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MERCURE
"GALANT
A PARIS.
AV PALAIS.
oN donnera toujours un Volume
nouveau du Mercure Galant le
premier jour de chaque Mois, & on
le vendra,aussibien que l'Extraordinaire,
Trente sols relié en veau, Sç
Vingt-cinq sols en parchemin.
A PARIS,
Che* G. DE LUYNE, au Palais, dansla
Salledes Merciers,à la Justice.
ChezC.BLAGEART., Ruë S. Jacques,
àl'entréedela Ruë duPlâtre,
Et en sa BoutiqueCourt-Neuve du Palais, AUDAUPHIN.
Et T. GIRARD,auPalaisdansla Grande
Salle, à l'Envie.
M. D. LXXIX.
-
JVEC PRIVILEGE DF ROT.
TABLE DES MATIEREScontenuës
dans ce Volume.
DF.Jcriptiond'un Naîtrefait en
fis heures cr demie, 1
La VeYintreè, ou les fauxEnchaAtemens,
10
Le TempsMedecinyFable, 53
Compliment de M. Verjus à VAcadémie
Fratjçoife le jour de sa eception>
ayee la 7?èponfe de M.
Boyer, 57
Madrigalsur le Mariage de Mademoiftlle,
87
JSfiampes graVees par l'ordre du 7roy,
CT données au 'Public,88
IÇfjouiJJances faites à Madrid, 134.
Mort de M. le Laboureur, 148
Mort de M. Trdof,Chanoine de NÕ{fre-V"me,JSI
Le Vuede Valois,Lftfloriet*, 155
JÇégaldonnéparlal^eyne à M.VAmhaffadeur
¿'EjjMlne) 170J
jêrriye'e de Madame la TrinceJJe at
TÇobanaliantest 17;
Cérémonies faites dans L Eglise des
Dames du Taraclet d'Am"Jens, 177
Le Faux Poifln, Kif/oire, 179
Divers Couplets sur la Chattfon de
Lyfete, 18$
Jufîice renduep^rM.T>agieffeau,1^7
Tenftons (JP jBenefces donne^par le
7(!y, J89
T/Jeft foûtentté par Mejjieurs d'At-
,f!t", m
siTitrée du Commandeur L,¡.fJomirsl(/,
AmbassadeurExtraordinaire de
Pologne" Turiny 111
M-le Marquis de S. Andrésist Tremier
PrlfidenrJe Grenoble, 234,
M. le Comte delà Say'pe Consti'Z'tr,
rcçtll à la Charge de Tréjident à
Mortierdans le nzflJe p"rlrment
137
Jtfortde Mademoifilled*Elbeufi246
Nort de Madame de Cbeyreufèy247
Mort de M. FEyefyue de £rcauvatSi j;
Zéi1d1donnedr Le Xoy à *FerldiIle.;>
àM. L'Ambajptdeurd'Sfpagne,156
Le Singe a- le Miroir, Fable, irji
Lettre de la Lorraine Efpagnoletey.
touchantlesFttfesd*Efpagne, 177
Le Vue d: Taflrane part de Madrid
pour "Venir enFrance, 51o
xZoblcJp: FrAI/fo:Je reçeue à la four d*-
Harotcr, jij
Difpenfi dâge donne'e au Fils de Af,
le Tréjident Niclllï, 317 L'A>nbajptactif de JTenift est fait
Che~voel:e?de laccoldde, 317
Entres de l'Atnbajptdeur Extraordtnaire
de Pologne, 519
TIÚft foâtenue par M. le Trince, de
Titrcnne, 330
Wdllet del<*Taix dance'au CoI/egt de
Çlcrmollt, 3B
TbeJjàÛtenué: par M. l'.Ab¡' de
Coislin, 33f
Camp de la Pilline d*Acheres^ 33£
Accident arrive' À M. le Marquis de
Lou-.,oys, 34.C
Entrlcpuhl"jue de M*le Marqués de
Vilars à Madrid, 34,2,
Mntrée de M.I"Ambdrddeur Extraordinairede
Suede à TAfM, 34.J ¥articularitc^ touchant le Mariage de
Afademoifille,ayec une Lutre du
7(oyd'Efipagne à cette Princeffi,
346 jdlfdit a Madame la Duchtjp de
Montalto, 3H
z..:"'om,( de ceux qui ont explique'lapremiere
Enigme, 354
Noms de ceux qui ontexpliqué la fécondeEnigme
y 3^4.
NoUms dse cdeuxequui oxnt eyxpliq3ue'Jtou7tes
Enigme nou^eUe en Vers,. 3^9
AutreEnigme en Pers, 360
Noms de ceux qui ont explÙiNIrBnigme
enfigure, 361
Çônclufîeny
- -
3.63
Fin de la Table.
Extrait du Triyilcge du 7(oy.
Ar Grace &Privilege du Roy, Donné à
S. Germain en Laye le 31.Décembre 1677.
Signé,Parle Roy en son Conseil,JUNQUIERES.
est permis à J. D. Ecuyer,Sieur deVizé,
e faire imprimer par Mois un Livre intitulé
MERCURE GALANT, presenté à Monseineur
LE DAUPHIN,& tout ce qui concerne
dit Mercure, pendant le temps & espace de
x années, à compter du jour que chacun desd,
Volumes fera achevé d'imprimer pour la preniere
fois:Comme aussi defensessontfaites
tous Libraires,Imprimeurs, Graveurs &aures,
d'imprimer, graver & debiter ledit Livre
ansle consentement del'Exposant, ny d'en
xtraire aucune Piece, ny Planches servant à
l'ornement dudit Livre, mefrne d'en vendre separément,&
de donnera lire ledit Livre, le
out à peine de six mille livres d'amende, &
confiscation des Exemplaires contrefaits, ainsi
que plus au long il est porté audit Privilege
Registré sur le Livre de la Communauté le 5,
Janvier 1678. Signé, E.COUTEROT, Syndic.
Et ledit Sieur
-
D. Ecuyer, Sieur de Vizé
cedé & transporté son droit de Privilege à
C.Blageart, Imprimeur-Libraire, pour en
joüir suivant l'accord fait entr'eux.
sithrvêd'imprimerpour lafremttrefou
Le31.Asufl1679.
Le Sieur Blageart distribuë tous les
Mois le Journal des Nouvelles Découvertes
sur toutes les Parties de la
Medecine ; & on trouve encor chez
luy tous lesautres Ouvrages deMde
Blegny,qui en est l'Autheur
Avispeur placerles.Figures.
LA Mosaïquedoit regarder la page
147. L'Air qui commence par Si Tirets
eji un inconstant, doit regarder la
¡ge 1S4..
Le PlanduDessert RoyaldeVersailles,
doit regarder la page 267.
L'Enigme en figure doit regarder la
page 362.
LaChanson qui commence parDecoiffe-
moy cette £OMtciïïc5 doit regardcr
la page364
ER-cv-REl
voir accoutumé, aux miracles.
Je vous av promis la
description d'un Vaisseau
qui se fie en six heures &
demieaToulon le 15. ou 16.
de l'autre Mois. Je croyois
que vous regarderiez cela
comme un prodige,&vous
me mandez qu'apres les
merveilles que je vous ay
apprises de nos François sur
toute sorte de sujets
, vous
n'entendez plus rien dire
d'eux qui vous surprenne.
Il faut pourtant queje vous
tienne parole. Si ce que je
vous ay dit dans ma Lettre
duMois de Décembre dernier,
de la Galere de Marseille
construite en un jour,
diminue de l'étonnement
que vous doit cauler un
Vaisseau basty en moins de
sept heures, je fuis seûr au
moins qu'il vous fera malaisé
de n'en prendre pas
une haute idée de l'ordre
admirable que Monsieur
Colbert & Monsieur le
MarquisdeSeignelay ont
mis dans nos Ports, & du
foin qu'ils prennent de
choisir de bons Sujets pour
en avoir la direction. Il est
certain que la ch oseparoist
presque incroyable à ceuxmesmes
qui ont esté employez
à ce travail, & que
les Gens du Mestier qui sçavent
combien il entre de
piecesdans la construction
d'un Navire, 6c avec quelle
justesse il faut que toutes
ces pieces soient jointes les
unes avec les autres, ne.
peuvent comprendre comment
un Vaisseau de cent
trois pieds de longueur,
avec deux Ponts &un
Gaillard, qui peut porter
jusqu'à quarante Pieces de
Canon, &qui est d'une
, l, propreté achevée, a pu estre
fait en si peu de temps.
La gloire en est deuë à la
vigilance de MrArnoulIntendant
de Marine en ce
Païs-là, qui en avoit formé
le dessein,&qui donna des
ordres si justes,que tout ce
qui estoit necessaire pour
le travail, se trouva dans
l'endroit qui avoitesté
marqué pour chaque chose,
sans qu'on fust obligé
d'aller rien chercher ailleurs.
Il avoit fait faire une
Halle au dessus de ce Vaisseau,
fous prétexte de le
mettre à couvert de l'ardeur
du Soleil;mais on ftit
surpris, voyant que cette
mesme Halle, & les Echafauts
qui estoient autour,
renfermoient lesPieces qui
devoient servir à cette construction.
Quoy qu'on en
cust fait l'arrangement avec
grand ordre, il ne laissoit
pas d'yparoistre une
je-ne-sçay- quelle confusion
qui faisoit craindre à
plusieurs de l'embarras
dans le dénoüement, à cause
de plus de deux mille
cordages, 5cde plus de cinq
cens poulies qu'on y voyoit.
Les Maistres Charpentiers
quiont placé toutes choses,
diient eux-mesmesqu'ils
n'en pourroient donner
qu'une foibleidée;&les
Peintres qui ontvoulu dessinercet
arrangement,n'en.
ont jamais pû venir à bout.
Cependant tout se dévelopa
avec une facilité merveilleuses
l'accord se trouva
par tout, & on ne perdit
pas un seul moment à chercher
les choses dont on eut
besoin. Voicy l'ordre qui
fut observé. On avoir partagé
tous les Ouvriers &
tout l'Ouvrageentre les
quatre principaux Maistres
BaftiUears de Navire, qui
faisoient quatre Divisions
diférentes. Chacun d'eux
avoit fous luy deux Sous-
Maifires, l'un pour l'avant,
l'autre pour l'arrivée, &
chaque Division estoit séparée
en huit Escoüades,
commandées chacune par
un Chef, & comporées de
seize Charpentiers & de
quatre Perceurs. De ces
huitEscoüades, ilyenavoit
deux qui devoient se reposer,
afin de se relever successivement
de deux en
deux heures, si l'ardeur
n'eût emporté les Ouvriers.
Comme il devoit y avoir
toujours pres de cinq cens
Hommes dansle travail,
sans compter les Chefs, il
eust esté difficile d'éviter la
confusion dans un si grand
nombre de Gens, si on ne
les eust: habillez diféremment.
Le SrColombMaître
Bastisseur deNavire,qui est
ce luy qui a conduit le Vaisseau
dont je vous parle, ôc
qui dans cette occasion en
devoit faire le costé droit,
estoit habillé de bleu avec
toute saDivision. Celle du
SrChapelle qui devoit faire
le costégauche, estoit habillée
de blanc. Celle du
StColomb le Fils, à qui le
fond de cale estoit écheu
en partage,avoit le calleçon
bleu, & une chemise
blanche; & celle du Sr Audibert,
qui estoit chargé des
Ponts, avoit le calleçon
blanc, avec la chemise
bleue. Les Escoüades de
chaque Division se distinguoient
de plus entr'elles
par le moyen d'un Ruban
de diférente couleur. Les
Chefs avoient de mesme
une marque particulière;
& afin qu'on ne confondift
pas les Charpentiers les avec Perceurs, ces derniers
avoient chacun une Masse
.à la main, avec une Gibenciierre
à leur costé, pour te- des clous&leurs outils.
Tous les Ouvriers en cet
équipage se trouverent à
l'Arsenal avant le jour. Ils y entendirent la Messe,
apres laquelle chacun alla
de luy-mesme se ranger au
poste qui luy avoit esté
marqué le jour précédent,
& y attendit le signal. il
fut donné à quatre heures;
& alors au son desTrompetes
& des Tambours, on
vit pres de cinq cens Hommes
se remuer en un nioment,&
tous àla fois, comme
dans un Concert, faire
chacun une maneuvre diférenteavec
un ordre & un
silence qu'on ne sçauroit
concevoir,àmoins d'y avoir
esté présent. C'estoitaussi
ce qui leur avoir esté recommandé
très-expressément,
& furquoy onavoir
pris toutes les précautions
imaginables. Il s'agissoit
de bien placer dabord les
membres de ce Vaisseau, &
c'est ce qui ne se pouvoir
faire que par un accord général
de tous les Ouvriers
ensemble. L'ardeur avec
laquelle chacun se mit à
travailler fous son Chef,
fut si grande, que les premiers
qu'on employa, ne
voulurent point entendre
parler de repos. Ainsi ceux
qui devoient prendre leur
place, voyant que le Vaisseau
s'élevoit de moment
en moment à leurs yeux,
pendant qu'ils ne faisoient
rien,apres plusieursinstances
pour obtenir la permisfion
de travailler, allérent
d'eux mesmes à leur département,
pour avoir du
moins quelque part à la
gloire de leurs Camarades.
Tous les coups qui se donnoient,
n'en paroissoient
qu'un, ôc le travail s'avançoit
d'une si grande vîtesse,
qu'onvoyoit l'Ouvrage
finy, plutost que la main
qui l'avait fait. Ce qu'il y
eut de plus furprenanr, c'est
que la plûpart, bien loin de
consentir à se reposer, se
firent un point-d'honneur
de ne boire ny mander,
qu'ils n'eussent veu le Vaisseau
nny. il le fut avant
onze heures du matin,
quoy qu'iln'eust esté commencéqu'àquatre,
& cela,
sans qu'ilse rompist aucune
Piece, ny qu'il y eust un
seul Ouvrier blessé. Pendant
ce travail, MTlntendant
avoit fous luy quatre
Commissaires de Marine,
sçavoir MrHayet, Jonville,
du Mairs,& Talon, qui firent
tres. bien leur devoir,
avec huit Ecrivains. Ces
derniers, quiestoientMrs
Bailly, Sagier, Montaphilon,
du Mas, Choiselas, du
Plessis,Verdun,& Baudrart,
avoient chacun ra port à
l'un des quatre Maistres
Charpentiers qui conduisoient
l'Ouvrage, & Mr Arnoul
se servoit d'eux pour
sçavoir à tous momens l'état
du travail dans les endroits
où il n'estoit pas,
afin d'y donner ses ordres,
& de fournir au besoin, s'il
eust manquéquelque chose
qu'il n'eust pas préveu.
C'est de cet habile Intendant
qu'on peut dire que
Monsieur Çolber,t l'a for-r
me de ses mains, puis qu'il
l'a fait voyager pendanc
quatre ans dans tous les
Ports & Arsenaux de l'Europe;
qu'il l'a fait paffer
en fuite par tous les Emplois
de la Marine; & qu'il
l'a toûjours si bien conduira
qu'après luy avoir fait exercer
à l'âge de vingt-quatre
ans pendant toute une année,
les deux Intendances
de Toulon & de 1arreilleJ.
pour les Vaisseaux & pour
les Galeres, il l'a rendu capable
de tout. On nen
peut douter après la maniere
dont on luyaveu exécuter
les diférens ordres
qu'il a reçeus de Mr le
MarquisdeSeignelay. C'a
eilé
avec tant de pondualité
& de prévoyance, que
les Armemens,les Convois,.
& les passages des Troupes
qui ont presque esté continuels
pendant les quatre
ans de la Guerre de Mesfine,
se sont toûjours faits
à point-nommé, sans que
les Vaisseaux ayent jamais
manqué de la moindre
chose.C'est luy qui a fait
le Dessein du magnifique
Arsenal que le Roy va faire
bastir à Toulon. L'illustre
Mr deVauban qui a un
fond inépuisable de science
dans ces fortes de travaux,
&qui avoit esté envoyé en
Provence pour régler toutes
choses sur ce [ujet) n'a
rien trouvé à changer au
Dessein de cet Arsenal, &z
en a écrit avec applaudissement
à la Cour. Je ne
doute point, Madame, que
vous ne viffiez avec plaisir
celuy du Vaisseau dont je
viens de vous parler. S'il
tombe en mes mains, je
m'engage à vous renvoyer
gravey ne pouvant faire trop pour conserver lamémoire
d'une Merveille donc
les siecles passez n'on r point
eu d'exemple.
Sile grand nombre de témoins
que cette Merveille
aeus, empesche qu'onn'y
soupçonne de l'enchantement,
ilya tout lieu d'en
croire dans ce qui est arrivé
a un Cavalier qui tient un
rang tres-considérable dans
une des premieres Villes du
Royaume. Ce n'est point
un de ses Esprits crédules
qui s étonne de peu de
chose, ou qui soient aisez à
ébloüir. Il veutvoir pour
croire,&lacuriositéquiluy
a fait parcourir routel'Italie,
ne l'a pas seulementattaché
aux choses qui sont
singulieres au climat & à la
j p - température de l'air, mais
elle luy a fait chercher à
conférer avec ceux qu'on
disoit avoir les connoissances
les plus profondes.C'est
par là qu'il s'est fait un plaisir
d'entretenirpluueurs
plus satisfaisant pour les
Curieux, s'y arresta quelque
temps pour en considérer
à loisir les raretez. Il
se promenoit un jour sur le
Mole,cet Ouvrage merveilleux
que ceux du Païs appellent
le plus grand de la
Crestienté, quand il apperçeut
deux de ses Amis
qui entreprenoient le voyage
qu'il achevoit. Ils s'embrasserent
avec toutes les
marques de joye qui sont
ordinaires en de sem blables
rencontres, & apres
qu'il les eut préparez à recevoir
beaucoup deplais
des Antiquitez qu'il avo
veuësen beaucoup de lieu ilssemirent
a luy exagere
à leur tour les beautez qu quinze jours de sejour leu
avoit fait remarquer à Gé
nes; & luy montrant ui Gentilhomme qui les ac
compagnoit & qui n'avoi
point encor parlé, ils siren
valoir sur tout l'obligation
qu'ils luy avoient de leur
avoir donnéentrée chez les
Gens les plus qualifiez de laVille, parmy lesquels ils
luy dirent qu'il estoit dans
une
une extreme consideration.
Quoy que le Gentilhomme
fuit vêtu à la Gen-
oiiè) & grave comme un
Espagnol, il parloit François
trcs- juste, & répondit
avec tant d honnesteté &
d'esprit aux loüanges que
luy donnerent (es Amis,
que le Cavalier s'en trouva
charmé, & se sentit prévenu
pour luy desce moment
d'un sentiment fort particulier
d'estime. Le len demain
aumatinil renditvisiteàses
deux Amis qui parti ent ce
mesme jour pour Milan. Il
trouva le Gentilhomme Génoisaveceux,&
fut si touché
de ses manieres honnettes
& obligeantes, qu'il
se fit un fort grand plaisir
d'une partie de promenade
qu'illuy proposa pour l'apres-
midyà S. Pierre d'Arennes,
oùil promit de luy
faire voir que lques Jardins
qui luy paroistroient des
lieux enchantez. La partie
s'exécuta. Le Cavalier
avoüa qu'il n'avoit jamais
rien veu de plus agréable
que ces Jardins; mais s'il
fut satisfait de leur beauté,
il le fut bien davantage de
la conversation du Génois.
Illuy trouva tant d'esprit,
& un caratere si opposé à
celuy de sa Nation, que
comme il parloit tres bien
nostre Langue, il ne pût
s'empescher de luy dire
qu'avec les sentimensqu'il
luy remarquoit, il falloit
qu'il fust un François métamorphosé.
Le Genoisluy
dit que quelques affaires
l'ayant obligé de passer les
premieres années de sa vie
en France, il enavoittoûjours
aimé les maniérés. &
qu'il n'estoit pas surprenant
qu'il eust profitéde l'étude
qu'il en avoit faite. Cette
con formité d'inclinations
ôc d'esprit fit son effet. Ils
se donnèrent les plus fortes
assurances d' amitié, lesconfirmerent
en s'embrassant,
&commencerentàdevenir
presqueinséparables. Comme
le Cavalier estoit curieux
, il n'y eut point de
Cabinet un peu rare que le
Génois ne luy fist ouvrir. Il
le mena cheztousceux qui
avoient quelque secret particulier,
& luy ayant en1
tendu dire plulieurs rois
qu'il avoit pratiqué quan-
! tité de Gens qu'on disoit
quiavoientdes Esprits familiers,
sans qu'aucund'eux
luyeust jamais rien fait voir
d'extraordinaire, illuy témoigna
que si un-Homme
de ses Amis n'estoit pas absent,
peutestre verroit-il
chezluy des choses qui mériteroient
qu'on en fustfurpris.
Le Cavalier qui ne
souhaitoit rien tant que de
voir,&quemille tours d'àdresse
qui épouvantent les
faibles,n' avoicnt jamaisétonné,
offritdediférer for
départ pour attendre le retour
de ce prétendu Magicien;
mais le Génois répondu avant qu'il avoit parte
enEgypte, d'où peut-estre
il ne reviendroit de plusieurs
années,le Cavalier
après quinze jours de sejour
fie prix avec quatre Napolitains
quise trouverent sur
le Port pour le mener à
Toulon dans une Felouque.
Lesoir ilalla dire adieu au Génois qui le retint à souper.
Ilestoitlogéfort proprement,&
avoit un Vaiec
jiome Francisco qui joüoit
admirablement de la Guitarre.
C'estoit un régal qu'il
luy avoit déjàdonné plufleurs
fois, & que le Cavalier
qui aimoit fort la Musique,
luy demanda encor
ce soir-là. Les protestations
d'amitié se renouvellerent.
Ils s'en promirent de fréquens
témoignages parLettres,
& ilsestoient prests
de se séparer quand le Génois
sesouvint
qu'il n'avoit
point mené le Cavalier
chez une Dame de sonvoisinage
qui estoit riche en
Statuës, en Médailles &e Tableaux. Francisco demander cour à la Dame
ellevoudroit recevoir son
Maistre avec un Etranger
qui devoir partir le lendemain.
Il revient avec une réponse favorable. Le Génois
conduit le Cavalier. Ils
traversent une Ruë, arrivent
à la Maison de la Dame
,&tandis qu'on va l'avertir,
ils sont introduits
dans une Salle, dont les
Tableauxfont la plus riche
parure, quoy qu'il n'y ait
que de l'or & de l'azur
dans les bordures & dans
les plafonds. La Maistressè
du Logis suivie de deux de
ses Filles, les vientrecevoir
dans cette Salle, & apres
les premiers com plimens
du Cavalier,elle luy fait remarquer
deux Tableaux
qu'elle estime les plus
beaux des siens, &qui sont
d'une tres habile main. Le
Cavalier qui (c connoissoit
allezenPeinture,enestfort
content, & tandis que son
Conducteur paffe dans une
Chambre voisine avec les
deux jeunes Soeurs,laDame
le fait entrer dans une autre
toute remplie de Staruës,
tant en Marbre,qu'en
Pierre,ôc en Bronze. Quoy
qu'il ait ptine à en découvrir
toutes les beautez à la
clarté des flam beaux, il ne
laiflepas d'en eltre charmé,
tant le travail luy paroist
finy dans chaque Figure.
De cette Chambre ils paffent
dans une Ceconde, tapissée
& meublée d'un Velours
cramoisy, rehaussé
d'une broderie d'or, aux
quatre angles de laquel'e
ii y avoir uuatre Clavelllns.
Ils estoient polez iur des
Pieds semez de diverses
fleurs,mais d'une miniature
si délicate quelles auroient
fait honte aux fleurs
naturelles. Un Jeune Homme
d'environ quinze ans
s'approche d'un des Claveilins,
& à peine at il
achevé un Air qu'il touche
deuus, que le Clavessin
qui cil à l'extrémité de la
Chambre luy répond, en.
forte qu'on voit toutes les
touches du Clavier se mouvoir
ians qu'il y ait personne
qui en approche. Un
troisiéme Clavessin en fait
autant, & enfuire tous les
quatre joüant à la foisfont
entendrecemesme AirJVCC
toutes les parties dela plus
fine Musique. Ce jeune
Homme sans changer de
place, commence un autre
Air surionClavier,maisau
lieu d'entendre des Clavessins,
c'cft une véritable
Orgue qu'onentend. Des
FluH-es. douces succedent à
l'Orgue,&des Bifses des
Dessusde Violes aux Fluftes
douces, lans qu'on touche
pourtant autrechose que le
Claveilin. Une nouveauté
si peu commune ayant du
causer au Cavalier plus de
surprise qu'il n'en témoigne,
laDame luy ditqu'elle
voit bien que les Inrtrumens
ne sont pas sa plus
forte paillon. Il l'assure que
rien ne le touche davanrage,
&luy confe ffe que
ce qu'il vient d'entendre
luy auroit paru un cnchantement
, s'il n'avoit déja
veu la mesme choie de cinq
Clavessinschez celuy qui
en avoit inventé le Secret à
Rome. A ce mot de Rome,
laDame demande s'il y à
veu ce célèbre Juifdont elle
entendoit si souvent par-
1er. Il répond qu'il a eu de
longues conférences avec
luy, &qu'il aveuaussi plusieurs
fois une Enchanteresse
dont on faisoit bruit à
Naples, mais qu'il a esté
-
fort peu satisfait de l'un &
de l'autre
; que la plûpart
- de ces Gens-làn'avoient du
crédit que sur les Esprits
simples, qui manquant de
fermeté pour attendre ce
qu'on promettoit de leur
faire voir se laissoient
éblouir aux premieres grimaces
de quelques Figures
bizarres qu'on avoir l'adresse
de faire paroistre
pour les amuser; qu'il avoit
cherché ces fortes de Sçavans
dans toutes les Villes
où il s'estoit rencontré; mais
qu'il n'en avoit jamais trouvé
un qui pûtrien apprendre
à un habile Homme,
&qu'ils n'estoient tous que
des misérables qui mouroiét
de faim&qui avoient
l'effronterie de promettre
aux autres ce qu'ils ne pouyoient
avoir pour eux mefmes.
La-dessus la Dame
s'informe si on luya fait
voir la Génoise, l'assurant
qu'elle est dans une treshaute
réputation,&qu'elle
fait des choses si extraordinaires,
qu'il auroit sujet
d'en estre content. Elle
adjoûte qu'elle demeure
dans la mesme Ruë à trois
Maisons de la sienne, de
que s'il veut qu'elle le mene
chez elle,elle cnvoyera luy
faire messàge
, ne doutant
point qu'elle ne les reçoive
avec plaisir. Le Cavalier est
ravy de l'olne, ôc dit qu'il
s'étonne que son Amyqui
le connoist pourle plus curieux
de tous les Hommes^
ne luy ait point parlé de
cetteFemme. On fait partir
un Laquais, & cependant
la Dame propose an
Cavalier de voir son Cabi-
11er de Bijoux. Ils yentrenr:
Quatre grands Miroirs,
cinq Lustres de cristal au
Plancher, & un Bufet do
vermeil doré,luy frapens
d'abord les yeux. On luy
ouvre une Armoire d'où
l' on tire deux ou trois
Laycres pleines de Méd.uU
les de toutes façons, des&petites,d'or,d'arggerannt.,
& de cuivre. On luy fait
voir un Colier de Perles
d'une grosseur prodigieuse,
avec une infinité de Diamans
, & de Pierreries, Bagues, en en Roses & en Bracelets. Apres qu'ilaemployé
quelque temps àconlïdcrcrroutescesRichcflcs
on luy ouvre une autre Armoire.
Ilen fort un Coq,'
qui ayant volé surlaTable,
eteint deux Flambeaux en batant desaisles &ch inrc deuxfois.LaDametraitele
Coq detourdy, & luy ordonne
de rallumer les deux
Flambeaux. Cela est fait
dans le mesme instant. Le
Cavalier s'aproche du Coq,
mais comme il croit le toucher,
le Coq s'envole sur de
grandes Armoires voisines,
où deux autres Flambeaux
s'allument aussi-bien que
douze Bougies de cire blanchequi
sont dans le Lustre
attachéau milieu du Cabiner.
Le Cavalier ne s'étonne
point.Ilditàla Dame qu'il
voyoït chez elleplusqu'il
n'ayoit veu dans tout son
voyage, &la priantdevoir--
loir déployer pour luy ses
plus grands secrets, il suit
leCoq. Le plumageluyen
paroissoit extraordinaire.
Voicyleprodige. Les Armoires
sur lesquelles le Coq
a volé, s'ouvrent d'ellesmesmes
& laissent voir
deux Cadavres àmoitié décharnez,
étendustout de
*
leur long sur des Couffins
d'un velours qui semble efl
tre tout de feu. Ilsavoient le
nez assez bien formé, mais
une mâchoire sans peau &
sans levres. Le reste du
Corps, particulièrement
descuisses en bas,n'estoit
qu'un Squelete. Le Cavalier
ne sçait que penser. Il
fait l'esprit fort, quoy que
la peurcommence à le prendre.
La Dame sourit, & il
neluy a pas si.toitdemandé
si ce iont des Corps embaumez
de quelques-uns de ses
Parens qu' elle conferve
avec tant de foin, qu'il voit
remuer un de ces Cadavres.
Cette nouveauté le met
dans la deaniere surprise. Le
Mort se leve, sort de son Armoire.
& d'un bras tout dé- -
charné tire l'autreMore par
la main. Les voila tous
deux debout. Ils jettent des
regards étincelans,& s' avancent
lentement vers le
Civalier. Jugez de la
frayeur où il est. Il recule,
observe les deux Cadavres,
& se souvenant que depuis
la Salle des Tableaux Ton
Conducteur ne l'a point
suivy il ne doute point qu'il
n'ait partàce qui luy arrive.
Les Cadavres luy rendent
les mains, &continuënt de
marcher vers luy avec la
mesme lenteur. La Daine
demande d'où vient qu'il
les craint, & ce qu'est devenuë
cette belle fermeté
qu'il sembloitavoir, mais
lateste acheve de luy tourner,
&il se préparoità fuir,
lors qu'un des Squeletes,
comme ennuyé de luy offrir
inutilement la main, le
pousse si rudement qu'ille
fait tomber contre la Porte.
Sa chûce la faitouvrir Il
se lauve sans sçavoir (ù,&
a pres avoir traversé pusieurs
Chambres, il g;'gie
la Ruë,l'esprit si fort en désordre,
qu'il a peine à rctrouver
son Logis. Il yarrive,
paffe la nuit dans des
agitations inconcevables,
& lejourneparoilt pas aussitort
qu'il le louhute, pour
aller Ce couperla gorge avec
un Amy, qui 1uy a joué un
sivilain tour sans l'en avetv
tir. Il se leve dans la pensée
qu'ille surprendraencor au
Lit. Il frapeàsaPorte. Un
visage inconnu luy vient
ouvrir. l! demande le Génois.
Onrepond qu'il n'a
jamais demeuré dans ce
Logis. Il ditqu'on le fdiTe
parleràon Valet Francisco.
On
On appelle Francisco. Il
vient à la Porte, mais ce
n'est point le Francisco que
le Cavalier connoist,&ce
Francisco de son costé ne
connoiftny le Génois, ny
celuy qui le demade. Le Cavalier
semeten colere, dit
qu'on se moque de luy tire
l'épée, monte à la Chambre
du Génois, & prétend qu'il
n'aura pas de peine à le trouver.
La Porte s'ouvre si rost
qu'il y frape, & au lieu d'une
Chambre tres propre où il
avoit soupé le soirprécédent,
il ne voit qu'un
taudistoutremply deVersà
foye. Il descend aussi honteux
, & aussi troublé qu'il
estoit forty de chez la Dame.
Il donne la Ville, la
Maison,&l'Amyau Diable,
fait voeu de n'estre plus
curieux, va sur le Port chercher
sa Felouque, & semes
en Mer deux heures apres,
font surpris d'avoir trouvé à
Génescc qu'il n'y estoit pas
venu chercher, & d'avoir
cherché tant de fois ailleurs
ce qu'il n'avait jamais pû
trouver.
Quoy qu'il ne puisscom,
prendre ce qu'il aveu, il
croit toujours que ce na
ellequ'un tour d'adresse )&
que s'ileust eu la fermeté
qu'il s'estoit promise, ileult
découvert la tromperie. La
Troupe du Roy,appellée
de Guénegaud, annonce une
Comédie nouvelle fous le
titre dela Devinerejfc^u/es
faux Enchantemens Je ne
sçay pas bien encorce que
c'est; mais de la maniere
qu' on m'en a parlé, le
spéctaclede cette Pièce approche
fort des choses surprenantes
que je vous viens
de conter. Sicela citlilvau-ù
dra bien les Machines ordinaires.
Il aura du moins
une nouveauté qu'elles ne
peuvent plus avoir. Nous
en sçaurons davantage avec
le temps. Heureux qui se
peut servir de son secours.
Il guérit souvent les plus
grands maux, & la Fable
que je vous envoye vous va
l'apprendre. Elle est de
MrduLivety.
LE TEMPS
MEDECIN.
FABLE,AIRIS. uNe Linote toute aimable,
Et de qui lestendres accens
Totijfcz, d'un gozier agreable,
Endormoiu/t la raisonre"vcilloient
lessens;
Sur les autres Oyséaux frit un si
'àgrand empire, l'envy chacun d'eux paur elle
flûpiroit.
Chacun touché d'amour, à luyplaire
tjpiroït)
Sans quaucun ofafi en rien dire.
Entrautres un Serin, ungay chardonnerety
Sentoientpouretle un feusecret,
Et bien qu'ellefustfourde aleur
tendreramage,
Cesmalheureux Captifs aimoient
leur efilavage.
Bile êcoutoit assez, leurs soûpirs
amoureux,
Maisfinfitperbe coeur n'enpoujfoit
point pour eux;
plus àla vaincre ilsse c:0;inoient
depeine,
Etpluselle efioit inhltlllllint.
Mats enfin ces Oyjeaux-,unjour,
Ne voZuntplus nourrir une gérance
vaine,
Las de tomses mépris,furentprier
l'Amour
D'adoucir lepoids de leur chaîne.
îlsjeplaignirent desfroideurs
JjWa'voitpour leur ardeurl'infinsibleLinste,
Allez, leur ditl'Amour, pour punir
sesrigueurs,
Je luy feray bientost changer
de note.
De tous mes traits je prendray
le plus doux,
Etlarendray plus sensiblepour
vous., N"efi:-il pas temps que mon,
pouvoiréclate,
Et qu'elle vive sous mes loix
Oüy, je veux, chers Oyseaux,
que cette Belle ingrate,
De l'un de vous deux fafîc
choix.
Alors Uns deux dans leurramage
En attendait cet heureux jour,
Châtentcentfois,Vivel'Amour
Publionsses bontez,rendonsluy
nostre hommage,
II va contenter nos desirs, Et pour celle qui nous
engagf
Nous ne poufferons plus d'inutiles
soûpirs.
•Apresunetelleajjitrance>
Fiers despromejjcs de l'Amour,
Jlsfiifatentdel'tjpérance
Réfléchir la Linote ItnjOttr
Et vont dans le charmantsejour
Oucet aimable Oyseaufaifoïtfi
residences
Pour la gagner, ilss'arment de
confiance,
Et tous les matins tOllr-à-tollr,
Parde tendres Chanfins, chacun
defin amour
LuyvamarquerU violence.
Mais quoy fdes momcns les plm
doux
L'Amour nefipas toujours le
maijlre,
Etquelquefois le Temps, defionpouvoirjaloux.
2NVe~ nom l/efaiftque trop fc-onoij?lr~e;;
leprivesouventdesplus beaux
defisdroits,
Et rendsiprévoyancevaine:
il en voulut donner une preuve
certaine,
Lors que sur ces Oyséaux ilétendit
fiesLoix,
Pour leurfaire brificr leur chaîne.
Hé quoy? leur dit-il en couroux,
La Linote se rit de vous,
Et ce qu'on doit nommer l'objet
de vostre haine,
Doitil estre l'objet de vos voeux
les plus doux?
Hé que vous a servy tant de per- leverance,
Qdje^amviolulsefaire percer le coeur
coups,
Et vous donner mariere à nou- v.11foLiffi;nc ? Quittez, quittezl:rr:.ur qui
vous a trop ëduits,
Voyez pour une Ingrate où
vous (fis réduits,
Vous n'en pourrez jamais vaincre
l'indisérence.
Voila ce vue le Temps leur dit.
A c,pre-tdiscours chacun d'eux
se rendit.
Le Timps,pour les gu/rjr, leur ordonna
l'abjence,
Etce ntnede lesçuérit.
C'ejrta, charmante Iris, ce quegAgnent
les Ficrcsi
Souvent un Amant rebute
Se laffi d'estre mdtraité,
Et leTtinps a lafn dtjjllle/espaupitYts.
Je vous ay déjà marque
que M Verjus Secretaire
du Cabinet, avoit esté reçeu
à l'AcadémieFrançoise.
Voicy ce quej'aypû ramasfer
du Compliment qu'il y
fit. Il dit d'abord, Qu'on
ne pouvait mieux faire des
remercîmens d" une grâce9
quenfaisant voirqu"on en
sçavoit connaîtretout leprix;
& qu'il croyoit awoirdéjà
fù!ftfamment persuadé Mcfpeurs
delAcadémieypw
confiance qu'il ut'oit euë desirerlhonneurd'en efl,
combien ilsefintuit obli
de lu confiante inclinatil
quils anoient témoignée
ly'recevoir; Quilny a) fortoitpoint d'autre arva
tage, que fin refyeiï leurs pot. Perfinnes, & un amou naturel pour les belles Let
très;Ghiaujjî celuy-lafujfi
sist. il pour le mettre en éta
deprofiter de leurs lumiere.
(J de leurs exempies;,,
avoitl'obligation au grana CardinaldeRichelieu, d'àvoir
réüny en un Corps tant
VexceliensMailires des plus
eaux Arts & de toutesorte
ie Sciences.; Que le mérite
f5 la réputation de cette illuHre
Compagnie formée de
la main de ce grandHomme,
avoient t()u/uursaugmente
depuis. Etalors faisant connoistrequ'il
ne parloit
point de ceux qui la composent
aujourdhuy, pour
ne pas faire peineàleur mode
Hie
; c,e ne paurroit-on
point dire, adjoûta-t-il, de
ceux qui lesontprécédé,&
qui ont rendu le deuil de
J-Académie,lorsqu'eUe,
a perdus, commun à tous Ordres du Royaume A ?
ne diroit-on point de ce Cha
celierplusgrand encorpar tertuQ) par Vétendue
Jïsconnoijfuncesy < queparj
Dignité, quilcrutlongtemj.
honorée par celle d'Acadt
riiicieny avant qu'ilfitft Prt
teSîeurdelAcadémie,
com
l'ne il leHoit deja3çy ej comm
-,
il & le fut toujours depuis de
lbeaux Arts, des Lotx, d Equité,&delaReligion.-
iQue ne difuit-on point dt
tant de Prélats) de Minf
très, de Magifirats, & dautres
grands Perfunnages qui
ontpartagéVemploy de leur
temps CSdeleurs talensentre
les exercices de l'Académie&
les fondions de Lurs Charges?
Il poursuivit en disant,
Qu'il ne pouvait considérer
tant de mérite & tant de
gloire, sans redoubler les
mauvemens desa teconnoifsmee,
es sansdesirerpassionnément
de mériter la grâce
qu'il recevoit ; maisqu'il reconnoissoitn'avoir
rien en
luyy qui puH avoir contribué
- l'en rendre digne, f.:j que
Messieurs de l Académiepuf.i
fent avoir confideréJ que si I
passion pour la gloire du Roy
leur auguste Protecteur;
Quil neflloitpasfeulement
d)exceOens MaiJtres dans le
dessein & dans l'ordonnance,
pour travailler au Temple de
Gloire que l*Académieélevoit
au Roy par des Ouvrages
d'une fterne/Je durée; ttil fiiIIoit aujjï de moin-'
dres Ouvrierspourpréparer
st) fournirlesmatèreaux &
les couleurs;& quilpouvoit
eJlre regardé comme un
de ces Ouvriers; qui sans
adresse & fins capacitépeuvent
par leur travail aider
à celuy des autres; Quayant
eu lieu par ses Vyages de
connoifhe & d'admirer de
loin les grandeurs du Roy,
& aujjl de les voir & de les
admirer de pres, à cause des
entrées de sa Charge, dans
tousles jours & dans toutes
les difiances qu'il arvoitpour
les regarder, ellesluyavoient
paru au dessus de tout ce qui
s'en pouvoit dire ou imaginer;
J*)uesi l'on considéroit
hors du Royaume, &jujque
dans les Païs les pins êloigne,
cesgrandes blotes, qm
Jembloient s'estre tout d'un
coupélevées de la Mery comme
par miracle, avec le Pavillon
François, & tout et
qui sy rvoit & qui sy pvffi,
on trouverait dequoy remplir
toutes les Nations d'admiration
& d'amourpour le
Ky; jQuesi on rentroitdans
le Royaume, es quel'on y
regardcisi tant de nouveaux
Mjnumens plusJuperbes que
ceux de l'Antiquité, tant
d3Edifices &de Travaux im..
menjes pour la cummodité
ïembetlijfement des Villtsz
pour la communication des
Rivières&desMers, pouy
iabondance &la félicitédet
Provinces
, pour la defensa
« lasèûreté des FrúntierfJ;
sionyjettoitlesyeuxsir ceî
va(les & riches Hôpitauxi
ou la Valeur malheureusè
trouve un azjle préJ ê5
for tant de nouvelles Fondations
pour Vinftruction3
pour 1" arvantage) & pour
laJeûreté des Peuples, on
trouveroit que la grandeur
du R au dehors, avoit
des fondemens solides au
dedans) st) auelley essais
surpassée par une grandeur
encorplmmerl,eiIJeufi;Ghte
rien ne paroiflroit si grand
qquueettoouuttcecella, sile Roy ne
Vessoitpas encor davantage
enluy.mesme, &parsesqualitez..
personnelless e U
plupart des Héros les plus
ifmeux arvoient esté dans le
1 sècret de leurs Milifins, du
saens de ce qu'ils avoient
paru à la rvtuë du monde;
tuais que le Roy dans le particulier,
comme dans le public,
efioit toujours grand de
sa propre grandeur,toujours
fIlimei toujours tgal, pins
Soutenu par Lélévation f5
bar laforcedesongénie, que
barsa puissance & parsa dignitéstoujours
par unfige
iifcernement&par une noble
FJatÍence,audessus des défauts
(ci des foiblcjfes de ceux qui
l'approchaient, comme ilestoit
parses exemples au defÇus
de tout leur mérite & de
toutes leursrvertUJ ;
toujours
accompagné de toutes lesplus
grandes & les plusagreables
qualite)pour se fiire refpeffer
(1 aimer de tout le
monde; Qu'àregarder fin
coeur &son efyrit> on trou<
voit dans fil fermete lefondementde
rintrépiditédefies
Troupes; dans sa profonde
feigeffre, lia causse de toutesfis danssi douceur
& dansfii bonté,lesraifims
de Venvie que toutes les Nations
nousportent d'avoir un
tel Maiflre; jQuAinfîyquand
on Vûrpoit bien confideré, on
n'efloit plus fiurpris ny des
chofies étonnantes qùilfiai*
foit, ny de celles qui luy arrievoient;
Qùon cessoitde tout
admirer, f!f qu'on netrouvoit
plus riendegrand, rien d'admirable.,
queL0Ü1S LE
GRAND.
Ce Discours dont je ne
vous donne qu'une idée
tres-imparraicc, satisfit
fort toute l'Assemblée. Je
ne vous dis rien ny du mérite,
ny des emplois de Mr
Verjus, vous en ayant fait
un long Article dans ma
Lettre du dernier Mois.
luy permettantespas de clif-j
poser de son temps, il en
fit avertir Mr Boyer? qui
comme Chancelier de la
mesme Compagnie se trou-
--
va chargé de la parole, 6c
n'eut que vingt quatre heures
à k préparer, à cause
que Mr Verjus ne pouvoir
diférer son départ pour Ratisbonne.
On se feroit étonné
de la maniere aisée
dont il s'acquita de cette
Répose en si peu de temps,
si tant de belles Pieces de
Théâtre qu'il nous a données,
n'estoient des preuves
de
de la délicatesse&de la fécondité
de sonEsprit. Voicy
en quels termes il parla.
AGréez,Monsieur, qu'au
lieu d'applaudir d'abord
a lcloquent Discours
que IOUS venez de fuire, au
heu de n.wJ applaudir nouswcfmes
du mérite de nostre
chjix
,
je t"(,'OZI-S plaigne de ne
voirpas ala tesie de l'Académie
Monsîeur de Serons,
qui en efl priflntement le
Dire[feur. Les obligations
\udiffenfablei de VEwploy
que le Roy luy aconfié, nuquel
il doit tous les momensy
çt) la promptitude de woftre
départ que les ordres de Sa
Mljesléprejftnt inceffimment,
luy ayant ossé l'honneur
de rvOHJ recevoir (honneur
qu'ilse devait> quil
souhaitoit avec ardeur) ilJe
trouve obligéde s)tIII décharger
subitementsur moy, qui
fliis le moindre deses Confreres,
C que le Sort aveugle
a fait le fécondOfficier
de cette Compagnie.
Il eflfâcheux êJpour vous r5pournous,qu'une AEîiott
Aussi celebre que celle-ty, qui
ftJous efl si glorieuser t1 À
laquelle ilne manque rien de
ivojîrepart,perde en 111/
perflnne une partie de fin
éclat ÇJ desa dignité.
Mais comme ce*occasions
sirares &sif/ubaitces fmt
conficrées à la loûngt du
Rrj nostre auguste Prtefleur,
le moyen de refifier à
la violente tentation deparler
sur une matiere si riche
e.5 si Ag<t'^le? Duis je pas f.i.equelque effortpour me
rendre digne de Id, pi.ce que foccupe si poursurÎ:mter
la malbeureufenccsfctoe qui
fiâtdépendre ordinairement
Les ouvrages de l'Ecrit., du
sicours dutempsF
,
ps ?
Si le temps me manque,
Irji'aay-jepas dd''aauuttrree,,ss secours
qui ne me manqueront pas?
Le courage & les lumieres
de ceux qui mont précédé,
& qui mont tracéun si beau
chemin ;ce géniedéloquence
qui regne dans Académie-,
la nldjesié de ces Lieux qui
nous Pdrlentsànseejfe de la
grandeur de leur Maiflre;
à fiveur de mes Auditeurs,
dont lesyeux '5 la memoire
font tellement remplis des
merveilles dejon Regne, r>ue
je n'auray qu'à, leur prcjtnter
les choses que fny à due3
sans ordre>sans art, f3fins
étudej Etsur tout nepuis je
pas attendre du '{el, ardent
qui me brûle pour la gloire
du Roy, une de ces promptes
heureafesfuiHics qui nous
élevant au dessus de nomwefmes3
nous fontaller queL.
quefois où les plus longues
méditations neîçauroientatteindre?
Mais avec tom ces
secours,ay-je le temps de
faire un choix dansun Cha;np
si rva/le dans une matière Il'
abondante) dans cettejoule
d'Images °randes Actions
quisepré/entent à mon
ejftrit?De quel cofté &par
quel endroit tvucherny je
cette m&ticre prétiense que
des mtins si adroites & si
frayantes ont maniée avec
tant de bonheur & avec tant
desuccés !
C'eflvous, Monsieur, qui
devex. m*aider à trouver
quelque route nouvelle qui
me dift nme de ceux qui m'ont
de anse. La conjoncture préfentey
voflre nouvel Employ
qui regarde des Négjtiations
très-importantes, 'Vos/rI départ
préci*pi* té qui fai«t mon
Mforire & mon inquiétudey
minfyirentie nouvellesidées
de U gloire de nofitt Roy.
C'cfi vous qui poiuveg. mele
faireconnoifire par dis endroits
qui échapent a la teue
desautres Hommes. LOINS
LE GRAND, l'uugujle, le
victorieuxJ efl connu de tout
le monde.Je me garderay
bien de tomber dans ces redites
ennuyeuses qui gâtent
les Sujets qzo"ontraite,au InH
de les embellir. Je ne parleraypointdesExploitsincùis
de noflre invincible Monarque,
de cette étendueprodigieuje
deprudence quifiurnit
à tantdebeJoinsdiferens,
quisemblable à la ProvidenceEternelle3
ejlprésente
il tout &par tout. Je laisse
a toute la Terre à parler de
la rapiditédeJes Coxquefles,
du nombre incroyable defis
Ficfoires dont le miracle
trouvera a peinequelquefy
parmy nos Neveux. Tout
parle du grandOuvrage de
la Paix quil a covforumé
avec tant de forte, avec tant
de fàgejfl, avec tant de p.:z.-
tience. Je ne diray rien de
lA beauté de fin Triomphe,
oouuleeVVlnaqinuqeuf,eJurrnenteratrZarînlee
point apres luy des Princes
opprïme\, des Roys enchdtnez,,
des Peuples couverts
de Urines & deflng; mais
ou le Vainqîieur mené avec
luydes Princes déli'Vrt'Zt des
Royssecourus, des Peuples
réjouis.
Cefont d'autres merveilles5
cess un autre L o ii]s
que nous ne connoiffins qu/à,
demy, esquisi montre a vos
yeux, dont je rvuudrojJ par-
1er. C'efi vous3 Monfieurx
f5reos par(ils, a qui dans
conversations dont il vousj
hcnore, & dans les inftru*~\
Etions qu'il vous donne, il,
fait remarquer li fàgeffi de
fis COllflils, la force desa,
Raisin, l'adi-ejre des Rrjfrts
donc ilsefertpour mouvoir
toute l'Europe, cette Science
des divers intcrefis des Princes,
cette connoissance de leur
puijfince & de leurs carafteres
qui fert 4 donner le contrepoids
à ce qùil trouve en
eux ou de tropfort ou de trop
foible pour la coi.firva.tion
de la tranquilitépublique,
ette pénétration avec laquelle
il démesle les plus dlicdtsintérefls
desa gloire '!5
le sa grandeury- en un mot
ette- Politiquesupérieure à
U Politique de tous les tlUtres
Etats, qui le fittriompherpar
tout, & luy donne
un aujfîgrandascendant dans
toutes les Cours defesVoili'ns.,
queses Armes en ont eu dans
routes les ^Parties de lEurope.
Jjhte vous auriez, Monfleur,
degrandes choses à nous
diresur ce fitjet, sile Secret
quicouvreles myfieres d'Etat
nefloit une des prIncipale.
obligations de vostre Chxrgi
e1dervoftre Eniploy! 1
M*is quefaid-je?j,oubliinfenfiblement
que je tVoU
dérobe les momens que t'tJ()HSj
dervez..à Vexécution des or
dres du Roy qui vous prejji^
de partir, Cesî ajfe^quede
wons cHre donné le temps de
prendre icy voïlre place.
AllezireAUX volontt
d'un Roy qui vous demande
cette mefmepromptitudequ'il
apporteheureusement dans
toutes ses entreprises.Mais
pu-venez.- vous, Monfieury
ml, ce beau 'Ztle quivous
lit travailler avec tant de
iccés pour les intérefls es
our la gloire de noflre inimparable
Monarque, doit
rendre icy une nouvelle chaur,
puiI qu'avec les titres
'e Su/ttfideile, de Secretuire
u cabinet, (5 de Plénipoteniiiirede
Sa Majrflé, le titre lAcadémicien que vous pre-
?ezittijourdhuy
y vous doit
aireregarder dans la Per- octnne de vostre Roy & de
vostre Maiflreycelledenofire
ProteSieur.
Cette Réponse fut forç
applaudie. Mr Boyer n,
fit cesser les louanges qu'oiié
luy donna, qu'en dcman.
dant, selon la coûtume, fil
quelqu'un de ces Meilleurs
n'avoitrien à lire. MrCharpentier
commença parun
Panégyrique du Roy, remply
de grandes pensées. En
fuite.,M'I'AbbéTalleniant
PremierAumônier de Madame,
ce lé b re par labelle
Traduction qu'ila faite des
Vies de Plutarque, & par
celle qu'il vient de nous *;
donner de la premiere Parc
del'HistoiredeBattista
Nani, lue le Madrigal que
ous allez voir.
MADEMOISELLE,
Sur son Mariage. 0'7Jy,Frinceffe, en DOM
acquérant.
VEfy.igneJe doit voir dans un
bonheursigrand,
'eUe en rendrajaloux nos Peu-
-
piesérnos PtÍnas.
Admironsfin adrejfi en ce dernier
effort;
Consèrvant toutes fies Provinces,
Elle nomeufifait tnnns de tort.
