Nom du fichier
1679, 10, t. 8 (Extraordinaire)
Taille
69.30 Mo
Format
Nombre de pages
374
Source
Lien vers la source
Année de téléchargement
Texte
EXTRAORDINAIRE
DV M ERCURE
A PARIS.
AV PALAIS.
ON donnera toujoursun Volume;
nouveau du Mercure Galant le
premier jour de chaque Mois, & on
le vendra, aussi bien que l'Extraordinaire,
Trente fols relié en veau, &
Vingt-cinq sols enparchemin.
A PARIS,
Chez G. DE LUYNE, au Palais, danla
, Salle des Merçiers, à la Justice.
-(;lin C. BLAGEART. Rue S. lic
à l'entréede la Ruë du Plâtre,
Et en sa Boutique Court-Neuve du Palais,
AU DAUPHIN.
Et T. GIRARD,auPalais,dans la 'Iand¡;
Salle, a,l'Envie.
M. D.LXXXX.
AYle PRIVILEGE DU ROY.
Av/sjHtur !/(, Figures.
LaSpheredoitregarderla page 205.
La Médaille doit regarder la page
283.
LE L1BRA1R,E'.
VAU LECTEUR. Ousaurez,IaDevineresse
dans cinq ou six jours, &
je la debiteray commejefais
le Mercure. Quelques-uns
Usentqu'en ladejaveut imprimee. Si
ela estoit, on n'aurait pûfaire cette imression
quesur une Copie dérobéependantles
Representations qu'on en a faites
depuis deux mois, &parconséquent
très-imparfaite, puis quesion a putetenir
l'ordre des Scenes, il estimpossible
qu'on les aitretenues toutes telles qu'elles
sont jouées. Afin que personnenesoit
surpris, ny à cette fausse Copie ( s'il est
vray qu'il y ait une Devineresse déjà,
imprimée ) ny aux Impressions contrefaites
qui s'en pourront faire, & qui
sint1oitjourspleines defautes;je v
avertis que lla veritableImpression
cette Comédie que l'Autheurfaitsans
présentement, & queje vous ¡.roml
tres-correcte dans peu dejours, aura
Titre de la premiere Page,composé
Caracteressuivans.
LADEVINERESSE
OU LESFAUX
ENCHANTEMENS
C O ME DIE.
Ces Caracteres nepeuvent estrecontre
faits,&on doit tenir pourfaux tous
Exemplaires ou le Titre de la premiere
page nesera point imprimé de lanu-
~zûre queje veuslemarque.
EXTRAORDINAIRE
DU ME RCURE
GALANT.
QUARTIER D'OCTOBRE 1679.
TOMEVIII.
Ly a deux ans,Madame,
que jem'engageay
à vous faire part
•Gta les trois mois de
quantitéd'Ouvrages galans qui
m'éstoientadressez, de toutes parts,
& qui ne pouvaient trouver place
LETTRE
DE MADAME D. F.
SurmaQuestion; Si celuy qui
aimeune Laide la croyant laide,
montre plus d'amour que celuy
quilacroitbelle,quoyquellesoit
laide. ,' COmment avez vousdeviné,
Monsieur,lesavantures
lesplus secrettes de ma vie,
pourentirer uneQuestion que
vous proposez au Public dans
vostredernier Extraordinaire?
Jen'ayjamaisesté plussurprise,
que quand j'yay trouvé mon
portrait, & le caracterededeux
diférentes passionsquej'ay cau
fées. Je fuis justement cette
Laidedont vousparlez, qui
eu deux Amans, dont l'unestoit
assez fou pour m'aimer malgrè
malaideur reconnuë, &: l'autre
assez aveugle pour me croire
belle. je n'ay qu'avous eoncer
l'histoire de mes sentimens, pour
vous dire lequel des deux à mom
gré me marquoitle plus d'amour.
Le premier qui prit do
l'attachement pour moy,fut
celuy qui m'aimoit quoy qu'il
mecrust laide. Vous allez me
demandercomment je sçeus
que c'estoit enme croyant laide
qu'il m'aimoit; car vous jugez
bien qu'il ne me le dit pas.Non
£(Tarément, mais à force des
--
loüer mon esprit,mon enjoüement,
ma vivacité,il me fit
assez entendre qu'il ne trouvoit
enmoyrien autre chose à loüer.
Queje luyfus obligéede m'apprendre
qu'on pouvoit estre aimable
sans estre belle, & que
l'espérance de faire des passions,
neme devoitpas enreinterdite!
Quejemedis d'agreableschosesamoy-
mesmeenfaveur de sa
tendresse ! Que je me repré.
sentay bien que son amour n'estoit
point fondé sur l'illusion de
sessens, qu'il ne ressembloitpas
à ces Amans qui n'aiment qu'autant
qu'ils font trompez par le
fauxméritede ce qu'ils aiment,
qu'ilconservoit sa raisonavec
son amour, &qu'enfinl'amour
en feroit bien plusfort, puis
qu'ilagissoit de concert avecla
raison « Car pour ces Amans qui
sont la dupedesobjets aimez,il
yatoûjoursa craindre que leur
coeurneseguérisse désqueleurs
yeux feront' mieux éclairez.
Vousestes dãs des frayeurs continuellesque
leur raison ne vous
joüe quelque mauvais tour, &
vous nejoüissez de leur amour
qu'à la dérobée,& pourainsi
dire, incognito; mais avec mor
Amant,je n'avois point de ce
sortesd'apréhension.Son amou
n'estoitpoint effrayé de malaideur.
Il avoit franchy cet ob
stacle, qui apres tout n'est pa
petit quand il est connu,& i
m'avoit le plus genéreufemen
& le plus obligeammentdu
mnioonnddeeppaarrddoonnnneé" qquueellqquueei-rirrréé
gularitédansmestraits. Qu'il estcommode,Monsieur,de
pouvoirse montrer tousles jours
aux yeux de son Amant telle
quel'on est! Qu'on estheureuse
quand un teint plus ou moins
vifn'est pas une affaire, &
qu'une Femme doit se sçavoir
bongréd'avoirinspiré des pafsions
qui ne soient pas sujettesà
diminueravec son embonpoint!
Voilal'état où je me trouvois
quand mon autre Amantcommença
àsedeclarer pour moy-
C'estoit celuy qui me prit pour
estre belle. Je me disois bien à
moy-mesme, celuy-cy ne sçaït
ce qu'il aime en m'aimant. Sa
raison n'agit pas comme dans
d'autre, de concert avec son
amour. Mais, me répondois-je,
qu'importe que des Amansse
trompent ou non? Ona bien
à faire de la raison decesgenslà.
Plus ilssetrompent,&plus
ils aiment. t On n'aime guere
quand on sçair ce quel'on fait.
Je vous avoüe, Monsieur, que
je commençay à regarder mon
premierAmantcomme unCenfeur
exactdemonmérite, aux
yeux de qui je ne valois que ce
que jevauxprécisement, & qui
estoit en état d'estimer bien au
juste combien j'èstoisaimable,&
combien il falloit qu'ilm'aimast.
L'autre après s'estre trompé sur
le chapirrede ma laideur, m'y
trompoitquelquefoisaussi moymesme,&
je croyois à demy
qu'il yavoit de la faute du premier
quine me trouvoit pas
&eHc. Je me sentois enlaidir au
pres demonAmanttrop raisonnable,
au lieu que je me fentoisembellir
aupres de l'autre.
Enfin, Monsieur, s'il fautquece
soient les lentimens de mon
coeur qui décidentde la Question
, jeveux bienvousdire en
confidencequeje ne donnay ma
tendressequ'aceluy qui me
donnade la beauré.
LETTREEN VERS
DE MADAME
DES HOULIERES,
- A un de ses Amis.
le nesçay quoy defripon,
Quin'(sii-,tropr: vous dire.
Depuis que fin Céladon
Pour lapréîiettfèAfhéc^
L'ame dedbuiearoutrée^
Mitsesjours à l'abandon,
Amourjura, ce dit-on,
Que l'airdecette Contrée
Tfjndroit leplm- Doux commeunpetit -MONtO".)
Moy qui croystenirbon - :,-
Depuisquej'ysuis entrée,
l'ay déjà changéde ton;
le ne me meurspas encore,
Maisentrenous,j'aygrandpour
De ce quG»nmtmeiangicttiri
lenepvissouffrir l'Aurore,
l'aytoujours Vefpritréveur>
Un noir chagrin me do,.,
Un tel changement d'humeur
Mefait craindre s'il pourmon ttrur.- alloit deyertiqfendre,
Ilservit bientost en cendre:
Helas!loin de badiner.
Loin d'estrefourbe volage,
Comme "'eat lebel usage,
Il iroits'abandonnery
Çejeuneeee/trquiJe-pique
De sentimenthéroïque,
Aces beaux engagement
Qu'on trouve danslesRomans,
Et maigre' ce qu'on pratique,
Il aimeraitài'antique*
Ha!que defâcheusesnuits!
Quedesoûpirs!quede larmes!
Il vaut mieux,sijelepuis,
M'arracheràtous lescharmes
- Du belendroit où je suis.
Sansconsulter dayantag4i
Q'e»tons cefatairivage,
/f-.qmttens lesans retour-
Ce ri"'f.Al oùchaqne jour,
Sans avoireupartau crime,
Chaquecoeursert de riéli*e
u4layavgâance d'Amour.
Icy tout ce qui respire,
Languit,seplaint, (!Jlfl,jre)"
LesNayadesdans les eaux,
Z'Ans les "Plaines le Zfybirerv
Les ';EerIcr] sous les Ormeaux
Sentent rttmOlireNx ",.Attire,
Et sanscesselesEchos
Sont occupez à redire
Et lesplaisirs &- les maujt
Qui n'entrouventpoint d'égaux.
yqhs dont l'ame indiférente
Ne connait aucun soucy,
Pourl'avoir toujours contente,
Pro/ife.t de toutc<eyt Et quelque espoirqui yotts tente,
Ne -rrnqjdMIlé icy.
A MADAME
.A. D. ***. LA décision de ces Questions,
Madame, conviendroit
bien mieux aux Personnes
devostre aimableSexe, qu'aux
Hommes qui ne connoissent
pas si particulierement que les
.Belles qui sontaccoûtumées à
voirpleurer,& soupirer leurs
Amans ,la force, le prix, &
la valeur des soupirs, & des
larmes. 'f:,;¡11
Quoy quevotre modestie,&
vostrevertuvousfassent mépriserce
que plusieurs hors du
commun ont pû vous dire de
toutesvos rares qualitez, & négliger
les foins qu'ils ont prisà
rchercher vostreestime; vous
faites neantmoins paroistre tant
d'esprit, & de mérite, quand
vous voulez décider ce qui peut
fairede la peine aux pluséclairez,
qu'il ne faut point chercher
dejuge ny deSçavant,qui écrive
plus juste que vous surces
1Questions.
Ces considérations, Madame;
qui pourraientdonnerdela
crainteaux plus résolusne m*acurestent
pas, pour ne me rendre
point indigne de l'honneurque
vous me faites de souhaiter. mes
sentimens,&de ne perdre 441-
cune occasion de vous rémtôlignermesobeïssances.
QUESTION I.
Si les Pleurs marquentplusde tendresse
que les Soùpirs. sI ce fameux Philosophe qui
ne fit pendant tout le cours
desa vie quesoupirer, &verser,
des larmes, pour des mauxqu'il
neressentoit pas, eust soupiré
plus utilement pour toucher le
coeurd'une Belle insensible, ou
pleuré pouradoucir une Cruelleileustsans
doute deciée.
sçavammentcette Question, &
nous eust appris que la tendresse
en amour est la partie la plus
sensible, &la plus parfaite de
cette passion, le plus haut point
où elle puissearriver, & que
sans contredit les larmes en sont
une marque bien moindre que
les soùpirs, parce qu'elles sont
dans la joye, dansl'amour, &
dans la douleur, les premiers&
les plus foibleseffortsdu coeur.
En effet leur fluicité
,
& la
facilité qu'elles ont à couler,
leur donne le premier pas dans
les plus grands,& dans les
moindres sentimens de tendresse.
L'humidité naturelle, &
la proximité ducerveau en remplissent
les yeux. La foiblesse
bien plus que la passion les fait
couler.Peude temps en arresté
le cours; & peu de soins,quelques
jours,ouquelques heures
en fontcesserlacause.
Il est aisé deprendrece party
& de croire que les larme
partentplutost d'une grand
foiblesse que d'une forte passion,
puis qu'elles
sontsiordinaires
aux Femmes, qui n'on
point d'autresarmes dans la delicatesse
de leur tempérament
foible & humide qui leur
fournit en abondance, & qu'eles
font si familieres aux deux
âges dela vieillesse & de l'e
sance,où la nature est remplie
de tant d'imperfections & de
defauts, que s'ils versent facilement
des larmes, c'est bien souvent
sans cause, ou pour des
sujets tres-legers.
Mais les soûpirs ne trempent
pas toûjours dans les larmes, &
ne suivent pas ordinairement le
cours incertain de leurs eaux
Ils font particuliers aux Amans,
& partent des plus secrets &
des plus profondsreplis du
coeur, qui n'a point de plus finceres
interpretes,& de langage
plus expressif pour marquer la
tendresse,que des soupirs,qui
font toûjours le signe certain
d'un coeur amoureux.
Ils naissent lors que la crainte
qui accompagne ordinairement
cesmouvemens d'amour, &ces
violens transports concentrele
fang & les esprits propresà
concourir à cette grande application,
quiattache si fort les
Amans à ne penser qu'au seul
objet de leurs desirs, qu'ils s'oublient
dans cette serieuse attention
de respirer aussi souvent
qu'ilest necessaire pourrafraichir
le CCC.:'lr &les poulmons.
Toutes ces causes augmentent
extrémement la chaleur de ces
parties, & les fontsouffrir,n'estant
pas suffisament temperées,
& contraignenten cet étatles
Amans à fai edes soûpirs, qui
font un plus fort mouvementdes
poulmons, & une plus grande
respiration pour donner plus
d'air & de rafraîchissement au
coeur ; ce qui arrive ordinairementdans
les violentes passions
de l'ame, lors que nous cherchons
ànous unirau bien que
nous desirons, ou que nous
fuyons le mal qui nous fait
craindre.
Ces raisons prouvent assez
que lessoupirs partent d'une
plusgrande cause que les larmes,
qu'ils marquent plus de tendresse
en amour, &qu'un soupir
couste plus au coeurqu'un ruisreau
de larmes.
QUESTION II.
LequelfaitmieuxconnoiftreUpuissance
de l'Amour, de celuy qui
aime une Laide, la 'tYOtt'V'4ntIÀidd
ou de celuy qui la croit belle, qflIJJ
qu'ellesoitlaide. L'Opinionatant dé part en
toutce qui compose lafélicité,&
lemalheurdes Hommes,
qu'il n'enest point qui ne foit
industneux à se former des
moindres sujets un bien, un plaisîr,
& une disgrace, qui ne subsistent
que dans le caprice de
l'imagination frapée d'une apparence
trompeuse, qui nous
séduit facilement, & ne nous
laisse qu'une honteuse confusion
d'avoir fait un mauvais
choix.
Ces deux Amans proposez
dans cette eftion\(p.1i,élÍn1(llt
chacun une Laide, sont dans
l'aveuglement dont l'opinion
repaist ordinairement nos desirs.
Le premier aime une Laide
qu'il trouve laide; le second la
croit belle;quoy qu'elle soit
laide. On demande qui dès
deux fait mieux connoistre la
puissance de l'Amour.
L'Amour, ainsi que toutes les
autres passions, ne porte ses ap- pétits & ses inclinations qu'aux
objets, ou qu'il juge biens apparens
ou réels, capables de
remplirses souhaits, & contenterses
desirs.C'est ce que la
laideur quiestunedéformité
qui déplaift toûjours, & quine
peut paroistre fous aucune fiJr,
me de bien, ne peut produire.
On jugepar ces raisons que
cette prétendue passion d'amour
pour la Laide quel'on
connoitlaide, ne peut estre
nommée aInOUs, & queceluy
qui donne ses foins à cette Laide
ne peut estre mis au rangdes
veritables Amans ,puis qu'on
ne supose ny grace, ny agrément,
ny beau teint, ny taille,
nyesprit,ny ce je-ne-sçay-quoy
dont les plus laides ne sont pas
toûjours dépourveuës, & qui
ne font pas de petitscharmes.
Ce fera donc un simple amusement
propre à ceux qui aiment
la facilité, &: qui craignent la
peinequepeut causer une Belle..
Mais celuy qui aime la Laide
qu'il croit belle
,
poursuit un
bien,quoy qu'apparent, qu'il
connoist estre pourluy le comblede
sesdesirs,&fait consister
sa felicité dans un sujet qui luy
semble beau, puis qu'ill'estime
digne d'estre aimé. Ainsi cet
Amant qui aime la Laide qu'il
croit belle, fait mieux connoistre
la puissance de l'Amour;
carlalaideur simplement dépourveuë
degraces, ainsi qu'on lepropose en cette Question,
estautant le sujet de l'aversion
&durebut,,que la Beauté l'est
de l'Amour.
QUESTIONIII.
Siun Maryjalouxaime mieux sa
Femme, que celuy quiluydonne
grandeliberté, QUoy que la Jalousie soit
une des plus fortes passions
qui puissent troubler:le
repos de l'Homme,puisqu'elle
est un assemblage confus dé
tout ce que l'amour, le desespoir,
la crainte, &: la haine, peuvent
produire, lors qu'elles se
revoltent contre nous, il faut
pourtant avoüer qu'elle est une
des plus fortes & des plus particulieres
marques de l'amour,
qui nelaisse aucun lieude douter
que le Mary jaloux n'aime
plus
plus saFemme que celuy quiluy
donne grande liberté
Eneffet, la liberté donton
entend parler dans cette Question,
est trop opposéeà l'amour,
pour ne pas juger qu'ils
sont incompatibles, &. que l'un
esttellement contraireàl'autre,
qu'ils se détruisent entierement;
car la liberté en amour est une
inseasibilité, ou un defaut de
tendressequiapproche si fort
de l'indiférence, qu'il n'est rien
de pire en cette passion, puis
qu'elle nous éloigne & nous sépare
sansregret ny douleur de
rObjec que nous aimons, qui
n'estplus en cet état que celuy
du chagrin& du mépris.-'
Maislajalousie dans tous ses
mouvemens marque toûiours
une tres-grande passion Ôt/ui|i
violent desir de s'unir à l'Objet
que l'on aime,&rien nelarend
insuportable& furieuse que la
crainte de desunion,ouduchangement,
qui cause, de si cruelles
doulers, qu'elles appellent d'abord
àleur secours la haine & le
desespoirquijettent les Amans
en de si pitoyables souffrances,
que celuy qui a dit que la Ja..
lousie est le plusgrand de tous
les maux, & que les Jaloux sont
les Damnez
dece
monde, en a
mieux connu le Caractère.
On peut jugerpar ces raisons
que le Mary jaloux qui appréhendela
desunion, ou qui craint
de perdre le coeur de sa Femme,
& qu'un autre ne luy ravissè ce
tresor dont il est si justementle
possesseur aime mieux dans son
humeur haïssable &: farouche,
queceluy quidonne grande liberté,
-
qui est une.marque de
mépris &d'indiférenoe, parce
qu'elle ne luyestpasassez chere
pour mériter ses soins, & la
crainte de la perdre, qui est le
plus grand témoignage d'amour,
& la plus violente cause
de laJalousie.
QUESTION IV.
Lequel de tHNX Amans méprisez
de ce qu'ils aiment,- a. une plus
fortepassion,ou celuyqui employe
l'absence pourseguérir,&
n'en peut venirà bout; ou ce-
Itiy qui n'a. pas laforce de s'éloiguer
desa Maistresse, quoy qu'il
se tienne assuré quel'absencele
guériroit. ON estsi fort persuadé que
amour est un tres-ardent
desir de s'unir à ce qu'on aime,
qu'il n'y a point de difficulté à
juger que celuy des deux Amans
méprisez de leur Maistresse,qui
n'a pas la force de s'en separer,
quoy qu'il soit allure que l'absence
le guériroit, a une plus,
fortepassonque celuyquiemploye
l'abssance,&n'en peut venirà
bout , car ce dernier qui a. brede se séparer,n'est pas siparfaitementuny ,ny sifort
amoureux que le premier, qui
est tellementattachéàf-t.Belle
malgré tous ses mépris, qu'il
préfere le mal au remede,qui
luy est infaillible dans rélgign'c,-
ment. Quand le mal est agreable,
on craint toujoursde guérir,&
l'on trouveleremedepire
quelemal.
„
Si le mépris, Madame,qui,
est l'un des plus sensibles outrages
que l'on puisse faire à uv
honnette Homme, n'estpas capablededesvinr
&. de rebuter
desPersonnes si. mal-fraitées,
qui ne tiennent que par les fêîi&j
timens d'une passion tres-legere
& fort inconstante, jugez, Madame,
des résolutions que la
reconnoissance & l'estime qui
font plus unies à la raison, peuvent
produire, quand on connoist
ce que vous valez,& que
l'on souhaite aussipassionnément
quemoy la qualité de,
Madame, vostre&c.
PANTHOT,Doct. Med
Si le petitTraiteduBlasoncr
des Armoiries que je vous envoyay
dans le dAern"ier Extraordinaire, , vous a plû autant que vous me l'avez,
témoigné, je ne doute point,
Madame, que celuy que vous allez»,
voir touchant la Langue matrice,
ne vous donne une entiere satisfattion.
Je les croy tous deux de la
mesmeplume.Cela me paroist &
parla ressemblance dustile, &par
les recherches curieusesque vousy
trouverez répanduës par tout.Je
me tiens fort obligé à l'Autheur,
dem'avoirfournydequoy vous instruireagreablement
sur cette matiere,&
suisfâché de ne vous le
pouvoir faire connoistre autrement
quepar les premieres lettres deson
nom, qui peuventestre communes à beaucoup d'autres.
Quelle est l'origine desLanguiS)
quellessont le plus,
nfli')" &enfin quelle
estla Langue matrice. cE que l'on appelle icy Langue
ou Langage,n'est autre
chose que l'usage de la parole,
communà tous les Hom
mes, &diférent parmy tous les
- Peuples. Les Creatures les plus
insensibles, dit un grand Prophete,
ont une voix qui publie
la gloire de leur Createur; mais
l'Homme estant le plus parfait
ouvrage de la Divinité, il a aussi
une voix plus parfaite, & cette
voix est la parole, qui ledistinguedesautres
Animaux, & qui
fait son plus beau caractere.
Ilya une parole intérieure,
quiestla pensée,la premiere &
la plus noble faculté de l'ame
raisonnable;mais il y a une
paroleextérieure,qui est le langage
de chaqueNation,qui exprime
& quidévelopela parole
intérieure. Elle a besoin de la.
langue,desdents, &de lavoix,
qui font les principaux organes,
ou pjutoft.dîstoutesces-ehofes,
se formela voixhumaine, que
Saint Jean Damascene appelle
l'Ange d'Intelligence, ou le
Messagerdel'Esprit; & Saint
Augustintoujoursrelevé dans
sespensées,le Véhicule du Ver~_
be intérieur,ou Discours men
tal. Philon dit qu'elle estla
Sa ge-Femme de la Parole, comme
la Parole est le Truchement
des conceptions de l'Ame, &
ce grand Homme adjoûte, que
nos pensées estant cachées dans
nostre intellect, la voix comme
une lumiere, les découvre lors
que nous voulons parler. On
peut dire queplus cette lumiere
pénetre nos pensées, & plus
nous nous exprimonsavecgrace
&avecfacilié. ; La parole est donc un certain
son, qui exprime diféremment
les mouvement de nostre
ame; &la langue ferr à la parole,
ceque l'archet sert au
Violon. Plutarque rapporte
d'un certain Solitairequi de
meuroit sur le bord de laMer
rouge, que samaniere de parler
estoit une espece de chant, quoy
qu'il parlast plusieursLangues,
dontl'articulation devoit estre
diférence. Cependant laparole
n'est pas un simple cry particulier
à l'espece,mais un signe expressif
del'ame unie au corps.
Dira-t-on que la premiere paroleque
proféra Adam, ne fust
qu'unearticulation de voix
pousséeau hazard,qui neservoit
qu'à exprimer au dehors
cequ'ilsentoit au dedansde luymesme?
Non, non, c'estoit un
signe raisonnable poussé par
son aine, & caracterisé de Dieu,
pour faire entendre les besoins
de l'Homme,& par lequel il
vouloitestre glorifié. On peut
doncappeller cettepremiere
Langue, la Languematrice, ou
la Langue de Dieu, comme
parle un de nos Poëtes. Mais
Philon m'apprend que le Langage
de Dieu, c'est le silence.
Ce qui me fait dire,. que s'il
nous a donné l'usage de la parole
pour le commerce du monde,
il nous enseigne le silence
pour nous entretenir avec luy
dans la retraite & dansla [oH.
tude. Les Hommes, disoit un
Ancien,nous apprennentà parler,
& les Dieuxànous taire.
Les Romains croyoient qu'il
y avoit une Déesse nommée
Fatua qui présidoit au langage
des Eri£UlS, & qui leur enapprenoitl'usage.
Quoy qu'ilen-@ soit, tous les Hommes s'expriment
en trois manieres,parles
gestes,parl'écriture,par la parole.
Ce sontlàautant de signes
paroù l'ame faitconnoistre nos
pensées. Il nefaut point dire
que ces signes font purement
corporels,c'est une invention
de l'ame unie au corps. Elle a
beaucoup de part aux mouvemens
quil'agitentdansune forte
paission, & il est certain que
nous ne nous expliquons par
signes, quelors quela parole
nousmanque, comme nous
voyonsdansles M.Ulers.& dans
lespetits Enfans, ou lors qu'elle
n'exprime pas assez cequenous
sentons, comme nous voyons
encor danslesAmans &dans les
Persones affligées.Leursmains,
leurs yeux,tout leurvisage, en
dit plus qu'ils n'enpourroient
dire parleurs discours. Ces
signes nous font communs enquelque
façon avec les Befiesi
& il n' y a que laparole &!'•£-
criture qui soient propresà
l'Homme, comme lesveritable
images de sa raison. Neanrmoinssi
l'on examine ces signes,
il y enaqui luy font propres &
particuliersentantqu'Homme,
& qui diférent entierement de
ceux des Bestes, dans les passions
mesmes qui leurfont communes,
comme dans l'amour,
la douleur, & lacolere;&s'ils
ont quelques traits semblables,
ce n'est qu'autant que nous approchons
du naturel des Animaux.
Selon MrdeCordemoy, parlerengénéral,
n'est autre chose
quedonnerdes lignes de sa penfée
; & ce docte Ecrivainadjoûte,
queles divers mouvemens
du Corps., lors qu'il est
agitédequelquepassion, sont la
premiere des Langues, &laplus
universelle,parcequ'elle est entenduë
de toutes les autres Nations.
Maissi tous les Hommes
expliquentdiféremment leurs
sentimens par le moyen des
signes corporels, il ne faut pas
s'étonner s'il ya tant de Langues,
& de manieres diférentes
de les exprimer par la parole.
Nous sommes tous suj ets aux
mesmespassions, & ces passions
lpersoduisent dans nostre esprit
mesmes pensées, ce fait
que
nousavonstousunemesme
paroleintellectuelle. Mais comme
chacun ressent divers moumens
de ces mesmespassions,
il les exprime par diférens
signes, & c'est d'où vient cette
diférence de parole extérieure
&labiale. Enfin l'Hommejoint
encor plusieurs signesextérieurs
àl'usagedela parole, pour nous
représenterl'état de sonAme,
comme ceux de la teste, de la
main, ou de tout le Corps; &
l'on aremarqué queles plus
éloquens, &lesFemmes mesme
.,qui ontle don de la parole en
partage, font les plus gesticula.
tifs. C'est peut-estre la raison
pourquoy les Peuples Orientaux
ont tant d'allégories &de
similitudes, qui tiennent lieu de
Hieroglifes dans le Discours.
Ils ont l'éloquence des signes.
Quelques-un qui aiment cette
maniere de parler, ne s'exprir
ment que par comparaisons &
par métaphores, mais on araisondedire
que ce langage n'est
pas naturel,puis qu'il est composé
de signes &de paroles, ce
qui rend nos pensées plus obscures
& moins intelligibles.
L'Ecriture est une parole
muete, d'autant plusadmirable,
qu'elle, se fait entendre aux ab-
.fCDS, & dans les lieux les plus
éloignez. Mais sielle peint la
parole, on s'estaussi servy des
signes ou gestes du Corps, pour
la representer,&ces signessont
les Hieroglifes des Egyptiens.
Ainsi. ils peignoient un pied, ou
unemain, pour exprimer leurs
pensées;de ceux de Méxique
traitent de leursaffairespardes
Figures. Il y a encordes Peuples
fous la domination du Grand
Cam,quiseservent de simples
marquesde bois, ou d'autres
choses, quandilscontra&ent
ensemble. Enfin si l'Ecriruse est
un langage,les Chinois qui ont
quatre-vingts milleCaracteres,
sçaventplus1 de Languesque
Michridare & Postes, ou du
ïnoins leur LangueMandarine
fc multiplie beaucoup parl'Ecrlture
oul'Imprimerie, dont
on dit que cesPeuples sont les ïTvèriteurs. Les Caracteressont
diférens aussi-bien que lesLan
glIes, & quelques Notions ont
ttié maniered'écrire qui leur
tst propre. Cependant ily a un
gr^ndnombredeLanguesqui
GMQëmrvmeenlcltdaleiçTnA,,ll'pEhsapbaegcnoLl,a,t1in^,;
François, &plusieurs autres.
MaisçVftallez parler desGestes
êcde l'Ecriture;ce seroit mesme
confondreicy la Question de
l'lmprirnerie avec celle des Langues,.
quiaperfectionnél'Ecriture,
éc qui l'arenduësi facile,
ÇHlarendant immortelle.
Pine, qui sur l'autorité d'Epigene,
croit que l'usage des
Lettres est eternel, n'est pas en
peine de prouver celuy dela pa-
Iole, puis que l'un supose l'autre.
Diodore Sicilien dit que la voix
des Hommesestoitau commencement
si obscure &si consuse,
qu'elle n'estoit pas intelligible.
Mais quand bien le langage de
i'Homnje;ne seroitqu'un jargon
comme le ramagedes Oyseux,
il yauroittoûjours une
premiere Langue, & cellede
l'Homme seroit préférable à
toute autre, estantseulparmy
les Animaux doüé de parole
distincte, articulée, & significative.
,. S'il y a quelques Oyseaux
qui semblentenestrecapables,
ilsne peuventdireque ce qu'ont
leur a appris, encorledisent-ils
sans sujet & sans ordre, parce
qu'estant dépourveus de raison,
ils ne sçavent ce que les paroles
signifient car il est absolument
necessaire7desçavoir raisonner,
pour sçavoir parler. Ceux qui
veulent quechaquePeuple ait
narturellementsa Langue particuliere,
commechaque Beste a
son cry, ne considèrentpas queçelamyienç
quedeladiférence
constructiondes organes.Dans
l'Homme il y a deux chosesà
remarquer quandil parle ; lai
formationde la voix, en quoy
iht:q\it"lque raportavecles Aniroftiftx;,
& c'est ce quivient du
Corps;&masignification oul'idée
qu'ilyjoint,qui vient del'Arne,
en qlaoy il n'araport qu'avecson
espece.Ilfaut encor remarquer,
avec MrdeCordemoy,que les
Oyseauxqui font lesseuls qui
imitent le langage des Hommes,
nes'en fervent jamais que
quand ilsvoyent lachose dont
ils sçavent lenom, & dont ils
ontbesoin.Mais enfin l'Homme
participantde la nature de
tous les Animaux, il ne faut
point s'étonner, si la voix des,,,
Oyseauxatant de raportavec
la sienne. Ils ont quelque chose
dans le bec, danslalangue,&
dansle gosier,quirend leurarticulation
presque semblable.
