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Library oftheUniversity ofMichigan
TheCoylCollection .
MissJean L.Coyl
ofDetroit
in memory
ofher brother
Col.William
Henry
Coyl
1894.
STRIS
PRÆL
BLIM
DelaBerre in
MERCURE
GALANT
DEDIE A
MONSEIGNEUR
LE
DAVPHIN.
MARS 1679.
A
PARIS.
AV
PALAIS.
ONN donnera toûjours un Volume
nouveau du Mercure Galant le
premier jour de chaque Mois, & on
le vendra , auffi bien que
l'Extraordi
naire , Trente fols relié en veau , &
Vingt-cinq fols en parchemin.
84016
MSS8
A
PARIS,
16791
Chez G. DE LUYNE, au Palais , dans la
Salle des Merciers, à la Juftice .
Chez C
BLAGEART , Rue S. Jacques
à l'entrée de la Ruë du Plâtre,
Et en fa Boutique Court Neuve du Palais,
AU
DAUPHIN.
T. GIRARD , au Palais , dans la Grande
Salle, à l'Envie .
M. D. LXXIX .
AVEC
PRIVILEGge dv roi.
L'Extraordinaire du
Quartier de
Ianvier fe
diftribuera le quinziémejour
d'Avril 1679.
Coyl
Gottschalk
10.14.55
885940
252525252525ESES
do aloM ophio sb to 20579
TABLE DES MATIERES
contenues en ce Volume.m
Spite
Vite des Divertiffemens du Car
naval, LA A
Lettre en Profe & en Vers , fur le
ak mefme fujet,
་
16
44
Le MafqueDémon, Hiftoire ,
L'Habit de Mafque, Galanterie, 37
Madrigal, Cubbon
Suite des Réjouifances de Noyon, 45
Magnificencesfaites à Montpellier, 49
Ceremonies obfervées à Toulouse pour
la Publication de la Paix, 54
Réjouiffances faites à Agde pour le
mefmefujet,
68
Versde M. de Corneille l'aifné, 76
Lettre en Profe & en Vers , à Madame
de
86
Mort de M. de Monmort Doyen des
Maiftres des Requeſtes, 98
M. le Comte de la Serre eft reçeu Confeiller
d'bonneur au Parlement de
á ij
TABLE .
Toulouſe, ait a groddan97
L'Amante infidelle, Hiftoire, 1990
Tombeau de M. le Marquis de Montaut,
དའི་
124
Fragment d'une lettre écrite à M. le
Marfchal de Navailles, 12&
Mort de M. l'Evefque Comte de
132
135
Mort de M.de Parmangle Gouverneur
Treguier,
de
Limoges,
M. de Niert,
Gouvernement de Limoges donné, à
·136 52136
Mort de M. le Prince d'Epinoys0x138
Belle Action de Meffieurs de la Cour
des
Aydes,
M. le Comte de S. Aignan eft reçeu
Duc
Pair au Parlement
, fous le:
Venom de Duc de Beauvilliers
, 143.
Lettre de la Regne de Portugal
à Mo
le Duc de S. Aignan, 147
Impromptu de M. le Duc de S. Aignan
fair devant le Roy,
Antre du mefme,
Stances,
153
ISS
157
Entree de Madame la Ducheffe de
TABLE.
Mekelbourg à Hannover,
Tailles- douces en Tableaux,
"
16
794
Monseigneur le Dauphin va une feco
defois à l'Opéra de Bellerophon,
3184
Baptefme du Fils de M. le Comte de
Moreuil, fait dans la Chapelle du
2 Palais Royal, 189
Opéra repreſenté à Castelnaudary , 189.
Abregé de toute l'Hiftoire de France
en Vers, preſenté au Roy par M. de
Bérigny,
Inpromptu, my sch 193
Epitaphe d'une Belle vivante, 195
Mort de la Ducheffe Douairiere de
th
19r
197 Parme
Avanture arrivée à cinq Chevaliers de
Malte,
199
Vers contre la feizième Conclufion des
Thefes galantes du Mercure duMois
de Ferrier,
203
Autres du mefme Autheurfurle meſme
Lujet,
206
Arrivée de M. le Marquis de Mon-
Stauban à Besançon,
207
TABLE.
Le Soleil les Planetes, Fable, 222
L'épreuve dangereufe, Hiftoire, 229
Médailles
nouvellement venuës d'Allemagne,
52255
Evefchez & Abbayes données par le
267
Koy,
Mort de M.
l'Evefque de Gap, 280
Dialogue qui doit froir à un Concert
de Guitarres qui doit eftre donné tous
les quinze jours au Public,
284
Derniere Action de Guerre faite en
Allemagne
,
$3290
Retour de M. le Marefchal de Humieres.
192'
295
Maladie de
Monſeig. le
Dauphin , 293
Baptefme du Fils de M. le Prince
d'Elbeuf,
L'Académie de M. de
Longpréva
loger dans le lieu où eftoit cy-devant
celle de M. Foubert,
295
Sermon de M.
l'Archevefque de Paris,
299
te u x
Devif fur ce fujet,
Autre
Devife,
Mort du R. Pere Combéfis,
30T
301
303
TABLE.
MortdeM. le Marquis de Raray 304
Mariage de M. de Bechamel
/* ademoiſelle le Rageons de
villiers, 14
de Karéton-
307
Mariage de M. le Comte de Pietra-
Sanéta, & de M. la Comteffe de
Marle,
Entrée de Meffieurs les Ambaffadeurs
311
319
de Hollande,
Baptefme du Fils de M.Veydeau dans
la chapelle du Vieux Chafteau de
333 S.Germain,
Etabliffement d'une Chambre Souve
raine pour juger quelques Perfonnes
arreftées pour le po fon,
Explication en Vers de la premiere
Engme,
341
344
Noms de ceux qui en ont trouvé le ray
Lens,
Explication en Vers de la feconde
Enigme, or Su
345
346
Noms de ceux qui ont trouvé le vray
fen des deux,
348
Noms de ceux qui ont trouvé le vray
"Sens de l'Enigme enfigure, 389
10%
350
TABLE .
Enigme, 351
Autre Enigme,
353
Avanture du Carnaval,
355
bes,
Conclufion de l'Hiftoire des Sevaram-
Articles remis au Mois prochain, 359
Fin de la Table.
359
I
Avis
pour placer les Figures..
'Air qui commence par Ah que
l'Hyver eft
ennuyeux, doit regarder
la
page 42.
Le Tombeau de Monfieur le Mar
quis de Montaut doit regarder la
page 124.
L'Air Italien doit regarder la page
196.
La Planche des Médailles doit re
garder la page 256.
la
1
L'Enigme en figure doit regarder
page 351.
MERCVRE
GALANT
343
MARS
1679.
OUS
vous en
fouvenez, Madame.
