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1680, 04, t. 10 (Extraordinaire)
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EXTRAORDINAIRE
DV ME RCVRE
A PARIS,
AV PALAIS.
ON donnera toûjours un Volume
nouveau du Mercure Galant le
premier jour de chaque Mois, & on
le vendra, aussi-bienquel'Extraordinaire
, Trente sols relié en Veau,
& Vingt-cinq fols en Parchemin.
A PARIS,
Chez G. DE LUYNE, au Palais, dans la
Salle des Merciers, à la Justice.
cher C. BLAGEART, Ruë S. Jacques.
à l'entrée de la Ruëdu Plâtre,
Et en sa Boutique Court-Neuve du Palais;
AU DAUPHIN.
Et T. GIRARD, au Palais,dans la Grande-
Salle, à l'Envie.
M. D.LXXX.
AVEC PRIVILEGE DVROY.
,
sivij pour placerles Figures. LA Veuëdu costé du Parcdu Palais
de Madrid, doit regarder lapage
160.
LaVeuë du dedans de la Court du
Palais de Madrid, doit regarder la
page340.
EXTRAORDINAIRE
DV MERCVRE
GALANT. -
'-QQARTIER D'AVRIL 1680.
TOMEX.
A plûpart des Réponses
que je reçois aux (jlioÍiJ Galantes
9' j'ay commencé à
proposerdepuis trois ans, arrivent
toûjours si tard, cp:<1mejlsouvent
impossible de vous les envoyer toutes
àla fois. Ainsi, Madame, vous ne
devez pointestresurprise, si dans
ce dixiéme Extraordinaire, je renouvelle
quelques-unes desmatures
qui ont esté traitées dans le précédent.
Elles ne peuvent produire
qu'unboneffetmeslées avec les nouvelles
, estantcertain que plus il y
auradediversité, plus vous prendrezdeplaisir
à cette lecture. N'attendez
point queje vous prévienne
par des loüangessur le mérite de ces
diférens Ouvrages. Comme ils portent
tous leur recommandation en
eux-mesmes,je neferayque vous en
nommer
lesAuthenrS)quandilspte
serontconnus.
CO NVERSATION
ACADEMIQUE,
A MADAME LA COMTESSE
v DE C. R. C. Ous ne ferez pas fâchée,
Madame, que je vous
faiie part d'un Entretien Académique,
où par occasion je me
trouvay il y a quelques jours.
Ce fut chez un Abbé qui est
fort estimé en ce Païs, & qui
mérite véritablement de l'estre.
C'estassez vous dire que, les
honnestes Gens le vont voir, &
qu'il a beaucoup d'Amis. Aussi
ne vit-il que poureux, & rien
neluy couste quand il trouveâ
les servir. Mais s'il est genéreux,
il est délicat Amy, & il ne faut
point luy manquer. Il vous ressemble
en cela, Madame, avec
cette diférence neantmoins,
qu'il ne rompt jamais le premier,
qu'il excuse &: souffre
longtemps des defauts de ses
Amis, & vous n'en pardonnez
aucun. Vous vous emportez
pour la moindre chose.SJo. uvent
mesme on ne la peut deviner,
ôc vous ne la voulez pas dire.
Ah, que j'aurois de plaintes à
vous faire sur ce sujet, si mon
coeur vous estoit moins soûmis.
& que ma raison fust feule la
nia'itreflè., Celle de nostre Abbé
legouverne toûjours, & vivant
d2.llS un état tranquille, ses plus
grands divertissemens sont des
occupations d'esprit. :
L'estant donc allé voir une
aprefdînée, je le trouvay avec
quatre Personnes dont vous
connoissez & le nom & le mérite.
Ilme dit d'abord que ces
Messieurs ne faisoient que d'entrer,
qu'il sçavoit bien que j'aimois
les belles Lettres,& qu'-
ainsi je pouvois estre de la Conversation;
qu'ils n'avoient encor
parlé que de Nouvelles; & si
vous les voulez lire, tenez, me
dit-il, voila les Lettres que j'ay
reçeuës cematin par laPoste.
Pendant que je les lisois, le
Chevalier ( car je ne vous nommeray
ces Messieurs que par
leurs qualitez;) le Chevalier,
dis-je, se mit à sommeiller sur
la fin. L'Abbé le réveilla, en
disant d'un ton fort haut cette
ancienne maxime de Medecine
somnumsage meridianum. Cõme
vous estes sçavante, Madame,
vous ne ferez pas embarassèe du
Latin &: des grands mots dont
ces Messieurs ne purent se passerdans
cette Conférence. C'est
pourquoyje vous feray un fidelle
raport des choses, &; de la maniere
qu'elles furent dites.
Il est vra y, réponditleChevalier
en se frotantlesyeux, que
le dormird'apresdîné n'est pas
bon, & je ne voudrois pasaussi
en ce temps me coucher dans
les formes. Mais sommeiller
n'est pas dormir, & j'y mets la
mesme diférence qu'entre goûter
le bon Vin, & s'en saoûler.
Vous faites donc du sommeil
une bonne chose, interrompis
l'Abbé, puis que vous n'en condamnez
que l'excés? En doutezvous,
repartit le Chevalier? Le
sommeil est non feulement une
bonne chose, c'est un don du
Ciel qu'il n'accorde qu'à ses
Favoris, Cum dederit filijs suis
somnum. Ce qui estencor le
sentiment d'un ancien Poëte.
Lesommeil est si!f'Úieus,
Qu'il ne s'achetepoint,c'estunpress'nt
des T>ttu£,
Et Martial qui avoit encor plus
besoin de dormir que je n'en ay,
parle de la forte dans une deses
Epigrammes, quej'ay traduite
autrefois.
Je ne demandepoint aux T>ieuX,
.Teç suprémesHonneurs les titresglorieux,
On d'argent quelquegrandefbmmH*
Jegentque dormirun
bonjàmsne.. -
- EnMoscovie,leGrandDuc,
êc ses Sujets, dorment tous l'a--
presdînée, en forte qu'on ferme
toutes les Boutiques pendant
ce temps-là, J'avouë que trop
dormir assoupir les sens, 6c:
abrutitl'Homme, de maniere
qu'ilnesçait plus ny ce qu'il est,
ny ce qu'il fait; mais un sommeil
légerluy laisse en quelque
façonl'usage des organes, en luy,
faisant goûter la douceur du
repos. Ainsije croy que sommeiller
après le repas, est un
dessertagreable& salubre que
nous offre la Nature, & que
nous ne devons point refuser..
C'est donc en ce sens qu'il faut
entendre le Post praudium fià de
l'Ecole de Salerne. Le motflare
ne signifie pas feulement demeurer
debout,il veutdire demeurer
en soy, serecueillir, &c'est en
cet état coy & tranquillequ'on
se laissealler doucement au ÍÜffimeil,
& qu'il estmalaiséde s'en
défendre.
Le Chevalier ayant cessé de
parler,leDocteurdit, que pour
luy il ne mettoit aucune diférence
entre sommeiller & dormir;
que l'un & l'àutre estoient
dangereux apres le repas, parce
qu'ils interrompoient la digestion,
en prévenant la coction
des viandes; qu'il en estoitde
ce sommeil avancé à l'égard de
la chaleur naturelle, ce qu'estoit
le Miroir ardent à l'égard du
Soleil; que comme le Miroir
en recueillant tout d'un coup
les rayons de cet Astre,bruloir
indiféremment tout ce qui l'aprochoir,
de mesme le sommeil
d'apresdîné concentroit trop
rost la chaleur naturelle, qui
consumoitparlà le pur& l'impur;
ce qui causoit des vapeurs
fâcheuses, qui ne pouvant
se résoudre, engendraient plusieurs
maladies. De plus, continua-
t-il s'adressant au Chevalier,
le sommeil de l'apresdînée
que vous avez tant loüé,
n'est pas un verirable sommeil,
& loin d'estre aussiagreable que
vous nous l'avez dépeint, cet
assoupissenent a quelque chose
de fâcheux & d'incommode. III
estsans cesse interrompu, &les
corps & l'ame en cet état, ne
prennent aucun repos. Plus le
sommeil est profond, & plus il
est doux. C'est alors qu'il appasse
nos douleurs, & qu'il calme
nos ennuis; car il est certain
que le corps est plus fatigué,
& que l'ame est plus agitée,
lors qu'on ne dort que légerement
& par reprises; jusques-
là mesme qu'Homere a
dit,
pIrH doucement un Hommedort,
Querienneleréveille, C7 qu'ilnous
semble mort.
Le jour n'est donc pas destiné
pour dormir. C'est pendant la
nuit & les tenebres, qu'il faut
joüir d'un si doux repcs, & reparer
ses forces dans un temps
où tout le monde celle de travailler.
Mais que deviendra donc;,
interrompit le Président, cette
autre maxime de Medecinedonc
a déja parié M le Chevalier,
Postpraudiuntsta, post coenam deambula
? car il me semble qu'elle
nous inspire de ne pas trop s'agiter
apres dîné, afin de ne pas
troublerladigestion. En effet,
le sommeil estant, selon Aristote,
une certaine humidité qui
- part de l'estomac & de la fumée
des viandes;il est toujours
bon de dormir. Cela rafraîchit
le fang & les parties;au lieu
qu'on ne fait que s'échauffer
quand on agit trop tost après
le repas. Ce mesme Philosophe
en donne plusieursraisons dans
ses Problèmes, que je ne rapporte
point, parce qu'elles vous
font connuës, & qu'elles contiennent
ce que nousavons dit
surcesujet.
Je veux croire, Messieurs, que
Nos raisons font bonnes, dit
l'Abbé; mais jenevoudrais ny
sommeiller ny dormir durant le
jour,ny mesme y employer
toute la nuit.
- J'ay connu un
grandSeigneur qui dormoit
peu, & qui préténdoit que ses
Laquais devoient plus dormir
en une heure, qu'il ne faisoit en
trois. Il les tenoit toujours à
lerte, &. comme il estoit souvent
à cheval, il les avoit accoûtumez
à dormir en marchant.
On a dit du Maréchal
de Gaffion, qu'il dormoit par
provision,& quand il vouloit,
Le secret en serait beau, ôc il
y a des temps qu'il feroit avantageux
de n'estre pas obligé de
dormir de toute une Campagne.
On pourroit par ce moyen furprendre
& fatiguer les Ennemis,
&c vaincre de nuit ainsi que de
jour.
Nostre grand Monarque est
d'une vie trop active, pour dormir
beaucoup. Je l'ay veu à la
guerre passer bien des nuits debout
, qu'il ne récompensoit le
jour que de trois ou quatre heures.
Ilsuffisoit à feu Mr deTurenne
de dormir cinq heures;
mais illuy falloit cela pour estre
libre & maître de luy, comme
il disoit. Il y en a qui dorment
fort bien la nuit, & qui l'apresdînée
dorment encor une heure
ou deux. Je connois un Commis
d'un grand Ministre, qui ne s'en
porte pas plus mal, & ce n'cft
point ce qui a fait mourirMr
de*** qui ne s'en pouvoit pasfer.
J'ay un bon Homme de
Pere qui a soixante & quinze
ans, & qui eil: dans une santé
parfaite. Il dort àtouteheure.
Il se leve dés la pointe du jourmais
apres s'estre promené, ou
avoir travaillé quelque temps,
ille recouche,&dort sur nouveaux
frais, Apres dîné, il se
jette encor sur son Lit, & dort
galamment deux ou trois heures,
soutenant que tout cela est
bon,parce qu'il s'en trouve bien,
Cependant ces diférensexemples
ne me sçauroient persuader
que la necessité de dormir ne
soit pas une peine & un mal à
l'Homme, qui est privé par tt
de l'usage delaraison, aussi-bien
que des sens. Il n'a plus rien
d'un Homme que la figure, encor
yen a-t'il qui dorment de
maniere, qu'on peut douter s'ils
n'ont point perdu la vie. C'est
ce qui a faitappeller lesommeil
l'image de la Mort, ou plutost
le châtiment dont Dieu a voulu
punir lepéché du premier
Homme.
Le Président s'appercevint
que nostre Abbé s'alloit jetter
dans la Morale, l'en retira, en
luy demandant s'il falloit dire
somme ou fimne, parce que ce
mot estoit douteux chez quelques
Autheurs. Vous avez raison,
répliqua l'Abbé, & d'autant
plus qu'en parlant., on ne
s'apperçoitpresque pas lequel
on prononce. La plupart des
Grammairiens font pour fomne,;
suivant le mot Latin, mais les
Dictionnaires nouveaux, &les
Ecrivains les plus polis disent
toussomme. C'est donc comme
il faut prononcer ce mot. Mais
pour vous faire une Qjeftion à
mon tour, continua l'Abbé, je
voudrois bien ravoir pourquoy
on peint FAmour nud, & comme
un Enfant qui dort appuyé
sur le coude. Mrle Chevalier,
luy dit-il, cette Qaeftion vous
regarde aussi-bien que Mr le
Marquis. Vous estes tous deux
du commerce du beau Monde,
& du Païs de la Galanterie.
Le Chevalierfouriant à
I
cette lfeurete, prit kpà;ole.
L'Amour, dit-il, est reprefêntc
nud, parce qu'entre les Amis il
ne doit y avoir rien de caché.
Mais on peut dire du Fils, ce
qu'Epiteél:e répondit de la Mere
à l'Empereur Adrian, qui luy
demandoit pourquoy on peignoit
Vénus toute nue.Jîhtia,
dit-il, nudos dimittit. En effet,
l'Amour dépouille de toutes,
choses, ceux qui aimenr. Mais
un Autheur, par pudeur ou par
délicdteÍfe, n'a pû souffrir l'Amour
nud. Il l'a habillé d'un
Crépe blanc,qui luy fert d'ornement&
de Robe& ce Crêpe
a cela de merveilleux, qu'il
est clair &; transparent aux yeux
des Confidens difcrers, &qu'il
s'obscurcit &; devient sombre en
préfènee des Indifcrcts & des
Jaloux. Mais outre cet habillement,
il luy donne encor une
Couronne de Soucis &. de Pensées,
qui n'cft pas moins admirable,
en ce que ces Fleurs font
fraîches & flétries, félon qu'il
cft: gay ou mélancolique. Il faut
apparemment qu'il mette bas
cette Couronne, lors qu'il veut
goûter le sommeil dans lequel
on lereprésente. Ce petitDieu
se tourmente beaucoup. Aina:
il a besoin de repos. Mais laiflfons
le peindre suivant le caprice
&: la fantaisie des Peintres,
& sortons d'un sommeil
qui dure un peu trop longtemps.
Cette Question d'Amour,
dit le Marquis, me fait souvenir
de vous demander une Devift
pour un Chiffre qui contient le*
nom de rAInant & de la Maîtreire.
Ce corps est ordinaire,
mais c'cH:un corps sans ame, 6C;
je luy en voudrois donner une..
Je me trompe, c'est un corps
tout spirituel, puis qu'il est-corn--
posé des noms qui renferment
la substance des choses,&c'est.
peut-estre la raison pourquoy
on ne donne point dame aux
Chiffres qu'on prend pour Devise.
Quoyqu'il en Toit,quand
je devrois péchercontre les regles
jevous priede contenter
nu curiofiré, Elle nVeft venue
en voyant cette aimable Planche
de Cachets amoureux, que
l'Authur duMercurenousa -dans 1 Extraordinaire
du Quartier d'Avril. On ne peut
rien voir de plus galant ny de
plus spirituel sur ce sujet. Il est
vray, dit l'Abbé, &jem'étonne
qu'on ait oublié ce dessein..
Mais la chose me paroist difficile
, parce qu'il n'y a icy. pour
images & pour symboles, que
des Lettres muetes, dont le Graveur
fait un corps à la verité,
mais qui a mérité plutost le nom
d'âme que de corps. Cependant
je croyqu'on pourroit mettre
autour d'un Chiffre, 6c les noms
& les coeurs, pour marquer l'union
des uns 6c des autres. C'èfi:
aussi ma pensee, dit le Docteur,
Cum nomine corda lisantur. Mais
le Président fit remarquer que
cette Devise estoit trop étendue,
& qu'on pouvoit luy donner
plus de force, en l'abrégéantdelaforte,
Sic corda ligantur,
que le Chevalier traduisit,
l'Amourlesunita,infy. L'Abbé
redit à peu pres lamefme chose
en d'autres termes, sicliçut unm
amen & cet Emiftiche l'obligea
de faire le Vers entier.
Sicligat unus amor, nomina, cordas
simul.
Le Président adjoûta, que comtre
le Chiffre exprimoit parfaitement
la pensée d'un Amant,
on devoit l'appeller l'ouvrage de
l'Amour, opsts Amorú. Les Amans
ont esté les premiers Graveurs
j l'Amour leur a appris
l'invenrion des Chiffres; Se c'est
ce que Virgile fait dire à Gallus
avec tant de délicatesse.
Tenerifcjue mcos incidere amorcs
.ArborihUJ, crescent ULA, erefeetis,
Amores.
On applaudit à Yopm Amoris du
Présidentj & le Marquis content
de ces Devises, dit qu'il
en feroit part à l'Autheur du
Mercure. L'Abbé approuva ce
deOEein
; ôccomme il fait saplus
agreable lecture des Ouvrages
de cet Autheur, il prit l'Extraordinaire
du Quartier d'Octobre
qui estoit sur sa Table, &
l'ouvrant à l'endroit des Queftions
qu'on a proposées à décider,
il en demanda le sentiment
de la Compagnie.
Sur la premiere, le Président
parla de la forte. Quoy que les
Questions problématiques ayét
deux anses, pour ainsi dire, par
où on les peut prendre, elles ont
toûjours un cofté qui quadre
mieux ànoftre sens
,
&. qui nou
plaifi: davantage. Ce font ddeess
Problèmes à l'égard des autres,
mais rarement à l'égard de nousmesmes.
Cependant il faut avoüer
que le party que nous prenons,
n'est pas toujours le mieux
défendu.C'cft.uneffetdenoftre
humeur, pluron que de
nostre rairon. C'est nostre goust.
que nous tâchons de justifier,
mais que nous ne sçaurions faire
passer pour meilleur que celuy
des autres. Je ne prétens donc
pointicy faire de grands raisonnemens
sur cette premiereÍ: tion, mais vous dire seulement
en peu de mots ce que j'en
pense.
L'Amour sensuel s'éteint par
Ijs faveursj l'Amour raifonnible
s'augmente par elles. L'Amour
mour sensuel se rebute par les
rigueurs; l'Amour raisonnable
se dégage par elles. ley la raison
est d'accord avec les sens; SeLt
les sens l'emportent sur la raison.
Enfin un parfaitAmantjugeant
de l'amour de sa Maîtressepar
les faveurs qu'il en
reçoit, il aime d'autant plus
qu'il est aimé; mais lors qu'on
le mal-traite, & qu'on n'a que
des rigueurs pour luy, il se refroiditavecraison,
ôc peutquitter
ce qu'il aime, sans en craindre
de reproches.
LeDocteur ditsurla-seconde.
Si l'on entend par la j lousie
d'une Maîtresse, celle qu'elle
a pour nous, c'est de son amour
la marque la plus sensible qu'elle
nous puisse donner. Si l'on entend
celle que nous avons pour
elle, c'est le tourment le plus
rigoureuxque nous puissions
souffrir. Si l'on entend par la
jalousied'un Rival, celle qu'il
nous donne, rien ne nous peut
causer plus de chagrin & d'inquiétude.
Sil'on entend celle
qlle nous luy donnons, rien ne
peut estre plus divertissant &
plus glorieuxpour nous. j En verité, dit le Chevalier,
en regardant le Docteur, vous
'cRes admirable avec vos distinctions.
Elles font justes neantmoins,
& cette Question ne
pouvoit estre mieux expliquée.
Voicy ma pensée sur la troisiéme.
Celuy qui épouse ce
qu'il aime, a tout à craindre.
Celuy qui épouse ce qu'il estime,
peut tout espérer. La
jalousie, le dégoust, & le mépris,
fuivcnt toûjours l'amour;
au contraire, l'amitié, la tendresse,&
laconfiance, succedent
,d'ordinaire à l'estime.
jevois bien, dit le Marquis,
que vous ne me tenez pas quitte.
Je vous diraydonc surla quatriéme
, Que si l'on estoit raisonnable
quand on aime, on
souffriroit plutost la préference
d'un Rival comme Mary, que
celle d'un Rival comme Amant;
car enfintour le monde n'estant
pas fait pour s'attacher toute sa
vie, on ne doit point blâmer une
Maîtresse qui choisit un Amont
sqoun'elle voit d'humeur à devenir
Mary. Elle ne fait pas
grande peine à bien des Gens,
qui ne veulent pas aimer fous les
conditions du Sacrement; mais
lors qu'elle nous préfere un
Rival pour le seul plaisir d'aimer
& d'estre aimée, elle ne peut
nous faire souffrir rien de plus
cruel & de plus chagrinant.
Chacun croit avoir plus demérite
& plus d'amour que tout autre
, & rien ne touche plus le
coeur que le coeurmesme, mais
l'amour estant une folie, on n'examine
pas les choses de si pres
On n'a aucun égard pour le
Sacrement. Un Rival pour devenir
Mary, ne cesse point d'estre
Rival;aucontraire, il est
d'autant plus terrible, qu'il possede
entierement ce que nous
aimons, & qu'il ne nous laisse
plus aucune espérance,lors qu'il
est aimable, & que celle qu'il
épouse a dela vertu. Du moins
ilest certain qu'il a la préference
de son coeur & de ses faveurs,
cequi n'est pas un petit chagrin
pour ceux qui ne veulent point
de partage en amour. C'est donc à : moy de parler,
dit l'Abbé, voyantque le Marquis
s'estoit teu, & de vous dire
sur la cinquiéme Question, Que
si un Beuveur se ruine par la
bonne chere, sa Familleensauve
sa part, &ses Amis s'en sentent.
S'il estfâcheux,querelleux, emporté,
il peut estre agréable,
plaisant,&de belle humeur. Un
Joüeur se ruine sansestrejamais
satisfait. Il importune ses Amis
de ses pertes,& des emprunts
qu'illeur fait, pour les reparer.
Il est toujours inquiet, resveur,
& quelquefois il devient fo-.:
rieux. Un Chicanneur se ruine
parle plaisir de ruiner les Il autres. est incommode à ses Amis&
-
à soy-mesme, ou plutost il n'a
ny Parens ny Amis. Mais enfin
comme ces trois manieres peuvent
ruiner également une Famille,
elles luy font âussî préjudiciables
l'une que l'autre. Cependant
on peut dire que la premiere
est plus agreable, la seconde
plus prompte, 8c la troisieme
plus
facheuse.
L'Abbé alloit continuer, ôc.
l'on eust parlé des Talismans&
de la Poudreà Canon & terminé
cette Conversation comme
les grandes Festes, par un
Feu d'artifice, lors qu'un Fâcheux
arriva, qui ayant des affaires
à communiquer à l'Abbé,
obligea la Compagnie de se séparer.
Je croy, Madame, que
vous ferez satisfaire de cette
Conversation,&que vous prendrez
autant de plaisir à la lire,
quej'en ay eu à l'entendre. Si
cela est,jeme sçauray gré de la
fidelitédemamémoire, qui m'a
fourny l'occasion de vous divertir
quelque temps, & de
vous marquer que je fuis avec
autant de passion que de respect,
Vostre, &c.
DE MARPALV.
LEQUEL DES CINQ
Sens contribuë le plus à la
satisfatlion de l'Homme,
STANCES
A MADEMOISELLE cHarmante Beautéquejesers,
PIIU quevous demandezdes Pers-
Sur les fiionsdu Mercure,
7*our ">JOIH obeïr, jeconsens
A décider lequel des Sens
Satisfait mieux nostre nature.
Iris, quandje jette les yeux
Sur tous les appas dontles Cieux
Vous ontsirichementpourYeue,
Mon coeurtoutpercédevos coups
Ne trouve point de Sensplus deux,
Et/Ne en faveur dela Veuë.
Lors que yotts venez. à chanter, Jesuis contraint de protester II vostre voix estsanspareille.
Charméde vos divins accens, Je tiens que leplaisir desSens
Consiste à vouaprefisrl'Oreille*.
Lors que "vous daignez me parler
Vostre bouche semble exhaler
L'odeurd'une Rosenouvelle..
sr estque j'approchedevous
L'Odorat L'emporte sur ioof-,
Et semblefinir leur querelle
Le Toucher a beaucoup dappai^-
Je ne m'ingere pourtant pas
De luy donner lapréference. Ilfaudroitpourendécider,
Qu'il vousplustde m'en accorder
Quelquesensible expérience.
M4tû si ma !,OUC¡'! avoit riepee
D*unNectar qu'avec yclttpté'
Sur lavostreellepourroit boire,
Je changerons, desentiment,
Le GoustseroitLeplus charmant,
Et remporteroit la victoire.
LETIRSIS del'Hostel S.Faron.
REPONSESAUX
quatre premieresQuestions.
du IX. Extraordinaire.
A Mrdu Tronchoy, lez Tonnerre,. ON m'écrit (&jel'apprens
avec bien de la joye) que
le Mercure Galant continue
toujours à vous divertir,& qu'il
sert de matiere à vos plus agreables
entretiens.. Courage, Monsieur.
La prudence extraordinaire
dont vous estes remply, n'empesche
point que cette lecture
ne puisse estre un amusement
digne de vous. Les grands, les.
nobles, &. les sérieux emplois,
ont assez travaillé vostreesprit.
Il estraisonnable de luy donnerun
peu de relâche, &de luy permettre
de descendre à des occupations
moins importantes. Entre
toutes celles que la Paix
vous ofre,quelsujetn'avez-vous
point eu de faire choix du Mer
cure?
Cet Enfant de tant d-illustres
Peres, porte écrit sur son front
tous les Mois, de nouveaux Eloges
consacrez à la gloire d'un
Monarque, aux bontez & à la
justice duquel vous devez, aussi
bien qu'au mérite de vos belles
Actions, vostre glorieux rétablissement
dans l'ancienne Noblesse
de vos Ancestres, qui
triomphant desoy-mesme,après
avoir triomphé de l'Univers, est
encor la causeunique du repos
dont vous joüissez, & que nos
Livres enfin ne loüeront jamais
assez pour le nombre, ny pour:
la grandeur de ses merveilles.
C'est en intention de contribuer
de ma part, en quelque
forte du moins,à la îatisfa&ioii
que vous donne la lecturede
tant d'héroïques & de tant de
galans Ouvrages, que j'entreprens
de répondre aujourd'huy
à toutes les Questions du dernier
Extraordinaire. Voyez,
Monsieur, si je fuis entré dans
vos sentimens.
On demande en premier lieu,
Si un Amant qui à le plaisir de
voir souvent sa Maistresse dont
ilse connoisthay, est moins à
plaindre que celuy qui en estant
éloigné sans aucune espérance
de la revoir jamais, a la certitude
d'en estre tendrement
aimé?
La douleur de se connoistre
hay de l'Objet qu'on aime, est
une douleur bien amere; mais
Ic plaisir de le pouvoir contemplersouvent,
est un précieux
bien. Le plaisir que cause la
certitude d'estretendrement aimé
de la Beauté qu'on adore,
est un plaisirextrémemet doux,
mais la douleurd'en estreéloigné
, sans aucune espérance de
la voir jamais,estassurément
une cruelle douleur.
Le premierde ces deux partis
est le moins malheureux.Voicy
la raison que j'en apporte. Si
cet Amant hay souffre, comme
on n'en sçauroit douter, il souffre
luy seul ; &commepersonne
ne partage sa douleur, il ne partage
celle depersonne: au lieu
que l'autre Amant est sans cesse
devoré, non feulement par f011
propre desespoir, mais encor
parla pensée de celuydans lequel
il doit estre persuadé que
sa Maistresse est pour l'amour
de luy.Quoy
,
j'aimetendrement,
je suis tendrement aimé!
La Belle pour qui je soûpire,
soûpire pareillement pour moy!
Je brûle de lavoir, mon éloignement
la fait mourir! & il ne
ous est permis à l'un ny à l'autre,
d'espérer de nous voir jamais!
Ah, la douleur que cette
pensée est capable de causer,
surpasse tout ce que l'esprit de
l'Hommepeut imaginer de plus
cruel. Concluons donc, Monsieur
, ce que j'ay d'abord avancé
, & disons que l'Amant qui a
le plaisir de voir sa Maistresse,
dont il se connoist hay, est le
moins malheureux, & par conséquentle
moins à plaindre.
On demande en fuite, S'il est
possible d'aimer fortement sans
qu'on soit aimé? Cette Question
ne me paroistpointproblématique
; il n'y a que trop de Gens
genéreux jusques à cepoint; &
l'Amour a toujours eu ses Héros,
ainsi que la Gloire.
Dans la troisiémeQuestion,
on demande, Si l'absence est incapable
d'augmenter l'amour?
Je vous en fais Juge, Monsieur,
Ces longues absences, ces longues
campagnes, où vous ont
engagé pendant plus de dix ans
à diveses reprises, les intérests
de la Patrie,&, la gloire du
Prince,ces longues campagnes,
dis-je, où vostreesprit, vostre
dexterité, & vostre courage, se
sont également fait admirer en
tant de rencontres, ne vous ontelles
jamais rendu plus amoureux
? Le brazier de vostre amour
n'est-il jamais revenu de
Flandres plus ardent qu'il n'y
estoit ailé? Si vous vous examinez
bien là-dessus, vous me
répondrez que vous avez toújours
senty vostre passion accruë,
& qu'effectivement à chaque
retour il vous a semblétrouver
de nouveauxcharmes dans
laPerfonne que vous aimiez.
Donc l'absence n'est pas incapable
d'augmenterl'amour.
Le Mercure Galant cIl- en
peine de sçavoir en quatrième
lieu, Lequel des cinq Sens contribuë
le plusà la satisfaction de
l'Homme? Cette Question fera
plus de bruitque les trois autres,
&je m'imagine que là-dessus les
sentimens vontestre fort partagez.
L'Oüye&leToucher, me
font balacer,maisje me déclare
pour la Veuë. Tout le monde
sçait que la felicité des Saints,
consiste à voir Dieu face à face,
& que la vision de sa gloire est
la véritable Béatitude.. Je confesse
que les Sens n'ont aucune
part à cette vision; mais puis
que l'Ecriture s'exprime ainsi
c'est une autorité suffisante pour
prouver que laVeuë estleSens
qui contribuë le plus à la sa
faction del'Homme.
Je me tairay,Monsieur, sur
l'originede la Dance,&sur les
effetsdela Sympathie. Vous
estes à Tonnerre, où la premiere
est trop en recommandation,
pour me laisser croire que vous
en ignoriez l'origine;&l'illustre
& spirituel Mr Heuvrard vous a
suffisamment expliqué les effets
delafeconde dans son agreable
description du magnifiqueChâteau
de l' Ascaut. Je suis, &c.
RICHEBOVRG,Avocat
en Parlement.
BOUTS-RIMEZ
Donnez à Mr le Marquis de
Saint Priest en Forest, par
une Personne de qualité, qui
pour le mieux gesner, luyproposa
des Rimes burlesques
& sérieuses, pour en faire un
Sonnetsurlechamp àla gloire
du Roy.
SONNET.
LSfins fameux IflrDl del*tfijl
toire Romaine,
Togeroitdidjpàvhoiypomr Nilptti'
Garçon; - Et tout ce quelle en ditseroit uni
Chanson
PourchantersurlePont de la Samaritaine.
Pompée& Lépidus furent "Vaincu*
sans peine,
Et Marc Antoine enMer eustlesort
d'unPoisson,
rR.!!.i se laisseattirer par un traître
Hameçon;
Lagloire estoitalors chancelante, incertaine.
Quelyuefois les Césars nefioient pas
les vainqueurs,
Rienn'estoit assurédansleursvaines
grandeurs,
On lesbravoit souventsurla Terre C-r
sur l'Onde.
Mais la Gloire aujourd'huyne change
plusdelieu,
10VTSasurpassé tous les Princes
du Monde,
La Terreaplusieurs,& ri*
qu'undemy.Dieu.
A MONSEIGNEUR.
SUR SON MARIAGE.
JEune Mars, digne Fils du plus
grandRoy du Monde,
&MÎ yerrex^/ous vos Loix un jour la
Terre CJ'"¿'Om¡,
Et quqifauisanétLresapasndetc,efier ConPorterez
comme luy bientost le nom
de Grand,
C'estavecque raison que le Dieudhy.
menée
Prendsoinpendantla Pdix de vostre
¿1I'inée,
C'estavecque raison que ce Viexo des
PIlIiJirs jt couronnél'ardeur de vos premiers
soûpirs,
Etmalgréle Démon quipréside aux
ailarmest
Asoûmis lepremiervostre coeuràses
charmes.
Estant né dans un temps où l'Amour
C? la Paix
Régnoient (.!JJ dans l'Europe, &sur
tous yos Sujets,
Ilsemble que le Ciel WIIN donnant J.
la France,
Nous dit aussidonnél'infaillible "j--
1
surance
De voir tous vos Etatspendant vos
- heureuxjours
Nesongerqu'auxflaljirs^uauxjeuxr
çp qu'aux amours.
L'invincible LOVIS ayantparses
Conquestes
.r&dmwde l'Occident les plmfuperbci
Testes,
Et ne restant plus rien à Vaincre à
ce IfénJJ,
Vousn*aVe^comme luy quÀjoüir du
repos,
Il.!'" goustercette Paixqu'au plus
fort de la Guerre
Ilavoulu donner presque à toute la
Terre.
Sisondestin estoitdesuivreleDieu
Mars,
De prodiguer son sangs d'affronter
les hasards,
Etpar mille Combats,d'éternisersa
gloire.
Le vostre est joüir desfruits desa
victoire.
S'il estoitnépourvaincre,&pourles
grands travaux,
r()'IM l'estespourla Paix,n'ayant
aucunsT(fçaux.
Onsçait bien toutefoisquevostreame
esttropfiere
Pour neseplaindrepas de manquer
de matiere,
Etques*ilyous estvitpermisd'estre
jaloux
D'un Pereque le Ciel*faitplusgrtnd
que yous,
Fotssplaindriezvostrefort de\o/r
que yoftrcÇpée
ayantpointd*Ennemis,nepeut estre occupée; -
Maisfçacbe^ quece Trinc?^ en exposantsesjours,
Fous aconquisl'Objetde vos chastes
amours.
&u°y qu'onaitpeude part aux triomphes
d'un autre, îl a"Vaincu pour vous, &sagloire est
la vostre.
S'ilapunyl'orgueilde tousses En- -
nemis,
TourfouSy commepourluy,sonBras
lesasoûmis,
S'ilaportefèspas IIflfiflli del'AUemagney
C'estoitpourvous trouver cetteillustre
Compagne;
EtquoyqueceHerospar centfarneu^
Combats,
Des Rivages duRhin ait accrûses
Etats,
Les
Lespluspompeux Lauriers qu'ilait
mis àsa tdle,
égalent point l'éclat d'une telle
Conqueste.
Cette augusteTrinceffe estleplus
digneObjet
Sur quivous eujJle^pA former vestre
projet.
Son sang aprèsle vostre est leplus beat*
du Monde,
Etl'onfaitquesaRace en demy-
Dieurséconds,
D'élire les Cesars n'apasdroitfeule»
ments
Maisque donnant des Loix à l'Empire
Allemand,
Elle a souvent donnédes Maistres à
la Terre,
guiportant aveceuxla terreur&la
guerre,
Ont rendu leur Maisonsichere à Ifr.
nivers,
Etporté dans leurs mains tant de
Sceptres divers.
Que tNM les otentauredoutantkti*
puissance,
Ontfaitgloired'entrer deddeséar
Alliance.
Les 7(oysmefî:iesdes /js,\osangtjttJ
Ayeux,
Connoissant lagrandeurd'un Sang
Ji glorieux,
Pour légitime objetde leurschastes
tendresses,
D^a dans, ur Famille ontcèoijy det
TrinejJtSa
Et l'Amourne pouvoit, tourrangeant
pmses soix,
Tout Injfrirerjamais unplus ittujïrc
choix.
Jamais un tel ffymen n'eut les Cieux
Jt;ropces,
fIamau un tel Hyn.enneut tlllltJ'¡'DIe
reux aujjricrs.
gue peu'-o»fmbaiter de plue heat^
deplugrand\
gue de 'roi, dam l*Hfous le Fils d'm»
b Filsd'un demi-Dieu dans C£u~
rope jalouse
Adore&craint WBrustde "'Dir
dans l'Epouse,
~cV~ desCésars,çrde cent
Souverains,
QuiJouVentsousle rs LoixontVeu
tousles Hllmtiins?
Si le Destinjaloux ne trempe "ojlTe
et attente. a Hymen doitavoirune
jïïite
éclatante
Etnous verrons bientost dece Sang
frecieux
Sortir quelques Césars &quelques
demy Vieux,
C'est l' interest du Ciel, de la-France,
(jf du Monde.
f?t Voir cette lnionconfummée C",.
fr'co d.
f.a France (7 l'Occident en tireront
de 'o*t,
Et le ie't des Heros q*t'endront
fesd."Oit:.
Cependant, puis saenfin tous "J
Etatssont calmes,
Et quele GrandLOVIS amoissonné
les Palmes
Jl:.:!.i pouyoientcouronnerCoffre Front
& vos Ymux,
Loignez à ses Lauriers vos Mirthes
amoureux.
îoîHJtp^idnesagslo.ire Cg de sa des- Triomphezavecluydel'Europe enchaînée.
Si l'un parses Combats s'en estrendu
vainqueur,
j,'aut-re,peiltd'son sur lagagnerpar
douceur. IlestlesHérosdeuxfortes de
yicfoirey
Et deux divers chemins conduisent à
la Gloire.
LaPaix,commela Guerret asesloix,
ses vertus;
Etsi l'une aime à voir des Trônes
abatus,
Des Empires en cendre, CF des Roys à
la chaîne, *
L'Autreen les relevant'estpasmoins
Souveraine.
JFiycz donc en reposauprès du Grand tons.
Nesoyezpointjalouxdeses Faits
inoüis,
Vostre destinn'est pas de conquérir
laTerre,
La Paixases Héros,aussi-bien que
la Guerre,
Et quelque grandque sist le nom d'un
Conquérant,
He vous enpourra donnerun aujjifgrand.
DE BIEXIGN-F,Conseilles
au Presidial de Caën.
DES
TALISMANS
TE ne doute point, Monsieur,
c'"e vous ne receviez beau-
GiA ? v.hents ciuiiiiX.touchant
les Ta.Uiin.*ns-y m.isparce q-ic
vous ..vz rerco.gnc que l,,)n
desiroit s'est ( ~éJ.jrcv detout
ce qui regarde c-:rt maci.re,,6c
que certe diversité me kn}bI
moins propre à cela que des
Trattez à fends & méthodiquesivne
j' n ay deux qui ont esté
i..t~j depuis environ douzeans
seulement,dont l'un porte pour
titre, Les 'IjtrlJ,sJ.'!iJi.
1
8c
ll''aauuttrree, LLaaSSpPe,,siJt, ition du Temps, le premier,par un Autheur, nome,&
le dernier par lesçavant
P. Placet, Religieux de Prémontré;
j'en ay fait sans f çon,
& à plume courante, l'Excr it
que je vous envoye, , ù j; n'.y
rienapporté du mien que le
foin de r trancher. Il y a de la
honteàestre Plagiaire; maisje me f y ps de déicatesse
dtdh'c Copste en cote rencontre,
s'agisntdel'utilitépu. -particulière. L'honneur en demeure
àces Autheurs, dont
l'Extraitpourra faire dfirer les
Livres entiers qui font impri.
mezà Parisen 1668. les Talïf*
mans chez Pierre de Bresche,
&la Superstition, qui en estla
Réfutation, chez la Veuve Ger
vais Alliot..
L'Autheur des Talismansjuf.
tifiez, commence sonDiscours
à la naissance du Monde,,& dit
que nostre premier Pere au mi.
lieu du Paradis terrestre, estoit
comme un beau Soleil revestu
des lumièresdetoutes,lescon-.
noissances qui pouvoienr satisfaire
son entendement, connoif-
[.lt parsaitement la nature Se
les proprietez de toutes choses,
le pouvoir des Astres les influences
-
des Planètes, le mélange
des Elémens; que ces lumieres
se sont communiquées
de Pere en Filsjusques à Noé,
& de NoéjusquesàMoïse; qu'apres
Moïse,les Hommes découvraient
seulement quelques ombrages
de ces, belles Sciences,
que les Caldéens,les Perses,&
les Egyptiens, en avoient retenu
quelques images, qui commencerent
à s'effacerrdesorte que
ces connoissances, d'universelles
devindrentparticulièresdequel,
ques Sçavans;que le Monde
s'estant éloigné de plus en,
plus des premiers Docteurs,,
il se voit enfin dans une entiere
nuit; que le Diable qui se
plaist dans les tenebres, a enseigné
une Nigromantie pour
l'opposer à la Magie Divine,
qu'il a distribué de certains Caracteres
pour nous oster l'envie
de rechercherles innocens & les
véritables, ce qui est cause que
si quelqu'un déclare que par
l'Astronomie celeste il peut
composer-lesSceaux,des Images,
des Caractères,, & des Fig-
ies Planetaires,avec lefqu^ls
on peut faire des choses tresmerveilleuses
&. surprenantes,
à mesme tempson i\icculèd'à-' .'r commerce avec le Démon..
De là il passe à l'origine des
Talismans. pomme à ce sujet
entre les. anciens Arabes, Amanzor,
~Mî.iîi.hahîa, &: T^i
qu'ildit rapporterdes exemples
tres-véritables des T. id:nan"s.
& entre les anciensHébreux
Tichel, Dagahel,Tetel & s1-
lomon, qu'il dit avoir enseigné
la façon& la manière,des Talismans:
en suite il rapporte ce
qui est écrit dans quelque Historien
à ce sujet, comme d'un
Talisman par la vertu duquel il
ne pleuvoit jamais dans le Parvis
du Temple de Vénus à,Cypred'une
Puture d'aire in repréentant
un Feu, un Sarpent, un
Rat d'eau, trouvée sousle Regne
de Chilpericen,encreusant
quelque Fossé de la Ville de
Prisr LquJiPigure(frnt.
~erniporté : ,
partie de laVille
fut brulée, & les Habitans asfligez
de Serpens ôc de Rats
d'eauyde.plulieuisr. Statues à
Constantinople, & entr'utres:
deCelled'unChevalier,quiservoit
de préservatif contre la
Peste du Palladium deTroye,,
des Boucliers de Rome,. & de
plusieurs Dieux tutelaires, &
conclud detout cela, &de ce
qu'Albert le Grand,M'arcileficin,
Paracclse,Roger,.Bacon,,
Arnaud de Villeneusve, & pkUsieurs
autres, ontfait des Traitez
tous entiers pour montrer
la force des Talismans, qu'il
faut qu'ils ayent esté de tout
temps en usage. En fuite apres
avoir discouru sur l'étimologie
du mot, il passe à la définition
du Talismany & dit que ce
n'est autre chose que le sceau,
la figure, le caractere,&l'image
d'un Signe celeste, Planere, ou
Constellation, faite, imprimée,
gravée, oucizelée sur une Pierre
fimpatétique, ou sur un Metal
correspondant à l'Astre, par un
Ouvrier qui ait l'esprit arresté
& attaché à l'ouvrage & à la
fin de son ouvrage, sans estre
distrait ou dissipé en d'autres
pensées étrangeres; au jour &
heure duPlanete, en un lieu
fortuné, en untemps beau 6c
serain,& quand il est en la
meilleure dispositiondans le
Ciel qu'il peut estre,afin d'attirer
plus fortement ses influences,
pour un effetdépendant
du mesme pouvoir & de la vertu
de sesinfluences; dans toutes
lesquelles choses,matiere, forme,
ouvrier, condition, fin, esset,
& circonstances, l'Autheur
soûtient que tout est innocent.
A cet effet il pose en premier
lieu, que les influences des corps
supérieurs descendent icybas,
secondement, qu'on les peut
attirer abondamment & fortement.
Il ne s'arrete que peu à
la premiere proposition,comme
n'estant point contestée, mais
avoüée de l'Ecole mesmes, qui
s'est renduë ennemieparticuliere
desTalismans. Pour la seconde
proposition, il avouë qu'
elle n'estpas si aisés à croire;il
se sert pour laprouver, de l'xpérience
du Miroir ardent, par
lequel nous ramassonsles rayons
solaires, véhiculesdesesinfluences,&
les introduisons dans une
matiere combustible. D'où il
conclud que les Talismans font
naturels en toutes lescirconstances
qui accompagnent leur
composition. Sur la premiere
conditionqui est de la matiere,
il prétend que comme l'action
se reçoit fk.n la disposition du
suje t, & que cette meilleure dis-.
position vientde la simpartiequi
sçait unir les Homogenespar
tin lien miraculeux, les Astres
doivnt agirplus~asémens êc
plus fortement sur les sujets qui
kur sont simpatétiques 6c confoim.
s, commeilse voit de l' Etoiie
Polaire sur le Fer touché
de l'A ~yman. Il veut que de tous
lescorpsil'yen it
point qui ay nt plus de
simpatie
:avc les supérieurs que les Pierres,
les Miréraux, & les Métrux,
& qu'ils ayant reçeu en
partage des formes toutesastrale:
ille prouve tres bien des
Métaux, &discourt amplement
des raports de leurs qualitez
av.ccelles des Planetes. Sura
f.eonde cordi ion qui est de
grav r les caracterts ,
sceau x,
images, oufiguresdes Planetes,
sur les Métaux correspondans
à ces mesmesPlanetes, ou pour
mieux faire encore, defondre,
jetteren moule ou en fable, le
Métal fondu, pour estre imprimé,
ce quicomprend deux choses;
la premiere, queleMétal
soit excité par la graveure ou
par la fusion qu'il tient estre
meilleure; la seconde,que la
figure y soit marquée ;
il prétend
donner la raison deces
deux choses. 'Surla premiere,
que le Métal ainsi excité par un
agent extérieur,& sur toutpar
le feu son ennemy, ses esprits
métaliques demandent & attirent
plus fortement del'aidede
son Astre pour combatre cet
Ennemy ; & qu'aussi les vertus
astrales se reçoivent beaucoup
mieux quand le sujet est en
mouvement, que quand il effc
sansaction;&quant à la figure,
l'Autheurveut que lescorps
supérieurs ayent leurs figures
comme lesautres choses d'icybas;
que la ressemblance fonde
lasimpatie,non que la figure
soit agissante physiquement,
mais feulement qu'elle établisse
une plus grande simpatie à raison
dequoy elle foit au Métal
une meilleure dispositionpour
l'influence du Planete. C'est icy
à mon sensl'endroit le plus foi.
ble, pour ne pas dire le plus
faux, de tous lesraisonnemens
de cet Autheur,comme vous le
verrez par ce qui a esté répondu..
Sur la quatriéme con- - dition ,qui estque l'attraction
de l'influence du Planete se fasse
à l'heure planetaire; il ne dit
autre chose, sinon que c'est
d'autant que comme les Planetes
dominent tous les jours une
heureàleur tour, leursinfluences
estantplusfortes à l'heure
qu'ilsdominent, que nous appellonsl'heure
planetaire, il est
tres-convenable que cette attraction
se fasse à l'heure du
Planete, puis que pour lors il
influë plus fortement & plus
copieusement. Iltranche au/15;
la cinquiéme condition en peu
de mots, endisantquel'onveut
quel'Ouvrier duTalisman travailleenun
beau jour & serain;
perceque bienque lesinfluences
astrales penetrent par tout,
& que tous les corps les plus
opaques leur soient comme du
verre,neantmoins l'air & Ili lumiere
leur servant de véhicule
& de passage, comme nous
voyons au Soleil, il est plus à
proposde commencersonopération
en un lieu aëré,& dans
un temps serain. Enfin sur la
derniere condition, qui est la
recollection de l'Ouvrier en
soy.mesme,en forte qu'il ne
laisse point aller sonesprit en
d'autres étrangèrespensées, &
ne pense quàson ouvrage & à
son dessein, il avoue que c'cllz
la plus soupçonneusecondition
des Talismans, & qui oblige
d'abord lesames scrupuleuses à
les c õdamner ;que neantmoins,
si l'on confidere que l'entendement
del'Homme se forme des
imagesdes choses qu'il connoist
par le moyen desfausses ouvéritables
espèces qu'il en a reçeuës
par l'entremisedes sens,
& qu'il reçoit luy-mesme cette
image, estant le principe alliE
&passifde ces intellections, 8C
que l'Homme peut recevoir Se
reçoit en effet les influences des
Planetes, nous connoistrons que
s'il s'applique fortement àlafin
& au dessein deson ouvrage,
unissant par cette attention son
espritau Planete,il se formera
une image dece mesme Planete,
ôc par cette image qui établit sa
ressemblance, il attirera conjointement
avec le Métal, l'influence
astrale,tant sur le Métal
que sur luy-mesme, comme
ilest necessaire; autrement portantsur
foy sonTalisman, il en
pourroit recevoir les impressions
aussi-bien que les autres. Par
exemple,s'il avoit fait un Talifman
pour donner de la terreur,
il en recevroit luy-mesme
à l'aspect du Talisman; mais
ayant attiré sur foy,aussi-bien
que sur leMétal, cette qualité
terrifique,il ne fait point d'impression
sur son Talisman
,
& le
Talisman n'en fait point surluy
comme surles autres, qui ne se
font point formez cette image;
& que. pour cette raison personne
ne se doit entremettre de
faire des Talismans, qu'il ne sça
che les vrais sceaux,images, figures,
ou caracteresdes Constellations,
autrement il feroit
privéde son attente. Remarquez
toûjours en passant, que
cet Autheur raisonne,. en supofant
une figure veritable de
l'Astre,laquelle établit sa ressemblance,
& la ressemblance
l'attraction de l'influence.D'où
s'enfuit, que quand onluy répond
que les figuresqui se gravent
sur les Talismansn'ontaucun
raportaux veritables figuresdesAstres,
toutes lesconséquences
qu'il tire de cette ressemblance
qui n'est point, se
trouventnecessairement fausses.
Il poursuit ôc paiT. à la feconde
proposition,quiest l'attention
de l' Ouvrieràla fin &au dessein
de son opération, dont il
rend raison, en disantque se formant
ainsi l'image dela qualité
qu'il prétend introduire au Talisman,
cette image détermine
par lameime Loy cette influence
à se communiquer particulierement:
au Talisman,& est
precifémenc & singulierement
attirée entre toutes les influences
que le Planete peut produire.
Surquoy l'Autheur se sert
de la comparaison de la Femme
qui imprimedansl'Enfant qu'-
elle porte en ses flancs, la ressemblance
de l'objet par le
moyen de l'image qu'elle s'en
est formée.. Apres avoirainsi
raisonné. sur toutes les conditions
necessairesàfaire les Talismans.
cetAutheur se faitune.
objection,&dit, qu'encorequ'il
ne paroisse riende superstitieux
êc de surnaturelen leur composition,
les effets toutefois que
l'on leur attribueestantaudessus
du pouvoir de laNature;
sontdes motifs allezforts pour
les condamnerqu'on luyaccordera
bien queles influences
des Astres se peuvent attirer
fortement & copieusement ;
mais qu'attirez sur la Pierre &
sur le Métal, elles puissent causerleseffetsque
nouslisons dans
les Ecrits des Curieux, c'estce
qui ne se peut aisément concevoir
; car quelle apparence que
Saturne fasse trouverles trésors,
Jupiter départir les honneurs, &
ainsi du reste? Si le pouvoirdes
Talismans ne s'étendoit qu'à
guérir les maladies, comme les
Signes & les Astres dominent
iey- bas sur diverses parties de
noscorps,àsçavoir, le Soleil sur
le coeur, Vénussur lesreins,&c.
ainsi
ainsi qu'ont remarqué les Astrologues
8c les Medecins, on pourroit
se persuader facilement que
les influences de ces Constellations
attirées par l'artifice, gué.
riroient les infirmitez aux parties
sur lesquelles elles dominent,
veu les expériences que l'on a
des Simples propres à quelque
maladie, cueillis à l'heure du
Planete qui a correspondance
avec le Simple, ou cueillis à
l'heure du Planete ennemy de
celuy qui cause cette maladie;
qu'ainsi l'on peut demeurer
d'accord que les influences attirées
par les soins & artifices de
l'Ouvrier, peuvent guérir &.
causer diverses maladies, & produire
dans les sujets plusieurs
mauvaises ou bonnes qualitez,
selon la force ou la vertu de l'influence;
mais qu'il n'est pas si
facile à concevoir comme ces
Astres donnent les honneurs,
les victoires, l'amour, & produisent
d'a utres semblables effets
quidépendent des volontez &
libertez des Hommes. Pour résoudre
cette objection, l'Autheur
confesse que celuy qui
diroit que les Astresproduisent
ces merveilleux effetsdépendans
principalement de nostre
liberté, par une fatale necessité,
feroit dans l'erreur; mais que
puis que l'on demeure d'accord
que les Astres inclinent nos volontez
sans toutefois les contraindre,
en ce sens leurs influences
peuvent donner de l'amour,
de la crainte, de la terreur,
&des honneurs;que nous
sommes composez de quatre
humeurs qui produisent en nous
plusieurs fortes d'accidcns, &
que de là dérivent les divers
mouvemens de nostre ame;
que nous connoissonsassez tous
les jours que nous sommesagitez
de nos diversespassions, suivant
que l'une de ces humeurs
domine. Or il est indubitable
que les Planetes &. les Astres
dominent sur ces humeurs, d'où
vient que nous appellons les
mélancoliques Saturniens, &c.
&: partant les Astres par cette
domination inclinent nos volontez;
que c'est en ce sens qu'il
faut entendre que lesTalismans
donnent des honneurs, de l'amour,
&c. qu'estans remplis
pour les raisons qui ont esté dites,
des influences astrales, ces
influences produisent leurs vertus;
que lapersonne qui les porte
sur soy,estantcomme le Ciel de
cet Astre corporifié, ceux qui
les reçoivent, le trouvent agitez
de son propre & naturel mouvement,
& ce mouvement se
rencontrant naturel en la personne
qui le reçoit, elle le regarde
comme un bien qui luy
est propre, & ainsi tend plutost
au sujet d'où il procede, qu'à
tous autres. Là-dessus 1"Autheur
fait l'application de ce
raisonnement à ce qui se passe
lors qu'un Talisman pour donner
de la terreur ou del'amour,
fait l'impression des influences
qu'il a attirées desAstres, concluant
qu'en tout cela il n'y a
rien decriminel, puis que tous
ces effets ne proviennent directement
que des humeurs excitées
par les influences qui font
envoyées par les Talismans, &
reçeus dans les sujets par le
moyen de ces humeurs;sans qu'il
prétende que les Personnes qui
reçoivent les vertus des Talismans,
ne puissent résister à leur
effort, & confessant qu'elles le
peuvent sans doute, & que leur
victoire en cft plus glorieuse, si
elles en sont pousséesfortement,
& qu'elles yrésistent. Ilfinit en
aiiurant que c'est ainsi que l'ont
entendu ces Sages sur cette matiere
; dit que Salomon estoit
trop fage pour laisser des images
négromantiques, luy à qui
l'on impute un Livre intitulé,
Des Sceaux des Pierreries, dont
l'Autheur rapporte plusieurs figures
deTalismans,& leurs vertus;
dit que le Grand Hermes n'a
jamais esté soupçonnédeMagie,
& que cependant il a laissédans
l'un de ses Livres quinze images
de mesme façon que les Autheurs
qu'il a nommez dés le
commencement, en ont aussi
laissé des Traitez tous entiers;
qu'il ne croit pas qu'ilseussent
voulu donner au Public des Leçons
superstitieuses, ny aussi
qu'ilsayent enseigné ces Leçons
curieuses, pour obliger à leur
pratique avec enipressement,
mais pour faire connoistre les
merveilleux pouvoirs dela Nature
; que pour luy ce n'est point
aussi son dessein de donner des
aiguillons pour s'employer à
cette recherche; qu'il conseille
le Chrestien de ne regarder le
Talisman que d'un oeil tres-indiférent,
& comme un divertissement
d'esprit. Il exalte en
suite le pouvoir de la Croix &
du Nom de Jesus, qu'il appelle
(avecrespectneantmoins)deux
divins Talismans; & pour fin de
tout l'ouvrage, il donne la maniere
de faire onze Talismans,
les uns pour guérir de quelques
maux, comme des maux de
teste, dela gorge, & du col,&c.
& les autres, pour la joye
,
la
beauté &la force du corps, pour
acquérir aisément les honneurs,
grandeurs & dignitez, pour estre
heureux en marchandise,
avoir la faveur des Roys, &c.
Voilal'oeconomie de lOuvrage
de cet Autheur,&les raisons
dont il se fert,quej'ay abregées
autant qu'ilm'a esté possible,
nem'estant étenduquesurcelles
où j'ay trouvé qu'illefaloit
nécessairement pour l'intelligence
de ses pensees. LeR.P.
Placet qui y a répondu, ne fuit
paspar tout cemesme ordre, 8c
rationne beaucoup plusàfonds.
Je trancheray aussi le plus succintement
que je pourray, ce
qui est de plus considérable dans
sa Réponse. Dés l'entrée il demeure
d'accord de la connoissance
parfaite & de la science
infuse de nostre premier Pere
pour le regard de la Science innocente
; mais il dit que celle
de Talismans estant diabolique,
il est tres-faux qu'elle ait esté
inspirée au Chef des Humains.
Il nie que les Hommes des premiers
temps fussent scavans,
comme l'Apologiste le donne à
entendre, veu qu'ilsn'avoient
ny l'évidence ny la certitude,,
Se que la science ne s'acquiert
que par l'expérience du pcuTéj
que le premier Homme n'a pu
faire part de (à science àses defcendans
que très-imparfaitement,
n'ayant point ci"'àutremoyen
que la parole vocale qui
s'évanoüit, &ses Enfansn'ayãt
que leurfoible mémoire pour la
retenir, outre que leurs inclinations
ne se portant qu'au mal,
ils ne s'assujetissoient qu'avec
peine à écouterlesinstructions
de leur Pere; ce qui paroist en
ce que la connoissance de la
premiere verité naturelle, qui
est l'unité de Dieu, n'a pû se
conserver parmy les Hommes
deux cens ans apres le Deluge,
& que suposé que les premiers
Hommes eussent esté plus sçavans,
& qu'Adam eust fait paffer
plusieurssciences innocentes
à ses descendans, il ne s'ensuit
pas de là que celle des Talismans
luy ait estéinspirée, ny
qu'elle sesoit communiquée à
ses successeurs, veu qu'elle cil:
diabolique; pourpreuve dequoy
il cite le Livre de la Sagesse,
chap. 4. S.Augustin dans
le 24. chapitre du huitième Livre
de la Cité de Dieu, &Tertulien.
au troisiéme chapitre du
Livre de l'Idolâtrie; il rétorque
contre l'Apôlogiste l'autorité
du Grand Hermes, qu'il dit déclarer
dans S. Augustin au. lieu
cy-dessus allegué, que les Figures
& les Statues ont esté inventées
des Egyptiens, oublieux de
l'honneur &. de la Religion divine
, qui par un Art magique
ont attaché les Démons aux
Images. LeLecteur qui en aura
le loisir, peut avoir recours à ces
passages dans les Livres mesmes,
&juger si avec la condamnation
de l'idolâtrie l'on y trouve aussi
la condamnation des figures Talismaniques,
en tant quelles ne
servent qu'à attirer l'influence
des Astres par des causes naturelles.
Dans le second Chapitre,
le Pere rapportela définition du
Talisman donnée par l'Apologiste
; &avant que d'en examiner
lesconditions qu'il dit estre
suspicieuses, ilcite encor S. Augustin
au mesme lieu, où ce
Saint Docteur dit que le caractre
Talismanique est un-Démon
lié à une Image par un art
contraire à la pieté. Il cite encor
Proclus au Livre de la Magie,
Psellus & Averroës, &: qu'ils
disent que les Hommescon
gnent les Démons par de certains
signes&figures, &que les
esprits impurs font cachez fous
les Images, ce que quelques
Saints ont contraintlesDiables
de confesser,comme il se voit
entr'àutres dans S. Hierôme en
là Vie de S. Hilarion. Il ajoûte
qu'il faut avoüer le pacte que
les Payens mesmes ont toujours
reconnu, puis que Porphire au
Livre des Oracles, déclare que
les Démonsmotrentaux Hommes
non feulement leurs conversations,
mais aussi de quelles
choses on les prend, & comme
quoy on les lie; quels jours il
faut observer, quelle figure il
doit y avoir au caractère, qui
font les conditionsque requiert
l'Apologiste pour faire le Talisman.
Il finit ce Chapitre par
1"Histoireadmirable d'un jeune
Gentilhomme, qui lejour de ses
Noces ayant mis sans y penser
son Anneau nuptial au doigt
d'uneStatue de Vénus, le Simulachre
plia ledoigt, sans que
ce jeune Homme pût retirer
jcet Anneau, ny estre délivré de
certaines illusions qui s'en ensuivirent,
que par des opérations
d'Art magique. Dans le
Chapitresuivant, le Pere examine
l'intention de l'Apologiste,
&nonobstant ses protestations,
de condamner les Talismans
diaboliques, ne l'excuse
que par le defaut de connoissance
de la superstition de Tes
Médailles) disant qu'il s'cft
trompé le premier, & qu'il a
écrit son Livre dans une intention
trop curieuse. Dans le quatrième,
il dit que le Palladium
deTroye estoit un Simulachre
du Démon
,
&: qu'il n'avoïc
point la vertu de présèrver la
Ville) & cite fort à propos
S. Augllfiin, qui montre au premier
Livre de la Cité de Dieu,
queles Grecs ayant mis à more
les Gardes de cette Pallas, onla
pouvoit bien emporter,5c que ce
n'estoit donc point le Simulachre
qui gardoit les Hommes,
mais les Hommes qui confervoient
l'Idole. LePere dans le
Chapitre 5. prouve tres -
bien
que les Dieux tutelaires & les
Boucliers Romains n'efiotenc
point des Talismans innocens,
& qu'ils n'avoient point le pouvoir
de défendre les Villes; &
que l'idolâtrie envers les uns 6c
les autres estant évidente, l'on
ne peut douter que leur origine
nefuft diabolique, 6c leur progrés
su perftitieux. Dans le Chapitre
fixiérap, il avouë que la
difficulté eit plus grande à l'é.
gard des Statues fatales deConi:
tantinople, veu qu'elles ont elle
forgées depuis la naiilànce du
Christianisme, & que la Foy
Chrefticnne eftoicétablie dans
toute la Grece, lors que ceux de
Constantinople en éprouvèrent
lés effets les plussignalez en
plusieurs occasions, & entr'autres
VEmpereur Theophile,
ayant trois Armées ennemies
sur les bras, conduites par trois
Capitaines revoltez, qui reçeurent
les mesmes coups qui furent
frapez par cet Empereur
aux trois testes d'une Statuë de
bronze queJean Patriarche de
Constantinople découvrit à ce
Prince eftrela cause quiluy avoit
attiré ce malheur ;furquoy le
Pere affirme que la Statue estoit
diaboliqueaussi-bien que toutes
lés autres, 6c dit que tous les
Autheurs qui rapportent cerre
Histoire avec quelque diférence,
conviennent tous de la
fuperfhtion5 & que Cedrenus,
Zonare,& Majole,déclarent
que ce Patriarche estos: un
grand Sorcier. Pour soûtenir
Ion affirmation, le Pere dit que
le Démon connoifToic par ds
causes occultes que deuxdec.s
Chefs de Rebelles feroienttuez,,
& l'autre blesle
;
qu'il Ce servit
de ce Simulachre pour l'indiquer,
non que de là il s'ensuive
que le fort de la Bataille fust
attaché à ce Taliss-nanmais seulement
qu'il estoit le figne de ce
qui devoit arriver, foit par le
Démon mesmecommeMiniftre
de la Justice Divine-, foie par
d'autres raisons,pour abuser les
Superstitieux, afin de les tromper,
comme il arriva en 1453..
que les Grecs perdirent leur
Empire pour s'estre trop confiez
en la vanité des Talismans,
nommément au Taureau d'airain
qui estoit dans une grande
Place, sur lequel l'Oracle avoir
prononcé que lors qu'un puiss
fant Ennemy feroit irruption
dans la Ville, les Bourgeois &
les Soldats se retirans'en cette
Place, feroient tourner le dos à
leurs Ennemis, & les mettroient
en déroute, dont tout le contraire
arriva. Dans leChapitre 7.
il combat les propresTalismans
de l'Apologiste, pour la composition
desquels il ordonne de
graver polir les maux de teste
la figuredu Bclier avec cellede
Mars, qui cftun Hommearme
avccla Lance, 6c deSaturne qui
eflunVieillard tenant uneFaux à
sa iii,iln,&c. Pour estre heureux
en marchandée & au jeu, celle
de Mercure) pour avoir la faveur
des Roys, celle du Soleil,
qui est un Royassis dans fou
Trônerainndesautres,arHrmant
que c'est une pure idolâtrie
d'avoir confiance en ces caracheres
; qu'ainsi ce n'est pas
sans dessein que l'Apologistea
avancé que les Dieux tutelaires
des. Nations estoient des Talifmans
innocens, puis que ceuxcy
ne font que des Simulachres
dont les Payens faisoient leurs
Dieux, & qu'il prévoyoit bien
que les fiens ne pourroient estre
receus,s'il ne mettoit les premiersen
crédit;que cette seule
raison suffit pour le convaincre
de superstition. Dans le huitième,
sans s'arrester à ceque
TApologiftea dittouchantsa
matiere duTalisman
,
il passe à
la seconde condition, qui est la
figure:furquoy il opposedeux:
moyens qui détruisent absolument
ce principe; & c'est icy
l'endroit que je vous ay cy-devant
marqué comme le plus foible
& le plus vain de l'Autheur
des Talifmansjuftifîez. Le premierde
ces moyens est, que les
Planetes n'ont point les figures"
que l'ApoIogifte grave sur ses
Images. Le fécond,que quand
fès Médailles fcroient gravées
des véritables reffenlblancesdes
Astres,ces figuresextérieures
ne pourroient donner aucune
vertu naturelle aux Talismans.
Pour le premier,la figure du
Soleil n'est point un Roy assis.
dans son Trône, ny Mercure
tenant en main un Caducée, &..
ainfidurefte, mais des Simula--
chres de faux Dieux. Là-dcffus
le Pere cite Arnobe & S. Augufiin;
puis pour prévenir ce
que IIApologifie pourroit dire
queles Philosophes de toute
ancienneté ont attribué ces figures
aux Planetes, comme ils
ont donné divers noms d'Animaux
au Zodiaque, il répond
que ces Philosophes estoient
Payens, &: que d'ailleurs la plûpart
n'ont pas crû que les Planetes
susTent fous la figure hu-
maine, mais bien qu'ils estoient
gouvernez par des Intelligences
ausquelles ils ont donné les
noms deJupiter,deVénus,£cc.
Que pour les figures du Zodiaque,
il est croyable, félon Picq
de la Mirandole) qu'elles ne font
que des métaphores pour exprimer
les diférenseffets que
eaufe le Soleil lors qu'il se rencontre
dans les parties du CieL
Par exemple, le Signe de l'Ecrevifle
tire Ton nom de ce que
ce bel Aftrey estant arrivé, recule
en arricre, comme fait cet
Animal. Le Lyon, à cause de
l'extrénle chaleur que produit
le Soleil quand il est en ce Signe.
Celuy du Taureau, parce qu'alorsla
terreest propre aulabourage.