Mr de Mézeray acheva
par un Morceau d'Histoire
touchant l'origine des Gau
lois. Mrle Marquis d'Aria
geau qui le lût pour luy,
y donna une grace qui aida
fort à en faire remarquer
toutes les beautez.
L'étroite alliance qu'ont
les beaux Arts avec les
Sciences, queceux decette
illustre Compagnie possedent
au plus haut point,
m'oblige à vous en faire icy
un Article particulier. Je
vous ay parlé dans la plûpartde
mes Lettres du progrés
qu'on leurvoyoit faire
je jour en jour. Ce font des
merveilles donc pies de
trois cens Planches gravées 11averite.
Rienn'etf pluspropre
à faire prendrel'idée
qu'on doit avoir de la F¡-an:..
ce,puis qu'elles en font,
connoistre la grandeur par
l'éclat des superbes divertissemens
de son Prince,par
lamagnificence de sesEdifices,
& par le nombre ini..
finy de raretez quis'y trouvent.
Voicy un Catalogue
des Livres d'Efianlves..&,:
desautres Ouvragesde
Tailledouce gravezpour
leRoy, & donnez au
Public
depuis quelques Mois, avec
le prix de chacun deces Ouvra
ges en blanc. 1.R grand Caroufel de
Vannée 1661. contefiant
sèptgrandes Planchs, trente
Figures des Perfnnxges des
1 )nn ges t(Ir cir 1f5 cïnquinte- cinq
Devifs,• le tj'utgravé par!
Cbauveatt &Sylveflre. Arec
un P.J¡},ne Lltinsur le mesme
jùjet. 18 livres.
IL LemesmeCaroufiltraduit
en Latin, avec les rnef
meJ Figures.
III. Le Divertissement de
VerfliUes de Vannée1664.
(oHJ le titre des Plaisirs de
V1fie enchantée) contenant
neuf Planches gravéespar
SylveBte. 3L lof.
IV. La Fesle de Versailles
de Vannée 16*8. contenant
cinq Planches gravées par
le Pautre. 5 1.10f.
>
V. La Feste de Verfûlies
de l'awnée 167+. contenant
Jïx Planches gravées par
Chturveau g) le Pautre. 3 J.
10f.
Les Ffïampes de chacun de
ces Divertijfeinens,separées
duDi/cours. 6 fols.
VI. La prcmisre Partie des
Tableaux durCabinet du Roy,
contenant vingt-quatre Pieces
gravéespar Rouffilet, Pi,
cart, Bddelinkj C hafteau^&c.
avec les Dejcriptions. En
grandpapieryuLEnpetit
papieryiol.
)
Les Estampes des Tableaux,
de la grandeur ordinairefi*
parées, 7f.
Les Enapes en doublefeùiUey
12¡:
VII. La premièrePartie
des Statues & Bustes antiques
des Maifln,Ruya/ts;
contenar, tdix- huit Pieces gravées
par MeiUn. En grand
rJapier, 6L En petit pû,pier, fL Les. Efiiimpes sèparé-es d<fil.
Statues & Bnjïcs,ési
VIII. Le Livre des Tupijl
reries des quatre Elémens
P.j des quatre Saïfionsr contetant
huit grandesPieces &
1rente- deux Dervifès
, gravéesparleClerc,
Engrand
\apiery 7 1. 10fil En petit
14pier,Ó1.
Les Eflampes desTapijJerieJ
fê"O pdré1es. 10sfi..
IX.LeLabjrinte de Verfiilles
contenant quaran",
une petites
Planchesgravées]
par leClerc, 31. 10f. J
X. Les cinq grandes Pieces;
de l Hifloin d)Aléxandrei
gravées d-aprts les Tableaux 1
de Mf le BrurJ) par AudralZ
{1 Eddelink 27 l. J
XL Les Veuës (J Profils:
des Villes,gravées d'apres:
les Tableaux de l?nder-:
meule. Enunefeuille,10fl.
En deuxfetillies,iL En trois
feuilles,1L
TouscesOuvrages sevendent
chez le Sr Sebastien.
Mabre
-
Cramoisy, ImprimeuFdul^
oy, Directeur
de sonImprimerieRoyale.Il
a aussi imprimé les Discours
quiontestéfaits sur tous ces
grands sujets d'admiration.
Vous voyez, Madame,
qu'on a employélesplus
excellens Ouvriers pour
graver ces Planches, &
qu'il ne se peut que ce travail
n'ait beaucoup cou sté.
Cependant le prix qu'on y
a mis elt si médiocre, qu'on
voit bien quec'estun essec
delà libéralité du Roy qui
enveut faire présent au Pu^
blic, & quiest bienaiseque
l'avantage qu'en recevront
ses Sujets, soit communiquéauxEtrangers.
Comme
l'on travaille depuis plusieurs
années à ces Ouvrages,
il eitaiié deconnoistre
que laguerre n'a pointem
pesché les Arts de fleurir,&
qu'au contraire pendant
que le Roy faisoit des Actions
surprenantes pour la
gloire de ses Etats, & qu'il
avoir les efforts de toute
l'Europe à soûtenir,ces
mesmes Arts ont regné en
Franceavec plus d'éclat. De
trestres-
beaux Discours expliquent
la plûpartdes Ouvrages
que je vous ay dit qu'on
avoit gravez. Les premieres
?agc's ont pour ornement
desVignetes d'une invention
& d'un travail qu'on
ne se lasseroit point d'admiter,
si la beauté des Planches
qui font ensuite ne
forçoit d'en détourner les
regards. Le grand Carrouel
de l'année1662.est dédié
Monseigneurle Dauphin.
L'Epistre aussibien que tout
e Discours qui luy sert
l'explication, est de Mr
Perraut de l'AcademieFrançoise.
Vous sçavez, Ma-*
dame, combien il estdigne
de la répurationqu'ils'est
acquise. Jenevousdisrien
de ce Carrousel. Trentesept
Planches en
parlent
assez. Onvoit parelles que
la France n'entreprend rien
où elle ne fassevoir sa grandeur,
qu'il faut qu'elleagisse
dans son repos, que ses
Braves n'ont point de plus
forte passion que dedonner
des marques de leur adresse
dans les Armes, & qu'ilsJ
font tellement nez pour la
guerre,que leurs plus agreales
divertissemens sont
eux qui leurenfournissent
image. Les depensesfaites
our le Mariage du Roy,
ù la Noblesse Françoise
voir paru avec tout l'éclat
ossible, plus de cent cinquante
Personnes d'une
qualitedistinguée ayant accompagné
M le Maréchal
e GJamont jusqu'à Marid,
n'cm pe scherent point
que la Cour ne se trouvast
resqueaussi tost en état
e fournir aux frais de ce
~meuxCarousel. Le Poëme
Latin qui en accompagne
les Planches, est de Mr
l'Abbé Fléchier. Son nom
estun grand éloge.
Deux ansapres,c'estàdire
en 1664. onvit desmagnificences
extraordinaires dans
le Divertissement de Versaillesqui
avoit pour titre,
Les Plaisirs de l'Isle enchantée.
Il ne pouvoit qu'estre
bien imagine, puis que Mr
le Duc de S. Aignan avoit
eu ordre du Roy,d'inventer
unSujet qui fistnaistretout
cequ'on s'estoit proposéd'y
faire entrer d'agreable, lt
estoit séparé en trois journées.
Il y eut une Course de
Bague dans la premiere.On
y vit paroistre le Char d'Apollon.
Ilestoit accompagné
des Siecles, du Temps,
des douze Heures du jour,
& des douze Signes du Zodiaque.
Dés qu'on se fut
placé dans leCamp,Apollon
& les Siecles reciterent
des Vers à la loüange des
Reynes. Ils avoient esté
faits par Mr le Président de
Périgny, & ceux des Chevaliers
par Mr deBenselais
fut renversé par un
éclatde Tonnerre', ôc un
Feu d'artifice acheva de ieconsumer.
Cette pelle qui
dura trois jours,a este une
des plus completes,&des
plus magnifiques dont 011
ait parlé depuis plusieurs
Siecles.Onnedoit pasen
estrefutpris, puis que leMinistreinfatigablequi
avec
les importantes affaires qui
l'occupent,veutbien prendre
soin de tout ce qui regarde
l'avancement & la
gloire des beaux Arts, avoit
donné des ordres si iustes
pour rendre ces Divertis
semens dignes du grand
Prince qui en régaloit sa
Cour, qu'ils ne pouvoient
manquer de paroistre avec
l'éclat qu'ils ont eu. Il ne
faut que jetter les yeux sur
les neuf Planches qu'on en
a gravées,pourestre per- suadé que ceux qui ont vett.
les Spectacles qu'elles représentent,
ontdû les croire
un enchantement. Je ne
vous en fais point une description
particuliere, ces
Planches estant accompa.
gnées d'un tres beau DiscoursdeMr
Félibien, qui
ne laisse rien à desirer sur ce
sujet. Les jours suivans, on
:ourut encor les Testes. Le
ttoy remporta quatre Prix,
Mr le Duc de S. Aignan
deux, &M leDuc deCoisl-
in un. Si le bruit de cette Feste
toute Françoise & toute
Royale,c'est à dire, toute
magnifique & toute galante,
s'est répandu par
toute la Terre, on ne doit
pas moins admirer celle
que Sa Majesté donna ca
1668. dans le mesme lieu de
Versailles. Ce Prince, &
ceux qui l'avoient suivy,
avoient goustéde tresgrands
plaisirs pendant le
Carnaval de la mesmeannée)
puis qu'en prenant la
Franche-Comté,ilsavoient
acquis plus de gloire en un
seul Hyver, au milieu des
neges,des glaces,& des
frimats,qu'onn'enacqué-
: roit autrefois en plusieurs
Campagnes faites dans les
Saisons les plus renlper"éesj,
mais comme les Dames n'avoient
eu que desalarmes
dans ceCarnaval, causées
par la crainte de perdre
ceux qui les touchoient,le
Roy résolut de leur donner
une Feste dans les Jardins
de Verisilles, ôc ordonna
qu'on se servist pour cela
des Eaux que l'Art y a fait
venir malgré la Nature. Sa
Majestéouvrit Elle-mesme
les moyens de les employer,&
d'en tirer tous les
effets qu'elles peuvent faire.
Cette Feste ne devoit
durer qu'un demy-jour;ce
qui marque encor plus la
grandeur du Roy, puis qu'il
n'etf pas extraordinaire
<fu'on fasse de grandes dépenses
pour une chose qui
dure longtemps. Ce nlagni
fique Régal consistoit en
une Collation,élevée au milieu
decinq Allées qui estoiétellesmefmesremplies
de ce qui la composoit en
une Comédie mellée de Balet
sur un Théatre fait ex-j
prés;en un Soupé sous une
Feüillée enrichie detoutce
que l'on peut s'imaginer de
brillant, &de riche; en un
Bal- sous une autre Feüillée
toute environnée de Cas- ,i
cades,avec un beau Feu
l'artifice,&une Illumination
qui faisoit paroistre
:out le Château de Versaillesen
feu; & toutes les
Allées remplies de Termes,
& de Figures toutes brillantes
de lumières. Ces
cinq endroits font le sujet
des cinq Planches de ce
somptueuxDivertissement.
LesDessinsen avoientesté
faits autrefois par feu Mr
Giessé, Dessignateur du Cabinet
du Roy; mais comme
on ne les a point trouvez
apres sa mort, il a salu que
MrBerrin, pourvû aujourd'huy
de la mesme charge
en ait fait de nouveaux iua
quelques Mémoiresqu'on
luya donnez; ce qui'auroit
elletres-difficile à un Homme
moins intelligent que
luy dans ces sortes de choses.
A peine ay-je cesséde
vous parlerd'une Feste,
que j'en trouve six autres
ensixjournées de suite, qui
de mesme que les precéde
ntes n'ont paru qu'apres
de nouvelles Conquestes
du Roy. Elles ont fait les
plaisirs de l'année1674. La
diversité en fut grande,
9
uisquïl yeueunOpéra,un
Concertde MusiqueàTrianon
, plusieurs Comédies,
deux Feux d'artifices, deux
Illuminations, plusieurs
Collations, & un Soupé;
mais il faut remarquer que
ce Soupé, ces Collations,
ces Comédies, ce Concert,
& cet Opéra, ne se donnerent
point dans des Apartemens
deVersai lles,mais
dans- autant de Lieux faits
exprés, qu'il y eut de Diverti
ssemens. Ces Lieux estoient
d'une galanterie, ôc
d'une magnificence si extraordinaire,
quene pouvant
vous rien dire qui en
approche, je fuis obligé de
vous renvoyer au Discours
qu'enafait M Felibien, ôc
aux Planches qui en font
gravées sur les Desseins de.
Mrsle Brun, Berrin,&Vigarany,
qui font les trois
dont 1 imagination avoit;^
travaillé pour l'embellissement
de ces mesmes Lieux.
Jeviens à ce qui aefte fait
pour les beaux Arts seuls;
car quoy qu'ils ayent beaucoup
de part à toutes ces
Festes,l'adresse, la galan~
erie, oc la iniçrmncsnceda
Cour,y en avoient la plus
~rande. Est-il rien qui leur
dit plus avantageuxqui
~Les Tableeauxqsuiviennent uns font
~es plus grands Maifires de
Antiquité.Lesautres, de
quelques fameux Peinrres
rançois qui font honneur
la Nation; & commece
)nt autant de Chtfd'oell
res que peu de Personnes
auroient pu voir, parce
u'ils font dans le Cabines
duRoy, Sa Majestéparune
^onté quin'a pointd'exem*
pie, donne moyen à tous les
Peintres du Monde deles
multiplier en les copiant
sur les Estampes, ce qui sera
d'une grande utilité pour le
Public, & pourra servir d'instruction
à tous ceux qui
ont quelque adresse à manier
le Pinceau. Joignez à
cela que ces Estampes font
remarquer combien la Gravûre
s'est perfectionnée en
France, fous leRegne de ce
grand Prince. Les Statuës,
& Bustes antiques qu'il a
fait graver, ne donneront
pas seulementbeaucoup de
oye aux Curieux, & aux. «lesvoudront
avoir, maisencoraux Sculpteurs
qui auront un seûr
moyen de serendre ha-
~les,en profitant de ces
avantages.
QuelquesOuvragesmodernes
suivent les Buttes
antiques dont je viens
te vous parler. Ils ne
peuvent estre que trespeaux,
puis qu'ils onteste
faits sur lesDesseinsde
Mr le Brun, & gravez ainsi
que les autres, par les rneillurs
Ouvriers de France.
Ces Ouvrages consistent
en huit Pieces de Tapisseries,
où l'on fait connoistre.
la grandeurdu Roy par des
images allégoriques, ce
que des paroles n'exprimeroient
pas assez fortement.
Toutes ces merveilles font
mistérieusement dépeintes
dans les quatre premiers
Tableaux que ces Tapisseries
représentent, qui font
les quatre Elémens. Ainsi
l'oeildécouvre, & l'imagination
conçoit. C'est une
Histoire de toutes les grandesActionsdeSaMajesté,
dont les merveilles dont cachées
fous le voile des Couleurs
du Peintre. Ce qui
enrichit la Bordure est conx-
~poré de tout ce qui sert &
qui a du raport à chaque
Elément. Les Armes du
Roy font dans le milieu de
laBordure d'enhaut de chàque
Piece. Il y a quatre
Devises aux quatre coins.
Deux Actions éclatantes
qui regardent ce grand
Prince, font dans chaque
milieu des deux costez; &
dans celuy de chaque Bordure
d'enbas, il y aune Infcription
Latine de MfC:;J.Írl
gne qui explique ces deux
Actions. Les Vers François
qui donnent l'intelligence
des Devises, ont esté faits
par MrPerraut.
Apres que l'on aveu dans,
les Pieces qui représentent
les quatre Elémens, les
grandes choses que le Roy
a faites, on voit
dans
celles
des quatre Saisons, que Sa
Majesté les a renduës plus
belles & plus secondes pour
nous, & qu'Elle a comblé
nos jours de toute sorte de
biens. Chaque Piece représente
une Saison, & un Divertissementqui
luy est propre;
& pour rendre encor
ces Ouvrages plus agreables,
on a peint dans chaque
Tableau une Maison
Royalechoisie entre les
autres, comme celle qui a
le plus d'agrément dans la
Saison où elle est representée.
Il y a des lnscriptions
Latines au bas de chaque
Piece. Elles font de iVir
Charpentier, qui lesa aussi
traduites en VersFrançois. -
Quatre Devises fervent
d'embellissement aux quatre
coins des Bordures. Les
deux d'enhaut ont raport à
laSaison,&les deux deru
bas au Divertissement figuré
dans le Tableau, 8r.
toutes sont faites àla loüange
deSalvLljené Ellessont
Latines, au nombre de
trente-deux, &ont esté faites
par ceux qui ont l'avantage
d'estre de l'Académie
particu liere de Mr Colbert.
Je pensevous avoir déja dit
qu'elle est composée d'un
petitnobre d'habiles Gens
choisis par ce grand Ministre.
Il prend foin dlevuoir
luy-mesme tout ce qu'ils
sont pour la gloire de Sa
Aajefté)de la France, & des
~peauxArts. Il en juge avec
ne penétration d'efpric
ncroyable; & come il contoist
parfaitement le Roy,
leur donne {vavent des
umiercspour le loüer. Ces
nelmes Devises (onc expli-
[uees en VersFrançois par
M Perraut,àlareserve de
nuit, dont il y en a cinq
raduites par Mr Charpenier,
deux par M l'Abbé
.affaZne., & une par feu
MrChapelain.
Je ne dois pas ou blier le
Labyrinte. Il est dans un
Bocage du petit Parc de
Versailles, & a pris son
nom d'une infinité de petites
Allées où l'on s'égare.
On le fait agreablement,
puis qu'on y rencontre des
Fontaines à chaque détour.
Une partie des Fables d'Efope
leur sert de sujet. Les
Animaux font d'un Bronze
colorié qui en représente
le naturel. On a fait graver
quarante-une Planches de
ces Fontaines, qui font disposées
diféremment pour
lire de la diversité, & qui
ne leurs Bassins ornez de
rocaille fine. Chacun a
ne Inscription de quatre
Vers en lettres d'or, sur une
ame de Bronze peinte en
oir. Ces Vers font de Mr
e Benserade. Ils expliquent
la Fable, &en tirent
moralité.
L'ordre du Mémoire qui
1: au commencement de
ret Article, veut que je
ous parle présentement
del'Histoire d'Alexandre
e
présentée en cinq Taleaux.
Le premier nous
montre que la Vertu plaist
quoy que vaincuë. Alexandre
n'est pas seulement
touché de compassion dans
ce Tableau, en voyant la
grandeur dJ ame du Roy
Porus qu'il a fait son priiàn.
nier; mais il trouve de la
gloire à luy marquer son
estime, en le recevant au
nombre de ses Amis, & en
luy donnant en suite un
plus grand Royaume que
celuy qu'il a perdu. Ce
Tableau, aussi-bien que les
quatre autres, eH: dans le
Cabinet de Sa7 Majesté. Il
seizepieds de haut iur
rente-neuf pieds & cinq
oulces de long.
Le second
,>
quia aussi
ize pieds de haut sur
r*enftelrdeelnong',y-fait con- à point
d'obstaclequelaVertu ne
Hmoilte. On y voit ce niet- i£lA*l^ndrenui.avant
aiTé le Granique, attaque
es Perses à forces inégales,
& met en suiteleur inombra
ble multitude.
f0n est convaincu par le
troisiéme,que la Vertu est
digne de L)Empire de toute
la Terre. Alexandre apres
plusieurs Victoires, défait
Darius dans laBataille d'Arbelle;
&ce dernierCombat
avant achevé de renverser
le Trône des Pertes, tout
l'Orient demeure soumis
à la Macédoine. Ce Tableau
a seize pieds de haut
sur trente-neufpiedscinq
poulces delong.
Le quatrième fait voir
qu'il est d'un grand Roy de
triompher de soy
-
meJm.
A léxandre ayant vaincu
Darius pres la Ville d)I{fe,
entre dans une Tente,où
font laMere, la Femme, &
ia Fille de Darius, & donne
un exemple singulier de
retenuë & de clemence.
Le Roy estant à Fontainebleau,
prenoit un tresgrand
plaisir à voir peindre
ce Tableau. On ne le
sçauroit assez admirer, &
il est impossible d'en bien
exprimer toutes les beautez,
On y voit dixhuit Personnes
ébloüyes de la grandeur
d'Alexandre, & charmées
de sa bonté. Elles font
toutes dans une posture
supliante, & le regardent
avec une attention qui
marque de l'admiration, de
la douleur, fkde la crainte.
Cependant quoy qu'elles
n'ayent ny les mesmes attitudes,
ny le mesme air de
visage, elles expriment toutes
la mefine chose, mais
d'une maniere si diférente,
que l'habileté du Peintre
paroist dans chacune, &
luy fait mériter diverses
loüanges.
Le dernier Tableau nous
apprend queles Héros s'éleventpar
laVertu. On y découvre
la triomphanteEntrée
d'Aléxandre dans Babylone
au milieu des Concerts
de Musique, & des
acclamations du Peuple.
Je n'entreprens point de
loüer tant de Chefd'oeuvres.
Ils font de Mr leBrun,
&c"efi tout dire.
Il ne me reste plus à vous
parler que de treizePlanches
gravées d' apres les
Desseins que le Sieur Vandermeulen
a faits pour Sa
Majesté. Ces treize Planches
dont le mesme Van.
dermeulen a peint les quatre
premieres, font
La Marche du Roy,
ac-1
compagnédeJes Gardes, paf.
fantfar le Pontneuf, r.5allantJ
auPalais.
LA VCUE du Chasteau de
Vincennes du cofté du Parc.
LaVtuëdu Chasteau de
Verfailles du cofté de l'oranprie.
La Veue du Chasseau de
Fontainebleau du cofté d.
Jirdtv.
Veuë de laVille de Béthune
en Artois.
L'Entrée du Roy dans
DunquerqjHt.
r VeuëdelaVilledeBefhnçon
ducoHédeDole,&fitmtion
du Litu, dans la Franche-
Comté.
Veuë de la Ville & FâUXbourgs
de Salins,Chass
teauxyMontagnes jitlation
du Lieu dans la Franche-
Comté.
rr.JL-;U-.C:z .1.u. rh.tIL,Aü A* !:Lnu.y
u»-*' v-vj»wst" +%>w surla FrontieredelàFranchs
Comté.
Veuë du Chasseau Sainte
Anne en Franche - Comté"
comme il si voit en y entrant.
Veuë, du mefineChaftem
SainteAnne,comme ilfevoit
derrièreLi Montagne.
Veue de S. Lattrens de la
Roche, es du Bouig, dans la
Franche- Comté.
Veuë'dumfjhieS.Laurens
de la Roche du coflédu Bourg
dans la Fiaichc-Comté.
La situation de tant de
pllrpc,1",,,,, r-
Ar Ito-— Xtnvvi> uhiii) 'O.:) UV.l!X p!1
que inaccessibles, augméte
l'étonnement que nous a
donné deux fois la prise de
la Franche-Comcé, dont
nous avons veu le Roy se
rendre maistre en si peu de
jours pendant deux Hyvers,
liant la rigueur ne semfcloic
estre redoublée qu'afin
que ce grand Prince en
eustplus de gloire.
Comme toutes ces Plarchesont
esté faites pour Sa
Majesté,&que le S'Vanderymculen
s' est expréstrans
porcé par tout surles lieux
pour en faire les Desseins,
on ne doit point douter que
koiit ce qu'elles rcprefentent
n'ait esté observéavec
la plus grande & la plus
exacte régularité. Je croy
que beaucoup de vos Amis
ne manqueront point à
profiter de l'avis que je
vous donne, & que tant de
belles choses ne peuvent
avoir qu'un tres-grand
debit.
On travaille encor à l'Histoire
des Plantes, & à celle
des Animaux,dont les Planches
font aussigravées par
l'ordre du Roy. On peut
juger par celles dont je
vous parle, qu'il ne sortira
rien des mains des grands
Maistres qui les ont faites,
qui ne soit digne d'estre
veu par tout.
Si je me suisunpeu érendu
iur cet Article, je
l'ay fait non seulement en
faveur de nos Curieux à qui
un pareil avis estoit necessaire,
mais aussi pour en
faire part aux Etrangers qui
lisentmes Lettres. Vous
sçavez, Madame, qu'elles
font assez heureuses pour
aller par tout, & qu'il n'y a
point de Cours dans l'Europe
, où elles ne soient
veuës avec plaisir. Celle
d'Espagne qui sçait si parfaitement
accorder la gravité
avec la galanterie, en
fait un de ses divertissemens,
&on m'assurequelles
y font si bien reçeuës,
mesme de ceux qui tiennent
le timon de l'Etat fous
leRoy, que ces grands Génies
qui aiment la vertu ju£
que dans leur Ennemy mesme,
ont souvent regardé
avec autant d'admiration
que d'étonnement, ce que
j'ay eu l'avantage de publier
des merveillenses Actions
de Loüis LEGRAND,
& du zele infatigable des
Ministreircs qui le fèrvenr.
La justice que j'ay tâché de
rendre à toutes les Nations
qu'au soir pour ordonner
uneFeste. CependantMessieurs
de Ville&lesGrands
ne laisserent pas de se préparer
à une Mafiara^ dont
ils donnerent le divertissement
au Roy dans la Place
du Palais, apres le Soupé
de Sa Majcfté. 1
Sur les neuf heures, les
Cloches commencerent à
carrillonner, & la Ville à
estre illuminée par quantité
de Flambeaux de cire
blanche, que les Cavaliers
& les Ministresfirent allumer
à leurs Balcons. La
grande Place du Palais en
estoit toute éclairée,&recevoir
une grande augmentation
de clarté, par d'autres
lumieres qu'on avoic
élevées sur des pieux. Sitost
que le Roy parut àibtt
Balcon, la Mascaraeut permission
d'entrer. Elle estoit
précédée par les Gardes,
suivis de leurs Officiers,
tous tres-lestes, montez Curdes
Chevaux dont les Selles
estoient d'une broderie
fort relevée, &environnez
de vingt- quatre Laquais,
tenant à la main de grands,
Flambeaux qui par leur
clarté rehauffoient la richesse
ôc l'éclat de leur parure.
Leurs Chevaux sembloient
répondre à leur
gravité. Personne n'ignore
qu'il n'yen a point qui
soient si propres à de pareilles
actions que ceux
d'Espagne. Leur pas est extrêmement
levé, & leur
fiertéinspire quelque chose
de martial à ceux qui les
montent. Cette premiere
Troupe ayant salüéleRoy,
se rangea aux costez pour
laisser le passagelibre à /,&
Mdfèara. Elle avoit en telle
douze Timbaliers vestus de
blanc & de rouge, montez
sur des Mules revestuës de
mesme. Le Corrégidor ou
Chef de Ville, venoit en
suite, couvert de toile d'argent
sur un fond noir, avec
une Echarpe de la mesme
sorte, & un Chapeau garn y
de Plumes des mesmescouleurs.
Son Cheval estoit caché
fous une profusion de
Rubans ôc de petites Sonnetes
d'argent, qui ne luy
laissoient rien de découvert
que la teste. Six Laquais
vestus à la MoreLque, de
toile d'argent, porroient
des Flambeaux autour de
luy. Ses Collegues, le fuivoient
deux àdeux avec IeJ.
mesmes Habits sur de disé
rentes couleurs. Plusieurs
Grands d'Espagne, & quel-,
ques autres Cavaliers, composoient
le reste de îaMafl-,
cara. Ils estoient tous assez
, propres, quoy qu'en Go
nille & en Manteau, car
dans les Festes de Ville la
severitéEspagnole ne dispense
aucun des Tenans
de porter ces marques de
gravité. Leur équipage n'étoit
diférent. de celuy du
Corrégidor que par les COlDleurs.
Un grand nombre
deFlambeaux les éclairoit
Ils estoient porter par des
Laquais, habillez les uns
de Brocard à l'Espagnole,
les autres de Toile d'or à la
Turque, ôc quelques-uns
à laFrançoise. Apresqu'ils
eurent tous salüé le Roy au
pas grave de leurs Chevaux,
ils rentrerent dans la Lice
par un autre endroit, ôc
commencerent à courir las
Pwejas, qui consistent à
pousser deux Chevaux à
toute bride, mais dans
cette égalité, que l'un n'avance
pas plus que l'autre.
Les quatre-vingts Cavaliers
qui composerent la
Mascara, en fournirent
quarante, dont Sa Majesté
fut tres- satisfaite. Ils donnerent
le mesme plaisir à
que lques Religieuses devac
leurs Convens; & au Peuple
à la grande Place de Ville.
Le lendemain, les Officiers
de l'Ecurie du Roy
coururent aussi las Parejas
en Majèra., aux mesmes
endroits
endroits qu'on avoit fait le
soir precèdent. Ce jour-là
hefme Sa Majesté reçeut
es Complimens de tous les
Ministres Etrangers, - qui
l'allèrent féliciter sur son
Mariage, ornez de grandes
Enseignes de Diamans sur
lecostégauche. Cela se pratique
dans toutes les foncions
qui regardent laMaison
Royale.
Tout ce que je viens de
vous dire est la Rélation
mesme du Cavalier, qui ne
se fait connoistre que sous
le nom de El Amante de una
Marîpojà. Vous voyez, Madame,
qu'iln'écrit pas mal
François pour un Espagnol.
Je ne doute point qu'il ne
me fasse la grace de codnuer'
à me faire part des Festes
galantes dela Cour d'Espagne.
On n'en peut rien attendre
que de tres-exact,
apres les soins qu'il a pris
de me marquer jusqu'aux
moindres circonstances de;
celle-cy.
Comme vous estes fort
curicuse, j'espere que vous
me sçaurez bon gré de ce
que j'ay fait graver pour
vous,d'un Pavé de Marqueterie
ou Mosaïque ancienne,
trouvée il y a environ
quatre cens ans à la montéedeGourguillon,
dans la
Vigne du S' Cassaire, Maître
Apotiquaire de Lyon,
& dessignée par les soins de
MrSpon,Medecin aggregé
dans lamesmeVille.Vous
en examinerez les Figures,
& demanderez à vos Amis
quelle explication ils leur
donnent,caron n'y a point
trouvé d'Inscription. C'estoit
le milieu d'un Pavé de
quelque Sallon ou petit
Temple long de 20 pieds,
& large de10. ou 12. Tout
ce quiestautour du quarré,
font des compartimens de
semblableMosaïque qu'on
n'a pas voulu se donner la
peine de dessigner. Ceux
qui voudront m'envoyer
leurs recherches sur l'origine
de ces fortes de Pavez,
feront quelque chose de
fort agreable pour les Curieux,
Nous avons perdu un Illustreen
la Personne de Mr
le Laboureur, Trésorier de
France, & Baillyde Montmorency.
Ilestmortdésle
il. de l'autreMois. Si beaucoup
d'intégritéjointe à
une fort grande expérience,
l'a fait estimer dans le Barreau,
les belles Lettres ne
luyont pas moinsacquisde
réputation parmy les Sçavans.
Le PU{1lJf deCh.irlemagne:)
& les avantages de
la Langue Franqoife sur la
Latine, sont les Monumens
qu'il nous a laissez de son
esprit.Il estoit Parenttresproche
de Mr le Laboureur
Avocat General au Parlement
de. Mets, & a esté
toute sa vie étroitementattaché
au service de Mrle
Prince, ce zéle estant héréditaire
à sa Maison,qui
depuiscentcinquante
ans,
possede sans interru ption
les Charges de Bailly, &
Lieutenant General du Duché
& Pairie de Montmorency.
Feu Mrl'Abbé le
Laboureur son Frere qui
mourut il ya trois ans,estos
un des premiers Hommes
de sonSieclepourl'Histoire
generale & particulière.
Les beaux Ouvragesqu'il
nous a donnez font mieux
son éloge que tout ce que
je pourrois vous dire à ion
avantage. Ces Ouvrages
sont, Le Tombeau des Personnes
Illustres, La Relation
du Voyagede la Reynede Pologne
en 1Ó46. L'Histoire de
CharlesVI. Les Mémoires
du Maréchal de Guébriant,
(5 les IIJtmoÍres de Castelnau.
Mr Prevost Chanoine de
l'Eglise de Paris, Prieur des
Roches & de Brezol, est
mort aussi depuis quelques.
jours. Il n'avait que quarante-
cinq ans. C'estoitun
HommeSage, grand aumônier
, particulièrement
pour l'entretien des Familles
qui n'avoient pas dequoy
subsister, & qui depuis
vingt & un an qu'il
avoit elle reçeu, a assisté
jour ôc nuit au Service de
l'Eglise avec une pieté
exemplaire. C'estleseptié-
Ille Chanoine de Nostre-
Dame quifoit mort depuis lecommencement de Janvier.
Mr Prévost sonFrere,a
quisaChanoinie aesté resignée,
ne démentira en rien
les vertusdont il luy a donné
l'exemple.
J Je vousenvoyéune Historiece
que vous pouvez lire
en toute assurance. Je n'en
connois point l'Autheur;
mais si on en croit quelques
Personnes tres-spiritue lles,
entre les mains de qui il en
est tombéune Copie, il doit
estre de ceux qui sont en
répuration d'écrire le plus
galamment. Il a pris une
matière fort peu commune.
Louis XII. Roy de France,
apres avoir perdu Anne de
Bretagne dont il n'avoit
point eu d'Ensans, épousa
Marie d'Angleterre, & ce
Mariageluy fitfaire laPaix
avec Henry VIII. dontelle
estoirSoeur. Ellefutreçeuë
à Paris avec des magnificences
extraordinaires; &
comme elle estoit fortbelle,
le jeune Duc deValois,Héritier
présomptif de la Couronne,
& qui a regné fous
le nom de François I. en eue
le coeur vivement touche.
Ceux qu'il recevoit dans sa
confidence s'estant aperçeus
que laReyne luy marquoit
beaucoup d'eftime^
craignirent qu'il n'y eust
quelque chose de plusfort
dans les sentimens, & prirent
la liberté de luy en
faire voir la conséquence.
Voicy de quelle maniere
Mr de Mézeray en parle
dans son Abrégé. Le jeune
Duc de VALOIS qui estoit tout
defeu P-)HTles belles Dames,
ne mmqua pas d'en avoir
pour la nouvelle Reyne, si)
Charles BrandonDucdeSuffolk
qui l'avoitaimée avant
ce Jvlariage) & qui suivoit
la cour de France en qualité
d'Ambassadeurd'Angleterre,
n'avoitpas éteintsa premiere
flame. Mais les remontrances
d'Artus de_Goussîer-Bojiy
ayant faitprendre garde au
Ducde Valois, dont il avait
esté Gouverneur,quiljoüôit
àJe faire un Maistre, &qu'il
devaitappréhenderla mtfme
chfc du Pue deSujfuik,il
se guerit de sa folie, st) fit
observerde près toutes les
démarches de ce Duc. Sur ce
fondement, comme la Poësiea
eu de tout temps l'entiere
liberté des Fictions.
l'Autheur de l'Hiftoriete a
suposéun rendez-vous qui
ne fut jamais donné, Marie
ayant toujours esté auilî
vertueuse qu'elleestoit aimable.
LE DVC
DE VALOIS.
HISTORIETE. TOnt dormoh dans P,lrÚ, la
nuit cftoitsansLu.ve,
De lltt,lgCJ e1pj;. I1a..ir el/ott occupe1,
J0u-a?îd unjairx Seigneur ensecret et:¡'J.!pe,
.1/ b r. SedérobantàsaSuiteimportune,
Sonit, d'en gros Manteau lenez,
cnvc'opéy
Tout cela)direz.-vous,fentfa bonne
fortune,
Vous ne vom estespas trompe.
Il efloit attenduparunejettneDdm idefin vieuxMary riallongeoitpas
lesjours.
Vous dire icy comment ilfient luy
toucherl'ame,
Cefieroit un trop longdificours.
Etpuis dans te détail quel befioin
quon s'engage,
Apres qu'on vota a déja dit,
Pue l'Amant efloitjeune,&leMary
fiur l'âge?
Cela, ce mefimble,suffit.
lln'avoitpointa£//fanss luymort,
la Loy Salique
tâyigcoït A Valois ce qu'il avoit de
Bien;
Le rcfie dcfisjours ne tenoitplus
à rien,
Encorestois-ceun rlle ajfez> mélancolique)
Etcependant il a-voltentrepris
D'engendrer un Hoir majlecela,
sans rernife.
ia Reyne vint alors de Londres
a Paris,
Pourl'aiderdans cette entreprifi.
On ne décide point auquel il tint
des deux,
Mais enjin de lHoirma(le on n'eut
point de nouvelles.
Valois aima la Reynedéjàmifme
entre eux,
Les unions descoeurspaifoicntpom
bagatelles.
JlJentoitapprocher l'heure du renedez-
vous. de voeux empreffcz,! que de
tranfiorts deflâme!
Lesplaifirs avenirflatoientsi bien
efin awe, desplaisirspréfer.s nejèroient
pasplus doux.
VaJnescneetseçmayppsjaurfqlucmelelnetiavlarenntucroentre
Dansce 1'ulItmentil rencoîïtre
',,/1- C'efioittm Homme aAge,'a)uneJ¡I:tgefiemeûrey
Enjouécependantj &fige avec mesure,
De plus, son cCooi;n-ff,i,deelenntct chloioisiyf.
xiIIDOisy,luyàit-n, tu vois de
tous les Hommes,
Le plus heureux, le plus conrent;
Au milieu de la nuit,au raom:nt
où nous sommes,
La Reyne,la Reyne m'attend.
J'entens
, luy dit Boisy;fier de
vostre victoire, - Tout transporté d'amour, & d£
joyeenyvré,
Vous courez chez la Reyne y
-
recueillirlagloire
Du tendre &doux accueilqui
vous est préparé;
C'est un boheur pour vous plus
grand qu'on ne peut croire,
Que pour vous arrester vous
m',ayez rencontre.
Et si la Reyne estoit avec vau-=:
plus féconde,
qu'elle ne l'est avec ion vieil 1,
Epoux, (Or cela me séble entre nous
Le plus vray-semblable du
monde)
Le Roy seroit enfinau comble
du bonheur,
Grace à vous il se verroit Perey,
Quoy que ce nom fustpour luy
trop d'honneur;
Et ce que pour luy-mesme il
n'eust jamais sçeu faire,
Vous le feriez en sa f,-,tveur?
Delàtirez la conséquence;
Vous prévoyez bien comme
moy Que , vous qui, Louis mort, hé.
ritez de la France,
Vous verriez apres luy Monsieur
vostre Fils Roy;
Et puis, Seigneur, réduit à recevoirlaLoy,
Il raudroit prendre patience. -
Valois quijufiqu'alorspleindefia.
pajjion,
Nefingcoit qu'aux plaisirsdesi
(here Conquête,
Se vit affiffiné d'une rcfiéxion
1 ivinttroubler toute la FcJlé.
J$j£ileuflbien mieux aimé, s'expossant
au hasard
D'efireSujet toutefiavie,
Cayment &finsflrupule achever
siJolie,
Jïuandileusi dula connolftre trop
tdrd
Sans-doutelepéril de perdre un
Diadéme,
Jtefroidijfoit l'ardeur dtfis emprljfimefUj
Mats aussi ce péril avoittant d'agrémensy
Jî^u'il valoit la Royauté même.
Si l'honneurifèrement luy mentroit
etant d'Etats luydtvoit ceuficrsonaimable
foiblcgê,
Vn autre honneur, de déférente
ejpecey
Maispourtantaujji fort, luy demandoit
tout-hits,
Quediradetoy taMaistresse?
andl'amour avoit le dessous,
Il trouvoit de Boify la Morale ajfcu
b, onne, —— —-'
iljugeoit qu'ilvautmieux manquer
un rendez-vousy uede manquer une Couronne;
J^uoferluypréférerde legèresdouceurs,
pVj/r d'une viandecrcuje aijement
se repaiflre,
lEt qae desiMaifirejfc acceptantles
r faveurs,
IIjouoitafl faire unMaistre.
A l'amour cependant il na pas renoncé.
QuitteruneMaitfreffc&sibelle
&(ichere!
Enccr si cet amour cfioit moins
avanié,
Ce neferoitpas une affaires
Mais/ur lepoint d'eflrc récompensé,*
Laplanterla, cela nesefaitguère.
Ilfiait de plus quil a le présent
dmsfis maÙu,
L'avenirn'elfpa*feur, pourquoy
s'en mettre enpeine,
EtjiJr une crainte incertaine
Rcfiifer desplaifïrs certains?
Lirresolution ejtoit d'une nature
A'neprendrepasif-tofifin;
MaisBoify de qui l'ame efloit #n
peu plus dure,
Leprit, & leforça de rehrottjJèr'
chemin ;
Sans cela de longtemps iln'eufirisn
pu conclure.
Cefage Confidentsoulageant fm
ennfty
Par de bonnes raisons morales,
JÏ>t<oy qu'ilse revolta.tl encor pat
intervales,
Le remena cûucberchez luy.
Je ne vous demande point,
Madame, ce que vous aurez
pensé de cette Galancrie.
Vous avez le goust
rop fin pour n'entrer pas
ans les sentimens de ceux
lui en voudroient voir
beancoup de semblables.
e vous prie feulement de
me mander qui vous croyez
quil'ait faite. Vous en pouez
juger sur le fiile. Je
trouve icy les voix partagées.
On a voulu que j'aye
lonné la mienne comme
es autres, & j'artens impaiemment
vostre réponse
pour sçavoir si je me seray
rencontréavecvous. L'Auteur
a beau se cacher ou
par modestie, ou par quelqu'autre
raison qu'on ne
peut sçavoir. Tout se connoist,
& le hazard m'a fait
enfin découvrir ce que vous
m'avez souvent demandé,
& ce que tout Paris a demandé
comme vous. Le
Livre intitulé Les Conseils
de la Sugejfe3 a eu un si
grand succés
,
qu'on en a
déja fait trois Editions. On
l'attribuoit à un fameux
Solitaire qu'on sçait estre
persuadé des veritez qu'il
enseigne, & à l'occasion
d'un autre Livre du mesme
Authcur
Autheur qui vient de paroistre
fous le titre de Mètode
de converser avec Dieu,
j'ay sçeu qu'ilestoit du
R. PereBoutaut Jesuite.
C'est un Homme qui n'a
pas moins d'érudition que
de pieté, & qui menant
une vie fort retirée dans
cette illustre & sçavante
Compagnie, a donnélieu
aux bruits qu'on a fait courir,
parce qu'il marque dans
sa Préface que les Conseils
qu'il nous a donnez pour
vivre en Sages, sont un fruit
de sa solitude.
Momieur prit place à la
droite,& Mademoisellede
felois àsa gauche. Madame
l'Ambassadrice & Madame
deBéthune se mirent au
ieflous de Monsieur; &
MadamedeMontespan, ôc<
Madame la Duchesse de
Chevreuse, au dessous de
Mademoiselle de Blois. La
dTeableestoit dans le rond laFontaine qui regarde
celle de la Paix, au haut du
teotutd'eau qui joüa-pendant
a le Repas,aussibien que Fontaine de la Paix. Des
dix-huit Couverts dontelle
estoit, il nyen eut que sept
deremplis; Monseigneurle
Dauphin, Madame, Made
moiselle, & leurSuite, qui
dévoientestre decetteFeste
ayant esté à la Chasse avec .4 leRoy. Un grand Plat de
Fruit autour duquel es
toient huit Porte.assietes
garnis de Figues & de Melons,
tenoit le milieu de
cette Table. Il y avoit quatre
Plats de Roty aux quatre
coins, huitEntrées
dans les intervales des Plats
de Roty, quantité de Salades
dans les vuides. Quoy
que dans l'ordre de l'Ambigu
on ne dus point des
servir, on ne laissa pas de le
faire en quelques endroits.
Les huit Assietes furent relevées
de huit autres; les
Salades de Melons & de
Figures, dAssietes d'entremets,
& les Hors d'oeuvres
& Saladesd'autant de Plats
de Fruit.SaMajestefutservie
par MdeVilacerf; Sou
A Royale, par M Thonier
Controlleur General ;& les
Dames, par les Pages &les
Officiers duGobelet. On ne
peut rien voir de plusmaCe
nest pas seulement à
la Cour que la somptuosité
se trouve. Elle va jusque
dans les Provinces; & les
honneurs qu'onrendit à
Madame la Princesse de
Rohan sur la fin du dernier
Mois, en sont une marque.
Elle vint à Nantes, où
Mr de Nointel Intendant
en Bretagne, Mr de Haroüis
Trésorier General des
Etats, & Mr le Premier
Président de la Chambre
des Comptes, la reçeurent
à son arrivée, & la traircrent
ensuite splendidemét.
à Paris, ahn de le trouver
aux Couches de Madame
la Duchesse de Rohan sa
Bellefille.
On a fait de grandes Ce-<
rémonies àAmiens pourla
Dédicace del'Eglise des
Dames Religieuses duParaclet
de l'Ordre deS.Bernard.
fM" r de Breteuil In-^
tendant de la Province s'y
trouva, avec les Magistrats
& Echevins de la Ville, &
toute la Noblesse des environs.
Il n'eit pas besoin
de vous dire que le con.
cours duPeuple y fut grand.
C'est ce qui ne manque jamais
en ces forces d'occasions.
Mr l'Evesque de
Noyon y ditlaMesse,revécu
de ses Habits Pontificaux.
Mr l'Evesqued'Amiensfaisoit
le Diacre, &
Mr l'AbbéGorguette le
Soûdiacre. La plupart des
Personnes qualifiées que le
bruit de cette Cérémonie
attira,y donnèrent des marques
de leur pieté, &on
admira sur tout celle de
Madame la Marquise de
Ramesault. L'apresdînée
Mr l'Evesque d'Amiens précha.
Son Sermon me digne
de luy. C'est dire toutapres
la réputation que ce Prélat
s'est acquise. Le soir on
tira tous les Canons de la
Citatelle, &uri très beau
Feu d' artifice termina la
Feste. L'Eglise de ces Dames
doit estre belle, puis
qu'on a employé cinq ans à
la bîtir, & qu'il y en a un
entier qu'on travaille à la
dorure.
Si vous n'estes pas perfuadée
que la force de l'imagination
produise tous les
effets qu'on en conte, ce
qui eH: arrivé icy depuisun
Mois vous en convaincra
Un Homme de qualiré,cftant
aux pieds d'une Belle
qui n'a pas moins de mérite
que de nainance, luy protestoit
une entiere soûmissionàsesvolontezàl'entendre,
ellene le pouvoit
mettre a aucune épreuve
sur laquelle il balançât à la
satisfaire. Ces protestations
allercnt si loin, qu'après les
plus forts sermens réitérez,
il vint jusqu'àluy jurer, que
si elle pouvoit vouloirqu'il
s'empoisonnast ilse tien.
lioit heureux de mourir,
pour luy prouver qu'il ne
cherchoit qu'à luy plaire.
La Belle le prit au mot, luy
dit qu'elle avoir uneprise
d'Arcenicdas son Cabinet,
voyanqu'il parloit toûjours
ferme, elleen voulut
avoirleplaisir.Elle apporta
cette prise dans un papier,
la donna à son zelé Protestant,
& luy vit tenir parole
avec une promptitude
qui la surprit. Peut
-
estre
crûc-il,ou qu'elle luy retiendroit
la main, ou que cene
seroit pas un veritable Poison
qu'elle apporteroit. Ce
qui donne lieu d'en juger
ainsi, c'est qu'ayant gardé
d'a bord unvisage fortriant,
laBelleneluy eut pasplûtôt
dit avec quelque apparence
detrouble qu'il avoit eu tort
d'aller si viste,& qu'il falloit
promptement chercher du
contre poison, qu'une sueur
froide commença dele sailir.
Elle n'avoit affecté ce
trouble, ny parléderecourir
aux remedes, que pour
joüir quelque temps deson
-
embarras; mais quand elle
vit le vomissement succeder
la palleur, elle connut
qu'elleavoitpoussé lachose
rop loin,& que l'imaginaion
du Cavalier causoit les
nesmeseffets, que ce qu'il
royoitavoir pris auroir dû
roduire. Le remede luy
parut seûr en le détrompant,
mais elle eut beau
lire que le prétendu Arcenic
n'estoit autre choseque
de la Poudre à poudrer, elle
eut beau avaler de la mesme
Poudre en sa présence, le
malluy continuatrois jours,
& tout détrompé qu'il fut,il
luyfallut toutce temps pour
sen faire quite. Il en a ry
depuis avec la Belle,& il y a
grande apparence, que s'il
fait jamais des protestations
decette force, il en exceptera
du moins le Poison.
Vous avez trop eltime"lai
maniere naturelle dontMr
Labbé,Maistre de Musique
de Caën,compose, pour ne
vous pas faire part d'une
Chanson nouvelle de sa façon
qu'on m'a envoyée.
AIR NOUVEAU.
SI Tirsis cfi un inconfiant
Iris3 pourquoy l'avoir rendu content?
JOuiveut defin Amant ménager
la tendresse,
Doit toujours lefaireespérer.
On quitte bientojlsa.Maijlre{fcy and on n'a rien à defirtr.
Il court icy deux Couplets
d'une Chanson de Lysete,
que vous devez avoir entendus,
parce qu'ilssont
dans la bouche de tout le
monde. En voicy les Paroles.
Si tu veux,ma Lyfetey
Entrer dans nos Forejls"
Nous trouverons une Cachcte
J?H'Amour afaire toute exprés.
£>ue ce Lieu rolit(lire
Ell un charmant.fjoltr.'
Nouspourrions la ne nous rien
taire,
N'ayantpourtémoins que l'A..
mour.
Un Homme aussi galant
que spirituel,a donné de la
suiteà ces Paroles, par qua
tre autres Couplets inpromptu.
Je vous les envoye
afin que vous ayez la
Chansonentiere.
La charmante Lyfcte
Au di/èours du Berger
Répond, quefert une Cacheté a.'jd on ne veutpoint s'engar?
papprcrt&ic"f.ipeine,
Ei ditejô/iJmour,
Il ,icfuitpoint quiter la Vlaine»
Ny chtrchcr un autrefqour.
Viens dans ce Bots, Lylete,
Dit alors le Berger,
Souvent en voyant la Cacheter
Lede(irvient de s'enparer.
Tourt'apprendremapeiner
Et dire mon amour,
Croy-moy,sysite, cette Plaine
N'tifpas un commodefejour.
Il est dangereux d'oser
exercer desviolences dans
l'Etat d'un Prince qui regle
toutes ses actions sur la juc.
tice. Celle que LOÜSELE
GRANDrend à tout le monde,
ne le fait pas moins aimer
de ses Sujets, que ses
autres vertus le font admirer
de toute la Terre. Comme
en nous donnant la Paix
il a préferé le repos de ses
Peuples à sa propre gloire, il|
ne peut soufrir qu'ils soient
opprimez, & le Procés qu'il
a saiç faire à un Gentilhome
fameux par ses tyrannies,
nous le faitconnoistre.
Il prenoit le nom deRoy
desMontagnes,&de Prince
des Boutieres. (Les Boutieres,
Madame,fontune
partie desSevenes. ) Il faisoit
armer vingtVillages,
condamnoit à l'amende & à
la mort, & il n'y avoit point
de Prevost qui osast entrer
dans le Païs qu'il tyrannisoit.
Il a esté pris dans Nismes,
où MrDaguesseau,Intendant
de Languedoc qui
l'a jugésans appel, luya fait
couper la teste.
Si le Roy punit ceux qui
leméritent, il ne laisse jamais
les services sans récompense,
& c'est par cette raison
qu'il a donné une Pen&
auparavant Ambassadeur
pour leRoyen Suisse;&
Frere deMr Meliand Maître
des Requestes, Grand
R aporteur du Sceau, & Intendant
de la Genéralité de
Caën. Ce nouvel Evesque
est un Homme d'un fort
grand mérite,&d'une pieté
tres-exemplaire.
Cette Abbaye est une des
plusconsidérables du Royaume,
à cause de plus defixvingt
Benéfices simples qui
en dépendent. L'Abbéest
Seigneur temporel & spirrituel
de laVille d'Aurillac,
fort peuplée par son
commerce;&en cette derniere
qualité ne relevant
que du Pape, il exerce la
JuridictionEpiscopale das
le territoire de son Abbaye,
donnantles Dimissoires,les
Dispenses, les Approbations,
& étendant mesme
son pouvoir jusqu'à conférer
çoiie, aeul'Abbaye d'Aunay
en Basse Normandie.
C'est un Homme d'une profonde
érudition. Quand
nous n'en ferions pas convaincus
par fès Ouvrages,
le Roy a des lumieres si vives,
que l'ayant choisy luymesme
pour le glorieux
Poste que nous luyvoyons
occuper, nous n'aurions
aucun lieu de douter de fonmérite.
