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<36612004940011
<36612004940011
Bayer. Staatsbibliothek

MERCURE
CALANT
DEDIE A MONSEIGNEUR
LE DAVPHIN.
MAY 1679.
A PARIS .
AV PALAIS.
T
DAY
O
N donnera toûjours un Volume
nouveau du Mercure Galant le
premier jour de chaque Mois , & on
le vendra , auffi bien que l'Extraordinaire
, Trente fols relié en veau , &
Vingt- cinq fols en parchemin ...
BIDA
CHEN
A PARIS,
Chez- G . DE LUYNE, au Palais , dans la
Salle des Merciers, à la Juftice ,
Chez C BLAGEART , Rue S. Jacques
à l'entrée de la Ruë du Plâtre ,
Et en fa Boutique Court -Neuve du Palais ,
AU DAUPHIN.
T. GIRARD , au Palais , dans la Grande
Salle, à l'Envie .
M. D. LXXIX .
AVEC PRIVILEGE DV ROI.
Bayerische
Staatsbliothek
Munchen
2552525252525252
TABLE DES MATIERES
contenues dans ce Volume.
A
Vant-propos touchant la Paix
d'Allemagne,
I
Madrigal aux Plénipotentiaires , fur
le fujet dela Paix,
Les Fleurs, Fable,
15
18:
Mort de Madame la Comteffe d'Arrest,
16
A quelque chofe le malhear eft bon,
Hiftoire,
Fefte de la Naiffance de Madame
Royale,
Origine du Vvirtſchaf
Galanterie d'un Inconnu,
30
'17
74
78.
Defcription de la Caleche donnée au
Roy par M. le Marefchal Duc de
Vivonne,
Bouquet,
85
IIK
Le Pere Mafcaron eft choify Prédicateur
ordinaire de Sa Majeſté, 113
M. Loifel Curé de S.Jean en Greve,
a ij
TABLE.
I
fe démet de fa Cure enfaveur d'un
de fes Neveux , & de fa Dignite"
de Nofite Dame,
113
Mort de M. Morel Doyen de la Faculté,
Le Mort vivant, Hiftoire,
Madrigal à Iris malade,
Sonnet contre l'Amour,
Festes de Pezenas,
Mort de M. le Duc d'Arpajon ;
Mort de M. le Maçon de Treves,
Mort de M. Salo ,
114
116
14.2
143
144
171
177″-
179
Chanoinie de M. Salo donnée à M.
l'Abbé Defmaretz,-
Mort de M. Loire,
1814
182
Paroles fur l'ouverture de l'Opéra dé-
Bellerophon,
183
Arrefts donnez à Vincennes contre›
plufieurs Empoisonneurs, avecplu
fieurs Remarques curieufes fur ce
Sonnet, 207
208:
Sujet, 185
Réjouiſancesfaites en Franche - Comté
fur la Paix d'Allemagne,
Réjouiſances faites à Montoirefur le
mefmefujet,
211
TABLE .
Ceremonies obfervées à l'Anniverſairė
de Louis XIII.
Mort de M. le Duc de Vitry,
218
221A
Mort de Madame la Marquise de la
Tremblaye, 2255
Mort de M. du Mefnil Docteur de
Sorbonne, 216
Lettre écrite de Suede fur la maladie.
de Sa Majesté Suedoife,
228
Les Oyfeaux , Idille de Madame des
Houlieres, 2381
Tout ce qui s'eft paßé à l'Académie
Françoife le jour de la Reception de
M. l'Abbé de laVan,
M. le Marquis de Vitry eft nommé à
Ambaffade de Pologne,
243
2635
M. leChevalier de Noailles eftpourveu:
dela Charge de Lieutenant General
des Galeres, 264
M. Robert Intendant en Flandres,
achete la Charge dé Prefident des
Comptes qu'avoit M. Perrault, 265₁
Le Prince Charles Schinski envoyer
quatre Tygres à Sa Majesté, 265;
M.I'Evefque de Bafle fait chanter le
a
á iij
4
8.
TABLE.
pour la Paix d'Alle-
Te-Deum
magne, 267
Le Seigneur Paolo Laurenzani achete
la Charge d'Intendant de la Muſi–
que de la Reyne, 269
Arrivée de l'Ambaffadeur d'Efpagne,
le Compliment qu'il a fait
au Roy dans l'Audience particuliere
qu'ila euëde Sa Majefté, 274
Tout ce qui s'eft fait à la Reveuë des
Troupes de la Maifon du Roy, &
la maniere dont chaque Corps eftoit
veftu,
Tout ce qui s'eft paßé à S. Cloud au
Regal donné par Monfieur , où fe
trouva M. l'Ambaſſadeur d'Efpagne,
Tout ce qui s'eft paßé au mefme lieu
à l'Audience de Madame l'Ambaffadrice
d'Espagne,
279
291
295
302
Depart de M. l'Evefque de Strafbourg,
M. de S. Laurens eft choify pour eftre
Précepteur de M. le Duc de Chartres,
3051
TABLE .
108
'M. l'Abbé des Alleurs preſche devant
le Roy lejour de la Pentecofte, 306
Mort de M. Loifel Curé de S.Jean
en Greve,
Mort de M. le Comte de Belloy, 309
Régal donné à M. l'Ambassadeur
d'Espagne par M. le Préfident de
Mefmes,
311
Régal donné par M. le Prince de
Monaco, 313
Complimens faits au Roy fur le fujet
de la Paix, 315
Ambaffade du Printemps à Sylvie,
329
331
Réjouiffancesfaites à Metsfur lefujet
de la Paix d'Espagne,
Explication en Vers de la premiere
Enigme du mois paßé, 336
Noms de ceux qui l'ont expliquée , 336
Explication de lafeconde Enigme , 339
Noms de ceux qui l'ont expliquée, 339
Noms deceux qui ont expliqué toutes
les deux,
Enigme,
Autre Enigme,
340
340
342
TABLE.
Explication de l'Enigme de Narciffe,
343
Avanture du Jardin du Palais
Royal,
345
Arrivée de M. le Marefchal Duc de
Vivonne à Marseille,
349
Arrivée de Madame de Creil au Puy,
350
Mort de M. l'Abbé Caſſagne,
3FT
Mort de M. Clement Confeiller en la
Cour des Aydes,
Modes nouvelles,
Fin de la Table.
341
351
Alapage 349. au dernier mot de in
derniere ligne, au lieu d'Entrée, lifez
Reception,
Le Sieur Blageart diftribue tous les
Mois le Journal des Nouvelles Découvertes
fur toutes les Parties de la
Medecine ; & on trouve encor chez
luy tous les autres Ouvrages de M. de
Blegny, qui en eft l'Autheur ,
MERCVRE
GALANT
MAY 1679.
E commence , Madame
, par où j'ay finy
ma derniere Lettre.
On a publié icy la Paix , &
c'eft la troifiéme dont je
vous auray parlé depuis huit
mois . Je vous ay fait remar-
May 1679.
A
2 MERCVRE
quer combien de gloire
noftre invincible Monarque
s'eftoit acquis par les
deux premieres. Ce grand
Prince n'en reçoit pas
moins de cette troifiéme.
Si vous voulez examiner
avec qui elle vient d'eftre
faite , vous trouverez que
ce n'eſt pas feulement avec
un Empereur tres - puiffant,
& maistre de deux Royaumes
, la Bohëme & la Hongrie
, que les autres Empereurs
n'ont pas toûjours
poffedez , mais encor avec
les Electeurs
de l'Empire
.
GALANT.. 3
Sices Electeurs n'ont point
le titre de Roys , ils ne laiffent
pas d'eftre redoutables
par leurs forces ; & comme
il n'y a aucun d'eux qui ne
puiffe mettre une Armée fur
pied , c'eſt la meſme choſe
pour la gloire de Loüis LE
GRAND . La Paix dont je
vous apprens aujourd'huy
la Publication , &, qui ne
paffe que pour une feule
Paix, a efté concluë en meſ,
me temps , avec une multitude
, pour ainfi dire , de Puiffances
Souveraines d'Allemagne
, avec des Villes
A ij
4 MERCVRE
libres & liguées , avec des
Evefques Souverains & tresriches,
& avec quantité de
Princes qui eftant maiſtres
chez eux , avoient armé , &
I
joint leurs Troupes enfemble
, pour combatre celles du
Roy. Ainfi ce n'eſt pas avec
un Royaume que cette Paix
a efté ratifiée , mais avec une
Nation entiere , belliqueufe,
aguerrie de tout temps ,
& dont tous les Souverains
eftant unis ,comme nous venons
de les voir , auroient
pû attaquer une des Parties
du Monde , & peut - eltre
GALANT. 5
mefme le Monde entier. Ce
grand Corps fi difficile à
faire mouvoir, avoit remué.
L'éclat de la gloire de noftre
Augufte Monarque , luy .
avoit bleffé les yeux. Il avoit
agy, & s'eftoit fervy de la
conjoncture de deux gran
des Puiffances que ce Prince
avoit en mefine temps fur
les bras . Nous attaquions
la Hollande . Vous fçavez
que cette Republique s'ef
toit élevée à unfi haut point
de grandeur , qu'avant cette
guerre , elle avoit crû pouvoir
eftre l'Arbitre des
A iij
6 MERCVRE
Roys. Ses Richeffes, & les
Forces qu'elle a fur Mer, &
fur Terre , font affez connuës.
L'Eſpagne s'eftoit
• prefque auffi toft déclarée
pour elle. Je ne vous dis
rien de la vafte étenduë
de cet Empire. Les divers
Royaumes qui le forment
dans l'un & dans l'autre
Monde , font connoiftre la
puiſſance du Prince qui les
poffede. Voila quels Ennemis
le Roy avoit à combatre,
lors qu'il fut attaqué
par toute la Nation Allemande,
avec laquelle nous
GALANT. 7 .
E
S
ė
S
t
e
a
es
venons d'entendre publier
la Paix, mais comme les circonftances
rendent fouvent
les chofes plus glorieuſes , il
eft bon d'en ajoûter de nouvelles
à ces premieres. On
avoit traversé cette mefme
Paix à Cologne il y a déja
quelques années . Les Conférences
en furent rompuës ,
& on y arreſta M❜le Prince
de Furftemberg. Tout cela
n'a fervy qu'à retarder les
effets de la genérofité de
é LOUIS LE GRAND , qu'à luy
donner plus de gloire ,& enfin
qu'à luy faire conquérir -
3 .
IS
A iiij
8 MERCVRE
des Places en affez grand
nombre pour en accorder
quelques-unes à la tranquillité
de l'Europe, & s'en referver
de confidérables . Les
mefmes qui avoient empefché
la Paix de Cologne , &
qui ne la vouloient pas recevoir
des bontez du Roy,
avant que de voir leurs
Païs ruinez , n'ont pû ſe défendre
de l'accepter apres
avoir efté batus en mille
rencontres , & foufert tous
les Hyvers une fâcheufe
guerre chez eux - meſmes ,
caufée par leurs propres

GALANT. 9
Troupes qui fe difputoient
des Quartiers d'hyver. C'eft
une marque qu'elles n'incommodoient
guére nos
Provinces. Ainfi l'on peut
dire que fi ce grand nombre
de Souverains a reçeu la
Paix, c'eft parce qu'ils n'ef
toient plus en état de faire
la Guerre. La Publication
de cette Paix a eſté faite en
préſence deM ' de la Reynie,
qui a pris le foin d'y faire
obferver les cerémonies accouftumées.
Il a ce droit
comme Lieutenant de Police,
& c'eſt ainſi qu'il a plû.
30 MERCVRE
au Roy de le régler. Je ne
vous répete point ce qui fe
pratique en ces fortes d'oc .
cafions . Je vous en ay déja
fait le détail. Il faut vous
apprendre ſeulement que
dans cette derniere Publication
il y avoit dix Hérauts
d'Armes , qui marchoient
devant le S ' le Lievre,
Roy d'Armes de France
du titre de Montjoye Saint
Denys. Ces Hérauts eftoient
les Sieurs de Chaume
du titre de Normandie ; des
Granges , du titre d'Alençon
,Vernar, du titre de PiGALANT.
11
cardie , Billon de Loyes ,
du titre d'Angouleſme , le
Blanc , du titre de Xaintonge
; de Selle, du titre de
Dauphiné, le Roy , du titre
de Rouffillon ; Lucas , du
titre de Lyonnois ; d'Aubigny,
du titre de Charolois ;
&Charpentier Pourſuivant
d'Armes,faiſant la fonction
de Héraut du titre de Touraine
. Ils fortirent de l'Hô
tel de Ville , deux à deux , &
dans l'ordre que je vous
viens de marquer, précedez
de huit Tambours , & de
douze Trompetes de la
12 MERCVRE
grande Ecurie du Roy. Les
Réjoüiffances publiques éclaterent
dés le lendemain.
Le Te Deum fut chanté. On
alluma des Feux dans toutes
les Ruës ; & Meffieurs de
Ville en firent faire un d'Artifice
, dont vous pouvez
voir le deffein en jettant les
yeux fur la Planche que j'ay
fait graver. La principale
Figure élevée au milieu de
ce Feu , fur fon piedeſtal, reprefente
Apollon tenant ſa
Lyre d'une main , & une
branche de Laurier de l'autre.
La Paix qui vient d'eftre

bok
A
GALANT. 13
faite eft repreſentée par une
Figure d'Iris , ou de l'Arcen
Ciel , & la troifiéme qui femble
ne pouvoir eftre feparée
des deux autres , fait connoiſtre
que
rien ne pourra
def- unir les Princes qui ont
figné les derniers Traitez.
J'ay oublié de vous dire
tandis qu'on travailloit à
cette Paix avecl'Empereur,
elle avoit efté concluë & ratifiée
avec toute la Maiſon
de Brunfvic, & avec l'Eveſ
que de Munfter. Ce font
des Princes puiffans , & capables
de fortifier beau
que
14 MERCVRE
1
-
coup un Party. Il ne refte
plus que l'Electeur de Brandebourg
à comprendre dás
le Traité. Il a demandé du
temps fur quelques difficultez
qui l'arreſtent , & il
y a grande apparence que
ma Lettre ne partira point
avant que je vous faſſe fçavoir
la réfolution qu'il aura
priſe. C'eſt au nom de fes
Peuples , & de ceux qui ne
joüiffent pas encor de la
Paix, que M ' l'Abbé Mallement
de Meffange adreffe
la Plainte qui fuit aux Plénipotentiaires
de Nimegue.
GALANT. 15
C
Ent Peuples comme nous ayant
fenty la haine
Du plus grand de tousles Héros ,
Jouiffent déja du repos
Que leur donne une Paix certaine.
Vous, qui tenez de luy le pouvoir
fouverain,
Depuis que vous avez nos intéreſts
en main,
Que n'avez- vous finy l'excés de
noftre peine ?
N'avons- nous pas fujet de nous
plaindre de vous,
Puis
que vous nous laiffez expofez
au couroux
D'un Héros devant qui tout
tremble ?
Quoy donc, nefçauriez- vous d'une
commune voix
"
16 MERCVRE
Pacifier tout-à- la -feis
Ceux qu'il a vaincus tous en-
Semble?
La gloire du Roy n'occupe
pas feulement les
Muſes Françoiſes , elle fait
parler les Italiennes ; & M
Fredino de Veniſe , dont je
me fouviens que je vous ay
déja fait voir une Lettre , a
compofé en fa Langue une
Fable fort ingénieuſe qui
vous apprendra l'avantage
que peut prétendre le Lys
fur les autres Fleurs. Comme
il me fait la grace de me
promettre , vous l'aurez la
GALANT. 17
dans le premier Extraordinaire.
Cependant il m'en
envoye la traduction qu'il
m'affure avoir efté faite tresfidellement.
Je vous en
fais part. Elle eſt de M
l'Abbé Gradenigo Bibliotéquaire
de S. Marc dans la
mefme Ville . Vous n'aurez
pas de peine à connoiftre
que les Aquilons , & les Aurans,
repréſentent les Prin
ces du Nort , & que le Duc
deLorraine eft leHéraut qui
flate l'Impériale. Flore, dans
la penfée de l'Autheur, eft la
Reyne Chriftine de Suede..
May 1679.
B
18
MERCVRE
525252525 2 SESESE
LES
FLEVRS.
L
FABLE..
E Printemps triomphoit, &
les Zéphirspaisibles
Trouvoient mille & mille plaifirs
A careffer des Fleurs, à pouſſer des
Soupirs:
Les Fleurs n'étaient pas infenfibles,
Et l'Amour favorable à leurs communs
defirs,
Faifoit tout le bonheur des Fleurs &
des Zéphirs,
Quand une Fleur ambitieuſe,
( C'eftoit l'Impériale, elle a fait du
fracas)
GALANT. 19
Vint troubler la Paix gloricufe
Quifaifoit estimer les Fleurs, &
leurs Etats.
22.
Elle apprit aux Zephirs qu'un Héros
redoutable
Luy difoitfouvent des douceurs,,
Qu'il méprifoit toutesfes Soeurs,
Et que pour elle feule il paroiffoit
traitable;
Que ce Héros charmé defes vives
coulcurs ,
La vouloit élever à l'Empire des
Fleurs,
Et qu'il luy préparoit dans unfejour
aimable,
Vne Feste nouvelle, & de nouveaux
bonneurs.
25
Les Zéphirs qui cherchoient à luy
donner le change,
Beij
20 MERCVRE
L'interrompoient à tout moments
Ils entaffoient louange fur loüange,
Et compliment fur compliment..
L'un, d'une maniere obligeante,
Difoit quefa tige éclatante
Avoit dequoy charmer les Coeurs.
L'autre qui s'amufoit à badiner,
à rire,
Tâchoit par defeintes langueurs
D'exprimer un amour, que l'on ne
peutdécrire.
S2
Ils y réuffirent tres bien,
L'Impériale crût qu'ils eftoientfort
fincéres,
Etfans- doute ils auroient avancé
leurs affaires,
En recherchant unfecond entretien:
Mais comme ils foûpiroient pour des
Fleurs plus aimables,
L'Impériale apres de vains dif
cours
GALANT. 21
1
Se vit enfin réduite à chercher du
fecours
Chez des Peuples impitoyables:
S2
Les Aquilons & les Autans
Qui cherchoiet à troublerles Fleurs
& le Printemps,
Entrerent dans la Ligue ; ils yfe--
C
roient
encore,
Et l'on verroit la belle Aurore
Languir, & redoublerfes pleurs
Pour la Republique des Fleurs,
Si les foins genéreux de Flore
N'euffent doné remede à de fi grads
malheurs.
S&
On neparloit donc que de guerre,
Quandles cruels Autans, & lesfiers
Aquilons,
Troublerent les Zéphirs au milieu
des Valons,
22 MERCVRE
Et le riant Printemps qui regnoit
fur la Terre,
L'Impériale crût accabler de fes
coups
Les Fleurs qui refufoient de luy
rendre les armes;
Maisfes emportemens, &fes tranf
portsjaloux,
Firet contre les Fleurs ce qu'avoient:
faitfes charmes:
Les Fleurs triopherent toûjours, ·
Elles n'eurent que delagloire,
Et l'on les vit paffer de victoire en
victoire,
Sans que l'Impériale en arrefta le
Cours .
22
Vous en fuftes témoins, Aquilons›
indomptables;
Et vous, Autans audacieux,
Vous reconnuftes que les Dieux
GALANT. 23
Eficient en tout tempsfavorables
Aux Fleurs que vous tâchiez d'oprimer
en tous lieux.
Mercure vint exprés des Cieux
Pour affembler les Fleurs dans une
belle Salle,
où tout ce que la Terre étale
Et de rare de prétieux ,
Erapoitheureufementlesyeux..
$2
Elore, leur aimable Déeffe,
Parût dans le mefme moment,
Et dit qu'elle quitoit unfejourfort
charmant,
Pour rétablir la paix, les jeux, &
la tendreffe,
Dans l'Empire des Fleurs qu'elle
aimoit cherement.
Se
Vn Autan, Favory d'Eole,
Se leva d'un airbrusque, & prenant
laparole
,
24 MERCVRE
Il s'écria qu'entre mille autres Fleurs
Il admiroitl' Impériale.
Ildit que cette Fleur n'auroitjamais
d'égale,
Qu'elle enchantoit lesyeux parfes
belles couleurs,
Queson mérite eftoit extréme,
Et que tout lepouvoirfupréme
Ne pouroit l'engagerà vivre avec
fes Soeurs,
Si par une conduite auffi jufte que
Sage,
Elles ne luy rendoient hommage..
S &
Un Zéphir quifçavoit bien mieux
fairefa cour,
Pour s'attirer la bienveillance )-
Commença fon difcours par la reconnoiffance
Que les Fleurs témoignoiet à Flore,
àfon amour.
GALANT 25
Il conjura Flore àfon tour
De vouloirfe donner lapeine,
Avant que de revoir le bienheureux
fejour,
De nommer une Fleur qui dût eftre
leur Reyne
.
Sa
Flore choifit le Lys entre toutes les
Fleurs ,
Et les foûmit àfon empire;
Laficre Impériale en verfa quelques
pleurs,
Cependant ilfalut obeirfans rien
dire,
Et ( depeur de tomber dans de nouveaux
malheurs)
Eviter de deux maux, lepire.
J'oubliay dans ma Lettre
du dernier Mois à vous ap-
May 1679.
C
26 MERCVRE
prendre que Madame la
Comteffe d'Arreft , Dame
d'honneur de Madame la
Ducheffe de Nemours , eftoit
morte icy le 25. d'Avril.
L'attachement que fes Peres,
& ceux de M' le Comte
d'Arreſt fon Mary, ont toûjours
eu pour la Maifon de
Longueville, luy avoit ac
quis la bienveillance particuliere
de cette illuftrePrinceffe.
Elle eftoit de la Maifon
de Sermoife , une des
plus confidérables du Vermandois
, & qui demeure
aujourd'huy éteinte en fa
GALANT. 27
Perfonne, & en celle de Madame
la Marquiſe de Meux
fa Soeur. Madame fa Mere
fortoit de la Maifon de
Foüilleuſe de Flavacourt, &
c'est ce quiluy faifoit avoir
l'honneur d'eftre Parente
du fix au feptiéme degré de
Charlote Marguerite de
Montmorency Mere de M'
le Prince , par Robert de
Sarrebruche, Damoiſeau de
Commercy , & Jeanne de
Roucy, Comteffe de Roucy
& de Braine ,fa Femme , defquels
cette grande Princeffe
eftoit defcenduë di-
Cij
28 MERCVRE
rectement, auffibien que la
Comteffe dont je vous parle.
Si elle a eu de grands
avantages du cofté de la
naiffance, elle les a toûjours
admirablement foûtenus
par fa conduite. Il n'y avoit
rien deplus fage , ny de plus
chreftien, Elle eftoit bonne,
genéreuſe , fans faſte , &
d'une égalité d'ame fort
peu commune. Auffi peuton
dire d'elle avec beaucoup
de juftice , que les
belles qualitez qui l'avoient
rendue digne pendant
fa vie , de l'eftime & de
GALANT. 29
3:
t
1-
es .
1
S
a
S
S
t
S
fon Mary , defcend des anciens
Comtes d'Eu . Ses
Anceftres avoient pris leur
nom de la Chauffée d'Eu
l'approbation de tous ceux
qui l'ont connuë , luy ont
fait meriter leurs regrets
apres
fa mort. M' d'Arreft
avant l'an 1036. Il en poffede
encor à prefent la
Terre, & eft allié des Maifons
de Marle, de Créquy,
de Balzac, de Luxembourg,
de Rouy, de Fontaines, de
Dixmude, de Piquigny , &
de plufieurs autres.
Comme la mort laiffe
C iij
30 MERCVRE
fouvent des Procés , on eft
icy fur le point d'en intenter
un pour le partage d'une
affez grande Succeffion ,
que l'imprudente conduite
d'une Mere a mis en état
d'eftre difputé. Ce qui
donne lieu à cette dispute ,
eft auffi furprenant qu'extraordinaire.
Il faut vous.
l'apprendre en peu de
mots.
Un Officier de Cour Sou.
veraine mort depuis douze
ans , avoit laiffé un Fils &
deux Filles , avec plus de
cinq cens mille livres de
GALANT. 31
Bien. C'eftoit dequoy les
faire élever felon leur naiffance.
Sa Veuve en prit
foin , & n'oublia rien de
ce qui pouvoit contribuer
à rendre fon Fils honnefte
Homme. Il achevoit alors
fes études ; & comme fon
inclination fe trouva plus
portée pour
les Armes que
pour la Robe , il fe donna
tout entier à apprendre fes
Exercices, & prit party dans
les Troupes fi toft que la
guerre fut déclarée avec la
Hollande. Les Filles ef
toient beaucoup moins â32
MERCVRE
gées que luy . L'Aînée n'avoit
que dix ans . Elle eftoit
blonde, avoit les traits
aſſez réguliers
, & quoy
qu'elle fuft moins belle
que fa Cadete , elle ne laiffoit
pas d'avoir ce je- nefçay
- quoy qui frape les
yeux. Joignez à cela beaucoup
de douceur dans fes
manieres , & une vivacité
d'efprit admirable . Ces
avantages eftoient à confidérer
; mais pour fon malheur
, elle eftoit boiteufe,
& ce defaut parut fi grand
à fa Mere , qu'elle réfolur
GALANT. 33
de luy faire naiftre l'envie
du Convent. C'eft une injuſtice
affez ordinaire. On
donne à Dieu ce qu'on
trouve le moins propre au
monde, & peu de Meres fe
défendent d'en ufer ainfy.
Celle dont je vous parle fit
connoiftre à fon Aînée, que
pour apprendre beaucoup
de chofes que les Filles ne
doivent point ignorer , il
falloit qu'elle allaſt paffer
une année aupres d'une
Abbeffe fa Parente qui en
auroit foin ; que fa Soeur
prendroit fa place pour le
34 MERCVRE
mefme temps apres qu'elle
l'auroit retirée, & que rien
ne pouvoit eftre plus avantageux
pour l'inftruction
de l'une & de l'autre , que
les exemples de vertu qu'on
leur donneroit . Cela fut
dit d'un ton abfolu . La
Fille n'eftoit pas d'un âge
à refifter. Il falut partir , &
elle fe laiffa conduire au
Convent où l'on vouloit
qu'elle entraft , à vingt ou
vingt- cinq lieues de Paris .
L'Abbeffe luy fit toutes les
carreffes imaginables . On
s'empreffa à la divertir , &
GALANT. 35
force Penfionnaires de fon
âge qu'elle trouva, l'empef
cherent de s'ennuyer. Mais
on eut beau luy fournir d'a
greables amuſemens. Ils
ne pûrent luy faire oublier
qu'on devoit mettre la Soeur
en fa place ; & fon année
de clôture n'eut pas plutoft
expiré , qu'elle demanda fi
on ne fe préparoit point à
l'amener. On diféra l'échange
fur quelque prétexte,
& on fit fi bien, que
trois ans fe pafferent au
lieu d'un , fans qu'on exécutaft
rien de ce qu'on luy
36 MERCVRE
avoit promis . Au contraire,
on commença à luy parler
plus férieufement qu'on
n'avoit fait juſque- là , du
peu de folidité des chofes
du monde. C'eftoit affez
luy en dire. Comme elle
avoit l'efprit extrémement
avancé, elle raifonna fur la
morale qu'on luy debitoit,
& comprit qu'on ne l'avoit
enfermée dans un Convent
que pour la facrifier à fa
Cadete. Elle réfolut déslors
de n'en eftre point la
dupe , ſe tint fur fes gardes
contre tous les piegesqu'on
GALANT. 37
luy tendoit , & loüant le
bonheur de celles qui avoient
la force de fe détacher
de tout pour prendre
le Voile , elle prioit toûjours
qu'on ne luy demandaft
rien de pofitif, juſqu'à
ce qu'elle fuſt en âge de fe
mieux connoiftre qu'elle
ne faifoit. Cependant
plus
on luy parloit des avantages
de la clôture , plus elle
en prenoit d'averfion . Ses
Compagnes , & peut- eſtre
quelques Religieufes à qui
on avoit fait venir la vocation
par remontrances,
38 MERCVRE
l'affermiffoient dans le deffein
de lever le mafque, &
elle n'eut pas plutoſt atteint
l'âge de quinze ans,
qu'elle déclara non ſeulement
qu'on ne la verroit
jamais guimpée,mais qu'on
l'obligeroit tres - fort de la
faire fortir du Convent.
L'Abbeffe qui connoiſſoit
l'importance de la vocation
qu'on luy fouhaitoit,
fe contenta de luy demander
fix mois , pendant lefquels
elle prendroit fon
entiere réfolution, avec affurance
que fi apres ce
GALANT. 39
temps , elle avoit encor le
mefme dégoût pour le Convent,
elle obligeroit fa Mere
à la retirer. Les fix mois
pafferent. La Demoiſelle
demeura inébranlable , &
l'Abbeffe crût fa confcience
intéreffée à la retenir dans
un lieu d'où elle témoignoit
une extréme impatience de
fortir. La neceffité de la reprendre
fut un coup defefpérant
pour la Mere . Sa
Cadete eftoit devenuë toute
belle . Cette Mere en
avoit fait fon Idole, & prétendoit
la marier comme
40 MERCVRE
Fille unique , fur ce qu'elle
avoit déja publié que fon
Aînée renonçoit au monde
, & qu'elle eftoit fur le
point de prendre l'Habit.
Elle avoit mefme des veuës
qui alloient plus loin . On
avoit commencé la guerre.
Son Fils eftoit à l'Armée,
& tous les jours dans l'occafion
d'eftre tué . Ce malheur
dont elle n'auroit pas
eu de peine à fe conſoler,
rendoit fa Cadete un Party
tres - conſidérable , & elle
ne pouvoit foufrir qu'une
Boiteuſe vinſt renverser les
GALANT. 41
2
S
1
S
e
projets qu'elle faifoit pour
Fétabliffement de cette Cadete.
Cependant l'Abbeffe
ne voulant plus garder fon
Aînée , il falut qu'elle fon
geaft à la mettre ailleurs,
& elle ne pût rien imaginer
de plus favorable à ſes deffeins,
que de l'envoyer chez
une de ſes Tantes, Soeur de
fon Pere , mariée en Lan.
guedoc , à qui elle avoit
déja écrit pour la préparer
à la recevoir. C'eftoit l'é
loigner, &fe tenir toûjours
en état de faire croire d'elle .
ce qu'elle voudroit. La De-
May 1679.
D
42 MERCVRE
moiſelle confentit volon
tiers à ce voyage , & crût
trouver plus de douceur
aupres de fa Tante , qu'au
pres d'une Mere qui l'aimoit
fi peu. Elle y alla fans
avoir veu cette injufte Mere;
& apres quelques années
qu'elle paffa affez agreablement
dans cette
Province, elle tomba dans
une maladie fi dangereuſe ,
qu'on fut obligé d'en donner
avis. La Lettre portoit
que les Medecins defefperoient
de fa guériſon , &
que les premieres nouvelGALANT.
43.
les qu'on en recevroit , feroient
apparamment celles
de fa mort. La Mere ne
manqua pas de le publier,
& elle attendoit impatiemment
l'arrivée du premier;
Courrier, quand une autre!
Lettre qu'elle reçeut , luy
apprit que fon Fils avoit
efté tué à la Journée de
Caffel. Elle en eut de la
douleur, mais comme c'eftoit
un mal fans remede,,
elle feignit de n'en rien
fçavoir , & dit à tous fes
Amis qu'on luy venoit de
mander que fon Aînée ef
Dij
44 MERCVRE
toit morte en Languedoc .
On le crût , & fa Cadete
qu'on vit en deüil dés le
lendemain , confirma le
bruit qu'elle cut l'adreffe
d'en faire courir. Les Relations
de la Bataille qui furent
envoyées quatre jours
apres , firent voir le nom de
fon Fils dans toutes les Liftes
des Morts . Elle trouva
des larmes pour le pleurer,
& donna de grandes marques
d'affliction ; mais le
deüil que fa Fille avoit pris
de bonne- foy , parut eftre
d'abord pour fon Aînée, &
GALANT: 45
on commença de la regar
der comme l'unique Heritiere
de cette Maiſon. Elle
eftoit perfuadée elle- meſ
me qu'elle n'avoit plus ny
Frere ny Soeur, fa Mere luy
ayant caché que fon Aînée
avoit efté affez heureuſe
pour le tirer de la maladie
qu'on avoit crû qui l'emporteroit.
Le Bien eftoit
fort confidérable , la Demoiſelle
tres - belle, & vous
jugez bien qu'avec de tels
avantages elle ne manqua
pas de Soûpirans. Enfin un
Marquis auffi riche que
46 MERCVRE
bien fait, fut préferé à tous
fes Rivaux , & il époufa
cette charmante Perfonne
dans les derniers jours du
Carnaval. La Mere qui n'avoit
rien tant ſouhaité que
ce Mariage , en eut une
joye qui ne fe peut exprimer
, mais elle ne jouit pas
longtemps du plaifir de
voir fa Fille Marquife . Elle
fut frapée d'apoplexie douze
jours apres , & mourut
fans pouvoir rien dire de la
tromperie qu'elle avoit faite
à fon Gendre.Le Marquis
ne fe trouva pas fort malGALANT.
47
heureux d'avoir fi - toft une
double Succeffion à recueil
lir.. Il en vantoit l'importance
à un de fes Amis qui
revenoit de Province , quád
cet Amy luy apprit qu'il
n'en devoit prétendre que
la moitié , l'autre appartenant
à une Soeur qui avoit
eſté envoyée affez jeune en
Languedoc , & qui ayant
fçeu la mort de fa Mere , fe
préparoit à luy venir demander
le partage qui luy
eftoit deû. Le Marquis
fort étonné de cette nouyelle
, voulut fçavoir de
48 MERCVRE
fa Femme ce qu'il falloit
qu'il en cruft. La jeune
Marquife l'affura que la
Soeur dont on luy parloit,
eftoit morte , qu'elle en
avoit pris le deuil un peu
avant que fon Frere cuft
efté tué, & qu'il ne devoit
pas appréhender qu'on la
fist revivre. L'Amy répondit
qu'il ne pouvoit croire
qu'on fe fuft fait un plaifir
de le tromper ; qu'eſtanc
en Languedoc depuis trois
femaines , on l'avoit mené
chez la Tante de la Marquife;
qu'il y avoit entretenu
GALANT. 49
tenu une Demoiſelle fort
bien faite, qui ſe diſoit ſon
Aînée , & que c'eftoit là
qu'il avoit appris le Mariage
dont il venoit les féliciter.
La Marquife luy
demanda auffitoft ce qu'il
avoit remarqué de la taille
de cette Soeur , & quand
il eut dit qu'elle eftoit des
médiocres , mais fort bien
prife , le Marquis ſe mit à
rire , & luy perfuada qu'on
s'eftoit diverty à luy faire
piece, parce que fa Femme
n'avoit jamais eu qu'une
Soeur boiteufe . Cette cir
May 1679.
E
50 MERCVRE
conftance laiffa l'Amy
fans replique. La Demoi
felle qu'il avoit entretenuë
comme Soeur de la Marquife,
avoit la taille fi droite
, qu'il ne douta point
qu'on ne l'euft joüé . Il
en témoigna beaucoup de
joye, puis que le divertiffement
qu'on s'eftoit donné
à fes defpens , tournoit à
l'avantage du meilleur de
fes Amis . Cependant la Succeffion
eftoit affez importante
pour attirer la Demoiſelle
à Paris . Elle y arriva
avec fa Tante , au nom
GALANT. 51
:
de laquelle on vint demander
fila Marquife pouvoit
eſtre veuë. La Marquife qui
avoit fouvent entendu parler
du mérite de cette Tante
; la reçeut de la maniere
du monde la plus honnefte ;
mais elle fut fort ſurpriſe ,
quand apres une heure de
converfation , la Demoiſelle
l'accompagnoit ſe déclara
pour eftre fa Soeur .
Le Marquis eftoit préſent.
Comme il avoit obfervé la
Demoiſelle
en entrant , &
qu'elle marchoit fort droit ,
la déclaration ne l'étonna
qui
E ij
52 MERCVRE
point. Il fit une réponſe
galante , & ne commença
de prendre fon férieux, que
quand elle dit que pour
n'eftre plus boiteufe , elle
n'en eftoit pas moins la
Soeur de fa Femme. La verité
eft , que dans le dernier
Hyver , qui a eſté un des
plus rudes que nous ayons
eu depuis fort longtemps ,
elle s'eftoit rompu la jambe
en fe laiffant tomber fur la
glace. On n'en avoit rien
écrit à fa Mere , qui ne s'en
feroit pas beaucoup mife
en peine , & qui d'ailleurs
GALANT. 53
3
5
5
·
n'avoit voulu détromper
perfonne de fa fauffe mort.
Cependant ce malheur luy
avoit efté fi
avantageux ,
qu'en remédiant à l'acci .
dent de fa jambe , on eftoit
venu à bout de la faire marcher
droit. Cela fembloit
tenir un peu du prodige ; &
les nouveaux Mariez qui
ne croyoient , ny ne vou
loient point avoir de Soeur,
traiterent de conte ce qu'on
leur en dit, & fe montrerent
fort difpofez à fe maintenir
dans le droit entier des Succeflions
que la Demoiſelle
E iij
54 MERCVRE
demandoit à partager. La
Dame qui l'avoir amenée ,
fe contenta de leur dire
qu'elle leur donnoit huit
jours pour luy faire fçavoir
ce qu'ils réfoudroient . Elle
adjoûta que fa Niéce eftoit
preſte à ſe marier à unHomme
des plus qualifiez & des
plus puiffans de la Province;
qu'il l'avoit accompagnée
Paris, & qu'il ne manquoit
pas d'Amis pour luy faire
rendre la juftice qui luy eftoit
deuë. Ils fe feparérent
affez froidement, & chacun
prit confeil de fon coſté fur
GALANT. 55
5
ce qu'il eftoit à propos de
faire. La nouvelle de cette
Fille vivante s'eftant répandue
des le lendemain
dans toute la Parenté, tout
le monde luy rendit vifite .
Quoy qu'on ne l'euft point
veuë depuis l'âge de dix ans ,
& que fes traits fuffent plus
formez, ils ne laiffoient pas
d'eftre encor les mefmes.
Ainfi perfonne n'eut peine
à la reconnoiftre . Le changement
de fa taille eftoit la
feule chofe qui embaraf
foit ; mais ce qu'on diſoit
de fa chûte, & de l'heureux
E
ן י
56 MERCVRE
effet qu'elle avoit produit,
eftoit facile à juftifier. C'eſt
ce que la plupart des Parens
firent entendre au Marquis .
Il n'aimoit point le Procés,
& par l'avis de ceux en qui
il fe confioit le plus , il demanda
quelque temps pour
envoyer fur les lieux faire
les Informations qu'il jugeroit
neceffaires. Voila l'état
où font aujourd'huy les
chofes. Il attend le retour
de quelques Amis intelligens
qui font allez pour luy
en Languedoc , & la réfo.
lution qu'il prendra dé
GALANT. 57
pend de ce qu'ils auront
appris des Perfonnes defintéreffées
.
Les Festes publiques ont
toûjours efté regardées
comme de glorieuſes marques
de la grandeur d'un
Etat. En effet, rien ne fait
fi bien connoiftre la magnificence
& la galanterie d'un
Souverain , le bon ordre de
fes affaires , & la bonté qu'il
a pour les Peuples . Les Empereurs
Romains , & ceux
qui ont gouverné ce vaſte
Empire avant eux ,
n'ont
rien épargné pour la fom53
MERCVRE
ptuofité des Spectacles. II
y en a eu fort fouvent en
France ; & fans parler de
ces grands & magnifiques
Opéra , qu'on n'appelloit
alors que Balets , l'Hiftoire
eft pleine d'une infinité de
Caroufels qui ont efté faits
en diférentes occafions de
réjoüiffance , & nous en
avons veu trois fous le feul
Regne de Louis LEGRAND .
Quant aux fuperbes Balets
dont j'ay commencé de
vous parler, fi on en veut
fçavoir le nombre , on les
peut prefque compter par
GALANT. 59
les années de noftre augufte
Monarque. Mais ce
qui a dû furprendre toute
l'Europe , ç'a eſté de voir
quefes magnificences ayent
toûjours reçeu quelque éclat
nouveau , fans que la
guerre
qui ruine ordinairement
les Etats , ait apporté
le moindre changement
dans les fiens. Au
contraire , il femble qu'à
meſure que la gloire de ce
Prince a augmenté , toutes
fortes de bonheurs foient
venus dans fon Royaume ..
Ses grandes Armées pou
60 MERCVRE
voienten épuifer les Vivres
& les Finances. Cependant
l'abondance n'a pas laiffé
d'y regner toûjours ; & l'on
ne s'y eft apperçeu qu'on
eftoit en guerre, que par les
Réjouiffances publiques ,
par les Feux de joye, & par
les Nouvelles continuelles
de la prife des plus fortes
Places des Ennemis , dont
les plus confidérables nous
font demeurées. Il eftoit
difficile que toutes ces chofes
n'arrivaffent , le Roy ef
tant fervy par des Miniftres
dont le zele & l'exactitude
GALANT. 61
n'ont rien d'égal que leur
extréme fidelité. Si les grandes
Feftes font fi glorieufes
à un Etat , parce qu'elles
font des marques de fon
abondance , de fa tranqui
lité , & du bon & heureux
Gouvernement du Souverain,
la Cour de Savoye peut
fe vanter qu'il ne luy man
que aucun de ces avantages,
eftant certain qu'il y
en a peu dans l'Europe qui
puffent l'emporter für elle
en toute forte de magnificences
. Je vous en ay entretenue
déja plufieurs fois, &

