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1680, 03 (partie 1) (Lyon)
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7.05 Mo
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255
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Texte
Prorex
Lugdunenfis
Camillus
de Neufville
Collegio
SS.
Trinitatis
Patrum
Societatis
JESU
Teftamenti
tabulis
attribuit
anno
1693
.
THEQUE
LYON

807156
MERCURE
GALANT
DEDIE' A MONSEIGNEUR
LE DAUPHIN
LIO
LYON
Mars 1680 .
PREMIERE PARTIE
A LYON ,
Chez THOMAS AMAULRI
Rue Merciere.
M. D C. LXXX.
AVEC PRIVILEGE DU ROY
1.107
LE LIBRAIRE
AU LECTEUR.
E vous envoye avec :
bien du plaifir , cher
Lecteur , une exacte
Relation de toutes les
Cerémonies du Mariage de Mon- .
fergneur le Dauphin. Comme vous
n'en avez eu aucune particuliere ,
je crois que plufieurs perfonnes
voudront en avoir de feparée
estant un Volume de la groffeur
du Mercure , c'est ce qui fait que
l'on le feparera dudit Mercure.
-T'ay écrit plufieurs fois que tomtes
les Pieces que l'on m'envoye
Sans estre affranchies ne feroient
jamais dans ledit Mercure , c'eft
ce que je vous reïtere , car autant
que j'en reçois fans estre affranã
ij
Le Libraire au Lecteur.
chies je les déchire dans le moment
à moins qu'elles ne viennent
de perfonnes que j'ay l'honneur
de connoistre , c'est à quoy on
doit prendre garde. I'ay quantité
de Nouveautez que je vous prepare
pour le Mois prochain. Vous
aurez l'Extraordinaire du Quartier
de Janvier 1680. le vingtcinquième
du prefent Mois d'Avril
pour trente fols le Volume,
comme auffi les anciens Volumes,
quife vendront auffi trente fols le,
Volume ; & les Mercures de 1677.
pour douzefols le Volume . Ceux de
1678. & 1679. auffi vingt fols le
Volume, & de 1680. le mefme prix,
àla referve du Mariage de Monfeigneur
le Prince de Conty , que
l'on ne vend que quinze fols.
L'on distribue toûjours le Iournal
des Sçavans & les Nouvelles de
Medecine pour fixfols le Cahier.
LI
"
LIVRES NOUVEAUX
du Mois de Mars.
La Relation du Mariage de Monfeigneur
le Dauphin , indouze,
20. fols.
La feconde & derniere Partie de
l'Illustre Parifienne de Monfieur
de Prefchac, indouze. L'on
trouve auffi le premier volume.
Histoire de la Conqueste d'Efpagne
par les Maures , indouze,
2.vol. 3. livr. 10.fols.
Stratira Tragedie de Monfieur
Pradon , indouke, 15. fols.
Meditations pour tous les jours de
la Semaine Sainte , indouze,
20.fols.
Hiftoire generale de tous les Siecles
de la Nouvelle Loy , laquelle enfeigne
ce qui eft arrivé de plus
notable dans l'Eglife & dans le
a iij
monde , tous les jours de l'Année
depuis la naifsace de Iefus Chrift
jufqu'à prefent , composée par
le Reverend Pere David l'Enfant
de l'Ordre des Freres Pref
cheurs Docteur en Theologie,
indouze, 3. vol. 4. livr. 10.f.
Des Obligations des Ecclefiaftiques
tirées de l'Ecriture Sainte & des
Saints Peres de l'Eglife & de
S. Chrifostome, 12. 2. livr.
Traitek Historiques & Dogmati
quesfur divers Points de la Difcipline
de l'Eglife & de la Morale
Chrêtienne , contenant un
Traité des Ieufnes de l'Eglife ,
par le Pere Louis Tomassin , in
12. 3. livr. 10. fols:
TABLE
TABLE
DES MATIERES
contenues dans ce Volume.
Vant- propos ,
A
LaPaix,
I
$
6
Préfent du Roy à Monfieur le Maréchal
de Schomberg,
Maifon de Monfieur le Commandeur de
Fénis ,
Tragédie repreſentée à Malte ,
7
9
Epistre en Vers à Monfieur l'Abbé Col-
IS bert
La Fauffe Penfionnaire , Hiftoire, 22
Rétablissement du Droit Civil à Paris ,
50
Concert de trois Baffes de Viole ,
Le Hibou & la Cigale , Fable ,
SI
53
Ordre du Convoy defeu Monfieur le Duc
1 de Hanover , 57
Mort de Madame la Marquise de Pou
gny, 38
Mort de Monfieur le Comte de Grandpré,
61
Paffion
TABLE .
62
Paffion d'argent, Hiftoire,
Particularitez du Voyage de Monfieur
de Guilleragues à Constantinople, 66
Cavalcadefaite à Naples,
Sonnet de Monfieur de Benfferade ,
Autre Sonnet,
SI
Monfieur de Maupeou reçeu Procureur
91
93
94
> 95
99
General du Grand Confeil ,
Mort de Monfieur de l'Ifle
Lettre d'Alexandre à Argine
Explication de nouveaux fettons ,
La Belle Normande , Hiftoire,
Fierté en fonge,
166
II 2 .
133
Paftorale en maniere d'Opéra , reprefentée
à Turin , 134
Epithalame à Madame la Comteffe de
Saint Maurice , 138
Lettre du Confeil Privé d' Ecoffe au Roy
d'Angleterre ,
Mademoiselle de Cliffon Fille d'Honneur
de Madame ,
143
150
Mademoiselle de Levy Religieufe à la
151
Fleche ,
Service pour Monfieur de Matignon ancien
Evefque de Lisieux , 152
Monfieur Foly affaffiné fur le Pont de
Mets ,
153
Seigneurs
TABLE.
Seigneurs de la Cour nommez pour estre
aupres de Monfeigneur le Dauphin ,
154
Monfieur l'Abbé de Grignan nommé
Evefque d'Evreux ,
Le Lezard ,
159
Lettre de Monfieur de Chauvigny fur ce
qui s'eft paffé à Geneve ,
>
164 .
186
Hiftoire tragique arrivée à Arles, 171
Benefices donnez par le Roy
Monfieur l'Abbé Anfelmefait le Panégyrique
de Saint Thomas d'Aquin,
195
Monfieur l'Abbé Herautfait le Panégyrique
de Saint Joseph , 198
Service fait pour feu Monfieur le Comie
de Tonnerre's
Réjouiffancesfaites à Cluny ,
200
202
Monfieur le Marquis de Lignieres eftfait
Gouverneur de Landrecies , 204
Gouvernement de Charlemont donné à
Monfieur de Réveillon , 210
Gouvernement de Condé donné à Monfieur
de Catinal ,
ibid.
Mort de Monfieur le Marquis du Rivau-
Beauveau , 211
Mort de Monfieur le Duc de la Rochefoucaut
ibid.
á v
TABLE.
Mort du Pere le Boſſu ,
212
Mort de Madame des Hameaux', 213
Abjuration de Mad . Biſežil,
214
Monfieur Souchard arrive de Baviere ,
215
Maistres donnez à Madame la Danphine,
Mort de Monfiear Nevelet ,
217
218
Mort de Monfieur de la Chambre, ibid.
Mariage de Mad. de Vitry ,
219
Abbaye de Moncé donnée à Madem, de
Boville ,
ibid .
Eaux d'Opéra ,
220
Agamemnon , Tragedie ,
222
Enigme ,
223
Autre Enigme ,
ibid. *
Fin de la Table.
EXTRAIT
EXTRAIT DV PRIVILEGE
du
Roy.
31.
Ar Grace & Privilege du Roy , donné à
Saint Germain en Laye le Decembre
1677. Signé Par le Roy en fon Confeil , Jun-
QUIERES Il eft permis à J.D. Ecuyer, Sieur de-
Vizé, de faire imprimer par Mois un Livre intitulé
MERCURE GALANT , prefenté à
Monfeigneur LE DAUPHIN , & tout ce qui
concerne ledit Mercure , pendant le temps &
efpace de fix années , à compter du jour que
chacun defd. Volumes fera achevé d'imprimer
pour la premiere fois : Comme auffi defenfes
font faites à tous Libraires , Imprimeurs, Gra
veurs & autres , d'imprimer ,› graver & debiter
ledit Livre fans le confentement de l'Expofant,
ny d'en extraire aucune Piece , ny Planches
fervant à l'ornement dudit livre , mefme d'en
vendre feparément , & de donner à lire ledit
Livre , le tout à peine de fix mille livres d'amende
, & confifcation des Exemplaires contrefaits
, ainfi que plus au long il eft porté audit
Privilege.
Regiftré fur le Livre de la Communauté le
5.Janvier 1678.Signé E. CouTEROT . Syndic.
Et ledit Sieur D. Ecuyer , Sieur de Vizé a
cedé & tranfporté fon droit de Privilego à
Thomas Amaulty Libraire de Lyon , pour
en jouir vivant l'accord fait entr'eux .
Achevé d'imprimer pour la premiere fois le
27. Mars 1680.
L
Avis pour placer les Figures.
'Air qui commence par Comment
pourrois-je voir la fin , doit regarder
la page 11 .
La Planche des nouveaux Jettons,
doit regarder la page 107.
L'Air intitulé Chaconne , qui commence
par Sans frayeur dans ce Bois,
doit regarder la page 195.
La Medaille qui reprefente Monfeigneur
le Dauphin , doit regarder la
page 215.
L'Enigme en figure doit regarder la
page 224 .
MERCU
DE
LA
MERCURE
GALAN TYON ΤΟΝ
MARS
1693
1680 .
L n'y a rien de plus
difficile à finir avec
VILLE
fuccés , que les Ouvrages
extraordinaires
. Il en eft dont les deffeins
femblent également beaux , &
à ceux qui les inventent , & à
ceux qui en entendent parler,
mais dont l'exécution a toûjours
de tres - grandes difficultez
, pour ne pas dire qu'elle eſt
Mars 1680. A
MERCURE
impoffible. Tel a efté le fameux
Ouvrage de la Paix. Le Roy la
vouloit donner à toute l'Europe .
Le deffein eftoit digne d'un
Vainqueur , qu'une longue Ligue
de Souverains avoit efté incapable
d'étonner ; mais il n'eftoit
pas aisé de le faire reüffir,
& il y auroit eu tout fujet de
craindre qu'on n'euft inutilement
tâché d'en venir à bout , fi
un autre que LOUIS LE GRAND
l'euft entrepris. Je ne vous dis
rien, Madame, qui vous foit nouveau.
Je vous ay déja fait remarquer
qu'il s'agiffoit d'obliger un
Party victorieux à rendre des
Provinces entieres , & que Sa
Majefté rendoit Elle- mefme des
Places confiderables , & par leur
force, & par leur fituation , afin
d'engager les Princes dont il
exigeoit un pareil effort , à fe
l'im
GALANT.
3
$
l'impofer comme une Loy , par '
le glorieux exemple qu'ils en
recevoient. Il eftoit grand , cet
exemple , & bien digne de l'admiration
de toute la Terre ; mais
plus il caufoit de furpriſe par fa
grandeur, plus il falloit de vertu
pour l'imiter. Si chaque Siecle
avoit produit de Vainqueurs
on ne voyoit point qu'aucun en
euft produit d'affez grands, pour
donner des Loix à des Souverains
, & cela , au milieu des
Triomphes que ces mefmes
Souverains remportoient fur
leurs Ennemis. Cependant ils
ont fait gloire de les accepter,
parce qu'ils les trouvoient ju
ftes , & que le Vainqueur qui les
donnoit , leur montroit une modération
, bien plus difficile à
combatre que fes forces , quoy
qu'ils euffent fouvent éprouvé
}
A ij
4
MERCURE
qu'elles eftoient invincibles.
Voila , Madame, ce que vous fçaviez
il y a déja long- temps, mais
vous ne fçaviez peut- eftre pas,
que ces conditions de Paix acceptées
, comme il avoit plû au
Roy de les régler , n'ont eſté
executées que depuis fort peu
de jours dans toute leur étenduë.
On vient de rendre à fes
Alliez les dernieres Places qui
devoient leur eftre reftituées , &
nos Troupes qui ne demeuroient
à Véfel que jufqu'à l'entiere
confommation du Traité,
en font forties fur la fin de l'autre
Mois . On nous a mis en poffeffion
de Charlemont dans le
mefine temps. Ainfi c'eſt particulierement
aujourd'huy qu'on
doit admirer le Roy, non feulement
pour avoir donné la Paix
à l'Europe, aux dépens des Conque
GALANT.
S
queftes qui luy eſtoient affurées
; mais encor pour avoir
joint la douceur & la prudence
à la force , afin que fes volontez
ne puffent trouver d'obſtacles.
Là deffus n'a-t- on pas fujet de fe
récrier.
י ס
TVSçeus régner , Grand Roy , lors
que tu vins au monde.
Tnfçeus vaincre au moment que l'on te
vit régner.
Tu n'as jamais livré Combat fans le
gagner ,
Rien n'eft plus grand que Toy fur la
terre & fur l'onde.
Ta ' puiſſance aujourd'huy n'en voit
point defeconde ;
Trois Etats font liguez , tu fçais les
dédaigner.
Tu les vaines , & vaincus , tu les veux
épargner ,
C'eft affez qu'ils ont peur , quand ton
Tonnerre gronde.
A iij
6 MERCURE
On n'a jamais rien veu d'égal à tes
Exploits.
Quand tout de tous coftez fléchiffoit
fous tes Loix ,
Tu t'es borné Top - même en ta propre
Victoire.
On t'a veu pardonner à tes fiers Ennemis
,
Et leur donner la Paix quand ils fe
font foumis ;
Voila tes Faits , Grand Roy , mais qui
les pourra croire ?
Ce Sonnet eft d'un Avocat
d'Auxerre . Vous voyez , Madame
, qu'il n'y a aucun lieu où les
Mufes ne faffent retentir les
louanges de Sa Majefté . Mais
que peut-on dire qui ait du raport
à ce que mérite un Prince ,
dont l'ame eft encor plus élevée
que le rang qu'il tient ? Les récompenfes
qu'il fait font toûjours
dignes de luy , & il ne
répand
GALANT. 7
répand jamais fes graces , qu'il
n'en augmente le prix par la
maniere dont il en fait fentir les
effets. Monfieur le Maréchal de
Schomberg en peut rendre témoignage.
Il n'attendoit rien,
ou du moins il n'avoit rien demandé
, & le Roy , un peu avant
qu'il foit party pour Châlons, luy
a caufé une agreable furpriſe ,
en luy envoyant quarante mille
Ecus . Ce font là des marques
effentielles de l'eftime d'un Souverain
, & on n'en reçoit guére
de femblables qu'on ne s'en foit
montré digne par des actions
d'un tres-grand éclat .
Vous avez raifon de ne point
douter du mérite de Monfieur le
Commandeur de Fénis , apres
l'avoir veu nommé au Gouvernement
de Bouchain. C'eſt une
nouvelle que je vous appris la
A j
8 MERCURE
derniere fois. Sa conduite & fon'
def- intereffement , tant qu'il a
efté Gouverneur du Fort S. André
, luy avoient donné beaucoup
de réputation , & la maniere
dont il eft regreté à Bethune
où il commandoit depuis
fix ans , fait affez connoître combien
fes belles qualitez l'y faifoient
aimer. Il y en a plus de
vingt- cinq qu'il eftoit Capitaine
d'Infanterie dans le Régiment
de Turenne. Il a fervy enfuite
dans celuy du Maine. Il eſt de
la Maifon des Fénis de Tulle en
Limofin. On en connoift peu en
France de plus anciennes. Les
Illuftres d'Angleterre qui portent
ce mefme nom en font
defcendus. Le Commandeur
dont je parle icy , eft fi confideré
dans fon Ordre > que le
Grand - Maiſtre l'a envoyé au
Roy,
GALANT. 9
Roy , pour negotier des affaires
tres- importantes. Auffi Sa Majefté
a- t- Elle toûjours marqué
beaucoup d'eftime pour luy .
Je vous ay déja entretenuë
du mérite de ce Grand - Maiftre.
Sa maniere de gouverner eft fi
approuvée , que pour témoigner
combien on en eft content , on
a fait paroiftre à Malte une Tragédie
, dont le Titre eftoit Le
Siecle d'Or dans l'Ile de Malte,
Sous le Regne de Son Eminence
Nicolas de Cotoner. Cette Tragédie
fut reprefentée au commencement
de Janvier, dans la Maifon
du Clergé de l'Ordre , avec
une approbation generale. Elle
eftoit de l'invention & de la
conduite de Monfieur de Champoffin
, Preftre Provençal , qui a
toûjours eu un tres- grand commerce
avec les plus éclairez de
A V
10 MERCURE
l'Académie d'Arles , & que
Monfieur de Vyani d'Aix , Prieur
de l'Eglife Conventuelle , Grand-
Croix de l'Ordre , a choify pour
eftre Gouverneur des Pages de
Monfieur le Grand- Maiſtre , &
des Diacots de l'Eglife de S.Jean.
On ne vit jamais dans la Cour
de Malte , un Theatre plus magnifique.
Monfieur le Commandeur
de Tancredi Italien , & depuis
peu Ambaffadeur en France
, avoit pris foin des Décorations
qui en faifoient l'ornement.
Apres un Siege repréfenté,
l'Etendard de la Religion ,
& la nouvelle Cotonere , parurent
dans un Combat, & le Party
Ottoman ayant fuccombé ,
Mars prit la fuite , avoüant que
le grand Cotoner & Malte , l'empéchoient
de pourſuivre ſes con.
queftes .
Si
GALANT. II
Si vous avez efté fatisfaite
de la derniere Chanfon que je
vous ay envoyée , vous devez
l'eftre de celle qui fuit , puis que
les Paroles font encor de Made,
moiſelle de S. Jean ,
&
qu'elles
l'illu- ont efté mises en Air par
ftre Autheur qui en a fait graver
un fi grand nombre. Vous
connoiffez fa méthode , & il fe
roit difficile de vous tromper làdeffus.
AIR NOUVEAU.
C
Omment pourrois- je voir la fin de
mafoufrance ,
Cruel Amour, qui m'oftes lapuiffance
D'oublier un Ingrat qui vient de me
trahir ?
Helas ! malheureuse tendreffe,
Faut-il malgré la douleur qui me
preffe,
M'obliger à l'aimer quand je le dois.
bair ?
Vous
12
MERCURE
Vous voyez , Madame , que
cet Autheur continue toûjours
à me donner de fes Airs pour
en embellir mes Lettres. Ill eft
certain qu'on les y trouvera
beaucoup plus corrects , que
dans les Recueils où l'on met
fans aucun choix , tous ceux
qu'on apporte à l'Imprimeur , de
quelque part qu'on les puiffe recevoir.
On ne les a fort fouvent
que pour les avoir entendu chan.
ter , & la Note ne ; venant point
de l'Autheur, on ne doit pas s'étonner
fi tant de fautes s'y glif
fent. Celuy dont je vous parle
prefentement , a reconnu encor
ce defaut depuis peu de jours
dans le Livre de Chanfons notées
de 1680. On ya mis deux
des fiennes , l'une & l'autre à
boire ; la premiere imprimée il y
a cinq ou fix ans dans ſon ſecond
GALANT. 13
cond Livre gravé d'Airs Bachiques
, & l'autre auffi imprimée
dans fon Journal de l'année derniere.
Cette premiere qui commence
par Eh quoy , mes chers
Amis, & c. eft entierement falfifiée,
foit pour le Chant,foit pour
les Paroles. Il n'y a qu'un fimple
Deffus , au lieu de deux avec la
Baffe , & ce Deffus eft avec une
Clef de Baffe . Joignez à cela
qu'il n'y a qu'un couplet au lieu
de trois , & que ce couplet mefme
eft défectueux. Pour la feconde
Chanfon qui eft , Les
Moucherons fur nos Tonneaux, &c.
on n'a qu'à fe donner la peine
de la confronter avec celle qui
eft dans le Livre que l'Autheur
a donné depuis huit jours , fous
le Titre de Mélange d' Airs , &
on en connoiftra aifément la
diférence. On y trouvera la Contre
14 MERCURE
1
trepartie de cette Chanſon, avec
plufieurs nouveaux ſeconds cou
plets en diminution , les plus
beaux , & les plus riches qu'on
ait encor eus de luy.
Vous auriez peine à croire,
Madame , combien chacun s'eft
intereffé dans le choix que Sa
Majefté a fait de Monfieur l'Ab
bé Colbert , pour donner un
Coadjuteur à Monfieur l'Archevefque
de Rouen . La Dignité
eftoit grande , mais proportionnée
à fon mérite ' , & il ne pouvoit
moins attendre apres les
yoeux du Public. L'Epiftre que
je vous envoye a efté l'augure
de fon élevation . Elle luy avoit
efté adreffée un peu avant qu'i
cuft plû au Roy de le nommer.
ΕΡΙ
GALANT.
15
EPISTRE
A MONSIEUR
L'ABBE COLBERT.
GRand & fameux Abbé , quiſçeus
ta jeuneffe
Apprendre en enfeignant , l'Art d'aimer
la Sageffe ,
Où tes heureux travaux floriffant chaque
jour,
T'ont rendu des Sçavans & l'exemple
& l'amour;
Cent fois jay refolu dans l'ardeur de
mon zele ,
De faire le recit de ta gloire immortelle
,
Et cent fois mon esprit confus & rebuté
,
Ma dit que l'entreprendre eftoit temerité
;
Que courir une Mer fifujete à l'orage,
Ceftoit imprudemment m'expofer an
naufrage;
Que
16 MERCURE
Que pour executer ce penible deffein,
Il falloit de Corneille & l'efprit & la
main ,
S'écarter comme luy de la route vulgaire
;
Mais que n'ofe-t-on point , quand on
cherche à te plaire ?
Pour flater mon audace , unefecrete voix
Me dit qu'en te loüant je fais ce que
je dois ;
Que quoy que nous oppose une raison
difcrete ,
Le coeur eft peu touché, quand la bouche
eft muete ;
Qu'enfin où la Vertu brille avec tant
d'éclat,
De qui veut l'étouffer , le filence eft
ingrat.
C'est donc ce mouvement &fi fort &fe
tendre ,
Qui forçant ma raifon , me force de me
rendre.
En vain , quand de mes Vers je te prens
pour objet.
Je condamne en moy-meſme un fi bardy
projet.
F'y trouve des appas , j'y refifte avec
peine,
Et
GALANT. 17
Et ma Mufe qui fuit le torrent qui
l'entraîne
Trop avant fur tes pas , ne peut plus,
reculer.
Hé , qui pourroit ſe taire où tout femble
parler ?
Dés tes plus jeunes ans , par un jufte
avantage ,
Ayant receu du Ciel la prudence en
partage,
Et déja de l'Honneur reconnoiffant la
Loy,
Tu voulus t'impofer des foins dignes de
toy.
Dés-lors de ton grand coeur la noblɛ
inquietude ,
Pour trouver du fçavoir , te fis chercher
l'étude ,
Et tu fçeus preferer , en reglant tes
defirs ,
Le travail au repos , & la gloire aux
plaifirs.
Ce fut là le fujet de ta plus belle
flâme ,
L'unique ambition qui poffeda ton
ame ;
Ton zele à t'avancer t'accuſant de
lenteur,
Dans
18 MERCURE
Dans tes plus beaux progrés redoublait
fa ferveur.
Auffi de ton Esprit les folides richeffes
T'en ont fait au Public répandre les
Largeffes.
On a veu des Sçavans le glorieux concours
Taborder à l'envy , pour oüir tes Difcours
>
Lors que de la Sageffe expliquant les
Oracles, Philofophic .
*
De leur obfcurité tu levois les obftacles,
Et nous montrois d'exemple anffi- bien
que de voix ,
A fuivre fes Decrets , & reverer fes
Loix.
Ainfi charmant Abbé,tu fournis ta carriere.
Ce n'eftoit que l'effay d'une courfe premiere
;
La Gloire qui par tout accompagne tes
pas ,
Pour engager ton coeur, trouva d'autres
appas.
Elle te propofa cette * Grandeur fupréme
,
* Theologie .
Cet Eftre qui foûtient , qui voit tout par
foy- mefme ,
Qui
GALANT. 19
Qui de mille Sçavans que fa beauté
ravit,
Rend la plume celebre autant comme
l'esprit;
Et c'est là que le tien'fit brillerfes merveilles:
C'est là
que tout Paris vit l'effort de tes
veilles
,
Où fecondant les foins d'un Homme
tout de Feu, * M . Feu Doct.de S.
De tes plus grands travaux tu ne te fis
qu'un jeu.
Délicieux travaux , dont la fin te cou
ronne ,
En te donnant un rang digne de la Sorbonne
,
Et par qui nous voyons ton beau Nom
aujourd'huy อ
Eftre de ce grand Corps le plus illuftre
appuy.
Mais ce qu'on trouve peu, tu joins à ta
Science ,
Les beautez de la grace & de la bien-
Séance ,
Et fais voir par l'effet d'un riche affor
timent ,
Dans un Esprit ſolide , un parfait agré
ment.
Quel
20 MERCURE
Quelfujet fi profond, quelles hautes matieres
,
Ne pénetres- tu pas par tes vives lumieres
?
Mais auffi qui jamais , pour emporter
un coeur ,
Sçeut mefler tant de force avec tant de
douceur ?
C'est là ton vray talent ; mais tout cet
avantage ,
De ce que tu promets n'eft qu'une foible
image.
Comme on remarque en toy quelque chofe
de grand ,
Vn air majestueux qui charme & qui
Surprend ,
Vne force d'esprit , une égalité d'ame ,
Vn coeur qu'en fes defirs la vertu feule
enflâme ,
Le Ciel de tous ces biens oeconome parfait,
Qui ne fit jamais rien fans ordre &
fans fujet ,
Ne te les prodigua, que pour nous faire
croire
Qu'il te veut mettre au point le plus
hant de la Gloire.
Pour t'y mieux preparer , il preſente à
tesyeux ,
D'un
GALANT. 21
D'un Miniftre prudent l'exemple glorieux.
Il fçait qu'en imitant cet illuftre Modelle ,
Digne de t'inspirer une ardeur eternelle,
On te verra brillant de lumiere &
d'éclat ,
Estre à l'Eglife un jour , ce qu'il eftià
l'Etat .
C'est à quoy l'on s'attend , c'est ce que
l'on fouhaite ,
De l'heureux avenir chacun eſt l'inter
prete ,
Et croit dans peu de jours, par un choix
fortuné ,
De l'honneur qui t'eft dû, voir ton front
couronné.
Déja l'on t'applaudit des yeux & de la
bouche.
Demande apres
touche ,
cela fiton bonheur nous
S'il flate noftre attente , & fi dans le
befoin
Nos voeux , pour l'avancer , iroient encor
plus loin.
Mais ilsfont fuperflus quand ta gloire
eft certaine ,
Elle l'eft , & je veux qu'on m'ordonne
pourpeine,
Si
22 MERCURE
Si mes preffentimens n'ont bientoft leurs
effets
De garder fur fon Nom filence pour
jamais .
a
Quoy qu'on entreprenne de
difficile, il ne faut qu'aimer pour
y réüffir. Vous en conviendrez,
quand je vous auray appris ce
qui s'eft paffé depuis quelques
mois. L'avanture à paru fort finguliere.
Voicy ce que c'eft. Une
tres-belle Perfonne , ayant autant
d'enjoüement d'humeur,
que de brillant & de délicateſſe
d'efprit , s'eftoit attiré les complaifances
de tout ce qu'il y
avoit d'honneftes Gens dans
une des plus grandes Villes du
Royaume. Beaucoup tâcherent
de toucher fon coeur , & un feul
eut l'avantage d'en venir à bout.
C'eftoit un Homme bien fait,
eftimable par fa naiffance , &
qu'un
GALANT.
23
.
y
qu'un Employ fort confidérable
rendoit digne de la preférence
qu'on luy donna. La Belle n'avoit
pû fe défendre de prendre
pour luy une partie de l'amour
qu'il fentoit pour elle, & le choix
de fes Parens s'eftant trouvé
conforme à fon inclination , l'affaire
ne fut pas difficile à terminer.
On figna les Articles du
Contract , & le foir mefme il
eut Bal chez la Belle. Toute la
Ville y courut. Il y vint fur tout
un nombre infiny de Mafques.
Chacun fembloit prendre part
au bonheur des deux Amans , &
comme ils eftoient également
eſtimez , on eftoit bien- aiſe d'eftre
témoin de leur joye. Un
jeune Marquis arrivé ce meſme
jour , & n'ayant aucune habitude
dans la Ville où il ne faifoit que
paffer , entendit parler de ce
Ma
24 MERCURE
Mariage. On luy fit un portrait
fi avantageux de l'aimable Perfonne
qui venoit de s'accorder,
qu'il eut envie de la voir. Il envoya
auffi- toft acheter un Mafque
, & ayant fait tirer de fa
Valife un Habit fort propre, il fe
mit en état d'eftre remarqué par
fa parure . Il avoit l'air bon , la
taille bien prife , & il ne demeura
pas longtemps dans l'Affemblée,
fans s'y faire regarder. Pour
luy , on peut dire qu'il ne regarda
qu'une feule choſe . Il
trouva plus qu'il n'avoit penfé ,
& la Belle qui affembloit tant de
Gens, l'éblouit fi fort , qu'il n'eut
des yeux que pour elle feule. Elle
dançoit bien , & fes manieres
avoient je- ne-fçay - quoy d'engageant
qui fuffifoit feul à la
faire aimer. Ainfi quand la Nature
luy auroit efté moins prodigue
GALANT 25
digue de fes tréfors, elle n'auroit
pas laiffé de charmer également.
Plus le Marquis la confidera , plus
fa beauté luy parut toûchante.
Elle faifoit malgré luy de fi fortes
impreffions fur fon coeur , que
pour tâcher de les affoiblir , il
voulut croire qu'elle n'avoit
point d'efprit ; mais il eftoit de
fa deſtinée de connoiftre entierement
ce qu'elle valoit . Comme
elle faifoit les honneurs du
Bal, & que l'ajustement du Mar.
quis méritoit qu'on le diftinguaft,
elle le prit enfin
pour dancer.
Il ne luy donna la main
qu'apres luy avoir dit quelque
chofe de galant , à quoy elle répondit
finement. Il en fut fi fatisfait
,, que brûlant d'envie de
l'entretenir,il vint fe mettre à fes
pieds fi toft qu'il eut achevé fa
dance. Le Mafque donne de
Mars 1680 . B
26 MERCURE
grands privileges . Il s'en fervit
pour luy faire une déclaration
d'amour , quoy qu'inutile , puis
que fa mauvaiſe fortune avoit
voulu qu'il ne l'euft connuë que
quand elle eftoit preſte à faire.
un heureux. Il ajoûta que pour
fe guérir d'une paffion la plus
violente qui fuft jamais , quoy
qu'elle ne fift que de commencer
à naiftre, il alloit paffer quelque
temps en Italie , fçachant
bien que s'il demeuroit en France
, il chercheroit en tous lieux
l'occafion de la voir , ce qui ne
pourroit estre qu'au defavantage
de l'un & de l'autre , & par
ce que ſes continuelles proteftations
luy feroient foufrir , &
par ce qu'il foufriroit luy- mefme
, en l'aimant toûjours plus.
qu'il ne voudroit. La Belle écouta
cela comme d'un Maſque à
qui
GALAN T. 27
qui fon déguiſement donnoit
pouvoir de tout dire , & apres
quelques réponfes fort enjoüées,
elle alla dancer avec fon Amant.
Je ne fçay fi le Marquis penfoit
férieufement au Voyage dont il
- luy avoit parlé ; mais il eft certain
qu'apres l'avoir enë toute
la nuit devant les yeux , il luy
fut impoffible de partir le lendemain.
Il ne fortit point , &
employa tout le jour à examiner
mille projets que luy fuggera
fa paffion . Tantoft il faifoit
deffein de fe déclarer ouvertement,
fe perfuadant que les Parens
de la Belle fe laifferoient
ébloüir aux avantages de fa
qualité & de fon bien . Tantoſt
il alloit jufqu'à ſe réfoudre de
l'enlever , pour ne mettre fon
bonheur dans aucune incertitude
; & ce qui l'arreftoit par 9
Bij
28 'MERCURE
tout , c'est qu'on luy avoit dit
d'abord
, que la Belle n'aimoit
pas moins qu'elle eftoit aimée.
Il ne pouvoit estre heureux s'il
ne poffedoit fon coeur , & ce
n'eftoit pas le moyen de l'acque
rir , que de la priver d'un Amant
aimé. Il paffa deux jours dans
des inquiétudes que rien n'appaifoit
; & comme il n'en reftoit
plus que trois jufqu'à celuy
qu'on avoit choify pour le Mariage
, il auroit peut - eftre pris
quelque violente réſolution , fi
une nouvelle qui vint bien - toft
jufqu'à luy , n'euft fufpendu ce
qu'il méditoit. L'Amant de la
Belle tomba malade , & fi dangereufement
,qu'on craignit pour
luy dés le lendemain . Ce ne fut
pas fans fujet , puis qu'une fluxion
fur la poitrine , & une fiévre
continue accompagnée de
1
re
GALANT. , 29.
redoublemens, l'emporterent en
fix jours. Vous jugez - bien que
fa mort fut un fujet de joye pour
le Marquis. L'extréme douleur
qu'en fit paroiftre la Belle , ne
l'étonna point. Le temps luy
fembloit un fremede feûr contre
un déplaifir de cette nature ;
mais ce qui luy donna beaucoup
de chagrin , c'eft qu'on luy vint
dire prefque auffitoft , qu'elle
eftoit allée s'enfermer dans un
Convent à deux lieuës de là,
pour s'épargner cent vifites.
qu'elle ne le trouvoit point en
état de recevoir . On ajoûtoit
mefine qu'elle vouloit renoncer
au monde , & ces fortes de retraites
eftant quelquefois l'effet
d'un defefpoir amoureux , le
Marquis voyoit tout à craindre,
d'une refolution fi precipitée ..
L'aller demander à fes Parens,
B iij
30
MERCURE
& faire agir leur autorité avant
qu'elle euft effuyé fes larmes,
c'eftoit le moyen de luy faire
naiftre l'envie de prendre le
Voile. Elle ne venoit à la Grille
pour perfonne , & il n'imaginoit
rien qui puft luy faciliter l'occafion
de l'entretenir. Dans cet
embarras il prit le plus bizarre
deffein qui ait jamais efté pris.
Il feignit une Partie de mafquer ,
& fe fit faire un Habit de Femme.
Tout favorifoit fon entrepriſe
. Il eftoit jeune , avoit les
traits délicats , & on ne voyoit
rien dans tout fon vifage qui
puft démentir le Perfonnage
qu'il vouloit jouer. Apres s'eftre
mis dans ce nouvel équipage,
il fe rendit où eftoit la Belle, fuivy
d'un Valet de Chambre , à
qui il fut obligé de fe confier."
C'eftoit un Convent où la qua-
·
lité
GALANT. 31
>
lité de Penfionnaire ne déplaifoit
pas. Il vit l'Abbeffe , & ſe
faifant paffer pour une Demoifelle
Bretonne il luy dit que
fon Pere la voulant contraindre
d'époufer un Homme qu'elle
ne pouvoit foufrir , fa Mere luy
avoit permis de chercher quelque
Convent éloigné , où elle
fuft à couvert de cette injuftice
, & que la reputation où elle
eftoit , luy avoit fait choifir fa
Maifon preferablement à d'autres
où fes Amies l'avoient voulu
faire entrer . Cela fut dit d'un
air fi modefte , que l'Abbeffe qui
fe fentit Aater par ce choix , eut
toute la complaifance qu'on fouhaitoit
d'elle . On la laiffa Arbitre
de la Penfion , dont on luy
paya deux quartiers d'avance, &
les Portes du Convent furent
ouvertes au jeune Marquis dés
Bij
32 MERCURE
ce mefme jour. Il avoit demandé
une Chambre particuliere ,
& il la payoit trop bien pour
ne l'avoir pas. La Penfionnaire
Bretonne fervit d'abord d'entretien
à toutes les autres . On
en voulut connoiftre l'humeur,
& elle montra tant d'honneſteté
, qu'elle fe fit bien- toft des
Amies. Elle donna meſme des
apparences de Vocation qui luy
gagnerent le coeur de la plûpart
des Religieufes. Les plus zelées
luy faifoient connoiftre combien
il y avoit d'écueils dans le
monde, & elle ne leur oftoit pas
l'efperance de luy voir prendre
l'Habit parmy elles. Cette conduite
mit les affaires du Marquis
en feûreté . Il fe contraignit
les premiers jours à ne
point marquer d'empreffement
pour la Belle qu'il venoit chercher;
GALANT.
33
cher ; & comme il avoit unê
égale civilité pour toutes celles
qui luy parloient , on n'avoit garde
de foupçonner fon deffein . Il
le conduifit fi finement, qu'apres
avoir veu cinq ou fix fois fa belle
Affligée , mais feulement en
paffant , il luy rendit enfin vifité
en fa Chambre , & feignant de
ne rien fçavoir de fa difgrace , il
l'engagea à luy faire part de fes
déplaifirs. La fenfibilité qu'il en
fit paroiftre , & la maniere dont
il entra dans fes interefts , formerent
en peu de temps une
étroite liaiſon entre l'un & l'autre.
Jamais deux Perfonnes n'avoient
efté plus unies . La belle
Affligée ne trouvoit de confolation
qu'avec fa chere Bretonne
; & la Bretonne qui applaudiffoit
à fa douleur , l'engagea fi
fort part fes complaifances, qu'in-
B v
34
MERCURE
9
Ta
faire
fenfiblement elle fe rendit maiftreffe
de fon efprit. Quand elle
parloit de prendre le Voile pour
garder une éternelle fidelité à
fon Amant , la Bretonne difoit
auffitoft qu'elle fe feroit Religieufe
comme elle , pour ne la
quiter jamais ,quoy que ce fuftle
plus grand facrifice qu'elle puft
luy faire , dans le peu de dilpofition
où elle fe fentoit pour
retraite. C'eftoit affez pour
changer de fentiment à la Belle.
Par cette adreſſe , la fauffe
Bretonne luy ofta l'enteftement
du Convent & l'amitié qu'elle
luy juroit eftant affez forte
luy tenir lieu d'amour, elle commençoit
à ne plus tant s'affliger ,
& à croire qu'elle pouvoit encor
vivre heureuſe , apres avoir
perdu fon Amant . Deux mois
fe pafferent de cette forte , penpour
danc
GALANT.
35
LY.
$
1895-*
dant lefquels ayant fouffert
qu'on la confolaft , elle devint
plus traitable , & fe rendit vifible
à la Grille . Ses Parens & fes
Amis qui l'y vinrent voir , la
porterent tous à renoncer au
Convent , mais elle n'en voulut
point entendre parler. Il eut
falu quiter fa chere Bretonne;
& les obligeantes marques de
tendreffe qu'elle en recevoit , luy
avoient donné pour elle un fi
fort attachement que la Clôture
ne luy auroit point déplû
pour toute la vie , fi fon Amie
euft pû toûjours s'en accommoder.
Elle fentoit bien qu'il y
avoit quelque chofe d'extraordinaire
dans cette forte amitié,
mais elle eftoit bien éloignée de
s'imaginer qu'elle venoit d'un
panchant qui puft aller à l'amour.
Tout fe difpofoit affez à
fa
36
MERCURE
faciliter ce que la fauffe Bretonne
avoit entrepris , quand elle
trouva occafion d'en avancer le
fuccés. La Belle s'eftant expliquée
un jour d'une maniere fort
tendre , fur la crainte qu'elle
avoit qu'il n'arrivaft quelque
changement dans la fortune de
l'une ou de l'autre , qui les mift
dans la neceffité de fe féparer,
elle répondit qu'il y avoit déja
quelque temps que la mefme
crainte la tourmentoit , & qu'elle
ne fçavoit qu'un feul moyen
de fe garantir du malheur qu'elles
avoient lieu d'appréhender.
Ce moyen eftoit , qu'elle avoit
un Frere , & qu'en l'époufant,
elle acqueroit une Soeur avec
qui elle pouvoit s'afſurer de vivre
toûjours. Ce mot d'épouſer
effraya la Belle. Elle oppola que
quand elle pourroit oublier fitoft
GALANT. 37
toft l'Amant qu'elle avoit pleuré,
elle avoit fait voir depuis ce
temps - lâ tant d'averfion pour le
mariage , que la bienséance ne
foufriroit pas qu'elle démentiſt
fes fentimens. L'adroite Bretonne
fe contenta de luy dire qu'elle
ne demandoit rien qu'on ne
l'euft trouvée prefte à executer,
fi elle euft eu un Frere comme
elle ; mais qu'elle feroit pourtant
fâchée de fe voir heureufe
, s'il luy en coûtoit la moindre
contrainte. Quelques Penfionnaires
qui furvinrent , empefcherent
que la chofe n'allaft ce
jour-la plus loin . La Belle qui
n'avoit effectivement aucun
deffein de fe marier , pria fon
Amie , qui reprit la mefme matiere
dés le lendemain , de chercher
un autre moyen de fe voir
toûjours , adjoutant que celuy
qu'el
38 MERCURE
fi qu'elle propofoit n'eſtoit pas
feûr qu'elle fe l'eſtoit perſuadé,
puis qu'il arrivoit tous les jours
mille changemens par le mariage
, & que ce Frere qu'elle voudroit
luy voir époufer , eftant
capable de changer d'humeur,
elles devoient craindre qu'il ne
s'oppofaft un jour luy - mefine
à leur union . C'eftoit où la fauffe
Bretonne l'attendoit. Elle ré .
pondoit qu'elle ne devoit rien
craindre de ce coſté-là , que fon
Frere & elle eftoient nez jumeaux
, qu'ils avoient tous deux
les mefmes inclinations , avec une
tres-grande reffemblace de traits ,
& que fi elle eftoit un peu fatisfaite
& de fon coeur & de fon efprit,
il n'y avoit rien qui duſt l'arrefter
, puis que c'eftoit un autre
elle - mefme qu'elle épouferoit.
La Belle ne pût s'empefcher de
dire
GALANT.
39
dire en riant , que quoy que ce
fuft un autre elle mefme , cet
autre elle-mefme ne s'expliquoit
pas , & que peut eftre il feroit
dans des fentimens fort éloignez
de ceux qu'elle fouhaitoit qu'il
euft . Alors l'ayant priée de fe
fouvenir d'un Mafque qui luy
avoit fait une déclaration le jour
que fon Contract fut figné , elle
luy apprit que ce Maſque eftoit
fon Frere ; que tout ce qu'il luy
avoit dit de fon amour , & de la
refolution qu'il prenoit de paffer
en Italie , eftoit une verité ; qu'il
eftoit party apres luy eftre venu
faire confidence de fa paffion
comme à une Soeur pour qui il
n'avoit jamais rien eu de cachés
qu'il s'eftoit arrefté à Turin pour
voir quelque Fefte qu'on y preparoit
, que pendant ce temps ,
le hazard l'avoit amenée dans le
Con
40 MERCURE
Convent , où ayant connu qu'elle
eftoit en pouvoir de difpofer
d'elle elle l'avoit mandé fur
>
T'heure à ce Frere , que charmé
d'une nouvelle fi peu attendue,
il luy avoit recommandé
fes intérefts
avec tout l'empreffement
que peut témoigner
un Homme
éperduëment
amoureux , & qu'il
devoit arriver au premier jour
pour luy confirmer
les affurances
qu'elle luy donnoit . L'occafion
eftoit fi preffante que la
Belle s'en trouva embaraffée.
Elle rougit,refva quelque temps,
& ' ayant en fuite affuré la fauffe
Bretonne de toute la reconnoiffance
qu'elle devoit à fon amitié
, elle luy dit qu'elle ne connoiffoit
point fon coeur fur autre
chofe. Cette réponſe promettoit
affez , & il y avoit lieu
d'en eftre content . Dans ce
mefme
GALANT. 41
mefme temps , une Parente de
cette aimable Perfonne eftant
fur le point de fe marier , on la
pria de fe trouver à la Nôce
qui fe devoit faire quelques
jours apres. Il devoit y avoir Bal
& grande Affemblée , & on eftoit
bien-aife qu'elle y paruft. La
Bretonne qui n'afpiroit plus
qu'à la tirer du Convent , ne
manqua pas de luy faire voir
combien cette occafion eftoit
favorable. Elle luy repreſenta
que fon Frere devoit arriver
de jour en jour ; qu'ayant à le
voir , il valoit mieux que ce fuſt
par quelque rencontre qui feroit
fans confequence , que dans
une vifite de Grille où elle auroit
à l'accompagner , & que
comme ce feroit luy qui la chercheroit
, fans qu'elle contribuaft
à cette entreveuë , il n'en pourroit
42 MERCURE
fi
par
roir tirer aucun avantage ,
malheur fa perfonne ou fes manieres
ne luy plaifoient pas. Ce
raiſonnement fatisfit la Belle Il
fut réfolu qu'elle fortiroit le jour
qui preceda celuy de la Noce .
Elle fortit en effet , & fon retour
donna de la joye à toute la Ville.
La fauffe Bretonne ne fe difpenfa
de l'accompagner , qu'en luy
promettant de l'aller trouver le
lendemain , fi elle vouloit luy
envoyer un Carroffe . L'ordre en
fut donné dés qu'elle arriva , &
on n'auroit pas manqué à l'exe- .
cuter , fi on ne fuft venu dire le
foir à la Belle que fon Amie
avoit une autre voiture qui l'ameneroit
chez elle , où elle pouvoit
l'attendre , fans fe mettre en
peine d'aucune autre chofe. Le
Marquis s'eftoit fervy de cette
précaution , parce qu'ayant à
pa
GALANT.
43
paroiftre pour ce qu'il eftoit , il
ne vouloit pas qu'on puft l'avoir
remarqué en habit de Fille. Son
Valet de Chambre qu'il avoit
fait avertir , luy tint un Carroffe
preft pour le lendemain . L'Abbeffe
qui crut que c'eftoit celuy
qu'on avoit promis de luy envoyer
, ne s'oppofa point à fa
fortie. Ainfi l'adroite Penfionnaire
s'échapa" , fans que perſonne
fe fuft apperçeu de fa tromperie.
' Cependant la Belle qui
attendoit la fauffe Bretonne ,
s'impatientoit de ne la point
voir , & le jour ayant finy fans
qu'elle paruft , elle ne fçavoit
que penfer de n'avoir point eu
de fes nouvelles . On fe mit à cable.
L'Affemblée fut grande , &
le Feftin de la Noce des plus
magnifiques. Le Bal fucceda La
Belle n'y dança pas
moins que
la
44
MERCURE
la Mariée , tout le monde s'empreffant
à luy marquer la joye
qu'on avoit de la revoir. Elle venoit
de fe remettre en fa place
apres s'eftre acquitée de quelque
dance , quand elle apperçeut
un Mafque à quatre pas
d'elle , qui la regarda fixement
fans luy rien dire . Il eftoit dans le
mefme ajustement où elle avoit
veu celuy qui luy avoit fait une
déclaration dans le dernier Bal.
Elle ne l'eut pas plutoft remar
qué , qu'un trouble fecret commença
de la faifir. La pensée
qu'elle eut que c'eftoit le Frere
de fon Amie, la déconcerta . Elle
jettoit les
yeux un moment fur
luy , & les baiffoit auffi - toft . Le
Mafque n'eftoit pas fâché de ce
défordre. Il en jouit quelque
temps , & s'eftant mis enfin aux
pieds
GALANT.
45
pieds de la Belle , il luy deman
da fi elle fe fouvenoit d'un Malheureux
qui eftoit party defefperé
, & qui revenoit le plus
amoureux de tous les Hommes.
Je n'entreray point dans le détail
de leur entretien . Le Marquis
, dont le Mafque déguifoit
la voix , parla à la Belle de ce
qu'on devoit luy avoir dit defa
paffion dans le Convent , & il
luy en fit luy-meſme une fi tendre
peinture , que quand elle
n'auroit pas efté déja prévenuë
favorablement pour luy , elle auroit
eu peine à n'en eftre pas
touchée. Il ajoûta qu'il ſe tiendroit
affuré de fon bonheur , fi
-elle eftoit convaincuë de la fincerité
de fes fentimens , puis
qu'ayant les meſmes traits
fa Soeur , qui avoit eu l'avantage
de s'en faire aimer , il eftoit imque
poffi
46
MERCURE
poffible que
fon viſage ne luy
pluft pas. En mefme
temps il
ofta fon Mafque. On s'empreffa
auffitoft à le regarder. L'ardeur
avec laquelle
il parloit avoit eſté
remarquée
, & donnoit
envie de
fçavoir
qui eftoit le Proteftant
,
On tomba d'accord
de fa bonne
mine , mais perfonne
ne le connut.
Imaginez
vous combien
la
Belle demeura
furpriſe . Elle s'eftoit
attendue
à quelque
reffemblance
de traits, mais elle ne put
les voir tout à fait ſemblables
,
fans eftre perfuadée
que c'eſtoit
fon Amie qu'elle voyoit . Alors
le Marquis
luy avoua que fa
Soeur & luy n'eftoient
qu'une
mefme
chofe , & que ne fçachant
par qui luy faire parler
dans le Convent , & ne pouvant
mefme s'affurer que fur luy feul,
de ce qu'il n'y avoit que luy
feul
GALANT.
47
feul qui puft bien exécuter , il
avoit pris le deffein de ſe déguifer
en Fille. Il la conjura d'examiner
à quoy il s'eftoit reduit, &
de juger de la force de fon
amour , & par ce qu'il avoit ofé
entreprendre pour eftre aupres
d'elle , & par la refpectueuſe
conduite qu'il avoit tenuë , fous
un habit qui pouvoit luy donner
quelques privileges . La Belle
demeura fi interdite de tout ce
qu'elle entendoit , qu'elle laifla
parler le Marquis fans fonger à
luy répondre. Mille chofes luy
pafferent dans l'efprit tout à la
fois , & ne doutant point apres
qu'elle y cuft un peu refléchy,
qu'il ne luy dift vray fur le déguifement
de fon Sexe , elle ne
fçavoit fi elle devoit fe plaindre
d'une entreprife qui l'euft expofée
à la médifance fi on l'euft

