, qui
ont crû que les ames des Morts
pouvoient sortirpour un temps
du lieu où elles estoient; que celles
des Damnez estoietsouvent
punies,oùils avoient comis leurs
crimes, que c'estoit là leur Enfer
& le lieu de leurs peines. Nous
lisons mesme dans Manilius,que
durant le Concile de Basle,quelques
Docteurs qui devoient, y
assister, entendirent dans une
Forest un Rossignol qui chantoit
mélodieusement
; qu'un de
ces Docteurs surpris de la douceurde
son chant,le conjura au
nom de Dieu de luy dire qui il
estoit, & que cet Oyseau luy répondit
qu'il estoit une ame damnée,
qui devoit rester dans ce
lieu-là jusqu'au jour du Jugement.
Il y a des Autheurs qui ont
prétendu queles Espritsestoient
des Créatures matérielles, composées
de la substance la plus
pure des Elemens,que plus cette
matiere estoit subtile, plus ils
avoient de pouvoir & d'action.
Ces Autheurs en distinguent de 1
deux sortes, de supérieurs, & j
d'inférieurs. Les supérieurs font
ou celestes,ouaëriens;les inféférieurs
font ou aquatiques, ou
terrestres. Les Esprits celestes,
que l'on appelle Ignéens, ou
Salamandres, résident entre le
ciel des Etoiles & le concave
de la Lune; comme ils font
composez du plus pur des Elémens,
ils ont plus de connoissànce
que les autres, ilssçavent
tout ce qui se passe dans l'Univers;
ils observent jusqu'aux
moindres changemens qui y arrivent,
Les Esprits aériens occupent
ce grand espace, qui est
depuis le concave de la Lune
jusqu'à la superficie du Globe
inférieur. Ils possedent les Arts
& les Sciences dans un état parfait.
Les Esprits aquatiques, que
l'on nomme autrement Fées,
Nymphes,Sybiles blanches,
demeurent dans les eaux; ils prédisent
la bonne ou méchante
fortune; ils sedisent lesmaîtres
delaParque&duDestin. Ce
fut un de ces Esprits, qui au raport
de Pline le jeune, prédit
en Afrique à Cuttius Rufus,
qu'il retourneroit bientost à
Rome, où il recevroit de grands
bonneurs; qu'on le choisiroit
pour estre Gouverneur d'Afrique,
& qu'il mourroit dans cet
employ. Ce furent aussi des
Nymphes, qui firent présent à
Hotere Roy de Suede d'une
Ceinture fatale, de laquelle il
n'avoitqu'à se ceindre pour
vaincre ses Ennemis. Les Esprits
terrestreshabitent les Forests,
les Plaines, les Vallons, les Monl
;!j
tagnes,les Cavernes, &les lieux
soûterrains. On leur donne diférens
noms, selon la diversité
des lieux où ils se trouvent. On
appelle Farfadels, ou Esprits
familiers,ceux qui habitent avec
les Hommes; Satyres, ou Sylvains,
ceux qui errent dans les
Vallons, dans les Forests,&dans
les Montagnes, Alastores, ceux
qui sont dans la Campagne &
dans les Chemins; Gnomes,Sylphes,
Nains, ceux qui demeurent
dans les Mines & dans les
autres lieux soûterrains. Ces Esprits
sont gardiens des Trésors
&desRichesses.
Les Esprits celestes & les aëriens,
se communiquent rarement
aux Hommes; mais les
aquatiques & les terrestres ont
beaucoup de commerce avec
eux. Ily amesme quelques Familles
considérables en France,
qui sevantent d'en estre sorties,
& qui portent des Fées à leurs
Armes, comme celle de Lusignan
en Poitou, & celle d'Argouges
en Normandie. Les
Princes de la Famille des Jagel-
Ions en Pologne, se disent aussi
descendus d'un de ces Esprits.
QuelquesAutheurs prétendent
que les Huns sont issus des Satyres,
qui engroissirent les Femmes
débauchées de l'Armée de
Filimer Roy des Goths, qui les
avoit fait conduire quelque
temps auparavant dans un De- j
sert, où elles estoient éloignées
des Hommes. On dit la mesme
chose des Pégusians& des Scianites,
dont les Meres avoient eu
affaire avec quelques Folets.
Il en est de ces Esprits à peu
pres come des Hommes ;
il y en
a de bons, d'honnestes,debienfaisans,
denjoüez, de divertissans;
il y en a de chagrins, de
méchans, de cruels, &c.
Les bons aiment les Hommes;
ils se plaisent à leur faire du bien;
ils les secourent dans leurs besoins;
ils les consolent dans
leurs afflictions; ils les aident
de leurs conseils; ils détournent
les malheursqui les menacent,
&c. Tel estoit le Génie de Socrate,
l'Aigle de Pithagore, la
Nymphe Egérie deNuma Pompilius.
Tel estoit aussi le Génie
de Constantin le Grand,que cet
Empereur nommoit l'Autheur
de son salut, & qu'il disoit avoir
toujours consulté dansles adires
les plus importantes del'Emfpuitre.
Govare Roy de Norvegue
averty par son Génie, que
l'on conlpiroit contre luy en
Sassovie. Apollonius fut enlevé
des mains d'une Troupe de Soldats
qui l'avoient arresté par
l'ordre de l'Empereur Domitian.
Aristide fut transporté de
Smirne au MontAtys,lors que
cette Ville fut renversée par un
tremblement de terre. L'Empereur
Trajan eust esté accablé
fous les ruines d'Antioche, sans
sonGénie, qui l'enfit sortir. Er
le Poëte Simonides n'eustjamais
évitécelles de la Maison de Scopas,
chez lequel il estoit à souper,
s'il n'eust esté averty par
deuxjeunes Hommes quiledemandoient
avec instance, & qui
disparurent aussitost qu'il en fut
dehors.
Olaüs Archevesque d'Upsal,
rapporte dans son Histoire des
Païs Septentrionnaux, que l'on
y rencontre souvent des Esprits
en forme d'Hommes, qu'ils conversent
familierement avec les
Habitans, qu'ils s'engagent à
leur service, & travaillent avec
eux dans les Mines. Il adjoûte
qu'il y a beaucoup de Folets en Irlande, qui prennent la figure
des Gens du Païs, & trompent
leurs Parens & leurs Amis fous
cette fausse apparence. Nous
lisons une semblable Histoire
dans Hérodote, d'un de ces Esprits
qui apparut à Proconefe
fous la forme du PoëteAristée,
& qui estant entré dans la Boutique
d'un Foulon,seignit de
se trouver mal,&de rendrel'esprit.
Le Foulon courut promptement
avertir les Parens d'Aristée
de sa mortsubire;& le
bruit s'en estant répandu dans
la Ville, lesProconéfiens y accoururent
de toutes parts, mais
ils ne trouverent ny leFoler, ny
le Corps d'Aristée. Un Homme
qui arrivait par hazard de Cysique,
les assura qu'il avoit laissé
le Poëte aupres de cette Place,
& qu'il estoit encor dans la Propontide.
Ce Folet a paru en
diférens lieux fous la mesme
figure. Munster rapporte dans
sa Cosmographie Universelle,
qu'en un Desert aupres de Tan-
1 - gut,
gut, ces Esprits font souvent retentir
l'air d'une douce harmonie
de divers Instrumens, qu'ils
appellent les Passans. par leur
nom, les détournent quelquefois
de leur chemin, & se moquent
d'eux en suite.
Les méchans Esprits ne sont
pas moins Ennemis des Hommes,
que les bons leur sontfavorables.
Aux Terres nouvellement
découvertes, on en trouve
eu plein midydans la Campagne
& dans lesVilles, qui arrestent
les Passans, les maltraitent,
&leur ordonnent ou défendent
de faire certaines choses. Ceux
qui ont voyagésur Mer, en disent
autant du Païs des Cannibales.
On en voit aussi pendant
la moisson dans laRussie orientale,
qui sepromenent dans sa
Campagne en habit de Veuves,
qui obligentlesPaïsans de se
prosterner devant elles, & leur
rompent les bras&lesjambes,
quand ils ne sont pas assez tost
à leurs pieds. On peut lire beaucoup
d'autres exemples dans
Diodore,dans Munster, &dans
Agricola.
Ceux qui ont crû que les Efprits
estoient des Creatures matérielles,
les ont assujetis à la
mort comme lesHommes. Ils
sefondoientpeut-estresur l'Histoire
que Plutarque rapporte
de la mort du Grand Pan. Il dit
qu'un Navire partant deGrece
pour l'Italie, fous la conduite
d'un nommé Tamus, cingla le
soir vers les Isles Echinades, &.
que le vent s'estant un peu
abaide, il flota doucementjusqu'à
Paxos, d'où on entendit
sortir une Voix qui appelloit
Tamus, laquelle redoublantjusqu'à
trois fois, Tamus s'approcha
dePaxos, & la Voix luy
commanda d'annoncer la mort
duGrand pan aussitost qu'il seroit
arrivé à Palodes. Tamus
executa cequela Voix luyavoit
ordonne, & cria du haut de la
Poupe enbasique le GrandPan
estoit mort. On oüit dans ce
moment des cris & des gemif-
-femens pitoyables,qui ne surpr i.
rent pas moins ceux qui estoient
dans le Vaisseau, que la Voix les
avoit étonnez auparavant.
Nous lisons encor dans la Vie
-de S. Paul Hermite, qu'un Satyre
apparut un jour à S. Antoine,
& que luy ayant présenté
une branche de Dattes pour
marque d'amitié, ce Saint luy
demandaqui ilestoit. LeSatyre
répondit, qu'il estoit mortel, 8c
un de ces Habitans des Forests
que l'on adoroit autrefois pour
des Dieux. Il adjoûta, qu'il estoitdéputé
de sa Troupe, pour
le prier d'implorer pour eux la
miséricorde du Dieu commun
des Hommes, & qu'ils avoient
appris qu'ilestoit venu pour sauver
le monde.
Cardan dit aussi que les Esprits
qui apparurent à son Pere;
luy firent connoistre qu'ils naissoient,
& qu'ils mouroient comme
nous, mais que leur vie estoit
beaucoup plus longue&
plus heurcufe que la nostre.
L'opinion la plus commune
veut que les Esprits soient des
Démons ou des Diables, qui
apres leur chute font restez dans
l'air, dans les eaux, ôc sur la
terre. Comme elle est appuyée
de l'Ecriture Sainte & des Peresde
l'Egelise,on doit yajouter plus
de foy qu'aux autres. Elle efi:
d'ailleurs la moins embarrassante,
& la plusaisée à comprendre.
LesHistoires que j'ay rapportéesfont
trop autentiques, pour
douter qu'il y ait des Esprits Folets.
Elles sont mesme confirmées
par plusieurs Arrests des
Cours Souveraines, qu'elles ont
rendus enh faveur de quelques
Locataires qui se trouvoient ÛK
commoderde ces Esprits.
Je vous envoye ce quej'ay reçeu
d'Explications en Verssur les deux
Enigmesproposées dans ma Lettre.
deJuillet. La premiere comprend
aussicelle de Bollérophon, faitesur.
Jt Navire, quin'estoit plus fonvray
Mot.
I. ATrois mots je me veux réduire,
Pourles Enigmesde cemois.
Le Haussecol, le Temps,&le Navire,
Lesfontbiencomprendretoutestrois,
Quejecroisavoirfaitunchoix
-
Où toutle mondedoitsouscrire.
LABLONDINEGVERIN.
II. MErcure,enverité,vous n'estes
pas tropsage,
Force m'est devous l'avoüer.
ïP'où vientun Haussecol? quelnuiv-trm
perfortnage
Allez-vous donc encor joüer?
&tte diront vos Censeurs de tout ce badinage?
Mercure, en verité, vous n'estespas
trop sage.
DEON Avocat en Parlement,
deRavieres.
sI III. nouspleurons des biens une perte
commune. •* m
1 Que ne ferons-nouspointpourla perte
des ans?
Vn Prince, un GrandSeigneur,peut
rendre lafortune,
Mais aucun Potentat nepeut rendre
le Temps.
APPARS, Receveur du Tabac
à la Rochelle.
L IV. Enigme de ce Mois regarde les ":
Guerriers,
Sansavoirpourfojet ny Pa'mes, ny
Lauriers.
ToutHommeàHaussecol,Lieutenans,
Capitaines,
Ne peutà l'expliquer trouver beau-
€Juf> de peine.
DELA COVLDRE,de Caën.
p V. &\lts^udndyouaentres^ en lafleur
de YOS ans,
Lisez, je yoms le dis, l'Enigme du
Aîerctirc ; Pour vous ellen'estpas obscure,
Etvous en trouverez lesens.
S'il estpour lesplaisirs que permet l*
Nature,
Jrn Hyverainsi qu'un Printemps,
C'estpar là, Philis,je lejure,
Quett "'Dru doit apprendre à ménager
le Temps.
RAVLT,deRoüen. M VI.
Ercure,estes-vousfou,
Aumilieu de 1.4 Paix,de nousparler
de Guerre l
Il nefautplus s'armer que du Pot (JF
duVerre,
Ali lieu de Haussecou.
-
BELL.lejeune, Avocat à Falaise..
v VII. OstresecondeEnigme unpeu trop
mal-aisée, Nsepeut emporter d'emblée;
Irfamsivous m'ylaissez resver,
Mercure, a-ye-c leTemps, je pourray ,
la trouver.
MICONET, Avocat à Châlons
sur Saône.
VIII.
T RONDEA V. Vpers leTemps,GalantMercure,
Ne donnesplus,je t'en conjure,
Ilfaut dans cette conjoncture,
Chacunconsultantsanature, -
Sursesforces s'examiner,
Tupersle Temps.
MICHELle jeune, de Meaux.
IX. JE me plains de l* teste, agreable
Mercure,
TesEnigmes m'yfont tout le mal que
j'ysens.
Jen'en veux plusfairelecture,
Oude ton Haussecol fay-moyquelque
parure kituijft réveiller mes sens.
DE GLOS, Hidrographe àHonfleur.
X. AGreable ci GallAnt Mercure,
£ ont le zele ardentnousprocure
"kaque Mois nouveaupasse temps,
Mais passetempsjèielJtijÙjlle,
Voulez-vous que je vous explique
L' Enigme?donnez-moy du Temps.
L. BOVCHET, ancien Curé
de Nogent le Roy.
Q XI. Vandje "tONd disquel'Enigme
premiere,.-
Enferme un Haussecol dans sonptjustesens,
N'y contredisezpointd'une minesi
fiere,
Vous l'"YoAre\., jegage, avec le Temps.
FORMENTIN&CAVDRON,
d'Abbeville..
XIL. UUnsimple Haussecol, reçu du
GrandLOVIS.
Tire, malgréleTemps, quiréduit tout
enpoudre,
Un Soldat de néant, legarde de la
Foudre,
Et le poussesans crainte àdes Faits
inoiits.
Le Bon Clerc de Châlons
sur Saône.
c XIV. E riejtfoi sans raijon que .AIItheur
duhfercure r # JointleHauss'e~olau Temps,
TUK quenFrance aujourd buy lest le
temps quiprocure
Ces maniérés deprésens.
Le Cavalier Amy des deux aimables
Compagnes de Pithiviers.
Mr Gardien, qui d l'cfprituni*
verfii, 4 adjoutc aux gaUntcs Réfwfcsquevous
allez,voir, un trèsbCilN
Discourssur l'Harmonie.
SUR. LES QUESTIONS
DE
L'EXTRAORDINAIRE
du Mercure d'Avril 1680.
SUR LA PREMIERE.
J E ne croy pas qu'il foit befoin
d'aller à l'Oracle pour
avoiria reiolution dune Queltion
si peu ddncile;& puis qu'il
est confiant que le plus grand
bienqu'une Maistresse puisse
faire à son Amant, est de luy
correspondre, il s'enfuitnécefsairement
que le plus grand
chagrin qu'elleluy puissedonner,
estde n'avoir pour luyquç,
du mépris. Quand on est aimé,
cette grace peut faire esperer
toutes -les autres; mais quand,
on est méprisé., il n'y arien Il
faire qu'à se desesperer, ou à
pester, ou à se plaindre,ou àl
prendre patience, ou àchanger.
Le premier n'clt plus à la mode,
le lècond est contre la bienJ
séancej le troisiéme est déplaifanr-,
le quatrième est ennuyeux^
& le dernier seul est agréable-i
ou si vous voulez, le premier fait
du mal, le fécond ne fait point
de bien, le croiucme ne faitny
grand bien ny grand mal, le,
quatriéme à force de mal fait
Nubien, mais le dernier fait
grandbien tout d'un coup. Vouez-
vous diversifier encore? Le
premier est d'un fou; le second,
l'un emporté; le troisiéme, d'un
soible, le quatrième, d'un prude;
& le dernier, d'un galant
Homme.
SUR LA SECONDE. cEtte Question n'est pas de
la nature decelles qui comme
la précédente le peuventjuger,
comme l'ondit, sur l'étiquete
du Sac, frans diftinchion,
éc sans grande crainte de mal
juger. Il y a,sijenemetrompe,
de certains plaisirs dont le fouvcTiir
ne donne que de la joye;
H'yen a d'autres dont la lnnoire
ne cause que de la trifteiïè
j & il y en a d'autres encore
ausquels on ne peut penser
sans un meslange de tristesse &
de joye. Le fage Vieillard qui
le fera fait raison surla neceflîtc
des changemens que chaque
.âge apporre; Se l'Officier 'd'E-il
péeou deRobe qui aura quité
volontairement apres de longs
services, ne feront pointchagrins
lors que leur mémoire ou
celle d'autruy, leur rappellera
les plaisirs de leurjeunesse ou de
leurs fondions passées, & mefme
ils en feront encore quelque
peu chatouillez. L'Ambitieux
& l'Avarene pourrontjamais se
çonsoler de ne joiiir plus des
-corntentemens qu'ilstrouvoienç
dansla fortune & dans lesruchejes
qu'ils auront perdlës
.'Epoux, l'Amant, & l'Amy,
ie repaieront point en leur fouenir
les delicesgourées avec
es Objets de leuraffection que
úl111crt leur aura enlevez, sans
enouveler la douleur d'une si
grande perte; mais en mesme
emps, cetre douleur fera ac-
:ôpagnéede beaucoup de conblation
& defatisfa&iond'avoir
nerité ôc receu de prétieuses
narques d'amitié & de ten-
Irefle de cesPerfonnes si cheres. é\1d il en fera question, imi-
:ons les premiers, fuyons le mau..
vais exemple des feconds partaeons-
nous comme les derniers"
Se sur tout resignons-nous à la
Providence, commela Religion-
8c la Raison nous yobligent.
SUR LA TROISIEME. cElle-cy, à mon sens, n'est:
pas fort difficile, &;toute
la diftin&ion qu'il y faut apporter
ne roule que sur la foliditc
ou sur la foiblesse d'espritde la
Belle, sur son plus ou moins
d'expérience, sur son plus ou
moins de panchant & de premiere
disposition pour l'Amant.
Une Sote, un Coeur tout neuf,
une Femme déjà éblouye de
l'extérieur d'un Galant, pourront
le laissergagner aux termes
passionnez; mais une Pcrfonne
lge, une Femme qui aura veu
)e monde, & celle qui ne fera
point préoccupée, ne se rendiont
qu'aux foins & aux afîlduitez.
Les grands mots, les
empressemensyles icupirs, les.
larmesv tout cela ne composè
fouvent qu'un vain langagequi
neséduit queles plus fimplesmais
les allions perséverantes
&. qui ne se démentent point,
ont toûjours le droit, &: ordinairement
l'efficace de perfuader
les plus défians. Ce Cava^
lier protefle &. fait de grands
sermens qu'il aime cette Damej
donc elle le doit croire; en
bonne Logiqued'amour, ce
n'est pas un bon argument1
mais ce Cavalier fert cette Dame
depuis longtempsavec de
grandsfoins àc avec une,con{:'
tante fidelité; donc elle a lieu
desire persuadée qu'il l'aime;
l'argumentest autantbon qu'il
peut estre; & pour estre reçeuà
en nier la conséquence, il faudroit
la petite Fenestre que
Mome souhaitoit à l'Homme
à l'endroit du coeur.
SUR LA QUATRIEME. vOicy une Question qui
me semblepuremento.
manesque; mais il est bon qu'il y
en aitde toutes les sortes. Trouvez
bon aussiquejelatrairesur
ce pied, & queje m'en divertisse
un peu. Arreste donc, pauvre
Amant mal-traité, & considere
qu'après le don que tu asfait à
ton Inhumaine de ton coeur, de
ta vie, enfin de tout ce que tu es:,
elle a sur toy tout domaine,
toute souveraineté, toute haute,
moyenne & basse justice, &que
partant tu ne peux sans crime
de félonie souhaiter la mort qu'-
avec son aveu; car voila, si je ne
me trompe, le noeud de l'affaire,
& la raison importante sur laquelle
on peut fonder cette
crainte délicate d'offenserl'inéxorable
Beauté. O que cela est
beau dans le Pais des Fictions!
mais à dire le vray que par tout
ailleurs il est peu de mise. Et
voicy le dénoüement. Courage,
nouveau Silvandre, cette Ingrate
n'ajamais daigné te recevoirsousson
empire,ny t'avoüer
pour son Esclave. Autant de
fois que tu as prétendu de te
donner à elle, autantde. fois
elle a protesté qu'elle te rendoit
à toy. Ainsi puis que chacun
peut disposerdu sien, ne crains
-point qu'elle intente à ta memoire
procès en reparation d'injure;
au contraire comme ses
soins alloienttoujours àte fuir,
ily aquelque apparence qu'elle
te sçaura gré de l'avoir délivrée
de cette peine,& peutestre que
le mauvais quart-d'heure de ta
mort méritera d'elle ce que les
services de ta vie entiere n'en
auroient jamais pû obtenir;
qu'ellefera en ta faveur ce que
dans l'Astrée ton bon Patron
réduit à semblable accessoire,
& sur le point de se précipiter;
demandoit avec tant de respect
àsa bien-aimée Diane.
Cependant s'il advient quelapitié te
touche
fjtr le ressouvenir de mesjaurs ejftce^
permets qu'unseulsoûpirechapede
ta bouche,
Jeseraysatisfaitde mes travauxfafi
sez; -
Oufay que de tesyeux humides.
Coulent quelquesPerles liquides,
C'estun devoir à mon Tombeau, Ct'.
Silvandre disoit s'il advient,
&moyj'ay dit peut-estre, n'osant
pas t'enrépondre; car de
bonne-foy quand ce Sexe se
mesle d'ingratitude & d'obstination,
ilva furieusement loin.
Et qu'importe à la Cruelle
'1111Feusependefour elle?
DE L'ORIGINE
DE L'HARMONIE. VOicy un sujet aussi laborieux
que charmant, pour i/* qui voudroit l'aprofondir; mais
pour peu que l'on voulust sy
* apliquer, le Livre entier de l'Ex- ; traordinaire y pourroit à peine
suffire; je dis pour peu, car quelques-
uns de ceux qui onttraité
cette matiere à fonds, en ont
fait de fort gros Volumes. Le
R. P. Mersenne, ce prodige de
Science, nous a donné son
Traité de l'Harmonie Univer.
selle, qui n'est guéres moins
gros que la Bible. Zarlin avant
luy,
luy, en avoit écrit fort copieu.
sement; mais d'autres Sçavans,
& principalement quelques-uns
de nos François, ontesté beaucoup
moins diffus, & se sont
contentez, les uns de rapporter
le plus solide de la Theorie&
les autres de n'en toucher seulement
que ce qui est absolument
necessaire pour conduire à une
bonne&seure pratique. Mrde
la Voye-Mignot, &Mr Nivers,
excellent entre ceuxcy, ayans
donné au Public en 1666. 6c
1667. leurs Traitez dela Composition,
que l'on ne peut a/Tez
estimer, pour l'ordre,la bréveté,
&la clarté qu'ils y ont apportées.
Il faut donc laisser aux
Maistres, ce qui regarde la méthode
& les préceptes, cela
n'appartient qu'à eux, &nostre,
Mercure, quand il est question,
de Science, doit, ce me semble,
se contenter de faire le mesme
office que faisoient anciennement
ses Ancestres posez en
Thermes dans les Carrefours,
d'où ils montroient du bout du
doigt les chemins aux Passans;
je veux dire qu'il doit renvoyer
aux Illustres qui en ont écrit,
ceux qui desirent avoir une connoissancereglée
de ces Sciences.
Ce qui peut luy convenir de plus
en ces occasions, pour ne pas
laisser le Lecteur sans quelque
satisfaction de sa curiosité, est
de nous permettre de recueillir
& de debiter quelques traits du
mériteduSujet proposé, d'en
rechercher l'origine5 & si le
Avitheurs n'en ont rien dit, d'exposer
en toute soûmission nos
pensées &nos conjectures.
LaMusique, fous qui l'Harmonie
est comprise, est une
Science qui considere avec le
sens & avec la raison, les diférences
des fcns qui frapen --
reille agreablement, elle se divise
en Mélodie & en Harmonie.
La Mélodie est la douceur
d'un Chant d'une feule Partie.
J'ay pris la liberté de dire par
avance, & sans avoir préveu la
demande d'aujourd'huy, mon
sentimet sur l'origineduChant,
auDiscours de celle de laDance.
Je n'y ay point parlé de l'observation
faite par Pitagore des
sons des Marteaux des Forgerons,
dans la croyance que j'ay
qu'elle regarde plus les Infirumensque
laVoix, puis que l'on
chantoit avant Pitagore.
L'Harmonie est une convenance
de sans diférens de plusieurs
Parties.
Le mesmePitagore, qui a
fait une étude particuliere de la
recherche desConsonances, &
de leurs proportions, qui sont, à
proprement parler, la matiere
de l' Harmonie, en a esté tellementcharmé,
qu'il a bien osé
dire, non métaphoriquement
comme quelques-uns ont pensé,
maisàlalettre, qu'il yavoit une
vrayeHarmonie sonore entre
les Spheres, & que de la Terre
au plus haut Ciel il y avoit un
Diapazon,
Platon faisoit tant d'état des
proportions musicales &harmoniques,
qu'il estimoit que nos
ames en font entierement composées,
si toutefois on peut dire
que des ames le soient. Luy&
son Disciple Aristote veulent
que la connoissance de la Musi.
que foit tres-propre à rendre
l'Homme vertueux. Le mesme
Aristote,Plutarque,& Vitruve,
ont divisé l'Harmonie en mondaine,
consistant en l'ordre des
Parties générales du Monde,
qui sont les1Ci.eux & les Elé- mens; en humaine, qui n'est
autre chose que la composition.
&simmétrie de l'Homme; ôc
en organique,, qui se fait par la
Voix & par les Instrumens de
Musique. D'autres luy ont donné
d'autres divisons.,
Tous les Doctés conviennent
qu'elle est quelque chose de
divin; car avec les proportions
géométrique & arithmétique
dont elle se sert, elle a encore sa
propre & naturelle proportion,
l'harmonique, qui n'est point
fondée en raisons comme les
deux autres, mais qui est sa raisonà
elle-mesme.
Ses effets qui résultent de ces
diférentes proportions, & qui
font causez par les diférens
Modes, font admirables & divins.
Saül, suivantla prédiction
de Samüel, prophétisa en la
compagnie des Prophetes, qui
rendoient leurs prophéties en
jouant de divers. Instrumens.
Elizéeayantà prophétiser à la
requeste de troisRoys,fit venir
unJoueur d'Instrumens,èç aussitost
FËfpnc de Dieu le iarnr,Se ilprophétisa. Le mesme Saül
possede du malin Esprit, en estoit
soulagé, lors que David
joüoit de sa Harpe. L'usage du
Chant & des Instrumens, est
grandement recommandé, &
pour ainsi dire, consacré dans
l'Ecriture. Selon Homere, Clitemneftre
conserva sa pudicité
aussi longtemps qu'un certain
Musicien Dorien demeuraavec
elle. Alexandre estant un jour
en Festin
,
fut si ému d'un cer-
L
tain Air que touchoit un habile
joüeur de Flutes,qu'il demanda
son Epée, &: déjà couroit aux
armes, quand cet excellentMu-
1
sicien, qui l'avoit fait avec clet:
sein, ayant aussi exprés changé
de Mode, fit revenir ce Prince
à sa premiere tranquilité, en
forte qu'il ne songea plus qu'à
faire bonne chere. Ce n'est
pas d'aujourd'huy que l'on le
sert de quelques Instrumens musicaux
à laGuerre. Par lesLoix
de Licurgue,les Lacédemoniens
devoient se préparer au combat
parleson de ces Instrumens. Il
y avoit aussi chez les Grecs &
chez les Romains des Chants
particuliers pour les mesmes occasions
Chacun sçait la vertu
du Chant & des Instrumens de
Musique, pour soulager & guérir
le mal frénétique que cause
la piqure de la Tarentole,&l'expérience
journaliere nous montre
leur pouvoir à appaiser les,
Enfans. au Berceau; ce qui -
fait dire à Scaliger le Pere, que
l'Homme chantoit avant que
de parler.
Quant aux Inventeurs de lit
Musique, c'est à dire du Chant
à une Partie, & de quelques
consonances sur les Instrumens,
mais non pas de l'harmonie de
Voix dediférentes Parties, qui
a estétres-longtemps inconnue,
ce font,. suivant les Autheurs,
Payens; Orphée, Amphyon,
Hyppolite,Marsias, Thimotée.
Terpandre, ôc d'autres. Mais les
Autheurs Juifs "ôc Chrestiens,
tiennent Jubal pour le premier
Inventeur des Arts, & nommément
de la Musique, estant appellé
au 4. de la Genese,le Pere
deceuxquichantoient de la
Harpe & des Orgues. Ilsveulent
qu'elle ait esté conservée
& préservée du Deluge comme
les autres Sciences, sur deux
Tables, l'une de brique, & l'autre
de marbre, dont la derniere
se voyoit encore dans la Syrie
du temps de Josephe. C'est ce
quiest rapporté par le RPere
ParranJesuite, qui a faitun
beau Traité de la Musique. Ce
Pere veut qu'Adam ne l'ait pas
ignorée, puis que Dieu luy avoit
donné une connoissance infuse
de toutes les Sciences &de tous
les Arts, mais qu'il ne l'ait pas
exercée à cause de l'état de penitence
où il estoit.
Les premiers Autheurs qui
en ont écrit, ontestéDémocrite,
Héraclite de Pont, Thimotée
de Milet,Architas de
Tarente,Placon,Aristote,Theophraste,
Aristoxene,Prolomée,
& Plutarque, si toutefois cet
Opuscule le dernier en ordre
parmy les siens,estde luy.
Ceux qui en ont pertinemment
traité apres ces Anciens,
font entr'autres, Ibinus, les SS.
Severin, Bazile, Hilaire, Augustin,
Ambroise, Gelaze, &
d'autres. S. Gregoire, avec
S. Léon; a inventé le Plein-
Chant. L'illustre Boëce a aussi
écritde; la Musique. Guido
Aretin, Religieux deS.Benoist,
du temps du Pape Benoist VIII.
qui vivoit en 1018. composa la
Gamme de sept lettres, G, A,
B,C, D,E, F,&desixVoix,
utre misa solla, qu'il prit du
premier Verset de l'Hymne de
S. Jean-Baptiste, & par cette
très-belle Invention apporta
beaucoup plus de facilite à apprendre
la Musique que l'on
n'en avoit auparavant. Cette
Gamme a depuis reçeu de temps
à autre quelques changemens,
,S(. enfin l'on a trouvé de nos
jours le Si pour la septiéme
Voix, avec quoy l'on épargne
l'embarras & la longueur des
muances. Les plus modernes
Ecrivains sur la Musique, font
entr'autres, Gesualde, Salinas;
Kepler,Gafore,Zarlin,Salomon
de Caux, Jacques le Febvre,
Orlande, Claudin, du Caurroy
Cousu, & ceuxquej'ày cy-dessus
nommez les R. P. Mersenne
& Parran, Messieurs laVoye-
Mignot,& Nivers. Le sçavant
P. Rivière, Religieux Celestin,
en a aussi fait un Discours dont
il feroit à souhaiter qu'il voulust
obliger le Public. Mais aucun
Autheur que je sçache, n'a rien
dit du temps que la Compositkm
à plusieurs Voix a esté inventée,
qui est neantmoins la
veritabie & parfaite Harmonie
que nous pouvons nous vanter
d'avoir aujourd'huy. Pas-un,
avant Salomon de Caux,n'a
rien dit non plus de ce quipeut
avoir donné lieu à cette Composition,
par laquelle on chante
en varieté de voix; il est le seul
qui en a touché quelque chose
aussi par conjecture seulement
dans l'Epistre dédicatoire de la
Seconde Partie de son Institution
Harmonique, j'avouëque
je n'ay pû lire cet endroit sans
quelque joye, y trouvantla confirmation
d'une partie de ce que
j'en avois pensé à force de méditer
à ma maniéré.
Je me persuade donc que le
Chant d'une feule Partie ayant
longtemps esté le seul, il fera
arrivé dans les Siecles reculez,
que deux outrois, ou plus grand
nombre de Personnes, chantans
ensemble à unisson, l'un aura
monté unequinte ou uneoctave
plus haut, ou descendules mesmes
intervales, & qu'ainsi ayans
esté surpris & charmez de la
douceur de ces consonances,ils
auront compté & pris peine à
retenir ces intervales,& s'en
feront depuis servis avec plaisir.
Au contraire, venans à former
ou la quinte-fausse, ou le triton,
ou quelqu'autre dissonance,ils
auront pareillement eu foin de
remarquer les intervales qui y
auront donné lieu, afin d'éviter
ce qui blessoit si fort leur oreille.
D'un autre cofté,quelque son
causé parle vent entre avec violence
dans un Roseau,& leson
d'une corde d'Arc bien tendu
en le décochant, peuvent avoir
fait naître l'Invention delaFlute
& de la Lyre. La premiere Flute
attribuéeà Pan, n'aesté autre
choie que le Siffletde Chaudronnier;
mais celle-là, ny les
autres plus parfaitesqui luy ont
succedé, n'ont pu &ne peuvent
feules fournir plus d'une Partie.
La Lyre attribuée à Mercure,
aeu d'abord un avantagOe considérable;
car quoy qu'elle ne
fust au commencement que de
quatre cordes, elles faisoient
trois consonances, la quarte,
la quinte, &:l'octave. Terpandre,
selon quelques-uns, y
adjoûta trois autres cordes; Be.
Sanius Lichaon ( d'autres disent
Timotée ) une huitième. Ces
quatre dernieres pourroient
bien avoir esté les tierces & les
sixtes majeures & mineures;
tellement que ces huit cordes
auroient fait les sept consonances
principales. Cet Instrument,
parla facilité qu'il donnoit de
toucher plusieurs cordes à la
fois, le trouva tres - propre a
former quelques accords dont
fan voit chez les Anciens qu'-
Amphyon,Orphée,& lesautres
qu'il ne faut pas tenir pour Perfonnages
entièrement fabuleux,
accompagnoient&soutenoient
agreablement leur voix.
Mais avec tout cela,l'usage
des consonances vocales aura
esté tres-rare; & l'on ne voit
rien chez les Grecs,ny chez les1
Latins, qui marque qu'ils chantassent
en varieté de voix, les
- noms des Parties comme dessus;
Hautecontre &c. y font inconnus;
& Vitruve J parlant des
Consonantes, appellées des
Grecs Simphonies, n'en rapporte
que six; & de faire une
Composition comme celle d'aujourd'huy
avec unsipetirnombre,
celan'éstoitpaspossible.
Ils faisoient àla verite de fortbonne
Musique, mais c'éstoit
seulement à une seulevoix,ouà*
Mniilbn,. avec l'accompagnement
de ce peu de consonances.
sur la Lyre, ou sur quelqu'autre
Instrument.Celadoitparoistre
assez surprenant,puis que de
leur temps ils avoient déja si
bien approfbndy la Musique,
qu'outre la Diatonique quin'est
composée que de sonsprincipaux,
tons & demy-tons, ils
avoient encore la Cromacique,
qui procede par semy-tons majeurs
& mineurs, & se sertde
beaucoup de cordes empruntées,
& de plus l'Enharmonique,
qui ne procede que par fausses,
intervales, & qui avoir mesmes, àcequequelques-uns tiennent
des quarts de ton. Je diray en
: Ir ssant que le meslange judicieux,
de ces trois especesde
Musique en peut produire une
souverainemêt capable de charmer
Ôt d'enlever. Ils avoient de
plus trouvé ladiversité des Modes,
&le secret de les employer
avec un merveilleux succés, à
exciter ou à calmer les passions,
conformement à. la nature du
Sujet,dont l'exemple cy-dessus
d'Aléxandre en vaut seul plusieurs
autres; & cependant la-
Composition à diverses Parties
1eftoir, poureux un trésor caché,
&des Indes non encoredécouvertes..
:" Ilyadoncapparence queles
choses à l'égard de la Musique
estant demeurées longtemps en"
cet état, & que cette Science ayantomme- toutes les autres
suivy ladestinéede chaque Siecle,
tantostfleurissant dans les.
uns, & tantost tombant en décadence
dans lesautres,enfint
dans les Siecles moins barbares.
& non extrêmement éloignez.
du nostre, ceux qui s'y seront
adonnez apres en avoir recueilly
les préceptes , auront par les.
mesmesrencontres & remarques
de consonances & de dissonances
en chantant à unisson,
& encores par lapratique
de celles qu'ils tiroient desInftrumensmusicaux,
donné quel
que commencement à la Composition,
qui .d'lbord'aura.eftc::;
fort simple, ne connoissantque
les consonances parfaites ài
sçavoir la quarte, qui n'estoit
pas encore tenue, pour mixte,
la quinte & l'octave;puis
elle aura admis les consonances
imparfaites, qui font la tierce
& la sixte majeures & mineures;
mais dans la fuite, &
venant à estre perfectionnéepar
les plushabiles (qui auront aussi
d'ailleurs remarqué la diférence
des voix, graves, moyennes, 8C
aiguës, & la quantité de diapazons
quileur peutestreassignée)
elle fera devenuë sçavante,&
par conséquent hardie, & aura
employéjusques aux dissonances,
qui font la seconde & lxseptiéme,
qui se divisent aussi
en majeures & mineures, la
quinte fausse,le triton, & mesmes
quelques-unes des faunes
relations,tirant un merveilleux
avantage de tout ce quisemble
luy estre le plus opposé, faisant
servir, corrigeant, & sauvant le
mauvais par le bon,avec des
adresses surprenantesdesuposition,
de sincope,&c. & pour en
donner dereste, ellese fera mesmes
prescrit d'éviter autant qu'il
se peut l'unisson & le trop fréquentusage
de la consonance la
plus parfaite, qui est l'octave.
Voila comme je me figure
l'origine, le progrès, & la perfection
de l'Harmonie,qui toute
charmante qu'elle est, n'aura
paslaissé d'estre traversée dans
ce progrés, & de trouver de
l'oppositionde la part desGens
severes, scrupuleux, ou capricieux,
comme la beautédu simple
Chant,l'invention des principales
Consonantes,&lecharme
des Feintes & Diezes,de la
Cromatique & de l'Enharmonique,
en avoient trouvé chez
les Anciens, à mesure quequelques
Esprits inventifs&Génies
rares venoient à produire & à
vouloir mettre en usage leurs
heureusesdécouvertes. En effet,
nous lisons que l'un d'eux fut
blâméde rendre,disoit-on, la
Musique trop mole, Se de la
corrompre. Platon, ceme semble,
pour mesmeraison,n'en
permet que d'un Mode. Phetecrates,
Poëte Comique, dans
Plutarque,introduitla Musique
en habit de Femme,ayanttoutle
corps déchiréde coupsdeverges,&
laJusticequiluyen demade
la cause; àquoylaMusique
répond,enseplaignant de Melanippides,
de Cinezias, de Phrinis,
& de ce mesme Timorée de
Milet qui en a écrit. Le mesme
Plutarque dit aussiqued'autres
Comiques blâmoient ceux
qui découpoient la Musique en
petits morceaux; & dans Aristophane
elle se plaint encore à
mesme sujetd'un certain Philoxenus
; par où l'on peut voir que
les petitsintervales,ou feintes,
& diezes, ne plaisoient pas aux
Anciens, soit parce que la plûpart
ne sçavoient pas bien les
employer comme l'on fait aujourd'huy,
foit par caprice &
par aversion de toute nouveauce,
quoy que bonne. Sans remonter
si haut, nous lisons que
du temps du Pape Jean XXII.
quivivoiten 1316. l'onavoit assez
sez de peine à obtenir que dans
les Chants d'Eglise il fust permis
dese servir de l'octave, de
la quarte, & de la quinte,
encore fort sobrement; & sur
la fin du dernier Siecle, certains
Religieux ayans esté établis à
Paris par l'un de nos Roys, leur
Chant se trouva si mélodieux,
quoy que d'une feule Partie,
que soit pourfaire cesser la trop
grande affluence du Peuple qui
eyaccouroit de toutes parts, soit crainte que la devotion n'en
fust alterée, il fut reformé ÔC
difforme,en le changeantenun
autre qui ne luy ressemble en
rien. Les bonnes & politiques
raisons mises à part, pour lesquelles
il faut toûjours avoir du
respect, l'on peut dire que la
destinée des belles choses est
souvent de recevoir de la contradiction,
peut-estre à causede
cela seulement qu'elles font excellentes.
Il y aeudetouttemps
des Génies ou sans goust, ou
avec un goustdépravé, pour ce
qui a l'approbation la plus generale.
L'on en voit qui ont
une aversion pour la Musique;
mais aussi l'on remarque pour
l'ordinaire en ces Gens-là des
espritstres-mal faits & des
coeurs tres-mal placez. Les Anciens
désignoient fort proprement,
ce me semble, ces Ennemis
de la Musique
, ces Sybarites,
par unTygre qui fuit une
Lyre, comme l'on peut voir, si
je ne me trompe, dans les Gflfc
rogliphesde Pierius.
Avant que de finir ce raisonnement
de conjectures, comme
je n'ay rien lû,&que je nesçay
si aucun Autheur a écrit de l'origine
de la Mesure qui se bat,
& avec laquelle toute Musique
se conduit, je diray en deux
mots que je me persuade que
c'est un pur effet de la necessité.
Qu'aucommencement pourle
Chant tout simple d'une voix
feule, ou de plusieurs à unisson,
cette Mesure pourra bien avoir
esté sans beaucoup de régularité,
frapant & levant à distances
inégales, seulement pour
marquer les sillabeslongues &
bréves, avec quelques signes
particuliers pour Eur.; tomber&
rencontrer juste les consonances
&accords deleurLyre aux endroits
où la voix en devoit estre
accompagnée; mais lors que
l'on aura commencé de faire
du Contrepoint simple de Note
contre Note, l'on aura eu besoin
d'une Mesure juste composée
de temps & de valeurs reglées;
& jamais cette necessité n'aura
esté si grande que lors que l'on
aura trouvé l'usage des Diminutions
du Fleurtis, des Fugues,
,& sur tout du Silence, pour pofer
pendant peu de temps, se
taire tout-à-fait, & rentrer à
propos, & en un mot pour s'accorder
parfaitement avec les
autres Parties. La Mesure est
apres le Mode, ce qui doit le
plus necessairement convenir à
la nature du Sujet,& qui donne
le plus de grace à la Musique.
Quelque Subdivision que l'on
enfasse, elle a son fonds dans
les nombres binaire & ternaire;
mesme Mesure le peut & doit
plus ou moins presser pour donner
plus d'agrément; & le
Chant en reçoit encore beaucoup,
quand jusques à la prononciation
des paroles, elle se
fait en quelques endroits plus
doucement, & en d'autres plus
fort. Les Italiens,qui ne laissent
rien échaper, en ont les
premiers fait la remarque.
Or quiconque voudra prendre
connoissance àfonds de cet
Art libéral, ou plutost de cette
Science divine, qu'il prenne en
premier lieu un bon Maistre
pour guide, &: puis qu'il s'adonne
à la lecture des Traitez
de Musique, & qu'il s'applique
à la connoissance & à la pratique
du Clavier. Ce luy fera un
charme & un digne sujet d'admiration,
devoir apresles Gammes
& les premiers Elémens,
soit par les muances ou par le si,
combien sept degrez principaux
de la voixproduisent d'agreables
diversitez,combien de sons,
de samy-tons majeurs 8, mineurs,
de tons majeurs & mineurs,
résultent des intervales
d'un ion à l'autre; la division
des intervales en justes & en
fausses; la division des justes en
consonances&dissonances; la
division des consonances en parfaites
& imparfaites; le nombre
des intervales justes; celuy
des fausses
;
quelles font les intervales
qui s'a ppellent diminuées,
& celles que l'on nomme
superfluës; en combien de maniere
toutes les intervales peuvent
estre;ce que c'est que
Sujet; le pur & simple,& l'autre
d'imitation qui est la Fugue;
ce que c'estque ces Modes si
puissans & si efficaces, pour remüerouappelernos
pallions,3c
bien exprimer les Sujets; le
nombre de ces Modes, quoy
que controverse, leurs divisions
en harmoniques 6ccn arithmétiques;
en naturels & en trans- posez; - que le secret de leur
charme & de leur pouvoir, est
la diférente rencontre&scituation
des semy-tons, par une diverfité
& changementdediapazons
; leurs cordes 8c cadcnces
naturelles; la grande habileté,
& les moyensqu'il y a de
passer imperceptiblement de
l'un à l'autre, & d'y rentrer de
mesme
;
les bons & les mauvais
progrés, les bonnes & les mauvaises
relations; l'usage qui se
peut faire des dernieres; les cadences
parfaites, imparfaites,
&; rompuës; ce que c'£si que.
i X A Contrepoint simple, &toutes
ses regles; de mesme du Contrepoint
figuré; l'excellence de
la Composition par Fugues,
double Fugues, contre-Fugues
les agreables artifices de laComposition,
comme les Recits, les
Echos, la variété des mouvemens,
l'ordre des cadences, la
beautédu Chant, & jusques au
choix & à la disposition des
lieux pour l'éxecution; & par
dessus tout cela, l'excellence du
Génie, qui dans la Musique,
comme en beaucoup,d'autres
Sciences, s'assujettit bien pour
l'ordinaire aux regles, mais s'en
dispense quelquefois, & se met
audessus par la grandeur deson
élevation.
Si nostre Curieux veut en
suite voir & examiner dans ces
Livres le détail des proportions
des intervales jusques aux commas
& apotomes dernieres minuties
, plus propres à la spéculation
qu'à la pratique, le tout
par les Monochordes de Pitagore,
de Ptolomée, & d'autres
Autheurs, selon les institutions
qu'ils ont données. S'il veut de
plus observer ce qui est de plus
propre& particulier aux Instrumens
de Musique stables& muables,
ou qui sontenpartiel'un
&l'autre, & enfin s'exercer sur
les Questions& Problémes qu'il
y trouvera ausujetde la Voix&
des 1nftrumens;il seraravy hors
de luy
-
mesme, de voir, pour
ainsi dire, une si petite Source
devenir un Ocean d'une si vaste
étenduë; a pres quoy faisant
l'application de ces belles connoissances
& de la théorie, à
l'exécution Sea la pratique dans
les occasions de Musique 3c de
Concerts,ilfera passionné toute
sa vie pour l'Harmonie, & souhaitera
pour en gouster encore
les delices apres la mort, que le
P. Parranait dit vray, quisoûtient
que les Bienheureuxchan-
1
teront la Musique dans le Ciel.
Ce bon Pere réfout pardesraisons
théologiques, l'Objection
physique que l'on fait la-dessus,
qui est que le Son ne se peut
faire sans air: Il pouvoit, ce me
semble, adjoûter, que puis qu'-
alors nous pourrons vivre sans
cet Elément,il ne nous fera pas
plusdifficile de chanter sans son
secours. Quoy qu'il en soit,c'est
la conclusion du Traité de ce
bon Pere,&je croy aussi ne
pouvoir finir ce Discours par un.
plus bel endroit.
,
REPONSE EN DIALOGVE
à laQuestion
,
Quel est le plus
grand chagrin qu'une Maîtresse
puisse donner à son
Amant.
TYRCIS. Allons, mon aimableBergerè,
Prendre lefrais jôIM cet Ormeau.
Mais qu'apperçois-je au bord de cepetit
r%uijfîau?
gtipy, c'estTimllflte enflTurs^xj»qui'
se desespere?
AMINTE.
Ce riejl rienpour moy de nouveau.
Vous (onnoifft'{ Philis, c'ejl cette
Beautéfiere
Dont les rigueurs le vont mettre dams
le foml/ellll.
TYRCIS.
Dieux,queson malme touche!
Mon coeurprendpartàses malheurs.
Tâchons d'adoucirses langueurs,
jiminteiapprochons-nous.
AMINTE.
Je le voy quise couche:
uiccahle'par l'excés desesvivesdouleurs,
Ilne nous dira rien, mais jesçayson
histoire.
Reposons-nous icy, je tais en peu de
mots
Vous montrer que Ibilis luyfaitsoufrirdes
maux
Quonaurade lapeine à L'ln TYRCIS, croire.
AMINTE.
Sçachez donc que ce "BergerfideUe
Depuisplusdesix mois,p)ûpirenuit
&jour
Pour cette Belle,
Sansquepoursesrej&
son amour,
Il ait pû rien gagnersur cette ame
rebelle.