La Balance tire Ion nom
de l'égalité des jours & des
nuits, & ainsi des autres. Mais
que quand ces corps supérieurs
auroient les véritables figures
qu'on leur assigne, cette reifeol..
blance ne seroit d'aucune importance
à la production des
effets que l'on attribuë aux Talismans,
& ne communiqueroit
point au Métal une vertu qu'il.
n'a point de sa nature; ce qu'il
prouve par ce raisonnement,
que tout agissant en ce monde
par les qualitez premieres ou
secondes, ou par sa substance,.
d'où viennent les proprietez occultes
&simpatiques, les figures
des Talismans ne peuvent agir
par aucun de ces moyens, estant
certain qu'elles n'agissent pas
par une chaleur, froideur, dureté,&
c. Que d'ailleursla figure
n'est qu'une certaine fcituation
& disposition des parties, & un
mode de la quantité qu'elle
configure, laquelle dépendant
de la matiere qui est purement
passive,estautant incapable d'action
comme la figure qui la
termine, &quand bien la figure
artinciclleduTalisman pourroit
agir artificiellement, elle ne
pourroit produire aucun effet
naturel, parce quece feroit au
dessus de sa puissànce, encore
moins agir sur la volonté, pour
l'induire àaimer ou haïr. Le
Pere employe le Chapitre 9. à
prouver que les Gamahez ou
figures naturelles, au lieu de servir
à la junification des Talis.
mans, prouvent au contraire
que
que leur vertu ne vient point des
influences astrales, ny de la simpatie,
ny de la figure. Ces Gamahez
font des figures naturelles
formées sans aucun artifice
humain, telle qu'estoitl'Agathe
du Roy Pyrrus qui représentoit
Apollon, & les NeufMuses,
une autre, felon Mayole, à Venife,
sur laquelle se voitl'Effigie
d'un Hommenaturellementformée;
àPise, selon Gaffarel, Pierre une où un Hermite est dépeint
parla feule industrie de la
Nature, representé dans un agreable Desert, assis pres d'un
Ruisseau, une Cloche à la main,
& tel qu'on represente S. Antoine;
enfin plusieurs autres Ga&
Gaffarel, dont le premier enseigne
au Traité 3. des Minéraux,
que ces Images font formées
par une abondance extraordinaire
d'influences astrales
qui font si puissantes, qu'elles
expriment naturellement les caracteres
des Animaux sur lesquels
elles dominent; d'où le
Pere tire grand avantage, &
conclud que cesGamahez ou
Images naturelles devroient estreenrichies
des vertus celestes
plus que toutes les figures semblables
faites par l'industrie des
Hommes; que cependant il ne setrouvepoint que ces Talismans
admirables ayent plus de
vertus que les Pierres de leur
espece, ny que cette plus grande
simpatie les éleve audessus des
qualitez de leur nature. Donc
à plus forte raison les Talismans
artificiels nepourront par l'influence
des Astres estre enrichis
des vertus surprenan tespour la
production des effets qu'on leur
attribue,& par conséquent qu'il
faut que cette puissance Talismanique
ne foit pas naturelle,
mais magique. Il prend encore
un plus grand avantagede l'opinion
de Gaffarel, qui adjoûte
à cetteabondance d'influences
astrales surlesTalismans, quesi
cesfigures naturelles qui représentent
des Serpens, des Scorpions,
&des Crapaux, trouvent
la nature du lieu propre, &disposée
à donner à laPierre ou à
la matiere sur laquelle elles font,
une qualité & nourriture convenable
à la Beste dont ellesportent
l'image, assurément ces figures
feront changées en vrais
Serpens,Crapaux, &. Scorpions
vivans; pour preuve dequoy le
mesme Gaffarel rapporte les
exemplesde deux Crapaux
trouvez vivans au milieu des
Rochers &des Marbres: d'où
le Pere conclud que les Gamahez
estant si avantageusement
favorisez des influences celestes,
qu'il s'enpuisse produire des
corps vivans, ce qu'aucun Magicien
n'a encore pû faire de
leufs caracteres, ces figures naturelles
devroient avoir incomparablement
plus de vertu; &
quen'ayantneantmoins aucune
qualité plus considérable que
les autres sujets de leur espece,
à plus forte raison, si les caraéteres
Talismaniquesont quelque
vertu au dessus des proprietez
de leur matiere, que cette
vertu ne vient point ny des influences
des Astres, ny de la
simpatie,ny delafigure, mais
de l'opération du Diable. Sur la
fin du mesme Chapitre, le Pere
combat les inductions que Gaffarel
tire de la figure dans les
exemples de la Pierre Heliorropius
qui arreste le sang, & le
Marbre appellé Orphites, qui
guérit les morsures des Serpens;
la premiere, qui semble estre
rachetée de quelques goûtes de
sang; & le second, qui a quelque
ressemblance des Serpens,que
le Pere assure ne provenir que
de la Nature, par uneffetdela
Providence Divine,pour donner
àconnoistre par ces signes
les proprietez occultes des Creatures;
& que cela est si veritable,
que quand ces Pierres seroient
réduites en poudre, elles
ne laisseroientpasd'avoir la
mesme vertu, quoy que non pas lamesmefigure.Il passeensuite
legerement sur les Talismans,
donc le pouvoir a cessé avec le
pacte, quiestoit limité àun certain
temps,&dont si les effets
estoient naturels, ils feroient
continuez, tant que la matiere &
la figure feroient enétat,d'où
il infere que cette matiere &
cettefigure n'ayant reçeu aucune
altération, les esprits qui
présidoientà ce Simulachre, se
sont retirez au bout d'un certain
temps limité par le pacte, comme
le Talisman de plomb fondu
par un Caliphe d'Egypte, qui
chassoit autrefois les Crocodiles,
& qui n'a plus ce pouvoir.
Il dit enfin un mot des Talismans,
qui produisent souvent
des effets contraires à leurs figures
& aux vertus prétendues
simboliques, comme celuy qui
se voit en Arabie, qui est la figure
d'un Scorpion, lequel fait
mourir tous les Scorpions &
quelques autres semblables qu'il
rapporte; à quoy je croy qu'il
y auroit quelque chose à repliquer.
Le Chapitre 10. sur la
vanité de l'observation duPlanete,
ne contient qu'un simple
renvoy au 5. Livre de la Citéde
Dieu, 6e à deux autres endroits
des Ouvrages de S. Augustin,
& le Pere adjoûte, que quand
bien cesobservations astrales ne
seroient point mauvaises prises
en general, neantmoins celles
des Planetes pour faire desTalismans,
font condamnées par
la Faculté de Paris. Dans le
ChapitreII. il passesoussilence
la cinquième condition, prétendant
qu'elle est suffisamment
détruite par la précedente, 8c.
s'arreste à la derniere, qui est
cette recollectiond'esprit de
l'Ouvrier, qu'il combat&détruit
par la fausseté cydessus,
prouvée de la ressemblance des
figures des Astres imprimées sur
lesTalismans, à la veritable fi-
<?:re de ces mesmes Astres. Il
dét ruit aussi l'induction que l'Apologiftetire
dela comparaison
de
la
Femme grosse, qui imprime
les images des objets sur
le corps de son fruit. Le raisonnement
dont le Pere se sert en
cet endroit, seroit trop long à
rapporter entierement. Il suffit
de dire qu'il prouve que la Femme
engendre son semblable, &
que le Sculpteur en cet ouvrage
de ses mains, ne fait pas une generation
, puis qu'il faut que la
generation vienne d'une cause
univoque, que le terme produit
soit vivant, qu'il soit semblable
à son principe; ce qui n'est pas
entre la Beste gravée &leSculpteur;
que d'ailleurs l'Enfant
danslamatrice est une partie
d- :a M-ere, & un mesme corps
av.c CWIIJ quiluydonnelavie;
& quoy qu'après l'infusion de
l'ame, les Personnes soient diférentes,
toutefois les principes
de la nourriture, le fang, & les
humeurs qui entretiennent la
vie animale, procedent d'une
mesmesource, qui est.le corps
de la Mere,c'est pourquoyson
imagination a plus de facilité
d'imprimer les especes sur le
corps de son Enfant, que sur le
sien propre, pour deux raisons.
La premiere,parce que les membres
de l'Enfant à naistre, font
à peu pres comme de la cire
mole, &: ceux de la Mere presque
solides &: durs comme de
l'acier en comparaison. La seconde
raison, parce qu'il se fait
une plus grande abondance
d'humeurs & d'esprits sur l'Enfant
dans la matrice, que sur les
autres parties de la Mere, dont
il rend la raison, & conclud que
c'est donc par un principe naturel
de génération que la Femme
imprime les images de sa
fantaisie sur le corps de son Enfant,
ce qui ne se peut feulement
penser de la confection desTalismans.
Le Chapitre12.contient
la réfutation desAutheurs
citez par l'Apologiste. Le Pere
prétend prouver par S.Augustin
& par Picq de la Mirandole,
queTrismegiste, le plus Homme
de bien de tous ces Autheurs,
estoit neantmoins un insigne
Magicien. Il soûtient en
fuite,
que le Livre des Sceaux des Pierreries
n'est point de Salomon;
&que quand il en feroit, l'on
sçaitassez qu'il avoit perdu tei:
prit de Dieu par l'idolâtrie, &
que Josephe au 8. Livre des Antiquitez
Judaïques,,déclare nettement
que Salomon estoit adonné
à la Magie & aux Sciences
qui sontinspirées parle Déiiion
- Le Pere fortifie ce témoignage
deJosephe par ceux de
S. Gregoire le Grand, & du
docte Albert. Ildit que pour
ce dernier,il n'y a point d'apparence
qu'ayant condamné les
caracteres de Salomon, il approuve
ceux de l'Apologiste,
& qu'en effetil n'a jamais avoüé
que les Dieux tutelaires des
Payens, les Boucliers Romains,
les Sratuës fatales du Palladium
deTroye, fussent desTalismans
innoçens. Il demeure d'accord
que ce grandHomme dans l'examen
des Livresde ceux qui
ontécrit des Caractères & des
Figures astrales, en réfute plusieurs,
& en louë quelqu'un,
mais avec cette restriction, que
si ce- Livre contient des conditions
superstitieuses inconnuës,
Ildoit estre rejetté; tellement
qu'il a parlé de cette matiere
tres-sobrement,&que cependantil
ne laisse pasd'estreblâmé
par Gerson,d'avoir trop incliné
à la superstition en traitant des
Caracteres,& qu'il estdesavoüé
de tous les Théologiens en ce
point. Le Chapitre 13. eu: de
résolutions surleseffets desTalismans,
où aprèsl'objection que
ces effets font réels & non fantastiques
lePere répond, que
considérez en leurs matieres&
en leurs figures, ils n'ont aucun
effet au dessus de leur nature,
c'est à dire qu'un Talisman de
cuivre n'a point d'autres proprietez
que le cuivremesmes;
maisparcequ'ils font les lignes
d'unpacte avec le Démon
; que
de ces effets merveilleux opérez
par le Démon en veuë de ces
Simulacres, est venuë l'idolâtrie
& la défense que Dieu a faite
de faire des caractères ny aucune
représentation des choses
du Ciel; ce qui estant posé, la
résolution pour les effets des
Talismans, consiste à sçavoir
ce que peut le Démon, & comment
il produit les choses extraordinaires
en conséquence du
pade fait avec le Magicien;en
suite dequoy il traite cetteQuestion
par la science naturelle qui
est demeurée auDémon apres
sa chute,au moyen delaquelle
il a connoissance de toutes les
vertus favorables, & de toutes
les qualitez nuisibles des choses
naturelles; n'ignore point ce
qui peut émouvoir les passions,
èc incliner les affections, & appliquant
les ectifs aux passifs,
peut mettre en effet tout ce qui
est faisable par les Loix de la
Nature. Le 14. Chapitre est
des figures faintes & profanes
des anciensHébreux, & de celles
qui sont encore aujourd'huy
dans le Christianisme. Il commence
ce Chapitre parlasuspicion
que l'on doit avoir de
Tahel, Ragahel, & Tetel, Autheurs
qui ne font point avoüez
de ceux de leur Nation, & qu'ils
n'ayent esté de ceux dont parle
Elias Levita,qui faisoient des
caractères abominables, en tuãt
un Homme le premier nay de
sa Famille ; & que quand mesmes
ils auroient fait leurs figures
Talismaniques d'une maniere
moins noire & exécrable, elle
ne seroit pas pour cela moins
superstitieuse. Il adjoûte, que
parmy les Israëlites il y avoir des
Figures qui avoient des pouvoirs
merveilleux; mais qu'elles estoient
de deux façons, des divines
inspirées de Dieu, & des
magiques composées par l'inftinct
du Démon ; des Téraphins
divins & de diaboliques. Parmy
les premiers, il met ceux de la
privation desquels Osée menace
les Israëlites, & le Serpent d'airain
dressé par Moïse dans le
Desert; réfute l'objection des
Libertins, qui veulent que ce
ne fust qu'unTalisman naturel,
par la raison qu'il estoit directement
opposé aux regles des Talismans.
Parmy les Téraphins
mauvais, il met les Idoles que
Michasfitfondre, que Philon
Juif dit avoir esté trois Statuës -
dejeunes Garçons, trois de jeunesVeaux,
avec les figures d'un
Lion, d'un Aigle, d'un Dragon,
&d'une Colombe; que la Colombe
découvroit la fidélité ou
infidélité des Femmes; les Statuës
des Garçons avertissoient
les Parens dubien ou dumal
quefaisoient les Enfans,&c. Les
SimulacresdeLaban&le Veau
d'or que le Grand PrestreAaron
fit fondre à l'instance des Israëlites,
& le Simulachre queJeroboam
fit forger en Samarie, font
- aussimis par le Pere au nombre
des mauvais Téraphins. Il parle
en suite de plusieurs Images qui
font encore aujourd'huy en venération
aux Chrestiens,&qui
font miraculeuses, comme celle
qui se voit à Rome sur le Mouchoir
de Sainte Véronique; un
Portrait de N.Seigneur envoyé
par luy-même auRoyAbagarus,
selon de graves Autheurs citez
par Baronius; un Crucifix fait
par Nicodeme,approuvé par le
septiémeSynode,l'Imagede
N. Dame de Liesse; à quoy il
adjoûte les caractères& les expressions
de l'Image de J. Christ
en l'ame des Fidelles, qui font
quelquefois si vives, qu'elles rejallissent
au dehors & sur les
corps; par exemple, les Stigmates
en S.François &en Sainte
Catherine de Sienne; & les figures
de la Croix & autres Instrumens
de la Passion, au coeur
de Sainte Catherine de Montefalco.
Enfin repétant les belles'
paroles de l'Apologiste touchant
les deux divins Talismans,
la Croix & le Nom deJesus dont
ille louë, il s'en sert pour prouver
d'autant plus que les Talismans
des Magiciens font inutiles
; & apres quelques beaux
traits tirez des Peres enrapporte
deux pris de l'Histoire
Ecclesiastique, l'undeThéophileEvesqued'Alexandrie,
qui
muny du Signe de la Croi &
par l'invocation duNom dejesus,
chassaunEsprit malin renfermé
dans une StatuëTalismanique
,&l'autre,deS.Procope,
qui en renversa trente par les
mesmes armes. Le surplus du
Livre, & la conclusion de l'Autheur,
ne fournissent pas de matiere
à cet Extrait, que je voudrois
avoir pû faire plus court.
i"
Voicyce quej'ay reçeu d'Explications
sur les Enigmes proposées
dans le Mercure de Mars. Vota
vous souviendrez, s'ilvousplaist,
qu'elles avoientestéfaitessurl'Ecriturc
& la Pluye.
A MADAME
LA DAUPHINE
SONNET.
L I. A Plume, le Papier, le Tinccau,
l'Ecriture,
Nepourrontjamaispeindre à la Tofterité
Laprudence,l'ejfrrit, les graces, U
beauté,
7)ont"'ON4 sçeut en naissantpartager
la Nature.
Pourenveniràbout, ma Muse à la
torture, -
Apres avoir longtemps vainement
médité,
Vient s'accuser icy desatemérité,
D'avoirosétenter d'enfaire lapeift*
turc.
L'Histoire qui travailleà ne point
oublier
Ce que devous par tout elleentend
publier,
A peine ébaucher* ce Portraitmagnifique.
DELACOVLDRE,deCaën.
I IL n'estpoint de dangers que mon
amour n'essuye,
Pourconvaincre Philis de mafidelité.
En touslieux, en tout temps,Automne,
Hyver,Eté,
Pour elle avecplaisir je mexposeà
la Pluye.
Les Reclus deS.Leu d'Amiens.
p 111. Ourquoy tQlM ces Espritssublimes
S'épuiserpour chercher desrimes?
Pourquoy l'Orateur déclamer?
Pourquoy, dit-je, vouloir charmer
Les Auditeurs de leurs beauxstyles?
Leurs travaux au Public devidroient
inutiles;
Etleursingénieuxefforts
Demeurantsansforme &sanscorps,
Seroient de peu deprix à la7(acefuture,
Sans lesecoursde l'Ecriture.
HVGODE GOVRNAY.
D IV. Es qu'une Enigme,Iris,paroist
devantvosyeux,
Vostreesprit aussitost enconnoist la
nature, Et je ne doute pas que du dernier
Mercure
Vous n'ayez devinéles MIIN.
Pourmoyjevous diray,sansqueje m,-.
consume
Achercher avec soin leursens mistérieux,
tgjfon voit l'unetomber des Cieux,
Quand l'autre estau bout de ma
plume.
Maisdepeur que l'expression
Nevousparoissetropobscure,
Des Enigmes en question,
L 'une estla Pluye, &l'autre l'Ecriture.
DE GRAMMONT, de Richelieu.
V. sVrl'EnigmeduMoisjenesçaurois
manquer;
Etsil'on veut me lepermettre,
Je Yd-y surle champl'expliquer,
Car on la trouveà chaque lettre.
LE CLERC DE BVSSY.
VI.
DAns ceMois où Dame Nature
Prend unenouvellefigure,
Ce n'estpasPhébusseulquiluy rend
ses attraits,
La Pluye apart à ce mystere;
Etsile Cielparlà n'humectoit nos
guérets,
Dame Nature auroitgrandpeine à
plaire.
LE P. LA TOVRNELLE.
D VII. Aphnédontvous estes charmée,
El',"its-'YONd,si,.t nr¡;",ée,
Et nefait rien qu'éternuer.
Ie jureparsabellebouche,
Quesonmalfortement me tOltCb.
Dites-luy, s'ilvousplaist, sans rien
diminuer,
chaquefoisqu'elleéternuë,
lefaispour elleautantdevoeux
.qtjeformeroient de mots d'Ecriture
menuë
En deuxmilleanscinq Boeufs diligens
(Y nerveux,
Avec leSocd'uneCharruë.
VIGNIER,de Richelieu.
VIII. LE beau tempsplaist toûjours,
On aime les btaux jours;
Et les Ti.ergr,,s»Cg, les Bergeres
Dans leurs propresajustemens,
Font leurs delices les Plmf cheres
De mer/-*çer ces doux momens:
Ji'ais voicy ce qui les ennuye,
Et cjtii leur semble rigoureux;
C'estquandleurs desseins amoureux
Sontdéconcerte^par la Pluye.
HVGO deGovrnay.
IX. AGreable & charmant Mercure,
Faites,sivous pON"'e'{,It'dllr.
De vosdeux Enigmesdu Mois.
Comme j'en écriyok les Vers au coin
d'unBois,
Par une subite avanture,
La Pluye en asur l'heure effacél'Ecriture.
Les Reclus de S.Leu d'Amiens.
J X.
E ltliffi auxEcrivainsfameux
Ajugersainementde l'Enigme nO/lvelle,
Etjecroyquel'Autheurdoit tout
esperer d'eux,
Car l'Ecriture en est tres belle.
FREDINIE,de Pontoise.
XI.
DAphuisdisoitàsa
TAiiw,
Ma Chere, tirons-nous, ilesttemps que
l'on fuye,
Nonpasqu'avecvous il m'ennuye,
Maispourvousconservervosvestemens
jolis.
le les trouvesi beaux,sibienfaits,
sipolis,
Que je crains que le Cielplus noir que
delasuye,
Et cette Enigme que je lis,
Ne nous donnent enfin une soudaine
Pluye.
RAVLT, de Roüen.
XII. pOnt vouspeindre au naturel
Ce que d'un Hyver cruel
Asouffertde nos Champs la brillante
parure, Ilfaut avoirrecours, Iris, à l'Ecriture,
Car la riante verdure
Ne laijje rien voir de tel.
LEP.LATOVRNELLE
XIII. Dutemps queJupiter transformoit
fdfere,
Pourjoüir en secretde Jè-s tendres
amours,
S'il se fusst aviséd'inventer l'Ecriture,
Elle eut estésouventpourluy d'ungrnd
secours.
Ali lieu dese servir deson pouvoir
supréme,
Une Lettre adressée aux LieUes'lu'il
aimoit,
Leur eut appris l'ardeur extrême
Dufeu divin qui l'enflâmoit.
Mercure auroit esté le Messager fidelle
gui leur eutpûportercette aimable
nouyesse,
Etsans employer l'or, Ddndt, dans
saTour
Ëuftjçeu de Jupiter la violente amour,
guetteeusire'compenfépeut-estre
Par undoux tendre retour.
L'apparence enestfortequi convoit
laCour,
S'apperçoitassezchasse jour
Parmillerendez-vousquefaitprtndreune
Lettre,
Qu'onénetra laPluye, unBillety
pénètre.
LA LORRAINE, qui n'e-st
plus Espagnolete.
XIV.
QVe cette Enigme, Iris, a de Cbltrmespourmoy!
Sivousvoulezsçavoirpourquoy,
Ecoutezce que je vay dire.
Lors quej'ay le bonheur de vous "foir en
ces lieux,
Messoûpirs, malangue,~mesyeux,
Vouspmeigneantdtetmfonrcoeturil'agreable
Maisdésquelabeautédes Champs
Vousattire tous les Printemps,
Et queparune Loy trop dure
lé me voisobligé derester à Càj]if,
Que deyiendrofs-je,btïïe ïriit
Sans le secours de l'Ecriture?
DALMAS, Conseiller du Roy,
à Cassis en Provence.
U XIV. JV Amantqui posté la nuit err
sentinelle,
EfîmoiiiHéd'importance, attendant
qu'onl'appelle
Pour voir le cher Objetqui le tientsous
sis Loix,
Pfil,. luy-mesme comprendl'Enigme de
ce MON;
Car dés lemoment qu'ils'essue,
Ilpeut crierà haute voix,
JToila le triste état où maréduit la
Pluye.
Les Nouveaux Académiciens
de Beauvais.
p XVI. Hilis,pour destinerl'Enigme du
Mercure, Ilnefautpas tant defaçon.
Faites-enseulement unesimplelecture,
Arrestez-tousà l'Ecriture, ,
Etsans chercherplus loin, vousen aYeç
le nom.
Les mesmes.
SUR LESQUESTIONS
du dernier Extraordinaire.
I. QUESTION. LEs deux Amans que vous
proposez, Monsieur, fembont
également malheureux,
puis que tous deux perdent Tempérance,
qui estlanouriturede
l'amour. Neantmoins celuy qui
voit tous les jours sa Maîtresse
dont il est hay, me paroist le
plus à plaindre, parce que la
froideur continuelle qu'elle a
pour luy redouble à tous momens
son suplice, au lieu que
l'autre est quelquefois soulagé
dans ses peines par la douceur
de sçavoir qu'il possede le coeur
de sa Belle. Si la distance des
lieux ne luy permet pas d'en
espérer un bien plus solide, comme
il peut s'entretenir avec elle
par les effets secrets de la sympathie,
&: que l'effort de rllnagination
la luy rend par tout
presente, il ne doit se plaindre
que de la rigueur de la Destinée
qui les sépare, quand l'amour
lesaunis,maisceluy quicft ha y,
est blessé à tous momens par la
présence de la Personne, semblable
à cet infortuné de la Fable
, dont la fois est irritée par
les eaux qui font auprès deluy,
sans qu'il en puisse estre soulagé.
Les maux présens font toujours
les plus sensibles, & l'on peut
plus aisément éloigner ceux qui
neseprésententque dans nostre
idée.
II. QUESTION.
J"AY appris par une longue expérience,
que l'on peut aimer
sans estre aimé, &que l'amour
consiste plus dans nostre imagination
que dans le concours
des volontez. Ainsije ne doute
point qu'on n'aime souventavec.
une très-forte passion, quoy
qu'on ne puisse réussir à se faire
aimer. La raison est, que nos
amitiez estant imparfaites, n'ont
presque jamais pour objet que
l'amour propre, & que quand
nous prenons de l'attachement
pour quelque Belle, c'est moins
dans la veuë de rendre justiceà
ion mérite, que dans le dessein
de nous satisfaire. En effet, nous
aimons qnelquefois avec passion
des choses inanimées, qui font
incapables de répondre à nos
desirs, êc il semble que ce foit
assez pour aimer une chose que
nous desirons, de la posseder
sans qu'il soit besoin qu'elle
nous possedeelle-même. Neant-,
moins si. l'on considere l'amour
de la mesme maniere que les Philofophes,
qui disent qu'il est une
alienation êc un transport dans
l'Objet qu'on aime, ilfautqu'il
se raHe un retour du mesme
coeur qui est aimé dans celuy
qui s'est uny à luy. Les chaînes
qui attachent les Amans, les doivent
lier aussi étroitement l'un
quel'autre;&ellesseraient imparfaites,
si les noeuds n'en eftoient
pas égaux.
III. QUESTION. L'On a toûjours proposé
l'absence comme un remede
souverain pour diminuer
insensiblement un amour qui a
étably son empire dans un coe rneantmoins
cette maxime n'est
pas infaillible, & l'on reconnoi st
quelquefois que l'éloignement
efface les defauts qui nous rebutoient
lorsqu'ils estoient présens
à nos yeux. Noussoûpirons
souvent pour un bien que nous
ne pouvons posseder qu'avec de
tres-grandes peines; au lieu que
nous négligeons un Objet qui
est proche de nous,& dont la
conqueste nous est facile. Combien
s'en trouve-t-ilqui méprifent
lesmerveilles qui font dans
leur Pais, pour en chercher de
moins estimables dans des Climats
étrangers? Il en est de mesme
de ceux qui se distinguent
par leurs belles actions, ou par
leurs ouvrages.Jamais on ne
leur accorde chez eux la justice
qu'onleur rend ailleurs,&au lieu
de les admirer, l'on combat toûjours
leur réputation par ce qui
est en eux de plus foible. Disons
donc que l'absence d'une Maîtresse,
d'une Femme,ou de toute
autre Personne avec qui nous
avons eu quelque correspondance
d'amitié, nous la fait desirer
davantage. La mort mesme
qui est une absence eternelle,
nous inspire une nouvelle estime
pour ceux dont pendant leur vie
nous avions à peine examine le
mérite.
IV. QUESTION. cEux qui font attachez aux
plaisirs corporels,mettront
leur principalesatisfaction dans
le toucher,legoust, ou l'odoratmais
ceux qui considerent les
sens extérieurs par raport à l'ame,
estimeront davantage la
veuë & l'oüye. Ces deux facultez
font si excellentes, que nous
n'en pouvons rien dire qui réponde
à la dignité du sujet. Elles
font les fenenstres de l'ame, & ce
n'est que par leur moyen que les
Sciences luy font comuniquées,
&qu'elle peut se former les idées
de toutes seschoses spirituelles
& corporelles. La vie de l'Homme
n'est qu'une langueur &une
misere continuelle, quand il est
privé de l'un ou de l'autre de ces
organes., qui contribuënt d'un
commun accord à sa satisfacMon
: de telle maniere qu'il a
de la peine à reconnoistre lequel
des deux a l'avantage dans le
combat qu'ils ont pour se rendre
utiles & agreables à son esprit.
Neantmoins la plupart
donnent le prix à l'oeil, à cause
de sa grande vivacité, de la structuremerveilleusedeses
parties,
& de la matiere subtile dont elles
font composées; Sa figure
represente celle du Soleil ou des
Astres, qui font les yeux de la
nuit. Ilsemblemesme que tout
l'espritde l'Homme estdans ses
yeux, ou du moins ce font des
Miroirs qui font connoistre ses
vertus &les vices. C'est par leur
moyen que l'ame conçoit tous
les objets, & que l'amour qui
domine sur tout le monde, s'insinuë
jusques dans le fond des
coeurs. L'expérience nous apprend
aussi tous les jours que les
choses que l'on aveuës font plus
d'impression dans l'esprit que
celles qui passent par les oreilles
; &: s'il est plus fâcheux d'entendre
que de voir une chose
qui nous déplaift, il est aussi plus
doux de voir une chose agreable,
que d'en entendre le recit,
parce que les yeux de l'esprit se
portent plus volontiers aux objets
de la veuë,qu'à ceux de
l'oiiye, qui ne sont qu'un Ton
qui se dissipe dans l'air. C'est
pour ce sujet que les Juges ont
plus d'égard à un seul Témoin
qui parle suivant la foy de ses
yeux, qu'à dix autres qui né font.
fondez que sur celle de leurs
oreilles, ou sur le raport d'autruy.
Toutefois il me semble,
nonobstant tous ces avant ges
delaveuë, quel'oüye en a d'autres
qui emportent la Balance.
Silaveuë est quelquefois l'interprete
des coeurs par les signes
que l'amour fait comprendre
aux seuls Amans, on peut dire
que l'oüye est le langage ordinaire
des esprits, par le moyen
duquel ils s'instruisent les uns
les autres dans les Sciences les
plus-relevées. Cette seule faculté
est capablederecevoir les
divines revélations; autrement
la Foy est sans mérite, lors quelle
veut appeller à son secours
les yeux de l'esprit ou du corps.
Adjoûtons que nous ne sommes
pas moins charmez parles oreilles
dans les Concerts de Muuque,
&lors que nous entendons
de beaux discours, queparles
plus beaux objets qui se présentent
à nos yeux. Dans les spéctacles
agreables, les oreilles ont
la principale occupation; &l'action
de l'Orateur que nous
voyons, ne sçauroit nous émouvoir,
lors que l'éloignement nous
empesche de l'entendre. Nous
remarquons aussi que la veuë des
plus rares beautez est imparfaite,
& que nous en devons suspendre
nostrejugelent,jusqu'à
ce que nous les ayons entenduës,
parce qu'elles ne font
quelquefois que des Statuësinanimées;
&au contraire,nesommes-
nous pas enlevez sans resistance,
quand nous entendons
chater agreablement celle dont
la veuë n'avoir causé qu'une legere
atteinte dans nostre coeur?
BOICERVOISE, de Beauvais
DE LA SYMPATHIE,
(& de l'Antipathie des
corps.-
QUoy qu'il n'y ait rien de
plus commun chez les
Autheurs que les noms d1e s-ympathie,
& d'Antipathie; cependant
il n'y a rien, dont la cause
nous soit moins connuë. La définition
qu'on nous en donne,
n'explique ny leur nature,ny
leurs effets. On dit que la Sympathie
est une convenance mutuelle
, que certains Corps ont
les uns avec les autres, & l'Antipathie
une contrariété reciproque
de ces mesmes Corps; mais
on ne dit point ce que c'estque
cette convenance, &cette contrarieté,
ny commentelles produssent
les effets qu'on leurattribuë.
C'est donc en vain qu'on
nous apporte pour raison de la
Sympathie & de l'Antipathie,
ce raport, & cette contrarieté
prétenduë. Il faudroit qu'on
nous en donnast une idée claire,
& distincte, & qu'on nous apprist
de quellefaçon l'un &: l'autre
agit. Mais comme la Philosophie
de l'Ecole n'a rien qui
puisse nous éclaircir sur cette
matiere, consultons quelques
sçavans Hommes de ce siecle, &
méditons sérieusement avec eux
sur les diférens effets de la Sympathie,
& de l'Antipathie, dans
les sujets où elles se trouvent.
Un des effets les plus furprenans
de la Sympathie, & de
l'Antipathie, est qu'en voyant
deux Personnes inconnuës, on
ressente aussitot pour elles des,
passions diférentes, de L'amour
pour l'une,&de l'aversion pour
l'autre.Ilseroit difficile de rendre,
raison de ces divers sentimens,
si l'on ne s'attachoit particuliement
à connoistre la maniere,
dont les objets agissent sur les
organes de la veuë, & des autres
sens, comment cette action passe
au cerveau, & de là au coeur,
& de quelle façon l'impression
queles objets font sur le coeur,
se communique à l'ame.
Il n'y a point de Corps,dont il
ne sorte continuellement une
quantité de petites parties infenfibles,
leqquelles se trouvant emportées
vers la rétine, la frapentd'une
certaine manière, 8c
impriment un certain mouvement
aux esprits qui y font contenus.
Cette agitation se continuëjusqu'au
cerveau,& donne à
l'ame une idée de l'objet. L'ame
pousse en mesme temps les esprits
vers le coeur,&y fait une.
telle ou telle impression, suivant
que l'idée est agreable,ou fâcheufe.
Cette impression retournant
ensuite vers l'ame, cause
des sentimens d'amour ou d'aversion.
,
S'il arrive donc que les partiricules
insensibles,ou les esprits
qui découlent des yeux, de la
bouche, du visage, & des autres
parties du corps d'une Personne,
remuent doucement la rétine,
le mouvement secommunique
aussitost au cerveau, & représente
à l'ame une idée agreable
de l'objet; l'ame détermine en
mesme temps les esprits à couler
en abondance vers le coeur, & à
y faire une impression,qui retournant
vers elle, inspire del'amour.
S'il setrouve au contraire que
ces particules agitent rudement
larétine, l'idéequel'amereçoit
de l'objet, est desagreable; &
les esprits, qu'elle pousse dans
ce moment vers le coeur, y font
une impression fâcheuse, qui se
communiquant ensuite à elle,
fait que l'on a de l'aversion pour
cette Personne.
<
Commeles organes de la veuë
ne
ne font pas disposez de la mesme
maniere dans toutes fortes de
Personnes, l'impression que les
objets font dessus est diférente.
C'est ce qui faitqu'une mesme
Personneest agreable à quelques
- uns, & insuportable aux
autres. Quand les esprits qui
partent de ses yeux, & de son
visage, font mûs&figurez d'une
maniere à remüer doucement
les nerfs optiques,ilsfont naistre
de l'amour pour elle, mais ils
causent de l'aversion lors que
leur figure & leur mouvement
n'ont aucun raport avec la structure
de ces nerfs.
S'il se rencontre quelquefois
une mesme disposition d'organes
dans deux Personnes, & que
les esprits qui émanent de toutes
deux, frapent les nerfsoptiques
d'une maniere conforme àleur
structure, elles conçoivent de
l'amour l'une pour l'autre,lequel
ne cesse,que lors que la
dispostion des organeschange,
ou quelesesprits quidécoulent
deleurs corps nesontplus mus
ny figurez, comme ilsestoient
auparavant. Elles ont aussi de
l'aversion une pour l'autre,
quand la structure des nerfs est
diférente, &quelesesprits qui
sortent de leurs yeux, &c. font
d'une nature contraire à la disposition
des organes.
On pourroit expliquer à peu
prèsdelamesmesortela Sympathie,&
l'Antipathie, qui se trouvedans
les Animaux, en attribuant
à l'âme sensitive les me
mes fonctions,qu'à laraisonnable
danslesHommes. b
Nousne remarquons pas
moinsd'effetsdelaSympathie
&del'AntipathiedanslesPlantes,
que dans les Animaux. On a
de tout temps admirel'amitié
des Palmes,& l'inimitié de la
OVignne&duChou. dit que les Palmesfemelles
ont tant d'amour pour les
mâles, qu'elles sontlanguissantes&
steriles, quand elles en font
éloignéés,& ne poussent des
fleurs & des fruitsque lors qu'on
les en approche. Elles se lient,
.& s'entrelassent pour lors si fortement
les unes dans les autres,
qu'ondiroit qu'elles s'embras-
»ieroienr,de la maniere du monde
la plus tendre. Cet effet est d'autant
plus surprenant,que les Palmes
femelles deviennent fécondes
presqu'en mesme temps,
qu'elles font approchées des
mâles; mais elles perdent bientost
leurs fleurs, leurs fruits,
quand on les en éloigne.
Quoy que cet effet surprenne
beaucoup, & qu'il paroisse
mesme difficile à expliquer, cependant
il estaisédeconnoistre
comment il se fait. Quelques
Naturelistes ontobservé que les
Palmesfemelles avoient peu de
suc,&que les mâlesen ontune
grande quantité, parce que leurs
pores font plus ouverts, & en
plus grand nombre, que ceux
des femelles, & qu'ils tirent
par conséquent davantage de
suc & de nourriture de la terre
Ainsi il ne faut pas s'etonner si
les Palmes femelles, qui font
toûjourslanguissantes&steriles,
quand elles font éloignées des
mâles, deviennent florissantes
& fécondes, lors qu'on lesenap,. proche, parce qu'elles en tirent
du suc en abondance, car les
mâles en ont tant,qu'il en émane
continuellement une infinité
de particules, lesquelles rencontrant
dans les femelles des poresde
leur mesme figure, yentrent
enmesme-temps, & les rendent
fécondes; mais leurs fleurs se
fanent, & leurs fruits tombent
bien-tost,quand on les écartes
des mâles, parce qu'elles n'en
tirent plus de suc &: de nourriture,
&qu'elles n'en ont point
assez d'elles-mesmes pour les entretenir.
Pour ce qui estdel'inimitiéque
l'on remarque entre la Vigne,&
leChou, c'est un pur effet de la
diversitédeleurs pores,& de la.
figuredifférentedescorpuscules
qui en sortent; carles atomes
qui partentdu Ghou,estantfigurez
d'uneautre façon que
ceux qui font dansla Vigne, ne
sçauroient s'infirmer dans les
pores de cette Plante sans en
changer la disposïtion;de sorte
quelesucde laterre, quisecribloitau
travers, ne paireplussi
pur ny. si conformeàlanature de
tl., Plantequ'ilpassoit auparavant,
ce qui fait qu'elle se fléatript,
&rseesde.ssechepeude temps * ;, LesAnimaux3e les Plantes,
îié&nr pas feules à ressentirles
etf$i.Jie:jla..Sympathie ôç de
l'Antipathie;les Pierres, & les
Métauxn'ysont pas moinssujets.
Nousvoyons que l'Aiman
attire le Fer
, & que le
Theamedes lerepousse; que le
Vif-argent s'amalgame avec
l'Or, &ne peuts'uniravec 1$
Cuivre.
Quoy qu'il foit difficile d'expliquerla
maniere dont l'Aiman
attire le Fer, il est certain neanmoins
que cette attraction ne se
fait que parce que leurs pores
fontdisposezàpeu pres d'une
mesme façon, & que les corpuscules
qui découlent de l'Aiman,
quoy qu'ils soient plus
petits que ceux du Fer,font
pourtantfigurez de la mesme
sorte,, L'on tire souventaussi du
Fer des Mines d'Aiman,& l'on
faitaisément de l'Acier de cette
Pierre. Toutesfois on pourroit
croire que les atomes qui partent
de l'Aiman, rencontrant
dans le Fer des pores de leur
mesme figure,y entrent aussitost,
& agitent si violemment ceux
de ce métal, qu'ils les poussent
dehors avec force, & que ces
atomes, qui sortent en abondanceduFer&
se meuvent vers
l'Aiman, l'entraînent avec eux,
& l'approchent de cette Pierre.
Si 1leTheamedes repoussele
Fer, c'est que ladisposition de
leurs pores estdiférente, &que
les particules qui émanent sans
celle du Theamedes,sont d'une
figure opposée à la structure des
pores du Fer; car ces petits
corps trouvant de la résistance
dans les pores du Fer, & ne pouvant
y entrer quelque violence
qu'ils fassent, ces petits corps,
dis-je,le repoussent &l'écartent.
Il arrive de mesme que le Vifargents'unit
avec l'Or, parce
qu'ilytrouve des pores conformes
à la figure de ses parties;
mais il ne peut s'unir avec le
Cuivre, parce que les pores ne
sontpas disposez d'une maniere
à recevoir les parties de ce Mineral.
Il seroit inutile de raporterdavantage
d'exemples de la
Sympathie,&de l'Antipathie..
Il est aisé par ce que je viens de
dire de connoistre leur nature,&
d'explique r leurs effets.LaSympathie
n'est donc autre chose
qu'une certaine proportion ou
conformité, qui se trouve dans
la structuredes parties,dans
lafigure des atomes quisortent
de deuxcorps. L'Antipathieau
contraire est une disproportion
de la structuredeleurs parties,&
une disposition diférente des
corpusculesqui endécoulent.
LE PHILOSOPHE INCONNU,
deCoutances.
L'EPERVIER
ET LE ROSSIGNOL.
FABLE.
DAns l'épaisseur d'unBocage, r" Eperviergenéreux,
D'un Rossignol amoureux,
Ecoutoit le doux ramage,
Lors qu'on Oyseau depassage
Vint l'enleveràsesyeux.
A cet objet odieux,
L' Epervier tout furieux
Vole, Cg-fondcommeunorage,
Surl'Oyseaufier cg>,f,dde,
Etdelivre desa rage
Le T^ofpgnot malheureux*
Vous m'avez fauvé la vie,
Cette grace est infinie,
f.uy dit cepetitflateur;
Mais, mon cher Libérateur,
j'ay de la reconnoissance,
Et par mon obeïssance,
Vousjugerezdemon coeur.
J'ay pitié de la langueur
De l'Innocent misérable,
Luy répondit VEpevyier3
Et i~.ne.zp~uis l'oublier
Dans le malheur qui l'accable;
Maisaulieu de secourir
Un Ingratlâche&coupable,
Je pourrois luyvoirsouffrir.
Le malle plus effroyable,
Et m'en faire un doux plaisir,
Saperte m'est agreable.
Apres ces mots, ilse tut.
CertainOyseleurparut,
Qui deglüetspour les prendre
Couvrit le bordd'un TfjtiJifau^.
Etpuis derriere un Ormeau
Aussitostils'aÏÏÀ rendre.
Vnpauvre petit j^/fcineoeu*
.z.r.:pouvantplussedéfendre
D'aller boire de cette eau,
Futpris,fep? entendre
Tarde: cris forts zjy pe.'ç.îns,
L' Eptryier à ces accent
S' agite, V 0le, & s' tt)"¡-;¡:ce
Jrenle !ie;::e¿':l.:g:f'H.,
Dans la ¡:dI' impatience
1?ej1t<>\*erunAltlheureux.
Mais il sesent pris luy mesme,
Etdans sadouleur extréme
Il voit chanterpres de luy
Celuy peiil"vient desoustraire
Aux mains ¿'¡PZ rude Ad)'erj:tire
Et dont ilsejlfs.it l'appuy.
Quoy, dit-il d'untonsevere,
Tu te ris demamifere,
Traistre, & tu medois le jour?
jMars EQyfleur de retour,
Luy faitchangtrd:l^rgagey
Et le met d.!nj [fi;'; Cage.
L'Epervierprudent KS^fage->
Qui n'attendoit que la mort,
Croitjoüir d'un heureuxsort,
Dans celuy de l'Esclavage.
Ensuiteilvient à penser
ilpeutsansbeaucoupdepeint
CouperleBois qui legesne,
Le défaire, ou l'enfoncer.
De la Cage, en cette *icuk\
Tous les 7i410ns ilremuë,
Etfaittantparsesefforts,
Qu'il en oste un desaplace.
Aussitostparcet espace
Ilfuit, &voledehors.
L'ingratitude cruelle ;
7)11 Rossignolinfidelle,
Qui de l'éclatdesavoix
Fait résonnertout le Bois,
A la vengeance appelle.
Ill'atteint,&d'un coup d'aile
Le renversanttoutfroissé;
Qui l'auroit jamais pensé,
'ZJit-;t,Amecriminelle?
En quoy t'avois-jeoffencé?
LeRossignol qui chancelle, .j.}'
Interdit,triste,&confus,
Luy répond, Je n'en puis plus,
Pardonnez-moyje vousprie;
Et si jamaisjem'oublie,
partout,jetic publie
Vostre courage & vos faits,
Ne me p.:udonne:z.jamais.
LJipervieraquelque fN¡e'
De luyredonner lavie,
g^andilforge& la douceur
*2 efayoix'incomparable; -
Mais aussitostla noirceur
Deson crime 'f.()tl"dn'db!,
Changecepremierdessein,
Il devient inexorable,-
Et d'une (YRclie main
Déchirant ce Misérable;
Jamais,dit-il, desIngrats
Le repentir n'est sincere;
Indignes dela lumiere,
Ils méritent le trépas,
Et négliger lesuplice
De leur infidélité,
C'est faireune lâcheté,
Donner cours àla malice,
Et commettre:uneinjustice
Par unexcés debonté.
SIGVINIERE-POIGNANT,
Jem'acquitedelapromesse queje
vous ayfaite dans ma Lettre du dernier
Mois, de vous envoyer les deux
autres Faces du Palais de Madrid,
dontvous avez, déja veulapremiere,
qui est celle de l'entrée. Voicy une
Veuë du mesmePalais du costé qui
regarde laCasa del Campo. Si
vous avez envie de connoistre cette
Casa del Campo ,je vous diray
que c'estcomme une Maison de Campagne
,
où efila Ménagerie du Roy.
Elle estfort décheuë depuisqu'on a
bafiy El Buen-Retiro, maison
attvuercofitopnûpeeundfaeire un tres-beau Lieu
dépense, parce que
les Arbres yviennentfortbien. Il
y en a d'assez beaux autour d'un
grand Estang, & dans le Jardin.
Ce jardin a pour principal ornement
une Statuë de Bronze, où le
Boy Philippe IV. est IlJflZ bien re.
présenté à cheval.
SI L'AMOVR DIMINVE
plutost par les rigueurs
d'une Belle ,que par les
faveurs. QUelle Question,Monsieur
4 qu'il seroit d'une dangereuse
conséquence que le
Mercure s'accoûtumast à en
proposer de pareilles?Quoy!
vous apprenez aux Belles qu'il y alieu de douter siles Amans
qu'elles favorisent aiment plus
iquleles Amansméris4ez?Qnd seroitvray - que la chose pustestremiseenbalance
;
seroitceune
verité bonne à. dire?
OUy, je veux qu'il soit plus
aisé d'aimer, & qu'on aime
plus fortement apresdes rigueurs
qu'apres des faveurs;
ce font des misteresqueleMercure
Galantne doit jamais réveler.
- Où les secrets de l'amour
seront-ils en sûreté, si
cen'est dans le Mercure? Si les
Belles estoient une fois persuadéesque
les rigueurs fortifient
latendresse, jugez un peuquel
usageelles feroient de cette maxime.
Empéchons-les, autant
qu'ilse pourra,de prendregoust
àcettemaniere de se faire aimer..
Ilyva trop de l'interest commun
de tous les Amans; iiiiiis-il'
jji'est pas necessaire de leur déguiserla
verité. Il n'y a rien de
plus souverainque les faveurs
pourentretenirl'amour, rien de
plus infaillible pourle faire finir
que les rigueurs. Quel Amant
est-ce qu'unAmant maltraité?
Cen'estqu'un Captif involontaire.
Sa raison épie toujours le
moment de mettre le coeur en
liberté, & on peut dire que la
moitié de ces Amans n'aime
point. Toutesles rigueurs de la
Belle font autant d'armes quelle
fournit contre ellemesme; car
si l'Amant maltraité fait son devoir,
il n'y ena pas unequ'il ne
doive mettre à profit,& employer
utilement pour sa guerison.
Et sepeut-ilqu'il n'yait
enfinquelques rigueurs qui produisent
l'effet qu'on leur demande
? Se peut-il que le coeur
aspire toûjours à estre délivréde
sa captivité, que la raison y travaille
toûjours, & que cela n'arrive
jamais ? De plus, un Amant,
maltraité est un calomniateur
perpetuel du mérite de sa Maîtresse.
Il tâche sans cesse de l'affoibliràses
yeux. Ilneveutpas
connoistre ce que vautun bien
qu'il ne sçauroit posseder. Il se
le figure d'un prix beaucoup
-, moindre qu'iln'est, pour sevanger,
& se consoler enmesme
temps de ce qu'il en est privé.
Jugez, Moniteur, s'il y a bien
des personnes qui puissent soutenir
cetteespece de critique, de:
navroei,rmtaoîutjroeurs beaucoupde méles
effortsqu'onfait
pourse le cacher. Mais quand
cela pourroit estre,voyez un peu
quel plaisir pour une Belle, que
de sçavoir que son Amant luy
oste de sa beauté autant qu'il
peut, & qu'elle n'a pas la moindre
irrégularité de traits, qu'il
n'étudie exactement, 8c qu'il ne
tâche à se faire valoir à luymesme
? Jettez les yeuxau contrairesurun
Amant aimé. Tout
aime en luy, & sa raison & son
coeur.Il aime, & veut aimer. Il est vray que les passions font
d'ordinaire indépendantes de
la volonté; mais celles de ce carectere
font sujetes à ne durer
pas, & quandlavolontéaideun
P--Li aux p assions à se soutenir,
toutn'en va que mieux. Toutes
lés faveurs qne reçoivent les
Amans, leur justifientl'engageimentoùils
sontentrez. L'inte- vSdeleurtendresse,ècmefnse -uc'uy-d'tuipeu de vanité quise
mcfle presque toujoursà cette
tendressè,fait qu'ilsnecherchét
qu'à. releverle prix de ce qu'ils
polîcdenr,&une Bellepeut se
stâter qu'elle est encorplusbelle
dansl'imagination d'un Amant
arme, qu'elle ne l'est en elle
mesme. Que me répondra-t-on
à-tour cela? Que l'amour cesse
dés qu'il nedesireplus?N'ayons
pas une simauvaise opinion de
l'amour. Croyons qu'ilestassez
[age pour joüir avec plaisir de
ce qifitadéfiréiplutoflque de
le croire lnz fou pour desirer
jtoaûjmoursaciesq*u'il n'obtiendroit
DE LAPIERRE
PHILOSOPHALE.
LA PierrePhilosophale,ou
MedecineUniverselle, ne
le peut apprendre par lalecture
des Livres,d'autantque les Autheurs
affectent de cacher le
principal de la Science par des
discours inventez qui ne s'expliquent
pas comme des Enigmes;
maisla conquestede cette Toison
d'or estaiséeàfaire avec un
peu d'adresse & de raisonnement.
Pouryparvenir,ilfaut considérer
que toutes choses praviennent
d'une mesme matiere,
puis que l'on voit par la résolution
& décomposition de tous
les corps mixtes, qu'ilsfont formez
des mesmes corps simples,
qui par ladiversité de leur assemblage,
donnent des qualitez
diférentes à tout ce qu'ils produisent.
Cettematiere peutestre dans
son origine un esprit celeste, universes,
aérien
, ou autre chose,
comme il plaira à un chacun
d'en avoir l'idée, mais présuposé
que ce foit un esprit, il
faut qu'il foit revétu d'un corps
pour estre capable de genératron.
Aussi voit-on qu'un esprit
seul est toujours volatil,& fugidfa
la moindre chaleur. Cependant
il cftr/éccilarre quela
matiere
matiere de laquelle toutes choses
font engendrées, ait un corps
qui soit en puissance de donner
la viesensitive, vegétative, &
minérale. Il faut donc que cet
esprit se corporifie en quelque
lieu, & ce ne peut estre que dans
les entrailles de la Mereuniverselle,
qui est la terre, d'où l'on
voit que toutes choies ont leur
naissance.
De quelque maniere que ce
soir, la matiere que l'on doit considerercômelemence
generale,
foit qu'on i'apelle principe, premiere
matiere, seconde, prochaine
,ou élementée,est dans
la terre, de laquelle les premiers
animaux & végetaux ont esté
formez; car encor que la plupart
se multiplient par leur semence,
suivant l'ordre étably
parl'Autheur de la Nature, l'on
nepeut douter qu'ils n'ayent eu
un commencement,& l'on voit
dans les Deserts, où l'on n'a rien
porté ny planté, que ceux qui
s'y trouvent §£ qui ne peuvent
avoir esté engendrez que de la
semence generale, font composé
des mesmes parties que ceux
qui font engendrez par des semences
particulieres;&à l'égard
des Métaux qui ne connoissent
ny masses,ny femelles, ny peres,
ny enfans, ils font aussi formez
de la mesme matiere, parce
qu'elle leur tient toujours lieu
de semence speciale & parti- culiere..
Cette semence generale qui
donne la vieàtouteschoses,Leur
donne aussi diverses qualitez 6c
vertus, pour pouvoir reparer les
defauts particuliers des corps
mixtes. Parconséquent elle est
en puissancetoute feule, de réparer
generalement tous les défauts
qui se troùvent dans ces
corps pour les rétablir.
:
:'; Lors quelle s'est déterminée
à la production de quelque espece,
il n'en revient pas une semblable
ny du Ciel, ny des Elémens
des Péripatéticiens dans la
mesme terre, car l'on n'y trouve
plus a prés que du sel nitre qui
se renouvelle de temps en temps
par les pluyes, comme l'on peut
sçavoirde ceux qui letirentpour
faire le Salpestre. Aussi ne faut-il
espererdeMtrouverque dans de
certaines terres oùelle demeure
sansagir,&sans se déterminer,
soitpardefaut de chaleur, soit
parquelque autre raison; 6c
c'est là d'où l'Autheur de ce
Mémoire ,la peut tirer & faire
voir, sentir, toucher, gouter,
& diviser en trois corps
simples, tres-purs, sans mélanged'aucunsespritscorrosifs
ou acides.
Puisquecette semence generaletient
lieu de semence particuliere
aux Métaux, elle sert de
semence àl'or quien est lechef;
ôe comme l'or est le meilleur ouvrage
que la Nature puisse produire,
il s'ensuitque c'estpar
l'or ou par sa semence, que la
Pierre Philosophale doit estre
faite. Il faut voir si elle se peut
-
faire avec l'or.
- -
L'on peut extraire l'esprit de
l'or en matiere liquide,d'autant
que tous les corps manifestent2
contraire de ce qu'ilssont dans
leur intérieur, desorte que l'or
estant dur & sec à l'extérieur,
il est mol dans l'intérieur, au
contraire du miel qui est dur c(;
sec dans son intérieur. L'on
peut aussi extraire le soulphre
ou teinture de l'or, mais a pres la
séparation des esprits qui le tirent,
il demeure sec 8c partant
inutile, puis qu'il ne se fait dans
la Nature aucune genération,
liaison parfaite, nyaccroissemet
par les matieres dures & seches;
&quantauseldel'or,ilnesepeut
tirer, parce que l'on ne tire le sel
que des cendres des corps brulez,
& commele corps de l'or est
incombustible, l'on ne doit pas
dire qu'il prend feu. Ce sont le
sel armoniac&l'espritde nitre
que l'on y joint qui prennent
feu, & qui par leur violente séparation
font écarter & non
brûler l'or, car l'on peut faire
voirquelques morceaux du
corps de l'or d'une semblable
combustion, & partantl'extraction
de ses trois principes pour
en faire legrand oeuvre par leur
réunion, est tres-mal imaginée.
Quelques-uns pensent faire
la destructionradicale del'or
par desesprits corrosifsou acidesquile
réduisent en eau, ou en
matierehuileuse&visqueuise;
mais ce nest que leréduire en
menuës parties qui font toujours
dures&sechescommeson
soulphre,apres laséparation
des cfprits &': des selsquel'on y
joint, &partant c'est un abus
de leprendrepour potable, puis
qu'ilestindigestible, qu'on le
rend comme on le prend,&
que c'est un fardeau plûtost
qu'un soulagement pourl'estomac.
Aussi commeil est le corps
le plus fort, &le plus fixe qui
soit au monde, & qu'un foible
nedétruit pas unplus fort, il
s'ensuit qu'il ne peut estre détruit
que par sa semence, ou
par son esprit liquide, apres que
cette semence &cet elprit auront
acquis, par l'art plus de
force& de vertu, que l'or n'en
apû aquérirdela Nature. Mais
cet or détruit n'est pas comparable
à la Pierre Philosophale,
car l'or est un corps particulier
qui n'est pas sans défauts, puis,
que le froid qui le saisis avant sa
maturité, le fait congeler en matiere
dure & seche dé couleur
jaune, qui n'est qu'une couleur
moyenne entre la rouge & la
blanche, & qu'il aporte du lieu
desa naissancedes terrestrëitez
qui font inséparables de son
corps, qui rompentlasimétrie
de ses principes, &l'extension de
savertu, laquelle demeure extrémement
bornée,&partant de
quelque façon que l'on tourne
l'or, on en peut faire seulement
quelquesouvrages particuliers
à cause de son esprit liquide,
mais non la Pierre Philosophale.
C'est donc avec la semence de
l'or que ce grand ouvrage iz
doitfaire; & pour y bien réussir,
ilfaut feulement netoyer cette
semence de toutes fortes d'impuretez,
faire une justeproportion
de ses trois parties suivant
les poids de la Nature,&par une
chaleur naturelle qui luy foit
convenable, la tenir toûjours en
liquéfactionjusqu'à ce qu'elle
ait acquis la derniere couleur
semblableàcelledu Rubis, car
c'est dans la liquéfaction que
sa vertu augmenteinfiniment,
Pour les autres couleurs que
l'on doit voir pendant l'opération
,
les Personnes de bon sens
en pourront juger par la puissance
de la semence, ainsi que
l'on juge de ce que toutes les ie.
mences particulieres peuvent
faire voir dans leur accroissement.
, Lors que nostre semence cft:
dans sa perfection,ses trois par
ties ou corps simples,quisimbolisentavec
les trois parties essentielles
de tous les corps mixtes,
de quelque nature qu'ils soient,
parce que tout vient d'une mesme
Mere quiestnaturelle à tous - se joignent & s'unissentensemble
inséparablement. Par ce
moyen, les trois parties essentielles
du corps humain, quisont
l'humide radical, la chaleur naturelle,
ou le soulphre qui est
dans le fang, & le sel qui conserve
le corps de corruption,
fontaugmentées & renforcées,
ce quifait que le corps reprend
une grande vigueur, ôt qu'il est
en état de chasser tout ce qui
luy peut nuire ; &ainsil'on peut
dire qu'une vieille Personne rajeunit
, & quelle peut vivre sans
incommodité jusqu'à ce qu'il
plaise au Createur qui limite lai
vie, de vouloirréunir l'ame à
son principe.
Comme les Métaux imparfaits,
foit parundéfautde chaleur,
soit parun mélange d'impuretez,
ne peuvent parvenir
dans la terre àla forme de l'or,
encor qu'ils soient composez des
mesmes principes ; nostre semence
qui domine puissamment
sur tous les corps, fait de ces
Métaux,& mesme de l'or,une
veritable dissolution, laquelle
ne se peut faire que par la conjonction
inséparable du dissolvant
avec le corps dissout. Par
cemoyen, l'or servira sil'on veut
de fermentation, encor que ce7,
nesoit pas la Philosophique;
car les Métaux estanttous de
l'or en puissance, n'ont besoin
que d'estre purifiez & cuits, &
c'est ce qui se peut facilement,
estant liquéfiez par cettte voye
naturelle. Il ne se fautdoncpas
figurer des monstres à dompter
pour des transmutations, puis
que l'on voit qu'il ne s'agir que
d'aider la Nature, 6c de supléer
par l'artàsafoiblesse.
Si l'on a quelque chose à proposer
à l'Autheur de ce Mémoire,on n'aura
qu'à l'envoyer au Sieur Blageart,
Imprimeur du Mercure, qui aura
soindelefairerendre.
REPONSE AVX CINQ
premieresQuestionsdudernier
Extraordinaire.
SI je sçavois bien mon Cyrus
ou maCléliepar coeur, je
pourrois répondrejuste àla premiere
Questionproposée dans
vostre dernier Extraordinaire,
car elle y est traitée dans les
regles,&jediroislàdessus mille
belles choses qui ne feront peutestre
pas oubliées par les autres;
mais à ce defaut je vais employer
le peu de bon sensque
Dieu m'a donné, pour voir s'il
se rencontrera avec celuy de
Mrde Scudery, ou de ceux qui
ne feront que le transcrire.
Si un Amant qui voitsa maletresse
dont il est hay, est
moins à plaindre que celuy
qui s'enconnoissantaimée,
n'a aucune espérance dela
voirjamais. LA présence & la sensibilité
de l'Objetaimé, sontles
deux plaisirs essentiels de l'Amour.
Tout leresten'estqu'accessoire,
& tel que font en Hyver
les beaux jours,ou les broüillards
en Eté; mais il est encor
à décider, lequel de ces deux
biens, ou la sensibilité, ou la
présence, est le principal, afin
d'y joindre l'autre comme accessoire.
Si pourtant on ne considereque
le but de l'amour,
qui est de se faire aimer; celuy
des deux Amans proposez, qui
est éloigné,ayant eu le bonheur
d'arriver au coeur de sa Maîtresse,
aura dequoy se consoler
& se glorifier dans son exil;au
lieu que l'Amant hay & présent
n'a rien par où adoucir sa mauvasse
fortune; & cõme la haine
qu'on a pour luy, est une haine
confirmée&insurmontable,il
est sans-doute plus à plaindre
que le premier, puis que laprésence
de sa Maîtresse ne fait
qu'apesantir ses chaînes, qu'il
est seul à les porter, & qu'au
contraire l'autre peut par un
commerce spirituel & empressé,
entretenir (a pailion,&enquelque
lieu que l'entraîne son exil,
se flater qu'il n'y ferajamais feuI4
puis qu'il, aura toujours les voeux
ôc le coeur de fl Maîtresse.
Namsi abest quod amas, fresto
simulacra tamenfunt
1llius, & nomcn dulce obixrfatur
adaurcs.
Sion peut Aimer fortement
sans estre aimé.
Bien que la nourriture de
l'amour foit l'amour mefme,
on a veu pourtant c«e-s-
Amans qui n'ont jamais gousté
de cette nourriture, & qui cependant
ont méprisé tous les
autres régales pour celuy-là.
Ce fontdes Amans de prédeftination
& de réprobation tout
ensemble, à qui la tendresse de
coeur aestédonée en ce mond:,
comme la Pierre à Sifvpher£Cles
Cruchespercées aux Dapaïdes,
en l'autre. Ils ne s'apperçoivent
point de l'cxcé, de leurs
peines., ou s'ils s'enapperçoivent,
ils ne le pénétrent pas tel
qu'il est, parce queleur tempérament
les portant à l'amour,
ils necôfidérent pointde quelle
natureest cet amour,& pourveu
qu'ils accomplirent leur deftinée,
Stfuivent ce tempérament,
ils ne s'embarrassent point du
choix qu'ils font, ny du succés
qu'ils y trouvent. Ils aiment
uniquement pour aimer, comme
l'on voit lesJoueurs de prosessffion,
qui après avoir joüë tresgrand
jeu, se 'satisfontsur léus
déroute à jouer avec des Laquais,
-du avecdès Eeôliers.
Enfinle plaisir de l'amour est
d'aimer, &Tonest plus hureux
par la passion quel'on a, que?
par celle'que Tondonne.-
Amadorfui, masnuncasui amado. 1f-' ,. - 1: si l'absence estincapable
d'augmenterlapassïon. LAmour est un desir dir
bienquenotesnepôssèdons
-
pas; & l'absence rfcitantautre
chose que la privation de ce
mesme bien, il est aisé de conclure
que l'âBsence augmente
le desir, & par conféqucnt rëi
mour. Mais tout est finydans
î'Homme9Uencorplusdans
1"Hommeamoureux^,-& quel'
que loin que qeluy-cy prenne,
de tracer & de retracer à son
ffprit l'image delaMaîtreile,
- ilen est commede ceux qui
sjcoiparquentsur uneRivieren
Les objets se diminuent peu à
p£u^<&"enfins'efF^centtout.i^
fàit,plusoumoinsviste,&; seion
le courant dé l'eau,ou la diligence
des Rameurs. Ils se fouviennentbiende
l'èndroit d'où
ils font partis,.mais ils n'en re
parquent aucunes traces j.-& les,
belles& nouvelles choses qui
s'ofFrçntàleursyeuxrdétruifent
tput ce qui le$ occupoitquand
ilsie font embarquez.
DemeC
me l'Amant
-,
ablent conferve
pendant quelque tempsè unèweidéedel'Objetaimé,
1,1 ,If.
conferve mdme aux despensdsson
propre repos, &.â la honte
de tout ce qui s'offre pour détruire
cette chere idée; mais
enfin comme ce qui fait la lumiere
est la présence du Soleil,
la présence de l'Objet aimé saisi
aussi l'amour; &comme la privation
de la lumiere cause la
nuit, qui est pour ainsidire la
deltruébon du jour la privation
aussi de l'Objet aimé cause par
necessité la deftru&ion de l'amour.
Sed mora tuta brevis, lentescun
temporecurd,
Vanefcitquc absens&novus intrat
amor.
Lequel des cinq Sens contri-,
buë le plus à Ufatisfafôion
deïHornml. cE quel'Aveuglé né.del'Evangile,
& tous les aucresi
àquile Messie rendit la vie dans
la Palefrine, dilent devant 6c
apres leurguerison, décide hautement
cette Q¿efiivn, & nous
convainc quedes cinq Sens, ce-
Iuydela veuecontribue le plus
a, la fatisfa&ion de l'Homme.
En effet, quand un Homme est
mort naturellenlent, ne dit-on
pas qu'il a perdu lalumiere?
L'Enfer n'est-il.pas appelleun.
sejour de tenebres? Qu'est-ce
que les Cachots, sinon une abdication
du jour? Et dans l'étroite
observànce,desDeiife
en France, ne se condanute-t..on
pas à desChambres tené^reufes?
&àdes',:oul..cursrugubres,,pour,
fàire voirqueles yeuxqui font!
les premiers appréhenfeurs Se:
les véhiculesde la jÕy.e;lie doi-s
vent plus s'accoutumerqu'âdesb
objetsrrifies'&;,furiefles.:) Lest
yeux fontl'assaisonnement&le
principedes pteifîrs;;,paisqju'-i
Oedipe ne trouva point de plus,,
rude punitionaies crimes, que : de se priver de la veuë; nyjunon
n'en ordonna point deplus sensibleàSirefias,
pourlà gageure
qu'il Iuyavoit fait perdrecontre
Jupiter»u£*Ecriture* Sainte ner
connoijftjpointdéplus grande
perteque cellede la lumiere^«
puis quesans elle on nepeutdi~]
riger ses pas, ny faire la disé.-
rence du bon&dubeau Elle
ne propose mesme dansle Paradisqu'unelurdicre
perpétuelle
& inàlterable,8cnedonne d'autre
nom aux Prédestinez,que
celuy d'EnfansdeIumiere. Si L
doncla lumiereestfaite pour les
yeux seuls,jl s'enfuir qu'ils contribuent
le plusà lasatisfactian.
de lHomme. EtquiambuUt in,
tenebrû,nefiit(fu*vxdat:Dum facnnhabelümtiiù
in lucem, &filfi*,
lucis Jiiis. ;
De tOriginedeU Danfi. LADanse estaulIiancienner
que leMonde: elle a pris
naissànce avec l'Amour, le plus
ancien des Dieux; & c'est .du
branle des Cieux & de leur harmonie
, que cet Art a tiré son
origine. Rhea fut la première
quise plûtà cet exercice. Elle
l'enseignaaux Corybantes,&,
sauva parlàla vie à Jupiter, que
son Pere Saturne vouloit devo- 13
rer.Mais sans donner aveuglement
dans la Fable, disonsque
la Danse estaussiancienne que.
l'usage du Vin. Ce qui se faisoit
aux FestesdeBachus, les Orgyes,
les Bachanales se commençoient&
finissoient par laDanse.
Elle peut mesme devoir son oririgine
aux Combats,témoinla
PyrrHique qui se faisoit avec des
- armes;& la maniere de combatre
des Ethiopiens, qui ne
combatoient jamais qu'en dansant
& en sautant, pour étonner
leurs
leursEnnemis. Unemarquede
son ancienneté est le premier
culte que les Indiens rendirent
au Soleilparla Danse à son lever&
àson coucher, & ils l'ont
adoré aussitost qu'ils l'ont connu.
Les Saliens ou Prestres de
Mars, dont leseul employ estoit
à Rome de sauter & de
danser avec ces Boucliers par
les Ruës, n'ont emprunté leurs
cerémonies que d'Orplée &
de Musée, tres-anciens Poëtes
5c Musiciens, lesquelsne croyoient
pas qu'il y eust de saints
Mysteres ians la Musique&la
Danse. Mais je persiste malgré
toutes ces allégations, à en attribuer
l'origine à l'usage du
Vin. Cette liqueur quisurprenoit
le cerveau de ceux qui en
abusoient, les mettoit bientost
hors de garde; Ôt pour aider à
cette vapeur étrangere, ou pour
la dissiper, ils faisoient des pas
& despostures que l'on a depuis
réduites en art &: en pratique.
Lucien a fait un Dialogue de la
Danse, pour en montrer l'origine
& l'utilité ; mais quelques
loüangesqu'illuy donne, &
quelque bien qu'elle produise,
elle n'effacera jamais les maux
qu'elle a faits en la personne de
S. Jean Baptiste, & le Sage l'a
condamnée trop hautement,
pour en croire à toutes les belles
paroles de ce Rhéteur. cum
saltatrice assiduussis: nec audias
illam, ne forte pereas in efficacia
pUiui.
LEP.LATOVRNELLE,
de Lyon.
DE LA
SYMPATHIE.
JE ne puis souffrir qu'on outrage
plus longtemps l'Amour,&
que ceux mesme qui en
reçoivent desgrâces &des douceurs
toutes singulieres, l'accusent
de caprice, de bizarrerie, &
l'apellentencor aveugle. Qu'ils
font peu de refléxion sur ce
qu'ils disent! Cet Enfant me
faisoit compassion ces derniers
jours. Ilseplaignoitàmoy du
peu dereconnoissance que les
,
Hommes ont pour ses faveurs.
-
Helas, me disoit-il, ils me condamnent
les Ingrats, de ce que
je m? déguise en mille diférentes
nlanÍercs, moy quine le
fais quepourmeconformer àla
conjoncture de leurs affaires.
Ils m' appellent tous aveugle,
parce que pour penser plus profondement
à ce que je puis faire
pour eux, j'aycontinuellement
un voile abatu sur ma veuë.