On a nommé Mrl'Abbé
duMontal à l'Abbaye da
Chatrice en Champagne
Il est Fils du Comte de ce
nom, Gouverneur de Maubeuge,
& Lieutenant General
des Armées de Sa
Majesté. Je n'adjoûteray
rien à ce que je vous ay
déja dit dece jeune Abbé,
quand je vous ay entretenuë
de laThese qu'il dédia
au Roy l'année derniere.
M l'Abbé de Montrevel.
a eu dans le mefrne temps
le Prieuré de S. Sernin proche
d'Autun en Bourgogne.
Je vous parlay il y a
quelques mois desaFamille,
& il ne me reste plus
qu'à vous dire de sa Personne,
qu'il n'a pas moins
de conduite que d'eqprit,
& qu'il cit sort estimé des
Gens de mérite.
J'ay oublié à vous apprendre
jusquaaujourd'huy,que
l'Abbaye de Montreüil les
Dames fous Laon, avoit
esté donnée àune desFilles
de Madame la Comtessede
Béthune. Cette Abbaye
vaquoit par la mort de Madame
de Longueval, donc
le nom suffit à vous faire
connoistre la Maison, vous
enayant souvent parlé dans
mes Lettres. J'aurois beaucoup
a vous dire des vertus
qui la faisoient estimer pendant
savie, &quila sont
regreter a pres sa mort,
mais Mr de Vilers Chanoine
de Laon, & Bachelier
en Théologie, a si bien
traité cettematiere, qu'en
vous envoyant l'Oraison
Funèbre qu'il a faire pour
cette illustreDéfunte, je satisfaislà-
de ssus à toutce que
vous pourriez souhaiter.
Je vous diray cependant.
Madame, que vos Amis me
font un honneur que je ne
mente point. quand ils
croyent mes Lettres assez
purement écrites, pour klÛtenir
que la régularité de
nostre Langue y est observée.
Je les suplie tres-humblement
de ne prendre aucun
droit sur mes façons de
parler. Il y en a beaucoup
qui m'embarassent, & sur
lesquelles je demanderais
souvent l'avis de nos Maistres,
si j'avois toujours le
temps de les consulter. Je
cherche à me faire entendre,
& croy avoir fait allez,
quand je ne vous donne
point lieu de m'accuser
d'estre obscur. Ainsi n'ofant
m'assurer d'écrire correctement
sur les matières
qui me font connuës je
m'en répons beaucoup
moins quand il s'agit de
termes particu liers à que lque
Art. C'est l'usage(cul
qui en décide, & l'on est
en Quelque façon obligé
de s'en rapporter à ceux qui
se meslent des choses que
ces termes particuliers expliquent.
Ce que je vous
dis doit rendre nulle pary
dont vous me parlez, à l'égarddes
deux mois que j'ay
employez das ma Lettre du
Mois de May, en vous faifant
la description de la Caleche
donnée au Roy, par
M'le Duc de Vivonne. Le
Mémoire que j'en ay reçeu
j portoit le Cordon des
Accotoirs, & je l'ay suivy
sans examiner si c'estoit le
terme propre. Depuis ce
que vous m'en avez ecnf,
j'ay fait consulter la plus
grande partie des Maistres
Selliers qui sont à Paris. Les
plus vieux disent Accoudoirs,
& les autres Accotoirs.
Ainsi on peut se sert
virindiféremmen de l'un
8c de l'autre mot. Quant à
zt\\iycfEntrctoile^ncfaute
d'écriture ne doit pas préjudicier
à celuy qui en a
pris le party.J'ay prétendu
vous dire Entretoise, &moi-i
peu d'application à relire ce
que je vous écris, me devroit
rendre responsable
des cent Louis duPary,si
vous ne l'empescshiez d'avoir
lieu.
Ce que je vous ay dit du
progrés que font icy les
beaux Arts, vous va paroistresensible
par l'éclat
que leur donnent tous les
jours la galanterie & l'invention
des François. Nous
en avons un exemple dans
les Theses. Ceux à qui on
les dédioit autrefois, les re-:
cevoient imprimées sur du
Satin, & ornées seulement
d'une Dentelle d'or,ou daiv
genttoueautour, &aujourd'huy
on employé les Peintres
les plus fameux pour
faire des Desseins de Bordures
,d' apres lesquels les
plus habiles Sculpteurs travaillent,
& se fervent de
tout ce qu'il y a de plus
peau, & de plus délicat dans
eur Arc. Quoyque ces
Theses soientsouvent d'une I.uuteurfk d' une largeur
qui surpassent celle des plus
gran ds Miroirs, on trouve
des Glaces de Venise pouu
les couvrir, & ce fut dans
cette magnificenceque Mrs
d'Aligre petits-Fils & arriere
Fils de deux Chanceliers
de France, presenterent
à toute la Maison
Royale, ce lles qu'ils soûtinrent
ensemble au Collège
d'Hircourt sur toute laPhilosophie. LePortrait
du Roy, entouré de tro
phées d'ariiies,cltoit au mi
lieu de celle qu'ils euren
l'honneur deluypresenter
Le Dessein de cePortrai
estle dernier Ouvrage d
feu M' deNanteuil. Le S
EddelinkjConfeiller de l'A
cadémie Royale de Peinturc
& de Sculpture, l'avoiri
gravé. Il estoit dans uni
Cadre magnifique avec
une tres belle Glace de Vénife
qui le couvroit. L'ornement
du Chapiteaucousistoit
aux A rmes de Sa Ma-.
jessé, suportées par deuxFiures,
dont l'une reprelenoir
la Renommée, & l'aure
la Paix. Plusieurs Génies
noient des Chifres, &
nissoient voir ces Paroles
qui servoient de Titre à la
hefe. Ludozico Magno,
elli ac Pacis Arbitra, iln y
voit aucun de ces Ornenens
qui ne fuftaccomparné
de Fleurs,de Festons. &
l'Armes, Simboles de la
yâix & de la Guerre. L'or
lui relevait toutes ces choes,
leur donnoit un éclat
quej'aurois peine à vousexpliquer.
Le Roy fut trèssatisfait
decePresent, &
témoigna à Ms d)
avec cet air de bonté qu
luy est ordinaire, quand i
veut marquer qu'il est con
tent. LesOrnemensde la
These qu'ilspréfentercni
enfuite à laReyne, avoient
aussi quelque chose de fort
magnifique. Ses Armes su.
portéespardjeux Génies cir.
toient dans le Chapiteau
avec quantité d'Ornemen
dans la Bordure, qui convenoient
à la grandeur de
cette Princesse. Le Portrait
du Royluy parut tres. bier
,'a.it, & très-ressemblant.
Monseigneur le Dauphin
qui trouva lamesmechoie,
dit comme elle àMrsd'Aigre
en recevant la These
qu'ils luy porterent. La Bordure
en estoit aussi riche
que bien entenduë. Le Chapiteau
faisoitvoir Minerve
tenant son Bouclier, sur lequel
on avoit représent&éles
Armes de ce jeune Prince.
Cette Déesse estoit environnéedesSimboles
des
Artsliberaux. LesThéses
qui furent presentées à
Monsieur& à Madame, estoient
aussi dans des Bordu
restres-magnifiques.
Jenc]
vous dis rien des Ornemens,
sinon qu'ilsconvenoient
tous àce qu'on peut
dire de Leurs Altesses Royales.
Ces cinq Bordures!
avoient esté faites par le Sr
le Fe bvre, un des plus ha-li
biles Sculpteurs que nous
ayons.
Il seroit difficile de voir
une plus belle Assemblée
que celle qui se rendit au
College d'Harcourt, le jour
que cette These fut soûtenuë.
Mles Cardinaux, Archeveiques,
Evesques, Genéraux
d' Ordre, Abbez,
Princes, Commandeurs 6c
Chevaliers,PrésidenàMortier,
Conseillersd'Etat,
Maistres des Requestes, &
genéralement tous ceux qui
assisterent à cette Aaioli,
en firent paroistre une ia",
tisfaction extraordinaire.
Chacun s'empressaà féliciterles
deux jeunes Soûtenans
de leur succés.Leurs
réponses furent toutes pleines
d'esprit, & eurent je"
ne sçay quoyd'aisé qui fit
dire tout d'une voix qu'ils
marchoient sur les pas de
-
leurs Ancestres, &: qu'ils
soûtiendroient avantageulement
l'honneur & l'éclat
de leur Maison.LaSalleoù
ils répondoient, estoit magnifiquement
parée. Ily
avoit un tres riche Dais fous
lequel estoit un Portrait du
Roy en Pastlel. Il fut ad-s
miré de tout le monde.
C'est le dernier du mesme
MrdeNanteüil & l'un des
plus ressemblans, & des
plus beaux qui ait encor
esté fait. La Bordure de ce
Pastel estoit toute de Glace,
enrichie de Couronnes, de'
Plaques, & de Festons de
vermeil doré ,letoutd'un
tres- beau travail.Les Tapisseries
estoientparsemées
de Fleurs de Lys, avec les
ArmesdeFranceaumilieu
de chaque Piece. On avoir
miscelles dela Maison d'Aligre
aux quatre coins.
Vous avez sçeu que Mr
le Commandeur Lubou
ftlirski, Prince del'Empire,
GrandEnseigne de Pologiie,&
Frere du Grand Mv
reschal du mesme Royaume,
yavoitesté nommé
pour aller Ambassadeuren
Savoye. Il arriva à Turin
le 31. de Juillet, accompagné
de MrdeRévérend,
Parisien, Premier Secretaire
des Commandemens dela
Reynede Pologne, & de
plusieurs Personnes de qualité
du mesme Païs. Son
Train estoit si nombreux
& si magnifique, que la diligence
qu'on apprit qu'il
avoit faite, parut incroyable,
quand on sçeut qu'il
avoit toujours estésuivyde
tout son monde. Il demeura
incognito le premier soir, &
dés le lendemain il tilt visité
de la plûpart des Seigneurs
de cette Cour, qui
le reconnurent pour le met
me Prince qui avoit montré
tant d'adresse, de vigueur,
& de bonne grace à
manier des Chevaux, & à
s'abandonner aux passages
les plus difficiles, en chass
sant avec feu Son Âltesse
Royale, dans un premier
Voyage qu'il fit à Turin il
y a dix ou douze ans. Sitost
qu'il eut fait sçavoir
qu'il y venoit revestu du
caractere d Ambassadeur
Extraordinaire, les ordres
furent donnez pour lerecevoir.
La connoifïàncc
qu'on avoit déja de son
mérite les fit exécuter
avec joye, & le jour de
son Entrée ayant esté marqué
au Lundy 7. de ce
Mois, Madame Royale or,
donna que les Troupes de
la Garde àcheval de S.A.R.
& celles de la sienne, se
trouvassent en bataille dan%
la Place du Chasteau sur lei
quatre heures du soir, afin
d'aller au devant de MI
l'Ambassadeur. Il cHoUj
~orty de la Ville, & les atendoit
à S.Salvari vis-à-vis
lu Valentin, où il devoit
estre complimenté, & où
es Gardes s' estant rendus
avec le Carrosse du Corps,
ipres les complimens faits,
;>n commençaàdéfiler par
l'Allée de la Promenade
qui répond à la grande
Porte du Valentin, & en
fuite par le grand Cours,
afin d'entrer dans la Ville
par la Porte-neuve. Les
Arquebusiers de Madame
Royale, dontMrle Marquis
Dogliani est Capitaine, &
Mr le Baron de Palavesin
Lieutenant, marcherent
d'abord conduits par Mrk
Marquis dela Chuse qui en
est Cornete, ôc qui estoit
aussi propre & aussi magni
fique dans sa parure, quele
Cheval qu'ilmontoit paroissoit
superbe. Il fit cette
fonction en la place de son
Lieutenant occupéailleurs;
car vous fçaurez, Madame,
que lesCapitaines descompagnies
de Cavalerie de la
Garde de Leurs AA. RR
ne se mettent jamais à leur
telle, que quand le Souverain
rain ou la Souverainemarche.
Les Arquebufiers,
ainsi que tout le restede la
Garde, estoient comme
dans les jours des plus grandes
Cerémonies,c'est à dire,
ayant des Casaques noires
sur lesquelles il y avoit un
gros galond'or, avec leurs
Casques tous couverts de
Plumes, bleu,feuille-morte,
blanc & noir, & une
fort belle Aigrete blanche
dans le milieu. Leurs Cheraux
estoient richement
enharnachez,&avoient des
Housses toutes parsemées
des Chifres de M. A. & afsortissantes
à la garniture
desCasques.Onvoyoit en
suite les Arquebusiers de
S.A.R. dont Mrle Marquis
deDrosnay est Capitaine,
Mrde Grémonville Lieutenanc,
ôe Mr le Marquisjie
la MotteSanfray Cornete.
Ilsestoientconduits parce
dernier dans le mesme ordre
de parure, à l'exception
des couleurs, leurs Plumes
estant rouges, blanches,
gris-de-lin & bleu, & leurs
Casaques rouges, avec un
gros galon d'or. Leurs Chevaux
magnifiquement enharnachez,
avoient sur leurs
Housses les Chifres& les
Devises deS.AR. La Compagnie
des Cuirassiers de
M. R. suivoit.MrleComte
de Visc en est Capitaine,
MrdeCagnol Lieutenant,
& Mrle Barond'Alemagne
Cornete. Ces deux derniers
ne s'y estanc point
trouvez, laCompagnie eut
à sa testeM le Baron dePalavesin.
Lieutenant de celle
des Arquebusiers de M. R.
! Ilsestoient armez de leurs
Cuirasses aussi éclatantes
que des Miroirs, & dorées
sur toutes les extrémitez.
Le Chanfrin de leurs Chevaux
estoit aussi cuiraue.
C'est ce qui donne à ces
Troupes un certain air de
guerre, qui charme & le fait
redouter en mesme temps.
Leurs Casques estoient ornez
de la mesme maniere
que ceux des Arquebusiers
de M. R. & leurs Chevaux
parez de la mesme forte.
Apres cette Compagnie,
marchoit celle des Cuirasfiers
de S. A. R. dontMrle
Comte Augustin des Lances,
Chevalier de l'Ordre,.
est Capitaine; Mrle Comte
Osasquede laRoque, Lieutenant;
& MrleMarquis
d'Entrayves-Tana, Cornete.
Ces deux derniers estoient
à la telle, si remarquables
par leurs Personnes,
que malgré la richesse
extraordinaire de leurs Habits,
& des Harnois de leurs
Chevaux,ils ne firent rien
tant considerer que leur
bonne mine. Cette Compagnie
estoit parée des mémes
couleurs de S. A. R. que
portoient les Arquebusiers
de ce Prince, & armée de
toutes pieces d'un acier fin
& luisant, & doré de la largeurd'un
poulce dans les
extrémitez.Elle précedoit
le Carrosse du Corps de
LeursAA. RR. dans lequel
estoit Mr l'Ambassadeur,
conduit par Mrle Comte
Augustin des Lances, Chevalier
de l'Ordre, qui l'avoit
esté recevoir, accompagné
de Mle Comtede
la Mourre. Ce dernier et
toit avec eux dans le Carrosse,
ainsi que Mr de Révérend,
ôc un autreGentilhomme
de la Suite de Mr
l'Ambassadeur. La Compagnie
des Cent Gentilshommes-
Archers, tous Savoyards,
qui fuit toujours
le Carrosse du Corps, où la
Personne de LeursAA.RR.
marchoit immédiatement
apres. Mr le Marquis de
Bernex, Chevalier de l'Ordre
, en est Capitaine; Mr
le Comte de S. Maurice,
Lieutenant; & Mrle Marquis
deChastillon laSerra,
Cornete. Ce dernier estoit
à la teste. Un grand air
guerrier qui accompagne
sa belle taille, & la riche
parure dont il brilloit,répodoient
parfaitement aux
impressionsque fait cette
Compagnie soit dans ses
Exercices, foit dans ses
Marches, soit mesme lors
qu'elle est formée en Escadron.
Il estcertain quetous
ceux qui la composent, ont
bien dequoy arresterles
yeux. Leurs Cuirasses appliquées
sur un Buffle dont
tout ce qui paroît eH: brodé
d'or, leurs Casques chargez
de Plumes des couleurs de
S. A. R. les Lances qu'ils
portent à la main droite,
auprés du fer desquelles une
petite espece de Banderolle
faitvoir leur Devise, leurs
Chevaux enharnachez, &
ayant des ornemens tresbien
assortis;tout cela,
dis- je, forme un spéctacle
qui dans ce qu'il fait paroistre
d'agreable & de galant,
ne laisse pas d'inspirer
de la terreur, &de représenter
laMajestédu Souverain
à la garde duquel cette
Compagnie est attachée.
Les autresCarrossessuivoient,&
fermoient la Marche.
Tout estant arrivé
dans la Ville aux fanfares
des Trompetes,&au brui
des Tambours duDétache
ment duRegiment des Gardes
qui estoit de garde ce
jour là au Chasteau, & qui
se trouva alors fous les armes,
M l'Ambassadeur sur
conduit dans le Palais de
M1le Comte Augustindes
Lances. Apres qu'on l'y
eeuuttrrééggaallééppeennddaanntt tcrrooiiss
jours selonla coûtume, aux
despens de S. A. R. on le
vint prendre pour l'Audience
où il alla accompame
du mesme Chevalier
le l'Ordre, & précedé de
\tir le Comte de Scaravel
Grand-Maistre des Cerémonies.
Dés qu'il fut dans
la Salle des Gardes, M. R.
ble. Ml'Ambassadeur s'avança,
en faisant trois pro,
fondes revérences. La pre. 1 miere des la porte, 6c la
troisiéme, aux pieds de
M. R. Il en fit une en suite
à S. A. R. & une autre à
Madame la Prince sse; apres
quoy il cõmença Ion Compliment,
& exposa le sujet
desonAmbassade.Il vous
efl aisé de vous figurer la
maniere dont il fut reçeu,
apres ce que je vous ay dit
plusieurs fois de cette augusle
Ré,gente. Une grandeur
véritablement Roya,
& une majesté qui n'a
en d'égal, se joignirent à
1
L
douceur naturelle, & à
ette bonté toute c h armante
qui luy sçait si bien
agner les coeurs; 6c ians
que ces caracteres dise ens
erdissent aucun de leurs
droits, ils se con fondirent
leureusement, comme ils
sont toujours quand quelqu'un
l'aborde. C'est ce
pi fait qu 'on luy parle
avec confiance,quoy qu'on
a révere avec de profondes
soûmissions. Mr l'Ambassadeur
ménagea tous ses
devoirs en grand Homme
& ses manieres égalemen
respectueuses & agreables
donnerent assez à connoître
qu'il n'estoit pas moins
penétré de la venération
qu'inspire la présence de
- cette grande Princesse, qu'il
estoit charmé de la com
plaisance avec laquelle elle
écoute tout ce qu'on luy
veut représenter. Il dit qu'il
l'estoir venu prier de la part
du Roy êc de la Reyne de
Pologne, de vouloir estre
Maraine de laPrincessequi
leur estnée, ôc de donner
quelque secours àlaRepublique
contre les Turcs.
Les Réponses de M. R.
ayant cité auffiobligeantes
dans leurs expressions., que
favorables à la demande,
Mr l'Ambassadeur se retira
avec les mesmes soûmissions
qu'il avoit fait paroître
en entrant, apres avoir
présenté les Gentilshommes
de sa SuiteàLeurs AA.
RR. Cette Ambassade a eu
tout l'effet que la Pologne
s'en estoit promis. M. R.
consultant sa genéreuseinclination
au milieu de toutes
les raisons qu'elle a de
ménager les Finances de
son Etat pour les grands
& glorieux desseins qu'elle
prépare, a accordé lalevée
& le payement pour six
mois d' un Regiment de
Dragons, qui portera le
nom de S. A. R. & qui fera
levé en ce Païs
-
là, parce
que le peu de temps qui
1
reste jusquesà lafin de la
Campagne, ne permet pas
de le lever en Savoye; &
au regard du Baptême,
M. R. a écrir à Madame la
Marquise de Béthune pour
la prier de tenir sa place
â.ans cette Cerémonie. M1
l'Ambalfluieur parfaitemét
satisfaitd'un si prompt Sesi
heureux succés, prit son Audience
de congé le Mercredy
9. & futreconduit
avec les mesmes cerémonies
& la mesme escorte
dont je vous ay déja parlé.
Il partie le lendemain tout
remply des sentimens d'admiration
que M R. inspire
toûjours,& plein de reconnoissanced'un
Portrait d
cette grande Princesse, enrichy
de Diamans, qu'elle
luy donna, de la valeur de
millePistoles.
ditaire qu'il a pour Itsbelles
Lettres, sa profonde capacité,
sa dOllccurJàiagctlè),
& ce grand amour de lajustice
qui luy attire depuis si
longtemps l'estime, 6c l'approbation
du Public, aiufi
qu'à Mr le Président de
Beauchesne son Frere, sont
des avantages qui luy faisoient
meriter l' honneur
qu'il reçoit. Aussi l'a-t-on
veu dans ce nouveau rang
avec un a pplaudissement
general. Il sort d'une des
plus anciennes Maisons de
la Province,& a eu en Mariage
la pluscofulerableHeritiere
qui y fust,tant pour
la naissance que pour le
bien. Ceux quilaconnoif-1
sent prétendt parler d'elle
trop modestement, en disant
qu'elle est aussi bien
faite que bien faisante, que
toutes ses manieres marquentune
grandeur d'ame:
qu'on ne
sçauroitallezad-1
mirer, Sz qu entre mille
belles qualitez qui écla
tent dans sa Personne, elle
a sur tout celle de la plusi
parfaite, & dela plus so- l
lide Amie qui fust jamais.
M* le ComtedeS. Vallier,.'
en accordant la Dispensè,,
ou plutost les trois Diipenses
dans une. Ce n'est pas
d'aujourdhuy que ceux de
cette Maison,si ancienne
dans le Service, soit de Robe,
soit d'Epée,ont reçeu
des marques de la bonté de
nos Souverains. L'Histoire
de Dauphiné nous faitvoir
qu'elle estoit 'dans les armes
dés l'an 1335. Pierre de
Guerre (c'est le nom qu'ils
ont porté jusqu'en 1476.
avant qu'ils ayent pris ce.
luy de laCroix- Çhevrieres)
futd'un tres-grand secours 0 au Roy lors des prétentions
du Pcape sur le Comté de
Valentinois. Son Fils l'imita
dans ses services (te
dans sa bravoure, se distingua
fous Loüis XII. & Francois
1. à la BatailledeR.avenne
& à la Journéede
Marignan sur les SuiiTè,
r> &fut fait prisonnieràPavie
en 1541. CetteFamille commença
alors à se mettre
dans la Robe, & d<épuis
ce temps-là nous voyons
dans l'Histoire de cette
Province qu'elle a toûjours;
eu les plus considérables
Emplois. Le premier dans
cette profession, fut Félix
de Guerre de la Croix de
Chevrieres,-quifutConseiller,
puis Avocat Genéral
, seul Maistre des Requestes
du Dauphin, Intendant
de Justice en Dauphinc,&
ensuite Conseillerd'Etat.
Il fut l'un desCommissaires
de la Chambre de Justice
qui jugea le Maréchal
de Biez, de la Maison de
Rohan. Un desesFils servit
dans lesArmées, fut Colonel
d'Infanterie,lefio-nala
à la défaite de Monbrun
dans le Diois,se trouva à
tous les Sieges contre ceux
de la Religion Prétendue
Réformée, y commanda en
plusieurs rencontres, &: en
revint toutcouvertde gloire
par le nombre des blessures
qu'il yreçeut. Le Roy
donna à son Frere quiavait
été Conseiller & Avocat
Genéral, une Charge de
Président à Mortier à Grenoble.
Puis citant Maître
des Requestes, il fut Intendant
des Armées, ensuite
Conseiller d'Etat, Intcn..
dant en Dauphiné, Garde
des Sceaux de Savoye,Commissaire
pour l'exécutionde
la Paix d'entre la France &
la Savoye,Ambassadeur Extraordinaire
en Piémont; &
enfin, lors qu'il futveuf, le
Roy le gratifia de l'Evêché
&Principauté de Grenoble,
qui avoit la Présidence des
Etats; & par Lettres Patentes,
on luy conferva son
rangdePrésident à Mortier
du jour de sa Reception,
non feulement pour le Dauphiné,
mais encor pourles
autresParlements duRoyaume.
On peut dire de luy
qu'ilsemble que tout le mérite
possiblefûtramasséen
sa Personne. Un de ses Fils
fut aussi Evcfque de Grenoble.
L'autre se fit Conseiller,
Avocat Genéral au
Grand Conseil, & ensuite
Maître desRequêtes.C'est
de ce dernier qu'est descendu
Mr le Président de
Chevrieres, dont tout le
monde connaitlacapacité
& lemérite. IlaétéPrésident
à Mortier à Dijori;
s'est marié dans cette
Province
à l'Héritiere de 11
Maison de Sayve,avare
qu'il se soit fait Préfidcntà
Mortier en Dauphiné. Il a
plusieurs Enfans tous bien
mariez,& dans de fort grandes
alliances. La dernicre
de ses Fillesest entrée dans
la Maison de Clermonc- Tonnerre. S-on Aînési:
Mr leComte de S. Vallier,
Capitaine desGardes de la
Porte, que vous voyez depuis
si longtemps à la Cour
& dans le Service. Il fut
Colonel d'Infanterie dés
1666. Il a toujours sèrvy
depuis ce temps-là & s'est
distinguéenplusieurs rencontres
Il eut l'avantage
d'avoir le Roy pour témoin
du Logement qu'il fit avec
son Régiment sur la Contrescarpe
de Dole. Je ne
parle point de ce qu'il fit en
Candie, en commandant
une Attaque fous Mr le Maréchal
de Navailles. Il a
épousé la belleMademoiselledeRouvroy,
delaMaison
de S. Simon,Fille d'honneur
de laReyne,dôt le Pere
était Capitaine aux Gardes,
& Mareschal de Camp.
Ce Mois a été fatal à
plusieurs Personnes du plus
hautrang,dont jene doute
point que vous ne ~sçachiez
déja la mort. La premiere
est Mademoiselled'Elbeuf,
dont le nom ôcles qualitez
étaient, Marie-Marguerite-
IgnacedeLorraine, ComtefriTe
de Rosnay Pairie de
France, d'Ienville, leChâtelier,&
Chavange. Cette
Princesse n'avait que cinquante
ans, & cft morte
pouravoir avalé un petit os
qui s'était arrêté dans son
estomac. Elle était Soeur
de Mr leDucd'Elbeuf,de
Mrle Comte dJ-iarcourc%&:
de Mr le Prince de Lillebonne,
& Fille du feu Duc
d'Elbeuf Charles de Lorra-
ine, second du nom, Pair de France, Chevalier des
Ordres du Roy, & Gouverneur
de Picardie. Ce
Duc l'avait euë de Cathe-
1
rine Henriete Legitimée
de France, Fille de Henry
le Grand, &: de Ga-*
brielle d'Estrees, Duchesse
,. de Beaufort.LeRoy qui'
l'avaitchoisie pour une
des Dames du Palais, tant
à cause des avantages de
,
Fille d'Hercule de Rohan,
Duc de Montbason,Pair, &
Grand Véneur de France.
Elle avait épousé en premieres
Nôces Charles d'Albert,
Duc deLuynes, Pair,
Connestable, & Grand Fauconnier
de France, Premier
Gentilhomme dela Chambre,
Gouverneur de Picardie&
duBolonois; & en secondes,
Claude deLor- raine, Duc deChev-reuse,t4
Pair,Grand Chambellan,
& Grand Fauconnier de
France, Chevalier des Ordres
du Roy, Gouverneur
& Lieutenant General en
Auvergne. De son premier
Mariageestforty M leDuc
de Luynes, Marquis d'Albert,
Comte de Tours,Chevalier
des Ordres du Roy,
Pere de Charles
-
Honoré
d'Albert, Duc de Chevreufe,
Capitaine-Lieutenant
des Chevaux Legers
de la Garde, marié avec
Marie-ThéreseColbert.On
peutaisément se persuader
que Madame de Chevreuse
a paru dans le mon de avec
un fortgrand éclat, les deux
Marys qu'elleaeus, yayant
fait une aussi grande figure,
& étantelle-même d'une
Maison tres-considérable.
Elle avoit de l'esprit, de la
fermeté, &un courage qui
, ne pouvaitêtre abatu. J'aurois
un Volume à faire, ~si
j'entreprenais de vous expliquer
toutce qu'on pourrait
dire d'une vie remarquable
par millechoses.
Elle fut nommée avec sons
second Mary pour con.
duire en Angleterre la ~feu
ReyneHenriette-Marie.
Nous avions appris d(
la fin de l' autre Mois ~lai
~mort de Messire Nicolas
Choart de Bufenval, Evêque
& Comte de Bauvais,
Pair de France. Il était
dansunâgefortavancé. La
feu Reyne Mere qui n'estimait
que les Personnes de
mérite, avaiteu pour luy
uneconsidération tres-particuliere.
Il s'était retiré
depuis longtemps dans son
Diocese, & donnoit tout le
revenu de sonEvêché aux
Pauvres. C'étaiten soulagerun
grand nombre, puis
que ce revenu est fort
grand. Le péril où samaladie
lavoit réduit, s'estant
divulgué,les Gentilshom
mes de Campagne, les
Bourgeois, & sur tout les
Pauvres,accoururent en
foule pour le voir. Il leur
donna sa Bénédiction, &
l'accompagna d'Exhortations
si saintes, que tout le
monde fondit en larmes.
On luya trouvé,ainsi qu'à
feu M de Genève, des pierres
au lieu de fiel, causées
par les grands combats de
savertu, contre si compléxion.
Deux Chanoines de !
son Evesché travaillent à
'HistoïredetaVie. M1Evesque
de Marseille, aussi
considérable par son mé-
*ice5 que par sanaissance &
es grands emplois, a esté
nommé à cet Evesché. Il
le l'avoir point demande,
nais il s'en estoit montré
digne, &ë'efi assez que de
mériter les choses pour les
obtenir, quand le Pânce
qui donne eH: infiniment
éclairé. Je ne vous diray
rien davantage de ce grand
Prélat. Vous le connoiss z,
& vous n'avez pas sans
doute oubliéce que je vous
en écrivis à ion retour de
Pologne, où il avoit donné
de si glorieuses marques do
sa conduire, de son éloquence,
& de son esprit.
Je vous ay dit que la
Reyne avoit régalé Mr
l'Ambassadeurd'Espagne à
Ruel. Le Roy luy a fait le
mesme honneur à Versailles,
où il se rendit à trois
heures après midy le jour
qu'ilavoitchoisy pour ce
Régal, après avoir donné
tous les ordresnecessairesà
MrBontemps Capitaine de
ce Château. Il estoit accompicrné
de toute la Maiion
Royale, de M &de Madame
delosBalbases,& de
plusieurs Dii-iies & Seigneurs
de (a Cour. Onentra
par le Parc, & on descendit
à la Grote, où la
Reyne resta avec les DJ.
mes, pendant que le Roy
mena Mr l'Ambassadeur
voirl'Escalierqu'il avoit
fait dechafauder &: entièrementdécouvrir.
Je ne vous
puis exprimer la surprise
que causerent toutes les
beautez qu'on y découvre,
SaMajestémesme, qui n'a^
voie pas veu le tout ensemble
si achevé, l'admira, &
donnant mille loüanges à
Mrle Brun,Elle le montraà
Mr l'Ambassadeur, comme
l'Autheur dece magnifique
Ouvrage. C'est en effet un
chefd'oeuvre d'Architecture,
de Sculpture, &de Peinture.
Tout y marque les
Conquestes du Roy avec
beaucoup d'ordre; & ceux
qui l'ont veu demeurent
d'accord qu'il n'y a rien de
plus beau dans toute l'Europe.
Le Roy ayant demeuré
quelque temps à
l'Escalier avec M de los
Balbases, passa dans les
Apartemens qui ne sont
pas encor achevez. On les
admira d'autant plus, que
chaque Chambre est ornee
d'une maniéré diférente,
diférens Peintres, & diférens
Sculpteurs des plus
habiles ayant esté choisis
pour l'em bellissement de
chacun. Sa Majesté retourna
delà à la Groteoù la
Reyne & toutes les Dames
l'attendoient. On monta
en Carrosse. Outre ceux du
Roy destinez pour M rAn1
bassadeur, Mr Bontemps
avoir eu ordre d'en donner
quatre d'augmtation pour
sa Suite. Ils furent remplis
de Gens qui estoient à luy,
& suivirent dans les Jardins,
où toutes,les Fontaines
qu'on fit jouer donnerent
beaucoup de plaisir à
la Compagnie, ôc sur tout
à Mrdelos Balbases, qui dit
plusieurs fois qu'il n'avoit
point veu de si belles choses
ny en Italie, ny ailleurs.
On se promena au bord du
Canal, où plusieurs Vaisseaux,
Gondoles,& Barques,
matynitigucmcntornecs.,nrent
mille fortes de mouvemens
sur l'eau, par l'adresseE
de soixante ou quatrevingts
Rameurs habillez tous de
mesmefaçon, d'une maniere
extraordinaire. On
passa de là à Trianon, qui
futadmiré comme le Lieu
le plus galant qu'on pust
voir au monde
; je dis galant,
si on le compare à
Versailles
, car il ne laisse
pas d'avoir beaucoup de
magnificence. Comme il
ne restoit plus de jour pour
aller à la. Ménagerie, Sa
Majeste remit terre promenade
à une autre fois.
On retourna au Chasteau,
où l'on mit pied à terre devant
la Grote. On entra
dans les Apartemens d'en
,
bas, par la premiere Piece
qui va de plein-pied à celuy
des Bains. La nuit commençoir.
Ainsi toute cette
Enfilade se trouva ornée
de Girandoles, ôedeChan-j
de liers posez sur des E[ca-.
belons de marbre, & sur
des Guéridons magnifiques.
Tant de lumieres rehaussoient
admirablement
les richesses de tous ces
Apartemens. Il y avoit des
Lustres & des Girandoles
tout de cristal dans quelques-
uns, & dans les tout autres estoit d'argent. La
derniere Piece de cette Enfilade
est appellée l'C)6togone.
La Table du Roy y
estoit dressée. C'est un Lieu
aussi magnifique que régulier.
On y voit les quatre
Saisons, qui sont des Figures
de Bronze doré, de cinq
pieds de haut. Ces Figures
tieanent des Cornets d'abondance,
de chacun dwfquels
il fort un Flambeau
depoing. On avoit ajoute
à ces ornemens degrandes
Torcheres de six piedsde
haut, &plusieurs grandes
Girandoles &: Chandeliers
aussi d'argent, tous OuvrJ.
ges de feuMrBalain. Tout
le monde s-çaitqu'il n'en
faisoit que de beaux. La
Table qui estoit ovale, &
de vingt Couverts,occupoit
le milieu de cettePiece.
Le Roy & la Reyne estoit
au milieu. DucostéduRoy
suivoient Monseigneur le
Dauphin, Mademoiselle,
Ma
Il
sont desragoûts a1Etpagnole,
dans lesquels il entre
de toutes fortes de Viandes,
de Légumes, & d'Epiceries.
Je n'entreray point
dans le détail des Services.
Imaginez vous tout ce que
peut ladélicatesse des Mets
jointe à l'abondance, vous
n'aurez encor qu'une foiblc
idée de la magnificence de
ceRepas. Le Dessert estoit
admirable. Je vous en envoye
un Plan que j'ay fait |
graver. Vous pouvez jeter;
les yeux dessus, &vousreprésenter
le bel effetques
sont des ragouts à l'Erpf
gnole, dans lesquels il entre
de toutes sortesde Vian.
des, de Légumes., & d'Epiceries.
Je n'entreraypoint
dans le détail des Services,
Imaginez vous tout ceque
peut ladélicatesse des Mets
jointe à l'abondance, votf*
n'aurez encorqu'une foible
idée de la magnificence de
ce Repas. Le Dessert cuoiï
admirable. Je vous en envoyeun
Plan quej'ay saic,
graver. Vous pouvez jeter
les yeux dessusil& vous re,
présenter le bel effetque
tant de diverses figures produisoient,
élevées en pyramides.
Ce Dessert estoit
compote de tout ce que la
saisonavoit pu fournir de
plus exquis, & de ce que
tout l'Art des Someliers efl:
capable d'inventer pour les
Conserves, les Pâtes, &les
Confitures seches & liquides.
Je ne vous parle point
des Flambeauxd'or qui estoientsur
la Table;vousen Ii
verrez
la place & le nombre
aux endroits marquez I. Le
Bufet estoit dans la premierePiece
tenant à l'Octotant
de diverses figures produisoient,
élevéesen pyramides.
Ce Dessertestoit
composé de tout ce que la
saison avoit pu fournir de
plus exquis, & de ce que
tout l'Art des Someliers efl:
capable d'inventer pour les
Conserves, les Pâtes, & les
Confitures seches & liquides.
Je nevous parle point
des Flambeaux d'or qui estoientsur
la Table; vousen
verrez la place & le nombre
aux endroits marquez 1.Le
Bufetestoit dans la premiere
Piece tenant à l'Octogone.
Unavoit dressé la Table
de Mr l'Ambassadeur
dans l'Apartement de Ma-i
dame,qui est de plein pied
à celuy des Bains. Il y fut;
conduitpar Mrs les Princes
de Conty qui en firent les
honneurs. M le Comte de
Vemandois, & Mr le Duc
).à- Villeroy ,mangerent à
cette Table, qui ne fut remplie
que de Gens du premier
rang. Ilyenavoitune
troisiéme de trente Couverts
dans un autre Apar-.
tement, pour les Seigneurs;
de la Cour, & pour la Suirq
de M l'Ambassadeur. Le
bel ordre qui fut observé
pour le Service, passe
les plus fortes expressions.
Tout estoit si bien reglé,
qu'il sembloit qu'il y eust
de l'enchantement; mais il
ne faut pas s'étonnerde
cette justesse, puis que Mr
Bontemps y dona ses soins.
Ce qui surprit davantage
dans un aussi grand Repas
que celuy cy, c'est qu'un
moment avant qu'on fervist,
il n'y avoit eu aucune
apparence de Régal. On ne
sçavoit d'où sortoient les
Viandes. Elles estoient portées
par trente ou quarante
Personnes des couleurs du
Roy, qu'on trouve toûjours
à Versailles, sans qu'il y
faille envoyer personne,
quelqueFestequ'on y
veüille faire.SaMajesté
& toute la Maison Royale,
fut servie par les principaux
Officiers du Château, le
Roy l'ayant ordonnéainsi.
Avant que de passer à
d'autres Articles, il faut
vous faire voir une Fable de
MrGardien, dont la Morale
pourra estre utile à bien des
Gens.
LE SINGE
ET LE MIROIR.
FABLE. urN gros Singe mal baïïy
Des piedsjûsques à la tefie
S-eflimoitpourtant genty-
Plm que pas-une autre Besse.
Defoy-mcfmc efiant épris,
A chacun il faisoit piece;
Lefat avoit à mépris
Tout Animald'autreesiece.
Ilosabien s'élever,
A ce que l'on dit, le tra;fîre,
N jusques-lk que de braver
L'HomeyfonSeigncurO'Maiflrt.
Qu'a-t-il, disoit ce brutal
D'un flile blaebematoire,
L'Homme,cefier animal,
Pour s'en faire tantà croire?
J'ay plus que luy de beauté,
D'adresse & de bonne grace;
En rufe, en agilité,
De beaucoup je le surpasse-.
S'il a des pieds & des mains,
C'est par là qu'il meressble;
Et ses traitsles plus humains,
Ce sont les miens,ceme sble.
C'est AinJi que raifonnnoit
Ce EON tranjportéd'audace;
Mais unjour qu'il badinoit
Auprès d'une belle Glace,
Le voila tout éperdu
D'y voirsaface kydeuje;
Son orgueilcfl confondu,
Il trouvesa mit. e affreuse.
Se reconnoiflre cftoit bien,
S'il en euffaitboa ufagcs
Mais l'insensé n'en fait rien,
Il s'abandonne a la rage.
Dans l'excès deson COHYCU-X
Ungros Basson il empoigne,
Et/ilr la Glace agrandscoups
L'insolent cerne cr recoçne.
Dugrand Mnoirfracajie,
il enfiitplmde cinquante;
Dans thaquemorceau cûpe
Sacor.fion saugmente.
Ce beau Magot, cetadrot-t;
Alors de hor.tesi cache,
Mais avec vingt coups d(fouet
Au Billot on le ratache.'
Avons-nom quelque talent,
7Jfions-ensans arrogance;
L'amourpropre efi violent,.
Iridons Ton intempéranct.
Ecoutonssurnos defaux
L'Amy capable &fideIIes
Sinon craignons mille maux
De la Critique cruelle.
Je reçoy présentement.
une Rélation de la Lorraine
Espagnolete, de la mesme
Feste d'Espagne dont je
vous ay déja parlé dans
cette Lettre. Beaucoup de
raisons m'engagentàvous
l'envoyer. Outre qu'elle
est d'un stile galant, meslé
de Vers & de Prose, elle a
ses circonstances particulieres,
commecelle du Cavalier
Espagnol. a les siennes,
& vous avez trop estimé
tout ce que vous avez
veu de cette spirituelle Personne,
pour vous priver du
plaisir quevous recevrez de
cette lecture. C'eftuneRé*
ponte au remercîment que
je luy ay fait des agréables
chosesqu'elle m'avoit déja
envoyées.J'en aurois supprimé
ce qui me regarde,
si je l'avais pû, sans retrancher
des endroirs que jefuis
assuré qui vous plairont,
puis qu'ils doivent servir à
vous la faire connoistre. Il
estbon pourtant d'y adjoûter
qu'elleest belle,aimable
& bien faite, & que ceux
qui l'ont veuë icy
,
quand
elley a passé, en allant de
Bruxelles à Madrid, n'ont
pas esté moins charmez de
la conversation que des
agrémens de sa Personne.
FESTE
D E S P P+ G N E.
Madrid23.J uillet16^79. LA LorraineFjfagnolete vous
ejl-fort ôbligée, MonJJeur, de
t 1•» - cc que vous voulez, vien tenir desa.
main les Relations desFesies Galantes)
des Combats de Tannaux,
& des autres Neuvtautez, de tettt
Coury.quimériterontd'avoirplace
dans le Mercure: mais elle ni f..t.J
éffez, bonne opinion d'elle-me[me,
four se croire digne d'ur¡, cmploy
dontlaplmJpirituelle Saphofc trou- lieroitembarrafée i moins encoi
four oferfipromettredes-en acquitr,
à la ./àtisfaElion de tant de Personnes
délicates à qui vous avez
fait perdre le goult de tout ce qui
neftpas au rangdesplusbelles choses.
Les Ejjaà quellevous a quelquefoi'envoyez*,
font des Ouvrages
touchezfigrifjjlerement, quelle a de
lapeine à croire qu'ilsayentpû mériter
voflrc efiimei & elle n'a pas
tftépeusurprise, de voir qu'ils luy
ayent attireun Billet auJfl obligeant
quesiceluy qu'elle a. receu de vofire
part au commencement de ce Mois.
C'ejl une grace quelle attribuë à
l'honnefleté que vous avez, pour les
Personnes definSexe, &surtout
pour les Etrangeres; mais elle n'en
tire ptUassèz de vanité,pourfeflater
.de pouvoir reiïjjir dans les Pièces
f que vousfluhzita:J quelle vous envoyé.
Le Mercure fait profssion
de ne donner aujour que des Ouvrages
extrêm1 ementfisni s (;JJ' ddéll!i'cats..
il luy faut de l'agrémentdans les
fen/ées, de la nettelé dans leflile,
de la justesse dans les expreffionsJ
de la grâce & de la nouveauté dans
le tour, &enfin du brillant & de lit
'Vl'vlicitéPartout. jugez,, Monsieur,
si voix avez, lieud'attendre tout
cela d'une Provinciale, qni nesçait
des maniérés de France que ce qu'-
elle en a pû apprendre paimy les
Penftonnaires des Dames de II Congrégation
de Mets; quisortant du
Clcifire,n'a eu d'autreEcole pour
Jefaçonnery que la Cour de Bruxelles
; & qui apparemmentse doit
fias appliquer encelle de Madrid,
Ii apprendre 14 Langue Efj>agncle^
qu'à,se perfectionner dans la délicatesse
de la Françcife. il faut
pourtant vousfatùsaire, Monsieur,
q:and ce ne feroit que par reconnoiffince
; & pour fattsfaire à vos
honmfl-tcz,, je veux bien m'englger
à vous fairepartde tOlttce qui
se pljî,r-i de galant en cette Coun
mais je vous demande une grdce,
qui cfldevouloirdonnerle leuraux
Pieccs queje vous envoyeray, 6d'y
chwger les cxprtffions qui nefiront
pu du bel tifagc. En un mot, je
vous furniray les maiértaux, ce
fera à vous à les mettre en oetivre.
Vous recevrez, de moy des Diamans
hrtlts, pour les polir & tailler à
voflrefaçony &je vous adrcjfcray
des Etrangers, que vous aurez-,foWj
.lit vous plaifi, de faire habillerà
la rnode, avant qu'ils s'aillaitproduire
à la Cour.
Les Fefieslesplus ordinaires de
Mædridsint les Condais de Taureaux.
Cefont prefquc les faites
qu'onvoyeenEjpagne, &ellesait:'
rent la emiofité de tout le monde,
particulièrement des Cens du Pais,
qui en font enchantez,,& qui ne
trouventppooinett de ppiluussgrands divcr- iTJ'femens que dans cesfortes de spE.
élacles. L'onyfutaJsjJi, maisbeaucoup
plus rttrement, de certaines
Courses, qu'on appelle Fiesta de
Canas, dr quifontdes refles dela
Galanterie des anciens Grenadins,
Il y en eut une en présenceduRoy
& de toute la Cour, dans la Place
du Retiro, surlafin-du Mois de
Miy dernier; & le lendemain il y
eut un Combat de Taureaux qui
réussit admirablement. L'on en fit
un autre quelque temps après,pour
le divertissêment du Peuple, dans
laPlaça Mayor: mats comme toutes
ces chosès ont déjàperdu la grace
de la nouveauté,je me dispense de
vous en faire le détûil, d'autantplus
quej'ejpere d'avoirbientofid'autres
occasions de vous faire une exaéle
defeription de toutes ets Tefies; estant
à croire que le Mariage du Roy,
&l'arrivée th laReyne,qu'on attendicy
avec la derniere impatience,
ne manqueront pas de donner lieu a
desréjoüijftrJcespubliques) dont tt
-m?naagnifiicencesuruprassîeerraisfaannss--ddoouuttee
celle des autres que l'eny a veuës
jufqucs a prélènt, du moinssi l'on
en jugepar les témoignagesdejoyt
que toute /4 Cour a donnez à la premure
nouvelle de l'heureux succés
de l'Ambdjfade de Mlle Marquis de
los Balbafes.
-- Le Gentilhomme que ce Minifire st partir en poste, pour en venir
donner part au Roy, arriva icy le
13. de ce Moisyfuries dixheuresdu
matin. il n'efl pasbesoin de vous
dire qu'ilfut bien refeu; ces fortes
de Courriers ne lefontjamais mal.
C'eIfoit un Mercurefortimpatiemment
dcftré, & il s'acquita desa.
Commission en Homme qui en sçavoit
l'importance. Ahffi fut-il r/-
gale d'un Présent très-magnifique,
& quiluyfit tonnoiflre qu'il ejltoûjours
firt avantageux d'approcher
les Tlftescouronnées, quand on a
quelque chose desatisfaisantà leur
dire. Le Roy refeut cette nouvelle
avec toute lajoyequ'unjeune Prince
amoureux peut avoir, quand il ap--
prend que rien ne s'oppose plus 4
.lès desirs, dl' qu'après les inquiétudes
d'un retardement imprévett,
ilse voitan pointd'ettre heureux,
(7 de faire en mcfine temps lafélicitéd'une
fortaimable Princesse.
Les Roys ont pre/que en toutes
ihojes un carattere degrandeurypar
lequel ilsse font distinguer mfjine
flns qu'ils y pensent,• mais ilsfont
obligez, delè dépouiller deleurmajestéy
quand il s'agitde rtffintir les
effets d'une pajjion qui ne s'accorde
p 1-1
bien avec elle. C'est dans l'amour
seul qu'ils font gloire d'ettre
Hommes comme les autres, &Jtje
lofe dire, d'effre plus Hommes que
llesautres; car outre la douceur de éducationRoyaleyquinelaisse rien
de farouche dans leur ame, comme
ils ont ordinairement beaucoup di
délicate(Jed'tjprit, &* de bouté de
nAttirel,ilsro'/1 {mfJi ylusfujcéptiblcs
de tendresse, pl;*sfenjihUsace
qui touche le coeur, 0"pltts capables
* de bien aimer, que ceux qui[cm nez
dans un rang moins élevé. Aussi
voit-on que les plusgrands Princes
& lesplus fameux flértu de l'Antiquité,
d? mefine cet!x des derniers
Siecles,n'ontpas cru qu'ilsufl indigne
de leur grandeur desi laiffir
surprendre à l'amour.
- C'est dans le coeur des Roys, que
triomphe le mieux
L'Arbitre souverain des Hommes &
des Dieux;
C'est dans le coeur des Roys, qu'établit
son empire,
Et c'est là que se fait valoir
Ce doux Tyran, dont le pouvoit
S'étend sur tout ce qui respire.
Il prépare pour eux les plus forts de
ses traits,
Et dédaignant souvent de blesser leurs-
Sujets,
Il se fait un plaisir extrême
Des'attaquer au Diadéme;
Car comme il aime à dominer,
C'est là qu'il apprend à régner.
ilnefaut donc pas s'étonnersi le
.Roy cftfcnfible à tette belle passion,
dans l'âge où ilefl,particulièrement
sil'onfonge aux qualités admirables
du Corps&del'Esprit de l'incomparable
FrinccJlè, qui l'afait
naiflre dans le coeur de cejeune
Monarque.
De cette passion la cause esttrop parfaite,
Et cet Objet rare &charmant,
Qui d'un Roy sçait faire un Amant,
Est trop beau, pour ne pas avoüer Íà
défaite.
7 Jîujji Sa Majesté n'en fait-elle pas
un mieere. Elle ne d.jfimule point
les featimensquElle a pour une
Prince/Je h qui Elle a donné fin
coeur; & Elle nefût s'empefeber de
fitire éclater aux yeux de toette la
Couryl'extrêmejoye que luy causis
l'agreable nouvelle du consentement
que celle de France donnoit à fin
Mariage. A no estar D. Juan mi
hermano en la cama ( dit ce lolonarque
) sucra este el mejor dia.
que he tenido en mi vida. Ce
fitrou lespremières paioles que l'on
oiÙtdire au Roy dans cette rcncontre
; par ou Sa Majefiéfit conno;st,e
également les sentimens d'efiime
& de tendresse qiïElle a pour la
nouvelle Reyne, & l'extréme afftssion
dont Elle estprévenuë enfaveur
d'un Frtre, qui essuye avec tant
deforce, de zele, & d'application,
les fatigues du Gouvernement de
l'Etat, & quipartage avec Sa Majessé
Le foin de toutes les Affaires
d'une grande & puiffinte Monarchie.
Une fevre-tierce retenoit ce
Prince au Lit depuis quelques jours,
maisson indisposition ne l'ernpeftb-,t pas de prendre toute la part qu'il
devoit à cette bonne nouvelle
,
ér
d'en faire complimentaSaMajesté,
comme celuy qui apres Elle avoit le
plus de(ujet de s'y intéresser.
La pieté des Roys Catholiques efi
teUe, qu'il ne leur arrivejamais rien
defdvorablc, qu'ils n'en aillentpubliquement
rendre graces à Diell
dans une belle Eglise de Fondation
Royale, que l'on appelle Atocha,
éloignée feulement d'un quart de
lieue de Madrid\&ou la dtvotion,
qui ejl ajJêz universelle parmy les
E/Jagnols,
Hfipagntls, Attire erdmatremem un
grand cmcwrs de Feufit, pour y
réverer me Image de Nojlrc-Dame,
rendue célébréfaruneinfinité de
miraefes, & des plus anciennes de
toute l'Efiagne. Cette circonfiance
enaugmente le culte, &- donne lieude
dire, que jufiques dans les chofies
ifiintcs,l'antiquitéfimble mériter
-quelqueavantage.LeRoysi rendit
donc le mefine jour, avec JcsPersonnes
de lapremière quali.ala,
Chapelle ou l'on honore cette Image
1miraculeufiei &Sa MajeHéyfitfies
dévotions d'une maniere trcs-ld¡',
$a&tc.
