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1680, 01 (partie 1)
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GALANT
DEDIE A
MONSEIGNEUR
LE DAVPHIN
JANVIER 1680..
A
PARIS.
AV
PALAIS.
N donnera toujours un Volun
nouveau du Mercure Galant le
premier jour de chaque Mois, & on
le vendra , auffi bien que l'Extraordinaire
, Trente fols relié en veau, &
Vingt-cinq fols en parchemin.
A PARIS ,
Chez G. DE LUYNE, au Palais , dans la
Salle des Merciers, à la Justice.
Chea G. BLAGEART , Rue S. Jacques,
à l'entrée de la Rue du Plâtre,
Een fa Boutique Court -Neuve du Palais,
AU DAUPHIN.
T. GIRARD, au Palais, dans la Grande
Salle, à l'Envic.
M. D. LXXX .
MIG PAVILIOZ NY 103,
Bayerische
Staatsbibliothek
München
A
MONSEIGNEVR
LE
DAUPHIN
ONSEIGNEVR
Si la majesté des grands
Princes comme Vous , éblouit
á ij
EPISTRE.
lors qu'on attache les yeux
fur leur augufte Perfonne ,
dans quel trouble un timide
respect nejette-t - il point ceux
qui fe hazardent ou à leur
parler , ou à leur écrire &
l'ay éprouvé l'un & l'autre
plus d'une fois . Voicy la quatriéme
année , MONSEI- .
GNEUR , où j'ay l'honneur
de vous offrir le Mercure,
la troifiéme depuis que
gloire de vostre Nom , que
vous avez bien voulu foufrir
qu'il portast , l'a rendu confidérable
à toute l'Europe.
Douze Epiftres au commence-
La
EPISTRE.
ment d'autantde Volumes , ont
fait connoiftre d'abord aux
Nations les plus éloignées, ce
que vous nous faites voir tous
les jours de furprenant &
une infinité d' Articles répan
dus dans tous les autres , n'ont
rien laiſſe échaper des mer
veilles de voftrevie . Lamatiere
eft vafte , MONSEI
GNEUR , & comme elle au
gmente dejour enjour , j'au
rois continué tous les Mois &
parler dans une Lettre particuliere
, des extraordinaires
qualitez qui brillent en Vous,
fije n'avois fçeu que ce qui
á iiij
#
"
EPISTRE.
eft quelquefois foufert par
bonté comme une premiere
marque d'hommage , ne peut
qu'importuner dans la fuite,
& qu'il n'y a point de Panégyriques
de cette nature affez
achevez, pour ne s'en pas tenir
accablépar le trop grand
nombre. Ainfi , MONSEIGNEUR
, jay crût que je me
devois contenter de laiffer
voftre auguste Nom à la tefte
du Mercure , afin qu'on ne
doutaft point qu'il ne fust
toûjours à Vous ; mais après
qu'un respectueux filence m'a
fait tenirpendant une année
EPISTRE.
dans les termes de laprofonde
foúmiffion que je vous doibs ,
comment ne le rompre pas au
commencement de celle - cy?
C'est un temps qui a toûjours
eu fes privileges. Tout le
monde parle , tout le monde
fait desfombaits, Cependant
que dire à un Prince qui est
an deffus de tous les éloges , &
que Souhaiter au Fils de
LOUIS LE GRAND , formé
parfesfoins, & renduparfait
par la ferieufe application
qu'il a toujours enë à y répondre
? Il nous manquoit
une chofe , MONSEIGNEUR ,
á iij
EPISTRE.
que toute la France attendoit
de Vous , & qui vient enfin
d'estre accordée aux voeux
empreffez qu'elle en avoit
faits. C'eftoit que vous dai,
gnaffiez remplir l'impatience
où vous la voyiez d'un glo
rieux Mariage
, qui luy permift
d'efpererunelonguefuite
de Héros de l'augufte Sang
dont vous eftes né. Il ne luy
refte plus rien à defirer, apres ,
le choix qui a efté fait de l'il
luftre Princeffe que nous
allons avoir pour Dauphine
.
Elle ne mérite pas feulement
les avantages que luy aſſure
EPIS TRE.
ce choix , par celuy qu'elle a
de defcendre comme Vous de
Henry le Grand , elle en eft
digneparcet amas de qualitez
furprenantes , dont le Miniftre
qui a eu la gloire de
ce
concluemariage , a fait
l'éloge dans la plupart des
Lettres qu'il a écrites au
Roy. La Renommée nous a
confirmé ce qu'il en publie.
Tout le monde eft informé de
l'égalité de fon efprit, & de
la jufteffe avec laquelle on
l'entend s'expliquer fur toutes
chofes . On fait qu ' elle
parle plufieurs Langues avec
EPISTRE .
la mefme facilité que fi elles
luy eftoient naturelles , qu'elle
a une vertu modefte, ennemie
dis fafte & de l'oftentation,
une douceur qui charme tous
ceux qui ont le bonheur de
l'approcher, & qu'enfin elle
ne doit pas moins à l'éclat de
Lon mérite le rang qu'elle va
tenir en France , qu'au Sang
de Bavieres & de Savoye
dont elle fort. Voila , MONSEIGNEUR
, des veritez
fur lesquelles il y a beaucoup
à s'étendre. Je fuis affure
d'en trouver fouvent les occafions,
& l'on ne doit point
EPISTRE
douter que je ne les em
braffe avec d'autant plus de
joye , que rien ne peut égaler
le zele parfait avec lequel
je feraytoute mavie,
MONSEIGNEUR,
Voftre tres-humble & tresobeïflant
Serviteur,
DEVIZE
SZSESSZZZ SZZZSZZ
CATALOGVE DES PIECES
contenues dans le Huitiéme Extraordinaire
du Mercure Galant,
donné au Public le quinziéme
Fanvier 1680.
Q
Uatre Réponses à la Queſtion,
Si celuy qui aime une Laide la
croyant belle, montre plus d'amour que
celuy qui la croit belle, quoy qu'ellefoit
Laide.
Une Lettre galante en Vers.
Quatre Réponses à la Queſtion,
Si les Pleurs marquent plus de tendreffe
que les Soupirs.
Trois Réponses à la Queſtion, si
un Maryjaloux aime mieuxſaFemme,
que celuy qui luy donne grande lin
berté.
Trois Réponses à la Queftion,
Scavoir lequel de deux Amans méprifez
de cequ'ils aiment , a une plus
forte paffion, ou celuy qui employe l'abs
Jence pourfeguérir, n'enpeut venir
àbout ; ou celuy qui n'apas laforce de
s'éloigner de fa Maistreffe, quoy qu'il
fe tienne affure que l'abfence le guériroit.
Une Piece admirable & pleine d'é
sudition, qui fait voir quelle eft l'origine
des Langues, quelles font les plus
en ufage, & enfin quelle eft la Langue
matrice.
Une Ode fur la Paix .
Trois Réponfes en Vers fur cha
cune des quatre Queſtions .
Un Fragment d'une Lettre à Bélife ."
Une Fiction fur l'Invention de l'Imprimerie
.
-Une Lettre de Cloris à Damon.
Le Triomphe de l'Amour,à Damon ."
-Une Déclaration d'Amour en Vers.
-Use Galanterie en Profe & enVers,
fur une Miniature repréfentant un
Coeur enflâmé trouvé dans l'Hiftoire
de la Princeffe de Cleves , avec deux
lignes qui marquoient que c'eftoit celuy
du Duc de Nemours .
Un tres-beau Poëme intitulé , La.
Difpate des Arbres, ou le Laurier com-
Tonné.
Treize Explications en Vers fur les
Enigmes du Fard & du Sommeil .
Une Planche repréſentant une
Sphere , où font gravées plufieurs
Conqueftes du Roy.
L'Explication de la Lettre en Chifres
en Vers , avec les noms de ceux
qui l'ont expliquée,
Une nouvelle Lettre en Chifres:
Un fort beau Traité ſur l'origine
de l'Imprimerie.
Une Piece de Vers fur l'Entrée de
Mr le Comte d'Entremont dans la
Fortereffe & Chartreuse de Pierre-
Chaftel.
Dix Explications en Vers fur l'Hif
toire Enigmatique du dernier Extraordinaire.
Une nouvelle Hiftoire Enigmatique.
Deux Pieces en Vers fur l'origine
des Langues , & fur celle de l'Impri
merie.
Les noms de ceux qui ont expliqué
les Enigmes du Mois de Mars , avee
huit Explications en Vers.
Le Portrait de M le Duc de Brunf
vic, gravé.
Une Galanterie intitulée, L'Amour
Peintre, faite par Alcidon .
Deux Epigrammes côtre une Vieille ,
qui veut encor eftre aimée.
Une Epiſtre en Vers.
Soixante & dix- neuf Articles concernant
des Reglemens de Rangs &
de Cerémonies , non feulement pour
ce qui regarde la France, mais prefque
toutes les Cours du Monde..
Plufieurs Questions & Matieres
eurieufes propofées.
Se
25252525ZZZ SESES
TABLE DES MATIERES
contenues dans ce Volume..
A
Σ
•Vant-propos,
Explication de la Médaille de
la Paix, de tous les Tettons de
“ Année 1680." 23
Tout ce qui s'eft paßé entre M. de
Chauvigny Réfident du Roy à Geneve,
Meffieurs de Geneve, 47
L'Amour piqué, Fable,
Mariage de Monfieur de Pra de
Madame de Dortan , Chanoinee
de Remiremont,
'Mort de Madame Bide,
75
81
86°
89
Mort de M. le Marquis de Caylus , 87
MortduPere Caillot,
Difcours fait au Roy pár M. l'Abbé
de la Broxe, Evefque de Mirepoix,
92
Les Eftrennes, Hiftoire,
93
Entrée de M. l'Evefque de Munfter
Munster 152
TABLE.
161
177
Receptionfaite à M. l'Abbé de Gefvres
à Bernay,
Famille entiere de Iuif, baptifée par
M. l'Evefque de Soiffons, 172
Audience donnée par le Roy aux Députez
des Etats d'Artois,
Mort de M. le Comte d'Autricourt,
Frere de M. le Comte de Ligneville,
avecplufieurs avantures arrivées à
ces deux Freres à cause de lagrande
reffemblance qui eftoit entr'eux, 179
Mort de M. leDucde Hanover, 189
Mort de M. le Comte d'Albon,
Voile donne par
213
la Reyne à Mademoifelle
d'Elbeuf, avec le Difcours
fait à la Reyne par M. l'Abbé des
Alleurs , qui prefcha le jour de cette
Ceremonie,
220
Filles d'Honneur de Madame la Dau-
& phine, leur Gouvernante, nomméespar
le
Roy, 223
M. le Marquis de Montchevreuil eft
nommé par le Roy Gouverneur de
M.leDuc du Maine, 239
Madame la Ducheffe de Créquy ef
TABLE.
"
nommée Dame d'Honneur de la
244
Reyne,
Ce qui s'eftpaßt à Turin le jour du
249
Sapate,
Mort de Madame la Ducheffe de
S. Aignan, 266
Mort de M.de S.Hilaire, Lieutenant
General de l'Artillerie, 275
Le Campagnard, Imitation d'Horace,
274
M.de Bourlemont eft nommé à l'Evefebéde
Carcaffonne, & M..l'E.
vefque de Cifteron à celuy de Frejus,
276.
Mortde M. l'Evefque de Poitiers , 180
Evefché de Poitiers donné à M. de
282
S. Brieux,
Mort de M. le Cardinal Barberin,
234
Noms de ceux qui ont expliqué la prea
miere Enigme, 286
Noms de ceux qui ont expliqué la feconde,
Enigme,
Autre Enigme,.
287
292
293
TABLE.
Explication del'Enigme enfigure, 295
Préfens faits à la Reyne par M.
l'Abbé Minot,
297
'Mort du Sieur Guichard à Madrid,
299.
Mort de M. l'Abbé de Mauperthuй,
229
Divertiffemens publics,
Fin de la Table.
300
Le Sieur Blageart diftribue tous les
Mois le Journal des Nouvelles Dé
couvertes fur toutes les Parties de la
Medecine ; & on trouve encor chez
luy tous les autres Ouvrages de M' de
Blegny, qui en eft l'Autheur..
Extrait du Privilege du Roy.
Ar Grace & Privilege du Roy, Donné à
1677.
Signé, Par le Roy en fon Confeil , JUNQUIERES.
Ileft permis à J. D. Ecuyer, Sieur de Vizé,
de faire imprimer par Mois un Livre intitulé
MERCURE GALANT, prefenté à Monteigneur
LE DAUPHIN , & tout ce qui concerne
ledit Mercure, pendant le temps & efpace de
fix années, à compter du jour que chacun defd .
Volumes fera achevé d'imprimer pour la premiere
fois : Comme auffi defenfes font faites
à tous Libraires , Imprimeurs , Graveurs & au .
tres, d'imprimer, graver & debiter ledit Livre
fans le confentement de l'Expofant , ny d'en
extraire aucune Piece , ny Planches fervant à
Fornement dudit Livre , mefme d'en vendre ſeparément,
& de donner à lire ledit Livre, le
tout à peine de fix mille livres d'amende, &
confifcation des Exemplaires contrefaits , ainfi
que plus au long il eft porté audit Privilege ,
Regiftré fur le Livre de la Communauté le :
Janvier 1678. Signé, B.CoUTEROT, Syndic.
Et ledit Sieur D. Ecuyer, Sieur de Vizé,
a cedé & tranfporté fon droit de Privilege à
C. Blageart , Imprimeur - Libraire , pour en
jouir fuivant l'accord fait entr'eux.
achevéd'imprimerpour la premierefoie
le 31. Lanvier 1680.
Avis pour placer les Figures.
A Planche de la Médaille & des
Ljettons , doit regarder la page 23 .
L'Air qui commence par Reyne
auffi belle que bonne , doit regarder la
page 177.
Les trois Piedeftaux doivent regarder
la page 246.
L'Enigme en Figure doit regarder
la page 296.
་!

MERCVRE
GALANT
JANVIER 1680.
E l'avoue , Madame.
J'avois pris pour une
flaterie obligeante
, ce
que vous me diftes dés le
commencement
de noftre
commerce
, que le bonheur
que j'avois de vous écrire ce
Fanvier1680.
1 A
A
2 MERCVRE
qui fe paffoit fous le Regne
le plus floriffant qui fut jamais
, rendroit mes Lettres
confidérables à toutes les
Nations du monde. L'effet
a montré que vous parliez
jufte. J'ay aujourd'huy le
plaifir de voir qu'elles ont
cours en plus d'une Langue,"
& quoy que la promptitude
avec laquelle les Hollandois
les impriment fi-toft qu'elles
ont paru, diminuë beaucoup
les avantages que j'au
rois pû m'en promettre,
comme je n'ay pour pre- .
mier objet que la gloire de
GALANT. 3
LOUIS LE GRAND, ce m'eft
un fujet de joye tres -fenfible
qu'ils ayent porté par
toute la terre les Panégyriques
de cet augufte Monarque
dans quarante Volumes
que je vous ay déja
adreffez fous le titre de Mercure.
Comment douterois
je qu'ils ne fuffent favora
blement reçeus des Etrangers
, apres les Lettres qui
m'ont efté fouvét envoyées
& d'Eſpagne & d'Allemagne,
& qui marquent tou
tes l'admiration où ces Peu
ples font d'avoir veu les plus
A ij
4 MERCVRE
fameux Héros de l'Antiquité
effacez par l'incompa
rable Héros de la France ?
J'ofe dire ( & vous en demeurerez
fans doute d'accord )
qu'en publiant ces furprenantes
Merveilles , que nous
ne trouvons croyables que
parce que nous en fommes
les témoins, je vous ay fait
mille actiós particulieres
plus dignes d'éloges,
que ce qui a immortalifé
les plus grands Hommes.
Cependant, Madame ,
quelques louanges qu'elles
méritent , vous les auriez
remarquer
GALANT 5
le
ignorées la plupart fans
moy , ou à caule que
grand nombre en laiſſe toûjours
échaper quelqu'une,
ou parce que l'extraordinaire
triomphe que cet invincible
Conquérant a remporté
fur Luy - meſme , en
donnant le repos au Monde
Chreftien, eft d'un tel éclat,
que tout ce qui brille moins
femble ne devoir point te
nir rang parmy les Miracles
continuels qu'on luy voit
faire. Fay cu foin depuis
trois ans de ramaffer ces
actions particulieres dont je
A ij
6 MERCVRE
vous parle , & qui n'eſtant
que des effets ordinaires .
de vertu pour Loüis LE
GRAND , auroient paffé
dans tout autre pour des
prodiges. J'en ay mis pluheurs
enfemble qui ont
compofé pour Luy tous les
mois une espece de Panégyrique
au commencement
de mes Lettres. Cela ne m'a
pas fuffy. J'ay encor eſté
obligé d'en remplir le corps:
de ces mefmes Lettres , &
j'aurois pû aifément n'y faire
entrer que cette feule matiere,
fi me trouvant accablé
GALANT. 7
de l'abondance , je n'avois
laiffé beaucoup de chofes,
qui tiendroient lieu de grads
traits dans la vie des plus renommez
Monarques . Il eft
vray, Madame, que j'ay eſté
bien récompenfé de mon
travail, par le plaiſir de vous
faire voir l'augufte Pacificateur
du Monde auffi admirable
dans la Paix , qu'il l'a
toûjours efté dans la Guerre.
Je vous l'ay dépeint cent fois
dans celle- cy avec toutes les
vertus militaires du plus expérimenté
Capitaine . Je
vous ay fait obferver en Luy
A
8 MERCVRE
une prudence toute fingu
ficre , jointe à une extréme
valeur, & à une conduite qui
fuy répondɔient de l'évenement
de tous les deffeins.
Vous luy avez veu prendre
deux fois des Provinces - entieres
, non feulement dans
des Saifons, où l'on n'auroit
autrefois ofé attaquer une
feule Place, mais dans des
temps où ces Saiſons ordi
nairement cruelles , fem
bloient avoir accrû leur ri
gueur , afin d'augmenter fa
gloire. Rappellez ce que je
vous ay dit qu'il a fait avant
GALANT. 9
le Siege de Gand . C'eft une
chofe dont toutes les Hif
toires n'ont point d'exem
ple. Ce grand Prince eftoit
à plus de cent lieues de la
Ville où il avoit réfolu d'al
ler , & on penetroit fi peu
ce qu'il avoit arrefté avec
fon Confeil & avec Luymeſme,
que douze ou quin
ze des plus fortes Places du
Monde , ont craint dans le
mefme temps d'en eftre af
fiegées. Je ne parle point
de ces judicieufes précau
tions qui luy ont toûjours
fourny abondamment tout
10 MERCVRE
ce qui pouvoit eftre nécef
faire au fuccés de fes gran
des entrepriſes
. Ainfi vous
l'avez veu vaincre
par la
force de fon efprit, comme
par celle de fes armes . Il a
triomphé
en brave Soldat,
en grand Capitaine
, & en
prudent Politique
; & malgré
prefque toute l'Europe
liguée contre Luy, il a pouffé
fi loin le cours inouy de fesvictoires
, que pour les borner
, il a fallu qu'il fe fait
oppofé à Luy - meſme , &
qu'il ait voulu ceffer de vaincre
, pour ne vaincre plus.
GALANT. II
Toute la Terre a regardé ce
dernier triomphe avec admiration
, comme l'unique
de cette nature qu'un Conquérant
ait jamais fongé à
remporter. J'ay meile ma
voix avec celle de mille autres,
pour en faire connoître
la grandeur , & s'ils s'en font
expliquez d'une maniere
plus délicate, jay l'avantage.
du moins de m'eftre fait entendre
plus promptement
en beaucoup de lieux où le
bonheur de mes Lettres les
fait aller. Je laiffe la Guerre..
Il feroit mal de vous en faire
12 MERCVRE
un plus long Article, quand
la Paix nous fait goûter fes
douceurs. Nous les goûtons
à la verité, mais cerepos dót
joüit la France, en laiſſe-t-il
à ' Louis LE GRAND, & ne
peut-on pas dire avec raifon
qu'il a feulement changé de
fatigues ? En effet , appelle
rez-vous repos , un travail
continuel , d'etcrnelles peile
bien de fon
nes
pour
Etat, une application
inconcevable
aux Affaires
, le foin
d'établir
des
Alliances
avantageuſes
, de réfoudre
& d'ordonner
des
Fortifications,
GALANT 13
de fonger à ce qui peut foulager
les Peuples , d'épargner
le fang de fa Nobleffe,
d'entrer dans ce qui eft de
l'intéreſt de la Juftice comme
dans ce qui regarde l'Etat
, de ne laiffer recevoir
que de capables Sujets dans
tous les Emplois qui en dépendent,
de voir tout, d'ef
tre par tout, & d'employer
les plus fages Reglemens
pour couper le pied à toute
forte d'abus ? Si vous demandiez
quelque détail de
ce que je viens de marquer,
que ne vous dirois-je point .
14 MERCVRE
des nouvelles & utiles Or
donnances , qui veulent
qu'on ne puiffe eftre reçeu
au Barreau qu'apres trois
années d'étude du Droit ?
Il s'agit de défendre la vie
& les biens de tous les Particuliers
, & il eft bien jufte
que ceux qui s'en chargent
prennent un temps fuffifant
pour acquérir les lumieres
dont ils ont befoin . J'ay
parlé fi amplement dans mat
Lettre du dernier Mois , de
ce que Sa Majeſté a fait
pour tous les Sujets , foit à
l'égard de la Nobleffe , en
GALANT. 5
faifant ajoûter de nouveaux
Articles aux anciens Edits
contre les Duels , foit à l'é
gard des Peuples en genéral,
en diminuant les droits
des Aydes , que je ne vous
repéteray point ce quevous
ne ſçauriez avoir oublié. Si
on examine lesFortifications
des Places , il eft certain
qu'on en fait plus en un
mois préſentement , qu'on
n'en faifoit autrefois pendant
tout un Regne, & mef
me pendant un Regne de
longue durée. Ce qu'il y a
d'étonnant , c'eft de voir
16 MERCVRE
que cette grande dépenſe
n'empefche
point qu'on
n'en faffe en mefme temps.
pour les anciens Bâtimens,
& pour de nouveaux . Voyez
d'ailleurs
la magnificence
du Roy. Elle eſt toûjours
dans fon mefme éclat. Il ne
voit point de mérite qu'il ne
récompenfe. Il donne des
Penfions confidérables
à fes
phis grands Officiers ; &
comme les temps & les circonftances
augmentent
ou
diminuent la gloire des acctions
, vous remarquerez
qu'il fait tout cela apres a
GALANT. 17
voir eu à foûtenir une Guerre
de fept ans contre un
nóbre prefque infiny d'Ennemis,
apres avoir marié
une Petite - Fille de France ,
apres avoir fait tous les
frais de fon Mariage à Fontainebleau
, apres avoir envoyé
une Reyne en Efpagne
comblée de Préfens
d'une valeur exceffive , &
L'avoir défrayée pendant
cent cinquante lieuës, avec
tous les Officiers & la Garde
digne de l'augufte Maiſon
où elle eft entreé. Qui croi
roit qu'apres tant de dé
Fanvier 1680.
B...
18 MERCVRE
penfes de toutes manieres,
pour l'intéreſt de ſa gloire,.
la confervation de
&
pour
l'Etat
, il vouluft
en
faire
encor
une
de
pluficurs
millions,
quand il s'en peut dif
penfer, & que les exemples
font pour Luy ? Il la fait
cependant avec une gené
rofité & une bonté merveil
leufes. Il pouvoit vendre
toutes les Charges de la Maifon
deMadamelaDauphine,
comme on vendit celles dela
Maifon de la Reyne, mais fa
grande ame ne s'y peut réfoudre.
Il aime à donner, il
GALANT. 19
faut qu'il donne ces Charges.