Illasuit en tous lieux,ellelefuitpar
tout,
- E t quandilvient à bout
Deluyparlerdeson martyre,
elle n'enfait que rire, Ilpousse dessoûpirs,se jette àses genoux,
Yrépanddes torrens delarmes,
Et luy tient desdiscourssi touchansçp sidoux,
Que toute autre rendroit lei armes.
Cependant, cher Tyrcis, cet insensible
coeur
L'écoutefroidement, puisd'un ton
railleur
Luy dit centfois deja, me trouvant
dans ces Plaines,
Tu tUftjt tristement le recit de tes
prives,
Je lessçay, je t'enplains, Tintant*, r
mais enfin
Cherche quelqu'autre A&tdccitt.
TYRCIS.
Ah Dieux! que Pilisest cruelle,
Et que Timate est malheureux.!
T'vus les chagrins qu'onsoufre en i'Empire
amoureux,
Nesont,aulres dusien, quepure bagatelle.
LE GIVRE, Avocat àProvins.
Si un Amant maltraité de sa
Maîtresse, peut sans l'offencer,
souhaiter sa mort.
QVandon donneson coeur,on donne
t aitjjisavies LAmant qui voudroit quelle luy
fust ravie,
Offence la Beauté,maistressedeson
sort.
le me trompe, ellea lieu d'en estre
satisfaite.
Ilvoitqueses rigueurs luy vontcauser lamort;
JZaelindlfait-il, s'illasouhaite?
ARome, le 4. Septembre1680. JE n'ay reçeu que depuis trois;
jours l',Ex.traordinaire du QuartierdAvril.C-'-es-t cequi
m'oblige à vous écrire assez à
la haste ce que je pensè sur les
quatre premieres Questions,
afin que ma Lettre vous estant
renduë dans le temps, vous
puissiez l'examiner. -
Je crois, Monsieur,quelajasousse
est le plus grand de tous
les chagrins,& leplus sensible
qu'uneMaîtressepuisse donnera
son Amant. En
effet,
lors qu'il a
gagné le coeur par mille complaisances,
& par uue tendresse
extraordinaire,il connoist sans
doute le prix de sa conqueste,,
& faisàntrélfexion à ce qu'elle
luy couste, il est tourmentéd'une
continuelle crainte de la
perdre. Si le tumulteimpétueux,
que plusietirs passiôs contraires
excitent en nos coeurs,
y çause de cruels ravages,ceiuy
d'un Amant abandonnédece
qu'il aime,estdans un état bien
digne de compassion.L'amour
qu'il conserve. encor,luy fait
sentir les plus cuisans de ses
cairs La haine&l'enviel'occupent
sans cesse contre [oni
Rival. La rage de perdre un
si grand bien,luy fait prendre
lesrésolutions les plusterribles;
&sil'esperance d'une plusfavorable
destinée ne venoit flater
de temps en temps son imagination,
il succomberoit enfin au
desespoir.
Que si cet Amant a reçeu
quelques faveurs de la Belle,sa
jalousie en devient encor plus
forte. Il envisage son bonheur
passé, non pas avec la sarisfaction
que donne ordinairement
l'agreable idée d'un plaisir dont
on a joüy,mais commeun bien,
dont il n'est plus le maistre
,
ÔC
queson Rival est prestà luy ravir.
Il se figure dans la possession
de l'Objet aime, un bonheur
dont il n'avoit encorjamais bien
connu le prix, parce qu'il n'avoit
jamais éprouvé de traverses
en aimant. Il s'estimeleplus j
milheireux de tous 1'-'5 Hoim
mes , parce qu'il s'est veu le
plus heureux detous les Amans,
& il ssemble qu'il n'ait croûte les
douceurs de l'amour, que pour
en ressentir la perte avec une
douleur plus sensible. Une Belle cherche toujours
à gagnerquelque empiré ilir
l'esprit de son Amant. Sa fierté
luy fait traiter de crime les
moindres libertez qu'il prend.- Ilfautdelacomplaisance,il faut
des foins assidus, il faut de tendresrespects
; & enfin il faut
de la perséverance pour toûcher
son coeur. Il est inutile de
se declarer
, tout cela parle, &s
jamais une Femme d'esprit ne
laisse trop longtemps languir un
Homme qui a du mérite,mais
quand un Amant se fait entendre
d'abord,ilprésume trop de
luy-mesme. C'est plûtost offrir
son coeur,que dedemanderune
place dans celuydelaBelle;&
comme cette maniéré d'agir ne
peutestre fondée que sur la bonne
opinion qu'il a de son esprit
& de sa personne, il est d'autant
plus indigne d'estre écouté, que
ce n'estpoint la marqued'un
grand mérite,de faire connoître
qu'on croit en avoir beaucoup.
Cela suposé.
-,
je dis que
plus un coeur a cousté de foins i
un Amant,.plus il luy est si.
cheux de le perdre;& qu'une
Femme d'espritse.laissant ga,.
gner que par là, elle ne luypeut
causer un plus grand chagrin,
qu'en luy donnant lieu d'este.
jaloux d'un Rival plus favorablement
écouté..
Vous voyez, Monsieur,que
ces trois Questions semblent devoir
naturellement se suivre
,
ôC
que les deux dernieres fervent
àprouver la premiere. Passons,
s'il vousplaist, àla quatrième.
Un Amant maltraité. de là
Belle, qu'il aime
ne peut sans
l'Óffenser souhaiter la mort,
non pas tant parce que luyayant
sacrifié. son coeur, & s'estant
dévoüé en Esclave à son service
,
il n'est plus en son pouvoir
de rien entreprendre contre sa
vie ,puis qu'elle n'est plus à
luy ,que parce que recourir à
la mort estànt la marque d'un
esprit lâche,&d'uneamebasse,
ce.seroit ~facitement accusersa
Maistresse de peu de discerne
ment , d'avoirdonné son coeur
à la Personne du monde qui le
méritoit le moins.
LA SOLITARIAdelMonte Pinceno.
Cette spirituelle Romaine, à qui
je dois les particularités des deux
Cavalcades de Mrle Prince de Radzevi/
l, dontje vous ay fait la Relation
dans ma Lettrede ïautre Mois,
a Iluffl expliqué danssonvraysens
/'HifloireEnigmatique du dernier
Extraordinaire, en l'expliquantsur
la céémonie que le Doge de Venise
faittous les ans en épousantla Mer
au nom dela République. Je ne vous
dis point que la Fable donne Pelée
pourMary à rhltiJ, quiestprise
pourla Mer, vous lesçavez,.Ainsi
jepase àce qui vouspeut estre moins
connu. Le Pape Aléxandre III.
persectué par l'Empereur Fréderic
Barberousse,se retira à Venise en
habit desimple Prestre. Là, un François
appellé commode, l'ayant reconnu
un jour lors qu'il estoit en
prieres dans une Eglise nommée de
la charité, il en alla avertir Sebastien
Ziani, qui en ce temps-là
estoit Doge de la République. On
rendit defortgrands honneurs à ce
Souverain Pontife, & apres avoir
inutilementenvoyé des Ambassadeurs
à Fréderic, pour l'obliger à
donnerla Paixà l'Italie &au Pape,
ceDoge monta comme Chefsur les
Galeres de la République le 7. de
May 1177. &alla chercher l'Armée
Impériale commandéepar Oton troisième
Fils de l'Empereur. Les Vénitiens
remportèrent la victoire, &
le Pape pourreconnoistre lesservices
que la République luy avoit rendus,
donna, un Anneau d'or à Sebastien
Ziani, &luydit; HuncAnnulum
accipe,& me autore ipsum
Mare obnoxium ribi reddito,
quod tu, tuiqueSuccessores
quotannis statuto die servabitis,
ut omnis Posteritas intelligat
Maris possessïonem victoriæjure
vestram suisse, atque uti uxorem
Viro, illud ReïpublicæVe-
: netæsubjectum. chaqueannée,.
lejour de l'Ascension, le Dogejette
une Bague d'or dans laMer,en disant
ces mots, Defponfamus te,
Mare, in signum veteris & per- .j petuidominij.Toutle mondesçait
le bonheurdePolycrate,Tyran dej
Samos,quiayantjettédans la Mer
IIIJ Anneau d'un prix inestimable,
le']
le retrouva das le ventre d'unPoisson
qui luy futservy parsonCuisinier.
La Mer qui environne venise
de toutesparts, enfaitaussi des Ruës.
C'est ce quifait dire que cette Epouse
étendson Lit nuit &jourjusqu'à lit.
Portedeses Marys, quisont tousles
Citoyensde cette opulenteVille.
MrBouchet, ancien CurédeNogent
le Roy, qui a trouvé lesens de
La mesmeHistoire, fait ainsiparler
la Mer. cHaque Anle Grand Doge m'ejJDNfl"
SansquesaFemme en soitjalouse,
Ou conçoive pour moy quelque esprit
de méprisi
Etpour marquersabienveillance
Etsajuste reconnoissance,
Il jette dans monsein une Bague de -
Ch!''{ le Sarmate cg- chezle More,
Chez t'¡nfit/elle Musulman,
Onsçaitqu'en certainjourdel'an,
Dans lesuperbeBucentaure,
Mon ffjmen est en(Ju"'Û/,
Dontle Divan reste troublé.
S?
Dece Mariageéclatant
Quifait tant de bruit das le monde ;
Comme d'unesource inféconde,
Iln'estjamaissortyd'Enfant.
Ainsisterile tfi nostreCouche;
Noble Venitiens, cette Histoire yom
touche.
Ie traîne mon Lit ou Lido,
Iufcuà ces hc.iux 'EA.dH qu isont
vostredemeure;
MaisJtfeutrois d;£aj<feulementpouf
une heure,
Voussi,.¡e{ à jamais dedo,
Vne eternelle nuit couvriroitvospaupieres,
Et le Soleilpour ycu* n*auftitplusde
lumieres.
Certesjesçay sibienmesfougues ménager,
Et brider de mes flots l'inconstance
rebelle,
£ue loin d'estre envers yousfarouche,
oucriminelle,
Ie voussers de r,tpAtr"sans ypus mettre
en danger.
VExplication qui suit, est dt
J4l d'Ambreville, de Lisieux,
SAns m'estre beaucoup tourmenté,
Celasoit ditsansvanité,
Dont, bonnysois,sije mepique,
DI'ealyasbçeeulpleercer l'obscurité
EnigmeHistorique
'!lNfameuxMercureGalant,
DontelleAcquit la qualité
DAeqDuéie,dsseepuebisafte Cl"'pndique\
Sa Sainteté,
Par une raisonpolitique,
permet defaire maint Traité
D'une union Tolyga7tiique%
(Dont elle est leThéâtre (7 Yllftt cr
magnifique,)
Et que mainte Posterité,
Le jour d'une Feste ptfèltqu?,
Tousles ansrenouvelle avecsolemnité,
Contre l'ordre établypour le noeudprolifique:
Celie, dis je, quineproduit
ire ce Mariage aucun Fruit,
Contractépar Reconnoissance
AvecHomme d1autoritéy
Au nom de toutesa Cité,
Bienque cesoitfansejftérance
Dubonheursurpassant toutehumaine
créance,
Dont Polycratefutvanté:
Celle, enfin, dont le Lit est detelle
)iéttendue, s'étendjusquesàla Nè'
Et laPorte desesMarys,
~( QuisanspasserpourPolygames,
Epousent encord'autres Femmes,)
Et qui nepourroitsansdébris
'Je• lu-s près leur rendrevisite,
~Dod bon coeuronla tientquitte,
K"rfî-a-itrt chose que la Mer,
Que la Grecs idolâtrieappelloitAm-
~phrite,
Que laFableseins (!JI dbte
Femme du Dieu duFlot tttne";
Et q*t*par une Loy qu'ensçait eftrt autenttque, Ali nom (7poursa Tfépubliquty 1
Etsans aucuns ~Bonsproclamer,
(Ce que le Saint Pereautorise J..
a
Il SignorDogede Venise
Epouse avecsolemnité;
Apres, du-on, Voi,. jetté
ZJlltliJsonsein couleurd'opale,
Poursçeud'unsirare T'Tltitl,
Tourgagedesoyconjugale,
Etserment de fidélité, la -:BAzue Matrimoniale.
Pecesenspeut-estre on rira;
gjHî mieux trouvera, mieux dire;
Tour moy, voilà comme s'explique
Du Mercure Galantl'Histoire Enigwutiqtte,
MrMignot de Bussy,Litutcnâirt
General du Bailliage de Beaujollois,
a expliqué cette mesme Histoire par
uneAllusionfortagreable, à ce qu'on
dit quefitautrefoisAristote, qui ne
pouvant comprendre la cause du
,Flux & Reflux de la Mer, seprécipita
dedans.
DVnespritsortsubrilje n'aypas
eu besoin
Pour deviner l'Histoire Enigmatiques;
Etsansallercherherplus loin,
If trouve en mon Pais la Mer Adriatique.
Mais quar.dfanslapotivoir trai/vct
l'auronspassertout un .mIirt'si',
Si resver estoit ma marote
T HJÎmon espritfltroiftre tfluffi dur
qu'un caillou,
le me garderois bien d'allerfaire le
Pli,
Commefit autrefors lefameuxAristote.
Sur lamesme Histoire.
MADRI GAL. QVe de choses fOttf-).d-jài.t
Mettent mon esprit aux abois
Danslapeinequ'ilprend de deviner.
l'Jznigntel.
> nesçaypresqueplus de quel costé
tourner, Jesuisprestàl'abandonner,
Oüy,je "'feux renoncer à la plus juste
estime,
Si, ne la trouvantfoidans la Terre
(F les deux,
Lesens noir & mystérieux
2V cette Histoire Enigmatique,
N'est dans la Mer Adriatique.
CHOVLLE', Commis de l'Extra
ordinaire des Guerres à Paris.
Ceux qui ont expliqué cette mef
me Histoiresurle Mariage duDoge
de. Venise avec la Mer Adriatique,,
font MessieursGardien Secretaire
du Roy; De la Roche-Amar, de Poitiers
; Le Chevalier Blondel; De la
Ville aux Butes, de Troyes; De
Glos, Hydrographeà Honfleur;
Miconet, Avocat à Châlons fur>
Saône, Le Bon Clerc, du mefine
lieu, Vialet, de la Ruë Montorgueil
; DeVille-Chalver; Mademoiselle
du Pu d'Argery; La Belle
Blonde de enville;Le Campagnard
Orleanois; & les Réclus de S. Leu
d'Amiens.
, Voicy encor une Veuë d'une des
places publiques de Madrid, que
cette Planche VOII représente ornée
d'unetrès-belle Fontaine, comme la
Place de San Domingo. ('t/le-c)
estappellée de la Cevada, qui veut
dire, le Marchéeu l'onvend l'Avoine,
Sur les quatreQuestions du
dixiéme Extraordinaire.^
I. QUESTION. L'On demande quel est le
plus grand chagrin qu'une
Maîtresse puisse faire souffrir a
son Amante Pour, y répondre,
supose qu'un fort honneste
Homme se soitrendu tellement
amoureux d'une Personne qui
aura le coeur malfait, qu'iln'ait
pas la force de rompre ses liens.
Un tel Amant est assurement
plus à plaindre que tout autrecar
comme son indigne Maîtresse
ne pensera guere qu'à
contenter la malignité de fou
panchant,ellen'aura de joye que
lors qu'elle pourrale faire sousfrir
: Elle voudraqu'il luy
obïsse dans des choses qu'elle
témoignera souhaiter, & ne pas
souhaiter en mesme.temps. Si
elle connoist qu'il foit porté à la
jalousie
,
elle favorisera ses Rivaux
en sa présence
,
& ne négligera
nulle autre occasion de
luy en donner. S'il entresensiblement
dans les interests de ses;
Amis, & qu'il trouvel'occasion
de les servir, elle ne se contentera
pas de l'en empecher, elle
trouvera encor moyen de les
brouiller avec luy, & deluy en
faire autant d'Ennemis. ?
Enfin ce feront tous les jours
de nouveaux sujets de chagrin
& de douleur; mais voicy le
comble. Cette Extravagante
viendra àle radoucir pour luy
par des témoignages étudiez de
tendreile
; de forte que ce pauvre
aveugle se croira le plus
heureux de tous les Hommes, &
dans ce moment, elle luy commandera
de faire quelque baffede
, & peut-estre une méchante
action
, ou de ne la voir
jamais.Que deviendra ce malheureux
dansunpareil embarras
sur un tel coup? Et peut-on s'imaginer
l'état déplorable de
son coeur ? Ecoûtez ses plaintCSt
l'aysoufertmille maux des mépris de
Syl"'fie;
Etcette orgueilleuseBeauté,
Cruelle ensa legéretê;
ji troublésort longtemps le repos de
mavie.
Elle ditaujourd'buyquellemaime ;fin tour;
Marsfar , un injuste caprice,
Elle yeutmobliger àfoire une jmjujtice,
Ou d'abandonnermon amour; le nepuisl'un nyl'autrey ilfoutfut
jepérissè.
II. QUESTION. L'Innocence des plaisirs en
fait d'ordinaire la plus
grande douceur.-; mais il y ena
d'une autre nacure, &: l'ontombera
aisément d'accord de ce
que je dis dans les Vers suivans.
Des innocentCdouxplatftrs,
Uimagequ'onrappelle est toujours
agreable;
Jdai* de ceux qu'ontforméles injustes
desirs,
L"flll..,nir efi triste, (S?souvent nous
accable.
III. QUESTION.
1L arrive rarement qu'une
affection qui ne fait que de
naistre, foit sortviolence ; & les
Dames, ayant naturellement
beaucoup de délicatesse dans
l'esprit &. dans le coeur, ne s'arrestent
guereaux protestations
que les Hommes leur font de
leur amour à la premiereveuë.
Elles lesregardent presque toujours
comme des Gens accoutumez
à conter des douceurs
où ils se trouvent, sans qu'ils
sentent rien de ce qu'ils jurent
sent r; mais elles ne doutent jamais
de la sincéritéd'un Amant
assidu, respetueux,&.fournis.
- Lesfoins, lessoôpirsy lesilence, lb
Sont le "frA) langage du coeur., Il exprimepar là son amoureuse ardeur;
Jriais un discourspleind'éloquence,
faisant voir tout l'espritsmarquepeu
delangueuri; L'on ne peut cependanttoucherl'Objet
qu'on aime,
Qu'en le persuadant de fi-n amour
extréme.
IV. QUESTION. TYrcis ne pût voir longtemps
Caliste sans Faimer,
& cette Bergerene fut pas longtemps
insensible aux témoignages
que le Berger luy donna de
son amour. # Leurs Parens approuvoient
leur passion
,
dans le dessein
qu'ilsavoient de les marier ensemble
;&ces deux Amans jouirent
durant quelques jours des
plaisirs inconcevables que donne
l'espérance de se voir uny
pour jamais avec la Personne
aimée. Enfin tout sembloit
contribuer à leur souverain bonheur,
mais l'inconstante Caliste
jetta les yeux sur le beau Daphnis,
6c apres quelque légere
résistance
,
elle luyabandonna
entièrement le coeur qui estoir
deû à Tyrcis. Ce Berger ai..
moit trop sa belle Bergere, pour
ne le pas apperçevoir de son
changemenr. Ilcrût pourtant
luy devoir cacher qu'ill'eust découvert,
ctâcha par un redoublement
d'affiduirez & de fotimissions,
derapeller ce coeur fugitif,
&desele conserver. Mais
voyant augmenterchaquejour
l'indifférence de cette Volage,
„
& l'a yant trouvée feuleO, il
luy fit voir dans la langueur
de ses yeux la mortelle douleur
dont il estoit pénétré. Il
la luy déclara en fuite par
des soûpirs&; par dess iarmes;
enfin accablé; d'ennuis, il fut
contraintde luy faire quelquesreproches
de son inconfl
tance & de son ingratitude; Omais Caliste prévenue du merite
de sonnouvel Amant, ne
voulutplus garder de mesures
avec celuyquiluy parloit, &: le
traita d'une maniere indigne.
&cruelle.
le nevousditneplus, disoitcette- Zer
jiudfoltfTyrcts,-,
ré hay yos pleurs, vossoins, yotpeines,
vossoucis
Tout cequi vient de vous ne fait qut
me deplaire. .IÍ! luy répond alors trisement le
Berger, Ilmefaut donc mourir. Jlfautpluojl
changer,
Etfaire comme moy, repartcette 1".
fidelle,
Carchercherà mourrir, c'est vouloir
m'outrager,
Etd'un crime odieux me rendre crimineffe.
Sïgviniere-Poignant.;
SONNET,
A une Belle qui soupçonnoit
d'inconstance un des Amis
del'Autheur., AVx quatre coinsde ce viliage,.
Tyrcis en a, ditont conté.
Toutsçaitluyplairetout l'engage.
Z echanger ilfait"vanité'.
N'est cepoint unjeu concerté?
2?oj^r moy, je le croy moins 'ï(Jltt;
c,n,jJt>/ltfaire un honneste usage
D'unefausse 'in/Çdélité.,
Ce n'estpasd'aujourd'hUy, Climene
QueJour dissimulersapeine,
Onfeintdaimerlechangement;
Et quepourfauterl'apparence}
Amourcache unfd;lie Amant
AonSJeta/Jlexde l'incinfiance.
QE:MER.VUX.&-'
le reçois un nouveau Traitésur
laGlace, que vous ne trouverezpas
moins sçavant que curieux. AuJfl
est-il d'un Homme tres-profond en
Medecine,quvy qu'ilsoitencordans
unegrandejeunesse. ilestMedecin.
a Niort, & s'appelle Mr Gautier.
DISCOVRS
SUR LA QUESTION,
S'il est nuisible de boireà la Glace,
& si on enpeutsentir quelque
incommodité dans le temps, ou
plus tard, oupoint du tout. LA Glace n'est qu'une eau,.
dont les petites parties
ayant perdu leur mouvement,
demeurent en repos les unes aupres
desautres. Mais parce qu'il
faut unagent aussi puissant pour
arrester un corps quiest en mouvement,
que pour en mouvoir
un autre qui est en repos, il effct
necessaire de penétrer la cause
qui contraint les parcelles de
l'eau à devenir roides & immobiles,
de pliantes &; de fluides
qu'elles.estoient auparavant. Quoy qu'il ne foit pas aisé de
trouvercettecause,on ne s'en
éloignera peut-estre pas beaucoup,
enrefléchissant sur les
corps qui sontautour de l'eau
quand ellegêle. Or, quand on,
fait bien cet examen, on n'entrevoit
point d'agent qui touche
l'eau plus immédiatement,Se.
Sisoit plus propre à ta Glacer
quel'air mesme. Il ne faut pourtant
pas s'imaginer que la malle
cnticre de l'air produise cet effet,
parce qu'on la, doit regarder
commeune place publique, où
regne un nombre inombrable
dediférentes matières , quiont
toutes leurs proprietez particulières.
Il seroitplus vray-femblable
de croire que l'esprit universes,
dont les Chymistes nous
démontrent,tous les jours t'éxiftance,
lors qu'ils exposent à
l'air la teste mortede quelques
Minéraux, estleprincipe naturel
quifixe&:congele l'eau
dans certainstempsde l'année.
Ainsi il y a beaucoup d'apparènee
que les Tels volatiles invisibles,
qui forment cet esprit,
ayant moinsde mouvement
l'H yver qu'en toute autre Saison,
s'arrestent 6c demeurent
fichez comme autant de petits
coins dans les parcelles aqu. ufes^
au travers desquellesils n'ont
plus la force de continuer leur
mouvement d'oùvientque les
parties de l'eau, de coulantes
qu'elles estoient auparavant, demeurent
immobiles les unes au.
pres des autres,forment un
corps dur,àqui on donne lenom
de Glace.
Les expériences, dontje vay
parler, n'appuyent pas mal cette
conjedure. Si l'on prend un
morceau de Glace, & qu'on le
fasse évaporer au feu, on trouveraau
fond apres l'évporation
beaucoup plus de sel,qu'on n'en
recueille, lors qu'on fait exhaler,
un
tei volume égal d'eau commune,
Or cela me paroist une raison
forte pour persuaderque le fèl
estle veritable principe, dont la
Nature se sert pour durcir les
liqueurs aqueuses.
D'ailleurs, la Glaceartificielle
est encor une preuve pour me
confirmer dans ce sentiment.
Car, quand j'examine cetre production
,
je ne vois pas qu'ilsoie
aisé de l'expliquer, que par quelque
chose d'équivalant à ce que
j'ay déjàavancé. Et pour mieux
faire voir ce que je mets en
avant, il faut que je dise comment
on fait la Glace en route
faison. Pour le faire, l'on n'a
qu'à mettre dans un Verre une
quantitéégale de Sel commun,
deNeige,& de Glace,qu'onagi.
tera un peu, au moment qu'oit
aura mis le Verre au milieu d'un
Bassin plein d'eau. Alors l'eau
duBassin, qui entoure immédiatement
leVerre,se préd à mesure
que les matieres qui font dans le
Verre se fondent & se dissol
vent. On fait encor figer l'eau
d'une autre maniéré, mais bien
plus surprenanre, puisqu'on la
fait cailleraumilieu d'un brazier.
En voicy tout le secret.
On prend un Plat remply de
Neige, au milieu duquel on
place un Verre plein d'eau; apres
quoy vous n'avez qu'à mettre
le Plat sur les charbons ardens,
,& vous verrez aussitot avec
plaisir que l'eau du Verre se
prend à poportion quela Neige
se fond.
:T Ceux qui s'appliqueront à penetrer
les causes de ces Phénomens,
ne trouveront peut-estre
rien de plus probable que des'imaginer
que les corpuscules de
l'esprit universèl, qui tenoient
les parcelles aqueuses de laNeige
8c de laGlace ferrées & liées
ensemble, font mis enliberté par
l'action du feu, ou du sel commun
, car ces deux agenss'élanans
de toutes parts dans le composé
de la Glace, la dissolvent,
& en deviennent de telle forte
les maistres, qu'ils mettent en
déroute tous ces petits corps
froids, après les avoirdénichez
des pores où ils s' stoient retirez.
Mais parce qu'ils les poursuivent
sans relâche, & qu'ils
les mènent toujours battant
jusqu'à la circonférence de la
liqueur, il n'est pas mal aisé de
s'imaginer qu'ils passent enfin
au travers du Verre, puis qu'ils
font assez subtils pour le pénétrer.
Ainsi,venantàse répandre
dans une eaunouvelle, où ils ne
trouventrien quilesinquiète, ils
la gêlent, comme feroit un vent
deNort bien froid, qui viendroit
à y soufler.
Apres cette explication de Ta
Glace, il faut démontrer ce que
c'est que le dissolvant de l'estomach,
puis qu'il est le premier
agent qui produit son effet sur
les boissons à la Glace. Mais
pour bien-entendre sa nature,
cherchons en la source avant
toutes choses On n'aura pas de
peine à la trouver, si on sçait
uefois qu'il ne se porte naturellement
rien àl'estomach, que
par lespetites glandes qui font
parsemées par la membrane intérieure.
- Il ya pourtant encor la bouche
éc le gozier qui luy fournissent
une partie du ferment, qu'il
employé à cuire lesviandes;
maisilest vrayque les liqueurs
ne s'en chargent point, à caulç
delarapidité avec laquelle elles
coulent, quand on les prends
C'est pour cela que je ne parleray
point de la salive, lors que f'expliqueray la digestiondes
liqueurs,
quoy que pourtantelle
soitunsuc,capable nonseulementde
penétrer les viandes
solides, lors que nous les roulons,
danslabouche, mais aussi
de les réduire en chyle, comme
nous le voyons en ceux qui n'ont
pas le soin de se nettoyer les
dentsaprès lerepas. Car,sideux
ou trois heuresaprès avoir mangé
,
ils se lesessuyent, ils en
ostent une matiere tout-à-fait
semblable au chyle; ce qui est
une preuve évidente que la salivecontribue
beaucoup àladigestion
des alimens.
- Puis qu'il n'est pas besoin de
faire intervenir la salive pour
digerer les liqueurs, ilsuffit d'imaginer
qu'il distile des glandules
du velouté, quin'equela
tunique intérieure & glanduleuse
de l'estomach, une humeursubtile
& penetrante, qui
sertà leur coction. Ce n'est pas
sans fondement que je fais fourdre
une humeur de ces glandules,
puis que les expériences
nous en apprennent la vérité.
Car si nous examinons de pres
tous ces petits grains glanduleux
qui font la meilleure partie
du velouté,nous verrons que
chaque grain est percé par un
trou sensible,dont on voit sortir
par lacompression une eau claire
quisedécharge dans l'estomach.
De plus, on remarque aussi dans
cette membrane une infinité de
poils courts &: déliez, qui naissent
entre ces petites glandes.
Quoy qu'on ait pris ces poils
jusqu'à présentpour de simples
filets, neantmoins quelques sçavansAnatomiftes
modernes veulent
qu'on les regarde comme
autantdepetits tuyaux glanduleux,
d'où découleunelymphe,
qui fait partie du ferment de l'estomach. xwLt
Ce n'est pas assez de sçavoir
qu'il suïnte toujours quelque
humeur des petites glandes du
velouté dans le ventricule, nous
devons aussi apprendre) d'où
ellesla puisent. C'estpourquoy
pour ne nous pas méprendrelàdessus,
je feray la reveuë des.
vaisseaux, qui y aboutissent, èc jerâcheray d'en bien penérrer
les fondions. Les arteresgastriques,
les veines du mesmenom,
les nerfs qui naissent de la huitième
paire, aussibien que du
nerf intércostal,deenfin un petit
canal particulier,sont les quatre
vâiqèitix qui accompagnent indispensablement
chaque grainconglomeré.
Quantauxarteres
&aux nerfs, ce font deux canaux
instituez de la Nature,
pour y porter ce qu'ils contiennent
;
les veines, suivant lesloix
de la circulation, en absorbent
le sang que Les arteres y ont
charié, & que les veines doivent
voiturer au coeur;mais parce
que les racines des veines dans
ces glandes ne peuvent recevoir
le sang à proportion qu'il leur
est transferé par les extrémitez.
des arteres, il est necessaire qu'il
s'accumule dans ces extrémitez,
&,qu'il les gonfle. Or cela ne
peut arriverqu'iln'exude autravers
une liqueur lymphatique,
qui s'échape doucement par plusieurs
petits filamens creux ,
qui
sont naturellement pratiquez
dans la substance mesme des
glandes; & comme tous ces filets
déliez s'unissent enfin au
petit canal particulier, que j'y
ay remarqué cy-dessus, l'humeur
lymphatique y accourtpar
conséquent pour se dégorger
dans la capacité mesme de l'estomach.
J'ayavancéavec beaucoup de
raison que le fang, qui coule
avec rapidité dans les arteres
épigastriques, & qui ne peut
estre reçeu avec la mesme précipitation
par les principes des
veines,laisse échaper une partie
de sa sérosité au travers des
vaisseaux. Car les expériences
Anatomiquesnous apprennent,
que quand on lie laveine cave,
ou l'aorte, ou quelques-unes de
eurs branches, il sefait toûjours
in épanchement de sérosité
dans
les
parties voisines des vasseaux
du fang, qui sont tumefiez.
D'où vient que c'est une
soyconstante dans le cours naturel
du sang,desedépouiller de
la propre sérosité, quand il trouve
quelque barriere, qui s'oppose
à son mouvement.
Ce quej'ay dit jusq'uà préfen-c
du levain de l'estomach, se peut
tres-bien appliquer à celuy quise
trouve dans les menus boyaux;
L sans repéter ce que j'ayavancé
de ce premier levain, je diray
feulement pour l'heure que le
dissolvant des intestins est beaucoups
plus puissant que celuy de
l'estomach, & cela se prouve
par les veines lactées, qui prennent
toutes teurs racines dans
les intestins, & qui n'aboutissent
aucunes à l'estomach. D'ailleurs,
on ne voitdans l'estomach
qu'une matiere grossierement
dissoûte, qui n'a pas cette fluidité,
ny cette teinture blanche,
qu'elle acquiertdans les boyaux..
Mais ce qui confirmeencor davantage
la vérité de cette pensée,
c'est ce que les Anatomistes
ont remarqué dans la formation
du Poulet, carily onttrouvéun
petit canal particulier,qui aboutit
dans l'intestin, où il porte la
substance du jaune. Ce que la
Nature n'auroit sans doute jamais
fait, si ce n'estoit là où les
alimens reçoivent ce degré de
perfectionqu'ils doivent avoir
pour devenir du chyle.
Apresavoir vu comme cedissolvant
se conduit dans l'estomach&
dans les boyaux,voyons
ce qu'il y opere;mais il feroit à
souhaiter d'avoir auparavant TL
dée de ce qu'il est en luy-mesme:
c'est pourquoy jem'y appliquerayavant
toute chose. Quoy
que cette matiere soit tres-difficile
à cause des moyens qui nous
manquent pour faire les expériences
necessaires sur ce dissolvant
; cependant je tâcheray de
dire quelque chose desijustelàdessus,
que je n'insinuëray rien
que de probable.
Il n' y a point de glandes soit
conglobées, soit conglomérées,
que la Nature n'ait munies d'un
petit canal particulier, qui voiture
ordinairement une lymphe
claire. La science des glandes
& des vaisseauxlymphatiques,
nous apprend que cette lymphe
sert toûjours de ferment aux liqueurs
des lieux où elle se dégorge.
De plus, cette mesme
science nous enseigne aussi que
ces deux especes de glandesdonnent
communément des lymphes
également douces, subtiles
&transparantes; c'est pourquoy
l'une & l'autre ont tout-à-fait
duraportentr'elles.
? De cette connoissance, nous
trouveronsles moyens de sçavoir
ce que c'est que le dissolvant de
l'estomach,& pour cela, il ne
faut que consulter les Chymistes
lors qu'ils travaillent sur la
Lymphe, ou sur la serosité du
fang. Ainsipuisqueparladistiation
qu'ils en font, ils tirent
quantité d'eau & de sels volaties
,avec une huile pénétrante,
& tant foit peu de terre;on ne
doit pas croire que la Lymphe
soit composée d'autres principes,
si ce n'est un autre quiéchape
à tous les foins des Chymistes,
parce que les vaisseaux distil'atoires
n'ont pas les pores assez
ferrez pour le retenir. C'est
cet esprit de l'air dont je veux
parler,qui nous anime principalement
,& qui donne au fang
artériel sa couleur brillante &
vermeille. Ainsiil y a beaucoup
d'apparence que cetespritintervient
dans la digestion des alimens,
&ce qui le met hors de
doute, c'e st l'Anatomie qui
nous démontre dans les Poisions
un petit canal qui fort de
leurs nageoires, & qui va s'inférer
dans l'estomach.
L'Anatomie de la Lymphe,
jointe à ce que nous enfeignenc
les Chymistes sur l'action des
sels
, nous fera clairement pénétrer,
comment cette Lymphe
digere les liqueurs, telles que le
Vin, que je prendray icy pour
exemple. Ainsi il faut penserqueleVin,
au moment qu'il
est parvenu au ventricule,est
aussi-tost pénétré de l'esprit de
l'air, & du sel volatile ~alxali,
dont la Lymphe est toutechargée.
Je ne parle point icy des
autres principes de la Lymphe,
comme de l'Eau & de la Terre,
qui font prcfque sans activité
dans la coction des alimens
Quant à l'huile pénetrante,on
sçait qu'elle sert seulement de
souffletà l'espritde l'air pour le
rendre plusagissant. Ainsi pour
bien entendre comment le fait
la digestion du Vin,c'est assez
de penser avec beaucoup d'attention
aux proprierez de l'esprit
de l'air, & du sel volatile
dela Lymphe; & l'on ne 01an.
quera pas de s'imaginer, que ces
deux principes actifs & dégagez,
commeils sont,nes'élancent
par tout le Vin, aussi-tost
qu'on l'a pris. C'est pourquoy
l'esprit de l'air rencontrant la
partie saline-sulfurée du Vin,
l'insulte& l'attaque par mille
chocs redoublez,jusqu'à ce
qu'enfin la partie sulfuréesoit
tout-à-faitdévelopéede làfa.
line avec laquelle elle estoit
unie.Mais apres quecette partie
sulfurée du Vin a esté ainsi dévelopée
par le trémoussement de
l'esprir de l'àir , elle en vient
aux prises avec cet esprit
: d'où
vient qu'il s'excite entre ces
deux élemens uneeffervescence
considera ble,qui ne se termine
que parlaconcentration de l'esprit
étheré avec la partie saline
qui rcfte. Durant ces entrefaites,
le sel volatilealkali dela
Lymphe jouë aussi son rôlle:
car en impregnant toute cette.
masse liquide
,
il fermente de
son costé avec les selsacides,
qui y font naturellement.C'est
pourquoy ces deux sels, c'est à
dire ce sel volatile de la Lymphe,&
l'acideduVin, se fixent
l'un & l'autre apres leur action
réciproque,de mesme que nous
voyons les acides 8t les sels volatiles,
qu'on tire des Animaux,
se fixer apres leur mélange &..
leur effervescence.
Les actions de l'esprit étheré
& du sel volatilealKali de Isa
Lymphe sur le Vin, me menent
insensiblement à reconnoistre
qu'il se forme dunitre dans la
digestion des liqueurs: car nous
avons veu que ces deuxprincipes
façonnent & construisent
deuxsels de différente nature;
lors qu'ils agissent sur le Vin.
Premièrement, l'esprit étheré
':
se concentre avec la partie falinedu
Vin,apresen avoir dés
-uny la sulfurée ; C'est pourquoy
cette partie se change en
acide;comme la Chymienous
en fournitdes exemples dans
les productions naturelles &
arrificielles de l'acide. En second
lieu, le sel alKali volatile
se ~Sg par l'union étroite qu'il
contracte avec l'acide du Vin.
C'èft pourquoy cs deux sels,
c'est adireceselfixe,& cetacide,
venant à se rencontrer durant
ladigestion de la liqueur,
ils boüillonnent ensemble, &
fermentent par consequent le
composé ou ils font. Maisapres
que ces selspar leurs rencontres,
sesontpénétrez, & comme rassasiez,
ils demeurent unis ensemble
,&sontun sel de Nitre,
comme estceluy qu'on fait artificiellement,
quandon mêle des
espritsacidesavecleselfixe de
Tartre.
Je n'ay plus rien à dire sur la
digestion des liqueurssicen'est
quela Nature dans cetteopéranon
,semble n'avoir d'autre but
que la confection du Nitre:
C'est pourquoyj'envisagecesel.
comme le soûtien & le fondementdenostre
vie,puis qu'il est
tres-propre pour entretenir dans
le sangcetteflâme pure, qui le
rend animéaussi-bien que toutes
les parties de nostrecorps,où
elle se distribuë. La neceffitc
de ce sel seremarque aussi dans
la végétation des Plantes: car
elles ne poussent leurs branches,
leurs feüilles, leurs boutons &
leurs fleurs, que quand le Nitrese
trouve en abondance dans
là Terre. - Je pourrois apporter
despreuves pourconfirmer cette
vérité. Mais il est temps de
voir, si nous tirerons de nos priru
cipes quelque chose qui puisse
servir à décider la Question du
Mercure.
Il estcertain que ces principes
estant bien entendus, on peut
donnerassez seurement, &avec
plusde netteté,des décisionssur
les effets des liqueurs à la glace.
Mais pour bien y réüssir,il faut
d'abord sçavoir que ce principe
qui donne la fraîcheur aux liqueurs,
est dela mesme nature
que l'èsprit étheré de la Lymphe
, & que l'un & l'autre de ces
principesne different, qu'en ce
que le premier ,qui raffraîchit
l'eau, n'a que peu ou point de
mouvement, aulieu que l'autre
quirayonne dans la Lymphe , SL
beaucoup d'activité. Les preuves
que j'ày cy -
devant données
,sur ce que l'air intervient
dans la digestion des alimens,
jointes à celles qui nous ont démontré
quel'esprit del'airétoit
l'élement qui congeloit les liqueurs
aqueuses, m'assurent
que ces deux agens font les mêmes
en nature,& qu'ilsne font
differensque par les divers états
où ils se trouvent. Ainsi l'on ne
doit pas douter que ces deux
principes ne soient capables des
mesmes proprietez ,pourveu
qu'ils soient meus par une même
cause. D'où vient que je
fuis porté à juger que les Boissons
àla glace ne peuvent nuire
d'elles-mesmes sur tout lors
quele ferment de l'éstomach
leàstsortactif Car en ce temps- quoy que l'esprit de l'airdans
les Boissons fraîches foitd'abord
capable par son amortissement
de rallentir le mouve- .,
ment impétueux de l'esprit érheré
,
&. du sel volrtile de Lt
Lymphe; néanmoins il sçait
bien-tost leur premiermouvement,
& contribuë en suite,
comme eux à la digestion qui
se doit faire.
D'ailleurs,puis qu'on ne boit
guère à la glace que des liqueurs
subtiles ycomme le Vin, la Bierre,
&c. on en doit encor moins
sentir d'incommodité; parce que
ces liqueurs font - chargées de..
parties spiritueuses & sulfurées.
capables non feulement de se
fermenter avec les petitecorps
-
froids
froids dela liqueur,mais d'augmenter
aussi avec eux le levain
de l'estomach par leur cffcricircence
naturelle. Suivant ces
principes, je ne feray pas de difficulté
d'avancer qu'il est sain
de boire à la glace, comme on y
boit en France. Mais ceux qui
ont le levain de l'estomach trop
vaporeux, en doivent attendre
sur tour beaucoup de bien, parce
que cette Boisson le tempere
en modérant sa trop grande activité.
Je ne dis pourtant pas qu'il n'y
ait des Personnesqui ne boivent
jamais à la glace, sons estre travaillez
dans le temps , ou peu
après, dequelques douleurs de
Colique. Mais ces douleurs ne
semblentpointnaistre des aitérations
que la fraîcheur des liqueurs
cause dans le levain de
l'estomach, comme ilarriverait,
si cetre fraîcheur estoit nuisible
d'elle-mesme. Ilest donc plus
vray-semblable, que de pareilles
douleurs arrivent par accident,
Zz qu'ainsi ceux qui les éprouvenr
ont la tunique glanduleuse
de l'estomach, oudes intestins
trop délicates, &: quelquefois
mesme froissées enquelques endroits.
C'est pourquoy comme
la tunique nerveuse, qui touche
immédiatement la glanduleuse
par dessus
,
est tres-sensible
,
à
cause de la quantité des- esprits
qui y reluisent, on n'aura pas de
peine à s'imaginer que les impressions
inaccoûtumées
,
qu'y
font les liqueurs à la glace
, cxcirent
toutes les douleurs qu'on
ressent en pareilles occasions,
Cependant ceux quihabitent
le bas des Montagnes, &. qui ne
boivent que des eaux de Neige
, semblent insinuer le contraire
de ce que je pense sur les
effets des liqueurs à la glace.
Carilsneparoissent estre sujets
aux Ecroüelles & aux Goëtres,
qui leur font si familiers, qu'à
cause des eaux de Neige, qui
détruisent peu-à-peu le levain
deleur eitomach
,
& qui changent
aussilatissure naturelle des
petits tuyauxglanduleux par
où ce levain a accou stumé de
distilier. Mais cette objection
ne fait rien contre ma pensée, .., puis que je n'ay pas prétendu
qu'il soit fin de boire en aucune
saison des eaux de Neige,- nii
contraire, jefuis tout-à fait éloigné
de ce fenriment, à cause de
l'acrimoniequi accompagne
incessamment la Neige, & qui
naist, sansdoute, des foulfres &
des sels piquans. quisesubliment
dans l'air avec l'eau, dont la
Neige se forme. Je pourrois
fournir icy quelques preuves,
pour confirmerque la Neige
est acre &corrosive; mais il est
temps de finir, & de conclure,
qu'il est soin de boire l'Eté à la
glace, à cause du levain de l'estomach
,qui est alors fort vaporeux,
& qui a besoin par conséquent
d'estre temperé pour
mieux faire ses fonctions.
L'Autheurdes Versque vom allez*
voir, est d'opinion contraire. Vous
ne serex, pasfâchée de l'entendre
raisonner.
LE CASUITE
En matierèd'Eau. NOus Docteur en Theologie,
Consultésurnn nouveau Cas t,)irftyadndon jeûne,onpeuthors,
desrepas
Boire de l' Eau;disõs qu'en tout temps
delayte Ondés qu'ilUJproul
en>ie^
Et que nous rid\onfjamaislé
Que l'usageenst;tWrf,n
Au contraire, rEliNfut de tout temps
bonne à boire.
Ilestbienvray qu'autresois l'on aVû
Créverle Genre humain pour enavoir
trop bus
Maisaussic'estchosenotoire,
l'excès,<juelquilfbit3riajamaiû
rienvalu.
LeVin que nous yoyonsfaire tant
l'entenduy
£jii sefaitpromenersur laterre <3*
, surl'onde,
Et de qui le crédit estsigrand dans le
monde,
&u*ndilefifristouffur, nefait-il,
pointdemal?
Ilfait de l'HommeunAnimal,
Témoin la "iji¡'¡' avanture
Deson "Bon-homme Il'I.",ulte."
Qui bien que d*ailleursgrandDodè,
J' -- Dans la Navale drcbitffhoreg
Ne connoissoitpas bien laforce Çp la,
nature
De cetteperfide Liqueur.
Dësapropre Taiïerntissèpritsist
malheur,
Etfut trouvécouchépar terrefiff
l'ordure,
Tans une indécente posture,
Ettoutcelaypour l'avoirbûsans £<tur
Cb, quileufi bien mieuxfait de boire
de l'Paupi/re!
Maisenfin retenonsà nostre Cas nouveau.
del'Eau
Qüy, quand onjeûne, onpeut boire
En tout temps,foisonnon;Notezpar
f/urenthif
.R,&'onn-lentendpas de l'Eau de
FYtlift,
Frtlml»ifi, Groseille ou Vrrfus9
Etmoim encorde L'Eau de sieur
d'Orangsy
TonquiUetenfin toute BIll quisefait
par mélange;
tfTaus mélangessont défendus,
Comm artifices superflus
De la délicatessehumaine.
Ces&rufragesfriansnesont que des
abus;
Ouditde l'Eau toutcourt, de EIl.:
Jtmplet çp rienplu.
AIlfur/lus) qu'ellesoit de Puits, oit
de Fontaine,
De Riviere, ou de Vdre, ilest ayez
- égal;
Point de Glacesur tout, oul'onferoit
tres-mal.
Ce/IIY dont le conseildupa le premier
Homme,
Et quPi louyfmit mamngeredel*fatale , EJI encor de nos jours, entre mille atttres
Jtfetsy
1 Autheur maudit de boirefrais,
La-GLace est unpoisonpour le corps C?
pour l'ame,
Cette Eaupéirife'e est un brttçage infime.
jBtftcns comme on abû de toute anti-
'jllité,
Et ne confondonspointl'fffter ayee J'¿ut.
Dieu quisçait mieux que nousordonner
toutes choses,
N'apasvoulu mêler la Neige aiVee les,Rofess
LafuitedesSaisonsn'estpasànostre -
choix;
S'y vouloiropposer, c'estluyfaire unir
injure,
TIfitlittfJUS nosbesoins, ilfautsuivre
JesLotXy
Et nepasrenverser l'ordre de Itl Nature.
-
REPONSE
AUX QUESTIONS
DU DERNIER.
EXTRAORDINAIRE.
UN Amant qui fera assez
aveuglé de sa passion pour
aimer sans estre aimé, dira qu'il
n'y a point de plus grand chagrin,
que de ne recevoir aucunes
marques de correspondance de
la Personne qu'on aime; & un
autre,que celle qui aime, & qui
de temps en tempsfait paroistre
de la froideur ou du mépris pour
celuy qui n'a des yeux que pour
elle, en fait un Martyr d'amour.
Quoy que soufrent ces deux
fortes de Protestans
,
ils n^n
doivent accuser,l'un,quel'excés
de safolie, quifaitqu'il s'obstine
à aimer une Insensible; & l'autre,
que la foiblesse de son esprit,
qui l'empesche de se rebuter
d'une inégalité d'humeur si
pbeleu fuportable. Ainsi il me semqu'on
peut répondre plus
justeen disant que puis que les
coeurs de deux vrais Amans ne
doivent jamais estre partagez,
le plus grand chagrinqu'une
Belle puisse causeràceluyqui
l'aime,c'est de cacherquelquefois
sa passion,&de luy donner
sujet de croire qu'un autre a
trouvé moyen d'attendrir fom
coeur.
Il est plus aiséde résoudre le
seconde Proposition. En effet,
si le souvenir d'un plaisir passé,
dont on ne joüit plus,donne de
la peine, elle est si douce & si
agreable dans ce moment,qu'-
elledoit estre appellée plaisir
Joignez à cela celuy que l'on
prend dans une vive & flateuse
idéed'un contentement passé.
Témoin ce galant Chevalier
Romain, qui ayant envoyé Anneau un à sa Maistresse, & se
figurant de le luy voir passer à:
sondoigt,souhaitoit nlCtt- Itamorphosé
en cet Anneau,pour
devenir comme luy inséparable
dela Belle qu'il aimoit, &joüir,
en la voyant à toute heure, d'un
bien si douxàson fouvenir.