Ce fut au pied de cetAutel,
Que l'un des plus grands Roys du Monde,
Paroissant plus soûmis quele moindre
Mortel,
Fit, d'une humilité profonde,
Unsaint hommagede ses voeux,
De sonHymen & defes feux,
Au Maistre souverain de la Terre &
de l'Onde.
Jjhiandce Monarquesur de retour
au palais, towlesGrands s'yrcndirenty
& chacund'eux s'cmprcjja de
Ill) marquerpardes expierions dttffi
galantes que rcjpeclucafes,l'extrême
joyi que leur causoit cellede Sa Masisté,
& la part que toits fesfidélies
Sujets prtiJoÙnt au bonheur de leftr
Prince, quifaisoit en me(metemps
celuy de l'Etat, Mais ils ne
crurent
pas que ce fuf1 assez, que Uur coeur
ïexpliquaft la-dejfm par des paroles,
ils voulurent encorfaireéclater
leurs(èr.timenspardes marques extérieures
de réjoiÚifAfinncceses,, 0C;"' Usrésolurent
sur le champ de faire Uut
tfpeCe d'Inpromptu de Tefiegalantex
quipufi divertirSa MajcBé,&luy
témoigneren mesme temps le zele
& l'attaibernent particulier qu'ils
aveientpoursaPersonne.
Ce fut dans ce dcjfein que fixante
Personnes de qualité,laplupart
Grands eeF- & dupremier
Rang, firent une Partie de
Course, que les Espagnolsappellent
Paicjas, di" qui confifie à voir courrc
ddans uneparf-a1"iteégalit!éyl &'*'à toute
bridt
,
deux Hommesacheval, à
cossé l'un de l'aune,sans que l'un
commence ou acheve à fournir la
Carrière un sieus moment plus-lost
ou plus-tard que son compagnon,
ér sans qu'ils avancent ou demeurent
en arriéré d'unfini point l'un
plJJJ que l'autre en courant. Toute
la beauté de cette Course, outre U
l'itcjje des Chevaux, dépend abfi-
Jumentde lajufieffe&exactitude de
cette égalité, & cesi ce qui luy A fait donner le nom de parcjas. oit,
lia donc la Partie pour le foir dm
mefinejour, sans donner aux Cavaliersplus
de temps desipréparerpour
,cette Fesie,dontlaprompte exécution
devoitfaire laprincipalegalanterie.
Chacunse retira chez,foypour
s'alier mettre en équipage>s'habiller
de galas,faire habiller de mcfmefes
Gens de livrée, & cho ijir les chevaux
ncjejfairespourla Course.
fay sçeu que la premiere résolution
de ces Cavaliers fut de
former un dessein régulier, de luy
donnerun nom qui eufl du raport au
fitjet, & de nprefenter une compa.
gnied*Argonautes,(permettez,-
moy,Monjieur,d'employer iey ce
mot quejen'entras pas, & qui cjr
pourtant trcs-eficntiel en cette rencontre,
pour lafidélité de ma Relation,)
d'Argonautes, dis je, qui du
retour de tillufire Conlpifiie de Li
Toifind'or, témoigneraientpar une
Eefiegalante à fason leur Prince&
leur Chef, la joye qu'ils avoient du
succésdefin entreprise. Le raport
efioit ajjèz,jufie, putS que le"Roy efi
le Chefdel'OrdredeUToison. ils
devoient tous efire habillez ala Greque,
&porter chacun une Divifey
ou une Embléme, (ilne mefouvient
poes bien de la diférence que vous
nomavez, dit qu'il) avoit entre ces
deux chofis.) ecefait donc Dcrvife
au Embléme" le corps devoit
efire uneToison d'or couronnée
au milieu detEcu, & ce Corpsdevoitfervir
pour tous; mais chaque
Particuliery eufiAppliqué une ame
desafaçon qui euJI également convenu
à Lafiètion & m* veritable
sijet de la Eefte. Les paroles de ces
Dcvifes dévoienteflre toutes en Largues
diférentesy mais iln'efioitpas
fermà d'yen employer d'autres que
de celles quifont en usage dans les
Etats de l'obeissance du Roy ; &
l'onfc promeitoit, par le ftcours des
Royaumes divers qui fontsujets à
la Couronne aEjpagnc dans les Indes
Orientales cr Occidentales, Jd.
lns- les ijles de la Mer Occeane &
Méditerranée qui en dépendcnt,
de trouver assiz., de Langues diferentespour
en compofcr lesfixante
Devisesdontonjrét<ndoitaccempagnerlesToisonspeintes
au milieu
des ECUs des soixante Chevaliers.
La DeviseEjpagnole devoit eflre
confcuë en ces termo)
Muchos medessean, y uno me lleva.
Ces paioles auroient savy d'âme à
la DeviseFrançoise.
Il faloit qu'ellefustla conqueste d'un
Roy.
La Devise Latine.
Dignius hoc vellus, magis hic Augustus
Jason.
01m'a dit que celle ey ifloilallffi
jupe que les deux autres. Vousjugerez,
si l'on m'a dit vray , car les
Personnes de mon Sexe peuvent
Avouer sans rougir, qu'elles n'entendentpasle
Latin,&j'enccnnoû
mefrne qui rONgiJlènt quand elles
fontobligées d'avouerquelles l'entendent.
Pour la Devise Italienne, elle devoit
eflreainsiexprimée. Piu mi
cofiJ). e piu vale. Cette pensée a'
du raport aux inquiétudes que eaufoit
a Sa Majefié le retardement du
Courrier, qui devoit apporter lit
Réponse a la Proposition de M1le
Marquis delo Balbajes.
j~ey ne- puis-.- v-ousfairepart des auftres
DLVifls ne les ayantpu ap- rendre mcy-mefine. Ilferoitd'ailleurs
assez,inutile de vous entretenir
d'unprojet qu'on n'a point exécuté;
le peu de tempsqu'on eut pourfè
préparer à cette Course,n'ayantpas
fermis de faire tout ce qu'onavoit
imaginédegalant. Ces illustres
Personnes se contenterent donc de
s'habiller comme l'onfait ordinairement
dans ces fortes de Fcftes,
c'efl a dire, de mesler beaucoup de
richessè avec une très-grandepropreté
dans leurs Habits; de donner
une Livréefortmagiifque aUurs
-,-Ans, & de monter de tres-beaux
Chevaux. On en trouvepeu d'autres
en Ejfagne; mao ceux dont on si
Jert en depareillesoccasions, n'ont
point de prix, tant ils font fins,
tdroitsy beaux,nobles, & vigoureux.
Lamagnifuence de leur étjtÛpage
augmente leurfierté naturelle.
Leurs crins garnis de Rubans peifdans
jusquà urrc, ont une grâce
merveilicufl; &commesi cesfiers
Animaux connoissoient le prix de
l'ory de t'argent, & des pierreriesy
dont ils font couvertsy aujjl bien
que la qualité de ceux qu'ilsptrtent,
ils marchent d'un air ase faire admirer,
çraattirersurleurs Maijïres
&sureuxylesyeux de tous ceux qui
les rencontrent.
Cefut encemagnifique étatqu'on
vitparciflreles Grandsqui dtvoient
courir las Parcjas. ils sajfcmblcrent
à leur rendez,« vous, & a/-
lerent de la sur les neufheures du
foir à la Place du Valais. Ils '"J.zr..
cherent en tres- bonordrerfuivu
d'une infinité de Peuple, & accompagnez
d'un tres-,rind nombre de
Pages &deGtns de livl ée,quiporîcicnt
tous de grands Flambeaux de
cire blanche, dont l'éclat meslé avec
celuyd'iine très-grande quantité
d'autres Flambeaux allumez, dans
tous les Balcons de laVille, rendoit
cette nuit-la aussi brillante que le
plus beau jour, il efi bon que VOUJ
ficlchiez." Monficur, que dans ccs
fortes de rejoùijfknces toutes les Perflnnes
de qualité, &' tous les Officiers
& Ministres de fufiÎiîecec,, de 1F- ii--
nances, & d'Ela!, fit obligez, par
un Règlementde Police, defaire air
ltlmcr, a certaines heures, des Flambeaux
de cire blanche, dans tous les
Balcons' de leurs Maiflns qui font
face àla Hués ce quifait un très-bel
effetpar tonte la Ville., à cause du
grand nombre de Balcons dont cllt
eflornée, & c'eif ce qui s'appelle icy
Luminanas.Onjugeraaisément
que ce foir -làperfinne ne voulut
manquer àfin devoir. Les pluspetits
Bourgeoismtfme,& les Gins
de la moindreétofe, quoy que bailleurs
difienfez, de cette cerémonie,
ne laiffrent pas de vouloir fIfrc dela
Fejfc, & de contribuer de leur
cosié a larijc*üiffincepublique,fins
en plaindre la dépenfie>demaniéré
quejamais la Ville de Madrid ne fut
plus belle, nyplus éclairée. On ne
voyoit quefeux& que lumicres pat
tout.
On eust dit que l'Hymen auteur de
cette Feste,
Avoir fait allumer ces feux,
Pour mieux étaler à nos yeux
Le prix de sa riche conqueste.
On eust dit qu'àl'envyles plus tendr
jlAmours, honore du nom de Freres,
Et qui dans de celebres jours
ServentàCes plus doux misteres,
Par ses ordres alloient dans toutes les:.
Maisons,
Leurs Flambeaux à la main, éclairer
les Balcons,
Cependantl'illtiffre Compagnie
efui dcvoit donner au Roy le divtrtijfcment
de las Parejas,s'avancoit
vers la Court du Valais, que l'on
avoitpréparéepour la cousè, On
Itvoitflitdreffirdcltx rangsde Barrières
depuis le rzrttndPOltait vÍs--
a-vis de la plus belleface de ce PI.-
fait,jujques a la Porte du milieu de
la meifneface, quifiefait dijfÙJguer
far le Balcon du Roy qu'on voitan
deJliu. Celloit la Carrierc ou les
Cavaliers dévoient montrer leur
adresse, & celle de leurs chevaux;
Cr ce fut là qu'ils entrèrent deux a
deux,chacunun Flambeauàlamain,
& s'avancèrent apetitsptU,sa(ant
faire desifauts mesùrez,, &des courbetes
fort jufics à leurs Chevaux,
juflJues à cequ'ilsfuffentarrivez, au
bout, oufaisant uneprofonde rêverencc
au B.deon du Roy¡ ils tOHrnérent
l'un à droite, l'autre à gauche,
hors la Lice, suivant au petit
galop (hacttn la Barriere qui estoit
deson cossé. ilsJe rejoignirentau
mefineendroit par où ils efloient
eNtrez, & alorspariant de la main,
& courant deux à deux à toute bride
jusques au bout de la Lice,ilsfournirent
tousleur Carriéré de la meilleure
grâce du monde, & avec un
succéségalement digne de ceux qui
regardoienty & de ceux quisefaisoient
regarder.
Tel qu'on voit un Oyseau s'élancer
dans les nuës
Avec les ailles étenduës;
Et tel qu'on voit un Cerf léger
Traverser en courant, sans plus se
ménager,
Rocher, Buisson, Campagne, & Précipice;
Telle fut sa rapidité
Dont chacun d'eux estoit porté
D'un bout à l'autre de la Lice.
Ils retournèrent enfuiteaupetitgalop
à l'autreboutde la Flace,tomme
ils avoitntfait la prcmurcfois,dr
frent chacun t\oisCourfcs de la
mcfmc manière,& avec le mcfmc
succés.
Le Roy n'efloitpas afin Balcon,
mais il vit la Course des fine[1res
d'une Sallevoisine, ou il eflolt avec
lesprincipaux ojjiciers de la Couronne,
& ceux desaMaifin, qui ont
kprivilège de l'approcher. Si toute
la Ville estoit en feuxy on peutjuger
que la Place ousefit la courjè, ne
fnanquoitpas de lumitre$. Ces trots
rangs de Balcons de laface du Palais
qui regardeJurcette Place, estoient
garnis d'une quantitéprodigicujè
de Flambeaux d.llttrm'L. Les
deux grandesGalleries quijontaux
deux collez de la Place, dr les deux
Barrières quifrmoient la Lice, tftoient
éclairées de me/me; de manière
qu'onpouvoitmieux observer
tout ce qui s'ypajfoitjqu'on rlauroil
pufaireenpleinjour. Maismalgré
tant d'éclaty &au milieu de tant de
Itfmuresy le brillantdes Diamans&
des Pierreries, dont estoient garnis
les Habits des Cavaliers, &les bridesÇ?
hamois deschevaux,sefaisoitadmirablementdistingueri&
Ji lesJeuxsesèntoiëntéblouis de leur
éclat,l'ejpritefloitJrapéd'admiration
deleurprix & de leur richiffe.
La CourflejlalJfinie dans la Place
du Palais, ces Cavaliers allèrent
donner le mcfme divertiffimenr aux
Dames, que l'on appelle las Dcfcal-
-ças Reales, & ils coururent dans
la Place qui cftfius leurs Balcons,
somme ils avoient fait devant le ;
Roy. C'ejlune Maison de Rcligicufes 1
cl1o;iIjJlrées, ou i"lt n'y a que dJe-s Personnes
de lapremiere qualité. Les 'j
PrincessesduSangRoyalquiseveu- j
lent retirer du monde & de la Cour,
choisiifent ordinairement ce lieu-là
pour celuy de leur retrAite, & H s'y
trouve encor à present d, s Parentes
de Sa Majesté.Cesi à leur considérâtion
que dans les Testes qui si
fontà roccaJion du Mariagedu Roy,
l'on sifoin de fairepart à cesDames
des divertifilmens qu'on donne à la.
Cour.
Le lendemain, les officiers de
Pille, & d'autres Gens moins qualisiez
que ceux du jour précèdent,
voulant aussi témoigner leur zcie 1
Sa Majefié,allèrentfaireunepareille
Courfie dans la Place du Palais,•&
quoy quellenefufipassimagnifique
que la premiere, lUe ne laiffi JtU..
d'avoir un pareil succés. Le mrme
jour le Roy donna audience aux Ambajfadeursy
& aux autres Ministres
Etrangers, tjuiàllerent complimenterSaMajefiéftirlesujet
defon Mamrieâsgme.
e,&ToluasjoleusrCnoénesse'ailcsheenvfaipreanrtldat
folcmnité des Ecux que l'on alluma
far tout comme l'on avoitfut lefvh
précédent.
Le troisiémejour, le Royfil fairt
u le nouvelle CourCe de Parejas dans
une autre Place du Palais, qt/OlJ:
appelle la Priora. Sa Majesté voulut
Elle-mfme efire de lapaitic,&
choijit à cet effet quelques Grands
d'-Ej,lg,îe desa, confidence, des Cen,,
tilshommes desa chambre, & lesi
meilleurs Hommes de cheval u>itJI
sust parmy sesEcuyers. Lesordres;
IlJanteJlé donnez, pour toute I'xco,-.
nomie de ce divcrtijfimentficret;)t
Ellefit ouvrir la CdrrÍcre, & commença
la fUrst avec M\k Duc ü-,
paftrana) qui courut AU rosléduRoy.
C'est l'un des plmgrands Seigneurs
&desplm adroits de toute la Cour;
& c'efllcmefine qui a eu l'avantage
d'estrechoisy en qualitéd'Ambassadeur
ExtrrIordÙMircpourallerportcr
les Bjioux que le Roy doit envoyer
a la Reyne.
Sa Majefié qui efl parfaitement
bien a cheval, & quifiuffre lafatigue
autant &plus que ptrfonne de
sa Maifin, Cousus ason ordinaire,
cefla dire de la meilleure grâce du
monde) & avec
unejufieffeincroyableyfuivant
les Loix de las Parcjas.
Elle sifit admirer de tous ceux qui
eurent Chonneur de la voir en cette
occasions. & tout le monde, tomba
d'accord, quefans avoirégard àson
rang) ny au privilege de la Couronne
, l'honncor & l'avantage de.
la Course luy ef/oient dette.
Ce Prince, d'une ardeur extréme,
Poussant un Cheval vigoureux,
Dans cette noble Course où tout
flatoit les feux,
Sembla se surpasser Luy-mesme.
Aussi quand d'un beau feule coeur est
enflâmé,
Quand on travaille pour la gloire
De l'Objet dont on est charmé,
L'onest fort scûr de la victoire.
Quelle vigueur, quel air, & quelle
majesté
Ce grand Roy nous fit-il paroître?
Il sur aisédevoir à sa noble fierté,
Qn-il ne sçauroit jamais se faire méconnaître,
Qu'il est né pour donner la Loy,
Etque si le Ciel l'a fait Roy,
C'estqu'il amérité del'estre.
Cette derniereCourseefiantachevée, e lejoirapprochant,onfît aUxmer
pour la troijumc fols des Feux par
toute la Ville, & l'on finitainsi les
premiers effals des Divcrtijfcmcns
qu'on prépare pour eelébrerdignement
l'augftjle Mariage de Sa Majessé
avec l'une des plus accomplies
& des plus grandes prinerffis de
toute l'Europe.
VoiUyMonficur, ce quej'aycru
vous devoir mander parce Courrier,
pour m'acquiter d'une partie de ce
queje dois à voflrc Billet galant.
C'eif une ehofe ajJèL rare en Ejpagne,
qu'une Tille ose lier commerce avec
une Personne qui n'eifpas defin
Sexe; mais Us Billets de t'obligeant
Au/heur du Mercure doivent estre
privilégiez,, quoy qu'enpuijje dire
laplussevere Duena delàCaftillc;
dr bien loin defaire scrupule de recevoir
& ck lire ctluy que vous m'avez,
envoyé, j'ayfaitgloire delepublÙr,
6, mcfmc jepuis vous affiny
qu'il a eHl leu d'une Performe dut
premier Rang, aquij'ay crû devoir
demander la permiglon de VOH-Î.
écrire les choses dontvomfouhaitez*
queje vousfasjepart
LA LORRAINE ESPAGNOLETE,.
Il est marqué sur la fin de
cette Lettre, que Mr leDuc de
Pastrane ou de l'Infantade,
( car il a droit de prendre l'un
& l'autre, nom, ) a esté choisy
pour apporter les Présens que
le Roy {on Maistre envoye à
Mademoiselle. Il partit le 30.
de Juillet; &: pour répondre
plus galamment à l'impatience
d'un jeune Monarque qui brûle
de partagersa Couronne avec
une belle & charmante Prin-,
cclfc, il alla prendre congé de
Sa Majesté en équipage de
Courrier
,,
maisde Courrier de
sa qualité, qui devoit porter
quelque chose de plus que des
Lettres. Il estoit habillé à la
Françoise,leJLIfte-an-corps enrichy
d'une fine broderie, la
Cravate du plus beau Point de
France,une Plume blanche sur
le Chapeau, son Echarpe rouge
très-magnifique, & la Bote fort
proprement mise. Il receur les
ordresdu Roy d'un airaussi galant
que respectueux, & monta
à cheval sur les six heures du
soir, avec M le Comte de Saldagne
, & D. Gaspar de Sylva,
sesFreres. Six Postillons à cheval
commencerent à courir de
front avec de riches Casaques
de livrée, telles que nos Trompetes
en portent. Ils touchoient
tous leurs Cornets en courant,
&estoient suivis de douze Officiers
fort lestes vestus en Courriers.
Ceux-cy précedoient Mr
le Duc de Pastrane. Il estoit
monté surun tres-beau Cheval
d'Andalousie,&;nesefaisoitpas
moins remarquer par la bonne
mine, que par lamagnificence
de son Habit. M le Comte de
Saldagne&D.Gaspar deSylva,
alloient deux pas derrière luy,
l'un & l'autre tres-bien monté,.
&fortgalammentvestu. Douze
ou quinze tant Gentilshommes
qu'autres Domestiques, les suivoient
tous bien mis, & réglant
leur Course sur celle de Mr
l'Aml'Ambassadeur
S'ils sussentpartis
en plus grand nombre, ils auroient
mal representé des Gens
quidevoientaller en poste. La
Course commença à la Porte
du Palais, c'où passantparles
plus belles Ruës de Madrid, &
traversant la Plaça mayor, ils coururent
le long dela grande Ruë,
& sortirent de la Ville par la
Porte d'Alcala, qui est: celle par
où la Reyne fera son Entrée,
Les Dames estoient à leurs Balcons.,
toutes magnifiquement
parées, & un tres-grand nom,
bre de Carrosses des Personnes
les plus qualifiéesbordoit les
Rues de costé &. d'autre, depuis
la Place du Palais jusqu'à cette
Porte d'Alcala, qui en estéloi,
gnée de pres d'une demy lieuë.
La Ruë qui en prend le nom,
(si: d'une fort grande étenduë,
& si large en quelques endroits,
que plus de vingt Carrosses y
pourraient paffer de front sans
s'embarrasser. Jugez del'effet
qu^ ce concours extraordinaire
de monde y fit. Chacun applaudissoit
à cet illustre Courrier
;
&sesmeilleurs Amis, c'est4
à dire les Personnes de la premiere
qualité du Royaume,*
l'ayant veu passer, coururent!
avec empressement après luy,
pour luy faire leurs adieux à la]
Porte de la Ville. Il les reçeutj
d: la maniere du monde la plus
honneste & la plus reconnoifsante,
se séparant d'eux au milieu
des acclimations de roue
'un. grand Peuple qui souhaites
avec ardeur de le revoir, dans
la pensée que son retour fera
suivy de l'arrivée de la Reyne,
qui est attenduë à Madrid avec
la derniere impatience.
Je passe à d'autres Articles
que la quantité de choses que
j'ay encor à vous dire, m'oblige
de resserrer en peu de paroles.
Apres la conclusion de la Paix
faite entre le Roy, celuy de
Suede, & l'Electeur de Brandebourg,
la plupart de la jeune
Noblesse Françoise dela premiere
qualité, a esté voir la
Cour de Hanover. Elle y a esté
receuc avec tous les témoignages
possibles de joye. Entre les
divertissemens qu'on luy a donnez
, elle a eu celuy de voir un
Canon tirerneuf coups, 6t un
Mousquet soixante&deux.
Le 12. de ce mois, MonseiseigneurleDauphin
fit l'honneur
à un Page du Roy de la
Grande Ecurie, âge de plus de
dix-huit ans, de luy donner fou
nom en qualitédeParrain. Madame
deMontespan estoit la
Marraine. Ce Page est Fils de
M'le Marquis de Bruillac-Pref-
!igny, de Poitou. C'est un Gentilhomme
tres-considéra ble par
sa naissance, & des mieux alliez
de la Province. Madame de
Prcffiçny fà Femme, a l'avantage
d'appartenir à Meilleurs de
la Rochefoucaut ôc de Richelieu,
& à beaucoup d'autres Perbonnes
des plus qualifiées du
Royaume.
On elt heureux d'estre né
François, quand on a un grand
mérite
,
puis que ceux qui en
ont beaucoup, ne sont pas seulement
connus du Roy, maisqu'ils
font mesme assurez que ce
Prince se souviendra d'eux dans
l'occasion,sans qu'ils luy demandent
rien. C'est ce qui est
arrivé à M lePrésidentNicolaï,
à qui Sa Majesté vient d'envoyer
une Dispense d'âge pour telle
Charge qu'il voudra donner à
îvl1 Nicolaï son Fils.
Mr Contarini Ambassadeur
de Venise,a eu son Audience
de congé. On rend lesmesmes
honneurs aux Ambassadeurs à
leur derniere Audience, que
L'on fait à la premiere apres leur
Reception. Quand ceux de.
Veniseont finy leur Ambassade,
au jour de leurSacre, reçoivent
l'Ordre de Chevalerie de la
main des Prélats qui les ont
sacrez.
Mr l'Ambassadeurde Pologne
a fait icy son Entrée. Il faut
vous en apprendre les circonC
tances; mais avant que d'entrer
danscedétail,ilest bon devous
dire quelque chose du fujvt de
son Ambassade, & de la Personne
quiaesté choisie pour cet
Employ. Le Roy Lk la République
de Pologne estant alRnv
blez en la Diere générale tenuë
à Grodno en Lithuanie, au commencement
de cette année, il
y fut résolu d'envoyer des Ministresdans
toutes les Cours des
Princes Chrestiens, pour les exhorter
à concourir à la genéreuse
résolution où se trouve
Sa Majesté Polonoise de continuer
la guerre contre l'Ennemy
commun, en luy accordant des
Secours convenables à la grandeur
& à l'importance de cette
entreprise. On jetta les yeux en
mesme temps sur deux des plus
confidérablcs Seigneurs de cet
Etat, pour les deux premieres
Ambassades. LePrincede Kad.
zevill Sénateur, Vice-Chancelier,
&: Petit Genéral de Lithuanie,
qui a épousé la Soeur du
Roy de Pologne, fut nommé
pour celle de Rome èc de la
Cour de l' Enlpcreur; 6c 011
choisit le Comte André de
Morstin, Comte de l'Empire,
Sénateur, & Grand Trésorier
du Royaume de Pologne, poitr
aller en qualité dAmbassadeur-
Extraordinaire vers le Roy Tres
Chrestien
, comme vers le Fils
aîné de l'Eglise, & le plus solide
appuy que ce Royaume
puisse rechercher.
Ce Comte ayant joint à une
Naissanceîllustre une profonde
C.!P,'tcité,&un génie naturellement
capable des grandes Affaires,
s'est rendu celebre dans
toutes les Cours de l'Europe, &
tres-recommandable à la Pologne
par les grads services qu'elle
en a rcccus.Isse trouve dans sa
Famille,qui est des plus anciennes
&des i-nicuyallides,plLifleurs
Palatins & Castellans,qui font
les principales Dignitez de ce
Royaume auxquelles cft attachée
la qualité de Sénateur,qui
y rient le plus haut rang. II a
patTé ses premieres années àla
Guerre au service dela République,
à la teste de deux Regimens
à luy, l'un d'Infanterie,
&: l'autre de Dragons, & il est
encor présentement Capitaine
d'une Compagnie d'ordonance
de cent Hommes d'armes, appellez
Huissars, en ce Païs, Il a
esté Grand Reférendaire du
Royaume, qui est la premiere
Charge apres les Sénateurs, &
employé dans les Ambassades.
Peu de Ministres ont eu d'aussi
grandes Négotiations à traiter,
&: peu s'en font acquitez avec
autantde succés. Il a este cinq
fois à la Cour de l'Empereur,
d'où il amena du Secours contre
la Suede. Il a esté Envoyé à
Rome, à Venue & à Florence,
en Suede, vers tous les Electeurs
de l'Empire, & en Tranfilvanie,
Ambassadeur Extraordinaire &
Plenipotentiaire à la Paix dit
Nord qui le conclud à Olive,
& voicy la seconde Ambassade
qu'il a faite en France. Comme
son inclination l'atoujours porté
à s'attacher aux interests de
cette Couronne, il l'a fait plroistre
en plusieurs importantes
occasions qui luyont attiré dès:-
marques particulieres de l'affediion
de nostre auguite Monarque.
Sa Majesté vient encor de
luy en donner de publiques, en
témoignant que le Roy & la République
de Pologne ne pouvoient
faire un choix qui luy sufl plus
agrcable quesapersonne en l'occasion
de cette Ambajfadc. Il a encor l'avantage
de rencontrer l'estime.
universelle &, les inclinationsde
toute la Cour, en laquelle on
peut dire que rien nele fait connoistre
pour Etranger, puis qu'il
en possede la Langue &: lapolitcffc,
aussiparfaitement que s'il,
n'en estoit jamais lorry.
Le 13. de ce mois, cetAmbassadeur
s'éstantrendu à Picpus,
Mr le MareschalDuc de Navailles
l'yvintrecevoirde la
part du Roy, & l'accompagna
à son Entrée avec les Carrosses.
de Leurs Majestez. Ils furent
précédez durant laMarche,des
Gens de livrée de Mr l'Ambassadeur,
fort proprement vestus
d'unDrap oranger, tout chamarre
de galons d'argent £c de..
soyebleuë, cramoisy &c blanc,
ayant tous des Plumes de. mesmes
couleurs. Ses deux Trompetes
marchoient à la teste, 6c
sonnoient de tClllpSen temps.
Ils estoient suivis de deux Ecuyers
bien mentez, lesquels
précedoient dix Pages à cheval
avec des Housses de lncline livrée.
Ensuite marchoient vingtquatre
Valets de pied autour du
Carrosse du Roy, oùestoit Mr
l'Ambassadeur, 6c ce Carrosse
estoit suivy de ceux de la Reyne,
de Monsieur, de M adame, & de
tous les Princes & Princessesde
la Maison Royale,après lesquels
on en vit quatre de M l'Ambassadeur,
tous bien attelez; les
deux premiers, de chacun six
grandsChevaux gris pommelez;
le troisiéme, de six Chevaux tigres
Polonois; & le quatrième,
de six Chevaux noirs. Son Carrosse
du Corps estoit sculpté au
dehors, & tout doré & peint
dans les paneaux, le Velours à
fonds d'or,& les Fleurs de rouge
cramoisy, avec les Crépines, les
Guides& les Houpes d'or &
cramoisy. La magnificence des
trois autres répondoit aux beautez
dece premier, &ils estoient
tous remplis, ainsi que les Carrosses
de la Cour, de quantité
de NoblessePolonoise qui estoit
à la Suitede cet Ambassadeur.
Ils marcherent en cet
ordre depuis Picpus jusques à
l'Hostel des Ambassadeurs Extraordinaires,
où aussirost (-uc
,
M l'Ambassadeur futarrivé, il
IntroducteurdesAmbassadeurs.
sa Commission. Le Roy dans Li
Réponse,lay parla en des termes
très-avantageux pour la
personne du Roy de Pologne,
ainsi que pour toute la Nitioill,
& d'une maniere fort satisfaisante
pour luy en parriculier.
Au sortir de cette Audience, il
fut magnifiquementrégalé par
ordre du Roy, avec sa Suite,qui
estoit de plus de quarante Gentilshommes.
Apres vous avoir parlé de
Mr l' Ambassadeur, je crois,
Madame, que je vous feray
plaisir devous dire ainsiquelque
chosèdeMadameTAmbalIidrice
sa Femme, quiest Fille du
Marquis de HUDtLey, Premier
Pair du Royaume d' Ecosse,
dontlesAncestres ont estélong
temps Souverains des Isles Or
cades, &souvent alliez aux Maiions
Royales qui ont regné en
ce Royaume. Elle est petite-
Fille de Henriete Stuart, Fille
du Duc de Lénox, sortie en
droite ligne & légitime de FOncle
du Roy Jacques VI. Grand-
Pere du Roy d'Angleterre d'arjourd'huy
, mais les avantages
de sa naiffiulce sont de beaucoup
surpassez par ses belles
qualitez & par sa vertu. Le Dimanche
d'après l'Audience de
-
M"le Comte de Morstin son
Mary, elle fut conduite dans les
Carrosses de la Reyne à l'Audience
de S. M. qui luy donna
beaucoup de témoignages de
l'estime qu'ellea pour ell
Le mesme jour de l'Entrée
les plus éclatantes que Su Majesté
a faites par Elle
-
mesme
dans tout le cours de cette
Guerre; le Pallage du Rhin, la
Conqueste des Villes-de Hollande
,
celle de Mastrie
,
6c de
la Franche-Comté, la Bataillé
présentée aux Ennemis durant
le Siege de Bouchain, la Prise
deValenciennes, de Cambrayi,
de Gand,d'Ypres,la Desvnion
des Confedérez, la Protection
de la Suede, & enfin la Paix;.
Chacunede ces Actions occupoit
le haut de chaque page.
Quatre Devises en remplissoiet
les costez,&. le bas estoit orné de
Figures symboliques
,
& d'une
Inscription exacte & simple, qui
comprenoit ce qu'il y a de singulier
dans l'Action.LesPositions
Phllofophiqusestoient au
milieu de ces ornemens. Tout
cela avoit un air de nouveauté,
& une variété,foragreable. Ce
Dessein cil du Pere de la Rue
Jesuite,aussibien quetoutesles
Inscriptions Latines,, Seune partiedes
Devises. LesautresDevises
font de plusieurs Personnes
savantes, particulièrement du
PereMénestrier, si celebre en
ces fortes d'Ouvrages d'esprit,
& qui a presentement fous la
Presle plusieursTomes de l'Histoire
&-. de l'Art des Devises,
où l'on trouvera tout ce qu'il y
a decurieuxsur cette Matière.
Quelques jours après,le Sieur
deBeauchnmp fit danserdans lemesme College un Ballet de
la Paix, où tout ce qu'ilya
d'habiles Gens en cet Art, serfoça
de répondre à l'idée d'un
si grand Maistre,quiaprèstant
d'autres semblables Festes exécutées
par luymesme, depuis
trente ans à Paris & à la Cour
avec l'admiration generale,..
trouva encor en celle-cy dequoy
s'attirer de nouvelles acclamacions,
par les nouvelles
beautez, & les agrémens impréveus
qu'il fit entrer dans un
sujet grave & serieux de luymesme.
C'estoit le Couronnement
de la Paix. On luy offroit,-
selon la coutumede l'antiquité,
quatre Consonnes; uned'Olivier,
une de Laurier, une d'Epics,
&unedeRoses.. Ces quatre
Couronnes figuroient les
quatre fruits ordinaires de la
Paix, le retour de laVertu, des
beaux Arts, de l'Abondance, &
delajoye ; & luy estoient présensees
par quatre Divinitez qui
président à ces Fruits, & à ces
Couronnes; celle d'Olivier, par
Pallas
;
celle de Laurier par
Apollon; celle d'Epies, par
Céres; & celle de Roses, par
Flore.
soutenu une Thele depuis peal
de temps , avec l'applaudisse-
,
mène d'une des plus célébrés
Assemblées que puisse attirer
unePersonne de sa naissance. Il
faisoitéclater son esprit,tandis
que Mr le Marquis de Coislin
son Frereignaloit son courage
en Allemagne, àla teste de son
Régiment. J'auray tant d'an..
tres occasions de vous parler de
ceux S. UÎ portent ce nom,que je
remets a une autre fois ce que
jen'ay pas le temps de vous en
direaujourd'huy.
Les Gardes du Corps, -& quelques
autres Troupes, avec les
Chevaux-Légers, campoient à
la droite vers Poissy; & les
Gensd'armes du Roy.,ceux de
la Reyne, les Gensd'armes Dauphins,
les Grénadiers à cheva l,
les Gensd'armes de Monsieur,
les Gensd'armesEcossois, & au..
trcs, avec les Mousquetaires,
campoient à la gauche versConflans.
La teste estoit vers Achexes.
L'ouverture s'en fit le premierjour
de ce mois. La Garde
à cheval fut posée à toutes les
avenues. Onlamontoitdeux:
fois chaque jour, le matin, & sur
lemidy. On la relevoit, & l'apresdînée
elle se faisoit à pied
£c à cheval. C'estoit la grande
Garde, & on larelevoit à l'approche
de la nuit. Les jours
d'Exercice on la montoitseulement
une fois le jour. Toutes
les fois que le Roy y venoit, il
passoit Luy-mesme de Rang en
Rang, &faisoit exactement la
reveuë des Troupes qu'il trouvoit
rangées par Escadrons à la
teste du Camp, avec leurs Etendarts,
Tambours &Trompetes;
& quand on vouloit les faire
combatre, on les faisoit filer vers
la Plaine de Garenne, à la gauche
du Camp, pour former deux
Lignes. La premiere que le Roy
commandoit, estoit composée
de tous les Gardes du Corps,
des Gens-d'armes de la Reyne,
&autres,avec les Chevaux-Légers
qui la fermoient, comme,
les deux Compagnies des Mousquetaires
fermoient la leconde
Ligne, commandée par Monseigneur
le Dauphin, &: composée
des Gensd'armes,desdites
deux Compagnies des Mousqueraires,
Ôcde toutle reste des
Troupes. Ces deux Lignesainsi
disposées, ayant la Garde à cheval
à leur teste, s'approchoient
& se chargeoient à coups de
Mousqueton & de Pistolet, en
passant l'une dans l'autre, &
toûjours de mesmejusqu'à trois
fois &. pour la derniere Betaille
qui se fit, on se chargea
jusqu'a quatrefois. Le Roy envoyoit
les ordres, & Monseigneur
le Dauphin les porroit
Luymesme. Il ne faut pas oublier
qu'à la seconde charge ou
meslée, ce jeune Prince tenoit
un petit Conseil de guerreà la
tesse de sa Ligne, avec les principaux
Officiers de son Party.
a mesme esté travailler avec luy
un peu avant son départ pour
Fontainebleau. Un des jours
que Sa Majesté y estoit, Mademoiselle
de Louvoys qu'on
avoit fait revenir du Convenc
delaVille-l'Evesque,eut l'honneur
de la salüer, & de la remeravec
vingt des plus Grands de
laCour, cent Hommesàcheval,
&: trente Chevaux pour lesGens
de(Il Maison. Plus de deuxcens
Carrosses setrouveret àsasuite.
Cet Ambassadèur en avoit quatre
, dont la magnificence ne
peut s'égaler. Il y en avoit un
de Velours veet à fondd'or,un
de cramoisy à fond d'argent, &;
deux autres tous dorez. Son
Train estoit composé d'un fort
grand nombre de Valets de pied
richementvertus, 5c de dix-huit
Pages, dont il y en avoit six
Francois. Cessixmarchoientà
cheval. Leur Livrée estoit de
Drap couleur de seüille-morte,
avec des Galons cramoisy argent.
Les douze autres estoient
Espagnols, 6<: en Carrosse, avec
des Livrées de velours. Mis
Marquis de Villars partit à dix
heures de son Palais, monté sur
un Cheval d'Espagne couvert
d'une Housse cramoisy des plus
magnifiques, toute en broderie
d'or, & qui traînoit jusqu'à
terre. La foule se trouva si
grande, que quaiques mesures
qu'on eust prises pour y donner
ordre, il ne put arriver au Palais
qu'à une heureaprès midy.Les
Dames estoient aux Balcons
qu'on avoitmagnifiquement pafez)
mais les Frann.,ejit
avoir la satisfaction de les voir,
àcause de l'excessive ardeur du
Soleil qui ne leur permettoit pas
de lever les yeux. Mrl'Ambassadeur
arriva à l'Audience conduit
par MrleComtede Galve,
Oncle de MrleDucdePastrane,
& accompagné de cent
Gentilshommes de la Maison
du Roy, &: de pres de deux cens
autres tant du Nonce, que de ce
quise trouva d'Ambassadeurs&;
autres Ministres en cette Cour.
SaMajesté le receutavec beaucoup
de marques de joye, &
l'Audience finie, où il y avoit
dix-huit Grands d'Espagne,Mr
deVillars retourna avec le 111CL
me Correge à son Palais, àc
traita tous ceux qui l'avoicntaccompagne
à son 1 Entrée.Deux
jours apres, il alla salüer la Reyne
Mere à Tolede. Il a eu trois.
Audiences de Sa Majesté.
J'ay oublié de vous dire que
Mrle Baron de Bielke, Ambassadeur
Extraordinaire de Suede,
avoit fait icy Ion Entrée quelques
jours avant celuy de Pologne.
Tous ses Gens estoient
vestus de noir, & ses Carrosses
en deüil à cause de la mort de
l'Electeur de Bavieres, proche
Parent deSaMajesté Suédoise.
Ainsi jen'ay rien à vous dire de
son train, ny de sa reception,
les mesmes cerémonies s'observant
toûjours dans celle qu'on
fait aux Ambassadeurs Extraordinaires
des Testes Couronnées.
Je vous diray seulement que Mr
leBaron de Bielke eil: jeune &
bien fait, qu'il commande un
Regiment dans les Troupes du
Roy son Maistre, & queses Anceflres
ont porté autrefois la
Couronne de Suede.
La Cour elfc présentement à
luy,afin qu'il pust arriver pin*
tost; & comme le Prince D.
Juan estoitmalade, il apprit luyjnejfmede
ce Courrier la nouvellequ'il
attendoit. Je vous ay
parledes réjouissancesqu'on fit
le jour- mesme qu'il la recoud
On nedoit pas enestre surpris.
Les Filles de France ont toûjours
vescu en Espagne d'une
maniere qui les y a fait aimerjuC
quesàl'adoration.Voicy ce que
ce Prince écrivitlà-dessus à,
Mademoiselle. La Lettrea esté
traduite mot pour mot sur l'Original
Espagnol.
LETTRE
DU ROY D'ESPAGNE.
A MADEMOISELLE, SErénijfime princef/è. Ayant eu
avis de la grande obligation
quej'ay au Roy &a Monfteur le
Duc dOrleans mes Freres, pour
l'heureux succés de monMariage
avec Vostre Majesté, qui efloit la
chofc du monde que je fouhaitois le
fins ardemment, jenay pas vcultt
diférer de témoigner à V. M. que
j'ay eftefenfiblement touchéde cette
bonne nouvelle, qui m'a causéune
joye pins forte que je ne fçauroU
l'exprimer, quoy quejefoisdans
une grande inquiétude de ne fouvoir
pas avancer davantage le
temps de vostre départ) &satisfaire
„
la pajjlon extrême que j'ay de voir
F. M. & de la posseder dans ces
Royaumes ,
aJ/Ïtrdnt V. M. queje
paferay dans une impatience continuelle
tolU les momens queje difércray
à me donner cette jOJe; ce
qui fera que je rieubliray rien de
tout ce qui pourra hâter le départ
deV. M. espérant qu'on en ufcra
de mejine de delà. Dieu conferve
Vojlre Majefiécommeje le desire.
Le bon Oncle de V. M.
Moy, LE Roy.
Les Galanteries que ce Prince
afairesdepuis,ont confirmé tout
ce qui s'est dit de la force de son
amour. Rien ne la fait mieux
cõnoistre que l'ordre qu'il a donné
à MrleMarquisdelos Balbases,
d'étudier les diférens gousts
de Mademoiselle,devoir tout ce
qu'elle aime, & tout ce qui la
divertit depuis le matin jusques
au soir, afin que trouvant les
mesmes choses en Espagne, elle
ne s'aperçoive pas qu'elle ne foit
plus en France. Madame de
los Balbafes voulant le servir
dans sa passion, a fait en divers
rencontres, ce que les Efpagnols
appellent Fineças de
amor. Elle luv a envoyé une
Fleurtombée d'un Bouquet de
Mademoiselle, 5cestant un jour
aupres de laToilette de cette
Princesse, elleluy prit une Ceinture
en broderie, l'assurantque
leRoyd'Espagne en seroitparé
le premierjour qu'elle le verroit.
Toutes ces choses ont persuadé
avecjusticeàMademoiselle que
la galanterie régnoit en Espagne
aussibien qu'en France;& comme
parmy les ames bien faites,
les marques d'amour sepayent
parlestémoignages d'estimeles
plus obligeans,elles' si informée
des couleurs qui plaisfentle
plus a ce jeune Prince, 6c luy a
fait fuirede 1111gnifiques Habits
où ellesontesté employées. Cependant
elle rra pû se résoudre
à quiter la France sans voir plusieurs
Lieux qui luy estoient
encor inconnus; & le Palaisoù
setient le plus auguste Senat de
la Terre, estans digne desa curiosité,
elle avisité ce grand Bâtiment.
Je puislenommerainfi,.
puis qu'il pourraitcontenirplus
de monde qu'il n'enfoudroie
pour peupler des Villes. Mademoiselley
alla incognitoôcmalquée,
en visita tous les détours
elle quatriéme,& n'y fut reconnuë
qu'en sortant.
MadamelaDuchesse de Montalto
Fille de la Gouvernante
du Roy d'Espagne, ayant plfré
par icy pour retourner à Madrid,
ya esté reçeuë avec tous
les honneurs qu'elleméntoir,
Monsieur a pris foin luy-mei'me
de la divertir. Illuy a fait voir
sa belle Maison de S. Cloud,,
toutes les Richesses du Gardemeuble
du Roy,les Eaux de
Versailles, & l'a traitée magnwfiquementàTrianon
Ma Lettre est déja trop longue.
Je l'acheve en peu de mots
par les Enigmes, dont je retranche
pour cette fois feulement,
l'Explication en Vers que j'ay
accoûtumé d'en donner. Le
Fer à Cheval,qui fit le vray
Mot de la premiere, a esté trouvé
par la jeune Cornfeue de B.
&: parl'Amantdela Demoiselle
de la Societé de Boissy fous
S.Yon. Ceux qui ont expliqué
la seconde sur l'Or, qui en effc
le vray sens, sont Messieurs Bjrqf.
fard de Montaney; Croville,
eigneu de Gouberville; Le
MarquisdeS.Aré; DuBray,
S'd'Arfi DeChaudel, de
Troyes;Boüillautle Cadet, de
Langres; Heuvrard, ~Collseiller
du Roy à Tonnerre; LeFranc,
Gentilhomme Rhémois; Ciaperon
& Mazan, de. Lyon;
Tullier le jeune, de ~Boarg s,
Béchu, Prestre a'Angers>
Hulle, du Quartierdu P,:. TrotteleCadet; ;', Rob;JJJ..;.
leans; D£_BoijïïmonC,i) C
DuBoisvilly; I^elaW.
sonne,& Edme de Sagine, pres
Sens; Sany, du QuartierS.jic~
ques du Haut-pas;L'Abbe d:
Sainte Catherine, de Se;;.>•.-
Aumont, Notaire:De Fonrcvnauld,
Gentilhommedu Bourbonnois;
Jarres, du Quartier du
Louvre; Formentin&Codron,
Régensd'Abbeville; Colart,de
Senlis; Halle
,
Secretairede Mr
le Comte de Bourlemont; Le
Chevalier Didas; Boileau, du
Quartierde l'Université; Rey*
L'Abbé de Cary; Tornes-i.,
Medecin à Marseille
f> -
MesdameslaMarquise
deS. r; La
Marquise de Terlon, & sa Dernoifelie3
DelaBrétonniere, de
Tours;- Piurco,it de Kergarion,
proche de Quimper•Manette
Charron; Marie M. de Chilly;
Pichonla Fille; LaRestde
Tresseaul; Le Brunetdelabelle
Blonde; Le Solitaire deLyon,
Tamiriste; Le tendre Cleandre,
«i',Anilensi Le Secretaire des
MercuriennesdeMorlaix; Le
Solitaire d' Evermeu, proche
Dieppe; L'AmantBlondin; La
Société joyeuse de Mortagne;
& les deux bonnes Amies Solitaires
de l'Arquebuse, de Soisfors.
-
La mesme Enigme a esté ex.
pliquée en Vers par Messieurs
leBaron de S. Gilles
-r
Grammont-
Hatuge,deMets; Du
Chemin;Grandis, Fils; Raulr,,
de Rouen•. Le Febvre, Curé
deViller,d'Abberville;Guépin,.
de Rennes; Maigret,Abbéde
Bulieres, Le Prieur Pelegrin,
dePignans en Provence- Hugo
deGournay; Le Bon Clerc de
Châlonssur Saône; & l'Etranger
malheureux.
J'ajoûte les noms de ceux
qui ont expliqué l'une &l'autre
dans leur vray sens. Ce font
MessieursleComtede BolTîr- ardin; De Langes-Mont- miralAvocat en Parlement
Bessin, Lieutenant de Clamecy
en Nivernois
; LeChevalier dç
Chimay, Vanderbeken; Ghinllepgt;
Prevost de S.Marcel
de Paris; Miconet; Le Chevalier,
delaPorte Pans ; Sennag
le Fils, de Bezançon: Mesdemoiselles
Raince; Sarty;Rabay dez; Vanbale; Tripart de
Gobillon, de 1a Ruë de l'Empereur;
La Societé enjoüée de
la Ruë Chapon; L'Ariane de
Sylvie
; & le Sérieux sans, critique.
En Vers, Messieurs Rousseau,
de Fontainebleau; A. Giraud,
Prieur de Fontenrousse, d'Aix
en Provence; Les Reclus de
S. Leu d'Amiens; La Societé
de Boissy fous S. Yon; & la
Nymphe des Prez.
Mr le-Président de la Tour- nelledeLyon, a fait la premiere
des deux nouvelles Enigmesen
Vers que je vous envoye. La
fécondé est de MrTieuloy
Prcvofl: de la Cité d'Arras.
ENIGME.
T*
i Eparois entre deuxSoleils,
Etfur le Corail&trvoire.
Mon élévation nuitfouvent
à magloire,
2Jats les rougeurs mefont des desautssans
pareils.
On rcconnoiifà mafigure
Le Principe de la Nature,
Et etltry du Tempérament.
Je me.nourrisdocillets,depaflilles,
de Roft,s,
Etmecrois après toutsifin &si
e.¡¡avant, je veux qm monsentimens
L'emporte deffis toutes ebofes.
AAUTRE ENIGME. Roitres du bonheur'
ainsi que du malheur,
Nousfaifinsdepluficurs
lescharmantcs/:
delices,
Et telqui nous ebaitavec leplus
d'ardeury
Eprouve bienfouventnospluscruelscaprices.
De nomy comme d'habit,ide sexe
diférenty
Etdecouleur&devisage,
On en voitparmy nous quifontdtf
plushautrang.
On en voit duplus bas étage.
On nous brouillefacilement.
On nous réunit aisément,
JttquoJ quesans dessein nouseausims
dudommage,
1J
On ne laijfepas tres-souvent
Denouspunir, maisfort injustement.
mousmarchons deux a deux, trois
a trois, quatre a quatre,
beaucoup avecque nous neperdent
pas leur temps,
Et ceux que nous rendonsconteni,
Sont a(fez, ingratspournous batre
Nousfaisos de fortheureux coups3
Mais las! de nojhrefort admirez,
ïiujuftice,
£)uand nous avos renduservice,-
Perjonne ne veutplus de nous.
L'Enigme en Figure représente le
Cdl/on. Rien ne peut estre plus naturel.
Salmonée qui épouvantoit les
Peuples d'Elide en lançant des feux,,
estle Boulet. Son Char,l'Afustsur lequelle
Canon esttraîné par des Che-
•
vaux, & le reste des Figures, marque
ceuxqui font effrayezdu bruit. Ce
Mot a esté trouvé par Messieursle
President dela Tournelle ; Du Chemin;
Frison, deRheims;Tuilierle
jeune; Miconet;Jarres; Trotte le
Cadet; Les ReclusdeS.Leud'Amiens
; Grammont; Mademoiselle
de la Bretonniere;Tamiriste;Rault;
de Roüen;LeSerieux sans Critique;
Le Solitaire de Lyon; & le Bon Clerc
de Châlons sur Seine, les deux derniers
en Vers.
-'
Cette Enigmeaestéaussiexpliquée
sur La B'ombe,- la Grenade,le Tonnerre,
la Gresle,/'Tmpiete,çyl'Arrestde mort.
Vos Amisresverontce Mois-cysur
Jféjîone. Fille de Laomedon. Tout le
monde sçait qu'ellefutexposée àtin
Monstre Marin, comme Andromede,
Se délivrée par Hercule.
Voicyunsecond Air que j'oublioisà
vous envoyer. Les Paroles sont de Mt-
Pageau Avocat au Parlement, Se elles
ont esténotées par M. Labbé, cy-devant
Maistre de Musiquede S. Jacques
de Dioppe.
CHANSON A BOIRE.
D EcoijjFs-tnoy citte "Bouteille,
se "dÛ entamer es tmbO";
jib qtif Id chair en eji\ermeillel
si.h: que ce Fin C.'d iret ejtboni
u4my^fï/monjfitr noifs laporte,
se pïêtem boire tout le jour;
Et.quandje boy,Lardçur,qui me
tranfj.otles
Craintplus un 'rHp-oriutuquuoT^i'cal
en IImouY.
Adieu, Madame. Je vous ay souveldi-
t en finissant, qu'il me restoit
Beaucoup de choses àvous mander,
mais je ne me suisjamais trouvé dans
un si grand, accablement de Matieres
considérables. Il di tel, que je sus
mesme obligé de remettre ce que je
vous avois promis la derniere fois
touchant le Voyage de Monsieur le
Duc en Bourgogne, Vous n'y perdrez
rien,puis que je vous envoyeray cette
Rélation plus entière, &que vous y
trouverezplusieursFestesqui ontesté
faites en divers Lieux pour ce Prince.
- Je ne puis aussi medispenser, faute de
temps & de place, de remettre jusqu'au
Mois prochain ce que j'ay à
vous dire du retour de M. ColbeLt le
Plénipotentiaire,de sa Réception en
la Charge de Président à Mortier;
de celle de M. Molé; de l'Election
des nouveaux Echevins; de ce quis'est
passé à l'Académie Françoise le jour
de la distribution des Prix; de l'arrivée
de Madame laPrincesse d'Osnabrux
en cette Cour;de la mort de M.