Il a des Perfonnes de
mérite à récompenfer , il
faut qu'il les récompenfe,
Les graces qu'il fait le fatisfont
autant qu'elles honorent
ceux qui les reçoivent,
& il ne prend pas moins de
plaifir à faire du bien, que
d'autres en trouveroient
dans les plus flateuſes carreffes
de la Fortune . Y aril
rien de plus furprenant,
de plus nouveau, & de plus
digne d'un Grand Monar
que? Il n'eft
Il n'eft pas feulement
Père chez luy , Pere de fes
Bij
20 MERCVRE
de
Peuples , Pere enfin de toute
l'Europe par le repos que fes
bontez luy ont procuré , il
l'eft particuliérement
tous ceux qui le fervent avec
le zele & la fidelité qu'ils
luy doivent. Il ſonge à ſeurs
avantages comme un Pere
qui fçait les befoins de fes
Enfans , & qui leur donne
fans qu'ils luy demandent
rien . Auffi ont-ils tous un
empreffement pour fon fervice,
quifaitvoir qu'en cxé-
Eutant les ordres avec la
plus prompte obeiffance, ils
regardent plus le mérite de
GALANT. 21
La Perfonne, que le pouvoir
abfolu du Souverain. Je ne
vous dis point avec quel é
clat il fait fleurir les beaux
Arts. Ce que nous voyons
tous les jours d'incroyable
fur ce fujet , fait affez con
noiftre les foins qu'il en
prend, & l'exactitude avec
laquelle on fuit fes inten
tions. Ce n'eft point une
inclination naturelle pour
quelque Art particulier ,
comme on l'aveuë en beau
coup de Princes. Il en a pour
tous en genéral , & l'envie
qu'il fait paroiftre de leur
22 MERCVRE

voir atteindre le degré de
perfection dont ils font capables,
eft une preuve qu'il
fe regarde beaucoup moins
Luy-mefme , qu'il ne confidere
l'honneur de la France
, &les biens qui en peu
vent revenir à fes Sujets.
Peut-on s'étonner fi le recit
de tant de merveilles luy
gagne les coeurs de ceuxmeſmes
qui font nez ſous
une autre domination ? Je
ne doute point, Madame, à
préfent que la Paix leur
donne une entiere liberté
de venir dans fes Etats,
GALANT. 23°
qu'ils n'accourent de tous
coftez pour eftre témoins
de ce que la Renommée
leur fait admirer. Ils verront
briller fur le vifage de
ce Grand Monarque une
douce majefté qui les perfuadera
beaucoup mieux
que mes paroles , & ils feront
convaincus par
guſtes traits qui les fraperont
, des glorieuſes veritez
qu'on en publie.
2
les
au-
Je ne puis m'éloigner de
cette matiere, fans vous faire
part d'une Planche que j'ay
fait graver. Elle eſt affez
24 MERCVRE
curieuſe pour me donner
lieu de croire que vous en
verrez toutes les Devifes
avec plaifir. La Médaille
qui eſt au milieu , avec fon
Revers, a efté faite pour Sa
Majefté à l'occafion
de la
Paix . Tout ce qui environne
cette Médaille marque
les
Jettons de l'Année 1680. où
nous commençons d'entrer.
Vous fçavez , Madame,
qu'on en fait de nouveaux
d'or & d'argent tous les ans,,
& qu'il s'en diftribue beau
de Bourfes aux princi
coup
paux Officiers des Maifons
Royales
GALANT 25
Royales. Celuy qui a la direction
de la Monnoye , y
fait travailler. C'eft un employ
qui ne fe donne jamais
qu'à un habile Homme.
Vous jugez bien qu'il doit
eltre particuliérement confommé
dans la connoif
fance des Médailles. Les
fujets de ces Jetons font
tous inventez par des Per
fonnes choifies , & comme
on ne peut trop bien exécuter
ces fortes d'ouvrages, on
y employe les plus excellens
Graveurs. Le nombre en
eft grand en France, depuis
Fanvier1680.
C
· 26 MERCVRE
qu'on prend foin d'y culti
ver les beaux Arts . Je n'ay
mis icy que le Revers des
Jettons, dont le Portrait du
Roy fait la Face droite, non
feulement
à caufe que je
l'ay déja fait graver en d'autres
Planches , mais parce
que vous l'allez trouver tresreffemblant
dans la grande
Médaille de la Paix , qui eft
au milieu de celle- cy. En
voicy l'explication dans l'ordre
des Chifres.
Face droite de la Mé
daille de la Paix faite à la
GALANT.
27
gloire du Roy. On y voit
le Portrait de Sa Majeſté. ***
200 Právo . Sup vor die
Revers de cette Médaille.
Elle a efté deffinée par M
le Brun , qui en avoit reçeu
l'ordre de Monfieur Colbert,
& qui l'a remife entre
les mains de M' Chéron,
pour la graver. Le Roy y
eft peint, ayant le Manteau
Royal , & arme deffous. I
eft affis fur un Cube, & tient
un Baſton de Commande
ment d'une main , & de l'au
tre une Couronne d'Oli
vier, qu'il pofe fur le Globe
Cij
28 MERCVRE
de la Terre, que la Victoire
luy vient offrir , le tout accompagné
de ces mots,
Orbis pacatori. Cet habillement
moitié de guerrè , &
moitié de paix, montre que
'le Roy eftoit difpofé à l'une
& à l'autre . Le Cube qui luy
fert de fiege , marque la
cóftance de fes réfolutions.
Comme il pouvoit conquérir
toute la Terre , il n'est
pas furprenant que la Victoire
luy en vienne offrir
le Globe , mais il l'eft beaucoup
qu'en polant deffus
une Couronne d'Olivier , il
GALANT 29
faffe connoiftre que le repos
de l'Europe luy eſt plus
tous les avantages
cher
que
qui
luy
eftoient
feurs
par
la
continuation
de la Guerre
.
M' Charpentier
, de
l'Académie
Françoife
, eft
lin
venteur
de
cette
Médaille
.
C'eft
luy
qui
a fait
la plupart
de
celles
qui
font
pour
le
Roy
. Je
vous
en
ay
déja
envoyé
plufieurs
de
luy
,
mais
comme
je
ne
fçavois
pas
qu'il
les
euft
faites
, parce
qu'il
ne
cherche
point
à ef
t
connu
, je
ne
vous
l'ay
point
nommé
. Ce
qu'il
y a
Cij
30 MERCVRE
de fâcheux , c'eft qu'il s'eft
gliffé des fautes dans quelques-
unes , & qu'il les en
auroit purgées fij'avois pû
en conférer avec luy. Cela
ne fait rien contre fa gloire,
fes Ouvrages répondant &
de la jufteffe de les penfées,
& de la folidité de ſon ef ·
prit.
Toutes les Devifes que
vous allez voir , font employées
dans les Jettons qui
ont efté faits cette année.
III 1
POVR LE TRESOR ROYAL .
Un Soleil qui éclaire la
GALANT! c3E
Terre de fes rayons , avec
ces mots,
z
dy
{re Ditat inèxaustuse sup
De Le mefme M Chéron a
gravé cette Devile , dont
L'invention eft deue à M'
Quinaut. Le Soleil , fans
qu'il s'épuife jamais, répand
fes rayons fur la Terre pour
l'enrichir. Ceft la Figure du
Roy, qu'on peut regarder
comme une Source inépui
fable de biens qu'il fait continuellement
couler fur fes
Sujets, C'eſt auffi une image
du Tréfor Royal , qui fans
eftre jamais épuifé, diftribue
& iiij,
32 MERCVRE
inceffaminent de grandes
fommes qui fe répandent en
fuite dans toute la France .
IV...
POVR LES BATIMENS.
Un Diamant, avec ces pa
roles,
Arguis authoremfplendor.
Cette Devife , gravée par
M'Rottier , qui eft ce bon
Graveur tiré d'Angleterre,
eft de M' Tallemant le
jeune. Le Diamant eft for
mé par le Soleil dans les en.
trailles de la Terre, & il jette
un feu fi beau , qu'on con
noît bien que tant de brilGALANT.
33
lant ne fçauroit venir que
de ce bel Aftre. Le raport
en eft fort jufte avec les Bâ
timens que le Roy fait faire.
Ils font d'une magnificence
qui ne peut partir que d'un
Prince auffi puiffant, & auffi
fomptueux en toutes chofes
que Louis LE GRAND ...
V...
POVR LES REVENVS
CASVELS.
4
Un Cerfavec fon bois fort
petit, parce qu'il ne commence
encor qu'à pouffer,
ayant à fes pieds le vieux.
bois qu'il a quitté , & ces
34 MERCVRE
mots pour ame,.
.
Hac vires jactura novat.
Comme le Cerf acquiert
de nouvelles forces lors qu'il
fe défait de fon vieux bois
pour en reprendre un nou
veau ; de mefme l'Officier
qui paye le Droit Annuel,
eft affuré de ne point perdre
fa Charge , & la renouvelle
ainfi tous les ans. La Devife
eft de M Perraut, de l'Aca--
démie Françoife , & elle a
efté gravée par M' Loire.
VI..
POVR LA MARINE .
La Bouffole , qui eſt le
"
GALANT. 35
corps de la face droite de
cette Devile , a efté trouvée
par M Tallemant
le jeune,
avec ces mots qui luy fervent
d'ame,
Hoc, maria omnia, duce.
Cela fait voir que comme
avec la Bouffole les Pilotes
ne craignent jamais de s'égarer,
& vont feûrement.
dans toutes les Mers ; ainfi
avec Monfieur l'Admiral,
qui eft tout plein de courage
, & fçavant dans l'Art
de la Navigation , les Vaiffeaux
du Roy iront fans rien
craindre dans les Plages les .
36 MERCVRE
plus écartées , &
porteront
la terreur des Armes de Sa
Majefté chez fes Ennemis
& chez les Barbares, ou l'abondance
& la paix chez fes
Alliez , & dans les Terres:
qui font fous la protection ..
VII..
C'eft le Revers des Jettonsdont
je vous viens d'expli
quer la Face droite.. On y
voit le Portrait de Monfieur
le Comte de
Vermandois ,,
Admiral de France , le tout :
gravé par M Bernard..
GALANT 37
"
VIIL
POVR LES GALERES .
M' Perraut a fait la Devifé
de ces Jettons. Il y a une
Galere en état de voguer,
dans la Face droite, avec ces
paroles,
Obfequio potens.
La principale force d'une
Galere, quelque grande &
bien armée qu'elle foit, confifte
dans la prompte & exaae
obeiffance des Matelots
& des Soldats, qui eft telle,
qu'il n'y en a point de pareille
ailleurs. M' le Maré
chal Duc de Vivonne , Ge
38 MERCVRE
néral des Galeres , déclare
auffi que fa principale force
confifte dans la
prompte &
exacte exécution des ordres
de Sa Majefté , dont il ſe
glorifie plus que d'aucune
choſe.
IX.
Les Armes de M' de Vivonne
font dans le Revers
des mefmes Jettons, qu'on a
fait graver par M' le Ferme.
Je n'ay pû fçavoir ny qui a
fait , ny qui a gravé les autres
Devifes de cette Planche.
GALANTM 39
·X..
POVR L'EXTRAORDINAIRE
DES GVEERÉS . DONE
Le Temple de Janus, avec
ces mots,
J'en ay la Clef,
& au bas , Extraordinaire
des Guerres, 1680, ¨
Le Roy a bien fait connoiſtre
qu'il eſtoit en pou
voir de fermer ce Temple,
puis que c'eft à fes feules
bontez que l'on doit la Paix,
& qu'il en a reglé Luy
mefme les conditions.
40 MERCVRE
XI.
POVR LA CHAMBRE
AVX DENIERS .
Un Rocher d'où il fort
de l'eau qui tombe dans un
Baffin, d'où elle fort encor.
Ces mots en font l'ame,
Exit ut intrat,
& dans l'Exerque, Chambre
aux Deniers, 1680.
Cette Devile n'a pas be
foin d'explication
.
XII.
Un Soleil au deffous du
quel eft un Arc- en - Ciel,
avec ces paroles,
Terras effejubet effe quietas.
GALANT 411
Dans l'Exerque , Tréfor
Royal, 1679.
Cette Devife eft de l'an:
paffé, & fut faite fur la Paix..
L'explication en eſt aiſée. ì
XIII.
POVR LA VILLE.
-Des Guidons, des Tromperes
, des Moufquets , &
plufieurs autres Inftrumens
de Guerre,font nouez d'une
Echarpe couverte de Fleurs
de Lys, avec ces paroles,
Fecit Victoria nodum.
Elles ne peuvent eftre plus
juftes pour les triomphes du
Roy , puis que s'il n'avoi
Fanvier 1680..
D
42 MERCVRE
pas efté fuivy en tous lieux
de la Victoire , nous n'aurions
pas encor eu la Paix..
Comme fa modération eft
fans exemple , fes Ennemis
ne s'en feroient pas
fait une
vertu , s'ils avoient eu les
mefmes avantages que ce
Grand Monarque. Ainfi on
peut dire que l'heureux fuccés
de fes Armes
luy ayant
fait voir qu'aprés tant de
gloricufes conqueftes
il ne
luy reftoit plus qu'à triompher
de Soy-melme , c'eſt
cette illuftre victoire qui en
rendant tant de divers Inf
}
GALANT. 43
trumens de Guerre inutiles,
a fait le noeud qui les lië enfemble.
Toom'sq anon
369
is conso XIV ) )
Le Revers de cette der
niere Devife , nous repréfente
les Armes de Mde
Pomereu, Prevoft des Murchands
.
Je reçois préfentement
un nouveau Jetton qui a
efté fait pour la Maifon de
la Reyne. Comme je le fais
adjoûter à la Planche déja
gravée, vous ne le trouverez
pas en ordre comme les autres,
il fuit feulement le chi
Dij
44 MERCVRE
fre. On ne m'a pû dire le
nom de l'Autheur de la De
vile. Tout ce que j'ay fçeu,
c'eſt que M. Chéron en eft
le Graveur..
XV.
Face droite, où eft le Por
trait de la Reyne.
XVI.
Un Encenfoir dans un
Champ d'Oliviers fur un
Autel. La fumée qui s'exhale
de cet Encenfoir vers
les Cieux , retombe changée
en une rofée bien-faifante,
& entretient l'Olive dans
GALANT. 45
fa beauté. Ces paroles font:
autour,
Hinc ros quo lata tuetur.
Rien ne peut mieux convenir
à la Reyne, toute la
France eftant convaincuë,
que c'eft aux prieres de cette
Princeffe qu'elle doit la Paix,
Vous fçavez que l'Olivier
en eft le Simbole , & que
l'Encenfoir fumant eft ce-..
luy de la Priere.
.
En vous parlant des chos
fes qu'on peut appeller du
premier Jour de l'Année,
puis qu'elles font faites pour
46 MERCVRE
eftre diftribuées ce jour- là,
je ne dois pas oublier de
apprendre que ce mef-
Vous
7
me jour Meffieurs de Ville
ayant M le Prevoſt des Mar
chands à leur tefte, fe rendi
rent à S.Germain , & eurent
l'honneur de faluer le Roy,
la Reyne Monſeigneur
,
Monfieur & Madame. Ils
allerent: en fuite chez tous
les Princes du Sang, & s'ac
quiterent du mefme devoir
envers M le Comte de Vermandois
, Mademoiſelle de
Blois, aujourd'huy Madame
Ja Princeffe de Conty, Mile
GALANT 47
Duc du Maine, M ' le Comte
du Véxin , Mademoiſelle de
Nantes , & Mademoiſelle
de Tours . Ils ne font qu'un
Compliment au Roy , fans
luy faire de Préfens ; mais
ils donnent à tous les Prin
ces une Bourfe de cent Jettons
d'or , & aux Princeffes,
des Oranges, des Liqueurs,,
& des Confitures .
Je croyois finir icy ce qui
regarde Sa Majefté , mais
ce n'a pas efté fans raifon
que je vous ay dit fouvent
que la matiere eſt, inépuifable.
Il me fouvient que
*
1
48 MERCVRE
vous avez fouhaité de moy
un détail particulier de ce
qui s'eſt paſſé à Geneve , où
vous fçavez que la Religion
Catholique n'eft point fou
ferte, & en fatisfaiſant voſtre
curiofité là - deffus , j'ay à
vous donner encor un nou-
Rien
veau fujet d'admirer noftre
Grand Monarque.
n'égale le zele qu'il a pour
l'intéreft de l'Eglife . Il luy
eft fans doute bien glorieux
d'avoir réduit les Habitans
de la Ville que je viens de
vous nommer, à laiffer dire
la Meffe chez fon Réfident.
C'eft
GALANT. 49
C'eſt ce qui n'eftoit encor
arrivé chez aucun de ceux
qu'il y avoit cus , ny chez
les Réfidens des autres Couronnes.
La Populace , qui
ne fçait preſque jamais ce
qu'elle fait , ny pourquoy
elle s'émeut, & qui croyant
toûjours agir pour fon bien,
cauferoit fouvent fa ruine
entiere , fi elle n'cftoit ramenée
par des Gens prudens
qui s'exposent à la fufon
falut ; la Poreur
pour
pulace , dis-je , s'eftant ſoulevée
contre M' de Chauvigny,
Réſident de France,
Fanvier 1680.
E
50 MERCVRE
qui avoit fait dire la Meffe
chez luy , & un des plus emportez
s'eftant échapé jul
ques à tirer à bales , les
Magiftrats joignirent toute
leur vigueur à beaucoup
d'adreffe pour empécher la
fédition , & ayant fait arref
ter deux des plus coupables,
ils en donnerent auffitoft
avis à Sa Majesté. Le Roy
envoya fes ordres à M' de
Chauvigny fon Réſident à
Geneve , & il ne les cut pas
plûtoft reçeus, qu'il fit de
mander Audience à M's les
Sindics & Confeil de cette
rs
GALANT. 51
Ville. Elle luy fut accordée
pourle 23. de l'autre Mois.
Deux Magiftrats le vinrent
prendre le matin chez luy
fur les dix heures , & le conduifirent
à la Chambre de
leur Confeil. Apres qu'il y
eut pris fa place ordinaire , il
leur préfenta la Lettre que
le Roy leur adreffoit. Elle
fut remiſe entre les mains
du Secretaire d'Etat, qui la
keût debout, tout le Confeil
eftant tefte nuë. Il leût en
fuite celle de M'Colbert qui
Paccompagnoit. La Lettre
de Sa Majefté ne contenoit
E ij
52 MERCVRE
autre choſe , ſinon qu'Elle
avoit efté bien aife d'avoir
appris par eux-mefmes, qu'ils
n'avoient aucune part à l'infulte
faite à fon Réfident, de
la bouche duquel ils appren
droient fes intentions . Cette
lecture ayant efté faire , M
de Chauvigny
leur parla
ainfi .
ME
La
ESSIEVRS,
Fe ne puis vous exprimer
la joye quej'ay reçeuë par
Lecture qui vientd'eftre faite,
de la Lettre dont vous a honoré
le Roy mon Maiftre,
GALANT. 53
qui vous confirme fi obligeam
ment les affurances de fa
Royale Protection , qui vous
doivent estre d'autant plus
confidérables en ce rencontre,
que l'occafion qui vous les
attire eftoit preffante dècifivepour
vostre repos. Cette
joye avoit commencé dés hier
de s'emparer de mon coeur,
par
La Lettre quefon illuftre
Miniftre m'a écrite de fa part,
dans laquelle Sa Majesté a la
bonté de vouloir bien mefaire
connoistre l'égard qu'Elle a
eu pour la justice que j'ay
deû rendre à vostrefige &
E uj
54 MERCVRE
refpe&taeufe conduite , & au
zele de Meffieurs vos Pafteurs,
lors de l'émotion arri
wée dans vostre Ville le qua.
trième du courant , før lai
quelle pour nous conformer.
l'intention de mon Maiftre, il
faut paffer l'éponge pour we
s'en fouvenir jamais .
Mais, Meßieurs , les bontez
de Sa Majesté s'étendent
bien plus loin que vous ne
penfez , je croy vous furprendre
tres - agréablement,
envous difant que Sa Majesté
a bien voulu encor accorder
grace que j'ay ofé luy de
ta
GALANT. 55
mander avec une tres- refpectueuse
liberté, pour deux Miférables
que vom tenez dans
wos priſons , avec cette glarieufe
circonftance pour moy,
que Sa Majesté m'ordonne de
vous en porter le premier
avis.
Ce n'eftoit pas affez, Meffieurs
, que les grandeurs de
mon invincible Maiftre vous
fuffent connues & à vos Peuples
, par fes victoires & par
fes triomphes ; il falloit encor
que vous le connußiez par
les vertus qui luy font naturelles
, qu'il poffede entiere-
E j
56 MERCVRE
ment, & qu'il met en pratique
dans le plus haut point de la
perfection. Ilfçait leur don
ner à chacune le jour qui leur
eft propre , dans les temps &
dans les occafions , & par un
noble tempérament de fa fageffe
& de fa prudence , s'ac
commoder à la foibleffe & an
befoin de fes Sujets , & de
ceuxqui ont,comme vous ,
vantage de vivrefousfa protection.
La-
De forte , Meßieurs , queje.
crois pouvoir fans profanation,
luy attribuer en ce ren
contre, ce qu'ungrandHomme
GALANTA 57
difoit autrefois de la Divi
nité , Juftitia fedet, miferi.
cordia vero affidet , puis
qu'il eft vray de dire que la
justice la clemence , funt à
Sa Majesté des vertus infé
parables ; mais Elle veut aus
jourd'huy en voftre faveur.
en celle de vos Peuples, que
cette juftice le cede à cette
clemence , & que cette ole
mence prenne la place de cette
juſtice , puis que Sa Majesté
m'a commandé de vous dire
en termes exprés , qu'Elle
agrée que vous accordiezgrace
en fon nom à vos Prifon
58 MERCVRE
niers ; & comme mon auguſte
Maiftre nefait que des actions
extraordinaires , il ne dit auffi
que des chofes furprenantes,
Il n'y apas un mot dans cette
expreffion quine porte le fimbele
& le carattere de fa fageffe
, &qui ne méritepar confequent
vos ferienfes réflé
xions pour y proportionner
vos reconnoiffances . Sa Majesté
ne confent pas , mais elle
agrée; Sa Majesté ne veutpas,
mais elle agrée. Vous estes
trop habiles , Meffieurs , pour
Be vous pas faire une glo
rieufe application de ces difé-
4
A
GALANT. 59
rences,qui vousfont des preuves
fenfibles , quefi Sa Majefté
est perfuadée de ce qu'-
Elle pourroit en ce rencontre,
Elle ne l'eft pas moins de la
connoiſſance que vous y avez
de voſtre devoir, & de l'apli
cation que vous y aporterez
pour y fatisfaire. Elle agrée
que vous accordiez grace d
vos Criminels. Ils font vos
Sujets; Vous estes leurs Souverains.
Elle ne donne aucune
atteinte à voftre fouverai
meté; Elle n'attire & ne diminuë
rien de leur fujetion.
Elle agrée que vous faßiez
60 MERCVRE
grace en fon nom ; Sa Majefté
eft offencée en la Perfonne de
fon Ministre, fa bonté veut
bien fe contenterde cettefeule
& foible fatisfaction , & il
estime , Meßieurs,quefes vo
lotezvous doivent eftre d'une
affez puiffante confidération
pour les exécuter à la lettre.
Cette action est trop éclatante
pour ne la pas rendre
publique. C'est pourquoy
,
pour ne rien diminuer des
belles circonftances dont il
plaift à Sa Majesté d'accompagner
cette grace , je vous
demande , Meßieurs , qu'il
GALANT. 61
vous plaife ,pour ne pas laiffer
plus longtemps gémir ces
Miférablesfous la pefanteur
des fers, dans l'incertitude.
de leurfort, de les faire préfentement
venir dans voftre
Audience , afin qu'ils en reçoivent
plus promptement
l'effet , & d'en faire ouvrir
les portes pour en rendre
voftre Peupletémoin.
Ce Difcours ayant eſté
prononcé, on ouvrit les por
tes , & les Prifonniers furent
amenez. Le plus criminel
fe mit à genoux ; ce que M²
de Chauvigny ayant veu,
62 MERCVRE
pria M' Dupan Premier Sin
dic de le faire relever , afin
qu'il joüiſt de la grace de
Sa Majefté dans toute fon
étenduë , & fans qu'elle fuft
accompagnée d'aucune fầ,
cheufe circóftance . Cela fut
executé, & ce Sindic prenant
la parole, repréſenta au Criminel
l'énormité de ſon crime,
qui n'eftoit pas moindre
que d'avoir voulu troubler
l'Etat , par un attentat fait à
la perfonne d'un Miniſtre
du Roy leur Protecteur ;
qu'il en eftoit convaincu ;
qu'il ne reftoit plus qu'à
GALANT. 63
prononcer l'Arreft de fa
condamnation
qu'il ne
pouvoit êviter du dernier
ſuplice , & qu'il avoit eſté
f heureux que Sa Majeſté
avoit agreé que fes Seigneurs
luy fiffent grace en
fon nom , & qu'ainfi c'eftoit
de Sa Majesté ſeule qu'il la
tenoit ; ce qui devoit l'obliger
de prier Dieu toute la
vie pour la profperité du
Regne de fon Libérateur,
kuy ordonnant
ainſi qu'à
l'autre , de fe rendre chez
M' le Réfident
, pour le remercier
des fervices que fa
64 MERCVRE
genérofité pouvoit luy avoir
rendus en cette occafion
aupres de Sa Majefté. Surquoy
M' de Chauvigny,
pour toucher davantage le
Peuple , adreffa ainſi la parole
aux Criminels .
