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1680, 01, t. 9 (Extraordinaire)
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EXTRAORDINAIRE
DV MERCVRE
GALANT.
QUARTIER DE JANVIER 1680
TOMEIX.
ON donnera toûjours un Volume
nouveau du Mercure Galant le
premier jour de chaque Mois, & on
le vendra, aussi-bien que l'Extraordinaire,
Trente fols relié en Veau,
Qc Vingt-cinq fols en Parchemin.
A PARIS,
Chez G. DE LUYNE, auPalais, dans la
Salle des Merciers, à la Justice.
Chez C. BLAGEART, Rue S. Jacques,
à l'entrée de la Rue du Plâtre,
Eten sa Boutique Court-Neuve du Palais
AUDAUPHIN.
Et T. GIRARD,auPalaisdansla Grande
Salle, à l'Envie.
M. D.LXXX; -
PRrriLEGEDVROT*.•
Extrait du Privilege du Roy, PAr Grace & PrivilegeduRoy,Donné à
S. Germain en Laye le Décembre 1677.
Signé,Par le Roy en son Conseil, JUNQUIERES.
Ilest permis à J. D. Ecuyer,Sieur de Vizé,
de faire imprimer par Mois unLivre intitulé
MERCURE GALANT, presentéà Menfeigneur
LE DAUPHIN,& tout ce qui concerne
ledit Mercure, pendant le temps & espace de
six années, à compter du jourque chacun defd.
Volumes fera achevé d'imprimer pour la premierefois:
Comme aussidefensessontfaires
à tous Libraires, Imprimeurs, Graveurs & au.
tres, d'imprimer, graver & debiter ledit Livre
sans le consentement del'Exposant, ny d'en
extraire aucune Plece,ny Planches servant à
l'ornement dudit Livre, mesme d'en vendre separément,
& de donnerà lire ledit Livre, le
tout à peine de six mille livres d'amende, &
confiscationdes Exemplaires contrefaits, ainsi
que plus au longil est porté audit Privilege
Registré sur le Livre de la Communauté le s. Janvier 1678. Signé, E.COUTEROT, Syndic.
Et ledit Sieur D. Ecuyer, Sieur de Vizé,
a cedé & transporté son droit de Privilege à
C.Blageart, Imprimeur-Libraire,pour en
joüir suivant l'accord fait entr'eux.
litbrvi d'imprimerpour la premierefois
le15. d'Avril1680.
Avis pour placerles Figures.
LA Lettre en Chifre doit regarder lapage171.
Les Armoiries de l'Amourdoivent
regarder la page 365.
LeSieurBlageart distribuëtous les
Mois le Journal desNouvelles Découvertes
sur toutes les Partiesde la
Medecine; & ontrouve encor chez
lùy tous les autres Ouvrages de Mrde
Blegny, qui en est l'Autheur.
EXTRAORDINAIRE
DV MERCVRE
GALANT.
QUARTIER DE JANVIER 1680.
TOME IX.
Ve vousseriez, injuste.
Madame,sivous doutiez
du plaisir que je
mefaisde voussatifaire
entoutes choses, quandvous
mevoyez, dans uneoccupation continuelle
pour vous en donner des
marques, & qu'à, peine je mesuis
acquité d'une longue Lettre avec
vous, quej'en recommence une atdtre!
Lesrecherches qu'ilmasalu
faire pour vous rendre un compte
exact des cerémonies du Mariage
de Monseigneur,dans la curieuse
Relation queje vous en ay envoyée
depuis deux jours, ne m'ontpoint
fait oublier que vous attendez de
moy lesRéponses que jepuis avoir
reçeuës aux .f<!!,eJlùns du dernur
Extraordinaire. Ce sont matieres
galantes qui plaisent toûjours à vos
Amies; &puis que vous vous divertissez
à raisonner avec elles sur
les diférentes manieres dont vous
croyez, qu'on lespeut traiter, il ne
fautpas vous priver delasatisfaction
de voirsiceux quiontécritfitr
cesJ^uefiions, ont réponduàvostre
pensée,&sontentrez, dansvossentimens.
Voicy comment Mr le Président
de la Tournelle de Lyon s'est
expliquésurtoutesenpeu de mots.
I. QUESTION.
Si l'amourdiminuëplûtostparles
rigueursd'une Belle, queparses
faveurs. COmme l'on n'aime que
pour estre aimé,si -
tost
qu'on est arrivé à ce point, l'amour
s'évanouit, &
la
possession
quifaisoitle comble des desirs
d'un Amant, ne luy laissant
plus rienà souhaiter, il s'endort
danssabonne fortune, & peu à
peutourne la teste vers un autre
Objet; au lieu que les rigueurs
d'i.neBelle nefaisantqu'enflâmer
davantage son amour, elles leSoutiennent, comme l'on voit
quelesSoufflets qui devroient
éteindre le feu, en augmentent
l'rdcur, ou comme la chaleur
nûtiuelle se concentre d'autant
plusdans le coeur, que le froid
extérieur est violent.
II. QUESTION.
si,Ujâioiijïe d'une Maistresse est
plusÀ. çrgindgtqqe la,jatooîre
d'un Rival. LA jalousieest toujours à
craindre,enquelquesujet
qu'elle réside. (.elle d'une Maîtresse
est plus opiniâtre, mais
celle d'un Rival est.plus dangereufe.
Il n'y a dans la premiere
que quelques cheveuxà
perdre, ou quelques coups d'ongles
à essuyer, & bien souvent
mesme on en est quite pour
quelques reproches; mais un
Amant qui devientjaloux, en
veut à la vie de son Rival, &
quoy qu'on ne se bate plus pour
les Dames, il y peut avoir de
méchans momens pour l'un 6c
pour l'autre, pour peu qu'ils
ayent de coeur, & qu'il entre de
violence dans leur amour.
III. QUESTION,
S'il estplusAvantageuxàun Homme
quiserésout,àse marier, d'1-
pouser une Personne dont il est
fort amoureux, qu'une autrepour
laquelleiln'a dans le coeurque de
l'estime. LE Mariage estant, comme
on dit, le tombeau del'Amour,
on ne s'y doit engager
quesur lepied de faire bientost
les Funérailles de ce petitDieu.
Tout ce qui peut sortir de sa
cendre, c'estune parfaite estime
pour une Femme
,
suivie de
beaucoup de complaisance, &
c'est ce qui fait l'unique bonheur
d i Mariage. Ainsi le party de
celuy qui satisfait son amour en
fc mariant,est plus agreable;
mais le party de celuy qui ne
fuit que les mouvemens de l'estime,
est bien plus seûr &plus
solide.
IV. QUESTION.
Si une Maistressefaitplus soufrir
un Amant, quand elle luy préfere
un Rival qu'elle a dissein d'épouser,
que quand elle luy en
préfere un dont elle ne veut
qu'estreaimée. LA Coquéterie est le fond
,
& l'humeur des Femmes.
Il y en a pourtant en qui elle est
retenue par la crainte ou par la
raison, & par là une Maistresse
qui préfere un Rival à dessein
d'en faire un Mary, fc laissãtconduire
parlaraison,est beaucoup
plus excusable que celle qui ne
veut qu'estre aimée; & comme
le coeur n'est jamais la dupe de
l'esprit, elle peut suivre les mouvemens
de cet esprit sans intéresser
ceux de son coeur.
V. QUESTION.
S'ilestpluspréjudiciable à un Pere
de Famille d'estre grandJoüeur,
que grand Buveur, ou grand
Chicaneur. L'Homme est né avec difêrentes
passions. Celle
-
du
Jeu ne s'éteint que parledefaut
de finances , & l'âge ny la disgrace
ne la diminuënt point.
Elleest aussi la plus noble de
toutes, parce qu'elle participe
plus du grand Seigneur. Les
Procès au contraire, & rattachement
que l'on y, a font des
marques d'une ame vetilleuse,
qui par de fausses rubriques ou
des defauts de formalité, veut
s'emparer d'un bien étranger.
La Crapule & la Débauche sententle
Faquln,& le Crocheteur.
Celuy qui s'y laisse emporter,
mérite d'avoir le fort de tous les
deux. Cependant si l'on ne
considere que ce qui est de
moins de frais pour un Purede
Famille, l'attachement qu' il
aura pour le Vin;l'emportera
sur le Ju, & sur la Coicane,
puis qu il se peut satisfaire à peu
de frais. Maisoutrequesa raison
se troublera, & que sasanté lediminuëraavant le temps,il
passera toujours dans ses bons
intervalcs pour un mal honneste
Homme, 8c n'aura jamais que
des Amis de bouteille, ou de la
: lie du Peuple.
SUR LES TALISMANS. IL s'est trouvé des Talismans,
& l'Histoirede Constantinople
fait mention de celuy qu'un
sçavant-Arabe avoitmis dans un
Serpent d'airain,contrelaPeste.
Ce Serpent fut abatud'un coup
de Masse d'armes, par Mahomet
II. deux ou troisjours apres la
prisede Constantinople,& cette
Villequiavoit esté fort faine &
fort commode, n'a pu depuis
ce temps-là se garantir de la
Peste toutes les années. On
travaille encor à la fabrique de
ces Talismansparmy les Sçavans,
mais il en est comme de la
Pierre Philosophale. Elle se
peut trouver,on la cherche, &
cependant elle ne se trouve
point.
L'Histoire des Fleurs employée
dans leseptiéme Extraordinaire,a
esté trop generalement approuvée,
pour ne mepas donnerlieu de croire
que vous en verrez la suite avec
plaisir. Lestileaisé&galant dont
elle estécrite,faitconnoistrequ'elle
est du mesme Autheur qui a fait ce
que vous en avez déjavû.C'est
tout ce queje vous en puis dire, puis
qu'il continue à cacherson nom.
SUITE
DE L'HISTOIRE
AMOVREVSE
DE QUELQUES FLEURS.
Par le Berger Fleuriste du Païs
des Am-B.
I L n'est rienicy-bas qui dure.
Ce qu'on croitle mieux affermy,
Ne lefut jamais qu'à demy;
Tout estsujet à l'avanture.
Nesasonspoint lesvains,
Les Fleurs Cf les Humains
Nesontpointen cela de diverse nature.
L'Auteur des changemens,leTemps,
fitoublier
AlOfdCite& bon Violeier,
Apres un assez long murmure,
- Tout ce qu'ilavoitsur le coeur
contre nostreMuguet,poursagalante
humeur; -
?57 cequ'il en croyoita^orrreçeud'injure
Avant ,d!uú leur rupture,
ilA cause desyeux doux avoitquelque temps dit à la
Violette,
Avant qu'illa connust coquete;
Surquoyce Violier amoureux çp
jaloux,
N'entendoitpoint de raillerie,
Et s'en estoit mis furie.
LeTemps luysitaussi condamner en
secret
Le raport indiscret
k,. leJannette en sa colere
En avoit bien oséluyfaire;
Etsentirmesmes du regret
'b'ayoirsurcefitjet»
.si.!!:il ttrOU"'fJirmpLytI'lJinu,
Ecoutétropsouvent,commeses yraft
Amit)
Le Chc"';l'ft¡¡;l, (fie Volubilis,
Sanssoupçonner ces languesifrfentines,
:1)'eflrsesplusgrands Snnemù.
Ainsila Taisefmyitla Guerre.
Onse revit d'abordavecquelquefroideur,
f-sù d'un air tiede,enfin avec chaleur.
Cette réunion étonna le Parterre,
Fleur Cf Fleurete en ditson sentiment,
Sn parla bien dfterfemertt;
Mais le commun lapritpour une TaiA
fiu,.'e,
gtti neseroitpas de durée;
Etfit un mauvaisjugement.
La Violete en eutunedoucesurprisè.
LesFleursdeson humeursontsans
ressentiment,
Etquoyqu'onaitpûfaire, excusent
aisément.
Elle attribuoitàfranchise
Tout ce que le Muguetdasfinfâcheux
transport
Contr'elleavoit ditdeplusfort,
Et n'enfaisoit compte, ny mise.
Mais ce nefutpas tout; dés cepremier
moment
Elle osa concevoir ren.,j et' l'espérétnee
DeleravoirbientostpoursonAmant,
Malgrélaconséquence
D'untelévenement. rretour luysembloit d'une haute importance
Pour lagloire desa beauté.
Elles'yifguraitgrande facilité,
Prenant ensa douceur beaucoup de
confiance;
Car on avoit beau dire, elle ne croyoit
pas
Qu'un coeur sa'elleeustatteintt pust
avant le trépas
Estresoustrait àsapuijjance.
Le Muguet toutefoisla yoyoitfan$
dejtrs. Ilnepouvoitpenser àson JwMcurxoquete,
Sans une a^tcxfîonfecrete., L'Immortellefaisoitsagloire &ses
plaieri;-
, , , v,v C'estoitde part (;)" d'autre unecons-
, tance égale;
Point de XiYdt, nyde TÇjYale.
Trois mois encore eurent leurtours
Sanstra'ïerfçimportun»
Dans la douceur de leurs JIINIOMrs.
Mai*enfînqueUeestI4*fortune
Qui nejôitpMsujete "'liA"cil/rites du
Sort?
NostreAmantse croyoit au dejpu des
alarmes,
Il bravoitfiérement toutesorte de charmes;
Etlesuccésmon-,traqu'il aVoit tort.
Le desir de voir laJannete
Avecquilapaix s'estoitfaite
€n mesme temps qu'avec le Violier,
Lefitaller en son quartier.
Ily trouve la Violete yseleCbeyreftnil^quifaifantfort
ksi"',
La traitoit d'un air Cavalier.
Ilprit, sans ypenser, lepartyde la
7JU.
Elle s'imagina que c'estoitpar dessein,
Etdéslorssemit en cefyelle
De tenter leprojetqu'elle ayoitdans
Irlèin
Elle luy tacedoncun regardsavorable,
Etbientostapresyun}
Et voyant qu'il osoit en soûtenir les
traits,
Elle en poujp aussitostdesipleins de
tendresse,
'Ped):.sceus', de langueur, d\:niureufi
caresse,
QuelepauyreMuguetfurfritde tant
d'attraits,
Nefitpasun moment de bonne resistance
;
Et comme s'iln'eusteu nyforce,nyprudence,
Il bannit deson coeur,
"( Sans ayit, sans raison, sans delay,
sansdouleur) ,-
Aversion, mépris, dédain,indiférence,
Poury redonnerplace à ce nouveau
Vainqueur,
Et l'y rétablir en honneur.
Ainsiseralluma cetteflâmeimprévue
Dans l'amedu Mlltllt't,jhlr unesimpleveuë,
ytyec un teldéreglement,
Ji!.!!"jt enperdit memoire&jugement. Iloubliaqu'aimerla Violete
C'estoit aimer une insigne Coquete
P
lusgrandequenefutjamais
Parmy les Animauxlasolâtre Leyrete,
Etparmy les Oyseaux la celebreFau- -
vete;
Et ce qu'on admiroit devertus (_y
d'attraits
Dans la belle cg-fage Immortelle,
Luyparutunebagatelle,
DequelplusgrandaVcttglerttentt
Dieux!pourvoit-on blâmerla Fleurla
plus champ stre?
J'if fMtfft vit-on jamais pare(Ire
Qui tinfttjl*s de l'enchantement?
LeMuguetcharméde la sorte,
Tâche aussitostdefaire voir
Le nouveaufeu qui le transporte
Ala :à?edaté dontilsent lepouvoir,
SJansaqune lenCheevretfeeüil,,&l*f*uJfë
S'aperçoiventdesa défaite.
Les doux regards,&les demysoûpirs,
Forment dans ce besoin la maniere discrete
Dont il luy marqueses desirs.
Maisdésquilestdanssaretraite, Ils'exprimeplusclairement,
Ilmet en Versson changement,
Et le décrit ayec la mesmegrâce
Qu'auroitpûfaire une Fleur du Taradre.
La Fiolete, auguetde toutesparts,
Avoitsçeu remarquer soûpirs, c?3
regards,
Elle n'osoit pourtant s'imputerIdvictoire;
Sagrande ardeur pour l'obtenir
La rendoit timideàla croire,
il.!!,oy auellenepust s'abstenir
Retournertoujours tout, bien mal
àsagloire.
Deuxjours sejiantpajfe^fans éclairm
cissement,
Sacuriosité ltt) devient un tourment,
pourvoirnostre Muguetellefeint la
- ytfîte
Wuqe Veuye,FleurJe mérites
Et là,ne le rencontrantpav,
Ellevale chercher chez d'autres Fleurs
d'élite,
Le trouve, 0" luy contesespat.
Confusdeses /;onte'{,CJ"pour les reconnaître,
Belle Fleur, lit, dit-il, l'Am- our nostre
grand Maistre,
Ma fait parler le langage des Dieux
Sur un miracle de vos yeux;
Dans ce Billet vous le pourrez connoistre,
Mais non, regardez-moy, vous le
connoistrez mieux.
D'un tel événement la double connoissance
N'estpas trop pour ma défiance,
Repritla Violete, Seje ne puis trop
voir
Pour m'assurer contre vostreinconstance,
Etsçavoir quelle estlapuissance
Quivous remet dans le devoir.
tev?
C'est celle de vos yeux, III) dit-il, je
vous jure.
Elle seule a produit ce merveilleux
effet;
Et je jugedelà, que rien dansla Nature
N'est ny si fort, ny si parfait.
Ellem'a tout d'un coup remis fous
vostre empire,
Plus soumis que jamais à tous vos
sentimens,
Résolu d'y resterjusqu'à ce que j'éxpire,
Ne dûs-je expirerde mille ans.
Aces mots desirez la Coquetssoûpire,
Etprendalors le Billet desa main.
Etfinement le cache danslônre;
puis regardant jusques aufinds"
Ildme
Nostre Amant tout enfamé,
Séparons-nous dit-elle, on severra
demain.
Les Fleurs du voisinage
Pourroient concevoir de l'ombrage
D'un plus long entretien.
Pensez en moy, pensez y bien,
Et sur tout croyez-moy fidelle,
Puis que pourvous j'ay toûjours esté
telle,
Ou puisse le Soleil me secher tout
soudain.
laBelle estoitfourbe menteuse
Autantque charmante çjrfiater
Ses defauts égalementpour le moinsles
appas.
BiendesFleurs auraientprispour uue
menterie
Cette derniereflaterte;
Elle ne mentoitpourtantpas,
vne Coquete estsiravie
:'P"'(i"V?"e souslejoug des amoureuses
LotXy
J/.!!.'UII Amant qu'elle aime unefois,
Mlle l'aime toute sa "via
Mttil sonamour estun bien sicommun,
Huctf: serapourcent, ce qu'ellefait
pour un.
1>€ cette humeur estoit la Violete.
Nostre Muguet coptoitcelapourrien.
ZIfritfourhéritéLacharmanteFleurete
Etn'enfutqueflut ya/n,
1
Aprescettedouceur, une tri/ltl"tIifl
crete *i Leurserbit à se dire 4dieu.
Ils quitterent tomdeux le-Lieu
Oùleur rencontre s'stoiefaite.
C'estoit prèsdAod*ungrand
pA./ft-"'!(}N'S.
FortindulgentpourL'amourte;
Où devant leur rupture ils passoient
de bvauxjours.
La Bessepartitlapremiere,
Etoiste enson quartierayançantfin
retour,
Elle
BU, lut aussitost,d'uneavide maniéré,
Dans un coin retiré, le Visses plein
d'amour.
Ileut le bonheurde luyplaire.
Bile en recomença la lecture trousbit;
Àiais cefut bien une autre affaire,
Lors que lejoursuivantelle entendit
lavoix
Du Muguetprofiernéparrefpeftdevant
ellet
Luy témoignercentrepentirs
D'avoir, luy disoit-il, d'unefaçon
crtseUt,
pour Ht*fimplrbagdteÏÏe,
Irrite'fon*jbritt troublé leursIlllifirs
A mille douceurssont enproye.
Ils avoient le champ libre,depuis
quelquetemps
LeViolierestoitauxchamps;
MMaakilseleCCieiellee,s#tjjadllOoUuXx, ,^quelquefois
Contre lesplaisirs innocens,
Etprend lepartydesabsens.
Elle s'appelloitMarguerite,
Etseule d-foitplaw de caquet
Que d'autresFleurs ungrosB"ouquet.
Chaque chose par elle estoit centfin
redite, , Il
Par elleaussi, bientosttout le Tarterre
.:,. sçeut ","
-
-• - - , La reünionfaite.
SntrenofireMuguetçvïtofireVior lete, :; .- kit, vv ';"
Le Billet, l'Entrevenuë,&tout ce qu'il
luyplût.
Acettefâcheuse nouvelle
On vit presque mourirla confianteImmortelle;
Son bon Amy le Lys enpâlitde douleur;
Ils'enfallutbienpeu quesa chere
Amarante
N'en tombaftdu haut desaplante;.
La Rose pâle en eut moins de couleur
Parlahainesecrete
Quiregnoitdansson coeur
Contre laViolete.
Par la mesmeraison, '-Tm {j*t4JiiÍr..
nette
Manquerentsur le pieddsé» secher
delangueur;
Etpour le pay«, la Mamie
S'enlAip contre terreallerdejalousie.
*Ddnss le Puarterrae enfidn toutéfutperQueleMuguetpourunselprocedé
Méritoit qu'on lefîstbrouterpar une
Chevre,
Ou déchiqueterparun Lievre,
MalheurslespUrtgrt'ds d'une Fleur
U9e belleformed'agreable odeur,
MAM l' Amourquisiplaist aux coups
qifonriattendgueres
Rit des pleurs (~ des cris qu'attirent
sesmisteres,
Etmesme afaitdresserexprés
Vefis -,¡dJi"'t un insigneTrophée,
AupieddufameuxArbre,eu finit
la Vallée
.NDtaerldaBivelylelCeer*su-Yyephe.,
bocagftes,
Les Abeilles,Us l'eieus,
Les^phirs e~UsOifplfow*
jLesbergers4neck*ïfrgeWw
1.1. 'PjevuvCetnt voir, s'ilsontde bonsyeux, Mwm&tsdintcrg/or'tv*-
DES
., TALISMANS. c'Est aux Persans à qui nous
devonsl'invention d&
beaux Arts, &. des Sciences llçi
plus curieuses. C'est d'eux que
nous avons appris à monter au
Ciel, & à descendre dans la
Terre, poury découvrir ce qu'il
y a de plus caché, C'est d'eux
que nous avons la connoissance
de la Cabale èt de la Magie.
C'est d'eux enfin de qui nous
tenonsle secret des Figures, ou
des Images talismaniques. Ces
Peuplesontesté ter premiers à
observer le cours & te mouve
nient des Astres, leur situation,
leurs aspects,& leurs oppositions.
Ils ont reconnu le pouvoir
que ces Corps ont sur les
Sublunaires, & ladépendance
des Corps Sublunaires, des Celestes.
Ils ont remarque que les
Astres,n'influëntpaségalement
sur tous ces Corps, mais que
chaqueçonstellation influë
principalementsur quelquesuns
y
ausquels elle imprime de
certaines marques &de certains
caraftcres^ dontdépend toute
leur force & leur vertu. Ils ont
enfin observé les premiers le raport
ôc la sympathie qu'il y a
entre les Pierres,les Métaux,&
lesPlanetes, Ils ont reconnu
les impressions de Saturne dans laTurquoise&danslePlomb,
celles de Jupiter, dans l'Etain
& dans la Pierre Sardienne
celles de Mars, dans le Fer &
dans l'Emeraude ;celles du Soleil,
dans le Diamant 8G, dans
l'Or, celles de Vénus, dansle
Cuivre& dansl'Amétiste;celles
de Mercure, dans l'Ayman
& dansleVif-argent;& celles
de la Lune, dans l'Argent &
dans le Cristal. L'expérience
leur a fait connoistre que les
Pierres & les Métaux avoient
beaucoup plus de force en de
certains temps, que dans les autres,
&qu'ils recevoient plus
abondammentlesinfluencesdes
Pfanetes, quand elles se trouvoient
dansleurs propres S'il.
gnes, qu'elles estoient exaltées,
& qu'elles n estoient batuës
d'aucuns malésiques.Lehazard
leur a fait découvrir dans la
terre de certaines Images qui
estoient naturellement dressées
sur des Pierres, par la feule impression
des Astres, lesquelles
surpassoient de beaucoup celles
que l'adresse &: l'industrie des
plus habiles Ouvriers pouvoient
faire.
,
Si la beauté de ces Figures a
surpris les Persans,ils n'ont pas
eu moins d'étonnement quand
ils sefont apperçeus dela vertu
qu'ellesavoient de guerir les
maladies,& de chasser les Bestes
venimeuses. C'est ce qui leur a
donné lieude chercher à imiter
la Nature, & de graver de semblables
Figures fous de certaines
constellationssur des Pierres,
ou des Plaques deMétal, pour
voir si elles auroient la mesme
force des naturelles.. Ils y ont
d'abord remarqué plus de vertu
qu'ellesn'en avoient auparavant
; &comme ils se font attachez
à dresser plusieurs de ces
Figures endiférens temps,&
sous difèrentes constellations
ils ontenfin trouvé le secret de
les rendreaussipuissantes que
lesnaturelles. "ji* :J t:n-:.¡ --
tHlS Ce Secret aesté longtemps
tenu cachéparmy ces Peuples.
On n'en partait que par Enigmes
3&' parFigures,'- mais les
Arabes le découvrirent quelque
temps apres, &le publièrent en
-
fuite danstoute l'Asie sous le
nom deTalismans, oude Figuresconstellées
, carTalisman
en Arabe signifie une Image,
ou une Figure. Quelques Autheurs
confondent ce mot avec
celuy de Magnen, qui signifie un
Caractere, mais il y a bien de
la diférence entre les Caractères
&lesTalismans. Les Caracteres
font decertainsChifres que l'on
trace ordinairementsur du Vé-
En d'un Enfant mort né; & les
Talismans font des Figures, ou
des Images Celestres, que l'on
fait fous de certaines constellations
sur des Médailles, oucfçi
Anneaux de métal, ou surdes-
Pierres.
Ces Images nefont pastouter
faites de la mesme maniere. Les
unes sontgravées,les autrres
sont en bosse, ouen relief. Les
unes sont taillées sur des Pierles,
les autres sont gravées ou
élevées sur des Métaux. Les
unes enfin sont dressées fous de
certaines constellations, & les,
autres fous d'autres.
Les Arabes & lesPersans attribuënt
beaucoup d'effet à ces
Figures. Elles font, disent-ils
des Demy-Dieux, de ceux qui
les portent. Elles guérissent les
maladies qui les affligent. Elles
détournent celles qui les menacent.
Elles chassent les Animaux
qui les incommodent.
Elles les préservent sur Mer, de
la tempeste ôe du naufrage.
Elles les rendent intrépides
dans les Combats.. Elles leur
soûmettent lesAnimauxles plus
farouches. Elles les font aimer
1 de% prinecs. Elles les élevent
aux premieres Charges & aux
plus hautes Dignitez. Elles les
rendent heureux auprès des Belles.
En un mot, elles les font
réüssir dans tout ce qu'ils entreprennent.
Les Talismansestoient autrefois
si communsdans toute l'Afie,
qu'il n'y avoit presque point
de Ville dans laquelle on ne vit
de ces Figures. Les Matelots en
avoientàlaProuëdeleursV iseaux,
pour se garantir des ecueils
&du naufrage. Les Liboureurs
en mettoient dans
leurs Campagnes,pour les rendre
ferriles. Les Malades en
portoient, pour guérir leurs infirmitez.
Sous le Regne de
Chilperic, au raport de Gresgoirede
Tours, on trouva dans
les Fossez de Paris unePlaqu0 e
de cuivre, sur laquelle estoit
gravée la Figure d'un Rat, d'un
Serpent,& d'une Flâme de seu
Peu de temps apres qu'on eut
osté cette Plaque,on vit dans
Paris une quantité prodigieuse
de SerpensdeRats, &il arriva
dés le lendemain un embrasementconsidérable
dans
cetteVille.QuelquesAutheurs
veulent que cette Plaque fust
un Talisman qui avoit esté fait
pour préserverParis du feu, &
pour en chasser les Rats & les
Serpens,qui y estoient fort communs
auparavant. On aveu autrefois
dans Constantinople un
Cheval d'airain, qui préservoit
laVille de la Peste, & des autres
maladiescontagieuses. Onparle
souvent de cet Anneau talismanique,
dont la Duchesse de Valentinois
se servit pour se faire
aimer de Henry II. On dit
qu'un certain Carme nommé
Riftorius à Prato, guérit il y a
quelque temps à Florence plusieurs
Personnes de la goure, en
leur faisantporter l'Image Celeste
des Poissons. Quelques
Historiens rapportent que l'on
voit en beaucoup de lieux des
Images de Scorpions & de Serpens
taillées surdes Pierres, qui
guérissent, quand on les touche,
la piqueûre de ces Animaux, &
qui les éloignent du lieu où elles
,sont placées. ", "1¡. Commeles Talismans ne sont
pas tous faits de la mesme maniere,
ilsneproduisent pas aussi
les mesmeseffets. Ils suivent la
nature de la constellation fous
laquelle on les a dressez. Les
Images talismaniques des Pla.
netes, ont toute leur vertu particuliere.
Celle de Saturne rend
celuy qui la porte, puissant, riche,
heureux dans la découverte
des choses cachées..
-
Celle de
Jupiter l'éleve à quelque Dignitéconsidérable.
Elle fait
qu'onade l'estime & de la venération
pour luy. Cellede
Mars le rend hardy,entreprenant,
êt victorieux de ses Ennemis.
Celle du Soleilluy concilie
l'amitié des grands Seigneurs,&
luy donne de l'ascendant
sur leurs esprits. Celle de ; Vénus le fait aimer des Belles.
Celle de Mercure le rend sçavant&
éloquent;& cellede
la Lune le rend heureux dans.
lesVoyages En un mot; les
Images, ou les Sceaux des Signes
duZodiaque,& des autres
constellations, ont la mesme vertudecesAstres.
f.11 y abeaucoup de choses ib
observer avantque de dresser
une Image,ouuneFiguretalismanique..
Il faut premierement
sçavoir à quel usage on
prétend se servir de cetteFigure.
Il faut en suiteregarder
quelleé constellation est capable
de produirel'effetque l'on s'en
propose. Il faut enfin connoître
l'heure &lemoment deson
exaltation,qu'elle nesoitbatuë
d'aucuns maléfiques, pour
dresseren mesmetemps son
Image sur quelque Médaille
ou Anneau de métal
, ou sur
pquelrquee P.ierre qui?luysoitpro- ->r -t
Les Talismans font comme
autant de Miroirs ardens,qui
réünissent toutes lesinfluences
desAstres fous lesquels on liesha
dressez, & qui les refléchissent
sur celuy qui les pore Lamatiere
dont on les fait,a d'ellemesme
beaucoup dedisposition.
àrecevoitles impressionsdeces
Corps; 6c, la Figure que l'on $
grave, agit avec tant de force,
, qu'elle luy tient lieu des mesmes
influences. C'est un effet
de la ressemblance de cette FigureaveclesCelestes.
C'est une
fuite necessairede lasympathie
que l'Animal donton a grave
la Figure, a avec lesconstellations.
"-

Si les Talismans produisoient
leseffets qu'on leur attribue, ce
feroit la plus belle invention &
la plus avantageuse que l'on puft
jamais s'imaginer. Iln'y a point
demiracle que l'on ne fist par le
moyen deces Figures,maisje
doute qu'elles ayentle pouvoir
qu'on leur donne. Si les Astres
ont quelques influences, il semble
qu'elles nesoient pointallez
fortes pour communiquer tant
devertu àces Images. Je nevois
pas aussi sur quel fondement on
pourrait établir la sympathie
que l'on supose entre les Pierres,
lesMétaux, 6c les Planètes, ny
cequela Figured'un Animal,
quin'a eneffet aucune ressemblance
avec lesCelestes,pourroit
avoir de particulier, pour
donner tant de force à une Plaque
demetal, ouàunmorceau
dePierre sur laquelle onl'auront
taillée. Jecroirois plutost qu'il
enestde ces Imagescommede
lqaup'oenauddiet,ttryiooim-ip-hqeuri fait,àce laporte,desesEnnemceilsu,&y qquuii cependantn'apaslaforce
de
rendrecetAnimal victorieuxde
ceuxquil'attaquent.
Sil'on ^e voit pojnçdèSapions,
nydeSerpens,dans les
lieux ouily a dePC c'estuneffetdela pureté ôccfe
lasubtilité del'air,qui empesche a genération deces Animaux.
Oii n'a, par exemple, jamais
yçar.de Ikftes yeiiimeufc^dan>
l'Isle de Garnesey; & si quelqu'un
a eu la curiosité d'yen
porter, il les y a veu mourir peu
de temps apre On peut dire
la mesme chose de la Peste &
des autres maladies contagieuses,
lesquelles font plus communesen
de certains temps 8c
en de certainslieux, que dans.
les autres. Il ya mesmebeaucoup
de Villes où laPesteestoit
autrefois fort commune, &
où elle n'a fait aucun ravage
depuis plusieurs Siècles. On n'y
voitcependant aucune Image
talismanique à qui l'on puisse
attribuer cet effet. Quand on
examine meurement t9te.s-: ces
choses,onest en obligation d'avoüerque
cette Science est bien
incvxtain^<^uel'ondoisadjouter
peu de croyance aux
exemples que l'on en rapporte. 1.-1 SAINT ANDREd C~r~~
DocteurenMedecine. 1
Jevous dJ déjà envoyé quelques
Lettres de passion qui ne votifont
P.ú déplû. En voicy une d'un
Amant banny, dont jeme croy
obligédevousfairepart.Elleajes
wcautez,, & mérite bien d'avoir
~lace icy. ¡'.;.,.': ,.,. ¡ ., ,;,
f¡ MADEMOISELLE DE**!, ESt-il possible, Mademoi
selle, quevous soyez fênible
à mes disgraces, vous qui
wez, eu assez d'injustice pour
me defendre de vous voir, èc
assez de dureté pour me dire
que vous ne recevriez plus de
mes Lettres?-Non, non, mon
éloignementne vous touche
pas. Ma cruelle - destinée ne
vous inspire aucun sentiment de
genérosité ou de compassion
pour moy,&j'ayveu toutesmes
epérances s'évanouir,dansle
moment que vous m'avez témoignéqu'ilfalloir
nous séparer
pourjamais.Quelommand.
mentQuellerésolution!Helas!
Qoy,aprèsm'avoiravoué
que vousme donniez partdans
vostreefHme, & que vous entriez
dansmes interests , vous
avez pûsanschagrin me dire
qu'il falloit cesserde sevoir, &
cjilévostre raison l'emportoit
sur vostre inclination 1 Est-ce là
cette amitié sincere,qui devoit
estre à l'épreuve decequele
temps,l'oubly,la mort,& Itinconstance
mesme, ont de plus
cruel? Est -ce ainsi que vous
traitez une Personne qui ne
ressentpourvous que des mouvemens
de refpCa,&de tendresse?
Allez,Ingrate, vousn'avez
jamais eu de considération
pourmoy,&devostrecoeur,quoy
que sensibleenapparence, ça
impureindiférent,pendant
quelemien vous exprimoit
sapassion d'une maniere forte
& insinuante.Que répondrez,
vous à ces reproches, & comment
pourrez-vous justifier que
vous avez pourmoy une heureusefympatrfiç,
«ipres m'avoir
annoncé la plus funeste nouvelle
que je pusse apprendre ?
Souvenez-vous que vous m'avez
dit, quejedevois pour vostre satisfaction,
& pour mon repos,
vous arracher un coeur quiafait
voeu d'estre éternellement à
vous. Hé-bien, j'y consens.
