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1680, 01, t. 9 (Extraordinaire) (Lyon)
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8.71 Mo
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291
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Texte
Illuftriffimus
Archiepifcopus
&Prorex Lugdunenfis
Camillus de Neufville Collegio SS
Trinitatis Patrum Societatis JESU
Teftamenti tabulis attribuit anno 1693 .
: ד


EXTRAORDINAIRE
DU
807157
MERCURE
EYON
GALAN
T.
ARTIER DE JANVIER
TOMEIX.
ALTON,
Chez THOMAS AMAULRY,
ruë Merciere.
M. DC. LXXX.
AVEC PRIVILEGE DU ROY.
3 2AM
Tx
LIVRES NOUVEAUX
du Mois de Janvier 1680-
D
Iffertation fur la veritable
converfion du Pecheur par
Monfieur Dufuel, 1 1.
La veritable Devotion envers la
Sainte Vierge, établie & defenduë,
in 4. du Pere Craffet fefuite.
LIVRES NOUVEAUX
du Mois de Fevrier.
Origine du Blakon & des Ornemens
d'Armoiries du R. P. Mene .
frier, avecplufieursfigures en taille
douce, 12. 2.vol. 4.livr & on en
trouvera auffi d'enluminé pour fix
livres les deux volumes.
Ea Devinereffe ou le faux En
chantement,par l'Autheurdu Mercure
Galand, 12. avec neuffigures,
35.fols?
ã ij
Idem fans figures , 25. fols.
Hiftoire des Roys de France de
Monfieur d'Epernon , reveu par
Monfieur de Prade , 12. 2. livres,
10.fols,
Panegyrique & Harangue prononcée
au Roy par Monfieur l'Abbé
Tallement de l'Academie Fran-
Coife, 8. 2. livres.
Vie du
Cardinal
Commandonpar
Monfieur
l'Abbé
Fléchier , 12 .
Le Chreftien
qui veut eftre fauvé
, par le Pere Cyprien de Camache,
24. 20. fols.
LIVRES NOUVEAUX
du Mois de Mars.
La Relation du Mariage de Monfeigneur
le Dauphin , indouze,
20. fols.
La feconde & derniere Partie de
l'Illustre Parifienne de Monfieur
fieur de Prefchat, indouze. L'on
trouve auffi le premier volume.
Histoire de la Conqueste d'Efpagne
par les Maures , indouze,
2.vol. 3. livr. 10.fols.
i
Stratira Tragedie de Monfieur
Pradon , indouze, 15. fols.
Meditations pour tous les jours de
la Semaine Sainte , indouze,
20.fols.
Hiftoiregenerale de tous les Siecles
de la Nouvelle Loy, laquelle enfeigne
ce qui eft arrivé de plus
notable dans l'Eglife & dans le
monde , tous les jours de l'Année
, depuis la naiſſance de Fefus-
Chrift jufqu'à prefent, composée
par le Reverend Pere David
l'Enfantde l'Ordre des Freres
Prefcheurs, Docteur en Theologie
, indouze , 3. vol. 4. livres
10.fols.
Des Obligations des Ecclefiaftiques
ã iij
tirées de l'Ecriture Sainte &
des Saints Peresde l'Eglife & de
S. Chrifoftome, 12. 2. livr.
Traitez Hiftoriques & Dogmatiques
furdivers Points de la Difcipline
de l'Eglife & de la Morale
Chreftienne , contenant un
Traité des Teufnes de l'Eglife,
par le Pere Louis Tomaẞin , in
octavo, 3.1, 10.fols.
EX
EXTRAIT DV PRIVILEGE
du
Roy.
PA:
Ar Grace & Privilege du Roy , donné à
Saint Germain en Laye le 31. Decembre
1677. Signé Par le Roy en fon Confeil, Jun-
QUIERES . Il eft permis à J.D. Ecuyer, Sieur de
Vizé, de faire imprimer par Mois un Livre intitulé
MERCURE GALANT , prefenté à
Monfeigneur LE DAUPHIN , & tout ce qui
concerne ledit Mercure , pendant le temps &
efpace de fix années , à compter du jour que
chacun defd. Volumes fera achevé d'imprimer
pour la premiere fois : Comme auffi defenfes
font faites à tous Libraires , Imprimeurs, Graveurs
& autres , d'imprimer , graver & debiter
ledit Livre fans le confentement de l'Expofant,
ny d'en extraire aucune Piece, ny Planches
fervant à l'ornement dudit livre , mefme d'en
vendre feparément , & de donner à lire ledit
Livre , le tout à peine de fix mille livres d'amende
, & confifcation des Exemplaires contrefaits
, ainfi que plus au long il eft porté audit
Privilege.
Regiftré fur le Livre de la Communauté le
J. Janvier 1678.Signé E. COUTEROT. Syndic.
Et ledit Sieur D. Ecuyer , Sieur de Vizé a
cedé & tranfporté fon droit de Privilege à
Thomas Amaulry Libraire de Lyon , pour
en jouir fuivant l'accord fait entr'eux .
Achevé d'imprimer pour la premiere fois le
27. Avril 1680.
L
Avis pour placer les Figures.
A Lettre en Chifre doit regarde
la page 115 .
Les Armoiries de l'Amour doivent
regarder la page 248.
EXTRA
I
EXTRAORDINAIRE
DU
MERCURE
GALANT.
QUARTIER DE JANVIER 1680 .
TO ME IX.
V E vousferie injuſte,
Madame,fi vous doutiez
du plaifir que je me fais
de vous fatisfaire en toutes
chofes , quand vous me
voyez dans une occupation continuelle
pour vous en donner des marques , & qu'à
peine je mefuis acquité d'une longue Lettre
avec vous , que j'en recommence une
autre! Les recherches qu'il m'a falu faire
pour vous rendre un compte exact des Ce-
Q. de Janvier 1680.
Α
2 Extraordinaire 、
remonies du Mariage de Monfeigneur,
dans la curieufe Relation que je vous en
ay envoyée depuis deux jours , ne m'ont
point fast oublier que vous attende de
may les Réponses que je puis avoir regeues
aux Questions du dernier Extraordinaire.
Ce font matieres galantes qui
plaiſent toûjours à vos Amies ; & puis
que vous vous divertiffez à raisonner
avec elles fur les diferentes manieres dont
vous croyez qu'on les peut traiter , il ne
faut pas vous priver de la fatisfaction de
voir fi ceux qui ont écrit fur ces Queftions
, ont répondu à vostre penſée , &
font entrez dans vos fentimens. Voicy
comment Monfieur le Prefident de la
Tournelle de Lyon s'eft expliquéfur tou-
' tes en peu de mots.
2003.2003. 2003(0)·803.s !
I. QUESTION.
Si l'amour diminuë plûtost par les ris
gueurs d'une Belle , que par fes faveurs.
Caime ,f- toft qu'on eft arrivé à ce
Omme l'on n'aime que pour eftre
point , l'amour s'évanouit , & la poffeffion
du Mercure Galant.
feffion qui faifoit le comble des defirst
d'un Amant , ne luy laiffant plus rien
à fouhaiter , il s'endort dans fa bonne
fortune , & peu à peu tourne la
tefte vers un autre Objet ; au lieu que
les rigueurs d'une Belle ne faifant
qu'enflâmer davantage fon amour ,
elles le foûtiennent , comme l'on voit
que les Soufflets qui devroient étein .
dre le feu ,
en augmentent l'ardeur,
ou comme la chaleur naturelle fe concentre
d'autant plus dans le coeur , que
le froid exterieur eft violent.
II. QUESTION.
Si la jaloufie d'une Maistreffe eft
plus à craindre que la jalousie
d'un Rival.
A jalousie eft toûjours à craindre,
en quelque fujet qu'elle refide.
Celle d'une Maîtreffe eft plus opiniâtre
, mais celle d'un Rival eft plus
dangereufe. Il n'y a dans la premiere
que quelques cheveux à perdre
, ou quelques coups d'ongles à
effuyer , & bien feuvent mefme on
A ij
4
Extraordinaire
eft quite pour quelques reproches ;
mais un Amant qui devient jaloux
en veut à la vie de fon Rival , & quoy
qu'on ne fe bate plus pour les Dames,
il y peut avoir de méchans momens
pour l'un & pour l'autre , pour peu
qu'ils ayent de coeur, & qu'il entre de
violence dans leur amour.
III. QUESTION
.
S'il eft plus avantageux à un Homme
qui fe refout à fe marier,
d'épouser une Perfonne dont il
eft fort amoureux , qu'une autre
pour laquelle il n'a dans le coeur
de l'eftime
. que
Lait

E Mariage eftant comme on
dit , le tombeau de l'Amour , on
ne s'y doit engager que fur le pied
de faire bientoft les Funerailles de ce
petit Dieu. Tout ce qui peut fortir
de fa cendre , c'eft une parfaite eftime
pour une Femme , fuivie de beaucoup
de complaifance
, & c'est ce qui
fait l'unique bon- heur du Mariage .
Ainfi le party de celuy qui fatisfait
fon
du Mercure Galant.
S
fon amour en fe mariant , eft plus
agreable ; mais le party de celuy qui
ne fuit que les mouvemens de l'eftime,
eft bien plus feûr & plus folide.
IV. QUESTION.
Si une Maiftreffe fait plus foufrir
un Amant , quand elle luy prefere
un Rival qu'elle a deffein
d'époufer, que quand elle luy en
prefere un dont elle ne veut
qu'eftre aimée.
LA
A Coquérerie eft le fond & l'hu
meur des Femmes. Il y en a pourtant
en qui elle eft retenue par la
crainte ou par la raifon , & par là une
Maiftreffe qui prefere un Rival à deffein
d'en faire un Mary , fe laiffant
conduire par la raifon , eft beaucoup
plus excufable que celle qui ne veut
qu'eftre aimée ; & comme le coeur n'eſt
jamais la dupe de l'efprit , elle peur
fuivre les mouvemens de cet efprit
fans intereffer ceux de fon coeur.
A iij
6 Extraordinaire
V. QUESTION.
S'il eft plus prejudiciable à un Pere
de Famille d'eftre grand Ioüeur,
que grand Buveur , ou grand
Chicaneur.
'Homme eft né avec diferentes
Lpaffions. Celle du jeu ne s'éteint
que par le defaut de finances , & l'âge
ny la difgrace ne la diminuent
point. Elle eft auffi la plus noble de
toutes , parce qu'elle participe plus du
grand Seigneur. Les Procés au contraire
, & l'attachement que l'on y a,
font des marques d'une ame vetilleufe,
qui par de faufles rubriques ou des
defauts de formalité , veut s'emparer
d'un bien étranger. La Crapule & la
Debauche fentent le Faquin , & le
Crocheteur, Celuy qui s'y laiffe emporter
, merite d'avoir le fort de tous
les deux. Cependant fil'on ne confidere
que ce qui eft de moins de frais
pour un Pere de Famille , l'attachement
qu'il aura pour le Vin , l'emportera
fur le Jeu, & fur la Chicane, puis
qu'il
du Mercure Galant. 7
qu'il fe peut fatisfaire à peu de frais .
Mais outre que fa raifon fe troublera,
& que fa fanté fe diminuera avant les
temps ,il paffera toûjours dans fes bons
intervales pour un mal honnefte Homme
, & n'aura jamais que des Amis de
bouteille , ou de la lie du Peuple.
SUR LES TALISMANS.
Ma-
L s'eft trouvé des Talifmans , &
l'Hiftoire de Conftantinople fait
mention de celuy qu'un fçavant Arabe
avoit mis dans un Serpent d'airain ,
contre la Peſte. Ce Serpent fut abatu
d'un coup de Maffe d'armes , par
homet II. deux ou trois jours apres la
priſe de Conftantinople ; & cette Ville
qui avoit efté fort faine & fort commode,
n'a pû depuis ce temps- là fe ga.
rantir de la Pefte tou es les années . On
travaille encor à la fabrique de ces Talifmans
parmy les Sçavans , mais il en
eft comme de la Pierre Philofophale..
Elle fe peut trouver , on la cherche , &
cependant elle ne fe trouve point.
L'Hiftoire des Fleurs employée dans
le feptiéme Extraordinaire , a efté trop
generalement approuvée , pour ne me pas
A iiij
8 Extraordinaire
1
donner lieu de croire que vous en verrez
lafuite avec plaifir. Le ftile aifé & galant
dont elle est écrite , fait connoiftre
qu'elle eft du mefme Autheur qui a fait
ce que vous en avez déja vû. C'eſt tout
se que je vous en puis dire , puis qu'il
continue à cacher fon nom.
1
SUITE
DE L'HISTOIRE
AMOUREUSE
DE QUELQUES FLEURS.
Par le Berger Fleuriſte du Païs
des Am -B.
L n'eft rien icy- bas qui dure .
Ce qu'on croit le mieux affermy »
Ne le fut jamais qu'à demy ;
Tout eſt ſujet à l'avanture.
Ne faifons point les vains ,
Les Fleurs & les Humains
Ne font point en cela de diverfe na
ture.
L'An
du Mercure Galant.

L'Auteur des changemens , le Temps , fit
oublier
Aufacile& bon Violier,
Apres un affez long murmare,
Tout ce qu'il avoit fur le coeur
Contre noftre Muguet , pour fa galant e
bumeur;
Et ce qu'il en croyoit avoir receu
Jure
Avant & depuis leur rupture ,
A caufe des yeux doux
d'in-
Qu'il avoit quelque temps fait à la Violete
,
Avant qu'il la connnft coquete;
Surquoy ce Violier amoureux & jaloux,
N'entendoit point de raillerie,
Et s'en eftoit mis enfurie.
Le Temps luy fit auffi condamner en
Secret
Le raport indiferet
Que la Janette en fa colere
En avoit bien ofé luy faire ;
Et fentir mefmes du regret
D'avoir fur ce sujet,
Αν
10 Extraordinaire
Qu'il trouvoit fi remply d'épines ,
Ecouté trop fouvent , comme fes vrais
Amis,
Le Chevrefeuil, & le Volubilis,
Sans Soupçonner ces langues Serpentines
,
D'eftre fes plus grands Ennemis.
Ainfi la Paixfuivit la Guerre.
On fe revit d'abord avec quelque froidear
,
Puis d'un air tiede , enfin avec cha-
1
Leur.
Cette réunion étonna le Parterre.
Fleur & Fleurete en dit fon fentiment,
En parla bien diverſement;
Mais le commun la prit pour une Paix
fourrée,
Qui ne feroit pas de durée;
Et fit un mauvais jugement.
La Violete en eut une douce ſurpriſe.
Les Fleurs de fon humeur font fans ref-
Sentiment,
Et quoy qu'on ait pufaire , excuſent ais
Sement
Elle
du Mercure Galant. II
Elle attribuoit à franchiſe
Tout ce que le Muguet dans fon facheux
transport
Contr'elle avoit dit de plus fort,
Et n'enfaifoit compte, ny mife.
Mais ce nefut pas tout ; dés ce premier
moment
Elle ofa concevoir l'envie & l'esperance
De la ravoir bientoft pourfon Amant,
Malgré la confequence
D'un tel évenement.
Ce retour luy fembloit d'une haute importance
Pour la gloire de fa beauté.
Elle s'y figuroit grande facilité,
Prenant en fa douceur beaucoup de confiance;
Car on avoit beau dire , elle ne croyoit
pas
Qu'un coeur qu'elle eut atteint ,puft avant
le trépas
Eftre fouftrait à fa puissance.
Le Muguet toutefois la voyoit fans
defirs.

12
Extraordinaire
Il ne pouvoit penser à fon humeur coquete,
Sans une averfionſecrete.
L'Immortelle faifoit fa gloire &ſes plaifirs
;
C'eftoit de part & d'autre une conftance
égale ;
Point de Rival , ny de Rivale.
Trois mois encore eurent leur cours
Sans traverse importune
Dans la douceur de leurs amours.
Mais enfin quelle eft la Fortune
Qui ne foit pas fujete aux caprices du
Sort ?
Noftre Amant fe croyoit au deffus des
alarmes,
Il bravoit fierement toute forte de charmess
Et le fuccés montra qu'il avoit tort.
Le defir de voir la Iannete
Avec qui la paix s'eftoit faite
En mefme temps qu'avec le Violier,
Le fit aller enfon quartier.
Il y trouve la Violete
Avec le Chevrefeuil , qui faifant fort le
fier
La traitoit d'un air Cavalier.
IL
du Mercure Galant . 13
Il prit , fans y penfer , le party de la
Belle ,
Elle s'imagina que c'eftoit par deffein ,
Et déslors fe mit en cervelle
De tenter le projet qu'elle avoit dans le
fein.
Elle luy lance donc un regard favorable,
Et bientost apres , unfemblable ,
Et voyant qu'il efoit en foutenir les
traits ,
Elle en pouffe auffitoft de fi pleins de tendreffe
,
De douceur , de langueur , d'amoureuse
careffe,
Que le pauvre Muguet furpris de tant
d'attraits 2
Ne fit pas un moment de bonne refiftance
,
Et comme s'il n'euft eu ny force , nyprudence,
Ilbannit de fon coeur ,
( Sans avis , fans raison ,fans delay ,
fans douleur)
Averfion , mépris , dédain, indiference,
Poury redonner place à ce nouveau Fainqueur,
Et l'y rétablir en bonneur.
Ainfi
14
Extraordinaire
Ainfi fe ralluma cette flame impreveuë
Dans l'ame du Muguet , par une fimple
venë ,
Avecun tel dereglement,
Qu'il en perdit memoire &jugement.
Il oublia qu'aimer la Violete
C'estoit aimer une infigne Coquete
Plus grande que ne fut jamais
Parmy les Animaux la folâtre Levrete,
Et
parmy les Oyfeaux la celebre Fan
vete ,
Et ce qu'on admiroit de vertus & d'attraits
Dans la belle & fage Immortelle ,
Luyparut ane bagatelle.
རྒྱ
De quelplus grand aveuglement ,
Dieux ! pourroit on blâmer la Fleur la
plus champestre ?
Et quel effet vit-on jamais parestre.
Qui tinft plus de l'enchantement ?
Le Maguet charmé de laforte,
Tâche auffitoft de faire voir
Le nouveaufeu qui le transporte,
A la Beauté dont il fent le pouvoir,
Sans que le Chevrefeuil , & la fauffe
Zannete ,
S'aperçoi
du Mercure Galant. 15
S'aperçoivent defa défaite.
Les doux regards , & les demy foupirs,
Forment dans ce befoin la maniere difcrete
Dont il luy marque fes defirs.
Mais dés qu'il est dans fa retraite ,
Il s'exprime plus clairement ,
Il met en Vers fon changement ,
Et le décrit avec la mefme grace
Qu'auroit pu faire une Fieur du Parnaſſe.
392力
La Violete , au guet de toutes parts,
Avoit fçen remarquer & joûpirs , &
regards.
Elle n'ofoit pourtant s'imputer la vi-
&toire ;
Sa grande ardeur pour l'obtenir
Larendoit timide à la croire ,
Quoy qu'elle ne pust s'abstenir
De tourner toujours tout , bien & mal,
àfa gloire.
Deux jours s'estant paſſezfans éclairciffement
,
Sa curiofité luy devient un tourment.
Pour voir noftre Muguet , elle feint la
vifite
D'une
16 Extraordinaire
D'une Veuve , Fleur de mérite ;
Et là , ne le rencontrant
it pas,
Elle va le chercher che d'autres Fleurs
d'élite ,
Le trouve , & luy contefes pas.
Confus de fes bontez , & pour les reconnoistre
,
Belle -fleur , luy dit- il , l'Amour noftre
grand Maiftre ,
M'a fait parler le langage des Dieux
Sur un miracle de vos yeux ;
Dans ce Billet vous le pourrez connoiftre
;
Mais non , regardez -moy , vous le
connoiftrez mieux.
D'un tel évenement la double connoiffance
N'eft pas trop pour ma défiance,
Reprit la Violette , & je ne puis trop
voir
Pour m'affurer contre voftre inconftance
,
Et fçavoir quelle eft la puiffance
Qui vous remet dans le devoir.
C'est celle de vos yeux , luy dit-il , je
vous jure.
Elle
du Mercure Galant. 17
Elle feule a produit ce merveilleux
effet ;
Et je juge de là, que rien dans la Nature
N'eft ny fi fort, ny fi parfait.
Elle m'a tout d'un coup remis fous
voſtre empire,
Plus foûmis quejamais à tous vos fentimens
,
Réfolu d'y refter jufqu'à ce que j'expire
,
Ne dûs-je expirer de mille ans.
A ces mots defirez , la Coquete foûpire,
Et prend alors le Billet de fa main,
Et finement lecache dansfonfein.
Puis regardant jufques au fonds de
l'ame
Nostre Amant tout en flâme ,
Séparons- nous , dit- elle , on fe verra
demain .
Les Fleurs du voisinage
Ponrroient concevoir de l'ombrage
D'un plus long entretien .
Penfez en moy , penfez y bien,
Et fur tout croyez- moy fidelle,
Puis que pour vous j'ay toûjours efté
telle ,
Ou
18 Extraordinaire
Ou puiffe le Soleil me fecher tout
foudain.
La Belle eftoit fourbe & menteuse
Autant que charmante & flatenfe,
Ses défauts égaloient pour le moins fes
appas.
Bien des Fleurs auroient pris pour une
menterie
Cette derniere flaterie ,
Elle ne mentoit pourtant pas.
Vne Coquete eftfiravie
De vivre fous le joug des amoureuſes
Loix ,
Qu'un Amant qu'elle aime une fois
Elle l'aime toute fa vie;
Maisfon amour eft un bien fi commun
Qu'elle fera pour cent , ce qu'elle fait
pour un .
De cette humeur eftoit la Violete.
Noftre Muguet comptoit cela pour rien.
Il prit pour verité la charmante Fleurete ,
Et n'en fut que plus vain.”
Apres cette douceur une oeillade difcrete
Leur
du Mercure Galant. 19
Learfervit à fe dire adieu.
Ils quitterent tous deux le lieu
Où leurrencontre s'eftoit faite.
C'estoit pres du Réduit d'un grand Paffevelours
,
Fort indulgentpour l'amourete ,
Où devant leur rupture ils paffoient de
beaux jours.
La Bellepartit la premiere ,
Et vifte en fon quartier avançant fon
retour ,
Elle lut auffitoft , d'une avide maniere,
Dans un coin retiré , le Billet plein d'amour.
Il eut le bonheur de luyplaire.
Elle en recommença la lecture troisfois,
Mais cefut bien une autre affaire ,
Lors que le jour fuivant elle entendit la
voix
Du Muguet profterné par respect devant
elle ,
Luy témoigner cent repentirs
D'avoir luy difoit - il , d'une façon
cruelle ,
Pour une fimple bagatelle ,
Irrité fon efprit , & troublé leurs plaifirs.
LA
20
Extraordinaire
La Belle triompha de joye
De voir cet Amant àſes pieds,
Et d'oir des difcours fî bien apropriez
Auffitoft le pardon s'octroye ,
Tous les crimes font oubliez ,
Et leurs coeurs fe fentant ensemble
relicz ,
Amille douceursfont en proye.
Ils avoient le champ libre , & depuis
quelque temps
Le Violier eftoit aux champs ;
Mais le Ciel est jaloux , & quelquefois
s'irrite
Contre les plaifirs innocens ,
Et prend leparty des abfens .
Qty
Une Fleur de taille petite ,
Que nos Amans ne remarquerent pas s
Ouit & vit iont leur tracas .
Elle s'appelloit Marguerite ,
Et feule avoit plus de caquet
Que d'autres Fleurs un gros Bouquet.
Chaque chofe par elle eftoit cent fois redite.
Par elle auffi , bientoft tout le Parterre
fçent , La
du Mercure Galant . 21
Lareunionfaite
Entre nostre Muguet & nostre Violete
,
Lé Billet , l'Entrevenë , & tout ce qu'il
Luy plût.
A cette fachenfe nouvelle
On vit prefque mourir la conftance Immortelle
;
Son bon Amy le Lys en pâlit de douleur
,
Il s'enfallut bien peu que fa chere Amarante
N'en tombaft du haut deſa plantes
La Rofe pâle en eut moins de couleur
Par la haine fecrete
Qui regnoit dansfon coeur
Contre la Violete.
Par la mefme raiſon , l'Iris &`la fannette
Manquerent fur le pied d'en fecher de
langueur ;
Et pour le Pavot , la Mamie
S'en laiffa contre terre aller de jalousie.
Dans le Parterre enfin tout fut perfuadé
Que le Muguet pour un tel procedé
Méri
22 Extraordinaire
Méritoit qu'on le fift brouter par une
Chevre ,
Ou dechiqueter par un Lievre ,
Malheurs les plus grands d'une Fleur
De belle forme & d'agreable odeur.
Mais l'Amour qui fe plaist aux coups
qu'on n'attend gueres ,
Rit despleurs & des cris qu'attirent fes
misteres ,
Et mefme afait dreſſer exprés
De fa victoire , un infigne Trophée ,
Au pied du fameux Arbre, où finit la
Vallée
De la Belle Ceres ,
Et c'est là qu'aujourd'huy les Nymphes
bocageres,
Les Abeilles , les Papillons,
Les Zephirs & les Oifollons,
Les Bergers avec les Bergeres ,
Peuvent voir, s'ils ont de bons yeux,
Ce Monument galant & glorieux.
DES
TALISMANS.
C
'Eft aux Perfans à qui nous devons
l'invention des beaux Arts,
&
du Mercure Galant. 23
& des Sciences les plus curieuſes. C'eſt
d'eux que nous avons appris à monter
au Ciel , & à defcendre dans la
Terre , pour y découvrir ce qu'il y a
de plus caché. C'eft d'eux que nous
avons la connoiffance de la Cabale
& de la Magie. C'eft d'eux enfin de
qui nous tenons le fecret des Figures
, ou des Images talifmaniques.
Ces Peuples ont efté les premiers à
obferver le cours & le mouvement
des Aftres , leur fituation , leurs afpects
, & leurs oppofitions . Ils ont reconnu
le pouvoir que ces Corps ont
fur les Sublunaires , & la dépendance
des Corps Sublunaires des Celeftes.
Ils ont remarqué que les Aftres
n'influënt pas également fur tous ces
Corps , mais que chaque conftellation
influe principalement fur quelques-
uns , aufquels elle imprime de
certaines marques & de certains caracteres
, dont dépend toute leur force
& leur vertu. Ils ont enfin obfervé
les premiers le raport & la ſympathie
qu'il y a entre les Pierres , les Métaux
, & les Planetes . Ils ont reconnu
les impreffions de Saturne dans

la
Extraordinaire
la Turquoiſe & dans le Plomb , celles
de Jupiter , dans l'Etain & dans la
Pierre Sardienne ; celles de Mars , dans
le Fer & dans l'Emeraude ; celles du
Soleil , dans le Diamant & dans
l'Or ; celles de Vénus , dans le Cuivre
& dans l'Amétifte ; celles de Mercure
, dans l'Ayman & dans le Vifargent
; & celles de la Lune dans
l'Argent & dans le Cristal. L'experience
leur a fait connoiftre que les
Pierres & les Métaux avoient beaucoup
plus de force en de certains
temps , que dans les autres , & qu'ils
recevoient plus abondamment les influences
des Planetes , quand elles
fe trouvoient dans leurs propres Signes
, qu'elles eftoient exaltées , &
qu'elles n'eftoient batues d'aucuns
maléfiques. Le hazard leur a fait découvrir
dans la terre de certaines
Images qui eftoient naturellement
dreffées fur des Pierres , par la feule
impreffion des Aftres , lesquelles furpaffoient
de beaucoup celles que l'adreffe
& l'induſtrie des plus habiles
Ouvriers pouvoient faire.
Si la beauté de ces Figures a furpris
les
du Mercure Galant.
25
les Perfans, ils n'ont pas eu moins d'étonnement
quand ils fe font
apperceus
de la vertu qu'elles avoient de gueric
les maladies , & de chaffer les Beftes
venimeuſes . C'est ce qui leur a donné
lieu de chercher à imiter la Nature , &
de graver de femblables
Figures fous
de certaines
conftellations fur des Pierres
, ou des Plaques de Métal , pour voir
fi- elles auroient la mefme force des
naturelles. Ils y ont d'abord
remarqué
plus de vertu qu'elles n'en avoient auparavant
; & comme ils fe font attachez
à dreffer
plufieurs de ces Figures en
diférens temps , & fous
diférentes
conftellations , ils ont enfin trouvé le
ſecret de les rendre auffi
puiffantes que
les naturelles.
Ce Secret a efté long-temps tenu
caché parmy ces Peuples . On n'en parloit
que par Enigmes & par Figures,
mais les Arabes le
découvrirent quelque
temps apres , & le publiérent en
fuite dans toute l'Afie fous le nom
de Taliſmans , ou de Figures conſtellées
, car Taliſman en Arabe fignifie
une Image ou une Figure . Quelques
Autheurs
confondent ce mot avec
Q. de Ianv. 1680, B
26 Extraordinaire
avec celuy de Maguen , qui fignifie
un Caractere , mais il y a bien de la
diférence entre les Caracteres & les
Talifinans. Les Caracteres font de
certains Chifres que l'on trace ordinairement
fur du Vélin d'un Enfant
mort né , & les Talifmans font des
Figures , ou des Images Celeftes,
que l'on fait fous de certaines conftellations
fur des Médailles , ou des Anneaux
de métal , ou fur des Pierres.
Ces Images ne font pas toutes faites
de la mefme maniere . Les unes
font gravées , les autres font en boffe,
ou en relief. Les unes font taillées fur
des Pierres , les autres font gravées ou
élevées fur des Métaux. Les unes enfin
font dreffées fous de certaines
conftellations , & les autres fous d'autres
.
Les Arabes & les Perfans attribuent
beaucoup d'effet à ces Figures.
Elles font , difent- ils , des Demy-
Dieux , de ceux qui les portent . Elles
guériffent les maladies qui les affligent.
Elles détournent celles qui les
menacent. Elles chaffent les Animaux
qui les incommodent. Elles les préfervent
du Mercure Galant.
27
vent fur Mer , de la tempefte & du
naufrage. Elles les rendent intrépides
dans les Combats. Elles leur foûmettent
les Animaux les plus farouches.
Elles les font aimer des Princes . Elles
les élevent aux premieres Charges &
aux plus hautes Dignitez.Elles les rendent
heureux aupres des Belles. En un
mot , elles les font réüffir dans tout ce
qu'ils entreprennent.
Les Talifmans eftoient autrefois fi
communs dans toute l'Afie , qu'il n'y
avoit prefque point de Ville dans laquelle
on ne vit de ces Figures. Les
Matelots en avoient à la Proue de
leurs Vaiffeaux , pour fe garantir des
écuels & du naufrage. Les Labou
reurs en mettoient dans leurs Campagnes
, pour les rendre fertiles.
Les Malades en portoient, pour guérir
leurs infirmitez. Sous le Regne de
Chilperic , au raport de Gregoire de
Tours , on trouva dans les Foffez de
Paris une Plaque de cuivre , fur la
quelle eftoit gravée la Figure d'un
Rat , d'un Serpent , & d'une Flâme
de feu. Peu de temps apres qu'on
Bij
28 Extraordinaire
eur ofté cette Plaque , on vit dans
Paris une quantité prodigieufe de Serpens
& de Rats , & il arriva dés le
lendemain un embrafement confidétable
dans cette Ville. Quelques Autheurs
veulent que cette Plaque fuſt
un Taliſman qui avoit efté fait pour
préferver Paris du feu , & pour en
chaffer les Rats & les Serpens , qui
y estoient fort communs auparavant.
On a veu autrefois dans Conſtantinople
un Cheval d'airain , qui préſervoit
la Ville de la Pefte , & des autres
maladies contagieufes. On parle
fouvent de cet Anneau talifmanique ,
dont la Ducheffe de Valentinois fe
fervit pour fe faire aimer de Henry II .
On dit qu'un certain Carme nommé
Riftorius à Prato , guérit il y
a quelque temps à Florence plufieurs
Perfonnes de la goute , en leur faifant
porter l'Image Celefte des Poiffons.
Quelques Hiftoriens rapportent
que l'on voit en beaucoup de lieux
dés Images de Scorpions & de Serpens
taillées fur des Pierres qui
guériffent , quand on les touche , la
piqueûre de ces Animaux & qui >
3
los
du Mercure Galant. 29
les éloignent du lieu où elles font placées.
Comme les Talifmans ne font pas
tous faits de la mefme maniere , ils
ne produifent pas auffi les mefmes
effets. Ils fuivent la nature de la conftellation
fous laquelle on les a dreffez.
Les Images talifmaniques des Planetes
, ont toute leur vertu particuliere.
Celle de Saturne rend celuy
qui la porte , puiffant , riche , heureux
dans la découverte des chofes cachées
. Celle de Jupiter l'éleve à quelque
Dignité confidérable. Elle fait
qu'on a de l'eftime & de la venération
pour luy. Celle de Mars le rend
hardy , entreprenant , & victorieux
de fes Ennemis. Celle du Soleil luy
concilie l'amitié des grands Seigneurs,
& luy donne de l'afcendant fur leurs
efprits. Celle de Vénus le fait aimer
des Belles. Celle de Mercure le rend
fçavant & éloquent ; & celle de la
Lune le rend heureux dans les Voyages.
En un mot , les Images , ou les
Sceaux des Signes du Zodiaque , & des
autres conftellations , ont la mefine vertu
de ces Aftres.
Bij
30
Extraordinaire
Il y a beaucoup de choſes à obferver
avant que de dreffer une Ima
ge , ou une Figure talifmanique . Il
faut premierement fçavoir à quel ufage
on prétend fe fervir de cette Figure.
Il faut en fuite regarder quelle
conftellation eft capable de produire
l'effet que l'on s'en propofe . Il
faut enfin connoître l'heure & le mo
ment de fon exaltation , & qu'elle
ne foit batuë d'aucuns maléfiques ,
pour dreffer en mefme temps fon Image
fur quelque Médaille ou Anneau
de métal , ou fur quelque Pierre qui luy
foit propre
.
Les Talifmans font comme autant
de Miroirs ardens , qui réüniffent toutes
les influences Ides Altres fous lefquels
on les a dreffez , & qui les re-
Héchiffent fur celuy qui les porte. La
matiere dont on les fait , a d'ellemefme
beaucoup de difpofition à recevoir
les impreffions de ces Corps ; &
la Figure que l'on y grave , agit avec
tant de force ' , qu'elle luy tient lieu
des mefmes influences. C'eft un effet
de la reffemblance de cette Figure
avec les Celeſtes. C'eſt une fuite neceffaire
du Mercure Galant.
31
ceffaire de la fympathie que l'Animal
dont on a gravé la Figure , a avec les
-conftellations.
, il
Si les Talismans produifoient lés
effets qu'on leur attribuë , ce feroit
la plus belle invention & la plus
avantageule que l'on puft jamais s'imaginer.
Il n'y a point de miracle que
l'on ne fift par le moyen de ces Figures
, mais je doute qu'elles ayeht
le pouvoir qu'on leur donne. Si les
Aftres ont quelques influences
femble qu'elles ne foient point affez
fortes pour communiquer tant de vettu
à ces Images. Je ne vois pas auffi
fur quel fondement on pourroit établir
la fympathie que l'on fupofe entre lès
Pierres , les Métaux , & les Planetes
, ny ce que la Figure d'un Animal
, qui n'a en effet aucune reffemblance
avec les Celeftes , pourroit
avoir de particulier , pour donner tant
de force à une Plaque de metal , ou à
un morceau de Pierre fur laquelle on
l'auroit taillée. Je croirois plutoft qu'il
en eft de ces Images comme de la
peau de Lyon , qui fait , à ce qu'on
Biiij
32 Extraordinaire
C
"
dit, triompher celuy qui la porte , de
fes Ennemis , & qui cependant n'a pas
la force de rendre cet Animal victo
rieux de ceux qui l'attaquent.
Si l'on ne voit point de Scorpions,
ny de Serpens , dans les lieux où il
y a de ces Figures , c'eft un effet de
la fubtilité de l'air , qui empeſche
la genération de ces Animaux . On
n'a , par exemple , jamais veu de
Beftes venimeufes dans l'Ifle de Garnefey
; & fi quelqu'un a eu la curio
fité d'y en porter , il les y a veu mourir
peu de temps apres. On peut
dire la mefme chofe de la Pefte &
des autres maladies contagieufes , lefquelles
font plus communes en de
certains temps & en de certains lieux,
que dans les autres. Il y a mefme
beaucoup de Villes où la Pefte eftoit
autrefois fort commune , & où elle
n'a fait aucun ravage depuis plufieurs
Siecles. On n'y voit cependant aucune
Image talifmanique , à qui l'on
puiffe attribuer cet effet. Quand on
examine meúrement toutes ces choſes
, on eſt en obligation d'avoüer
que cette Science eft bien incertaine,
du Mercure Galant. 33
ne , & que l'on
doit
adjoûter
peu de
croyance
aux
exemples
que
l'on
en
rapporte
.
SAINT ANDRE ' de Coutances,
Docteur en Medecine.
Ie vous ay déja envoyé quelques
Lettres depaffion qui ne vous ont pas
déplu. En voicy une d'un Amant banny
, dont je me croy obligé de vous faire
part. Elle afes beautez , & mérite bien
d'avoir place icy.