Mes Enfans. Le Roy man
Maiftre vous ayantfaitgrace,
je n'ay plus rien à vous demander
, je vous diſpenſe
de bon coeur de la vifite qu'on
vient de vous ordonner de mé
rendre. le veux bien mefme
apres avoirfatisfait, comme je
le devois indiffenfablement,
à la qualité de Ministre du
GALANT 65
Roy Tres- Chrestien , dont je
fuis honoré, m'en dépouiller
un moment , pour en celle de
Particulier vous offrir mon
amitié, & vous demander la
voftre. Maisprenezgarde que
l'impunité de vostre crime, &
La
grace que vous recevez de
Sa Majesté, ne vousfervent
point de prétexte , ny à d'autres
, pour retomber dans des
emportemens & des violences
fi condamnables. Et puis relevant
fa voix , il adjoûta..:
Et fçachez , auffibien que tout
ce Peuple qui m'entend , que
fi mon augufte Monarques
Fanvier 1680. F
66 MERCVRE
fçait faire des graces quand
il luy plaift , ilfçait & peut
auffi quandil le veut, chaſtier
L'abus que l'on pourroit faire
de fa clemence.
x
Les Prifonniers s'eftant
retirez, on ferma les Portes,
& M de Chauvigny parla
de nouveau aux Magiftrats.
Voicy les termes dont il fe
fervit.
Meffieurs. Pour ce qui re...
garde la maniere de l'exercice
de ma Religion , je n'ay point
d'autres ordres que ceuxdont
je vous ay déja fait part
mais je veux bien vous pro
GALANT. 67
mettre fous le bon plaifir de
Sa Majesté, de prendre toutes
les précautions de bienfeance
que je pourray , pour
vous en diminuer le chagrin,
bien ou mal conçeu , ce que je
n'examine point à préfent,
enlaiffant la décifion à voftre
prudence , fur laquelle vous
devez vous faire juſtice , &
l'inspirer vous - meſmes à vos
Peuples. Mais il eft bon auſſi
de vostre cofté, que vous vous
défaffiez de certaines curiofitez
qui ne vousfont pasfeulement
inutiles , mais dange
renfes & à charge, puis qu'
Ey
68 MERCVRE
elles ne vous produisent que
des Monstres , qui pour eftre
volontaires, ne font pas faciles
à détruire. Je vous le
répete encor , Meffieurs , que
je veux bien fous le bon plaifir
du Roy mon Maiftre , ne
pas tout faire , mais il faut
aufft que vous ne voyiez pas
tout , fi vous jugez qu'il s'y
agiffe de voftre repos ; & c'est
encor dans cette veuë, & fur
ce principe , que jeprendraj la
liberté de vous dire comme
voftre Amy particulier , &
non pas fous le titre de plainses
on de remontrances , qu'il
GALANT. 69
feroit à fouhaiter que M
fieurs vos jeunes Miniftres
s'attacheffent plus à fuivre
l'exemple de leurs Anciens,
qu'ils donneffent plûtoft comme
eux leurfoin à leur édifis
cation, qu'à flaterdes deffeins
& des defirs malreglez, ayant
remarqué leudy dernier que
le Sieur *** dans la premiere
Prédication defon Miniftere,
fir par une mauvaiſe figure
de Rhétorique,une comparai
fon, dont l'aplication pouvoit
eftre dangereufe , & qui fit
affurément plus d'impreffion
dans l'efprit de fes Auditeurs,
70 MERCVRE
que les autrès belles chofes
qu'il leur dit pour leur édification;
an lieu que les Sieurs *
s'eftoientparticulierement attachez
à leur infpirer lobeif
fance & le refpect qui font
deus aux Souverains , à leur
donner l'idée des malheuTS
qui fuivent les émotions , la
confufion & le défordre , &
à les exhorter à redoubler
Leurs prieres pour la prosperité
du Regne de Sa Majesté,
de la bontés de la protection
de laquelle ils reçoivent tous
Les jours des preuves fi feng
Libles
GALANT TE
L'Affemblée fe fépara
apres ce dernier Difcours,
& M de Chauvigny s'ef
tant retiré chez luy fous la
conduite des mefmes Ma
giftrats, ces Meffieurs dont
quelques - uns avoient remarqué
auffi-bien que luy
les chofes qui l'avoient obligé
à donner cet avis , manderent
le Sieur *** & luy
repréfenterent
ce qui eftoit:
de fon devoir , particulierement
dans la conjoncture
des choſes .
L'aprefdînée les Magif
grats députerent deux d'en72
MERCVRE
tr'eux à M' le Réfident,pour
luy donner des marques de
leur reconnoiffance
, & de
celle de leur Peuple , tou
chant la grace qu'il avoit
plû au Roy de leur faire, &
pour le remercier en meſme
temps des bons offices qu'il
leur avoit rendus. Ces Dé.
putez s'acquiterent
de leur
employ avec tout le zele
imaginable , & affurerent
M' de Chauvigny , au nom
de tous ceux qui compofent
le Confeil , que fa maniere
d'agir, & l'action qu'il avoit
faite le matin , les avoit tel
lement
GALANT. 73
*
lément comblez de joye
dans un temps où ils avoient
fujet de tout craindre , qu'
eux & leur Peuple alloient
redoubler leurs voeux pour
la gloire du Regne de Sa
Majefté, & qu'en fon particulier
il ne trouveroit dans
leur Ville à l'avenir que du
reſpect, de l'honneur, & de
l'amitié. Leurs Paſteurs fe
font conformez depuis à ces
fentimens dans tous leurs
Prêches .
Quelque déference qu'ait
pour les voftres le Cavalier
dont vous me parlez , il ne
Fanvier 1680.
G
74 MERCVRE
peut croire que les Galante
ries qu'il fait de temps en
temps pour le divertir, méritent
l'estime que vous témoignez
en faire, & il n'y a
pas moyen d'obtenir de luy
qu'il les laiffe devenir publi
ques. S'il les montre quel
quefois à fes Amis , c'eftfans'
en donner auçune Copie, &
il a falu ufer d'adreffe pour
luy dérober la Fable qui fuit,
Vous voyez, Madame, que
je me fais des affaires pour
vous obliger. Vous m'en
tiendrez compte , s'il vous
plaift , car je fuis perfuadé
GALANT 75
que ce que je vous envoye
eft de voſtre gouft.
117
2525252525252525
L'AMOVR
PIQUE.
FABLE.
UNjour, lasde courir apres mainte Inhumaine,
Dont le coeur refufoit de fe laiffer
toucher,
L'Amour cftoit tout hors d'haleine,
Etfe trouvant au bord d'une Fontaine,
Fut obligé de s'y coucher.
25
La Place eftoit tenable ; un Baispar
fa ver dure
76 MERCVRE
La défendoit des ardeurs du Soleil.
Si mille Oyfeaux fans ceffe y don
noient un réveil,
Le Ruiffeaupar un doux murmure
Sembloit inviter au Sommeil.
$2
Enfin l'Amour s'y plût, & mettant
fous un Heftre
Aupres de luy fon Arc &fon Car
quois,
Ilfe mit en refvant à compter par
fes doigts
Les Coeurs dont il s'eftoit cejour- là
rendumaistre,
Et qu'il avoit misfousfes Loix.
S
Il n'eutpas le loifir d'en arrefter le
nombre,
Le Sommeil s'empara de luy,
Ce Dicu fit defa main àfa tefte un
appity,
GALANT. 77
MIT
Etpritun doux repos à l'ombre,
Apres avoir troublé tout le repos
d'autruy.
Sa
Mais tandis qu'en dormant il reparoit
les veilles
Et les peines de plus d'un jour,
Le Carquois quefous l'Arbre avoit
Laiffe l'Amour,
Fut pris par un Effain d'Abeilles
Pour quelque Ruche propre àfaire
leur fejour
.
25
Sans déliberer davantage,
·Etfans regarder de plus pres
Si cette Ruche eftoit à leur usage,
Elles entrent dedans , &faisant leur
ouvrage,
Remplißet de Micl tousfes Traits .
25
Quand ce petit Dieu plein de
charmes
78 MERCVRE
Eut dormy quelque temps en ces
aimables lieux,
Il vint à s'éveiller, & fe frotant les
** \ yeux, has a da
Allapour reprendre les armes
Dontil bleffe à fon gré les Hommes
& les Dieux.
25
Du Carquois auffitoft les Abeilles
fortirent,
Et leur confus bourdonnement
Sefaisant tout autour entendre en
ce moment,
Fit un bruyant éclat dont les airs
retentirent,
Jugez dupetit Dieu quelfut l'étonnement,
22
Quoy quefurpris de l'avanture,
Iln'en fit que rire d'abord;
GALANT 79
Mais voulant en prendre une, &
luy donner la mort,
Il en reecut une ble fure
Dont comme Enfant ilpleurafort.
S&
La douleur qu'ilfentit pourtant ne
duraguére,
Son doigt dans le Carquois un moment
enfoncé,
Enfortitplein de Micl, & quand il
L'eutfucé,
Le jeu commençant à luyplaire,
Il nefe facha plus d'avoir efté
blessé.
Sa
Bon, dit-il enportant fes Fleches
àfabouche,
Etfuçant enfuitefes doits,
Qu'à ce prix je fente cent
fois
G
1111
80 MERCVRE
La piqueûre de cette Mouche,
Je luy veux à jamais confacrer
mon Carquois .
Se
Ce Dieu fut plus heureux encor qu'il
n'ofoit croire.
Le Miel parmyfes dards laiſſa tant
de douceur,
Que tel quifuyoit ce Vainqueur,
Avecplaifir luy cédantla victoire,
Deluy- mefme aujourd'huy luy vicut
offrir fon coeur.
25
Il cache fous ce Miel un venin redoutable,
Dont onfent, mais trop tard , les
funeftes effets.
Amans, évitez fes attraits, ´.
Ileftfouventplus dangereux qu'aimable,
GALANT. 81
Et ceux qu'il a bleſſez, ne guériſſent
jamais.
On a deû vous apprendre
un Mariage
qui s'est fait
dans une Province où vous
avez quantité
d'Amis . C'eft
celuy de M de Pra de Balaiffeau
, & de Madame
de
Dortan,Chanoineffe
de Remiremont
en Lorraine
. Le
Marié eft d'une fort ancienne
Maifon dans le Comté
de Bourgogne
. Il en eſt forty
des Gouverneurs
& des
Eleus de Nobleffe
, des Colonels
de Cavalerie
& d'Infanterie,
& on y a veu pref82
MERCVRE
que de tout temps des Re
ligieux de l'Abbaye de Saint
Claude. Vous n'ignorez pas,
Madame, qu'on ne peut ef
tre reçeu dans cette Ab
baye qu'apres avoir fait les
Preuves de Nobleffe les plus
exactes. Encor aujourd'huy
un des plus proches Parens
de M' de Pra y poffede un
des principaux Offices. Celuy
dont jay commencé à
vous parler, apres avoir paffé
par tous les degrez, qui font
prefque inévitables à tous
ceux qui cherchent
à parvenir
aux grands Emplois de
GALANT. 83
la Guerre, a exercé la Charge
d'Ayde de Camp fous M'le
Comte de Choifeul , dont
M❜le Comte de Pefeu , Cou
fin germain du mefme M
de Pra, a épousé la Soeur .
Madame de Dortan eft
Fille de M' le Comte de
Bona-Dortán , & Niéce de
Madame de Chevigny-Vil
lers, Grand Aumôniere de
Remiremont , dont le Cha
pitre l'a plufieurs fois dépu
tée , & mefme à la Cour,
quand Leurs Majeftez ef
toient à Nancy. Il fuffiroit
de vous dire que cette Dame
84 MERCVRE
eft Chanoineffe de Remire
mont, pour vous marquer fa
naiffance , puis qu'on ne
fçauroit avoir ce titre fans
eſtre de qualité, ce Chapitre
eftant compofé de Filles forties
la plupart de Maiſons
de Princes, de Ducs & Pairs,
& de Maréchaux de France.
J'ajoûteray neantmoins que
fes Anceftres ont eu depuis
fort longtemps des Charges
& des Emplois tres - confidérables
à la Guerre & ailleurs
, que M' le Comte de
Bona fon Pere a fervy plufieurs
Campagnes dans des
GALANT. 85
Poftes tres - avantageux , &
qu'il y a toûjours eu des
Comtes de S.Jean de Lyon,
des Religieux de S. Claude,
& des Commandeurs de
Malte , de la Maiſon de
Dortan .
M' & Madame de Pra,
nouveaux Mariez , ont alliance
avec quantité de Maifons
tres-élevées, telles que
font celles de la Baume , de
Montluel , de la Vieuville,
de Levy , de Choiſeul , de
Biffy, de Chamilly, de Cler
mont, de Lufigny, d'Apre
mont, de la Guiche-Saint
86 MERCVRE
Geron , de Colligny, &c.
Madame Bidé, Veuve du
Maistre des Requeftes de
ce nom, dontjevous appris
la mort le dernier mois , l'a
fuivy aucommencement de
celuy-cy. Il mourut , comme
je vous l'ay déja dit , en
allant fe faire recevoir Préfident
à Mortier au Parle
ment de Bretagne, & apparemment
la douleur qu'a
eue la Veuve d'un malheur
qu'elle eftoit fi éloignée de
prévoir , l'a mife hors d'état
de luy furvivre..>
Madame Cánillac, Veuve
GALANT. 87
de Meffire Gabriel de Beaufort-
Canillac, Vicomte de la
Mothe, Baron de la Roche,
Seigneur de Mauriat , &c .
eft morte auffi dans le mef
me temps. Elle eftoit de la
Maifon de l'Aubefpin.
La perte de Mile Marquis
de Caylus vous aura
furpriſe. Il n'avoit que quarante-
quatre ans, & eft mort
fubitement un des premiers
jours de cette année. Madame
la Marquife de Caylus
fa Veuve , eft Fille de feu
M' le Maréchal Fabert, qui
remercia le Roy de l'hon88
MERCVRE
neur qu'il luy vouloit faire
de le faire Chevalier de fes
Ordres. Elle avoit un Frere,
mort au Siege de Candie
avec M' le Duc de Beau
fort. Il luy refte encor deux
Soeurs, aînées d'elle. La premiere
avoit épousé Mª le
Marquis de Genlis , & s'eſt
mariée en fecondes Nôces
à M' le Marquis de Beuvron,
Lieutenant
de Roy en Normandie
. La feconde
, apres
eftre demeurée Veuve quatorze
ans de M' le Marquis
de Vervins, a épousé un Seigneur
Flamand.
GALANT. 89
J'oubliay de vous dire
dans ma Lettre du dernier
Mois, que le 27. Decembre
le P. Caillot Chanoine Régulier
de S. Auguftin , cſtoit
mort dans la Maiſon Royale
de Sainte Croix de la Bretonnerie
, fort regreté de
fon Ordre, dont il avoit efté
trois fois Provincial. Son
zele à conduire les Ames
dans la perfection Chreſtienne,
l'avoit mis dans une
haute réputation depuis l'â
ge de vingt-huit ans . Ce
zele eftoit tel , que deux
jours avantfa mort, ne pou-
Fanvier 1680.
H
90 MERCVRE
t
vant prefque plus fe foûtenir,
& fes forces eftant toutes
abatues par la langueur
que luy caufoient fes longues
années, il fe fit porter au
Fauxbourg S.Germain , pour
y affifter encor une fois de
fes confeils , deux illuftres
Abbeffes , qu'il a toûjours
dirigées pendant favie . C'eft
de luy qu'on peut dire avec
verité qu'il a paffé fos jours
dans l'obfervance
de la Loy,
fur laquelle M'I'Abbé de la
Broue , nommé à l'Eveſché
de Mirepoix , prêcha fr éloquemment
devant le Roy il
GALANT 91
a bientoft un an. Je fuis
fort aiſe, Madame, que vous
m'ayez obligé à vous faire
part du Compliment qu'il fit
à Sa Majefté à la fin de ce
Sermon. Vous me donnez
leu par là de fatisfaire quantité
de Curieux, qui ont efté
fi charmez de celuy de M
I'Evefque d'Agen que je
vous envoyay la derniere
fois , qu'ils en fouhaiteroient
fouvent de cette nature.
Apres s'eftre fort étendu fur
la Loy de Dieu , voicy par
ou M l'Abbé de la Broue
finit.
Hy
-
92 MERCVRE
.
' Obfervation de cette
LLY , SIRE , eft le plus
grand Objet queje puiſſe propofer
à Voftre Majefté ; &
de tous les chemins qui menent
à la Gloire , il n'y a plus
que celuy là où il luy refte
quelquespas à faire. A peine
avez-vous esté en âge de régner
par Vous - meſme , que
Maiftre abfolu du coeur de
vos Sujets, vous ne les avez
pas feulement contenus par
le respect que vous leur avez
imprimé, dans ce profond repos
qui fait la felicité des
GALANT: 93
Etats . Vous leur avez encor
inspiré par voftre exemple
des vertus dont jusqu'au Regne
de V. M. on ne les avoit
pas crus capables. La prévoyance
, le fecret , la modération
, la fermeté , ne font
plus des vertus inconnuès aux
François depuis qu'ils vous
obeiffent. Auffi toute l'Europe
liguée enſemble , n'a pû
vous empefcher de faire chaque
Année de nouvelles conquestes.
Les Saifens qui ont
accoûtumé de retarder celles
des autres Conquérans¸ ont
avancé les voftres , es pen94
MERCVRE
P
dant que les plus fiers de vos
Ennemis nefçachanɛ plus par
où vous en fufciter de nouveaux,
eftoient contraints de
publier que rien ne pouvoit
plus vous empefcher d'arriver
à cette Monarchie uniwerfelle
que leplus ambitieux
de leurs Princes n'afait qu'imaginer,
dans ce mefme temps
les Peuples que vousfoûmettiez
à voftre puiffance , charmez
de la douceur de voftre
domination , ne craignoient
*rien tant que de retomberfous
Le joug de leurs anciens Maîtrés.
Avec de tels avantages ,
GALANT 95
·SIRE, que n'eftiez- vous pas
en droit de prétendre , fi le
defir defoulager vos Peuples
ne vous eust fait préferer à
la gloire de vaincre tant
d'Ennemis, celle de leur donner
la Paix? Mais , SIRE,
ily a pour les Roys Chrestiens
une autre forte de gloire ,plus
belle,plus pure, & par conféquent
plus digne des foins
de V. M. C'est que l'autorité
qu'ils ont fur leurs Sujets,
l'admiration qu'ils donnent
à leurs Ennemis , en un mot
que tout ce qui faifoit lagloire
des Héros de l'antiquité,
1 "
96 MERCVRE
foit uniquement à faire régner
la Loy de Dieu fur ceux
qui leur obeiffent , ou qui les
admirent. La belle matiere,
SIRE , à faire voir ce que
l'exemple de V. M. peut fur
tous les Coeurs ! Vous ne le
devez pas feulement à vos
Sujets , cet exemple capable
de leur ofterfeul tous les vices
, & de leur donner toutet
les vertus ; vous le devez
encor à tous les Peuples de
la Terre, qui attirez par l'éclat
de vostre gloire, ontfans
ceffe lesyeux fur Vous . Qu'ils
Connoiffent dons, SIRE, que
vous
GALANT. 97
vous voulez que ce foit la
le premierfoin du glorieux
loifirque vous venez de vous
procurer, & que vous voyant
remporter chaque jour quelque
nouvelle victoire fur
vous- mefme , ils foient con
traints de publier que digne
de commander à tous les Hommes
, & en état de vous en
faire obeir,vous n'avezrefufé
de donner la Loy au Monde,
qu'afin d'yfaire regner la Foy
de la Souveraine Majefté, d
qui appartient l'Empire , la
Puiffance, & la Gloire, & c.
Fanvier1680,
I
Bayerische
Staatsbibliothek
München
98 MERCVRE
On m'a conté une Avanture
du premier jour de
l'Année , dont les circonf
tances méritent bien queje
vous en faffe le détail. Une
jeune Veuve de qualité, auſſi
enjoüée que fpirituelle, menoit
une vie commode, qui
ne luy laiſſoit paſſer que de
beaux jours dans une agreable
focieté. Elle avoit beaucoup
d'Amis & d'Amies,
qu'elle voyoit avec affez de
familiarité , & de ces Amis
il n'y en avoit aucun qui ne
fe fuft declaré volontiers .
Amant; mais comme l'état
GALANT. 99
de Veuve luy fembloit heureux
, & que fon deſſein eftoit
de faire un bon choix
fi elle fe trouvoit d'humeur
y renoncer, elle examinoit
tous ceux qui luy en contoient,
& ne leur permettoit
jamais d'aller trop avant.
Elle en recevoit des Billets
galans , leur faifoit réponſe,
& tout cela fe terminoit
à un commerce plaifant
, dont l'amour eftoit
banny . Du moins fi elle
fentoit quelque choſe de
plus fort pour l'un que pour
l'autre , c'eftoit un fecret
I ij
100 MERCVRE
entr'elle & fon coeur, & cel
luy qui luy plaifoit davantage,
ne pouvoit connoiſtre
qu'il eftoit le préferé. Cependant
ils s'attachoient
tous également à luy marquer
par leurs foins les fentimens
qu'ils avoient pour
elle , & c'eftoit entr'eux à
qui luy procureroit de plus
fréquentes Parties de plaifir.
Elle en mettoit ſes Amies,
& chacune d'elles prenoit
party felon fon panchant,
pour luy confeiller de faire
un Heureux. Elle répondoit
toûjours qu'elle ne pouvoit
GALANT. 101
trop déliberer de ce qui devoit
eftre pour toute la vie,
& que fon coeur ne luy faifant
rien fentir qui luy fiſt
craindre qu'il puft fe laiffer
féduire, elle vouloit voir qui
s'emprefferoit le plus à le
mériter. Un jour que celles
qui eftoient le plus dans fa
confidence , fe trouverent
feules avec elle , la converfation
tomba fur les diverfes
manieres d'aimer . Les opinions
furent diférentes , chacune
mettant les preuves
d'une veritable paffion dans
ce qu'elle auroit fouhaité
I
iij
102 MERCVRE
la
qu'on cuft fait pour elle , par
raport à fon humeur. Enfin
la derniere qui s'expliqua,
ayant dit que rien ne luy
fembloit devoir tant fatisfaire
une Maiftreffe que
dépenfe, parce qu'elle eftoit
la marque
faite , & qu'il y avoit apparence
qu'un Amant fort libéral
ne feroit point avare
Mary, elles tomberent toutes
dans fon fentiment. Il
y en eut feulement une qui
adjoûta , qu'afin que cette
dépenfe luy plût , elle voudroit
qu'on la fift de bonne
d'une ame bien
GALANT. 103
grace ; furquoy on ne manqua
point de citer ces Vers
du Menteur de M' de Cor→
neille l'aîne.
Un Lourdaut libéral aupres d'une
Maistreffe,
Semble donaer l'aumône alors qu'il
fait largeffe.
L'aimable Veuve fut de ce
party , & alla meſme plus
loin , en difant , que fi on
faifoit quelque dépenfe pour
elle ( ce qu'elle avoüoit qui
ne luy déplairoit pas dans
un Amant ) elle voudroit,
non feulement qu'on la fiſt
de bonne grace, mais avec
I шij
104 MERCVRE
efprit , parce que felon elle,
il n'y avoit que l'efprit qui
donnaft le prix aux choſes.
Alors on commença
de luy
dire qu'on ne doutoit point
qu'elle n'euft bientoft fujet
d'eftre fatisfaite là - deffus,
puis qu'elle n'avoit point
d'Amant qui ne fuſt auſſi
fpirituel que magnifique, &
que le premier jour de l'Année
approchant , il y avoit
lieu de croire que chacun
d'eux feroit fes efforts pour
furpaffer fes Rivaux en galanterie.
On en nomma
cinq ou fix , & entr'autres
GALANT. 105
un Marquis fort riche qui
n'eftoit pas le moins amoureux.
La Dame rougit d'en-
- tendre parler d'Eftrennes.