62 MERCVRE
le plaifir que vous ont don
né ces Articles, me fait ju
ger de celuy que vous recevrez
en apprenant ce qui
s'eft paffé cette année àªla
Fefte de la Naiffance de
Madame Royale . Vous
vous fouvenez que je vous
ay dit qu'elle arrive toûjours
l'onziéme d'Avril.
Cette Princeffe fut éveillée
ce jour- là par les Salves du
Regiment des Gardes , de
ceux de Savoye , & Piémont
Ducal, & de toute l'Artillerie
de la Ville & de la Citadelle
. Elle alla enfuite s'acGALANT.
63
quiter des devoirs ordinai- *
res de fa pieté, dans l'Eglife
de S. Jean où eft le S.Suaire,
& où elle offrit felon fa coûtume
, autant de Piſtoles
qu'elle a d'années . Les Galeries
qui font la communication
du Château au
Palais Royal , & du Palais
Royal à la Tribune de cette
Eglife, luy fervirent de paffage
; le tout paré des Meubles
de la Couronne
, qui
font auffi riches qu'il y en
ait dans l'Europe . Les Regimens
de Savoye , & Piémont
Ducal, eftoient dés le
64 MERCVRE
"matin en Bataille dans la
Place du Château , & celuy
des Gardes dans la Place devant
l'Eglife de S. Jean pendant
la Meffe . On la chanta
en Muſique, de la compofition
de M' Lallouëte.
C'eſt un Eleve du fameux
M' de Lully. Il eſt aisé de
connoiftre par tout ce qu'il
fait, qu'il a pris le bon gouſt
de ce grand Homme. Quoy
qu'on foit accoûtumé en
Savoye à la douceur de la
Mufique Italienne , & à ce
qu'elle a de fçavant , on ne
laiffa pas d'admirer celle de
GALANT. 64
ce jour-là, & d'avouer qu'on
ne pouvoit rien entendre de
plus beau. Les Arquebu
fiers eftoient fort propres
& rangez en deux hayes
dans la Nef de l'Eglife , les
Suiffes de la Garde en rond
au bas du degré de la Tribu
ne ; une partie des Archers
des Gardes du Corps aur
bas de l'autre degré, & l'au
tre partie autour de Leurs
Alteffes Royales. Ces Archers
compofent une Trou
pe de cent Gardes , qui doi
vent tous cftre Gentils
hommes, & Savoyars. On
May 1679
E
66 MERCVRE
n'en reçoit aucun autre. Au
retour, Madame Royale regeut
les complimens de
route la Cour, & dîna em
public avec Son Alteſſe
Royale , Madame la Princeffe
Maurice , M' le Prince
de Carignan, & M' le Chevalier
de Savoye. Le Repas
fut magnifique. Les Violons
dans un bout de la Salle
où l'on mangeoit , & les
Hautbois à l'autre bout, répondoient
par Echo aux
Trompetes quieftoient das
la Salle des Gardes , & faifoient
le plus agreable Con
12
GALANT 67
cert qu'on puiffe entendre.
Apres que Leurs Alteffes
Royales curent dîné , elles
allerent fe promener au Va
lentin , & rentrerent dans
la Ville fur les fix heures du
foir. La belle & grande
Place de S. Charles par laquelle
on devoit paffer, eftoit
occupée d'un cofté par
le Regiment de Piémont
Ducal. Le retour de cette
charmante Cour , reffembloit
à une Entrée de
Triomphe. Le Carroffe de
Leurs Alteffes Royales ef
toit precédé de plus de
Fij
68 MERCVRE
vingt autres , environné &
fuivy des Princes & Seigneurs
à cheval, au nombre
de plus de deux cens , tous.
avantageuſement
montez,
& dans une parure tres- magnifique.
Plus de cent autres
Carroffes marchoient
apres eux. La nuit vint
quand on fut rentré dans le
Château , & l'obscurité en
fut bien- toft diffipée par un
grand Feu d'artifice , élevé
fur une Terraffe qui fait
une des faces de la Place de
ce Château , & qui luy don
ne communication
avec le
GALANT. 69
Palais de Madame la Princeffe.
Il repreſentoit le Temple
de Janus, qui ayant eſté
fermé pour les Peuples de
Savoye , par la fage & merveilleufe
conduite de Madame
Royale, pendant que
toute l'Europe eftoir en
guerre, paroiffoit encor dás
fe mefme état, & fembloit
les avertir de l'éternelle
reconnoiffance
qu'ils devoient
avoir de fes bontez:
Le Bal fucceda au Feu. Les
Dames qui font belles &
en fort grand nombre , s'y
trouverent dans un éclat
70 MERCVRE
merveilleux. Leur ajuftement
eftoit des plus riches ,
& pour couronner la magnificence
, on fervit une
Tuperbe Collation dans
vingt - quatre grands Baffins
remplis des raretez les
plus exquifes. Chaque Baf
fin avoit fon deffein particulier.
C'eſtoit une espece
de Sculpture & de Minia
ture tout enſemble , faite
avec du Sucre & des Fruits,
Toutes ces diférentes Piéces
offroient aux yeux quelque
chofe de fi achevé,
qu'on faifoit fcrupule de les
GALANT. T
rompre pour fatisfaire fon
gouft,tant elles fembloient
propres à eftre confervées
pour la parure d'un Cabi
net . Tout cela fe fit parles,
ordres de Monfieur le Duc
de Savoye , quirégaloit Madame
Royale. Je ne vous
dis rien de la dépenſe des
Princes & des Seigneurs qui
fe trouverent à cette Fefte.
Vous ferez perfuadée qu'el
le alla loin, quand je vous
auray appris qu'ils changerent
trois fois d'Habit ,
ayant paru le matin en
Gens de Cour, l'aprefdînée
72 MERCVRE
en Cavaliers qui doivent
monter à cheval , & le foir
au Bal,en Manteau. Tous
ces diférens Habits eftoient
fi bien entendus & fi brillans
, qu'on auroit eu peine
à dire lequel des trois faifoit
éclater plus de richeſſe , &
plus de galanterie . Jugez
des Dames par là. Mỹ le
Cardinal Portocarrero
qui
paffoit à Turin , pour s'en
retourner de Rome en Ef
pagne, fut témoin de toutes
ces magnificences . Illes admira.
Mais il fut furpris de
out cequ'il vit de pompeux
&
GALANT. 73
& de galant. Ilne le fut pas
moins des Préfens que
Leurs Alteffes Royales luy
firent. Il y avoit en effet dequoy
en eftre étonné , puis
qu'il ne faifoit que paffer
par cette Cour, qu'il y eftoit
incognito , & qu'il n'y avoit
traitéaucunes affaires ; mais
il avoit vûMadame Royale,
& c'eftoit affez pour recevoir
des marques de fon
eftime. J'aurois encor à vous
entretenir de cette galante
Cour, en vous parlant de la
Reception de M' l'Evefque
de Foffan , dans l'illuftre
May 1679.
G
74 MERCVRE
Académie des beaux Ef
prits , que cette grande Princeffe
a établie dans fon Palais,
mais j'en attens les particularitez
pour vous apprendre
ce qui ſe paſſe dans
ces fortes de Cerémonies,
comme j'ay fait à l'égard de
l'Académie Françoiſe qui fe
tient au Louvre. Cependant
hors de pro- ne fera pas il
pos , apres
un Article
de
Fefte publique
, de vous éclaircir
touchant
ce que
vous fouhaitez
fçavoir
du
Vvirtschaf
, dont il eft parlé
dans la defcription
des diGALANT
. 75
vertiſſemens qui furét donnez
à Madame la Princeffe
de Meklebourg pendant
fon fejour à la Cour d'Hannover.
La Relation que je
vous en envoyay dans ma
Lettre du mois de Mars,
porte que c'est une maniere
de Mafcarade inpromptu.
Le mot eft Allemand compofé
de deux, qui fignifient
en cette Langue Compagnie
de l'Hofte. Ainfi le Vvirtschafdoit
être regardé cóme
le divertiffement d'un apresfoupé
d'Auberge , & c'eſt
de là qu'il tire fon origine,
Gij
76 MERCVRE
.
Tous ceux qui fe trouvent
logez enfemble , propofent
tout d'un coup de fe déguifer
. On fait des Billets dans
lefquels on écrit autant de
noms de Meltier qu'il y a
de Perfonnes qui doivent
eftre du Vvirtschaf. On
choifit ordinairement les
Emplois les plus vils & les
plus plaifans . Les Billets fe
meflent dans un Chapeau ,
& chacun s'habille felon le
Meftier qui luy eſt écheu .
Cela fait ordinairement un
mélange fort divertiſſant .
Les Perfonnes du plus haut
GALANT. 77
rang ne dédaignent pas
. cette forte de Mafcarade ; &
quand la Princeffe de Dannemark
fut mariée au Duc
de Holſtein , il y eut un
Vvirtschaf, dans lequel le
fort des Billets changea le
Roy en Seigneur Polonois ,
la Reyne en Coupeufe de
bourſe, le Prince de Dannemark
qui regne aujour
d'huy , en Garçon Barbier
qui vouloit rafer tout le
monde, le Duc de Holſtein
en Marchand de toile ,l'Ambaffadeur
de Hollande en
Capitaine de Vaiſſeau , &
ainfi des autres .
78 MERCVRE
J'adjoûte à ces Articles de
Divertiffemens
& de Feftes,
la galanterie d'un Particulier.
Une belle Dame, des
plus fpirituelles du Royaume,
& qui a un talent admirable
pour la Poëfie, reçeut
il y a quelques jours
un Paquet, apporté par un
Laquais fans livrée , qui feignant
d'en attendre la réponfe,
s'échapa, apres l'avoir
donné à un de fes Gens . La
Dame l'ouvrit , & y trouva
un Eventail d'un prix fort:
confidérable
, reprefentant
le Triomphe de Bacchus en
GALANT. 79
miniature , avec cette Lettre
en Vers.
$52525225252
5225
A L'AIMABLE
Ova
IRIS
Vand vous paffez vosjours
dans le facré Vallon,
Songez- vous à ce que vousfaites?
Deux Enfansfontjaloux dubonheur
d'Apollon
.
Lors qu'on eft, difent-ils, faite come
vous eftes,
Doit-on toûjours fairefa cour
Au brillant Dieu des Chafonnettes?
Ils s'enplaignirent l'autrejour
Au Deftin, qui promit de finir leur
querelle.
G iiij
80 MERCVRE
Iris , ne traitez point cecy de bagatelle,
De ces deux Enfans , l'un s'appelle
Bacchus, & l'autre c'est l'Amour.
Confolez- vous , Divinitez puiffantes,
Leur difoit le Deftin tout-bas,
Si la charmante Iris préfere à vos
appas
L'honneur d'eftre comptée au nombre
1
des
Sçavantes,
C'eft qu'elle ne vous connoiftpas.
Hé,comment s'en faire connoiftre,
Répondit Bacchus irrité ?
Je ne puis aprocher cettefiere Beautés
D'abord qu'elle me voitparoiftre,
Qu'on lejette par lafeneftre,
Dit-elle, & qu'on nelaiffe pas
La moindre trace defes pas.
Helas! mafortune eftpareille,
languifamment àson tour Dit
GALANT. 81
L'aimable Enfant qu'on nomme
Amour,
Iris me bait autant que le Dieu de
la Treille.
L'Ingrate n'a pour moy qu'un outrageant
mépris,
F'employe en vain les feux , les
Graces, & les Ris,
Pour apprivoiser la Cruclle;
Nymon Flambeau, ny mes traits
d'or,
A qui, dit-on, rien n'eft rebelle,
Malgré mes foins, n'ontpû mefaire
encor
Obtenir l'heureux droit d'eftre reçeu
chez elle .
La Nature qui me doit tout,
Mefaifoit espérer qu'elle en viendroit
à bout;
Mais bien loin de m'eftre fidelle,
Elle ne porte Iris qu'au plaifir de
rimer,
82 MERCVRE
Das le temps qu'ilfaudroit aimer.
Ilfaut, dit le Deftin, que vostre
douleur ceffe.
Du blond Phébus nefoyczplus
jaloux,
Jeunes Dieux, apprenez que celuy de
Permeffe
Peut dans un mefme coeur demeurer
avec vous.
Paroiffez chez Irisfuivis de tous vos
charmes;
Que les profonds respects , que les:
Soins affidus,
Les timides regards , les foupirs, &
les larmes,
Soient de l'Amour lesfeules armes;:
Que pour accoútumer Iris avec
Bacchus,
Il foit accompagné de toutes fes
Bacchantes,
Du moite Element triomphantes..
GALANT. 83
Mais de peur d'effrayer Iris,
Qu'iltriomphe à fesyeuxfeulement
en peinture,
Et pour cette galante & fameufe
avanture,
Servez- vous tous deux de Tircis..
A ces mots il fe teut, &fur noftre
Hémisphére
L'un & l'autre Dieu defcendit.
Chacun d'eux chez moyfe rendit,
Et le beau Prince de Cythere
Mepreffe dufoir au matin,
D'accomplir l'ordre du Deftin.
Mais, adorable Iris, quoy qu'il me
puiffe dire,
Je n'ofe vous montrerses transports,
Son espoir.
Tout ce qu'en mafaveur le Sort a
Secu preferire,
Se termine à vous faire voir
Triompher le Dieu de laTonne,,
84 MERCVRE
·
Das l' Eventail quejevous donne.
Iris, avec bonté daignez le recevoir.
Quelques recherches que
l'on ait faites , on n'a pûconnoiftre
l'Autheur de la Lettre,
ny du Préfent. Je ne pénetre
point les raiſons qui
l'obligent à fe cacher , mais
il femble qu'apres avoir fait
triompher Bacchus ſi galamment
en peinture , un
Homme qui a autant d'eſprit
qu'on en voit dans
cette Lettre , eft fort capa -`
ble de procurer un veritable
triomphe à l'Amour.
GALANT. 85.
Je vous ay parlé d'une
magnifique Caleche que
M'le Maréchal Duc de Vivonne
a donnée au Roy . Je
croyois vous en pouvoir envoyer
le Deffein gravé, mais
outre qu'il auroit falu trop
de temps pour venir à bout
de cette gravûre , elle ne
vous auroit reprefenté que
tres-imparfaitemétles beautez
qui rendent cette Caleche
l'admiration des Curieux.
Ainfi il faut que je me
contente de vous en faire la
defcription . Elle vous fera
demeurer d'accord qu'on ne
86 MERCVRE
fçauroit trop vanter l'invention,
& la magnificence
de M' le Duc de Vivonne,
qui a ouvert les premieres
idées de ce Chefd'oeuvre en
le propofant. Il s'en eft entierement
repofé ſur les
foins de M' Gamare , Chevalier
de l'Ordre de S. Michel
, autrefois Capitaine
des Gardes de M' le Duc de
Mortemar Gouverneur de
Paris, & aujourd'huy Lieutenant
General des Chaffes
du Louvre . Il l'a laiffé maître
de la difpofition de la
Caleche, des matieres qui la
GALANT. 87
!
compoſent, & du choix des
Ouvriers qui l'ont conftruite
; & comme M' Gamare
a des lumieres toutes
particulieres dans la connoiffance
des beaux Arts,
il n'y a voulu employer aucune
des chofes qui ont accoûtumé
de fervir à l'ornement
des plus beaux Carroffes
, c'eſt à dire qu'il n'y a
mis ny cuir , ny clous , ny
peinture. Souvenez- vous,
s'il vous plaift, que tous les
Arts ont leurs termes propres,&
que das cette defcriptionje
ne faisque fuivre le
88 MERCVRE
Mémoire que j'ay reçeu .
L'Impériale eft de Velours
bleu , parfemé de
Fleurs de Lys brodées d'or
tant plein que vuide , avec
une Couronne de Laurier
dans le milieu . Les Bouquets
des quatre encoignures
de cette Impériale , au
deffus des coins de la goutiere,
font ornez chacun de
deux petits Amours affis fur
le Manteau Royal . Ces petits
Amours fervent de fuports
aux deux coſtez d'un
Globe couronné de la Couronne
Royale , fur lequel
GALANT. 89
font repreſentées les Armes
de Sa Majefté ; le tout d'une
tres - belle Sculpture de
Bronze doré, or moulu . Le
haut de la goutiere où l'on
met ordinairement des
clous , eft tres- richement
orné au pourtour de Fleurs .
de Lys & de Coquilles enfamées
de bronze doré, or
moulu , reprefentant les Ordres
de Saint Michel & du
Saint Efprit , dont Sa Majefté
eft le Chef. Cette goutiere
eft brodée d'or fur du
Velours bleu , remplie de
tres- beaux ornemens pro-
May 1679.
H
90 MERCVRE
pres au fujet, c'est à dire
de Couronnes
de Laurier,
Sceptre, Feuilles de Chefnes,
Palmes & Fleurons Lar
Bordure qui eft au deffous
de cette goutiere n'eſt pas .
moins riche. Ses Encoignu
res font de Feuilles d'Acan
te , avec un Soleil dans le milieu
, les Chifres de Sa Ma--
jefté, & des Lys tous entrelaffez
de Palmes. La fculpture
en eft dorée, & la plus
belle Orfévrerie
n'a rien
de plus délicat. Le haut des
quatre Encoignures
des
pieds Cormiers au deffous
GALANT. 91
de cette Corniche , eft un
des plus beaux Ouvrages de
Sculpture qu'on ait jamais
vûs. A l'Encoignure de
devant , fur la gauche, eſt la
Médaille du Roy, attachée
à une Maffuë d'Hercule ,
qui foûtient un Pot de teſte
à l'antique, couronné de la
Couronne Royale de Sa
Majefté , ornée de Panaches.
Deux tres - belles Fi-