La troisiéme Question est
un peu difficile à décider. Un
Amant qui se déclare d'abord,
quelques termes passionnez qu'il
puisse employer, donne lieu àsa
Maistresse de se défier d'un si
prompt amour. D'un autre
costé, une Belle qui ne reçoit
autre déclaration qu'une affiduité
continuelle, peut douter
qu'onl'aime. Il estvray que le
silence est bien éloquent, quand
on a le coeur atteint. Les complaisances,
les soins, les regards
tout parle, & il est difficile de
s'y tromper. Ce fut par cestendres
marques de passion qu'Enée
fç eut toucher le coeur de la
Reyne de Cartage, sans le secours
des paroles.
Pour décider la quatriéme
Proposition, on peut dire que
si la Belle qui mal-traite
son
Amant, a eu quelque amour
pourluy, il nepeutsans l'offenser,
luy faire paroistre son desespoir,
en se souhaitant la mort,
ce qui ne sçauroit toucher celle
qui n'a jamais eu que de l'indisérence
pour cet Amant. Quant à la demande qu'on
fait, si on peut boire à la glace
sans en recevoir d'incommodité,
>je dis que le Vin pur nepouvant
soufrirdanssasubstance aucune
qualité contraire à sa nature, si
en Eté on le rafraîchit dans la
glace, il n'en peut tirer aucune
autre qualité que celle qu'il a
dans le plus grand froiddel'Hyver,
& qu'ainsi il n'en sçauroit
arriverde mal, si ce n'cft qu'en
le
-
buvant quand on est trop i
échausé, les pores estant alors
trop ouverts, il dissipe la chaleur
naturelle,ce qui peut causer
quelque maladieaussitostaprès,
ou par succession de temps, une
debilitédenerfs, & autres accidens,
qui quelquefois tendent à
la goute. Au contrairedel'Hyver,
dans lequel tempsilfortifie
les nerfs, & adjoûte de la chaleur
à la naturelle.
DE GLOS,Hydrographe
aHonsteur.
Voicy ce quej*ay reçeitd'Explu 1
cations en Vers sur les deux Enigmes
proposées dans ma Lettre do
mois d'Aoust, dontlesMots estiont
la Cire& leCachetpourla premiere,
&lesBalancespourl'autre.
1. cLimene ayanttrouvésur lapremiere
Enigme
Lesens qutUe cachoit danssonobcure
rime,
-eElle mel'envoyadans unBilletécrit,
Afin defaire Voir qu'elle aVoit de l*efi
prit.
Helas!pensant d'abordque ma belle
Inhumaine,
Lajfi de sesma ,p,ci;we,
le meflatois déjà de quelque rendez-
>ous,
Etje crûs le traîner dans unBillet
si doux.
Jecourus prêmptement me cacherfour
le lire;
Mais ayant arrache le Cachet cr
la Cire,
l'y yis d'unbel Esprit les charmes,
les afpas>
Jl£*û ce bel£f'pritfeulne me contenta
¡.u.
DEBELLENCERle jeune,
Avocat àFalaise.
N II. Envoyezplusrien à Mercure
Qui nesoit detres-bon aloy,
Autrement, jejure mafoy,
Que dlt,,{ luy vousserezfortmauvaise
figure.
J£ue teotfoitfoitayet esprits
Odes,Sonnets, Madrigaux,Stances,
Ilpeze toutce 'lu'on¿'t/it.. L
Danssaseconde Enigme il nçftfat
sans Balances.
"': Lemefme.
III. ET cetteEnigme, (Y ..,ostr'" coeur,
~rr ïïc Iris,pourmon nu/hNlr,
Sont à mon égard m?fine choji;
Tous deuxpour moysontLettrechose.
Cependant mon amour tr:Jlè) & le
ItlefaruMtedoéiv:seélcobpefe,-r l'un (jr l'autremis- Io
"J^ompe^ vostre sil nce, &' me t¡r{
d'affaiire,
Ilme tient icy lien de Cire,& de Cachet.
GARDIEN, Secretaire du Roy..
R IV.
Eceye^ mon amour,la 7)eU.",
$cftd"un or tres-pur point léger,sans:
déchet,
A l'épreuve de la Coupelle, .Al'"fflW"II-rTrébuchet..
Le mesme.
V. Afairetant ÚSjiflS;
Selon toutes lesapparences,
Jumeaux,vousestes les Bassins
Donton compose les Balances.
DELOSME,cy-devant Controlleur
des Muses deMontasnel.
VI. - 1- DEPascalje comprensCPnigmer
Maùilriefipatbejoindémexpliquer
en 7(ÚiIe1
fuû qu'on en peutdéminerlesecret
Lors quesur dé la Cireon imprime
unCachet.
LA BLONDINE CVNTIH^.
de Provins.
H VII. , Eluraeuxp, heeurresuéx lv'Aemraantntdconet
RendenfinsonIrissensibleàson tour- ment,
Quipesant tous les maux qu'il endure
en l'aimant,
Met autant defaveurs dedans l'autre
Balance.
L'Amantoysif.
VIII: pF* que nous nous quittons, Cf
changeons dedesirs,
Rl''tns:belle Iris,que nous coftiom
ensemble,
Et que chacun de nous ilpm"lyQUs>
yosbaijersi NIoy. mesJûApirs;
MtlÑj'entens vosbaisers de mise
Etmessoûpirs,debon aloy, Etquesansdelay,sansremises
Lesurplussoitapres rendu /it Çonrte*
Ay-
Tpar-imider entre vous ce Compte
Sans tricherie&sanserreur,.
Ecrivezà ('(Jmi'(,si monte
Le normbereudessbaeisearsqrud'enet'AuPlrO"-
Toi kyres m'ont donnésans honte,
Et moy, des soûpirs de moncoeur
(Autans que ce calculpeutestreenma
puissance )
I'deriray le nombre {3* valeur;
uisnousprendrons une Balance
.A 'JCajjinsd'id'égale continence,
Et pezerons à la rigueur
Mon Memoire,& yoftre^Dep'enJ?,
le m'offre à cette épreuve,&jure en
affurante^
Quevous me devrez du retour.
Pournepas acquiter les Debets en
amour,
Vous avez,je lesçais, trop bonne conscier,
ce.
Sur messoûpirsp°ujje\%tous"vos batsers
rcçeus
Aurontsans-douteledessus.
IXD'A MBR.EVILLE, de Lisieux. ,. I tu "véuxfççyoir lesecret
à la premire£n'gms onos
commettre,
i(omfs la Cire,oste le Cachet,
Tuledécouvriras apresdanschaque
Lettre. ';,
Le mesme.
A X. Yant la trois ou quatrefois
LasecondeEnigme du MON"
J'entrois en quelquedéfiance,
Enremarquantqueson Autbeur,
Comme voulant mefairepeur,
Mettoit mon esprit en Balance.
DARGENT, Commis de l'Extraordinaire
des Guerres.
1 p XI. Hilis, quoy qu'à mes yeux Y'IIS
paroissiez un Ange,
Etque ne doutantplus de mafidél-ité, r.- vouliez luy donner ce qu'elle i
merité,
Vos rigoureux Parenssont d'une humeurétrange.
ji moins que nos bienssoient Jejuftc
'.r"/it"
Ils compterontpourrienmérite,qualité,
Et je lesvoy tosuprestsà me éfovner
le change?
SjteVencrexyltpapierarrefientnojltt
sort,
Etsans plut jrr"r'jfnyôns cette
affaire;
'j&vtrement,je lejure, Amour, "HlM
estes mort.
•
Le PicardHollandois
A XII. Minte,vostreEpouse enpezant
f&S(CMy
Sur la secondeEnigme efi bien tsoiw
c ta.balance,s
61; voitparsonpoids quit'éUye le It., -
Quec'estunTrébuchet, AutrementÚ"
- Balance.
L'ABBE'DE LA CHOIX, Chapelain
Royal de Blois.
i XIII. Evoybien que maveine s'ouvre,
Çtqu'ilfautquejetou* d/couyre-
Le Mot del'Enigme du Mois.
Thilif%.ejcerce\yoftreyoi}ty
Pendant quenousprestons l'oreille,
Chacun enffdur.4 la merveille.
Pour moy, tout lepremier de bon coeur j'yconsens,
Et jeveuxsans Balanceenpezer lé
bonfem,
Gtifik^deRennes;.
Mademoiselle le Comte,d'Alençon,
asff; trouvelaCirevleCachet,
ainsi que Ml: leGivre Avocatà Prew/
fjy le chevalierVatin; le Plotifan.
d'Auteüil; la jeune Bergere de la
Ruë Montmartre; Fanchonete, de
l'Isle Nostre-Dame ; &- la Nymplte
de la Vienne. On l'aencorexpliquée
sur l'Encre, le Papier, lesTabletes,
sa Bouche &la Langue, les
Livres, la Clef& la Serrure,
les Mains, une Valise de Messager
le Feu &la Fumée, le
Jour & la Nuit, la Consonne&
la Voyele, le Bras&la Main""
Ilfaut voornommer ceux qui ont
expliqué lasecondesurlesBalances.
Ce sont Messieurs R. Becha
Prestre à Nantes; Bassetde Brelay,
d'Issoudun,Blanchard, deChasteauroux
; N. Troisdames;Des Bfl
sartsd'Alençon,de Morlaix;Pagés,
d'Amiens; De Boissimon C.D. C.
Pillon, du Quartier des Halles;
lÏAbbi de Rouville; R-Na£arf,
,dAL,
du Palais; Serrant, CurédeNogent
leRoy; Beauvallet,de Roüen; C. Huuge;
Durantlejeune; Haumont,du
Pont deBois;Lechevalier Blondel;
Judic,de la Ruë de Lamoignon;De
Glos,Professeurde la Navigation à
Honsleur;LeBonClercdeChâlonssir
Saône; Pellerinde Bresteau; L'Abbé
Morin delaBouterie; L'Antagoniste
d'Argentan;Mesdemoiselles Tonnelier
Bolotte, de Paris; Dela Cour,
deS.Denys; DeRouvilié; Tamiriste,
de la Ruë de la Cerisaye; Les
Réclus du Marais; LesEnfans toutes>
Le Philosophe deVillefranche;
Le chevalier de la Salamanere;
Alcidon, du Havre de Grace; L'aimablc
Solitairede Vannes; La petite
Agnés de S. Marcel; crfaEa:>vtt>
deMorlaix. La irnjîne Enigme 4
tjle encor expliquéesur les Seaux
d'un Puits, vsur le Métal &
Minéral.
Lesens de toutes les deux a eslé
trouvépar Mesdemoiselles du Puy
d'Argery; C. le Brest, de la Ruë
Montmartre; Langlois, de la Ruè'
de la Fromagerie; Guillot, du coin
de la Ruë aux Ours; & par Messieurs
Gardien Secretaire du Roy;
Martel; Vialet, de la Rüe Montorgueil
; Leger de la Verbissonne; Le
Prevost Royald'Amiens; LeFevre,
Greffier en la Prevostéd'Amiens;
Berrier, Maistre de 14 Poste de Beauvais
; De la Fontaine, Maistre dtt
Corbeau du mesme lieu; Le Brest,
de la Rüe Montmartre; Du Formanoir
, Notaire à Boulogne; vle
Coeur d'or de S. J^uenti/î.j
Mr d'Ambreville, de Lisieux, qui
a expliquél'Enigme enfiguresur
se Fusil, en atrouvé le vraysens.
Ilnous est représentéparPrométée
La Baguete qu'il tient, est PAliamete
s & lA Figure inanïmée, la
Chandelle. J'adjoûte les autressens
NDM l", a donnez. Le Cadran
air Soleil, l'Education des Ensans
la Grenouille, une Horloge,
des Orgues, le Cacher, la
Vertu, la Création du premier
Homme, les quatre Elémens
qui composentl'Homme,l'Ame
raisonnable,un Tableau ébauché,
laPhilosophie,la Religion
L'Idolâtrie,laPeinture,kMedecine,
l'Amour,l'Allumete, lEfp&
ritdl'éleoqueCncea,lanPooix-nrés.ine
ilme resteàvousexpliquerles
LettresenChifres, dontpersonne
n'atrouvéla Clef La premiere tfi
de l'invention de Mr de clainval.
Cette Lettreestd'autantplus difficile
à déchifrer,qu'elleest meslée de chifres,
dont les uns qui sont toujours
deux ensemble, ne signifientqu'une
seule lettre, &les autres, aussi deux
ensemble,signifientdeux lettres.
On les distingue, en ce que ceux qui
nesignifient qu'uneseule lettre, ne
sont suivisd'aucune ponctuation,
que ceux qui marquentdeux lettres,
ont un point admiratif, ou interrogatif,
ou deuxpointsàcostéou
aude(fut. L'Alphabetdessimples
lettres commencepar le nombre [0,
sansppoctuationjusqu'au nombre 33,
quifaisant une vingt-quatriémelettre,
marque la conjonction &. Ainsi
10fait a, 11b,12 c, 13 d, &c. roUI
remarquerez, qu'on peut Adjoûter
deuxfois trente à chacun de ces nombres,
poursignifier les mesmes lettres
de troismanieres diférentes, ce
qui rendcet Alphabet triple, enforte
que les nombres 10, 40~&70,signifient
également la lettre A 11, 41
~&71, la lettre B, ~&ainsidesautres
jusqu'à 33 ,
63. & 93, qui tous
troissignifient la conjonction &C.
ily a un autre Alphabet tout diférentpourles
deux chifres poctuez,
qui signifient deux lettresensemble.
Tous lesnombres de lapremière dizaine,
avec un point interrogatif,
sont pour la lettre A, seon quelle
estjointe à chacune des cinq voycles,
deux des nombres de cette dizaine.
fermant a marquer la voyele avec
laquelle lalettre A est Jointe. Ainsi
les chifres 10?& 11? sont pris pour
aa,12?~& 13? pourae, 14?~& /j!
pour, i, 16? d" 17? peur ao, i§?&
19? pour au. Iln'y a en cela qu'un
peu d'ordre a observer. Il vous est
déja aisé de voir que tous les nombres
de lu fécondédizaine commençant
j)-:r 20? avec un pointinterrogatif,
sontpourle B,Selonqu'il est
Joint aux cinqorme
ce qu'onapprend d'abord aux petits
Enfans,ba, be, bi, bo, bu. 20? &
21? marquent ba, 22? ~& 23? be,
~& ainsi du reste. Les nombr s de
latroisiémedizaine qui est30sont
pour le C joint aux cinq voyeles
40?pour D. 50?pour E, 50?pour F,
70?pour G) 80?pour H. On recomtncncc
enfuite les mefines dizaines,
en
changeantlaponctuation,&mettantun
admiratifaulieu d'un interrogatif.
Ainsi 10!~& 11! signifient
ja, 12! 13! jejusqu'à 18! &tyf
rUe marquent ju. 20! & 21! signiîentKay
30! ~& 31!la, 40! ~&41!
ma, 50!~&51! na, (fo/ ~& 61! oa,
70! 71!pa, 80!~&81?qua. Les
Kijhws dizainesavecdeuxpoints,
ront pour les lettres qui nfient-,fci
voir 10: ~& II: pour ra, 20: ~& 21:
poursa,30: &JI:pottY ta, 40: ~&41:
pourva,50: 51:pourxa, 60:~61:
pour ya, 70: 6, 71: pour za,80: dp
81: pour le mot vous, qui est tresfréquentdans
nostre Langue, 82: &
83:pourle motnous,84:~&85:pour
ment,qui est la Ucrnierefiliale de
plusieurs mots, 86: & 87: pour ces
trois lettres int,88: ~& 89: pources
deux nt.
Ceux qui voudrontemployer ce
Chifre,n'auront qu'a en écrirel'Alphales
tout au long par colomnes,
tf!i¡¡, de trouver tout d'un coup lep
nombres qui conviennent à chaque
lettre,soit quelle soitseule,foit que
la ponctuation la joigne a un autre. Je vous ay déjafait observer que la
ponctuation peut estre ou à costé, m
au dessus des chifres. Par cet Alphabet
vous trouverez, que 41, qui
sont les deux premiers chifres de la
Lettre que j'ay à vous expliquer,
signifientma, comme estantlespremiers
de la quatrièmedizaine marquer
d'un trait au dessus, qui tient
tlrieiéumdeedpiozianitandemiratiflaquelle quarjI
destinée pour lit
lettre M.,selon qu'elle estjointe aux
cinqvoyeles. 40? avec un interrogatif,
signifie da. fins ponctuation,
marque lalettre m, qui peut
estre encorsignifiéepar 21 &par Si,
commeje l'ay dit d'abord. 74 signifie
un E1lit virgule quilefuit
faitconnoistrelafin du mot. Ramassez
cela, vous aurez,, Madame,
& en cherchant tous les autreschifres
selon les regles de ces divers
Alphabets, vous trouverez, la Let re
conçeuë en ces termes, dont je me
suis déjaservy en vous la proposant
dans le dernier Extraordinaire.
MADAME,
Vous trouverez ce Chifre
assez particulier. Celuy qui me
l'a envoyé, croit que nos Spéculatifs
n'en viendront pas aussi
facilement à bout que des précedens.
Il prétend mesme que
dans un fréquentusage, la mémoire
suffit sans la Clef; & pour
:Ic rendre plus facile àdéchifrer,
il ne s'estservy d'aucune nulle.
J'estimequ'il hazarde beaucoup,
ayant à faire à des Esprits aussi
penétrans que ceux de nostre
Siecle, Jean-Baptiste L'inconnu
D. C.
Je nedoutepoint que vous n'attendiez,
impatiemment l'Explication
de l'ingénieuse Lettre de Mr
de Vienne-Plancy,quisous unsens
ouvert en cache un autretoutopposé.
Voussçavez, qu'il s'est rendu ma
Caution sur cet Article. il eH trop
honneste pour ne m'avoir pas tcr.tt
parole; mais apparemment les defordres,
ordinaires aux Courriers,
sont cause que son paquet ne m'a
point encor estérendu. Comme il
ne peut plus venir qu'après queje
vous auray envoyé celuy-cy, je ne
vous apprendray que dans trois mois,
c'est à dire dans le deuxième Extraordinairequiparoistale
15.de Ianvier
1681. le Secret queje devois
vous éclaircir aujourd'huy. Cela est
ttUfl queje ne vous envoyépoint à
~réfent une autre Lettre de la mesme
~pece, qu'afaitele Bergerdes Rives
u Tarn, dans la crainte qu'il ne
n'en envoye pas la Clef dans le
'(mll qu'ilferoit besoin de l'expliquer.
Tout ce quejepuis, c'est de
n'acquiter de lapromesse queje vota
la dernicre fois de vous en envoyerune,
qui imite celle de Mr de
vienne- Plancy.C'est encor un
Compte de Marchand qui cache "si
Avisdegrandeimportance* MONSIEUR,
Voicy un compte exact
de ce que j'ay payé pour vous
suivant vos ordres; fupurez tout
Le 17. de Janvier,par ordre
du 22. de Dec. payé au Sr Si
mon 110'4
Le 10. & 22. de Fev. par ordr~
du 7. au Sr Louis Frambour
6001.~ Le 13, Mars par ordre du 14
Fevrier, aux Sieurs Kerling &
Ivelin, 110 i
Le 17. du mesme mois, par or.
dre du II. au Sr Robert Jacque~
230 l. j
Le 14. d'Avril, par ordre du
11. de Mars, au Sr Martin Xiphar,
9001,
Le 13 de May, par ordre du
16. d'Avril, au Sr Bertin
Echal
lart, 500
Le 6. deJuin, par ordre du 13
de May,au SDenisSevin, 160
Le 1. de Juillet, au Sr Rai
mond, no J
Le 10. d'Aoust, par ordre du
0. Juillet, aux Sieurs Estienne
Daubin&François Vanel, 1301.
Le 16. du mesme mois, par
rdre du 13. & du 22. de Juillet,
u SrOlivier, 220 l.
Le 13.de Septembre, par orre
du 11. & du 22. d'Aoust, au
r LoüisNivelet, 600 l.
Le 16. d'Octobre, par ordre
lu 23. de Septembre, au S Del
ys Danet, 1301.
Le 12. de Novembre, par or-
Ire du 5 d'Octobre, aux Sieurs
Estienne François Michel,
20 l.
Je fuis, Monsieur, vostre &c.
l'ay à voto dire, pour soulager
ceux qui voudront chercher le fins
que renferme cette Lettre,qu'il ne
faut s'attacher qui ces seulsmots.
Voicy un compte exact de ce
quej'ay payé pour vous, suivant
vos ordres; fuputez tout. Parle
moyen deschifres qui suivent, é+i
despremieres lettres des nomsfro
pres ~& dessurnoms,ilfautfaire
voir que les parolesqueje viens de
vous marquer, signifient touteautre
choses. Il n'y aaucunes nulles que
les zéro, qui ne sont point nulles
quand ils sont joints à I ~& à 10.
Ainsi10 &20 valent dix & vingt,
mais 1300 ne valent que treize, &
220vingt-deux.Iln'yaqu'unseul
Alphabet dans tout ce chifre, én
ceux quiaurontpû trouverlapremiere
lettre, trouveront aisement
toutes les autrespar la mesme regle.
Ce queje du en doit beaucoupfaciliter
l'explication, qui auroit esté
bienflusdiiffcile>sije n'avois pas
nverty que lespremieres lettres des
noms ~é* des surnoms, comme L
&FdansLouisVrambourg, contribuent,
ainsi que les chifres, à
faire trouver lesens de la Lettre.
QU ESTIONS
A DECIDER.
S I. I un amour secret récompense
de faveurs, est à préférer
àun amour d'éclat qui
¿onne de lagloire sans aucun
plaisir.
1 II.
Auquel une Femme doit Ravoir
meilleur gré, ou à celuy
qui a ilillié son esprit avant que
de se laisser charmer de sa beaQ
té; ou à celuy qui a aimé sa
beautéavant quede s'estre laiJTc;
charmer de son esprit. !
III. -
Si pour une liaison de ten
dresse, il est plus agreable l s'attacher à une Personne da
seize ans, qu'à une de trente. J
IV.
Laquelle on doit plaindre davantage,
ou une Femme qui a unMary stupide jusqu'àla sosies
ou celle dontleMary est
jaloux
jusqu'à la fureur, j
V. j
On demandel'Origine de lai
Noblesse. i
VI.
On demande aussi quel mal,
a quel bien peut arriver de la
équente Saignée.
le vous reserve pour le premier
xtraordinaire d'autresReponses
ux Questions, qui n'ont pû entrer
ans celuy-cy, parce que je les ay
çeuës trop tard. l'y joindray divers
Traitez qui me restent sur
Harmonie,sur laSympathie, ~&c..
Cemme tout ce qui regarde les Esrits
Folets estfort curieux, onpeut
crire sur cette matiere, Iesuis,
Madame, vostre &e,
A Paris ce 15.d'Octobre1680.
les Mémoires qu'on souhaitera de
voir employer dans le Mercure Ga
lant. Áù") &id*
On lesmettra tous, pourveu qu'ils
ne desobligent point les Particulier
par quelques traits satyriques, lkque
les Histoires qu'on envoyera n'ayent
rien qui blesse la modestie des Dames.
On prie qu'on affranchisseles ports
de Lettres, & qu'on les alrdIè toûjours
chez le Sieur Blageart, Imprimeur-
Libraire.RuëS.Jacquet,àl'en- tréedelaRuëduPlastre.
Les Particuliers, ou Libraires des
Provinces, qui souhaiteront avoir le
Mercure si-tost qu'il fera achevé
d'imprimer, n'ont qu'à donner leur
adressè auditSieur Blageart, qui a fi4
outiquedans la Court-neuve du Paais,
au Dauphin, & il aura soin de
aire leurs paquets sur l'heure, Se de
es faire porter à la Poste, ou aux llàgfrsquïfs luy indiqueront, sans
qu'illeur en couste rien pour la peine
qu'il en prendra, parce que lesdits
Particuliers ou Libraires qui les recevront,
en acquiteront le port sur
es lieux.
On a déjà prié bien des fois ceux
qui envoyentdes Mémoires où il ya
des noms propres, d'écrire ces noms
en caracteres tresbien formez. C'est
à quoy on manque tous les jours, &
ce qui est cause qu'on les met mal. Il
y a aussi des Pieces qu'on ne met
cpoinit, n-ixe qu'elles sont trop diffi- lire.
Il reste toujours quantitédePieces
qui auront leur tour, ou dans le Mercure,
ou dans l'Extraordinaire. Ainsi
les Autheurs ne se doivent pointimpatienter.
Les premieres reçeuës sont
toûjours mises les premieres, à moins
uelanouvelle matierequ'on envoye,
ne foit tellement du temps,
qu'on
nepuissediférer.
On avertit que les Mercures qui
s'impriment en Hollande &,,¡J} quel
ques Villes d'Allemagne, sont fort
peu correas & tronquez en beaucoup
d'endroits.
ON trouve toûjours chez le Sieutj
Blageart le
Journal
de Medecine
de Mr deBlegny, lequel pour satisfaire
à la requisition des Personnes de
Province, commencera au premier
jour de l'année prochaine, àle donner
conformément à la première institu
i-1 rv-
Jl
EXTRAORDINAIRE
DV MERCVRE
GALANT.
QUARTIER DE JUILLET U3O.
TOME XI.
A PARIS.
DR IÂIAIS*-
~ON donnera toujours unVolume
nouveau du Mercure Galant
premier jour de chaque Mois, & c
le vendra
,
aussi-bien que l'Extraodinaire,
Trente fols relié en Vea
&Vingt-cinq sols en Parchemin. j
A PARIS,
Chez G. DE LUYNE, au Palais, dans
Salle des Merciers, à la Justice.
Chez C. BLAGEART, Ruë S. Jacque
à l'entrée de la Ruë du Plâtre,
Et en sa Boutique Court-Neuve duPalais
AU DAUPHIN.
Et T. GIRARD, au Palais, dans la Grand
Salle, à l'Envie.
M. D.LXXX.
AVEC PRIVILEGE DY ROY.
Extrait du PrivilegeduRoy.y
pAr Grace & Privilege du Roy, Donné à
S. Germain en Laye le 31.Decembre 1677.
iSliegnsét,Par le Royen son Conseil, JUNQUIERES.
permis à J. D. Ecuyer,Sieur de Vizé,
le faire imprimer par Mois un Livre intitulé
MERCUREGALANT, presenté à Menfeigneur
LE DAUPHIN,& tout ce qui concerne
edit Mercure, pendant le temps & espace de
années, à compter du jour que chacun dese.
Volumes fera achevé d'imprimer peur la premierefois:
Comme aussi defenses font faites
tous Libraires, Imprimeurs, Graveurs & au.
:res, d'imprimer, graver & debiter ledit Livre
sansle consentement del'Exposant, ny d'en
extraire aucune Piece, ny Planches servant à
iOllllemem dudit Livre, mesme d'en vendre separément,&
de donnera lire ledit Livre, le
tout à peine de six mille livres d'amende, &
consfiscationdes Exemplaires contrefaits, ainsi
que plus au long il est portéaudit Privilege
Registré sur le Livre de la Communauté le s.
Janvier 1678. Signé, E.COUTEROT, Syndic.
Et ledit Sieur D. Ecuyer, Sieur de Vizé,
a cedé & transporté son droit de Privilege à
C.Blageart, Imprimeur-Libraire,pour en
joüir suivant l'accord faitentr'eux.
Achevêd'imprimer pour la premierefois -
le IS. Octobre tfl9.
AvispourplacerlesFigures.
1. A Figure où est écrit, Yij/tl dtit
P UzueU de San D omingo, y du
Fuente en Madrid, doit regarder
page195
La Figure ou estécrit, Pïftll du
Fucnte y "Pia^uela de la ÇaVadaà
Madrid> doit regarder la page
EXTRAORDINAIRE
MERCVRE
GALANT.
QUARTIER DEJUILLET 1680.
TOME XI.
E Soin que je prEns
de vous divertir, en
vousfaisantpart dans
mes Lettres Ordinaires
de tout ce quise passe de plus
curieux en France,&presque dans
rtiotuetes les Cours de l'Europe, ne mépoint
les remercimens que vom
continuez, de m'en faire. Mais,
Madame,sivous avez à tirer quelque
avantage de nostre commerce, ce
doit estre decequele Publicaitbien
voulu seconder mon zele, en me
fournissantpour les Extraordinaires
lessçavans &spirituels ouvrages
qui le composent.Jecommenceceluycy
par un Traité qui plaira sans
doute
à toutes celles de vostre beau
Sexe, puisqu'il enestpeu qui n'aiment
la Dance, & à quiunpanchant
sinaturelne fasse souhaiter d'en apprendre
L'origine. Mr du Rosier, qui
- en est l'Autheur, y a renfermé tout
ce qu'on peut dire de plus particulier
sur cette matiere ; ér quoy que d'autres
Difiours vous ayent déja fait
connoistre l'excellence de cet Art,
lesdiversitez, dont ce dernier efi
remply ne peuvent vous donner
qu'un nouveauplaisir.
QUELLE EST L'ORIGINE
DE LA DANCE. cHaque passion a ses mouvemens
propres qui la font
connoistre. Ainsi l'Amour, la
Haine, & la Colere,agitent diversement
ceux qui les ressentent.
Le Rire, le Chant, & la
Dance, font les marques sensibles
delajoye, &les principaux
mouvemens que cette passion
nous inspire. Qu'on nes'étonne
pas si je mets la Dance au nombre
des signes corporels, ou des
caracteres de la joye. Il est si
vray qu'on la doit considerer
comme telle, que lors qu'elle
se répand au dehors, on va, on
vient, on saute, on ne sçauroit
demeurer en place. Tout le
corps est dans un mouvement
continuel; ce qui vient du petillement
des esprits, qui chatoüille
les s,&faciliteles
parties à semouvoir. Il faut
doncdireavec un de nos Poëtes,
que la Dance est née avec
l'Homme, & qu'elle est aussi
ancienne que le Monde.
Ce n'estfa* d'aujourd'huyqu'on celebre
lté Vartcc;
QndndleMondefutfait, elleprit
sanaissance.
Ce qui en est une preuve convaincante,
c'est qu'elle est en
usage parmy lesSauvages mesmes,
&lesNations les plus grossieres.
Nous apprenons des Relacions
de la Nouvelle France,
que ces Peuplessontjusqu'à douze
sortes de Dances; ce qui fait
voir que ce n'est pas seulement
une coutume,maisune habitude
tirée de la Naturemesme. Les
Satyres & les Faunes nedancent
ils pas dans lesBois, pour ne rien
dire des Singes, qui font naturellement
grands Danceurs, &des
Chiens, ausquels il est si facile
d'apprendre à le devenir?
Il y a quelques Peuples,
comme les Amériquains méridionaux,
qui dancent dans
la tristesse, aussi-bien que dans
la joye. Mais il ne faut pas s'étonner
si ces Peuples qui font
d'un autre Monde, se comportent
autrement que nous, &; s'ils
crient de ce que les autres pleurent.
Cependant il y a unejoye
sérieuse,&unejoye riante,
comme parle Mr de la Chambre;
& la Dance peut estre le
signede l'une &de l'autre. C'est
d'o ù viennent les Dancs graves
ez sérieuses, qui ne laissent
pas de plaire & de divertir, selon
les divers tempéramens de ceux
qui aiment cet exercice. Il en.
est comme de la Musique, qui a
des tons graves, tristes, &mélancoliques,
& d'autres éclatans,
gays, & enjoüez; & tous
concourent également à réveiller
l'ame, & à la divertir des
chagrins dont l'Homme est inséparable.
Tous ces divers mou.
vemens naissent de la joye, ou
la font naistre dans l'ame des
plus tristes & des plus affligez.
Mais enfin comme la Dance
peut exprimer toutes les passions,
disons qu'elle est un mouvement
qui represente l'état où
l'ame se trouve, ou dans lequel
elle feint d'estre. Ainsila Dance
exprime encor les facultez de
l'ame. Tantost le Danceur est
furieux, tantost il est passionné,
& tantost il est moderé & raifonnablc.
La Dance est aussi
un langage figuré,qui exprime
par le geste les pensées de l'ame.
Il faut donc que ces mouvemens
du corps soient justes &
réguliers, quoy que naturels;ce
qui fait la perfection du bon
Danceur, & qui le rend digne
de ce beau mot du Philosophe
Demétrius à un Comédien du
temps deNéron, qu'il avoir le
corps & les mains parlantes.
- Il faut demeurer d'accord
que la Dance, de la manière
qu'on acoûtumedela pratiquer,
estle plus ancien divertissement
de l'Homme, comme le plus
naturel; maisil ya grande aparence,
que dela cadence de la
Musique, on a fait la Dance,
& que celle-cy n'a esté régulière
qu'après que l'autre a esté
parfaite. La Dance est un mouvement
exact & régulier de la
Musique; & si quelqu'un dance
juste sans avoirappris, il en est
comme de ceux qui chantent
juste sans connoistre la Note.
C'est un don de la Nature que
l'Artperfectionné. Mais il faut
que ce mouvement naturel se
trouve en nous, autrement tout
l'Art ne peutdisposer àlaDance,
mais lors qu'il se rencontre
en nous, l'Art nous conduit, &
adjoûte quelquegrace à la Nature.
Il y a donc un grand raport
entre la Dance ôe la Musique.
L'une se regle absolument
sur l'autre, & le corps exprime
aussi parfaitement lestons
par la cadence, que la voix par
le Chant. C'est une agreable
harmonie, à laquelle l'Homme
accommode ses membres. La
Musique s'exprime par le chant,
ôc a besoin de la voix; la Dance
exprime tout cela par les pas
& par les gestes. Pour bien
chanter, ôc pour bien dancer,
il faut avoir l'oreille bonne, autrement
on ne peut ny dancer,
nychanter, mais sur tout bien
dancer, car il est plus facile de
se remettre dans le Chant, que
dans la Dance, sans que cela
paroisse. Ceux qui ont dit que
le monde subsiste par l'harmonie,
& que toutes les Creatures
font un Concert qui durera jusques
à la fin des Siecles, pouvoient
adjoûter, que toutes ces
Creatures font une Dance perpétuelle,
qui ne cessera qu'avec
cetteMusique.Quelques Poe*
tes ont fait un grand Bal des
Astres & des Etoiles; & Lucien
dit que laDanceaestéinventée
decetteagreable cadence. Mais
les Philosophes qui veulent que
la terre tourne, ne nous font-ils
pas dancer sans cesse avecassez
derégularité? Comme laDance
se conduit par l'oreille, & l'oreille
par le Chant, la diversité
de la Musique fait la diversité
de la Dance; & comme l'Homme
cherche l'ordre en toutes
choses, il a voulu qu'il y eust
quelque régularité dans ces
plaisirs, &quelaDance & la
Musique formassent ses pas &
sa voix. Mais pour faire une
harmonie parfaite, il faut que
l'Instrument exprime ce que la
voix profere, que le geste l'imite,
& que le pied le figure;
ce qu'un de nos Poëtes a dit
fort agreablement.
Le jeune Iphidamas quedans Cipre
on admire,
T>efi» sçavante main, touchesidouce
Lire,
Et répand dans les airs un sonmélodieux,
Dont l'agreable bruitmonte jusques
aux Cieux.
La Nymphe quifait voirunegrâce
infinie,
Pour accorderses pasavec cette harmonie,
D'unmouvement léger, du Tapisfait
letour,
Et trace desonpiedmilleChifresd'amour.
J
On doit conclure de toutes,
ces choses, quelaDance est
fort ancienne, &fort naturelle
à l' Homme. Elle estmesme,
utile à sa fanté; car outre la
gayeté qu'elle inspire, son mouvement
est plusmoderé que
dans les autres exercices, où il
se fait une trop grande dissipation
d'esprits
,
& dont la violence
nuit beaucoup plus qu'elle
ne profite. La Dance a toujours
esté le divertissement desGrads,
aussibien que du Vulgaire. Les
Bergers l'inventerent au commencementpour
se délasser de
cette agreableoisiveté qui les
occupe. Les Princes y prirent
plaisir en fuite, &cedivertissement
de Campagne devint celuyde
laCour & de la Ville.
Plutarque dit dans la Vie de
Thesée, queles Déliens dançoient
unesorte de Dance, où
il y avoit plusieurs tours & retours,
à l'imitation du Labyrinthe
de Crete, qu'ils appelloient
le Branle de la Gruë; car
les Dances qui au commencement
ne signifioientrien,&qui
n'estoient que des pas sans ordre
& sansmesure, devinrent composées,
& representerent quelque
chose. Thesée inventa cette
Dance de la Gruë avec les jeunes
Athéniens qui l'avoient accompagné
dans son Voyage.
On la croit la plus ancienne.
Mais si Pyrrhus n'a pas esté le
premier qui a inventé l'Art de
la Dance, du moins celle qui
portefonnom, & qu'il enseigna
à ceux de Crete, est la plus confidérable
chez les Anciens. Ce
fut luy qui apprit à tourner en
dançant, & à donner quelque
agrément aux gestes du corps,
qui accompagnent la Dance.
Le Fleuret, les CO!lpe'{, courant apres
; UTelle,
Dos à dosface àface,ensepressant
sur elle.
Que cette Dance Pyrrhique
fust armée & fust une espece de
combat, c'est ce qu'il n'est pas
facile de décider. Denisd'Halicarnasse
cft de ce sentiment.
Pline est d'une autre opinion,
& prétend que la Dance armée
a esté de l'invention d'un certain
Palladius, & qu'elle estoit
fort diférente de la Dance Pyrrhique.
La Dance armée s'appelloit
encor Troyenne, parce
qu'on tient qu'elle commença
au SiegedeTroye. Elle est admirablement
décrite dans le
cinquiéme Livre de l'Eneïde,
cù l'on voit tout ce que les Maîtres
de l'Art peuvent enseigner
pour les pas, & pour la Dance,
le Poëte n'ayant rien oublié
dans cette belle description des
Jeux qu'Enée fait celébrer pour
l'anniversaire de son Pere Anchise.
Tout ce qu'on peut dire
de cette Dance guerriere, c'est
que c'estoit une espece de Bal.
Les Curetes en furent les premiers
Inventeurs.Ainsi elle est
plus ancienne que la Troyenne
& la Pyrrhique, puis que les
Curetes l'inventerent pour la
garde deJupiter, & qu'une certaine
Rhea l'enfcigna à sesPrestres
en Crete & en Phrygie,
longtemps avant Pyrrhus & la
guerre de Troye. La Dance de
Rhea & des Curetes est donc
sans-doute la plus ancienne à
l'égard des Grecs. Les jeunes
Gens s'y appliquerent;&dans
la suite, la Dance sur non seulement
un exercice honneste,
mais encorquirendoit loüables
, ceux qui y excelloient. Homere
Jouë un certain Mereon d'estre
bon Danceur; ce qui fait encor
douter que Pyrrhus ait inventé
cette Dance guerriere qui estoit
alors en usage; car le Poëte,
n'auroit point dérobé. cette
gloire au Filsd'Achille. Les
Pheaques estoient de grands
Danceurs,dit Homere, & sur.
tout la description qu'il fait du
Bouclier d'Achille,où il y avoit
tant de Dance siagreablement
representées, montre bien que
celle de Pyrrhus est moins ancienne
, & ne pouvoir pas estre
sur le Bouclier de son Pere. Virgile
est sujet à l'Acronisme, cependant
il ne faut point croire,
qu'il en faire un, en parlant des
Jeux qu'Enée celebre pour Anchise,
où cette Dance est si
bien décrite. Enée apparemment
ne l'avoit point apprise
de Pyrrhus- mais ce qu'on peut
assurer,c'est que si la Dance
armée & la Pyrrhique ne font
que la mesme chose,ellereçeut
sa perfection de ce Prince
dont
elle porta en suite le nom, & luy
acquit plus de gloire, dit Lucien,
que sa beauté &: sa valeur.
Les Thessalliensestoient grads
Danceurs. Leurs Magistrats en
faisoient gloire, & s'appelloient
Meneurs deDances. Mais pour
ne pas s'ytromper, c'est que
l'Ordre militaire, & la marche
des Soldats,s'appelloit alors
une espece de Dance. Ainsi
bien garder ses rangs, avancer
à propos, & se remettre, enfin
combattre en brave & prudent
Capitaine,estoit estre un bon
Danceur; & c'est pourquoy les
Lacédemoniens passent encor
dans ce sens pour de grands
Danceurs, foit qu'ilsallassent
à la guerre en dançant au son
de la Flute comme les Ethiopiens
ou qu'ils fissent de la
Dance, qu'ils avoient apprise
de Castor & de Pollux,leur plus
noble exercice durant la paix.
Mais enfin la Discipline militaire
tient quelquechose de la
Dance, soit dans la marche, soit
dans le combat. Il y a des pas
feints, il y en a demesurez. La
guerre est une Danceficre &:
majestueuse; la Dance, une
guerre douce&plaisante. Comme
la Musique en est diférente,
il ne faut pas s'étonner si les
mouvemens en font si diférens.
Mais pour mõtrer que la guerre
supose la Dance, c'eit que ce
Titan quireçeut le Dieu Mars
des mains de Junon, & qui eut
le foin de l'instruire, luy apprit
la Dance avant l'exercice des
Armes, comme si c'eust esté un
prélude de la guerre.
-
Il y avoitchez les Anciens
de trois fortes de Dances, dont
ils se servoient au Theatre ÔC
dans les Cerémonies, le Cordace,
le Sycinnis, & l'Emmélie.
Ces Dances tiroient leurs noms
des Satyres, qui apparemment
ont esté les premiers Danceurs,
soit pur l'agilité de leurs corps,
soit par le peu d'occupation de
ces Hommes sauvages & vagabons,
qui ne font qu'errer dans
lesForefts & danslesMõtagnes.
Elles demandoient toutes plusi.
urs belles qualitez naturelles
pour y réüssir, mais particulierement
le Cordace, qu'on appelloit,
pour son excellence, la
Dancedes Dieux, ou la Dance
ou Soupe de Jupiter, lors que
Menipe monta au Ciel, si nous
en croyons Lucien. Ces Dances
estoient des especes de Ballet.
Il-y entroit de la science & de
la composition: c'e st pourquoy
ilne faut pas s'étonnersi Lucien
vante tant l'art des Ballets, &
.s'il supose qu'un bon Danccur,.
Fouplutost Compositeurde Bal-:
let, doit sçavoir la Poësie,la.
Geometrie, la Musique, la Peinture,
la Sculpture, la Philosophie,
&parfaitement bien la
Rhétorique, afin de bien exprimer
les passions & les divers
mouvemens de l'ame. Apres
cela, il ne craint pas d'adjoûter
qu'il y a plus d'érudition dans
les Ballets que dans la Comédie,
c'est à dire, que le dessein & l'exécution
du Ballet demandent
plus de génie & de perfection;
ce qui luy fait conclure qu'il ya
quelque chose de divin dans la
Dance, & qu'elle est au dessus
du prix qu'on luy pourroit donner;
raison qu'il apporte pourquoy
il n'y avoit point de prix
pour la Dance, & qu'il y en
avoit d'établis pour tous les autres
Jeux. 1
Cet Autheur s'étend fort au
4
long sur les qualitez requises
pour bien dancer. Pour celles
qui regardent le corps, il ne faut
estre ny trop grand, ny trop
petit, ny trop gras, ny trop maigre,
&je ne puis oublier quelques
petits contes qu'il fait sur
cesujet, quifont d'autant meilleurs,
qu'outre qu'ils font bien
entendre la chose,ils n'offencent
personne. Un petit Homme
représentant Hector dans
un Ballet devant ceux d'Antioche,
on demanda apres qu'il eut
dancé, quand Hector viendroit,
parce qu'on n'avoit encor veu
paroistre qu'Astianax. Un grand
Homme représentant Capance
fous les murs de Thebes, on dit
qu'il n'avoit que faire d'échelle
pour prendre la Ville, parce
qu'il estoit plus haut queles
murailles. On dit encor à un
gros Homme quis'efforçoit de
fauter, qu'il prist garde d'enfoncer
le Theatre;&à un maigre
& défait, qu'il songeast à se
guérir, & non pas à dancer. C,,:sJ
railleries paroîtroientpeut-estre
froides, mais on doitsonger que
celuy qui dance n'en juge pas
ainsi, & que les Rieurs ne font
pas de son costé, quand il a quelque
defaut qui faute aux yeux,
& qu'on ne peut voir sans rire.
Celadevroit empescher les méchans
Danceursdese commettredans
les grandes Assemblées;*
mais on est pour la Dance comme
pour le Chant. Ceux quin'ont
point de voix, chantent
toujours
; ceux qui dancent nlaJ,
ne
ne font autre chose. On a dit
d'un de nos Roys, qu'il aimoit
passionnément la Dance, quoy
qu'il fust l' Homme de son
Royaume qui dançast de plus
méchante grace. Ce qui est furprenant,
c'estque les plus beaux
Esprits, mesme les plus galans,
&ceux qui ont le corps le mieux
fait, ont quelquefois peu de disposition
à la Dance. Voiture se
raille agréablement luy-mesme
sur ce sujet.Mademoiselle de Bourbon
,dit-il, jugea, qu'à la veritéje
dmçois mal, maisqueje tirois bien
des Armes,parcequ'à lafin detoutes
les cadences il sembloit que je me
missi en garde. C'est donc une
disposition naturelledu corps
qu'il faut avoir pour y réüssir,
que tousles Maistres ne peuvent
donner, &qu'ils ne peuvent acquérir
eux-mesmes, estant certain
qu'il y a d'habiles Maistres
à dancer qui dançent peu, &;
mesmetres-mal. Pour les qualitez
de l'esprit du Danceur, ou
plutost pour ce qui est de son
humeur & de son inclination,
on peut adjoûterà ce que nous
en avons déja dit, qu'ildoit
estre souple, docile, ny trop gay;
ny trop sérieux, s'il veut réüssir
en toutes fortes de Dances.
Apresavoirparlé de la Dance
en general, il nous faut dire
quelque chose de son nom, &
la defendre contre ceux quil'atraqnent.
Le mot de Dance, ou
de Bal, est fynonime dans la
LangueItalienne, & il estvraysemblable
que nous l'avons pris
de l'Italien, Danza, ou de i£11
pagnol, Dança. Les Latins confondent,
aussibien que les Grecs,
les Danceurs & les Sauteurs;
d'où vient qu'ils appellent du
mesme nom le Saut &la Dance.
Ils ont neantmoins diférens
noms les uns & les autres, pour
exprimer les diverses fortes de
Dances, comme chorea,Tripudium,
qui estoient des Danccs à
la ronde, & des Passepieds à peu
pres semblables à ceux de Bretagne,
ou à la Dance des Bohemes
d'aujourd'huy. Les Romains
estoient grandsDanceurs.
Les Fils des Senateurs, dit Macrobe,
se perfectionnoient à la
Dance, & en faisoient leur occupation,
auffibien que leur divertissement;
mais elle ne fut
dans el perfection chez les Romains
que du temps d'Auguste.
Les Saliens, qui estoient des
Prestres de Mars, s'appelloient
ainsi, parce qu'ils celébroient en
dançant,lesmisteres de ce Dieu. >La Dance a esté presque chez
tousles Peuples une espece de
Culte religieux. Dans l'ancien
Testament,David dança devant
l'Arche, & les Israëlites
avoient dancé devant le Veau
d'or par forme d'adoration. Les
Dervis chez les Turcs fontleuro
prieres en dansant au son de ï~
Flute & du Tambour, & tournent
avec tant de vîtesse,qu'à
peine les peut-on voir en faces
&àla reception d'un Novice,
on fait les prieres en dançant
autour de luyavec tant de
violence,
qu'ils tombent tous à
terre, presque évanoüis. C'est
encor la coûtume des J ezides
dans leurs Pricres publiques,
mais leurs D-nces font plus graves
& plus modérées que celles
des Religieux Turcs. Valere
Maxime rend une assez belle
raison de cette pratiquede dancer
dans les Caresmes de la Religion.
Il dit que les Roys de
Toscane ne vouloient pas qu'il
y eust aucune partie en l'Homme
qui ne servist au culte des
Dieux. Ainsi comme le Chant
appartenoit à l'esprit, le Bal &
la Dance apartenoient au corps,
& devoient cftre employez à ce
saint ministeres &: selon Aristore,
la Musique & la Dance
font les deux plus loûables, aussi
bien que les deux plus agréables
exercices du corps 6c de l'esprit.
La Dance n'est pas toujours
un effet du Vin & de la bonne
chere, & je ne sçay pas comme
on a pû dire qu'il faut estre fou
pour dancer avant déjeuner.
Quoy que Bacchus ait esté un
grand Danceur, & que les premieres
Dances ayt commencé
dans lesFestes & dans lesJeûnes,
elles n'en font ny plus criminellesny
plus honteuses. Elles
ne font pas toutes aussiblâmables
que celle d'Herodias, &
n'ont pas toutes pour prix la
teste de S.Jean-Baptiste. Elles
ne font pas toutes furieuses, ôc
inspiréesduDiable comme cette
Dance appellée vulgairement
la Dance de S.Jean, qui estoit
une maladie conragieufe qui infecta
les Païs Bas en l'année
1373. C'estoitunepassion maniaque,
ouunefrénsie. Ceux
qui en estoient atteints,-se dépoüilloient
tous nus, & couronnez
de fleurs, se tenoient
par les mains, & couroient les
Ruës en dançant comme des
Bacchantes, & ils chantoient
& dançoient avec tant de violence,
qu'ilsentomboient par
terre tous hors d'haleine, 6c si
fort enflez, qu'ils auroient crevé
sur l'heure, si on n'eust pris le
foin de leur serrer le ventre avec
de bonnes bandes; mais ce qui
estoitde plus fâcheux, c'est que
ceux qui les regardoient estoient
souventpris de lamesme manie.