"GALANT
A PARIS.
AV PALAIS.
oN donnera toujours un Volume
nouveau du Mercure Galant le
premier jour de chaque Mois, & on
le vendra,aussibien que l'Extraordinaire,
Trente sols relié en veau, Sç
Vingt-cinq sols en parchemin.
A PARIS,
Che* G. DE LUYNE, au Palais, dansla
Salledes Merciers,à la Justice.
ChezC.BLAGEART., Ruë S. Jacques,
àl'entréedela Ruë duPlâtre,
Et en sa BoutiqueCourt-Neuve du Palais, AUDAUPHIN.
Et T. GIRARD,auPalaisdansla Grande
Salle, à l'Envie.
M. D. LXXIX.
-
JVEC PRIVILEGE DF ROT.
TABLE DES MATIEREScontenuës
dans ce Volume.
DF.Jcriptiond'un Naîtrefait en
fis heures cr demie, 1
La VeYintreè, ou les fauxEnchaAtemens,
10
Le TempsMedecinyFable, 53
Compliment de M. Verjus à VAcadémie
Fratjçoife le jour de sa eception>
ayee la 7?èponfe de M.
Boyer, 57
Madrigalsur le Mariage de Mademoiftlle,
87
JSfiampes graVees par l'ordre du 7roy,
CT données au 'Public,88
IÇfjouiJJances faites à Madrid, 134.
Mort de M. le Laboureur, 148
Mort de M. Trdof,Chanoine de NÕ{fre-V"me,JSI
Le Vuede Valois,Lftfloriet*, 155
JÇégaldonnéparlal^eyne à M.VAmhaffadeur
¿'EjjMlne) 170J
jêrriye'e de Madame la TrinceJJe at
TÇobanaliantest 17;
Cérémonies faites dans L Eglise des
Dames du Taraclet d'Am"Jens, 177
Le Faux Poifln, Kif/oire, 179
Divers Couplets sur la Chattfon de
Lyfete, 18$
Jufîice renduep^rM.T>agieffeau,1^7
Tenftons (JP jBenefces donne^par le
7(!y, J89
T/Jeft foûtentté par Mejjieurs d'At-
,f!t", m
siTitrée du Commandeur L,¡.fJomirsl(/,
AmbassadeurExtraordinaire de
Pologne" Turiny 111
M-le Marquis de S. Andrésist Tremier
PrlfidenrJe Grenoble, 234,
M. le Comte delà Say'pe Consti'Z'tr,
rcçtll à la Charge de Tréjident à
Mortierdans le nzflJe p"rlrment
137
Jtfortde Mademoifilled*Elbeufi246
Nort de Madame de Cbeyreufèy247
Mort de M. FEyefyue de £rcauvatSi j;
Zéi1d1donnedr Le Xoy à *FerldiIle.;>
àM. L'Ambajptdeurd'Sfpagne,156
Le Singe a- le Miroir, Fable, irji
Lettre de la Lorraine Efpagnoletey.
touchantlesFttfesd*Efpagne, 177
Le Vue d: Taflrane part de Madrid
pour "Venir enFrance, 51o
xZoblcJp: FrAI/fo:Je reçeue à la four d*-
Harotcr, jij
Difpenfi dâge donne'e au Fils de Af,
le Tréjident Niclllï, 317 L'A>nbajptactif de JTenift est fait
Che~voel:e?de laccoldde, 317
Entres de l'Atnbajptdeur Extraordtnaire
de Pologne, 519
TIÚft foâtenue par M. le Trince, de
Titrcnne, 330
Wdllet del<*Taix dance'au CoI/egt de
Çlcrmollt, 3B
TbeJjàÛtenué: par M. l'.Ab¡' de
Coislin, 33f
Camp de la Pilline d*Acheres^ 33£
Accident arrive' À M. le Marquis de
Lou-.,oys, 34.C
Entrlcpuhl"jue de M*le Marqués de
Vilars à Madrid, 34,2,
Mntrée de M.I"Ambdrddeur Extraordinairede
Suede à TAfM, 34.J ¥articularitc^ touchant le Mariage de
Afademoifille,ayec une Lutre du
7(oyd'Efipagne à cette Princeffi,
346 jdlfdit a Madame la Duchtjp de
Montalto, 3H
z..:"'om,( de ceux qui ont explique'lapremiere
Enigme, 354
Noms de ceux qui ontexpliqué la fécondeEnigme
y 3^4.
NoUms dse cdeuxequui oxnt eyxpliq3ue'Jtou7tes
Enigme nou^eUe en Vers,. 3^9
AutreEnigme en Pers, 360
Noms de ceux qui ont explÙiNIrBnigme
enfigure, 361
Çônclufîeny
- -
3.63
Fin de la Table.
Extrait du Triyilcge du 7(oy.
Ar Grace &Privilege du Roy, Donné à
S. Germain en Laye le 31.Décembre 1677.
Signé,Parle Roy en son Conseil,JUNQUIERES.
est permis à J. D. Ecuyer,Sieur deVizé,
e faire imprimer par Mois un Livre intitulé
MERCURE GALANT, presenté à Monseineur
LE DAUPHIN,& tout ce qui concerne
dit Mercure, pendant le temps & espace de
x années, à compter du jour que chacun desd,
Volumes fera achevé d'imprimer pour la preniere
fois:Comme aussi defensessontfaites
tous Libraires,Imprimeurs, Graveurs &aures,
d'imprimer, graver & debiter ledit Livre
ansle consentement del'Exposant, ny d'en
xtraire aucune Piece, ny Planches servant à
l'ornement dudit Livre, mefrne d'en vendre separément,&
de donnera lire ledit Livre, le
out à peine de six mille livres d'amende, &
confiscation des Exemplaires contrefaits, ainsi
que plus au long il est porté audit Privilege
Registré sur le Livre de la Communauté le 5,
Janvier 1678. Signé, E.COUTEROT, Syndic.
Et ledit Sieur
-
D. Ecuyer, Sieur de Vizé
cedé & transporté son droit de Privilege à
C.Blageart, Imprimeur-Libraire, pour en
joüir suivant l'accord fait entr'eux.
sithrvêd'imprimerpour lafremttrefou
Le31.Asufl1679.
Le Sieur Blageart distribuë tous les
Mois le Journal des Nouvelles Découvertes
sur toutes les Parties de la
Medecine ; & on trouve encor chez
luy tous lesautres Ouvrages deMde
Blegny,qui en est l'Autheur
Avispeur placerles.Figures.
LA Mosaïquedoit regarder la page
147. L'Air qui commence par Si Tirets
eji un inconstant, doit regarder la
¡ge 1S4..
Le PlanduDessert RoyaldeVersailles,
doit regarder la page 267.
L'Enigme en figure doit regarder la
page 362.
LaChanson qui commence parDecoiffe-
moy cette £OMtciïïc5 doit regardcr
la page364
ER-cv-REl
voir accoutumé, aux miracles.
Je vous av promis la
description d'un Vaisseau
qui se fie en six heures &
demieaToulon le 15. ou 16.
de l'autre Mois. Je croyois
que vous regarderiez cela
comme un prodige,&vous
me mandez qu'apres les
merveilles que je vous ay
apprises de nos François sur
toute sorte de sujets
, vous
n'entendez plus rien dire
d'eux qui vous surprenne.
Il faut pourtant queje vous
tienne parole. Si ce que je
vous ay dit dans ma Lettre
duMois de Décembre dernier,
de la Galere de Marseille
construite en un jour,
diminue de l'étonnement
que vous doit cauler un
Vaisseau basty en moins de
sept heures, je fuis seûr au
moins qu'il vous fera malaisé
de n'en prendre pas
une haute idée de l'ordre
admirable que Monsieur
Colbert & Monsieur le
MarquisdeSeignelay ont
mis dans nos Ports, & du
foin qu'ils prennent de
choisir de bons Sujets pour
en avoir la direction. Il est
certain que la ch oseparoist
presque incroyable à ceuxmesmes
qui ont esté employez
à ce travail, & que
les Gens du Mestier qui sçavent
combien il entre de
piecesdans la construction
d'un Navire, 6c avec quelle
justesse il faut que toutes
ces pieces soient jointes les
unes avec les autres, ne.
peuvent comprendre comment
un Vaisseau de cent
trois pieds de longueur,
avec deux Ponts &un
Gaillard, qui peut porter
jusqu'à quarante Pieces de
Canon, &qui est d'une
, l, propreté achevée, a pu estre
fait en si peu de temps.
La gloire en est deuë à la
vigilance de MrArnoulIntendant
de Marine en ce
Païs-là, qui en avoit formé
le dessein,&qui donna des
ordres si justes,que tout ce
qui estoit necessaire pour
le travail, se trouva dans
l'endroit qui avoitesté
marqué pour chaque chose,
sans qu'on fust obligé
d'aller rien chercher ailleurs.
Il avoit fait faire une
Halle au dessus de ce Vaisseau,
fous prétexte de le
mettre à couvert de l'ardeur
du Soleil;mais on ftit
surpris, voyant que cette
mesme Halle, & les Echafauts
qui estoient autour,
renfermoient lesPieces qui
devoient servir à cette construction.
Quoy qu'on en
cust fait l'arrangement avec
grand ordre, il ne laissoit
pas d'yparoistre une
je-ne-sçay- quelle confusion
qui faisoit craindre à
plusieurs de l'embarras
dans le dénoüement, à cause
de plus de deux mille
cordages, 5cde plus de cinq
cens poulies qu'on y voyoit.
Les Maistres Charpentiers
quiont placé toutes choses,
diient eux-mesmesqu'ils
n'en pourroient donner
qu'une foibleidée;&les
Peintres qui ontvoulu dessinercet
arrangement,n'en.
ont jamais pû venir à bout.
Cependant tout se dévelopa
avec une facilité merveilleuses
l'accord se trouva
par tout, & on ne perdit
pas un seul moment à chercher
les choses dont on eut
besoin. Voicy l'ordre qui
fut observé. On avoir partagé
tous les Ouvriers &
tout l'Ouvrageentre les
quatre principaux Maistres
BaftiUears de Navire, qui
faisoient quatre Divisions
diférentes. Chacun d'eux
avoit fous luy deux Sous-
Maifires, l'un pour l'avant,
l'autre pour l'arrivée, &
chaque Division estoit séparée
en huit Escoüades,
commandées chacune par
un Chef, & comporées de
seize Charpentiers & de
quatre Perceurs. De ces
huitEscoüades, ilyenavoit
deux qui devoient se reposer,
afin de se relever successivement
de deux en
deux heures, si l'ardeur
n'eût emporté les Ouvriers.
Comme il devoit y avoir
toujours pres de cinq cens
Hommes dansle travail,
sans compter les Chefs, il
eust esté difficile d'éviter la
confusion dans un si grand
nombre de Gens, si on ne
les eust: habillez diféremment.
Le SrColombMaître
Bastisseur deNavire,qui est
ce luy qui a conduit le Vaisseau
dont je vous parle, ôc
qui dans cette occasion en
devoit faire le costé droit,
estoit habillé de bleu avec
toute saDivision. Celle du
SrChapelle qui devoit faire
le costégauche, estoit habillée
de blanc. Celle du
StColomb le Fils, à qui le
fond de cale estoit écheu
en partage,avoit le calleçon
bleu, & une chemise
blanche; & celle du Sr Audibert,
qui estoit chargé des
Ponts, avoit le calleçon
blanc, avec la chemise
bleue. Les Escoüades de
chaque Division se distinguoient
de plus entr'elles
par le moyen d'un Ruban
de diférente couleur. Les
Chefs avoient de mesme
une marque particulière;
& afin qu'on ne confondift
pas les Charpentiers les avec Perceurs, ces derniers
avoient chacun une Masse
.à la main, avec une Gibenciierre
à leur costé, pour te- des clous&leurs outils.
Tous les Ouvriers en cet
équipage se trouverent à
l'Arsenal avant le jour. Ils y entendirent la Messe,
apres laquelle chacun alla
de luy-mesme se ranger au
poste qui luy avoit esté
marqué le jour précédent,
& y attendit le signal. il
fut donné à quatre heures;
& alors au son desTrompetes
& des Tambours, on
vit pres de cinq cens Hommes
se remuer en un nioment,&
tous àla fois, comme
dans un Concert, faire
chacun une maneuvre diférenteavec
un ordre & un
silence qu'on ne sçauroit
concevoir,àmoins d'y avoir
esté présent. C'estoitaussi
ce qui leur avoir esté recommandé
très-expressément,
& furquoy onavoir
pris toutes les précautions
imaginables. Il s'agissoit
de bien placer dabord les
membres de ce Vaisseau, &
c'est ce qui ne se pouvoir
faire que par un accord général
de tous les Ouvriers
ensemble. L'ardeur avec
laquelle chacun se mit à
travailler fous son Chef,
fut si grande, que les premiers
qu'on employa, ne
voulurent point entendre
parler de repos. Ainsi ceux
qui devoient prendre leur
place, voyant que le Vaisseau
s'élevoit de moment
en moment à leurs yeux,
pendant qu'ils ne faisoient
rien,apres plusieursinstances
pour obtenir la permisfion
de travailler, allérent
d'eux mesmes à leur département,
pour avoir du
moins quelque part à la
gloire de leurs Camarades.
Tous les coups qui se donnoient,
n'en paroissoient
qu'un, ôc le travail s'avançoit
d'une si grande vîtesse,
qu'onvoyoit l'Ouvrage
finy, plutost que la main
qui l'avait fait. Ce qu'il y
eut de plus furprenanr, c'est
que la plûpart, bien loin de
consentir à se reposer, se
firent un point-d'honneur
de ne boire ny mander,
qu'ils n'eussent veu le Vaisseau
nny. il le fut avant
onze heures du matin,
quoy qu'iln'eust esté commencéqu'àquatre,
& cela,
sans qu'ilse rompist aucune
Piece, ny qu'il y eust un
seul Ouvrier blessé. Pendant
ce travail, MTlntendant
avoit fous luy quatre
Commissaires de Marine,
sçavoir MrHayet, Jonville,
du Mairs,& Talon, qui firent
tres. bien leur devoir,
avec huit Ecrivains. Ces
derniers, quiestoientMrs
Bailly, Sagier, Montaphilon,
du Mas, Choiselas, du
Plessis,Verdun,& Baudrart,
avoient chacun ra port à
l'un des quatre Maistres
Charpentiers qui conduisoient
l'Ouvrage, & Mr Arnoul
se servoit d'eux pour
sçavoir à tous momens l'état
du travail dans les endroits
où il n'estoit pas,
afin d'y donner ses ordres,
& de fournir au besoin, s'il
eust manquéquelque chose
qu'il n'eust pas préveu.
C'est de cet habile Intendant
qu'on peut dire que
Monsieur Çolber,t l'a for-r
me de ses mains, puis qu'il
l'a fait voyager pendanc
quatre ans dans tous les
Ports & Arsenaux de l'Europe;
qu'il l'a fait paffer
en fuite par tous les Emplois
de la Marine; & qu'il
l'a toûjours si bien conduira
qu'après luy avoir fait exercer
à l'âge de vingt-quatre
ans pendant toute une année,
les deux Intendances
de Toulon & de 1arreilleJ.
pour les Vaisseaux & pour
les Galeres, il l'a rendu capable
de tout. On nen
peut douter après la maniere
dont on luyaveu exécuter
les diférens ordres
qu'il a reçeus de Mr le
MarquisdeSeignelay. C'a
eilé
avec tant de pondualité
& de prévoyance, que
les Armemens,les Convois,.
& les passages des Troupes
qui ont presque esté continuels
pendant les quatre
ans de la Guerre de Mesfine,
se sont toûjours faits
à point-nommé, sans que
les Vaisseaux ayent jamais
manqué de la moindre
chose.C'est luy qui a fait
le Dessein du magnifique
Arsenal que le Roy va faire
bastir à Toulon. L'illustre
Mr deVauban qui a un
fond inépuisable de science
dans ces fortes de travaux,
&qui avoit esté envoyé en
Provence pour régler toutes
choses sur ce [ujet) n'a
rien trouvé à changer au
Dessein de cet Arsenal, &z
en a écrit avec applaudissement
à la Cour. Je ne
doute point, Madame, que
vous ne viffiez avec plaisir
celuy du Vaisseau dont je
viens de vous parler. S'il
tombe en mes mains, je
m'engage à vous renvoyer
gravey ne pouvant faire trop pour conserver lamémoire
d'une Merveille donc
les siecles passez n'on r point
eu d'exemple.
Sile grand nombre de témoins
que cette Merveille
aeus, empesche qu'onn'y
soupçonne de l'enchantement,
ilya tout lieu d'en
croire dans ce qui est arrivé
a un Cavalier qui tient un
rang tres-considérable dans
une des premieres Villes du
Royaume. Ce n'est point
un de ses Esprits crédules
qui s étonne de peu de
chose, ou qui soient aisez à
ébloüir. Il veutvoir pour
croire,&lacuriositéquiluy
a fait parcourir routel'Italie,
ne l'a pas seulementattaché
aux choses qui sont
singulieres au climat & à la
j p - température de l'air, mais
elle luy a fait chercher à
conférer avec ceux qu'on
disoit avoir les connoissances
les plus profondes.C'est
par là qu'il s'est fait un plaisir
d'entretenirpluueurs
plus satisfaisant pour les
Curieux, s'y arresta quelque
temps pour en considérer
à loisir les raretez. Il
se promenoit un jour sur le
Mole,cet Ouvrage merveilleux
que ceux du Païs appellent
le plus grand de la
Crestienté, quand il apperçeut
deux de ses Amis
qui entreprenoient le voyage
qu'il achevoit. Ils s'embrasserent
avec toutes les
marques de joye qui sont
ordinaires en de sem blables
rencontres, & apres
qu'il les eut préparez à recevoir
beaucoup deplais
des Antiquitez qu'il avo
veuësen beaucoup de lieu ilssemirent
a luy exagere
à leur tour les beautez qu quinze jours de sejour leu
avoit fait remarquer à Gé
nes; & luy montrant ui Gentilhomme qui les ac
compagnoit & qui n'avoi
point encor parlé, ils siren
valoir sur tout l'obligation
qu'ils luy avoient de leur
avoir donnéentrée chez les
Gens les plus qualifiez de laVille, parmy lesquels ils
luy dirent qu'il estoit dans
une
une extreme consideration.
Quoy que le Gentilhomme
fuit vêtu à la Gen-
oiiè) & grave comme un
Espagnol, il parloit François
trcs- juste, & répondit
avec tant d honnesteté &
d'esprit aux loüanges que
luy donnerent (es Amis,
que le Cavalier s'en trouva
charmé, & se sentit prévenu
pour luy desce moment
d'un sentiment fort particulier
d'estime. Le len demain
aumatinil renditvisiteàses
deux Amis qui parti ent ce
mesme jour pour Milan. Il
trouva le Gentilhomme Génoisaveceux,&
fut si touché
de ses manieres honnettes
& obligeantes, qu'il
se fit un fort grand plaisir
d'une partie de promenade
qu'illuy proposa pour l'apres-
midyà S. Pierre d'Arennes,
oùil promit de luy
faire voir que lques Jardins
qui luy paroistroient des
lieux enchantez. La partie
s'exécuta. Le Cavalier
avoüa qu'il n'avoit jamais
rien veu de plus agréable
que ces Jardins; mais s'il
fut satisfait de leur beauté,
il le fut bien davantage de
la conversation du Génois.
Illuy trouva tant d'esprit,
& un caratere si opposé à
celuy de sa Nation, que
comme il parloit tres bien
nostre Langue, il ne pût
s'empescher de luy dire
qu'avec les sentimensqu'il
luy remarquoit, il falloit
qu'il fust un François métamorphosé.
Le Genoisluy
dit que quelques affaires
l'ayant obligé de passer les
premieres années de sa vie
en France, il enavoittoûjours
aimé les maniérés. &
qu'il n'estoit pas surprenant
qu'il eust profitéde l'étude
qu'il en avoit faite. Cette
con formité d'inclinations
ôc d'esprit fit son effet. Ils
se donnèrent les plus fortes
assurances d' amitié, lesconfirmerent
en s'embrassant,
&commencerentàdevenir
presqueinséparables. Comme
le Cavalier estoit curieux
, il n'y eut point de
Cabinet un peu rare que le
Génois ne luy fist ouvrir. Il
le mena cheztousceux qui
avoient quelque secret particulier,
& luy ayant en1
tendu dire plulieurs rois
qu'il avoit pratiqué quan-
! tité de Gens qu'on disoit
quiavoientdes Esprits familiers,
sans qu'aucund'eux
luyeust jamais rien fait voir
d'extraordinaire, illuy témoigna
que si un-Homme
de ses Amis n'estoit pas absent,
peutestre verroit-il
chezluy des choses qui mériteroient
qu'on en fustfurpris.
Le Cavalier qui ne
souhaitoit rien tant que de
voir,&quemille tours d'àdresse
qui épouvantent les
faibles,n' avoicnt jamaisétonné,
offritdediférer for
départ pour attendre le retour
de ce prétendu Magicien;
mais le Génois répondu avant qu'il avoit parte
enEgypte, d'où peut-estre
il ne reviendroit de plusieurs
années,le Cavalier
après quinze jours de sejour
fie prix avec quatre Napolitains
quise trouverent sur
le Port pour le mener à
Toulon dans une Felouque.
Lesoir ilalla dire adieu au Génois qui le retint à souper.
Ilestoitlogéfort proprement,&
avoit un Vaiec
jiome Francisco qui joüoit
admirablement de la Guitarre.
C'estoit un régal qu'il
luy avoit déjàdonné plufleurs
fois, & que le Cavalier
qui aimoit fort la Musique,
luy demanda encor
ce soir-là. Les protestations
d'amitié se renouvellerent.
Ils s'en promirent de fréquens
témoignages parLettres,
& ilsestoient prests
de se séparer quand le Génois
sesouvint
qu'il n'avoit
point mené le Cavalier
chez une Dame de sonvoisinage
qui estoit riche en
Statuës, en Médailles &e Tableaux. Francisco demander cour à la Dame
ellevoudroit recevoir son
Maistre avec un Etranger
qui devoir partir le lendemain.
Il revient avec une réponse favorable. Le Génois
conduit le Cavalier. Ils
traversent une Ruë, arrivent
à la Maison de la Dame
,&tandis qu'on va l'avertir,
ils sont introduits
dans une Salle, dont les
Tableauxfont la plus riche
parure, quoy qu'il n'y ait
que de l'or & de l'azur
dans les bordures & dans
les plafonds. La Maistressè
du Logis suivie de deux de
ses Filles, les vientrecevoir
dans cette Salle, & apres
les premiers com plimens
du Cavalier,elle luy fait remarquer
deux Tableaux
qu'elle estime les plus
beaux des siens, &qui sont
d'une tres habile main. Le
Cavalier qui (c connoissoit
allezenPeinture,enestfort
content, & tandis que son
Conducteur paffe dans une
Chambre voisine avec les
deux jeunes Soeurs,laDame
le fait entrer dans une autre
toute remplie de Staruës,
tant en Marbre,qu'en
Pierre,ôc en Bronze. Quoy
qu'il ait ptine à en découvrir
toutes les beautez à la
clarté des flam beaux, il ne
laiflepas d'en eltre charmé,
tant le travail luy paroist
finy dans chaque Figure.
De cette Chambre ils paffent
dans une Ceconde, tapissée
& meublée d'un Velours
cramoisy, rehaussé
d'une broderie d'or, aux
quatre angles de laquel'e
ii y avoir uuatre Clavelllns.
Ils estoient polez iur des
Pieds semez de diverses
fleurs,mais d'une miniature
si délicate quelles auroient
fait honte aux fleurs
naturelles. Un Jeune Homme
d'environ quinze ans
s'approche d'un des Claveilins,
& à peine at il
achevé un Air qu'il touche
deuus, que le Clavessin
qui cil à l'extrémité de la
Chambre luy répond, en.
forte qu'on voit toutes les
touches du Clavier se mouvoir
ians qu'il y ait personne
qui en approche. Un
troisiéme Clavessin en fait
autant, & enfuire tous les
quatre joüant à la foisfont
entendrecemesme AirJVCC
toutes les parties dela plus
fine Musique. Ce jeune
Homme sans changer de
place, commence un autre
Air surionClavier,maisau
lieu d'entendre des Clavessins,
c'cft une véritable
Orgue qu'onentend. Des
FluH-es. douces succedent à
l'Orgue,&des Bifses des
Dessusde Violes aux Fluftes
douces, lans qu'on touche
pourtant autrechose que le
Claveilin. Une nouveauté
si peu commune ayant du
causer au Cavalier plus de
surprise qu'il n'en témoigne,
laDame luy ditqu'elle
voit bien que les Inrtrumens
ne sont pas sa plus
forte paillon. Il l'assure que
rien ne le touche davanrage,
&luy confe ffe que
ce qu'il vient d'entendre
luy auroit paru un cnchantement
, s'il n'avoit déja
veu la mesme choie de cinq
Clavessinschez celuy qui
en avoit inventé le Secret à
Rome. A ce mot de Rome,
laDame demande s'il y à
veu ce célèbre Juifdont elle
entendoit si souvent par-
1er. Il répond qu'il a eu de
longues conférences avec
luy, &qu'il aveuaussi plusieurs
fois une Enchanteresse
dont on faisoit bruit à
Naples, mais qu'il a esté
-
fort peu satisfait de l'un &
de l'autre
; que la plûpart
- de ces Gens-làn'avoient du
crédit que sur les Esprits
simples, qui manquant de
fermeté pour attendre ce
qu'on promettoit de leur
faire voir se laissoient
éblouir aux premieres grimaces
de quelques Figures
bizarres qu'on avoir l'adresse
de faire paroistre
pour les amuser; qu'il avoit
cherché ces fortes de Sçavans
dans toutes les Villes
où il s'estoit rencontré; mais
qu'il n'en avoit jamais trouvé
un qui pûtrien apprendre
à un habile Homme,
&qu'ils n'estoient tous que
des misérables qui mouroiét
de faim&qui avoient
l'effronterie de promettre
aux autres ce qu'ils ne pouyoient
avoir pour eux mefmes.
La-dessus la Dame
s'informe si on luya fait
voir la Génoise, l'assurant
qu'elle est dans une treshaute
réputation,&qu'elle
fait des choses si extraordinaires,
qu'il auroit sujet
d'en estre content. Elle
adjoûte qu'elle demeure
dans la mesme Ruë à trois
Maisons de la sienne, de
que s'il veut qu'elle le mene
chez elle,elle cnvoyera luy
faire messàge
, ne doutant
point qu'elle ne les reçoive
avec plaisir. Le Cavalier est
ravy de l'olne, ôc dit qu'il
s'étonne que son Amyqui
le connoist pourle plus curieux
de tous les Hommes^
ne luy ait point parlé de
cetteFemme. On fait partir
un Laquais, & cependant
la Dame propose an
Cavalier de voir son Cabi-
11er de Bijoux. Ils yentrenr:
Quatre grands Miroirs,
cinq Lustres de cristal au
Plancher, & un Bufet do
vermeil doré,luy frapens
d'abord les yeux. On luy
ouvre une Armoire d'où
l' on tire deux ou trois
Laycres pleines de Méd.uU
les de toutes façons, des&petites,d'or,d'arggerannt.,
& de cuivre. On luy fait
voir un Colier de Perles
d'une grosseur prodigieuse,
avec une infinité de Diamans
, & de Pierreries, Bagues, en en Roses & en Bracelets. Apres qu'ilaemployé
quelque temps àconlïdcrcrroutescesRichcflcs
on luy ouvre une autre Armoire.
Ilen fort un Coq,'
qui ayant volé surlaTable,
eteint deux Flambeaux en batant desaisles &ch inrc deuxfois.LaDametraitele
Coq detourdy, & luy ordonne
de rallumer les deux
Flambeaux. Cela est fait
dans le mesme instant. Le
Cavalier s'aproche du Coq,
mais comme il croit le toucher,
le Coq s'envole sur de
grandes Armoires voisines,
où deux autres Flambeaux
s'allument aussi-bien que
douze Bougies de cire blanchequi
sont dans le Lustre
attachéau milieu du Cabiner.
Le Cavalier ne s'étonne
point.Ilditàla Dame qu'il
voyoït chez elleplusqu'il
n'ayoit veu dans tout son
voyage, &la priantdevoir--
loir déployer pour luy ses
plus grands secrets, il suit
leCoq. Le plumageluyen
paroissoit extraordinaire.
Voicyleprodige. Les Armoires
sur lesquelles le Coq
a volé, s'ouvrent d'ellesmesmes
& laissent voir
deux Cadavres àmoitié décharnez,
étendustout de
*
leur long sur des Couffins
d'un velours qui semble efl
tre tout de feu. Ilsavoient le
nez assez bien formé, mais
une mâchoire sans peau &
sans levres. Le reste du
Corps, particulièrement
descuisses en bas,n'estoit
qu'un Squelete. Le Cavalier
ne sçait que penser. Il
fait l'esprit fort, quoy que
la peurcommence à le prendre.
La Dame sourit, & il
neluy a pas si.toitdemandé
si ce iont des Corps embaumez
de quelques-uns de ses
Parens qu' elle conferve
avec tant de foin, qu'il voit
remuer un de ces Cadavres.
Cette nouveauté le met
dans la deaniere surprise. Le
Mort se leve, sort de son Armoire.
& d'un bras tout dé- -
charné tire l'autreMore par
la main. Les voila tous
deux debout. Ils jettent des
regards étincelans,& s' avancent
lentement vers le
Civalier. Jugez de la
frayeur où il est. Il recule,
observe les deux Cadavres,
& se souvenant que depuis
la Salle des Tableaux Ton
Conducteur ne l'a point
suivy il ne doute point qu'il
n'ait partàce qui luy arrive.
Les Cadavres luy rendent
les mains, &continuënt de
marcher vers luy avec la
mesme lenteur. La Daine
demande d'où vient qu'il
les craint, & ce qu'est devenuë
cette belle fermeté
qu'il sembloitavoir, mais
lateste acheve de luy tourner,
&il se préparoità fuir,
lors qu'un des Squeletes,
comme ennuyé de luy offrir
inutilement la main, le
pousse si rudement qu'ille
fait tomber contre la Porte.
Sa chûce la faitouvrir Il
se lauve sans sçavoir (ù,&
a pres avoir traversé pusieurs
Chambres, il g;'gie
la Ruë,l'esprit si fort en désordre,
qu'il a peine à rctrouver
son Logis. Il yarrive,
paffe la nuit dans des
agitations inconcevables,
& lejourneparoilt pas aussitort
qu'il le louhute, pour
aller Ce couperla gorge avec
un Amy, qui 1uy a joué un
sivilain tour sans l'en avetv
tir. Il se leve dans la pensée
qu'ille surprendraencor au
Lit. Il frapeàsaPorte. Un
visage inconnu luy vient
ouvrir. l! demande le Génois.
Onrepond qu'il n'a
jamais demeuré dans ce
Logis. Il ditqu'on le fdiTe
parleràon Valet Francisco.
On
On appelle Francisco. Il
vient à la Porte, mais ce
n'est point le Francisco que
le Cavalier connoist,&ce
Francisco de son costé ne
connoiftny le Génois, ny
celuy qui le demade. Le Cavalier
semeten colere, dit
qu'on se moque de luy tire
l'épée, monte à la Chambre
du Génois, & prétend qu'il
n'aura pas de peine à le trouver.
La Porte s'ouvre si rost
qu'il y frape, & au lieu d'une
Chambre tres propre où il
avoit soupé le soirprécédent,
il ne voit qu'un
taudistoutremply deVersà
foye. Il descend aussi honteux
, & aussi troublé qu'il
estoit forty de chez la Dame.
Il donne la Ville, la
Maison,&l'Amyau Diable,
fait voeu de n'estre plus
curieux, va sur le Port chercher
sa Felouque, & semes
en Mer deux heures apres,
font surpris d'avoir trouvé à
Génescc qu'il n'y estoit pas
venu chercher, & d'avoir
cherché tant de fois ailleurs
ce qu'il n'avait jamais pû
trouver.
Quoy qu'il ne puisscom,
prendre ce qu'il aveu, il
croit toujours que ce na
ellequ'un tour d'adresse )&
que s'ileust eu la fermeté
qu'il s'estoit promise, ileult
découvert la tromperie. La
Troupe du Roy,appellée
de Guénegaud, annonce une
Comédie nouvelle fous le
titre dela Devinerejfc^u/es
faux Enchantemens Je ne
sçay pas bien encorce que
c'est; mais de la maniere
qu' on m'en a parlé, le
spéctaclede cette Pièce approche
fort des choses surprenantes
que je vous viens
de conter. Sicela citlilvau-ù
dra bien les Machines ordinaires.
Il aura du moins
une nouveauté qu'elles ne
peuvent plus avoir. Nous
en sçaurons davantage avec
le temps. Heureux qui se
peut servir de son secours.
Il guérit souvent les plus
grands maux, & la Fable
que je vous envoye vous va
l'apprendre. Elle est de
MrduLivety.
LE TEMPS
MEDECIN.
FABLE,AIRIS. uNe Linote toute aimable,
Et de qui lestendres accens
Totijfcz, d'un gozier agreable,
Endormoiu/t la raisonre"vcilloient
lessens;
Sur les autres Oyséaux frit un si
'àgrand empire, l'envy chacun d'eux paur elle
flûpiroit.
Chacun touché d'amour, à luyplaire
tjpiroït)
Sans quaucun ofafi en rien dire.
Entrautres un Serin, ungay chardonnerety
Sentoientpouretle un feusecret,
Et bien qu'ellefustfourde aleur
tendreramage,
Cesmalheureux Captifs aimoient
leur efilavage.
Bile êcoutoit assez, leurs soûpirs
amoureux,
Maisfinfitperbe coeur n'enpoujfoit
point pour eux;
plus àla vaincre ilsse c:0;inoient
depeine,
Etpluselle efioit inhltlllllint.
Mats enfin ces Oyjeaux-,unjour,
Ne voZuntplus nourrir une gérance
vaine,
Las de tomses mépris,furentprier
l'Amour
D'adoucir lepoids de leur chaîne.
îlsjeplaignirent desfroideurs
JjWa'voitpour leur ardeurl'infinsibleLinste,
Allez, leur ditl'Amour, pour punir
sesrigueurs,
Je luy feray bientost changer
de note.
De tous mes traits je prendray
le plus doux,
Etlarendray plus sensiblepour
vous., N"efi:-il pas temps que mon,
pouvoiréclate,
Et qu'elle vive sous mes loix
Oüy, je veux, chers Oyseaux,
que cette Belle ingrate,
De l'un de vous deux fafîc
choix.
Alors Uns deux dans leurramage
En attendait cet heureux jour,
Châtentcentfois,Vivel'Amour
Publionsses bontez,rendonsluy
nostre hommage,
II va contenter nos desirs, Et pour celle qui nous
engagf
Nous ne poufferons plus d'inutiles
soûpirs.
•Apresunetelleajjitrance>
Fiers despromejjcs de l'Amour,
Jlsfiifatentdel'tjpérance
Réfléchir la Linote ItnjOttr
Et vont dans le charmantsejour
Oucet aimable Oyseaufaifoïtfi
residences
Pour la gagner, ilss'arment de
confiance,
Et tous les matins tOllr-à-tollr,
Parde tendres Chanfins, chacun
defin amour
LuyvamarquerU violence.
Mais quoy fdes momcns les plm
doux
L'Amour nefipas toujours le
maijlre,
Etquelquefois le Temps, defionpouvoirjaloux.
2NVe~ nom l/efaiftque trop fc-onoij?lr~e;;
leprivesouventdesplus beaux
defisdroits,
Et rendsiprévoyancevaine:
il en voulut donner une preuve
certaine,
Lors que sur ces Oyséaux ilétendit
fiesLoix,
Pour leurfaire brificr leur chaîne.
Hé quoy? leur dit-il en couroux,
La Linote se rit de vous,
Et ce qu'on doit nommer l'objet
de vostre haine,
Doitil estre l'objet de vos voeux
les plus doux?
Hé que vous a servy tant de per- leverance,
Qdje^amviolulsefaire percer le coeur
coups,
Et vous donner mariere à nou- v.11foLiffi;nc ? Quittez, quittezl:rr:.ur qui
vous a trop ëduits,
Voyez pour une Ingrate où
vous (fis réduits,
Vous n'en pourrez jamais vaincre
l'indisérence.
Voila ce vue le Temps leur dit.
A c,pre-tdiscours chacun d'eux
se rendit.
Le Timps,pour les gu/rjr, leur ordonna
l'abjence,
Etce ntnede lesçuérit.
C'ejrta, charmante Iris, ce quegAgnent
les Ficrcsi
Souvent un Amant rebute
Se laffi d'estre mdtraité,
Et leTtinps a lafn dtjjllle/espaupitYts.
Je vous ay déjà marque
que M Verjus Secretaire
du Cabinet, avoit esté reçeu
à l'AcadémieFrançoise.
Voicy ce quej'aypû ramasfer
du Compliment qu'il y
fit. Il dit d'abord, Qu'on
ne pouvait mieux faire des
remercîmens d" une grâce9
quenfaisant voirqu"on en
sçavoit connaîtretout leprix;
& qu'il croyoit awoirdéjà
fù!ftfamment persuadé Mcfpeurs
delAcadémieypw
confiance qu'il ut'oit euë desirerlhonneurd'en efl,
combien ilsefintuit obli
de lu confiante inclinatil
quils anoient témoignée
ly'recevoir; Quilny a) fortoitpoint d'autre arva
tage, que fin refyeiï leurs pot. Perfinnes, & un amou naturel pour les belles Let
très;Ghiaujjî celuy-lafujfi
sist. il pour le mettre en éta
deprofiter de leurs lumiere.
(J de leurs exempies;,,
avoitl'obligation au grana CardinaldeRichelieu, d'àvoir
réüny en un Corps tant
VexceliensMailires des plus
eaux Arts & de toutesorte
ie Sciences.; Que le mérite
f5 la réputation de cette illuHre
Compagnie formée de
la main de ce grandHomme,
avoient t()u/uursaugmente
depuis. Etalors faisant connoistrequ'il
ne parloit
point de ceux qui la composent
aujourdhuy, pour
ne pas faire peineàleur mode
Hie
; c,e ne paurroit-on
point dire, adjoûta-t-il, de
ceux qui lesontprécédé,&
qui ont rendu le deuil de
J-Académie,lorsqu'eUe,
a perdus, commun à tous Ordres du Royaume A ?
ne diroit-on point de ce Cha
celierplusgrand encorpar tertuQ) par Vétendue
Jïsconnoijfuncesy < queparj
Dignité, quilcrutlongtemj.
honorée par celle d'Acadt
riiicieny avant qu'ilfitft Prt
teSîeurdelAcadémie,
com
l'ne il leHoit deja3çy ej comm
-,
il & le fut toujours depuis de
lbeaux Arts, des Lotx, d Equité,&delaReligion.-
iQue ne difuit-on point dt
tant de Prélats) de Minf
très, de Magifirats, & dautres
grands Perfunnages qui
ontpartagéVemploy de leur
temps CSdeleurs talensentre
les exercices de l'Académie&
les fondions de Lurs Charges?
Il poursuivit en disant,
Qu'il ne pouvait considérer
tant de mérite & tant de
gloire, sans redoubler les
mauvemens desa teconnoifsmee,
es sansdesirerpassionnément
de mériter la grâce
qu'il recevoit ; maisqu'il reconnoissoitn'avoir
rien en
luyy qui puH avoir contribué
- l'en rendre digne, f.:j que
Messieurs de l Académiepuf.i
fent avoir confideréJ que si I
passion pour la gloire du Roy
leur auguste Protecteur;
Quil neflloitpasfeulement
d)exceOens MaiJtres dans le
dessein & dans l'ordonnance,
pour travailler au Temple de
Gloire que l*Académieélevoit
au Roy par des Ouvrages
d'une fterne/Je durée; ttil fiiIIoit aujjï de moin-'
dres Ouvrierspourpréparer
st) fournirlesmatèreaux &
les couleurs;& quilpouvoit
eJlre regardé comme un
de ces Ouvriers; qui sans
adresse & fins capacitépeuvent
par leur travail aider
à celuy des autres; Quayant
eu lieu par ses Vyages de
connoifhe & d'admirer de
loin les grandeurs du Roy,
& aujjl de les voir & de les
admirer de pres, à cause des
entrées de sa Charge, dans
tousles jours & dans toutes
les difiances qu'il arvoitpour
les regarder, ellesluyavoient
paru au dessus de tout ce qui
s'en pouvoit dire ou imaginer;
J*)uesi l'on considéroit
hors du Royaume, &jujque
dans les Païs les pins êloigne,
cesgrandes blotes, qm
Jembloient s'estre tout d'un
coupélevées de la Mery comme
par miracle, avec le Pavillon
François, & tout et
qui sy rvoit & qui sy pvffi,
on trouverait dequoy remplir
toutes les Nations d'admiration
& d'amourpour le
Ky; jQuesi on rentroitdans
le Royaume, es quel'on y
regardcisi tant de nouveaux
Mjnumens plusJuperbes que
ceux de l'Antiquité, tant
d3Edifices &de Travaux im..
menjes pour la cummodité
ïembetlijfement des Villtsz
pour la communication des
Rivières&desMers, pouy
iabondance &la félicitédet
Provinces
, pour la defensa
« lasèûreté des FrúntierfJ;
sionyjettoitlesyeuxsir ceî
va(les & riches Hôpitauxi
ou la Valeur malheureusè
trouve un azjle préJ ê5
for tant de nouvelles Fondations
pour Vinftruction3
pour 1" arvantage) & pour
laJeûreté des Peuples, on
trouveroit que la grandeur
du R au dehors, avoit
des fondemens solides au
dedans) st) auelley essais
surpassée par une grandeur
encorplmmerl,eiIJeufi;Ghte
rien ne paroiflroit si grand
qquueettoouuttcecella, sile Roy ne
Vessoitpas encor davantage
enluy.mesme, &parsesqualitez..
personnelless e U
plupart des Héros les plus
ifmeux arvoient esté dans le
1 sècret de leurs Milifins, du
saens de ce qu'ils avoient
paru à la rvtuë du monde;
tuais que le Roy dans le particulier,
comme dans le public,
efioit toujours grand de
sa propre grandeur,toujours
fIlimei toujours tgal, pins
Soutenu par Lélévation f5
bar laforcedesongénie, que
barsa puissance & parsa dignitéstoujours
par unfige
iifcernement&par une noble
FJatÍence,audessus des défauts
(ci des foiblcjfes de ceux qui
l'approchaient, comme ilestoit
parses exemples au defÇus
de tout leur mérite & de
toutes leursrvertUJ ;
toujours
accompagné de toutes lesplus
grandes & les plusagreables
qualite)pour se fiire refpeffer
(1 aimer de tout le
monde; Qu'àregarder fin
coeur &son efyrit> on trou<
voit dans fil fermete lefondementde
rintrépiditédefies
Troupes; dans sa profonde
feigeffre, lia causse de toutesfis danssi douceur
& dansfii bonté,lesraifims
de Venvie que toutes les Nations
nousportent d'avoir un
tel Maiflre; jQuAinfîyquand
on Vûrpoit bien confideré, on
n'efloit plus fiurpris ny des
chofies étonnantes qùilfiai*
foit, ny de celles qui luy arrievoient;
Qùon cessoitde tout
admirer, f!f qu'on netrouvoit
plus riendegrand, rien d'admirable.,
queL0Ü1S LE
GRAND.
Ce Discours dont je ne
vous donne qu'une idée
tres-imparraicc, satisfit
fort toute l'Assemblée. Je
ne vous dis rien ny du mérite,
ny des emplois de Mr
Verjus, vous en ayant fait
un long Article dans ma
Lettre du dernier Mois.
luy permettantespas de clif-j
poser de son temps, il en
fit avertir Mr Boyer? qui
comme Chancelier de la
mesme Compagnie se trou-
--
va chargé de la parole, 6c
n'eut que vingt quatre heures
à k préparer, à cause
que Mr Verjus ne pouvoir
diférer son départ pour Ratisbonne.
On se feroit étonné
de la maniere aisée
dont il s'acquita de cette
Répose en si peu de temps,
si tant de belles Pieces de
Théâtre qu'il nous a données,
n'estoient des preuves
de
de la délicatesse&de la fécondité
de sonEsprit. Voicy
en quels termes il parla.
AGréez,Monsieur, qu'au
lieu d'applaudir d'abord
a lcloquent Discours
que IOUS venez de fuire, au
heu de n.wJ applaudir nouswcfmes
du mérite de nostre
chjix
,
je t"(,'OZI-S plaigne de ne
voirpas ala tesie de l'Académie
Monsîeur de Serons,
qui en efl priflntement le
Dire[feur. Les obligations
\udiffenfablei de VEwploy
que le Roy luy aconfié, nuquel
il doit tous les momensy
çt) la promptitude de woftre
départ que les ordres de Sa
Mljesléprejftnt inceffimment,
luy ayant ossé l'honneur
de rvOHJ recevoir (honneur
qu'ilse devait> quil
souhaitoit avec ardeur) ilJe
trouve obligéde s)tIII décharger
subitementsur moy, qui
fliis le moindre deses Confreres,
C que le Sort aveugle
a fait le fécondOfficier
de cette Compagnie.
Il eflfâcheux êJpour vous r5pournous,qu'une AEîiott
Aussi celebre que celle-ty, qui
ftJous efl si glorieuser t1 À
laquelle ilne manque rien de
ivojîrepart,perde en 111/
perflnne une partie de fin
éclat ÇJ desa dignité.
Mais comme ce*occasions
sirares &sif/ubaitces fmt
conficrées à la loûngt du
Rrj nostre auguste Prtefleur,
le moyen de refifier à
la violente tentation deparler
sur une matiere si riche
e.5 si Ag<t'^le? Duis je pas f.i.equelque effortpour me
rendre digne de Id, pi.ce que foccupe si poursurÎ:mter
la malbeureufenccsfctoe qui
fiâtdépendre ordinairement
Les ouvrages de l'Ecrit., du
sicours dutempsF
,
ps ?
Si le temps me manque,
Irji'aay-jepas dd''aauuttrree,,ss secours
qui ne me manqueront pas?
Le courage & les lumieres
de ceux qui mont précédé,
& qui mont tracéun si beau
chemin ;ce géniedéloquence
qui regne dans Académie-,
la nldjesié de ces Lieux qui
nous Pdrlentsànseejfe de la
grandeur de leur Maiflre;
à fiveur de mes Auditeurs,
dont lesyeux '5 la memoire
font tellement remplis des
merveilles dejon Regne, r>ue
je n'auray qu'à, leur prcjtnter
les choses que fny à due3
sans ordre>sans art, f3fins
étudej Etsur tout nepuis je
pas attendre du '{el, ardent
qui me brûle pour la gloire
du Roy, une de ces promptes
heureafesfuiHics qui nous
élevant au dessus de nomwefmes3
nous fontaller queL.
quefois où les plus longues
méditations neîçauroientatteindre?
Mais avec tom ces
secours,ay-je le temps de
faire un choix dansun Cha;np
si rva/le dans une matière Il'
abondante) dans cettejoule
d'Images °randes Actions
quisepré/entent à mon
ejftrit?De quel cofté &par
quel endroit tvucherny je
cette m&ticre prétiense que
des mtins si adroites & si
frayantes ont maniée avec
tant de bonheur & avec tant
desuccés !
C'eflvous, Monsieur, qui
devex. m*aider à trouver
quelque route nouvelle qui
me dift nme de ceux qui m'ont
de anse. La conjoncture préfentey
voflre nouvel Employ
qui regarde des Négjtiations
très-importantes, 'Vos/rI départ
préci*pi* té qui fai«t mon
Mforire & mon inquiétudey
minfyirentie nouvellesidées
de U gloire de nofitt Roy.
C'cfi vous qui poiuveg. mele
faireconnoifire par dis endroits
qui échapent a la teue
desautres Hommes. LOINS
LE GRAND, l'uugujle, le
victorieuxJ efl connu de tout
le monde.Je me garderay
bien de tomber dans ces redites
ennuyeuses qui gâtent
les Sujets qzo"ontraite,au InH
de les embellir. Je ne parleraypointdesExploitsincùis
de noflre invincible Monarque,
de cette étendueprodigieuje
deprudence quifiurnit
à tantdebeJoinsdiferens,
quisemblable à la ProvidenceEternelle3
ejlprésente
il tout &par tout. Je laisse
a toute la Terre à parler de
la rapiditédeJes Coxquefles,
du nombre incroyable defis
Ficfoires dont le miracle
trouvera a peinequelquefy
parmy nos Neveux. Tout
parle du grandOuvrage de
la Paix quil a covforumé
avec tant de forte, avec tant
de fàgejfl, avec tant de p.:z.-
tience. Je ne diray rien de
lA beauté de fin Triomphe,
oouuleeVVlnaqinuqeuf,eJurrnenteratrZarînlee
point apres luy des Princes
opprïme\, des Roys enchdtnez,,
des Peuples couverts
de Urines & deflng; mais
ou le Vainqîieur mené avec
luydes Princes déli'Vrt'Zt des
Royssecourus, des Peuples
réjouis.
Cefont d'autres merveilles5
cess un autre L o ii]s
que nous ne connoiffins qu/à,
demy, esquisi montre a vos
yeux, dont je rvuudrojJ par-
1er. C'efi vous3 Monfieurx
f5reos par(ils, a qui dans
conversations dont il vousj
hcnore, & dans les inftru*~\
Etions qu'il vous donne, il,
fait remarquer li fàgeffi de
fis COllflils, la force desa,
Raisin, l'adi-ejre des Rrjfrts
donc ilsefertpour mouvoir
toute l'Europe, cette Science
des divers intcrefis des Princes,
cette connoissance de leur
puijfince & de leurs carafteres
qui fert 4 donner le contrepoids
à ce qùil trouve en
eux ou de tropfort ou de trop
foible pour la coi.firva.tion
de la tranquilitépublique,
ette pénétration avec laquelle
il démesle les plus dlicdtsintérefls
desa gloire '!5
le sa grandeury- en un mot
ette- Politiquesupérieure à
U Politique de tous les tlUtres
Etats, qui le fittriompherpar
tout, & luy donne
un aujfîgrandascendant dans
toutes les Cours defesVoili'ns.,
queses Armes en ont eu dans
routes les ^Parties de lEurope.
Jjhte vous auriez, Monfleur,
degrandes choses à nous
diresur ce fitjet, sile Secret
quicouvreles myfieres d'Etat
nefloit une des prIncipale.
obligations de vostre Chxrgi
e1dervoftre Eniploy! 1
M*is quefaid-je?j,oubliinfenfiblement
que je tVoU
dérobe les momens que t'tJ()HSj
dervez..à Vexécution des or
dres du Roy qui vous prejji^
de partir, Cesî ajfe^quede
wons cHre donné le temps de
prendre icy voïlre place.
AllezireAUX volontt
d'un Roy qui vous demande
cette mefmepromptitudequ'il
apporteheureusement dans
toutes ses entreprises.Mais
pu-venez.- vous, Monfieury
ml, ce beau 'Ztle quivous
lit travailler avec tant de
iccés pour les intérefls es
our la gloire de noflre inimparable
Monarque, doit
rendre icy une nouvelle chaur,
puiI qu'avec les titres
'e Su/ttfideile, de Secretuire
u cabinet, (5 de Plénipoteniiiirede
Sa Majrflé, le titre lAcadémicien que vous pre-
?ezittijourdhuy
y vous doit
aireregarder dans la Per- octnne de vostre Roy & de
vostre Maiflreycelledenofire
ProteSieur.
Cette Réponse fut forç
applaudie. Mr Boyer n,
fit cesser les louanges qu'oiié
luy donna, qu'en dcman.
dant, selon la coûtume, fil
quelqu'un de ces Meilleurs
n'avoitrien à lire. MrCharpentier
commença parun
Panégyrique du Roy, remply
de grandes pensées. En
fuite.,M'I'AbbéTalleniant
PremierAumônier de Madame,
ce lé b re par labelle
Traduction qu'ila faite des
Vies de Plutarque, & par
celle qu'il vient de nous *;
donner de la premiere Parc
del'HistoiredeBattista
Nani, lue le Madrigal que
ous allez voir.
MADEMOISELLE,
Sur son Mariage. 0'7Jy,Frinceffe, en DOM
acquérant.
VEfy.igneJe doit voir dans un
bonheursigrand,
'eUe en rendrajaloux nos Peu-
-
piesérnos PtÍnas.
Admironsfin adrejfi en ce dernier
effort;
Consèrvant toutes fies Provinces,
Elle nomeufifait tnnns de tort.