gures de Femmes font les
fuports de cette Médaille.
Les attitudes en font choifies
, & on n'a pas de peine à
les
reconnoiftre pour la
Hij
"
92 MERCVRE"
Victoire & la Renommée.
Elles font fur des nuages
foûtenus pas un Palmier
qui prend la naiffance d'une
Coquille. Plufieurs branches
de Laurier environnent
ce Palmier , & cette
Maffuë. Des Trophées d'armes
d'un tres - beau deffein
font attachez. Les Connoiffeurs
noment une femblable
compofition Groupe
, qui veut dire un aſſemblage
de Figures qui commence,
& qui finit agreablement.
Cette compofition
qui fert d'ornement à
GALANT. 93
ce Coin , eft d'une richeffe
furprenante par la beauté
de la fculpture & de la dorure.
L'autre Encoignure
de devant , & celle de derriere,
font ſemblables dans
ce qui regarde la Médaille
du Roy , la Maffuë d'Hercule
, le Pot de tefte, le Palmier,
& les Trophées d'Armes
, mais il y a de la diférence
dans les Supports.
Cette autre Encoignure reprefente
l'Abondance , & la
Paix; & les deux de derriere,
la Juftice, la Force , la Prudence
, & la Tempérance ,
94 MERCVRE
Ces Vertus font les caracte
res de toutes les Actions de
noftre grand & invincible
Monarque. Au lieu de cuir,
on le voit repreſenté à cheval
fur un Piedeſtal Dorique
au derriere de cette Caleche..
Il eft armé à l'antique.
A cofté de luy font des
Captifs enchaînez , des Tro
phées d'armes , une Pyramide
, & des Lauriers ; le
tout dans un Bas relief orné
d'une tres - belle Bordure de.
feuilles de Laurier . De petits
Amours fervent d'ornement
aux deux coftez de
GALANT. 95.
cette bordure. Ils attachent
& foûtiennent des Feftons
d'une fculpture , & d'une
dorure qui charment.
Le Cordon qui regne au
Pourtour d'un Carroffe &
qui le fepare en deux fur fa
hauteur , eft ordinairement
:
appellé le Cordon des Acco
toirs . Celuy de cette Ca--
leche eft tres - bien orné. La
Sculpture commence en cet
endroit à faire voir des ornemens
maritimes. Ils cone
viennnent à la Charge de
General des Galeres , remplie
fi dignement par Mile
96 MERCVRE
Duc de Vivonne. Ces or
nemens font des Coquilles,
des Fleurs de Lys , des Fleurons
, & les Chifres de Sa
Majefté. Au deffous de ce
Cordon, les fix Paneaux qui
achevent le bas de cette Caleche
font compofez de Nacre
de Perles , taillez en
écailles de Poiſſon , & revétus
de Cuivre doré or moulu
, avec des Fleurs de Lys.
Ils font ornez chacun d'un
Soleil de Bronze doré or
moulu , dont les rayons ſont
brunis, & fort éclatans , entre
leſquels au fond de derriere
GALANT. 97 .
tiere on voit d'autres rayons
de Nacre opale , qui pouffent
des brillans de toutes
les plus vives couleurs de
l'Arc en Ciel . Le grand Panneau
de devant, auffi - bien
que celuy de derriere , eſt
orné dans les coins , de
Teftes aillées de Bronze
doré or moulu
, qui reprefentent
les trente - deux
Vents de la Mer. Les Sçavans
n'ont pû fe laffer de
donner des éloges à cet Ouvrage.
Aux Encoignures d'enbas,
où l'on met ordinaire-
May 1679. I
98 MERCVRE
ment les Confoles, on voit
quatre Termes maritimes
foûs des figures de Sirenes.
Leurs teftes de Femmes ont
pour coifure des cheveux
treffez & entrelaſſez de
Perles. Le Corps en eft
reveftu d'un Cartouche de
peau de Poiffon à écailles ,
qui laiffe voir en quelque
maniere la forme du Corps
caché deffous ce Cartouche.
Vers les épaules il y a
un Rouleau environné des
queues de deux Dauphins,
dont les teftes tombent &
s'entrelaffent au bas des
GALANT. 99
hanches de chaque Terme.
Je laiffe plufieurs autres ornemens
, comme Rofeaux,
Joncs Marins , & Serpens
de Mer, qui finiffent en
pointe par des Coquilles
d'une fculpture tres- agreable
. Le Cordon d'enbas
eft auffi compofé de Coquilles
& de Fleurons. Joignez
à cela une tres- belle
Orfevrerie de cuivre doré
or moulu , appliquée fur,
toutes les plates bandes du
dehors du Corps de cette
Caleche . C'eft un Ouvrage
compofé de Lires , de Co-
I ij
100 MERCVRE
quilles , de Fleurs de Lys,
de Soleils , de branches de
Chefne, de Fleurons & de
Lauriers , dont l'entrelaffement
eſt tres - digne d'éſtre
confideré au milieu d'un
autre que l'on nomme Rais
de coeur , dont la fymetrie
eft d'une fort grande
beauté.
Le dedans de cette Caleche
eſt doublé de Brocard
tres - riche à fond d'or,
avec des Colomnes torfes
meflées de grands fleurons
d'or & d'argent , friſez fur
de petits fonds de Satin
GALANT. 101
1-
bleu, & dans les intervales,
les Chifres du Roy or &
argent frifez pareillement
fur un fond d'or. Au lieu
de la Campane qu'on y
met ordinairement, on y a
appliqué une fort groffe
Broderie d'or , composée
de Fleurons , Coquilles,
Fleurs de Lys , & Pentes
d'un tres-beau deſſein .
Le Marchepied du Platfond
au dedans de cette
Caleche , eft un des plus
beaux Ouvrages de marqueterie
, de cuivre & d'étain
, qui ait jamais eſté
I ij
102 MERCVRE
fait, foit qu'on s'attache au
Deffein , foit qu'on examine
la politeffe avec laquelle
la Graveure a eſté
finie.
Le Train a toutes les
Pieces des autres Caleches
legeres aufquelles on ne
met point de Moutons fur
le devant. Les branches
qui fortent du deffus des
Arcs , fervent à foûtenir le
Siege du Cocher. Tout Y
eft admirable , fculpture,
dorure , & fur tout , le reveftiffement
de ces Arcs par
des ornemens de feuilles
GALANT. 103
d'eau , d'une Orfévrerie de
bronze doré, qui entourent
& entrelaffent
de tres-gros
morceaux de Nacre de Perles.
C'est ce qui a eſté
applaudy , comme
une
tres - belle & tres- riche invention
, auffi- bien que
celle d'une Tortuë dorée ,
qui couvre entierement le
Roüage qui tourne au deffous
des Arcs , & qui femble
eftre accablée de leur
pefanteur. Le Siege du
Cocher eft de Velours bleu,
dont les Pentes font ornées
de Jor.cs marins , de Feüil-
I.
iuj
104 MERCVRE
les d'eau , & de Coquilles
entrelaffées d'une Broderie
d'or tres parfaite . La fculpture
& les ornemens des
Rais & des Jantes des
Rouës, font d'un tres- agreable
deffein , & il n'y a rien
de plus beau que les quatre
Calotes de bronze doré,
qui cachent les bouts des
effieux & des moyeux des
quatre Rouës. Toutes les
mains, tant du Corps de la
Caleche à reffort, que celles
du Train , & les fept
Arcsboutans, font reveftus
de tres - beaux ornemens de
GALANT. 10
bronze doré, or moulu ; &
pour finir la defcription de
ce Train , dont le derriere
eft compofé d'une Entretoille
& des deux Moutons,
chacun a admiré un Neptune
qui y eft reprefenté
armé de fon Trident, affis
dans une grande Coquille
foûtende fur la Mer, & tiré
par des Chevaux marins.
La chute de cette Mer finit.
fur une Tefte de Monftre
marin , & les Moutons de
ce derriere repreſentent des
Tritons , dont les queuës;
font entrelaffées de Ro106
MERCVRE
feaux. Ces Tritons fervent
de Termes, avec des airs de
teftes tres- fieres, foûtenant
l'Entretoille en maniere
de Confoles , enrichies de
Feftons de fleurs , & de deux
petits Amours au milieu
d'enhaut , qui foûtiennent
les Armes de Sa Majesté.
On a regardé ce Triomphe
de Neptune comme une
Piece achevée , tant par la
beauté de la fculpture & de
la dorure , que par les admirables
proportions des
Figures , & par le juſte raport
des parties au tout..
GALANT. 107
Il ne me refte plus qu'à
parler des fix Chevaux qui
furent attelez à cette Caleche.
Ils font de poil tresnoir
, d'une belle taille , ny
grands ny petits, Courfiers
de Naples, entiers , & fans
encolure , la jambe feche,
fans poil , la tefte petite, &
d'une fierté extraordinaire .
Leurs Harnois font de Maroquin
de Levant , piqué
d'argent à ondes fur les
bords. Le milieu eft reveftu
de travers de Lames d'ar
gent pareillement à ondes,
tant plein que vuide, enri
108 MERCVRE
ge,
chis d'une grande quantité
de Boucles dorées, les unes
reprefentant
l'Abondance
& la Paix , & les autres la
Victoire & la Renommée .
Les brillans de ces Lames
d'argent bruny fur ce roufoûtenus
fur le poil noir
de ces Chevaux , ont paru
aux yeux de toute la Cour
d'une beauté furprenante.
Les Teftieres & les Bri
des font compofées comme
les Harnois , à l'exception
que les oeillieres &
les boffetes des Brides font:
dorées & ornées de Nacre
GALANT. 109
de Perles, & les Mufelieres
dorées pareillement
, reprefentant
une Tefte de
Monftre marin, & finiffant
par des écailles de Poiffon.
Le Fronteau de chaque
Cheval foûtient un Soleil
avec des rayons & des nuages
d'argent. Le deffus des
Teftieres eft orné d'Aigretes
de crin blanc & rouge,
à grandes Boucles par étages
, d'une beauté ſi nouvelle
& fi galante, qu'il ſeroit
difficile d'inventer rien
de plus agreable.
Je ne doute point , Ma,
110 MERCVRE
dame, qu'une fi exacte defcription
ne vous repreſente
parfaitement ce que tous
les Curieux ont veu icy
avec grand plaifir. Elle eſt
de l'Autheur mefme de la
Caleche qui fut preſentée
au Roy par M' le Duc de
Vivonne le 15. de l'autre
Mois. Sa Majesté en parut
fort fatisfaite
. La magnificence
de cet Ouvrage le
rendoit aſſurément tresdigne
d'eftre offert à un
Grand Roy. En voicy un
d'une autre nature. C'eft
un Madrigal envoyé à une
1
GALANT. II
belle Dame le jour de fa
Feſte par une de fes Amies.
M'Galoubie de Clermót en
Auvergne, en a fait lesVers.
BOVQVET.
N
Os Parterres n'ont rien qui
foitdigne
de vous.
En vain, aimable Iris, je
courus tous,
les ay
Les Fleurs àpeine y commencent de
naiftres
On n'y voitpoint encorparoiftre
Flore, nyfes vives couleurs,
Sa pareffe me defefpere.
Recevez cependant le plus conftant
des coeurss
Vne amitiétendre& fincere
Eftbienplus rare que des fleurs.
112 MERCVRE
Le Printemps a eſté pareffeux
cette année à venir
chaffer l'Hyver. Voicy des
Paroles qu'un fort galant
Homme a faites fur fon retour.
Elles ont eſté miſes
en Air par M' de Montigny
du Havre.
AIR NOUVEAU .
Amourfolâtrant l'autre jour
Avec la Bergere Lyfete,
Chantoitfurfa Mufete
Dudoux Printeps l'agreable retour.
Mais une tendre Chanfonnete
N'a rien quipuiffe l'engager.
Quepeut l'Amour avec Lyfete,
Sans un Berger?
GALANT. 3
Meffire Jule Mafcaron
Evefque de Tulle , nommé
à l'Evefché d'Agen, a eu le
Brévet de Prédicateur ordinaire
de Sa Majefté , avec
l'applaudiffement de toute
la Cour. C'eft un honneur
dont il s'eft rendu tresdigne,
ayant preſché cinq
Carefmes au Louvre , &
autant d'Avents, en y comprenant
celuy de 1679. pour
lequel il a efté retenu .
M' Loifel, Curé de Saint
Jean en Greve, & Chancefier
de l'Eglife de Paris, s'eft
démis de fa Cure en faveur
May 1679. K
114 MERCVRE
d'un de fes Neveux , & de
fa Dignité de N. Dame,
entre les mains de Mª Coquelin.
Ce dernier eſt un
Homme poly, qui a eſté
Précepteur de Monfieur
F'Archevefque de Rheims ,
bon Prédicateur , & fort
eftimé parmy les Docteurs
de Sorbonne.
Nous avons perdu M
Morel, Doyen de la Faculté
de Theologie , qui mourut
le 30. de l'autre Mois . Il eftoit
Chanoine Théologal de
Paris , & l'un des huit Prédicateurs
refervez par Sa MaA
11

GALANT. 115
7
jefté ,avec droit de Commit ,
timus au Grand Sceau , &
douze cens livres d'apointe
ment. Il a fait place à un
Gradué de faveur , que M
l'Archevefque a choify.
C'eſt M Courcier, Docteur
de Sorbonne , Homme fçavant
, d'un eſprit fort délicat,
& Supérieur de la Maifon
des Nouveaux Con
vertis .
Quoy qu'il n'y ait rien
de plus affligeant que de
mourir , ce n'eft pas toûjours
un mal fans remede,
quand on demeure en état
Kij
116 MERCVRE
de ne fe pas laiffer enterrer!
Vous m'en croirez quand
vous aurez leû ce qui fuit.
Un Cavalier logé fort
commodément , & faifant
une tres-belle dépenfe , menoit
une vie des plus agreables
avec fes Amis . Il eftoit
d'une humeur fort enjoüée,
& n'avoit point de plus
grand plaifir que de faire de
ces pieces ingénieuſes , qui
paffent plutoft pour des
traits d'efprit
, que pour
injures. Quelques - uns le
condamnoient
de fon trop
d'attachement
à plaifanter;
des
GALANT. 117
.
mais il avoit cela d'eftimable
, que s'il railloit , il entendoit
raillerie , & qu'il ne
fe fâchoit point qu'on fiſt
contre luy ce qu'il ſe divertiffoit
à faire fouvent con
tre les autres . Un de fes
Parens y avoit paffé ; &
comme l'affaire dont il
s'eftoit laiffé rendre la dupe
, avoit fait éclat , ce Parent
luy avoit hautement
déclaré qu'il fe divertiroit
de luy à fon tour , & qu'il
en entendroit parler avant
qu'il fuft peu . Le Défy fut
accepté. Le Cavalier ſe tint
118 MERCVRE
furfes gardes, & continuant
toûjours à plaifanter, il reprocha
plufieurs fois à fon
Parent , qu'apres l'avoir
menacé , il n'eftoit guére