Ces plaintes me semblerent fort
raisonnables; mais de toutes ses
raisons,celle-cy me parut la plus
invincible, lors qu'il adjoûta
que ce bandeau estoit encor
pour le dispenser de se crever les
yeux pour fortifier son imaginagination.
Est-il rien de plus
commode que cet expédient
qu'il employe également pour
nous faire du bien:,&pouréviter
dese faire du mal?Je vous
en prens à témoins, heureux
Amans. Y a-t-il apparence dans
le parfait assortiment qu'il fait
de vos belles ames ,
qu'il soit
aveugle comme on le prétend,
& que l'union des coeurs qui ont
entr'eux un véritable raport, soit
un effet du hazard?Il examine
ce petit Dieu, quand il veut
assortir deux belles ames, la
disposition des Personnes. Il
compare les humeurs, il en pese
le tempérament, & cherche ce
secret raport de qualitez que
trouvent toujours en elles les
Personnes qui s'aiment; & lors
qu'il a bien connu le tout, prenant
le foin de les faire connoistre
l'un à l'autrepar les
costez quiles rendent plus conforme,
il remet apres àlaSympathie,
pour former entr'eux une
chaîne aussi forte qu'elle trouve
de sujet de la rendre belle.&
agreable.
C'est à cefeul raportdequalitez,
commeau veritable prin
cipedelaSympathie, que nous
devons attribuer tous les admirables
effets; car nous éprouvons
tous les jours que par une
loy dela Nature,chaque chose
ade foy un panchant à ce qui
luy estou convenant,ousemblable.
Nous voyons par cette inclination
naturelle une flâme en
attirer un autre, le feu s'élancer
à la naphte, l'éponge attirer
l'eau, &: le fer s'approcher de
l'aymant. Tous seseffets ont la
mesme cause,quoyqu'ils soient
diférèmentcompris, & particulierement
cette vertu attractive
de l'aymant paroist comme incompréhensible.
Néanmoins l'ignorance
dont les derniers Philosophes
qui ont écrit, ont accusé
les Anciens parce qu'ils ne
pouvoient parler plus pertinemment
du mistere de la Sympathie,
que de l'attribuer à certains
principes de mouvemens, dont
ils avoüoient que les causes n'estoient
pas faciles à connoistre;
cette ignorance
,
dis-je, est icy
à préferer à tous les sçavans
éclaircissemens qu'ils en ont
voulu donner, & qui seroient
estimez d'autant moins clairs,
quel'ignorance qu'ils condamnent
en parle plus clairement
qu'eux; & pour expliquer nettement
la chose, suivons le principe
que nous fournitla Nature.
Il n'est rien de plus naturel à se
persuader que chaque corps a
autour de foy l'air qui luy est le
plus conforme, & le plus semblableen
ses qualitez, & cetair
sympathique estcettecauseocculte
des plus admirables effets
de la Sympathie Cet air conforme
au sujet qu'il environne,
n'estpas innové pour soûtenir
feulement mon sentiment. Il
nous est assez sensible aupres des
lieux aquatiques, & ombragez
où il fait ce frais agreable que
nous recherchons avec tant
d'empressement dans les chaleurs
; mais nous le pouvons plus
facilement connoistre parmy les
fleurs, & les chosesodorifèrentes
où on le distingue sensiblement.
Cet air agreable qu'exale
par exemple, la Tubéreuse, est
tout autre que celuy du GironCy
car de croire que ces odeurs se
font par un continuel écoulement
de petites parties du corps
odoriférant, c'est s'abuser.
Nostreimagination peut -
elle
former uneidée qui nous fasse
connoistre comme tant de petites
parties peuvent écouler
d'un corps déja de foy fort petit,
sans qu'il foit réduit au neant
ou du moins fort alteré? N'estis
pas plus facile de concevoir
que cette Tubéreuse, ou ce Girosle
,
forme de certainespetites
parties de telles figures tirez
également & de la terre & de
l'air, desquelles feules résultent
toutes leurs qualitez, que de
semblables petits corps serencontrent
encoren l'air, qu'ils
s'arrestent aupres de cette fleur
comme aupres de leurs semblables,
8c que s'attirant ensuite les
uns les autres, ils composent
comme un petit tourbillon qui
dansl'espace qu'il occupe, peut
faire sentir cette qualité finguliere
qu'emporte avec foy la
feule figure deses parties? Car
comme un coup d'Epéc nous
cause une douleur diférente de
celle que nous fait sentir la pû
queûre d'une Epingle, & que
nous sommes autrement émûs
par le son d'une Trompete de
guerre,que parleson d'un Flajolet,
&autrement parladouce
harmonie d'un Luth, ces petits
corps de mesme, selon les disérens
mouvemens que leur donnent
leurs figures,nous affectent
diféremment; & parceque ceux
qui composent le Girofle sont
roides & pointus, ils nous piquent
plus fortement que ceux
dela Rose qui estant moins
-
pi
quans & plus flexibles,agissent
plus mollement. Cette diférence
de qualitez de nos petits,
corps, & l'accord qui se trouve,
quelquefois dans cettediférence,
sont ces causes peu connuës
de cette vertu attractive de l'aimant&
du fer, dont les anciens
Philosophes ne parloient qu'-
obscurément, pour ne pas donner
ouverture aux beaux secrets.
qu'ils tiroientde cette connoifsaince.
C'est ce veritable Anneau
de Platon, cette Chaîne
d'or si chantée par Homere, &
cette Philosophie cachée parmy
les plus difficiles secrets de la
Nature. Eneffet, les plus hautesdécouvertes
que nous pouvons
faire dansla Nature, le grand
oeuvre mesmenee peut achever
que par l'heureuserencontre
de certaines qualitezaccorrdantes,
desquelsrésulteroient immanquablement
tous ces prodiges
des la Nature, dont nous
ne connoissons quasi que la possibilité
d'estre.
Mais examinons ce qui nous
est sensiblé
,
& nous touverons
quelque éclaircissementpour ce
qui ne nous l'est pas. Comme
nous ne pouvons donc disconvenir
de cetairSympathique qui
se remarque autour de chaque
corps, ilfautpenser que les perires
parties qui environnent le
ser sonttoutescrochuées & dentelées,
ôc celles de l'aymant,
longuetes & flexibles. Ces figures
ne sont pas imaginaires.
La roüille nous le fait assez souvent
remarquer sur le fer, & les
effets de l'eau ferrée qu'on employe
contre la dissenterie
,
&
lesdouleurs du ventre & de la
rate, nous le témoignent assez,
puis que la vertu la plus natuturelle
de cette eau est d'ouvrir
& d'élargir les pores, pourdissiper
les opilations. La fuite nous
persuadera de celles que j'attribuë
à l'aymant. Lors donc que
l'aymant & le fer ainsi composez
sont mis dans une distance
proportionnée pour se communiquer
les petits corps de leur
tourbillon, dont ils sont le veritable
centrechacun, ces petites
parties se meslent facilement,
à cause du raport qui se
trouvé en quelque façon en
elles, car cellesdel'aymant qui
sont longues& flexibles, s'entrelassent
dans les petits creux
& dans les petites dents de celles
du fer qui les entraîneroient d'abord,
si le grand nombre de
celles de l'aymant qui s'acrochent
à une grande partie du fer,
n'y résistoient fortement,&par
leur quantité ne l'obligeoient à
suivre leur mouvement, &. ainsi
elles s'umissent tellement les unes
aux autres que ne faisant plus
qu'un tourbillon, elles contraignent
ces deux corps à se joindre
pour en dire également le centre.
Aussine faut,il pasdouter
que le fer n'agisse autant sur
l'aymant, que l'aymantparoist
agirsurle fer. Cette inclination
de l'aymant que retient le fer de
pancher toûjours vers un cofté
particulier
, nous persuade assez
de cetteégale force du fer & de
l'aymant; car comme il ne se
peut que ce ne soient de petites
parties de l'aymant quiobligent
le fer de pancher ainsi,il faut necessairement
qu'elles ayentesté
attirées par celles du fer, dont
ellesne peuvent encor se débarasser,
&quiconservat toûjours
leur mouvemét naturel, le communiquent
en quelque façon au
ser; car il est confiant que cette,
vertu si admirée en l'aymantd'àvoir
deux Poles opposées convenais
à ceux du Ciel, n'est
qu'un pur effet de la figure &
du mouvement de ces petites
parties
,
qui estant longuetes,
commenous l'avonsremarqué,
& plus grosses à un bout qu'à un
autre, ne peuvent avoir unmouvement
direct, entrelassées comme
elles sont avec cellesdu fer,
mais comme detrépidation qui
ne tendny directement en haut,
ny directement en bas, mais
conservant un certain milieu
entre ces deux mouvemens, l'on
peut dire qu'il tend plus naturellement
à rouler de biais, qui
estle veritable effet de l'aiguille
aimantée; car si vous le remarquez
, elle ne perd sa vertu &
ne peut plus marquer le Pole,
que quand elle se trouve dans
une élevation plus haute que ne
peut aller la sienne
,
puis que ce
n'est que par accident qu'elle le
fait, n'estant déterminée à pancher
du cofté du Pole quand elle
le peut, que par ce mouvement
commun à tout l'air qui roule sur
les mesmes Poles dont elle fuit
volontiers le cours, tant qu'il ne
luy est point contraire; & commej'ay
remarqué que ces petites
parties avoient un bout plus gros
quel'autre, on ne peut douter
que suivant leur poids elles ne
se soient arrangées en l'aimant
de telle forte, qu'elles panchent
toutes un mesme bout d'un mesme
costé; ce qui persuade assez
qu'ayant leurs extrémitez si diférentes,
elles doivent produire;
des effets aussicontraires que
ceux que nous éprouvons, &--
estre aussi opposées qu'elles leparoissent.
Si la science de ce mouvez
ment particulier à la feule figure
de ces petits atomes de l'air,
estoit bien entenduë; oncomprendroitaisement
lesdifficultez
les plus embarrassantesde
la Physique & de l'Astrologies
car suposé qu'onsoit bien persuadédecemouvement
,ilest:
tres-facile d'expliquer de quelle
: maniere les corps celestes peuventagirsur
nous par leurs influnces,
puis quecetteinfluence
n'est autre chose que l'impression
de leur mouvementaux petites
parties capables dela recevoir
par leurs figures; car comme
nousremarquerons encor,
toutes ces petites parties de l'air
nefont pas d'une mesme figure,
&ainsi il est facile de penser que
les pyramidales ont un mouvement
diférentde celles qui sont
rondes, les angulaires des ovales
, les pointues des exagones
&des cubiques,& qu'un Astre,
une Planète,selon son mouvement,
excite telles parties de
l'air qui peuvent estremuées
par tel mouvement. Ces mouvemens
singuliers ausquels chacun
est propre selon sa figure,
se rapportent assez à la diférente
maniere dont les diférens
Instrumens doivent,estre touchez..
Un Luth doit estre touchéautrement
qu'un Violon, &C
un Clavessin, qu'un Hautbois;
& ces Instrumens n'ont leurs
graces & leurs accords, que lors
qu'onsçait heureusement exciter
ce mouvement qui leur est
singulier, & qui seul leur est
propre. Il est ainsi de ces petits
Instrumens invisibles, qui estans
déterminez par leur figure à un
mouvement singulier, ne peuvent
estre bien excitez par aucun
autre qui ne leur peut estre
que contraire,& cette propriété
qu'ils ont de ne pouvoir
estre émûs par aucun autre mouvement
que par celuy qui leur
convient, estleveritable moyen
par lequel nous éprouvons l'influence
de l'Astre qui agit; car'
selon son mouvement, ou il excite
ennous les petites figures
qui forment la bile, ou celles
que nous nommons la pituite,
ou celles qui emportent le nom
de la mélancolie, & le reste. De
mesmechaque Plante, comme
chaque Animal, est agitée de
l'Aitre qui luy convient, &: ce
rap ert est le veritableesprit syderique
qui se trouve dans tous
les estres d'icy
-
bas. C'est ce raporr
qui est appelle l'harmonie
admirable du grand & du petit
Monde. C'est luy qui fait la
societéde la Nature tant visible
qu'invisible, & le mariage du
Ciel avec laTerre.
Ce bel accord que la Nature
fait paroistre en toutes choses,
est encor bien plus sensible parmy
nous. Nous éprouvons tous
les jours que nostre coeur fuit
nostre tempérament, & esttouché
plutost par les qualitez qui
conviennent à sa force ou à sa
debilité
, que par aucune autre.
Nous voyons ordinairement
que cèux qui sont d'un
tempéramentbilieux, sontcourageux,
& ont une ame martiale
& genéreuse. Ils louent hautement
les entreprises hardies 8C
difficiles, lorsqu'au contraire
un Flegmatique, un Poltron,
accusera les mesmes actions de
temériré & d'imprudence; &
entout, si nousnous consultons
sans préoccupation, nous connoistrons
quenostre seul tempérament
préside,&; qu'il nous
fait bien oumal envilâger une c,hose,[;don.:qU'IL)Y con- est conforme
ou répugnant. En effet,
ne voyons-nous pas qu'un
sanguin, qu'un Homme gay,
regarde la solitude comme
là chosè du monde la plus afreusepour
luy, au lieu qu'un
mélancolique, un resveur, en
fait rout son plaisir ècsa joye la
plus parfaire ?
Apres cecy, il ne faut pas
s'étonner de ce prompt engagement
d'amitié, de cette inclination
qu'on a d'abord plu
tost pour une Personne d'une
compagnie, que pour une autre,
quoy que nous devions
avoir une égale indiférence
pour toutes lesdeux. Un certain
raportd'humeurs fait souvent
cet effetréciproque en
deuxbelles ames. Un accord
de sentimens nous attire & nous
charme- mais la conformité dt!.
tempérament nous enleve le
coeur, sans nous permettre de
consulter nostre raison.
Ce ne sont pas là toutes les
causesd'un pareilengagement.
Je sçay ce que peuvent sur un
coeur une humeur douce & complaisante,
un espnt~infin>ant &
délicat, uneame également tendre
& çrenéreuse,&un certain
air engageant qu'on ne sçauroit
exprimer, & qu'on ne peut voir
sans estre couché. De quels
prompts effets la Sympathie
n'est-elle pas capable avec de si
belles causes? Mais pour demeurer
das les limites de nostre sujet,
remarquons que comme nostre
feule connoissanceestle moyen
que la Sympathie employe pour
agir
agir sur nous; le sentiment est
le seul aussi dontelle se fert parmy
les Brutes, qui est d'autant
plus assuré, qu'il ne peut tromper
comme fait la connoissance.
En effet, les effets de la Sympathie
qu'on découvre entre les
Animaux, font les plus admirables;
car l'Animal dont la qualité
essentielle est d'estre sensible,
est émeu par l'instinct qui
n'est qu'un trouble intérieur que
cause un mouvement irrégulier
qui luy fait fuir la cause de ce
desordre, ou qui l'oblige à chercher
du nez de toutes parts l'odeur
& l'herbe la plus salutaire
& la plus convenable à son tempérament
affetté. Alors cen'est
plus merveille s'il rencontre facilement
ce qui luy est véritablement
propre; car suivant ce
principe incontestable, que tout
semblable se porte necessairement
à son semblable, il est facile
de penser que cette Plante
salutaire qu'il trouve, l'attire
aussi fortement qu'il y est necessairement
porté, car croyezvous
que le Crapaux connoisse
IlRhuë autrement que par son
odeur, qui l'excite & l'attire par
le raport de leurs qualitez; &
que le Chien puisse s'arrester au
Chienden plutost qu'aux autres
herbes, par aucune autre espece
de connoiilance?
Mais ce qui nous doit le plus
persuader,c'est que les Animaux,
plus parfaitement que les
Hommes, connoiftroient ce qui
leur est beau; & ce seroit leur
accorder une connoissance plus
entiere que la nostre, si on en
raisonnoit autrement; car de
dire que de leur instinctils se
portent à ce qui leur est bon,
c'est moins dire que ne dire rien
tout-à-fait, puis qu'il faut expliquer
ce que c'est que cet instinct,
& qu'on ne le peut faire
plus naturellement qu'en disant
que l'Animalestant extrêmement
sensible au mouvement,
puis que cest cette sensibilité
qui le constituë Animal, il est
parfaitement susceptible à tous
les diférens mouvemes du corps
qui peuvent agir sur luy, de forte
que ceux qui luy conviennent,
l'attirent autant, &: qu'il est
aussi contraint de s'y porter,
qu'il se sent forcé de fuir ceux
qui luy répugnent, & dont il
ne peut tirer aucun avantage.
Enfin cette inclination naturelle
pour son semblable, donne
allezd'échircissement, à ce
qu'il me semble, pour pouvoir
expliquer la maniere dont peut
agir cette Poudre que nous
nommons par excellence, la
Poudre de Sympathie; car si
vous remarquez sa composition,
elle est de choses tout-à-fait
chaudes&subtiles, qui peuvent
reveiller, pour ainfidire, & exciter
les esprits du fang que l'on
garde de la blessure qu'on veut
guérir, qui estant excitez, se déterminent
en fuite à leur mouvement
naturel,& vaguant ainsi
parmy l'air avec les autres petites
parties qui leur convien.
nent, emportent, entraînent, &
attirent aveceux tout ce qui
leur est. de plus semblable; de
forte qu'estant arrivez à leur veritable
centre, à ce quifeulleur
est veritablement conforme,,
enfin ayant atteint la Personne
blessée,ils agissent sifortement
sur luy par leur favorable mouvement,
qu'ils rétablissènt en
peu de temps les ruines qu'ils y
trouvent. Quoy que cela soit
tout-à-fait sensible, il me sembleque
j'entens toutle monde
s'écrier, commentil se peut faire
quedans unedistancede trente
lieuës, ces esprits rencontrent si
heureusement l'endroit auquel
seul ilssont propres; mais je réponsque
c'est par cette raifonlàmesmequ'ils
sont diférens de
tous les autres, qu'ils doivent
s'arrester à cet endroit, & que
c'est à cet endroit qu'ils doivent
agir, puis que c'est le seul qui
leur convienne le mieux, qui est
leur veritable centre, & auquel
necessàirement ils doivent tendre
; & de là faisant un cercle
du mouvement du lieu où ils
s'arrestent,jusques au lieu d'où
ils sont partis, ils portent&rapportent
continuellement à leur
centre tout ce qui leur est le plus
propre, jusquçs à la guérison
parfaite dela playe.
LE MVET, de Collange.
Ilesttemps de veniraux Madrigaux
qu'on m'a envoyez sur les
Enigmes du moisd'Avril, dontles
mots estoient la Langue & les
Verres.,
I, FLateurs &medisans,semeursde
zizanies,
RapCoormtepuargsn,ieqsui brêUifle\ toutes les ,
&ui cditeesqtouujo'uirslpfluasuoutm,oins que
Le Mercure reprend icy "fojlre ¿tftu¡,
SonEnigmeeflpour "vous une dosse
Harangue,
£vi vous enseignel'art de quiter cet
ÇJfrit;
LeSage estlaleçon quesa Loy tom
prescrit,
So)e donc comme luy maistres de vostre
Langue.
Les Reclus de S.Leu d'Amiens.
L II. Ors que jesuisfache,je cours d'abord
au Vin,
Il riefi rien qui resi-s-te as-on pouvoir
divin;
Lessoucisdevorans, les discordes, les
guerres,
Rencontrenttoujoursleurfin
Tarmy les Pots&les Verres.
REGNARD, Baillyde Crufy,
III. LEsplus brillantesveritez
Sont couvertesd'obscurite
Quandl'Enigme en estlatrompete
Cependant ilfaut avoüer
Quonpeut les -voir (jy dénoüer,
£juand\$ Langue enest l'interprété.
L. BOVCHET, ancien Curé
de Nogent le Roy.
IV. BVveurs, ne yousytrompezpas,
Aforce de yuidervos Verres,
Quoy qu'ils n'ayentjambes ny b",
Les attaquesqu'ilsfont en desemblablesguerres,
Pourroientbien yousjetterà bat*
LOBLIGEOIS,Maistre en
Fait d'Armes.
L v. A Langueestle meilleur&lepire
,,SejlreJ,
Comme le dist un jour le sage Anacharsis.
Et dela Morale les Maistres,
Sont encore de cet aVû.
Son travailnelapeineguere,
--: Ellealgeijtosuanr;sffa.«titgeuUer,, C~'li*d nnuuitit& C~>1
Etsil'on Veut joüer untour,
Elle 11 toujours presse à lefaire.
Desavivacitélesuplice ordinaire
Estdese trouversous les dents,
Quireprimentses mouvemens,
Et,malgréqu'elleenait, quelquefoislafont
taire,
Dans l'éloge,ou dans le mépris,
Ellegardepeu de mesure,
Maiselle rendavec usure
Lebien oulemalqu'elle apris,
Et lasolidaritén'estpoint desanature,
Elle est dedans (7' bors de 1110).,-
Car la yojîre n'estpas la mienne,
C'estunedoctrine ancienne
Que leSage toutseul La tientdessous
saLoy.
Ainsisur l'Enigmepremiere
Je me tire aisément d'affaire.
OMS medirezque c'estmonfait,
Que la Langueestnotrepartage;
MtflÙ ne raitter^pasdavantage,
Vousallez estresatsfait:
Les deux Sexes seront contens l'un
apres l'autre;
La seconde convient auvostre,
Les Verresquisont vos éba*>
Nesontpaspropres a laguerre,
Du moins pour resisterà de rudes combats,
Euxquelemoindreventpeutrenverser
par terre,
Etcependant, dans vos repas,
Cn lesvoitsansforce &sans bras,
Seulementsecondezde la Liqueur vermeille,
Terrasser, sans en estre latj
Vosplusgrands Héros de Bouteille.
Le Verre, quoy quefoible, est exempt
deplier,
Il n'ajamis cette disgrace,
Etpourl'humilier,
ILfaut que l'on le casse.
Les Verres tropsucezoffusquent la
raifin,
Fontfaire de grandes béveuës,
Et des contes blem àsoisin;
Mais ilsfontlesliensdesamitiez rompuës,
Car, parmy yous, c'estle Verre à la
main
Que les querellesprennentfin,
.Et"'fOIH faites,pourlors, du tortàsonmérite,
En luf donnant le nom de Lechefrite.
Si,selon quelques-uns,desplaisirs les
plus doux
Ussont aussi le lien agreable:
QiurtifknsdelaTable,
Ces quelques-uns ne sont autres que
yont.
LA BLONDINE GVERIN
VI.
Pourfaire
un beau Tanégirtqutr
Fil Sloge éclatant,pompeux, cp magnifique,
Ilfautfaire un choix degrandsmots,
Bienranger le VifroIJf'S, enrichir lit
Ifaranguey
Tuù qu'à lagloiredesHéros
Le Mercure aujourd'huy veut bien
prtj/t,..sa Langue,
RAVLT, de Roüen
T VII. Outes les Filles de mémoire
N'ont quÀ biens*apprejler
àboire,
Pour chanterles Faits inoüis
De nostre invincible LOVIS.
Je '\Iefl.t'" estre de cetteguerre,
Puisqu'on lafaità coups de Verre.
DEVILAINES, Avocat
du Roy au Mans.
A VIII. Moy, "Baschrts, mon Oracle est
muet,
* Sans ton secours mon RrjtAU roüet
Trouve la moindre Enigmeobscure t-r
rnAIAipe;
Mais quandmaLangue est arrosée
D'un grandverre d'excellent Yin,
DesEnigimes d'abord je deviens
grand Devin.
MICONET, Avocat à
Châlons sur Saône.
IX.
U',.AJ leu trotsfois cette Enigmesubtile,
Et ma peine trois fois s'est trouvée
inutile.
jesuis réduit à chrecher un Second, Et crois quesiquelqu'unsur lechamp
la devine,
Ilfaut qu'ilait la Languefine,
et le discernementsecond.
Le Controlleur des Mufes
du Montafnel en Basse
Normandie.
I X. L n'estpoint de beautezqueMercure
n'invente,
Pourse rendre charmant parsa diyerfite'.
Voicy quelle estsa nouveauté
Sur les Enigmes fa"ilPréle-nte.
Ilnous lesfait trouver au milieud'un
Fiflill,
Lors quesansfairede Harangue,
Il nous offre d'abordquatre Verres
de Vin,
EtdesMets délicatspour charmernostre
Langue.
Les Reclus de SLeu d'Amiens.
p XI. Our loüer comme ilfaut les biens
que tunousfais,
Par tantde noblesVers, d'Histoires,
de Harangues,
Mercure, un million de Langues
Ne mesuffiroitpas pourremplir mes
souhaits,
VIGNIER, de Richelieu.
I XII. Esuis du sentimentd'Esope Pbry-
Dansl'Enigmeque l'onpropose;
La Langue quelquefois est une bonne
chose,
Quelquefois elle ne vautrien.
Quandpar unsentimentjaloux
Surquelqu'unelle est Û¡'lIpé,
Onpeut bienmoinsparerses coups,
&_m'on nepeutfaire un coup d'Epée.
LOBLIGEOIS, Maistre
en Fait d'Armes,
sI XIII. jusquesàpresentj'ay gardé le
silence,
Je ne m'en (UÚplU repenty;
Mais ilfauten cejourprendre un
autreparty^
Et déployer mon éloquence.
Mercure,*grèc\doncpourlapremiere
:/Qi
Qudeju'exMploiqtsuye en cesVers vosEnigmes
Et quesans vous enfaire une longue
harangue,
Ie trouve dansleurs noms, les Verres
&la Langue.
Les Braves de la Place Royale.
XIV.
JEscay que debeauxyeuxfont une
rudeguerre
Presque en tousles lieuxdela terre;
Mais en blessant un ((J!Mr,ftN"'entleurs
propres traits
Leur attirent des mauxpour les maux
qu'ils ontfaits.
(jôrtp pourcoup on sçait bien leur Ilssroenntsdourveen,tpritsansrienpredre;
Mais ce qui met lesplus vaillasà ba*y
Qui dompte les Hérossansforces cg,,
sans bras,
Ce quijamaisnes'humilie
Ce quifait à mon goust le plaijtrde
, lutyie,
Cesont des Verres précieux,
Remplisd'un Vin délicieux.
Tels fiCN triompher des hazards de
laguerre,
Quise voit abbatupar quelques coups
de Verre.
Les Inconnus de Poitiers.
XV. SIj'avoisdu talentpourunPanégyrique,
£tJimonéloquence dyoit-asêx d'attraits,
Touroferentreprendrev.n de cesgrands
projets
&uinaijpntdam l'éclatde Vejjtimt
publique.
Je voudroissignaler mon ardeurPoëtique
Achanter le mérite (7Ilsgénéreux
faits
Duplusgrand des Héros qui triomphe
jamais^
Etcommencer d}abordparsaîfrce
héroïque.
Oiiji sans mcmbarajfersurses faits
inoitéiy
C'est(dirois-je)en cela qu'ondistingue
LOVIS,
7)1 n'estrepasbornéparaucune Ifatangue.
Mais GrandRoy,pardonnez à mon
zele, à monfeu,
JEn disant tout de youi, je dis encortroppeu,
Ilydut mieux retenir egomd Muse o*
ma Langue.
Les Nouveaux Académiciens
de Beauvais.
X vï. ENyerité, 7)tlIf/;", yot# estesadmirable,
On nevoitrienchezvous quinesoit
.gr'¡,ÙII.,tt,
Les Voix, les Instrumens lesplus harmonieuxy
NOIM auroient fait jurer qu'en ces
aimables lieux
J'oua ayie^ajfcmble' le Ciel "Yer la
Terre.
Mais de tant de H?£o»Jtsno»*ejtam
bien repûs
Si pour fou* salüer nQU* n'avions en
leVerre,
Demesme qu'un Tantale onnous au*
roit tous yeus.
VIGNIER, de Richelieu.
XVII. JE viensdefaire une Ifaranguè.
Leplusgrand Rbétoricien
N'eut jamais réüssysibien,
Jtittis Mercure aujourd'buyma^toit.
presté sa Langue.
MILLOT, deMarseille.
] XVIII. .JBNd beau cesjoursjetter lesyeux
VeffNd yostreEnigmederniere,.
Toujoursfinsens mystérieux
Se ¿flro!Joit à leurlumiere;
Jdais la lisant touthaut, farunfort,
trop heureux,
I'endécouvristoutlemystere,
Etsoudain ma Languesçeutfaire
Ce qui parut d'abord impossible à mes
yeux.
DEGRAMMONT,deRichelieu.
D XIX. Ans le desir pressant oùvostre
espritss'obstine,
Nefiitespl# tant la mutine;
Irit,ilfaut rescerlongtemps
Pour déveloperle vraysens
Des deux Enigmes du Mercure.
cependant,pour "vous contenter
Sur lapremieresquoyqu'obscure,
Je vous diray,selon ma conjecture,
kue la Langue estle Motqui you*
peut arresters
<
Car qu'est-il de meilleur au monde,
Qu'uneLanguequisçaitparlerfort
à proposl
P,u"ej'l.ilde,*ire IIlIffisir la terre cr
sur l'onde,
Quandelle estfertile en desauts?
LIGER le jeune, d'Auxerre.
A XX. '[Jin avoir en vain resvéplus
d'une fois
SurlesdeuxEnigmes du Mo*,
Sans trouveraucunsens quileurfust
convenable,
VnAmy "lIflfrtjour me menant déjeuner,
Une Langue en ragoust, des Verressur
la Table,
M'apprirentàle deviner.
v LECHEVALIER BLONDEL. XXI.
Ous ne conoissezaucunMaistre,
EtleSagevous tient, dites-vous,sous
saLoy.
Apres un telaveu,vousesses, queje
croy,
Fortpeudifficile à connoistrey„
Puis que lesage chaquejour,
Soit à laVille,soit en Cour,
Soitpour taire un Secret, oufaire une
Harangue,
Sçaitsibienseservirdevous,
Que l'onpeut direqu'entre tous
Jjuy seul a le pouvoir de maîtriser
sa Langue.
I. F. JARRES, du.Quartier
du Louvre.
Q XXII. Velquetimiditéde Langue
FaitrengaineruneHarangue,
Parûn,malheurdrekfréement;
Maissil'onarecours au Verre,
Outre qu'ilenhardit,c'estsouvent le
Parterre
2)Oùl'on cueille lesfleurs d'unDiscourt
éloquent.
Le Sérieux sans critique
de Geneve..
Lequeldescinq Sens contribuëleplus
à lasatisfaction
del'Homme.
JE fouhaiterois, Monsieur, que
le récit du suplice endurépar
Prometée sur le Mont le plus
connu qui soit dans les Indes,
me fist naître une décision
juste & agreable à la quatriéme
des Questions proposées. Je
voudrois au moins, qu'il fust de
cette décision ainsique des Tréfors
du Païs d'où je prétens la
tirer, qui feroient pour nous
d'un moindre prix,s'ils ne venoient
pas de Climatssiéloignez.
La Fable fait connoistre qu'un
Aigle dévoroit le foye à Prometée
étendu sur le Mont-Caucase,
mais. elle, n'a pas décidé
le sujet pour lequel on l'yattacha..
Apollonius, Hésiode, &
quelques autres Autheurs, prétendent
que c'est à cause qu'il
avoit dérobé quelques particules
du feuceleste, &queJupiter
irrité
irritéd'ailleurs contre cet Audacieux
,s'en estoit vangé de cette
forte. S'il faut ajoûter foy à ce
que dit Samius, ce n'est point
ce feu celeste qui afait le crime
de Prométhée. Il n'estoit coupable
que parce qu'il rendoit du
culte à Minerve, chez des Peuples
qui ne vouloient point élever
d'Autels à cette Déesse. Menandre
s'en explique plaisamment,
car il soûtient que les
Hommes, las de souffrir les
maux dont la Femme estoit la
cause, lierent sur la cime du
Mont-Caucase celuy qui passoit
dans leur esprit pour avoir créé
ce Sexe. Enfin Nicandre&Pausanias
ne font pas les seuls qui
ont encor eu de diférens sentimens
sur cette matiere,mais le
nombredesAutheurs que j'aurois
encor à vousciter, seroit
ennuyeux. Il me suffit quevous
demeuriez persuadéqueles anciens
Ecrivains ne s'accordent
point sur lacause du suplice de
Prométhée. Si vousavoüezqu'-
elle est incertaine, chacun en
peutprésumer ce qu'il luy plaira.
L'opinion la plus nouvelle,
est quelquefois celle qu'on reçoit
le mieux. C'est aussice qui
m'enhardit à vous diremapensée,
quiestqueProméthéeayant
dérobé le feu duCiel, ne fut
puny de cevol que parce que les
cinq Sensen furent malsatisfaits,
& qu'ils exerçerent leur
vangeance sur l'Autheurmesme
du larcin. Ces Sens s'estoient
formél'habituded'agir indépendamentdansl'Homme,
depuis
letemps que Jupiteravoit
fperiuvqéuleilessa-Mniomrtoeilst.du premier
CeMaistre
desDieux - n'avoit aneanty ce
feu,ou plutôtlaraison humaine,
qu'à causequ'ilavoiteuoccasion
de se courroucer contre
Prométhée,& qu'il avoit voulu
châtier de cette maniere, celuy ,
qu'il reconnoissoitluy-mesme
pourestre le veritable Artisan
del'Homme. Lors donc queles
Sens furent contraints de subir
une seconde fois le joug de la
Raison,&de laconsidererencor
de mesme qu'une Souveraine
dont ils estoient nez les Esclaves,
ils se revolterent contre
leur nouveau Persécuteur;
Commerien ne leur est plusaisé
que d'imposer à l'esprit, ils mirent
d,- concert Prométhée dans
une grande consternation. Ils
luy firent croire que Jupiter le
punissoitduvol qu'ilavoitcom-
Nlis; & celaquand ils figuroient
à la veuë de ce Malheureux un
Aigle qui luy dévoroit le foye
sans aucun relâche; quandils
luy persuadoient que la Foudre
grondoitincessamment à ses
oreilles, qu'il s'imaginoit en
sentir l'exhalaison, & qu'il trouvoit
une amertume excessive
dans ce qui luy servoit de nouriture.
Les peines queProméthée
enduroit en ce déplorable état,
estoient d'autant plus fâcheuses
qu'ellesn'avoient point defin.
Il croyoit qu'ellesluy feroient
moins sensibles, s'illescachoit
dans desdeserts écartez. Il couroit
donc vers les lieux sauvages
& retirez, de mesme qu'une
Beste féroce penseéviter le trait
duChasseur dont elle est percée
, en précipitant sa course
versle profond des Forests. Cet
Infortuné, apres avoir erré de
solitude en solitude, s'arresta
enfin sur le Mont-Caucase. Là
sans haleine,pâle,interdit,
éperdu, les yeux &: les mains
levez au Ciel, il auroitdemandé
à Jupiter qu'il suspendist au
moins pour un moment les douleurs
qui l'accabloient ja mais les
Sens qui n'estoient point pleinement
vangez, redoublerent les
tourmens, afin que perdant l'usage
de la parole, il ne pust joüir
de la douceur de se plaindre,.
Cestourmens avoienttropde
violence,& il estoit imppssible
qu'on les vist longtemps durer,
Aussi Prométhéeenfut bientost
délivrév&cla fureur des Sens
cômençant à s'adouciravec eux;
C€,;fut alors qu'ilpûts'écrier,
£ncfFer, ik sont biencruels les
aux que je souffre. N-ç seroitce
pasdevenir innocentque de /avoisescoupable ? Vous le ra..
vez toutefois, grands Dieux.Si
fy:, dérobé le feuceleste, jene
Jt'ayfaitqu'afïn que lesHommes
lOllS connussent, & vousadofafïenr^
Neregardez point le
méchantusage que, peut-estre ilsferontdecettelumiere jjup $çrileuj-aycommuniquéepour
;iinefécondefois,fN#conûd&.
rez, je vousen conjure^que{a
droiture ittmdri intéfitiéfr.'Tandis
quePromethéeexhaloit ses
douleurs parces paroles,lesSens
s'estoient ditlesuns aux autres
qu'il seroit difficile,ou plûtost
impossible,d'assurerlequeld'entr'euxavoitfaitsouffrir
davantagecetInfortuné.
En sesoit-il
de mesme, ajoútoient-ils, s'il
arrivoitqu'un jour nous travaillassionsdeconcert
à la satisfa
ékiota dé l'homme? Le conten- terions-noustous également?
La question fut tellement agitée,
que l'envie leur prit de
sçavoirce qu'en pensoit Prome
thée. Ilsle connoissoient pour
l'Homme du monde le plus
éclairé. Avant que de luy rien
demander ,ils luydéfillerent les
yeux, &lecõvainquirentque ce
n'estoit point un Dieuvangeur,
mais eux seuls qui l'avoient tant
tourmenté. Ensuiteilsluy firent
une espece de satisfaction, en le
priant de tout oublier, & de
donner une décision à la matiere
surlaquelle veroit de rouler leur
entretien. Promethéecraignant
des'engager trop avant fous la
foy d'un calme trompeur, leur
parla de cettesorte. Vous, qui
déliez ma langue que vostre
vangeance avoit tenuë fermée,
ne vous offenserez-vous point
de ma décision ? N'aurez-vous
aucun ressentiment, si, lors que
vous m'aurez aporté chacun vos
raisons, je trouve qu'il y en ait
un parmy vous qui contribuë
le plus a lasatisfaction de
l'Homme? Les Sens confentirent
à faire un détail des plaisirs
qu'ilsfournissoient aux Mortels
, & jurerent à Promethée
qu'il pouvoit décider en toute
assurance.Aussi-tostle Goust
commença à s'expliquer en ces
termes. L'Homme a-t-il rien
au monde de cher à l'égal de ce
qui concourt à sa conservation?
Mais qui y concourt davantage
que moy ? Parmon moyen cet
Homme discerne les bons alimens
d'avec les nuisibles,& peut
toujours comme adjoûter denouveaux
Estres à sa substance.,
Outre cela, j'ay d'invincibles
appas pour luy, car je fuis capable
seul de luy faire naître une
joye parfaite. On sçait assez
que je fuis cause que dans les
Festins, les jours de sa vie neluy
paroissent quedesmomens,que
je noye dans les verres toutlè
chagrindont on le voit quelques
fois atteint, & qu'il se fert de
moy afin de se reconcilier avec
de grands Ennemis ,de mesme
qu'ilm'employe àse faire des
Amis dignes deson attachement
&desonestime.Lors qu'au sortir
de la Table d'autres plaisirme
succedent,onnelespeutregarderque
comme des plaisirs de
ma suite, Se qui me doivent
i'Estre, puis queje donne ledesir
de les rechercher, & que
sans moyon ne s'empresseroit
point de lesconnoistre. Je ne
croypasqueleToucher veüille
m'endcdirë^Il'eflvray;répondit
le Toucherquecequeje
fournis deplusagreable,ne vient
quelquefoisqu'après lesplaisirs
de la bonne cherc;maisc'est qu'- alorson commence à s'appercevoir
du peu d'attache que vous
meritez, £c que j'ay des attraits
bien plus puissans que les
vostres. Autrement ne se bor,
neroit-on pas dans vos plaisirs,
&. s'aviseroit-on jamais de les
quiter, Et puis,parlons sincerement,
vous ne causez, pour
ainsi dire,que quatre doigts de
satisfaction,car dés que lesmorceaux
délicats 8c lesVins exquis
ontpassé parle gosier, ilsneservent
qu'a suffoquer l'estomach
parleurquantitépréjudiciable.
Quant àmoy
,
j'établis le lieu
de ma résidence sur toutes le
parties du Corps humain.. Je
convaincsl'Homme delaréalité
de chaque chose, & je Iuy
produis, selon le langage des
Amans, les délices les plus
grands qu'on puisse savourer en
ce monde. Cela estant, je ne
croy pas que Prométhée air i.
juger contre moy. Prométhée
qui ne vouloit pasrépondre sans
avoir entendu les autres Sens,
laissa parler l'Odorat, qui luy
dit que le Goust &le Toucher
ne produifoient pas de parfaits
contentemens, puis que le Sage
nes'y arrestoitjamais, & qu'il
connoissoit que les Mortels qui
en sont amateurs, abregeoient
leurs jours, & ruinoient leur
santé. Mais les satisfactions que jecause, continüoit l'Odorat,
ne sont-ce pas de pures& d'innocentes
satisfactions? Qjand
une odeur flate agréablementle
cerveau, neva-t-elle pas réveil-
1er l'amejusquedans son siege,
& pour ainsidire, la chatouiller
Enfin lors que les Mortels offrent
de l'encens aux Dieux,ils
semblent montrer par là qu'ils
croyent quemes plaisîrsfontles
plus grands, & qu'ils lesjugent
les seuls d'icy-bas dignes des
Divinirez. Eh quoy s'écria
l'Olive, vous n'avez donc aucune
connoissance de ceux qui
me suivent ? Sçachez que les
miens sont nez afin d'habiter
une Région élevée au dessus de
celle où les vostres établirent
leurempire. Ilestréservéseulement
à moy de réjouir l'ame, &
de découvrir ses merveilleuses
opérations. Sans moy le Corps
humain sèroit à cette supreme
intelligence une
prisonfachet*.
Ce.) & remplied'ennuis
> ou
bien un tombeau vivant où elle
se verroit ensevelie. N'est-ce,
pas l'Ouye qui est cause que les Hommesont l'avantage
de se communiquer leurs
pensées les uns les autres? Le
raisonnement qui les distingue
de la Beste, & qui lesfait parti
ciper en quelque maniere à la
Divinité, n'auroit point esté en
usàge parmy eux sans mon secours.
Ces mérites extraordinaires,
ces Héros ne feroient
point connustels qu'ils sont, si
la Renommée ne les avoirtirez
de pair d'avec lerestedesHommes.
Ils n'auroient point ladou--
céur d'apprendre les éloges
qu'on leur donne, si ces eloges
frapoientinutilement leurs oreil
les.On ne sçauroirpointquePro
methée est unsublime génie,
&Promethée ne s-appercevroit
pointde" l'admiration que tout
le monde a pour luy, si j'estois
entièrement inutile. La Symphonie
ne raviroit point les
Mortels par ses charmes,& ne
leur seroit point comme un
avant-gout des délices qui leur
sont préparées dans le Ciel, si
j'estois encor à devenir ce que
je fuis. Il faut doncavouer ques.
tant la cause & le lien de la societé
civile,jesatisfais beaucoup
pluslesHommes quene sontles
autresSens, &qu'ils mele disputeroient
en vain. Vous me
comptez donc'pour rien, ditlaVeuë
? Il est vray que vous contribuez
auxplaisirs de l'esprit;
n'y contribuay -
je pas. aussi?
Vous luy fournissez de belles
connoissances, neluy en fournis-
je pas demesme? Ouplûtost
ne faut-il pas dire que j'aug..
menteplus que vous l'excellence&
la perfection de sa nature?
Car ce qui procure à cet
espritdes notions claires & distintes,
l'éclairéôele côtente davantage,
que ce qui luy enfournit
d'obscures & de confuses. Il
est sans doute que les especes qui
sont imprimées dans l'imagination
parlesecoursdes yeux, ont
une relation juste avec leurs objets,
& qu'il n'enest pas ainsi de
celles que les oreilles font passer
jusqu'à cette faculté de l'ame..
C'est ce que l'expérience nous
apprend tous les jours..UnAveugle
ne parle pas mieuxde mille
choses quedes couleurs. Il ne
sçaitvéritablement ce qu'il dit,
où il est, ny ce:qu'il fait. Et
comment le sçauroit-il?linap~
prend rien que par des récits,
dont par la suite du temps il a.
souvent la douleurdese reconnoistre
le joüet;au lieu qu'un
Homme qui a de bons yeux, de1
quivoit parfaitement clair, est
moins dépendant des autres
Hommes, & moins sujet à s'en
- voir trompé. Il aperçoit les
choses comme elles'- sont en
elles-mesmes. Il a souvent lieu
d'admirer là richesse& là magnificence
des ouvragesde la.
Nature.Ilasans cessedequoys'occuperagréablement,
s"il
veut s'apliquer à découurirtou-,
jours de nouveaux,objetsD-Ç*-
puislecentre de la Terre jusqu'auxCieuxlesplusélevez,,
ji
n'estrien qui ne puissetomber
sous sa ,c.onQoiapcet Il n'efl
pointd'endroitsdansl'une &,
dans ~l'autreBémifphcre,qu£ne
soientsoumisàsà recherchej8~
jusqu'où nepénétrât sa curiosité.
Quellesatissaction n'a-t-il
pointencorlorsqueje l'instruis
decequi s'estpassedemémorabledés
lecommencement dti,
Monde, puis qu'une Histoire
écrite, est plussure&plus dura-,
Meque laTradition quichange
~rwftiaisémentdefauflètcquese
Caméléon de couleur?, Apres i
des yeux avidesdesçavoir,fèi
ront heureuxde trouver dans
lesLivres,quec'eilvous,Pro*
~rnethéc,q\ii'avezfcteél'Hommë
avecla boue; quedans'sa composition
vous avez fait? entrer
une portiondechaque Elément
& que voûsrl'avezerndufujefcauxpassions,
pÜîs que vous avcivoulu
qu'il imitâtle Lièvredans lacrainte,leRenarddansla
malice, le Paon dansl'orgueil,,
le Tigre dans la cruauté, Selë
Lyon dans la colere!Enfin'qtiè
ne découvrira-t-onpoint par lë
moyendelaVéue, ou plûtôftquelsplaisirs
ne pracureray-je
pointencorMaisje m'imagineavoirassez
persuadé par ce que
je viensdedire, que je contribue
le plusà lasatisfactiondé
j'Homme que les autres Sens
La Veuë ayant cessé de parler,
Promethée adressa aussitost ces
paroles à tous les Sens. Ceux
d'entre vous qui fournissent des.
lumieres à l'esprit, satisfont davantage
l'Homme,que ceuxqui
n'ont que les délices du corps
pour objet. Or est-il, que la
Veuë & l'Ouye sont proprement
les Sens qui produisènt le
plus de clartez à l'Ame ; mais,
l'Oüye beaucoup moins que la
Veuë,comme il vient d'estre
montré, car la Veuë a la connoissance
juftede toutes choses,
elle rend l'Hommeindépendant.
& non sujet à' estredupé, & luy
représente devant les yeux par
le moyendel'Histoire les merveilles
de l'antiquité; au lieu
quel'Oüye ne sçait rien quepar
lesrécits qu'elle remarque souvent
avec chagrin, estre fautifs
& mensongers. Il faut donc
avoüer que laVeuë est le Sens
qui contribuë le plus à la satisfaction
de l'Homme.. Afin de
vous convaincre entièrement de
cette vérité, aprenez que le
Sommeil,qui m'a quité depuis le
temps quevous avez commencé
de me tourmenter, & qui est
prest à répandre ses Pavots sur
mes yeux, me fait ressouvenir
que quand j'ay formé l'Homme
, mon intention estoit que la
Veuë fust reconnue pour le
Sens le plus necenaire, & le plus
considérable de tous. Non, le
Sommeilne s'y trompe point. Il
s'attaque d'abord àlaVeuëautant
que chacun de vous fëhto
ses atteintes, &. que le- Corps
humainysoittout àfaitsoûmis;
demefmeque quandun Prince
veut quesonRoyaume observe
exactemementunEdit, son PremierMinistre
enest d'abord informé,
les Officiers subalternes
lesçaventensuite,&insensiblement
tout l'Etat en estimbu,
Les Sens n'ayantrien àrepartir,
laisserent Promethée en
repos. C estpourquoyil ne
tarda point às'endormir au lieumesmeoùilavoittantsouffert
je veux dire, sur le Mont,Caucase.
1 Si parlemoyendès yeuxnousn'avions
pas l'avantagede déterrerdans
les Livres,cequis'est
«aflîi deremarquable durantles
premiers, Siecles, nous serions
encor à, ignorer que là Danse
est née, pour-ainsi dire,.avec
Jupiter. Pausanias fied'autres.
Autheurs nous apprennent
queselon l'accord qui s'èftoir
fait entre Titan & Saturne son
Frère, ce dernier devoit,donner
la mort aux Enfant mâles.
qcauuisneaîtroient de luyjr. ce qui fut
qu'unjourRhea sa Fem- evifad le tromper.. Estant
accouchée de Jupiter, au lieu de
le luy abandonner,elle luy présenta
une Pierre envelopée de
linge, que Saturne dévora
croyant que c'estoit son Fils,
Rhea., quinourrissoitJupiter en
secret, craignit que sa tromperie
ne fust enfin découverte;.
Elle chargeadonclesNymphes
du Mont-Ida nommées Corybantes
ou Dactyles du foin d'élever
ce Fils. Ces Nymphes invenrerent
alors une Danse, dans
laquelle- elles ré servoient de
Boucliers d'airain. Leur pensée
estoit qu'en se rencontrant les
unes auprèsdesautres, ces Boucliers
se toucheroient, & seroient
assez de bruit pour el-npescherqueles
cris deJupiterne
sussent entendus. La Dansea
ésté mesme longtemps appellée
dunoir des Nymphes de qui
elle tiroitsonorigine,c'estàdire,
Dactyle,. Les Livres nous montrent
encor que depuis ce temps,
si éloigné- du nostre & de nos
moeurs,la Danse a toujours esté
cultivée.- Ilsnous apprennent
que les Lacédémoniens cft;
avoient
avoientune dont les pas estoient
militaires,& se formoient au
son d'une harmonie mélée d'enthousiasmes,&
quiportoit les
Hommes au mépris de la mort.
Sans la lecture, qui nous auroit
apprisquela Philosophie la plus
austere ne condamnoit point la
Danse, & qu'un Socrate dans
son Domestique, rioit & dansoit
tout comme un autreHomme?
Comment découvririons-nous
que Néron,tout Empereur qu'il
estoit,seglorisioitd'avoir la qualité
de Danseur? Et s'ileft permis
d'ajouter le Sacré au Prophane,
qui nous diroit que Davida
dansé devant l'Arche d'Alliance?
Enfin ilseroit facile de
nous convaincre par ce qu'on
trouveécritdela Danse, qu'elle
a toûjours esté l'ame des plaisirs
dan sles Festes,qu'elle n'ajamais
manqué d'émouvoir le coeur
par les mignardises, par ses
agrémens, que c'est un noble
exercice, convenable aux deux
Sexes, pratiqué dans leurs diférens
âges, embrasse. depuis le
Sceptre jusqu'à la Houlette, &
qu'il en est de luy de mesme que
de la Renommée que la succes.
sion des temps fait estre de tout,
Païs, & met dans sa perfection.
Vires Acquirit eundo.
Quand on me contesteroit
que la Veuë estle Sens qui contribuë
le plus à la satisfaction
de l'Homme;je croirois avoir
lieu de le soûtenir, si feulement
par son entremise vous aviez
ajoûté foy aux assurancesque je
trousay données dans mes Lettres,
que je fuis, Vostre très, &c.
DE LA SALLE, St de Lestang
A Orleans le 15. ~Ivin 1680.
La Piece qui suit a estéfaite en
saveur de Madame l'Abbesse de
Chasots de Lyon. Cette illustrePersonneestdelaMaison
de Varennes,
&se distingue bien plus par l'éclat
desa vertu, que par les avantages
desanaissance. DeuxdesesDames
voulurent luy témoigner leur rendresse,
& elles souhaiterent que ~e
sustpar une Eglogue. Mr l'Albé
de Sonilhacse chargea pour elles du
foin de la faire, Vousavouerez,
après avoir leu
y
quelles eurent /ù-.
d'en dire contentes.
1DILLE.
PHILIS & CLORIS.
CLORIS. QVelplaisir, ma Thilis, dejoüir
des Beautez
Sinon voit de toutespartsences Lieux
enchantez!
Ces Arbres, ces Rochers,ces Catedme,
ces Prairies,
Çtufent à monesprit d'aimables refveries;
J'y gouste des doi4ceurs 1**°* nepeut
exprimer,
Et ..,o/N n'y trouvezrienquipuisse
vouz charmer. PHILIS.
Non, Cloris, ces Objets nefUtentfohf
y*yeue;
Ilss'offrent àmesyeux,sansquej'en
fbfttfmeue.
Mon coeur trop prévenu, méprise ces
plaisirs,
Vers unplusbeau Sujet ils portent
ses desirs. CLORIS.
l'Objet de voslangueurs, dites-le nous
-
fdnsftinb,
Philis, flrDÍt".cêpas l'incomparable zAmirtte?
Loin d'elle jevousvois dans un abatemens,
Qui vousrend ennuyeux le Lieu le
plus charmant.
PHILIS.
Ilestvray, ma Cloris, cette aimable
Tiergere^
Mieuxqu'aucune, a trouvélesecret
demeplaire,
Et, s'ilfautl'avoüer,jepÑtous mes
efforts
Pour la rendre sensible àmes tendres
transports.
MdkVieUX, je nevois pas qme cediscours
ynushlejje,
Etqueje chaqueenfin yofire délicaup.
Tardonne^-moy
,
Cloris, un mouvement
Jifranc;
Aminte alepremier, &vous &vous lesecond r*"Z\
Etmoncoeurentrevousprétendpou-
"voirsans crime
Vouspartagerainsimaflâme& mon
estime. CLORIS.
Non, vostre coeur luydoit toutesa
Pdfltôn,
Et yosms miesuorprennez pa-.r sa divi- PHILIS.
Il craint que cetaveu, Cloris,ne yoas
irrite.
CLORIS.
Tour m'enfâcher, Aminte efi d'un
tropgrand mérite;
On ne peut condamner un aussisage
choix,
Sans blesserlaRaison, "7 ses plus
justes Loix.
LesDieuxsursa Personne ont "'terft'
tant de charmes,
Qu'ilfautqu'àleuraspectnous mettions
bas les Armes.
J'enressens, comme yomt l'inévitable
effet,
Et loin d'elle mon coeurn'estjamais
satisfait.
Pourses divins attraits mon ardeur
est extréme,
Etvousl'aimez,Philis, bien moins
queje ne l'aime.
PHILIS.
Quetous connoissezmalvotre amour
Cor le mien!
C LORIS.
L'un (JF l'autreparoist je les connois
fort bien.
Le ,,s!ouJlrrepeafisisen. mais le mien le Iladesmouvemens.
PHILIS.
ffe\maClorû)degrace^
Cessez Nil tel discours, je nepuis le
fîttffrir,
jiyec ce sentiment vous ne faites
mourir»•
Ab, Cloris, votre coeur nesentrien ik
sitendre.
CLORIS.
Ah, Philis,sonardeur nesçauraitse
comprendre.
PHILIS.
Aminte atous mes "'æNI CLORIS.
Aminte tout mon ceeuf PHILIS.
Elle faitmesplaisirs,
CLORIS.
Ellefaitmal,,,,.ru.r..,
PHILIS.
*fetnefaisunbonheurd'eflre fousJb»
empire*CLORIS.
C'tftfour/esfeulsaffat que mon ame
soûpire.
PHILIS.
*Ayàntqu*âfineg'ardmon amoursoit
détruit,
L'Etéserasansfleur,&l'Automne
sansfruit.
CLORIS.
Et ce «-fMetdU plutost interrompant sacourse Parun
sasourrectoeu;r nouveau monterA vers
Le miel de nos Jardins naura plus
rien de doux,
Et les :Br/bill seront d'accord avec
les Loupss
Oüy,plutostauprèsd'eux ellesvivront
sans crainte
Quejecesse d'aimer l'incomparable
Aminte.PHILIS.
Je 1oy que nos debats "eYÙIl"'Qitflt
eternels,
JTnijfînsnos deux coeurspar des noeuds
immortels,
Etconfondantat'nfl les transports de
nos ames,
Offrons-luy, ma Cloris, &plu* tendre
des ifâmes.
CLORIS.
J'y consens; mais,Tbilic,joignonsencornosvoix,
Etfaisonsdesonnomretentirtous nos
ISois,
Ilfaut tout consacreràl'éclatdesa
gloire,
Qu'elle regne en nos coeurs, & dans
nostremémoire.
DE L'ORIGINE DE LA
Danse,de ceux qui l'ontintC/
entée, & deses diferentes especes.
DE grace, Mercure, quelle
est vostre intention, de
maiis. demander l'origine de la
Danse?Avez-vous oublié que
dés la Création du Monde vous
la menez à vostre tour avec les,
autres Dieux & Déesses,dans
ce Branle continu,queles Grecs,
appellent ~Thyase, ou Danse celeste,
&quisefaitparles Etoiles,
&: par les Planetes, où vous tenez
vostre place comme les autres?
Mais comme ce Branle ne
se peut faire sans harmonie, &
que la diversité des tons, où le
grave se mesle avec l'aigu, nese
fair qu'avec un bruit violent &
excessif, à cause de la rapidité
des Astres & desmouvemens
précipitez des Cieux, il est impossible
aux Hommes de les
entendre. Aussi le mesme accii
dent leur arrive-t-il qu'aux Habitans
d'autourles Catadoupes,
qui pour le grand bruit que fait
le Nil en sa chute, se précipitant
de ces hauts Rochers, naissent
naturellement lourds. Toutefois
c'est delàquenousapprenons
que l'Harmonie a sept diférens
tons, autant qu'il ya de Planetes,
& que desmouvemens des
Cieux procede cette premiere
Danse, que les Hommes ont
tâché, d'imiter avec des Instrumens
Ciceron en parle de la
forte dans le Songe de Scipion.
Mais, ô Divinité,je découvre
icy vostre intention. Vous nous
demandez quels font les premiers
Inventeurs de l'Harmonie
& de la Danse entre les Hommes,
& quisont ceux qui les ont
introduites. Avantque de vous
répondre, il est besoin d'en donner
la définition apres l'introduction,
& de distinguer les Nations
& les temps, & laFable
d'avecl'Histoire.
La Danse n'a jamais pû estre
introduite entre les Hommes
sansl'Harmonie,ny l'Harmonie
sans la Danse Ce font deux
Soeurs inséparables, ou si l'on
veut, deux Arts divins, qui se
tiennent tellement attachez ensemble,
que l'un ne peut subsistersans
l'autre, & quiayant
estécultivez avec le temps, ont
maintenant acquis icy-bas toute
leur perfection Ils sont aussi
anciens que le Monde, & ont
Jperuisx,naissance avec la Paix, les
les Ris,& l'Amour. Que
nedoit-on pas doncàl'Autheur
delaPaix, qui, comme une Divinité,
ramene tous ces plaisirs
innocens en un mesmé temps,
&lors qu'on les espéroit le
moins?
Les Hommes n'estoient pas
encor beaucoup éloignez de
leur principe, quandJosephe
dans sonHistoire nousapprend
queJubal Fils deLamech, a esté
le premier Inventeur des Instrumens
, de l'Harmonie, & de la
Danse. Ce fut luy qui de la
coquille d'une Tortuë se fit le
corps d'un Luth,&des entrailles
des Animaux, les cordes.
Cette nouveauté plût entre les
premiers Hommes, & en fuite
on a tâchéde l'augmenter.
Emanuel Thesaurus en son Livre
de l'Art Lapidaire, ou la
Vie des Patriarches, dit des merveilles
de ce Jubal, & le petit
Traite qu'il en asait est intitulé
N.tnia.',
, Pour définir la Danse ce
n'est rien autre chose qu'une
certaine faculté & disposition
du Corps, qui pardes mouvemens
proportionnez & des postures
accordantes au son des
Instrumens ou de laVoix,s'anime
& le conduit à la cadence,
& qui félon les nombres, les
modes, & les mesures de l'Art,
imite & exprime les passions
de l'Amepar les actions du
Corps.
,
Plutarque en ses Questions
Convivales dit, apres Aristote,
que cetteimitation&expression
ne se peut faire que par des mou.
vemensformez surl'Harmonie,
èc que la Danse a trois partie
donc l'une consisteenmouvemens,
l'autre en habitudes,&
laderniereenpauses.Maisquoy
qu'il y ait deux diférences, l'une
par mouvemens continus, '&.
l'autre par certaines pausesselon
lessujets, ce n'est pas qu'il n'y
ait des mouvemens & des gesticulations
en l'une & en l'autre,
maisen l'une davantage, & en
l'autre moins.
-
Deces trois parties de la
Danse, ces autres especes sont
dérivées, la Continuë, la Remise,
la Composée, la Serieuse,
la Molle, la Figurée, & la Satyriqueoubousonne.
Mais surtoutes
les autres, la Figurée a
l'avantage de mieux représenter
les mouvemens du Corps & les
passions de l'Ame.Elles ont
encord'autres noms tirez de
leurs Inventeurs,comme la Pyrrhiqué
; ou des Régions,comme
l'Ionienne; ou des Peuples, comme
la Lydienne; & quelquefois
elles empruntent leurs noms des
mouvemens,des postures&des
gesticulations du Corps;comme
elles font suffi des vestemens,
ou de l'état où font les
Personnages, soit en armes ou
non ,
fous le masque, ou avec
quelque autre appareil qui convienne
au sujet.
Les trois especes de Danses
chez les Anciens, qui passoient
pour les plusnobles,estoient
l'Emmélie. Celle-cy est grave&
composée, & ne servoit que,
dans lesTragédies,où la grvité
des Héros estoitaussibien marquée
que leurs passions L'autre
nommée Cordace, estoit beaucoup
plus libre, & se donnoit
bien plus de licence; elle s'eniployoit
dans les Comédies, où
les moeurs & les actions des
Hommes estoientreprésentées.
Quelques-uns en donnent l'invention
à Bacchus au retour des
Indes, après sa viaoire & sa
conqueste. La derniere dite sJcinnis,
ne sepratiquoitquedans
les Pieces satyriques ou bousonnes
:c'est où l'on introduisoit
sous le masque les Faunes,
les Satyres, les Egipans, les Sylvains,
les Dryades, & les autres
Nymphesbocageres Se champestres.
L'onenl'invention
à Sicynnus de Crete,
doncelle a prisson nom & Scn*
monladonneàThersippus. Eurypide
en parle assèzamplement.
De toutes ces diférentesespecesde
Danses, les unes'employaient
dans les Nôces, les
autresdans les Sacrifices, d'autres
dans les Pompes &dans les
Spéctacles publics; &d'autres
sur leTheatre. L'on peut voir
cequ'en disent Athenée, Cælius,
Rhodiginus, Scaliger, Hierôme
Mercurial, Rosinus en ses Antiquitez
Romaines, Alexandre
Sardusdans Polydore Virgile,
TheodorusZuingerus en son
Theatre de la Vie humaine;
outre Homere, Platon, Aristote,
Xénophon, Galien, Strabon,
Boilux,&Lucien
Commeles Anciensn'ontjamais
méprisélaDanse,&que.
jamais aussi il ne se faisoit de Cerémonies
ou de Spétacles publics
qu'elle n'ysust employée,
on peut dire qu'outre le plaisir
&le divertissementque les Principaux
y prenoient aussibien
que le Peuple, ils en avoient
remarqué l'utilité comme necessaire
au bien public,& à la
consèrvationde leurs Etats
C'est ce que les exemples nous
vont confirmer.
La Grece, à qui l'on donne
la découverte & l'invention des
plusbelleschosés, cultiva cet
Art avec beaucoup de foin &
d'étude, parceque ceux qui
présidoient aux Gouvernemens
marquoient qu'il servoit beau
coup à façonner le Corps de
leur jeunesse.,& qu'il luy donnoit
des dispositionsmerveilleuses
àla Milice, & dans lesSacrifices
une attache particulière.
De là vientqu'Orphée &. Mufée,
les plus anciens Autheurs
des Grecs,ont dit que l'on ne
pouvoit estre admis dans les
Mysteres, &. dans les Cérémonies,
sans l' Harmonie & la
Danse. Homere apres eux dans
son Iliade, donne de merveilleuseslouanges
à ses Héros,
pour avoir excellédans la Darse,
& y avoir acquis beaucoup
de réputation nonseulement
chez eux, mais aussi chez les
Troyens leurs ennemis, parce
que par le secours de cet Art
ils,s'estoient rendus beaucoup
plus dispos à la guerre, & à faire
de grandesactions,quepartout:
autre exercice.
Dansce mesme temps,la
Danse qu'on appelle pyrhique,
&que Solin &Strabon disent
avoir elleinventé par Pyrrhus
le Cydonien,& Aristote par
Achille, ne se faisoit que fous
les armes avec les mouvemens:
du pied & le bruit des mesmes
armes, si c'estoit à pied; mais si
clestoit àcheval comme le plus
souvent,y elle se faisoit d'une
autremaniéré. Il se formoitdes
Troupes de jeunes Seigneursou
Princes parragez par Bandes,
que nous appelions presentement
Quadrilles, qui avoient le
Casque en teste, la Lance en
une main,&. le Bouclier en
l'autre, & que des Chefs expérimentez
conduisoient à cet
exercice si noble, qui tenoit
beaucoup du militaire, & qui
ne se faisoit que par modes, cadences,
mesures, courses,pauses,
&chamades. On en trouve en
l'Eneide de Virgile un fameux
exemple qui se donna par les
jeunes Princes Troyens & Siciliens;
en la présence d'Enée&
d'Aceste Roy de Sicile. Les
Garrousels ez les Coursesde
Telles, qui sefont dans les plus
belles Cours de l'Europe, ont
quelque chose d'approchant de
ces exercices si fameux. v ,,'4
., La Fable veut tirer l'origine
de la Danse Pyrrhique de plus
loin, & dit qu'elle avoit esté
inventée parla Déesse Pallas,
quand apres la défaitedes
Geans, en figne de joye &'de
triomphe, elle dansa la première
toute armée, & qu'elle
mena à la cadence les autres
Dieux &Déesses,
La mesme feint que Berecynte
ou Rhée, enseigna la
Danse à ses Prestres, qui ef--
toient les Curetes en Crete,&
les Corybanresen Phrygie,&
que pendant leurs Sacrifices, ils
ne la pouvoient faire qu'avec
des mouvemens violens,des trépignemens,
&des battemens de
pieds contre terre,& avec une
especedebruit aigu, en frapant
des Epéès courtes & des Javelots
sur de petits Boucliers d'airain
, & qu'ainsi ils sauverent
Jupiter nouveau né, qui auroit
esté
esté devoré de Saturne ion
Pere.
Hésiode dit qu'il avoit veu
luy -
mesme les Mufes danser
pres d'une vive Fontaineautour
de l'Autel deleur PereJupiter,
où Eraton, Polymnie, & Terpsicore
, menoient le Branle.
Ce sont aussi ces Filles immortelles
que les Poëtes feignent
avoir inventé la cadence des
Paroles, la liaison des Mots, les
tons de laMusique, l'harmonie
des Instrumens, & la Danse.
Apollon leur Frère est aussi fameux
pour les mesmes Arts; 6c
le Parnasse éloigné du bruit&
du tumulte, est le lieu où ils les
pratiquent.
Les anciens Héros, comme
Thesée, Achille, Pyrrhus, Mérion,
Epaminondas,Scipion, &
Alexandre, auraportd'Emilius
Probus, avant leurscombats
aussi-bien qu'après leurs viétoi':'
res, n'ont fait aucune difficulté
d'assujettir leurs corps militaires
& triomphans, aux nombres & à
la cadence des Instrumens, jugeant
que par un si noble exercice
, ils confervoient ouaugmentoient
la disposition qu'ils
avoient acquise pourlaguerre.
Xenophon dans ses Symposiaques,
nous rapporte que les
plus sçavans des Anciens eurent
beaucoup d'inclination pour la
Danse, tel que Socrate., qui
quoy que grand Philosophe, s'y
adonna sur le déclin de son âge,
aussi-hien que Diogene. Athenéeaima
la Danse appellée
Memphitique, qu'il avoit apprise
des Egyptiens.Pythagorese
donna la mesme liberté. ,Aristipes
fit gloire de danser devant
le Roy de Sicile: ainsi donc ils
y trouvoient tous des dispositionsà
la bienseance& à la
grâce du Corps.
Les Lacedémoniens, qui ont
esté les plus illustres de toute la
Grece, apprirent cet Art de
Castor 6c de Pollux, & le crûrent
si necessaire, qu'ils y faisoient
instruire leur Jeunesse, se
persuadant que la Danse n'estoit
pas moins utile que l'Artmilitaire;
aussi c'est de là qu'on peut
dire qu'ils doivent une partie
de leur gloire à la Dans 5c à
l'Harmonie. Venons à d'autres
Nations
Les Pheaques, Hommes abondans
en toute sorte de delices
s'y adonnoient avec tant de pasfion,
qu'ils estimoient que ce
seroit retrancher un des plaisirs
de la vie,que d'introduire la
Danse; aussi aucun n'estoit estimé
chez eux, s'il n'y excelloir.
Les Thessaliens appelloienc
leurs Magistrats Proorquesteres,
comme par une marqued'honneur,
parce qu'ils faisoient gloire
de porter le nom d'habiles Danseurs,
& en menoient les premiers
la cadence.
Dans l'Islede Délos, les Sacrifices
ne se faisoient jamais
sans la Danse ôc sans l'Harmonie
;
&il y avoit des Choeurs de
jeunes Hommes qui s'y exerçoientpendant
la Cérémonie
au son de la Flûte & de la Lyre,
comme si par là leurs Prestres
& leurs Sacrificateurs jugeoient
qu'ils avoient plus d'attaché aux
Mysteres.