Mr de Mézeray acheva
par un Morceau d'Histoire
touchant l'origine des Gau
lois. Mrle Marquis d'Aria
geau qui le lût pour luy,
y donna une grace qui aida
fort à en faire remarquer
toutes les beautez.
L'étroite alliance qu'ont
les beaux Arts avec les
Sciences, queceux decette
illustre Compagnie possedent
au plus haut point,
m'oblige à vous en faire icy
un Article particulier. Je
vous ay parlé dans la plûpartde
mes Lettres du progrés
qu'on leurvoyoit faire
je jour en jour. Ce font des
merveilles donc pies de
trois cens Planches gravées 11averite.
Rienn'etf pluspropre
à faire prendrel'idée
qu'on doit avoir de la F¡-an:..
ce,puis qu'elles en font,
connoistre la grandeur par
l'éclat des superbes divertissemens
de son Prince,par
lamagnificence de sesEdifices,
& par le nombre ini..
finy de raretez quis'y trouvent.
Voicy un Catalogue
des Livres d'Efianlves..&,:
desautres Ouvragesde
Tailledouce gravezpour
leRoy, & donnez au
Public
depuis quelques Mois, avec
le prix de chacun deces Ouvra
ges en blanc. 1.R grand Caroufel de
Vannée 1661. contefiant
sèptgrandes Planchs, trente
Figures des Perfnnxges des
1 )nn ges t(Ir cir 1f5 cïnquinte- cinq
Devifs,• le tj'utgravé par!
Cbauveatt &Sylveflre. Arec
un P.J¡},ne Lltinsur le mesme
jùjet. 18 livres.
IL LemesmeCaroufiltraduit
en Latin, avec les rnef
meJ Figures.
III. Le Divertissement de
VerfliUes de Vannée1664.
(oHJ le titre des Plaisirs de
V1fie enchantée) contenant
neuf Planches gravéespar
SylveBte. 3L lof.
IV. La Fesle de Versailles
de Vannée 16*8. contenant
cinq Planches gravées par
le Pautre. 5 1.10f.
>
V. La Feste de Verfûlies
de l'awnée 167+. contenant
Jïx Planches gravées par
Chturveau g) le Pautre. 3 J.
10f.
Les Ffïampes de chacun de
ces Divertijfeinens,separées
duDi/cours. 6 fols.
VI. La prcmisre Partie des
Tableaux durCabinet du Roy,
contenant vingt-quatre Pieces
gravéespar Rouffilet, Pi,
cart, Bddelinkj C hafteau^&c.
avec les Dejcriptions. En
grandpapieryuLEnpetit
papieryiol.
)
Les Estampes des Tableaux,
de la grandeur ordinairefi*
parées, 7f.
Les Enapes en doublefeùiUey
12¡:
VII. La premièrePartie
des Statues & Bustes antiques
des Maifln,Ruya/ts;
contenar, tdix- huit Pieces gravées
par MeiUn. En grand
rJapier, 6L En petit pû,pier, fL Les. Efiiimpes sèparé-es d<fil.
Statues & Bnjïcs,ési
VIII. Le Livre des Tupijl
reries des quatre Elémens
P.j des quatre Saïfionsr contetant
huit grandesPieces &
1rente- deux Dervifès
, gravéesparleClerc,
Engrand
\apiery 7 1. 10fil En petit
14pier,Ó1.
Les Eflampes desTapijJerieJ
fê"O pdré1es. 10sfi..
IX.LeLabjrinte de Verfiilles
contenant quaran",
une petites
Planchesgravées]
par leClerc, 31. 10f. J
X. Les cinq grandes Pieces;
de l Hifloin d)Aléxandrei
gravées d-aprts les Tableaux 1
de Mf le BrurJ) par AudralZ
{1 Eddelink 27 l. J
XL Les Veuës (J Profils:
des Villes,gravées d'apres:
les Tableaux de l?nder-:
meule. Enunefeuille,10fl.
En deuxfetillies,iL En trois
feuilles,1L
TouscesOuvrages sevendent
chez le Sr Sebastien.
Mabre
-
Cramoisy, ImprimeuFdul^
oy, Directeur
de sonImprimerieRoyale.Il
a aussi imprimé les Discours
quiontestéfaits sur tous ces
grands sujets d'admiration.
Vous voyez, Madame,
qu'on a employélesplus
excellens Ouvriers pour
graver ces Planches, &
qu'il ne se peut que ce travail
n'ait beaucoup cou sté.
Cependant le prix qu'on y
a mis elt si médiocre, qu'on
voit bien quec'estun essec
delà libéralité du Roy qui
enveut faire présent au Pu^
blic, & quiest bienaiseque
l'avantage qu'en recevront
ses Sujets, soit communiquéauxEtrangers.
Comme
l'on travaille depuis plusieurs
années à ces Ouvrages,
il eitaiié deconnoistre
que laguerre n'a pointem
pesché les Arts de fleurir,&
qu'au contraire pendant
que le Roy faisoit des Actions
surprenantes pour la
gloire de ses Etats, & qu'il
avoir les efforts de toute
l'Europe à soûtenir,ces
mesmes Arts ont regné en
Franceavec plus d'éclat. De
trestres-
beaux Discours expliquent
la plûpartdes Ouvrages
que je vous ay dit qu'on
avoit gravez. Les premieres
?agc's ont pour ornement
desVignetes d'une invention
& d'un travail qu'on
ne se lasseroit point d'admiter,
si la beauté des Planches
qui font ensuite ne
forçoit d'en détourner les
regards. Le grand Carrouel
de l'année1662.est dédié
Monseigneurle Dauphin.
L'Epistre aussibien que tout
e Discours qui luy sert
l'explication, est de Mr
Perraut de l'AcademieFrançoise.
Vous sçavez, Ma-*
dame, combien il estdigne
de la répurationqu'ils'est
acquise. Jenevousdisrien
de ce Carrousel. Trentesept
Planches en
parlent
assez. Onvoit parelles que
la France n'entreprend rien
où elle ne fassevoir sa grandeur,
qu'il faut qu'elleagisse
dans son repos, que ses
Braves n'ont point de plus
forte passion que dedonner
des marques de leur adresse
dans les Armes, & qu'ilsJ
font tellement nez pour la
guerre,que leurs plus agreales
divertissemens sont
eux qui leurenfournissent
image. Les depensesfaites
our le Mariage du Roy,
ù la Noblesse Françoise
voir paru avec tout l'éclat
ossible, plus de cent cinquante
Personnes d'une
qualitedistinguée ayant accompagné
M le Maréchal
e GJamont jusqu'à Marid,
n'cm pe scherent point
que la Cour ne se trouvast
resqueaussi tost en état
e fournir aux frais de ce
~meuxCarousel. Le Poëme
Latin qui en accompagne
les Planches, est de Mr
l'Abbé Fléchier. Son nom
estun grand éloge.
Deux ansapres,c'estàdire
en 1664. onvit desmagnificences
extraordinaires dans
le Divertissement de Versaillesqui
avoit pour titre,
Les Plaisirs de l'Isle enchantée.
Il ne pouvoit qu'estre
bien imagine, puis que Mr
le Duc de S. Aignan avoit
eu ordre du Roy,d'inventer
unSujet qui fistnaistretout
cequ'on s'estoit proposéd'y
faire entrer d'agreable, lt
estoit séparé en trois journées.
Il y eut une Course de
Bague dans la premiere.On
y vit paroistre le Char d'Apollon.
Ilestoit accompagné
des Siecles, du Temps,
des douze Heures du jour,
& des douze Signes du Zodiaque.
Dés qu'on se fut
placé dans leCamp,Apollon
& les Siecles reciterent
des Vers à la loüange des
Reynes. Ils avoient esté
faits par Mr le Président de
Périgny, & ceux des Chevaliers
par Mr deBenselais
fut renversé par un
éclatde Tonnerre', ôc un
Feu d'artifice acheva de ieconsumer.
Cette pelle qui
dura trois jours,a este une
des plus completes,&des
plus magnifiques dont 011
ait parlé depuis plusieurs
Siecles.Onnedoit pasen
estrefutpris, puis que leMinistreinfatigablequi
avec
les importantes affaires qui
l'occupent,veutbien prendre
soin de tout ce qui regarde
l'avancement & la
gloire des beaux Arts, avoit
donné des ordres si iustes
pour rendre ces Divertis
semens dignes du grand
Prince qui en régaloit sa
Cour, qu'ils ne pouvoient
manquer de paroistre avec
l'éclat qu'ils ont eu. Il ne
faut que jetter les yeux sur
les neuf Planches qu'on en
a gravées,pourestre per- suadé que ceux qui ont vett.
les Spectacles qu'elles représentent,
ontdû les croire
un enchantement. Je ne
vous en fais point une description
particuliere, ces
Planches estant accompa.
gnées d'un tres beau DiscoursdeMr
Félibien, qui
ne laisse rien à desirer sur ce
sujet. Les jours suivans, on
:ourut encor les Testes. Le
ttoy remporta quatre Prix,
Mr le Duc de S. Aignan
deux, &M leDuc deCoisl-
in un. Si le bruit de cette Feste
toute Françoise & toute
Royale,c'est à dire, toute
magnifique & toute galante,
s'est répandu par
toute la Terre, on ne doit
pas moins admirer celle
que Sa Majesté donna ca
1668. dans le mesme lieu de
Versailles. Ce Prince, &
ceux qui l'avoient suivy,
avoient goustéde tresgrands
plaisirs pendant le
Carnaval de la mesmeannée)
puis qu'en prenant la
Franche-Comté,ilsavoient
acquis plus de gloire en un
seul Hyver, au milieu des
neges,des glaces,& des
frimats,qu'onn'enacqué-
: roit autrefois en plusieurs
Campagnes faites dans les
Saisons les plus renlper"éesj,
mais comme les Dames n'avoient
eu que desalarmes
dans ceCarnaval, causées
par la crainte de perdre
ceux qui les touchoient,le
Roy résolut de leur donner
une Feste dans les Jardins
de Verisilles, ôc ordonna
qu'on se servist pour cela
des Eaux que l'Art y a fait
venir malgré la Nature. Sa
Majestéouvrit Elle-mesme
les moyens de les employer,&
d'en tirer tous les
effets qu'elles peuvent faire.
Cette Feste ne devoit
durer qu'un demy-jour;ce
qui marque encor plus la
grandeur du Roy, puis qu'il
n'etf pas extraordinaire
<fu'on fasse de grandes dépenses
pour une chose qui
dure longtemps. Ce nlagni
fique Régal consistoit en
une Collation,élevée au milieu
decinq Allées qui estoiétellesmefmesremplies
de ce qui la composoit en
une Comédie mellée de Balet
sur un Théatre fait ex-j
prés;en un Soupé sous une
Feüillée enrichie detoutce
que l'on peut s'imaginer de
brillant, &de riche; en un
Bal- sous une autre Feüillée
toute environnée de Cas- ,i
cades,avec un beau Feu
l'artifice,&une Illumination
qui faisoit paroistre
:out le Château de Versaillesen
feu; & toutes les
Allées remplies de Termes,
& de Figures toutes brillantes
de lumières. Ces
cinq endroits font le sujet
des cinq Planches de ce
somptueuxDivertissement.
LesDessinsen avoientesté
faits autrefois par feu Mr
Giessé, Dessignateur du Cabinet
du Roy; mais comme
on ne les a point trouvez
apres sa mort, il a salu que
MrBerrin, pourvû aujourd'huy
de la mesme charge
en ait fait de nouveaux iua
quelques Mémoiresqu'on
luya donnez; ce qui'auroit
elletres-difficile à un Homme
moins intelligent que
luy dans ces sortes de choses.
A peine ay-je cesséde
vous parlerd'une Feste,
que j'en trouve six autres
ensixjournées de suite, qui
de mesme que les precéde
ntes n'ont paru qu'apres
de nouvelles Conquestes
du Roy. Elles ont fait les
plaisirs de l'année1674. La
diversité en fut grande,
9
uisquïl yeueunOpéra,un
Concertde MusiqueàTrianon
, plusieurs Comédies,
deux Feux d'artifices, deux
Illuminations, plusieurs
Collations, & un Soupé;
mais il faut remarquer que
ce Soupé, ces Collations,
ces Comédies, ce Concert,
& cet Opéra, ne se donnerent
point dans des Apartemens
deVersai lles,mais
dans- autant de Lieux faits
exprés, qu'il y eut de Diverti
ssemens. Ces Lieux estoient
d'une galanterie, ôc
d'une magnificence si extraordinaire,
quene pouvant
vous rien dire qui en
approche, je fuis obligé de
vous renvoyer au Discours
qu'enafait M Felibien, ôc
aux Planches qui en font
gravées sur les Desseins de.
Mrsle Brun, Berrin,&Vigarany,
qui font les trois
dont 1 imagination avoit;^
travaillé pour l'embellissement
de ces mesmes Lieux.
Jeviens à ce qui aefte fait
pour les beaux Arts seuls;
car quoy qu'ils ayent beaucoup
de part à toutes ces
Festes,l'adresse, la galan~
erie, oc la iniçrmncsnceda
Cour,y en avoient la plus
~rande. Est-il rien qui leur
dit plus avantageuxqui
~Les Tableeauxqsuiviennent uns font
~es plus grands Maifires de
Antiquité.Lesautres, de
quelques fameux Peinrres
rançois qui font honneur
la Nation; & commece
)nt autant de Chtfd'oell
res que peu de Personnes
auroient pu voir, parce
u'ils font dans le Cabines
duRoy, Sa Majestéparune
^onté quin'a pointd'exem*
pie, donne moyen à tous les
Peintres du Monde deles
multiplier en les copiant
sur les Estampes, ce qui sera
d'une grande utilité pour le
Public, & pourra servir d'instruction
à tous ceux qui
ont quelque adresse à manier
le Pinceau. Joignez à
cela que ces Estampes font
remarquer combien la Gravûre
s'est perfectionnée en
France, fous leRegne de ce
grand Prince. Les Statuës,
& Bustes antiques qu'il a
fait graver, ne donneront
pas seulementbeaucoup de
oye aux Curieux, & aux. «lesvoudront
avoir, maisencoraux Sculpteurs
qui auront un seûr
moyen de serendre ha-
~les,en profitant de ces
avantages.
QuelquesOuvragesmodernes
suivent les Buttes
antiques dont je viens
te vous parler. Ils ne
peuvent estre que trespeaux,
puis qu'ils onteste
faits sur lesDesseinsde
Mr le Brun, & gravez ainsi
que les autres, par les rneillurs
Ouvriers de France.
Ces Ouvrages consistent
en huit Pieces de Tapisseries,
où l'on fait connoistre.
la grandeurdu Roy par des
images allégoriques, ce
que des paroles n'exprimeroient
pas assez fortement.
Toutes ces merveilles font
mistérieusement dépeintes
dans les quatre premiers
Tableaux que ces Tapisseries
représentent, qui font
les quatre Elémens. Ainsi
l'oeildécouvre, & l'imagination
conçoit. C'est une
Histoire de toutes les grandesActionsdeSaMajesté,
dont les merveilles dont cachées
fous le voile des Couleurs
du Peintre. Ce qui
enrichit la Bordure est conx-
~poré de tout ce qui sert &
qui a du raport à chaque
Elément. Les Armes du
Roy font dans le milieu de
laBordure d'enhaut de chàque
Piece. Il y a quatre
Devises aux quatre coins.
Deux Actions éclatantes
qui regardent ce grand
Prince, font dans chaque
milieu des deux costez; &
dans celuy de chaque Bordure
d'enbas, il y aune Infcription
Latine de MfC:;J.Írl
gne qui explique ces deux
Actions. Les Vers François
qui donnent l'intelligence
des Devises, ont esté faits
par MrPerraut.
Apres que l'on aveu dans,
les Pieces qui représentent
les quatre Elémens, les
grandes choses que le Roy
a faites, on voit
dans
celles
des quatre Saisons, que Sa
Majesté les a renduës plus
belles & plus secondes pour
nous, & qu'Elle a comblé
nos jours de toute sorte de
biens. Chaque Piece représente
une Saison, & un Divertissementqui
luy est propre;
& pour rendre encor
ces Ouvrages plus agreables,
on a peint dans chaque
Tableau une Maison
Royalechoisie entre les
autres, comme celle qui a
le plus d'agrément dans la
Saison où elle est representée.
Il y a des lnscriptions
Latines au bas de chaque
Piece. Elles font de iVir
Charpentier, qui lesa aussi
traduites en VersFrançois. -
Quatre Devises fervent
d'embellissement aux quatre
coins des Bordures. Les
deux d'enhaut ont raport à
laSaison,&les deux deru
bas au Divertissement figuré
dans le Tableau, 8r.
toutes sont faites àla loüange
deSalvLljené Ellessont
Latines, au nombre de
trente-deux, &ont esté faites
par ceux qui ont l'avantage
d'estre de l'Académie
particu liere de Mr Colbert.
Je pensevous avoir déja dit
qu'elle est composée d'un
petitnobre d'habiles Gens
choisis par ce grand Ministre.
Il prend foin dlevuoir
luy-mesme tout ce qu'ils
sont pour la gloire de Sa
Aajefté)de la France, & des
~peauxArts. Il en juge avec
ne penétration d'efpric
ncroyable; & come il contoist
parfaitement le Roy,
leur donne {vavent des
umiercspour le loüer. Ces
nelmes Devises (onc expli-
[uees en VersFrançois par
M Perraut,àlareserve de
nuit, dont il y en a cinq
raduites par Mr Charpenier,
deux par M l'Abbé
.affaZne., & une par feu
MrChapelain.
Je ne dois pas ou blier le
Labyrinte. Il est dans un
Bocage du petit Parc de
Versailles, & a pris son
nom d'une infinité de petites
Allées où l'on s'égare.
On le fait agreablement,
puis qu'on y rencontre des
Fontaines à chaque détour.
Une partie des Fables d'Efope
leur sert de sujet. Les
Animaux font d'un Bronze
colorié qui en représente
le naturel. On a fait graver
quarante-une Planches de
ces Fontaines, qui font disposées
diféremment pour
lire de la diversité, & qui
ne leurs Bassins ornez de
rocaille fine. Chacun a
ne Inscription de quatre
Vers en lettres d'or, sur une
ame de Bronze peinte en
oir. Ces Vers font de Mr
e Benserade. Ils expliquent
la Fable, &en tirent
moralité.
L'ordre du Mémoire qui
1: au commencement de
ret Article, veut que je
ous parle présentement
del'Histoire d'Alexandre
e
présentée en cinq Taleaux.
Le premier nous
montre que la Vertu plaist
quoy que vaincuë. Alexandre
n'est pas seulement
touché de compassion dans
ce Tableau, en voyant la
grandeur dJ ame du Roy
Porus qu'il a fait son priiàn.
nier; mais il trouve de la
gloire à luy marquer son
estime, en le recevant au
nombre de ses Amis, & en
luy donnant en suite un
plus grand Royaume que
celuy qu'il a perdu. Ce
Tableau, aussi-bien que les
quatre autres, eH: dans le
Cabinet de Sa7 Majesté. Il
seizepieds de haut iur
rente-neuf pieds & cinq
oulces de long.
Le second
,>
quia aussi
ize pieds de haut sur
r*enftelrdeelnong',y-fait con- à point
d'obstaclequelaVertu ne
Hmoilte. On y voit ce niet- i£lA*l^ndrenui.avant
aiTé le Granique, attaque
es Perses à forces inégales,
& met en suiteleur inombra
ble multitude.
f0n est convaincu par le
troisiéme,que la Vertu est
digne de L)Empire de toute
la Terre. Alexandre apres
plusieurs Victoires, défait
Darius dans laBataille d'Arbelle;
&ce dernierCombat
avant achevé de renverser
le Trône des Pertes, tout
l'Orient demeure soumis
à la Macédoine. Ce Tableau
a seize pieds de haut
sur trente-neufpiedscinq
poulces delong.
Le quatrième fait voir
qu'il est d'un grand Roy de
triompher de soy
-
meJm.
A léxandre ayant vaincu
Darius pres la Ville d)I{fe,
entre dans une Tente,où
font laMere, la Femme, &
ia Fille de Darius, & donne
un exemple singulier de
retenuë & de clemence.
Le Roy estant à Fontainebleau,
prenoit un tresgrand
plaisir à voir peindre
ce Tableau. On ne le
sçauroit assez admirer, &
il est impossible d'en bien
exprimer toutes les beautez,
On y voit dixhuit Personnes
ébloüyes de la grandeur
d'Alexandre, & charmées
de sa bonté. Elles font
toutes dans une posture
supliante, & le regardent
avec une attention qui
marque de l'admiration, de
la douleur, fkde la crainte.
Cependant quoy qu'elles
n'ayent ny les mesmes attitudes,
ny le mesme air de
visage, elles expriment toutes
la mefine chose, mais
d'une maniere si diférente,
que l'habileté du Peintre
paroist dans chacune, &
luy fait mériter diverses
loüanges.
Le dernier Tableau nous
apprend queles Héros s'éleventpar
laVertu. On y découvre
la triomphanteEntrée
d'Aléxandre dans Babylone
au milieu des Concerts
de Musique, & des
acclamations du Peuple.
Je n'entreprens point de
loüer tant de Chefd'oeuvres.
Ils font de Mr leBrun,
&c"efi tout dire.
Il ne me reste plus à vous
parler que de treizePlanches
gravées d' apres les
Desseins que le Sieur Vandermeulen
a faits pour Sa
Majesté. Ces treize Planches
dont le mesme Van.
dermeulen a peint les quatre
premieres, font
La Marche du Roy,
ac-1
compagnédeJes Gardes, paf.
fantfar le Pontneuf, r.5allantJ
auPalais.
LA VCUE du Chasteau de
Vincennes du cofté du Parc.
LaVtuëdu Chasteau de
Verfailles du cofté de l'oranprie.
La Veue du Chasseau de
Fontainebleau du cofté d.
Jirdtv.
Veuë de laVille de Béthune
en Artois.
L'Entrée du Roy dans
DunquerqjHt.
r VeuëdelaVilledeBefhnçon
ducoHédeDole,&fitmtion
du Litu, dans la Franche-
Comté.
Veuë de la Ville & FâUXbourgs
de Salins,Chass
teauxyMontagnes jitlation
du Lieu dans la Franche-
Comté.
rr.JL-;U-.C:z .1.u. rh.tIL,Aü A* !:Lnu.y
u»-*' v-vj»wst" +%>w surla FrontieredelàFranchs
Comté.
Veuë du Chasseau Sainte
Anne en Franche - Comté"
comme il si voit en y entrant.
Veuë, du mefineChaftem
SainteAnne,comme ilfevoit
derrièreLi Montagne.
Veue de S. Lattrens de la
Roche, es du Bouig, dans la
Franche- Comté.
Veuë'dumfjhieS.Laurens
de la Roche du coflédu Bourg
dans la Fiaichc-Comté.
La situation de tant de
pllrpc,1",,,,, r-
Ar Ito-— Xtnvvi> uhiii) 'O.:) UV.l!X p!1
que inaccessibles, augméte
l'étonnement que nous a
donné deux fois la prise de
la Franche-Comcé, dont
nous avons veu le Roy se
rendre maistre en si peu de
jours pendant deux Hyvers,
liant la rigueur ne semfcloic
estre redoublée qu'afin
que ce grand Prince en
eustplus de gloire.
Comme toutes ces Plarchesont
esté faites pour Sa
Majesté,&que le S'Vanderymculen
s' est expréstrans
porcé par tout surles lieux
pour en faire les Desseins,
on ne doit point douter que
koiit ce qu'elles rcprefentent
n'ait esté observéavec
la plus grande & la plus
exacte régularité. Je croy
que beaucoup de vos Amis
ne manqueront point à
profiter de l'avis que je
vous donne, & que tant de
belles choses ne peuvent
avoir qu'un tres-grand
debit.
On travaille encor à l'Histoire
des Plantes, & à celle
des Animaux,dont les Planches
font aussigravées par
l'ordre du Roy. On peut
juger par celles dont je
vous parle, qu'il ne sortira
rien des mains des grands
Maistres qui les ont faites,
qui ne soit digne d'estre
veu par tout.
Si je me suisunpeu érendu
iur cet Article, je
l'ay fait non seulement en
faveur de nos Curieux à qui
un pareil avis estoit necessaire,
mais aussi pour en
faire part aux Etrangers qui
lisentmes Lettres. Vous
sçavez, Madame, qu'elles
font assez heureuses pour
aller par tout, & qu'il n'y a
point de Cours dans l'Europe
, où elles ne soient
veuës avec plaisir. Celle
d'Espagne qui sçait si parfaitement
accorder la gravité
avec la galanterie, en
fait un de ses divertissemens,
&on m'assurequelles
y font si bien reçeuës,
mesme de ceux qui tiennent
le timon de l'Etat fous
leRoy, que ces grands Génies
qui aiment la vertu ju£
que dans leur Ennemy mesme,
ont souvent regardé
avec autant d'admiration
que d'étonnement, ce que
j'ay eu l'avantage de publier
des merveillenses Actions
de Loüis LEGRAND,
& du zele infatigable des
Ministreircs qui le fèrvenr.
La justice que j'ay tâché de
rendre à toutes les Nations
qu'au soir pour ordonner
uneFeste. CependantMessieurs
de Ville&lesGrands
ne laisserent pas de se préparer
à une Mafiara^ dont
ils donnerent le divertissement
au Roy dans la Place
du Palais, apres le Soupé
de Sa Majcfté. 1
Sur les neuf heures, les
Cloches commencerent à
carrillonner, & la Ville à
estre illuminée par quantité
de Flambeaux de cire
blanche, que les Cavaliers
& les Ministresfirent allumer
à leurs Balcons. La
grande Place du Palais en
estoit toute éclairée,&recevoir
une grande augmentation
de clarté, par d'autres
lumieres qu'on avoic
élevées sur des pieux. Sitost
que le Roy parut àibtt
Balcon, la Mascaraeut permission
d'entrer. Elle estoit
précédée par les Gardes,
suivis de leurs Officiers,
tous tres-lestes, montez Curdes
Chevaux dont les Selles
estoient d'une broderie
fort relevée, &environnez
de vingt- quatre Laquais,
tenant à la main de grands,
Flambeaux qui par leur
clarté rehauffoient la richesse
ôc l'éclat de leur parure.
Leurs Chevaux sembloient
répondre à leur
gravité. Personne n'ignore
qu'il n'yen a point qui
soient si propres à de pareilles
actions que ceux
d'Espagne. Leur pas est extrêmement
levé, & leur
fiertéinspire quelque chose
de martial à ceux qui les
montent. Cette premiere
Troupe ayant salüéleRoy,
se rangea aux costez pour
laisser le passagelibre à /,&
Mdfèara. Elle avoit en telle
douze Timbaliers vestus de
blanc & de rouge, montez
sur des Mules revestuës de
mesme. Le Corrégidor ou
Chef de Ville, venoit en
suite, couvert de toile d'argent
sur un fond noir, avec
une Echarpe de la mesme
sorte, & un Chapeau garn y
de Plumes des mesmescouleurs.
Son Cheval estoit caché
fous une profusion de
Rubans ôc de petites Sonnetes
d'argent, qui ne luy
laissoient rien de découvert
que la teste. Six Laquais
vestus à la MoreLque, de
toile d'argent, porroient
des Flambeaux autour de
luy. Ses Collegues, le fuivoient
deux àdeux avec IeJ.
mesmes Habits sur de disé
rentes couleurs. Plusieurs
Grands d'Espagne, & quel-,
ques autres Cavaliers, composoient
le reste de îaMafl-,
cara. Ils estoient tous assez
, propres, quoy qu'en Go
nille & en Manteau, car
dans les Festes de Ville la
severitéEspagnole ne dispense
aucun des Tenans
de porter ces marques de
gravité. Leur équipage n'étoit
diférent. de celuy du
Corrégidor que par les COlDleurs.
Un grand nombre
deFlambeaux les éclairoit
Ils estoient porter par des
Laquais, habillez les uns
de Brocard à l'Espagnole,
les autres de Toile d'or à la
Turque, ôc quelques-uns
à laFrançoise. Apresqu'ils
eurent tous salüé le Roy au
pas grave de leurs Chevaux,
ils rentrerent dans la Lice
par un autre endroit, ôc
commencerent à courir las
Pwejas, qui consistent à
pousser deux Chevaux à
toute bride, mais dans
cette égalité, que l'un n'avance
pas plus que l'autre.
Les quatre-vingts Cavaliers
qui composerent la
Mascara, en fournirent
quarante, dont Sa Majesté
fut tres- satisfaite. Ils donnerent
le mesme plaisir à
que lques Religieuses devac
leurs Convens; & au Peuple
à la grande Place de Ville.
Le lendemain, les Officiers
de l'Ecurie du Roy
coururent aussi las Parejas
en Majèra., aux mesmes
endroits
endroits qu'on avoit fait le
soir precèdent. Ce jour-là
hefme Sa Majesté reçeut
es Complimens de tous les
Ministres Etrangers, - qui
l'allèrent féliciter sur son
Mariage, ornez de grandes
Enseignes de Diamans sur
lecostégauche. Cela se pratique
dans toutes les foncions
qui regardent laMaison
Royale.
Tout ce que je viens de
vous dire est la Rélation
mesme du Cavalier, qui ne
se fait connoistre que sous
le nom de El Amante de una
Marîpojà. Vous voyez, Madame,
qu'iln'écrit pas mal
François pour un Espagnol.
Je ne doute point qu'il ne
me fasse la grace de codnuer'
à me faire part des Festes
galantes dela Cour d'Espagne.
On n'en peut rien attendre
que de tres-exact,
apres les soins qu'il a pris
de me marquer jusqu'aux
moindres circonstances de;
celle-cy.
Comme vous estes fort
curicuse, j'espere que vous
me sçaurez bon gré de ce
que j'ay fait graver pour
vous,d'un Pavé de Marqueterie
ou Mosaïque ancienne,
trouvée il y a environ
quatre cens ans à la montéedeGourguillon,
dans la
Vigne du S' Cassaire, Maître
Apotiquaire de Lyon,
& dessignée par les soins de
MrSpon,Medecin aggregé
dans lamesmeVille.Vous
en examinerez les Figures,
& demanderez à vos Amis
quelle explication ils leur
donnent,caron n'y a point
trouvé d'Inscription. C'estoit
le milieu d'un Pavé de
quelque Sallon ou petit
Temple long de 20 pieds,
& large de10. ou 12. Tout
ce quiestautour du quarré,
font des compartimens de
semblableMosaïque qu'on
n'a pas voulu se donner la
peine de dessigner. Ceux
qui voudront m'envoyer
leurs recherches sur l'origine
de ces fortes de Pavez,
feront quelque chose de
fort agreable pour les Curieux,
Nous avons perdu un Illustreen
la Personne de Mr
le Laboureur, Trésorier de
France, & Baillyde Montmorency.
Ilestmortdésle
il. de l'autreMois. Si beaucoup
d'intégritéjointe à
une fort grande expérience,
l'a fait estimer dans le Barreau,
les belles Lettres ne
luyont pas moinsacquisde
réputation parmy les Sçavans.
Le PU{1lJf deCh.irlemagne:)
& les avantages de
la Langue Franqoife sur la
Latine, sont les Monumens
qu'il nous a laissez de son
esprit.Il estoit Parenttresproche
de Mr le Laboureur
Avocat General au Parlement
de. Mets, & a esté
toute sa vie étroitementattaché
au service de Mrle
Prince, ce zéle estant héréditaire
à sa Maison,qui
depuiscentcinquante
ans,
possede sans interru ption
les Charges de Bailly, &
Lieutenant General du Duché
& Pairie de Montmorency.
Feu Mrl'Abbé le
Laboureur son Frere qui
mourut il ya trois ans,estos
un des premiers Hommes
de sonSieclepourl'Histoire
generale & particulière.
Les beaux Ouvragesqu'il
nous a donnez font mieux
son éloge que tout ce que
je pourrois vous dire à ion
avantage. Ces Ouvrages
sont, Le Tombeau des Personnes
Illustres, La Relation
du Voyagede la Reynede Pologne
en 1Ó46. L'Histoire de
CharlesVI. Les Mémoires
du Maréchal de Guébriant,
(5 les IIJtmoÍres de Castelnau.
Mr Prevost Chanoine de
l'Eglise de Paris, Prieur des
Roches & de Brezol, est
mort aussi depuis quelques.
jours. Il n'avait que quarante-
cinq ans. C'estoitun
HommeSage, grand aumônier
, particulièrement
pour l'entretien des Familles
qui n'avoient pas dequoy
subsister, & qui depuis
vingt & un an qu'il
avoit elle reçeu, a assisté
jour ôc nuit au Service de
l'Eglise avec une pieté
exemplaire. C'estleseptié-
Ille Chanoine de Nostre-
Dame quifoit mort depuis lecommencement de Janvier.
Mr Prévost sonFrere,a
quisaChanoinie aesté resignée,
ne démentira en rien
les vertusdont il luy a donné
l'exemple.
J Je vousenvoyéune Historiece
que vous pouvez lire
en toute assurance. Je n'en
connois point l'Autheur;
mais si on en croit quelques
Personnes tres-spiritue lles,
entre les mains de qui il en
est tombéune Copie, il doit
estre de ceux qui sont en
répuration d'écrire le plus
galamment. Il a pris une
matière fort peu commune.
Louis XII. Roy de France,
apres avoir perdu Anne de
Bretagne dont il n'avoit
point eu d'Ensans, épousa
Marie d'Angleterre, & ce
Mariageluy fitfaire laPaix
avec Henry VIII. dontelle
estoirSoeur. Ellefutreçeuë
à Paris avec des magnificences
extraordinaires; &
comme elle estoit fortbelle,
le jeune Duc deValois,Héritier
présomptif de la Couronne,
& qui a regné fous
le nom de François I. en eue
le coeur vivement touche.
Ceux qu'il recevoit dans sa
confidence s'estant aperçeus
que laReyne luy marquoit
beaucoup d'eftime^
craignirent qu'il n'y eust
quelque chose de plusfort
dans les sentimens, & prirent
la liberté de luy en
faire voir la conséquence.
Voicy de quelle maniere
Mr de Mézeray en parle
dans son Abrégé. Le jeune
Duc de VALOIS qui estoit tout
defeu P-)HTles belles Dames,
ne mmqua pas d'en avoir
pour la nouvelle Reyne, si)
Charles BrandonDucdeSuffolk
qui l'avoitaimée avant
ce Jvlariage) & qui suivoit
la cour de France en qualité
d'Ambassadeurd'Angleterre,
n'avoitpas éteintsa premiere
flame. Mais les remontrances
d'Artus de_Goussîer-Bojiy
ayant faitprendre garde au
Ducde Valois, dont il avait
esté Gouverneur,quiljoüôit
àJe faire un Maistre, &qu'il
devaitappréhenderla mtfme
chfc du Pue deSujfuik,il
se guerit de sa folie, st) fit
observerde près toutes les
démarches de ce Duc. Sur ce
fondement, comme la Poësiea
eu de tout temps l'entiere
liberté des Fictions.
l'Autheur de l'Hiftoriete a
suposéun rendez-vous qui
ne fut jamais donné, Marie
ayant toujours esté auilî
vertueuse qu'elleestoit aimable.
LE DVC
DE VALOIS.
HISTORIETE. TOnt dormoh dans P,lrÚ, la
nuit cftoitsansLu.ve,
De lltt,lgCJ e1pj;. I1a..ir el/ott occupe1,
J0u-a?îd unjairx Seigneur ensecret et:¡'J.!pe,
.1/ b r. SedérobantàsaSuiteimportune,
Sonit, d'en gros Manteau lenez,
cnvc'opéy
Tout cela)direz.-vous,fentfa bonne
fortune,
Vous ne vom estespas trompe.
Il efloit attenduparunejettneDdm idefin vieuxMary riallongeoitpas
lesjours.
Vous dire icy comment ilfient luy
toucherl'ame,
Cefieroit un trop longdificours.
Etpuis dans te détail quel befioin
quon s'engage,
Apres qu'on vota a déja dit,
Pue l'Amant efloitjeune,&leMary
fiur l'âge?
Cela, ce mefimble,suffit.
lln'avoitpointa£//fanss luymort,
la Loy Salique
tâyigcoït A Valois ce qu'il avoit de
Bien;
Le rcfie dcfisjours ne tenoitplus
à rien,
Encorestois-ceun rlle ajfez> mélancolique)
Etcependant il a-voltentrepris
D'engendrer un Hoir majlecela,
sans rernife.
ia Reyne vint alors de Londres
a Paris,
Pourl'aiderdans cette entreprifi.
On ne décide point auquel il tint
des deux,
Mais enjin de lHoirma(le on n'eut
point de nouvelles.
Valois aima la Reynedéjàmifme
entre eux,
Les unions descoeurspaifoicntpom
bagatelles.
JlJentoitapprocher l'heure du renedez-
vous. de voeux empreffcz,! que de
tranfiorts deflâme!
Lesplaifirs avenirflatoientsi bien
efin awe, desplaisirspréfer.s nejèroient
pasplus doux.
VaJnescneetseçmayppsjaurfqlucmelelnetiavlarenntucroentre
Dansce 1'ulItmentil rencoîïtre
',,/1- C'efioittm Homme aAge,'a)uneJ¡I:tgefiemeûrey
Enjouécependantj &fige avec mesure,
De plus, son cCooi;n-ff,i,deelenntct chloioisiyf.
xiIIDOisy,luyàit-n, tu vois de
tous les Hommes,
Le plus heureux, le plus conrent;
Au milieu de la nuit,au raom:nt
où nous sommes,
La Reyne,la Reyne m'attend.
J'entens
, luy dit Boisy;fier de
vostre victoire, - Tout transporté d'amour, & d£
joyeenyvré,
Vous courez chez la Reyne y
-
recueillirlagloire
Du tendre &doux accueilqui
vous est préparé;
C'est un boheur pour vous plus
grand qu'on ne peut croire,
Que pour vous arrester vous
m',ayez rencontre.
Et si la Reyne estoit avec vau-=:
plus féconde,
qu'elle ne l'est avec ion vieil 1,
Epoux, (Or cela me séble entre nous
Le plus vray-semblable du
monde)
Le Roy seroit enfinau comble
du bonheur,
Grace à vous il se verroit Perey,
Quoy que ce nom fustpour luy
trop d'honneur;
Et ce que pour luy-mesme il
n'eust jamais sçeu faire,
Vous le feriez en sa f,-,tveur?
Delàtirez la conséquence;
Vous prévoyez bien comme
moy Que , vous qui, Louis mort, hé.
ritez de la France,
Vous verriez apres luy Monsieur
vostre Fils Roy;
Et puis, Seigneur, réduit à recevoirlaLoy,
Il raudroit prendre patience. -
Valois quijufiqu'alorspleindefia.
pajjion,
Nefingcoit qu'aux plaisirsdesi
(here Conquête,
Se vit affiffiné d'une rcfiéxion
1 ivinttroubler toute la FcJlé.
J$j£ileuflbien mieux aimé, s'expossant
au hasard
D'efireSujet toutefiavie,
Cayment &finsflrupule achever
siJolie,
Jïuandileusi dula connolftre trop
tdrd
Sans-doutelepéril de perdre un
Diadéme,
Jtefroidijfoit l'ardeur dtfis emprljfimefUj
Mats aussi ce péril avoittant d'agrémensy
Jî^u'il valoit la Royauté même.
Si l'honneurifèrement luy mentroit
etant d'Etats luydtvoit ceuficrsonaimable
foiblcgê,
Vn autre honneur, de déférente
ejpecey
Maispourtantaujji fort, luy demandoit
tout-hits,
Quediradetoy taMaistresse?
andl'amour avoit le dessous,
Il trouvoit de Boify la Morale ajfcu
b, onne, —— —-'
iljugeoit qu'ilvautmieux manquer
un rendez-vousy uede manquer une Couronne;
J^uoferluypréférerde legèresdouceurs,
pVj/r d'une viandecrcuje aijement
se repaiflre,
lEt qae desiMaifirejfc acceptantles
r faveurs,
IIjouoitafl faire unMaistre.
A l'amour cependant il na pas renoncé.
QuitteruneMaitfreffc&sibelle
&(ichere!
Enccr si cet amour cfioit moins
avanié,
Ce neferoitpas une affaires
Mais/ur lepoint d'eflrc récompensé,*
Laplanterla, cela nesefaitguère.
Ilfiait de plus quil a le présent
dmsfis maÙu,
L'avenirn'elfpa*feur, pourquoy
s'en mettre enpeine,
EtjiJr une crainte incertaine
Rcfiifer desplaifïrs certains?
Lirresolution ejtoit d'une nature
A'neprendrepasif-tofifin;
MaisBoify de qui l'ame efloit #n
peu plus dure,
Leprit, & leforça de rehrottjJèr'
chemin ;
Sans cela de longtemps iln'eufirisn
pu conclure.
Cefage Confidentsoulageant fm
ennfty
Par de bonnes raisons morales,
JÏ>t<oy qu'ilse revolta.tl encor pat
intervales,
Le remena cûucberchez luy.
Je ne vous demande point,
Madame, ce que vous aurez
pensé de cette Galancrie.
Vous avez le goust
rop fin pour n'entrer pas
ans les sentimens de ceux
lui en voudroient voir
beancoup de semblables.
e vous prie feulement de
me mander qui vous croyez
quil'ait faite. Vous en pouez
juger sur le fiile. Je
trouve icy les voix partagées.
On a voulu que j'aye
lonné la mienne comme
es autres, & j'artens impaiemment
vostre réponse
pour sçavoir si je me seray
rencontréavecvous. L'Auteur
a beau se cacher ou
par modestie, ou par quelqu'autre
raison qu'on ne
peut sçavoir. Tout se connoist,
& le hazard m'a fait
enfin découvrir ce que vous
m'avez souvent demandé,
& ce que tout Paris a demandé
comme vous. Le
Livre intitulé Les Conseils
de la Sugejfe3 a eu un si
grand succés
,
qu'on en a
déja fait trois Editions. On
l'attribuoit à un fameux
Solitaire qu'on sçait estre
persuadé des veritez qu'il
enseigne, & à l'occasion
d'un autre Livre du mesme
Authcur
Autheur qui vient de paroistre
fous le titre de Mètode
de converser avec Dieu,
j'ay sçeu qu'ilestoit du
R. PereBoutaut Jesuite.
C'est un Homme qui n'a
pas moins d'érudition que
de pieté, & qui menant
une vie fort retirée dans
cette illustre & sçavante
Compagnie, a donnélieu
aux bruits qu'on a fait courir,
parce qu'il marque dans
sa Préface que les Conseils
qu'il nous a donnez pour
vivre en Sages, sont un fruit
de sa solitude.
Momieur prit place à la
droite,& Mademoisellede
felois àsa gauche. Madame
l'Ambassadrice & Madame
deBéthune se mirent au
ieflous de Monsieur; &
MadamedeMontespan, ôc<
Madame la Duchesse de
Chevreuse, au dessous de
Mademoiselle de Blois. La
dTeableestoit dans le rond laFontaine qui regarde
celle de la Paix, au haut du
teotutd'eau qui joüa-pendant
a le Repas,aussibien que Fontaine de la Paix. Des
dix-huit Couverts dontelle
estoit, il nyen eut que sept
deremplis; Monseigneurle
Dauphin, Madame, Made
moiselle, & leurSuite, qui
dévoientestre decetteFeste
ayant esté à la Chasse avec .4 leRoy. Un grand Plat de
Fruit autour duquel es
toient huit Porte.assietes
garnis de Figues & de Melons,
tenoit le milieu de
cette Table. Il y avoit quatre
Plats de Roty aux quatre
coins, huitEntrées
dans les intervales des Plats
de Roty, quantité de Salades
dans les vuides. Quoy
que dans l'ordre de l'Ambigu
on ne dus point des
servir, on ne laissa pas de le
faire en quelques endroits.
Les huit Assietes furent relevées
de huit autres; les
Salades de Melons & de
Figures, dAssietes d'entremets,
& les Hors d'oeuvres
& Saladesd'autant de Plats
de Fruit.SaMajestefutservie
par MdeVilacerf; Sou
A Royale, par M Thonier
Controlleur General ;& les
Dames, par les Pages &les
Officiers duGobelet. On ne
peut rien voir de plusmaCe
nest pas seulement à
la Cour que la somptuosité
se trouve. Elle va jusque
dans les Provinces; & les
honneurs qu'onrendit à
Madame la Princesse de
Rohan sur la fin du dernier
Mois, en sont une marque.
Elle vint à Nantes, où
Mr de Nointel Intendant
en Bretagne, Mr de Haroüis
Trésorier General des
Etats, & Mr le Premier
Président de la Chambre
des Comptes, la reçeurent
à son arrivée, & la traircrent
ensuite splendidemét.
à Paris, ahn de le trouver
aux Couches de Madame
la Duchesse de Rohan sa
Bellefille.
On a fait de grandes Ce-<
rémonies àAmiens pourla
Dédicace del'Eglise des
Dames Religieuses duParaclet
de l'Ordre deS.Bernard.
fM" r de Breteuil In-^
tendant de la Province s'y
trouva, avec les Magistrats
& Echevins de la Ville, &
toute la Noblesse des environs.
Il n'eit pas besoin
de vous dire que le con.
cours duPeuple y fut grand.
C'est ce qui ne manque jamais
en ces forces d'occasions.
Mr l'Evesque de
Noyon y ditlaMesse,revécu
de ses Habits Pontificaux.
Mr l'Evesqued'Amiensfaisoit
le Diacre, &
Mr l'AbbéGorguette le
Soûdiacre. La plupart des
Personnes qualifiées que le
bruit de cette Cérémonie
attira,y donnèrent des marques
de leur pieté, &on
admira sur tout celle de
Madame la Marquise de
Ramesault. L'apresdînée
Mr l'Evesque d'Amiens précha.
Son Sermon me digne
de luy. C'est dire toutapres
la réputation que ce Prélat
s'est acquise. Le soir on
tira tous les Canons de la
Citatelle, &uri très beau
Feu d' artifice termina la
Feste. L'Eglise de ces Dames
doit estre belle, puis
qu'on a employé cinq ans à
la bîtir, & qu'il y en a un
entier qu'on travaille à la
dorure.
Si vous n'estes pas perfuadée
que la force de l'imagination
produise tous les
effets qu'on en conte, ce
qui eH: arrivé icy depuisun
Mois vous en convaincra
Un Homme de qualiré,cftant
aux pieds d'une Belle
qui n'a pas moins de mérite
que de nainance, luy protestoit
une entiere soûmissionàsesvolontezàl'entendre,
ellene le pouvoit
mettre a aucune épreuve
sur laquelle il balançât à la
satisfaire. Ces protestations
allercnt si loin, qu'après les
plus forts sermens réitérez,
il vint jusqu'àluy jurer, que
si elle pouvoit vouloirqu'il
s'empoisonnast ilse tien.
lioit heureux de mourir,
pour luy prouver qu'il ne
cherchoit qu'à luy plaire.
La Belle le prit au mot, luy
dit qu'elle avoir uneprise
d'Arcenicdas son Cabinet,
voyanqu'il parloit toûjours
ferme, elleen voulut
avoirleplaisir.Elle apporta
cette prise dans un papier,
la donna à son zelé Protestant,
& luy vit tenir parole
avec une promptitude
qui la surprit. Peut
-
estre
crûc-il,ou qu'elle luy retiendroit
la main, ou que cene
seroit pas un veritable Poison
qu'elle apporteroit. Ce
qui donne lieu d'en juger
ainsi, c'est qu'ayant gardé
d'a bord unvisage fortriant,
laBelleneluy eut pasplûtôt
dit avec quelque apparence
detrouble qu'il avoit eu tort
d'aller si viste,& qu'il falloit
promptement chercher du
contre poison, qu'une sueur
froide commença dele sailir.
Elle n'avoit affecté ce
trouble, ny parléderecourir
aux remedes, que pour
joüir quelque temps deson
-
embarras; mais quand elle
vit le vomissement succeder
la palleur, elle connut
qu'elleavoitpoussé lachose
rop loin,& que l'imaginaion
du Cavalier causoit les
nesmeseffets, que ce qu'il
royoitavoir pris auroir dû
roduire. Le remede luy
parut seûr en le détrompant,
mais elle eut beau
lire que le prétendu Arcenic
n'estoit autre choseque
de la Poudre à poudrer, elle
eut beau avaler de la mesme
Poudre en sa présence, le
malluy continuatrois jours,
& tout détrompé qu'il fut,il
luyfallut toutce temps pour
sen faire quite. Il en a ry
depuis avec la Belle,& il y a
grande apparence, que s'il
fait jamais des protestations
decette force, il en exceptera
du moins le Poison.
Vous avez trop eltime"lai
maniere naturelle dontMr
Labbé,Maistre de Musique
de Caën,compose, pour ne
vous pas faire part d'une
Chanson nouvelle de sa façon
qu'on m'a envoyée.
AIR NOUVEAU.
SI Tirsis cfi un inconfiant
Iris3 pourquoy l'avoir rendu content?
JOuiveut defin Amant ménager
la tendresse,
Doit toujours lefaireespérer.
On quitte bientojlsa.Maijlre{fcy and on n'a rien à defirtr.
Il court icy deux Couplets
d'une Chanson de Lysete,
que vous devez avoir entendus,
parce qu'ilssont
dans la bouche de tout le
monde. En voicy les Paroles.
Si tu veux,ma Lyfetey
Entrer dans nos Forejls"
Nous trouverons une Cachcte
J?H'Amour afaire toute exprés.
£>ue ce Lieu rolit(lire
Ell un charmant.fjoltr.'
Nouspourrions la ne nous rien
taire,
N'ayantpourtémoins que l'A..
mour.
Un Homme aussi galant
que spirituel,a donné de la
suiteà ces Paroles, par qua
tre autres Couplets inpromptu.
Je vous les envoye
afin que vous ayez la
Chansonentiere.
La charmante Lyfcte
Au di/èours du Berger
Répond, quefert une Cacheté a.'jd on ne veutpoint s'engar?
papprcrt&ic"f.ipeine,
Ei ditejô/iJmour,
Il ,icfuitpoint quiter la Vlaine»
Ny chtrchcr un autrefqour.
Viens dans ce Bots, Lylete,
Dit alors le Berger,
Souvent en voyant la Cacheter
Lede(irvient de s'enparer.
Tourt'apprendremapeiner
Et dire mon amour,
Croy-moy,sysite, cette Plaine
N'tifpas un commodefejour.
Il est dangereux d'oser
exercer desviolences dans
l'Etat d'un Prince qui regle
toutes ses actions sur la juc.
tice. Celle que LOÜSELE
GRANDrend à tout le monde,
ne le fait pas moins aimer
de ses Sujets, que ses
autres vertus le font admirer
de toute la Terre. Comme
en nous donnant la Paix
il a préferé le repos de ses
Peuples à sa propre gloire, il|
ne peut soufrir qu'ils soient
opprimez, & le Procés qu'il
a saiç faire à un Gentilhome
fameux par ses tyrannies,
nous le faitconnoistre.
Il prenoit le nom deRoy
desMontagnes,&de Prince
des Boutieres. (Les Boutieres,
Madame,fontune
partie desSevenes. ) Il faisoit
armer vingtVillages,
condamnoit à l'amende & à
la mort, & il n'y avoit point
de Prevost qui osast entrer
dans le Païs qu'il tyrannisoit.
Il a esté pris dans Nismes,
où MrDaguesseau,Intendant
de Languedoc qui
l'a jugésans appel, luya fait
couper la teste.
Si le Roy punit ceux qui
leméritent, il ne laisse jamais
les services sans récompense,
& c'est par cette raison
qu'il a donné une Pen&
auparavant Ambassadeur
pour leRoyen Suisse;&
Frere deMr Meliand Maître
des Requestes, Grand
R aporteur du Sceau, & Intendant
de la Genéralité de
Caën. Ce nouvel Evesque
est un Homme d'un fort
grand mérite,&d'une pieté
tres-exemplaire.
Cette Abbaye est une des
plusconsidérables du Royaume,
à cause de plus defixvingt
Benéfices simples qui
en dépendent. L'Abbéest
Seigneur temporel & spirrituel
de laVille d'Aurillac,
fort peuplée par son
commerce;&en cette derniere
qualité ne relevant
que du Pape, il exerce la
JuridictionEpiscopale das
le territoire de son Abbaye,
donnantles Dimissoires,les
Dispenses, les Approbations,
& étendant mesme
son pouvoir jusqu'à conférer
çoiie, aeul'Abbaye d'Aunay
en Basse Normandie.
C'est un Homme d'une profonde
érudition. Quand
nous n'en ferions pas convaincus
par fès Ouvrages,
le Roy a des lumieres si vives,
que l'ayant choisy luymesme
pour le glorieux
Poste que nous luyvoyons
occuper, nous n'aurions
aucun lieu de douter de fonmérite.