impatient dans fa vangeance.
L'occafion ne s'en ef
toit pas encor trouvée favorable.
Voicy celle qui fe
prefenta quelque temps apres.
Le Cavalier ſe plaignit
un jour d'une légere
indifpofition devant cinq
ou fix de ſes Amis . On luy
confeilla de prévenir un
plus grand mal par quelques
Remedes de précau-
1
GALANT. 11g
tion. Il crût cet avis , &
réfolut de ne voir perfonne
le lendemain . Son Parent
fut un de ceux qui le porterent
à fonger à luy. Ce
jour de retraite facilitoit le
fuccés de ce qu'il avoit prémedité.
Le jour ſuivant,.
ce Parent alla chez une
Crieur fur le midy, ſupofa
que le Cavalier eftoit mort
le matin d'apopléxie, & luy
donna un mémoire de fes
qualitez, de fa demeure, &
de fa Paroiffe , avec ordre
de faire imprimer quatre
cens Billets d'Enterrement
A
120 MERCVRE
.
qu'il envoyeroit le ſoir à
tous fes Amis , dont il luy
laiffa la lifte. Il fortit en le
priant d'avoir foin qu'on
vinft tendre le lendemain
le deffous de la Porte du
prétendu Mort , adjoûtant
qu'il ne falloit point de
Tenture dans l'Eglife , parce
qu'on vouloit faire l'Enterrement
fans aucun éclat.
Le Crieur qui fe fit payer
comptant , prit charge de
tout . Les Billets furent portez
, & ne furprirent pas
moins qu'ils affligerent
ceux qui les reçeurent . Le
Cavalier
GALANT. 121
Cavalier eftoit eftimé , &
une fi prompte mort dans
une affez grande jeuneffe,
toucha les moins fujets à fe
chagriner ; mais perſonne
ne le regreta tant qu'un
Abbé, qui depuis lógtemps
avoit lié avec luy une amitié
tres - étroite . Il l'avoit
veu le jour précedent , luy
avoit confeillé comme les
autres de fe précautionner
par quelques Remedes , &
tóba le foir dans un étonnement
inconcevable, quand
rentrant chez luy , on luy
donna le Billet d'Enterre
May 1679 L
122 MERCVRE
ment. Il déplora la triſte
condition des Hommes, qui
ne fe peuvent jamais répondre
d'un feul moment ;
parla des belles qualitez du
Cavalier, de l'union qu'ils
avoient enſemble , & finit
fes lamentations , en difant
qu'il fe trouveroit bien embaraffé
s'ileftoit permis aux
Morts de revenir , parce
qu'ils s'eftoient promis un
jour en riant , que le premier
des deux qui mourroit
, donneroit de fes nouvelles
à fon Amy. Cependant
le Cavalier avoit paffé
GALANT. 123
my
tout le jour chez luy. Les
Remedes l'avoient foulagé,
& comme il s'eftoit endord'affez
bonne heure, il
fe leva le lendemain de fort
grand matin. Son premier
foin fut d'aller rendre vifite
à fon cher Abbé. Il trouva
la
porte
de la Rue ouverte,
& la familiarité qu'il avoit
dans cette Maiſon luy donnant
droit de monter fans
eftre conduit , il entra dans
la Chambre où l'Abbé couchoit,
s'aprocha du Lit, tira
le rideau avec fracas , &
cria en le tirant qu'il eftoit
Lij
124 MERCVRE
honteux de dormir fi tard.
Ce bruit éveilla l'Abbé. Il
avoit eu le prétendu Mort
toute la nuit dans la tefte , &
le voyant devant luy à ſon
réveil, il ne douta point que
ce ne fuft fon Fantôme qui
venoit luy rendre compte
de l'état où il fe trouvoit.
La frayeur le prit. Il fit plufieurs
cris, & perdit l'uſage
de la parole. Le Cavalier
qui ne comprenoit rien à
cet accident , courut au de.
gré , appella ſes Gens, & fut
fort furpris de les entendre
crier à leur tour fi- toft qu'ils
GALANT. 125
curent jetté les yeux fur luy,
fans qu'aucun d'eux l'ofaft
approcher. Il leur demanda
tant de fois ce qui les rendoit
ainfi interdits , qu'à la
fin il y en eut un qui fe hazarda
de fon cofté à luy demander
s'il eftoit vray qu'il
ne fuft point mort . Il comprit
par là qu'on avoit femé
quelque méchante nouvelle
de luy , mais il ignoroit
fur quel fondement , & il
n'eftoit pas temps de s'en
éclaircir. Le mal de l'Abbé
preffoit. On le fecourut.
Il ouvrit les yeux , & voyant
Liij
126 MERCVRE
ce qu'il avoit pris pour un
Fantôme, agir à l'ordinaire,
au milieu de tous les Gens,
il commença de fe raffurer.
Il fut queftion d'aprofondir
l'avanture. On apporta le
Billet d'Enterrement. Le
Cavalier rit de fe trouver
mort dans le temps qu'il
eftoit le plus difpofé à vivre ,
& apres avoir inutilement
raifonné fur ce qu'il voyoit,
il s'imagina qu'on enterroit
quelqu'un de fon nom, qui
avoit donné lieu à cette mé
prife . C'eftoit pourtant
quelque chofe d'aſſez diffiGALANT.
127
cile à concevoir , que les
Qualitez, la Ruë, & la Paroiffe
, fe trouvaffent les
meſmes pour deux Perfonnes
; mais enfin il eftoit
tres -affuré qu'il fe portoit
bien, & cette affurance luy
fervoit d'une grande confolation
contre le Billet . IL
fortit ; & toutes les Perfonnes
de fa connoiffance qu'il
rencontroit , venant l'embraffer
, & luy demandant
avec ſurpriſe qui eftoit l'impertinent
Mort qui s'eftoit
avifé de prendre fon nom
pour les affliger , il fe con-
L iiij
128 MERCVRE
firma dans la premiere penfée
qu'il avoit euë. Ce qu'il
y eut de plaiſant, c'eſt qu’-
eftant chez luy , il trouva
la Servante qui luy ouvrit
en grande colere . Un Homme
envoyé par le Crieur,
eftoit entré en quelque façon
malgré elle. Il avoit
planté une Echelle fous la
Porte , & tenant le bout
d'une piece de Drap noir, il
vouloit commencer à tendre
comme il luy avoit efté
ordonné. La Servante s'y
oppofoit de toute fa force,
& luy arrachoit le Drap, en
GALANT. 129
luy demandant s'il eftoit
fou. L'autre s'eftoit contenté
de luy jetter un Billet
d'Enterrement, afin qu'elle
vift pour qui la cerémonie
fe faifoit. Ce Billet eftoit
inutile pour la Servante qui
n'avoit jamais appris à lire .
Sur cette conteſtation arriva
le Cavalier. L'Homme
du Crieur s'adreffa à luy,
pour fe plaindre qu'on luy
faifoit perdre du temps, &
que l'heure du Convoy arriveroit
tout-à-coup . Le Cavalier
qui vit que c'eftoit fa
Portequ'on envoyoit tédre,
130 MERCVRE
commença à s'appercevoir
de la piece. Il n'en marqua
rien à l'Envoyé du Crieur,
luy dit qu'il n'avoit qu'à travailler,
& le pria feulement
de tenir la Porte fermée,juf
qu'à ceque fonMaiſtre vinſt
luy - mefme donner ordre
au refte. Cependant comme
il n'avoit point à douter
qu'il n'euft quelques Amis
affez charitables pour luy
vouloir rendre les derniers.
devoirs , il laiffa un Portier
pour les envoyer tous dans
la Salle ; & afin de les recevoir
en Mort d'imporGALANT.
131
tance , & qui fçavoit vivre,
il
y fit
porter
un
Pafté
de
Lievre, quelques Jambons,
& force Bouteilles de Vin.
On ofta en mefme temps
le jour des Feneftres , & la
Salle ne demeura éclairée
que par des Flambeaux. La
lueur n'en eftoit pas affez
forte pour laiffer voir tout
d'un coup la Table couverte,
ny le vifage du Cavalier
qui en prétendoit faire
les honneurs. Ainfi trois
des plus zélez eſtant venus.
d'abord de compagnie, entrerent
dans cette Salle ,
1
132 MERCVRE
comme dans un lieu lugubre,
où il n'y avoit qu'à foûpirer.
Jugez de la ſurpriſe
qu'ils eurent, quand le Cavalier
s'avançant vers eux,
leur dit fort piteufement
qu'ils voyoient un pauvre
Mort qui ne pouvoit ſe réfoudre
à s'aller confiner
pour toûjours dans l'autre
monde, fans avoir pris congé
d'eux le verre à la main .
Ils reconnurent plutoft fa
voix , qu'ils ne diftinguerent
fon viſage , les lumieres
eftant toutes fur la Cheminée
. On les en tira auffitoft
·
GALANT. 133
pour les mettre fur laTable,
où ils ne fçavoient que penfer
de voir un Paſté qui les
attendoit. Ils auroient pris
le prétendu Mort pour un
Fantôme , s'ils ne luy euffent
veu faire toutes les
actions d'un Vivant . Il mit
le couteau dans le Paſté, en
coupa des tranches , demanda
du Vin , but à la
fanté de fes Amis , & les
pria de fe réjouir . Ses Amis
fe regarderent d'abord fans
luy répondre , mais enfin
ils burent & mangerent
comme le Mort . Il leur dit
134 MERCVRE
·
de la maniere du monde la
plus plaifante, que la cerémonie
de fon Enterrement
ne preffoit pas, qu'il en reculeroit
l'heure autát qu'ils
voudroient, &qu'ayant proviſion
de bon Vin, il feroit
ravy qu'ils en vouluſſent
boire jufqu'au foir. Ils luy
demanderent ce que fignifioient
les Billets diftribuez ,
& le deffous de fa Porte
tendu de noir. Il leur protefta
qu'il n'en fçavoit rien,
& qu'il attendoit le Crieur
pour s'en éclaircir. Autres
Amis , & nouvelle ComéGALANT.
135
die. Le rang des Perfonnes
qui entroient , régloit le
compliment qui leur eftoit
fait par le Cavalier ; & la
furpriſe de trouver un Mort
de fi bonne humeur, ſe terminoit
chaque fois à prendre
un verre, & à rire avec
luy de ce qu'on l'enterroit
fans qu'il en fçeuft rien .
Enfin on vint dire que le
Crieur arrivoit. On le fit
entrer comme les autres . Il
eftoit enHabit de fonction,
& ne connoiffant point le
Cavalier , il ne pouvoit cacher
fon étonnement. de
136 MERCVRE
voir tant de réjoüiffance
chez un Mort. C'est ce qui
luy eftoit nouveau . Il vouloit
fortir , & on avoit peine
à luy faire entendre raiſon
fur une razade qu'on luy
préſentoit , quand le Cavalier
luy dit que la fatigue
d'aider à faire defcendre un
Corps , demandoit des forces
, & qu'il luy confeilloit
de fe fervir de l'occafion .
Le Crieur qu'on mit dans
la neceffité de demeurer,
s'humaniſa , puis qu'on le
vouloit , & furpris de voir
tant de gayeté dans une fi
GALANT. 137
fugubre rencontre , il de
manda quel Homme ef
toit le Défunt , qu'on témoignoit
regreter fi peu .
Le Cavalier fut prompt
a
répondre , & dit que c'ef
toit un bon Vivant , qui
ayant promis à fes Amis de
les régaler mefme apres fa
more s'il le pouvoit, faifoit
fes efforts pour ne leur pas
manquer de parole. Cette
réponſe n'éclaircit point le
Crieur , qui preffé de dire
par quel ordre il avoit fait
diftribuer les Billets , fit le
portrait de celuy qui luy
May 1679.
M
138 MERCVRE
avoit parlé le jour préce→
dent , adjoûtant qu'il ne
pouvoit en dire le nom,
mais qu'il luy eftoit fort
connu de vifage, & qu'apres
luy avoir donné le Mémoire
d'un Cavalier mort fubitement,
il s'eftoit repofé des
Billets & de la Tenture fur
fes foins. Ce fut là le dénoüement
de la piece. Le
Cavalier reconnut fon Parent
à cette peinture , &
s'eftant fait apporter du
papier , il luy écrivit ce
Billet.
Je mourus hier au matin
GALANT. 139
d'apoplexie , & on m'enterre
aujourd'huy, comme vousfça
vez, fe ferois fâché de vous
en dédire, maisj'ay une amitié
fi tendre pour vous , qu'il
m'eft impoffible de confentir d
eftre enterré, fi je n'ay lajoye'
de vous embraffer aupara
vant. Je vous attens le verre
à la main. Venezfur l'heure,
fi vous ne voulez chagriner
quantité d'honneftes Gens qui
s'impatientent de voir retar
der l'heure du Convoy.
La lecture qui fut faite
de ce Billet , réjoüit fort
toute l'Affemblée. On dé-
Mij
140 MERCVRE
trompa le Crieur, qui avoie
déja commencé à ouvrir les
yeux. Quoy qu'on l'euft
payé , il fe plaignit de ce
qu'on l'avoitpris pourdupe..
Le Cavalier demáda quelle
fatisfaction
il vouloit qu'il
luy en fift , & s'il prétendoit
qu'il mouruft exprés
pour luy faire avoir le plaifir
de l'enterrer. L'Autheur
de la piece ne s'eftant point
trouvé chez luy, on laiffa
le Billet , & le Cavalier
paffa le refte du jour à fe
divertir avec les Amis . Je
n'ay point fçeu comment
GALANT. 141
fon Parent s'eftoit tiré d'af
faire avec luy , mais je fuis
perfuadé que cette plaifanterie
aura de la fuite, & que
le Mort ne fera pas reffuf
cité pour luy laiffer l'avantage
du Défy.
On peut dire en quelque
forte d'une fort aimable
Perfonne , qu'elle eft auffi
reffufcitée depuis peu . Sa
beauté la rend fort propre
à faire un Heureux ; & com
me on luy a toûjours veu
donner de l'amour fans
qu'elle ait encor paru en
prendre , voicy ce que M
142 MERCVRE
la Tournelle de Lyon a fait
pour elle , quand la Fiévre
qui avoit prefque fait defefperer
de fa vie, a diminué.
A IRIS MALADE.
MADRIGAL .
Vous exvé
Ousvousplaignez avec excés
Que dans le fort de voftre
accés
Unfeu violent vous conſume;
Si vous fentiezpour un moment,
Iris , celuy qu ' Amour allume,
Vous vous plaindriez bien autrement.
7
L'indiférence de la Belle
dont je vous parle , ne fera
GALANT. 143.
pas condamnée, fi nous en
voulons croire ce Sonnet de
M'l'Abbé de Rotrou ..
CONTRE L'AMOUR.
SA
SONNET .
Ages ,fuyez l'engagement.
Les premiers foupirs de tedreſſe,
Bar un étrange changement,
Sont les derniers de la Sageffe.
Sa
Que jeplains le fort d'un Amant,
Quifeflatant dansfafoibleffe,
Achete un plaifir d'un moment
Par des mois entiers de trifteffe!
25
Il est vray qu'estant amoureux,
Etpres de l'objet de fes voeux,
On croitjouirdu bienfupréme.
144 MERCVRE
Sa
Mais tous les plaifirs de l'Amour,
Quadun coeur revient àfoy- mefme,
Ont un bienfunefte retour.
En vous parlant de la
Feſte qui fe fit à Pézenas,
pour la Publication de la
Paix d'Eſpagne , je vous entretins
de la politeffe & du
bon gouft de fes Habitans.
Ce que j'ay à vous en dire
aujourd'huy, vous fera connoiftre
qu'ils font magnifiques
en toutes chofes . L'avis
qu'ils eurent que le R. P.
General de l'Ordre de Saint
François devoit paffer par
leur
GALANT. 145
leur Ville le Samedy huitiéme
d'Avril , fit qu'on fe
prépara à le recevoir . Outre
les riches Tapifferies nouvellement
venues de Paris,
qui furent tenduës dans l'Eglife
, on fit des avenuës
depuis le grand Portail jufqu'à
l'entrée du Convent.
La diftance en eft de douze
cens pas. Diverſes Tapifferies
formerent dans le milieu
une large Ruë couverte.
Un nombre infiny de
Luftres de cristal l'éclairoit,
& elle eftoit jonchée, ainſi
que l'Eglife, de toute forte
May 1679.*
N
146 MERCVRE
de fleurs. On entroit dans
cette grande Galerie par un
Arc de Triomphe remply
de mille Figures de carton
doré, avec des Devifes Latines
, Françoiſes , & Efpagnoles.
Toutes les Dames
de la Ville y eftoient affifes
ey
en attendant l'arrivée de
ce General. Il vint fur les
cinq heures du foir , &fi -toft
qu'on eut nouvelles qu'il
s'approchoit, toute la Communauté
qui eftoit de foixante
& quinze Religieux,
alla au devant de luy juf
qu'à l'entrée d'un Pont qui
GALANT. 147
eft entre la Ville & le Convent.
Le Provincial l'y
reçeut , & il fut en fuite
conduit proceffionnellement
dans l'Eglife par cette
7
belle avenue. Il paffa de là
dans une Galerie , parée &
éclairée comme l'autre, qui
le conduifit jufqu'au Dortoir
, & de là , dans une
Chambre dont la propreté,
ou plûtoft la fomptuofité,
l'étonna . M' le Chatelain
fuivy d'un grand nombre de
Gentilshommes l'y complimenta
. Il avoit efté reçeu
àl'entrée du Dortoir , par ce
Nij
148 MERCVRE
General, qui apres une tres
belle réponſe pleine de remercîmens,
le remena juſ
qu'à la porte du Convent.
Les Confuls accompagnez
de quantité de Bourgeois
parurent en ſuite. M' Pons
premier Conful, le harangua
en Latin avec une éloquence
merveilleuſe. Il répondit
en la meſme Langue
, & les ayant engagez
à un quart- d'heure de converſation
particuliere, il les
pria, comme il avoit fait le
Chaftelain & la Nobleffe,
d'eftre du Soupé qu'il avoit
GALANT. 149
fçeu que la Ville luy faifoit
l'honneur de luy donner . It
fut fervy dans une grande
Salle auffi ornée que la
Chambre. Elle eftoit éclai
rée de fix Luftres , & de
quantité de Flambeaux fur
les Buffets. If y eut une fr
grande profufion de Poif
fon au premier ſervice , qu'il
fembloit ne pouvoir eftre
fuivy d'un fecond. Cependant
il fut relevé par
autres, qui contenoient tout
ce que la Mer peut produire
de plus rare & de plus
exquis. Le fruit répondit à
deux
Niij
150 MERCVRE
cette magnificence , & rien
ne pouvoit eftre mieux ordonné.
Le Soupé eſtant finy
, on amena ce General
fur un grand Balcon , d'où il
pouvoit regarder la Ville . Il
eftoit tapiffé, & on avoit mis
quantité de grands Vaſes de
fleurs tout autour. Il n'eut
pas plûtoft paru fur ce Balcon
, qu'une longue décharge
de Boëtes ſe fit entendre
. Ce bruit fut fvivy
d'un Feu d'artifice . Un
nombre prefque infiny de
Fufées qui en fortirent de
cent endroits diférens penGALANT.
151
dant trois quarts d'heure,
forma un Spectacle tres - divertiffant.
Le lendemain il
partit de Pézenas au bruit
des Boëtes , & à la veuë de
la plus belle Compagnie de
la Ville, apres avoir écouté
les plaintes de plufieurs Perfonnes
, & rendu juftice fur
les chofes dont la connoif
fance luy apartenoit.
Ce mefme jour , c'eft à
dire , le jour du départ de
ce General , M' l'Abbé de la
Plagne chanta fa premiere
Meffe dans l'Eglife de Saint
Jean. Elle eftoit tapiffée
N rij
152 MERCVRE
par tout d'une Haute-liffe
qu'on ne peut voir fans en
admirer la beauté & la richeffe
. C'eftun préfent que
M'l'Evefque d'Agde a fait
aux Peres de l'Oratoire de
Pézenas
. Il y avoit pour
deux cens mille Ecus d'argenterie
fur le Maiſtre - Autel
, avec une prodigieufe
quantité de Cierges d'une
grandeur exceflive ; & comme
on avoit fermé toutes.
les ouvertures
de cette
Eglife, elle eftoit éclairée
par fix rangs de Luftres,
douze à chaque rang, & par
GALANT. 153
un fort grand nombre de
Plaques à tous les coſtez.
On avoit dreffé deux Amphithéatres
pour la Muſique
, compofée des plus
belles voix de la Province
qu'on avoit fait venir exprés
, d'un grand nombre
de toute forte d'Inftru .
mens, & de quantité de Vio-
Ions. Apres qu'on eut placé
tous les Conviez , M
l'Abbé de la Plagne monta
à l'Autel' , qui eſtoit élevé
comme un grand Trône .
y avoit vingt- quatre degrez
qui alloient en dimi
154 MERCVRE
r's
nuant, avec une diſtance de
dix pieds de fix en fix , jonchez
de fleurs ainfi que l'Eglife,
& couverts d'une ttesbelle
Tapifferie. Il avoit
pour Affiftans M les Abbez
le Brun , de Bancire , &
de Durand. La Meffe fut
celebrée avec toutes les folemnitez
imaginables
. La
Mufique eftoit charmante,
& il ne fe peut rien entendre
de plus jufte . Sur tout,
le Corps qui a accoûtumé
de chanter
aux Etats , s'y
fit admirer. Apres l'Evangile
, on fit la cerémonie de
GALANT. 155
ļ
J
rs
l'offrande. Elle eft de l'u
fage. La libéralité des Conviez
y parut. M' les Abbez
de Guy, Darnaud , de Dul
lac, de Saint Michel, & plufieurs
autres Eclefiaftiques ,
donnerent chacun une Piece
de quatre Piftoles . Ils
furent fuivis de M' Cellier,
Pere de M' le Marquis de
Malavielle , fi connu à la
Cour, & par fon mérite, &
par les avantages de ſa Perfonne
. Il tenoit la place de
M* Vauquet fon Beaufrere:
qui eftoit le Parrain , &
qu'une fâcheufe indiſpoſi
156 MERCVRE
que
tion retenoit chez luy. If
donna trois Pieces de quatre
Piſtoles , auffi bien
M' de Cochy , M' Degna, &
M' Vaffal , Baron des Peyrals
. Les Dames ne furent
pas moins libérales . Madame
Vauquet parut la premiere
, & apres elle, Madame
Cellier fa Soeur , Mefdames
de Cochy, Degna, Vaſfal,
de Paulinier, Mefdemoifelles
de Sors , de Barral ,
Cellier, & une infinité d'autres.
La Meffe finie , M
l'Abbé de la Plague monta.
en Chaife , & prêcha fur l'EGALANT.
157
vangile du jour . Il en établit
les Veritez avec une éloquence
& une force d'efprit
admirable. Onfe rendit de
là chez M' Vauquet, où un
fort grand Repas eftoit preparé
pour tous ceux qui
avoient efté priez de cette
Cerémonie. Les Violons
joüerent pendantle Dîner,
& on ne fortit de Table
qu'à l'heure de Vefpres .
Chacun s'empreffa de s'y
trouver pour eftre à l'arrivée
des nouveaux Confuls
qu'on fait toûjours ce jourlà.
C'eftoit le Dimanche de
158 MERCVRE
Quasimodo. Voicy de quelle
maniere la marche fe fit .
Quatre Compagnies à cheval
, & douze de pied de
Bourgeois ou Gens de Métier,
partirent de l'Hôtel de
Ville dans un ordre merveilleux
. Leur équipage ef
toit fort galant. Ils avoient
prefque tous des Plumes &
des Echarpes, avec une infinité
de Rubans de toutes
couleurs. La Cavalerie en
avoit garny les oreilles & la
queue des Chevaux . Une
Compagnie à pied de jeunes
Gens de qualité , marGALANT.
159
choit apres eux. Ils eftoient
tres- propres, vétus en Bergers
, & avec des couronnes
de fleurs fur la tefte . On
voyoit enfuite M' le Chaftelain
à la droite du premier
Conful, fuivy de plufieurs
Perfonnes de marque , &
d'une foule innombrable
de Bourgeois & de menu
Peuple. Douze Trompetes,
douze Tambours , & autant
de Violons & de Hautbois ,
précedoient cette Nobleffe.
On ne peut rien entendre
de plus charmant qu'eftoit
leur Concert . On vint dans
160 MERCVRE
cet ordre à la Paroiffe. Les
Vefpres & le Te Deum y furent
chantez par les deux
grands Corps de Mufique
du matin , apres quoy M'le
Procureur du Roy fit prefter
le ferment de fidelité aux
nouveaux Confuls .
fait, le Concert des Trom-
Cela
petes , des Tambours , des
Hautbois , & des Violons
recommença , & toutes les
Compagnies défilerentvers
l'Hôtel de Ville. Dans cet
équipage , qui n'eftoit pas
moins galant que cavalier,
elles allerent rendre leurs
GALANT. 161
devoirs à M' le Cardinal de
Bonzi, arrivé depuis demyheure
chez M le Préfident
Dreulet de Touloufe , qui ſe
trouvoit depuis quelque
temps à Pézenas avec Madame
la Marquife de Montlaur
fa Bellemere . M de
Bonzi ', avec qui M ' Dreulet
& quantité de Perfonnes
de qualité eftoient , les vit
paffer en reveuë , fur un
Balcon fort paré de fleurs.
Le Chatelain y monta avec
les Confuls, pour luy faire
compliment. Ce.Cardinal
les reçeut avec beaucoup de
May 167.9.
O
162 MERCVRE
civilité , & leur ayant tế-
moigné la fatisfaction qu'il
avoit de la galanterie de
cette Fefte , il monta en.
Carroffe un moment apres
pour aller coucher à fon Abbaye
de Valmagne . Ceux
que je viens de nommer fe
rendirent à l'Hôtel de Ville .
Le refte des Cerémonies
accoûtumées
y fut obſervé, &
ils allerent de là terminer la
folemnité du jour par un
fomptueux
Repas , que leur
donna M' Chaffein , Intendant
pour M ' le Prince de
Conty dans fon Comté de
GALANT. 163
Pézenas. C'eftoit luy qui
avoit eftéfait premier Conful.
Il fe trouva une fort
grande quantité de Nobleffe
au Régal qu'il avoit
fait préparer , & afin qu'il
ne manquaft rien à cette
Fefte , toutes les Dames fu--
rent priées de fe rendre le
foir chez Madame de Fef
quet. C'est une Perfonne
tres-accomplie , qui a une
Maifon des plus propres, &
des mieux meublées de la
Ville , & dont la Salle eft extrémement
commode pour
un grand Bal . Elle avoit
O ij
164 MERCVRE
bien voulu la prester à M
Chaffein. Les Dames y vinrent
richement parées , &
toutes brillantes de Pierreries
. Madame la Chaftelaine
s'attira l'admiration
de l'Affemblée avec ce
grand air qui foûtient ſi
noblement fa beauté. Mefdames
de S. Martin, Dégraves
& de Fontés , quoy que
fuperbement habillées , y
parurent encor plus charmantes
par elles mefmes,
que par la magnificence de
leurs Habits. Mefdames
Cellier & Vauquet ne ſe fiGALANT.
165
rent pas moins diſtinguer,,
& on ne peut eftre dans un
équipage plus propre , ny
plus galant que l'eſtoient
Mefdames de Carlencas , de
Vaffal, de Paulinier, de Eef
quet, de Barres, de Boüet,,
& plufieurs autres. La Féme
d'un Capitaine de Picardie
nomméM' Vert, ne fut pas
un des moindres ornemens.
de cette Affemblée. Elle
eltoit habillée négligemment,
à caufe de l'inquié
tude où elle eft fans ceffe
pour l'absence de fon Mary;
mais cette négligence ajoû
166 MERCVRE
toit quelque chofe de fi tou
chant à fon air doux & délicat,
qu'on peut dire qu'elle
ne luy eftoit pas defavantageuſe.
Les Filles faifoient
unCercle à part , toutes dans
une magnificence admirable.
C'eftoient Mefdemoi
felles de Pujol, de Barres,
de S. Geries , de S. Martin,
de Vairas , de Sors , de Cellier,
de Juvenel , de Mounié,
de Mafre , de Brunel , de
Gua , & de Faurier . Si - toft
que ces aimables Perfonnes
furent arrivées , les Violons
fe placerent , & M
GALANT. 167
Chaffein s'adreffant à Ma
dame la Chaſtelaine, la pria:
de vouloir eftre la Reyne du
Bal . Elle ne put fe difpenfer
d'en faire & d'en recevoir
les honneurs. On dança, on
dit cent chofes agreables,,
& apres quelques heures
employées à fe divertir, on
paffa dans une Chambre, ou
une magnifique Collation
attendoit les Dames. Le
Régal fut un Ambigu fervy
avec toute la propreté imaginable.
On mangea longtemps
, on rit, on chanta, &
quand on fe préparoit à fe
168 MERCVRE
féparer , on vit paroiſtre
douze petits Bergers, auffi
galamment vétus qu'on le
puiffe eftre. Ils portoient
deux à deux une Corbeille
remplie de toute forte de
Confitures . Les Belles s'en
accommoderent tres, bien,
& il ne s'en fit jamais une fi
grande profufion . On n'eut
pas fi- toft vuidé les Corbeilles
, qu'on en vit une autre
dans les mains du petit
Chaftelain , qui eftoit l'un
des douze Bergers . Elle
eftoit petite , mais d'un ornement
fingulier. Force rubans
GALANT. 169
bans de toutes couleurs formoient
une agreable_varieté
pour la veuë , & laiſ
foient entrevoir des Oranges
feches confites qui rempliffoient
cette derniere
Corbeille. Il y avoit une
Orange pour chaque Da
me. Le jeune Berger les
préfenta à la Reyne du Bal,
qui ayant pris celle qui eftoit
au deffus de la Pyramide,
s'aperçeut qu'il en
fortoit le bout d'un Papier
noüé d'unfort beau Ruban
couleur de feu . Son nom
eftoit écrit fur ce papier. La
May 1679.
P
170 MERCVRE
mefme chofe des autres
Oranges. Des Rubans de
diférentes couleurs , tenoient
un Billet attaché à
toutes , & le nom de chaque
Belle à qui on deftinoit ces
Oranges
, eftoit écrit fur
chaque Billet. La Reyne
du Bal les diftribua felon les
noms qu'elle vit écrits . Les
eftoient de fort ga .
Bille
lans Madrigaux , dont la
lecture finit les plaiſirs de
cette Feſte..
Ces occafions de joye
font trouver beaucoup de
douceur dans la vie ; mais fi
GALANT. 171
vous me permettez un peu
de moralité , je vous diray
que tout paffe , & qu'on
n'en fçauroit difconvenir ,
puis qu'apres avoir vécu
fort longtemps, M' le Duc
d'Arpajon a trouvé la fin
de fes années . Il eft mort
dans fon Château de Severac.
Il avoit efté fait Chevalier
des Ordres du Roy
dés l'an 1635. Ileftoit Fils de
Jean Baron d'Arpajon, & de
Severac ; & de Jaquete de
Caftelnau - Clermont- Lodeve.
L'origine de cette
Maiſon vient d'un autre
Pij
172 MERCVRE
Jean Baron d'Arpajon en
Rouergue, Seigneur de Severac
, qui fut marié avec
Anne de Bourbon de Rouf
fillon , Fille puînée de Loüis
Admiral de France, Favory
de Louis XI. Il y a eu beaucoup
d'Evefques qui en
font fortis. Le Duc dont je
yous apprens aujourd'huy
la mort , avoit eſté Lieutenant
General au Gouver-"
nement de Languedoc,Maréchal
des Camps & Armées
du Roy , & Ambaſſadeur
Extraordinaire en Pologne
. Il s'eſtoit trouvé au
GALANT. 173
Combat de Feliffan, aux Sieges
de Montauban , de Tonneins
, de Cazal , de la Mothe
, de Salces , & s'y eftoir
acquis beaucoup de réputation
, auffi- bien qu'en plufieurs
autres importantes
occafions , où il a fervy tresutilement
. Il alla au fecours
de l'Ile de Malte menacée
par les Turcs en 1645. Le
Grand - Maiftre de l'Ordre
qui connoiffoit fon expérience
, le fit Chef de fes:
Confeils & General de fes
Armées.Les avantages qu'il
procura à cette Ifle par la
Piij
174 MERCVRE
fortification de toutes fes
Places , obligerent l'Ennemy
à prendre un autre deffein.
La Religion s'en tint
tellement obligée à ſa conduite,
que pour luy en marquer
fa reconnoiffance , elle
luy accorda ce Privilege
tres -fingulier , qu'un de ſes
Enfans, & de tous ceux qui
defcendroient de fon fang,
feroit fait Chevalier dés le
berceau , & qu'à l'âge de
feize ans , difpenfé de toutes
les formalitez , il auroit
la dignité de Grand - Croix .
Elle adjoûta à cet honneur
GALANT. 175
!
le pouvoir de mefler les Armes
de l'Ordre dans les
afin
que
fiennes , afin
la memoire
du fervice qu'il luy
avoit rendu , fuft éternellement
conſervée . Il s'eft marié
trois fois , la premiere,
avec Cloriande de Lauzie
res de Thémines , Fille aînée
de Pont de Lauzieres
Marquis de Thémines , Maréchal
de France ; la feconde,
avec Marie, Fille de
Bertran de Simian , Comte
de Moncha ; & la troifiéme ,
avec Catherine - Henriette ,
Fille de François d'Har-
Piiij
176 MERCVRE
fes
court II. du nom , Marquis
de Beuvron , auffi confidérable
par fa vertu & par
grandes qualitez , que par
ces charmes pleins de douceur
, qui l'ont fait paſſer
pour une des plus belles.
Perfonnes du Royaume. Sa
feconde Femme ne luy a
point donné d'Enfans . Il a
eu de la premiere , Jean-
François d'Arpajon Marquis
de Severac , mort vers
l'an 1672. Jeanne - Loüiſe
Abbeffe de Villemur, avec
une autre Fille qui s'eft faite
Carmelite ; & de fon derGALANT.
177
nier mariage, eft fortie Ca
therine , Damoiſelle d'Arpajon
, & fon unique Heri
tiere .
La mort n'épargne pas
plus les jeunes qu'elle fait
les vieux, & elle vient d'emporter
M ' le Maçon de Treves
, Capitaine de Grenadiers
dans le Regiment des
Fufiliers. Il avoit efté bleffé
aux Sieges de Treves , & de
S. Guillain , & s'eftoit ſignalé
à ceux de Bouchain & de:
Cambray, ayant fervy continuellement
avec vigueur..
Il eft mort à Stockem fur la
.
178 MERCVRE
Meufe , & eftoit Cadet de la
Maifon des le Maçon , anciens
Barons de Treves en
Anjou. Robert le Maçon
Chevalier S' de Treves , qui
fut Maiſtre des Requeſtes
de l'Hôtel du Roy Charles
VI.en 1406. & depuis Chan .
celier de la Reyne Ifabeau
de Bavieres , eftoit de cette
Maiſon. Le Dauphin Charles
, pour lors Lieutenant
General du Royaume , s'eftant
fauvé de Paris , ce Robert
fit la Charge de Chancelier
de France , quoy que
fous un Lieutenant GeneGALANT.
179
ral, & en cette qualité fcella
les Lettres données à Chinon
le 30. Octobre 1418. It
continua l'exercice de cette
Charge en 1420. & fut prefent
à la donation que fit le
Roy Charles VII. du Comté
d'Evreux à Jean Stuard.
Conneftable de France le
15. Mars 1426. Les Regiſtres
de Poitiers en font foy. I
mourut en 1442. & fut enterré
à Treves en Anjou, où.
Fon voit fon Epitaphe.
M Salo Chanoine de l'Eglife
de Paris , & Confeiller
de la Grand'Chambre , a
180 MERCVRE
fuivy ceux que je viens de
yous nommer. Il eftoit Frere
de ce fameux M' Salo,
qui a fait le Journal des
Sçavans avant M' l'Abbé
Galois , & M l'Abbé de la
Rocque. Un fort grand mérite
joint à une probité genéralement
reconnuë
, luy
avoit acquis l'eftime de tous
ceux qui le conoiffoient . M
Berrier, Curé de S. Paul , eft
monté en la Grand'Chambre
en fa place. Il a laiffé à
M' Salo fon Neveu, fa Charge
de Confeiller au Parlement
, une belle Terre, des
GALANT. 181
Maiſons à Paris , & une Bibliotheque
de dix mille
Ecus. Il avoit le Prieuré de
la Selle , qui eft tres - beau,
& qui dépend de M ' l'Abbé
de Lyonne . Cet Abbé l'a
donné à M' le Chevalier de
Lyonne fon Frere . Quant à
fa Chanoinie qui eftoit à la
nomination de Monfieur
de Paris , comme ce Prélat
ne fait que de dignes choix,
il l'a donnée à M ' l'Abbé
Defmaretz . Je ne vous dis
rien de fon mérite , il vous
eft connu , & j'auray d'ailleurs
affez d'autres .occa182
MERCVRE .
fions de vous en parler.
Nous avons auffi perdu
un Peintre d'une fort
grande réputation . Ileftoit
tres-hardy pour le Deſſein.
Vous n'en douterez pas
quand je vous auray dit que
c'eft M'Loire . Il est beaucoup
regreté des Curieux,
& de tout ce qu'il y a de
Connoiffeurs en Peinture.
Je fuis ravy qu'on vous
ait fait entendre , comme
vous me le mandez ,l'ouverture
de l'Opéra de Bellérophon.
Quoy que tous les
Airs que M'de Lully a faits
GALANT. 183
dans cet Opéra pour les
Violons, foient admirables,
celuy - là eft particulierement
eftimé. Comme apparemment
vous l'aurez retenu
pour le chanter, je vous
envoye des Vers qui ont
efté faits fur cet Air, par une
Perfonne
de qualité
.
$25252525222 5252
PAROLES SUR
l'Ouverture de l'Opéra
de Bellerophon .
Soupirez , maisfans
espérer,
Mon coeur, c'est àpréfent affez de
L'adorcr.
184 MERCVRE
Si voftre amour
Paroift au jour,
Difpofcz - vous
Afon couroux.
Sa jeune pudeur
Craint voftre ardeur,
Et fréquemment
Luy peint un Ennemy dans un
Amant.
Laiẞos couler quelque Printempss
Avec le temps
Lefeu caché qui dansfon ame dort,
Sera plusfort.
L'Amour eft fcûr comme la mort,
Et neperdpointfes droits
De tout affervir à fes Loix.
C'eft vainement qu'une Beauté
Affecte lafierté,
Et s'arme de feverité.
Ilfçaitpar unfubtil poifon
Combatre la Raifon,
GALANT. 185
Et la Nature a des reffors
Quifoumettent l'Esprit au Corps..
Sortez , foupirs, maisfans bruit,
Voyons meurir ce beaufruit,
Et laiffons venir l'odeur
A cette Fleur.
Ce que nous aurons attendu
Nefera pas un temps perdu,
Et la mefure des plaifirs
Suit les defirs.
وہ
La nouvelle Chambre
établie à Vincennes pour le
crime du Poifon , a commencé
à donner des mar--
ques de la promptitude de
La justice par la punition
de plufieurs Coupables. La
penétration des Juges à dé
May 1679.
186 MERCVRE
couvrir la fource du mal,
jointe à la vigilance qu'ils
y apportent , leur en fera
fans doute couper la racine.
Rien n'égale la furpriſe
avec laquelle tout le monde
avû la conviction d'une
partie des Accuſez par leur
fuplice. C'eft une preuve
que les Empoisonneurs ont
efté rares de tout temps en
France , puis qu'on ne s'étonne
point de ce qu'on
voit arriver ordinairement.
Cependant ce n'eſt pas
d'aujourd'huy qu'on parle
de Poifon chez les autres
GALANT. 187
>
Nations . On en a vû de
triftes effets à Rome au
commencement du cin
quiéme fiecle de fa Fondation
, c'eſt à dire , un peu
apres que Manlius Torqua
tus eut fait couper la tefte,
à fon Fils, pour avoir com
batu contre fes ordres. Voi
cy ce que Tite - live en dit
dans le huitiéme Livre de
fa premiere Décade , felon
la Traduction de M' du
Ryer.
L' Année quifuivit futhonteufe
& déplorable , ou par
l'intempérance de l'air , on
Q_ij,
188 MERCVRE
par
la malice humaine , fous
le Confulat de Marcus Claudius
Marcellus , & de C. Valerius,
qui eftfurnommé dans
les Annales , tantoft Flaccus ,
tantoft Potitus ; mais cela
eft de peu de conféquence , &
jefouhaiterois plutoft ( comme
tous les Autheurs n'en
demeurent pas d'accord )
qu'il fust faux qu'on euft
empoisonné ces Confuls , dont
la mort defhonnora cette année.
Ilfaut toutefois dire la
chofe ainfi qu'elle a esté rapportée
, pour ne pas rendre
fufpects les Autheurs qui en
GALANT. 189
ont parlé, & que monfilence
ne faffe pas croire que j'aye
méprise ce qu'ils ont dit.
Comme les plus Grands de la
Ville mouroient de mefme
maladie , & presque tous de
la mefmeforte , une Fille Ef
clave vint trouver Q. Fabius
Maximus qui eftoit Edile , &
luy dit qu'elle luy découvri
roit la caufe de ce mal public,
à condition qu'il luy donnast
Ja parole que fon témoignage
ne luy nuirait point . En mef
me temps Fabius en alla avertir
les Confuls , qui en firent
leur raport au Sénat, & d'un
190 MERCVRE
commun confentement le Sénat
accorda à cette Esclave la
feûreté qu'elle demandoit.
Alors elle leur découvrit que
ce qu'on croyoit une pefte, ef
toit un effet de la malice des
Femmes ; que les Dames Romaines
préparoient tous les
jours des Poifons ; & que fi
on la vouloitfaire fuivre, on
découvriroit la verité defes
paroles . On fuivit donc cette
Efclave. L'on furprit quelques
Femmes qui faifoient
cuire des Poifons, l'on trou
va quantité de drogues cachées
que l'on apporta dans
GALANT: 191
la Place. Onyfit auffi amener
vingt Dames Romaines chez
qui on les avoit trouvées.
Hy en eut deux de Maifon
Patricienne , l'une appellée
Cornelie , & l'autre Sergie,
qui voulurent foûtenir que
ces médicamens eftoient des
remedes pour lafanté ; mais
parce que la Délatrice leur
foûtenoit le contraire, on leur
ordonna de boire ces breuvages
pour la convaincre d'une
fauffe accufation. Elles prirent
quelque temps pour en
conférer ensemble ; & apres
avoirfait un peu éloigner le
192 MERCVRE
Peuple , & qu'aux yeux de
tout le monde elles eurentfait
fçavoir aux autres Femmes
La réfolution qu'elles avoient
prife , il n'y en eut pas une
qui y refiftaft. Elles bûrent
ces breuvages, & moururent
toutes par leur propre crime.
Onfe faifit en mefme temps
de leurs Complices , qui en
découvrirent quantité d'autres
, & l'on en punit cent
foixante & dix. Il ne s'eftoit.
point parlé jusque - là de poi-
Son , ny d'empoisonnemens:
dans Rome Auffi confidératon
cela comme une chofe prodigienfe,