Les Indiens n'adoroient jamais
le Soleil qu'en dansant,
soit àson lever, ou à son couchant
, ; & les Brachmanes qui
estoient leurs Prestres, se fervoient
de la Danse dans leurs
Sacrifices.
Les Ethyopiens n'alloient jamais
au combat qu'en posture
de Danse, portant autour de
leur teste leurs flechés en forme
de rayons, pour donner plus
d'étonnement ou d'effroy à
leurs Ennemis.
Les Principaux des Tvriens
& des Troyens, dans le Palais
,
de Didon Reyne de Carthage,
qui donnoitlerégalàEnée,faisoient
divers Choeurs de Danse,
& c'estoient les Tyriensqui menoient
le Branle, Jopas
@
joüant
alors de la Harpe, comme dit
Virgile.
r, CD,hez'* les Anciens, la Danse
par Choeurs,quenousappellons
Ballets, dans les Intermedes oit
Entr'actes, se faisoit dans les:
Tragedies& dans les autres
Pieces de Theatre,avec des
Voix & des Instrumens, où l'on
admettoit les Personnesde l'un
& de l'autre Sexe, & le sujet de
- ces Choeurs, avoit du raport
/vëè'l'Argurnent. de la Piece.
C'est ce que dit Horace en ses
Satyres, & Seneque en sa
Troade.
La Danse qu'ils appelloient
Hormus, estoit composée de
jeunes Hommes & de Filles,
dont l'un menoit le Branle avec
des posturesmâles & belliqueuses,
& les Filles les suivoient
avec plus de modestie, comme
pour faire une harmonie de ces
deuxVertus,la Force & laTempérance.
Les Pantomimes qui dansent
dans les Ballets, doivent avoir
beaucoup de disposition du
corps & de l'esprit, les mouvement
subtils & justes, l'oreille
fine, l'esprit judicieux & présent,
l'intelligence deroutes les
passins pourles imiter ou contrefaire,
& principalement la
connoissancede toute la Fable,
la taille plus avantageuse que
petite, &. une justesse en toutes
leurs actions, à moins, comme
ddit Ciicceronu, delpaesserspou.r ri-
- Nous passerions icy sous silence
laDanse des Sybarites &
des Bacchantes, n'estoitque
nousne voulons rien lasser à
dcfircr sur cette matiere. Les
S> barites, Peuple extrémement
voluptueux, ytrouvoientleurs
divertissemens & leurs delices,.
&. .f{ÍÊLnt IneÍine .inHruire J" Se u[-
ques a leurs Chevaux,ils n'alloient
jamaisaux Banquets qu'à
la cadence, au sondesFlûtes&
des Hautbois. C'est d'où les
Crotoniates leurs ennemis prirent
occasion de les vaincre,
lors qu'il en fallut venir aux
mains avec la Cavalerie; car
ceux-cy au lieu de faire sonner
l'allarme, firent joüer des Branles;
ce que les Chevauxvoulant
suivre, il leur fut facile demettre
en déroute toute la Cavalerie
des Sybarites. La Danse
des Bacchantes ne se faisoir que.
pendant la nuit avec des hurlemens
& des cris furieux, & lors
qu'on celébroit les Orgyes, qui
estoient les Festes de Bacchus,
où ces Femmesécervelées,avec
des mouvemens emportez, le
produisoient, couronnées de
Lierre ou de Pampre, ayant des
Thyrses enla main, & couvertes
de peaux de Tigres,de Loups
Cerviers,ou d'autres Animaux
farouches, & pleines plutost de
Vin, que des inspirations de
Bacchus. C'est d'où sont venuës
les Bacchanales. Mais
comme ces Danses sentoientles
Furies, ces Femmes ycommetroient
des actions sanglantes.
Orphée à leur rencontre en fut
déchiré en pieces, &la douceur
de sa Lyre qui touchoit lesRo
chers, & les Animaux les plusfurieux,
ne pûtrien sur ces Femmes
qui en firent leur victime,
& leur fureur alloit encor si
loin, que PenthéeFils d'Agare,
quoy que Roy des Thébains,
pour avoir méprisé les Festes
de Bacchus, fut déchiréen morceaux
par sa Mere mesme& par
les autres Bacchantes.. C'est ce
que rapporte Virgile en f011
Moucheron, &Horace en ses
Satyres.
Les Romains estoient aussi
fort affectionnez à l'Harmonie
& à la Danse, & principalement
dansleurs Banquets. Quelquesuns
disentque l'une & l'autre a
esté introduite en Italie parPylade
Sicilien, & d'autres parBatyllus
d'Alexandrie. Juvenal en
parle en les Satyres. La pompe
& les grandes magnificences de
cette Nation les avoit portez à
toutes les choses qui flatent les
sens; &ce que les autres Nations
faisoient par politique,
celle-cy le faisoit par luxe :ce
qui servoit d'établissement aux
autres, celle-cy en faisoit un
usage pour ses plaisirs & pour
sa ruine. De là vient qu'on
trouve dans rosinus,Macrobius
en ses Saturnales, &dans Cælius
Rhodiginus, que quelques Empereurs
en leurs somptueuxFestins,
sedéguifoient en Divinitez
celestes,terrestres, ou marines,
pour y pratiquer leurs Danses.
Mais ce qui sentoitchez les Romains
la molesse,chez lesGrecs.
les Troyens, & autres Penples,
sentoit la generosité. On faisoit
donc dansles Danses des Romains,
des postures des pieds&
desmains, & des gesticulations
de toutle Corps, comme font
les Basteleurs ou les Danseurs
deMorisques; & c'èftdequoy
Perse & Juvenal se raillent en
leurs Satyres, & ce que rapportentVelleius,
Artemidore, Ll-à,
pfe, & Leontius en son Antologie.
Martial mesme ajoûte,
qu'àl'entrée des 11011ve:HlX;
Mets,-Se lors que l'on commençoit
les Danses, on faisoitjouer
des Instrumens hydrauliques,
&qu'alors de jeunes Gens de
l'un & de l'autre sexe, faits venir,
de Syrie., ci'Afrique, ou de Cadix,
au son de la Voix ou des
Instrumens, passoient la plus
grande partie de la nuit en diverses
cfpeces de Danses, &
c'estoit un des plus grands plaisirs
de cette voluptueuseNation.
On trouve encor que les Empereurs
Romains seplûrent d'avoir
dans leurs Triomphes, des
Satyres & des Silenes, qui par
des postures & des gesticulations
boufonnes, imitoient les
Danses serieuses, estant couverts
de peaux de Bouc, ou de
vestemens tissus de Jonc & de
Genest, entremeslez de Fleurs-
& dans leursInpromptus ils donnoient
des brocards au Peuple.
Ce que ceux de Livourne &
d'Ombrie ont retenu dans leurs
Satyres & leurs Boufonneries.
Remarquons encor que dans
les Theatres des Romains il y
avoit une Place appellée orguestre,
où se mettoient les
Joueurs dinstrumens, & où se
faisoient les Danses dans les
Comédies, & que les Empereurs
mesmes ne faisoient pas
de difficulté d'y joüer leurs personnages,
& d'y avoir leurs Fauteuils.
C'est ce que Suetone
rapporte en la Vie d'Auguste.
La Danse des Saliens, qui estoient
des Prestres de Mars chez
les mesmes Romains, sefaisoit
pendant les Sacrifices; & l'on
tient que pour estre plus agiles
& plus vifs, ilsdansoient pieds
nuds sur les charbons ardens.
NosHistoires, aussi bien que
les Commentaires de César, &
Cicéron de la naturedes Dieux,
font mention que les anciens
Druydes, qui estoient de vénérables
Magesou Prestres habitans
dans les Forets, où ils s'adonnoient
fortà la Spéculation,
À la Philosophie, & àla contemplation
des Astres, avoient
coutume au premier jour de
l'année daller avec cerémonie
danser autour des Chesnes, donc
ils tiroient leur nom,&:d'y cueillir
par apres le Guy. C'est d'où
est venu ce fameux Proverbe,
AuGuyl'anneuf.
AdviscumDruida, Druidafaitare
.jòlebllnt.
Ces anciens Druydes ont subsisté
dans les Gaules jusques au
temps de l'Empereur Auguste,
& ce futl'Empereur Claude V.
qui les abolit entièrement. La
Ville de Dreux en a pris le
nom.
Pour couronner donc glorieusement
la Danse, nous dironsqu'elle
est si propre à dresser
le Corps, à former la grâce,
& à relever les actions des jeunes
Seigneurs ou Princes, que
l'on ne manque pas de les y
faire instruire selon le merite de
leur naissance & la dignité de
leurs Personnes, & c'est ce qui
se pratique dans toutes les Cours
de l'Europe, tant pour l'utilité,
que pour le diverssement des
Testes couronnées. Nous ajoutons
icy l'union de tous les plai.
iirs, par le retour de la Paix &
du Siecle d'or.
MErcure, l'on te doit, comme au
plusgranddes Vieux,
Lesplaijtrsqu'on trouve à la Vanre;,
Tuûque tu nous apprens que le Branle
des deux
En donne ote re lit cadence.
Les Mortels curieux de cet Art tout
divin,
De U nuitpercerentlestoiles,
Et contemplant le Ciel, enapprirent
enfin
La Danse qu'ysont les Etoiles.
Ils y virent ton rang , tes mesures,
tespas,
Etdans cenoble Art tant decharmes,
Qu'ils l'observentdepuis avectousses
appas,-
Sluatsdla Paixfaitquitterlesarmesi
C'estalors queVonyoitjusquaux
jeunes Bergers,
C!¡$rme'{ de leursNymphessuperbes
Ensuivre l'harmonieavec leurspieds
1 lr.
Dansantsurlesfloeurs cr> lesherhes.
Tour desplaisirssedoux,ilfautun
doux repos;
C'estce que la *Paixfaitrenaiflres
Si ce calme n'estdû qu'auxJoinsd'un
grand Héros,
LOVIS peut s'en dire le Maistre.
Toutel'Europe envoit les merveilleus
effets,
Par l'union de tousses Princes;
Et ce charmant bonheurquegonstent
leurs Sujets,
S'étend danstoutesles Provinces.
C'sestde là que lesRis,lesAmours C"
les Jeux,
Précedentsouvent l'Hjmulti
et qu'ensuite l'Hymenfait parses
fierez noeuds
Vlusd'uneheuriufe deftinçc.
La France, la Baviere, (jylBjfdgne
àfin tour,
Goustent ces douceurs mutuelles,
ParlaPaix,parles Tfjs, par l%Ifjmen,
&l'Amour,
Dans leurs unions éternelles,
Apres des jeux sidoux,&d'aussi
doux!ltllt;"s,-
Quinaissent d'àvnepivrejoye,
2ïeyoit-onpa? s"unirdans leursardent
desîrs
Le Torturai&la S,,"'oJ?
guand leNortafîny tant de Qmbats
affreux>,
1
Parlerepos qui leursuccede,
IltrA~ï*iïïc à l'Hymen, qui s'enva
rendre heureux
Le Dannemare (yla Suede.
Si donc tant de plaisirs, cg., tant de
jeux chttrmans^
Renaissent en chaque Contrée,
qued'acclamationscr ddolaudemens
Doit-onà la divine .Astres
Elle quitta la terre,après leSiecle <?or9
Tour la Discorde&pour la haines
Elle lefaitrenaistre,&vient régner
encon
Mais c'eji mon Roy qui la ramene.
Si nous devons aux TÇoySyCe que l'on
doit aux Vieux,
O GrandRoy, quelleestvoqtregloire!
pOM nesçaurieç donner cequ'on demandeaux
deux,
Qu'en yom retranchant la Victoire.
Oüy, la Posteritévaaparler à jamait
Devous autrement qued*Auguftey
Quandvousvous faites voir, en redonnant
la Paix,
Toujoursgrand,généreux ÇPju(te,
RAVLT,de Roüen.
Voicy plusieurs Madrigaux qui
m'ont esté envoyez, sur l'Histoire
Enigmatique du dernier Extraordinaire.
Elle ne cachoitautrechose
qu'une faire de Pantoufles & de
Souliers. Toutes les convenances'
en sont aiséesà trouver. Les Grecs
nom ont sourny le mot Crepida,
qui veutdire Soulier, ou Pantoufle.
I. JArnaùt je n'aurais deyitte"
Ce que le Mercure a donné
:J.J:JjôIN un sens enigmatique,
Sijen'avois veu ce matin
Dans unTableaufaitàl'antique,
Agenoux lepauvreScapin
Qui baise de Dame jLhgélique
Les Pantoufles&le Patin,
Tandis que lodelet rit&luyfait la
nique.
LE P. LA TOVRNELLE.
c , II. E n'estpaspour des Ecoliers
Quel'onproprose cette Ffift()i,."
Carseulent ils aimentmieux boire,
Que de s'acheter des Souliers;
Souventaussisans nulsscrupules
Ilsportent aux talonsdes Mules.
OGIER-TERRAVDIERE,
de Niort..
p III. Our devinerl'histoireEnigmatique,
N'lIlIi'{ point consulterles PeresCordeliers,
Soyezunpeumélancolique,
Irtefurc^ tous vospas, regardant yçs
Souliers,
Vousaurez découvertlamoitié du
mistere;
Maûjiyowdeftre^fçayoirl'Ififlaire
entiere,
Décbaussez-lesfortpromptement,
Etprenezvos Mulesde Chambre,
Patir J,u..,e'{du jus de Septteemmbrree,,
Vousl'expliquerezseûrement,
SEGVINIERE-POIGNANT..
V IV. Ousestesdit-on,empesché
Apenétrerlesens rdehi
TfeJfoM l'Enigme du Mercure;
N'y "f.,e"{pllM, jevousassure
Que je l'ay découvertenfin,
Et qu'en me le"'lIlIt, ce matin,
I'aytrouve'cesdeux SoeursjumeUesy,
Et leurs deuxFrères aupresd'elles,
Tousquatreprestsàmeservir,
Tsur+a-tour,félon mondesir.
Z'it) pris les deux Soeurslespremiereis;,
Ensuite les Zumeauxleurs Frères,
Etleurayfaitgrandeamitié't
Carc'estoit chaussure à monpié.
En considérant leurfigure, l'J déyelopéleMercure.
Les PartoutessontlesdeuxSoeurs
Dontpltt/eee DieudesCauseurs,
Leurfort dltlè rendreservice
Ddns leplttsyil&bas office,
Iusqu'à terre,dessous nospas,
On nesçauroitservirplus bas.
Les Souliers,quifontleursdeuxFrerts»
Pour le plaisir OUleS affaires,
Dans laSalle, oulegrandChemin,
Serventà tout le Genre humain.
Ils sontjumeaux,onleconfesse,
Maispoursçarvoirledroit d'aînejfh
Des Pantoufles ou des Souliers, Ilfautparler aux Cordonniers.
Les Souliersfontplus bautsde taille,
S*Hs nesont Souliers de Canaille;
LesPantoufles n'ontpascomme eux
Les oreilles aupres des yeux;
Wd* elles ont aussi la joye
De ne point sentir decouroye
Qui leur cause t'ttt..ffl.jOio"
3Oe la fâcheuse 4tjlr¡dio.
J£ue l'enskit.soufrir à leurs Frères^
Aqui leurs Maistressont severes,
Il Les tiennent dans des liens
ji l'attache comme des Chiens.
C*efi une chose "fit. commune
7Je"'ssir laforme de la Lune
uxSouliers de nos aCourtisans;
Les Laquais n'ensontpas contens.
SilesTamoufle*fontd'uftge,
Ce n'estpaspour un long Í;,,'
Car le travail neleurJfIPM,
On les entendgronder tout bas,
Aumoindrepasqu'on Leurfaitfaire,
Tant le repos est leuraffaire.
Ellesont, pour lapropreté^
D'unetrès-grande IItiJ;tt!,
Etferment volontiers les Carnet,
Pendattout le temps que leurs Femmes
Préparent leurs Freresjumeaux,
Les rendentpropres, nets&bea",
j?\urVenirfaiteteurojficé)
ëfl&rrU+cr duservice.
y»jeuneHomme ~defortbonbec,
M'aditqueleur nom estoit Grècr
fourtels,jedemandegrttce^ Vi!
fkrpour duGrec je vous en ilffi.
LABLONDINE Gvimh*
V.
Es deuxPrere*\jumeaux^XP*kf>,
deux Soeursjumelles, .~e
Les *tnsd'uuCuirbriUantiles autres
"'1S"tÎII,,'jf'i' !:, r",.: 'J
De VeUufSy de.,.MtJ/
?-t. lefiusfîtty
- Riches engalonsd%$r,fajfemevs^ 'II
dentellesy ! 7
Servant lesoir (y le matin,
jÇuoy quebruyantes,Ufies^keàrf,
Nesontpas ce quefûtjadis leB
dequtn, ,' ',:
, 2fy làGalecbeoul'S^arfin^
ïïy la Sandale à troûfemeUtS*
Ny la Multi»}&?***•> ,\ ;.\
Maisje Ycaxft/'êh metonde,oude~ ,;"tWtjl
Sifa#Enigmemefienfin
Et le Soulier&laPantoufle.
c VRAVIT,deIRoü.en. Herchant de l'Enigme le Mot,
MwbUml"tltNJ-M estébiensot,
ei*rom m'eu£te^ IJMs;,ÍollZl
restées,
(Ay-je dit memordantlesdoigts,)
rancouflestjeyous*yfartées.,
IPtndéMt les fustrt derniersMois
L.F.V,deMorlaix.
TII.
ntfireG*UntMercure;
97m1»Jrtlf,jujfucs JùrU<
Çhaujptre.
Afresctfuil*dit,ne*dèpl*i/èfakfeutt,-.am-m/jt
Jesuis perfutdéfutleiflusi»cr&
dmles
Croiront y»'assurèment lesSouliers
&les Mules
Sontdetouttemps Freres&Soeurs.
LI FIEBVRE, dtArgenton,
Chasteau en Poitou.
D VIII. Ire que dés ftiOft estAmant
Onceffcfeftrecharitable,
C'ejfnous raconter une Fable,
Voit-onquepour estregalant%
Mercuresoit moinssecondable?
Il court lesRoyaumes entiers,
Etdonneàtous ceuxqu'il rencontre,
JEnJècrety çr>sansfaire montre,
Des Pantoufles& des Souliers.
MILLOT, de Marseille.
T IX. r"(ÍI,JffJ(}J bon tant rester
VessêsCfÇiJtoireSnijmatifue?
IRienncft,*mavissifacileàtrouver 1Cependantdepuisprêt d'unMois ':
*Tunef*ûyuemordretesdoigts;
Aforce d'y ress") biensouvent tM. > tef'oufies.
Ilfautpeufourt'embArajfcr>
"t¿j¿Àquespoeurntesdoennsers)i longtemps
On m* quà retournersesSouliers en Pantoufles.
DEBRIELLEL'aîné,
de Clamecy. , X. LEsens de l'Enigmestiflorifue,
Comprend,Sijem'y connois bien,
Certaines Pieces de "Boutique,
Souliers, Mules,oucen'estrien.
L'Inconnu d'Abbeville.
Ceux qui ont trouvé lesensdela
mesme Hiftoire-,fontMadcmoijcllè
delaBorderie, dererneiiit;mcf.
sieurs deVille-Chaluer; C.Hutuge,
d'Orleans;Bessin,Lieutenantde
Clamecy; Miconet, dechâlonssur
fSjeaanfesaViorleft»RiuSe MontorguèiU Rheimti
Le Bïcjf'l Àïïc MùntmarfnYJ^rncï
le Pere ;DeGermigny, de Cbmcj,
Cakvdin, c'oredear,rdy>
Bon Clerc de ÇhâlwssurSaojtli
Tamiriste,delaRuëdela Cerisaye;
LesReclusdeS.Leud'Amiens;Le
Cbiyatïçjde/&Salamandre) Le
Berger desRivesdu Tarn ; Le Solitaire
de Gcneve ; LeSolitaire de Çarpagvt^ Les Nouveaux Académiciens
de Beaïéya,îsiLa Bergere
.diey1iUecbcfy&laBeûe Brunedu dela Megisserie.
(
j'adjûute une nouvelle Histoire
Inigintrique, dont JJrltli3dlit.
de Lestang,estl'Autheur.
-II''J,é,, < - ,,'(;\\ ",
\.qn,>),¡t
':\ :
:
-t fc" AVrol" :-i. ,,?.":'L
•h •c» - "",\, .- .t.a.\ vVÇO „ cNtfioeingdneoli'tIadvoalnattlr'eiexqtiune-
& ,"t=Hje .--.--Ii,\i,,-,--'ii. Sucnc'easvseouirssdquec'uenluMyaqruy.iUarnedçeesu d'Enhautleôf;":
Corpsd'unlienindissoluble
veutqueuru lafois. Ilnepretend
soitunePolygamie,quechacun
decesMarysepouseuneautre
Femmequemoy.Ilmetcette
diférence entre mon Mariage&
les autres,qu'il permetjusqu'à la
dernierePosterité qu'onen renouvelle
tous lesanslacerémonie.
On choisit pour la faire,un
des jours les plus solemnelsde
l'année, & j'y fers comme '<le
Theatre. Il est d'une notorieté
incontestable, que c'est laReconnoissance
qui a contractéce
Mariage,&qu'il n'en naistrajamais
rien. C'est toujoursleplus
considérable qui
-
m'épouse au
nom des autres,&il n'en attend
ps un bonheur semblable à
celuy de Polycrates. J'étens
mon Lit nuit & jour jusqu'à la
porte de mes Marys. Illeur est
à souhaiterque je n'entre jamais
chez eux. Plusj'y entrerois, plus
j'y causeroisde désordre.
Mr Lorenzo dePadoa,lejeune,
le Mr de S. Fons Acndbnnicn de
fAcadémienouvellementétablie à
Villefranche en Beaujolois ont esté
lesseulsquiayent trouvé le vray
sensde laderniere Lettre en Chifres.
Toutlesecret consistaitàobserver la
distance d'un chifre àl'autre, & à
ra-pporter cenombre àlalettre qu'il
marquoit dans l'ordre ordinaire de
l'Alphabet. De62à59, ily a trois
nombres de distance, & cette distance
de trois marquoitle C, qui est
la troisiéme lettre. De 59 à64, il.-
ya cinq de distance, &celavouloir
dire,l'E,qui est la cinquièmelettre.
De 64 à8,ily a cinquante-Jix..
C'estoit une Nulle, toutes les distances
qui passentvingt-trois ne
pouvant marquer aucune lettre. Ce
misteredécouvert, il est aisé de lire
ces six Versdontla Lettreest compo/
ee.
Celuy quivoudra confier
Qncique grandsecret au Papier
Dokirypkjrecoursau Mercure,
Quimontre l'artmistérieux
D'armerseulementl'écriture
"iA ( -curieux.
dtit àta Lettre, enfigures,8
la décbifreen>s'amchant aiixfeul^
tames du Blazon dms.les.premieret
Armes>ér prenantlapremiere&
drrniiK lettre de ce Blazon quand
cts deux lettres sont diférentes, car
quand ellessontsemblables, on n'en
pends quune. Dansles secondes
Armes,ilfautprendfe le principal
nom de la Seigneurie, &en tirerla
pnmiere &dernier* lettre,.& ainsi
alternativement,,DesArmesdtMH
deTavants, quisontunLyon couronne,
prenez la lettre L, qui efi
laprmicrede Lyon,&lalettre E^.
qui est I. derniere de couronné,
voustrouverez le. Des Armesde
MI duLude,prenez D& E, qui
sont lapremiere & derniere lettre
du nomdeDu Lude, vaut aurez, de.
Le Blazon des troisiémes Armes,
sontCotice,ce qui fait ce. Les
qustriémcsfontla Ferte, quisont
le. Le Blazon descinquiémes, Roc
d'Echiquier, marquentseulement
lalettreR: Lessixiémes, Chevreufe,
vous en tirez, ce. Blazon
des septiemes, Semé au Sautoir
brochant sur le tour,premiere&
dernière lettre, S,T. Varambon,
marquent V, N.Blazon des nenfiénns,-
un Cor, premiere & derniere
lettre, C, R. Les dixiémes,
Aimes de Jb'tlf,út1",,¡ sontI, M.
Blazon des dernieres,Echiqueté,
fournit un E, & U tout tnj¿mk'.
formecesparoles, Le déceler c'est
un crime.
Les Lettres de cette nature nesont
proposéesque comme unjeud'esprit,
parce qu'elles ne peuventestre d'Il",
cun usage. Celle qui fuit est d'un
Chifre assez, particulier. Celuy qui
mel'a envoyé, qui estun HOffilllt
de considération & de mérite, croit
que nos Spéculatifsn'en viendront
pasaujjl aisément à bout que des
précedens. il prétendmesme que
danssonfréquent usage, la mémoire
suffitsansla Clef; &pour le rendre
plusfacile à déchifrer, il ne s'est
servyd'aucuneNulle. l'estimequ'il
bazarde beaucoup, ayant àfaire à.
des Esprits aussi penétrans que ceux
e. nostreSiecle.
LETTRE EN CHIFRES.
4i40?ji74i80.:, 8816: 8942: 13:
32;4274.1285?4512708722:32.
7.1-2635:39?3-47456;33?3-831:
55 4443!.507;145247: '3^4"
66588;82!.522387.2773!38?3135:
4557;527422:8913524316:2288;
247057;18?528761.61?34?3384
7026?2988:82?. 43?27.2412: 33?
422287;7820: 5413:32: 5213;2174
4,183!-4-()?'2-57i'952,i45I'.-§2,88.-.-
1920:73?. 30!.42216513 28:64?
88-2i5127^311.42204415:63;54
69!26;5014.13224312. 543887;
60142.1831'!.7o:41?4185?I5'13:16
4820;52!.238728;22:26454318?
39?52!. 51193}l.imJ-4bB-4J50.
81?20: 1641?.13?1814269iJ4JI4?
708,8:.4a^l?i8i3vi<>4i?87:7417
5415*8817*19?5725:7352*'-i8iOiJi
87;55435272960;4314;562788
35:5732:.345237?2289:13;42.
Ie ne puis attendrejt^qu'aufrt*
mier Extraordinaire, avouésash
partd'uneautre Lettrequeje vtvé
avouë qui jenesuis pointcapable
gdreâdceédcheifrer. Ccluy quim'afaitla
met'envoyerm'enfaire l'Expl,icastieonngdagaenJst
ttïempsqu'ilfaudraqu'eMepariHjJeJ
C'estMrdeVienne-Plancy, frere
deMrdeVienne-Busseroles, tiqfit
jevousayapprislamort. Voicjm'
quels ttrmelc11 mlJemte - '---",
A Fau-Cleranton, ledixiéme
&AvriljtfH.
L y a quelques jours, 'Mom
sieur, queme divertissant à
lirele Traite des Chifres deVigenere
imprimé à Paris l'an
1586. j'yremarquayen la Page
182. & aux suivantes,que cet
Autheur comptoitpour impos.
sible, ce que Tritéme avance
dansla Clef de saPoligraphie,
qu'ilavoit un secret merveilleux
pour empescher que l'on n'accufaft
de mistereuneLettre qui
en seroit toute pleine, & que
c'estoitd'employer un sens par,,,,
fait, telquel'on voudroit, pour
en cacher un autre,tel que l'on
voudrait aussi. A quayVigenere
ajoute, que beaucoup de
bons Esprits avoient travaille,
tufqu'~ ÏUer ~n~ ôc~au a. pêne-. /-<à pénétrer
ce secret, sans qu'ilsl'eussent
pu trouver. Il propose en
suite l'exempledontTritémese
sertpour éclaircir sa pensée,&
cet exemple est une demande
qu'il feint de faire à un de ses
Amis de quelque argent à emprunter
pour achevec un Bâtiment,
laquelle cache l'avis qu'il
luy envoye d'une conspiration
qui se tramoitcontre luy, &
qui estoitsurlepointd'éclater;
Demande, &Avis, égaux dans
leurs expressions, en nombre de
mots, &: diférens en nombre de
lettres. Ce qui donne lieu de
croire à Vigenere que cet
adroit déguisement d'un sens
mistérieux, fous un sens moins
suspect,se fait par le raport des
lettres, plûtost que par celuy
desmots. Cet Autheurraconte
aprèscela, qu'estant à Venise
l'an 1569. on y fut, averty que
Selim Empereur des Turcs.
avoit défendu aux Vénitiens
qui estoient à Constantinople,
de ne plus écrire en Chifres,
maisen lettres intelligibles, dans
l'espérance d'empescher par ce
moyenqu'ils nedonnassentà
leur République l'avis des préparatifs
qu'il faisoit à la sourdine,
pourenvahir l'Islede Cypre
qui relevoit d'L':Ilcice qui
metttanten peine le Consul Vénitien
qui résidoitàConstantinople,
il se presenta à luv un Medecinnommé Lorenzo Ven~;":'
1" ,:.nui' 5-;11'>1U:..dJl.u.'f;nnr-Ii ~d~l~cq~i~~tr. quer, j$ofean$l$çctgun^off1ï
~di^ops-AW(pWgejfîi^Iqirij^fo,.
manda pour raicvoiiipç^lc^vi-1
acceptal'onoffrequ'on!yfdi1.
Ildonneseulementà panserque
~TJcitènMi,.&,Van*u*a«*?gftan^
~rqtls,d,-uxvan.te?,do-. Iamesme,
chose,elle n'estoitpasijnpofli^,
ble,commeil sembloitenestre
ptî&stfé.J^njygcaydumQm&r;
delaforte,apres lalecturedecet
endroitLivre, &Jafyaucç
idéequejeconçeus del'importance
de ce secret mesir.hiMu
zarderàsarechechequelques
heuresd aplicationpendant, pq£u>ejlnquutike.sJn.pM^acp^$aiy^n$«fuc,»
ce 11
stere, 6c l'exemple de Triteme
que Vigenere raporte dans toute
son étenduë, fut la feule lumiere
qui me le fit découvrir.
Je sçay donc cete maniere si
vantéedont on peut exprimer
toutefortede sens parfaits
qu'onvoudra cacher, par toute
autrefortedesens parfaitsdont
on voudra seservir,&mes Amis
ift'ontcohfeitfcd'en faire parc
aS: Public par vostre entremise,
après avoirveu que l'art d'écrire
en Chifresfaisoitun des curieux
Articlesde vos Mercures Extraordinaires.
Agréez donc,
Monsieur,demel'accorder rafcis;pemftetfbfcque je sçache;
auparavant *û>quelqu*âuctea
tronvé cesecret aussibienque
mey:, ~éc iqoèÇQurtparvenirà
cetteconnoissance, je propose
dansvostre premier Mércure
Extraordinaire une Lettreà
déchifrer, telle que le Consul
des Vénitiens à Constantinople,
ouquelque Marchand instruit
parVentura,auroit put l'écrire
à un de ses Amis à Venise, pour
avertir la Republique du dessein
de Selim, sans quel'on pustaceufer
sa Lettre d'aucun artifice.
Je sçay bien que vous ne donnez
point au Public de Lettres en
Chifres,non plus que d'Emblémes
&d'Enigmes,qu'on ne vous
ait fait confidencede leur mistere,
afin de vous en rendre le premier
Juge; mais trouver bon
l'ur cette fois, s'il vous plaist,
de n'en estre que le simple Raporteur,
& d'employer mon
nom qui ne vousest pasinconnu,
pour caution de ma sincérité
&de ma bonne-foy. Dans
refpérance de cette amitié, je
vay joindre la Lettre du Consul
ou du Marchand Vénitien à
celle-cy, sans pourtant les diversifier
de langage. MONSIEUR,
-
l'ayappris avec biende
la joye le rétablissement de vostre
santé. ,"
Vous voulez, que je vous envoye
le Compte de ce que j'ay fait cette
année parvos ordres, &pourvostre
siervicce; ilJfaut v.ous.sat!isfai:re. Le le donnay àMonsieurvostre Neveu
le 13. d'Avril,suivant vostre
ordredu11.deFevrier,1500.
Du12.May,p4r ordredu6. Mdrsp
1200l.
LeL Juin,parordre du 21.Avril,
230.
Le 7. Septembre, par ordre duf.>
Juillet à*du>n Aoust,500.
Le 19.Septembre,parordredu4.
.J$jI,iJ'
Le18. octobre, parordredu
Septembre, ie*L
Le10. Novembre*,parorc(re du
7. Octobre, jsoL
Et k 1" Der-endrtier wrdredw<
m$;OctobreytfooL
Mttsijtvous tnvoy/iyle14.Haïti:
40 aunesdeTassetasrayéde
33 aunes'deMùiredtStoL$4-
éumtdeTahyété400L&'!UO"'l
de Bj&carddeïçooL
BIW,"le vousenvoyay le19- e,
IHf;t.,i:a.lfitjÎ#:J:Ít 'Ilfj;'&..
Turquitde6000 l. 4SPlumetsu*
sSjl. & 20 Aigretes de 7421. a>?
:M»irjevosutnvçyiyùj. Septembre
190Perles de 520l.4 Rubis
deJSapkirsde 230 l.17 Eme,
raudesde 800l.pour800l.aussi de
pettffdXtamABTy
le vous laijjèa Juputer aquôji
llId IHA si mont^ , wfin que vaut
voyiez, par l'examen dece quevous
m'avez,fbxmy^(jjtidevou*, ou de
moy,estenreste,&jesuis, Monjîct&
t#ttw*wdiçAÎrt,*v$jbre&s.
H-
- , Une tolle Lettre de Compte
&deMarchandise n'auroit pà>
ceme semble, estre suspeceà,
l'EmpereurTurc,n'y, a aucun,
autre, quand eIle.-y.Jèooir-.to
bée, eçtm lesmains. Mais le
C<&retfpondapt.à«/quipn rea.
voyeroit, auroit duestre instruit
une fois pour routes du Contrechifre
du Consul, ou du Marchand
qui l'auroit écrite,pour la
pouvoir déchifreràson aise, autrement
ilseroitdans la peine où
je vais mettre les beaux Esprits
qui font curieux.
-
Pour les soulager, je veux
bien les avertir qu'il n'y a dans
cette Lettre que les premiers
mots. J'II} afpris avec joye le rétablissement
de vostresanté, dont
le sens parfaitquiest à découvert
exprime &rend le sens par
faitqui estcaché, je veux dire
l'avis du dessein de Selim sur
l'Isle de Cypre. Tout le reste
est inutile, excepté les Chifres
quiy font employez d'unair
assez naturel pour ne pas don- ner
ner de soupçon
,
& employez
exprés pour aider le Correspondant
à en trouver le senscaché,
chaque nombre exprimant une
des vingt- quatre Lettres de
nostre Alphabet, selon la pratique
de la spirituelle Lorraine Espagnolete,
mise dans le VI. Mercure
Extraordinaire,& expliquée
dans le VII.avec ces réserves
neantmoins ,qu'il n'y a
point icy de Nulles,sinon les
Zéro, encor estceseulement
quand ilsne servent qu'à expliquer
dix ou vingt, & que les
nombres qui CO.u";.:"cnt par 1.
ou par2. doivent estreentendus
dans leur explication ordinaire
lors qu'ilsn'ont qu'un Chifre
apres; au lieu ques'ils en ont
deux, ils se prennent comme
vpeaur4x.qui commencentpar 3.
8C par les autres Chifres
foivans,c'està dire, commes'ils
,ti\'tvoient point de liaisonensemble.
Ainsi a signifie onze,
&cnon pas 2. 22 signifie vingtdeux,
ôcnon pas4. maisIII&
-îizsignifient trois ôcsix,conv
me35signifiehuit, 345douze,
468
dix-huit, 589 vingtdeux,&
c.
Voila deséclaircissemensqui
faciliteront sans doute l'explica
tion du sens caché de maLettre,
& qui pourront aider les Curieux
qui souhaitent laconnoissance
du Secret de Tritéme,&
deVentura, à le trouver d'euxmesmes,
aussibien qu'a fait,Monsieur,
vostre, ôcc.
- DE VIENNE-PLANCY.
euiy que je ne puisse déchifrer
la Lettre proposée au nom du Marchand
Venitien, je ne laisse pas,
Madame, de vous en promettre
une semblable dans le premier Extraordinaire,
c'estàdire quejeprétenscachersousdesparoles
qui auront
un sens parfait,d'autres paroles
qui auront aussi un sens parfait,
mais toutcontraire au premier,
par le moyen d'un compte de Marchand
rendu. Cela fait connoistre
qu'ilj a diférens moyens de mettre
en pratique le Secret de Tritéme '&
de Ventura, puis qu'assrément la
Clef de la Lettre que je promets,
n'estpointcelle dont M1 de~Visne-
Plancy se servira pour now ouvrir lesensdelasienne.Ilestvrayque
c'est à luyseulque, en deiïC'idL
Ieme souviens
qt.i je mesuis
engagé à vous donner une troisiémeVeüe
du Palais de Madrid,
diférente des deux premieres. lettez
lesyeuxsur la nouvelle Planche
que je vous envoye, &vous le verrez
telqu'ils'ofre auxyeux du costé
de lapremiere Court.
Mr le Marquis de S. Priest,dont
vous avez déja veu un Sonnet au
commencementde cette Lettre, a fait
encor celuy que vous allez voir.
SUR LA QUESTION,
Si Aléxandre estoit mieux fait
que César, & si tous deux ont
surpassé les autres Princes.
SONNET. Nouspouvonspref'umersurtefins
de l'Histoire,
Qu'Aléxandre(;)" Çéfiir estoient des
ffommesforts,
Et que cesgrandsEsprits animoient de
beaux Corps, ( Etoire;
Dignesd'estreadmirezapres une Pi.
Quilsdatent,puis qu'ilssont au
Temple deMémoire,
Les vertus du dedans, Cf celles du
dehors;
Idasi quipeutassurerqueces illustres
Morts
Fussentaussbienfaits qu'on les Yit
pleins del!o¡rt>.)
Comme on nepeutfç<Ctotrsils estoient
sans defauts,
Pourn'pas se tromper, on les doit
peindreégaux; (vinces,
EtsipouravoirprisdesVilles,desPro-
Kous mesuronsleurtaille à leurs Faits
inoüis,
En les peignantplusgrands que ttJlM
les autres Princes,
Nous les peindrons en Nains auprès
-
du Grand LOVIS.
Si l'absence est incapable,
..dtlaY:genser: l'amour. v-Ou-s d•em•and•ez*Tr;
,
Monsieur,
si l'absence est incapable
d'augmenterl'amour;
à quoy je répons fort décisivement
que non. Moy qui vous
parle,je n'ayjamais mieux aimé,
que pendant l'absence. Ellea
sans doute un sècret particulier
d'augmenter le merite des Personnes.
Mon espritles voitalors
nulle fois plus aimables que mes
yeuxnelespourroient voir. Des
défauts qui 1, me paroistroient
depres,disparoissentde loin; il
ne merestequel'idée des belles.
qualitez. N'est-ilpas vray apres
tout, que quand vousvoyez une
Personne
, vous ne la pouvez
guère prendre pour plus qu'elle
ne vaut ? Quelque envie qu'ait
vostre imagination de luy ajoûter
un peu demerite de sa façon,
il semble qu'elle n'en ait pas la
liberté. Elle est frapée de trop
prés par tour ce qu'il y a de bon
&de mauvais, & cela la réduit
dans les bornes étroites d'une
juste estimation. Mais chanlgae.
z de distance, perdez de veue
Personne dont il s'agit, alors
vostre imagination a une carriere
libre. Elle n'est plus gênée
par la veuë de ce qu'il faut estimer.
Elle le mettra à- tel prix
qu'il luy plaira. Point de désauts
si elle ne veut. Toutes
qualitez ainobles plus aimablesqu'ellesnesont
eneffet,
fïtgUc Vi..t.r¡. Elleestmaistresse de
tout.Lesyeux quiseuls la pourroient
démentir, ne le sçauroient
faire. Elle na qu'à Ravoir
profiterde cette heureuse
occasion d'absence,& elle me
vaforger la Personne de la terre laplusaccomplie, pour l'objet
de ma tendresse. Voyez un peu
combien de commoditez. Pour
m y je ne sçay pas aprescela
comment on s'amuse à rant voir.
Mais l'magination n'est pas la
seule qui trouve son contc à l'absence,
le coeur n'y trouve pas
moinslesion. Combien me suisjeditde
fois, Si jevoyonsàpresent
une telle Personne, je suis sûr rfnt
je me prendrotssibienàluymarquer
ma passion, que j'arracherois
d'elle aussi de1JlA.rljl4fi.4.ë11l sienne.
le tour,;croissi bien &telsentimc:
tyqnttle ny/pourmt résister.
J'elt (llJ/h.ïJdrQt. telles & telles gra-
((Oi. Lavoyois-je? Enbonne
foy, ce n'estoit rien moins que
tout cela. De l'embarras de mon
costé, & de la froideur du fien,
voila tout ce que je trouvois.
O quen'estois-jeencorabsent !
J'avançois plus en deux jours
d'abfcnce
,
qu'en six mois de
présence perpétuelle. Vous
croyez peut-estre que je mégare
de ma question. Il ne s'agit
pas, me direz-vous, de sçavoir
sipendant l'absence vous croyez
la Personne que vous aimez plus
diposée à vous aimer; il s'agit
desçavoir si vous l'aimez davantage.
Mais, Monsieur, je
n'ay point perdu de veuëce
point là, car si je me croy plus
aimé, j'aime en mesme temps
plus que je n'ay encor fait; cela
est bien aisé à fupofer. Pour,
moy. je vous avoüe que je n'ay
jamais esté persuadé quecefusfent
de vrais Amans, que ceux
qui ne sçauroient se résoudre à
perdre de veuë ce qu'ils aiment.
A parler franchement, cefont
Gens qui n'ont pas envie d'aimer
longtemps,& qui cherchent
à se tirer au plûtost de leur
amour comme d'une méchante
affaire. Le plûtost fait,ce fera
lemieux,voila quelle est leur maxime,
car autrementneménageroient-
ils pas mieux leur tendresse,&
ne garderoient, ilspas bien
de l'exposer aux perils de cesentreveuës
trop fréquentes? J'ay,
par exemple, pour six mois de
tendressedansle coeur.J'ay pour
six mois de foins, d'affiduitez, &
de tout cequ'il vous plaira. Je
voy ma Maistresse pendant six
mois entiers; 6c bien, voila ma
mesure épuisée, mes six mois
font faits; mais mettez au milieu
deux mois d'absence, pendant
cetemps-là mes assiduitez, mes
soins ne s'épuisent point. Mon.
amour est alongé de deux mois,
j'aimeray huit mois au lieu de
six. C'est dommage que tous les;
Amans ne fassent ce calcul;
mais ils font si broüillons tous
tant qu'ils font, qu'ils en font
incapables. Illeur semble qu'il
ncfi: rien tel que de voir ce qui
leur plaist. Je aîQtijn^roissocs
heureux, si ce pjru" Discours sur
les auantages de l'absence, pouvoit
du moins avoir assez de
force, pour envoyer un Amant
ou deux enretraite pendant
quelque temps.
Mr le Président de la Tournelle,
de Lyon, a fort agreablement renfermélesvrais
MetsdesdeuxEnigmes
du Mp*a. de May dans ce Madrigal.
uNbelEsprit de ma Trvyince,
Dont le mérite n'fll'mince,
Vint hier, tout glorieux desi" rare
talent
A déveloper chaque Enigme
Du Mercure Galant,
JVfe montrer l'une&l'autre en rime;
Jtfaû luy monrant un Instrument
:. Par où l'on donne un Lacement,
Je me mis hors d'escrime,
.r¡¡Î°,!r me délivrerdeses raisonnemens,
Je Itty ¿/¡.sInlIi.I,it)"'OIU IJ'..rttPM
les Gans.
Les autres Madrigaux que vous
allezvoir, ont estéfaitssur lesdeux
mesmes Enigmes.
M I EsVers nesontpas élegant,
AflJfl toutfrancjen'enfais
guéres;
Pourtantsur l'Enigme desFreres,
Jesuisseûr qu'ilsauront lesGans.
-
LE Marqvis d'ARAMON.
L II. EMercure, à monsens,peut en
toute assurance
Se servir deSeringue,cel*
ment;
Ce quiConcerne l'agrémenty
x-tsts"pM'4*Ta compét"',..c.!!
LA MOTHE,delaRochefoucaut.
T III. Vn'asgarde,Tircisjete l'ay&it
vingtfois,
Dedestinerl'Enigme de ce Mois,
Tu n'y prenspas ¿./fi'{ depeines.
On n'en vientpas à hautqu'on me fejye
longtemps, Ilfautgratersonfront, ilfautmordre
sesGans. Celaneseprendpas3comme on dit,sans
Mitaines.
LE FIEBRE, d'Argenton,
Chasteau en Poitou.
Sr, IV. lasecondeEnigme ayant resté
centfîisy
Je **y£ag'1,€y1UCmigraine,
Etjeperdis toute mapeine
A chercherle vraysens) en me mordant
les doigts.
bourdonneràmon malunpromptsoulagementt
Aujji-tojljeprés un Clistere,
Etla Seringue expliquale ministere
4Zui m'avoitjusqu'alors causétantde
tourment.
BESS.le jeune, Avocat àFalaise
en Basse Normandie.
BElles, V.
dont le teint délicat
Ne peut voir du Soleil la lumiere
agreahley
J£uiprenez tant Jefii" d%empetfher
son éclat,
De ternir cette mainquevous trNe\.
aimable;
Mercureadequoy ""ONS aider%
Parunsecret cache dans les Vers d'une
Ellizm,
Vouspouyezsansfairede crime,
Lechercher,ou le demander;
ltllÙ/;'IIS me croire t.ame raine,
Je veux vous épargner à toutes cette
cettel'tint;
Lesecret qu'ilvous cache avec dessoins
fgrands
S-e trouve découvert en you* nommant desGans.
-- ALCIDOR., du Havre deGrace.
L VI. Ebon HommeDamon L'autrejour
mefitrire,Quandjelevisles doigts trembl-ans,
Pour deux mots toutauplusqu'il luj
falloitécrire, -.,
x
Obligéde mettre des Gans.
L'Inconnud'Abbeville.
T VII. Ircisdevant les Gens s'estantfait
uneaffaire,
7>e trouver levray Mot de l'Enigme
,
derniere,
Se tourmentoitsanscesse & le roijll
&l'esprit,
Nemangeoitpresquepoint, &ne dormoitqu'àpeine;
'>
Enfin il ensi tant, que bientoifil luy
prit
2>eyitlensaccès ¿'lineprte migraine.
Ordonnance aussiostdeprendre un
Lavements
L'Apoticaire "vient ttyuipédécemment.
~ircis À cette ",,n' dydwt.p,ovepa le
Charmei
Quipour lA questionjufqualers V'a*
"',ug/oh :
Seringue,cria-t-il,Seringue, jolie
Arntet
Seringue, c'est toyseule belas qu'il me falloit,
F. HA.DV MESNIL, de
Cambrais en Normandie.
v VIII. Otu estes des Freresfaciles,
Qui cllc¡'e'{flu'Ynn un joyaf.-P
.bfdkquadtom»ouvriez que lapeau,
vousn'enseriez pasmoins .j.',s.
-4-Prrs avoirquitté ta cha•>,
Le monde 't-OW ~ent rCb;;'rrl).,.,
Onvous engraisse,on vous m*w>,
Del'un&de l'autre onfait (I#,
Et tel iroit en compagnie*
'Quisans Gans nes'y trouve pas.
Dv FRESNE, Conseillet
- au PrésidialdeSedan.
O IX. 2Vabeausibaiiferpourfeferyifr
devous. -.. Ontradbeauisteemetrtrecàogemnoumx,e
Mafoy, lors quel'affairepresse
Ce quevousfaitesfaire efi p,,/eN
charmant,.
Etsans lit Cassolete onfuiroit biem
souvent
Les lieux ou vostre ministere
efi employépour le Clistere.
La Seringueest le Mot qui renferme
lesens
Delaseconde Enigme& c'est ceque
j'entens.
Lemesme.
M XV £retire, ton Enigme estpour
moy tropobscure; 1.4.
Renonçant au Trintempsyauxflcun, "*
-
àlaverdure,
Perdrele temps à ruminer;
Nbargaue,gc'esat trotperesvlerl, feosur,ces- Sij'afyplas"sélsejo.uren,efforts impuis- Le Soleilestcouche,voila l'heure- des
Belles,.
leyay
me promener; maùfoubliois
mes Gans. )
MICHEL le jeune,de Meaux,
XI.
sAnschercherlaMétamorphose,
Cette Enigme n'est autre chose
£tt'untresyfalutaireJnjlrnment
Qu'enpetit&grandon distingue,
Et cen'estpassansfondement
Que l'on lenommeuneSeringue.
LeControlleurdesMuses
de Montasnel en BtiVc
-.MormaDdif.
XII. I L fiMi'Yr¡tJmt' n'estrepoint
beste, - Tourvo/rq'u'une Seringue ejl ce qui
4itref-,er;
Nos SeringuesJoutentfontperdre
mal de teste, , Celle-cymel'a Yaîffrùkveï.
L'Inconnud'Abbeville*.
XIII.
Pcroy que ces JFreresfaciles
Quicacb.'fjrjoutentanpyaut
Aux deuxSexessontfort IJtiln,
Gardantlablancheur de leurpeau
,Z(t'4 chaleur, de lafroidure, peûfyvjjure,dei%0rdutf9
Er de l' injure du temps;
Cela "(;",(n'artrent ejnaux GsnS*
HVCODECOURNAY.
Q XIV. cherchedonchy
Ce jilaifbe .At;t>,tIÎ,.e.;
Tf n'aypasbesoin,Dieumercy,
De L o#. tïnent>rij de ClilfrrrLaquais,
enlefejjtsortir.
Qu'ençbcrçbefromfornentmon yerre,
CI' qu'onle ftjngl,/,
C'estle Verre (jf le Vin qui Jçéftent
meguérir,
C'estlà IIIO LtPtementyÇr*cefiUm*
Seringue.
LEFIEBVRE, d'Argenton,
Chasteau en Poitou..
T XV. Ircit,ferln/gm?première
l'entre dedans osst..lItj"fJ.S;
Elle.efiauxmain*jr-rtJtngultere;
maigreros rares talens
Surcettegalantematiere
JS&afôy^oçénaurer^PiAzsGans..
RABIET-D'AVTf;SPUJ..,
A XVI. !l¿f,OY"O'lt.p,¡fht.-"'0_, Mercure, leGalant?
La Seringue à la main! est ce-làvostre
¡I.uAiref.'
Sçavoir biendonner un Clistere
JVef»ty(2* neserajdrndàyojlretdlenty
C'estceluid'un Apoticaire.
RICHEBOURG, deCruïy.
O XVII. utre les Vers choisis, &rHiP.
toire du temps,
Mercure, dansce Moû,pourtrentefilS'
nous donne cquijamaisnyeffhdy depersonne;
LJffv'Ver,commel'£te\cbdcuttporte
desGans.
MILLOT,deMàrfeiHè.*
L XVIII. Eventre constipédepuis plus de ,
huittours,
Privédetoutremede, éloignédesecours,
l'estois pteft£payer tribut à ldNdm
titr
Lors que twr'urtbbnhtufque je riefpe'rois
poe-s LaSeringueàlamain,charitable
Mercure,
Tu m'esvenusauver des portes du
Trépas.
VERNEÜILDEMOREMVZARACHI,
deMontluçon.
V XIX, ostre premiereEnigmeestoitsa
difficile*
Que pourladevinerjemecrusmalhabile,
JJ n/vei milM je dis, Mercure,je me
rens.
1 TOfirtantjelarelit,jelaprens^je la
quite}
lesars tout chagriné, jevais rendre visite,
Quandje la trouve enfindamlefond
de met Gans. "-
L'Amant de M. P. Angloise.
v XX. Os Enigmessouventmedonnent
tant de bile,
Qu'enla Seringue. alorsjemets tout
monrecours.
Pourun corpsfluet çpdebile%
Elle devientungrandsecours.
Le mesme.
M XXI. Ercure, "Vous croyey, m**donner
de lapeine. (yapansi
Et nomfairechercher des mots extra-
Veut pouye^ quelquefois #oawprendre
sans Mitaine,
ilfais vous ne 1l01Hfçaurie^prendre
atejourd'buyfkns Gans,
Le Controlleur des Mufes de Montasnel
en Basse Normandie.
c XXII. hacun cherit quelqueTnlfrumenti
Doris,plus belle que Siringue,
Jstentrouvepointdont l'agrément
Luyplaise comme une Seringue.
VIGNIER,
M XXIII. Ercure efldesplus obligeans, .
De nous donerdesibeaux Gans.
Onne voit en aucune Ville
De Faiseur de Gans frlus habile.
L.F.V.deMorlaix,.
M XXIV. srcujfogUN nepeut le nier,
Vûm estes Maistre en toaotmef-*
rier,
Puis qu'icy IIfJlIII"'OIM voyonsfaire
Ze Gantier cg-, l'Apoticaire.
Le Sérieux sans Critique
de Geneve.
XXV.
Vy,par tout on yo«*tspUttdit,
Ettoutlemonde en tous lieux
dit
a_ftt le Mercure efi honneste Homme,
"On ne le voit que trop parses soins
obligeans,
Pok qu'ilfournit à tous des Gans,
Sans enfairevenirdeRome.
RAVLT,de Rouen.
M XXVI Onfort estplus heureux que celuy
d'un Amant;
LitplTnI/er Beautém'estime &me
caresse,
Jeluirends mon service avec délicatesse,
Elle apar mon moyen toûjours quelque
agrément.
Lors qu'elleattenddemoi iJite,
Elle estprête <* me recevoir;
jMaûincontinentjeLaquitte^
Et nefuispaslongtemps àfaire mon
devoir.
GIRAVLT, Agentde Change
Q XXVII. Ve le Mercure estnecessaire!
Il nous donne de temps en temps
Toujours des avisimportants;
Et dansson dernier Ordinaire,
Il avertit l'Apoticaire,
Depeurdesfâcheuxaccident
Que causesouventun Clistere,
Deseservirpour le derriere,
DesaSeringue avec des Gans.
DAMBREVILLE, de Lisieux.
plusieurs autres onttrouvé ce
même Mot des Gans, & ce font
Messieursl'Abbé Minot; L'Abbe
Gilon, du Grotison; Dorigny, de
Rheims, de present aRoüen; Du
Pavillon,deCrusy; DePleinchesne
Du Jarrot, de Marseille; DesEssards-
Dalançon, de Morlaix; Le
R. P. Buglet, Supérieur des AugustinsduFauxbourgS.-
Germain; Béchu,
Prestre à Nantes;Du Hamel,
Officier de la Fourriere ; Fouché, de
Barsurseine I. F.Iarres, duar- tierduLouvre; Cantheraine;I.de
la Fosse ;A. Gidoin; Hoyau, Procureurdu
Roy auMans; DeBlangis
Serrant, Curéde Nogent le RIIJ;
Heuvrard, ConseillerduRoy aTonnerres
Du Glos,HydrographeàHOIf..
fleurs Dargint, Commis de lExtraordinaire
des Guerres; D. Ruffier;
Bouchet,ancien CNte deNogent le
Roy; Hutuge,d'Orleans;L'Abbé
duPerray, duMans;Grandis Fils,
de Vienne en Dauphiné,LeFrere
Deon, de Quinsy Mesdemoiselles
Braconier,Ruè Mazarin; C.leBrest,
RuëMontmartre;Du Fresne Gulpin
de Rennes &Gauvain, de Molesme.
-
Ceux qui ont trouvé le Mot de
la Seringue,sontMessieurs le Marquis
de Camartelle; Minot, Ecclesiastique;
Le Brest,Ruë Montmartre;
Guibert., PrincipalCommis del'Extraordinaire
des Guerres;Doudon,
de Tours; Le chat de Biss(Jr/;lJlI.
ConseillerauMans; L'Abbé Fournier,
deDyonsBaillotde Beauchant,
de Tonnerres Tamiriste delaRuë de
la Cerisaye;LegerdelaVerbissonne;
Moynet, Prieur de Montlhery, &
Archidiacre de Tarbes; Les deux
Amis de la Place Royales Le Lyen~
noisItalien; Le Solitaire de l'Ho/
pital S.Gervais> &les deux IJ'/jf-'
parables de la Rue Guillaume, dè
Dijon. On a expliqué cette mesme
Enigmesur la Poudre à Canon,
une Coulevrine, une Fontaine,
- la Lune,laPlume, la Voix, &
l'Echo.
Ceux qui ont expliqué toutesles
deux,sont Messieurs Gardien,Secre~
taire du Roy; Baucheron, Président
au Grenier à Selde Chastre en Berry;
L'AbbéleRoux; L'AbbeTrudaine
Doisy, ChanoineàAmiens;Goguet,
de Beauvais; Le chevalier de la
Salamandre; Les Nouveaux ~Retins
d'Anneau;Le Febvre, Greffier de la
Prevostéd'Amiens;Cadot;Berrier,
Maistre de la Poste de Beauvais; Le
Pere leFranc,d'Amiens;Blanchart
lejeune, de Beauvais; L'AbbéGuil
loré,l'Abbé Rogier, l'Abbé le Mercier,
& l'Abbé de Blanville; De
BoissimonC.D.C. DeLaise,Neveu,
de MrPicon ; Le Bourg,Medecin à
Caen; Aubriet,Valetde chambre de
S.A.S. Monseigneurle Duc; TuoÙr;
de Bourges; G. Nazar, du Palais;
Laisné;Guépin,de Rouen De Clanlieu
; Iabart de Lavaroste; Soru,
Avocat en Pariter,(,nis De Calviere,
de Languedoc; Simon Gruslé, & le
Voyageur ./1ffriqltain, pres S.Leu
S.Gilles; Le Solitaire deNantoüillet;
Scorion, Srde la Mouillere; Du Ry
de champdoré;F.Ha.du Mesnil,
de Cambrais en Normandie;Maigrais
le cadet,de Dijon; Lobligeois,
Maistreen Faitd'Armesi Le Chevalier
Fredin Ligerlejeune,d'Auxerre
; MesdamesCauchie, la petite
Veuve, & Jeanne-Marie Postel,
d'Amiens; Mesdemoiselles Moril
l'aînée, & Platellacadete, de Beauvais;
Mesdemoisellesde la Cour, de
S.Denys;Mesdemoiselles de Rostin;
Du Puy d'Argery ; Brunat, de Châlons
en Champagne; De Petitport;
Les illustres Iardiniers de Vimu!;
Les Fidelles Associez Mongault &
Machorel; Le Solitaire de Gimbrois;
Proserpine la cadete; L'Inconnu de
Loches enTouraine. Les deuxAmis
inséparables de Beauvais; &le Sérieuxsans
critique de Geneve.
A MADAME A. D.
JE vous obeïs, Madame, sur les
Questions de l'Extraordinaire
dont vous me demandez mon
sentiment.
QUESTION I.
L'inclination particuliere que
l'on a desouhaiterles choses où
l'on rencontre plus de difficulté,
& qui font plus opposées à no£-
tre satisfaction,estsigrande,que
ces deux Amansinfortunez paroistroient
également malheureux,
sile Maistre de la Morale
n'avoir décidé cette Question,
en nous apprenantquele plus
grand de tous les maux est d'avoir
esté heureux,&de ne l'estre
plus.
Ce sentiment a esté suivy de
tant de fatales expériences,que
l'on peut facilement juger que
cet Amantqui a le plaisir de
voir souvent sa Maistresse , &>
dont il se croit hay(quoy qu'il
paroisse aussi malheureux que
l'infortuneTantale, qui n'aprochoit
des eaux que pour augmenter
sasoifsans pouvoir adoucir
sa peine )est moinsàplaindre
que celuyqui est aimé desa Maîtresse,
sans aucune espérance de
la revoir jamais.
La seule satisfaction qui reste
à cetAmanthaydesaMaistresse,
de pouvoir esperer une plus sa
vorable destinée, & de flechir
quelque jour le coeur de Cruellepartout cette
ce qu'une forte
passion peut inspirer de plus tendre,
flate assezagréablement la
peine, & lelaisse dans un état
moins malheureux & plus tran
quille, puis qu'il ne connoist ce
prix, & la valeur du bien
c
qu'il'
recherche avec tant d'ardeur,
que par les sentimens d'une pafsion
souvent aveugle,&des empressemens
malrécompensez
n'estant accoustumé qu'auxmépris
aux rebuts,qui ne laissent
dans l'ame qu'un tres-grand sujet
d'une prompte &entiere con.:
solation; car s'il manque de gagner
le coeur qu'il chérit si tendrement,
ilpeut ailleurs reparer
sa perte. ,i' Mais ce malheureux Amant
qui a la certitude d'estreaimé
de sa Maistresse sans aucune, cc.
pérance de la revoirjamais, est
bien plus à plaindre, parce qu'il
n'a joüy des beaux jours de la
félicité, & n'a éprouvé les faveurs
de l'amour, que pour ressentir
avec une plus violente
douleur toutes les souffrances
les pluscuisantes&les plus vives
d'une infortune sans pareille,
lors que le souvenir des plaisirs
passez fait naître à tous momens
des nouvelles peines, pour rendre
sa disgrace plus cruelle, 6c
son malheur plus insuportable,
ce qui montre que le bien qui
nouséchape dans la poursuite,
fait moins souffrir que celuy que
nous perdons dans la possession.
QUESTION II.
L'on voit tant d'Amans qui se
plaignent toûjours d'aimer passionnément
sans estre aimez des
Cruelles qu'ils adorent, & l'on
trouve tant d'Affligez&de Mourans,
qui ne peuvent plus fuporter
leurs chaînes, ny résister à
l'ardeur des feux qui les consument,
parce qu'ils souffrent sans
espoirde guérir,qu'ilnefautpas
douter que tant de plaintes&de
soûpirs ne soientune marque
certaine qu'il est possibled'aimer
fortement sansestre aimé.
En effet,quoy qu'il foitnaturel
d'aimer, ilest tres-difficile
deserendreagréable; &. tout
ce quipeutformerlesnoeuds fccrets
de l'amour pourassortirles
coeurs, se trouve si rarement&
ensi peud'Amans,qu'ilne faut
pas s'étonner du nombre des
Malheureux, qui soûpirent sans
cesse, pour toucherlecoeurd'une
Insensible, que rien ne peut
flechir, quand on'ne sçait pas
plaire.
,
QUESTION III.
Sil'absenceestle plus grand
de tous les maux de l'amour, elle
eâauuile plusseûr remede que
Ces déreglemés puissentrecevoir.
Pour en mieux connoistre l'effet,
il faut convenir que l'abfence
est une privation qui nous
fait mourir aux yeux de ceux qui
nous perdent avec regret,& que
nous quittons avec douleur, car
elle laisse un souvenir incertain
:& jaloux qui jette les Amans les
plus passionnez dans le doute de
n'estre plus aimez où ils ne paroissent
plus.
Cefentiment est la premiere
cause de l'infidelité & de l'inconfiance,
qui suivent facilement
l'eloignement des Amans,
quand de nouveaux objets commencent
à détruire ces premieresidées
que les plus tendres
Amans avoient formées,&combacent
siagréablement le retour
des faveurspanées qui ont plus
sensiblement touché le coeur,
queles douceurs d'une aimable
défaite,qui plaist toujours,remplissent
bien-tost l'esprit des
charmes de la nouveauté, pour
n'avoir plusde souvenir du paffé,
& n'aimerque le présent.
C'est ce qui fait juger qu'il
n'est point en amour de si constantes
flames, 5c de douleurs si
sensibles,que l'absence ne ralentisse,
lors que cette passionn'est
plus favoriséedela présencede
l'objet aimé, qui ne peut plus
porterl'activitédesesfeux dans
l'étenduë d'uneSphére à laquelle
leur ardeur extré sçauroitatteindre, me ne & qui ne
laisse pas moinsdefroideur dans
le coeur des Amans, que l'éloignement
du Soleil sur laterre;
tant il est vray qu'il est peu de
grandes amours qu'une longue
absence nedétruise.
QUESTION IV.
L'Homme seul renferme si
parfaitement en luy-mesme tout
ce quelaNature peut produire
de merveilleux & de plusachevé,
qu'il est bien difficile de dire
qu'elle est la partie qui contribuë
plus particulierement à sa
satisfaction, puis qu'elle dépend
entierement de l'union, du concours,
& de l'harmonie parfaite
dseetountestc.elles qui le compo- Il faut neantmoins convenir
dans ce grand nombre de parties,
& dans la diversité des cinq
Sens qui font les principaux mju
nistres de l'entendement,4
les portes les plusassuréespour
arriver au tribunal de la raison,
que celuy qui donne plus d'a.
vantages à la fois, qui sert plus
particulierement à la conservation,
& à lafureté de la vie, &
duquel on peut moins se passer,
contribuë plus àla satisfaction,
&àla félicité de
l'Homme.
De tous les cinq Senson ne
peut pas disputer à l'oeilla gloire
de contribuer luy seul àla satisfaction
de l'Homme, plus que
tous les autres ensemble; car
nous voyons des perclus, des
sourds., des müets, &: plusieurs
privez du goust, &de l'odorat
qui ne se croyent pas absolument
malheureux, parce qu'ils
ontle- plaisirde se servirdeleurs
yeux,&de pouvoir par leur
secours s'empescher de languir,
& de mourir à tous momens
dans les chagrins d'une vie oisi-
VC) & misérable.
Mais la désolation ] & l'infortune
de ceuxqui font tombez
dans laveuglement, & qui
ont perdu les yeux, ne £2 peut
exprimer, puis qu'ils font en cet
état les plus malheureux des
Hommes, & dignes d'une compassion
que n'inspirent point
routes les douleurs, & les autres
maux qui font un misérable,
quand le sécours des pieds, des
mains, de la force, de la jeunesse,
& tout le bien que nous
pouvons tirer de nous mesmes
estinutile,& qu'on n'ose se mouvoir
sans crainte derencontrer
la mort,où lesautresqui oiiL
des yeux trouventlavie.
En effet,lasatisfactionque
nous donnent les yeux,surpassent
tellement celles des autres.
Sens, quedans tous les plaisirs,
& les douceursqu'ils font capables
de nous procurer, nous
ne sommes jamais parfaitement
satisfaits,si nous ne voyons ce.
qui nous 6c sans contredit,
oneft toujours avec quelque
impatience qui trouble
nostre satisfaction,si lesyeux ne.
sontdelapartie.
Ils fontuntrop bel ornement àl'Homme pourleur refuser le
premier rang,quel'Autheur de
laNature a montréleur appar-
~tenir,en lesplaçantsurlapartie
la plus élevée, pour nous servir
desoleils,&de conducteurs, parce
que ce lieu si éminent estoit
deûàcet organe divin, qui renferme
dans le lieu le plus petit de
l'Homme
,
le plus bel ouvrage
dela Nature. ,i
Les Anciens ont admiré avec
tant d'étude & de venération,
la beautééclatante de ces Astres
merveilleux, & la surprenante
activité avec laquelle ils peuvent
aussîtost atteindre le Firmament
que la Terre, sans qu'il
leur faille plus d'un instant à parcourir
ces espaces presque infinis,
qu'ils ont crû ne pouvoit
mieux exprimer l'Image de la
Divinité, qu'en plaçant un oeil
sur un trône qui marquastla
beauté, & la puissance de eet
Esprit incompréhensible,qui
sçait tout, qui voit tout, & qui
peut tout dans un moment.
On ne voit rien aussi dans son
action que de divin, dansa composition
que de merveilleux,
dansson usage qued'agreable&
decharmant, &danssanecessitéun
avantage, & unbien qui
surpasse toutes les graces,& les
plaisirs de la Nature. Je fuis,
Madame,vostretrès,&c.
; PANTHOT.
QUESTIONSADECIDER. :I. QVel est le plus grand chagrin
qu'une Maistressepuissedonner
à son Amant.
5 11:
Si le souvenir d'un plaisir passé,
~t on ne jouït plus, cause du plaisir,
de la peine.
HT.
Lequel touche plus aisément le
~ur d'une Belle; ou celuy qui se détrant
d'abord, employe les termes
pluspassionnezàluy protesterqu'il
ime;ou celuy, qui en luy rendant
aucoup d'assiduitez, laissé agir ses
ins sans se déclarer.
IV.
Si un Amant mal-traité de la Belle
n'ilaime, peut sans l'offenser fouaiter~
mort.
V.
Apres avoir parlé de la Danse, on
emande des Discours sur l'Harmoie,
puis qu'elles font inséparables.
VI.
etOs,sn'ilpsrie d'écrire sur les Esprits Fofont
de tout Païs,& cequ'on
çait qu'ils ont fait en beaucoup de
eux.
On mettra danschaqueExtraordinaire
une Questionpour la Santé, à
l'imitationde la Piece qui estoit dans
le dernier, sçavoir, S'il faut dormir
apresle repas.Ainsion demande dans
celuy-cy,
S'il est nuisible de boire à la glace,
& si l'on en peut sentir quelque incommodité
dans le temps,ou plus
tard, ou pointdu tout.