Ma
derniere
Lettre
contient de fi
longues
defcriptions
de ce qui
fe paffa
chez
Monfieur
le
Prince de
Strasbourg , le
Mars
1679. A
2. MERCVRE
jour de la Mafcarade
de
Monſeigneur
le Dauphin
,
& des magnificences
du
grand Bal qui fe donna
chez le Roy le Mardy- gras,
qu'elles
ne me laifferent
point le temps de vous entretenir
alors des autres ré
joüiffances
du Carnaval.
C'eft ce qui m'oblige à vous
parler aujourd'huy
non pas
de toutes, mais au moins de
quelques- unes . Quoy que
la faifon en foit paffée , il
n'eft jamais trop tard d'aprendre
ce qu'on ne fçait
point , & ce qu'on ignore
GALANT.
3
eft
toûjours
nouveau .
A
voir les
Perfonnes
les
plus
qualifiées
de la
Cour , &
tout
ce
qu'il
y a de
beau
monde à
Paris
chez M' de
Strasbourg , le
jour de la
Fefte
dont je
vous ay
appris
les
circonftances , on
auroit
crû
inutile
d'aller
chercher
d'autres
Affemblées.
Cependant
il
mefme jour chez M de
Pommereüil Capitaine aux
Gardes, & la
foule des Gens
de la
premiere qualité y fut
tres -
grande . La Salle eftoit
magnifiquement ornée , &
y
avoit
Bal ce
A
ij
4 MERCVRE
les Dames en fort grand
nombre. Je ne vous dis rien
des Violons,il y en a peu de
meilleurs en France . Vous
fçavez qu'on les eftime ,
que le Roy ne dédaigne pas
quelquefois de s'en ferviren
Campagne. Le Dimanche
&
gras ,
il y eut un concours
extraordinaire de monde
aux Gobelins chez M le
Brun . Plufieurs Ducs &
Pairs,Maréchaux de France,
& autres Perſonnes du premier
rang,honorerent cette
Affemblée de leur prefence.
Elle fut tres agreableGALANT.
5
ment divertie , & l'on y
dança un Balet de l'invention
& de la compofition du
S'de Beauchamp. La Paix
en avoit fourny le fujet. La
Mufique, la Dance , & le
refte des Arts, venoient rendre
hommage à la Peinture,
& fe réjouir de
l'occupation
que luy alloit donner, auffi
bien qu'à elles , le calme
qu'on voyoit preſt à ſe répandre
par tour. Les Plaifirs
ne fe font
pas renfermez
entierement à Paris.
Ils ont efté plus loin , & le
voifinage de S. Germain a
A iij
6 MERCVRE
communiqué
l'ufage de la
galanterie à Poiffy. Ce que
j'ay à vous en dire en eft une
preuve. Quoy qu'il ne s'agiffe
que d'un divertiffement
particulier , il n'en
merite pas moins la curiofité
que vous avez pour tout
ce qui vous eft inconnu .
Si je ne vous apprenois que
ce que font les Roys & les
Princes , je ferois toûjours
prévenu par la voix publi
que, & je n'aurois jamais
que l'avantage de vous inftruire
de quelques circonftances,
qui font fort rareGALANT.
7
ment fçeuës , où qui ne le
font que confufement . II
eft des
divertiffemens où
l'efprit ,
l'invention , & la galanterie
, tiennent lieu d'une
exceffive dépenſe, & que
ces trois chofes
rendent
auffi
agreables que cette
éclatante
magnificence où
tout le
monde ne
sçauroit
atteindre. Tel a eſté celuy
de Poiffy. Vous en
trouverez
les
particularitez dans
cette Lettre.
A fiij
8
MERCVRE
25: 25252525252525
A
MADEMOISELLE
D. R ***
A Pontoiſe le 16. Fevr. 1679.
I
Lnefe peut rien de mieux
concerté , charmante Iris,
que la Mafcarade que vous
avezfaite en cette Ville . Les
Perfonnes de l'un & de l'au
tre Sexe qui la
compofuient ,
ant fait remarquer un fi bon
air dans la Dance , & tant
d'agrément dans leurs manieres
, qu'ellesfe font attiré
l'admiration
de tous ceux qui
GALANT. 9
ont eu le bonheur de les recevoir.
On ne doit point s'en étoner ;
Ce que vous voulez ordonner,
S'exécute toûjours de la belle
manieres
Vos regards reglent tous les pas,
Et voftre voix fournit unejuſte
carriere
A ceux qui fans vos foins ne la
trouveroient pas .
Vous jugez bien , belle Iris ,
où je veux aller. De bonnefuy
l'on vous doit tout le
fuccés de cette agreable Maf
carade. Elle eft le fruit d'un
moment de voſtre application,
& il vous eft fi naturel
10 MERCVRE
d'en lier de femblables par
tout où vous vous rencontrez
, qu'on doit fe faire un
fenfible plaifir d'eftre témoin
de ces galantes Metamorphofes.
Oüy ,l'on doit defirer pour avoir
de beaux jours,
D'entrer dans toutes vos Par.
ties.
Elles font fi bien afforties,
Queje les
croy l'ouvrage des
Amours.
Vous ne me
connuftes pas
Mardy dernier , quand je
vous dis là deffus tout ce que
je penfois chez M G. fous le
GALANT. II
à
nom de
l'Inconnu
maſqué.
Vous
fçavez que
l'avantage
que j'eus d'y paffer deux ou
trois
heures à vos pieds , me
fit des
jaloux. Il ne tint pas
moy que vous
n'entendiffiez
des
veritez tres -
effentielles,
mais toute
voftre
curiofité fe
borna à
vouloir
apprendre
quels ont effé les
Divertiſſemens
de Poify .
Vous me
chargeaftes du foin de vous
en envoyer la Relation . Ie
m'en
acquite.
Le Feudy gras un Officier
des Gardes du Corps donna
Le Bal aux Belles du Lieu
12 MERCVRE
rs
que je viens de vous nommer.
Fy allay avec M's les
Chevaliers de Maffigny &
de Berthenonville , qui ne con- .
tribuerent pas peus aux plaifirs
de l'Affemblée . On paffa
toute la nuit à dancer , & le
jour avoit paru avant qu'on
fe feparast. Le Dimanche fui.
vant il y eut Comédie chez'
M' de Montaigu. Le Theatre
eftoit dreßé dans une Salle
magnifique , & on avoit fait
venir des Fluftes , des Hautbois
, & des Violons de Saint
Germain , pour jouer entre
Les Actes. Cinna , le chefr
GALANT.
13
9
5
d'oeuvre de
toutes les
Pieces
de
Theatre ,
fut
repreſenté.
Trois
belles
Perfonnes
faifoient
Livie ,
Æmilie , &
Fulvic.
Des
Officiers des
Gardes
avoient
étudié les
Rôles
d'Auguste , de
Cinna ,
de
Maxime , & ils
s'ef
toient fi
bien
concertez ,
qu'-
une
veritable
Troupe de Comédiens
auroit eu
peine à
mieux
réüffir.