A MADEMOISELLE DE ***
Est
-il poffible
St- il poffible , Mademoiſelle , que
vous ſoyez ſenſible à mes diſgraces
, vous qui avez eu affez d'injuftice
pour me defendre de vous voir,
& affez de dureté pour me dire que
vous ne recevriez plus de mes Lettres
? Non , non , mon éloignement
ne vous touche pas. Ma cruelle deftinée
ne vous infpire aucun fentiment
de genérofité ou de compaffion pour
B v
34
Extraordinaire
moy , & j'ay veu toutes mes efpérances
s'évanouir , dans le moment
que vous m'avez témoigné qu'il falloit
nous féparer pour jamais. Quel
commandement Quelle réfolution !
Helas Quoy , apres m'avoir avoüé
que vous me donniez part dans voſtre
eftime , & que vous entriez dans mes
interefts , vous avez pû fans chagrin
me dire qu'il falloit ceffer de fe voir,
& que votre raiſon l'emportoit fur
voftre inclination ? Eft- ce là cette amitié
fincere , qui devoit eftre à l'épreuve
de ce que le temps , l'oubly , la
mort , & l'inconftance mefme ; ont
de plus cruel Eft- ce ainfi que vous
traitez une Perfonne qui ne reffent
pour vous que des mouvemens de
refpect , & de tendreffe ? Allez , Ingrate
, vous n'avez jamais eu de confidération
pour moy , & voftre coeur,
quoy que fenfible en apparence , eſt
demeuré indiférent , pendant que le
mien vous exprimoit fa paffion d'une
maniere forte & infinuante. Que répondrez
-vous à ces reproches ,• &
comment pourrez - vous juftifier que
Vous avez pour moy une heureuſe
fympa
du Mercure Galant.
35
fympathie , apres m'avoir annoncé la
plus funette nouvelle que je puiffe
apprendre ? Souvenez - vous que vous
m'avez dit , que je devois pour yoftre
fatisfaction , & pour mon repos ,
vous arracher un coeur qui a fait voeu
d'eftre éternellement à vous. Hébien
, j'y confens. La raifon me guérira
, & je tâcheray de vous imiter
en me dégageant d'une paffion , qui
me rend le plus infortuné de tous les
Hommes. Mais helas , je reconnois
que je le tenteray inutilement. Voftre
mérite a imprimé fur mon coeur un
caractere trop tendre , pour croire que
la longueur de l'abfence puiffe l'effacer
. Ouy , belle Ingrate , malgré
le déplorable état où vos rigueurs me
reduiſent , je prétens demeurer pour
vous dans des fentimens d'eftime & de .
refpect. Mais fi c'eft un crime de vous
eftimer, & de vous voir , je vous éviteray
avec foin . Je fçay que cette réfolution
me couftera cher. Cependant
il faut que je vous obeïffe , & que je
m'expofe à ce que l'éloignement a de
plus fatal , pour faire cefler les malheurs
de voftre vie.
Ce
36 Extraordinaire
Ce quifuit eft de Monfieur Gardien,
Secretaire du Roy.Vous fçavez , Madame,
qu'il ne s'explique pas moins agreablement
fur les matieres galantes, qu'il
raiſonne fçavamment fur celles quifont
d'érudition.
SENTIMENS SVR LES
cinq Questions du dernier Extraordinaire.
SUR LA PREMIERE.
ENCO
Ncore qu'il n'y ait rien de plus
naturel à l'Homme que de fe roidir
contre les difficultez , foit que
fon orgueil ne puiffe fouffrir d'en
avoir le démenty , foit que la necef
fité d'aplanir les voyes qui conduifent
à la fin qu'il s'eft propofée , éxige de
luy qu'il saffemble fes forces ; foit enfin
qu'il confidere tous les obftacles
qui fe préfentent , comme le prix le.
gitime qu'il luy en doit coûter pour
l'acquifition du bien qu'il pourfuit;
neanmoins fi l'efpérance ne lefoûtient
parmy
du Mercure Galant.
37
parmy ces oppofitions , ou fi elles du
rent un affez longtemps pour luy donner
celuy de faire reflexion fur la vanité
de l'Objet de fa recherche,il arrive ou
que fa patience fe change en defefpoir,
ou que n'en ayant qu'une certaine mefure
proportionnée à l'eftime qu'il fait
de ce bien , cette mefure vient enfin à
s'épuifer. D'autre cofté , le coeur humain
eft fait de telle maniere, qu'à peine
eft-il parvenu à la poffeffion de ce
qu'il a fi ardemment defiré , qu'il ne fe
fent plus les mefmes empreffemens,foit
que ne trouvant plus rien qui l'excite il
tombe dans le défaut d'action , ou n'agiffe
plus que foiblement ; foit que la
gloire de fon triomphe luy en faffe
mediter de nouveaux ; foit que les
fauffes apparencès qui dans une veüe
éloignée , l'avoient deçeu , s'eftang
diffipées , il voit alors l'objet , tel
qu'il eft;foit enfin & ( ce qui eft tres veritable)
qu'à raifon du mouvement continuel
qui agite toutes les chofes , elles
ne peuvent demeurer qu'un inftant dans
la même fituation . Voila , ce me femble,
les raisons qui peuvent faire que l'amour
apres avoir longtemps frapé àda
Lo

porte
38 Extraordinaire
porte d'un coeur , qui ne luy repond que
par des refus , & par des
des rigueurs , defefperant
de le pouvoir flechir , ou croyant
avoir aflez fait pour meriter un
traitement plus favorable , va chercher
fa pretendue felicité dans l'indolence,
ou dans une nouvelle pourfuite ; ou bien
qu'apres la pénible conquefte de ce
coeur , il s'y ennuye s'il n'y trouve un
mérite extraordinaire qui foit capable
de l'entretenir , ou quelques agreables
artifices qui prennent foin de l'amufer.
Mais parce que l'on demande fi l'amour
diminue plutoft par les rigueurs , que
par les faveurs , je croy pouvoir dire ,
Premierement, qu'à parler en general;
& à raifonnner feulement par la poffibilité
, les unes & les autres peuvent
l'accroiftre & le diminuer , & qu'ainfi
il faut diftinguer, comme je feray bien
toft ; & en fecond lieu, que comme elles
font à l'efprit à peu pres ce que la
douleur & le plaifir font au corps, &
que celle- là tend toûjours à la deftru-
Яtion, au contraire de celuy- cy dont le
propre et de conferver ; il s'enfuit
qu'il eft tres-naturel de fuïr la premiere
; mais qu'il ne l'eft pas de fe rebuter
4
du
du Mercure Galant. 39
du fecond. A la verité tous les excés font
dangereux , & l'on peut mourir de joye
comme de douleur ; mais le premier eft
incomparablement plus rare, parce que
ce qui femble le caufer eft de foy conforme
à la nature, & que de femblables
évenemens font bien plûtoft l'effet de
la foibleffe du fujet qui reçoit l'impreffion,
que de la violence de la caufe qui
agit. L'inconvenient le plus ordinaire
que caufe l'abondance , & l'excés d'un
meſme plaiſir , eft la fatieté ; mais elle
n'eft pas toûjours une maladie mortelle
à l'amour ; ce n'eft quelquefois qu'une
legere indifpofition qui paffe d'elle même
, ou qui ne manque pas de remedes;
par le fecours defquels le plaifir fe renouvelle
& fe rétablit. Je confeillerois
donc à une Dame qui veut fe conferver
l'amour de fes Adorateurs , d'y employer
non pas de ces rigueurs d'emportement,
d'orgueil , ou d'incivilité , qui toft ou
tard donnent à l'amour le coup de la
mort, ou le mettent en fuite ; mais à la
bonne heure, de ces rigueurs de devoir,
d'épreuve & de bien- feance , qui le piquent
& le tiennent en haleine . Encore
faut-il pour bien faire,qu'elle fçache
les
40 Extraordinaire
les affortir & les diverfifier adroitement
par le mélange de ces fortes de faveurs
qui flatent l'apetit fans l'affouvir, & qui
ne défendent pas l'efpoir , fans pourtant
donner d'affurance . Mais fi elle fe
trouve d'humeur à aller encore plus loin
que je ne dis , & qu'abandonnant à ſa
feule tendreffe la difpenfation de ſes faveurs
, cette mauvaiſe oeconome vienne
à en faire une profufion fans referve ;
qu'au moins la Dame fe garde bien
alors, de fe fier ny à la grandeur de fon
merite , ny à la vertu de fon Amant ;
mais qu'elle tâche d'eftre toûjours fi
bien avec les Graces, qu'elle en puiffe
inceffamment tirer dequoy redonner
celle de la nouveauté aux faveurs dont
elle eft fi liberale. Ouy ( & c'eſt un ſecret
de la derniere confequence pour elle
) il faut qu'elle prenne autant de
foin à les empécher de vieillir , qu'el
le en prendroit pour ne pas vieillir elle-
mefme , fi c'eftoit une chofe poffible.
Belles qui vous plaifez à regner fur les
coeurs,
Voulez- vous qu'ils vous foient fideles?
On
du Mercure Galant. 41
Ou n'accordez jamais les plus cheres
faveurs,
On rendez les toûjours nouvelles.
SUR LA SECONDE.
Que
Ue cette Fille de l'Amour qui
donne la mort à un Pere fi tendre,
eft denaturée ! Que ce Dragon toûjours
veillant , qui fe devore foy- mefme fans
mefme fe détruire, eft mon& rueux ! &
que ce mortel poiſon dont l'amertume
fenfible n'empefche pas qu'un miferable
coeur n'en fafle fa nourriture , eft
quelque chofe de furprenat! Parlás fans
figure , que la jaloufie eft barbare! qu'elle
eft terrible ! qu'elle eft capricieuſe !
Cependant comme avec toutes les horreurs
dont elle eft capable, elle eft incomparablement
plus funefte à ceux
qu'elle poffede , qu'à ceux contre qui elle
agit , j'eftime que dans les deux efpeces
de la Queftion propofée, elle n'eft
pas redoutable à un coeur qui fçait bien
aimer. Ce qui rend la jaloufie un des
plus cruels fleaux de l'efprit , c'eft qu'elle
n'eft pas une paffion qui marche toute
feule comme quelques autres ,
mais
qu'el
42 Extraordinaire
qu'elle eft un affemblage de plufieurs
paffions à la fois. L'amour la produit
comme nous venons de dire , & elle ne
le perd point de veuë ; la crainte & la
trifteffe font fes compagnes inféparables
; & il y a entr'elle & la colere d'étroites
& de dangereu fes liaifons . Avec
tout cela , quel mal , je vous prie, me
peut faire l'amour de mon Rival pour
ma Maîtreffe , tandis qu'elle ne l'écoutera
pas ? Si j'ay pour ce que j'aime tout
le zele que je dois , je fouhaiteray de
voir tous les coeurs foumis à fon empire:
fagloire fera la mienne, & plus fon
merite luy attirera d'hommages , plus
mon choix aura d'approbation . Il faut
pourtant l'avouer, cette reflexion eſt délicate
, & tient plus de la fpeculation,
que de la pratique. Vn Amant dans les
veües que je viens de dire , peut s'ap-
-plaudir de voir plufieurs autres Amans
touchez des perfections de fa Belle;mais
l'amour propre dont on ne fe dépouille
jamais , ne manquera pas de luy faire
apprehender qu'elle ne foit enfin elle
méme touchée de leurs foûmiſſions.
C'eſt en ce point là que la bizarrerie eft
grande ; car d'un cofté il s'en faut peu
que
du Mercure Galant.
43
que noftre orgueil naturel ne nous perfuade
que nous meritons par préference
les affections de toute la terre . Ainfi
quand cet Objet fouverainement chery,
& qui nous tient lieu du monde entier,
nous honore de fa correfpondance,
outre les autres raifons qui nous le font
aimer , nous l'eftimons en cela comme
un juge équitable qui nous rend juftice
; Et de noftre merite, & de fon équité,
nous concluons qu'il en ufera toûjours
de la forte. D'autre cofté, un reſte
de connoiffance de nous- mefmes nous
crie du fonds de noftre mifere, que cette
prefomption & cette confiance peuvent
bien nous en impofer ; que nous
ne fommes pas fans défauts , non plus
que cette Belle ; & que foit par raiſon,
ou par caprice , elle pourroit choiſir
mieux ou changer avec avantage.
Quand donc un Rival qui n'eft plus
maiftre de la jaloufie , s'emporte à m'en
donner des marques , il me laiffe cette
premiere bonne opinion de ma Maiſſtreſſe
& de moy ; il fait voir qu'il eft
alarmé de fes propres defauts , & que
l'Objet commun de noftre pourfuite ne
juge pas en fa faveur. Ainfi les craintes
de
44 Extraordinaire
T
de ce Rival diffipent les miennes ; fes chagrins
publient fon malheur & ma bonne fortune ; &
tout ce qui l'humilie fait mon triomphe. Pour
fa colere , tant s'en faut qu'elle me fâche , qu'au
contraire, comme elle me marque parfaitement
l'excés de fes peines , elle me donne une double
joye , & de le voir dans la fouffrance , &
de me voir exempt de ce qui le fait fouffrir.
O le grand régalô le charmant fpectacle our
un Amant que fon Rival poffedé de toutes
les fureurs de la jaloufie ! Mais me direz-vous,
il trouvera moyen par les artifices de me brouiller
avec la Dame ; foible reffource pour luy;
fes éclats nous ont déja fervy d'avertiffement ;
Mais fa rage ira jufques à attenter à ma vie ;
ilen eft peu de fi lâches ; En tout cas , je
prendray mes précautions , mais fans grande
inquiétude,puis qu'un galant Homme qui n'eft
menacé que de ce cofté là , & qui ne craint
rien pour fon amour , fe tient fort en affurance.
Paffons , s'il vous plaiſt aux confidérations
que peut mériter la jaloufie d'une
Maiftreffe. Que cette paffion ade charmes chez
une Belle dont je fuis épris ! que fes
craintes fa trifteffe , fa colere , font touchantes
qu'elles ont d'éloquence & d'efficace
! que tout cela me dit parfaitement
je vous aime & qu'il me le perfuade bien
mieux que fi elle me le difoit de fa propre
bouche ! Ce font icy des actions toutes naturelles
, & fans artifice ; c'eft le pur langage
de fon coeur , langage mille fois plus
certain que celuy des paroles , qui n'eſt le
plus fouvent qu'impofture. D'ailleurs › combien
a - t - on va de Femmes dont on n'auroit
jamais tiré ce charmant aveu fans le
fecours de la jaloufie ? Qu'on l'accable
donc tant qu'on voudra d'injures & d'opprobres
cette malheureufe paffion l'ofe dire
qu'elle n'en est tout- a-fait digne que quand
elle
du Mercure Galant.
45
elle eft fans fondement ou trop fréquente ;
extravagante , ou brutale. De foy c'eſt un
poilon , je le veux ; mais de cela me mes on
en peut faire un antidote falutaire ; c'eft une
fievre , je l'accorde : mais la fievre n'eft pas
toûjours mortelle , il y en a qui ne font que
paflageres , & dont la chaleur toute étran
gere qu'elle eft , peut fervir à la chaleur naturelle
foit en la dégageant d'abord de
quelques humeurs pécantes qu'elle confumera
, foit en les donnant à connoiftre pour
les chaffer entierement rar des remedes convenables.
Ainfi un peu de jaloufie qui ne fera
pas de durée fervira à des éclairciffemens
neceffaires , diffipera des foupans dangereux,
& coupera la racine à des défiances qui euffent
fait périr l'Amour. Ce n'eft donc que
l'excés de la jaloufic qui doit faire peur ,
& ce n'eft auffi que cela que je craindray
dans l'efprit de ma Maiftreffe à
la diférence de la jaloufie de mon Rival
dont l'excés m'eft toûjours favorable , & dont
la moderation pourroit luy fervir à me
nuire., Mais de quoy me mettre tant en peine,
puifque que j'ay en mon pouvoir de quoy
guerir l'efprit de cette chere Ialoufe ? car
enfin c'eft ce que l'on ne refuſe jamais
qu'à ceux que l'on n'aime pas. Que les
deux Sexes fe rendent icy juftice ; ils feront
obligez de demeurer , d'accord de cette verité
, & que tous ces murmures & toutes
ces crie ies vagues contre la jalousie ne
font fouvent que de foibles pretextes que
l'on feroit bien fâché de ne pas avoir. Noftre
malignité eft fi grande , que comme fi
les fautes du prochain , legitimoient les noftres,
il y a des rencontres ,où fi nous n'ofons pas
luy demander par grace qu'il en commette,
du moins nous nous affligeons lors qu'il ne le

,
fair
46
Extraordinaire
fait pas. Aimons bien ; Tout nous fera
facile. Pour moy je me conformeray de
tout mon pouvoir aux délicateffes de
cette belle & chere Perfonne ; je me
contraindray un temps , afin de n'avoir
plus à me contraindre. Ce n'eft pas un
grand mérite , que de fe foûmettre à la
beauté , aux grandes perfections , & à
une humeur qui n'a rien que de commode
; mais de facrifier fa complaifance
arx foibleffes d'un Objet bien aimé,
oüy, bien aimé , je le repete , c'eſt le
mettre en droit de devenir le maiſtre
de fa confiance , auffi bien que de fon
affection.L'experience confirme ce que
je dis; & fi l'on en ufoit de la forte dans
le commerce de l'amitié, l'on en verroit
de folides & de contentes, en bien plus
grand nombre que l'on n'en voit pas ;
La jaloufe des Rivaux feroit toûjours
méprifable , & celle des Amans entre
eux feroit fort peu à craindre . Ce font
là les raifonnemens d'une Perſonne
que je connois qui a beaucoup du
fincerité , qui tâche de fe mettre au
deffus des erreurs du vulgaire, & qui
croit que prefque de toutes chofes l'on
peut faire un bon ufage ; mais que le
point
du Mercure Galant.. 47
point principal eft de fuir les extremitez
. Dans l'enjouement qui luy eft naturel
, je luy ay ouy dire au fujet de la
prefente Queſtion , qu'il feroit toûjours
preft de fe charger de cent quintaux de
jaloufie d'un Rival , pourveu que luymême
en pût donner feulement une
once à ſa Maîtrelle .
SVR LA TROISIESME.
&
J
I l'amour eft de telle nature , que les ,
plaifirs qu'il a le plus recherchez ,
commencent à luy eftre à charge , au
moment qu'il vient à les poffeder ;
fi dans la compagnie des Graces, & entre
les bras mêmes de la Complaifance,
ils ont efté capables de luy caufer des
dégoûts & des inquietudes , que ferat-
il quand il ne pourra plus goufter ces
mefmes plaifirs qu'accompagnez des
peines & des chagrins , qui font prefque
inféparables du Mariage ? Comment
pourra-t-il s'accoûtumer à coucher
fur des épines , luy qui s'eft trouvé
incommodé fur des Lits de Rofes ? Que
je le plains en cet état le pauvre Amour, 3
fil'eftime ne vient à fon fecours , & ne› +
luy prefte des forces , finon pour luy
re
48 Extraordinaire
donner la premiere vigueur, du moins
pour l'empefcher de fuccomber , &
pour luy aider à porter de bonne
grace le fardeau que l'Hymen vient
de luy mettre fur les épaules ! Refvant à
la cauſe d'où peut proceder une fi grande
diférence de pouvoir entre l'Amour
qui s'en fait tant à croire, & l'Eftime
qui ne fe produit qu'avec retenuë,je ne
fçay fi j'ay rencontré quelque chofe
qui en vaille la peine, en examinant fi
ce ne feroit point par la même raiſon
de la diférence que noftre orgueil nous
fait trouver entre l'indigence & les richeffes
, entre la honte de recevoir ce
qui nous manque, & la gloire de faire
des libéralitez de noftre propre fonds.
Pour donner jour à cette penfée , ou à
cette refverie, comme l'on voudra l'appeller,
ne pourroit- on point raifonner
de la forte ? Aimer , c'eft defirer la polfeffion
d'un bien qu'il eft au pouvoir
d'un autre de nous accorder ; & quand
nous l'avons obtenu , fi cette ardeur
vient à ceffer , n'eft ce point que nôtre
nature par fa malignité ſe laffe bientoft
de devoir fon bonheur aux bontez
d'autruy ? Cette ingratitude déguifée
du Mercure Galant.
49
guifée & prefque imperceptible, n'eftce
point là ce que nous appellons ennuy
& dégouft ? Mais quand j'ay de
l'eftime pour quelqu'un , par exemple
pour un Brave , pour un Homme de
probité, & ainfi du refte, n'eft- ce point
qu'encore qu'en effet je ne faffe autre
chofe que m'acquiter d'un devoir auquel
fon merite m'oblige , neantmoins
ma vanité me perfuade en fecret , que
je luy fais un grand prefent , en luy
donnant une chofe tres- pretieufe, puis
qu'elle contribue le plus à fa gloire ?
Permettez moy de pouffer plus loin ce
caprice , & de demander encore ſi ce
n'eft point que fentant chez , moy les
idées de cette bravoure & de cette pro-.
bité, reconnoiffant qu'elles font le propre
de ma nature , & qu'en puiffance
je fuis tout cela, quand en acte je lerois
tout le contraire , c'eft à moy - melme
& aux vertus dont je me flate , que
je rends ce tribut de mon eftime; D'où
il eft aifé de conclure , qu'à moins que
par une conduite oppofée à la premiere,
ce Brave , ou cet autre vertueux, ne m'oblige
à luy retrancher mes dons , ou
qu'il ne vienne à détruire cette Image
2. de Lanv, 1680. C
50 Extraordinaire
de moy - même, que je revere & que
j'honore dans luy , je continueray toûjours
d'avoir pour luy cette même eftime.
Mais pour dire quelque chofe de
moins raffiné, l'amour dont on entend
parler icy , n'eftant prefque autre chofe
qu'une operation de la volonté , qui
toutefervante qu'elle devroit eftre , ne
s'érige que trop en Souveraine, & même
en Tyranne, principalement dans
les grandes paffions, agiffant avec emportement
, fans confeil , & à l'aveugle,
il ne faut pas s'étonner fi fes effets
tiennent fi fort de la nature de leur caufe.
L'eftime au contraire eft beaucoup
plus une production de l'Entendement
ce Roy fage & éclairé, qui ne fait rien
qu'avec gravité , qu'apres de férieufes
reflexions , & qu'en grande connoiffan
ce de cauſe , d'où il arrive que des déliberations
fi bien fondées font peu fujetės
au changement. Paffons encore à
quelque chofe de plus familier. L'amour
eft un torrent toûjours violent,
mais plus ou moins felon que les débordemens
de la concupifcence y contribuent
: il s'écoule & il finit avec ce
qui luy avoit fervy de matiere ; au lieu
que
du Mercure Galant. TI
que l'eftime qui vient toûjours de l'idée
de la Vertu , eft comme un grand
Fleuve qui roule fes eaux d'un cours
tranquile & perpetuel , parce qu'il a
un Ocean d'où il les reprend à mesure
qu'il les y porte. Mais fans tant philofopher,
voulez- vous qu'en deux mots
je vous diſe ce qui ( à mon fens ) fait
que l'eftime eft bien plus propre que
l'amour à faire un bon Mariage & à
l'entretenir en paix ? C'est que le Mariage
eft le remede de l'amour , & que
l'eftime eft le remede du Mariage.
SVR LA
QVATRIESME ,
L me femble que je la voy, cette Perfonne
ft aimable & fi cherie , qui
fi
prend la plume pour figner d'un meſine
coup & le titre de fon engagement
avec l'Amant qu'elle choifit , & l'Arreft
de mort de celuy qu'elle rejette.
Quelle douleur pour ce malheureux !
de quelle horreur ſon imagination n'eſt
elle point faifie , quand elle luy reprefente
une foule de plaifirs qu'il ne croyoit
faits que pour luy , & parmy tout
Cij
52
Extraordinaire
cela toutes les beautez & tous les charmes
de fon inhumaine Maîtreffe au
pillage de la paffion de ce trop heureux
Rival ! Quelque affreufe neantmoins
que foit cette idée , il en eft de plus terribles,
& elle n'eft infupportable qu'à
celuy dont la paffion groffiere eft plus
fondée fur les fens que fur les tendreffes
du coeur. En effet , il eft encore de
grandes Ames chez qui des evenemens
auffi fâcheux trouvent de la patience
pour les fouffrir , de l'indulgence pour
les excufer , & de la genérofité mêmes
pour les approuver , fi de folides raiſons
de neceffité , de devoir , & de vertu , le
demandent. Auffi dans ces triftes occafions
ces coeurs heroiques ne font pas
toûjours entierement fruftrez de la recompenfe
deuë à l'excellence de leur
merite; l'eftime & la tendreffe demeurent
toûjours les mêmes , ou ne changent
que pour augmenter; & pour l'ordinaire
, ceux qui leur ont caufé ce
martyre, ne fe trouvent pas à beaucoup
pres fi avantageufement partagez . Mais
quand un Amant veritablement tendre
& délicat ,& dont le feu épuré ne tient
que de la matiere , vient à perdre ce
coeur
du Mercure Galant.
53
"
coeur dans lequel il vivoit plus que
dans le fien propre, parce qu'il en faifoit,
ou qu'il fe propofoit d'en faire le
fiege de fa felicité & de fa gloire , &
qu'il voit que perdant tant de choſes à
la fois, il les perd & fans exception &
fans reffource, ah que cette avanture eft
funefte & douloureufe ! Mais quand
par une reflexion encore plus terrible
il confidere que cette perte de tous fes
biens, ou du moins de toutes fes cfpérances
, n'eft que pour enrichir une
Idole du caprice & de la foibleffe du
Sexe (car c'eft ainfi que dans fon deſeſpoir
il envifage ceRival qu'on hiy préfere
) ah que ce facrifice eft barbare !
& où trouver des paroles pour exprimer
la douleur de celuy qui le fouffre ?
Nous ne pourrions luy en prefter d'affez
fortes ; fes maux , felon luy, pallent
tous nos raiſonnemens , & il ne pour
roit luy- mefme nous en fournir que
tres- peu & de tres confules ; c'est tout
ce que fon accablement luy permet .
Pour comprendre quelque chofe de
l'état de ces deux Amans malheureux,
imaginons- nous , s'il vous plaift, deux
riches Négocians qui ayent confié à
Ciij
54 Extraordinaire
,
l'inconftance de la Mer le fonds principal
de leurs fortunes & de leurs efpérances
; celuy - là voyant fon Navire
donner contre un Banc qui le
brife , fçait neantmoins fi bien fe
poffeder , que par les ordres qu'il
donne il en fauve avec l'Equipage
la charge la plus precieuſe , &
en eft quitte pour le Corps du Vaiſfeau
, au lieu que celuy cy voyant fon
Pilote d'intelligence avec un Corfaire
, luy enlever pour jamais , & dans
des lieux inacceffibles , & le navire &
toutes fes richeffes , il tombe dans une
etargique ftupidité , ou prend le party
de finir les jours par fon defefpoir. Je
voy bien les défauts de cette comparaiſon
; mais le moyen d'en faire de juftes
fur des maux qui n'en fouffrent
point , au moins fi nous en voulons
croire de certains coeurs d'un fenfible
extraordinaire. Selon eux, pour le confoler
de telles difgraces , la vie entiere
ne fuffit pas ; & en effet nous en avons
vû qui n'ont finy leur langueur que
par leur mort. Mais pour changer de
ton en finiflant ce difcours. Si nous
nous affligeons moins de nous voir
préfe
du Mercure Galant.
55.
préferer un Rival que l'on époufe,
que celuy dont on ne veut qu'eftre
aimée , n'est- ce point parce que cet
te Maiftreffe qui fe marie , fe punit
& nous vange en fe donnant un
Maiſtre , mais qu'elle nous infulte,&
nous fait voir le noftre , quand elle fait
un Favory.
SUR LA CINQVIES ME.
t
Omme l'honneur, le plaifir, & le
profit joints ou féparez , apres nous
avoir fourny les motifs de toutes nos entreprifes,
font encore tout l'avantage &
le prix de nos actions, & par cofequent
de nos habitudes , qui ne font que des
actions reiterées , il s'enfuit necellairement
que le def- honneur , la peine,
& la perte , affemblez ou disjoints;
font tout le prejudice que noftre conduite
peut nous attirer . C'eft encore
une maxime de morale , que file Pere
de famille fe doit à luy - même quelques
égards particuliers , il eft bien
plus obligé de veiller fur tout ce qui
peut refléchir de fa Perfonne fur celles
qui compofent la Maifon, qui dans l'ordre
politique ne fait avec luy qu'un
Cij
56 Extraordinaire
même Corps dont il eft le Chef. Suivant
ces principes d'autant plus certains
qu'ils font plus communs , il eft auffi ce
me femble d'autant plus aifé de décider
la Queftion propofée. Si le Joueur
n'acquiert pas de gloire à jouer , parce
qu'en effet ce n'eft pas un fujet qui y
foit propre , du moins s'il eft loyal
Joueur, comme je le fuppofe icy,l'honneur
qu'il peut mériter d'ailleurs , n'en
recevra point de tache ; il pourra demeurer
toûjours un veritablement honnefte
Homme , & les fiens n'auront
point de reproche légitime à luy faire
de ce cofté- là . Mais pour le grand Buveur,
cette qualité , qui, à bien le prendre
, n'eft qu'un terme radoucy , pour
fignifier un yvrogne de profeffion; cettemauvaise
qualité , dis- je , le rendextrémement
méprifable, puis que s'expofant
fréquemment à perdre l'ufage
de la raifon, & venant en effet à le perdre
quelquefois , en ce point non feulement
il cefle d'eftre Homme d'honneur
, mais même en quelque façon
il ceffe d'eftre Homme . Quelle confufion
& quelle douleur pour lors à une
Femme & à toute une Famille , de
voir
du Mercure Galant.
57
"
:
voir celuy qui devroit gouverner les
autres , ne fe pouvoir gouverner Juymême,
& eftre reduit à un état pire que
celuy des Brutes ! Quant au Chicaneur,
fi la turpitude de ce vice ne le ra-
- vale pas au bas étage des Bétes , dont il
a toutefois l'artifice des plus rufées, &
la cruauté des plus feroces ; l'on peut dire
neantmoins qu'il paffe dans un ordre,
ou pour mieux dire , dans un defordre
encore plus funefte. Comme il
n'employe la raison que pour la combatre,
& la détruire , s'il pouvoit, par tout
où elle s'oppose à fon avidité , & que
fon application continuelle ne tend
qu'à faire fuccomber la Juttice fous les
formalitez de la Juftice mémes; d'Homme
il devient une espece de Demon,
la terreur des Malheureux qu'il attaque,
l'averfion de tous ceux dont il eft
connu, en un mot l'ennemy du Genre
humain. Je veux que luy & toute fa
famille , qu'il aura enrichie des dépouiles
de la Veuve , de l'Orphelin
, & de tout un voifinage , foient
auffi infenfibles à leur honte , qu'ils
le font aux reproches de leur confcience
Pour ne pas fentir fes maux,
Cy
58 Extraordinaire
on ne s'en porte pas mieux,au contrairel'on
n'en eft que plus malade. Tant
que la memoire de leurs ufurpations
durera , cette infenfibilité ne les empeſchera
pas d'eftre l'objet de la malédiction
de ceux à qui tant d'injuftices
auront caufé de la perte ou du fcandale.
Venons maintenant au plaifir & à la
peine que ces trois fortes d'excés peuvent
faire reffentir à ceux qui s'y aban
donnent. A confidérer le plaifir fimplement
par les fens extérieurs , le Buveur
s'en trouvera le mieux ou le feul partagé
; mais fa volupté apres avoir par fes
premiers traits réjoüy & fatisfait la nature,
dégenerera bié- toft en dégouft &
en accablement , & ainfi ce plaifir tout
fenfuel fe trouvera avoir efté de peu
de durée. Du cofté des fens intérieurs ,
la fantaiſie eftant à chacun la meſure &
le poids de fon plaifir , il s'enfuit que
le loueur , le Buveur , & l'Homme de
chicane , fe trouvent également contens.
Enfin à examiner le plaifir du cofté
de la raiſon , on peut dire que s'ily
a icy quelque diftinction à faire , c'eft
en faveur du Joueur , lors que par un
gain
du Mercure Galant.
59
gain confidérable il fe voit poffeffeur
d'un bien effectif , dont l'acquifition
n'eft fujete à aucun remords. Sans defcendre
dans une fi ample difcution pour
ce qui eft des peines & des inquietudes
des trois Perfonnages de cette Scene
, celles du Joueur me femblent &
plus fréquentes & plus vives ; Le Buveur
n'en reffent point que celles que
j'ay touchées en paffant , & il fe foucie
peu du lendemain. Et pour le Chicaneur,
à compter les pourfuites, les follicitations
, & les foins continuels qu'il .
faut qu'il effuye, & y joignant l'agitation
continuelle de fes malignes efpérances
& de fes juftes craintes, tout cela
me perfuaderoit facilement que les
peines font les plus grandes , n'eftoit
que s'en eftant fait une habitude , elle
luy en diminue de beaucoup le fentiment,
Mais c'eft trop s'atrefter fur des
plaifirs & des peines qui ne regardent
ces trois fupofts de noftre Queſtion
que perfonnellement , & à quoy leurs
Familles ne s'intereffent point , finon
en tant que ce font des lignes du prøfit
ou du dommage qui en revient &
c'est ce qui reste à examiner. Legrand
Joücur
60 Extraordinaire
Joueur perd & gagne , felon le hazard
& felon fa conduite. L'on en a vû qui
fe font enrichis, & qui ont fait de grandes
fortunes , & ( ce qui eft à eftimer
davantage ) qui ont fçeu les conferver:
l'on en a vû auffi qui ont perdu de
grands biens , & qui fe font ruinez
fans refource. Cependant je diray un
mot qui femblera peut- eftre hardy,
mais qui fe trouve confirmé par l'expérience,
& dont bien des Gens pourroient
m'avouer. Il eft prefque impoffible
qu'un grand Joueur qui fçait bien
-le jeu, qui pouffe ou fe retire prudemment
, felon que la chance le favorife
ou luy eft contraire , & qui fçait empefcher
qu'on ne le trompe ; il eft, disje
, prefque impoffible que fe conduifant
de la forte , il ne fe trouve au
bout de chaque année avoir fait un
7 gain confidérable ; mais je fuis fâché
de le dire , ily a pour luy la malheureufe
neceffité de jouer toujours , &
d'acheter ce gain aux defpens de la
choſe la plus précieufe de toutes , vous
entendez affez que c'eft le temps . Pour
ne me pas rendre ennuyeux , je laiffe à
Fagtres à luy en exagérer la perte,
auffi
du Mercure Galant. 61
auffi-bien qu'au Buveur & à l'Homme
de chicane, qui en font encore un pire
ufage que luy , car celuy - là ne gagne
jamais, & perd toûjours ; il perd la réputation
, il altere fa fanté , il diffipe
fon bien , & ruine fa famille , & s'il
femble acquérir des Amis , ce font des
Amis de bouteille ; & c'est tout dire.
Enfin à l'égard du dernier , il eft vray
que pour l'ordinaire il s'enrichit en
ruinant les autres ; mais outre que
quelquefois il fe ruine auffi par fes
propres artifices ,& qu'il fe fait quantité
d'Ennemis , ces biens qu'il amaffe engagent
fon honneur & fon ame, & comme
enfin de compte les reftitutions ne
fe font jamais , la confequence eft aifée
à tirer. Donnez- moy donc un grand
Joueur , qui foit loyal , qui fe poffede,
& qui fcache fe garantir de la..... je le
diray, de la tricherie , l'ufage dans cete
matiere autorife le mot , mais il laiffe
toute l'infamie à la chofe , qui eft à
mon fens une des plus grandes Scelerateffes,
& qu'il faudroit punir plus fevérement
que le vol des grands chemins
; donnez-moy , dis-je , un grand
Joueur qui aye toutes ces conditions
que
62
Extraordinaire
que je viens de dire, & je foûtiens que
fa famille aura plus à fe contenter &
moins à rougir de fa conduite, que s'il
vivoit dans la crapule , ou qu'il fift de
la chicane fon exercice continuel. Je
ne fçay fi ce jugement fera approuvé,
anais j'ofe dire qu'il doit eftre d'autant
moins fufpect , qu'il eft d'une Perfone
qui ne pourroit jouer une heure fans
s'ennuyer. Heureux mille & mille fois
celuy qui ne jouë que par honnefte
divertiffement , qui ne fe donne à la
bonne chere qu'aux occafions raiſonnables
, & qui ne connoift la chicane
que pour s'en défendre.
Les Enigmesproposées dans ma Lettre
du Mois de Decembre, dont les Mots
eftoient l'Eponge & le Ver à foye , ont
donné lieu aux Explications que vous
allez voir. Les deux premieres font de
Monfieur Rault,de Rožen. Il n'y aque
luy qui en ait donné fur l'Eponge.
ронте
I.
Ourfçavoir quelle eft ma nature,
Que l'Enigme icy vous figure.
-Sans en découvrir lefecrets
Qu'en l'eau feulement on me plonge,
Vous
du Mercure Galant.
63
Vous verrez à l'inftant paroiftre mon
Portrait,
Sideffus vous paffez l'Eponge.
1 I.
Mercure,queson Art paroiſt ingénieux,
Quand tu nous dépeins la merveilla
D'un petit Ver induſtrieux ,
Qui d'une adreffefans pareille
Fait un riche travail pour les Roys &
les Dieux !
Tu luy faisfilerfer entrailles,
Et fi de Filet d'or ilfe forme un Bercean,
Du mefme or pour fes funérailles
Ilfçait compofer un Tombeau.
On ne lepeut voir qu'avec joye.
Oйy , Mercure , tu vaines les plwſçavans
Pinceaux.
Puis qu'on n'a point veu de Tableaux
Jamais fi bien aux yeux peindre le Ver
à foye.
RAVIT , de Rouen.
I II.
Vi peut eftre le Fils dont le Pere
Q & la Mere,
Nez fans aifles tous deux , périffent en
Opfean ?
Ce
64
Extraordinaire