DV ME RCVRE
A PARIS,
AV PALAIS.
ON donnera toûjours un Volume
nouveau du Mercure Galant le
premier jour de chaque Mois, & on
le vendra, aussi-bienquel'Extraordinaire
, Trente sols relié en Veau,
& Vingt-cinq fols en Parchemin.
A PARIS,
Chez G. DE LUYNE, au Palais, dans la
Salle des Merciers, à la Justice.
cher C. BLAGEART, Ruë S. Jacques.
à l'entrée de la Ruëdu Plâtre,
Et en sa Boutique Court-Neuve du Palais;
AU DAUPHIN.
Et T. GIRARD, au Palais,dans la Grande-
Salle, à l'Envie.
M. D.LXXX.
AVEC PRIVILEGE DVROY.
,
sivij pour placerles Figures. LA Veuëdu costé du Parcdu Palais
de Madrid, doit regarder lapage
160.
LaVeuë du dedans de la Court du
Palais de Madrid, doit regarder la
page340.
EXTRAORDINAIRE
DV MERCVRE
GALANT. -
'-QQARTIER D'AVRIL 1680.
TOMEX.
A plûpart des Réponses
que je reçois aux (jlioÍiJ Galantes
9' j'ay commencé à
proposerdepuis trois ans, arrivent
toûjours si tard, cp:<1mejlsouvent
impossible de vous les envoyer toutes
àla fois. Ainsi, Madame, vous ne
devez pointestresurprise, si dans
ce dixiéme Extraordinaire, je renouvelle
quelques-unes desmatures
qui ont esté traitées dans le précédent.
Elles ne peuvent produire
qu'unboneffetmeslées avec les nouvelles
, estantcertain que plus il y
auradediversité, plus vous prendrezdeplaisir
à cette lecture. N'attendez
point queje vous prévienne
par des loüangessur le mérite de ces
diférens Ouvrages. Comme ils portent
tous leur recommandation en
eux-mesmes,je neferayque vous en
nommer
lesAuthenrS)quandilspte
serontconnus.
CO NVERSATION
ACADEMIQUE,
A MADAME LA COMTESSE
v DE C. R. C. Ous ne ferez pas fâchée,
Madame, que je vous
faiie part d'un Entretien Académique,
où par occasion je me
trouvay il y a quelques jours.
Ce fut chez un Abbé qui est
fort estimé en ce Païs, & qui
mérite véritablement de l'estre.
C'estassez vous dire que, les
honnestes Gens le vont voir, &
qu'il a beaucoup d'Amis. Aussi
ne vit-il que poureux, & rien
neluy couste quand il trouveâ
les servir. Mais s'il est genéreux,
il est délicat Amy, & il ne faut
point luy manquer. Il vous ressemble
en cela, Madame, avec
cette diférence neantmoins,
qu'il ne rompt jamais le premier,
qu'il excuse &: souffre
longtemps des defauts de ses
Amis, & vous n'en pardonnez
aucun. Vous vous emportez
pour la moindre chose.SJo. uvent
mesme on ne la peut deviner,
ôc vous ne la voulez pas dire.
Ah, que j'aurois de plaintes à
vous faire sur ce sujet, si mon
coeur vous estoit moins soûmis.
& que ma raison fust feule la
nia'itreflè., Celle de nostre Abbé
legouverne toûjours, & vivant
d2.llS un état tranquille, ses plus
grands divertissemens sont des
occupations d'esprit. :
L'estant donc allé voir une
aprefdînée, je le trouvay avec
quatre Personnes dont vous
connoissez & le nom & le mérite.
Ilme dit d'abord que ces
Messieurs ne faisoient que d'entrer,
qu'il sçavoit bien que j'aimois
les belles Lettres,& qu'-
ainsi je pouvois estre de la Conversation;
qu'ils n'avoient encor
parlé que de Nouvelles; & si
vous les voulez lire, tenez, me
dit-il, voila les Lettres que j'ay
reçeuës cematin par laPoste.
Pendant que je les lisois, le
Chevalier ( car je ne vous nommeray
ces Messieurs que par
leurs qualitez;) le Chevalier,
dis-je, se mit à sommeiller sur
la fin. L'Abbé le réveilla, en
disant d'un ton fort haut cette
ancienne maxime de Medecine
somnumsage meridianum. Cõme
vous estes sçavante, Madame,
vous ne ferez pas embarassèe du
Latin &: des grands mots dont
ces Messieurs ne purent se passerdans
cette Conférence. C'est
pourquoyje vous feray un fidelle
raport des choses, &; de la maniere
qu'elles furent dites.
Il est vra y, réponditleChevalier
en se frotantlesyeux, que
le dormird'apresdîné n'est pas
bon, & je ne voudrois pasaussi
en ce temps me coucher dans
les formes. Mais sommeiller
n'est pas dormir, & j'y mets la
mesme diférence qu'entre goûter
le bon Vin, & s'en saoûler.
Vous faites donc du sommeil
une bonne chose, interrompis
l'Abbé, puis que vous n'en condamnez
que l'excés? En doutezvous,
repartit le Chevalier? Le
sommeil est non feulement une
bonne chose, c'est un don du
Ciel qu'il n'accorde qu'à ses
Favoris, Cum dederit filijs suis
somnum. Ce qui estencor le
sentiment d'un ancien Poëte.
Lesommeil est si!f'Úieus,
Qu'il ne s'achetepoint,c'estunpress'nt
des T>ttu£,
Et Martial qui avoit encor plus
besoin de dormir que je n'en ay,
parle de la forte dans une deses
Epigrammes, quej'ay traduite
autrefois.
Je ne demandepoint aux T>ieuX,
.Teç suprémesHonneurs les titresglorieux,
On d'argent quelquegrandefbmmH*
Jegentque dormirun
bonjàmsne.. -
- EnMoscovie,leGrandDuc,
êc ses Sujets, dorment tous l'a--
presdînée, en forte qu'on ferme
toutes les Boutiques pendant
ce temps-là, J'avouë que trop
dormir assoupir les sens, 6c:
abrutitl'Homme, de maniere
qu'ilnesçait plus ny ce qu'il est,
ny ce qu'il fait; mais un sommeil
légerluy laisse en quelque
façonl'usage des organes, en luy,
faisant goûter la douceur du
repos. Ainsije croy que sommeiller
après le repas, est un
dessertagreable& salubre que
nous offre la Nature, & que
nous ne devons point refuser..
C'est donc en ce sens qu'il faut
entendre le Post praudium fià de
l'Ecole de Salerne. Le motflare
ne signifie pas feulement demeurer
debout,il veutdire demeurer
en soy, serecueillir, &c'est en
cet état coy & tranquillequ'on
se laissealler doucement au ÍÜffimeil,
& qu'il estmalaiséde s'en
défendre.
Le Chevalier ayant cessé de
parler,leDocteurdit, que pour
luy il ne mettoit aucune diférence
entre sommeiller & dormir;
que l'un & l'àutre estoient
dangereux apres le repas, parce
qu'ils interrompoient la digestion,
en prévenant la coction
des viandes; qu'il en estoitde
ce sommeil avancé à l'égard de
la chaleur naturelle, ce qu'estoit
le Miroir ardent à l'égard du
Soleil; que comme le Miroir
en recueillant tout d'un coup
les rayons de cet Astre,bruloir
indiféremment tout ce qui l'aprochoir,
de mesme le sommeil
d'apresdîné concentroit trop
rost la chaleur naturelle, qui
consumoitparlà le pur& l'impur;
ce qui causoit des vapeurs
fâcheuses, qui ne pouvant
se résoudre, engendraient plusieurs
maladies. De plus, continua-
t-il s'adressant au Chevalier,
le sommeil de l'apresdînée
que vous avez tant loüé,
n'est pas un verirable sommeil,
& loin d'estre aussiagreable que
vous nous l'avez dépeint, cet
assoupissenent a quelque chose
de fâcheux & d'incommode. III
estsans cesse interrompu, &les
corps & l'ame en cet état, ne
prennent aucun repos. Plus le
sommeil est profond, & plus il
est doux. C'est alors qu'il appasse
nos douleurs, & qu'il calme
nos ennuis; car il est certain
que le corps est plus fatigué,
& que l'ame est plus agitée,
lors qu'on ne dort que légerement
& par reprises; jusques-
là mesme qu'Homere a
dit,
pIrH doucement un Hommedort,
Querienneleréveille, C7 qu'ilnous
semble mort.
Le jour n'est donc pas destiné
pour dormir. C'est pendant la
nuit & les tenebres, qu'il faut
joüir d'un si doux repcs, & reparer
ses forces dans un temps
où tout le monde celle de travailler.
Mais que deviendra donc;,
interrompit le Président, cette
autre maxime de Medecinedonc
a déja parié M le Chevalier,
Postpraudiuntsta, post coenam deambula
? car il me semble qu'elle
nous inspire de ne pas trop s'agiter
apres dîné, afin de ne pas
troublerladigestion. En effet,
le sommeil estant, selon Aristote,
une certaine humidité qui
- part de l'estomac & de la fumée
des viandes;il est toujours
bon de dormir. Cela rafraîchit
le fang & les parties;au lieu
qu'on ne fait que s'échauffer
quand on agit trop tost après
le repas. Ce mesme Philosophe
en donne plusieursraisons dans
ses Problèmes, que je ne rapporte
point, parce qu'elles vous
font connuës, & qu'elles contiennent
ce que nousavons dit
surcesujet.
Je veux croire, Messieurs, que
Nos raisons font bonnes, dit
l'Abbé; mais jenevoudrais ny
sommeiller ny dormir durant le
jour,ny mesme y employer
toute la nuit.
- J'ay connu un
grandSeigneur qui dormoit
peu, & qui préténdoit que ses
Laquais devoient plus dormir
en une heure, qu'il ne faisoit en
trois. Il les tenoit toujours à
lerte, &. comme il estoit souvent
à cheval, il les avoit accoûtumez
à dormir en marchant.
On a dit du Maréchal
de Gaffion, qu'il dormoit par
provision,& quand il vouloit,
Le secret en serait beau, ôc il
y a des temps qu'il feroit avantageux
de n'estre pas obligé de
dormir de toute une Campagne.
On pourroit par ce moyen furprendre
& fatiguer les Ennemis,
&c vaincre de nuit ainsi que de
jour.
Nostre grand Monarque est
d'une vie trop active, pour dormir
beaucoup. Je l'ay veu à la
guerre passer bien des nuits debout
, qu'il ne récompensoit le
jour que de trois ou quatre heures.
Ilsuffisoit à feu Mr deTurenne
de dormir cinq heures;
mais illuy falloit cela pour estre
libre & maître de luy, comme
il disoit. Il y en a qui dorment
fort bien la nuit, & qui l'apresdînée
dorment encor une heure
ou deux. Je connois un Commis
d'un grand Ministre, qui ne s'en
porte pas plus mal, & ce n'cft
point ce qui a fait mourirMr
de*** qui ne s'en pouvoit pasfer.
J'ay un bon Homme de
Pere qui a soixante & quinze
ans, & qui eil: dans une santé
parfaite. Il dort àtouteheure.
Il se leve dés la pointe du jourmais
apres s'estre promené, ou
avoir travaillé quelque temps,
ille recouche,&dort sur nouveaux
frais, Apres dîné, il se
jette encor sur son Lit, & dort
galamment deux ou trois heures,
soutenant que tout cela est
bon,parce qu'il s'en trouve bien,
Cependant ces diférensexemples
ne me sçauroient persuader
que la necessité de dormir ne
soit pas une peine & un mal à
l'Homme, qui est privé par tt
de l'usage delaraison, aussi-bien
que des sens. Il n'a plus rien
d'un Homme que la figure, encor
yen a-t'il qui dorment de
maniere, qu'on peut douter s'ils
n'ont point perdu la vie. C'est
ce qui a faitappeller lesommeil
l'image de la Mort, ou plutost
le châtiment dont Dieu a voulu
punir lepéché du premier
Homme.
Le Président s'appercevint
que nostre Abbé s'alloit jetter
dans la Morale, l'en retira, en
luy demandant s'il falloit dire
somme ou fimne, parce que ce
mot estoit douteux chez quelques
Autheurs. Vous avez raison,
répliqua l'Abbé, & d'autant
plus qu'en parlant., on ne
s'apperçoitpresque pas lequel
on prononce. La plupart des
Grammairiens font pour fomne,;
suivant le mot Latin, mais les
Dictionnaires nouveaux, &les
Ecrivains les plus polis disent
toussomme. C'est donc comme
il faut prononcer ce mot. Mais
pour vous faire une Qjeftion à
mon tour, continua l'Abbé, je
voudrois bien ravoir pourquoy
on peint FAmour nud, & comme
un Enfant qui dort appuyé
sur le coude. Mrle Chevalier,
luy dit-il, cette Qaeftion vous
regarde aussi-bien que Mr le
Marquis. Vous estes tous deux
du commerce du beau Monde,
& du Païs de la Galanterie.
Le Chevalierfouriant à
I
cette lfeurete, prit kpà;ole.
L'Amour, dit-il, est reprefêntc
nud, parce qu'entre les Amis il
ne doit y avoir rien de caché.
Mais on peut dire du Fils, ce
qu'Epiteél:e répondit de la Mere
à l'Empereur Adrian, qui luy
demandoit pourquoy on peignoit
Vénus toute nue.Jîhtia,
dit-il, nudos dimittit. En effet,
l'Amour dépouille de toutes,
choses, ceux qui aimenr. Mais
un Autheur, par pudeur ou par
délicdteÍfe, n'a pû souffrir l'Amour
nud. Il l'a habillé d'un
Crépe blanc,qui luy fert d'ornement&
de Robe& ce Crêpe
a cela de merveilleux, qu'il
est clair &; transparent aux yeux
des Confidens difcrers, &qu'il
s'obscurcit &; devient sombre en
préfènee des Indifcrcts & des
Jaloux. Mais outre cet habillement,
il luy donne encor une
Couronne de Soucis &. de Pensées,
qui n'cft pas moins admirable,
en ce que ces Fleurs font
fraîches & flétries, félon qu'il
cft: gay ou mélancolique. Il faut
apparemment qu'il mette bas
cette Couronne, lors qu'il veut
goûter le sommeil dans lequel
on lereprésente. Ce petitDieu
se tourmente beaucoup. Aina:
il a besoin de repos. Mais laiflfons
le peindre suivant le caprice
&: la fantaisie des Peintres,
& sortons d'un sommeil
qui dure un peu trop longtemps.
Cette Question d'Amour,
dit le Marquis, me fait souvenir
de vous demander une Devift
pour un Chiffre qui contient le*
nom de rAInant & de la Maîtreire.
Ce corps est ordinaire,
mais c'cH:un corps sans ame, 6C;
je luy en voudrois donner une..
Je me trompe, c'est un corps
tout spirituel, puis qu'il est-corn--
posé des noms qui renferment
la substance des choses,&c'est.
peut-estre la raison pourquoy
on ne donne point dame aux
Chiffres qu'on prend pour Devise.
Quoyqu'il en Toit,quand
je devrois péchercontre les regles
jevous priede contenter
nu curiofiré, Elle nVeft venue
en voyant cette aimable Planche
de Cachets amoureux, que
l'Authur duMercurenousa -dans 1 Extraordinaire
du Quartier d'Avril. On ne peut
rien voir de plus galant ny de
plus spirituel sur ce sujet. Il est
vray, dit l'Abbé, &jem'étonne
qu'on ait oublié ce dessein..
Mais la chose me paroist difficile
, parce qu'il n'y a icy. pour
images & pour symboles, que
des Lettres muetes, dont le Graveur
fait un corps à la verité,
mais qui a mérité plutost le nom
d'âme que de corps. Cependant
je croyqu'on pourroit mettre
autour d'un Chiffre, 6c les noms
& les coeurs, pour marquer l'union
des uns 6c des autres. C'èfi:
aussi ma pensee, dit le Docteur,
Cum nomine corda lisantur. Mais
le Président fit remarquer que
cette Devise estoit trop étendue,
& qu'on pouvoit luy donner
plus de force, en l'abrégéantdelaforte,
Sic corda ligantur,
que le Chevalier traduisit,
l'Amourlesunita,infy. L'Abbé
redit à peu pres lamefme chose
en d'autres termes, sicliçut unm
amen & cet Emiftiche l'obligea
de faire le Vers entier.
Sicligat unus amor, nomina, cordas
simul.
Le Président adjoûta, que comtre
le Chiffre exprimoit parfaitement
la pensée d'un Amant,
on devoit l'appeller l'ouvrage de
l'Amour, opsts Amorú. Les Amans
ont esté les premiers Graveurs
j l'Amour leur a appris
l'invenrion des Chiffres; Se c'est
ce que Virgile fait dire à Gallus
avec tant de délicatesse.
Tenerifcjue mcos incidere amorcs
.ArborihUJ, crescent ULA, erefeetis,
Amores.
On applaudit à Yopm Amoris du
Présidentj & le Marquis content
de ces Devises, dit qu'il
en feroit part à l'Autheur du
Mercure. L'Abbé approuva ce
deOEein
; ôccomme il fait saplus
agreable lecture des Ouvrages
de cet Autheur, il prit l'Extraordinaire
du Quartier d'Octobre
qui estoit sur sa Table, &
l'ouvrant à l'endroit des Queftions
qu'on a proposées à décider,
il en demanda le sentiment
de la Compagnie.
Sur la premiere, le Président
parla de la forte. Quoy que les
Questions problématiques ayét
deux anses, pour ainsi dire, par
où on les peut prendre, elles ont
toûjours un cofté qui quadre
mieux ànoftre sens
,
&. qui nou
plaifi: davantage. Ce font ddeess
Problèmes à l'égard des autres,
mais rarement à l'égard de nousmesmes.
Cependant il faut avoüer
que le party que nous prenons,
n'est pas toujours le mieux
défendu.C'cft.uneffetdenoftre
humeur, pluron que de
nostre rairon. C'est nostre goust.
que nous tâchons de justifier,
mais que nous ne sçaurions faire
passer pour meilleur que celuy
des autres. Je ne prétens donc
pointicy faire de grands raisonnemens
sur cette premiereÍ: tion, mais vous dire seulement
en peu de mots ce que j'en
pense.
L'Amour sensuel s'éteint par
Ijs faveursj l'Amour raifonnible
s'augmente par elles. L'Amour
mour sensuel se rebute par les
rigueurs; l'Amour raisonnable
se dégage par elles. ley la raison
est d'accord avec les sens; SeLt
les sens l'emportent sur la raison.
Enfin un parfaitAmantjugeant
de l'amour de sa Maîtressepar
les faveurs qu'il en
reçoit, il aime d'autant plus
qu'il est aimé; mais lors qu'on
le mal-traite, & qu'on n'a que
des rigueurs pour luy, il se refroiditavecraison,
ôc peutquitter
ce qu'il aime, sans en craindre
de reproches.
LeDocteur ditsurla-seconde.
Si l'on entend par la j lousie
d'une Maîtresse, celle qu'elle
a pour nous, c'est de son amour
la marque la plus sensible qu'elle
nous puisse donner. Si l'on entend
celle que nous avons pour
elle, c'est le tourment le plus
rigoureuxque nous puissions
souffrir. Si l'on entend par la
jalousied'un Rival, celle qu'il
nous donne, rien ne nous peut
causer plus de chagrin & d'inquiétude.
Sil'on entend celle
qlle nous luy donnons, rien ne
peut estre plus divertissant &
plus glorieuxpour nous. j En verité, dit le Chevalier,
en regardant le Docteur, vous
'cRes admirable avec vos distinctions.
Elles font justes neantmoins,
& cette Question ne
pouvoit estre mieux expliquée.
Voicy ma pensée sur la troisiéme.
Celuy qui épouse ce
qu'il aime, a tout à craindre.
Celuy qui épouse ce qu'il estime,
peut tout espérer. La
jalousie, le dégoust, & le mépris,
fuivcnt toûjours l'amour;
au contraire, l'amitié, la tendresse,&
laconfiance, succedent
,d'ordinaire à l'estime.
jevois bien, dit le Marquis,
que vous ne me tenez pas quitte.
Je vous diraydonc surla quatriéme
, Que si l'on estoit raisonnable
quand on aime, on
souffriroit plutost la préference
d'un Rival comme Mary, que
celle d'un Rival comme Amant;
car enfintour le monde n'estant
pas fait pour s'attacher toute sa
vie, on ne doit point blâmer une
Maîtresse qui choisit un Amont
sqoun'elle voit d'humeur à devenir
Mary. Elle ne fait pas
grande peine à bien des Gens,
qui ne veulent pas aimer fous les
conditions du Sacrement; mais
lors qu'elle nous préfere un
Rival pour le seul plaisir d'aimer
& d'estre aimée, elle ne peut
nous faire souffrir rien de plus
cruel & de plus chagrinant.
Chacun croit avoir plus demérite
& plus d'amour que tout autre
, & rien ne touche plus le
coeur que le coeurmesme, mais
l'amour estant une folie, on n'examine
pas les choses de si pres
On n'a aucun égard pour le
Sacrement. Un Rival pour devenir
Mary, ne cesse point d'estre
Rival;aucontraire, il est
d'autant plus terrible, qu'il possede
entierement ce que nous
aimons, & qu'il ne nous laisse
plus aucune espérance,lors qu'il
est aimable, & que celle qu'il
épouse a dela vertu. Du moins
ilest certain qu'il a la préference
de son coeur & de ses faveurs,
cequi n'est pas un petit chagrin
pour ceux qui ne veulent point
de partage en amour. C'est donc à : moy de parler,
dit l'Abbé, voyantque le Marquis
s'estoit teu, & de vous dire
sur la cinquiéme Question, Que
si un Beuveur se ruine par la
bonne chere, sa Familleensauve
sa part, &ses Amis s'en sentent.
S'il estfâcheux,querelleux, emporté,
il peut estre agréable,
plaisant,&de belle humeur. Un
Joüeur se ruine sansestrejamais
satisfait. Il importune ses Amis
de ses pertes,& des emprunts
qu'illeur fait, pour les reparer.
Il est toujours inquiet, resveur,
& quelquefois il devient fo-.:
rieux. Un Chicanneur se ruine
parle plaisir de ruiner les Il autres. est incommode à ses Amis&
-
à soy-mesme, ou plutost il n'a
ny Parens ny Amis. Mais enfin
comme ces trois manieres peuvent
ruiner également une Famille,
elles luy font âussî préjudiciables
l'une que l'autre. Cependant
on peut dire que la premiere
est plus agreable, la seconde
plus prompte, 8c la troisieme
plus
facheuse.
L'Abbé alloit continuer, ôc.
l'on eust parlé des Talismans&
de la Poudreà Canon & terminé
cette Conversation comme
les grandes Festes, par un
Feu d'artifice, lors qu'un Fâcheux
arriva, qui ayant des affaires
à communiquer à l'Abbé,
obligea la Compagnie de se séparer.
Je croy, Madame, que
vous ferez satisfaire de cette
Conversation,&que vous prendrez
autant de plaisir à la lire,
quej'en ay eu à l'entendre. Si
cela est,jeme sçauray gré de la
fidelitédemamémoire, qui m'a
fourny l'occasion de vous divertir
quelque temps, & de
vous marquer que je fuis avec
autant de passion que de respect,
Vostre, &c.
DE MARPALV.
LEQUEL DES CINQ
Sens contribuë le plus à la
satisfatlion de l'Homme,
STANCES
A MADEMOISELLE cHarmante Beautéquejesers,
PIIU quevous demandezdes Pers-
Sur les fiionsdu Mercure,
7*our ">JOIH obeïr, jeconsens
A décider lequel des Sens
Satisfait mieux nostre nature.
Iris, quandje jette les yeux
Sur tous les appas dontles Cieux
Vous ontsirichementpourYeue,
Mon coeurtoutpercédevos coups
Ne trouve point de Sensplus deux,
Et/Ne en faveur dela Veuë.
Lors que yotts venez. à chanter, Jesuis contraint de protester II vostre voix estsanspareille.
Charméde vos divins accens, Je tiens que leplaisir desSens
Consiste à vouaprefisrl'Oreille*.
Lors que "vous daignez me parler
Vostre bouche semble exhaler
L'odeurd'une Rosenouvelle..
sr estque j'approchedevous
L'Odorat L'emporte sur ioof-,
Et semblefinir leur querelle
Le Toucher a beaucoup dappai^-
Je ne m'ingere pourtant pas
De luy donner lapréference. Ilfaudroitpourendécider,
Qu'il vousplustde m'en accorder
Quelquesensible expérience.
M4tû si ma !,OUC¡'! avoit riepee
D*unNectar qu'avec yclttpté'
Sur lavostreellepourroit boire,
Je changerons, desentiment,
Le GoustseroitLeplus charmant,
Et remporteroit la victoire.
LETIRSIS del'Hostel S.Faron.
REPONSESAUX
quatre premieresQuestions.
du IX. Extraordinaire.
A Mrdu Tronchoy, lez Tonnerre,. ON m'écrit (&jel'apprens
avec bien de la joye) que
le Mercure Galant continue
toujours à vous divertir,& qu'il
sert de matiere à vos plus agreables
entretiens.. Courage, Monsieur.
La prudence extraordinaire
dont vous estes remply, n'empesche
point que cette lecture
ne puisse estre un amusement
digne de vous. Les grands, les.
nobles, &. les sérieux emplois,
ont assez travaillé vostreesprit.
Il estraisonnable de luy donnerun
peu de relâche, &de luy permettre
de descendre à des occupations
moins importantes. Entre
toutes celles que la Paix
vous ofre,quelsujetn'avez-vous
point eu de faire choix du Mer
cure?
Cet Enfant de tant d-illustres
Peres, porte écrit sur son front
tous les Mois, de nouveaux Eloges
consacrez à la gloire d'un
Monarque, aux bontez & à la
justice duquel vous devez, aussi
bien qu'au mérite de vos belles
Actions, vostre glorieux rétablissement
dans l'ancienne Noblesse
de vos Ancestres, qui
triomphant desoy-mesme,après
avoir triomphé de l'Univers, est
encor la causeunique du repos
dont vous joüissez, & que nos
Livres enfin ne loüeront jamais
assez pour le nombre, ny pour:
la grandeur de ses merveilles.
C'est en intention de contribuer
de ma part, en quelque
forte du moins,à la îatisfa&ioii
que vous donne la lecturede
tant d'héroïques & de tant de
galans Ouvrages, que j'entreprens
de répondre aujourd'huy
à toutes les Questions du dernier
Extraordinaire. Voyez,
Monsieur, si je fuis entré dans
vos sentimens.
On demande en premier lieu,
Si un Amant qui à le plaisir de
voir souvent sa Maistresse dont
ilse connoisthay, est moins à
plaindre que celuy qui en estant
éloigné sans aucune espérance
de la revoir jamais, a la certitude
d'en estre tendrement
aimé?
La douleur de se connoistre
hay de l'Objet qu'on aime, est
une douleur bien amere; mais
Ic plaisir de le pouvoir contemplersouvent,
est un précieux
bien. Le plaisir que cause la
certitude d'estretendrement aimé
de la Beauté qu'on adore,
est un plaisirextrémemet doux,
mais la douleurd'en estreéloigné
, sans aucune espérance de
la voir jamais,estassurément
une cruelle douleur.
Le premierde ces deux partis
est le moins malheureux.Voicy
la raison que j'en apporte. Si
cet Amant hay souffre, comme
on n'en sçauroit douter, il souffre
luy seul ; &commepersonne
ne partage sa douleur, il ne partage
celle depersonne: au lieu
que l'autre Amant est sans cesse
devoré, non feulement par f011
propre desespoir, mais encor
parla pensée de celuydans lequel
il doit estre persuadé que
sa Maistresse est pour l'amour
de luy.Quoy
,
j'aimetendrement,
je suis tendrement aimé!
La Belle pour qui je soûpire,
soûpire pareillement pour moy!
Je brûle de lavoir, mon éloignement
la fait mourir! & il ne
ous est permis à l'un ny à l'autre,
d'espérer de nous voir jamais!
Ah, la douleur que cette
pensée est capable de causer,
surpasse tout ce que l'esprit de
l'Hommepeut imaginer de plus
cruel. Concluons donc, Monsieur
, ce que j'ay d'abord avancé
, & disons que l'Amant qui a
le plaisir de voir sa Maistresse,
dont il se connoist hay, est le
moins malheureux, & par conséquentle
moins à plaindre.
On demande en fuite, S'il est
possible d'aimer fortement sans
qu'on soit aimé? Cette Question
ne me paroistpointproblématique
; il n'y a que trop de Gens
genéreux jusques à cepoint; &
l'Amour a toujours eu ses Héros,
ainsi que la Gloire.
Dans la troisiémeQuestion,
on demande, Si l'absence est incapable
d'augmenter l'amour?
Je vous en fais Juge, Monsieur,
Ces longues absences, ces longues
campagnes, où vous ont
engagé pendant plus de dix ans
à diveses reprises, les intérests
de la Patrie,&, la gloire du
Prince,ces longues campagnes,
dis-je, où vostreesprit, vostre
dexterité, & vostre courage, se
sont également fait admirer en
tant de rencontres, ne vous ontelles
jamais rendu plus amoureux
? Le brazier de vostre amour
n'est-il jamais revenu de
Flandres plus ardent qu'il n'y
estoit ailé? Si vous vous examinez
bien là-dessus, vous me
répondrez que vous avez toújours
senty vostre passion accruë,
& qu'effectivement à chaque
retour il vous a semblétrouver
de nouveauxcharmes dans
laPerfonne que vous aimiez.
Donc l'absence n'est pas incapable
d'augmenterl'amour.
Le Mercure Galant cIl- en
peine de sçavoir en quatrième
lieu, Lequel des cinq Sens contribuë
le plusà la satisfaction de
l'Homme? Cette Question fera
plus de bruitque les trois autres,
&je m'imagine que là-dessus les
sentimens vontestre fort partagez.
L'Oüye&leToucher, me
font balacer,maisje me déclare
pour la Veuë. Tout le monde
sçait que la felicité des Saints,
consiste à voir Dieu face à face,
& que la vision de sa gloire est
la véritable Béatitude.. Je confesse
que les Sens n'ont aucune
part à cette vision; mais puis
que l'Ecriture s'exprime ainsi
c'est une autorité suffisante pour
prouver que laVeuë estleSens
qui contribuë le plus à la sa
faction del'Homme.
Je me tairay,Monsieur, sur
l'originede la Dance,&sur les
effetsdela Sympathie. Vous
estes à Tonnerre, où la premiere
est trop en recommandation,
pour me laisser croire que vous
en ignoriez l'origine;&l'illustre
& spirituel Mr Heuvrard vous a
suffisamment expliqué les effets
delafeconde dans son agreable
description du magnifiqueChâteau
de l' Ascaut. Je suis, &c.
RICHEBOVRG,Avocat
en Parlement.
BOUTS-RIMEZ
Donnez à Mr le Marquis de
Saint Priest en Forest, par
une Personne de qualité, qui
pour le mieux gesner, luyproposa
des Rimes burlesques
& sérieuses, pour en faire un
Sonnetsurlechamp àla gloire
du Roy.
SONNET.
LSfins fameux IflrDl del*tfijl
toire Romaine,
Togeroitdidjpàvhoiypomr Nilptti'
Garçon; - Et tout ce quelle en ditseroit uni
Chanson
PourchantersurlePont de la Samaritaine.
Pompée& Lépidus furent "Vaincu*
sans peine,
Et Marc Antoine enMer eustlesort
d'unPoisson,
rR.!!.i se laisseattirer par un traître
Hameçon;
Lagloire estoitalors chancelante, incertaine.
Quelyuefois les Césars nefioient pas
les vainqueurs,
Rienn'estoit assurédansleursvaines
grandeurs,
On lesbravoit souventsurla Terre C-r
sur l'Onde.
Mais la Gloire aujourd'huyne change
plusdelieu,
10VTSasurpassé tous les Princes
du Monde,
La Terreaplusieurs,& ri*
qu'undemy.Dieu.
A MONSEIGNEUR.
SUR SON MARIAGE.
JEune Mars, digne Fils du plus
grandRoy du Monde,
&MÎ yerrex^/ous vos Loix un jour la
Terre CJ'"¿'Om¡,
Et quqifauisanétLresapasndetc,efier ConPorterez
comme luy bientost le nom
de Grand,
C'estavecque raison que le Dieudhy.
menée
Prendsoinpendantla Pdix de vostre
¿1I'inée,
C'estavecque raison que ce Viexo des
PIlIiJirs jt couronnél'ardeur de vos premiers
soûpirs,
Etmalgréle Démon quipréside aux
ailarmest
Asoûmis lepremiervostre coeuràses
charmes.
Estant né dans un temps où l'Amour
C? la Paix
Régnoient (.!JJ dans l'Europe, &sur
tous yos Sujets,
Ilsemble que le Ciel WIIN donnant J.
la France,
Nous dit aussidonnél'infaillible "j--
1
surance
De voir tous vos Etatspendant vos
- heureuxjours
Nesongerqu'auxflaljirs^uauxjeuxr
çp qu'aux amours.
L'invincible LOVIS ayantparses
Conquestes
.r&dmwde l'Occident les plmfuperbci
Testes,
Et ne restant plus rien à Vaincre à
ce IfénJJ,
Vousn*aVe^comme luy quÀjoüir du
repos,
Il.!'" goustercette Paixqu'au plus
fort de la Guerre
Ilavoulu donner presque à toute la
Terre.
Sisondestin estoitdesuivreleDieu
Mars,
De prodiguer son sangs d'affronter
les hasards,
Etpar mille Combats,d'éternisersa
gloire.
Le vostre est joüir desfruits desa
victoire.
S'il estoitnépourvaincre,&pourles
grands travaux,
r()'IM l'estespourla Paix,n'ayant
aucunsT(fçaux.
Onsçait bien toutefoisquevostreame
esttropfiere
Pour neseplaindrepas de manquer
de matiere,
Etques*ilyous estvitpermisd'estre
jaloux
D'un Pereque le Ciel*faitplusgrtnd
que yous,
Fotssplaindriezvostrefort de\o/r
que yoftrcÇpée
ayantpointd*Ennemis,nepeut estre occupée; -
Maisfçacbe^ quece Trinc?^ en exposantsesjours,
Fous aconquisl'Objetde vos chastes
amours.
&u°y qu'onaitpeude part aux triomphes
d'un autre, îl a"Vaincu pour vous, &sagloire est
la vostre.
S'ilapunyl'orgueilde tousses En- -
nemis,
TourfouSy commepourluy,sonBras
lesasoûmis,
S'ilaportefèspas IIflfiflli del'AUemagney
C'estoitpourvous trouver cetteillustre
Compagne;
EtquoyqueceHerospar centfarneu^
Combats,
Des Rivages duRhin ait accrûses
Etats,
Les
Lespluspompeux Lauriers qu'ilait
mis àsa tdle,
égalent point l'éclat d'une telle
Conqueste.
Cette augusteTrinceffe estleplus
digneObjet
Sur quivous eujJle^pA former vestre
projet.
Son sang aprèsle vostre est leplus beat*
du Monde,
Etl'onfaitquesaRace en demy-
Dieurséconds,
D'élire les Cesars n'apasdroitfeule»
ments
Maisque donnant des Loix à l'Empire
Allemand,
Elle a souvent donnédes Maistres à
la Terre,
guiportant aveceuxla terreur&la
guerre,
Ont rendu leur Maisonsichere à Ifr.
nivers,
Etporté dans leurs mains tant de
Sceptres divers.
Que tNM les otentauredoutantkti*
puissance,
Ontfaitgloired'entrer deddeséar
Alliance.
Les 7(oysmefî:iesdes /js,\osangtjttJ
Ayeux,
Connoissant lagrandeurd'un Sang
Ji glorieux,
Pour légitime objetde leurschastes
tendresses,
D^a dans, ur Famille ontcèoijy det
TrinejJtSa
Et l'Amourne pouvoit, tourrangeant
pmses soix,
Tout Injfrirerjamais unplus ittujïrc
choix.
Jamais un tel ffymen n'eut les Cieux
Jt;ropces,
fIamau un tel Hyn.enneut tlllltJ'¡'DIe
reux aujjricrs.
gue peu'-o»fmbaiter de plue heat^
deplugrand\
gue de 'roi, dam l*Hfous le Fils d'm»
b Filsd'un demi-Dieu dans C£u~
rope jalouse
Adore&craint WBrustde "'Dir
dans l'Epouse,
~cV~ desCésars,çrde cent
Souverains,
QuiJouVentsousle rs LoixontVeu
tousles Hllmtiins?
Si le Destinjaloux ne trempe "ojlTe
et attente. a Hymen doitavoirune
jïïite
éclatante
Etnous verrons bientost dece Sang
frecieux
Sortir quelques Césars &quelques
demy Vieux,
C'est l' interest du Ciel, de la-France,
(jf du Monde.
f?t Voir cette lnionconfummée C",.
fr'co d.
f.a France (7 l'Occident en tireront
de 'o*t,
Et le ie't des Heros q*t'endront
fesd."Oit:.
Cependant, puis saenfin tous "J
Etatssont calmes,
Et quele GrandLOVIS amoissonné
les Palmes
Jl:.:!.i pouyoientcouronnerCoffre Front
& vos Ymux,
Loignez à ses Lauriers vos Mirthes
amoureux.
îoîHJtp^idnesagslo.ire Cg de sa des- Triomphezavecluydel'Europe enchaînée.
Si l'un parses Combats s'en estrendu
vainqueur,
j,'aut-re,peiltd'son sur lagagnerpar
douceur. IlestlesHérosdeuxfortes de
yicfoirey
Et deux divers chemins conduisent à
la Gloire.
LaPaix,commela Guerret asesloix,
ses vertus;
Etsi l'une aime à voir des Trônes
abatus,
Des Empires en cendre, CF des Roys à
la chaîne, *
L'Autreen les relevant'estpasmoins
Souveraine.
JFiycz donc en reposauprès du Grand tons.
Nesoyezpointjalouxdeses Faits
inoüis,
Vostre destinn'est pas de conquérir
laTerre,
La Paixases Héros,aussi-bien que
la Guerre,
Et quelque grandque sist le nom d'un
Conquérant,
He vous enpourra donnerun aujjifgrand.
DE BIEXIGN-F,Conseilles
au Presidial de Caën.
DES
TALISMANS
TE ne doute point, Monsieur,
c'"e vous ne receviez beau-
GiA ? v.hents ciuiiiiX.touchant
les Ta.Uiin.*ns-y m.isparce q-ic
vous ..vz rerco.gnc que l,,)n
desiroit s'est ( ~éJ.jrcv detout
ce qui regarde c-:rt maci.re,,6c
que certe diversité me kn}bI
moins propre à cela que des
Trattez à fends & méthodiquesivne
j' n ay deux qui ont esté
i..t~j depuis environ douzeans
seulement,dont l'un porte pour
titre, Les 'IjtrlJ,sJ.'!iJi.
1
8c
ll''aauuttrree, LLaaSSpPe,,siJt, ition du Temps, le premier,par un Autheur, nome,&
le dernier par lesçavant
P. Placet, Religieux de Prémontré;
j'en ay fait sans f çon,
& à plume courante, l'Excr it
que je vous envoye, , ù j; n'.y
rienapporté du mien que le
foin de r trancher. Il y a de la
honteàestre Plagiaire; maisje me f y ps de déicatesse
dtdh'c Copste en cote rencontre,
s'agisntdel'utilitépu. -particulière. L'honneur en demeure
àces Autheurs, dont
l'Extraitpourra faire dfirer les
Livres entiers qui font impri.
mezà Parisen 1668. les Talïf*
mans chez Pierre de Bresche,
&la Superstition, qui en estla
Réfutation, chez la Veuve Ger
vais Alliot..
L'Autheur des Talismansjuf.
tifiez, commence sonDiscours
à la naissance du Monde,,& dit
que nostre premier Pere au mi.
lieu du Paradis terrestre, estoit
comme un beau Soleil revestu
des lumièresdetoutes,lescon-.
noissances qui pouvoienr satisfaire
son entendement, connoif-
[.lt parsaitement la nature Se
les proprietez de toutes choses,
le pouvoir des Astres les influences
-
des Planètes, le mélange
des Elémens; que ces lumieres
se sont communiquées
de Pere en Filsjusques à Noé,
& de NoéjusquesàMoïse; qu'apres
Moïse,les Hommes découvraient
seulement quelques ombrages
de ces, belles Sciences,
que les Caldéens,les Perses,&
les Egyptiens, en avoient retenu
quelques images, qui commencerent
à s'effacerrdesorte que
ces connoissances, d'universelles
devindrentparticulièresdequel,
ques Sçavans;que le Monde
s'estant éloigné de plus en,
plus des premiers Docteurs,,
il se voit enfin dans une entiere
nuit; que le Diable qui se
plaist dans les tenebres, a enseigné
une Nigromantie pour
l'opposer à la Magie Divine,
qu'il a distribué de certains Caracteres
pour nous oster l'envie
de rechercherles innocens & les
véritables, ce qui est cause que
si quelqu'un déclare que par
l'Astronomie celeste il peut
composer-lesSceaux,des Images,
des Caractères,, & des Fig-
ies Planetaires,avec lefqu^ls
on peut faire des choses tresmerveilleuses
&. surprenantes,
à mesme tempson i\icculèd'à-' .'r commerce avec le Démon..
De là il passe à l'origine des
Talismans. pomme à ce sujet
entre les. anciens Arabes, Amanzor,
~Mî.iîi.hahîa, &: T^i
qu'ildit rapporterdes exemples
tres-véritables des T. id:nan"s.
& entre les anciensHébreux
Tichel, Dagahel,Tetel & s1-
lomon, qu'il dit avoir enseigné
la façon& la manière,des Talismans:
en suite il rapporte ce
qui est écrit dans quelque Historien
à ce sujet, comme d'un
Talisman par la vertu duquel il
ne pleuvoit jamais dans le Parvis
du Temple de Vénus à,Cypred'une
Puture d'aire in repréentant
un Feu, un Sarpent, un
Rat d'eau, trouvée sousle Regne
de Chilpericen,encreusant
quelque Fossé de la Ville de
Prisr LquJiPigure(frnt.
~erniporté : ,
partie de laVille
fut brulée, & les Habitans asfligez
de Serpens ôc de Rats
d'eauyde.plulieuisr. Statues à
Constantinople, & entr'utres:
deCelled'unChevalier,quiservoit
de préservatif contre la
Peste du Palladium deTroye,,
des Boucliers de Rome,. & de
plusieurs Dieux tutelaires, &
conclud detout cela, &de ce
qu'Albert le Grand,M'arcileficin,
Paracclse,Roger,.Bacon,,
Arnaud de Villeneusve, & pkUsieurs
autres, ontfait des Traitez
tous entiers pour montrer
la force des Talismans, qu'il
faut qu'ils ayent esté de tout
temps en usage. En fuite apres
avoir discouru sur l'étimologie
du mot, il passe à la définition
du Talismany & dit que ce
n'est autre chose que le sceau,
la figure, le caractere,&l'image
d'un Signe celeste, Planere, ou
Constellation, faite, imprimée,
gravée, oucizelée sur une Pierre
fimpatétique, ou sur un Metal
correspondant à l'Astre, par un
Ouvrier qui ait l'esprit arresté
& attaché à l'ouvrage & à la
fin de son ouvrage, sans estre
distrait ou dissipé en d'autres
pensées étrangeres; au jour &
heure duPlanete, en un lieu
fortuné, en untemps beau 6c
serain,& quand il est en la
meilleure dispositiondans le
Ciel qu'il peut estre,afin d'attirer
plus fortement ses influences,
pour un effetdépendant
du mesme pouvoir & de la vertu
de sesinfluences; dans toutes
lesquelles choses,matiere, forme,
ouvrier, condition, fin, esset,
& circonstances, l'Autheur
soûtient que tout est innocent.
A cet effet il pose en premier
lieu, que les influences des corps
supérieurs descendent icybas,
secondement, qu'on les peut
attirer abondamment & fortement.
Il ne s'arrete que peu à
la premiere proposition,comme
n'estant point contestée, mais
avoüée de l'Ecole mesmes, qui
s'est renduë ennemieparticuliere
desTalismans. Pour la seconde
proposition, il avouë qu'
elle n'estpas si aisés à croire;il
se sert pour laprouver, de l'xpérience
du Miroir ardent, par
lequel nous ramassonsles rayons
solaires, véhiculesdesesinfluences,&
les introduisons dans une
matiere combustible. D'où il
conclud que les Talismans font
naturels en toutes lescirconstances
qui accompagnent leur
composition. Sur la premiere
conditionqui est de la matiere,
il prétend que comme l'action
se reçoit fk.n la disposition du
suje t, & que cette meilleure dis-.
position vientde la simpartiequi
sçait unir les Homogenespar
tin lien miraculeux, les Astres
doivnt agirplus~asémens êc
plus fortement sur les sujets qui
kur sont simpatétiques 6c confoim.
s, commeilse voit de l' Etoiie
Polaire sur le Fer touché
de l'A ~yman. Il veut que de tous
lescorpsil'yen it
point qui ay nt plus de
simpatie
:avc les supérieurs que les Pierres,
les Miréraux, & les Métrux,
& qu'ils ayant reçeu en
partage des formes toutesastrale:
ille prouve tres bien des
Métaux, &discourt amplement
des raports de leurs qualitez
av.ccelles des Planetes. Sura
f.eonde cordi ion qui est de
grav r les caracterts ,
sceau x,
images, oufiguresdes Planetes,
sur les Métaux correspondans
à ces mesmesPlanetes, ou pour
mieux faire encore, defondre,
jetteren moule ou en fable, le
Métal fondu, pour estre imprimé,
ce quicomprend deux choses;
la premiere, queleMétal
soit excité par la graveure ou
par la fusion qu'il tient estre
meilleure; la seconde,que la
figure y soit marquée ;
il prétend
donner la raison deces
deux choses. 'Surla premiere,
que le Métal ainsi excité par un
agent extérieur,& sur toutpar
le feu son ennemy, ses esprits
métaliques demandent & attirent
plus fortement del'aidede
son Astre pour combatre cet
Ennemy ; & qu'aussi les vertus
astrales se reçoivent beaucoup
mieux quand le sujet est en
mouvement, que quand il effc
sansaction;&quant à la figure,
l'Autheurveut que lescorps
supérieurs ayent leurs figures
comme lesautres choses d'icybas;
que la ressemblance fonde
lasimpatie,non que la figure
soit agissante physiquement,
mais feulement qu'elle établisse
une plus grande simpatie à raison
dequoy elle foit au Métal
une meilleure dispositionpour
l'influence du Planete. C'est icy
à mon sensl'endroit le plus foi.
ble, pour ne pas dire le plus
faux, de tous lesraisonnemens
de cet Autheur,comme vous le
verrez par ce qui a esté répondu..
Sur la quatriéme con- - dition ,qui estque l'attraction
de l'influence du Planete se fasse
à l'heure planetaire; il ne dit
autre chose, sinon que c'est
d'autant que comme les Planetes
dominent tous les jours une
heureàleur tour, leursinfluences
estantplusfortes à l'heure
qu'ilsdominent, que nous appellonsl'heure
planetaire, il est
tres-convenable que cette attraction
se fasse à l'heure du
Planete, puis que pour lors il
influë plus fortement & plus
copieusement. Iltranche au/15;
la cinquiéme condition en peu
de mots, endisantquel'onveut
quel'Ouvrier duTalisman travailleenun
beau jour & serain;
perceque bienque lesinfluences
astrales penetrent par tout,
& que tous les corps les plus
opaques leur soient comme du
verre,neantmoins l'air & Ili lumiere
leur servant de véhicule
& de passage, comme nous
voyons au Soleil, il est plus à
proposde commencersonopération
en un lieu aëré,& dans
un temps serain. Enfin sur la
derniere condition, qui est la
recollection de l'Ouvrier en
soy.mesme,en forte qu'il ne
laisse point aller sonesprit en
d'autres étrangèrespensées, &
ne pense quàson ouvrage & à
son dessein, il avoue que c'cllz
la plus soupçonneusecondition
des Talismans, & qui oblige
d'abord lesames scrupuleuses à
les c õdamner ;que neantmoins,
si l'on confidere que l'entendement
del'Homme se forme des
imagesdes choses qu'il connoist
par le moyen desfausses ouvéritables
espèces qu'il en a reçeuës
par l'entremisedes sens,
& qu'il reçoit luy-mesme cette
image, estant le principe alliE
&passifde ces intellections, 8C
que l'Homme peut recevoir Se
reçoit en effet les influences des
Planetes, nous connoistrons que
s'il s'applique fortement àlafin
& au dessein deson ouvrage,
unissant par cette attention son
espritau Planete,il se formera
une image dece mesme Planete,
ôc par cette image qui établit sa
ressemblance, il attirera conjointement
avec le Métal, l'influence
astrale,tant sur le Métal
que sur luy-mesme, comme
ilest necessaire; autrement portantsur
foy sonTalisman, il en
pourroit recevoir les impressions
aussi-bien que les autres. Par
exemple,s'il avoit fait un Talifman
pour donner de la terreur,
il en recevroit luy-mesme
à l'aspect du Talisman; mais
ayant attiré sur foy,aussi-bien
que sur leMétal, cette qualité
terrifique,il ne fait point d'impression
sur son Talisman
,
& le
Talisman n'en fait point surluy
comme surles autres, qui ne se
font point formez cette image;
& que. pour cette raison personne
ne se doit entremettre de
faire des Talismans, qu'il ne sça
che les vrais sceaux,images, figures,
ou caracteresdes Constellations,
autrement il feroit
privéde son attente. Remarquez
toûjours en passant, que
cet Autheur raisonne,. en supofant
une figure veritable de
l'Astre,laquelle établit sa ressemblance,
& la ressemblance
l'attraction de l'influence.D'où
s'enfuit, que quand onluy répond
que les figuresqui se gravent
sur les Talismansn'ontaucun
raportaux veritables figuresdesAstres,
toutes lesconséquences
qu'il tire de cette ressemblance
qui n'est point, se
trouventnecessairement fausses.
Il poursuit ôc paiT. à la feconde
proposition,quiest l'attention
de l' Ouvrieràla fin &au dessein
de son opération, dont il
rend raison, en disantque se formant
ainsi l'image dela qualité
qu'il prétend introduire au Talisman,
cette image détermine
par lameime Loy cette influence
à se communiquer particulierement:
au Talisman,& est
precifémenc & singulierement
attirée entre toutes les influences
que le Planete peut produire.
Surquoy l'Autheur se sert
de la comparaison de la Femme
qui imprimedansl'Enfant qu'-
elle porte en ses flancs, la ressemblance
de l'objet par le
moyen de l'image qu'elle s'en
est formée.. Apres avoirainsi
raisonné. sur toutes les conditions
necessairesàfaire les Talismans.
cetAutheur se faitune.
objection,&dit, qu'encorequ'il
ne paroisse riende superstitieux
êc de surnaturelen leur composition,
les effets toutefois que
l'on leur attribueestantaudessus
du pouvoir de laNature;
sontdes motifs allezforts pour
les condamnerqu'on luyaccordera
bien queles influences
des Astres se peuvent attirer
fortement & copieusement ;
mais qu'attirez sur la Pierre &
sur le Métal, elles puissent causerleseffetsque
nouslisons dans
les Ecrits des Curieux, c'estce
qui ne se peut aisément concevoir
; car quelle apparence que
Saturne fasse trouverles trésors,
Jupiter départir les honneurs, &
ainsi du reste? Si le pouvoirdes
Talismans ne s'étendoit qu'à
guérir les maladies, comme les
Signes & les Astres dominent
iey- bas sur diverses parties de
noscorps,àsçavoir, le Soleil sur
le coeur, Vénussur lesreins,&c.
ainsi
ainsi qu'ont remarqué les Astrologues
8c les Medecins, on pourroit
se persuader facilement que
les influences de ces Constellations
attirées par l'artifice, gué.
riroient les infirmitez aux parties
sur lesquelles elles dominent,
veu les expériences que l'on a
des Simples propres à quelque
maladie, cueillis à l'heure du
Planete qui a correspondance
avec le Simple, ou cueillis à
l'heure du Planete ennemy de
celuy qui cause cette maladie;
qu'ainsi l'on peut demeurer
d'accord que les influences attirées
par les soins & artifices de
l'Ouvrier, peuvent guérir &.
causer diverses maladies, & produire
dans les sujets plusieurs
mauvaises ou bonnes qualitez,
selon la force ou la vertu de l'influence;
mais qu'il n'est pas si
facile à concevoir comme ces
Astres donnent les honneurs,
les victoires, l'amour, & produisent
d'a utres semblables effets
quidépendent des volontez &
libertez des Hommes. Pour résoudre
cette objection, l'Autheur
confesse que celuy qui
diroit que les Astresproduisent
ces merveilleux effetsdépendans
principalement de nostre
liberté, par une fatale necessité,
feroit dans l'erreur; mais que
puis que l'on demeure d'accord
que les Astres inclinent nos volontez
sans toutefois les contraindre,
en ce sens leurs influences
peuvent donner de l'amour,
de la crainte, de la terreur,
&des honneurs;que nous
sommes composez de quatre
humeurs qui produisent en nous
plusieurs fortes d'accidcns, &
que de là dérivent les divers
mouvemens de nostre ame;
que nous connoissonsassez tous
les jours que nous sommesagitez
de nos diversespassions, suivant
que l'une de ces humeurs
domine. Or il est indubitable
que les Planetes &. les Astres
dominent sur ces humeurs, d'où
vient que nous appellons les
mélancoliques Saturniens, &c.
&: partant les Astres par cette
domination inclinent nos volontez;
que c'est en ce sens qu'il
faut entendre que lesTalismans
donnent des honneurs, de l'amour,
&c. qu'estans remplis
pour les raisons qui ont esté dites,
des influences astrales, ces
influences produisent leurs vertus;
que lapersonne qui les porte
sur soy,estantcomme le Ciel de
cet Astre corporifié, ceux qui
les reçoivent, le trouvent agitez
de son propre & naturel mouvement,
& ce mouvement se
rencontrant naturel en la personne
qui le reçoit, elle le regarde
comme un bien qui luy
est propre, & ainsi tend plutost
au sujet d'où il procede, qu'à
tous autres. Là-dessus 1"Autheur
fait l'application de ce
raisonnement à ce qui se passe
lors qu'un Talisman pour donner
de la terreur ou del'amour,
fait l'impression des influences
qu'il a attirées desAstres, concluant
qu'en tout cela il n'y a
rien decriminel, puis que tous
ces effets ne proviennent directement
que des humeurs excitées
par les influences qui font
envoyées par les Talismans, &
reçeus dans les sujets par le
moyen de ces humeurs;sans qu'il
prétende que les Personnes qui
reçoivent les vertus des Talismans,
ne puissent résister à leur
effort, & confessant qu'elles le
peuvent sans doute, & que leur
victoire en cft plus glorieuse, si
elles en sont pousséesfortement,
& qu'elles yrésistent. Ilfinit en
aiiurant que c'est ainsi que l'ont
entendu ces Sages sur cette matiere
; dit que Salomon estoit
trop fage pour laisser des images
négromantiques, luy à qui
l'on impute un Livre intitulé,
Des Sceaux des Pierreries, dont
l'Autheur rapporte plusieurs figures
deTalismans,& leurs vertus;
dit que le Grand Hermes n'a
jamais esté soupçonnédeMagie,
& que cependant il a laissédans
l'un de ses Livres quinze images
de mesme façon que les Autheurs
qu'il a nommez dés le
commencement, en ont aussi
laissé des Traitez tous entiers;
qu'il ne croit pas qu'ilseussent
voulu donner au Public des Leçons
superstitieuses, ny aussi
qu'ilsayent enseigné ces Leçons
curieuses, pour obliger à leur
pratique avec enipressement,
mais pour faire connoistre les
merveilleux pouvoirs dela Nature
; que pour luy ce n'est point
aussi son dessein de donner des
aiguillons pour s'employer à
cette recherche; qu'il conseille
le Chrestien de ne regarder le
Talisman que d'un oeil tres-indiférent,
& comme un divertissement
d'esprit. Il exalte en
suite le pouvoir de la Croix &
du Nom de Jesus, qu'il appelle
(avecrespectneantmoins)deux
divins Talismans; & pour fin de
tout l'ouvrage, il donne la maniere
de faire onze Talismans,
les uns pour guérir de quelques
maux, comme des maux de
teste, dela gorge, & du col,&c.
& les autres, pour la joye
,
la
beauté &la force du corps, pour
acquérir aisément les honneurs,
grandeurs & dignitez, pour estre
heureux en marchandise,
avoir la faveur des Roys, &c.
Voilal'oeconomie de lOuvrage
de cet Autheur,&les raisons
dont il se fert,quej'ay abregées
autant qu'ilm'a esté possible,
nem'estant étenduquesurcelles
où j'ay trouvé qu'illefaloit
nécessairement pour l'intelligence
de ses pensees. LeR.P.
Placet qui y a répondu, ne fuit
paspar tout cemesme ordre, 8c
rationne beaucoup plusàfonds.
Je trancheray aussi le plus succintement
que je pourray, ce
qui est de plus considérable dans
sa Réponse. Dés l'entrée il demeure
d'accord de la connoissance
parfaite & de la science
infuse de nostre premier Pere
pour le regard de la Science innocente
; mais il dit que celle
de Talismans estant diabolique,
il est tres-faux qu'elle ait esté
inspirée au Chef des Humains.
Il nie que les Hommes des premiers
temps fussent scavans,
comme l'Apologiste le donne à
entendre, veu qu'ilsn'avoient
ny l'évidence ny la certitude,,
Se que la science ne s'acquiert
que par l'expérience du pcuTéj
que le premier Homme n'a pu
faire part de (à science àses defcendans
que très-imparfaitement,
n'ayant point ci"'àutremoyen
que la parole vocale qui
s'évanoüit, &ses Enfansn'ayãt
que leurfoible mémoire pour la
retenir, outre que leurs inclinations
ne se portant qu'au mal,
ils ne s'assujetissoient qu'avec
peine à écouterlesinstructions
de leur Pere; ce qui paroist en
ce que la connoissance de la
premiere verité naturelle, qui
est l'unité de Dieu, n'a pû se
conserver parmy les Hommes
deux cens ans apres le Deluge,
& que suposé que les premiers
Hommes eussent esté plus sçavans,
& qu'Adam eust fait paffer
plusieurssciences innocentes
à ses descendans, il ne s'ensuit
pas de là que celle des Talismans
luy ait estéinspirée, ny
qu'elle sesoit communiquée à
ses successeurs, veu qu'elle cil:
diabolique; pourpreuve dequoy
il cite le Livre de la Sagesse,
chap. 4. S.Augustin dans
le 24. chapitre du huitième Livre
de la Cité de Dieu, &Tertulien.
au troisiéme chapitre du
Livre de l'Idolâtrie; il rétorque
contre l'Apôlogiste l'autorité
du Grand Hermes, qu'il dit déclarer
dans S. Augustin au. lieu
cy-dessus allegué, que les Figures
& les Statues ont esté inventées
des Egyptiens, oublieux de
l'honneur &. de la Religion divine
, qui par un Art magique
ont attaché les Démons aux
Images. LeLecteur qui en aura
le loisir, peut avoir recours à ces
passages dans les Livres mesmes,
&juger si avec la condamnation
de l'idolâtrie l'on y trouve aussi
la condamnation des figures Talismaniques,
en tant quelles ne
servent qu'à attirer l'influence
des Astres par des causes naturelles.
Dans le second Chapitre,
le Pere rapportela définition du
Talisman donnée par l'Apologiste
; &avant que d'en examiner
lesconditions qu'il dit estre
suspicieuses, ilcite encor S. Augustin
au mesme lieu, où ce
Saint Docteur dit que le caractre
Talismanique est un-Démon
lié à une Image par un art
contraire à la pieté. Il cite encor
Proclus au Livre de la Magie,
Psellus & Averroës, &: qu'ils
disent que les Hommescon
gnent les Démons par de certains
signes&figures, &que les
esprits impurs font cachez fous
les Images, ce que quelques
Saints ont contraintlesDiables
de confesser,comme il se voit
entr'àutres dans S. Hierôme en
là Vie de S. Hilarion. Il ajoûte
qu'il faut avoüer le pacte que
les Payens mesmes ont toujours
reconnu, puis que Porphire au
Livre des Oracles, déclare que
les Démonsmotrentaux Hommes
non feulement leurs conversations,
mais aussi de quelles
choses on les prend, & comme
quoy on les lie; quels jours il
faut observer, quelle figure il
doit y avoir au caractère, qui
font les conditionsque requiert
l'Apologiste pour faire le Talisman.
Il finit ce Chapitre par
1"Histoireadmirable d'un jeune
Gentilhomme, qui lejour de ses
Noces ayant mis sans y penser
son Anneau nuptial au doigt
d'uneStatue de Vénus, le Simulachre
plia ledoigt, sans que
ce jeune Homme pût retirer
jcet Anneau, ny estre délivré de
certaines illusions qui s'en ensuivirent,
que par des opérations
d'Art magique. Dans le
Chapitresuivant, le Pere examine
l'intention de l'Apologiste,
&nonobstant ses protestations,
de condamner les Talismans
diaboliques, ne l'excuse
que par le defaut de connoissance
de la superstition de Tes
Médailles) disant qu'il s'cft
trompé le premier, & qu'il a
écrit son Livre dans une intention
trop curieuse. Dans le quatrième,
il dit que le Palladium
deTroye estoit un Simulachre
du Démon
,
&: qu'il n'avoïc
point la vertu de présèrver la
Ville) & cite fort à propos
S. Augllfiin, qui montre au premier
Livre de la Cité de Dieu,
queles Grecs ayant mis à more
les Gardes de cette Pallas, onla
pouvoit bien emporter,5c que ce
n'estoit donc point le Simulachre
qui gardoit les Hommes,
mais les Hommes qui confervoient
l'Idole. LePere dans le
Chapitre 5. prouve tres -
bien
que les Dieux tutelaires & les
Boucliers Romains n'efiotenc
point des Talismans innocens,
& qu'ils n'avoient point le pouvoir
de défendre les Villes; &
que l'idolâtrie envers les uns 6c
les autres estant évidente, l'on
ne peut douter que leur origine
nefuft diabolique, 6c leur progrés
su perftitieux. Dans le Chapitre
fixiérap, il avouë que la
difficulté eit plus grande à l'é.
gard des Statues fatales deConi:
tantinople, veu qu'elles ont elle
forgées depuis la naiilànce du
Christianisme, & que la Foy
Chrefticnne eftoicétablie dans
toute la Grece, lors que ceux de
Constantinople en éprouvèrent
lés effets les plussignalez en
plusieurs occasions, & entr'autres
VEmpereur Theophile,
ayant trois Armées ennemies
sur les bras, conduites par trois
Capitaines revoltez, qui reçeurent
les mesmes coups qui furent
frapez par cet Empereur
aux trois testes d'une Statuë de
bronze queJean Patriarche de
Constantinople découvrit à ce
Prince eftrela cause quiluy avoit
attiré ce malheur ;furquoy le
Pere affirme que la Statue estoit
diaboliqueaussi-bien que toutes
lés autres, 6c dit que tous les
Autheurs qui rapportent cerre
Histoire avec quelque diférence,
conviennent tous de la
fuperfhtion5 & que Cedrenus,
Zonare,& Majole,déclarent
que ce Patriarche estos: un
grand Sorcier. Pour soûtenir
Ion affirmation, le Pere dit que
le Démon connoifToic par ds
causes occultes que deuxdec.s
Chefs de Rebelles feroienttuez,,
& l'autre blesle
;
qu'il Ce servit
de ce Simulachre pour l'indiquer,
non que de là il s'ensuive
que le fort de la Bataille fust
attaché à ce Taliss-nanmais seulement
qu'il estoit le figne de ce
qui devoit arriver, foit par le
Démon mesmecommeMiniftre
de la Justice Divine-, foie par
d'autres raisons,pour abuser les
Superstitieux, afin de les tromper,
comme il arriva en 1453..
que les Grecs perdirent leur
Empire pour s'estre trop confiez
en la vanité des Talismans,
nommément au Taureau d'airain
qui estoit dans une grande
Place, sur lequel l'Oracle avoir
prononcé que lors qu'un puiss
fant Ennemy feroit irruption
dans la Ville, les Bourgeois &
les Soldats se retirans'en cette
Place, feroient tourner le dos à
leurs Ennemis, & les mettroient
en déroute, dont tout le contraire
arriva. Dans leChapitre 7.
il combat les propresTalismans
de l'Apologiste, pour la composition
desquels il ordonne de
graver polir les maux de teste
la figuredu Bclier avec cellede
Mars, qui cftun Hommearme
avccla Lance, 6c deSaturne qui
eflunVieillard tenant uneFaux à
sa iii,iln,&c. Pour estre heureux
en marchandée & au jeu, celle
de Mercure) pour avoir la faveur
des Roys, celle du Soleil,
qui est un Royassis dans fou
Trônerainndesautres,arHrmant
que c'est une pure idolâtrie
d'avoir confiance en ces caracheres
; qu'ainsi ce n'est pas
sans dessein que l'Apologistea
avancé que les Dieux tutelaires
des. Nations estoient des Talifmans
innocens, puis que ceuxcy
ne font que des Simulachres
dont les Payens faisoient leurs
Dieux, & qu'il prévoyoit bien
que les fiens ne pourroient estre
receus,s'il ne mettoit les premiersen
crédit;que cette seule
raison suffit pour le convaincre
de superstition. Dans le huitième,
sans s'arrester à ceque
TApologiftea dittouchantsa
matiere duTalisman
,
il passe à
la seconde condition, qui est la
figure:furquoy il opposedeux:
moyens qui détruisent absolument
ce principe; & c'est icy
l'endroit que je vous ay cy-devant
marqué comme le plus foible
& le plus vain de l'Autheur
des Talifmansjuftifîez. Le premierde
ces moyens est, que les
Planetes n'ont point les figures"
que l'ApoIogifte grave sur ses
Images. Le fécond,que quand
fès Médailles fcroient gravées
des véritables reffenlblancesdes
Astres,ces figuresextérieures
ne pourroient donner aucune
vertu naturelle aux Talismans.
Pour le premier,la figure du
Soleil n'est point un Roy assis.
dans son Trône, ny Mercure
tenant en main un Caducée, &..
ainfidurefte, mais des Simula--
chres de faux Dieux. Là-dcffus
le Pere cite Arnobe & S. Augufiin;
puis pour prévenir ce
que IIApologifie pourroit dire
queles Philosophes de toute
ancienneté ont attribué ces figures
aux Planetes, comme ils
ont donné divers noms d'Animaux
au Zodiaque, il répond
que ces Philosophes estoient
Payens, &: que d'ailleurs la plûpart
n'ont pas crû que les Planetes
susTent fous la figure hu-
maine, mais bien qu'ils estoient
gouvernez par des Intelligences
ausquelles ils ont donné les
noms deJupiter,deVénus,£cc.
Que pour les figures du Zodiaque,
il est croyable, félon Picq
de la Mirandole) qu'elles ne font
que des métaphores pour exprimer
les diférenseffets que
eaufe le Soleil lors qu'il se rencontre
dans les parties du CieL
Par exemple, le Signe de l'Ecrevifle
tire Ton nom de ce que
ce bel Aftrey estant arrivé, recule
en arricre, comme fait cet
Animal. Le Lyon, à cause de
l'extrénle chaleur que produit
le Soleil quand il est en ce Signe.
Celuy du Taureau, parce qu'alorsla
terreest propre aulabourage.