Cette
Repré-
Sentation fut
fuivie d'un applaudiffement
general.
M
Le
Chevalier de
Maffigny en
fit des
congratulations
particulieres
aux
trois
aimables
14 MERCVRE
Actrices , & leur propofa le
Bal pour le foir. Elles l'accepterent
chez l'une d'elles.
Toutes les Belles de Poiffy y
vinrent mafquées.
Apres
qu'on eut dancé quelque
temps, on commença
de faire
place à un
Oublieux, qui s'attira
les regards de tout ce
qu'ily avoit de Gens dans la
Salle. La
propreté de fon
Corbillon faifuit
connoiftre
que ce n'estoit pas un Oublieux
du
commun . Ses poches
estoient
garnies de Limons
& de Citrons doux , &
ilavoit une
Ceinture de BouGALANT.
15
teilles de Vin
Mufcat, de Vin
d'Espagne , & de Vin de Canarie.
Il auroit bien
voulu
faire une
Entrée en cet état,
mais le
fracas
eftoit
trop à
craindre , &
d'ailleurs
les
Belles
avoient
plus
d'envie
de jouer le Corbillon , que de
voir
dancer
l'Oublieux
. IL
s'approcha
d'une
Table , &
leur
prefenta
trois
Dez de
Sucre
candy
dans un Limon
confit, qui tenoit lieu de Cornet.
Vous
jugez
bien qu'on
ne s'en
fervit pas
longtemps
fans
vuider le Corbillon
. Il
eftoit
remply
de Biſcuits
, de
16 MERCVRE
Macarons, & de Maffepain.
Les Bouteilles fuivirent, apres
lesquelles ce fut aux Limons
€ aux Citrons à défiler. Ils
fortirent auffitoft des poches
de
l'Oublieux , &
pafferent
dans les mains des Belles . Vn
Billet attaché fur chacun des
trois premiers , fit connoiftre
qu'on les avoit deſtinez aux
trois aimables Actrices . Voicy
ce que contenoient les Billets .
POUR
MADEMOISELLE R.
JE viens icy , belle Livie ,
aupres de vous les Chercher
Jeux & les Plaifirs .
GALANT . 17
Si vous fecondez mes defirs ,
Mon fort fera digne d'envie.
POUR
MADEMOISELLE I.
Æ
Milie eft l'objet de mes
tranſports ardens,
Ma peau fait voir ce que je fens
pour elle.
Cependant je crains
Belle
que la
Neme déchire à belles dents,
POUR
MADEMOISELLE B.
J E fuis, agreable Fulvie ,
Le plus charmant Limon que
vous verrezjamais.
J'ay de ladouceur, des attraits,
J'ay la peau bien faite & polie,
Je fuis un mers délicieux ,
Mars 1679. B
18, MERCVRE A
J'entre dans le Nectar des
Dieux ,
Je me donne à qui me carreffe;
Et ce qui doit me rendre cher,
C'eft que je me fais écorcher
Pour marquer ma délicateſſe.
Les Limons & les Citrons
qui restoient , furent distribuez
à toute la Compagnie,
qui preffa tellement l'Oublieux
defe
démafquer, qu'il
fut enfin contraint de ceder
aux empreffemens des Belles.
C'eftoit M le Chevalier de
Berthenonville. Ilfoûtint la
plaifanterie qu'il avoit faite
par mille agreables chofes
qu'il leur dit. On continua le
GALANT.
19
Bal, qui fut de
nouveau interrompu
deux
heures
apres
par
l'entrée
d'un
Vendeur
d'Eau de vie, qui
parut dans
un
équipage des plus
grotef
ques. Il avoit des Bas bleus,
une
Culote
rouge , un
fufteau-
corps de Bufle , & un Bonnet
à la
Dragonnete . Il portoit
une
Mane
remplie d ' Amandes
d'Espagne ,
d'Anis
de
Verdun,
d'Oranges de Portugal,
& de
Bouteilles
d'Hypocras
& de Roffoly de Turin.
La
Mane
eftoit
couverte
d'une
Ialoufie de foye
pour
empefcher
les
larcins ,
il·
Bij
20 MERCVRE
falut la lever pour juger
fi cette feconde galanterie
valoit celle de l'Oublieux .
Ces Versfurent trouvezpour
Inſcription à l'ouverture de
la Mane.
Cette Liqueur eft pour les
Belles .
Elles pourront trouver de la
douceur chez moy.
Je vous le dis de bonne . foy,
La Liqueur que je porte eft fort
propre pour elles.
Il n'en falut pas davantage
pour expliquer aux Belles
ce qu'elles avoient à faire.
Le Vendeur d'Eau de vie
leur prefenta des Vafes de
GALANT. 21
Glace de
diférentes figures ,
les remplit
d'Hypocras
de Roffoly. L' Anis de Verdun
, les Amandes
d'Espagne ,
les Oranges de Portugal,
furent en fuite abandonnées
au pillage. Ily eut un peu de
confufion, puis que les Oranges
qui estoient
marquées
pour les Actrices , ne tomberent
pas d'abord
entre les
mains de celles à qui elles s'adreffoient.
Ce defordre fut
incontinent
reparé. Chacune
eut la fienne , accompagnée
d'un Billet. Les Vers qui
fuivent y furent leûs.
22 MERCVRE
POUR L'AIMABLE LIVIE.
N doit peu me porter
ON
envie
De me voir fi bien avec vous.
C'eſt pour me déchirer , trop
cruelle Livie ,
Que vous me faites les yeux
doux .
POUR LA BELLE EMILIE..
S'EX
' Expofer à la mort pour ve
nir vous chercher,
C'est tout ce que j'ay fait , ce
que je fais encore.
Chere Æmilie , helas! j'aime , je
vous adore,
Cependant vous voulez me perdre
&
m'écorcher..
GALANT. 23
Hé bien , paffez - en voſtre
envie,
Je trouveray chez vous une plus
douce vie .
POUR LA CHARMANTE
Ο
FULVIE.
Uad on est belle comme
un Ange,
Quand on a l'efprit fin , les yeux
brillans & doux ,
On peut en dépit des Jaloux.
Prétendre à la Pomme d'Orange,
Fulvie,& ce préfent n'eſt deſtiné
qu'à vous ..
Le Vendeur d'Eau de vie
disparutpendantque la Compagnie
examinoitfes Billets.
24 MERCVRE
On s'apperçeut un peu tard
qu'il n'eftoit plus dans la
Salle. On le chercha , on courut
apres luy, mais fort inutilement.
Il avoit fçeu d'un
Cavalier que vous estiez à
Herouville , & que vous y
deviez paffer le reste du Carnaval.
Il prit le party de
vous y aller chercher. Vous
n'y eftiez plus . Voftre aimable
Troupe faifoit une Maf
carade chez M de
Vierfet
Gouverneur de Pontoife. Il
y alla , & eut
l'avantage de
vous parler. C'est un plaifir
dont la
confufion des Mafques
ne
GALANT. 25
ne le laiffa jouir qu'un moment.