Laraison me guérira, &jetâcheray
de vous imiter en me dégageant
d'une passion, qui me
rend le plus infortuné de tous
les Hommes. Mais helas,je reconnois
queje letenterayinuti-
JClnenc. Vostre mérite a imprimé
sur mon coeur un caractere
trop tendre, pour croire que la
longueurde l'absence puisse l'effacer.
Oüy, belle Ingrate, malgré
le déplorable état où vos
rigueurs me réduisent
,
je prétens
rtôiis demeurer pour vous dans
des sentimens d'estime & de
respect. Mais si c'est un crime
devousestimer,&devous voir,
je vous éviterayavec soin. Je
sçay que cette résolution me
cousteracher.Cependantil
fautque je vous obeïsse, &que
je m'cKpbfe^cequel'éloigneimèèra
»depinsfatal,pour fâité
cesserles malheursdevostre vie. -
lSeCttWe iiJiFi£i s>udiitïjeRsâtydyVeoMmr.JGcaa&rdeize,n, ,
~KMMttwIt, qu'ilne s'explique pas'
moinsagreablementsur les matieres
galantes, qu'il raisonne fçavantnténffttoteMcs
quisontd'érudition.
;
SENTIMENS SVR LES
cinqQuestions du dernier
Extraordinaire.
SURLAPREMIERE. ENcore qu'il n'y ait rien de
plus naturelà l' Homme
quedese roidir contre les diihcultez,
soitque son orgueil ne
puisse souffrir d'en avoir le démenty;
soitque la necessitéd'aplanir
les voyes qui conduisent à
la fin qu'il s'est proposée, éxige
de luy qu'ilrassembleses forc e?5
soit enfin qu'ilconsideretous les
obstaclesqui- se présentent,
comme le prix legitime qu'il
luy en doitcoûterpour l'acquisidondu
bien qu'il poursuit; nean-
.10Íns si l'espérance ne le soûient
parmy ces opositions, ou si
lles durentun assez longtemps
pour luy donner celuy de faire
efléxion sur la vanité de l'Objet
de sa recherche, il arrive ou que
la patience se change en desespoir,
ou que n'en ayantqu'une
ertaine mesure proportionée à
estime qu'il fait dece bien,cette
mesure vient enfin à s'epuiser.
D'autrecosté, le coeur humain
Ht fait de telle maniere, qu'à
eine est-il parvenu à lapossession
de ce qu'il a si ardemment
esiré
,
qu'il ne se sent plus les
mesmesempressemens, soitque
se trouvant plus rienqui l'excite
toounm'abgiessdeans le defaut d'action,
plusquefoiblement;
soit que la gloire deion triomphe
luy en ra/Te méditer de nouveaux
;
soit que les fausses apparences
qui dans une veuë éloignée
,l'avoient déçeu, s'estant
dissipées, il voit alors l'objet tel
qu'ilest,soitenfin (&cequiest
tres-veritable) qu'à raison du
mouvement continuel quiagite
toutes choses, elles ne peuvent
demeurer qu'un instantdans la
mesme situation.Voila, ce me
semble, les raisonsqui peuvent
faire quel'amour apres avoir
longtemps frapé àla porte d'un
coeur, qui ne luy répond que
par des refus, &pardes rigueurs,
desesperant de le pouvoir fîé-<(
chir, ou croyant avoir assez fait ;
pourmériter untraitement plus
favorable,vachercher sapré-
,
enduë félicitédans l'indoleuce,
u dans une nouvelle poursuite;
u bien qu'apres la pénible conqueste
de ce coeur, il s'y ennuye il n'y trouve un mérite extraordinaire
qui foit capable de l'enretenir,
ou quelques agreable
rtifices qui prennent soin dêi'a*.
nuser. Mais parce que l'on dr..
made si l'amour diminuë plutost
par les rigueurs, que parles faveurs,
je croy pouvoir dire; Premierement,
qu'à parleren geneal,&
à raisonner seulement par
a possibilité, les unes & les aiu
res peuvent l'accroître & le dininuer,
ôc qu'ainsi il fut distinguer,
corne je feray bientost. &
en second lieu ,que comme elles
ontà l'esprit à peu pres ce que
a douleur ôi le plaisir sont âg
corps, &quecelle-là rendtoû
jours à la destruction, au contraire
de celuy-cy dont le propre estdeconserver, il s'enfuitqu'il
esttrès-naturel de fuïr,la premiere;
mais qu'il ne l'est pas de
se rebuter dusecond: Ala verité:
touslesexcèssontdangereux,&.
l'on peut mourir de joye comme
de douleur;lepremierest
incomparablement plus rare,
parce que ce qui semble le
causer est de soy conforme à la
nature, & que de semblables
évenemens font bien plutost
l'effet de la foiblesse dusujet qui
reçoit l'impression, que de la
violence de la cause qui agit..
L'inconvénient leplus ordinaire
quecause l'abondance, & :'LJ{.
cés d'unmesme plaisir,estlasa~
ieté; mais elle n'est pastouours
une maladie mortelle à l'amour
; ce -n?est'. quelquefois
qu'une legere indisposition qui
passed'elle mesme, ou qui du
moins ne manque pas de remedes,
par le secours desquels le
plaisir fc renouvelle & se rétablit.
Je conseillerois donc à une.
Dame qui veut se conserver l'av
mour de ses Adorateurs,d'y employer
non pasce ces rigueurs
d'emportement, d'orgueil, ou
d'incivilité, qui tost ou tard
donnent à l'amour le coup de la
mort, ou le mettent en fuite;,
maisà la bonne-heure, de ces
rigueurs de devoir, d'épreuve,
&de bienseance,qui le piquent
f&aulett-iielpnjnurrbeniehnJflaeiirnee,qEun'ceolrlee
che les assortir &lesdaversifier
adroitement,parle mélange
de ces fortes de faveurs qui flatent
l'apétit sans l'assouvir, &
qui ne defendent pas l'espoir,
sans pourtant donner d'assurance.
Mais si elle se trouve d'humeuràallerencore
plus loin que
je ne dis, & qu'abandonnant à
là feule tendresse ladispensation
de ses faveurs
, cette mauvaise
oeconomevienneàen faire une
profusion sans réserve; qu'au
moins la Dame se garde bien
alors, de se fier nyà la grandeur
de son mérite, ny à la vertu de
son Amant; mais qu'elle tâche
d'estre toujours si bien avec
les Graces, qu'elle enpuisse incessumment
tirer dequoy redonner
celle dela nouveauté
aux faveurs dont elle est si libérale.
Oüy(&c'estunsecret de
la derniere conséquence pour
elle) il faut qu'elle prenne autant
de foin à les. empescher de
vieillir,qu'elle en prendroit
pour ne pas vieillir elle-mesme, sic'estoitunechosepossible.
Belles qui yctt*à regnerfuriescoeurs,
T^oule^ous.qu'ils tousfoicntfîdelesjt
Ou n'accordezjamaislesplutcheres
JZyeuft,
Ou rendez-les toûjours nouvelles.
SUR. LA SECONDE. Q~Ue cette Fille de l'Amour
qui donne la mort à un
Pere ù tendre, estdénaturée!
Que ce Dragon toûjoursveillant,
qui le devore soy-mesme
sans se détruire,est monstrueux!
6c que ce mortel poison dont
l'amertume si sensible n'empesche
pas qu'unmisérable coeur
n'en fasse sa nourriture, estquelque
chose de surprenant ! Parnssàns
figure; que la jalousie
est barbare qu'elle est terrible!
qu'elleest capricieuse! Cependant
comme avectoutes les horreurs
dont elle est capable,elle
est incomparablement plus funeste
à ceux qu'elle possede,
qu'à ceux centre qui elle agir,
j'estime que dans les deux especes
dela efiion proposée,
elle n'est, pas redoutable à un
coeur qui fixait bienaimer. Ce
qui rendla jalousie un des plus
cruels fleaux de l'esprit, c'est
qu'elle n'est pas une passion qui
marche toute seule comme quelques
autres, mais qu'elle est un
assemblagede plusieurspassions
à la fois.L'amour la produit
comme nous venons de dire, 8c
elle ne le perd point de veuë;
la crainte & la tristesse font ses
compagnes inséparables ; & il
yaentr'elle & la colere d'étroites&
de dangereusesliaisons.
Avec tout cela, quel mal, je
vous prie, me peut
fairel'amour,
de mon Rival pour ma Maîtresse,
tandis qu'elle ne l'écoutera
pas? Si j'ay pour ce que
j'aime tout le zele que je dois,
je fouhaiteray de voir tous les
coeurs soûmis à son empire; sa
gloire fera la mienne, & plus
son mérite luy attirerad'hommages,
plus mon choix aura
d'approbation. Il faut pourtant
l'avoüer, cette refléxion est délicate,&
tient plus de la spéculation
que de la pratique. Un
Amant, dans les veuës que je
viens de dire, peut s'applaudir
de voirplusieursautres Amans
touchez des perfections de sa
Belle; mais l'amour propre dont
on ne se dépoüille jamais, ne
manquera pas de luy faire appréhender
qu'ellene soit enfin
elle-même toûchée de leurssoûmissions.
C'estencepoint quela
bizarrerie est grande; car d'un
costé il s'en faut peu que nostre
orgueilnaturel ne nous persuade
que nous méritons par préference,
lesaffections de toute la
terre. Ainsiquand cet Objet
souverainement chéry, êc qui
noustientlieu du monde entier,
nous honore de sacorrespondance,
outre les autres raisons
qui nous le font aimer, nous l'estimons
en cela comme un Juge
équitablequi nous rentjuitice;
Et de nostre mérite,& de son
équité, nous concluons qu'il en
usera toujours dela sorte. D'autre
costé, un reste de connoissancede
nous-mesmes nous crie
dufonds de nostre misere, que
cette presomption& cette confiance
peuvent bien nous en inl
poser; que nous ne sommes pas
sans defauts, non plus que cette
Belle; &. que soit par raison, ou
par caprice, elle pourroit choisir
mieux, ouchanger avecavantage.
Quand donc un Rival
qui n'est plus maistre de sa jalousse,
s'emporte à m'en donner
des marques, il me laisse cette
première bonne opiniondema
Maistresse & de moVj il fait
voirqu'ilest alarmé de ses propres
defauts,& que l'Objet;:
commun de nostrepoursuite ne
juge pas en sa faveur. Ainsi les
craintes de ce Rival dissipent les
miennes; ses chagrins publient
sonmalheur & ma bonne for-J.
* tune; 6c tout ce qui l'humilierait.
mon triomphe. Pour sa colere,
tant s'en faut qu'elle mefache,f,
qu'au contraire, comme elle me
marque parfaitement l'excès
de les peines, elle me donne
une doublejoye,& de le voir
dans lasouffrance,&de me voir
exemptdéce quile fait souffrir
.:O:le grand régal! ô lecharmant
spéctacle pour un Amant,
que son Rivalpossedé de toutes lesfureursde la jalousie! Mais,
medirez-vous,il trouvera moyen
par ses arnficesde me brouiller
avec la Dame; foibleressource
pour luy; ses éclats nous ont
déjà servy d'avertissement; Mais
sarage ira j usques à attenter à
mavie;ilen est peu de si lâches;
En tout cas, je prendray mes
précautions, mais sans grande
inquiétude, puis qu'un galant
Homme qui n'est menacé que
dece costé-là, u-z qui ne craint
rien pour son amour, se tient
forten assurance. Passons, s'il
vous plaist, aux considérations
que peut mériter la jalousie
d'une Maistresse.Que cette,
passion a de charmes chez une
Belle dont je fuis épris! que ses
craintes, sa tristesse, sa colere,
font touchantes! qu'elles. ont
d'éloquence & d'efficace! que
tout celame dit parfaitement
je vous aime, & qu'il me le persuadebien
mieux que si elle me
le disoitde sapropre bouche!
Ce font iey desavions toutes
naturelles, & sans artifice c'est
lepur langagedeson coeur, langagemillefois
plus certain que
celuy des paroles,qui n'est
leplus souvent qa''impQn:ure.
D'ailleurs, combien a-t-on vû
de Femmes dont on n'auroit
jamais tiré ce charmant aveu,
sansle secours de la jalousie?
Qu'onl'acccable doctant qu'on
voudra, d'injures &, d'oppro,.
bres cette malheureusepassion.
J'ose dire qu'elle n'en est toutà-
fait digne que quandelle cit.
sans fondement., od trop £ré*
quente ,extravagante,on brutale.
Desoy c'est unpoison, je
le veux;mais decela mesmes
onen peutfaire un antidote salutaire;
c'est une fievre, je l'accorde;
mais la fievre n'est pas
toujours mortelle, il y en a qui
ne font que passa geres, &dont
la chaleur toute étrangere qu'-
elleest, peut servir à la chaleur
naturelle, foit en la dégageant
d'abord de quelques humeurs
pécantes qu'elle consumera,soi
en les donnant à conoistre pour
les chasser entièrement par des
remedes convenables.Ainsi un
peu de jalousie qui ne fera pas
de durée,servira àdes éclaircisfemens
necessaires,dissipera des
soupçonsdangereux &: coupera
la racine à des défiances qui eussent
fait périr l'Amour.Ce n'est
donc que l'excès de la jalousie
qui doit faire peur, & ce n'est
aussi que cela-queje craindray
dans l'esprit de ma - à la diférence de la jalousie de
mon Rival,dontl'excès m'est
toujours favorable, & dont
la modération pourroit luy servir
& me nuire. Mais dequoy
me mettre tant en peine, puis
quej'av en mon pouvoir dequoy
guérir l'esprit de cette chere
Jalousie? Car enfin c'estce que
l'onnerefuse jamais, qu'a ceux
qju;e:l'oni^iimep.asv Que les '> - dx Sexes se. rendent icyjustfCC
j ils feront obligez de demeurerd'àccord
decetteverité,
8t que tousces murmures &
toutes ces crièries V:'lgu'?s contre
la jalousie,ne font souvent que
de foibles prétextes que l'on
feroit bien fâché de ne pas avoir.
Nostre malignité estsi ;--r;tnd',\
que comme si lesfautes du prochain
légimoient lesnostres,
il y a des rencontresoù si nous
n'osons pas luy demandrp:ir
grâce qu'il en commette, du
moins nous nous arni~eonsiors
qu'il nelefaitp s..Aimons biénî
Totnous fera facile. Pourmy
jeme conformeray de toutmon
pou voir aux délicatesses de cete
belle&chere Personne; je me
contraindrayuntemps,afinde n'avoirplus
à me contraindre.
Ce n'est pas un grand mérite,
que de se soumettre à la beauté,
aux. grandes perfections -& à
unehumeur qui n'a rien que de
commode; mais de sacrifier sa
complaisance aux foiblesses d'un;
Objet bien aimé,oüy bien aimé,
je le répete; c'est se mettre
tD droit de devenir le maistre de
sa confiance,aussibien que de
son affection.L'expérience confirme
ce que je dis; & si l'onest;
ufoit de la forte dans le com..
merce de l'amitié,l'onen ver.!
roit de solides&de contentes,
en bienplusgrand nombreque
l'on n'en voit pasy La jalousie
desRivauxfèroit toujours mé- ;
prisable, 6c celledés Amansencreux
seroitfartpeuà craindre,
Cesontlàlesraifonnemesd'une
Personneque je connois qui a
beaucoupdesincerité,quitâche
de se mettreau dessusdes erreurs.
du vulgairé,& qui croit-que pref--
quede toutes choses l'on peutfaire
unbonusàge ; mais que le
point principal est de fuir les extrémitez.
Das l'enjouëment qui
luy estnaturel,jeluyay oüydire
au sujet de la présente Question,,
qu'ilseroît toujours prest dese
charger de cent quintaux de
jalousie d'un Rival, pourvéu que
luy-mesmeenpuft donner seulement
une once àsaMàîtresse.
SUR LA TROISIEME. s1 l'amourestde telle nature
queles plaisirs qu'ila leplus
recherchez,commencent à luy
estre, à charge, au moment qu'Il,
vient à les posseder; & sidans, lacompagnie des Grâces,&
entre lesbrasmêmes de laComplaisance,
ils ont esté capables»
de luy causer des dégoûts &'
des inquiétudes, que fera-t-il
quand il ne pourra plus gouster
ces mesmesplaisirs qu'accompagnez:
des peines- &,- des-cha- A'J grins,qui font presque inséparâblesduMariage
? Comment
pourra-t-ils'accoutumer à cou--
cher surdes épines, luyquis'est
trouvéincommodésur des Lits
de Roses ? Que je le plains en
cetétatlepauvre Amour,sil'es-'
time ne vient à son secours, Se
ne luy prëste dés forces,sinon
pourluy redonnersa'première
vigueur,du moinspourl'em-,
pescher de succomber,& pour
luy. aider à. porter de bonne
grâce le fardeau que l'Hymen,
vient de luy mettre sur les épaulesResvant
àla caused'au peut
procéder-, une si grande difé-.
rence de pouvoirentrel'Amour
qui-s'en fait tant à,croire vôC
l'Estimequineseproduit qu'avecretenue,
Jenesçaiyilj'ay
rencontré.quelque chose qui en
vaillelapeine,en examinantil
ce neseroit point par la mesme
raison de la diférence. que nos.
tre orgueil nous fait trouver entre
l'indigence &;' les richessses,
entre la honte de recevoir ce
qui nous manque,.& la gloire
defaire deslibéralitez,denostre
propre fonds. pour donnerjour àcetre:pensée,ou à, cetteresverie,
comme l'on voudra l'ap.-
peller, ne pourroit-on point rai..
donner de la forte? Aimer, c'est
desirer la possession d'un bien
qu'il est au pouvoir d'un autre
de nous accorder;. 6c quand
nous l'avons obtenu,si cette
ardeur viept à cesser,n'est-ce
point que nostre nature par sa
malignité se lasse. bientost de
devoir son bonheur aux bontez
d'autruy? Cette ingratitude dé..
guifée ôc presque imperceptible,
n'est-ce point làce que nous
appelions ennuy &, dégoust?
Mais quandj'ay de l'estime pour,
quelqu'un, par exemplepour
un Brave, pour un Homme de
probité,&ainsî du reste, n'est-çe
pioinit qeu'encore qu'en effetje chosequem'acquiterquiter
d'un devoir auquel son
mérite m'oblige, neantmoins
ma vanité mepersuade en secrec,
que je luy fais un grand
présent, en luy donnant une
chose tres-précieuse, puis qu'-
elle contribuë le plus à sa gloire?
Permettez-moy de pouffer plus
loin ce caprice, & de demander
encoresi ce n'est point quesentant
chez moy les idées de cette
bravoure.& de cette probité,
reconnoissant quelles font le
propre de ma nature, & qu'en
puissanceje suis tout cela, quand
en acte je serois toutlecontraire,
c'est à moymesme & aux
vertusdont je meflate,que je
rends ce tribut de mon estime;
D'oùilestàisé de conclure, qu'à
moins que par une Conduite opposée
à la premiere, ce Brave
ou cet autreVertueux, ne mobligeà
luy retrancher mes dons,
ou qu'il ne vienne àdétruirie
cette Image de moy -
mesme,
que je révere & que j'honore
dans luy, je continuëray toujours
d'avoir pour luy cette
mesme estime. Mais pour dire
quelque chose de moins raffiné,
l'amour dont l'on entend parler
icy, n'estantpresqueautre chose
qu'uneopération dela volonté,
qui toute servante qu'elle devroit
estre, ne s'érige que
trop en Souveraine, & m limes
en Tyranne, principalelement
dans les grandes passions,
agissant avec emportement,
sansconseil, & à l'aveugle.,
il ne fautpas s'étonner si
ses effets tiennent si fort de la
nature de leur cause. L'estime
au contraire est beaucoup plus
une production del'Entendement
ce Roy sage & éclairé, qui
ne fait rien qu'avec graviré,qu'apres
de sérieusesrefléxions, &
qu'en grande connoissance de
cause,d'où il arrive que des déliberations
si bien fondées font
peu sujetes au changement. Paffons
encore à quelque chose de
plus familier.L'amour est un torrent
toujours violent, mais plus
ou moins selon que les débordemens
de la concupiscence y contribuent
: il s'écoule & il finit
avec ce qui luy avoit servy de
matiere; au lieu que l'estime qui
vient toujoursdel'idéedelaVertu,
estcomme un grand Fleuve
qui roule ses eaux d'un cours
traquile&perpétuel,parce qu'il
a un Ocean d'où il les reprend
à mesure qu'il les y porte. Mais
sans tant philosopher, voulezvous
qu'en deux mots je vous
dise ce qui (à mon sens) fait que
l'estimeest bien plus propre que
l'amour àfaire un bon Mariage,
& à l'entretenir en paix? C'est
que le Mariage est le remede de
l'amour, & que l'estime est le
remède du Mariage.
SUR LA QUATRIEME.
~IL me semble que je la voy,
cette Personne si aimable &: si
chérie, qui prend la plume pour
signer d'un mesmecoup &le titre
de son engagement avec l'Amant
qu'elle choisit, & l'Arrest
de mort de celuy qu'elle rejette.
Quelle douleur pour ce malheureux
! de quelle horreur son
imagination n'estelle point saisie,
quand elle luy représente
une foule de plaisirs qu'il ne
croyoit faits que pour luy, &
parmy tout cela toutes les beautez
& tous les charmes de son
inhumaine Maîtresse au pillage
de la passion de ce trop heureux
Rival!Quelque affreuseneantmoins
que soit cette idée, il en
est de plus terribles, & elle n'est
ipnassusipoonrtable qu'à celuy dont la
grossiereestplus fondée
sur les sens que sur les tendresses
du coeur. En effet, il est encore
de grandes Ameschez qui des
évenemens aussi fâcheux trouvent
de la patience pour les fouffrir,
de l'indulgence pour les
excuser, & de lagenérosité mesmes
pour les approuver, si de
solides raisons de necessité, de
devoir, & de vertu, le demandent.
Aussi dans ces tristes occassons
ces coeurs héroïques ne
font pas toûjours entierement
frustrez de la récompense deuë
à l'excellence de leur mérite;
l'estime & la tendresse demeurent
toûjours les mesmes, ou ne
changent que pour augmenter;
& pour l'ordinaire, ceux qui
leur ont causé ce martire, ne se
trouvent pasà beaucoup pres si
avatageusement partagez. Mais
quand un Amant véritablement
tendre & délicat, & dont le feu
épuré ne tient que peu de la matiere,
vient à perdre ce coeur
dans lequel il vivoit plus que
dans le sien propre, parce qu'il
en faisoit, ou qu'il se proposoit
d'en faire le siege de sa félicité
& de sa gloire, & qu'il voit que
perdant tant de choses à la fois,
il les perd & sans exception &
sans resource,ah que cette avanu
ture est funeste & douloureu~
Mais quand par une refléxion
encore plus terrible il confidere
que cette perte de tous ses biens,
ou du moins de toutes ses espérances,
n' st que pour enrichir
une Idole du caprice & de la
foibleile du Sexe (car c'est ainsi
que dans son desespoiril envisage
ce Rival qu'on luy préfere)
ah quece sacrifice est barbare!
£&o.u trouver des parôles pour
exprimer la douleur de celuyqui
le souffre? Nous ne pourrions
luyen presterd'assez fortes;ses
- maux, selon luy, passent tous
nos raisonnemens,&il ne pourroit
luy-mesme nous en fournir
que tres-peu & de confuses;
c'est tout ce que son accablement
luy permet. Pour comprendre
quelque chosedel'état:
de ces deux Amans malheureux,
imaginons-nous, s'ilvous plaist,
deux riches Négocians qui
ayent confié à l'inconstance de
la Mer le fondsprincipal de
leurs fortunes & de leurs espérances;
celuy-la voyantson Navire
donner contre un Banc
qui le brise, sçait neantmoins
si bien se posseder, que par les
ordresqu'il donne, il en fauve
avec l'Equipage la charge la.
plus précieuse,&enestquitte
pour le Corps du Vaisseau; au
lieu que celuy - cy voyant son
Pilote d'intelligence avec un
Corsaire, luy enlever pour jamais,
& dans deslieuxinaccessibles,
& le Navire j8C toutes ses
richesses, il tombe dans une létargique
stupidité, ou prend le
party de finir ses jours par son
desespoir. Je voy bien les de-
~butsde cette comparaison mais;
le moyen d'en faire de justes sur
des maux qui n'ensouffrent
point, au moins si nous en voulons
croire de certains coeurs
d'unsensible extraordinaire. Se-
Ion eux,pourse consoler de telles
disgraces, la vie entiere ne su ffic
pas ; & en effet nous enavons
vu qui n'ont finy leur langueur
que par leur morr. Mais pour
changer de ton en finissant ce
discours, Si nous nous affligeons
moins de nous voir préferer un
Rival que l'on épouse, que celuy
dont on neveut qu'estre
aimée,n' est
- ce point parce
que cette Maîtresse qui se marie,
se punit & nous vange en
se donnant un Maître,mais
qu'elle nous insulte,&nous fait
voir le nostre, quand elle fait
un Favory? u
SUR LA CINQVIEME. cOmme l'honneur, le pLusir,
& le profit, joints oir
séparez, apresnousavoirfourny
les motifsde toutes nos entreprises,
font encore tout l'avantage
& le prix de nos actions, &
par conséquent de nos habitudes,
qui ne font que des actions
réïterées, il s'enfuit necessairement
que le des-honneur, la
peine, & la perte, assemblez ou
dis-joints, font tout le préjudice
que nostre conduite peut nous
attirer. C'est encore une maxime
de morale, que si le Pere
de famille se doit à luymesme
quelques égards particuliers, il
estbien plus obligé de veiller
sur tout ce qui peut refléchir
de sa Personne sur celles qui
composent sa Maison, qui dans
l'ordre politique ne fait avec luy
qu'un mesme Corps dont ilest
le Chef. Suivant ces principes
d'autant plus certainsqu'ils sont
pius communs, il est aussi ce me
semble d'autant plus aisé de décider
la Questionproposée. Si
le Joüeur n'acquiert pas de
gloire à joüer,parce qu'en effet
ce n'est pas un sujet qui y soit
propre ; du moins s'il estloyal
Joüeur, comme je lesuposeicy,
l'honneur qu'il peutmériter
d'ailleurs,n'en recevra point de
tache; il pourra demeurer toújours
un véritablement hOïJneste
Homme, & les liens n'auront
point de reproche légitime
à luy faire dece costé-là.Mais
pour le grand Buveur, cette
qualité, qui, à le bienprendre,
n'est qu'un terme radoucy,pour
signifier un Yvrogne de prosession;
cette mauvaise qualité,
dis- je, le. rend extrémement
méprisable, puis que s'exposant
fréquemment à perdre l'usage
de la raison,& venant en effet
à le -perdre quelquefois, en ce
point non seulement il cesse
d'estre Hommed'honneur,
mais mesmeen quelque façon
il cesse d'estre Homme.Quelle
confusion &quelle douleur pour
lorsà une Femme,&à toute une
Famille, devoir celuy qui devroit
gouverner les autres, ne
se pouvoir gouverner luy-mesme,
&estreréduitàunétatpire
que celuy desBrures. Qu<uit
au Chicaneur, si la turpitude de
ce vice nele ravale pas au bas
étage des Bestes, dont il a toutefois
l'artifice des plus rusées,
&- la cruauté des plus féroces,
l'on peut dire neantmoins qu'il
passe dans un ordre, ou pour
mieux dire, dans un desordre
encore plus funeste.Comme il
n'employé la raison que pour la
combatre, & la détruire s'il
pouvoir, par toutoù elles'oppose
à son avidité, &: que son
application continuelle ne tend
qu'à faire succomber la Justice
sous les formalitez de la Justice
mesmes; d'Homme il devient
une espece de Démon, la terreur
des Malheureux qu'il attaque
, l'aversion de tous ceux
dont il est connu, en un mot
l'ennemy du Genre humain. Je
veux-queluy &toutesa famille,
qu'il aura enrichie des dépouilles
de la Veuve, de l'Orphelin,
& de tout un voisinage, soient
aussi insensibles à leur honte,
qu'ils le font aux reproches de
leur conscience : Pour ne pas
sentir ses maux, on ne s'en porte
pas mieux, au contraire l'on
n'en estque plus malade. Tant
que la memoire de leurs usurpations
durera, cette insensibilité
ne les empeschera pas d'estre
l'objet de la malédiction de ceux
À qui tant d'injustices auront
causé de la perte ou du scandale.
Venonsmaintenant au
plasir & à la peine que ces trois
fortes d'excés peuvent faire ressentir
à ceux quis?yabr<ndoi>
nent. A considérer le plaisir
simplement par les sens extérieurs,
le Buveur s'en trouvera
le mieux ou le seul partagé,
mais sa volupté apres avoir par
ses premiers traits réjoüy & satissait
la nature, dégenera bienrost
en dégoust & en accablement,
& ainsi ce plaisir tout
sensuel se trouvera avoir estéde
peu de durée. Du cofté des sens
intérieurs, la fantaisie estant à
chacunla mesure & le poids de
son plaisir, il s'enfuit que le
Joüeur,leBuveur, &l'Homme
de chicane, se trouvent également
contcns. Enfin à examiner
le plaisir du costé de la raison,
on peut dire que s'il y a icy quelquedistinctionàfaire,
c'est en
faveur duJoüeur, lors que par
un gain considérable il se voit
possesseurd'un bien effectif,
dont l'acquisitionn'estsujete à
aucun remords. Sans descendre
dans une siamplediscutionpour
ce qui estdespeines & desinquiétudes
destroisPersonnages
decette Scene, celles duJoüeur
nesemblent & plusfréquentes
& plusvives ; Le Buveurn'en
eflmt«pointquecellesquej'ay
touchées en passant,&il se foupeu
du lendemain: Et pour
Chicaneur, à compter les
poursuites, les sollicitations,&
les soins continuels qu'il faut
qu'il essuye, &y joignant l'agitation
continuelle de ses malignes
espérances & de ses justes
maintes, tout cela me persuade-
Olt facilement que lespeines
sont lesplus grandes, n'estoit
que s'en estant fait une habi—
de,elle luy en diminuë de
beaucoup le sentiment. Mais
s'est trop s'arrester sur des plai-
& des peines qui ne regardent
ces trois suposts de nostre
Question que personnellement,
&à quoy leurs Familles ne s'intéessent
point, sinon entant
que ce font des signes du profit
ou du dommage qui en revient,
& c'est ce qui reste à examiner.
Le grandJoüeur perd & gagne,
selon le hazard & selon sa conduite.
L'on enavû qui sesont
enrichis, & quiont fait de grandes
fortunes, & ( ce qui est à
estimer davantage ) qui ont
sçeu lesconserver : l'on en a vû
aussi qui ont perdu de grands
biens, &qui se font ruinez sans
resource. Cependant je diray
un mot qui semblera peut-estre,
hardy, mais qui se trouve confirm-
é parl'expérience, & dont
bien des Gens pourroient m'avoüer.
Il est presque impossible
qu'un grand Joueur qui sçait
bien le jeu, qui pousse ou se retire
prudemment, selonque la
chance le favorise ou luy est
çontraire, &quisçaitempescher
qu'on ne le trompe;ilest, dis-je,
presque impossible que se conduisant
de la forte, il ne se trouve
au bout de chaque année avoir
fait un gain considérable; mais
je fuis fâché,, de le dire, il y a
pour luy la malheureuse necessité
de jouer toûjours, & d'acheter
ce gain aux despens de
la chose la plus précieuse de
toutes, vous entendez assez que
c'est le temps. Pour ne me pas
rcndreennuyèux, je laisseà
d'autres à luy en exagérer la
perte, aussi-bien qu'au ~Buveut
& à l'Homme de chicane, qui
en font encore unpire usage que luy car celuy-là ne gagne jamais,
& perd toûjours; il perd
sa réputation, il altere sa santé,
il dissipe son bien, & ruine sa famille,
& s'il semble acquérir des
Amis, ce font des Amis de bouteille
; & c'est tout dire. Enfin
à l'égard du dernier, il est vray
que pourl'ordinaire ils'enrichit
en ruinant les autres; mais outre
que quelquefois il se ruine
aussi par ses propres artifices, &
qu'il se fait quantité d'Ennemis,
ces biens qu'il amasse engagent
sonhonneur&son ame, & comme
enfin de compte les restitutions
ne se font jamais, la conséquence
eftaifée à tirer. Donnez-
moydonc un grandJoueur,
quisoit loyal,, qui se possède, &
qui sçache se garantir de la.
je le diray ,de la tricherie, l'urage
dans cette matière autorise
lemot, mais illaisse toute l'in-
~famie à la chose, quiest à mon;
~sens une des plusgrandes Scéle-
~catesses , & qu'il faudroit punir
plus sevérement que le vol des
grands chemins; donnez-moy,
dis-je, un grand Joüeur qui aye
outes ces cõditions queje viens
le dire, & je soûtiens que sa sanille
aura plus à [c contenter &c
noins à rougir de sa conduite,
~que s'il vivoit dans la crapule
~u qu'il fist dela chicane son,
': exercice continuel. Je ne sçay
ce jugement fera approuvé,
~lais j'ose dire qu'il doit estre
autant moinssuspect,qu'il est
d'une Personne qui ne pourroit
joüer une heure sans s'ennuyer.
Heureux mille & mille fois celuy
qui ne jouë que par honnestedivertissement,
qui ne se
donneà la bonnechere qu'aux
occasionsraisonnables, & qui
ne connoist la chicane que pour
s'en défendre.
Les Enigmesproposées dans ma
Lettre du Mois de Decemhre, dont
les Mots estoient l'Eponge & le
Ver à soye, ont donné lieu aux
Explications que vous aUez voir.
Les deuxpremieressontde MrRault
de Roüen. Il n'y a que luy qui en ait
donnéfur£Eponge.
I.
Poursçavoirquelle estma nature,
Il.!!.e l'Enigme icy VoAufigure,
Sans en découvrir lesecret,
Qu'en l'eauseulement on meplonge,
Vous verrez à l'instantparoistre mon
Portrait,
Sidessusvouspassezl'Eponge.
M II. Ercllre) que ton Art paroist
ingénieux.
Quandtu nous dépeins la merveille
D'unpetitVer industrieux,
Qui d'uneadresse sans pareille
Faitun riche travailpourles Y(oyi
tjr les Dieux!,
Tuluyfaisfilerses entrailles, Etsidefilets d'or ilseforme un jBcrceau,
Du mesme orpourses funérailles
ilsçait composer un Tombeau.
On nelepeut voir qu'avecjoye.
Usi), Mercure,tuvaincslesplusfçcCians
Pinceaux,
- 'tIj¡if/,/onn'apointveudeTableaux
Jamaissibien auxyeuxpeindrele Ver
àsoye.
- RAVIT,deRoüen.
III.
QVi peutestre le Fils dântleTere
&laMere,
Nezsans~aisles tousdeuxpérissenten <
Oyseau?
Cemistereparoiflnotfveau,
Et leseulVer à foye estde ce caractere,
Mad.DE QVERJEANS,du Fret
enIBrVetagne.. <
Cependant Vostre nobleouvrage
A leglorieux autantâge
DepoùvéWrt,"daitets-.Vous, enrichirun
;
Jeyous connois à ce langagey
Ilvouspeinttrop parfaitement,
Admirable Apirçal;&fknsq ue L'on
\cudyoye>
On devinefacilement
: Qffeyou* estes le Ver à foye.
Mad. HEUVRARD,de Tonnette.