On a nommé Mrl'Abbé
duMontal à l'Abbaye da
Chatrice en Champagne
Il est Fils du Comte de ce
nom, Gouverneur de Maubeuge,
& Lieutenant General
des Armées de Sa
Majesté. Je n'adjoûteray
rien à ce que je vous ay
déja dit dece jeune Abbé,
quand je vous ay entretenuë
de laThese qu'il dédia
au Roy l'année derniere.
M l'Abbé de Montrevel.
a eu dans le mefrne temps
le Prieuré de S. Sernin proche
d'Autun en Bourgogne.
Je vous parlay il y a
quelques mois desaFamille,
& il ne me reste plus
qu'à vous dire de sa Personne,
qu'il n'a pas moins
de conduite que d'eqprit,
& qu'il cit sort estimé des
Gens de mérite.
J'ay oublié à vous apprendre
jusquaaujourd'huy,que
l'Abbaye de Montreüil les
Dames fous Laon, avoit
esté donnée àune desFilles
de Madame la Comtessede
Béthune. Cette Abbaye
vaquoit par la mort de Madame
de Longueval, donc
le nom suffit à vous faire
connoistre la Maison, vous
enayant souvent parlé dans
mes Lettres. J'aurois beaucoup
a vous dire des vertus
qui la faisoient estimer pendant
savie, &quila sont
regreter a pres sa mort,
mais Mr de Vilers Chanoine
de Laon, & Bachelier
en Théologie, a si bien
traité cettematiere, qu'en
vous envoyant l'Oraison
Funèbre qu'il a faire pour
cette illustreDéfunte, je satisfaislà-
de ssus à toutce que
vous pourriez souhaiter.
Je vous diray cependant.
Madame, que vos Amis me
font un honneur que je ne
mente point. quand ils
croyent mes Lettres assez
purement écrites, pour klÛtenir
que la régularité de
nostre Langue y est observée.
Je les suplie tres-humblement
de ne prendre aucun
droit sur mes façons de
parler. Il y en a beaucoup
qui m'embarassent, & sur
lesquelles je demanderais
souvent l'avis de nos Maistres,
si j'avois toujours le
temps de les consulter. Je
cherche à me faire entendre,
& croy avoir fait allez,
quand je ne vous donne
point lieu de m'accuser
d'estre obscur. Ainsi n'ofant
m'assurer d'écrire correctement
sur les matières
qui me font connuës je
m'en répons beaucoup
moins quand il s'agit de
termes particu liers à que lque
Art. C'est l'usage(cul
qui en décide, & l'on est
en Quelque façon obligé
de s'en rapporter à ceux qui
se meslent des choses que
ces termes particuliers expliquent.
Ce que je vous
dis doit rendre nulle pary
dont vous me parlez, à l'égarddes
deux mois que j'ay
employez das ma Lettre du
Mois de May, en vous faifant
la description de la Caleche
donnée au Roy, par
M'le Duc de Vivonne. Le
Mémoire que j'en ay reçeu
j portoit le Cordon des
Accotoirs, & je l'ay suivy
sans examiner si c'estoit le
terme propre. Depuis ce
que vous m'en avez ecnf,
j'ay fait consulter la plus
grande partie des Maistres
Selliers qui sont à Paris. Les
plus vieux disent Accoudoirs,
& les autres Accotoirs.
Ainsi on peut se sert
virindiféremmen de l'un
8c de l'autre mot. Quant à
zt\\iycfEntrctoile^ncfaute
d'écriture ne doit pas préjudicier
à celuy qui en a
pris le party.J'ay prétendu
vous dire Entretoise, &moi-i
peu d'application à relire ce
que je vous écris, me devroit
rendre responsable
des cent Louis duPary,si
vous ne l'empescshiez d'avoir
lieu.
Ce que je vous ay dit du
progrés que font icy les
beaux Arts, vous va paroistresensible
par l'éclat
que leur donnent tous les
jours la galanterie & l'invention
des François. Nous
en avons un exemple dans
les Theses. Ceux à qui on
les dédioit autrefois, les re-:
cevoient imprimées sur du
Satin, & ornées seulement
d'une Dentelle d'or,ou daiv
genttoueautour, &aujourd'huy
on employé les Peintres
les plus fameux pour
faire des Desseins de Bordures
,d' apres lesquels les
plus habiles Sculpteurs travaillent,
& se fervent de
tout ce qu'il y a de plus
peau, & de plus délicat dans
eur Arc. Quoyque ces
Theses soientsouvent d'une I.uuteurfk d' une largeur
qui surpassent celle des plus
gran ds Miroirs, on trouve
des Glaces de Venise pouu
les couvrir, & ce fut dans
cette magnificenceque Mrs
d'Aligre petits-Fils & arriere
Fils de deux Chanceliers
de France, presenterent
à toute la Maison
Royale, ce lles qu'ils soûtinrent
ensemble au Collège
d'Hircourt sur toute laPhilosophie. LePortrait
du Roy, entouré de tro
phées d'ariiies,cltoit au mi
lieu de celle qu'ils euren
l'honneur deluypresenter
Le Dessein de cePortrai
estle dernier Ouvrage d
feu M' deNanteuil. Le S
EddelinkjConfeiller de l'A
cadémie Royale de Peinturc
& de Sculpture, l'avoiri
gravé. Il estoit dans uni
Cadre magnifique avec
une tres belle Glace de Vénife
qui le couvroit. L'ornement
du Chapiteaucousistoit
aux A rmes de Sa Ma-.
jessé, suportées par deuxFiures,
dont l'une reprelenoir
la Renommée, & l'aure
la Paix. Plusieurs Génies
noient des Chifres, &
nissoient voir ces Paroles
qui servoient de Titre à la
hefe. Ludozico Magno,
elli ac Pacis Arbitra, iln y
voit aucun de ces Ornenens
qui ne fuftaccomparné
de Fleurs,de Festons. &
l'Armes, Simboles de la
yâix & de la Guerre. L'or
lui relevait toutes ces choes,
leur donnoit un éclat
quej'aurois peine à vousexpliquer.
Le Roy fut trèssatisfait
decePresent, &
témoigna à Ms d)
avec cet air de bonté qu
luy est ordinaire, quand i
veut marquer qu'il est con
tent. LesOrnemensde la
These qu'ilspréfentercni
enfuite à laReyne, avoient
aussi quelque chose de fort
magnifique. Ses Armes su.
portéespardjeux Génies cir.
toient dans le Chapiteau
avec quantité d'Ornemen
dans la Bordure, qui convenoient
à la grandeur de
cette Princesse. Le Portrait
du Royluy parut tres. bier
,'a.it, & très-ressemblant.
Monseigneur le Dauphin
qui trouva lamesmechoie,
dit comme elle àMrsd'Aigre
en recevant la These
qu'ils luy porterent. La Bordure
en estoit aussi riche
que bien entenduë. Le Chapiteau
faisoitvoir Minerve
tenant son Bouclier, sur lequel
on avoit représent&éles
Armes de ce jeune Prince.
Cette Déesse estoit environnéedesSimboles
des
Artsliberaux. LesThéses
qui furent presentées à
Monsieur& à Madame, estoient
aussi dans des Bordu
restres-magnifiques.
Jenc]
vous dis rien des Ornemens,
sinon qu'ilsconvenoient
tous àce qu'on peut
dire de Leurs Altesses Royales.
Ces cinq Bordures!
avoient esté faites par le Sr
le Fe bvre, un des plus ha-li
biles Sculpteurs que nous
ayons.
Il seroit difficile de voir
une plus belle Assemblée
que celle qui se rendit au
College d'Harcourt, le jour
que cette These fut soûtenuë.
Mles Cardinaux, Archeveiques,
Evesques, Genéraux
d' Ordre, Abbez,
Princes, Commandeurs 6c
Chevaliers,PrésidenàMortier,
Conseillersd'Etat,
Maistres des Requestes, &
genéralement tous ceux qui
assisterent à cette Aaioli,
en firent paroistre une ia",
tisfaction extraordinaire.
Chacun s'empressaà féliciterles
deux jeunes Soûtenans
de leur succés.Leurs
réponses furent toutes pleines
d'esprit, & eurent je"
ne sçay quoyd'aisé qui fit
dire tout d'une voix qu'ils
marchoient sur les pas de
-
leurs Ancestres, &: qu'ils
soûtiendroient avantageulement
l'honneur & l'éclat
de leur Maison.LaSalleoù
ils répondoient, estoit magnifiquement
parée. Ily
avoit un tres riche Dais fous
lequel estoit un Portrait du
Roy en Pastlel. Il fut ad-s
miré de tout le monde.
C'est le dernier du mesme
MrdeNanteüil & l'un des
plus ressemblans, & des
plus beaux qui ait encor
esté fait. La Bordure de ce
Pastel estoit toute de Glace,
enrichie de Couronnes, de'
Plaques, & de Festons de
vermeil doré ,letoutd'un
tres- beau travail.Les Tapisseries
estoientparsemées
de Fleurs de Lys, avec les
ArmesdeFranceaumilieu
de chaque Piece. On avoir
miscelles dela Maison d'Aligre
aux quatre coins.
Vous avez sçeu que Mr
le Commandeur Lubou
ftlirski, Prince del'Empire,
GrandEnseigne de Pologiie,&
Frere du Grand Mv
reschal du mesme Royaume,
yavoitesté nommé
pour aller Ambassadeuren
Savoye. Il arriva à Turin
le 31. de Juillet, accompagné
de MrdeRévérend,
Parisien, Premier Secretaire
des Commandemens dela
Reynede Pologne, & de
plusieurs Personnes de qualité
du mesme Païs. Son
Train estoit si nombreux
& si magnifique, que la diligence
qu'on apprit qu'il
avoit faite, parut incroyable,
quand on sçeut qu'il
avoit toujours estésuivyde
tout son monde. Il demeura
incognito le premier soir, &
dés le lendemain il tilt visité
de la plûpart des Seigneurs
de cette Cour, qui
le reconnurent pour le met
me Prince qui avoit montré
tant d'adresse, de vigueur,
& de bonne grace à
manier des Chevaux, & à
s'abandonner aux passages
les plus difficiles, en chass
sant avec feu Son Âltesse
Royale, dans un premier
Voyage qu'il fit à Turin il
y a dix ou douze ans. Sitost
qu'il eut fait sçavoir
qu'il y venoit revestu du
caractere d Ambassadeur
Extraordinaire, les ordres
furent donnez pour lerecevoir.
La connoifïàncc
qu'on avoit déja de son
mérite les fit exécuter
avec joye, & le jour de
son Entrée ayant esté marqué
au Lundy 7. de ce
Mois, Madame Royale or,
donna que les Troupes de
la Garde àcheval de S.A.R.
& celles de la sienne, se
trouvassent en bataille dan%
la Place du Chasteau sur lei
quatre heures du soir, afin
d'aller au devant de MI
l'Ambassadeur. Il cHoUj
~orty de la Ville, & les atendoit
à S.Salvari vis-à-vis
lu Valentin, où il devoit
estre complimenté, & où
es Gardes s' estant rendus
avec le Carrosse du Corps,
ipres les complimens faits,
;>n commençaàdéfiler par
l'Allée de la Promenade
qui répond à la grande
Porte du Valentin, & en
fuite par le grand Cours,
afin d'entrer dans la Ville
par la Porte-neuve. Les
Arquebusiers de Madame
Royale, dontMrle Marquis
Dogliani est Capitaine, &
Mr le Baron de Palavesin
Lieutenant, marcherent
d'abord conduits par Mrk
Marquis dela Chuse qui en
est Cornete, ôc qui estoit
aussi propre & aussi magni
fique dans sa parure, quele
Cheval qu'ilmontoit paroissoit
superbe. Il fit cette
fonction en la place de son
Lieutenant occupéailleurs;
car vous fçaurez, Madame,
que lesCapitaines descompagnies
de Cavalerie de la
Garde de Leurs AA. RR
ne se mettent jamais à leur
telle, que quand le Souverain
rain ou la Souverainemarche.
Les Arquebufiers,
ainsi que tout le restede la
Garde, estoient comme
dans les jours des plus grandes
Cerémonies,c'est à dire,
ayant des Casaques noires
sur lesquelles il y avoit un
gros galond'or, avec leurs
Casques tous couverts de
Plumes, bleu,feuille-morte,
blanc & noir, & une
fort belle Aigrete blanche
dans le milieu. Leurs Cheraux
estoient richement
enharnachez,&avoient des
Housses toutes parsemées
des Chifres de M. A. & afsortissantes
à la garniture
desCasques.Onvoyoit en
suite les Arquebusiers de
S.A.R. dont Mrle Marquis
deDrosnay est Capitaine,
Mrde Grémonville Lieutenanc,
ôe Mr le Marquisjie
la MotteSanfray Cornete.
Ilsestoientconduits parce
dernier dans le mesme ordre
de parure, à l'exception
des couleurs, leurs Plumes
estant rouges, blanches,
gris-de-lin & bleu, & leurs
Casaques rouges, avec un
gros galon d'or. Leurs Chevaux
magnifiquement enharnachez,
avoient sur leurs
Housses les Chifres& les
Devises deS.AR. La Compagnie
des Cuirassiers de
M. R. suivoit.MrleComte
de Visc en est Capitaine,
MrdeCagnol Lieutenant,
& Mrle Barond'Alemagne
Cornete. Ces deux derniers
ne s'y estanc point
trouvez, laCompagnie eut
à sa testeM le Baron dePalavesin.
Lieutenant de celle
des Arquebusiers de M. R.
! Ilsestoient armez de leurs
Cuirasses aussi éclatantes
que des Miroirs, & dorées
sur toutes les extrémitez.
Le Chanfrin de leurs Chevaux
estoit aussi cuiraue.
C'est ce qui donne à ces
Troupes un certain air de
guerre, qui charme & le fait
redouter en mesme temps.
Leurs Casques estoient ornez
de la mesme maniere
que ceux des Arquebusiers
de M. R. & leurs Chevaux
parez de la mesme forte.
Apres cette Compagnie,
marchoit celle des Cuirasfiers
de S. A. R. dontMrle
Comte Augustin des Lances,
Chevalier de l'Ordre,.
est Capitaine; Mrle Comte
Osasquede laRoque, Lieutenant;
& MrleMarquis
d'Entrayves-Tana, Cornete.
Ces deux derniers estoient
à la telle, si remarquables
par leurs Personnes,
que malgré la richesse
extraordinaire de leurs Habits,
& des Harnois de leurs
Chevaux,ils ne firent rien
tant considerer que leur
bonne mine. Cette Compagnie
estoit parée des mémes
couleurs de S. A. R. que
portoient les Arquebusiers
de ce Prince, & armée de
toutes pieces d'un acier fin
& luisant, & doré de la largeurd'un
poulce dans les
extrémitez.Elle précedoit
le Carrosse du Corps de
LeursAA. RR. dans lequel
estoit Mr l'Ambassadeur,
conduit par Mrle Comte
Augustin des Lances, Chevalier
de l'Ordre, qui l'avoit
esté recevoir, accompagné
de Mle Comtede
la Mourre. Ce dernier et
toit avec eux dans le Carrosse,
ainsi que Mr de Révérend,
ôc un autreGentilhomme
de la Suite de Mr
l'Ambassadeur. La Compagnie
des Cent Gentilshommes-
Archers, tous Savoyards,
qui fuit toujours
le Carrosse du Corps, où la
Personne de LeursAA.RR.
marchoit immédiatement
apres. Mr le Marquis de
Bernex, Chevalier de l'Ordre
, en est Capitaine; Mr
le Comte de S. Maurice,
Lieutenant; & Mrle Marquis
deChastillon laSerra,
Cornete. Ce dernier estoit
à la teste. Un grand air
guerrier qui accompagne
sa belle taille, & la riche
parure dont il brilloit,répodoient
parfaitement aux
impressionsque fait cette
Compagnie soit dans ses
Exercices, foit dans ses
Marches, soit mesme lors
qu'elle est formée en Escadron.
Il estcertain quetous
ceux qui la composent, ont
bien dequoy arresterles
yeux. Leurs Cuirasses appliquées
sur un Buffle dont
tout ce qui paroît eH: brodé
d'or, leurs Casques chargez
de Plumes des couleurs de
S. A. R. les Lances qu'ils
portent à la main droite,
auprés du fer desquelles une
petite espece de Banderolle
faitvoir leur Devise, leurs
Chevaux enharnachez, &
ayant des ornemens tresbien
assortis;tout cela,
dis- je, forme un spéctacle
qui dans ce qu'il fait paroistre
d'agreable & de galant,
ne laisse pas d'inspirer
de la terreur, &de représenter
laMajestédu Souverain
à la garde duquel cette
Compagnie est attachée.
Les autresCarrossessuivoient,&
fermoient la Marche.
Tout estant arrivé
dans la Ville aux fanfares
des Trompetes,&au brui
des Tambours duDétache
ment duRegiment des Gardes
qui estoit de garde ce
jour là au Chasteau, & qui
se trouva alors fous les armes,
M l'Ambassadeur sur
conduit dans le Palais de
M1le Comte Augustindes
Lances. Apres qu'on l'y
eeuuttrrééggaallééppeennddaanntt tcrrooiiss
jours selonla coûtume, aux
despens de S. A. R. on le
vint prendre pour l'Audience
où il alla accompame
du mesme Chevalier
le l'Ordre, & précedé de
\tir le Comte de Scaravel
Grand-Maistre des Cerémonies.
Dés qu'il fut dans
la Salle des Gardes, M. R.
ble. Ml'Ambassadeur s'avança,
en faisant trois pro,
fondes revérences. La pre. 1 miere des la porte, 6c la
troisiéme, aux pieds de
M. R. Il en fit une en suite
à S. A. R. & une autre à
Madame la Prince sse; apres
quoy il cõmença Ion Compliment,
& exposa le sujet
desonAmbassade.Il vous
efl aisé de vous figurer la
maniere dont il fut reçeu,
apres ce que je vous ay dit
plusieurs fois de cette augusle
Ré,gente. Une grandeur
véritablement Roya,
& une majesté qui n'a
en d'égal, se joignirent à
1
L
douceur naturelle, & à
ette bonté toute c h armante
qui luy sçait si bien
agner les coeurs; 6c ians
que ces caracteres dise ens
erdissent aucun de leurs
droits, ils se con fondirent
leureusement, comme ils
sont toujours quand quelqu'un
l'aborde. C'est ce
pi fait qu 'on luy parle
avec confiance,quoy qu'on
a révere avec de profondes
soûmissions. Mr l'Ambassadeur
ménagea tous ses
devoirs en grand Homme
& ses manieres égalemen
respectueuses & agreables
donnerent assez à connoître
qu'il n'estoit pas moins
penétré de la venération
qu'inspire la présence de
- cette grande Princesse, qu'il
estoit charmé de la com
plaisance avec laquelle elle
écoute tout ce qu'on luy
veut représenter. Il dit qu'il
l'estoir venu prier de la part
du Roy êc de la Reyne de
Pologne, de vouloir estre
Maraine de laPrincessequi
leur estnée, ôc de donner
quelque secours àlaRepublique
contre les Turcs.
Les Réponses de M. R.
ayant cité auffiobligeantes
dans leurs expressions., que
favorables à la demande,
Mr l'Ambassadeur se retira
avec les mesmes soûmissions
qu'il avoit fait paroître
en entrant, apres avoir
présenté les Gentilshommes
de sa SuiteàLeurs AA.
RR. Cette Ambassade a eu
tout l'effet que la Pologne
s'en estoit promis. M. R.
consultant sa genéreuseinclination
au milieu de toutes
les raisons qu'elle a de
ménager les Finances de
son Etat pour les grands
& glorieux desseins qu'elle
prépare, a accordé lalevée
& le payement pour six
mois d' un Regiment de
Dragons, qui portera le
nom de S. A. R. & qui fera
levé en ce Païs
-
là, parce
que le peu de temps qui
1
reste jusquesà lafin de la
Campagne, ne permet pas
de le lever en Savoye; &
au regard du Baptême,
M. R. a écrir à Madame la
Marquise de Béthune pour
la prier de tenir sa place
â.ans cette Cerémonie. M1
l'Ambalfluieur parfaitemét
satisfaitd'un si prompt Sesi
heureux succés, prit son Audience
de congé le Mercredy
9. & futreconduit
avec les mesmes cerémonies
& la mesme escorte
dont je vous ay déja parlé.
Il partie le lendemain tout
remply des sentimens d'admiration
que M R. inspire
toûjours,& plein de reconnoissanced'un
Portrait d
cette grande Princesse, enrichy
de Diamans, qu'elle
luy donna, de la valeur de
millePistoles.
ditaire qu'il a pour Itsbelles
Lettres, sa profonde capacité,
sa dOllccurJàiagctlè),
& ce grand amour de lajustice
qui luy attire depuis si
longtemps l'estime, 6c l'approbation
du Public, aiufi
qu'à Mr le Président de
Beauchesne son Frere, sont
des avantages qui luy faisoient
meriter l' honneur
qu'il reçoit. Aussi l'a-t-on
veu dans ce nouveau rang
avec un a pplaudissement
general. Il sort d'une des
plus anciennes Maisons de
la Province,& a eu en Mariage
la pluscofulerableHeritiere
qui y fust,tant pour
la naissance que pour le
bien. Ceux quilaconnoif-1
sent prétendt parler d'elle
trop modestement, en disant
qu'elle est aussi bien
faite que bien faisante, que
toutes ses manieres marquentune
grandeur d'ame:
qu'on ne
sçauroitallezad-1
mirer, Sz qu entre mille
belles qualitez qui écla
tent dans sa Personne, elle
a sur tout celle de la plusi
parfaite, & dela plus so- l
lide Amie qui fust jamais.
M* le ComtedeS. Vallier,.'
en accordant la Dispensè,,
ou plutost les trois Diipenses
dans une. Ce n'est pas
d'aujourdhuy que ceux de
cette Maison,si ancienne
dans le Service, soit de Robe,
soit d'Epée,ont reçeu
des marques de la bonté de
nos Souverains. L'Histoire
de Dauphiné nous faitvoir
qu'elle estoit 'dans les armes
dés l'an 1335. Pierre de
Guerre (c'est le nom qu'ils
ont porté jusqu'en 1476.
avant qu'ils ayent pris ce.
luy de laCroix- Çhevrieres)
futd'un tres-grand secours 0 au Roy lors des prétentions
du Pcape sur le Comté de
Valentinois. Son Fils l'imita
dans ses services (te
dans sa bravoure, se distingua
fous Loüis XII. & Francois
1. à la BatailledeR.avenne
& à la Journéede
Marignan sur les SuiiTè,
r> &fut fait prisonnieràPavie
en 1541. CetteFamille commença
alors à se mettre
dans la Robe, & d<épuis
ce temps-là nous voyons
dans l'Histoire de cette
Province qu'elle a toûjours;
eu les plus considérables
Emplois. Le premier dans
cette profession, fut Félix
de Guerre de la Croix de
Chevrieres,-quifutConseiller,
puis Avocat Genéral
, seul Maistre des Requestes
du Dauphin, Intendant
de Justice en Dauphinc,&
ensuite Conseillerd'Etat.
Il fut l'un desCommissaires
de la Chambre de Justice
qui jugea le Maréchal
de Biez, de la Maison de
Rohan. Un desesFils servit
dans lesArmées, fut Colonel
d'Infanterie,lefio-nala
à la défaite de Monbrun
dans le Diois,se trouva à
tous les Sieges contre ceux
de la Religion Prétendue
Réformée, y commanda en
plusieurs rencontres, &: en
revint toutcouvertde gloire
par le nombre des blessures
qu'il yreçeut. Le Roy
donna à son Frere quiavait
été Conseiller & Avocat
Genéral, une Charge de
Président à Mortier à Grenoble.
Puis citant Maître
des Requestes, il fut Intendant
des Armées, ensuite
Conseiller d'Etat, Intcn..
dant en Dauphiné, Garde
des Sceaux de Savoye,Commissaire
pour l'exécutionde
la Paix d'entre la France &
la Savoye,Ambassadeur Extraordinaire
en Piémont; &
enfin, lors qu'il futveuf, le
Roy le gratifia de l'Evêché
&Principauté de Grenoble,
qui avoit la Présidence des
Etats; & par Lettres Patentes,
on luy conferva son
rangdePrésident à Mortier
du jour de sa Reception,
non feulement pour le Dauphiné,
mais encor pourles
autresParlements duRoyaume.
On peut dire de luy
qu'ilsemble que tout le mérite
possiblefûtramasséen
sa Personne. Un de ses Fils
fut aussi Evcfque de Grenoble.
L'autre se fit Conseiller,
Avocat Genéral au
Grand Conseil, & ensuite
Maître desRequêtes.C'est
de ce dernier qu'est descendu
Mr le Président de
Chevrieres, dont tout le
monde connaitlacapacité
& lemérite. IlaétéPrésident
à Mortier à Dijori;
s'est marié dans cette
Province
à l'Héritiere de 11
Maison de Sayve,avare
qu'il se soit fait Préfidcntà
Mortier en Dauphiné. Il a
plusieurs Enfans tous bien
mariez,& dans de fort grandes
alliances. La dernicre
de ses Fillesest entrée dans
la Maison de Clermonc- Tonnerre. S-on Aînési:
Mr leComte de S. Vallier,
Capitaine desGardes de la
Porte, que vous voyez depuis
si longtemps à la Cour
& dans le Service. Il fut
Colonel d'Infanterie dés
1666. Il a toujours sèrvy
depuis ce temps-là & s'est
distinguéenplusieurs rencontres
Il eut l'avantage
d'avoir le Roy pour témoin
du Logement qu'il fit avec
son Régiment sur la Contrescarpe
de Dole. Je ne
parle point de ce qu'il fit en
Candie, en commandant
une Attaque fous Mr le Maréchal
de Navailles. Il a
épousé la belleMademoiselledeRouvroy,
delaMaison
de S. Simon,Fille d'honneur
de laReyne,dôt le Pere
était Capitaine aux Gardes,
& Mareschal de Camp.
Ce Mois a été fatal à
plusieurs Personnes du plus
hautrang,dont jene doute
point que vous ne ~sçachiez
déja la mort. La premiere
est Mademoiselled'Elbeuf,
dont le nom ôcles qualitez
étaient, Marie-Marguerite-
IgnacedeLorraine, ComtefriTe
de Rosnay Pairie de
France, d'Ienville, leChâtelier,&
Chavange. Cette
Princesse n'avait que cinquante
ans, & cft morte
pouravoir avalé un petit os
qui s'était arrêté dans son
estomac. Elle était Soeur
de Mr leDucd'Elbeuf,de
Mrle Comte dJ-iarcourc%&:
de Mr le Prince de Lillebonne,
& Fille du feu Duc
d'Elbeuf Charles de Lorra-
ine, second du nom, Pair de France, Chevalier des
Ordres du Roy, & Gouverneur
de Picardie. Ce
Duc l'avait euë de Cathe-
1
rine Henriete Legitimée
de France, Fille de Henry
le Grand, &: de Ga-*
brielle d'Estrees, Duchesse
,. de Beaufort.LeRoy qui'
l'avaitchoisie pour une
des Dames du Palais, tant
à cause des avantages de
,
Fille d'Hercule de Rohan,
Duc de Montbason,Pair, &
Grand Véneur de France.
Elle avait épousé en premieres
Nôces Charles d'Albert,
Duc deLuynes, Pair,
Connestable, & Grand Fauconnier
de France, Premier
Gentilhomme dela Chambre,
Gouverneur de Picardie&
duBolonois; & en secondes,
Claude deLor- raine, Duc deChev-reuse,t4
Pair,Grand Chambellan,
& Grand Fauconnier de
France, Chevalier des Ordres
du Roy, Gouverneur
& Lieutenant General en
Auvergne. De son premier
Mariageestforty M leDuc
de Luynes, Marquis d'Albert,
Comte de Tours,Chevalier
des Ordres du Roy,
Pere de Charles
-
Honoré
d'Albert, Duc de Chevreufe,
Capitaine-Lieutenant
des Chevaux Legers
de la Garde, marié avec
Marie-ThéreseColbert.On
peutaisément se persuader
que Madame de Chevreuse
a paru dans le mon de avec
un fortgrand éclat, les deux
Marys qu'elleaeus, yayant
fait une aussi grande figure,
& étantelle-même d'une
Maison tres-considérable.
Elle avoit de l'esprit, de la
fermeté, &un courage qui
, ne pouvaitêtre abatu. J'aurois
un Volume à faire, ~si
j'entreprenais de vous expliquer
toutce qu'on pourrait
dire d'une vie remarquable
par millechoses.
Elle fut nommée avec sons
second Mary pour con.
duire en Angleterre la ~feu
ReyneHenriette-Marie.
Nous avions appris d(
la fin de l' autre Mois ~lai
~mort de Messire Nicolas
Choart de Bufenval, Evêque
& Comte de Bauvais,
Pair de France. Il était
dansunâgefortavancé. La
feu Reyne Mere qui n'estimait
que les Personnes de
mérite, avaiteu pour luy
uneconsidération tres-particuliere.
Il s'était retiré
depuis longtemps dans son
Diocese, & donnoit tout le
revenu de sonEvêché aux
Pauvres. C'étaiten soulagerun
grand nombre, puis
que ce revenu est fort
grand. Le péril où samaladie
lavoit réduit, s'estant
divulgué,les Gentilshom
mes de Campagne, les
Bourgeois, & sur tout les
Pauvres,accoururent en
foule pour le voir. Il leur
donna sa Bénédiction, &
l'accompagna d'Exhortations
si saintes, que tout le
monde fondit en larmes.
On luya trouvé,ainsi qu'à
feu M de Genève, des pierres
au lieu de fiel, causées
par les grands combats de
savertu, contre si compléxion.
Deux Chanoines de !
son Evesché travaillent à
'HistoïredetaVie. M1Evesque
de Marseille, aussi
considérable par son mé-
*ice5 que par sanaissance &
es grands emplois, a esté
nommé à cet Evesché. Il
le l'avoir point demande,
nais il s'en estoit montré
digne, &ë'efi assez que de
mériter les choses pour les
obtenir, quand le Pânce
qui donne eH: infiniment
éclairé. Je ne vous diray
rien davantage de ce grand
Prélat. Vous le connoiss z,
& vous n'avez pas sans
doute oubliéce que je vous
en écrivis à ion retour de
Pologne, où il avoit donné
de si glorieuses marques do
sa conduire, de son éloquence,
& de son esprit.
Je vous ay dit que la
Reyne avoit régalé Mr
l'Ambassadeurd'Espagne à
Ruel. Le Roy luy a fait le
mesme honneur à Versailles,
où il se rendit à trois
heures après midy le jour
qu'ilavoitchoisy pour ce
Régal, après avoir donné
tous les ordresnecessairesà
MrBontemps Capitaine de
ce Château. Il estoit accompicrné
de toute la Maiion
Royale, de M &de Madame
delosBalbases,& de
plusieurs Dii-iies & Seigneurs
de (a Cour. Onentra
par le Parc, & on descendit
à la Grote, où la
Reyne resta avec les DJ.
mes, pendant que le Roy
mena Mr l'Ambassadeur
voirl'Escalierqu'il avoit
fait dechafauder &: entièrementdécouvrir.
Je ne vous
puis exprimer la surprise
que causerent toutes les
beautez qu'on y découvre,
SaMajestémesme, qui n'a^
voie pas veu le tout ensemble
si achevé, l'admira, &
donnant mille loüanges à
Mrle Brun,Elle le montraà
Mr l'Ambassadeur, comme
l'Autheur dece magnifique
Ouvrage. C'est en effet un
chefd'oeuvre d'Architecture,
de Sculpture, &de Peinture.
Tout y marque les
Conquestes du Roy avec
beaucoup d'ordre; & ceux
qui l'ont veu demeurent
d'accord qu'il n'y a rien de
plus beau dans toute l'Europe.
Le Roy ayant demeuré
quelque temps à
l'Escalier avec M de los
Balbases, passa dans les
Apartemens qui ne sont
pas encor achevez. On les
admira d'autant plus, que
chaque Chambre est ornee
d'une maniéré diférente,
diférens Peintres, & diférens
Sculpteurs des plus
habiles ayant esté choisis
pour l'em bellissement de
chacun. Sa Majesté retourna
delà à la Groteoù la
Reyne & toutes les Dames
l'attendoient. On monta
en Carrosse. Outre ceux du
Roy destinez pour M rAn1
bassadeur, Mr Bontemps
avoir eu ordre d'en donner
quatre d'augmtation pour
sa Suite. Ils furent remplis
de Gens qui estoient à luy,
& suivirent dans les Jardins,
où toutes,les Fontaines
qu'on fit jouer donnerent
beaucoup de plaisir à
la Compagnie, ôc sur tout
à Mrdelos Balbases, qui dit
plusieurs fois qu'il n'avoit
point veu de si belles choses
ny en Italie, ny ailleurs.
On se promena au bord du
Canal, où plusieurs Vaisseaux,
Gondoles,& Barques,
matynitigucmcntornecs.,nrent
mille fortes de mouvemens
sur l'eau, par l'adresseE
de soixante ou quatrevingts
Rameurs habillez tous de
mesmefaçon, d'une maniere
extraordinaire. On
passa de là à Trianon, qui
futadmiré comme le Lieu
le plus galant qu'on pust
voir au monde
; je dis galant,
si on le compare à
Versailles
, car il ne laisse
pas d'avoir beaucoup de
magnificence. Comme il
ne restoit plus de jour pour
aller à la. Ménagerie, Sa
Majeste remit terre promenade
à une autre fois.
On retourna au Chasteau,
où l'on mit pied à terre devant
la Grote. On entra
dans les Apartemens d'en
,
bas, par la premiere Piece
qui va de plein-pied à celuy
des Bains. La nuit commençoir.
Ainsi toute cette
Enfilade se trouva ornée
de Girandoles, ôedeChan-j
de liers posez sur des E[ca-.
belons de marbre, & sur
des Guéridons magnifiques.
Tant de lumieres rehaussoient
admirablement
les richesses de tous ces
Apartemens. Il y avoit des
Lustres & des Girandoles
tout de cristal dans quelques-
uns, & dans les tout autres estoit d'argent. La
derniere Piece de cette Enfilade
est appellée l'C)6togone.
La Table du Roy y
estoit dressée. C'est un Lieu
aussi magnifique que régulier.
On y voit les quatre
Saisons, qui sont des Figures
de Bronze doré, de cinq
pieds de haut. Ces Figures
tieanent des Cornets d'abondance,
de chacun dwfquels
il fort un Flambeau
depoing. On avoit ajoute
à ces ornemens degrandes
Torcheres de six piedsde
haut, &plusieurs grandes
Girandoles &: Chandeliers
aussi d'argent, tous OuvrJ.
ges de feuMrBalain. Tout
le monde s-çaitqu'il n'en
faisoit que de beaux. La
Table qui estoit ovale, &
de vingt Couverts,occupoit
le milieu de cettePiece.
Le Roy & la Reyne estoit
au milieu. DucostéduRoy
suivoient Monseigneur le
Dauphin, Mademoiselle,
Ma
Il
sont desragoûts a1Etpagnole,
dans lesquels il entre
de toutes fortes de Viandes,
de Légumes, & d'Epiceries.
Je n'entreray point
dans le détail des Services.
Imaginez vous tout ce que
peut ladélicatesse des Mets
jointe à l'abondance, vous
n'aurez encor qu'une foiblc
idée de la magnificence de
ceRepas. Le Dessert estoit
admirable. Je vous en envoye
un Plan que j'ay fait |
graver. Vous pouvez jeter;
les yeux dessus, &vousreprésenter
le bel effetques
sont des ragouts à l'Erpf
gnole, dans lesquels il entre
de toutes sortesde Vian.
des, de Légumes., & d'Epiceries.
Je n'entreraypoint
dans le détail des Services,
Imaginez vous tout ceque
peut ladélicatesse des Mets
jointe à l'abondance, votf*
n'aurez encorqu'une foible
idée de la magnificence de
ce Repas. Le Dessert cuoiï
admirable. Je vous en envoyeun
Plan quej'ay saic,
graver. Vous pouvez jeter
les yeux dessusil& vous re,
présenter le bel effetque
tant de diverses figures produisoient,
élevées en pyramides.
Ce Dessert estoit
compote de tout ce que la
saisonavoit pu fournir de
plus exquis, & de ce que
tout l'Art des Someliers efl:
capable d'inventer pour les
Conserves, les Pâtes, &les
Confitures seches & liquides.
Je ne vous parle point
des Flambeauxd'or qui estoientsur
la Table;vousen Ii
verrez
la place & le nombre
aux endroits marquez I. Le
Bufet estoit dans la premierePiece
tenant à l'Octotant
de diverses figures produisoient,
élevéesen pyramides.
Ce Dessertestoit
composé de tout ce que la
saison avoit pu fournir de
plus exquis, & de ce que
tout l'Art des Someliers efl:
capable d'inventer pour les
Conserves, les Pâtes, & les
Confitures seches & liquides.
Je nevous parle point
des Flambeaux d'or qui estoientsur
la Table; vousen
verrez la place & le nombre
aux endroits marquez 1.Le
Bufetestoit dans la premiere
Piece tenant à l'Octogone.
Unavoit dressé la Table
de Mr l'Ambassadeur
dans l'Apartement de Ma-i
dame,qui est de plein pied
à celuy des Bains. Il y fut;
conduitpar Mrs les Princes
de Conty qui en firent les
honneurs. M le Comte de
Vemandois, & Mr le Duc
).à- Villeroy ,mangerent à
cette Table, qui ne fut remplie
que de Gens du premier
rang. Ilyenavoitune
troisiéme de trente Couverts
dans un autre Apar-.
tement, pour les Seigneurs;
de la Cour, & pour la Suirq
de M l'Ambassadeur. Le
bel ordre qui fut observé
pour le Service, passe
les plus fortes expressions.
Tout estoit si bien reglé,
qu'il sembloit qu'il y eust
de l'enchantement; mais il
ne faut pas s'étonnerde
cette justesse, puis que Mr
Bontemps y dona ses soins.
Ce qui surprit davantage
dans un aussi grand Repas
que celuy cy, c'est qu'un
moment avant qu'on fervist,
il n'y avoit eu aucune
apparence de Régal. On ne
sçavoit d'où sortoient les
Viandes. Elles estoient portées
par trente ou quarante
Personnes des couleurs du
Roy, qu'on trouve toûjours
à Versailles, sans qu'il y
faille envoyer personne,
quelqueFestequ'on y
veüille faire.SaMajesté
& toute la Maison Royale,
fut servie par les principaux
Officiers du Château, le
Roy l'ayant ordonnéainsi.
Avant que de passer à
d'autres Articles, il faut
vous faire voir une Fable de
MrGardien, dont la Morale
pourra estre utile à bien des
Gens.
LE SINGE
ET LE MIROIR.
FABLE. urN gros Singe mal baïïy
Des piedsjûsques à la tefie
S-eflimoitpourtant genty-
Plm que pas-une autre Besse.
Defoy-mcfmc efiant épris,
A chacun il faisoit piece;
Lefat avoit à mépris
Tout Animald'autreesiece.
Ilosabien s'élever,
A ce que l'on dit, le tra;fîre,
N jusques-lk que de braver
L'HomeyfonSeigncurO'Maiflrt.
Qu'a-t-il, disoit ce brutal
D'un flile blaebematoire,
L'Homme,cefier animal,
Pour s'en faire tantà croire?
J'ay plus que luy de beauté,
D'adresse & de bonne grace;
En rufe, en agilité,
De beaucoup je le surpasse-.
S'il a des pieds & des mains,
C'est par là qu'il meressble;
Et ses traitsles plus humains,
Ce sont les miens,ceme sble.
C'est AinJi que raifonnnoit
Ce EON tranjportéd'audace;
Mais unjour qu'il badinoit
Auprès d'une belle Glace,
Le voila tout éperdu
D'y voirsaface kydeuje;
Son orgueilcfl confondu,
Il trouvesa mit. e affreuse.
Se reconnoiflre cftoit bien,
S'il en euffaitboa ufagcs
Mais l'insensé n'en fait rien,
Il s'abandonne a la rage.
Dans l'excès deson COHYCU-X
Ungros Basson il empoigne,
Et/ilr la Glace agrandscoups
L'insolent cerne cr recoçne.
Dugrand Mnoirfracajie,
il enfiitplmde cinquante;
Dans thaquemorceau cûpe
Sacor.fion saugmente.
Ce beau Magot, cetadrot-t;
Alors de hor.tesi cache,
Mais avec vingt coups d(fouet
Au Billot on le ratache.'
Avons-nom quelque talent,
7Jfions-ensans arrogance;
L'amourpropre efi violent,.
Iridons Ton intempéranct.
Ecoutonssurnos defaux
L'Amy capable &fideIIes
Sinon craignons mille maux
De la Critique cruelle.
Je reçoy présentement.
une Rélation de la Lorraine
Espagnolete, de la mesme
Feste d'Espagne dont je
vous ay déja parlé dans
cette Lettre. Beaucoup de
raisons m'engagentàvous
l'envoyer. Outre qu'elle
est d'un stile galant, meslé
de Vers & de Prose, elle a
ses circonstances particulieres,
commecelle du Cavalier
Espagnol. a les siennes,
& vous avez trop estimé
tout ce que vous avez
veu de cette spirituelle Personne,
pour vous priver du
plaisir quevous recevrez de
cette lecture. C'eftuneRé*
ponte au remercîment que
je luy ay fait des agréables
chosesqu'elle m'avoit déja
envoyées.J'en aurois supprimé
ce qui me regarde,
si je l'avais pû, sans retrancher
des endroirs que jefuis
assuré qui vous plairont,
puis qu'ils doivent servir à
vous la faire connoistre. Il
estbon pourtant d'y adjoûter
qu'elleest belle,aimable
& bien faite, & que ceux
qui l'ont veuë icy
,
quand
elley a passé, en allant de
Bruxelles à Madrid, n'ont
pas esté moins charmez de
la conversation que des
agrémens de sa Personne.
FESTE
D E S P P+ G N E.
Madrid23.J uillet16^79. LA LorraineFjfagnolete vous
ejl-fort ôbligée, MonJJeur, de
t 1•» - cc que vous voulez, vien tenir desa.
main les Relations desFesies Galantes)
des Combats de Tannaux,
& des autres Neuvtautez, de tettt
Coury.quimériterontd'avoirplace
dans le Mercure: mais elle ni f..t.J
éffez, bonne opinion d'elle-me[me,
four se croire digne d'ur¡, cmploy
dontlaplmJpirituelle Saphofc trou- lieroitembarrafée i moins encoi
four oferfipromettredes-en acquitr,
à la ./àtisfaElion de tant de Personnes
délicates à qui vous avez
fait perdre le goult de tout ce qui
neftpas au rangdesplusbelles choses.
Les Ejjaà quellevous a quelquefoi'envoyez*,
font des Ouvrages
touchezfigrifjjlerement, quelle a de
lapeine à croire qu'ilsayentpû mériter
voflrc efiimei & elle n'a pas
tftépeusurprise, de voir qu'ils luy
ayent attireun Billet auJfl obligeant
quesiceluy qu'elle a. receu de vofire
part au commencement de ce Mois.
C'ejl une grace quelle attribuë à
l'honnefleté que vous avez, pour les
Personnes definSexe, &surtout
pour les Etrangeres; mais elle n'en
tire ptUassèz de vanité,pourfeflater
.de pouvoir reiïjjir dans les Pièces
f que vousfluhzita:J quelle vous envoyé.
Le Mercure fait profssion
de ne donner aujour que des Ouvrages
extrêm1 ementfisni s (;JJ' ddéll!i'cats..
il luy faut de l'agrémentdans les
fen/ées, de la nettelé dans leflile,
de la justesse dans les expreffionsJ
de la grâce & de la nouveauté dans
le tour, &enfin du brillant & de lit
'Vl'vlicitéPartout. jugez,, Monsieur,
si voix avez, lieud'attendre tout
cela d'une Provinciale, qni nesçait
des maniérés de France que ce qu'-
elle en a pû apprendre paimy les
Penftonnaires des Dames de II Congrégation
de Mets; quisortant du
Clcifire,n'a eu d'autreEcole pour
Jefaçonnery que la Cour de Bruxelles
; & qui apparemmentse doit
fias appliquer encelle de Madrid,
Ii apprendre 14 Langue Efj>agncle^
qu'à,se perfectionner dans la délicatesse
de la Françcife. il faut
pourtant vousfatùsaire, Monsieur,
q:and ce ne feroit que par reconnoiffince
; & pour fattsfaire à vos
honmfl-tcz,, je veux bien m'englger
à vous fairepartde tOlttce qui
se pljî,r-i de galant en cette Coun
mais je vous demande une grdce,
qui cfldevouloirdonnerle leuraux
Pieccs queje vous envoyeray, 6d'y
chwger les cxprtffions qui nefiront
pu du bel tifagc. En un mot, je
vous furniray les maiértaux, ce
fera à vous à les mettre en oetivre.
Vous recevrez, de moy des Diamans
hrtlts, pour les polir & tailler à
voflrefaçony &je vous adrcjfcray
des Etrangers, que vous aurez-,foWj
.lit vous plaifi, de faire habillerà
la rnode, avant qu'ils s'aillaitproduire
à la Cour.
Les Fefieslesplus ordinaires de
Mædridsint les Condais de Taureaux.
Cefont prefquc les faites
qu'onvoyeenEjpagne, &ellesait:'
rent la emiofité de tout le monde,
particulièrement des Cens du Pais,
qui en font enchantez,,& qui ne
trouventppooinett de ppiluussgrands divcr- iTJ'femens que dans cesfortes de spE.
élacles. L'onyfutaJsjJi, maisbeaucoup
plus rttrement, de certaines
Courses, qu'on appelle Fiesta de
Canas, dr quifontdes refles dela
Galanterie des anciens Grenadins,
Il y en eut une en présenceduRoy
& de toute la Cour, dans la Place
du Retiro, surlafin-du Mois de
Miy dernier; & le lendemain il y
eut un Combat de Taureaux qui
réussit admirablement. L'on en fit
un autre quelque temps après,pour
le divertissêment du Peuple, dans
laPlaça Mayor: mats comme toutes
ces chosès ont déjàperdu la grace
de la nouveauté,je me dispense de
vous en faire le détûil, d'autantplus
quej'ejpere d'avoirbientofid'autres
occasions de vous faire une exaéle
defeription de toutes ets Tefies; estant
à croire que le Mariage du Roy,
&l'arrivée th laReyne,qu'on attendicy
avec la derniere impatience,
ne manqueront pas de donner lieu a
desréjoüijftrJcespubliques) dont tt
-m?naagnifiicencesuruprassîeerraisfaannss--ddoouuttee
celle des autres que l'eny a veuës
jufqucs a prélènt, du moinssi l'on
en jugepar les témoignagesdejoyt
que toute /4 Cour a donnez à la premure
nouvelle de l'heureux succés
de l'Ambdjfade de Mlle Marquis de
los Balbafes.
-- Le Gentilhomme que ce Minifire st partir en poste, pour en venir
donner part au Roy, arriva icy le
13. de ce Moisyfuries dixheuresdu
matin. il n'efl pasbesoin de vous
dire qu'ilfut bien refeu; ces fortes
de Courriers ne lefontjamais mal.
C'eIfoit un Mercurefortimpatiemment
dcftré, & il s'acquita desa.
Commission en Homme qui en sçavoit
l'importance. Ahffi fut-il r/-
gale d'un Présent très-magnifique,
& quiluyfit tonnoiflre qu'il ejltoûjours
firt avantageux d'approcher
les Tlftescouronnées, quand on a
quelque chose desatisfaisantà leur
dire. Le Roy refeut cette nouvelle
avec toute lajoyequ'unjeune Prince
amoureux peut avoir, quand il ap--
prend que rien ne s'oppose plus 4
.lès desirs, dl' qu'après les inquiétudes
d'un retardement imprévett,
ilse voitan pointd'ettre heureux,
(7 de faire en mcfine temps lafélicitéd'une
fortaimable Princesse.
Les Roys ont pre/que en toutes
ihojes un carattere degrandeurypar
lequel ilsse font distinguer mfjine
flns qu'ils y pensent,• mais ilsfont
obligez, delè dépouiller deleurmajestéy
quand il s'agitde rtffintir les
effets d'une pajjion qui ne s'accorde
p 1-1
bien avec elle. C'est dans l'amour
seul qu'ils font gloire d'ettre
Hommes comme les autres, &Jtje
lofe dire, d'effre plus Hommes que
llesautres; car outre la douceur de éducationRoyaleyquinelaisse rien
de farouche dans leur ame, comme
ils ont ordinairement beaucoup di
délicate(Jed'tjprit, &* de bouté de
nAttirel,ilsro'/1 {mfJi ylusfujcéptiblcs
de tendresse, pl;*sfenjihUsace
qui touche le coeur, 0"pltts capables
* de bien aimer, que ceux qui[cm nez
dans un rang moins élevé. Aussi
voit-on que les plusgrands Princes
& lesplus fameux flértu de l'Antiquité,
d? mefine cet!x des derniers
Siecles,n'ontpas cru qu'ilsufl indigne
de leur grandeur desi laiffir
surprendre à l'amour.
- C'est dans le coeur des Roys, que
triomphe le mieux
L'Arbitre souverain des Hommes &
des Dieux;
C'est dans le coeur des Roys, qu'établit
son empire,
Et c'est là que se fait valoir
Ce doux Tyran, dont le pouvoit
S'étend sur tout ce qui respire.
Il prépare pour eux les plus forts de
ses traits,
Et dédaignant souvent de blesser leurs-
Sujets,
Il se fait un plaisir extrême
Des'attaquer au Diadéme;
Car comme il aime à dominer,
C'est là qu'il apprend à régner.
ilnefaut donc pas s'étonnersi le
.Roy cftfcnfible à tette belle passion,
dans l'âge où ilefl,particulièrement
sil'onfonge aux qualités admirables
du Corps&del'Esprit de l'incomparable
FrinccJlè, qui l'afait
naiflre dans le coeur de cejeune
Monarque.
De cette passion la cause esttrop parfaite,
Et cet Objet rare &charmant,
Qui d'un Roy sçait faire un Amant,
Est trop beau, pour ne pas avoüer Íà
défaite.
7 Jîujji Sa Majesté n'en fait-elle pas
un mieere. Elle ne d.jfimule point
les featimensquElle a pour une
Prince/Je h qui Elle a donné fin
coeur; & Elle nefût s'empefeber de
fitire éclater aux yeux de toette la
Couryl'extrêmejoye que luy causis
l'agreable nouvelle du consentement
que celle de France donnoit à fin
Mariage. A no estar D. Juan mi
hermano en la cama ( dit ce lolonarque
) sucra este el mejor dia.
que he tenido en mi vida. Ce
fitrou lespremières paioles que l'on
oiÙtdire au Roy dans cette rcncontre
; par ou Sa Majefiéfit conno;st,e
également les sentimens d'efiime
& de tendresse qiïElle a pour la
nouvelle Reyne, & l'extréme afftssion
dont Elle estprévenuë enfaveur
d'un Frtre, qui essuye avec tant
deforce, de zele, & d'application,
les fatigues du Gouvernement de
l'Etat, & quipartage avec Sa Majessé
Le foin de toutes les Affaires
d'une grande & puiffinte Monarchie.
Une fevre-tierce retenoit ce
Prince au Lit depuis quelques jours,
maisson indisposition ne l'ernpeftb-,t pas de prendre toute la part qu'il
devoit à cette bonne nouvelle
,
ér
d'en faire complimentaSaMajesté,
comme celuy qui apres Elle avoit le
plus de(ujet de s'y intéresser.
La pieté des Roys Catholiques efi
teUe, qu'il ne leur arrivejamais rien
defdvorablc, qu'ils n'en aillentpubliquement
rendre graces à Diell
dans une belle Eglise de Fondation
Royale, que l'on appelle Atocha,
éloignée feulement d'un quart de
lieue de Madrid\&ou la dtvotion,
qui ejl ajJêz universelle parmy les
E/Jagnols,
Hfipagntls, Attire erdmatremem un
grand cmcwrs de Feufit, pour y
réverer me Image de Nojlrc-Dame,
rendue célébréfaruneinfinité de
miraefes, & des plus anciennes de
toute l'Efiagne. Cette circonfiance
enaugmente le culte, &- donne lieude
dire, que jufiques dans les chofies
ifiintcs,l'antiquitéfimble mériter
-quelqueavantage.LeRoysi rendit
donc le mefine jour, avec JcsPersonnes
de lapremière quali.ala,
Chapelle ou l'on honore cette Image
1miraculeufiei &Sa MajeHéyfitfies
dévotions d'une maniere trcs-ld¡',
$a&tc.