48
MERCURE
pû découvrir , ou fe louer des
témoignages extraordinaires
qu'il luy avoit donnez de ſa paſfion.
Enfin l'amour l'emporta.
Le Marquis la preffoit de s'expliquer
, & ne pouvant s'en défendre,
elle luy dit que bien qu'il
cuft touché fon coeur par furprife,
il ne laiffoit pas de l'avoir touché
, & qu'il ne tiendroit qu'à
luy de rendre éternel ce qu'il
avoit merité par fa tendreffe. Il
fut charmé de cette réponſe , &
ayant entretenu la Belle jufques
à la fin du Bal, il ne la quita qu'apres
en avoir obtenu permiffion
de venir le lendemain ſe déclarer
à fon Pere.Sa qualité de Marquis
, & les autres avantages de
fa naiſſance , eftoient trop confidérables
, pour ne luy pas répondre
du fuccés de fon amour.
Le Pere écouta la propofition
avec
GALANT.
49
avec plaifir , & vous jugez - bien
que la Fille ne réſiſta pas à ce
qu'il voulut . Ainfi le Mariage ſe
fit , fi- toft qu'on eut certitude
que le Marquis eftoit véritablement
ce qu'il fe difoit. Les Mariez
rendirent vifite à leur Abbeffe
quelques jours apres.Il vous
eft aifé de vous figurer fon étonnement
, quand elle vit fa Penfionnaire
Bretonne dans le Marquis
, Epoux de la Belle. Elle
prit d'abord la chofe pour une
plaifanterie qu'on luy faifoit.
mais enfin on luy conta toute
l'avanture. Le Marquis auffi genereux
qu'il eftoit honnefte,
l'empécha de s'en fâcher par
un Préfent qui diffipa toute fa
colere. On prit parole de luy
qu'il garderoit le fecret , mais il
ne l'a pas tenue fi exactement,
qu'il n'ait fait connoiſtre à ſes
Mars 1680 . C
50 MERCURE
Amis ce que la poffeffion de fa
Maiftreffe luy avoit coûté.
Vous vous chargerez , s'il vous
plaift , Madame , de remercier
pour moy vos deux Amis de
Province , qui me font la grace
de me choisir pour Arbitre de
leur diférent. On a parlé juſte
dans le lieu où l'on a formé la
conteſtation que vous m'apprenez
, quand on a dit que le Droit
Civil avoit efté rétably icy , par
un Edit de Sa Majesté . Ainfi
celuy qui foûtient qu'il faut dire
Rétably, & non Etably , doit emporter
l'avantage de la difpute.
Il eft conftant que le fameux
Cujas mefme a enfeigné le Droit
Civil à Paris , & qu'il y a donné
avec les Docteurs en Droit Canon
, des degrez à ceux qui s'en
font rendus capables , & qui
avoient employé à cette étude
1e
GALANT.
le temps neceffaire pour y reüffir
. Jugez apres cela fi on a eu
raifon de prétendre qu'il n'y
avoit jamais efté étably . LeRoy
qui eft informé de tout , a voulut
pour l'utilité de fes Sujets , qu'on
en fift de nouveau des Leçons
publiques dans cette Capitale
de fon Royaume, & il a marqué
l'intereft qu'il y prenoit, en donnant
à fes dépens un Lieu digne
d'un fi glorieux rétabliſſement .
Il paffe en beauté tous ceux où
les autres Sciences font enfeignées.
La Mufique a tant de charmes
pour vous , & on prend un
fi grand foin de me prevenir
fur toutes les nouveautez qui
la regardent , qu'on vous aura
peut-eftre déja parlé d'un Concert
, où tout ce qu'il y a icy de
Curieux fe font trouvez depuis
Bij
52 MERCURE
quelques jours. Il eftoit fort extraordinaire,
& le premier qu'on
euft jamais fait de cette forte.
Trois Baffes de Viole le compofoient.
Meffieurs du Buiflon
Ronfin , & Pierrot , font les Autheurs
d'une choſe fi finguliere .
L'approbation qu'ils ont reçeuë,
fait connoiftre avec combien de
plaifir les Connoiffeurs les ont
écoutez .
Quoy que le Chant en donne
beaucoup , il ne laiffe pas
d'importuner , ainſi que toute
autre chofe, fi on choiſit mal fon
temps pour ſe faire entendre.
Vous auriez peine à le croire ,
vous qui ne vous laffez jamais
d'oüir une belle Voix , fi le malheur
de la Cigale ne nous l'apprenoit.
Il fait le fujet de la
XIV. Fable du troifiéme Livre
de Phédre. Il m'en est tombé
depuis
GALANT.
53
depuis peu entre les mains une
Traduction fort agreable.Je vous
l'envoye . Elle eft de ce ſtile aisé
que vous aimez tant . Vous trouverez
le nom du Traducteur au
bas de la Fable.
LE
HIBOU,
ET LA CIGALE.
La refois un Hibou
A Fable nous apprend, qu'au-
Ayant chaffé la nuit entiere ,
Ne pouvant plus relever la paupiere
,
Dés
que le jour parut , s'enferma
dans un trou ›
Pour y pouvoir dormirfonfou.
Quoy quefon Lit fut fait depuis
plufieurs années ,
Il le trouva pourtant plus propre ,
Ĉ
iij
54
MERCURE
& plus molet ,
Que ne fut celuy de Galet ,
Où l'on s'enfonçoit deux coudées.
Pour ne pas laiffer mon propos ,
Voila le Galant en repos.
Rien au monde ne le chagrine ;
Mais aufitoft que le Soleil
Eut porté fes rayons de Coline en
Coline ,
Une Cigale fa Voifine
Interrompt fonpremierfommeil.
La Cigale ! Dieu fçait quel charmë
pour l'oreille !
Au premier de fes Airs ce beau
Dormeur s'éveille ,
Et les yeux ouverts à demy ,
En mots entrecoupe luyfait cette
priere.
Mamie, allez chanter quelques
pas en arriere ,
De cette nuit je n'ay dormy.
La Cigale fuperbe &fiere ,
Se moque du nouvel Amy.
Le
GALAN T.
55
Le Hibou
demande par grace,
Qu'il luyplaife chager deplace,
Parpitié , par amour. Neant pour
tout cela.
L'autre, de nouveau l'en conjure.
Encore moins, elle demeure là,
Et du cu battant lamefure,
Bien loin de finir fa Chanſon ,
Hauffe la voix toûjours d'un ton.
Quefaire ? Il ne faut pas espérer
qu'elle ceffe ,
Rien ne peut arreſter ſon muſical
babil.
A la fin , le Hibou fe fervant d'une
adreffe ,
Malgré lefommeil qui le preffe :
Chere Voifine , luy dit- il
D'un air galant & fort gentil,
Ma foy , vos Chanſons me_raviffent
,
Et je ne voudrois pas ( ou les
Dieux me puniffent )
Pour cent aîles de Roitelet ,
Ciiij
56 MERCURE
En laiffer perdre un feul Couplet
;
Mais malgré voftre complaifance
,
Je ne veux pas pour rien le Régal
en ces lieux .
Venez boire en reconnoiffance
Bouteille d'un Nectar que j'ay
receu des Dieux ,
Vous en chanterez beaucoup
mieux.
La Cigale à ces mots finit famélodie
,
Versfon trou vole à l'étourdie,
Demande un Verre,mais d'abord
Le Hibou la gobe, & s'endort :
Que cette Fable eft énergique !
Cerveaux légers , replis de vent ,
Importuns, lifez- la fouvent ,
c'est à vous feuls qu'elle s'aplique.
(d'buy
L'on n'en voit que trop aujour-
Qui font tout leur plaifir d'incom .
moder autruy
, Et
GALANT.
57
Et qui trouvent souvent une fortune
égale
A celle de cette Cigale.
LE PRIEUR PELEGRIN
de Pignans en Provence .
On a rapporté à Hanover le
Corps du Duc de ce nom , & on y
fait de fort grands préparatifs
pour la Pompe de fes Funérailles.
Quelques jours apres fa mort, arrivée
, comme vous fçavez , à Aufbourg,
Monfieur l'Evefque d'Of
nabrug fon Frere y envoya cinquante
Gardes , fans les Officiers
commandez par le Sieur de Bureck,
fix Gentilshommes d'Ofnabrug,
quatre d'Hanover , fix Pages
, & fix Valets de Pied. Ils Y
trouverent le Maréchal du feu
Duc , quatre de ſes Gentilshommes,
un Confeiller , deux Secretaires
, un Medecin , un Aumô
CY
58
MERCURE
nier, & quatre Valets de Chambre,
qui l'avoient ſuivy dans ſon
Voyage. Voicy dans quel ordre ·
s'eft fait le Convoy.
Un Corporal avec huit Gardes
du Corps de Monfieur l'Evefque
d'Ofnabrug , tous habillez en
deüil, commençoit la marche . Ils
eftoient fuivis de deux Trompetes
. Les Gentilshommes tous à
cheval,avec des Manteaux longs ,
alloient immédiatement devant
le Corps, & parmy eux le Confeiller,
le Medecin , & le Secretaire
de la Chambre. Le Corps fuivoit
fur un Chariot ' , couvert d'un
Drap noir, tiré par fix Chevaux
couverts auffi d'un Drap noir
traînant jufqu'à terre. Douze
Gardes du Corps conduifoient
ce Chariot , & lors qu'on paffoit
par quelque Ville , quatre Gentilshommes
portoient le grand
Drap
GALANT.
$9
Drap de chaque cofté. Apres
le Corps fuivoient les Valets
de Chambre , & autres Gens
de ſervice , tous en deuil . Le
Lieutenant Colonel de Bufch,
avec cinquante Gardes du
Corps, finiffoit la marche.
Ce trifte Convoy fortit d'Aufbourg
au fon de toutes les Cloches.
Quand le Cercueil fut à
la Campagne , on attacha le
grand Drap tant du Chariot
que des Chevaux , qu'on ne
laiffoit traîner jufqu'à terre que
dans les Villes. On paffa par
celles de Nuremberg , Bamberg
, Erffort , & Northauffen ,
pour fe rendre à Hanover. Le
Convoy fe rangeoit pour entendre
les Députez qui le venoient
recevoir fur les Frontieres
de chaque Pais ; &
comme ils mettoient pied à
"
*
terre ,
60 MERCURE
terre , le Maréchal & les Gentilshommes
l'y mettoient auffi.
Pendant la nuit , deux Gentilshommes
, deux Pages , deux Valets
de Pied , & douze Gardes ,
demeuroient aupres du Corps.
Les jeunes Perfonnes n'ont
pas plus de privilege contre la
mort , que ceux qui ont vécu de
longues années.Madame la Marquife
de Pougny vient de l'éprouver.
Elle n'avoit que vingttrois
ans , s'appelloit Marie de
Loménie, & eftoit Fille de Monfieur
de Brienne,qui avoit épousé
Mademoiſelle de Chavigny,
& qui ayant efté Secretaire d'Etat
apres la mort de Monfieur de
Brienne fon Pere , s'eft fait en
fuite d'Eglife. Monfieur le Marquis
de Pougny fon Mary eſt de
la Maifon d'Angennes , & Premier
Guidon des Genfdarmes
de
GALANT. 61
de la Garde du Corps du Roy.
Monfieur de Joyeuſe , Comte
de Grandpré , Mestre de Camp
de Cavalerie , Gouverneur de
Beaumont & de Mouzon , &
Chevalier des Ordres du Roy
eft mort dans le
mefme
temper
mais fubitement. Il femble que
ce foit la mode cette année, tant
ces fortes de morts deviennent
frequentes. Il eftoit arrivé de la
Campagne ce mefme jour, & ne
fe fut pas plutoft mis àtable,qu'il
fut furpris d'une apoplexie qui
l'emporta.Ce Comte avoit époufé
en premieres Nôces Charlote
, Fille de Louis de Mailly , dit
de Coucy , Sieur de Chemery, &
d'Elizabeth de Crouy , & en fecondes
, Henriette - Loüife , Fille
de Roger-Louis de Comminge,
Marquis de Vervins Premier
Maistre d'Hôtel du Roy. , & de
Gabrielle
>
b2
MERCURE
Gabrielle de Pouilly . Il a eu une
Fille & un Garçon du premier
Lit , & trois Garçons & trois
Filles du fecond . C'eftoit un fort
grand Soldat, fi heureux dans les
Partys , qu'il n'eft jamais revenu
d'aucun qu'il n'y aitacquis beaucoup
de gloire .
Si les uns meurent fans avoir
le temps de fonger qu'ils vont
mourir , il y en a d'autres qui
fentent fi bien approcher la
mort , qu'ils connoiffent prefque
leur dernier inftant. On n'en
peut douter
apres ce qui eft arrivé
depuis quelques jours . Un
Procureur à qui une entiere connoiffance
de la Procedure avoit
donné lieu d'amaffer beaucoup
de bien, eftoit à l'extremité. Son
plus grand regret en agonifant,
eftoit de ne pouvoir attendre à
mourir qu'il euft terminé deux
gran
GALAN T.
63
grandes affaires , dont il devoit
eftre payé largement . On luy difoit
qu'il falloit fonger aux biens
éternels, & il répondoit qu'il luy
eftoit deub beaucoup. Dans ce
temps- là , comme il avoit toûjours
eu l'oreille tres - bonne
quand on luy parloit d'argent, il
entendit dire qu'un de fes Fermiers
luy en apportoit. A ce mot
d'argent , il ramaffa tout ce qui
luy pouvoit refter de chaleur , &
voulut abfolument qu'on fiſt entrer
le Fermier. Le Fermier de
fon coſté demandoit à luy parler.
Il luy avoit déja fait quelque
payement fans prendre d'acquit,
& il luy eftoit important de vuider
d'affaires avant fa mort. Le
malade n'eut pas plutoft fçeu de
luy qu'il avoit dequoy achever
de le payer , qu'il fe montra preft
à recevoir. On vouloit une Quirance.
64
MERCURE
tance . Il répondit que cela eftoit
dans les formes ; & comme il
n'avoit pas la force d'écrire , il
pria un de ceux qui estoient prefens
, de prendre la plume , s'ofrant
de dicter , pour figner en
fuite . Il dicta en termes affez
concis ; & celuy qui écrivoit
n'ayant pas la main fort prompte
, & le Procureur fentant approcher
la mort , Ie fuis preffé,
difoit-il fouvent. Depefchez , je
nay de temps que ce qu'il me faut.
La Quitance écrite , on crût le
faire figner. Ce qu'il ne faifoit
jamais qu'il ne vift l'argent compté,
& de poids. Quelque preffé
qu'il fuft de mourir , il n'oublia
pas que la chofe eftoit dans l'ordre,
& pour la derniere fois mefme
il n'y eut pas moyen de le
faire renoncer à cette habitude .
Il fallut donc pefer & compter.
Cela
GALANT. 65
Cela emportoit du temps , & il
revenoit toûjours à fon Depef
chez , je fuis preffé. Enfin tout
bien compté & pefé, il figna , &
tint parole en mourant un peu
apres avec autant de hafte qu'il
l'avoit dit .
Vous aurez appris par les
Nouvelles publiques , que Monfieur
de Guilleragues Ambaffadeur
de France à la Porte , eſt
arrivé à Conftantinople. En voicy
de particulieres de tout fon
Voyage.Je vous en ay déja mandé
quelque chofe dans ma Lettre
du mois de Novembre . J'adjoûte
ce qu'un Gentilhomme
de fa fuite en a écrit de ce
Pais - là .
A
66 MERCURE
A MONSIEUR DE***
EA
Nfin , Monfieur , nous sommes
arrivez à Conftantinople, cinquante-
neufjours apres eftre partis
de Toulon , où vous fçave que
Monfieur l'Ambassadeur s'embarqua
le Lundy 11. de Septembre de
l'année derniere . Nous en avons
employé feize à venir jusqu'à
Malte , dix à fejourner dans cette
Ifle , & les trente trois autres à
nous rendre icy. Ce n'a pas efté
fans effuyer beaucoup de perils ,
tant qu'a duré noftre Navigation .
En approchant de Sardaigne , nous
eûmes un coup de vent qui nous fit
relâcher à Caillery , Ville Capitale
de cette Ifle. Le Maft de Me-
Zenne du Hardy , grand Vaiffeau
commandé par Monfieur le Marquis
GALANT. 67
quis de la Porte , en fut fort endommagé.
Ainfi il ne pûtfefervir
que de fon petit Hunier pour aller
jufqu'à Malte , où il fit remettre
un autre Maft. Monfieur le Grand-
Maistre nous y receut magnifiquement
dans une de fes maisons , &
ce furent toûjours de nouveaux Régals
pendant le fejour que nous y
fifmes. Quatre ou cinq jours apres
noftre depart de cette ville , dont
l'abordagreable fituation a
quelque chofe de furprenant , le
vent fe levafi furieux qu'il nous
expofa à une des plus dangereufes
tempeftes qu'on ait veuës depuis
longtemps . Le Hardy en fut encor
maltraité. Sa grande Vergue fe
troava rompue, & enfin apres avoir
fait toute la diligence poffible à la
bien raccommoder , nous nous vifmes
heureusement en estat de gagner
la Rade de Cephalonie. Nousy
T
arri
68 MERCURE
arrivâmes le 13. d'octobre avec
1
buit Bâtimens de quatorze que
nous estions partis de conferve de
Toulon. Nous y demeur âmes buit
y
ou neufjours , pendant lefquels un
Bâtiment des fix que la tempefte.
avoit écartez nous y vint joindre .
Il nous apprit qu'une Barque de
noftre Escorte s'eftoit brifée contre
l'Ile de Zante lejour de noſtre ſeparation
, & qu'une autre y avoit
abordé. Si - toft que nous vifmes le
vent propre pour la route que nous
avions à tenir , nous remîmes à la
voile , & partimes de Cephalonie
qui appartient à la République de
Venife.Nous paffames devant Zente
, enfuite devant les Illes de Cerigo
quifont les premieres de l'Archipel
, & ayant decouvert d'affez
loin une Flote de dix Vaiffeaux
Hollandois qui cingloient à Malte
, nous leur tournames le dos , &
alla
GALANT. 69
YON
allâmes mouiller le foir de ce mefmejour
à l'Ifle de Millo,pour quelques
affaires que Son Excellence ne
pouvoit remettre . Nous enparti
mes le lendemain , & arrivâmes
heureufement devant l'Ile de Tenedos
, qui eft la derniere que l'on
trouve jufqu'au Détroit de la Mer
de Marmora. Les Courans contrai
res & le defaut de vent favorable
pour pouvoir entrer dans les Bouches
, nous firent moüiller à cette e83
Ifle pendant quelques jours. Vous
jugez- bien que nous ne perdîmes
pas l'occafion d'aller vifiter les reftes
de la fameufe Ville de Troye.
Celles que nous y trouvâmes laiffent
affurément une idée de quelque
chofe de grand ; & quoy que
les Grecs & enfuite les Romains,
ayent emporté ce qu'il y avoit de
plus beau , je ne laiffay pas de voir
dans un affez petit espace que je
·
vifita
70 MERCURE
vifitay diferens Tombeaux de marbre
, avec deux tres - longues Co-
Lomnes de Pierre de fix à huit pieds
de diametre. L'une eftoit entiere,
& l'autre coupée par le milieu. Il
y avoit auffi quantité de Pilliers de
Pierre debout. Ils fortent de terre,
& ont environ la hauteur d'un
Homme , les uns plus , les autres
moins. Ceux qui ont parcouru toutes
ces Ruines , affurent qu'elles fe
trouvent d'espace en espace pendant
treize ou quatorze lieuës de
long. le vis encor celles d'une fort
épaiffe muraille , & le refte d'une
Porte. On pretend que cette muraille
regne le long de la Marine,
àpareil espace de chemin. Si cela
eftoit , il faudroit que cette Ville
euft eu plus de quarante lieuës de
tour. Ce que je puis vous en dire,
c'est que toute cette étendue de
Païs , qui femble eftre prefentement
GALANT .
71
J
1
ment une Forest , par le grand nombre
d'Arbres de diferentes efpeces
qui y font venus de tous coftez, entre
les Fleuves Simoïs & Xantus,
a l'Ifle de Tenedos pour aspect.
le laiffe aux Sçavans à tirer leurs
conjectures fur ces circonstances.
La terre eft tres- bonne , mais prefque
par tout en friche , tant par
l'extréme pareffe des Habitans
que parce qu'ils font en fort petit
nombre. Apres y avoir attendu
trois jours que le vent changeaft,
nous mifmes à la voile , paffàmes
les Chasteaux - Neufs , allâmes
moüiller à la veuë des Dardanelles
, & ayant remoüillé à un
quart de lieue au deffus nous
nous fervifmes d'un vent qui en
moins de trente -fix heures , nous
amena à l'Ifle des Princes . Cette
Ifle eft à quatre lieuës de Conftantinople.
On voit de là cette
grande
72 MERCURE