Le Bal que M G.
donna Mardy dernier , luy
fournit une occafion plus favorable
de vous expliquer
fes fentimens. Ilpaffa aupres
de vous quelques heures qui
luyfirent des envieux . Vous
ne le reconnustes point, & il
eft bon de vous dire que L'Inconnu
mafqué de ce jour- là,
& le Vendeur d'Eau de vie
du Bal de Poiẞy, ne font autre
chose que vostre, esc.
FREDIN
Pendant qu'on s'eft diverty
Mars 1679-
C
26 MERCVRE
fiagreablement à Poiffy, il
ne faut point douter que les
Affemblées qui fe font faites
dans les autres Villes ,
n'ayent produit des avantu
res de toute efpece . Ce qui
eft arrivé à Morlaix en Baffe
Bretagne, eft fort fingulier.
Voicy ce qu'on m'en écrit .
Une des jolies Femmes de la
Ville, ayant la taille petite ,
mais dégagée , & le vifage
auffi beau,quel'efprit aifé &
infinuant , donnoit à jouer
chez elle un des derniers
jours du Carnaval . Sa dou
ceur qui luy gagne tous les
4
GALANT 27
coeurs , luy attirant ordinai
rement plus devifites qu'el
le n'en vouloit recevoir, il
ne faut pas s'étonner fielle
eut ce jour- là lune Affembléesfort
nombreuſe. Elle
ne manquoit pas de Pro
teftans , qui tous attendoient
, pour luy faire leur
déclaration en forme, qu'on
euft des nouvelles affurées
de la mort de fon Mary, Il
s'eftoit embarqué il y avoit
déja plufieurs années, & le
filence qu'ilavoit gardédepuis
fon départ faifoit préfumer
qu'il avoit péry. Ce-
Cij
28 MERCVRE
3
pendant la Dame obſervoit
beaucoup de régularité
dans fa conduite, & il ne luy
faloit pas moins que les Privileges
du Carnaval , pour
l'autorifer à faire chez elle
une Affemblée pareille à
celle dont je vous parle . On
venoit de deffervir une grande
Collation qu'elle avoit
donnée apres trois heures
de Jeu , quand on vit entrer
un Mafque qui luy prefenta
un Momon . Il avoit trouvé
la porte ouverte , & ne s'ef
toit point mis en peine de
faire demander fi on le vouGALANT.
29
droit recevoir . Sa brufque
entrée n'étonna perfonne.
La faifon permettoit ces fortes
de libertez , & dans les
petites Villes on eft bien
venu par tout avec le mafque.
La Dame reçeur le
Momon , & le gagna . Le
Mafque la pria d'en jouer
un autre qu'il perdit encor.
La mefme chofe luy eſtant
arrivée cinq ou fix fois, parcé
qu'il brouilloit les Dez
avec tant de promptitude
,
que quand ils tournoient
favorablement
pour luy , il
fembloit ne s'en pas aper-
Ciij
30 MERCVRE
人
cevoir d'autres voulurent
jouer à leur tour, mais ils
n'y trouverent pas leur
compte. Le Mafque gagna,
& ne perdit que contre la
Dame qu'il engagea de nouveau
au jeu. La gayeté avec
laquelle il foûtint la perte
qu'il continua de faire con
tre elle, ne laiffa aucun dou
te qu'elle ne fuft volontaire.
On s'en expliqua tout
haur. Ill'entendit
, & pre
nant un ton diférent de
celuy dont il s'eftoit ſervy
jufqu'alors , il déclara qu'il
eftoit le Mailtre des Ri
GALANT
31
cheffes
, qu'il ne les aimoit
que pour en faire part à la
Dame, & qu'il ne difoit rien
qu'il ne s'ofrift
à juftifier
par les effets. En mefme
tempsbiby
découvrit
a plu
fieurs
Bources
toutes
plei
nes de Pieces
d'or , qu'il de
manda
à jouer
en un feul
Momon
, contre
tout ce que
la Maiftreffe
du Logis
vou
droit shazarder
. La Dame
embaraffée
de cette
décla
ration
, renonça
aujeu . On
examinale
Mafque
avec
plus d'atétion
; & une Femme
de la compagnie
, que
Cij
32 MERCVRE
l'âge & beaucoup de tempé
rament rendoient fujete à
fe faire des réalitez de fes
vifions, l'ayant regardé depuis
la tefte jufqu'auxpieds,
devint pafle, tremblante, &
tellement éperdue, qu'elle
demeura quelque temps
fans pouvoir parler. Laparole
luy eftant revenue, elle
dit tout bas à fa Voifine,
qu'il n'y avoit point à douter
que le Mafque ne fuft le
Diable, qu'il l'avoit marqué
en déclarant qu'il eftoit le
Maistre des Richeffes , &
que fi elle yvouloit prendre
GALANT. 33
garde , elle luy trouveroit
des grifes au lieu de pieds.
LeDiable mafqué avoitpris
une chauffure bizarre qui
convenoit en quelque maniere
avec ce que les Peintres
ont accouftumé de
nous reprefenter du Démon
, & c'eftoit là deffus
que la credule Viſionnaire
avoit appuyé fon jugement.
Cebqu'elle dit paffa en un
moment d'oreille en oreille
Apparemment elle trou
va des foibles comme elle ,
puis qu'on propofa d'appeller
du fecours pour l'E34
MERCVRE
1
1
If
xorcifme . Cepmorfit con
noiftre au Mafque ce qu'on
s'eftoit figuré de luy.
commença tout de bon à
faire le Diable , parla plus
fieurs Langues dont quel
ques- unes effoient incon
nuës , & apres a quelques
raifons expliquées fur ce
qui l'avoit obligé de quiter !
l'Enfer , il ajouta qu'il ven
noit particulierement deb
mander une Perfonne de la
Compagnie , qui s'eftoit
donnée à luy, protefta qu'el
le luy apartenoit, & qu'ilnen
defampareroit point qu'il
-
1
GALANT. 35
fe
nel'euft, quelques obftacles
qu'ony apportaft . Chacun
regarda la Dame. Ces menaces
fembloient s'adreffer
à elle, & le Maſque les avoit
prononcées d'une voix creuquiembaraffoit
les moins
fufceptibles de frayeur. Les
uns fe taifoient , les autres
fe parloientbas, & celle qui
avoit donné ouverture à la
diablerie, crioit continuel-n
lement à l'Exorcifme . L'hif-c
toire porte que fans confulter
perfonne, elle fit ve-b
nir des Gens d'un caractere
à faire fuir des Démons; queb
36 MERCVRE
4
le Diable prétendu leur répondit
fort pertinemment ,
& qu'apres s'eftre diverty
quelque temps de leurs zelées
conjurations , il leva
le mafque, ce qui finit l'avanture
par un fort grand
cry que fit la Dame . C'eftoit
fon Mary qui avoit paffé
d'Efpagne au Pérou . Il s'y
eftoit enrichy , & revenoit
chargé de tréſors. En arrivant
il avoit appris que fa
Femme régaloit fes plus
particulieres Amies . C'eftoit
un des derniers jours
du Carnaval. Cette faifon
GALANT 37
pû
favorable aux
deguifemens,
luy fit naiftre l'envie de voir
la Fefte fans eftre connu , &
il avoit pris pour cela le plus
grotefque habit qu'il euſt
trouver. Toute l'Affemblée
luy fit compliment, &
comme il n'eftoit pas fi diable
qu'on l'avoir crû , on
luy abandonna la Dame
qu'il venoit chercher , &
qu'il avoit dit fi hautement
quis eftoit donnée à luy.