On fe moqua du fcrupule
qu'elle faifoit de recevoir
des Préfens dans un jour où
il eftoit de l'honnefteté d'en
faire, à moins qu'ils ne fuf
fent d'un prix excellif, & on
allégua ce qui avoit elté mis
en ufage depuis quelque
temps, d'envoyer pour marde
fouvenir à fes Amies,
que
des Bijoux & des Cafletes,
au lieu de Bouquet , le jour
de leur Fefte. Le Marquis
106 MERCVRE
qui venoit d'eftre nommë
parmy les Soupirans de la
Veuve , entra dans ce mefme
temps , & on entama
une autre matiere . L'AL
femblée groffit. On fit des
Tables de jeu, & l'heure de
fe féparer eftant venuë, une
des Dames qui avoient eu
part à la premiere converſation
, & qui ayant une eftime
particuliere
pour le
Marquis, avoit entrepris de
le fervir, luy donna la main,
& voulut qu'il la remenaſt
chez elle. Vous jugez bien
qu'elle ne manqua pas à luy
GALANT. 107
rendre compte de ce qui
avoit efté dit. Il prit fes me- ·
fures là-deffus, & deux jours
apres il luy découvrit un
moyen affez nouveau qu'il
avoit imaginé, pour penétrer
s'il pouvoit prétendre au
coeur de la Veuve , car juf
que-là elle avoit montré une
telle égalité de fentimens
pour tous ceux qui afpiroient
à s'en faire aimer,
qu'on n'avoit encor pû connoiftre
qui eftoit le mieux
dans fon efprit. Ses autres
Amans , qui avoient auffi
des Confidentes parmy fes
108 MERCVRE
Amies , reçeurent le mefme
avis , & ils fe préparerent
tous à faire un Préfent d'Ef
trennes , dont la galanterie
fe fift diftinguer
. Le premier
qu'on apporta fut envoyé
par un Cavalier qui
avoit mis la Suivante de la
Veuve dans fes intéreſts.
C'eftoit un Miroir avec une
Bordure d'argent. Des Ouvriers
vinrent l'attacher de
grand matin dans ſon Antichambre.
Ils avoient fait
des trous dans la muraille
le foir précedent, tandis que
la Dame eftoit en Ville, afin
GALANT. 109
qu'ils le puffent placer le
lendemain fans craindre de
l'éveiller. La glace de ce Miroir
eftoit des plus belles.
Un Amour d'argent d'environ
un pied de haut , faifoit
le milieu & la pointe du
Chapiteau. Cet Amour eſtoit
de relief & cizelé. Un
reffort qui pouvoit eftre lâché
par le bas , le faifoit
mouvoir. Ce Meuble nouveau
frapa les yeux de l'aimable
Veuve fi-toft qu'elle
fortit de fa Chambre. Elle
en parut étonnée , mais la
furpriſe qu'elle en témoigna
110 MERCVRE
ne l'empeſcha pas de faire
une action affez naturelle.
Ce fut de s'y venir regarder.
Dans le temps qu'elle approcha,
la Suivante qui l'accompagnoit
, lâcha`le reſfort
fans qu'elle y priſt garde.
L'Amour fe détacha auffitoft
, & la Veuve fit un cry
en le voyant, & dans le Miroir
, & devant elle , luy
prefenter un Billet. Elle ne
s'eftoit pas apperçeuë d'abord
qu'il en tenoit un. La
nouveauté luy fembla galante
, & dans l'impatience
de connoiftre l'Autheur du
GALANT. III
Préfent, elle prit le Billet, &
y leut ces Vers,
Si vous nefçavezpas encore
Quelle Beauté charmante afur moy
tout pouvoir,
Regardez- vous dans ce Miroir,
Vous verrez l'objet quej'adore.
L'écriture luy eftoit connuë,'
& à peine cut- elle achevé de
lire , & l'Amour de remonter
au lieu d'où il eftoit def
cendu , qu'elle vit entrer
- quatre petits Efclaves Maures
, dont les habits n'ef
toient moins riches que
pas
propres. Ils tenoient de gros
Cordons d'or & de foye cou
112 MERCVRE
leur de fcu , tortillez , au bout
defquels eftoient de groffes
Houpes de mefme. Ces Cordons
eftoient attachez aux
quatre coins d'une Mane
que ces petits Efclaves
toient. Apres qu'ils l'eurent
pofée fur la Table de la
por-
Chambre , un d'entr'eux
chanta une Chanſon Eſpagnole
à la gloire de la belle
Veuve , puis ils dançerent
tous quatre, & s'en retournerent.
Il fut inutile de leur
demander qui les envoyoit.
Un Carroffe les attendoit
dans la Rue. Ils y monte
༣་
GALANT. 113
rent , & difparurent fans
avoir rien dit. La jeune
Veuve furpriſe agreablement
de cette galanterie,
leva une Toilete de Brocard
, couleur de feu & or,
qui couvroit la Mane. Les
quatre coins , à l'endroit
d'où fortoient les Cordons,
eftoient garnis de quatre
gros noeuds de tifflu auf
riches que la Toilete . Il
avoit douze Ecrans au dow
fus de cette Mane. Les BA
tons en eftoient de vermel
doré, travaillez avec une dé
licateffe admirable , & rem
Fanvier 1680.
K
114 MERCVRE
plis de Lacs d'amour & de
Chifres de la Veuve . L'Etofe
eftoit de Satin blanc, avec
une Broderie or & vert
tout autour , large environ
de deux doigts , & repréfentant
des branches de
Mirthes. Comme elle faifoit
le tour du dedans de
chaque Ecran , il y avoit un
autre embelliffement en dehors
. C'eftoit une Dentelle
d'or qui débordoit. Une
Miniature tres- fine faifoit
voir les douze mois de l'Année
fur ces douze Ecrans.
Chacun avoit un Portrait
GALANT. 115
pour ornement , & ce Portrait
eftoit celuy de l'Amant
qui envoyoit la Mane à la
Dame , mais il n'avoit pas
voulu qu'on l'euft fait entierement
reffemblant , afin
que la chofe paruft gené
rale , & qu'il ne puſt eſtre
reconnu que de fa Maîtreffe
qu'il avoit fait peindre
en Pallas . Il avoit cru l'obliger
en luy donnant la figure
de cette Déeffe , par
laquelle il prétendoit luy
marquer l'eftime qu'il faifoit
de fon efprit. Ce qu'il
avoit fait pour elle dans
K
ij
116 MERCVRE
toute l'année , eftoit grave
fur ces douze Ecrans , avec
la plûpart des lieux où quelque
partie de plaifir les avoit
fait fe trouver enſemble . Il
y avoit auffi plufieurs Cartouches
dans ces Ecrans,
tous remplis dé Madrigaux,
& de Maximes galantes,
qu'elle pouvoit mieux entendre
qu'un autre . Le
grand Ecran qui fe tient
feul fur un pied , faiſoit le
treiziéme. Les deux Amans
eftoient peints au milieu de
cet Ecran, & l'Amour entre
eux qui les portoit à s'unir,
GALANT. 117
Au deffus on voyoit l'Hymen
defcendant du Ciel.
On n'en pouvoit rien attendre
que de favorable , puis
qu'il Tembloit eftre de concert
avec l'Amour pour les
rendre heureux, On trouva
fous ces Ecrans quantité de
Boëtes de Confitures qui
rempliffoient le fond de la
Mane . Elles eftoient noüées
d'un Ruban or & couleur de
cerife. Le noeud eftoit gros,
& il s'en falloit fort peu qu'il
ne couvrift chaque Boëte
du grand nombre de fes
branches. Le dehors en ef118
MERCVRE
toit doublé de Satin couleur
auffi de cerife, avec des Chifres
de cordonnet d'or. On
avoit doublé la Mane de la
mefine forte tant en dehors
qu'en dedans ; mais au lieu
de Chifres , ces doublures
eftoient toutes couuertes de
fleurs d'or & d'argent, meſlées
de foye. Une petite
Boëte de filigrane d'or, faite
en
coeur ,
Rubis
, fe trouva
au milieu
des autres
Boëtes
. Elle enfermoitun
Billet auffi galant
que fpirituel
. La Ďame
ayant
connu
par le caractere
& enrichie de
GALANT. 119
·
à qui elle avoit obligation
du Préfent, fut fort fatisfaite
de toutes les chofes qui le
compofoient. Il ne pouvoit
eftre pris pour un Préfent
d'importance , puis qu'on
ne luy envoyoit que des
Ecrans & des Confitures.
Cependant c'eftoit quelque
- chofe de magnifique , de
bien entendu , & qu'on
voyoit aisément qui devoit
avoir beaucoup coufté. La
galanterie de cette Mane
luy fit faire réflection fur le
Miroir placé, fans qu'elle en
fçeuft rien , dans fon Anti120
MERCVRE
re
chambre. Il luy fembla
qu'un Préfent de cette nature
n'eftoit point à faire,
& elle réfolut dés ce moment
de le renvoyer. C'eſt
ce qu'elle euft fait fur l'heu-
, quoy que luy puſt dire
la Suivante qui s'intéreſfoit
à luy faire garder le
Miroir, fi un troifiéme Préfent
qu'on luy apporta , ne
l'euft occupée pendant quelque
temps. Elle aimoit les
Perroquets , & ç'en eftoit
un d'un tres-beau plumage
qu'on luy envoyoit. Il eftoit
dans une Cage de vermeil
doré.

L
$5
GALANT. 121
doré. Au lieu de quatre gros
bâtons
qui font ordinaire
- ment aux quatre coins de
ces Cages , il y avoit quatre
petites Colomnes
torſes , &
au deffus des Colomnes,
quatre Oyfeaux
émaillez, &
ayant les aîles étendues
,
comme
s'ils euffent efté fur
le point de s'envoler
. Chacun
avoit à fon bec un Ma-
! drigal écrit en lettres d'or
fur un morceau
de Satin ,
grand à peu pres comme
le
fond de la main, brodé tout
autour de femences de Perles
, & doublé de peau de
Fanvier 1680.
L
122 MERCVRE
fenteur . Ces Madrigaux ef
toient faits au nom des Oy
feaux , fur les belles qualitez
de l'aimable Veuve , & faifoient
connoiftre qu'ils ne
fongeoient à prendre l'effor
que pour aller vanter fon
mérite aux quatre coins de
la Terre . Dans le milieu de
chaque panneau de cette
Cage, eftoient quatre Chifres
de la Dame, entrelaffez
avec les bâtons . On les avoit
faits d'un fil d'archal doré,
auffi poly que luifant, & tresdélicatemét
travaillé. Cette
Cage eftoit portée fur le dos
GALANT. 123
de quatre petits Lyons de
vermeil doré. L'Auge du de
dans eftoit un Ouvrage cizelé
de mefme matiere . On
y avoit mis un Billet plié
en M , qui marquoit la premiere
lettre du nom de la
Belle. A la pointe du milieu
de cette M , eftoit un petit
noeud de nompareille, couleur
de feu , dans lequel on
avoit paffé une Bague. Le
Diamant en eftoit taillé en
coeur. La Dame n'eut point
à demander qui luy faifoit
ce Préfent. Le Valet de
Chambre qui l'apportoit,
Lij
124 MERCVRE
luy eftoit connu. Si - tof
qu'il l'eut pofé fur la Table,
il dit quelque chofe au Perroquet.
Apparemment c'ef
toit pour le faire fouvenir de
quelque leçon appriſe , car
il commença aufli - toft à
dire , Prenez, Maistreffe,
prenez; & mettant en fuite
fa tefte dans l'Auge , il en
tira le Billet dont je viens
de vous parler. La Veuve le
prit , & pendant ce temps,
le Valet de Chambre s'échapa.
Je ne vous dis rien
de ces Billets. On me les
promet avec la plupart des
.
GALANT 125
Madrigaux , qu'on m'aſſure
eftre remplis d'efprit. On
eut foin fur tout d'envoyer
des Vers à la belle Veuve,
parce qu'on fçavoit fon goût
là- deffus. Ce Préfent plut
fort à cette aimable Perfonne.
Elle employa tant
de temps à l'examiner, & à
entendre caufer le Perroquet,
qu'elle oublia prefque
qu'il eftoit unjour de Felte.
Elle courut à l'Eglife , & y
trouva une de fes Amics,
qu'elle amena dîner avec
elle. On parla fort des Préfens
d'Eftrennes, & il cftoir
L iij
126 MERCVRE
bicn jufte qu'ils fuffent veus.
L'Amie demanda fi elle n'avoit
rien eu du Marquis , &
ayant appris que non , elle
affura qu'elle en auroit quel
que chofe de magnifique,
parce qu'il avoit du bien,
qu'il eftoit fort amoureux,
naturellement galant & libéral,
& qu'elle venoit d'a
prendre que ce mefme jour
il avoit fait un Préfent confidérable
à une Perfonne
qui luy avoit rendu un ſervice
peu important. Elle
adjoûta qu'il faudroit que:
les marques qu'il luy donGALANT
127.
noit de ſa paſſion, ne fuffent
que feinte , s'il ne faifoit
pour elle quelque chofe
d'extraordinaire. Tout cela
fe dit en retournant de l'E
gliſe chez la Veuve. Elles
monterent, & on n'eut pas
fi -toft ouvert la porte de
l'Antichambre » qu'elles
aperçeurent
au
milieu
une Armoire
d'aix
de
Sapin
,
haute.comme
un
Cabinet
. La
Veuve
ayant
demandé
d'où
elle
venoit
, fes
Gens
luy
donnerent
une
Lettre
, & dirent
que
c'eftoit
tout
ce qu'ils
en fçavoient
. L'Amie
L.mj
128 MERCVRE

prétendit que le Marquis
avoit envoyé l'Armoire , &
cuft volontiers gagé là- deffus
; mais le caractere qui
fut reconnu décida la chofe.
Il eftoit d'un autre Amant,
qui avoit tourné la Lettre
fur ce qu'ayant remarqué
que la belle Veuve aimoit
les Livres & la couleur verte,
il avoit crû que le principal
foin d'un Amant devoit
eftre de fe conformer aux
inclinations de ce qu'il aimoit.
Ainfi l'Armoire fe
trouva remplie de Livres, les
uns galans , les autres d'hif
GALANT. 129
toires. Elle eftoit doublée
de Velours vert en dehors
comme en dedans, avec un
gros galon vert fur les coûtures
. La couverture des Livres
eftoit du mefme Ve-.
lours. On y avoit adjoûté
une broderie plate pour ornement
, & il n'y en avoit
prefque aucune dont le deſ--
fein de la broderie ne fuft
diférent. Le premier füeillet
de chaque Livre eftoit:
de Vélin , & fur ce Vélin
avoit quelque choſe
y
de galant en Profe ou en
Vers , à l'avantage de la
130 MERCVRE
jeune Veuve. Apres qu'elle
eut vifité toute l'Armoire
avec fon Amie , elle luy fit:
voir les autres Préfens. Ils
méritoient bien qu'on les,
regardaft un peu à loifir..
Cela fut caufe que les Dames
dînerent fort tard , &;
qu'il vint plufieurs Per
fonnes avant qu'elles fuffent
forties de table. La Dame
qui cftoit de la confidence
du Marquis fe trouva du
nombre. Comme elle n'ef--
toit venuë que pour le fervir
, elle demanda
, parmy
les Préfens que la Veuve luy
GALANT. 131-
fit voir , quel eftoit celuy
qu'il luy avoit fait. La Veuve
rougit , & fit paroiftre quel
qucé motion, en luy répon
dant , qu'il ne s'eftoit
mefme donné la peine de.
luy faire faire un fimple
meffage. Cette rougcur fut:
d'un bon
pas
augure à l'adroite
Confidente ; elle blâma le
procedé du Marquis, & fei
gnit autant d'indignation .
que 'd'étonnement, de ce
que s'eftant montré jusquela
fi amoureux, il dédaignoit
d'en donner des marques
dans un temps où fes Rivaux
132 MERCVRE
faifoient éclater leur paffion.
Ce blâme affecté fit donner
la Veuve dans le panneau.
Elle avoua qu'elle trouvoit
un peu de mépris dans cet
oubly , non pas qu'elle ſe
fouciaft de Préfens , puis
qu'elle en avoit cent fois refufé
de confidérables , mais
qu'il ne laiffoit pas d'y avoir
certaines occafions, où ceux
qui aimoient ne pouvoient
fe difpenfer d'eftre galans,
& qu'elle fe vouloit mal d'avoir
un coeur plus fenfible
aux manieres defobligeantes
du Marquis , qu'à la joye
GALANT. 133
de fe voir veritablement aimée
de tous les autres . Elle
rougit plus qu'elle n'avoit
encor fait en achevant cette
confidence , & toute interdite
d'en avoir tant dit , elle
commença elle-meſme à s'apercevoir
qu'elle fentoit
quelque chofe pour le Marquis.
Son Amie ne voulant
pas luy faire connoiſtre
qu'elle avoit lû dans fon
coeur , tourna le difcours fur
d'autres matieres , & attendit
le moment où elle de
voit agir . Le Cavalier qui
avoit donné le Miroir , entra
134 MERCVRE
dans le mefme temps. La
Veuve luy témoigna fort
obligeament combien elle
eftoit fatisfaite de fon fouve
nir ; mais elle voulut une
chofe dont elle ne put le
faire tomber d'accord , ce
fut qu'il reprendroit ſon Prẻ-
fent qui luy fembloit de
trop grande taille pour eftre
accepté , & qu'il luy envoyéroit
un Miroir de poche
qu'elle s'engageoit à
porter toûjours. Il luy répondit
qu'il ne fçavoit pourquoy
elle luy parloit de Miroir
, qu'il ne reclamoit auGALANT.
135
cun des Préfens qu'elle
avoit reçcus , & que s'il luy
avoit donné quelque chofe,
il eftoit fort feûr qu'avec
autant de mérite qu'elle en
avoit, elle ne le laifferoit jamais
en pouvoir de le reprendre.
Cela donna lieu à
une converſation galante
qui n'empefcka pas que la
belle Veuve ne donnaſt toûjours
un peu de chagrin au
Cavalier, en demeurant ferme
fur l'article du Miroir.
Le lieu n'eftant pas affez
commode pour y paſſer le
refte du jour , elle fit entrer
136 MERCVRE
la Compagnie dans fa
Chambre. La premiere
chofe qui frapa les yeux
en y entrant , fut un Al
manach de la Comedie de
la Devinereffe
A
attaché
contre la Tapiflerie. Il ef
toit fur du Satin. Un Rou
leau d'Ebeine .. noire en
bas , & une maniere de
Corniche en haut du mef
me bois , le faifoient tenir
en état. On s'en approcha,
& quelqu'un ayant crie,
voila Madame Jobin , la
Veuve voulut fçavoir d'où
cet Almanach luy eftoit
GALANT. 137`
venu. Le Cavalier qui eftoit
piqué du refus de fon Miroir,
prévint la réponſe qu'on
luy faifoit , & dit que c'ef
toient les Eftrennes de fa
Suivanté , qui ne montroit'
que la moitié du Préſent, &
qu'affurément deux Oranges
avoient accompagné
Almanach. La plaifanterie
choqua la Dame , qui en
ouvrant un Billet qu'on luy
donna, avoit déja reconnu
l'écriture du Marquis . Elle
avoit cu la foibleffe , comme
beaucoup d'autres, de confulte
la plupart de celles'
Fanvier 1680.
M.
138 MERCVRE
qui fe meflent: de deviner,,
& une d'entr'elles luy avoit
prédit qu'elle ne pouvoit
eftre que malheureuſe, fi
elle époufoit un Homme
dont le nom commençaft:
par un C, & c'eftoit la
pre
miere lettre du nom du
Marquis. Il luy écrivoit contre
cette ridicule Prédiction,,
& luy marquoit d'une ma
niere tout-à- fait galante ,
qu'il n'y avoit rien préfentement
plus à la mode
qu'eftoit Madame Jobin ,
qu'elle fervoit d'entretien &
de divertiffement public ,
2
GALANT. 139
qu'elle occupoit les Sérieux
& les Enjoüez ,, & qu'il
avoit crû la luy devoir envoyer
en Almanach , afini
que l'ayant devant les yeux,
elle fe fouvinft qu'il ne falloit
point croire aux Devinereffes
. Le Billet parut
plaiſamment tourné, mais
il ne put fervir d'excuſe au
Marquis, de n'avoir envoyé
qu'un Almanach. Chacun,
condamna l'épargne , & la
Dame qui avoit fi fortement
affuré qu'il feroit,
quelque Préfent magnifi
que , entra dans une verita-

Mij
140 MERCVRE
ble colere de ce qu'il avoit
fi mal répondu à ce qu'elle
croyoit devoir attendre de
luy. Le Cavalier qui voyoit
avec plaifir qu'on abaiſſoit
un Rival qu'il avoit fujet de
craindre , le railla fur l'AL
manach d'une maniere un
peu forte. La raillerie fit
peine à la Veuve, qui toute
furpriſe d'un Préfent fi peu
digne d'une Perfonne qu'
on eftimoit , fe difoit à ellemefme
, ce qu'elle entendoit
dire aux autres. Enfin
comme elle avoit de l'ef
prit , & qu'il y alloit de fon
GALANT 140
1
honneur de cacher fes fentimens
, elle déclara qu'elle:
fe tenoit plus obligée au
Marquis qu'à aucun de ceux
- qui s'eftoient mis en dépenfe,
puis que des Préfens
confiderables font toûjours
érougir,
& qu'il l'avoit affez
eftimé pour luy vouloir é
pargner cette forte de confufion.
Quoy qu'elle marquaft
affez d'enjoüement
en difant cela , il eftoit accompagné
d'un je-ne-ſçay
quel foûrire malicieux qui
faifoit connoiftre fon dépit
fecret La Dame, Confi- :
142 MERCVRE
4

dente du Marquis, s'en ap
perçeut , & jugeant qu'elle
ne devoit pas diférer plus
tard à jouer le rôlé dont
elle eftoit convenuë, elle fit
femblant de découvrir deux
petits bouts de Ruban qui
eftoient au bas des deux côtez
de l'Almanach , & demanda
à quoy ils fervoient.
Elle commença auſſitoſt à
les tirer, & en mefme temps
le Satin de l'Almanach fe
pliffa en fe hauffant, & monta
jufqu'au bord du bois
d'enhaut, aur deffous duquel
il demeura pliffé en feftons.
GALANT. 143″
.3
A mesure qu'il fe leva , on
vit paroiftre un tres- beau
Tableau de miniature. L'ai
mable Veuve y eftoit repré
fentée dans le milieu , tres--
reffemblante . Un Amour
luy préfentoit une Montre
enrichie de Diamans, & de
l'autre main il tenoit un pas
pier ouvert, où l'on pouvoit :
Tire quelques Vers galans,
adreffez à cette belle Perfonne.
Un autre Amour paroiffoit
dans ce Tableau, &
attachoit un Collier de Perlés
au col de la Veuve. L'invention
parut agreable , &
144 MERCVRE
le Cavalier demeura luy→
mefme d'accord qu'il y avoit
de l'efprit dans ce deffein.
Il dit feulement en¹
riant , qu'il n'avoit guére
veu de plus belles Perles,
mais qu'enfin ce n'eftoient
que des Perles en peinture.
Dans ce moment on entendit
fonner une Montre.
Toute la
Compagnie fe re
garda, en demandant à qui
elle eftoit: Chacun protefta
qu'il n'en avoit point de
fonnante. La furprifé de ce
qu'on avoit entendu augmentant
par là, le Chevalier
continua
GALANT. 145
continua la plaiſanterie , &
dit qu'on n'avoit point à
chercher la Montre, & qu'-
affurément c'eftoit celle du
Tableau qui avoit fonné.
La penſée fit rire , mais on
rit bien plus quand la Confidente
du Marquis prenant
la parole d'un ton férieux,
prétendit qu'il pouvoit y
avoir de la verité dans ce
que le Cavalier avoit dit par
raillerie . Comme on fe contentoit
de rire fans luy ré
pondre , elle adjoûta que
puis que le Satin de l'Almanach
avoit caché un Ta
Fanvier1680.
N
146 MERCVRE
bleau , elle eftoit perfuadée
qu'il y avoit du miltere dans
tout le refte. Alors elle fit
femblant de vouloir tour.
ner un des bouts de la Corniche
, quoy qu'elle ſçeuſt
bien qu'on ne la pouvoit
ouvrir. C'eftoit pour ve
nir au Rouleau d'enbas.