L V. E Verà soye estEnigme seconde
Que Vo«r lisezauMercure Galant,
royqt,,'en malheurs toutesa vie abõde
"ltrfin travail aussi beau qu'excellent,
IZIInfefaityoirutileÀtout lemonde,
le recherche &sur terre &sur
¡'olld..
~son rare ouvrage a toujoursunbriffant
Quifait aimerpoursonrare talent
\,
LeVeràsoye
~surtsanted'esfproit,nquoydquee l'H,omme
ilnesçauroitleVaincre Cil travaillant;
Aleurs beaute^font fin Trône brillant,
Vatentpartout)poursavertuséconde,
Le VeràJoye.
Les Reclus de S. Leu d'Amiens,
VI.
E croyais en Voulant m'acheter un
mffaheit, - falloit dela Manoye;
Matspar un bonheurtoutsubit
Le Mercure tnapprendqu'ilfaut un
veràroye.
Mad. DVFRESNE-GVEPIN,.
c VII. Royezmoy, petit Ver,cepeloton
deJoye
K'empefihepeintqu'onneycusyoye;
yaus deye^cemefèmble,unpeu mieux
"vous couyrir.
Si la chaleuryous afait yivrr,
Laglacequisemble voussuivre,
Pourroitbienvousfaire mourir.
Le NouveauBourgeois
d'Abbeville.
DE L'ORIGINE
DE LA POVDRE
A CANON. LUsagede la Poudre à Canonest
plûtost un présent
du hazard,qu'un effet de la
force, & de l'application de
l'esprit. On avoit inutilement
consumé beaucoup de temps
en la recherche d'un Secret, qui
n'acousté qu'un moment à la
Nature, Elle a voulupeut-estre
user de ce prodige pour élever
nofire esprit àde plus importantesconsidérations,&
faire en
forte que nousadmirions dans
nostre néant. les effets de la
Toute-Puissance. Carquoy que
la Poudre à Canon Semblen'estrc
dans le monde qu'à la ruine
des Hommes, néanmoins saviolence
peut servirà nous obliger
de craindre la tifticeDivine,,
qui employé quelquefois les
Foudres du Ciel pour défolerles
Familles lesplus nombreuses, 8ç
pourrenverlerles Mursles plus
forts, les Tours les plusélevées,
&lesEdifices les plusfuperbes.
Ce que nous appelions maintenant
Artillerie
, a des effets
presque fcrnblablesauxFoudres
du Ciel. Vous diriezque Dieu,
lasde s'en servir, les a misentre
lesmainsdes Hommes, afin
qu'ils deviennent contre eux
mesines, les exécuteurs desAr.
refis de sajustice; mais comme
cela regardedes maux qui nous
viennent dela Poudre àCanon,
il faut parler deion origine.
Polidore Virgile raporte qu'-
un Allemand de fort basse extraction,
ayant broyé du Soulfre
dans un Mortier,à dessein d'en
préparer une Medecine,il le
couvrit d'une Pierre, pour en
conserver la Poudre jusqu'au
temps qu'elle luy devoit estre
nccessaire; mais voulant avoir
du feu, ileut recours àune autre
Pierre, sans prendre garde qu'il
en pouvoit tomber dans son
Mortier, dont la couverture
n'estoit pasallez juste pour empescher
qu'il n'yen entrât. En
effet; une étincelle ayant mis le
du Mortier fauta dehors avec
un éclat, & une violence furprenante.
Cetaccidentlefurprit
d'abord
; rnnis il ne fut pas
longtemps sans concevoir l'envie
de s'assurer de cette invention
par une seconde expérience.
Il y réüssit assez, pour
former le dessein de faire un
petit tuyau de fer, dans lequel
ayant mis la Poudre quil venoit
d'éprouver, ilobtint l'effet,
quM s' ftoit promis de cette nouvelle
machine.
Ceux de son Sièclel'àppellerent
Bonbarde
,
d'un mot Grec
qui veut dire son ou bruit.C'est
d'où nous est venule mot de
Sclopus ou Stlopus, qui signifie
une forte d'Armes à feu, que
portent à la guerre les Gens de
aied. Mais le nom de celles aousappelionsArquebuses que vient
ie deuxmorsrdonc l'un est Latin,
& rautreItalien; Sans
doute que les Italiens se fervent
du mot Bufium, pour nommer ce
quç nous appelions untrou telle
qu'tft la lumière du Canon; &
parce qu'il estnecessaire qu'une
semblable machine foit courbée
en façon d'Arc, l'appelle en
Latin, Arcusbusius Si cette explication
ne regardoit pas plutost
i'Artillerie que la Poudre à
Canon, je dirois encor qu'on a
fait depuis ce temps-làplusieurs
autres fortes de Canons, qui ont
chacun selon son espece un nom
différent,comme l'Emerillon, le
,Faucoa, le Sacre,la Couleuvrine, leBasilic, les noirs desquels
ont quelque rapport avec certains
volatiles infectes, & quadrupedes,
qui font d'ordinaire
ennemis des autres animaux
irraisonnables, & souvent de
l'Homme mesme.
L'Autheur que je viens de
vous citer, nous apprend que
cet Allemand découvrit son Secret
au Vénitiens
,
qui selon
Munfther, s
en servirent utilement
au Siege de la Cluge, que
le mesme Polidore appelle chioza,
&à qui les Latins ont donné
lenomde Fossa claudia, où ils
tenoient les Génois assiegez en
l'an 1380.
Il se trouve quelques Ecrivains,
qui ont crûqu'unnommé
Tillerie
,
inventa l'Artillerie;
nuis pour l'Allemand, dont les
rntres font mention, il n'cifc
joint nommé dans leurs Ecrits
Aucontraire,ils ont voulu que aPosterité ignorastl'Autheur
fune Machine si pernicieuse,
croyant qu'on ne peutse vanger
de luy avec plus de marques de
ressentiment, qu'en dérobant
son nom a nostreconnoissance.
Il n'est pas difficile de croire
quecet Allemand apportal'u.
sage de la Poudre à Canon du
Royaume dela Chine
,
puis
que quelques Autheurs. disent,
que ce fut en l'année 1378. ce
qui seroitarrivé deux ans avant
le temps qu'il feignit l'avoir inventée.
Un Moderne écrit que
l'Artillerie estoit ily avoit déja
fort longtemps en usage parmy
les Peuples de ce Royaume-là,
Et ce qu'on dit d'eux
, ne doit
pas nous surprendre, puis qu'il
est certain que les Chinois ont
l'imagination forte, & l'esprit.
penétraot. C'cft pour cette rai,
ion Qu'ils inventent des Machines
aussi admirables que celles
des Chariots &desCanons; ceux.là roulent, & ceux-cy se
déchargentavec du vent sans y
employer ny Chevaux ny Poudreà
Canon, dont ils peuvent
se servir pour des Machines pres
que semblables,quinedifferent
qu'en la maniere de les faire
mouvoir.
Mais foit que l'Artillerie, ou
la PoudreàCanon, nous vienne
de la Chine ou de l'Allemagne,
Munsther nous apprend qu'Achilles
Gassarus Historien luy
crivir,que l'Artillerie a esté
en usage en la Mer de Dannemarch
l'an 1434. & que celuy
ui l'inventa, fut un Moyne
qu'il appelle Bertholde Schuarth,
qui se mesloit de la Chinie..
Car je croy qu'on ne peut
liscourir de l'origine de l'Arillerie,
sans parler de celle de
a Poudre à Canon, qui en est la
Ceconsidérablepartie.
n'est pas mon dessein de
saiter icy des Machines de
Guerre dontseservoient les Anciensavant
qu'on ait eu lesecret
ie la Poudreà Canon, pour
narquer avec plus d'exactitude
e temps auquel fut inventée
leur Tortue, leur Bélier, leur
Fonde; & leurs autres Instrumens
sont trop connus à ceux
qui lisent les Autheurs Grecs &
Latins,pourenignorerl'usage
Il ne me reste plus qu'à dire
quelque chose de la composition
dela Poudre, telle qu'onla
fait present.
Ilest certain qu'au commencernent
il n'y entroit que du
Soulfre pulverisé, mais enfuitej
on y a ajoûté du Nitre, & du
Charbon de Saulx broyez cgsemble.
Ce meslange de trÓ
choses si diférentes en qualitez,
doit estre arrosé d'Eaude Vie
rectifiée, dont néanmoins on
faitévaporerl'eau en la sechant,
afin que l'espritdeVin y demeure.
Cet Esprit & ceux du
Canfre,quiquelquesfois yfont
employez,àl'aproche du feu,en
précipitent merveilleusement
l'inflâmation..
Les Chymistes disent que a
oudre à Canon est composée
Esprit, d'Ame, ,& de Corps,
e Nitre enest l'Esprit, le Soule
en est l'Ame, Se le Charbo n
n est le Corps. Le Soulfre est
e qualité moyenne,entre le
xe & levolatil. Illie l'Esprit
vec le Corps, c'est à dire, le
itre ou le Salpestre, qui font
olatils &: de nature sulphurée,
vec-le-Charbon.Cettecomosition
a un effet si prompt &
violent, qu'on ne voit presque
m qui foit ou plusagise, ou lusactif. Lefeu qui rencontre -
conbustible,travaille avec une
activité surprenante à la division
n cendreux, pour se délivrer
l'embarras des autres Ele-
*ens, & remonteràla Sphere
d'une vîtesseadmirable. Lors
qu'il trouve des obstacles, il fait
voir les prodigieux efforts de sa
puissance; &: parce quel'Homme
a le moyen de le mettre en
usage, Lactance l'appelle un
Animal divin. En effet, les Brutes,
qui se fervent des trois autres
Elemens, nesçavent s'aide
de celuy-cy en aucun de leur
besoins , ce qui luy fait dire
qu'une telle prérogative, est un
signe certain de l'immortalité des
l'Ame.
Quoy que l'usage du feu soit
d'un grand secours aux Mortels,
lors néanmoins qu'il est employé
à la ruine, & à la désolation des
Etats, l'on peut dire quec'estle
fleau de l'Homme, & le pire de
tous les maux qui luy puissent
arriver; de sorte que nousavons
lieu de souhaiterque celuy qui.
fut l'Inventeur dela Poudre à
Canon, eust eu ou moins d'esprit
, pour ne pas s'appercevoir
de sa propriété & de sa vertu, ou
moins d'envie de découvrir son
Secret aux Vénitiens, quil'ont
appris ensuite à toutela Terre.
LE CESNE
,
de Coutance.
SOLITVDE.
,.,',OVpeut-onseplairesans
'(!OtlSl
ZTrouye-t-on rien de beau que les lieux
oà*voMtefles,
htt n'inf}ite"PoNd pasmille douceurs
secretes
Qui donnent auxplaisirs ce qu'ils ont
dtplus dONS';
J'Y lnPronJelloin sontpourmoysans
appas; Les Bois, les Prez,dontla tendre
verdure
Mefaitvoirlesbeautez de la jeune
Nature,
N'arrestentmesyeux, ny mepas.
Au contraire, jesens que leurgayeté
naissante
Frape mon coeur d'un ennuyeux regret,
Etsemble me dire en secret,
Fuy de ces lieux, Bélise en est absente.
J'entendis mesme un de ce<•iftrs *k
<QueZèpbire disoitàFlore,
ta luy rendantses amoureux devoirs,
Ne reverrons-nous point encore ,J
Bélise, dont le teint par ses vives COU":1
leurs : i, i,1
Sert de modele à l'émail de nos
Fleurs?
Ne meurent-ellespas dés qu'elles font
écloses?
Ont-elles plus d'éclat ny de fraî
cheur,
quand par tout ailleurs elles s'épanoüiment,
oit-on pas tous les jours icy qu'elles
fanissent
?
Considerez ces Hiacintes,
Et ces autres petites Fleurs,
De qui les mourantes couleurs
Nousadressent les tristes plaintes.
Voy-tupasqu'ellesvontsécher?
Mais qui peutles en empescher?
Mes humides baisers, & les pleurs de
l'Aurore,
lerétabliront point leur mourante
beauté.
Les regards du Soleil encore,
Parqui dans cesJardins tout estrefsuscité,
Ne leur rendront jamais cettevivacité
Que leur donna Bélife en les saisant,
éclore.,
Je croy que Flore eut quelquejaîoufTe"
*1)'entendrefinAmant parler de laci
fdÇON,
carce doux c?> tendreGarçon
Témoignant craindre leJoupçon
Dont ilsembloit qu'elle ltjJ l'amt*
saissy )
Lny dit; Flore, de bonnefoy,
Jen'ay jàmais aimé quetoy;
Mais il faut queje le confesse,
Si Bélise qui voit ses fers par tout
portez,
-
Avoit un peu de ta tendresse,
On luy devroit offrir toutes les
libertez,
Comme à la Reyne des Beautez
Témoigna regreter vostre abjeme afort toir, Et confessa que cesejour,
Depuis que yous eftie^4tbfèntry
N'inspiroit pluslesplaisirs zy l'amour.
Effe avait* fin cherzéphire,
Detoutcequ'ilvenoitdedire,
Et parune Gnce'rite' ,-'
Dontpeu de Femmesfontcapables,
Reconnut que vostrebeauté
Rendoitces lieux e/ICOYplus agreables.
Lasolitaire Echo, cette Hostesse des
Hoit,
,Il¿i ne dit rien qu'on ne luy dif-t
Ai*aparlépardeuxoutroisfois,
Et m'atoûjours demandésibelse
Nel'obligeroitplusde repondre Ilp
voix.
1,d NayadeduclairRuissesau
Qui [,tI/gne çrq.ti nourit Celtl' aimable
Prairie,
M'a paru ce matin la teste hors de
l'eau,
et m'a dit, Dis-moy, je te prie,
Bélise ta plus chere envie,
Cet Objet adorable & beau,
Qui donne à tous les coeurs des pa[..-.
sions si vives,
Ne viendra-t-elleplus faire honneur
àmes Rives?
Ne la verray-je point au cristal de
mon onde
Se rafraîchir&se laver?
Ha, si ce bien me pouvoit arriver,
Quej'irois promptement le dire àtout
le monde,
Et que toutes les Mers auroient bientost
appris Quelles n'ontjamais eudetrésor de
ce prix!
Je publîrois ses avantages
AuxClimats les plus écartez,
Euje vanterois ses beautez
Chez les Peuples les plus sauvages..
Je leur dirois que dans ces lieux,
Qu'elle éclaire de ses beaux yeux,
Toutes choses seréjoüissent,
Et je leur ferois concevoir
Qu'ons'apperçoit qu'elles languissent
Dés lemomentqu'on cesse de les
voir..
CepetitRossignol,dequi lavoix ai-
- mable
Nous entretenaitsisouvent,
Et qui 720us encbantoit Lejour d'auparayant,
N'apluspourmoy riend'agreable-
La voix des autres diminuë
tisne sejfîorcent pllN,à qui chantera
mieux,
Etchacun d'eux me dit d'unaccent
en.»Ry'iI
Où,Lelangueursecontinuë.
Le plusbeaumiracle des Dieux,
Bélise,quicharmoit tonesprit&,
tes yux, -
'!
Ne s'offreplus ànostreveuë; ;;Sans-doute elle a quitté ces lieut.,
Helas! helas! helas! qu'est-elle devenue?
Puisquedans cetteSolitude "'l\
Toutse plaintde ne yoaspli-4 voir,
Bêlise, concevezquelleestsl'inquietde
D'un coeur surqui vos yeux ontpris
unplein pouvoir, :. Etqui Jefaitencor unscrupuleux
devoir-uV*i*\':i
Dese têmoigner à luy-mesme,
qu'on n'ajamais arméde laforce f#11,d
aime.
,1\ ilefl certainque toutes mespensees
N'ont que mon amour pour objet,
", Et qu'fautqu'ellessoientforcées,
Pour s'attacherà quelqu'autresujet
Sanscesseje vous considere, Q
J^examinedeyowjusques IIlN morndrt
trait,
Zè-parle àvous jefaisvofire POTtrtlit,
le meflate ~& me defèJJ?eret
Et je ne me lasse jamais
Nyde ce queje dis, ny de ce que jefais.
levous Voy millefoisplus telle
que toutes ces rares B"eauté^
De quilesnomsfameux ont estêsi , "'(I¿ente'{, et memes lavénusd'Apelle
N'estpas dela Beauté leplusparfait
modelle.
Vous avezplus degrâcequelle,
et les traits du Pinceau nepeuvent
exprimer
Cecharmenaturelquiforce à tous
aimer.
Sijepouvoirquãdvous estespréfènte>
rOIlS"'PoirdJ!èz distinctement,
Tourvousreprésenterdans toutsostre
Quaegrement,
Pluechacmuonnvoaumsoturrosuevraosittsciobnteenlltee,
OL sicharmante
Aiais quand de ces plaisirsjefuisprestl
àjoüir,
Mille perfections meviennentébloüir,
lseuvourspvorymisoin,squeje ne vous admire, mainc oettdehe eue
Et le desordre est teldans mes esprit,
Queplus je yeux parler, &moins je
scay que dire.
Enfin,adorableBélise,
jfcri*A)point deplaisirqueceluy d'estre
àvous,
Et ce bonheur mefificherCFfidoux^ entre lesbiens c'estleseulqueje
¡rift.'- Sijepouvois yousfaire concevoir
Avecquelledouleurje cesse de vousvoir,
Mtquelstranffortsdamour me donne
vostre veue,
Kous avouëriez assurëment,
t~f foutes les beautezdont yous estes
pouryeuë.
Ne ponyoientqtten moyseul trouver
NIl digne Amant.
XVR LES QUESTIONS
de l'Extraordinaire du
Quartier d'Oct. 1679.
I,
E ne voypasqu'on doive balancer
à prendre party sur
::ette premiere Proposition. L'anour
diminue plûtost par les
aveurs d'une Belle,que par ses
rigueurs. Jesçay qu'en portant
un jugement si des-interessé, je
oarle contre la plupart des
mans qui aiment les faveurs,
<fc. ne souffrent les rigueurs qu'avec
une peineextrême; mais je
suis obligé de rendre justice à la
véritéaussibienqu'à l'expérience
& à l'autorité du Poëte,
qui dit que nousnous efforçons,
toujours contrece qui nous est
défendu.Nitimur invetitum.
Ainsi nous aimons plus passionnément
une Belle qui nous le
defend, que celle qu'on nous
veut obliger. à aimer, & qui
nous accorde trop facilement
des saveurs qui la font enfin méprisèr.
Un jugement si équitable
n'auroit pas besoin de
preuve plus solide, si la foule
des Amans ne s'y oppofoit, &
ne me donnaitoccasiond'y'
ajoûterce simpleraisonnement,
que pour bien juger d'une ch(i){eil
fautestre élevéau dessus
d'elle, n'yprendre aucunepart,
& n'y avoir aucun intérest. Un j
Homme dans ce dégagement
peut sainementjugerdela chose
qui luy est présentée. Or les
Amans n'ayant aucune de ces
conditions
,
il est vray de conclure
qu'ils ne peuvent en porter
un jugement équitable d'où
rient qu'on dit communément
nue l'amour est aveugle C'est
dire,qu'il aveugleceux qui ont
lle l'amour pour la chose dont
ils prétendentjuger.D'ailleurs
cors qu'on aime une Belle dans
ces rigueurs, on aime sa vertu,
son mérite, & sa beauté, qui la
pendent infiniment aimable;
au lieu qu'en l'aimant pour ses
saveurs, on ne fonge plus à son
mérite. Onluy rend
seulement
mour pour amour,ce qui est
amteunrtel aux Animaux, qui aiceux
qui leurfont du bien.
Un Amant dans les faveurs n'aime
une Belle que parce qu'elle
fait son bonheur, qui se diminueaisement
lors qu'il la possede,
& de là vient l'inconstance
si ordinaire aux Amans.
Je youx ledis en vérité,
Croyez-moy, charmanteSilvie,
Vneagreable dlJjlerit
JroM rendbienplusdigne d'envie.
Vn Amantsirendassidu
Auprès d'un Objet défendu,
Sarigueurl'attire &l'excite;
Maiss'ilobtient devous quelque douce
si'Peu,., Ilaimemoinsvostremérite,
âuui n'aimesonpropre bonheur.
II. LEcriture Sainte semble
avoir decidé cette Q^elr
tion, lors qu'elle a dit que lacocred'uneFemmesurpassetoute
colere, & que sa malice n'a rien
qui l'égale, parce que l'iniquité
ae l'Homme n'apris sa source
que de la méchanceté de la
Femme., Ce sontdes veritez
que l'Ecclesiastique enseigne.
AinsilesDames ne trouveront
as mauvais que j'assure que la
jalousie d'une Maitresse,est plus
craindre que celle d'un Rival,
ur tout apres ce qu'en a dit le *'f<xmim possit.
Unvoicy la raison principale, Se
cort modérée. Il est constant
r[uc nous souffrons plus d'un.
Objet que nous aimons, & qui
ous haït, que d'un Objetque
ous haïssons, & qui nous haït
uffi. Or la Maistresseestant
Objet aimé de son Amant, il
est certain que plus ill'aime, plus
elle le tourmente cruellement
parsajalousie. Iln'en est pasde
mesme de la jalousie de son Rival
, qui est souvent cause que
l'Amant aime plus fortement sa
Maistresse, parce qu'il la voit aimée
par d'autres, ce quifait dire
àcet Amant, 1
Jeme moque de mon 7?J\al,
Il nepeutmefaire aucun mal
TDontjenetire la vangeance;
MaisSIPhilis estcontremoy,
L'Amour n'estplusd'intelligence,
Je crains tout desonpeudesoy;
Oüy, je dois craindre tout de cette ja-
1011fie,
Carsison 11116f en eftfaifiey
Jepuis bien ma^rejleraJbuffrirmille
maux,
Et riejjércr aucun repos,.
111.
E conseilleraytoujoursàune
Belle d'épouser plutost un
Hommepour qui elle n'a que de
estime dans lecceur, aure
qu'elle aime avec passion.
La raison est, que cette passion
menant à se ralentir, on ne troure
pluslasatisfaction qu'on s'afoit
promise
; au lieu qu'en épouantunePersonnedemérite,
on
la joye de voir croistre son
mourenvoyant augmenter ce
mérite,qui ne diminuëjamais
ans ceux qui se l'estant une fois
acquis, prennent toûjours un
grand soin de le cultiver.
Prudent Tirsis, sage Bérite
L'amour,est lenoeud des £J£rit$:
Il sçauroit estre mieuxpris
Que dans l'estimedu mérite.
- Vn Amant riejtpasplus content
Que quandJonamour est confiant;
MAyflllS mérite iln'estplus de conftance,
Etl'amourqui nom charme tant,
Si l'estime nefait toutefin ajptrancet
SJlfirtsujetàdéfaillance.
IV.
L est assez vray-semblable,
qu'une Maistresse fait
-
plus
souffrir une Amant quand elle
luy préfere un Rival dont elle
ne veut qu'estre aimée, que
quand elle luy en préfere un
qu'elle a dessein d'époufer, puis
qu'elle ne fait par ce dernier
choix aucun tort à cet Amant,
en luy presérant celuy qui doit
faire son bonheur propre. Ainsi
l'Amant ne devroit pasmesme
souffrir d'une option si légitime.
auroit au contraire droit de se
plaindre, si on luy préferoit un
Rival quine devroit estrequ'Armant,
&non Epoux. De cette
sorte une Maistresse le feroit
plus souffrir, &il auroit droitde
luydire,
:
vSt c'estoit un Epoux, quoy que toûjours
fatal
lesouffrirois sans en riendire;
NIIM me préferer un Xiydl,
Eris, c'estme mettre dàV martire.
Oüy, rendezheureux fojlrefpottxs\
j&imè^le tendrement comme un autre.
~vot*s-mefm£, Aimez-lecommejevousaime,
le ne meplaindraypointde vous
ldEt meos tourumens,xItûy m;eferont assez
Mais ma douleurseroitextréme
Etj'enressentirois lesplussensibles
coups,
Si V<w me préseriez quelque 7{ÏÏ4Ï
jaloux,
V.
JE fuis assez embarassé à prononcer
sur cette Proportion,
queje juge également préjudiciable
à un Pere de Famille, puis
que l'expérience nousapprend
que les plus grandes Maisons
sontdécheuës, les unes par le
Jeu, les autres par les Débauches,
& grand nombre par les
Procès. Ceux qui fontassez
malheureux pour en redentir
l'effet, jugeront chacun selon le
malheur qui les a réduits à la
misere. Les uns assureront que
le Jeuestle plus préjudiciable,
les autres diront au contraire,
que les grands Procès le sont
ncor plus; &moy jeconcluray
que les grandes & continuelles,
ébauches apportent incompaablement
plus de dommage, &
le préjudice à un Pere de Famile,
en ce qu'elles le rendent eo;
touttemps incapable de la gouverner,&
de lamaintenir.
LeJeu,leProcés,la Chicane,
Subtilisenttoûjours l'esprit,
Mais la débauche l'abrutit;
Ainsiplus qu'euxje la condamne.
.,
Je sou Monsieur,
avoir plus deloisir queje n'enay,
pour vous dire quelque choie
des Talismans, ôc de la Pierre
Philosophale,dontj'ay des Remarques
assez curieuses. Vous
sçavez. qu'ilen est parlé dans les
Conférences Publiques du Sr
Renaudot;que le S Davity
parle amplement du St Nicolas
Elamel, & de quelle maniere il
a trouvé la Pierre Philosophale.
Vous,mesme, Monsieur vous
n'ignorez pas ce que c'estquele
Clou du Cabinet du Grand Duc
de Toscane. Ce Clouest moitié
or &: moitié fer, & cela s'est
fait lors qu'un Maréchalferrant
disposant une drogue pour un
Cheval, 8c la tournant avec ce
Clou, il trouva la drogue si bien
composée, & le feu dans un degré
si propice, que la partie du
Clou qui trempoit dans ladrogue
devint tout jaune. Enfin le
Clouayant estéporté aux Orfevres
,
ils assurerent tous que
cette partie estoit de bonor,
quoy que ce Maréchal nesçeust
par quel moyen cela s'estoit fait;
kC qu'il luy fuit: impossible de
produire une autre fois le mesme
effet. Mais on neme donne
qu'autant de temps qu'il m'en
faut pourvous assurer que nos
Meilleurs&moy, sommestoù
ours vos tres, &c.
, LESRECLVSDES.LEVD'AMIENS,
MADRIGAL. AIf n'est-ce pashaïr monrepos
maYie,
D'attendre la jeune Silvie
Dans ce bois écarté?
'Mit raison oste-moy cettefuneste envie,
le ne puissoûtenir l'éclatdesabeauté,
le m'exposeàsa cruauté,
Abn'est-cepas haïr mon repos ~çrma
fie.<*
-
AUTRE.
QVand vousseule avezsçeu l'II
meurquej*aypouryous
Toutmaparusidoux,
Iusqu'àvos rigueurs mesme.
&fats quelchangement a monsort
Iris, je voudrois estremort,
On dit fue jevous aime.
AUTRE.
IE ne puis soûtenir vostre injuste
courroux,
Mon coeur estaccablé de craintes C9- d'allarmes,
Jrous L'a*ie^ d'unseulmot percéde
mille coups.
jih sivous polI..,icZ voir queltorrent
sont mes larmes,
Isserois trop heureux, mais tropyangc*
de vous.
AUTRE. NE nous allarmonsplus, Silvie,
Iamais un Maryjaloux,
En des termessidoux,
N'exprimasajalousie.
Car quãdilditquejesuis amoureux^
Mais que je n'ose vous le dire,
n'est rien contre Vous duii Esprit
jàu/fDnnetlx;
Etpour moy, n'ay-jepas tout ce que
je desire,
ï4lors qu'auprès de vous on me croit
malheureux ? EPITAPHE. CYgstquiposseda lesplus riches
Trésors
Quiformerentjamais&l'Esprit (7
le Corps,
Lemodeleparfait des vertus&des
rlJttlrmCJ,
Iris enfin, le chef-d'oeuvredes Dieux
Etsurtoutà mesyeux,
gui nes'ouvrirontplus quepour
des larmes.
Toutcequ'onvoit icyleurparoist
Depuis le ^<iurqttIrùbtbitc dans
CitlU.;
A l'âge de yifigtdns la Turque
ravie.
IPleure, pleure, Tassant,surfo^fl
fort,
Pleure amjftsur ma triste "'Ie,
Elleestbienpirequesa mort.
REPONSE AUX CL.
Questions du dernier,
Extraordinaire. pUis que les cinq Quest
que vous proposezson
champ où il est libre à un
cunde s'exercer, je vous so
Moniteur,de ce que j'-y
par ma propre experienil
n'est pù5 moins certaine
que les autres endiront
les subtilitez de la raison.
is dire d'Abord que sij'ay
vé des rigueurs,j'avquelis
reçeu des faveurs,mais
souventmesdesirss'éepar
lapossessiondes Obpres
lesquels j'avois sou- neffet, nostre inclination
npuë, nous porte plutost
rcher de nouvelles con- S.ltà conserverlamesme
r pour celles qui nous sont
es. Il estvray que l'amour,
it l'amour,& que lorsque
ux font excitez par le méla
vertu, ils s'allumentde
plus;;parles devoirs, &.,
par les correspondances mw
tuelles quifont un effet de la
sympathie, mais cobien voyons
nous peu de ces véritables Amans,
qui considerent plutost
la Personne aimée, que leur propre
satisfaction & leur interest
Souvent les feux, s'éteignent
aussi-tostque la cause qui lesa
produits vient à cesser; & si au
cõtraire l'on trouve trop d'amor
ces dans les chaînes où l'on est
engagé, la crainte qu'on a que le,
mesme bonheur ne soit communiqué,
à un autre, rend l'à..1
mour insuportable,&lefait dégénérer
en fureur. Cette paillon
que l'on nomme jalousie,est,
commune à l'un & àl'autre Sexe,
& les Femmes ( à mon avis) sont
cellessur qui elleexerce davanage
sa tyrannie. Comme elles
ne font pas occupées dans les
taures publiques, bcr particulieres,
qui peuvent, dissiper, en
partie un mal qui ne consisteque
dansl'imagination,ellesen sont
plus susceptibles ; &comme leUF
amourest plus violentelles
portent aussi plus loin leur desir
de vengeãce contre celles ,qu'on
leur préfere,aussibien que contre
ceux qui les méprisentPour
cettecõsidération,ilsemble qu'il
estsouvent moins avantageux
d'epouser celle quel'on. aime
lyeC passion, qu'une autre pour
quil'on n'auroit quede, l'estime,
parce quel'amour estaveugle,
& n'est pascompatible avec
la prudence; au lieu quel'estime
quin'est venuë quepar degrez
se perfectionnecous les jours, Se ,. n'est pas sujette aux prompts
changemens, qui font ordinaires
aux choses dont la naissance enj
précipitée. On peutajouter que
les alliances de ceux dont les
coeurs nesont pas transportez
des fureurs de l'amour, font plus
solides &de plus longuedurée
parce qu'elles ne sont pas troublées
par la jalousie que l'on
nomme la corruptrice de l'a-i
mour, & des agrémensqui en
font la nourriture. Neanmoins
ce qui estun abus par accident
dans quelques ames foibles, ne
doit pas faire condamner l'amour
qui ne doit pas estre limité
par des degrez, & l'on n'y peche
jamais par excès, puis que l'on
peut aimer sans mesure ; au conraire
la médiocrité incline vers
a froideur quiestune autre exremité
encor plus vitieufe, dans
aquelle les coeursmal-unis sont
charge les uns aux autres.
La quatrièmeQuestionpaoist
d'une curiosité inutile; car
importe peu à celuy qui perd
maitresse, qu'elle tombeenre
les mains d'un Mary ou d'un
galant,puis que la perte est
gaiement irréparable.Néanmoins
on peut dire que plus le
hangement est odieux ez illéitime,
plus le regretest fenble.
On peut se consoler par
nison quand on nous refuse ce
qu'on nenous doit pas, & sur
out, lors qu'il s'agit d'un enngement
pour toute la vie,
Mais il est extrêmement rigoureux
que le libertinage soit couronné
au préjudice de la sinceritéde
nos affections, & quepar
un mépris criminel & une malice
infructueuse, 8116 donne à
celuy qui ne s'assujetis à aucune
Loy, & peut sejouer à tous momensdesa
foy..
Pour ce qui estde la cinquième
Question, jenem'arresteray
pCarsoias faire la peinture de ces
passions qui causent fouvent
la ruine des Familles,je
dirayseulement que le
Jeuestce
qui nous réduit en moins de
temps dansla derniere indigence.
Il est vray que le Vin est
un vice qui a plus de diformité
puisqu'il ensevelit la raison
,
e-q
que la Chicane cause non seulement
la perte des biens de la
brtune, mais aussi de ceux de
l'esprit, qu'elle accable d'inquiétudequ'iln'y
a rien de si
contraire àla charité que la téneritédesPlaideurs,
puis qu'elle
ait tort au prochain, aussibien
qu'ànous-mesmes. Néanmoins
Jeu est pluspréjudiciable aux
Familles dans ses effets,quoy
qu'il foit moins criminel dans
action Il rend ingénieux pour
trouver dequoy se satisraire.
C'est un charme dangereux: qui
çaitnouséblouirpar des espéances
trompeuses, àc un préipice
où l'on s'àbyme de plus
unplusdans l'espérance de retrouvrer
ce que l'on a perdu.
BOICEVOISE
F ICT ION
SUR L'ORIGINE
DL
LA POUDRE A CANON ToutlemonderaitquePluton,
Dieu duStyx&del'Acheron
Ravit dejpt* une (Chaumine
La ravissante Proserpine;
Tellement que Dame Cérês
MEuaitstboeauutetenmsçpasvIef ncotpuarisr,apjreèsjsure
Certainepetite drdntare;
Que j'entreprensderaconter,
pONneN-qu'onyeûtliem'écouter9
ainsi que lesyeux,contre terre,
lela tlJiJejJùi une Pierre,
.AJJêtprochedNNOllt Gibet,
Dont le vomissement mortel Nf
Metsouventses voisins enpeine,
Lors qu'ilcouvretoutelaPlaine
Defeuxde charbons divers,
quiviennentdufonddesEnfers
Le Mont Gibel est en Sicile
Etsi nomme Etna chez Virgile;
Cefut Lipres, sa"un Monument
lettépar le vomissement
De ceMontbrûlant, mefit lire
Ce quejem'enva Vousredire.
QuandPlutonseuletetrouva
Trofirpine, cr qu'ill'enleva,
Pour tenir ayecluy ménage,
Elle n'eutpour tout appanage
Jl.!!. "'l,ld/ avoitsur le corps.
Ses appâtsirentses trfforf%
Et,ilenfautcroirelepoëte,
rift seulepetite WoFte
Où de la Poudre elleserrroit,
Dontparfois ellesepoudroit,
FutleBijou qu'elle eut enpoche,
Lejour que de Pluton l'approche,
Dontellenesedoutoitpas
f Luy fîtainftdoubler lepat.
Comme elle l'ayoitdesa Mere,
Cette Boékeluy devint chere,
Et de ce qu'ellerenfermoit,
Défaite elle ne se seroit,
Pour aucune chosedu monde,;
Surtoutquandelle,eutpassé l'onde
Qui meneauPaîs d'Achéron,
Dedansla "Barque de Chdfvn;
Car l'enferestantloindeChypre,
gui rime avec la ViUeJ'Tp,e,
Et nes'y trouvantpoint J'ErM,
Dame Pfl'p;n auxyeuxgris-,
appréhendaplusque lafoudre
De trouver la fin desa Poudre
Comprenant très-bienle besoin
Quelleavaitdeprendregrandsoin
Deparoistretoujours Blondine
Dedans l'infernale Cuisine,
Auxyeux de l'amoureux Plutôt*t
Sjti chérit les Blondes, dit-on,
Parcequele teint enestrare
Chez les ffobitansditTé»are.