Ce miftere paroit nouveau ,
Et le feul Ver à foye , eft de ce cara-
Etere.
Mad. DE QVERJEAN , du Fret
en Bretagne.
IV.
Ous eftes pauvre , & vivezfans
éclat ; VO
Cependant voftre noble ouvrage
A le glorieux avantage
De pouvoir, dites - vous , enrichir un
Etat.
le vous connois à ce langage ,
Il vous peint trop parfaitement,
Admirable Animal ; & fans que l'on
vous voye ,
On devine facilement
Que vous eftes le Ver à foye.
Mad.HEUV RAD ,de Tonnerre.
V.
EVer à foye eft l'Enigme feconde
Quevous lifez au Mercure Galant.
Quoy qu'en matheurs toute ſa vie abõde
Parfon travail auffi beau qu'excellent,
Ilfe fait voir utile à tout le monde ,
Onle recherche & fur terre &fur l'õde,
Son rareouvrage a toujours un brillant
Qui fait aimer pour fon rare talent
Le Ver àfoye
du Mercure Galant. 65
Sur tant d'esprit , quoy que l'Homme fe
fonde ,
Il nefçauroit le vaincre en travaillant :
Ces beaux Habits dont la Brune & la
Blonde
A leurs beautezfont un Trône brillant,
Vantent par tout,pour ſa vertu féconde,
Le Ver àfaye.
Les Réclus de S. Leu d'Amiens.
V I.
E croyois en voulant m'acheter un
Habit , JE
Qu'il me falloit de la Monnoye ;
Mais par un bonheur tout fubit
Le Mercure m'apprend qu'il faut un
Ver à foye.
Mad. DV FRESNE - GVEPIN.
VII.
Royez - moy , petit Ver , ce peloton
de foye CRO
N'empefche point qu'on ne vous voyez
Vous devez, ce me femble , un peu mieux
vous couvrir.
Sila chaleur vous afait vivre,
Laglace quifemble vous fuivre,
Pourroit bien vous faire mourir.
Le Nouveau Bourgeois
d'Abbeville.
DE
66 Extraordinaire
DE L'ORIGINE
DE LA POUDRE
Lo
A CANON.
'Ufage de la Poudre à Canon eft
plûtoft un préfent du hazard, qu'un
effet de la force , & de l'application de
Fefprit. On avoit inutilement confumé
beaucoup de temps en la recherche
d'un Secret , qui n'a coufté qu'un moment
à la Nature. Elle a voulu peuteftre
uſer de ce prodige pour élever
noftre efprit à de plus importantes confiderations
, & faire en forte que nous
admirions dans noftre neant les effets
de la Toute-Puiffance. Car quoy que
la Poudre à Canon ſemble n'eftre dans
le monde qu'à la ruine des Hommes,
neanmoins fa violence peut fervir à
nous obliger de craindre la Juftice Divine
, qui employe quelquefois les
Foudres du Ciel pour défoler les Familles
les plus nombreuſes , & pour
renverfer les Murs les plus forts , les
Tours
du Mercure Galant. 67
Tours les plus élevées , & les Edifices
les plus fuperbes.
Ce que nous appellons maintenant
Artillerie , a des effets prefque femblables
aux Foudres du Ciel . Vous diriez
que Dieu , las de s'en fervir , les
a mis entre les mains des Hommes,
afin qu'ils deviennent contre eux - melmes,
les executeurs des Arreſts de la Iuftice,
mais comme cela regarde les maux
qui nous viennent de la Poudre à Canon,
il faut parler de fon origine.
Polidore Virgile raporte qu'un Allemand
de fort baffe extraction , ayant
broyé du Soulfre dans un Mortier , à
deffein d'en préparer une Medecine,
il le couvrit d'une Pierre,pour en conferver
la Poudre jufqu'au temps qu'elle
luy devoit eftre neceffaire ; mais voulát
avoir du feu , il eut recours à une autre
Pierre , fans prendre garde qu'il en
pouvoit tomber dans fon Mortier, dont
la couverture n'eftoit pas affez juſte
pour empeſcher qu'il n'y en entrât. En
effet , une étincelle ayant mis le feu à
la Poudre , la couverture du Mortier
fauta dehors avec un éclat , & une violence
furprenante. Cet accident le furprit
68 Extraordinaire
prit d'abord ; mais il ne fut pas longtemps
fans concevoir l'envie de s'allurer
de cette invention par une feconde
expérience . Il y réüffit affez , pour former
le deffein de faire un petit tuyau
de fer, dans lequel ayant mis la Poudre
qu'il venoit d'éprouver, il obtint l'effet
qu'il s'eftoit promis de cette nouvelle
machine.
Ceux de fon Siecle l'appellerent
Bonbarde , d'un mot Grec qui veut dire
fon ou bruit . C'eft d'où nous eft venu
le mot de Sclopus ou Stlopus , qui
fignifie une forte d'Armes à feu , que
portent à la guerre les Gens de pied .
Mais le nom de celles que nous appeltons
Arquebufes vient de deux mots,
dont l'un eft Latin , & l'autre Italien.
Sans doute que les Italiens fe fervent
du mot Bufium , pour nommer ce que
nous appellons un trou telle qu'eft la
lumiere du Canon ; & parce qu'il eft
neceffaire qu'une femblable machine
foit courbée en façon d'Arc , on l'appelle
en Latin , Arcusbufius . Si cette
explication ne regardoit pas plûtoft
l'Artillerie que la Poudre à Canon , je
dirois encor qu'on a fait depuis ce
temps
du Mercure Galant. 69
temps- là plufieurs autres fortes de Canons
, qui ont chacun felon fon efpece
un nom different , comme l'Emerillon ,
le Faucon, le Sacre , la Couleuvrine, &
le Bafilic, les noms defquels ont quelque
rapport avec certains volatiles infectes,
& quadrupedes, qui font d'ordinaire
ennemis des autres animaux irrai
fonnables , & fouvent de l'Homme
meſme.
L'autheur que je viens de vous citer,
nous apprend que cet Allemand découvrit
fon Secret aux Vénitiens , qui ſelon
Munfther , s'en fervirent utilement au
Siege de la Cluge , que le mefme Poli .
dore appelle Chioza , & à qui les Latins
ont donné le nom de Faffa Claudia,
où ils tenoient les Génois affiegez en
l'an 1380.
Il fe trouve quelques Ecrivains, qui
ont crû qu'un nommé Tillerie , inventa
l'Artillerie ; mais pour l'Allemand ,
dont les autres font mention , il n'eft
point nommé dans leurs Ecrits. Au contraire
, ils ont voulu que la Pofterité
ignoraft l'Autheur d'une Machine fi
pernicieuſe , croyant qu'on ne peut fe
vanger de luy avec plus de marques
de
70
Extraordinaire
de reffentiment , qu'en dérobant ſon
nom à noftre connoiffance.
Il n'eft pas difficile de croire que
cet Allemand apporta l'ufage de la Poudre
à Canon du Royaume de la Chine,
puis que quelques Autheurs difent, que
ce fut en l'année 1378. ce qui feroit
arrivé deux ans avant le temps qu'il
feignit l'avoir inventée . Un Moderne
écrit que l'Artillerie eftoit il y avoit
déja fort long- temps en ufage parmy
les Peuples de ce Royaume -là . Et ce
qu'on dit d'eux , ne doit pas nous fur
prendre , puis qu'il eft certain que les
Chinois ont l'imagination forte , &
l'efprit penetrant. C'eft pour cette raifon
qu'ils inventent des Machines auffi
admirables que celles des Chariots , &
des Canons , ceux là roulent , & ceuxcy
ſe déchargent avec du vent fans y
employer ny Chevaux ny Poudre à
Canon , dont ils peuvent fe fervir pour
des Machines prefque femblables , qui
ne different qu'en la maniere de les
faire mouvoir.
Mais foit que l'Artillerie , ou la Poudre
à Canon, nous vienne de la Chine
ou de l'Allemagne , Munfther nous
apprend
du Mercure Galant.
71
apprend qu'Achilles Gallarus Hiltorien
luy écrivit , que l'Artillerie a eſté
en ufage en la Mer de Dannemarch
l'an 1434. & que celuy qui l'inventa,
fut un Moyne qu'il appelle Bertholde
Schuvarth , qui fe mefloit de la Chimie.
Car je croy qu'on ne peut difcou
rir de l'origine de l'Artillerie,fans parler
de celle de la Poudre à Canon , qui en
eft la plus confidérable partie.
Ce n'eft pas mon deffein de traiter
icy des Machines de Guerre dont fe
fervoient les Anciens avant qu'on ait eu
le fecret de la Poudre à Canon , pour
marquer avec plus d'exactitude le temps
auquel fut inventée leur Tortuë , leur
Belier, leur Fóde, & leurs autres Inftrumens
font trop connus à ceux qui lifent
les Autheurs Grecs & Latins , pour en
ignorer l'ufage. Il ne me reste plus qu'à
dire quelque chofe de la compofition de
la Poudre , telle qu'on la fait à prefent.
Il eft certain qu'au commencement
il n'y entroit que du Soulfre pulverifé,
mais enfuite on y a ajoûté du Nitre, &
du Charbon de Saulx broyez enſemble.
Ce meflange de trois chofes fi diférentes
en qualitez , doit eftre arrofé d'Eau
de
72
Extraordinaire
de Vie rectifiée , dont neanmoins on
fait évaporer l'eau , en la fechant , afin
que l'efprit- de-Vin y demeure. Cet ELprit
& ceux du Canfre , qui quelquesfois
y font employez , à l'aproche du
feu , en précipitent merveilleufament
l'inflâmation.
Les Chymiftes difent que la Poudre
à Canon eft compofée d'Efprit, d'Ame,
& de Corps . Le Nitre en eft l'ELprit,
le Soulfre en eft l'Ame, & le Charbon
en eft le Corps. Le Soulfre eft de
qualité moyenne , entre le fixe & le volatil.
Il lie l'Esprit avec le Corps , c'eſt à
dire, le Nitre ou le Salpeftre , qui font
volatils & de nature fulphurée , avec le
Charbon. Cette compofition a un effet
fi prompt & fi violent , qu'on ne voit
prefque rien qui foit ou plus agile , ou
plus actif. Le feu qui rencontre le
combuftible, travaille avec une activitéfurprenante
à la divifion du cendreux,
pour
fe délivrer de l'embarras des autres
Elemens , & remonter à fa Sphere
d'une vîteffe admirable . Lors qu'il trouve
des obftacles , il fait voir les, prodigieux
efforts de fa puifsace ; & parce que
Homme a le moyen de le mettre en
ufage
du Mercure Galant. 73
ufage , Lactance l'appelle un Animal
divin. En effet, les Brutes , qui fe fervent
des trois autres Elemens , ne fçavent
s'aider de celuy- cy en aucun de
leurs befoins, ce qui luy fait dire qu'une
telle prerogative , eft un figne certain
de l'immortalité de l'Ame.
Quoy que l'ufage du feu foit d'un
grand fecours aux Mortels;lors neanmoins
qu'il eft employé à la ruine , &
à la defolatió des Etats , l'on peut dire
que c'eft le fleau de l'Homme, & le pire
detous les maux qui luy puiffent arriver
; de forte que nous avons lieu de
fouhaiter que celuy qui fut l'Inventeur
de la Poudre à Canon , euft eu ou
moins d'efprit , pour ne pas s'appercevoir
de fa proprieté & de fa vertu , o
moins d'envie de découvrir fon Secret
aux Venitiens, qui l'ont appris enfuite
à toute la Terre.
Ov
LE CESNE , de Coutance.
2 બેંક દામાર્ગે એક ભેંસના
SOLITUDE..::
Ꮴ peut-onfe plaire fans vous?
Trouve- t-on rien de beau que les lieux ph
vous eftes,
Q.de Janvier 1680 .
74
Extraordinaire
Et n'infpirez- vous pas mille douceur's
fecretes
Qui donnent aux plaifirs ce qu'ils ont
de plus doux ?
Icy les Promenoirs font pour moy fans
appas ;
Les Bois , les Prez , dont la tendre
verdure
Mefait voir les beante de la jeune Na,
ture,
N'arreftent mes yeux , ny mes pas.
Au contraire , je fens que leur gayeré
naiffante
Frape mon coeur d'un ennuyeux regret,
Et femble me dire en fecret,
Fuy de ces lieux , Belife en eft abfente.
220
l'entendis mefme un de ces foirs ,
Que Zephire difoit à Flore,
En luy rendant fes amoureux devoirs,
Ne reverrons- nous point encore
Belife, dont le teint par fes vives couleurs
Sert de modele à l'émail de nos
Fleurs ?
N'ap
du Mercure Galant.
75
N'apperçois- tu pas que ces Rofes ,
Depuis qu'elle eft abfente , ont perdu
leur odeur ?
Ne meurent- elles pas dés qu'elles font
éclofes ?
Ont-elles plus d'éclat ny de fraîcheur
,
Et quand par tout ailleurs elles s'épanoüiffent,
Voit-on pas tous les jours icy qu'elles
faniffent ?
Confiderez ces Hiacintes,
Et ces autres petites Fleurs,
De qui les mourant es couleurs
Nous addreffent les triftes plaintes.
Voy- tu pas qu'elles vont fecher ?
Mais qui peut les en empefcher?
Mes humides baifers , & les pleurs de
l'Aurore ,
Ne
rétabliront point leur
mourante
beauté.
Les regards du Soleil encore,
Par qui dans ces Jardins tout est ref
fufcité ,
Ne leur rendrót jamais cette vivacité
Que leur donna Belife en les faiſans
éclore. Dij
76
Extraordinaire
Je croy que Flore eut quelquejalouſie
D'entendrefon Amant parler de la façon'
"
Car ce doux & tendre Garçon
Témoignant craindre le foupçon
Dont il fembloit qu'elle cuft l'ame
faifie
Luy dit; Flore, de bonnefoy ,
Je n'ayjamais aimé que toy;
Mais il faut que je le confeffe ,
Si Belife qui voit fes fers par tout
portez ,
Avoit un peu de ta tendreffe,
On luy devroit offrir toutes les libertez
,
34 Comme à la Reyne des Beautez ,
Flore fatisfaite & contente,
Témoigna regreter voftre abfence à son
tour,
Et confeffa que ce fejour,
Depuis que vous eftiez abſente,
N'infpiroit plus les plaifirs & lamour.
Elle avoua fon cher Zéphire,
De tout ce qu'il venoit de dire,
Et par une finterisé … h
Dont
du Mercure Galant .
77
Dont
pen de Femmes font capables,
Reconnut que vostre beauté
Rendoit ces lieux encor plus agreables.
La folitaire Echo
Bois,
>
cette Hofteffe des
Qui ne dit rien qu'on ne luy dife,
M'a parlé par deux ou trois fois,
Et m'a toujours demandéfi Belife
Ne l'obligeroit plus de répondre à fa
voix.
La Nayade du clair Ruiffean
Qui baigne & qui nourit cette aimable
Prairie,
M'a paru ce matin la tefte hors de l'eau ,
Et n'a dit ; Dis -moy, je te prie;
Belife ta plus chere envie,
Cet Objet adorable & beau,"
Qui donne à tous les coeurs des paffions
fi vives,
Ne viendra- t - elle plus faire honneur
à mes Rives ?
Ne la verray - je point au criſtal de
mon onde
Ď iij
78
Extraordinaire
Se rafraîchir & fe laver?
Ha , fi ce bien me pouvoit arriver,
Que j'irois promptement le dire à tout
le monde,
Et que toutes les Mers auroient bientoft
appris
Qu'elles n'ont jamais eu de tréfor de
ce prix !
Je publirois fes avantages
Aux Climats les plus écartez ,
Et je vanterois fes beautez
Chez les Peuples les plus fauvages
Je leur dirois que dans ces lieux,
Qu'elle éclaire de ſes beaux yeux,
Toutes chofes fe réjouiflent,
Er je leur ferois concevoir
Qu'on s'apperçoit qu'elles languiffent
Dés le moment qu'on coffe de les
voir.
Ce petit Roffignol , de qui, la voix, aimable
Nous entretenoit fi fouvent,
Et qui nous enchantoit le jour d'auparavant
,
Na plus pour moy rien d'agreable.
LA
du Mercure Galant.
79
La voix des autres diminuë,
Ils ne s'efforcent plus à qui chantera
mieux,
Et chacun d'eux me dit d'un accent ennuyeux,
Où la langueur fe continuë.
Le plus beau miracle des Dieux,
Belife , qui charmoit ton efprit &
tes yeux ,
Ne s'offre plus à noftre veuë;
Sans- doute elle a quitté ces lieux.
Helas ! helas ! helas ! qu'eft- elle de
venuë ?
Puis que dans cette Solitude.
Tout fe plaint de ne vous plus voir,
Belife , concevez quelle eft l'inquietude
D'un coeur fur qui vos yeux ont pris un
plein pouvoir,
Et qui fe fait encor un fcrupuleux devoir
De fe témoigner à luy- mefme,
Qu'on n'a jamais aimé de la force qu'il
aime.
Il eft certain que toutes mes pensées
N'ont que mon amour pour objet,
Ď iiij
80 Extraordinaire
Et qu'il faut qu'elles foient forcées,
Pour s'attacher à quelqu'autrefujet.
Sans ceffe je vous confidere,
l'examine de vous jufques au moindre
trait,
le parle à vous, je fais voftre Portrait,
Le me flate & me deſeſpere, "
Et je ne me laiffe iamais
Ny de ce que je dis , ny de ce que je fais.
Je vous voy mille fois plus belle
Que toutes ces rares Beautez
De qui les noms fameux ont estéfi van“
tez,
Et mefmes la Vénus d'Apelle
N'est pas de la Beauté le plus parfain
modelle.
Vous avez plus de grace qu'elle,
Er les traits du Pinceau ne peuvent exprimer
Ce charme naturel qui force à vous aimer.

Si je pouvois, quand vous eftes prefente,
Vous voir affez diftinctement,
Pour vous reprefenter dans tout vostre
agrément,
Que mon amourferoit contente,
Que
du Mercure Galant. 8r
Que chacun vous trouváſt ſi bèlle &ſi
charmante !
Mais quand de ces plaifirs je fuis preft à
jouir,
Mille perfections me viennent ébloüir,
le vous voy moins que je ne vous admire,
Mes yeux font moins attache quefurpris
,
Et le defordre eft tel dans mes efprits ,
Que plus je veux parler, é moins je fçay
que dire.si.
Enfin, adorable Belife,
Ie n'ay point de plaifir que celuy d'eftre
à vous,
Et ce bonheur m'eft fi cher & fi doux»
Qu'entre les biens c'est le feul que je
prife.
:
Si je pouvois vous faire concevoir
Avec quelle douleur je ceffe de vous voir,
Et quels transports d'amour me donne
vostre veuë,
Vous avoueriez afſurément,
Que toutes les beautez dont vous etes
pourvenë
Ne pouvoient qu'en moy feul trouver un
digne Amant.
D v
82 Extraordinaire
SUR LES QUESTIONS
de l'Extraordinaire du Quartier
d'Octobre 1679.
I.
E ne voy pas qu'on doive balancer à
prendre party fur cette premiere Propofition.
L'amour diminuë plûtoft par
les faveurs d'une belle , que par fes rigueurs.
Je fçay qu'en portant un jugement
fi def- intereffé , je parle contre
la plupart des Amans qui aiment les
faveurs , & ne fouffrent les rigueurs
qu'avec une peine extréme ; mais je
fuis obligé de rendre juftice à la verité,
auffibien qu'à l'experiéce & à l'autorité
du Poëte, qui dit que nous nous
efforçons toûjours contre ce qui nous
eft defendu. Natimur in vetitum . Ainfi
nous aimons plus paffionnément
une
Belle qui nous le defend , que celle
qu'on nous veut obliger d'aimer , &
qui nous accorde trop facilement des
faveurs qui la font enfin méprifer . Un
jugement fi équitable n'auroit pas befoin
de preuve plus folide , fi la foule
des
du Mercure Galant.
83
des Amans ne s'y oppofoit , & ne me
donnoit occafion d'y ajoûter ce fimple
raifonnemét,que pour bien juger d'une
chofe , il faut eftre élevé au deffus d'elle,
n'y prédre aucune part, & n'y avoir
aucun intereft . Un homme dans ce dégagement,
peut fainement juger de la
chofe qui luy eft prefentée. Or les Amans
n'ayant aucune de ces conditios ,
il eft vray de conclure qu'ils ne peuvět
en porter un jugement équitable , d'où
vient qu'on dit communément que l'a.
mour est aveugle ; C'eft à dire, qu'il a
veugle ceux qui ont de l'amour ponr
la chofe dont ils pretendent juger.
D'ailleurs lors qu'on aime une Belle
dans fes rigueurs, on aime fa vertu , fon
merite, & fa beauté, qui la rendent infiniment
aimable, au lieu qu'en l'aimất
pour les faveurs, on ne fonge plus à só
merite. On luy rend feulement amour
pour amour; ce qui eft naturel aux Animay
qui aiment ceux qui leur
font du bien. Un Amant dans les faveurs
n'aime une Belle que parce qu'-
elle fait fon bonheur , qui fe diminuë
aifément lors qu'il la poffede, & de là
vient l'inconftance fi ordinaire aux
Amans .
Ie
7
84
Extraordinaire
Je vous le dis en verité,
Croyez-moy , charmante Sylvie,
Vne agreable aufterité
Vous rend bien plus digne d'envie.
Vn Amantfe rend affidu
Aupres d'un Objet defendu,
Sa rigueur l'attire & l'excite ;
Mais s'il obtient de vous quelque douce
faveur,
Il aime moins voftre merite,
Qu'il n'aimefon propre bonheur.
L
II.
Ce
'Ecriture Sainte femble avoir decidé
cette Queftion , lors qu'elle
a dit que la colere d'une Femme furpaffe
toute colere &z que fa malice
n'a rien qui l'égale, parce que l'iniquité
de l'Homme n'a pris fa fource que
de la mechanceté de la Femme .
font des veritez que l'Ecclefiaftique
enfeigne. Ainfi les Dames ne trouveront
pas mauvais que j'affure que la jaloufie
d'une Maîtreffe, eft plus à craindre
que celle d'un Rival , fur tout apres
ce qu'en a dit le Poëte, Farens quidfæmina
poffit ? En voicy la raiſon principale,
& fort moderée .Il eft conftat que
nous
du Mercure Galant.
85
nous fouffrons plus d'un Objet que
nous aimons , & qui nous haït , que
d'un Objet que nous haïffons , & qui
nous haït auffi . Or la Maiftreffe eftant
l'Objet aimé de fon Amant , il eft certain
que plus il l'aime , plus elle le
tourmente cruellement par fa jalousie .
Il n'en eft pas de mefme de lajaloufie
de fon Rival , qui eft fouvent cauſe
que l'Amant aime plus fortement fa
Maiftreffe , parce qu'il la voit aimée
par d'autres ; ce qui fait dire à cet
Amant .
Je me moque de mon Rival ,
Il ne peut mefaire aucun mal
Dont je ne tire la vengeance ;
Mais fi Philis eft contre moy,
L'Amour n'est plus d'intelligence
,
Ie crains tout de fon peu defoy ;
Oйy, je dois craindre tout de cette jalonfie
,
Car fi fon ame en est faifie ,
7e puis bien m'aprefter à fouffrir mille
maux ,
Et n'efperer aucun repos.
III
86 Extraordinaire .
I I I.
E confeilleray toûjours à une Belle
d'époufer plutoft un Homme pour
qui elle n'a que de l'eftime dans le
coeur , qu'un autre qu'elle aime avec
paffion. La raifon eft, que cette paffion
venant à fe ralentir , on ne trouve plus
la fatisfaction qu'on s'eftoit promife;
au lieu qu'on époufant une Perſonne
de merite , on a la joye de voir croiſtre
fon amour en voyant augmenter ce
mérite , qui ne diminuë jamais dans
ceux qui fe l'eftant une fois acquis ,
prennent toûjours un grand foin de le
cultiver.
Prudent Tirfis , fage Berite ,
L'amour eft le noeud des Efprits ;
Il nefçauroit eftre mieux pris.
Que dans l'eftime du mérite.
Un Amant n'est pas plus content .
Que quandfon amour est conftant ;
Maisfans mériteil n'eft plus de conftance,
Et l'amour qui nous charme tant,
Si l'eftime nefait toute fon affurance
Eft fort fujet à défaillance .
IV.
du Mercure Galant.
87
IM
I V.
Left affez vray- femblable , qu'une
Maiftreffe fait plus fouffrir un Amant
quand elle luy préfere un Rival
dont elle ne veut qu'eftre aimée , que
quand elle luy en préfere un qu'elle a
deffein d'époufer , puis qu'elle ne fait
par ce dernier choix aucun tort à cet
Amant , en luy preférant celuy qui
doit faire fon bonheur propre. Ainf
l'Amant ne devroit pas mefme fouffrir
d'une option fi légitime. Il auroit au
contraire droit de fe plaindre , fi on
luy préferoit un Rival qui ne devroit
eftre qu'Amant , & non Epoux. De
cette forte une Maiftreffe le feroit plus
fouffrir, & il auroit droit de luy dire,
Si c'eftoit un Epoux , quoy que toujours
fatal,
Lefouffrirois fans en rien dire ;
Mais me préferer un Rival,
Iris , c'eft me mettre au martire .
Ouy , rendez heureux voftre Epoux,
Aimez - le tendrement comme un autre
vous-mesme ,
Aimez- le comme je vous aime ,
le
88 Extraordinaire ".
Je ne me plaindray point de vous ,
Et mes tourmens , Iris , me feront affez
doux ;
Mais ma douleur feroit extreme ,
Et j'en reffentirois les plus fenfibles
coups ,
Si vous me préferiez quelque Rival ja-
JE
loux.
V.
E fuis affez embaraffé à prononcer
fur cette Propofition , que je juge
également préjudiciable à un Pere de
Famille , puis que l'expérience nous
apprend que les plus grandes Maiſons
font décheuës , les unes par le Jeu , les
autres par les Débauches , & grand
nombre par les Procés. Ceux qui font
affez malheureux pour en reffentir
l'effet › jugeront chacun felon le
malheur qui les a réduits à la mifere.
Les uns allureront que le Jeu eft le
plus préjudiciable ; lès autres diront
au contraire , que les grands Procés le
font encor plus , & moy je concluray
que les grandes & continuelles débauches
apportent incomparablement plus
de dommage , & de préjudice à un
Pere
du Mercure Galant. 89
Pere de Famille , en ce qu'elles le rendent
en tout temps incapable de la
gouverner , & de la maintenir.
Le feu , le Procés , la Chicane ,
Subtiliſent toûjours l'efprit
Mais la débauche l'abrutit ;
Ainfi plus qu'eux je la condamne.
Je fouhaiterois , Monfieur , avoir
plus de loifir que je n'en ay, pour vous
dire quelque chofe des Talifmans , &
de la Pierre Philofophale , dont j'ay
des Remarques affez curieufes. Vous
fçavez qu'il en eft parlé dans les Conférences
Publiques du Sieur Renaudot ;
que le Sieur Davity parle amplement
du Sieur Nicolas Flamel , & de quelle
maniere il a trouvé la Pierre Philofophale.
Vous-même , Monfieur , vous
n'ignorez pas ce que c'eft que le Clou
du Cabinet du Grad Duc de Tofcane.
Ce Clou eft moitié or & moitié fer, &
cela s'eft fait lors qu'un Maréchal ferrát
difpofant une diogue pour un Cheval
, & la tournant avec ce Clou , il
trouva la drogue fi bien compofée , & le
feu dans un degré G propice, que la partie
du Clou qui trempoit dans la drogue
go Extraordinaire
gue devint tout jaune . Enfin le Clou
ayat efté porté aux Orfevres, ils affurerent
tous que cette partie eftoit de bon
or , quoy que ce Marechal ne fçeul
par quel moyen cela s'eftoit fait , &
qu'il luy fuft impoffible de produire
une autre fois le mefme effet . Mais on
ne me donne qu'autant de temps qu'il
m'en faut pour vous affurer que nos
Meffieurs
& moy , fommes toûjours
Vos tres , & c.
LES RECLUS DE S. LEV D'AMIENS
MADRIGAL.
A
H n'est-ce pas hair mon repos &
ma vie ,
D'attendre la jeune Silvie
Dans ce Bois écarté ? .
Maraifon , ofte-moy cettefunefte envie,
Te nepuisfoûtenir l'éclat deſa beauté,
Ie m'expofe à fa cruauté,
Ab n'est - ce pas hair mon repos & ma
vie ?
AUTRE
du Mercure Galant. 91
Ο
AUTRE.
Vand vous feule avez fçen l'amour
quej'ay pour vous,,
Tout m'a paru fi doux ,
Infqu'à vos rigueurs mesme.
Mais quel changement a monfort !
Iris , je voudrois eftre mort,
On dit que je vous aime,
AUTR E.
E ne puis foutenir vostre injufte cour
JE TOUX
Mon coeur eft accablé de craintes &
d'allarmes ,
Vous l'avez d'unfeul mot percé de mille
coups.
Abfi vous pouviez voir quel torrent font
mes larmes,
Le ferois trop heureux , mais trop vangé
de vous.
N
AUTR E.
·E nous allermons plus , Silvie,
Iamais un Mary jaloux,
En des termes fi doux ,
N'exprimafa jalonfie.
Car
92
Extraordinaire
Car quand il dit que je fuis amoureux ›
Mais que je n'ofe vous le dire ,
Ce n'est rien contre vous d'un Efpritfoupçonneux
s
Et pour moy , n'ay- je pas tot ce que je
defire ,
Alors qu'aupres de vous on me croit malheureux
?
ΕΡΙΤΑΡΗ Ε.
Cr gift qui poffeda les plus riches
Tréfors
Qui formerent jamais & l'Esprit & Le
Corps ,
Le modele parfait des vertus & des char
mes ,
Iris enfin , le chef d'oeuvre des Dieux ,
Et fur tout à mes yeux ,
Qui ne s'ouvriront plus que pour verſer
des larmes.
Tout ce qu'on voit icy leur paroift odieux
Depuis le jour qu'Iris habite dans les
Cieux ;
A l'âge de vingt ans la Parque l'a ravie.
Pleure , pleure , Paſſant , ſurſon funefte
fort,
Pleure auffi fur ma trifte vie ,
Elle est bien pire que fa mort.
REPON
du Mercure Galant.
93
•2063··8063· (0) £0 s.2003. ·8063-80%
RESPONSE AUX CIN2
Questions du dernier Extraordinaire.
Uis que les cinq Questions que
vous propofez font un champ où
il eft libre à un chacun de s'exercer,
je vous feray part , Monfieur , de ce
que j'ay appris par ma propre experience
, qui n'eft pas moins certaine
que ce que
les autres en diront
fuivant les fubtilitez de la raison . Je
puis dire d'abord que fi j'ay éprouvé
des rigueurs , j'ay quelquefois reçeu
des faveurs ; mais j'ay fenty fouvent
mes defirs s'éteindre par la poffeffion
des Objets , apres lefquels j'avois
foûpiré. En effet , noftre inclination
corrompuë , nous porte plûtoft
à chercher de nouvelles conqueftes,
qu'à conferver la mefme ardeur pour
celles qui nous font affurées . Il eft
vray que l'amour produit l'amour , &
que lors que nos feux font excitez par
le merite & la vertu , ils s'allument de
plus en plus , par les devoirs, & par les
corref
94
Extraordinaire
correfpondances mutuelles qui font un
effet de la fympathie ; mais combien
voyons nous peu de ces veritables
Amans , qui confiderent plüroft la
Perfonne aimée , que leur
propre fatisfaction
& leur intereft ? Souvent les
feux s'éteignent auffi-toft que la caufe
qui les a produits vient à ceffer ; & Gi
au contraire l'on trouve trop d'amorces
dans les chaînes où l'on eft engagé
, la crainte qu'on a que, le meſme
bonheur nefoit communiqué à un autre
, rend l'amour infuportable , & le
fait degenerer en fureur . Cette paffion
que l'on nomme jaloufie , eft commune
à l'un & à l'autre Sexe , & les Femmes
( à mon avis ) font celles for qui
elle exerce davantage fa tyrannie,
Comme elles ne font pas occupées
dans les affaires publiques & particulieres
, qui peuvent diffiper en partie
un mal qui ne confifte que dans l'imagination
, elles en font plus fufceptibles
; & comme leur amour eft plus
violent , elles portent auffi plus loin
leur defir de vengeance contre celles
qu'on leur préfere , auffi-bien que contre
ceux qui les mépriſent . Pour cette
confide
du Mercure Galant.
95
confideration , il femble qu'il eft fouvent
moins avantageux d'époufer celle
que l'on aime avec paffion , qu'une autre
pour qui l'on n'auroit que de l'eftime
, parce que l'amour eft aveugle , &
n'eſt pas compatible avec la prudence,
au lieu que l'eftime qui n'eft venuë que
par degrez fe perfectionne tous les
jours , & n'eft pas fujette aux prompts
changemens , qui font ordinaires aux
chofes dont la naiffance eft précipitée.
On peut ajouter que les alliances de
ceux dont les coeurs ne font pas tranf
portez des fureurs de l'amour , font
plus folides & de plus longue durée,
parce qu'elles ne font pas troublées par
la jaloufie que l'on nomme la corruptrice
de l'amour , & des agrémens qui
en font la nourriture. Neanmoins ce
qui eftun abus par accident dans quel
ques ames foibles , ne doit pas faire
condamner l'amour qui ne doit pas
eftre limité
par des degrez , & l'on n'y
peche jamais par excés , puis que l'on
peut aimer fans mefure ; au contraire la
médiocrité incline vers la froideur qui
eft une autre extremité encor plus vitieufe
, dans laquelle les coeurs malunis
96 Extraordinaire
unis font à charge les uns aux autres .
La quatriéme Queſtion paroift d'une
curiofité inutile ; car il importe peu
à celuy qui perd la Maiftreffe , qu'elle
tombe entre les mains d'un Mary ou
d'un Galant , puis que la perte eft également
irréparable. Neanmoins on
peut dire que plus le changement eft
odieux & illégitime , plus le regret eft
fenfible . On peut fe confoler par raiſon
quand on nous refufe ce qu'on ne nous
doit pas , & fur tout , lors qu'il s'agit
d'un engagement pour toute fa vie ;
mais il eft extrémement rigoureux que
le libertinage foit couronné au préjudice
de la fincerité de nos affections ,
& que par un mépris criminel , & une
malice infructueufe , on fe donne à celuy
qui ne s'affujetit à aucune Loy , &
peut le jouer à tous momens de fa foy.
Pour ce qui eft de la cinquiéme
Queſtion , je ne m'arrefteray pas à faire
la peinture de ces trois paffions qui
caufent fouvent la ruine des Familles.
Je diray feulement que le Jeu eft ce
qui nous réduit en moins de temps .
dans la derniere indigence. Il eft vray
que le Vin eſt un vice qui a plus de diformité,
du Mercure Galant.
97
formité , puis qu'il enfevelit la raifon ,
& que la Chicane caufe non feulement
la perte des biens de la fortune , mais
áuffi de ceux de l'efprit , qu'elle accable
d'inquiétudes ; qu'il n'y a rien de fi
contraire à la charité que la temerité
des Plaideurs , puis qu'elle fait tort au
Prochain, auffibien qu'à nous- mefmes.
Neanmoins le Jeu eft plus préjudiciable
aux Familles dans fes effets , quoy
qu'il foit moins criminel dans l'action .
Il rend ingénieux pour trouver dequoy
fe fatisfaire . C'eſt un charme
dangereux qui fçait nous éblouir par
des efpérances trompeufes , & un précipice
où l'on s'abyme de plus en plus,
dans l'efpérance de recouvrer ce que
l'on a perdu.
BOICERVOISE.
FICTION
To
SUR L'ORIGINE
DE
LA POUDRE A CANON.
Out le monde fçait que Pluton,
Dieudu Styx& de l' Achéron ,
Ravit deffus une Chaumine
Q.de Janvier 1680.
E
98 Extraordinaire
Laraviffante Proferpine ,
Tellement que Dame Cerés
Eut beau temps à courir apres ,
Mais tous n'enfçavent pas , je jure,
Certaine petite avanture,
Que j'entreprens de raconter,
Pourveu qu'on veüille m'écouter,
Ainfi que les yeux contre terre,
Te lalus deffus une pierre,
Affez proche du Mont Gibel,
Dont le vomiffement mortel
Metfouvent fes Voifins enpeine
Lors qu'il couvre toute la Plaine,
Defeux de charbons divers,
Qui viennent du fond des Enfers ;
Le Mont Gibel eft en Sicile ,
Etfe nomme Etna cbe Virgile:
Cefut là pres , qu'un Monument
Iettépar le vomiſſement
De ce Mont brûlant , mefit lire
Ce que je m'en va vous redire.
Quand Pluton feulete trouva
Proferpine , & qu'il l'enleva ,
Pour tenir avec luy ménage,
Elle n'eut pour tout appanage
Que ce qu'elle avoit fur le corps.
Ses appasfirent fes trésors,
Et , s'il en faut croire le Poëte,
Vno
BELA
VILLE
LYON
du Mercure
Gal
Unefente petite Boëte
• Où de la Poudre elle ferroit