Je sçay bien encor que de
Grands Hommesont crû que
les Bestes avoient une Langue
que les Hommespouvoienten
tendre. Philostrate dit qu'un
certain Apollonius expliquoit
le ramage desOyseaux à ses
Disciples, & il attribue cette
merveilleuseintelligenceàtous
les Arabes,& à quelquesIndiens.
Les Enfans dePsammeticus
dont je parleray dans la
fuite, pouvoient entendre celuy
des Chevres qui lesavoient
nouris. ClementAlexandrin ne
craint pasdedonner auxAnimauxquelquesorte
dediscours
&dediak&e. Si celaest, Saint
Augustin a eu raison de dire
qu'ilvaudroit mieuxs'encreteniravecson
Chien,qu'avec un
Homme dont on n'entendroit
paslaLangue. Maissiles Hommes
entendent le langage des
Bestes,on peut dire aussi qu'ellesentendent
celuy des Hommes.
Pline & Solinassurent que
les Dauphins accourent au nom
deSimon,& nousvoyons tous
lesjours que les Asnes répondeur
à celuy deMartin qu'on
leur donne. Mais la pensée des
Caffresestplaisante, qui imputentauxSinges
d'Affrique de
ne vouloir pas parler,de peur
detravailler. Eneffet, le Singe
estentoutsisemblableàl'Homme,
qu'il ne luy manque que la
parole. Vitruve prétend queles
Hommes ayant commencé de
vivre en societé, convinrent
que certains sons qui sortoient
de leur estomach &de leur gosier,
fignifieroient certaines choses
qu'ils avoient marquéd'a
bord desirer oucraindre ; mais
il y a quelquechose de plusmerveilleux
dans. la parole. Adam
en reçeut l'usage de Dieu mesme,
& il ne faut pas s'étonner
avec Pithagore, siles noms que
le premier Homme donna à
toutes lesCreaturesmarquoient
une si parfaite sagesse.
C'est uneQuestion entre les
Doctes, sçavoir,siles noms font
purementarbitraires, ou imposez
par raison &par reconnoissance.
sance. Chaque opinion a eu ses
Partisans, mais Socrate fait le
médiateur. Il dit qu'il y en a
d'imposez à l'avanture, & les
autres naturels, & qui sembent
avoir esté dictez par la bouche
des Dieux. Selon Platon, les
noms font des instrumens propres
pour discerner la substance
des choses; & Ariftore nous enseigne
de rechercher cette substance
dans la signification des
paroles. Ce sentiment peutavoirfait
naistre la croyance qu'il
y a de grands mysteres cachez
sousles noms;&c'est ce qui
rend la Langue Hébraïque si
divine & si fameuse chez les
Cabalistes.Maislapenséed'Epicure
me plaist davantage, &
vient mieux à mon sujet. Ildit
que les premiers noms sontles
effets de ce que les Hommes
s'estoientimaginé des chosesla
premiere fois de sortequeleur
fantaisie estantdiversement touchée
des objets en divers climats,
cela a donné lieu àladiversité
des Langues.
D'autres croyentque Dieu
n'estpasmoinsadmirable dans
la diversité des Langues, que
s'ilavoit coservé un seul idiome
sur la terre.Ilsprouventcette diversité
parcelledesorganesqui
fervent àla parole, & prétendent
que si la Languefuit par les
diversesinflexionsde la voix les
mouvemens du coeur, & lessentimens
de l'esprit, les Peuples
estantdiférensd'humeur&d'inclination,&
ayant selon les climats
qu'ils habitent, les organes
diféremmentdisposez; ils prétendent,
dis-je, que ces Peuples
doiventavoirun langagetout
diférentles unsdes autres.Dieu
divisa la Langue des Ouvriers
deBabel, ditPolidore Virgile,
afin que tantdevoixdiscordantes
rompissentl'intelligence qui
estoit entr'eux. Mais on pourroit
dire que Dieu troubla d'abord
leur esprit, & qu'ils ne
changerent de langagequ'a pres
avoir changé de pensée. Chacunsuivit
la vaine&fausse imagedont
il estoit remply, & ne
devint pas moins opposé dans
ses sentimens que dans les paroles.
Quoy qu'il en soit, c'est
lavéritableorigine des Langues
quise font répandues en
suite par route la terre.
Mais quand un pareil miracle
ne seroit pas arrive, on peut
douter si la Langue matrice,
telle qu'elle estoit alors, se seroit
conservée pure dans les diverses
Parties du Monde, après que
Noé en eut fait le partageàses
Enfans. Elleauroit souffertà
p;:tt pres les changements que
nous voyons, & chaqueNation
aurait eu quelque chosede particulier
dans son idiome; ce
qu'il est facile de prouver par ce
qui arrive tous lesjours dans les
Langues vivantes, une Langue
n'estant véritablement fixe &.
exepte d'altération, que quand
ellecesse d'estreen usage. Chacun
peut,remarquer le changeméat
qui se fait de temps en
temps dans sa Langue naturelle,
& la diversité qu'il ya entre les
Provinces où l'on parle une
mesme Langue.UnAutheur
dit qu'il en est de nos paroles
comme des fleurs dont la terrç
est parée & dépouillée tous les
ans.Les unes succedent aux
autres,& ilarrive dans les Langues
vivantes,. & à ceux qui se
piquent de bien parler, ce qui
le passe parmy les Floriftes.
Tantost estlaTubéreusequi
està la mode , tantost c'est la
Jonquille. Il paroist tous les
jours quelque fleur qui nous estoit
inconnue. Il paroist aussi
tous les jours quelque mot nouveau,
ou quelque expression
nouvelle qui n'estoit pas en usage.
Alexandre. estant passé dans
lePaïs desSedets qui habitoient
sur le Fleuve Melafo, & qui tiroient
leur origine des Cumeries
de Leolide, il trouva que ces
Peuples partaient comme les
Barbares, & avoient perdu la
Langue Greque, non par le
temps comme ils disoient ;mais
que leurs Ancestres ne furent
passi-tost arrivez dans cePaïslà,
qu'ils oublierent inopinèment
leur Langue naturelle, &
parlerent un langagenouveau
& inoüy auparavant. Pausanias
& Arian fontles garansde cette
Histroiremerveilleuse. Maisenfin
on peut douter si on n'auroit
point inventé quelque nouveau
Langage, suposé que la
Langue matrice fQLl: demeurée
universelleparmy les Hommes;
Car la mesme facilité qu'il y a
d'apprendre lesLangues,prouve
la facilité qu'il y auroit d'en inventer.
Dans le premier ordre
on sefert destermesreçeus, &
dans le fecond on les établiss.
Pourveu qu'on en convienne,
un idiome est bientost changé
ou reçeu Il en est commedes
Lettres en chifres, donc chacun
invente la clef comme il luy
plaist, & que l'on trouve à force
de chercher. Il n'a donc pas esté
surprenant que chaqueNation
se soitfait une Langue à part,
&qu'ilyenait tant au monde.
Les Hommes ont expriméleurs
pensées comme ils, ont voulu, &
pour cela font convenus de cer- tains-Caractèresqui leur estoientopropres,
Néantmoins
s'ils concevaient les choses de
la mesme maniere, & s'ils raifonnoient
tous juste sur un lDerme
sujet,on pourroit faire un
Langage rationnal qui deviendroit
une Langue universelle,
que tous les Hommes, du moins
les Sçavans, pourroient encens
dre. Enfin tout ce qu'on peut
dire àl'égard de Babel, c'est
que les Sciences auraient esté
plus faciles à aprendre, de qu'on
eust pû estre habile sans Grec
& sans Latin. Il serait à souhaiter
qu'il n'y eust. qu'une feule
Langue; & quand le peché
n'auroit apporté que ce changement
au monde, les Hommes
en ont estéseverement punis.
On devient par là seul, &
presque separé. des Hommes.
On ne peut voyager sans chagrin
&soitdans le commerce
des Vivans,ou des Morts, on ne
peut devenir riche ny sçavant,
qu'avec peine fieà--grandsfrais*
Heureux donc Postel & Mithridate,
de sçavoir tant de
Langues, & de se pouvoir dire
à juste titre les Citoyens du
Mond
Les Peuples qui veulent tirer
leur origined'eux-mesmes,&
fairecroirequ'ilssontEnfans.
de laTerre,veulent aussi persuader
qu'ils n'empruntent pas
leur langage des autres. Ils soûtiennent
qu'ils ont la Langue
matrice, & non feulement que
leur Langue est la plus ancienne,
mais encor la plus excellente.
LesPhrygiens &les Egyptiensont
esté de ce nombre
Ils se font disputez longtemps
cette préemince.Prémmeticus
Roy d'Egypte, se servit de cet
expédient pourdécouvrir la verité.
Il fit nourrir deux Enfans
par des Chevres, .avec défense
aux Bergersqui en avoient foin,
de prononcer aucune parolede.
vanteux. Au bout de deux ans*
on les fit jeûner quelques jours,
&on leslgiffa feuis., Leur Gouverneur
estant venu ouvrir lè
Lieu oùil les avoit enfermez,ils
commencèrent à crier, bec, bec,
qu'ils répétèrent plusieursfois;
Le Prince ayantsçeu la chose,
& s'estant informé que bec en
langagePhrygien,signifioit du
pain, les Egyptiensfurentcontraints
de reconnoistre que.les
Phrygiens estoient plus anciens
qu'eux. Comme cette Histoire
est d Herodote, on n'engage
personne à la croire. Suidas s'en
rit, & dit que ces Enfans ne déciderent
en faveur ny des uns
ny des autres, parce que le mot
debecestle propre cry des Chèvredontils
avoient tiré leur
nurrirure. & imité la voix.
Gorpius prend la choseplus
sérieusement, & latournant à
l'avantage de sa Nation, il dit
quebicen langage Allemand,
sierine dupain, & que les Ensans
de Psammeticus ayat parle
cette Langue, elle est par conséquent
la plus ancienne du
Monde. N'est-ce pas là repchérir
sur le conte d'Herodote?
Mais comment ces Enfans auroient-
ils demandédu pain, eux
1 « 1 qui n'enavoientjamais mangé?
Il faut avoir quelque notion de
la chose qu'on demande, & sçavoir
les termes dont les Hommes
font convenus, pour l'exprimer.
La parole est le propre
de l'Homme,maisil n'en reçoitl'usage
que par le commerce
des autres Hommes. Les-
Enfans n'apprennent àparler
& à nommer les choses que
dpaor nlneses.ignesqu'on leur en=»•
S'ilest certain dans l'opinion
d'un excellent Autheur, qu'ils
ont la raison toute entiere dés
leur naissance, on doit s'étonnerde
ce qu'ils font si lôgtemps
avant que de parler correctement
la Langue dans laquelleonles
a élevez. Je sçay qu'il faut
du temps à perfectionner les
organes des Enfans,mais s'ils
ont déjà l'usage libre de leur
raison, &: s'ils se trouvent dans
la necessité de toutes choses,
quelle apparence qu'ils demeurent
pluficurs années avant que
de se faire entendre? Plus on estraisonnable & formé, & plus
facilement on apprend une Langue,
que lecommerce&: le besoin
nous rend necessaire- de
si on a de la peine à apprendre
les Langues étrangères,c'est ou
qu'on a d'autres moyens de se
faire entendre,ou qu'on a les
organes mal propres pour leur
prononciation; mais cela n'arrive
pasaux Enfans, qui lesont
plus tendres & plussusceptibles
d'impression, que les Hommes
avancezenâge. Le mot de bec que prononcerent
les EufansdePsammetieus,
n'estoit donc qu'un cryde
Chevres, qui demandoit la LIOU.
riture & le lait de leurs Meres,
Mais les Egyptiensonttoujours
esté malheureux dansleursprétentions
pourl'antiquité deleur
Langue &de leur origine, Les
Scithes leur disputerent l'un &
l'autre, & remporterent l'avantage
dans un sanglantCombat,
qui termina ce diférent. Les
Ethyopiens ont aussiprétendu
estre les premiers Hommesdu
Monde, & quelques Sçavans
ont employé leurs raisons pour
soûtenir cette opinion. Ils disent
qu'il estoit bienséant que
le lieu le plus pres du Soleil,
donnast: le premier la vie aux
Creacures; mais cette raison de
bienséance est ridicule, &. digne
de l'ignorance des Payens. Il
faut donc laisserce sentiment à
Empédocle
,
à Anaximandre,
& aux antresPhilosophes qui
ont traité lesHommes comme
desBestes.
Mais quand il seroit vray que
les Phrygiens feroient les premiers
Peuples du Monde, &
que leur Langue seroit la Langue
matrice, on peut leur demander,
& à tous les autres
Peuples qui s'enfont honneur,
d'où est venu le changement
des Langues; car s'ils savent
bien que la leur est la premiere,
ils doivent sçavoir qui a alteré
cette Langue matrice, & d'où
des autres ÍOfft dérivées. L'embarras
où ils sont de répondre
à cette difficulté, nous oblige à nous en tenir à l'Histoire de
Nembrot, qui ne peut estre revoquée
en doute des Sages &
des Sçavans. Elleestcontenue
das le plus ancien & le plus sacré
des Livres, écrite sans aucun artifice,
& rapportée parjosephe,
qui vivoitdans un temps où la
LangueGreque &laLatine estoient
si florissantes. Cela est
surprenant,queles Peuples les
plus polis dans leur langage, &
qui ont portési loin l'Eloquence
, ne nous ayentrien laissé de
d' origine de leur Langue, &
ayent esté en cela plus modestes
& plus retenus que les Barbares.
Ils n'ont point disputé la
gloire d'avoir parlé les premiers,
mais d'avoir mieux parlé que les
autres. En effet,c'est une meschante
preuve de l'antiquité
d'une Langue,que son bégayement&;
sagrossiereté. J'admire
le raisonnement d'un Medecin
Liegeois,amy de Goropius, qui
prouve que la Langue Cymbrique,
ou bas Allemand, estau
dessus sde la Langue Hebraïque,
de la Grcque, & de la Latine,
parce qu'elle n'a point changé,
-6e qu'elle n'emprunte rien des
autres. Mais je ne puis assez
m'étonner du sentiment d'un
illustre Autheur moderne, qui
dit apres Bécam,qu'à lareserve
deces petites Langues, telles
xyv: la Braque, ou l'ancienne
Bretonne, il n'y en a pointny
de mortes ny de vivantes, qui
n'ayent produit de plus beaux
Ouvrages, que 'il" Hebraïquej
& iltranche net que l'Allemande
luy peut estre préferce
pour toutes les Sciences..
Cependant il faut demeurer
d'accord que la LangueHebraïque
est véritablement là
Langue matrice. Dieu mesme
a voulu parler Hebreu,dit ce
grand Homme que je viens de
citer, & qui est contraint ailleursde
faire juitice àcette
Langue.Elle a reçeu quelques
changemens, mais beaucoup
moins que les autres,parce que
moins de Peuples en ont eul'usage,
les Hebreux vivant séparez,
& ayant peu de commerce
",-tee les autres Nations. La Langue
Hebraïque est encor fort
significacive, & exprimeavec
plusde clarté &de briéveté
toices choses. Elle est plus senecule
& plus grave que toutes
les autres. Son Alphabet,quoy
que petit,renferme, selon les
Rabins, tous les secrets de la
Theologie,' &delaPhilosophie
naturelle &morale. Celan'est
pas difficile à croire, puis que
chaque lettre en est mistérieuse,
&contient sa significationpropre&
particulière, La plûpart
des lettres des autres Langues
enontesté tirées; mais ce qui
en releve infiniment la noblesse
& la majesté, c'est qu'elle renferme.
dans ses caracteres le sa- créNomde Dieu.
Les trois Langues principales,
& le plus en usage dans le commerce
des Sçavans, font l'Hebraïque,
la Greque, & la Latine.
L'Arabe & la Sclavonne
sontfort étendues. Enfin apres
le ravage des Gots, l'ignorance
des Sciences a fait en partie la
barbariedes Langues. Du Latin
on a tirél'Italien &le François,
L'Espagnol esten partie Arabe,
à cause de là longue domination
des Sarrasins en Espagne. De
l'Allemand & du François, on
à fait l'Anglois; &du Tarrare,
le Langage Turc. Il n'y a aucune
de ces Langues, dans laquelle
on n'ait écrit, & où quelque
Grand Homme n'ait excellé.
Mosse, David, & Salomon,
pourl'HebraïqueHomère,
Platon, & Demostene,
pour la Greque; Ciceron &
Virgile, pour la Latine; Averroës
& Avicenne,pour l'Arabe;
Melanthon & Benther,pour le
Tudesque ou l'Allemand; Bocace,
Petrarque, leTasse, &
l'Arioste, pour l'Italien; De
<
Cervantes,Guevarre, Boscan,
& Grenade, pour le Casti lan;
Thomas Morus& Baaon, pour
l'Anglois. Pour le François,
sans faireicy l'éloge de nos Autheurs,
il ne faut que citer l'illustreAcadémieFrançoise,
pour
estre convaincu de la beauté de
nostreLangue, & de l'excellence
des Ouvrages qu'elle a
produits. Outre que chaque
Langue a son élegance & sa
fécondité, elle a aussi sa politesse
&sa pureté d'accent,qui
est propre & comme naturelle
àcertains Peuples d'une mesme
Nation. Les Parisiensont l'avantagè
pour le François;les
Toscans,pourl'ItalienlesCastillans,
pour l'Espagnol;les Saxons,
pour l'Allemand;les Perses,
pour l'Astatique;comme
autrefois les Athéniens pourle
Grec,& les Romains pourle
Latin. v l oo
Cette diférence de pronon
ciation a fait naistre une Question
plus curieuse que solide
sçavoir, si chaque Langue en
son particulier, a une Langue
matrice., & sile Langage du
Peuple& celuy de la Cour,
font deux Langues séparées;
Ciceron.au Traité del'Orateur,
demande si les Grecs ou
les Romains avoient deux Langues;
& si Homere,Platon, &
Demo~enc~pnt écrit en leurs
Langues maternelles. Je m'étonne
que les Sçavansse soient
amusez àcette bagatelle. Chaque
Langue estant commune àceux qui la parlent, il n'y a
que du plus ou du moins; l'un
est plus nacure!,iTauti'c est plus
poly. Les Grammairiens ne font
pas ceux quiparlent le mieux;
&la Vieille d'Athenes quireprochoit
à Theophraste son
langage Piovincial,n'en jugeoit
que par l'accent & par quelque
mot affecteà sa Nation,&non
pas par les reglesdela Grammaire.
On ne parle jamais
mieuxquequand on parle naturellement,
& suivant la naïveté
&le génie de la Langue.
Les Orateurs & les plus éloquens
font contentsd'y avoir
recours, & d'abandonnerl'Arc
pour suivre la Nature. Ciceron
dit d'une certaine Lelie,qu'elle
parloit si naturellement,&avec
tant de pureré. la LangueLa,
tine, qu'il sembloit qu'onentendoit
ou Plaute, ou Neevins.
Les Femmes & les Enfans gavent
mieux les longues &
les
bréves delaLangue qu'ils parlent,
& s'expliquent avec plus
de facilité &d'une maniere plus
touchante,que les plus habiles
Orateurs; ce qui a fait dire à
un Moderne, que bien parler
estoiemoinsl'ouvrage de la
Raisondede la Science, que
d'une
d'une bonne habitude, & d'une
heureuse naissance.
Toutes les Nations ont des
expressions conformes à leurs
pensées, & il n'y a point de Langue,
pour barbare qu'elle puisse
.eH:!C, qui n'ait sa force & son
énergie, sa grace & sa délicatesse,
selon lessèntimensqu'ont
les Peuples qui laparlent. On
se trompe dedire qu'une Langue
est plus majestueuse, ou
plus douce qu'uneautre, & de
vouloir tirerde là son cxceL
lençe; Chacun s'exprime parfaitement
en sa Langue. Il n'y a
que lamaniere de penserquiest
diférente chezles Peuples,&
quitait ladiversité desLangues.
Lesuns font fier,les autres
font doux; les uns froids & pesans
, les autres boüillans &
pleins de seul Tous ces caracteresinspirent
despenséestoutesopposées,
d'oùviennentles
diverses manieres des'exprimer.
C'estaussi la raisonpourquoy
chacun estimesa Langue, &,ta.
préfere à toute autre,parce
qu'if s'explique mieux par elle.
S'il yà des Peuplesqui parlent
mieux lesunsque les autres,
c'est qu'ilspensènt plus juste:
Quintilien ditque ceux qui
ensignement à bien dire, doivent
enseigneràbien pénser ; &Ciceron,
quele raisonnementestoit
la Mere des 'belles paroles.
Mais ilya des Nations qui ont
beaucoup d'esprit, & dont le
langage estsi grossier&sibarbare?
Ilest vray; maisil nes'agist
pasicy du jugement,du bon
sens,& de la profondeur du
raisonnement. Il est question
^dçUcatefJVdepurpte.,&il
^fcnçercain queparmy ces Najâons-
Ià, ceux qui ont plusde
d^éploicJaimtesesnetdq'euseplriet,^p,aarluenttrpelsu.s
u;,i.^;Pçupiles,quiie piquent
<4efcierice>&. de galanterie, parlent
mieux que les autres, &
rendentleurs Langues plus flohuances.
Les Espagnols, les
Italiens,•&. les François,l'emportent
parcetteraison-là sur
toutes les Nations du Monde.
Aussi ces Langues sont-elles plus
polies & plusen usage. Peu des
autres Peuples écrivent en leur
Langue. S'il y a quelques Sçavans,
ils écrivent en Latin. La
necessité nous fait apprendre
les Langues étrangeres. On les
apprend rarement avec plaisir.
La prononciation en est fatiguante,
& lesPeuples de l'Europe
ont la langue & le gosier
peu disposez pour les. Langues
Orientales. Nous apprenons
ces Langues dans lesvoyages,
comme les Bestesqui apprennent
leurcry de celles de leur
espece, parce que la pasture en
est lacause; car enfinquoyque
la parole soit naturelle àl'Homme,
elle est en quelque façon
artificielle, puisqu'ill'apprend
d'un autre, & en veuë de quelquechose
qui luy est necessaire.
< -Kir*
Les Princes d'Allemagne & laNoblesse du Septentrion,
sontfort curieux de sçavoir les
Langues. Cen'est pas lemoindre
sujet de leurs éloges. Les
Espagnols ne se piquent pas
tant de cette curiosité, & hormis
les Langues qu'ils font obligezdesçavoir
par lavaste éten
duë de leur domination,ils ne
sçauroient que celle de leur
Nourice. Les François s'attachent
beaucoup àla leur. Ils la
regardent non seulement comme
necessaire, mais comme capable
des plushautes connoissances.
Ils en font une étude
particuliere, ce qui fait qu'ils
s'appliquentmoins aux autres.
C'est aussi le veritable moyen
de porter une Langue vivante
au plus haut point de perfection
oùelle puisse atteindre; car le
meslange des autres Langue^
loin de l'enrichir, comme quelques-
uns ont crû, ladéfigure
& la rend barbare. Pour Itîtf
conserver son veritable géni:
illa faut parler dans sa purent.
Les Romains n'embéllirent1^
Langue Latine,qu'en negIi;
geant toutes les autrëSy&lôitf
que par l'étenduë d'l'Ei11ir
Romain ils furent obligez d61
parler le langage des Peuples
qu'ils avoientsoûmis, ils devinrent
étrangers &barbaresdans
leur Langueaussi-bien que'daii
leurs moeurs.
Continuez donc, beaux Eiprits,
de travailler au grand
Ouvrage de nostre Langue..
C'est devosdoctes veilles qu'-
elle - peut recevoirson ërtüdbv
& sa perfection. Non seulement
vous trouverez cet illustre vulgaire
que le Dante a cherché
dansla Langue Italienne, mais
vousrendrez le Françoispréferableau
Latin, & digne de la
majestéde nostre Empire. Enfinsicedoit
estre l'Ouvrage
d'un puissant Monarque, de qui
peut-on encor l'attendre plu
probablement que de Loüis
LE GRAND, qui par sa Royale
protection nous met en état de
répandre la Langue Françoise
sur toute la Terre par vos Ecrits,
comme il le fait parsesglorieux
Exploits?
D.L.V.R.
UnTraité aussicurieux que celuyqueje
viens devousfairevoir,
doit estre suivy de quelque illustre
matiere, &je n'en puis cktïfir de
plus éclatante que celle que la conclusiondela
Paix afournieàMrde
la Fontaine dans l'Ode qui suit.
Voussçavez quelle e(l la réputation
decetAutheur, & le talent particulier
qu'il a pour bien tourner une
Fable, ou écrire agréablement un
Conte.
ODE
POUR LAPAIX.
LOin d,n()M¡r, Fureurs homicides,
Et toy Démon quileurprésides,
Va dans lefondduISFoxt,Jejourdçs
Aqueions
Mandier une retraite;
Nos Bergers dans ces Vallons
,. ~Coleurpeinesecrete,
Désormais neserontplus
Partonbruit interrompus,
Vey.4 la Dêesse Astrée,
Par toute cette Contrée,
Reconnoistses dernierspas
Encorempreints surla terre:
Comme elle nousquita les derniers
d'icy ¡'iH,
Ses Temples dans nos Etats
Nesesontpointsentis dessuitesde
-1 la Guerre.
Elle ne change point cette fois de
sejour,
Car l'Olimpe estpartoutoù LOVIS
tientsa Cour.
Fleuve quila revois, va-t-endire à
Neptune
Quetoutestcalmeparmy nous:
Mars a quitéces lieux;d'autresDémons
plusdoux
S'en yont courirles Alers, &telltL
la ftU;J.
OnneterranosMatelots
Combatreàl'avenirque lestent*(j* lnjlot.Í¡.
LOVIS nous rendla Taix;fin bras
&conduite
Auxyeux de rYni-'ff/ ont assez
éclaté - ,".,
Et rjsntie à lafinpleured'tfire
réduite - A connoistre aussisabunté.
AinjidijoitAcante,(yle*Dieu de
IISe;m, ,.,'
Que l'horreur des Combats retenoit
Sous les tauxy
N'osantlecroire 1M','WC,JIHJ
Sortit duFonds desesroseaux
Pour écouter cette nouteUe,
Toutesses Nymphes accourant ":,
CoAntuepz-rneosuds',lAucyadnitetlyaçppll'uesnbtoeullrea,ntr
CLeOfruVitiInSes.perédes Armesde.
Acentesatisfitencesmotsl'Immortelle:
1
Zépbireestoitprésent, &lesayant
'-?'<oir#y••••
Ilm'enfitcerécitfidele. ,'.
, -
O Nymphe, ilfaut "vous accorder
Ce quevostre Troupesouhaite:
C'estàmoyd'obeïr, à vousde commanderc
.rç,eche{ donc que Bellone impuissante &muette, , Souffrequeses Enfans tâchent de la -i;.,¡'a1Íni,..,..-,
Celle dont lesfaveurs ont ennobly la
Francer
Selaisse ostertoute espérance r£>\yrpomotrjamais retenir.
LOVISconsentqu'ellenous quite.
E,lle\lruy dit en vain que bientostses **&xptloits
A l'àn:z?* l'autre Z(6ill suroientjoint
soussesLois.
•
Les deuxccinturc:d'Amphitrite* Ileufîputenter ces projets;
Nais le repos de ses Sujets,
Çeluy de se: yoijins
, les soûpirs de rhurope^
Ont-à la fn ihange'Vohjetdeses desirs;
Et la fçayante Calliope
Xe yous chantera plus que jeux&
queplaîjtrs.
Acante en eust dit dayantag:,
Mltti on ccJfaodeul'étceou-rte,r.
Les Nymphes au transportJelaijp.nt
emporter,
Dudoux nom de la Paixremplirent
leur rivage.
Toutes plaçoient déjàLOVISentre
les Tieux.
Elles yoyoisnt que de ces lieux
A IftfnHellone exilée,
D'alarmespour toûjours nous avoit
garantis.
Tellee'clatalajoye aux Nôcesde Pelle
Chez les Suivantes de ihe.tt.
Acante alla porter L'allégresse au
Tarnajp:
Iltrouva dansses Bois lesdoctesNourissons
Occupez encore aux Chansons
Que chérit le Dieu de la Thrace.
I'ls disoientqu'un desesT^iyaux^
Vn Conquérantparses travaux,
AUoitfou*Jonpouvoirrangerta Terre
entiere.
Adoàcijje^, dit Acante, vos voix:
ChantezlaPaixdonnée; lIuffi- bien
tantd'Exploits
Sont une trop amplematiere.
EtVous,Divinité^, à c^nije dois les
Vers
Quidejeux (,<tJ d'amour ont remply rVnivers,
Sij'ay toujourssuivryvostre Troupe
immortelle,
Faites qu'estant épris d'une nouvelle
ardeur,
le chante deLOVIS, 4108ltft, la
grandeur,-i>
Vojlreyotxyfùjjiroit-elle?
ytus^mefmes pourrie^*toutd'un si
rapide cours ," DeVictoireen Vifoire à ce MaïsJe
nosjours
, < Accommoder Vosfîns?Non>sD'écjps±
maLire apçintcebut,&jen'aff•ixet :
gj/À chanter une Paixdignedeplus
d'Autels \K*; Que les CombatsdesImmortels,
LeDieu des Verssoûrit. C'ejlMfJl-;
sçavantes JFe'es- 7)'enejlrefeulesleiOrphets,
Nonaux Hommes, "it.i./,iII//rt'¡j quetonRoy
FerapluspoursonNom, ^uctespareils
nytoy.
La Taixcouronneral'ouvragedela
Guerre; *. 'w, -,
-
Etcomme IupitertenPrinceseravoir
Qu'ilsçaitpardesbienfaits exercer sonpouvoir,
Aujji-biencfuyufsrdieTonnerre.
L'Universvachanger:l'avenirm'est caché,
Quktemps des beaux Artss'eflenji'n reproché. • iUYtfeuriront tous: on yerra dans
les nuës
7>youtrésLoutres cherchantdes routes
> inconnuës
Toucherde leursommet la demeure
des7>ieux.
l'évoqueray pour le Theatre
LesgrandsMorts,grandssujetsdont
jesuis idolâtre;
Taudisqued^autrepart d'un soin
,i.', laborieux^
Parl'ordre d: l/JPIS" cent TrttaMcteurscélébrés
-
Tireront du fein des tenebres
Ce tjllt'.l{fHfIe &laGreceontproduitde
plus beau.
Homere &sesEnfansrtjfortis du
T'imbeau
Vont éterniser vostre Empire.
Tout deviendra François; LOVIS le
veut ainsy.
Apollon t'annoncececy,
Va chez les Mortels le redire.
Je vous dois compte à mon ordinaire
desExplications qui ontesté
faites en Vers des Enigmes proposecs
depuistroismois. celles qui
l'ont estédans le Mercure de Septembre
,
& dont celuy d'octobrea
faitconnoistre le sens, estoient le
Sel&leSonge. VoicylesMadrigaux
qu'onm'aenvoyez, la-dejjus.
L I. E Selutileàplusieurschoses,
Empeschequ'àlaChair nese mettent
lesVers;
Maispar un changement rare dans
l'Univers,
L'Enigmequ'icy tuproposes,
Préd des Versdeplusd'un Mortel,
Sans craindre qu'ongaste ou corrompe
L'llo que tu fais du Sel
Avectant degloire CJ"' depompe.
DuMONT, Avocatà Chaii.
mont en Vexin.
II.
TIrsis, pour devinerl'Enigmedu
Mercure
Vous mettez trop longtemps"vostre ame
à la torture.
L*'Jp7^layprenezdu repos,
Croyez ce queje dis, ce n'estpas fil;
mensonge,
Iln'estpas toujoursapropos
Denousarrestertantau Songe.
GUYOTDf. deBourges.
111.
X<£Mercureejt unïter/èl,
£SitigmequilprôpofeejîViesi djpii.
sonnée, .,
tToûtjpdroiifcachésousunfem 'n"::"
turel.. -
Elle efltres-finementt'outô2~è*
TtjeI4trouved^untonSel. *
, ,' DuLi^ir?,de
*CôurbéV&ye»
IV.