Cependantson cruel dtjtin
POli/Ntyuela 3$oëtepritfin*
Où laPoudre estoit enfermée,
Quoyqu'extrêmementménagée.
Pendant trois à quatre mille ans9
Etjusqu'à pres de nostre temps,
Peu s'ensalut que la Déesse,
Tant elle en conçeut de tristesse,
Ne mourût de cet accident.
Lepérilenfut évident,
Etfinchagrinsiremarquable,
Que Pluton, quelqueimpitoyable
.qui,on le yoyeordinairement,
S'en émeut effroyablement,
Et voulant ensçavoir la cause,
&jti luyfut longtemps Lettre close,
Apres bien dutemps il apprit
quelmalheurtourmentoit l'esprit,
Oupiquoit ainsiqu'une épine
Le coeur de dame Proserpine.
D'abordau remede ilpensa,
Et dés le moment envoya
Cent mille Lutins encampagne,
Voulantquilntfuft ny Montagne,
Ny Rivières, ny plat Païs,
Vdn$ l'Empireinfernalcompris,
Oùde la Poudreils ne cherchassent,
lujquss à ce qu'ilsentrouvassent,
".,Æf!i pdt appaiserla douleur
DeProserpinesoncher coeur,
Remplaçant la Poudrepremiere
Dont ellese tenoitsifiere.
Mais apres d'infinis détours
gu'ilsfirentpendantplusieursjours,
Çerijtin Démoin dedansunAntre,
Qu'oncroitdu Monde estre le centre,
Voyantje-ne-sçay-quoydeblanc,
Qjtprahloit attaché de rang
A la Voûtede la fa^erne
laplus profondede l'Averne,
S'alla de bonheur aviser
Qu'on pourvoit le pulvériser.
Eneffet c'efioitdu Salpêtre,
Qu'ensemblableslieux onvoit naître,
Et qu'onpulvériseaisement
Par le moindreconcassèment.
Enayantfaitl'effetsurl'heure,
71'écria, Que je meure,
Si je n'ay trouvé ce qu'il faut
Pourremédieraudefaut
Qui met si fort P'uton en peine
Pour Proserpine nostre Rcyne;
Et puis dans le creux d'un j^ofeau^
Qu'ilcoupasurlebordd'une eau,
Qui n'estoitpasbienéloignée. Ilversaplusd'unepoignée
De Salpêtre pulverisé,
Ou qu'il avoit bien mellllip,
Et s'encourut en diligence
Vers la Plutonique audience,
Sedr d'estre bien récompensé,
Celasembloit tres bien pensé:
Mais 01{ la bizarrerie
Du Sort. ce n'estpointraillerie.
Pendant que Pluton écontoit
Ce que le Lutin rapportoit
Desonbeaureuse découverte,
Il en éprouvatofi la perte;
Car une des Dames d'atour
DeProserpine,dont la Cour
EsttoutepleinedeFuries,
De Torchesardentes munies,
Ayant voulu voir de troppres
Ce que rapportait cet Exprés,
Pll étfacsttepétillante
Quipartit desaTorche ardente,
Futcausequel'onvit béait jeu;
Car le Salpêtre ayant prisfeu,
Comme matiere combustible,
Ilfit un éclatsi terrible,
Que tout le Roseause rompit,
.A""Pet" unsifurieux bruit,
Qu'ilremplit toutlà d*unecrainte,
D~Tlutonmême eutl'ameatteinte:
Bienleur enpritd'estreimmortels,
Cars'ils n'eussentpas estétels,
Ils auroienteu lapeau bien dure,
S'ils n'itfoient eu quelque blessure
De tant d'éclats de ce TÇofeau,
Dontne restapas un morceau:
Maisquandlafrayeurfutcessée,
A Plutonvintunepensée,
Touchant ladesolation
&jtunç semblable invention
Pourroitcauserdessus la terre,
Où tout estfrêle commeverre.
Ilenfit doncplusieurs tJPH
Quise rencontrant toujoursvrais,
Lafirent à lafin résoudre
Defaireporter cette Poudre,
Mise à dessein dans un Canal
De bçù, de fer, ou de métal,
AuxHommes,afin qu'ilsapprissent
Asetuer, qu'ilspérissent.
Aussi~estdit, aussitostfait,
Cela reussit àsoubait:
Onnesçauroit compter lessommes
Des mauxqu'ont enduréles Homes,
Débuts cet envoy que Pluton
Leurfit de la Poudre à Canon,
Quitireainsison origine
De laPoudre de Proserpine.
DE LA PIERRE
PHILOSOPHALE. LEs vertus que l'on attribuë
à la Pierre Philosophale,
sont toutes divines. Il n'y a
point de maladie qu'elle ne guérisse
en peu de temps. Elle fait
vivre des siecles entiers ceux quis'enservent,
sansestre sujets aux
moindres infirmitez; elle rajeunit
lesVieillards les plus décrepites,&
les entretient dans une
santévigourese,jusqu'au terme
que Dieu a destiné pour leur vie.
Ces effets sont peu de chose en
comparaison de ceux qu'elle
produit sur les Pierres,&les
Métaux:elle change le Cristal
en Pierres précieuses; elle rend
le Verre maleable;elleconvertit
le Vif-argent,lePlomb,& les
autresMétaux, en Or aussi pur,
& aussi parfait que celuy des
Indes.
- Puisque la Pierre Philosophale
a tant de vertu, il ne faut
p.S s'étonner si elle est recherchée
de tantdeGens. Il n'y a
personne quine coure apres les
richesses :il n'y a point de Vieillard
quine cherche àse dépouiller
de sa vieille peau; & il n'ya
point deMalade qui ne mette
toutenusage, pourseguérir du
mal quil'accable. Quoy que la Pierre Philofophale
ait beaucoupdePartisans,
il se trouve cependant fort peu
de ceuxqui s'y attachent, qui y
réunirent. Cette mariere est si
embroüillée,&les Autheurs efti
ont parlé avec tant d'obscurité,
qu'il est presque impossible de
les entendre; il semble mesme
qu'ils n'en ayent écrit que pour
l'obscurcirdavantage. C'est ce
qui a donné lieu à mille procédez,
&à mille opérationsdiférentes.
Les uns se sont imaJ*
ginez que lamatieredela Pierre
le trouvoit dans le Sang, dans
les Excrémens,dans le Vin,dans
le Tartre, dans la Rosée,dans la
Mane, & dans le Miel. Les autres
l'ont cherchée dans leVisargent,
dans l'Or, dans l'Antimoine
,
& dans les autres minéraux.
Les uns se font servis de
~usieurs matieres qu'ils ontmê-
~les ensemble.Les autres ont
~rû qu'il n'y avoit qu'une feule
unique matiere, à laquelle iL
e falloit rien ajouter. Les uns
nfin se font persuadez. que la
~ierre ne se pouvoit faire sans de
randes dépenses, & sans un
ravail fort pénible. Les autres
ut crû que comme c'estoitl'ourage
de la Nature, elle se deoit
faire à peu de frais, & que
Artiste ne faisoit qu'aider la
Nature par une voye fort sins
lIe,.& fort aisée.
Il feroit assez difficile d'expliquer
les Enigmes dont on se fert
loiy cacher la Pierre Philosophale,
si l'on ne s'appliquoit pariculierement
à la lecture des
Autheurs qui en ont écrit.. Il ne
faut pas s'ennuyer de lire, & cb
relire plusieurs fois un ~mesme
Livre; on en tire tous les jour
de nouvelles lumieres
, un ~pas
fage en éclaircit souvent un~au
tre, &l'on y trouve quelques
fois ce que l'on n'y avoir~sçeu
découvrir auparavant. Mais ~i faut se prendre garde des Livres
des Imiposteurs & des Sophistes
; il faut accorder ce que
l'on trouve dans les Autheur
avec la Nature, & il faut l'imiter
, & la suivre en routes choses.
In omnibusNaturam imitator.
C'estlàle seul moyen de venir à
bout de cet Ouvrage;c'est la
seule voye qui peut nous conduire
à la connoissance dela matiere
dont on le fait, de la maniere
-
dont on laprépare, des
~uleurs, &des changemens qui
~arrivent, & dutemps que cha-
~ne couleurdoit paroistre,&
le l'Ouvrage est achevé.
Quoyque les Autheurs ne
~omment point la matiere de la
erre, cependant ils demeurent
~us d'accord que c'est une
~nose fortcommune, qui couste
~eu, & que les Pauvres peuvent
roir comme les Riches. Un an-
~en Philosophe nous avertitde
~isler la pluralité des matieres,
~our s'attacher àune feule chof,
laquelle - a de foy
-
mesme
~ut ce quiluy est necessaire.
~lphidiusdit que l'on n'a besoin
~ue d'une feule matiere, qu'il
~ut décuirecontinuellement
~ans un seul vaisseau.Morien
~pûte, que quoy que les Philofophes
se contredisent~souven
sur la mateère, &qu'ils la nom
ment tantost d'une façon, & tan
tost d'une autre, ils~n'entendent
mtousepsamrlerequcehd'uone sfeuele .ti
Les Autheurs ne conviennent
point de la nature de la matiere.
Les uns disent qu'elle est métallique
; les autres veulent qu'elle
foit minérale.L'Autheur du Rofaire
dit qu'elle a esté commencée
par la Nature fous une forme
métalique, mais qu'elle l'a
laisséimparfaite. Petrus Bonus
veut qu'elle foit la mesme, dont
la Natureengendre les Métaux
dans les entrailles de la terre.
Raymond Lulle,BazileValentin,
Zachaire, & le Trévifan,
se fervent de lamesme matiere,
ont les Métaux se forment dans
~aterre; mais ilest bien difficile
e connoistre quelleest cette
~eule& unique matiere, dont la
Nature se fert pourfaire les Méauw.
L'AutheurduTraitédu
el des Philosophes, en parle de
ette maniere. Il n'y a, dit-il,
~u'une seule chose dans le mont
qui puisse démontrer la ve-
~itéde nostre Art. C'estune Pierre,
& cen'est pourtantpas une Pierre.
~on l'appelle Pierre par ressemblance,
arce que c'estune matiredure &
che, qui se ptut broyer & ri..
'uire en poudre, comme unePierre. lajoûte, Qu'onlatrouvedansla
'(JuvlUe Maison de Saturne, que
~'estl'Antimoine triomphant, le Bis-
~zuth ou l'Etain deglacefondantà
a chandelle, le Cobaltum qui noi-.
cit davantage que le Plomb & le
Fer, le Plomb qui fait les épreuves
,&c.
S'il est difficile deconnoistre
la matiere de la Pierre Philosophale,
il ne l'est pas moins de
sçavoir lamaniere dont illa faut
préparer. Quelques Autheurs
veulent qu'on la prenne telle
que la Nature la donne, &: que
l'ayant enfermée dans un vaisseau
scellé la hermétiquement, on décuiseparune douce&lente
chaleur,jurqu'àce qu'elle
aquierrecette belle couleur de
Pavot champestre, qui doit couronnerlatesteduRoy.
Les autres
prétendentqu'il est necesfaire
de séparer les superfluitez
qui se trouvent dans la matiere,
avantque de la mettre dans le
~vaisseau, & qu'il la faut ensuite
conduireavec un feu moderé,
qui ne surpasse point la chaleur
d'une Poule qui couvedesoeufs,
de peur de brûler les fleurs, &
d'étoufer l'Enfant dés sa nais-
~sance.
r: Le feu agissant doucement sur
a matiere,en éleve sans cesse
~un certain phlegme insipide,
~equel retombant plusieurs fois
~lessus, la dissoutpeu à peu,&en arte les parties les unes des
~autres ;
mais cette humidité le
desseche insensiblement, & la
~matiere se change bien-tost en
ne poudre impalpable, quiré-
:steà-laUplus gran.de violence du Quoy que cette opération soit
~ort simple, & qu'il n'y ait qu'à
enfermer, une feule fois la mai
tiere dans sonvaisseau , & à la
décuire parune douce & lent
chaleur, les Autheurs nelaissent
pas de l'embarrasser de mille
noms, & de mille opérations
diférentes. Quand ils s'apper
çoivent que la mariere "commence
à pousser quelques vapeursi
au haut du vaisseau
,
ils l'appellentSublimation
; quand ces vapeurs
retombent: surlamatiere.
ils là nomment Distilation
quand ils voyent que la chaleur
épaissitlamatiere, qu'elles'ob
scurcit, & qu'elle devient noir
ils l'appellent corruption ou Pa
trefaction; & quand elle
- com
mence àse blanchir, ils la tiorrM
mentIncinérâtion. Ilsluydont
nentainsidiférens noms suivans
.1
ès divers changemens qui luy
arrivent.
La matière n'est pas longtemps
sur le feu,sans qu'ons*aperçoive
de quelque changement
considérable. Isaacle Hol-
- landois dit qu'elle devient toute
noire en peu de temps, & qu'il
n'ya point de couleur dans le
monde par laquelle elle ne passe,
avant que d'èstre rouge. Ripleus
dit qu'apres avoir veu une
.nfinité de couleurs diférentes
dans la matière, elle devient
blanche comme de la Neige,
qu'elle se pare en fuite d'une
belle couleur Citrine, qui dégénère
peu à peu en faux Citrin,
& qu'elle devient enfin
dela couleur du Pavot cham-
- ipeftre.-
Les Autheurs n'assurent rien,
de positif, ny du temps que char
que couleur doit paroistre, ny
de celuy que l'ouvrageestachevé;
il n'y a que l'expérience qui
puissenousenassurer. La plupart
n'y mettent pourtant que
dix, douze you quinze mois.
Quand on a une fois faitla
Pierre la Philosophale, ilestaisé
de multiplier, & de Paugraenter
non feulement en quantité,
mais aussi en force & en vertu,
de maniere qu'un seul grain soit
capable de guérir mille Malades,
& de changer mille livres de métal
en or. La multiplication
s'en fait en y ajoutant deux ou
trois parts de la mesme matiere
dont on l'acomposée, 8c en la
décuisânt quelque temps à un
eu doux&temperé. Plus on la
multiplie,pluselle devient puisantev&
sa vertupeut-aller j,uf-
^u'ài'infiny.
Il n'yappoint d'Autheur qui lele de la proj ection de la
Pierre sur les Métaux, &, qui
l'enseigne la maniere dont on
'en doit servir pour guérir les
maladies les plus rebelles, & les
lusinveterées, Zachairenous
Üt qu'iln'eustpas sitost achevé
ion* ouvrage qu'il jetta un peu
te cette matiere sur du Vif-arent
qu'il avoit fait échaufer
lans un Creuser, & qu'en moins
l'une heure le Vif-argent fut
onverty en Or tres fin, qui
éfifta à toutes les épreuves.
Ceux qui se servent de la Pierre
Philosophale pour la guérison,
des maladies, en meslent un peut
avec quelque liqueur convenable
,- le font prendre au Maladele
matin à jeun.. Ilsreïtérentceremede
jusqu'à ce que 10,1
Malade foit entièrement gtiqy-"'
C'est donc en vain que l'ont
apporte beaucoup de raisonnemens
pour combatre la Pierre
Philosophale,&quel'on passe
pour Resveurs, & pour Phantastiquesceux
qui la cherchent
Cette Science a fait toute l'oc.
cupation des plus grands Monarques
de l'Asie, ôc des plus
fages Philosophes de l'Anti
quité. Combienmesmea-t-oo
veude Saints Religieux qui s'y
font attachez avec beaucoup
d'application ÔC d'exactitude,
& combien voit-on encor à préent
de sçavans Hommes quis'y
appliquent?: S'il y a quelque
choieacondamner dans cette
Science,ce font lesabus qui s'y
commettent par quelques Chymystes
qui se vantent d'estre les
veritables possesseursde ce Sezret"&-
qui promettent des richesses
immenses à ceux qui les
veulent écouter;ce qui leur
fait trouver des Dupes, qui fous
espérance d'avoir un jour de
grands Biens, dissipent malheureusement
le peu que la Fortune
deurena
-donné.
LEPHILOSOPHE INCONNV. *Le seulMr Miconetde Châlons
sur Saône,cjlvemà boutdetronquer
lesens de laderniere Lettre en
chiffres,& ily aleu ces quatre
Vers,
Continuez,galant Mercure,
Onfonhaite àl'envy quevostre regne
dure;
Et comme vous plaisez à tous,
Toutle monde se plaist à travailler
pour vous.
Pour déchifrer ceQuatrain, il
ne s'agissoitque de multiplier dans
les diversChifres qui compofsent
chaque lettre, le dernier chifrepar
lepremier, cf desoustraire de ce
produit le, nombreque marque le
Chifre du milieu, dans les lettres
quisontformées de trois Chifres
Ainsi 31valentun C, qui est la
troisiême lettre de l'Alphabet, parce
que trois sois un valent trois; 7
valent un 0, qui estla, quatorzième
lettre de l'Alphabet, parce quesept
foisdeux valent quatorze; 475valent
une N , parce que quatre fois
cinq
cinq valent viugt. Side vingt vous
(estezsept,qui estle chiffre du milieu,
restera treize,&par conséquent
nombre detreizevaudra une N,
uiest la treizième lettrede l'Al
habet. Tous les chifres ou le nombre
multipliépasse.vingt-trois, font
les Nulles, Ainsi ces trois divers
chifres48,178-,84employez dans
Lettredontjevousapprensleferet,
ne valent ensemblequ'un A
marqué dans ces chifres 178, où
:ne fois huit, fait huit. Dehuit
stez sept, il resteraun, qui vaut
n A : 48 &84, sontdes Nulles,
,wra quequatre fois huit valant
vente-deux, quiest un nombre exedant
celuy des vingt-trois lettres
',•t l'Alphabet. La me[me chose de ou huitfois quatre, valent Iluffl
vente-deux.
Voicy un nouveau Chifredel'inventiondu
mesmeMr Miconet, qui
a trouvé le secret de celuy-cy, (y,
dontje vousenay déjà envoyéplu*
sriéeguursliaeurtr&ese, sl'tAmlpohinasbeemt ebnareafsitsraens-t\
en ce que chaque lettre nesi compesée
que d'une ou de deux notes dArithmétique. Ce chifre ne laijft
pas d'estrefortsubtil, drpeut-eftre\
aura-t-on besoin de s'appliquerfor-j
tement pour déveloper ce qu'il con-)
tient. j
LETTRE EN CHIFRES.
62. 59. 64. 8. 19. 81. 61. 39:55.
35.44: 14.75.61.41.37.10.19:
59. 61.76.89.95.32- 41.36. *9-
3. 23.28. 83. 72.56. 76,81: 9.16

ETTRE EN CHIERES
33.34. 47. 51: 69. 64.. 8.II.18.
33. 51:53. 9,19: 73. 83.87.72.
63.58.41: 45- 59,8.1736: 37.
17.31. 40.j7 : 74.12. 17. 20. 6.
16.43. 61: 60.80:91.18.23. 40.
37.57. 74-i0-lS:}«•î1-60: 48.
34.47.28. 45. 4O: IO.2I. 2O.3.
9°. 71: 59.37.55.74. 14.19.2.
70. 61. 56. 76.55: 59.12.13.30.
83.95.90.73: 91.96.76,59.27.
31.44.39.51.71: 82.87. 9. 11.
29.38. 57.77.60.11. 26: 87.90.
76. 63. 44. 61. 66: 12. 32.45:
90. 8j. 67.5x.35-44-M: 6. 23.
37. 51: 49. 19 80. 97. 88, 37.
41. 62. 4I.
y*adjoûteuneLeîffrecnFigures
à ce nouveau Chifre.le Cçay qu'il Jmftutfcrvir a aucun commerce a'écriture
)
mais il peut estre regardé
comme une Enigme dont on frciïd
plaisiracherchertesens. Ilamesine
son utilité, encequ'ilfaitconnoistre
les Armes de plusieurs Maisons.
Attachevous si les regarder.Vous
y trouvent celles de Mr le Comte
de Tavanes, de Mrle Duc du Lude,
de M'deSouvray,de MrdelaFerté
de MrdeRoquelaure,de MxdtChe^
vreuse de la Duché & Pairie de
Langres,de MrdeVarembon, d'orange
, du Royaume dejérusalem,
& de la Maison de Tolede
,
qui est
celle du Ducàd'Albe en Espagne.
Jjhtoy que vous ayezdéjà veu
beaucoup de Traductions de 1'04
d'Horacequi commenceparDonec
gratuseram tibi, je nelaisse pas
de vous en envoyer une nouvelle
que jesuis assuréquivous plaira,
nonseulementparce qu'eue exprime
sistnatureAtrnemlafenféeduFvît?,
mais parce, qu'elleest d'une personne
de l'ostre Sexey& que Mademoiselle
Castille qui nous l'a donnée,a une
facilitéde Génie quifait aimer tout
cequ'ellefait. Ce que je.vem dis
d'elle, vom- paroistra jusque dans
desParoles- qu'elle a faites pour
chanter, &quejejoins à cette Traduction.
ODE IX. DU III. LIVRE
D'HORACE.
TYTIRE., TAndisquej'avoirsèulItbonhtut
de te plaire,
2V t'-nnWJtjp" deprendre enceBois
solitaire
Sur ta bouchede roseunbaiseramou-
Etque le Berger qui t'adore,
A ces tendresfaveursriajptroitpas
encore,
Tytire des Wer.ters estoitleplus Jeureux.
AMINTE.
Tandis queseule aussijeregnoissut
ton amet
Et que brulant pour moyd'une constanteflame,
Toivte tagloire ejloit de vivresous mil
Loy;
Avant que cette Ame legere
Brulastour une autre 2?trgeret
Quelle Bergere estoitplus beureuse que
moy?
TYTIRE.
Non,je ne comptepoint de beauxjours
dans ma Vie, < Que depuis que jesersl'adorable S/lyie».
Qu'a ma Flutesavoix joint de charmans
",con/sI
Ahlfipour la rendre immortelle, Ilfalloitquaujourd'huyjemourujje
pour elle,
lesuffriroispour elleaujourd'huy
mille morts. AMINTE.
Toint deplaisirs pourmoy dans l'amoureux
Empire,
Que depuis que pour moy le beau
Damon soûpire.
Iln'estpoint de Berger aimable comme
luy.
Ahl s'ilfalloitmourirpour cetAmant
fidelle,
On verroitpour Dor-mossson Aminte
aujourd huy
EndurermiKefour la mort laplus
cruelle.
TYTIRE.
MtIIÑ, dy-moy, si l'amourréveilloit
dans nos coeurs
Nospremieresardeurs,
Ets'ilnousrejotgnoitd'une eternelle
Sije renonçois pourjamais
A la blonde Silvie, àjès divins attraits,
Pour ne voir que la brune Aminte?
AMINTE.
Alors, bien que Damonsoitbeau comme
l'Amour,
Qu'onctehvoayeqemupoerjtéodeufairs ,
Qu'en un mois sur la Mer DMfieItllt yoird'orages,- ,
N'importe,seûredetafoy,
Si maigré tes mépris, si malgré tes
outrages,
rjL t'aimer constammentde nouveau tu
m'engages,
Your mon coeurquelle douce Coyt
De vivre,de mourir, Tytire, ayecque
toy!
gAeIRr.
EJttoujoursyoïage;
Monzerirr
N'aime qu'à changer.
1711 momentàchaqueobjetl'engage,
Etcemoment
Romptsonengagement.
Mad.DE CASTILLE,Ruë
du grand Chantier.
DES
TALISMANS.
IL n'y a rien de plus merveil.
leux que les Talismans chez
les Cabalistes. Ce secret est tout
divin,ou du moins si admirable,
que c'est le plus rare effet de
l'Art& de la Nature. La Pierre
Philosophale aussi hautement
loüée que vainement recherchée
par les Chymistes, n'arien
qui luy soit comparable. Elle
pourroit estre plus utile, mais
elle ne sçauroit estre plus admirable.
Il ne faut donc pas s'étonner
si les Roses-croix l'emportent
sur les Soûfleurs, & si la
Chymiele cedeàcette belleMagie;
mais envérité il y aicy quelque
chose de plus surprenant
que l'Art mesme.C'est que ny
les uns ny les autres ne fvnt
ny ce qu'ils cherchent, ny les
moyens de le trouver. Tout ceque
Guafarel,& son Critique,
ont dit pour Se contre les Talismans,
ne nous rendpas plus éclairez
sur cette matiere, & on ne'
remporte autre chose de cette
lecture, lors qu'on en juge de
bon sens,sinon que l'un. se forme
un fantôme pour se faire
pour,& l'autre une chimere pour
la combatre; car enfin s'il y a des
Talismans, c'est quelque chose
de si vain & de si ridicule, qu'il
n'y a que le vulgaire capable de
s'y attacher; & s'il n'yen a pas,
du moins qui ~ayé la vertu qu'on
leur attribuë,il faut estre fou
pour s'entester d'une Science
imaginaire.
Cependant, comme il y a des
Visionnaires dans les Sciences Be
dans les Arts,aussi-bien que dans
lesautres choses, les Cabalistes
ont donné à cette réverie un
nom & des principes. Ils ont
tiré les principes de l'Astrologie
; judiciaire &: de la Magie naturelle,
pour ne pas diredela Magie
noire& scandaleuse;carde
> quelque déguisement qu'on se
serve
, il y a si peu de difference
entre les Caracteres magiques &..
les Talismans,qu'onpeutles
confondresans estresoupçonné
de malice ou d'ignorance.
Le nom deTalisman est Hé-
- breu ou Caldéen selon quelques
uns. Selon d'autresilestArabe,
& il y a plus d'apparence; les
Arabes s'e stant particulierement3
appliquez à cette Science, &.:
l'ayant apprise aux autresPeuples.
Maisenfin,soitquele nlOG;
vienne de Telasmen, ou deTellf-"
menaijo, il veut dire Image astraleou
constellée. C'est le nom
que les Latins luy ont donnée,
l'apellant ainsi par sa définition
propre. Quelques-uns neantmoins,
pour mieux prouver sont
excellence, & pour montrer
qu'elleaesté connuë des Grecs
& des Latins, assurent que le
mot est Grec, & vient de Telesmenon,
qui veut dire perfection,
ou du mot Latin talis, qui signifie
tel ou ressemblant, le Talisman
estant un portrait qui agit
avec plus ou moins de force, serlon
qu'il a plus ou moins de réfsemblance.
Quoy qu'il en soit,
on peut appeller cette Science
la Science des Images, ou du
moins des Imaginaires, puis qu'-
elle consiste toute en Images ou
Figures, ou plûtost qu'elle ne
subsiste que dans l'imagination
de ceux qui s'yattachent.
Ils pretendent que comme une
Image parfaite agit aussipuissamment
sur l'ame de celuy qui laconsidere,que la chosequ'elle
represente, de mesmecesTalismansestans
bien faits,influent
la mesme vertu,& opere les mesmes
effets que l'Astre dont ils
ont lafigure. Les Portraits n'ont
esté inventez que pour supléer
à l'absence des objets dont on
veut conserver le souvenir. Ils
soulagent beaucoup dans un
grand éloignement, & il n'y a
point d'Amant qui n'ait ressenty
le pouvoir du Portrait de sa Maîtresse.
Nous sommes fort éloignez
des Astres, & il arrive des
grandschangemens en nous,
avant que nous recevions d'eux:
les influences qu'ilsnousveulent
départir. Les Cabalistes y ont
pourveu parle moyen destalismans,
qui non feulement nous
communiquent toutes ces influences
sans mélange, & dans
un instant; mais encore d'une
maniere si forte & si efficace,
qu'elles ne peuvent estre com- batuë d'aucun autre maléfique.
LeTalisman,dont la figure rC1
ra d'un Scorpion, estant bien
fait fous ce signe, en renferme
toutela vertu, & ne peut estre
exposé dans un lieu où il y a de
ces Animaux,sans les faire mou- rir ou les mettre en fuite. Il en estcomme du Portraitd'un Ennemy
qu'on ne peut voir sans
agitation & sans horreur, & qui
fait mourir quelquesfoisceluy
qui l'envisage. Mais il y a icy
quelque chose que je ne puis
comprendre, quiest que la figure
d'un Animal en fasse mourir
un autre de lamesme espece, &
le chasse d'un lieu où elle devroit
l'attirer. Mr de Brenes dit dans
ses Voyages, qu'ilvit dans ses
muraillesdeTripoly une Pierre
taillée en Scorpion, qui avoit lar
vertu, à ce qu'on l'assura, de
faire mourir toutes lesBestes venimeufes,
& particulierement:
les Scorpions dont cette Ville
estoitinfectée auparavant. Tel
estoit l'Hippodrome de Constantinople
qui fut élevé pour le
mesme sujet; & cette Plaque de
cuivredont parle Gregoirede
Tours,qu'on trouva dans lesFossez
de Paris,surlaquelleil yavoit
Un Serpent &un Rat; ce qui
preservoit, dit-on, cette grande
Ville des Rats&desSerpens.
LesCabalistes répondent à celas
par un grand nombre de raisons
astrologiques&spécieuses,&
n'oublient pas leSerpent que
Moïse faisoit porter dans le Defert
pour garantir le Peuple de
Dieu d'un pareil accident; mais
outrequ'ily a de l'impieté de
donner le nom de Talisman au
Serpent de Moïse;qui estoit un
pur ouvrage de la sagesse& de la
puissance de Dieu,il y a si peu
de solidité dans leurraisonnement,
qu'ilest facile d'en remarquer
l'erreur & l¡¡;foiblesse.!;;:""i
.j
Belon rapporte unechose assez
plaisante d'un Turc qui guérissoit
du mal de Rare parune
Figure pareille de bois deNoyer
qu'ilfaisoitsecher a la cheminée.
N'estoit-ce pas là un admirableTalisman?
Ilyavoitneantmoins
plus deressemblance du
costédela Figure qu'au pouce
du pied droit de Pirrhus qui
guérissoit du mesme mal ceux
qui en estoient touchez. Il en
estoitainsi desPsylles d'Afrique,
desMarses d'Italie, & des Ophigogenes
d'Asie, qui avoient le
pouvoir de guérirdeplusieurs
maladies dangereuses, On peut
dire que ces Gens-là avoient le
sécretdesTalismas, ou du moins
la vertu d'une Science qui se
vante de guerir les maladies les
plus incurables.
,' Ce Livre de Salomon
,
dont
parleJosephe, estoit composé de
charmes qui repoussoient toutes
fortes de maladies. Il dit que
cette façon de guérir avoit grad
cours de son temps parmy ceux
de sa Nation,&q'uunJuifestant
àla Cour de Vespasien,guérit
plusieursDémoniaquesen presence
de cét Empereur,en leur
attachant au nez un Anneau, où
au lieu delaPierre il yavoit une
espece de racine enchassée,qu'ils
n'avoient pas plutost sentie, que
le Diable sortoit de leurcorps
apres avoir recité quelques Paroles
quiestoient contenuës dans
ce Livre deSalomon. Ilajoûte
quecét Eleasar (ainsi lenommoit
ce Juif) pour montrer la
force de son Art,faisoitapporter
un Bassinpleind'eau qu'il
commandoit au Démon de renverser,
afin de faire connoistre
qu'ilestoit forçy du corps duMalade
Cette Histoire peut estre
veritable ; maiselle ne prouve
pas si fortement l'excellence de
la sagesse de Salomon que le pretend
cet Autheur. Il n'y a rien
de merveilleux dans cet évenement,
puisque la racine qui estoit
dans l'Anneau pouvoir agir sur
le Démon par un effet naturel;
& les Paroles 8c le Bassin d'eau
sentent si fort leCharlatan,qu'ils
détruisent la vertu du Remede.
Ilya mesme beaucoup d'apparence
que Josephe s'est trompé,
&que le Livre de Charmes qu'il
attribue à Salomon, est le Livre
de Vers magiques de Zoroastre,
ou de Mifraïn
,
felon les Hébreux.
-
Quoy qu'il en soit, si Philon
a eu raison d'appeller la Magie
une Science perspective, par laquelle
les effets admirables dela
Nature font mis aujour,nepeuton
pas dire la mesme chose de la
Science des Talismans? Justin
Martyr ne craint pas d'attribuer
les Prodigesquefaisoit Apollonius,
à la grande connoissance
des choses de la Nature. Ilavoit
sans doute cette Science perspective
dont parle Philon, c'est à
dire le Secret de faire des Images,
si parfaitesdes Astres,qu'elles
imprimoient les mêmesqualitez
& les mesmes influences.Avicenne
dit que toutes les choses
materielles,obeïssent à PAme;
bien disposée & élevéeaudessus
des sens. Albert le Grand assure
que les Paroles & les Caracteres
sont des in strumes dont les corps
Celestesse fervent pour faire des,
Miracles. D'autres sontprévenus
en faveur de l'Homme,&
prétendent qu'ilpossededesVertus
divines, &. quelquefois celle
d'une Plante ou d'une Pierre en.
tel degré, qu'il peut exécuter
parelles des choses qu'on prendroit
pour des Enchantemens..
En faut-il davantage pour établir
le pouvoir des Talismans?&
faut-il s'étonner sion n'a pû desabuser
de grands Hommes, des
Telchius de Rhodes, des Idées
Dactiles de Crete, des Haruspices
deToscane& du Pérou,
pour ne rien dire des Gamahez
ou Caracteres Magiques quiapprochent
fort des Talismans?
Je ne parle point icy des Charmes
& des Caractères qui sesont
par les Paroles. Outre qu'on
peut douter si hors les Paroles
dont l'Eglise se sert dansles divines
Cerémonies,il y a quelque
vertu secréte & cachée sous les
flonls, il n'est icyquestion que
deFigures ou Images constellées.
sur lesquelles les Astres agissent,
& quiopérent conformément à
leurs influences sur les autres
Corps ausquels elles font appliquées
, mais il n'y a pas moins de
foiblesse à croire que de certaines
Lettres ou Chifres comme
estoient les Lettres Ephéfiennes
si vantées dansl'Antiquité,ayent
plus de vertu que quelques mots
chimériques quinesignifiétrien.
Philostrate dit que les Indiens
font cheminer les Dragons, &
les endorment par certainsmots
qu'ils prononcent. Nous aprenons
dans quelques Relations,
que ceuxde Senega donnentaux
Negres des Billets qu'ils appellent
Grigris, qui ne contiennent
que quelques mots Arabes, par
la vertu desquels il prétendent
estre préservez de beaucoup
d'inconvéniens.
Les Talismans font donc de
certaines figures d'Hommes,de"
Plantes&d'Animauxgravez 01V1
taillez fous la Constellation dont
on a besoin,& sur la Pierre ou1
le Métal qui leur est propre; ce
qui operedes effets admirables,
comme les Cabalistes prétendent
lors qu'il ne manquerien a.'
la Figure qu'on a dressée.Je n'en
rapporte point d'exemples. Les
Histoires en font remplies. On
en fait pour tour. Ily enamesme
pour tlr conservation des
Tombeaux, qu'il faut bâtir dans
des
des heures favorables & examinées
par les Astrologues; parce
que tout le bonheur des Familles
dépend de la, selon l'opinion
desPeuples de la Cochinchine.