Dont par fois elle fe poudroit
Fut le Bijou qu'elle ent enpoche,
81
Le jour que de Platon l'approche,
Dont elle ne fe outo pas
Luy fit ainfi douler lepas;
Comme elle l'avoit defa Mere,
Certe Boete luy devint chère,
Et de ce qu'elle renfermoit
Défaite elle ne fe feroit ,
Par aucune chofe du monde,
Surtout quand elle eut paffé l'onde
Lumene au Pais d'Achéron,
ghs la Barque de Charon,
Car l'Enfer estant loin de Chypre ,
Qui rime avec la Ville d'Ypre
Et ne s'y trouvant point d'Iris,
Dame Proferpine aux yeux gris,
Apprehenda plus que la foudre
De trouver la fin de fa Poudre ,
Comprenant tres-bien le befoin
Qu'elle avoit de prendre grandfoin
De paroistre toujours Blondine
Dedans l'infernale Cuisine,
Aux yeux de l'amoureux Pluton ,
Quicherit les Blondes , dit : dit on
eftrare Parce que le teint en eft rare
E ij
100
Extraordinaire
Chez les Habitans du Ténare.
Cependantfon cruel deſtin
Voulut que la Boëte pritfin ,
Où la Poudre eftoit enfermée,
Quoy qu'extremement ménagée.
Pendant trois à quatre mille ans,
Et jufqu'à pres de noftre temps,
Peu s'en falut que la Déeffe ,
Tant elle en conçeut de triſteſſe,
Ne mourut de cet accident.
Le péril enfut évident ,
Et fon chagrinfi remarquable ,
Que Pluton , quelque impitoyable
Qu'on le voye ordinairement ,
S'en émeut effroyablement ,
Et voulant enfçavoir la cauſe ,
Qui luyfut longtemps Lettre clafe ,
Apres bien du temps il apprit
Quel malheur tourmentoit l'esprit ,
Ou piquoit ainfi qu'une épine
Le coeur de Dame Proferpine. :
D'abord an remede il penfa ,
Et dés le moment envoya
Cent mille Lutins en campagne,
Voulant qu'il nefuft ny Montagne,
Ny Riviere , ny plat Païs,
Dans l'Empire infernal compris,
On de la Pondre ils ne cherchaffent,
Iufques
du Mercure Galant. 101
>
Infques à ce qu'ils en trouvaffent ,
Qui pût appaifer la douleur
De Preferpinefon cher coeur.
Remplaçant la Poudre premiere
Dont ellefe tenoit fi fiere.
Mais apres d'infinis détours
Qu'ils firent pendant plufieurs jours,
Certain Démon dedans un Antre ,
Qu'on croit du Monde eftre le centre,
Voyant je-ne -fçay - quoy de blanc,
Qui fembloit attaché de rang
A lavoûte de la Caverne
La plus profonde de l'Averne ,
S'alla de bonheur avifer
Qu'on pouvoit lepulvériſer.
En effet c'eftoit du Salpêtre ,
Qu'enfemblables lieux on voit naître,
Et qu'on pulverife aifément
Par le moindre concaffement.
En ayant fait l'effet fur l'heure ,
Il s'écria , Que je meure ,
Si je n'ay trouvé ce qu'il fauc
Pour remédier au defaut
Qui met fi fort Pluton en peine
Pour Proferpine noftre Reyne ;
Et puisdans le creux d'un Rofean,
Qu'ilcoupafur le bord d'une eau ,
Qui n'estoit pas bien éloignée,
E iij
102 Extraordinaire
Ilverfa plus d'une poignée
De Salpêtre pulverifé ,
Ou qu'il avoit bien menuifé
Et s'en courut en diligence
Versla Plutonique audience ,
Seûr d'eftre bien recompensé,
Celafembloit tres- bien penfé :
Mais voyez la bizarrerie
Du Sort,ce n'est point raillerie.
Pendant que Pluton écoutoit
Ce que le Lutin rapportoit
De fon heurenfe découverte,
Il en éprouva toft la perte;
Car une des Dames d'atour
De Proferpine , dont la Cour
Eft toute pleine de Furies ,
De Torches ardentes munies ,
Ayant voulu voir de trop pres
Ce que rapportoit cet Exprés ,
Une étincellepetillante
Qui partit de fa Torche ardente,
Fut caufe que l'on vit beau jeu ;
Car le Salpêtre ayant pris feu,
Comme matiere combustible,
Ilfit un éclat fi terrible ,
Que tout le Rofeau fe rompit ,
Avec unfi furieux bruit ,
Qu'il remplit tout là d'une crainte ,
Dont Pluton même eut l'ame atteintes
du Mercure Galant.
103
Bien leur en prit d'eftre immortels ,
Car s'ils n'euffent pas eſté tels,
Ils auroient en la peau bien dure,
S'ils n'avoient en quelque bleffure
De tant d'éclats de ce Rofeau,
Dont ne restapas un morceau :
Mais quand la frayeur fut ceffée,
A Pluton vint unepensée
Touchant la defolation
Qu'une femblable invention
Pourroit caufer deſſus laterre ,
Où tout eft frêle comme verre.
Il en fit donc plufieurs effais ,
Qui fe rencontrant toûjours vrais,
La firent à lafin refoudre
De faire porter cette Poudre ,
Mife à deffein dans un Canal
De bois , defer , on de métal ,
Aux Hommes , afin qu'ils appriffent
Afe tuer , & qu'ils périſſent.
Auffitost dit , auffitoft fait ,
Cela réuffit àfoubait:
On nesçauroit compter les fommes
Desmaux qu'ont enduré les Homines,
Depuis cet envoy que Pluton
Leur fit de la Poudre à Canon ,
Qui tire ainfifen origine
Dela Poudre de Proferpine.
Ei
104 Extraordinaire
DE LA PIERRE
PHILOSOPHALE.
LF
Es vertus que l'on attribue à la
Pierre Philofophale , font toutes
divines. Il n'y a point de maladie
qu'elle ne gueriffe en peu de temps. Elle
fait vivre des fiecles entiers ceux qui
s'en fervent, fans eftre fujets aux moin .
dres infirmitez ; elle rajeunit les Vieillards
les plus décrepites , & les entretient
dans une fanté vigoureufe , juſqu'au
terme que Dieu a deftiné pour
leur vie. Ces effets font peu de chofe en
comparaifon de ceux qu'elle produit
fur les Pierres , & les Métaux : elle
change le Cristal en Pierres précieufes
; elle rend le Verre maleable ; elle
convertit le Vif- argent , le Plomb , &
les autres Métaux , en Orauffi pur , &
auffi parfait que celuy des Indes.
Puis que la Pierre Philofophale a
tant de vertu , il ne faut pas s'étonner
fi elle eft recherchée de tant de Gens.
Il n'y a perfonne qui ne coure aprés
les
du Mercure Galant . 105
les richeſſes : il n'y a point de Vieillard
qui ne cherche à fe dépouiller de
fa vieille peau ; & il n'y a point de Malade
qui ne mette tout en ufage , pour
fe guérir du mal qui l'accable.
Quoy que la Pierre Philofophale
ait beaucoup de Partiſans , il fe trouve
cependant fort peu de ceux qui s'y
attachent , qui y réüffiffent. Cette matiere
eft fi embrouillée , & les Autheurs
en ont parlé avec tant d'obſcurité, qu'il
eft prefque impoffible de les entendre;
il femble mefme qu'ils n'en ayent écrit
que pour l'obfcurcir davantage . C'eſt
ce qui a donné lieu à mille procedez ,
& à mille operations diférentes . Les
uns fe font imaginez que la matiere
de la Pierre fe trouvoit dans le Sang ,
dans les Excremens , dans le Vin ,
dans le Tartre , dans la Rofée, dans la
Mane , & dans le Miel . Les autres l'ont
cherchée dans le Vif- argent , dans
l'Or , dans l'Antimoine , & dans les
autres minéraux . Les uns fe font fervis
de plufieurs matieres qu'ils ont mé-
Jées enfemble . Les autres ont crû qu'il
n'y avoit qu'une feule & unique matie
re, à laquelle il ne falloit rien ajoûter.
EN
106 Extraordinaire
Les uns enfin fe font perfuadez que
la Pierre ne fe pouvoit faire fans de
grandes dépenfes , & fans un travail
fort pénible. Les autres ont crû que
comme c'eftoit l'ouvrage de la Nature,
elle fe devoit faire à peu de frais , &
que l'Artiſte ne faifoit qu'aider la Na
ture par une voye fort fimple , & fort
aifée.
Il feroit affez difficile d'expliquer
les Enigmes dont on fe fert pour cacher
la Pierre Philofophale , fi l'on ne
s'appliquoit particulierement à la le-
&ture des Autheurs qui en ont écrit. Il
ne faut pas s'ennuyer de lire , & de relire
plufieurs fois un mefme Livre ; on
en tire tous les jours de nouvelles lumieres
, un paffage en éclaircit fouvent
un autre , & l'on y trouve quelques
fois ce que l'on n'y avoit fçeu découyrir
auparavant. Mais il faut fe prendre
garde des Livres des Impofteurs ,
& des Sophiftes ; il faut accorder ce
que l'on trouve dans les Autheurs avec
la Nature , & il faut l'imiter, & la fuivre
en toutes chofes . In omnibus Natu
ram imitator. C'eſt là le feul moyen de
venir à bout de cet Ouvrage ; c'eft la
Leule
du Mercure Galant.
107
feule voye qui peut nous conduire à la
connoiffance de la matiere dont on le
fait , de la maniere dont on la prépare
, des couleurs , & des changemens
qui y arrivent , & du temps que chaque
couleur doit paroiftre , & que l'Ouvrage
est achevé.
Quoy que les Autheurs ne nomment
point la matiere de la Pierre , cel
pendant ils demeurent tons d'accord
que c'eft une chofe fort commune , qui
coufte peu, & que les Pauvres peuvent
avoir comme les Riches . Un ancien
Philofophe nous avertit de laiffer la
pluralité des matieres , pours'attacher
à une feule chofe , laquelle a de foymefme
tout ce qui luy eft neceffaire.
Alphidius dit que l'on n'a befoin que
d'une feule matiere , qu'il faut décuire
continuellement dans un feul vaiffeau.
Morien ajoûte que quoy que les Philofophes
fe contredifent fouvent fur la
matiere, & qu'ils la nomment tantoft
d'une façon , & tantoſt d'une autre, ils
n'entendent tous parler que d'une feu-
Je & mefme chofe.
Les Autheurs ne conviennent point
de la nature de la matiere. Les uns
difene
108 Extraordinaire
difent qu'elle eft métallique, les autres
veulent qu'elle foit minérale . L'Autheur
du Rofaire dit qu'elle a eſté
commencée par la Nature fous une
forme métallique, mais qu'elle l'a laiffé
imparfaite.Petrus Bonus veut qu'elle
foit la mefme , dont la Nature engendre
les Métaux dans les entrailles
de la terre . Raymon Lulle , Bazile Va."
lentin , Zachaire , & le Tréviſan ,fe fervent
de la mefme matiere, dont les Métaux
fe forment dans la terre ; mais il
eft bien difficile de connoiftre quelle
eft cette feule & unique matiere , dont
la Nature fe fert pour faire les Métaux .
L'Autheur du Traité du Sel des Philofophes
, en parle de cette maniere .
Il n'y a, dit-il ,qu'unefeule chofe dans le
monde , qui puiffe demontrer la verité de
noftre Art. C'est une Pierre , & ce n'eft
pourtant pas une Pierre. On l'apelle Pierrepar
reffemblance ,parce que c'est une ma.
tiere dure & feche , qui fe peut broyer &
reduire en poudre , comme une Pierre. Il
ajoûte , Qu'on la trouve dans la nouvelle
Maifon de Saturne , que c'est l'Antimoine
triomphant , le Bifmuth ou l'Etain de
glace fondant à la chandelle , le Cobaltum
qui
du Mercure Galant. 109
qui noircit davantage que le Plomb & le
Fer, le Plomb qui fait les épreuves,&c .
S'il eft difficile de connoiftre la matiere
de la Pierre Philofophale , il ne
l'eft pas moins de fçavoir la maniere
dont il la faut preparer. Quelques Autheurs
veulent qu'on la prenne telle
que la Nature la donne , & que l'ayant
enfermée dans un vaiffeau fcellé hermétiquement
, on la décuife par une
douce & lente chaleur , jufqu'à ce
qu'elle acquiere cette belle couleur de
Pavot champeftre , qui doit couronner
la tefte du Roy . Les autres pretendent
qu'il eft neceffaire de feparer les fuperfluitez
qui fe trouvent dans la matiere,
avant que de la mettre dans le vaiffeau
, & qu'il la faut enfuite conduite
avec un feu moderé , qui ne furpaffe
point la chaleur d'une Poule qui couve
des oeufs, de peur de brûler les fleurs,
& d'étoufer l'Enfant dés fa naiffance .
Le feu agiffant doucement fur la
matiere , en éleve fans ceffe un certain
phlegme infipide , lequel retombant
plufieurs fois deffus , la diffout peu à
peu, & en écarte les parties les unes des
autres, mais cette humidité le deffeche
in
FO Extraordinaire
infenfiblement , & la matiere fe change
bien-toft en une poudre impalpa
ble , qui refifte à la plus grande violence
du feu.
Quoy que cette operation foit fort
fimple , & qu'il n'y ait qu'à enfermer
une feule fois la matiere dans fon
vaiffeau , & àla décuire par une douce
& lente chaleur , les Autheurs në
laiffent pas de l'embarraffer de mille
noms , & de mille operations diferen
tes. Quand ils s'apperçoivent que la
matiere commence à pouffer quelques
vapeurs au haut du vaiffeau , ils l'appellent
Sublimation ; quand ces vapeurs
retombent fur la matiere , ils la nomment
Distillation ; quand ils voyent
que la chaleur épaiffit la matiere ,
qu'elle s'obfcurcit , & qu'elle devient
noire, ils l'appellent Corruption ou Putrefaction
; & quand elle commence à
fe blanchir , ils la nomment Incinera
tion. Ils luy donnent ainfi diferens
noms fuivant les divers changemens
qui luy arrivent .
La matiere n'eft pas longtemps fur
le feu ,fans qu'on s'apperçoive de quelque
changement confiderable. Ifaac
le
du Mercure Galant .
le Hollandois dit qu'elle devient toute
noire en peu de temps , & qu'il n'y
a point de couleur dans le monde par
laquelle elle ne paffe,avant que d'eftre
rouge . Ripleus dit qu'apres avoir veu
une infinité de couleurs diferentes
dans la matiere , elle devient blanche
commé de la Neige, qu'elle fe pare en
fuite d'une belle couleur Citrine , qui
degenere peu à peu en faux Citrin , &
qu'elle devient enfin de la couleur du
Pavot champestre.
Les Autheurs n'affurent rien de pofitif,
ny du temps que chaque couleur
doit paroiftre, ny de celuy que Fouvra
geeft achevé ; il n'y a que l'experience
qui puiffe nous en affurer. La plupart
n'y mettent pourtant que dix , douze,
Qu quinze mois .
Quand on a une fois fait la Pierre
Philofophale, il eft aifé de multiplier ,
& de l'augmenter non feulement en
quantité, mais auffi en force & en vertu
, de maniere qu'un feul grain foir
capable de guerir mille Malades , &
de changer mille livres de méral en
or. La multiplication s'en fait en y
ajoûtant deux ou trois parts de la mefme
IT 2 Extraordinaire
me matiere dont on l'a compofée , &
en la décuifant quelque temps à un
feu doux & temperé. Plus on la multiplie
, plus elle devient puiffante , &
fa verta peut aller jufqu'à l'infiny.
:
Il n'y a point d'Autheur qui ne
parle de la projection de la Pierre fur
les Métaux , & qui n'enfeigne la ma .
niere dont on s'en doit fervir pour
guerir les maladies les plus rebelles,
& les plus inveterées . Zachaire nous
dit qu'il n'euft pas fitoft achevé fon
ouvrage , qu'il jetta un peu de cette
matiere fur du Vif- argent qu'il avoit
fait échaufer dans un Creufet , &
qu'en moins d'une heure le Vif- argent
fut converty en Or tres- fin , qui
refifta à toutes les épreuves. Ceux
qui fe fervent de la Pierre Philofophale
pour la gueriſon des maladies,
en meflent un peu avec quelque liqueur
convenable , & le font prendre
au Malade le matin à jeun. Ils reiterent
ce remede jufqu'à ce que le Malade
foit entierement guery.
C'eft donc en vain que l'on apporte
beaucoup de raifonnemens pour combatre
la Pierre Philofophale , & que
l'on
du Mercure Galant . 113
l'on paffe pour Refveurs , & pour
Phantaftiques ceux qui la cherchent.
Cette Science a fait toute l'occupation
des plus grands Monarques de
l'Afie , & des plus fages Philofophes
de l'Antiquité. Combien mefme a-ton
veu de Saints Religieux qui s'y
font attachez avec beaucoup d'application
& d'exactitude , & combien
voit - on encor à preſent de fçavans
Hommes qui s'y appliquent ? S'il y a
quelque chofe à condamner dans cette
Science , ce font les abus qui s'y commettent
par quelques Chymiftes qui
fe vantent d'eftre les veritables poffeffeurs
de ce Secret , & qui promettent
des richeffes immenfes à ceux qui les
veulent écouter ; ce qui leur fait trouver
des Dupes, qui fous efperance d'a
voir un jour de grands Biens , diffipent
malheureuſement le la Fortu
ne leur en a donné.
peu que
LE PHILOSOPHE INCONNU .
Le feul Mr Miconet de Châlons fur
Saône , eft venu à bout de trouver le fens
de la derniere Lettre en Chifies , & ily
a leu ces quatre Vers.
Con
114
Extraordinaire
7' Continuez , galant Mercure,
On fouhaite à l'envy que vostre regne
dure;
Et comme vous plaiſez à tous,
Tout le monde fe plaift à travailler
pour vous.
Pour dechifrer ce Quatrain , il ne s'aifoit
que de multiplier dans les divers
Chifres qui compofent chaque lettre , le
dernier Chifre par le premier, & de foustraire
de ce produit le nombre que marque
le Chifre du milieu , dans les lettres qui
font formées de trois Chifres. Ainfi z
valent un C, qui eft la troifiéme lettre de
Alphabet, parce que troisfois un valene
trois ; 72 valent un O , qui eft la quator-
Ziéme lettre de l'Alphabet, parce que seps
fois deux valent quatorze; 475 valent un
N, par que quatre fois cinq valent vingt.
Si de vingt vous oftezfept ,qui eft le Chifre
du milieu, il restera treize,& par con-
Sequent ce nombre de treize vaudra une
N, qui eft la treiZiéme lettre de l'Alphabet.
Tous les Chifres où le nombre multiplié
paffe vingt trois , font des Nulles.
Ainfi ces trois divers Chifres 48 , 178,
84,employez dans la Lettre dont je vous
apprens
THEQUE
DE
LA
LYON
*/893
VILLE
RIS
un
une
it, il
font
vam
xce-
AL
buis
venjui
a
zt je
tres.
est
Let
leux
aiffe
urapastr
55.
19:
19:
.16.
33.
On
LE
DE
VILLE
YON
#1893
du Mercure Galant. 115
apprens lefecret, ne valent ensemble qu'un
A marqué dans ces Chifres 178 , où une
fais huit,fait buit. De huit oftez fept, il
restera un,qui vaut un A : 48 & 84,font
des Nulles , parce que quatre fais huit valent
trente-deux, qui eſt un nombre excedant
celuy de ving- trois lettres de l'ALphabet.
La mefme choſe de 84 , où buit
fois quatre, valent auffi trente- deux.
Voicy un nouveau Chifre de l'invention
du mefme Monfieur Miconet , qui a
trouvé lefecret de celny- cy , & dont je
vous en ay déja envoyé plufieurs autres.
L'Alphabet en est tres-regulier , & eft
moins embarraffant, en ce que chaque let
tre n'eft compofée que d'une ou de deux
notes d'Arithmetique. Ce Chifre ne laiffe
pas d'eftrefort fubtil , & peut- eftre aurat
-on befoin de s'appliquer fortement pour
developer ce qu'il contient.
LETTRE EN CHIFRES.
62. 59. 64. 8. 19. 81. 61. 39 : 55 .
35.44: 24.75 . 61. 41. 37. 20. 19 :
59. 62. 76. 89.95 . 32. 41. 36. 19 :
3. 23. 28.83 . 72.56.76 . 81 : 9.16.
33 .
116
Extraordinaire
.
33. 34. 47. 51 : 69. 64. 8. 11. 28.
33.52 : 53.9. 29 : 73. 88. 87. 72 .
63.58.41 : 45. 59. 8. 17. 36 : 37.
&
.
17. 31. 40. 57 : 74, 12 , 17. 20 , 6.
26.43.61 : 60 . 80 : 92.18 . 13. 40.
37.57-74. 20. 15 : 31.51.60 : 48.
34, 47. 8.45.40 : 10 . 21. 20.3.90 .
71 : 59.37. SS 74. 14. 19. 2.70.61 .
56. 76. 55 : 59. 12. 13. 30. 83. 95.
90.73 91.96.76 . 59. 27. 32. 44.
39 52.71 : 82. 87. 9. 12. 29. 38.
$7.77. 60. 21. 26 : 87. 90. 76. 63 .
44. 61. 66 : 12.32.45 : 90. 85.67.
52.35.44 25 : 6.23 . 37. 52 : 49.
29 80. 97. 88. 37. 42. 62.41 .
l'adjoûte une Lettre en Figures à ce
nouveau Chifre. Ie fçay qu'il ne peut fervir
à aucun commerce d'écriture , mais il
peut eftreregardé comme une Enigme dont
on prend plaifir à chercher le fens. Ila
mefme fon utilité, en ce qu'il fait connoiftre
les Armes de plufieurs Maiſons.Attachez-
vous à les regarder. Vous y trouverez
celles de Mr le Comte de Tavanes,
de Mr le Duc du Lude ,de Mr de Souvray
, de Mr de la Ferté , de Mr de Roquelaure,
de Mr de Chevreuſe, de la Duché
du Mercure Galant. 117
commence
ché & Pairie de Langres , de Mr de Varembon
, d'Orange, du Royaume de Ierufalem,
& de la Maifon de Tolede, qui eft
celle du Duc d'Albe en Espagne.
Quoy que vous ayez déja veu beaucoup
de Traductions de l'Ode d'Horace , qui
par
Donec gratus eram tibi,
je ne laiffe pas de vous en envoyer une
nouvelle, que jefuis affuré qui vous plaira
, non feulement parce qu'elle exprime
fort naturellement la pensée du Poëte ;
mais parce qu'elle eft d'une Perfonne de
voftre Sexe, & que Mademoiselle Caftille
qui nous l'a donnée , a une facilité de
Génie qui fait aimer tout ce qu'elle fait .
Ce que je vous dis d'elle , vous paroistra
jufque dans des Paroles qu'elle a faites
pour chanter , & que je joins à cette Traduction.
ODE IX. DU III. LIVRE
D'HORÁCE.
TYTIRE.
Tandis
que j'avois ſeul le bonheur de
te plaire,
De t'embraffer , de prendre en ce Bois
folitaire
Sur
ST18 Extraordinaire
Sur ta bouche de roſe un baiſer amoureux,
Et que le Berger qui t'adore,
A ces tendres faveurs n'aspiroit pas en-
-core ,
Tytire des Bergers eftoit le plus beu-
теих.
AMINTE.
Tandis que feule auffi je regnois fur ton
ame,
Et que brulant pour moy d'une conftante
flame,
Toute ta gloire eftoit de vivre ſous ma
%..
Loy's
Avant que cette Ame legere
Brulaft pour une autre Bergere ,
Quelle Bergere eftoit plus heureuſe que
moy ?
TYTIRE.
Non , je ne compte point de beaux jours
dans ma vie,
Que depuis que je fers l'adorable Silvie.
Qu'à ma Flutefavoix joint de charmans
accords !
Ah ! fipour la rendre immortelle,
Il falloit qu'aujourd'huy je mouruffe pour
elle ,
le fouffrirois pour elle aujourd'huy mille
morts
AMIN
du Mercure Galant. 119
AMINTE .
Point de plaifirs pour moy dans l'amou
reux Empire,
Que depuis que pour moy le beau Damon
foupire.
Il n'eft point de Berger aimable comme
buy .
Ah ! s'il falloit mourir pour cet Amant
fidelle,
On verroit pour Damon fon Aminte aujourd'huy
Endurer mille fois là mort la plus cruelle.
TYTIRE.
Mais, dy-moy , fi l'amour reveilloit dans
nos coeurs
-Nos premieres ardeurs ,
Et s'il nous réjoignoit d'une eternelle
étrainte,
Si je renonçois pour jamais
A la blonde Silvie ,à ſes divins attraits,
Pour ne voir que la brune Aminte ?
AMINTE.
Alors, bien
que Damon foit beau comme
l'Amour,
Qu'on te voye emporté plus de fois chaque
jour,
Qu'en un mois fur la Mer on ne peut
voir d'orages;
N'im
120 Extraordinaire
- N'importe , feûre de tafoy,
Si malgré tes mépris , fi malgré tes ontrages,
A t'aimer conftamment de nouveau tu
m'engages,
Pour mon coeur quelle douce Loy ,
De vivre, de mourir, Tytire, avecque toy!
AIR.
Mon
Berger
Est toûjours volage ;
Mon Berger
N'aime qu'à changer. a
Vn moment à chaque objet l'engage,
Et ce moment
Rempt fon engagement.
Mad, DE CASTILLE, Rue
du grand Chantier.
DES
TALISMANS.
L n'y a rien de plus merveilleux que
les Talismans chez les Cabaliftes.
Ce
du Mercure Galant. 127
Ce fecret est tout divin , ou du moins fi
admirable , que c'est le plus rare effet
de l'Art & de la Nature. La Pierre
Philofophale auffi hautement louée
que vainement recherchée par les
Chymiftes, n'a rien qui luy foit comparable.
Elle pourroit eftre plus utile,
mais elle ne fçauroit eftre plus admirable.
Il ne faut donc pas s'étonner fi
les Rofes- croix l'emportent fur les
Soûfleurs , & fi la Chymie le cede à
cette belle Magie ; mais en verité il y
a icy quelque chofe de plus furprenant
que l'Art mefme. C'est que ny
les uns ny les autres ne fçavent ny ce
qu'ils cherchent , ny les moyens de le
trouver. Tout ce que Guafarel , & fon
Critique , ont dit pour & contre les
Taliſmans, ne nous réd pas plus éclai
rez fur cette matiere, & on ne remporte
autre chose de cette lecture,lors qu'on
en juge de bon fens , finon que l'un fe
forme un fantôme pour fe faire peur,
& l'autre une chimere pour la combatre;
car enfin s'il y a des Talifmás, c'eft
quelque chofe de fi vain & de fi ridi
cule , qu'il n'y a que le vulgaire capable
de s'y attacher,& s'il n'y en a pas,
Q.delanvier 1680 . F
122 Extraordinaire ··
du moins qui ayent la vertu qu'on leur
attribuë, il faut eftre fou pour s'entelter
d'une Science imaginaire,
Cependant , comme il y a des Vifionaires
dans les Sciences & dans les
Arts , auffi - bien que dans les autres
chofes, les Cabaliſtes ont donné à cette
réverie un nom & des principes. Ils
ont tiré les principes de l'Aftrologie
judiciaire & de la Magie naturelle ,
pour ne pas dire de la Magie noire &
fcandaleufe ; car de quelque deguifement
qu'on fe ferve, il y a fi peu de difference
entre les Caracteres magiques
& les Talifmans , qu'on peut les confondre
fans eftre foupçonné de malice
ou d'ignorance .
Le nom de Taliſman eft Hébreu ou
Caldéen felon quelques - uns. Selon
d'autres il eſt Arabe, & il y a plus d'ap.
parence ; les Arabes s'eftant particulierement
appliquez à cette Science , &
l'ayant apprife aux autres Peuples.
Mais enfin , foit que le mot vienne de
Telafmen, ou de Telefmenaijo, il veut di
re Image aftrale ou conftellée. C'eft
le nom que les Latins luy ont donné,
l'appellant ainfi par fa definition proprc.
du Mercure Galant. 123
pre. Quelques- uns neantmoins, pour
mieux prouver fon excellence , & pour
montrer qu'elle a efté connue des
Grecs & des Latins , affurent que le
mot eſt Grec , & vient de Telefmenon,
qui veut dire perfection , ou du mot
Latin talis , qui fignifie tel ou reffemblant
, le Taliſman eftant un portrait
qui agit avec plus ou moins de force,
felon qu'il a plus ou moins de reffemblance.
Quoy qu'il en foit , on peut
appeller cette Science la Science des
Images, ou du moins des Imaginaires,
puis qu'elle confifte toute en Images
ou Figures , ou plûtoft qu'elle ne fubfifte
que dans l'imagination de ceux
qui s'y attachent.
Ils pretendent que comme une Ima→
ge parfaite agit auffi puiffammentfur
l'ame de celuy qui la confidere, que la
chofe qu'elle reprefente ; de mefme ces
Taliſmans eftans bien faits , influent
la mefine vertu, & operent les mefmes
effets que l'Aftre dont ils ont la figu
re. Les Portraits n'ont efté inventez
que pour fupléer à l'abfence des objets
dont on veut conferver le fouvenir.
Ils foulagent beaucoup dans un grand
Fij
124 Extraordinaire
éloignement , & il n'y a point d'Amant
qui n'ait reffenti le pouvoir du Portrait
de fa Maîtreffe . Nous fommes fort éloignez
des Aftres , & il arrive de
grands changemens en nous , avant
que nous recevions d'eux les influences
qu'ils nous veulent départir . Les
Cabaliſtes y ont pourveu par le moyen
des Talismans ,qui non feulement nous
communiquent toutes ces influences
fans mélange , & dans un inſtant ; mais
encore d'une maniere fi forte & fi efficace,
qu'elles ne peuvent eftre combatues
d'aucun autre maléfique.
Le Taliſman , dont la figure fera
d'un Scorpion , cftant bien fait fous ce
figne, en renferme toute la vertu , & ne
peut eftre expofé dans un lieu où il y
a de ces Animaux , fans les faire moutir
ou les mettre en fuite. Il en eft
comme du Portrait d'un Ennemi qu'on
ne peut voir fans agitation & fans horreur,
& qui fait mourir quelquefois celuy
qui l'enviſage. Mais il y a icy quelque
chofe que je ne puis comprendre,
qui eft que la figure d'un Animal en
faffe mourir un autre de la meſme efpece
, & le chaffe d'un lieu où elle devroit
du Mercure Galant.
125
vroit l'attirer . Monfieur de Brenes dit
dans fes Voyages , qu'il vit dans les
murailles de Tripoly une Pierre taillée
en Scorpion , qui avoit la vertu , à ce
qu'on l'affura , de faire mourir toutes
les Beftes venimeufes , & particulierement
les Scorpions dont cette Ville étot
infectéeauparavát .Tel étoit l'Hippodrome
de Conftantinople qui fut é.
levé pour le mefme fujet ; & certe Plaque
de cuivre dont parle Gregoire de
Tours, qu'on trouva dans les Foffez de
Paris ,fir laquelle il y avoit un Serpent
& un Rat; ce qui prefervoit,dit - on, cette
grande Ville des Rats & des Serpens.
Les Cabaliftes répondent à cela
par un grand nombre de raifons aftrologiques
& fpecieufes , & n'oublient
pas le Serpent que Moïfe faifoit porter
dans le Defert pour garantir le Peuple
de Dieu d'un pareil accident;mais ou
tre qu'il y a de l'impieté de donner le
nom de Taliſman au Serpent de Moïfe
, qui eftoit un pur ouvrage de la fageffe
& de la poiffance de Dieu, il y a
fi peu de folidité dans leur raifonnement
, qu'il eft facile d'en remarquer
l'erreur & la foibleffe .
Fiij
126
3
Extraordinaire
Belon rapporte une choſe affez plaifante
d'un Turc qui gueriffoit du mal
de Rate par une Figure pareille de bois
de Noyer qu'il faifoit fecher à la che
minée. N'eftoit - ce pas là un admira
ble Taliſman ? Il y avoit neantmoins
plus de reffemblance du cofté de la
Figure, qu'au pouce du pied droit de
Pirrhus qui gueriffoit du mefme mal
ceux qui en eftoient touchez. Il en
eftoit ainfi des Pfylles d'Afrique , des
Marfes d'Italie , & des Ophigogenes
d'Afie, qui avoient le pouvoir de guerir
de plufieurs maladies dangereufes.
On peut dire que ces Gens - là avoient
be fecret des Taliſmans, ou du moins la
vertu d'une Science qui fe vante de
guerir les maladies les plus incurables.
Ce Livre de Salomon , dont parle
Jofephe , eftoit compofé de charmes
qui repouffoient toutes fortes de maladies.
Il dit que cette façon de guerir.
avoit grand cours de fon temps parmy
ceux de fa Nation , & qu'un Juif étant
à la Cour de Vefpafien , guerit plufieurs
Démoniaques en prefence de cet
Empereur , en leur attachant au nez
un Anneau , où au lieu de la Pierre il
Y
du Mercure Galant . 127
y avoit une espece de racine enchaffée
, qu'ils n'avoient pas plûtoft fentie,
que le Diable fortoit de leur corps ,
apres avoir recité quelques Paroles qui
eltoient contenues dans ce Livre de
Salomon. Il ajoûte que cet Eleafar
( ainfi fe nommoit ce Juif ) pour montrer
la force de fon Art, faifoit appor
ter un Baffin plein d'eau qu'il come
mandoit au Démon de renverfer , afin
de faire connoistre qu'il eftoit forty da
corps du Malade. Cette Hiftoire peut
eftre veritable, mais elle ne prouve pas
fi fortement l'excellence de la Sagelle
de Salomon , que le pretend cet Au
theur. Il n'y a rien de merveilleux
dans cet évenement , puis que la raci
ne qui eftoit dans l'Anneau pouvoit
agir fur le Démon par un effet natu,
rel ; & les Paroles & le Baffin d'eau
fentent fi fort le Charlatan , qu'ils de
truifent la vertu du Remede. Il y a
mefme beaucoup d'apparence que Jo
fephe s'eft trompé , & que le Livre de
Charmes qu'il attribue à Salomon , eſt
le Livre de Vers magiques de Zoroaf
tre, ou de Mifrain , felon les Hebreux .
Quoy qu'il en foit , fi Philon a cu
+
F iiij
128 Extraordinaire
saifon d'appeller la Magie une Science
perfpective , par laquelle les effets
admirables de la Nature font mis au
jour , ne peut on pas dire la meſme
chofe de la Science des Taliſmans ?Jul
tin Martyr ne craint pas d'attribuer les
Prodiges que faifoit Apollonius , à la
grande connoiffance des chofes de la
Nature. Il avoit fans doute cette Science
perfpective dont parle Philon , c'eſt
à dire le Secret de faire des Images fi
parfaites des Aftres , qu'elles imprimoient
les mefmes qualitez & les mefmes
influences. Avicenne dit que toutes
les chofes materielles obeiffent à
l'Ame bien difpofée & clevée au deffus
des fens. Albert le Grand affure que les
Paroles & les Caracteres font des inftrumens
dont les corps Celeftes fe ferfaire
des Miracles . D'autres
vent pour
font prevenus en faveur de l'Hóme, &
prétendent qu'il poffede des Vertus divines,
& quelquefois celle d'une Plate
ou d'une Pierre en tel degré, qu'il peut
executer par elles des chofes qu'on
prendroit pour des Enchantemens . En
faut- il davantage pour établir le pouvoir
des Talifmans ? & faut-il s'étonner
du Mercure Galant. 129
ner fi on n'a pû defabufer de grands
Hommes , des Telchius de Rhodes , des
Idées Dactiles de Crete , des Harufpices
de Toscane & du Pérou , pour ne
rien dire des Gamahez ou Caracteres
Magiques qui approchent fort des Talifmans
?
Je ne parle point icy des Charmes &
des Caracteres qui fe font par les Paroles
Outre qu'on peut douter fi hors les
Paroles dont l'Eglife fe fert dans les
divines cerémonies, il y a quelque vertu
fecrete & cachée fous les nós,il n'eft
icy question que de Figures ou Images
coftellées fur lefquelles les Aftres agiffent
, & qui operent conformément à
leurs influéces fur les autres Corps aufquels
elles font apliquées,mais il n'y a
pas moins de foibleffe à croire que de
certaines Lettres ou Chifres comme étoient
les Lettres Ephéliennes fi vantées
dás l'Antiquité,ayent plus de vertu
que quelques mots chimériques qui
ne fignifiét rien .Philoftrate dit que les
Indiés fót cheminer les Dragos , & les
endormét par certains mots qu'ils pronócêt.
Nous aprenos dás quelques Ke.
lations, que ceux de Senega donent aux
2 FY
130 Extraordinaire
Negres des Billets qu'ils appellent
Grigris, qui ne contiennent que quelques
mots Arabes , par la vertu defquels
ils pretendent eftre prefervez de
beaucoup d'inconveniens.
Les Talifmans font donc de certai
nes figures d'Hommes , de Plantes &
d'Animaux gravez ou taillez fous la
Conftellation dont on a befoin , & fur
la Pierre ou le Métal qui leur eft propre;
ce qui opere des effets admirables ,
comme les Cabaliſtes pretendent lors
qu'il ne manque rien à la Figure qu'on
a dreffée. Je n'en rapporte point d'exemples.
Les Hiftoires en font remplies
. On en fait pour tout . Il y en a
mefme pour la confervation des Tom .
beaux , qu'il faut bâtir dans des heures
favorables & examinées par les
Aftrologues ; parce que tout le bonheur
des Familles dépend de là , felon
l'opinion des Peuples de la Cochinchine.
Enfin il eft des Talifmans com
me de la Pierre Philofophale . Ils gue
riffent les Malades, ils rajeuniffent les
Vieillards , ils donnent des honneurs,
des plaifirs & des richeffes.
2. Il faut avouer qu'il y a des Pierres
preci
du Mercure Galant. 131
precieufes qui ont une vertu effentielle
& particuliere , mais bien fouvent on
leur attribuë des effets extraordinaires
qui ne font que dans l'imagination des
Foibles & des Crédules . On dit qu'u
ne Pierre, qui fe trouve dans le ventre
du Coq , rendoit Milon de Crotone
invincible. Le Diamant fait apparoif
tre les Efprits lors qu'on les invoque
par cau , & la Pierre Synochitis fert à
les retenir lors qu'on les a évoquez.La
Dentritis blanche,enterrée fous un Arbre
qu'on veut couper , empefche que
la Coignée ne fe rebouche. Voila un
plaifant Talifinan. On en devroit mettre
de contraires fous les Arbres qu'on
veut conferver. On dit des merveilles
des Agathes qui fe trouvent dans l'Ile
de Candie.Elles prefervent des Araignées
& des Scorpions ,pourvû qu'elles
ayent une peau de Lyon gravée au de
dans. Elles detournent les Tempeftes
& arreftent le cours des Rivieres. Sil
elles font marquetées , elles caufent la
diffention & la difcorde; & fi elles font
de fimple couleur, elles rendent invin->
cibles ceux qui les portet.La Pierre Afpilates
raffure ceux qui ont peur; maisi
la Chelonia eft admirable. On pretend
332
Extraordinaire
porque
fe rinçant la bouche du miel , &
tenant apres cette Pierre fur la langue ,
elle fait prédire les choſes à venir pen.
dant un jour entier , pourveu que la
Lune foit pleine ou en conjonction ;
mais fielle eft dans le décours , cette
Pierre n'opere qu'avant le Soleil levé.
L'Eumecés fait voir en dormant tout
ce qu'on defire fçavoir.Pline dit encor
que les Pierres qu'on trouve dans les
Arbres font fingulieres pour faire
ter l'Enfant à terme. Il y en a mefme
qui font propres pour la generation ,
témoin celle que la Princeffe Timaris
loiia par fes Vers , & qu'elle dédia à Vé.
nus pour cefujet . Le Jafpe vert traverfe
d'une ligne blanche , paffe pour un
Cótre-charme chez les Peuples Orié.
taux ; & mefme on luy attribue le don
d'Eloquéce, La Pierre d'Aigle a la ver
tu de découvrir les Larrons , au raport
de Diofcoride; & Belon dit que les Ca
loïers s'en fervent en la reduifant en
poudre Ces Caloïers,qui ont plufieurs
Secrets de cette nature , font confondus
par quelques Autheurs fur ce fujet
, avec les Taliſmans, certains Pref
tres de la Ley de Mahomet , qu'on
dic
du Mercure Galant.
133
dit fort attachez à la Magie ; ce qui a
donné lieu de croire que c'est d'eux
que viennent les Taliſmans, & d'où ils
font ainfi appellez.
Cette conjecture n'eſt
fans vraypas
fans
fembláce. Mais pour revenir aux Pierres
précieuſes , l'Ametifte , où les noms
du Soleil & de la Lune font gravez,
exempte de poifon celuy qui la porte
pendue au col . Mais il y aune Pierre
qui eft entierement conftellée , & qui
contient naturellement la vertu desTa
lifmans, & on la nomme pour ce fujet
Stellata ou Etoile. Enfin ces Sçavans
de la Chine, & des Indes, qu'on nous
vante tant dans les Livres , affignent
la deftinée & la fortune des Hommes
aux Pierres précieuſes , ainfi qu'un
certain Zachalias l'affuroit autre
fois au Roy Mitridate. Peut - on
rien imaginer de plus merveilleux que
les fept Anneaux , que Jarchas Prin
ce des Brachmanes donna au grand
Apollonius , qui portoient le nom des
fept Planetes , & qui devoient fervir
chaque jour de la Semaine ? Quoy
que tous ces effets foient peu croyables
> on peut dire neanmoins avec
Pline,
134 Extraordinaire
Pline , que les Pierres précieuſes, ubi in
arctum coacta rerum natura majestas ,
ont des vertus admirables , & qu'elles
peuvent agir comme les autres Mixtes ,
foit par leur matiere , foit par leur forme
fubftantielle , mais toûjours conformement
à leur nature , car hors de
là c'eft une chimere. Que la Pierre So,
lomite croiffe & décroiffe felon les faces
diferentes de la Lune, cela fe peut;
mais que les Pierres ayent des proprierez
occultes , qu'elles reçoivent du
Ciel à caufe des figures qu'on leur donne
durant certaines conftellations , c'eſt
une fuperftition de la fauffe Aftrologie.
Cependant s'il y a des Pierres qui
operent par l'émanation & l'écoule
ment de leur fubftance , comme il arrive
dans tous les corps du confentement
de tous les Philofophes , il faut
avouer qu'elles peuvent communiquer
les vertus qu'elles ont reçeues des Aftres
, fous lefquels elles ont efté taillées
*
; car d'où vient cette vertu naturelle
dans les Minéraux & dans les Vegetaux?
N'eft- ce pas un effet de l'influence
des Aftres ? Si donc on les expofe
d'une certaine maniere , & dans
du Mercure Galant. 135
ún certain temps où les Aftres ont des
influences plus fortes & plus favorables
, qui doute qu'elles n'en reçoi
vent des proprietez qu'elles n'avoient
pas ? Si l'on dit que la raifon pourquoy
les Grecs & les Romains portoient
des Bagues au doigt de la main gauche,
nommée annulaire pour ce fujet,
eft parce qu'il y a un nerf qui répond
au coeur , & qui fert de vehicule à la
vertu cardiaque de la Pierre précieuſe
qu'on y porte , peut - on trouver étrange
qu'une Bague qui fera enchantée,
puiffe communiquer un effet dange
reux qui émeut le coeur & l'imagination
, & qui furprend la raifon & les
fens ? On a donc eu lieu de croire que
de pareilles Bagues avoient enchanté
Henry II. & Charles -Quint. On dit
aufi que Moïfe eftant contraint d'a
bandonner une Femme Egyptienne
qu'il avoit époufée , il luy donna une
Bague qui avoit la vertu d'oubly , afin
qu'elle ne penfalt point à luy dans fon
abfence.Il faut donc dire que les Pier-
Les précieuſes ont, & peuvent avoir des
qualitez furprenantes pour le bien , ou
pour le mal des Hommes ; & c'eft furquoy
136 Extraordinaire
quoy les Cabaliſtes fondent le grand
pouvoir de leurs Taliſmans , comme fur
les Plantes qu'on appelle fignes , ou
marqués,ou caracteres de quelques maladies
, ainfi que la Poulmonaire , l'Epatique
, & tant d'autres fur lefquelles
on peut travailler , & que l'Art nous
apprend d'imiter . La vertu des Simples
n'eft pas moins admirable que
celle des Minéraux . Elle a fait l'aplication
du plus fage des Roys. Il connoiffoit
depuis le Cedre jufqu'à l'Hyfope,
& il n'y avoit point de l'lante fur laquelle
il n'euft fait une parabole, comme
parle Jofephe , c'est à dire , une
aplication de la vertu & de fa proprieté
mais qu'il eft dangereux d'en pervertir
l'ufage , & de s'y apliquer avec
trop d'attache ! Cette Science devient
la punition de ceux qui en font leur
étude . Vidi , reconnoift ce grand Roy;
cuncta quæ fiuntfub Sole , & ecce univerfa
vanitas & afflictio spiritus. La Science
des Talifmans n'eft elle pas de cette
forte ? On les appelle les Emblêmes
de la Nature. Mais que l'explication
en eſt vaine & criminelle , & qu'on
peut dire avec raifon , Hanc occupationem
du Mercure Galant.
137
nem peffimam dedit Deus filiis Hominum,
ut occuparentur in ea ! Quittons cette
fole curiofité de vouloir penétrer tous
les fecrets de la Nature , & de vouloir
faire par elle , ce qu'elle eft incapable
de faire elle- mefine. J'ay appris , dit
l'Oracle de la Sageffe , que l'Homme
ne peut rendre raifon des ouvrages de
Dieu, que plus il la cherche , moins il la
trouve ; & que le Sage mefme , s'il dit
qu'il la connoift , ne la peut trouver.
Que ces Images foient donc faufles ,
on n'en peut pas douter ; mais il faut
demeurer d'accord qu'elles font toûjours
un grand effet fur l'imagination
qui en eft prévenue , car enfin chaque
fens introduit fon image dans l'efprit
qui comme un fceau , demeure gravée
dans l'entendement , autant qu'elle eſt
confervée par la memoire ; ce qui entretient
dans l'erreur & dans l'aveuglement
, ceux qui font enteftez des Sciences
vaines & curieuſes. Mais ce ne ſeroit
rien fi la choſe en demeuroir là , &
fi ces faux Mages n'infectoient le vulgaire
de leurs opinions dangereuſes.
Le Peuple fuperftitieux & crédule , va
plus loin . Il prend ces preftiges & ces
illu
138
Extraordinaire
illufions pour des miracles , & le moindre
Charlatan pour une Divinité.
Graces au Ciel , nous vivons dans un
Siecle & fous un Regue, où les Efprits
font def abuſez des Sciences cachées
& fecretes. On a fçeu difcerner le folide
de la bagatelle , & le menfonge de
la verité. On peut dire auffi qu'on n'a
jamais penetré dans les Sciences avec
plus de lumieres & de bon fens, ce qui
les rend faines & utiles , & ceux qui
s'y apliquent fages & vertueux.
D. L. V. R.
Les deux Enigmes de ma Lettre de
Fanvier dont les Mots eftoient le Chemin,
& les Lunetes, ontfourny quantité d'Explications.
Mrle Président de Silvecane
de Lyon
a renfermé lefens de l'une &
de l'autre dans ce Quatrain.
,
Point de détours pour les mifteres;
Mercure , allons le grand Chemin ;
Tes Lunetes icy nefont pas néceffaires ,
Et nous découvrons tout fans aller an
Devin.
La Lettre quifuit, contient une Explication
particuliere de l'Enigme des Lunet
es. J'avoue
du Mercure Galant. 139
Jae
'Avoüe, Monfieur , que
, que c'eft fe prendre
un peu tard à vous écrire , que
de commencer par vous remercier de
vos Lunetes. Elles font les plus netes
que j'aye encor pû trouver. Auffi
m'ont elles fait voir clair pour la premiere
fois dans vos Enigmes. Ce qui
m'a embaraffé en devinant celle - cy ,
c'eſt que vous dites qu'on ne les reçoit
jamais qu'à fon corps défendant, & que
non feulement moy , mais encor beaucoup
de Vieillards, les ont reçenës avec
toute lajoye poffible , eux qui ne peuvent
regarder celles que leur donnent
les Marchands , qu'avec un chagrin
extraordinaire. Il ne manquoit plus
aux Gens âgez que des Lunetes, pour
lire voftre Mercure. Puis que par ce
Préfent vous leur levez la difficulté
qu'ils avoient , je ne doute plus que la
preffe ne foit plus grande que jamais,
& que vous ne prolongiez la vie à bien
des Vieillards mélancoliques dont les
Enfans vous feront fort obligez , & entr'autres
moy , qui pour vous marquer
l'obligation que je vous en ay , me fuis
avifé
140 Extraordinaire
avifé de faire les Vers que vous allez
voir fur vos Lunetes.
Que tous les Gens âge qui n'ont pas du
Mercure
Fait encor aucune lecture,
Viennent fe divertir dans ce Livre
geant.
enga-
A l'humeur d'un chacun toûjours il s'accommode
:
Pour les Vieux d'aujourd'huy nous le
voyons changeant,
Car de les réjouir quoy qu'il ſçeust la
méthode ,
Et quoy qu'ilfuft d'ailleurs fur toutfort
obligeant,
Il n'ofoit s'en fervir , ce n'eftoit pas la
mode.
Il montre aux jeunes Gens à fe bien divertir
,
Avec esprit à debiter fleuretes ;
En Eftrenne aux Vieillards qui veulent
ralentir
De leurs jeunes Moitie les chaudes
amouretes ,
Aupremier jour de l'An il offre des Lunetes
Afin d'y voirplus clair , & s'en mieux
garentir.
Vous
du Mercure Galanı: 141
Vous agrérez , Monfieur , que je
vous rende le change. Vous m'avez
donné vos Lunetes en Enigme. J'ay eu
bien de la peine à les deviner. Trouvez
bon auffi que dans ce temps, principalement
où tout le monde fe mafque
, je vous envoye un nom déguifé
d'une Perfonne qui fera fans mafque ,
ny déguiſement , voftre &c.
L'ANTIMOINE , du Quartier
du Louvre.
I.
'Est affez confulter cette Enigme bi
C'ESZarre,
En vain pour la cacher fon Autheurfait
le fin ,
Difficilement on s'égare ,
Quand on a trouvé ce Chemin.
P. GEOFFROY.
I I.
Our deviner l'Enigme du Merpowcure
,
Tu te donnes , Damon , une vaine tor
ture ;
Tes yeux trop affoiblis par le nombre des
ans
N'en
142
Extraordinaire
N'en pourront découvrir le veritable
Jens.
Ne fois point glorieux , & quoy qu'on
puiffe dire,
Employeun peu d'aide à la lire ,
Car fans cela , ma foy , tu mets tout de
travers ,
Tu déchires l'Autheur , & dis mille fornetes
.
Enfin, croy- moy, prens des Lunetes ,
C'est l'unique fecret pour pénetrer fes
Vers.
L'ancienne Société d'Abbeville.
I I I.
'Avois beau lire & beau relire ,
Je n'appercevois point ce que vouloient
"
nous dire
Les Enigmes du dernier Mois.
Jamaisfensfous unfi beauftile
Ne m'a paru fi difficile ;
euffe en vain de mes Gands dechiré tous
2 les doigts,
Sans le fecours de ma petite Fille ,
Dont les ans tout au plus ne font que deux
fois trois.
N'auriez-vous point les vifieres mal
netes ,
M'a
du Mercure Galant,
143
M'a-t - elle dit , en me prenant la main ?
Mon Papa , prenez vos Lunetes ,
Ce fera le plus court Chemin.
Q
HEUVRARD , de Tonnerre ,
Intendant de Monfieur
de Richebourg.
I V.
Ve le Chemin à tous les Curieux
A derobé de momens precieux !
Cet habit blanc qui vient à la traverſe ,
Quoy que de neige , empefche qu'on ne
perce
De ces beaux Vers le fens mistérieux.
Pour arriver à ce but glorieux ,
Il faut , je penſe , avoir plus de deux
yeux.
C'est un endroit où bienfouvent on verſe
Que le Chemin .
020
Apres la Mer , & la Terre, & les Cieux,
Ceft pourtant luy qui paroift le plus
vieux.
Ilfert en Guerre , à la Paix , au Commerce
,
E
144
Extraordinaire
Et des fujets où noftre efprit s'exerce ,
Il n'en eft point qui me revienne mieux
Quele Chemin.
A
LE FIEBVRE , d'Argenton-
Chasteau.
V.
Ufortir du Logis , roulant dans ma
cervelle
les Vers de l'Enigme nouvelle ,
A me voir on m'enft crû vuide de jugement.
Tantoft je me plantois droit comme une
Statue ,
Et tantoft d'un prompt mouvement
Mespas irréguliers me portoient lourdement
Sur tous les Paffans de la Ruë.
A la fin tropremply de ce zele rimeur,
l'en rencontre un de tres méchante humeur
,
le penfay d'un feul choc le renverser par
terre .
Le Brave alors d'une voix de Tonnerre,
Enme repouffant d'une main,
Cadebious , me dit- il , regardez le Chemin,
LE PRIEUR PELEGRIN , de
Pignans en Provence.
VI.
du Mercure Galant. 145
V I.
Ercure , tu m'as mis d'une terrible
M bumeur ,
L'aurois voulu de tout mon coeur
Voir ton Enigme à tous les Diables ;
Ce n'est pas que les Vers n'en foient fort
agreables,
Ils font en vray ftile du temps,
Enfin l'Enigme est des mieux faites ;
Mais pour en découvrir le fens ,
Il eftfâcheux qu'à l'âge de vingt ans
Il faille prendre des Lunetes .
VII.
Le mefme.
Her Confrere en Bacchus , voudrastu
bien m'en croire ?
CHer
Laiffe - là Mercure
boire.
› & ne fonge qu'à
Ie veux qu'il ait beaucoup d'appas ;
Pour moy fans balancer , je préfere un
Repas
A tant de beaux Difcours , d'Airs , & de
Chanfonnetes,
Amy, fais en de mefme , & remets tes
Lunetes.
Nousfommes dans un temps où l'on a le
gouftfin,
Q.de Janv. 1680 .
G
146
Extraordinaire
On n'y vit point du vent ; mais un excel-
Lent Vin ,
Un Iambon de Mayence , une bonne
ventrée ,
Ont plus de Partifans dedans cette
Contrée ,
Que le plus celebre Ecrivain.
A
L'Amy de la Bouteille,
d'Abbeville.
VIII.
Vx Vieilles la Lunete eft toûjours
neceffaire,
Mais ce n'est pas ce qui me tient en
foin
Avant
que d'en avoirbefoin ,
le penfe avoir encor bien du Chemin à
L
faire.
LA LORRAINE ESPAGNOLETE.
I X.
· An paffé ce mistere auroit estépeus
estre
Obfcure trop caché pour un Esprit hu-
1. main ;
Tout revestu de neige , il ne pouvoit parestre
,
Je le voy nud , j'y cours , c'est icy le
Chemin.
FRADET , Pr . de S. G. l'Aux .
X.
du Mercure Galant. 147
X.
V Perde presque desyeux la lumiere
Ous qui fur le declin de l'âge
&
l'uſage ,
Et le plus noble de vos fens ,
Ne vous chagrine
vous eftes ,
point dans l'état os
D'avoir les paupieres mal netés ,'
Vous allez rajeunir , car malgré vos
vieux ans
Le Mercure à tout âgea trouvé des Luneres.
Si vostre veue eft obfcurcie
Par quelque maille , orgeol , humeur
taye , on chaffie ,
De vous le Mercure prendfoin ;
Mettez donc en repos vos ames inquietes,
Il a mille vertus fecretes ,
Et pour vousfecourir das lepreſsät beſoin,
Son art mefme à ces maux a trouvé des
Lunettes .
Q
RAVLT , de Rouen .
XI.
Vand de neige en Hyver la terre eft
tapiffée •
Le grand Chemin caché nous égare ex
plein jour
Gij
148 Extraordinaire
Et c'eft ainfi Vieille infenfée ,
Quefous des cheveux blancs vostre beauté
cachée
Fait che vous égarer l'Amour. ´
Croyez-moy , vieux Tifon que l'amour va
brûlant
Renoncez aux douceurs , renoncez aux
fleurettes:
Mais mesyeux ,
brillant ,
dites- vous , ont encor du
Ouy , c'est quandfur le nez vous avez des
Lunettes.
Di
MICONET , Avocat á Châlons
fur Saône.
XII .
Epuis que je lis le Mercure ;
Je n'ay point veu d'Enigme plus obfcure.
Mongéniey perdfon Latin;
Mais comment en pouvoir découvrir le
miftere ?
Comment treuver lefin & le noeud de l'affaire
,
Puis qu'elle en cache le Chemin ?
Le Controlleur des Muſes de
Montafnel en baffe Normandie,
XIII.
du Mercure Galant.
149
7
R
XIII.
Endrefervice au Sage , au Pauvre ,
à l'Opulent >
C'est l'ufage de ton talent ;
Ton fecours eft bien neceffaire
A plus d'une Perfonne , & pour plus
d'une affaire.
Cependant on ne t'aime pas ,
Tu n'obliges , dis- tu , par tout que des
Ingrats.
le ne fçaurois trouver tes plaintes indifcretes.
Te ne t'ay pourtant pas grande obligation
,
C'est par pure compaſſion ,
Car lors que je te vis , je te vis fans Lunetes.
Qran
Les Inconnus de Poitiers.
XIV.
Vand tu cherches le mistere
Des Enigmes de ce Mois
C'eft fans raifon que tu crois
Qu'ilfaut pourfortir d'affaire ,
Aller trouver la Iobin.
On ne dit là que fornettes
Qui menent à triftefin.
G iij
150
Extraordinaire ·
Prens feulement tes Lunettes ,
Apres va le grand Chemin,
LE P. LATOVRNELLS,
XV.
A M. LE DAVPH IN.
SONNET .
C'eft affez, Grand Dauphin , conper
à l'Hiftoire
Mars jaloux des NeufSoeurs , prétend
avoir fon tour ,
Et nefçauroitplus voir differer l'heureux
jour
Qu'Hymen vous doit unir avecque in
Victoire.
Ilpromet en partage aux Filles de Me
moire ,
Le Prince qui fera le fruit de voftre amour
>
Pourveu qu'en mefme temps par un jufte
retour