J'adjoûte à cette Avan.
ture une galanterie du Carnaval.
Un Amant fit faire
un Habit de Maſque par
28 MERCVRE
A
le Tailleur de fa Maistreffe,
fans qu'elle en fçeuſt rien .
Il l'ordonna auffi magnifique
que galant , & quand
il fut fait , il propofa de
courir le Bal für le champ
en équipage aſſez propre
pour le faire remarquer. La
Belle s'en excufa fur ce
qu'elle n'avoit point d'Habit.
Le Cavalier dit qu'il n'avoit
qu'à en emprunter un
à Mademoiſelle de Chimmeflé.
En mefme temps il
écrivit un Billet, & envoya
fon Laquais qui avoit le
mot . La Belle le railla de
GALANT 39
fa confiance , fouftint qu'il
auroit la honte d'eftre refu
fé, ou que s'il ne l'eftoit pas,
comme un habit propre
ne fe doit jamais demander
pour courir le Bal , on luy
en envoyeroit un fi vilain,
qu'elle luy déclaroit d'avance
qu'il la prieroit inutilement
de s'en fervir. Le
Cavalier luy promit de la
laiffer dans une entiere li
berté de rompre ou d'éxecuter
la partie , fi elle ne
pouvoit s'accommoder de
ce qu'il avoit envoyé chercher.
Le Laquais revint, &
40 MERCVRE
apporta l'Habit que fon
Maiftre avoit fait faire par
le Tailleur. La Belle en admira
la beauté , & fut fort
fúrprife de le trouver aufli
juſte que s'il avoit eſté fait
pour elle . Vous jugez bien
qu'elle loüa plus d'une fois
l'honnefteté del'obligeante
Préticufe. Elle crût y devoir
répondre en prenant des
foins extraordinaires de ne
point gafter l'Habit . Elle
y réüffit, & eftant contente
de fa propreté, elle le renvoya
le lendemain à Mademoiſelle
de Chammeſlé,
GALANT. 41
avec de grands remercîmens
en fon nom , du plaifir
qu'elle avoit bien voulu luy
faire. Mademoiſelle de
Chammeflé qui ne fçavoit
ce qu'on luy vouloit dire,
répondit qu'on ſe méprenoit
, & qu'elle
n'avoit
prefté aucun Habit. Ainfi
celuy de la Mafcarade
fut
reporté à la Belle , à qui il
fut inutile de le vouloir
rendre au Cavalier. Il le
refufa autant de fois qu'il
fut apporté chez luy , & la
Belle a efté
contrainte de le
garder .
1
Mars 1679. D
42
MERCVRE
Ilfaut vous faire part des
fouhaits qui ont eſté
faits
pour le retour
du Printemps
où nous
commençons
d'entrer
, Les Paroles
que
font de M' Noël,
Homme
d'un fort
grand
merite, &
que je vous ay déja dit
la Ville de
Chartres avoit
choify pour fon
Avocat.
Elles ont efté miſes en Air
par M ' le Redde .
AIR
NOUVEAU.
AH , que
l'Hyver eff ennuyeux!
Durera-t- il
longtemps encore?
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nu smmo bhugar Dun
Ju ase, v dlaup fogui , cond
ab bollent
GALANT 43
Haftez- vous, ô divine Flore,
De venir regner en ces lieux.
Ramenez avec nous la Beauté que
j'adore,
Ramenez nos Ris & nos Ieux.
Ab, que l'Hyver effennuyeux!
Les Fleurs dans leurs boutons fe cachent
à nos yeux,
Mais à voftre retour nous verrons
tout éclore.
Si le plaifir de voir renaiſtre
la belle Saifon peut
eftre regardé comme un
bien , jugez quels voeux on
a efté capable de former
pour obtenir la fin de la
Guerre. Voicy ce que Mi
Broffard de Montaney,
Dij
44 MERCVRE
Confeiller au Préfidial de
Bourg en Breffe , a adreffé
làdeffus
au Roy. la a
MADRIGAL.
L
Aiffez prendre balcine à
l'Histoire,
Et donnez- vous , Grand Prince, un
moment de reposi
Celuy qu'on prend au faiste de la
Gloire,
Nefiedjamais mal aux Héros.
Content d'avoir bravé les efforts.
inutiles
De ces Princesjaloux qu'affligent
vos Exploits,
Fur grace accordez - leur quelqu'une
de ces Villes
GALANT
45
A
Que vous avez foûmiſes à vos)
Loix.
quoy qu'en leur faveur vostre
bonté s'étende, d
En
leur
quitant
droient
pour
toûjours,
un Bien qu'ils per-
C'eftpeu pour Vous , Grand Roys rout
ce qu'on vous demande ,
Apeine vous coûre huitjours.
Puis que la
fingularité
des
Amazones de
Noyon ,
dans les
réjouiffances de la
Publication de la Paix ,
vous
a paru une
chofe fi digne
d'eftre
remarquée , il faut
yous
apprendre
la fuite de
cette
Fefte.
Apres que les *
belles
Perfonnes ul.com46
MERCVRE
pofoient la galante Troupe,
dont je vous parlay le dernier
Mois , eurent pris des
Billets à l'Hoftel de Ville
pour aller loger dans les
meilleures Maiſons , elles
reçcurent parmy elles quelques
Officiers duRegiment
de Navarre , arrivez depuis
peu, qui leur demanderent
permiffion de les accom
pagner
er la Halebarde à la
main. Elles marcherent
toûjours dans leur premier
ordre, & vinrent au Bureau
des Aydes, où apres qu'el
les eurent fait plufieurs dé
GALANT
47
charges , on les
régalad'une
tres
magnifique
Collation .
Une autre
Troupe de Demoifelles
habillées en Bergeres
, s'y
rencontra , & on
y
dança fort
longtemps au
fon des
Hautbois & des
Violons.