Enfin il est des Talismans comme
de la Pierre Philosophale. Ils
guérissent les Malades, ils rajeunissentlesVieillards,
ilsdonnent
des honneurs, des plaisirs &; des
richeilcfs,
Ilfaut avoüer qu'il ya des Pierres
précieuses quiont une vertu
essentielle &particuliere ;mais
bien souvent onleurattribuë des
effets extraordinairesqui ne font
'que dans l'imagination des Foibles
& des Crédules. On dit
qu'une Pierre qui se trouve dans leventredu Coq,rendoitMilon
de Crotone invincible. Le Diamant
fait apparoistre les Esprits
lors qu'on les invoque par eau,
&la PierreSynochitis. sertà les
retenir lors qu'on les aévoquez.
LaDentritis blanche, enterrée
sous unArbrequ'on veutcouper,
empeschequelaCoignée ne le
rebouche. Voila unplaisantTalisman.
On en évroit mettre de
contraires fous les Arbres qu'on
veut conserver. Ondit des merveilles
desAgathes quife trouvent
dans l'Isle de Candie. Elles
préserventdes Araignées & des
Scorpions,pourvû qu'elles ayent
une peau de Lyon gravéeaudedans.
Elles détournent les Tempestes,
& arrestent le cours des
Rivieres. Si elles font marquetées,
elles causent la dissention
&la discorde; &ûeliesiont.desimple
couleur, elles rendent in-- 1
vinciblesceux qui les portent.
.LJ. Pierre Aspilates rassure ceux
qui ont peur; mais la Chelonia
est admirable. On prétend que
se rinçant la bouche de miel, &
tenantapres cette Pierre sur la
langue, elle fait prédire les che.
ses à venir pendantun jour entier
, pourveu que la Lune soit
pleine ou en conjonction ; mais
si elle est dans le décours, cette
Pierre n'opere qu'avant le Soleil
levé. L'Eumecés fait voir en
dormant tout ce qu'on desire
sçavoir. Plineditencor que les
Pierres qu'on trouve dans les
Arbres font singulieres pourfaire
porter l'Enfant à terme. Il y
en a mesme qui font propres
pour la génération, témoin celle
que la PrincesseTimaris loüa par
ses Vers, '& qu'elle dédia à Vénus
pour ce sujet. Le Jaspe vert
traverséd'une ligne blanche,passe
pour unContre-charme chez
les Peuples Orientaux; & mesme
on luyattribuë le don d'Eloquence.
La Pierre d'Aigle a la
vrtu de découvrir les Larrons,
#11 raport de Dioscoride
; & Belonditqueles
Caloïers s'en servent
en la réduisant en poudre.
Ces Caloïers, qui ont plusieurs
Secrets de cette nature, font
confondus par quelquesAutheurs
sur ce sujet, aveclesTalismans,
certains Prestres de la
Loy de Mahomet, qu'on dit fort
attachez à la Magie; cequi a
donné lieu de croire que c'est
d'eux queviennent les Talismans,&
d'où ils font ainsi appellez.
Cette conjecture n'est pas
sans vray semblance. Mais pour
revenir aux Pierres précieuses,
l'Ametiste,où les noms du Soleil
& de la Lune font gravez,
exempte de poisonceluy qui la
porte penduë au col. Mais il y
a une Pierre qui est entièrement
constellée, & qui contientnaturellement
la vertu des Talismans,
& on la nomme pource
sujet Stellata ou Etoile. Enfin
ces Sçavans de la Chine, &des
Indes, qu'on nous vante tant
dans les Livres,assignentla destinée
& la fortune des Hommes
auxPierresprécieuses
,
ainsi
qu'un certain Zachalias l'assuroit
auRoy Mitridate.
Peut-on rien imaginer de plus
merveilleux que les sept Anneaux,
que Jarchas Prince des
Brachmanes donna au grand
Apollonius, qui portoient le
nom des sept Planetes, & qui
devoient servir chaque jour de
la Semaine? Quoy que tous ces
effets soient peu croyables, on
peut dire néanmoins avec Pline,
que les Pierres précieuses, ubiin
arctum coacta rerum nature majestas,
ont des vertus,admirables,
& qu'elles peuvent agir comme
les autres Mixtes, foit par leur
matiere, foit par leur forme substantielle,
mais toujours conformement
àleur nature, car
hors delà c'est une chimere.
Que la Pierre Solomite croisse
&décroisseselon les facesdiférentes
de la Lune, cela se peut;
mais que lesPierresayent des proprietez
occultes, qu'elles reçoivent
du Ciel à cause des figures
qu'on leur done durant certaines
constellations, c'est une superstition
de lafausse Astrologie. Cependant
s'il y a des Pierres qui
operét par l'émanation & l'écoulement
de leur substance, conme
il arrive dans tous les corps
du consentementde tous les Philosophes,
il faut avoüer qu'elles
peuvent communiquer les vertus
qu'elles ont reçeuës des
Astres , sous lesquels ellesont
esté taillées ; car d'où vient cette
vertu naturelle dans les Miné,
raux & dans, lès Vegétaux?
N'est-ce pas un effet del'ifluence
des Astres? Sidoncon
les expose d'une certaine maniere,
& dans un certain temps
où lesAstres ont des influences;
plus fortes & plus favorables,
qui doute qu'elles n'en reçoivent
des proprietez qu'elles n'avoient
pas? Si l'on dit que laraison
pourquoy les Grecs & les
Romains portoient des Bagues,
au doigt de la main gauche,
nomméeannulaire pour ce sujet
est parce qu'il y a un nerf qui
répond au coeur, & qui sert de
vehicule à la vertu cardiaquede
la Pierre précieusequ'on y
porte, peut-on trouver étrange.
qu'une Bague quiseraenchantée,
puisse communiquer un effet
dangereux qui émeutlecoeur&
l'imagination, ôc qui surprend la :
raison ôc les sens ? On a donc eux
lieu de croire que de pareilles
Bagues avoient enchanté Henry
II. & Charles- Quint. On dit
aussi que Moïse estans contraint
d'abandonner une Femme
Egyptienne qu'il avoir épousée,
illuy donna une Bague quiavoit
la vertu d'oubly, afin quelle ne
penfaft point à luy dans ion absence.
Il faut donc dire que les
Pierresprécieuses ont, &: peuvent
avoir des qualitez surprenantes
pour le bien, ou pour le
mal des Hommes, & c'est surquoy
les Cabalistes fondent le
grand pouvoir de leursTalismas,
commesur les Plantesqu'on appelle
signes,ou marques, ou caracteresde
quelques maladies,
ainsique la Poulmonaire,l'Epatique;
& tant d'autres sur lesquelles
on peut travailler, &
que l'Art nous apprend d'imiter,
La vertu des Simples n'est pas
moins admirable que celle des
Minéraux. Ellea fait l'aplication
du plus sage des Roys. Il
connoissoitdepuisle Cedre jusqu'à
l'Hysope, & il n'y avoit
point de Plante sur laquelle il
n'eust fait une parabole,comme
parle Josephe, c'est à dire, une
appication de sa vertu & de sa
groprieté. Mais qu'il est dangereux
d'en pervertir l'usage, &
de s'yapliquer avec trop d'attache
! Cette Science devient lai
punition de ceux qui en font leur
étude.Vidi, reconnoistcegrand
Roy,cunctaquoefiuntsub Sole,&
eccè universa vanitas & àfflitti&s
spiritus. La Science, des Talismans
n'est-elle pas de cette
sorte? On les appelle les EmblêmesdelaNature.
Mais que
l'explication en est vaine & criminelle,
& qu'on peut dire avec
raison,Hancoccupationempessimam
dedit Deussilis Hominum, utoccuparentur
in ea,! Quittons cette
fole curiosité de vouloir penétrer
tous les secrets de la Nature
,
&de vouloir faire par elle,
ce qu'elle est incapable de faire
elle-mesme. J'&yappris,thel'O*
racle dela Sagesse, que l'Hommene
peut rendre raison des ouvrages
de Dieu; que plus il la
cherche, moins illa trouve &
que le Sage mesme, s'il dit qu'il
la connoist, ne la peut trouver. Que ces Images soient donc
fausses, on n'en peut pas douter;
mais il faut demeurer d'accord;
qu'elles font toujours un grand,
effet sur l'imagination qui en çflr,
prévenue, carenfin chaque rels
introduitson imagedansl'esprit
qui comme un sceau, demeure;
gravée dans l'entendement,autant
qu'elle est conservéeparla,
memoire
i, ce qui entretientdans
l'erreur & dans l'aveuglement
ceux qui font entestez des Sciences
vaines & curieuses. Mais ce
ne seroit rien si la chose en demeuroit
là,&sices faux Mages
n'infectoient le vulgaire de leurs
opinions-dangereuses. Le Peu- ¡
ple supertirieux & crédule, va,
plus loin. Il prendces prestiges.
& ces illuons pourdes miracles.
& le moindre Charlatan pour
une Divinité. Graces au Ciel,
nous vivons dans - un Siecle fié
fous un Régne, oùlesEsprits
sontdes-abusez des Sciences cachées
& secretes. On a sçeu
discerner le solide de la bagatelle,&
le mensonge de la verité.
On peut direaussi qu'on n'a
jamais penétré dans les Sciences
avec plus de lumiere & de bon
sens, ce qui les rend saines &
utiles, & ceux qui s'y apliquent
sages & vertueux.
D. L. V. R.
Les deux Enigmes de ma Lettre
ie janvier dont les Mots estoientle
- Chemin, ~& les Lunetes, ont
~Cournyquantité d'Explications. Mr
le Président de Silvecane de Lyon,
renfermélesens de l'une ~& de
l'autre dans ceQuatrain.
Point de détours pour lesinilleres,
Mercure, allons legrand Chemin;
Tes Lunetes icy nesont pas nécesfaires,
Etnousdécouvrons tout sans aller
au Devin.
La Lettre quisuit, contient um
Explicationparticuliere de l'Enign*
des Lunetes.
i
Avoüe,Monsieur,que c'esi
seprendre un peu tard à voui
écrire, que de commencer paj
vous remercier de vos Lunetes
Elles font les plus netes qw
j'aye encor pû trouver, Aufl
m'ont-elles fait voir clair pour M
premiere fois dans vos Enigme*:
Ce qui m'a embarassé en devi
nantcelle-cy, c'est que vous
dites qu'on ne les reçoit jamais
qu'àson corps défendant, & que
non feulement moy , mais encor
beaucoup de Vieillards, les ont
reçeuës avec toute la joye possible,
eux qui nepeuvent regarder
celles que leur donnent les Marchands
, qu'avec un chagrin extraordinaire.
Il ne manquoit
plus aux Gensâgez que des Lunetes,
pour lire vostre Mercure.
Puisque par cePrésent vous leur
levez la difficulté qu'ils avoient,
je ne doute plus que la presse ne soitplusgrande que jamais, 6c
:que vous ne prolongiez la vie à
bien des Vieillards mélancoliques
dont les Enfans vous feront
fort obligez, & entr'autresmoy
qui , pour vous marquer l'obliganonque
jevous en ay, mesuis
avisédefaire les Vers que vous
allez voir sur vos Lunetes.
Due tous lesGens âgezqui n'ontpas
duMercure
Fait encor aucune lecture,
Viennentse divertir dans ce Livre
engageant.
A l'hsumeurd'unchacun toûjoursil accommodez
Pourles Vieux d'aujourd'huy nous
le voyons changeant,
Car dme lesérejtoühirfoltddJ queilfçeujt la , Etquoyqu'ilfust
fortobldi%gAiféfeuarssunr ttou,t
Iln'osoit :¡t'fè;"4" ceuéjloifftaf
lamode.
Ilmontre*s4xjwwe+gew4jfcti*»
divertir,
Avec esprit à débiterfleuretes;
EnExtrenne aux Vieillards fuiyeulent
ralentir c -
De leurs jeunes Moitiez les chaudes
amouretes,
Aupremierjourdel%Anilojfre des
Lunetes, ,., Afin d'y "'()ip/Ns:clv!ir., ~& î-fntnieuxgarantir.
Vous agrérez, Monsieur,
Itie je vous re11j.1e le change.
Vous m'avez donné vos Lunetes
enEnigme. J'ay eu bien de la
peine à les deviner. Trouvez
3on aussi que dansce temps,
principalement où tout le monde
se masque
,
je vous envoye
un nom déguisé d'une Personne
qui sera sans masque,nydéguisenent,
vostre, &c.
L'ANTIMOINE,duQuartier
du Louvre.
C I. EJidjfc^ consultercetteEnigme
bizarre,
£nyain pour la cacherson Autheur
fait lefin;
Difficilement on s'égare,
Quandon* trouvé ce Chemin. P.GEOFFROY. 'II.
Our deviner l*EnigmeduMercure,
Tute donnes, T>amon} une vaine torture,
'Tes yeuxtrop affaiblisparlenombre-
desans
N'enpourront découvrirleVéritable
sens.
Nesoispointglorieux, &%uoy qu'on
puissedire,
Employé unpeu d'aide à la lire,
Car tsraanvs ecersla,,mafoy,tumetstout de
Tu déchires-l'A.utheur> {jr dis mille sornetes.
Enfin,croy-moy, prens des Lunetes,
C'estl'uniquesecretpourpenétrerJet
Vers.
ILI'ancieInneS.ocieté d'Abbeviile, Avois he.4alireCg- beau relire,
Jeriappercefoispointce que"teuleient
MUS dire
Les Enigmes du dernierMois.
Jamaissenssousunsibeauftilt
N m'a parusidifficile;
Vevjfc en vain de mes Gands déchiré
tous les doigts,
Sans lesecours demapetiteFille,
Dontlesans toutauplus nefont que
deuxfoistrois. N'auriez-vous point les visieres mal
netes,
M'a-t-elle dit, enmeprenatla main?
Mon Papa, prenez vos Lunetes,
~Cesorale plus court Chemin.
HEUVRARD, de Tonnerre,
Intendant de Mr deRichebourg.
Q IV. Que le Chemin à tous les {iJ,itll"
A. dérobédemomens précieuxi!
Cet siIIbÎt blanc qui vientà l/t- traverse,
/!.!!,DJ que de neige, empesche qu'on ne
perce
Deces beauxVers lefeffsmilfirieux.1.
7*oufarrêterà ce butglorieux,
11fiNI, jepense avoirplus dedeux
yeux.
C'est un endroitoitbienJbti\et onverse,
Que le Chemin.
ApreslaMer,&laTerre,&les Cieux,
C'estpourtantluy quiparoist leplus
"'PiII.
Ilserten Guerre, à la Paix, doCommertey
Et dessujets où nostreesprits'exerce,
Il n'enestpoint qui mt revienne mieux
Que le Chemin.
LE FIEBVRE, d'Argenton-
- Chasteau.
A V. PjÕrtir du Logis, roulant dans
macervelle
LesVers de,l'Enigme nOU':f,¡It,,'
Amevoir en
m'eustcrûvuidede
jugement.
Tantostjemeplantois droit comme une
St,uNè',
Et tantostd'unpromptmouvement
Mjpa*irréguliersmeportoientlourdement
Sur tout les Passans de laTÇue,
ui. lafintrop remplyde et zelerimeur,
ren rencontre undetres-méchante
,Jirnneu,..,"
lepett/ay^d'un/èulchezlertffverjer
par terre.
Le Brave alors d'une voix de Tonerre,
Enmerepoussantd'une main,
Cadebions, me dit-il, regardez le Chemin.
LE PRIEVRPELEGRIN, de
.1
PignansetProvence.
M VI. MErcure, tu m'éts mis d'une terriblehumeur
J'aurois vouludetout mon coeur
Voir ton Enigme à tous leçVidbles;
Ce n'estpas quelesVersriensoientfort
agreablesi
Ilsfont en vray stile du temps,
Enfin l'Enigme est des mieuxfaites;
Maispour en découvrir lefins, IIeftfScbeux qu'à l'âge devingtans IlfailleprendredesLunetes.
Le mesme.
c VII. Cher Confrere en Haccbus, youdras-
tu bien m'encroire Il Laisse-làleMercurenefbngequà
boire.
Je yeux qu'ilaitbeaucoupd'appas;
Pour moy, sans balancer, jepréfère
un Trépas
A tant de beaux Discours,d'Airs,& -'
de Cbai^nnetes,
Amy,fait-endemesme,&remetstes
Lunetes.
Noussommes dans un temps eul'on a
legoujtfin^
Onn'yvitpointduvent;maisunexcellentVin,
TTnJamhùndeM*yencey une bonne
"'entrée,
Ont plus dePartisansdedans cette
-
Contrée,
Que leplus célébréEcrivain.
L'Amy de la Bouteille,
d'Abbeville.
A VIII. Aux Vieilles la Luneteesttoûjours
necessaire,
Maiscen'estpas ce qui me tient en
soin;
Avant qued'en avoirbesoin,
Jepense avoir encor bien du Chemin
à faire.
LA LORRAINE ESPAGNOLETE.
L IX. Anpassecemistere aurottcfié - peutestre -
Okfcurry tropcvtcitfpàurunfjpïit
¡'lImin:'
Toutprevaersetusdterneei,ge, il ne potTtoit
le de voy nud, j'y cours, c'est icy le
Chemin. -
FRADET, Pr. de S. G, L'ÂÎAXO
X. vous
quisur ledéclinde l'âge
Perdez presquedesyeux lalu>kicre Cv
l'usage,
Et le plus noble devossens,
Ne vouschagrinezpoint dans l'e'taf
où \ouSefièsy
T*'a^oir,1 yoH* AUe'{ rajeunir, car malgré yos
-
:Vieux an., •: -'. -
Le MercureàL'utiocut âtgeeastro.uv.e;des
Sonartmesme à ces maux atrouvé
des Lunetes.
RAVLT, deRoüen.
Q XI. Quandde neige en Hyverla esttapissée, terre
LegrandChemincaché nous égare en
plein jour,
Et c'estainsi Vicilleeinsensée,
^Slitefous ¿fil- cheveux blancs vostre
beautécachée
Faitchezvouségarerl'Amour.
£roye^-moyt vietix 7 ison que l'amour >abrûlant^ >
Renoncez auxdouceurs,renoncezaux
fleuretes:
Mais mes yeux, dites-nous, ontencor
du brillant;
Oüy, c'estquand surlenez ""OMlIt"'cZ
- des Lunetes. - -
MICONET, Avocat à Châlons
sur Saône.
XII.
13Epuis
quejelis
leMercure,
Ie riay point veu d'Enigmeplus
obscure,
Mongénieyperdson Latin;
Mais comment enpouvoir découvrir le
mistere? ° Comment trouver lefin&le noeudde
l'affaire,
Putk qu'elle encache le Chemin?
Le Controlleur des Muses
* de Montasnel en BaJIo,
Normandie. ',- <'
:
R XIII. EndreserviceauSage,auPauvre, àl'Opulent,
c'est l'usage de ton talent;
Tonsecours estbiennecessaire
plusd'une Personne, (JFpour plus
d'une attire,
Cependant on ne t'aimepas,
Tu n'obliges,dis-tu,par tout que des Ingrats.
Je nesçaurois trouver tesplaintes indiscretes.
ok ne t'ay pourtant pas grande obligation
|,C'ejtparpurecompa,Jpon9
Car loLrs quue jente "e'ü ,tjeetesY$*.sans
Lés Inconnus de Poitiers,
Q XIV. Vandtuchercheslemistere
Des Enigmes de ce Mois,
C'estsansraisonque tu crois,
¡¡fiutpurflrtir d'affaire,
AUer trouver laIobin.
Onjît dit là quefornetes
Qui mettentà tristefin.
Trensseulementtes Lunetes,
Apres,valegrandChemin.
LEP. LA TOVltNELLE.
XV.
A M. LE vArpd'IN.,.
C SONNET. Estassez,GrandDauphinys'occuperà
l'Histoire,
Mars jaloux des NeufSoeurs,pre'tenâ
",oirson tour,
Et nesçauroitplus voir diférerFheureux
jour gjtFfymen "votés doit unir a^ecque la
Victoire.
Ilpromet enpartage aux Fillesde
Mémoire,
Le Princequiferalefruitde yojfrc
amour,
Pourveü qu'enmesme temps par un
juste retour Ilpuisse librement ycm guider à la
gloire.
Ellesvous ontacquisle Mestier des
Scabansy
Et l'Art de "vous moquer de l'injure
des temps;
Mais le Dieu des Lauriers, (7 leRoy
de la Trace,
Luy, que charment en ~vou<r des talens
inoüis,
Veut, vous faisant pAjjer mesmesur
lr*Parnajfe,
Vousapprendre à trouverleChemin deLOVIS.
d"Orleaiis. XVI. L Enigme quevousproposez,
Ne mesurprendpas moins que l'effet
des Planetes;
'J(:f-.,t'{, lisez &relisez,
On n'ypeut rienvoir sansLunetes.
BAPELON, Prestre de Saint
Estienne enForest
XVII. TEs deux Enigmes m'ont occupé
ce matin,
Et de les destinerj'estoisfort incertain;
JP\laaitsesuors7Jturneea,ttache'plu*yuà ma
Les Lunetes m*ontfoulage';
Etparcequ'il n'apoint neigé, trouveleChemin del'autre.
POISSON.
XVIII. vOstrepremiereSnigme est(dit-on)
trop obscure,
Agreable &galant Mercure.
Chacunpourtantvoulantfaire kjiil,
En cherche comme ilpeut lesensà l'avanture;
Pourmoyje tiens la route Idpltafdré,
Lors que pour latrouverje prens le
grand Chemin.
Les Nouveaux Académiciens
deBeauvais.
XIX. LEplus clairvoyantInterprète,
,Flh-« Argus avecses centyeux,
7^ans cetEnigme ingénieux
Ne verroitgoutesans Lunete.
-
GOVLLE', Avocatau Pailemeot
de Rouen.
M XX. Ercure,de chacunprocure Va~
vantage.
Ilfait des Lunetes aux Vieux;
Et comme à tous ilsepartage
Il montre le Chemin aux jeunes
CN.Yie--.x.
GIBIEVEDE LaFAYE,
de Bourges.
L XXI. E mot de cette Enigme est ojîtx
JiJ/içilA,
Pourle trouver jesuis trop maL
babile,
Et quandj'yresverois d'icyjusqu'à
demain,
Je demeurerais en Chemin.
GARDIEN..
J XXII. Ay beau conterà Thilis tlesjleuretes,
Et tuy vanter les biens de ma Maison;
Elleprétendavoirraifort,
De m'écarter en voyant mes Lunetes.
HvgodeGovrnay. XDXIII.
Epuis queje lis les Enigmes,
: Soit enfigures, soit en rimes,
Je n'en aypoint trouvéqui m'embarasse
plus.
Lapremierecacheroit-elle
De la Mer leflux&reflux,
Et la seconde, une Escabelle?
Vraymentjesuisaubut, j'ayrencontré
lefin.
Vom nefiA..,è'{;, Muse, ce que vous
faites,
Vousn'en trouyere^ptid'aujourd'huy
le Chemin,
Si vous n'avez de meilleuresLunetes.
Le Controlleur des Muses
de Montasnel en Basse
Normandie.
XXIV. ENtouttemps,en tous lieux, C21
pourplus d'une affaire,
Le Ferfuttoûjoursnecessaire;
Ivlaisje vous diraysansgauchir,
Que ce qui me pilroift aussi vieux que leMonde,
Etàqu'on nepeut trouverlorsqu'ilvient blanchir,
Quisert en Guerre,en Paix, qui mene
aux bords de l'Onde,
Est,oujesuisunfauxDevin,
Infailliblemen le Chemin.
LesInconnus de Poitiers.
- XXV. LA vieille Iris parle encor d'sm&u-*
retes;
A/taiscesi biensemoquerdes Gens,
Car elle a plusde cinquante ans,
Et nepeutlire un motsans prendre de
Lunetes.
C. HVTVGE,d'Orleans.
XXVI.
L'Autheur duMercure estbienfin,
Ilnecontep*f dessornetes,
Quandpour découvrir[on Chemin
Il nousfaitprendredes Lunetes.
LE REDDE, Chanoine de
S.Piat à Chartres.
XXVII.
EStrenecessaire
au Commerce,
Et fdù se rebuter, souffrir mainte
traverseè,,
Confondre avecsafin celle del'Vnivers,
Et toucher tous les Ports des Mers;
Apres ,e,¡'eiIU portrait, apres cette
peinture, Ilnefautpas aller consulter la Jobin,
Pourdeviner, Galant Mercure,
gneyousaye^ voulunousparlerdu
Chemin.
HEUVRARD, Avocat en Parlement,
deTonnerre.
Q XXVIII. Vel mistere est celuy-cy,
Quipar aucuns Interpretes,
SansleJècùurtdes%Lunetes1,
He/çaitreit estre éclaircy?
SAINTVINCENT,
XXIX. POur
arriver ausens mistérieux
Que la premiere Enigme icycache à
mesyeux, J'aypris le Coche qui me tnene
De Paris au Païs du Maine.
Dites, Monsieur, degrace, aupauvre
Pelerin,
Si ce riejtfoilà le Chemin ?
Tour laseconde en verité,
Sigrande en est l'obscurité,
Queje donne ma 7(06:dl/XpillsjiilS
Interpretes,
S'ils ladécouvrentsans Lunetes.
DE NIVELLE, Avocat
en Parlement.
DEs
qu'àmarcheron commença,
Le Cheminsur la Terre aussitostse
traça;
EtlaRoute ensuitesur l'onde,
De l'unjusquesàl'autreMonde,
Reconnutpourl'Autheur deson invention
,
L'Art de La Navigation.
Quand lesable oula neige cache
Lt: Chemin,l'embarrasenfâche;
Enfin tenant le vray, de peur de s'égarer,
Onpeut ledemanderpour s'en mieux
ajfurert
Et cela durera du Mondeautantque
l'gt;
Ainsic'estleChemin, la Route, C-7,
le Passage.
LECHEVALIER BLONDEL.
XXXI.
pOur considererles Cieux,
Et voir le cours des Planetes,
Si l'on n'apas de bons yeux, Ilfautprendre desLunetes.
Le Bon Amy, de Roüen.
LXEXXII.
Mercuresage&benin,
Prévoyant bien que le Chemin
Qu'il nous avoittracésousuneEnigme
obscure,
Seroit dedifficileaccés
*Pour un oeil qui des ans a ressenty l'injure,
u4. mis une Lunete aupres.
DRONCE &LA SECHERESSE,
Solitairesde Touraine.
XXXIII. SIjecroyois qu'onmistmon nom dans
le Mercure,
On me verroitd'abordprendre laplume
enmain,
Couchersur dupapier, ousurduparchemin,
Quelque curieuse avanture;
Maispourfuiyre unsibeau Chemin
Ilfaudroit estre aidédes dons de la
Nature,
Seservir de la conjoncture,
Et nepas renyoyerl'affaire au lendemain
BAPELON, Prestrede Saint
Estienne en Forest.
D xxxiv.
Es Enigmes vieux Interprétés,
Quipourtrouver Lesensperdez Vostre
repos,
Si le Vent en lisant fait tomber vos
Lunetes, IlVousapprendra les deux Mots.
LA BLONDINEGVERIN,
de Provins.
XXXV. pOur expliquer l'Enigine qu'onpropose,
Tupourroisbien rêverjusquàdemain,
Sans avancerpour cela degrandchose.
Si tu ne vas toutdroitlegrdChemin.
,FORMENTIN & CAVDRON,
Régens au College
d'Abbeville.
I XXXVI. L riest point de Viellard,sipeu judicieux,(cile.
Qui nc, doive trouver Cette Snigmtfa-
En effet,pour aidersaprunelle debile,
Les Lunetes bientost luy fauteront
auxyeux.
Les mesmes.
E XXXVII. NCheminl'autrejourjetrouvay
des Lunetes;
Mercure, ondit qu'elles viennent de
vous,
le vous les rends;avoüez entre nom
Que qui rend de lasorte, aime à payer
ses debtes.
Les mesmes.
x-XXVIII,.', Pour apprendre le Manége,
Sansqu'ilen coustebeaucoup
Les Chemins couverts de nége
Vousl'enseignenttoutd'un coup.
- Le Bon Amy, de Roüen.
XXXIX.
sVhre le grand Chemin
Vn Baston àla main,
M'a toujoursparufortutile,
Aux Cbaps aussi bien qu'a la Ville,
Ceji Vappuy du Vieillardcomme du
Telerin.
'-0
DE LA COVLDRE, de Caën. 1XL.
ENigme^enyain à t'expliquer
Mon espritse Veut appliquer>
Car tu me parois sisecrete,
tIl.!!.. ton sensne sepeut qu'àpeine concevoir.
Ainjipourmieux t'appercevoir,
~4 ('J.? de vingt ans j'ay besoin de
Lunetes.. -
LE Rovx, Ecclesiastique
deBretagne.
s XLI. Vyl'Enigme j'avois l'espritfort
à Ugsfne,
Etsans-doute /auroùreftéjufyu'À
demain.
Si mon Pere prenantses Lunetes en
main,
Ne meustdit; Tien, voila le Mot qui
tefaitpeine.
LE GIVRE, AvocatàProvins.
P XLII. our tro&verauplutofll*Enigme
duMercure,
ï'ay voulu me
feryir d'unChemin de
dé;our.
l'aycherchécette route la nuit CP
lejour,
Croypantqhuetllsefferèaitpûlurseco;urte , M^ifnayajjtp4 trouver le butde mon
dessein,
Tourquoy(mrfuis-je dit.)faire icy t*7$lefin?
Tour trouver cetteEnigme obscure,
Tlwfautseulement qu'allersongrand
Chemin.
Les Réclus de S.Leu d'Amiens.
A XLUI. Mansàcheveuxgris,
Qui lassèz-vos Iris
Alire XM Fleuretes;
Le Mercure à cejour
Pourservirvotre amour,
Vousoffredes Lunetes..
DE LONGES, Avocat à Lyon.
XLIV. 1Enefuitp*s ungrandPropbete,
Et je nesçais pas deviner;
Maisfaygrandbesoin de Lunete,
Moy qui commence à grisonner;
Bt.Jije fuis bon Enterpete,
le croysans beaucoup raisonner,
JCl.e.!q!,u'oe. trouve dans vostre Gazete
je "viens d 'imaginer;
Tfymedepour la Camusete,
Remede qu'onpeut bien donner
Auxnezquisontfaitsà Pompete,
QuandTâge ventnouschagriner,
Ifcurcmx troisfois le Poëte
QuipeutJtbien lefaçonner.
Le Bedeauutile de Laon
c XLV. Omme ilm'estglorieux de VWV ce
quevousfaites,
Mercure dont l'ejprit. remplit tous nos
souhaits,
Pour vousenvisagerdepres,
l'ay vouluprendredesLunettes.
L. BOVCHET,ancien Curé
deNogent le Roy.
Q XLVI. Vele Mercureetfagretble!
Quefisdejfèinsfontgene'reuxl
Pourse donnerà tQIIS, sabontésecourable
- EnvVoyiàecuetxe.ffet des Lunetesaux
P. GEOFFROY.
XLVII.
Explicationde l'Enigme en figure.. DEs Rayons du Soleilune Nttè'
embellie.
Esprimeson Portaitparla réflexions
C'estalors queP.hebusregarde un Pbt1è'ton,
<Qvel'on appelle Parélie.
LABLONDINE GVERIN,
de Provins.
RELATION D'VNÈ
Feste donnée à Bacchus, par
les NymphesduMontNissa,
àl'occasion de la Conquefle
des Indes. APres avoir fait triompher
l'Amour aux yeux de toute
la Terre, dans la derniere Lettre
que vous avez reçeuë de
moy, ne me fera-t-il pas permis,
Monsieur, de prendre dans cellecy
le party d'un autre Dieu, qui
le premier icy-bas a porté leDiadéme,
& sans qui peut-estre l'usagedes
Triomphes feroit encor
ignoré? Mais pourquoy ne travaillerois-
je pointà la gloirede
Bacchus?Vous m'en donnez
une occasion par la cinquième.
Question de vostre Extraordinaire.
J'ay donc crû que sans
trop m'éloigner de la décision
que vous en demandez, je pou- -
vois inventer ce qui fuit.
Des que Bacchus fut Vainqueur
des Indiens, il fit bâtir
dans leur Païs au pied du Mont-
Nisa, une Ville de mesme nom,
afin d'élever un Monument
éternel à, sa gloire,& de rendre
pluscelebres les Nymphes qui
l'avoient noury durant sa jeunesse.
Ces Nymphes reconnoissantesd'un
bienfait si considérable,
s'éforcerentdetémoignerdela
gratitude à Bacchus.
Dans ce dessein elles luy préparerent
une Feste,pour laquelle
elles employerent des Mets délicieux,
desVins exquis, & des
Fruits excellens. Elles accommoderent
àl'entrée de leur Antre
un Berceau de Treille en
forme d'ArcdeTriomphe, autour
duquel regnoient des Festons
de Lierre, & de Vigne.
Elles mirent encor toute leur
adresse à figurer au dessusdela
place de Bicchus,une espece
de Diadéme,avec lesRaisins
qui pendoient du haut de ce
Berceau. Le Dieu couronné de
Pampre& arrosé de Parfums,
estoit assis sur des Lits gazonnez,
mais tout semez de Fleurs. Il
avoit le plaisir d'entendre les
Bacchantes & les Satryres qu'il
avoit amenezavec luy, melerle
son de leu•rs Instrumens aura- mage.
mage des Oiseaux, & auxmurmures
des Fontaines. D'ailleurs
les Nymphesle divertissoient de
ce qu'on pouvoit luy dire de plus
agreable, & de plus enjoué. Il
n'est pas difficile à croire qu'un
Conquérant, qui estoit bien
ailede se délasserdes fatigues de
la guerre, s'abandonnalà entierement
à la joye. Aussi répondoit-
il à tous les bons mots, ôc
plaisantoit-il sur toutes les matieres
qui seprésentoient. Je
vous laisseà penser s'iloubliade
tourner en, ridicule lamaniere
dont les Indiens avoient appris
de luy l'usage du Vin, & comme
ces Barbares enyantbû,s'imaginaient
que ce fut du poison,
parcequ'illes avoit enyvrez 6e;
misenfurie. Cen'est pas que
dans sa belle humeur cette refléxion
sérieusene luyéchapât. Le
Vin, s'écrioit-il,servira de témoignage
aux Héros futurs,
que le métier de Mars ne doit
point estre leur feule occupation
, puis qu'il est des talens
pour les regnes de Paix, qui
peuvent immortaliser. Il est
vray, Seigneur, répondit une des
Nymphes, que l'art de planter
la Vigne,non moinsque le bruit
de vos Conquestes, porte vostre
nom aussi loin que le Soleil porte
sa lumiere, & fait qu'on vous
éleve des Autels par tout. Les
Hommes, continua-t-elle, sont
heureux à presentdesçavoir cultiver
cette Plante admirable, qui
commençoit à n'estre plus si
chérie ny si estimée,qu'ellel'avoit
esté dans les premiers siecles,
lors qu'une avanture, qui
est digne de vous estre racontée,
lafit connoistre. Nous autres
Nymphes nous sommes, pour
ainsi dire, des Archivesvivantes
qui peuvent transmettre jusqu'à
la derniere posterité les merveilles
des siecles passez. Bacchus
prévoyant peut-estre que
le récit seroit long, se mit à boire
plusieurs coups, &après écouta
ce qui suit.