Il puiffe librement vous guider à la
gloire.

Elles vous ont acquis le Meſtier des Sça-
VANS
Et
du Mercure Galant.
ist
Et l'Art de vous moquer de l'injure des
temps ;
Maisle Dieudes Lauriers , & le Roy de
la Trace ,
Luy , que charment en vous des talens
inoüis
,
Veut , vous faisant paffer mefmefur le
Parnaffe,
Vous apprendre à trouver le Chemin de
L
LOVIS
C. HVTYGE , d'Orleans,
X V L
Enigme que vous propoſeZ ,
Ne me fu prendpas moins que l'effet
des Planetes ;
Refvez , life , & reliſez,
On n'y peutrien voirfan: Lunetes .
BAPELON , Preftre de Saint
Eftienne en Foreft .
XVII.
Es deux Enigmes m'ont occupéce
TESmatin
Et de les deviner j'eftais fort incertain ,
Maisfur l'une attaché plus qu'à ma Pa
senostre
Gij
152
Extraordinaire
Les Lunetes m'ont foulagé :
Et parce qu'il n'a point neigé,
l'ay trouvé le Chemin de l'autre.
Voft
XVII I.
POISSON.
Oftre premiere Enigme eft ( dit- on)
trop obfcure,
Agreable & galant Mercure.
Chacun pourtant voulant faire le fin,
En cherche comme il peut le fens à l'avanture.
Pour moyje tiens la route laplusfûre,
Lors que pour la trouver je prens le grand
Chemin .
Les nouveaux Académiciens
de Beauvais.
X I X.
E plus clairvoyant Interprete,
Fut - ce Argus avec ses cent yeux,
Dans cet Enigme ingenieux
Ne verroit goute fans Lunete.
M
GOULLE ', Avocat au Parlement
de Rouen.
X X.
Ercure, de chacun procure l'avantage.
Ilfait des Lunetes aux Vieux ;
Et
du Mercure Galant. 153
Et comme à tous ilfe partage,
Ilmontre le Chemin aux jeunes Cnrieux.
GIBIEUF DE LA FAYE,
de Bourges.
L
XXI.
E mot de cet Enigme eft affez difficile,
Pour le trouver je fuis trop malhabile,
Et quand j'y refuerois d'icy jufqu'à demain,
le demeurerois en Chemin.
Ay
XXII.
GARDIEN
Jy beau conter àPhilis des fleuretes,
Et luy vanter les biens de ma Maifons
Elle pretend avoir raiſon ,
De m'écarteren voyant mes Lunettes .
HUGO DE GOURNAY.
XXIII.
Depuis que je lis des
Enigmes,
Soit en figures, foit en rimes,
Ie n'en ay point trouvé qui m'embaraffe
plus.
La premiere cacheroit- elle.
De la Merleflux & reflux,
Es la feconde, une Efcabelle ?
G
754
Extraordinaire
Vrayment jefuis au but , j'ay rencontré
le fin.
Vous ne sçavez , Muſe , ce que vous
faites ,
Vousn'en trouverez pas d'aujourd'huy le
Chemin,
Si vous n'avez de meilleures Lunetes.
Le Controlleur des Mufes
de Montafnel en Baffe
Normandie.
XXIV .
Ntout temps, en tous lieux, & pour
plus d'une affaire ,
EN
Le Fer fut toujours neceffaire;
Mais je vous dirayfans gaucbir,
Que ce qui me paroist auffi vieux que le
Monde,
Etqu'on ne peut trouver lors qu'il vient
à blanchir, 3
Qui fert en Guerre , en Paix , qui ment
aux bords de l'Onde ,
Eft, on je fuis un faux Devin,
Infailliblement le Chemin,
L
Les Inconnus de Poitiers.
XXV.
A vieille Iris parle encor d'amonretes
;
Mais c'est bienfe moquer des Gens,
CAT
du Mercure Galant .
155
Car elle a plus de cinquante ans,
Et ne peut lire un mot fans prendre de
L
Lunetes.
C. Huruce, d'Orleans .
X X V I.
'Autheur du Mercure eft bienfin,
Il ne conte pas des fornetes,
Quand pour découvrirfon Chemin
Ilnous fait prendre des Lunetes .
LE REDDE , Chanoine de
S. Piat à Chartres.
XXVII.
Stre neceffaire au Commerce,
Et fans fe rebuter , fouffrir mainte traverses
Confondre avecfa fin celle de l'Vnivers,
Et toucher tous les Ports des Mers
Apres ce beauportrait , apres cette peinture,
Il nefaut pas aller confulter la Iabin,
Paur deviner, Galant Mercure,
Que vous avez voulis nous parler du
Chemin.
HEUVRARD, Avocat en Pardement,
de Tonnerre .
XXVIII.
756
Extraordinaire
Q
X X VIII.
Vel miftere eft celuy cy
Qui par aucuns Interpretes
Sans le fecours des Lunetes ,
Ne fçauroit eftre éclaircy ?
SAINT VINCENT .
X X I X.
Pour arriver au fens mystérieux
Que la premiere Enigme icy cache à mes
yeux,
l'ay pris le Coche qui me mene
De Paris au Païs du Maine.
Dites, Monfieur, degrace, au pauvre Pelerin,
Si ce n'eft pas là le Chemin .
Pour la feconde en verité,
Sigrande en eft l'obscurité,
Que je donne ma Robe aux plusfins Interpretes,
S'ils la découvrent fans Lunetes.
DE NIVELLE , Avocat
D
en Parlement .
X.X X.
Es qu'à marcher on commença,
Le Chemin fur la Terre auffitoft fe traça.
EP
du Mercure Galant . 157
Et la route enfuite fur l'onde,
De l'un jufques à l'autre Monde,
Reconnut pour l'Autheur de ſon inven»,
tion,
L'Art de la Navigation.
Quand lefable ou la neige cache
Le chemin, l'embarras en fache ;
Enfin tenant le vray , de peur de s'égarer,
On peut le demander pour s'en mieux af-
Sarer,
Et cela durera du Monde autant que
l'âge ;
Ainfi c'eft le Chemin , la Route & le
Paffage.
LE CHEVALIER BLONDEL.
X X X I.
PEsvoir lecoursdes Planetes,
Our confiderer les Cieux,
Si l'on n'a pas de bons yeux,
Il fautprendre des Lunetes.
Le Bon Amy, de Roüen.
X X X I I.
E Mercure fage & benin
chemin
Qu'il nous avoit tracé fons une Enigme
obscure,
Se
758
Extraordinaire
Seroit de difficile accés
Pour un oeil qui des ans a reffenty l'injure,
Amis une Lunete aupres.
DRONCE & LA SECHERESSE,
Solitaires de Touraine.

X X X II I.
I je croyois qu'on miſt mon nom dans
le Mercure,
On me verroit d'abord prendre la plume
enmain,
Coucher fur du papier, ou ſur du
chemin,
Quelque curienfe avanture,
par-
Mais pour fuivre un fibeau Chemin
Il faudroit eftre aidédes dons de la Nature,
Se fervir de la conjoncture,
Et ne pas renvoyer l'affaire au lendemain.
BAPELON, Preftre de Saint
Eftienne en Foreſt.
X X XIV.
DEs Enigmes vieux.
Interpretes ,
Qui pour trouver le fens perdez voftre
repos
Si
du Mercure Galant.
159
Si le vent en lifant fait tomber vos Lunetes.
Il vous apprendra les deux Mots.
La BLONDINE GUERIN,
de Provins.
X X X V.
Our expliquer l'Enigme qu'on propofe
Tupourrois bien réver jusqu'à demain,
Sans avancer pour cela de grand chofe,
Si tu nevas tout droit le grand Chemin,
FORMENTIN & CAUDRON ,
Régens au College
d'Abbeville.
X X X V I.
I n'est point de Vieillard , fi peu judi-
I
ci eux
Qui ne doive trouver cette Enigme facile
En effetpour aiderfa prunelle debile,
Les Lunetes bientoft luy fauteront aux
yeux.
Les mêmes.
XXXVII.
N Chemin l'autre jour je trouvay
ENdes Lunetes ;
Mercare on dit qu'elles viennent de
Jouss
160 Extraordinaire
le vous les rends, avoue entre nous
Que qui rend de la forte, aime à payerfes
debtes.
Les mefmes.
XXXVIII.
Our apprendre le Manège ,
Pansqu'ilen coûte beaucoup,
Les Chemins couverts de nége
Vousl'enfeignent tout d'un coup.
Le bon Amy de Rouen.
XXXIX.
Vivre le grand Chemin
Souve Un Baston à la main ,
M'a toujoursparu fort utile ;
Aux Champs auffi bien qu'à la Ville,
C'est l'appuy du Vieillard comme du Pélerin.
DE LA COVLDRE, de Caën.
X L.
E Nigme, en vain à l'expliquer
Mon efpritfe veut appliquer,
Car tu me parois fifecrete ,
Que ton fens ne fe peut qu'àpeine concevoir.
Ainfi pour mieux t'appercevoir,
du Mercure Galant. 161
A l'âge de vint ans j'ay beſoin de
Lunetes.
LE Rovx , Ecclefiaftique
de Bretagne.
XLI.
Vr l'Enigme j'avois l'esprit fort
Svràla
gefne,
Et fans doute j'aurois reſvé juſqu'à demain,
Si mon Pere prenant fes Lunetes en
main
Ne m'euft dit ; Tien , voila le Mot qui
te fait peine.
LE GIVRE , Avocat à Provins.
XLII.
Our trouver au plutoft l'Enigme du
Po Mercure,
l'ay voulu me fervir d'un Chemin de
détour.
Pay cherché cette route & la nuit & le
jour ,
Croyant qu'elle feroit & plus courte &
plusfeûre ;
Mais n'ayant pû trouver le but de mon
deffein ,
Pourquoy ( mefuis-je dit ) faire icy tant
Le fin?
Pour
162 Extraordinaire
·
Pour trouver cette Enigme obfcure,
Il nefautfeulement qu'aller fon grand
Chemin.
A
I
Les Réclus de S.Leu d'Amiens.
XLIII.
Mans à cheveux gris .
Quilaffez vos Iris
A lire vos Fleuretes;
Le Mercure à ce jour
Pourfervir voftre amour,
Vous offre des Lunetės .
DE LONGES , Avocat à Lyon.
XLIV .
E ne fuis pas un grand Prophetes
Et je ne fçais pas deviner ;
Mais j'ay grand befoin de Lunete,
Moy qui commence àgrifonner;
Et fi je fuis bon Interprete ,
Je croy fans beaucoup raiſonner
Qu'on trouve dans voſtre Gazete
Ce que je viens d'imaginer ;
Remede pour la Camufete ,
Remede qu'on peut bien donner
Aux nez quifont faits à Pompete,
Quand l'age vient nous chagriner.
Heureux trois fois foit le Poëte
Qui peut fi bien le façonner.
Le Bedeau utile de Laon.
XLV.
Au Mercure Galant.
1631
C
XLV.
Omme il m'eft glorieux de voir ce
que vous faites,
Mercure dont l'efprit remplit tous nos
fouhaits ,
Pour vous envisager de pres ,
I'ay voulu prendre des Lunetes.
L. BOVCHET , ancien Curé
de Nogent le Roy.
XLVI.
Ve le Mercure eft agreable !
Quefes deffeins font genéreux !
Pourfe donner à tous, fa bontéfeconrable
Envoye à cet effet des Lunetes aux
Vieux.
P. GEOFFROY .
XLVII.
Es Rayons du Soleil une Nuë
DESembellie
Exprime fon portrait par la refléxion;
Ceft alors que Phébus regarde un
Phaeton ,
Que l'on appelle Parélie,
LA BLONDINE GVERIN,
de Provins.
RELA
164
Extraordinaire
.
RELATION D'UNE
Fefte donnée à Bacchus , par les
Nymphes du Mont Niffa , à
l'occafion de la Conquefte des
Indes.
A
Pres avoir fait triompher l'Amour
aux yeux de toute la Terre , dans
la derniere Lettre que vous avez reçeuë
de moy , ne me fera- t'il pas permis
, Monfieur , de prendre dans celle-
су le party d'un autre Dieu , qui le premier
icy-bas a porté le Diademe , &
fans qui peut - eftre l'ufage des Triomphes
feroit encor ignoré ?Mais pourquoy
ne travaillerois-je point à la gloire de
Bacchus ? Vous m'en donnez une occafion
par la cinquiéme Queſtion de voftre
Extraordinaire. J'ay done crû que
fans trop m'éloigner de la décifion que
vous en demandez , je pouvois inventer
ce qui fuit.