JEle sçay, belle Iris, ce Ptr';;" Mensonge -
- Qui regne dl6RJ lobfcuritex :^
fjtpouryou*bienfoutènt^uaàd^iLtnt
V*ifetl^ousftotiget *"
jLeprejligesècretdequelqueyèrite,
JM~~ pour moyc'est tesijours un ",
Songe.
EcHïnmCt
Sur l'Enigme en figure.
N V. 'On, non, agreable Clytie,
Tafiante n'estpasamortie,
jipoffon dapstOHÇoeyrmilletraits va , Mais silfaitdeton Corp.s.u,n.eFleur sanspareille,
DuhautdesCieuxte regardant,
LI Mercuregne ,4*^merveille
!#!,)j!'¡,#ti,.elin Miroir ardent.
1 RAULT, de Roëen.
L VI.
EMercureGalant est tel,
Qu'ayec bien duplaisir 4out lemonde
lefouffre„
Cejt unCalantspirituel
Qui,fondeleplusprofondGouffres
Mais pour de plus en plusse rendre
uniyerjel,
JEtmieux nous amorcer avec un peu
dejoufre, /L;.,re il a mis duSel.
VII. LAglace àcontretempsdevançant
lafroidure,
Vient nousfairesecher en lisant le
Mercure;
Etlors que decepasje meveux dégager
lerencontrele Songe à force de
fongzr.
-
DEMASSEVILLE, deMontebourg,
Sur l'Enigme en figure.
v VIII. OstreEgnigmeàla voirestpleine
demistere,
Maisjerexpliquepromptement; Clitye est un Miroir ardent,
Qui reçoit du Soleil l'éclatante lumi{
y
DuMONT, Avocat àChaumontenVexin.
Si les Pleurs marquent plus
de tendresse que les Soûpirs. PArmy les Amans
,
les uns
ont le don deslarmes,les
autres celuy des soupirs. Nous
avonsveu de nostre temps un
Prince fort renommé pour sa
galanterie, & pour sa magnificence
,
qui pleuroit quand il
vouloit. Un grand nombre de
Belles en avoient pitié , & esfuyoient
les larmes de ce tendre
Prince. Les autres exhalent en
soûpirs leur flâme amoureuse.
Leur poitrine est une fournaise
ardente, dont le feu sort par la
bouche, & par les. yeux. Les
Amans sont toûjours dans la
Canicule au milieu de l'Hyver,
& les Amantes sont toûjours
danl'Hyver aumilieude la Canicule.
acn'eÍt. d'uncostéque
feux&flâmes, & del'autreque
neige& glace.De toutesles
imaginationsdes Amffl ,cette
antîperistaseamoureuse, est
celle quiexprimemieuxàmon
gré,ce qui se 'PilèLdans(,
coeur, & dansl'espritdeceux
qu iaiment.L'amour naist d'une
vive & prompte idée.Ilse fait
connoistre par les ardeursdela
volonté. Il s'expliqueparler
Jumieres de l'esprit, & il semble
que lachaleur naturelle n'agisse
que pour l'entretenir,lors
qu'elle ramasse autour du CUf..
&danslapoitrined'unAmant,
les agréables vapeurs qu'il ressentenla
présence de l'Objet
qu'ilaime. Cependant il transit, ilpâlit, & tandis que son coeur
eft>aumilieu des flâmes, un
glaçon mortel coule dans ses
veines.Il ne se plaintneantmoinsquedes
namesqui ledevorent
;& quoyqu'il ait les extremitezglacées,
ii dittoûjours
qu'il'foruîe^& qu'il esten feu.
L'Amanteau contraireest toute
gelée ,parce qu'elleaffecte une
certaine froideur à l'égard de
sonAmant,&qu'elle croiroit
bfcftetffott honneur,si elle pa- îèrïfToitautrement,.o
Voila l'origine des pleurs &
dessoûpirs, qui viennent de l'aitfttttrV
Ceux que causent la dou
leur&latristesse, ont un autre
principe, & sont d'une a.u~~
nature. UnAmant quipleure
& qui soûpire,adelatristesse&
de la douleur;mais ils~~
xaminer icy.le$^oup^qiiq,1,^
mour faitpousser,& les larmes
qu'il fait répandre.Qnde-{
mande lequelmarqu.unccp.IUfll;
forceK resse.
chercheassezexacte,jepretens,
faire voir que les larmesfT^njuJ
portent de beaucoup (lfF:>iÍPt' soûpirs.
La forte application,/$iufl>
Amant pour l'Objet. uPfL'rI;-
souvent, lacause dessoûpirs.
L'amedemeure suspenduë, &la
nature est presque fufÇoquée^
Le coeur est embrasé, & nepeut
se décharger, des fumées dont
les. humeurs le couvrent.Enfin
l'ame
l'ame se réveille, & dissipe ces
vapeurs par l'abondance des
soûpirs. Ils ne nous ont pas
plutost ouvertla bouche pour
forrir,que les yeux les font suivre
par leurs larmes. Les soûpirs
sontles expressions müettes de
la douleur. C'est le langage
d'un Amant disgracié,& qui ne
possede pas cequ'ildesire. Mais
comme on soupire dans la possession
mesme de l'Objetaimé,
8c qu'il est en amour, des soûpirs
de joye & d'espérance, il n'y
a que les larmesqui soient véritablement
l'expression müette
d'un Amant malheureux, foit
qu'il soit privéde ce qu'un aime,
de l'Amour. Ils sorcent parune
ouverture extraordinaire du
coeur, & cette ouverture est le
passage quel'amé le fait pour alleràl'Objet qui l'appelle.
,, Les larmes font encor des parôles
muettes, mais éloquentes,
que la Natureemploye pour
faire connoistre l'étatoù elle
est, &pour obtenir efficacement
le secoursqu'elle demande.
Ce font des prieres qui
se fontentendre, & qu persuadent,
lors mesme qu'on ne peut
parler.Ellesnetrompent point
côme celles qui font enfermées
dans les paroles.. Ces prieres n'a
se font que par les yeux, & ne
s'entendent aussi que des yeux;
ce qui a fait dire agréablement à
un Auteur, que les mesmes.
yeux qui font si doucement cou- ler clain l'ame la passîon d'amour,
ne manquent gueres à se
remplir de larmes bien
-
tost
apres. Enfin comme elles partent
du coeur aussi-bien que les
supirs,elles vont droit aucoeur.
S'il y a de la foiblesse dans les
larmes, elles ne font point condamnables
en amour. Plus on
aime, & plus on est foible,
Ainsi les larmes doivent estre
par cetteraison mesme beaucoup
plus fortes que les soûpirs.
Tous les Héros des Romans,
ont répandu des larmes. S'il
y en a qui pleurent, & d'autres
qui ne pleurent pas, ce
n'estpas qu'ilssoient plus forts,
ou plus foibles,mais parce qu'ils
ont le coeur plus mol, ou plus
dur. Qui ne doit donc pas préferer
unAmant qui pleure à un
Amant qui soupire, puisque
l'un a le coeur plus tendre que
l'autre, qui est tout ce qu'on.
peut souhaiter dans ceux qui
aiment, & qui touchent plus
sensiblement la Personne aimée?
Ceux quiont cette-partie molle,
font plus susceptibles de l'amour
queles autres; & c'est
la raison pourquoyle mot de
,t'ndr,?(se luyeft affecté, parce
que ce qui est mol doit estre
tendre. Ainsi le coeurs'attendrit
avant que de pleurer. On peut
dire au contraire, que ceux qui
ont le coeur dur,sontincapables
des tendres sentimens que Ta^
mour, & l'amitié inspirent. Ce
font des coeurs de roche, que
l'ona beau toucher, iln'en sort
jamaisunegouted'eau,
Cependant le mot de soûpirer
est si commun dans le langage
amoureux,qu'il veutautant dire
qu'aimer. Iln'en estpasdemesme
de pleurer, quiest plus essentiel
à la douleur &: à la tristesse.
Un Amant ne dit pas à sa Maîtresse,
je pleure pour vos beaux
yeux,mais-je soûpire.Neantmoins
les pleurs estantlesang
del'ame, pour qui doivent ils
estre répandus que pour un
autreellemesme ? - Car comme
l'amour spirituel &: raisonnable,
n'estautrechose que l'union de
deux ames , quand il se passe
quelque combat entr'elles (ce
qui arrivedans le cerveau quiest
lesiegedesesprits ôtdeslarmes)
elles ne peuvent donner des
marques plus sensibles de leur
tendresse.
Ondit qtrël'îimoilf&les larmess'apprennent
sansMaistres.
Il sembleroit donc que les lar
mes seroient de l'apanage de
l'amour. Il est du moins un
amour seintaussi bien que des
larmes feintes. Mais si elles ne
sont pas indignes duSage,
peut-on les condamner dans un
Amant qui semble n'aimer forcement
que lors qu'il s'éloigne
beaucoupde lasagesse La triscessesur
le visage du Sage, est
une grande Philosophie qui
nous instruit de nosmiseres;
mais les larmes font bien plus
éloquentes sur le visage d'un
Amant.. Elles font capables
d'instruirede l'amour le coeur le
plus insensible. Qu'un Amant
triste & fondant en pleurs aux
pieds de saMaistresse, est persuasus!
Qu'il exprime bien son
aurmenr, & qu'ilest difficile
de n'en estre pas touché! Pour
soûpirer d'amour, il faut pleurer.
C'est une rosée, ou une
pluye tiede , qui tombe par un
vent chaud & humide, dit un
galant Autheur. Un autre appelle
les pleurs une sueur de
l'ameéchausée. Eneffet ils ne
sont autre chose que la roséé
quise distile des soûpirs. Quoy
qu'on puisse feindre les larmes,
il est rare neantmoins d'en répandre
toutes les sois que l'on
veut. Quelque délicatesse d'imagination
qu'on puisseavoir,le
coeur & le cerveau ne se referrent
pas au premier commandement
qu'on leur fait. Ilfaut
que l'ame soit penetréeauparavant.
Je sçay qu'il ya des Gens
qui s'atendrissentsur tout, mais
encor faut-ilqu'il y ait quelque
Objet qui les touche pour soûpirer.
C'estde tousles mouvemens
le plus facile à exprimer
Les moins touchez y sont les
plus grands maistres. Belles, prenez
donc gardeaux soûpirs de
vos Amans.Nedites pointque
les pleurs sont lesremedesd'un
coeur amoureux, puis que ce
font les marques les plus vives
de sadouleur. Enfin c'est quelque
chose de si prétieux qu'une
larme,qu'elle est capable de
fléchir le couroux de la Diviniré
mesme;& comme dit le
celebre Mrde la Chambre,les
pleurs fontdesprieresv&;des>
sollicitations trop»;prenantes
pourleur pouvoirrefuser ce quf
leur estdeu par justice, eftanp
en possessiond'obtenir les cho^i
ses mesmes qui, ne font, que de graçe.rt •'.»
jcn!1( SOKET,deCarentanx
MrGardien Secretaire du Roy"
qui Il.toâjattrft agreablement écrite
sur toutesUs\£)ucfiions<qui ont.sfié/
ftr.QP(I::J, a répondu en Vers aitx
quatre dernieres, &il l'afait d'une
maniere fine &spirituelle
,
qui ne
pourra qu'augmenterl'estime qoe,
ses Ouvrages vous ont déja fiât,
prendrepourluy.Ce que votmavez,
vtudt.safaçon,dans le feplisme
Extraordinaire, estoitpeu (,rreH,
mais vous estes trop éclairée pour
n'avoirpasveuqu'ilnapoint de
part aux fautes que vousy axez, pû
remarquer. le ne vousrépete po.i.-nt
la matiere des Questions.Vous
l'avez veuë dans les Réponses faitesparMrPanibot,
& ilsuffit que
vous ensçachiezl'ordre.
SUR LES IV. QUESTIONS
du dernier Extraordinaire.
I. csser Objet de mes Yttux, éloigné
de vos charmes,
Lepousse dessoûpirs,&je versedes
larmes
MatspKesdeveutmesseulsfoâpirs
Confondent ma Idnlueurayecque mes
plaisirs.
Pleurs,soulagezpartout l'excés de
La tristesse,
MaiscteendderzeasusxeS. oûpirs leprix de la II.
S..th"
prendre icy delongs détours,
Pointde belles Prisons,pointdelaides
AmtNtrs. Q III.
Ve debizarrerie au
monde!
On blâmedes Marys les jalouxsentitoKtts
;
On lessouffre dans les Amans;
Et i'ilsiiensont touchez,quelquefois
on en gronde.
Est-iljuste apres toflt,' Tout-doux,
(jr*mus taisons.
S^raJtdle beau Sexe asesraijbnsy
Cesont des Loixfort équitables,
Qui nousfontsans appei^^nocens, ou
coupables.
àfatipouf venir auxdeux E}*II;
Letrouveroisdans le jaloux, - TItts ¡/tllmOIlr; ou d'extrscvagancn
Et dansl'autresibon, sidoux,
Plus 4"ej/im'e) ou d indiférenct,.
O IV.
Vtréde vos cruels méprùl
Disoit leferLicasà l'indolente Iris,
I'ay cris mettrefin à mapeine,
Enméloignant:deyot&, infiéxibLs Inhumaine; Maisde tout mondépitle trllifte-",
[Amûur^ainqueur,
T-Iers "Iew malgrémoyme ramene,
Iufië Ciel, quelafaite esvaine,
Quandle trait que l'onfuit seporte
dans le coeur!
Tirsisd'autre costédisoit àla Bergere
Meftr'{-"IDriS toûjoursst"e-'-
Nefiniront-ils pointces dédains ri- houreux, Etferay^^toâjoursfcûmts&mal-
!JUtl'(f¿:?
W,êZ«,ifquelquefois l'espoir de la
retraite
Vientmeflater d'unsortplus doux,
Que ceisfnoibleqstranuspartsidee motn aeme S'appaisent bientostpres devous!
Dans une absence dedurée,
Maguérisonest ttJlùrle.
Ie nepuiscependant m'y résoudreà
ce prix.
Etj'aimeencor mieux"Vosméprit.
Iris à ce discourssitendre,
Crût fm'issa,oit enfinse rendre,
Qu'en Amour consentirà rompre ses
liens;
Enchercherlesplusseûrsmoyens,
c.est mériter d'Amant rebelle
La confusion eternelle;
Mdiir que persévererdans la soû-
"'ilion,
Malgrélesfroideurs d'une 73cÏÏcy
C'estlapreuvelaplusfidelle
D'uneparfaite passion.
Ainsi de son Tirsis couronnant la
constance,
Tarsa correspondance,
Ellechangeapourle "Berger
Qui ria^oitpointVoulu changer.
FRAGMENT
D'UNE LETTRE,
A BELISE. FEignez tant qu'il vous
plaira d'ignorer la cause
de ma derniere maladie, vous
n'avez pu vous cacher qu'elle
n'en a point eu d'autre que les
inquiétudes&le chagrin de me
voir privé de vostre chere présence.
Je ne vous diray pas les
<:irconftaces de mon mal, puis
-que vous les scavez déja.Jevous
diray feulement que rien n'a
contribué à maguérison, que
l'assurance de vous revoir bientost
Jenefais,o'isencorque cõmencer
à quiter la Chambre, lors
que six ou sept de mes Voisius
mevinrent prendre un matin
pourunePartiedeChasse qu'ils
préparoient depuis quelques
jours. J'ay assez aimé autrefois
cette sorte de divertissement
qui nousest si bien dépeint dans
l'Histoire Enigmatique du dernier
Extraordinaire duQuartierd'Avril;
maisdepuis qu'une
passion plusbelle & plus noble
a pris l'empire de mon coeur, je
nevois rienquevous qui me
puisse plaire. jenepuscependãt
me défendre de me metrre dans
le Carrosse de Madame de.
qu'elle avoit eu la bonté de
m'envoyer, & nous fûmes en
fuite la prendrechez elle avec
le reste desDames qui s'y esroient
renduës.Ellesemit dans
leCarrosseoùj'estois,avec une
jeuneParente qu'elle estoit bien
aise de me faire voir, & que j'auroistrouvéelaplus
belle &: la
plus spirituelle Personne du
monde, si je ne vous avois point
connuë; ce qui fit que jepassay
beaucoup mieux la journée que
je ne l'avoiscrû.J'eus mesme
quelque chagrin de meséparer
d'une si agreable Personne, non
pas que le plaisir d'être avec
elle eust passé jusques à mon
coeur. Vous n'en estes pas seulement
la maistressepréferablement
à toutes les autres, mais
uniquement & absolument.
Vous scavez que j'ay soûtenu
autrefois contre la jeune Iris,
qu'à moins de cela onne devoit
pas se dire amoureux, & qu'un
coeur partagé n'avoit jamais
ressenty ce que c'estoitqu'une
veritable passion, & ainsi ne
pouvoit contenter
-
une Maistresse.
Jenedonneray pas d'au-
- tredécision à une des Questions
du Mercure Galant, sur lesquelles
vous me demandez mes
sentimens.
Il ne me fera pas difficile de
vous dire ce que je pense sur
celle qui propose à décider,
lequel de ces deuxmots prononcez
par la Personne aimée,
espérez , ou je vous aime, est plus
agreable à un Amant;car bien
que vousm'ayez dit quelquefois
le premier, je ne sçais encor
ceque c'est que douceur en
amour, & je sens bien que je ne
le sçauray jamais, que lors que
vous ne refuserez plus cetheureux
& desiré, je vos aime, à
yollre&c..
DE VILLE-CHALVER.
FICTION
SUR UNE
DES QUESTIONS,
ET SUR L'INVENTION
DE L'IMPRIMERIE.
A Rheims. J E m'en tiens, Monsieur, à ce
que dit un de nos plus fameux
Géographes, quHaërlem
Ville de la Hollande, est le
lieu d'où l'Imprimerie tire son
origine. C'est là-dessus qu'est
fondé ce que vous allez trouver
dans l'Histoire suivante.
LES
AMOURS DECLORIS
ET DE DAMON. cE fut, dans Haërlem que
Damon devint amauseux
de Cloris. Ils estoienttous deux
jeunesaimables. Cloris pasfoit
pour belle, & on trouvoit
Damon bien fait. Tous deux
avoient de l'esprit, mais leurhumeur
estoitdiférente; cartoute
là sincerité se rencontroit dans
le coeur de Damon, & la diffimulation
regnoit entierement
dans l'esprit dé Cloris. La Belle
estoitcharmée de la convention
de cet Amant. Elle le recevoit
toûjours bien chez elle; & cependant
elle vouloitnes'en faire
qu'un Amy. Ilyagrandeapparence
qu'elle s'estoit fondé le
coeur, & qu'elle l'avoitjugéinaccessible
à l'amour. Il faut
croire que Cloris ne se défioit
point d'elle-mesme, puis que la
crainte que soninsensîbiliténe
la privât à la fin desvisites de
Damon,l'ôbligeoit quelquefoisàfeindre,
qu'elle ne pouvoit
plus s'empêcher de l'aîmer; mais
- elle trouvoit bien-tost des prétextes
pour retourner dans Fijrrdiférence.
Enfin ce pauvre
Amant qui sçavoit bien comme
on aime,nes'accommoda point
des maximes de cette Inéxorable.
Il s'en plaignitàelle, &n'y,.
gagna rien. La mortelle dou-,
leur qu'il enconçeut, luy fic:
abandonner Haërlem. Il chercha
des endroits sauvages & retirez,
s'imaginant que sa passion
diminuëroit,àmesure qu'il s'éloigneroit
de Cloris. Ilsetrompa,
car l'idée de cette Beauté
fiere le suivit jusqu'au fond des
Forests, & lesollicita continuellement
à retourner sur ses pas.
Il revint donc aupres de laBelle,
dans le dessein de faire de nouveaux
efforts pour la rendre
sensible à sa passion., Comme il
n'estoitplus libre à Cloris de
feindre d'aimer,& que d'ailleurs,
elle avoir fortement résolu de
n'en venir jamais à l'effet, elle
ferma l'oreille à ce que Damon
luydit de plustendre. Quelle
rude atteinte pour cet Amant.
En falloit-il davantage pourle
mettre au desespoi? Il en demeura
si fortconsterné, qu'il ne
put marquer ce qu'il soufroir,
<
que par la violence de ses soúpirs,
Les pleursny les paroles
neluy furent pas libres tant
qu'il s'arresta dans la Chambre
âa- cette Inhumaine. Ce fut
chezluy que ses yeux fondirent
en larmes,parcequ'il commença
un peu à revenir de la douleur
qui le pressoit, mais apres avoir
versé de ces larmes en abondance,
il crút qu'il n'en devoit
point tant perdre dans la solitude.
Il retourna donc au Logis,
de sa Belle,résolu d'en soufrir les plus cruelles rigueurs. Il
pleura devant elle, & luy dépeignit
le déplorable état où il letrouvoit par ces paroles. Seroir-
ilpossible que messoupirs
violens, monvisagepâle ôc-mcg
yeux abatus,jpe,vovifif eussent
point ieticpr qnôil^inpftî
me cause de peine? N'aurez
vous pointégardàdeslarmes
dontjenepuis arresterlecours?
& la constance a^çciaquelle.j^
soufre, vos rigueurs,ne{f°\U! té- uiiq-véritabIe :ftt moy
unevéritablepassion? Que
faut-il faire,Cloris, pourmériter
d'eftrpairriédeyoiW? En
achevant cesderniers mots:,il
eut la consolationde remarquer
quelquestraits de la pitiélegerement
formez sur le virage de
cette Belle. Il se persuada que
ces traits estoient comme des
arrhes, parlesquels l'Amour
l'assuroitde la. conquestedu
coeur
coeur de Cloris. Aussi ne fut-il
pas trompé, car apres quelques
visites qu'il renditencor à sa
Maistresse, où il n' épargna
ny lespleurs ny les paroles,
à la fin le moment arriva où
elle devoit aimer. Cette fiere
Beauté n'ayant pas la force d'avoüer
qu'elle estoit vaincuë,
crût se guérir elle-mesme de sa
passionnaissante, si elle oftoit
de saveuë pour toujours, celuy
qu'elle commençoitd'aimer,
> & dans cedessein, elle luy com-
; manda d'un air rude, & d'un
ton impérieux, de sortir à l'instant
de chez elle, & de n'y revenir
jamais. Damon obeït.
Jugez avec quel accablement
de douleur. Helas! disoit-il en
luy-mesme, faut-il quej'aye entreveu
quelques rayons d'espérance,
& que je fois si cruellement
traité? Non,il n'estrien
au monde d'outrageant à l'égal
du procedé de Cloris. Je luis
assuréque le coeur le plus barbare
auroit esté touché de mes
pleurs. Ah! le dépit & larage
me font envisager la mortcme
l'unique félicité qui me reste.
Enfin l'excés de ion déplaisir
l'alloit réduire au tombeau, lors
qu'une Lettre qu'il reçeut dela
part de sa Maistresse, luy rendit
tout-à-coup le repos & la santé.
Je vous laisse à penser combien
de fois il remercia l'Amour, d'avoir
touché le coeur de cette aimable
Personne, & combien de
fois il baisala Lettre, apres y
avoir leucequisuit.
LETTRE DE CLORIS
ADAMON.
~J E prens trop d'interest à ce qui
vous touche, pour vous laijfcr
plus longtemps dans le desespoir.
Sije vous ay traité d'une maniere
cruelle la derniere fois que vous
.'I/Vez veuë, pardonnez-le moy,
c'est qu'il me fâchoit de sentir que * jevousaimois.Jenemesouvenois
pointalors de ceque vous m'avez,
appris vous-mesme, que l'absence
ne guérit de rien en amour.Je
çroyois donc, mais trop legerement,
quejepourrois bannir de mon coeur
ceDieu aNssi aisément que je vous
o.y@ obligé asortir de ma chambre.
Helas, queje raisonnois mal! Je
connoissois bien mieux que vp^u.
estiez,redevable àvos larmes, de
ce quejecommençaadevenirvostre
conqueste, ,Cr()J-tm(J.J", Bamon,
ces soûpirs ardens que vouspoussastes
apres quelques jours d'absence
, ne furentinutilesque parcé:
qu'ils
- ne marquoient pas ajjl&I4
forec,itf, fine,dtwf
ils me faisoient diviner,quevous
"iltimÙz) mais ilsne medécouvroient
pointvpfire^ajjlondags,
toute fin étenduë. Peut-estire que
si vous eussiez tirealors du secours
des paroles, j'auraispenétréjusqu'aux
replis de vostre coeur, &
qu'enmesmetempsj'auroisestésensible
à la violence de vos ifoupin*
mais les larmesquevousrépandistes
quelques jeurs apres CMjna
présence, firent ejlesfiniesceque
vossoûpirsn'avoient pas mesme
commencé. Je ne doute point que
c'est à cause queceslarmestomhoièn'tgrofftï&
tnabondance, que
jt*ffîeusr'qu,si:Usi>oiï, pour estre
persuadéequ'ellesn'estoient point
feintes,&ainsielles ifïc donnoient
à connoistre quevostrebouche estoit
parfaitementd'intelligence avec
vostre coeur,&que insincérité accompagnoit
vos expressions amoo.4
reuses. Elles m'instruisirent si bien
devostre tendresse,queje crois qu'-
elles ne couloient plus, qu'afin de
m'excitercontinuellement à ne refuserpasdavantage
dusoulagement
àvospeines. lemesentis émeüe de
compassion, & àprésentjesça) par
mapropreexpérience, que ce qu'on
appelle pitié est presque toujours*
amour. Certes-jenem'étonne point
que nostre Sexepleure avec plus de
facilité que le vostre. C'estqu'ilesti
effecivementplus capable de tendresse.
le m'apperçois ilNfE qu'il
ny a que lespleurs quipuissent veritablement
amollir un coeur, &
mesme exciter les pleurs.l'avoüe,
lors que vous fustesforty de chez
moy, queje versay des larmes que
j'avois de lapeine à retenir en vostre
presence. Dans lesdentures
visites que vous me rendistes, ne
pristes-vouspoint garde aux traits
que la compassion imprimoit sur
mon visage ? En verité jeserois
fâchée !réfint,'lUt vous ne les cM{.
siez, pasremarquez.Cen'estpas
que je n'aye d'ailleurs despreuves
convaincants de ce quejesens pour
vous. Quandil n'y auroit que cela
fiul,jen'ayjamaisfait de Vcvifis
ny deVers;cependant JAmoN"
m'en a fait faire.Ilfaut. avoüer
queceDieu est un grand Maistre.
V&ity comme ilm'a appris tant de
choses.Inspirée par luy depuis le
ttmps que je ne vous ay veu, je
comparois d'abord mon coeur, que
Vossoupirs avoient tâché d'entever,
àun Rocherque des vents impétueuxn'ontpas
laforce d'ébranlerledisois
ensuite, qu'il en estoit
devuslarmes demefine quedesflots
de la Mer, lesquelsdatant contre le
Rocher,le minoient, le creusoient,
&enfinle déracinoient de l'endroit,
où la Nature l'avait attaché.Vous
wyez- bien que c'estàcause quevos
larmes m'ont insensiblement arrachélecoeur.
Et puisje fai/oisces
refléxions. Mon coeur n'avait-il
pointduraportàun Rocher, puis
qu'il en avoit la dureté& l'inflexibilité?
Lessoûpirs,qui n'ébranloient
poins ce coeur, ne si pouvoient-ils
peintcompareràdes vents quisonflientinutilement
contre unRocher,
puis que commeeux ils "ti/tHtn,
que de l'air? Leslarmes n'estoientellespointsemblables
auxflots de la
Mer, fuirqu'ellesmarquoienfraujfi
bien qu'euxle trouble&l'agitation,
&quelies n'avaientpas moinsd*&-
mertume estant causées par la douleur?
Enfin de cette métaphorej'aycomposéune
Devise,que vousaurez
sans douteremarquéeauxendroits
cachetez, de ma Lettre. On a gravé
dessus mon Cachet un Roc qui s'avancesurlaMer,
en forme deprécipice,
Mais qui faroit se détacher
d'une Montagne à laquelltil estoit
joint,parce que lesflots de cette
MerAgitée, le batatnsans relâche,
l'ont miné insensiblement par de
fréquentesreprises.Lesventflnscentde
tous, coffez>,&ilfembleque
de concert ilsMisse ce qu'ils ont
-,,
deforces pourabatreun Rocher. ces
motsservent d'une àla Devise, Il
•y fautsuccomber.. Ensuite dans
fjti/parlermon Cleur comparé 4&Rûtbcr.
Jene m'étonne point du bruit,
De quelquefaçon qu'il s'éleve;
Ce quimesend&m'amollit,
Estce quim'atrache & m'enleve.
Ne vous plaignez, peint, Vamon,
dece quej'ay taché de vous apprendreavecespritque
je vous aime.
Vitas me connoissez, &- njg¡Jo,.eL-,
pas que l'Amourestingénieux, En.
faudroit'il davantage pour 'VOIIJ
convaincre de la sinceritésentimens
de Cloris?
Damon regarda plusieurs fois
avec plaisir la Devise du Cacher.
Peut-estre ne se seroit-il
point lasse de jetrer la veuë dessus,
si son amour autant que la
bienséance ne l'eust pressé d'écrire
à la Belle, pour la remercier
du bonheur qu'elle luyprocuroit,
& auquel ils'attendoit
si peu. Mais le hazard voulut
qu'en écrivant, une goute d'encre
tomba sur les caracteres de
la Devise. Il y appliqua aussitost
du papierpour en oster l'encre,
afin que rien n'êmpeschaft
d'y remarquer ce qui estoit figuré.
Il vit que presque toures
ces lettres; ilyfautsuccomber,
s'estoient imprimées sur le papier.
Commeilne songeoit qu'à
achever sa Lettre, il ne fit point
alors les refléxions qui luy vinrent
en suire dans la pensée. Ce
nefut que quelques jours après,
lors qui'ilreçeut des Vers de
Gloris, que l'Amour luy saisoit
trouver beaux, qu'il se souvint
del'hémistiche, ou plutost de
l'ame de la Devise marquée sur
le papier. Dans la passion où il
estoit d'obliger tout Haërlcmi
d'admirer les Vers de sa Maîtresse,
il s'àvisa d'une Invention
qui exciteroit de la curiosité;
pour les lire, & qui feroit cause
qu'on ne les oublîroit jamais,.
Il jugeaqu'il n'yauroit que la
premiere peine qui coûteroit,
puis qu'il luyfalloit formertous
les disérens Caracteres Séparément,
& lesjoindre les uns pres
des autres autant que paroissoientestreunis
ceuxde
de la Devisemais parce rque
le Plomb est le plusdoux & le
plus fusible de touslesmétaux
il le choisitafind'enfbrmerces
Caracteres, Dés qu'il en eut
suffisament il les affkmbîat
les serra, y mit del'encre dessus,
& y appliqua en suite le papier,
lequel ilpressàcontre les lettres
Le papierestant levé,ilconnus
que cet essayluy avoit reussy
pourles trois ou quatre premiers
Vers de ceux qu'ilavoit reçeus
de Cloris. Ilachevadoncd'imprimer
les autres, & dans peu
de temps il répanditdans la
Ville plusieurs Copics imprimées
de laRiecequi fuit.
LETRIOMPHE
DE LAM OUR,
A DAMON. DAmon, d'unemoran~
Vécouvroitf~Atteintes
Au mornesilence desbois,
Lorsqu'ille troubloitde cesplaintes,
Claris insensible à ,,!JfiNIl, -Garde toujoursuncoeur deglax.
Amourtéchauffe-le degrâce, Et ne rebutepoint mesvoeux.
"Vans tous leslieux de ton empire
jet'éleveray des Autels.
.Ii!f!H;,..;e-, XOY des Immortels,
Pourtefechir?tun'asqu'à dire*
Ordonne, maisenfin fay ce([etUtrigueurs
Dont m'accable cette Cruelle,
le vayfaireparler messoûpirs&nies
pleurs,
Pourmeservir Amour, de^dnce-moy
cher elle.