Unjour que les Dieux ':c.
toient tous assemblez dans le
Ciel, repritla mesme Nymphe,
l'Amour se servit de l'occasion
pourse plaindre à eux, dece que
son pouvoir commençoit à déclinersurla
Terre. Moy, remontroit-
ilà ces Divinitez
,
qu'on
nommeroit à bon droit le principede
tout bien, sera-t-il dit
que mesfléches ne feront plus
de blessures, &que mon flambeau
sera incapable désormais
d'enflamer le coeur des HLU
mains? Il est donc de ma destinée
d'avoir mon couchant de
mesme que leSoleil ;
maisest-il
de vostre intérest desouffrir
qu'il y aitdans l'Univers des
Jeux, & des Plaisirs, où les miens
nesoient point appeliez? Les
Mortels à present se forment
une humeur grossiere,barbare,
& sauvage, parcequ'ils suivent
peumes maximes qui n'éxigent
queladouceur, lapolitefle,6c
l'urbanité. Vous vous apercevez
sans doute, que le coeur de
ces Mortels s'endurcit de jour
iratioiis.iy enjouràvosinspirations. Hélas!
s'ils s'engageoient davantage
sous mes Loix ,ils deviendroient
doux, traitables, & docilesaux
enseignemens delavertu. Veuillez,
grands Dieux, penétrerla
veritédemes paroles, &rérablir
mon pouvoir dans l'une & l'autre
Hémisphere ! Ce discour,
finy,Esculapeseuly répondit,
en disantque pour remedier aux
malheurs de l'Amour, il sçavoit
unmoyenseûr.Ce moyen estoit
de donnerà connoistre aux
Hommesune certaine Plante,
quiauroitla force de leur COffi-,
muniquer un feu quiaugmenteroitceluy
qu'inspire le Dieu qui
fait aimer.Dés que ces Mortels
aurontgousté du fruitdecette
Plante, ajoûtoit -il,vous les
verrez se retirer des fatigues de
la Chasse, qui est presque
leur unique divertissement, afin
d'embrasser une vie plus mole,
& plus oisive. S'il arrive que les
Hommes trouvent ce fruit si délicieux
qu'ils en prennent avec
excès,cetexcès sera moinspréjudiciable
que celuy des autres
vices. Le grandJeu, par exemple
, est la ruine d'une Famille;
car bien qu'unJoüeur soit longtemps
heureux, la fortune peut
changer pourluy, & ce changement
le dépouiller à la fin de
tous ses biens. Ses Enfans qui
nes'attendoient point à ce fâcheux
revers, en font d'autant
plus misérables,qu'il n'ont point
esté élevez à se garantir de la
mandicité par le travail. De
mesme si un grand Chicaneur
laisse des héritages mal acquis à
ses Enfns, ces Enfans ne les possederont
point en sûreté
,
puis
qu'on fera toûjoursendroit de
les resaisir sur eux,lors que la malverfation
de leur Pere deviendra
connuë. C'est pourquoy leur
infortune est qu'ils font ruinez
par les frais deJustice. Aulieu
que les Enfansd'un Buveur
voyant dépérir insensiblement
leur bien, le préparent de longue-
mainà se prévaloir contre
les rigueurs du Sort. Et puis
quels blasphemes ne vomit point
un Homme qui est dans la perte
du jeu! De quels crimes n'etf
point capable celuy qui de sens
froid, ravitl'héritage de son
Voisin ! Et l'un & l'autre, quel
méchant exemple donnent-ils à
leur Famille! Un Buveur,tout
lemalqu'il commettra,sera de
noyer sa raisondans le Vin, car
lescrimes qui feront les effets de
son yvresse, ne feront point de
mauvaise impression, puis qu'ils
proviendront d'un insensé
, &
qu'au contraire ils inspireront
plutost du dégoust&del'horreur.
Croyez-moy,il n'estpoint,
de passion qui cause du bien dans
le monde,autant qu'en produira
celle de boire;lors qu'elle ne
fera point poussée jusqu'à l'excés,
carunMortelqui prendra du
jus de cette Plante modérement,
s'il est Soldat, il en aural'ame
moins inaccessible à la crainte,
& ainsi rendra des services plus,
considérables à son Prince& à
l'Etat. S'il est Homme de locieté,
il serasouhaité davantage,
parce qu'ilenaural'humeur plus
agréable. S'il est Amant, il sera
mieux écouté de sa Belle, parce
quece qu'illuy dira en aura plus
d'énergie.
L'Amour farisfait de ce que
luy apprenoit Esculape, le pressa
de luy faire connoistre cette
merveilleuse Plante.Hobtini f
cilementcequ'ildemandoit, &
éprouva aussi-tostsur l'Ormeau,
quieftoitun jeune Homme lndien,
bien fait,& d'une Race illustre,
que lejus de cette Plante
ouplûtostce Nectar, feroit propre
pour achever de censumer
les coeurs qui auroient déjaesté
échauffez du feu de son Flabeau. ilpritdonc l'occasionquel'Ormeau
fatiguédela Chasse, s'en
dormit dans le fond d'un Bois,
afin de luy inspirer en songe que
s'il goûtoit du fruit d'une certaine
Plante faite de la maniere
qu'il luydépeignoit,il remporteroit
une Conqueste qu'il estimeroit
plus que tous les biens
du monde. Ensuite illuy perça
le coeur d'une de ses Flêches,
Des que ce jeune Chasseurfut
réveillé, il vit àquelques pas deluy
la Plante dont il luy avoit
esté parlé en songe. Ilengoûta,
&leJus suy en parut délicieux.
Il fit partaussitost de cette nouvelledécouverte
aux Personnes
desa connoissance, & chacun en
eut dela joye;mais ilne tarda
guéres à rencontrer la Vigne qui
estoitla Beauté pour quil'Amour
l'avoit blessé. Comme
l' Ormeauavoirpris du Jus de la
Planteabondamment, il estoit
d'une humeur, plus enjoüée que
decoütume. Ainsi faisantalors
un aveu de sa passion à cette
Belle, il n'eut pas de peineàs'insinüer
dans ses bonnesgraces.
CetAdorateur, tout glorieux de
ce qu'il estoitécouté favorablement,
ne douta point que la Vilgene
ne fust cette Conqueste que songeluyavoit prédire. Aussi
depuiscetemps-là onauroit pû
luy présenter les honneurs du
Triomphe avec le Diadème, si
quelqu'autreen avoitesté l'Autheuravant
vous ; on luy auroit
encor donné les Trésors des
Indes quivous sontacquis, qu'il
auroit tout méprisé pour joüir
du bonheur de voir son Amante.
La Chasse avoitcessé d'êstre son
uniqueemploy,depuis que son
coeur estoit devenu la proye des
beaux yeux de la Vigne. Cette
jeune Beauté estoit alors pour
luy une Diane, qui portoit f011
Arc&ses Fléches dans ses yeux
Enfin il ne se passoit plus dejouri
sans que l'Ormeau custplaisir
deparler àsa Maistresse, ou de
goûterduJusdelaPlante. Les
endroits mesme du Bois où se
trouvoit cette Plante, estoient
les lieux de leurs rendez-vous.
Ce qui en est untémoignage
assuré,c'est que lors qu'ilsestoient
sur le pointd'y savoure
les délices de l'Amour, un Chasseur,
quin'estoit pas encordevenu.
Buveur& Amant, entend
dant du bruitdansdes brossailles,
perça d'un coups de Javelot
les deux Personnesamoureuses.
Leurs blessuresestantmortelles,
elles expirerent entre les bras du
Chasseur. Maisl'Amour voyant
qu'on commençoità suivre ses
Loix avec ardeur, & que l'Ormeau
& la Vigne estoient les
vrais modeles d'une parfaite
union, à l'instant mesme les
métamorphosa tous deux. - Il
changea la Vigne en la Plante
qui avoit donné lieu à leurs intrigues,&
l'Ormeauen un bel
Arbre, dont l'ombrage seroit
recherché de ceux-là mesme
qui n'auroient qu'à y prendre le
frais
, & que;des mysteresamoureuxn'y
conduiroient pas. L'Amour
craignantque par une
longue succession detemps, on
ne perdift la mémoire de cette
Métamorphose
,
assigna des
noms à la Plante & à l'Arbrede
s'estoientceux de l'Amant, iu
de l'Amante. Mais afin qu'on
ne doutait jamais de laverité de
l'Histoire, ce Dieu a voulu que
jusqu'aux siectes les plus reculez,
l'Ormeau &la Vigne toutinsensibles
qu'ils sembleroienteftrecontinüassent
às'embrasser.
,- La Nymphefinit là son Discours.
Jenevous diray point ce
que Bacchus y répondit, comme
le passalerestedelaFeste,nyde;
quelle manière ce Dieu retournai
triomphantàThebes;ma Lettre
n'est déjà que trop longue, & ifl
est temps de vous dire queje suis
vostre, &c.
DE LA SALLE,
Srdel'Estang.]
DES FEVX DONT LES
AnciensJeservoientdans
lesguerres,deleurcom.
position; de la découverte
de la Poudre à
Canon.
L me semble qu'il est assez à
propos de donner un Abregé
des Feux dont les Anciens asoient
l'usàge dans leurs Guerres
, & d'en déclarer Li compo- ition, la nature & les effets,avant
que de parler de la Poudre
Canon,àcause duraport qu'ils
ant ensemble, & pour en faire
un paralelle.
II seroit icysuperflu de nommer
touteslesMachines de guer* re, leurs figures, leurs usages &
leurs effets, & pluïiçùrsautres
choses que les Anciens avoient
dans leurs Armées, & de dire
quels en ontestéles Inventeurs.
Les Curieux auront recours aux
Autheurs,entre Iefquelsfont
Vegetius, Polybe, Frontin des
Stratagèmes, j£lian,Godefcal-.
- eus, Steuvechius en son Commentaire,
Olaüs Magnus,Theodorus,
Zuingerusen sonThéâtre
de la Vie humaine, & pluleurs
autres,nolire dessein n'étant
que de parler desFeux des
iAlnciens fautcommencer parlesmaniérésquientraientenleurcom-
i
position.Lapremièreestoit orj
dinairement le Bitume, dont il y
a deux espéces. L'une est liquide,
& l'autre limoneusè&épaisse.
Dece Bituméliquide il distile
une Huile qui pénétre lès Pierres
5c les Rochers, que l'on appelle
à cause de
-
cela Pétrole.
Cette Huile estsisuscéptible du
Feu, qu'estant mélée dans la
composition,elle la rendoirextrêmement
combustible. Quelques-
uns ont voulu dire que c'étôit
la Naphthe, mais nous y
trouverons deladifférence, puis
que l'une &,l'autreservoient à la
composition. Le Bitume épais
8c limoneux estune terre grasse,
-
onctueuse & chaude,qui ne laisse
pasdeservir à la mesme postion. com- Ontrouve plusieurs
Lies dans les Parties Orientliés >
qui regorgent de ces deux fortes
de Bitume&principalement il
yen a un fameux vers l'Eufrate.
Ce fut de ce Lac que l'on tira la
matiere dont la Reyne Sémiramis
fit enduire les Murailles de
Briques dont elle avoir fjjt ceindre
Babylone. :mrj Outre ces deux matières, on
ajoûtoit une autte espece de Bitume
, appelle Asphalte, qui a
beaucoup de raport avec la Poix
résine, mais qui est un peu plus
dur, qui demeure plus longtemps
allumé, & quise nomme
a cause de cela Pissaphalte. Il
prend fort aisément feu: Lafécondéespecede
l'Asphalteest
un peu limoneuse
,
& ressemble
beaucoup au Bitume épais. Il y
a des Lacs de l'unSe de l'autre
plûtost au Levant qu'au Couchant,
&au Nord, à cause de la
, chaleur qui aide à leur génération.
Ce fameux Lac, nommé
Asphalte, si large&. siprofond,
qui contient soixante stades de
circuit, est dans la Paléstine, &
sa matiereapproche du Bitume;
mais l'odeur en est plus forte &.
entestedavantage.C'estde luy
dont Aristote,Strabon,josephe,
Egefippe, Simon Majole, &; autres,
font mention & rapportent desmerveilles j~ wb
Onadjoûte encor à cette.
composition le Souffre,qui,
estantd'unesprit plus subtil 64
plus vif, aidoit beaucoup à l'inflâmation.
Il yen a quatre especes.
Le vif, que les Grecs appellentApyron
,parce qu'il <fl tel
qu'il fort de la Mine, &ne passe
point par le feu. Les autres es-
Ipsetceess s'y fondent aisément.. Les
Volcanelles, Lipary, Scantia
& Scandaglia,en abondent
aussi-bien que Pozzoli, & pour
cela ces lieux font ordinairement
sujets àprendre en feu.. Il y a
des Fontaines sulphurées qui en
font connoistre les Mines. L'Isle
deThule oùest leMont Hecla,.
qui jette continuellement du,
feu comme le Mont Ethna & le
oVestpiveeeni.fourmt-toutelEu- Onyméloit aussî le Nitre,qui
est une especede Sel qui se tire
de la Terre, & dont l'esprit est
fort subtit. Il s'en trouve des
MmedansNaucratis,& prés de
Memphis, au raportdumesme;
Theodore Zuingerus.
La Malth, quiestune efpcce
de limon de. nature gluante,,
ondueufe & adherente estoit
du nombredecesmatieres. Ce
linion estant une foisallumé,ne
se peut éteindre dans l'eau mefme,
£c la pluye l'embrase davan--
tage II ne sedétache point de
la choieoù il tient, qu'il nel'ait
entièrement confliméeide forte,
qu'unSoldatenestant pris en
ses vétemens ou en sesarmures,,
n'avoit pas le temps de s'en dé..
poùillerqu'il n'en sentisttesfuneux
effets. Il y en a un Lacprés
de Samofàteen Comagéne &
LuculLus Capitaine desRomains
vit les prodigieux effets de ce
limon au Siege de cette Ville,
qu'il fut contraint de lever avec
la perte dei beauçoup de ses
Troupes qui furent confumées
de ce limon en feu. Voyez sur
cela Lucaip.
Laaphtheestoitaussi une des
principales matieres. Elle aune
si grande affinité avec le feu,
qu'elle s'y jette d'elle-mesme sitostqu'elle
le voit. Elleestinextinguible,&
coule deslieux d'où
elle naist commele Bitume liquide
ou la Petrole. Lamatiere
en peut-fè sècher, & tienttoûjours
de sa nature subtile &:
ignée. On en voit divers Lacs
dans la Contrée de Babylone,
& en celle d'Auftragéne, Ville
des Parthes, comme,aussi dans
la Perse.OntientqueMédée,
pour se vangcr de l'infidélité de
Jason, trouva le moyen de consumer
par laNaphthequi prît
eu, Creüsesa nouvelle Epouse, le Roy Créon son Pere,luy
yant envoyé une riche Couonne&
un Voile qui en estoient.
nduits, sous* prétexte de quelque
reconnoissance. Le plus
!l ompt remede contre la Naphthe
en feu, estde l'étouffer avec
l : la rerrJ, de Jafange& du vin-
[ire.. L'eau n'y fcroitrien. On
nfedes mednes choses pour éxindreIjtMalthe.
On peut voir
Ammian, Marcellin, Diodore
robus,Salltifte,& autres. '"1")tt
l Voila les principales matieres
ni entroient en la composition
es Feux des Anciens, lesquelles
fiant alliées enfètiiblelfaifoient
ésopérations prodigieuses. Ils
n avoient leurs Magazins pleins
omme nous de Poudre à Ca- on.c
Les Grecs ont estéles inven
teurs d'un Feu àqui l'on donnoit
ordinairement le nom de
Grégeois. Olaüs en rapportela
composition.Ilse faisoitdematieres
fort combustibles &inextinguibles
,l'Asphalte, la Naphthe,
la Gomme Dragant,la Poix
Grecque, leSoulfre, leVerni
de Genevre, le Nitre, la Pécrole,
le Sel Gemme, la Sarcacole
& le Camfre, y entroient, & ce
Feu estoit si subtil & siactif, què
quand lamatiere en estoitallumée,
elle rouloitniesMc
avec tantdeviolence, qu'elle
consumoit dansun Camp,Hom.
mes, Chevaux, Bagages,Armes
, & toutes les Machines o
elle s'attachoit. Elle flihfifkoit
nvefme dans l'eau sans s'éteint dr
d*e.C'cft aussi dont on le lervoit
dans les Armées Navales pour
brûlerlesVailïlraux & furc péïir.
laMilice;carun Hommeen
estant atteint avoit beau se précipiter
dans ln Mer, ce seir-fy
confumoitcômeailleurs.Vo\ez
Plutarqueen.U Vie ,o';Alexa, r¡,
Oninventa èncor une autre
(orccde Feu inextinguible, dont
lf«matiereeftoit la Poix, le Souli C, 'i:Ey\ç(¡:ns"laMahnOjdEriJ ,;Q;, le:Bitwme-, la Pétroleç- la1
]poiop)iqii avecdelà racliirede
£amn,eonpineux' ou deLarix, 60
rdhfnt dont onendujloitles foi-*
èlJC; àfrSèment>oudluitre
Lvecdesdaidsenformedecar--
cauxde fpudjr*vpourles atta-"
cher aux Machines de Guerre,
ou Toursambulatoires dèsEnnemis,
& y estant une fois attachez
, ils consumoientsouvent
les Machines avec les Soldats.
On se servoit de ces mesmes faisceaux
attachez aux cornes des
Taureaux. Les ayantenduits £c
allumez, on poussoit la nuit ces
Animaux en furie dans leCamp
des Ennemis, & y causant une
grande épouvanteaux Hommes
6c aux Chevaux, ils y faisoient:
un étrange ravage. Ajoutons;
qu'on se servoit de cesmesmes,
matieres en Feu qu'on versoit duj
haut des Tours ou des Murailles:
des Villes assiegées sur les Soldats
qui lesescaladoient,&que
l'on jettoit ces faifceanx attachez
à des Crampons sur çeuu
quiavec leurs Boucliers faisoient
latortuë pour y grimper. C'étoit
encor avec ces Feux que
l'on étouffoit les Mineurs dans
leurs trous quand ils fappoient
les Murailles.VoyezAppian
Aléxandrin,HéroGian, les çom.
mentaires de Cesar,& autres. Le
premier Inventeur des Mines
des Anciens estoit Capanée.
L'usageestoit aussi des Miroirs
ardns. On en voit un fameux
exemple dans la Guerre des Romains
contre la Ville de Siracuse,
d'où Archimede, à qui on en
donne l'invention, brûla la Flote
Romaine, quoy qu'elle sur é.
loignée de quatre ou cinq milles
deSiracufe. Voyez les Oeuvres
du m-fmeArchimede.
LesFlambeauxardansde Cire
meslez de Nitre ôc de Poix, fcrvoient
pour é['ayer lcsEl phàns*
&lesmettre en déroute. Ceçy
eit du temps, des Romains qui
s'en Servirent contre ceux de
Pirrhusi& qui les firent fuir tous
épouvantez, renverfàns leurs
Tours de bois & leurs Hommes
ayec un grand fracas. Ce fUi- ce
qui causa la défaite de ce Roy
dans la Lucanie. Ils s'en fervirent
aussi contre Annibal dans
l'Affrique, contre le Roy Anuoehusdans
POrient." & contre
Lip-urcha dans la Numidie. On
peut voirTite Live,JiltinF10-
rus & autres, Se sur tout Piine,
DE LA DECOVVERTE
- de la Poudre à Canon. NOus passons icysoussilence
tous les noms &les differentes
espéces de l'Artillerie,
les Armes a Feu, & les Machines
anciennes 8c modernes que
les Ingénieurs ont inventées, &
inventent tous les jours.
Selon l'opinion la plus commune,
l'Artillerie n'a esté inventée
qu'aprés la découvertedela
Poudreà Canon,&l'une & l'autre
semblent dépendre entiérement
de la Chymie, puis que cet
Arr,parsessubtiles opérations,
a reconnu là nature & les qualitez
de toutes ies choses
; ce qui
est fixe, volatil, fusile, combustible,
inextinguible, vif, & routes
les évaporations qui se fontpar
l'activité du Feu; la vertu des
Sels, les esprits du Soulfre& du
Salpétre ; & enfin toutes les
composirtions qui se peuventfaire
les plus subtiles&ignées;
aprés quoy il n'a pû estre difficile
de parvenir à la composition
de la Poudre à Canon la matiere
en ayant esté découverte.
Toutesfois l'usage n'en est pas si
ancien chez nous que chez les
Chinois,suivant les diversès Relations
des Voyageurs qui sont
revenus de ces Païs-là.
Venons donc à la découverte
de la Poudre à Canon. On la
donne à un Moine Allemand
nômé Berctholdus Niger, Chymiste,
en l'année 1378. Quelques ,:
François en ayant veu les expériences,
en aprirent lesecret & la
compositionaussi-bien que l'ùfa..;
lgeen. cOe n voit en effet que sa vio-
& sonactivitésont si grandes
, qu'un seul grain est assez
subtil & capable d'en enflâmer
en un moment une masse, fustclle
aussi grande que l'Univers,
sans laisser aucun vestige de foymesme,
sinon une e"iffefiiiiiée,,
ouunevapeur quisedissipeaussitost;
parce que l'esprit qui régne
en tant de petits grains comme
en autant de petits corps séparez,
& quiles anime tous également,
ne cherche qu'à se reünir
par l'inflâmation
,
&sa violence
si vive &si prompte lesconfumant
tous en un mesme temps
ensemble, fait les éconnans effets
que l'on voit arriver parles
Mines ; car cet esprit est contraint
en se voulant dilater, &
cherchant uneétenduë selon sa
capacité, de faire sauter lesMines
,
&la violence en est plus
grande plus il est ferré. C'est là
le secret des Ingénieurs,de proportionner
les charges auxeffets
qu'ils défirent& de fabriquer
les Mines par angles, & d'éloigner
l'amorce de l'angeloù la
Mine doit joüer, de peur que le
feu ne soit obligé de sortir par
le mesme endroit où l'amorce a
pris feu. Avant que de parler
de sa composition
1.
nous dirons
quel est l'Autheur de laMine.
On tient que ce fut un nommé
Franciscus Georgius Senensis,
qui en enseigna le premier le secret
aux Espagnols au Siege de
la Citadelle de Lucilliane prés
de Naples, estant dëfenduë par
les François,la Poudre à Canon,
estant alors en usage. Voyezle
mesme Theodore Zuingerus. Il
ra pporte aussi que les Vénitiens
s'enservirent en ieo. contre
les Genois, qui furent extreme.
mentsurpris de voir des effets si
extraordinaires par cette Poudre
,
&par les Mines dont ils ne
connoissoient pas encor l'usa- ge. - A l'égard de l'Artillerie, on
voit que la mesmeChymie, qui
faitses opérations- sur tous les
Métaux,qui en connoistla nature,
le tempérament & les mé- adonné aussi la connoissatice
de fondre l'Artille rie & dé
la perfectionnerenl'étatoùon
la peut voir.Aussivoyons-nous
que ce Moine Allemand estoit
Chymiste, & qu'il l'inventa en
1380. deux ans apres la Poudre
à Canon, suivant le rapport du
mesme Zuingérus. Ce n'e st pas
qu'en quelques Contréesdu
Nort on ne se serveencor de
Canons de cuir-boüilly & endurcy
au vinaigre, lesquels fontjusquesàdix
& douze décharges
avec assez de violence pour
les attaques,& pour donner dans
la Cavalerie & l'Infanterie. On
les rafraîchit comme ceux de
fonte avec le vinaigre. Ils sont
si faciles à porter, que doii2e*
n'estans pas montez, font à peine
la charge-d'unCheval,&denôtre
Siécle GustaveRoyde Suede
en avoit dans sonArmée.
f,_;
} Parlons maintenantdelacomposition
de la Poudre à Canon.
Premierement la matiere en doit
si:rc séche & peu rcrrcfirc; car
le tout consiste en l'esprit. Elle
ne doit pas aussi se liquifier au
Feu ; mais au contraire aumesme
instant qu'elle sent uneétincelle
,elle doit s'enslâmer. Le
Salpêtre qui entre en sacompo- --.
sition, aussi-bien
-
que l'Ammoniac
qui est un composé,est VOlatit3c
de nature sulfurée& mercuriale.
Il se trouve souvent dans
la terre, & s'y forme par l'urine
des Bestes,qui d'elle-mesmeest
chaude & salée, & qui plus elle
pénetre,plus elle s'allie avec Il
terre,& forme ce corpsparticulier
qui tient de la nature du Sen
Plus il cfl- sec,il en c'est de plus subtileopération.
Ce n'est pas qu'il
ne s'en trouveaussi das les Caver.
nes qui se forme d'une humeur
qui distile & le congéle. On en
trouve aussi dans les Colombiers,
qui par la chaleur de la fiente de
Pigeonss'engendre das laterre.
Il faut aussi remarquer que dans
les lieux d'où l'on a tiré le S 1-
pétre, si on en ramasse la terre
par monceaux ,elle enproduira
une plusgrande quantitélesannées
suivantes. C'est un des
principaux corps qui. entre dans
la Poudre à Canon.~si?*w
,L'esprit de Soulfredequalité
moyenne entre le fixe & le volatil,
y est extrémementrequis,
&peut bien faireuneliaison de
lame & du corps.L'ame est le
salpêtre jointe à l'esprit du
souffre. ,& le corps est le charbon,
mais principalement de
ois de Saule, parce qu'il cft
noins terrestre que tout autre,
oluséger&plusporeux, àcause
de l'aubeau qui se trouve dans
e tronc de cet Arbre. Mais pendant
qu'on fait la composition
de la Poudre avec ces matie. es,
on doit l'arroser avec de l'Eau
le vie rectifiée, puis on la laisse
ècher pourenévaporer l'humilité,
afin que l'esprit de l'Eau
devie y resteseul, qui naturellement
est si porté au feu, qu'-
uneétincelleprécipite à mesme
emps i'inflamation. Si l'on y
adjoûte esprit du Camsre,
dans-doutel'inflâmation en sera
encor plus prompte.Voila l'a
me, l'esprit, & lecorps de cette
Poudre, qui fait tant d'opérationssi
merveilleuses, tant par
l'Artillerie, que par lesMines &
autres machines que les Feux
de nos Anciens, dans lesquels
il entrent tant de diverses matieres
pour lacomposition, auroient
peine à en fairedavantage.
Si l'on veut que la Poudre
fasse peu de bruit, il la faut beaucoup
broyer pour la rendre menuë,
mais elle perd beaucoup de
sa force. Voila la découverte d~
nostre Allemand, tant pour lai
Poudre à Canon que pour l'Artillerie,
& ce quesa Chymie
a pû produire.
La Chymie a aussi appris que,
l'Or réduit en poudre subtile&
bien préparée" est aussi prompt
& violent en son ignition, que
la Naphthe,&la force du coup
en est excessive, mais le jeu en
coùteroit beaucoup. Il y a encor
l'herbe Aproxis, qui de sa
nature est tellement seche &
ignée, pour naître en des lieux
chauds & sulfureux, comme à
Pozzoli&ailleurs, qu'elle s'eni
flâmeàl'approche du feu, & ne
cede pas en sa précipitation é:',U Camfre ou à la Naphthe. Sur
tout cela voyez Olaüs, Bodin,
Pline, Cardan, Porra, Vecker,
l'Essaydes Merveilles, & au-
~tres..
A LA POUDRE A CANON.
ESpr1it de Salpêtre& de Feu,
Petitgrainpluspromptque la
Foudre,
Qui par un effroyablejeu
Fais fauter les Palais en poudre; I! celuy qui te découvrit,
Etleflin de la terre ouvrit,
Ne fit-il la sis fune'railles!
Il estoitdigne de ce sort,
Sam-, te tirantde se entrailles,
Fournir des armes à la Jtfirt.
Helas! à combien deMortels
Ce yray TSajlard de Salmonée,
Loin de s'attacher aux Autels,
A t il tranché de destinée!
J^andil-?tJbn fatal dessein,
N'AOit- ilpas du Genrehumain
I'ame enieremene ennemies
Son coeur estoitplut durqu'unRoc,
De découvrirparsa Chymie
VnArt indigne desonfroc.
C'estoitassezque les carreaux
Que tient leMaistre du Tonnerre,
Dont pourserangerde nos maux Ilfait trembler toute la Terre;
C'estoit d./fl'{ que lep(Jiftm
Peutbien naîtreen toute saison
Dans l'Aconit & la Cigue.
Falloit-iljusques ttltX Enfers
Chercher t:n.:- yaveur qui tue
Avec tant d'Instrumensdivers?
Ouy, Toudre% ton affinité'
Qui neveut rien qu'une e'tincellei
AgijJa'ritfuir ta quantité,
l'Il ramasse taforce en elle.
De toutpoidstusçais triompher,
Tu dissous le Bronze&le Fet
Et réduis le Marbre enpoussiere:
Helas!tu neveux qu'unmoment
PVonuerffafriroeyda'ubnleeVMilolneeunmtieenrte.
Combien d*épouvantablesnoms
Portent tesfatales Mdràïves!
prendra t. onpatpour des Démons
Ceux qui te cachent dans les Mines?
Tonfeusisoudainyréluit,
Avecborreur, tumulte&bruit,
qu'ilenfaitplus que le Tonnerre.
Il nepeut demeurer enclos,
tFut-il au centre de la terre, £*'Hrienfàjft un affireux-ch*oc..
'Jfegardt lefangrépandu
De ceux qui courentàlagloires
Si ce sacrificet'efidû,
Combienpeut couster lavictoire?
La terreest couvertede Côrp,
Et les é»eira»s ty les Morts
Fontvoir unspéctaclefuneste.
On doitplusredouter tes coups,
.!l.!!/ les dardsdont s'arme laTefie,{
Quandle Ciels'enfert contre n'lM..
Contente-toy pour l'avenir
De tant desoüpirs (j?> de larmes,
Tour ceux qu* l'on avufinir
L eurs jours au milieu des atiarmes.
Que dis -je? Si eestpoury Qu'ilsontpéry dansleuremploy,
Leurgloire doit estre immortelle;
Mais pour te bannir ""prmItH)
EpritdeFeu, Poudre cruelle,
LO YISaramenéla Paix.
Si tusers, nesers plus enfin
Quepourl'allégresse (j?> lajoye.
Cen'estplus quepour leDAVPHIN
Qu'ilfautqu'uentous lieux on t'employé.
A. Ltgloiredefinbeau nom
Faypartoutbruirele Canon.
Va publierfbnAlliance>
Etpar des Cencerts glorieux
De la Baviere&de la France,
Portel'unionjusqu'aux Cieux.
RAVLT, de Roüen.
LAGROTE.
cHISTOIRE. Est à vous seulqueje demande
justice, aimable:
Mercure,& c'estvous seul de
qui je puis l'attendre dans la
conjonctureoù madestinée m'a
réduite. Vous larendez publiquement
depuis plus de trois
ans, non seulement aux Princes
& aux Héros devostrePatrie; maisvousavezencordéterré les
mérite des Païs Etrangers, pour
le f aire connoistre par tout où vas
vostre Ouvrage, c'est à dire, par
tout leMonde. Cette pensée:
me remplit de confiance surla
grâceque j'ay à vous demander,
car- j'ay du mérite aussi,si un
talent aussi rare qu'une fidelle
tendresse, enest une marque.
Vous portez le nom d'un Dieu
qui n'a jamais manqué de charitépour
les coeurstendres. Il
s'estfaitde tout tempsun généreux
plaisird'estre le ménager
des fortes amitiez. Jevousdemande
d'estreceluy de la mienne,
& quand vous aurez un peu
réflechy surla pensée qu'ilm'est
venuëdemeservir devous, faute
d 'avoirr aucune autre adresse
assurée, peut-estre que vous ferez
touché, de l'état de mon
coeur,& que vous trouverez
dans le stratagéme que je mets
icyen usage, un caraétere de
nouveauté assez particulier pour
meriter quevostrecomplaisance
s'engage dans mes interests, &.
quevous me serviez,nefust-ce
qu'à cause de l'invention. Aprenez
donc mon avanture.
Je fuis Fille ;j'ay reçeule jour
dans un Païs où il y en a quantité
de fort jolies, & c'est peutestre
ce grand nombre qui a femé
parmy nous une espece de
concurrence, & quia fait que
pas-une de mes Compagnes n'à
jamais voulu convenir que je
susse belle. J'ay toûjours fort
bien penétré leurs sentimens làdessus;
mais il ne s'agit plus de
cela. Il faut feulement vous dire,
que dans le temps que vous
commençastes vos admirables
voyages, vous ne fustes pas plû.
tost arrivé en mon Païs,que le
Livre que vous y laissates en
passant me fut apporté.Jen'avois
que treizeans alors, &mon
goust, quoy que jeune, fut si
sensiblement frapé de vostre,
dessein,je trouvay les loüanges
que vous donnez à tous ceux
qui s'en rendoient dignes, si
bien tournées,& les agrémens
quisontrépandus dans tous vos
Ouvrages sidélicats, que jeme
sentis saisie d'une galante ambition
de me voir mélée parmy
tant d'Illustres.Unassezagreable
Fripon connut ma foiblesse
là-dessus, & prit tant de foin
d'exagerer devant moyla gloire
qu'il y avoit d'estre dans vos
Memoires,que je ne pûs résister
à la tentarion. Il profita detous
mes panchans, & connoissant
que j'enavois pour luy aussibien
que pour la réputation que vous
donnez, il ne manqua pas de
me faire comprendre que nous
devions lier luy & moy un petit
commerce d'amitié, qui dans
peuformeroit quelque agreable,
avanture, pour me mettre en
carriere. Tout cela flata les endroits
les plus sensîbles de mon
coeur, & mon silence accompagné
d'un certain soûrire qui
sans vanité ne déplaist pas,
luy fit croire que je consentois à
m'embarquer. Jeneveuxpoint
exprimer icyles-plaisirs que me
donnerentles premiers momens
de nostre intelligence, ma mémoire
les rapelle plus que je ne
veux; mais j'en sçais surmonter
l'émotion. Lycidas ( c'estainsi
qu'il s'appelloit)prenoit tous les
soins
foins du monde de me plaire. Il
me disoit cent choies tendres,
pleines d'esprit, & de passion,
&lors queje luy répondois à son
gré, comme il m'arrivoit fort
souvent; Ah, s' écrioit-il, le b-::l
endroit pour le Mercure! J'avois
tous les matins un Billet par
lequel il me rendoit compte de
tout ce qu'il pensoit lors qu'il ne
pouvoit me voir, & j'y répondois
avec une franchise qui n'eut
jamaisde pareille. Il estoit transporté
de ces retours, &, sur tout
je me souviens qu'ilfit cent soliesdevant
moy-lors qu'il me
wmt remercier d'un Billet que j e
mepuism'empécher deconfier
à vostre discretion.
BILLET.
J E me suis reveilléeaneufheures.
J4J d'abord pensé à vous, de
je mesuis dit à moy-mesme que je
vous aimeroisplus aujouruhuy que
jen'ay encor fait. A dix heures,
j'ay reçeuvostre Billet qui m'a donnéune
telle impression de joye, que
j'ay l'air beaucoup plus gay qu'à
l'ordinaire.A onze heures, je me
suis habillée, ~& mesuis trouvée si
jolie, que je plainstous ceux qui me
regarderont aujourd'huy. A midyy
j'ay esté à l'Eglise ou jem'estois
flattée de vous rencontrer. l'ell fuis
revenue àpres d'une heure, pour
vous écrire que je suis en colere de
ce que vous avez, manqué d'y eJlre,1
~&que je gonderayjusqu'à quatre
heures que vous viendrez chez mlf
Cousine me rendre compte de cequi
vous en a empeshé.
Iln'y manqua pas, &leTraître
n'eut point de peine à se justifier.
Vous vous étonnez que
je luy donne ce nom, ou pour
mieux dire, vous estes surpris
qu'il se soit mis en état de le mériter,
apresles bontez que vous
voyez que j'avois pour luy
; mais iln'estque trop justement appliqué,
&à peineavions-nous esté
un mois dans cette union, qu'il
se 1aida toucher aux coquetes
avances de cette mesme Coufine,
qui ne faisoit semblant de
me servir que pour seservirellemesme.