Elle tourna une petite Pomme
à vice qui le fermoit par
un bout. La Pomme s'ofta,
& un petit Ruban qu'on ap
perçeut, fit connoiftre que
le Rouleau eftoit creux . La
Confidente tira le Ruban,
& fit paroiftre une Montre
GALANT. 147:
fort petite, mais toute couverte
de Diamans . Une autre
Dame fit la mefme choſe
de l'autre bout , & en fit
fortir un tres - beau Collier
de Perles, le tout femblable
à ce qu'on voyoit peint dans
le Tableau . Jamais perfonne
ne fut fi déconcerté que le
Cavalier. L'Amie du Marquis
prit plaifir à le railler à
fon tour , pendant que tout
d'une voix on admira la
magnificence
& la galan
terie du Préfent de l'Almanach
. Les louanges qui furent
données au Marquis,
"
Nij
148 MERCVRE
acheverent de mettre le Ca
valier de méchante humeur,
Il brutalifa la Confidente,
& la Veuve ſe plaignant du
peu de confidération qu'il
avoit chez elle, & pour une
Femme, il ne put foufrir fes
plaintes avec la foûmiflion
que doir un Amant à une
Maiftreffe. Il luy échapa
quelques paroles d'aigreur
contre elle - mefme
s'oublia fi fort , qu'elle fut
obligée de rompre avec luy,
Vous vous imaginez bien,
Madame , qu'elle ne manqua
pas à luy renvoyer le Mi-
& il
GALANT·
149
1
toir dés ce mefme jour. Tout
le monde eftant party , la
Confidente demeura feule
avec elle. Ce fut alors qu'exagérant
la paffion du Marquis,
& faifant valoir la douceur
de fon efprit, l'affiduité
de fes foins , & la galanterie
de fon Préfent , elle luy fit
avouer que le Cavalier , &
beaucoup d'autres de fon
caractere, eftoient entierement
éloignez de fon mérite
. Il fut queftion du Collier
de Perles , & de la Montre.
La belle Veuve youloit
abfolument qu'on les re-
Nij
150 MERCVRE
portaft , ces fortes de chofes
eftant d'un prix & d'une nature
à ne pouvoir eftre acceptées
fans qu'on fe filt
tort , fur tout quand elles
avoient eſté reçeuës en préfence
de témoins. Son Amie
luy ayant fait remarquer
la
difcrétion du Marquis qui
n'avoit laiffé paroiftre qu'un
Almanach , ayant caché la
Montre & les Perles , afin
qu'elles ne fuffent veues que
d'elle feule , adjouta qu'elle
fçavoit un moyen qui la
mettroit en pouvoir de gar
der le toutavec honneur . Ce
GALANT 15
{
moyen eftoit de fe déclarer
pour le Marquis , & de confentir
à l'époufer. La Veuve
rougift au lieu de répondre,
& l'adroite Amie profita fi
bien du defordre de fon
coeur , dont les fentimens ne
luy avoient pas efté bien
connus jufque-là à elle - mefme,
qu'elle luy permit enfin
de dire tout ce qu'elle voudroit
de plus favorable à fon
Amy. Il fut averty de ce
qui s'eftoit paffe , & s'eftant
allé jetter le lendemain aux
pieds de la Dame, tranſporté
de joye , il luy marqua tant
Niiij
152 MERCVRE
d'amour , que pour entiere
affurance de fon bonheur,
elle commença dés ce mo
ment à fe parer du Collier
de Perles , & de la Montre.
C'eftun Mariage réfolu , qui
doit s'achever fur la fin du
Carnaval.
Vous vous fouvenez fans
doute que le Prince Ferdi
nand de Furttemberg, Evef
que de Paderborn , l'eft devenu
de Munſter . Je vous ay
parlé de fes grandes qualitez
& de fa Maiſon , en vous
apprenant la mort du defunt
Evefque. Il faut aujour
GALANT 153
d'huy vous apprendre les
folemnitez de fon Entrée
dans la Ville de Munfter.
Elle a efté faite depuis deux
mois avec tout l'éclat qui la
pouvoit rendre digne du
Prince pour qui elle eſtoit
ordonnée. En effet on ne
fe fouvient point d'en avoir
veu de parcilles. Ce qui en
a augmenté le luftre, outre
le nombre des Spéctateurs
qui y font accourus de tous
coftez , ç'a efté la veritable
& fincere joye , que non
feulement les Habitans de
laVille,mais tous les Peuples
154 MERCVRE
voifins , ont fait paroiſtre
dans cette rencontre. Le 13.
deNovembre 1679.cePrince
partit de Wolbeck, fuivy de
fa Cour, & de plufieurs Ca+
valiers du Païs de Pader
born. A une heure de Mun
fter , il fut rencontré par la
Nobleffe de ce Païs-là , en
fuite par les Capitulaires,
par les Prélats du Chapitre,
& par les Ambaffadeurs
des Princes Ecclefiaftiques.
Apres les complimens faits
de part & d'autre , on pritle
chemin vers la Porte Saint
Leger, par où l'on entra

GALANT. 153
4
dans l'ordre fuivant .
Le Mailtre des Poftes de
Paderborn, avec fes Poftil
lons devant luy.
Deux Fourriers de la Cour,
Les Mulets , avec leurs
Couvertures en broderie .
Deux Compagnies de
Dragons .
T
Le Regiment des Gardes
à pied, de dix Compagnies,
commandé par le Colonel
Baron Guillaume de Plettemberg,
Commandeur
de
l'Ordre Teutonique , qui
marchoit à pied à la tefte du
Regiment de mille Hommes.
156 MERCVRE
Le Regiment
des Gardes
à cheval, commandé
par le
Lieutenant
Colonel Gofæus,
de cinq cens Hommes.cm
?
Les Chevaux
de main , de
la Nobleffe
de Munſter, des
Cavaliers
de la Cour, & des
Capitulaires
.
Leurs Valets, en trois Ef
cadrons.
L'Ecuyer de Son Alteffe,
fuivy de douze Chevaux de
main , avec des Harnois &
des Couvertures fort propres.
La Nobleffe de Munfter,
en tres-bel équipage, ayant
GALANT. 157
à fa tefte le General Major
Baron de Naguel, Seigneur
de Vorenholtz - Droffard de
Stromberg, & Confeiller
Guerre de S. A.
de
Le Tymballier , & dix
Trompetes de S. A.
ayant
La Nobleffe de la Cour,
le Baron de Wefterholt,
Seigneur de Lembeck,
Maréchal de Munster , &
Confeiller d'Etat de S. A. à
fa
tefte.t
Le Baron Ferdinand de
Furftenberg, Grand Ecuyer,
& Neveu de S. Adob A.
Le Comte Jean-Adolphe
158 MERCVRE
de Bentheim - Tecklen
bourg.
Douze Valets de pied
devant S. A. e
Monfieur l'Evefque de
Munſter , monté fur un
Cheval Turc, environné de
douze Hallebardiers & de
quatorze Heiducs. 1
Les Capitulaires de Munfter
à cheval apres le Prince.
La Compagnie des Gardes
ordinaires , avec la Cafaque
de la Livrée de S. A.
montant à cent Chevaux .
Un Carroffe vuide du
Prince, de Velours verd deGALANT.
159
dans & dehors , travaillé en
Broderie d'or relevée, traî
né par fix Chevaux gris- deperle,
avec des Harnois proportionnez
.
Le Carroffe où eftoient
les Ambaffadeurs des Princes
Ecclefiaftiques , c'eſt à
dire de l'Electeur de Treves,
de l'Archevefque de Saltzbourg
, du Grand- Maiſtre
de l'Ordre Teutonique , &
de l'Abbé de Fulde.
1
Deux autres Carroffes, où
eftoient dans l'un les Prélats
du Chapitre de Munſter,
excepté le Baron de Velen,
160 MERCVRE
Vice- Dominus , qui fuivoit
le Prince à cheval ; & les
Confeillers d'Etat dans l'au
tre .
D'autres Officiers de la
Cour & du Païs , dans divers
Carroffes , qui alloient au
dela de quarante , tous àfig
Chevaux .
Huit Chariots de bagage,
avec les Armes du Prince en
broderie fur les Couvertu
res.
Deux Regimens de Ca
valerie, de cine cens Hommes
chacun, l'un comandé
par le Colonel de Bonning
GALANT 161
haufen,l'autre par le Colonel
de Wendz , venoient à la fin
de la Cavalcade...
La Bourgeoifie en armes,
& rangée en double haye ,
bordoit les deux coftez des
Rues par où la Cavalcade
paffoit. Elle marcha jufques
à la Court , vis-à-vis du Dême.
Les Regimens & la
Compagnie des Gardes s'y
cftoient mis en bataille .
M ' l'Evefque de Munſter
mit pied à terre dans la
Court, & s'eftant retiré dans
la Chapelle de S. Michel, il
y prit l'Habit Epifcopal , &
Fanvier 1680.
162 MERCVRE
fut fervy & mené en Proceffion
par les Religions, le
Clergé , & le Chapitre , à la
Cathédrale , où apres qu'il
euft fait les prieres & cerémonies
ordinaires , & reçeu
le ferment & l'hommage du
Chapitre , on chanta le Te
Deum avec double Choeur
de Muſique , & les Trompetes
, triple décharge du
Canon de la Ville , & trois
falves de la Cavalerie & de
l'Infanterie. Cela eftant
fait, ce Prince s'en retourna
à la Court en Proceffion,
comme il en eftoit party, &
GALANT. 163
l'on traita fort magnifiquement
toute cette grande
Aſſemblée , pendant trois
jours que dura la Cerémonie.
L'arrivée de trois Ambaffadcurs
de Hollande , de
Brandebourg , & d'Ofnabruch
, fut, pour elle une
augmentation
d'éclat. Le
fecond jour, la Nobleffe du
Pais de Munfter prefta fer-
5 ment de fidelité à S. A. laquelle
affifta en fuite en
Habit Pontifical à la Meffe
a
chantée par le Tréforier du
Chapitre de Schmiſing,
Apres la Meffe, elle reçeur
O ij
164 MERCVRE
I
l'hommage des Magiſtrats,
& de la Ville de Munfter,
avec de grands applaudiffemens
du Peuple, & s'en revint
à la Court en Carroffe,
précedée de plus de deux
cens Gentilshommes qui
marchoient à pied.
Le troifiéme jour on
monta à la Citadelle , pour
voir le Feu d'artifice préparé
fous la direction du
Colonel de l'Artillerie Cor
rey , avec pluſieurs Machines
& Figures tres - bien dif
pofées , fur la terre & fur
f'eau du Foffé. Ce Spectacle
2
´
GALANT. 165
eur tout le fuccés qu'on en
pouvoit efperer. Les Collations
fervies fous des Tentes
pour régaler les Dames qui
s'y trouverent en fort grand
nombre, acheverent les divertiffemens
de la Fefte.
Les Habitans de Bernay
fe difpofoient fort à y rece
voir M'l'Abbé de Gefvres,
d'une maniere qui luy fiſt
connoiftre la parfaite eftime
qu'ils ont pour une Per
fonne de fa qualité & de fon
mérite mais fa modeftie
sopofant à la dépenſe qu'ils
vouloient faire , luy fit ca
166 MERCVRE
cher le jour de fon arrivée,
Lefculavis qu'ils en curent,
leur vint d'un Homme qui
avoit rencontré ce jeune
Abbé, avec tout fon équipage
, à demy licuë de la
Ville , le Mardy 9. de ce
1
mois , fur les huit heures du
foir. Cette nouvelle porta
auffitoft la joye par tout. Le
bruit des Tambours qu'on
entendit preſque en mef
me temps, fit prendre les
armes à plus de quatre cens
Bourgeois, qui fe rangerent
en haye depuis la Porte de
la Ville jufqu'à celle de
GALANT. 167
4 l'Abbaye , où le fon des
Cloches fit accourir tous les
Habitans. Les Peres Benédictins
qui estoient déja
couchez, fe leverent pour le
recevoir en Corps à la Porte
de leur Eglife. Il y entra, &
pendant qu'il faifoit fa priere
, on chanta le Te Deum.
Le Canon fut tiré en fuite,
& tous les Moufquetaires
firent leur décharge. Si-toft
qu'il eut efté conduit dans
Apartement qu'on luy avoit
préparé, il donna ordre
que l'on défonçaft plufieurs
Muids de Vin dans le mi
168 MERCVRE
hieu de la Court. Jugez de
la réjouiffance du Peuple.
Deux Moufquetaires gardoient
les Portes de fon Ef
calier & de fa Chambre,
pour empefcher la confuhon.
Les principaux de la
Ville vinrent le faluer dés
ce foir mefme , & on ne le
quita qu'à deux heures apres
minuit.
Le lendemain, les Mouf
quetaires s'eftant mis dans
le mefme ordre qu'on les
avoit veus le jour précedent,
le Pere Vifiteur des Bené
dictins de la Province , qui
eftoir
GALANT. 169
eftoit à Bernay , paffa au
milieu pour venir falüer M
l'Abbé dans fa Chambre.
Le Clergé des Paroiffes de
Sainte Croix & de Noftre-
Dame de la Couture, entra
apres luy . Les deux Curez
le haranguérent en termes
choifis , ce qui fut fait de la
mefme forte par les Gar
diens des Peres Cordeliers,
& Penitens , à la tefte de
leurs Communautez. Les
Juges d'Orbec & de Montreuil
, accompagnez d'un
grand nombre d'Avocats
& de Procureurs, luy rendi-
Fanvier 1680.
P
.
170 MERCVRE
rent enfuite les meſmes devoirs
. M' de la Boifarderie
Bailly de Montreüil, luy fit
un difcours qui luy attira
beaucoup d'éloges . Ce jeune
& illuftre Abbé répondit
à
tout avec tant d'agrément,
& deprefence d'efprit, qu'il
fut admiré de tous ceux qui
l'entendirent
. Cette premiere
ceremonie qui dura
jufqu'à midy,fat fuivie d'une
autre qui fut la réception de
ce mefmeAbbé à l'entrée de
la Porte de l'Eglife de l'Abbaye
. Le P. Viſiteur revetu
d'une Chape , ainfi que
GALANT. 171
tous les autres Religieux,
vint l'y recevoir fous un
Dais qui fut porté par quatre
Officiers. Il luy préſenta de
l'Eau-benifte , & le harangua
avec beaucoup d'éloquence.
Il fut conduit dans
le Choeur fous le mefme
Dais , & on commença la
Meffe qui fut folemnellement
chantée . Au retour ,
il fit faire une diftribution
tres-confidérable à plus de
fept cens Pauvres qui ef
toient venus de toutes parts.
Le Jeudy 11. il traita magnifiquement
les Officiers qui
a
1
Pij
172 MERCVRE
3
avoient commandé la Milice,
& il a reçeu depuis les
vifites de toute la Nobleffe
des environs.TOLO
67.97
M'l'Evefque de Soiſſons
dont la haute pieté vous eſt
connue , continuant à donner
des marques de ce zcle
ardent qu'il fait éclater en
toutes rencontres , a baptiſé
depuis fix femaines une Fa
mille entiere de Juifs , Pere,
Mere & Enfans , dans fa Cathédrale.
Tous ecux quife
t
trouverent à cette Cerémonie,
ne furent pas moins édifiez
de l'excellent diſcours
GALANT. 173
dont il accompagna cette
Action, que de la folemnité
qui la rendit éclatante. Il
II
fit remarquer entr'autres
chofes que la Prophetie qui
fut faite au Sacre du Roy,
par l'Evefque qui avoit pris
pour Themey Inimicos ejus
induam confufione, fuper ipfum
autem efflorebit fanctifi
catio mea eftoit enfin act
complie , puis qu'il eſtoit
vray qu'apres avoit défait
tous les Ennemis de fon
Etat & de la Religion unis
enfemble, donné la Loy , le
repos & la Paix à toute
Piig
174 MERCVRE
a
l'Europe & au nom Chrêtien
, ce grand Monarque
mettoit fon application particuliere
à faire regner la
Foy , à bannir l'Heréfie de
ſon Royaume , & à rétablir
la Meffe par tout, comme il
avoit déja fait à Geneve , à
l'exemple du feu Roy qui
l'avoit rétablie à la Rochelle
.
Je vous envoye un Air de
l'illuftre Autheur, dont vous
en avez trouvé dans toutes
mesLettres depuis quelques
Mois, Ila fait le Chant & les
Paroles , & l'on 1
peut
dire
GALANT. 175
qu'ill'a voulu proportionner
à la petiteffe de celle qui a
eu l'honneur de le chanter à
la Reyne , comme un remercîment
du Préfent que
Sa Majesté luy a fait apres
l'avoir entendue jouer du
Claveffin. C'eftune Enfant
de cinq ans , que M' Jaquet
a rendue
comparable
aux
plus habiles en fix ou fept
mois . Il luy eft bien glorieux
de faire des miracles au dehors
comme
il en a fait dans
fon domeftique
. Cette En
fant connue fous le nom de
la petite Michon
, a joüétrois
Piiij
176 MERCVRE
fois fur l'Orgue de la Chapelle
du Roy , les Pieces
qu'elle joüe fur le Claveffin.
Il n'y a rien de plus furpre
nant que de luy voir , à fon
âge des mains affez fortes
pour toucher un Inftrument
de ce poids. Auffi fa réputation
eft-elle déja fi grande,
que tout le monde s'empreffe
à venir l'entendre
chez l'Autheur de l'Air que
yous trouverez icy gravé.
C'eft luy qui a foin de fon
éducation .
GALANT. 177
F
AIR NOUVEAU
chanté à la Reyne.
R
Eyne auffi belle que bonne,
Ce n'est pas voftre Couronne
Qui vousfait briller le plus,
Reyne, cefont vos verius .
LeRoy a donné Audience
iln'y a pas fort longtemps
aux Députez des Etats d'Artois.
C'eftoient les meſmes
dont je vous parlay l'année
derniere , à fçavoir M ' l'E
vefque de S. Omer , M' le
Vicomte de la Thieuloye , &
M' Palifot d'Incourt . M
l'Evefque de S. Omer porta
178 MERCVRE
la parole , & s'énonça à ſon
ordinaire avec cet air qui
répond fi bien aux vives lumieres
de fon efprit , & à l'avantage
de fa naiffance. Peu
de jours apres cette action,
dont Sa Majefté fut tresfatisfaite,
il fut attaqué d'une
fievre violente & continue,
accópagnée d'autres maux,
qui en huit jours firent defefpérer
de fa guerifon . Il la
doit au feul Medecin Anglois
dont le remede a fait
un miracle . Il feroit difficile
de s'imaginer le concours
qu'il y a cu chez luy , depuis
GALANT. 179
la nouvelle du danger où il a
efté. C'eft une juftice que la
Cour & la Ville ont rendue
à fon mérite & à ſes grandes
qualitez. On connoift par
là qu'il a particulierement
celle de fe faire des Amis.
M' le Comte de Ligneville
, venu icy de Baviere
depuis quelque temps , y
doit retourner bien - toft
pour accompagner Madame
la Dauphine en France.
Il eft Gentilhomme de la
Chambre , de Son Alteffe
Electorale, & fut honoré de
la Clef d'or il y a huit ans,
180 MERCVRE
lors qu'il entra au ſervice de
MP'Electeur de Baviere enqualité
de Colonel de Cavalerie.
Je ne vous dis point
que fa Maiſon eft l'une des
quatre de l'Ancienne Chevalerie
de Lorraine , qu'il eft
tres digne Neveu dece bra
ve & renommé Comte de
Ligneville , qui a comman
dé longtemps l'Armée de
Lorraine avec tant de gloire ,
& que Madame la Comteffe
de Lignon , l'une des plus
illuftres Femmes de fon
temps, eftoit la Mere. Je
Groy que toutes ces chofes
GALANT. 181
vous font connuës . Mais ce
qui ne vous l'eſt peut - eftre
pas, c'est la parfaite reffemblance
qu'il avoit avec un
Frere Jumeau , appellé M
le Comte d'Autricourt. Elle
a fait autrefois tant de bruit,
que peu de Perfonnes l'ont
ignorée. Cette reffemblance
eftoit fi entiere , que
quand ils s'habilloient de la
mefme forte , ce qu'ils faifoient
quelquefois pour fe
divertir , leurs propres Do
meftiques s'y méprenoient .
Ils embaraffoient jufqu'à
leurs Femmes , tant le fon de
182 MERCVRE
leur voix eftoit femblable ,
& ils ont eu là- deffus plus
d'un demeflé enſemble dans
les intrigues de quelques
Maiftreffes. Lors qu'ils eftoient
tous deux Capitaines
de Chevaux - Legers , l'un s'eſt
mis fouvent à la tefte de
l'Eſcadron de l'autre , fans
qu'aucun des Officiers ny
des Cavaliers
, fe foit apperçeu
du changement. On
faifoit tous les jours des paris
confidérables fur leur ref
femblance , & ils s'y affuroient
tellement, qu'une af
faire criminelle eſtant arriGALANT.
183 .
vée à l'un des deux , ils ne fe
quitterent point , & fortirent
toûjours enſemble,fans
que la Partie ofaft en faire arrefter
aucun, dans la crainte
qu'on ne faifift l'Innocent
au lieu de celuy qu'on vouloit
pourfuivre. Ils s'aviferent
un jour d'une plaifanterie
fort réjouiflante
, que
je ne puis m'empefcher de
vous conter. M' de Ligneville
avoit fait venir un Bar
bier chez luy. Apres qu'on
l'eut razé d'un cofté , il fu
pofa quelque affaire qui l'obligeoit
d'entrer un mo184
MERCVRE
ment dans fon Cabinet. M
le Comte d'Autricourt fon
Frere y eftoit caché. Ce der
nier prit auffitoft la Robe
de Chambre, & s'attacha la
Serviete que le premier a
voit emportée, & eftant forty
en cet équipage , il alla
s'affoir dans la même Chaife
que M' de Ligneville venoit
de quiter. Le Barbier qui
croyoit trouver la mefine
Perfonne
,
s'approcha
pour
le razer de l'autre cofté, &
eut une telle frayeur de luy
voir la barbe revenuë en un
inftant , que ne doutant
GALANT 85
point que ce ne fuft un Démon
qui avoit pris fa figure,
il fit un grand cry, & s'évanouit.
Pendant qu'on luy
jettoit de l'eau pour le faire
revenir , M' d'Autricourt
rentra dans le Cabinet , ' &
Mª de Ligneville reprit ſa
place à demy-razé. Ce fut
un nouveau fujet de ſurpriſe
pour le Barbier. Il crut avoir
refvé ce qu'il avoit veu , &
ne fçavoit que répondre,
quand on luy demandoit le
fujet de fa frayeur. Enfin ne
pouvant croire ce qu'on luy
apprit de la reflemblance de
Fanvier 1680.
186 MERCVRE
"
propres
ces Freres , il les vit tous
deux enſemble , & en fut
convaincu par fes
yeux. Ce qu'il y avoit de
plus admirable, c'eft la fympathie
qui eftoit entr'eux .
Jamais l'un n'a efté malade ,
que l'autre ne le fuft dans le
mefine temps. Si l'un recevoit
quelque bleffure , l'autre
en reffentoit la douleur,
quoy qu'ils fuffent quelquefois
éloignez de plus de foixante
lieuës . Il en eftoit ainfi
des maux d'accident, ce qui
faifoit qu'ils avoient tous
deux grand intéreſt de veil,
GALANT. 187
ler à la conduite l'un de
l'autre , & ce qui vous paroîtra
entierement incroyable,
quoy que ce foit
ce foit pourtant
une verité, c'eft qu'ils faifoient
tres -fouvent les mef
mes fonges. Cela s'eft prouvé
par ce qu'ils en ont dit
deux heures apres à leurs
Amis , eftant en lieux difé
rens, & dans un trop grand
éloignement, pour avoir pû
fe communiquer. Le mef
me jour que M le Comte
d'Autricourt fut attaqué
d'une fievres continue qui
Temporta, Mile Comte de
1
Qij
188 MERCVRE
Ligneville eftant à ſon Regiment
en Baviere, fentit la
violence de la mefme fievre,
& en fut réduit à l'extrémité
dans le temps que cet autre
luy-mefme mourut . Il luy
eft resté un fi grand regret
de cette perte , qu'il y a de
l'apparence que le temps
mefme aura de la peine à le
confoler. Il eſt fort perſuadé
qu'il feroit mort comme
Mi d'Autricourt
fon Frere,
fans un Voeu qu'il fit à N.
Dame d'Altenting en Ba
viere. Je ne vous dis rien
que je n'aye appris de luy
4
GALANT 189
mefme depuis un mois , &
queje ne fecuffe déja par ce
qu'en ont publié fouvent les
premieres Perfonnes de la
Cour, à qui la plupart de ces
chofes ont efté connues.