GALANT. 193
digieufe, & qui eftoit plutoft
un effet de quelque rage, que
d'une malice premeditée.
Cene fut qu'en ce temps
là qu'on commença d'ordonner
des peines contre
ceux qui fe fervoient de Poifon.
L'uſage en fut fi commun
chez de certains Peu
ples, que plufieurs Femmes
ayant eftéconvaincuës d'en
avoir donné à leurs Marys,
on y établit une Loy par laquelle
toutes celles qui leur
furvivoient , eftoient obligées
de fe laiffer brûler viyes
dans le mefme bucher
May 1679.
R
194 MERCVRE
où l'on confumoit leurs
corps. On prétendoit que
la crainte d'une fi cruelle
mort,les engageroit à prendre
foin de conferver leurs
Marys.Cette coûtume s'obferve
encor aujourd'huy
vers l'Indoftan ; & le celébre
M¹ Bernier en raporte
des exemples fort récens
dans ce qu'il a fait imprimer
de fes Voyages .
Les peines des Empoifonneurs
ont efté diverſes
felon les Royaumes. Les
Perfes leur brifoient la tefte
contre une pierre . Le té
GALANT. 195
moignage de Plutarque y
eft expres. Il rapporte dans
la Vie d'Artaxerxe, que Parifiatis
fa Mere ayant fait empoifonner
Statira fa Bru,par
l'entremise d'une de fes Dames
d'honneur nommée
Gigis , ce Prince rélégua ſa
Mere à Babylone ; & à l'égard
de Gigis , il voulut
qu'on luy fift mettre la teſte
fur une pierre plate , &
qu'on la luy écraſaft avec
une autre , Ceux de baffe
condition, au raport du Jurifconfulte
Marcian , eftoient
attachez en croix, &
Rij
196 MERCVRE
ce fut ainfi que l'Empereur
Galba fit mourir un Curateur
qui avoit empoisonné
fon Pupille afin de s'emparer
de fon bien. On faifoit
perdre la tefte aux plus notables
, & on en expoſoit
quelques - uns aux Beftes.
Ĉe crime eft fi exécrable,
que beaucoup foûtiennent
qu'il fuffit de la volonté
pour eftre puny, quoy qu'el
le n'ait point efté ſuivie de
l'effet . Cela doit s'entenapparemment
, quand dre
le Poifon ayant efté préparé
, ceux à qui on le deſti
GALANT. 197
noit ſe ſont garantis heureufement
de le prendre.
La Femme qui empoifonne
fon Mary, eft puniffable
du feu. En 1585. une
jeune Femme de Paris nommée
Marie le Juge, petite
Fille d'un Marchand , s'eftant
défaite de fon Mary
par poiſon pour un foufflet,
fut pendue , & brûlée en
fuite.
Les Empoisonneurs ne
font pas feulement punis
de mort , mais encor ceux
qui vendent ou qui diftribuent
des Poifons. On lit
R iij
198 MERCVRE
dans le troifiéme Volume
de Monftrelet , qu'en 1462 .
Jean Conftein Sommelier
du Duc Philippes de Bourgogne
, fut pris & mené à
Ripemonde , pour avoir
voulu empoisonner le Com
te de Charolois feul Fils lé
gitime de fon Maiſtre . Il
s'eftoit adreffé à un pauvre
Gentilhomme Bourgui
gnon , nommé Jean d'Ivy,
pour luy acheter du Poifon
en Piémont. La trahifon
fut connue , & on leur coupa
la tefte à l'un & à l'autre.
Le venefice peut eftre diGALANT.
199

vifé en deux efpeces. L'un
eft du fimple Poiſon employé
pour faire mourir
quelqu'un, & l'autre quand
l'invocation du Démon
donne de la force à quelque
venin caché. C'est par
que le Parlement de Paris
ne punit pas les Sorciers.
comme Sorciers , mais feulement
comme Empoiſonneurs
, parce que tout le
mal qu'ils font n'eſt que
l'effet des venins que leur
fournit le Démon pour
exercer leurs méchancetez.
Ainfi les Sorciers comme
R. iiij
200 MERCVRE
Empoisonneurs font punis
de mort, & fur tout du feu ,
aufſi - bien que ceux qui répandent
du venin dans les
Lieux publics . Nous en
avons un exemple dans la
quatriéme Partie des Annales
d'Aquitaine de Bouchet.
Il dit que du regne
de Philippe le Long , les Lépreux
ayant pris de l'argent
des Juifs qu'on avoit chaſ
fez de France , empoifonnerent
les Puits , & les Fontaines
de tout le Royaume.
Quantité de perfonnes en
moururent, & fur les inforGALANT.
201

mations qu'on en fit , plufieurs
Lépreux pris à Nar
bonne & ailleurs furent brû
lez.
Pendant que Philippe II.
regnoit en Eſpagne , il s'y
trouva unHomme qui compoſoit
du Poiſon d'un telle
force, que ceux , fur langue
de quiil en mettoit un moment
, mouroient toûjours
quelques jours apres. Il fe
difoit Aftrologue, & au lieu
que les autres qui fe meſlent
de prédire l'avenir regardent
les mains , il vouloit
voir & toucher la langue.
202 MERCVRE
Il trempoit un doigt dans ce
Poifon pour ceux qu'il avoit
deffein de faire mourir , &
ne le trempant point pour
les autres , il leur prédifoit
plus ou moins de vie , felon
Îa maniere dont il les touchoit
. La prompte mort des
Empoifonnez juftifioit fes
prédictions , & elles fe trouvoient
fi juftes , qu'on ne
doutoit point qu'il n'euft
des connoiffances extraor
dinaires. Il fe fervit du mefmepoiſon
contre un Neveu
du premier Medecin du
Roy. C'est ce qui caufa fa
GALANT. 203
perte. Le Medecin qui connoiffoit
la bonne conftitution
de fon Neveu , ne put
le voir mourir ainfi tout à
coup , fans croire que ce
n'eftoit pas un accident naturel.
On arrefta le faux
Aftrologue , & l'accufation
fut fivivement pouffée, qu'il
fut contraint d'avouer fon
crime. Il l'expia par un ſuplice
des plus cruels , l'intereft
public demandant
qu'on en fift un grand
exemple.
Je finis cet Article par oùje
l'ay commencé, c'eft à dire,
204 MERCVRE
en faifant encor parler Tite
Live.Voicy ce qu'il dit dans
le dixiéme Livre de fa
quatriéme
Décade. Cependant
on apporta des Lettres de la
part du Préteur C. Menius
à qui la Sardagne eftoit efcheue,
à qui l'on avoit donné
la commiſſion d'informer
des empoisonnemens à dix
milles aux dehors , & aux environs
de Rome. Hmandoit
qu'il avoit déja condamné
trois mille perfonnes , & que
neanmoins on faifoit tous les
jours de nouvelles délations;
que partant ilfalloit qu'on le
GALANT. 205
que
déchargeaft de cette comiffion,
ou qu'il renonçaft au Gouvernement.
On peut voir par là
le Poiſon a efté de tout
temps en ufage à Rome.
Il eft certain qu'il n'y faifoit
pas moins de bruit il
ya
fort peu d'années , qu'il fait
prefentement à Paris . Plu
heurs Femmes furent penduës
fur la fin du Pontificat
d'Alexandre VII . & fous celuy
de Clement IX . Elles
diſtribuoient un breuvage
appellé Aquetta de Sicilia.
Il eftoit comme de l'eau la
plus claire , & ne faifoit47
206 MERCVRE
aucune impreffion fur les
corps . Ainfi on avoit beau
les ouvrir apres la mort . On
n'y voyoit rien qui fift connoiftre
ce qu'on foupçonnoit.
Tous les Poifons , quoy
que dangereux , ne font pas
toûjours à éviter. Il en eft
d'agreables qu'on fait prendre
par les yeux, & c'eft de
ceux- là que parle M' Coufinet
dans le Sonnet que je
vous envoye. Il eſt Fils du
Maistre des Comptes de
Paris qui porte ce nom .
GALANT. 207
V
SONNET.
Ous condamnez , Philis , la
fureur exécrable
De ces Monftres affreux qu'on retient
en prison,
Pour eftre convaincus du crime de
Poifon;
Cependant envers moy vous en eftes
coupable.
25
Mais ce crime eft fi beau, qu'il vous
eft pardonnable,
Fenene vous blâme point de voftre
trahison,
Vous avez un fecret hors de comparaison
;
Plus vous m'empoisonnez , plus
vous trouve aimable.
208 MERCVRE
$2
Ce Poifon m'eftfidoux, queje veux
m'en nourrir;
Quand on en eft atteint, on n'en
veutpointguérir,
Ilfe gliffepar tout , il n'épargne
perfonne.
25
On enprend toft ou tard, & chacun
afon tour;
Si vous efticz d'humeur d'enprendre
quelque jour,
Souffrez que cefoit mey, Philis , qui
vous en donne.
Il y a tant de gloire à eſtre
au Roy, que les Peuples de
laFrancheComté ſemblent
ne pouvoir trop faire éclater
la joye qu'ils ont d'eſtre
GALANT 209
demeurez François . Ainſi
le 12. de ce Mois , le Te Deum
fut chanté à Besançon en
réjoüiffance de la Paix ratifiée
avec l'Allemagne. Les
deux Chambres du Parle
ment qui confiftent en quarante
Confeillers & trois
Préfidens , y affifterent en
Corps. M' de Montauban
Lieutenant de Roy, n'ayant
pû s'y trouver à caufe de
fa maladie, celuy de la Ville
prit fa place avec M de
Chavelin Intendant de la
Province. Les Chanoines:
eſtoient dans leurs Habits
Y
May 1679- S
210 MERCVRE
de cerémonie avec leurs
Soutanes violetes . Les Officians
eftoient mitrez . Sur
le foir la Garnifon de laVille
monta à la Citadelle . M
le Chevalier de Montaut
qui en eft Gouverneur , fit
faire trois Salves Royales de
foixante Pieces de Canon,
& l'Infanterie fit auffi fa
décharge dans le meſme
temps . Toutes les Feneftres
eftoient éclairées d'un flambeau
avec des lanternes
où les Armes du Roy paroiffoient.
Les Canons des
Baitions des dehors firent
GALANT. 211
auffi trois Salves . Tout le
Monde cria Vive le Roy
dans les Montagnes de
Chaudanne qui font à de
my- lieuë de la Ville ; & dans
celle de Brezille, il y eut des
Feux de quarante charetées
de bois . On en fit auffi dans
tous les Carfours, & les Habitans
donnerent du Vin à
tous les Soldats qui en voulurent.
Les Réjouiffances n'ont
pas efté moindres à Mon.
toire. C'est une petite Ville
du bas Vendomois , fituée
fur la Riviere du Loir dans
Sij
212 MERCVRE
la
le plus beau lieu du Païs !
Les Garniſons , & les fréquens
paffages des Gens de
guerre l'avoient fr fort défolée,
qu'auffi- toſt que
nouvelle de la Paix avec
l'Empereur y fut reçeuë, on
crut n'avoir plus de malheurs
à redouter. Ce fut
une joye univerſelle. On
réfolut de la fignaler par
quelque Fefte extraordinaire.
Elle fut arreſtée au
fepriéme de ce Mois ; &
comme il n'y avoit point de
deniers publics pour en faire
la dépenfe, M Neilz Ma
GALANT. 21F
giftrat de la Ville , & M
Luneau Procureur du Roy,
promirent aux Habitans
qu'ils la feroient à leurs
frais. On éleut les Officiers
neceffaires pour mettre ſur
pied quatre Compagnies
d'Infanterie & une de Cavalerie
, dont le commandement
fut donné à ce dernier.
L'expérience que les
fervices qu'il a rendus au
Roy pendant la jeuneffe luy
ont fait acquerir dans les
Armes , juftifioit le choix
qu'on en fit . Il y avoit trois
Fleurs de Lys peintes fur le 1
214 MERCVRE
Drapeau de Cavalerie, avec
ces paroles en lettres d'or,
Lilia olivas ferunt . Sur le
midy , les Habitans fous les
armes s'eftant tous rendus à
leur Drapeau , la moindre
Compagnie ſe trouva de
cent quatre, tous bien faits,
fort leftes , & la Cavalerie
montée avantageufement
.
Ils fortirent dans la Plaine
ayant leur Colonel à leur
tefte , & eftant rentrez fur
les cinq heures , ils ſe rangerent
dans une Place tresbelle
pour fa fituation , unie,
prefque carrée, environnée
GALANT. 215

de beaux Bâtimens, & plantée
de plufieurs grands Ormeaux
. Au milieu de cette
Place qui eft environ de
deux arpens , eftoit un magnifique
Bucher , ayant fur
fon fommet de dix toifes de
hauteur , un Pavillon femė
de Fleurs de Lys , le fond
aurore , avec des paroles
Latines qui faifoient voir
la Paix eftoit l'ouvrage
de Louis LE GRAND . Devant
l'Hôtel du Magiſtrat
de la Ville , il y avoit une
Fontaine qui jettoit du Vin
de la hauteur de neuf pieds
que
216 MERCVRE
dans un grand baſſin garny
de lierre. Ce Magiftrat eftoit
à fa porte en Robe,fous
un tres -beau Portail. Les
Troupes pafferent en reveuë
devant luy quand
elles fortirent dans la Plaine
, & elles firent alte au
mefme lieu en revenant. Le
Colonel & les Capitaines
mirent pied à terre , & s'eftant
approchez de luy fous
fon Portail , M' Prégent y
prononça un fort beau dif
cours fur la Paix. Le Magiftrat
luy fit une réponſe
tres éloquente , & marcha
enfuite
GALANT. 217
enſuite avec pluſieurs Gens
de robe qui l'accompagnoient
au milieu des principaux
Officiers , fuivis des
Troupes , vers la principale
Eglife où tout le Clergé
s'eftoit rendu , au fon des
Trompetes , des Tambours,
des Hautbois & des Violons.
Le Te Deum fut chanté
, & au retour de l'Eglife,
on vint dans la Place oùle
Bucher eftoit élevé. M
ces
Neilz y mit le feu , & fur
reconduit par toutes
Troupes, apres mille cris de
Vive le Roy, fuivis du fon
May 1679.
H
218 MER CVRE
des Cloches, du bruit d'une
infinité de Petards & de
Fulées , & de la décharge
de toutes les Armes.
14.
La rencontre du Dimanche
a fait remettre cette
année au Lundy 15. de ce
mois, l'Anniverfaire du feu
Roy Louis XIII. qui fe fait
Tous les ans le de May
,
dans l'Eglife de l'Abbaye
de S. Denys en France , avec
de fort grandes cerémonies.
La Meffe y eſt coû .
jours celebrée par un Eveſ
que , & elle l'a efté cette
année par M. l'Abbé du
GALANT. 219
Laurens , nommé à l'Ever
ché de Bellay. C'eſt luy qui
a efté éleu General de l'Ordre
de Cluny, dans le dernier
Chapitre General qui
s'eft tenu il y a quelque
temps au College qui porte
ce nom. Voicy ce qui fe
paffe dans l'Anniverſaire
dont j'ay à vous entretenir.
L'Eglife eft route tenduë de
deüil , & il y a deux tez de
Velours tout du long du
Choeur , où font attachées
les Armes de France , avec
une fort grande quantité
de lumieres. La Meffe eft
Tij
220 MERCVRE
chantée par les Religieux
tous en Chapes , & par la
Mufique du Roy. Un grand
nombre d'Officiers de Sa
Majefté, qui reçoivent tous
1'ordre de M' de Saintot,
affiftent à cette cerémonie,
auffi- bien que les Chanoines
& les Récolets de Saint
Denys. On choifit douze
Pauvres , qui s'y trouvent
avec un Cierge à la main,
& on leur donne à chacun
une piece d'Etofe , une paire
de Souliers, & un Ecu. La
Meffe finie, l'Aumônier du
Roy donne l'aumône à tous
GALANT. 221
ceux qui la veulent rece
voir. Ils s'y rencontrent ce
jour- là en tres- grand nom
bre. M' l'Abbé de S. Vallier,
Frere du Capitaine des
Gardes de la Porte , a fait
cette diftribution cette année.
M' le Duc de Vitry eft
mort icy le 9. de ce mois,
âgé de 59. ans. Il s'appelloit
François - Marie de Lhofpital.
Je ne parleray point
icy de l'origine de cette
Maiſon. Je vous diray feulement
qu'elle a fait les
Branches des Marquis de
Tiij
222 MERCVRE
Choify, & des Seneurs &
Comtes de Sainte Meſmes.
François de Lhofpital, Seigneur
de Vitry , épouſa
Anne de la Chaftre , Fille
de Claude Baron de Maifonfort,
dont nâquit Louis
de Lhofpital , Marquis de
Vitry, Chevalier des Ordres
du Roy, Capitaine des Gar
des du Corps , Lieutenant
General des Comtez de
Champagne & de Brie , &
Gouverneur de la Ville de
Meaux. Louis , marié avec
Françoiſe de Brichanteau,
eut cinq Enfans, qui furent
GALANT: 223

Nicolas & François de
Lhofpital , Mareſchaux de
France , la Comteffe da
Charlus , la Marquife de
Perfan , & Loüife de Lhof.
pital, qui eft morte Abbeffe
de Montivilliers . François,
qui eftoit le Cader , n'a
laiffé aucuns Enfans . C'ef
toit feu M' le Marefchal de
Lhofpital , mort Gouver
neur de Paris. L'Aîné, qui
fut Nicolas Marquis de
Lhofpital , puis Due de
Vitry,Capitaine des Gardes
du Corps, & Gouverneur de
Provence , époufa Lucrece
Tj
224 MERCVRE
de Bouhier- Beaumarchais,
Veuve du Marquis de Noirmoutier
; & c'eft de ce Mariage
qu'eftoit forty M' le
Duc de Vitry. Il avoit pris
alliance dans la Maiſon Pot
de Rhodes. C'eftoit un
Homme de tres - grand efprit,
qui avoit efté employé
par le Roy dans des Négotiations
importantes. Il
efté longtemps Ambaſſadeur
aupres du Duc de Bavieres
, & s'eft acquité de
cet employ avec tout le fuccés
qu'on pouvoit attendre
d'un Homme de ſa naiſGALANT.
225
fance & de fon mérite. Sa
Majeſté l'avoit nommé Plé
nipotentiaire pour la Paix;
mais les continuelles maladies
qui l'ont accablé depuis
quatre ans, ne luy pûrent
permettre d'aller à
Nimégue .
J'ay auffi à vous apprendre
la mort de Madame la
Marquife de la Tremblaye,
arrivée icy dans les derniers
jours de l'autre Mois. C'eftoit
une Dame d'une fort
grande vertu. Sa patience
dans fa maladie, & fon entiere
réſignation auxordres
1
226 MERCVRE
d'Enhaut , en ont efté de
folides marques. Elle eftoit
proche Parente de M ' Lavocat
Maiſtre des Requef
tes, & alliée de M ' de Pompone.
M' le Marquis de la
Tremblaye fon Mary eft de
la Maiſon de Beauveau en
Poitou.
Cette mort a efté fuivie
de celle de M' du Mefnil
Docteur de Sorbonne. S'il
y a de la grandeur d'ame à
faire paroistre de la fermeté
dans ce terrible paffage, on
ne peut trop admirer celle
qu'a fait éclater le Roy de
GALANT. 227
Suede,dans la maladie dont
il est enfin heureufement
échapé. La neceffité de
mourir eft affurément fâcheufe
pour tout le monde,
mais il femble qu'elle devoit
l'eftre encor davantage
pour ce jeune Prince , qui
eftant né dans le Trône, fe
voyoit réduit à quiter la vie,
en.commençant à connoif.
tre qu'il en joüiffoit . Voyez
dans la Lettre que je vous.
envoye , avec combien de
conſtance il a enviſagé les
approches de ce qui fait
trembler les plus intrépi
des.
228 MERCVRE
25:25252525252525
LETTRE
ECRITE DE SUEDE,
Sur la maladie de Sa Majeſté
Suédoife.
JE
E ne puis laiffer paſſer cette cecafion,
fans vous mander l'entier
rétablissement delafanté du Roy de
Suede, qui a eftéfi bas, que les Medecins
en ont defepere. Je ne doute
point auffi queje ne vous faffe plaifir
de vous mander le cours defa maladie
, & les beaux fentimens de ce
Prince , lequel tomba malade le 26.
de Mars, d'une fièvre qui augmenta
de jour en jour jufqu'au 23. Pour
cacherfa maladie , Sa Majestéſe
GALANT. 229
1 .
bottoit , & ne difcontinuoit point
d'affifter aux Confeils ; mais la douleur
la preffant d'une maniere à ne
le pouvoir plus cacher, Elle avoüa
qu'ellefe portoit fort mal, & qu'elle
Sefentoitle coeur attaqué . Ce Prince
fe mit doncau Lit, & lafièvre venant
à redoubler la nuit , accompagnée
d'une chaleur intolérable , luy
caufa une grande oppreffion & battement
de coeur. S'appercevant que
fafin approchoit, il fongea àfa confcience,
&fatisfit à tous les devoirs
de fa Religion avec une devotion
fans exemple , car c'est un Prince
qui a toujours efté vertueux. En
fuite il envoya chercher fon premier
Prédicant , qu'il fit affeoirfurfon
Lit. Il luy dit qu'il voyoit bien
qu'il falloit mourir ; qu'avant que
de quitter le monde , il avoit voulu
1
230 MERCVRE
le remercier de tous les foins &peines
qu'il avoit prises pour luy , &
qu'eftant dans l'impuissance de les
reconnoiftre, il prioit Dieu qui eftoit
fi jufte , de le récompenfer. Apres
cela , il le chargea de chofes toutes
tendres pour la Reyne de Suede, que
je ne pûspas bien entendre , à cauſe
qu'il s'expliquois en Suedois. Comme
il vit tousfes Officiers & Genéraux
autour de luy , il les remercia
en termesfort obligeans desfervices.
qu'ils luy avoient rendus ; leur dit
qu'il fefouvenoit fort bien des dangers
qu'ils avoient courus dans les
Batailles, & qu'après Dieu il en
attribuoit à eux feuls les heureux .
fuccés. Il remercia de mefme les
Officiers defa Maifon , s'étendit fur
l'impuiffance où il eftoit de récompenfer
comme ilfouhaitoit leurs bons
GALANT. 231
ن م
fervices, & leur marqua que c'estoit
La chofe qu'il regretoit le plus. Il
demandapardon s'il avoit chagriné
quelqu'un ; pria ceux quipouvoient
fe plaindre de luy, d'avoir égard
qu'il eftoit Homme comme eux ,
qu'ilavoitfesfoibleffes, les affurant
que s'il les avoit offencez , il n'en
avoitjamais eu l'intention . Comme
la douleur & le mal redoublerent:
Il faut que j'avouë, dit-il, que
tout ce que j'ay fouffert en cette
guerre , n'approche en rien de
tout ce que je fouffre prefente.
ment , & que la guerre qui fe
fait dans mon coeur eft bien plus
rude & bien plus cruelle que
celle que j'ay faite , & l'Ennemy
qui m'attaque , bien plus terrible
que tous mes Ennemis enſemble.
Il pria Dieu d'avoirpitié
232 GALANT
.
& mifericorde de luy, luy recommanda
fon Royaume , repétant plufieurs
fois : Ah , pauvre Suede,
que tu vas eftre malheureuſe, fi
Dieu ne te prend en fa protection!
Il regreta fort de la laiffer
en guerre , fit reſſouvenir tous les
Affiftans dela maniere qu'il s'eftoit
attiré cette guerre, & defon bas âge;
qu'iln'y avoit pu apporter les remedes
neceffaires pour faire tourner .
autrement les chofes. Comme il
vit que tout le monde fondoit
en larmes, il leur dit : Pourquoy
yous affligez-vous ? Je ne fuis
pas tant à plaindre. Je fens que
Je
fuis un Enfant du Pere Eternel.
Je n'ayjamais voulu de mal
à perfonne. J'ay gardé ma foy
à mes Alliez , & ma parole à mes
Peuples. Enfin je n'ay rien à
GALANT. 233
me reprocher. J'ay aimé tendrement
mes Sujets. Je me fuis vo
lontiers exposé pour leur falut..
Vous aurez apres moy un Roy
fage, mais jamais qui vous aime
comme je vous ay, aimez. Se
reſſouvenant que c'eftoit l'heure de
la priere , ilfit entrer le Prédicant
qui la vouloit racourcir; mais il luy
dit que ce n'eftoitpas le temps, qu'il
n'en avoitjamais eu plus de befoin,
& demanda à tous les Affiftans de
prier Dien qu'il euft pitié de fon
ame. Les prieresfinies, il s'entreting
de la mort , témoignant qu'il ne la
craignoitpas. Comme tout le monde
le vouloit quitter, àcause que l'effort
qu'ilfaifoit pour parler augmentoit
fon mal, il les rappella , & leur recommanda
de le faire enterrer fans:
ancune magnificence ; que ce n'estoit
May 1679. У
234 MERCVRE
pas le temps de faire des dépenfes
inutiles , qu'il n'avoit jamais aimé
lefafte , & qu'ildefiroit estre enterré
comme il avoit vefcu. Apres il donna
Ja main à baifer, & accompagna
l'adieu qu'il nous dit, de termesfort
touchan's & fort tendres. Quelque
temps apres it luyprit unefueur qui
dura bien deux heures. La douleur
qu'il fentoit au coeur diminua. Il
S'endormit , & en paſſa quatorze
dans unfommeil fort tranquille. Sa
fievrefe convertit en tierce , diminua
d'accés en accés , & ceffa enfin
entierement. Ainfi voila la Suede
délivrée d'une grande inquiétude.
Imaginez- vous fa joye de voir ce
jeune Monarque bors de danger,
apres l'avoirven agoniſant.
Avoüez, Madame, qu'un