grande Ville. Vous remarquerez,
Monfieur , que prefque tous ceux
qui ont fait ce même Voyage avant
nous , font demeurez à l'entrée
des Louches , trente quarante,
& le plus fouvent foixante jours.
La raifon eft qu'il faut un vent
forcé pour furmonter les Courans
que l'on a toujours contraires,, &
ily a tres- peu d'exemples qu'un
Baftiment ait attendu auffi peu
que nous le temps propre pourpaſ
Jer. Nous nous arrestâmes trois
ou quatre jours à cette Ifle , où les
principaux Drogmans vinrent falüer
Mr l'Ambassadeur. Monfieur
de Nointel qui s'estoit mis dans un
petit Caïque pour le venir voir,
fut en peril de Se perdre. Il
paffa la nuit ' à la Cofte d'Afie,
où il avoit efté obligé de relâcher,&
s'en retourna le lendemain
à Pera. Pendant que le vent con-

traire
GALANT . 73
traire nous retint au lieu que je
viens de vous nommer , Monfieur
l'Ambassadeur menagea les cho-
Les tant pour l'entrée de fon Vaiffeau
dans le Port , que pour le debarquement
de fes Hardes.Il avoit
fceu que deux Navires de guerre
Venitiens dans lesquels le nouveau
Baile de la Republique eftoit
venu depuis peu , avoient ef
té obligez de falüer le Serrail .
Sans qu'on leur cuſt rendu le falut
, & que le Grand Douanier
avoit voulu faire la vifite dans
l'un & l'autre Vaiffeau , pour fai
re payer le droit de ce qu'il auroit
jugé n'eftre pas des Meubles de
l'Ambaffadeur. Monfieur de Guil
leragues ne vouloit s'affujetir à aucune
de ces chofes . Ily avoit plus.
Le principal Vaiffeau Venitien avoit
mis Pavillon au grand Maft,
& nous craignions que fous ce pre
Mars 1680. D
74
MERCURE
texte il ne fift difficulté de falüer
le premier celuy de France , comme
en effet il en auroit efté difpenfé
s'ily eust eu un Admiral. Tout
s'accommoda à l'entiere fatisfaction
de Monfieur l'Ambaſſadeur.
Nous ne falüâmes point le Serrail.
Iamais le Douanier n'avoit eftéfi
honnefte qu'il le fut , & le Vaif-
Seau Venitien nous falua de fept
coups , & celuy qui avoit mis Pavillon
au grand Maft , d'un pareil
nombre. Nous en fifmes tirer
Sept pour tous les deux , & ils
nous remercierent chacun de trois,
apres quoy nous donnâmes fonde an
milieu du Port.
Il n'y a rien de fi beau que la
fituation de Conftantinople . C'est
me hazarder beaucoup que d'en
entreprendre la defcription , mais
j'aime mieux vous en donner un
mauvais portrait , que d'effuyer le
reproche
GALANT.
75
reproche de vous avoir amené fi
loin pour vous quiter au plus bel
endroit. Le vous diray donc qu'en
approchant de cette fuperbe Ville
du cofté de la Mer de Marmora ,
on en decouvre une fort grande
partie tout le long de la Marine.
Vous n'ignorez pas qu'elle est en
Europe , & qu'ainfi on la voitfur
la gauche en entrant. Le Chaf
teau des Sept Tours fait le premier
bout de cette face. Le Serrail
le fait de l'autre, & une grande
muraille qui est lavée de l'eau
de la Mer , regne de l'un jufqu'à
l'autre bout. Le Serrail est fur une
pointe qui avance dans la Mer, de
maniere qu'il est comme fur une
Peninfule qu'on est obligé de doubler
tout court à gauche pour envoyez
trer dans le d'où
vous qui
l'autre face de Conftantinople, qui
s'étend fort loin en maniere de
Dij
76 MERCURE
Croiffant. Il faut obferver que le
terrain de lune & de l'autre face
va un peu en montant à meſure
qu'il s'éloigne de la Mer. Ainfi
les Maifons forment une espece
d'Amphiteatre. Vis- à-vis la partie
qui fait la moitié du Port,
font bafties fur le terrain de l'autre
moitié les Villes de Galata,
autrement Pera , & Topana, dont
les Maifons , auffibien que celles
de Conftantinople , s'élevent en
Amphiteatre, parce qu'ellesfont
fituées depuis le pied des montagnes
qui eft au bord de la
jufqu'au plus haut cofteau
des mefmes Montagnes , &
au delà à une lieuë ou trois quarts
de lieuë de la Terre. Des deux
pointes qui commencent le Port ,
dont le Serrail en fait une , &
Topana l'autre , jufque dans l'enfoncement
, il peut y avoir deux
lieuës
Mer
GALAN T.
77
>
lieuës de long , & pres d'une lieuë
dans le plus large d'entre les deux .
A la pointe de l'enfoncement , fe
vient joindre une Riviere qui
prend fa Source dans les montag
nes qui font à quatre lieuës -de là.
Cette Riviere eft agreable par
tout , & n'a que la largeur de la
Marne. Enface de ces deux premieres
pointes où eft le Serrail , on
voit la Cofte d'Afie , fur laquelle
eft baftie une Ville qu'on appelle
Scutaret , éloignée environ d'u
ne lieuë de l'entrée du Port. Vous
pouvez juger fur cette defcrips
tion que l'aspect de toutes ces
chofes doit faire un tres bel effet,
= fur tout quand j'y auray ajoûté
qu'il n'y a prefque point de Mai-
Jons qui n'ayent une espece de
Iardin , planté de quantité d'Arbres
de toutes fortes . Ce mêlange
de verdure , & de bastimens
Diii
78 MERCURE
qui enferment un tres -grand Amphiteatre
, à droit & à gauche,
tant de Conftantinople que des
deux Villes que je vous ay dit luy
estre oppofées , formeroit la plus
agre able chofe qui pust s'ofrir, à
la veuë , fi elle avoit les fuperbes
Maifons de Paris pour ornement.
Depuis que nous fommes arrivez
, tout nostre temps s'eft paffe
en vifites de ceremonie , & àfaire
preparer & meubler les Apartemens
du Palais de France. C'eft affurément
le plus beau de tous ceux
de Topana , & de Galata - Pera.
Tous les Ambassadeurs , Reprefentans
, ou Refidens , logent dans ce
dernier lieu.Ie ne manqueray point
à vous faire part des Ceremonies
qu'on obfervera pour l'Audience,
& de temps en temps je vous manderay
ce qui pourra meriter de vous
eftre écrit.
le
GALANT.
79
le croyois que la Barque qui
portera ce Paquet , deuft partir
plutost qu'elle ne fera. Ce retardement
me donne lieu d'ajoûter que
l'absence du Grand - Seigneur , retarde
außi l'Audiance de Monfieur
I Ambaffadeur ; qu'encor que tous
les Officiers des Vaiffeaux , ceux
de Son Excellence , & les Gentilshommes
& autres Gens de fa fuite
ne portent point d'Epées , ils ne font
expofez à aucune infulte , qu'au
contraire plufieurs des premiers
d'entre les Turcs , fe font un plaifir
de faire entrer les François
chez eux , de les faire boire , & de
fe familiarifer jufqu'à recevoir de
nous des repas à la Françoife.
Ils nous ont donné depuis peu
de jours une grande marque de
l'extrême confideration qu'ils ont
pour le Roy. Un Renegat de Malte
, Capitaine de Galere Turque,
D iiij
80 MERCURE
avoit manqué de respect en parlant
de Sa Majefté , & fi toft que
Monfieur l'Ambassadeur s'en eft
plaint , ce miferable en a estépumy
par un fi grand nombre de baf
tonnades, qu'il en eft mort quelque
temps apres. Le Grand- Vifir , le
Grand - Douanier, & plufieurs autres
Officiers confiderables de la
Porte, qui fe fentent quelque incommodité
, fe confient aux foins
de Mr d'Armange , Medecin de
Mr l'Ambaffadeur.Il employe pour
eux fes Remedes avec fuccés , &
Se trouve le plus fçavant de la
Faculté de ce Païs . Enfin nous avons
tout lieu de croire que les affaires
iront comme le fouhaite Son
Excellence. Elle est tres- bien traitée
, & il ne fe paffe point de jour
que quelqu'un de ceux qui ont icy
quelque Dignité , ne vienne luy
rendre vifite , & ne luy faffe
quel
1
GALANT. 81
quelque Prefent , grand ou mediocre
; car les Turcs ne vont jamais
voir les Perfonnes qu'ils confiderent
, qu'ils ne leur aportent dequoy
fe fouvenir d'eux.
Il s'eft fait de grandes réjouiffances
à Naples pour le Mariage
du Roy d'Eſpagne. Il y avoit
longtemps qu'on les preparoit,
& comme Naples eft une des
Villes du monde qui s'acquite le
mieux d'une Feste , vous jugez
bien que celle dont j'ay à vous
faire la defcription , a eſté tresmagnifique.
Elle commença le
Samedy treiziéme de Janvier ,
par un nombre prefque infiny
de Flambeaux qu'on alluma
le foir aux Feneftres , & par des
.Feux de joye qui furent faits
- dans toute la Ville. La mefme
chofe fe fit les deux jours fuž
vans, & il ne fe pouvoit rien.voir
DY
82 MERCURE