On ne peut tromper
longtemps des yeux intéressez.
Je i'e stois de trop bonne foy,
pour ne pas découvrir cette doubleinfidélité.
Cependant je ne
voulus pas en croire mes seules
allarmes, & j'en fis confidence
à uneFillequi servoit nl,L Cousine,
& qui se trouva du caractere
de toutes les Personnes qui
servent,c'est à dire qu'elleestoit
bien plus à moyqu'a sa Maîtresse.
Elle m'ap prit bien plus
que je ne voulois sçavoirde ces
cruelles affaires
; & peu dejours
après, ellem'apporta unBillet
que ma Cousine ~écrivoit à mon
Infidelle. Ma Cousine a de l'efprit,
&: vous en jugerez par ce
Billet qui estoit en Vers, & cÛ
je n'ay rien changé.
OVy,je croy quepourmoyvostre
amourest extréme,
Quejamaison n'aime de mesme;
Maisilvousdoitestre bien doux,
'J)"estre certain que je yous aime,
Et quejen'aime rienjttendrement que
yoMf.
Ainsije "tous défens lesplaintes rf les
larmes j
Ousivostre coeursent quelques tendres
? allarmes
Que ce nesoientjamais, des doutes de
mafby,
Ie n'aimeray que vous,j'en jure tOIN"
mescharmes,r*
Tant que "POUd n'aimerez que mo*\
Ces protestations mVftoieqt
d'assez seûrs garans deJadélicatesse
de leur incelligençe.;Vcru's
voyez qu'on n'y parloit point de
moy,& que l'on me cõptoit pour
rien. II y en avoit assez pour
faire mourir toute autre Personne.
J'avois dissimulé jusques
là, mais je ne me trouvay plus
en état de le faire. Jem'enferttuy
tout un jour, & pleuray
tant, qu'enfin je me foulageay.
Cette abondance de larmes fit
place à une autre abondance de
refléxions sort raisonnables, qui
au bout de vingt-quatre heures
me mirent en état de voir mon
Traître de sang froid, & de me
divertir en troublant cette Intrigue,
sans faire semblant de la
connoistre. J'obtinsde ma Mere
quialloit à la Campagne, de
rester à laVille & de demeurer
chez, ma Cousinejusqu'a son
retour. Imaginez-vous quel régal
c'estoit pour moy de joüir
de la contrainte où je mettois
mes deux Infidelles, dont l'un
seignoit toûjours de m'aimer.
comme je feignois de le croire.
& ma Cousined'un autre costé
affectoit de la complaisance
pour me laisser avec luy, pour
ne me parler que de luy, &
s'empoisonner ainsi elle-mesme
par toutes les démarches de
cette conduireforcée. J'avoue
que cette vengeance m'estoit
d'autantplus douce, quelle venoit
parceux-mesmes quim'outrageoient,&
qui sans-doute me
vangeoient encor dans le fond
de leurs coeurs par les remords
qu'ils devoient avoir de me
tromperainsy. Enfin cette secrete
violence ne put durer. Ils
chercherentà se parlerà loisirs,
&loindemoy. Ilsdestinerent
à cette consolation une nuit &
un Cabinet de rocaille qui est
au bout d'unJardin assez beau.
Pour aller àce Cabinet, il faut
traverser une Groce enfoncée
dans la terre d'environ trois
pieds & demy. On ydescend
pardes degrez de marbre,qui
pour achever l'ovale, du dessein
de la Grote, font en fo me de
Fer à Cheval. Le rendez-vous
sur pris, & j'en fus avertie aussi,
tost par cette mesmeFille qui
devoit y accompagner ma Coufine.
J'arrestayavecelle que je
m'y cacherais la premiere, que
jeles écouterois,& que les ayant
convaincus, je leur dirois tout
ce que j'estois en droit de leur
dire.. Pour mieuxflater l'impa-
]
tience de ma Cousine, qui
cro oit que l'heure n'arriveroit
jamaisassez tost) je feignis un
grandmalade telle. Ce prétexte
pour me retirer de bonne heure,
fut pour elle une joye infinie.
jevoyois en cette aimable Scélérate
un empressement à me
soulagerle plus tendre du mode
en apparence. Je reçeus tout de
bonne grâce. Nous nous lèparâmes
enfin, & elle ne douta
poinr que je n'ailasseme mettre
au Lit: Le moment du rendezvous
estoit marqué à onze heures
,
& il n'en estoit que neuf..
Qael chagrin pour ma cousine
den'avoir pas préveu qu'elle seroit
libre si-tost! J'imployay
bien ce temps-là. J'allay dans
le Cabinet. Je me cachay derriere
une Statue de Momus, 8c
peu s'enfallut que je ne l'invoquasse
pour le prier derendre
l'avanture risible.. La Filie qui
devoit accompagner ma Cousine,
me suivit, &m'assura que
ma Cousine ne viendroit point
seule,& que j'avois tout le temps
de me bien cacher. Un remords
d'amtié me saisir. je n'eus pas
le courage d'exposer ma Parente
à la confusion d'estre ainsi iilr- 1 si f'Lir-1-
prise, & je dis à Petit-val ( c'est
lenomde cette Fille) que puis
que sa maitresse auroit plûtost
manqué aurendez-vous que d'y
venir seulé,je la conj urois de ne
rentrer point dans la Maison.
maisde sçavoir feulement si Licidas
estoit à une Portededernere
du Jardin,oùellem'avoit
dit qu'il devoir se trouver,&
qu'ilsussoient que pûsse ainsi
le convaincre desa trahison. Elle
consentit, me laissa feule dans
laGrote, & ayant appelle Licidas
à travers la Porte qui est
au bout d'une fort longue Allée,
ellesçeut qu'il y estoit depuis
neuf heures. Elle revint, & me
trouva hors de la Grote,où je
faisois le guet du costé de la
M ison. car j'avois peur qma
Cousine me vinst troubler.
Cette inquiétude estoit cepen,
dant fort legere, & foit parle secoursde
Momus qui me fit prendresur
lechamp un fort plaisant
dessein,foit par quelque autre
inspiration goguenarde,vous
verrez que jen'avois pas perduimon
temps pendantque j'avois
etre seule. Je renvoyayy donc
Petit-val pour introduire Lic
dasdansleJardin, av-. c ordre
de marcher derriere la Pallissade
des Charmes de l'Allée) &
de s'arrester à vingt pas de la
Grote,jusqu'à ce qu'il y vist
briller de la lumiere qui luy serviroit
de signal pour y entrer. Je
recommanday ensuite à Petitval
de rentrer dans le Cabinet
par une Porte de derriere, pa!'
où j'y rentray moy-mesme,&;
dene point passez par la Grote
à son retour. Tout cela fut exécuté,
& le moment fatal estant
venu, je fis briller la lumiere que
j'éreignis quand j'entendis approcher
l'impacient Cavalier
pour qui se faisoit la Feste. Eil
descendant dans la Grote, il
marqua son ai i ée par un st,
auquel je répondis par deux ou
trois autres,&luy pour répliqué
s'écria, lapeste je suis dans l'iati.
Ce n'est rien, mon Cher, répondis-
je en déguisant ma - voix,
avancez promptement. Dieu
sçaitsi le prétendu empressentque
je luy sit voir, redoubla
le sien. J'en entendisl'effet,
car plusil descendit pour s'aprocher,
plusil enfonça dans l'eau,
juqu'a ce n' 1 sep écipita dans
un petit bassin d'un peu plus
d'une toile en quarré, qui ( stau
milieu de la Grote
,
où il en
trouva jusqu'àlaceinture. Pendant
que j'avois esté seule, j'avois
tourné deux Robinets qui
avoient ainsi préparé la Scene.
Je fus contente de l'entendre
crier, car il m'estoit resté assez
de bonté pour craindre qu'il ne
t mbast la teste la premiere.
Petitval, à qui j'avois tout dit:
depuis ion retour, se tenoit Ies
cotiezderire; & moy qui voulus
augmenter l'embarras du Traître,
je la fis sortirduCabinet
avec moy, rentray dans ma
Chambre, &laissayce nouveau
Leandre combatre contre ksi
flots dans l'obscurité, & tempérer
un peu l'ardeur de ses
feux.
Cependant ma Cousine cherchoit
Petit-val de tous costez,
avec d'autant plus d'empressement
& d'inquiétude, qu'il y
a voit longtemps que l'heure du
rendez-vous estoit passée. L'adroite
Fille se tira d'affaireavec
un aussi grand serieux, que si
le raportqu'elle luy fit avoit
esté bien sincere. Elle luy
-
dit
qu'elle estoitalléeattendre Licidas
à la Porte du Jardin pour
luy ouvrir dés qu'il y seroit arrivé
,
afin qu'entrantaussitost, il
fuit moins exposé à estedécouvert,
mais qu'il n'y estoit point
venu. Cette prétendue négligence
fut un rude coup pour ma
crédule Parente. Elle demeura
interdite, &: avoüa que sa trop
grande facilité méritoit bien
cette punition; que Licidas efsoit
inexcusable pour toujours,
quoy qu'il pust luy estre arrivé,
ïîc que fust-ildans ce moment à
sa Porte, elle ne sortiroit point.
La Fille ne demandoit pas
mieux. Cependant lors qu'elle
sortit encor, en disant qu'elle
alloit y revoir, ma pauvre Cousine
n'eust pas la force de s'y
opposer. Petit-val courut a l'entrée
de la Grote, d'où elle apella
plusieurs fois Licidas, &voyant
qu'il ne répondoit point, elle
pritlechemin de la Porte par où
elle l'avoir introduit. Elle l'y
trouva en effet dans l'état que
vous pouvez vous figurer, &
faisant tous les efforts qu'il pouvoit
pour seretirer; Hé Monsieur,
s'écria-t-elle dés qu'elle
levit, &fit semblantdene por-
'V ir en diredavantag
,
Luy q. i
estoit à demy mort de chagrin &
de froid,avoit de la peine à parler
, mais enfin il tâcha d'articuler
quelques reprochesconfus
&emportez, autant qu'un cruel
clâquedent le luy put permettre,
sur ce qu'on l'avoitlaissé sàns
secours dans un si fâcheux accident.
Petit-val écouta tôut d'un
air consterné, & puis re prenant
la parole; non, dit-elle,jiin,,iis
rrahifon n'aesté si lâche. Ma
Maistresse pouvoir aisement ne
pas consentir au rendez vou s
que vous luy aviez demande,
non pas vous y attirer comme
elle a fait, pour ne vous faire
rencontrer qu'une si sanglante
marquede sadureté. Q2oy,dit..
iplr,écp'aersetuenpeaarffeaifr1eper-émméedfinté-eic,
Vrayment,répliqua P?tit-val,
vous l'avez pû connoistreàfcs
pa rôles. Croyez-moy, fuyez
cette Ingrate, &ne larevovcz
jamais. Surtout ne pirniflez
point de quelques jours, & sçachez
auparavant si elle n'aura
point fait quelque méchante
plaisanterie d'une perfidie si
noire. Licidasla quittadans cette
pensée,. pestant contre tout le
Sexe,&contre sa malheureuse
avanture. Ilne parut-plus dans,
la Ville, d'oùil partitdeux jours
après sans qu'il y soit revenu.
Jtla Cousine de son cossé atten--
doir toujours qu'il vinstluy rendre
compte de ce qui l'àvoit
empeschédese trouverauJardin,
& me demandoit de ses
nouvelles fous le prétexte de
mon propre intérest. Tantostje
feignois d'enestreen peine, tautoit
je prenois un air d'indiférenceaffrectée,
que ma Cousine
croyoitestre un dépit aussi veritable
que le sien; & lorsque la
nouvelle de son départ futrépandue,
jetémoignay si peu de
sensïbilité-là-dessus,quema Parenrene
pouvant plus déguiser
la sienne, & ne sçachant point
la cause de ce départprécipité,
m'avoua par quelques larmes ce
que je sçavois aussibien qu'elle.
J'èn fus touchée. Je ne meplaignis
point, mais je tâchay de la
plaindre, & de la confbler, &
luyapprisensuitetout ce qu'elle
nesçavoit pas si bien quemoy.
Licidasestoitabsent déjàdepuis
quelques semaines. Ma cause
estoitjuste pour autoriser tôut
ce que j'àvois fait. L'avanture
d'ailleurs estoit assezplaisante.
Ainsielleenrit avecmoy. Elle
s'attacha à unautrequil'aime,
& qu'ellene hait pas & moy je
n'aime personne, si je n'aime
encor ce mesme. traître Licidas.
En quelque endroit donc qu'il
puisse estre, je veux, s'il vous plaid,aimable Mercure, qu'il
aprenne que c'est moy quil'ay
fait baigner malgré,luy, &qu'il
trouve icy un aveu aussi sincere
de la verité, que si le secretde
ce burlesque rendez-vous pouvoit
interesser ma conlcience..
S'il a quelque réponse à me
faire, il pourra vous la confier.
&je vous prie, charmant Mercure,
de vouloirvousen charger.
Auffibien c'est par vous qu'il
a commencé à seduire mon
coeuri mais je ne sçay si lors
qu'ilme slatoit de
l'esperance
de
me faire mettre dans le Mercure,
il croyoit que je l'y ferois
mettre moy-mesme, & que j'y
publierois ce qui l'occupe présentement.
J'ay encor plus de
commerce avec son coeeurqu'il
ne s'imagine, &: je ledéfiedeme
démentir sur lessentimensqu'il
a pour une Dame d'un mérite
infiny,laquelle il n'oseroit dire.
un mot de ce qu'il sent. C'est
une des plus aimables Personnes
du monde;mais enfinc'est une
assez cruelle destinée pour un
Homme quin'à jamaissçeu contraindre
ses passions, de voir
tous les joursmille charmes en
une Personne, de découvrir à
chaque instant des qualitez divines
en elle, de s'intéresser jusqu'à
la folie à tout ce qui la regarde,
de s'abandonner à toute
la rapidité d'un panchant tendre
& des-interessé, & d'estreobligé
de prendre un air tranquile 6c
invincible, parlant toûjours contre
l'amour, & contre les plus
petits attachemens. Voila ce qui
me vangeencor , & c'est une
peine pour luy qui plaist assez
à mon ressentiment.Que s'il
vouloit des avoüer ces sentimens
dont je fuis bien informée,
montrez luy unpeu la Piece qui
fuit. On en apprend le sujet
parsalecture, & on y découvre
le cruel état où l'a réduitdepuis
peu la pensée qu'il avoit d'avoir
déplûàEgidie.
ELEGiE. cEffi{, cruels ennuis, cessez,vives
ailarmes,
gui mt';'Pe'{ tant coujtè'defoûjtirs (Y
de larmes
CefeK, mortelschagrins, par qui mes
fent troublez
NourriJJfènt dans mon coeur tant de
maux assemble;
JTn doux calmesuccedeà vostreaffreux
JJadorableEgidie afaitcegrandou-
- "9rAg!,
Desesrares bontezun effortgenéreux
Surmonfortdéplorable a baisséses
beauxyeux.
unreedrd, d'unfiulmot lasecourable
amorce, "e tous vos noirs poisons adissipéla
force.
Malgrévousjerespire,je retrouve
enfin
Letranquilerepos de monpremier
destin.
Oüy,j'ay crûtrop longtemps quel'aimable
Egidie
Desa chere amitié n'honoroitplusmavie,
QtceHc me ravissoit unJt prétieux
bien
Àitprixduquelpourmoy tout le reste
n'estrien.
Helas! quej'aypassé de moments effroyables
!
Que mon coeur asouffert de tourmens
incroyables,
Quandfaycrû"Voircesyeux dontles
attraits charmans
Portent dans tous les coeurs desidoux
flntJ.t'ns,
Se remplirpour mevoir defroideurs
inhumaines,
Quicentsoisonsglacétout monsang
dans mes veines,
Et
Et quittantpourmoyseul tout ce q'iuils
ont de dOtlx,
iTar de sombres regardsm'exfliqtïer
leur couroux!
vHéd'où mevient, disois-je, une telle
disgrace?
J'enaysenty le coupayant que la
menace, J'en ignore la cause, (Y" mon esprit
confus
Sçait quel efi mon malheur,nesçait
rien de plus.
Je m'examinealors,jepese, je médite
'.,..sur udnduétiatileexa,ctde toute macon-
Ettous mesprocedez ,J mAIn/pc
off rts
ÎÀrf me reprochent rien digne d'untel
re"'Per'
^SPluamOss càenrsi consubre, plus il
Je rd,
AfflueilfeyoitJbâmù^Jincere^ardenty
fidUe.
Nul deses mouvement ne luyparoist
fujfiecl,
Soins, tendresse, devoirs, zele,crainte,
rejpcct,
Ç'ejiLà toutce qu'iltrouve, tout
ce qui l'anime,
Et rien dans tout cela ne luyparoist
un crime.
Lorspour mieuxm'accabler, mon triste
JouVenir
Vemon bonheur passévenoitm'entretenir.
Nil memoire en cepoint cruellement
heureuse,
Me montroit Egidie autrefoisgenéreuse.
DesoniBuifreappufportant mes
¡fltt',dls,
StfouVentsurmonbien m'expliquant
dessouhaits,
Je rappellois ainsisa douceur obligeante;
,MIIÍI helas ! y joignant mafortune
présente,
Les termes diférens de ces comparaisons
Répandoientdansmonsein mille
mille poisons.
Par cet accablementde mon ame éperdue,
Messens estoientsaisis, ma raison confintllÛ
Et l'esprit interdit, "fOl¿, furieux,
j'¿ppeUoM à témoin les Hommes (3*
les ViclI.
J'".ffeft'M les transports dema douleur
profonde,
J^uùnauroitpû centfois aneantir le
monde,
Avantpqueeln'onsem'eru,stveu ny dire, ny
Rien qui JIIJllùJdéplllire, ou quipust
l'offencer.
Cependant chaque joursa haine impitoyable
Me traitoit comme on traite un insigne
Çoupable.
Mais pourquoy deces maux fiërement
atteint,
Lesay je tous soufferts sans mefire
jamaitplaint*
'j)";o;.,'-je balancerà chercher une
route
Qui me pustéclaircir de ce funejle
doute?
Mais non, ilvaut bien mieux que mon
coeur ¿ÚbirJ
Aitsçeu cacher lestraitsqui l'a"*oient
penetré.
Ilyautmieifx que malgrétoute mon
innocence Ilaistsiçleenucceon,dddammnneerr fsda ddoouulleeuurr 4a,uv
Et que quoyque demoy le Son eust
réjOla)
Mon timide respefiaittoâjourspré*
lIttl.
Ce respectsiprofond; sipur, çrsi
sincere,
N'apointdesentimensd'un commun
-.. caractere,
Aucun IIUtr jamaisne lepeut égater,
BtjeVtufifeamaindry^jt)cujfi osié
parler.
C'estpar luy quEpdieapparemment
touchée,
De sa feyerite' sesi enfinrelâchée;
Par luysa belle boucheappaisant
mon effroy,
M'adit queses h01Kttflnt les mesmes
pour moy,
Quefin estime enfin n'estpoint interrompuë,
Que par lonfaUXfbupçon mon ame
prévenus
Se dejblottsanseaufiey &souffroit en
effet
L'excés
d'une
douleurqu'elle n'avoit
pointfait;
Etsimon infortune à mes desseins
contraire,
me rendoit malheureuxjusques à tufdeplaire,
Que fét juste pitié la feroit fiN;'
Dem'apprendremoncrime d^dntque
mepunir.
Ah, quen'apointproduitdans mon
ame charmée,
Z>'*»JipiJfkntJecQttïsUdouceur
tllI mée !
Senjïb edu dernierpoint, lors flJ je
paitpenser
^Eg'die en mon sort veutbien S'ÍIItéresset
Quej'ay beny defois l'aimdble com- plaisance
Qui finit ma misere ayer cette assufdffce,
Et dans les doux transportsquej'en
yeàox conserver,
Ejt-dquelque douleur que je n'ose
Fuyez donc, noirs chagrins^faye^f'ies
braver?
A/llllrmu,
guim'*ye^ tant confiédeofâpirsC2*
delarmes,
Fuyez,motels ennui*y (y1Jouffre^—.
mais helas!
D*rucesrUCviffèmens ne nousaveuglons
j>*4.
Ttxt-cfirctpêlïgidïe en secret offh'fe/
e,
S'lins ce quellem'a dit déguisesa
pensée.
S*pitié'fèint peut-estre, flwttttt
air charmant
tïïecache à mesyeux toutfin ressentiment.
Maispourqitoy lepenser&pourquoy
se contraindre?
YouJ¡Ól't:.elk pour moys'abaisserjussa"
ifeindre?
N01l1l'Ion,j"en craisl'a*veït qu'il luy
plaist medonner,
Il.!!é nuln'ou\eaufiufçon tfofimcmpoisonner.
Fondersurses hoàteç, &sur mon iil.
nocence,
Detoutes Mesfîajeïtfs ïilmoftsïkyidlencey
A la remercier bornons tout nos efl'
forts,
Et par des \ceirxardens expliquons
nostransports;
gveleeCielq,millJÎt stjllftjC!"si Confirmelestréfbrsquilprodiguapour
elle; ke ce repos qu'elleoffre à mon cseuraccable\
Soit surses heureuxjours millefois
redoublé;
Quesa vie en plaisirssoitsans cet
féconde,
Etqu'on puisse centfois anéantir le
monde,
Ayant que de me voir rienfaire,ny
penser,
9..!!i doiye luy déplaire, oupuisse l'ofï
fenser.
C'est dans cessentimensqu'ilfautpaf
ser ma vie,
Toutprest à la donnerpourfinir*
- Egidie;
Trop heureux mille fois,sije vois mon
dessin
Sacrifier mes jours à cette illustre
fin.
Fuyez donc, noirs chagrins,fuyez,vives
allarmes,
Qui m'avez tant coustédesoûpirs (jr*
de larmes,
Fuyez,mortels ennuis qui m'accablez
de coups,
De la part dJEgiJie , épanouiJpx^"
you*.
La Philosophie & la Rhétorique
nesont pointles deux Soeurs donton
a parlé dansl'Histoire Enigmatique
du dernier Extraordinaire, comme
on l'a voulu croire dans vostre Province,
maisl'Université de Paris
& l''Académie Françoise. La
Lettre qui suit vous expliquera
agreablement toute cette Histoire.
Elleestde Mr Soüy, Conseillerà Provins.
A MONSIEUR *** PVis que vous voulez sçavoir
ce quejepensedel'Histoire
Enigmatique du huitième Tome
de l'Extraordinaire du Mercure;
je vous diray, Monsieur,
que je l'explique sur l'Vniversité
de Paris, & l'Academie Francoise.
Voicy dequelle maniere.
Quoy qu'il semble quecesoit
contre l'ordre ordinaire dela
Nature,que lanaissance des Ensans
précédé celle des Peres, il
est néanmoins vray que l'Université
de Paris, qui reconnoift
nostregrand Monarque pour
Pere, en prenant la qualité de sa
Fille aînée, ayant esté fondée
par Charlemagne il y a huit ou
neuf Siecles, est plus ancienne
que son Pere. Son origine est
éféctivement illustre, ôt elle est
née dans la pourpre comme Fille
d'empereur, puis qu'elle est
Fille de ce grand Prince qui
estoit Roy. de France & Empereur.
Que Romesesoit réjoüye
de l'établissement de l'Universiré,
la raison en peut estre double.
La prémiere est, que Charlemagne
tira de Rome ses quatre
prémiers & doctes Profestfeurs,
Alevis,Rabaur,Jean &.
Claude,
-?tet grande gloire
d'avoir contribué à la naissance.
d'une si illustre Fille. La seconde
,
font les grands services que
Rome devoit recevoir, & qu'elle
a éféctivement receus de l'Université,
qui a maintenu [cs
Droits contre les Hérétiques,
& augmen é parsa Science &
par la Doctrine son pouvoir 8£
ion empire, & qui quelquefois
aussi a borné son autorité, comme
l'Histoire de Philippes le Bel
l'apprend, dans la vigoureusè résistanceque
fit l'Université contre
la Bulle d'Excommunication
de Boniface Pape,apportée parle
Cardinal de Narbonne.
Que l'Université air paru d'abord
comme un grand Fleuve,
ou comme une grande Princesse,
l'application n'st pas malaiséeàfaire.
L'on sçait les avan,
rages que les grands Fleuves apportent
aux Provinces par leur
cours , & l'on n'ignore pas aussi
que l'Université ne communique
loi.
abondamment toutes les richt.
sesdel'À-nle par laScience. Que
ce soit unegrande Princeile, son
llustre naissance, lesavantages
qu'elle,procure, ôc ses belles
qualitez, luy font mériterce
nom, 8t les respects qui font
dûs aux Personnes de ce haut
caractere.
Qu'elle ait attiré lacuriosité
de toutes les Nations, comme
Salomon, il n'y a rien qui doive
nous surprendre. Chacun fçair
que la doctrine &la f.'lg;..ffe" de
l'Universitéontfait du bruit par
touje;laTerre,6c je ne sçay si sa
renommée n'a point obligé la
RevueJeannede Navarre,F-mmede
Philippes le Bel,àfonder;
parsalibéralité Royale le College
de Navarre, comme lasagesse
de Salomon obligea laReyne
de Saba de venir admirer ce
Prince, &: luy faire des Présens.
Pour les visites qu'elle areçeuës
des grands Hommes des
Païs étrangers, il suffira de nommer
Saine Thomas, qui y ayant
proreue, y a appris & enseigné
mille belles choses.
Je n'entre point dans la question
de sçàvoir si elle a puise
toutes ses richesses des Etrangers.
le sçay qu'elle en a emprunte
beaucoupderitalie pour leLatin;d'Arhénes pour leGrec;
pour l'Hebraïque, de la Paléstine
; pour le Syriaque, de l'Assyrie
; de l'Egypte, pour les Hyerogliphes
& Figures; de l'Inde,
pour l'Imprimerie,&autres curiositez
; mais si elle a emprunté
des Etrangers quelque chose, elle
l'arendu avec usure, ayant
mis les Arts. les Langues &. les
Sciences, dansla derniere perfea1,0Il.*
L'espritd'Alexandre,tout
vaste qu'il ait esté, cèdeà celuy el'Université, puis que le pre ., mier n'asoupiré qu'après lesconqucftes
& la possession un
Monde, que l'autre possede absolument
;ses connoissances étenduës
luy rendant tributaires
< des Empires & des Peuples qu'
Alexandre n'a jamais connus.
Les plumes de ses Enfans, qui
les élèvent au haut des Cieux,& ;
en fuite les font descendre jus- -. qu'au centre de la Terre, &au
fond des Enfers, font les doctes
Ouvrages des Théologiens que
je passe fous silence; ayantà
m'explquer à une Personne qui
a une connoissànce parfaite de
cette sublime Science. éi L..U..:.,.,..,
Que l'on enseignedarîs les
Classes les Pauvres comme les
Riches, je croy quec'est lesens
de ces paroles; Ce qu'ellefait à
l'égarddu grandmonde, elle lefait
à l'égard du petit. Les bons, les
médiocres& les médians Livres 1;
fontles aides defes Enfans, dont
les uns volent haut, les autres
entredeux airs,&les autres r---n-i.
pent à terre, 3b«nusix
Le nombredes Maisons qu'i1
lea, peu éloignées les unes des
autres, où l'on parleen langage
différent, marque la pluralité
des Collèges & des Classes.L'un
&l'autre conviennent, y ayant
dans les Collèges diversité d'opinions
pour la Philosophie
,
&
dans les Classès diversite d'Autheurs
Grecs & Latins.
Les Procès qui se forment&
se terminent chez elle, ne luy
ostentéfectivement rien de sa
sagesse.Quoy qu'ils donnent
toujours naissance à de nouveaux,
il nefaut point d'Epices
pour les régler. Un docte Répondant
dans un Acte public,en
décide quelquefois plus de quinze
dansune après-dînée.Les
Fleurs de Rhétorique font les
belles Fleurs qu'elle produit; les
peines & les veilles font les épines;
la bourbe &la crasse dont
lesHybernois &autres l'ont défigurée,
sont les chicanes de l'Ecole,
&les pédantesques manieres
de ces Régens&Répétileurs
crotez, qui n'empeschent
pas les Doches &les Sçavans de
l'estimer; ces défauts-là ayant
produit mesme un grand avantage,
puis qu'ils ont donné lieu
à la naissànce de l'Académie
Françoise qui est sa Cadete.
Le grand Homme qui en conçût
le dessein, fut feu Monsieur
le Cardinal de Richelieu, Proviseur
& Docteur de Sorbonne;
ce mot explique l'obligation réciproque
de l'un & de l'autre.
Pour sçvoir si l'Académie est
Soeur ou Fille de l'Université,
quoy que leurs principes soient
peu différens, le peu de raport
que je trouve danslereste, me
fjcluy donner le nom de Soeur.
Que cette Cadete soit plus propre;
qu'elle ait tout l' jt de la
Cour, y estant ordinairement;
qu'elle s'exprime d'une maniere
oùl'on ne puisse rien trouverà
dire ,& que cela vienne de la
pluralité de ses Maris&de Tes
Amans, cela s'explique en deux
mots, en disant que la Langue
Françoiseestdans sa perféction,
que le Roy a eu la bonté de donner
un Apartementau Louvreà
Messieurs de l'Académie, qui
font ses Maris& ses Amans,dont
elle répare la perte par un nouveau
choix sans crainte de blâme.
Ces norions générales qu'elle
a de la Guerre, des Loix& de
la Paix,& autres, fontles divers
Emplois & Professions de Messieurs
les Académiciens. Lamaniere
dont onreçoitun Académicien,
& le mérite qu'il fautqu'il
ait pour entrer dans cet illustre
Corps, répond de la justesse
de son choix. Dire qu'il y
en a de toutes fortes dequalitez,
c'est expliquer le mot de Roture.
Pour l'union, je la veux. croire
pieusement. Je sçay neanmoins
qu'il y a de la jalousiesmais comme
ce n'est pas entre tous, ils
s'écrivent souventles Délibérations
de l'Académie,&desLettres
galantes & spirituelles.
Pour ses Filles, ce font les Académies
de Soissons & d'Arles.
Ses Alliées font les Académies
des Humoristes de Rome, des
Endormis de Gènes. L'Académie
Françoiseest si illustre & si
recommandable, que son Nom
&ses Ouvrages sont connus &
admirez par tout. Ses deux premiers
Nourissons font Messieurs
de Balzac &des Marais,qui ont
écrit sur laLangue Françoise par
le commandement de Monsieur
le Cardinal de Richelieu; & elle
a esté si heureuse, que pour comble
de sa fortune,le Royen a
voulu estrele Pere & le Protecteur,
en luy donnant retraiteau
Louvre. Le reste de l'Histoire
concerne la reconnoissanceque
cette Fille a pour les grâces que
luy a faites ce grand Roy son-
Bienfaicteur-, mais quelques efforts
qu'elle fasse, ils feront toujours
au dessous de son mérite.
L'humilité de l'Autheur reconnoissant
qu'il est encormoins
digne de parler du Roy que l'Académie,
n'est pas de l'Enigme;
&c la bonne intelligence dé et*
deux Soeurs, qui avoüent que
leur Pere les a fait connoître
chez des Peuples dont elles n'avoient
point oüy parler,toutes
curieuses qu'ellessont,est le dernier
coup de pmceauque l'on
donne au Portrait du Roy, dont
les glorieuses Actions chantées
par l'Académie Ôc IDnivtÍÎré)
ayant esté portéesparlaRenomméechez
lesNationsétrangeres,
les ont fait connoistredes
Peuples les plus éloignez. jé-ntsçay,
Monsieur, sij'ay deviné.Je
m'en raporte à vous. cEs doctes, ces illustresSoeurs
que le Mercure nous propose
A mon fins ne sontautre ChVît.
- -
Que l' Université, des 7(°}J la Fille
aînée.
En tout temps &par tout des Sçavans
honorée,
QuiJanschagrinsans dépit
Voit que l'Académieaujourd'huysa
-
Cadete,- Commeplusgalante c;JJ mieuxfaite,
Ioint à l' Honneur, le belEsprit.
Messieurs Gardien, & Bissin
Lieutenant de Clamecy,& le Bail
Clere de Châlons sur Sône, ont
trouvé cemesme sens.J'adjoûte
quelquesautresExplications en Vers.
SAnssortirde
nostreIsemisphere,
Y"dy trouvéces deux Soeurs, dont
LOVIS est lePere;
Et le Mercure en verité,
Tlusàpropos nepouyoit, ce mesemble,
NOHffaire voir ensemble
L'Académiel'Universite.
Mad.LE FEBVRE,de Tonnerre.
II.
OVjemetrompefort, oulegalant
Mercure,
guisçaitadroitement cachtr la verité
Sous quelque agreablefigure,
Promens monesprit dansl'Université
Etjegage ois bien ma '.,ù,
.si.!! de "Ili jesuis transpor té
£ >am la FrançoiseAcadémie.
SAINTVINCENT.
III.
MA Muse estoit toute endormie,
A/faisaumoment deson réveil
Ellevitavec leSoleil,
La Sorbonne CJ"' l'Académie
Briller d'un irtatsanspareil.
POLYMENE.
s IV. oitquesurl'Université
Roule l'Histoiire Enigmatique,
Ou quayeeplut deverité
Ellesoit toute Académique,
En qualité'd'Académicient
Chacun de nom la reconnosttres-bien;
tPeurrious-noMC méconnoijlre une si
digne Mere,
IXontl'augufîeLOVISestU-TiUçy
le PelYl
Les Nouveaux Académiciens
de Beauvais.
M V. Ercure, en nous donnant l'If;¡:'
toire £nigmatique,
Vous avez à nos yeux peint l'Université,
Dont lagrandscapacité
RendlaFrancef,magnifique.
C'est d'elleque nous vient lafine 'Pa--
litique
.Il.!!.ijiJ"p4jfè en Sçayoir toute l'Antiquité;
Nostreseuleprosperité
En estunepreuve autentique.
L'illustreAcadémie estsa Fille, ou
safa-ur,
Qui reconnoist pour Protecteur
&invincible LOVIS, quis'estrendu
son Pere.
Ses Enfans sonttousgrands Esprits,
Quipourestre avoüezd'unesidigne
Mere,
Sesont tous annoblirpar leursfameuse
ecrits.
Les Reclus de S.Leu d'Amiens.
VI AVsçarvant Nourrisson de l'Université,
Souventde s'exprimer manque lafaculté;
Et tel qui de Science a l'ame dégarnie,
Au contraire est poly comme l'Académie,
Tantle nombreestpetitde ces Autheurs
heureux,
Qui Disciples de toutesdeux,
Possedent le rare assemblage
Du Sçavoir (7" du beau Langage.
Cette derniere Explication est du
Sérieux sans critique deGeneve,
qui afaitla nouvelle Histoire Enigmatique
queje vay vouspropojer.