La Balance tire Ion nom
de l'égalité des jours & des
nuits, & ainsi des autres. Mais
que quand ces corps supérieurs
auroient les véritables figures
qu'on leur assigne, cette reifeol..
blance ne seroit d'aucune importance
à la production des
effets que l'on attribuë aux Talismans,
& ne communiqueroit
point au Métal une vertu qu'il.
n'a point de sa nature; ce qu'il
prouve par ce raisonnement,
que tout agissant en ce monde
par les qualitez premieres ou
secondes, ou par sa substance,.
d'où viennent les proprietez occultes
&simpatiques, les figures
des Talismans ne peuvent agir
par aucun de ces moyens, estant
certain qu'elles n'agissent pas
par une chaleur, froideur, dureté,&
c. Que d'ailleursla figure
n'est qu'une certaine fcituation
& disposition des parties, & un
mode de la quantité qu'elle
configure, laquelle dépendant
de la matiere qui est purement
passive,estautant incapable d'action
comme la figure qui la
termine, &quand bien la figure
artinciclleduTalisman pourroit
agir artificiellement, elle ne
pourroit produire aucun effet
naturel, parce quece feroit au
dessus de sa puissànce, encore
moins agir sur la volonté, pour
l'induire àaimer ou haïr. Le
Pere employe le Chapitre 9. à
prouver que les Gamahez ou
figures naturelles, au lieu de servir
à la junification des Talis.
mans, prouvent au contraire
que
que leur vertu ne vient point des
influences astrales, ny de la simpatie,
ny de la figure. Ces Gamahez
font des figures naturelles
formées sans aucun artifice
humain, telle qu'estoitl'Agathe
du Roy Pyrrus qui représentoit
Apollon, & les NeufMuses,
une autre, felon Mayole, à Venife,
sur laquelle se voitl'Effigie
d'un Hommenaturellementformée;
àPise, selon Gaffarel, Pierre une où un Hermite est dépeint
parla feule industrie de la
Nature, representé dans un agreable Desert, assis pres d'un
Ruisseau, une Cloche à la main,
& tel qu'on represente S. Antoine;
enfin plusieurs autres Ga&
Gaffarel, dont le premier enseigne
au Traité 3. des Minéraux,
que ces Images font formées
par une abondance extraordinaire
d'influences astrales
qui font si puissantes, qu'elles
expriment naturellement les caracteres
des Animaux sur lesquels
elles dominent; d'où le
Pere tire grand avantage, &
conclud que cesGamahez ou
Images naturelles devroient estreenrichies
des vertus celestes
plus que toutes les figures semblables
faites par l'industrie des
Hommes; que cependant il ne setrouvepoint que ces Talismans
admirables ayent plus de
vertus que les Pierres de leur
espece, ny que cette plus grande
simpatie les éleve audessus des
qualitez de leur nature. Donc
à plus forte raison les Talismans
artificiels nepourront par l'influence
des Astres estre enrichis
des vertus surprenan tespour la
production des effets qu'on leur
attribue,& par conséquent qu'il
faut que cette puissance Talismanique
ne foit pas naturelle,
mais magique. Il prend encore
un plus grand avantagede l'opinion
de Gaffarel, qui adjoûte
à cetteabondance d'influences
astrales surlesTalismans, quesi
cesfigures naturelles qui représentent
des Serpens, des Scorpions,
&des Crapaux, trouvent
la nature du lieu propre, &disposée
à donner à laPierre ou à
la matiere sur laquelle elles font,
une qualité & nourriture convenable
à la Beste dont ellesportent
l'image, assurément ces figures
feront changées en vrais
Serpens,Crapaux, &. Scorpions
vivans; pour preuve dequoy le
mesme Gaffarel rapporte les
exemplesde deux Crapaux
trouvez vivans au milieu des
Rochers &des Marbres: d'où
le Pere conclud que les Gamahez
estant si avantageusement
favorisez des influences celestes,
qu'il s'enpuisse produire des
corps vivans, ce qu'aucun Magicien
n'a encore pû faire de
leufs caracteres, ces figures naturelles
devroient avoir incomparablement
plus de vertu; &
quen'ayantneantmoins aucune
qualité plus considérable que
les autres sujets de leur espece,
à plus forte raison, si les caraéteres
Talismaniquesont quelque
vertu au dessus des proprietez
de leur matiere, que cette
vertu ne vient point ny des influences
des Astres, ny de la
simpatie,ny delafigure, mais
de l'opération du Diable. Sur la
fin du mesme Chapitre, le Pere
combat les inductions que Gaffarel
tire de la figure dans les
exemples de la Pierre Heliorropius
qui arreste le sang, & le
Marbre appellé Orphites, qui
guérit les morsures des Serpens;
la premiere, qui semble estre
rachetée de quelques goûtes de
sang; & le second, qui a quelque
ressemblance des Serpens,que
le Pere assure ne provenir que
de la Nature, par uneffetdela
Providence Divine,pour donner
àconnoistre par ces signes
les proprietez occultes des Creatures;
& que cela est si veritable,
que quand ces Pierres seroient
réduites en poudre, elles
ne laisseroientpasd'avoir la
mesme vertu, quoy que non pas lamesmefigure.Il passeensuite
legerement sur les Talismans,
donc le pouvoir a cessé avec le
pacte, quiestoit limité àun certain
temps,&dont si les effets
estoient naturels, ils feroient
continuez, tant que la matiere &
la figure feroient enétat,d'où
il infere que cette matiere &
cettefigure n'ayant reçeu aucune
altération, les esprits qui
présidoientà ce Simulachre, se
sont retirez au bout d'un certain
temps limité par le pacte, comme
le Talisman de plomb fondu
par un Caliphe d'Egypte, qui
chassoit autrefois les Crocodiles,
& qui n'a plus ce pouvoir.
Il dit enfin un mot des Talismans,
qui produisent souvent
des effets contraires à leurs figures
& aux vertus prétendues
simboliques, comme celuy qui
se voit en Arabie, qui est la figure
d'un Scorpion, lequel fait
mourir tous les Scorpions &
quelques autres semblables qu'il
rapporte; à quoy je croy qu'il
y auroit quelque chose à repliquer.
Le Chapitre 10. sur la
vanité de l'observation duPlanete,
ne contient qu'un simple
renvoy au 5. Livre de la Citéde
Dieu, 6e à deux autres endroits
des Ouvrages de S. Augustin,
& le Pere adjoûte, que quand
bien cesobservations astrales ne
seroient point mauvaises prises
en general, neantmoins celles
des Planetes pour faire desTalismans,
font condamnées par
la Faculté de Paris. Dans le
ChapitreII. il passesoussilence
la cinquième condition, prétendant
qu'elle est suffisamment
détruite par la précedente, 8c.
s'arreste à la derniere, qui est
cette recollectiond'esprit de
l'Ouvrier, qu'il combat&détruit
par la fausseté cydessus,
prouvée de la ressemblance des
figures des Astres imprimées sur
lesTalismans, à la veritable fi-
<?:re de ces mesmes Astres. Il
dét ruit aussi l'induction que l'Apologiftetire
dela comparaison
de
la
Femme grosse, qui imprime
les images des objets sur
le corps de son fruit. Le raisonnement
dont le Pere se sert en
cet endroit, seroit trop long à
rapporter entierement. Il suffit
de dire qu'il prouve que la Femme
engendre son semblable, &
que le Sculpteur en cet ouvrage
de ses mains, ne fait pas une generation
, puis qu'il faut que la
generation vienne d'une cause
univoque, que le terme produit
soit vivant, qu'il soit semblable
à son principe; ce qui n'est pas
entre la Beste gravée &leSculpteur;
que d'ailleurs l'Enfant
danslamatrice est une partie
d- :a M-ere, & un mesme corps
av.c CWIIJ quiluydonnelavie;
& quoy qu'après l'infusion de
l'ame, les Personnes soient diférentes,
toutefois les principes
de la nourriture, le fang, & les
humeurs qui entretiennent la
vie animale, procedent d'une
mesmesource, qui est.le corps
de la Mere,c'est pourquoyson
imagination a plus de facilité
d'imprimer les especes sur le
corps de son Enfant, que sur le
sien propre, pour deux raisons.
La premiere,parce que les membres
de l'Enfant à naistre, font
à peu pres comme de la cire
mole, &: ceux de la Mere presque
solides &: durs comme de
l'acier en comparaison. La seconde
raison, parce qu'il se fait
une plus grande abondance
d'humeurs & d'esprits sur l'Enfant
dans la matrice, que sur les
autres parties de la Mere, dont
il rend la raison, & conclud que
c'est donc par un principe naturel
de génération que la Femme
imprime les images de sa
fantaisie sur le corps de son Enfant,
ce qui ne se peut feulement
penser de la confection desTalismans.
Le Chapitre12.contient
la réfutation desAutheurs
citez par l'Apologiste. Le Pere
prétend prouver par S.Augustin
& par Picq de la Mirandole,
queTrismegiste, le plus Homme
de bien de tous ces Autheurs,
estoit neantmoins un insigne
Magicien. Il soûtient en
fuite,
que le Livre des Sceaux des Pierreries
n'est point de Salomon;
&que quand il en feroit, l'on
sçaitassez qu'il avoit perdu tei:
prit de Dieu par l'idolâtrie, &
que Josephe au 8. Livre des Antiquitez
Judaïques,,déclare nettement
que Salomon estoit adonné
à la Magie & aux Sciences
qui sontinspirées parle Déiiion
- Le Pere fortifie ce témoignage
deJosephe par ceux de
S. Gregoire le Grand, & du
docte Albert. Ildit que pour
ce dernier,il n'y a point d'apparence
qu'ayant condamné les
caracteres de Salomon, il approuve
ceux de l'Apologiste,
& qu'en effetil n'a jamais avoüé
que les Dieux tutelaires des
Payens, les Boucliers Romains,
les Sratuës fatales du Palladium
deTroye, fussent desTalismans
innoçens. Il demeure d'accord
que ce grandHomme dans l'examen
des Livresde ceux qui
ontécrit des Caractères & des
Figures astrales, en réfute plusieurs,
& en louë quelqu'un,
mais avec cette restriction, que
si ce- Livre contient des conditions
superstitieuses inconnuës,
Ildoit estre rejetté; tellement
qu'il a parlé de cette matiere
tres-sobrement,&que cependantil
ne laisse pasd'estreblâmé
par Gerson,d'avoir trop incliné
à la superstition en traitant des
Caracteres,& qu'il estdesavoüé
de tous les Théologiens en ce
point. Le Chapitre 13. eu: de
résolutions surleseffets desTalismans,
où aprèsl'objection que
ces effets font réels & non fantastiques
lePere répond, que
considérez en leurs matieres&
en leurs figures, ils n'ont aucun
effet au dessus de leur nature,
c'est à dire qu'un Talisman de
cuivre n'a point d'autres proprietez
que le cuivremesmes;
maisparcequ'ils font les lignes
d'unpacte avec le Démon
; que
de ces effets merveilleux opérez
par le Démon en veuë de ces
Simulacres, est venuë l'idolâtrie
& la défense que Dieu a faite
de faire des caractères ny aucune
représentation des choses
du Ciel; ce qui estant posé, la
résolution pour les effets des
Talismans, consiste à sçavoir
ce que peut le Démon, & comment
il produit les choses extraordinaires
en conséquence du
pade fait avec le Magicien;en
suite dequoy il traite cetteQuestion
par la science naturelle qui
est demeurée auDémon apres
sa chute,au moyen delaquelle
il a connoissance de toutes les
vertus favorables, & de toutes
les qualitez nuisibles des choses
naturelles; n'ignore point ce
qui peut émouvoir les passions,
èc incliner les affections, & appliquant
les ectifs aux passifs,
peut mettre en effet tout ce qui
est faisable par les Loix de la
Nature. Le 14. Chapitre est
des figures faintes & profanes
des anciensHébreux, & de celles
qui sont encore aujourd'huy
dans le Christianisme. Il commence
ce Chapitre parlasuspicion
que l'on doit avoir de
Tahel, Ragahel, & Tetel, Autheurs
qui ne font point avoüez
de ceux de leur Nation, & qu'ils
n'ayent esté de ceux dont parle
Elias Levita,qui faisoient des
caractères abominables, en tuãt
un Homme le premier nay de
sa Famille ; & que quand mesmes
ils auroient fait leurs figures
Talismaniques d'une maniere
moins noire & exécrable, elle
ne seroit pas pour cela moins
superstitieuse. Il adjoûte, que
parmy les Israëlites il y avoir des
Figures qui avoient des pouvoirs
merveilleux; mais qu'elles estoient
de deux façons, des divines
inspirées de Dieu, & des
magiques composées par l'inftinct
du Démon ; des Téraphins
divins & de diaboliques. Parmy
les premiers, il met ceux de la
privation desquels Osée menace
les Israëlites, & le Serpent d'airain
dressé par Moïse dans le
Desert; réfute l'objection des
Libertins, qui veulent que ce
ne fust qu'unTalisman naturel,
par la raison qu'il estoit directement
opposé aux regles des Talismans.
Parmy les Téraphins
mauvais, il met les Idoles que
Michasfitfondre, que Philon
Juif dit avoir esté trois Statuës -
dejeunes Garçons, trois de jeunesVeaux,
avec les figures d'un
Lion, d'un Aigle, d'un Dragon,
&d'une Colombe; que la Colombe
découvroit la fidélité ou
infidélité des Femmes; les Statuës
des Garçons avertissoient
les Parens dubien ou dumal
quefaisoient les Enfans,&c. Les
SimulacresdeLaban&le Veau
d'or que le Grand PrestreAaron
fit fondre à l'instance des Israëlites,
& le Simulachre queJeroboam
fit forger en Samarie, font
- aussimis par le Pere au nombre
des mauvais Téraphins. Il parle
en suite de plusieurs Images qui
font encore aujourd'huy en venération
aux Chrestiens,&qui
font miraculeuses, comme celle
qui se voit à Rome sur le Mouchoir
de Sainte Véronique; un
Portrait de N.Seigneur envoyé
par luy-même auRoyAbagarus,
selon de graves Autheurs citez
par Baronius; un Crucifix fait
par Nicodeme,approuvé par le
septiémeSynode,l'Imagede
N. Dame de Liesse; à quoy il
adjoûte les caractères& les expressions
de l'Image de J. Christ
en l'ame des Fidelles, qui font
quelquefois si vives, qu'elles rejallissent
au dehors & sur les
corps; par exemple, les Stigmates
en S.François &en Sainte
Catherine de Sienne; & les figures
de la Croix & autres Instrumens
de la Passion, au coeur
de Sainte Catherine de Montefalco.
Enfin repétant les belles'
paroles de l'Apologiste touchant
les deux divins Talismans,
la Croix & le Nom deJesus dont
ille louë, il s'en sert pour prouver
d'autant plus que les Talismans
des Magiciens font inutiles
; & apres quelques beaux
traits tirez des Peres enrapporte
deux pris de l'Histoire
Ecclesiastique, l'undeThéophileEvesqued'Alexandrie,
qui
muny du Signe de la Croi &
par l'invocation duNom dejesus,
chassaunEsprit malin renfermé
dans une StatuëTalismanique
,&l'autre,deS.Procope,
qui en renversa trente par les
mesmes armes. Le surplus du
Livre, & la conclusion de l'Autheur,
ne fournissent pas de matiere
à cet Extrait, que je voudrois
avoir pû faire plus court.
i"
Voicyce quej'ay reçeu d'Explications
sur les Enigmes proposées
dans le Mercure de Mars. Vota
vous souviendrez, s'ilvousplaist,
qu'elles avoientestéfaitessurl'Ecriturc
& la Pluye.
A MADAME
LA DAUPHINE
SONNET.
L I. A Plume, le Papier, le Tinccau,
l'Ecriture,
Nepourrontjamaispeindre à la Tofterité
Laprudence,l'ejfrrit, les graces, U
beauté,
7)ont"'ON4 sçeut en naissantpartager
la Nature.
Pourenveniràbout, ma Muse à la
torture, -
Apres avoir longtemps vainement
médité,
Vient s'accuser icy desatemérité,
D'avoirosétenter d'enfaire lapeift*
turc.
L'Histoire qui travailleà ne point
oublier
Ce que devous par tout elleentend
publier,
A peine ébaucher* ce Portraitmagnifique.
DELACOVLDRE,deCaën.
I IL n'estpoint de dangers que mon
amour n'essuye,
Pourconvaincre Philis de mafidelité.
En touslieux, en tout temps,Automne,
Hyver,Eté,
Pour elle avecplaisir je mexposeà
la Pluye.
Les Reclus deS.Leu d'Amiens.
p 111. Ourquoy tQlM ces Espritssublimes
S'épuiserpour chercher desrimes?
Pourquoy l'Orateur déclamer?
Pourquoy, dit-je, vouloir charmer
Les Auditeurs de leurs beauxstyles?
Leurs travaux au Public devidroient
inutiles;
Etleursingénieuxefforts
Demeurantsansforme &sanscorps,
Seroient de peu deprix à la7(acefuture,
Sans lesecoursde l'Ecriture.
HVGODE GOVRNAY.
D IV. Es qu'une Enigme,Iris,paroist
devantvosyeux,
Vostreesprit aussitost enconnoist la
nature, Et je ne doute pas que du dernier
Mercure
Vous n'ayez devinéles MIIN.
Pourmoyjevous diray,sansqueje m,-.
consume
Achercher avec soin leursens mistérieux,
tgjfon voit l'unetomber des Cieux,
Quand l'autre estau bout de ma
plume.
Maisdepeur que l'expression
Nevousparoissetropobscure,
Des Enigmes en question,
L 'une estla Pluye, &l'autre l'Ecriture.
DE GRAMMONT, de Richelieu.
V. sVrl'EnigmeduMoisjenesçaurois
manquer;
Etsil'on veut me lepermettre,
Je Yd-y surle champl'expliquer,
Car on la trouveà chaque lettre.
LE CLERC DE BVSSY.
VI.
DAns ceMois où Dame Nature
Prend unenouvellefigure,
Ce n'estpasPhébusseulquiluy rend
ses attraits,
La Pluye apart à ce mystere;
Etsile Cielparlà n'humectoit nos
guérets,
Dame Nature auroitgrandpeine à
plaire.
LE P. LA TOVRNELLE.
D VII. Aphnédontvous estes charmée,
El',"its-'YONd,si,.t nr¡;",ée,
Et nefait rien qu'éternuer.
Ie jureparsabellebouche,
Quesonmalfortement me tOltCb.
Dites-luy, s'ilvousplaist, sans rien
diminuer,
chaquefoisqu'elleéternuë,
lefaispour elleautantdevoeux
.qtjeformeroient de mots d'Ecriture
menuë
En deuxmilleanscinq Boeufs diligens
(Y nerveux,
Avec leSocd'uneCharruë.
VIGNIER,de Richelieu.
VIII. LE beau tempsplaist toûjours,
On aime les btaux jours;
Et les Ti.ergr,,s»Cg, les Bergeres
Dans leurs propresajustemens,
Font leurs delices les Plmf cheres
De mer/-*çer ces doux momens:
Ji'ais voicy ce qui les ennuye,
Et cjtii leur semble rigoureux;
C'estquandleurs desseins amoureux
Sontdéconcerte^par la Pluye.
HVGO deGovrnay.
IX. AGreable & charmant Mercure,
Faites,sivous pON"'e'{,It'dllr.
De vosdeux Enigmesdu Mois.
Comme j'en écriyok les Vers au coin
d'unBois,
Par une subite avanture,
La Pluye en asur l'heure effacél'Ecriture.
Les Reclus de S.Leu d'Amiens.
J X.
E ltliffi auxEcrivainsfameux
Ajugersainementde l'Enigme nO/lvelle,
Etjecroyquel'Autheurdoit tout
esperer d'eux,
Car l'Ecriture en est tres belle.
FREDINIE,de Pontoise.
XI.
DAphuisdisoitàsa
TAiiw,
Ma Chere, tirons-nous, ilesttemps que
l'on fuye,
Nonpasqu'avecvous il m'ennuye,
Maispourvousconservervosvestemens
jolis.
le les trouvesi beaux,sibienfaits,
sipolis,
Que je crains que le Cielplus noir que
delasuye,
Et cette Enigme que je lis,
Ne nous donnent enfin une soudaine
Pluye.
RAVLT, de Roüen.
XII. pOnt vouspeindre au naturel
Ce que d'un Hyver cruel
Asouffertde nos Champs la brillante
parure, Ilfaut avoirrecours, Iris, à l'Ecriture,
Car la riante verdure
Ne laijje rien voir de tel.
LEP.LATOVRNELLE
XIII. Dutemps queJupiter transformoit
fdfere,
Pourjoüir en secretde Jè-s tendres
amours,
S'il se fusst aviséd'inventer l'Ecriture,
Elle eut estésouventpourluy d'ungrnd
secours.
Ali lieu dese servir deson pouvoir
supréme,
Une Lettre adressée aux LieUes'lu'il
aimoit,
Leur eut appris l'ardeur extrême
Dufeu divin qui l'enflâmoit.
Mercure auroit esté le Messager fidelle
gui leur eutpûportercette aimable
nouyesse,
Etsans employer l'or, Ddndt, dans
saTour
Ëuftjçeu de Jupiter la violente amour,
guetteeusire'compenfépeut-estre
Par undoux tendre retour.
L'apparence enestfortequi convoit
laCour,
S'apperçoitassezchasse jour
Parmillerendez-vousquefaitprtndreune
Lettre,
Qu'onénetra laPluye, unBillety
pénètre.
LA LORRAINE, qui n'e-st
plus Espagnolete.
XIV.
QVe cette Enigme, Iris, a de Cbltrmespourmoy!
Sivousvoulezsçavoirpourquoy,
Ecoutezce que je vay dire.
Lors quej'ay le bonheur de vous "foir en
ces lieux,
Messoûpirs, malangue,~mesyeux,
Vouspmeigneantdtetmfonrcoeturil'agreable
Maisdésquelabeautédes Champs
Vousattire tous les Printemps,
Et queparune Loy trop dure
lé me voisobligé derester à Càj]if,
Que deyiendrofs-je,btïïe ïriit
Sans le secours de l'Ecriture?
DALMAS, Conseiller du Roy,
à Cassis en Provence.
U XIV. JV Amantqui posté la nuit err
sentinelle,
EfîmoiiiHéd'importance, attendant
qu'onl'appelle
Pour voir le cher Objetqui le tientsous
sis Loix,
Pfil,. luy-mesme comprendl'Enigme de
ce MON;
Car dés lemoment qu'ils'essue,
Ilpeut crierà haute voix,
JToila le triste état où maréduit la
Pluye.
Les Nouveaux Académiciens
de Beauvais.
p XVI. Hilis,pour destinerl'Enigme du
Mercure, Ilnefautpas tant defaçon.
Faites-enseulement unesimplelecture,
Arrestez-tousà l'Ecriture, ,
Etsans chercherplus loin, vousen aYeç
le nom.
Les mesmes.
SUR LESQUESTIONS
du dernier Extraordinaire.
I. QUESTION. LEs deux Amans que vous
proposez, Monsieur, fembont
également malheureux,
puis que tous deux perdent Tempérance,
qui estlanouriturede
l'amour. Neantmoins celuy qui
voit tous les jours sa Maîtresse
dont il est hay, me paroist le
plus à plaindre, parce que la
froideur continuelle qu'elle a
pour luy redouble à tous momens
son suplice, au lieu que
l'autre est quelquefois soulagé
dans ses peines par la douceur
de sçavoir qu'il possede le coeur
de sa Belle. Si la distance des
lieux ne luy permet pas d'en
espérer un bien plus solide, comme
il peut s'entretenir avec elle
par les effets secrets de la sympathie,
&: que l'effort de rllnagination
la luy rend par tout
presente, il ne doit se plaindre
que de la rigueur de la Destinée
qui les sépare, quand l'amour
lesaunis,maisceluy quicft ha y,
est blessé à tous momens par la
présence de la Personne, semblable
à cet infortuné de la Fable
, dont la fois est irritée par
les eaux qui font auprès deluy,
sans qu'il en puisse estre soulagé.
Les maux présens font toujours
les plus sensibles, & l'on peut
plus aisément éloigner ceux qui
neseprésententque dans nostre
idée.
II. QUESTION.
J"AY appris par une longue expérience,
que l'on peut aimer
sans estre aimé, &que l'amour
consiste plus dans nostre imagination
que dans le concours
des volontez. Ainsije ne doute
point qu'on n'aime souventavec.
une très-forte passion, quoy
qu'on ne puisse réussir à se faire
aimer. La raison est, que nos
amitiez estant imparfaites, n'ont
presque jamais pour objet que
l'amour propre, & que quand
nous prenons de l'attachement
pour quelque Belle, c'est moins
dans la veuë de rendre justiceà
ion mérite, que dans le dessein
de nous satisfaire. En effet, nous
aimons qnelquefois avec passion
des choses inanimées, qui font
incapables de répondre à nos
desirs, êc il semble que ce foit
assez pour aimer une chose que
nous desirons, de la posseder
sans qu'il soit besoin qu'elle
nous possedeelle-même. Neant-,
moins si. l'on considere l'amour
de la mesme maniere que les Philofophes,
qui disent qu'il est une
alienation êc un transport dans
l'Objet qu'on aime, ilfautqu'il
se raHe un retour du mesme
coeur qui est aimé dans celuy
qui s'est uny à luy. Les chaînes
qui attachent les Amans, les doivent
lier aussi étroitement l'un
quel'autre;&ellesseraient imparfaites,
si les noeuds n'en eftoient
pas égaux.
III. QUESTION. L'On a toûjours proposé
l'absence comme un remede
souverain pour diminuer
insensiblement un amour qui a
étably son empire dans un coe rneantmoins
cette maxime n'est
pas infaillible, & l'on reconnoi st
quelquefois que l'éloignement
efface les defauts qui nous rebutoient
lorsqu'ils estoient présens
à nos yeux. Noussoûpirons
souvent pour un bien que nous
ne pouvons posseder qu'avec de
tres-grandes peines; au lieu que
nous négligeons un Objet qui
est proche de nous,& dont la
conqueste nous est facile. Combien
s'en trouve-t-ilqui méprifent
lesmerveilles qui font dans
leur Pais, pour en chercher de
moins estimables dans des Climats
étrangers? Il en est de mesme
de ceux qui se distinguent
par leurs belles actions, ou par
leurs ouvrages.Jamais on ne
leur accorde chez eux la justice
qu'onleur rend ailleurs,&au lieu
de les admirer, l'on combat toûjours
leur réputation par ce qui
est en eux de plus foible. Disons
donc que l'absence d'une Maîtresse,
d'une Femme,ou de toute
autre Personne avec qui nous
avons eu quelque correspondance
d'amitié, nous la fait desirer
davantage. La mort mesme
qui est une absence eternelle,
nous inspire une nouvelle estime
pour ceux dont pendant leur vie
nous avions à peine examine le
mérite.
IV. QUESTION. cEux qui font attachez aux
plaisirs corporels,mettront
leur principalesatisfaction dans
le toucher,legoust, ou l'odoratmais
ceux qui considerent les
sens extérieurs par raport à l'ame,
estimeront davantage la
veuë & l'oüye. Ces deux facultez
font si excellentes, que nous
n'en pouvons rien dire qui réponde
à la dignité du sujet. Elles
font les fenenstres de l'ame, & ce
n'est que par leur moyen que les
Sciences luy font comuniquées,
&qu'elle peut se former les idées
de toutes seschoses spirituelles
& corporelles. La vie de l'Homme
n'est qu'une langueur &une
misere continuelle, quand il est
privé de l'un ou de l'autre de ces
organes., qui contribuënt d'un
commun accord à sa satisfacMon
: de telle maniere qu'il a
de la peine à reconnoistre lequel
des deux a l'avantage dans le
combat qu'ils ont pour se rendre
utiles & agreables à son esprit.
Neantmoins la plupart
donnent le prix à l'oeil, à cause
de sa grande vivacité, de la structuremerveilleusedeses
parties,
& de la matiere subtile dont elles
font composées; Sa figure
represente celle du Soleil ou des
Astres, qui font les yeux de la
nuit. Ilsemblemesme que tout
l'espritde l'Homme estdans ses
yeux, ou du moins ce font des
Miroirs qui font connoistre ses
vertus &les vices. C'est par leur
moyen que l'ame conçoit tous
les objets, & que l'amour qui
domine sur tout le monde, s'insinuë
jusques dans le fond des
coeurs. L'expérience nous apprend
aussi tous les jours que les
choses que l'on aveuës font plus
d'impression dans l'esprit que
celles qui passent par les oreilles
; &: s'il est plus fâcheux d'entendre
que de voir une chose
qui nous déplaift, il est aussi plus
doux de voir une chose agreable,
que d'en entendre le recit,
parce que les yeux de l'esprit se
portent plus volontiers aux objets
de la veuë,qu'à ceux de
l'oiiye, qui ne sont qu'un Ton
qui se dissipe dans l'air. C'est
pour ce sujet que les Juges ont
plus d'égard à un seul Témoin
qui parle suivant la foy de ses
yeux, qu'à dix autres qui né font.
fondez que sur celle de leurs
oreilles, ou sur le raport d'autruy.
Toutefois il me semble,
nonobstant tous ces avant ges
delaveuë, quel'oüye en a d'autres
qui emportent la Balance.
Silaveuë est quelquefois l'interprete
des coeurs par les signes
que l'amour fait comprendre
aux seuls Amans, on peut dire
que l'oüye est le langage ordinaire
des esprits, par le moyen
duquel ils s'instruisent les uns
les autres dans les Sciences les
plus-relevées. Cette seule faculté
est capablederecevoir les
divines revélations; autrement
la Foy est sans mérite, lors quelle
veut appeller à son secours
les yeux de l'esprit ou du corps.
Adjoûtons que nous ne sommes
pas moins charmez parles oreilles
dans les Concerts de Muuque,
&lors que nous entendons
de beaux discours, queparles
plus beaux objets qui se présentent
à nos yeux. Dans les spéctacles
agreables, les oreilles ont
la principale occupation; &l'action
de l'Orateur que nous
voyons, ne sçauroit nous émouvoir,
lors que l'éloignement nous
empesche de l'entendre. Nous
remarquons aussi que la veuë des
plus rares beautez est imparfaite,
& que nous en devons suspendre
nostrejugelent,jusqu'à
ce que nous les ayons entenduës,
parce qu'elles ne font
quelquefois que des Statuësinanimées;
&au contraire,nesommes-
nous pas enlevez sans resistance,
quand nous entendons
chater agreablement celle dont
la veuë n'avoir causé qu'une legere
atteinte dans nostre coeur?
BOICERVOISE, de Beauvais
DE LA SYMPATHIE,
(& de l'Antipathie des
corps.-
QUoy qu'il n'y ait rien de
plus commun chez les
Autheurs que les noms d1e s-ympathie,
& d'Antipathie; cependant
il n'y a rien, dont la cause
nous soit moins connuë. La définition
qu'on nous en donne,
n'explique ny leur nature,ny
leurs effets. On dit que la Sympathie
est une convenance mutuelle
, que certains Corps ont
les uns avec les autres, & l'Antipathie
une contrariété reciproque
de ces mesmes Corps; mais
on ne dit point ce que c'estque
cette convenance, &cette contrarieté,
ny commentelles produssent
les effets qu'on leurattribuë.
C'est donc en vain qu'on
nous apporte pour raison de la
Sympathie & de l'Antipathie,
ce raport, & cette contrarieté
prétenduë. Il faudroit qu'on
nous en donnast une idée claire,
& distincte, & qu'on nous apprist
de quellefaçon l'un &: l'autre
agit. Mais comme la Philosophie
de l'Ecole n'a rien qui
puisse nous éclaircir sur cette
matiere, consultons quelques
sçavans Hommes de ce siecle, &
méditons sérieusement avec eux
sur les diférens effets de la Sympathie,
& de l'Antipathie, dans
les sujets où elles se trouvent.
Un des effets les plus furprenans
de la Sympathie, & de
l'Antipathie, est qu'en voyant
deux Personnes inconnuës, on
ressente aussitot pour elles des,
passions diférentes, de L'amour
pour l'une,&de l'aversion pour
l'autre.Ilseroit difficile de rendre,
raison de ces divers sentimens,
si l'on ne s'attachoit particuliement
à connoistre la maniere,
dont les objets agissent sur les
organes de la veuë, & des autres
sens, comment cette action passe
au cerveau, & de là au coeur,
& de quelle façon l'impression
queles objets font sur le coeur,
se communique à l'ame.
Il n'y a point de Corps,dont il
ne sorte continuellement une
quantité de petites parties infenfibles,
leqquelles se trouvant emportées
vers la rétine, la frapentd'une
certaine manière, 8c
impriment un certain mouvement
aux esprits qui y font contenus.
Cette agitation se continuëjusqu'au
cerveau,& donne à
l'ame une idée de l'objet. L'ame
pousse en mesme temps les esprits
vers le coeur,&y fait une.
telle ou telle impression, suivant
que l'idée est agreable,ou fâcheufe.
Cette impression retournant
ensuite vers l'ame, cause
des sentimens d'amour ou d'aversion.
,
S'il arrive donc que les partiricules
insensibles,ou les esprits
qui découlent des yeux, de la
bouche, du visage, & des autres
parties du corps d'une Personne,
remuent doucement la rétine,
le mouvement secommunique
aussitost au cerveau, & représente
à l'ame une idée agreable
de l'objet; l'ame détermine en
mesme temps les esprits à couler
en abondance vers le coeur, & à
y faire une impression,qui retournant
vers elle, inspire del'amour.
S'il setrouve au contraire que
ces particules agitent rudement
larétine, l'idéequel'amereçoit
de l'objet, est desagreable; &
les esprits, qu'elle pousse dans
ce moment vers le coeur, y font
une impression fâcheuse, qui se
communiquant ensuite à elle,
fait que l'on a de l'aversion pour
cette Personne.
<
Commeles organes de la veuë
ne
ne font pas disposez de la mesme
maniere dans toutes fortes de
Personnes, l'impression que les
objets font dessus est diférente.
C'est ce qui faitqu'une mesme
Personneest agreable à quelques
- uns, & insuportable aux
autres. Quand les esprits qui
partent de ses yeux, & de son
visage, font mûs&figurez d'une
maniere à remüer doucement
les nerfs optiques,ilsfont naistre
de l'amour pour elle, mais ils
causent de l'aversion lors que
leur figure & leur mouvement
n'ont aucun raport avec la structure
de ces nerfs.
S'il se rencontre quelquefois
une mesme disposition d'organes
dans deux Personnes, & que
les esprits qui émanent de toutes
deux, frapent les nerfsoptiques
d'une maniere conforme àleur
structure, elles conçoivent de
l'amour l'une pour l'autre,lequel
ne cesse,que lors que la
dispostion des organeschange,
ou quelesesprits quidécoulent
deleurs corps nesontplus mus
ny figurez, comme ilsestoient
auparavant. Elles ont aussi de
l'aversion une pour l'autre,
quand la structure des nerfs est
diférente, &quelesesprits qui
sortent de leurs yeux, &c. font
d'une nature contraire à la disposition
des organes.
On pourroit expliquer à peu
prèsdelamesmesortela Sympathie,&
l'Antipathie, qui se trouvedans
les Animaux, en attribuant
à l'âme sensitive les me
mes fonctions,qu'à laraisonnable
danslesHommes. b
Nousne remarquons pas
moinsd'effetsdelaSympathie
&del'AntipathiedanslesPlantes,
que dans les Animaux. On a
de tout temps admirel'amitié
des Palmes,& l'inimitié de la
OVignne&duChou. dit que les Palmesfemelles
ont tant d'amour pour les
mâles, qu'elles sontlanguissantes&
steriles, quand elles en font
éloignéés,& ne poussent des
fleurs & des fruitsque lors qu'on
les en approche. Elles se lient,
.& s'entrelassent pour lors si fortement
les unes dans les autres,
qu'ondiroit qu'elles s'embras-
»ieroienr,de la maniere du monde
la plus tendre. Cet effet est d'autant
plus surprenant,que les Palmes
femelles deviennent fécondes
presqu'en mesme temps,
qu'elles font approchées des
mâles; mais elles perdent bientost
leurs fleurs, leurs fruits,
quand on les en éloigne.
Quoy que cet effet surprenne
beaucoup, & qu'il paroisse
mesme difficile à expliquer, cependant
il estaisédeconnoistre
comment il se fait. Quelques
Naturelistes ontobservé que les
Palmesfemelles avoient peu de
suc,&que les mâlesen ontune
grande quantité, parce que leurs
pores font plus ouverts, & en
plus grand nombre, que ceux
des femelles, & qu'ils tirent
par conséquent davantage de
suc & de nourriture de la terre
Ainsi il ne faut pas s'etonner si
les Palmes femelles, qui font
toûjourslanguissantes&steriles,
quand elles font éloignées des
mâles, deviennent florissantes
& fécondes, lors qu'on lesenap,. proche, parce qu'elles en tirent
du suc en abondance, car les
mâles en ont tant,qu'il en émane
continuellement une infinité
de particules, lesquelles rencontrant
dans les femelles des poresde
leur mesme figure, yentrent
enmesme-temps, & les rendent
fécondes; mais leurs fleurs se
fanent, & leurs fruits tombent
bien-tost,quand on les écartes
des mâles, parce qu'elles n'en
tirent plus de suc &: de nourriture,
&qu'elles n'en ont point
assez d'elles-mesmes pour les entretenir.
Pour ce qui estdel'inimitiéque
l'on remarque entre la Vigne,&
leChou, c'est un pur effet de la
diversitédeleurs pores,& de la.
figuredifférentedescorpuscules
qui en sortent; carles atomes
qui partentdu Ghou,estantfigurez
d'uneautre façon que
ceux qui font dansla Vigne, ne
sçauroient s'infirmer dans les
pores de cette Plante sans en
changer la disposïtion;de sorte
quelesucde laterre, quisecribloitau
travers, ne paireplussi
pur ny. si conformeàlanature de
tl., Plantequ'ilpassoit auparavant,
ce qui fait qu'elle se fléatript,
&rseesde.ssechepeude temps * ;, LesAnimaux3e les Plantes,
îié&nr pas feules à ressentirles
etf$i.Jie:jla..Sympathie ôç de
l'Antipathie;les Pierres, & les
Métauxn'ysont pas moinssujets.
Nousvoyons que l'Aiman
attire le Fer
, & que le
Theamedes lerepousse; que le
Vif-argent s'amalgame avec
l'Or, &ne peuts'uniravec 1$
Cuivre.
Quoy qu'il foit difficile d'expliquerla
maniere dont l'Aiman
attire le Fer, il est certain neanmoins
que cette attraction ne se
fait que parce que leurs pores
fontdisposezàpeu pres d'une
mesme façon, & que les corpuscules
qui découlent de l'Aiman,
quoy qu'ils soient plus
petits que ceux du Fer,font
pourtantfigurez de la mesme
sorte,, L'on tire souventaussi du
Fer des Mines d'Aiman,& l'on
faitaisément de l'Acier de cette
Pierre. Toutesfois on pourroit
croire que les atomes qui partent
de l'Aiman, rencontrant
dans le Fer des pores de leur
mesme figure,y entrent aussitost,
& agitent si violemment ceux
de ce métal, qu'ils les poussent
dehors avec force, & que ces
atomes, qui sortent en abondanceduFer&
se meuvent vers
l'Aiman, l'entraînent avec eux,
& l'approchent de cette Pierre.
Si 1leTheamedes repoussele
Fer, c'est que ladisposition de
leurs pores estdiférente, &que
les particules qui émanent sans
celle du Theamedes,sont d'une
figure opposée à la structure des
pores du Fer; car ces petits
corps trouvant de la résistance
dans les pores du Fer, & ne pouvant
y entrer quelque violence
qu'ils fassent, ces petits corps,
dis-je,le repoussent &l'écartent.
Il arrive de mesme que le Vifargents'unit
avec l'Or, parce
qu'ilytrouve des pores conformes
à la figure de ses parties;
mais il ne peut s'unir avec le
Cuivre, parce que les pores ne
sontpas disposez d'une maniere
à recevoir les parties de ce Mineral.
Il seroit inutile de raporterdavantage
d'exemples de la
Sympathie,&de l'Antipathie..
Il est aisé par ce que je viens de
dire de connoistre leur nature,&
d'explique r leurs effets.LaSympathie
n'est donc autre chose
qu'une certaine proportion ou
conformité, qui se trouve dans
la structuredes parties,dans
lafigure des atomes quisortent
de deuxcorps. L'Antipathieau
contraire est une disproportion
de la structuredeleurs parties,&
une disposition diférente des
corpusculesqui endécoulent.
LE PHILOSOPHE INCONNU,
deCoutances.
L'EPERVIER
ET LE ROSSIGNOL.
FABLE.
DAns l'épaisseur d'unBocage, r" Eperviergenéreux,
D'un Rossignol amoureux,
Ecoutoit le doux ramage,
Lors qu'on Oyseau depassage
Vint l'enleveràsesyeux.
A cet objet odieux,
L' Epervier tout furieux
Vole, Cg-fondcommeunorage,
Surl'Oyseaufier cg>,f,dde,
Etdelivre desa rage
Le T^ofpgnot malheureux*
Vous m'avez fauvé la vie,
Cette grace est infinie,
f.uy dit cepetitflateur;
Mais, mon cher Libérateur,
j'ay de la reconnoissance,
Et par mon obeïssance,
Vousjugerezdemon coeur.
J'ay pitié de la langueur
De l'Innocent misérable,
Luy répondit VEpevyier3
Et i~.ne.zp~uis l'oublier
Dans le malheur qui l'accable;
Maisaulieu de secourir
Un Ingratlâche&coupable,
Je pourrois luyvoirsouffrir.
Le malle plus effroyable,
Et m'en faire un doux plaisir,
Saperte m'est agreable.
Apres ces mots, ilse tut.
CertainOyseleurparut,
Qui deglüetspour les prendre
Couvrit le bordd'un TfjtiJifau^.
Etpuis derriere un Ormeau
Aussitostils'aÏÏÀ rendre.
Vnpauvre petit j^/fcineoeu*
.z.r.:pouvantplussedéfendre
D'aller boire de cette eau,
Futpris,fep? entendre
Tarde: cris forts zjy pe.'ç.îns,
L' Eptryier à ces accent
S' agite, V 0le, & s' tt)"¡-;¡:ce
Jrenle !ie;::e¿':l.:g:f'H.,
Dans la ¡:dI' impatience
1?ej1t<>\*erunAltlheureux.
Mais il sesent pris luy mesme,
Etdans sadouleur extréme
Il voit chanterpres de luy
Celuy peiil"vient desoustraire
Aux mains ¿'¡PZ rude Ad)'erj:tire
Et dont ilsejlfs.it l'appuy.
Quoy, dit-il d'untonsevere,
Tu te ris demamifere,
Traistre, & tu medois le jour?
jMars EQyfleur de retour,
Luy faitchangtrd:l^rgagey
Et le met d.!nj [fi;'; Cage.
L'Epervierprudent KS^fage->
Qui n'attendoit que la mort,
Croitjoüir d'un heureuxsort,
Dans celuy de l'Esclavage.
Ensuiteilvient à penser
ilpeutsansbeaucoupdepeint
CouperleBois qui legesne,
Le défaire, ou l'enfoncer.
De la Cage, en cette *icuk\
Tous les 7i410ns ilremuë,
Etfaittantparsesefforts,
Qu'il en oste un desaplace.
Aussitostparcet espace
Ilfuit, &voledehors.
L'ingratitude cruelle ;
7)11 Rossignolinfidelle,
Qui de l'éclatdesavoix
Fait résonnertout le Bois,
A la vengeance appelle.
Ill'atteint,&d'un coup d'aile
Le renversanttoutfroissé;
Qui l'auroit jamais pensé,
'ZJit-;t,Amecriminelle?
En quoy t'avois-jeoffencé?
LeRossignol qui chancelle, .j.}'
Interdit,triste,&confus,
Luy répond, Je n'en puis plus,
Pardonnez-moyje vousprie;
Et si jamaisjem'oublie,
partout,jetic publie
Vostre courage & vos faits,
Ne me p.:udonne:z.jamais.
LJipervieraquelque fN¡e'
De luyredonner lavie,
g^andilforge& la douceur
*2 efayoix'incomparable; -
Mais aussitostla noirceur
Deson crime 'f.()tl"dn'db!,
Changecepremierdessein,
Il devient inexorable,-
Et d'une (YRclie main
Déchirant ce Misérable;
Jamais,dit-il, desIngrats
Le repentir n'est sincere;
Indignes dela lumiere,
Ils méritent le trépas,
Et négliger lesuplice
De leur infidélité,
C'est faireune lâcheté,
Donner cours àla malice,
Et commettre:uneinjustice
Par unexcés debonté.
SIGVINIERE-POIGNANT,
Jem'acquitedelapromesse queje
vous ayfaite dans ma Lettre du dernier
Mois, de vous envoyer les deux
autres Faces du Palais de Madrid,
dontvous avez, déja veulapremiere,
qui est celle de l'entrée. Voicy une
Veuë du mesmePalais du costé qui
regarde laCasa del Campo. Si
vous avez envie de connoistre cette
Casa del Campo ,je vous diray
que c'estcomme une Maison de Campagne
,
où efila Ménagerie du Roy.
Elle estfort décheuë depuisqu'on a
bafiy El Buen-Retiro, maison
attvuercofitopnûpeeundfaeire un tres-beau Lieu
dépense, parce que
les Arbres yviennentfortbien. Il
y en a d'assez beaux autour d'un
grand Estang, & dans le Jardin.
Ce jardin a pour principal ornement
une Statuë de Bronze, où le
Boy Philippe IV. est IlJflZ bien re.
présenté à cheval.
SI L'AMOVR DIMINVE
plutost par les rigueurs
d'une Belle ,que par les
faveurs. QUelle Question,Monsieur
4 qu'il seroit d'une dangereuse
conséquence que le
Mercure s'accoûtumast à en
proposer de pareilles?Quoy!
vous apprenez aux Belles qu'il y alieu de douter siles Amans
qu'elles favorisent aiment plus
iquleles Amansméris4ez?Qnd seroitvray - que la chose pustestremiseenbalance
;
seroitceune
verité bonne à. dire?
OUy, je veux qu'il soit plus
aisé d'aimer, & qu'on aime
plus fortement apresdes rigueurs
qu'apres des faveurs;
ce font des misteresqueleMercure
Galantne doit jamais réveler.
- Où les secrets de l'amour
seront-ils en sûreté, si
cen'est dans le Mercure? Si les
Belles estoient une fois persuadéesque
les rigueurs fortifient
latendresse, jugez un peuquel
usageelles feroient de cette maxime.
Empéchons-les, autant
qu'ilse pourra,de prendregoust
àcettemaniere de se faire aimer..
Ilyva trop de l'interest commun
de tous les Amans; iiiiiis-il'
jji'est pas necessaire de leur déguiserla
verité. Il n'y a rien de
plus souverainque les faveurs
pourentretenirl'amour, rien de
plus infaillible pourle faire finir
que les rigueurs. Quel Amant
est-ce qu'unAmant maltraité?
Cen'estqu'un Captif involontaire.
Sa raison épie toujours le
moment de mettre le coeur en
liberté, & on peut dire que la
moitié de ces Amans n'aime
point. Toutesles rigueurs de la
Belle font autant d'armes quelle
fournit contre ellemesme; car
si l'Amant maltraité fait son devoir,
il n'y ena pas unequ'il ne
doive mettre à profit,& employer
utilement pour sa guerison.
Et sepeut-ilqu'il n'yait
enfinquelques rigueurs qui produisent
l'effet qu'on leur demande
? Se peut-il que le coeur
aspire toûjours à estre délivréde
sa captivité, que la raison y travaille
toûjours, & que cela n'arrive
jamais ? De plus, un Amant,
maltraité est un calomniateur
perpetuel du mérite de sa Maîtresse.
Il tâche sans cesse de l'affoibliràses
yeux. Ilneveutpas
connoistre ce que vautun bien
qu'il ne sçauroit posseder. Il se
le figure d'un prix beaucoup
-, moindre qu'iln'est, pour sevanger,
& se consoler enmesme
temps de ce qu'il en est privé.
Jugez, Moniteur, s'il y a bien
des personnes qui puissent soutenir
cetteespece de critique, de:
navroei,rmtaoîutjroeurs beaucoupde méles
effortsqu'onfait
pourse le cacher. Mais quand
cela pourroit estre,voyez un peu
quel plaisir pour une Belle, que
de sçavoir que son Amant luy
oste de sa beauté autant qu'il
peut, & qu'elle n'a pas la moindre
irrégularité de traits, qu'il
n'étudie exactement, 8c qu'il ne
tâche à se faire valoir à luymesme
? Jettez les yeuxau contrairesurun
Amant aimé. Tout
aime en luy, & sa raison & son
coeur.Il aime, & veut aimer. Il est vray que les passions font
d'ordinaire indépendantes de
la volonté; mais celles de ce carectere
font sujetes à ne durer
pas, & quandlavolontéaideun
P--Li aux p assions à se soutenir,
toutn'en va que mieux. Toutes
lés faveurs qne reçoivent les
Amans, leur justifientl'engageimentoùils
sontentrez. L'inte- vSdeleurtendresse,ècmefnse -uc'uy-d'tuipeu de vanité quise
mcfle presque toujoursà cette
tendressè,fait qu'ilsnecherchét
qu'à. releverle prix de ce qu'ils
polîcdenr,&une Bellepeut se
stâter qu'elle est encorplusbelle
dansl'imagination d'un Amant
arme, qu'elle ne l'est en elle
mesme. Que me répondra-t-on
à-tour cela? Que l'amour cesse
dés qu'il nedesireplus?N'ayons
pas une simauvaise opinion de
l'amour. Croyons qu'ilestassez
[age pour joüir avec plaisir de
ce qifitadéfiréiplutoflque de
le croire lnz fou pour desirer
jtoaûjmoursaciesq*u'il n'obtiendroit
DE LAPIERRE
PHILOSOPHALE.
LA PierrePhilosophale,ou
MedecineUniverselle, ne
le peut apprendre par lalecture
des Livres,d'autantque les Autheurs
affectent de cacher le
principal de la Science par des
discours inventez qui ne s'expliquent
pas comme des Enigmes;
maisla conquestede cette Toison
d'or estaiséeàfaire avec un
peu d'adresse & de raisonnement.
Pouryparvenir,ilfaut considérer
que toutes choses praviennent
d'une mesme matiere,
puis que l'on voit par la résolution
& décomposition de tous
les corps mixtes, qu'ilsfont formez
des mesmes corps simples,
qui par ladiversité de leur assemblage,
donnent des qualitez
diférentes à tout ce qu'ils produisent.
Cettematiere peutestre dans
son origine un esprit celeste, universes,
aérien
, ou autre chose,
comme il plaira à un chacun
d'en avoir l'idée, mais présuposé
que ce foit un esprit, il
faut qu'il foit revétu d'un corps
pour estre capable de genératron.
Aussi voit-on qu'un esprit
seul est toujours volatil,& fugidfa
la moindre chaleur. Cependant
il cftr/éccilarre quela
matiere
matiere de laquelle toutes choses
font engendrées, ait un corps
qui soit en puissance de donner
la viesensitive, vegétative, &
minérale. Il faut donc que cet
esprit se corporifie en quelque
lieu, & ce ne peut estre que dans
les entrailles de la Mereuniverselle,
qui est la terre, d'où l'on
voit que toutes choies ont leur
naissance.
De quelque maniere que ce
soir, la matiere que l'on doit considerercômelemence
generale,
foit qu'on i'apelle principe, premiere
matiere, seconde, prochaine
,ou élementée,est dans
la terre, de laquelle les premiers
animaux & végetaux ont esté
formez; car encor que la plupart
se multiplient par leur semence,
suivant l'ordre étably
parl'Autheur de la Nature, l'on
nepeut douter qu'ils n'ayent eu
un commencement,& l'on voit
dans les Deserts, où l'on n'a rien
porté ny planté, que ceux qui
s'y trouvent §£ qui ne peuvent
avoir esté engendrez que de la
semence generale, font composé
des mesmes parties que ceux
qui font engendrez par des semences
particulieres;&à l'égard
des Métaux qui ne connoissent
ny masses,ny femelles, ny peres,
ny enfans, ils font aussi formez
de la mesme matiere, parce
qu'elle leur tient toujours lieu
de semence speciale & parti- culiere..
Cette semence generale qui
donne la vieàtouteschoses,Leur
donne aussi diverses qualitez 6c
vertus, pour pouvoir reparer les
defauts particuliers des corps
mixtes. Parconséquent elle est
en puissancetoute feule, de réparer
generalement tous les défauts
qui se troùvent dans ces
corps pour les rétablir.
:
:'; Lors quelle s'est déterminée
à la production de quelque espece,
il n'en revient pas une semblable
ny du Ciel, ny des Elémens
des Péripatéticiens dans la
mesme terre, car l'on n'y trouve
plus a prés que du sel nitre qui
se renouvelle de temps en temps
par les pluyes, comme l'on peut
sçavoirde ceux qui letirentpour
faire le Salpestre. Aussi ne faut-il
espererdeMtrouverque dans de
certaines terres oùelle demeure
sansagir,&sans se déterminer,
soitpardefaut de chaleur, soit
parquelque autre raison; 6c
c'est là d'où l'Autheur de ce
Mémoire ,la peut tirer & faire
voir, sentir, toucher, gouter,
& diviser en trois corps
simples, tres-purs, sans mélanged'aucunsespritscorrosifs
ou acides.
Puisquecette semence generaletient
lieu de semence particuliere
aux Métaux, elle sert de
semence àl'or quien est lechef;
ôe comme l'or est le meilleur ouvrage
que la Nature puisse produire,
il s'ensuitque c'estpar
l'or ou par sa semence, que la
Pierre Philosophale doit estre
faite. Il faut voir si elle se peut
-
faire avec l'or.
- -
L'on peut extraire l'esprit de
l'or en matiere liquide,d'autant
que tous les corps manifestent2
contraire de ce qu'ilssont dans
leur intérieur, desorte que l'or
estant dur & sec à l'extérieur,
il est mol dans l'intérieur, au
contraire du miel qui est dur c(;
sec dans son intérieur. L'on
peut aussi extraire le soulphre
ou teinture de l'or, mais a pres la
séparation des esprits qui le tirent,
il demeure sec 8c partant
inutile, puis qu'il ne se fait dans
la Nature aucune genération,
liaison parfaite, nyaccroissemet
par les matieres dures & seches;
&quantauseldel'or,ilnesepeut
tirer, parce que l'on ne tire le sel
que des cendres des corps brulez,
& commele corps de l'or est
incombustible, l'on ne doit pas
dire qu'il prend feu. Ce sont le
sel armoniac&l'espritde nitre
que l'on y joint qui prennent
feu, & qui par leur violente séparation
font écarter & non
brûler l'or, car l'on peut faire
voirquelques morceaux du
corps de l'or d'une semblable
combustion, & partantl'extraction
de ses trois principes pour
en faire legrand oeuvre par leur
réunion, est tres-mal imaginée.
Quelques-uns pensent faire
la destructionradicale del'or
par desesprits corrosifsou acidesquile
réduisent en eau, ou en
matierehuileuse&visqueuise;
mais ce nest que leréduire en
menuës parties qui font toujours
dures&sechescommeson
soulphre,apres laséparation
des cfprits &': des selsquel'on y
joint, &partant c'est un abus
de leprendrepour potable, puis
qu'ilestindigestible, qu'on le
rend comme on le prend,&
que c'est un fardeau plûtost
qu'un soulagement pourl'estomac.
Aussi commeil est le corps
le plus fort, &le plus fixe qui
soit au monde, & qu'un foible
nedétruit pas unplus fort, il
s'ensuit qu'il ne peut estre détruit
que par sa semence, ou
par son esprit liquide, apres que
cette semence &cet elprit auront
acquis, par l'art plus de
force& de vertu, que l'or n'en
apû aquérirdela Nature. Mais
cet or détruit n'est pas comparable
à la Pierre Philosophale,
car l'or est un corps particulier
qui n'est pas sans défauts, puis,
que le froid qui le saisis avant sa
maturité, le fait congeler en matiere
dure & seche dé couleur
jaune, qui n'est qu'une couleur
moyenne entre la rouge & la
blanche, & qu'il aporte du lieu
desa naissancedes terrestrëitez
qui font inséparables de son
corps, qui rompentlasimétrie
de ses principes, &l'extension de
savertu, laquelle demeure extrémement
bornée,&partant de
quelque façon que l'on tourne
l'or, on en peut faire seulement
quelquesouvrages particuliers
à cause de son esprit liquide,
mais non la Pierre Philosophale.
C'est donc avec la semence de
l'or que ce grand ouvrage iz
doitfaire; & pour y bien réussir,
ilfaut feulement netoyer cette
semence de toutes fortes d'impuretez,
faire une justeproportion
de ses trois parties suivant
les poids de la Nature,&par une
chaleur naturelle qui luy foit
convenable, la tenir toûjours en
liquéfactionjusqu'à ce qu'elle
ait acquis la derniere couleur
semblableàcelledu Rubis, car
c'est dans la liquéfaction que
sa vertu augmenteinfiniment,
Pour les autres couleurs que
l'on doit voir pendant l'opération
,
les Personnes de bon sens
en pourront juger par la puissance
de la semence, ainsi que
l'on juge de ce que toutes les ie.
mences particulieres peuvent
faire voir dans leur accroissement.
, Lors que nostre semence cft:
dans sa perfection,ses trois par
ties ou corps simples,quisimbolisentavec
les trois parties essentielles
de tous les corps mixtes,
de quelque nature qu'ils soient,
parce que tout vient d'une mesme
Mere quiestnaturelle à tous - se joignent & s'unissentensemble
inséparablement. Par ce
moyen, les trois parties essentielles
du corps humain, quisont
l'humide radical, la chaleur naturelle,
ou le soulphre qui est
dans le fang, & le sel qui conserve
le corps de corruption,
fontaugmentées & renforcées,
ce quifait que le corps reprend
une grande vigueur, ôt qu'il est
en état de chasser tout ce qui
luy peut nuire ; &ainsil'on peut
dire qu'une vieille Personne rajeunit
, & quelle peut vivre sans
incommodité jusqu'à ce qu'il
plaise au Createur qui limite lai
vie, de vouloirréunir l'ame à
son principe.
Comme les Métaux imparfaits,
foit parundéfautde chaleur,
soit parun mélange d'impuretez,
ne peuvent parvenir
dans la terre àla forme de l'or,
encor qu'ils soient composez des
mesmes principes ; nostre semence
qui domine puissamment
sur tous les corps, fait de ces
Métaux,& mesme de l'or,une
veritable dissolution, laquelle
ne se peut faire que par la conjonction
inséparable du dissolvant
avec le corps dissout. Par
cemoyen, l'or servira sil'on veut
de fermentation, encor que ce7,
nesoit pas la Philosophique;
car les Métaux estanttous de
l'or en puissance, n'ont besoin
que d'estre purifiez & cuits, &
c'est ce qui se peut facilement,
estant liquéfiez par cettte voye
naturelle. Il ne se fautdoncpas
figurer des monstres à dompter
pour des transmutations, puis
que l'on voit qu'il ne s'agir que
d'aider la Nature, 6c de supléer
par l'artàsafoiblesse.
Si l'on a quelque chose à proposer
à l'Autheur de ce Mémoire,on n'aura
qu'à l'envoyer au Sieur Blageart,
Imprimeur du Mercure, qui aura
soindelefairerendre.
REPONSE AVX CINQ
premieresQuestionsdudernier
Extraordinaire.
SI je sçavois bien mon Cyrus
ou maCléliepar coeur, je
pourrois répondrejuste àla premiere
Questionproposée dans
vostre dernier Extraordinaire,
car elle y est traitée dans les
regles,&jediroislàdessus mille
belles choses qui ne feront peutestre
pas oubliées par les autres;
mais à ce defaut je vais employer
le peu de bon sensque
Dieu m'a donné, pour voir s'il
se rencontrera avec celuy de
Mrde Scudery, ou de ceux qui
ne feront que le transcrire.
Si un Amant qui voitsa maletresse
dont il est hay, est
moins à plaindre que celuy
qui s'enconnoissantaimée,
n'a aucune espérance dela
voirjamais. LA présence & la sensibilité
de l'Objetaimé, sontles
deux plaisirs essentiels de l'Amour.
Tout leresten'estqu'accessoire,
& tel que font en Hyver
les beaux jours,ou les broüillards
en Eté; mais il est encor
à décider, lequel de ces deux
biens, ou la sensibilité, ou la
présence, est le principal, afin
d'y joindre l'autre comme accessoire.
Si pourtant on ne considereque
le but de l'amour,
qui est de se faire aimer; celuy
des deux Amans proposez, qui
est éloigné,ayant eu le bonheur
d'arriver au coeur de sa Maîtresse,
aura dequoy se consoler
& se glorifier dans son exil;au
lieu que l'Amant hay & présent
n'a rien par où adoucir sa mauvasse
fortune; & cõme la haine
qu'on a pour luy, est une haine
confirmée&insurmontable,il
est sans-doute plus à plaindre
que le premier, puis que laprésence
de sa Maîtresse ne fait
qu'apesantir ses chaînes, qu'il
est seul à les porter, & qu'au
contraire l'autre peut par un
commerce spirituel & empressé,
entretenir (a pailion,&enquelque
lieu que l'entraîne son exil,
se flater qu'il n'y ferajamais feuI4
puis qu'il, aura toujours les voeux
ôc le coeur de fl Maîtresse.
Namsi abest quod amas, fresto
simulacra tamenfunt
1llius, & nomcn dulce obixrfatur
adaurcs.
Sion peut Aimer fortement
sans estre aimé.
Bien que la nourriture de
l'amour foit l'amour mefme,
on a veu pourtant c«e-s-
Amans qui n'ont jamais gousté
de cette nourriture, & qui cependant
ont méprisé tous les
autres régales pour celuy-là.
Ce fontdes Amans de prédeftination
& de réprobation tout
ensemble, à qui la tendresse de
coeur aestédonée en ce mond:,
comme la Pierre à Sifvpher£Cles
Cruchespercées aux Dapaïdes,
en l'autre. Ils ne s'apperçoivent
point de l'cxcé, de leurs
peines., ou s'ils s'enapperçoivent,
ils ne le pénétrent pas tel
qu'il est, parce queleur tempérament
les portant à l'amour,
ils necôfidérent pointde quelle
natureest cet amour,& pourveu
qu'ils accomplirent leur deftinée,
Stfuivent ce tempérament,
ils ne s'embarrassent point du
choix qu'ils font, ny du succés
qu'ils y trouvent. Ils aiment
uniquement pour aimer, comme
l'on voit lesJoueurs de prosessffion,
qui après avoir joüë tresgrand
jeu, se 'satisfontsur léus
déroute à jouer avec des Laquais,
-du avecdès Eeôliers.
Enfinle plaisir de l'amour est
d'aimer, &Tonest plus hureux
par la passion quel'on a, que?
par celle'que Tondonne.-
Amadorfui, masnuncasui amado. 1f-' ,. - 1: si l'absence estincapable
d'augmenterlapassïon. LAmour est un desir dir
bienquenotesnepôssèdons
-
pas; & l'absence rfcitantautre
chose que la privation de ce
mesme bien, il est aisé de conclure
que l'âBsence augmente
le desir, & par conféqucnt rëi
mour. Mais tout est finydans
î'Homme9Uencorplusdans
1"Hommeamoureux^,-& quel'
que loin que qeluy-cy prenne,
de tracer & de retracer à son
ffprit l'image delaMaîtreile,
- ilen est commede ceux qui
sjcoiparquentsur uneRivieren
Les objets se diminuent peu à
p£u^<&"enfins'efF^centtout.i^
fàit,plusoumoinsviste,&; seion
le courant dé l'eau,ou la diligence
des Rameurs. Ils se fouviennentbiende
l'èndroit d'où
ils font partis,.mais ils n'en re
parquent aucunes traces j.-& les,
belles& nouvelles choses qui
s'ofFrçntàleursyeuxrdétruifent
tput ce qui le$ occupoitquand
ilsie font embarquez.
DemeC
me l'Amant
-,
ablent conferve
pendant quelque tempsè unèweidéedel'Objetaimé,
1,1 ,If.
conferve mdme aux despensdsson
propre repos, &.â la honte
de tout ce qui s'offre pour détruire
cette chere idée; mais
enfin comme ce qui fait la lumiere
est la présence du Soleil,
la présence de l'Objet aimé saisi
aussi l'amour; &comme la privation
de la lumiere cause la
nuit, qui est pour ainsidire la
deltruébon du jour la privation
aussi de l'Objet aimé cause par
necessité la deftru&ion de l'amour.
Sed mora tuta brevis, lentescun
temporecurd,
Vanefcitquc absens&novus intrat
amor.
Lequel des cinq Sens contri-,
buë le plus à Ufatisfafôion
deïHornml. cE quel'Aveuglé né.del'Evangile,
& tous les aucresi
àquile Messie rendit la vie dans
la Palefrine, dilent devant 6c
apres leurguerison, décide hautement
cette Q¿efiivn, & nous
convainc quedes cinq Sens, ce-
Iuydela veuecontribue le plus
a, la fatisfa&ion de l'Homme.
En effet, quand un Homme est
mort naturellenlent, ne dit-on
pas qu'il a perdu lalumiere?
L'Enfer n'est-il.pas appelleun.
sejour de tenebres? Qu'est-ce
que les Cachots, sinon une abdication
du jour? Et dans l'étroite
observànce,desDeiife
en France, ne se condanute-t..on
pas à desChambres tené^reufes?
&àdes',:oul..cursrugubres,,pour,
fàire voirqueles yeuxqui font!
les premiers appréhenfeurs Se:
les véhiculesde la jÕy.e;lie doi-s
vent plus s'accoutumerqu'âdesb
objetsrrifies'&;,furiefles.:) Lest
yeux fontl'assaisonnement&le
principedes pteifîrs;;,paisqju'-i
Oedipe ne trouva point de plus,,
rude punitionaies crimes, que : de se priver de la veuë; nyjunon
n'en ordonna point deplus sensibleàSirefias,
pourlà gageure
qu'il Iuyavoit fait perdrecontre
Jupiter»u£*Ecriture* Sainte ner
connoijftjpointdéplus grande
perteque cellede la lumiere^«
puis quesans elle on nepeutdi~]
riger ses pas, ny faire la disé.-
rence du bon&dubeau Elle
ne propose mesme dansle Paradisqu'unelurdicre
perpétuelle
& inàlterable,8cnedonne d'autre
nom aux Prédestinez,que
celuy d'EnfansdeIumiere. Si L
doncla lumiereestfaite pour les
yeux seuls,jl s'enfuir qu'ils contribuent
le plusà lasatisfactian.
de lHomme. EtquiambuUt in,
tenebrû,nefiit(fu*vxdat:Dum facnnhabelümtiiù
in lucem, &filfi*,
lucis Jiiis. ;
De tOriginedeU Danfi. LADanse estaulIiancienner
que leMonde: elle a pris
naissànce avec l'Amour, le plus
ancien des Dieux; & c'est .du
branle des Cieux & de leur harmonie
, que cet Art a tiré son
origine. Rhea fut la première
quise plûtà cet exercice. Elle
l'enseignaaux Corybantes,&,
sauva parlàla vie à Jupiter, que
son Pere Saturne vouloit devo- 13
rer.Mais sans donner aveuglement
dans la Fable, disonsque
la Danse estaussiancienne que.
l'usage du Vin. Ce qui se faisoit
aux FestesdeBachus, les Orgyes,
les Bachanales se commençoient&
finissoient par laDanse.
Elle peut mesme devoir son oririgine
aux Combats,témoinla
PyrrHique qui se faisoit avec des
- armes;& la maniere de combatre
des Ethiopiens, qui ne
combatoient jamais qu'en dansant
& en sautant, pour étonner
leurs
leursEnnemis. Unemarquede
son ancienneté est le premier
culte que les Indiens rendirent
au Soleilparla Danse à son lever&
àson coucher, & ils l'ont
adoré aussitost qu'ils l'ont connu.
Les Saliens ou Prestres de
Mars, dont leseul employ estoit
à Rome de sauter & de
danser avec ces Boucliers par
les Ruës, n'ont emprunté leurs
cerémonies que d'Orplée &
de Musée, tres-anciens Poëtes
5c Musiciens, lesquelsne croyoient
pas qu'il y eust de saints
Mysteres ians la Musique&la
Danse. Mais je persiste malgré
toutes ces allégations, à en attribuer
l'origine à l'usage du
Vin. Cette liqueur quisurprenoit
le cerveau de ceux qui en
abusoient, les mettoit bientost
hors de garde; Ôt pour aider à
cette vapeur étrangere, ou pour
la dissiper, ils faisoient des pas
& despostures que l'on a depuis
réduites en art &: en pratique.
Lucien a fait un Dialogue de la
Danse, pour en montrer l'origine
& l'utilité ; mais quelques
loüangesqu'illuy donne, &
quelque bien qu'elle produise,
elle n'effacera jamais les maux
qu'elle a faits en la personne de
S. Jean Baptiste, & le Sage l'a
condamnée trop hautement,
pour en croire à toutes les belles
paroles de ce Rhéteur. cum
saltatrice assiduussis: nec audias
illam, ne forte pereas in efficacia
pUiui.
LEP.LATOVRNELLE,
de Lyon.
DE LA
SYMPATHIE.
JE ne puis souffrir qu'on outrage
plus longtemps l'Amour,&
que ceux mesme qui en
reçoivent desgrâces &des douceurs
toutes singulieres, l'accusent
de caprice, de bizarrerie, &
l'apellentencor aveugle. Qu'ils
font peu de refléxion sur ce
qu'ils disent! Cet Enfant me
faisoit compassion ces derniers
jours. Ilseplaignoitàmoy du
peu dereconnoissance que les
,
Hommes ont pour ses faveurs.
-
Helas, me disoit-il, ils me condamnent
les Ingrats, de ce que
je m? déguise en mille diférentes
nlanÍercs, moy quine le
fais quepourmeconformer àla
conjoncture de leurs affaires.
Ils m' appellent tous aveugle,
parce que pour penser plus profondement
à ce que je puis faire
pour eux, j'aycontinuellement
un voile abatu sur ma veuë.
Ces plaintes me semblerent fort
raisonnables; mais de toutes ses
raisons,celle-cy me parut la plus
invincible, lors qu'il adjoûta
que ce bandeau estoit encor
pour le dispenser de se crever les
yeux pour fortifier son imaginagination.