de plus beau que l'illumination
du Palais du Viceroy, & de toutes
les autres Maifons des Titrez
& de la Nobleffe. Le Dimanche
14. le Confeiller D. Michel
Mufcettola , Syndic de la
Ville , fe rendit au Tribunal de
S. Laurens,& apres y avoir remply
les fonctions de fon Miniftere,
il prit le chemin du Palais,
fuivy des Elûs , & accompagné
de tout ce qu'il y avoit de Perfonnes
de qualité. Plufieurs Pages
& Eftafiers le precedoient
,
reveftus de fa Livrée . Elle étoit
couleur de mufc & bleu , avec de
grands galons d'or. Il n'y avoit
rien de plus riche que fon Carroffe.
Le dehors eftoit un Velours
brodé d'or, & le dedans , un
Brocard or & bleu des plus éclatans
. Les Roues , & tout le
efte , eftoient d'une Sculpture
dorée,
GALANT.
83
dorée , travaillée tres - finement.
Sa Chaiſe qu'on portoit en ſuite,
n'eftoit pas moins belle que lė
Carroffe . Apres qu'il eut fait fon
compliment à Mr le Marquis de
los Velez , Viceroy de Naples,
la Cavalcade commença à marcher
dans l'ordre qui fuit. Les
Trompetes du General de l'Artillerie
D. Virginio Valle , Lieutenant
General de la Cavalerie
du Royaume, parurent d'abord,
& en fuite deux Aydes de Ca.
valerie avec ce Lieutenant General
, qui eftoit fuivy de quatre
Compagnies tres - bien ordonnées.
Derriere , marchoient les
Trompetes de la Ville . Ils precedoient
les Chefs de Juftice,
apres lefquels on voyoit le plus
fuperbe Carroffe du Viceroy , avec
celuy du Syndic dont je vous
ay déja fait la deſcription , & en
fuite
84 MERCURE
Les
fuite la Chaife de l'un & de l'autre,&
deux Chevaux de parade,
un pour chacun d'eux , magnifiquement
enharnachez.
Trompetes du Viceroy fuivoient
veftus de Brocard felon fa Livrée
, avec fix chevaux de main
d'une beauté furprenante. D. Emanuël
de Aguirre , Lieutenant
de la Garde Allemande , commençoit
la Cavalcade des Titrez
& des autres Nobles.Il eftoit fuivi
de douze Soldats veftus de
neuf,& portant des Halebardes .
Le reste de la mefme Garde
marchoit aux coftez de la magnifique
Troupe qu'il condufoit .
On peut la nommer ainfi , puis
qu'il n'y avoit aucun de ceux
qui la compofoient, qui ne ſe fiſt
diftinguer par fa parure. C'eftoit
une profufion incroyable
de
GALANT.
85
de Pierreries fur tous leurs Habits.
Joignez à cela qu'ils avoient
chacun une Suite de trente Perfonnes
, Eftafiers , & autres ; que
leurs Livrées eftoient de toute
forte de couleurs , & que l'or &
l'argent qu'on y avoit meflé pour
les enrichir , produifoit l'effet
du monde le plus brillant. Deux
Lieutenans du Meftre de Camp
General , marchoient les derniers.
Apres eux venoient les
Portiers de la Ville habillez de
rouge , & ayant des Chauffes &
des Manches de Damas , avec
des Bonnets à l'antique , & des
Baftons dorez à la main . Ils
eftoient vingt- quatre , & precédoient
le Maiſtre des Cerémonies
, & quatre autres Officiers
de la Ville tous en Robe
longue , avec des Bonnets noirs
auffi à l'antique , & des Houffes
de
86 MERCURE
de Velours noir. On voyoit paroître
en fuite trois Elûs Nobles ,
& celuy du Peuple , veftus tous
quatre de Velours rouge. Leurs
Bonnets , ainsi que leurs Souliers
& leurs Houffes , eftoient
couverts de Paffemens d'or. Les
quatre Portiers de Chambre de
Monfieur le Viceroy, marchoient
derriere eux , avec des Cafaques
de Brocard cramoify & or , &
des Bonnets de Velours noir .
Le Roy d'Armes eftoit au milieu
en habit long , & ayant fon
Caducée.Deux des fept Officiers
du Royaume les fuivoient . L'un
eftoit le Marquis de Fuſcaldo
Grand Jufticier , & l'autre , le
Prince de Belmont Grand Senéchal.
Ils avoient tous deux des
Habits de Pourpre mouchetez
avec de l'Hermine , une Houffe
de Velours, & un Bonnet rouge.
Der
GALANT. 87
Derriere , venoit le Prince de
Cellamare , Capitaine des Gardes
de Monfieur le Viceroy ; &
en fuite Monfieur le Marquis
de los Velez , avec le Syndic à
fa gauche . Son Habit eftoit d'une
magnificence admirable , foit
pour la richeffe de l'Etofe , foit
pour la quantité de Pierreries
qui en rehauffoient l'éclat . La
joye eftoit répanduë ſur ſon vifage
, & il donnoit des marques
du plaifir qu'il recevoit des continuelles
acclamations qui retentiffoient
de tous côtez , en
diftribuant au Peuple de petites
Pieces d'or qu'il avoit fait faire.
Immédiatement apres luy , venoit
le Confeil Collatéral , tant
de longue que de courte Robe;
le Confeil de Sainte Claire , &
les Officiers de diférens Tribunaux.
Ils eftoient fuivis de la
Com
88 MERCURE
Compagnie des Lanciers dé
Monfieur le Viceroy , conduite
par le Marquis de Taracene qui
en eft le Lieutenant. Il avoit
une tres- belle Livrée . J'ay oublié
de vous dire que celle de
Monfieur le Marquis de los Velez
eftoit de Brocard à fond de
Satin vert , avec des Manches
brodées , & quantité de Paffemens
d'or. Les Eftafiers , Cochers,
& autres qui la portoient,
paffoient le nombre de cent.
Quatre autres Compagnies de
Cavalerie fermoient cette Cavalcade.
On fe rendit à l'Eglife
Cathédrale dans l'ordre que je
viens de vous marquer. On
l'avoit ornée fuperbement .Monfieur
l'Archevefque de Naples,
qui eft Cardinal , entonna le Te
Deum en prefence de Monfieur
le Viceroy. Dans le mefme
temps
GALANT. 89
temps fe fit une Salve des divers
Chafteaux de cette Ville. Un
Bataillon d'infanterie poſté dans
la Place du Chateauneuf , y répondit
par la décharge de fes
Moufquets , auffi- bien que
le
Canon de toutes les Galeres du
Port. La Vicereyne vit paſſer la
Cavalcade dans le Palais du
Duc de Maddaloni . La Ducheffe
de ce nom l'y régala magnifiquement.
Toutes les Rues qui
fervirent à ce paffage , eftoient
remplies d'une foule extraordinaire
de Spectateurs , & dans les
Places publiques il y avoit des
Ornemens particuliers d'une
tres- grande richeffe. Monfieurle
Marquis de los Velez paffa pardevant
quelques Priſons à la
follicitation du Syndic , & en
délivra tous ceux qui n'avoient
point de Parties . On retourna
au
୨୦ MERCURE
au Palais , où Monfieur le Viceroy
termina la Feſte par un
fplendide Feftin . Le, Dames en
avoient eſté conviées. Sicoft
qu'elles s'y furent renduës , on
eut le divertiffement d'un tresbeau
Concert , à la fin duquel ,
un petit Amour parut au haut
d'un magnifique Theatre . Il vola
de là vers Monfieur le Viceroy
avec un Flambeau allumé qu'il
luy préfenta . Monfieur le Viceroy
commença le Bal avec ce
Flambeau , & le donna en dançant
à D.Giovanna Caraffa , Marquife
de Gagliati , Femme du
Syndic , qui continua le Bal , &
en fit les honneurs juſqu'à huit
heures du foir. J'efpere vous entretenir
dans peu des Carroufels
, & des Courfes de Lances ,
qui doivent avoir fuivy cette
Cavalcade dans la mefme Ville .
Ces
GALANT. 91
Ces Peuples entierement zelez
pour leur Roy , ne peuvent par
des témoignages trop éclatans
marquer la joye qu'ils reffentent
de fon Mariage. Ce renouvellement
d'étroite Alliance, entre
la France & l'Eſpagne , a donné
lieu à quantité de petits Ouvrages
que vous avez déja vûs.
Voicy deux Sonnets dont il a
encor fourny la matiere . Le premier
eft de Monfieur de Benfferade
, & l'autre m'a eſté envoyé
de Lyon.
AURO Y, ·
Sur la Paix & le Mariage du Roy
d'Espagne.
A
Rbitre de l'Europe, & Vainqueur
genéreux ,
Qui
92 MERCURE
Qui laiffez dans vos mains repofer
le
Tonnerre ,
Que n'attend pas de Vous le refte
de la Terre ,
Si mefme vous rendez les Monarques
heureux ?
Que n'avez- vous point fait pour
le plus grand d'entr'eux ?
Que fon coeur eft content du beau
næud qui le ferre !
Sur luyfemble tomber tout le fruit
de la Guerre ,
Quand vous le couronnez de Mirthes
amoureux.
Ce jeune Roy charmé du don que
vous luy faites ,
Va goufter en repos des voluptez
parfaites ,
Son Trône luy plaift moins , que des
liens fi doux
ز
Et
GALAN T.
93
Et brûlant d'une ardeur qui ne
fçauroit s'éteindre ,
Il apprend ce qu'il doit fe promettre
de Vous 2
Apres avoir appris ce qu'il en devoit
craindre.
SUR LE MESME SUJET.
E calme eft dans l'Europe , &
chacun eft chez foy. LE
LOVIS , vous avez fait comme
Hercule fans peine ;
La gloire vous a mis au deffus de
la haine,
x
Quand par tout contre Vous on
couroit à l'employ.
Apres avoir foumis le coeur d'un
jeune Roy,boy
Vous furpaffez la force & la vertu ·
Romaine , Cef
94 MERCURE
Ceffant de triompher , & donnant
une Reyne
Au Prince à qui toûjours vous impofez
la Loy.
Invincible Monarque , Arbitre de
la Terre ,
L'Ennemy qui voulut vous déclarer
la Guerre ,
Ne vous avoit pas crû plus grand
que les Céfars;
Mais puis que le Vaincu dans fa
grande jeuneſſe
A triomphe du coeur d'une belle
Princeffe ,
Peut-il fe repentir d'avoir attaqué
Mars?:
Il n'y a pas fort long temps
que je vous appris la mort de
Monfieur de Maupeou , Procureur
Generalau Grand Confeil,
&
GALANT.
95
& Fils du Préſident de ce nom .
Monfieur de Maupeou fon Frere,
Doyen de Saint Quentin, luy
a fuccedé dans cette Charge ; &
comme Meffieurs du Grand
Confeil eftoient fortement perfuadez
de fa capacité , & de fon
merite , ils l'ont reçeu fans l'interroger.
Il a encor un Frere
Chevalier de Malte , qui doit
quiter l'Epée pour prendre la
Robe . C'eſt un avantage pour le
Public , eftant fort à fouhaiter
qu'il y ait toûjours quelqu'un de
cette Maifon affis fur les Fleurs
de Lys .
-
La nouvelle dont voſtre Amy
vous prie d'avoir l'éclairciffement
, n'eft que trop vraye . Le
fameux Monfieur de l'Ifle que
vous me dites , qui l'avoit tiré
d'une maladie prefque incurable,
eft mort dés le feptiéme de
l'au
96 MERCURE

f'autre Mois. Vous ne fçauriez
croire combien il eft regreté. Les
admirables fecrets qu'il avoit
pour guérir les maux les plus obftinez
, & les moins connus aux
autres , & les grandes cures qu'on
luy a vû faire , ne l'avoient pas
mis feulement en crédit icy,
mais encor par tout le Royaume
, & mefme dans les Païs
Etrangers. Sa réputation s'eftoit
fi fort répandue , qu'il fut appellé
en Portugal il y a environ trois
ans par un grand Seigneur de
ce Païs - là. Le Prince Régent qui
en eut avis , & qui fut convaincu
comme beaucoup d'autres de
l'extraordinaire vertu de fes Remedes
, luy offrit une Penſion
confidérable , avec des marques
particulieres d'honneur ,s'il vouloit
s'arrefter à Lisbonne. Il
aimoit la France , & eut fes raifons
GALANT.
97
fons pour y retourner. Il avoit
efté auffi appellé plufieurs fois
en Italie , en Allemagne , & en
Angleterre , & par tout il avoit
eu le mefme fuccés . Ce qui
doit eftre une confolation pour
voftre Amy,c'eſt que fes Secrets
ne font pas morts avec luy , &
qu'il a eu la precaution de les
communiquer à un de fes Neveux,
Homme fçavant , Docteur
en Medecine , Fils d'un Medeçin
de Chasteaudun , nommé
Rottier. Ce Neveu eft préfentementen
Angleterre , où fon
Oncle l'avoit envoyé tenir fa
place , pour y traiter quelques
Perfonnes de qualité ; & comme
il fait gloire d'en avoir pris
l'efprit & les connoiffances , il
fe fait auffi honneur de porter .
fon nom , en fe faifant appeller
Rottier de l'Ifle. Il doit eftre
• Mars 1680 .
E
98 MERCURE
bien toft à Paris , pour y faire
l'épreuve des Secrets dont il a
eu l'avantage d'hériter.Ceux qui
s'en voudront fervir , le trouveront
aisément , puis qu'il occupera
la mefme Maifon où Monfieur
de l'Ifle demeuroit dans le
Cloître S.Germain.
Si l'Aléxandre que vous eftimez
euſt eſté en lieu où il euft
pû rencontrer un auffi habile
Medecin que celuy dont je vous
parle , il n'auroit peut- eftre pas
donné tant d'alarmes à fes Amis .
Il a efté malade à l'extrémité .
Jugez quel chagrin pour fon
Argine. C'est une Dame d'un
fort grand mérite qu'on m'a fait
connoiftre dépuis fix jours . Il y a
déja dix ans qu'elle eft mariée ,
. & elle n'en a encor que vingtdeux.
Elle a l'efprit vif , la converfation
aifée , & une honnefteté
GALANT. 99
fteté dans fes manieres qui fait
fouhaiter de la voir fouvènt.
Ainfi il n'y a point lieu d'eftre
furpris , fi le Cavalier à qui le
hazard a donné le nom de fon
Aléxandre , en parle par tout
avec tant d'eftime. Vous ne ferez
pas fâchée de voir ce qu'il
luy écrit , fur le voyage qu'il a
penſé faire en l'autre Monde.
Voicy fa Lettre .
344
LYON
1803
ALEXANDRE
A ARGINE.
Scar
DE
Cavez- vous bien, mon aimable
Argine , qu'Alexandre revient
exprés de fort loin pour l'amour
de vous ? Il faut vous rendre
compte de fon avanture . On l'avoit
embarqué je ne fçay com-
"
E ij
100 MERCURE
ment fur le Fleuve de Lethé.
Lethé , comme vous fçavez
bien ,
Eft un Fleuve dont l'eau fait perdre
la mémoire ,
Et qui l'a traverfé tout entier, dit
l'Hiftoire ,
Ne fe fouvient jamais de rien .
a
Je ne vous puis dire fi on y
embarqua voftre Alexandre par
le motif charitable de luy faire
oublier vos cruautch: mais franchement
, tout ce qu'on dit de la
prétendue vertu de fes eaux ,
bien la mine d'eftre une Fable ;
car quoy que dans le Trajet il en
ait bû affez copieufement , vos rigueurs
n'ont pas laiffé que de luy
demeurer toujours préfentes , &
il est fort perfuadé qu'il n'y a
que vous capable de l'empefcher
de s'en fouvenir. Comme il ap-
"
pro
GALAN T. JOI
prochoit du bord , il vit que Meffieurs
les Morts luy préparoient
fur fon nom une folemnelle entrée.
Les plus Illuftres d'entre eux , s'étoient
affemblez en foule fur le
Rivage pour le recevoir avec plus
de pompe ; & mefme dans les
Champs Elifées ,
Où régne un eternel repos
Dont la douceur jamais ne
paffe ,
Parmy les plus fameux Héros,
Minos & Rhadamante avoient
marqué fa place.
水草烧
Traité par tous les deux d'Invincible
& de Grand,
Vous connoiffez mal Aléxadre,
Leur dit- il, à ces noms il n'a point
à pretendre ,
En vain vous luy donnez celuy
de Conquerant .
E iij
102 MERCURE
Voyez , aucun Laurier ne couronne
fa tefte.
Pourquoy le traiter en Vainqueur
,
Puis qu'il n'a pas fait la conquefte
Qui feule auroit touché fon
coeur ?
Illeft vray qu'il en fit fa gloire,
Mais, helastle Deſtin plus fort
Enviant à fon Nom cette noble
Victoire ,
Pour l'en priver, le condamne
à la mort.
Il en auroit dit davantage ,
Mais fes foûpirs luy couperent
la voix ,
Et mefme trois ou quatre fois
Quelques pleurs répandus moüillerent
fon vifage.
Il
GALANT .
103
Il y eut quelques Ombres médifantes
,
Car c'eſt
par tout un fort commun
défaut.
Toute trifte qu'elle eft , jamais
de fon Empire
La mort n'a pû bannir la railleufe
Satyre ,
Et l'on médit là- bas , auffi bien
que là haut.
Il y eut , dis-je , quelques Ombres
médifantes , à qui Alexandre
pleurant parut un Spectacle
digne de rifée. Il leur fembloit
qu'une pareille foibleffe def- honoroit
un Héros dont la gloire
s'estoit répandue jufques parmy
elles ; mais auffi il s'en trouva de
plus raifonnables , qui ayant aimé
autrefois & confervant encor
quelque vieille idée du defefpoir,
où porte l'amour mal récompenfé
,
E iiij
JC4
MERCURE
meflérent leurs foûpirs avec les
fiens. Ce qu'il y eut de plus fort ,
deft que Minos & Rhadamante
en furent touchez de pitié.
Va revoir , dirent - ils , l'éclat de
la lumiere ,
Revoy l'aimable Objet qui te
fait foûpirer ,
Et recommençant ta carriere
,
Pour le faire avec joye , ofe meſme
efpérer .
Apres ces mots ils commanderent
à Caron de le repaffer dans
fa Barque. Ce bon Nautonnier
le fit de la maniere du monde la
plus honnefte , & luy dit en le
remettant
fur l'autre Rivage
qu'il fouhaitoit
qu'ils n'eussent à
Je revoir d'une centaine d'années.
Il le remercia de fon obligeant
fouhait, & prit congé de luy le plus
prom
GALANT. 105
promptement qu'il luy fut poffible.
Voila , charmante Argine,
une partie de l'avanture arrivée
à voftre Alexandre depuis un
mois . Ne la prenez pas ,
s'il vous
plaift , pour un conte. Elle n'a
efté que trop veritable. Cependant
peut-il fe flater que vous enffiez
donné quelques foupirs à ſa mort,
& vous feriez vous dit quelquefois
à vous mefme ,
Malgré tous mes mépris , il fut
toûjours fidelle,
Sans doute ma rigueur a caufé
fon trépas.
C'en eſt le trifte effet ; helas !
Pourquoy luy fus- je fi cruelle,
Quand fon coeur tout à moy ne
le méritoit pas ?
Il luy prendroit prefque envie
de mourir à ce prix ; mais puis
que le temps rien eft pas encor
E Y
106 MERCURE
?
venu , pour rendre fon retour à
la vie heureux ne luy refuſez
pas un peu de cette pitié , que
vous euffie peut - estre daigné accorder
au malheur defa deftinée.
Elle le laiffe encor affe à plaindre
lors qu'elle l'éloigne de vous .
Que fait- il mefme fi l'absence
ne l'a point détruit tout à fait
dans voftre efprit ? Helas ! que
cette pensée luy paroift cruelle ,
& qu'elle luy caufe d'inquiétude :
Jugez en vous- mefme , puis que
le trouble où elle le met , luy permet
à peine de vous affurer que
rien ne fera jamais capable d'effacer
Argine du coeur d'Alexandre.
Vous m'avez paru fi fatisfaite
de l'Article des Jettons employé
dans ma Lettre de Janvier
, que pour ne vous laiffer
rien à fouhaiter là- deffus , j'ay
re
THEGO
au
:ur
la
Pi
νι
El
dr
2
ne
NSONSGO $
da
cet
Fur
lei
mei
rier
cer
fait
plo
vie
rier
GALANT. 107
recherché avec foin tout ce qui
s'en eft fait cette année . Ainfi
vous en trouverez de nouveaux
dans cette Planche . Je n'ay fait
graver que le feul Revers des
trois premiers , eftant inutile de
vous envoyer le Portrait du
Roy qui en fait la Face droite.
Voicy l'Explication de ce qu'ils
contiennent dans l'ordre des
Chifres.
I.
POUR LES SECRETAIRES
Du Roy.
Des Abeilles qui volent au
deffus des Lys , en fuivant leur
Roy qu'on voit s'élever vers le
Soleil. Ces paroles font autour,
Ducem Regemque fequuntur , &
dans l'Exerque , Secretaires du
Roy , 1680. Cela fait voir que
comme les Abeilles s'attachent
мой
108 MERCURE
toûjours à fuivre leur Roy , les
Secretaires de Sa Majesté font
preft's en tout temps de recevoir
les ordres de ce grand Prince,
qui eft en quelque façon le
Chef de leur Compagnie.
. II.
POUR L'ACADEMIE
FRANÇOISE.
Deux Branches de Laurier
jointes enfemble , & ce mot entre
ces Branches , A l'Immorta.
lité. Ce font les Jettons qu'on
diftribue dans chaque Séance
aux Académiciens qui viennent
travailler au grand Dictionnaire
de la Langue tous
les Lundis , Jeudis , & Samedis
de l'année. On lit autour ,
Protecteur de l'Académie Fran
coife.
IUI POUR
GALAN T. 109
III.
POUR LA CHAMBRE DES
ASSURANCES .
Un Vaiffeau qui fait naufrage
, & un Homme qui gagne le
bord fur une planche , avec ces
mots , Unafalus Pelago , & dans
l'Exerque, Chambre des Affurances.
Cela fait connoiftre que l'inftitution
de cette Chambre eſt
le feul falut des Negocians. En
effet , leurs marchandiſes font
affurées , en y payant une fomme
fort mediocre .
IV.
POUR L'ARTILLERIE
DE FRANCE.
La Face droite reprefente les
Armes de Monfieur le Grand-
Maiftre , & a ces mots tout autour,
Artillerie de France.
V.
Les Revers des mefmes Jettons
110 MERCURE
tons fait voir trois Canons qui
tirent. On y lit ces mots, Celebrant
poft bella Triumphos , & dans
l'Exerque 1686. Les Canons &
l'Artillerie pendant la guerre
fervent à reduire les Places , &
on s'en fert dans la paix à publier
les triomphes du Victorieux
.
VI.
POUR LES ETATS DE
BOURGOGNE.
On voit les Armes de Bourgogne
dans la Face droite . Ces
mots font autour , Comitia Burgundia
, & dans l'Exerque 1680 .
VII
Le Revers fait paroiftre un
Olivier , qui eft le Symbole de
la Paix. Il est tout chargé de
Fruits , comme preft à les donner.
On doit entendre de là que
la Paix nous mettra bientoft dans
l'a
GALANT. III
l'abondance. Ces paroles qu'on
lit autour , nous font connoiſtre
ce qu'on en doit efperer, opibufque
juvabo.
VIII.
POUR LES NOTAIRES.
Un Cadran à tout ftile , avec
ces mots, Lex eft quodcunque notamus
, & dans l'Exerque , Confeillers
- Notaires - Gardenotes du
Roy, 1680.
IX.
Deux Mains qui fe joignent
en figne de Foy , font dans le
Revers , & tout autour , Per nos
tuta fides. Cette Deviſe a efté
choifie par les Notaires. Elle leur
convient tres bien , puis que
leurs Actes font autant de Loix ,
& que c'eſt par eux que
lisé publique eft confervée .
X.
-
la fide-
Les Armes de Monfieur le
Grand
112
MERCURE
Grand Prevoft font la Face droite
, avec ces mots tout autour,
I. du Bouchet , Marquis de Sourches
, Grand Prevoft de France.
X I.
Un Rocher que batent les
Vents & le Tonnerre , compofe
le Revers de ces Jettons . Ce feul
mot eſt au deſſus , Fruftra, pour
faire voir que les Criminels efperent
en vain d'échaper à la
Juftice , puis que toutes les precautions
qu'ils prennent pour
mettre à couvert de fa rigueur,
font inutiles contre les foins de
Monfieur le Grand Prevoft .
fe
On a beau en prendre contre
l'adreffe des Belles . Les plus défians
en font tous les jours les
Dupes , & l'Avanture qui fuit
vous en convaincra. Une jeune
Dame qu'une occafion preffante
avoit obligée d'aller precipitément
GALANT.
113
*