Ainsipour êbranler mon eirar,
Sessoûpirs enfoule sortirent
Àiaif s'il irll renditle r
C'estqueseslarmes l*attendrirent.
CL0Xr-r.
A peine avoit-on commencé
dans Haërlem d'admirer l'ln.
vention de Damon,qu'unValet
de cet Amant emporta tousles
Caracteres de l'Imprimerie à
Mayence. Delàvientquecette
Ville d'Allemagne s'estfauflèment
attribué la gloire d'estre
lapremiere qui ait trouvé le
Secret d'Imprimer. Ce Secret,
autant connu à présent qu'il
est utile, me procure en mon
particulier
-'
le plaisir de faire
connoistre au Public que je fuis
vostre &c.
DELASALLE,SrdeLestang
SENTIMENS SUR LES
quatre premieres Questions
du dernierextraordinaire C£st le veritable caractere
d'un Amant, que de soûpirer
auprèsde ce qu'il aime. Il
ne peut luy donner des marques
plussensiblesde sonamour. Les
pleurs ne font pas toujours un
effet de la tendressè; on ne les
feint que trop souvent. Tout ce
qui peutblesser les yeux, les fait
pleurer. Lasoiblessefaitversèr
mille larmespour le moindre;
sujet. Les Enfans & les Vieillars
pleurent, &rient en mesime
temps. Les Mélancoliquesson
dent souvent en pleurs, sans
qu'on en puisse devinerla cause
Les soûpirs viennent toujours
de l'excès de l'amour, ou de la
tristesse Ce font les fidelles interpretesdu
coeur, qui decouvrent
jusqu'auxmoindres deses
sentimens. Ceux qui pleurent
la mort, ou l'éloignement d'une
Personne qu'ils aiment, n'en
font pas si vivement touchées,
que ceux qui soúpireng Leur
douleur se dissipe en bien moins
de temps, & ils ne font pas
sujets à beaucoup de maladies,
que le chagrin renfermédans le
coeurà coustume decauseraux.
autres. Les Amans les plus passionnezexprimentrarement
leur
amour par des larmes, mais on
n'a jamais aimé sans soupirs.
L'on ne voit pasaussi que les
pleurs sassent beaucoup d'impression
sur lecoeur d'une Bélle
& s'ils la touchent quelquefois,
c'est plutost un effet de la, compaillon
qu'elle a delasoiblesse
de celuy qui pleure,que de son
amour. --. «ri
?',..¡ Mais s'il est naturel à un
Amant desoùpireraupres d'une
MaiftreUîe qu'il trouve belle, il
estsurprenant de le voir soùpirer
aupres d'elle, quand il la
croit laide. Cependant l'amour
l'y engage quelquefois, & il ne
Je rend pas moins esclave d'une
laide, quoy qu'il la croye laide,
que de celle qu'il trouve belle.
C'esten celaque l'amourfait
paroistre le pouvoir qu'il a sur
unAmant;ille force à aimerun
objet que l'imagination luy représentelaid.
La jeunesse, la
taille,le teint, les traits,&les
maniérés d'une belle Personne,
n'ont plus rien qui le couche,il
adore ce qu'il fuyoit autrefois,
il ne cherche qu'à luy plaire, &
à s'en faireaimer. L'amour n'a
pas besoin de tout son pouvoir, !
pour engager le coeur à aimer
une Laideque l'on croit belle; il
suffit qu'il trompe l'imagination,
& qu'il cache la laideur
fous quelque apparence de
beauté., Illuy est aisé de sasciner
les yeux d'un Amant, &
deluy représenter une Laide
comme la plus belle Personne
du Monde. La beauté dépend
quelquefois du caprice des
Hommes. Ce qui plaist à l'un,
n'est pasaugoûtdel'autre. L'on
trouve dansune Laide quelque
chosequi plaist, que l'on ne
trouve pas dans une Belle. C'ést
ce quitouchelecoeur, & qui
l'engage ;mais rien n'est capable
d'attacher un Amant aupres
d'une Maistresse qu'il croit
laide, que la feuleforce de l'amour.
Sile fort d'un Malheureux,
que l'amour rend esclave d'une
Personnequ'il croit laide,!'eÍbQ'
plaindre, ill'est encor davan
tage, quand la jalousiese jointa
l'amour. Quenesouffrepasun
pauvre Mary qui aime sa Femme
avec la demiere cendreue, & qui
cepend-nt en est jaloux? Il est
toujours en inquiétude "jhfe
défiedetout, la moindrechose
luy fait peine, la visited'unParent
ou d'un Amy luyestini
commode, & il a tant de peur
qu'on ne la luy ravisse, qu'il ne
lapert presque jamaisde veuë
tant il craint deperdre cequ'il possède -.iioq
-
L'amour ne se contente pas
dela jalousie,pour faire souffri
un pauvre Amant il l'engage
souvent à aimer une Insensible
quileméprise. Qu'il est rudeà
unAmant de soupirer auprès
d'uneIngrate, qui n'a que des
mépris pour luy! S'illuy donne
quelquestémoignages de sa ten-
^refle , elleluy: donne mille
marques d'indiference. Plus il
a d'honnêteté,pour elle, plusellaa
de rigueur pour luy. Cependant
quoy qu'il fasse, il ne
peut s'empêcherdel'aimer, &
souvent l'amourle préoccupe
d'unemaniéré,que quoy qu'il
envisage l'absence comme un
moyen infaillible d'éteindre sa
pnion, il n'a pasassèz de force
pour abandonner l'Ingrate qui: leméprise. Si l'amour luy laisse
quelquefois la liberté de s'en
ci'oigner,u ne l'a pas sitost
quittée,que sa, passion se réveille
enmesme temps,&ilne sçauroit
effacer l'idée qu'iladecette
Insensible. Mais quand il est:
allureque l'éloignementle guériroit,&
qu'il n'a pas la force
de s'en séparer,sa passion est
bien plus violente,&l'amour
m'atttache bien plus fortement à.
ce qu'il aime.
Que les effets de l'amour font
bizares ! Il prend quelquefois
plaisir à duper le coeur fous de
sausses apparences; il le force
d'autres fois à aimer un Objet
pour lequel il a de l'aversion; il
l'expose Couvent àce que la ja.
lousse a de plus rude,ill'assujetit
enfin à une Ingrate, qui n'a que
du mépris & de l'indiférence
pourluy.
LE PHILOSOPHE INCONNU.
La Piete quifuitestde Mr Petit,
Consèillerau Parlement deRouen,
Ill'afaitepourunetres-be&tresspirituellepersonne
de la Province,
&sa lecture vousfera connoistre que
pour estreessissurles Fleurs de Lys,
on ne dédaigne pas d'avoir commerce
auparnasse.
DECLARATION
D'AMOU R. TRop indiscretAmantquinepou-
Ye?yo*& taire,
Pesezpludd'unefois ceque ()_'I()uk(
faire,- etvous,CoeurtropfacileÀfottalaissèr
charmer,
Encachant vostree amour, contentezvom
d'aimer.
Le respectveutdu moins quensecret'
on scupire
Ilnous permet d'aimer,mais nonpas
de le dire;
Et quel quesoit 'exesduplusparfaitamour.
On devient criminelde't quonlemet
du jour*
On peut parmillesoins en donnerCov-*
naissance,
de ces muets aveuxjamais onne s'of
since,
Leur-langage estpermit, maisjamais
sans trembler,
La main ne doit écrire, c-, la bouche
parler.
cepen,,ddntje fuislas dé garder le
filence,
Nos soupris font entreux troppeu
d'intelligence,
Etmes tendresregards font des té
moinsconfits
Qui potier,ten effet maissans efireenttndua,
.Affi{
J.ffè, CJ"' trop longtemps, ma langue
trop craintive,
,Â'ttllll"'dttIlNll0N eceurntapajjlon cafti^
te.
-StJefJ- aimois monus,j'enferoùplus
discret,
J'engarderaisencor le pénible se
cret
J&itfkelaii'sil'amour rendunAmant
coupable^
f*parybffe**7nndvént,youfefî:strop
aimable.
Thï/s qaey^e'r? "J!ilhtdit,Trü,ldcf,e.. verauy
Nem'entedéT^"vouspas?Je "*vvoouuss aimé, ilestvray.
Xifcfyna&Jansdépit,•cetaXeuterne'-
raire,
lel'aurois ètoufe,sij'avais pu m'en
taire, 1 etpeut-estre aurois-je eu beaucoup
moinsâsoufrir,
)t-h:..tèïify.,cJfri', qu'à yor&tle découvrir.
,'-
Fouriezvous me blâmer d'hoirckvrjy
pourguide
yP)yAmoursiparfait, Jttendre,Jt
timide; : ',' ,"'
Fr.Pl/J efireaujourd'bùy sensible àC*
yû/fre4oùfy
Tourie^-Vou* naimerpas,donnef
tant d'amour?.
Pardonnez, hèUçIristpardonne^moy, moncrime, Lepouyoirde vosyeuxl'arendule- 1
gitime,
Euxsiseuls l'ontcommence,leurdoucurl'apretïta^
Mon coeoryconsentit, ma main
l'acheva,
Elf#r«m«aujeur WlIIÑf';"J"'fJNr:
justice,
Tucrimequejayfaitn'estes-vouspas
complice?
Pardonnez à mon coeur de 'Y' est
-,, aimer,
lcephardaonnremà voseyeurx.de man"oirf,eu
La Lettre suivante a esté écrite
par ungalantHomme de Cahors, à
une des plus aimables& des plus
spirituellesPersonnes de laVille, à
laquelle ilavoit presté la Princesse
deCleves. La Belle luy ayant renvoyéson
Livre quelquesjours apres,
il trouvadedans une Miniature
d'un Coeur enflâmé, avec deux lignes
qui marquoientque c'estoit celuy
du Duc deNemours. Cette Galanteriel'ebligea
de luy écrire ce
que vous allez voir.
A M.A.DE D***
J'Ay veu avec plaisir ce petit
coeurquej'ay trouvé dansla
princesse de Cleves, Le feu qui
le brûle, & les flèches dont
il est percé, me l'ont
-
d'abord
fait prendre pour le mien, &
j'ay presque esté persuadé
quevous vouliezfaire voir que
vous fçaviezl'étatoù vous l'aviez
mis. C'est une grandejoye
à un Amant, de voir que celle
qui cause ses maux, en sçait faire
un fidelle portrait; mais jeme
suis desabusé,voyant que vous
l'aviez peintsur du Vélin. Vous
le connoissez trop ferme& trop
constant, pour l'avoir mis sur
une matiere de si peu de durée.
Je veux croire plutost que c'est
levostre. Vous estes accoutumée
ànele donner que de cette
façon, pour le pouvoir retirer
plus aisément. N'importe, je
reçois cette grâce, avecd'autant
plus de reconnoissance, que je
sens bien queje ne la mérite pas.
On ne pourroit adjoûter rien à
mon bonheur, sila lecture d'une
Histoire tendre vous avoit inspiré
pour moy quelque sentiment
favorable.
Tbilts^ serois-je A./fl'{ heureux-
Pour a^toirfait naistre desfett#.
Egaux à ceux dela Princesse?
Et me voyant charmédevos attraits
Plusquedessiens fin Duc ne fut
jamais,
N'auriez-vouspointpourmoyconçeu
quelque tendresse? -.
Mais las ! cepenser est trop dot.,x.-
Si ce coeur me venoit de "rOIH,
M'auriez-vousfaitsçavoir que c'est
celuy d'un autre?
Lescoupsdontilparoistblessé,
Etles traits dont il estpercé,
Ne mesont que trop voir que ce n'est
pas leyojlre,
Laissez-moy cependant la confolation
de le croire ainsi. Permettez
que jeme repaissed'une
pensée si agreable, & qu'au
moins je fois heureux en idée, si
je ne le fuisen effet.
Nedesabusezpointmoncoeur,
Etsouffrezquedanscette erreur Je tâchedepasserplus doucement ma
vie,
Queparlàfaîlege mon mal,
Et qu'espérantl'Original,
Je m'imagine "voirfafïdeUe(ypie.
Condamnez ma hardiesse. &
grondez-en tant qu'il vous plaira.
Il est si naturel à un Misérable
de se contenter, que vous
ne devez pas trouver mauvais
qu'il croye que vous luy donnez,
vostre coeur en peinture, quand
il vous donne véritablement le
tien. Ne soyez pas fâchée du
plaisir que cette Fiction luy
donne; & souffrez qu'il tâche
de se soulager par desfaveurs
imaginaires,tandis qu'il feroit
digne des plus solides, si la plus
forte passiondu mondepouvoit
mériter quelque chose de vous.
A.C.
VÀutbcur du Poëme qui suit
cette Lettre, est digne d'estre couronnéparle
Laurier qu'il couronne.
:Cf¡ Pièce est longue,sivous la com-~
parez à celles que j'ayaccoûtumé de
vous envoyer; mais tout ce qu'elle
contientestsi noblement écrit, que
je me tiens assuré que vousla trouverez
trop courte.
LA DISPUTE
DES ARBRES,
OU LE LAVRIER
COURONNE.
,
POEME. LELyongenéreux dans lessombres
'.B()CdgS,
Regnesuperbementsurles Beflesftu
vages;
Etsur le Peuple aîtequifendlesein.
des airs,
Ze,g.ve l'Oyseaufameux du Maistre
des ect-diri.
0 Muse, en cebeaujourprens lesoin
de me dire
Surles Arbresdes Champs, quelArbre
tientl'Empire;
Montre-moyceMonarque^^décou^re
àmesyeux,
TarmyfsT^ameaux verts,fin Sceptre
jfeparfaisdeUforte,{<pUJtfu/ïin*
yoftté
î3arcssemxotspaveclmioyqs'eust soéudeain.-
J-fayoryd'Ap<tUon,puis que tu veux Ha'foit
Quitientfuries Forests le Souverain
pouvoir,
Des Arbres concurrensjevay t'ouvrir
l'Histoire,
Etdu Victorieux te dépeindre la
gl,oire.
LeCh'1,;' mieux pourveudefeüilles
que desuit,
Tourle Sceptre douteux, contesse ~o* faitgrand bruit.
Hcqueprétendez-vous, ditcetArbre
superbe,
ALbii{reaux}petits Nains, qui rampez:
comme l'herbe?
Du haut de ma grandeur, indignes
Compagnons,
Je vous regarde en bas commè des'
Champignons.
Mon sommet danslesCieux va braver
* les Etoiles,
De mes vasses rameauxla nuit forme
ses voiles;
Je cache les Mortels fous mon toit ?
sans pareil,
Aux assauts de l'orage, aux ardeurs :','
duSoleil.
Qui de vous le peut faire,&qui de
vous ordonne
Du destin des Humains aux Forests
deDodone? ,,'; ,¡()
Reconnoissezmes Loix, petits Au-*
dacieux;
Ne serois-jepointRoy, moyqui loge
les Dieux?
Si vou; n'abandonnez cette vaine
arrogance
Qui vous fait disputer la supréme-
- Puissance,
Vous sentirez ma force, & mon robuste
tronc
Fera, ployer fous luyles vostrescome
un jonc.
Alorssurfingrandcorps branlantsa
fiere teste,
Ilfait un bruitsemblable aubruit dela
tempeste.
Enstédeses rameaux, £7°fier Je-ftr,
bijoux,
Le Planefitbien taire unsibruyant
couroux.
Surl'émail defafèiiiUea\ecpompe ilêtale
cequ'a de plus charmant la 7(ixe
Orientale,
Laverie, le Corail,l'Or, le Diamant,
chersgages de CllmoMr.deson Royal.
Amant
Car un Prince connu du Couchant à
l'Aurore,
quel'universadmire, que :a
Tersiadore,
Du Pld,'lt' glorieux contemplant la
beané,
Mit soudain en ses bras tOlltsa liberté.
Lorsqu'ille>elesyeux versl'Objetde
saifa,ne-
Qued'amoureuxdesîrss'clientdans
fin ame!
Il sattache à cet Arbre, ilbaf'efort
beau corps, Il l'étreintdoucementfousses tendres
efforts, Illequit sèntantune douleur
extrême,
Se ratacheàson tronc, semble un
tronc luymesme.
Ilpart, ilpartenfin, du moins ilcroit
partir;
MttÍ5sifilme- au départ ne sçauroit
consèntir,
elle arrestesespas luy montre fin
enIdole, approche encor, l'embrassè, la
cajolle;
Mais ce Prince cotraint d'abandonner
ces lieux,
Asesderniers baîserjoîntses derniers
adieux.
Adieu, dit il enfin, le destin nous
féjJlsre;
Jbïous separes ah, quedisje?Arbre
charmant Idie,
A quelqueeloignement queje sois condamné,
Tuseras dans mon coeurtoujours enracine
Reçoy de mon amour ces marquesglorieusès,
Ce beau Cercle doré, ces PieYlCS pré- -
cieuses
A tefse/Jtl#l"rte-trdso)/ddi:S';o!:e-'srr.,'j.T#3raf-
Etseme tes rameaux de men brillant
tresor.
Le Planerevestu de cespompeuses
maraues
Questbeauté'reçeut du plus grand
des Mfntlrfjues,
Etaleen ce moment toute si m*+:'•
jePI,
Et du Chesut orgueilleux att/tqnela.
fierté.
Taisez-vousluydit«ilt vieuxChesne
de Dodone,
Il n'appartient qu'à moy de porter
la Couronne.
C'est à vous à charger vos antiques
rameaux
De ce fruit délicat quinourit les
Pourceaux,
Une fert qu'àlaBesse, & l'Homme
le méprise
Depuis que de ses dons Cerés lefa- - l'Arbre fuilerete-pe alorsquilest
•pre/ïe'
Quiduplu*lourdfardeaune/tjdmah
intendant que du Sceptre on dijputoit
la gloire;
1Vous cYombattlez,Odit-ill,r&ej'au;rayU- .,'
Puis qu'on dispute un Trône, & que
l'oncherche un Roy, ',
Arberess,jetfuàis lamPalmoey, &.»la Palme LaPalinedecéderne connoist point
l'usage,
Etquiveutl'abaillêr, la haussevantage.
De mes bras en topslieuxonchante
la vigueur,
Et je pourrois ployer fous les Loir.
d'un Vainqueur! Non, je neseray point à moy-mesme
arrachée,
LaPalmeàlaVictoireesttoûjour.
attachée;
On confondnosbeaux noms près&
loin des hazars,
Au sommetdu Parnasse,&dansle
champ de Mars.
Des plus grandsPotentats,mon ombre
favorable,
Conservela splendeur éclatante &
durable,-
Et si de mes rameaux leurs chefs ne
sont couverts,
Ils tombent, & leur chûte ébranle
l'Univers.
Faut-il que les effets de cette frenéfie
Q,u.i fit aimer le Plane auMonarque d'Asie,
Inspirent tant d'orgueil à cet Arbre,
aujourd'huy
Qu'il ose publier que l'Empire est à
luy?
Non, le Plane a grand tore de tirer
avantage
-Du Galant couronné qui luy rendit
hommage.
Xerxes n'est pas le seul de qui les venu
pressans
Ont, pour un Arbre aimé, prodigué
de l'encens.
Crispe deux fois Consul, eutmesme
rêverie,
UnMeurierfut l'objet de sagalanterie,
Ille vit, ill'aima,mais avec tant
d'ardeur,
Qu'illuyporta cent fois le tribut de
soncceur.
Il embrassa son tronc, il baisa son
écorce,
Et se laissant surprendre à cette douce
amorce,
Pour donner à sa flâme encore plus
d'éclat,
Il arrosa son pied d'un fleuve de
Muscat.
Les Neveux deRomule admirant ce
caprice,
Rirent à ses dépens, & luy firent
justice.
Le Meurier sela fait, & demeure
content,
Sans qu'il aspire au Trône où le
Plane prétend:
Toutefois sur le Plane il a cet avantage,
Qii1 mesle quelque fruit au verd de
son feiiillage;
Mais le Plane est stérile, & l'ombre'
feulement
Qu^épandent ses rameaux, esttoutfou
ornement.
Quant à moy,sans vanterl'eternelle.
verdure,
Qui dans nos doux climats orne ma. chevelure, ':
Je dirayquema..Date.ensestréfor*
divers
Recommande en tout tempsmagJoirp
à l'Univers.
Elleest avec ardeur de mes bras enlevée,
Etdans les Cabinets chèrement cou.
servée.
Des Palais délicats elle fait les de.,
ifrs,
De la bouche,des Royselle fait les
plailirs.
On la mange, &,ce mets fait honneur
à la Table;
Onlaboit,&cesucest un jus déje-v
&able,
Et dans ce double usage elle emporte
le prix
SurlaFigue sucrée, & sur les Vins
exquis.
Silenceence temps-la,dans un état
plus calme,
J^onJUitprèsdefortApte à Vombre
delaPaime;
DeceArbres émeus les cris retentif.
- sans
Entr'ouvrierses yeux, réveillerent
sesfins.
Oüay,qu'entens-je, dit-ild'une voix
bégayante,
En bâillant&frotantsa paupière
pesante,
Qui trouble mon repos? d'où vient
tantde clameur?
Jamais, grace à Bacchus, je n'aimay
la rumeur.
S'il's'agit de se batre & de s'enfaire
accroire,
A de plus fousque moy je laisse cette
gloire;
Pour ne me batrepoint, j'abandônneraytout,
Cette Ombre, maJaquette, &mon-
Baudet au bout.
Que si pour gouverner la Race Bocagere,
Quelques Arbres inatis font gronder
leur colere.
O Muse, en qui les Bois ont commis
leurs destins,
Confonds la vanité de ces Arbres
mutins;
Et si ton vieux Dévot dequelque
grâceest digne,
Considere Silene, & protege la
Vigne,
Soutiens sa dignité, fais triompher ses
droits,
Eippur calmer l'orage élevé dans nos
Bois,
Montre-leur aujourd'huy leur Monarqu-
ou leur Reyne,
Et choisy les amours du bon Pere.
Silene,
D'un pouvoir souverain le Sep regne
sur moy,
Etdu Roy deSilene ils peuvent prendre
loy.
Les plus grands Potentatsàla Vigne
obeïssent,
Leurs Sceptres-florissans fous ses pampres
fléchissènt,
Et quand tout a ployé fous leurs valeureux
bras,
LaVignesans effort metleurs testes àbas.
De la Palme, il est vray, la branche
ambitieuse
s'éleve dans les airs, du poidsvicto--
rieuse;
Mais si dessous le faix on la voit
triompher,
LaVigne s'enrichit sous le tranchant :
du fer.
Sous le cruel tranchant qui fait choir
son branchage,
La Vigne se renforce, & poulieda-.
vantage.
L'oeila-t-iljamaisveudebois pareil
au sien?.
Plus onluyfaitdemal, & plusil fait
de bien.
Il est-vray qu'entaillamses branches
épanduës,
Onluy tiredes pleurs & des Perles
fondues;
Mais dés que le Printemps ranime
les Zéphirs,
A ces Pertes deprixaccèdent les
Saphirs.
De cent boutons rians la pompe renaissànte
Environne sa teste, &la rend éclatante,
Et leSoleil ouvrant ses Saphirs animez,
En-plus d'uneEmeraude on les voit
transformez,
Surson front découvert,laNature
elle-mesme
En forme un verdoyant & pompeax
Diadème.-
Oqu;'il plaist à nos yeux, & qu'il
charme nos sens,
Parfumezde l'odeur de ses Rainns.
naiflàns!
Et quand sur nos Côteaux ces Raisins
on voit croistre.
Quel Ambre, quelle Pourpre en eux.
voit-on paroistre ? - Que$!il falloit encor mettredevant
les yeux,.
Du Prefloif empourpré les torrens
précieux,
QLI"R nedirois-jepoint de ces Rubis.
liquides
Qui tombentdansla Cuve à flots.,
chauds rapides?
Là, plus que les Eclairs ils devienneno
brillans,
ils exhalent de là milleesprits petillans,
Ils ont mille vertus, ils font fendre
lès Marbres,
ils redonnent la vie, & file pied des.
* Arbres;,
Au lieu,s'abreuvoitdeleur
douce liqueur,
et!ttte'qrit leurs bras n'eussent
plus de vigueur?
Pourtoutescesbeaucezpour tous
cesavantages, • Arbre,cedezauSep, itendez-lu^j^fc
hommages.
Veim Chesne,parGérés jusstement
dégradé, Vou^h'ncirifrit^biffiU,-î^TDU;..SfPalr^
au front ridé, .- PréTrôner
cedez la place,
LaVignt ale dessus,quoyqu'ellesoit
plus basse. , Lemonde n'eutjudis qucjrçifltlictufS^ éclatans,
Quand pour bravet les Cieux,régne
rent les Titans; Leurtailleenflavent cesoiguejSholeuiseçstesitebs,
lewc^r
pestes.
A)Qto)t
quoy bon de vanter un Corps prodigieux?
Forme-t-on le projet d'escalader les
Cieux?
Dujeme trompe fort, ou l'on a d'autres
veues
Quede prendredaflaut les ARres;ou
les Nues.
il s'agit de l'Empire
,
Se achez en
deux mots,
Que la petite taille est celle des
Héros.
Ce Conquérantfameux, des Monarques
l'élite,
Alexandre le Grand, eut la taille
petite;
Etde Pépin leBref
, que la Gloire
éleva,
Le renom triomphant dans le Ciel
se grava.
Le Cèdreinterrompant le dscourt de
Silene,
Aupointque ce Vieillard vouloit reprendrehaleine;
'Tes propos, luydit-ild'un ton ple
de couroux, ,',-, Méritentqu'on t'envoye en l'Hôp
des Foux. Eloigne-toyd'icy, vieux Devot de
Treille,
Va-t-en taillerta Vigne, ou vuide
ta Bouteille,
C'estqlàuton'virlaytmeesftiear,uc'estt ,là c
N'oblige pluslaVigne à prétendre
sihaut.
-
VI'
Elle n'est pas d'un bois dont un Sce
ptre le fasse, ," : fH(;1
Elle asonSep tourné de trop mau
vaise grace, 3'n»ôî
Avecstreop sde fboiblressae eslle ,allong Pour , monter surle Trône, elle ramp
trop bas.
La trompeuse Liqueur du fruit don
elle abonde,
fait naistre mille maux sur la terre
surl'onde, ,<*•»'*
Etdansses doux appas mesle un subtil
poison
Quisuffoque les sens, & détruit la -
raison.
C'est là,c'estlà sa gloire, elle luy doit
suffire,
Quelle nous laisse donc les titres de
l'Empire;
Dûssay-je fuir l'éclat qui brille au
front d'un Roy,
Le Sceptre me demander ne cherche
que moy.
Quel Peuple si sauvage aux climats
plus étranges,
De mon bois immortel ignore les
- loüanges?
Quin'admire en tous lieux cette rare
vertu
Dont avec tant de gloire on le voit
revestu?
Jamais la vermoulure, avec le cours
de l'âge,
Agissantde concert, ne me firent
outrage;
j'ay reçeuceprésentdela faveurdes>
Dieux, r>
Jele porteenmonefin,ençouc teiilpsï
en tous lieux, - -
Et j'aycebeautalentdontjenie glo-î
risie, *'A
Q-iè riennese corrompt decequ'on!
meconfie. '"0:
Muse,sans monsecours, xrainsqudî
tes nobles Vers .sw.y.a.s.y
Neserventqu'àrepaistre &làTigne
& les Vers, j"f
Quoy que de tes labeurs les hautes
destinées
DûssentbraverlesVers, læTne,si
les années.1
Les parfums précieux,ces aortfustA:
appas, ; •
Dont l'Arabie heureuse embaume(es
climars, c j
N'ont rien de comparâkliroâeurj
que j'exhale.i Telle&moins douce «ncoFftt
vapeur Royale, ,':.r.<r
- (, —
Qajexhaloit^icfefois le fameux Conquerant,
Lc^Fils deJupiter, Alexandre le Grand.; E%ay-}e qu'entouttempssur mes
branches éclate, :
Dpfruitque jeproduits,lapompe
délicate;
Etquemafamilleverte, &mon fruit jaunissant,
Etalentuntrésorsanscesse x&mCr;
Tout me destine au Trône, odeur,
fruit, & feüillage,
Et ceraretalent de triompherdel'âge.
Mise( cartule i'; torpeuxt&)sansle faire Preste-moy tafaveur,&c couronne
mon fort.
7)".,fampttx ÇombatL'ffijîot'resi yante'e%»
P.4t w.lJj;_n.ri:fU;tme fut 4inJ$;t
contée; :;:,',.i ",'
fil,fappris l*intriguedt#*-
l'rou-:(,
Vote*s;patr c.*qcttif¿-utt.quelenfut le l'avoisouy, dit-elle, &le Cedfe,&
Silene,
Et la Palme tg- le *Plane,&fi*'
perbe C¡,¡ne;
Jjfats mon coeur ensecrets'estoit déterminé
Tourï Arbrequ*Apollonfit naistre
de Vllfbnlt
Pourcjet Arbre cherysur le Montoù habite,
L'ornementde nos 27oe, &des Arbres
l'élite.
Quesonfeüillage estbeau lquilpré~
sente d'attraits
Aux Nymphes dont lesfeux cherchent
l'ombre C/ lefrais
a-tj'on aime ces boutosqu'en tout temps iletale!Q'onaime cette odeurqu'entout tteemolpps ilexhale!
SesBouquets l'OnJÂt'st'', aux triomphes
de Mars,
Geignent pompeusement la teste des
Céfllrs;
Ilsfurent autrefoisl'amour& l'al
¿gr:jfi,
EtduyaillantAchille, du Chantre
de Grece.
Etgo*sIf&),anionor. de leurs hea»te\
eprùy
Lesplusbrades GN"f'¡'trl,& letplmr
beaux F$rits.
LeseulMm deLaurier,lorsqu'ilfrape
l'oreille„ Ikfyi** la valeur à l'ameilré»
veille,
Qui trouve dans leson de ce nomglorieux
le.ne/çay-quoy d'attgujle& de --i.
doritllx.
CetArbre si charmant occpoitma
pensée,
Saglaire atoitdeja ma"Vorxintércffc'e)
Leconseilestoitpris, l'Ariejteflpifx
donné
Et déjà,pardonch.oixje /'a^o',i;-0scouronné.
-
-,"
A(f.(Jllre,, dù-je. alors^oFiSesdeMtmoire,
".," Muses, , mes cberesSoeurs, Compagnes
de magloire,
Etvous,mesNourissons, Favoris d'Apotion,• Sfcui cultite^ les fleurs,d* mon fiacre.-
Vallon,
JTene^, tIIt'COMre{-tousavecque vos mainspleines
D'AnneAUX,de Urajplets, de Coliers,
&de Chitines,
£u'cn m'apportesoudain tous mes
Bijoux de prix,
Del'Or, des Diamant,desPerles,des
TÇubû;
Je yeux que du Laurierles branches Ipt1lmillls-',i.
Portent de cesBrillanslespompes (uften"lIis.,;"
Et que l'oeil ébloüy voyeéclater
encor
Sursonfaiste ondoyantune Couronne
d'or.
OriMttentend, on ,ÙtvJ"Ùf't; jevoy /.;'
chose faite,
EtmonDaurierparécommeje lefou--
baite. cesdécouvrantses
appasy
Ie lettr dis enriant, ce Royvouspiaistilpas?
Soudain la Taime exempte ci- defaste
Cg- d'envie,
7(/i'rJlrâlfi1#S Ad!dncer,Pour,iiioy j'en
fuis ravie.-
Iel'en ~crfis, caïjefçay quelle est leur
IImidl,
/>Taltnecr leLauriersont toûjours
de moitié.
Toudt lesejoisntTen trouos lipeuxh, léaepomsp,e
Les WainsdelaJrï{toir&) £9* IdVoix:
des Orpbées.