Les Medecins qui ont écrit
fur la fimpathie qui estoit
entr'eux , affurent qu'il ne
s'en eft jamais veu une pal
reillent the Illotine
Rien n'eft certain dans
le monde , & c'eft fe trom
per , que de s'y promettre
une joye durable. Madame
la Ducheffe de Hanover en
avoit beaucoup de venir en
190 MERCVRE
France.Madame la Princeffe
Palatine fa Mere , & M la
Ducheffe fa Soeur , eftoient
de grands charmes pour l'y
attirer. Cependant elle y a
verfé des farmes ; & fi la
douleur que luy a cauſée la
nouvelle de la mort de M'le
Duc de Hanover fon Mary,
a pû trouver du foulagement,
ce n'a efté que parla
part qu'elle y aveu prendre
aux deux Perfonnes qu'elle
confidere & qu'elle aime davantage.
Ce Prince ayant réfolu
d'aller paffer le Carnaval
à Venife pendant l'abſence
GALANT. 191
de Madame la Ducheffe fa
Femme, partit accompagné
de M ' l'Evefque d'Ofnabruk
fon Frere , fi-toft, qu'il eut
veu les affaires d'Allemagne
& de Dannemark accommodées.
Il tomba malade
à Auſbourg, & mourut cinq
jours apres , la nuit du 27.
au 28. du dernier mois. Les
Chirurgiens qui ont efté employez
à ouvrir fon Corps,
ont trouvé que la caufe de
fa mort eft venuë de deux
excrefcences de chair qui
s'eftoient formées autour du
poulmon, & qui ayant creû
"2
192 MERCVRE
infenfiblement, fe fontjoin
tes apres une longue fucceffion
de temps , & l'ont
privé tout-à -coup de la faculté
de refpirer. Aufli eft-il
mort en un inftant, fans tè
moigner qu'il fentiſt aucune
douleur. Il eft univerfellement
regreté pour ſes bel
les qualitez . Il avoit l'ame
grande & genéreufe ; &
comme il prenoit plaifir à
faire du bien à des Particu
liers de mérite , il le faifoit
quelquefois d'une manierę
noble , qu'on payoit tou
tes leurs debtes , quelques
confi-
GALANT. 193
confidérables qu'elles fuf
fent , fans qu'il laiffaſt dé
couvrir que ce fuft luy qui
les euft payées. C'eſtoit un
des Princes du Monde qui
faifoit le mieux les chofes
extérieures & avec plus d'ordre,
quand il vouloit fe don
ner la peine de les regler ; ce
qui luy arrivoit fort fouvent.
Il eftoit fecret , tres-délicat
fur la gloire , & particulie
rement fur la fienne propre ,
& fur celle de fa Maifon,
dont il a táchéd'augmenter
l'éclat par toutes fortes de
voyes. On l'a toûjours veu
Fanvier 1680. R
194 MERCVRE
fort abfolu fans que pers
fonne l'ait gouverné, fon au
torité eftant la chofe dont il
fe montroit le plus jaloux. Il
prenoit conoiffance de tout
ce qui regardoit fon Etat,
fes Finances , & fa Milice,
& melme de tous les Actes
de Juftice , afin d'en juger
luy-meſme , ordonnant de
tout jufqu'aux moindrescho
fes ,dont il n'oublioit jamais
que ce qu'il vouloit. Ainfi
fon efprit eftoit dans une
activité continuelle. Pourſe
delaffer, il aimoit les petites
railleries , & les Perfonnes
GALANT. 195.
qui le divertiffoient agreablement.
Il a toujours entretenu
uneTroupe de Comédiens
François avec M'le
Duc de Zell fen aîné; & fur
fes dernieres années, il a fait
faire des Opéra en Italien,
qu'on a trouvez admirables,
fur tout pour les Voix & les
Décorations. Il en régala la
jeune Nobleſſe de l'Armée
de France , qui alla le voir
lors qu'elle eftoit vers Min
den. L'agreable maniere
dont il la reçeut, luy donna
tout lieu de s'en louer. Sa
Cour eftoit auffi moderée
Rij
196 MERCVRE
que grande, civile, & magnifique.
Il y avoit étably tou
res les manieres Françoifes
qu'on fuivoit en tout, jufque
dans les Familles meſme de
la Ville . Il avoit dans fa Cour
& dans fes Troupes beaucoup
d'Officiers François,
& leur faifoit garder , ainſi
qu'aux Soldats , les regles de
France. Il a toûjours eu dans
cette derniere Guerre douze
à quatorze mille Hommes
tres-bien payez , qu'il a fait
vivre avec une fort grande
difcipline, tant dans fes Etats
que dans les Quartiers qu'ils
GALANT: 197
ont occupez. Il jetta les yeux
fur M Podvvits , Maréchal
de Camp en France , treshabile
en fon Meftier , &
un parfaitement honnefte
Homme, pour le faire Licu
tenant Genéral de fes Troupes,
& l'envoya demander
au Roy. Il faifoit gloire
d'eftre fidelle obfervateur
de fes Traitez , & quoy qu'il
ait fait paroiftre en plufieurs
occafions beaucoup d'attachement
pour la France , &
une venération toute extraordinaire
pour la Perfonne
du Roy , dont il ne
ne
*R iij
198 MERCVRE
parloit jamais que comme
du plus grand & du plus
fage Monarque du Monde,
'il n'a pas laiſlé de fe maintenir
toûjours dans la Neutralité
avec Empereur &
les autres Puiffances, & dans
une bonne intelligence avec
les Princes Voifins. Il leur
a donné à tous de la jaloufie
, & en a effé continuellement
follicité ,
lainfi
que
des Teftes Couronnées &
des Etats Genéraux ; mais il
eſt demeuré inébranlable,
& travaillant de tout fon
pouvoir pour le bien de
GALANT. 199
Empire , & pour la Paix
generale , il a fait paroiſtre
une entiere fermeté contre
Empereur , & contre tous
ceux qui ont voulu l'inquié
er dans fes Quartiers, qu'il
défendus juſqu'à la fin.
On peut dire encor de luy
qu'il eftoit tres-équitable, &
qu'iln'y a jamais eu un meil
leur Maitre. Il fçavoit diffimuler
& foufrir de fes Sujets,
de fes Gens, & melme de
fes Miniftres , quand la rai
fon & la neceflité l'exi
geoient.Comme il avoit l'art
1
200131
de fe faire craindre auffibien
Rij
200 MERCVRE
qu'aimer , il les a toûjours
maintenus dans le devoir, &
a particulierement eu foin
que fes Miniftres d'Etat fuf
fent tres-habiles . Il y en a
peu dans l'Allemagne qui
foient du poids de M¹ de
Grotte, & de M ' de Witzen
dorf, fur la prudence defquels
il fe repofoit de la Régence
de fes Etats quand il
alloit à Venife , où il faifoit
un voyage de temps en
temps. Cette République
l'eftimoit infiniment , &
l'avoit mis au rang de fes
Nobles. Les deux Miniftres
GALANT: 201
que je viens de vous nommer
, font éntierement confommez
dans les Affaires,
le premier pour les Finances
& l'Oeconomie , & lautre
pour ce qui regarde l'Etat.
La conduite de ce Prince
a toûjours efté fi judicieuſe ,
qu'il n'a point donné d'Em--
plois qui ne fervent de preuves
d'un vray mérite à tous
ceux qui en ont efté hono
rez . On le voit en la Per
fonne de M' Broffeau , qu'il
avoit choify pour fon Réfident
en France, & que fa
fidelité inviolable, & le zele
202 MERCVRE
tres- paffionné qu'il a tou
jours eu pour fon fervice,
ont fait voir fi digne de toutes
les marques de confidération
qu'il en a reçeues.
Vous n'ignorez pas fans
doute que M' le Duc de
Hanover cftoit Frere de
la Reyne Mere de Dannemark
quilaimoit fort tendrement.
Le 7. de l'autre
Mois, c eft à dire,vingt jours
avant qu'îi moruit, il avoit
envoyé au Roy par un de
fes Gentilshommes
, un atte
lage de fix Chevaux gris de
perle non pommelez , qui
GALANT 203
peuvent paffer pour les plus
beaux de l'Europe , & dont
on tient qu'il avoit refute
douze mille Ecus. Comme
il n'a point laifféd Enfins
males , M l'Evefque d'Of
nabruk , qui eſt ſon Cader,
hérite de fes Etats. Ils font
d'une affez grande étendue ,
bien fituez , & Luthériens
comme ceux de M' le Duc
de Zell fon Frere aîné , &
de fon Parent M' le Duc de
Volfembutel. L'exercice de
la Religion Catholique ne
laiffoit pas de s'y faire pu
bliquement depuis la Ré
204 MERCVRE
gence dans l'Eglife Ducale
de fon Palais. Il entretenoit
pour cela fplendidement un
Vicaire Apoftolique qui eftoit
Evefque , avec quinze
ou vingt Capucins, qui prêchoient
alternativement
en
François , Italien , & Allemand
dans fon Eglife , à
caufe de ces trois Nations
dont la Cour eftoit compofée.
Ils eftoient logez dans
un des Apartemens de fon
Palais , & avoient fouvent
l'honneur d'eftre reçeus à fa
table . Toutes chofes leur
eftoient fournies en abonGALANT.
205

dance , tant pour leurs befoins,
que pour diftribuer à
tous les Pauvres qui fe pré,
fentoient chez eux , & pour
les Religieux des autres Ordres.
Il y avoit vingt-trois
ans qu'il s'eftoit fait Catholique
, & quinze qu'il eftoit
devenu Duc de Hanover.
Il n'avoit eu jufques là que
des Penfions, eftant le troifiéme
Fils du Duc George,
qui avoit ordonné par ion
Teftament, que les deux
Aînez de la Branche feroient
ſeuls à l'avenir à partager
les Etats. Ainfi Chrif
206 MERCVRE
tian-Loüis qui eftoit l'aîné,
fut Duc de Żell ; & George
Guillaume , Duc de Hano
ver. Chriftian-Louis eftant
mort fans avoir laiſſé d'En.
fans, George- Guillaume de
vint l'aîné & Duc de Zell,
& laiffa le Duché de Ha
nover à Jean-Frideric , qui
eft celuy dont je vous ap
prens la mort . Il laiſſe trois
Filles , qui ne peuvent hériter
que des meubles & de
Fargent. L'aînée de ces trois
Princeffes n'a pas encor
neufans. La feconde en a
huit , & l'autre fcpt. Elles
GALANT 207
font toutes trois fort belles,
& bien élevées , ont l'efprit
rres avancé pour leur âge,
parlent également le François
& l'Allemand , & ne ſe
démellent pas mal de l'Ita
lien qu'elles fçavent expli
quer. Madame la Ducheffe
de Hanover leur Mere , qui
les a amenées avec elle en
France , n'oublie rien pour
leur donner une éducation
digne du rang qu'elles tiennent.
J'aurois beaucoup à
vous dire de cette Princeffe
Elle est encor jeune , belle,
& d'une bonté toute extra
208 MERCVRE ·
ordinaire. Sa douceur & fes
manieres honneftes charment
tous ceux qui l'approchent,
& rien n'égale la délicateffe
de fon efprit que
celle de ſa vertu. Elle a une
de ces belles ames qui fçavent
fi bien & fi agreablement
faire toutes chofes, &
qui ayant la gloire pour premier
objet , ne démentent
jamais ce caractere. La conduité
qu'elle a gardée dans
l'Allemagne , a efté fi fage
& fi moderée , qu'elle s'y
eft fait admirer de tout le
monde. Rien n'eſt plus à
GALANT. 209
K
eftimer que
l'application
qu'elle a cue à fe confor
Į mer à toutes les inclinations
de feu M' le Duc de
Hanover fon Mary. Elle
en faifoit le plus grand de
fes plaifirs , & c'eſt par là
qu'elle a toûjours vefcu avec
luy & en elle-mcíme, dans
cette douce tranquillité qui
fait le fouverain bonheur de
la vie. Tant de belles qua
litez doiventpeu furprendre
dans une Perfonne qui a l'avantage
d'avoir
Madame la Princeffe Palatine
, dont vous avez oly
Fanvier 1680.
pour Mere
S
196
210 MERCVRE
201
vanter tant de fois le grand
air & la beauté. Vous fçavez
qu'elle eft Veuve d'Edouard
de Baviere , Prince Palatin
du Rhin. Je n'ay rien a adjoûter
à ce que je vous ay
dit depuis peu de cette Maifon.
Quant au mérite particulier
de Madame la Princeffe
Palatine , je ferais icy
un long Article fans vous
dire trop. Elle a une force &
une préſence d'efprit inconcevable.
On luy a veu quel
quefois dicter dans un mef
me temps quatre ou cinq
Lettres diférentes fur des
GALANT. 211
matieres de la plus grande
conféquence, & elle n'a ja
mais entrepris de n gotittions
dont elle ne foi : venue
à bout. Elle eftoit Sur Inten
dante de la Maifon de la
liere
JMD, 95 L 19.407
5193
feue Reyne Mere, qui l'ho
05q alig Tub
noroit d'une tres – cu- - part
bienveillance
, & qui la
regardoit comme fon Amie.
al Je croy qué la Maifon vous
eft connue. Elle eft Fille de
Charles de Gonz gue , Duc
de Nevers & de Rhetel, &
depuis Duc de Mantoue &
de Montferrat
, & de Catherine
de Lorraine, Fille aînée
Sij
212 MERCVRE
de Charles de Lorraine, Duc
Soeu
duMaine,& avoit pour
Louife-Marie de Gonzague,
Femme d'Uladiflas - Sigifmond
IV. Roy de Pologne,
& remariée avec Diſpenſe
au Roy Jean - Cafimir fon
Beaufrere. Charles II. de
Gonzague , Duc de Rhetelois
, eftoit le Frere de ces
deux Princeffes . C'eft de
luy que les Ducs de Mantouë
d'aujourd'huy
defcendent.
Les Ducs de Nevers
ontvêcu autrefois en France
avec tant d'éclat , que les
plus puiffans Souverains
de
GALANT: 213
l'Europe ne portoient pas
leur grandeur plus loin. La
Mailon de Gonzague, dont
celle de Nevers eft unë
Branche, a donné des Femmes
aux Empereurs, & en a
pareillement reçeu d'eux .
J'ay à vous apprendre une
autre mort, dont j'avois ou
blié de vous parler la derniere
fois . C'eft celle de M
le Comte d'Albon , Cheva
lier d'Honneur de Madame,
arrivée au commencement
de Decembre dans fon Châ
teau de Chafeüil en Bour :
bonnois M le Marquis
214 MERCVRE
d'Albon , Fils puîné de M
le Marquis de S.Forgeux, eft
fon Héritier, comme il l'eft
en partie de Madame la
Marquife Doüairiere de Saffenage
Antoinette d'Albon,
morte àLyon dans la 85. année
, le 24 Novembre dernier.
C'eftoit une Dame
d'une éminente vertu , trescharitable
pour les Malheu
reux , empreffée à fecourir
toute forte de Malades dans
les Hôpitaux & ailleurs , &
qui a paffé fa vie dans un
cont nuel exercice de pieté.
L'Aîné du jeune Marquis
GALANT. 215
Albon, que je vous ay dit
eftre du nombre de fes Hé
ritiers , ayant embraflé le
party de l'Eglife , s'eft fait
recevoir Comte de Lyon.
depuis deux mois , & eft le
dix-neufiéme de fon Nom
& de fa Famille qui ait eu
ce Titre, Vous jugez bien
qu'il n'a pas eu de peine à
faire les Preuves de fa No-
1 bleffe. La Maifon d'Albon
eft tres- ancienne. Jean
d'Albon, S de S. Forgeux
& de S. André , laiffa deux
Fils de Guillemete de Laire,
fgavoir , Guillaume & Gilles
216 MERCVRE
d'Albon. Guillaume fut
Pere d'Antoine S de S. Forgeux
, & c'eft de luy que
font defcendus Gilbert-Antoine,
Comte d'Albon, mort
Chevalier d'Honneur de
Madame, & M' le Marquis
de S. Forgeux. Gilles d'Albon
, Frere de Guillaume,
époufa Jeanne de la Paliffe,
& en eut Guichard d'Albon
-S' de S. André, marié en premieres
Noces avec Anne de
Semur, & en fecondes avec
Catherine de Talaru . De ce
premier Mariage fortit Jean
d'Albon S'de S. André, Chevalier
GALANT. 217
valier de l'Ordre du Roy, &
Gouverneur du Lyonnois
Il époula Charlote de la Ro
che, & en eut Jacques d'Albon
S' de S. Andrẻ, Maré
shal de France , qui n'eut
qu'une Fille morte fans pofterité
; & Marguerite d'Albon
, mariée avec Artaud
de S. Germain , Chevalier,
s ' d'Apchon , dont elle cut
plufieurs Enfans qui ont fait
Branche. L'Hiftoire eft
pleine des grandes actions
du Marefchal que je viens
de vous nommer. Il eftoit
Chevalier des Ordres de
Fanvier 1080. T
218 MERCVRE

S. Michel, & de la Jartiere
d'Angleterre. Apres s'eftre
fignalé en 1544. à la Bataille
de Serizolles , & avoir fait
fes efforts pour fejetter dans
Bologne pendant le Siege
qu'y mirent les Anglois, il
fut honoré du Bafton de
Maréchal en 1547. & de la
Charge de Premier Gentil
homme de la Chambre . On
l'appelloit le Maréchal de
S. André. Au Sacre de
Henry II . qui l'eftimoit fort,
il fit Foffice de Grand Maître
de France , & fut l'un des
Tenans au grand Tournoy
GALANT. 219
qu'on fit à Paris en 1549.
Le Roy le choifit l'année
fuivante pour porter le Collier
de fon Ordre au Roy
d'Angleterre. Il commanda
l'Armée en Champagne en
1552 & eut beaucoup de part
deux ans apres à la prife de
Mariembourg. Il fervir à la
Bataille de Renty ruina
Château Cambrefis en isss.
& fe diftingua, d'une maniere
fort glorieufe à la Retraite
qu'il fit pres du Queſnoy
Il fut choily parmy ceux
qu'on députaà Château-
Cambrefis pour conclure la
a
1
Tij
228 MERCVRE
A
Paix avec l'Elpagne le p
Avril 1559. Henry II. eftant
mort , il embraffa le party
de M de Guiſe , fit la fon
ction de Grand Maître de
France au Sacre de Char
les IX. reprit Poitiers fur les
Huguenots, & eftant demeuré
prifonnier à la Bataille
de Dreux , il fut malheureuſement
tué de ſangfroid
par Bobigny de Me
zieres, qui luy tira un coup
de Pistolet en 1562. [ 66
- Le Samedy 13. de ce Mois,
Mademoiſelle d'Elbeuf Fille
de 'M' le Duc d'Elbeuf,
GALANT 223
Chef de la Maifon de Lor
raine en France , fir Pro
feffion aux Religieufes de
la Vifitation du Fauxbourg
Saint Germain. La Reyne
luy donna le Voile noir,
& la cerémonie fut faite par
Monfieur le Cardinal de
Bouillon fon Oncle. L'AL
femblée ne pouvoit eſtre ny
plus illuftre ny plùs nombreufe
, le rangde cette nou
velle Religicule Battirant,
auffibien que la farisfaction
qu'on ferpromettoir d'ent
tendre prêcher M l'Abbé
des Alleurs Son Sermon
Ting
222 MERCVRE
fut d'une beauté achevée,
Cela ne furprit perfonne.
On eft accoûtumé à ne luy
voir produire que des chef.
d'oeuvres . Il dit à la Reyne
en finiflant', Que la vertu
estoit rare dans le Monde,
qu'elle devenoitparfaite dans
la Religion , & que Si Majeste
poffedoit le mérite de
settedouble vertu. Il ajoûta,
qu'un de fes Anceftres avoit
donné une grande matiere
d'étonnement , enſe dépoùillant
de la Pourpre Royale
pour prendre l'Habit de Religieux,
mais que Sá Majefté

T
GALANT 223
trouvoit un plus glorieux
tempérament de vaincre le
monde au lieu de le fuir , de
fanctifier le Trone au lieu de
Labandonner, & de poffeder
enmefme temps , & la verta
du Monde qui eftoit fi rare,
celle de la Religion , en y
en ,
entrant de temps en temps
poury exercerfa pieté. Jeng
vous dis que la fubitance de
ce compliment qui fut tour
né de la maniere du monde
la plus délicate & la plus
fine.
NO
J'achevay ma derniere
Lettre avec tant de précipi
Tillj
224 MERCURE
tation , que je ne pus vous
parler des Filles d'Honneur
que le Roy a choifies pour
Madame la
Dauphine. Ce
font
Mademoiſelle de Laval,
Mademoiſelle de Clermont-
Tonnerre, Mademoiſelle de
Biron ,
Mademoiſelle de
Gontaut fa Seeur , & Made
moiſelle de
Rambures,
Mademoiſelle de Laval
defcend des anciens Comtes
de Laval , qui ont efté les
premiers Pairs du
Royaume.
Elle eft Filleule de Son
A. Royale Monfieur , & de
Mademoiſelle d ' Orleans.
GALANT 229
Elle a du mérite, fort bonne
mine , l'air grand , la taille
proportionnée, les cheveuk
noirs,le tour du vilage beau,
les yeux fort grands & fort
vifs , le nez bien fait, la bou
che petite , & les dents bel
les. Elle a deux Freres a
font M³ le Marquis & M
l'Abbé de Laval. Le pres
mier qui eft aujourd'huy
qui
l'Aîné & le Chef de la Mai
fon & des Armes de Laval ,
s'eſt fort diſtingué dans les
dernieres Campagnes, tant
par la bravoure que par la
dépenſe. Il eft tres bien
226 MERCVRE
a
fait , de belle taille , natu
rellement galant , libéral &
magnifique ; & rien ne le
marque mieux qu'un Billet
qu'il écrivit à Mademoiſelle
de Laval fa Soeur , fi -toft
qu'il apprit que le Roy luy
avoit fait l'honneur de la
nommer. Il eftoit accompagné
de deux mille Louis
d'or pour luy aider à pa
roiftre en Perfonne de fon
rang. Tout le monde fçait
que les plus grades Charges
du Royaume ont efté poffedées
par ceux de la Maiſon
de Laval. Elle eft alliée aux
GALANT. 227
Maifons Royales de Caftille,
d'Arragon, d'Angleterre,
& de Sicile. Elle a mefme
donné plufieurs Roys, & à
la France par le Mariage de
Jeanne de Laval avec Louis
de Bourbon, Comte de Ven
dofme , Ayeul de Henry le
Grand , & à Jerufalem , par
le Mariage d'une autre
Jeanne de Laval Femme de
René, Roy de Jerufalem,
Duc d'Anjou , avec qui elle
eft enterrée dans les Corde
liers d'Angers. Je ne parle
point de plufieurs autres
Alliances avec les Maifons
ངས
228 MERCVRE
veraines de Bretagne,
d'Alençon , du Maine , &
gdu
de Champagne.
915939 1
Mademoitelle de Clermont
Tonnerre , eft Petite.
Fille de feu M' le Comte de
Tonnerre Chevalier des
Ordres du Roy , mort le
premier
nier d'Octobre dernier
,
& Fille de Meffire Jacques
de Clermont Comte de
Clermont & de Tonnerre
,
Premier Baron , Connefta
ble , & Grand-Maiftre He
réditaire né de la Province
& des Etats de Dauphiné
.
L'éclat de tant d'importan
,
GALANT 229
tes Charges brille aſſez de
foy, pour m'empefcher de
m'étendre davantage fur
cette matiere. Je vous diray
feulement qu'une des meil
leures Teftes de France a
jugé qu'il n'eftoit pas moins
cette
TO glorieux pour ceux de
Maifon de conferver ces
deux grandes Terres fous le
nom de Comté , dont l'un
eft fans contredit le premier
de Dauphiné , & l'autre le
plus ancien de la Province
apres celuy de Champagne,
que d'en pourfuivre l'éretion
en Duché & Pairie,
230 MERCVRE
dont nos Roys ont honorë
leurs Ayculs. Comme le
Roy a une connoiffance
parfaite, & du vray mérite,
& de toutes les Perfonnes
de qualité de fon Royau
me, il jetta d'abord les yeux
fur Mademoifelle de Cler
mont , pour eftre une des
Filles d'Honneur de Ma
dame la Dauphine & fit
ordonner à M'l'Evefque
de
Noyon fon Oncle , de la
faire venir à la Cour, Ce
Prélat dont je vous ay déja
entretenue bien des fois,
falla prendre chez Madame
GALANT. 231
1 Abbeffe de Dorigny fa
Tante , de la Mailon de
Sourdis , & Soeur de Mile
Marquis d'Aluy, où elle eftoit
élevée , & l'ayant ame
née à S. Germain , il la pré
fenta à Sa Majefté , qui la
reçeut avec les honneftetez
& fes bontez ordinaires.