ment en Normandie , en revenoit
il y a deux mois dans un
carrofle de voiture pour Paris,
fans autre fuite que celle d'une
Femme de chambre qui l'accom
pagnoit. Du blond , du blanc,
du rouge , & quelque regularité
de traits qui pouvoit la faire paffer
pour belle , plûrent affez à
un Cavalier qui ſe trouva aupres
d'elle à une Portiere . Il luy debita
quelques douceurs , & pour
fe mettre dans fon efprit en reputation
de merite , il affaifonna
ce qu'il luy dit d'obligeant , de
quelques petits contes de bonne
fortune , qui faifoient comprendre
qu'il ne tenoit qu'à luy de
choifir. La Dame trouva la rencontre
avantageuſe , & comme
elle ne cherchoit qu'à moins
fentir l'ennuy du chemin , ellerefolut
de fe réjoüir du Cavalier,
en
114 MERCURE
+
en prenant les airs d'une Coquete
. Elle écouta tout , foûrit
gratieufement aux plus fortes
declarations
qu'il luy put faire,
& luy laiffant prefumer qu'elle
le trouvoit aimable, elle luy donna
lieu de croire qu'il n'auroit
pas de peine à s'en faire aimer,
Le foir il entretint fort longtems
la Dame.Il la conjura de luy decouvrir
qui elle eſtoit , & en reçeut
une fauffe confidence qui
ne le laiffa plus douter qu'elle
n'euft le coeur fenfible pour luy.
Elle feignit d'eftre Fille , fe donna
le nom d'une jeune Demoifelle
de Rouen, qu'elle avoit connuë
pendant fon voyage , dit
qu'elle alloit trouver fa mere à
Paris , où elle eftoit depuis quelque
temps pour y poursuivre un
Procés , qu'elle avoit cu ordre
de s'y rendre en hafte pour l'accom
*
GALAN T. 115
compagner
dans les follicitations
qu'elle avoit à faire , que
fon retour dependoit de la promptitude
avec laquelle ſon affaire
feroit vuidée , & que fi elle fe
faifoit appeller Madame par la
Femme de chambre qu'elle ame
noit , c'eftoit pour le garantir de
la cenfure des delicats qui pourroient
faire un jugement defavantageux
de voir une Fille fans
eſcorte dans un Carroffe public.
Cette confidence obligea le Cavalier.
La jeuneffe de la Dame
rendoit la choſe affez vray-femblable,
& plus il parut qu'elle luy
ouvroit fon coeur , plus il fe.flata
de l'avoir touché. Ce qu'il y cut
de particulier dans la fauffe hiftoire
qu'elle luy conta , c'est que
la belle Normande dont elle prenoit
le nom , avoit avec elle un
fort grand raport de traits. Je ne
dis
116 MERCURE
dis pas feulement pour le vifage ,
mais pour la taille & la voix . On
en remarquoit la diference à les
voir l'une avec l'autre ; mais feparément
, il n'y avoit perfonne
qui ne s'y méprift. Cette reffemblance
avoit fait leur amitié. La
Dame avoit voulu voir d'abord
la belle Normande , qu'on luy
avoit dit eftre fa figure ,& elle s'étoit
laiffé tellement charmer de
fon humeur , qu'elle en avoit esté
prefque infeparable jufqu'à fon
depart. Elles s'étoient promis de
s'écrire.La Dame commença dés
le foir même, & fit à la Belle une
relation fort enjoüée de la conquefte
qu'elle efperoit faire ſous
fon nom . Le Cavalier qui l'avoit
quitée fort tard , employa une
partie de ce qui reftoit de nuit à
refléchir fur fon avanture. Com
me il eftoit Poëte, il fit provifion
de
GALANT. 117
de Madrigaux amoureux , & il
s'en fervit le lendemain à faire
valoir fa paffion à la Dame. C'étoit
un amuſement pour elle
dans le Carroffe. On s'écria fur
leur tour galant , & on ne put
luy voir tant d'efprit , fans luy
avouer qu'on eftoit faché de l'avoir
connu . Jugez combien cet
aveu luy donna de joye. La Dame
qui eftoit bien aiſe de s'en
divertir, luy facilitoit en fe pan-.
chant , le plaifir qu'il témoignoit
prendre à luy parler bas, & il tiroit
de fa complaifance des augures
affurez de fon bonheur . Il
falut décendre pour dîner.Le Ca.
valier luy donna la main, la menadáns
la chambre de parade de
l'Hoſtellerie ; & ce fut alors qu'ils
s'expliquerent un peu ferieufement.
L'Amant qui commençoit
à fe laiffer prendre , cruc
que
118 MERCURE
que pour fe bien mettre aupres
de la Belle , il falloit parler de
mariage. Il ne rifquoit rien par
là , puis qu'il ne donnoit que
des paroles. Il avoit déja fait
connoiftre ce qu'il eftoit. Ainfi il
ne s'agiffoit plus que de l'ébloüir
du cofté du Bien . La Dame qui
joüoit fon rôle admirablement,
luy fit couper court fur cet article
, & luy jettant des regards
dont fon coeur fut penetré , elle
luy dit qu'un merite auffi extraordinaire
que le fien luy feroit
fermer les yeux fur toute autre
chofe , fi on la laiffoit maiftreffe
de ſa perſonne , mais que le nom
d'Heritiere qu'elle avoit, & dont
on faifoit toûjours bruit en Normandie
, rendoit fa mere un peu
difficile fur un choix dont dependoit
fon bonheur ; que cette
mere eftoit fort bizarre , & qu'il
ne
GALANT. 119
ne feroit pas juſte qu'un Homme
qui eftoit à rechercher , fe
foûmift à tous les detours qu'il
faudroit prendre , pour obtenir
d'elle quelque complaifance fur
l'attachement qu'il luy promettoit.
Ces pretenduës difficultez
ne firent qu'enflâmer le Cavalier.
Il jura une fidelité à toute
épreuve, conjura la Belle de l'aimer
un peu , & s'eftant familiarifé
jufqu'à la nommer ma Chere
, il eut la joye de s'entendre
auffi appeller mon Cher. On apporta
le Dîné plutoft qu'il n'auroit
voulu. Ils mangerent feuls ,
- comme ils avoient fait le jour
precedent. Je ne vous dis point
que ce fut aux depens du Cavalier.
Il faifoit le Proteftant. La
Belle luy paroiffoit favorable , &
il n'y a pas lieu de croire qu'il
euft voulu la laiffer payer. Il n'y
avoit
120 MERCURE
avoit avec eux dans le Carroffe
que deux bonnes Gens qui dormoient
toûjours , & pour qui le
langage des douceurs auroit efté
de l'Hébreu, quand ils fe feroient
avifez d'y prefter l'oreille . Cela
leur donnoit la liberté de fe
parler
fans contrainte. La Femme
de chambre eftoit la feule qui les
entendift , & ils n'avoient point
à fe cacher d'elle . En achevant
de dîner, la Dame fe fit apporter
une Ecritoire , & voulut que le
Cavalier luy donnaſt une copie
de fes Madrigaux L'ordre ne
pouvoit luy eftre plus doux . Il
aimoit à debiter fes Ouvrages, &
la demande qu'on luy en faifoit,
eftoit une marque de paffion. Il
n'écrivit pas feulement fes Vers,
y joignit vingt lignes de Profe
, & les ayant veu lire à la Dame
avec quelque témoignage de
plaifir,
il
GALANT. 121
plaifir , il la pria de luy écrire à
fon tour certaines paroles qu'il
luy avoit entendu chanter. II
vouloit connoiftre fon caractere,
& s'eftoit d'ailleurs imaginé qu'à
fon exemple elle adjoûteroit
quelque chofe d'obligeant à la
Chanfon qu'il luy demandoit.La
Dame qui ne cherchoit qu'à
l'embaraffer
, ne manqua pas de
le faire.Elle rappella dans fa memoire
un Quadrain qui avoit é-
: té fait pour elle , feignit de refver
comme fi elle fe fuft meflée de
= Poëlie , & enfin écrivit ces quatre
Vers au bas des Paroles de la
Chanfon .
Que le merite eft dangéreux !
Pourquoy me l'avoir fait connoiftre?
L'eftois avant ce temps dans un état
beureu
*
[vais eftre.
= Et je ne répons plus de ce queje
Mars 1680. F
122
MERCURE
Le Cavalier fort perfuadé
qu'on luy rendoit Vers pour
Vers , baifa le papier tranſporté.
de joye , & continua le reste du
jour à faire le Soupirant d'une
belle force. Le lendemain on arrivoit
à Paris.La Dame qui compoſoit
fon viſage comme elle
vouloit , prit un air chagrin qui
fit croire au Cavalier qu'elle fentoit
comme luy la neceffité de fe
feparer. On convint d'un commerce
d'écriture , en attendant
qu'on euft gagné l'efprit de la
mere,fur les vifites qu'on préten,
doit recevoir.Le Cavalier donna
fon adreffe , & ne put avoir celle
de la Dame.Elle luy dit pour excufe
, que fa mere avoit changé
de Maifon depuis trois jours , &
qu'on la viendroit prendre à l'arrivée
, fans que fçeuft ellemeſme
en quel quartier on la
mene
GALANT.
123
meneroit. Le Cavalier inftruit
par la Dame , contrefit affez bien
un adieu d'Indiferent , & n'eut
pour elle qu'une civilité com→
mune, en la conduifant à un Carroffe
que quelques Amies avoiết
eu foin de luy amener. Le detour
qu'elle avoit pris pour ne
luy pas dire où elle devoit loger,
luy donna quelque foupçon,mais
il le perdit au fortir de là , par la
rencontre d'un Confeiller de
Rouen , à qui il demanda prefque
en l'abordant , s'il connoiffoit
la belle Normande. Le Confeiller
répondit que c'eftoit une
Heritiere qu'on eftimoit riche,
& la peignit fort au naturel avec
fon blond & fon blanc.Les traits.
du Portrait convenant tous à la
Dame , le Cavalier n'eut plus à
douter qu'elle euft efté fincere.
La joye qu'il en eut fut
Fij
124
MERCURE
grande. Vous pouvez vous figurer
, avec quelle impatience il
attendit des nouvelles de cette
aimable Perfonne. Il en reçeut
un Billet deux jours apres. On
luy marquoit qu'on s'ennuyoit
fort d'entendre toûjours parler
de procés , & qu'il n'y avoit point
encor eu moyen de mettre les
Gens fur d'autres matieres . Le
Laquais qui apporta le Billet,
nomma la belle Normande , mais
le Cavalier ne put luy faire dire
où elle logeoit.Quoy que le miftere
l'embarraffaſt , il crût en devoir
attendre l'éclairciffement
fans s'inquieter , & renvoya le
Laquais avec une ample Répon
fe, & des Vers en quantité. Autre
Billet de meſme nature à trois
jours de là. On luy faifoit efperer
un rendez - vous par le moyen
d'une Amie , parce que la mere
¡ n'eftoit
GALANT.
1.25-
n'eftoit pas encor en eftat d'entendre
raiſon , & enfin la Dame
ennuyée de duper le Cavalier &
ayant de plus agreables divertiffemens
, employa ce dernier
Billet à s'en defaire.
THEORE
LYO
du
Ie pars tout prefentement , mon
Cher. Plaignez moy un peu
malheur qui me renvoye en Province
, fans avoir eu le plaifir de
vous voir icy une feule fois . Ma
mere aterminé fes Procés par une
efpece d'enchantement. Vne Dame
de fon Païs , luy a offert deux
Places dans fon Carroffe. Ce party
luy a plû. Aurois - je avoué qu'il
me deplaifoit ? Ces fortes de finceritez
font peu à la mode , &
dans les fuites , fe reparent
moins qu'un commerce tel que
celuy que je compte d'avoir avec
Partez , s'ilfe peut , plûvous.
Fij
126 MERCURE
tost qu'inceffamment
, & arrivez
avec des airs empruntez. Feignez
une affaire avec quelqu'un . Vous
trouvere mille Gens qui donneront
dans le panneau. Ie finis . Ma
foibleffe m'eft connuë , & je craindrois
de vous dire trop .
Ce Billet ne détrompa point
le Cavalier. Il crût tout , & fans
refléchir fur une propofition de
Voyage qui luy devoit faire ouvrir
les yeux , il refolut d'executer
l'ordre , & fe rendit à
Rouen quelques jours apres . Il
n'eut pas de peine à y trouver
la belle Normande . Le plaifant
fut , que la Dame, à qui elle reffembloit
, luy avoit déja mandé
qu'elle luy envoyoit un Amant
par Lettres de Change , que c'étoit
à elle à voir ce qu'il eftoit à
propos d'en faire , & que fi elle
fe trouvoit d'humeur à s'en divertir,
3
"
GALANT. 127
vertir , elle pouvoit pouffer l'avanture
fur l'inſtruction qu'elle
luy donnoit. Ainfi elle ne fut pas
tout-à fait furpriſe , quand elle
reçeut un Billet du Cavalier qui
l'avertiffoit de fon arrivée . La
mere fut informée de la piece, &
voulut bien paffer pour bizarre,
afin d'empefcher qu'on ne vinft
chez elle. Le Cavalier trouva là
Beile allant à l'Eglife . IlTattendoit
à une Porte voifine ,& trompé
par le grand raport de traits,
il luy parla comme à une Perfonne
qui eftoit inftruite des
fentimens de fon coeur. La Belle
ne joua pas mal fon rôle ; mais
comme il y alloit de fes interefts
de n'eftre pas foupçonnée
d'intringue , elle chercha à rendre
le change à la Dame , & en
vint à bout en quinze jours.
On l'avoit mife d'unè Partie de
Fij
128 MERCURE
Campagne, où la mere d'une de
fes plus particulieres Amies la
devoit mener. Apres que le Cavalier
l'eut encor entretenuë
trois ou quatre fois , en épiant
toûjours le moment de fa fortie,
elle luy dit pour nouvelle heureufe
, qu'elle avoit permiffion
d'aller paffer l'Hyver à Paris, qui
luy eftoit encor inconnu , n'y
ayant tardé que fort peu de
temps, & prefque toûjours chez
des Procureurs ou des Avocats.
Elle adjoûta que la Dame qui fe
chargeoit d'elle, fçavoit trop bien
vivre pour l'empefcher de voir
fouvent une Amie qu'elle s'étoit
faite , chez qui il pourroit venir,
affuré d'y avoir de ſes nouvelles.
Cette Amie eftoit la Dame
avec qui elle avoit tant de raport.
Elle la nomma, donna fon
adreffe , & le jour de fon depart
eſtant
GALANT. 129
eftant arrivé, elle fit fi bien, que
le Cavalier la vit monter en carroffe.
La penfée qu'il eut qu'elle
partoit pour Paris , luy en fit foudain
reprendre la route. Cinq
ou fix jours fe pafferent fans
qu'il en reçeuſt aucun meffage,
quoy qu'elle cuft promis d'envoyer
chez luy. L'impatience le
fit aller chez la Dame qui devoit
favorifer leur amour. A pei
ney fut-il entré,qu'il vit fa Fem
me de chambre. Il la reconnut,
courut à elle , demanda où eftoit
fa belle Maiftreffe , & n'eut pas
befoin qu'on luy répondit , parla
Dame parut elle- mef-

-ce
que
me
auffitoft
après
. Elle
fortoit
d'une
Salle
pour
monter
en haut,
&
n'eut
pas firoft
apperçeu
le
Cavalier
, qu'elle
devina
la malice
de la Normande
. Elle en fuc
inftruite
entierement
,
quand
=
F V
130
MERCURE
il luy parla du Voyage qu'il venoit
de faire. Ce fut un chagrin
pour elle , qu'il cuft appris fa
Maiſon ; & comme un veritable
commerce n'euft pas efté de fon
gouft , elle alloit l'éclaircir de la
tromperie , quand quelques Dames
la vinrent voir. Elle les pria
de monter. Le Cavalier fort furprisde
luy voir faire les honneurs
de la Maiſon , le fut encor plus
de luy entendre donner le nom
de Madame.Son Mary entra dans
le mefme temps . Ses manieres firent
connoiftre auffitoft ce qu'il
eftoit. Ce que luy dirent les Da-,
mes , le confirma , & mit tant de
trouble dans l'efprit du Cavalier,
qu'il en perdit la parole . Il ne.
pouvoit demefler comment la
mefme Perfonne pouvoit eſtre
Fille à Rouen, & Femme à Paris,
& cet embarras le faifoit refver
plus
GALANT.
131
plus qu'il ne vouloit . On propofa
de jouer. La Dame s'eftant levée
pour faire donner des Cartes
, s'approcha du Cavalier , &
luy dit à demy bas , qu'il devoit
luy pardonner fi elle s'eftoit mariée
pendant fon Voyage. Une
reverence fut fa reponfe. Il s'échapa
de la chambre , & ayant
demandé à un Cocher qu'il rencontra
dans la court , fifa Maiftreffe
eftoit mariée depuis longtemps
, il fçeut qu'il y avoit déja
plus de dix - huit mois . Alors il fut
convaincu que la Dame & la
Normande eftoient deux Per-
: fonnes diferentes ; & comme ce
qui luy eftoit arrivé luy faifoit
connoiftre qu'elles avoient eſté
de concert àfe le renvoyer l'une
à l'autre , il renonça à toutes les
deux , & plaifanta avec fes Amis
de l'Incident de la reffemblance.
Si
132 MERCURE
Si tous les commerces que
le hazard donne tous les jours
occafion de noüer , n'eftoient
comme celuy-cy que des commerces
d'amufement où le coeur
n'euft point de part , les Dames
s'épargneroient bien des inquietudes
. Heureuſes celles qui font
toûjours fieres , & qui ont la
force de fe défendre d'une paffion
, infeparable de mille chagrins.
On n'en vient pas à bout
comme on veut , & quoy qu'on
fcache qu'il eft avantageux de
ne point aimer , il y a certains
panchans qui forçent prefque la
volonté, & que la fierté ne sçauroit
vaincre. Voyez ce qu'une
Belle en dit dans ces Vers.
FIER
GALANT. 133
FIERTE EN SONGE.
REformezvous,mesyeux ,je
bay trop la lumiere
Elle diffipe mes erreurs ;
Ab quel plaifir d'eftre un peu
fiere !
Que le fommeil,la nuit, m'a preſté
de rigueurs !
quity
Ma tendreffe avec moy s'estoit toute
endormie.