Depuis ce
tempslà
il n'y a eu à
Noyon que
Bals,
Feftins,
Feux de joye,
&
Mafques . Les
Païfans
des
Villages des
environs
ont
voulu
prendre part à
toutes ces
Feftes , & lors
qu'on y
penſoit le
moins,
ils ont fait une
Entrée dans
La Ville,
d'une
nouveauté
48 MERCVRE
fort particuliere . Ils eftoient
tous habillez de deüil , &
conduifoient
un Eſtapier,
qui eft un Homme étably
pour diftribuer les Vivres
aux Soldats pendant la
Plufieurs Tam- Guerre.
bours qu'on avoit couverts
de noir , les précedoient .
L'Eftapier monté fur un
Cheval couvert auffi d'un
Drap noir parfemé de larmes,
eftoit en mefme équipage
que les Païfans , &
crioit par tout , La Guerre
eft morte. On luy répondoit
par des Vive le Roy , vive
།
la
GALANT 49
la Paix , que le Peuple faifoit
retentir de tous les côtez
.
La Publication de celle
d'Eſpagne s'eſt faite àMótpellier
avec les mefmes cerémonies
qui avoient eſté
obfervées dans la premiere.
Le Greffer Domanial de la
Seneschauffée , à qui feul
appartient le droit de faire
ces fortes de Publications,
fit les Cris accoûtumez , &
leût en fuite ce qui avoit
efté envoyé de la part du
Roy Mais il ne fe peut
rien de plus magnifique
Mars 1679. E
50 MERCVRE
que le Te Deum qui fur
chanté dans l'Eglife
Cathédrale
de S.Pierre. Monfieur
le Cardinal
de Bonzy,
Archevefque
de Narbonne
,
Primat des Gaules, & Préfident
des Etats de Languedoc,
y affifta avec onze
Evefques , deux Archevef
ques, M' le Marquis de Calviffon
Lieutenant
pour le
Roy en cette Province,
M' Dagueffeau
Intendant
,
deux Commiffaires
du Roy,
& quantité de Barons. Les
Confuls des Villes , & les
Députez des CommunauGALANT
51
tez qui compofent l'Affemblée
des Etats , s'y trouverent,
auffi bien que tous les
Officiers de la Cour des
Aydes en Robes rouges ;
les Tréforiers de France en
Robes de fatin noir , les
Officiers du Seneschal &
Préfidial, & les Confuls de
la Ville auffi en Robes rouges
& Chaperons, avec leur
fuite. Elle eft de fix Valets
habillez de rouge , avec
leurs Pertuifanes
, de quatre
Valets de fanté, & de fix
Efcudiers, qui ont auffi une
Robe rouge, & une longue
E ij
$2 MERCVRE
Maffe d'argent fur l'épaule.
La Cerémonie fe fit par
M ' l'Evefque de Montpel
lier , reveſtu Pontificalement.
Le foir, l'Opéra que
vous avez trouvé dans ma
Lettre de Fevrier , fut reprefenté
devant Monfieur
le Cardinal de Bonzi , &
toute l'Affemblée des Etats.
M'de Broy Avocat en a fait
les Vers. Je croy vous avoir
déja marqué que la Muſi
que eftoit de M de la Sabliere.
Comme chaque
premier jour de l'An on fait
de nouveaux Confuls de
*
r
GALANT 53
Mer , on élit auffi un nou
veau Guidon à Montpell
lier . Celuy qui a efté nom
mé la derniere fois , a paru
avec grand éclat dans la
Cerémonie de la Publica
tion de la
tured
Paix
. Sa Garniture
de gris - de- gris - de - lin , & les
Plumes & les Echarpes qu'il
donna à toute la jeuneffe
qu'on vit à cheval, ont efté
des marques de fa paffion
pour une aimable Perfonne
, devant la Porte de laquelle
il fit faire la décharge
de tous les Piſtolets.
Il montoit un Cheval An-
E iij
54 MERCVRE
glois , orné d'une magnifique
Houfle, fur laquelle on
voyoit en broderie d'or &
d'argent, grand nombre de
G & de B, qui font les lettres
capitales de fon nom ,
& de celuy de la Belle. Le
foir il fit un fort
ſomptueux
Régal à la plupart de cette
Jeuneffe .
A
Il me refte à vous parler
de
Touloufe &
d'Agde . Si
je m'en
acquite un peu
tard, ne
l'imputez qu'à l'é
loignement
des lieux qui
m'a empefché
d'en eftre
informé
plutoft.
GALANT 55
L'ordre ayant efté reçeu
à Toulouſe , les Capitouls
apres avoir publié la Paix
le matin dans le grand
Confiftoire de l'Hoftel de
Ville, firent l'aprefdifnée
la mefme Publication par
la Ville avec les cerémonies
accoûtumées. Les quarante
Soldats de la Famille du
Guet marchoient les premiers,
apres lefquels on vit
paroiftre à cheval les Officiers
de l'Hoftel de Ville ,
& les Capitouls , précedez
des Hautbois & des Trompetes
de la Ville , & fuivis
E iiij
56 MERCVRE
de plufieurs anciens Capitouls
auffi à cheval. Le Secretaire
du Confiftoire fit
la lecture du Placard dans
toutes les Places publiques
de leur marche. Il
y cut
une décharge des Soldats
du Guet à chaque lecture.
Mille cris de Vive le Roy
l'accópagnoient, & la foule
eftoit fi grande dans toutes
les Rues , qu'on avoit de la
peine à y paffer. Leo Te-
Deum fut chanté deux jours.
apres dans la Métropolitaine
de S. Eftienne .
Officiers du Parlement s'y
Les
GALANT 57
trouverent avec les Capitouls
, &les autres Compagnies
qui ont droit d'y af
fifter. La cerémonie du Feu
de joye fut diferée quelque
temps , afin que tous les
Corps des Meftiers euffent
celuy de créer leurs Officiers,
de dreffer leurs Compagnies
, de fe mettre en
& ordre , & d'y affifter en armes.
La veille du jour qui
avoit efté destiné pour cela,
aces Compagnies au nombre
de cinquante, & faifant
plus de cinq mille Homymes,
eurent ordre de fe
58 MERCVRE.
rendre à la Place de Saint
George, où elles furent rangées
par M Martin Capitoul,
qui faifoit la fonction
de Major de la Ville , &
par M Royer fon Ayde-
Major. Elles avoient chacune
leurs Officiers , Capitaine
, Lieutenant , & Enfeigne
, tous dans une fi
grande propreté, que comme
on ne s'eftoit attendu
à rien de
femblable , il n'y
eut perfonne qui n'en fuſt
agreablement furpris . Elles
défilerent par le Pré Montardy,
& traverferent l'Hô
GALANT. 59
tel de Ville , pour y paffer
en reveue en préſence des
Capitouls. Le lendemain
cest mefmes
Compagnies
eurent leur rendez vous à
la mefme Place, & allerent
prendre les Capitoulsà
I'Hoftel de Ville . On revint
de là à la Place de
S. Eftienne , où fe devoit
faire le Feu de joye . Chaque
Compagnie ayant pris
fon pofte , M Mariotte,
comme Capitoul
de ce
Quartier, mit le feu au Bucher
, aux acclamations
du
Peuple , & aux cris réiterez
?