Le Cmedre ean mLesmeotempysJe,fhûmetÀ
Me dit qu'ilest content de vivresous
un Roy,
Poureque pour tout bien oùson
desir afpire^
Du Libànfous ce Regne ilobtienne
l'empire,
LePlaneparprudence étouffantson
soucy,
Millgrl tout son Mdty lIIbllÿft, &
parle ainsv.
Que le Laurier foitRoy, pourveu
qu'on me publie
Son premier Lieutenant dans les
Champs de Lydie;
J'aime ce beau climat depuis cetheureux
jour
Queje vis un grand Roy charmé de
mon amour.
Je ne fuis point jaloux, dit l'Arbre
de Dodone,
Que le fameux Laurier m'enlevela
- Couronne,
Pourveu que fous mes Loix il me
laillè ranger
Et lelpeseant Ygeuse, &ele Lriege, Et que dans nos Forests & le Rouvre-
& le Hestre, ..- Comme ils onttoujours fait,me tien-Lnent
pour leur Maistre.
LaVignt,sansavoirle Sceptre disputé,
Contente de son fruit en tous lieux
sivanté,
A l'Arbre couronné vint rendreson
honjnagSy
Etdit ensoûriant,Silene n'est pas f
sage.
Au Parnasse aussitost on entendtcau,
nosBois,
Parleurs cris d'allégresse, applaudir
à mon choix.
Les Zéphirs à l'instant retiennent
leur haleine,
Pour oüir les beaux Vers des Chantres
d*i/ippocrene^,.
£utjlLataanutrlleeLrapurdierrdpaersdtesotonnss
Aux charmes de la Lyre adjoâtent
cesaccens. -
SSooiisspseaurneuxt,EômLapuirireer, ffooiit,tCcéItriiiaaiiff-c-
Suivydes beaux succés quechaèvin
luydesire; ',' , Les auspices heureux des neuf sçavantes
Soeurs, '', -.
Promettent à ton coûts«T^tèrçieHes
douceurs. M j
Regne sur nos Forests, tout rayonnan.
de gloire,
Cher &tendre soucy desFilles de
Mémoire,
Miroir de la Sagesse, où l'onvoit la,
pudeur
De l'aimable Beauté rehausser la
splendeur,
Depuis que fous le nom duneFille
charmante
Du plus beau des Amans tu sçeus
tromper l'attente.
En vain il fit briller ses feux & les
".appas,..,:' , Ses appas & ses feux ne t'éblouirent
Il pte souiuvit,rtusfuuisi,&teb,ravant sa
Fis voir que laVertu triomphe par
la fuite,
A ce rare succés tout le Ciel applaudit,>.
Daphné par ce succés de Laurier se
couvrit.
Imitez-cet-exemple, & marchez sur
ces traces,
O vogus,enrquiale Ciecl a veersé tsant,de Jeunes Gens pleins d'ardeur,& vous,
jeunes Beautez
Qui souffrez le tribut de tant delibertez,
, En l.aJfleucr duevositrne âgee, ôlbrfilleante, Cherissez la Pudeur, cherissez la
Sagesse,
Faites-en vostregloire, & tenezce
trésor
Plus cher que les Rubis, & plus rare
que l'Or;
Ainsi vous ferez voirdans vos jeunes
années
D'un Laurier immortel vos testes
couronnées.
O toy, de nos Forests le plus riche
ornement,
Laurier, qui te revests d'un éclat si
charmant,
Contemple l'Oranger, voysa pompe
dorée
Que garde un vieux Dragon sur les
bords de Nerée,
De ses fleurs, de sesfruits voy lebrillant
amas;
Il cede cependant à tes divins
appas.
Tes rayons éclatans comblent de
jalousie
L'Arbre qui fut aimé du Monarque
d'Asie.
Quelquerichequesoit ce beau Cercle
doré,
Dontpar les mains d'Amour jadis il
fut paré,
Comparant ce tréfordont un Roy
luyfitfeste,
Avec ceux dont la Muse a couronné
ta teste,
Il voit (& c'est d'où vient son chagrin
sans pareil)
Qu'il est moins qu'uneEtoile, &toy
plus qu'un Soleil.
O Laurier digneObjet, àqui tout
rend les armes,
Si Xerxesrevivoit, ou s'il eust veu ':
tes charmes,
Que le Plane auroit lieu de changer
en fureur
'Le$'talonx sentimens qui luy percent
lecoeur,
Etqu'ilverroit bientost sa conqueste
ancienne
Faire voler son coeur de sa main en
la tienne!
Toy seulturegnerois.dans l'amedu
grand Roy.
Ses feux& ses présensneseroient que
pourtoy;
Etpouraccroitre encor L'éclat qui
t'environne,
Tu verrois à ; , tes pieds son Sceptre&
sa Couronne.
Ainsgi soilenotporuritaegloiure,ôxLa,urier
Detesrares yertusçouslesRoyss*;
amoureux;
Ainsisoienttes rameaux, l'amour&
les delices • -
Deceux queMarsoccupe à ses durs
exercices,
Et4eceuxdontJa,Mufeàl'c?mbredç
nos Bois ,,,:' Formepour les beaux Arts,& 1'esprit,
& la voix.
Quedunoble Laurier unebranche
dorée ,>,,o;
Soit à labelle Helene QujQJ.q:.Y:>l
préferée;
QbJpHla^réffôre encore à la riche
Toison
Qû'enlevadeColchos le célébré
Jason.
Héroes,dosnttauaxgtratndasscoinhsl'éardeeu,r
Ne cherchez pluslaGloire oùJason
l'acherchée, LeLaurier en nos jours gardetout
sontrésor,
Ellefaitsonsejour parmy sesrameaux
d'or, - Adjoûteàsesclartez mille clartez
plus,belles, Etvolantàl'entour, l'embrasse de
sesaîles.
QueleCiel, ô Laurier favorable à
nos voeux,
Teprodigueentout temps sesregards
amoureux, Etquedesescarreauxl'effroyable
tempeste
Sé^éttTa^e en sa chûte, &respecte
tateste:
Que malgré la rigueur des plus froids
Aquilons,
Ta riante Emeraudè éclate en nos
Vallons;
Qu'en tout temps, à l'abry des vents
& de l'orage,
Brille l'émail pompeux de ton riche
feuillage;
Que tu sois des Zéphirs les plus cheres
amours,
Qu'ils flatent tes rameaux, &lesbaisent
toûjours;
Et qu'en leurs beaux transports les
Chantres de Permesse
Elevent jusqu'au Ciel ta gloire & ta
richesse.
Sousle nom du Laurier j'ay chante
l'a Vertu, - Puisse-t-elle régner, foit le Vice,
-abbatu.
MORALITE DU OBME,
Le Chesne représente l'antiquité
dela Race; car on sçait que cet Arbre
estoit consacré à Jupiter, duquel les
plus Nobles de l'Antiquité se van.
toient de tirer leur origine.
,"
-
Le Plane enrichy des Pierreries de
Xerxes, représente
les
Richesses, & la
faveur des Grands.
La Ralme signifie les Exploits de
Guerre., Elle est contente que le Lau,
rier foit couronné parce que la Vertti
guerriere, qui eftauffi representéepar
le Laurier,tient un rang considérable
entre les Vertus Cardinales, dont le
Laurier est le Symbole.,
La Vigne, pour qui Silene parlé,
signifie les Voluptez sensuelles.
Le Cèdre représente,fuivantec
mot Latin,Cedro dign* loaui,l'Éloquence,
&cetteimmortalité que les
JPoeèlteçsuserpsr.oOmuetvternatgteosu.jou•rs>, àUcaucf
Le Laurier est le Symbole de la
Vertu, accompagnée des ornemens
que luy donnent les belles Sciences,
représentéespar lesMuses Cet Arbre
ne demande point la Couronne,
parce que la Vertu ne brigue pointJes.
honneurs & les dignitez. !1ftjjPI
fnttum. ,., ".,,' .','
REPON SB
AUX QUESTIONS
Dv:''DEIlNII:Il
EXTRAORDINAIRE.
Ala première. TEl soupire qui moque.
Le Soûpir est 'tj,¡j"r°'lu
Jitriassure pas bien que CAmoll
nous émeut:
Maisles Larmes toujours assurentque
l'onaime, - ;
:l!NH qu'on peutfo/lfiirer au moment
qu,cn,.Ie veut,
Etqu'onnepeutpleurer de Tnrfme.
A la seconde.
AImerla Laide qu'on croitbelle,
Ce n'est rien qu'aimerlaBeauté
Que tout exuraime avecfacilité:
Mais aimer une Laide alorsqu'onla
croit telle,
C'estoù l'Amouragit toûjoursplus
puififiamment}
Etc'estun coup qui les autrefiurpajpî
Car enfin naturellement
Peut-on tirer du feu d'une Source
deglace?
A la troisiéme,•
LE Ialoux desaFemme aimesans
efiîtntr^
Sisant estimeenpeutaimer.
Aucontraire» l'Epoux à quilaja~
lousie
Ne troublepointlaf'antaifie^
Ason amourl'estimejoint,
Et n'est-ce pas une mlixifJIe-,
Que quiconque aime avec estime,
Aime bien plus, que qui n'estime
point?
Ala quatrième.
L'Absence
est l'excellentremede
*Pourguérir un Amant du mal qui
lepossede;
Mais s'ilprendceremede, ne peut
pasguérir,
CeMaladeejtsimal, qu'iln'aplus
st.à mourir.
Etpourl'Amant, que l'absence
Auroit enfin la puissance
De secourir;
S'iln'apas laforce luy-mesme
Des'eloigner decequ'ilaime,
yn charitableAn'ypeutprendre
l'heureux soin
De l'arracher delà,pourleplanter
bienloin.
Ces Réponsessont de Mr de sint,.
Vincent, quiaexpliquéainsiles
deux Enigmesen Vers du Mois de
Septembre.
I. - MErcareavecduSelvoyage,&
ne craint rien ?
Iccratnsfîrtquepourluy tout naiBc-',
pas trop bien.
Assurément on luysera qtférelte9 :',
S'il entre au "<Alos deGabelle. -
II. TOutde bon,diray-jeun men- ng,
Quand je diray qu'unefois en utf:
Songe
JfnJolideplaijir Estvenumesaisir?
J'adjoûte les Explications quiekj'ayreçeuës
des deux Enigmes du
Moisd'Octobre, dont leveritablesens
estoitle Fard & lé Sommeil.
RONDEAV.
I.
E n'est que Fard yuexjnfe le
Mercurey
Tirent,(rwper danslEnigme du ,.
., Mois.
,ej^in^*i,ilprendde nous la rendre
obscure, * , .- -
E/tj(<cacherdu mains pourcettefois
Deson~vraiJ\{ft:.le*fm&U«attife.
Maispenétrantsonstile &safigure,
Yéuctdécouvronsson adroite imposture,
Etnous disons d'une communevoix.
VH*'teVefpe'ta**.
LafUuJJlte'nous"afait tropd'injure,
LSoanvfearuitxérbeprirlelnatdiecstyrsédeusditraouixtsa,buoit-fi*
Etparois~àtaujourd'huy toute pure,
Sàsbalater,faitdire en%iÙeendroits,
"$o' Cfn'tltàuetA ", LesAcadémiciensdeBeauvais.
II
L'Enigme deceMoise liere, :4
Qu'illafaut expliquer tout d'une
Autre maniere
JZj/oîj n'explique ordinairement
Celles du Mercure Galant;
Car chacunsçaitquedordinaire
Touren trouverleMot, oncherchela
lumiere,
Qu'on estmesme foulentobligéde
veiller,
Sans dormir&sans sommeiller,
Fids passer ainsiplusd'une nuit
entiere;
Maissans clartc\fansjour,sansveille,
sans soitit,
On trouve celuy-cy la nuit dans le
Sommeil.
LesAcadémiciens de Beauvais.
III. LEs enigme en ril1 nous causent
tant depeine,- E- in nous nous mettonspourelles
À lagesne.
A demain,cher Amy, je tele dissans
Fard,
D*411jourd*bttyje ne puis m'appliquer oùttdemaotnadeemjtag
Toutlemotodeest couchéë "d1a1n1s nnooÇsttrree
"'Oifil1A.st'.,
Le Sommeil nous Accable, ilsefait
Âéja tard.
FORMENTIN & CAVDRON, Régens
au Colleged'Abbeville.
SONNET,
M IV. Ercure, que tufçdit bien l'art
D'obliger la LAide&la Belle,
TècoU^rant unsecretfidelle,
Ou l'une&l'autre ont tantdepart.
Ce n'estpas un coup du kdxdrd, -Pour une grace naturelle,
TufaissibienbrillerleFard.
Queparles recherchesJçaVaptes
2'11 beausecretque tu nous vantes,
Tu "vas rendre d'Esprits contens!
Le beau Sexe aura l'avantage
Defaire éclater en touttemps
Mille charmessurson Visage.
RAULT, deRoüen. y?"' pPour découvrir ce 7(oyJtpttijjant
dans lemonde,
guiparsavertusansseconde
Etendpar toutses loix&fin droit
sanspareil,
l'entre dans un Lieu solitaire ;
Mais infnfiblement resvant à ce ",;.f:
tere,
Tesuistombédansle Sommeil.
Lemefine,
v VI. OAtt en qui la Naturealaijïcdu
defaut,
Etquin'avezpasl'avantage
D*aftoirlaB"eautéfourpartage,
Veutpoute-^ rencontrer icy ce qu'ilvous
faut.
Nenégligezpas ceremede,
Il n'en estpas qui ne luy cede;
Carpour ayotr toujours le teintfrais
&vermeil,
Voicy la bonne conjonctures
Voyez,consultez le Mercure,
Itle dit en deuxmots,le Fard&le Sommeil.
VIETTE, Maistre de la Poste
de Constance.
v VII. Vous "te"tortJG¿tlilitnt Mercure,
D'apeller conte un vieux Penard,
L'Art ausecoursde la Tïaturr,
Vous u'aye^r*é ltéfoin Fard.
Que me direz- vouspourexcuse?
Vousn'enavezpointàmonsens;
L'Adage commun vousaccuse
De yGM*fkrdef à contretemps.
POLIMENE
M VIII. Ercore est toujourssanspareil,
Etgalantàson ordinaire,
d'envoyeraux Tînmes pourplaire,
Vupeu de Fardvde Sommeil.
La Societé delà Coûture.
v IX. Ousavezbeau, SeigneurMercure,
Sousplus d'unyifagetrompeurt
Nous déguiser vostrefigure,
Etfairepar toutl*Impoftmr,
Cessez d'en tirer avantage;
Sçachant que le mtnfbnge est deyojlre
apanage, MaigreleMasque vostreFard,
On YOIIS connoistra tojioutard,
DELACOULDRE, deCaën.
v X. Ous m')tt{ demandé, charmante
Celanire,
Des Enigmes du Mois les veritables
sens;
Donnez-vous, s*ilVouaplaist,lapeine
de les lire,
Vous les trouverez tous dans les Quatrainssuivans.
Lepremier de ces Mots n'estpas de
vostre /1fltg,
Vostresimple beauté,sansétudev sans art,
youi attire des coeurs quivous rendent
l'hommage,
Qu'ils nevous rendroientpas,sivous
usiezdeFard.
Le Motde lasecondeestbeaucoupnécejfkirey
Ilsa itbriller envous un teint toûjours
vermei,
Il vous cause un repos tranquille v salutairs: 1 ire-tepas cequefait envers y»** le Sommeil?
eotir l' Enigme enfigure, elleestplus métlaifée: Je dirois bien que c'est la Tondreçr*
ses Carreaux;
Jtfaà Icareélevé, qui tombe dansles
eaux,
M'assurequeso,fort,estunfortde
Fusée. !
Les Réclusde S.Leud'Amiens
XI.
FAnchon Jefuisftxmoûgémitypefic-,
vmurmure,
Z>Àllen"r sans dàrmirle retour du
Soleil:
Charmantee, allez voirle Mercure,
Vos bleaeuxyeSuxoà cmoupsmeûretroitflfC.fûPt
:Aim,,¡'le, menez-yvostre laide Voi-
Clle.
lZ!!.oy que cefoit unpeu trop tard,
Illuy ferachangersamine, liptuemiratte, en luy donnant
duFard
CACIDMANTDEFRANVAUX.
XII.
JE.,."s aimay tres-peu, mais belas
trop longtemps;
JïWasy&yoà, Iris, le soir àla chandelle,
Avec defaux appas vousfaisiez l<*
cruelle,
Plus de repospourmoy,fagotsperdu
lesens.
Pourquoyparoistreaujour?je ftf'Q/tIi"
t-dUansCl'erOreurrylanguir dedant,-
vos chaînes,
Je trouverois encor du plaisirdans n
peines,
ytus en aurie^peut-efirc'apDjftdr;
mon coeur.
Iris, tout estchangé, vgraces au
Soleil,
Mesyeux ont découvert ce quisasso
vostre âge;
Vos charmes,vos attraits, enfin ce be
"ifl$Ct
Fuyons, ce n'estque Fard,vcherch
le Sommeil.
Le mesm
Sur l'Enigme en figure.
I XIII. Care en cet état épouvante la
Terre,
Cs>riefi pas sanssujet,puisquec'e
le Tonnerre.
-riFjisk"leMt ainsi; mais ce riefiqu
Aiglon,
RGireanndRo1y,to1ut1con4coutrtatcucjicrure,
Et lanÇeëcsuçoeapuerouittsteeurlees,aisrtreers,ter
Uncours quetrace LA°ISZEtxji/re•
mante lesoûtient,quifutjettédans
l'onde,
V.ou-",.lIt voir l'éclat du bel Ajfat
du Monde.
se trompent tousdeux, je le croy
Papillon.
Le mesme.
deces Maisons estmarquée par
des Conquestes de Sa Majesté.
ne peut estreplusjuste, puis
cet incomparable Monarque a
oleil pour Devise, v qui ne
s'tfi ptffé aucun Mois, petidanî
lequel il n'aitremporté quelque
avantageconsidérable sur ses Fi;-
nemis. Le Vers Latin que vous trouverez
dans le demy-cercle, est expliquéparlesquatre
Vers Français
écrits aupieddela Sphère.
Le Secret de la dernicre Lettre en
Chrifres,n'aestédécouvertquepar
celuy qui s'estcachéjusqu'icysousle
nom du bon ~-cteYMWe Châlons
Saône. Il s'estapperçu que Mr Miconetquiainventé
et chiffre, avait
donnévt'vginombresdiférensachaquelettre,&
quelapremierevingtaine
,c'est-à-dire, tousles nombres
depuis 1 jusqu'à 20 signifient la
lettre A qui estla premiere de l'Alphabet;
tous les nombres depuis 21
jusqu'à 40,quisontlasecondevingtaine,
la lettre B; depuis41jusqu'à
irf, la lettre C; & ainsi des autres
jusqu'à450,quisontvingt-troisfois
vingtnombres, quirépondent par
ord& aux vingt-trois lettres, de
l'Alphabet, en sorteque tous les
nombres depuis 441 jusqu'a 460
marquent tous lalettre Z, qui est la
vingt-troisièmelettre del'Alphabet,
parceque chacun de ces nombres, est
danslavingt-troisiéme vingtaine,
à compter la premiere depuis 1 jusqu'à20.
Ainsi235marquentlalettre
M, qui estla douzième lettre de
l'Alphabet, parce que ce nombre235
est dans la douzième vingtaine.
Tous les nombres qui se trouvent
au dessus de 460, sont des nulles. Ce
mistere découvert, ilestaiséde connoislreque
U Lettre enChiffrescontientces
quatre Vers.
Amansqui craignez la surprise
Dans vostre commerce amoureux,
Apprenez à chifrer, c'est par làqu'on
meprise £> f-
Les foins &: les soupcons d'un Argus
dangereux.
j'ay encorun nouveau
Cbifredu
mesmeMrMiconetavons propefcr,
mais je leréserve pour le prochain
Extraordinaire, & me contenteray
aujourd'huy de vousen envoyerun
del'invention de M1deVille-'Cbalver..,
quej'ay reçeu ily a déja quel-
'seof mOt!. Quoy que l'Alphabet en
soitrégulier, il ne sera peut-ejlre
pas fort aisé d'en trouver la clef.
Ceux quienviendrontàbout,feront
fort capables d'en inventer d'autres.
LETTRE EN CHIFRES.
31. 71. 475. 654. 453. 434. 45.
113.576= 411.323.47.314.255.
238.654: 61.431. 219.691.54.
316.432:17.38.831:36.315.317.
24. II. 33.497.155: 174.93:
314. 343.513.713.318 :44.644.
791: 487.113.36.317.119.473:
613. 234. 214.138,311: 21.379.
911. 672: 84. 51. 456: 13. 942.
335.366.432:843.315.555.425:
53.413. 232. 81. 575. 671. 614:
75.167.65:389.645.487. 415
514.414.713. 456:57.345. 75.
432: 43.465.574.41. 15: 84.
63.39.343: 336. 237. 253. 512.
993.389:48.178. 84: 514-313.
483.379.431. 91.543.314. 134.
743: 53. 811. 446.il9: 843.
4-6. 348. 733-
Si celuy qui aime une Laide
commelaide, prouve plus
la, puissance de l'Amour.,
queceluy quiaimeuneLaids
la croyant belle. AImer avec trop de précaunon
& estre indiférent,
c'est presque la mesme choie.
On ne peut guère faireunbon
usage de son coeur, quand on
en veut tant faire de sa raison;
& pour vous dire tout, Mon..,
sieur, l'amour &laraison s'accordent
fort mal ensemble.
Vous voyez bien déjà ce que je
pense de ces deuxAmans, d'une
Personne laide, qui font le fuj..r
d'une de vos Questions, dont
l'un la croit belle;l'autre l'aime
toute laide qu'elle luy paroist.
L'unme semble avoir trop de
raison, pouraimer beaucoup &
l'autre trop peu, pour n'aimer
guére. En effet,il faut avoir
peu d'amour, ou plutostil faut
estre indiférent, pour voir les
Gens tels qu'ils sont, mais ce
n'est que par le moyen d'une
tres. forte passion,qu'on découvre
dans la Personne qu'on
aimemille qualitez qu'elle n'a
point, & qu'on la trouve plus
aimable qu'elle n'est.Aussi ne
doit-elle pas croire estre lamaîtresseabsoluëd'un
coeur, tant
qu'elle voit son Amant encor
maistrede fàiâtfon--,mah iln'y
a rien qui soit si capable de
luy faire découvrir le pouvoir
qu'elle a surcet Amant, quele
plaisirsquelle voit qu'il goûte.
Ils sont proportionnez à son
amour. Quand il est foible, ils
le font aussi ; & quand ils sont
grands,lapassionest forte. C'est
cette passion qui en faitnaistre
mille,que la raison ne connoist
point. Aussi la raisonn'est-elle
pas faite pour les plaisirs, nyles
plaisirs pour elle. Les Gens qui
la conservent toute entiere, &
qui neveulent point estre les
dupes de la beauté de leurs Maîtresses,
en goûtent bienmoins.
Tous * ceux que la beautç fait
naistre, ne vont point jiifqti'i
leur coeur,&iln'y a que ceux de
l'esprit qu'ils se vantent davoir
enpartage.Je doute fort cependant
qu'ilsioient si grands qu'ils
le disent. Ilme semble que
quand onaime,outre l'esprit,
on aime je ne-sçay-quoy qui
n'estpas tout-à-faitesprit. L'on
a beau dire, l'esprit n'est pas la
seule cause de l'amour. Il y entre
bien pour quelque chose, je
l'avoüe, mais la beauté y est
pour beaucoup davantage. Je
ne sçay pas mesme si l'esprit
pourroit faire goûter quelques
plaisirs sans la beauté; mais je
sçay bien que la beauté en fait
goûter sans l'esprit. Ceux qu'il
y a, disent-ils, à estre constant,
fontau moins reservez pour
nous. Rien n'estcapable de nous
faire changer. L'âge si funeste
aux autres amours, n'a aucun
pouvoir sur le nostre;& vouloir
toujours aimer la mesme personne,
c'est une grande marque
d'amour. N'en déplaiseàces-
Gens si constans; Delaconstance
pour les mesmesplaifirSy,
n'estpasunnouveauplaisir. Il
ne faut point se piquer d'en
avoir. La confianoe'.&J;lregs"--
reté, ne font ny vertus ny désauts
en amour ; l'une & l'autre
ont leurs plâisirs,&leschoses.
qui en donnentdavantage ,
estant
ce qu'on appellevertu en
amour, lalegeretépeut enestre
une auffibien que la constance;
& quand mesme elle seroit un:::
défaut,j'aimerois mieux estre
volage en faveur de labeauté,
que constant pour la laideur. Il
n'y a pointd'Amant, dequelque
maniere qu'il aime sa Maîtresse,
quine veüille l'aimer toûjours;
mais cependant on ne
laisse pas d'estresujet à changer;
& cesGens qui craignent si fort
d'estre trompez,changent ainsi.
<cjuelésautresv Puis qu'on fc dégoûte
de la beauté, pourquoy
nesèdégoûtera-t-on point de lalaideu?Ainsiquand il yauroit
quelques, plaisirs à aimer constamment,
ils seroient également
partagez entre ces deux
fortesd'Amans, Mais il n'en est
pas de mesmedeceux que l'on
peut sentir en aimant une belle
Personne. Celuyde la voir,celuy
desonger à elle, celuy d'en estre
aimé,tous ces plaisirs que donne
la seulebeauté, sont reservez
pour, ceux qui croyent leurs
Maistresses belles, & ils font inconnus
à ceux qui les aiment
toutes laides qu'elles font. Ils ne
peuvent tout au plus joüir que
de ceux de l'esprit,s'ilest vray
que cesoient des plaisirs.Mais
comme les autres sont charmez
de l'esprit,aussibien que de la
beautè des Personnes qu'ilsaiment,
ils goûtent &: ceux de la
beauté, & ceux de l'esprit.Mais
ne conte-t-on pour rienl'obligation
que doit avoir une Maîtresse
à celuy qui la croit belle
quoy qu'elle ne lesoit point? En
l'aimant telle, qu'elle est, elle
ne vous en auroit que de vostre
amour. Enla regardant comme
belle, ellevousena&devostre
amour, &de sabeauté. Ce n'est
qtl,Lin coeur quevousluy doi~f
nez, quand vous l'aimez avec
toute sa laideur. Lors que vous
la croyez belle, outre le coeur,
vous luy prestez de labeauté; &
l'interest qu'elle a de conserver
sabeauté luy fait conserver les
interests d'un amour dont elle
la tient. Tout parle en faveur
d'un Amant qui aime sa Maîtresse
comme belle,quoy qu'elle
ne le soit pas, Le peu de raison
qu'il a de latrouver belle, les
plaisirs qu'il goûte, & enfin les
obligations qu'elle luy a c'e ce
qu'il se trompe. Jugez donc,
Monsieur,si j'ay eu raison de
vous dire, que celuy-là marque
une passion plus forte..
DE L'ORIGINE
à-- ----- DE L'IMPRIMERIE. L'Imprimerie quinous apprend
des nouvelles de
tantde choses,ne nousparle
presque point de sonOrigine.
Vous diriez qu'elle se plaistà
passer cela sous silence. C'est
un secret qu'elle tient caché,
pour donner lieu ànostrecuriosité
d'en faire uneplusexacte
recherche, &pour couronner
nos travaux parquelque
heureuse découverte. Mais c'est
une gloire, qui ne fait que flater
nostre espérance,&quinous
fuit,lorsque nous croyons estre
prests
prests de la posseder. En effet
l'Allemagne,qui s\H: vantée
avec tant d'orgueïl, que toute
la Terre luy est redevable de
l'Invention de l'Imprimerie;est
sur le point d'avoüer que nous
en sommes obligezà la Chine,
& que toute l'Europe doitcéder
cet avantage à l'Asie. Si
nousvoulons sçavoir le temps,
auquel elle y futinventée,nous
aurons delapeine à le trouver.
L'on sçait bien que les Grecs
m'ontrien écritavantCadmus,
pui qu'estantvenu dans la Béotieavec
les Phéniciens, il leur
donna les Lettres, & selonPline,
la maniere d'écrire en Prose
l'an du monde IJIJ. Mais si
nous suivons, pour ainsi dire,
pas à pas la trace des Livres de
l'antiquité, pour tâcher d'en apprendre
quelque chose de certain
, nous trouverons que les
Peuples delaGrece,quiavec
les Macedoniens allerentfairela
Guerre aux Perses& auxIndiens,
proche de laChine&du
Cathay, ne rapporterentenleur
Paysaucunesnouvellesde l'Imprimerie.
On alleguera en vâTin
qu'ils n'alloient ence Pyaslà
que pour y faire des Conquestes
: car ilsen rapportérent
beaucoup de curiositez ,;,- qui
valoient moins quel'Imprimerie.
Outrequ'ilestàprésumer,
que parmy les Troupes d'Alexandre,
il y avoit desGens égalementamateurs
des Armes&
des Lettres; & que sielle eust
estéquelque part dansl'Orient,
la Renommée en eustfaitassez
debruit, pr leur en donner
quelque connoissance.
Le plusancien desLivres
dontl'Histoire nous parle, est
celuy d'Enoch
,
duquel Saint
JudeApostre fait mention dans
une de ses Epistres. Il vivoit
avantleDéluge,&nousne sçavons
sur quelle matiere & en
quels caracteres il estoit écrit.
Josephe dit que les Livres Sacrez
furent écrits sur des peaux
courroyéesdeChévre,deMouton
& de Veau. Varronrapporte
que l'usage de ces peaux
fut trouvé à Pergame, Ville de
l'Asie mineure, & que c'estpar
, cette raison qu'on appelle le
Parchemin Pergamenum ; ce qui
-
arriva au temps que Ptolomée
& Euménes travailloient à dre&
ser leurs fameures Bibliotii ques. Les Anciensécrivoientauoe
en Tabletes cirées, &;surdei
Lames de Plomb. Ils forinoiené
leursLettres avecdes Poinçons
fortaigus, qu'ils appelloient
Stiles. C'estpourquoylePrbi
pheteJob parle encette manietf
re,chapitre19. £>uismihidetut
exurentur in Libro Stilo ferreo, dot1
Plumbi Lamina, vel Celte fculpan*
turinSilice. Herodoteaflûfé
qu'on écrivoitde son temps fut
des peaux de Parchemin,maîis
Regius dit que les Anciens ont
écrit sur des écorces d'Arbres)
sur des Tabletes de Bois, fiiir
des feuilles de Palme, & fortièjr
plaques d'Airain & de Cuivra
D'autres se servoient d'écorces
dePapyre, d'où est venu le mot
de Papier: c'estun petit Arbrisseau
qui croistdansles Marets
d'Egypte. Onappelloitaussi
cette écorce d'Arbre Liber,
d'où vient nostre mot de Li'VIY
quoy que ce soit à present du
Papier.L'Empereur Commode
seservoitde ces écorces,qu'il
appelloitPhilires. Il se trouve
encor dans la Bibliotheque de
Saint Germain desPrez certains
Livres faits de cesécorces,
où les Privileges de l'Abbaye
sont contenns. Pierre Martyr
Milanois dans sonHistoire des
Terres Neuves, dit que les Habitansde
Collacuenne apportérent
en Espagne des Livres
écrits surune écorce déliée, que
l'on ét;l(;he d'entre le bois & I:j
grosse écorce. Le me/me Autheur
assurequ'on a trouvédepuis
cetemps-là en la Darienne
quel ques Livres faits defeüilles
d'Arbre cousuës ensemble,&
qu'au Mexique onuse de figures
au -
lieud'écriture. Paul
Venitienraconte qu'en la Provinced'Arcadan
sujette au grad
Cam de,Tartares,iln'y a aucunes
Lettres ny Caracteres.