Elle a pour Mere, Françoife-
Virgine de Fletrat , Mar
quife & Héritiere de Preffin,
Maifon ancienne & tresriche
dans le Dauphiné.
Mademoiſelle de Biron,
& Mademoiſelle de Gontaut
La Sour , font fort belles.
222 MERCVRE
L'Aînée eft brune , la Cal
dete blonde, & toutes deux
d'une tres - grande vertu.
Elles font de Pilluftre Maifon
Biron , qui a donné
tan

de Héros à la France,
& Filles d'Elizabeth de Cof
fé , dont François de Coffe
Duc de Briffac & Pair de
France, eftoit le Pere. Il y a
fort peu de Maifons dans le
Royaume qui foient auffi
anciennes que celle-là .
Vous fçavez combien
1
celle de Rambures cft illuftre.
Dés l'an 1411. David
de Rambures fut Cham
SGALANT 233
bellan du Roy qui regnoit
alors, & Grand- Mailtre des
Arbaleſtriers. Il y a plus de
quatre-vingts ans que l'on
compte des Chevaliers de
Malte dans cette Maifon.
Charles de Rambures, Chevalier
des Ordres du Roy,
avoit épousé la Fillo de Jean
de Monluc , S ' de Balagny,
Marefchal de France ; &
eftant demeuré Veuf, il fe
maria en fecondes Nôces
avec Renée de Boulainvil
lier , Dame de Courtenay,
Chaſtelaine de Vaudreuil.
De ce fecond Mariage font
Fanvier 1610, V
234 MERCVRE
fortis François de Rambures
Mettre de Camp du Regi
ment de ce nom , à la tefte
duquel il fut tué proche
d'Honnecourt ; & Rene
Marquis de Rambures , S
de Courtenay. Ce dernier
époula Marie de Bautru
Fille de Nicolas Bautru
Comte de Nogent , Capi
taine de la Porte de la
Maifon du Roy. Il en a eu
un Fils & quatre Filles , &
c'eft l'une d'elles que ·le
Roy vient de choisir pour
mettre au nombre des Filles
d'Honneur de Madame la
GALANT. 235
S
Dauphine. Elle eft brune, &
paffe pour avoir de la beauté
& de l'efprit.
Madame la Marquife de
Montchevreuil eft nommée
pour eftre leur Gou
vernante . Elle eft Fille de
Meffire Charles Boucher,
Chevalier , Seigneur d'Or.
fay, Confeiller au Parlement
de Paris, Ceft une des meilleures
& des plus anciennes
Familles de la Robe. Elle
tire fon origine de Jean Boucher
, Conſeiller au Parlement
en 1315. Ce fut un de
fes
Defcendans qu'on en-
2
Vij
236 MERCVRE
.
voya pour prendre poffef
fion de la Ville de Gennes
au nom du Roy . Bureau
Boucher, auffi Confeiller au
Parlement en 1427. & depuis
Maiftre des Requeſtes,
eut plufieurs Filles , dont
Fune époufa Meffire Pierre
de Morvilliers ,
Chancelier
de France , l'autre , Meffire
de Marle, Premier Préfident
du
Parlement
de Paris , &
la derniere , M Viole Avocat
General, dans le mefme
Parlement
. Il eut pour Fils
Jean Boucher,
Confeiller au
Parlement, en fuite Mailtre
GALANT. 237
desRequeftes , & puis Confeiller
d'Etat, & Chancelier
de la Reyne Catherine de
Médicis doua
qui fut
Ambaſſadeur en Angleterre.
Celuy-là fur Pere de
Meffire Arnoul Boucher,
Seigneur d'Orlay , qui fur
Prefident au Grand- Confeil,
& Confeiller d'Etat , apres
avoir efté Confeiller au Parlement
& Maitre des Requeftes.
Madame la Marquife
de Montchevreuil a
encor fon Frere Confeiller
au Parlement. Il eft Gendre
de M Pinon Confeiller en
t
-238 MERCVRE
F
B
;
C
la Grand Chambre, & l'on
ziéme de fon nom qui ait
poffedé cette Charge de
Pere en Fils. Madame Boucher
leur Mere eftoit Fille
de M Bourlon , Chevalier,
Seigneur de Pially , Capitaine
des Chaffes & Levriers
du Roy, & proche Parent de
M. l'Evefque de Soiffons,,
qui porte le mefme nom.
La Famille de Ms Boucher
a de grandes Alliances, Elle
a dans l'Epée , M les Ducs
Luxembourg - Montmorency,
de Coffe, de Brif
fac de S. Simon , & de la
de
Is
GALANT. 239
Mote Haudancourt , les
Marquis de Rennel , & de
Perfan , & dans la Robe,,
Ms d'Aligre, Molé, du Har-
Jay, Amelot, les Picards, les
Ragniers , les Boëtes , les
Genciens, & le Boffu...
Dans le mefme temps
que Madame de Montchevreuil
a efté nommée Gouvernante
des Filles d'Honneur
de Madame la Dauphine
, Sa Majesté a choify
M' le Marquis de Montchevreuil
fon Mary , pour
Gouverneur de M' le Duc
dur Maine. Il eft le Chef de
eftre
240 MERCVRE
l'ancienne Maiſon du Plef
fis-Mornay , affez connue
dans l'Hiftoire. Ily a plus
de quatre cens ans que
fes Anceftres prenoient des
qualitez diftinguées. Ils ont
poffedé de temps en temps,
des Gouvernemens
, des
Lieutenances
de Roy ,
des Charges tres confidérables
chez les Roys. Il y a
eu mefme des Chanceliers
de cette Maiſon , ſous Philippes
le Bel & Louis Hutin.
Pendant le Regne de Henry
IV. on aveules deux Freres
Pierre & Philippes de Mornay,
GALANT 241
hay , l'un Cordon - Blcu ,
Gouverneur de l'Ile de
France, & l'autre fort eftimé
du Roy fon Maiftre , Gouverneur
des Ville & Châ
teau de Saumur. M'le Mar,
quis de Montchevreuil dont
je vous parle , a fervy plufieurs
années dans les Armées
en divers Emplois,
dont il s'eft toûjours glorieufement
acquité. En s'en
retirant , il y a
Freres , dont quatre ont efte
nicze, ou y font morts. Le
cinquième , qu'on appelle
M le Chevalier de Mont-
Fanvier
1680.
a laiffe
cing
X
242 MERCVRE
chevreuil, a encorl'honneur
d'y commander en qualité
de Colonel du Regiment
du Roy. M' le Marquis de
Villarceau fon Coufin -ger.
mam ,Capitaine Lieutenant
des Gendarmes de Mon
feigneur , eſt de la meſme
Famille de Mornay , & Ne.
veu de Madame la Maré
chale de Grancé , qui fe
homme Mornay de Villar
ceau.
5 y
Madame la Ducheffe de
Créquy, auffi recommandable
par fa fageffe & par fa
vertu , que par les avantages
GALANT 243
de fa Nailfance, a efté choifie
par le Roy pour Dame
d'Honneur de la Reyne, en
la place de Madame la Du
cheffe de Richelieu, que je
vous ay déja dit eftre Dame
d'Honneur de Madame la
Dauphine. Elle eft de laMaifon
de S. Gelais , fort illuftre
& ancienne , puis que dés
le temps de Louis XII . Alé
xandre de S. Gelais , S ' de
Romefort, avoit la Charge
de Chambellan , & s'allia
dans la Maifon de Lanfac.
Jelaiffe tous fes Defcendans
}
& leurs grandes alliances
X ij
244 MERCVRE
a
avec les Maifons de Rochechoüart-
Mortemar, de Luf
fe , de Souvré , de Touffy,
& autres, pour vous dire que
Gilles de S. Gelais & de Lezignen
, S ' de Lanfac , &
Marquis de Balon, bleffé à
mort au Siege de Dole en
1636. laiffa deux Filles , dont
l'une eft Madame la Du
cheffe de Créquy. Ce feroit
icy le lieu de vous parler du
mérite de M le Duc de
Créquy fon Mary, & de fon
voyage en Baviere ; mais je
remets cet Article avec ce
fuy du Mariage de Monfei
GALANT. 245
gneur, & tout ce qui l'aura
precedé & fuivy, juſqu'à
ma Lettre du Mois pro-
ST/B62 SM
chain.
J'ay accouftumé de vous
parler tous les ans , de la galante
Feſte du Sapte établie
à Turin le cinquiéme De
cembre. Il faut vous rendre
compte de ce qui s'y eſt
paffé la derniere fois . Ce
jour -là il y eut Comédie Ita
fienne le foir , & pendant
que Madame Royale y eftoit
avec toute la Cour , S.
A. R. fit porter trois Piedef
taux carrez feints en argent,
x iij
246 MERCVRE
fur lefquels eftoient peints
des Vales & des Feftons de
fleurs,imitées au naturel. Les
trois Piedeftaux dont vous
trouverez la Figure gravée
dans cette Planche , s'ou
vroient en maniere d'Armoire,
& renfermoient chacun
deux Sieges-plians d'argent
maffif, cizelez, &tresdélicatement
travaillez. Le
Siege en eftoit couvert d'un
velours violet , bordéd'une
crefpine d'or , le tout affortiffant
au Lit de Madame
Royale. Au deffus il y avoit
une efpece de Marche-pied,
GALANT. 247
qui diminuoit en largeur
mefure qu'il s'élevoit. Il ef
toit compofé de trois Tiroirs
fur chaque Piedeſtal , fort
adroitement cachez, & rem,
plis d'une tres grande quan,
tité de Paquets de Gans , &
de Peaux d'Efpagne & de
Rome , de Couffinets de
fenteur en broderie, de Pie
ces de Rubans , & de riches
Tiffus,de Manchons de tou
tes façons , de Vazes & de
Fiolles d'Effence , & de tou
tes fortes de galanteries
Les plus rares , qui peu
vent eftre à Huſage des Da
X iiij
248 MERCVRE
mes , à qui elles furent dif
tribuées
, Sur les trois Mar
chepieds
, on voyoit
trois
Amours
, tenant chacun une
Corbeille d'argent , remplie
de Bouquets de toutes les
fleurs que le Printemps peut
produire. C'eftoit une affez
grande nouveauté dans la
faifon du Sapate. Ces Bou
quets liez avec de gros
noeuds de riches Rubans de
diverfes couleurs, furent pa
reillement donnez aux Dames
par Madame Royale,
qui apres avoir bien cher
ché ce qui pouvoit eſtre
GALANT. 249
pour elle, outre les fix Plians ,
dont je vous viens de parler,
trouva à la fin une Bague
d'un Diamant taillé en coeur,
d'une groffeur extraordinaire,
& dont le prix marquoit
quelque chofe de la magnificence
du grand Prince qui
la préfentoit , & de la gran.
deur de l'augufte Souveraine
, à qui elle eftoit
elle eftoit pre
fentée. Chacun de ces
Amours avoit en fa main
par écrit le Compliment
qu'il ne pouvoit prononcer.
La lecture en fut faite, &
Madame Royale l'écouta
250 MERCVRE
avec beaucoup de bonté.
Voicy les Vers que le Papier
Li
de chaque Amour conte-
A quelePapier
noit. Ils font de M² G...
Confeiller & Secretaire d'Etat
de S. A. R. dont je vous
ay envoyé une Epiftre en
Vers dans ma derniere Let
tre. Je ne doute point, Madame
, que vous ne foyez
fort contente
de ceux- cy,
puis que toute la Cour de
Savoye l'a efté.
ཐཱ
GALANT 251
POUR L'AMOUR
ناناد یراز
DE LA GLOIKE .
SONNET.
E Prince dont icyje vous off, e
l'hommage,
S'attache à mes Leçons dans fes
jeunes ardeurs;
Dé a fon coeur, plus grand que toutes
les grandeurs,
Auxplus hautes Vertus accoûtume
Jon age.
La noble impreffion de cer apprentiffage,
t
Le rendra tout brillant de fes propres
Splendeurs;
252 MERCVRE
Vaillant, & Souverain du fond de
tous les Coeurs,
Tout cherira fes Loix , ou craindra
fon courage.
26 2. 2
Ennemy des Flateurs, libéral, juste,
& doux,
Exterminant le vice & l'erreur
Sousfes coups
diff
Il ne difpenfera fes bienfaits qu'au
mérite.
Just
as
Quepour luy cegrand Art eft facile
à marquer! 37
Et qu'il eft attentif, quandje le
Sollicite,
Sur ce que vostre exemple enfeigne
àpratiquer !
GALANT. 253
POUR
L'AMOUR
P
FILIAL Not
STANCES.
Lein d'une douce confiance,
Qui marque mon respect, plutoft
que mon orgueil,
Je viens chercher icy vostre auguste
présence,
Et recevoir de vous un favorable
reccueil;
I'y fuis trop bienfinde, poury former
du doute.
Vousfçavezque c'est moy qui vous
ouvre la route
D'un Coeur, qui de vos voeux eft
l'objet le plus doux;
Vous fçavez qu'à mes foins vous
devezfa tendreffe,
254 MRECVRE
Et c'est par mes confeils qu'il vous
jurefans ceffe,
Qu'ilfera toujours tout à vous.
Dans cet illuftre miniftere,
Puis-je de mon efpoirjamais me
défier?
Et quelque grand que foit le bonheur
que j'espere,
T'apporteicy dequoy le bienjuſtifiers
C'est un charmant hommage , un
tribut agreable;
Que vous offre parmoy voftre Fils
adorable;
Des plus tendres ardeurs de fon empreſſement,
Ce font de vifs transports d'une
amitié fidelle,
Des refpects que fon coeur chaque
jourrenouvelle,
Pourdurer éternellement.
GALANT. 255
S &
Mais c'est en vain que je m'excite,
Ce grand
attachement ne fe peut
exprimer;
Mefurez- le, Princeffe, avec voftre
mérite,
Vous fçavez à quel point ce Fils
vousfçait aimer.
Arbitre cependant de votre doux
commerce,
Ie veux que deformais tout mon
pouvoir s'exerce
A mesler à vos feux des plaifirs
infinis;
Et je feray douter dans cet amour
fincere,
Quel est leplus ardent, ou du Fils
pourla Mere,
Oude la Mere pourle Fils.
YOUR1967
256 MERCVRE
POUR L'AMOUR
D.E
LA RECONNOISSANCE.
VERS LIBRES.
Njeune &charmant Souverain,
UN
A paroistre à vosyeux aujourd hay
→ m'intéreffe,
Et je vous vienspour luy, grande·
&fage Princeffe,
Communiquerungrand deffein.
25
Il veut que ma main immortelle
Travaille à luyfaire unTableau,
Oùjefurpafferay tout ce qu'on voit
debeau,
Sij'enpuisfuivre le Modelte.
ར ། ནྟི ཉྙོ ཙ
D'abord ce Modelle offre auxyeux
GALANT. 257
Une Princeffe, en qui le moindre
trait étale
Tout ce qu'ont deplus glorieux
La majesté de la Grandeur Royale,
Etles vives beautez des Cieux .
$2
On la voitappliquée à conduire
La Gloire
Un Fils qui brille & fon costé,
Quiprenantfes Leçons avec avidité,
Les renferme dansfa mémoire
Comme une celeste clarté,
Dont les divins rayons le difpofent
à croire
Qu'ils montrent le chemin del'Im
mortalité.
S&
Par le fecret d'un Art inimitable,
On apeim fon amourfoigneux &
délicats
Fanvier1680.
Y
258 MERCVRE
C'est là qu'on voit cette Mere adorable
Dans l'affiduite d'un travail qui
l'accable;
Mais c'eft en vain que le travail
L'abbat;
On voit de plus en plus fà conduite
admirable,
Pour faire & foutenir le bonheur
d'un Etat,
14476
Defesplusjeunes ansfacrifierFéclat,
D'uneconftance infatigable.
SQ.
Icyparfa prudence on voit régner
la Paix
Dans le déchaînement desfureurs de
la Guerre;
Làfes Royales mains s'ouvrent pour
fes Sujets,
Er reparentparfesbienfaits
Lafterilitéde la Terre.
.033
GALANT. 259
25
Tey Pon rétablift le bon ordre &les
Loix,
Là l'Hérefie est aux abois;
Là l'on voit refleurir les Arts &
les Sciences.
Icy les Vices font punis,
Ei là desMonts affreuxpromptement
applanis,
Ouvrent de cent correspondanes
Les avantages infinis,
S&
Des miraclesfigrands à cette illuſtre
Mere,
Paroistroient cependant unfuccés
ordinaires
Et l'on remarque en ce Tableau
Quefes vertus &fa fageffe,
Joignantpar un effet auffi vare que
bean,
Y ÿj
260 MERCVRE
Aux Etats confervez un Empire
nouveau ,
Couronnent ce eher Pils des fruits
de fa tendreffe.
es
Voilafurquoy le Prince ordonnefans
tarder
Quejefaffe éclater mon zele,
Mau, Princeffe, oferois-jercy vous
demander
Si vous connoiſſez ce Modelle &
Vous ne répondrez pointfans doute
mon difcours quite
Mais fi vous me cachez des vertus
Sipubliques,
L'Univers entier tous les jours
Me répondra pour vous, par cent
Panégiriques.
$2
J'en vais donc copier les traits &
la couleur,
GALANT 261
Etpour placer dignement cet Onvrage,
Princeffe , jay choify befondmefme
du
coeur,
Du Prince, à qui cefoin m'engage..
$2
La traçant les effets de vos tendres ,
bontez
Pourfa gradeur pourfa gloire,
Je graveray de vives ferretez.
D'une inviolable mémoire.:
25
Ainfi tous vosfoins.importans
Luy ferontpréfens en tout temps;
Et voyant vostre Regne &fi doux
&fijuste,
Defa reconnoiffance ilfuivra les
ardeurs,
Et vous dira, Regnez , Régente
augufte,.
Sur mes Etats, comme fur tous
les Cours;
262 MERCVRE
Qu'en tout voſtre ſageffe or
donne,
Que toujours vos conſeils foient
mes plus cheres Loix ;
Et puis que voftre main me done
une Couronne,
Daignez toûjours m'aider à foú
tenir fon poids.
Le mefme foir, Madame
Royale entrant dans fa
Chambre , y trouva devant
fon feu un Ecran d'une
beauté finguliere. Il faut
vous en faire la defcription .
Le pied eft d'argent doré,
travaillé admirablement ; &
dans le haut, il y a une Cou
ronne de Savoye , couverte
GALANT. 263
de fort beaux Diamans . Le
corps de l'Ecran eſt une
Miniature d'un excellent
Maiſtre. Le Deffein repréfente
Son Alteffe Royale
Monfieur le Duc de Savoye
fur le bord de la Mer, & à
pied. Il eft reveftu du Manteau
Ducal. Vis-à-vis de luy,
Madame Royale paroift for
tir d'un Palais , fuivie des
Vertus. Elle montre à ce
jeune Prince qu'il faut qui
ver les plaifirs enfantins,
( on les voit repréfentez
derriere luy par une Troupe
d'Enfans qui jouent à toute
264 MERCVRE
a
forte de petits jeux, ) & ſe
préparer à paffer à Lisbonne,
qu'on découvre en perfpé
Яive à l'orizon d'une grande
Mer. Un petit Amour vo
lant luy montre auffr avec le
doigt, que c'est là qu'il doit
aller chercher fes plaifirs
On voit un Port & des Vaif
feaux prefts pour l'Embar
quement. La Gloire def
eend, tenant une Couronne
de Lauriers ; & la Renommée
fend les airs , pour pu
blier à toute la Terre laglorieufe
Alliance qui fe fait
entre la Savoye & le Portu
9.2.4-
gal.
GALANT 265
gal. On lit ces mots écrits à
un coin, Matre Dea monf
trante viam. Dans l'autre
cofté de la Table de l'Ecran,
ily a une Broderie d'or, d'argent,
& de foye couleur de
feu , fort relevée , fur une
peau de Frangipane , dont le
deffein reprefente des flâmes
de feu , fur lesquelles eft
une Couronne tres - riche.
Les deux coftez font rejoints
par un galon d'or , attaché
avec un très-grand nombre
de clous à tefte de Diamans.
Madame Royale , & toute la
Cour, furent fort longtemps
Fanvier 1680.
Z
266 MERCVRE
fans pouvoir s'imaginer d'où
venoit ce galant & magnifique
Sapate , mais enfin on
découvrit que M' leCardinal
d'Eftrées , dont la vivacité du
génie brille dans les petites
chofes, comme celle de fon
6
efprit fe fait admirer dans
les grandes, avoit envoyé ce
Prefent de Paris par unCour
rier dépeſché exprés.zovmont
Les Nouvelles publiques
vous auront déja appris la
mort de Madame la Ducheffe
de S. Aignan, arrivée
le Lundy 22, de ce mois,
apres cinq jours de maladie.
GALANT 267
Elle eftoit Fille de M de
Servient , Coufin germain'
dup Secretaire d'Erat ? Abel
de Servient, qui fut en fuite
Sur-Intendant des Finances.
Cette Maiſon eft originaire
de Dauphiné , & des plus
nobles , Alexandre de Ser
vient , Chevalier de Malte,
ayant fait des plus belles
Preuves d'une ancienne Nobleffe
qui fe foient faites il
y a longtemps . La Mere de
cette Ducheffe eftoit Fille
du fameux M ' Groulard Pre
mierPréfident au Parlement
de Normandie, dont le zele
Zij
268 MERCVRE
+
7
pour le fervice du Roy
Henry III. fut fecondé de
tant de crédit & de bonheur
, qu'incontinent apres
lesBarricades,il affura SaMa
jefté qu'elle pouvoit venir
fort librement dans fa Ville
de Rouen , où le Roy s'a
chemina auffitoft fur une
fimple Lettre de ce Premier
Préfident , auquel il avoit
une parfaite conance. Auſſi
le fuccés répondit il entié
rement à l'efpérance qu'il
en avoit conçeuë . Jamais
perfonne n'a quité la vie
avec plus de détachement
GALANT 269
que la Ducheffe dont je
vous parle. Elle a témoigné
une picté vrayment Chrêtienne
, & une fermeté tout.
à fait héroïque. Sa vertu , fa
douceur , & la bonté, luy
avoient acquis la confidéra,
tion , & l'amitié de tout le
monde . M' le Duc de S. Ai
gnan eſtoit abſent lors que
Get accident arriva. Sur l'a
vis qu'il on cut , il prit la
pofte , & courant jour &
nuit , il arriva aupres d'elle
quatre heures avant qu'elle
mouruft . Il la trouva dans
la même tranquillité & dans
Zuj
270 MERCVRE
le même raiſonnement, que
fi la fanté euſt efté parfaite.
L'extreme tendrelle qu'elle
avoit pour luy , ne luy fit
rien perdre de la foûmiffion
qu'elle avoit pour les ordres
du Ciel, tenant la vie & la
mort égales, pourveu que la
1
volonté de Dieu s'accomplift
en elle. Ce Duc inconfolable
fe retira auffitoft apres
dans le Conventodes
PP. Auguftins Déchauffez,
où Leurs Majeftez , Monfieur
& toute la Maifon
Royale, luy ont fait d'honneur
de l'envoyer vifiter, &
DD S.
GALANT 275
en ſuite un nombre infiny
de Perfonnes de qualité,
fon mérite luy ayant donné
beaucoup d'Amis , qui ont
pour luy une eftime tresparticuliere.
"
Le jour précedent , M de
S. Hilaire , Marefchal des
Camps & Armées du Roy,
& Lieutenant General de
l'Artillerie , mouruticy d'une
mort fubite. Il me fouvient
que je vous parlay de luy,
quand je vous appris celle
de M de S. Hilaire fon Fils ,
cué au Siege de Lichtem--
berg. Ainfi je croy yous
Z iiij
272 MERCVRE
avoir déja dit, qu'apres avoir
efté bleffé plufieurs fois au
fervice de Sa Majefté, & par
ticulierement au Siege d'Arnheim
, où il fut longtemps
crû mort d'un coup de
Moufquer dans les reins,
il eut le bras emporté du
mefme coup de Canon qui
nous enleva M'de Turenne-
H eftoir âgé de foixante &
dix ansy & avoit toûjours
fervy depuis fa jeuneffe dans
l'Artillerie , ayant étudié fous
feu M le Maréchal de la
Meilleraye. Il ne fe pouvoit eIl
qu'il ne devinft tres-habile
GALANT 273-
fous un fi grand Maiftre.o
Mr Cotereau , Préfident aus
Préfidial de Tours, & Préfi-)
dent à Mortier auParlements
de Mers , eft mort auffi à
Paris , ainfi que Dame Ge…
nevieve le Bret , Veuve de
M'MenardeauConfeiller de
la Grand Chambre.