Est-il rien de plus
commode que cet expédient
qu'il employe également pour
nous faire du bien:,&pouréviter
dese faire du mal?Je vous
en prens à témoins, heureux
Amans. Y a-t-il apparence dans
le parfait assortiment qu'il fait
de vos belles ames ,
qu'il soit
aveugle comme on le prétend,
& que l'union des coeurs qui ont
entr'eux un véritable raport, soit
un effet du hazard?Il examine
ce petit Dieu, quand il veut
assortir deux belles ames, la
disposition des Personnes. Il
compare les humeurs, il en pese
le tempérament, & cherche ce
secret raport de qualitez que
trouvent toujours en elles les
Personnes qui s'aiment; & lors
qu'il a bien connu le tout, prenant
le foin de les faire connoistre
l'un à l'autrepar les
costez quiles rendent plus conforme,
il remet apres àlaSympathie,
pour former entr'eux une
chaîne aussi forte qu'elle trouve
de sujet de la rendre belle.&
agreable.
C'est à cefeul raportdequalitez,
commeau veritable prin
cipedelaSympathie, que nous
devons attribuer tous les admirables
effets; car nous éprouvons
tous les jours que par une
loy dela Nature,chaque chose
ade foy un panchant à ce qui
luy estou convenant,ousemblable.
Nous voyons par cette inclination
naturelle une flâme en
attirer un autre, le feu s'élancer
à la naphte, l'éponge attirer
l'eau, &: le fer s'approcher de
l'aymant. Tous seseffets ont la
mesme cause,quoyqu'ils soient
diférèmentcompris, & particulierement
cette vertu attractive
de l'aymant paroist comme incompréhensible.
Néanmoins l'ignorance
dont les derniers Philosophes
qui ont écrit, ont accusé
les Anciens parce qu'ils ne
pouvoient parler plus pertinemment
du mistere de la Sympathie,
que de l'attribuer à certains
principes de mouvemens, dont
ils avoüoient que les causes n'estoient
pas faciles à connoistre;
cette ignorance
,
dis-je, est icy
à préferer à tous les sçavans
éclaircissemens qu'ils en ont
voulu donner, & qui seroient
estimez d'autant moins clairs,
quel'ignorance qu'ils condamnent
en parle plus clairement
qu'eux; & pour expliquer nettement
la chose, suivons le principe
que nous fournitla Nature.
Il n'est rien de plus naturel à se
persuader que chaque corps a
autour de foy l'air qui luy est le
plus conforme, & le plus semblableen
ses qualitez, & cetair
sympathique estcettecauseocculte
des plus admirables effets
de la Sympathie Cet air conforme
au sujet qu'il environne,
n'estpas innové pour soûtenir
feulement mon sentiment. Il
nous est assez sensible aupres des
lieux aquatiques, & ombragez
où il fait ce frais agreable que
nous recherchons avec tant
d'empressement dans les chaleurs
; mais nous le pouvons plus
facilement connoistre parmy les
fleurs, & les chosesodorifèrentes
où on le distingue sensiblement.
Cet air agreable qu'exale
par exemple, la Tubéreuse, est
tout autre que celuy du GironCy
car de croire que ces odeurs se
font par un continuel écoulement
de petites parties du corps
odoriférant, c'est s'abuser.
Nostreimagination peut -
elle
former uneidée qui nous fasse
connoistre comme tant de petites
parties peuvent écouler
d'un corps déja de foy fort petit,
sans qu'il foit réduit au neant
ou du moins fort alteré? N'estis
pas plus facile de concevoir
que cette Tubéreuse, ou ce Girosle
,
forme de certainespetites
parties de telles figures tirez
également & de la terre & de
l'air, desquelles feules résultent
toutes leurs qualitez, que de
semblables petits corps serencontrent
encoren l'air, qu'ils
s'arrestent aupres de cette fleur
comme aupres de leurs semblables,
8c que s'attirant ensuite les
uns les autres, ils composent
comme un petit tourbillon qui
dansl'espace qu'il occupe, peut
faire sentir cette qualité finguliere
qu'emporte avec foy la
feule figure deses parties? Car
comme un coup d'Epéc nous
cause une douleur diférente de
celle que nous fait sentir la pû
queûre d'une Epingle, & que
nous sommes autrement émûs
par le son d'une Trompete de
guerre,que parleson d'un Flajolet,
&autrement parladouce
harmonie d'un Luth, ces petits
corps de mesme, selon les disérens
mouvemens que leur donnent
leurs figures,nous affectent
diféremment; & parceque ceux
qui composent le Girofle sont
roides & pointus, ils nous piquent
plus fortement que ceux
dela Rose qui estant moins
-
pi
quans & plus flexibles,agissent
plus mollement. Cette diférence
de qualitez de nos petits,
corps, & l'accord qui se trouve,
quelquefois dans cettediférence,
sont ces causes peu connuës
de cette vertu attractive de l'aimant&
du fer, dont les anciens
Philosophes ne parloient qu'-
obscurément, pour ne pas donner
ouverture aux beaux secrets.
qu'ils tiroientde cette connoifsaince.
C'est ce veritable Anneau
de Platon, cette Chaîne
d'or si chantée par Homere, &
cette Philosophie cachée parmy
les plus difficiles secrets de la
Nature. Eneffet, les plus hautesdécouvertes
que nous pouvons
faire dansla Nature, le grand
oeuvre mesmenee peut achever
que par l'heureuserencontre
de certaines qualitezaccorrdantes,
desquelsrésulteroient immanquablement
tous ces prodiges
des la Nature, dont nous
ne connoissons quasi que la possibilité
d'estre.
Mais examinons ce qui nous
est sensiblé
,
& nous touverons
quelque éclaircissementpour ce
qui ne nous l'est pas. Comme
nous ne pouvons donc disconvenir
de cetairSympathique qui
se remarque autour de chaque
corps, ilfautpenser que les perires
parties qui environnent le
ser sonttoutescrochuées & dentelées,
ôc celles de l'aymant,
longuetes & flexibles. Ces figures
ne sont pas imaginaires.
La roüille nous le fait assez souvent
remarquer sur le fer, & les
effets de l'eau ferrée qu'on employe
contre la dissenterie
,
&
lesdouleurs du ventre & de la
rate, nous le témoignent assez,
puis que la vertu la plus natuturelle
de cette eau est d'ouvrir
& d'élargir les pores, pourdissiper
les opilations. La fuite nous
persuadera de celles que j'attribuë
à l'aymant. Lors donc que
l'aymant & le fer ainsi composez
sont mis dans une distance
proportionnée pour se communiquer
les petits corps de leur
tourbillon, dont ils sont le veritable
centrechacun, ces petites
parties se meslent facilement,
à cause du raport qui se
trouvé en quelque façon en
elles, car cellesdel'aymant qui
sont longues& flexibles, s'entrelassent
dans les petits creux
& dans les petites dents de celles
du fer qui les entraîneroient d'abord,
si le grand nombre de
celles de l'aymant qui s'acrochent
à une grande partie du fer,
n'y résistoient fortement,&par
leur quantité ne l'obligeoient à
suivre leur mouvement, &. ainsi
elles s'umissent tellement les unes
aux autres que ne faisant plus
qu'un tourbillon, elles contraignent
ces deux corps à se joindre
pour en dire également le centre.
Aussine faut,il pasdouter
que le fer n'agisse autant sur
l'aymant, que l'aymantparoist
agirsurle fer. Cette inclination
de l'aymant que retient le fer de
pancher toûjours vers un cofté
particulier
, nous persuade assez
de cetteégale force du fer & de
l'aymant; car comme il ne se
peut que ce ne soient de petites
parties de l'aymant quiobligent
le fer de pancher ainsi,il faut necessairement
qu'elles ayentesté
attirées par celles du fer, dont
ellesne peuvent encor se débarasser,
&quiconservat toûjours
leur mouvemét naturel, le communiquent
en quelque façon au
ser; car il est confiant que cette,
vertu si admirée en l'aymantd'àvoir
deux Poles opposées convenais
à ceux du Ciel, n'est
qu'un pur effet de la figure &
du mouvement de ces petites
parties
,
qui estant longuetes,
commenous l'avonsremarqué,
& plus grosses à un bout qu'à un
autre, ne peuvent avoir unmouvement
direct, entrelassées comme
elles sont avec cellesdu fer,
mais comme detrépidation qui
ne tendny directement en haut,
ny directement en bas, mais
conservant un certain milieu
entre ces deux mouvemens, l'on
peut dire qu'il tend plus naturellement
à rouler de biais, qui
estle veritable effet de l'aiguille
aimantée; car si vous le remarquez
, elle ne perd sa vertu &
ne peut plus marquer le Pole,
que quand elle se trouve dans
une élevation plus haute que ne
peut aller la sienne
,
puis que ce
n'est que par accident qu'elle le
fait, n'estant déterminée à pancher
du cofté du Pole quand elle
le peut, que par ce mouvement
commun à tout l'air qui roule sur
les mesmes Poles dont elle fuit
volontiers le cours, tant qu'il ne
luy est point contraire; & commej'ay
remarqué que ces petites
parties avoient un bout plus gros
quel'autre, on ne peut douter
que suivant leur poids elles ne
se soient arrangées en l'aimant
de telle forte, qu'elles panchent
toutes un mesme bout d'un mesme
costé; ce qui persuade assez
qu'ayant leurs extrémitez si diférentes,
elles doivent produire;
des effets aussicontraires que
ceux que nous éprouvons, &--
estre aussi opposées qu'elles leparoissent.
Si la science de ce mouvez
ment particulier à la feule figure
de ces petits atomes de l'air,
estoit bien entenduë; oncomprendroitaisement
lesdifficultez
les plus embarrassantesde
la Physique & de l'Astrologies
car suposé qu'onsoit bien persuadédecemouvement
,ilest:
tres-facile d'expliquer de quelle
: maniere les corps celestes peuventagirsur
nous par leurs influnces,
puis quecetteinfluence
n'est autre chose que l'impression
de leur mouvementaux petites
parties capables dela recevoir
par leurs figures; car comme
nousremarquerons encor,
toutes ces petites parties de l'air
nefont pas d'une mesme figure,
&ainsi il est facile de penser que
les pyramidales ont un mouvement
diférentde celles qui sont
rondes, les angulaires des ovales
, les pointues des exagones
&des cubiques,& qu'un Astre,
une Planète,selon son mouvement,
excite telles parties de
l'air qui peuvent estremuées
par tel mouvement. Ces mouvemens
singuliers ausquels chacun
est propre selon sa figure,
se rapportent assez à la diférente
maniere dont les diférens
Instrumens doivent,estre touchez..
Un Luth doit estre touchéautrement
qu'un Violon, &C
un Clavessin, qu'un Hautbois;
& ces Instrumens n'ont leurs
graces & leurs accords, que lors
qu'onsçait heureusement exciter
ce mouvement qui leur est
singulier, & qui seul leur est
propre. Il est ainsi de ces petits
Instrumens invisibles, qui estans
déterminez par leur figure à un
mouvement singulier, ne peuvent
estre bien excitez par aucun
autre qui ne leur peut estre
que contraire,& cette propriété
qu'ils ont de ne pouvoir
estre émûs par aucun autre mouvement
que par celuy qui leur
convient, estleveritable moyen
par lequel nous éprouvons l'influence
de l'Astre qui agit; car'
selon son mouvement, ou il excite
ennous les petites figures
qui forment la bile, ou celles
que nous nommons la pituite,
ou celles qui emportent le nom
de la mélancolie, & le reste. De
mesmechaque Plante, comme
chaque Animal, est agitée de
l'Aitre qui luy convient, &: ce
rap ert est le veritableesprit syderique
qui se trouve dans tous
les estres d'icy
-
bas. C'est ce raporr
qui est appelle l'harmonie
admirable du grand & du petit
Monde. C'est luy qui fait la
societéde la Nature tant visible
qu'invisible, & le mariage du
Ciel avec laTerre.
Ce bel accord que la Nature
fait paroistre en toutes choses,
est encor bien plus sensible parmy
nous. Nous éprouvons tous
les jours que nostre coeur fuit
nostre tempérament, & esttouché
plutost par les qualitez qui
conviennent à sa force ou à sa
debilité
, que par aucune autre.
Nous voyons ordinairement
que cèux qui sont d'un
tempéramentbilieux, sontcourageux,
& ont une ame martiale
& genéreuse. Ils louent hautement
les entreprises hardies 8C
difficiles, lorsqu'au contraire
un Flegmatique, un Poltron,
accusera les mesmes actions de
temériré & d'imprudence; &
entout, si nousnous consultons
sans préoccupation, nous connoistrons
quenostre seul tempérament
préside,&; qu'il nous
fait bien oumal envilâger une c,hose,[;don.:qU'IL)Y con- est conforme
ou répugnant. En effet,
ne voyons-nous pas qu'un
sanguin, qu'un Homme gay,
regarde la solitude comme
là chosè du monde la plus afreusepour
luy, au lieu qu'un
mélancolique, un resveur, en
fait rout son plaisir ècsa joye la
plus parfaire ?
Apres cecy, il ne faut pas
s'étonner de ce prompt engagement
d'amitié, de cette inclination
qu'on a d'abord plu
tost pour une Personne d'une
compagnie, que pour une autre,
quoy que nous devions
avoir une égale indiférence
pour toutes lesdeux. Un certain
raportd'humeurs fait souvent
cet effetréciproque en
deuxbelles ames. Un accord
de sentimens nous attire & nous
charme- mais la conformité dt!.
tempérament nous enleve le
coeur, sans nous permettre de
consulter nostre raison.
Ce ne sont pas là toutes les
causesd'un pareilengagement.
Je sçay ce que peuvent sur un
coeur une humeur douce & complaisante,
un espnt~infin>ant &
délicat, uneame également tendre
& çrenéreuse,&un certain
air engageant qu'on ne sçauroit
exprimer, & qu'on ne peut voir
sans estre couché. De quels
prompts effets la Sympathie
n'est-elle pas capable avec de si
belles causes? Mais pour demeurer
das les limites de nostre sujet,
remarquons que comme nostre
feule connoissanceestle moyen
que la Sympathie employe pour
agir
agir sur nous; le sentiment est
le seul aussi dontelle se fert parmy
les Brutes, qui est d'autant
plus assuré, qu'il ne peut tromper
comme fait la connoissance.
En effet, les effets de la Sympathie
qu'on découvre entre les
Animaux, font les plus admirables;
car l'Animal dont la qualité
essentielle est d'estre sensible,
est émeu par l'instinct qui
n'est qu'un trouble intérieur que
cause un mouvement irrégulier
qui luy fait fuir la cause de ce
desordre, ou qui l'oblige à chercher
du nez de toutes parts l'odeur
& l'herbe la plus salutaire
& la plus convenable à son tempérament
affetté. Alors cen'est
plus merveille s'il rencontre facilement
ce qui luy est véritablement
propre; car suivant ce
principe incontestable, que tout
semblable se porte necessairement
à son semblable, il est facile
de penser que cette Plante
salutaire qu'il trouve, l'attire
aussi fortement qu'il y est necessairement
porté, car croyezvous
que le Crapaux connoisse
IlRhuë autrement que par son
odeur, qui l'excite & l'attire par
le raport de leurs qualitez; &
que le Chien puisse s'arrester au
Chienden plutost qu'aux autres
herbes, par aucune autre espece
de connoiilance?
Mais ce qui nous doit le plus
persuader,c'est que les Animaux,
plus parfaitement que les
Hommes, connoiftroient ce qui
leur est beau; & ce seroit leur
accorder une connoissance plus
entiere que la nostre, si on en
raisonnoit autrement; car de
dire que de leur instinctils se
portent à ce qui leur est bon,
c'est moins dire que ne dire rien
tout-à-fait, puis qu'il faut expliquer
ce que c'est que cet instinct,
& qu'on ne le peut faire
plus naturellement qu'en disant
que l'Animalestant extrêmement
sensible au mouvement,
puis que cest cette sensibilité
qui le constituë Animal, il est
parfaitement susceptible à tous
les diférens mouvemes du corps
qui peuvent agir sur luy, de forte
que ceux qui luy conviennent,
l'attirent autant, &: qu'il est
aussi contraint de s'y porter,
qu'il se sent forcé de fuir ceux
qui luy répugnent, & dont il
ne peut tirer aucun avantage.
Enfin cette inclination naturelle
pour son semblable, donne
allezd'échircissement, à ce
qu'il me semble, pour pouvoir
expliquer la maniere dont peut
agir cette Poudre que nous
nommons par excellence, la
Poudre de Sympathie; car si
vous remarquez sa composition,
elle est de choses tout-à-fait
chaudes&subtiles, qui peuvent
reveiller, pour ainfidire, & exciter
les esprits du fang que l'on
garde de la blessure qu'on veut
guérir, qui estant excitez, se déterminent
en fuite à leur mouvement
naturel,& vaguant ainsi
parmy l'air avec les autres petites
parties qui leur convien.
nent, emportent, entraînent, &
attirent aveceux tout ce qui
leur est. de plus semblable; de
forte qu'estant arrivez à leur veritable
centre, à ce quifeulleur
est veritablement conforme,,
enfin ayant atteint la Personne
blessée,ils agissent sifortement
sur luy par leur favorable mouvement,
qu'ils rétablissènt en
peu de temps les ruines qu'ils y
trouvent. Quoy que cela soit
tout-à-fait sensible, il me sembleque
j'entens toutle monde
s'écrier, commentil se peut faire
quedans unedistancede trente
lieuës, ces esprits rencontrent si
heureusement l'endroit auquel
seul ilssont propres; mais je réponsque
c'est par cette raifonlàmesmequ'ils
sont diférens de
tous les autres, qu'ils doivent
s'arrester à cet endroit, & que
c'est à cet endroit qu'ils doivent
agir, puis que c'est le seul qui
leur convienne le mieux, qui est
leur veritable centre, & auquel
necessàirement ils doivent tendre
; & de là faisant un cercle
du mouvement du lieu où ils
s'arrestent,jusques au lieu d'où
ils sont partis, ils portent&rapportent
continuellement à leur
centre tout ce qui leur est le plus
propre, jusquçs à la guérison
parfaite dela playe.
LE MVET, de Collange.
Ilesttemps de veniraux Madrigaux
qu'on m'a envoyez sur les
Enigmes du moisd'Avril, dontles
mots estoient la Langue & les
Verres.,
I, FLateurs &medisans,semeursde
zizanies,
RapCoormtepuargsn,ieqsui brêUifle\ toutes les ,
&ui cditeesqtouujo'uirslpfluasuoutm,oins que
Le Mercure reprend icy "fojlre ¿tftu¡,
SonEnigmeeflpour "vous une dosse
Harangue,
£vi vous enseignel'art de quiter cet
ÇJfrit;
LeSage estlaleçon quesa Loy tom
prescrit,
So)e donc comme luy maistres de vostre
Langue.
Les Reclus de S.Leu d'Amiens.
L II. Ors que jesuisfache,je cours d'abord
au Vin,
Il riefi rien qui resi-s-te as-on pouvoir
divin;
Lessoucisdevorans, les discordes, les
guerres,
Rencontrenttoujoursleurfin
Tarmy les Pots&les Verres.
REGNARD, Baillyde Crufy,
III. LEsplus brillantesveritez
Sont couvertesd'obscurite
Quandl'Enigme en estlatrompete
Cependant ilfaut avoüer
Quonpeut les -voir (jy dénoüer,
£juand\$ Langue enest l'interprété.
L. BOVCHET, ancien Curé
de Nogent le Roy.
IV. BVveurs, ne yousytrompezpas,
Aforce de yuidervos Verres,
Quoy qu'ils n'ayentjambes ny b",
Les attaquesqu'ilsfont en desemblablesguerres,
Pourroientbien yousjetterà bat*
LOBLIGEOIS,Maistre en
Fait d'Armes.
L v. A Langueestle meilleur&lepire
,,SejlreJ,
Comme le dist un jour le sage Anacharsis.
Et dela Morale les Maistres,
Sont encore de cet aVû.
Son travailnelapeineguere,
--: Ellealgeijtosuanr;sffa.«titgeuUer,, C~'li*d nnuuitit& C~>1
Etsil'on Veut joüer untour,
Elle 11 toujours presse à lefaire.
Desavivacitélesuplice ordinaire
Estdese trouversous les dents,
Quireprimentses mouvemens,
Et,malgréqu'elleenait, quelquefoislafont
taire,
Dans l'éloge,ou dans le mépris,
Ellegardepeu de mesure,
Maiselle rendavec usure
Lebien oulemalqu'elle apris,
Et lasolidaritén'estpoint desanature,
Elle est dedans (7' bors de 1110).,-
Car la yojîre n'estpas la mienne,
C'estunedoctrine ancienne
Que leSage toutseul La tientdessous
saLoy.
Ainsisur l'Enigmepremiere
Je me tire aisément d'affaire.
OMS medirezque c'estmonfait,
Que la Langueestnotrepartage;
MtflÙ ne raitter^pasdavantage,
Vousallez estresatsfait:
Les deux Sexes seront contens l'un
apres l'autre;
La seconde convient auvostre,
Les Verresquisont vos éba*>
Nesontpaspropres a laguerre,
Du moins pour resisterà de rudes combats,
Euxquelemoindreventpeutrenverser
par terre,
Etcependant, dans vos repas,
Cn lesvoitsansforce &sans bras,
Seulementsecondezde la Liqueur vermeille,
Terrasser, sans en estre latj
Vosplusgrands Héros de Bouteille.
Le Verre, quoy quefoible, est exempt
deplier,
Il n'ajamis cette disgrace,
Etpourl'humilier,
ILfaut que l'on le casse.
Les Verres tropsucezoffusquent la
raifin,
Fontfaire de grandes béveuës,
Et des contes blem àsoisin;
Mais ilsfontlesliensdesamitiez rompuës,
Car, parmy yous, c'estle Verre à la
main
Que les querellesprennentfin,
.Et"'fOIH faites,pourlors, du tortàsonmérite,
En luf donnant le nom de Lechefrite.
Si,selon quelques-uns,desplaisirs les
plus doux
Ussont aussi le lien agreable:
QiurtifknsdelaTable,
Ces quelques-uns ne sont autres que
yont.
LA BLONDINE GVERIN
VI.
Pourfaire
un beau Tanégirtqutr
Fil Sloge éclatant,pompeux, cp magnifique,
Ilfautfaire un choix degrandsmots,
Bienranger le VifroIJf'S, enrichir lit
Ifaranguey
Tuù qu'à lagloiredesHéros
Le Mercure aujourd'huy veut bien
prtj/t,..sa Langue,
RAVLT, de Roüen
T VII. Outes les Filles de mémoire
N'ont quÀ biens*apprejler
àboire,
Pour chanterles Faits inoüis
De nostre invincible LOVIS.
Je '\Iefl.t'" estre de cetteguerre,
Puisqu'on lafaità coups de Verre.
DEVILAINES, Avocat
du Roy au Mans.
A VIII. Moy, "Baschrts, mon Oracle est
muet,
* Sans ton secours mon RrjtAU roüet
Trouve la moindre Enigmeobscure t-r
rnAIAipe;
Mais quandmaLangue est arrosée
D'un grandverre d'excellent Yin,
DesEnigimes d'abord je deviens
grand Devin.
MICONET, Avocat à
Châlons sur Saône.
IX.
U',.AJ leu trotsfois cette Enigmesubtile,
Et ma peine trois fois s'est trouvée
inutile.
jesuis réduit à chrecher un Second, Et crois quesiquelqu'unsur lechamp
la devine,
Ilfaut qu'ilait la Languefine,
et le discernementsecond.
Le Controlleur des Mufes
du Montafnel en Basse
Normandie.
I X. L n'estpoint de beautezqueMercure
n'invente,
Pourse rendre charmant parsa diyerfite'.
Voicy quelle estsa nouveauté
Sur les Enigmes fa"ilPréle-nte.
Ilnous lesfait trouver au milieud'un
Fiflill,
Lors quesansfairede Harangue,
Il nous offre d'abordquatre Verres
de Vin,
EtdesMets délicatspour charmernostre
Langue.
Les Reclus de SLeu d'Amiens.
p XI. Our loüer comme ilfaut les biens
que tunousfais,
Par tantde noblesVers, d'Histoires,
de Harangues,
Mercure, un million de Langues
Ne mesuffiroitpas pourremplir mes
souhaits,
VIGNIER, de Richelieu.
I XII. Esuis du sentimentd'Esope Pbry-
Dansl'Enigmeque l'onpropose;
La Langue quelquefois est une bonne
chose,
Quelquefois elle ne vautrien.
Quandpar unsentimentjaloux
Surquelqu'unelle est Û¡'lIpé,
Onpeut bienmoinsparerses coups,
&_m'on nepeutfaire un coup d'Epée.
LOBLIGEOIS, Maistre
en Fait d'Armes,
sI XIII. jusquesàpresentj'ay gardé le
silence,
Je ne m'en (UÚplU repenty;
Mais ilfauten cejourprendre un
autreparty^
Et déployer mon éloquence.
Mercure,*grèc\doncpourlapremiere
:/Qi
Qudeju'exMploiqtsuye en cesVers vosEnigmes
Et quesans vous enfaire une longue
harangue,
Ie trouve dansleurs noms, les Verres
&la Langue.
Les Braves de la Place Royale.
XIV.
JEscay que debeauxyeuxfont une
rudeguerre
Presque en tousles lieuxdela terre;
Mais en blessant un ((J!Mr,ftN"'entleurs
propres traits
Leur attirent des mauxpour les maux
qu'ils ontfaits.
(jôrtp pourcoup on sçait bien leur Ilssroenntsdourveen,tpritsansrienpredre;
Mais ce qui met lesplus vaillasà ba*y
Qui dompte les Hérossansforces cg,,
sans bras,
Ce quijamaisnes'humilie
Ce quifait à mon goust le plaijtrde
, lutyie,
Cesont des Verres précieux,
Remplisd'un Vin délicieux.
Tels fiCN triompher des hazards de
laguerre,
Quise voit abbatupar quelques coups
de Verre.
Les Inconnus de Poitiers.
XV. SIj'avoisdu talentpourunPanégyrique,
£tJimonéloquence dyoit-asêx d'attraits,
Touroferentreprendrev.n de cesgrands
projets
&uinaijpntdam l'éclatde Vejjtimt
publique.
Je voudroissignaler mon ardeurPoëtique
Achanter le mérite (7Ilsgénéreux
faits
Duplusgrand des Héros qui triomphe
jamais^
Etcommencer d}abordparsaîfrce
héroïque.
Oiiji sans mcmbarajfersurses faits
inoitéiy
C'est(dirois-je)en cela qu'ondistingue
LOVIS,
7)1 n'estrepasbornéparaucune Ifatangue.
Mais GrandRoy,pardonnez à mon
zele, à monfeu,
JEn disant tout de youi, je dis encortroppeu,
Ilydut mieux retenir egomd Muse o*
ma Langue.
Les Nouveaux Académiciens
de Beauvais.
X vï. ENyerité, 7)tlIf/;", yot# estesadmirable,
On nevoitrienchezvous quinesoit
.gr'¡,ÙII.,tt,
Les Voix, les Instrumens lesplus harmonieuxy
NOIM auroient fait jurer qu'en ces
aimables lieux
J'oua ayie^ajfcmble' le Ciel "Yer la
Terre.
Mais de tant de H?£o»Jtsno»*ejtam
bien repûs
Si pour fou* salüer nQU* n'avions en
leVerre,
Demesme qu'un Tantale onnous au*
roit tous yeus.
VIGNIER, de Richelieu.
XVII. JE viensdefaire une Ifaranguè.
Leplusgrand Rbétoricien
N'eut jamais réüssysibien,
Jtittis Mercure aujourd'buyma^toit.
presté sa Langue.
MILLOT, deMarseille.
] XVIII. .JBNd beau cesjoursjetter lesyeux
VeffNd yostreEnigmederniere,.
Toujoursfinsens mystérieux
Se ¿flro!Joit à leurlumiere;
Jdais la lisant touthaut, farunfort,
trop heureux,
I'endécouvristoutlemystere,
Etsoudain ma Languesçeutfaire
Ce qui parut d'abord impossible à mes
yeux.
DEGRAMMONT,deRichelieu.
D XIX. Ans le desir pressant oùvostre
espritss'obstine,
Nefiitespl# tant la mutine;
Irit,ilfaut rescerlongtemps
Pour déveloperle vraysens
Des deux Enigmes du Mercure.
cependant,pour "vous contenter
Sur lapremieresquoyqu'obscure,
Je vous diray,selon ma conjecture,
kue la Langue estle Motqui you*
peut arresters
<
Car qu'est-il de meilleur au monde,
Qu'uneLanguequisçaitparlerfort
à proposl
P,u"ej'l.ilde,*ire IIlIffisir la terre cr
sur l'onde,
Quandelle estfertile en desauts?
LIGER le jeune, d'Auxerre.
A XX. '[Jin avoir en vain resvéplus
d'une fois
SurlesdeuxEnigmes du Mo*,
Sans trouveraucunsens quileurfust
convenable,
VnAmy "lIflfrtjour me menant déjeuner,
Une Langue en ragoust, des Verressur
la Table,
M'apprirentàle deviner.
v LECHEVALIER BLONDEL. XXI.
Ous ne conoissezaucunMaistre,
EtleSagevous tient, dites-vous,sous
saLoy.
Apres un telaveu,vousesses, queje
croy,
Fortpeudifficile à connoistrey„
Puis que lesage chaquejour,
Soit à laVille,soit en Cour,
Soitpour taire un Secret, oufaire une
Harangue,
Sçaitsibienseservirdevous,
Que l'onpeut direqu'entre tous
Jjuy seul a le pouvoir de maîtriser
sa Langue.
I. F. JARRES, du.Quartier
du Louvre.
Q XXII. Velquetimiditéde Langue
FaitrengaineruneHarangue,
Parûn,malheurdrekfréement;
Maissil'onarecours au Verre,
Outre qu'ilenhardit,c'estsouvent le
Parterre
2)Oùl'on cueille lesfleurs d'unDiscourt
éloquent.
Le Sérieux sans critique
de Geneve..
Lequeldescinq Sens contribuëleplus
à lasatisfaction
del'Homme.
JE fouhaiterois, Monsieur, que
le récit du suplice endurépar
Prometée sur le Mont le plus
connu qui soit dans les Indes,
me fist naître une décision
juste & agreable à la quatriéme
des Questions proposées. Je
voudrois au moins, qu'il fust de
cette décision ainsique des Tréfors
du Païs d'où je prétens la
tirer, qui feroient pour nous
d'un moindre prix,s'ils ne venoient
pas de Climatssiéloignez.
La Fable fait connoistre qu'un
Aigle dévoroit le foye à Prometée
étendu sur le Mont-Caucase,
mais. elle, n'a pas décidé
le sujet pour lequel on l'yattacha..
Apollonius, Hésiode, &
quelques autres Autheurs, prétendent
que c'est à cause qu'il
avoit dérobé quelques particules
du feuceleste, &queJupiter
irrité
irritéd'ailleurs contre cet Audacieux
,s'en estoit vangé de cette
forte. S'il faut ajoûter foy à ce
que dit Samius, ce n'est point
ce feu celeste qui afait le crime
de Prométhée. Il n'estoit coupable
que parce qu'il rendoit du
culte à Minerve, chez des Peuples
qui ne vouloient point élever
d'Autels à cette Déesse. Menandre
s'en explique plaisamment,
car il soûtient que les
Hommes, las de souffrir les
maux dont la Femme estoit la
cause, lierent sur la cime du
Mont-Caucase celuy qui passoit
dans leur esprit pour avoir créé
ce Sexe. Enfin Nicandre&Pausanias
ne font pas les seuls qui
ont encor eu de diférens sentimens
sur cette matiere,mais le
nombredesAutheurs que j'aurois
encor à vousciter, seroit
ennuyeux. Il me suffit quevous
demeuriez persuadéqueles anciens
Ecrivains ne s'accordent
point sur lacause du suplice de
Prométhée. Si vousavoüezqu'-
elle est incertaine, chacun en
peutprésumer ce qu'il luy plaira.
L'opinion la plus nouvelle,
est quelquefois celle qu'on reçoit
le mieux. C'est aussice qui
m'enhardit à vous diremapensée,
quiestqueProméthéeayant
dérobé le feu duCiel, ne fut
puny de cevol que parce que les
cinq Sensen furent malsatisfaits,
& qu'ils exerçerent leur
vangeance sur l'Autheurmesme
du larcin. Ces Sens s'estoient
formél'habituded'agir indépendamentdansl'Homme,
depuis
letemps que Jupiteravoit
fperiuvqéuleilessa-Mniomrtoeilst.du premier
CeMaistre
desDieux - n'avoit aneanty ce
feu,ou plutôtlaraison humaine,
qu'à causequ'ilavoiteuoccasion
de se courroucer contre
Prométhée,& qu'il avoit voulu
châtier de cette maniere, celuy ,
qu'il reconnoissoitluy-mesme
pourestre le veritable Artisan
del'Homme. Lors donc queles
Sens furent contraints de subir
une seconde fois le joug de la
Raison,&de laconsidererencor
de mesme qu'une Souveraine
dont ils estoient nez les Esclaves,
ils se revolterent contre
leur nouveau Persécuteur;
Commerien ne leur est plusaisé
que d'imposer à l'esprit, ils mirent
d,- concert Prométhée dans
une grande consternation. Ils
luy firent croire que Jupiter le
punissoitduvol qu'ilavoitcom-
Nlis; & celaquand ils figuroient
à la veuë de ce Malheureux un
Aigle qui luy dévoroit le foye
sans aucun relâche; quandils
luy persuadoient que la Foudre
grondoitincessamment à ses
oreilles, qu'il s'imaginoit en
sentir l'exhalaison, & qu'il trouvoit
une amertume excessive
dans ce qui luy servoit de nouriture.
Les peines queProméthée
enduroit en ce déplorable état,
estoient d'autant plus fâcheuses
qu'ellesn'avoient point defin.
Il croyoit qu'ellesluy feroient
moins sensibles, s'illescachoit
dans desdeserts écartez. Il couroit
donc vers les lieux sauvages
& retirez, de mesme qu'une
Beste féroce penseéviter le trait
duChasseur dont elle est percée
, en précipitant sa course
versle profond des Forests. Cet
Infortuné, apres avoir erré de
solitude en solitude, s'arresta
enfin sur le Mont-Caucase. Là
sans haleine,pâle,interdit,
éperdu, les yeux &: les mains
levez au Ciel, il auroitdemandé
à Jupiter qu'il suspendist au
moins pour un moment les douleurs
qui l'accabloient ja mais les
Sens qui n'estoient point pleinement
vangez, redoublerent les
tourmens, afin que perdant l'usage
de la parole, il ne pust joüir
de la douceur de se plaindre,.
Cestourmens avoienttropde
violence,& il estoit imppssible
qu'on les vist longtemps durer,
Aussi Prométhéeenfut bientost
délivrév&cla fureur des Sens
cômençant à s'adouciravec eux;
C€,;fut alors qu'ilpûts'écrier,
£ncfFer, ik sont biencruels les
aux que je souffre. N-ç seroitce
pasdevenir innocentque de /avoisescoupable ? Vous le ra..
vez toutefois, grands Dieux.Si
fy:, dérobé le feuceleste, jene
Jt'ayfaitqu'afïn que lesHommes
lOllS connussent, & vousadofafïenr^
Neregardez point le
méchantusage que, peut-estre ilsferontdecettelumiere jjup $çrileuj-aycommuniquéepour
;iinefécondefois,fN#conûd&.
rez, je vousen conjure^que{a
droiture ittmdri intéfitiéfr.'Tandis
quePromethéeexhaloit ses
douleurs parces paroles,lesSens
s'estoient ditlesuns aux autres
qu'il seroit difficile,ou plûtost
impossible,d'assurerlequeld'entr'euxavoitfaitsouffrir
davantagecetInfortuné.
En sesoit-il
de mesme, ajoútoient-ils, s'il
arrivoitqu'un jour nous travaillassionsdeconcert
à la satisfa
ékiota dé l'homme? Le conten- terions-noustous également?
La question fut tellement agitée,
que l'envie leur prit de
sçavoirce qu'en pensoit Prome
thée. Ilsle connoissoient pour
l'Homme du monde le plus
éclairé. Avant que de luy rien
demander ,ils luydéfillerent les
yeux, &lecõvainquirentque ce
n'estoit point un Dieuvangeur,
mais eux seuls qui l'avoient tant
tourmenté. Ensuiteilsluy firent
une espece de satisfaction, en le
priant de tout oublier, & de
donner une décision à la matiere
surlaquelle veroit de rouler leur
entretien. Promethéecraignant
des'engager trop avant fous la
foy d'un calme trompeur, leur
parla de cettesorte. Vous, qui
déliez ma langue que vostre
vangeance avoit tenuë fermée,
ne vous offenserez-vous point
de ma décision ? N'aurez-vous
aucun ressentiment, si, lors que
vous m'aurez aporté chacun vos
raisons, je trouve qu'il y en ait
un parmy vous qui contribuë
le plus a lasatisfaction de
l'Homme? Les Sens confentirent
à faire un détail des plaisirs
qu'ilsfournissoient aux Mortels
, & jurerent à Promethée
qu'il pouvoit décider en toute
assurance.Aussi-tostle Goust
commença à s'expliquer en ces
termes. L'Homme a-t-il rien
au monde de cher à l'égal de ce
qui concourt à sa conservation?
Mais qui y concourt davantage
que moy ? Parmon moyen cet
Homme discerne les bons alimens
d'avec les nuisibles,& peut
toujours comme adjoûter denouveaux
Estres à sa substance.,
Outre cela, j'ay d'invincibles
appas pour luy, car je fuis capable
seul de luy faire naître une
joye parfaite. On sçait assez
que je fuis cause que dans les
Festins, les jours de sa vie neluy
paroissent quedesmomens,que
je noye dans les verres toutlè
chagrindont on le voit quelques
fois atteint, & qu'il se fert de
moy afin de se reconcilier avec
de grands Ennemis ,de mesme
qu'ilm'employe àse faire des
Amis dignes deson attachement
&desonestime.Lors qu'au sortir
de la Table d'autres plaisirme
succedent,onnelespeutregarderque
comme des plaisirs de
ma suite, Se qui me doivent
i'Estre, puis queje donne ledesir
de les rechercher, & que
sans moyon ne s'empresseroit
point de lesconnoistre. Je ne
croypasqueleToucher veüille
m'endcdirë^Il'eflvray;répondit
le Toucherquecequeje
fournis deplusagreable,ne vient
quelquefoisqu'après lesplaisirs
de la bonne cherc;maisc'est qu'- alorson commence à s'appercevoir
du peu d'attache que vous
meritez, £c que j'ay des attraits
bien plus puissans que les
vostres. Autrement ne se bor,
neroit-on pas dans vos plaisirs,
&. s'aviseroit-on jamais de les
quiter, Et puis,parlons sincerement,
vous ne causez, pour
ainsi dire,que quatre doigts de
satisfaction,car dés que lesmorceaux
délicats 8c lesVins exquis
ontpassé parle gosier, ilsneservent
qu'a suffoquer l'estomach
parleurquantitépréjudiciable.
Quant àmoy
,
j'établis le lieu
de ma résidence sur toutes le
parties du Corps humain.. Je
convaincsl'Homme delaréalité
de chaque chose, & je Iuy
produis, selon le langage des
Amans, les délices les plus
grands qu'on puisse savourer en
ce monde. Cela estant, je ne
croy pas que Prométhée air i.
juger contre moy. Prométhée
qui ne vouloit pasrépondre sans
avoir entendu les autres Sens,
laissa parler l'Odorat, qui luy
dit que le Goust &le Toucher
ne produifoient pas de parfaits
contentemens, puis que le Sage
nes'y arrestoitjamais, & qu'il
connoissoit que les Mortels qui
en sont amateurs, abregeoient
leurs jours, & ruinoient leur
santé. Mais les satisfactions que jecause, continüoit l'Odorat,
ne sont-ce pas de pures& d'innocentes
satisfactions? Qjand
une odeur flate agréablementle
cerveau, neva-t-elle pas réveil-
1er l'amejusquedans son siege,
& pour ainsidire, la chatouiller
Enfin lors que les Mortels offrent
de l'encens aux Dieux,ils
semblent montrer par là qu'ils
croyent quemes plaisîrsfontles
plus grands, & qu'ils lesjugent
les seuls d'icy-bas dignes des
Divinirez. Eh quoy s'écria
l'Olive, vous n'avez donc aucune
connoissance de ceux qui
me suivent ? Sçachez que les
miens sont nez afin d'habiter
une Région élevée au dessus de
celle où les vostres établirent
leurempire. Ilestréservéseulement
à moy de réjouir l'ame, &
de découvrir ses merveilleuses
opérations. Sans moy le Corps
humain sèroit à cette supreme
intelligence une
prisonfachet*.
Ce.) & remplied'ennuis
> ou
bien un tombeau vivant où elle
se verroit ensevelie. N'est-ce,
pas l'Ouye qui est cause que les Hommesont l'avantage
de se communiquer leurs
pensées les uns les autres? Le
raisonnement qui les distingue
de la Beste, & qui lesfait parti
ciper en quelque maniere à la
Divinité, n'auroit point esté en
usàge parmy eux sans mon secours.
Ces mérites extraordinaires,
ces Héros ne feroient
point connustels qu'ils sont, si
la Renommée ne les avoirtirez
de pair d'avec lerestedesHommes.
Ils n'auroient point ladou--
céur d'apprendre les éloges
qu'on leur donne, si ces eloges
frapoientinutilement leurs oreil
les.On ne sçauroirpointquePro
methée est unsublime génie,
&Promethée ne s-appercevroit
pointde" l'admiration que tout
le monde a pour luy, si j'estois
entièrement inutile. La Symphonie
ne raviroit point les
Mortels par ses charmes,& ne
leur seroit point comme un
avant-gout des délices qui leur
sont préparées dans le Ciel, si
j'estois encor à devenir ce que
je fuis. Il faut doncavouer ques.
tant la cause & le lien de la societé
civile,jesatisfais beaucoup
pluslesHommes quene sontles
autresSens, &qu'ils mele disputeroient
en vain. Vous me
comptez donc'pour rien, ditlaVeuë
? Il est vray que vous contribuez
auxplaisirs de l'esprit;
n'y contribuay -
je pas. aussi?
Vous luy fournissez de belles
connoissances, neluy en fournis-
je pas demesme? Ouplûtost
ne faut-il pas dire que j'aug..
menteplus que vous l'excellence&
la perfection de sa nature?
Car ce qui procure à cet
espritdes notions claires & distintes,
l'éclairéôele côtente davantage,
que ce qui luy enfournit
d'obscures & de confuses. Il
est sans doute que les especes qui
sont imprimées dans l'imagination
parlesecoursdes yeux, ont
une relation juste avec leurs objets,
& qu'il n'enest pas ainsi de
celles que les oreilles font passer
jusqu'à cette faculté de l'ame..
C'est ce que l'expérience nous
apprend tous les jours..UnAveugle
ne parle pas mieuxde mille
choses quedes couleurs. Il ne
sçaitvéritablement ce qu'il dit,
où il est, ny ce:qu'il fait. Et
comment le sçauroit-il?linap~
prend rien que par des récits,
dont par la suite du temps il a.
souvent la douleurdese reconnoistre
le joüet;au lieu qu'un
Homme qui a de bons yeux, de1
quivoit parfaitement clair, est
moins dépendant des autres
Hommes, & moins sujet à s'en
- voir trompé. Il aperçoit les
choses comme elles'- sont en
elles-mesmes. Il a souvent lieu
d'admirer là richesse& là magnificence
des ouvragesde la.
Nature.Ilasans cessedequoys'occuperagréablement,
s"il
veut s'apliquer à découurirtou-,
jours de nouveaux,objetsD-Ç*-
puislecentre de la Terre jusqu'auxCieuxlesplusélevez,,
ji
n'estrien qui ne puissetomber
sous sa ,c.onQoiapcet Il n'efl
pointd'endroitsdansl'une &,
dans ~l'autreBémifphcre,qu£ne
soientsoumisàsà recherchej8~
jusqu'où nepénétrât sa curiosité.
Quellesatissaction n'a-t-il
pointencorlorsqueje l'instruis
decequi s'estpassedemémorabledés
lecommencement dti,
Monde, puis qu'une Histoire
écrite, est plussure&plus dura-,
Meque laTradition quichange
~rwftiaisémentdefauflètcquese
Caméléon de couleur?, Apres i
des yeux avidesdesçavoir,fèi
ront heureuxde trouver dans
lesLivres,quec'eilvous,Pro*
~rnethéc,q\ii'avezfcteél'Hommë
avecla boue; quedans'sa composition
vous avez fait? entrer
une portiondechaque Elément
& que voûsrl'avezerndufujefcauxpassions,
pÜîs que vous avcivoulu
qu'il imitâtle Lièvredans lacrainte,leRenarddansla
malice, le Paon dansl'orgueil,,
le Tigre dans la cruauté, Selë
Lyon dans la colere!Enfin'qtiè
ne découvrira-t-onpoint par lë
moyendelaVéue, ou plûtôftquelsplaisirs
ne pracureray-je
pointencorMaisje m'imagineavoirassez
persuadé par ce que
je viensdedire, que je contribue
le plusà lasatisfactiondé
j'Homme que les autres Sens
La Veuë ayant cessé de parler,
Promethée adressa aussitost ces
paroles à tous les Sens. Ceux
d'entre vous qui fournissent des.
lumieres à l'esprit, satisfont davantage
l'Homme,que ceuxqui
n'ont que les délices du corps
pour objet. Or est-il, que la
Veuë & l'Ouye sont proprement
les Sens qui produisènt le
plus de clartez à l'Ame ; mais,
l'Oüye beaucoup moins que la
Veuë,comme il vient d'estre
montré, car la Veuë a la connoissance
juftede toutes choses,
elle rend l'Hommeindépendant.
& non sujet à' estredupé, & luy
représente devant les yeux par
le moyendel'Histoire les merveilles
de l'antiquité; au lieu
quel'Oüye ne sçait rien quepar
lesrécits qu'elle remarque souvent
avec chagrin, estre fautifs
& mensongers. Il faut donc
avoüer que laVeuë est le Sens
qui contribuë le plus à la satisfaction
de l'Homme.. Afin de
vous convaincre entièrement de
cette vérité, aprenez que le
Sommeil,qui m'a quité depuis le
temps quevous avez commencé
de me tourmenter, & qui est
prest à répandre ses Pavots sur
mes yeux, me fait ressouvenir
que quand j'ay formé l'Homme
, mon intention estoit que la
Veuë fust reconnue pour le
Sens le plus necenaire, & le plus
considérable de tous. Non, le
Sommeilne s'y trompe point. Il
s'attaque d'abord àlaVeuëautant
que chacun de vous fëhto
ses atteintes, &. que le- Corps
humainysoittout àfaitsoûmis;
demefmeque quandun Prince
veut quesonRoyaume observe
exactemementunEdit, son PremierMinistre
enest d'abord informé,
les Officiers subalternes
lesçaventensuite,&insensiblement
tout l'Etat en estimbu,
Les Sens n'ayantrien àrepartir,
laisserent Promethée en
repos. C estpourquoyil ne
tarda point às'endormir au lieumesmeoùilavoittantsouffert
je veux dire, sur le Mont,Caucase.
1 Si parlemoyendès yeuxnousn'avions
pas l'avantagede déterrerdans
les Livres,cequis'est
«aflîi deremarquable durantles
premiers, Siecles, nous serions
encor à, ignorer que là Danse
est née, pour-ainsi dire,.avec
Jupiter. Pausanias fied'autres.
Autheurs nous apprennent
queselon l'accord qui s'èftoir
fait entre Titan & Saturne son
Frère, ce dernier devoit,donner
la mort aux Enfant mâles.
qcauuisneaîtroient de luyjr. ce qui fut
qu'unjourRhea sa Fem- evifad le tromper.. Estant
accouchée de Jupiter, au lieu de
le luy abandonner,elle luy présenta
une Pierre envelopée de
linge, que Saturne dévora
croyant que c'estoit son Fils,
Rhea., quinourrissoitJupiter en
secret, craignit que sa tromperie
ne fust enfin découverte;.
Elle chargeadonclesNymphes
du Mont-Ida nommées Corybantes
ou Dactyles du foin d'élever
ce Fils. Ces Nymphes invenrerent
alors une Danse, dans
laquelle- elles ré servoient de
Boucliers d'airain. Leur pensée
estoit qu'en se rencontrant les
unes auprèsdesautres, ces Boucliers
se toucheroient, & seroient
assez de bruit pour el-npescherqueles
cris deJupiterne
sussent entendus. La Dansea
ésté mesme longtemps appellée
dunoir des Nymphes de qui
elle tiroitsonorigine,c'estàdire,
Dactyle,. Les Livres nous montrent
encor que depuis ce temps,
si éloigné- du nostre & de nos
moeurs,la Danse a toujours esté
cultivée.- Ilsnous apprennent
que les Lacédémoniens cft;
avoient
avoientune dont les pas estoient
militaires,& se formoient au
son d'une harmonie mélée d'enthousiasmes,&
quiportoit les
Hommes au mépris de la mort.
Sans la lecture, qui nous auroit
apprisquela Philosophie la plus
austere ne condamnoit point la
Danse, & qu'un Socrate dans
son Domestique, rioit & dansoit
tout comme un autreHomme?
Comment découvririons-nous
que Néron,tout Empereur qu'il
estoit,seglorisioitd'avoir la qualité
de Danseur? Et s'ileft permis
d'ajouter le Sacré au Prophane,
qui nous diroit que Davida
dansé devant l'Arche d'Alliance?
Enfin ilseroit facile de
nous convaincre par ce qu'on
trouveécritdela Danse, qu'elle
a toûjours esté l'ame des plaisirs
dan sles Festes,qu'elle n'ajamais
manqué d'émouvoir le coeur
par les mignardises, par ses
agrémens, que c'est un noble
exercice, convenable aux deux
Sexes, pratiqué dans leurs diférens
âges, embrasse. depuis le
Sceptre jusqu'à la Houlette, &
qu'il en est de luy de mesme que
de la Renommée que la succes.
sion des temps fait estre de tout,
Païs, & met dans sa perfection.
Vires Acquirit eundo.
Quand on me contesteroit
que la Veuë estle Sens qui contribuë
le plus à la satisfaction
de l'Homme;je croirois avoir
lieu de le soûtenir, si feulement
par son entremise vous aviez
ajoûté foy aux assurancesque je
trousay données dans mes Lettres,
que je fuis, Vostre très, &c.
DE LA SALLE, St de Lestang
A Orleans le 15. ~Ivin 1680.
La Piece qui suit a estéfaite en
saveur de Madame l'Abbesse de
Chasots de Lyon. Cette illustrePersonneestdelaMaison
de Varennes,
&se distingue bien plus par l'éclat
desa vertu, que par les avantages
desanaissance. DeuxdesesDames
voulurent luy témoigner leur rendresse,
& elles souhaiterent que ~e
sustpar une Eglogue. Mr l'Albé
de Sonilhacse chargea pour elles du
foin de la faire, Vousavouerez,
après avoir leu
y
quelles eurent /ù-.
d'en dire contentes.
1DILLE.
PHILIS & CLORIS.
CLORIS. QVelplaisir, ma Thilis, dejoüir
des Beautez
Sinon voit de toutespartsences Lieux
enchantez!
Ces Arbres, ces Rochers,ces Catedme,
ces Prairies,
Çtufent à monesprit d'aimables refveries;
J'y gouste des doi4ceurs 1**°* nepeut
exprimer,
Et ..,o/N n'y trouvezrienquipuisse
vouz charmer. PHILIS.
Non, Cloris, ces Objets nefUtentfohf
y*yeue;
Ilss'offrent àmesyeux,sansquej'en
fbfttfmeue.
Mon coeur trop prévenu, méprise ces
plaisirs,
Vers unplusbeau Sujet ils portent
ses desirs. CLORIS.
l'Objet de voslangueurs, dites-le nous
-
fdnsftinb,
Philis, flrDÍt".cêpas l'incomparable zAmirtte?
Loin d'elle jevousvois dans un abatemens,
Qui vousrend ennuyeux le Lieu le
plus charmant.
PHILIS.
Ilestvray, ma Cloris, cette aimable
Tiergere^
Mieuxqu'aucune, a trouvélesecret
demeplaire,
Et, s'ilfautl'avoüer,jepÑtous mes
efforts
Pour la rendre sensible àmes tendres
transports.
MdkVieUX, je nevois pas qme cediscours
ynushlejje,
Etqueje chaqueenfin yofire délicaup.
Tardonne^-moy
,
Cloris, un mouvement
Jifranc;
Aminte alepremier, &vous &vous lesecond r*"Z\
Etmoncoeurentrevousprétendpou-
"voirsans crime
Vouspartagerainsimaflâme& mon
estime. CLORIS.
Non, vostre coeur luydoit toutesa
Pdfltôn,
Et yosms miesuorprennez pa-.r sa divi- PHILIS.
Il craint que cetaveu, Cloris,ne yoas
irrite.
CLORIS.
Tour m'enfâcher, Aminte efi d'un
tropgrand mérite;
On ne peut condamner un aussisage
choix,
Sans blesserlaRaison, "7 ses plus
justes Loix.
LesDieuxsursa Personne ont "'terft'
tant de charmes,
Qu'ilfautqu'àleuraspectnous mettions
bas les Armes.
J'enressens, comme yomt l'inévitable
effet,
Et loin d'elle mon coeurn'estjamais
satisfait.
Pourses divins attraits mon ardeur
est extréme,
Etvousl'aimez,Philis, bien moins
queje ne l'aime.
PHILIS.
Quetous connoissezmalvotre amour
Cor le mien!
C LORIS.
L'un (JF l'autreparoist je les connois
fort bien.
Le ,,s!ouJlrrepeafisisen. mais le mien le Iladesmouvemens.
PHILIS.
ffe\maClorû)degrace^
Cessez Nil tel discours, je nepuis le
fîttffrir,
jiyec ce sentiment vous ne faites
mourir»•
Ab, Cloris, votre coeur nesentrien ik
sitendre.
CLORIS.
Ah, Philis,sonardeur nesçauraitse
comprendre.
PHILIS.
Aminte atous mes "'æNI CLORIS.
Aminte tout mon ceeuf PHILIS.
Elle faitmesplaisirs,
CLORIS.
Ellefaitmal,,,,.ru.r..,
PHILIS.
*fetnefaisunbonheurd'eflre fousJb»
empire*CLORIS.
C'tftfour/esfeulsaffat que mon ame
soûpire.
PHILIS.
*Ayàntqu*âfineg'ardmon amoursoit
détruit,
L'Etéserasansfleur,&l'Automne
sansfruit.
CLORIS.
Et ce «-fMetdU plutost interrompant sacourse Parun
sasourrectoeu;r nouveau monterA vers
Le miel de nos Jardins naura plus
rien de doux,
Et les :Br/bill seront d'accord avec
les Loupss
Oüy,plutostauprèsd'eux ellesvivront
sans crainte
Quejecesse d'aimer l'incomparable
Aminte.PHILIS.
Je 1oy que nos debats "eYÙIl"'Qitflt
eternels,
JTnijfînsnos deux coeurspar des noeuds
immortels,
Etconfondantat'nfl les transports de
nos ames,
Offrons-luy, ma Cloris, &plu* tendre
des ifâmes.
CLORIS.
J'y consens; mais,Tbilic,joignonsencornosvoix,
Etfaisonsdesonnomretentirtous nos
ISois,
Ilfaut tout consacreràl'éclatdesa
gloire,
Qu'elle regne en nos coeurs, & dans
nostremémoire.
DE L'ORIGINE DE LA
Danse,de ceux qui l'ontintC/
entée, & deses diferentes especes.
DE grace, Mercure, quelle
est vostre intention, de
maiis. demander l'origine de la
Danse?Avez-vous oublié que
dés la Création du Monde vous
la menez à vostre tour avec les,
autres Dieux & Déesses,dans
ce Branle continu,queles Grecs,
appellent ~Thyase, ou Danse celeste,
&quisefaitparles Etoiles,
&: par les Planetes, où vous tenez
vostre place comme les autres?
Mais comme ce Branle ne
se peut faire sans harmonie, &
que la diversité des tons, où le
grave se mesle avec l'aigu, nese
fair qu'avec un bruit violent &
excessif, à cause de la rapidité
des Astres & desmouvemens
précipitez des Cieux, il est impossible
aux Hommes de les
entendre. Aussi le mesme accii
dent leur arrive-t-il qu'aux Habitans
d'autourles Catadoupes,
qui pour le grand bruit que fait
le Nil en sa chute, se précipitant
de ces hauts Rochers, naissent
naturellement lourds. Toutefois
c'est delàquenousapprenons
que l'Harmonie a sept diférens
tons, autant qu'il ya de Planetes,
& que desmouvemens des
Cieux procede cette premiere
Danse, que les Hommes ont
tâché, d'imiter avec des Instrumens
Ciceron en parle de la
forte dans le Songe de Scipion.
Mais, ô Divinité,je découvre
icy vostre intention. Vous nous
demandez quels font les premiers
Inventeurs de l'Harmonie
& de la Danse entre les Hommes,
& quisont ceux qui les ont
introduites. Avantque de vous
répondre, il est besoin d'en donner
la définition apres l'introduction,
& de distinguer les Nations
& les temps, & laFable
d'avecl'Histoire.
La Danse n'a jamais pû estre
introduite entre les Hommes
sansl'Harmonie,ny l'Harmonie
sans la Danse Ce font deux
Soeurs inséparables, ou si l'on
veut, deux Arts divins, qui se
tiennent tellement attachez ensemble,
que l'un ne peut subsistersans
l'autre, & quiayant
estécultivez avec le temps, ont
maintenant acquis icy-bas toute
leur perfection Ils sont aussi
anciens que le Monde, & ont
Jperuisx,naissance avec la Paix, les
les Ris,& l'Amour. Que
nedoit-on pas doncàl'Autheur
delaPaix, qui, comme une Divinité,
ramene tous ces plaisirs
innocens en un mesmé temps,
&lors qu'on les espéroit le
moins?
Les Hommes n'estoient pas
encor beaucoup éloignez de
leur principe, quandJosephe
dans sonHistoire nousapprend
queJubal Fils deLamech, a esté
le premier Inventeur des Instrumens
, de l'Harmonie, & de la
Danse. Ce fut luy qui de la
coquille d'une Tortuë se fit le
corps d'un Luth,&des entrailles
des Animaux, les cordes.
Cette nouveauté plût entre les
premiers Hommes, & en fuite
on a tâchéde l'augmenter.
Emanuel Thesaurus en son Livre
de l'Art Lapidaire, ou la
Vie des Patriarches, dit des merveilles
de ce Jubal, & le petit
Traite qu'il en asait est intitulé
N.tnia.',
, Pour définir la Danse ce
n'est rien autre chose qu'une
certaine faculté & disposition
du Corps, qui pardes mouvemens
proportionnez & des postures
accordantes au son des
Instrumens ou de laVoix,s'anime
& le conduit à la cadence,
& qui félon les nombres, les
modes, & les mesures de l'Art,
imite & exprime les passions
de l'Amepar les actions du
Corps.
,
Plutarque en ses Questions
Convivales dit, apres Aristote,
que cetteimitation&expression
ne se peut faire que par des mou.
vemensformez surl'Harmonie,
èc que la Danse a trois partie
donc l'une consisteenmouvemens,
l'autre en habitudes,&
laderniereenpauses.Maisquoy
qu'il y ait deux diférences, l'une
par mouvemens continus, '&.
l'autre par certaines pausesselon
lessujets, ce n'est pas qu'il n'y
ait des mouvemens & des gesticulations
en l'une & en l'autre,
maisen l'une davantage, & en
l'autre moins.
-
Deces trois parties de la
Danse, ces autres especes sont
dérivées, la Continuë, la Remise,
la Composée, la Serieuse,
la Molle, la Figurée, & la Satyriqueoubousonne.
Mais surtoutes
les autres, la Figurée a
l'avantage de mieux représenter
les mouvemens du Corps & les
passions de l'Ame.Elles ont
encord'autres noms tirez de
leurs Inventeurs,comme la Pyrrhiqué
; ou des Régions,comme
l'Ionienne; ou des Peuples, comme
la Lydienne; & quelquefois
elles empruntent leurs noms des
mouvemens,des postures&des
gesticulations du Corps;comme
elles font suffi des vestemens,
ou de l'état où font les
Personnages, soit en armes ou
non ,
fous le masque, ou avec
quelque autre appareil qui convienne
au sujet.
Les trois especes de Danses
chez les Anciens, qui passoient
pour les plusnobles,estoient
l'Emmélie. Celle-cy est grave&
composée, & ne servoit que,
dans lesTragédies,où la grvité
des Héros estoitaussibien marquée
que leurs passions L'autre
nommée Cordace, estoit beaucoup
plus libre, & se donnoit
bien plus de licence; elle s'eniployoit
dans les Comédies, où
les moeurs & les actions des
Hommes estoientreprésentées.
Quelques-uns en donnent l'invention
à Bacchus au retour des
Indes, après sa viaoire & sa
conqueste. La derniere dite sJcinnis,
ne sepratiquoitquedans
les Pieces satyriques ou bousonnes
:c'est où l'on introduisoit
sous le masque les Faunes,
les Satyres, les Egipans, les Sylvains,
les Dryades, & les autres
Nymphesbocageres Se champestres.
L'onenl'invention
à Sicynnus de Crete,
doncelle a prisson nom & Scn*
monladonneàThersippus. Eurypide
en parle assèzamplement.
De toutes ces diférentesespecesde
Danses, les unes'employaient
dans les Nôces, les
autresdans les Sacrifices, d'autres
dans les Pompes &dans les
Spéctacles publics; &d'autres
sur leTheatre. L'on peut voir
cequ'en disent Athenée, Cælius,
Rhodiginus, Scaliger, Hierôme
Mercurial, Rosinus en ses Antiquitez
Romaines, Alexandre
Sardusdans Polydore Virgile,
TheodorusZuingerus en son
Theatre de la Vie humaine;
outre Homere, Platon, Aristote,
Xénophon, Galien, Strabon,
Boilux,&Lucien
Commeles Anciensn'ontjamais
méprisélaDanse,&que.
jamais aussi il ne se faisoit de Cerémonies
ou de Spétacles publics
qu'elle n'ysust employée,
on peut dire qu'outre le plaisir
&le divertissementque les Principaux
y prenoient aussibien
que le Peuple, ils en avoient
remarqué l'utilité comme necessaire
au bien public,& à la
consèrvationde leurs Etats
C'est ce que les exemples nous
vont confirmer.
La Grece, à qui l'on donne
la découverte & l'invention des
plusbelleschosés, cultiva cet
Art avec beaucoup de foin &
d'étude, parceque ceux qui
présidoient aux Gouvernemens
marquoient qu'il servoit beau
coup à façonner le Corps de
leur jeunesse.,& qu'il luy donnoit
des dispositionsmerveilleuses
àla Milice, & dans lesSacrifices
une attache particulière.
De là vientqu'Orphée &. Mufée,
les plus anciens Autheurs
des Grecs,ont dit que l'on ne
pouvoit estre admis dans les
Mysteres, &. dans les Cérémonies,
sans l' Harmonie & la
Danse. Homere apres eux dans
son Iliade, donne de merveilleuseslouanges
à ses Héros,
pour avoir excellédans la Darse,
& y avoir acquis beaucoup
de réputation nonseulement
chez eux, mais aussi chez les
Troyens leurs ennemis, parce
que par le secours de cet Art
ils,s'estoient rendus beaucoup
plus dispos à la guerre, & à faire
de grandesactions,quepartout:
autre exercice.
Dansce mesme temps,la
Danse qu'on appelle pyrhique,
&que Solin &Strabon disent
avoir elleinventé par Pyrrhus
le Cydonien,& Aristote par
Achille, ne se faisoit que fous
les armes avec les mouvemens:
du pied & le bruit des mesmes
armes, si c'estoit à pied; mais si
clestoit àcheval comme le plus
souvent,y elle se faisoit d'une
autremaniéré. Il se formoitdes
Troupes de jeunes Seigneursou
Princes parragez par Bandes,
que nous appelions presentement
Quadrilles, qui avoient le
Casque en teste, la Lance en
une main,&. le Bouclier en
l'autre, & que des Chefs expérimentez
conduisoient à cet
exercice si noble, qui tenoit
beaucoup du militaire, & qui
ne se faisoit que par modes, cadences,
mesures, courses,pauses,
&chamades. On en trouve en
l'Eneide de Virgile un fameux
exemple qui se donna par les
jeunes Princes Troyens & Siciliens;
en la présence d'Enée&
d'Aceste Roy de Sicile. Les
Garrousels ez les Coursesde
Telles, qui sefont dans les plus
belles Cours de l'Europe, ont
quelque chose d'approchant de
ces exercices si fameux. v ,,'4
., La Fable veut tirer l'origine
de la Danse Pyrrhique de plus
loin, & dit qu'elle avoit esté
inventée parla Déesse Pallas,
quand apres la défaitedes
Geans, en figne de joye &'de
triomphe, elle dansa la première
toute armée, & qu'elle
mena à la cadence les autres
Dieux &Déesses,
La mesme feint que Berecynte
ou Rhée, enseigna la
Danse à ses Prestres, qui ef--
toient les Curetes en Crete,&
les Corybanresen Phrygie,&
que pendant leurs Sacrifices, ils
ne la pouvoient faire qu'avec
des mouvemens violens,des trépignemens,
&des battemens de
pieds contre terre,& avec une
especedebruit aigu, en frapant
des Epéès courtes & des Javelots
sur de petits Boucliers d'airain
, & qu'ainsi ils sauverent
Jupiter nouveau né, qui auroit
esté
esté devoré de Saturne ion
Pere.
Hésiode dit qu'il avoit veu
luy -
mesme les Mufes danser
pres d'une vive Fontaineautour
de l'Autel deleur PereJupiter,
où Eraton, Polymnie, & Terpsicore
, menoient le Branle.
Ce sont aussi ces Filles immortelles
que les Poëtes feignent
avoir inventé la cadence des
Paroles, la liaison des Mots, les
tons de laMusique, l'harmonie
des Instrumens, & la Danse.
Apollon leur Frère est aussi fameux
pour les mesmes Arts; 6c
le Parnasse éloigné du bruit&
du tumulte, est le lieu où ils les
pratiquent.
Les anciens Héros, comme
Thesée, Achille, Pyrrhus, Mérion,
Epaminondas,Scipion, &
Alexandre, auraportd'Emilius
Probus, avant leurscombats
aussi-bien qu'après leurs viétoi':'
res, n'ont fait aucune difficulté
d'assujettir leurs corps militaires
& triomphans, aux nombres & à
la cadence des Instrumens, jugeant
que par un si noble exercice
, ils confervoient ouaugmentoient
la disposition qu'ils
avoient acquise pourlaguerre.
Xenophon dans ses Symposiaques,
nous rapporte que les
plus sçavans des Anciens eurent
beaucoup d'inclination pour la
Danse, tel que Socrate., qui
quoy que grand Philosophe, s'y
adonna sur le déclin de son âge,
aussi-hien que Diogene. Athenéeaima
la Danse appellée
Memphitique, qu'il avoit apprise
des Egyptiens.Pythagorese
donna la mesme liberté. ,Aristipes
fit gloire de danser devant
le Roy de Sicile: ainsi donc ils
y trouvoient tous des dispositionsà
la bienseance& à la
grâce du Corps.
Les Lacedémoniens, qui ont
esté les plus illustres de toute la
Grece, apprirent cet Art de
Castor 6c de Pollux, & le crûrent
si necessaire, qu'ils y faisoient
instruire leur Jeunesse, se
persuadant que la Danse n'estoit
pas moins utile que l'Artmilitaire;
aussi c'est de là qu'on peut
dire qu'ils doivent une partie
de leur gloire à la Dans 5c à
l'Harmonie. Venons à d'autres
Nations
Les Pheaques, Hommes abondans
en toute sorte de delices
s'y adonnoient avec tant de pasfion,
qu'ils estimoient que ce
seroit retrancher un des plaisirs
de la vie,que d'introduire la
Danse; aussi aucun n'estoit estimé
chez eux, s'il n'y excelloir.
Les Thessaliens appelloienc
leurs Magistrats Proorquesteres,
comme par une marqued'honneur,
parce qu'ils faisoient gloire
de porter le nom d'habiles Danseurs,
& en menoient les premiers
la cadence.
Dans l'Islede Délos, les Sacrifices
ne se faisoient jamais
sans la Danse ôc sans l'Harmonie
;
&il y avoit des Choeurs de
jeunes Hommes qui s'y exerçoientpendant
la Cérémonie
au son de la Flûte & de la Lyre,
comme si par là leurs Prestres
& leurs Sacrificateurs jugeoient
qu'ils avoient plus d'attaché aux
Mysteres.