60 MERCVRE
de Vive le Roy. Le fon des
Trompetes , des Fifres , &
des Tambours , fe mefla
auffitoft au bruit de la dé
charge de toute cette Infanterie
, & à celuy du Canon
qui tiroit en mefme
temps fur le Rampart.
Ainfi rien n'eftoit plus agreable
que de voir l'Image
de la Guerre dans une ce
rémonie de Paix . On fit
jouer le Feu d'artifice , frla
nuit parut. La
Machine reprefentoit la
Ville de
Nimégue . Sa figure
eftoit octogone , &
rost
que
GALANT.
61
avoit cinq toifes de diametre.
Les Faces eftoient
ornées
d'Ecuffons aux Armes
de France , & de plufieurs
Symboles de Paix,
comme de Mains , jointes,
de Noeuds faits de Rubans
bleus & rouges , qui font
les
Couleurs de France &
d'Espagne , de Branches
d'Olivier & de Laurier liées
enfemble , & d'autres chofes
femblables. Du milieu
s'élevoit une maniere de
Donjon , orné tout autour
de Trophées d'armes . La
France paroiffoit affife fur
62 MERCVRE
4
ce Donjon, avec une Couronne
fermée, & un grand
Manteau parfemé de Fleurs
de Lys d'or . On luy voyoit
prendre des Branches d'Olivier
des mains de la Paix
qui eftoit en l'air. Il n'eftoit
pas difficile de connoiftre
qu'elle ne prenoit ces Branches
que pour les donner
aux Nations qui font com
priſes au Traité de Paix.
Les Figures d'un Eſpagnol,
d'un Allemand , & d'un
Hollandois , les repreſentoient
, ayant chacun un
Etendard aux Armes de fa
GALANT. 63
Nation . Toute cette Machine
eftoit portée fur huit
Pilliers de trois toifes de
hauteur. Il y avoit de petits
Arcs entre - deux , le tout
entortillé de Lierre meflé
de petites Branches d'Olive.
Sous ces Arcs eftoient
fufpendus huit Tableaux
ou Cartouches , qui faifoient
autant de Devifes à
l'honneur du Roy fur le
fujet de la Paix . La premiere
eftoit un grand Soleil
dans un Ciel fort calme
, avec ces mots Eſpagnols,
"
64 MERCVRE
En apazible todoſe vée.st
L'incomparable génie du
Roy n'a jamais paru avec
plus de force que dans cette
Paix qui eft fon ouvrage.
II . Un Soleil en fon midy,
& ces mots,
Piu valido, e piufereno.
Le Roy eftant le plus en
pouvoir de vaincre fes Ennemis
, a donné la Paix à
l'Europe .
III . Un Soleil qui ſe couche
dans la Mer.
Etiam pelago fic fulget
-Elbero
.
Le Roy n'eftpas feulement
GALANT. 65
l'admiration de fes
Peuples ,
mais celle de fes Ennemis .
IV. Un Soleil dans fon
midy , fort ferein , qui re
garde les nuages
du Nort
Borea quoque
nubila
cedent.
La Paix du Nort fuivra celle
que Sa Majefté
a concluë
,
V. Un Soleil
couchant ,
avec des
Animaux qui fe
#etirent dans les Bois , &
des
Hommes qui
quitent
leur
travail
Dat requiem feffis.
Ces paroles marquent l'avantage
que retirent de la
Paix ceux qui eftoient.con-
Mars 1679 . F
66 MERCVRE
tinuellement expofez aux
defordres de la Guerre.
VI. Un Soleil brillant, &
des Nuës groffes de fou
dres qui s'évanouiffent.
Terrori fuccedit amor.
Le Roy apres avoir fait
trembler fes Ennemis , leur
donne des marques de fa
bonté par
par la Paix. loins mp
VII . Un Soleil qui dore
des Nuës noires.nl
Serenat ornat, Daysh
Cette Devife regarde la
magnificence de Sa Majesté
pendant la Paix.q el so
VIII. Un Soleil qu'un Ai
GALANT 67
gle , un Lyon , & un Léopard,
regardent avec attention
, & ces paroles de
Claudian .
Commune facit reverentia
foedus .
Apres le Feu d'artifice on
fe retira fans aucun defor
dre à la faveur des lumieres
qui eftoient à toutes les Fe
neftres . On fit en fuite des
Feux particuliers chacun
devant fa Maiſon . Ils furent
continuez les deux
jours fuivans , & toûjours
avec les plus grandes démonftrations
de joye que
Fij
68
MERCVRE
puiffent donner des Sujets
zélez pour la gloire de leur
Prince .
Je viens à Agde C'eſt
une Ville qui a de grands
avantages à efperer du rétabliffement
du Commerce
; & comme elle en voit
l'affurance par la Paix, voi
cy ce qu'elle a fait de particulier
pour en témoigner
fa joye. Il y avoit à l'entrée
du Pont un Arc de triomphe
, avec des Cordons de
Laurier &
d'Olivier entrelaffez.
Du cofté droit on
voyoit le Portrait du Roy .
GALANT. 69
à cheval ; & de l'autre , un
Tableau
d'Hercule . Sous
l'Hercule eftoient dépeints
trois ou quatre de fes Travaux
comme le Lyon de
Nemée , l'Hydre , le Sanglier
d' Erymanthe , & c.
avec cette Infcription , Tres
Alter, nunquam ifte duos,
( faiſant allufion au Proverbeo
Ne Hercules contra
duos . Sous le Roy , il y
avoit un Trophée d'armes
appuyé far un Lyon & un
Aigle , qui font les Armes
de l'Empire , de l'Espagne,
& de la Hollande , avec ces
70 MERCVRE
quatre Vers qui expliquent
l'Infcription Latine de
IHercule .
Iamais l'Hercule de la Fable
Eut- il deux Ennemis à combatre à
la fois ?
Noftre Hercule veritable.
Afceu triompher de trois.
Au bout du Pont on
voyoit
cinq Ares de
triomphe en
pentagone
, à trois étages,
en forme
pyramidale , de la
hauteur de
quatre toifes,
avec fes
dimenfions , & fur
le tout un Mars. Tous les
Arcs
eftoient
crenelez , &
femez de Fleurs- de-lys d'or
GALANT.
71
fur un
Champ
d'azur. A
tous les
angles des Arcs, il
y avoit des
Guidons avec
les
Armes du Roy , & des
Lances à feu qui
estoient
comme
autant de Flambeaux
dont cette
Machine
fut
toujours
éclairée lors
qu'on y eut mis le feu . Sur
le
e
premier Arc de
triomphe
on
lifoit cette
Infcription
en gros
caracteres , Poftrema
incendia
Martis ; & fur
le
Bouclier de
Mars qui
regardoit
directement
le
Roy, on avoit mis cette
autre
Infcription à l'en72
MERCVRE
tour, Tibifat Lodoice datum .