HISTOIRE
ENIGMATIQUE. DEux Soeurs jumelles faites
jour la servitude, rendent
le plus bas de tous les ofifces
dans presque toutesles Maisons
du Monde. Elles ont deux Freres
aussi jumeaux, qui fervent en
public & en particulier à tout le
Genre humain. Onnesçaitpas
bien il les Frcres sont les Aînez
ou les Cadets,mais ils ont divers
avantages par dessus les Soeurs;
caroutre qu'ils sont plus hauts
de taille, ils ont des oreilles &
des yeux , ce qui manque aux
Soeurs. Elles en sontfortrécompensées,
en ce qu'elles se trouvent
exemptes,du moins aujourd'huy,
de certaines astrictions
ausquelles on assujetit les Freres,
afinqu'ilservent avec plus d'attachement,
& qu'ils ne seseparent
de leurs Maistres qu'avec se
permission ; &. l'on n'a mesme
guere veu les Soeurs tenir de la
4,
Lune, comme souvent on aveu
les Freres. Les Soeurs avant un
peu plus de panchant pour I&
service des Personnes deleursexe,
engardent aussi fortlabienseance,
puisqu'elles font si casanieres,
querarement elles sortent
du Logis,ou si elles font voya ge,
c'est presque toûjoursincogni si.:
Elles font, comme toutle S:-xc^
un peu bruyantes; mais on leur
pardonne, sur ce qu'elles sont
d'ailleurs tellement amies dela
propreté, qu'outre celle qui leur
est parciculiere,elles ne contribuënt
pas peu à enfaire avoir à
leurs Frères. Elles portent en
France un nom Grec, & on s'étonne
qu'estantassez rerenuës de
modestes presque par toute la
terre ,il est pourtant un certain
lieu de l'Europe, où non se.
ment elles sont magnifiquement
vestuës, mais où il arrive àl'une
d'elles de fc laisser baiser à une
infinité de Gens, sans que pour
cela on la traire de prostituée.
L'Autheur de cette nouvelle Histoire
a réponduparlessix Vers que
vaim allez voir,àunedesQuestions
dudernier Extraordinaire.
LeJoüeur&le Chicaneur,
Quoy que/kmconscience, eL?°sans be*u~
coup d'honneur,
Acquierent quelquefoisunegrande
ri:h"Jp\
Etrarementsont-ils sans montrer,dèl'adresse;
-JM<*û à qu3y l'T\rogne est-ilbonv
Qgi££tg l 'hanneurt lebien,lecorps, laraijon?
BILLET
D'unejeune Demoiselle de
Tonnerre, à un Avocat
de Paris. ONditquevousaimez,Tircis,
le rienftttipas encorbienfûre;
Mais en tout CÏ$I,je vous conjure,
De nous direunpeuvostre a~iis
Surcette Questionproposée au Mercure.
SCAVOIR,*
Si l'amour diminuë plutost par les
rigueurs d'une Belle, que par ses faveurs.
REPONSE.
Vosrigueurschaquejour,Tris,
Nefont qu'accroistre enmoy l'ardeur
qui me transporte;
Telpourroit cependanten userd'autre
sorte
Pour l'Objetdontilest éspris.
Voila ce quejepuis vousdire.
Qudndyousaure\ àmonmartire
Abonné quelquesoulagement,
L'enparlerayplnsfeét'vamment*
A MADAME A. D.
I- E fuis persuadé, Madame,
,
qu'il n'est pas possible de suivre
le party de la rigueur de la
severité contre les faveurs qui
font le sujet de la premiereQuestion
de cette Lettre, quand on
n'a point l'esprit tourné aux avantures
des Histoires fabuleuses,
&des Romans tous remplis
de ces Amans desesperez que les.
rigueurs de la Belle qu'ils aiment
font mourir incessamment, &
quela satisfaction de souffrir fait
toûjours vivre. Vous m'avoüerez
que la douceur de l'esprit,&
l'accueil favorable (si ce mot
de faveur vous effraye) ont de
si aimables plaisirs, qu'il faut
estre de mauvais goustpourconserver
quelques bons sentimens
parmy les rbuts & les mépris
que les rigueurs causent ordinairement.
Vous me ferez la grace,
Madame, de m'apprendre si ce
party vous plaist, & si j'ay rêuffr
dans le desir que j'ay de vous.
iâasfàire.
QUESTION I.
Si l'amourdiminue plûtostpar les
rigueurs d'uneBelle, que par les
faveurs. L'Esprit de l' Homme effc
quelquefois agité desentim
s si contraires à la raiion,
qu'il fait souvent consister son
plus grand plaisir & sa satisfaction,
dans les occasions où il
rencontre plus de difficulté &
de resistance. Cette opinion a
formé tant de partis diférens,
en tout ce qui peut flarer les
passions les plus déreglées, que
les Amansqui ne cherchent ordinairement
que les moyensd'adoucir
leurs peines, & de satisfaire
leurs desirs, n'ont pas toûjours
ressenty dela felicitédans,
les plus tendres faveurs, ny des.
souffrances dans les rigueurs les
plus severes. C'est ce qui a
donné lieu à cettre premiers -Si l'on ne peut juger des veritables
sentimens de l'ame, & de
la sincérité du coeur, que par les
actions & les mouvemens qui
suivent les appétits les plus particuliers;
la rigueur qui marque
toujours du rebut, de l'aversion,
& du mépris, doit plutost diminuer
l'amour,que les faveurs,
parce que les contraires ont plus
de disposition à se détruire,&
lessemblables à se conserver 8c
quoy que les choses où l'on
trouve plus d'opofition, en donnent
plus d'envie, & allument
de plus forts desirs, elles ne (ûntpas
pour cela d'une plus longue
durée, & avortentincontinent;
puis que l'amour qui ne se conserve
que par l'amourmesme, se
lasse facilement de mépris & de
rebuts, & trouve bientost sa fin,
où il cherchoitsa felicité.
Il faut, pourmieux établirlà
verité de ce party, Se s'éloigner
de l'opinion, qui n'à pour fondement
dans laplus grand' part
des Esprits que le caprice,rechercher
les diférentes causes
des rigueurs dans les sujets divers
qui les produisent, & qui
nous aprennent qu'elles partent
souvent d'un coeur naturellement
insensible,que lesfeux de
l'amour les plus passionnez ne
peuvent échauffer ;quelquefois
des glorieux sentimens de l'honneur
&de lamodestie, qui ne
permettent pas aux Personnes
bien nées, quelques dispositions
qu'ellesressentent à se laisser
toucher, de répondre trop facilementauxempressemens&
aux
recherches des Amans, pour ne
pas rendre leur conqueste moins
chere t:i. moins considérable.
Tres-souvent les rigueurs naissent
aussi quand la conformité
d'humeur & la sympathie, qui
font les veritables noeuds de l'amour,
ne se rencontrent pas entre
la Belle & le Cavalier, qui
ne peut rien faired'agreable que
par cet inexplicablesecours,
sanslequelles plus rares qualitez
ne plaisent jamais.
Ces considérations font assez
connoistre, de quelque raison
qu'on veüille se flater pour favoriser
le party de la rigueur,
qu'il est bien difficile sur tant de
causesdiférentes, &tellement
opposées à l'amour, d'établir
d'autres sentimens que ceux qui
persuadent qu'il n'y a point de
si forte passion qu'elle ne détrussé;
car si la Belle est naturellemt
insensible,il n'est point
defeux qui puissentvaincre la
froideur de son tempérament.
Si elle préfere l'honneur à l'amour,
est-il rien au monde qui
luy soitplus contraire que la raison,
qui est toujours invincible
quand elle est la maîtresse de la
passion? S'il n'y a pas de la con- <
formité d'humeur, & que la
sympathie, qui est le premier
mobile de l'amour,ne s'y rencontre
point, qui peut vaincre
l'aversion, & unir ce qui est incomp
atible?
Toutes ces causes ne manquent
jamais dedétruirela passion,
& delasserlaperseverance
la plus constante, quand elle
n'est soûtenuë d'aucunespoir
qui puisse adoucir la destinée
d'un malheureuxAmant qui ne
peut longtemps nourrir & conserver
l'amour parmy les souffrances,
les soûpirs,&. les larmes.
Mais les faveurs sont les aimables
fruits &lesprétieuxgages
de l'amour, qui doivent affermir
la constance &lafélicité
des Amans, lors qu'ils ont mérité
les graces & le coeur dela
Belle qu'ils aiment. Cet étatest
le plus heureux & le plus parfait
de l'amour;& quoy que les
Amans quisontarrivez au comble
de leurs souhaits, semblent
n'avoir plus rien à desirer, & que
l'on veuilleque les feux lesplus
ardens de cette passion le ralentissent,
quand elle ne peut plus
allumer de nouvelles flâmes,
neantmoins les plaisirsqui naissent
d'un amour récompense,
sont autant de nouveaux appas
auxPersonnes bien assorties,que
la douceur d'une félicité constante
unit & assemble,pour ne
sequitter jamais.
QUESTION II
Si lajalousie d'une maîtresse c(l
plu* àcraindre que la jalousie
d'un Rival. QUoy que la jalousie d'une
Maîtresse soit toûjours avantageuse
àun Amant, &quelle
parte des plus forts sentimens
de l'amour, elle est pourtant
plus àcraindre que celle
d'un Rival, qui n'est qu'un haïs-
- fable &fâcheuxadversaire, qui
recherche avec ardeur la ooffesson
d'un bien quiluy estencor
incertain, &que les/ervices,
les empre{Temens,&:rémnlanon
d'un autre luy rendent plus difsicile,
mais plus glorieux à mé-
- riter.
La concurrence&cette ému—
lation, qui font naître à un Amantledesirpressantdesurpas
fer le Rival qui luy est opposé,
ouvrent une vaste carriere àla
perfidie, àla colere; à l'envie, 6c
à tous les plus violens artifices
qu'un Amant passionné & ja
loux puisse inventer pour troubler
le repos 6c traverserles desfeins
de celuy qui par les me£
mes sentimens le trouble &le
traverse à son tour.
Tant de maux, de persécutions,
d'inquiétudes,desouffrances,
& quelquefois de terribles
&; sinistres résolutions sontmoins
à craindre à un parfait
Amant, que la moindredisgrace
que luy fasse éprouver. la Belle
qu'il aime car elle donne plus
de crainte & de terreur d'un seul
de ses regards, quand elle est
en colere ou de mauvaise humeur,
qu'un Rival le plus brave
n'inspired'effroy dans quelque
exploit fameux où il doit signaler
son courage.
Il n'est donc rien parmy les
Amans qui soit plus àcraindre
que la jalousie d'une Maîtresse,
quel'assiduitérles soins, les empressemens,
& les services les
plus soûmis ne peuvent satisfaire.
C'estune passion pleine
de soûpçons, de soucis, & de
peines insuportablesqui réduisent
les Amans aux plus rudes
épreuves de la perséverance.
Aussiest-elle le tombeau del'amour,
qui se détruit aisément
par les violences du dépit & de
la haine, qui produisent de G;
dangereux effets, quela plus
moderée travaille à l'instant
sans consulter son coeur, à favoriser
du moinsunRival, ouà le
guérir, &; à oublierl'Amant infortuné
sur lequel tombe cette
disgrace.
Cette jalousie estquelquefois
bien plus à craindre, lors que
parmy les raisons qu'une Mai*
tresse croit avoir de s'entester
d'une si furieuse manie, elle soupçonne
que le mépris en est la
principale cause&qu'unAmant
La quitte pour une autre. C'est
alors que la jalousie devient
cruelle, & qu'elle se change en
des sentimens d'une si terrible
indignation, qu'on peut dire,
quand elle arrive jusques là,
qu'iln'est rien qui soit plus à
craindre que la jalousie & la
Golere d'une Maîtresse, & que
les Femmes estant trés-sensibles
àl'amour, le font aussi extrêmement
àla haine.,
QUESTION III.
S'il estplusavantageux à un Homme
quise résout àse marier,d'épouser
une Personne. dont il est
amoureux, qu'uneautrepour laquelle
ilnesent dans le coeur que
del'estime. Lji ri L'Expérience nousapprend
que rien au monde ne donne
plus dempressement que le
Mariage, quand on est fortement
amoureux d'une Belle qui
-
n'est point cruelle nyinsensible,
&qu'il n'y a rien aussi dont les*
suites ayent plus d'incertitude.
& soient moins Semblables àla-
félicité qu'on se propose dans
ceflateur engagement.-
Il n'est pas siavantageuxlors:
queleseul amour s'en mesle, &
qu'ilconduit le coeur d'un Amant
passionnéqui se rend facilement
aux charmes de cet-aveugle
Maître,.dontlesfaveurs
enchantées& les-appas trompeurs,
donnent tant de faux brillans
aux Objets lesmoins accomplis,
qu'un moment de possession
- en découvre tout l'artifice,
8c rebute Je plus fidelle
Amant..N•
-
On est àcouvertde cesdangereux
repentirs,quandl'estime
qui est l'effet d'un grand mérite,
fait la regle de nos desirs, & le
prix certain de nos inclinations,
que rienne peut combler d'une
plus confiante & plus parfaite
felicité que la vertu, lebelesprir,
les bonnes inclinations, le
grand succés aux exercices galans,
ôe l'approbation universelle,
qui composent tout l'ornement
du beau Sexe, &: font
naître l'estime.
Elle sesoûtient d'elle, mesme
par toutes les rares qualitez. qui
la font chérir, sans le secours
odieux des couleurs &; des artifices
empruntez, qui rendent
celles qui entirentles plus charmans
appas, si peu semblables à
elles-mesmes, que pour peu
qu'on le connoisse, elles deviennent
aussitost le remede que la
cause de l'amour. Mais les en—
gagemens qui naissent
*
de l'estime,
ne font point sujets aux
sentimens ordinaires, & à l'inconstance,
des Amans; & le
-
temps, la maladie, & l'info-.
tune, ne peuvent rien diminuer
du prix d'un si grand bien qui
ne peut finir & changer qu'avec
la vie. Il estdonc plus avants
geux de suivre ce party, puis
que le caprice faitl'amour,
la raison, régime.
-
QUESTION IV.
Si une Maîtressefaitplussoufrirun
Amant, quand elle luy préfere
un Rival qu'elle a desseind'cpouser,
que quandelleluyenpréféré
un dont elle ne veut qu estre
aimée. s le plus grand de tous les
maux est celuy auquel il y
a moins de remede, & qui ne
laisse aucune espérance à un
Amantde parvenir au bien qu'il
se propose, il n'y a point de
doute qu'une Maîtresse fait plus
souffrir un Amant lors qu'elle
luy préféré un Rival qu'elle a
dessein d'époufer, que quand
elle luy préféré celuy dont elle
ne veut qu'erre aimée.
," En effet, bien que l'état d'un
Rival que sa Maîtresse abandonne
pour aimer seulement un
autre qu'elle luypréfere, soit
très-malheureux, parce qu'un
Amantsouffre toujours beaucoup
dans une pareille disgrace,
neamoins son infortune luy
laisse encor l'espoir de fléchir
par les services le coeur de sa
Maîtresse,&dechanger sa destinée.
Mais le mal est bien plus grand
lors que la Belle préfere à cet
Amant rebuté, l'heureux Rival
qu'elle veut époufer, pour luy
donner toute son affection, &
le rendre entierement le maître
de son coeur par les douxliens
du Mariage, qui doit estre le
point, de la felicité desAmans,
*quine laisse à un malheureux
Rivalquele defefpoirde perdre
sa Maîtresse, sans qu'ii puisse se
flater d'aucun retour, avec un
extrême regret de n'avoir sçeu
plaire.
QUESTIONV.
S'ilestpluspréjudiciableàunHomme
quiest Pere de Famille,d'estre
grand joüeur, *que grand Buveur
, ou grand Chicaneur. Blen que ces trois perni-
1 deux défauts fassent presque
également la desolation &
la perte d'une Famille, neantmoins
le Joueur qui peutd'un
seul coup de malheur perdre
tout son Bien en moins d'un
quart-d'heure
, & le Chicaneur.
par lemauvais succés d'un Procés
mal intenté, se ruiner en
tres-peu de temps, font plus préjudiciables
àleur Famille que le
Buveurqui consomme son Bien
pluslentement,détruitplus
promptement sa fante que les
autres, par les excés & l'intempérance
,
qui luy causent de si
grandes maladies, qu'à peine
vit-il assez pour dissiper autant
de Bien pendant sa vie, que les
premiers en dissipent en peu de
jours.
Je fouhaiterois, Madame,
avoir d'aussi bonnes qualitez
que ces trois font haïssabre,
pour me rendre plus digne de
celle devostre, &c:
PANTHCT,Doct. Med,

ARMOIRIES D'AMOVR.
Avant que je vienne aux Enig..
mes deFévrier, vous esses priée de
jetter les yeuxsur une planche galante
des Armoiries de l'Amour.Elles
surent proposées dans ma sixiéme
Lettre Extraordinaire; &Mr Bressard
de Montanay ,
Conseiller au
Présidialde Bourg,m'envoya unpeu
après celles queje vay vous expliquer.
Je vous en eussefaitpart dés
nées. Vous y perdez,defortaérobics
Madrigaux du mesme Mr Brossard
sur chaquesujet, qu'il m'a estéimpossiblede
retrouver,après avoirfait
graver la Planche. Voicy ce qu'elle
contient.
L'AMOUR
Porte de fable à un Flambeau
& à une Fléche d'or au
Chef d'argent, chargé d'ub:
Coeur embrasé de gueules,
monté d'un Vol ondé de fable
& de sinople. Suposts, deux
Lyons de gueules accolez &
enchaînez d'or. Cimier, un Phénix
d'or sur son Bucher devguideau.
les. Cry, De mi fuego mi ,II.
, Porte party de sable &.de
sinople, un Coeur d'or d'une
Flêchede mesme placé en Abîme.
Supofts,demesme. Cimier,,
un Caméléon. Cry,Atodcsaj?eh cebido. III
Porte de fable, femé de Larmes,&
de petites Flêches d'argent
au chef d'or, chargé d'un
Ancre desiople. Supofts,deux
Coqs. Cimier, un Soleil.Cry,
Eturendopacet.
IV.
Porte ondé de fable & des,/i
nople,àl'Esquifsan Rames &.
sans Voile, d'or, chargé d'un
Coeurenflâmé de gueules. Suposts,
deux Aigles. Cimier, une
Syrene. CryyCantatdevoret.
V.
Porte d'argentau Mondeembrasé
de gueules. Suposts, deux
Çhevaux aissez. Cimier,un
Mirthe. Cry, TJ tfrondes,florttm
ejtpareus,fïuctajque recusat.
EXPLICATIONS DES
Enigmes proposées dans le
Mercure de Février. -
M - monsieurGardien a troubéle
seus de toutes les trois. La
.- - Lettre qu'il ma fait la grece de
m'écrirelà-dessus, vous iîprendrt
que les deux en Vers cfiaientle GiU
limatias, & l'Oeuf, & que le Ohos
représentoit un Tableau de
Cilindre le n'ay rien à adjoûter
à ce qu'il en dit.
SVR LES TROIS ENIGMES
v deFevrier.1680. Os Enigmes du mois passé,
Monsieur, ont toutes.
(à mon sens ) de grands raports.
entr'elles, en forte que l'on
pourroit les expliquerl'une
par l'autre; & je ne sçay si à
cause de celavous n'auriez
point affecté par un jeu d'esprit,
de les choisir, & de nous les exposer
ainsi ensemble.Les deux
enVerscachent assurément le
Gulhxma* l'X YOeuf 6c celle en idébrquill^f,c'c'V. dire à ex..
pliquer d'une c ;.oÍ- qui de la
ait passé à quelque arrangement,
pourroit bien nous
donner à entendreunGalimatias
à réduire en ordre, &un Oeufà
faire éclore.Ne peut-on pas dire,
par une comparaisonassèz juste,
qu'un Galimatias ressemble à un
Oeuf,&qu'un Oeufest une espece
de Galimatias Il est certain
que de plusieurs sujets consus,
& de quantité de paroles mal
placées,le bon ordre en peut
composer un discours raisonnable
:De mesme que desdifférentes
parties
, &: des differentes
qualitez qui font dansl'Oeuf, la
chaleur enfait écloreun Poulet
bien formé. Pour le Cahos ,,/il:
estoitsans douteun grand Galimatias,
puis que c'estoit la confusionmesmes
&: l'on peur, ce
me semble, l'apeller auec raison,
l'Oeufdont le monde fut tirépar
la vivifiante & toute puissante
Parole.. Vous voyez Monsieur,
que je suposeicy avec vous, & fè-
Ibnles Poctes,un Cahosavant làcitation
du Ciel& de laTerre,
qui est néanmoins le point par
eu l'Ecriture commence l'Histoire
de la constructiondu Monde
par son Créateur; mais je le
supose ce Cahos tel qu'il auroit
esté, c'est à dire une matiere
creée. Aiasi de quelque forte
qu'il ait plur à ce grand Ouvrier
de faire la chose, il auroit toujours
esté vray de dire que le
Monde a esté tiré du néant.
gtuutdfikyoixfrluifirte qu'un.-
Fudre,
Etplus viste que les ScUirs^
Fendant les effaces des airs,
Fit que toutsortit dé la poudra
A. l'inftantquilfèiftparaijlire,.
On ..,iI/ naissance ":lfôIlSfisPtH"
Obéirce quinefloit
A laVolontédesonMaistre.
Ildits C?* toutfutfait Toutsortit dM-
,
silence.
Que tout donc obilfè à ,ce Vieu ToutptÚjJdnr,
Tuû que dans i"heureuxjour que tour,
fritfitnatjptnccy
Toutpourestre produit luyfut o/Jeïf
fitnt.
Après ce mot de réflexion fc.,
rieuse où m'a emporté la grandeur
de l'idée de la Création,qui
est venue s'offrir si naturellement
en cet endroit, je reviens
à la comparaison du Cahos à un
Oeuf. Pourtaoi-,rrois
icy me prévaleir du témoignage
de ces premiers Sçavans
du Monde, les Egyptiens, dont
la Theologie estoit envelopée
de Fables,qui peut-estrene font
grossieres qu'en apparence. Ils.
enseignoient que leur Dieu Horus
( si ma mémoire ne me trompe
) avoit tiré plusieurs Dieux
d'un seulOeuf;& parces Dieux
(que l'on pourroic tres-bien ap peler des Dieux d'une mesmecouvde)
ils entendoient les influences
des Astres, 6c les qualitez
élémentaires.
J'ay donc, cemesemble, quelque
raison de conjecturer que le
mot de l'Enigmedu Cahos peut
estre le Galimatias ou l'Oeuf.
Tcar ce brethllaminy, s'ilm'est
permis de me servir de ce terme,
qui n'en doit de guereàceluy de
Galimatias, tout ce mélange,
dis-je, des Elémens qui neus est
marqué autour de Dieu, ou de
l'Espritrepresente par cette Figure
humaine, signifieroit les
conceptions mal digerées,& les
paroles en desordre qui font le
Galimatias;&parce mesme esprit
seroit entendu l'habileHomme
qui démélant chaque chôse,
&la mettant dans une j usse
fcituation, en formeroit un discoursbiensensé.
J'auoüenéanmoins
que selon la rigueur des
regles, cecy est un peu trop délicat
pour le mot d'une Enigme,
& qu'il faut quelque chose de
matériel, c'est ce qui se trouue
dans l'Oeuf,quipar cette raison
conviendrait bien mieux au Cahos.
Le mélange des Elemens
quadre juste aux diverses parties
& aux diverses qualitez que
l'Oeuf renferme; &la chaleur
qui fait éclore le Roulet, soit
celle de la Poule, foit celle du
feu, comme l'on s'en fert à cet
effet en Egypte, feroit désignée
par cette Figure qui semble agir
&débrouiller la masse consule.
Sipourtantce n'estoitny l'un
ny l'autre deces deux sujets,je
souhaiterois au moinsquecefust
un Tableau, de Cilindre, un de
ces Tableaux plats, où vous
voyez que l'effusion & la confusion
destraits& des couleurs
nous représentent, pour ainsi dire,
unvray Cahos,quinousempesche
d'y rien comprendre,jufques
à ce que par le secours du
Cilindre, posé dans le milieu,
toute cette multitude de points
dispersezvenantàs'y rassembler
au point de veuë, nous y voyons
distinctement la figure d'un Home
,d'un Animal, ou de tel autrecorps
que le Mathématicien,
aidé du Peintre, aura pris pour
son sujet. Peut-estre n'ay-je pas
mieuxrencontré à cette derniere
Explication qu'aux deux précédentes
; mais quoy qu'il en
soit,c'est celle laquellejem'arreste,
jusques àce quevous nousen
ayez donné une plus juste. Je
fuis, &c.
GARDIEN.
Outre Mr Gardien, laseule Lorraine,
qui n'eJJ£l::s ), present El/Jltgnolete,
atrouvé le Galimatias; &
MrBouchet,~ CurédeNogent,
le Cilindre. Voicy plusieursExplications
en Verssurl'Oeuf.
u I Nmatin que Philis,cette charmante
2?-f'e, M'avoitreçeudanssa Ttveiïc,
Nostre esprit decocert estoit tout occupé
jt poursuivre ardemment un certain Motrebelle,
l-Oiaifaoit de nostre cervelle.
De peur d'estre par nous à lafin attrapé.
Sottscouverture£nigmatique%
Çe0:cotinuoitànomfaire la nique,
Quandtout-à rollp Lisete entranteir
habit neuf
(Ce jour estoit unjour de Feste)
Fit entrer à l'instant ce Matin dam
ma teste,
Zn abordantPhilispour luy donner
un Oeuf.
Le Chevalier Gesson de Cornavant
de Montpensier.
M II. ErclU'e, à mon avis, est un ion-
Medecin, Ilprésente un Secret dontlavertu di-
,
vine,
Sans Sirop (,..sansMedecine,
Peutgarantirsoir&matin
Desfunestesvapeursd'un Iffpsrirtcommode.
jiujji devient- il à la mode.
DIelce Secret tout lemondefait cas; estaimédelaVieillesse,
EtsouventmesmelaJeunesse
Lepréfereaux Vinsdélicats.
6es,di-oine Iris ce Remedesublime
TPonne unnouveléclatà -roi charmans
attraits.
Mais llll! le croire%r*tousJ,îjedisqu'un
Oeuf frais
EJI cetmilemonde

estime?
L'ancienne Societéd'Abbeville.
L III. Esplaisirssontfinis,£2* jevoy le Caresme - Qui vientfaire laguerre àtos ditins appas. - :"
"Bette Iris neprétendezpas
Aforcedejeufvtryottarendrale*teint
blefme; -
&€wange^poifttde_Çk**rpfyfQi*/cni
de bon coeur,
SgiYc'{ cette deyqtr, ardeur
Qui «VoAuporte à cette abstinence;
Maispourvom conserverlebrillantde
""s traits,
AUex^obtenirla'Difyenfç
Uctttager au moins ds* Oeufs frais
R.DAVTESPINE.
IV,
CEcypasselàraillerie,
Amy Mercurefaitgronderles Gens
de bien.
Encorpour la Galanterie,
¥ourles Vers amoureux, pour laProse
',' fleurit*- <..,
CepU"PojIre mestier,onnevousen dit
rient• ,"
Mats après tout, iln'envapas de
tnf"'e),-
7?offrirÀ tous venans des Oeufsfrais
en Cdrefmei
J&t eettefbfrvown'ejtespatÇbrejUen.
p V. xene7, l'Oeuf queje yous envoye,
C'estun Oeuffrais,&de bonsens.
Je n'en demandepoint d encens, I'en suis bienpayépar majoye,
Etpour moy çejt une monnoye
Tréferableauxpl&*grandsprésens.
LECLERC DE BVSSY.
M VI. Ercure,pourlecoup you* n.{
pas raison,
Vosprésens en ce Mois nesontpas de -
saison,
Puisqu'une AN!o,.ift'ft-!ré",
NousdéfendlesOeufsenCaresma
-
MICONET,AvocatàChâlons
sur Saône.
u VII. NpetitEcolier amoureux du
Mercure
Lisoit unjourl'Enigme obseure
Qu'onyproposechaque Mois.
Souvent il devinoit, CJ'"gAgnoitsa
gageure,
Mais ileustperdu cettefois,
yneToutepajja^ criant, cherchantà
pondre
Pour le troubler le confondre,
EtteJèmbloitfairedu bruit exprés, Iorsilcria d'unecolereextrême,
Animalimportun, s'iln'estoitpas
Caresme,
Ie olldroú te mangeravec ton Oeuf
frais.
LE PETIT VAVSSEMAIN
de Bagnolet.
L VIII. E Mercure Galant aux beaux Sfipritssi
chery
N'osant nous tenterparla Chair,
S'est avisépour le Caresme
';/Je nous présenter un Oeuffrais.
O l'admirablestratagéme,
Pour nous damner apeu de frais!
HEUVRARD, Conseiller
du Roy à Tonnerre. ,
y IX. Tenfè^-yo&t,GalantMercure;
NevousJaites-"sosiapasinjure;
De maltraiterainsinostreT^eligion? -
Vousdonnezlapermission,
Etvous ladonnez de "\oùi-mcfme^,
veprendreun Oeuf frais en Caresme.
Les Nouveau*Académiciens
de Beauvais.
X. Ji'nefuispasdefortgrandprix,
Quoyequn'àulasCoaurgsoeuv.e-ntl.'on»meyoye? Sans moy l'oncessèroitdecbd'sseraux
Perdrix, .., ,',
Sans moy le 7(ossîgnolparson tendre -
ramage
Nè >tientbàit'ptmcharmernossens C?
nos esprits.
Jesuissans "'ie, &jefaisvivre,
lé nefuis ny Chair ny Poisson;
MAN quandau Cusinier unefoison
Ilmemmeetleiynrerya.goujl
depliesd'une
72e ma Mere&de moy l'onapeineà
répondre
guelfutfait lepremierdes deux.
Quoy quejefoissanspoil,sansbarbe,
tftfanscheveux,
guandonparleproverbe,onparlede
me tondre.
LA LORRAINE qui n'est
plus Espagnolete.
p XI. OurconfirmerÀpeudefrais
1)'u beauteint la douceur cb,tr..
mante,
JTnbon 'Bouilloniun bonOeuf frais,
Ont uneVerts* ravissante. ( Mad.DERICHERBOVRG.
v XII. TÇaymsnt,MonjteurB"ridcn^ofire
panse sabaijp^
Tout le mondes'en apperçoit;
Vous a\e^perdu delagraisse
De l'épaisseurdeplus d'un doigt.
Sans-doute le Carefine en ejtL*feulecause;
Peut-estren'aimez-vous laT^aye, ny
l'Alose,
l'aypitiéde vostre malheur;
M.tù <*ye\ patience, el" souffrez ce
malaise.
le jure qu'envostrefaveur,
Si je deviens Prélatde nostre Diocese,
Ieferay Mandement exprés
%).ufir en Caresme d'Oeufs frais.
DARNVEL, de Troyes.
L XIII. On avoulu dans une Tfjmt
ENouns cacihergle semns d'unee ; Mate
istt ilfaudroitestre bien neuf,
Pour n'ypasdécouvrir un Oeuf.
LE PRESIDENTMORIN,
du Mans.
M XIV. Onsieur le Mercure Galant,
Vous éfte7unfortbeau talent
Pourfaire le debit de vostre marchani/
ift;
Mdis celle de ce Mois ne paroistpas
demise.
yos* aye^ rencontréfort mal,
Ilfalloit l'étallerpendant ce CartHCyal;
YtJIM n'ïftesp*s Cbrtfîien,pourle
moinsdubonCresme,
De debiter desOeufs dans llee- tteemmps ddiué
Caresme.
TROTTE, Avocat au Mans.
G XV. Alant Mercnre ilvousfaut dire
.¡¿u'MI m'a défendude "tous lire;
Maisn'ensoyez. pas étonné.
L'onnetient enversmoy cette rigueur
extréme,
Q'àcaauvsee(Wzad-t-oondnit)néquêtons
y71 OeufàgoberenCaresme.
Les Réclus de S.Leud'Amiens.
XVI. LEs MusesduMont Saint
Michel,
Et les Muses du Montasnel,
Tourexpliquerl'Enigme estoienten
grandepeine.
ZeurApollon en ayoitlamigraine,
Chacunetourà tourse.rëyoyoitl'Çteufï
Lorsqu'une Muse du Tarnajp
Leurdit, Mes Soeurs,je voy ce quivous
embarasse,
rOlls nesçauriez trouver à tondresur
un Oeuf.
Le Controlleur des Muses
du Montasnel en Basse
Normandie.
J XVII. Eressensunplaisir extréme,
D'avoir trouvésoustantd'attraits
LePortrait de l'Objet quej'aime;
Je m'explique, c'ejt un Oeuf frais.
Mad. DV PLESSIS-QVERDREO,
de Quimperlé en Bretagne.
!.', xvni;
Pourdevinercettenigme,
Quoy qu'en cepoint jesois tout neuf,
Jesoûtienssansplus de rime,
W-IUE ce nepeut estre 'fl/un Oeuf.
LE DOYEN DE ROTTRENEN.
,
Ceux qui ontexpliquécette mesme,
^EnigmefurYOcutfrais,./*?»/Mcfi.
sieurs Cabut le jeune, de Roüen; eMffoitnh,e-LGieuueterneatn, tde Clamecy; De
deS. Brieux; AI-,
mand,Commisgeneral des Fermes
du Tabac dans le Luxembourg; Le
Bourg, Medecin deCaën; Serrant,
Curé de Nogent le Roy; Minot;
Regnard,Bailly de Crusy; Toulouse,
Procureur Piscal de Crusy; Faubrard,
de Loudun ; Du Perroy, de
Paris, Bauger, Conseiller auPrésidial
de Châlons en Champagne;
DeLorme, de la Ruë des Bourdon-
';vi;; De Leschallier, de Chartres;
Beranger, Bell.deBoissimonC.
D. C. Deon, Avocat au Parlement;
De Ravieres; Roüllaut, Avocat au
Présidial de Langres; Doudon, de
Tours,AvocatenParlement; Hallot,
AvocatàVerdun; Landais leFils,
Banquier à S. Brieux; Marandais,
Senéchalà S.Brieux; &Compadre,
Avocat; De Milleville; Abraham,
de Millefeux; Soru, AvocatenParlement;
Hordé,de Senlis;MesdemoisellesDautembert,
d'Abbeville;
Marie M. Tevenot, Femme de Mr
MartouEntrepreneur du Roy; Pe-
16N, de Honsteur; La Fougere, &
la Porte,d'Orléans;Brunet, de
Chartres; Le Thomas; Le chevalier
de la Salamandre; Les Réclus du
Jard de Châlons en Champagne;
Ephigénie, de Tours; La Belle
Drion de Provins;LajeuneSoüy,
LaBelleLorraine deTroyes;L'Agreable
Boiteuse deTroyes ; La Douceurla
plus aimée de Morlaix; Les
deux Soeurs inséparables de S. Vallery
; &la Blondine Guerin.
QU ESTIONS
oK. DECIDER.
S I. Iun Amant quia le plaisir.
de voir souvent sa Maîtresse
dont il le conoist hay,est moins à
plaindre, que celuy qui en estant
éloigné sans aucune espérance
de la voir jamais, a là ceritude
d'en estreaimétendrement.
II.
S'il est possible d'aimer fortement,
sans qu'on soit aimé.
III.
Si l'absence est incapable
d'àugmentcr l'amour.
IV.
Lequel des cinqSenscontribuë
le plus à la satisfaction de
l'Homme.
, V.
On demandequelleest l'originedela
Dance.
VI.
On souhaiteroit des Discours
sur les diférens effets de la Sympathie,
dansquelque sujetqu'elle
serencontre.
Voila, Madame, les diférentes
matieressurlesquellerouleral'Extraordinaire
du 15.juillet, Je ré*
>\servejusque-là un Sçavant Traité
des Talismans, un autre de la Pierre
Philosophale
,
& quelques Réponses
auxdernieres Questions, qui n'ont
Qualité de la reconnaissance optique de caractères
Soumis par lechott le