Les Indiens n'adoroient jamais
le Soleil qu'en dansant,
soit àson lever, ou à son couchant
, ; & les Brachmanes qui
estoient leurs Prestres, se fervoient
de la Danse dans leurs
Sacrifices.
Les Ethyopiens n'alloient jamais
au combat qu'en posture
de Danse, portant autour de
leur teste leurs flechés en forme
de rayons, pour donner plus
d'étonnement ou d'effroy à
leurs Ennemis.
Les Principaux des Tvriens
& des Troyens, dans le Palais
,
de Didon Reyne de Carthage,
qui donnoitlerégalàEnée,faisoient
divers Choeurs de Danse,
& c'estoient les Tyriensqui menoient
le Branle, Jopas
@
joüant
alors de la Harpe, comme dit
Virgile.
r, CD,hez'* les Anciens, la Danse
par Choeurs,quenousappellons
Ballets, dans les Intermedes oit
Entr'actes, se faisoit dans les:
Tragedies& dans les autres
Pieces de Theatre,avec des
Voix & des Instrumens, où l'on
admettoit les Personnesde l'un
& de l'autre Sexe, & le sujet de
- ces Choeurs, avoit du raport
/vëè'l'Argurnent. de la Piece.
C'est ce que dit Horace en ses
Satyres, & Seneque en sa
Troade.
La Danse qu'ils appelloient
Hormus, estoit composée de
jeunes Hommes & de Filles,
dont l'un menoit le Branle avec
des posturesmâles & belliqueuses,
& les Filles les suivoient
avec plus de modestie, comme
pour faire une harmonie de ces
deuxVertus,la Force & laTempérance.
Les Pantomimes qui dansent
dans les Ballets, doivent avoir
beaucoup de disposition du
corps & de l'esprit, les mouvement
subtils & justes, l'oreille
fine, l'esprit judicieux & présent,
l'intelligence deroutes les
passins pourles imiter ou contrefaire,
& principalement la
connoissancede toute la Fable,
la taille plus avantageuse que
petite, &. une justesse en toutes
leurs actions, à moins, comme
ddit Ciicceronu, delpaesserspou.r ri-
- Nous passerions icy sous silence
laDanse des Sybarites &
des Bacchantes, n'estoitque
nousne voulons rien lasser à
dcfircr sur cette matiere. Les
S> barites, Peuple extrémement
voluptueux, ytrouvoientleurs
divertissemens & leurs delices,.
&. .f{ÍÊLnt IneÍine .inHruire J" Se u[-
ques a leurs Chevaux,ils n'alloient
jamaisaux Banquets qu'à
la cadence, au sondesFlûtes&
des Hautbois. C'est d'où les
Crotoniates leurs ennemis prirent
occasion de les vaincre,
lors qu'il en fallut venir aux
mains avec la Cavalerie; car
ceux-cy au lieu de faire sonner
l'allarme, firent joüer des Branles;
ce que les Chevauxvoulant
suivre, il leur fut facile demettre
en déroute toute la Cavalerie
des Sybarites. La Danse
des Bacchantes ne se faisoir que.
pendant la nuit avec des hurlemens
& des cris furieux, & lors
qu'on celébroit les Orgyes, qui
estoient les Festes de Bacchus,
où ces Femmesécervelées,avec
des mouvemens emportez, le
produisoient, couronnées de
Lierre ou de Pampre, ayant des
Thyrses enla main, & couvertes
de peaux de Tigres,de Loups
Cerviers,ou d'autres Animaux
farouches, & pleines plutost de
Vin, que des inspirations de
Bacchus. C'est d'où sont venuës
les Bacchanales. Mais
comme ces Danses sentoientles
Furies, ces Femmes ycommetroient
des actions sanglantes.
Orphée à leur rencontre en fut
déchiré en pieces, &la douceur
de sa Lyre qui touchoit lesRo
chers, & les Animaux les plusfurieux,
ne pûtrien sur ces Femmes
qui en firent leur victime,
& leur fureur alloit encor si
loin, que PenthéeFils d'Agare,
quoy que Roy des Thébains,
pour avoir méprisé les Festes
de Bacchus, fut déchiréen morceaux
par sa Mere mesme& par
les autres Bacchantes.. C'est ce
que rapporte Virgile en f011
Moucheron, &Horace en ses
Satyres.
Les Romains estoient aussi
fort affectionnez à l'Harmonie
& à la Danse, & principalement
dansleurs Banquets. Quelquesuns
disentque l'une & l'autre a
esté introduite en Italie parPylade
Sicilien, & d'autres parBatyllus
d'Alexandrie. Juvenal en
parle en les Satyres. La pompe
& les grandes magnificences de
cette Nation les avoit portez à
toutes les choses qui flatent les
sens; &ce que les autres Nations
faisoient par politique,
celle-cy le faisoit par luxe :ce
qui servoit d'établissement aux
autres, celle-cy en faisoit un
usage pour ses plaisirs & pour
sa ruine. De là vient qu'on
trouve dans rosinus,Macrobius
en ses Saturnales, &dans Cælius
Rhodiginus, que quelques Empereurs
en leurs somptueuxFestins,
sedéguifoient en Divinitez
celestes,terrestres, ou marines,
pour y pratiquer leurs Danses.
Mais ce qui sentoitchez les Romains
la molesse,chez lesGrecs.
les Troyens, & autres Penples,
sentoit la generosité. On faisoit
donc dansles Danses des Romains,
des postures des pieds&
desmains, & des gesticulations
de toutle Corps, comme font
les Basteleurs ou les Danseurs
deMorisques; & c'èftdequoy
Perse & Juvenal se raillent en
leurs Satyres, & ce que rapportentVelleius,
Artemidore, Ll-à,
pfe, & Leontius en son Antologie.
Martial mesme ajoûte,
qu'àl'entrée des 11011ve:HlX;
Mets,-Se lors que l'on commençoit
les Danses, on faisoitjouer
des Instrumens hydrauliques,
&qu'alors de jeunes Gens de
l'un & de l'autre sexe, faits venir,
de Syrie., ci'Afrique, ou de Cadix,
au son de la Voix ou des
Instrumens, passoient la plus
grande partie de la nuit en diverses
cfpeces de Danses, &
c'estoit un des plus grands plaisirs
de cette voluptueuseNation.
On trouve encor que les Empereurs
Romains seplûrent d'avoir
dans leurs Triomphes, des
Satyres & des Silenes, qui par
des postures & des gesticulations
boufonnes, imitoient les
Danses serieuses, estant couverts
de peaux de Bouc, ou de
vestemens tissus de Jonc & de
Genest, entremeslez de Fleurs-
& dans leursInpromptus ils donnoient
des brocards au Peuple.
Ce que ceux de Livourne &
d'Ombrie ont retenu dans leurs
Satyres & leurs Boufonneries.
Remarquons encor que dans
les Theatres des Romains il y
avoit une Place appellée orguestre,
où se mettoient les
Joueurs dinstrumens, & où se
faisoient les Danses dans les
Comédies, & que les Empereurs
mesmes ne faisoient pas
de difficulté d'y joüer leurs personnages,
& d'y avoir leurs Fauteuils.
C'est ce que Suetone
rapporte en la Vie d'Auguste.
La Danse des Saliens, qui estoient
des Prestres de Mars chez
les mesmes Romains, sefaisoit
pendant les Sacrifices; & l'on
tient que pour estre plus agiles
& plus vifs, ilsdansoient pieds
nuds sur les charbons ardens.
NosHistoires, aussi bien que
les Commentaires de César, &
Cicéron de la naturedes Dieux,
font mention que les anciens
Druydes, qui estoient de vénérables
Magesou Prestres habitans
dans les Forets, où ils s'adonnoient
fortà la Spéculation,
À la Philosophie, & àla contemplation
des Astres, avoient
coutume au premier jour de
l'année daller avec cerémonie
danser autour des Chesnes, donc
ils tiroient leur nom,&:d'y cueillir
par apres le Guy. C'est d'où
est venu ce fameux Proverbe,
AuGuyl'anneuf.
AdviscumDruida, Druidafaitare
.jòlebllnt.
Ces anciens Druydes ont subsisté
dans les Gaules jusques au
temps de l'Empereur Auguste,
& ce futl'Empereur Claude V.
qui les abolit entièrement. La
Ville de Dreux en a pris le
nom.
Pour couronner donc glorieusement
la Danse, nous dironsqu'elle
est si propre à dresser
le Corps, à former la grâce,
& à relever les actions des jeunes
Seigneurs ou Princes, que
l'on ne manque pas de les y
faire instruire selon le merite de
leur naissance & la dignité de
leurs Personnes, & c'est ce qui
se pratique dans toutes les Cours
de l'Europe, tant pour l'utilité,
que pour le diverssement des
Testes couronnées. Nous ajoutons
icy l'union de tous les plai.
iirs, par le retour de la Paix &
du Siecle d'or.
MErcure, l'on te doit, comme au
plusgranddes Vieux,
Lesplaijtrsqu'on trouve à la Vanre;,
Tuûque tu nous apprens que le Branle
des deux
En donne ote re lit cadence.
Les Mortels curieux de cet Art tout
divin,
De U nuitpercerentlestoiles,
Et contemplant le Ciel, enapprirent
enfin
La Danse qu'ysont les Etoiles.
Ils y virent ton rang , tes mesures,
tespas,
Etdans cenoble Art tant decharmes,
Qu'ils l'observentdepuis avectousses
appas,-
Sluatsdla Paixfaitquitterlesarmesi
C'estalors queVonyoitjusquaux
jeunes Bergers,
C!¡$rme'{ de leursNymphessuperbes
Ensuivre l'harmonieavec leurspieds
1 lr.
Dansantsurlesfloeurs cr> lesherhes.
Tour desplaisirssedoux,ilfautun
doux repos;
C'estce que la *Paixfaitrenaiflres
Si ce calme n'estdû qu'auxJoinsd'un
grand Héros,
LOVIS peut s'en dire le Maistre.
Toutel'Europe envoit les merveilleus
effets,
Par l'union de tousses Princes;
Et ce charmant bonheurquegonstent
leurs Sujets,
S'étend danstoutesles Provinces.
C'sestde là que lesRis,lesAmours C"
les Jeux,
Précedentsouvent l'Hjmulti
et qu'ensuite l'Hymenfait parses
fierez noeuds
Vlusd'uneheuriufe deftinçc.
La France, la Baviere, (jylBjfdgne
àfin tour,
Goustent ces douceurs mutuelles,
ParlaPaix,parles Tfjs, par l%Ifjmen,
&l'Amour,
Dans leurs unions éternelles,
Apres des jeux sidoux,&d'aussi
doux!ltllt;"s,-
Quinaissent d'àvnepivrejoye,
2ïeyoit-onpa? s"unirdans leursardent
desîrs
Le Torturai&la S,,"'oJ?
guand leNortafîny tant de Qmbats
affreux>,
1
Parlerepos qui leursuccede,
IltrA~ï*iïïc à l'Hymen, qui s'enva
rendre heureux
Le Dannemare (yla Suede.
Si donc tant de plaisirs, cg., tant de
jeux chttrmans^
Renaissent en chaque Contrée,
qued'acclamationscr ddolaudemens
Doit-onà la divine .Astres
Elle quitta la terre,après leSiecle <?or9
Tour la Discorde&pour la haines
Elle lefaitrenaistre,&vient régner
encon
Mais c'eji mon Roy qui la ramene.
Si nous devons aux TÇoySyCe que l'on
doit aux Vieux,
O GrandRoy, quelleestvoqtregloire!
pOM nesçaurieç donner cequ'on demandeaux
deux,
Qu'en yom retranchant la Victoire.
Oüy, la Posteritévaaparler à jamait
Devous autrement qued*Auguftey
Quandvousvous faites voir, en redonnant
la Paix,
Toujoursgrand,généreux ÇPju(te,
RAVLT,de Roüen.
Voicy plusieurs Madrigaux qui
m'ont esté envoyez, sur l'Histoire
Enigmatique du dernier Extraordinaire.
Elle ne cachoitautrechose
qu'une faire de Pantoufles & de
Souliers. Toutes les convenances'
en sont aiséesà trouver. Les Grecs
nom ont sourny le mot Crepida,
qui veutdire Soulier, ou Pantoufle.
I. JArnaùt je n'aurais deyitte"
Ce que le Mercure a donné
:J.J:JjôIN un sens enigmatique,
Sijen'avois veu ce matin
Dans unTableaufaitàl'antique,
Agenoux lepauvreScapin
Qui baise de Dame jLhgélique
Les Pantoufles&le Patin,
Tandis que lodelet rit&luyfait la
nique.
LE P. LA TOVRNELLE.
c , II. E n'estpaspour des Ecoliers
Quel'onproprose cette Ffift()i,."
Carseulent ils aimentmieux boire,
Que de s'acheter des Souliers;
Souventaussisans nulsscrupules
Ilsportent aux talonsdes Mules.
OGIER-TERRAVDIERE,
de Niort..
p III. Our devinerl'histoireEnigmatique,
N'lIlIi'{ point consulterles PeresCordeliers,
Soyezunpeumélancolique,
Irtefurc^ tous vospas, regardant yçs
Souliers,
Vousaurez découvertlamoitié du
mistere;
Maûjiyowdeftre^fçayoirl'Ififlaire
entiere,
Décbaussez-lesfortpromptement,
Etprenezvos Mulesde Chambre,
Patir J,u..,e'{du jus de Septteemmbrree,,
Vousl'expliquerezseûrement,
SEGVINIERE-POIGNANT..
V IV. Ousestesdit-on,empesché
Apenétrerlesens rdehi
TfeJfoM l'Enigme du Mercure;
N'y "f.,e"{pllM, jevousassure
Que je l'ay découvertenfin,
Et qu'en me le"'lIlIt, ce matin,
I'aytrouve'cesdeux SoeursjumeUesy,
Et leurs deuxFrères aupresd'elles,
Tousquatreprestsàmeservir,
Tsur+a-tour,félon mondesir.
Z'it) pris les deux Soeurslespremiereis;,
Ensuite les Zumeauxleurs Frères,
Etleurayfaitgrandeamitié't
Carc'estoit chaussure à monpié.
En considérant leurfigure, l'J déyelopéleMercure.
Les PartoutessontlesdeuxSoeurs
Dontpltt/eee DieudesCauseurs,
Leurfort dltlè rendreservice
Ddns leplttsyil&bas office,
Iusqu'à terre,dessous nospas,
On nesçauroitservirplus bas.
Les Souliers,quifontleursdeuxFrerts»
Pour le plaisir OUleS affaires,
Dans laSalle, oulegrandChemin,
Serventà tout le Genre humain.
Ils sontjumeaux,onleconfesse,
Maispoursçarvoirledroit d'aînejfh
Des Pantoufles ou des Souliers, Ilfautparler aux Cordonniers.
Les Souliersfontplus bautsde taille,
S*Hs nesont Souliers de Canaille;
LesPantoufles n'ontpascomme eux
Les oreilles aupres des yeux;
Wd* elles ont aussi la joye
De ne point sentir decouroye
Qui leur cause t'ttt..ffl.jOio"
3Oe la fâcheuse 4tjlr¡dio.
J£ue l'enskit.soufrir à leurs Frères^
Aqui leurs Maistressont severes,
Il Les tiennent dans des liens
ji l'attache comme des Chiens.
C*efi une chose "fit. commune
7Je"'ssir laforme de la Lune
uxSouliers de nos aCourtisans;
Les Laquais n'ensontpas contens.
SilesTamoufle*fontd'uftge,
Ce n'estpaspour un long Í;,,'
Car le travail neleurJfIPM,
On les entendgronder tout bas,
Aumoindrepasqu'on Leurfaitfaire,
Tant le repos est leuraffaire.
Ellesont, pour lapropreté^
D'unetrès-grande IItiJ;tt!,
Etferment volontiers les Carnet,
Pendattout le temps que leurs Femmes
Préparent leurs Freresjumeaux,
Les rendentpropres, nets&bea",
j?\urVenirfaiteteurojficé)
ëfl&rrU+cr duservice.
y»jeuneHomme ~defortbonbec,
M'aditqueleur nom estoit Grècr
fourtels,jedemandegrttce^ Vi!
fkrpour duGrec je vous en ilffi.
LABLONDINE Gvimh*
V.
Es deuxPrere*\jumeaux^XP*kf>,
deux Soeursjumelles, .~e
Les *tnsd'uuCuirbriUantiles autres
"'1S"tÎII,,'jf'i' !:, r",.: 'J
De VeUufSy de.,.MtJ/
?-t. lefiusfîtty
- Riches engalonsd%$r,fajfemevs^ 'II
dentellesy ! 7
Servant lesoir (y le matin,
jÇuoy quebruyantes,Ufies^keàrf,
Nesontpas ce quefûtjadis leB
dequtn, ,' ',:
, 2fy làGalecbeoul'S^arfin^
ïïy la Sandale à troûfemeUtS*
Ny la Multi»}&?***•> ,\ ;.\
Maisje Ycaxft/'êh metonde,oude~ ,;"tWtjl
Sifa#Enigmemefienfin
Et le Soulier&laPantoufle.
c VRAVIT,deIRoü.en. Herchant de l'Enigme le Mot,
MwbUml"tltNJ-M estébiensot,
ei*rom m'eu£te^ IJMs;,ÍollZl
restées,
(Ay-je dit memordantlesdoigts,)
rancouflestjeyous*yfartées.,
IPtndéMt les fustrt derniersMois
L.F.V,deMorlaix.
TII.
ntfireG*UntMercure;
97m1»Jrtlf,jujfucs JùrU<
Çhaujptre.
Afresctfuil*dit,ne*dèpl*i/èfakfeutt,-.am-m/jt
Jesuis perfutdéfutleiflusi»cr&
dmles
Croiront y»'assurèment lesSouliers
&les Mules
Sontdetouttemps Freres&Soeurs.
LI FIEBVRE, dtArgenton,
Chasteau en Poitou.
D VIII. Ire que dés ftiOft estAmant
Onceffcfeftrecharitable,
C'ejfnous raconter une Fable,
Voit-onquepour estregalant%
Mercuresoit moinssecondable?
Il court lesRoyaumes entiers,
Etdonneàtous ceuxqu'il rencontre,
JEnJècrety çr>sansfaire montre,
Des Pantoufles& des Souliers.
MILLOT, de Marseille.
T IX. r"(ÍI,JffJ(}J bon tant rester
VessêsCfÇiJtoireSnijmatifue?
IRienncft,*mavissifacileàtrouver 1Cependantdepuisprêt d'unMois ':
*Tunef*ûyuemordretesdoigts;
Aforce d'y ress") biensouvent tM. > tef'oufies.
Ilfautpeufourt'embArajfcr>
"t¿j¿Àquespoeurntesdoennsers)i longtemps
On m* quà retournersesSouliers en Pantoufles.
DEBRIELLEL'aîné,
de Clamecy. , X. LEsens de l'Enigmestiflorifue,
Comprend,Sijem'y connois bien,
Certaines Pieces de "Boutique,
Souliers, Mules,oucen'estrien.
L'Inconnu d'Abbeville.
Ceux qui ont trouvé lesensdela
mesme Hiftoire-,fontMadcmoijcllè
delaBorderie, dererneiiit;mcf.
sieurs deVille-Chaluer; C.Hutuge,
d'Orleans;Bessin,Lieutenantde
Clamecy; Miconet, dechâlonssur
fSjeaanfesaViorleft»RiuSe MontorguèiU Rheimti
Le Bïcjf'l Àïïc MùntmarfnYJ^rncï
le Pere ;DeGermigny, de Cbmcj,
Cakvdin, c'oredear,rdy>
Bon Clerc de ÇhâlwssurSaojtli
Tamiriste,delaRuëdela Cerisaye;
LesReclusdeS.Leud'Amiens;Le
Cbiyatïçjde/&Salamandre) Le
Berger desRivesdu Tarn ; Le Solitaire
de Gcneve ; LeSolitaire de Çarpagvt^ Les Nouveaux Académiciens
de Beaïéya,îsiLa Bergere
.diey1iUecbcfy&laBeûe Brunedu dela Megisserie.
(
j'adjûute une nouvelle Histoire
Inigintrique, dont JJrltli3dlit.
de Lestang,estl'Autheur.
-II''J,é,, < - ,,'(;\\ ",
\.qn,>),¡t
':\ :
:
-t fc" AVrol" :-i. ,,?.":'L
•h •c» - "",\, .- .t.a.\ vVÇO „ cNtfioeingdneoli'tIadvoalnattlr'eiexqtiune-
& ,"t=Hje .--.--Ii,\i,,-,--'ii. Sucnc'easvseouirssdquec'uenluMyaqruy.iUarnedçeesu d'Enhautleôf;":
Corpsd'unlienindissoluble
veutqueuru lafois. Ilnepretend
soitunePolygamie,quechacun
decesMarysepouseuneautre
Femmequemoy.Ilmetcette
diférence entre mon Mariage&
les autres,qu'il permetjusqu'à la
dernierePosterité qu'onen renouvelle
tous lesanslacerémonie.
On choisit pour la faire,un
des jours les plus solemnelsde
l'année, & j'y fers comme '<le
Theatre. Il est d'une notorieté
incontestable, que c'est laReconnoissance
qui a contractéce
Mariage,&qu'il n'en naistrajamais
rien. C'est toujoursleplus
considérable qui
-
m'épouse au
nom des autres,&il n'en attend
ps un bonheur semblable à
celuy de Polycrates. J'étens
mon Lit nuit & jour jusqu'à la
porte de mes Marys. Illeur est
à souhaiterque je n'entre jamais
chez eux. Plusj'y entrerois, plus
j'y causeroisde désordre.
Mr Lorenzo dePadoa,lejeune,
le Mr de S. Fons Acndbnnicn de
fAcadémienouvellementétablie à
Villefranche en Beaujolois ont esté
lesseulsquiayent trouvé le vray
sensde laderniere Lettre en Chifres.
Toutlesecret consistaitàobserver la
distance d'un chifre àl'autre, & à
ra-pporter cenombre àlalettre qu'il
marquoit dans l'ordre ordinaire de
l'Alphabet. De62à59, ily a trois
nombres de distance, & cette distance
de trois marquoitle C, qui est
la troisiéme lettre. De 59 à64, il.-
ya cinq de distance, &celavouloir
dire,l'E,qui est la cinquièmelettre.
De 64 à8,ily a cinquante-Jix..
C'estoit une Nulle, toutes les distances
qui passentvingt-trois ne
pouvant marquer aucune lettre. Ce
misteredécouvert, il est aisé de lire
ces six Versdontla Lettreest compo/
ee.
Celuy quivoudra confier
Qncique grandsecret au Papier
Dokirypkjrecoursau Mercure,
Quimontre l'artmistérieux
D'armerseulementl'écriture
"iA ( -curieux.
dtit àta Lettre, enfigures,8
la décbifreen>s'amchant aiixfeul^
tames du Blazon dms.les.premieret
Armes>ér prenantlapremiere&
drrniiK lettre de ce Blazon quand
cts deux lettres sont diférentes, car
quand ellessontsemblables, on n'en
pends quune. Dansles secondes
Armes,ilfautprendfe le principal
nom de la Seigneurie, &en tirerla
pnmiere &dernier* lettre,.& ainsi
alternativement,,DesArmesdtMH
deTavants, quisontunLyon couronne,
prenez la lettre L, qui efi
laprmicrede Lyon,&lalettre E^.
qui est I. derniere de couronné,
voustrouverez le. Des Armesde
MI duLude,prenez D& E, qui
sont lapremiere & derniere lettre
du nomdeDu Lude, vaut aurez, de.
Le Blazon des troisiémes Armes,
sontCotice,ce qui fait ce. Les
qustriémcsfontla Ferte, quisont
le. Le Blazon descinquiémes, Roc
d'Echiquier, marquentseulement
lalettreR: Lessixiémes, Chevreufe,
vous en tirez, ce. Blazon
des septiemes, Semé au Sautoir
brochant sur le tour,premiere&
dernière lettre, S,T. Varambon,
marquent V, N.Blazon des nenfiénns,-
un Cor, premiere & derniere
lettre, C, R. Les dixiémes,
Aimes de Jb'tlf,út1",,¡ sontI, M.
Blazon des dernieres,Echiqueté,
fournit un E, & U tout tnj¿mk'.
formecesparoles, Le déceler c'est
un crime.
Les Lettres de cette nature nesont
proposéesque comme unjeud'esprit,
parce qu'elles ne peuventestre d'Il",
cun usage. Celle qui fuit est d'un
Chifre assez, particulier. Celuy qui
mel'a envoyé, qui estun HOffilllt
de considération & de mérite, croit
que nos Spéculatifsn'en viendront
pasaujjl aisément à bout que des
précedens. il prétendmesme que
danssonfréquent usage, la mémoire
suffitsansla Clef; &pour le rendre
plusfacile à déchifrer, il ne s'est
servyd'aucuneNulle. l'estimequ'il
bazarde beaucoup, ayant àfaire à.
des Esprits aussi penétrans que ceux
e. nostreSiecle.
LETTRE EN CHIFRES.
4i40?ji74i80.:, 8816: 8942: 13:
32;4274.1285?4512708722:32.
7.1-2635:39?3-47456;33?3-831:
55 4443!.507;145247: '3^4"
66588;82!.522387.2773!38?3135:
4557;527422:8913524316:2288;
247057;18?528761.61?34?3384
7026?2988:82?. 43?27.2412: 33?
422287;7820: 5413:32: 5213;2174
4,183!-4-()?'2-57i'952,i45I'.-§2,88.-.-
1920:73?. 30!.42216513 28:64?
88-2i5127^311.42204415:63;54
69!26;5014.13224312. 543887;
60142.1831'!.7o:41?4185?I5'13:16
4820;52!.238728;22:26454318?
39?52!. 51193}l.imJ-4bB-4J50.
81?20: 1641?.13?1814269iJ4JI4?
708,8:.4a^l?i8i3vi<>4i?87:7417
5415*8817*19?5725:7352*'-i8iOiJi
87;55435272960;4314;562788
35:5732:.345237?2289:13;42.
Ie ne puis attendrejt^qu'aufrt*
mier Extraordinaire, avouésash
partd'uneautre Lettrequeje vtvé
avouë qui jenesuis pointcapable
gdreâdceédcheifrer. Ccluy quim'afaitla
met'envoyerm'enfaire l'Expl,icastieonngdagaenJst
ttïempsqu'ilfaudraqu'eMepariHjJeJ
C'estMrdeVienne-Plancy, frere
deMrdeVienne-Busseroles, tiqfit
jevousayapprislamort. Voicjm'
quels ttrmelc11 mlJemte - '---",
A Fau-Cleranton, ledixiéme
&AvriljtfH.
L y a quelques jours, 'Mom
sieur, queme divertissant à
lirele Traite des Chifres deVigenere
imprimé à Paris l'an
1586. j'yremarquayen la Page
182. & aux suivantes,que cet
Autheur comptoitpour impos.
sible, ce que Tritéme avance
dansla Clef de saPoligraphie,
qu'ilavoit un secret merveilleux
pour empescher que l'on n'accufaft
de mistereuneLettre qui
en seroit toute pleine, & que
c'estoitd'employer un sens par,,,,
fait, telquel'on voudroit, pour
en cacher un autre,tel que l'on
voudrait aussi. A quayVigenere
ajoute, que beaucoup de
bons Esprits avoient travaille,
tufqu'~ ÏUer ~n~ ôc~au a. pêne-. /-<à pénétrer
ce secret, sans qu'ilsl'eussent
pu trouver. Il propose en
suite l'exempledontTritémese
sertpour éclaircir sa pensée,&
cet exemple est une demande
qu'il feint de faire à un de ses
Amis de quelque argent à emprunter
pour achevec un Bâtiment,
laquelle cache l'avis qu'il
luy envoye d'une conspiration
qui se tramoitcontre luy, &
qui estoitsurlepointd'éclater;
Demande, &Avis, égaux dans
leurs expressions, en nombre de
mots, &: diférens en nombre de
lettres. Ce qui donne lieu de
croire à Vigenere que cet
adroit déguisement d'un sens
mistérieux, fous un sens moins
suspect,se fait par le raport des
lettres, plûtost que par celuy
desmots. Cet Autheurraconte
aprèscela, qu'estant à Venise
l'an 1569. on y fut, averty que
Selim Empereur des Turcs.
avoit défendu aux Vénitiens
qui estoient à Constantinople,
de ne plus écrire en Chifres,
maisen lettres intelligibles, dans
l'espérance d'empescher par ce
moyenqu'ils nedonnassentà
leur République l'avis des préparatifs
qu'il faisoit à la sourdine,
pourenvahir l'Islede Cypre
qui relevoit d'L':Ilcice qui
metttanten peine le Consul Vénitien
qui résidoitàConstantinople,
il se presenta à luv un Medecinnommé Lorenzo Ven~;":'
1" ,:.nui' 5-;11'>1U:..dJl.u.'f;nnr-Ii ~d~l~cq~i~~tr. quer, j$ofean$l$çctgun^off1ï
~di^ops-AW(pWgejfîi^Iqirij^fo,.
manda pour raicvoiiipç^lc^vi-1
acceptal'onoffrequ'on!yfdi1.
Ildonneseulementà panserque
~TJcitènMi,.&,Van*u*a«*?gftan^
~rqtls,d,-uxvan.te?,do-. Iamesme,
chose,elle n'estoitpasijnpofli^,
ble,commeil sembloitenestre
ptî&stfé.J^njygcaydumQm&r;
delaforte,apres lalecturedecet
endroitLivre, &Jafyaucç
idéequejeconçeus del'importance
de ce secret mesir.hiMu
zarderàsarechechequelques
heuresd aplicationpendant, pq£u>ejlnquutike.sJn.pM^acp^$aiy^n$«fuc,»
ce 11
stere, 6c l'exemple de Triteme
que Vigenere raporte dans toute
son étenduë, fut la feule lumiere
qui me le fit découvrir.
Je sçay donc cete maniere si
vantéedont on peut exprimer
toutefortede sens parfaits
qu'onvoudra cacher, par toute
autrefortedesens parfaitsdont
on voudra seservir,&mes Amis
ift'ontcohfeitfcd'en faire parc
aS: Public par vostre entremise,
après avoirveu que l'art d'écrire
en Chifresfaisoitun des curieux
Articlesde vos Mercures Extraordinaires.
Agréez donc,
Monsieur,demel'accorder rafcis;pemftetfbfcque je sçache;
auparavant *û>quelqu*âuctea
tronvé cesecret aussibienque
mey:, ~éc iqoèÇQurtparvenirà
cetteconnoissance, je propose
dansvostre premier Mércure
Extraordinaire une Lettreà
déchifrer, telle que le Consul
des Vénitiens à Constantinople,
ouquelque Marchand instruit
parVentura,auroit put l'écrire
à un de ses Amis à Venise, pour
avertir la Republique du dessein
de Selim, sans quel'on pustaceufer
sa Lettre d'aucun artifice.
Je sçay bien que vous ne donnez
point au Public de Lettres en
Chifres,non plus que d'Emblémes
&d'Enigmes,qu'on ne vous
ait fait confidencede leur mistere,
afin de vous en rendre le premier
Juge; mais trouver bon
l'ur cette fois, s'il vous plaist,
de n'en estre que le simple Raporteur,
& d'employer mon
nom qui ne vousest pasinconnu,
pour caution de ma sincérité
&de ma bonne-foy. Dans
refpérance de cette amitié, je
vay joindre la Lettre du Consul
ou du Marchand Vénitien à
celle-cy, sans pourtant les diversifier
de langage. MONSIEUR,
-
l'ayappris avec biende
la joye le rétablissement de vostre
santé. ,"
Vous voulez, que je vous envoye
le Compte de ce que j'ay fait cette
année parvos ordres, &pourvostre
siervicce; ilJfaut v.ous.sat!isfai:re. Le le donnay àMonsieurvostre Neveu
le 13. d'Avril,suivant vostre
ordredu11.deFevrier,1500.
Du12.May,p4r ordredu6. Mdrsp
1200l.
LeL Juin,parordre du 21.Avril,
230.
Le 7. Septembre, par ordre duf.>
Juillet à*du>n Aoust,500.
Le 19.Septembre,parordredu4.
.J$jI,iJ'
Le18. octobre, parordredu
Septembre, ie*L
Le10. Novembre*,parorc(re du
7. Octobre, jsoL
Et k 1" Der-endrtier wrdredw<
m$;OctobreytfooL
Mttsijtvous tnvoy/iyle14.Haïti:
40 aunesdeTassetasrayéde
33 aunes'deMùiredtStoL$4-
éumtdeTahyété400L&'!UO"'l
de Bj&carddeïçooL
BIW,"le vousenvoyay le19- e,
IHf;t.,i:a.lfitjÎ#:J:Ít 'Ilfj;'&..
Turquitde6000 l. 4SPlumetsu*
sSjl. & 20 Aigretes de 7421. a>?
:M»irjevosutnvçyiyùj. Septembre
190Perles de 520l.4 Rubis
deJSapkirsde 230 l.17 Eme,
raudesde 800l.pour800l.aussi de
pettffdXtamABTy
le vous laijjèa Juputer aquôji
llId IHA si mont^ , wfin que vaut
voyiez, par l'examen dece quevous
m'avez,fbxmy^(jjtidevou*, ou de
moy,estenreste,&jesuis, Monjîct&
t#ttw*wdiçAÎrt,*v$jbre&s.
H-
- , Une tolle Lettre de Compte
&deMarchandise n'auroit pà>
ceme semble, estre suspeceà,
l'EmpereurTurc,n'y, a aucun,
autre, quand eIle.-y.Jèooir-.to
bée, eçtm lesmains. Mais le
C<&retfpondapt.à«/quipn rea.
voyeroit, auroit duestre instruit
une fois pour routes du Contrechifre
du Consul, ou du Marchand
qui l'auroit écrite,pour la
pouvoir déchifreràson aise, autrement
ilseroitdans la peine où
je vais mettre les beaux Esprits
qui font curieux.
-
Pour les soulager, je veux
bien les avertir qu'il n'y a dans
cette Lettre que les premiers
mots. J'II} afpris avec joye le rétablissement
de vostresanté, dont
le sens parfaitquiest à découvert
exprime &rend le sens par
faitqui estcaché, je veux dire
l'avis du dessein de Selim sur
l'Isle de Cypre. Tout le reste
est inutile, excepté les Chifres
quiy font employez d'unair
assez naturel pour ne pas don- ner
ner de soupçon
,
& employez
exprés pour aider le Correspondant
à en trouver le senscaché,
chaque nombre exprimant une
des vingt- quatre Lettres de
nostre Alphabet, selon la pratique
de la spirituelle Lorraine Espagnolete,
mise dans le VI. Mercure
Extraordinaire,& expliquée
dans le VII.avec ces réserves
neantmoins ,qu'il n'y a
point icy de Nulles,sinon les
Zéro, encor estceseulement
quand ilsne servent qu'à expliquer
dix ou vingt, & que les
nombres qui CO.u";.:"cnt par 1.
ou par2. doivent estreentendus
dans leur explication ordinaire
lors qu'ilsn'ont qu'un Chifre
apres; au lieu ques'ils en ont
deux, ils se prennent comme
vpeaur4x.qui commencentpar 3.
8C par les autres Chifres
foivans,c'està dire, commes'ils
,ti\'tvoient point de liaisonensemble.
Ainsi a signifie onze,
&cnon pas 2. 22 signifie vingtdeux,
ôcnon pas4. maisIII&
-îizsignifient trois ôcsix,conv
me35signifiehuit, 345douze,
468
dix-huit, 589 vingtdeux,&
c.
Voila deséclaircissemensqui
faciliteront sans doute l'explica
tion du sens caché de maLettre,
& qui pourront aider les Curieux
qui souhaitent laconnoissance
du Secret de Tritéme,&
deVentura, à le trouver d'euxmesmes,
aussibien qu'a fait,Monsieur,
vostre, ôcc.
- DE VIENNE-PLANCY.
euiy que je ne puisse déchifrer
la Lettre proposée au nom du Marchand
Venitien, je ne laisse pas,
Madame, de vous en promettre
une semblable dans le premier Extraordinaire,
c'estàdire quejeprétenscachersousdesparoles
qui auront
un sens parfait,d'autres paroles
qui auront aussi un sens parfait,
mais toutcontraire au premier,
par le moyen d'un compte de Marchand
rendu. Cela fait connoistre
qu'ilj a diférens moyens de mettre
en pratique le Secret de Tritéme '&
de Ventura, puis qu'assrément la
Clef de la Lettre que je promets,
n'estpointcelle dont M1 de~Visne-
Plancy se servira pour now ouvrir lesensdelasienne.Ilestvrayque
c'est à luyseulque, en deiïC'idL
Ieme souviens
qt.i je mesuis
engagé à vous donner une troisiémeVeüe
du Palais de Madrid,
diférente des deux premieres. lettez
lesyeuxsur la nouvelle Planche
que je vous envoye, &vous le verrez
telqu'ils'ofre auxyeux du costé
de lapremiere Court.
Mr le Marquis de S. Priest,dont
vous avez déja veu un Sonnet au
commencementde cette Lettre, a fait
encor celuy que vous allez voir.
SUR LA QUESTION,
Si Aléxandre estoit mieux fait
que César, & si tous deux ont
surpassé les autres Princes.
SONNET. Nouspouvonspref'umersurtefins
de l'Histoire,
Qu'Aléxandre(;)" Çéfiir estoient des
ffommesforts,
Et que cesgrandsEsprits animoient de
beaux Corps, ( Etoire;
Dignesd'estreadmirezapres une Pi.
Quilsdatent,puis qu'ilssont au
Temple deMémoire,
Les vertus du dedans, Cf celles du
dehors;
Idasi quipeutassurerqueces illustres
Morts
Fussentaussbienfaits qu'on les Yit
pleins del!o¡rt>.)
Comme on nepeutfç<Ctotrsils estoient
sans defauts,
Pourn'pas se tromper, on les doit
peindreégaux; (vinces,
EtsipouravoirprisdesVilles,desPro-
Kous mesuronsleurtaille à leurs Faits
inoüis,
En les peignantplusgrands que ttJlM
les autres Princes,
Nous les peindrons en Nains auprès
-
du Grand LOVIS.
Si l'absence est incapable,
..dtlaY:genser: l'amour. v-Ou-s d•em•and•ez*Tr;
,
Monsieur,
si l'absence est incapable
d'augmenterl'amour;
à quoy je répons fort décisivement
que non. Moy qui vous
parle,je n'ayjamais mieux aimé,
que pendant l'absence. Ellea
sans doute un sècret particulier
d'augmenter le merite des Personnes.
Mon espritles voitalors
nulle fois plus aimables que mes
yeuxnelespourroient voir. Des
défauts qui 1, me paroistroient
depres,disparoissentde loin; il
ne merestequel'idée des belles.
qualitez. N'est-ilpas vray apres
tout, que quand vousvoyez une
Personne
, vous ne la pouvez
guère prendre pour plus qu'elle
ne vaut ? Quelque envie qu'ait
vostre imagination de luy ajoûter
un peu demerite de sa façon,
il semble qu'elle n'en ait pas la
liberté. Elle est frapée de trop
prés par tour ce qu'il y a de bon
&de mauvais, & cela la réduit
dans les bornes étroites d'une
juste estimation. Mais chanlgae.
z de distance, perdez de veue
Personne dont il s'agit, alors
vostre imagination a une carriere
libre. Elle n'est plus gênée
par la veuë de ce qu'il faut estimer.
Elle le mettra à- tel prix
qu'il luy plaira. Point de désauts
si elle ne veut. Toutes
qualitez ainobles plus aimablesqu'ellesnesont
eneffet,
fïtgUc Vi..t.r¡. Elleestmaistresse de
tout.Lesyeux quiseuls la pourroient
démentir, ne le sçauroient
faire. Elle na qu'à Ravoir
profiterde cette heureuse
occasion d'absence,& elle me
vaforger la Personne de la terre laplusaccomplie, pour l'objet
de ma tendresse. Voyez un peu
combien de commoditez. Pour
m y je ne sçay pas aprescela
comment on s'amuse à rant voir.
Mais l'magination n'est pas la
seule qui trouve son contc à l'absence,
le coeur n'y trouve pas
moinslesion. Combien me suisjeditde
fois, Si jevoyonsàpresent
une telle Personne, je suis sûr rfnt
je me prendrotssibienàluymarquer
ma passion, que j'arracherois
d'elle aussi de1JlA.rljl4fi.4.ë11l sienne.
le tour,;croissi bien &telsentimc:
tyqnttle ny/pourmt résister.
J'elt (llJ/h.ïJdrQt. telles & telles gra-
((Oi. Lavoyois-je? Enbonne
foy, ce n'estoit rien moins que
tout cela. De l'embarras de mon
costé, & de la froideur du fien,
voila tout ce que je trouvois.
O quen'estois-jeencorabsent !
J'avançois plus en deux jours
d'abfcnce
,
qu'en six mois de
présence perpétuelle. Vous
croyez peut-estre que je mégare
de ma question. Il ne s'agit
pas, me direz-vous, de sçavoir
sipendant l'absence vous croyez
la Personne que vous aimez plus
diposée à vous aimer; il s'agit
desçavoir si vous l'aimez davantage.
Mais, Monsieur, je
n'ay point perdu de veuëce
point là, car si je me croy plus
aimé, j'aime en mesme temps
plus que je n'ay encor fait; cela
est bien aisé à fupofer. Pour,
moy. je vous avoüe que je n'ay
jamais esté persuadé quecefusfent
de vrais Amans, que ceux
qui ne sçauroient se résoudre à
perdre de veuë ce qu'ils aiment.
A parler franchement, cefont
Gens qui n'ont pas envie d'aimer
longtemps,& qui cherchent
à se tirer au plûtost de leur
amour comme d'une méchante
affaire. Le plûtost fait,ce fera
lemieux,voila quelle est leur maxime,
car autrementneménageroient-
ils pas mieux leur tendresse,&
ne garderoient, ilspas bien
de l'exposer aux perils de cesentreveuës
trop fréquentes? J'ay,
par exemple, pour six mois de
tendressedansle coeur.J'ay pour
six mois de foins, d'affiduitez, &
de tout cequ'il vous plaira. Je
voy ma Maistresse pendant six
mois entiers; 6c bien, voila ma
mesure épuisée, mes six mois
font faits; mais mettez au milieu
deux mois d'absence, pendant
cetemps-là mes assiduitez, mes
soins ne s'épuisent point. Mon.
amour est alongé de deux mois,
j'aimeray huit mois au lieu de
six. C'est dommage que tous les;
Amans ne fassent ce calcul;
mais ils font si broüillons tous
tant qu'ils font, qu'ils en font
incapables. Illeur semble qu'il
ncfi: rien tel que de voir ce qui
leur plaist. Je aîQtijn^roissocs
heureux, si ce pjru" Discours sur
les auantages de l'absence, pouvoit
du moins avoir assez de
force, pour envoyer un Amant
ou deux enretraite pendant
quelque temps.
Mr le Président de la Tournelle,
de Lyon, a fort agreablement renfermélesvrais
MetsdesdeuxEnigmes
du Mp*a. de May dans ce Madrigal.
uNbelEsprit de ma Trvyince,
Dont le mérite n'fll'mince,
Vint hier, tout glorieux desi" rare
talent
A déveloper chaque Enigme
Du Mercure Galant,
JVfe montrer l'une&l'autre en rime;
Jtfaû luy monrant un Instrument
:. Par où l'on donne un Lacement,
Je me mis hors d'escrime,
.r¡¡Î°,!r me délivrerdeses raisonnemens,
Je Itty ¿/¡.sInlIi.I,it)"'OIU IJ'..rttPM
les Gans.
Les autres Madrigaux que vous
allezvoir, ont estéfaitssur lesdeux
mesmes Enigmes.
M I EsVers nesontpas élegant,
AflJfl toutfrancjen'enfais
guéres;
Pourtantsur l'Enigme desFreres,
Jesuisseûr qu'ilsauront lesGans.
-
LE Marqvis d'ARAMON.
L II. EMercure, à monsens,peut en
toute assurance
Se servir deSeringue,cel*
ment;
Ce quiConcerne l'agrémenty
x-tsts"pM'4*Ta compét"',..c.!!
LA MOTHE,delaRochefoucaut.
T III. Vn'asgarde,Tircisjete l'ay&it
vingtfois,
Dedestinerl'Enigme de ce Mois,
Tu n'y prenspas ¿./fi'{ depeines.
On n'en vientpas à hautqu'on me fejye
longtemps, Ilfautgratersonfront, ilfautmordre
sesGans. Celaneseprendpas3comme on dit,sans
Mitaines.
LE FIEBRE, d'Argenton,
Chasteau en Poitou.
Sr, IV. lasecondeEnigme ayant resté
centfîisy
Je **y£ag'1,€y1UCmigraine,
Etjeperdis toute mapeine
A chercherle vraysens) en me mordant
les doigts.
bourdonneràmon malunpromptsoulagementt
Aujji-tojljeprés un Clistere,
Etla Seringue expliquale ministere
4Zui m'avoitjusqu'alors causétantde
tourment.
BESS.le jeune, Avocat àFalaise
en Basse Normandie.
BElles, V.
dont le teint délicat
Ne peut voir du Soleil la lumiere
agreahley
J£uiprenez tant Jefii" d%empetfher
son éclat,
De ternir cette mainquevous trNe\.
aimable;
Mercureadequoy ""ONS aider%
Parunsecret cache dans les Vers d'une
Ellizm,
Vouspouyezsansfairede crime,
Lechercher,ou le demander;
ltllÙ/;'IIS me croire t.ame raine,
Je veux vous épargner à toutes cette
cettel'tint;
Lesecret qu'ilvous cache avec dessoins
fgrands
S-e trouve découvert en you* nommant desGans.
-- ALCIDOR., du Havre deGrace.
L VI. Ebon HommeDamon L'autrejour
mefitrire,Quandjelevisles doigts trembl-ans,
Pour deux mots toutauplusqu'il luj
falloitécrire, -.,
x
Obligéde mettre des Gans.
L'Inconnud'Abbeville.
T VII. Ircisdevant les Gens s'estantfait
uneaffaire,
7>e trouver levray Mot de l'Enigme
,
derniere,
Se tourmentoitsanscesse & le roijll
&l'esprit,
Nemangeoitpresquepoint, &ne dormoitqu'àpeine;
'>
Enfin il ensi tant, que bientoifil luy
prit
2>eyitlensaccès ¿'lineprte migraine.
Ordonnance aussiostdeprendre un
Lavements
L'Apoticaire "vient ttyuipédécemment.
~ircis À cette ",,n' dydwt.p,ovepa le
Charmei
Quipour lA questionjufqualers V'a*
"',ug/oh :
Seringue,cria-t-il,Seringue, jolie
Arntet
Seringue, c'est toyseule belas qu'il me falloit,
F. HA.DV MESNIL, de
Cambrais en Normandie.
v VIII. Otu estes des Freresfaciles,
Qui cllc¡'e'{flu'Ynn un joyaf.-P
.bfdkquadtom»ouvriez que lapeau,
vousn'enseriez pasmoins .j.',s.
-4-Prrs avoirquitté ta cha•>,
Le monde 't-OW ~ent rCb;;'rrl).,.,
Onvous engraisse,on vous m*w>,
Del'un&de l'autre onfait (I#,
Et tel iroit en compagnie*
'Quisans Gans nes'y trouve pas.
Dv FRESNE, Conseillet
- au PrésidialdeSedan.
O IX. 2Vabeausibaiiferpourfeferyifr
devous. -.. Ontradbeauisteemetrtrecàogemnoumx,e
Mafoy, lors quel'affairepresse
Ce quevousfaitesfaire efi p,,/eN
charmant,.
Etsans lit Cassolete onfuiroit biem
souvent
Les lieux ou vostre ministere
efi employépour le Clistere.
La Seringueest le Mot qui renferme
lesens
Delaseconde Enigme& c'est ceque
j'entens.
Lemesme.
M XV £retire, ton Enigme estpour
moy tropobscure; 1.4.
Renonçant au Trintempsyauxflcun, "*
-
àlaverdure,
Perdrele temps à ruminer;
Nbargaue,gc'esat trotperesvlerl, feosur,ces- Sij'afyplas"sélsejo.uren,efforts impuis- Le Soleilestcouche,voila l'heure- des
Belles,.
leyay
me promener; maùfoubliois
mes Gans. )
MICHEL le jeune,de Meaux,
XI.
sAnschercherlaMétamorphose,
Cette Enigme n'est autre chose
£tt'untresyfalutaireJnjlrnment
Qu'enpetit&grandon distingue,
Et cen'estpassansfondement
Que l'on lenommeuneSeringue.
LeControlleurdesMuses
de Montasnel en BtiVc
-.MormaDdif.
XII. I L fiMi'Yr¡tJmt' n'estrepoint
beste, - Tourvo/rq'u'une Seringue ejl ce qui
4itref-,er;
Nos SeringuesJoutentfontperdre
mal de teste, , Celle-cymel'a Yaîffrùkveï.
L'Inconnud'Abbeville*.
XIII.
Pcroy que ces JFreresfaciles
Quicacb.'fjrjoutentanpyaut
Aux deuxSexessontfort IJtiln,
Gardantlablancheur de leurpeau
,Z(t'4 chaleur, de lafroidure, peûfyvjjure,dei%0rdutf9
Er de l' injure du temps;
Cela "(;",(n'artrent ejnaux GsnS*
HVCODECOURNAY.
Q XIV. cherchedonchy
Ce jilaifbe .At;t>,tIÎ,.e.;
Tf n'aypasbesoin,Dieumercy,
De L o#. tïnent>rij de ClilfrrrLaquais,
enlefejjtsortir.
Qu'ençbcrçbefromfornentmon yerre,
CI' qu'onle ftjngl,/,
C'estle Verre (jf le Vin qui Jçéftent
meguérir,
C'estlà IIIO LtPtementyÇr*cefiUm*
Seringue.
LEFIEBVRE, d'Argenton,
Chasteau en Poitou..
T XV. Ircit,ferln/gm?première
l'entre dedans osst..lItj"fJ.S;
Elle.efiauxmain*jr-rtJtngultere;
maigreros rares talens
Surcettegalantematiere
JS&afôy^oçénaurer^PiAzsGans..
RABIET-D'AVTf;SPUJ..,
A XVI. !l¿f,OY"O'lt.p,¡fht.-"'0_, Mercure, leGalant?
La Seringue à la main! est ce-làvostre
¡I.uAiref.'
Sçavoir biendonner un Clistere
JVef»ty(2* neserajdrndàyojlretdlenty
C'estceluid'un Apoticaire.
RICHEBOURG, deCruïy.
O XVII. utre les Vers choisis, &rHiP.
toire du temps,
Mercure, dansce Moû,pourtrentefilS'
nous donne cquijamaisnyeffhdy depersonne;
LJffv'Ver,commel'£te\cbdcuttporte
desGans.
MILLOT,deMàrfeiHè.*
L XVIII. Eventre constipédepuis plus de ,
huittours,
Privédetoutremede, éloignédesecours,
l'estois pteft£payer tribut à ldNdm
titr
Lors que twr'urtbbnhtufque je riefpe'rois
poe-s LaSeringueàlamain,charitable
Mercure,
Tu m'esvenusauver des portes du
Trépas.
VERNEÜILDEMOREMVZARACHI,
deMontluçon.
V XIX, ostre premiereEnigmeestoitsa
difficile*
Que pourladevinerjemecrusmalhabile,
JJ n/vei milM je dis, Mercure,je me
rens.
1 TOfirtantjelarelit,jelaprens^je la
quite}
lesars tout chagriné, jevais rendre visite,
Quandje la trouve enfindamlefond
de met Gans. "-
L'Amant de M. P. Angloise.
v XX. Os Enigmessouventmedonnent
tant de bile,
Qu'enla Seringue. alorsjemets tout
monrecours.
Pourun corpsfluet çpdebile%
Elle devientungrandsecours.
Le mesme.
M XXI. Ercure, "Vous croyey, m**donner
de lapeine. (yapansi
Et nomfairechercher des mots extra-
Veut pouye^ quelquefois #oawprendre
sans Mitaine,
ilfais vous ne 1l01Hfçaurie^prendre
atejourd'buyfkns Gans,
Le Controlleur des Mufes de Montasnel
en Basse Normandie.
c XXII. hacun cherit quelqueTnlfrumenti
Doris,plus belle que Siringue,
Jstentrouvepointdont l'agrément
Luyplaise comme une Seringue.
VIGNIER,
M XXIII. Ercure efldesplus obligeans, .
De nous donerdesibeaux Gans.
Onne voit en aucune Ville
De Faiseur de Gans frlus habile.
L.F.V.deMorlaix,.
M XXIV. srcujfogUN nepeut le nier,
Vûm estes Maistre en toaotmef-*
rier,
Puis qu'icy IIfJlIII"'OIM voyonsfaire
Ze Gantier cg-, l'Apoticaire.
Le Sérieux sans Critique
de Geneve.
XXV.
Vy,par tout on yo«*tspUttdit,
Ettoutlemonde en tous lieux
dit
a_ftt le Mercure efi honneste Homme,
"On ne le voit que trop parses soins
obligeans,
Pok qu'ilfournit à tous des Gans,
Sans enfairevenirdeRome.
RAVLT,de Rouen.
M XXVI Onfort estplus heureux que celuy
d'un Amant;
LitplTnI/er Beautém'estime &me
caresse,
Jeluirends mon service avec délicatesse,
Elle apar mon moyen toûjours quelque
agrément.
Lors qu'elleattenddemoi iJite,
Elle estprête <* me recevoir;
jMaûincontinentjeLaquitte^
Et nefuispaslongtemps àfaire mon
devoir.
GIRAVLT, Agentde Change
Q XXVII. Ve le Mercure estnecessaire!
Il nous donne de temps en temps
Toujours des avisimportants;
Et dansson dernier Ordinaire,
Il avertit l'Apoticaire,
Depeurdesfâcheuxaccident
Que causesouventun Clistere,
Deseservirpour le derriere,
DesaSeringue avec des Gans.
DAMBREVILLE, de Lisieux.
plusieurs autres onttrouvé ce
même Mot des Gans, & ce font
Messieursl'Abbé Minot; L'Abbe
Gilon, du Grotison; Dorigny, de
Rheims, de present aRoüen; Du
Pavillon,deCrusy; DePleinchesne
Du Jarrot, de Marseille; DesEssards-
Dalançon, de Morlaix; Le
R. P. Buglet, Supérieur des AugustinsduFauxbourgS.-
Germain; Béchu,
Prestre à Nantes;Du Hamel,
Officier de la Fourriere ; Fouché, de
Barsurseine I. F.Iarres, duar- tierduLouvre; Cantheraine;I.de
la Fosse ;A. Gidoin; Hoyau, Procureurdu
Roy auMans; DeBlangis
Serrant, Curéde Nogent le RIIJ;
Heuvrard, ConseillerduRoy aTonnerres
Du Glos,HydrographeàHOIf..
fleurs Dargint, Commis de lExtraordinaire
des Guerres; D. Ruffier;
Bouchet,ancien CNte deNogent le
Roy; Hutuge,d'Orleans;L'Abbé
duPerray, duMans;Grandis Fils,
de Vienne en Dauphiné,LeFrere
Deon, de Quinsy Mesdemoiselles
Braconier,Ruè Mazarin; C.leBrest,
RuëMontmartre;Du Fresne Gulpin
de Rennes &Gauvain, de Molesme.
-
Ceux qui ont trouvé le Mot de
la Seringue,sontMessieurs le Marquis
de Camartelle; Minot, Ecclesiastique;
Le Brest,Ruë Montmartre;
Guibert., PrincipalCommis del'Extraordinaire
des Guerres;Doudon,
de Tours; Le chat de Biss(Jr/;lJlI.
ConseillerauMans; L'Abbé Fournier,
deDyonsBaillotde Beauchant,
de Tonnerres Tamiriste delaRuë de
la Cerisaye;LegerdelaVerbissonne;
Moynet, Prieur de Montlhery, &
Archidiacre de Tarbes; Les deux
Amis de la Place Royales Le Lyen~
noisItalien; Le Solitaire de l'Ho/
pital S.Gervais> &les deux IJ'/jf-'
parables de la Rue Guillaume, dè
Dijon. On a expliqué cette mesme
Enigmesur la Poudre à Canon,
une Coulevrine, une Fontaine,
- la Lune,laPlume, la Voix, &
l'Echo.
Ceux qui ont expliqué toutesles
deux,sont Messieurs Gardien,Secre~
taire du Roy; Baucheron, Président
au Grenier à Selde Chastre en Berry;
L'AbbéleRoux; L'AbbeTrudaine
Doisy, ChanoineàAmiens;Goguet,
de Beauvais; Le chevalier de la
Salamandre; Les Nouveaux ~Retins
d'Anneau;Le Febvre, Greffier de la
Prevostéd'Amiens;Cadot;Berrier,
Maistre de la Poste de Beauvais; Le
Pere leFranc,d'Amiens;Blanchart
lejeune, de Beauvais; L'AbbéGuil
loré,l'Abbé Rogier, l'Abbé le Mercier,
& l'Abbé de Blanville; De
BoissimonC.D.C. DeLaise,Neveu,
de MrPicon ; Le Bourg,Medecin à
Caen; Aubriet,Valetde chambre de
S.A.S. Monseigneurle Duc; TuoÙr;
de Bourges; G. Nazar, du Palais;
Laisné;Guépin,de Rouen De Clanlieu
; Iabart de Lavaroste; Soru,
Avocat en Pariter,(,nis De Calviere,
de Languedoc; Simon Gruslé, & le
Voyageur ./1ffriqltain, pres S.Leu
S.Gilles; Le Solitaire deNantoüillet;
Scorion, Srde la Mouillere; Du Ry
de champdoré;F.Ha.du Mesnil,
de Cambrais en Normandie;Maigrais
le cadet,de Dijon; Lobligeois,
Maistreen Faitd'Armesi Le Chevalier
Fredin Ligerlejeune,d'Auxerre
; MesdamesCauchie, la petite
Veuve, & Jeanne-Marie Postel,
d'Amiens; Mesdemoiselles Moril
l'aînée, & Platellacadete, de Beauvais;
Mesdemoisellesde la Cour, de
S.Denys;Mesdemoiselles de Rostin;
Du Puy d'Argery ; Brunat, de Châlons
en Champagne; De Petitport;
Les illustres Iardiniers de Vimu!;
Les Fidelles Associez Mongault &
Machorel; Le Solitaire de Gimbrois;
Proserpine la cadete; L'Inconnu de
Loches enTouraine. Les deuxAmis
inséparables de Beauvais; &le Sérieuxsans
critique de Geneve.
A MADAME A. D.
JE vous obeïs, Madame, sur les
Questions de l'Extraordinaire
dont vous me demandez mon
sentiment.
QUESTION I.
L'inclination particuliere que
l'on a desouhaiterles choses où
l'on rencontre plus de difficulté,
& qui font plus opposées à no£-
tre satisfaction,estsigrande,que
ces deux Amansinfortunez paroistroient
également malheureux,
sile Maistre de la Morale
n'avoir décidé cette Question,
en nous apprenantquele plus
grand de tous les maux est d'avoir
esté heureux,&de ne l'estre
plus.
Ce sentiment a esté suivy de
tant de fatales expériences,que
l'on peut facilement juger que
cet Amantqui a le plaisir de
voir souvent sa Maistresse , &>
dont il se croit hay(quoy qu'il
paroisse aussi malheureux que
l'infortuneTantale, qui n'aprochoit
des eaux que pour augmenter
sasoifsans pouvoir adoucir
sa peine )est moinsàplaindre
que celuyqui est aimé desa Maîtresse,
sans aucune espérance de
la revoir jamais.
La seule satisfaction qui reste
à cetAmanthaydesaMaistresse,
de pouvoir esperer une plus sa
vorable destinée, & de flechir
quelque jour le coeur de Cruellepartout cette
ce qu'une forte
passion peut inspirer de plus tendre,
flate assezagréablement la
peine, & lelaisse dans un état
moins malheureux & plus tran
quille, puis qu'il ne connoist ce
prix, & la valeur du bien
c
qu'il'
recherche avec tant d'ardeur,
que par les sentimens d'une pafsion
souvent aveugle,&des empressemens
malrécompensez
n'estant accoustumé qu'auxmépris
aux rebuts,qui ne laissent
dans l'ame qu'un tres-grand sujet
d'une prompte &entiere con.:
solation; car s'il manque de gagner
le coeur qu'il chérit si tendrement,
ilpeut ailleurs reparer
sa perte. ,i' Mais ce malheureux Amant
qui a la certitude d'estreaimé
de sa Maistresse sans aucune, cc.
pérance de la revoirjamais, est
bien plus à plaindre, parce qu'il
n'a joüy des beaux jours de la
félicité, & n'a éprouvé les faveurs
de l'amour, que pour ressentir
avec une plus violente
douleur toutes les souffrances
les pluscuisantes&les plus vives
d'une infortune sans pareille,
lors que le souvenir des plaisirs
passez fait naître à tous momens
des nouvelles peines, pour rendre
sa disgrace plus cruelle, 6c
son malheur plus insuportable,
ce qui montre que le bien qui
nouséchape dans la poursuite,
fait moins souffrir que celuy que
nous perdons dans la possession.
QUESTION II.
L'on voit tant d'Amans qui se
plaignent toûjours d'aimer passionnément
sans estre aimez des
Cruelles qu'ils adorent, & l'on
trouve tant d'Affligez&de Mourans,
qui ne peuvent plus fuporter
leurs chaînes, ny résister à
l'ardeur des feux qui les consument,
parce qu'ils souffrent sans
espoirde guérir,qu'ilnefautpas
douter que tant de plaintes&de
soûpirs ne soientune marque
certaine qu'il est possibled'aimer
fortement sansestre aimé.
En effet,quoy qu'il foitnaturel
d'aimer, ilest tres-difficile
deserendreagréable; &. tout
ce quipeutformerlesnoeuds fccrets
de l'amour pourassortirles
coeurs, se trouve si rarement&
ensi peud'Amans,qu'ilne faut
pas s'étonner du nombre des
Malheureux, qui soûpirent sans
cesse, pour toucherlecoeurd'une
Insensible, que rien ne peut
flechir, quand on'ne sçait pas
plaire.
,
QUESTION III.
Sil'absenceestle plus grand
de tous les maux de l'amour, elle
eâauuile plusseûr remede que
Ces déreglemés puissentrecevoir.
Pour en mieux connoistre l'effet,
il faut convenir que l'abfence
est une privation qui nous
fait mourir aux yeux de ceux qui
nous perdent avec regret,& que
nous quittons avec douleur, car
elle laisse un souvenir incertain
:& jaloux qui jette les Amans les
plus passionnez dans le doute de
n'estre plus aimez où ils ne paroissent
plus.
Cefentiment est la premiere
cause de l'infidelité & de l'inconfiance,
qui suivent facilement
l'eloignement des Amans,
quand de nouveaux objets commencent
à détruire ces premieresidées
que les plus tendres
Amans avoient formées,&combacent
siagréablement le retour
des faveurspanées qui ont plus
sensiblement touché le coeur,
queles douceurs d'une aimable
défaite,qui plaist toujours,remplissent
bien-tost l'esprit des
charmes de la nouveauté, pour
n'avoir plusde souvenir du paffé,
& n'aimerque le présent.
C'est ce qui fait juger qu'il
n'est point en amour de si constantes
flames, 5c de douleurs si
sensibles,que l'absence ne ralentisse,
lors que cette passionn'est
plus favoriséedela présencede
l'objet aimé, qui ne peut plus
porterl'activitédesesfeux dans
l'étenduë d'uneSphére à laquelle
leur ardeur extré sçauroitatteindre, me ne & qui ne
laisse pas moinsdefroideur dans
le coeur des Amans, que l'éloignement
du Soleil sur laterre;
tant il est vray qu'il est peu de
grandes amours qu'une longue
absence nedétruise.
QUESTION IV.
L'Homme seul renferme si
parfaitement en luy-mesme tout
ce quelaNature peut produire
de merveilleux & de plusachevé,
qu'il est bien difficile de dire
qu'elle est la partie qui contribuë
plus particulierement à sa
satisfaction, puis qu'elle dépend
entierement de l'union, du concours,
& de l'harmonie parfaite
dseetountestc.elles qui le compo- Il faut neantmoins convenir
dans ce grand nombre de parties,
& dans la diversité des cinq
Sens qui font les principaux mju
nistres de l'entendement,4
les portes les plusassuréespour
arriver au tribunal de la raison,
que celuy qui donne plus d'a.
vantages à la fois, qui sert plus
particulierement à la conservation,
& à lafureté de la vie, &
duquel on peut moins se passer,
contribuë plus àla satisfaction,
&àla félicité de
l'Homme.
De tous les cinq Senson ne
peut pas disputer à l'oeilla gloire
de contribuer luy seul àla satisfaction
de l'Homme, plus que
tous les autres ensemble; car
nous voyons des perclus, des
sourds., des müets, &: plusieurs
privez du goust, &de l'odorat
qui ne se croyent pas absolument
malheureux, parce qu'ils
ontle- plaisirde se servirdeleurs
yeux,&de pouvoir par leur
secours s'empescher de languir,
& de mourir à tous momens
dans les chagrins d'une vie oisi-
VC) & misérable.
Mais la désolation ] & l'infortune
de ceuxqui font tombez
dans laveuglement, & qui
ont perdu les yeux, ne £2 peut
exprimer, puis qu'ils font en cet
état les plus malheureux des
Hommes, & dignes d'une compassion
que n'inspirent point
routes les douleurs, & les autres
maux qui font un misérable,
quand le sécours des pieds, des
mains, de la force, de la jeunesse,
& tout le bien que nous
pouvons tirer de nous mesmes
estinutile,& qu'on n'ose se mouvoir
sans crainte derencontrer
la mort,où lesautresqui oiiL
des yeux trouventlavie.
En effet,lasatisfactionque
nous donnent les yeux,surpassent
tellement celles des autres.
Sens, quedans tous les plaisirs,
& les douceursqu'ils font capables
de nous procurer, nous
ne sommes jamais parfaitement
satisfaits,si nous ne voyons ce.
qui nous 6c sans contredit,
oneft toujours avec quelque
impatience qui trouble
nostre satisfaction,si lesyeux ne.
sontdelapartie.
Ils fontuntrop bel ornement àl'Homme pourleur refuser le
premier rang,quel'Autheur de
laNature a montréleur appar-
~tenir,en lesplaçantsurlapartie
la plus élevée, pour nous servir
desoleils,&de conducteurs, parce
que ce lieu si éminent estoit
deûàcet organe divin, qui renferme
dans le lieu le plus petit de
l'Homme
,
le plus bel ouvrage
dela Nature. ,i
Les Anciens ont admiré avec
tant d'étude & de venération,
la beautééclatante de ces Astres
merveilleux, & la surprenante
activité avec laquelle ils peuvent
aussîtost atteindre le Firmament
que la Terre, sans qu'il
leur faille plus d'un instant à parcourir
ces espaces presque infinis,
qu'ils ont crû ne pouvoit
mieux exprimer l'Image de la
Divinité, qu'en plaçant un oeil
sur un trône qui marquastla
beauté, & la puissance de eet
Esprit incompréhensible,qui
sçait tout, qui voit tout, & qui
peut tout dans un moment.
On ne voit rien aussi dans son
action que de divin, dansa composition
que de merveilleux,
dansson usage qued'agreable&
decharmant, &danssanecessitéun
avantage, & unbien qui
surpasse toutes les graces,& les
plaisirs de la Nature. Je fuis,
Madame,vostretrès,&c.
; PANTHOT.
QUESTIONSADECIDER. :I. QVel est le plus grand chagrin
qu'une Maistressepuissedonner
à son Amant.
5 11:
Si le souvenir d'un plaisir passé,
~t on ne jouït plus, cause du plaisir,
de la peine.
HT.
Lequel touche plus aisément le
~ur d'une Belle; ou celuy qui se détrant
d'abord, employe les termes
pluspassionnezàluy protesterqu'il
ime;ou celuy, qui en luy rendant
aucoup d'assiduitez, laissé agir ses
ins sans se déclarer.
IV.
Si un Amant mal-traité de la Belle
n'ilaime, peut sans l'offenser fouaiter~
mort.
V.
Apres avoir parlé de la Danse, on
emande des Discours sur l'Harmoie,
puis qu'elles font inséparables.
VI.
etOs,sn'ilpsrie d'écrire sur les Esprits Fofont
de tout Païs,& cequ'on
çait qu'ils ont fait en beaucoup de
eux.
On mettra danschaqueExtraordinaire
une Questionpour la Santé, à
l'imitationde la Piece qui estoit dans
le dernier, sçavoir, S'il faut dormir
apresle repas.Ainsion demande dans
celuy-cy,
S'il est nuisible de boire à la glace,
& si l'on en peut sentir quelque incommodité
dans le temps,ou plus
tard, ou pointdu tout.
Qualité de la reconnaissance optique de caractères