Il y a donc des Dances forcenées
&. de Corybantes. Il y en a
de lascives &dedissoluës. Celles-
là font vitieuses,&méritent.
l'aversion&la ceàfure deshonnestes
Gens. Mais 'aQjourd!ooy;
l'ona banny de la Dance, ce
qu'elle avoit de sale & de grossier,&
il nefaut pas la condamner,
parce que quelques Princes,
comme les Empereurs Tibere
& Albert,quine sçavoient point
dancer, l'ont méprisée. Je suis
Surpris que Ciceron ait avance,
en défendant Murena, qu'il estoit
honteux à un Romain de
dancer. Les Romainspouvoient
ilsmépriserune chosequi faisoit
partie de leur Religion, eux qui tenoient à honneur d'estre
dunombre desPrestresSaliens,
qui estoient des Danceurs? Ne
feroit-ce point plutost que Catonauroit
accusé Murena d'avoir
fauté en public, & diverty
le Peuple par quelques tours de
souplesse? ce qui commençoit
déja d'estre méprisé, & qui obligea
l'EmpereurTibere àchasser
de Rome les Sauteurs &les Balladins,
qui dans l'équivoque du
mot Latin, font souvent confondus
avec les Danceurs?
Comme la Dance est un divertissementquise
pratique entre
les deux Sexes, & que l'amour
est inséparable de cette
union & de cet assemblage, il se
fourre toûjours dans ses pas &
dans ses cadences, & il semble
que tous ces mouvemens ne
soient faits que pour luy; mais
il ne faut pas s'en étonner. La
Dance, dit Lucien, a pris naissance
avec l'Amour. Mais ne
peut-on point dire aussi l'Amour que naist souvent de la
Dance? Que l'on soit gay ou
trille, la Dance ne respired'ordinaire
que l'amour, & àle
bien prendre, elle n'est qu'un
mouvement agreable &; régulier
qui represente le plaisir ou
la peine de deux véritables Amans.
Mais comme il y a un
amour honneste & bien réglé,
la représentation d'une union
si parfaite, n'a rien qui choque
la pudeur&la bienséance. Ilen
estdu Bal comme de la Comédie.
Cesontàlavérité desplaifirs
bien délicats, & qu'il est
difficile de gouster sans en recevoir
quelque incommodicé,
mais qui neanmoins ne font
point mauvais d'eux-mesme
quand on les prend avec modération.
Il y a des De nces graves
& sérieuses, où la joye paroist
moins, & où elle est fort mode.
rée. Il y en a mesmede tristes
& de lugubres, comme on voit
dans quelques Billets. Toutes
ces Dances représentent quelquepassion,
comme l'amour, la
colere, mais cette représentation
n'est pas moins propre à
les chasser de l'ame, qu'à les y
introduire. Quoy qu'il en soit,
pourquoy condamner la Dance
par le mauvais usage qu'on en
peut faire, & ne la pas considerer
du costé qu'elle peut estre
utile? Pourquoy trouver à redire
qu'un grand Homme se
delasse à la Dance, aussi-bien
qu'à.la Chasse, des fatigues de
la guerre ou des affaires? La
Dance rafraîchit unHomme
de guerre, & luy oste je ne sçay
quel air rude & grossier que la
guerre inspire. Elle donne de
l'air à ceux qui n'en ont point,
& elle radoucit & polit ceux
qui l'ont farouche & severe.
Enfin ces fortes de choses, dit
Mr le Chevalier de Meré (il
parle de la Dance & des autres
Exercices) donnent de la grâce
quand on les fait en galant
Homme, & mesme quand on
ne les fait pas, parce quele
corps en est plus libre & plus
dégage,& que cela se connoist,
quoy qu'ils se tiennenten repos.
Enfin s'il y a une éloquence du
corps, on peut dire que c'est la
Dance qui l'enseigne, On reconnoist
à la démarche ceux
qui sçavent bien dancer, comme
on reconnoift à la parole ceux
qui sçavent parler juste.
C'est une délicatesse, de dire
que la Dance ravale la majesté
duPrince. Quand il s'en acquite
de bon air, il ne sçauroit
descendre plus noblement du
Trône, ny communiquer plus
agréablement avec ses Sujets.
Le Bal n'a rien que de pompeux
& d'éclatant. La richesse,
& la somptuosité des Habits,
relevent sa bonne mine, & alors
on admire avec plaisir les belles
qualitez de sa personne.C'estt
là qu'ilparoist en Roy & en galant
Homme. Dans les autres
divertissemens, il est plus confondu
avec ses Sujets. A la
Chasse, il est peu distingué. Air
Jeu, il-sefamiliarise & se découvre
trop. Il est vray que
quand il n'a pas de disposîtion
pour la Dance, il doit peu s'y
exposer, car rien n'attire plus
le dégoust & le mépris qu'un
méchant Danceur. C'estoit
peut-estre la raison qui faisoit
dire à l'Empereur Federic, qu'il
auroit plutost souhaité d'avoir
toujours eu la fièvre, que d'aimer
à dancer, comme tous les
Princes de son temps, quand
mesme il auroit bien dancé,
dont je doute sort. Il est vray
qu'un Souverain ne doit jamais
estre de ces Ballets qui ne représentent
rien que de bas, &
dont le dessein est imprudent,
& l'exécution périlleuse. Tel
estoit le Ballet des Sauvages
dancé par Charles VI. où il
pensa périr comme les autres,
& qui le fist retomber dans cette
fâcheuse aliénation d'esprit,d'où
il ne faisoit que de sortir.
Ce Ballet estoitcomposé du
Roy,& decinqjeunesSeigneurs
vestusd'Habits de toile faits àla
justesse du corps, couverts de
Lin noircy en. guise de pois,
attaché avec de la poix. Pour
éviter le danger du feu, on avoit
faitsuspendre les Flambeaux,
&. l'on avoit défendu d'en apporter
aucun de dehors;mais
le Duc d'Orléans mal instruit
de cette précaution, &. curieux
de reconnoistre quelqu'un d
ces Sauvages qui dançoient
liez
queuë à queuë, approcha lej
Flambeau, & mit le feu sans y;
penser à leurs Habits, qui s'embrazerent
dans un instant. Le
Roy dans ce desordre, s'estant
faitconnoistre à laDuchesse de;
Berry, elle le couvrit de sa Robe,
& étouffa par ce moyen les
fiâmes qui l'alloient consumer.
Le jeune Nantoüilletayant
paflc promptement à l'Echansonnerie,
fut jetté dans un Cuvier
plein d'eau. Les quatre autres
furent misérablement étousez
&devorez des flâmes.
Il v a des temps & des régnés
où la Dance a esté plus en vogue.
C'estoit un Bal continuel
1
que la Régence de Catherine,
de Médicis, ou plutost, que le
Regne de son Mary & de ses
Enfans. Quelque fâcheuse nouvelle
qu'onreçeust le matin,
elle n'empeschoit point qu'il
n'y eust Balle foir.On attribue
cela à la politique de cette
Princesse, qui couvroit par là
le mauvais état des affairs, &
qui dans ces Assemblées avoit la
commoditéde ménager sesinterests.
Mais cette politique
estoit fondée sur la disposition
que les Courtisans avoient à la
Dance, qu'elle entretenoit par
l'inclination qu'elle leurenfaisoit
naîtte. On dança encor
sous le Regne de Henry le
Grand. Quand je dis qu'on
dança, je veux dire qu'onenfist
le plus grand divertissement de
la Cour. Ony estoit accoûtumé,
la plûpart des Courtisans
estant les mesmes du Regne
precédent.Quandje vins à la
Cour, dit le Maréchal de Clérambaut
dans les Convergions
du Chevalier de Meré, on estoit
persuade que pour estre honneste
Homme, il ne falloit que sçavoir
dancey. ott courre la Bague: mais,
continua-t-ilcommes ces Exercices
ne font quepour un certain âge, il
arrivoit que ceux qui n'avoient
singéqu'àcela,n'estantplusjeunes,
ne sçavoientplus à quoy s'occuper.
C'estoit ce que souhaitoit l'adroite
Princesse dontj'ay parlé.
Elle entretenoit les Courtisans
dans cette occupation pendant
qu'ils estoientjeunes, afin de les
rendre incapables de toutes
choses, lors qu'ils seroient vieux,
& qu'ils ne sçeussent plus rien
remuer de la teste, lors qu'ils ne
sçauroient plus remuer les jam- bes.
Maiss'il est ridicule de dancer
mal, de trop dancer, & de dancer
quand on est vieux, il est
certain que rien n'est plus utile
&plusnecessaire aux jeunes
Gens. Platon n'a pas défendu
la Dance dans sa République,
&ne l'a pasbornée comme nous
au divertissement des Cavaliers
& des Dames ; il a crû qu'elle
n'estoit pas indigneduSage.
En effet, Socrate & Caton ont
dancé comme les autres. Le
Maréchal de Monluc s'excuse
agreablement d'avoir esté furpris
dançant avec sa Famille,
par un Envoyé du Roy; &je
ne puis blâmer le Maréchal de
Camp, à qui Voiture reproche
d'avoir recommencé la Boutade
jusqu'à trente fois dans un Bal.
Il y a des temps qu'on doit donner
à la Dance, & l'on peut
estre grand Danceur & grand
Capitaine;ce qui me fait conclure
qu'il n'y a que ceux qui
n'y entendent rien, qui condamnent
la Dance, quand elle
estjuste& bien reglée.
LesRéponsesque vous allez voir
aux ^uefiions du neufviéme Extraordinaire
, Jon'tdzM* Gardien
Secrctaire du Rdy.
Si un Amant qui a le plaisir de
voir souvent saMaistresse dont
il se connoisthay, est moins à
plaindre que celuy quien estantéloignésansespérancede
la voir jamais , a la certitude
d'en estreaimé tendrement. vOirsouvent cequel'on adore,
Estunplaisirdespluscharmas;
Mais ilfautl'avoüer encore,
Sa hainefuttoûjours leplusgranddés
tourmens.
Jtftre absent pour jamais des jeMje
d'uneMaistresse,
Pour les sens, il estvray,c'est une
longuemort:
hdait estreseûr desatsndreffè,
Tourl'esprit,pour le (IZMr) quelplus
glorieuxfort!
Dans un si bizarrepartage,
Lequeldes deux doit avoirl'a Onplutost lequel des deux
Croire leplus milllJ/trelt.'?
force deferyir,cg- de conter ses
peines,
Ontouche lesplus inhumaines;
Jiddû, helas! où voit on de fideles
amours,
QuandVabsènce dure fojoll,.sl
S'il est possible d'aimer fortement,
sans qu'on foit aimé.
MOy quisuis d'humeur ose.
ctive,
J'opine pour III négative,
Etsoûtiens qu'aimerfortement,
Estpoursefaire aimer, l'infaillible
agrément.
??,/IIH le Bavolet jusques à III Q>ê^
ronne,
Toute Belle voudroitcaptiver tousles
coeurs, Et dans cesentimentnehaitpoint la
Personne
Dontelle cause les ardeurs.
Je laisse àpartla diférence
Quesçaitfaire un aimable Objet,
S'ilveut mettre "AlIs la Balance
Tout ceque la raisondictesur cesujet;
Autrement en amour, de mefmequen
fortune,
L'avantureestassez commune,
De voirsottementpréferé,
A l'Homme d'or, l'Asne doré.
Si l'absence est incapable d'augmenter
l'amour. ATnjtquunejeune *Plantet
Pourprofiter, a besoin
D'estredans un bonfonds culti-rée ayee
soin,
Et d'a^oirdu Soleil la chaleur bienfaisante,
+£ue toutefois cebelAstre du jour
S'éloigne en certains temps, <y chaque
nuits'absente,
¥uis vient tout ranimerpar son bUIroux
retour;
L'amour s'élevede mesme,
Sonfonds doit estre un bon riru.-i
Illuyfaut dece qu'il aime
Les regards&laferveur;
NAMpour entretenirsa vigueur,&
l'accroistre,
Sagement quelquefoisl'Objet doit disparoistre.
Trop boüillante Jeunesse, oyez pour
-fere bien, - Sil'amour se détruitpar tropde négligence.
Trop d'assiduitépeut le réduire àrien.
C!I)Jl'wr cesujet la sage expérience,
Ne cessezpointd'aimer, desoûpirer,
jMais ménage^ yojlre prlftl1,
youa mettrez à profit /'AhftIlCe.
Sivoussçavezvousfairedesirer.
Comme j'estois en cet endroit,
un de mes Amis ayant
trouvél'Extraordinaire sur ma
Table, fitpresque sur le champ
le Madrigal qui fuit, sur ce qu'on
demande lequel des cinq Sens
contribuë le plus à la fatisfaction
de l'Homme. H1 E\ degrace,sivous m'aime^,
So"g'{ fliClltflnullr me tuë;
Quitte^cefifabitsparfume^
,*toute nue;
Chantez,jesuis charméde yoffre belle voix.
Quand je mange xyee 'fOUS,!"} deux
biens à Idfu*,
Et yotts voirseulement,me metfort à
"ion aisè.
Il merestepourtant certain pressant
desir.
7JUThilis, nevous déplaise,
-Terme,ttel-moyfueje "'vUS baise,
£tl'auray bienplus deplaisir.
-
Si par la plus grande satis-
£'l¿bon que lessens puissent donner
, l'on entend feulement ce
qu'une volupté purement sensuélle
peut faire sentir de plusdélicat
&de plus piquant,l'Autheur
du dernier Madrigal pourroit
dans cette petitefolieavoir
assez bien rencontré. Si d'autre
costé dans une vûë touteoppofée,
&: la plus nobleque cette
matiere puissefournir, l'onentendoit
l'utilité & les avantages
que lapartie supérieure de
l'ame tire des Sens extérieurs
pour se connoistre foy-mesme,&
les autres Estres créez; pour
sélever ensuiteà laconnoissance
& à l'amour de la premiere
cause, & pour apprendre enfin
leculte qui luyest deû; il n'y
aura point à douter que l'Oüye,
& apres elle laVeuë,ne l'emportent
sur les autres Sens; comme
ces deux cy estans les seuls capables
de moyenner à l'Ame un siexcellent bien, j'ay adjoûté
LaVeuëàl'Oüye, quoyque la
Veuë ne foit pas à beaucoup
pres si propre pour parvenir à
une fin si importante, & qu'elle
se trouve à cet égard accompagnée
de beaucoup de difficultez;
neantmoins au defaut de
l'Oüye, il est certain qu'elle est
suffisante, & l'on n'en peut difconvenir
apres plusieursexpériences
,'& entr'autres celle que
tout Paris vient de faire en la
personne d'un Homme de bonne
Famille, qui n'est decedé
quedepuis quelques années. Il
estoit né sourd, mais parle commercedes
signes qu'il rendoit
aisé, tant par sa facilité à les
comprendre, que par son industrie
à en inventer de distinction
tres-speciale, on luy avoit
Ii bien apris tous les Mysteres de
nostre Foy,&quantité de choses
foit generales,foit particulieres,
concernant la societé civile,
que c'estoit une merveille
de luy en voir rendre raison
par ces signes, & répondre juste
à mille diversitez touchant la
Religion&l'Etat, commeaussi
touchant la fortune &les affaires
de plusieurs Personnes. Il
devint aveugle peu d'années
avant sa mort, & fuporta cette
affiction avec beaucoup de patience.
Soncommerce de signes
se trouvant ainsiréduit au seul
secours du toucher,il l'entretint
encor d'une maniere admirable,
& par l'adresse de certaines figures
& de certains mouvement
,
quelquefois diversifiez
par les nombres, il donnoit
moyen de se faire entendre &
cooperoit merveilleusement a
entendre luy-mesme tout ce que
l'on vouloit luy faire connoistre.
Ayant appris qu'un fien Amy
qui avoit une Maison de Campagne,
en avoit fait accroistre
le Jardin
,
il s'y fit conduire, U.
quandilfutàl'endroitdeceJardin
d'où l'on avoit osté certain
petit Bastiment,il lereconnut,
& s'y arresta tout court, marquant
par des signes fort expressifs,
l'usage auquel ce petit
Bastiment avoit servy. Apres
quelques réfléxions sur des
exemples de cette nature, je
pense qu'àraisonner de lasatisfaction
qui fait le sujet-de nostre
Question, generalement par les
besoins, par les commoditez,&
par les plaisirs qui conviennent àl'Homme,en tant que raisonnable,
le Sens de la Veuë doit
emporter le prix sur tous les
autres. Jefçay bien àl'égardde
la necessité, que le Toucher va
necessairement de compagnie
avec tous les autres Sens, qu'ils
n'opérent que par son secours,&
qu'il faut que leurs organes
soient touchez & frapez des especes
propres à émouvoir les facultez
dont ces organes font
pourvûs ; mais outre que les
choses les plus necessairesne
font pas toûjours les plus excellentes,
comme cette necessité
n'estque de moyen &que la fin
est beaucoup plus noble,les Sens
ainsicõfiderez & comme faisant
actuellement odorer, gouster,
toucher, oüyr, & voir, sont de
cette maniere plus excellens,&
c'estcette opération completede
la Veuë que jemepersuade estre
plus necessaire &: plus avantageuse
que celle des autres Sens..
Quel besoin avons-nous tant de
l'Odorat? C'est ce me semble
çeluy dont on se peut le mieux
passer. Les plaisirs du Goust &
de l'attouchement, font à la verité
des amorces de la sage Nature
pour exciter l'animal à 1^
conservation del'individu, &4,
la propagation de l'espece. Cependant
combien de Gens pour
se délivrer des douleurs de la
goute, se passent à du lait,& ne
prendroientmesines pournourriture,
s'il ne se pouvoir autrement,
que des chosesdefragreablesau
goust?Et combien en
voyons nous qui par vertu, ou
pour leur santé, renoncent lontiers vo- à tout ce que l'attouchement
peut donner de plus,
délicieux, sans que dans leurs
incommoditez les uns ny les
autres voulussent se soulager aux
dépens de leur veuë? J'ay mesmes
de la peine à croire qu'il y
eust quelqu'un qui choisist plûtost
d'estre aveugle que paralitique,
ou sourd ; à la verité ce
font des états tres-fâcheux
; mais
la Veuë a de grands charmes,elle.
,
est d'une grande consolation, 6c
d'un servicepresque universel,&
c'est à sa faveur que l'écriture &
d'autres signes,suppléent avec
plus de facilité aux besoins de se
faire entendre. Quant aux commoditez,&
aux plaisirsquicôtribuent
le plus à la satisfaction de
l'Homme, comme le commode
consiste à avoir les choses nececsaires
en abondance, 6c le plaisir
à joüir de cette abondance,
& encores à joüir des choses
qui ne font que délectables
,
&
dont absolument parlant, on
pourroit se passer; la grande satisfaction
consiste aussi, ce me
semble, à pouvoir faire des unes
lx. des autres un usage le plus
fréquent, le plus de durée, &
le plus diversifié
;
cela estant, il
faut demeurerd'accord quela
Veuë nous donne toutes ces
choses, ou la plus grande partie,
sans comparaison mieux qu'aucun
des autres Sens en particulier,
ny que tous-en general.
Ellefournit & supplée àtoutce
qui nous est le plus necessaire,&
leplus agreable, soit pour conduire
ks autres, foit pournous
conduire nous-mesmes.L'on
voit pendant tout un jour sans
lassitude, & à la fois, une tresgrande
diversité d'objets, non
feulement de ceux qui font proche
de nous, mais encor de
ceux qui en font beaucoup éloignez,
& nous penétronsdel'oeil
jusques dans les Cieux; nous faisons
par nous-mêmes&avec certitudel'application&
l'usage de
ces choses :
les autres Sens n'ont
point tous ces avantages, leur
puissance plus ou moins bornée,
l'est toûjours beaucoup en comparaison
de celle de la Veuë;s'ils
nous fatisfonten quelquechose,
ce nest qu'avec épargne; ils
nous laissent toujours à desirer
bien plus qu'ils ne nous donnent;
les uns embarassent quelquefois
les autres ; mais celuycy
se mesle agréablement avec
eux tous, non pas par un ml.
niftere servile comme celuy du
Toucher, mais pour ainsi dire,
par une libéralité & munificence
seigneuriale, & pour leur
donner en quelque forte ce qui
leurmanque;l'expériencejournaliere
prouve assez cette verité,
l'on n'est pas entierement
content des objets des autres
Sens sans le concours de la
Veuë; on veut voir les fleurs
qui réjouissentl'Odorat; on a
le mesme desir pour le manger
& pour la boisson, qui vont chatoüiller
le Goust; la Veuë se
porte avec empressement vers
ce qui donne du plaisir par le
Toucher, &mesmesà l'égard
des sujetsd'oùémanent les sons
qui charment l'oreille, & par l'oreillel'esprit;
l'onn'est pas bien
content si l'on ne voitl'Orateur
&les Musiciens. Pour conclusion
interrogeonsceux qui ont le
malheur d'avoir, perduce trésor
de la vie; je pense que nous
en trouverons peu qui ne demeurent
d'accord de ce que
j'osesoûtenir,&qui n'avoüent
l
que ce funeste état les réduit à
une tres- fâcheuse indigence, au
milieu mesmes des plus grandes
richesses
; que parmy toutes les
délicesque l'on se puisse imaginer
,ils n'ont que des plaisirs
mutilez; que d'cftreperpétuellement
à charge aux autres 6c à
soy-mesme; dese trouver pour
ainsi dire absens de toute choses
quand toutes choses leur font
presentes,& de se reveiller chaquejour
sans jamais en revoir la
lumiere; une vie si misérable est
proprementparler une mort
avancée.
De l'origine de la Dance. sAns consulter les Autheurs
qui peuvent avoir écrit sur
ce sujet,je vay donner un cours
libre à mon imagination,& raisonner
ensuite simplement par
conjecture. Si je rencontre quelque
chose qui en vaille la peine
à la bonne heure,sinon je seray
bien aise d'apprendre que l'on
ait mieux pensé, car de certitude
entiere,jene croy pas qu'il soit
possible d'en trouver; & j'estime
que pour ces choies si generales
dont l'origineest si éloignée,
il est bon de remonter
d'abord au premier âge du
Monde. J'yconsidere doncles
Hommes vivans ensemble dans
une grande liberte, exempts à
raison de leur frugalité & de
leur peude besoins, de tant de
chagrins qui se font fait sentir
depuis, exempts aussi de toutes
ces contraintes que ceux qui
font venus a pres eux se font imposées,
& à nous, & à qui l'on
a donné les noms de bien-seance
&: de politesse. Commedans cet
heureux état ils suivoient presque
en toutes choses les mouvemens
de la bonne Mere Nature,
& qu'àraison de cette liaison si
érroite de l'ameavec le corps, il
n'y a rien de plus naturel à
l'Homme que de marquer par
quelque agitation extérieure,
celles que ses passions excitent
au dedans de luy, que la colere
parexemple, change les traits
duvisage&alterela voix, quela
crainte fait trembler &pâlir,&
quelajoye au contraire répand
un air de serénité sur le front &
dans les yeux, &agite le corps
de mouvemens libres & d'épanchement,
ce qui se voit ordinairement
aux Enfans & aux
Personnes rustiques, il està
croireque la joye estant la plus
ordinaire passion de ces premiers
Habitans du Monde, ils
ne s'avifoient pas d'en retenir
les signes, ny de se contraindre.
Ainsi je m'imagine,qu'aux évenemens
heureux, soit particuliers
, foit generaux, qui régardoientoulaPersonne,
oulaFamille,
ou le Hameau; lors d'un
Mariageconclud ; à lanaissance
d'un Enfant; apres une abondante
Recolte, ou apres quelque
Victoireremportée sur des
Voisins, ilsfaisoient deux choses
à la fois, l'une de dire & de repeter
tout haut & fréquemment
le sujet de leur joye,&
de fauter, de gesticuler, & de ib
mouvoir plus qu'à l'ordinaire,
en un mot des'abandonnerextérieurement
comme intérieurement
aux transportsdecette
joye ;& comme ils vivoient avec
assez d'union, 8c que rien ne
plaist tant ne se communique
si aisément que cette passion,
tout à fait amie de la Nature,
il arrivoit que celuy ou
ceux qui avoient ainsi commencé,
estoient bien-tost suivis,
accompagnez &imitezdebon
nombre d'autres, qui trouvoient
semblablement bien du plaisir
à reciter ces évenemens joyeux,
à s'agiter ( & si je l'ose dire) à se
démener de cette maniere, ce
qui forma d'abord une Dance
brute, & sans beaucoup d'ordre
ny de grace, eu égard à ce qui
s'estfait depuis. Voila pour l'origine
& pour l'invention; mais
pour le progrés & pour la perfection,
voicy aussi ce qui m'en
semble. L'on dit, & il est vray
de la Poësie & de la Peinture,
que celle-là est une Peinture
parlante, & celle-cy une Poësie
müete; je croy que l'on peur
direaussidelaMusique & de la
Dance, que la premiere est une
Dance qui parle
,
&la derniere
unemusiquequinedit mot; &
comme tous ces agreablesexercices
se donnent mutuellement
la main,je me persuadequ'entre
ces premiers Hommes, les plus
ingénieux, & principalement
les Amans, car l'Amour a esté
': de tout temps le Pere des inventions,
prenant sujet, les uns de
cesévenemens que nous venons
dedire, & lesautres de la beauté
de leurs Maîtresses
,
de leur
amour pour elles,&des défauts
de leurs Rivaux; Ils en composoientdes
discours avec quelque
peu d'ordre, étofez desplus
belles çomparaisons qu'ils pouvoient
trouver , prenans plaisir
de lesreciter & déclamer à la
loüange de leurs Amis, de leur
Patrie,& de leurs Belles, pour
sefaire aimer & estimer. Exprimant
donc ainsi le moins mal
qu'ils pouvoient leurs pensées
bc leurs affections, ilse peut
faire qu'ayant dans la fuite fait
refléxion sur la longueur &breveté
des silabes, & par la feule
bonté de l'oreille charmée de
la vertu secrete des nombres,
reconnu quelque chose de cet
agrément&decette dureté qui
résultentdu bon ou du mauvais
arrangement des paroles, & de
la douceur oude la rudesse de
leurs chûtes aux endroits du
discours qui finirent quelque
sens, ou qui veulent quelque
repos. Ces observations leur
auront donné lieu de polir un
peu leurs Ouvrages, premierementen
discours libre & assez
simple,puis enyajoûtantquelques
Fictionsqui auront donné
commencement à la Poësie,
mesmes avant l'invention des
Vers qui n'en font en effet que
la derniere partie, mais partie la
plus brillante. Je m'imagine de
plus qu'ayant d'ailleurs remarque,
foit dans leur parler ordinaire
& familier, foit dans les
occasionsoùles Chefs & les Supérieurs
parloient en public,
soit dans les déclamations de
leurs Idiles, foit en badinant
avec les Echos, soiten observant
lesRossignols&autres Oiseaux
de beau chant, que la voix s'éleve,
demeure & s'abaisse, &
peut parcourirfept degrez diférens
d'une octave à une autre, Se
que tantost elle se porte immédiatement
d'un degré au plusprochain
,tantostt en obmet
quelques-uns &: passe à de plus
éloignez; je m'imagine, (AIS
qu'à la faveur de ces remarquer
ils auront trouvé de la grâceà
diversifier leurs recits de ce haut
& bas, ce qui, comme je croy
se fera pratiqué d'abord plus par
caprice & au hazard, que non
pas à dessein de répondre à la
signifïcation des paroles, ce que
les Compositeurs affectent,mais
avec prudence.Ensuite dequoy
& par les mesmes observations
des longues&des bréves,du bon
arrangement,&des cadences,
ainsi qu'ils avoient fait à l'égard
des discours Amplement prononcez,
& ayans de plus reconnu
que certainssujets s'expriment
les uns plus, lesautres
moins lentement. De toutes ces
observations, ils auront au commencement
formé une espece
de Plain-Chant, puis un Chant
plus hardy & plus diversifié,
avec quelque espece de mesure,
plus ou moins précipitée. Ces
Recits & ces Chants, ayans
reçeu de temps à autre ces accroissemens
& ces embellissemens,
il est aisé de comprendre
que la Dance qui les accompagnoit
tres-souvent en aura
aussi profité; que les pas & les
figures, & tous les mouvemens
qui la concernent, s'y feront
imperceptiblement reglez &
conformez, & qu'ainsi ellese
fera trouvée beaucoup moins
desordonnée qu'auparavant. Le
monde se multipliant & se polissantde
plusen plus, l'on aura
trouve les diférentes parties de
Musique, Dessus, Hauteconte,:
Taille & Baffe ; l'inventiondes
Instrumensà vent & à cordes,
aura suivy de prés celle du
Chant (car je ne puis estre de
l'opinion de ceux qui leur donnent
l'antiquité sur luy:) ces
Instrumens se seront trouvez
d'une merveilleuse utilité pour
la Dance,&tous ces agreables
exercices auront pris de meilleures
formes,&embrasse un
plus grand nombre de sujets; ce
qui n'avoit servy au commencement
que pour la joye, aura aussi
esté employé aux occasions
d'affliction, pour la perte des
Parens, des Amis, & des bons
Citoyens. LeCultedes Idoles
ayant
ayant esté introduit, &les
Hymnes, les Odes, les Orgies,
les Bachanales, mises en usage,
la Danceaura presquetoujours
esté de la Feste. Enfin sous les
Peuplesles plus civilisez, la Poësie
& la Musique se seront persectionnées,&
la Danceaura
esté àleur imitation réduite en
préceptes, avec les distinctions
& divisions convenables; premierement
pour l'air, le port,&
la bonne grace de la Personne,
puis pour les pas,les figures,&les
autres mouvemens ; on l'aura
distinguée en Haute & Basse
celle-là pour les Spéctacles publics,
celle - cy pour les Divertissemens
familiers;l'on
s'en fera accommodé selon les
sujets, graves ou enjoüez; les
Villageois auront retenu leur
maniere simple & rustique;les
Prestres des faux-Dieux auront
pris celles qu'ils auront crû exprimer
plus de vénération par
la gravité, au plus de zele par
une commotion extraordinaire,
comme l'on voit encor aujonrd'huy
chezce qui rested'Idolâtres
,& chez les Turcs mesmes.
La Tragédie devenue pompeuse,
depuis sa foible & basse
origine du Chant du Boucq,
n'aura pas oublié laDancedans
les Choeurs, qui ne servoient
passeulement à distinguerles
Actes, oulesespacesqui équipolent
aux Actes, mais qui enijpoiçnt
aussidans la &epre&n£a~
Dsam^tvquc, & faisoient
ollîçe'dçjpcyrfcanages. De la
Musique&de laDance fera venue
l'invention desPantomimes,
ces Chefd'oeuvres d'expression
muete des passions,&dontl'usage
devoit, à mon sens, estre
quelque chose de fort agreable,
& de fort touchant. Ainsi tout
consideré,j'estimeque la Dance
aurapris naissance chez chaque
Peuple delaTerre,&jen'estime
Pi qg!il ^nfailLe attribuer l'Inàvention
à quelque Héros, ou quelqueIllustre en particulier,
oüy bien la gloire de quelque
accroissement à quelques 1$-
bilesde chaqueNation,ce qui
,WÍ}. fait aussi que chaqueNation
l'. ura pratiquée conforméinGjnt
àson génie guerrier,amou- uHiyjl" gay,galant,&aura
B&f.QêW?fâK'çnO:QUV.Ç'&5iffe£lc
quelque Dance particuliere;
de-la certaines Dances chez les
Grecs, la Lidienne, la Phrigienne
&c. termes qui cpondoientaux
noms, &aux modes
de leur Musique; & qui font
voir encor la grande affinité
qu'il y a toujours eu entre cette
Science & cet Exercice;de-là
la Courante Françoise,la SarabandeEspagnole
ou Moresque,
& ainsi du- reste. Mais je ne
fonge pas que j'entreprens&ha.
zarde beaucoup, de debiter icy
ces réveries dans un temps principalement,
où je viens d'apprendre
parvostre Ordinaire de
Juin, qu'il y a une Académie
érigée pour la Dance, avec
Chancelier,Secretaire,&c.U
que partantnous avons toutlieu
d'esperer que ces Meilleurs prendront
la peine d'en écrire amplement
, & de nous en donner
de plus belles lumières,&peutestre
plus certaines.
Que la Dance soit chose naturelle
à tous les Peu p les de la-
Terre, cela se voit par la passion
que ceux du Nouveau-Monde
ont pour cetexercice,avecleurs
Chansons &: leurs Symphonies
de Bassins. Il yen a parmy eux,
qui croyent comme nous l'immortalité
de l'Ame, & qu'après
la mort il y a des récompenses
& des peines, pour ceuxqui auront
bien ou mal vécu, 6c qui
font consister ces récompenses
des Bons, à aller pour jamais au
dela de leurs Montagnes chanter
&dancer avec leurs Peres..
Nous voyons aussi les pauvres
Esclaves Negres,que l'on occupedans
les Indes à des travaux
fore pénibles, pendant dix-r
sept heuresdesvingt-quatre du
jour, en employer à dancerqarre
des sept que leurs Mai-,
très leur laissent pour le repos de
la nuit,&nedonner au sommeil
que les trois qui leur restent. Et
comme leur Danceest tres-vio.-
lente, & d'une fatigue qui ffiet--
troit bien-tost sur les dents nosJ
plus robustes d'Europe, PÔIV
peut jrparlà de la paillon de
ces pauvres Gens pour ce divertissement,
puis qu'ils le préferent
de beaucoup à leur repos, Se.
qu'ils estiment se délasser parun
travail, qui peutestre, n'est:
guére.moins rude que celuy que:
l'on exige d'eux. Pardonnez
cette adition & ce hors-oeuvre,
au peu de loisir que j'ay préfentenlent,
qui m'oblige à
écrire sans façon, & avec plus
de négligence que je ne voudrois;
la mesme raisonme dispensera
de rien dire de la Sympathie:
carencor qu'il n'y euH:
presque autre chose à faire qu'à
extraire des Autheurs qui en
ont écrit ( ce que l'on peurfaire
quelquefois pour obliger le Pu-
-
DllG, en an11UU"ctlH.. tCÛjOUrç
l'honneur à ces Autheurs) il faut
neantmoins pour un sujet comme
celuy-Là,du temps & des
foins, queje nepuis présentementny
prendre ny donner.
V
On m'a donné la Conclusion de
l'Histoire amourcufe des Fleurs,
dont vous avez vou le commencement
dans le septiémeExtraordinaire,&
la Suite dans le neufviéme.
C'est toûjours lt m:fmçfiile~érU
m me invention, pour déguifer
agreabUmentdes Avantures qui
font vcrit,;hlcs" 4 ce quem'assure
leurAatheur, qui ne m'ejl connu
^quefont A nom du Bergerfleuriste
duTais des Am. B. je vous envoye
cette Fin, précedee d'une Lettre
galante qu'il écrit Àst chere vielete,
dO/II il est absent,
LE BERGER
FLEURISTE,
A MADAME DE*** LAVille oùje fuis,passe pour
la plus belle&la plusdiversissànte
duMondejôc cependant,
Madame, je n'y trouve que de
l'inquiétude& des ennuis. Voila
té que c'est qu'cltrehors de ion
élement. Onn'apointàesperer
de repos que l'on n'y foit retourné
Les Poissonsn'aiment
point l'air
,
quelque ferain qu'il
puisse estres & les Qifeaux se
plaindroient de l'eau la plus
claire, 'il¡ enefloientcouverts.
Tant que je feray éloigné de
vous, ne voyantrien de ce que
j'aime, je n'aimeray rien de ce
dqeue je verray. Je,me plaindray
la fortune & des affaires qui
m'arrachent à mon panchant;
& sanguilfanr dansun déplorable
état de contrainte & de souffranceJem'écriray
chaque jour
&-ti»ile,# rare dans Vahfènce>
De trouverun bon moment;
Etqu'uncoeurfiein deconfiancet
Endure un cruel iourmest!
J'enay.l'AIt l'expérience,
y*enfuitparlerfçayamment.
La B"eautélaplus humaine
Attireroit mon couroux.
Tout me cauje de lapeine,
KfJf/IIJÑ deefffrrjyvivs.-
Seray-je encor longtemps exposé.
à cette rude épreuve de
patience, &nereverray-je pas
bientost. ces beaux yeux, qui
font seuls capablesde me faire
recouvrer par leurs favorables
regards,lajoye & la tranquilité
que j'ay perduts?-1
A mittèmdu# chaquefour
le mesensl'Ornedjjcfïie..
.,'M;tÑ 'u'rllesi'"f'16..,ie
Aumoment de mon retour
Loin de-*îc,à;; »'- --- ;I'
Jtosjeux me rendront lejour.
Ah que j'JI} d*impatience
Tour cespldifîrs innocent,
Dont°foftre aimablepréfcncr
SçdltJtbien chdrmer les fins!1
- l'tnftt àcequejepense,
tONSfUindre^leinhfcm».
-En vérité, Madame, je mérite
bien que vous me peigniez,
leà moins que mes Rivaux ne
vous divertiitent plus que je ne
voudrois, vous ne devez pas
efire trop satisfaitedudestin qui
sembloit ne m'avoir séparé de
vous, que pour quelques jours,.
&. qui va prolonger mon éloignementà
des mois entiers. Ce
mauvais tour est un de, ses effets
ordinaires. Il me défoie, &je
pe pourrois le supporter sans
mourir, si je ne m'âffilrois que
les sentimens de vostre coeur,
tels que vous avez eu la bonté
de me les faire paroistre,fontà
l'épreuve de l'absence 6c du
temps, ôcque je vous trouveray
à mon retour aussi tendre Se
jauiH favorable que vous l'efliez
pour moy quandjefuis party.
rllijfi l'Amour, dont rie" ne ml,99
plus doux
tQue de reconnûtftrel'empire,
FONI conférerpour moy jufquà et
quej'expirey
Commejusquau tombeaujeyeuxtitrt
pour tous.
CONCLUSION
DE L'HISTOIRl
AMOUREUSE
DE QUELQUES FLEURS.
QVelque bruit que l'on fifisur les
bords de laJenfè,
.AIJpieddN.!tf9Nfcb"rlll"lIfstfll#'lN;I'
tiers d'alentour,
DDeererev*oyoiirrllee MMuaguet entesté d'unè
amour
Dont il avoit bravé tant defois la
puijjances
Onjugeaque laremontrance
N'estoitpas alors desaison.
Onsçavoitpar bonne raison,
Etpar expérience,
Qu'onnepeut arresterdans leurspremiers
courans,
Lespassions, nonplusquelestorrent.
Le recoursdoncfut à lapatience
Cependant nosdeuxFleurs
Goûtaientdans le retour;de leurs -riYI::S
ardeurs,
Tous lesplaiserqu'accorde la licence,
Sansfaire tort à l'innocence;
Rt jamais le Soleil~tiémùt tantde
transports
'JJM/sk NJJN cawrde Clitie,
tSue le MaguetparSimpatie
finxejp*nitalors
Pourl'engageanteViolete,
'FII"t cettepetitefinete
Sçavoit bien l'éblouirparlesbrillans
trésors
Tesonesprit c? deson corps,
Et luy cacboit avec adresse
Tout ce qu'elleavoitdefoiblisse.
Leurcommerce duralongtemps.
Le Violier devoitRetenir au "Printempsy
On s'attendoit àsaprésence;
Sans luy troublertejfrritmalà-pfop<u
Pardes avispleins d'imprudence,
Onpritsoin, onfit diligence
7J e trayailleràsonrepos.
Voiry commeelle le tenta.
Elleélût donc une Lumière
Bien instruite de la maniéré
Qu'ayoit*fçfcudepuiscejour,
AuxyeuxdeFlore çr desa Cour
LapetiteFleurprintanniere,
Tour en instruireàfondsnostre \§lafâ
Amant,
et luyfaire voir clairement
Qu'à tort ilestoit infdeUe
A lasage Immortelle;
Et voulant luy donnerplus de confit-
Jiony
Ellepria deuxTubereuses,
GrandesFleurs,&f>rtse'rieujest
Vesuivre la Lumiere en sa commission.'
Il raisonnoit alorssur cette fajjion
• gue l'onvenoit combatre, id'un coup avoit enLaforce de
l'abatre
, Malgréson indignation,
et s'en entretenaitavecune Pensée;
PetiteFleurde bonne affection,
Qui la nommoit toutfranc, une ardeur infeaféevdpjs
cette disposition•
La Lumiere l'aborde avec un dit
affable,
et luy dit, d'un ton agreable;
GentilMuguet, je viens avec ces
nobles Soeurs,
De la part cb l'Impériale,
Dont vous sçavezl'humeur loyale..
Et de vingt autres belles Fleurs;
Qui font toutes de bonnes moeurs,- Vousdécouvrir une conduite
Qui peut empescher vos malheurs
D'avoir une plus longue suite..
Ecoutez donc des veritez,
Dont sans erreur je fuis instruite,
Et de mon discoursprositez., ,
façon-,
Qu'ils s'alloient, sans là mort, mesme
Unir de demeure,
Pour se voir de plus pres, sans causer
de COllpçon.
Sachez qu'en vostre absence, une
Fleur étrangère,
Oeillet d'Inde, ou pareil poison,
S'arrestant dans ces lieux pour certaine
raison,
Apres quelque douceur lègere,
Luy témoigna. «fUelqet1iftcllftAtitfo,
Et qu'elle y répondit avec tant d'imprudence,
- Et tant de passion
Que le Parterre en fut en grande
émotion.
LeViolièr voulut courir à la van-
- geance,
Mais sa foible compassion
Attira sa fote cl-trneflèé'.-
Sçachez qu'elle osa bien avec le Chevreseuil,
Sans fuite & sans Compagne,
Auplus fortduPrintemps, s'en aller
-
en campagne.
Vous jugez bien qu'il n'en prit pas
le deüil.
Vous connoissez l'humeurde ce
Compere.
Ce qu'ils firent alors, sans-doute est
unmistere.
Mais estre seul à seul, parmy nous
c'est l'écueil
De la Vertu laplus severe.
Ce voyage, eut pour but devoir une
autre Fleur
Que l'on appelle Capucine,
Qui montroit une grande ardeur,
Qui se flatoit de bonne mine,
Qui preschoit soncrédit, & surtout
en Cuisine;
- Fleur toutefois de vilaine couleur,
Au Pavot semblableen odeur,.
Et tout aussifaquine.
Sçachez enfin que depuis le moment !
Que ce puant Pavot eut seul en sa
retraite
A sa discretionla pauvre Violete,
Il esttoûjoursdans l'amoureux tourment;
QtrtI se rend de concert une fois la1
semaine, -
De nuit, dans son Jardin, pour luy
conter sa peine,
Si le bonViolier duJardin est absent;
Oubien, de jour,chez laMamie,
Leur intime & communeAmie,
Si le bon Violier au Jardin est présent.
-
Raison qui fait que chez cette Intriguante
Assidûmentl'un &l'autrefréquente,
Et que leJardin voit souvent
Sa petite clôtureau vent,
Quoyqu'il ne gresle, ny ne vente.
Je nevous parle point du gros Volu-
- bilis,
Il a recommencé de ramper aupres
d'elle;
Vous verrez bientost sila Belle * Le met au rang des Favoris;
Mais on sçait que son voisinage,
Qui le fait en tout temps joüir
Des moyensde la voir Se de la réjoüir,
Cause un fâcheux ombrage
Au Chevrefeüil, qui souvent en dit
rage,
Et mesmes au puant Pavot,
Qui n'en pense - pas moins,quoy qu'il
n'en dise mot.
Ce n'est pas tout,certaineFleur
amere,
Fleur de Pescher,Fleur à Clistere,
Est à toute heure à son costé,
Sous prétextedesasanté;
Et la Belle ne peut sepasser,nysetaire
De cetteFleur d'Apoticaire,
Nymesme avaler un morceau,
Sans luy donner part au Gâteau.
Voila ceque j'avois, cher Muguet, àvousdire,
Ce n'estny Fable, ny Satire.
Jugez de là quelle est l'humeur
De la Belle qui vous captive.
On ny connoistny fonds, ny rive.
- Mille Amans tiendroientdans son
coeur,
L'accés en est ouvert à tout nostre
Parterre;
Ilne faut pour l'avoir, que dire une
douceur;
Mais ce qui vaudroit bien qu'onluy
jettaft la pierre,
C'est qu'on luy voit faire aussitost ;
faveur
A la plus détestable Fleur,
Qu'à la plus belle de la terre..
Ainsi ce feroit se tromper,
De s'attendre à quelqu'avantage
Quele Rival nesçeust pas attraper..
C'est son plaisir, c'est son usage,
Vous ne la ferez pas changer.
Son teint est beau,son oeil aimable,
Maissonhumeurestindomptable,
r
On ne la sçauroit corriger.
Jugez apres cela, s'il est bien agreable
De partager un coeur avec mille
Rivaux; - Ou si plutost l'on n'estpas misérable,
D'avoir àsouffrir tant de maux.
-
Muguet, joignez à ces raisonspuissantes,
Luy dit l'une des Assistantes,
<~ne le bon Violier est vostre bon
Amy.
-
a
Et ressouvenez-vous,adjoûta l'autre
7ïeUe\
Quevostre constante Immortelle
Ne vous aimoit pas à demy.
NostreAmantn'eut paspeula teste .-
miI"ilJI1,
2? '(J¡¡ir tous -esfâcheuxdifeours,
Ilfgctrda tristement la PeN.F) -
Nepouvantrenoncer aux nouvellesamours
s
Puisfaisant un effort,ildit à la
Lumiere.
Je vous rendray dans quinzejours
Une
réponse
entiere.
Ceterme-làfut pris, àdessein d'y
resver,
Ouplutost, afin d'observer
Lesfaçons dela Violete.
JdLats en bien moins de temps
Il apperçeut les yeux de la Coquete
Vqtoyer en faveur de ses Rivaux
rampans
(Par leur langue ejr lellrsplH. veritables
Serpens
Ces grâces , ces appas,cette langueur
secrete,
Et ces regards enfin, tendres
,
doux,
amoureux,
Vu Chevrefeüil, que du Volubilis;
Aujji pour luy l'oeillade estoit moins
IIDimÚ,
Et ces traits moins hardis.
MAMpourl'autre, elle estoit toutàfait
enflâmée,
Etfemblottémoigner une amour cousumée,
Tmanat udatnéssaflâme &danssapri-
IIfcmejloit
d'airejfronte'.
C*estoit encore Ailljiqu'il vit unpetit
Suisse
Gardiend'un Trésor,grandAccoleur
de caee,
Ze la Belle souvent coup sur coup
regardé;
Tapeurdontiljugeapeudigne
Cet Amanttoutnouveau, quis'estoit
bazardé
l' le conseil de quelques Fleurs de
Vtgns,
A'fmon;rerd'amour pour elle posfirdé.
Surprit,confus,fâché, Quoy,dit-il
enluy-mesme, •
Ses regards font pour tousaussi-bien
que pour moy,
Etleur douceur extréme
Qui seulem'a forcé de rentrer sous
sa loy,
Où jetrouvois un bien extréme,
N'avoit rien de nouveau, ny rien de
singulier?
C'est un charme commun, c'est un
air journalier
:
Qu'elle prend pour dire qu'elle aime,
A la premiere Fleur qu'elle, voit appi
cher?
; Enver ité,je fus un grand Nov ice,
De me laisser ainsi toucher
I*ar un si commun artifice.
Mais ce ne fûtpas tout, ilvit lepetit
Suiffc,
jiyecnojïre Coquete, do coin d'un
Espalier,
La caresser d'un airtoutaussifamilier
que s'il eusteu quatre mots deservice,
Et mesmes s'emportersifort,qued'oublier
£uil avoit d'autresFleurs, témoins
desamalice;
EtlAjeune Coquete, enfaisant les
yeux doux,
Luy dire seulement,Suisse, àquoy
pensez-vous?
Aimant mieux,cesembloit,passerpour
la complice -
Desatemérité,
Qued'en blâmer la liberté.
Vnesigrande complaisance,
Qui dans le teste-à-testealloità rtJlI.';' st'ltlence,
.:.", qui le lendemain auxyeuxdenojfrc
Amant
De mesmefaçonrecommence,
Le choque&i"a A force d'estrebonne,
Violete, dit-il tout b^s,
Je reconois que vous ne l'estespa.
Des faveurs qu'on ne peut refuser à
personne,
fk tort, ont eu pour moyde si puissans
appas.
Cefutbienpis,lors que loin du Parterre
Ilvit entrer toutseuls dans une obscure
Serre
NostreCoquette,c?3la Fleur de Tefcher,
Et n'ensortir qu'apres un temps considérable;
Etqu'ayantdemandécequ'ils alloient
chercher
Dans cet endroit desagreable,
Une Mignonete luy dit,
Quec'estoit pour trouver un Simple
dans le Sable,
Dont ilsavoient besoin, pourunsoin
charitable.