Quelque avantage qu'on
puiffe tirer des grands biens,,
il n'y a que la vie tranquille
qui foit heureufe. La Fable
du Rat de Campagne eft làdeffus
une Allégorie agreable.
C'eſt une matiere qui
a efté traitée de plufieurs,,
274 MERCVRE
& à laquelle M le Préſident
de la Tournelle
, de Lyon,
vient de prefter de nouvelles
graces. Voicy de quelle
maniere il l'a tournée.
2525252525252525
LE CAMPAGNARD.
IMITATION D'HORACE.
U
N Rat Bourgeois deVillage,
Las de manger du Fromage,
Et des Noix pour tout régal .
Fut paffer le Carnaval gea
Chez un Rat de connoiſſance,
En Ville de conféquence.mp
Il y vit Lambris dorez, a
Apartemens azurez,
azurezk
Force Cabinets d'ébeine, art.
Quantité de Porcelainessavo vir?
GALANT. 275
Et nombre de Couffinets.....
Dons un de ces Cabinets I
Le Galantfaifoit retraite, 3115 !
Et fans craindre la difete,
Changeoit felon la faifson ?
De ragouft & de maifon
Un Nid de Paftes, de Gennes,
A durer plufieurs femaines
N'estoit que pourpeu de jours. [ ]
Celuy de Prunes de Tours
Se destinait au Care/me;
Il avoit du Sorbec mefme,
Jufqu'au dela du mois d'Aouft
Et pourfon dernier ragoust,
Cotignac, Verjus, Noifete, 14
Abondoit en fa cachete.Avazoko
Be Campagnard à gogos Mtwa
Sen refaifoit le mufcau,
7
q
Quand il ouit à la Portemollaga.
Fraper d'une étrangeforte, 407
Puis venir au Cabinet;}litran(et
276 MERCVRE
Il fe crût pris au gobet,
Et pour un coup de tariere
Euft donné fa queue entiere.
Ne crain rien, dit le Bourgeois,
On y vient plus de dix fois ,
Sans m'allarmer, dans une heure.
Adieu , Frere , ta demeure
Ravit & charme les yeux.
Mais mon Village vaut mieux,
Dit le Campagnard fauvage,
Jem'en retourne, & j'enrage.
De l'avoir quittéd'un jour..
Ainfi fait d'un beau fejour,
Tel qui dedans fon Village
Ne mange que du Fromage,
Ne loge qu'en une Cage,
Et ne pense qu'au retour..
Le Roy a nommé à l'Evef
ché de Carcaffonne M. l'Ab
GALANT 277
bé de Bourlemont , à qui il
avoit donné celuy de Fréjus
il y a déjà quelque temps.
C'eft un Homme d'un
grandmérite, & quia exercé
vingt & un an la charge
d'Auditeur de Rote de la
part du Roy,avec beaucoup
d'application & d'intégrité.
La Rote eft un Tribunal
Souverain où l'on juge toutes
les affaires du Pape,ainfi
que celles de la Chreftienté,
dont les Parties ont droit
d'appeller à Rome. Comme
toutes les Couronnes y ont
intereft , elles établiffent
you
278 MERCVRE
o
chacune un Auditeur. La
Couronne d'Espagne y sen
a deux , l'un de Caftille , &
l'autre d'Arragon parce
que dans le temps que la
Rote futinftituée, cette Couronne
eftoit divifée en ces
deux Royaumes. Les Auditeurs
des Couronnes font
chargez des Affaires du
Royaume quiles a nominez
quand il n'y a point d'Am
baffadeur, & ce futpar cette
raiſon que M ' le Duc Cré
quy ayant efté obligé de fe
retirer de Rome , M de
Bourlemont fut Plénipoten
GALANT. 279
tiaire du Roy , pour regler
avec M² Rafponi qui eltoit
celuy du Pape , la répara
tion qu'il prétendoit
fur
l'injure qui luy avoit efté
faite. Le Traité fe termina
à Pife, fort heureuſement
pour M ' de Bourlemont
, qui
foûtint les interefts de fon®
Maiſtre avec une entiére fermeté,
& fit inferer quatre
Articles tres-glorieux & tres
importans
, quoy qu'il euſt
la liberté de ne le pas faire.
Le Roy l'avoit déja rapellé
ly a huit ans, pour le faire
vefque de Lavaur ; mais il
".
280 MERCVRE
jugea que fes fervices luy
eltoient plus neceffaires
à
Rome,
L'Evelche de Frejus, que
cette Nomination
a laiffé
vacant , a efté donné à M
l'Evefque
de Ciſteron
, Fils
de M de Novion Premier
Préfident
.
M' l'Evefque de Poitiers
eft mort le troifiéme de ce
mois. Il eftoit Frere de feu
M' le Maréchal de Clerambault
, & avoit efté fait
Maiftre de Chambre de M
le Cardinal Mazarin, en la
place de M' Aubry aujour
GALANT 2811
d'huy Tréforier de la Sainte
Chapelle , lors que l'Evef
ché de Coutance luy fut
donné. On l'appelloit en
ce temps-là ,
1
Paluau bé de
Sa Majefté le nomma
quelques années apres à
l'Evefche de Poitiers , où il
s'eft rendu recommandable:
par une longue réfidence . ·
Ila laiffe beaucoup d'argent
comptant à Madame la Ma
réchale de Clerambault fa
Belle -four , Veuve de feu
M le Comte de Paluau,
qui ayant efté fait Meftre
de Camp de la Cavalerie-
Fanvier 1680. A a
282 MERCVRE
Legere,fut fait Maréchal de
France , apres la réduction
de Bellegarde & de Mouron.
La nouvelle de la mort
de feu M' de Poitiers ayant
efté portée au Roy, on luy
dit que les befoins beſoins de cet
Evelche demandoient
un
Homme intelligent dans les
devoirs des Evefques
, &
· que Sa Majeſté y devoit
nommer quelqu'un qui cuft
déja poffedé cette Dignité.
Le Roy commanda que la
Lifte des Evefques luy fuft
„ apportée, & ſi toft qu'il cur
entendu le nom de M de
GALANT. 283
#
S. Brieux , il le choifit pour
Evefque de Poitiers . Les
circonftances qui accompa
gnent ce choix , font un fi
grand éloge du mérite de
ce Prélat, que tout ce que
j'en pourrois dire n'approcheroit
pas de ce qu'elles
donnent fujet d'en penfer.
Il eft Neveu de feu M de
Peréfixe , Archevefque de
Paris , a fait les fonctions
d'Agent du Clergé , avec
grande gloire , & s'appelle
Hardouin Fortin de la Ho
guete
LeRoy
a donnéune
Penfion
für
cer
Evefché
à
Aa ij
284 MERCVRE
Myle Chevalier de la Ro
chefoucault. J'ay parlé fi
amplement du mérite & de
Pilluſtre Naiffance de ceux
de cette Maiſon , que je
nay plus rien à vous en
apprendre, postarsipa
II y a une dix-huitiéme
place vacante dans le Sacré
College par la mort du Cardinal
François Barberin, qui
en eftoit le Doyen arrivée
le dixième de l'autre Mois,
dans fa 837 année! heftoit
Neveu du Pape UrbainVIII.
& s'eft toûjours fort appli
qué aux affaires . la laiffé
GALANT 28-
la plus grande partie de fon
Bien aux Religieufes de
Tarfa qu'il avoit fondées, & ;
une,Chaîne d'or route en !
richie de Pierreries au Roy
d'Eſpagne , à la protection
duquel il a recommandé fan
Maifon
syll
Je ne fuis point étonné,
Madame, que la premiere a
des deux Enigmes en Vers
propofées dans ma Lettre ›
du dernier Mois , vous ait
paru difficile à expliquer, &
que vos Amies ayent eſté
obligées de refver long- ,
temps pour découvrir que
286 MERCVRE
c'estoit l'Eponge. Ce Mot
n'a efté trouvé que de fort
peu de Perfonnes , qui font
Mademoiſelle Paucet , de
Laon en Picardie , M Gardien
Secretaire du Roy;
Rault , de Rouen, Du Perroy,
de Paris, Tamirifte, de
la Rue de la Cerifaye, Le
Bon Clerc de Châlons fur
Saône, L'Incanu de Meaux,
& l'Ariane de Sylvie. M
Gardien a fait la deffus ce
Madrigalp
Tout ce qui Out ce qui s'ofre à moy s'ofre à moy fur
cette Enigme en Vers,
-Ne mo
mefournit que des fens des
travers,
GALANT 287
Etje me brouilleplus j'yfonge.
Eff- cel Air, un Rabot, un Rafoir,
un Balay,
JilEa Rofée da mois de May ?
La
Non, non,fur tous ces mots ilfaut
pafferl'Eponge..
"
Cette mefme Enigme a
efté expliquée fur L'Or , le
Vifargent
, le Bled, la Glace,
un Oeuf, un Balay, un Souflet
àYoufler des Cendres , & la
Suye de Cheminée. 1 subné
Ceux qui ont trouvé ÏE
ponge , ont auffi strouvésle
Le Ver àfoye, qui eft le vray
ſens de l'autre Enigme . Elle
a eſte expliquée ainfi par
M l'Abbé de S. Dominique.
288 MERCVRE
C
Omment donc, par quelle
avanture
Chez noftre agreable Mercure
Un Ver à foye a- t-il trouvé
party,
Parmy tous ces Gens de mérite,
Héros, Belles, Sçavans, & tant :
d'autres d'élite ego In
Ah je voy maintenant, c'est qu'il
s'eft travesty.
J'ajoûte les noms de ceux
qui ont auffi devině le Mor
de cette feconde Enigme, à
laquelle perfonne n'a donné
aucun autre fens que celuy
du Vers à foye. M Minot
de Dijon ; Le Chevalier de
Maifoncelles , Le Camus -
Rennar,
GALANT. 289
Rennat, de Tonnerre ; Gri
moüillere, de la Ruë de Grenelle
; E. du Coeur ; Bell....
Coller le jeune , Avocat à
Alençon ; De Manthalom,
d'Orleans , Jarres, du Quar
tier du Louvre ; De Boiffi
mon C. D. C. Dorimond,
d'Angoulefme ; P. Sauvage,
De Bellair de Mer , pres de
Blois , Loquet, du Fctit Ar
fenal ; D'Hault ..... E. Foineau
, Sous- Chantre de la
Fanvier
1680.
Cathédrale de Vennes ; De
Nogués ; Martin , de Noftre
Dame de Provins , Guépin ,
de Rennes, Regnard, Bailly
Bb
290 MERCVRE
de Crufy ; Deon de Ravie
res, Avocat ; Du Perroy, de
Paris , Fauvel, Directeur de
la Poſte à Morlaix, Blandin,
Avocat en Parlement ; Ma
dame la Marquife d'Alai
gre,, Madame de Surille,
Madame Genu , & Made
moifelle de la Brochetiere,
toutes quatre d'Alençon;
Mefdemoiselles d'Anty de
Pyllois-Montigny , Mefdemoifelles
Miet & Panhuys,
de Blois ; Poinfard ; Du
Freſne , de la Maifon d'Efpagne
d'Abbeville ; M. G.
de Nogent le Roy ; Le SoGALANT
291
litaire de Geneve , L'Antipode
des Politiques de Morlaix
, & le nouveau Bour
geois d'Abbeville
2
Ceux qui l'ont expliquée
en Vers , font M' Bouchet,
ancien Curé de Nogent le
Roy , Fromentin, & Caudron
, Régens au College
d'Abbeville , & Mefdemoi
felles Heuvrard , de Tonnerre
, de Querjean , du Fret
en Bretagne , & du Frefne
Guépin, de Rennes .
Voicy deux nouvelles Enigmes
que je vous propoſe.
La premiere m'a efté en- ,
Bb ij
291 MERCVRE
voyée de Lyon , fans qu'on
m'ait écrit le nom de l'Autheur
, & la feconde m eft
venuë d'Arras. Elle est de
M'de Préfontaine, Frere de
M'I'Abbé de S. Eloy en Artois
, & tous deux Freres de
feu M' le Roy, premier
Commis de Mides Noyers,
& enfuite de M' le Tellier,
ENIGME
Qoyque formentl'on me
Fe
traverse,
Je ne me rebute jamais. vos , vi
Fefuis néceffaire au Commerce,
Je fers enguerre comme enpaix.
GALANT 293
4.3
Tefuis presque auffi vieux que la
Terre & que l'onde,
Mais toutefois loin de ma fin,
Car je fuis feur que mon deftin
"Eft definir avec le monde,urv
Des Mersje touche tous les Ports,
Souvent qui me tient , me demande;
Sur tout, veſtu de blanc, j'embaraffe,
& c'est lors, PM ust
Que la difficulté de me trouver eft
grande, ab ainda
AUTRE ENIGME .
t
H
Eureuxfecours d'une foibleſſe
humaine,
Et l'unique pourmon talent,
Ie fers au pauvre ainfi qu'à l'opasa
est pulent,
Et rarementfans m'attiver leur »
haine.
294 MERCVRE
De me motrer on fe fait unepeine,
Mais le temps met à la raifon
Celuy qui voit en venir lafaiſõn.
Lorsfans m'aimer, par tout on me
promene,
Ala Ville, & dans la Maiſon.
On a bienveu que j'estois néceffaire
Depuis que dans le Monde on m'a
gol fait recevoir;
Auffipar toutj'ay lepouvoir
D'eftre utile à plus d'une affaire..
Iefais plaifir aux Artifans,
L'ay le's Sages pour Partifans,
·Et cependantje nepuisplaire .
On ne me vient chercher qu'àfon
corps défendants
Et lors que l'on m'a mis unefois en
usage,
On ne me voit pas moins que le Nez
au visage,!
Cant momfervice a d'afcendant.
GALANT. 295
A
L'Enigme en figure ef
toit la Pierre Philofophale
Jafon repréfente le Chy,
mifte qui la cherche enfou,
flant dans le Fourneau
, que
le Monftre qu'il combat
nous fait entendre . Le Tau
reau jette des flâmes par les
narines , comme un Fourneau
allumé enjette par fes
ouvertures. La Toifon d'or
fufpendue à un Arbre dans
l'Eftampe , ne fignifie rien
autre chofe que la Pierre
Philofophale , que le Chy
mifte tâche de trouver, en
cherchant les moyens de
Bb iiij
296 MERCVRE
faire de l'Or. C'eſt l'explication
qu'ont donnée à
cette Enigme M's Gardien ;
de Boiffimon C. D.C. Minot,
de Dijon , & l'Inconnu
de Meaux . D'autres ont crû
que c'eftoit la Bombe , ou
la Pierre àfeu, & le Fufil.
Jettez les yeux fur Phaeton
fupliant, & vous me direz la
premiere fois quel fens vous
croyez caché fous cette
nouvelle Enigme. Vous fçavez
que fur les reproches
que luy fit Epaphe , il alla
prier le Soleil fon Pere de
luy donner fon Char à conduire.
GALANT. 297
M' Minot
Ecclefiaftique
de Dijon, qui a eu l'honneur
de précher devant la Reyne
depuis un mois , dans l'Eglife
des Religieufes Recolfetes
, offrit le mefme jour à
cette Princeffe douze Def
feins de Tableaux Emblé
matiques , tirez de douze
Textes de l'Ecriture . Chaque
Texte eftoit exprimé
par quatre Vers François , &
par un petit Difcours en
Profe de trente lignes. Les
Dames qui accompagnérent
Sa Majefté chez ces
bonnes Religieufes , furent,
298 MERCVRE
fort contentes de leurHabit:
Elles font veftues de blanc,
& ont un long Manteau de
bleu celefte,avec deux gran→
des Médailles d'argent em
ovale , cizelez, repréfentant
la Vierge qui brife la reſte
du Serpent. L'une de ces
Médailles leur tombe à l'endroit
du coeur, & l'autre eft
attachée fur le Manteau du
cofté du bras droit.. Elles
ontprefque toutes les aufte
ritez des Religieufes des
autres Convents , & ce qui
les fait particulierement ef
timer, c'eft la parfaite union
GALANT. 299
qu'elles ont entre-elles , &
un defir fi grand de la foli
tude , qu'elles ne prennent
jamais de Penfionnaires. "
Le Sieur Guichard, don't
la paffion dominante eftoit
de mettre tout en ufage
pour faire des Opéra, & en
établir en quelque lieu du
monde que ce fuft, eft mort
à Madrid, apres avoir cru
eftre venu à bout de fon def
fein.
M' l'Abbé de Mauper
tuis , dont je vous parlay lors
qu'il remporta le Prix de
L'Eloquence que l'Acadé
300 MERCVRE .....
mie Françoiſe diftribue tous
les trois ans , eft mort auffi
depuis peu de jours.
alo
Il eft temps de vous par
ler des divertiffemens de
cette faifon. Vous ſcavez
qu'elle eft destinée par tout
aux plaifirs. Je commence
par ceux de la Cour. Onn'y
en a point pris d'autre pendant
tout ce Mois , que celuy
de l'Opéra de Bellerophon.
Ila fort plû à Sa Majefté,
qui en a trouvé des endroits
fi beaux, qu'Elle les a fait repéter
deux fois dans chaque
Repréſentation. Auffi tout
GALANT. 301
Paris eftoit-il demeuré d'accord
, qu'on y rencontroit
ce qui eft rare , & tres diffi .
cile dans un Opera, je veux
dire un Sujet conduit , qui
attache par luy-meſme, qui
a toutes les parties de la Tra
gedie , & dans lequel toys
les divertiffemens naiffent
du corps de l'Ouvrage, fans
qu'on les y amene par
incidens forcez , à l'excep
tion de la Scene des Napées
& des Faunes , qui a esté
faite contre le fentiment de
l'Autheur, &feulement pour
fournir des Vers à la Mu
des
302 MERCVRE
fique. On ceffa les Repré
fentations de cet Opéra
Vendredy dernier , pour les
reprendre alternativement
avec celles de l'Opéra de
Proferpine , qui paroiftra
pour la premiere fois le s
Fevrier. Il eft de M Quinault,
qui s'eſt ſurpaſſé luymefme
; & comme fes Vers
ont toute la délicateffe qui
eft neceffaire pour le chant,
on a une impatience inconcevable
de les entendre. Si
les oreilles doivent eftre fort
fatisfaites dans cet Opéra,
les yeux ne le feront pas
GALANT. 303
moins , puis que foir pour la
beauté des Décorations, foit
pour la richeffe des Habits,
il ne s'eft jamais rien veu de
fi fomptueux en France.
La Troupe Royale de
l'Hoftel de
Bourgogne, a
repréſenté une Tragedie
intitulée , Genferic Roy des
>
Vandales , mife au Theatre
par l'illuftre Madame des
Houlieres. C'est tout dire.
Vous fçavez combien les
Ouvrages que je vous ay
envoyez de fa façon , ont
efté trouvez juftes & pleins
de délicateffe , & avec quel
304 MERCVRE
empreffement on ſouhaite
de tous coftez d'en voir dans
mes Lettres. La mefme
Troupe promet une autre
Piece nouvelle fous le nom
d'Adrafte. Elle eſt de M
Ferrier.
Je croyois vous appren
dre le fuccés d'
Agamemnon ,
affiché depuis
longtemps
par la Troupe du Roy,
qu'on appelle de Guénegaud
, mais la foule augmente
de jour en jour aux
Repréſentations
de la Devinereffe
, & non feulement
elles ont continué jufqu'à
GALANT 305
aujourd'huy depuis la Saint
Martin qu'elle a commencé
de paroiftre fur le Théatre,
mais il y a grande apparence
qu'elles continuëront
tout le refte du Carna
Cet extraordinaire val.
fuccés ne peut venir que
de ce que tout le monde
trouve à s'y divertir plus
d'une fois, & vous tomberez
d'accord que les chofes qui
nous font fouhaiter de les
revor, ne peuvent cftre que
fort agreables.
Vous ferez ſurpriſe de ne
point trouver icy ce que
Janvier 1680. Co
306 MERCVRE
vous avez peut- eftre le plus
attendu Le Mariage de
Monfieur lePrince deConty
avec Mademoiſelle de Blois
n'eftoit pas à oublier ; mais
plus la matiere m'a paru
confidérable, plus je mefuis:
crû obligé de la réferver.
pour une Relation particu ...
liere , dans laquelle je vous
feray part avec une entiere
exactitude de toutes les cir
conftances qui en dépen
dent. Si vous avez efté juf
qu'icy contente de moy fur
les grands Articles dontj'ay
cu foin de vous chercher le
GALANT 307
3
détail , je croy que vous
n'aurez pas moins fujet de
l'eftre de celuy que je m'ergage
à vous faire. J'y join
dray une Relation de la Lor
raine Eſpagnolete , meſlée
de Profe & de Vers, qui vous
apprendra quantité de cho
fes fort curieufes touchant
la Reyne d'Eſpagne. Vous
fçavez qu'on ne peut écrire
ny avec plus de jufteffe, ny
plus galamment que cette
fpirituelle Perfonne. Elle a
gardé longtemps le filence,
& je puis dire à fa gloire,
que toute la France com
Cc ij
MERCVRE
mençoit à s'ennuyer de ne
plus entendre parler d'elle.
Comme cette Relation , &
celle du Mariage de Monfieur
le Prince de Conty,
peuvent remplir une Lettre
prefque de la mefme groffeur
que mes Lettres ordinaires,
vous jugez bien qu'il
ne m'eſtoit pas poffible de
les faire entrer dans cellecy
, & qu'il auroit falu fu
primer toutes les autres matieres
, pour n'y employer
que ces deux Articles. Je
ne manqueray point à vous
envoyer cette fuite d'au
GALANT. 3ɔg
jourd'huy en quinze jours.
Adieu , Madame , je fuis
voftre, &c .
AParis ce 31.Janvier 1680.
AVIS.
Na oublié dans la derniere
Lettre Extraordinaire qui a
paru le xs. de ce Mois , de mettre
dans l'Article des chofes propofées
au Publicpourfçavoirfes fentimens,
qu'on demandeparticulierement des
Difcours fur le fujet de la Pierre
Philofophale , fur la poffibilité en
Pimpoffibilité de la trouver, fur les
tromperies qui ont efté faites par
ceux qui en prétendent Sçavoir le
fecret & enfin fun ce que les Aw»
310 MERCVRE
theurs qui en ont écrit , ont dit de
plus particulier fur cette matiere.
Elle nefçauroit eftre que d'une fort
grande utilité, puis qu'elle peut retirer
quantitéde Gens duprécipice.
Les Difcours qu'on m'envoyera làdeffus
, feront mis dans la Lettre
Extraordinaire qui paroistra le 15.
d'Avril prochain..
Dans le Mercure du dernier Mois,
page 225. en parlant de la Délivrance
de la Reyne d'Espagne , on
a mis qu'on avoit cru qu'elle fe duft
faire le troifiéme du Mou précedent,
ceft à dire du Mois d'Octobre , au
lieu d'avoir mis le trentiéme..
Par tout où l'on a parlé de Mademoiselle
de Montaut dans l'Aricle
des Filles d'Honneur de MaGALANT.
31
dame la Dauphine , on a mis Gonr
taut , au lieu de Montaut.
LE LIBRAIRE
AU LECTEUR.
E debiteray fans aucun retardement
la Comédie de la Devinereſſe, dans
les premiers jours de Fevrier, comme
je fais le Mercure.. Quelques - uns
difent qu'on l'a déja veuë imprimée..
Si cela eftoit , on n'auroit pu faire
cette Impreffion que fur une Copie
dérobée pendant les Repréfentations
qu'on en a faites depuis deux mois ,,
& par conféquent tres - imparfaite,
puis que fion a pû retenir l'ordre des
Scenes , il eft impoffible qu'on les ait
retenues routes telles qu'elles font
jouées . Afin que perfonne ne foit
furais, ny à cette fauffe Copie ( s'il
>
312 MER . GAL
eft vray qu'il y ait une Devinereffe
déja imprimée ) ny aux Impreffions
contrefaites qui s'en pourront faire,
& qui font toûjours pleines de fautes;
je vous avertis que la veritable Im-
'preffion de cette Comédie que l'Au
theur fait faire préfentement
, & que
je vous promets tres-correcte, aura le
Titre de la premiere Page , compofé
des Caracteres fuivans .
LA
DEVINERESSE ,
OU LES FAUX
ENCHANTEM ENS,
COMEDIE.
Ces Caracteres ne peuvent eftre
contrefaits , & on doit tenir pour
faux tous les Exemplaires où le Titre
de la premiere Page ne fera point imprimé
de la maniere que je vous le
marque
Bayerische
Staatsbibliothek
München
Qualité de la reconnaissance optique de caractères
Soumis par lechott le