Les Enfans de Seth n'auroient
pas gravé leurs Disciplines sur
deux Colomnesde Pierre&
d'Argile, dontjopsiefait mention
au Livre premier de ses Antiquitez
; ny Esdras, fait écrire.
les Livres dela Loy,s'ilseussent
eul'usagede l'Imprimerie. Plusieurs
croyient que nous navons
point de Livres écrits avant
3000. ans,excepté les Hebreux,&
l'on peutdirequ'Homere
est le plus ancien de tous
les Autheurs. Munsther rapporte
que de son temps il y avoit
en la Ville de Fuldc ou Buchonieau
Pays de Hesse en , Allemagne,
uneBibliothequedisposée
en quarante-huit ordres
de toutes fortes deLivresécrits,
oùestoient comme les Matrices
ou Originaux,ausquelsles Sçavans
avoient recours. Il dit
qu'un peu avantluy l'Imprimerie
fut connuë enAllemagne
vers l'an 1440. selon quelques-
uns.
Je ne sçay si les Turcs ne sont
point cause que nous en avons
esté, privez un si longtemps,
puis qu'ils n'ont point voulu la
recevoir dans leurs Estats,
croyant que leur Alcoran meritoit
bien d'estre écrit de main,
d'Homme. Ces Barbaresoccupent
un vaste Pays dans l'Europe
& dans l'Asie, qui est entre
ce que nous appellons la
Chrestientéàleur Occident,&
les Peuples lesplus Orientaux.
Cette
scituation
& cette maxime
tout ensemble, ont pû estre,
unobstacle suffisant pour nous
oster la connoissance de l'Imprimerie.
.,'
Les Chinois appuyez surune
Loy fondamentale de leur Etat
, ont estéplusieurs siecles
sans laisser entrer aucun Etranger
dans leur Pays qu'avec des
conditions quinedonnaientau
cune envie d'y séjourner, afin
d'oster aux autres Nations la
connoissance de leurs Richesses,
& par consequent l'am bi-
, tion de le conquérir. Ainsi bien
que ces Peuples eussentl'Imprimerie,
nous ne pouvions Ic.,
sçavoir ny en profiter.Quoy
qu'il en soit, comme les Tartaressont
beaucoup defois entrez
dans la Chine, & ont forcé les
grandes murailles qui les séparent,
il està croire que ces Peuples
du Nort en ont eu connoissance,&
que les Moscovites
ayant appris d'eux l'Art d'Imprimer,
l'ont pûapprendreaux
Allemans& ce quinousassure
qu'il estoit en la Chine & au
Cathay,c'est que les Portuguais.
, ( , - y. ayant voyagé, en ont rapporté
des Livres imprimez cn:,
Langue & en écriture du Pays.
& déclaré qu'il y aypit longtempsquel'Imprimerie
estoit
en cesProvinceslà. f
Ceux qui veulent que l'invention
en soit attribuée aux Allemans,
s'appuyent sur le raport
& sur, la,bdesAutheurs,
quidisent qu'elleprit
son commencement à May<;n-v
ce, par l'industrie de Pierre
Scoiffer, que PolydoreVirgile
appelle JeanGuthemberg, &
PierreMessie,Jean Fauste
, en
laquelle Ville fut faite la premiere
Impression des Livres en
l'an1453.ou1542 selon de Serres
en la vie de Charles V I I.
Il dit que ce Guthemberg estoit
de Strasbourg & que Fauste
estoit de Mayence.Un Flamand,
nommé Conrad porta cet Art
seize ans après en Italie, selon
Munsther. & Genson selon Regius
futle premierqui imprima
en France. Cependant une
Cronique de Normandie rapporte
qu'un certain Morin commença
l'Imprimerie à Rouen
en 1443.Maisenfinenquelque
tempsqu'elleait paru en France,
il fautaux Allemans
l'honneur & la gloire d'avoir
inventé l'Impression ,&avüer
ques'ils ont eu cet ,ivaiira(yenostreNation
a eu celuy de la
perfectionner & de trouver les
moyens de la mettre en l'état
où nous la voyons à present.
Aucommencementelle ne par- loitqu'uneLangue imparfaite,
& ne faisoit que béguayer;
maintenant elleparlelesLangues
mortes&vivatesavectant
d'agrément&deneççeté^qii':.
elle est ,pour ainsi direl'Qjcaclc^
que presquetoutesles,Nation^
doivent consulter. \aJ;I;\
«Vw>\n>\AC*E$'NE
Lyon en 1659. Celuy dontje vous
parle a esté àussi Enseigne dansla
Compagnie de Marigny, & après
S'en estre défait, ilaservy
comme
Volontaire dansles dernières Campagnesen
FlotlandeiPtindre, Franche-
Comte&Allemagne. Madame
si Mereest de la Maison duTillet.
ily aeu dans celle deMontbeldes
Gouverneurs de Marseille
,
des
chambellans de Savoye, des Tuteursde
Ducs deSavoye, & des
Généraux de leurs Armées.
POURMONSIEUR
LE COMTÉ D'ENTREMON T,
Marquis de S. André&de
l'Epine,BarondeNatage,&c.
Lieutenant de Roy dans le
Païs de Bresse,Bugey,Val~
romey,&Gcx.
Sur son Entrée dans la Forréresse &
Chartreuse de Pierre-Chatel, sortez, Troupereclltft, .cfli,.e
l'ordinaire,
Quistteoz ploiurtuan miormeent vostreAntre ; Sorteàz huImdblefs Cohart.reux, -revez ':,'-\,..}!:
Dusageg"A114 LOVISadmirer
l'heureuxchoix. , :';:;,,
Le Comtey le Iferds que la Troyince
adore,
l^aneiUujlre'^iJtteen cejour you*
honore;
Tenéttantyosfoxhaits^ ilsecondevos
,-' toeux,
De l'amourqu'il vousperte ilvout
montre lesfeux.
Riennepeut l'arrester dansl'ardeur
quile Les deux ontbeausur lIONsifondre
en eauxsanssesse,
LesChampsson ¡no"tlet "fOJ TÇOCS
sontsourcilleux, Ilfrancbit tout obstacle, ilse rend en
* cesLieux. ;
Il.!!.! air de Souverainévlate en sa
Terfomre! -
Avec moins de fptendeur Afire du
jottrrayonnes
"Z>ans son cours lumineux il répand
* ^moinsdebÍ8n.,
.it.!!.e ce doux Gvtfremettrnen répatd
dans lesien.
Tout estgaranden luy desa ÚNIlti\ Origine,
Son ahvrdest,dtI,..,.t" fîtm*jefie
divine;
Son espriteçlairénepeutefîrefi#"':
pris,
Ilejlttmm*foHCctur CJ'Ifiéns homfi^
PliSprix.
toutflechit, toutse revd,tout à Utf,
s'abandonne;
: Pour bautquesoitl'Employquele
Prince luy donne,
., Loind'en ttrsrdulujïre jlle remplit d'ëcUts
&Etdtcroit l'honorert il honore y
Iljolhi'nEtht-aeuté.reursemoentïàfcent £*iHx mes
Les aimables effets des Vertuspaci- fiques; 1klJè montrajadis,apres mille
hazards,
'<'
IPqux, trAit*ble>eng<tgedttt,isTrentier
des Césars..
,
Ift'ros,fayteuxîférosy dontilareçeu
l'ejtre,
Quei comme autantdeDïeex)onvit
icyParestre;
Vous,dontlesgrandsexploits triomphent
du trep'asy
u4ytreomhicnd'ardeur marche.toil
sur vos pas ?
VosKomfpteinsde(/,¡rt'{j..,ent daa&
•
nostre ffijloire,>
Mais c'ejtÀ ce Neveu d'enaugmenter
la gloire;
"Fourpcuqu'ilfajjfè encore ilferapl#t
que Vo*y,
Ihvuâ UJiJTe en arriéré, Uyousrendra*
jaloux.
EstredugrédeLOVlS, mériterson
eftjm,
Cèfidei'bonenrtfprémeayoiratteint
la cime;
Tarcer^oyfagegrandfèfoiren -
dignité't
C'estlefeennglqrlestxde l'Immortdliti.
Festez,Peuples,festez l'heureuxjouroùcePrince
DaigPna dr'unotelvMiniisntre ocrneervos;tre-
*jDes !JfJ..l1tez de LOVIS cegrandComte
estlefruit; C'estce que dans son-coeurvosdevoirs
ont produit.
Vivez, ..,i)'et contens Jouisa Main
carejptmei , :. ':
¥romptstîfdellés^Jo/tniis,ftconde^foh>
attente,
Ce nouveau Gouverneurparsessoins *
amoureux
Netendqu'àvostregloire,qu'à
tousrendreheureux.
Maissurtout, humbleTroupe, 06j(t+
desa tendresse,
Prouvez-luy vos respectspafVes chants*
d*allègressè, ",
Aufracas des Çanùm ntejle^Vosdeuctlh
"!,Qjj , ,",
Etfaitesjusqu'au Ciel retentir ce beau
choix.
Obtenez-nousd*Enhaut que fin illustevie
D'honneursencorplusgrands tous les -
jourssuitsuivie;
Queatebnbaanrtusos)usses pieds les Vices
En augmentantegloire,ilaugmente
xXenyertusç
Qu'ilsidonne au plutost,ànos "ffZNN favorable
Vne Epoused'un rang, d'u"ite' t.adorable,
Et quede ce beau noeud;, decesang
radieux,
Egauxàleurs Parens,sortent cent
Demy-Dieux.
'issiçfpena¿lIt un grand nombre
deLustres,
2}e,fsfoi#sgénéreux, de ses peines
illustres;
Çontre les traits malins de tout lacle
Imposteur, -
vous l'aurezaubesoinpour relép-ro
: '- - \< lecteur. .,..
AppuèyajnftcdeancosèRosys,:Us,bonté Loin â'/IIlf¡oind,.ï,. Vos drûhs,il açcroîtrayosgrâces,
':
Son doux Gouvernementpajjera yos
Jouhaitsj
Lortls, leGrandLOVISfc- rompejamais.
,
VosAmies ont expliqué Hi(2
foireEnigmaîique du dernier Extraordinaire
dansson vray sens, en
"(XIIÙ/uam.jùr les Yeux. il 4
estétrouvéparplaceurs.autres, qui
m'ont tous appris ce qu'ils en pen..
soientpar autant de MddriglIx.
LapremiereExplication estdanste
galant Billetque, vous allez, voir.
f:
De l'iste d'Amour ce 1. Décembre.- LE-n'.droit d'oùje1Ivlous1 1.écris, -.
Monsieur,n'a rienquivQUS*
doive surprendre. Iln'estpoint
de Païsqui foit' incornu au
Mercure. Son esprit&sesma
nicres se font aimer en tous'
lieux. Ilest bien re;:te', u1.-'tp\'t-a',' r toute
Tente8c l'on peut dire avec
vérité que les ailles de fan gé- --
nie luyontfoit par les Mers
Jt'g^z,Modfieut-, .avec toute la
galanterie dontil fair.profession
si on ne devoit pas le retenir
quelques jours dans cette lsle,
oùceuxqui.i'hAbitenr,ont tant
de iyinpatîc avec ce qu'il in-,
spire. C'cfi: là où je l'ay rencontré
apres quelque temps de
sejour qu'il y a fait. Voicy par
oùj'ay retiré d'embarras un de
ses plus zelez Parrisans, que
Histoire Enigmatique faisoit
resver.
I. c Esten vain, dites-vous, que
vostreesprits'applique'-
A découvrirrElifloire Enigmatique
Que le Mércure en unfeuillet
Renferme au Quartierde Juillet.
Par une agreablefurprifèt
Voulerz-viouseen truouverxlesens?myJM- Ce qu'avec tant d'esprit Apollonyou*
déguise,
~Tirets,dam un Miroir voyez-le par
les Yeux.
La jeune Pelerine duPaïs
de Tendre..
v II. Vous fVe^ donc,belleAngélique,
De cetteHistoire Enigmatique
Trouve'leJènsmyftérieuxr*
Onlesçaitpartoute la Ville;
Mttnfaut-ilfourJipeuJe yanter en
tous lietox?
CetteExplication nejlot'tpasdifficile^
BUefaute dyahordauxYeu*. *
DES FRESNES..
M IlJ. EretireejiJtbienfaitàprentire,
Qjtayantprispar leNet?autre jouren
cent lieux
Ceuxqui"vouloirnt comprendre
Ce quedèJJous un sinsfin c? rniJI",
rieux
ïlyoujoit faire entendre
.AlIjDu,.d'bUY pour les mieuxsur
prendre,
£eGalant les prendparlesYeux.
LE P.LA Tournelle.
v IV. OIlS"'Ioult't quejevous explique
De ceDiscours £nif>m<*tiquc^
Belle Pbilis, LeMet mistérieux.
Helas!Ingrate,jbel**lpourle trouver
you*-mefine,
Songea mon amour exeréme,
Etqueje meurspottryosi>eauxYellX^
« GARDIEN, Secretairedu Roy.
p v. Ouryou<sobéirfansréplique,
Vous "'r()ye'{ commeje m'A/lit/ur,Ii
Et que jefais toutde mon mieux,
Erh", vous ..,oulez quejexplique v
L'historiette Enigmatique,
£nunmotellefaute auxYeux.-
0 V,I.. Vy,je renonce a la MJlJiilJt.
,
Pour me mesler de deyiner.
lépeufk avoir trouyélesens qu'ilfaut
-
dorL"et,
Avostre
A"vojlreTfifa>rcSnigmatiqu»,
Sipar bavardjeme trope.à mondam,
Maisjedis que cefontles Yeux du
-PereAdam.
1
ALEXANDREDU VAL, de
1 1 l'Evesché à Coutance.
s VII. !Vperbes Yeuxdupremier desHu- mains"1••
Chefd'oeu'vre des divines Mains
Qui regnaftesjadissurta terrefonde-s,fil' Vous auriez encorpugouverner seullss
en Roys
Aujoardhuy tout legrand comme le
petit Monde,
Si yot/s ellffietsu;..,) les eternelles
Loix.
yous pristes les premiers le funeste
jroifin
£uicorrompit le coeur, troubla la
raison
De celuy qui detoitrendreheureux
tous Les Hommes.
Ah, que "vousfustes lUoiiú,
Quand deux Autres YONs-mifme, £7°
la beautédesTommer,
Vousrendirentfitjets à des maux
inouis!
iZofe,)ÇYoi Filsparleur éhèfîfance
Ontdupouvoirdansl*VniVét$y
Ilne vientpasde ..,ous, cefiuneautr:
Tuijfanee
Qui leur afait rompre leursfers.
Le Bon Clerc de Châlons
sur Saône.
p VIII. ,,- Ourbien expliquercettePfiJloire3
Tlfittfitd'efire clairvoyant;
Il nefautpas efirefça^anty
Arysi dOllnerAN friable, c,-,, lire le
Grimoire,
Carpourmoyje l'explique mieux
EnpassantlamainsurlesYeux.
,GRIMOUILLERE,delaRuë deGrenelle,
IX. DAme Eve portoità la teste
CesdeuxFreres trop curieux, leconseild'uneBeste
Danslebon Pere A-damfirent périr
lesdeux
Qui regnoient avant eux,
Et du Deluge la tempeste
En/eveUtbeaucoup de telsAmbitieux
'J) qui tout l'Vnivers fut enfinla
çonqftefic.
Ces deux Freres cesont les Yeux.
Sans Soeurs,de tous mestiers, ils regnent
en tous lieux,
Sansparer ilssesont entendre,
Leurs mouvemens s'accordent en tout
point,
Ilssonttoujoursensemble, nese touchent
point,
En toutes chosesfortsemblables;
Si l'on ne les arrache, ilssontinseparables,
Ousiquelque accidentir<ncause le
malheur,
Dont ilspartagent la douleur.
On ne peut assurer du lieu de leur
naissance,
Parce qu'iln'estpas bien certain
En quel endroitfut ce Iardin,
Oùmangeant du Fruitdescience,
Adamperdit le Genre Humain.
On croit que c'estun Lieuquel'Arabie
enferre,
Où lesdeuxpremiersyeux regnerent
sur la 'Terre.
LESLERON, Avocat à Provins.
X, vOus estesun adroit, nostreaimable
Mercure,
- ». ---
Voussçavezvous cacherfiul. cent traits
spécieux,
Vofibreftlijteoirrcpooubrtafntcabuearufcevytle
la tiens, ellesaute auxYeux.
DELONGES, Avocat à Lyon.'
Le mesme Mr deLonges a expliqué
les deux Enigmes du Mois
deSeptembre par ce Madrigal. vOs Enigmes,pourlestrouver,
M'ont jettédans la resverie;
Atatsjuge^unpeu, jevousprie,
Si je ne sçaypas bien ~resser.
En toutj'abborrelemensonge,
- Ie ne veux rien que de réel,
Ainsiquandj'ay trouvé le Sel,
N'ay-jepassçeufaire unvray Songe?
Vous ferez,part, s'il vous plaist,
de lanouvelleHistoire Enigmatique
que je vous envoye, à cesaimables
Amies qui se divertissement toûjours
de cessortes dejeuxd'esprit. Elle
estde Mr Bonnet de Loches, & méritebienqu'elless'appliquent
à developercequ'elle
a d'obscur.
HIST0IRE
ENIGMATIQUE. TOute extraordinaire qu'-
est l'Histoire qui suit,
elle ne laisse pas d'estre veritable.
Les deux Filles dont elle
parleont unmérite, &un caractere
tout particulier. La naissancedel'Aînée
précede de
plusieurssiecles celle dela Personne
qu'ellereconnoist, &
qu'elleest obligée d'avoüer
pour Pere. L'origine de cette
Fille est illustre, & comme elle
est née dans la Pourpre,on peut
l'appeller Porphirite,commeon
faisoit autrefois les Enfans des
Empereurs. La France l'a conçeuë
& enfantée. Rome s'en est
rejoüye, & luyen a donné des
marques qui dureront toujours
Elle a beaucoup servy à conserver&
à augmenterson Empire.
Quelquefoisaussi elleyadonné
des ornes. :., rrr
D'abord qu'elle parut,ce fut
comme un grand Fleuve, Ott
comme une grande Princesse,
qui attiroit la curiosite de toutesles
Nation. Sa réputation
estoitaussi grande quecelle de
Salomon; &. pourcelades Reynesonteu
un amour particulier
pour elle, aussi-bien que des
Roys. Elle a esté visitée des.
plus grands Hommes des Païs
Etrangers. Elle leurafait honneur,
elleenareçud'eux, &
ils sesontmutuellement fait part
de leurs richesses. Quelquesuns
croyent qu'elle les a toutes
puisées d'Italie, d'autres de la
Grece, d'autres de la Palestine,
de l'Assyrie, de l'Egypte, &
&de l'Inde. Il est vray que ces
Païs luy en ont communiqué;
mais le premier fond estoitchez
elle, & si elle apris quelque
chosed'autruy, elle l'a bien,
rendu, & mesme avec usure
Son esprit cft plus vasteque
celuy d'Aléxandre. Ses Enfans
ont des plumes qui les élevent
au dessus de l'air, &les portent
jusqu'au plus haut des Cieux.
Ensuite on les voit descendre
jusqu'au centre de la Terre, au
fond des Enfers &desAbysmes.
Ce qu'elle fait à l'égard du
grand monde,elle le fait aussi à
l'égard du petit. Ses Enfans
n'ont pas des aisles si fortes Ice
uns que les autres; quelquesuns
volent entre deux airs, d'autres
rampent àterre. Elle a plusieurs
Maisons,&quoy que peu
éloignées les unes desautres, on yparleassezsouvent un langage.
diférent. Elle est sage,&neantmoins
il se forme d'étranges procès
chez elle, & à meiure qu'-
elleles calme & qu'elle en reçoit
les ;1ppdudi!rcn1il'), elledonne
matiere à de nouveaux.
Ellefaitnaistre bien des Fleurs,
m ils il y en a peu sans épines, &.
oïiî- f' persuade que quelques
Etrangers comme les Hybernijâv6c.
d'autres,.l'ont renduë un
peu bourdeuse; m is ils ne
sont pas les leuL & à le bien
prendre c: petit defaut qui ne
regarde que ses moindres membres
, n'est rien au prix de toutes
les bonnes qualitez dont elleest
ornée, & qui la font respecter
de tout ce qu'il ya d'illustre au
Monde. Cependant ce font cesépines,
&ces legers defauts qifàr.
ont donné lieu à la naissance
d'une Cadete. Un grand Homme
en conçent le dessein, quoy
qu'il eut de l'obligation à l'At..
née, & qu'elle luy en eust aussi,
mais l'on peut douter si cette
Puînée peutpasser pour Filleou
pour Soeur de cette Aînée. Les
principes de l'une & de l'autre
sont peu diférens, &assurément
l'Aînée a beaucoup servy àla
Cadete, &luy sert encor; cependant
cette Cadete est beaucoup
plus propre, &comme elle
est ordinairementà laCour,elle
enatoutl'air. Elleestextrémement
dégagée, & sçait s'exprimer
d'une maniere où l'on ne
peut rien trouver à redire,&
l'on croitque cela vient de la
pluralité des Marys , & des
Amansqu'elle a. Vous croirez
à entendre parler de tant de
Marys, qu'elle n'est
- pas fage,
cependant TOIT est d'un contraire
sentiment,&avec raison;
car on ne trouve point à dire
lors qu'un de ses Marys vient à
mourir, qu'elle en prenne un
autre,&c'estce quifait qu'elle
sçait tant de choses,qu'elle
sçait ce qui regarde la Guerre,
la Paix, les Loix, & lesautres
Arts dont elle n'ignore pas le
moindre mot propre 5
& ce qu'il
y a de bon, c'est qu'elle ne se
trompe point dans le choix de
ses Marys, & s'il y a eu quelque
roture en quelques-uns, le n1a.::
riteen a esté si grand, qu'il n'a
point esté méprisé des autres
Au resteellesçait si bien les entretenir,
qu'il nenaist aucune
jalousieentr'eux. Ils sontbiert
aises de sevoir ensemble, & lors
qu'ils ne sevoyentpas,ilss'écrivent,
& marquent le chagrin
que l'absence leur cause. Elle a
beaucoup de Filles&d'Alliées,
aussi-bien quesonAînée,&. son
nom se porte en tousles Païs-
Etrangers. Ses deux premiers
Nourissons yont beaucoup contribué
; mais afin qu'il ne manquât
rien à la fortune, elle est
avoüée, & adopté d'un Pere
illustre,&son amour pour elle
aestéassez grand pour l'obliger
à larecevoir chezluy.CetteFille
enest reconnoissante, & il n'y a
rien qu'elle nesasse pour s'acquiter
de ce bien-fait
; mais
l'Autheur est sigrand, qu'encor
que les Enfans de cette Fille
ayent des plumesaussi fortes que'
celles de son Aînée,&dontla
couleur paroist beaucoup plus
unie &plus à la mode, il est impossible
qu'elle se puiisse jamais
élever si haut qu'il s'est élevé
luy-mesme. Jugez du caractere
de celuy à qui elle est obligée. Je
pourrois en dire beaucoup de
choses,mais si elle & ses Enfans
confessent qu'ils se trouvent
dans l'impuissance de le loüer
dignement,je dois encor bien
moins l'entreprendre. La jaloune
se meslepresque par tour; cependant
ces deux Filles ne font
pointjalousesl'unede l'autre, &
elles avoüent que leur Pere les
a fait connoistrechez des Peuples
dont elles n'avoient point
oüy parler, quoy qu'elles ayent
esté toûjours fort curieuses.
Lequel de ces mots prononcé
par la Personne aimée, doit
estre le plus agreable à l'Amant
, le vous ,Ûmt) ou - pérez.
pHilis dit l'autre jour à TirCH.,
- Jevousaime,
:- Etluyditbuer,Espérez.
Quide ces mots, tous deuxsidesirez
*Doitplairedavantage à son amour
extrême ?
Avoirle choixde ces douceurs,
Siproprestoutesdeuxàrégaler les
coeurs,
C'estavoiràchoisir, ou desLys, ou
des Roses.
Je vous aime, pourtant meseuble un
moindrebien, Ilditbeaucoup, cg- ne dit rien;
Mtltis Espérez, dit toutes choses.
Si les Pleurs marquent plus de
tendresseque les Soupirs. cOmme ilnefutjamais de Printempssans
Zéphirs, Iln'estpointd'amoursansSoûpirs,
Cesontses enwyttfWIloj,
Ses Truchemens discrets,ses marques
naturelles,
Ilsfmt\otrclairementfapeine (Yfis
desirs.
A mou "fú pourtant le; Pleurs ont
l'avantage
Deporter de l'amour unplusforttémoignage.
Leur eau montre unfeupluspressant.
C'estde l'ame, desyeux, le plus
teuchantlangages
Autresd'unchdrmefl,PUYd-e,
LesScupirsnesontqueduvent.
LE BERGER INDIFERENT
Lequelde deux Amans méprisez,
aime le plusfortement;
ou celuy qui employé
l'absencepourse guérir,
n'en peut venir à bout; ou
celuy qui n'a pas la force de
s'éloigner desaMaistresse,
quoy qu'il setienne ajJuté
que l'absence le guériroit.
J E me raccommodois avec
une fort aimable Personne,
Monsieur, quand vostre dernier
Extraordinaire a paru. Pendant
nostsra broüillerie, j'avois foit
inutilement mon possible pour
ne l'aimer plus, & je venois de
luy persuader qu'un Amant qui
veut se dégager, & qui ne peut
en venir à bout, aime plus fortement
que celuy. quine veut
point en chercher les moyens..
A la veuë du Mercure Galant
elle a commencé de trouver la
chose douteuse.Voyez un peu
le mal que vous avcz pensé
faire. Elle a presque oublié.
dans ce moment tout ce que je
luyavois mandé dans une Lettre
que je luy avois écrite pour
ma justification. je me crois
donc obligé pour la seureté de
mon amour, de publier cette
Lettre, dans laquelleje luy insproisces
sentimens.Sielle venoit
àchangerjem'en prendrois
àvous. Faites donc, s'il
vous plaist, Monsieur, que j'aye
raison.
A MADAME DE*** QUe n'avez-vous pas fait
pour m'obligerà ne vous
aimer plus? Que n'ay-je pas
fait pour vous satisfaire? Vous
aimiez mon Rival, &jevoulois
vous haïr. Cependant, Madame,
ny vos soins ny les miens
n 'ont réüssy. En estes - vous
contente.? Si vous l'estes, vous
devezavoirbien du chagrin de
nl',vÓir forcé à vouloir changer.
Pourmoy ,je ne me repens
point d'en avoir eu le dessein,
puis que si je n'eusse pas
voulueltre-infidclb,.ien'îrwrois.
pas sçeu qu'il n'estoit pas en
mon pouvoir de l'estre. Graces
à vostre legereté, J',ty appris
jusqu'où peut aller ma constance.
Ne me lesreprochez
donc pas ces efforts que j'ay
faits. Il ne m'eneust pas tant
salu pour rompre des liens qui
m'eussent plus, foiblement attachéàvous,&
sijevouseusse
moins aimé, j'eusse moins travaillé
à ne vous aimer plus.
Quand je voyois que vous commenciez
à traiter mon Rival
avec moins d'indiférence,rien
ne me paroissoit capable de
m'en inspirer pour vous. L'absence
qui guérit mesme les
coeurs quine veulent pas guérir,
mesembloit un tropsoible
remede. Craignant de ne vous.
voir qu'aimable dés que je ne
vous verrois plus, je voulus
avoir mon Rival devant les
yeux. Je voulusestre le témoin
de toutes les faveurs.que vous
luy faisiez,afin que je ne pusse
douter de la préférence que
vous luy donniez sur moy, j'en
ayesté entièrement persuadé,
Madame, & cependantquelqueconnoissanceque
j'aye eude
vos foiblesses, mon coeur a.
toujours eu malgré moy celle
devous aimer, & c'est par la
maintenant que je prérensmériter
beaucoup auprès de vous..
Quel effort, je vous prie,eut
fait ma tendresse pour rester
dans mon coeur,sije vous eusse
toujours trouvé digne d'estre
aimée?. Mais quels effortsn'at-
elle pas faits pour en demeurer
la maistresse dans le moment
queje ne vous croyois que trop
digned'estre haïe?Vous trouver
aimable,quoy qu'infidelle,
c'eut esté feulement vous aimer
malgré vous; mais vous voir
infidelle, ne vous trouver pas
aimable, & vous aimer encore
cVit vous aimer malgrévous&
malgré moy. Il faut qu'une.
p ssion soit bien forte, pour sub..-
sister en dépit de la Maistresse
& de l'amant.Aussi a-t-il salus
que la mienne l'ait esté extré
mement, pour resister à l'envie
que nous avions tous deux de
la voir finir. Au moins, Madame
, si le de sir que j'eusse eu
de voisaimer,eut excedéàla ;
conserver,jepourois me vanter
à prelent davoir contribué en
quelque façon à vous conserver
un Amant,mais la tendresse
que vous faites naître,n'a pas,
besoin de ce secours, & quand
on vous aime une fois, vous ne
vous mettez guère en peine r
l'on veut continuer à vous aimer,
ny des résolutionsqu'on
peut prendre de ne vous aimer
point. Je ne sç y s'il dépend de
vous d'inspirer de Vanour, M.-,ig
jesçay bienqu'il nedépend pas
de vous de l'oster apres l'avoir
inspiré, non plus qu'il ne dépend
pas de ceux à qui vous en
avez donné, de n'en avoir plus.
Voussçavez comment il faut
ençacer un Amant, bien mieux
que je ne sçay comment il faut
se dégager d'une Maistresse infidelle.
Je voyois que vous He..
tiez. Jetrouvois qu'il estoitjuste
que je le fusseaussi,& jecroyois
avoir raison,maisc'estoitbienlaraison
qu'il falloitconsulter&
de qui je devois attendre du recours
contte vous.. Quelpouvoir
a-t-elle cette raison, quand
elle n'agit pasde concert avec
le coeur?: Il peut tout sans elle,
elle ne peut rien sans luy.. Je le
connois trop bien, Madame,
les coeurs ne sont pas faits pour
suivre les ordres de la raison,
c'estàla raisonàsuivre lesmouvemens
du coeur. Le mien vous
assuroit en secret, que malgré la
raison que je m'imaginois avoir
dechanger, jevoudrais un jour
vous aimer. Eh bien, vous
trompécecoeur que vous traitez
de.
rebelle? Non, non, ne vousy
trompez pas vous-mesme. Si je
vous eusse moins aimée, je me
ferois moins ressenty de l'inj ure
que vous me faisiez de ne m*aimer
point. Ayant moinsde tendresse
que vous, peut-estre me
ièrois-je persùadéqueje méritoïs
que vous en eussiez pour mon Rival,mais m'eslans fait un
plaisir extrême d'estre aimé,
quel chagrin ne dvois-je pas
sentir:de ne l'estre point ? & pouvois-
je mieux vous témoigner
combien il estoit grand, que par
laréfolution qu'ilsembloit que
je prenois de cesser de vous aimer?
Qu'il vous est doux de
voir que je n'ay pu en venir à
bout de que le peu de pouvoir
que j'ay eu sur mon coeur, doit
bien vous persuaderque vous y
en avezbeaucoup Je vous ay
aimée malgrémoy,je l'avoüe,&,
mesmej'enfais gloire,puis que
ç'a esté bien plus tendrement
que si j'eusse consentya vousaimer.
Vousne vouliez pas que
je vousaimasse,je nele voulois
pasnon plus; cependant je ne
laissois pas de vous aimer. Nous
lie voulons tous deux présentement.
Jugez combien je vous
aime- mais jugez plutost combien
je vous aimerois-si j'estois
aime. , *
SENTIMEN S
SUR LES
-.
SIX QUESTIONS
DV DERNIER.
EXTRAORDINAIRE.
4
I. svirette Questionmonesprit en
Prendpartydifficilement.
Cependant, puityuilfaut dire ce que
j'enpeen, s
17111 Alemamntqeuit,f,o-âpirçaVecque vio- Meparoistaimerfortement*
Mtlil un Amantquifleure,aimeplu*
tendrement.
il.