Vain prétexte, aussitostreprit
Le triste Muguet en luy-mesme; -
Lors qu'on va dans un lieu si noir,
si retiré,
Par l'Amour seul on s'y sent attiré,
- L'on n'ycherchequecequ'on aime.
Helas! je me flatoisqu'on ne cherchoit
que moy,
Et dans ce jour, perfide Fleur, je voy
Vostrerecherche égale,
Pour une Fleur medecinale;
Je ne fuis pas de qualité
A souffrir cette égalité.
Vostre abaissement me fait honte,
Il m'a tout-à-fait rebuté;
Plus de retour, jamais je ne veux faire
conte
De vos douceurs,ny devoftre beauté..
Enfin pour acheter de le tirer d'af
faire, - - Ilsçeutque le payot devoitl'pt¿.:.
nuit
Hors desa demeure ordinaire. Ilenvoyeaussitost un Zéphir qui k. flaire,
Et quide loin,sansfaire bruit,
Enl'observant,toûjours lesuit.
Le Zéphir voit que cetteFleurpuate,
Apres un détourfait,prit unpetit
sentier
Qui le mena droit au Quartier
Oùrésidoit lajeuneFlante,
Etqu'enrompant la ha-çc, une Forte
s'ouvroit
Paroùsoudainilpritsa route,
Etsi coula dans un endroit
Oùl'onnevoyoitgoute.
Plusn'enjât d,>r?le Zep'hir,-
Issars le JtfupueïyoulaKù fid') oirle
reste,
Alla le lendemain d^un air doux (7
modeste,
Depeur qu'on n'aperçeustson curieux
desir,
Sur les lieux,pour s'en éclaicir.
Il vit la Haye avecfracture,
Etfutcruellement troubléde cet effet:
Maisquandilvit la Belle avec le teint
défait,
Ilfuiflrtempejchédesatrijlefgtire;
Il nesçeut s'ildevort recouriràl'injure,
Ou se taire dufait.
La Pensée arriva dans ce temps nécessaire,
EtLuydit ce qu'ildeyoitfaire,
Tandis que la Coqueteécoutoitle Soucy
nivenoitd'arriver artffsi.
Cher Amy,vostre ame est blessée,
Songez à laguérir,luy dit cette Pensée,
Sans en venir jamais à l'éclaircissement.
L'adroit & fin déguiseme- nt
De la chose la plus certaine,
Fourbe, mensonge, faux serment,
Tout cela c'est le chant d'une telle
Sirene; N
Si vous l'écoutiez un moment,
Il vous pervertiroit esprit & jugement.
Laissez-la donc, innocente ou coupable.
L'apparence est contr'elle,& c'est plus
qu'il ne faut
Pour rendre aux sages Fleurs cette
Fleur méprisable.
Elle t'si: coquete, & ce defaut
N'est nonplus douteux, qu'excusable.
Vous le sçavez, ne donnez plus
Dans un panneau semblable;
Allez, retirez-vous, contre un coeur
si peu stable
Les reproches sontsuperflus.
Ce conseilfutsuivy, le Muguetsçeut
se taire.
Il cachason ressentiment,
Etquittamesme à l'ordinaire
La Coquete civilement.
Mais ilestoit changépourelle.
Le dédain, le mépris, cg- l'extréme
froideur,
Avoient dans ce moment repris place
enfon coeur,
Ils en avoient chassé toute l'amour
nouvelle,
Et n'y laissoient qu'un regret de l'erreur
'pc s'estre renflamépour cette indigne
Fleur.
DanscetLumiere
Pour la re ercier deses heureux ayW, Ilsm'ont tiré,luy dit-il del'orniere,
J'estoisgasté,mais je les ay suivis,
Et je leur dois ce que je fuis.
Jtlpres,iljlitlt l'tUujhe Impériale;
Et cette Fleurplus que Royale,
Luy témoignabienduplaisir
De le voirdégagéde cette amourfatale
Qui nepouvoit bien réussir.
Enfin ilse renditchez lAsage Immortelle,
Luy demandapa-rdon desondéregle.
ment;
Elle est du moins drei bonne que belle,
Il l'obtint aisément.
Il ne vouloit jllmAÑ revoirla Violete,
Etbien moins, luyfaire la cour;
Mats certaine raisonpolitique&secrete,
En cela voulutson retour.
Ilfallutobeïr à cette Loy discrete.
Ille voit donc, malgré l'aversion,
Qu'ilafaitsucceder à Cindignation
Qu'ilressentoit pour elle.
Illuy renddesrespects,illuy montre
du zele,
Illuy tient des discours, mesmed'affection.
Sans que la Fleur constante &sage
En reçoive le moindre ombrage,
Car le tout n'est quefiction.
Onlejuge aux bonté^ qu'apourluy tif
Coquete;
Sesplus tendres regards,sesplusgrader
douceurs,
N'ontpluspour le charmer,qu'uneforce
imparfaites
Etfin air tiede, en ces momensflateurs,
Apprendbienquepourelle, il n'a de
ses ardeurs,
De resteaucoeur,pasmesme une
bluette.
Ilpasse enson espritpourtantpoursonl
Amant,
Parce qu'à se flaterla Belle esttrop
sujete,
Tourpêuyoit l'accuser d'un second
changement,
Ne croyantpas lepremierfeulement.
Cette erreur estdouce, il l'y laisse,
Etcependantsoncoe*urporte agréablement
Autrepart sa tendress.
JEneffet,aujourd'buyfonplaiftrJtngulier,
Sagloire la$!uslettey
C'estledesirqu'ilad'estre toujours
fidelle
D.,ins l'amitiédutropbon Violier,
Etdansl'amour delasage Immortelle.
SENTIMENS
SUR LES QUESTIONS
DU DERNIER
1 EXTRAORDINAIRE.
emel est le plus grand chagrin
qu'une Maistressepuisse donner
à un Amant. LE déplaisir d'un Amant à
qui sa Maistresse ne laisse
aucune occasion de la voir, cause
des douleurs si vives, que je
n'aurois point balancé il y a
quelques années, à soûtenirque
c'est le plus grand qu'elle soit
capabledeluydonner. Mais l'épreuve
que j'ay faite depuis ce
temps-là d'un autre chagrin, m'a
tiré d'erreur. J'ay veu mon Rival
traité favorablement de ce
que j'aimois, tandisque la Belle
m'accabloit de ses mépris, &
qu'elle n'estoit touchée ny de
mes soûpirs, ny de mes plaintes.
A mes yeux mesmes elle se faisoit
une joye d'accorder à ce
Rival les plus obligeantes marques
d'estime que la bien-seance
luy pouvoirpermettre, sans que
l'empressement de mes foins
m'attirait jamais que des rebuts.
II est impossible d'exprimer ce
q,c j'aysouffert dans ce triste
état & c'est par là que je fuis
entierement convoi ncu qu'il n'y
a point de suplice plus cruel
pour un Amant, que celuy que
je vous viens de repréfencer.
Si lesouvenir d'un plaisir passé
-
dont on ne joüit fins, cause du
fUifir, ou de lapeine. cEtre Question me semble
assez difficileàdécider, car
comme il est vray que lors qu'on
a enfermé quelques essences
dans un vase, l'odeur y demeure
encor longtemps apres qu'on
les en a retirée, de mesme on
peut dire qu'un plaisir, quoy que
passé, laisse en s'en allant celuy
d'en avoir 1*ouy &. que la satisfion
qu'on goustoit dans
lesdoux momens de ce plaisir,
chatoüillant nostremagination,
nous en cause de nouveaux,
selon que nous rappellons fortement
-
d'agreabls souvenirs.
Cependant comme nous souhaitons
naturellement le bien
que nous n'avons plus, nostre
coeur flatéd'abord de l'aimable
souvenir d'unplaisirpassé, soûpire
apres la possession du mefmeplaisir,
&de cessoûpirs qui
ne font autrechose qu'un desir
que bien souvent nous ne sçaurions
satisfaire, il passe insensiblement
au regret d'en estre
privé, & enfin de ce regret, à
une peine & à un chagrin qu'on
ne peut bien expliquer. Celuy
qui se trouvedans cet état, est à
peu prés commeunHomme,qui
dans un songe s'imagine estre
au milieu de mille plaisirs. Tous
ses sens estant excitezpar son
imagination,ilestaussisatisfaict
dans ce moment que s'il joüisfoit
des plaisirs mesmes qu'elle
luyafigurez.Maiss'éveillant
dans le temps qu'il croit avoir le
plus de sujet d'estre content, il
semble qu'il n'a ouvert les yeux
quepour perdre de veuë les
plaisirs qu'il avoit crû posseder,
& cette perte luy cause un chagrin
plus ou moins grand,
selon que le bien dontson songe
le flatoit, luy a paru estimable,
De mesme l'imagination de
celuy qui se souvientdes plaisirs
passez, emportée parce souvenir,
luy fait goutter plus de sacisfaction
qu'il n'en recevoit dans
la joüissancemesme, d'autant
queluy représentant en un moment
tous les plaisirs qu'il a eus,
ou pendant un jour, ou pendant
plusieursheures,elleluyenramasse
les plus sensibles douceurs,
&. les luy faitgouster toutes
presque en un instant; mais,
cet Homme seréveillantunpeu
après comme d'un songe, & faisant
refléxion que non seulement
ce font des plaisirs passez,
mais qu'il est peut-estre dans
l'impuissance d'en joüir jamais,
il tombe dans un chagrin d'autant
plus sensible que tous ses
sens estoient disposez à la joye,
& je ne doute point que le
chagrin ne l'emporte de beaucoup
sur la satisfacitonqu'il
avoit goustéeunmomentauparavant.
Si vous me dites que
cela ne sçauroit estre, & que
puis que le chagrin naist du
plaisir qu'on a eu, il doit estre
mesuré à ce plaisir,&qu'ainsil'un
ne peut-estreplus grand
que l'autre a esté, je vous répondray
que lors qu'on ne jouir plus
d'un bien, nostre imagination,
comme si elle se plaisoit à nous
tourmenter, nous le represente
toujours plus grand qu'il n'est
en effet, en forte qu'on pourroit
dire, que la privation d'un
bien, quel qu'il foit,est une
espece de Microscope qui
grossit les plaisirs attachez à
la possession de ce mesme
bien; outre que le
-
plaisir
que nous cause un souvenir
agreable ne nous dure qu'un
moment, & autant de temps
qu'il en faut à l'imagination
pour refléchir sur la perte de ce
que nous ne possedons plus, au
lieu que le chagrin que l'on en
ressentdure, &noustourmente:
longtemps.
Lequeltouche plus aisément le coeur
d'une Belle, ou celuy quise déclarantd'abord,
emploie les termes
les plus passionez à luyprotester
qu'il l'aime; ouceluy qui*
en luy rendant beaucoupd'assiduitez,
laisseagirsessoinssans
se déclarer;
J'E dis que c'est le dernier de
ces deux Amans. La raifcn
est que nous méprisons ordinairement
le bien que nous possedons,
& surtout celuy que nous
acquerons sans peine. Ainsil'Amant
qui se déclare d'abord,est
pour une Belle un bien qui ne
luy couse rien àacquérir, &.:
dont fort souvent elle ne fait pas
grand cas.Je sçay que s'il parle,
l'aveu qu'il fait des sentimens.
deson coeur nesçauroit estre
imputé qu'à la force de son
amour, &au pouvoir des charmes
de sa Maistresse; maisl'Amant
qui se contente de faire
parler ses soins, ne fait pas moins
connoistre qu'il aime, que celuy
qui se déclare ouvertement.
Au contraire, parce qu'il agit
d'une maniere opposée, il touche
plusaisement le coeur de la
Belle. Elle juge dela grandeur
de sa passion par celle de son
respect, & estantpersuadée de
la cause qui l'empesche de parler,
elleestconvaincue en me["
me temps de
-
l'amour qu'il a
pour elle, & fouhaiteroit qu'il
fuit plus hardy
; ce qui ne fait
pas un méchant effet, car elle
cherche toujours après cela par,
où le faire expliquer. Elle fait
tomber la conversation sur des
sujets qui luy en facilitent les
moyens. S'il se déclare, c'est
ce qu'elle a souhaité, & il la
trouve toute disposée à l'écouterfavorablement.
S'il ne le fait
pas, cette retenue ne fait qu'augmenter
l'envie qu'elle a de luy
entendre dire qu'ill'aime. Cependant
comme un silence si
long l'oblige encor à douter si
elle ne se trompe point dans la
pensée qu'elle a d'estre aimé?,
elle examine tout de nouveau
son Amant. Elle étudie ses regards
pour y remarquer quelque
langueur qui la convainque de..:
satendresse.Elle écoute sessoupirsavecplaisir,
ne perd aucune
desesactions ny de sesparoles,&
apres qu'elle s'est fortement
assurée de son amour,
elle luy fait connoistre par ses
manieres qu'elle n'y est pas insensible.
Ilne faut qu'aimer
pour entendre ce langage. Il exprime
les plus secrets sentimens
de l'âme;& parmy les vrais
Amans, l'union des coeurs est
toujoursfaite,avant que la bou
che ait rien expliqué.
Si un Amantmal-traitede la Ptr,
sonnequ'il aime, peut sans l'of-
Ifencersouhaiter la mort. E croy qu'il peut faire ce
souhait sans que
-
saMaistresse
;
ait lieu de s'entenir offencée.
Voicy la raisonque j'en ap--
porte. Un Amantestmal traité
de sa Belle, ou parce qu'il est
hay,ou parce qu'il a commis
quelque crime qui le rend indigne
de sa tendresse. S'il est
hay, quel témoignage plus fort
luy peut-il donner de sa complaisance&
de sonamour,qu'ense
souhaitant la mort, puis qu'il
montre en mesme temps qu'il
cherche à la délivrer d'un Objet
qui luy déplaist? - S'il luy a - fait quelque outrage,illaconvainc
encor mieux par ce
,
fouhait
de la passion qu'il a pour
elle, puisque s'il estvrayque
quelque légèreque soit une
faute; elle esttoûjours fort considérable
quand elle est -commise
envers-ce qu'on aime, cet
Amant
Amant veut marquer à sa Maîtresse,
que la satisfactcion qu'il
luy seroitpar son repentir& par
ses chagrins, feroit trop peu
pour expier une offence que la
mort feule luy peut faire pardonner,
ou si vous voulez le
prendre d'une autre
-
maniere
en se souhaitant la mort, il veut
luy faire connoistre, que desesperant
de rentrer jamais dans
ses bonnes graces, il est incapable
d'aimer la vie aprescette
perte. -
De la nature des Esprits Folets. sI jereglois toute la Nature
selon les sentimensde Def,
cartes, je dirois que les Esprits
Folets ne font autre chose qu'un
composé de certains Esprits ou
corpuscules qui émanent de nos
Corps, & qui se rencontrant en
l'air, sedisposent d'une certaine
maniere, que par les petits ressorts
quece Philosophe admet
dans les Animaux, ils remuent
& agissentdiféremment selon
leurdiférentedisposition; Mais
pour estre de ce sentiment, il
faudroit auparavant qu'on eust
bien sçeu me convaincre que la
volonté de celuy à qui un Esprit
s'est attaché, peut changerla
disposition des ressorts qui meuvent
& font agir cet Esprit. Si
cela estoit, jen'aurois pas de
peine à comprendre, comment
lors que je prierois cet Esprit
Folet de faire telle ou telle
chose, je le verrois aussi-tost
porté à l'exécuter, quoy qu'il
n'eust pas coustume de s'attacher
à cette action. Or il est
confiant que cela arrive tous
les jours, & sur tout en Allemagne
,où l'on donne, & où.
mesme l'on vend ces fortes d'Esprits,
en forte que si mon Amy
vouloit bien accepter l'offre
que je luy ferois de mon Esprit
Folet, il cesseroitaussitost de
me servirquoyqu'il eust esté
toûjours attaché àmoy
,
& commenceroit
de rendre service à
cet Amy. Ce n'est pas qu'on ne
pust répondre assez probablement
à une pareille objection,
qu'aussi-tost que ces fortes d'Esprits
se font formez en l'air,comme
jel'ay déja dit, & que le hazard
les a fait s'attacher indiféremment
à la premiere Personneavcc
laquelle ils onttrouvé
quelque sympathie ou d'Atomes
ou d'Esprits, apres cela
lors qu'on souhaitepossederl'Esprit
Folet qu'on voit attache
à un autre, comme ce desir est
dereglé, Dieu par punition permet
volontiers que la personne
qui le possedoiten soitdélivrée,
& qu'il s'attache de nouveau à
celle qui l'aappellé, à condition
qu'en luy rendant les petits services
qu'ils ont coustume de
rendre, elle en soit quelquefois
tourmentée ; ce qu'on peut aisément
conjecturer, de ce qu'entre
tous ceux qui ont ces Esprits
Folers,il n'yen a aucun qui
n'en voulust estre délivré. Si
vous demandez comment ces
petits corps peuvent faire toutes
les choses qui nous surprennent,
je dis qu'ils les font de la mesme
maniere, que les Bestes font toutes
leurs operations, puis qu'on
peut également imputer & les
unes & lesautres àla diverse dispositiondelamatiere,
avec cette
diférence, que les Efprirs Folets
estant composez d'une matiere
plus subtile, ils agissent plus
subtilement,& sans estre remarquez.
Mais quoy que ces raisons
soient assez probables, j'aime
mieux me raporter à la plus
commune, 6c croire que ces fortes
d'Esprits font tous diaboliques,
& que les Sorciers, que je
ne refute pas comme des contes,
les évoquent des Enfers,pour
les donner à quelques Personnes
qu'ils veulent faire soufrir, ou
qu'ils veulent obliger, car il est
constant que quelques-uns ne
font aucun mal. Un de mes Amis
le sçait par expérience. Il a un de
cesEspritsdepuisquelquetemps,
ôc cet Esprit ne fait autre chose
que de luy friser les cheveux du
derrierede sa teste, comme on
frise une Boucle de Perruque.
Dv CAMPOVSSIN,deRoüen,
L'AGREABLE DEBAVCHE.
MArs&Baccbussont réünis,
LA PaixAujourd'bll) les
rassemble,
EtgraceànostreGrand LOVIS,
Les voila bien d'accord ensemble.
7$éj9kijJè{-'VQwi Buveurs,
Chantez, Yvrognes,
Et ne crilign'{!lf# les malheurs
Dont ontsouventpaly vos trognes;
L'Epée jfilll croc,
Le Vinest surtable,
Etpar un échange admirable,
On n'entendplus de choc
Que cdu} des Bouteilles,
DesFiacons&desPots
Quel'onvuideenrepos
A l'ombrede nos Treilles; Ilriejlplus enfin decombats,
Plus de guerre Sur la Terre,
Il.!!.', coupsde rerre.
j"Baccbus a mille appat,
Celébronssa mémoire,
SIH, tost, dépeschons-nous;
Etsi l'on m'en veut croire,
Joignons nos voix, Ci- crions (Dm,
Iln'est point deplaisirplusdoux
Queceluy que l'onprendàboire.
SAYROT, de Chastillon sur
Seine en Bretagne.
Voicy divers Madrigaux sur les
deux E;;igmu en Vers proposées
dansma Lettre du Mois deJuin.
c I. -rr: ,.J F.;y?z de niennuyer devosvainés
c 'meres* ?LUsfùyhss refictifS) qui ne niaprene\
rien.
G<jfandifle9ÇarteJ'ient
Je n 'écouterayplusvos Leçons ordinaires;
L' Enigme que je listsans tant me travailler)
M'explique mieux que you* la nature
de l'Air.
BVRET DE LEPINAT, de Vitré.
J I I. E siaypas l'esprit agreable,
Sinonpresdu Verre&duVots
Et nepuisdeviner le Mot
V.e vostre Enigme, quà la Table.
DENIS,Curé de laMothe
en Blefy.
Mrd'Ambreville, de Lisieux, qui
crû que le Mot de la seconde Enigme,
estoit la Main, afiny l'Explication
quisuit, par des Vers du
celebre Theophile.
III. AMy,cesse de tant resver,
Sanspeineje viens de trouver
Les deux Enigmes du Mercure.
A mesyeux, ainsi qu'un Eclair,
Le Mot en est brillant et" clair:
Maissouffre en cette conjoncture,
Pour m'épargner desVers lafâcheuse
torture,
Qu'unPoëtejadissanspair,
Et dont encor le renom dure,
T'aprenne au lieu de moy,d'une Veine
plus pure,
Que l'une 11 la Main, l'autre l'Air.
Celuyquiformant le Soleil,
Arrachad'un profondsommeil
L'Air&le Feu, la Terre & l'Onde,
Renversera d'un coup de Mdin
La demeure du Genre humain,
Et la baze où le Ciel se fonde;
Et ce grand desordre du monde
Peut-estre arrivera demain. iV.i QVe le Mercure efiadmirable!
Il vientde nous donner,pour bannir
le chagrin.
DesVerres de Vin,
Et pour les reposer,ilofurnitune
Table.
C. HVTVGE d'Orléans,
demeurant à Mets.
Mesdemoiselles de la Cour, de
S.Denys,ayant trouvé le sens de
la premiere de ces deux Enigmes,; l'une d'elles qui n'ajamais fait de
Vers, nom donne son coup d'cjfay
par ceMadrigal.-
D V. AnscenobleJeud'avanture,
Nous travaillonssouvent en .,,,ill.
L'esprit n'estpastoûjours devin,
Pours'estredonnéla torture.
Lepremiersujet,quoyque clair,
Ne nous a produit que de l'Air.
M VI. Ettez vostre Chevalseulement
à l'Etable;
LaYézfaire à chacun, Mercure,son
Md/Ù",
Montezvostre Genest, tiyàvex "fojlrt
Coursîer,
Ganimedesans vous finir. bien la
Table.
L'HERMITE DE SAÇEY,
pres Pontorson.
p VII. Premieresource de la Vie,
Quifais tout agrrç?*mttuyoir0!
Qui "ro" tout sans tefairevoirs
Par qui l'amenous est ravie,
Qui du coeur tires lessoûpirs,
Qui portes l'aisle des Zephirs,
Et lesfoudres (7 les tempestes,
Quiformant la voixfais parler,
Qui regnes bas, Cfsur nos ftftu,
Quelautre corps es-tu, sidu moins t.
n'esl'Air? • RAVLT, de Roüen.
M VIII. Ercure, yos Lecteurs doivent
estre contens,
"Puis que joignant l'utile avec le délectable
,
Vousleurfaitespasserle temps,
Tantostà la Ruelle, fy* tantostà la
Table.
Le ControlleurdesMuses
de Montasnel.
M IX. Ille Mots dans l'espritmeviennentà
lafois
Dessùs L'Enigme de ce Mois*
Jemeflate à chacun d'une heureuse
rencontre;
Maisquãdj'ycroy voir leplusclair,
Dans le momentquej'enyeuxfaire
montre,
Adieu you* dis, tousseperdent dam
l'Air.
F. HA. DV MESNIL,de Cambrais
en Normandie.
I X. E n'ay jamais bû dans la Tajje
Desdoctes&sçavantes Soeurs,
JtJy jamais mon espritn'a senty les
fureurs
Qu'inspire le Dieu du Tarnajp;
N'importe,essayons toutefois
A trouver le secret de cet Art admi*
rable:
Minerve,sois-moyfavorable,
Et dans ces Vers écrits sur le coin de
ma Table,
De la derniereEnigme de ce Mois,
Rensermon le sens "'e"itltbl.
GAVTIER,SeigneurduTronchay
-
lez Tonnerre.
s XI. Icette Enigmeestambiguë,
Il ne s'enfautpas étonner;
Mais ilfaudroit dire biengruë,
Pour nierqu'elle eustle bon Air.
Une des Nymphesde
Montasnel.
c XII. EtteEnigme, mefoy, n'estguére
desaison,
Ellem'a mis en eau, mafaitmalÀ"
lateste.
Enjinjefl,.()Ñ mortchezmoy comme uneBeste
Sije n'avoispris l'Air clt'{ l*aimable
Nanon.
P. C. L'ENJOÜE', d'Orleans;
,- v XIII. Omsyeutfàtigue^trof, agreable
Cloris,
Vous avezdéjàprisvostre beau coloris,
Pour vouloirpénétrerlesensdesdeux
Snigmes. 1
Mercureprendlesoin de lecachersi
bien,
Qu'àpeineycomprendrez "tout rien, oJque "vous ayex lû plus de dixfiM
ses Trimes.
Sortez unpeupourprendrel'Air,
Pendant que l'on mettra le Couvert
sur la Table.
Cefont levrais moyens,sanspluslong
tempsparler,
De trouverlesensveritdble
Des deux enilmes de ce Mok,
Que yous expliquerez toutes deux à
la fois.
ALCIDOR,du Havre de Grace.
XIV. j.A.wÑ mdlÀ la testeàforce de
resver
A ce que nous cachait l'Enigme du
Mercure;
Et le Mot mesemblant diiffcile À
trouver,
Jeprisl'Air, &cessay d'enfairela
lecture.
I. F. JARRES, du Quartier
du Louvre.
A XV. Vray-je biensçeu deviner
Ce Rien qui nepeutpasse dire;
&uejamais on n'apû décrire,
Mercure, en disantquec'estl'Air?
L'HERMITE DESAÇEY,
pres Pontoise.
DE L'USAGE
DE LA GLACE.
A MADAME A. D. LA question du Froid & de
la Glace
,
convient si bien
aux excessives chaleurs de l'Eté,
& à la satisfaction que l'on y
trouve, qu'il n'est pas possible
pendant les ardeurs de cette
Saison
,
de rien proposer de
plus agreable que les moyens
d'en faire un usage salutaire, cù
la necessîté, & le plaisir se rencontrent
à la fois, & servent de
délice, & deremede tout en- - semble.
Cependant le nombre des
sujets ausquels peut convenir la
Glace dans la diférence des
âges, des sexes, des temperamens,
des habitudes, & des climats
, est trop grand, pour entreprendre
une décisionparticuliere
comme vous la desirez,
& personne ne doute qu'il ne
foit entierement impossible de
pouvoir satisfaire dans une réponce
aussi generale qu'est la."
proposition, au bien, & au mal
que tant de Particuliers diférens
en peuvent recevoir dans
leur usage.
En effet,l'expérience nous
apprend que dans la santé &
dans la maladie, chaque sujet
fait si parfaitement la regle qui
luy est necessaire, qu'il n'est
rien dans le monde qui foit generalement
bon, comme il n'est
rien aussi qui soit generalement
méchant.
Ilfaut donc avant qu'entrer
dans la circonstance particuliere
de laquestion, convenir que la
Glace est une congelation du
froid, & de l'humide, ou pour
ne pas s'engager en des difficultcz
qui ne se pourroient résoudre
dans une Lettre, qu'elle
estune congelation de l'eau, par
le mélange des esprits nitreux
qui ramassent, & réunissent les
parties homogenées,&hetérogenées,
& donnent cette densité,
ou solidité glaciale, enexprimant
les parties les plussubtiles
de l'eau, laquelle estant
ainsi glacée, est referrée dans les
lieux lesplus propres à conserver
ces parties nitreuses, pour
communiquerà l'eau mesme, au
vin, & à toutes les liqueurs, ce
froid glacial qui surpasse de plusieursdegrez
le froid naturel des
eaux des Puits, & des Fontaines.
La necessitépressante que
l'on a euë de trouver quelque
soulagementaux extrêmeslangueurs
dont les corps font
abatus, & qui causent de Li
grandes maladies pendant les
ardeurs immodérées de l'Esté,
a fait penser à ce délicieux secours,
quiapassé dans un usage
si familier, qu'ilest peu de Climats
exposez aux grande chaleurs
, qui n'en fassent leurs
plaisirs,&unehabitudecontinuelle.
1
L'ona observéaussidepuis
l'usagedela Glace,que dans les
lieux, les plus chauds, on est
moins sujet à tantdepérilleuses
maladies,& aux fièvres malignes
pendant l'Eté,&qu'il n'y meurt
pas une si grande quatité d'Hommes
par les desordres que les
chaleurscausentdans nos corps,
parce que la Glace rempere si
parfaitement ceux qui la peuventsuporter,
qu'en peut dire
qu'elle est un agreable remede
dans les chaleurs. Leur excés
semble demanderun pareil con
traire pour empescher la résolution,
ou la dissipation des esprits,
& des humeurs, attenüées par
les ardeurs infuportables qui
les consument si fort, qu'elles
causent ordinairement tous
les maux, & longs, & mortels,
qui ont accoutuméde regner à
la fin de FEcc & dans l'Automne.
Quoy que la Glaceenréprimant
la violence des chaleurs,
prévienne un grand nombre de
maux,& qu'on en reçoive un
plaisir inexplicable, toutes ces
expériences neantmoinsnepeuvent
pas faire une regle generale,
puis que nous voyons tous
les jours beaucoup de personnes
qui s'en trouvent fort mal, &
tant d'âges, de tempérament,
de sexes, & de dispositions opposées
à ce secours siagreable.
Il est vray que la Nature
souffre tant, dans l'usage des
violens contraires; & l'excès luy
est tellement nuisible, ainsi que
l'expérience nous l'enseigne,
suivant l'authorité d'Hippo-.
crate qui défend detrop échaufer,
& de rafraîchir excessivement,
qu'il nefaut pas douter
que cet excès de froideur n'affoiblisse
extraordinairement dans
le temps, ou dans la fuite la vigueur
des organes, & la force
dela digestion.
Il faut donc conclure, puis
qu'on a suposéqu'ilnest rien
qui foit generalement bon, ôc
rien qui
soit
generalement méchant
, que la Glace convient
mieux aux Païsextrémement
chauds, qu'aux temperez, qu'-
elle est moins nuisibleauxHommes,
qu'aux Femmes; qu'elle est
plus utile aux fains, qu'aux infirmes;
& qu'il y a peu de Personnes
qui n'en ressentent quelque
incommodité, ou quelque
foiblesse, dans le long usage, ou
dans le temps,
Il estaisé de comprendre que
dans les Païschauds, les corps
font tellement défechez & affoiblis
par les violentes chaleurs,
que la Nature qui ne subsiste
& ne se conserve que dans
la mediocrité des causes qui l'environnent,
ne pourroit soutenir
longtempsl'effet de ces chaleur
excessives, comme on l'a remarque
avantl'usage de la Glace,
si elle n'arrestoitla rapidité d'une
prompte résolution qui ne
manque jamaisdeproduire de
tres-méchans effets, ausquels la
Glace dans ces climats est presque
genéralement 6c, absolument
necessaire.
Le tempérament chaud &
robuste de l'Homme, surpasse
trop en vigueur &en force celuy
des Femmes délicates, moins
chaudes & plus humides, pour
ne pas croire qu'elles font d'une
disposition moinssusceptible
des effets de la chaleur excessive,
& qu'ayant les pores moins
ouverts, &le corps peu transpirable,
;
elles ne pourroient suporter
plaoGrtelarcsei facilement l'usage de
que les Hommes la fiu
portent.
ITîïïimidité q-ui excede dans
le tempérament desFemmes,
& qui les rend moins fortes, &
plus infirmes que les Hommes,
détruiroitbien-tost lesujetqui
la renferme, ou augmenteroic
d'abord le grand nombre des
maladies qui leur font familieres,
£ ces humiditez estoient
fixées & concentréespar l'usage,
& la présence de la Glace
qui les rendroit plus fufceptL
hles de la pourriture lors qu'elles
feroient fixées, ou qu'elles retarderoient
leur transpiration,
&leurcoursordinaire.
Les Hommes au contraire,
ont les humeurs si subtiles, si
faciles à résoudre, & à transpirer,
que le défautd'humidité
ne leur causeroit pas de moindres
incommoditez, que l'abondance
de la mesme humidité en
caufeaux Femmes, s'ils ne cherchoient
dans les chaleurs extrêmes
à moderer l'exces de la
transpiration par lesgrands rafraîchissemens
,
& principale,
ment par celuy de la Glace.
De tous les tempéramens ausquels
on peut proposer l'usage
de la Glace, elle convient plus
particulierementaux Bilieux qui
ont les humeurs tenuës subtiles,
& dissipables, puis aux Atrabilaires,
qui les ont brûlées, ardentes,
& facilesàs'enflâmer,
en fuite aux Sanguins, qui n'ont
pas tant de necessité de ce grand
rafraîchissement
, parce qu'ils
font humides,&nullement aux
vrays Mélancholiques, & aux
Pituiteux.
Parmy toutes les dispositions
on ne peut douter que la Glace
ne soitplus utile, & moins préjudiciable
aux fains qu'aux infirmes,
qui ont les parties nobles
mal disposées, & affoiblies,ou
qui font ordinairement sujets à
des maladies que l'usage de la
Glace peut irriter par l'excès
du froid, qu'un état délicat &
malsain n'est pas capable de
suporter.
Onjugera aisément des maux
qu'elleput produire, lors qu'on
sçaura dans le sentiment d'Hippocrate,
confirmé par unedongue
expérience ( ainsi qu'ilaesté
déja remarqué) que le froid
extrême, comme
-
la Neige -èc
la Glace hefi: le plus grand eru
nemy des Poulmons;&. mesme
,que dans un degrémoinsviolent,
il est trespernicieux au
cerveau, aux dents, aux os, aux
nerfs, aux membranes, &que
le plus grand nombre des maux
qui naissent en ces parties
, ont
pour cause principale le froid
qui les affoiblit, & qui les rend
susceptibles des maladiesdont
elles font capables.
Cette description un peu generale,
laisseroit dans une satisfactionimparfaite,
si l'onmanquoit
par un détail plus précis
d'expliquer cet usage particulier,
qui ne convient nullement
aux Vieillards, aux Enfans, èc
aux Femmes principalement
quand elles font grosses
, nourrices,
ou dans le temps de leurs
maladies. Elle n'est pas moins
préjudiciable à la gcute, à la
gravelle, ou rhoumatisme, aux
maux de poitrine, aux obstructions
de foye ëc de rate,
aux coliquesquiproviennent
descruditez, que la foibiesse
d'eftom c produit.
Celles quinaissent d'unedisposition
purement bilieuse,les
migraines,les dégousts en Été,
& presque tous les desordres de
la bile, font corrigez par ce secours,
lors qu'il n'y a point de
complication, & d'autres dispositions
plus considérables, qui
prévalent aux raisons que l'ona
d'user de cet agreable remede.
- Il fautencor observer que
l'on ne doit boire à la Glace
que dans les grandes chaleurs,
éc rarement lors que l'estomac
est vuide
,
à moins que l'on ne
souffre par un excès de chaleur,
parce qu'elle affoiblit trop
les membranes de cette partie;
mais dans les repasavcc la
viande, ajoutant un peu plus de
Vin qu'à l'ordinaire,elle fait
mieux.
On ne doit cependant jamais
boire à la Glace dans l'ardeur,
& la sueur de quelque grand
exercice, & mesme dans les médiocres;
parce que tous les subits
changemens, d'une chaleur
extraordinaire à un froid excessif,
font tres-dangereux, 8Q
ne manquent jamais de causer
de pernicieuses maladies. -
Cet usage n'est pas seulement
utile pris intérieurement, mais
encor appliqué aux parties extérieures,
comme aux grandes
coliques qui sontsoulagéessurle
champ, lors qu'après les remedes
generaux, ontrempe des
linges ou desassiettes, & qu'on
les applique sur le ventre àl'endroit
de la douleur, changées
de temps en temps, quand la
froideur commence à passer. On
en fait de mesme aux coliques
nephrétiques, en appliquant la
ferviete
, ou l'assiete moüillée,
sur le rein du costé de la douleur.
Elle ne foulage pas moins les
maux des dents, pourveu qu'elles
ne soient pas extrémement
cariées, & que la jouë ne soit
point enflée, quand on applique
un linge moüillé dans l'eau
froidederriere l'oreille du côté
malade, qu'il faut changer de
mesme, lors que la froideur diminuë
pour mieux intercepter
l'humeur fluxionnaire que l'on
attire souvent plutost par les
linges trop chauds, comme aux
coliques que l'onaugmente
quelquefois.
Quoy que le chaud appliqué
soit amy dela Nature, on voit
par expérience qu'il y a des
temps dans les maladies ausquels
il dilate & raréfie si fort les humeurs
qui ne peuvent se résoudre
par transpiration, qu'il augmente
lafermentation, en forte
que les douleurs deviennentplus
vehémentes & plus insuportables.
Le froid au contraire diminuë
le mouvement, appaise
la fermentation comme l'eau
froide jettée dans le Pot qui
boult, & fait cesser heureusement
la douleur.
Il y auroit en cette matiere
dequoy composer un gros Volume,
& dire beaucoup de choses
que l'on ne peut renfermer
dans une Lettre. Jelessuprime,
Madame,par la crainte que j'ay
que vous ne receviez moins favorablementla
protestation que
j'ay faite d'estre toute ma vie,
vostretres &c.
PANTHOT, Doct. Med.
A Lyon, ce 10. AouJt\C,Zo.
SUR LES QUESTIONS
DU DERNIER
EXTRAORDINAIRE.
QVESTION L LE plus grand chagrin que
puisse donner une MaîtresseàsonAmant,
c'est, si je
ne me trompe, de luy préferer
un Rival; car dans les autres
disgraces, l'espoir qu'il a d'en
sortir, & de devenir heureux,
occupe son esprit,& empesche
qu'ilnerefléchisse sur ses maux.
Mais afin qu'on soit convaincu
de ce que j'avance, il faudroit
interroger quelque perséverant
Adorateur, qui n'est jamais re- eu d'une Belle qu'avec beaucoup
de dédain, à qui elle parle
toujours d'un ton fier, & contre
qui, pour l'obliger à se défaire
de son amour,elle ne cesse point
de mettre en usage les plus
cruelles rigueurs. Cet Homme
quesapassion aveugle, merépondroit
qu'il se représente les
divers obstacles, qui le traversent
, comme des Digues qui
estant trop foibles, font incapables-
d'arrester le cours d'un
Fleuve rapide. Il m'assureroit
qu'au travers de tant de difficultez,
il découvre qu'un jour
la conqueste de sa Maistresse
luy fera aussi glorieuse qu'elle
aura esté difficile à faire. On
tombe d'accord, me dira-t-on,
que c'est là le langage d'un
amour violent que les malheurs
ne rebutent point, parce que
l'espérance de s'en délivrer en.
tretient ses forces, &empesche
qu'il ne succombe sous le faix
de ses douleurs. Mais c'est un
chagrin, adjoûtera-t-on, qui
doit accabler un Homme qui
aime, lors que sa Belle le bannit
de sa présence, & luy oste tous
les moyens de la voir & de luy
parler jamais. La vie que ce
Malheureuxtraîne dans ce triste
état, est une fuite continuelle
de souffrances, s'il s'obstine à
soûpirer. On ne manque point
d'exemples, poursuivra-t-on,
pour montrer que des Gens
passionnez n'ayant pû paroistre
devant leur Maistresse
, ont
changé le chagrin qu'ils ont
reçeu de cette infortune en un
rmortel desespoir. On apportera
celuyd'Iphis, qui ne pouvant
suporter les rigueurs d'Anaxarete,
alla se pendre à sa Porte.
A cela je répondray, qu'on ne
trouve plus d'Iphis, & qu'il n'est
point d'amour que l'on n'étoufast
plutost que d'en venir à de
si ridicules extrémitez. Un AmantdontsaMaistresse
ne veut
recevoir aucune visite, se flate
toujours qu'il fera heureux, s'il
a de l'adresse. Il se persuade
que l'Amour estingénieuxqu'il
est des Belles d'une humour
changeante, que la sienne sera
de ce nombre, que le temps
amene toutes choses,& qu'enfin
si elle, refuse de le voir, c'est
qu'apparemment elle appréhende
que sa rencontre ne la
laisse pas maistresse de ses sentimens.
Rien ne se dit plus
communément. Toutestfaveur
en amour, hors l'indiférence.
Mais l'indiférence mesme ne
me paroist pas la matiere du
plus grand chagrin que puisse
avoir un Amant; cars'il s'apperçoit
que la Personne dont il
croyoit toucher le coeur est indiférente,
& qu'il ne sçauroit se
la rendre favorable, n'a-t-il pas
cette penséequ'en cas qu'elle
eust à aimer, ce feroit luy seul
qu'elle aimeroit; &; cela, parce
qu'il se persuade qu'il est impossible
d'avoir plus d'amour
qu'il en sent pour elle? Il a du
chagrin à la vérité, mais ce chaz
grin n'estrien en comparaison
de ce que soufre un Amant qui
voit que son Rivalluy est préseré.
Ce Malheureux ne trouve
point à se consoler sur ce qu'il
pourroità l'avenir rentrer dans
les bonnes grâces de sa Maîtresse.
Quelque peu detemps
qu'il ait donné à l'amour, il est
devenu trop délicat pour cliérir
une seconde fois la Personne
qui l'a sacrifié à un Rival. Il
sçait bien que dans ce retour il
n'y auroit point de gloire à acquérir.
Je voudroispouvoir décrire
comment le dépit Se la
rage s'emparent de son esprit
lors qu'il se convaincd'avoir
aimé une Ingrate. Quels efforts
ne fait-il point pourétouserson
amour,à l'instant qu'il en ressent
mieux l'ardeurqu'il n'a
peut-estreencorfait? De quel
air croiroit
- on qu'il envisage
que toutes ses assiduitez luy ont
esté inutiles,&n'ont servy qu'a
luy attirer le mépris de la Perfide
qu'il adoroit? Ne seroit-ce
point avec un visage consterné
& abbatu? Oüy, sans -doute.
Chaque foisqu'ilfonge à cette
Infidelle, l'idée qu'il en a, ne
renouvelle-t-elle point ses douleurs,
ou plutost ne luy fert-elle
pas d'un suplice eternel? Assurément.
Avoüons donc que
rien n'égale le chagrin d'un
Amant à qui un Rivalest préseré,
&finirons par uneDevise
qui nous dépeigne en quelque
mniere le malheur de cet Amant.
Le mérite d'une Belle,
qui plaist assez à un Cavalier
pour luy faire souhaiter d'en
estreaimé, & qui cependant
11'..ttire ses soinsquepourluy
donner matiere de soûpirer, &
le rendre le plus malheureux de
tous les Hommes, cemérire,
dis-je, ressemble au Soleil, qui
durant quelques jours serains,
n'échauffe le sein de la Terre,
qu'à desein d'en former des vapeurs;
des pluyes,& enfin de
grands orages. Ainsi jemettrois
pour le corps de la Devise, le
Foudre tombant, & une partie
des desordresdontilestordinairement
la cause. Comme
l'endroit de la terre où ilferoit
tombé, n'auroit point mérité
d'estre en bute à cette tempeste,
de mesme l'Amant, n'éstant
pointcoupable, ne devoit pointestre
exposé à une si cruelle
disgrace. Ces paroles Latines
serviroientd'ame, Necpotui tantumsperare
dolorem, & ony pourroit
ajoûter les Vers suivans.
Leseulaspect dece belAstre
Mconsumoitjusques au coeur,
DPoevuorisa-vjoeuirnseanttteyndtrroeupndt'aerlddeeusra,stre?
QUESTION II. IE me rangerois volontiers du
costé de ceux qui croyent que
le souvenird'un plaisir passé
cause plutôt de la peine que du
plaisir Voicyles raisons pourquoy
j'embrasserois leur party.
Lors qu'un Homme songe au
plaisir qu'il y a déja quelque
temps qu'il s'estdonné, dans
l'instant mesme qu'il s'occupe
ày songer, ou il jouic d'un plaisirplusgrand
que celuy queson
souvenir rappelle, ou d'un pareil,
ou d'un moindre, ou il n'en
joüit d'aucun. Si le plaisir qu'il
goûte dans cet instant est moindre
, celuy qu'il n'a qu'en idée,
luy est une matiere de chagrin,
puis qu'il luy montre tout ce
qui manque à celuyqu'il se
donne, & empesche qu'il ne le
prenne bien, comme il eust pû :
faire sans cette cruelle refléxion.
Si cet Homme goûte un plaisir
pareil, il est certain que celuy
qui est devant ses yeux, agit sur
luy avec plus de force, que celuy
qui n'est que présent àson
souvenir. Cela
estant,
afin de
goûter ce bien dans tout ce qu'il
peut avoir de douceurs,il voudroit
en estre entièrement possedé,
sans resver à autre chose.
Ainsi dans cette circonfiance,
l'idée du plaisir dont il se souvient,
luy estàcharge,&trouble
la joüissance qu'il a du plaisir
present. Enfin si cet Homme
goûte un plaisir plus grand,
comme il voit tant d'attraits du
costé de celuy-cy, il ne pense
que legérement à l'autre, & cet
autre n'estant capable que de
faire une foible impression sur
son esprit, quand bien le souvenir
luyenseroit agréable,la satisfaction
que ce souvenirluy
causeroit, ne pourroitestreque
fort médiocre.Avoüons plutost
qu'iln'yen auroit aucune, puis
qu'il n'yen a pas mesmelors
que rien n'empesche de resver
au plaisir qu'on a pris autrefois.
Dans cet instant qu'on y songe,
.l'appétit se meut. Ainsi on est
inquiet, parce qu'on voudroit
en avoir la joüissance; & comme
l'impossibilité s'y trouve souvent,
l'inquiétude redouble, &
se change en desespoir. Il est
doncvray,que comme on a de
la joye à raconter ses malheurs
passez, parce qu'on n'a plus à
les soufrir; de mesme on ne
pense qu'avec chagrin aux plaisirs
qu'on a perdus, parce qu'on
voudroit les gourer tout de
nouveau, & que leur possession
n'est plus en nostre pouvoir. Je
compare le plaisir qu'on s'est
donné, une sois,& dont l'usage
nous est en fuite interdit,à un
Mont couvert de neiges, qu'on
ne sçauroit regarder plusieurs.
fois sans peine. De cette Métaphore
je forme une Devise. Le
corps est le Mont couvert de
neiges;l'ame, ces mots Latins,
Satvidissesemel, &j'y ajoute ces
quatre Vers.
-
Quiconquevoudroit arrester
Sur moyplus d'unefois là"Veuè\
77auroit lieuderegreter
L'envie qu'il en auroit euë.
-
QUESTION III. ILne suffit donc pas que l'Amour
ait les yeux voilez, il
falloit encor, me dira-ton, luy
-
fermer la bouche pour toujours,
puis que vous ne voulez pas
qu'on le reconnoisse à sa voix,
& qu'au contraire vous sotenez
que les soins & les assiduitez
d'un Amant touchent plusaisément
le coeur d'une Belle, que le
tendre aveu de sa passion? Hé
quoy! est-ceune voye feure,
ajoutera-t-on, afin d'entrer
dans les bonnes graces d'une
Maistresse
, que ne dire mot
de l'amour qu'elle a inspiré?
Oüy,c'est une voyefeure, &je
le prouve. La plûpart des Belles.
font convaincuës que les Hommes
font peu sinceres dans leurs
déclarations, & parlentsouvent;
en Comédiens. Elles font si accoutumées
à entendre dire un
je vou* aime, qui n'est que sur le
bout des levres, &à le voir prononcerde
la meilleure grâce du t
monde, qu'enfin l'incré
est devenue chez elles la Pierre
detouche de l'Amour. Ellest
veulent ne fonderies coeurs que:
par la longue fuite des soins &;:
des assiduitez qu'on leur rend,
& elles ne s'arrestent point aux
paroles qui font presquetoujours
mensongeres.Quand
mesme les paroles seroient veritables,
une Belle aura-t-elle de
la complaisance pour un Gavalier,
si elle voit qu'il s'empreue.
à en faire sa conqueste, & qu'il
s'imagine qu'il n'aura qu'à par.
1er, & à l'ébloüir pardebeaux,
mors? Nesçaic-on pas quela
fierté est comme l'appanage d<J)
la Beauté, que cette Beauté [e-¡'
fait valoir, & qu'elle ne se rend
guéres qu'après de longues u.¡. *taquet:
taques? Ainsi les assurances positives
d'une fidelité inébranlable
ne produisent aucun effet.