Je négligeais Tircis , je voulois la
bannir.
Aimable illufion , charmante refverie
Pour ma gloirejamais vous ne deviez
finir.
Fay veu fans m'émouvoir mon
Tircis trifte & fombre ,
Pouffer mille foupirs, j'ay pû le rejetters
Mais
134
MERCURE
Mais lors qu'on ne combat qu'une
Ombre ,
Qu'il est aisé de réſiſter!
Auffitoft qu'à mes yeux le jour s'eft
fait paroiftre,
Fierté, rigueur, tout s'est éva-
пойу ;
Ce n'est qu'un fonge , belas : j'euffe ..
dû le connoiftre;
Pouvoit- il eftre vray que Tircis
fuft bay ?
Je vous parlay il y a un an
de la Mafcarade que Son Alteffe
Royale de Savoye fit le
Dimanche & le Mardy gras,
dans un Bal que Madame Royale
donnoit avec la magnificence
qui eft ordinaire à cette grande
Princeffe. Je ne vous diray point
que ce jeune & charmant Souverain
a montré cette année le
pro
GALANT. 135
progrés qu'il a fait à la Dance,
puis que les premiers mois de
cet exercice ont efté pour luy
des Leçons executées avec la
derniere jufteffe & la plus entiere
perfection. Je vous diray
feulement que M. R. qui ne
donneroit pas un moment d'interruption
aux Affaires où elle
s'applique fans relâche , ſi une
admirable complaifance ne luy
faifoit fouffrir les plaifirs , afin
de les donner à fa Cour , a fait
repreſenter ce Carnaval une
petite Paftorale, chantée en maniere
d'Opéra , dont le deffein
avoit toute la douce galanterie
d'une intrigue de Bergers , &
ne laiffoit pas d'eftre propre à
fouffrir des Entrées & des Intermedes
fort magnifiques. Son
A. R. a dancé à trois de ces Entrées
, compofées comme toutes
les
136
MERCURE
les autres , par le Sieur la Pierre
fon Maiftre de Dance , & bien
que ce Prince fuft caché fous
un Habit & un Mafque tout-à
fait femblables à ceux de trois
jeunes Seigneurs qui avoient
l'honneur d'eftre avec luy des
mefmes Entrées , on ne laiffoit
pas de le reconnoiſtre d'abord
à un certain air de grandeur
qui eft naturel à toutes fes démarches
, & à une difpofition
particuliere qu'il a pour cet
Exercice. Ces jeunes Seigneurs
eftoient Monfieur le Comte de
Verruë , Neveu de M. l'Abbé
Scaglia , Ambaffadeur en France.
Je vous ay déja parlé des belles
qualitez du Neveu , & du
mérite extraordinaire de l'Oncle.
Les deux autres eftoient
Monfieur le Baron de Palavicin ,
& M. le Comte de Chaland de
Lenon
GALANT. 137
Lenoncourt , qui tous ont à un
âge au deffous de quinze ans,
les perfections qu'on cherchoit
autrefois à trente . Je ne puis fortir
de cette Cour- là , fans vous,
dire encor que Monfieur le
Comte de S. Maurice y a mené
depuis peu Madame fa Femme,
dont le rare mérite , plus encor
que fes grands biens , a fait conclure
dans les dernieres Semaines
du Carnaval , un Mariage
qui a efté l'ouvrage de peu de
temps. Auffi n'en faut- il pas
beaucoup à un auffi fin Connoiffeur
que Monfieur le Comte
de Saint Maurice, quand il trouve
autant d'efprit & de hautes
qualitez qu'il en a trouvé en la
perfonne de Mademoiſelle de
Boiffat , de Vienne en Dauphiné.
Je vous entretiendray plus
particulierement la premiere
fois,
138 MERCURE
fois , des Familles de ces deux
illuftres nouveaux Mariez , &
me contenteray aujourd'huy de
vous
faire
part d'un Epichalame
qui a efté fait fur ce Mariage
.
EPITHALAME
A MADAME
LA COMTESSE
DE S. MAURICE.
Oüiffez des douceurs où vostre
Joiame fe noye
,
Vous voila maintenant au comble
de vos voeux .
L'Amour avec l'Hymen vient de
former vos nauds
Quelle doit estre voftre joye !
Toutfavorife vos defirs ;
Amans heureux Amans , vous
aimez,
GALANT. 139
1
5
aimez , on vous aime ,
Vous voyez chaque jour renaiftre
vos plaifirs ,
Les Dieux n'ont rien de plus dans
leur grandeur fupréme:
Mais que nous fert , Iris , qu'en dépit
de l'envie
Vousjouiffe ailleurs d'une fi douce
vie?
Ah ! je ne vous fçaurois mentir ;
Quand je vous vois prefte
partir ,
A quelque illuftre rang qu'on vous
ait destinée ,
Voſtre grandeur pour moy paroist
empoisonnée ,
Et je n'y fçaurois confentir.
Vous alle à la Cour d'une grande
Princeffe ,
Chacun vous y rendra des honneurs
& des foins ;
Mais y trouvaßiez- vous le fort
d'une Déeffe,
Nous
140
MERCURE
"
Nous ne vous en perdons pas
moins .
Peu de Gens de leur intéreft
Font un fincére facrifice.
On s'aime le premier dans tout ce
qui nous plaift ,
Et tout difcours contraire eft remply
d'artifice.
Un Epoux que le Ciel a comblé de
fes dons
Vous va faire paffer les Monts,
Voila pour nous de cruelles alarmes.
L'éclat qui vous attend dans une
augufte Cour,
Les chaines d'un Hymen qu'accompagne
l'Amour ,
Vous feront tous les jours trouver
de nouveaux charmes,
Et parmy tant d'honneurs , & des
plaifirs fi doux ,
Vous ne penserez pas à nous.
Que
GALANT. 141
%
i
Qty
Que chacun à l'envy vous témoignefa
joye.
Pour moy dont les difcours partent
toujours du coeur ,
Parmy les biens que le Ciel vous
envoye ,
Ie fens des pointes de douleur.
Ne croyez pas que cette douleur
ceffe.
Moy qui toûjours de voſtre esprit
Admirant la délicateſſe ,
Vous entendois parler avec tant de
jufteffe ,
Luger fi fainement de tout ce qu'on
écrit;
Ie vous verrois partir fans
peine ?
Non , je n'enfais pas unfecret,
Et dûßiez- vous ailleurs devenir.
Souveraine ,
Le ne sçaurois vous voir éloigner
qu'à regret.
Vous
142 MERCURE
Vous aurez appris , Madame,
avec quelles acclamations Monfieur
le Duc d'Yorck a efté reçeu
en Ecoffe. Ses honneftetez
pour la Nobleffe, & fa conduite
pleine de douceur à regler les
plus importantes Affaires de ce
Royaume , luy ont tellement
gagné tous les coeurs , que le
Roy d'Angleterre l'ayant rappellé
depuis peu aupres de luy,
le Confeil Privé luy a fait connoiſtre
par la Lettre que vous
allez voir , avec quel plaifir tous
les Ecoffois avoient veu ce Prince
parmy eux. Je vous l'envoye
telle qu'on l'a imprimée à Lon
dres. Si les Highlanders dont on
y parle vous font inconnus , vous
fçaurez que ce font Gentilshommes
du Nord d'Ecoffe , entre lefquels
il y a de grands démeſlez.
LET
GALANT. 143
LETTRE
DU CONSEIL PRIVE
D'E' COSSE ,
AU ROY D'ANGLETERRE.
A Edimbourg le 9. Fev. 1680.
SIRE,
"
Le fejour que vostre illuftre
Frere a fait au milieu de nous, a
extrémement contribué à nous remettre
en memoire le bonheur
d'avoir efté plus de deux mille ans
fous la protection des Princes de
voftre Famille Royale, d'avoir efté
garantis par leur valeur de l'ef
clavage , dans lequel les autres
Nations tomboient fi fouvent , &
Savoir reçeu de leur bonté les
Biens
144
MERCURE
Biens & les Terres que nous poſſedons
encor aujourd'huy.Nous avons
remarqué en luy cette modération,
& cette égalité de justice , qui ont
toûjours fi éminemment éclaté
dans vos facrez Anceftres. Ses
grandes qualitez nous ont fait
concevoir une jufte horreur pour
ces Gens féditieux & pernicieux
, qui auroient voulu nous
faire rentrer dans ces troubles ,
& dans ses confufions épouvantables
, qui dans lefiecle paffé
augmenterent par degrez , & commencerent
par les Requestes que
l'on préfentoit pour demanderune
Reformation dans l'Eglife , &
l'Aſſemblée d'un Parlement , ce
qui en ce temps-là détruifit l'une
& l'autre, & le feroit affurement
encor aujourd'huy , puis qu'il eft
certain que tous ceux qui croyent
que les Sujets devroientgovern
&
GALANT. 145
& conduire leur Rey , n'ont en
effet autre deffein, que d'eftre Roys
eux- mefmes. Toutes fortes de Perfonnes
de quelque degré & condition
qu'elles foient dans ce Royaumes
; font fort convaincues de ces
veritez; & elles ont fait une fi
forte impreffion fur leurs efprits,
qu'il a esté aifé de remarquer que
noftre Noblesse , tant de l'an que
de l'autre Sexe,a toûjours rendufes
• respects à Leurs Alteffes Royales,
avec tant d'empressement & tant
de marques d'affection , de joye , &
de fatisfaction , que pendant tout
le temps qu'Elles ont demeuré icy ,
les plus malicieux, & les plus malintentionnez
n'ont caufé aucuns
tumultes , & mefme n'ont pas pro-
= feré une parole , qui fentist la revolte
ou la fedition. On n'a point
la Paix du oyaume ait
veu que
Mars
1680.
G
146 MERCURE
j.
efté troublée.On n'a point ouy.parler
d'aucun Libelle , ou Paſquinade
enfin le Gouvernement a toûjours
efte dans un tres-grand repos,
& dans une tranquillité trespaifible.
Le peu de fejour que Son
A. R. afait parmy nous , a efté la
plus tranquille , & la plus agreable
partie de noftre vie , & ce
temps - là nous a donné les plus
beauxjours , & les plus heureux
`que nous ayons jamais vûs, excepté
ceux du miraculeux rétabliſſement
de Vostre Majesté. Puis que vous
ave crû , SIRE , qu'il eftoit à
propos d'avoir cet illuftre Frere
aupres de vous , nous avons fujet
d'esperer qu'ayant fi bien reüſſy à
connoiftre les Hommes de ce Païs,
& à entendre les affaires de ce
Royaume , par le facile accés qu'il
a donné aux uns , & par la grande
applicatio qu'ilacuepour les autres,
il
GALANT.
147
il
pourra micux que perfonne informer
Voftre Majefté de nos affaires,
& de nos interests, eftant affurez
qu'il vous les reprefentera
beaucoup mieux , que nous ne pourrions
fairepar cette Lettre , ou par
aucune autre voye. Sa conduite a
fort encouragé le Clergé Ortodoxe,
fans donner neanmoins aucun cha
grin aux autres Proteftans . Il a
appaifé les troubles qui commençoient
parmy les Highlanders, fans
encourager ceux qui s'opposent
aux Loix , dont il nous a fouvent
dit qu'il auroit toûjours beaucoup
de Join
puis qu'elles font le
naud ordinaire , ainsi que la fureté
du Roy & de fon Peuple.
Il nous a par fon exemple , & par
fes difcours , tellement recomman
de la fidelité envers Voſtre Majefté,
comme le plus grand intereft
de noftre Nation , & la mo
2
Gij
148 MERCURE
,
deration entre nous comme le
Seul moyen de nous fortifier , &
de nous unir contre les méchan's
deffeins de ceux qui tâchent de
nous rendre efclaves , comme ils
firent autrefois , que nous eſperons
que ces impreffions ne s'effaceront
jamais , reconnoiffant que
ça efté un bonheur particulier
pour nous de le connoiftre. Nous
n'avons point d'autres remercimens
à faire à Vostre Majesté , ny
d'autres reconnoiffances à luy rendre
de nous avoir procuré ce bon
heur , que de l'affurer , que nous
employerons nos vies , & nos biens
pour voftre fervice , & pour main.
tenir vos Royaux Succeffeurs dans
le cours ordinaire de la Succeffion,
Selon leur rang, & le droit inalterable
que Vous & eux avez
receu de Dieu feul , lequel Voftre
Majefté reprefente ; & de fouhaiter
GALANT. 149

haiter que Son Alteffe Royale
trouve par tout cette fatisfa-
Etion & ce repos qu'Elle nous a
procuré , & autant d'affection &
de refpect que fon merite nous
en a donné pour fa Perfonne . Nous
Sommes ,
14
SIRE ,
DE V. MAJESTE' ,
-
Les tres humbles , tres - obyſſans,
tres - fidilles Sujets &
Serviteurs
Le Comte de Rothes Chancelier
, l'Archevefque de S.André
, le Marquis d'Athol Garde
du Petit Sceau , le Marquis
de Douglas , le Comte
d'Argile, le Comte Marefchal ,
le Comte de Morray, le Comte
de Linlithgovv , le Comte
de Vvigtoun , le Comte de
G iij
150
MERCURE
Queensberry,le Comte d'Airly
, le Comte de Dondonald,
le Comte de Caithness , l'Evefque
d'Edinbourg , le Seigneur
Président des Affifes ,
le Seigneur Sous - Tréſorier,
le Seigneur Garde des Rôles ,
le Seigneur Avocat General,
le Seigneur Jufticier Clerk,
le Seigneur Collintoun ,
Sieur Jean Drummond de
Lundin , le Seigneur Juſticier
General, le Chevalier André
Ramfay , le Chevalier Jean
Vvauchop,le Chevalier Geor.
ge Kinnaird , le Chevalier
George Gordon.
le
Madame a reçeu une nouvelle
Fille d'Honneur aupres d'elle .
C'eft Mademoiſelle de Cliffon .
Elle a beaucoup d'efprit & de
bonne mine, & eft d'une ancien .
.ne
GALAN T
151
ne Maiſon de Poitou , alliée de
celles de la Rochefoucaud , de
Levy , de Vibrais , de Paloiſeau ,
de Sourdis , & du Chancelier de
Chiverny. Madame de Cliffon
fa Mere , eft Soeur de l'Aîné de
Maifon de Sourdis.
Celle de Levy que je viens
de vous nommer, n'eft pas moins
confidérable en Perfonnes de
pieté,qu'en grands Hommes qui
en ont toûjours foûtenu la gloire.
Les Religieufes de la Vifitation
de la Flêche , l'ont connu
depuis un mois , en donnant l'Habit
parmy elles à Magdelaine-
Henriete de Levy , Fille de Gafton
Jean- Baptiſte de Levy, Seigneur
de Mirepoix , Maréchal de
la Foy, Senéchal de Carcaffonne,
de Beziers , & de Limoux , Gou
verneur & Lieutenant General
Giiij G iiij
752 MERCURE
14.
de
pour Sa Majesté du Païs de Foix .
La memoire de M. de Matignon
,ancien Evéque de Lyfieux ,
eft fi chere à tous ceux de ce Dio .
cefe , qu'on s'empreffe à luy rendre
apres fa mort tous les honneurs
qu'il a meritez par fa conduite.
Le Service folemnel qui fut
fait pour luy à Honfleur le
ce Mois dans l'Eglife de Noftre-
Dame, en eft une marque . Tout
le Clergé de la Ville & des environs
, y affifta, avec un tres grand
nombre de Perſonnes de qualité.
M. le Curé du Mont S.Jean , qui
prononça l'Oraifon Funebre,
s'en acquita avec beaucoup de
fuccés. Apres qu'il fe fut étendu
fur les nobles qualitez de ce Prélat
, il le fit voir , dans le temps de
fon Miniftere avec la vigilance
d'un Moyfe , & dans la fin de fes
jours, comme un Aaron , qui voulut
reve
GALANT.
153
reveftir fon Fils de fes Ornemens
Pontificaux , pour ſe voir avant
La mort affuré d'un Succeffeur , qui
mouruft au milieu de fes Enfans
Sur la Montagne , & benift le
Peuple dont il avoit eu le Gouvernement.
Nos plus beaux deffeins font
tous les jours renversez par des
difgraces qu'il eft impoffible de
prévoir. M. Joly, Fils d'un Avocat
General à la Chambre des
Comptes de Dijon , avoit traité
d'une Charge de Confeiller
dans le Parlement de Mets , &
fur le point d'y eftre reçeu , ila
efté malheureuſement affaffiné
fur le Pont de la mefme Ville.
Ce malheur eft arrivé il y a environ
un mois. C'eftoit un des
plus honneftes Hommes de
France. Il avoit joint à une fort
grande probité , la Science des
Gv
154
MERCURE
belles Lettres , de la Jurifprudence
, & fur tout des Mathématiques
, qu'il poffedoit dans
la derniere perfection. Il eſt
univerfellement regreté de tous
ceux qui l'ont connu. Il eftoit
d'une des plus anciennes , &
des plus illuftres Maiſons de
Bourgogne, & Neveu , à la mode
de cette Province, de ce fameux
Préfident Joly qui mourut l'année
derniere .
Le Roy qui fe plaiſt toûjours
à faire des actions qui marquent
de la grandeur & de la
liberalité , a nommé fix Perfonnes
des plus qualifiées de la
Cour, pour eftre aupres de Monfeigneur
le Dauphin . Sa Majefté
leur donne à chacun une
Penfion de deux mille Ecus.
Ceux qu'Elle a choiſis font M.le
Marquis de Florenfac , M. de
Ma
GALANT.
iss'
Matignon Comte de Thorigny,
M. le Comte de Sainte - Maure,
M. le Marquis de Chiverny ,
M. le Chevalier de Grignan , &
M.le Marquis de Dangeau .
M. le Marquis de Florenfac
eft Fils de M. le Duc d'Ufés , &
Frere de M. de Cruffol , Premier
Pair de France . Il eft bien fait,
a l'air bon , la taille belle , beaucoup
de douceur & d'honnefteté
, en quoy il reffemble particulierement
à Monfieur le Duc .
de Cruffol fon Frere. Il n'eſt pas
befoin de vous dire icy ce que
perfonne en France n'ignore .
Il eft certain qu'on n'a jamais
commencé le fervice dans un
âge auffi peu avancé qu'il a
fait , & qu'il eft rare que perfonne
l'ait continué avec autant
d'attachement & de fuccés. Il
ne s'eft offert aucune occafion
depuis
156
MERCURE
depuis la Guerre des Hollandois
contre Monfieur de Munfter,
où ce Marquis ne ſe foit fait diftinguer.
Auffi les marques de
courage & de valeur qu'il y a
données , luy ont - elles acquis
une eftime generale parmy ceux
qui font ou qui ont efté dans le
fervice.
Monfieur le Comte de Thori.
gny eft Lieutenant General pour
le Roy au Gouvernement de
Normandie , Granville & S.Lo , &
des Ifles de Chauzé. Il a fervy
long- temps dans l'Ordre de Malte
, & s'y eft fignalé contre les
Infidelles en plufieurs occaſions.
Il eftoit à l'Expedition de Gigery
, & ce fut là qu'en forçant
un Pofte , il eut fa demy- Pique
emportée d'un coup de Canon.
Il a auffi fervy en Portugal
en qualité de Volontaire , &
s'eft
GALANT.
157
s'eft acquis beaucoup de reputation
dans les dernieres Campagnes
à la tefte du Regiment
du
Roy.
Monfieur le Comte de Sainte
- Maure , Colonel d'Infanterie ,
eft Fils de monfieur le Marquis
de Sainte- Maure, coufin germain
de monfieur le Duc de Montaufier.
Je vous ay dit tant de chofes
de cette maiſon dans pluſieurs de
mes Lettres, que je n'ay rien aujourd'huy
à y adjoûter.Ce que je
puis vous apprendre de la perfonne
de monfieur le Comte de
Sainte- Maure, c'eſt qu'il eft bien
fait, qu'il a de l'efprit , qu'il eft
brave , qu'il a fervy en Candie
depuis l'âge de douze ans , &
qu'il a efté chercher la Guerre
par tout où elle eftoit , pendant
que la Paix a regné en France.
Il eft le plus jeune de ceux
qu'a
158 MERCURE
-
qu'a nommez le Roy . C'eſt une
marque de diftinction qui luy
eft bien glorieuſe.
Monfieur le Marquis de Chiverny
eft Fils de feu Monfieur
de Monglas Maiſtre de la Garderobe
du Roy. Il l'a toûjours
accompagné à l'Armée , & n'a
perdu aucune occafion de ſe ſignaler.
Mr le Chevalier de Grignan
eft Frere de Monfieur le Comte
de Grignan , Lieutenant de Roy
en Provence , & de Monfieur
le Coadjuteur d'Arles. Il eft fage,
honnefte, & a beaucoup d'efprit
& de coeur,
Je vous ay nommé Monfieur
le Marquis de Dangeau . C'eſt affez
pour vous l'avoir fait connoître
. Il a le Gouvernement de
Touraine , & s'eft acquis une
eſtime fi univerſelle par fon efſi
prit,
GALANT.
159
prit , qu'il faut n'eftre pas Fran
çois pour ignorer fon merite. Il
eſt galant , bien fait , & foûtiendra
le choix de Sa Majeſté avec
éclat.
Mrde Maupas du Tour, Eveſ
que d'Evreux , n'ayant pas crû
pouvoir s'acquiter auffi dignement
qu'il auroit voulu du miniftere
de l'Epifcopat à l'âge de
quatre- vingts ans , & cherchant
la confolation de voir fon Troupeau
gouverné parun Prelat qui
en euft les veritables qualitez ,
jetta les yeux fur monfieur l'Abbé
de Grignan , Agent General
du Clergé de France , & pria le
Roy de le vouloir nommer àfon
Evefché , apres qu'il s'en feroit
demis entre ſes mains. Sa Majefté
n'eut pas de peine à y confentir.
Le merite de cet Abbé luy
eftoit connu , & d'ailleurs Elle
eftoit
160 MERCURE
eftoit perfuadée qu'un Prelat
qui fe demettoit volontairement
d'un Evefché par les motifs
qui avoient fait prendre ce
deffein à monfieur d'Evreux , ne
le quitoit que pour le rémettre
en de dignes mains.
On a fait une maniere d'Embléme
fur le Lézard , que vous
trouverez fort ingenieufe . Les
Armes de monsieur le Marquis
de Louvoys en ont fourni le deffein.
Vous fçavez , Madame ,
qu'elles font compoſées de trois
Lezards. Si nous en croyons les
Naturaliftes , le Lézard eft fi
fort amy de l'homme, que quand
il trouve quelqu'un endormy , il
le defend des autres Animaux
qui luy veulent nuire, ou l'éveille
, afin qu'il fe defende luymefme.
Un Heros eft peint, defcendu
de cheval , & couché à
terre,
1
GALANT. 161

terre aupres d'un Buiffon , fur lequel
est un Lézard,avec ces paroles
, Il peut dormir en feûreté.
Voicy des Vers qu'on prefte à
cet Animal. L'application en eft
naturelle , & on ne peut marquer
avec plus d'efprit la vigilance
d'un grand Miniftre , & la confiance
que fon Maistre y prend.
LE LEZARD
H
AU HEROS.
Eros , repofe enfin apres tant
de travaux ,
Et te remets de tant de peines.
Iefçauray t'avertir, fi des voisines
Plaines
Quelque Ennemyparoift pour trou.
bler ton repos .
Ne
162 MERCURE

Ne crains point defauſſeş alarmes
,
Si quelqu'un vient à toy, je le verray
de loin;
Et s'il merite peu que tu prennes
les armes,
T'enprendray moy- mefme le foin.
Un Heros à regret fommeille,
le le fçay ; mais s'ilfaut prevenir
l'Ennemy ,
Quand tu te feras endormy,
A quelle heure , dy- moy , veux tu
que je t'éveille?
Dors, & laiffe en dormant repofer
l'Univers.
Encor que comme Toy toûjours les
yeux ouverts,
Ie veille & j'agiffe fans ceffe,
Ie repofe pourtant , quand le fommeil
me preffe ;
Mais fi de tes Soldats te voyant
écarté, Ти
GALANT.
163
Tu craignois ſurpriſe nouvelle,
Quandje me tiens en fentinellez
dormir enfeûreté.
Tu
peux
Les chofes fe paffent toûjours
à Geneve avec une égale fermeté
du coſté de Mr de Chauvigny
noftre Refident , & avec
beaucoup de zele du cofté des
Magiftrats, pour donner au Roy
de continuelles marques de l'ardeur
qu'ils ont de le fatisfaire.
Les Seditieux , pour qui l'exercice
de la Religion Catholique
eft une peine , ne laiffent pas de
s'échaper encor quelquefois. Je
ne puis mieux vous apprendre
ce qui s'eft fait depuis la derniere
émotion appaiſée , qu'en vous
envoyant la Lettre que ce Refident
en a écrite. Aparemment
le Député de Geneve qu'il y
nomme , n'avoit pas fait un fort
fidelle raport au Confeil de cette
164
MERCURE
te Ville , de la maniere dont les
intentions de Sa Majesté luy
avoient efté expliquées .
LETTRE
DE Mr DE CHAUVIGNY.
De Geneve le 27. Fevrier 1680 .
'Allay Samedy au Confeil , où
apres avoir reprefenté les obligations
que la Republique avoit à
la clemence & aux bontez de Sa
Majefté , les refpects & la reconnoiffance
avec lesquels leur Peuple
y devoit repondre , les fatisfactions
que la Cour avoit témoigné à leur
Deputé, qu'Elle fouhaitoit fur toutes
les indignitez qui m'avoient
efté faites jufqu'à prefent , fans
qu'ils en euffent fait aucune juftice
.
GALAN T. 165
se. le leur dis que j'estois furpris
que le raport que le fieur Lot leur
avoit fait des intentions de Sa
Majefté , fuft fi peu conforme à ce
qu'Elle m'avoit fait l'honneur de
mefairefçavoir, & que ce qui me
revenoit de toutes parts , joint à ce
qu'il m'avoit luy - mefme dit , me
perfuadoit que l'on n'avoit autre
deffein,que de rejetterfur ma feule
perfonne , tout ce qui pouvoit exciter
leur mauvaise humeur , fans
relation à des ordres , aufquels je
devois aveuglément toute mon
obeiffance , & toute mon application
; Que cela feul , foûtenu de
l'impunité de plufieurs violences
qu'ils ne pouvoient ignorer apres
les plaintes que je leur avois faites,
pouvoit tout autorifer. C'est pourquoy
avant que de leur faire fçaroir
ce que j'avois à leur dire de
la part de Sa Majesté , je fouhaitois
166
MERCURE
tois que ledit fieur Lot fût mandé
pour s'en expliquer devant moy,
afin qu'au cas que nous ne puffions
convenir , ce raport me fuſt donné
par écrit.
que
Le fieur Lot fut mandé , & je
me retiray dans la Chambre prochainejufqu'à
fon arrivée. Le rentray.
On l'apella , & ayant repris
la parole dans le mefmefens & le
mefme efprit, Monfieur le Premier
Syndic me dit ledit fieur Lot
iroit s'en expliquer chez moy , &
l'ordre luy enfut donné en maprefence.
A quoy je jugeay à propos
de repliquer , que cette explication
feroit inutile; Que nous ne convien
drions pas mieux des chofes que
dans la premiere viſite qu'il m'avoit
renduë , que je la vouloispublique
, & qu'enfin j'entendois ce
que cela vouloit dire ; furquoy je
Içaurois bien prendre mes mesures,
&jefortis. A
GALANT.
167

A
Apeine fus - je fur l'Escalier, que
L'Officier me vint prier de rentrer;
ce queje fis. Ledit fieur Lot parla.
Ie le relevay où je crus le devoir
faire , & j'eus la fatisfaction qui
m'eftoit deuë , & que je m'en eftois
promife, qui eftoit de luyfaire dire
en termes expres , ce qu'il avoit
crû devoir deguifer pour faire honneur
à mes depens à la reüffite defa
Deputation ; ce qui confiftoit à demeurer
d'accord que Sa Majesté
luy avoitfait dire , qu'Elle ne vouloit
foufrir aucune reſtriction à l'execution
des ordres qu'Elle avoit
donnez pour la feureté , privilege,
& liberté entiere , tant pour ma
Maifon , que pour l'exercice de la
Religion.
Te leur fis enfuite connoistre que
j'avois ordre de Sa Majesté , de
leur demander justice , bonne &
prompte , de l'Affaffinat commis à
MA
168 MERCURE
ma Porte en la perfonne d'un Etranger
fortant de ma Chapelle.
Elle me fut promife , & le lendemain
le Criminel qui eftoit un Soldat
de leur Garde , fut par contumace
condamné à faire amende .
honorable , la torche au poing , devant
ma maison , & banny à perpetuité.
Le leur demanday auffi raifon
du coup de Fufil tiré à balle dans
ma Court , & quelles diligences ils.
avoient faites à cet égard . Il me.
fut répondu que le Confeil en avoit
fait informer , & que j'en ferois.
fatisfait Le mefmejour, defences
furent publiées à toutes perfonnes
de quelque qualité qu'elles fuffent,
& fous quelque pretexte que ce
puft eftre , de tirer aucunes armes
à feu de nuit ou de jour , à peine
de la vie , avec promeffe de cinquante
écus à celuy qui decouvriroit,
GALANT. 169
vriroit, & conduiroit dans les Prifons
celuy qui avoit tiré le coup
dont je me plaignois . lefus averty
de ces Procedures par une Deputation
de deux des Syndics , qui me
donnerent auſſi avis de celle qui
avoit efté refolue pour aller feliciter
la Cour furleMariage de Monfeigneur
le Dauphin , à laquelle le
Sieur Tremblet Syndic de la Garde
avoit efté nommé , qui me rendit
en fuite fa vifite en particulier.
Tout cela n'empefcha pas que
dés le foir , mes Gens revenant de
mener boire mes Chevaux, ne trouvaffent
des Inconnus qui les infulterent
d'injures , & qui donnerent
1 quelques coups fur mes Chevaux.
Te ne le fçeus pas dans le temps,
! mais monfieur des Marais l'ayant
apris , alla trouver le Sieur de
Chapeau - Rouge Syndic , qui
Mars 1680 . H
170
MERCURE
fe rendit fur le lieu avec un Officier
, pour tâcher de fe faifir de
quelqu'un ; mais dés qu'on les vit
chacun s'échapa.