ad

GALANT 235
Prince fi jeune, qui a de fr
beaux fentimens, qui aime
fon Royaume & fes Sujets,
qui garde fa foy à fes Alliez,
& qui eft d'ailleurs
tres - brave , méritoit fort
d'eftre regreté. La matiere
eft trifte. Je la quite pour
vous faire part d'une feconde
Chanfon fur le retour du
Printemps. LesParoles font
de M' l'Abbé Mallement
de Meffange.
AIR NOUVEAU.
ALafin cesDeferts ontrepris leur
verdure
Vij
236 MERCVRE
Et dans nos Bois mille charmans
Ruiffeaux
Accordent au chant des Oyfeaux
Leur agreable murmure.
Seul accablé d'un ennuyrigoureux
Caufépar le mépris d'une Amante
parjure
Pendantquetout rit en ces lieux,
F'entretiens ces Forefts du tourment
que j'endure.
Je n'ay pû encor recouvrer
les Vers qu'a faits M
de Fontenelle , fur ce que
Monfieur le Prince ne vit
que de Lait. Ils méritent
fort
l'empreffement
que
vous me témoignez de les
voir. On me les promer
GALANT. 237.
dans quelques jours , &
vous les aurez la premiere
fois que je vous écriray. II
en eft échapé fi peu de Copies
, que quoy qu'il y ait
déja longtemps qu'ils font
faits, ils pourront eſtre nou
veaux pour la plupart de
ceux qui lifent mes Lettres
Cependant je vous envoye
ce que vous m'avez fi expreffément
demandé pour
vos Amies. C'eft le dernier
Idille de Madame des Houlieres
. Comme vous me
fiftes fçavoir que vous l'aviez
veu dés qu'il fut fait,
238 MERCVRE
je négligeay de vous en
faire un Article en ce temps
là. Lifez de nouveau, & admirez.
Les Ouvrages de
cette Illuftre ont des beautez
fi particulieres, qu'ils ne
peuvent eftre ny leûs trop
fouvent, my conſervez avec
trop de foin.
525255222 5222SES
LES OYSEAVX.
IDILLE DE MADAME
des Houlieres...
L
"Air n'eft plus obfcurcypar des
brouillans épais,
Los Prezfont éclarer leurs caulem's:
les plus vives,
GALANT. 239
Et dans leurs humides Palais
L'Hyver ne retient plus les Nayadess
captives..
Les Bergers accordant leur Mufete
àleur voix,
D'un pied legerfoulent l'herbe
naiffante;
Les Troupeaux nefontplusfous leurs
ruftiques toits;
Mille & mille Oyfeaux àlafois
Ranimant leur voix languiſſante,
Réveillent les Echos endormis dans
ces Bois.
Où brilloient les Glaçons, on voit
naiftre les Rofes.
Quel Dieuchaffe l'horreur qui régnoit
dans ces lieux ?
Quel Dieu les embellit ? Le plus
petit des Dieux
Faitfeul tant de métamorphofes;
Ilfournitau Printempɛ tout ce qu'il
a d'appass
240 MERCVKE
Si l'Amour ne s'en mefloitpas,
On verroit périr toutes chofes
Il est l'ame de l'Univers.
Comme il triomphe des Hyvers
Qui defolent nos Champs par une
rude guerre
,
D'un coeur indiferentil bannit les
froideurs.
L'indiference eft pour les coeurs
Ce que l' Hyver eftpourla terre.
Que nousfervet, helas! defi douces
leçons?
1
Tous les ans là Nature en vain les
renouvelle;
Loin de la croire , à peine nous
naiffons,
Qu'on nous apprend à combatre
contre elle.
Nous aimonsmieuxpar unbizarre
choix,
IngratsEfelavesque nousfommes,
Suivre
GALANT.
241
Suivre ce qu'inventa le caprice des
Hommes,
Que d'obeïr à nos premieres
Loix.
Que vostreført eft diférent du
noftre,
Petits Oyfeaux qui me charmez!
Voulez- vous aimer?vous aimez;
Un lieuvous déplaiſt- il? vouspaffez
dans un autre.
On ne connoit chez vous ny vertus,
ny defauts,
Vousparoiffez toujoursfous le mefme
plumage,
Etjamais dans les Bois on n'aven
les Corbeaux
Des Roffignols emprunter le ramage.
Il n'eft de fincére langage,
Il n'eft de liberté que chez les Animaux.
May 1679. X
242 MERCVRE
L'ufage, le devoir , l'austere bien-
Séance,
Tout éxige de nous des droits dont
je meplains,
Et tout enfin, du coeur des perfides
Humains,
Ne laiffe voir que l'apparence.
Contre nos trahifons la Nature en
couroux
Ne nous doneplusrienfanspeine;
Nous cultivons les Vergers & la
Plaine,
Tandis, petits Oyfeaux , qu'ellefait
toutpour vous.
Lesfilets qu'on vous tend font là
feule infortune
Que vous avez à redouter;
Cette crainte nous eft commune,
Sur noftre liberté chacun veut attenter,
Par des dehors trompeurs on tâche
à nousfurprendre.
GALANT. 243
Helas, pauvrespetits Oyfeaux,
Des rufes du Chaffeurfongez à vous
défendre,
Vivre dans la contrainte eft leplus
grand des maux.
Vous fçavez que M' de
Montmort,Doyen des Maîtres
des Requeftes , mourut
il y a environ deux Mois .
Il eftoit l'un des quarante
de l'Académie Françoife.
M'l'Abbé de la Vau , Garde
de la Bibliotheque du Cabinet
du Roy , Tréforier de
S. Hilaire le Grand de Poitier
, & Chancelier de l'Univerfité
de lamefme Ville,
X ij
244 MERCVRE
remplit aujourd'huy ſa place
dans cette celebre Compagnie
. L'inclination qu'il
a toûjours euë pour les
belles Lettres , luy a fait acquerir
des connoiffances
qui le rendoient tres - digne
du choix qu'on a fait de luy.
Il fut reçeu dans l'Illuftre
Corps dont je vous parle,
le Jeudy quatriéme de ce
Mois, & fit un Difcours qui
luy attira beaucoup d'applaudiffemens
. Comme les
Portes font ouvertes ces
jours de reception, l'Aſſemblée
fut confidérable.. Elle
GALANT. 245
eftoit compofée d'un grand
nombre de Perfonnes de
qualité , & de gens infiniment
éclairez . Monfieur le
Duc de la Rochefoucaut s'y
trouva . C'eft un Juge compétent
, dont l'efprit n'eft
pas moins élevé que la naiffance
. M'l'Abbé de la Vau
commença par les fentimens
de reconnoiffance
qu'il avoit du choix que
M's de l'Académie avoient
fait de fa Perfonne pour
remplir la place d'un Homme
fameux par fa profonde
érudition . Il leur dit mo-
X jij
246 MERCVRE
deftement , Qu'ils avoient
fupofé en luy quelque mérite,
parce qu'ils le voyoient reveftu
de la Charge d'un Homme
de Lettres . Il adjoûta ,
Que fçachant qu'il demeuroit
depuis plufieurs années au
Louvre , où ils tiennent leurs
Conferences fi utiles au "Public
, ils s'eftoient fans doute
imaginez qu'il y avoit refpiré
un air qui ouvre l'esprit, &
qui communique une partie
des belles lumieres qu'ils venoientfifouvent
y faire écla
ter ; femblable à ceux qui en
entrant autrefois dans le Tem;
GALANT. 247
rs
ple de Dodonne , joüiffoient
auffi- toft du don de prophétifer.
Il fit enfuite l'éloge de
M's de l'Académie , parmy
lefquels il ne voyoit que de
grandes qualitez , foit qu'il
les regardaft en general ,
foit qu'en les examinant en
particulier il confideraft les
uns dans les plus hautes dignitez
de l'Eglife , & les autres
dans les premiers Emplois
de l'épée & de la robe .
Il dit , Qu'on ne devoit pas
eftre furpris de trouver en
eux un mérite fi extraordinaire
, puis que leur établiſſe-
X iiij
248 MERCVRE
&
ment eftoit l'Ouvrage du
grand Cardinal de Richelieu,
qui prévoyant ce que nous
voyons aujourd'huy , pensoit
à épurer à enrichir une
Langue que le Maiftre fous
qui nous vivons , rend fi neceffaire
à toutes les Nations.
Il acheva cet Article en faifant
connoiftre qu'il ne faloit
point une autre preuve
du veritable mérite de ce
Cardinal , que de voir qu'il
eltoit impoflible de l'oublier
dans un Siecle qui faifoit
oublier tous les autres
Siecles. Apres avoir paffé leGALANT.
249
gerement fur M' le Chancelier
Seguier fecond Protecteur
de l'Académie , il
vint au Roy qui n'avoit pas
dédaigné de prendre cette
mefme qualité. Il dit, Que
ce grand Prince qui ne peut
rien faire de médiocre, apres
avoir donné des marques
d'une confidération
particuliere
à ceux qui compoſent
cette Compagnie , avoit voulu
que le lieu de leurs Affemblées
fuft dansfonprincipal Palais;
Qu'ilfaifoit encor pour eux
ce que luy ſeul estoit capable
de faire ; Qu'il leur donnoit
250 MERCVRE
une illustre & vafte matiere
de fe fervir de ces prétieux
Talens qu'ils faifoient tous
Les jours briller dans leurs
Conférences , & qu'en quelque
genre qu'ils écriviffent , ils
n'avoient qu'à parler de leur
inimitable Protecteur pour
faire des Ouvrages dont la
beautéferoit nouvelle & durable
comme les fujets qu'il
Leur en donnoit. Il parla de ce
que Cicéron avoit dit de
Scipion, qu'il eftoit orné de
plus d'une Majefté, fans vouloir
pourtant comparer Scipion
à LOUIS LE GRAND,
GALANT. 251
qui avec les qualitez de ce
Romain avoit toutes celles
qui ont fait admirer les plus
fages Roys , & les Conquérans
les plus illuftres . Il fit
voir que s'il n'eftoit pas permis
de faire de ces fortes de
comparaifons , nous pou-
'vions au moins nous fervir
de ce que les plus beaux
Efprits des Siecles paffez
avoient dit des plus grands
Hommes de leur temps ;
Qu'il feroit difficile autrementde
donner une veritable
idée du Héros de la France;
Qu'ileftoit tellement au deffus
252 MERCVRE
de tout ce qui nous eft connu,
qu'on estoit fouvent forcé à
parler des actions des autres,
pourdifpoferle monde à croire
ce qu'il a fait, & nous approcher
infenfiblement de luy ;
Que l'Antiquité n'avoit pû
établirfes Dieuxfans les faire
paroiftre fous la figure des
Hommes ; Que c'eftoit par
cette raison qu'il faloit fou
vent parlerdes Héros qui ont
precédé Loüis , pour tacher
de le faire
comprendre,
& que ce qui estoit une marque
de noftrefoibleffe , l'estoit
en mefme temps de l'extreme
GALANT. 253
élevation de noftre Auguste
Monarque
. Apres cela il
parla en general de ce que
le Roy faifoit tous les jours
d'extraordinaire
pour fuivre
la grandeur de fon génie,
jufqu'à entreprendre des
chofes aufquelles la Nature
meſme ſembloit s'oppoſer ,
comme la jonction des
deux Meres; ce qui avoit pû
faire dire avec verité, Qu'il
eftoitpluspuiffantque les Def
tinées . La Paix eftoit trop
récente pour n'en rien dire.
Apres que ce nouvel Académicien
eut fait voir que
254 MERCVRE
la prudence & le courage
du Roy, avoient paru dans
les dernieres guerres , pendant
lefquelles il avoit eu à
combatre feul toute l'Europe,
fans qu'un fi grand
nombre d'Ennemis l'euft
pû empefcher de remporter
tous les jours quelque nouvel
avantage, il dit, Qu'il
avoit arresté l'impetuofité de
Les Conquestes au milieu des
flateries de la Fortune , qui
n'avoit jamais osé le trahir;
Qu'aux dépens defespropres
Triomphes, ildonnoit la Paix
au Monde Chrestien ; Qu'il
GALANT. 255
L'avoit luy feul concluë, refoluë
, & enfuite impoſée , pour
ainfi dire , à toute l' Europe, &
qu'elle pouvoit estre regardée
comme un Ouvrage dont perfonne
ne partageoit la gloire
que
dans ces
avec luy; aulieu
grandes entreprises deguerre
qui le faifoient admirer, quoy
qu'il y euft eu la meilleure
part, ilavoitfalu que lafage
conduite de fes Capitaines, la
bravoure de fes Soldats, &
lezele ardent defes Ministres,
Luy en euffent affuré l'éxecu
tion . Il prit icy occafion de
parler de Monfieur Col
256 MERCVRE
par
bert fans le nommer, parce
qu'il eft de l'Académie
; &
apres avoir dit à ces Meffieurs
que leur Compagnie
luy devoit la meilleure
tie de fes
avantages , puis
que c'eſtoit par luy qu'ils
recevoient fouvent des gra
ces du Roy , il s'étendit
fur le mérite particulier de
ce grand Homme . Il le
loua d'une maniere d'au
tant plus glorieufe pour luy,
qu'on affura qu'il n'en di
foit rien qui n'euft eſté dit
par Sa Majefté. Jugez, Ma.
dame , fi on peut mieux
GALANT. 257
Jouer un Miniſtre qui aime
fon Maistre autant que M
Colbert aime le Roy, que
par les chofes que fon Maî
tre a dites de luy.
M' l'Abbé le Galois, Directeur
alors de la Compagnie
, répondit à ce Dif
cours. Cet illuftre Abbé eft
d'une réputation fi bien
confirmée , qu'il eft impof
fible qu'elle ne vous foir
connue. C'eft un Homme
univerfel , & d'une profonde
érudition . M'Colbert a
beaucoup de confidération
pour luy. Il demeuré chez
May 1679.
Y
258 MERCVRE
ce grand Miniftre , qui fe
plaift à s'entretenir ſouvent
avec luy desSciences les plus
relevées . Il n'eft pas befoin
de vous en dire davantage
pour vous faire connoiftre
qu'il doit avoir infiniment
du mérite . Je vous en donnerois
des preuves bien con
vaincantes , fi je vous envoyois
entier ce que je ne
vous puis faire voir que fort
imparfait , mais il ne demeure
prefque jamais qu'
une idée confufe de ce
qu'on n'a entendu qu'une
feule fois , & le plus fidelle
GALANT 259
extrait dérobe toûjours
beaucoup
de la grace
des
penſées , & de la force de
Fexpreflion .
M'l'Abbéle Gallois éta
blit la Réponse qu'il fit à M
l'Abbé de la Vau ,fur ce qu'il
y avoit de la juftice, 5 de la
prudence à l'avoir affocié
dans leur Corps , de la justice,
parce qu'il le méritoit , comme
pouvoit le connoifre par
Le beau Difcours qu'il venoit
de faire ; & de la prudence,
parce que les Mufes de l ' Académie
eftant dans quelque:
forte d'obligation de recevoir
Y ij
260 MERCVRE
les Mufes du Louvre, la Com
pagnie avoit deû chercher à
unir les Françoifes avec les
Grecques & les Latines,dont
la Charge que cet Abbé exerçoit
le rendoitdépofitaire. I
adjoûta en parlant des Lan
gues ; Que la Latine & la
Grecque quieftoient enguerre
depuis longtemps avec la
Françoife , avvient toûjours
voulu faire les Panegyriques
des Conquérans ; mais que
Langue Françoiſe, fans fe piquer
d'autant d'orgueil, pouvoit
fe vanterd'emporter aujourd'huyl'avantage
fur l'une
La
GALANT. 261
fur l'autre , puis qu'elle
estoit deftinée à faire paffer
jufqu'aux Siecles les plus
éloignez les incroyables merveilles
de LoüIS LE GRAND .
Il s'étendit fort fur la dif
pute des Langues , dit des
chofes tres- curieufes fur ce
fujet, & à l'avantage de la
Françoife ; parla des Ro
mains & de leurs Conqueftes,
& fit voir que leur
Langue eftoit comme finie
avec leur Domination , mais
que la noftre qui alloit publier
les furprenantes actions
du Roy , regneroit
262 MERCVRE
éternellement. Cela luy
donna occafion de faire l'éloge
de ce grand Prince en
peu de paroles. Il finit par
la gloire que s'estoit acquis
Augufte en pacifiant toute
la Terre; ce qu'il n'avoit pas
fait pour refter oyfif, mais
pour faire fleurir les beaux
Arts. Il enfit une tres-jufte
application, en difant, Que
nous avions un Augufte & un
Mécene, & qu'ily avoit lieu
d'efperer que nous aurions des
Horaces & des Virgiles.
Apres qu'il eut ceffé de
parler , M Boyer lût des
GALANT: 263
Stances , & M le Clerc, un
Sonnet. Ces deux . Pieces
eftoient fur la Paix .. On leur
donna les loüanges qui leur
eftoient deuës , & la Compagnie
fe fépara .
M' le Marquis de Vitry,
Frere du Duc de ce nom ,,