Dés que Bacchus fut Vainqueur des
Indiens , il fit bâtir dans leur Païs au
pied du Mont- Nifa, une Ville de même
nom , afin d'élever un Monument
éternel
du Mercure Galant. 165
éternel à fa gloire , & de rendre plus
celebres les Nymphes qui l'avoient
noury durant la jeuneffe. Ces Nymphes
reconnoiffantes d'un bienfait fi
confiderable, s'éforcerent de témoigner
de la gratitude à Bacchus. Dans ce deffein
elles luy preparerent une Feſte,
pour laquelle elles employerent des
Mets delicieux , des Vins exquis,& des
Fruits excellens. Elles accommoderent
à l'entrée de leur Antre un Berceau de
Treille en forme d'Arc de Triomphe,
autour duquel regnoient des Feftons
de Lierre , & de Vigne. Elles mirent
encor toute leur adreffe à figurer au
Ideffus de la place de Bacchus , une efpece
de Diademe , avec les Raifins qui
pendoient du haut de ce Berceau . Le
Dieu couronné de Pampre & arrosé de
= Parfums, eftoit affis fur des Lits gazonnez
, mais tout femez de Fleurs. Il avoit
le plaifir d'entendre les Bacchantes &
les Satyres qu'il avoit amenez avec
luy , méler le fon de leurs Inftrumens
au ramage des Oifeaux , & aux murmures
des Fontaines. D'ailleurs les Nymphes
le divertiffoient de ce qu'on pouvoit
luy dire de plus agreable , & de
plus
166 Extraordinaire
plus enjoüé . Il n'eft pas difficile àcroire
qu'un Conquerant , qui eftoit bien
aiſe de ſe délaffer des fatigues de la
guerre , s'abandonna là entierement à
la joye. Aufli répondoit-il à tous les
bons mots , & plaifantoit-il fur toutes
les matieres qui fe préfentoient. Je
vous laiſſe à penſer s'il oublia de tourner
en ridicule la maniere dont les
Indiens avoient appris de luy l'ufage
du vin , & comme ces Barbares en
ayant bû , s'imaginoient que ce fut du
poifon , parce qu'il les avoit enyvrez &
mis en furie. Ce n'eft pas que dans fa
belle humeur cette reflexion férieuſe ne
luy échapât. Le Vin , s'écrioit-il , fervira
de témoignage aux Héros futurs,
que le métier de Mars ne doit point
eftre leur feule occupation , puis qu'il
eft des talens pour les regnes de Paix,
qui peuvent immortalifer. Il eft vray,
Seigneur, répondit une des Nymphes,
que l'art de planter la Vigne , non
moins que le bruit de vos Conque
ftes , porte voftre non auffi loin que le
Soleil porte fa lumiere , & fait qu'on
vous éleve des Autels par tout. Les
Hom
du Mercure Galant. 167
*
Hommes , continua - t- elle , font heureux
à prefent de fçavoir cultiver cette
Plante admirable , qui commençoit.
à n'eftre plus fi chérie ny fi eftimée ,
qu'elle l'avoit efté dans les premiers
fecles , lors qu'une avanture , qui eft
digne de vous eftre racontée , la fit.
connoiftre. Nous autres , Nymphes
nous fommes pour ainfi dire , des Ar
chives vivantes qui peuvent tranſmet
tre jufqu'à la derniere pofterité les merveilles
des fiecles paflez . Bacchus prévoyant
peut-être que le recit feroit long ,
fe mit à boire plusieurs coups , & apres
écouta ce qui fuit .
Un jour que les Dieux s'eftoient
tous affemblez dans le Ciel , reprit la
mefine Nymphe , l'Amour fe fervit de
l'occafion pour le plaindre à eux , de ce
que fon pouvoir commençoit à décliner
fur la Terre. Moy , remontroit- ik
à ces Divinitez , qu'on nommeroit à
bon droit le principe de tout bien , fera-
t-il dit que mes fleches ne feront
plus de bleffures , & que mon Alambeau
fera incapable deformais d'enflamer
le coeur des Humains H eft donc
de ma deftinée d'avoir mon couchant
de
168 Extraordinaire
de mefme que le Soleil ; mais eft- il de
voftre intereft de fouffrir qu'il y ait
dans l'Univers des Jeux , & des Plaiſirs,
où les miens ne foient point appellez ?
Les Mortels à prefent fe forment une
humeur groffiere, barbare, & fauvage,
parce qu'ils fuivent peu mes maximes
qui n'éxigent que la douceur
la politeffe , & l'urbanité. Vous vous
apercevez fans doute , que le coeur
de ces Mortels s'endurcit de jour
en jour à vos inſpirations. Helas ! s'ils
s'engageoient davantage fous mes
Loix , ils deviendroient doux , traitables,
& dociles aux enfeignemens de la
vertu. Veuillez, grands Dieux , penétrer
la verité de mes paroles, & rétablir
mon pouvoir dans l'une & l'autre Hémifphere
! Ce difcours finy , Efculape
feul y répondit , en difant que pour remedier
aux malheurs de l'Amour , il
fçavoit un moyen feûr. Ce moyen étoit
de donner à connoiftre aux Hommes
une certaine Plante, qui auroit la force
de leur communiquer un feu qui
augmenteroit celuy qu'infpire le Dieu
qui fait aimer. Dés que ces Mortels
auront goufté du fruit de cette Plante,
ajoû
du Mercure Galant. 169
ajoûtoit - il , vous les verrez fe retirer
des fatigues de la Chaffe, qui eft prefque
leur unique divertiffement , afin
d'embraffer une vie plus mole , & plus
oifive. S'il arrive que les Hommes
trouvent ce fruit fi délicieux qu'ils en
prennent avec excés , cet excés fera
moins préjudiciable que celuy des autres
vices. Le grand Jeu , par exemple,
eft la ruine d'une Famille ; car bien
qu'un Joueur foit longtemps heureux ,
la fortune peut changer pour luy, & ce
changement le dépouiller à la fin de
tous les biens. Ses Enfans qui ne s'attendoient
point à ce fâcheux revers,
en font d'autant plus miférables , qu'ils
n'ont point efté élevez à fe garantir de
la mandicité par le travail . De mefme
fi un grand Chicaneur laiffe des héritages
mal acquis à fes Enfans , ces Enfans
ne les poffederont point en fûreté,
puis qu'on fera toûjours en droit de les
refaifir fur eux , lors que la malverfation
de leur Pere deviendra connue.
C'eft pourquoy leur infortune eft qu'ils
font ruinez par les frais de Juftice. Aut
lieu que les Enfans d'un Buveur voyant
dépérir infenfiblement leur bien , fe
Q. de Ianv. 1680,
H
170
Extraordinaire
prévaloir contre les rigueurs du Sort.
Et puis quels blafphemes ne vomit
point un Homme qui eft dans la perte
du jeu ! De quels crimes n'eft point capable
celuy qui de fens froid , ravit
l'héritage de fon Voifin ! Et l'un &
l'autre , quel méchant exemple donnent-
ils à leur Famille ! Un Buveur,
tout le mal qu'il commettra , fera de
noyer fa raifon dans le Vin , car les
crimes qui feront les effets de fon
yvreffe , ne feront point de mauvaiſe
impreffion , puis qu'ils proviendront
d'un inſenſé, & qu'au contraire ils infpireront
plûtoft du dégouft & de l'horreur.
Croyez-moy , il n'eft point de
paffion qui caufe du bien dans le monde
, autant qu'en produira celle de boire
, lors qu'elle ne fera point pouffée
jufqu'à l'excés, car un Mortel qui prendra
du jus de cette Plante modérement
s'il eft Soldat ; il en aura l'ame moins
inacceffible à la crainte, & ainfi rendra
des fervices plus confidérables à fon
Prince & à l'Etat. S'il'eft Homme de
focieté , il fera fouhaité davantage, parce
qu'il en aura l'humeur plus agreable.
S'il eft Amant , il fera mieux écouté
de
du Mercure Galant. 171
de fa Belle , parce que ce qu'il luy dira
en aura plus d'énergie.
L'Amour fatisfait de ce que luy apprenoit
Eſculape , le preffa de luy faire
connoiftre cette merveilleufe Plante.
Il obtint facilement ce qu'il demandoit
, & éprouva auffi - toft fur l'Or
meau, qui eftoit un jeune Homme Indien
, bienfait , & d'une Race illuſtre,
que le Jus de cette Plante ou plûtoft
ce Nectar , feroit propre pour achever
de confumer les coeurs qui auroient déja
efté échauffez du feu de fon Flambeau.
Il prit donc l'occafion que l'Or,
meau fatigué de la Chaffe, s'endormit
dans le fond d'un Bois , afin de luy inf
pirer en fonge que s'il goûtoit du fruit
d'une certaine Plante faite de la maniere
qu'il luy dépeignoit , il remporteroit
une Conquefte qu'il eftimeroit
plus que tous les biens du monde. Enfuite
il luy perça le coeur d'une de ſes
Flêches. Dés que ce jeune Chaffeur
fut réveillé , il vit à quelques pas de
luy la Plante dont il luy avoit efté parlé
en fonge. Il en goûta , & le Jus luy
en parut délicieux . Il fit part auffi - tolt
de cette nouvelle découverte aux Per
Hij
172
Extraordinaire
fonnes de fa connoiffance , & chacun
en eut de la joye : mais il ne tarda guéres
à rencontrer la Vigne qui eftoit la
Beauté pour qui l'Amour l'avoit bleſſé.
Comme l'Ormeau avoit pris du Jus de
la Plante abondamment , il eftoit d'une
humeur plus enjoüée que de coûtume.
Ainfi faifant alors un aveu de fa paffion
à cette Belle , il n'eut pas de peine à
s'infinüer dans les bonnes graces. Cet
Adorateur , tout glorieux de ce qu'il
eftoit écouté favorablement , ne douta
point que la Vigne ne fuft cette Conquefte
que le fonge luy avoit predite.
Auffi depuis ce temps - là on auroit pû
luy prefenter les honneurs du Triomphe
avec le Diadéme , fi quelqu'autre
en avoit efté l'Autheur avant vous ; on
luy auroit encor donné les Tréfors des
Indes qui vous font acquis , qu'il auroit
tout méprifé pour jouir du bonheur
de voir fon Amante. La Chaffe
avoit ceffé d'eftre fon unique employ,
depuis que
fon coeur eftoit devenu la
proye des beaux yeux de la Vigne.
Cette jeune Beauté eftoit alors pour luy
une Diane , qui portoit fon Arc & fes
Fléches dans fes yeux. Enfin il ne ſe
paffoit
du Mercure Galant. 173
paffoit plus de jours fans que l'Ormeau
euft le plaifir de parler à fa Maiftreffe
, ou de goûter du Jus de la Plante.
Les endroits mefme du Bois où fe
trouvoit cette Plante, eftoient les lieux
de leurs rendez vous. Ce qui en eft un
témoignage affuté, c'eft que lors qu'ils
eftoient fur le point d'y favourer les délices
de l'Amour, un Chaffeur, qui n'etoit
pas encor devenu Búveur & Amat,
entendant du bruit dans des broffailles,
perça d'un coup de Javelot les deux Persones
amoureuſes . Leurs bleſſures étant
mortelles:elles expirerent entre les bras
du Chaffeur. Mais l'Amour voyant
qu'on començoit à fuivre fes Loix avec
ardeur , & que l'Ormeau & la Vigne
eftoient les vrais modeles d'une parfaite
union , à l'inſtant mefme les métamorphofa
tous deux. Il changea la
Vigne en la Plante qui avoit donné
lieu à leurs intrigues , & l'Ormeau en
un bel Arbre, dont l'ombrage feroit recherché
de ceux - là mefme qui n'auroient
qu'à y prendre le frais , & que
des myfteres amoureux n'y conduiroient
pas. L'Amour craignant que par
une longue fucceffion de temps , on
Hj
174
Extraordinaire
ne perdift la memoire de cette Métamorphofe
, affigna des noms à la Plante
& à l'Arbre ; & c'eftoient ceux de l'Amant
, & de l'Amante. Mais afin qu'on
ne doutaft jamais de la verité de l'Hiftoire
, ce Dieu a voulu que jufqu'aux
fiecles les plus reculez , l'Ormeau & la
Vigne tout infenfibles qu'ils fembleroient
eftre , continuaffent à s'embraffer.
La Nymphe finit là fon Difcours.
Je ne vous diray point ce que Bacchus
y répondit , comme fe paffa le refte de
la Fefte , ny de quelle maniere ce Dieu
retourna triomphant à Thebes; ma Lettre
n'eſt déja que trop longue , & il eſt
temps de vous dire que je fuis voftre,
&c.
DE LA SALLE , Sr de l'Eftang.
DES
du Mercure Galant. 175
DES FEVX DONT LES
Anciens fe fervoient dans les
guerres , & de leur compofition;
& de la découverte de la Poudre
à Canon.
L me femble qu'il eft affez à propos
de donner un Abregé des Feux dont
les Anciens avoient l'ufage dans leurs
Guerres , & d'en déclarer la compofition
, la nature & les effets , avant que
de parler de la Poudre à Canon, à caufe
du raport qu'ils ont enſemble , & pour
en faire un paralelle.
Il feroit icy fuperflu de nommer toutes
les Machines de guerre , leurs figu
res , leurs ufages & leurs effets , & plufieurs
autres chofes que les Anciens
avoient dans leurs Armées , & de dire
quels en ont efté les Inventeurs . Les
Curieux auront recours aux Autheurs ,
entre lesquels font Vegetius , Polybe,
Frontin des Stratagemus, Elian , Godefcalcus
, Steuvechius en fon Commentaire
, Olaus Magnus , Theodorus, *
Hi
176 Extraordinaire
Zuingerus en fon Theatre de la Vie
humaine , & plufieurs autres , noftre
deffein n'étant que de parler des Feux
des Anciens .
Il faut commécer par les matieres qui
entroient en leur compofition. La premiere
eftoit ordinairement le Bitume,
dont il y a deux efpeces . L'une eft liquide
, & l'autre limoneufe & épaiffe.
De ce Bitume liquide il diftile une
Huile qui penétre les Pierres & les
Rochers , que l'on appelle à caufe de
cela Petrole. Cette Huile eft fi fufcéptible
du Feu , qu'eftant melée dans la
compofition , elle la rendroit extrémement
combustible. Quelques-uns ont
voulu dire que c'eftoit la Naphthe;
mais nous y trouverons de la différence;
puis que l'une & l'autre fervoient à
la compofition. Le Bitume épais & limoneux
eft une terre graffe , onctueufe
& chaude , qui ne laiffe pas de fervir à
la mefme compofition . On trouve plufieurs
Lacs dans les Parties Orientales
qui regorgent de ces deux fortes de Bitume
, & principalement il y en a un
fameux vers l'Eufrate. Ce fut de ce
Lac que l'on tira la matiere dont la
Reyne Sémiramis fit enduire les Mudu
Mercure Galant.
177
tailles de Briques dont elle avoit fait
ceindre Babylone.