· Ie fis connoiftre encor au Confeil
que ce n'estoit pas affez qu'ils
euffent fait lever toutes leurs Gardes
mais qu'il eftoit important
qu'ils impofaffent filence à leurs
Hoftelliers , fur ce qu'ils difoient
d'offençant aux Etrangers Catholiques
qui logeoient chez eux, pour
les empefcher de venir chez moy,
Ie leur nommay les plus emportez,
auffibien que quelques
uns de
leurs Bourgeois , dont j'avois fujet
de me plaindre en particulierpour
de mauvais difcours ; & j'adjoû
tay que fi je ne voyois quelque
chofe de plus que les Contumaces,
j'aurois lieu de croire , ou qu'ils
n'ofoient me rendre justice
qu'ils ne le vouloient pas ; Que s'ils
·
ои
ne
GALANT. 171
#
ne l'ofoient , ils eftoient à plaindre;
& s'ils ne le vouloient pas , que
c'eftoit moy qui l'eftois ; mais qu'ils
devoient fe refouvenir que j'avois
un bon Protecteur , & un bon Ga
rant .
a
Si toutes les Avantures dont
je vous rends compte , faifoient
un auffi grand bruit qu'en fait
par tout le Royaume l'Hiſtoire
tragique arrivée depuis peu à
Arles , vos Amies ne vous demanderoient
pas fi ce ne font
point Incidens faits à plaifir. Il
feroit à fouhaiter que j'euffe inventé
ce que j'ay à vous apprendre,
mais les triftes particularitez
que je vous vay dire ,ne font que
trop vrayes . Chacun les conte à
fa mode , & comme la chofe eft
devenuë trop publique pour
pouvoir étoufer , & que les plus
retenus ont toûjours chargé ce
la
Hij
ܐ i7
MERCURE
qui a paffé de bouche en bouche
, quelque chagrin qu'en reçoivent
les Intereſſez , il eſt de
leur avantage que la verité en
foit connue. Ainfi je croy leur
faire plaifir en vous la difant . J'écris
fur de fi fidelles Memoires ,
que je ne puis y eftre trompé.
Voicy ce qu'ils portent.
Une Demoiſelle de quinze à
ſeize ans ayant autant de naiffance
que de beauté , fut mariée
à un Homme plus confiderable
par fes grands biens que par autre
choſe . Il eftoit d'une Nobleſfe
moderne , & avoit quelque..
defaut dans la taille qui n'aidoit
pas fort à le faire aimer. Les deux
ou trois premieres années de
Ieur Mariage ne laifferent pas de
fe paffer affez doucement , mais
enfin la Dame qui eftoit jeune,
belle , fpirituelle , & la plus engageante
GALANT. 173
gageante Perfonne qui fut jamais,
fe voyant tous les jours offrir
de nouveaux hommages , ne
put s'empefcher de croire, qu'étant
faite comme elle eftoit , elle
ne devoit
pas eftre fans quelque
façon de galanterie. Elle trouva
-ce qu'il luy falloit dans un Offi-
-cier d'Armée qui avoit eſté Page
du Roy. Le mary ne fut pas
longtemps à decouvrir cette intrigue
. Il avoit des Parens qui
veilloient à tout , & qui luy en
rendoient bon compte. Le trouble
fe gliffa dans la Famille. Les
reproches fuccederent aux froideurs
, & les mauvais traitemens
aux menaces. La Dame ne s'accommoda
pas de ce procedé .
Son reffentiment & un peu
d'averfion qu'elle avoit pour fon
mary , l'obligerent de recourir
à fes Proches , & ils furent
Hiij
174
MERCURE
tous d'avis qu'elle repouffaft cette
violence par la voye de la Juftice.
Elle y confentit avec plaifir,
parce qu'elle commençoit à favorifer
une Separation d'avec fon
mary, qu'elle vouloit rendre plus
juridique . Le Procés fut intenté
avec une aigreur extraordinaire
,pourſuivy avec une opinia.
treté invincible , & terminé fi favorablement
pour la Belle , que
le fuccés furpaffa fes efperances.
Divers incidens enveloperent
quantité de Gens confiderables
dans le cours de ce Procés . Ce
furent autant d'acceffoires au
principal , qui fatiguerent les
Parties pendant de longues années
, avec des depenfes inconcevables.
Il n'y eut prefque aucun
Parlement dans le Royaume
où l'on ne trouvaft moyen de
mener l'Affaire, Celuy de Paris,
&
GALANT. 175
& celuy de Toulouſe , en eurent
les principales connoiffances , &
le mary fuccomba par tout. Il
luy a coûté plus de foixante &
dix mille écus à changer ainfi
de Juges. Cependant la Belle obtint
avec fa Separation des avantages
qui luy donnerent lieu de
vivre avec grand éclat. Sa Cour
eftoit groffe ; & comme les fre- ..
quentes vifites qu'elle recevoit
donnoient occafion de parler , le
mary tenta de nouvelles procedures
, pour eftre reçeu à juftifier
fes premiers foupçons ; mais
elle fe mit fi bien en eftat de
n'en craindre rien , qu'il fut contraint
de fe taire , & de renoncer
à des pourfuites qui auroient
achevé de le ruiner. Elle a vécu
depuis ce temps- là fans qu'il
l'ait troublée dans les intrigues.
Elle aimoit le monde, & le nom
Hij
176 MERCURE
bre des Soupirans luy faifoit
honneur. Apres avoir écouté
longtemps indiferemment tous
ceux qui luy protestoient , fon
malheur voulut qu'infenfiblement
elle fe fentit le coeur touché
pour un jeune Gentilhomme
d'Arles , qui luy rendoit des
foins affez empreffez . Il eftoit
bien fait, & s'il aima fortement,
il cuft bientoft le plaifir de voir
qu'il n'eftoit pas moins aimé.
Leur paffion éclata , & s'accrut
tellement avec le temps , que
pour fe faire une neceffité de
s'aimer toûjours , ils joignirent
aux affurances qu'ils s'en donnerent
, un Ecrit qui confirmoit
leur engagement
, avec cette
claufe , que fi l'un d'eux faifoit
quelque demarche contraire à la
fidélité qu'ils fe promettoient,
l'autre s'en pourroit vanger par
le
GALANT. 177
le Poignard. Quelque temps apres
( ce fut au mois de Decembre
de l'année derniere)le Gentilhomme
tomba malade . Il démeuroit
chez fon Pere , & c'eftoit
de l'embarras pour leur ámour.
La Dame qui fe portoit
toûjours aisément aux grandes
refolutions , prit celle de luy aller
rendre quelques foins officieux
dans fa maladie . On les
foufrit pendant quelques jours ;
mais le mal s'irritant par les Remedes
, & donnant lieu d'en
craindre la fin , il fut refolu qu'on
prieroit la Dame d'avoir la bonté
de s'éloigner. Le compliment
luy parut fâcheux . Il falut pourtant
qu'elle ceffaft fes vifites ,
mais ce ne fut pas fans une extréme
colere contre ceux qui l'y
forçoient. Elle foupçonna fur
tout que l'ordre venoit de la
Hv
+
178 MERCURE
Bellemere du malade , parce
qu'elle avoit toûjours paru oppofée
à la liaiſon qui eftoit entre
eux ; & comme il n'y eut jamais
d'humeur plus vindicative , à
peine le Cavalier fut- il un peu
Létably , qu'elle voulut l'animer
contr'elle, & luy faire entreprendre
de la vanger par les affronts
les plus fignalez. L'Amant s'ex.
cufa d'entrer dans fes fentimens,
fur ce qu'il devoit à la Femme
de fon Pere, & fur mille obligations
qu'il luy avoit en particulier.
Ce refus porta la Dame juſques
à la
rage. Elle n'écouta
fon emportement pour raifon ,&
apres avoir fulminé longtemps
fans pouvoir obtenir du Cavalier
qu'il la vangeroit,elle le quita
, & luy defendit de la voir jamais.
La defenſe n'étonna pas
fort le Cavalier. Il crût que l'Aque

inour
GALANT. 179
mour prendroit fon party , &
qu'en donnant à la Dame le
temps de rentrer en elle - mefme,
il n'auroit pas de peine à faire fa ·
paix ; mais apres qu'elle luy eut
fait refufer fa porte cinq ou fix
fois , il fut fort furpris d'apprendre
qu'elle avoit fait un nouvel
Amant. Pour mieux fe vanger
de luy , ( c'eſtoit , comme je l'ay
dit , fa paffion dominante ) elle
avoit reçeu les voeux d'un autre
jeune Gentilhomme de Taraf
con venu à Arles pour quelques
affaires , & elle affectoit d'en pa
roiftre infeparable , afin que
Cavalier foufrift doublement, & *
par le chagrin de ne la point
voir , & par les peines que la jaloufe
luy cauferoit. Elle eut le
plaifir qu'elle s'en eftoit promis .
Le Cavalier ne pût deguifer fon!
defefpoir. La Dame luy tenoit,
le
veri
180
MERCURE
veritablement au coeur , & il refolut
à quelque prix que ce fuft,
de rompre
l'attachement qu'elle
fembloit avoir pris . Il crût
en pouvoir venir à bout , s'il luy
parloit fans témoins. Dans cet .
te penfée , il la fit prier de luy
accorder une converfation particuliere
en tel lieu qu'elle voudroit.
La Dame refufa de l'écouter
. Ce premier refus ne
luy fit point changer de deffein .
Il employa cinq ou fix Perfonnes
diferentes pour obtenir qu'il
s'expliquaft avec elle , & luy fit
dire par toutes , que les chofes
dont il avoit à l'entretenir , luy
eftoient fi importantes, que pour
fon propre intereft elle devoit
fouhaiter qu'il luy parlaft. Ces
empreffemens ne fléchirent
point la Dame. Plus le Cavalier
preffa , moins elle cut de complai
GALANT . 181
plaifance. Ce furent toûjours de
nouveaux refus , qu'elle accompagna
d'un air de mépris qui en
redoubloit l'injure , & qui flatoit
agreablement la paffion de fon
nouveau Soupirant . Le Cavalier
, à qui on faifoit de tous coftez
cent contes de fes railleries,
réfolut de luy dire malgré ellemefme,
ce qu'il avoit fur le coeur,
& n'ayant pû l'engager à luy
donner rendez- vous chez quelque
Amie , il prit le deffein de
l'arrefter dans la Ruë. Une des
Soeurs de la Dame avoit un Fils
marié depuis trois jours avec
une jeune Demoifelle de la
Ville. C'eftoit une espece de
Fefte publique qui attiroit tout
le beau monde chez cette Soeur.
La Dame , qui eftoit Amie des
plaifirs , ne manquoit pas de s'y
rendre toutes les apreldinées
pour
182 MERCURE
pour y prendre part . Le Cavalier
qui en fut inftruit , alla ſe
pofter fur le midy dans une petite
Rue où la Dame devoit neceffairement
paffer. On l'y vit
long - temps fe promener feul
d'un bout de la Ruë à l'autre .
Une Servante de la Dame qui
paffa par là , en avertit fa Maiftreffe.
Elle en fit de nouvelles
railleries avec fon Amant qui
eſtoit alors chez elle , & luy dit ,
pour luy faire mieux valoir le
facrifice qu'elle luy faifoit, qu'elle
eftoit fi fort perfuadée que le
Cavalier l'aimoit toûjours avec
la plus violente paffion , qu'elle
luy vouloit donner le plaifir de
le faire pâmer en fa préſence en
le regardant
. Elle avança pour
cela le teps ordinaire de fa vifite,
& dóna la main au Gentil - homme
pour l'amener chez fa Soeur.
En
GALANT. 183

En entrant dans la petite Ruë
où le Cavalier attendoit la Dame
, ils l'apperçeurent arreſté à
l'autre bout. Il vint à eux fi -toft
qu'il les vit , mais d'un pas fort
lent , & avec une froideur qui
n'eſt pas croyable. Apparemment
la veuë inopinée de fon
Rival luy fit perdre toutes les
mefures qu'il avoit prifes . Ce
Rival tenoit la main de la Dame,
& voyant avancer le Cavalier
fans aucune marque d'emportement,
ils crûrent tous deux
qu'il n'avoit point d'autre but
que de s'en faire regarder , &
d'émouvoir fa pitié au defaut de
fa tendreffe ; mais en paffant aupres
d'elle , il tira un Poignard
qu'il tenoit caché , & l'enfonça
dans le fein de fon Infidelle avec
tant de force, qu'il eut de la peine
à l'en arracher. Dans ce mefme
184
MERCURE
me inftant , le Gentilhomme
qui la conduifoit , luy voulut
fauter deffus , & rencontrant les
pieds de la Dame qui chanceloit
, il fit un faux pas qui caufa
fa chûte . Le Cavalier prit ce
temps pour achever fa vangeance
, & plongea le Poignard derriere
l'épaule & fur la tefte de
fon Rival . Le coup gliffa , & ne
fit qu'une grande ouverture fur
le cuir ; apres quoy , le Gentilhomme
s'eftant relevé , mit
l'Epée à la main , & porta un
grand coup dans le ventre du
Cavalier. Ce coup ne pût empeſcher
qu'il n'en donnaſt encor
deux à la Dame avec ſon
mefme Poignard , l'un dans le
milieu du fein, & l'autre à cofté .
Cette malheureuſe tomba par
terre , en prononçant deux ou
trois paroles confuſes ,,
que
les
boüil
GALANT.
185
1
bouillons de fon fang ne luy
laifferent pas articuler , & expira
auffi - toft apres. Le Cavalier ne
la vit pas fi - toft abatuë , qu'il
tourna le Poignard contre luymefme
, & fe l'enfonça dans le
cofté , fans pourtant mourir fur
l'heure .
Voila , Madame , ce qui eſt
arrivé dans Arles le Mercredy
28. de l'autre mois. Ce qui
doit paroiftre fort furprenant,
c'eft qu'incontinent apres la
mort de la Dame , on ouvrit un
Teftament qu'elle avoit fait depuis
peu de temps , par lequel
elle gratifioit fon Meurtrier d'ufomme
tres - conſidérable .
Cela fait connoître qu'en luy
donnant un Rival , elle n'avoit
pas ceffé de l'aimer. Je me fuis
fervy des mefmes termes du
Memoire que j'ay reçeu , pour
ne
VOUS
186 MERCURE
fans
vous expliquer toutes ces fune.
ftes circonftances . L'exemple eft
terrible , & peut n'eftre pas
utilité , puis qu'il nous fait voir
combien les engagemens de
paffion ont de fuites dangereuſes.
A
.
Il eft temps de dégager ma
parole fur un Article que vous
attendez de moy. C'est celuy
des Benefices , dont je n'eus pas
le temps la derniere fois de vous
rendre compte. L'Abbaye de
Fontaine - Daniel , Dioceſe du
Mans , a efté donnée à Monfieur
l'Abbé de Dangeau . Il eft
Camerier d'honneur du Pape,
& Frere de Monfieur le Marquis
de Dangeau , Gouverneur
de Touraine. Outre l'Hiftoire
qu'il fçait à fond , il poffede fi
parfaitement la Geographie ,
qu'on dit de luy que dans toute
l'éten
GALANT: 187
l'étendue de la Terre , il n'y a
pas un petit Ruiffeau qu'il ne
connoiffe. L'application qu'il a
pour l'étude , eft furprenante.
Monfieur de Joyeux , Premier
Valet de Chambre de Monfei
gneur , a eu l'Abbaye de Sery,
Diocefe d'Amiens. Sa Majesté
ne pouvoit répandre fes graces
fur un Sujet qui en fuft plus digne.
Il avoit la mefme Charge
de Premier Valet de Chambre
chez la feuë Reyne. Le zele qu'il
eut pour cette Princeffe , tant
qu'elle vefcut , & les marques
de fidelité qu'il luy donna , plûrent
tellement au Roy , qu'il le
préfera à beaucoup d'autres pour
1 le mettre aupres de Monfeigneur
le Dauphin . Cette Charge
, pour la bien remplir, demandoit
un Homme qui s'y donnaft
tout entier , & qui fift tout fon
0
plai
188 MERCURE
plaifir d'une occupation fans relâche.
C'eſt ce que Monfieur de
Joyeux a fait , & depuis le plus
bas âge de Monfeigneur jufqu'à
aujourd'huy , il l'a fervy avec un
attachement qui ne luy a pas
permis de faire autre chofe. Jugez
, Madame , fi des affiduitez
fi zelées ne méritoient pas ce
qu'il a plû au Roy de faire pour
luy.
L'Abbaye de Rigny , dans le
Dioceſe d'Auxerre , a efté don
née à Monfieur l'Abbé du Montal
, Fils du Comte de ce nom ,
Gouverneur de Maubeuge. Je
ne vous repete point ce que je
vous ay dit plufieurs fois de cet
Abbé .
Monfieur de Valentiné, Maiftre
de la Chambre aux Deniers,
a obtenu la Treforerie de S.Martin
de Tours pour Monfieur
l'Ab
amམeཆཀོུགཔ?མསནྱདསི
GALANT . 189
l'Abbé Bernin fon Frere. Le Roy
ne donne rien qu'au mérite , &
c'eft un grand fujet de loüange
pour tous ceux qui ont quelque
part dans fes bienfaits .
Monfieur le Prefident de
Fourcy a obtenu dans le mefme
temps, pour Monfieur l'Abbé de
Fourcy fon Fils , l'Abbaye de
S.Sever' , Diocefe de Coutance.
Ce Préfident eft dans une fi
haute reputation , que c'eft faire
fon éloge que de le nommer.
Il eſt Gendre de M. de Boucherat,
tres- bon Juge , & d'une droiture
d'ame generalement reconnuë.
2
On a donné l'Abbaye de
Boherie à M. l'Abbé d'Hoquincour
, Fils de Monfieur le Marquis
d'Hoquincour, & petit- Fils
du Maréchal de ce meſme nom .
Ce que je vous en dirois feroit
2
inu
190 MERCURE
inutile . Il est d'une Maifon que
tout le monde connoît.
Les graces du Roy ſe ſont auſſi
répandues fur Monfieur Guitonneau
Premier Valet de Garderobe
de Sa Majeſté , qui a eu
l'Abbaye de la Chalade , Diocefe
de Poitiers . Il eft Fils de
Monfieur Guitonneau ancien
Secretaire du Roy , & fert depuis
longtemps Sa Majesté dans
fa Garderobe avec autant d'attachement
que d'intelligence
.
Il eft certain qu'il en faut avoir
beaucoup pour le bien acquiter
de cette Charge .
Le Prieuré de Sauſeuſe a eſté
donné à Monfieur Fortmager,
Official de Paris. Il entend parfaitement
la Jurifprudence Ecclefiaftique
, & a un talent tout
particulier pour éclaircir nettement
ce qu'il y a d'embrouillé
/
dans
"
GALAN T. 191
S
dans les Affaires les plus difficiles
. Il a efté Curé de Villejuifve ,
en fuite Chefcier de S. Eftienne
des Grais, & n'a quitté cette Dignité
que pour le donner entierement
aux Affaires de l'Officialité
de Paris .
Sa Majesté a gratifié le Fils
de Monfieur de Montplaifir , de
l'Abbaye de Ligues , Dioceſe de
Bologne. Le merite , & les fervices
du Pere ne vous font pas
inconnus. Il eſt Maréchal des
Camps & Armées , & Lieutenant
pour Sa Majesté au Gouvernement
d'Arras. La Maiſon
de Bruc dont il defcend , eft
l'une des plus anciennes de Bretagne
pour la Nobleffe , & qui a
les plus belles Alliances dans
le Royaume. Vous fçavez que
Madame la Marquife du Pleffis-
Beliere , fi eftimée par la vertu,
&
192 MERCURE
"
& Mere de Madame la Maréchale
de Créquy , eft Soeur de
Monfieur de Montplaifir,& qu'il
a époufé Deniſe de Corbie , unique
Heritiere , & la derniere
de la Maiſon de ce grand Chancelier
de France Arnaud de Corbie
fi fameux fous les Roys
Charles V. & Charles V I. Sa
Majefté , outre l'Abbaye de Ligues
, luy a encor accordé celle
de Belle- fontaine , par la démiffion
qu'en a faite entre fes mains
Monfieur l'Abbé de Bruc fon
Frere , auffi illuftre par les belles
qualitez de fon efprit, que par fa
generofité. Perfonne n'ignore
que Monfieur de Montplaifir a
eu l'eftime de tous les Generaux
dans les Armées où il a fervy, &
celle de toutes les Perfonnes de
la Cour, de l'un & de l'autre Sexe
, & qu'il s'eft toûjours gouverné
GALANT.
193
verné dans fes Emplois avec la
fatisfaction des Gens de guerre
& des Peuples, qui eft une chofe
difficile à accorder ; mais ce
qui luy donne fur tout beaucoup
de gloire, c'eft que jamais Homme
ne fit paroiftre tant de fermeté,
de z ele, & de fidelité pour
fon Roy , qu'il en a fait voir pendant
les divifions de la France.
Je n'ay rien à vous dire de fon
efprit . Vous le connoiſſez par fes
Ouvrages.
Il ne me reste plus à vousparler
que
de Monfieur l'Abbé
de Sautereau , à qui le Roy a
donné l'Abbaye de Bofcodom ,
Dioceſe d'Ambrun . Il eſt le troi-
1 fiéme de fa Maifon qui l'ait poffedée.
Sa Majefté dit en la donnant
, qu'Elle eut fouhaité que
le Prefent eut efté meilleur.
Quand on reçoit ainfi d'un fi
· Mars 1680. I
194
MERCURE
grand Monarque , on eft doublement
recompenfé . Ce dernier
Abbé eft Fils de Monfieur Sautereau
, Premier Preſident de la
Chambre des Comptes de Dauphiné.
C'eft une Maiſon égale
ment illuftre dans la Robe &
dans l'Epée. Un de ceux qui en
font fortis , commandoit dans
les Guerres de Piémont une
Compagnie de Lances à cheval,
fous le Chevalier Bayard , &
fous le brave Bouthieres fes Parens.
Il y a eu un Prefident à
Mortier, & plufieurs Confeillers
de ce nom de Sautereau , dans
le Parlement de Dauphiné ; &
le Preſident dont je vous parle,
y a fervy plus de vingt ans avec
grande eftime,
On m'a donné une fort agreable
Chaconne dont je vous fais
part. Elle eft de Monfieur Charpen
པ1:|:ཀྱངངདཔ%!༤ས་
GALANT.
195
pentier. Son nom vous la doit
faire rece voir avec plaifir.
S
CHACONNE
Ans frayeur dans ce Bois feule
je fuis venue ,
F'y vois Tirfis fans eftre émeuë:
Ab, n'ay-je rien à ménager ?
Qu'un jeune coeur infenfible eft
plaindre!
Je ne cherche pas le danger,
Mais du moins je voudrois te
craindre.
Le Jeudy 7. de ce Mois , jour
de la Feſte de S. Thomas d'A
quin , il y eut une grande fou
lemnité dans l'Eglife des Jaco
bins de la Rue faint Honoré.
L'Affemblée y fut nombreuſe ,
quoy que tres choifie , & elle
ne reçeut pas peu d'éclat pas
I ij
196 MERCURE
la préſence de Madame l'Aba
belle de Fontevraut , que toute
la France connoift pour unc
Perfonne d'un rang & d'un
merite diftingué , & à laquelle
une Naiffance des plus illuftres,
& une belle & heureuſe education
, ont donné des lumieres
, qui dans fon Sexe , ont
toûjours paflé pour un prodige.
Elle y alla entendre le Panegyrique
du Saint , qui fut prononcé
par Monfieur l'Abbé Anfelme
, avec toute l'approbation
qu'il pouvoit attendre . Son difcours
fut trouvé folide , juſte, &
brillant ; & on y admira fur tout
un endroit , où parlant de l'eftime
que le Roy S. Louis faifoit
de Saint Thomas fon Contemporain
, cet Abbé prit occafion!
de faire voir quelque chofe de .
femblable dans la conduite de
noftre 1
GALANT
197
noftre grand Monarque . Voicy
de quels termes il fe fervit , file
Copiſte a efté fidelle .
France millefois heureuſe , puis
que ce Saint Roy a tranfmis avec
Jon fang au grand coeur de fon
incomparable Neveu , l'estime qu'il
faifoit de la vertu & du méri
te ! N'est- ce pas cette eftime fi
juste , Meffieurs qui le porte à
n'élever aux grands Emplois que
les grands Hommes à choisir
vaver bune circonfpection digne
dun Roy Tres- Chreftien , les Miniftres
qu'il donne à l'Eglife ; &
à ne foufrir mefme au fervice
de fa Perfonne Sacrée , & de celle
de fon Augufte Fils , que ceux
qui ont du merite & de la probite.
Nobles & preux fentimens,
produits par tant de vertus Roya
Les , qui attirent à Louis LE
GRAND l'amour & la crainte
I iij
198 MERCURE
des Nations qui n'ont pas le bonbeurde
vivrefous fon Empire, qui
de fes Ennemis luy ont fait des
Serviteurs & des Alliez , qui le
rendront toûjours les délices de fes
Sujets , & qui ne luy feront trouver
que dans le Ciel les bornes de
fa grandeur & defa gloire.
Si Monfieur l'Abbé Anfelme
a reçeu un applaudiffement general
dans le Panegyrique de
S. Thomas , Monfieur l'Abbé
Herault qui a prononcé celuy
de S. Jofeph douze jours apres,
dans l'Eglife des Carmes de la
Place Maubert ne s'eft pas
moins attiré d'admiration de fes
Auditeurs, Il s'y trouva un fi
grand nombre de Perfonnes de
qualité , que l'embarras des
Carroffes qui eftoient aux enwirons
, ne fut finy qu'à plus de
huit heures du ſoir. Ĉet Abbé a
tou
GALANT. 199
}
H
toutes les parties de l'Orateur
le plus accomply. C'eſt un exterieur,
une grace , & une maniere
de prononcer, qui gagnent
d'abord tous ceux qui l'écoutent.
Rien n'eft fi brillant , fi
folide , & fi fçavant tout enfem.
ble que ce qu'il compofe , & il
a fur tout un fecret particulier
pour les Eloges des Saints , qui
luy fait faire autant de Chef
d'oeuvres qu'il entreprend de
Difcours fur cette matiere. Il
a prefché quelques Sermons de
Morale dans les plus fameufes
Chaires de Paris & ceux qui
Font entendu , demeurent d'act
cord qu'il ne touche pas moins
qu'il perfuade . Il s'acquitta avec
un fi grand fuccés du dernier
Panegyrique dont je vous parle ,
& fit en peu de paroles l'Elo
ge du Roy , fi à propos & d'u
I iiij
200 MERCURE
ne maniere fi agreable , qu'il
n'y eut perfonne qui n'en fuft
charmé .
Je voudrois , Madame , pour
voftre entiere fatisfaction , pou
voir recouvrer le Compliment
que le Pere Bourdaloüe , qui
prefche le Carefme devant
Leurs Majeftez , fit dernierement
à Madame la Dauphine.
Le Roy & la Reyne ne
s'eftant point trouvez au Sermon
de ce jour- là , il prit occa
fion d'adreffer la parole à cette
Princeffe , & tout ce qu'il luy dit
fut fi finement tourné , qu'elle ne
Fadmira pas moins que tous ceux
qui l'entendirent.
Sur la fin de l'autre Mois , on
fit à Tonnerre le Service du feu
Comte de ce nom , avec une
pompe digne de la grandeur de
cette Maiſon. Les Officiers du