Ce font les soins & les assiduitez
qui peuvent feulement montrer
dans la fuite des temps, que lors
que la bouche de l'Amant parloit,
elle estoit d'intelligence
avec le coeur. Joignons à cela
qu'il se trouve des Belles qui
rougissènt au seul mot (ipaniotir;
mais si ce doux mot les épouvante,
& qu'elles n'yprestent
aucune attention, à quoy fert
d'employer des expressions pressantes
& amoureuses, puis qu'-
elles font presque toujours inutiles;
au lieu que quand on laide
parler les foins & les assiduirez,
ce font de fidelles interprétés des
plus secrets f ntimens du coeur
Une Fille qui s'apperçoit que
l'amour en est leseulprincipe
n'a-t-elle pas de la joye de pouvoir,
sans le découvrir, examiner
à fonds ces foins &ces assiduitez,
afinde ne - rien précipu
termal à propos? N'a-t-elle pas
tout le loisir qu'elle peut souhaiter,
afin de songer à la maniéré
dont elle doit y répondre? Ne
voit-elle pas volontiers quec'est
une passion respectueuse, &qui
ne prétend point la surprendre
par de beaux termes?. Enfin ne
se fait elle pas insensiblement
une idée de l'amour qu'un
Amant si retenu cache en luymesme,
beaucoup plus grande
quene pourroient faireles paroles
de celuy qui prend le party,
dese déclarer? Laraison decela.
c'est que, commej'ay déja mon- tré, les déclarations n'ébauchent
pas mesme l'amour dans
le coeur de la Personne à qui
elles s'adressent, &que les foins
te les affiduitez ont tout le
temps d'y former parfaitement
cette passion. Ainsi, dés qu'une
Belles'est laisse toucher le coeur
par un Homme, dont elle se
persuade qu'elle est aimée, elle
s'imagine que l'amour de cet
Homme est excessif, parce
qu'elle voudroit qu'il le fust,
& quelquefoismesme parce
qu'elle se flate, & qu'elle croit
mériter beaucoup.Avouons
donc qu'une Belle découvrel'amour
par le moyen des soins &
desassiduitez, demesme qu'on
connoist en quel endroit est le
Soleil, lors que quelques-uns de
ses rayons passentàtravers le
nuage qui l'environne. C'est
pourquoy pour Faire une Devise,
il faudroit peindre un
Nuage percé des rayons de
l'Astre du jour. Ces mots Latins
serviroient d'ame, Indicat& celat,
& on mettroitlesVerssuivans
au dessous du Cartouche.
Puis-je cacher unsigrandfeu, ; Sasqu'aucun trait iéne à paroistre?
Mais chaque trait motre en quel Lieu
estl'Autheur qui luy donc l'estre.
EVESRION IV. UN Amantmal-traité de sa
Belle, peut sansl'ossenser
soihaiterlamort; caroula HeHe aquelque sujet de le mal-traiter,
ou elle n'en a aucun. Si elle en
a sujet, les paroles de désespoir
qu'il prosere doivent-elles l'aigrir
contre luy, quand les peines
qu'il endure luy font deuës, &
qu'il ne peut les reprocher à sa
Maîcresse comme des effets
d'une tropgrande rigueur? Ce
n'est point-làaussi son denein. Il
prétend au contraire, que lors
qu'il souhaite la mort,ilmontre
que puis qu'il a esté assez malheureux
de déplaire à l'aimable
Personne qu'il adore, il secroit
indigne de vivre. Un Amant
coupable donna-t-il jamais un
plus, grand témoignage de son
repentir, qu'en avouant qu'à
cause qu'il est coupable, & qu'il
s'est attiré les maux qu'il souffre,
lavie luy est devenueàcharge?
Que mérite-t-il cet Amant,
sinon que la Belle luy pardonne,
& mette fin au malheur
>dontileft accablé? CetteBelle
a lieu d'être plûtost émeuê de
pitiéque de colere,au moment qll'cl'eapperçoitqueson Adorateur
ne l'aime pas moins au
milieu des tourmens, encor
qu'il veuille luy faire connoistre
, qu'il en sent de trop vives atteintes.
Je suismesme persuadé
4 quecetteBelle n'auroit pas sujet
de s'orrenfer qu'un autre
Ament qu'elle auroit maltraité
lans raison
,
soûhaitât la mort;
quoyque peut-estre on me diroit,
que c'est se vanger en quelque
maniere d'une Maîtresse, que
de la convaincre qu'elle est trop cruelle,&qu'un Amant bien
respectueux doit luy épargner
ce chagrin. Helas! lors qu'un
Malheureux, disgracié de sa Belle,
desire la mort, il ne prétend
point irriter cette Personne qui
leréduitau déplorable état où
ilse trouve. Si c'estoit là sa pensée,
lemoyen d'en venir plutôt
à bout, ceJ sreroit de porter s?es
voeux ailleurs, & de donner à
son Inhumaine toutes les marques
qu'il pourroir de sonrefsentiment.
Son seuldesseinest
qu'elle s'aperçoive que IcS peines
qu'il soffre, luy sont d'autant
plus rudes & plus dignes de
compassion,qu'il ne les a point
meritées, & que s'il souhaite la
mort, c'estafinqu'elle fasse
cette réflexion,qu'elleenferoit
coupable, & qu'il n'yauroit pas
de gloire pour elle. Une Maî
tresse severene doit point trouver
étrange que ses rigueurs
fassentleureffet.C'est à ellemesme
qu'il faut qu'elle s'en
prenne, & non-point à celuy
qui s'abandonne au désespoir.
Elle peut bien s'imaginer qu'on
n'cft point insensible, & que
c'estl'ordinaire des Gens qui
souffrent, d'exhaler leurdouleur
par les plaintes. Lors donc qu'un
Malheureux exprime à sa Belle,
quels font les tourmens que sa
cruauté luy fait sôuffrir, si elle
est convaincue qu'elle luy faÍr\
injuflice,elle n'a pas plusde
lieu de se fâcher contre luy, li
qu'une laide Personne ena de
s'emporter contre son Miroir;
parce qu'elle s'y voitlaide.Ainsi
peignantun Mirqir, je compo-
,
serois une Devise à laquelle je
donnerois pour ame ces mots
Latins, Verum non offendit, 8c
les Vers qui suivent conviendroient
égalementàl'Amant&
au Miroir.
Est-cevffencersqtiefirefideUe
A marquer cèque je refoJ..:
VuePersonnese toit telle
émetteJe montre devant moy.
DE LA SALLE,
SrdeLestang.
j'ay enfnrecouvre une Copie du
Voyage de Munieque vous m'avez
demandé. Cette Piece est d'un illustre
Abbé, que la beauté de son
esprit, & la place qu'il tient dans
l'AcadémieFrançoise,rendent celébre.
Ilaccompagna Mr le Due de
Créquy quandilfutenvoyé en Baviere,
pour le Mariage de Monseigneur
le Dauphin; & c'est la description
deson Voyage, qu'ilfait
d'une maniere aussi galante que
Jfirimelle.
LE VOYAGE
DE MVNICH,
A MONSIEUR**
J'Arrive
tout
pdjèNt;"',,,t,
Pluscroté, plus mouillé que l'on ne
sçauroit dire,
Etpour nepas perdre un moment,
Je mesuis mis à "VOUS écrire
Ces Versquej'ayfais augalop,
Comme assurementàles lire
Vo*S ne le connoistrez que trop;
Sipourtantj'ose me promettre
Que vostre Employsigrand (71silaborieux.
Vu Abbéfortpeuriche, CP cet Abbé
c'est tnoy,- NÑdés la troisiémejournée,
Des trois Chaisesilneresta
Que la Chaise au Duc destinée;
Tout le resteàchevalmonta,
Et comme pourpresser le TÇYoy.dalHj-. l
menée9
Chaque instantsembloit une année,
Nuit &joursans relâche on courut,
on trota.
L'épreuve estoitpour moy nouvelle,
Je n'estoispointfort exercé:
Cependantsoit ardeur dezele,
Soit aussi vigueur naturelle,
Je ne mesenspoint harajpf
De la Course continuelle,
Ettoutjusqu'à Présent s'estassezbien
!".Jfl!,
Sinon que ma Bote apercé,
Malgrélapromesseinfidelle
DuSavoyardqui m'a chaussé
Et qfuro'auispsrèes;ddet NiVadnnccyy,j'eus le coJlJ
,
j'eau te cgé
Cardu restegrace à maSelle,
Grace au Chamois, à la Chandelle
le nesuispoint ailleurs /'lej{l.
Jusqu'icy lagreste&lapluye
Nous ont toujours accompgangenze,
Chose qui d'ordinaireennuye
Les Couriers plus déterminez;
Ets'ilput que le tempss'essuye, (J- aurons le chagrind'avoir levent
au»er.
En tous lieux sur nostre lhtJPl,
Cesont des débordemens d'eau
Qu'ilfauttraverserpresque à nage.
Chaque Fleuve, chaque Ityiffèau,
Apar toutfanchyson rivage;
Ilfalloitpour nostre Voyage,
Au lieude Chevaux, unBateau.
lufijties auxsangles dans la crote
Voilaque maintenantje trote
Sur un Chevalqui Va boitant.
Toute la Troupe suit, Cg,wd,-Iueses
allures
Ilar de larges éclaboussures
Quellefaitjaillir en trotant
Sur les Homme,surlesMontures;
l'en viens d'emplir en cet instant
LePostillon de Luneville,
^uitadevantmoybarbotant;
VnHomme quisuitàlafile
Vientdem'enfairetoutautant.
L'Allemagneafort étalé
Le mérite de cette Aubade,
Par tout elle en afaitparade,
Comme d'unsuccéssignalé;
Etcequejetrouvedepire,
JSn France mesme on a raillé
De l'Arriereban dépoüillé:
MItH aprestout, quepeut-on dire
De cet Enlevement dont ona tant
parlé,
Sinon que la Troupe ennemie
N'estoitpas beaucoup endormie,
Et f'le
l'Arrierebann'estoit
guere éveillé?
Dans les crotes jusquesauventre;
Ie crains qu'il n'enfoncesousmoy,
I'ensuis dehors, jevoy les Rochers de
Saverne,
Ony montre encorla Caverne
Où s'assitautrefois le 7(j..,,,1¡/tsi!, Grad
'J(fJJ)
Charles, qui triompha de Françoissous
Pavie,
Où le Sort nous traita si mal,
Mais qui malgrélagloire CF l'éclat de
sa ..,Ù,
De tant defortunesuivie,
Eustestépour LOVISun tropfoible Rival.
Passonsvistevers Argentine,
Strasbourg, vulgairementpdrtdnt;
Mon Cheval est~<~ lent,
Ol'impertinente Machine!
Piquons, la Porteyferme ityantlafi#
du jour.
Courage, j'apperçoy la Tour
Par les Soldats tant destrée:
Ilsyprétendoientfaire une bonne curée
2Vs le moindre ordre de la Cèm,
Combien J'lIt"NI la nuit l'ont en
fongefittfeï
JXfaispendat que tous (!JI#t;ft{ d'or,
Etcourbezsous lefaix ils s'en chargeoient
encor,
Leur paupiere s'ejt dessillée,
Et d'uncoup deTambourlaBripdo
êyeiUee
 malheureusement ferdu toutsost
trésor.
Nousvoicydansla Ville, elleestbelle,
, elle estgrande,
€Ueparoiji riche C-r marchande.
Iesuisfortsatisfait de tout ce quej'y
yoj:
rI"., manque rienqu'unechose,
C'est la Protection du'J(oy% ,
Quejeluysouhaite,&pourcause;
E8" ne craindroitfins alors
Qu'on yinjl brûlersonPont,qu'on yinft
raserses Fortss
Son Tevpl?farouche,indocile,
Et-qui ria ny bride, ny mords,
M*deviendraitplusdoux^ plusfifgCf
&plustranquille,
Bt ce seroit enfin le salut de la Ville
Pourlededans, &ledehors.
Mais levoila ce Pontque la Guerre
derniere
ji rendusifameux d'un & d'autre
cofte\
S'ilse fust maintenu dans la Neutralité;
Chaque piece en seroitplussaine £7°
plus entiere;
Maispouravoir estémoins François
quAllemand,
Il cft encor tout noir &presque tour
fumant
Desfeuxd'une justevangeances
LesForts nesontpas mieux traitez
LeMarquis mefaitvoirqu'ilssont
tous deux restez
SansPallissade&sans Véfincs*
l'observe cependant 'lN',J l'aspectde
ces Lieux
Iljoüit ensecret du noble témoignage
.fl.:/e touty rendàfin courage,
Et qued'un airvictorieux,
Et comme s'Il/;'lIo.it,à travers le carnage
Denouveaus'yfaire p"JFt,p,
Illes mesureencor desyeux.
J/!!,elfl't leMaréchal,& queldéçoit-il
estre,
Quandillevits'en rendre Jtfaifire
AprèsunAssautfurieux?
Maisadieu le Rhin, je>fomlaijje^
leyaû courircommeunperdu,
Carle,Ducn'a reposny cesse,
Qu'ilnesoitàMunitrendu.
-
AllonsPostillon promptement,
Voila déjà que lejourbaisse Ilfautbienmarcher autrement,
Tour estre à la couchée ayant qu'il
disparoisse.
Maisl'enrouéCornetdont tout l'air
retentit
D'un ton aigre nous avertit
Que noussommesproche dugifla.
Descendons; Estcelà lelieu qu'onnous
a dit ?
QuelLogis!quelGistemauditl
Falloit-ildoncallersiviste,
Pour netrouver ny Feu, ny Pain ny yin.nyLit.
Pourcomble unPoisle où l'on respire
Vne mole c~fade vapeur
£uifaitpresquefaillirlecoeur
Est l'endroit où l'onseretire,
Btth nosmauxpourtantcen'estpas IJ
le pire: Le pire estouqu'ilfautdormir.sur le
pllllllche,.
Chose d'ordinaire unpeu dufe9
Ouse résoudre àse jucher
Sur un Lit que je voy dont la seulefigure
Mceoduétecrmhineeprres;que à ne mepoint ut J me poiltt
/rfchose toutefois neftpas encorbien feAte^
Etpour ne me rien reprocher,
Je croy qu'elle merite ayant que de
conclure.
délibérationplusme6re.
Cependantjemenyais tâcher
Vedécrire ce Lit avecsa Garniture,
MNft, quenyma Çofteoitfayfoufèrt
frafture
l'4,.sine bigarre ayanture,
Nyles mauyaû cheminsdont encorje
murmure
De mespas n'ontpâdétacher,
Vous quiminfpire^ detoucher
- YIl dessèin decette nature,
eC'()lJre'{-moy dans lapeinture
Que j'entreprensd'enébaucher.
Ilestfaitenforme d'Armoire,
Et L'ony montepardegrez-
Des T^ideattx, vous m'excuserez
Cessortes de Lits-làfontgloire
De rien estrejamais jJlt,et-
L'ambitieux Chevetjusques au Ciel
s'eleve
1'entens jusques au Cieldu Lit,
Etde la Coucbe large (JF brève
Tient la moitiésans contredit :
Vne Coiiete deLit vers le milieu renyfée,
Maisplate&mince vers lepied
Avec une autre Coüete , encore plus
goftjlée,
en occupe l'autre moitié
Voulez-vous vous coucher, c'est entre
cesdeux Ço^etes
Où yous trouvez deuxDrapsgrands
commedeux Servietes,
Qu'ilfaut tout "'isle"st..,tlir..
Romains vainqueurs de l'Alterna*
.fl1e,
Etvous, illustre Charlemagne,
Que yousl aye^Jçeumalpolir!
Au lieu de tantde Loix de toutes les
natures,
Dont on vous a veu la remplit,
C'ejtoit des Draps, des Couvertures,
C'estoitdes Matelats qu'ilfalloit établir.
Maisdéjà lesommeil commence,de surprendre
De messens assoupislaforce& l*
yertUy
Sans queje m'enpuisse défendre:
lettons mussur ce Lit tout bâté,tout
vestu,
C'est le meilleurpartyqueje croy qu'on
peut prendre;
Voila que je m'endors, bonsoir
le m'en vaispour un temps ne rien du
- tout entendre,
Ne dire mot, &ne rienyoir.
reviens de m'êveiller, çfjesensà m*
tefiç
Que jeriaypas dormy tropmal;
Levons-nous promptement, le Duc est
matinal,
EtjevoyquesaChaise efi déjatoute
preste,
Ildescend,"'iftf mon Cheval.
Comment?c'estun Cravate, C-r leFollet
lepanse,
Si l'on s'en rapporteàses crins
Quipendentpresque à terre, &flllt
mefle^çrjîns;
Ie ¿'issi toutefoisàchacunsacroyance
Sur lepansement des Lutins.
Le bonc'est qu'ila l'airde fairediligence
;
Eprouvonssil'effet répond à l*apparence,
Etfaisons-luy du pied devorerles
chemins.
Déjad'une course legere
Nousavonspaffeles Etats
.Zut leNekre, enrichit deses Vins dé-
- licatsv
Etle¥rinceenpassant nousafait
bonne chere,
Ce qu'aucun autre encor n'auroitpris
foin defaire;
2?ej'a nous avons veu le Danube inconfiant,
/i.*i tantost Catholique, cr tantost
Troteftant,
Sert Rome C?° Lutherdeson onde,
et quicomptant aprespour rien
Le xomdin, le Luthérien,
Finitsacoursevagabonde
Tdr n'estrepas mesmeChrestien.
Rarement à courirle Monde
OndevientplusJFfommedebien.
ledécouvre unegrande ViSet
Fameusèpar l'Autheurdesa Fondation,
Maisplusfkmeufèencorpar la Confiffioll
*Del'an cinqcens c-r trente, tgmiye.
rCo'eifsîAseusnbtoutg, les Dehors m'enpatres-
beaux,-
B reeent
le la trouve au dedansmagnifique&
superbe,
ParsesBastimens,parses Eaux,
Mais dãs lesCarrefoursonyvoitcroître
1 l'herbe,
Autrefois,à ceque j'entens,
Elle "",,..,oitplU cette tare.
Le Peupleyparoissoit moins rare;
Onyrencontroit tantde Gens,
Qu'ilfalloit toujours diregare;
Mais Lesguerres des derniers temps,
Dont il reste enses Murs des témoins
éclatans,
Et la Peste affreuse&barbare,
Dont aucun remede nepare,
Ont éclaircyses Habitans,
Quipeusujets aux Loixdela Mode
bizarre,
N'ont que celle qui courtdepuis quatre
(cens ans.
Mais nous voicy bientost au bout de
nostre Comfè,
Et Munie le sujet des soûpirs du
Dauphin.
Munie de tous ses mauxlasource&
la resource,
Municselaisse voirenfin,
Quej'auray tantost de matiere
De vous entretenir de la Courde
LiIl'a?iere!
Quej'auray dequoy raconter,
Quand j'auray veu l'auguste
C-71 ChAr.
mante Princesse,
Dont les graces, l'esprit,la b()1Jt la
fltglft;
Nesepeuvent affe^yanterl
Maisàpeinej'arrive, CFdej'a l'on
m'engage
u4. refaire un autre Voyages
On me charged'allerporter
La Nouvelle du Mariage,
DontpnarelesssointsrdueDsucaCPgduMei,-
L'heureux jour vient de s'arrester.
J'obéïssansbeaucoup depeine,
guoyquÀne rien dissimuler,
Ma Coste nesoitpasfortsaine;
Mais le tempsseperd à parler,
Voila les Chevauxqu'on amene, Ilfautcourir,ilfautvoler. 1
Il me reste encor à vom faire
voir deux Places publiques de
Madrid, efinque vousconnoissiez,
outes les beautez de cette Ville.
re vous ay déja marqué qu'elles
sont toutes ornées de Fontaines,
avec des Statuës, &. c'est ce qu'on
voitparticulierement dans celle que
l'onappelle de San Domingo.
Vous la trouverez gravéedans cette
Planche, &c'est à vos yeux à vous
expliquer le reste.
Le Philosophe Inconnu de Couances
afait le Traité quisuit, il
est surune matiere qui doitplaire
aux Curieux.
DES ESPRITS
FOLETS..
LEs Anciens ont crû que les
Esprits, qu'ils appellent
Démons ou Génies,estoientdes
Demy-Dieux, qui participoient
de la nature des Dieux & des
Hommes, ilssont,ditApulée,
immortels comme les Dieux, &sujets
à la pitié& à la colere comme
nous; ils se laissenttoucher par les
prieres, par les présens, e- par les
honneurs; ilssontsensibles aux injlueruers
ér aux mépris, &c. Toute
occupation n'est que d'entretenir
le commerce entre les
Dieux & lesHommes, & de
prendre foin des choses d'icybas.
Chaque Nation, chaque
Famillea ion Esprit ou son Génie,
qui la gouverne; & chaque
Homme en particulier alesien,
qui le guide &: qui veille sur sa
conduite.
Tousles Peuples avoient beaucoup
de respect pour ces Esprits.
Ils les adoroient comme
les Dieux; ilsleur élevoient des
Autels; ils leur offroient des
Sacrifices; ils confervoient leurs
Images avec tout le foin & la
venération possible;ils négligeoient
mesme toutes choses
pour les sauver, quand le malheur
de la guerre les chassoit de
leur Païs.O Enée aima mieux
abandonner ce qu'il avoit de
plus cher & de plus précieux,
que de laisser ses Dieux domestiques
à ses Ennemis.
Les Romains ne les revéroient
pas moins que les autres
Peuples. Ilsn'assiégeoientpoint
de Villes, que leurs Prestres
n'eussent évoqué le Génie, ou
le Dieu tutelaire du Païs,auquel
ils promettaient, pour l'avoir
favorable,deluy rendre à Rome
le mesme culte & les mesmes
honneurs qu'il recevoir chez
luy. Ils firent aussi publier un
Edit, par lequel ils imposerent
de tres-rigoureuses peines à ceux
qui blasphémeroient cotre leurs
Génies, & l'Empereur Caligula
en fit punir publiquement
quelques-uns qui les avoient
maudits.
leur donnant avis de faire foüir
àl'endroit où le Spectre s'estoit
évanoüy. On y trouva des os
d'un Cadavre. On les fit enterrer
aux dépens du Public, & on
n'entendit depuis ce temps-là
aucun bruitdansla Maison.
Il arrivesouvetlamesme chose
dans les lieux où lon a tué quelques
Personnes. Suétone dit
qu'apres la mort de l'Empereur
Caligula, on oüit tant de bruit
dans le lieu où il avoit esté tué,
que l'on n'osa plus y demeurer.
On a longtemps entendu un
grand bruit d'Armes & de Combatans
dans lesChamps dePharsale,
depuis la défaite de Pompée.
On n'en oüit pas moins
dans laCampagne de Marathon
apres la déroute des Perses.
Je ne puispasser sous, silence
une Histoire qui nous est rapportée
par Guillaume de Neubrige.
Un Païsan d'un Village
voisin des Eaux deVips, allant
un soir d'un temps calme & serein
chez un de ses Amis, entendit
en passant aupres d'un
Tombeau, un Concert de diférentes
voix. Le Païsan surpris
de cette harmonie, s'approcha
du Tombeau,&enayant trouvé
la Porte ouverte, ileut la curiosité
de regarder dedans. Il vie
une grandeSalle éclairée de
quantité de Flambeaux, au milieu
de laquelle estoit uneTable
bien couverte,entourée d'Hommes&
de Femmes qui se réjoüissoient.
Un de ceux qui servoient
à tablel'ayant aperçeu, luyprésenta
une Coupe remplie d'une
Liqueur très-claire. Le Païsan
la prit, & ayant renversé la Liqueur,
s'enfuitavec la Coupe au
premierVillage,Cette Coupe
estoit d'une matiere que l'on n'a.
jamais sçeuconnoistre, La figure
en estoit extraordinaire, &
la couleur n'avoit rien de com
mun avec celles que nous voyos.
Elle fut présentée à Henry le
Vieux, Roy d'Angleterre, qui
l'envoya au Roy d'Ecosse, dans
le Trésor duquel elle aestégardée
avec beaucoup de foin, jusqu'à
ce que Guillaume Roy d'Ecosse
en fit présent à Henry II.
Il y a une Montagne en Irlande
, au pied de laquelle on
rencontre souvent, au raport de
Paul Zélande, des Hommes
morts, qui paroissent vivans à
ceux qui en approchent. Ils leur
parlent mesme, & leur révelent
beaucoup de choses des Païs
éloignez; & si on leur dit de
retourner chez eux, ils répondent
en gémissant qu'ils ne le
peuvent, qu'il faut qu'ils aillent
au Mont Hecla, & disparoissent
aussitost.
Nous lisons dans quelques
Autheurs, qu'un nomé Estienne
Hubener, deTravuteneauv en
Boheme, parut en plusieurs endroits
de la Ville peu de jours
apres sa mort, & qu'il embrassa
quelques-uns de ses Amis qui le
rencontrerent. On dit de Néron,
qu'il fut tourmenté toute
sa vie par l'ame d'Agripine sa
Mere, qu'il avoit fait mourir.
S.Augustin rapporte que Félix
le Martyr se fit voir aux Habitans
de Nole, lors que cette
Ville estoit assiegée par les Barbares.
En un mot, les Histoires
sont toutes remplies d'exemples
de Morts qui ont apparu à leurs
Parensou à leurs Amis.
On pourroit encor confirmer
cette opinion par l'autorité de
quelques Peres de l'Eglise, qui
ont crû que les ames des Morts
pouvoient sortirpour un temps
du lieu où elles estoient; que celles
des Damnez estoietsouvent
punies,oùils avoient comis leurs
crimes, que c'estoit là leur Enfer
& le lieu de leurs peines. Nous
lisons mesme dans Manilius,que
durant le Concile de Basle,quelques
Docteurs qui devoient, y
assister, entendirent dans une
Forest un Rossignol qui chantoit
mélodieusement
; qu'un de
ces Docteurs surpris de la douceurde
son chant,le conjura au
nom de Dieu de luy dire qui il
estoit, & que cet Oyseau luy répondit
qu'il estoit une ame damnée,
qui devoit rester dans ce
lieu-là jusqu'au jour du Jugement.
Il y a des Autheurs qui ont
prétendu queles Espritsestoient
des Créatures matérielles, composées
de la substance la plus
pure des Elemens,que plus cette
matiere estoit subtile, plus ils
avoient de pouvoir & d'action.
Ces Autheurs en distinguent de 1
deux sortes, de supérieurs, & j
d'inférieurs. Les supérieurs font
ou celestes,ouaëriens;les inféférieurs
font ou aquatiques, ou
terrestres. Les Esprits celestes,
que l'on appelle Ignéens, ou
Salamandres, résident entre le
ciel des Etoiles & le concave
de la Lune; comme ils font
composez du plus pur des Elémens,
ils ont plus de connoissànce
que les autres, ilssçavent
tout ce qui se passe dans l'Univers;
ils observent jusqu'aux
moindres changemens qui y arrivent,
Les Esprits aériens occupent
ce grand espace, qui est
depuis le concave de la Lune
jusqu'à la superficie du Globe
inférieur. Ils possedent les Arts
& les Sciences dans un état parfait.
Les Esprits aquatiques, que
l'on nomme autrement Fées,
Nymphes,Sybiles blanches,
demeurent dans les eaux; ils prédisent
la bonne ou méchante
fortune; ils sedisent lesmaîtres
delaParque&duDestin. Ce
fut un de ces Esprits, qui au raport
de Pline le jeune, prédit
en Afrique à Cuttius Rufus,
qu'il retourneroit bientost à
Rome, où il recevroit de grands
bonneurs; qu'on le choisiroit
pour estre Gouverneur d'Afrique,
& qu'il mourroit dans cet
employ. Ce furent aussi des
Nymphes, qui firent présent à
Hotere Roy de Suede d'une
Ceinture fatale, de laquelle il
n'avoitqu'à se ceindre pour
vaincre ses Ennemis. Les Esprits
terrestreshabitent les Forests,
les Plaines, les Vallons, les Monl
;!j
tagnes,les Cavernes, &les lieux
soûterrains. On leur donne diférens
noms, selon la diversité
des lieux où ils se trouvent. On
appelle Farfadels, ou Esprits
familiers,ceux qui habitent avec
les Hommes; Satyres, ou Sylvains,
ceux qui errent dans les
Vallons, dans les Forests,&dans
les Montagnes, Alastores, ceux
qui sont dans la Campagne &
dans les Chemins; Gnomes,Sylphes,
Nains, ceux qui demeurent
dans les Mines & dans les
autres lieux soûterrains. Ces Esprits
sont gardiens des Trésors
&desRichesses.
Les Esprits celestes & les aëriens,
se communiquent rarement
aux Hommes; mais les
aquatiques & les terrestres ont
beaucoup de commerce avec
eux. Ily amesme quelques Familles
considérables en France,
qui sevantent d'en estre sorties,
& qui portent des Fées à leurs
Armes, comme celle de Lusignan
en Poitou, & celle d'Argouges
en Normandie. Les
Princes de la Famille des Jagel-
Ions en Pologne, se disent aussi
descendus d'un de ces Esprits.
QuelquesAutheurs prétendent
que les Huns sont issus des Satyres,
qui engroissirent les Femmes
débauchées de l'Armée de
Filimer Roy des Goths, qui les
avoit fait conduire quelque
temps auparavant dans un De- j
sert, où elles estoient éloignées
des Hommes. On dit la mesme
chose des Pégusians& des Scianites,
dont les Meres avoient eu
affaire avec quelques Folets.
Il en est de ces Esprits à peu
pres come des Hommes ;
il y en
a de bons, d'honnestes,debienfaisans,
denjoüez, de divertissans;
il y en a de chagrins, de
méchans, de cruels, &c.
Les bons aiment les Hommes;
ils se plaisent à leur faire du bien;
ils les secourent dans leurs besoins;
ils les consolent dans
leurs afflictions; ils les aident
de leurs conseils; ils détournent
les malheursqui les menacent,
&c. Tel estoit le Génie de Socrate,
l'Aigle de Pithagore, la
Nymphe Egérie deNuma Pompilius.
Tel estoit aussi le Génie
de Constantin le Grand,que cet
Empereur nommoit l'Autheur
de son salut, & qu'il disoit avoir
toujours consulté dansles adires
les plus importantes del'Emfpuitre.
Govare Roy de Norvegue
averty par son Génie, que
l'on conlpiroit contre luy en
Sassovie. Apollonius fut enlevé
des mains d'une Troupe de Soldats
qui l'avoient arresté par
l'ordre de l'Empereur Domitian.
Aristide fut transporté de
Smirne au MontAtys,lors que
cette Ville fut renversée par un
tremblement de terre. L'Empereur
Trajan eust esté accablé
fous les ruines d'Antioche, sans
sonGénie, qui l'enfit sortir. Er
le Poëte Simonides n'eustjamais
évitécelles de la Maison de Scopas,
chez lequel il estoit à souper,
s'il n'eust esté averty par
deuxjeunes Hommes quiledemandoient
avec instance, & qui
disparurent aussitost qu'il en fut
dehors.
Olaüs Archevesque d'Upsal,
rapporte dans son Histoire des
Païs Septentrionnaux, que l'on
y rencontre souvent des Esprits
en forme d'Hommes, qu'ils conversent
familierement avec les
Habitans, qu'ils s'engagent à
leur service, & travaillent avec
eux dans les Mines. Il adjoûte
qu'il y a beaucoup de Folets en Irlande, qui prennent la figure
des Gens du Païs, & trompent
leurs Parens & leurs Amis fous
cette fausse apparence. Nous
lisons une semblable Histoire
dans Hérodote, d'un de ces Esprits
qui apparut à Proconefe
fous la forme du PoëteAristée,
& qui estant entré dans la Boutique
d'un Foulon,seignit de
se trouver mal,&de rendrel'esprit.
Le Foulon courut promptement
avertir les Parens d'Aristée
de sa mortsubire;& le
bruit s'en estant répandu dans
la Ville, lesProconéfiens y accoururent
de toutes parts, mais
ils ne trouverent ny leFoler, ny
le Corps d'Aristée. Un Homme
qui arrivait par hazard de Cysique,
les assura qu'il avoit laissé
le Poëte aupres de cette Place,
& qu'il estoit encor dans la Propontide.
Ce Folet a paru en
diférens lieux fous la mesme
figure. Munster rapporte dans
sa Cosmographie Universelle,
qu'en un Desert aupres de Tan-
1 - gut,
gut, ces Esprits font souvent retentir
l'air d'une douce harmonie
de divers Instrumens, qu'ils
appellent les Passans. par leur
nom, les détournent quelquefois
de leur chemin, & se moquent
d'eux en suite.
Les méchans Esprits ne sont
pas moins Ennemis des Hommes,
que les bons leur sontfavorables.
Aux Terres nouvellement
découvertes, on en trouve
eu plein midydans la Campagne
& dans lesVilles, qui arrestent
les Passans, les maltraitent,
&leur ordonnent ou défendent
de faire certaines choses. Ceux
qui ont voyagésur Mer, en disent
autant du Païs des Cannibales.
On en voit aussi pendant
la moisson dans laRussie orientale,
qui sepromenent dans sa
Campagne en habit de Veuves,
qui obligentlesPaïsans de se
prosterner devant elles, & leur
rompent les bras&lesjambes,
quand ils ne sont pas assez tost
à leurs pieds. On peut lire beaucoup
d'autres exemples dans
Diodore,dans Munster, &dans
Agricola.
Ceux qui ont crû que les Efprits
estoient des Creatures matérielles,
les ont assujetis à la
mort comme lesHommes. Ils
sefondoientpeut-estresur l'Histoire
que Plutarque rapporte
de la mort du Grand Pan. Il dit
qu'un Navire partant deGrece
pour l'Italie, fous la conduite
d'un nommé Tamus, cingla le
soir vers les Isles Echinades, &.
que le vent s'estant un peu
abaide, il flota doucementjusqu'à
Paxos, d'où on entendit
sortir une Voix qui appelloit
Tamus, laquelle redoublantjusqu'à
trois fois, Tamus s'approcha
dePaxos, & la Voix luy
commanda d'annoncer la mort
duGrand pan aussitost qu'il seroit
arrivé à Palodes. Tamus
executa cequela Voix luyavoit
ordonne, & cria du haut de la
Poupe enbasique le GrandPan
estoit mort. On oüit dans ce
moment des cris & des gemif-
-femens pitoyables,qui ne surpr i.
rent pas moins ceux qui estoient
dans le Vaisseau, que la Voix les
avoit étonnez auparavant.
Nous lisons encor dans la Vie
-de S. Paul Hermite, qu'un Satyre
apparut un jour à S. Antoine,
& que luy ayant présenté
une branche de Dattes pour
marque d'amitié, ce Saint luy
demandaqui ilestoit. LeSatyre
répondit, qu'il estoit mortel, 8c
un de ces Habitans des Forests
que l'on adoroit autrefois pour
des Dieux. Il adjoûta, qu'il estoitdéputé
de sa Troupe, pour
le prier d'implorer pour eux la
miséricorde du Dieu commun
des Hommes, & qu'ils avoient
appris qu'ilestoit venu pour sauver
le monde.
Cardan dit aussi que les Esprits
qui apparurent à son Pere;
luy firent connoistre qu'ils naissoient,
& qu'ils mouroient comme
nous, mais que leur vie estoit
beaucoup plus longue&
plus heurcufe que la nostre.
L'opinion la plus commune
veut que les Esprits soient des
Démons ou des Diables, qui
apres leur chute font restez dans
l'air, dans les eaux, ôc sur la
terre. Comme elle est appuyée
de l'Ecriture Sainte & des Peresde
l'Egelise,on doit yajouter plus
de foy qu'aux autres. Elle efi:
d'ailleurs la moins embarrassante,
& la plusaisée à comprendre.
LesHistoires que j'ay rapportéesfont
trop autentiques, pour
douter qu'il y ait des Esprits Folets.
Elles sont mesme confirmées
par plusieurs Arrests des
Cours Souveraines, qu'elles ont
rendus enh faveur de quelques
Locataires qui se trouvoient ÛK
commoderde ces Esprits.
Je vous envoye ce quej'ay reçeu
d'Explications en Verssur les deux
Enigmesproposées dans ma Lettre.
deJuillet. La premiere comprend
aussicelle de Bollérophon, faitesur.
Jt Navire, quin'estoit plus fonvray
Mot.
I. ATrois mots je me veux réduire,
Pourles Enigmesde cemois.
Le Haussecol, le Temps,&le Navire,
Lesfontbiencomprendretoutestrois,
Quejecroisavoirfaitunchoix
-
Où toutle mondedoitsouscrire.
LABLONDINEGVERIN.
II. MErcure,enverité,vous n'estes
pas tropsage,
Force m'est devous l'avoüer.
ïP'où vientun Haussecol? quelnuiv-trm
perfortnage
Allez-vous donc encor joüer?
&tte diront vos Censeurs de tout ce badinage?
Mercure, en verité, vous n'estespas
trop sage.
DEON Avocat en Parlement,
deRavieres.
sI III. nouspleurons des biens une perte
commune. •* m
1 Que ne ferons-nouspointpourla perte
des ans?
Vn Prince, un GrandSeigneur,peut
rendre lafortune,
Mais aucun Potentat nepeut rendre
le Temps.
APPARS, Receveur du Tabac
à la Rochelle.
L IV. Enigme de ce Mois regarde les ":
Guerriers,
Sansavoirpourfojet ny Pa'mes, ny
Lauriers.
ToutHommeàHaussecol,Lieutenans,
Capitaines,
Ne peutà l'expliquer trouver beau-
€Juf> de peine.
DELA COVLDRE,de Caën.
p V. &\lts^udndyouaentres^ en lafleur
de YOS ans,
Lisez, je yoms le dis, l'Enigme du
Aîerctirc ; Pour vous ellen'estpas obscure,
Etvous en trouverez lesens.
S'il estpour lesplaisirs que permet l*
Nature,
Jrn Hyverainsi qu'un Printemps,
C'estpar là, Philis,je lejure,
Quett "'Dru doit apprendre à ménager
le Temps.
RAVLT,deRoüen. M VI.
Ercure,estes-vousfou,
Aumilieu de 1.4 Paix,de nousparler
de Guerre l
Il nefautplus s'armer que du Pot (JF
duVerre,
Ali lieu de Haussecou.
-
BELL.lejeune, Avocat à Falaise..
v VII. OstresecondeEnigme unpeu trop
mal-aisée, Nsepeut emporter d'emblée;
Irfamsivous m'ylaissez resver,
Mercure, a-ye-c leTemps, je pourray ,
la trouver.
MICONET, Avocat à Châlons
sur Saône.
VIII.
T RONDEA V. Vpers leTemps,GalantMercure,
Ne donnesplus,je t'en conjure,
Ilfaut dans cette conjoncture,
Chacunconsultantsanature, -
Sursesforces s'examiner,
Tupersle Temps.
MICHELle jeune, de Meaux.
IX. JE me plains de l* teste, agreable
Mercure,
TesEnigmes m'yfont tout le mal que
j'ysens.
Jen'en veux plusfairelecture,
Oude ton Haussecol fay-moyquelque
parure kituijft réveiller mes sens.
DE GLOS, Hidrographe àHonfleur.
X. AGreable ci GallAnt Mercure,
£ ont le zele ardentnousprocure
"kaque Mois nouveaupasse temps,
Mais passetempsjèielJtijÙjlle,
Voulez-vous que je vous explique
L' Enigme?donnez-moy du Temps.
L. BOVCHET, ancien Curé
de Nogent le Roy.
Q XI. Vandje "tONd disquel'Enigme
premiere,.-
Enferme un Haussecol dans sonptjustesens,
N'y contredisezpointd'une minesi
fiere,
Vous l'"YoAre\., jegage, avec le Temps.
FORMENTIN&CAVDRON,
d'Abbeville..
XIL. UUnsimple Haussecol, reçu du
GrandLOVIS.
Tire, malgréleTemps, quiréduit tout
enpoudre,
Un Soldat de néant, legarde de la
Foudre,
Et le poussesans crainte àdes Faits
inoiits.
Le Bon Clerc de Châlons
sur Saône.
c XIV. E riejtfoi sans raijon que .AIItheur
duhfercure r # JointleHauss'e~olau Temps,
TUK quenFrance aujourd buy lest le
temps quiprocure
Ces maniérés deprésens.
Le Cavalier Amy des deux aimables
Compagnes de Pithiviers.
Mr Gardien, qui d l'cfprituni*
verfii, 4 adjoutc aux gaUntcs Réfwfcsquevous
allez,voir, un trèsbCilN
Discourssur l'Harmonie.
SUR. LES QUESTIONS
DE
L'EXTRAORDINAIRE
du Mercure d'Avril 1680.
SUR LA PREMIERE.
J E ne croy pas qu'il foit befoin
d'aller à l'Oracle pour
avoiria reiolution dune Queltion
si peu ddncile;& puis qu'il
est confiant que le plus grand
bienqu'une Maistresse puisse
faire à son Amant, est de luy
correspondre, il s'enfuitnécefsairement
que le plus grand
chagrin qu'elleluy puissedonner,
estde n'avoir pour luyquç,
du mépris. Quand on est aimé,
cette grace peut faire esperer
toutes -les autres; mais quand,
on est méprisé., il n'y arien Il
faire qu'à se desesperer, ou à
pester, ou à se plaindre,ou àl
prendre patience, ou àchanger.
Le premier n'clt plus à la mode,
le lècond est contre la bienJ
séancej le troisiéme est déplaifanr-,
le quatrième est ennuyeux^
& le dernier seul est agréable-i
ou si vous voulez, le premier fait
du mal, le fécond ne fait point
de bien, le croiucme ne faitny
grand bien ny grand mal, le,
quatriéme à force de mal fait
Nubien, mais le dernier fait
grandbien tout d'un coup. Vouez-
vous diversifier encore? Le
premier est d'un fou; le second,
l'un emporté; le troisiéme, d'un
soible, le quatrième, d'un prude;
& le dernier, d'un galant
Homme.
SUR LA SECONDE. cEtte Question n'est pas de
la nature decelles qui comme
la précédente le peuventjuger,
comme l'ondit, sur l'étiquete
du Sac, frans diftinchion,
éc sans grande crainte de mal
juger. Il y a,sijenemetrompe,
de certains plaisirs dont le fouvcTiir
ne donne que de la joye;
H'yen a d'autres dont la lnnoire
ne cause que de la trifteiïè
j & il y en a d'autres encore
ausquels on ne peut penser
sans un meslange de tristesse &
de joye. Le fage Vieillard qui
le fera fait raison surla neceflîtc
des changemens que chaque
.âge apporre; Se l'Officier 'd'E-il
péeou deRobe qui aura quité
volontairement apres de longs
services, ne feront pointchagrins
lors que leur mémoire ou
celle d'autruy, leur rappellera
les plaisirs de leurjeunesse ou de
leurs fondions passées, & mefme
ils en feront encore quelque
peu chatouillez. L'Ambitieux
& l'Avarene pourrontjamais se
çonsoler de ne joiiir plus des
-corntentemens qu'ilstrouvoienç
dansla fortune & dans lesruchejes
qu'ils auront perdlës
.'Epoux, l'Amant, & l'Amy,
ie repaieront point en leur fouenir
les delicesgourées avec
es Objets de leuraffection que
úl111crt leur aura enlevez, sans
enouveler la douleur d'une si
grande perte; mais en mesme
emps, cetre douleur fera ac-
:ôpagnéede beaucoup de conblation
& defatisfa&iond'avoir
nerité ôc receu de prétieuses
narques d'amitié & de ten-
Irefle de cesPerfonnes si cheres. é\1d il en fera question, imi-
:ons les premiers, fuyons le mau..
vais exemple des feconds partaeons-
nous comme les derniers"
Se sur tout resignons-nous à la
Providence, commela Religion-
8c la Raison nous yobligent.
SUR LA TROISIEME. cElle-cy, à mon sens, n'est:
pas fort difficile, &;toute
la diftin&ion qu'il y faut apporter
ne roule que sur la foliditc
ou sur la foiblesse d'espritde la
Belle, sur son plus ou moins
d'expérience, sur son plus ou
moins de panchant & de premiere
disposition pour l'Amant.
Une Sote, un Coeur tout neuf,
une Femme déjà éblouye de
l'extérieur d'un Galant, pourront
le laissergagner aux termes
passionnez; mais une Pcrfonne
lge, une Femme qui aura veu
)e monde, & celle qui ne fera
point préoccupée, ne se rendiont
qu'aux foins & aux afîlduitez.
Les grands mots, les
empressemensyles icupirs, les.
larmesv tout cela ne composè
fouvent qu'un vain langagequi
neséduit queles plus fimplesmais
les allions perséverantes
&. qui ne se démentent point,
ont toûjours le droit, &: ordinairement
l'efficace de perfuader
les plus défians. Ce Cava^
lier protefle &. fait de grands
sermens qu'il aime cette Damej
donc elle le doit croire; en
bonne Logiqued'amour, ce
n'est pas un bon argument1
mais ce Cavalier fert cette Dame
depuis longtempsavec de
grandsfoins àc avec une,con{:'
tante fidelité; donc elle a lieu
desire persuadée qu'il l'aime;
l'argumentest autantbon qu'il
peut estre; & pour estre reçeuà
en nier la conséquence, il faudroit
la petite Fenestre que
Mome souhaitoit à l'Homme
à l'endroit du coeur.
SUR LA QUATRIEME. vOicy une Question qui
me semblepuremento.
manesque; mais il est bon qu'il y
en aitde toutes les sortes. Trouvez
bon aussiquejelatrairesur
ce pied, & queje m'en divertisse
un peu. Arreste donc, pauvre
Amant mal-traité, & considere
qu'après le don que tu asfait à
ton Inhumaine de ton coeur, de
ta vie, enfin de tout ce que tu es:,
elle a sur toy tout domaine,
toute souveraineté, toute haute,
moyenne & basse justice, &que
partant tu ne peux sans crime
de félonie souhaiter la mort qu'-
avec son aveu; car voila, si je ne
me trompe, le noeud de l'affaire,
& la raison importante sur laquelle
on peut fonder cette
crainte délicate d'offenserl'inéxorable
Beauté. O que cela est
beau dans le Pais des Fictions!
mais à dire le vray que par tout
ailleurs il est peu de mise. Et
voicy le dénoüement. Courage,
nouveau Silvandre, cette Ingrate
n'ajamais daigné te recevoirsousson
empire,ny t'avoüer
pour son Esclave. Autant de
fois que tu as prétendu de te
donner à elle, autantde. fois
elle a protesté qu'elle te rendoit
à toy. Ainsi puis que chacun
peut disposerdu sien, ne crains
-point qu'elle intente à ta memoire
procès en reparation d'injure;
au contraire comme ses
soins alloienttoujours àte fuir,
ily aquelque apparence qu'elle
te sçaura gré de l'avoir délivrée
de cette peine,& peutestre que
le mauvais quart-d'heure de ta
mort méritera d'elle ce que les
services de ta vie entiere n'en
auroient jamais pû obtenir;
qu'ellefera en ta faveur ce que
dans l'Astrée ton bon Patron
réduit à semblable accessoire,
& sur le point de se précipiter;
demandoit avec tant de respect
àsa bien-aimée Diane.
Cependant s'il advient quelapitié te
touche
fjtr le ressouvenir de mesjaurs ejftce^
permets qu'unseulsoûpirechapede
ta bouche,
Jeseraysatisfaitde mes travauxfafi
sez; -
Oufay que de tesyeux humides.
Coulent quelquesPerles liquides,
C'estun devoir à mon Tombeau, Ct'.
Silvandre disoit s'il advient,
&moyj'ay dit peut-estre, n'osant
pas t'enrépondre; car de
bonne-foy quand ce Sexe se
mesle d'ingratitude & d'obstination,
ilva furieusement loin.
Et qu'importe à la Cruelle
'1111Feusependefour elle?
DE L'ORIGINE
DE L'HARMONIE. VOicy un sujet aussi laborieux
que charmant, pour i/* qui voudroit l'aprofondir; mais
pour peu que l'on voulust sy
* apliquer, le Livre entier de l'Ex- ; traordinaire y pourroit à peine
suffire; je dis pour peu, car quelques-
uns de ceux qui onttraité
cette matiere à fonds, en ont
fait de fort gros Volumes. Le
R. P. Mersenne, ce prodige de
Science, nous a donné son
Traité de l'Harmonie Univer.
selle, qui n'est guéres moins
gros que la Bible. Zarlin avant
luy,
luy, en avoit écrit fort copieu.
sement; mais d'autres Sçavans,
& principalement quelques-uns
de nos François, ontesté beaucoup
moins diffus, & se sont
contentez, les uns de rapporter
le plus solide de la Theorie&
les autres de n'en toucher seulement
que ce qui est absolument
necessaire pour conduire à une
bonne&seure pratique. Mrde
la Voye-Mignot, &Mr Nivers,
excellent entre ceuxcy, ayans
donné au Public en 1666. 6c
1667. leurs Traitez dela Composition,
que l'on ne peut a/Tez
estimer, pour l'ordre,la bréveté,
&la clarté qu'ils y ont apportées.
Il faut donc laisser aux
Maistres, ce qui regarde la méthode
& les préceptes, cela
n'appartient qu'à eux, &nostre,
Mercure, quand il est question,
de Science, doit, ce me semble,
se contenter de faire le mesme
office que faisoient anciennement
ses Ancestres posez en
Thermes dans les Carrefours,
d'où ils montroient du bout du
doigt les chemins aux Passans;
je veux dire qu'il doit renvoyer
aux Illustres qui en ont écrit,
ceux qui desirent avoir une connoissancereglée
de ces Sciences.
Ce qui peut luy convenir de plus
en ces occasions, pour ne pas
laisser le Lecteur sans quelque
satisfaction de sa curiosité, est
de nous permettre de recueillir
& de debiter quelques traits du
mériteduSujet proposé, d'en
rechercher l'origine5 & si le
Avitheurs n'en ont rien dit, d'exposer
en toute soûmission nos
pensées &nos conjectures.
LaMusique, fous qui l'Harmonie
est comprise, est une
Science qui considere avec le
sens & avec la raison, les diférences
des fcns qui frapen --
reille agreablement, elle se divise
en Mélodie & en Harmonie.
La Mélodie est la douceur
d'un Chant d'une feule Partie.
J'ay pris la liberté de dire par
avance, & sans avoir préveu la
demande d'aujourd'huy, mon
sentimet sur l'origineduChant,
auDiscours de celle de laDance.