TOnt le monde kflltit, on le dit
tous lesjours, :' Il nefipointde laidetamours,
C'estl'ordinaire effet du Dim 'lllÎl
nousengage.
L'Objetqui charme nos esprits,
ji. mille beauté enpartage^v Etsurtôt#lesautreslepr&n
'Veres enchantemens je ne suispoint
Maissupropurirsa.imer
la Laideumtefine, Ilfaut aimerautant yuefoitn$A
III.
P'Ourconfirmer encor malgré le
Sacrement, -v;
Lesdouceurs qdongoûte enaimant,
Chacunfègouverne àsamode,
J>*î*konperdpUis^uon-.rien
n ptend.i"- - - ,
Le Maryjaloux, incommode,
Et le MAry commode, efl bien indiffirellt.
ÏV. P,Eidt.,ejqre,queloinde
yos
yeux,
24vn coeurfouffriroit moins, çrfèporterait
mieux.
JMait enfin>quoy queVAmourfàjfi,
Tuit quejt dois mourirpostr eux, Je ne quitteray point laplace,-
o V. Kdit quedans le premier dge,
Pt la Langue ffebraique Adamatoit
i!¡ifdcf!,
Et qu'un certain Ifeber en Chaldee
nrefté,
Confessa cette Langue a laTojlerité.
zYliuVtres auixjTihriygciense, ay,ec#peu de
Accordentla L'lingue.mdrtric,
Sur les Egyptiens qui VoiH,tant centejle
,"
Mais enfin le Cielirrite\
"2fen"verpt toutd'un coupyparun confis
Langag
De l'orgueilleuxIfembrot, le déjpin
del'Ouvrage.
Alors en mille lieux onfitdansl'Knivers,
-,
Naistrsouschaque TeupleunLangage
divers.
- Cependant, Jilln croy la MuJe qui
Tous cesPeuples un jour naurontforts
me/mes Loix
Rien qu'uneLangue,&qu'un Emtire*
VSmpire de LOVIS,le Langage
Trançoif.
VI. sOit que l'Imprimerieaitpritson.
origine
Dans l'Allemagne, ou dasla Chine,
D'un Artsiprécieux à tout les beaux.
Esprits
On nepeut trop vanter &Idgloire,
&leprix.
C'est doncavecraison, ôma ehere
Patrie,
Jl.!!,e tu teslates d'avoirpart
A L'intentionde cet Art,
l'où qu'en FranceMorin, natifde
Normandie,
Commença dans Rouën,l'Art dé
l'Imprimerie.
DES Fkesn5S.
EXPLICATION DES
Enigmesproposées danite
Mercure d^N^P^bre.
Enigmesen Vers& en Figure,
dont je ne vous ay rien dit dans
ma Lettre du dernier Mois. J'en
avoisremis l'explication jusqu'à
aujourd huy, non seulement
parce que cçtt^,lettre n'eftoifc:
déja que trop longue,mais pour
vous donner plus de temps à
chercher le Mot de la premiere
de ces Enigmes. Vous medites
qu'elle vous paroist inexplicable.
Beaucoup d'autres ont
pensé lamesme chose que vous.
Quelques-uns ont crûque c'estoitleJasmin;
l'Oellet,la Couleur
Violete ou de Pourpre,laMode, le
Ver à Soye, la Violete ou le Lys.
Quelques autres l'ont expliquée
sur le Verre de Fougere, le Diamant,
l'Hermineoul'Iris ,, enpoudre,
rAmarante la FleurdeNarcisse,
lefacifttkt , la Fleur d'Orange, la
Menthe, le Verre de Cristal de.
Roche, la Soye, & tous font tombezd'accord
qu'elle n'y convenoit
pas entierement, Mr Çl1.
cidmanrde Franviiux, le seul
quien ait trouvele vray sens.
Vous l'allez apprendre par ce
Madrigal de safaçon. :
ENfinvous vous rendez, l'Enigme
duMercure,
Thtlts^eifpourrons trop obscure,
C'estperdresapeine,&son temps,
Qtfe d'envouloir chercher c?°le Mot,
& lesens.
Pourquoy se rîbuter?prent^yojlre
CAssis,
Lasuitede vostre Toillete,
VoVsHoosBijulesscàs,v2>oifsouCxhxacp?elyeotsfdierperix\ ;
CïtfrK
cifîxi
Vous tlurezprÑ le Mot, jegagesur
mayte,
Toutcela riefi-ilpas Bois de Sainte
Lucie ?
Le Bois de SainteLucie estoit
donc,leMot de cetteEnigme,
faite par Madame, de TaillandierdeNancy,
&non deMets,
comme je vous l'avois d'abord
marqué. Jecroy, Madame, que
vous sçavezque Sainte Lucie
fut une Bergere qui planta un
jour sa Quenouille dans laterre.
Ilensortitaussitostun Arbre,&
ensuite une Forest toute entiere.
Le bois decet Arbre est fort
dur, a une odeur agreable, & se
façonnecomme l'Yvoire. On
en fait quantité d'Ouvrages galans,
des Quarrez de Toilete;
des Buscs &c. Mais sur tout on
en fait des Crucifix qu'on appli-
<.]l!e sur du Velours, &quisont
d'un tres-grand prix. Il y en a
un dans la Chambre du Roy.
Les Etrangers sont fort curieux
decesOuvrages, &entr'autres
les Allemans, voisins de la Lotraineoù
ce Bois se trouve. Ce
sont eux qui lefaçonnent, &
qui ainsi luyservent de Pere.
Laseconde Enigme cachoit le
Fausset. Je vous en envoye quelques
Explications.
I. MEretireefifiirprena7tt>fourIci
tours quilfixaitfaire, - Ilfaitsouvent de rien quelque chosè
de beau;
D'un Fausset de Poinçonlefantasque Tableau,
Parson artmerveilleux,auxplussages fiaitplaire,
Et contraint à ~resrer, sans on en
soitsurpris,
LesplussubrilsEsprits.
Mlle DEN'iduFret
eïTBrctagne».
L II. E Vin frais apour moy de merveilleuxappas
;
Pourenchanger,je n'attenspas
Qu'unFausset trop souvent arraché
desaplace
Easseau Tonneau chanter la Basse.
MICONET
III. rAdmire lesbontez, qu'apournous
le Mercure,
guiparoijts'oublierdéfitpropre nature
N'agissantpluspourles Divinitez. Ilejiencorbien moins occupépoursoymesme,
Dansson empressementextrême,
f)efitbveturdnoSneçefîite^,
Depuû cinq ousix mois nous ayantfait
Urgejfc
D'unVin exquis que lebonPereSetb
E£uestljuvy-mye-smemtro,uevépelein de déli-
Depeurqu'ilnes'evente, ilnousdonne
un Fausset.
Le Bon Clerc de Châlons
sur Saône.
s IV. Il'on veut~meure au jour cette
Liqueuresclave ,
Qui remplit la bedaine, &tuide le
Gousset,
C'estpeudedescendreàlaCave, Ilfautprendre en main le Fausset.
L. BOUCHET, ancien Cuté deNogentleRoy.
c V. E riespas chose rare après la
SaintMartin,
De trouver un Fausset cbe^ un Mar-
, chand de Vin,
Chet un Courtier,chez un2^)?rogne,
Chezcesfameux Gourmets de Champagne
&"Bourgogne:
'M"n t'h'{ un Courtisan,chez un
Hommegalant,
Aubeau Sexe l'offrircomme un digne
,rift"',
Quineserottsurpris, Arriy, delVa--
vanture, -
Si nostreagreable Mercure,
Faisant miracle tous les MON,
N'avoitfait un 7!(JlI de deBois? ce morceau
CACIDMANT DE FRANVAUX.
L VI. E Vtîtyc^ui de nos maux est l'uniquesecours,
Qui refait les débris qui fsouffre la
Nature,
Sortagréablement d'une ronde ouverture,
Tantqu'on luy laisse unlibre cours.
Detous les bonsBuveurs ilvuide le
Goujpf,
Un chacun veut avoir du meilleur de
la Tonne,
Et l'on rien voitpas-unqui ne se
déboutonne,
QuanFd ilaenua bûsTsôtetirétp.arle
DESROCHERS, D'Amboise,
M VII.
oy quifuis unfriant Gourmet,
Quandmon Vin par un trou s'enfuit
loin de ma bouche,
le meFts le daoigtu"effNsr1,s&epretna,nt un Engrandebnaste je le bouche.
Le nouveau Bourgeois
d'Abbeville.
Ceux qui ont expliqué cette
mesme Enigme sur le Tausset,
font Messieurs Gardien; De
Fossecave de Morlaix; De
Bois ; Hutuge, d'Orléans, demeurant
à Mets; Soru, Avocat,
au Parlement;Beuvais, Lieutenant
General du---Duché &
Pairie de la Ferté-Sencterre;
MinotEcclésiastique Lionnois;
, Bessin. Lieutenant de Clamecy
; DeReneville le Fils, du
Havre
; LeChevalier.d'Argenteüil
; Grimoüillere,, de la Ruë
deGrenelle, L'Ange Vangeur,
Abbé de Caux; Guipin Avocotà
Rennes ; Le Commandant
Impérial; Les nouveaux
Académiciens de Beauvais;
Mademoiselle du Fresne; La
Belle Brune de la Ruë Sainte
Croix de laBreronnerie;D.C.S.
de Clamecy.
L'Enigmeenfigure de Niobe,
nous représentoit la pest.
Elle vient de l'intempérie qui
se forme en l'air par la violente
ardeur du Soleil, & par l'abondance
des vapeurs. Niobe & ses
Enfans frapez des traits d'Apollon,
nous font connoistre
le ravage qu'elle cause par tout
où elle se répand. Ce sens à
esté trouvé, par Méssieurs de
Fossecave, de Morlaix; De
Boissimon C. D. C. & Rault de
Roüen. Ce dernier m'en a envoyé
l'Explication quisuit.
NIobe,tant depleurs, dejoâptrs>
& d*allarmes,
Nepeuvenlrien ccntrela mort;
Celle de tes Ensans.qui te couste der
larmes, ,'; Nefait que te marquer tonsort.
Oilj, tules yoff périr;matspar un coup
funest,
Tonsort auleurdoit estre égdI.
Enpeut- il estre finplNtffit/Al,
Que de mourir comme euxparles dards
de ÙI.tjle.;
RAULT, de Roüen.
Cette mesme Enigme a esté
expliquée sur le Sel, la Source
d'uneFontaine vive, le Corail
, lAVignequipleure, la belle Saison
changée en Hyver, le Cercueil,le
Cadran au Soleil, la Mine d'or
ou d'Argent, le Diamant, & la
Comete.
Je continueàsatisfaire lacuriosité
que vous avez, pour les Médailles
, en vous envoyaut celle dû
Ducde Brunsvic & deLunebourg,
La face droite vous represente ce
Prince. Ily a dans le Revers une.
Palmesurun Rocher,avec ces mots,
Ex duris gloria; C'est la Devise
de la Maison de Brunsvic. On me
prometencord'autres Médaillesque
j'auray soin defaire graver. Elles
ne peuvent estre que fort curieuses,
estant faitespar d'habiles Gens, ~&
avec grand soin.. Comme cesont
tous Portraits qui ressemblentRivant,
qu'ilsoit peu il n'y aura point de
Souverain danstoute l'Europe dont
le visage ne vous soit connu. Je vous aysouventparledes rares
~& surprenantes qualitez, de
Madame Royale. La maniérédont
elle gouverne donne de l'admiration
atout le ~monde,d-ie nepuis voir la
plupart des grandes actions decette
illustrePrincejsserenferméesdans une,
Epistre en Vers qui m'est enfin tom~
béc entre lès mains, sans vous
faire partager le plaisir que m'a
causésa lecture. Cette Epistre est
de MGirardindechamberry, &
~Itcftéadressèe icy à un Amy dans
letemps de lapublication de la Paix,
Vous voyez,par-la qu'ily a déjà un
anqu'elleest faite., Cependant je
suis assuré qu'elleferanouvelle pour
vaut- ~&poar les.curieux de,mflre
Province ,celuy qui l'a receue k;
Paris n'en. ~ayantUijfe>échaper -que
lEallfeefuultelCeoipki\epqubuleiqjueemvaenmtàenvAoycéa-.
démiequeMddatnôRêydeaétablit
~ayTurinxle.j(mr que Mr l'Evesque
deFossanyfutreçcu Académicien.
On luy donnadegrands applaudis
semens, ~&' cette Académie est cornposéed'Espritssiifns.&
fidélikats,
quecequiestapprouvé d'eux,mi,;.
ritedel'estre desplus critiques."
SUR L'HEUREUSE
MÂtSSAN€Éf'
DE MADAME ROYALE,
Pour Reponse à une Lettre reçeuëde
Paris, qui contenoit une Relation
des Réjouissànces qui s'y eftoitnk
faites pour la Paix.
EPISTRE.
Vy, la ~TsixyoMinyite à de
jujta transport
DuCiel qui vous l'envoye elle ouvrè
UsTreJ'brsy
Elleapurisié l'influencemortele*
Des Astres ennemis quise ~ligtloïentcontre
elle,
Et coprrigeoant lueursrfiÍvlx)olesaufixesz Sur lepoint dejîrédel'tfpeclleytlw
doux.
tltr elleà vos climats enfin tout est
frùficei
Et le meurtre ~C? la mort, lepillageoe
levice
Ces monstres que l'Enfervomit dans
seshorreurs, Dansfeuh abîmes noirs repartentleurs
.;,,',
fureurs,
JFos Champs infortunez où jréjidil larage,
QuiJouillèçJtsouvent desang ~ç -de.
carnage,
Marquoientl'horrible effet de la haine
des Cieux,
Parleurs amplesmoissons 'YOllt rejouir
Yosyeux;
Etdéja ll.J^nionylesLçixtcV.l'In* ,',
nocence,
Suivent dans vos Citez la loye, l'Abondance.
Avec des biens si doux, je comprent
-.
aisement
~Jtifiucàde"vosplaîjtrs vale ra*vijjc-
IJflf1ifl' - .,
Descharmes deParis l'¡liée encorrécente,
Mesait de cette Feste une imageécla^
tante;
Temoin djèz, longtemps de cesjsurs
glorieux,
Mon espritvoitencortout cequ'ont
Veu mesyeux.
l'obfcr^ecependant qu'encette conjoncture
J^ousaye^prisgrandfoind'en tracer
lapeinture; J\fatspourmel'adrejjèr^quelprojety
queldessèin,
Echausoit vostre esprit, ~guidoit
vostremain?
Croyez-vous augmenter lesplaisir que
m'inspire
L'engageante douceur des lieux où je
respire,
Ou tuéblouirffzut-eftrCy en me'critant ,.excls
Quidans vostre IIlIlgriffè exprimeYos
succes?
Ah!si de cette erreur vostre ame est
occupée, Ilfautqu'en ce moment ellesoit dé*-
trompée
Quesçachantdequels biens le Ciemnous
faitjouir,
élle apprenne que rien nesçauroit
m'éblouir.
Mais quoy! l'ignorez-vous?çyque
puis-jevous dire
Puis que ysasconnoijjeç sous quél
heureux Empire
Le.Ciel ~ajgvjettit nos destins sortunez,,
Etquelledoute Loy tient nos coeurs
enchaînez ?
Vous ~cmnoijjfè^aajjï par un retour
visible
De nos felicitez le principe insaillible.
Quejïvoujpottvie\>9irlapompe du
grand jour,
Où l'Astre desSaisonsremene le
retour
ZJts momens quempk>ydl*Dixlnc
Sagesse '\,:',,.'-, - A donnerla riaijJdnCehVdurrtfie^
Trincejpt ."nh'('' Duonrtloefs-îrUcitjrlrjes,fît-lns\t,ilfetàfî& Vous \errie\tdgrdndeurddUs'Jd&v
pllMp"Antiefforttv-v:>
EttouteIdriehejpy &toutTe'cldf- quetdle"'n.v Ldetd^fpitcridtifr
TÇoydle, ; ..,.'',':
Cequepeut-djfèmlkt L*hdutemdjessté
A
D'une TrônepleindeghirCity depf_*/
petite' -:'i
£ Ce quepeut dttdch- trÀfkfkhèbïiï»
lante :. .,.\,";
Lapompe d1tint Cour &* tiombreufe
&galante, "VT
LdbedUt/> lesplaisirs (etplt*diuk
agrément* ,,,,on;. ':.
£dpdfare,lesfeu*\ tesfêï&dciû
fhdrmdm; ,"
TIf!M les 4rlj!/I#ten travaux vitgnifiques,
'- Tqutxc$ueje#t£ttifrtclansfesfiim
'héroïque*
» v "J]JtlMi"d*4tqnpdntle, souverain
:,.. Pouvoir, ", ,'¿.
"Djffis ctglarimxjouryosytttxpourroient
le "voir/ v Etycjire_èfprticksrm.e\,yqjlr:edme
fufpcnduë, \, :.- 4.st.:en 1'fJ:Ú\i# àyofive
propre yeue. 4,tlfi'lele,.. uafçonsacrerxy
bénir
',:R(ejofer.J}>Ztupèftinutblt Jou-;^ venir,
yfeïejaur^oè duÇùL l*,,h-,onte libérale
TïjijUA versersurnoussa,gracesans
épie*
.', J$t/oLrm**tJifoengrueU7Çxey*e deces tfPHkftdétQs «rnjèul<«&*,w&dçttf
precieux;
le vais Vous en marquer llffijlotre
incomparable.
Dés qu'il eut ACbe"fl Personne
adorable,
stiyeec l'lamlasblrilllanttdee ce"s "',i:s Dontlesyeuxsontsurpris,&les coeurs
enchantez
Ilprit desa douceur les divins caractèresy
mIly joiigneit lersenedessplu,t pures lu- Etdanscetajfimblag^fynijfantfis Trésors
Ilenfit un eJjritdipe"e ce eau beau
Cor?s>
VnSffrit dêlicat, dont lastamesub¡,
tile
Tenetre, agit, comprend, (!J.l trente
toutfacile,
Mllú lors quils'attachasursonillustre
coeur
XIfalut redoublerl'ouvrage & la
faveur,
DescelsstesVertusl'inéfaçableemprainte,
D'un '{,elc Vifçrpur la chaleurlaplua
pinte,.
DesfacilesBontéz les C'onftilsgtnl-,
reux,
Les traitsdelapitiépour tous les
Malheureux,
lui lèroit trop fé-- ro', Pourenformer centRoys lespïmparfaitsduMonde,
Nelefutpointajp{pourfaire dignement
Acette A.vnesublimeunparfait or.:.
nement; Ilsalut que Dieu mesme à ce divin
Ouvrage, I.fl'pgifiimnunfi appliqua]}un
partage.
3*1illuy comMumq/taJl tousUssecretê
Quesaconduiteexerce à régir l'ydivers
te e.rerce à
ni"Persj
Afinqsuu'ipnsrêtrmuit=e ai"nsîjp}dfYmàçtdlrjf}
Elle rcgriÀ'jlfû9 /JOliS;' comme ilrègne ,- lay-mesme; :'d"
¡': '-.J'¡j-VI Puisjemttantcetains Ce décretéxfrimd Jes OrdresJouterains.
o'-"1.)" rains. Princesses; dit-il. lors quemamain
^tïDIOMEt
vous donne
L'éclatimpérieuxdesdroitsde la,..r Couronne,
Cseine'estzque'annfinqsu'eunitogurvnouespuris,-
Quel'artdémeservir,est l'artde bienrégner
Je
cohne a'vosïfëProvince?0
ffiiddelelelsles, ,.,..111E;1.1
Mais vous y trouverez quelquesAmes
rebelles, Qmu'un naoirsaveouglyeme,nt,ennemy,d,è f1"0'3
Unorgueil plein d'erreur.écartera
demoy: 3
Vous les affranchirez de ce poison
sinistre,
Et vostre charité devenant mon Ministre,
B
Vostre zele, vos soins, vos ordres,
c vos presens,
Ramèneront à moymesmalheureux
Enfans.
Vousporterezplus loinces ardeurs
heroïques, .;
Vous leurferez-bàtir des Maisonsmagnifiques,
C
Montantpar cetexemple à l'Univers
Surpris,
Combien vous chérisseztoutceque ';
jechéris.
DevostrechasteHymen Êeraynaître
un Gage, D
Quiserademoy-mesmeuneparf:a' ite;
magie.
SonPere.,-rappellé dansmonheureux
-- Ciour, ,- Nepourraluy donnerque leSceptre.
&TejoUrV
Vous ferez tout le reste,Se pourle
bienconduire,
De vos feules vertus vous. n'aurez
quà l' instruire;
vostreexemple suffit,pourlerendre
a la fois
Les délices du monde, & la gloire dfc£
Roys.
Ce Fiils qaui vogus deevra-lua viee& la, Joindra tous ses respects à toutesa
tendresse,
Et ces devoirs toûjours àvos yeux
présentez;
Seront le digne prix de vos tendres
bontez;
Vostre coeur dans son coeur, vostre
ame dans son ame,
Luy donneront pour moyl'ardeur qui
vousenflâme,
Car enfin,pourmeplaire, il doit vous
ressèmbler;
Vos quaiitezenluyviendront.serat
sembler,,
-
Et de vos nobles foins connoissant
l'importance,.
Il ne voudra régner que par vostre
Régence.
Cent Conquérons fameux revivront
dans ion sang,
Qui brûlahs de le voir au dessus de
leur rang,
Embraseront son sein du desir des
alarmes,
Et ne l'exciteront qu'àla gloire des
armes.
Pourde tels mouvemens, sa magnanime
ardeur
Ne prendra des leçonsque de sonpropre
coeur;
Seulement,peur le suivre ensa noble
carriere, -
Vousferez élever la jeunessè guerriere.
Dans un Palais par vous ouvert aux
Nations, E
Lesgrands coeurs apprendront leurs
grandes fonctions,
Etdes Peuplesdiverslachaleur genéreuse
Mettra dao*&m.Jgcpfe u$e. foule
nombreuse
Quitirera duChamp que vousferez
ouvrir,
Le secret de bien vivre, &l'art de
conquérir.
Cependant "othe Fils, dans des ardeurs
si belles,
Nes'armera jamaispour juttt.h
querelles,
Rien nepourra troubler un naturel
si doux,
Etmes seuls Enaemtf çoj^oîtront3
son couroux.
Mais cefcroitOPoppeuprendâjit vpftn
Régence,
De faireseulementexercer,lavail
lance;
Les Scavans,&l'Etude à leur;: établis,
Etdans vostre, Palaisnobkwei^Çt-i
cueillis,
FormaerointïuinedTrouupecéclairée, (Eloiredans vos Etatsjusqu'àvous
inconnuë ) : ;-:"
QiS^ëkîeia'fâtis-qsfi&t'âc lesnuits;
& les jours, ,-
A corriger les moeurs, autantqueles
discours.
Quandmon Bras irrité lancera âirj'a**
Terre
LesGFoudruesdeevèrartfSr-de'une,cruelle MOY:'lhdirië j'auray foin de régler
vos projets, G
Et veux bien vous laisser conserver
vos Sujets. Votre fôgëcondiiitçéloignantlesalarmes,
LaPaixquicoûteracantdesang&
delarmes,
CeFruit,sirareailleurs,cedon si précieux,
»<-> Serapearuvosxver.tus,ordinaire pour -¡ :;.:'
Cependant, au milieu de cesmomens
tranquiles,
Refusant ma rosée,à tous vos Champs
renies,
Vos Peuples effrayez cultiveront
en vain
DesTerres qui contre eux endurcirons
leur sein.
N'en appréhendezrien;moins doux
en apparence,
J'offriray ces essais à vostre prévoyance,
Etvostre prévoyance écoutant mes
leçons, H
Joindra dans un amas, l'amas de six *
Moissons.
Ainsi parlefleaude l'affreuse Famine,
Je feray voir en vous cette vertu
divine, - Et retenant mes coups pour vostre
seul amour,
Vos bienfaitsrépandus, paroistrons
dans leur jour.
Ainsi par vosbontez, comme par leur
misere,
Vos Etats,connoîtront combienvous m'esteschere,
Et combien il importe à leurs tristes
besoins. :;,. D'avoir entreux & moy, le secours
devosfoins.
Enfin, Princesse, enfin, je rendray
vos années, ,. ;:<>>,}>*
Longues pleines de gloire, & toûjours
fortunées,
Et l Univers sçaura,par un destin si
doux,
L'eternelleunion quej'arresteavec
VOUS, JII:,I'lt/
Voilaquelques endroits de lagrande
Promesse
- Que le Maigre des Roys fit à nostre Trinc'JJe^-> Quiparelleaujourd'
hfty dignement repetez,
jiuxyeux del'Universsont tous
exécutez.
O~y~f~ charité^l'fferffie ej?^
défaitey Et l+J&y trouve icydeiT,dU.ù',fÇ^k
retraite: .- ,-,\,-
Û~~e~<EiU,dé$mm
qu'ilfait voir, "",'',,, 7?unJoigne,çgaleaujlenéffùrcJ^oflre
espoir: ,v
QuyyttousVoyonsfleurirfiuyfts auspices, .¡",
7*cèMusis.xpt.dçiArts ksAnohlfis_
Çxercices* , Par elle icy la Paix est unbien dfè
f*™*y:
Etlorsquede nos Cbdmpi If.Cielcfi
ennemy, w :
TouhfesQffî3** fll:N'-"'Jit.Nfk
voyance,
Dcs&imatsrecule^ifsnt ycnirl'*k9n~
dance,
Etparlesgrands de/feins. l',u;.. ne {9*
l'autre Taff**,
Sevoittraitée en 7?ey»emuCeinde
ses Etats.
fortccyè^lestr4#fptrrtsde mon ame
fétyie,
gwdndjtmevois témoin d'unt si
belle >/>, ,'h,-
Malheureuxque la France ait dérobé
longtemps -, ,,'
- MèiJcfijtiTïragk^fAntdibiens
ccUtans;
Maistrop bïttrcu#encor^ftU France,
ouVStude,
Aye'c-quelque "e-rtïl; m'eufifaitfoire
habitudet
&uijoignantfistalensétudiede tIU).
coeur,
Desa protectionmattirajfle bon-
, ¡'I ,",': '-- Étdémon mauyaiifortfeparantVt'n*
jufticey
Sacrifiestmesjoursàson 7(oy*lfcr~
vice.
EXPLICATION.
ALes Valées deLuzerne &d'Angrogne.
ßLes Millions queMadame loyale
y'fait faire, &les grandescharitez
qu'elle y fait répandre pourla conversionde
ces Peuples,
C Les Maisons de refugequ'elle flSc
bâtir en Savoye & en
Piémonpour
les nouveauxConvertis.
'J) LaNaissance de S. Altesse Royale,
&son éducation.
E L'Académie Royale des Exercices.
FL'Académie Royale pour la pureté
des LanguesFrancoise & Italienne.
> G La Paix conservée dans ces Païs
pendant la Guerre de toute l'Europe.
HLesgrandes Provisions que MadameRoyale
a fait faire pendant
une disete effroyable.
L'A M O VR
P>Erl?N.•TR.E;. PARALCIDON. LAmourn'avoit les oreilles
batuës d'autre chose que
des perfections de l'aimable
Aminte,& il enrageoit d'estre
le seul qui ne puft joüir de la
veuëde tantde beautez. Il fut
sur le point cent fois d'arracher
son Bandeau,& cent fois il y mit
la main pour le dénoüer; mais
le Destin qui en avoit fait luy-,
mesme les noeuds, les avoitsi
fort ferrez, qu'il n'en pûtjamais
venir à bour,& isse rompit tous
les onglesinutilement.Enfinil
cessad'estre maistre de luymesme;&
Philandre ,j'Amàrfë
seplus0flîonfrié'de1,cetteBessè:
s'estant unjour éctàê$iï&ibli
transportenprésence",rce
Dieu ( Ah qu'elle e{Y.âi-f)feJ
l'Amour par un emportement
terrible,se lctt.;'l!1S;ttI
Gracesde sa Mere,luyarracha
ses ciseaux,&s'enfuyant dans
un petit Cabinet,ilcoupa son
Bandeauavec tantde prccijjïi
tation,qu'il semitlevisagetout
en ïàîig;.v:Ah7:f dit-tf apresde
belexploit) jela verray,cette
Belle; & sans perdreunmomentde
temps,sansattedre
mesme qu'onmist :--,rh!ët
duvinsursa plàyé,ilvolà!
l'aimableAmmte:IIdifrà'pïr
unedesfenestresdesa Chambre qu'iltrouvaouverte,&illa
rIelncontraquijoüoitdu Luth. futd'abordsurprisdel'éclat
quisortoitdesesyeux,&sentant
danscetinstantquelques mouvemensdanssoncoeur,
quiluy
donnoientlieu de craindrepour
sonrepos,ilserepentit de s'estre ainsidévoilé.Aminte qui re^çoiv nutl'Amour,pour avoirvû son
Portrait depuisquelquesjours
dans,un certain Livre (car je
veux croirequ'elle ne leconnoissoit
pointd'ailleurs jjuv demandaquil'avoit
tplS en sidéplorable
état,mais l'Amour qui
commençoit à l'aimer,neluy
rAèmpoinntedsiteqpueersupaadra,qdueeslsaoûdpoiurs-.
leurque, luy cau/oitjableflîire>
l'avoit obligé de soûpirer, &;
comme elle estoit fort charitable,
elle courut dans son Cabinet
querir du Baume. Tandis
qu'elles'occupoit à le panser
l'Amour la' regardoit avec des
yeux qui luyfaisoient assez voir
ce qu'il commençoit à sentir
pour elle; mais la cruelle faisoit
semblant de ne le point remarquer
, ce qui desespéra le pauvre
Amour, qui devenant Poëte
tout àcoup ( comme tous les
Amans le deviennent ) pronon
ça ces Vers avec tant de
passion, que celaeut esté capable
d'amolir un coeur moins
diamant que celuy d'Aminte.
Par un effet detamitié,
Leplus noblequisoit entoute laNa- ture,
Vousparroissez sensîbLe.aux traits de. V\iaPme>',.,;jJ Offîrf'1'"*
Pourunefoibleégratignure;
; Mais vousnedites rien, quandpercé- ~lnde vos tftupSy'• ,Jo..
Je 310111 montre L'excés de mespeines
~»9b secretes.)U\ I.J, 1).-):i
Aminte, quenegardez—vous*,;.
T•ou/te*vo's»tre pitiépour les maux que Vousfaites?., LeBaumefit bientost. son
effetsur lablessure du corps,
mais cellede l'ame s'aprofondissoit
de moment en moment.
L'indiférencequ'Aminte témoignoitavoirpourluy,
le mésporinsnequ'elle
faisoit de sa Pertoute
divine qu'elle estoit,
le faisoient créver de dépit; mais
ce dépit au lieu de diminuer sa
passion,ne servoit, qu'à l'augmenter.
Cependant cette Belle
faisantscrupulededemeurer
plus longtemps avec l'Aoïpui,
le .cha.hontufemnt:;de.Jsa
Chambre, & luy îdéfeadits^
plusrevenir. EllefermaCv-fef:
nestresurluy, & fit boucher,la
cheminée,depeurqu'ilnedescendist
parlà.Voila lemisérable
Amourau desespoir;ilbrulede
voir saMaistresse,& c'est ee-qwt
ne luyestpoint permis. Un pçtjFAmour
de ceuxde sa fuite & des i
plus avantdans saconfidence,
àqui il avoitracontésonavanture,
levoyant danscechagrin,
apresavoirresvéun peude
temps,luydit;MonPrince, l', 1, l'état Olr: nousvousvoyons, allarmetous vos bonsServiteurs.