Bail
GALANT . 205
Bailliage , de l'Election , du Gre
nier à Sel , de la Maréchauffée ,
& les Corps de Ville , s'eftant
rendus fur les neuf heures du
matin , les premiers , dans leurs
Habits de Ceremonie , & les
derniers fous les Armes ,
l'Hôtel de Monfieur le Comte
de Tonnerre d'aujourd'huy , en
partirent pour le conduire à l'E!
glife de Noftre - Dame, dans l'or
dre qui fuit.
Le Corps de Ville precedé de
fes Sergens , parut le premier.
Il eftoit fuivy de trente Dome
ftiques de Monfieur le Comte
de Tonnerre , tous en deuil , &
-tenant chacun un Cierge à la
main.En fuite, marchoit l'Ecuyer
de Mort , portant fon Epée dans
une contenance fort trifte , &
ayant un Manteau de deuil trafnant
de deux pieds. Apres luy, *
I v
201 MERCURE
venoit Monfieur le Comte de
Tonnerre d'aujourd'huy , couvert
d'un Manteau de Drap
poir , dont la quenë eftoit de
deux aunes . Deux Ecuyers la
portoient. Ceux qui fuivirent
eftoient tous les Gentilshommes
du Comté , puis les Officiers du
Bailliage à la droite , ceux de
l'Election à la gauche , & apres
le Grenier à Sel , & la Maréchauffée.
La Meffe fut celebrée
par Monfieur Bordes , Doyen de
Eglife , qui prononça en fuite
l'Oraifon Funebre.Il s'en acquita
fort dignement. La Ceremonie
achevée , Monfieur le Comte de
Tonnerre retourna en ſon Hôtel
dans le mefme ordre qu'il
eftoit party , & traita la Nobleffe ,
& les Corps de Ville , avec beausoup
de magnificence , r
a 1
Un Spectacle d'une autre nature
GALANT. 203
2
19
ture a attiré grand monde à Clu
ny.Il eftoit de réjouiffance , & fervit
de divertiſſement public le
Jeudy gras dans le lieu que je
viens de vous nommer. Le Ma
riage de Monfeigneur le Dau
phin qui a fuivy l'heureufe con
clufion de la Paix , mettoit tout le
Peuple en joye . On vit un Char
de Triomphe conduit par un
Cupidon, dans lequel eftoit plat
cée une Nimphe reprefentant
la Victoire.Elle eftoit toute brillante
de Pierreries , & les Ra
meaux d'Olivier qu'elle portoit,
joints à d'autres de Laurier , fai
foient connoiftre que les Triont
phes du Roy avoient donné la
Paix à la France . Deux Amazbl
nes en équipages fort propres
precedoient ce Char. Plufieurs
autres marchoient à coſté & der
riere , toutes fort leftes ,: bien à
che
204
MERCURE
cheval , & tenant chacune la'
Lance en arreft. Elles firent plufieurs
tours de Ville au fon d'une
Symphonie tres - agreable , & la
Fefte fe termina par une magnifique
Collation , qui fut fervie
chez une Dame des plus confiderables
de Cluny, qui donna le
Bal. Le Cupidon qui avoit conduit
le Char, y diftribua des Billets
doux , & des Madrigaux galans
à toutes les Belles.
T
Monfieur le Marquis de Lignieres
Capitaine aux Gardes,
a eu l'agrément du Roy pour le
Gouvernement de Landrecies
dont il a traité avec Monfieur le
Marquis de Roncherolles . Sa
Majefté luy a confié ce Poſte
avec plaifir , apres les fervices
que luy & tous ceux de fa Maifon
luy ont rendus. Il eft Fils
de feu Meffire François des
Ears , Marquis de Lignieres,
GALANT. 205
Lieutenant General des Armées
du Roy, Colonel d'un Regiment
de Cavalerie , Gouverneur de
Saint Quentin , qui époufa Marie
de Crequy de Bernieules, &
en eut plufieurs Enfans . Les trois
Ainez ont efté tuez , le premier
à la tefte de fon Regiment au
Pont de Sées; le fecond en Candie
, à la tefte auffi de fon Regiment
; & le troifiéme au Siege
de Gravelines , eftant Officier
aux Gardes . Ce dernier eftoit
Chevalier de Malte. Monfieur
l'Abbé de Lignieres eft Frere
du Marquis dont je vous parle .
Ils font de la maifon des Effars,
qui eft entre Paris & Orleans ,
& l'une des plus anciennes du
Royaume. En 1208. Eudes
des Effars prenoit la qualité de
Chevalier. En 1340. Geffroy des
Effars eftoit Grand - Maiftre des
"
Eaux ,
206 MERCURE
Eaux , Bois & Forefts de France;
& Pierre des Effars Chevalier,
fut tué à la Bataille de Crecy en
1345. Pepin des Effars eft marqué
pour Chevalier , & titre Seigneur
du Pont S. Pierre en 1358.
Il leva l'Etendard du Roy , cria
Montjoye S. Denys , & fut cauſe
que les Bourguignons ne pûrent
furprendre Paris . En 1408.Pierre
des Eflars , Chevalier , Seigneur
de la Mote , eftoit Prevost de
Paris , Grand - Bouteiller de Fran-
Grand- Maiſtre des Eaux,
Bois & Forefts , Gouverneur de
la Baftille , & l'un des plus riches
Seigneurs de fon Siecle. Il fut
fait prifonnier dés l'an 1402. en
fervant les Ecoffois contre les
Anglois . Antoine fon Frere fut
chargé du foin de faire achever
le pompeux Bastiment de Noftre-
Dame de Paris ; & pour mar
ce
>
que
GALAN T.
207
que éternelle de fa pieté , il fit
élever au bas de ce magnifique
Temple , la grande Statuë de S.
Chriſtophe , où fe voyent encor
aujourd'huy fes Armes.Elles font
de gueulles , à trois Croiflans
d'or.En 1472.Philippe des Effars
travailla fi utilement pour procu.
rer la Paix entre Louis XI. & le
Duc de Bretagne , que le Roy le
fit fon Maiftre d'Hôtel , Bailly
de Meaux , & luy donna trois
mille livres de penfion . Il eftoit
Chambellan du Duc . Cette Maifon
a fait plufieurs Branches.
Celle de Meigneux qui en eſt
une , a donné quatre Gouver
neurs de Montreuil , fçavoir,
François , mort à Corbie , où il
fut mené prifonnier , & devoit
eftre échangé avec monfieur le
Comte de S. Pol ; Jacques des
Effars , Chevalier , Seigneur de
Mei
208 MERCURE
Meigneux , qui avoit esté nour
ry Page de Henry III . Ceftoit
un des plus honneftes Hommes
de fon temps , & qui foûtenoit
le mieux ce qu'il eftoit par fa
depenfe . Il fut bleffé par les Ennemis
, en venant trouver le Roy
à Amiens , & mourut de fa bleffure,
Charles des Effars fon Frere
, troifiéme Gouverneur de
Montreuil , Confeiller d'Etat,
Gentilhomme ordinaire de la
Chambre , Lieutenant des Chevaux
- Legers de la Reyne , & des
Gendarmes du Marefchal d'Ancre,
fut un Hōme d'une bravoure
achevée . Il avoit fix mille livres
de penfion . Charles des Effars
fon Fils , fut auffi Gouverneur de
Montreuil , Capitaine de Chevaux-
Legers, & Meftre de Camp
d'un Regiment d'Infanterie. Ce
nom ne s'eft pas rendu moins
illuftre

GALANT. 209
illuftre dans l'Eglife que dans
l'Epée . Vincent des Effars,Treforier
de Chartres en 1200. fut
en fuite Evefque d'Evreux. En
1426. Philippe des Effars eftoit
Evefque d'Auxerre; & de noftre
temps , Henry des Effars , Abbé
de Meigneux , eſtropié du bras
droit , fit fentir aux Ennemis de
Sa Majefté qu'il fçavoit fe fervir
de celuy qui luy reftoit , puis
qu'avec deux mille Païfans , apres
leur avoir taillé deux Convois
en pieces , il leur fit lever le Siege
de Guife , dans un temps où
l'on avoit abandonné cette Place,
& où le Roy eftoit occupé à
faire faire les Lignes d'Arras . Je
ne puis mieux finir cet Article ,
qu'en vous difant qu'Henriete
des Effars, Maréchale de L'hofpital
, eftoit de cette Maiſon , qui eft
alliée à celles de Créquy, de Joigny,
210 MERCURE
ny , de Saveuſe , de Valence, de
Sautour , de Pequigny , de Refuge
, de Mornay , de Fours , de
Levy, de Mailly, de Pontbriand,
de Lic , du Hamel , d'Autrec,
d'Epinois, de Melun, de Harlay,
de Montmorency , & de plufieurs
autres.
En vous parlant de Gouver
nemens , je dois adjoûter que
monfieur de Reveillon qui a
commandé autrefois le Regiment
de Navailles, & depuis peu
dans Charleville , a efté gratifié
de celuy de Charlemont . Ha de
l'experience , de la conduite, &
du coeur.
Il
Monfieur Catinal dont je vous
ay parlé plufieurs fois , & qui
fert avec tant de zele , a eu le
Gouvernement de Condé.
eftoit vacant par la mort de mon
fieur de la Levretiere , qui l'a
poffedé
GALANT. 211
poffedé fort peu de temps.
Voila, Madame , comme il n'y
a rien d'affuré au monde. S'il
vous en falloit un ſecond exemple,
vous le trouveriez en la perfonne
de monfieur le Marquis
du Rivau - Beauveau , Guidon
des Gendarmes Anglois . Il eftoit
preft d'époufer Mademoiſelle
de Chiverny. Les Parens y confentoient
apres trois ans de traverſes.
Le dernier Ban eftoit publié
, & il a efté furpris depuis
quelques jours de la petite Verole,
dont il eft mort. Jugez quel
fujet d'affhction pour les Perfonnes
intereffées.
Monfieur le Duc de la Rochefoucaud
, Pair de France , Prince
de Marfillac , Baron de Verteüil,
& autrefois Gouverneur de Poitou
, eft mort depuis quelques
jours. Quand je ne vous aurois
pas
212 MERCURE
pas parlé de luy auffi fouvent
que j'ay fait,il eft du nombre de
ceux qu'il faut feulement nommer
pour en faire connoiftre la
Maifon. Jamais Homme ne fut fi
generalement eftimé pour fon
efprit. Tout ce qu'il y a de Perfonnes
confiderables dans le
Royaume , faifoient gloire d'eftre
de fes Amis .
Nous avons encor perdu un
Homme d'un grand merite , &
d'une fcience profonde. C'eſt le
Pere René le Boffu de Paris,
Chanoine Regulier de S. Auguftin
de la Congregation de France
, mort à Chartres le 14. de ce
mois dans la Maiſon de l'Abbaye
de S. Jean Baptifte en Vallée .
L'amour de la Solitude & de la
Religion, luy avoit fait méprifer
tous les avantages que luy aurcit
pû donner fa naiffance & fa famille
,
GALANT. 213
mille, qui tient les premieres Dignitez
de la Robe . Sa conduite
a toûjours efté fimple & fort reguliere.
Outre plufieurs Cartes
de Geographie tres - exactes &
tres - curieufes qu'il a faites , il a
compofé un fçavant Traité du
Poëme Epique, & le Paralelle de
la Philofophie d'Ariftote & de
Descartes ; & il travailloit, quand
la mort l'a prevenu, à la Réponſe
d'un Livre intitulé , De l'ame des
Beftes , qui a fait affez de bruit
chez les Philoſophes.
Madame des Hameaux a fuivy
tous ceux dont je viens de
vous parler. Elle s'appelloit Suzanne
Ardier , avoit foixante &
dix- fept ans , & eftoit Veuve de
Mr des Hameaux Comte d'Offay
, Confeiller d'Etat , qui a eu
l'Ambaffade de Veniſe.
Quoy qu'il foit tres - difficile
de
214
MERCURE
J
3
de renoncer aux erreurs qu'on a
priſes en naiffant , Mademoiſelle
Bifeüil a fi bien examiné celles
de la Religion Pretenduë Reformée
, dans laquelle on l'avoit
élevée juſqu'à aujourd'huy, que
les ayant reconnuës , elle en a
fait abjuration depuis quelques
jours. Cette Belle , qui eft dans
fa grande jeuneffe , & une des
plus aimables Perſonnes d'Alençon
, fe voyoit adorée de fa mere
, faifoit tous les plaifirs d'une
Tante qu'elle a , & eftoit uniquement
confiderée de fa Famille.
Tous ces charmes ont cedé
à la voix du Ciel , qui apparemment
la deſtine pour exemple à
mille Gens qui n'attendoient
pas ce changement. La penetra
tion de fon efprit , & le jugement
qu'elle a fait voir dans fest
moindres actions , ont fort éclaté
J
MAGNI
FILIV
วง
GALANT. 215
té dans celle- cy . La colere de
fes Parens n'a pû l'ébranler , &:
la connoiffance de la verité qu'el
le a enfin embraſſée , luy a eſté
preferable à tout .
.Il
y a longtemps , Madame,
que vous me témoignez fouhai
ter un Portrait de Monſeigneur..
Je vous en envoye un gravé d'apres
une Médaille de Monfieur.
Chéron. Vous pouvez croire,
qu'il ne peut eftre que beau. Le
Revers de la Médaille reprefen
te l'Etoile du matin . L'aplica
tion des paroles eft fort aifée . Il
n'y a que Monfeigneur qui puiffe
briller aupres du Roy.
Le Vendredy 23. de ce mois ,
Mr Souchard Sr des Tuilleries,
qui avoit déja eu l'honneur de
faire des Courſes au devant de
Madame la Dauphine , comme
Courrier extraordinaire de San
Ma
216 MERCURE
Majefté , arriva à S. Germain , &
apporta des nouvelles de Munic,
où il avoit efté envoyé de Châlons
, pour apprendre à Mr l'Electeur
de Baviere la confommation
du Mariage de cette Princeffe.
Il luy fut prefenté par Mr
le Baron de Rekberg fon grand
Chambellan,qui l'ayant fait rega.
ler , luy fit prefent de la part de
cet Electeur , d'une tres- belle
Chaîne d'or. Sa diligence a esté
extraordinaire dans tout ce Voyage
, auquel il n'a employé que
treize jours à aller & à revenir,
malgré la rigueur du temps , & le
debordement du Néer,du Rhin ,
de la Meuſe , & de plufieurs autres
Rivieres . Mr. Colbert de
Croiffy , Miniftre & Secretaire
des Affaires Etrangeres , le prefenta
à Leurs Majeſtez le lendemain
qu'il fut arrivé , & en fuite, à
Mon
*
GALANT.
217
Mõſeigneur le Dauphin ,& à Ma.
dame la Dauphine, qui eut grande
joye de recevoir des nouvelles
de Mr l'Electeur fon Frere .
Je ne vous dis point que cette
Princeffe a charmé toute la Cour
par fes grandes qualitez . Je referve
ce que j'ay à vous apprendre
de fon merite , pour la Relation
particuliere que je vous
prepare, Je vous diray icy feulement
, que comme elle a de la
voix & de la metode , le fameux
Mr Lambert a l'honneur de luy
montrer à chanter . Sa Majesté a
nommé le Sr Reynal pour eftre
fon Maitre de Dance. Il eftoit
malade à Paris , quand le Roy fe
fouvenant de fon affiduité aupres
de Monfeigneur , qui a pris
leçon de luy dés fon plus bas âge
, l'a choifi preferablement a
ceux qui luy eftoient propofcz.
Mars 1680. K
218
MERCURE
Vous vous ferez apperçeuë
fans-doute qu'il y a eu de l'erreur
dans ma Lettre du dernier mois ,
fur ce qui regarde monfieur de
Givry.Il n'eft que Maiſtre- d'Hôtel
ordinaire de Madame la Dauphine
. Mr de Chamarante eft
fon premier Maiſtre - d'Hôtel ,
comme je vous l'ay marqué le
mois precedent .
Jay encor à vous apprendre
la mort de Mr Nevelet Confeiller
de la Grand' Chambre , &
celle de Mr Cureau de la Chambre,
Premier Medecin de la Reyne.
Cette qualité fait connoître
le merite du dernier , puis qu'on
ne choifit pour un pofte de cette
importance , que des Perfonnes
entierement confommées dans
la Medecine. Il eftoit Fils de ce
fameux monfieur de la Chambre,
Medecin de feu monfieur le
Chan
GALAN T. 219
Chancelier Seguier , qui nous a
donné tant de beaux Traitez .
Monfieur l'Abé de la Chambre,
Curé de S. Barthelemy eft fon
Frere.
Mademoiſelle de Vitry , unique
Heritiere de cette maiſon , a
époufé monfieur de la Tour, Fils
du Gouverneur d'Arras de ce.
nom , & d'une Soeur de monfieur
le Comte de Sainte Meſme, de la
Maifon de L'hofpital , ainfi que
mademoiſelle de Vitry . Ce mariage
auffi illuftre qu'il eft accomply
, par , les excellentes qualitez
des deux Parties fe fit le 27. de
l'autre mois.
L'Abbaye de Moncé a eſté
donnée à Marie - Elizabeth de
Bovillé , Coufine germaine de
madame la Ducheffe du Lude.
Elles ont mefmes Armes toutes
deux , & le mefme nom.
Kij
220 MERCURE
Cette Abbaye eft de l'Ordre de
Cifteaux , proche Amboiſe , dans
le plus beau Païs qu'on puiffe
trouver. Madame de Bovillé a
beaucoup de merite , eft jeune,
bien faite , & Religieufe de l'Abbaye
d'Eftival au Païs du Maine,
Elle aura d'autant plus de peine
à en fortir, qu'on quitte toûjours
avec chagrin une Abbeffe comme
celle d'Eſtival . Elle s'appelle
Charlote de Valençay , la plus
fpirituelle , & la plus vertueufe
Abbeffe qui fut jamais.
Perdez vos fcrupules , Madame
, fur l'Eau d'opéra que vous
me dites qu'on vous a envoyée
parmy quelques autres . Vous en
pouvez faire boire à vos Amis
fous cenom , quoy qu'il vous foit
inconnu.C'est une Liqueur dont
on doit l'invention au S' Brunel
de Nifmes. Il n'a pû voir ſans
une
GALANT. 221
une loüable jaloufie , que les
François empruntaffent des Etrangers
les délicieuſes Eaux que
les délicats recherchent dans les
Feftins , & il a crû qu'il eftoit de
la gloire de fon Païs , de ne pas
laiffer aux Italiens la reputation
d'eftre les feuls qui les pûffent
faire avec fuccés . Cette Eau qu'il
nomme Opéra, eft un chef-d'oeuvre,
le dernier effort de l'Art , &
l'affemblage de tout ce que les
autres Liqueurs peuvent avoir
d'exquis & de rare . Outre le
Roffolis & le Populo qu'il fait d'une
maniere à ne céder en rien
à ceux de Turin , il a trouvé
le fecret de faire de l'Eau de
Nifmes , de l'Eau de Canelle , de
l'Eau de Mille-fleurs , & une autre
qui a le nom d'Angelique.
Cette derniere a une douceur
charmante , & eft fort recher-
Kiij .
222 MERCURE
chée par le beau Sexe. Elles ont
toutes cela de commun , qu'elles
font tres - agreables au gouſt , &
qu'elles aident extrémement à la
digeftion, & à fortifier l'eftomac.
Le mefme Sr Brunel travaille
prefentement par les ordres d'un
grand Prince, à faire une Eau de
Girofle , qui égalera les autres en
délicateffe . Čes diférentes Liqueurs
eftant fort du gouft des
Dames , j'ay crû que je vous en
devois ce court détail.
Agamemnon promis depuis fi
longtemps , a efté enfin joué . Je
n'entreray point dans les beautez
particulieres de cette Piece.
Il fuffit de vous apprendre qu'elle
a eu un plein fuccés , & que
les applaudiffemens qu'on luy a
donnez , ont juftifié ce qui s'en
eftoit dit d'avantageux avant
qu'elle paruft au Theatre . Les
nom
GALANT. 223
nombreuſes Affemblées qu'elle
attire , parlent hautement pour
la gloire de M. d'Affezan qui en
eft l'Autheur , & pour celle de
la Troupe du Roy , qui la reprefente
.
Le temps me preffe fi fort,
que je remets l'Article entier
des Enigmes, tant pour leur vray
Mot , que pour les noms de ceux
qui en ont trouvé le fens , jufqu'au
au nouvel Extraordinaire que
vous recevrez le 25.d'Avril.Ċependant
je vous en envoye deux
à mon ordinaire
, fur lesquelles
vos Amies exerceront
leur talent
de deviner.La
premiere
eft
de M. de Granville
. M. d'Abloville
a fait la feconde
.
Kij
224 MERCURE
ENIGM E.
E fuis de toutes les Provinces,
I chaque Laboureur en tout temps ,
Hyver, Automne, Eté, Printemps,
Mefeme dans des terres minces.
Mon chap,qui n'est point raboteux ,
Eft blanc,& mafemence noire.
On me cultive avec cinq Boeufs,
Et ce qu'à peine onpourra croire ,
Le Soc pour faire le fillón
Eft un Canal étroit & long.
AUTRE ENIGME.
B
Ten que je nefoispoint aimable,
Souvent l'on me préfere à qui
plaift mieux que moy ,
Et le profit que donne mon employ
Me fait trouver fort agreable.
Je mefais hair d'un Amant,
Car lors qu'il aime une Bergere,
E
PYRAME ET THISBÉ ENIGME .
*
1893
BIBLIOTH
WAT
GALANT. 225
Et qu'il emprunte pour luy
plaire
Lefecours de l'ajustement ,
Par une humeur incommode &
chagrine
Je viens mal à propos ternir fa
propreté ,
Et le réduire à la néceffité
De difere fa bonne mine.
Ce queje fais , fouvent je le détruis
;
Cependant je n'ay point de qualitez
contraires.
Quelquefois pour m'avoir onfe fert
de prieres ,
Et l'on me veut shaffer quelquefois
d'où je fuis.
Ón foûpire apres ma présence ,
Quand on eft longtemps fans me
voir;
Mais fi je refte trop, je mets au de-
Sespoir,
Et fais fouhaiter mon abfence.
Rien
226 MERCURE
Rien n'eft plus connu que les
funeftes Amours de Pirame &
de Thisbé . Chacun fçait l'erreur
qui obligea cet Amant à fe poignarder
, & que Thisbé ne luy
ulut point furvivre. C'eſt le
fujet de la nouvelle Enigme en
figure , dont je vous demande
voftre penſée .
Vous ferez furpriſe que je me
plaigne de manquer de temps,
quand je fais partir ma Lettre
dés le 27. de ce Mois . Je le fais
afin de me réſerver les quatre
jours qui me restent pour en achever
une feconde , qui ne fera
pas moins groffe que cette premiere
, & que je ne manqueray
pas de vous envoyer dans le
ordinaire de toutes les autres
. Vous jugez bien qu'elle
vous apprendra toutes les particularitez
du Mariage de Monſeitemps
gneur,
GALANT. 227
Il
gneur , puis que je ne vous en
dis rien dans celle- cy. Vous m'avez
paru fi fatisfaite de ce que je
vous ay écrit de celuy de M. le
Prince de Conty , dont le détail
peut autant paffer pour une Hiftoire
que pour une Relation , que
je puis me tenir affuré que vous
attendrez impatiemment le grad
Article que je vous promets.
contiendra cinq ou fix Relations
au lieu d'une.Vous y verrez une
ample deſcription de la Cerémonie
du Mariage fait en Baviere ,
& des Festes qui l'ont fuivy .Vous
y trouverez le Voyage entier de
Madame la Dauphine ; celuy du
Roy pour aller au devant d'elle,
ce qui s'eft paffé à l'entreveuë à
Vitry,ce qui s'eft fait à Châlons,
la feconde Benediction du Mariage,
& enfin le retour de Leurs
Majeftez à Villiers- Côterets , &
à
228 MERCURE
à Saint Germain. Il y aura dans
la mefme Lettre, tout ce qu'on a
fait d'Ouvrages de Vers fur ce
fujet, & un Compliment de M.le
Duc de S. Aignan à Madame la
Dauphine, qu'il luy devoit faire
comme Chancelier de l'Académie
Françoiſe.Il vous eft aifé de
voir qu'un fi grand nombre de
circonftances demande beaucoup
de temps & de foin . Auffi
ce travail eft-il fi grand, que vous
me diſpenſerez , s'il vous plaift,
de vous envoyer à l'avenir des
Relations féparées de mes Lettres
ordinaires,à moins que la ma.
tiere n'en foit auffi ample, & auffi
illuftre que celle que je me vay
preffer de finir. Je fuis, Madame,
voftre , & c .
A Paris ce 27. Mars 1680 .
On donnera le 9. Tome de
P'Extraordinaire le 25.d'Avril.
Qualité de la reconnaissance optique de caractères
Soumis par lechott le