Je n'y ay point parlé de l'observation
faite par Pitagore des
sons des Marteaux des Forgerons,
dans la croyance que j'ay
qu'elle regarde plus les Infirumensque
laVoix, puis que l'on
chantoit avant Pitagore.
L'Harmonie est une convenance
de sans diférens de plusieurs
Parties.
Le mesmePitagore, qui a
fait une étude particuliere de la
recherche desConsonances, &
de leurs proportions, qui sont, à
proprement parler, la matiere
de l' Harmonie, en a esté tellementcharmé,
qu'il a bien osé
dire, non métaphoriquement
comme quelques-uns ont pensé,
maisàlalettre, qu'il yavoit une
vrayeHarmonie sonore entre
les Spheres, & que de la Terre
au plus haut Ciel il y avoit un
Diapazon,
Platon faisoit tant d'état des
proportions musicales &harmoniques,
qu'il estimoit que nos
ames en font entierement composées,
si toutefois on peut dire
que des ames le soient. Luy&
son Disciple Aristote veulent
que la connoissance de la Musi.
que foit tres-propre à rendre
l'Homme vertueux. Le mesme
Aristote,Plutarque,& Vitruve,
ont divisé l'Harmonie en mondaine,
consistant en l'ordre des
Parties générales du Monde,
qui sont les1Ci.eux & les Elé- mens; en humaine, qui n'est
autre chose que la composition.
&simmétrie de l'Homme; ôc
en organique,, qui se fait par la
Voix & par les Instrumens de
Musique. D'autres luy ont donné
d'autres divisons.,
Tous les Doctés conviennent
qu'elle est quelque chose de
divin; car avec les proportions
géométrique & arithmétique
dont elle se sert, elle a encore sa
propre & naturelle proportion,
l'harmonique, qui n'est point
fondée en raisons comme les
deux autres, mais qui est sa raisonà
elle-mesme.
Ses effets qui résultent de ces
diférentes proportions, & qui
font causez par les diférens
Modes, font admirables & divins.
Saül, suivantla prédiction
de Samüel, prophétisa en la
compagnie des Prophetes, qui
rendoient leurs prophéties en
jouant de divers. Instrumens.
Elizéeayantà prophétiser à la
requeste de troisRoys,fit venir
unJoueur d'Instrumens,èç aussitost
FËfpnc de Dieu le iarnr,Se ilprophétisa. Le mesme Saül
possede du malin Esprit, en estoit
soulagé, lors que David
joüoit de sa Harpe. L'usage du
Chant & des Instrumens, est
grandement recommandé, &
pour ainsi dire, consacré dans
l'Ecriture. Selon Homere, Clitemneftre
conserva sa pudicité
aussi longtemps qu'un certain
Musicien Dorien demeuraavec
elle. Alexandre estant un jour
en Festin
,
fut si ému d'un cer-
L
tain Air que touchoit un habile
joüeur de Flutes,qu'il demanda
son Epée, &: déjà couroit aux
armes, quand cet excellentMu-
1
sicien, qui l'avoit fait avec clet:
sein, ayant aussi exprés changé
de Mode, fit revenir ce Prince
à sa premiere tranquilité, en
forte qu'il ne songea plus qu'à
faire bonne chere. Ce n'est
pas d'aujourd'huy que l'on le
sert de quelques Instrumens musicaux
à laGuerre. Par lesLoix
de Licurgue,les Lacédemoniens
devoient se préparer au combat
parleson de ces Instrumens. Il
y avoit aussi chez les Grecs &
chez les Romains des Chants
particuliers pour les mesmes occasions
Chacun sçait la vertu
du Chant & des Instrumens de
Musique, pour soulager & guérir
le mal frénétique que cause
la piqure de la Tarentole,&l'expérience
journaliere nous montre
leur pouvoir à appaiser les,
Enfans. au Berceau; ce qui -
fait dire à Scaliger le Pere, que
l'Homme chantoit avant que
de parler.
Quant aux Inventeurs de lit
Musique, c'est à dire du Chant
à une Partie, & de quelques
consonances sur les Instrumens,
mais non pas de l'harmonie de
Voix dediférentes Parties, qui
a estétres-longtemps inconnue,
ce font,. suivant les Autheurs,
Payens; Orphée, Amphyon,
Hyppolite,Marsias, Thimotée.
Terpandre, ôc d'autres. Mais les
Autheurs Juifs "ôc Chrestiens,
tiennent Jubal pour le premier
Inventeur des Arts, & nommément
de la Musique, estant appellé
au 4. de la Genese,le Pere
deceuxquichantoient de la
Harpe & des Orgues. Ilsveulent
qu'elle ait esté conservée
& préservée du Deluge comme
les autres Sciences, sur deux
Tables, l'une de brique, & l'autre
de marbre, dont la derniere
se voyoit encore dans la Syrie
du temps de Josephe. C'est ce
quiest rapporté par le RPere
ParranJesuite, qui a faitun
beau Traité de la Musique. Ce
Pere veut qu'Adam ne l'ait pas
ignorée, puis que Dieu luy avoit
donné une connoissance infuse
de toutes les Sciences &de tous
les Arts, mais qu'il ne l'ait pas
exercée à cause de l'état de penitence
où il estoit.
Les premiers Autheurs qui
en ont écrit, ontestéDémocrite,
Héraclite de Pont, Thimotée
de Milet,Architas de
Tarente,Placon,Aristote,Theophraste,
Aristoxene,Prolomée,
& Plutarque, si toutefois cet
Opuscule le dernier en ordre
parmy les siens,estde luy.
Ceux qui en ont pertinemment
traité apres ces Anciens,
font entr'autres, Ibinus, les SS.
Severin, Bazile, Hilaire, Augustin,
Ambroise, Gelaze, &
d'autres. S. Gregoire, avec
S. Léon; a inventé le Plein-
Chant. L'illustre Boëce a aussi
écritde; la Musique. Guido
Aretin, Religieux deS.Benoist,
du temps du Pape Benoist VIII.
qui vivoit en 1018. composa la
Gamme de sept lettres, G, A,
B,C, D,E, F,&desixVoix,
utre misa solla, qu'il prit du
premier Verset de l'Hymne de
S. Jean-Baptiste, & par cette
très-belle Invention apporta
beaucoup plus de facilite à apprendre
la Musique que l'on
n'en avoit auparavant. Cette
Gamme a depuis reçeu de temps
à autre quelques changemens,
,S(. enfin l'on a trouvé de nos
jours le Si pour la septiéme
Voix, avec quoy l'on épargne
l'embarras & la longueur des
muances. Les plus modernes
Ecrivains sur la Musique, font
entr'autres, Gesualde, Salinas;
Kepler,Gafore,Zarlin,Salomon
de Caux, Jacques le Febvre,
Orlande, Claudin, du Caurroy
Cousu, & ceuxquej'ày cy-dessus
nommez les R. P. Mersenne
& Parran, Messieurs laVoye-
Mignot,& Nivers. Le sçavant
P. Rivière, Religieux Celestin,
en a aussi fait un Discours dont
il feroit à souhaiter qu'il voulust
obliger le Public. Mais aucun
Autheur que je sçache, n'a rien
dit du temps que la Compositkm
à plusieurs Voix a esté inventée,
qui est neantmoins la
veritabie & parfaite Harmonie
que nous pouvons nous vanter
d'avoir aujourd'huy. Pas-un,
avant Salomon de Caux,n'a
rien dit non plus de ce quipeut
avoir donné lieu à cette Composition,
par laquelle on chante
en varieté de voix; il est le seul
qui en a touché quelque chose
aussi par conjecture seulement
dans l'Epistre dédicatoire de la
Seconde Partie de son Institution
Harmonique, j'avouëque
je n'ay pû lire cet endroit sans
quelque joye, y trouvantla confirmation
d'une partie de ce que
j'en avois pensé à force de méditer
à ma maniéré.
Je me persuade donc que le
Chant d'une feule Partie ayant
longtemps esté le seul, il fera
arrivé dans les Siecles reculez,
que deux outrois, ou plus grand
nombre de Personnes, chantans
ensemble à unisson, l'un aura
monté unequinte ou uneoctave
plus haut, ou descendules mesmes
intervales, & qu'ainsi ayans
esté surpris & charmez de la
douceur de ces consonances,ils
auront compté & pris peine à
retenir ces intervales,& s'en
feront depuis servis avec plaisir.
Au contraire, venans à former
ou la quinte-fausse, ou le triton,
ou quelqu'autre dissonance,ils
auront pareillement eu foin de
remarquer les intervales qui y
auront donné lieu, afin d'éviter
ce qui blessoit si fort leur oreille.
D'un autre cofté,quelque son
causé parle vent entre avec violence
dans un Roseau,& leson
d'une corde d'Arc bien tendu
en le décochant, peuvent avoir
fait naître l'Invention delaFlute
& de la Lyre. La premiere Flute
attribuéeà Pan, n'aesté autre
choie que le Siffletde Chaudronnier;
mais celle-là, ny les
autres plus parfaitesqui luy ont
succedé, n'ont pu &ne peuvent
feules fournir plus d'une Partie.
La Lyre attribuée à Mercure,
aeu d'abord un avantagOe considérable;
car quoy qu'elle ne
fust au commencement que de
quatre cordes, elles faisoient
trois consonances, la quarte,
la quinte, &:l'octave. Terpandre,
selon quelques-uns, y
adjoûta trois autres cordes; Be.
Sanius Lichaon ( d'autres disent
Timotée ) une huitième. Ces
quatre dernieres pourroient
bien avoir esté les tierces & les
sixtes majeures & mineures;
tellement que ces huit cordes
auroient fait les sept consonances
principales. Cet Instrument,
parla facilité qu'il donnoit de
toucher plusieurs cordes à la
fois, le trouva tres - propre a
former quelques accords dont
fan voit chez les Anciens qu'-
Amphyon,Orphée,& lesautres
qu'il ne faut pas tenir pour Perfonnages
entièrement fabuleux,
accompagnoient&soutenoient
agreablement leur voix.
Mais avec tout cela,l'usage
des consonances vocales aura
esté tres-rare; & l'on ne voit
rien chez les Grecs,ny chez les1
Latins, qui marque qu'ils chantassent
en varieté de voix, les
- noms des Parties comme dessus;
Hautecontre &c. y font inconnus;
& Vitruve J parlant des
Consonantes, appellées des
Grecs Simphonies, n'en rapporte
que six; & de faire une
Composition comme celle d'aujourd'huy
avec unsipetirnombre,
celan'éstoitpaspossible.
Ils faisoient àla verite de fortbonne
Musique, mais c'éstoit
seulement à une seulevoix,ouà*
Mniilbn,. avec l'accompagnement
de ce peu de consonances.
sur la Lyre, ou sur quelqu'autre
Instrument.Celadoitparoistre
assez surprenant,puis que de
leur temps ils avoient déja si
bien approfbndy la Musique,
qu'outre la Diatonique quin'est
composée que de sonsprincipaux,
tons & demy-tons, ils
avoient encore la Cromacique,
qui procede par semy-tons majeurs
& mineurs, & se sertde
beaucoup de cordes empruntées,
& de plus l'Enharmonique,
qui ne procede que par fausses,
intervales, & qui avoir mesmes, àcequequelques-uns tiennent
des quarts de ton. Je diray en
: Ir ssant que le meslange judicieux,
de ces trois especesde
Musique en peut produire une
souverainemêt capable de charmer
Ôt d'enlever. Ils avoient de
plus trouvé ladiversité des Modes,
&le secret de les employer
avec un merveilleux succés, à
exciter ou à calmer les passions,
conformement à. la nature du
Sujet,dont l'exemple cy-dessus
d'Aléxandre en vaut seul plusieurs
autres; & cependant la-
Composition à diverses Parties
1eftoir, poureux un trésor caché,
&des Indes non encoredécouvertes..
:" Ilyadoncapparence queles
choses à l'égard de la Musique
estant demeurées longtemps en"
cet état, & que cette Science ayantomme- toutes les autres
suivy ladestinéede chaque Siecle,
tantostfleurissant dans les.
uns, & tantost tombant en décadence
dans lesautres,enfint
dans les Siecles moins barbares.
& non extrêmement éloignez.
du nostre, ceux qui s'y seront
adonnez apres en avoir recueilly
les préceptes , auront par les.
mesmesrencontres & remarques
de consonances & de dissonances
en chantant à unisson,
& encores par lapratique
de celles qu'ils tiroient desInftrumensmusicaux,
donné quel
que commencement à la Composition,
qui .d'lbord'aura.eftc::;
fort simple, ne connoissantque
les consonances parfaites ài
sçavoir la quarte, qui n'estoit
pas encore tenue, pour mixte,
la quinte & l'octave;puis
elle aura admis les consonances
imparfaites, qui font la tierce
& la sixte majeures & mineures;
mais dans la fuite, &
venant à estre perfectionnéepar
les plushabiles (qui auront aussi
d'ailleurs remarqué la diférence
des voix, graves, moyennes, 8C
aiguës, & la quantité de diapazons
quileur peutestreassignée)
elle fera devenuë sçavante,&
par conséquent hardie, & aura
employéjusques aux dissonances,
qui font la seconde & lxseptiéme,
qui se divisent aussi
en majeures & mineures, la
quinte fausse,le triton, & mesmes
quelques-unes des faunes
relations,tirant un merveilleux
avantage de tout ce quisemble
luy estre le plus opposé, faisant
servir, corrigeant, & sauvant le
mauvais par le bon,avec des
adresses surprenantesdesuposition,
de sincope,&c. & pour en
donner dereste, ellese fera mesmes
prescrit d'éviter autant qu'il
se peut l'unisson & le trop fréquentusage
de la consonance la
plus parfaite, qui est l'octave.
Voila comme je me figure
l'origine, le progrès, & la perfection
de l'Harmonie,qui toute
charmante qu'elle est, n'aura
paslaissé d'estre traversée dans
ce progrés, & de trouver de
l'oppositionde la part desGens
severes, scrupuleux, ou capricieux,
comme la beautédu simple
Chant,l'invention des principales
Consonantes,&lecharme
des Feintes & Diezes,de la
Cromatique & de l'Enharmonique,
en avoient trouvé chez
les Anciens, à mesure quequelques
Esprits inventifs&Génies
rares venoient à produire & à
vouloir mettre en usage leurs
heureusesdécouvertes. En effet,
nous lisons que l'un d'eux fut
blâméde rendre,disoit-on, la
Musique trop mole, Se de la
corrompre. Platon, ceme semble,
pour mesmeraison,n'en
permet que d'un Mode. Phetecrates,
Poëte Comique, dans
Plutarque,introduitla Musique
en habit de Femme,ayanttoutle
corps déchiréde coupsdeverges,&
laJusticequiluyen demade
la cause; àquoylaMusique
répond,enseplaignant de Melanippides,
de Cinezias, de Phrinis,
& de ce mesme Timorée de
Milet qui en a écrit. Le mesme
Plutarque dit aussiqued'autres
Comiques blâmoient ceux
qui découpoient la Musique en
petits morceaux; & dans Aristophane
elle se plaint encore à
mesme sujetd'un certain Philoxenus
; par où l'on peut voir que
les petitsintervales,ou feintes,
& diezes, ne plaisoient pas aux
Anciens, soit parce que la plûpart
ne sçavoient pas bien les
employer comme l'on fait aujourd'huy,
foit par caprice &
par aversion de toute nouveauce,
quoy que bonne. Sans remonter
si haut, nous lisons que
du temps du Pape Jean XXII.
quivivoiten 1316. l'onavoit assez
sez de peine à obtenir que dans
les Chants d'Eglise il fust permis
dese servir de l'octave, de
la quarte, & de la quinte,
encore fort sobrement; & sur
la fin du dernier Siecle, certains
Religieux ayans esté établis à
Paris par l'un de nos Roys, leur
Chant se trouva si mélodieux,
quoy que d'une feule Partie,
que soit pourfaire cesser la trop
grande affluence du Peuple qui
eyaccouroit de toutes parts, soit crainte que la devotion n'en
fust alterée, il fut reformé ÔC
difforme,en le changeantenun
autre qui ne luy ressemble en
rien. Les bonnes & politiques
raisons mises à part, pour lesquelles
il faut toûjours avoir du
respect, l'on peut dire que la
destinée des belles choses est
souvent de recevoir de la contradiction,
peut-estre à causede
cela seulement qu'elles font excellentes.
Il y aeudetouttemps
des Génies ou sans goust, ou
avec un goustdépravé, pour ce
qui a l'approbation la plus generale.
L'on en voit qui ont
une aversion pour la Musique;
mais aussi l'on remarque pour
l'ordinaire en ces Gens-là des
espritstres-mal faits & des
coeurs tres-mal placez. Les Anciens
désignoient fort proprement,
ce me semble, ces Ennemis
de la Musique
, ces Sybarites,
par unTygre qui fuit une
Lyre, comme l'on peut voir, si
je ne me trompe, dans les Gflfc
rogliphesde Pierius.
Avant que de finir ce raisonnement
de conjectures, comme
je n'ay rien lû,&que je nesçay
si aucun Autheur a écrit de l'origine
de la Mesure qui se bat,
& avec laquelle toute Musique
se conduit, je diray en deux
mots que je me persuade que
c'est un pur effet de la necessité.
Qu'aucommencement pourle
Chant tout simple d'une voix
feule, ou de plusieurs à unisson,
cette Mesure pourra bien avoir
esté sans beaucoup de régularité,
frapant & levant à distances
inégales, seulement pour
marquer les sillabeslongues &
bréves, avec quelques signes
particuliers pour Eur.; tomber&
rencontrer juste les consonances
&accords deleurLyre aux endroits
où la voix en devoit estre
accompagnée; mais lors que
l'on aura commencé de faire
du Contrepoint simple de Note
contre Note, l'on aura eu besoin
d'une Mesure juste composée
de temps & de valeurs reglées;
& jamais cette necessité n'aura
esté si grande que lors que l'on
aura trouvé l'usage des Diminutions
du Fleurtis, des Fugues,
,& sur tout du Silence, pour pofer
pendant peu de temps, se
taire tout-à-fait, & rentrer à
propos, & en un mot pour s'accorder
parfaitement avec les
autres Parties. La Mesure est
apres le Mode, ce qui doit le
plus necessairement convenir à
la nature du Sujet,& qui donne
le plus de grace à la Musique.
Quelque Subdivision que l'on
enfasse, elle a son fonds dans
les nombres binaire & ternaire;
mesme Mesure le peut & doit
plus ou moins presser pour donner
plus d'agrément; & le
Chant en reçoit encore beaucoup,
quand jusques à la prononciation
des paroles, elle se
fait en quelques endroits plus
doucement, & en d'autres plus
fort. Les Italiens,qui ne laissent
rien échaper, en ont les
premiers fait la remarque.
Or quiconque voudra prendre
connoissance àfonds de cet
Art libéral, ou plutost de cette
Science divine, qu'il prenne en
premier lieu un bon Maistre
pour guide, &: puis qu'il s'adonne
à la lecture des Traitez
de Musique, & qu'il s'applique
à la connoissance & à la pratique
du Clavier. Ce luy fera un
charme & un digne sujet d'admiration,
devoir apresles Gammes
& les premiers Elémens,
soit par les muances ou par le si,
combien sept degrez principaux
de la voixproduisent d'agreables
diversitez,combien de sons,
de samy-tons majeurs 8, mineurs,
de tons majeurs & mineurs,
résultent des intervales
d'un ion à l'autre; la division
des intervales en justes & en
fausses; la division des justes en
consonances&dissonances; la
division des consonances en parfaites
& imparfaites; le nombre
des intervales justes; celuy
des fausses
;
quelles font les intervales
qui s'a ppellent diminuées,
& celles que l'on nomme
superfluës; en combien de maniere
toutes les intervales peuvent
estre;ce que c'est que
Sujet; le pur & simple,& l'autre
d'imitation qui est la Fugue;
ce que c'estque ces Modes si
puissans & si efficaces, pour remüerouappelernos
pallions,3c
bien exprimer les Sujets; le
nombre de ces Modes, quoy
que controverse, leurs divisions
en harmoniques 6ccn arithmétiques;
en naturels & en trans- posez; - que le secret de leur
charme & de leur pouvoir, est
la diférente rencontre&scituation
des semy-tons, par une diverfité
& changementdediapazons
; leurs cordes 8c cadcnces
naturelles; la grande habileté,
& les moyensqu'il y a de
passer imperceptiblement de
l'un à l'autre, & d'y rentrer de
mesme
;
les bons & les mauvais
progrés, les bonnes & les mauvaises
relations; l'usage qui se
peut faire des dernieres; les cadences
parfaites, imparfaites,
&; rompuës; ce que c'£si que.
i X A Contrepoint simple, &toutes
ses regles; de mesme du Contrepoint
figuré; l'excellence de
la Composition par Fugues,
double Fugues, contre-Fugues
les agreables artifices de laComposition,
comme les Recits, les
Echos, la variété des mouvemens,
l'ordre des cadences, la
beautédu Chant, & jusques au
choix & à la disposition des
lieux pour l'éxecution; & par
dessus tout cela, l'excellence du
Génie, qui dans la Musique,
comme en beaucoup,d'autres
Sciences, s'assujettit bien pour
l'ordinaire aux regles, mais s'en
dispense quelquefois, & se met
audessus par la grandeur deson
élevation.
Si nostre Curieux veut en
suite voir & examiner dans ces
Livres le détail des proportions
des intervales jusques aux commas
& apotomes dernieres minuties
, plus propres à la spéculation
qu'à la pratique, le tout
par les Monochordes de Pitagore,
de Ptolomée, & d'autres
Autheurs, selon les institutions
qu'ils ont données. S'il veut de
plus observer ce qui est de plus
propre& particulier aux Instrumens
de Musique stables& muables,
ou qui sontenpartiel'un
&l'autre, & enfin s'exercer sur
les Questions& Problémes qu'il
y trouvera ausujetde la Voix&
des 1nftrumens;il seraravy hors
de luy
-
mesme, de voir, pour
ainsi dire, une si petite Source
devenir un Ocean d'une si vaste
étenduë; a pres quoy faisant
l'application de ces belles connoissances
& de la théorie, à
l'exécution Sea la pratique dans
les occasions de Musique 3c de
Concerts,ilfera passionné toute
sa vie pour l'Harmonie, & souhaitera
pour en gouster encore
les delices apres la mort, que le
P. Parranait dit vray, quisoûtient
que les Bienheureuxchan-
1
teront la Musique dans le Ciel.
Ce bon Pere réfout pardesraisons
théologiques, l'Objection
physique que l'on fait la-dessus,
qui est que le Son ne se peut
faire sans air: Il pouvoit, ce me
semble, adjoûter, que puis qu'-
alors nous pourrons vivre sans
cet Elément,il ne nous fera pas
plusdifficile de chanter sans son
secours. Quoy qu'il en soit,c'est
la conclusion du Traité de ce
bon Pere,&je croy aussi ne
pouvoir finir ce Discours par un.
plus bel endroit.
,
REPONSE EN DIALOGVE
à laQuestion
,
Quel est le plus
grand chagrin qu'une Maîtresse
puisse donner à son
Amant.
TYRCIS. Allons, mon aimableBergerè,
Prendre lefrais jôIM cet Ormeau.
Mais qu'apperçois-je au bord de cepetit
r%uijfîau?
gtipy, c'estTimllflte enflTurs^xj»qui'
se desespere?
AMINTE.
Ce riejl rienpour moy de nouveau.
Vous (onnoifft'{ Philis, c'ejl cette
Beautéfiere
Dont les rigueurs le vont mettre dams
le foml/ellll.
TYRCIS.
Dieux,queson malme touche!
Mon coeurprendpartàses malheurs.
Tâchons d'adoucirses langueurs,
jiminteiapprochons-nous.
AMINTE.
Je le voy quise couche:
uiccahle'par l'excés desesvivesdouleurs,
Ilne nous dira rien, mais jesçayson
histoire.
Reposons-nous icy, je tais en peu de
mots
Vous montrer que Ibilis luyfaitsoufrirdes
maux
Quonaurade lapeine à L'ln TYRCIS, croire.
AMINTE.
Sçachez donc que ce "BergerfideUe
Depuisplusdesix mois,p)ûpirenuit
&jour
Pour cette Belle,
Sansquepoursesrej&
son amour,
Il ait pû rien gagnersur cette ame
rebelle.
Illasuit en tous lieux,ellelefuitpar
tout,
- E t quandilvient à bout
Deluyparlerdeson martyre,
elle n'enfait que rire, Ilpousse dessoûpirs,se jette àses genoux,
Yrépanddes torrens delarmes,
Et luy tient desdiscourssi touchansçp sidoux,
Que toute autre rendroit lei armes.
Cependant, cher Tyrcis, cet insensible
coeur
L'écoutefroidement, puisd'un ton
railleur
Luy dit centfois deja, me trouvant
dans ces Plaines,
Tu tUftjt tristement le recit de tes
prives,
Je lessçay, je t'enplains, Tintant*, r
mais enfin
Cherche quelqu'autre A&tdccitt.
TYRCIS.
Ah Dieux! que Pilisest cruelle,
Et que Timate est malheureux.!
T'vus les chagrins qu'onsoufre en i'Empire
amoureux,
Nesont,aulres dusien, quepure bagatelle.
LE GIVRE, Avocat àProvins.
Si un Amant maltraité de sa
Maîtresse, peut sans l'offencer,
souhaiter sa mort.
QVandon donneson coeur,on donne
t aitjjisavies LAmant qui voudroit quelle luy
fust ravie,
Offence la Beauté,maistressedeson
sort.
le me trompe, ellea lieu d'en estre
satisfaite.
Ilvoitqueses rigueurs luy vontcauser lamort;
JZaelindlfait-il, s'illasouhaite?
ARome, le 4. Septembre1680. JE n'ay reçeu que depuis trois;
jours l',Ex.traordinaire du QuartierdAvril.C-'-es-t cequi
m'oblige à vous écrire assez à
la haste ce que je pensè sur les
quatre premieres Questions,
afin que ma Lettre vous estant
renduë dans le temps, vous
puissiez l'examiner. -
Je crois, Monsieur,quelajasousse
est le plus grand de tous
les chagrins,& leplus sensible
qu'uneMaîtressepuisse donnera
son Amant. En
effet,
lors qu'il a
gagné le coeur par mille complaisances,
& par uue tendresse
extraordinaire,il connoist sans
doute le prix de sa conqueste,,
& faisàntrélfexion à ce qu'elle
luy couste, il est tourmentéd'une
continuelle crainte de la
perdre. Si le tumulteimpétueux,
que plusietirs passiôs contraires
excitent en nos coeurs,
y çause de cruels ravages,ceiuy
d'un Amant abandonnédece
qu'il aime,estdans un état bien
digne de compassion.L'amour
qu'il conserve. encor,luy fait
sentir les plus cuisans de ses
cairs La haine&l'enviel'occupent
sans cesse contre [oni
Rival. La rage de perdre un
si grand bien,luy fait prendre
lesrésolutions les plusterribles;
&sil'esperance d'une plusfavorable
destinée ne venoit flater
de temps en temps son imagination,
il succomberoit enfin au
desespoir.
Que si cet Amant a reçeu
quelques faveurs de la Belle,sa
jalousie en devient encor plus
forte. Il envisage son bonheur
passé, non pas avec la sarisfaction
que donne ordinairement
l'agreable idée d'un plaisir dont
on a joüy,mais commeun bien,
dont il n'est plus le maistre
,
ÔC
queson Rival est prestà luy ravir.
Il se figure dans la possession
de l'Objet aime, un bonheur
dont il n'avoit encorjamais bien
connu le prix, parce qu'il n'avoit
jamais éprouvé de traverses
en aimant. Il s'estimeleplus j
milheireux de tous 1'-'5 Hoim
mes , parce qu'il s'est veu le
plus heureux detous les Amans,
& il ssemble qu'il n'ait croûte les
douceurs de l'amour, que pour
en ressentir la perte avec une
douleur plus sensible. Une Belle cherche toujours
à gagnerquelque empiré ilir
l'esprit de son Amant. Sa fierté
luy fait traiter de crime les
moindres libertez qu'il prend.- Ilfautdelacomplaisance,il faut
des foins assidus, il faut de tendresrespects
; & enfin il faut
de la perséverance pour toûcher
son coeur. Il est inutile de
se declarer
, tout cela parle, &s
jamais une Femme d'esprit ne
laisse trop longtemps languir un
Homme qui a du mérite,mais
quand un Amant se fait entendre
d'abord,ilprésume trop de
luy-mesme. C'est plûtost offrir
son coeur,que dedemanderune
place dans celuydelaBelle;&
comme cette maniéré d'agir ne
peutestre fondée que sur la bonne
opinion qu'il a de son esprit
& de sa personne, il est d'autant
plus indigne d'estre écouté, que
ce n'estpoint la marqued'un
grand mérite,de faire connoître
qu'on croit en avoir beaucoup.
Cela suposé.
-,
je dis que
plus un coeur a cousté de foins i
un Amant,.plus il luy est si.
cheux de le perdre;& qu'une
Femme d'espritse.laissant ga,.
gner que par là, elle ne luypeut
causer un plus grand chagrin,
qu'en luy donnant lieu d'este.
jaloux d'un Rival plus favorablement
écouté..
Vous voyez, Monsieur,que
ces trois Questions semblent devoir
naturellement se suivre
,
ôC
que les deux dernieres fervent
àprouver la premiere. Passons,
s'il vousplaist, àla quatrième.
Un Amant maltraité. de là
Belle, qu'il aime
ne peut sans
l'Óffenser souhaiter la mort,
non pas tant parce que luyayant
sacrifié. son coeur, & s'estant
dévoüé en Esclave à son service
,
il n'est plus en son pouvoir
de rien entreprendre contre sa
vie ,puis qu'elle n'est plus à
luy ,que parce que recourir à
la mort estànt la marque d'un
esprit lâche,&d'uneamebasse,
ce.seroit ~facitement accusersa
Maistresse de peu de discerne
ment , d'avoirdonné son coeur
à la Personne du monde qui le
méritoit le moins.
LA SOLITARIAdelMonte Pinceno.
Cette spirituelle Romaine, à qui
je dois les particularités des deux
Cavalcades de Mrle Prince de Radzevi/
l, dontje vous ay fait la Relation
dans ma Lettrede ïautre Mois,
a Iluffl expliqué danssonvraysens
/'HifloireEnigmatique du dernier
Extraordinaire, en l'expliquantsur
la céémonie que le Doge de Venise
faittous les ans en épousantla Mer
au nom dela République. Je ne vous
dis point que la Fable donne Pelée
pourMary à rhltiJ, quiestprise
pourla Mer, vous lesçavez,.Ainsi
jepase àce qui vouspeut estre moins
connu. Le Pape Aléxandre III.
persectué par l'Empereur Fréderic
Barberousse,se retira à Venise en
habit desimple Prestre. Là, un François
appellé commode, l'ayant reconnu
un jour lors qu'il estoit en
prieres dans une Eglise nommée de
la charité, il en alla avertir Sebastien
Ziani, qui en ce temps-là
estoit Doge de la République. On
rendit defortgrands honneurs à ce
Souverain Pontife, & apres avoir
inutilementenvoyé des Ambassadeurs
à Fréderic, pour l'obliger à
donnerla Paixà l'Italie &au Pape,
ceDoge monta comme Chefsur les
Galeres de la République le 7. de
May 1177. &alla chercher l'Armée
Impériale commandéepar Oton troisième
Fils de l'Empereur. Les Vénitiens
remportèrent la victoire, &
le Pape pourreconnoistre lesservices
que la République luy avoit rendus,
donna, un Anneau d'or à Sebastien
Ziani, &luydit; HuncAnnulum
accipe,& me autore ipsum
Mare obnoxium ribi reddito,
quod tu, tuiqueSuccessores
quotannis statuto die servabitis,
ut omnis Posteritas intelligat
Maris possessïonem victoriæjure
vestram suisse, atque uti uxorem
Viro, illud ReïpublicæVe-
: netæsubjectum. chaqueannée,.
lejour de l'Ascension, le Dogejette
une Bague d'or dans laMer,en disant
ces mots, Defponfamus te,
Mare, in signum veteris & per- .j petuidominij.Toutle mondesçait
le bonheurdePolycrate,Tyran dej
Samos,quiayantjettédans la Mer
IIIJ Anneau d'un prix inestimable,
le']
le retrouva das le ventre d'unPoisson
qui luy futservy parsonCuisinier.
La Mer qui environne venise
de toutesparts, enfaitaussi des Ruës.
C'est ce quifait dire que cette Epouse
étendson Lit nuit &jourjusqu'à lit.
Portedeses Marys, quisont tousles
Citoyensde cette opulenteVille.
MrBouchet, ancien CurédeNogent
le Roy, qui a trouvé lesens de
La mesmeHistoire, fait ainsiparler
la Mer. cHaque Anle Grand Doge m'ejJDNfl"
SansquesaFemme en soitjalouse,
Ou conçoive pour moy quelque esprit
de méprisi
Etpour marquersabienveillance
Etsajuste reconnoissance,
Il jette dans monsein une Bague de -
Ch!''{ le Sarmate cg- chezle More,
Chez t'¡nfit/elle Musulman,
Onsçaitqu'en certainjourdel'an,
Dans lesuperbeBucentaure,
Mon ffjmen est en(Ju"'Û/,
Dontle Divan reste troublé.
S?
Dece Mariageéclatant
Quifait tant de bruit das le monde ;
Comme d'unesource inféconde,
Iln'estjamaissortyd'Enfant.
Ainsisterile tfi nostreCouche;
Noble Venitiens, cette Histoire yom
touche.
Ie traîne mon Lit ou Lido,
Iufcuà ces hc.iux 'EA.dH qu isont
vostredemeure;
MaisJtfeutrois d;£aj<feulementpouf
une heure,
Voussi,.¡e{ à jamais dedo,
Vne eternelle nuit couvriroitvospaupieres,
Et le Soleilpour ycu* n*auftitplusde
lumieres.
Certesjesçay sibienmesfougues ménager,
Et brider de mes flots l'inconstance
rebelle,
£ue loin d'estre envers yousfarouche,
oucriminelle,
Ie voussers de r,tpAtr"sans ypus mettre
en danger.
VExplication qui suit, est dt
J4l d'Ambreville, de Lisieux,
SAns m'estre beaucoup tourmenté,
Celasoit ditsansvanité,
Dont, bonnysois,sije mepique,
DI'ealyasbçeeulpleercer l'obscurité
EnigmeHistorique
'!lNfameuxMercureGalant,
DontelleAcquit la qualité
DAeqDuéie,dsseepuebisafte Cl"'pndique\
Sa Sainteté,
Par une raisonpolitique,
permet defaire maint Traité
D'une union Tolyga7tiique%
(Dont elle est leThéâtre (7 Yllftt cr
magnifique,)
Et que mainte Posterité,
Le jour d'une Feste ptfèltqu?,
Tousles ansrenouvelle avecsolemnité,
Contre l'ordre établypour le noeudprolifique:
Celie, dis je, quineproduit
ire ce Mariage aucun Fruit,
Contractépar Reconnoissance
AvecHomme d1autoritéy
Au nom de toutesa Cité,
Bienque cesoitfansejftérance
Dubonheursurpassant toutehumaine
créance,
Dont Polycratefutvanté:
Celle, enfin, dont le Lit est detelle
)iéttendue, s'étendjusquesàla Nè'
Et laPorte desesMarys,
~( QuisanspasserpourPolygames,
Epousent encord'autres Femmes,)
Et qui nepourroitsansdébris
'Je• lu-s près leur rendrevisite,
~Dod bon coeuronla tientquitte,
K"rfî-a-itrt chose que la Mer,
Que la Grecs idolâtrieappelloitAm-
~phrite,
Que laFableseins (!JI dbte
Femme du Dieu duFlot tttne";
Et q*t*par une Loy qu'ensçait eftrt autenttque, Ali nom (7poursa Tfépubliquty 1
Etsans aucuns ~Bonsproclamer,
(Ce que le Saint Pereautorise J..
a
Il SignorDogede Venise
Epouse avecsolemnité;
Apres, du-on, Voi,. jetté
ZJlltliJsonsein couleurd'opale,
Poursçeud'unsirare T'Tltitl,
Tourgagedesoyconjugale,
Etserment de fidélité, la -:BAzue Matrimoniale.
Pecesenspeut-estre on rira;
gjHî mieux trouvera, mieux dire;
Tour moy, voilà comme s'explique
Du Mercure Galantl'Histoire Enigwutiqtte,
MrMignot de Bussy,Litutcnâirt
General du Bailliage de Beaujollois,
a expliqué cette mesme Histoire par
uneAllusionfortagreable, à ce qu'on
dit quefitautrefoisAristote, qui ne
pouvant comprendre la cause du
,Flux & Reflux de la Mer, seprécipita
dedans.
DVnespritsortsubrilje n'aypas
eu besoin
Pour deviner l'Histoire Enigmatiques;
Etsansallercherherplus loin,
If trouve en mon Pais la Mer Adriatique.
Mais quar.dfanslapotivoir trai/vct
l'auronspassertout un .mIirt'si',
Si resver estoit ma marote
T HJÎmon espritfltroiftre tfluffi dur
qu'un caillou,
le me garderois bien d'allerfaire le
Pli,
Commefit autrefors lefameuxAristote.
Sur lamesme Histoire.
MADRI GAL. QVe de choses fOttf-).d-jài.t
Mettent mon esprit aux abois
Danslapeinequ'ilprend de deviner.
l'Jznigntel.
> nesçaypresqueplus de quel costé
tourner, Jesuisprestàl'abandonner,
Oüy,je "'feux renoncer à la plus juste
estime,
Si, ne la trouvantfoidans la Terre
(F les deux,
Lesens noir & mystérieux
2V cette Histoire Enigmatique,
N'est dans la Mer Adriatique.
CHOVLLE', Commis de l'Extra
ordinaire des Guerres à Paris.
Ceux qui ont expliqué cette mef
me Histoiresurle Mariage duDoge
de. Venise avec la Mer Adriatique,,
font MessieursGardien Secretaire
du Roy; De la Roche-Amar, de Poitiers
; Le Chevalier Blondel; De la
Ville aux Butes, de Troyes; De
Glos, Hydrographeà Honfleur;
Miconet, Avocat à Châlons fur>
Saône, Le Bon Clerc, du mefine
lieu, Vialet, de la Ruë Montorgueil
; DeVille-Chalver; Mademoiselle
du Pu d'Argery; La Belle
Blonde de enville;Le Campagnard
Orleanois; & les Réclus de S. Leu
d'Amiens.
, Voicy encor une Veuë d'une des
places publiques de Madrid, que
cette Planche VOII représente ornée
d'unetrès-belle Fontaine, comme la
Place de San Domingo. ('t/le-c)
estappellée de la Cevada, qui veut
dire, le Marchéeu l'onvend l'Avoine,
Sur les quatreQuestions du
dixiéme Extraordinaire.^
I. QUESTION. L'On demande quel est le
plus grand chagrin qu'une
Maîtresse puisse faire souffrir a
son Amante Pour, y répondre,
supose qu'un fort honneste
Homme se soitrendu tellement
amoureux d'une Personne qui
aura le coeur malfait, qu'iln'ait
pas la force de rompre ses liens.
Un tel Amant est assurement
plus à plaindre que tout autrecar
comme son indigne Maîtresse
ne pensera guere qu'à
contenter la malignité de fou
panchant,ellen'aura de joye que
lors qu'elle pourrale faire sousfrir
: Elle voudraqu'il luy
obïsse dans des choses qu'elle
témoignera souhaiter, & ne pas
souhaiter en mesme.temps. Si
elle connoist qu'il foit porté à la
jalousie
,
elle favorisera ses Rivaux
en sa présence
,
& ne négligera
nulle autre occasion de
luy en donner. S'il entresensiblement
dans les interests de ses;
Amis, & qu'il trouvel'occasion
de les servir, elle ne se contentera
pas de l'en empecher, elle
trouvera encor moyen de les
brouiller avec luy, & deluy en
faire autant d'Ennemis. ?
Enfin ce feront tous les jours
de nouveaux sujets de chagrin
& de douleur; mais voicy le
comble. Cette Extravagante
viendra àle radoucir pour luy
par des témoignages étudiez de
tendreile
; de forte que ce pauvre
aveugle se croira le plus
heureux de tous les Hommes, &
dans ce moment, elle luy commandera
de faire quelque baffede
, & peut-estre une méchante
action
, ou de ne la voir
jamais.Que deviendra ce malheureux
dansunpareil embarras
sur un tel coup? Et peut-on s'imaginer
l'état déplorable de
son coeur ? Ecoûtez ses plaintCSt
l'aysoufertmille maux des mépris de
Syl"'fie;
Etcette orgueilleuseBeauté,
Cruelle ensa legéretê;
ji troublésort longtemps le repos de
mavie.
Elle ditaujourd'buyquellemaime ;fin tour;
Marsfar , un injuste caprice,
Elle yeutmobliger àfoire une jmjujtice,
Ou d'abandonnermon amour; le nepuisl'un nyl'autrey ilfoutfut
jepérissè.
II. QUESTION. L'Innocence des plaisirs en
fait d'ordinaire la plus
grande douceur.-; mais il y ena
d'une autre nacure, &: l'ontombera
aisément d'accord de ce
que je dis dans les Vers suivans.
Des innocentCdouxplatftrs,
Uimagequ'onrappelle est toujours
agreable;
Jdai* de ceux qu'ontforméles injustes
desirs,
L"flll..,nir efi triste, (S?souvent nous
accable.
III. QUESTION.
1L arrive rarement qu'une
affection qui ne fait que de
naistre, foit sortviolence ; & les
Dames, ayant naturellement
beaucoup de délicatesse dans
l'esprit &. dans le coeur, ne s'arrestent
guereaux protestations
que les Hommes leur font de
leur amour à la premiereveuë.
Elles lesregardent presque toujours
comme des Gens accoutumez
à conter des douceurs
où ils se trouvent, sans qu'ils
sentent rien de ce qu'ils jurent
sent r; mais elles ne doutent jamais
de la sincéritéd'un Amant
assidu, respetueux,&.fournis.
- Lesfoins, lessoôpirsy lesilence, lb
Sont le "frA) langage du coeur., Il exprimepar là son amoureuse ardeur;
Jriais un discourspleind'éloquence,
faisant voir tout l'espritsmarquepeu
delangueuri; L'on ne peut cependanttoucherl'Objet
qu'on aime,
Qu'en le persuadant de fi-n amour
extréme.
IV. QUESTION. TYrcis ne pût voir longtemps
Caliste sans Faimer,
& cette Bergerene fut pas longtemps
insensible aux témoignages
que le Berger luy donna de
son amour. # Leurs Parens approuvoient
leur passion
,
dans le dessein
qu'ilsavoient de les marier ensemble
;&ces deux Amans jouirent
durant quelques jours des
plaisirs inconcevables que donne
l'espérance de se voir uny
pour jamais avec la Personne
aimée. Enfin tout sembloit
contribuer à leur souverain bonheur,
mais l'inconstante Caliste
jetta les yeux sur le beau Daphnis,
6c apres quelque légere
résistance
,
elle luyabandonna
entièrement le coeur qui estoir
deû à Tyrcis. Ce Berger ai..
moit trop sa belle Bergere, pour
ne le pas apperçevoir de son
changemenr. Ilcrût pourtant
luy devoir cacher qu'ill'eust découvert,
ctâcha par un redoublement
d'affiduirez & de fotimissions,
derapeller ce coeur fugitif,
&desele conserver. Mais
voyant augmenterchaquejour
l'indifférence de cette Volage,
„
& l'a yant trouvée feuleO, il
luy fit voir dans la langueur
de ses yeux la mortelle douleur
dont il estoit pénétré. Il
la luy déclara en fuite par
des soûpirs&; par dess iarmes;
enfin accablé; d'ennuis, il fut
contraintde luy faire quelquesreproches
de son inconfl
tance & de son ingratitude; Omais Caliste prévenue du merite
de sonnouvel Amant, ne
voulutplus garder de mesures
avec celuyquiluy parloit, &: le
traita d'une maniere indigne.
&cruelle.
le nevousditneplus, disoitcette- Zer
jiudfoltfTyrcts,-,
ré hay yos pleurs, vossoins, yotpeines,
vossoucis
Tout cequi vient de vous ne fait qut
me deplaire. .IÍ! luy répond alors trisement le
Berger, Ilmefaut donc mourir. Jlfautpluojl
changer,
Etfaire comme moy, repartcette 1".
fidelle,
Carchercherà mourrir, c'est vouloir
m'outrager,
Etd'un crime odieux me rendre crimineffe.
Sïgviniere-Poignant.;
SONNET,
A une Belle qui soupçonnoit
d'inconstance un des Amis
del'Autheur., AVx quatre coinsde ce viliage,.
Tyrcis en a, ditont conté.
Toutsçaitluyplairetout l'engage.
Z echanger ilfait"vanité'.
N'est cepoint unjeu concerté?
2?oj^r moy, je le croy moins 'ï(Jltt;
c,n,jJt>/ltfaire un honneste usage
D'unefausse 'in/Çdélité.,
Ce n'estpasd'aujourd'hUy, Climene
QueJour dissimulersapeine,
Onfeintdaimerlechangement;
Et quepourfauterl'apparence}
Amourcache unfd;lie Amant
AonSJeta/Jlexde l'incinfiance.
QE:MER.VUX.&-'
le reçois un nouveau Traitésur
laGlace, que vous ne trouverezpas
moins sçavant que curieux. AuJfl
est-il d'un Homme tres-profond en
Medecine,quvy qu'ilsoitencordans
unegrandejeunesse. ilestMedecin.
a Niort, & s'appelle Mr Gautier.
DISCOVRS
SUR LA QUESTION,
S'il est nuisible de boireà la Glace,
& si on enpeutsentir quelque
incommodité dans le temps, ou
plus tard, oupoint du tout. LA Glace n'est qu'une eau,.
dont les petites parties
ayant perdu leur mouvement,
demeurent en repos les unes aupres
desautres. Mais parce qu'il
faut unagent aussi puissant pour
arrester un corps quiest en mouvement,
que pour en mouvoir
un autre qui est en repos, il effct
necessaire de penétrer la cause
qui contraint les parcelles de
l'eau à devenir roides & immobiles,
de pliantes &; de fluides
qu'elles.estoient auparavant. Quoy qu'il ne foit pas aisé de
trouvercettecause,on ne s'en
éloignera peut-estre pas beaucoup,
enrefléchissant sur les
corps qui sontautour de l'eau
quand ellegêle. Or, quand on,
fait bien cet examen, on n'entrevoit
point d'agent qui touche
l'eau plus immédiatement,Se.
Sisoit plus propre à ta Glacer
quel'air mesme. Il ne faut pourtant
pas s'imaginer que la malle
cnticre de l'air produise cet effet,
parce qu'on la, doit regarder
commeune place publique, où
regne un nombre inombrable
dediférentes matières , quiont
toutes leurs proprietez particulières.
Il seroitplus vray-femblable
de croire que l'esprit universes,
dont les Chymistes nous
démontrent,tous les jours t'éxiftance,
lors qu'ils exposent à
l'air la teste mortede quelques
Minéraux, estleprincipe naturel
quifixe&:congele l'eau
dans certainstempsde l'année.
Ainsi il y a beaucoup d'apparènee
que les Tels volatiles invisibles,
qui forment cet esprit,
ayant moinsde mouvement
l'H yver qu'en toute autre Saison,
s'arrestent 6c demeurent
fichez comme autant de petits
coins dans les parcelles aqu. ufes^
au travers desquellesils n'ont
plus la force de continuer leur
mouvement d'oùvientque les
parties de l'eau, de coulantes
qu'elles estoient auparavant, demeurent
immobiles les unes au.
pres des autres,forment un
corps dur,àqui on donne lenom
de Glace.
Les expériences, dontje vay
parler, n'appuyent pas mal cette
conjedure. Si l'on prend un
morceau de Glace, & qu'on le
fasse évaporer au feu, on trouveraau
fond apres l'évporation
beaucoup plus de sel,qu'on n'en
recueille, lors qu'on fait exhaler,
un
tei volume égal d'eau commune,
Or cela me paroist une raison
forte pour persuaderque le fèl
estle veritable principe, dont la
Nature se sert pour durcir les
liqueurs aqueuses.
D'ailleurs, la Glaceartificielle
est encor une preuve pour me
confirmer dans ce sentiment.
Car, quand j'examine cetre production
,
je ne vois pas qu'ilsoie
aisé de l'expliquer, que par quelque
chose d'équivalant à ce que
j'ay déjàavancé. Et pour mieux
faire voir ce que je mets en
avant, il faut que je dise comment
on fait la Glace en route
faison. Pour le faire, l'on n'a
qu'à mettre dans un Verre une
quantitéégale de Sel commun,
deNeige,& de Glace,qu'onagi.
tera un peu, au moment qu'oit
aura mis le Verre au milieu d'un
Bassin plein d'eau. Alors l'eau
duBassin, qui entoure immédiatement
leVerre,se préd à mesure
que les matieres qui font dans le
Verre se fondent & se dissol
vent. On fait encor figer l'eau
d'une autre maniéré, mais bien
plus surprenanre, puisqu'on la
fait cailleraumilieu d'un brazier.