Outre ces deux matieres , on ajoûtoit
une autre espece de Bitume , appellé
Asphalte , qui a beaucoup de raport
avec la Poixréfine , mais qui eft un peu
plus dur , qui demeure plus longtemps
allumé & qui fe nomme à cauſe de
cela Piffafphalte. Il prend fort aifément
feu : La feconde efpece de l'AG
phalthe eft un peu limoneufe , & reffemble
beaucoup au Bitume épais. Il y
a des Lacs de l'un & de l'autre plûtoft
au Levant qu'au Couchant, & au Nord ,
acaufe de la chaleur qui aide à leur
genération . Ce fameux Lac , nominé
Afphalte,fi large & fi profond, qui contient
foixante ftades de circuit , eft dans
la Paléftine , & fa matiere approche du
Bitume; mais l'odeur en eft plus forte &
enteſte davantage. C'eft de luy dont
Ariftote , Strabon , Jofephe, Egefippe,
Simon Majole, & autres, font mention
& rapportent des merveilles.
On adjoûte encor à cette compofition
le Soulfre , qui eftant d'un efprit
plus fubtil & plus vif, aidoit beaucoup
à l'inflâmation. Il y en a quatre efpe-
Hv
178
Extraordinaire
ces. Le vif , que les Grecs appellent
Apyron › parce qu'il eft tel qu'il fort
de la Mine , & ne paffe point par le
feu.Les autres efpeces s'y fondent aifément.
Les Iles Volcanelles , Lipary,
Scantia & Scandaglia , en abondent
auffi-bien que Pozzoli , & pour cela
ces lieux font ordinairement fujets à
prendre en feu. Il y a des Fontaines
fulphurées qui en font connoiftre les
Mines. L'Ifle de Thule où eft le Mont
Hecla , qui jette continuellement du
feu comme le Mont Ethna & le Vefuve,
en fournit toute l'Europe.
On y méloit auffi de Nitre , qui eſt
une espece de Sel qui fe tire de la Terre,
& dont l'efprit eft fort fubtil.Il s'en
trouve des Mines dans Naucratis , &
prés de Memphis, au raport du meſme
Theodore Zuingerus .
La Malthe , qui eft une espece de
limon de nature gluante , onctueuſe &
adherente, eftoit du nombre de ces matieres
. Ce limon eftant une fois allumé,
ne fe peut éteindre dans l'eau mel
me, & la pluye l'embrafe davantage. Il
ne fe détache point de la chofe où il
tient , qu'il ne l'ait entierement confumée
Au Mercure Galant. 179
mée;de forte qu'un Soldat en eftant pris.
en ſes vétemens ou en fes armures , n'avoit
pas le temps de s'en dépouiller
qu'il n'en fentift les furieux'effets. Il y
en a un Lac prés de Samoſate en Comagéne;
& Lucullus Capitaine des Romains
vit les prodigieux effets de ce limon
au Siege de cette Ville , qu'il fut
contraint de lever avec la perte de
beaucoup de fes Troupes qui furent
confumées de ce limon en feu. Voyez
fur cela Lucain.
La Naphthe eftoit auffi une des principales
matieres . Elle a une fi grande
affinité avec le feu , qu'elle s'y jette
d'elle -mefme fitoft qu'elle le voit. Elle
eft inextinguible , & coule des lieux
d'où elle naift comme le Bitume liqui
de ou la Petrole. La matiere en peut
ſe ſecher, & tient toûjours de fa nature
fubtile & ignée.On en voit divers Lacs
dans la Contrée de Babylone, & en celle
d'Auftragéne, Ville des Parthes, comme
auffi das la Perfe.On tient que Medée,
pour le vanger de l'infidelité de Jafon,
trouva le moyen de confumer par la
Naphthe qui prit feu , Creüfe fa nouvelle
Epoufe , & le Roy Créon fon
Pere,
180 Extraordinaire
Pere, luy ayant envoyé une riche Couronne
& un Voile qui en eftoient enduits
, fous prétexte de quelque reconnoiffance.
Le plus prompt remede contre
la Naphthe en feu, eft de l'étouffer
avec de la terre , de la fange & du vinaigre.
L'eau n'y feroit rien. On uſe
des mêmes chofes pour éteindre la Malthe.
On peut voir Ammiam,
Marcellin,
Diodore, Probus, Sallufte , & autres.
Voila les
principales matieres qui
entroient en la
compofition des Feux
des Anciens , lefquelles eftant alliées
enfemble, faifoient des
operations prodigieufes
. Ils en avoient leurs Magazins
pleins comme nous de Poudre à Canon.
Les Grecs ont efté les
inventeurs
d'un Feu à qui l'on donnoit
ordinairement
le nom de Grégeois. Olaüs en rapporte
la compofition . Il fe faifoit de matieres
fort
combuftibles &
inextinguibles;
l'Aſphalte , la Naphthe, la Gomme
Dragant,la Poix Grecque,le Soulfre, le
Vernis de Genévre, le Nitre, la Petrole
, le Sel Gemme , la Sarcacole & le
Camfre, y entroient, & ce Feu eftoit fi
fubtil & fi actif, que quand la matiere
en eftoit allumée , elle rouloit d'elleme
fme
du Mercure Galant. 181
mefme avec tant de violence , qu'elle
confumoit dans un Camp , Hommes,
Chevaux , Bagages , Armes , & toutes
les Machines où elle s'attachoit . Elle
fubfiftoit mefme dans l'eau fans s'éteindre.
C'eft auffi dont on fe fervoit dans
les Armées Navales pour brûler les
Vaiffeaux & faire perir la Milice ; car
un Homme en eftant atteint avoit beau
fe precipiter dans la Mer , ce Feu l'y
confumoit comme ailleurs. Voyez Plutarque
en la Vie d'Alexandre.
On inventa encor une autre forte de
Feu inextinguible , dont la matiere
eftoit la Poix, le Soulfre, l'Encens , la
Manne d'Encens, le Bitume,la Petrole,
la Colophone, avec de la raclure de Sapin
gommeux ou de Larix , & c'eftoit
dont on enduifoit les faiſceaux, de Serment
, ou d'autre bois combuftible,
qu'on jettoit avec des dards en forme
de carreaux de foudre, pour les attacher
aux Machines de Guerre , ou Tours ambulatoires
des Ennemis , & y eftant une
fois attachez , ils confumoient ſouvent
les Machines avec les Soldats. On fe
fervoit de ces mêmes faiſceaux attachez
aux cornes des Taureaux . Les ayant
en duits
182 Extraordinaire
enduits & allumez , on pouffoit la nuit
ces Animaux en furie dans le Camp
des Ennemis, & y caufant une grande
épouvante aux Hommes & aux Chevaux,
ils y faifoient un étrange ravage.
Ajoûtons qu'on fe fervoit de ces mefmes
matieres en Feu qu'on verfoit du
haut des Tours ou des Murailles des
Villes affiegées fur les Soldats qui les
efcaladoient, & que l'on jettoit ces failceaux
attachez à des crampons fur ceux
qui avec leurs Bouchers faifoient la
tortuë pour y grimper . C'étoit encor
avec ces Feux que l'on étouffoit les Mineurs
dans leurs trous quand ils fappoient
les Murailles. Voyez Appian Alexandrin,
Herodian , les Commentaires
de Cefar, & autres . Le premier Inventeur
des Mines des Anciens eftoit Capanée.
L'ufage eftoit auffi des Miroirs ardans.
On en voit un fameux exemple
dans la Guerre des Romains contre la
Ville de Syracufe , d'où Archimede, à
qui on en donne l'invention , brûla la
Flote Romaine , quoy qu'elle fût éloignée
de 4. ou 5. milles de Syracuſe.
Voyez les Ouvres du même Archimede,
Les
da Mercure Galant.
183
Les Flambeaux ardans de Cire, de
Nitre & de Poix ,fervoient pour éfrayer
les Elephans & les mettre en déroute.
Cecy eft du temps des Romains qui
s'en fervirent contre ceux de Pirrhus,
& qui les firent fuyr tous épouvantez ,
renverfans leurs Tours de bois & leurs
Hommes avec un grand fracas . Ce fut
ce qui caufa la défaite de ce Roy dans la
Lucanie. Ils s'en fervirent auffi contre
Hannibal dans l'Affrique , contre le
Roy dans l'Orient , & contre Jugurtha
dans la Numidie. On peut voir Tite-
Live, Juftin Florus & autres, & fur tout
Pline.
DE LA DECOUVERTE
de la Poudre à Canon.
NOUS
Ous paffons icy fous filence tous
les noms & les différentes efpeces
de l'Artillerie , les Armes à Feu, & les
Machines anciennes & modernes que
les Ingénieurs ont inventées, & inventent
tous les jours.
Selon l'opinion la plus cómune , l'Artillerie
n'a êté inventée qu'apres la découverte
de la Poudre à Canon, & l'une
&
$ 84 Extraordinaire
& l'autre femblent dépendre entiere
met de laChymie, puis que cet Art, par
fes fubtiles opérations, a recónu la nature
& les qualitez de toutes les chofes,ce
qui eft fixe , volatil, fufile , combuftible,
inextinguible, vif, & toutes les évaporations
qui fe font par l'activité
du Feu ; la vertu des Sels , les efprits du
Soulfre & du Salpêtre ; & enfin toutes
les compofitions qui fe peuvent faire
les plus fubtiles & ignées ; apres quoy
il n'a pû eftre difficile de parvenir à la
compofition de la Poudre à Canon , la
matiere en ayant efté découverte.Toutesfois
l'ufage n'en eft pas fi ancien
chez nous que chez les Chinois , fuivant
les diverfes Relations des Voyageurs
qui font revenus de ces Païs- là.
Venons donc à la découverte de la
Poudre à Canon . On la donne à un
Moine Allemand nommé Ber& holdus
Niger,Chymifte , en l'année de 1378 ..
Quelques François en ayant veu les
expériences , en apprirent le fecret &
la compofition auffi - bien que l'ufage.
On voit en effet que fa violence & fon
activité font fi grandes , qu'un feul
grain eft affez fubtil & capable d'en
enflâ
D
du Mercure Galant . 185
enflamer en un moment une maffe.
fuft - elle auffi grande que l'Univers,
fans laiffer aucun veftige de foy - même
, finon une épaiffe fumée ou une
vapeur qui fe diffipe auffi- toft; parce
que l'efprit qui regne en tant de
petits grains comme en autant de pë.
tits corps féparez , & qui les anime tous
également , ne cherche qu'à fe reünir
par l'inflâmation, & fa violence fi vive
& fi prompte, les confumant tous en
un méme temps enfemble , fait les effets
que l'on voit arriver par les Mines
; car cet efprit eft contraint en fe
voulant dilater, & cherchant une étendue
felon fa capacité, de faire fauter les
Mines, & la violence en eft plus grande,
plus il eft ferré. C'eft là le fecret
des Ingénieurs , de proportionner les
charges aux effets qu'ils defirent , & de
fabriquer les Mines par angles , & d'éloigner
l'amorce de l'angle où la Mine
doit jouer, de peur que le feu foit obligé
de fortir par le même endroit où l'amorce
a pris feu. Avant que de parler
de fa compofition, nous dirons quel eft
l'Autheur de la Mine. On tient que ce
fut un nommé Francifcus Georgius Senenfis,
186 A
Extraordinaire
nenfis, qui y enfeigna le premier le fecret
aux Efpagnols au Siege de la Citadelle
de Lucilliane pres de Naples,
eftant défendue par les François , la
Poudre à Canon eftant alors en uſage.
Voyez le même Theodore Zuingerus.
Il rapporte auffi que les Venitiens s'en
fervirent en 1400. contre les Genois
qui furent extrémement furpris de voir
des effets fi extraordinaires par cette
Poudre , & par les Mines dont ils ne
connoiffoient pas encor l'ufage.
A l'Egal de l'Artillerie, on voit que
la même Chymie , qui fait les opérations
fur tous les Métaux , qui en connoiſt
la nature , le tempérament & les
mélanges, a donné auffi la connoiffance
de fondre l'Artillerie & de la perfectionner
en l'état où on la peut voir.
Auffi voyons- nous que ce Moine Allemand
eftoit Chymifte , & qu'il l'inventa
en 1380. deux ans apres la poudre
à Canon, fuivant le rapport du même
Zuingérus.Ce n'eft pas qu'en quelques
Contrées du Nort on ne fe ferve
encor de Canons de cuir- bouilly & endurcy
au vinaigre , lefquels font juf-
< ques à dix & douze décharges avec affez
du Mercure Galant. 187
& fez de violence pour les attaques ,
pour donner dans la Cavalerie & l'Infanterie.
On les rafraîchit comme ceux
de fonte avec le vinaigre. Ils font fi faciles
à porter , que douze n'eftans pas
montez , font à peine la charge d'un
Cheval , & de noftre Siecle. Guftave
Roy de Suede en avoit dans fon Armée.
Parlons maintenant de la compofition
de la Poudre à Canon. Prémierement
la matiere en doit eftre feche
& peu terreftre ; car le tout confifte en
l'efprit. Elle ne doit pas auffi fe liquefier
au Feu ; mais au contraire au même
inftant qu'elle fent une étincelle , elle
doit s'enflamer. Le Salpêtre qui entre
en fa compoſition ,auffi- bien que l'Ammoniac
qui eft un compofé , eft volatil
& de naturefulfurée & mercuriale. Il
fe trouve fouvent dans la terre , & s'y
forme par l'urine des Bétes, qui d'ellemême
eft chaude & falée , & qui plus
elle pénetre, plus elle s'allie avec la terre
, & forme ce corps particulier qui
tient de la nature du Sel . Plus il eft fec ,
il en eft de plus fubtile operation. Ce
n'eft pas qu'il ne s'en trouve auffi dans
les
188 Extraordinaire
les Cavernes qui fe forme d'une humeur
qui diftile & fe congele. On en
trouve auffi dans les Colombiers, qui
par la chaleur de la fiente de Pigeons
s'engendre dans la terre. Il faut auffi
remarquer que dans les lieux d'où l'on
a tiré le Salpêtre , fi on en ramaffe la
terre par monceaux , elle en produira
une plus grande quantité les années
fuivantes. C'est un des principaux corps
qui entre dans la Poudre à Canon.
L'efprit de Soulfre de qualité mo
yenne entre le fixe & le volatil ., yy eſt
extrémement requis, & peut bien faire
une liaiſon de l'ame & du corps. L'ame
eft le Salpêtre jointe à l'efprit du
Soulfre,& le corps eft le charbon , mais
principalement de bois de Saule, parce
qu'il eft moins terreftre que tout autre,
plus leger & plus poreux , à caufe de
l'aubeau qui fe trouve das le troc de cet
Arbre,Mais pendant qu'on fait la compofition
de la poudre avec ces matieres,
on doit l'arrofer avec de l'Eau de vie
rectifiée , puis on la laiffe fecher pour
en évaporer l'humidité, afin , que l'efprit
de l'Eau de vie y refte feul, qui naturellement
eft fi porté au feu , qu'une
étin
du Mercure Galant. 189
étincelle précipite à même temps l'inflamation.
Si l'on y ajoûte l'efprit du
Camfre , fans doute l'inflamation en
fera encor plus prompte. Voilà l'ame
l'efprit , & le corps de cette poudre,
qui fait tant d'opérations fi merveilleufes,
tant par l'Artillerie, que par les
Mines & autres machines que les Feux
de nos Anciens , dans lefquels il entroit
tant de diverſes matieres pour la compofition,
auroient peine à en faire da
vantage. Si l'on veut que la Poudre faffe
peu de bruit, il la faut beaucoup broyer
pour la rendre menuë , mais elle perd
beaucoup de fa force. Voilà la découverte
de noftre Allemand , tant pour la
Poudre àCanon que pour l'Artillerie,
& ce que fa Chymie a pû produire.
La Chymie a auffi appris que l'Or
reduit en poudre fubtile & bien préparée,
eſt auffi prompt & violent en fon
ignition, que la Naphthe , & la force
du coup en eft exceffive , mais le jeu en
coûteroit beaucoup.Il y a encor l'herbe
Aproxis, qui de fa nature eft tellement
feche & ignée, pour naiftre en des lieux
chauds & fulfureux , comme à Pozzoli
& ailleurs , qu'elle s'enflâme à l'approche
du feu , & ne cede pas en fa
190
Extraordinaire
precipitation au Camfre ou à la Naphthe
. Sur tout cela voyez Olaüs , Bodin,
Pline , Cardan, Porta , Vecker , l'Effay
des Merveilles, & autres.
A LA POVDRE À CANON .
E SpritdeSalpêtre & de Feu,
Petit grain plus prompt que la
Fondre,
Qui par un effroyable jeu
Fais fauter les Palais en poudre ;
Que celuy qui te découvrit,
Et le fein de la terre ouvrit,
Ne fit-il là fes funerailles !
Il eftoit digne de cefort,
Sans, te tirant defes entrailles,
Fournir des armes à la Mort.
Helas ! à combien de Mortels
Cevray Baftard de Salmonée ,
Loin de s'attacher aux Autels,
A-t-il tranché de destinée ?
Quand il fit fon fatal deffein,
N'avoit-il pas du Genre humain
L'ame entierement ennemie ?
Son coeur eftoit plus dur qu'un Roc,
De
du Mercure Galant: 191
De découvrir parfa Chymie
Vn Art indigne de fon froc.
C'eftoit affez que les carreaux
Que tient le Maistre du Tonnerre,
Dont pour fe vanger de nos maux
Il fait trembler toute la Terre ;
C'eftoit affez que le poiſon
Peut bien naiftre en toute faifon
Dans l'Aconit & la Ciguë.
Falloit- il jufques aux Enfers
Chercher une vapeur qui tuë
Avec tant d'Inftrumens divers ?
Ouy, Poudre, ton activité
Qui ne veut rien qu'une étincelle ,
Agiffant fur ta quantité,
En ramaffe la force en elle.
De tout poids tu fçais triompher,
Tu diffous le Bronze & le Fer,
Et reduis le Marbre enpouffiere :
Helas ! tu ne veux qu'un moment
Pourfaire d'une Ville entiere
Vn effroyable Monument.
Combien d'épouvantables noms
Portent tes fatales Machines !
Prendra-t-on pas pour des Démons
Ceux qui te cachent dans les Mines?
То
192
Extraordinaire
Ton feu fi foudain y reluit,
Avec horreur , tumulte & bruit,
Qu'il en fait plus que le Tonnerre.
Il ne peut demeurer enclos,
Fut- il au centre de la terre,
Qu'il n'en faffe un affreux chaos.
Regarde le fang répandu
De ceux qui courent à la gloire;
Si ce Sacrifice t'eft dŵ,
Combienpeut confter la victoire ?
Laterre eft couverte de Corps,
Etles Expirans & les Morts
Font voir un fpectacle funefte.
On doit plus redouter tes coups,
Que les dards dont s'arme la Pefte,
Quand le Ciel s'en fert contre nous.
Contente-toy pour l'avenir
De tant de foupirs & de larmes,
Pour ceux que l'on a veu finir
Leurs jours au milieu des allarmes.
Que dis-je ? Si c'est pour leur Roy
Qu'ils ont péry dans leur employ,
(Leurgloire doit eftre immortelle,
Mais pour te bannir deformais,
Efprit de Feu, Poudre cruelle,
LOVIS a ramené la Paix.
Si
du Mercure Galant.
193
Situ fers, nefers plus enfin,
Que pour l'allégreffe & la joye .
Ce n'est plus que pour le DAUPHIN ,
Qu'ilfaut qu'en tous lieux on t'employe
A la gloire defon beau nom
Fay par tout bruire le Canon.
Va publierfon Alliance,
Et
par des Concerts glorieux
De la Bavieres de la France
Porte l'union jufqu'aux Cieux.
RAVLT , de Rouen.
LA GROTE
HISTOIRE
Cutic
'Eft à vous feul que je demande
juftice, aimable Mercure , & c'eft
vous feul de qui je puis l'attendre dans
la conjoncture où ma deftinée m'a réduite.
Vous la rendez, publiquement
depuis plus de trois ans, non feulement
aux Princes & aux Héros de voſtre
Patrie ; mais vous avez encor deterré
le merite des Païs Etrangers pour le
2. de lanv. 1686.
.
I
194 Extraordinaire
faire connoiftre par tout où va voſtre
Ouvrage, c'est à dire , par tout le Monde.
Cette penſée me remplit de confiance
fur la grace que j'ay à vous demander,
car j'ay du merite auffi , fi un
talent auffi rare qu'une fidelle tendreſfe
, en eſt une marque. Vous portez le
nom d'un Dieu qui n'a jamais manqué
de charité pour les coeurs tendres. Il
s'eft fait de tout temps un genereux
plaifir d'eftre le menager des fortes
amitiez. Je vous demande d'eftre celuy
de la mienne , & quand vous aurez un
peu réflechy fur la penſée qu'il m'eſt
venue de me fervir de vous , faute d'avoir
aucune autre adreffe affurée, peuteftre
que vous ferez touché de l'état de
mon coeur, & que vous trouverez dans
le ftratageme que je mets icy en ufage,
un caractere de nouveauté affez particulier
pour meriter que voftre complaifance
s'engage dans mes interefts , &
que vous me ferviez , ne fuft- ce qu'à
cauſe de l'invention. Aprenez donc mon
avanture.
Je fuis Fille ; j'ay reçeu le jour dans
un Païs où il y en a quantité de fort
jolies , & c'est peut - eftre ce grand
nombre
du Mercure Galant.
195%
nombre qui a femé parmy nous une
efpece de concurrence, & qui a fait que
pas une de mes Compagnes n'a jamais
voulu convenir que je fuffe belle . J'ay
toûjours fort bien penetré leurs fentimens
là deffus ; mais il ne s'agit plus de
cela. Il faut feulement vous dire , que
dans le temps que vous commençaſtes
vos admirables voyages , vous ne fuftes
pas plûtoft arrivé en mon Païs, que
le Livre que vous y laiffates en paffant
me fut apporté. Je n'avois que treize
ans alors , & mon gouft, quoy que jeune,
fut fi fenfiblement frapé de vostre deffein
, je trouvay les louanges que vous
donnez à tous ceux qui s'en rendoient
dignes , fi bien tournées , & les agrémens
qui font répandus dans tous vos
Ouvrages fi délicats , que je me fentis
faifie d'une galante ambition de me
voir mélée parmy tant d'llluftres. Un
affez agreable Fripon connut ma foibleffe
là - deffus , & prit tant de foin
d'exagerer devant moy la gloire qu'il y
avoit d'eftre dans vos Memoires , que
je ne pûs résister à la tentation. Il profita
de tous mes panchans , & connoiffant
que j'en avois pour luy auffi biem
I
196 Extraordinaire
que pour la réputation que vous donnez
, il ne manqua pas de me faire
comprendre que nous devions lier luy
& moy un petit commerce d'amitié,
qui dans peu formeroit quelque agreable
avanture , pour me mettre en carriere.
Tout cela flata les endroits les
plus fenfibles de mon coeur , & món filence
accompagné d'un certain foûrire
qui fans vanité ne déplaift pas , luy fit
croire que je conſentois à m'embarquer.
Je ne veux point exprimer icy les plaifirs
que me donnerent les premiers
momens de noftre intelligence , ma
memoire les rapelle plus que je ne
veux ; mais j'en fçais furmonter l'émotion.
Lycidas ( c'eft ainfi qu'il s'appelloit
) prenoit tous les foins du monde
de me plaire. Il me difoit cent chofes
tendres, pleines d'efprit, & de paffion ,
& lors que je luy répondois à fon gré,
comme il m'arrivoit fort fouvent ; Ah,
s'écrioit - il , le bel endroit pour le Mercure
! J'avois tous les matins un Billet
par lequel il me rendoit compte de
tout ce qu'il penfoit lors qu'il ne pouvoit
me voir,& j'y répondois avec une
franchiſe qui n'eut jamais de pareille.
II
du Mercure Galant . 197
Il eftoit transporté de ces retours , & fur
tout je me fouviens qu'il fit cent folies
devant moy lors qu'il
qu'il me vint remercier
d'un Billet que je ne puis m'empécher
de confier à voftre difcretion .
J&
·
BILLET.
E mefuis reveillée à neuf heures. L'ay
d'abord pensé à vous , & je me fuis
dit à moy mefme que je vous aimerois
plus aujourd'huy que je n'ay encor fait.
Adix heures , j'ay reçen voftre Billet
qui m'a donné une telle impreffion de
joye , que j'ay l'air beaucoup plus gay
'qu'à l'ordinaire. A onze heures , je me
fuis habillée , & me fuis trouvée ſi jolie,
que jeplains tous ceux qui me regarderont
aujourd'huy. Amidy , j'ay efté à
l'Eglife où je m'eftois flatée de vous rencontrer
, j'en fuis revenue à pres d'une
beure , pour vous écrire que je fuis en
colere de ce que vous avez manqué d'y
eftre , & que je gronderay jusqu'à qua
tre heures que vous viendrez chez ma
Confine me rendre compte de ce qui vous
en a empefché.
Il n'y manqua pas , & le Traître
I iij
198 Extraordinaire
n'eut point de peine à fe juftifier. Vous
vous étonnez que je luy donne ce nom,
ou pour mieux dire , vous eftes furpris
qu'il ſe ſoit mis en état de le mériter,
après les bontez que vous voyez que
j'avois pour luy ; mais il n'eft que trop
juftement appliqué , & à peine avionsnous
efté un mois dans céte union, qu'il
fe laiffa toucher aux coquetes avances
de cette mefine Coufine , qui ne faifoit
femblant de me fervir , que pour fe
fervir elle mefme. On ne peut tronper
longtemps des yeux intéreffez.
Je l'eftois de trop bonne foy , pour
ne pas découvrir cette double infidelité.
Cependant je ne voulus pas en
croire mes feules allarmes , & j'en fis
confidence à une Fille qui fervoit ma
Coufine , & qui le trouva du caractere
de toutes les Perſonnes qui fervent, c'eft
à dire qu'elle eftoit bien plus à moy
qu'à fa Maîtreffe. Elle m'apprit bien
plus que je ne voulois fçavoir de ces
cruelles affaires ; & peu de jours apres,
elle m'apporta un Billet que ma Coufine
écrivoit à mon Infidelle . Ma Coufine
a de l'efprit , & vous en jugerez par
ce Billet qui eftoit en Vers , & où je
n'ay rien changé.
Ony
du Mercure Galant.
199
O , je croy que pour moy voftre
amour eft extréme.
efe Que jamais on n'aime de
Mais il vous doit eftre bien du:
D'eftre certain que je vous aime
Et que je n'aime rien fi tendrement que
vous.
دوج
Ainfi je vous défens les plaintes & les
larmes
;
Oufi vostre coeur fent quelques tendres
allarmes
Que ce nefoient jamais des doutes de ma
foy; +
Je n'aimeray que vous, j'en jure tous mes
charmes ,
Tant que vous n'aimerez que moy.
Ces proteftations m'eftoient d'aflez
feûrs garans de la delicateffe de leur
intelligence. Vous voyez qu'on n'y par
loit point de moy, & que l'on me comptoit
pour rien . Il y en avoit affez
pour faire mourir toute autre Perſonne.
J'avois diffimulé jufques là , mais
je ne me trouvay plus en état de le faire.
Je m'enfermay tout un jour , &
pleuray tant , qu'enfin je me foula-
1 iiij
200 Extraordinaire
de
geay. Cette abondance de larmes fit
place à une autre abondance de refléxions
fort raisonnables , ' qui au bout
de vingt- quatre heures me mirent en
état de voir mon Traître de fang froid,
& de me divertir en troublant cette
Intrigue , fans faire femblant de
la connoiftre . J'obtins de ma Mere
qui alloit à la Campagne , de refter à
la Ville , & de demeurer chez ma
Coufine jufqu'à fon retour . Imaginez
-vous quel regal c'étoit pour moy
jouir de la contrainte où je mettois mes
deux Infidelles , dont l'un feignoit toûjours
de m'aimer comme je feignois de
le croire ; & ma Coufine d'un autre
cofté affectoit de la complaifance pour
me laiffer avec luy , pour ne me parler
que de luy , & s'empoifonner ainfi
elle mefme par toutes les démarches
de cette conduite forcée . J'avouë
que cette vengeance m'eftoit d'autant
plus douce , qu'elle venoit par ceuxmefmes
qui m'outrageoient , & qui
fans-doute me vangeoient encor dans
le fond de leurs coeurs par les remords
qu'ils devoient avoir de me tromper
ainfi . Enfin cette fecrete violen-
A
du Mercure Galant. 201
ce ne pût durer. Ils chercherent
à fe parler à loifir , & loin de moy. Ils
deftinerent
à cette confolation une
nuit & un Cabinet de rocaille qui eft
au bout d'un Jardin affez beau. Pour
aller à ce Cabinet , il faut traverfer
une Grote enfoncée dans la terre d'environ
trois pieds & demy. On y def
cend par des degrez de marbre , qui
pour achever l'ovale du deffein de la
Grote , font en forme de Fer à Cheval.
Le rendez - vous fut pris , & j'en
fus avertie auffi - toft par cette meſme
Fille qui devoit y accompagner
ma
Coufine. J'arreftay avec elle que je
m'y cacherois la premiere , que je les
écouterois , & que les ayant convaincus
, je leur dirois tout ce que j'eftois
en droit de leur dire . Pour mieux flater
l'impatience de ma Coufine , qui
croyoit que l'heure n'arriveroit jamais
affez toft , je feignis un grand
mal de tefte. Ce pretexte pour me retirer
de bonne heure , fut pour elle
une joye infinie. Je voyois en cette
aimable Scelerate un empreffement
à
me foulager , le plus tendre du mon
I v
202 Extraordinaire
de en apparence. Je reçeus tout de
bonne grace. Nous nous feparâmes
enfin , & elle ne douta point que je
n'allaffe me mettre au Lit. Le moment
du rendez - vous eftoit marqué à
onze heures , & il n'en eftoit que
neuf. Quel chagrin pour ma Coufine ,
de n'avoir pas preveu qu'elle feroit libre
fi- toft ! J'employay bien ce tempslà.
J'allay dans le Cabinet. Je me cachay
derriere une Statuë de Momus,
& peu s'en fallut que je ne l'invoquaf
fe pour le prier de rendre l'avanture
rifible. La Fille qui devoit accompagner
ma Coufine , me fuivit , & m'aſfura
que ma Coufine ne viendroit point
feule , & que j'avois tout le temps de
me bien cacher. Un remords d'amitié
me faifit. Je n'eus pas le courage
d'expofer ma Parente à la confufion
d'eftre ainfi ſurpriſe , & je dis à Petitval
( c'eft le nom de cette Fille )
que puifque fa Maistreffe auroit plûtoft
manqué au rendez - vous que d'y
venir feule , je la conjurois de ne rentrer
point dans la Maifon , mais de
fçavoir feulement fi Licidas eftoit à
une
du Mercure Galant.
203
une Porte de derriere du Jardin , où elle
m'avoit dit qu'il devoit fe trouver , &
qu'il fuffifoit que je pûffe ainfi le convaincre
de fa trahifon. Elle y confentit,
me laiffa feule dans la Grote , & ayant
appellé Licidas à travers la Porte qui
eft au bout d'une fort longue Allée ,
elle fçeut qu'il y eftoit depuis neuf
heures. Elle revint, & me trouva hors
de la Grote , où je faifois le guet da
cofté de la Maiſon , car j'avois peur
que ma Coufine me vinft troubler.
Cette inquietude eftoit cependant fort
legere, & foit par le fecours de Momus
qui me fit prendre fur le champ un
fort plaifant deffein , foit par quelque
autre inspiration goguenarde, vous verrez
que je n'avois pas perdu mon
temps pendant que j'avois efté ſeule.
Je renvoyay donc Petit-val pour introduire
Licidas dans le Jardin , avec ordre
de marcher derriere la Palliffade
des Charmes de l'Allée, & de s'arrefter
à vingt pas de la Grote, jufqu'à ce qu'il
y vift briller de la lumiere qui luy ferviroit
de fignal pour y entrer. Je recommanday
enſuite à Petit- val de rentrer
dans le Cabinet par une Porte de
derriere
204 Extraordinaire
derriere , par où j'y rentray. moy- mefme,
& de ne point paffer par la Grote
à fon retour . Tout cela fut executé , &
le moment fatal eftant venu , je fis
briller la lumiere que j'éteignis quand
j'entendis approcher l'impatient Cavalier
pour qui fe faifoit la Feſte. En def
cendant dans la Grote , il marqua fon
arrivée par un St , auquel je répondis
par deux ou trois autres , & luy
pour replique s'écria , la peste je fuis
dans l'eau. Ce n'est rien , mon Cher,
répondis- je , en déguifant ma voix ,
avancez promptement. Dieu fçait fi
le prétendu empreffement que je luy
fis voir , redoubla le fien. J'en entendis
l'effet , car plus il defcendit pour
s'approcher , plus il enfonça dans
jufqu'à ce qu'il ſe precipita
dans un petit Baffin d'un peu plus d'une
toife en quarré , qui eft au milieu
de la Grote , où il en trouva jufqu'à
la ceinture. Pendant que j'avois etté
feule , j'avois tourné deux Robinets
qui avoient ainfi préparé la Scene. Je
fus contente de l'entendre crier
il m'eftoit refté affez de bonté pour
craindre qu'il ne tombaft la tefte la
l'eau ,
car
pre
du Mercure Galant.
205
premiere. Petit-val , à qui j'avois tout
dit depuis fon retour , fe tenoit les
coftez de rire ; & moy qui voulus
augmenter l'embarras du Traître , je
la fis fortir du Cabinet avec moy , rentray
dans ma Chambre , & laiffay ce
nouveau Leandre combatre contre les
flots dans l'obscurité , & temperer un
peu l'ardeur de ſes feux.
Cependant ma Coufine cherchoit
Petit - val de tous coftez , avec d'au
tant plus d'empreffement & d'inquietude
, qu'il y avoit long - temps que
l'heure du rendez - vous eftoit pafsée.
L'adroite Fille fe retira d'affaire
avec un auffi grand ferieux , que fi le
rapport qu'elle luy fit avoit efté bien
fincere . Elle luy dit qu'elle eftoit allée
attendre Licidas à la Porte du
Jardin pour luy ouvrir dés qu'il y feroit
arrivé , afin qu'entrant auffi- toft,
il fult moins exposé à eftre découvert
, mais qu'il n'y eftoit point venu.
Cette pretenduë, negligence fut
un rude coup pour ma crédule Parente.
Elle demeura interdite , & avoua
que fa trop grande facilité meritoit
&
bien
206 Extraordinaire
bien cette punition ; que Licidas eftoit
inexcufable pour toûjours , quoy qu'il
puft luy eftre arrivé , & que fuſt - il
dans ce moment à la Porte , elle ne
fortiroit point. La Fille ne demandoit
pas mieux. Cependant lors qu'elle
fortit encor , en difant qu'elle alloit
y revoir , ma pauvre Coufine n'euft
pas la force de s'y oppofer. Petit- val
courut à l'entrée de la Grote , d'où elle
appella plufieurs fois Licidas , &
voyant qu'il ne répondoit point , elle
prit le chemin de la Porte par où elle
l'avoit introduit. Elle l'y trouva en
effet dans l'état que vous pouvez vous
figurer , & faisant tous les efforts qu'il
pouvoit pour ſe retirer ; Hé Monfieur,
s'écria-t- elle dés qu'elle le vit , & fit
femblant de ne pouvoir en dire davantage.
Luy qui eftoit à demy mort de
chagrin & de froid , avoit de la peine
à parler ; mais enfin il tâcha d'articuler
quelques reproches confus & emportez
, autant qu'un cruel claquedent
le luy put permettre , fur ce qu'on
l'avoit laifsé fans fecours dans un fi fâcheux
accident. Petit - yal écouta tont
d'un
du Mercure Galånt.
207
d'un air confterné , & puis reprenant
la parole , non dit - elle , jamais trahifon
n'a efté fi lâche . Ma Maiftreffe pouvoit
aisément ne pas confentir au rendez
-vous que vous luy aviez demandé
, non pas vous y attirer comme elle
a fait , pour ne vous faire rencontrer
qu'une fi fanglante marque de fa
dureté. Quoy , dit- il , c'eft une affaire
premeditée , & preparée par elle - mefme
? Vrayment , repliqua Petit- val ,
vous l'avez pû connoiftre à fes paro
les. Croyez - moy , fuyez cette Ingrate
, & ne la revoyez jamais. Sur tout
ne paroiffez point de quelques jours,
& fçachez auparavant fi elle n'aura
point fait quelque méchante plaiſan -
terie d'une perfidie fi noire . Licidas
la quitta dans cette pensée , peſtant
contre tout le Sexe , & contre fa malheureuſe
avanture. Il ne parut plus
dans la Ville , d'où il partit deux jours
apres fans qu'il y foit revenu .
Coufine de fon cofté attendoit toûjours
qu'il vinft luy rendre compte de
ce qui l'avoit empefché de fe trouver
au Jardin , & me demandoit de fes
Ma
nouvel
208 Extraordinaire
nouvelles fous le pretexte de mon
propre intereft. Tantoft je feignois
d'en eftre en peinę , tantoft je prenois
un air d'indiference affectée , que
ma Coufine croyoit eftre un dépit
auffi veritable que le fien ; & lors que
la nouvelle de fon départ fut répanduë
, je témoignay fi peu de fenfibili
té là- deffus , que ma Parente ne pouvant
plus déguifer la fienne , & ne
fcachant point la caufe de ce départ
precipité , m'avoüa par quelques larmes
ce que je fçavois auffi bien qu'elle.
J'en fus touchée. Je ne me plaignis
point , mais je tâchay de la plaindre
, & de la confoler , & luy appris
enfuite tout ce qu'elle ne fçavoit pas
fi bien que moy. Licidas eftoit abfent
déja depuis quelques femaines.
Ma caufe eftoit jufte pour autoriſer
tout ce que j'avois fait. L'avanture
d'ailleurs eftoit affez plaifante . Ainſi
elle en rit aveç moy. Elle s'attacha
à un autre qui l'aime & qu'elle ne
hait pas ; & moy je n'aime perfonne ,
fi je n'aime encor ce mefme traître
Licidas.
Ea
du Mercure Galant. 209
1
1
En quelque endroit donc qu'il puiffe
eftre e veux , s'il vous plaiſt , aimable
Mercure , qu'il apprenne que
c'eſt moy qui l'ay fait baigner malgré
luy , & qu'il trouve icy un aveu auffi
fincere de la verité , que fi le fecret de
ce burleſque rendez - vous pouvoit intereffer
ma confcience . S'il a quelque
réponſe à me faire , il pourra vous la
confier ; & je vous prie , charmant
Mercure , de vouloir vous en charger.
Auffi bien c'eft par vous qu'il
a commencé à feduire mon coeur ;
mais je ne fçay fi lors qu'il me fatoit
de l'efperance de me faire mettre dans
le Mercure , il croyoit que je l'y ferois
mettre moy-mefme, & quej'y pu
blierois ce qui l'occupe preſentement.
J'ay encor plus de commerce avec ſon
coeur qu'il ne s'imagine , & je le défie
de me démentir fur les fentimens qu'il
a pour une Dame d'un mérite infiny ,
à laquelle il n'oferoit dire un mot de
ce qu'il fent. C'est une des plus aimables
Perfonnes du monde ; mais enfin
c'eft une affez cruelle deftinée pour un
Homme qui n'a jamais fçeu contraindre
210 Extraordinaire
dre fes paffions , de voir tous les jours
mille charmes en une Perfonne , de
découvrir à chaque inftant des qualitez
divines en elle , de s'intereffer jufqu'à
la folie à tout ce qui la regarde , de
s'abandonner à toute la rapidité d'un
panchant tendre & def- interefsé , &
d'eftre obligé de prendre un air tranquille
& invincible , parlant toûjours
contre l'amour , & contre les plus petits
attachemens. Voila ce qui me vange
encor , & c'eſt une peine pour luy qui
plaift affez à mon reffentiment. Que
s'il vouloit def- avoüer ces fentimens
dont je fuis bien informée , montrez
luy un peu la Piece qui fuit. On en
apprend le fujet par fa lecture , & on y
découvre le cruel état où l'a reduit de
puis peu la pensée qu'il avoit d'avoir
déplû à Egidie.
ELEGIE
du Mercure Galant:
211
ELEGIE.
Effez , cruels ennuis, ceffez , vives
allarmes ,
Qui m'avez tant confté de foupirs &
de larmes ;
Ceffez , mortels chagrins , par qui mes
fens troublez
Nourriffent dans mon coeur tant de
maux aſſemble ;
3
Un doux calmefuccede àvoftre affreux
ravige,
L'adorable Egidie afait ce grand ouvrage,
De fes rares bontez un effort genéreux
Sur mon Jort déplorable a baiffé fes
beauxyeux.
D'un regard , d'un feul mot lafecourable
amorce ,
De tous vos noirs poiſons a diſſipé la
force ;
Malgré vous je refpire , & je retrouve
enfin
Le tranquile repos de mon premier
deftin,
Ꭷ .
212 Extraordinaire
Oйy , j'ay crû trop longtemps que l'aimable
Egidie
Defa chere amitié n'honoroit plus ma
vie ,
Qu'elle me raviffoit un fi prétieux bien
Au prix duquel pour moy tout le refte
n'est rien.
Helas ! que j'ay paffé de momens effroyables
!
Que mon coeur afouffert de tourmens
incroyables ,
Quand j'ay crû voir ces yeux dont les
attraits charmans
Portent dans tous les coeurs de fi doux
Sentimens
Seremplir pour me voir de froideurs
inhumaines ,
Qui cent fois ont glasé tout mon ſang
dans mes veines,
Et quittant pour moyfeul tout ce qu'ils
ont de doux ,
"
Par de fombres regards m'expliquer
leur couroux !
Hé d'où me vient , diſois-je , une telle
difgrace ?
I'en ay fenty le coup avant que la menace
,
T'en ignore la caufe , & mon efprit confus
Scait
du Mercure Galant.
213
Sçait quel est mon malheur , & nesçait
rien de plus.
Ie m'examine alors , je peſe , je médite
Sur un détail exact de toute ma conduite
,
Et tous mes procedez à ma pensée of
ferts
Ne me reprochent rien digne d'un tel
revers.
Plus mon coeurfe confulte , & plus il fe
rappelle ,
Plus ilfe voit foûmis , fincere , ardent,
fidelle.
Nul de fes mouvemens ne luy paroist
Suspect ;
Soins, tendreffe , devoirs , Zele , crainte,
respect ,
C'est là tout ce qu'il trouve , & tout ce
qui l'anime ,
Et rien dans tout cela ne luy paroist un
crime.
Lorspour mieux m'accabler , mon triste
Souvenir
De mon bonheur paffé venoit m'entretenir.
Ma memoire en ce point cruellement
beureuſe ,
Me
214 Extraordinaire
Me montroit Egidie autrefois genéreuſe.
Defon illustre appuy portant mes intérefts
,
Et fouvent pour mon bien m'expliquant
des fouhaits,
Le rappellois ainfi fa douceur obligeante,
Mais helasy joignant ma fortune pré-
Sente,
Les termes diférens de ces comparaifons
Répandoient dans monſein mille &mil.
Le poifons.
Par cet accablemet de mon ame éperduë,
Mes fens eftoientfaifis , ma raifon confondue,
Et l'esprit interdit , defolé , furieux ;
l'appellois à témoin les Hommes & les
Dieux.
Patteftois les tranfports de ma douleur
profonde ,
Qu'on auroit pu cent fois aneantir le
monde ,
Avant que l'on m'euft veu ny dire , ng
penfer,
Rien qui duft lay déplaire , ou qui puſt
l'offencer.
Cepen
du Mercure Galant.
215
Cependant chaque jour fa haine impitoyable
Me traitoit comme on traite un infigne
Coupable ,
Mais pourquoy de ces maux fecretement
atteint ,
Les ay je tous foufferts fans m'estre jaª
mais plaint ?
Devois-je balancer à chercher une route
Qui me puft éclaircir de ce funeste
doute ?
Mais non , il vaut bien mieux que mon
coeur dechiré
Ait fçen cacher les traits qui l'avoient
penetré.
Il vaut mieux que malgré toute mon ing
nocence
Il ait fçeu condamner fa douleur an
filence ,
Et que quoy que
réfolu,
de
moy le Sort euft
Mon timide refpect ait toûjours prévalu:
Ce respect fi profond , ſi pur , & ſi ſincere
,
N'a point de fentimens d'un commun
caractere ,
Aucun autre jamais ne le peut éga
ber ›
Et
216 Extraordinaire
Et je l'euffe amoindry , fi j'euffe ofe
parler.
C'est par luy qu'Egidie apparemment
touchée ,
De fa feverité s'eft enfin relâchée ;
Par luyfa belle bouche appaifant mon
effroy
M'a dit quefes bonte font les mefmes
pour moy,
Que fon estime enfin n'est point interrompuë
,
Que par unfaux foupçon mon ame prévenuë
Se defoloit fans canfe , & fouffroit en
effet
L'excés d'une douleur qu'elle n'avoit
point fait ;
Et fi mon infortune à mes deffeins contraire
,
Me rendoit malheureux juſques à luy
déplaire ,
Que fa juste pitié la feroit ſouvenir
De m'apprendre mon crime avant que
me punir.
Ah, que n'a point produit dans mon
ame charmée ,
D'unfi puiffantfecours la douceur animée!
Senfi
du Mercure Galant. 217
Senfible au dernier point , lors que je puis
penfer
Qu'Egidie en mon fort veut bien s'intereffer,
Que j'ay beny defois l'aimable complaifance
Quifinit ma mifere avec cette affurance,
Et dans les doux transports que j'en veux
conferver,
Eft - il quelque douleur que je n'oſe braver?
Fayezdonc noirs chagrins , fuyez , vives
allarmes,
Qui m'avez tant couſté de foûpirs & de
larmes,
Fuyez mortels ennuis , & SouffreZ.... >
mais belas !
Dans ces raviffemens ne nous aveuglons
pas.
Peut- eftre qu'Egidie en fecret offenfée,
Dans ce qu'elle m'a dit déguiſe fapenfée,
Sa pitié feint peut- estre , &fous fon air
charmant
Elle cache à mes yeux tout fan reffentiment
.
Mais pourquoy le penſer, & pourquoy ſe
contraindre?
Voudroit-ellepour moy s'abaiffer jusqu'à
feindre ?
Q. de Janvier 1680.
K
218
Extraordinaire
Non, non,j'en crois l'aven qu'il luy plaiſt
me donner,
Que nul nouveaufoupçon n'ofe m'empoi-
Sonner.
Fonde fur fes bontez , & fur mon innocence,
De toutes mes frayeurs calmons la viòlence,
Ala remercier bornons tous nos efforts ,
Et par des voeux ardens expliquons nos
tranports;
Que le Ciel qui lafit &ſi juſte , &
belle,
Conferve les tréfers qu'il prodigua pour
elle;
Quece repos qu'elle offre à mon coeur ac
cablé,
Soit fur fes heureux jours mille fois redoublés
Que fa vie enplaifirs foit fans ceffe feconde,
Et qu'on puiffe cent fois aneantir le mode,
Avant que de me voir rien faire , ny
penfer,
Qui doive luy déplaire , ou puiſſe l'offenfer.
C'est dans cesfentimens qu'ilfaut paffer
ma vie,
Tont
du Mercure Galant.
219
1
}
Tout preft à la donner pourfervir Egidie,
Trop henreux mille fois , fi je vois mon
deftin
Sacrifier mes jours à cette illuſtrefin.
Fuyez donc, noirs chagrins, fuyez, vives
alarmes,
Qui m'avez tant confté defoupirs & de
larmes,
Fayez, mortels ennuis qui m'ac cable de
coups,
De la part d'Egidie , évanouiſſez- vous.
La Philofophie & la Rhétorique ne
font point fes deux Soeurs dont on a parlé
dans l'Hiftoire Enigmatique du dernier
Extraordinaire, comme on l'a voulu croire
dans voftre Province, mais l'Univerfité
de Paris l'Academie Françoife. La
Lettre qui fuit vous expliquera agreablement
toute cette Hiftoire . Elle eft de Mr
Sony , Confeiller à Provins.
A MONSIEUR ***
Uis que vous voulez fçavoir ce que
je penfe de l'Hiftoire Enigmatique
du huitiéme Tome de l'Extraordinaire
Kij
220 Extraordinaire
du Mercure , je vous diray , Monfieur,
que je l'explique fur l'Univerfité de
Paris , & l'Academie Françoife . Voicy
de quelle maniere .
Quoy qu'il femble que ce foit contre
l'ordre ordinaire de la Nature, que
la naiffance des Enfans precede celle
des Peres , il eft neanmoins vray que
l'Univerfité de Paris , qui reconnoiſt
noftre grand Monarque pour Pere, en
prenant la qualité de fa Fille aînée ,
ayant efté fondée par Charlemagne il
ya huit ou neuf Siecles , eft plus ancienne
que fon Pere. Son origine eft
effectivement illuftre , & elle est née
dans la pourpre comme Fille d'Empereur,
puis qu'elle eft Fille de ce grand
Prince qui eftoit Koy de France &
Empereur. Que Rome fe foit réjoüye
de l'établiffement de l'Univerfité , la
raifon en peut eftre double. La premiere
eft,que Charlemagne tira de Rome
fes quatre premiers & doctes Profeffeurs
, Alevin , Rabaut, Jean & Claude
, & eut grande gloire d'avoir contribué
à la naiffance d'une fi illuftre
Fille. La feconde , font les grands fervices
que Rome devoit recevoir ; &
qu'elle
du Mercure Galant. 221.
qu'elle a effectivement reçeus de l'Univerfité,
qui a maintenu fes Droits con--
tre les Heretiques , & augmenté par fa
Science & par fa Doctrine fon pouvoir
& fon empire , & qui quelquefois .
auffi a borné fon autorité, comme l'Hi
ftoire de Philippes le Bel l'apprend ,
dans la vigoureufe refiftance que fit
l'Univerfité contre la Bulle d'Excommunication
de Boniface Pape , apportée
par le Cardinal de Narbonne.
Que l'Univerfité ait paru d'abord
comme un grand Fleuve , ou comme
une grande Princeffe , l'application
n'eft pas malaifée à faire . L'on fçait les
avantages que les grads Fleuves apportent
aux Provinces par leur cours , &
l'on
n'ignore pas aufli que l'Univerfité
ne communique
abondamment
toutes
les richeffes de l'Ame par la Scien-,
ce. Que ce foit une grande Princeffe ,
fon illuftre naiffance , les avantages
qu'elle procure , & fes belles qualitez ,
luy font meriter ce nom, & les refpects
qui font dûs aux Perfonnes
de ce haut
caractere ,
Qu'elle ait attiré la curiofité de tou
Kij
222 Extraordinaire
tes les Nations,comme Salomon , il n'y
a rien qui doive nous furprendre. Chacun
fçait que la doctrine & la fageffe
de l'Vniverfité , ont fait du bruit par
toute la Terre , & je ne ſçay ſi ſa renōmée
n'a point obligé la Reyne Jeanne
de Navarre ,Femme dePhilippes le Bel,
à fonder par fa liberalité Royale le
College de Navarre , comme la fageffe
de Salomon obligea la Reyne de Saba
de venir admirer ce Prince,& luy faire
des Prefens.
Pour les vifites qu'elle a reçeuës des
grands Hommes des Païs étrangers, il
fuffira de nommer Saint Thomas , qui
y ayant profeffé, y a appris & enſeigné
mille belles chofes .
le
Je n'entre point dans la queſtion de
fçavoir fi elle a puifé toutes les richeffes
des Etrangers. Je fçay qu'elle ena
emprunté beaucoup de l'Italie pour
le Latin; d'Athénes pour le Grec, pour
l'Hebraïque , de la Paleſtine ; pour
Syriaque , de l'Affyrie ; de l'Egypte,
pour les Hyerogliphes & Figures , de
P'Inde , pour l'Imprimerie , & autres
curiofitez mais elle a emprunté
des Etrangers quelque chofe , elle
l'a rendu avec ufure , ayant mis les
:
du Mercure Galant.
223
Arts , les Langues & les Sciences, dans
la derniere perfection.
L'efprit d'Alexandre , tout vafte
qu'il ait efté, cede à celuy de l'Vniverfité
, puis que le premier n'a foûpiré
qu'apres les conqueftes & la poffeffion'
du Monde , que l'autre poffede abſolument
; fes connoiffances eftenduës
luy rendant tributaires des Empires &
des Peuples qu'Alexandre n'a jamais
connus.
a
Les plumes de fes Enfans , qui les
élevent au haut des Cieux , & en fuite
les font defcendre jufqu'au centre de
la Terre , & au fond des Enfers , font
les doctes Ouvrages des Theolo
giens que je paffe fous filence , ayant
à m'expliquer à une Perfonne qui a
une connoiffance parfaite de cette fu
blime Science,
* Que l'on enfeigne dans les Claffes
les Pauvres comme les Riches , je croy
que c'eft le fens de ces paroles ; Ce qu'elle
fait à l'égard du grand monde, elle le
fait àl'égarddupetit . Les bons, les mé
diocres & les méchans Livres font les
aifles de fes Enfans , dont les uns vo
lent haut , les autres entre deux airs,
Kiiij 16
224 Extraordinaire
& les autres rampent à terre.
Le nombre des Maifons qu'elle a,
peu éloignées les unes des autres , où
l'on parle en langage, different , marque
la pluralité des Colleges & des
Claffes. L'un & l'autre conviennent ,y
ayant dans les Colleges diverfité d'opinions
pour la Philofophie , & dans
les Claffes diverfité d'Autheurs Grecs
& Latins.
Les Procés qui fe forment & fe terminent
chez elle , ne luy oftent effeativement
rien de fa fageffe. Quoy
qu'ils donnent toûiours naiffance à
de nouveaux , il ne faut point d'Epices
pour les régler . Vn docte Repondant
dans un Acte public , en décide quelquefois
plus dequinze dans une apresdinée.
Les Fleurs de Rhétorique, font
les belles Fleurs qu'elle produit ; les
peines & les veilles font les épines ; la
bourbe & la craffe dont les Hybernois
& autres l'ont défigurée , font les chicanes
de l'Ecole , & les pedantefques
manieres de ces Regens & Répetiteurs
crotez, qui n'empefchent pas les Dotes
& les Sçavans de l'eftimer ; ces
defauts -là ayant produit meſme un
grand
du Mercure Galant.
225
grand avantage, puis qu'ils ont donné
lieu à la nailfance de l'Académie Françoife
qui eft fa Cadete .
Le grand Homme qui en conçut le
deffein , fut feu Monfieur le Cardinal
de Richelieu , Provifeur & Docteur de
Sorbonne , ce mot explique Tobligation
reciproque dé l'un & de l'autre.
Pour fçavoir fi l'Académie eft Soeur
ou Fille de l'Vniverfité , quoy que
leurs principes foient peu differens, le
peu de raport que je trouve dans le re-
Ite , me fait luy donner le nom de
Soeur. Que cette Cadete foit plus propre
; qu'elle ait tout l'air de la Cour , y
eltant extraordinairement, qu'elle s'exprime
d'une maniere où l'on ne puiffe
rien trouver à dire , & que cela vienne
de la pluralité de fes Maris & de fes Amans
, cela s'explique en deux mots ,
en difant que la Langue Françoife eft
dans fa perfection, que le Roy a eu la
bonté de donner un Aparrement au
Louvre à Meffieurs de l'Académie , qui
font fes Maris & fes Amás , dont elle repare
la perte par un nouveau choix sas
crainte de blâme. Ces notions generales
qu'elle a de la guerre,des Loix & de
KV
126 Extraordinaire
la Paix , & autres font les divers Emplois
& les Profeffions de Meffieurs
Jes Académiciens. La maniere dont on
reçoit un Académicien , & le merite
qu'il faut qu'il ait pour entrer dans cer
illuftre Corps, repond de la jufteffe de
fon choix. Dire qu'il y en ade toute
forte de qualitez , c'eft expliquer le
mor de Roture.Pour l'union ,je la veux
croire pieufement. Je fçay neanmoins
qu'il y a de la jaloufie; mais comme ce
n'eft pas entre tous, ils s'écrivent fouvent
les Déliberations de l'Académie,
& des Lettres galantes & fpirituelles.
Pour fes Filles , ce font les Academies
de Soiffons & d'Arles. Ses Alliées
font les Académies des Humori.
ftes de Rome , des Endormis de Génes.
L'Académie Françoife eft fi illuftre
& fi recommandable, que fon nom
& fes Ouvrages font connus & admirez
par tout. Ses deux premiers Nouriffons
font Meffieurs de Balzac &
des Marais , qui ont écrit fur la
Langue Françoife par le commandement
de Monfieur le Cardinal de
Richelieu ; & elle a efté fi heureuſe,
que pour comble de fa fortune le
Roy en a voulu eftre le Pere & le