Ce fut au pied de cetAutel,
Que l'un des plus grands Roys du Monde,
Paroissant plus soûmis quele moindre
Mortel,
Fit, d'une humilité profonde,
Unsaint hommagede ses voeux,
De sonHymen & defes feux,
Au Maistre souverain de la Terre &
de l'Onde.
Jjhiandce Monarquesur de retour
au palais, towlesGrands s'yrcndirenty
& chacund'eux s'cmprcjja de
Ill) marquerpardes expierions dttffi
galantes que rcjpeclucafes,l'extrême
joyi que leur causoit cellede Sa Masisté,
& la part que toits fesfidélies
Sujets prtiJoÙnt au bonheur de leftr
Prince, quifaisoit en me(metemps
celuy de l'Etat, Mais ils ne
crurent
pas que ce fuf1 assez, que Uur coeur
ïexpliquaft la-dejfm par des paroles,
ils voulurent encorfaireéclater
leurs(èr.timenspardes marques extérieures
de réjoiÚifAfinncceses,, 0C;"' Usrésolurent
sur le champ de faire Uut
tfpeCe d'Inpromptu de Tefiegalantex
quipufi divertirSa MajcBé,&luy
témoigneren mesme temps le zele
& l'attaibernent particulier qu'ils
aveientpoursaPersonne.
Ce fut dans ce dcjfein que fixante
Personnes de qualité,laplupart
Grands eeF- & dupremier
Rang, firent une Partie de
Course, que les Espagnolsappellent
Paicjas, di" qui confifie à voir courrc
ddans uneparf-a1"iteégalit!éyl &'*'à toute
bridt
,
deux Hommesacheval, à
cossé l'un de l'aune,sans que l'un
commence ou acheve à fournir la
Carrière un sieus moment plus-lost
ou plus-tard que son compagnon,
ér sans qu'ils avancent ou demeurent
en arriéré d'unfini point l'un
plJJJ que l'autre en courant. Toute
la beauté de cette Course, outre U
l'itcjje des Chevaux, dépend abfi-
Jumentde lajufieffe&exactitude de
cette égalité, & cesi ce qui luy A fait donner le nom de parcjas. oit,
lia donc la Partie pour le foir dm
mefinejour, sans donner aux Cavaliersplus
de temps desipréparerpour
,cette Fesie,dontlaprompte exécution
devoitfaire laprincipalegalanterie.
Chacunse retira chez,foypour
s'alier mettre en équipage>s'habiller
de galas,faire habiller de mcfmefes
Gens de livrée, & cho ijir les chevaux
ncjejfairespourla Course.
fay sçeu que la premiere résolution
de ces Cavaliers fut de
former un dessein régulier, de luy
donnerun nom qui eufl du raport au
fitjet, & de nprefenter une compa.
gnied*Argonautes,(permettez,-
moy,Monjieur,d'employer iey ce
mot quejen'entras pas, & qui cjr
pourtant trcs-eficntiel en cette rencontre,
pour lafidélité de ma Relation,)
d'Argonautes, dis je, qui du
retour de tillufire Conlpifiie de Li
Toifind'or, témoigneraientpar une
Eefiegalante à fason leur Prince&
leur Chef, la joye qu'ils avoient du
succésdefin entreprise. Le raport
efioit ajjèz,jufie, putS que le"Roy efi
le Chefdel'OrdredeUToison. ils
devoient tous efire habillez ala Greque,
&porter chacun une Divifey
ou une Embléme, (ilne mefouvient
poes bien de la diférence que vous
nomavez, dit qu'il) avoit entre ces
deux chofis.) ecefait donc Dcrvife
au Embléme" le corps devoit
efire uneToison d'or couronnée
au milieu detEcu, & ce Corpsdevoitfervir
pour tous; mais chaque
Particuliery eufiAppliqué une ame
desafaçon qui euJI également convenu
à Lafiètion & m* veritable
sijet de la Eefte. Les paroles de ces
Dcvifes dévoienteflre toutes en Largues
diférentesy mais iln'efioitpas
fermà d'yen employer d'autres que
de celles quifont en usage dans les
Etats de l'obeissance du Roy ; &
l'onfc promeitoit, par le ftcours des
Royaumes divers qui fontsujets à
la Couronne aEjpagnc dans les Indes
Orientales cr Occidentales, Jd.
lns- les ijles de la Mer Occeane &
Méditerranée qui en dépendcnt,
de trouver assiz., de Langues diferentespour
en compofcr lesfixante
Devisesdontonjrét<ndoitaccempagnerlesToisonspeintes
au milieu
des ECUs des soixante Chevaliers.
La DeviseEjpagnole devoit eflre
confcuë en ces termo)
Muchos medessean, y uno me lleva.
Ces paioles auroient savy d'âme à
la DeviseFrançoise.
Il faloit qu'ellefustla conqueste d'un
Roy.
La Devise Latine.
Dignius hoc vellus, magis hic Augustus
Jason.
01m'a dit que celle ey ifloilallffi
jupe que les deux autres. Vousjugerez,
si l'on m'a dit vray , car les
Personnes de mon Sexe peuvent
Avouer sans rougir, qu'elles n'entendentpasle
Latin,&j'enccnnoû
mefrne qui rONgiJlènt quand elles
fontobligées d'avouerquelles l'entendent.
Pour la Devise Italienne, elle devoit
eflreainsiexprimée. Piu mi
cofiJ). e piu vale. Cette pensée a'
du raport aux inquiétudes que eaufoit
a Sa Majefié le retardement du
Courrier, qui devoit apporter lit
Réponse a la Proposition de M1le
Marquis delo Balbajes.
j~ey ne- puis-.- v-ousfairepart des auftres
DLVifls ne les ayantpu ap- rendre mcy-mefine. Ilferoitd'ailleurs
assez,inutile de vous entretenir
d'unprojet qu'on n'a point exécuté;
le peu de tempsqu'on eut pourfè
préparer à cette Course,n'ayantpas
fermis de faire tout ce qu'onavoit
imaginédegalant. Ces illustres
Personnes se contenterent donc de
s'habiller comme l'onfait ordinairement
dans ces fortes de Fcftes,
c'efl a dire, de mesler beaucoup de
richessè avec une très-grandepropreté
dans leurs Habits; de donner
une Livréefortmagiifque aUurs
-,-Ans, & de monter de tres-beaux
Chevaux. On en trouvepeu d'autres
en Ejfagne; mao ceux dont on si
Jert en depareillesoccasions, n'ont
point de prix, tant ils font fins,
tdroitsy beaux,nobles, & vigoureux.
Lamagnifuence de leur étjtÛpage
augmente leurfierté naturelle.
Leurs crins garnis de Rubans peifdans
jusquà urrc, ont une grâce
merveilicufl; &commesi cesfiers
Animaux connoissoient le prix de
l'ory de t'argent, & des pierreriesy
dont ils font couvertsy aujjl bien
que la qualité de ceux qu'ilsptrtent,
ils marchent d'un air ase faire admirer,
çraattirersurleurs Maijïres
&sureuxylesyeux de tous ceux qui
les rencontrent.
Cefut encemagnifique étatqu'on
vitparciflreles Grandsqui dtvoient
courir las Parcjas. ils sajfcmblcrent
à leur rendez,« vous, & a/-
lerent de la sur les neufheures du
foir à la Place du Valais. Ils '"J.zr..
cherent en tres- bonordrerfuivu
d'une infinité de Peuple, & accompagnez
d'un tres-,rind nombre de
Pages &deGtns de livl ée,quiporîcicnt
tous de grands Flambeaux de
cire blanche, dont l'éclat meslé avec
celuyd'iine très-grande quantité
d'autres Flambeaux allumez, dans
tous les Balcons de laVille, rendoit
cette nuit-la aussi brillante que le
plus beau jour, il efi bon que VOUJ
ficlchiez." Monficur, que dans ccs
fortes de rejoùijfknces toutes les Perflnnes
de qualité, &' tous les Officiers
& Ministres de fufiÎiîecec,, de 1F- ii--
nances, & d'Ela!, fit obligez, par
un Règlementde Police, defaire air
ltlmcr, a certaines heures, des Flambeaux
de cire blanche, dans tous les
Balcons' de leurs Maiflns qui font
face àla Hués ce quifait un très-bel
effetpar tonte la Ville., à cause du
grand nombre de Balcons dont cllt
eflornée, & c'eif ce qui s'appelle icy
Luminanas.Onjugeraaisément
que ce foir -làperfinne ne voulut
manquer àfin devoir. Les pluspetits
Bourgeoismtfme,& les Gins
de la moindreétofe, quoy que bailleurs
difienfez, de cette cerémonie,
ne laiffrent pas de vouloir fIfrc dela
Fejfc, & de contribuer de leur
cosié a larijc*üiffincepublique,fins
en plaindre la dépenfie>demaniéré
quejamais la Ville de Madrid ne fut
plus belle, nyplus éclairée. On ne
voyoit quefeux& que lumicres pat
tout.
On eust dit que l'Hymen auteur de
cette Feste,
Avoir fait allumer ces feux,
Pour mieux étaler à nos yeux
Le prix de sa riche conqueste.
On eust dit qu'àl'envyles plus tendr
jlAmours, honore du nom de Freres,
Et qui dans de celebres jours
ServentàCes plus doux misteres,
Par ses ordres alloient dans toutes les:.
Maisons,
Leurs Flambeaux à la main, éclairer
les Balcons,
Cependantl'illtiffre Compagnie
efui dcvoit donner au Roy le divtrtijfcment
de las Parejas,s'avancoit
vers la Court du Valais, que l'on
avoitpréparéepour la cousè, On
Itvoitflitdreffirdcltx rangsde Barrières
depuis le rzrttndPOltait vÍs--
a-vis de la plus belleface de ce PI.-
fait,jujques a la Porte du milieu de
la meifneface, quifiefait dijfÙJguer
far le Balcon du Roy qu'on voitan
deJliu. Celloit la Carrierc ou les
Cavaliers dévoient montrer leur
adresse, & celle de leurs chevaux;
Cr ce fut là qu'ils entrèrent deux a
deux,chacunun Flambeauàlamain,
& s'avancèrent apetitsptU,sa(ant
faire desifauts mesùrez,, &des courbetes
fort jufics à leurs Chevaux,
juflJues à cequ'ilsfuffentarrivez, au
bout, oufaisant uneprofonde rêverencc
au B.deon du Roy¡ ils tOHrnérent
l'un à droite, l'autre à gauche,
hors la Lice, suivant au petit
galop (hacttn la Barriere qui estoit
deson cossé. ilsJe rejoignirentau
mefineendroit par où ils efloient
eNtrez, & alorspariant de la main,
& courant deux à deux à toute bride
jusques au bout de la Lice,ilsfournirent
tousleur Carriéré de la meilleure
grâce du monde, & avec un
succéségalement digne de ceux qui
regardoienty & de ceux quisefaisoient
regarder.
Tel qu'on voit un Oyseau s'élancer
dans les nuës
Avec les ailles étenduës;
Et tel qu'on voit un Cerf léger
Traverser en courant, sans plus se
ménager,
Rocher, Buisson, Campagne, & Précipice;
Telle fut sa rapidité
Dont chacun d'eux estoit porté
D'un bout à l'autre de la Lice.
Ils retournèrent enfuiteaupetitgalop
à l'autreboutde la Flace,tomme
ils avoitntfait la prcmurcfois,dr
frent chacun t\oisCourfcs de la
mcfmc manière,& avec le mcfmc
succés.
Le Roy n'efloitpas afin Balcon,
mais il vit la Course des fine[1res
d'une Sallevoisine, ou il eflolt avec
lesprincipaux ojjiciers de la Couronne,
& ceux desaMaifin, qui ont
kprivilège de l'approcher. Si toute
la Ville estoit en feuxy on peutjuger
que la Place ousefit la courjè, ne
fnanquoitpas de lumitre$. Ces trots
rangs de Balcons de laface du Palais
qui regardeJurcette Place, estoient
garnis d'une quantitéprodigicujè
de Flambeaux d.llttrm'L. Les
deux grandesGalleries quijontaux
deux collez de la Place, dr les deux
Barrières quifrmoient la Lice, tftoient
éclairées de me/me; de manière
qu'onpouvoitmieux observer
tout ce qui s'ypajfoitjqu'on rlauroil
pufaireenpleinjour. Maismalgré
tant d'éclaty &au milieu de tant de
Itfmuresy le brillantdes Diamans&
des Pierreries, dont estoient garnis
les Habits des Cavaliers, &les bridesÇ?
hamois deschevaux,sefaisoitadmirablementdistingueri&
Ji lesJeuxsesèntoiëntéblouis de leur
éclat,l'ejpritefloitJrapéd'admiration
deleurprix & de leur richiffe.
La CourflejlalJfinie dans la Place
du Palais, ces Cavaliers allèrent
donner le mcfme divertiffimenr aux
Dames, que l'on appelle las Dcfcal-
-ças Reales, & ils coururent dans
la Place qui cftfius leurs Balcons,
somme ils avoient fait devant le ;
Roy. C'ejlune Maison de Rcligicufes 1
cl1o;iIjJlrées, ou i"lt n'y a que dJe-s Personnes
de lapremiere qualité. Les 'j
PrincessesduSangRoyalquiseveu- j
lent retirer du monde & de la Cour,
choisiifent ordinairement ce lieu-là
pour celuy de leur retrAite, & H s'y
trouve encor à present d, s Parentes
de Sa Majesté.Cesi à leur considérâtion
que dans les Testes qui si
fontà roccaJion du Mariagedu Roy,
l'on sifoin de fairepart à cesDames
des divertifilmens qu'on donne à la.
Cour.
Le lendemain, les officiers de
Pille, & d'autres Gens moins qualisiez
que ceux du jour précèdent,
voulant aussi témoigner leur zcie 1
Sa Majefié,allèrentfaireunepareille
Courfie dans la Place du Palais,•&
quoy quellenefufipassimagnifique
que la premiere, lUe ne laiffi JtU..
d'avoir un pareil succés. Le mrme
jour le Roy donna audience aux Ambajfadeursy
& aux autres Ministres
Etrangers, tjuiàllerent complimenterSaMajefiéftirlesujet
defon Mamrieâsgme.
e,&ToluasjoleusrCnoénesse'ailcsheenvfaipreanrtldat
folcmnité des Ecux que l'on alluma
far tout comme l'on avoitfut lefvh
précédent.
Le troisiémejour, le Royfil fairt
u le nouvelle CourCe de Parejas dans
une autre Place du Palais, qt/OlJ:
appelle la Priora. Sa Majesté voulut
Elle-mfme efire de lapaitic,&
choijit à cet effet quelques Grands
d'-Ej,lg,îe desa, confidence, des Cen,,
tilshommes desa chambre, & lesi
meilleurs Hommes de cheval u>itJI
sust parmy sesEcuyers. Lesordres;
IlJanteJlé donnez, pour toute I'xco,-.
nomie de ce divcrtijfimentficret;)t
Ellefit ouvrir la CdrrÍcre, & commença
la fUrst avec M\k Duc ü-,
paftrana) qui courut AU rosléduRoy.
C'est l'un des plmgrands Seigneurs
&desplm adroits de toute la Cour;
& c'efllcmefine qui a eu l'avantage
d'estrechoisy en qualitéd'Ambassadeur
ExtrrIordÙMircpourallerportcr
les Bjioux que le Roy doit envoyer
a la Reyne.
Sa Majefié qui efl parfaitement
bien a cheval, & quifiuffre lafatigue
autant &plus que ptrfonne de
sa Maifin, Cousus ason ordinaire,
cefla dire de la meilleure grâce du
monde) & avec
unejufieffeincroyableyfuivant
les Loix de las Parcjas.
Elle sifit admirer de tous ceux qui
eurent Chonneur de la voir en cette
occasions. & tout le monde, tomba
d'accord, quefans avoirégard àson
rang) ny au privilege de la Couronne
, l'honncor & l'avantage de.
la Course luy ef/oient dette.
Ce Prince, d'une ardeur extréme,
Poussant un Cheval vigoureux,
Dans cette noble Course où tout
flatoit les feux,
Sembla se surpasser Luy-mesme.
Aussi quand d'un beau feule coeur est
enflâmé,
Quand on travaille pour la gloire
De l'Objet dont on est charmé,
L'onest fort scûr de la victoire.
Quelle vigueur, quel air, & quelle
majesté
Ce grand Roy nous fit-il paroître?
Il sur aisédevoir à sa noble fierté,
Qn-il ne sçauroit jamais se faire méconnaître,
Qu'il est né pour donner la Loy,
Etque si le Ciel l'a fait Roy,
C'estqu'il amérité del'estre.
Cette derniereCourseefiantachevée, e lejoirapprochant,onfît aUxmer
pour la troijumc fols des Feux par
toute la Ville, & l'on finitainsi les
premiers effals des Divcrtijfcmcns
qu'on prépare pour eelébrerdignement
l'augftjle Mariage de Sa Majessé
avec l'une des plus accomplies
& des plus grandes prinerffis de
toute l'Europe.
VoiUyMonficur, ce quej'aycru
vous devoir mander parce Courrier,
pour m'acquiter d'une partie de ce
queje dois à voflrc Billet galant.
C'eif une ehofe ajJèL rare en Ejpagne,
qu'une Tille ose lier commerce avec
une Personne qui n'eifpas defin
Sexe; mais Us Billets de t'obligeant
Au/heur du Mercure doivent estre
privilégiez,, quoy qu'enpuijje dire
laplussevere Duena delàCaftillc;
dr bien loin defaire scrupule de recevoir
& ck lire ctluy que vous m'avez,
envoyé, j'ayfaitgloire delepublÙr,
6, mcfmc jepuis vous affiny
qu'il a eHl leu d'une Performe dut
premier Rang, aquij'ay crû devoir
demander la permiglon de VOH-Î.
écrire les choses dontvomfouhaitez*
queje vousfasjepart
LA LORRAINE ESPAGNOLETE,.
Il est marqué sur la fin de
cette Lettre, que Mr leDuc de
Pastrane ou de l'Infantade,
( car il a droit de prendre l'un
& l'autre, nom, ) a esté choisy
pour apporter les Présens que
le Roy {on Maistre envoye à
Mademoiselle. Il partit le 30.
de Juillet; &: pour répondre
plus galamment à l'impatience
d'un jeune Monarque qui brûle
de partagersa Couronne avec
une belle & charmante Prin-,
cclfc, il alla prendre congé de
Sa Majesté en équipage de
Courrier
,,
maisde Courrier de
sa qualité, qui devoit porter
quelque chose de plus que des
Lettres. Il estoit habillé à la
Françoise,leJLIfte-an-corps enrichy
d'une fine broderie, la
Cravate du plus beau Point de
France,une Plume blanche sur
le Chapeau, son Echarpe rouge
très-magnifique, & la Bote fort
proprement mise. Il receur les
ordresdu Roy d'un airaussi galant
que respectueux, & monta
à cheval sur les six heures du
soir, avec M le Comte de Saldagne
, & D. Gaspar de Sylva,
sesFreres. Six Postillons à cheval
commencerent à courir de
front avec de riches Casaques
de livrée, telles que nos Trompetes
en portent. Ils touchoient
tous leurs Cornets en courant,
&estoient suivis de douze Officiers
fort lestes vestus en Courriers.
Ceux-cy précedoient Mr
le Duc de Pastrane. Il estoit
monté surun tres-beau Cheval
d'Andalousie,&;nesefaisoitpas
moins remarquer par la bonne
mine, que par lamagnificence
de son Habit. M le Comte de
Saldagne&D.Gaspar deSylva,
alloient deux pas derrière luy,
l'un & l'autre tres-bien monté,.
&fortgalammentvestu. Douze
ou quinze tant Gentilshommes
qu'autres Domestiques, les suivoient
tous bien mis, & réglant
leur Course sur celle de Mr
l'Aml'Ambassadeur
S'ils sussentpartis
en plus grand nombre, ils auroient
mal representé des Gens
quidevoientaller en poste. La
Course commença à la Porte
du Palais, c'où passantparles
plus belles Ruës de Madrid, &
traversant la Plaça mayor, ils coururent
le long dela grande Ruë,
& sortirent de la Ville par la
Porte d'Alcala, qui est: celle par
où la Reyne fera son Entrée,
Les Dames estoient à leurs Balcons.,
toutes magnifiquement
parées, & un tres-grand nom,
bre de Carrosses des Personnes
les plus qualifiéesbordoit les
Rues de costé &. d'autre, depuis
la Place du Palais jusqu'à cette
Porte d'Alcala, qui en estéloi,
gnée de pres d'une demy lieuë.
La Ruë qui en prend le nom,
(si: d'une fort grande étenduë,
& si large en quelques endroits,
que plus de vingt Carrosses y
pourraient paffer de front sans
s'embarrasser. Jugez del'effet
qu^ ce concours extraordinaire
de monde y fit. Chacun applaudissoit
à cet illustre Courrier
;
&sesmeilleurs Amis, c'est4
à dire les Personnes de la premiere
qualité du Royaume,*
l'ayant veu passer, coururent!
avec empressement après luy,
pour luy faire leurs adieux à la]
Porte de la Ville. Il les reçeutj
d: la maniere du monde la plus
honneste & la plus reconnoifsante,
se séparant d'eux au milieu
des acclimations de roue
'un. grand Peuple qui souhaites
avec ardeur de le revoir, dans
la pensée que son retour fera
suivy de l'arrivée de la Reyne,
qui est attenduë à Madrid avec
la derniere impatience.
Je passe à d'autres Articles
que la quantité de choses que
j'ay encor à vous dire, m'oblige
de resserrer en peu de paroles.
Apres la conclusion de la Paix
faite entre le Roy, celuy de
Suede, & l'Electeur de Brandebourg,
la plupart de la jeune
Noblesse Françoise dela premiere
qualité, a esté voir la
Cour de Hanover. Elle y a esté
receuc avec tous les témoignages
possibles de joye. Entre les
divertissemens qu'on luy a donnez
, elle a eu celuy de voir un
Canon tirerneuf coups, 6t un
Mousquet soixante&deux.
Le 12. de ce mois, MonseiseigneurleDauphin
fit l'honneur
à un Page du Roy de la
Grande Ecurie, âge de plus de
dix-huit ans, de luy donner fou
nom en qualitédeParrain. Madame
deMontespan estoit la
Marraine. Ce Page est Fils de
M'le Marquis de Bruillac-Pref-
!igny, de Poitou. C'est un Gentilhomme
tres-considéra ble par
sa naissance, & des mieux alliez
de la Province. Madame de
Prcffiçny fà Femme, a l'avantage
d'appartenir à Meilleurs de
la Rochefoucaut ôc de Richelieu,
& à beaucoup d'autres Perbonnes
des plus qualifiées du
Royaume.
On elt heureux d'estre né
François, quand on a un grand
mérite
,
puis que ceux qui en
ont beaucoup, ne sont pas seulement
connus du Roy, maisqu'ils
font mesme assurez que ce
Prince se souviendra d'eux dans
l'occasion,sans qu'ils luy demandent
rien. C'est ce qui est
arrivé à M lePrésidentNicolaï,
à qui Sa Majesté vient d'envoyer
une Dispense d'âge pour telle
Charge qu'il voudra donner à
îvl1 Nicolaï son Fils.
Mr Contarini Ambassadeur
de Venise,a eu son Audience
de congé. On rend lesmesmes
honneurs aux Ambassadeurs à
leur derniere Audience, que
L'on fait à la premiere apres leur
Reception. Quand ceux de.
Veniseont finy leur Ambassade,
au jour de leurSacre, reçoivent
l'Ordre de Chevalerie de la
main des Prélats qui les ont
sacrez.
Mr l'Ambassadeurde Pologne
a fait icy son Entrée. Il faut
vous en apprendre les circonC
tances; mais avant que d'entrer
danscedétail,ilest bon devous
dire quelque chose du fujvt de
son Ambassade, & de la Personne
quiaesté choisie pour cet
Employ. Le Roy Lk la République
de Pologne estant alRnv
blez en la Diere générale tenuë
à Grodno en Lithuanie, au commencement
de cette année, il
y fut résolu d'envoyer des Ministresdans
toutes les Cours des
Princes Chrestiens, pour les exhorter
à concourir à la genéreuse
résolution où se trouve
Sa Majesté Polonoise de continuer
la guerre contre l'Ennemy
commun, en luy accordant des
Secours convenables à la grandeur
& à l'importance de cette
entreprise. On jetta les yeux en
mesme temps sur deux des plus
confidérablcs Seigneurs de cet
Etat, pour les deux premieres
Ambassades. LePrincede Kad.
zevill Sénateur, Vice-Chancelier,
&: Petit Genéral de Lithuanie,
qui a épousé la Soeur du
Roy de Pologne, fut nommé
pour celle de Rome èc de la
Cour de l' Enlpcreur; 6c 011
choisit le Comte André de
Morstin, Comte de l'Empire,
Sénateur, & Grand Trésorier
du Royaume de Pologne, poitr
aller en qualité dAmbassadeur-
Extraordinaire vers le Roy Tres
Chrestien
, comme vers le Fils
aîné de l'Eglise, & le plus solide
appuy que ce Royaume
puisse rechercher.
Ce Comte ayant joint à une
Naissanceîllustre une profonde
C.!P,'tcité,&un génie naturellement
capable des grandes Affaires,
s'est rendu celebre dans
toutes les Cours de l'Europe, &
tres-recommandable à la Pologne
par les grads services qu'elle
en a rcccus.Isse trouve dans sa
Famille,qui est des plus anciennes
&des i-nicuyallides,plLifleurs
Palatins & Castellans,qui font
les principales Dignitez de ce
Royaume auxquelles cft attachée
la qualité de Sénateur,qui
y rient le plus haut rang. II a
patTé ses premieres années àla
Guerre au service dela République,
à la teste de deux Regimens
à luy, l'un d'Infanterie,
&: l'autre de Dragons, & il est
encor présentement Capitaine
d'une Compagnie d'ordonance
de cent Hommes d'armes, appellez
Huissars, en ce Païs, Il a
esté Grand Reférendaire du
Royaume, qui est la premiere
Charge apres les Sénateurs, &
employé dans les Ambassades.
Peu de Ministres ont eu d'aussi
grandes Négotiations à traiter,
&: peu s'en font acquitez avec
autantde succés. Il a este cinq
fois à la Cour de l'Empereur,
d'où il amena du Secours contre
la Suede. Il a esté Envoyé à
Rome, à Venue & à Florence,
en Suede, vers tous les Electeurs
de l'Empire, & en Tranfilvanie,
Ambassadeur Extraordinaire &
Plenipotentiaire à la Paix dit
Nord qui le conclud à Olive,
& voicy la seconde Ambassade
qu'il a faite en France. Comme
son inclination l'atoujours porté
à s'attacher aux interests de
cette Couronne, il l'a fait plroistre
en plusieurs importantes
occasions qui luyont attiré dès:-
marques particulieres de l'affediion
de nostre auguite Monarque.
Sa Majesté vient encor de
luy en donner de publiques, en
témoignant que le Roy & la République
de Pologne ne pouvoient
faire un choix qui luy sufl plus
agrcable quesapersonne en l'occasion
de cette Ambajfadc. Il a encor l'avantage
de rencontrer l'estime.
universelle &, les inclinationsde
toute la Cour, en laquelle on
peut dire que rien nele fait connoistre
pour Etranger, puis qu'il
en possede la Langue &: lapolitcffc,
aussiparfaitement que s'il,
n'en estoit jamais lorry.
Le 13. de ce mois, cetAmbassadeur
s'éstantrendu à Picpus,
Mr le MareschalDuc de Navailles
l'yvintrecevoirde la
part du Roy, & l'accompagna
à son Entrée avec les Carrosses.
de Leurs Majestez. Ils furent
précédez durant laMarche,des
Gens de livrée de Mr l'Ambassadeur,
fort proprement vestus
d'unDrap oranger, tout chamarre
de galons d'argent £c de..
soyebleuë, cramoisy &c blanc,
ayant tous des Plumes de. mesmes
couleurs. Ses deux Trompetes
marchoient à la teste, 6c
sonnoient de tClllpSen temps.
Ils estoient suivis de deux Ecuyers
bien mentez, lesquels
précedoient dix Pages à cheval
avec des Housses de lncline livrée.
Ensuite marchoient vingtquatre
Valets de pied autour du
Carrosse du Roy, oùestoit Mr
l'Ambassadeur, 6c ce Carrosse
estoit suivy de ceux de la Reyne,
de Monsieur, de M adame, & de
tous les Princes & Princessesde
la Maison Royale,après lesquels
on en vit quatre de M l'Ambassadeur,
tous bien attelez; les
deux premiers, de chacun six
grandsChevaux gris pommelez;
le troisiéme, de six Chevaux tigres
Polonois; & le quatrième,
de six Chevaux noirs. Son Carrosse
du Corps estoit sculpté au
dehors, & tout doré & peint
dans les paneaux, le Velours à
fonds d'or,& les Fleurs de rouge
cramoisy, avec les Crépines, les
Guides& les Houpes d'or &
cramoisy. La magnificence des
trois autres répondoit aux beautez
dece premier, &ils estoient
tous remplis, ainsi que les Carrosses
de la Cour, de quantité
de NoblessePolonoise qui estoit
à la Suitede cet Ambassadeur.
Ils marcherent en cet
ordre depuis Picpus jusques à
l'Hostel des Ambassadeurs Extraordinaires,
où aussirost (-uc
,
M l'Ambassadeur futarrivé, il
IntroducteurdesAmbassadeurs.
sa Commission. Le Roy dans Li
Réponse,lay parla en des termes
très-avantageux pour la
personne du Roy de Pologne,
ainsi que pour toute la Nitioill,
& d'une maniere fort satisfaisante
pour luy en parriculier.
Au sortir de cette Audience, il
fut magnifiquementrégalé par
ordre du Roy, avec sa Suite,qui
estoit de plus de quarante Gentilshommes.
Apres vous avoir parlé de
Mr l' Ambassadeur, je crois,
Madame, que je vous feray
plaisir devous dire ainsiquelque
chosèdeMadameTAmbalIidrice
sa Femme, quiest Fille du
Marquis de HUDtLey, Premier
Pair du Royaume d' Ecosse,
dontlesAncestres ont estélong
temps Souverains des Isles Or
cades, &souvent alliez aux Maiions
Royales qui ont regné en
ce Royaume. Elle est petite-
Fille de Henriete Stuart, Fille
du Duc de Lénox, sortie en
droite ligne & légitime de FOncle
du Roy Jacques VI. Grand-
Pere du Roy d'Angleterre d'arjourd'huy
, mais les avantages
de sa naiffiulce sont de beaucoup
surpassez par ses belles
qualitez & par sa vertu. Le Dimanche
d'après l'Audience de
-
M"le Comte de Morstin son
Mary, elle fut conduite dans les
Carrosses de la Reyne à l'Audience
de S. M. qui luy donna
beaucoup de témoignages de
l'estime qu'ellea pour ell
Le mesme jour de l'Entrée
les plus éclatantes que Su Majesté
a faites par Elle
-
mesme
dans tout le cours de cette
Guerre; le Pallage du Rhin, la
Conqueste des Villes-de Hollande
,
celle de Mastrie
,
6c de
la Franche-Comté, la Bataillé
présentée aux Ennemis durant
le Siege de Bouchain, la Prise
deValenciennes, de Cambrayi,
de Gand,d'Ypres,la Desvnion
des Confedérez, la Protection
de la Suede, & enfin la Paix;.
Chacunede ces Actions occupoit
le haut de chaque page.
Quatre Devises en remplissoiet
les costez,&. le bas estoit orné de
Figures symboliques
,
& d'une
Inscription exacte & simple, qui
comprenoit ce qu'il y a de singulier
dans l'Action.LesPositions
Phllofophiqusestoient au
milieu de ces ornemens. Tout
cela avoit un air de nouveauté,
& une variété,foragreable. Ce
Dessein cil du Pere de la Rue
Jesuite,aussibien quetoutesles
Inscriptions Latines,, Seune partiedes
Devises. LesautresDevises
font de plusieurs Personnes
savantes, particulièrement du
PereMénestrier, si celebre en
ces fortes d'Ouvrages d'esprit,
& qui a presentement fous la
Presle plusieursTomes de l'Histoire
&-. de l'Art des Devises,
où l'on trouvera tout ce qu'il y
a decurieuxsur cette Matière.
Quelques jours après,le Sieur
deBeauchnmp fit danserdans lemesme College un Ballet de
la Paix, où tout ce qu'ilya
d'habiles Gens en cet Art, serfoça
de répondre à l'idée d'un
si grand Maistre,quiaprèstant
d'autres semblables Festes exécutées
par luymesme, depuis
trente ans à Paris & à la Cour
avec l'admiration generale,..
trouva encor en celle-cy dequoy
s'attirer de nouvelles acclamacions,
par les nouvelles
beautez, & les agrémens impréveus
qu'il fit entrer dans un
sujet grave & serieux de luymesme.
C'estoit le Couronnement
de la Paix. On luy offroit,-
selon la coutumede l'antiquité,
quatre Consonnes; uned'Olivier,
une de Laurier, une d'Epics,
&unedeRoses.. Ces quatre
Couronnes figuroient les
quatre fruits ordinaires de la
Paix, le retour de laVertu, des
beaux Arts, de l'Abondance, &
delajoye ; & luy estoient présensees
par quatre Divinitez qui
président à ces Fruits, & à ces
Couronnes; celle d'Olivier, par
Pallas
;
celle de Laurier par
Apollon; celle d'Epies, par
Céres; & celle de Roses, par
Flore.
soutenu une Thele depuis peal
de temps , avec l'applaudisse-
,
mène d'une des plus célébrés
Assemblées que puisse attirer
unePersonne de sa naissance. Il
faisoitéclater son esprit,tandis
que Mr le Marquis de Coislin
son Frereignaloit son courage
en Allemagne, àla teste de son
Régiment. J'auray tant d'an..
tres occasions de vous parler de
ceux S. UÎ portent ce nom,que je
remets a une autre fois ce que
jen'ay pas le temps de vous en
direaujourd'huy.
Les Gardes du Corps, -& quelques
autres Troupes, avec les
Chevaux-Légers, campoient à
la droite vers Poissy; & les
Gensd'armes du Roy.,ceux de
la Reyne, les Gensd'armes Dauphins,
les Grénadiers à cheva l,
les Gensd'armes de Monsieur,
les Gensd'armesEcossois, & au..
trcs, avec les Mousquetaires,
campoient à la gauche versConflans.
La teste estoit vers Achexes.
L'ouverture s'en fit le premierjour
de ce mois. La Garde
à cheval fut posée à toutes les
avenues. Onlamontoitdeux:
fois chaque jour, le matin, & sur
lemidy. On la relevoit, & l'apresdînée
elle se faisoit à pied
£c à cheval. C'estoit la grande
Garde, & on larelevoit à l'approche
de la nuit. Les jours
d'Exercice on la montoitseulement
une fois le jour. Toutes
les fois que le Roy y venoit, il
passoit Luy-mesme de Rang en
Rang, &faisoit exactement la
reveuë des Troupes qu'il trouvoit
rangées par Escadrons à la
teste du Camp, avec leurs Etendarts,
Tambours &Trompetes;
& quand on vouloit les faire
combatre, on les faisoit filer vers
la Plaine de Garenne, à la gauche
du Camp, pour former deux
Lignes. La premiere que le Roy
commandoit, estoit composée
de tous les Gardes du Corps,
des Gens-d'armes de la Reyne,
&autres,avec les Chevaux-Légers
qui la fermoient, comme,
les deux Compagnies des Mousquetaires
fermoient la leconde
Ligne, commandée par Monseigneur
le Dauphin, &: composée
des Gensd'armes,desdites
deux Compagnies des Mousqueraires,
Ôcde toutle reste des
Troupes. Ces deux Lignesainsi
disposées, ayant la Garde à cheval
à leur teste, s'approchoient
& se chargeoient à coups de
Mousqueton & de Pistolet, en
passant l'une dans l'autre, &
toûjours de mesmejusqu'à trois
fois &. pour la derniere Betaille
qui se fit, on se chargea
jusqu'a quatrefois. Le Roy envoyoit
les ordres, & Monseigneur
le Dauphin les porroit
Luymesme. Il ne faut pas oublier
qu'à la seconde charge ou
meslée, ce jeune Prince tenoit
un petit Conseil de guerreà la
tesse de sa Ligne, avec les principaux
Officiers de son Party.
a mesme esté travailler avec luy
un peu avant son départ pour
Fontainebleau. Un des jours
que Sa Majesté y estoit, Mademoiselle
de Louvoys qu'on
avoit fait revenir du Convenc
delaVille-l'Evesque,eut l'honneur
de la salüer, & de la remeravec
vingt des plus Grands de
laCour, cent Hommesàcheval,
&: trente Chevaux pour lesGens
de(Il Maison. Plus de deuxcens
Carrosses setrouveret àsasuite.
Cet Ambassadèur en avoit quatre
, dont la magnificence ne
peut s'égaler. Il y en avoit un
de Velours veet à fondd'or,un
de cramoisy à fond d'argent, &;
deux autres tous dorez. Son
Train estoit composé d'un fort
grand nombre de Valets de pied
richementvertus, 5c de dix-huit
Pages, dont il y en avoit six
Francois. Cessixmarchoientà
cheval. Leur Livrée estoit de
Drap couleur de seüille-morte,
avec des Galons cramoisy argent.
Les douze autres estoient
Espagnols, 6<: en Carrosse, avec
des Livrées de velours. Mis
Marquis de Villars partit à dix
heures de son Palais, monté sur
un Cheval d'Espagne couvert
d'une Housse cramoisy des plus
magnifiques, toute en broderie
d'or, & qui traînoit jusqu'à
terre. La foule se trouva si
grande, que quaiques mesures
qu'on eust prises pour y donner
ordre, il ne put arriver au Palais
qu'à une heureaprès midy.Les
Dames estoient aux Balcons
qu'on avoitmagnifiquement pafez)
mais les Frann.,ejit
avoir la satisfaction de les voir,
àcause de l'excessive ardeur du
Soleil qui ne leur permettoit pas
de lever les yeux. Mrl'Ambassadeur
arriva à l'Audience conduit
par MrleComtede Galve,
Oncle de MrleDucdePastrane,
& accompagné de cent
Gentilshommes de la Maison
du Roy, &: de pres de deux cens
autres tant du Nonce, que de ce
quise trouva d'Ambassadeurs&;
autres Ministres en cette Cour.
SaMajesté le receutavec beaucoup
de marques de joye, &
l'Audience finie, où il y avoit
dix-huit Grands d'Espagne,Mr
deVillars retourna avec le 111CL
me Correge à son Palais, àc
traita tous ceux qui l'avoicntaccompagne
à son 1 Entrée.Deux
jours apres, il alla salüer la Reyne
Mere à Tolede. Il a eu trois.
Audiences de Sa Majesté.
J'ay oublié de vous dire que
Mrle Baron de Bielke, Ambassadeur
Extraordinaire de Suede,
avoit fait icy Ion Entrée quelques
jours avant celuy de Pologne.
Tous ses Gens estoient
vestus de noir, & ses Carrosses
en deüil à cause de la mort de
l'Electeur de Bavieres, proche
Parent deSaMajesté Suédoise.
Ainsi jen'ay rien à vous dire de
son train, ny de sa reception,
les mesmes cerémonies s'observant
toûjours dans celle qu'on
fait aux Ambassadeurs Extraordinaires
des Testes Couronnées.
Je vous diray seulement que Mr
leBaron de Bielke eil: jeune &
bien fait, qu'il commande un
Regiment dans les Troupes du
Roy son Maistre, & queses Anceflres
ont porté autrefois la
Couronne de Suede.
La Cour elfc présentement à
luy,afin qu'il pust arriver pin*
tost; & comme le Prince D.
Juan estoitmalade, il apprit luyjnejfmede
ce Courrier la nouvellequ'il
attendoit. Je vous ay
parledes réjouissancesqu'on fit
le jour- mesme qu'il la recoud
On nedoit pas enestre surpris.
Les Filles de France ont toûjours
vescu en Espagne d'une
maniere qui les y a fait aimerjuC
quesàl'adoration.Voicy ce que
ce Prince écrivitlà-dessus à,
Mademoiselle. La Lettrea esté
traduite mot pour mot sur l'Original
Espagnol.
LETTRE
DU ROY D'ESPAGNE.
A MADEMOISELLE, SErénijfime princef/è. Ayant eu
avis de la grande obligation
quej'ay au Roy &a Monfteur le
Duc dOrleans mes Freres, pour
l'heureux succés de monMariage
avec Vostre Majesté, qui efloit la
chofc du monde que je fouhaitois le
fins ardemment, jenay pas vcultt
diférer de témoigner à V. M. que
j'ay eftefenfiblement touchéde cette
bonne nouvelle, qui m'a causéune
joye pins forte que je ne fçauroU
l'exprimer, quoy quejefoisdans
une grande inquiétude de ne fouvoir
pas avancer davantage le
temps de vostre départ) &satisfaire
„
la pajjlon extrême que j'ay de voir
F. M. & de la posseder dans ces
Royaumes ,
aJ/Ïtrdnt V. M. queje
paferay dans une impatience continuelle
tolU les momens queje difércray
à me donner cette jOJe; ce
qui fera que je rieubliray rien de
tout ce qui pourra hâter le départ
deV. M. espérant qu'on en ufcra
de mejine de delà. Dieu conferve
Vojlre Majefiécommeje le desire.
Le bon Oncle de V. M.
Moy, LE Roy.
Les Galanteries que ce Prince
afairesdepuis,ont confirmé tout
ce qui s'est dit de la force de son
amour. Rien ne la fait mieux
cõnoistre que l'ordre qu'il a donné
à MrleMarquisdelos Balbases,
d'étudier les diférens gousts
de Mademoiselle,devoir tout ce
qu'elle aime, & tout ce qui la
divertit depuis le matin jusques
au soir, afin que trouvant les
mesmes choses en Espagne, elle
ne s'aperçoive pas qu'elle ne foit
plus en France. Madame de
los Balbafes voulant le servir
dans sa passion, a fait en divers
rencontres, ce que les Efpagnols
appellent Fineças de
amor. Elle luv a envoyé une
Fleurtombée d'un Bouquet de
Mademoiselle, 5cestant un jour
aupres de laToilette de cette
Princesse, elleluy prit une Ceinture
en broderie, l'assurantque
leRoyd'Espagne en seroitparé
le premierjour qu'elle le verroit.
Toutes ces choses ont persuadé
avecjusticeàMademoiselle que
la galanterie régnoit en Espagne
aussibien qu'en France;& comme
parmy les ames bien faites,
les marques d'amour sepayent
parlestémoignages d'estimeles
plus obligeans,elles' si informée
des couleurs qui plaisfentle
plus a ce jeune Prince, 6c luy a
fait fuirede 1111gnifiques Habits
où ellesontesté employées. Cependant
elle rra pû se résoudre
à quiter la France sans voir plusieurs
Lieux qui luy estoient
encor inconnus; & le Palaisoù
setient le plus auguste Senat de
la Terre, estans digne desa curiosité,
elle avisité ce grand Bâtiment.
Je puislenommerainfi,.
puis qu'il pourraitcontenirplus
de monde qu'il n'enfoudroie
pour peupler des Villes. Mademoiselley
alla incognitoôcmalquée,
en visita tous les détours
elle quatriéme,& n'y fut reconnuë
qu'en sortant.
MadamelaDuchesse de Montalto
Fille de la Gouvernante
du Roy d'Espagne, ayant plfré
par icy pour retourner à Madrid,
ya esté reçeuë avec tous
les honneurs qu'elleméntoir,
Monsieur a pris foin luy-mei'me
de la divertir. Illuy a fait voir
sa belle Maison de S. Cloud,,
toutes les Richesses du Gardemeuble
du Roy,les Eaux de
Versailles, & l'a traitée magnwfiquementàTrianon
Ma Lettre est déja trop longue.
Je l'acheve en peu de mots
par les Enigmes, dont je retranche
pour cette fois feulement,
l'Explication en Vers que j'ay
accoûtumé d'en donner. Le
Fer à Cheval,qui fit le vray
Mot de la premiere, a esté trouvé
par la jeune Cornfeue de B.
&: parl'Amantdela Demoiselle
de la Societé de Boissy fous
S.Yon. Ceux qui ont expliqué
la seconde sur l'Or, qui en effc
le vray sens, sont Messieurs Bjrqf.
fard de Montaney; Croville,
eigneu de Gouberville; Le
MarquisdeS.Aré; DuBray,
S'd'Arfi DeChaudel, de
Troyes;Boüillautle Cadet, de
Langres; Heuvrard, ~Collseiller
du Roy à Tonnerre; LeFranc,
Gentilhomme Rhémois; Ciaperon
& Mazan, de. Lyon;
Tullier le jeune, de ~Boarg s,
Béchu, Prestre a'Angers>
Hulle, du Quartierdu P,:. TrotteleCadet; ;', Rob;JJJ..;.
leans; D£_BoijïïmonC,i) C
DuBoisvilly; I^elaW.
sonne,& Edme de Sagine, pres
Sens; Sany, du QuartierS.jic~
ques du Haut-pas;L'Abbe d:
Sainte Catherine, de Se;;.>•.-
Aumont, Notaire:De Fonrcvnauld,
Gentilhommedu Bourbonnois;
Jarres, du Quartier du
Louvre; Formentin&Codron,
Régensd'Abbeville; Colart,de
Senlis; Halle
,
Secretairede Mr
le Comte de Bourlemont; Le
Chevalier Didas; Boileau, du
Quartierde l'Université; Rey*
L'Abbé de Cary; Tornes-i.,
Medecin à Marseille
f> -
MesdameslaMarquise
deS. r; La
Marquise de Terlon, & sa Dernoifelie3
DelaBrétonniere, de
Tours;- Piurco,it de Kergarion,
proche de Quimper•Manette
Charron; Marie M. de Chilly;
Pichonla Fille; LaRestde
Tresseaul; Le Brunetdelabelle
Blonde; Le Solitaire deLyon,
Tamiriste; Le tendre Cleandre,
«i',Anilensi Le Secretaire des
MercuriennesdeMorlaix; Le
Solitaire d' Evermeu, proche
Dieppe; L'AmantBlondin; La
Société joyeuse de Mortagne;
& les deux bonnes Amies Solitaires
de l'Arquebuse, de Soisfors.
-
La mesme Enigme a esté ex.
pliquée en Vers par Messieurs
leBaron de S. Gilles
-r
Grammont-
Hatuge,deMets; Du
Chemin;Grandis, Fils; Raulr,,
de Rouen•. Le Febvre, Curé
deViller,d'Abberville;Guépin,.
de Rennes; Maigret,Abbéde
Bulieres, Le Prieur Pelegrin,
dePignans en Provence- Hugo
deGournay; Le Bon Clerc de
Châlonssur Saône; & l'Etranger
malheureux.
J'ajoûte les noms de ceux
qui ont expliqué l'une &l'autre
dans leur vray sens. Ce font
MessieursleComtede BolTîr- ardin; De Langes-Mont- miralAvocat en Parlement
Bessin, Lieutenant de Clamecy
en Nivernois
; LeChevalier dç
Chimay, Vanderbeken; Ghinllepgt;
Prevost de S.Marcel
de Paris; Miconet; Le Chevalier,
delaPorte Pans ; Sennag
le Fils, de Bezançon: Mesdemoiselles
Raince; Sarty;Rabay dez; Vanbale; Tripart de
Gobillon, de 1a Ruë de l'Empereur;
La Societé enjoüée de
la Ruë Chapon; L'Ariane de
Sylvie
; & le Sérieux sans, critique.
En Vers, Messieurs Rousseau,
de Fontainebleau; A. Giraud,
Prieur de Fontenrousse, d'Aix
en Provence; Les Reclus de
S. Leu d'Amiens; La Societé
de Boissy fous S. Yon; & la
Nymphe des Prez.
Mr le-Président de la Tour- nelledeLyon, a fait la premiere
des deux nouvelles Enigmesen
Vers que je vous envoye. La
fécondé est de MrTieuloy
Prcvofl: de la Cité d'Arras.
ENIGME.
T*
i Eparois entre deuxSoleils,
Etfur le Corail&trvoire.
Mon élévation nuitfouvent
à magloire,
2Jats les rougeurs mefont des desautssans
pareils.
On rcconnoiifà mafigure
Le Principe de la Nature,
Et etltry du Tempérament.
Je me.nourrisdocillets,depaflilles,
de Roft,s,
Etmecrois après toutsifin &si
e.¡¡avant, je veux qm monsentimens
L'emporte deffis toutes ebofes.
AAUTRE ENIGME. Roitres du bonheur'
ainsi que du malheur,
Nousfaifinsdepluficurs
lescharmantcs/:
delices,
Et telqui nous ebaitavec leplus
d'ardeury
Eprouve bienfouventnospluscruelscaprices.
De nomy comme d'habit,ide sexe
diférenty
Etdecouleur&devisage,
On en voitparmy nous quifontdtf
plushautrang.
On en voit duplus bas étage.
On nous brouillefacilement.
On nous réunit aisément,
JttquoJ quesans dessein nouseausims
dudommage,
1J
On ne laijfepas tres-souvent
Denouspunir, maisfort injustement.
mousmarchons deux a deux, trois
a trois, quatre a quatre,
beaucoup avecque nous neperdent
pas leur temps,
Et ceux que nous rendonsconteni,
Sont a(fez, ingratspournous batre
Nousfaisos de fortheureux coups3
Mais las! de nojhrefort admirez,
ïiujuftice,
£)uand nous avos renduservice,-
Perjonne ne veutplus de nous.
L'Enigme en Figure représente le
Cdl/on. Rien ne peut estre plus naturel.
Salmonée qui épouvantoit les
Peuples d'Elide en lançant des feux,,
estle Boulet. Son Char,l'Afustsur lequelle
Canon esttraîné par des Che-
•
vaux, & le reste des Figures, marque
ceuxqui font effrayezdu bruit. Ce
Mot a esté trouvé par Messieursle
President dela Tournelle ; Du Chemin;
Frison, deRheims;Tuilierle
jeune; Miconet;Jarres; Trotte le
Cadet; Les ReclusdeS.Leud'Amiens
; Grammont; Mademoiselle
de la Bretonniere;Tamiriste;Rault;
de Roüen;LeSerieux sans Critique;
Le Solitaire de Lyon; & le Bon Clerc
de Châlons sur Seine, les deux derniers
en Vers.
-'
Cette Enigmeaestéaussiexpliquée
sur La B'ombe,- la Grenade,le Tonnerre,
la Gresle,/'Tmpiete,çyl'Arrestde mort.
Vos Amisresverontce Mois-cysur
Jféjîone. Fille de Laomedon. Tout le
monde sçait qu'ellefutexposée àtin
Monstre Marin, comme Andromede,
Se délivrée par Hercule.
Voicyunsecond Air que j'oublioisà
vous envoyer. Les Paroles sont de Mt-
Pageau Avocat au Parlement, Se elles
ont esténotées par M. Labbé, cy-devant
Maistre de Musiquede S. Jacques
de Dioppe.
CHANSON A BOIRE.
D EcoijjFs-tnoy citte "Bouteille,
se "dÛ entamer es tmbO";
jib qtif Id chair en eji\ermeillel
si.h: que ce Fin C.'d iret ejtboni
u4my^fï/monjfitr noifs laporte,
se pïêtem boire tout le jour;
Et.quandje boy,Lardçur,qui me
tranfj.otles
Craintplus un 'rHp-oriutuquuoT^i'cal
en IImouY.
Adieu, Madame. Je vous ay souveldi-
t en finissant, qu'il me restoit
Beaucoup de choses àvous mander,
mais je ne me suisjamais trouvé dans
un si grand, accablement de Matieres
considérables. Il di tel, que je sus
mesme obligé de remettre ce que je
vous avois promis la derniere fois
touchant le Voyage de Monsieur le
Duc en Bourgogne, Vous n'y perdrez
rien,puis que je vous envoyeray cette
Rélation plus entière, &que vous y
trouverezplusieursFestesqui ontesté
faites en divers Lieux pour ce Prince.
- Je ne puis aussi medispenser, faute de
temps & de place, de remettre jusqu'au
Mois prochain ce que j'ay à
vous dire du retour de M. ColbeLt le
Plénipotentiaire,de sa Réception en
la Charge de Président à Mortier;
de celle de M. Molé; de l'Election
des nouveaux Echevins; de ce quis'est
passé à l'Académie Françoise le jour
de la distribution des Prix; de l'arrivée
de Madame laPrincesse d'Osnabrux
en cette Cour;de la mort de M.
Qualité de la reconnaissance optique de caractères