dont je vous apprens
mort par cette Lettre , aeſté
nommé à l'Ambaffade
de
Pologne. Il a toutes les lu
mieres neceffaires pour un
Employ de cette importan
ce . Ceux dont il s'eft déja fi
dignement acquité pour le
fervice du Roy aupres des
264 MERCVRE
Couronnes du Nort , par
lent fi avantageuſement de
fon mérite , qu'il feroit inutile
d'y rien ajoûter.
M' le Chevalier de Noail
les a efté pourveu depuis
quelques jours de la Charge
de Lieutenant General
des Galeres, vacante depuis
plufieurs années par la mort
de M' le Marquis de Ternes
. Je ne vous dis rien de
ce Chevalier , vous ayant
fouvent entretenue des occafions
dans lesquelles il
s'eft fignalé.
On me vient d'appren
dre
GALANT: 265.
dre que M' Philippes,Lieutenant
de Roy de Thionville
, s'eftoit marié avec
Mademoiſelle Pajot , Fille
de M' Pajot Maistre des
Courriers de France , & que
Mr Robert Intendant de
Flandres , avoit acheté la
Charge de Préſident des
Comptes de M' Perraut. Le
pofte que M' Philippes occupe
aujourd'huy eſt une
preuve de ſes ſervices , &
on ne peut douter de ceux
de M' Robert , dont l'affiduité
& le zele ont paru
avec tant de fuccés en plu-
May1679: Ꮓ
266 MERCVRE
fieurs importantes occafions.
On a envoyé quatre Tygres
à Sa Majesté. C'eſt un
Préfent du Prince Charles
de Schinſki , qui demeure à
dix lieues de Vienne . Ce
Prince eft grand Philofophe
, & paffe pour le plus
fçavant Homme d'Allemagne.
Il dit qu'il aimera
toûjours trois choſes avec
paffion ; le nom de Charles
qu'il porte , la Chymie , &
les Chevaux. On tient qu'il
en a du moins trois mille
dans fes Ecuries. Ila un LaGALANT.
267
boratoire tres. curieux , &
fait une dépenſe de ſoixante
mille livres tous les ans à la
découverte des Secrets de
la Nature.
Le premier jour de ce
Mois , l'Evefque de Bafle
qui fait fa réſidence à Polentruck
, fit chanter le Te
Deum pour la Paix concluë
entre la France & l'Empereur.
Il donna enfuite un
fort grand Repas à plus de
cinquante Perſonnes. On
y but les Santez de Sa Majefté
, de l'Empereur , & du
Roy d'Eſpagne. Cette Ré-
Z ij
268 MERCVRE
joüiffance
finit par le bruit
de l'Artillerie
, & par les feux
des Habitans
, à qui on dif
tribua quantité
de Vin par
l'ordre de ce Prélat.
Au refte , Madame , je
croy vous donner une nou.
velle fort agreable, en vous
apprenant que ce grand
Muficien appellé Paolo Lorenzani
, qui fait tant de
bruit à la Cour depuis quelque
temps , & dont je vous
ay déja parlé une fois, s'eft
affez bien trouvé de la
France pour s'y arrefter. Il
eſt Romain , & digne Eleve
GALANT. 269
du fameux Horatio Benevoli
, qui fut Maiſtre de la
Mufique de Saint Pierre à
Rome, & enfuite de feu
S.A. R. de Savoye Madame
Chriftine de France. Ce
Maiſtre fi renommé eftant
mort , celuy dont je vous
parle retourna à Rome . Il
y fut admiré, & n'y manqua
pas d'employ. Il'avoit celuy
de Maistre de Mufique de
l'Eglife des Jefuites , quand
la Cathédrale de Meffine
perdit le fien. Le Senat envoya
à Rome pour choiſir
le plus digne de luy fucce-
Z iij
270 MERCVRE
der. On jetta les yeux fur
M' Lorenzani qui eftoit dés
lors dans une tres -grande
réputation . Il vint à Meffine,
& y prit poffeffion d'un
Pofte qui en ce temps- là
eftoit un des plus confidérables
d'Italie , tant pour la
gloire que pour l'utilité
qu'on en retiroit . Ill'occu
pa avec un fuccés qui luy
devoit tout faire attendrede
la Fortune & de fon merite.
Les troubles deMeffine
furvinrent, & quoy qu'ef
tant Romain il n'euft rien à
craindre, il prit cette occa--
GALANT. 271
fion de venir en France
pour laquelle il avoit toûjours
eu une inclination
particuliere , jointe à une
extraordinaire paffion d'ad.
mirer de pres un Roy , dont
il avoit entendu dire par
tout tant de chofes fi peu
croyables . Son inclination
pour les François , eftoit accompagnée
d'un génie propre
à leur plaire dans fes
compofitions de Mufique.
Il plut en effet , & le premier
Ouvrage de fa façon qu'il
fit chanter à la Cour , ne
démentit point ce qu'ont
Z iiij
272 MERCVRE
avoit attendu de luy, & fur
fa réputation , & fur ce
qu'en avoit dit M le Maréchal
Duc de Vivonne, dont
la délicateffe du gouft eft
connue. Ce premier Ouvrage
fut un Motet dont
je croy vous avoir déja parlé.
Il fatisfit tellement le
Roy, qu'apres fe l'eftre fait
chanter fix autres fois , &
luy avoir fait un préſent
confidérable , Sa Majesté
luy fit dire par M' le Duc
de Vivonne , qu'il reftaft
en France , & qu'il travaillaft
à tout ce qu'il jugeroit
GALANT. 273.
à propos. Il obeït avec joye.
Il a fait depuis ce temps -là
quantité d'Airs qui ont extrémement
plû. Ce beau
Ménuët qu'on a tant aimé
' à la Cour , & qu'on y a dancé
pendant tout l'Hyver , cftoit
de luy. La beauté de fes
Ouvrages faifant faire des
fouhaits à tout le monde
pour fon établiſſement en
France, le Roy luy a fourny
une partie de ce qui luy
eftoit néceffaire pour acheter
de M' Boiffet, qui a l'une
des quatre Charges de Sur-
Intendant de la Mufique
274 MERCVRE
de la Chambre, celle de la
Mufique de la Reyne. Cette
grande Princeffe voit avec
plaifir cet Homme excel-
Tent attaché à fon fervice.
Tous ceux de fa Maifon en
ont de la joye , & il n'y a
aucun Connoiffeur qui ne
foit ravy d'apprendre qu'ib
ne retournera point en Italie.
J'efpere vous envoyer
de fes Ouvrages avant qu'il
foit peu
Le Roy
d'Eſpagne apres
avoir ratifié la Paix, a nomé
un Ambaffadeur
en France ; ..
& comme pour foûtenir l'é
GALANT. 275
clat de cette Ambaſſade, il
faut un Homme d'un mérite
confommé , & qui joigne
beaucoup de bien à
une haute naiſſance , Sa Majefté
Catholique a choify
Dom Pablo Spinola Doria,.
Marquis de los Balbafes ,
Duc de Sefto , Seigneur de
Ginofa , Cafalnoſetta , &
Pontecurone Confeiller
de fon Confeil d'Etat , &
fon Grand Protonotaire en
fon Confeil d'Italie . Ila efté
longtemps General de la
Cavalerie.de Milan , deux:
fois Gouverneur per interim:
276 MERCVRE
du mefme Etat , fix ans &
demy Ambaſſadeur aupres
de l'Empereur , & Chef de
l'Ambaffade à Nimégue
pour la Paix. Il eft Fils de
Philippe Spinola , petit - Fils
d'Ambroife Spinola, qui fut
Gouverneur & General de
la Flandre contre le Prince
Maurice de Naffau , & fort
du cofté de fa Mere de la
fameufe Maifon de Doria.
Madame la Marquise de
los Balbafes fa Femme , eft
Soeur de Mile Conneftable
Colonne. Il a le titre de
Grand d'Espagne . Je croy
GALANT. 277.
vous avoir déja marqué
dans quelqu'une de mes
Lettres , qu'il y en a de
trois fortes. Je ne vous répete
potnt quelle en eſt la
diférence . Je vous diray
feulement que l'Illuftre
Ambaffadeur dont je vous
viens de marquer les qualitez
, eft de la premiere
Claffe. C'est ce qu'on appelle
chez les Eſpagnols,
Premiere Grandeffe. Quelques
jours apres qu'il fut
arrivé, il eut une Audience
particuliere du Roy ; & dans
le Compliment qu'il fit à
278 MERCVRE
Sa Majefté , il parla de fa
Maiſon , de fes Dignitez , de
la gloire de fes Anceſtres ,
& apres s'eftre étendu fur
les importans Emplois pour
lefquels il avoit eſté ſouvent
choify, il adjoûta que
tant d'avantages , & les graces
les plus particulieres
qu'il euft jamais reçeuës du
Roy fon Maiftre , le touchoient
moins que ce qu'il
luy avoit pleû de faire
pour luy , en luy donnant
lieu de voir de fi pres un
fi grand Monarque. Le
mefme jour il eut une paGALANT.
379
reille
Audience de la Reyne
, de Monſeigneur
le
Dauphin , de Monfieur ,
de Madame , & de Made
moifelle , qui luy firent
tout l'accueil qu'une Perfonne
de fon caractere &
de fon mérite en pouvoit
attendre. Le Roy fit une
Reveuë des Troupes de fa
Maiſon environ dans ce
mefme temps . Vous ne ſerez
peut- eftre pas fâchée
d'en fçavoir les circonftances,
Je commence par les
Gardes du Corps. Vous fçavez
qu'ils font divifez en
280 MERCVRE
quatre Compagnies
, chacune
defquelles a fa couleur.
Celle de Noailles a
la Bandoliere
blanche , &
la Houffe verte ; celle de
Duras porte
le vert; celle
de Luxembourg
, le bleu;
& celle de Lorge , lejaune.
Chacune
de ces quatre
Compagnies
fut miſe en
trois Eſcadrons . Les Gardes
eftoient tous veftus de neuf.
La mefme chofe des autres
Corps . Leurs Habits eſ
toient de Drap bleu , avec
un galon tout argent , &
ondé, large de deux grands
GALANT. 281
י
doigts. Il n'y en avoit pas
fur toutes les tailles des
Habits des Gardes le jour
qu'on fit la Reveuë , mais
on y en a adjoûté depuis.
Les revers des Manches
eftoient doublez de velours
rouge , & couverts de deux
grands galons , l'un moins
large que celuy de l'Habit.
Il y en avoit cinq fur
les Bandolieres , fçavoir
trois grands, & deux petits.
Leurs Baudriers & leurs
Gands eftoient de Buffle ,.
avec des galons pareils à
ceux de l'Habit ; leurs
May 1679.
A a
282 MERCVRE
Echarpes , blanches , avec
des houpes ; leurs Sabres,
d'argent; &leurs Chapeaux
bordez . Comme les Officiers
de ce Corps font en
grand nombre , & qu'ils
eltoient tous couverts ou
'de galons , ou de broderie,
on ne peut rien voir de plus
éclatant qu'eftoient ces
douze Efcadrons . Les Habits
& les Houffes des Gendarmes
& des Chevaux-
Legers , eftoient rouges ,
leurs Chapeaux noirs &
bordez , avec des Plumes
des Echarpes blanches,
GALANT. 283
leurs Baudriers de Buffle,,
& couverts de galons . Les
Habits de ces deux Corps .
diférent , en ce que les galons
des Gendarmes font
tout or & les manches de
leurs Jufte à corps doublées
de velours noir , & que les
galons des Chevaux-Legers
font meflez d'or & d'argent,
outre que la doublure.
de leurs Manches eft de la
mefme couleur que leurs
Jufte à corps. Leurs Houf
fes eftoient rouges & galonnées
. Les Officiers des Gen--
darmes font M le Prince:
Aaij
284 MERCVRE
de Soubize Capitaine Lieu
tenant ; les Sous Lieutenans
, MT de Nonan & de
Buzanval . Les Enſeignes ,
Mrs de Valencé & de Roytelin.
Les Guidons , MS de
Poigny & de Béthune ; deux
Marefchaux des Logis , huit
rs
Brigadiers , huit Sous- Brigadiers,
un Major, & deux
Sous -Majors. Les Officiers
des Chevaux - Legers font
M' le Duc de Chevreuſe,
Capitaine - Lieutenant ; M'
de la Salle , Lieutenant;
M ' de Valbelle , Cornete ;
deux Marefchaux des LoGALANT.
285
gis , huit Brigadiers , huit
Sous-Brigadiers . Ces deux
Cópagnies formoient chacune
deux Efcadrons . Je ne :
parleray point des Cafaques
des Moufquetaires . Elles
font connuës. La premiere
Compagnie appellée des
Moufquetaires
blancs , avoit
des Jufte -à- corps rouges,
enrichis de galons tout
Or. Leurs Chapeaux ef
toient bordez , avec une
Plume blanche , & un Ruban
bleu au retrouffis. Ils
avoient des Rubans de pareille
couleur à leur Cra-
·
286 MERCVRE
vate ; des Baudriers de
Buffle, garnis de galons de
mefme que l'Habit , auffibien
que leurs Bandolieres
& leurs Gands. Leur Pulverin
eftoit un Coeur parfemé
de Fleurs- de- Lys . Il
y avoit fur le Cartouche un
Coeur enflâmé en broderie
d'or. Ils avoient des flâmes.
& des fleurs d'or fur leurs
Houffes. Tous les Jufte - àcorps
des Officiers eftoient
à fonds rouges , mais d'une
magnificence admirable, &
plus ou moins riches , felon
leur rang , afin de marquer
GALANT. 287
de la diférence entr'eux.
Rien n'eftoit plus beau, ny
plus fuperbement accom
modé , que les Chevaux de
main de Mle Chevalier de
Fourbin , qui commande
cette premiere Compagnie ..
La feconde appellée des
Moufquetaires noirs, parce
qu'ils font montez fur des
Chevaux de cette couleur,
eftoit auffi veftuë de rouge.
Elle avoit des Baudriers de
Buffle , des Bandolieres rou
ges , & des Gands bordez
de galon or & argent comme
l'Habit , une Plume
!
!
288 MERCVRE
blanche , & des Rubans
bleus . Toutes les Houffeseftoient
de Drap d'écarlate.
Il y avoit autour une
Broderie haute de trois
doigts . Les deux Compa-.
gnies eftoient jointes en .
femble , & ne firent point
l'Exercice à cheval . Elles
défilerent une fois par Brigade
, puis elles formerent
une Ligne tres longue de
la plus belle Infanterie
qu'on puiffe voir , & défilerent
quatre à quatre . Il
n'y avoit à la Reveuë que
deux Bataillons du Regiment
GALANT 289
ment des Gardes . Ils firent
leur Exercice ordinaire.
Leurs Grenadiers avoient
des Buffles . Je ne vous dis
rien de la maniere dont
ils eftoient mis . J'en ay
déja parlé dans ma premiere
Lettre de cette année
. Les Grenadiers à cheval
eftoient veftus de rouge
fans galon , avec des Bonnets
rouges en pointes,.
doublez de pluche brune.
Cette Compagnie formoit
un Efcadron . Le Roy veftu
d'un Habit de Droguet à
fonds d'or, avec de grandes
May 1679.
Bb
290 MERCVRE
Boutonnieres en broderie
d'or , mais plus paré encor
de fa bonne mine & de fon
air tout martial que de fes
Habits , vifita toutes ces
Troupes deux ou trois fois,
& apres leur avoir veu faire
l'Exercice , il les fit toutes
défiler devant luy . M' l'Ambaffadeur
d'Eſpagne admira
la bonté de ces Compagnies
, & la richeffe de leurs
Habits. Quelques jours
le mefme Ambaffaapres
,
deur alla rendre yifite à
Monfieur dans fa belle
Maifon de S. Cloud , où
:
GALANT. 29ĩ
Monfeigneur le Dauphin
eftoit , pour y tenir avec
Mademoiſelle , le Fils de
M' le Marquis de Nonan
fur les Fonts. Cette jeune
Princeffe eftoit toute couverte
de Diamans , qui n'eſtoient
accompagnez d'au
cune Pierre de couleur.
Elle avoit mefme un Collier
de Diamans. La cerémonie
du Baptefme ſe fit
dans la Chapelle du Chafteau
par M l'Evefque du
Mans Premier Aumônier
de Son Alteffe Royale , Il
y eut Bal auffi - toſt apres .
Bb ij
292 MERCVRE
dans la belle & fuperbe
Galerie qui donne tant de
gloire au fameux M' Mignart,
& que tous les Connoiffeurs
regardent avec
admiration comme un chef
d'oeuvre de la Peinture .
Toutes les Dames que
Monfieur avoit invitées
pour prendre les plaifirs de
la Saiſon pendant les huit
jours qu'il devoit demeurer
à S.Cloud, eftoient en Def
habillé , mais fi propres &
fi magnifiques , qu'on ne
fe peut rien figurer de plus
brillant. On n'aura pas de
GALANT. 293
T
peine à eftre perfuadé de
ce que je dis , quand on
fçaura que ces Dames ef
toient Mefdames les Du
cheffes de Vantadour , de
Foix , & de Gramont , Madame
la Princeffe de Fur
ftenberg , Mefdames les
Comteffes de Maré & de
Grancé, & les Filles d'Hon
neur de Madame. La plû
part des Hommes eftoient
en Jufte-à- corps de Brévet,
Je vous ay deja expliqué ce
que c'est que ces Jufte- àcorps
, mais je ne vous ay
pas dit que les derniers font
Bb iij
294 MERCVRE
d'une beauté ébloüiffante,
& que la broderie n'en eft
pas moins admirable que
le deffein . M' l'Ambafladeur
d'Eſpagne prit beaucoup
de plaifir à voir dancer
tant d'illuftres & belles
Perfonnes. Il eftoit vestu
de Drap noir à la Françoiſe,
& demeura prefque toû
jours debout derriere la
Chaife de Monfeigneur le
Dauphin. Le Bal fut fuivy
d'un grand Ambigu . Il ef
toit de Poiffon & de Fruit.
Toutes les Dames furent
affifes avec Monfeigneur le
GALANT. 295
Dauphin. On mena M
l'Ambaffadeur d'Efpagne
à une autre Table , où il
mangea avec les Seigneurs .
Le Soupé finy , on paffa
dans le Sallon pour entendre
la Comédie. On repréfenta
l'Avare , & le Deüil.
Monfeigneur le Dauphin
retourna à S. Germain apres
la premiere Piece , & la plus
grande partie de la Compagnie
s'eftant retirée apres
la feconde , Monfieur fit
Media - noche avec les Dames.
Deux jours apres ,
Madame l'Ambaffadrice
Bb iiij
296 MERCVRE
d'Espagne qui avoit fait
demander audience à Leurs
Alteffes Royales , vint à
S. Cloud. Elle y arriva fur
les fix heures du foir, fuivie
de quelques Cavaliers , & accompagnée
de l'Intendant
de Male Prince de Monaco,
qui luy devoit fervir de Tru
chement . Elle monta dans
l'Apartement de Madame,
où elle fut reçeuë par Madame
la Marefchale du
Pleffis , Dame d'Honneur
de cette Princeffe , à la teſte
des Filles d'Honneur , & de
leur Gouvernante . Elle fut
GALANT. 297
conduite dans le Sallon , où
Monfieur la reçeut , la baifa,
& la préſenta à Madame
qui eftoit au Cercle , compofé
des mefmes Dames
que je vous ay déja nommées,
& de plufieurs autres,
entre lefquelles eftoient
Madame la Ducheffe de
Vivonne , & Madame la
Princeffe d'Elbeuf fa Fille.
Cette Ambaffadrice fut af
fife entre les Ducheffes de
Vantadour & du Pleffis .
Monfieur voulut luy fervir
de Truchement ; & comme
il parle tres - bien Eſpagnol,
298 MERCVRE
il
s'entretint long- temps
avec elle. Je croy vous en
devoir faire icy le portrait
en peu de paroles . Elle a
beaucoup
d'embonpoint
.
Ses yeux font
parfaitement
beaux, & font voir d'abord
l'efprit de celle qui les anime.
Elle eft extrémement
blanche , a le teint vif, la
gorge tres- belle, & tous les
traits du vilage
réguliers .
Elle eftoit veftuë de Drap
noir , avec de la Dentelle
de foye. Son Corps de
Robe eftoit échancré , de
forte qu'on luy voyoit le
GALANT. 299
haut des épaules , & de l'une
à l'autre , une Chaîne de
Diamans. Elle n'avoit ny
linge ny dentelle autour de
fa gorge . Ses Manches courtes
& fort larges , eftoient
bordées avec des Chaînes
de Diamans . Du milieu de
fon fein pendoit une Croix
de tres - gros Diamans de
fix poulces en quarré , &
dót les branches en avoient
deux de large . Elle paroiffoit
nuë tefte. Ses cheveux
qui font fort noirs , & qui
eltoient féparez par le milicu
, & attachez pres de
300 MERCVRE
l'oeil avec de beaux Noeuds
de Diamans, luy couvroient
toutes les épaules. Les
bouts qu'on ne voyoit point
eftoient retrouffez par deffous.
Le bas de fa Robe
n'alloit qu'à fleur de terre ,
& fes Manches eftoient de
gazes unies. Apres qu'elle
eut efté une petite demyheure
au Cercle , elle témoigna
vouloir rendre vifite
en particulier à Mademoiſelle.
Cette Princeffe
paffa auffitoft dans la Chambre
de Monfieur avec quantité
de Dames. Madame de
-
GALANT. 301
los Balbafes y fut conduite
par Madame la Marefchale
Ducheffe du Pleffis . Mademoiſelle
la baifa , & la
vifite fe paffa debout . Au
fortir de là on luy fit voir la
Galerie & le Jardin en ter
raffe. Elle monta en fuite
en Carroffe pour aller voir
le Jardin d'enbas. Elle en
admira les eaux , & s'en retourna
fort fatisfaite de fon
Voyage.
Puis que nous fommes
fur ce qui regarde l'Efpa
gne , je croy qu'il ne fera
point hors de propos de
302 MERCVRE
vous faire voir le Portrait
du Prince qui la gouverne
.
Il eftgravé d'apres une Médaille.
C'est la feule que
nous ayons de ce jeuneRoy.
Elle a efté faite à Londres
par Jofeph Rottier, l'un des
meilleurs Ouvriers de toute
l'Europe. On l'a fait venir
en France , où il travaille
prefentement à une Médaille
du Roy.
M' le Prince & Evefque
de Strasbourg , apres quelques
années de fejour à Paris
, où vous fçavez qu'on
l'a vû paroiftre avec une

CAROLVS -
IID
-
G
-
HISPANIAR
MARVM
REX
FLANDRIA
.
Roett.
FLANDRIE
COMES.
OSTENDE
NeRVno DfrenVM.
CaroLVS⚫pposVit.
GALANT. 330
magnificence qui ne laiffoit
point apercevoir que la
guerre fuft dans fes Etats , eft
enfin party pour y retourner,
avec autant de fatisfaction
des bons traitemens
qu'il a reçeus de Sa Majeſté,
qu'il avoit eu de confiance
à venir chercher
, aupres
d'Elle les effets glorieux de
fa puiffante protection , &
de fa genérofité, pour ceux
qui comme ce Prince s'attachent
inviolablement à
fes intéreſts. Quelquesjours
avant fon départ , il
traita M l'Ambaſſadeur
304
MERCVRE
d'Espagne
avec Madame
l'Ambaffadrice
. M'le Duc.
de Verneüil , M ' le Prince de
Monaco , & M ' le Duc de
Cruffol, eftoient du Régal,
ainfi que Madame la Princeffe
de Furftemberg
, M
& Madame la Prefidente de
Meſmes , M' le Marquis
d'Alincourt , M' de la Baziniere,
M' le Comte de Torigny
, Madame Tambonneau
, & Mademoiſelle
de.
la Baziniere . Il y eut une
grande Mufique , & Bal
apres le Soupé. Je ne vous
fay point le détail de ce
GALANT. 305
Repas. Il eftoit de M de
Strasbourg. C'eſt aſſez dire
pour perfuader qu'il eftoit
exquis , fort magnifique &
bien entendu. Ce Prince a
eu le plaifir de voir donner
le Tabouret à Madame de
Furftemberg faNiéce avant
fon départ
.
M' de S. Laurens, Introducteur
des Ambaffadeurs
aupres de Monfieur, a eſté
choify par ce Prince pour
eftre Précepteur de Monfieur
le Duc de Chartres.
C'est un Homme d'un fort
grand mérite , & qui s'eft
May 1679. Cc
306 MERCVRE
toûjours déclaré ennemy
du fafte. Il fçait plufieurs
Langues , & Sa Majefté a
fort applaudy au choix de
Son Alteffe Royale.
Je ne diray rien de nouveau
pour vous , en diſant
que M l'Abbé des Alleurs
paffe pour un des plus
grands Prédicateurs que
nous ayons . La fatisfaction
qu'en ont reçeuë ce Carefme
les nombreuſes Affemblées
qui ont efté l'entendre
à S. Nicolas du
Chardonnet , avoit fort
augmenté la réputation
GALANT. 307
qu'il s'eftoit déja acquife,
& il l'a entierement confirmée
en prêchant devant
Leurs Majeftez le jour de
la Pentecofte . Ce Sermon
fut extraordinairement applaudy.
Le Roy luy fit
l'honneur de luy dire que
c'eftoit un des plus beaux:
qu'il euft jamais entendus ,
& que de longtemps il n'avoit
efté plus fatisfait.
Monfeigneur le Dauphin ,,
& Monfieur , luy en parle--
rent auffi d'une maniere:
tres - obligeante , & toute:
la Cour , qui ne pouvoitt
Cc ij
308 MERCVRE
eftre plus belle qu'elle le
fut ce jour- là , fit connoître
par une approbation genérale
, qu'elle l'avoit écouté
avec grand plaifir. Il fit au
Roy un Compliment fur la
Paix, qui fut admiré ; & ce
qui luy eft bien glorieux,.
c'est qu'en recevant beaucoup
de louanges , il ne reçeut
que celles qu'il méritoit.
M'Loyfel , Curé de S.Jean
en Gréve , a peu furveſcu à
la Démiffion que je vous
ay déja marqué qu'il avoit
faite de fes Benéfices . Il eft
GALANT. 309
mort tres - regreté , ayant
toûjours mené une vie fort
exemplaire . Ilprêcheit fouvent
, entroit dans tout ce
qui pouvoit foulager fes
Paroiffiens , & eftoit infatigable
quand il trouvoit occafion
de faire agir le zele
qu'il avoit pour leur falut .
M' le Comte de Belloy,
Capitaine des Gardes de feu
M le Duc d'Orleans , eft
mort auffi. Il eftoit entré
fort jeune dans la Maiſon
de ce Prince, & y avoit eſté
élevé. Sa probité jointe à
beaucoup d'efprit & de
310 MERCVRE
conduite , luy en avoit ac
quis la confidence . Il a toû
jours efté d'une fidelité inébranlable
, & en a donné.
des marques jufqu'à la mort.
de fon Mailtre , apres laquelle
il fut choify pour
conduire Madame la Princeffe
deTofcane à Florence..
Il avoit épousé la Fille de
M' de Villemontée , qui eft
mort Evefque de S. Malo ..
Vous fçavez qu'avant que
de fe donner à l'Eglife ,
ce Prélat avoit tres- bien.
fervy en diverſes Intendances.
Il prit ce party…….
GALANT. ZIF
du vivant mefme de Madame
de Villemontée fa
Femme , à laquelle il avoit
permis de fe retirer dans
un Convent. Il ne faut pas
s'étonner apres cela du
grand mérite de Madame.
de Belloy leur Fille . Quand
on a l'ame bien faite , &
d'auffi beaux exemples devant
les yeux, il eft malaiſé
de ne les pas fuivre.
J'ay oublié de vous dire
qu'un peu avant que M
l'Evefque de Strasbourg,
partiſt , il avoit eſté , auffibien
que Madame de Fur312
MERCVRE
ftemberg, du magnifique
Régal que M¹ le Préſident
de Mefmes a donné à M
l'Ambaffadeur & à Madame
l'Ambaffadrice d'Efpagne.
Les autres Conviez
eftoient Madame la Princeffe
d'Elbeuf, Madame la
Ducheffe de Vivonne , M
le Prince de Monaco , M
le Prince d'Eyfenac , M' le
Baron de Rofvuorm , M' le
Duc de Mortemar , M' let
Chevalier d'Harcourt , M*
de Soyecourt , M' Courtin
l'Ambaffadeur , M' & Madame
de Tambonneau , &
Mademoiſelle
GALANT. 313
Mademoiſelle de la Baziniere.
Il y eut trois grands
Services de Rofty , fans
compter les Entremets &
le Fruit. Les Services eftoient
de trois grands Plats,
de fix plus petits , & de huit
Affieres hors d'oeuvre .Trois
Concerts de diférens Inf
trumens divertirent l'Af
femblée , & le tout fut digne
de la magnificence de ce
Préfident.
Il y en a eu de fort gran .
'des en la Fefte que M' le
Prince de Monaco donna
le 18. de ce Mois à Mefda-
Dd
May 1679
314 MERCVRE
mes d'Armagnac , de Foix,
de Vantadour , de la Ferté
fa Soeur , de Guiche , de
Nangis , & à Mademoiſelle
de Duras . Elle commença
par la reprefentation de l'I
phigénie. Le Soupé ſuivit .
Rien ne fçauroit eftre plus
fomptueux. M' l'Ambaſſadeur
d'Espagne s'y trouva,
avec M' le Grand , M' le Maréchal
de Humieres , M
les Ducs d'Aumont, de Villeroy
, & de Foix , MS de
Soyecourt , de Tilladet , de
Thury, & plufieurs autres .
Apres le Soupé , on eut
rs
Is
GALANT. 315
de nouveau la Comédie , &
ce fut l'l'Ecole des Femmes
qu'on joüa. Le Bal fucceda
à ce divertiffement . Madame
la Ducheffe de Sully y
vint , & l'ordre ne fut pas
moins admiré par tout que
la propreté.
Voila, Madame, de quelle
maniere on commence icy
de goûter agreablement les
fruits de la Paix. Le Roy,
dont la modeftie ne foufre
les louanges qu'avec peine,
n'ayat point voulu recevoir
de complimens fur chaque
Traité qu'il en a conclu,
Dd ij
316 MERCVRE
confenty qu'on luy ait mar
qué la joye de fes Peuples
apres la ratification de la
derniere. Toutes les Compagnies
fe font acquitées de
ce devoir , & Monfieur de
Novion, Premier Préſident
du Parlement
,a porté la parole
au nom de fa Compagnie.
Vous connoiffez le
rare talent de ce grand
Homme , & je n'attendois
pas moins que ce que vous
m'écrivez du Difcours qu'il
fit aux dernieres Mercuriales
. Comme vous n'eftes
pas la feule qui l'ayez leû
GALANT. 317.
dans ma Lettre de l'autre
Mois , je vous prie de faire
fçavoir à vos Amis , que la
Perfonne qui me le donna,
l'ayant copié fur diférens
morceaux de papier, fit une
tranfpofition qui m'a enpéché
de vous le faire voir
dans fon ordre. Apres ces
paroles , Onfe doit connoiftre
Toy mefme pour joüir de ces
avantages comme pour corri
gerfes défauts , il faut lire
ce qui commence par Meffieurs
, nous ne nous fommes
point trompez , jufqu'à la
fin , &reprendre, On ne con-
D d iij
318 MERCVRE
noist ny l'amour propre &c.
Cette correction ne vous
fera pas difficile à faire . Cependant
je vous envoye le
Compliment que ce digne
Chefdu plus Augufte Parlement
de France a fait dans
cette derniere occafion. Le
voicy tel qu'il le prononça
en parlant au Roy.
SIRE,
la
Voftre juftice a commencé
guerre , voftre valeur l'a
faite, voftre clemence l'afinie.
Il n'a tenu qu'à Vostre Majesté
de vaincre davantage
.
GALANT. 319
Vous pouviez faire tout
ce que vous auriez voulu ,
mais vous voulez toûjours ce
qui vousparoift de plus jufte.
Vostrepouvoir eft bienfaifant;
& vous vous estes contenté
de chaftier vos Ennemis
fans les détruire.
Le Conquérant borne fa
puiffance,quand il pouffe trop
loin ceux qu'il a vaincus.
Lors qu'il les foûmet & leur
pardonne , il montre qu'il eft
digne de leur commander.
Ce Prince qui vouloitfaire
périr le dernier des Troyens ,
ne méritoit d'estre Roy que
des Grecs.
320 MERCVRE
-
La vertu ne veutpoint détruire
entierement les paffions
que la Nature a données
pour quelque ufage ; il luy
fuffit de les foumettre à la
raifon.
Que ces anciens Conquérans
ayent pris tant de fois le
furnom des Nations qu'ils
avoient détruites , SIRE ,
vous meritez bien mieux
qu'eux le titre de celles que
vous avez confervées .
Voftre Partage eft affez
beau , il est temps que vostre
valeur faffe place à vos autres
vertus .
GALANT. 321
Toutes les belles Actions ne
fe font pas les armes à la
main.
Si la maniere de finir la
guerre fait juger quelle fera
la Paix , SIRE, vous avez
vaincu pour longtemps.
Il n'est plus de Puiffance
qui ofe la troubler ; vous nous
l'avez donnée par les mains
de la Victoire.
Si ellefinit vos Conqueftes,
elle ne borne pas vostre
Gloire.
La Guerre n'a pû qu'élever
Voftre Majesté au deffus
des Héros . La Paix l'appro322
MERCVRE
chera de la Divinité.
Vos Tréfors croiftront tous
les jours par d'innocens
moyens. Vousferez comme le
Soleil qui n'attire les exhalaifons
de la Terre que pour
les luy rendre par de douces
rofées.
Les beaux Arts feront cultivez.
Les Lettresferontfavorifees.
Voftre autorité,
SIRE, libérera l'Eglife de
fes exemptions chimériques.
Vous comblerez de graces
la Nobleffe Françoiſe, ſi vaillante
quand vous la commandez,
qu'il paroift bien que
GALANT.
323
vous avez la vertu d'inspirer
du courage.
Les Loix reprendront leur
vigueur, les Magiftrats leur
dignité ; & vostre premier
Parlement , dont nous avons
l'honneur de vous porter les
voeux, & qu'on ne vous apas
toujours fait voir dans un
auffi beau jour que fa fidelité
le mérite , fe confirmera,
SIRE , dans vostre eftime.
Ce Compliment charma
le Roy & toute la Cour. Il
eft admiré icy de tout le
monde . Chacun en prend
324 MERCVRE
des Copies , & on le trouve
d'autant plus digne du
grand Homme qui l'a fait,
que faifant entendre beaucoup
de chofes de chofes en fort
de mots , il y a preſque autant
de penſées que de
roles .
peu
pa-
Le mefme jour M' le
Camus , Premier Préfident
de la Cour des Aydes , témoigna
à Sa Majeſté,par un
Difcours auffi
agreable que
folide , &
qu'ilaccompagna
.
graces de la des de la
prononciation
; Quefes
Conqueftes,
& les
Monumens
illuftres
GALANT. 325
de fa valeur & de fa gloire,
qu'il avoit laiſſez chez toutes
Les Nations où il avoit porté
fes Victoires , auroient efté
fuffifans pour rendre fon
Augufte Nom immortel ; mais
que fa bonté , fa tendreffe ,
qui commefes autres vertus
n'avoient point d'exemples
comme elles n'avoient point
de bornes , n'auroient pas efté
fatisfaites fi furpaffant les
fentimens de douceur * du
plus brave , & du plus humain
des Roys fes Prédeceffeurs
, il n'avoit executé le
deffein qu'il avoit formé de
* Henry IV,
326 MERCVRE
donner la Paix à toute l'Europe
, dans un temps mefme où
la continuation de la Guerre,
ou ſon Courage , ou la Fortune,
luy préparoient tous les
jours de nouveaux Triomphes
; mais que fi Sa Majesté
avoit réduit tant de Princes,
des Princes fi redoutables
à tout autre qu'à Elle , à accepter
les Conditions qu'elle
leur avoit prefcrites par une
autorité digne de la grandeur
de fon Sceptre , il y avoit
apporté des tempéramens dignes
de fa Clémence , defa modération
, & de fa justice ;
GALANT. 327
Qu'il y avoitfans doute plus
d'honneur, & plus de gloire à
donner la Paix à tout le Monde,
qu'on n'enpouvoit trouver
à le conquérir ; & qu'apres
avoir confommé un Ouvrage
figlorieux , & fi difficile , il
n'avoit plus qu'à jouir des
fruits de cette Paix , qu'à
jouir de la joye que luy feul
pouvoit bien concevoir d'avoirfait
la félicité de tant de
Peuples , & qu'à joüir enfin
de l'empire qu'il s'eftoit acquis
fur tant de coeurs , comme
du plus doux , & du plus
abfolu de tous les empires.
328 MERCVRE
Comme la diverfitéplaiſt,
& que toutes les Harangues
qui ont efté faites au Roy,
ne l'ont pas efté en mefme
jour , vous trouverez bon
que je ne vous parle des
autres que dans ma Lettre
du premier Mois. Sivoſtre
curiofité en murmure , je
vay reparer ce retardement
en vous faifant part d'une
fort agreable Ambaſſade.
Elle a efté faite au nom du
Printemps , qui a député
des Fleurs vers une Belle.
Vous voyez bien , Madame ,
que cela fent un Bouquet.
GALANT. 329
Il fut envoyé par M' M. à
Mademoiſelle Fumée le
jour de fa Fefte. C'est une
jeune Perfonne , belle , fpirituelle,
& de qualité.
5252525252525252 .
AMBASSADE
DU PRINTEMPS..
FLEURS A SYLVIE..
7 Roy Printemps nous
Sommes députées, D'
Pour venir de fa part vous donner
Le bon jour,
Et pour vous affurer qu'il n'eft point
enfa Cour
May 1679.
Ee
330 MERCVRE
De Fleurs, dont les beautez en tous
lieux admirées
Puiffent vous eftre comparées .
25
Pour confeffer la verité,
Entre les Beautez naturelles,
Je vous le dis fans vanité,
Nouspenfions eftre les plus belless
Mais à l'aspect de vos divins apas
Il nousfaut mettre bas les armes ,
Etdemeurer d'accord que vous avez
des charmes,
Dont les nostres n'approchent pas.
$2
Les unes devant vous blächiffent,
Les autres de bonte rougiffent,
Et les autres, malgré leur teintfi
frais , fi doux,
Ontlajauniffe aupres de vous.
Sa
Ce Roy deplus nous charge de vous
dire,
GALANT. 331
Que chez vous en tout temps il veut
tenir fa Cour,
Faifantfur voftre teint un eternel
Séjour,
Où jamais les Hyvers n'étendent
leur empire.
Mais comme un de vos Serviteurs,
Il ajoûte à ces mots un avis falutaire
;
C'est qu'on dit que vos yeux empoifonnent
les coeurs,
Etfi vous ne prenez bien garde à
cette affaire,
On vous va voir au premier jour
Entre les mains d'un Comiffaire,
Dans la Baftille de l'Amour.
La Paix ratifiée avec l'Empereur
touche tout le monde, mais
plus particulieremet les Peuples
Ee ij
332 MERCVRE
de Mets , que la fituation du Païs
tenoit expofez à de grands défordres
. Auffi la nouvelle de cette
Paix y a t'elle efté reçeuë avec
unejoye qui ne fe peut exprimer.
La Publication s'en fit à Mets le
Jeudy 18. de ce Mois . Voicy
l'ordre de la Cavalcade . Le Pre
voft Provincial marchoit le premier
avec fa Compagnie d'Archers
. Il eftoit fuivy du Prevoft
des Bandes qui avoit auffi fa
Compagnie , & apres eux , on
voyoit M. de Beraut Lieutenant
de Roy de la Citadelle , à la tefte
de la Nobleffe , en la place de
M' de Givry Lieutenant de Roy
de la Ville , arreſté au lit par
quelque indifpofition . Les Meffagers
, Bannerots , Sergens de
Ville , & Huiffiers du Bailliage,
GALANT. 333
qui marchoient enfuite , precé
doient les Suiffes Hallebardiers,
&la Compagnie des Gardes de
M' le Maréchal de la Ferté
Gouverneur. Cette Cavalcade
eftoit fermée par M' le Roy
Commandant , entre le Lieutenant
General & le Maiſtre
Echevin , fuivy des deux Compagnies
du Bailliage & de la
Ville . Immédiatement devant
eux eftoit un Héraut bien monté
& fort richement vêtu d'un
Habit à la Romaine , en broderie
de Perles & de Pierreries ,*
avec un Bonnet de gaze d'argent
couvert de Plumes . Toutes
les Troupes eftoient en bataille
dans les Places où cette Publi.
cation fe fit , & des Fontaines
de Vin coulerent en plufieurs
334 MERCVRE
endroits pendant tout le jour.
La Cavalcade eftant finie à midy
, cinquante Perfonnes des
plus qualifiées allerent dîner à
l'Hôtel de Ville . Le Feftin fut
d'une magnificence achevée.M
de la Grillonniere Maiftre Eche
vin en fit les honneurs au nom
du Public . C'eft un Gentilhomme
de grande naiffance , d'un
long ſervice dans les Armées,
d'un excellent mérite en toutes
chofes, & qui fçait parfaitement
accorder le bien du fervice de
Sa Majefté avec le foulagement
des Peuples. Sur les cinq heures
du foir , on fe rendit à la grande
Eglife , où M ' le Roy , & tous les
Corps , affifterent au Te Deum
chanté par la Mufique. Ml'Ar
chevefque d'Ambrun , Evefque
GALANT. 335
de Mets officioit .. A neuf heures
, le mefme M❜le Roy , & M
de la Grillonniere,allumerent le
Feu , ce qui fut accompagné de
Feux d'artifice , de trois Salves
de Canon , & de la Moufquete .
rie des Troupes en bataille , &
en mefme temps on alluma
d'autres Feux devant les Portes
de toutes les Maifons de la Ville,
& des Flambeaux aux Feneftres.
Les Enigmes divertiffent toûjours
le Public à l'ordinaire .
M'de Grammarais , de Rouen ,
a expliqué ainfi la premiere
du dernier Mois dans fon vray
fens.
336 MERCVRE
L
Es plus grands , les plusfiers
fontfoumis à vos loix,
Et plufieurs , dites- vous , à voſtre
Scule voix
Doivent une humble obeisance.
Nous n'avons plus de guerre en`
France,
La Paix que nous devons au plus
fage des Roys
Met nos Troupeaux en affurance..
Nous vous écouterons, Tambour,
une autre fois,
Ileftjufte que les Hautbois
A leur tour parmy nous obtiennent
audiance.
Ce mefme Mot de Tambour
a efté trouvé par Meffieurs Regnard
, Lieutenant General à
Tonnerre ; L'Abbé de Sylvecane
,
GALANT 337
cane , de Lyon , Bruchet , de
Rouen, Damiens ; De la Ferté ;
Gourdaut, Avocat ; De Barés,
Profeffeur de Galanterie à
Troyes ; L'Abbé de Rouville,
Goüel , Commiffaire des Guerres
; De Chaudel , Conſeiller à
Troyes ; Gardien , De Necoêt-
Coroller, Maire de Morlaix , De
Bonnecamp, de Quimper, Her
vilfon , S. D. V. de Troyes ; La
Liquiere , Avocat d'Allets en
Languedoc ; & par Meſdemoifelles
le Maignen Femme d'un
Officier à la Chancellerie , Le
Vaffeur ; De Courtenay- Moufelard
, de Montargis , Ouden,
de Troyes ; Celimene , de Bourbon
les Bains ; Le Chevalier
de la Galanterie de Tours ; L'Irconnu
du Mont S. Marc , de
May 1679.
Ff
338 MERCVRE
Compiegne , Le Citoyen de Va
logues ; L'Arifte de Troyes,
Robin du Mercure , & les bonnes
Amies de Dieppe .
Ceux qui l'ont expliquée en
Vers , font Meffieurs Germain ,
de Caën ; Rault , de Rouen,
Hordé, de Senlis , Tornefy, Medecin
de Marſeille , Le Chevalier
de Turival ; Jarrés ; Le Secretaire
fidelle d'Amiens ; Mademoiſelle
Richard , de Mets,
& Mefdemoiſelles Gauvin , de
Châtillon fur Seine , Princeffe
le Febvre , de Mets ; Le Chevalier
errant de Montebourg, Le
Bon Clerc, de Châlons fur Saone
; L'Amant de la Belle infen .
fible ; Le Druide Lyonnois ; &
Joubert, de la Douane de Lyon,
les deux en Vers . On l'a encor
GALANT. 339
expliquée fur une Trompete , une
Cloche , le Canon , & le Ris de joye.
Le vray Mot de la feconde eft
dans ce Madrigal de M' Germain
de Caën.
VotreEnigme, galant Mer- cure,
Autantfine qu'elle eft obfcure,
N'afçeu pourtant nous échaper;
Car une Befte auffi mignonne
Come l'eft un Chien deBologne ,
Se peut aisément attraper.
Meffieurs de Boiffimon & du
Pierroy ont trouvé le mefme
Mot. Les autres ont expli.
qué cette Enigme fur le Miroir,
l'Eau, une Enigme, une Porte,
le Sommeil , & un Enfant à la mammelle.
F f ij
340 MERCVRE
Toutes les deux ont efté exfens
par pliquées
dans leur vray
Meffieurs
de Langes
de Mont.
miral ; d'Aurillon
, de Dieppe;
Le Chevalier
de la Porte de
Paris, l'aimable
Turlis ; l'Ariane
de Sylvie , Bibi , & les Reclus
d'Amiens
, les deux derniers
en Vers.
Des deux nouvelles Enigmes
que je vous envoye , la premiere
eft de la Lorraine Eſpagnolete,
& l'autre, de M' l'Abbé Saurin.