>
du Mercure Galant.
227
Protecteur, en luy donnant retraite a
Louvre. Le refte de l'Hiftoire concerne
la reconnoiffance que certe Fille a
pour les graces que luy a faites ce
grand Royfon Bienfaiteur,mais quel
ques efforts qu'elle faffe, ils feront toujours
au deffous de fon merite. L'humilité
de l'Autheur reconnoiffant
qu'il eft encor moins digne de parler
du Roy que l'Académie , n'eft pas de
l'Enigme ; & la bonne intelligence de
ces deux Soeurs qui avoüent que leur
Pere les a fait connoiftre chez des Peuples
dont elles n'avoient point oüy
parler,toutes curieufes qu'elles font , eft
le dernier coup de pinceau que l'on
donne au Portrait du Roy , dont les
glorieufes Actions chantées par l'Académie
& l'Vniverfité, ayant efté portées
par la Renommée chez les Nations
étrangeres, les ont fait connoiftre
des Peuples les plus éloignez. Je
ne fçay , Monfieur , fi jay deviné. Je
m'en raporte à vous.
C
Es doctes, ces illustres Soeurs
Que le Mercure nous propofe
Amon sens ne font autre choſe,
Si
228
Extraordinaire
- Si je m'arreste à leurs grandeurs,
Que l'Vniverfité des Roys la Fille ainée,
En tout temps , & par tout des SçavANS
bonorée,
3.
Qui fans chagrin & fans dépit
Voit que l'Académie aujourd'huy ſa Cadete
Comme plus galante & mieuxfaite,
Joint à l'Honneur le bel Efprit.
> Meßieurs Gardien & Beffin
Lieutenant de Clamecy , & le Bon
Clerc de Châlons fur Sône , ont
trouvé ce mefme Sens . L'adjoûte
quelques autres Explications en
Vers.
SA
ay
Ans fortir de noftre Hemisphere,
trouvé ces deux Soeurs, dont LOVIS
eft le Pere ;
Et le Mercure en verité,
Plus àproposne pouvoit, ce me ſemble,
Nous faire voir enfemble
L'Academie & l'Vniverfité.
Mad. LE FEBVRE , de Tonnerre.
11.
du Mercure Galant.
229
I I.
Vje me trompe fort , ou le galant
Mercure ,
Qui fçait adroitement cacher la verité
Sous quelque agreable figure ,
Promene mon Efprit dans 1 Vniverfité ,
Et je gagerois bien ma vie ,
Que de là je fuis transporté
Dans la Françoife Academie .
SAINT VINCENT.
III.
> A Mufe eftoit toute endormie
Mais au moment de fon réveil
MM
Elle vit avec le Soleil ,
La Sorbonne & l'Académie
Briller d'un éclat fans pareil.
1 V.
POLY MENI.
SRoule
l'Histoire
Enigmatique ,
Oit que fur l'Vniverfité
Ou qu'avec plus de verité
Ellefoit toute Académique .
En qualité d'Académicien ,
>
Chacun de nous la reconnoift tres -bienz
Pourrions - nous reconnoiftre une fi digne
Mere's
Dont
230 Extraordiam
..
Dont l'augufte LOV IS eft le Fils & le
Pere ?
Les Nouveaux Académiciens de
Beauvais .
V.
M Ercure, en nous donnant l'Hiftoire
Enigmatique ,
Vous avez à nosyeux peint l'Vniverfité ,
Dont la grande capacité
Rend la France fi magnifique.
C'est d'elle que nous vient la fine Politique
Quifurpaffe en Sçavoir toute l'Antiqui
té ;
Noftre feule profperité
En eft une preuve authentique.
920
L'illuftre Académic eſt ſa fille , ou fa
Soeur ,
Qui reconnoist pour Protecteur
L'invincible LOVIS , qui s'eft rendy
fon Pere.
Ses enfans font tous grands Efprits,
Quipour eftre avouez d'unefi digne Me
res
Se
du Mercure Galant.
231
Se font tous annoblir par leurs fameux
Ecrits.
A
Les Reclus de S. Leu , d'Amiens.
V I.
Vfçavant Nourriffon de l'Vniverfité,
Souvent de s'exprimer manque lafaculté;
Et tel qui de Science a l'ame dégarnie ,
Au contraire eft poly comme l'Académie,
Tant le nombre eft petit de ces Autheurs
beureux ,
Qui Difciples de toutes deux ,
Poffedent lerare affemblage
Du Sçavoir & du beau Langage.
Cette derniere Explication eft du Sérieux
fans critique de Geneve , qui a
fait la nouvelle Hiftoire Enigmatique que
je vay vous propofer.
HISTOIRE
ENIGMATIQUE .
Eux Soeurs jumelles faites pour
la fervitude , rendent le plus bas
de
232
Extraordinaire
de tous les offices dans prefque toutes
les Maifons du Monde. Elles ont deux
Freres auffi jumeaux , qui fervent en
public & en particulier à tout le Genre
humain . On ne fçait pas bien files
Freres font les Aînez ou les Cadets ,
mais ils ont divers avantages par deffus
les Soeurs ; car outre qu'ils font plus
hauts de taille , ils ont des oreilles &
des yeux , ce qui manque aux Soeurs .
Elles en font fort récompenfées, en ce
qu'elles fe trouvent exemptes , du moins
aujourd huy , de certaines aftrictions
aufquelles on affujetit les Freres , afin
qu'ils fervent avec plus d'attachement ,
& qu'ils ne fe feparent de leurs Maiftres
qu'avec la permiffion , & l'on n'a
mefme guére veu les Soeurs tenir de la
Lune , comme fouvent on a veu les
Freres . Les Soeurs ayant un peu plus
de panchant pour le fervice des Perfonnes
de leur fexe , en gardent auffi
fort la bien feance, puis qu'elles font ſi
cafanieres , que rarement elles fortent
du Logis, ou fi elles font voyage, c'eſt
prefque toûjours incognite. Elles font
comme tout le sexe , un peu bruyantes,
mais on leur pardonne,fur ce qu'elles
du Mercure Galant.
233
les font d'ailleurs tellement amies de
la propreté, qu'outre celle qui leur eſt
particuliere , elles ne contribuent pas
peu à en faire avoir à leurs Freres.EÎles
portent en France un nom Grec , &
on s'étonne qu'eftant affez retenues &
modeftes prefque par toute la terre ,
il est pourtant un certain lieu de l'Europe,
où non feulement elles font magnifiquement
veftuës ,mais où il arrive
à l'une d'elles de fe laiffer baifer à une
infinité de Gens , fans que pour cela on
la traite de prostituée.
L'Autheur de cette nouvelle Hiftoire
arépondupar lesfix Vers que
vous allez voir,à une des Questions
du dernier Extraordinaire.
Le foüeur & le Chicaneur,
Quoy que fans confcience , & fans beaucoup
d'honneur,
Acquiérent quelque fois une grande richeffe
,
Et rarement font ils fans montrer de
l'adreffe ;
-
Mais à quoy l'Yvrogne eft - il bon,
Qui perd l'honneur, le bien , le corps, &
la raison ?
234
Extraordinaire
BILLET
D'une jeune Demoiſelle de Tonnerre
, à un Avocat de Paris.
Ndit que vous aimez , Tircis
fe n'ensuis pas encor bienfùre;
Mais en tout cas , je vous conjure ,
De nous dire un peu vostre avis
Sur cette Question proposée au Mercure.
S ૬ AVOIR.
Si l'amour diminuë plutoft par les
rigueurs d'une Belle , que par fes faveurs.
V
REPONSE.
Os rigueurs chaquejour , Iris ,
Nefont qu'accroiftre en moy l'ardeur qui
me transporte;
Tel pourroit cependant en uſer d'autre
forte
Pour l'Objet dont il est épris.
Voila ce que jepuis vous dire.
Quand
du Mercure Galant .
235
Quand vous aurez à mon martire
Donné quelquefoulagement ,
J'en parleray plus fçavamment.
Les fentimens qui fuivent font de
Monfieur Panthot Docteur Med. &
Profel. aggregé au College de Lyon .
A Lyon.
A MADAME A. D.
JE
E fuis perfuadé , Madame , qu'il n'eft
pas poffible de fuivre le party de la ri
gueur & de la feverité contre les faveurs
qui font le fujet de la premiere
Queſtion de cette Lettre, quand on n'a
point l'efprit tourné aux avantures des
Hiftoires fabuleufes , & des Romans
tous remplis de ces Amans defefperez
que les rigueurs de la Belle qu'ils aimentfontmourir
inceffamment , & que
la fatisfaction de fouffrir fait toûjours
vivie .Vous m'avoüerez que la douceur
de l'efprit, & l'accueil favorable ( fi ce
mot de faveur vous effraye)ont de fiaimables
plaifirs, qu'il faut eftre de mauvais
gouft pour cóferver quelques bons
fenti
236
Extraordinaire
fentimens parmy les rebuts & les mépris
que les rigueurs cauſent ordinairement.
Vous me ferez la grace, Madame
, de m'apprendre fi ce party vous
plaift, & fi jay réuffi dans le defir que
j'ay de vous fatisfaire.
QUESTION I.
Si l'amour diminuë plûtoft par les rigueurs
d'une Belle, que par lesfaveurs.
'Efprit de l'Homme eft quelque.
Lfois agité de fentimens fi contrai-
>
res à la raifon , qu'il fait fouvent confifter
fon plus grand plaifir & fa fatisfaction
dans les occafions où il
rencontre plus de difficulté & de refiftance.
Cette opinion a formé tant
de parcis differens, en tout ce qui peut
flater les paffions les plus déreglées ,
que les Amans qui ne cherchent ordinairement
que les moyens d'adoucir
leurs peines , & de fatisfaire leurs defirs
, n'ont pas toûjours reffenty de la
felicité dans les plus tendres faveurs,
ny des fouffrances dans les rigueurs
les plus feveres. C'est ce qui a donné
lieu à cette premiere Queſtion.
Si
du Mercure Galant.
237
Si l'on ne peut juger des veritables
fentimens de l'ame , & de la fincerité
du coeur, que par les actions & les mouvemens
qui fuivent les appetits les plus
particuliers , la rigueur qui marque
toûjours du rebut, de l'averfion , & du
mépris, doit plûtoft diminuer l'amour,
que les faveurs, parce que les contraires
ont plus de difpofition à fe détruire,
& les femblables à fe conferver ; &
quoy que les chofes où l'on trouve
plus d'opofition , en donnent plus d'envie
, & allument de plus forts defirs ,
elles ne font pas pour cela d'une plus
longue durée , & avortent inconti
nent , quand l'amour qui ne fe conferve
que par l'amour mefme , fe laffe
facilement de mépris & de rebuts , &
trouve bien-toft fa fin , où il cherchoit
fa felicité .
Il faut , pour mieux établir la verité
de ce party , & s'éloigner de l'opinion,
qui n'a pour fondement dans
la plus grand' part des Efprits que le
caprice rechercher les differentes
caufes des rigueurs dans les fujets divers
qui les produifent , & qui nous
aprennent qu'elles partent fouvent d'un

coeur
238
Extraordinaire
coeur naturellement infenfible , que les
feux de l'amour les plus paffionnez ne
peuvent échauffer , quelquefois des
glorieux fentimens de l'honneur & de
la modestie , qui ne permettent pas aux
Perfonnes bien nées, quelques difpofitions
qu'elles reffentent à fe laiffer
toucher , de répondre trop facilement
aux empreffemens & aux recherches
des Amans , pour ne pas rendre
leur conquefte moins chere & moins
confiderable. Tres-fouvent les rigueurs
naiffent auffi quand la conformité
d'humeur & la fympathie , qui font
les veritables noeuds de l'amour , ne
fe rencontrent pas, entre la Belle &
le Cavalier, qui ne peut rien faire d'agreable
que par cet inexplicable fecours,
fans lequel les plus rares qualitez
ne plaiſent jamais.
Ces confiderations font affez connoiftre,
de quelque raifon qu'on veüille
fe flater pour favorifer le party de
la rigueur , qu'il eft bien difficile fur
tant de cauſes diferentes , & tellement
oppofées à l'amour , d'eſtablir d'autres
fentimens que ceux qui perfuadent
qu'il n'y a point de fi forte paffion
qu'elle
du Mercure Galant .
239
qu'elle ne détruife ; car fi la Belle eft
naturellement infenfible, il n'eft point
de feux qui puiffent vaincre la froideur
de fon temperament. Si elle préfere
l'honneur à l'amour, eft- il rien au
monde qui luy foit plus contraire que
la raifon , qui eft toûjours invincible
quand elle eft la maîtreffe de la paffion?
S'il n'y a pas de la conformité d'hu
meur, & que la fympathie , qui eft le
premier mobile de l'amour, ne s'y ren
contre point , qui peut vaincre l'aver
fion & unir ce qui eft incompas
tible ?

Toutes ces cauſes ne manquent jamais
de détruire la paffion, & de laffer
la perfeverance la plus conftante ,
quand elle n'eft foûtenuë d'aucun ef
poir qui puiffe adoucir la deſtinée d'un
malheureux Amant qui ne peut longtémps
nourrir & conferver l'amour
parmy les fouffrances , les foûpirs, &
les larmes.
Mais les faveurs font les aimables
fruits & les prétieux gages de l'amour,
qui doivent affermir la conftance &
la félicité des Amans , lors qu'ils ont
mérité les graces & le coeur de la
Belle
240 Extraordinaire
Belle qu'ils aiment. Cet état eft le plus
heureux & le plus parfait de l'amour;
& quoy que les Amans qui font arrivez
au comble de leurs fouhaits , femblent
n'avoir plus rien à defirer, & que
l'on veuille que les feux les plus ardens
de cette paffion fe ralentiffent , quand
elle ne peut plus allumer de nouvelles
flâmes , neantmoins les plaifirs qui
naiffent d'un amour récompenfé, font
autant de nouveaux appas aux Perfonnes
bien afforties , que la douceur
d'une felicité conftante unit & affemble,
pour ne fe quitter jamais.
QUESTION II.
Si la jaloufie d'une Maiſtreſſe eft plus à
craindre que la jaloufie d'un Rival.
Q
Uoy que la jaloufie d'une Maiftreffe
foit toûjours avantageufe
à un Amant , & qu'elle parte des plus
forts fentimens de l'amour , elle eft
pourtant plus à craindre que celle
d'un Rival , qui n'eft qu'un haïffable
& fâcheux adverfaire , qui recherche
avec ardeur la poffeffion d'un bien
qui
du Mercure Galant. 241
qui luy eft encor incertain , & que les
fervices, les empreffemens , & l'émulation
d'un autre luy rendent plus difficile,
mais plus glorieux à meriter & à
vaincre.
La concurrence & cette émulation,
qui font naître à un Amant le defir
preffant de furpaffer le Rival qui luy eft
opposé , ouvrent une vafte carriere à
la perfidie , à la colere , à l'envie , & à
tous les plus violens artifices qu'un
Amant paffionné & jaloux puiffe inventer
pour troubler le repos , & traverfer
les deffeins de celuy qui par les
mefmes fentimens le trouble & le traverfe
à fon tour.
- Tant de maux , de perfecutions,
d'inquietudes , de fouffrances , & quelquefois
de terribles & finiftres refolutions
, font moins à craindre à un parfait
Amant , que la moindre disgrace
que luy faffe éprouver la Belle qu'il
aime ; car elle donne plus de crainte &
de terreur d'un feul de fes regards, quand
elle eft en colere ou de mauvaiſe hu
meur , qu'un Rival le plus brave n'inf
pire d'effroy dans quelque exploit fa
ineux où il doit fignaler fon courage ..
Q. de lanv. 1680. L
242 Extraordinaire
Il n'eft donc rien parmy les Amans
qui foit plus à craindre que la jaloufie
d'une Maîtreffe , que l'affiduité , les
foins, les empreffemens , & les fervices
les plus foûmis ne peuvent fatisfaire .
C'eft une paffion pleine de foupçons , de
foucis , & de peines infupportables, qui
reduifent les Amans aux plus rudes
épreuves de la perfeverance. Auffi eftelle
le tombeau de l'amour , qui fe détruit
aisément par les violences du dépit.&
de la haine , qui produiſent de fi
dangereux effets , que la plus moderée
travaille à l'inftant fans conſulter fon
coeur, à favorifer du moins un Rival ,
ou à le guerir , & à oublier l'Amant
infortuné fur lequel tombe cette difgrace.
Cette jaloufie eft quelquefois bien
plus à craindre , lors que parmy les raifons
qu'une Maîtreffe croit avoir de
s'entefter d'une fi furieuſe manie , elle
foupçonne que le mépris en eft la principale
cauſe , & qu'un Amant la quitte
pour une autre. C'eft alors que la jaloufie
devient cruelle , & qu'elle fe
change en des fentimens d'une fi terrible
indignation , qu'on peut dire,
quand
da Mercure Galant. : 243
quand elle arrive juſques là , qu'il n'eſt
rien qui foit plus à craindre que
la ja
loufie & la colere d'une Maîtreffe , &
que les Femmes eftant tres fenfibles à
l'amour , le font auffi extremement à la
haine.
QUESTION III
d
S'il eft plus avantageux à un Homme
qui fe réfout àfe marier , d'épouser
une Perfonne dont il est amoureux,
qu'une autrepour laquelle il ne fent
dans le coeur que de l'eftime.
'Experience nous apprend que rien
Laumonde ne donne plus d'empreffement
que le Mariage , quand on eft
fortement amoureux d'une Belle qui
n'eft point cruelle ny infenfible , &
qu'il n'y a rien auffi dont les fuites
ayent plus d'incertitude , & foient
moins femblables à la felicité qu'on fe
propofe dans ce flateur engagement.
Il n'eft pas fi avantageux lors que le
ſeul amour s'en mefle , & qu'il conduit
le coeur d'un Amant paffionné qui ſe
rend facilement aux charmes de cet
aveugle Maître , dont les faveurs en
Lij
244
Extraordinaire .
chantées & les appas trompeurs , donnent
tant de faux brillans aux Objets
les moins accomplis , qu'un moment de
poffeffion en découvre tout l'artifice , &
rebute le plus fidelle Amant.
On eft à couvert de ces dangereux
repentirs , quand l'eftime qui eft l'effet
d'un grand merite , fait la regle de
nos defirs , & le prix certain de nos inclinations
, que rien ne peut combler
d'une plus conftante & plus parfaite
felicité que la vertu , le bel efprit , les
bonnes inclinations , le grand fuccés
aux exercices galans , & l'approbation
univerfelle , qui compofent tout l'ornement
du beau Sexe , & font naître
l'eftime.
Elle fe foûtient d'elle - mefme par
toutes les rares qualitez qui la font
chérir , fans le fecours odieux des couleurs
& des artifices empruntez , qui
rendent celles qui en tirent leur plus
charmans appas , fi peu femblables à
elles - mefmes , que pour peu qu'on le
connoiffe , elles deviennent auffi - toft
le remede que la caufe de l'amour.
Mais les engagemens qui naiffent de
l'eftime , ne font point fujets aux fentimens
du Mercure Galant.
245
timens ordinaires , & à l'inconftance
des Amans ; & le temps , la maladie , &
l'infortune , ne peuvent rien diminuer
du prix d'un fi grand bien qui
ne peut finir & changer qu'avec la vie.
Il est donc plus avantageux de fuivré ce
party , puis que le caprice fait l'amour,
& la raiſon , l'eftime.
QUESTION IV .
Si une Maitreffe fait plus fouffrir un
Amant, quand elle luy préfere un Rival
qu'elle a deffein d'époufer , que
quand elle luy en prefere un dont elle
ne veut qu'eftre aimée.
Sce
I le plus grand de tous les maux eft
celuy auquel il y a moins de remede
, & qui ne laiffe aucune efperance à
un Amant de parvenir au bien qu'il fe
propoſe , il n'y a point de doute qu'une
Maitreffe fait plus fouffrir un Amant
lors qu'elle luy prefere un Rival qu'elle
a deffein d'époufer , que quand elle
luy prefere celuy dont elle ne veut
qu'eftre aimée.
En effet , bien que l'état d'un Rival
que fa Maîtreffe abandonne pour
Li
246 Extraordinaire
·
aimer feulement un autre qu'elle luy
prefere , foit tres malheureux , parce
qu'un Amant fouffre toûjours beaucoup
dans une pareille difgrace , neanmoins
fon infortune luy laiffe encor
l'espoir de fléchir par fes fervices le
coeur de fa Maîtreffe , & de changer ſa
deſtinée .
Mais le mal eft bien plus grand
lors que la Belle prefere à cet Amant
rebuté , l'heureux Rival qu'elle veut
époufer , pour luy donner toute fon affection
, & le rendre entierement le
maître de fon coeur par les doux liens
du Mariage , qui doit eftre le point de
la felicité des Amans , & qui ne laiffe
à un malheureux Rival que le defefpoir
de perdre fa Maîtreffe ,
fans qu'il
puiffe fe flater d'aucun retour , avec
un extréme regret de n'avoir fçeu
plaire.
QUE S
du Mercure Galant. 247
2
QUESTION V.
S'il eft plus préjudiciable à un Homme
qui eft Pere de Famille , d'eftre grand
Joueur , quegrand Buveur , ou grand
Chicaneur.
Blant
len que ces trois pernicieux defauts
faffent prefque également la
defolation & la perte d'une Famille ,
neantmoins le Joueur qui peut d'un
feul coup de malheur perdre tout fon
bien en moins d'un quart - d'heure , &
le Chicaneur par le mauvais fuccés
d'un Procés mal intenté , ſe ruiner en
tres peu de temps , font plus préjudiciables
à leur Famille que le Buveur.
qui confomme fon Bien plus lentement
, & détruit plus promptement fa
fanté que les autres , par les excés &
l'intemperance , qui luy cauſent de fi
grandes maladies ; qu'à peine vit- il
affez pour diffiper autant de Bien pendant
la vie , que les premiers en diffipent
en peu de jours.
Je fouhaiterois , Madame , avoir
d'auffi bonnes qualitez que ces trois
font haïffables , pour ne rendre plus
Liiij
248
Extraordinaire
digne de celle de voftre tres -humble
, & c.
PANTHOT , Doct . Med.
Avant que je vienne aux Enigmes
de Fevrier, vous eftes priée de jetter les
yeux fur une planche galante des Armoiries
de l'Amour. Elles furent propefées
dans ma fixiéme Lettre Extraor
dinaire , & Monfieur Broffard de
Montanay , Conſeiller au Préfidial de
Bourg , m'envoya un peu apres celles
que je vay vous expliquer. Ie vous en
euffe fait part dés ce temps- là , fi elles
euffent efté deffinées. Vous y perdez de
fort agreables Madrigaux du mefme
Monfieur Broffard fur chaque fujet ,
qu'il m'a efté impoffible de retrouver,
apres avoir fait graver la Planche.
Voicy ce qu'elle contient.
I.
L'AMOUR
Porte de fable à un Flambeau & à
une Fléche d'or au Chef d'argent
chargé d'un Coeur embrasé de gueules ,
monté d'un Vol ondé de fable & de
finople. Supofts, deux Lyons de gueules
accolez & enchaînez d'or. Cimier,
un
VR
.
OS
APERCEBIDO
49
de
DE
LA
VILLE
LYON
818*
1893
*
EA
BIBLIO
THEQUE
LYON
DE
LA
VILLE
du Mercure Galant.
249
un Phénix d'or fur fon Bucher de
gueules. Cry, De mifuego, mi vida.
I I.
Porte party de fable & de finople,
un Coeur d'or d'une Flêche de meſme
placé en Abîme . Supofts , de mefme.
Cimier,un Caméleon. Cry , A todos
apercebido.
III.
Porte de fable , femé de Larmes , &
de petites Flêches d'argent au chef d'or,
chargé d'un Ancre de finople. Supofts,
deux Coqs. Cimier , un Soleil, Cry,
Et urendo placet.
IV.
Porte ondé de fable & de finople, à
I'Efquif fans Rames & fans Voile, d'or,
chargé d'un Coeur enflâmé de gueules .
Supoft , deux Aigles. Cimier, une Syrene.
Cry, Cantat ut devoret.
V.
Porte d'argent au Monde embrasé
de gueules. Supofts , deux Chevaux
aiflez. Cimier , un Mirthe. Cry , Dat
frondes , florum eft parcus , fructufque
recufat.
L
250 Extraordinaire
EXPLICATIONS DES
Enigmes propofées dans le
Mercure de Fevrier.
M
onfieur Gardien a trouvé le fens
de toutes les trois. La Lettre
qu'il m'a fait la grace de m'écrire làdeffus
, vous apprendra que les deux
en Vers eftoient le Galimatias
l'Oeuf , & que le Cabos repréfentoit
un Tableau de Cilindre . le n'ay rien
à adjoûter à ce qu'il en dit.
, &
SVR LES TROIS ENIGMES
de Fevrier 1680.
Os Enigmes du mois paffé , Mon-
Vo
grands raports entr'elles , en forte que
l'on pourroit les expliquer l'une par
l'autre ; & je ne fçay fi à caufe de cela,
vous n'auriez point affecté par un jeu
d'efprit , de les choifir , & de nous les
expofer ainfy enſemble. Les deux en
Vers cachent affurément le Galimatias
, & l'Oeuf; & celle en Figure
qui
du Mercure Galant.
251
qui nous donne le Cahos à débrouiller,
c'eſt à dire à l'expliquer d'une choſe
qui de la confuſion ait paffé à quelque
arrangement , pourroit bien nous donner
à entendre un Galimatias à réduire
en ordre , & un Oeufà faire éclore.
Ne peut- on pas dire , par une comparaifon
affez jufte , qu'un Galimatias
reflemble à un Oeuf, & qu'un Oeuf, eſt
une espece de Galimatias ? Il eft certain
que de plufieurs fujets confus , & de
quantité de paroles mal placées , le bon
ordre en peut compofer un difcours
raiſonnable : De mefme que des differentes
parties , & des differentes
qualitez qui font dans l'Oeuf, la chaleur
en fait éclore un Poulet bien formé.
Pour le Cahos , il eftoit fans doute
un Galimatias , puis que c'eftoit la
confufion mefme ; & Pon peut ce
me femble, l'apeller avec raifon , l'Oeuf
dont le monde fut tiré par la vivifiante
& toute puiflante Parole. Vous voyez ,
Monfieur , que je fupofe icy avec vous ,
& felon les Poëtes , un Cahos avant la
creation du Ciel & de la terre , qui eft
neanmoins le point par où l'Ecriture
commence ' Hiftoire de la conftruction
25.2
Extraordinaire
ction du Monde parfon Createur ; mais
je le fupofe ce Cahos tel qu'il auroit
efté , c'eft à dire une matiere creée.
Ainfi de quelque forte qu'il ait plû à
ce grand Ouvrier de faire la choſe ,
il auroit toûjours efté vray de dire
que le Monde a efté tiré du néant.
Quand fa voix plus forte qu'un
Foudre,
Et plus vifte que les Eclairs ,
Fendant les efpaces des airs ,
Fit que toutfortit de la poudre ;
A l'inftant qu'il le fit paraiftre
On vid naiffant deffous fes pas,
Obeir ce qui n'eftoit pas >
A la volonté de fon Mistre
Il dit ; & tout fut fait ; Tout fortit du
Silence.
Que tout done obeiffe à ce Dieu Toutpuiffant
>
Puis que dans l'heureux jour que tout
pritfa naiſſance ,
Tout pour eftre produit Luy fut obeif
fant .
Aprés ce mot de réfléxion ferieuſe
où m'a emporté la grandeur de l'idée
de la Creation , qui eft venue s'offrir
fi
du Mercure Galant.
253
fr naturellement en cet endroit , je reviens
à la comparaiſon du Cahos à un
Oeuf. Pour la foûtenir, je pourrois icy
me prévaloir du témoignage de ces
premiers Sçavans du Monde, les Egyptiens
, dont la Theologie eftoit envelopée
de Fables , qui peut- eftre ne
font groffieres qu'en apparence. Ils
enfeignoient que leur Dieu Horus ( fi
ma memoire ne me trompe ) avoit tiré
plufieurs Dieux d'un feul Oeuf ; &
par ces Dieux ( que l'on pourroit tresbien
appeler des Dieux d'une meſme
couvée ils entendoient les influences
des Aftres , & les qualitez élementaires.
J'ay donc , ce me femble, quelque
raifon de conjecturer que le mot de
l'Enigine du Cahos peut eftre le Galimatias
ou l'Oeuf. Tout ce broüillaminy
, s'il m'eft permis de me fervir
de ce terme , qui n'en doit de guere à
celuy de Galimatias ;tout ce mélange,
dis je , des Elémés qui nons eft marqué
autour de Dieu, ou de l'Esprit represété
par cette Figure humaine , fignifieroit
les cóceptions mal digerées, & les paroles
en defordre qui font le Galimatias;
&
254
Extraordinaire
"
& par ce mefine efprit feroit entendu
l'habile Homme qui démélant chaqué
chofe , & la mettant dans une jufte
fcituation , en formeroit un difcours
bien fenfé. J'avoue neanmoins que
felon la rigueur des regles , cecy eft
un peu trop delicat pour le mot d'une
Enigme , & qu'il faut quelque chofe
de materiel ; c'eft ce qui fe trouve
dans l'Oeuf , qui par cette raifon conviendroit
bien mieux au Cahos . Le
mélange des Elemens quadre juſte
aux diverfes parties & aux diverſes
qualitez que FOeuf renferme ; & la
chaleur qui fait éclore le Poulet , foit
celle de la Poule , foit celle du feu,
comme l'on s'en fert à cet effet en
Egypte , feroit défignée par cette Figure
qui femble agir & débrouiller la
maffe confuſe.
?
Si pourtant ce n'eftoit ny l'un ny
l'autre de ces deux fujets , je ſouhaiterois
au moins que ce fuft un Tableau
de Cilindre un de ces Tableaux
plats , où vous voyez que l'effufion &
la confufion des traits & des couleurs
nous repreſentent , pour ainfi dire , un
vray Cahos,qui nous empefche d'y rien
compren
du Mercure Galant.
255
comprendre , jufques à ce que par le
fecours du Cilindre , pofé dans le milieu
, toute cette multitude de points
diſperſez venant à s'y raffembler au
point de veuë , nous y voyons diſtin-
Atement la figure d'un Homme , d'un
Animal , ou de tel autre corps que le
Mathématicien , aidé du Peintre , aura
pris pour fon fujet. Peut- eftre n'ay - jè
pas mieux rencontré à cette derniere
Explication qu'aux deux précédentes ;
mais quoy qu'il en foit , c'eft celle à la
quelle je m'arrefte , jufques à ce que
vous nous en ayez donné une plus juſte.
Je fuis , & c.
GARDIEN.
Outre Monfieur Gardien , la feule
Lorraine, qui n'eft plus à prefent Efpagnolete,
à trouvé le Galimatias ; & Mr
Bouchet , ancien Curé de Nogent , le
Cilindre. Voicy plufieurs Explications
en Vers fur l'Oeuf.
VN
m
I,
'N matin que Philis , cette charmante
Belle,
M'avoit reçen dans fa Ruelle,
Noftre efprit de concert eftoit tent.occupé
A
256
Extraordinaire
A poursuivre ardemment un certain
Mot rebelle
Quifuyoit de nostre cervelle,
De peur d'eftre par nous à la fin attrapé,
Sons couverture Enigmatique ,
Ge Mot continuoit à nous faire la nique,
Quand tout- à coup Lifete entrant en
habit neuf
( Ce jour estoit un jour de Feste )
Fit entrer à l'instant ce Matin dans
ma tefte ,
En abordant Philis pour luy donner un
..: Oeuf.
M
Le Chevalier Geffon de Cornavant
de Montpenfier.
I I.
Ercure , à mon avis , eſt un bon
Medecin ,
Il prefente un Secret dont la vertu divine
,
Sans Sirop & fans Medecine ,
Peut garantir foir & matin
Des funestes vapeurs d'un Hyver incommode.
Auffi devient-il à la mode.
De ce Secret tout le monde fait cas ;
Il eft aimé de la Vieillesse ,
Et
du Mercure Galant.
257
Etfouvent mefme la Ieuneſſe
Le prefere aux Vins délicats.
Enfin, divine Iris , ce Remede fublime
Donne un nouvel éclat à vos charmans
attraits.
Mais las ! le croirez - vous , fi je dis qu'un
Oeuffrais
Eft cet heureux Secret que tout le monde
L
estime ?
L'ancienne Societé d'Abbeville.
III.
Es plaifirs font finis , & je voy le
Carefme
Qui vient faire la guerre à vos divins
appas.
Belle Iris; ne pretendez pas
A force de jeufner vous rendre le teint
blefme ;
Ne mange point de Chair , j'y confens
de bon coeur
Suivez cette devote ardeur
Qui vous porte à cette abftinence ;
Mais pour vous conferver le brillant de
vos traits,
Allez obtenir la Difpenfe
De manger au moins des Oeuf frais.
R. DAUTESPINE .
IV.
258 Extraordinaire
CEcy P
IV.
Ecy paſſe la raillerie ,
Amy Mercure , & fait gronder les
Gens de bien .
Encor pour la Galanterie ,
Pour les Vers amoureux, pour la Profe
fleurie ,
C'est là vostre meſtier, on ne vous en dit
rien ;
Mais apres tout , il n'en va pas de
mefme ,
D'offrir à tous venans des Oeufs frais
en Carefme ;
Et cette fois vous n'eftes pas Chreftien.
PR
V.
Renez l'Oeuf que je vous envoye ,
C'est un Oeuffrais, & de bonfens.
Te n'en demande point d'encens ,
L'enfuis bien payé par ma joye,
Et pour moy c'est une monnoye
Preferable aux plus grands prefens .
LE CLERC DE BUSSY.
M
V I.
Ercure, pour le coup vous n'avez
pas raison,
Vos
du Mercure Galant.
259
Vos préfens en ce Mois ne font pas de
faifon
Puis qu'une Autoritéfupréme
Nous défend les Oeufs en Carefme.
MICONET, Avocat à Chalons
fur Saône.
VII.
UnpetitEcolier amoureux du Mer-
UN
Lifoit un jour l'Enigme obfcure
Qu'on y propofe chaque Mois .
Souvent il devinoit , & gagnoit fa gageure
,
Mais il eust perdu cette fois.
Vne Poule paffa , criant , cherchant à
pondre ;
Pour le troubler & le confondre ,
Elle fembloit faire du bruit exprés.
Lors il cria d'une colere extréme ,
Animal importun , s'il n'eftoit pas Carefme
,
Ie voudrois te manger avec ton Oeuf
frais .
L
LE PETIT VAUS SEMAIN
de Bagnolet.
VIII.
E Mercure Galant aux beaux ESprits
fi cher,
N'ofant
260
Extraordinaire
N'ofant nous tenter par la Chair,
S'eft avisé pour le Carefme
De nous prefenter un Oeuf frais.
O l'admirable ftratagéme,
Pour nous damner à peu de frais.
HEUVRARD , Confeiller du
Roy à Tonnerre .
YP
I X.
Penfez- vous , Galant Mercure ,
Ne vous faites- vous pas injure
De maltraiter ainfi nostre Religion ?
Vous donne la permiffion,
Et vous la donnez de vous-mefme,
De prendre un Oeuf frais en Carefme.
Les Nouveaux Académiciens
de Beauvais ,
X.
E ne fuis pas de fort grand prix,
voye en usage.
on me
Sans moy l'on cefferoit de chaffer aux
Perdrix ,
Sans moy le Roffignol par fon tendre
ramage
Ne viendroit plus charmer nos fens &
nos efprits.
A
du Mercure Galant . 261
Ie fuis fans vie, & je fais vivre,
le nefuis ny Chair ny Poiffon;
Mais quand au Cuifinier une fois on
me livre ,
Il me met en ragouft de plus d'une façon.
De ma Mere & de moy l'on a peine à
répondre
Quelfut fait le premier des deux.
Quoy que je foisfans poil, fans barbe,&
fans cheveux ,
Quand on parle proverbe , on parle de
me tondre.
LA LORRAINE qui n'eft
plus Eſpagnolete.
XI.
Our conferver à peu defrais
Pour D'un beau teint la douceur charmante,
Vn bon Bouillon, un bon Oeuffrais,
Ont une vertu raviſſante.
Mad . DE RICHEBOURG .
XII.
Rayment , Monfieur Briden, voftre
Tout le monde s'en apperçoit';
Vous
262 Extraordinaire
Vous avez perdu de la graiffe
De l'épaiffeur de plus d'un doigt.
Sans doute le Carefme en eft la feule
·
caufe ;
Peut-estre n'aimez vous la Raye , ny
l'Alofe ,
L'ay pitié de vostre malheur ;
Mais ayez patience , & fouffrez ce
malaife.
Te jure qu'en voftre faveur ,
Si je deviens Prélat de noftre Diocefe ,
Je feray Mandement exprés
D'ufer en Carefme d'Oeufs frais.
DARNUEL , de Troyes.
XIII.
'On a voulu dans une Rime
Nous cacher le fens d'une Enigme,
Mais ilfaudroit eftre bien neuf,
Pour n'y pas découvrir un Oeuf.
LE PRESIDENT MORIN ,
du Mans .
X I V.
Onfieur le Mercure Galant;
Vous avezun fort beau talent
Pour faire le debit de voftre marchandife,
Mais
du Mercure Galant. 263
Mais celle de ce Mois ne paroit pas de
mife.
Vous avezrencontré fort mal,
Il falloit l'étaller pendant ce Carnaval ;
Vous n'eftes pas Chrétien , pour le moins
du bon Crefme,
De debiter des Oeufs dans le temps du
Carefme.
G
TROTTE Avocat au Mans.
X V.
Alant Mercure, il vous faut dire
Qu'on m'adéfendu de vous lire;
Mais n'enfoyez pas étonné.
L'on ne tient envers moy cette rigueur
extréme,
Qu'à caufe (m'a- t-on dit ) que vous avez
donné
Vn Oeuf àgober en Careſme.
Les Reclus de S. Leu, d'Amiens.
L
X V I.
Es Mufes du Mont Saint Michel
,
Et les Mufes du Montafnel ,
Pour expliquer l'Enigme eftoient en
grande peine.
Leur Apollon en avoit la migraine,
Chacune
264
Extraordinaire
Chacune tour à tour se renvoyoit l'Eteuf
,
Lors qu'une Muſe du Parnaſſe
Leur dit, Mes Soeurs,je voy ce qui vous
embaraſſe ,
Vous ne sçauriez trouver à tendre fur
2
un Öcuf.
Le Controlleur des Mufes du Mon-
JE
tafnel en Baffe Normandie.
XVII.
Ereffens un plaifir extréme ,
D'avoir trouvé fous tant d'attraits
Le Portrait de l'Objet que j'aime ;
le m'explique, c'eft un Oeuf frais.
Mad. DV PLESSIS - QVERDREO,
de Quimperlé en Bretagne .
XVIII.
Pour deviner cette Enigme ,
Quoy qu'en ce point jefois tout neuf ›
Le foutiens fans plus de rime ,
Que ce ne peut eftre qu'un Oeuf.
LE DOYEN DE ROTRENEN ,
Ceux qui ont explique' cette meſme
Enigmefur l'Oeuf frais , font
Meßieurs
du Mercure Galant.
265

t
Meffieurs Cabut le jeune ,de Roüenz
Beffin Lieutenant de Clamecy ; De
la Mothe- Gueret , de S. Brieux:
La Belle Mademoiselle Fanchon
Petigny de Lyon : Allemand, Commis
general des Fermes du Tabac
dans le Luxembourg ; Le Bourg ,
Medecin de Caën; Serrant , Curé
de Nogent le Roy : Françoife Peifonnel
de Marſeille Le Solitaire
de Geneve: François Devillencufve
Gentil homme de Manofque en
Provence : Minot Regnard , Bailly
de Crufy : Toulouſe, Procureur Fif
cal de Crufy:Faubrard, de Loudun:
Du Perroy, de Paris : Banger, Confeiller
au Préfidial de Châlons en
Champagne: De Lorme, de la Rue
des Bourdonnois De Befchallier,
de Chartres : Beranger : Bell.... de
Boißimon C.D C. Deon , Avocat au
Parlement: De Ravieres : Rouillaut
Avocat au Préfidial de Langres :
Q.de Janvier 1680. M
266
Extraordinaire
.
Doudon, de Tours, Avocat en Parlement
: Hallot , Avocat à Verdun:
Landais le fils , Banquier à Saint
Brieux : Marandais , Senéchal à
S. Brieux ; & Compadre , Avocat :
De Milleville , Abraham , de Millefeux
, Soru , Avocat en Parlement
: Horde, de Senlis : Mefdemoifelles
Dautembert, d' Abbeville:
Marie M. Tevenot , Femme de M.
Marcon Entrepreneur du Roy : Petou
, de Honfleur : La Fougère,& la
Porte, d'Orleans : Brunet, de Chartres
: Le Thomas : Le Chevalier de
La Salamandre : Les Réclus du Tard
de Châlons en Champagne : Ephigênie
, de Tours : La Belle Drion
de Provins: La jeune Souy La Belle
Lorraine de Troyes : L'Agreable
Boiteufe de Troyes : La douceur l'a
plus aimée de Morlaix : Les deux
Soeurs inféparables de S. Vallery :
& la Blondine Guerin.
QUES
du Mercure Galant. 267
1
QUESTIONS A DECIDER.
Svo
I.
I un Amant qui a le plaifir de
voir fouventfa Maîtreffe dont
il fe connoift hay , eft moins à
plaindre,que celuy qui en eftant
éloigné fans aucune espérance
de la voir jamais , a la certitude
d'en eſtre aimé tendrement.
II.
S'il eft poffible d'aimer fortement,
fans qu'on foit aimé. \
III.
Si l'abſence eft incapable d'augmenter
l'amour.
IV
Lequel des cinq Sens contribue
le plus à la fatisfaction de
l'Homme .
V.
On demande quelle eft l'Origine
de la Dance.
268 Extraord . du Merc. &c.
V I.
On fouhaiteroit des Difcours
fur les diférens effets de la Sympathie,
dans quelque fujet qu'elle
fe rencontre.
Voila , Madame, les diférentes
matieres fur lesquelles roulera
l'Extraordinaire du rs . Inillet. Ie
referve jusques - là un Sçavant
Traitédes Talifmans, un autre de
la Pierre Philofophale , & quelques
Reponfes aux dernieres Questions,
qui n'ont pu entrer dans cette
Lettre.
A Paris ce 15. Avril 1680 .
INCODE
BIBLIO
LYON
Qualité de la reconnaissance optique de caractères
Soumis par lechott le