Ils craignentpourunevie
qui leurest très-chere,&ilf'
doivetcherchertous lesmoyens
defairecesserundéplaisirqui
ulijeur; 'efil'ê- funestedans la
suiteAminte vousadéfendude
lavoir.Eh bieir,,moifPPrince,
vouslaverrez ,malgré toute sa
fierté; oüy vous la verrez, & à
toute heure. Acesparoles, l'Amour
e¡ubJ;a:ffit:::son, cher Confidentavecles
plusvifs transportsquedonne
lajoye,& luy
promit touteslesfaveurs dont
un grandRoy peut assouvir
L'ambitiond'uniFavory(car l'Aïïiô~
libéral,&surtout lors
qu'ilyvade sesinterests.)Jeme
~niieflquelquefois de barboüillerdelatoille
( continua le
Confident)&j'ayfait plus
''!útnffois! lePortrait de la
Reyne vostre Mere,lors qu'elle
ena voulufavoriser ses Amans.
Mon dessein est de vous faire
avoir celuy d'Aminte. L'Amour
qui estoit un peu vifionaire (comme le font la plûpart des
Amans apprentifs) fut fort satisfait
de ce que luy proposa son
Confident, mais il s'arresta sur
les moyens d'exécuter ce projet.
Reposez-vous sur mes foins, repartit
le petit Peintre. Reprenez
vostre gayeté, & dans deux
heures vous aurez vostre Maîtresse
en peinture. Je scay bien
qu'on ne me recevra pas chez
cette Belle, tant que jeconserveraylafigure
d'Amour.Je veux
donc prendre, pour une heure
ou deux, celle d'une petite Bergere
qu'elleaime. Nous sommes àpeu pres de ~mesme taille, &
j'ay
j'ay beaucoup de son air. Le
petit Amour ayant fait la revérence
,
partit apresavoir pris
dans la cheminée de laChambre
oùestoit l'Amour, du charbon
d'un coeur brûlé, pour luy
servir de crayon. Il courut au
Logis de la petite Bergere, il
l'endormit, & se revétit de sa
figure. Il alla ensuite chez
Aminte, quitrompéepar la ressemblance,
luy fitcent caresses,
& luy donna mille~bailèrs. Le
petit Amour qui n'avoit pas un
coeur moins sensible que son
Maistre, se voyantentreles bras
de cette charmantePersonne,
oublia durant quelques momens
qu'il n'estoit que Confident,
&s'abandonna entierement
aux douceurs que sa tromperie
luy saisoit goûter; mais Aminte
ayant donné quelque relâche à
ses caresses
,
son devoir serendantle
maistre à Ton tour,luyfit
fc11ger àexécuter,son entreprise.
Ainsiil feignit de faire de
petitsMarmouserssur du papier,
& entretenant toujours Aminte
d~ mille propos enfantins, il fit
un Crayon fort juste,&fortnaturel
de l'aimableMaistresse de
sonMaistre. Si-tost qu'il eut ce
qu'il desiroit, il ne songea plus
qu'à profiter de l'occasion, &
se donnant toutentrer aux innocens
plaisirsque la Fortune &
Aminte lay présenroient, iloublia
l'impatienceoù devoit estre;
l'Amour, &il né l'en retira que
longtempsaprès son départ. Il
courut luymontrer cette Ebau- -
che, qui toute insensiblequ'elle
estoit, excita d'étranges mouvemens
dans son coeur. Il fut
question devoir des Couleurs
pour donner la perfection à ces
traits grossiers,& pour les animer
par un vifcoloris. L'Amour
brulant de voir lePortrait finy,
en envoya quérir chez toutes les
Passions qui luy en sournirent
dansdes coquilles. L'Espérance
luy envoya du vert de gris, la
Honte, du vermillon, la Crainre,
du blanc de plomb;l'Envie.
du jaune; &leDésespoir, du
noir. Le Peintre broya toutes
ces couleurs avec une Pierre
d'Aimant, les détrempa avec les
larmes de quelquesAmansinfortunez,
& lesétendit sur son
Carquois qui luy servit de Palette.
II arracha quelques Plumes
de sesaisles, ( non pas sans
douleur, mais que ne souifre.
t-on pas pour servir son Roy ? )
& les attachant à les Flêches,
il enfîtdes Pinceaux. Le Bandeau
de l'Amour son Maistre
servit de Toile, qu'il étendit
sur son Arc aulieu de Chassis.
Il repassa toutes ses couleurs
avec un Couteau d'Angleterre,
(prélude ordinaire des Peintres)
payant fait sortirtous les importuns
S pectateurs, & prié
mesmé son Maistrede seretirer,
ille mita travailler tout de bon.
Sa diligencefut merveilleuse,
car enmoins de deux heures, il
porta à son impatient Prince, le
Portrait de sa belle Maistresse
si ry. Le petit Peintre quis'ap-
plaudissoit en secret de ce chefd'oeuvre,
ne crutpas remarquer
tout l'emportement qu'il attendoit
dans les louanges que l'Amour
luy donna,&il s'imagina
avec beaucoup de chagrin qu'il
nnee; coconnnnooiisiTsooiittpapsaalalsesezz llee.ss
beautez de son Ouvrage. Estant
donc piquéau jeu doublement,
&en qualité de Peintre, & en
qualité d'Amant,ilse mit àexpliquer
à l'Amour tous les traits
de ce Tableau. Remarquezvous
(luydit il) quels brillans
sortent de ces yeux ?Ils sont tous
noirs (continua-t-il en faisant
le plaisant) du mal qu'ils font
tous les jours. Admirez la délicateffe
de ces sourcils. Ils sont
encor plus fins qu'ils ne paroissent,&
on diroit que cesont des
traits de pinceau qu'on a passez
sursois front.Voicy ( pourfuivitil
en montrant la bouche, &
poussantquelques soupirs, que lesouvenir desbaisers qu'il avoit
rcçeos d'Aminte luy arrachoit)
voicy , mon Prince, la charmante
source de tous les plaisirs,
le Palais de GrâcesJe Trône des
Jeux &desRis,en un mot la
Porte des Cieux; &. sans doute
on peut l'appeller ainsi, sans se
servir des privileges des Poëtes
& des Peintres, puis que ces
belles dents,qu'on y voit rangées
en un sibel ordre, ont allez
d'éclat & de blancheur, pour
estreprises pour des Etoiles fixes
attachées au Firmament. Confiderez,
je vous prie,la juste proportiQn
de cette gorge, la finesse
de cette taille cet air qui
est si difficile à representer par
descouleurs. Mais la plusnoble
partie de cette aimable Personne
ne paroist point icy à vos
yeux, & ne peut estre assujetie
aux reglesde l'Art, c'estlabelle
ame qui anime ce corps,&
qu'on ne peut peindre qu'a
vec des couleurs toutes Ípirù:
ruelles &c.
L'Autheurn'apointjugéa propos
depousserplus loin cetteAvamure.
Ainsije m'arreste où il a crû devoir
s'drrefler,& reprens une matiere
sur laquelle je vous ay déja envoyé
plusieurs Epigrammes. Les deux
quevous allez, voirsont de Mr Miconet
de ChâlonssurSaône.
CONTRE UNE VIEILLE
quiveutencor estreaimée.
EPIGRAMME. EN..,,,Ù, tous quefte^desAmans,
Vieille desoixante dix tItns. En vain yousprétende^queneorje touscarresse.
Cn>e.!,.. ,; que mon coeur trop facile
bieen anmour, parpitiévous aimer à
son tour;
Mais un scrupuleensuspend la tell
dresse,
Cfftq**nmassura l'autrejour
Qmue deamoinc"Bifrayecul yjçpjsfeitfi.esla
AUTRE.- Direcé,fcettfe Baeautcépaérlesean,s ¥if!JM tant queVonpenjèinutil»
à l'Amour,.
Sides traits de sesyeux lapointe l'st
e'moujje'e,
Son Ctorposs-ecu,cor rridé,peutsiri,. àson Carl'Amours'avisant d'ajjifgerquelque
Place, 1
Cette Vieille pourroit luyservir de
Carcasse.
Si un M&ryjAlouxy(iimepin*
sa Femme,que celuyquiluy
AdonnegÕran:d,e"lib:er,té. S'en rapporteràropinion
commune,qui veutquèfà
jalousie soit inséparable de 1amour,
on doit creire que plus
un Homme est jaloux, plus il
témoigne qu'il est amoureu^
C'estune maxime qui. me p,
roiftvraye dans un Amant,
Comme une Maistresse ne luy
doit rien & qu'il ne peut espérer
d'en estre aimé qu'autant
qu'il s'en fera rendu digne par
l'assiduitéde ses foins, & par les
témoignages empressez de sa
tendresse, il ne doit jamais se
tenir si affuré de son coeurqu'il
n'ait lieu de craindre que ce
coeur ne luy échape,&les moindres
complaisances que cette
Maistresse a pour ses Rivaux,
font pour, luy de justes sujets
de s'alarmer. Si sa passion est
forte, il faut qu'il murmure,il
faut qu'il se plaigne, il faut mesme
que sa jalousie ait un peu
d'emportement.. Ces plaintes,
ce murmure, cetemportement,
toutcela fait voir la violencede
son amour, & ne déplaist jamais
au beau Sexe. Si au contraire
cetAmant toûjours tranquillesouffre
sans chagrin le
trop favorable, accueïl que sa
Maistresse fait à les Rivaux,s'il
n'est point jaloux des agréables
Parties qu'illuyvoit faire avec
eux , il ne peut avoir que de
l'indiffrence pour elle, &il
est impossible qu'il fasse cas de
la conqueste d'un coeur qu'il
peut perdre,&qu'il se met si peu
en peine de conserver.Voila,
ce me semble, ce qu'on pouroit
dire d'un Amant, si la Question
estoit proposée pour luy. Mais
il n'en va pas ainsi d'un Mary.
Il faut le regarder avec d'autres
yneux.Lca Peersonuequd'ilaéspousee. qui
la mettent dans une obligation
indispensable de l'aimer toûjours.
C'est un choix étably,
si vous voulez, par l'amour,mais
que laraison a confirmé. Elle
n'a pû mériter laplace qu'elle
tient aupres de luy parle Mariage,
sansestredignede sa confiance;
& comme elle luy doit
tout son coeur, dont il ne luy est
pluspermis de disposerpour un
autre, il n'en peut estre jaloux
qu'il ne la croye capable de le
trahir. Une Maistresse, comme
je l'ay déjafait connostre, peut
changerpour un Amant, qui ne
luy montrant aucune jalousie
de ses Rivaux, fait voir qu'il
l'aime assez peu pour ne craindre
pas qu'elle en aime un autre;
mais unMary qui doitse
répondre du coeur de sa Femme
, n'est pas dans ces termes.
Quelques libertez qu'illuy donne,
elles ne peuvent passer pour
manque d'amour. Ce font plutost
des marques -de sa confiance;
& quand il ne prend aucunes
alarmes, ny de quelques
Parties agreables qu'elle tait,
ny desvisites queluy rendent
ses Amis, il luy fait paroistre
d'autant plus d'amour, que
cette confiance est une preuve
de son estime, & que, s'il l'estime,
il fautnécessairement
qu'ill'aime.C'est parlà qu'on
doit conclure qu'un Mary jaloux
n'aimepoint sa Femme.
Il ne peut l'estre sans luycroire
l'ame assez bassepour manquer
à son devoir. S'il a cette penféQ
d'elle, il est impossible qu'ill'estime,
& s'il ne l'estime point, il
ne peut l'aimer. Je sçay qu'il y a
des occasions où il est juste
qu'un Mary s'explique. Des
visites trop assiduës,quoy qu'innocentes,
donnent ouverture à
la médisance, &ilfaudroit qu'il
ne prist guére d'intérest à la
gloire de sa Femme, s'il ne luy
faisoit connoistre ce qu'on peut
dire d'elledansle monde; mais
ces avis sont plutost un effet
d'amour que dejalousie.Apres
les avoir donnez, il la laissemaîtresse
de l'usage qu'elle en doit
faire. Elle s'en sert pour remedier
aux apparences, & non
pour guérir des soupçons qu'il
n'a point conçeus. C'est une
honnesteté réciproque, & la
chose lepassantsans aucune
aigreur, la tendresse subsiste
toûjours entre l'un & l'autre.
Vous me direz qu'il y a des
Femmes galantes quiforcent
leurs Marysà estrejaloux, & à
leur retrancher les libertez dont
elles abusent.J'avouë que toutes
les Femmes n'ont pas une
vertu également scrupuleuse,
& qu'il en est d'infidelles dont
on ne peut examiner la conduite
de trop pres; mais vous m'avoüerez
en mesme temps que
les Marys à quielles donnent
de si juic~s sujets d'éclater contr'elles,
ayant cessé de les estimer
désqu'ilsont esté convaincus
de leur perfidie, s'ilsagissent
en Jaloux, ce n'est par aucun
reste d'amour qu'ils leur conservent,
mais pour satisfaire a leur
propre honneur.Ils ne veulent
pas qu'on lescroye complices
de la lâcheté de leurs Femmes,
& le nom de Marycommode
estant odieux,
c'est
feulement
pour se mettre à couvert du reproche
qu'ils en pourroicnt
craindre, qu'ils ne leur laissent
plus deliberré. Cela est si vray,
qu'on en voit - souventqui les
quitent pour toujours, afin de
ne le pas gesner par le foin de
leurconduite. Ils s'en séparent
sans aucunepeine, parce qu'ils
ne les trouvent plusdignes de
leur tendresse, de comme elles
ne leur touchent plus le coeur,
il ne leur seroit pas difficile de
fermerles yeux sur leur desordre,
mcfriVÊr endemeurant avec
elles, si la séparation ne les empeschoit
pasd'estre soupçonnez
d'avoir la bassesse de consentir
à l'injure qu'ils en reçoivent.
Il n'y a riende plus difficileà
régler que les Rangs; &sichacun
se les dispute dansl'état où ilest
né, àplusforte rllifilJ,si les disputet-
on d'EtrangeràEtranger. Ces
Rangs qui causentquelquefois des
querelles entre des Particuliers,.
causent des guerres entre des Sourverains.
On a tâché fort souvent
de les régler; maisquand cessortes
de Reglemens ont estéfaits, il s'est
trouj,ours trouvé des Gens qui ont d'y obéir, ou qui ont protesté
qu'ilsy obeïssoientsansconséquence
de l'avenir.Ainsi l'on putdire
qu'iln'y a rien de bien assuré là
dessus.L'étude que quelques Personnes
ont faite de ces Reglemens,
leur a donné lieu d'y faire aussi
des Remarques. Ces Remarques
sont tombées entre mes mains. Ie
vous les envoye. le ne vousrépons
pas qu'elles soient justes en
tout; mais comme ilneJepeutqu'il
n'y enaitbeaucoup de veritables,
& que ces Recherchessonttres-curieuses,
je, croy que vous neserez,
pasfâchée de les avoir, puis que
dans le monde on entend tous les
joursparler de disputessur cefujeL*
REGLE
DE S RANGS
ET CEREMONIES, ENtre les Nations,celle
quiestlapremiere Chrê
Ctiennoe, nestcpréifelréee dsan.s. les
2. L'ancienneté des Royaumes&
des Duchez,- donne la
préference aux Roys & aux
Ducs Souverains, sur ceux dont
les Royaumes & Duchez ne
font pas si anciens.-
3. Les Ducs, les Marquis,&
lès Comtes,Sujets de quelque
Roy, de quelque Prince ou République,
ont la préférence en";'
tr'eux, selon le temps de l'érection
de leurs Duchez, Marquisats,
ou Comtez
4. Les Républiques Souveraines
ont la préference surles
Ducs Souverains, dont les Duchez
sont deplus nouvelle création.
5. Ces mesines Républiques
ont la préference sur les Ducs
non Souverains, quoyqueleurs
Duchez soient de plus ancienne
créationque ne sont lesRépubliques.
6. Les Ducs nouveaux Souverains
ont la préférence sur les
Ducs anciens non Souverains.
7. Entre les Ordresde Religieux,
ceux là ont la préference
qui ont esté.plutost approuvezdes
Papes.
8. Les Parlemens &les Cours
Souveraines pour lajustice, ont
la préférence sur celles qui sont
de plus nouvelle création., 9. Cela s'observede lamesme
forte entre les Chambres
Ades Cyompdtese&less .Cours des
10. Les Archevesques qui ont
esté sacrez les premiers,précedent
ceux qui ont esté sacrez aprèseux. 11.Lamesmechoses'observe
entre les Evesques &les Abbez,
12. Les Officiers&Magistrats
de pareille qualité,doivent avoir
rang entr'eux, non felon l'âge,
noblesse de Maisons, ou capacité,
mais selon le temps de
leur; reception enleurs Offices
&Magistratures.
13. Entre les Chevaliers des
Ordres Militaires, le mesme
rang est gardé quand ils se trouvent
ensemble aux Actes &pour
leurs Affaires & Ordres, les premiers
reçeus devant préceder les
autres, s'ils ne sont Princes Sou,
verains.
14. En cas de doute entre
deux Debatans c'estau plus
âgé à préceder.
15 Les aînez & les plus proches
en degré des Maisons Ducales
de nouvelle création, précedent
les puînez & plus éloignez
en degré des Maisons Du
cales, quoy que plus anciennes.
16. Le semblable se doit observerentre
les aînez & puînez
dSeseCiogmntese, Buarrosns., & autres
1- 17. Les Fils de Roy & les
proches Heritiers des Royaumes
, précedent les Cardinaux:
hors de Rome &de la Cour du
Pape.
1,
18. Les Freres des Roys héréditaires,
précedent les Ducs
Souverains.
19. Les Princes du Sang Royal
heritiers du Royaume, ont la
préference sur lesDucs non Souverains,
encor que les mesmes
Ducs soient issus de Maisons
Ducales Souveraines, &: que
leurs Duchez soient de plusancienne
création.
20. Les Cardinaux précedent
lés Nonces du Pape &les Ambassadeurs
de l'Empereur&des
Roys.
21, Les Ambassadeurs des
Roys doivent préceder les Evesques&
les Ducs.
22. Les Archevesques & les
EvesquesprécedentlesDucs,
s'ils ne font leurs Souverains
car en ce cas les Ducs les précedent.
23. Les Ducs précedent les
Marquis, & les' Marquis les
Comtes. :
24. Les Princes & autres quj
sont en possession de temps immémorial
par eux&leurs Prédecesseurs
de préceder,y doivent
estre maintenus, hors conu
tre ceux dont la dignité est notoirement
supérieure,comme
aussi contre ceux qui de droit &
selon les Loix peuvent demander
la préference.
25. Aux diférens pour les
•
Rangs.
Rangsdans les moindresVilies,
faut suivrel'ordre qui est gardé
dans les Villes Capitales des
Royaumes ou Provinces.
26. Celuy qui est le premier
nommé aux Lettres & Titres
publics, comme sont les Traitez dePaix&d'Alliance,
aux Contracts
de Mariage des Roys,
Princes, & des Grands, aux
Edits&Ordonnances des Roys,
entels autres Actes, est le plus
honoré&préferéauxautres. -
27. L'étendue des Royaumes
& Duchez de plus nouvelle
création, nedonne pas la prérogative
d' honneur sur ceux
qui sont de plus ancienne création,
28. Les plus-gran'ds r-evenus&
les richesses, ne donnent pas la
préference à un Roy & à un
Prince, sur un autre.
29. Celuy qui tient plusieurs
Royaumes & Duchez de nouvelle
création, & qui enporte
lesTitres, doit céderàceluy
qui n'en tient qu'un de plus an- ciennecréation.
-t.3°. Entre les Roys & les
Ducs, la noblesse du Sang n'est
hpa,s ,cocnrsaidnerdéee, umaris bien la ma- des Etats.
31. La Seigneurie ou l'Office,
ldonene lPa préeferernceeau.Fils sur
32. La préference se donne
non à ceux qui prétendent sur
quelque Royaume ou Duché,
mais à celuy qui en est posses- seur. >h?'<u3i
33. Elle ne sedonne pas da-
,&;
vantage aux Roys & aux Ducs,
à cause des Royaumes ou Duchez
qui ne sontplus,&qui ont
esté réduitsen Provinces, encor
qu'ils soientpossesseurs des mesmes
Provinces.
34. Ceux qui ont des Titres
honoraires sans fonction, doivent
ceder à ceux qui exercent
les Charges &Offices.
35. Les Titres de plus grande
dignité, comme d'Empereur &
de Roy,& d'autres que prennent
les Souverains, ou qui leur
font attribuez,ne leur donnent
point de préference sur les Souverains
qui sont en possession de
les préceder.
36. Les Régens & Adminis
trateurs des Royaumes & Principautez,
fetrouvant avec d'autres
Roys & Princes, tiennent
le mesme rang que leurs Mineurs,
& ceux qui sont fous leur
Gouvernement.
-' 37. Le Mary tient le rang
des Terres & Seigneuries qui
appartiennentàla Femme.
38. Les Roys des Romains
désignez Successeurs de l'Empereur,
& les Fils des Roys qui
font les plus proches Heritiers
des Royaumes, encor qu'ils
soientcouronnez,doivent ceder
la prérogative d'honneur aux
Roys des Royaumesde moindre
dignité &: de plus nouvelle
création.
39. Les Roys, les Princes, &
les SS~e-iignneeutrisrs, précedent les
Femmes de ceux quiontlamesmedignité.
40. Les Femmes tiennent
entr'elles le rang de leurs Marys
; aussi font les Veuves, si
elles ne le remarient à des Personnes
de moindre qualité.
41. Les Reynes Doüairieres
doivent préceder les Reynes
régnantes.
42. Le mesme s'observe entre
les Duchesses, Princesses, &
autres Dames Douairières, &
celles qui qont mariées avec des
Princes& Grands Seigneurs de
pareille &égale dignité.
43. Entre deux Princes qui
ont à s'entrevoir aux confins de
leurs Etats,celuy qui vient trouver
l'autre en sa Terre & Seigneurie,
se montre luy estre inférieur
en dignité.
44. On peut dire bmemlë
choie de celuy qui se trouve le
dernier au Lieu assigné, à moins
qu'il n'y eut une si grande disparité,
que cela ne se puisse tirer
en conséquence pour celuy qui
s'y rend le dernier.
45. Entre Princes de mesme
dignité, ceux-là doivent avoir
la préference, suivant les Loix
del'Hospitalité, qui font venus
trouver les autres enleurs Etats
&Seigneuries.
46. Cela se doit aussi observer
entre les Ambassadeurs des
Roys & Princes, quand les uns
se trouvent aux Hostelsdes autres,
ou dans la Terre & Seigneurie
des Seigneurs avec lesquels
ils ont à négocier.
47. Les Ambassadeurs de
nouveau arrivez, doivent estre
visitezpar ceux quifont arrivez
auparavant; ballant au devant
d'eux à leur arrivée, ils font tenus
par honneur de leur bailler
la main droite, ou le milieu.
1 48. Aux Entrées solemnelles
des Roys dans leurs Villes principales,
les grands Officiers vont
devant,& les Princes du Sang,
après, - ?;•• ';'
:;:1.49¡ Les grandsOfficiers du
Royaume, comme aussi leurs
Officiers domestiques, sont plus
pres de leur Personne, que les
Echevins & autres Officiers de'
Ville,.(i ce n'est lorsqu'ils portent
le Daissureux.
- 50. Les Pieces d'honneur,,
comme le Heaume, le Gante- let; & autres, font portées devant
les Roys à leurs Entrées&
à leurs Enterrants après le
Corps.
51. Au Baptesme, si l'Enfant
est plus grand en dignité que
le Parrain, les honneurs de cet
Enfant sont les premiers sur la
Tablela plus parée, & sont portez
par plus grands Princes, &
aussi au contraire, si les Comperes
font les plus grands, les
honneurs des Compères s'appellent
le Bassin, l'Eguiere, &
là Serviete;, ceux de l'Enfant
font le Cierge, le Cremeau, &
la Salliere.
52. Aux Processions, l'Evesque,
l'Abbé,ou le Doyen,&
ceux qui font les plus grands
endignité, doivent marcher les
derniers entre les Ecclesiastiques..
53. Les Roys & Princes Souverains
doiventavoir les prérogatives
& marques spéciales
d'honneur en leurs Royaumes
& Etats,qui ne se peuvent communiquer
aux Reynes ny à leurs
Enfans, & moins encor aux autres
Princesleurs Sujets, nyaux
Etrangers qui les font venus
trouver, encorqu'ilsfussent de
plus grande dignité. Comme
54. De l'honneur & reverence
deubs par les Princes &
Grands devant leurs Souverains.
55. Ou bien enleurfaisant foy
&hommage..
56. Ou bien se rencontrant
devant leurs Lieutenans & principauxJuges,
au Lieu oùlajus_
tice s'est exercée.
57. Les enseignes & marques;
deJurisdiction,ne doivent estre
portez en présence des Princes
Souverains, ou des Magistrats
qui exercent la justice Souveraine
par ceux qui font leurs
SujetsouJusticiables.
58. Aux Actes & Assemblées
Ecclesiastiques, les Ecclesiastques
précèdent les Séculiers &
Laïques;&auxActes Seculiers,
les Séculiers précèdent lesEcelesiastiques.
59. Les Archevesques ont la
préférénce dans- leur Province
sur les autres Archevesques,
quoy que lacrez devant eux. --
60. La mesme chose s'observe
entre les Evesques,quand l'un
d'eux se trouve eu son Diocese
& propreTerritoire.
61. Un Archevesque ne peut
faire porter la Croix devant luy,
dans la Province d'un autre Archevesque.
61. Les Légats àLaterc, & les
Archevesques, ne peuvent faire
porter leur Croix devant eux
aux Chambres de Parlement &
autres Cours où la justice s'exerce
pour &au nom des Roys,,
Princes& Etats Souverains.
63. Les Souverains, Magistrats,
principauxOfficiers du
Royaurne, ont la préférence
sur ceux qui font de plus grande
qualité, & qui en autre part le$t,
piécederoient , parce que ces
Magistrats représententlaPersonne
du Roy leur Souverain.
64. Un Magistrat inférieur
ne peutporterlesinclines Habits
qu'un magistrat supérieur.
65. Les Rovs & Princes de
dignité mercuré &les moindres
Magistrats, ne peuvent tenir
le mesme rang à marchersi
avant que les plus grands Roys
& Magistrats,mais il faut qu'ils
soient plus reculez.
66. Les Officiers Royaux ordinaires
précédent les Officiers
des Villes..
- 67. Les Ambassàdeurs des
Roy de plus grande dignité-,
dont le Royaume est plus an
cien, cedentaux Roys de moindre
dignité qui se trouvent en
personne avec les mesmes Ambassadeurs.
68. Ce qui s'obsèrve de mesme
entre les Ambanndeursdes
Princes & Souverains.
69. Entre trois quimarchent
ensemble, celuy quitient le milnieuoestr-
daanbs lelrean.g leplus ho-
70. Entre quatre qui marchenr
en mesmerang, ouquisontassis
aussi ayant l'un que l'autre, les
deux du milieu tiennent les places
lss plus honorables.
71. De deux qui marchent ensemble
devant le Roy, ou derrière,
celuy quiest du costé droit
est au lieule plus honorable,&
non celuy qui tient le haut du
pavé.
71, Le costéle plushonorable
en l'Eglise, est celuy qui est du
costé de l'Epistre &c celuy-là
est à lemain droite en yentrant
par la grande Porte, si elle est à
l'opposite du grand Autel.
73. Ceux-la font à la main
droite de l'Autel, qui font du
costédel'Epittre.
74. Aux Assemblées générales
séculieres, ceux-là font
assis à la main droite, qui font
à la main droite du Souverain,
ou des Magistrats qui président,
foit qu'ilssoientassis aumilieu
de la Chambre, ou au coin de
la Chambre.
75. Le premier lieu à main
gauche est plus honorable que
le second lieu à main droite,
parce qu'il est plus proche du
Prince ou du principal de l'Assemblée.
76. Ceux qui font assis au
milieu d'une Chambre, en quelque
celebre Assemblée où le
Roy est assis au haut ou à un
coin de la mesme Chambre,&
qui le regardent en face, encor
qu'ils soient du costé gauche du
Roy., font dans une place plus
honorable queceux qui font
assisau milieu de lamesme
Chambre du cossé droit, parce
qu'ils ne tournent pas le dos,
mais ils le voyent en face, &
sontveus deluy.
77. Entre troisDéputez aux
Etats Genéraux d'un Royaume
assis vis-à-vis du Prince, le Député
qui est assis à la main gauche
de ccluy du milieu, tient un
rang plus honorable que celuy
qui est assis à la main droite,
parce que celuy quieqstà la gauche
de celuy du milieu, est à la
droite du Roy ou du Prince.
78. Les grands Seigneurs qui
tournent le dos au Souverain
quand ses Sujets luy font harangue
, &parlent à luy, luy
doivent tourner la face quand
luymesmeparle,
79. En debat de préseance
entre les Princes & les Ambassadeurs
ou Députezdes Villes,
ceux qui font en un lieuà part
hors le rang des autres, font en
effet postposez, comme ayant
esté déboutez du lieu qu'ils ont
crû estre le plus honorable.
Vous estespriéed'engagervos
Amis à faire connoistre leurssentimenssurles
matieres quisuivent.
QVESTIONS
A DECIDER.
s I. I l'amour diminuë plutost
par les rigueurs d'une Belle,
que par ses faveurs. II. Si la jalousie d'une Maîtresse
est plus à craindre que lajalousie
d'un Rival.
III.
S'il est plus avantageux à un
Homme qui se réfout à se marier
, d'épouser une Personne
dont il est fort amoureux, qu'-
une autre pour laquelle il ne se
fent dans le coeur que de l'estime.
IV SiuneMaîtresse fait plus
soufrir un Amant quand elle
luy préfere un Rival qu'elle a
dessein d'époufer, que quand: elle luyen préfere un dont elle
ne veut qu'estre aimée.
V.
S'il estpluspréjudiciable à un
Homme qui est Peredefamille,
d'estre grandJoüeur, que grand
Buveur, ou grand Chicaneur.
VI.
On souhaiteroit d'estre éclaircy
detout ce quiregarde
les Talismans.
VII.
On demande quelle est l'origine
de la Poudre àCanon.
Adieu,Madame,puis que le bruit
quefait la Devineresse vous donne
tant d'impatience de lavoir,je ne
manqueraypointàvous l'envoyer
au premierjour.Jesuis loJlrc.)c..,
A Paris ce i~.Janvier16~0..
Avis pour laLettre en chifres.- ON avertirceux qui vou-
- dront se divertir à chercherlesensdela
Lettre enChifres
proposée dans la page 207.
de ce Volume, qu'il s'y est glissé
deux fautes essentielles. La premiere
est dans la seconde ligne
de ce Chifre, ou au lieu de 323.
ondoitmettre592.L'autre est
dans la onz iéme ligne, où il faut
dchaneger2le5chi7fre 8.1 en celuy
Extrait du Privilege du 7(0). pAr Grace & Privilege du Roy, Donné à
S. Germain en Lave le 31Decembre 1677.
Signé,Par le Roy en son Conseil, JUNQUIERES.
Ilest permis à J. D. Ecuyer,Sieur de Vizé,
de faireimprimer par Mois un Livre intitulé
MERCURE GALANT, presentéà Monseigneur
LE DAUPHIN, & tout ce qui concerne
ledit Mercure, pendant le temps & espace de
sixannées, à compter du jourquechacun desd.
Volumes fera achevé d'imprimer pour lapremiere
fois: Comme aussi defensessontfaites
à tous Libraires, Imprimeurs, Graveurs & autres,
d'imprimer, graver & debiter ledit Livre
sansle consentement de l'Exposant, nyd'en
extraire aucune Piece, ny Planches servant à
l'ornement dudit Livre, mesme d'en vendre fcparément,
& de donnera lire ledit Livre, le
tout à peine de six millelivres d'amende, &
confiscation des Exemplaires contrefaits, ainsi
que plus au long il est porté audit Privilege.
Registré sur le Livre de la Communauté le 5
Janvier 1678. Signé, E.COUTEROT, Syndic.
Et ledit Sieur D. Ecuyer, Sieur de Vizé.
acedé& transporté son droit de Privilege à
C.Blageart, Imprimeur-Libraire,pour en
joüir suivant l'accord fait entr'eux.
Qualité de la reconnaissance optique de caractères