En voicy tout le secret.
On prend un Plat remply de
Neige, au milieu duquel on
place un Verre plein d'eau; apres
quoy vous n'avez qu'à mettre
le Plat sur les charbons ardens,
,& vous verrez aussitot avec
plaisir que l'eau du Verre se
prend à poportion quela Neige
se fond.
:T Ceux qui s'appliqueront à penetrer
les causes de ces Phénomens,
ne trouveront peut-estre
rien de plus probable que des'imaginer
que les corpuscules de
l'esprit universèl, qui tenoient
les parcelles aqueuses de laNeige
8c de laGlace ferrées & liées
ensemble, font mis enliberté par
l'action du feu, ou du sel commun
, car ces deux agenss'élanans
de toutes parts dans le composé
de la Glace, la dissolvent,
& en deviennent de telle forte
les maistres, qu'ils mettent en
déroute tous ces petits corps
froids, après les avoirdénichez
des pores où ils s' stoient retirez.
Mais parce qu'ils les poursuivent
sans relâche, & qu'ils
les mènent toujours battant
jusqu'à la circonférence de la
liqueur, il n'est pas mal aisé de
s'imaginer qu'ils passent enfin
au travers du Verre, puis qu'ils
font assez subtils pour le pénétrer.
Ainsi,venantàse répandre
dans une eaunouvelle, où ils ne
trouventrien quilesinquiète, ils
la gêlent, comme feroit un vent
deNort bien froid, qui viendroit
à y soufler.
Apres cette explication de Ta
Glace, il faut démontrer ce que
c'est que le dissolvant de l'estomach,
puis qu'il est le premier
agent qui produit son effet sur
les boissons à la Glace. Mais
pour bien-entendre sa nature,
cherchons en la source avant
toutes choses On n'aura pas de
peine à la trouver, si on sçait
uefois qu'il ne se porte naturellement
rien àl'estomach, que
par lespetites glandes qui font
parsemées par la membrane intérieure.
- Il ya pourtant encor la bouche
éc le gozier qui luy fournissent
une partie du ferment, qu'il
employé à cuire lesviandes;
maisilest vrayque les liqueurs
ne s'en chargent point, à caulç
delarapidité avec laquelle elles
coulent, quand on les prends
C'est pour cela que je ne parleray
point de la salive, lors que f'expliqueray la digestiondes
liqueurs,
quoy que pourtantelle
soitunsuc,capable nonseulementde
penétrer les viandes
solides, lors que nous les roulons,
danslabouche, mais aussi
de les réduire en chyle, comme
nous le voyons en ceux qui n'ont
pas le soin de se nettoyer les
dentsaprès lerepas. Car,sideux
ou trois heuresaprès avoir mangé
,
ils se lesessuyent, ils en
ostent une matiere tout-à-fait
semblable au chyle; ce qui est
une preuve évidente que la salivecontribue
beaucoup àladigestion
des alimens.
- Puis qu'il n'est pas besoin de
faire intervenir la salive pour
digerer les liqueurs, ilsuffit d'imaginer
qu'il distile des glandules
du velouté, quin'equela
tunique intérieure & glanduleuse
de l'estomach, une humeursubtile
& penetrante, qui
sertà leur coction. Ce n'est pas
sans fondement que je fais fourdre
une humeur de ces glandules,
puis que les expériences
nous en apprennent la vérité.
Car si nous examinons de pres
tous ces petits grains glanduleux
qui font la meilleure partie
du velouté,nous verrons que
chaque grain est percé par un
trou sensible,dont on voit sortir
par lacompression une eau claire
quisedécharge dans l'estomach.
De plus, on remarque aussi dans
cette membrane une infinité de
poils courts &: déliez, qui naissent
entre ces petites glandes.
Quoy qu'on ait pris ces poils
jusqu'à présentpour de simples
filets, neantmoins quelques sçavansAnatomiftes
modernes veulent
qu'on les regarde comme
autantdepetits tuyaux glanduleux,
d'où découleunelymphe,
qui fait partie du ferment de l'estomach. xwLt
Ce n'est pas assez de sçavoir
qu'il suïnte toujours quelque
humeur des petites glandes du
velouté dans le ventricule, nous
devons aussi apprendre) d'où
ellesla puisent. C'estpourquoy
pour ne nous pas méprendrelàdessus,
je feray la reveuë des.
vaisseaux, qui y aboutissent, èc jerâcheray d'en bien penérrer
les fondions. Les arteresgastriques,
les veines du mesmenom,
les nerfs qui naissent de la huitième
paire, aussibien que du
nerf intércostal,deenfin un petit
canal particulier,sont les quatre
vâiqèitix qui accompagnent indispensablement
chaque grainconglomeré.
Quantauxarteres
&aux nerfs, ce font deux canaux
instituez de la Nature,
pour y porter ce qu'ils contiennent
;
les veines, suivant lesloix
de la circulation, en absorbent
le sang que Les arteres y ont
charié, & que les veines doivent
voiturer au coeur;mais parce
que les racines des veines dans
ces glandes ne peuvent recevoir
le sang à proportion qu'il leur
est transferé par les extrémitez.
des arteres, il est necessaire qu'il
s'accumule dans ces extrémitez,
&,qu'il les gonfle. Or cela ne
peut arriverqu'iln'exude autravers
une liqueur lymphatique,
qui s'échape doucement par plusieurs
petits filamens creux ,
qui
sont naturellement pratiquez
dans la substance mesme des
glandes; & comme tous ces filets
déliez s'unissent enfin au
petit canal particulier, que j'y
ay remarqué cy-dessus, l'humeur
lymphatique y accourtpar
conséquent pour se dégorger
dans la capacité mesme de l'estomach.
J'ayavancéavec beaucoup de
raison que le fang, qui coule
avec rapidité dans les arteres
épigastriques, & qui ne peut
estre reçeu avec la mesme précipitation
par les principes des
veines,laisse échaper une partie
de sa sérosité au travers des
vaisseaux. Car les expériences
Anatomiquesnous apprennent,
que quand on lie laveine cave,
ou l'aorte, ou quelques-unes de
eurs branches, il sefait toûjours
in épanchement de sérosité
dans
les
parties voisines des vasseaux
du fang, qui sont tumefiez.
D'où vient que c'est une
soyconstante dans le cours naturel
du sang,desedépouiller de
la propre sérosité, quand il trouve
quelque barriere, qui s'oppose
à son mouvement.
Ce quej'ay dit jusq'uà préfen-c
du levain de l'estomach, se peut
tres-bien appliquer à celuy quise
trouve dans les menus boyaux;
L sans repéter ce que j'ayavancé
de ce premier levain, je diray
feulement pour l'heure que le
dissolvant des intestins est beaucoups
plus puissant que celuy de
l'estomach, & cela se prouve
par les veines lactées, qui prennent
toutes teurs racines dans
les intestins, & qui n'aboutissent
aucunes à l'estomach. D'ailleurs,
on ne voitdans l'estomach
qu'une matiere grossierement
dissoûte, qui n'a pas cette fluidité,
ny cette teinture blanche,
qu'elle acquiertdans les boyaux..
Mais ce qui confirmeencor davantage
la vérité de cette pensée,
c'est ce que les Anatomistes
ont remarqué dans la formation
du Poulet, carily onttrouvéun
petit canal particulier,qui aboutit
dans l'intestin, où il porte la
substance du jaune. Ce que la
Nature n'auroit sans doute jamais
fait, si ce n'estoit là où les
alimens reçoivent ce degré de
perfectionqu'ils doivent avoir
pour devenir du chyle.
Apresavoir vu comme cedissolvant
se conduit dans l'estomach&
dans les boyaux,voyons
ce qu'il y opere;mais il feroit à
souhaiter d'avoir auparavant TL
dée de ce qu'il est en luy-mesme:
c'est pourquoy jem'y appliquerayavant
toute chose. Quoy
que cette matiere soit tres-difficile
à cause des moyens qui nous
manquent pour faire les expériences
necessaires sur ce dissolvant
; cependant je tâcheray de
dire quelque chose desijustelàdessus,
que je n'insinuëray rien
que de probable.
Il n' y a point de glandes soit
conglobées, soit conglomérées,
que la Nature n'ait munies d'un
petit canal particulier, qui voiture
ordinairement une lymphe
claire. La science des glandes
& des vaisseauxlymphatiques,
nous apprend que cette lymphe
sert toûjours de ferment aux liqueurs
des lieux où elle se dégorge.
De plus, cette mesme
science nous enseigne aussi que
ces deux especes de glandesdonnent
communément des lymphes
également douces, subtiles
&transparantes; c'est pourquoy
l'une & l'autre ont tout-à-fait
duraportentr'elles.
? De cette connoissance, nous
trouveronsles moyens de sçavoir
ce que c'est que le dissolvant de
l'estomach,& pour cela, il ne
faut que consulter les Chymistes
lors qu'ils travaillent sur la
Lymphe, ou sur la serosité du
fang. Ainsipuisqueparladistiation
qu'ils en font, ils tirent
quantité d'eau & de sels volaties
,avec une huile pénétrante,
& tant foit peu de terre;on ne
doit pas croire que la Lymphe
soit composée d'autres principes,
si ce n'est un autre quiéchape
à tous les foins des Chymistes,
parce que les vaisseaux distil'atoires
n'ont pas les pores assez
ferrez pour le retenir. C'est
cet esprit de l'air dont je veux
parler,qui nous anime principalement
,& qui donne au fang
artériel sa couleur brillante &
vermeille. Ainsiil y a beaucoup
d'apparence que cetespritintervient
dans la digestion des alimens,
&ce qui le met hors de
doute, c'e st l'Anatomie qui
nous démontre dans les Poisions
un petit canal qui fort de
leurs nageoires, & qui va s'inférer
dans l'estomach.
L'Anatomie de la Lymphe,
jointe à ce que nous enfeignenc
les Chymistes sur l'action des
sels
, nous fera clairement pénétrer,
comment cette Lymphe
digere les liqueurs, telles que le
Vin, que je prendray icy pour
exemple. Ainsi il faut penserqueleVin,
au moment qu'il
est parvenu au ventricule,est
aussi-tost pénétré de l'esprit de
l'air, & du sel volatile ~alxali,
dont la Lymphe est toutechargée.
Je ne parle point icy des
autres principes de la Lymphe,
comme de l'Eau & de la Terre,
qui font prcfque sans activité
dans la coction des alimens
Quant à l'huile pénetrante,on
sçait qu'elle sert seulement de
souffletà l'espritde l'air pour le
rendre plusagissant. Ainsi pour
bien entendre comment le fait
la digestion du Vin,c'est assez
de penser avec beaucoup d'attention
aux proprierez de l'esprit
de l'air, & du sel volatile
dela Lymphe; & l'on ne 01an.
quera pas de s'imaginer, que ces
deux principes actifs & dégagez,
commeils sont,nes'élancent
par tout le Vin, aussi-tost
qu'on l'a pris. C'est pourquoy
l'esprit de l'air rencontrant la
partie saline-sulfurée du Vin,
l'insulte& l'attaque par mille
chocs redoublez,jusqu'à ce
qu'enfin la partie sulfuréesoit
tout-à-faitdévelopéede làfa.
line avec laquelle elle estoit
unie.Mais apres quecette partie
sulfurée du Vin a esté ainsi dévelopée
par le trémoussement de
l'esprir de l'àir , elle en vient
aux prises avec cet esprit
: d'où
vient qu'il s'excite entre ces
deux élemens uneeffervescence
considera ble,qui ne se termine
que parlaconcentration de l'esprit
étheré avec la partie saline
qui rcfte. Durant ces entrefaites,
le sel volatilealkali dela
Lymphe jouë aussi son rôlle:
car en impregnant toute cette.
masse liquide
,
il fermente de
son costé avec les selsacides,
qui y font naturellement.C'est
pourquoy ces deux sels, c'est à
dire ce sel volatile de la Lymphe,&
l'acideduVin, se fixent
l'un & l'autre apres leur action
réciproque,de mesme que nous
voyons les acides 8t les sels volatiles,
qu'on tire des Animaux,
se fixer apres leur mélange &..
leur effervescence.
Les actions de l'esprit étheré
& du sel volatilealKali de Isa
Lymphe sur le Vin, me menent
insensiblement à reconnoistre
qu'il se forme dunitre dans la
digestion des liqueurs: car nous
avons veu que ces deuxprincipes
façonnent & construisent
deuxsels de différente nature;
lors qu'ils agissent sur le Vin.
Premièrement, l'esprit étheré
':
se concentre avec la partie falinedu
Vin,apresen avoir dés
-uny la sulfurée ; C'est pourquoy
cette partie se change en
acide;comme la Chymienous
en fournitdes exemples dans
les productions naturelles &
arrificielles de l'acide. En second
lieu, le sel alKali volatile
se ~Sg par l'union étroite qu'il
contracte avec l'acide du Vin.
C'èft pourquoy cs deux sels,
c'est adireceselfixe,& cetacide,
venant à se rencontrer durant
ladigestion de la liqueur,
ils boüillonnent ensemble, &
fermentent par consequent le
composé ou ils font. Maisapres
que ces selspar leurs rencontres,
sesontpénétrez, & comme rassasiez,
ils demeurent unis ensemble
,&sontun sel de Nitre,
comme estceluy qu'on fait artificiellement,
quandon mêle des
espritsacidesavecleselfixe de
Tartre.
Je n'ay plus rien à dire sur la
digestion des liqueurssicen'est
quela Nature dans cetteopéranon
,semble n'avoir d'autre but
que la confection du Nitre:
C'est pourquoyj'envisagecesel.
comme le soûtien & le fondementdenostre
vie,puis qu'il est
tres-propre pour entretenir dans
le sangcetteflâme pure, qui le
rend animéaussi-bien que toutes
les parties de nostrecorps,où
elle se distribuë. La neceffitc
de ce sel seremarque aussi dans
la végétation des Plantes: car
elles ne poussent leurs branches,
leurs feüilles, leurs boutons &
leurs fleurs, que quand le Nitrese
trouve en abondance dans
là Terre. - Je pourrois apporter
despreuves pourconfirmer cette
vérité. Mais il est temps de
voir, si nous tirerons de nos priru
cipes quelque chose qui puisse
servir à décider la Question du
Mercure.
Il estcertain que ces principes
estant bien entendus, on peut
donnerassez seurement, &avec
plusde netteté,des décisionssur
les effets des liqueurs à la glace.
Mais pour bien y réüssir,il faut
d'abord sçavoir que ce principe
qui donne la fraîcheur aux liqueurs,
est dela mesme nature
que l'èsprit étheré de la Lymphe
, & que l'un & l'autre de ces
principesne different, qu'en ce
que le premier ,qui raffraîchit
l'eau, n'a que peu ou point de
mouvement, aulieu que l'autre
quirayonne dans la Lymphe , SL
beaucoup d'activité. Les preuves
que j'ày cy -
devant données
,sur ce que l'air intervient
dans la digestion des alimens,
jointes à celles qui nous ont démontré
quel'esprit del'airétoit
l'élement qui congeloit les liqueurs
aqueuses, m'assurent
que ces deux agens font les mêmes
en nature,& qu'ilsne font
differensque par les divers états
où ils se trouvent. Ainsi l'on ne
doit pas douter que ces deux
principes ne soient capables des
mesmes proprietez ,pourveu
qu'ils soient meus par une même
cause. D'où vient que je
fuis porté à juger que les Boissons
àla glace ne peuvent nuire
d'elles-mesmes sur tout lors
quele ferment de l'éstomach
leàstsortactif Car en ce temps- quoy que l'esprit de l'airdans
les Boissons fraîches foitd'abord
capable par son amortissement
de rallentir le mouve- .,
ment impétueux de l'esprit érheré
,
&. du sel volrtile de Lt
Lymphe; néanmoins il sçait
bien-tost leur premiermouvement,
& contribuë en suite,
comme eux à la digestion qui
se doit faire.
D'ailleurs,puis qu'on ne boit
guère à la glace que des liqueurs
subtiles ycomme le Vin, la Bierre,
&c. on en doit encor moins
sentir d'incommodité; parce que
ces liqueurs font - chargées de..
parties spiritueuses & sulfurées.
capables non feulement de se
fermenter avec les petitecorps
-
froids
froids dela liqueur,mais d'augmenter
aussi avec eux le levain
de l'estomach par leur cffcricircence
naturelle. Suivant ces
principes, je ne feray pas de difficulté
d'avancer qu'il est sain
de boire à la glace, comme on y
boit en France. Mais ceux qui
ont le levain de l'estomach trop
vaporeux, en doivent attendre
sur tour beaucoup de bien, parce
que cette Boisson le tempere
en modérant sa trop grande activité.
Je ne dis pourtant pas qu'il n'y
ait des Personnesqui ne boivent
jamais à la glace, sons estre travaillez
dans le temps , ou peu
après, dequelques douleurs de
Colique. Mais ces douleurs ne
semblentpointnaistre des aitérations
que la fraîcheur des liqueurs
cause dans le levain de
l'estomach, comme ilarriverait,
si cetre fraîcheur estoit nuisible
d'elle-mesme. Ilest donc plus
vray-semblable, que de pareilles
douleurs arrivent par accident,
Zz qu'ainsi ceux qui les éprouvenr
ont la tunique glanduleuse
de l'estomach, oudes intestins
trop délicates, &: quelquefois
mesme froissées enquelques endroits.
C'est pourquoy comme
la tunique nerveuse, qui touche
immédiatement la glanduleuse
par dessus
,
est tres-sensible
,
à
cause de la quantité des- esprits
qui y reluisent, on n'aura pas de
peine à s'imaginer que les impressions
inaccoûtumées
,
qu'y
font les liqueurs à la glace
, cxcirent
toutes les douleurs qu'on
ressent en pareilles occasions,
Cependant ceux quihabitent
le bas des Montagnes, &. qui ne
boivent que des eaux de Neige
, semblent insinuer le contraire
de ce que je pense sur les
effets des liqueurs à la glace.
Carilsneparoissent estre sujets
aux Ecroüelles & aux Goëtres,
qui leur font si familiers, qu'à
cause des eaux de Neige, qui
détruisent peu-à-peu le levain
deleur eitomach
,
& qui changent
aussilatissure naturelle des
petits tuyauxglanduleux par
où ce levain a accou stumé de
distilier. Mais cette objection
ne fait rien contre ma pensée, .., puis que je n'ay pas prétendu
qu'il soit fin de boire en aucune
saison des eaux de Neige,- nii
contraire, jefuis tout-à fait éloigné
de ce fenriment, à cause de
l'acrimoniequi accompagne
incessamment la Neige, & qui
naist, sansdoute, des foulfres &
des sels piquans. quisesubliment
dans l'air avec l'eau, dont la
Neige se forme. Je pourrois
fournir icy quelques preuves,
pour confirmerque la Neige
est acre &corrosive; mais il est
temps de finir, & de conclure,
qu'il est soin de boire l'Eté à la
glace, à cause du levain de l'estomach
,qui est alors fort vaporeux,
& qui a besoin par conséquent
d'estre temperé pour
mieux faire ses fonctions.
L'Autheurdes Versque vom allez*
voir, est d'opinion contraire. Vous
ne serex, pasfâchée de l'entendre
raisonner.
LE CASUITE
En matierèd'Eau. NOus Docteur en Theologie,
Consultésurnn nouveau Cas t,)irftyadndon jeûne,onpeuthors,
desrepas
Boire de l' Eau;disõs qu'en tout temps
delayte Ondés qu'ilUJproul
en>ie^
Et que nous rid\onfjamaislé
Que l'usageenst;tWrf,n
Au contraire, rEliNfut de tout temps
bonne à boire.
Ilestbienvray qu'autresois l'on aVû
Créverle Genre humain pour enavoir
trop bus
Maisaussic'estchosenotoire,
l'excès,<juelquilfbit3riajamaiû
rienvalu.
LeVin que nous yoyonsfaire tant
l'entenduy
£jii sefaitpromenersur laterre <3*
, surl'onde,
Et de qui le crédit estsigrand dans le
monde,
&u*ndilefifristouffur, nefait-il,
pointdemal?
Ilfait de l'HommeunAnimal,
Témoin la "iji¡'¡' avanture
Deson "Bon-homme Il'I.",ulte."
Qui bien que d*ailleursgrandDodè,
J' -- Dans la Navale drcbitffhoreg
Ne connoissoitpas bien laforce Çp la,
nature
De cetteperfide Liqueur.
Dësapropre Taiïerntissèpritsist
malheur,
Etfut trouvécouchépar terrefiff
l'ordure,
Tans une indécente posture,
Ettoutcelaypour l'avoirbûsans £<tur
Cb, quileufi bien mieuxfait de boire
de l'Paupi/re!
Maisenfin retenonsà nostre Cas nouveau.
del'Eau
Qüy, quand onjeûne, onpeut boire
En tout temps,foisonnon;Notezpar
f/urenthif
.R,&'onn-lentendpas de l'Eau de
FYtlift,
Frtlml»ifi, Groseille ou Vrrfus9
Etmoim encorde L'Eau de sieur
d'Orangsy
TonquiUetenfin toute BIll quisefait
par mélange;
tfTaus mélangessont défendus,
Comm artifices superflus
De la délicatessehumaine.
Ces&rufragesfriansnesont que des
abus;
Ouditde l'Eau toutcourt, de EIl.:
Jtmplet çp rienplu.
AIlfur/lus) qu'ellesoit de Puits, oit
de Fontaine,
De Riviere, ou de Vdre, ilest ayez
- égal;
Point de Glacesur tout, oul'onferoit
tres-mal.
Ce/IIY dont le conseildupa le premier
Homme,
Et quPi louyfmit mamngeredel*fatale , EJI encor de nos jours, entre mille atttres
Jtfetsy
1 Autheur maudit de boirefrais,
La-GLace est unpoisonpour le corps C?
pour l'ame,
Cette Eaupéirife'e est un brttçage infime.
jBtftcns comme on abû de toute anti-
'jllité,
Et ne confondonspointl'fffter ayee J'¿ut.
Dieu quisçait mieux que nousordonner
toutes choses,
N'apasvoulu mêler la Neige aiVee les,Rofess
LafuitedesSaisonsn'estpasànostre -
choix;
S'y vouloiropposer, c'estluyfaire unir
injure,
TIfitlittfJUS nosbesoins, ilfautsuivre
JesLotXy
Et nepasrenverser l'ordre de Itl Nature.
-
REPONSE
AUX QUESTIONS
DU DERNIER.
EXTRAORDINAIRE.
UN Amant qui fera assez
aveuglé de sa passion pour
aimer sans estre aimé, dira qu'il
n'y a point de plus grand chagrin,
que de ne recevoir aucunes
marques de correspondance de
la Personne qu'on aime; & un
autre,que celle qui aime, & qui
de temps en tempsfait paroistre
de la froideur ou du mépris pour
celuy qui n'a des yeux que pour
elle, en fait un Martyr d'amour.
Quoy que soufrent ces deux
fortes de Protestans
,
ils n^n
doivent accuser,l'un,quel'excés
de safolie, quifaitqu'il s'obstine
à aimer une Insensible; & l'autre,
que la foiblesse de son esprit,
qui l'empesche de se rebuter
d'une inégalité d'humeur si
pbeleu fuportable. Ainsi il me semqu'on
peut répondre plus
justeen disant que puis que les
coeurs de deux vrais Amans ne
doivent jamais estre partagez,
le plus grand chagrinqu'une
Belle puisse causeràceluyqui
l'aime,c'est de cacherquelquefois
sa passion,&de luy donner
sujet de croire qu'un autre a
trouvé moyen d'attendrir fom
coeur.
Il est plus aiséde résoudre le
seconde Proposition. En effet,
si le souvenir d'un plaisir passé,
dont on ne joüit plus,donne de
la peine, elle est si douce & si
agreable dans ce moment,qu'-
elledoit estre appellée plaisir
Joignez à cela celuy que l'on
prend dans une vive & flateuse
idéed'un contentement passé.
Témoin ce galant Chevalier
Romain, qui ayant envoyé Anneau un à sa Maistresse, & se
figurant de le luy voir passer à:
sondoigt,souhaitoit nlCtt- Itamorphosé
en cet Anneau,pour
devenir comme luy inséparable
dela Belle qu'il aimoit, &joüir,
en la voyant à toute heure, d'un
bien si douxàson fouvenir.
La troisiéme Question est
un peu difficile à décider. Un
Amant qui se déclare d'abord,
quelques termes passionnez qu'il
puisse employer, donne lieu àsa
Maistresse de se défier d'un si
prompt amour. D'un autre
costé, une Belle qui ne reçoit
autre déclaration qu'une affiduité
continuelle, peut douter
qu'onl'aime. Il estvray que le
silence est bien éloquent, quand
on a le coeur atteint. Les complaisances,
les soins, les regards
tout parle, & il est difficile de
s'y tromper. Ce fut par cestendres
marques de passion qu'Enée
fç eut toucher le coeur de la
Reyne de Cartage, sans le secours
des paroles.
Pour décider la quatriéme
Proposition, on peut dire que
si la Belle qui mal-traite
son
Amant, a eu quelque amour
pourluy, il nepeutsans l'offenser,
luy faire paroistre son desespoir,
en se souhaitant la mort,
ce qui ne sçauroit toucher celle
qui n'a jamais eu que de l'indisérence
pour cet Amant. Quant à la demande qu'on
fait, si on peut boire à la glace
sans en recevoir d'incommodité,
>je dis que le Vin pur nepouvant
soufrirdanssasubstance aucune
qualité contraire à sa nature, si
en Eté on le rafraîchit dans la
glace, il n'en peut tirer aucune
autre qualité que celle qu'il a
dans le plus grand froiddel'Hyver,
& qu'ainsi il n'en sçauroit
arriverde mal, si ce n'cft qu'en
le
-
buvant quand on est trop i
échausé, les pores estant alors
trop ouverts, il dissipe la chaleur
naturelle,ce qui peut causer
quelque maladieaussitostaprès,
ou par succession de temps, une
debilitédenerfs, & autres accidens,
qui quelquefois tendent à
la goute. Au contrairedel'Hyver,
dans lequel tempsilfortifie
les nerfs, & adjoûte de la chaleur
à la naturelle.
DE GLOS,Hydrographe
aHonsteur.
Voicy ce quej*ay reçeitd'Explu 1
cations en Vers sur les deux Enigmes
proposées dans ma Lettre do
mois d'Aoust, dontlesMots estiont
la Cire& leCachetpourla premiere,
&lesBalancespourl'autre.
1. cLimene ayanttrouvésur lapremiere
Enigme
Lesens qutUe cachoit danssonobcure
rime,
-eElle mel'envoyadans unBilletécrit,
Afin defaire Voir qu'elle aVoit de l*efi
prit.
Helas!pensant d'abordque ma belle
Inhumaine,
Lajfi de sesma ,p,ci;we,
le meflatois déjà de quelque rendez-
>ous,
Etje crûs le traîner dans unBillet
si doux.
Jecourus prêmptement me cacherfour
le lire;
Mais ayant arrache le Cachet cr
la Cire,
l'y yis d'unbel Esprit les charmes,
les afpas>
Jl£*û ce bel£f'pritfeulne me contenta
¡.u.
DEBELLENCERle jeune,
Avocat àFalaise.
N II. Envoyezplusrien à Mercure
Qui nesoit detres-bon aloy,
Autrement, jejure mafoy,
Que dlt,,{ luy vousserezfortmauvaise
figure.
J£ue teotfoitfoitayet esprits
Odes,Sonnets, Madrigaux,Stances,
Ilpeze toutce 'lu'on¿'t/it.. L
Danssaseconde Enigme il nçftfat
sans Balances.
"': Lemefme.
III. ET cetteEnigme, (Y ..,ostr'" coeur,
~rr ïïc Iris,pourmon nu/hNlr,
Sont à mon égard m?fine choji;
Tous deuxpour moysontLettrechose.
Cependant mon amour tr:Jlè) & le
ItlefaruMtedoéiv:seélcobpefe,-r l'un (jr l'autremis- Io
"J^ompe^ vostre sil nce, &' me t¡r{
d'affaiire,
Ilme tient icy lien de Cire,& de Cachet.
GARDIEN, Secretaire du Roy..
R IV.
Eceye^ mon amour,la 7)eU.",
$cftd"un or tres-pur point léger,sans:
déchet,
A l'épreuve de la Coupelle, .Al'"fflW"II-rTrébuchet..
Le mesme.
V. Afairetant ÚSjiflS;
Selon toutes lesapparences,
Jumeaux,vousestes les Bassins
Donton compose les Balances.
DELOSME,cy-devant Controlleur
des Muses deMontasnel.
VI. - 1- DEPascalje comprensCPnigmer
Maùilriefipatbejoindémexpliquer
en 7(ÚiIe1
fuû qu'on en peutdéminerlesecret
Lors quesur dé la Cireon imprime
unCachet.
LA BLONDINE CVNTIH^.
de Provins.
H VII. , Eluraeuxp, heeurresuéx lv'Aemraantntdconet
RendenfinsonIrissensibleàson tour- ment,
Quipesant tous les maux qu'il endure
en l'aimant,
Met autant defaveurs dedans l'autre
Balance.
L'Amantoysif.
VIII: pF* que nous nous quittons, Cf
changeons dedesirs,
Rl''tns:belle Iris,que nous coftiom
ensemble,
Et que chacun de nous ilpm"lyQUs>
yosbaijersi NIoy. mesJûApirs;
MtlÑj'entens vosbaisers de mise
Etmessoûpirs,debon aloy, Etquesansdelay,sansremises
Lesurplussoitapres rendu /it Çonrte*
Ay-
Tpar-imider entre vous ce Compte
Sans tricherie&sanserreur,.
Ecrivezà ('(Jmi'(,si monte
Le normbereudessbaeisearsqrud'enet'AuPlrO"-
Toi kyres m'ont donnésans honte,
Et moy, des soûpirs de moncoeur
(Autans que ce calculpeutestreenma
puissance )
I'deriray le nombre {3* valeur;
uisnousprendrons une Balance
.A 'JCajjinsd'id'égale continence,
Et pezerons à la rigueur
Mon Memoire,& yoftre^Dep'enJ?,
le m'offre à cette épreuve,&jure en
affurante^
Quevous me devrez du retour.
Pournepas acquiter les Debets en
amour,
Vous avez,je lesçais, trop bonne conscier,
ce.
Sur messoûpirsp°ujje\%tous"vos batsers
rcçeus
Aurontsans-douteledessus.
IXD'A MBR.EVILLE, de Lisieux. ,. I tu "véuxfççyoir lesecret
à la premire£n'gms onos
commettre,
i(omfs la Cire,oste le Cachet,
Tuledécouvriras apresdanschaque
Lettre. ';,
Le mesme.
A X. Yant la trois ou quatrefois
LasecondeEnigme du MON"
J'entrois en quelquedéfiance,
Enremarquantqueson Autbeur,
Comme voulant mefairepeur,
Mettoit mon esprit en Balance.
DARGENT, Commis de l'Extraordinaire
des Guerres.
1 p XI. Hilis, quoy qu'à mes yeux Y'IIS
paroissiez un Ange,
Etque ne doutantplus de mafidél-ité, r.- vouliez luy donner ce qu'elle i
merité,
Vos rigoureux Parenssont d'une humeurétrange.
ji moins que nos bienssoient Jejuftc
'.r"/it"
Ils compterontpourrienmérite,qualité,
Et je lesvoy tosuprestsà me éfovner
le change?
SjteVencrexyltpapierarrefientnojltt
sort,
Etsans plut jrr"r'jfnyôns cette
affaire;
'j&vtrement,je lejure, Amour, "HlM
estes mort.
•
Le PicardHollandois
A XII. Minte,vostreEpouse enpezant
f&S(CMy
Sur la secondeEnigme efi bien tsoiw
c ta.balance,s
61; voitparsonpoids quit'éUye le It., -
Quec'estunTrébuchet, AutrementÚ"
- Balance.
L'ABBE'DE LA CHOIX, Chapelain
Royal de Blois.
i XIII. Evoybien que maveine s'ouvre,
Çtqu'ilfautquejetou* d/couyre-
Le Mot del'Enigme du Mois.
Thilif%.ejcerce\yoftreyoi}ty
Pendant quenousprestons l'oreille,
Chacun enffdur.4 la merveille.
Pour moy, tout lepremier de bon coeur j'yconsens,
Et jeveuxsans Balanceenpezer lé
bonfem,
Gtifik^deRennes;.
Mademoiselle le Comte,d'Alençon,
asff; trouvelaCirevleCachet,
ainsi que Ml: leGivre Avocatà Prew/
fjy le chevalierVatin; le Plotifan.
d'Auteüil; la jeune Bergere de la
Ruë Montmartre; Fanchonete, de
l'Isle Nostre-Dame ; &- la Nymplte
de la Vienne. On l'aencorexpliquée
sur l'Encre, le Papier, lesTabletes,
sa Bouche &la Langue, les
Livres, la Clef& la Serrure,
les Mains, une Valise de Messager
le Feu &la Fumée, le
Jour & la Nuit, la Consonne&
la Voyele, le Bras&la Main""
Ilfaut voornommer ceux qui ont
expliqué lasecondesurlesBalances.
Ce sont Messieurs R. Becha
Prestre à Nantes; Bassetde Brelay,
d'Issoudun,Blanchard, deChasteauroux
; N. Troisdames;Des Bfl
sartsd'Alençon,de Morlaix;Pagés,
d'Amiens; De Boissimon C.D. C.
Pillon, du Quartier des Halles;
lÏAbbi de Rouville; R-Na£arf,
,dAL,
du Palais; Serrant, CurédeNogent
leRoy; Beauvallet,de Roüen; C. Huuge;
Durantlejeune; Haumont,du
Pont deBois;Lechevalier Blondel;
Judic,de la Ruë de Lamoignon;De
Glos,Professeurde la Navigation à
Honsleur;LeBonClercdeChâlonssir
Saône; Pellerinde Bresteau; L'Abbé
Morin delaBouterie; L'Antagoniste
d'Argentan;Mesdemoiselles Tonnelier
Bolotte, de Paris; Dela Cour,
deS.Denys; DeRouvilié; Tamiriste,
de la Ruë de la Cerisaye; Les
Réclus du Marais; LesEnfans toutes>
Le Philosophe deVillefranche;
Le chevalier de la Salamanere;
Alcidon, du Havre de Grace; L'aimablc
Solitairede Vannes; La petite
Agnés de S. Marcel; crfaEa:>vtt>
deMorlaix. La irnjîne Enigme 4
tjle encor expliquéesur les Seaux
d'un Puits, vsur le Métal &
Minéral.
Lesens de toutes les deux a eslé
trouvépar Mesdemoiselles du Puy
d'Argery; C. le Brest, de la Ruë
Montmartre; Langlois, de la Ruè'
de la Fromagerie; Guillot, du coin
de la Ruë aux Ours; & par Messieurs
Gardien Secretaire du Roy;
Martel; Vialet, de la Rüe Montorgueil
; Leger de la Verbissonne; Le
Prevost Royald'Amiens; LeFevre,
Greffier en la Prevostéd'Amiens;
Berrier, Maistre de 14 Poste de Beauvais
; De la Fontaine, Maistre dtt
Corbeau du mesme lieu; Le Brest,
de la Rüe Montmartre; Du Formanoir
, Notaire à Boulogne; vle
Coeur d'or de S. J^uenti/î.j
Mr d'Ambreville, de Lisieux, qui
a expliquél'Enigme enfiguresur
se Fusil, en atrouvé le vraysens.
Ilnous est représentéparPrométée
La Baguete qu'il tient, est PAliamete
s & lA Figure inanïmée, la
Chandelle. J'adjoûte les autressens
NDM l", a donnez. Le Cadran
air Soleil, l'Education des Ensans
la Grenouille, une Horloge,
des Orgues, le Cacher, la
Vertu, la Création du premier
Homme, les quatre Elémens
qui composentl'Homme,l'Ame
raisonnable,un Tableau ébauché,
laPhilosophie,la Religion
L'Idolâtrie,laPeinture,kMedecine,
l'Amour,l'Allumete, lEfp&
ritdl'éleoqueCncea,lanPooix-nrés.ine
ilme resteàvousexpliquerles
LettresenChifres, dontpersonne
n'atrouvéla Clef La premiere tfi
de l'invention de Mr de clainval.
Cette Lettreestd'autantplus difficile
à déchifrer,qu'elleest meslée de chifres,
dont les uns qui sont toujours
deux ensemble, ne signifientqu'une
seule lettre, &les autres, aussi deux
ensemble,signifientdeux lettres.
On les distingue, en ce que ceux qui
nesignifient qu'uneseule lettre, ne
sont suivisd'aucune ponctuation,
que ceux qui marquentdeux lettres,
ont un point admiratif, ou interrogatif,
ou deuxpointsàcostéou
aude(fut. L'Alphabetdessimples
lettres commencepar le nombre [0,
sansppoctuationjusqu'au nombre 33,
quifaisant une vingt-quatriémelettre,
marque la conjonction &. Ainsi
10fait a, 11b,12 c, 13 d, &c. roUI
remarquerez, qu'on peut Adjoûter
deuxfois trente à chacun de ces nombres,
poursignifier les mesmes lettres
de troismanieres diférentes, ce
qui rendcet Alphabet triple, enforte
que les nombres 10, 40~&70,signifient
également la lettre A 11, 41
~&71, la lettre B, ~&ainsidesautres
jusqu'à 33 ,
63. & 93, qui tous
troissignifient la conjonction &C.
ily a un autre Alphabet tout diférentpourles
deux chifres poctuez,
qui signifient deux lettresensemble.
Tous lesnombres de lapremière dizaine,
avec un point interrogatif,
sont pour la lettre A, seon quelle
estjointe à chacune des cinq voycles,
deux des nombres de cette dizaine.
fermant a marquer la voyele avec
laquelle lalettre A est Jointe. Ainsi
les chifres 10?& 11? sont pris pour
aa,12?~& 13? pourae, 14?~& /j!
pour, i, 16? d" 17? peur ao, i§?&
19? pour au. Iln'y a en cela qu'un
peu d'ordre a observer. Il vous est
déja aisé de voir que tous les nombres
de lu fécondédizaine commençant
j)-:r 20? avec un pointinterrogatif,
sontpourle B,Selonqu'il est
Joint aux cinqorme
ce qu'onapprend d'abord aux petits
Enfans,ba, be, bi, bo, bu. 20? &
21? marquent ba, 22? ~& 23? be,
~& ainsi du reste. Les nombr s de
latroisiémedizaine qui est30sont
pour le C joint aux cinq voyeles
40?pour D. 50?pour E, 50?pour F,
70?pour G) 80?pour H. On recomtncncc
enfuite les mefines dizaines,
en
changeantlaponctuation,&mettantun
admiratifaulieu d'un interrogatif.
Ainsi 10!~& 11! signifient
ja, 12! 13! jejusqu'à 18! &tyf
rUe marquent ju. 20! & 21! signiîentKay
30! ~& 31!la, 40! ~&41!
ma, 50!~&51! na, (fo/ ~& 61! oa,
70! 71!pa, 80!~&81?qua. Les
Kijhws dizainesavecdeuxpoints,
ront pour les lettres qui nfient-,fci
voir 10: ~& II: pour ra, 20: ~& 21:
poursa,30: &JI:pottY ta, 40: ~&41:
pourva,50: 51:pourxa, 60:~61:
pour ya, 70: 6, 71: pour za,80: dp
81: pour le mot vous, qui est tresfréquentdans
nostre Langue, 82: &
83:pourle motnous,84:~&85:pour
ment,qui est la Ucrnierefiliale de
plusieurs mots, 86: & 87: pour ces
trois lettres int,88: ~& 89: pources
deux nt.
Ceux qui voudrontemployer ce
Chifre,n'auront qu'a en écrirel'Alphales
tout au long par colomnes,
tf!i¡¡, de trouver tout d'un coup lep
nombres qui conviennent à chaque
lettre,soit quelle soitseule,foit que
la ponctuation la joigne a un autre. Je vous ay déjafait observer que la
ponctuation peut estre ou à costé, m
au dessus des chifres. Par cet Alphabet
vous trouverez, que 41, qui
sont les deux premiers chifres de la
Lettre que j'ay à vous expliquer,
signifientma, comme estantlespremiers
de la quatrièmedizaine marquer
d'un trait au dessus, qui tient
tlrieiéumdeedpiozianitandemiratiflaquelle quarjI
destinée pour lit
lettre M.,selon qu'elle estjointe aux
cinqvoyeles. 40? avec un interrogatif,
signifie da. fins ponctuation,
marque lalettre m, qui peut
estre encorsignifiéepar 21 &par Si,
commeje l'ay dit d'abord. 74 signifie
un E1lit virgule quilefuit
faitconnoistrelafin du mot. Ramassez
cela, vous aurez,, Madame,
& en cherchant tous les autreschifres
selon les regles de ces divers
Alphabets, vous trouverez, la Let re
conçeuë en ces termes, dont je me
suis déjaservy en vous la proposant
dans le dernier Extraordinaire.
MADAME,
Vous trouverez ce Chifre
assez particulier. Celuy qui me
l'a envoyé, croit que nos Spéculatifs
n'en viendront pas aussi
facilement à bout que des précedens.
Il prétend mesme que
dans un fréquentusage, la mémoire
suffit sans la Clef; & pour
:Ic rendre plus facile àdéchifrer,
il ne s'estservy d'aucune nulle.
J'estimequ'il hazarde beaucoup,
ayant à faire à des Esprits aussi
penétrans que ceux de nostre
Siecle, Jean-Baptiste L'inconnu
D. C.
Je nedoutepoint que vous n'attendiez,
impatiemment l'Explication
de l'ingénieuse Lettre de Mr
de Vienne-Plancy,quisous unsens
ouvert en cache un autretoutopposé.
Voussçavez, qu'il s'est rendu ma
Caution sur cet Article. il eH trop
honneste pour ne m'avoir pas tcr.tt
parole; mais apparemment les defordres,
ordinaires aux Courriers,
sont cause que son paquet ne m'a
point encor estérendu. Comme il
ne peut plus venir qu'après queje
vous auray envoyé celuy-cy, je ne
vous apprendray que dans trois mois,
c'est à dire dans le deuxième Extraordinairequiparoistale
15.de Ianvier
1681. le Secret queje devois
vous éclaircir aujourd'huy. Cela est
ttUfl queje ne vous envoyépoint à
~réfent une autre Lettre de la mesme
~pece, qu'afaitele Bergerdes Rives
u Tarn, dans la crainte qu'il ne
n'en envoye pas la Clef dans le
'(mll qu'ilferoit besoin de l'expliquer.
Tout ce quejepuis, c'est de
n'acquiter de lapromesse queje vota
la dernicre fois de vous en envoyerune,
qui imite celle de Mr de
vienne- Plancy.C'est encor un
Compte de Marchand qui cache "si
Avisdegrandeimportance* MONSIEUR,
Voicy un compte exact
de ce que j'ay payé pour vous
suivant vos ordres; fupurez tout
Le 17. de Janvier,par ordre
du 22. de Dec. payé au Sr Si
mon 110'4
Le 10. & 22. de Fev. par ordr~
du 7. au Sr Louis Frambour
6001.~ Le 13, Mars par ordre du 14
Fevrier, aux Sieurs Kerling &
Ivelin, 110 i
Le 17. du mesme mois, par or.
dre du II. au Sr Robert Jacque~
230 l. j
Le 14. d'Avril, par ordre du
11. de Mars, au Sr Martin Xiphar,
9001,
Le 13 de May, par ordre du
16. d'Avril, au Sr Bertin
Echal
lart, 500
Le 6. deJuin, par ordre du 13
de May,au SDenisSevin, 160
Le 1. de Juillet, au Sr Rai
mond, no J
Le 10. d'Aoust, par ordre du
0. Juillet, aux Sieurs Estienne
Daubin&François Vanel, 1301.
Le 16. du mesme mois, par
rdre du 13. & du 22. de Juillet,
u SrOlivier, 220 l.
Le 13.de Septembre, par orre
du 11. & du 22. d'Aoust, au
r LoüisNivelet, 600 l.
Le 16. d'Octobre, par ordre
lu 23. de Septembre, au S Del
ys Danet, 1301.
Le 12. de Novembre, par or-
Ire du 5 d'Octobre, aux Sieurs
Estienne François Michel,
20 l.
Je fuis, Monsieur, vostre &c.
l'ay à voto dire, pour soulager
ceux qui voudront chercher le fins
que renferme cette Lettre,qu'il ne
faut s'attacher qui ces seulsmots.
Voicy un compte exact de ce
quej'ay payé pour vous, suivant
vos ordres; fuputez tout. Parle
moyen deschifres qui suivent, é+i
despremieres lettres des nomsfro
pres ~& dessurnoms,ilfautfaire
voir que les parolesqueje viens de
vous marquer, signifient touteautre
choses. Il n'y aaucunes nulles que
les zéro, qui ne sont point nulles
quand ils sont joints à I ~& à 10.
Ainsi10 &20 valent dix & vingt,
mais 1300 ne valent que treize, &
220vingt-deux.Iln'yaqu'unseul
Alphabet dans tout ce chifre, én
ceux quiaurontpû trouverlapremiere
lettre, trouveront aisement
toutes les autrespar la mesme regle.
Ce queje du en doit beaucoupfaciliter
l'explication, qui auroit esté
bienflusdiiffcile>sije n'avois pas
nverty que lespremieres lettres des
noms ~é* des surnoms, comme L
&FdansLouisVrambourg, contribuent,
ainsi que les chifres, à
faire trouver lesens de la Lettre.
QU ESTIONS
A DECIDER.
S I. I un amour secret récompense
de faveurs, est à préférer
àun amour d'éclat qui
¿onne de lagloire sans aucun
plaisir.
1 II.
Auquel une Femme doit Ravoir
meilleur gré, ou à celuy
qui a ilillié son esprit avant que
de se laisser charmer de sa beaQ
té; ou à celuy qui a aimé sa
beautéavant quede s'estre laiJTc;
charmer de son esprit. !
III. -
Si pour une liaison de ten
dresse, il est plus agreable l s'attacher à une Personne da
seize ans, qu'à une de trente. J
IV.
Laquelle on doit plaindre davantage,
ou une Femme qui a unMary stupide jusqu'àla sosies
ou celle dontleMary est
jaloux
jusqu'à la fureur, j
V. j
On demandel'Origine de lai
Noblesse. i
VI.
On demande aussi quel mal,
a quel bien peut arriver de la
équente Saignée.
le vous reserve pour le premier
xtraordinaire d'autresReponses
ux Questions, qui n'ont pû entrer
ans celuy-cy, parce que je les ay
çeuës trop tard. l'y joindray divers
Traitez qui me restent sur
Harmonie,sur laSympathie, ~&c..
Cemme tout ce qui regarde les Esrits
Folets estfort curieux, onpeut
crire sur cette matiere, Iesuis,
Madame, vostre &e,
A Paris ce 15.d'Octobre1680.
les Mémoires qu'on souhaitera de
voir employer dans le Mercure Ga
lant. Áù") &id*
On lesmettra tous, pourveu qu'ils
ne desobligent point les Particulier
par quelques traits satyriques, lkque
les Histoires qu'on envoyera n'ayent
rien qui blesse la modestie des Dames.
On prie qu'on affranchisseles ports
de Lettres, & qu'on les alrdIè toûjours
chez le Sieur Blageart, Imprimeur-
Libraire.RuëS.Jacquet,àl'en- tréedelaRuëduPlastre.
Les Particuliers, ou Libraires des
Provinces, qui souhaiteront avoir le
Mercure si-tost qu'il fera achevé
d'imprimer, n'ont qu'à donner leur
adressè auditSieur Blageart, qui a fi4
outiquedans la Court-neuve du Paais,
au Dauphin, & il aura soin de
aire leurs paquets sur l'heure, Se de
es faire porter à la Poste, ou aux llàgfrsquïfs luy indiqueront, sans
qu'illeur en couste rien pour la peine
qu'il en prendra, parce que lesdits
Particuliers ou Libraires qui les recevront,
en acquiteront le port sur
es lieux.
On a déjà prié bien des fois ceux
qui envoyentdes Mémoires où il ya
des noms propres, d'écrire ces noms
en caracteres tresbien formez. C'est
à quoy on manque tous les jours, &
ce qui est cause qu'on les met mal. Il
y a aussi des Pieces qu'on ne met
cpoinit, n-ixe qu'elles sont trop diffi- lire.
Il reste toujours quantitédePieces
qui auront leur tour, ou dans le Mercure,
ou dans l'Extraordinaire. Ainsi
les Autheurs ne se doivent pointimpatienter.
Les premieres reçeuës sont
toûjours mises les premieres, à moins
uelanouvelle matierequ'on envoye,
ne foit tellement du temps,
qu'on
nepuissediférer.
On avertit que les Mercures qui
s'impriment en Hollande &,,¡J} quel
ques Villes d'Allemagne, sont fort
peu correas & tronquez en beaucoup
d'endroits.
ON trouve toûjours chez le Sieutj
Blageart le
Journal
de Medecine
de Mr deBlegny, lequel pour satisfaire
à la requisition des Personnes de
Province, commencera au premier
jour de l'année prochaine, àle donner
conformément à la première institu
Qualité de la reconnaissance optique de caractères