ENIGME
.
Ay des Freres en quantité,
Mais à pas-un je ne reffemble;
Etj'ayfipeu de vanité,
Quelorsque
nousfommes
ensemble
,
Je leur cede la primauté.
GALANT. 341
$2
Mon Aînévaut moinsque le moindre,
Etje vaux encor moins que luy :
Mais lors qu'à luyje veux mejoin-
Je luyfers d'uu fi bon appuy, (dre,
Que par cet heureux aſſemblage,
Il peut alors plus que celuy
Quipouvoit huitfois davantage.
25
Quandje me trouveſeul, je nefuis
bon à rien;
Mon unique defir, c'est d'eftre en
compagnie,
Et l'on me voit toûjoursfaire beaucoup
de bien
A ceux à qui l'on m'aſſocie.
L'on dit
Sa
que mafigure a des perfe-
Etions
Qui ne fe trouventpas en aucune
autre chofes
Ff iij
342 MERCVRE
Et que pourfaire d'elle une métamorphofe,
Bien des Scavans ont eu defauffe's
vifions.
$2
J'ay peur qu'en me cherchant avec:
unfain extréme,
Vous n'enfaffiez de mefme ;
Ou que trouvant le Mot qui fe rapporte
au mien,
Vous ne difiez de moy, que vous ne
tenez rien.
AUTRE ENIGME.
Vant qu'eftre conçeu,
j'ayfaitpleurer ma
Mere.
Pour mon premier exploit,
j'ay terraßé mon Pere.

HYACINTHE ENIGME . .
GALANT. 343
A ceux qui m'aiment trop, je fuis
toûjours fatal;
Les Barbares me traitent mal.
Dés le Berccaujefuis fi redoutable,
Qu'ilmefaut marier pour me redre
traitable.
Ma Femme & moynous accordons
fort bien.
Tefuis mutin, elle cft affable;
Mais dés que fon party l'emporte
fur le mien,
Je vous le dis tout net, je nefuis bon
àrien.
Quant àl'Enigme en figure, fe
fens m'en fembloit fi peu caché,
que j'ay efté furpris qu'il n'y ait
eu que M Langlois de Paris,
M Langeron Gentilhomme
Poitevin, & le Berger des Rives
de Marne, qui Payent expliquée
Ff.iiij
344 MERCVRE
fur le Miroir. Il eſt repreſenté
par la Fontaine , qui faifant voir
à Narciffe l'image de ſa beauté,
luy donne lieu d'eftre charmé
de luy- mefme . La meſine choſe
arrive ordinairement aux belles
Perfonnes , & il y en a peu qui
en fe regardant dans un Miroir,
ne s'applaudiffent des avantages
qu'elles ont reçeus de la.
Nature. Hyacinte ſi tendrement
aimé d'Apollon, & changé
en une Fleur de fon nom apres
fa mort , eft la nouvelle Enigme
en Figure que je vous envoye.
Celle de Narciffe a efté expliquée
fur un Parterre de Fleurs
pres d'un fet d'eau, la Fauniffe , le
Cerf, le Paon , le Soleil paroiffant
dans une Fontaine, la Magie, l'Amourpropre
l'Inconftance , le CaGALANT.
345
chet , le Pinceau , le Parélie , le jet
d'eau, l'oeil, l'Iris, le Vers François,
& le Songe..
Le Cavalier Philofophe, dont
vous me demandez des nouvel
les, femble avoir envie de chan
ger d'humeur , & cela par un
comencement d'avanture dont
je ne puis m'empécher de vous:
faire parr. Vous fçavez qu'il a
efté jufqu'icy affez peu galant,
& que la paffion qu'il a pour les
Livres nel'a jamais laiffè fenfible
à l'Amour , quoy qu'il ait
une grande honnefteté, & mef
me une complaifance achevée
pour le beau Sexe. Il fe promenoit
ces jours paffez dans la
grande Allée du Palais Royal
avec un Livre pour compagnie..
C'eftoit un Traité de M de la
346 MERCVRE
Chambre , intitulé , l'Art de connoiftre
les Hommes. Comme il y
avoit alors fort peu de monde
dans le Jardin , il crut pouvoir
lire fans diftraction . En effet il
fit trois ou quatre tours d'Allée
fans que perfonne le vinſt interrompre.
Mais enfin il aperçeut
deux Dames de tres belle taille
qui venoient à luy . Ily en avoit
une en deuil fuivie de quantité
de Gens de mefme parure. I fe
rangea le plus pres des Buis qu'il
pût pour leur laiffer plus de li
berté de paffer. La Dame en
deüil l'aborda pour luy deman
der quel Livre il lifoit. La
queſtion le ſurprit , & pour luy
répondre en fe taifant , il luy
preſenta le Livre ouvert. La
Dame le prit avec précipita
GALANT. 347
tion , & jugeant que c'eftoit un
Livre Galant , parce que le
Chapitre qu'il luy faifoit voir
traitoit du mouvement du Coeur,
elle luy dit que la matiere eftoit
propre à un Homme comme luy
qui apparemment eftoit amoureux.
Il foûtint fortement qu'il
ne l'eftoit point , & la Dame luy
ayant oppofé qu'on ne cherchoit
point à s'inftruire des
mouvemens du Coeur fans eftre
amoureux
, il répondit qu'il
n'auroit pas befoin de confulter
les Livres pour fçavoir les mouvemens
du fien , s'il eftoit ce que
la Dame prétendoit qu'il fuft,
parce que l'amour fe faifoit affez
fentir de luy-mefine; mais que le
Livre qu'elle voyoit n'eftoit autre
chofe que l'Art de con348
MERCVRE
noiftre les Hommes , & qu'il
s'attachoit à acquérir cette connoiffance
pour venir enfuite à
celle des Dames ( fi par hazard il
devenoit amoureux ) parce qu'il
ne les croyoit pas aifées à connoiftre.
La Dame rendit le Livre
avec la mefine précipitation:
qu'elle l'avoit pris , & ayant dit
à celle qui l'accompagnoit , Ila
raiſon , il a raiſon , elle s'éloigna
du Cavalier, fans pouffer la converfation
plus loin. Il fut fort
furpris de voir finir fi-toft l'avan
ture. Je ne fçay fi la fuite luy
en plairoit ; mais il va fe promener
au Palais Royal plus fouvent
qu'il n'avoit accoûtumé..
II Y va mefme quand il croit
qu'il y a le plus de monde , & il
femble qu'il fouhaiteroit eftre
GALANT. 349
éclaircy de l'effet que fa réponſe
a produit fur l'eſprit de
la Dame qui luy a parlé. J'acheve
mes autres Nouvelles en peu
de mots.
M le Marefchal Duc de Vivonne
dont je vous ay appris le
depart , eft arrivé à Marſeille.
Comme il fe fait aimer par tout,
il feroit difficile d'exprimer avec
quelles marques de joye on
l'a reçeu. Les réjouiffances publiques
ont duré deux jours &
deux nuits . Il a trouvé les vingthuit
Galeres du Roy non feulement
en fort bon état , mais
d'une magnificence que rien ne
peut égaler. M' & Madame de
Nevers font arrivez au meſine
lieu avec Madame la Ducheffe
Sforze. On leur a fait une En350
MERCVRE
trée auffi galante que magnifique,
dont on me promet le détail.
Ce fera un des Articles de
ma Lettre du premier Mois.
L'effet a fait voir que vous
aviez les yeux bien ouverts, lors
que vous difiez qu'il eftoit inu.
tile à voftre Amie Madame de
Creil , Religieufe de Poiffy , de
vouloir s'obstiner à foûtenir les
droits d'élection de Prieure,
puis que le Pape avoit accordé
des Bulles fur la Nomination de
Sa Majesté. Il eft bon de fçavoir
fefoûmettre, quand le contraire
ne peut produire aucun
avantage . Je ne vous dis rien de
fa fortie de Poiffy. Vous l'avez
fçeuë auffitoft
que moy. Mais
comme vous m'avez paru inquiéte
fur fon voyage , je croy
GALANT. 351
vous faire plaifir de vous apprendre
que dés le dixiéme de ce
Mois elle eft arrivée au Puy en
fort bonne fanté, dans un Convent
de fon Ordre.

1
Il y a une nouvelle Place vacante
à l'Académie Françoiſe,
par la mort de M ' l'Abbé Caf
fagne, arrivée ces derniersjours.
Nous avons perdu dans le
mefme temps un fort fçavant
Homme, & qui avoit une connoiffance
tres- particuliere des
Devifes. C'eft M Clement
Confeiller de la Cour des Aydes
de Paris.
8
Il me reste à vous entretenir
d'un Article que je fçay que
vous attendez . C'est celuy des
Modes nouvelles. Je vous en
diray peu de choſe , non ſeule.
352 MERCVRE
1
ment à cauſe du retardement
des beauxjours, mais parce que
les Marchands ayant eu l'adreffe
de dire qu'ils n'avoient
rien de nouveau , n'ont vendu
que de leurs vieilles Etofes jufqu'à
la Pentecofte . Ainfi les
Modes ne font que de commen
cer. Les belles Etofes font or
& argent fur des fonds bruns ;
& la plupart des Dames qui
font de qualité à en porter , en
ont des Habits. Je vous parlay
l'année derniere d'une Etofe
qu'on nomme Inviſible , & dont
la mode ne commença que fur
la fin de l'Eté . Elle continuë
cette année, & les Habits qu'on
en fait font fort en vogue . On
porte auffi quantité de Taffetas
à fleurs brochez ; mais rien n'eft
GALANT. 353
plus à la mode que les Habits
de Tabis piquez , ou de Taffetas
d'Angleterre à groffe moucheture.
On voit auffi quantité de
Gazes brunes avec des fleurs or
& argent , & des Jupes & des
Manteaux tout couverts de
grandes fleurs naturelles , avec
de fort grands branchages . On
vient d'achever neuf Habits
pour la Reyne , dont il y en a
quatre or & argent de diverfes
couleurs , un de Droguet or &
argent , & quatre brodez . II
n'eft pas moins difficile de vous:
parler des Habits des Hommes ..
Les premiers qu'ils ont portez.
eftoient d'Etofès de l'Etépaffé..
Quant à la maniere de les faire,,
elle ne difére prefque en rien
de celle de l'année derniere, fi--
May1679. Gg
354 MERCVRE
non que l'on continuë à porter
les Jufte-a- corps longs comme
on a fait cet Hyver. Quelques
Perſonnes de la premiere qualité
ont porté des Habits à
pourpoint & à chauffes larges,
avec des Baudriers & des Epées
fans Manteau. On doute que
cette Mode revienne. Les Vef
tes qu'on porte à la Cour font
plus courtes que les Jufte - àcorps.
Cependant on en porte
de plus longues à la Ville ; ce
qui fait un tres- vilain effet, fur
tout lors qu'elles font blanches,
Les Bas de foye de toutes couleurs
font à la mode. Les Perfonnes
de qualité en portent
beaucoup de filez d'or aux endroits
où les Bas font ordinairement
façonnez, & ils ont plus
GALANT. 355
de broderie que jamais aux cotez
de leurs Souliers. Les Chapeaux
deviennent plus petits de
jour en jour. On ne porte plus
de Noeuds au Retrouffis. La
plupart des Garnitures ſe font
de Ruban étroit, ce qui a donné
lieu de porter des Gands garnis ,
dont la mode eft prefque devenuë
genérale. Le Ruban étroit
eſtant en regne , on a crû devoir
renchérir , & on en a fait de fi
étroit pour les garnitures de
Gands , que la Nompareile eft
prefque auffi large . Les Noeuds
font faits en frange , & de la
mefme hauteur , & l'on y met
un pied pareil à celuy de la
frange. Cependant pour vous
faire voir que ce n'eft plus à une
feule Mode qu'on s'arrefte en
Gg ij
356 MERCVRE
France, c'eſt c'eft que dans le mefme
temps que la plus grande partie
porte du Ruban étroit, il y en a
qui en ont de large, & qui font
coudre des Dentelles
de foye
aux bouts . Je vous en manderay
davantage
la premiere fois,
& vous envoyeray
tres affurément
des Figures de Modes gra
vées. Je fuis voftre, &c.
A Paris ce 31. May 1679.
Vous fçavez, Madame, que
je me ferois une affaire avec vos
Amies, fije mettois plus de trois
mots Latins dans mes Lettres .
Ainfij'employe l'Apoſtille dans
celle- cy pour vous faire part
d'une Piece qui a efté faite en
cette Langue à l'avantage de
Sa Majefté. Le nom de l'Au
GALANT. 357
theur eft dans la Piece. Il l'a
prefentée à M Colbert ... Elle
renferme beaucoup de chofes
qui n'auroient pû eftre expli
quées en fi peur de mots , fi elleavoit
efté traduite. Cet Article
n'eft que pour vous feule , & je
vous l'envoye extraordinaire.
ment, parce que je fçay que rien
ne vous touche tant que ce qui
regarde la gloire du Roy..
LUDOVICO MAGNO ..
Patria Parenti;
Anim immenfitate ferè divina,
Alexandro Magno , & Henrico
Magnos
Juftitia , Juftiniano , & Ludovico
XIII;
Celeritate infubigendis Provincijs,
358 MERCVRE
Populisftrenuiffimis debellandis,
Urbibus inexpugnabilibus
expugnandis , Julio Cafare , &
Carolo Magno;
Sapientiâ, Salomone, & Carold F.
Rege;
Prudentia, Adriano Imperatore, &
Ludovico XI;
Victory's, Clodoveo, &Carolo VII;
Felicitate , Davide , & Philippo
Auguftos
Delicis orbis, Imperatore Tito, &
Francifco Is
Religione, Henrico 11. Imperatore,
& Carolo IX ;
Fortitudine, Ludovico VIII: &
Henrico II. Rege;
Conftantia, Theodofio Magno, &
Philippo Valefios
Clementia, Affuero Perfarum Rege,
& Carolo VI
GALANT. 359
Humanitate , Antonino Pio Impcratore,&
Carolo VIII;
In tuendâ Religionis integritate,
Ludovico VI. & Carolo Comite
Valefio Conftantinopolitano Imperatore
titulato;
Pace magnifica ,firmå, foelici,bonif.
que omnibus circumfluenti , Roberto,
Philippo III. Regibus;
Fideperpetuâ , conftanti & gloriosa
erga Reges, Principes & Populos
foederatos, omnibus Roma Régibus,
& Confulibuss
Semel , iterum , terque , parce arbi,
victory's,factis ingentibus, prudentia,
magnitudine Animi, &
moderatione parta, & fani Templo
ter manu fuâ claufo , Numa
Rege , Tito Manlio Confule , &
Augusto Cafare;
Omnibus Imperatoribus & Monar360
MER . GAL:
chis, Nobilitate, Antiquitate,&
Dignitateftirpis, virtutibus bellicis,
potentia, viribus , Amore
Ducum & Militum , liberalitate
ergà Duces, Milites, doctos, &
viros quâ vis Arte infignes, con--
filioque praftantiori;
Ipfifmet hoftibus ftuporem , & admirationem
virtutis immenfe
moventi;
Et fe ipfo majori,pace, gloriafue,
triumphis Militaribus, regnique
gloriosè dilatandi , heroïce ambitioni
, antepofitâ , fe ipfum
invictum omnibus , vincendo &
Superandos
JOSEPHUS DE L'ISLE, excellentiffimi
Ducis Nivernenfis primus in Ca--
merâ fua Computorum Confiliarius
, nec non Civitatis Nivernenfis
primarius Ædilis , plurimam
falutem communi totius ,
orbis voto expofcit.
522552252 2525 552
Oculiersou Libraires des Provin
Na déja averty que les Partices
qui voudront avoir le Mercure
fi-toft qu'il fera achevé d'imprimer,
n'ontqu'à donner leur adreffe au Sieur
Blageart Imprimeur Libraire , ayant
faBoutique dans la Court Neuve du
Palais , au Dauphin ; & que ledit
Sieur Blageart aura foin de faire leurs
Pacquets fur l'heure , & de les faire
porter à la Pofte , ou aux Meflagers
qu'ils luy auront indiquez, fans qu'il
leur en coufte rien pour la peine qu'il
en prendra, parce que lefdits Particuliers
ou Libraires qui les recevront;
en acquiteront le port fur les lieux .
On prie ceux qui envoyeront des
Memoires où il y aura des Noms
propres, d'écrire ces Noms en caracteres
tres-bien formez : & qui imitent
F'Impreffion, s'il fe peut, afin qu'on
ne foitplus fujet à s'y tromper.
On prie auffi qu'on metre fur des .
Hh
papiers diférens toutes les Pieces
qu'on envoyera..
On reçoit tout ce qu'on envoye
& l'on fait plaifir d'envoyer.
Ceux qui ne trouvent point leurs
Ouvrages dans le Mercure , les doi❤
vent chercher dans l'Extraordinaire;
& s'ils ne font dans l'un ny dans l'autre,
ils ne fe doivent pas croire ou--
bliez pour cela. Chacun aura fon
tour, & les premiers envoyez feront
les premiers mis , à moins que la nouvelle
matiere qu'on recevra ne foit.
tellement du temps, qu'on ne puiffe
differer.
On ne fait réponse à perſonne,
faute de temps .
On ne met point les Pieces trop
difficiles à lire.
On recevra les Ouvrages de tousles
Royaumes Etrangers, & on pro
pofera leurs Queſtions.
Si les Etrangers envoyent quelques
Relations de Feftes ou de Galanteries
qui fe feront paffées chez
Eux, on les mettra dans les Extraor
dinaires.
On prie qu'on affranchiffe les
Ports de Lettres , & qu'on les adreffe
toûjours chez ledit Sieur Blageart,
Imprimeur-Libraire , Rue S.Jacques ,
à l'entrée de la Rue du Plaftre .
On ne met point d'Hiftoires qui
puiffent bleffer la modeftie des Dames
, on defobliger les Particuliers
par quelques traits fatyriques .
On a beaucoup de Chanfons : Elles
auront toutes leur tour, fi on apprend
qu'elles n'ayent pas efté chantées .
C'eft pourquoy fi ceux par qui elles
ont efté faites veulent qu'on s'en fer
ve , ils les doivent garder fans les
chanter & fans en donner de copie
jufqu'à ce qu'ils les voyent dans le
Mercure.
"
HAYERISCHE
BIRLITICK
360 MER . GAL:
chis, Nobilitate, Antiquitate,&
Dignitateftirpis, virtutibus bellicis,
potentiâ, viribus, Amore
Ducum & Militum, liberalitate
ergà Duces, Milites , doctos, &
viros quâ vis Arteinfignes, confilioque
præftantioris
Ipfifmet hoftibus ftuporem , & admirationem
virtutis immenfe
moventi;
Et fe ipfo majori ,pace , gloriafue,
triumphis Militaribus , regnique
gloriosè dilatandi , heroïce ambitioni
, antepofitâ , fe ipfum
invictum omnibus , vincendo &
Superandos
JOSEPHUS DE L'ISLE, excellentiffimi
Ducis Nivernenfis primus in Ca--
merâfua Computorum Confiliarius
, nec non Civitatis Nivernenfis
primarius Ædilis , plurimam
falutem communi totius
orbis voto expofcit .
522552252 2525 SSE
O
Na déja averty que les Particuliers
ou Libraires des Proving
ces qui voudront avoir le Mercure
f-toft qu'il fera achevé d'imprimer,
n'ont qu'à donner leur adreffe au Sieur
Blageart Imprimeur Libraire , ayant
faBoutique dans la Court Neuve du
Palais , au Dauphin ; & que ledit
Sieur Blageart aura foin de faire leurs
Pacquets fur l'heure , & de les faire
porter à la Pofte , ou aux Meffagers
qu'ils luy auront indiquez , fans qu'il
leur en coufte rien pour la peine qu'il
en prendra, parce que lefdits Particuliers
ou Libraires qui les recevront;
en acquiteront le port fur les lieux .
On prie ceux qui envoyeront des
Memoires où il y aura des Noms
d'écrire ces Noms en carac- propres ,
teres tres -bien formez & qui imitent
P'Impreffion
, s'il fe peut, afin qu'on :
ne foitplus fujet à s'y tromper.
On prie auffi qu'on metre fur des
Hh.
papiers diférens toutes les Pieces
qu'on envoyera.-
On reçoit tout ce qu'on envoye,
& l'on fait plaifir d'envoyer.
Ceux qui ne trouvent point leurs
Ouvrages dans le Mercure , les doi
vent chercher dans l'Extraordinaire;
& s'ils ne font dans l'un ny dans l'au
tre, ils ne fe doivent pas croire oubliez
pour cela. Chacun aura fon
tour, & les premiers envoyez feront
les premiers mis , à moins que la nouvelle
matiere qu'on recevra ne foit.
tellement du temps, qu'on ne puiffe
differer.
On ne fait réponſe à perfonne,
faute de temps .
On ne met point les Pieces trop
difficiles à lire..
On recevra les Ouvrages de tousles
Royaumes Etrangers, & on pro→
pofera leurs Queſtions.
Si les Etrangers envoyent quelques
Relations de Feftes ou de Ga
lanteries qui fe feront paffées chez
Eux, on les mettra dans les Extraor
dinaires.
On prie qu'on affranchiffe les
Ports de Lettres , & qu'on les adreffe
toûjours chez ledit Sieur Blageart,
Imprimeur-Libraire, Rue S.Jacques ,
à l'entrée dé la Rue du Plaftre.
On ne met point d'Hiftoires quii
puiffent bleffer la modeftie des Dames
, on defobliger les Particuliers :
par quelques traits fatyriques.
On a beaucoup de Chanfons : Elles
auront toutes leur tour, fi on apprend
qu'elles n'ayent pas efté chantées ..
C'eft pourquoy fi ceux par qui elles
ont efté faites veulent qu'on s'en fer
ve , ils les doivent garder fans les
chanter & fans en donner de copie
jufqu'à ce qu'ils les voyent dans le
Mercure.
HAYENISONE
BIRLETEK
Avis pourplacer les Figures ..
LE
E feu doit regarder la page 12.
L'Air qui commence par L'Amour
folâtrant l'autre jour , doit regarder
la page 112.
L'Air qui commence par A la fin
ces Defertsont repris leur verdure, doit
regarder la page 235 .
La Médaille qui reprefente le Roy
d'Espagne , doit regarderla page 302.
L'Enigine en figure doit regarder
la page 344.
Qualité de la reconnaissance optique de caractères
Soumis par lechott le