Toute cette Machine ( auffi
bien les Arcs de triomphe
que la Figure de Mars ) ef
toit remplie de Feux d'artifice.
Les chofes eftant ainfi
difpofées , les Confuls à
cheval & en Robes rouges,
accópagnez de la Jeuneffe
auffi à cheval , de la Bourgeoifie
fous les armes , &
de tous les Meftiers chacun
dans fon rang , firent le
tour de la Ville au bruit
des Violons, des Trompetes
, des Hautbois , & des
Tambours,
GALANT.
73
Tambours ; &
apres
avoir
fait la
lecture & la
proclamation
de la Paix
devant la
Maiſon de
Ville , &
dans
tous les
autres
endroits accoûtumez
, ils
allerent
vers
le
Pont
dans le
mefme ordre
, & le
pafferent à l'entrée
de la nuit : Les
Confuls
eftant
deſcendus de
cheval,
s'avançoient
pour
mettre
le feu au
Bucher ,
quand
un
Ange
defcendit
rapidement
d'un
Clocher
qui eft
d'une
hauteur &
d'une dif
tance
confidérable , & l'y
mit en
mefme
temps qu'
Mars
1679.
G
74 MERCVRE
eux. Cet Ange tenoit
un
Flambeau
d'une main , &
une Couronne
d'Olivier
de
l'autre. Toute
la Machine
éclata
d'abord
en mille
Feux d'artifices
diférens
, ce
qui fut fuivy du bruit de
plus de deux cens Boëtes
difpofées
le long des deux
Quais , & d'autant
de coups
de Pierriers
que tirerent
les
Barques
qui eftoient
dans
la Riviere
.
Je ne puis mieux
finir
cet Article
que par les Vers
que l'incomparable
M ' de
Čorneille
l'aiſné
a préſenGALANT.
75
tez à Sa
Majeſté ſur la gloire
qu'Elle s'eft
acquife par ce
qui
donne lieu à
toutes ces
réjouiffances. Il n'eft point
befoin de vous dire
qu'ils
ont efté
admirez de toute
la
Cour.
Vous
fçavez qu'il
ne part rien que d'achevé
de la
plume de ce
grand
Homme.
sh.Moldawgrubund sup
votary
& britza't
Gij
76 MERCVRE
E5E5Z5ESE SE SESES
AV ROY
SUR LA PAIX .
C
E n'eftoit pas affez , Grand
Roy, quela Victoire
Ate fuivre en tous lieux mist fa plus
haute gloire,
Il falloit, pour fermer ces grands
évenemens,
Que la Paixfe tinft preste à tes
commandemens.
A peine parles-tu , que fon obeiffance
Convainc tout l'Vnivers de ta toutepuiffance,
Et le foumet fi bien a tout ce qu'il
te plaift,
GALANT. 77
Qu'au plus fort de l'orage un plein
calme renaift.
Vne Ligue obftinée aux fureurs de
la
Guerre,
Mutinoit contre toyjuſques à l'Angleterre
:
Ces projets tout à coup fe font évanouis,
Et pour toute raifon , AINSI LE
VEUT LOUIS .
Ce n'eft point une Paix que l'im
puissance arrache,
Et dont
l'indignité fous de faux
joursfe cache.
Pour la donner à tous ne confulter
que Toy,
C'est la réfondre en Maistre , &`-
l'impofer en Roy,
Et c'est comme un tribut que tes
Vaincus te rendent,
-Si-toft que par pitié tes bontez le
commandent.
78 MERCVRE
Prodige ! ton feul ordre acheve en
un moment
Ce qu'enfept ans Nimégue a tenté
vainement.
-Ce que des Députez la fameuse Affemblée,
D'interefts oppofez trop souvent
accablée;
Ce que n'esperoit plus aucun Médiateur,
Tu le fais par Toy- mefme, & lefais
de hauteur.
2
On l'admire avecjoye, & loin de
t'en dédire, et eos maj
Tes plus fiers Ennemis s'empreffènt
d'y fouferire : rothy
Vn zele impatient de t'avoir pour
foûtien,
Réduit leur Politique à ne contefter
rien.
Ils ontveu toutpoffible à tes ardeurs
gucrriéres, ..
GALANT 79
Etfours que ta Iustice y mettra des
barriércs,
Qu'elle fe défendra de rien garder
du
leur,
Ils la font feule arbitre entre eux
& ta valeur.
Qu'ilt'épargne defang, Eſpagne!
il te veut rendre
Des Villes qu'il faudroit tout un
ficcle à
reprendre :
Il en est en Hainaut, en Flandres,
quefon choix bald
En t'impofant la Paix , remettra
fous tes loix:
Mais att commun repos s'ilfait ce
Sacrifice,
En tous tes Alliez il veut mefme
justice,
* Et qu'aux loix qu'il fefait leurs
interefts foumis
Ne laiffent aucun lieu de plainte à
fes Amis.
80 MERCVRE
Ovous qu'il menaçoit, & qui vous
teniez prestes
A l'infaillible honneur d'eftre de
fes conqueftes,
Places dignes deLuy, Mons, Namur,
plaignez- vous:
La Paix vous ofte un Maiſtre àpréférer
à tous,
Et Louis au vieux joug-vous laiſſe
condamnées,
Quand vous vous promettiez nos
bonnes Deftinées.
Heureux au prix de vous Ypres,
& Saint Omer :
Ils ont eu comme vous dequoy les
alarmer,
Ils ont veu comme vous leur campagnefumante
Faire paffer chez eux lafaim &
l'épouvante;
Mais pour cinq ou fix jours que ces
maux ont duré,
GALANT. 81
Ils ont mon Roy pour Maistre, &
tout eft
repareren
Ainfi fait le bonheur de l'Egypte
inondée
Du Nil impétueux la fureur dé
bordée ;
Ainfi les mefmes flots qu'elle fait
regorger,
Enrichiffent les champs qu'il vient
de
ravager
.
Confulez - vous pourtant , Places
qu'il abandonne,
Qu'ilfemble dédaigner d'unir à fa
Couronne;
Charles, dont vous aurez à recevoir
les loix,
Veudra d'un fi grand Maiſtre apprendre
l'art des Rois,
Et vous verrez l'effort de fa plus
noble étude
S'attacher à lefuivre avec exactitude.
82 MERCVRE
Magnanime Dauphin , n'enfoyez
point jaloux,
offer of
Sijamais on le voit s'élever jusqu'à
Vous.
Il pourrafaire unjour ce que déja
vousfaites,
Eftre un jour en vertus ce que déja
vous étes:
Mais exprimer au vifce Grand Roy
tout entier, w
C'est ce qu'on ne verra qu'en fon
digne Heritier: MAL
Le privilége eftgrand, & vous
ferez l'unique
A qui du jufte Ciel le choix le communique.
allois vous oublier , Bataves
gcnéreux,
Vous qui fans liberté ne fçauricz
vivre heureux,
Et que l'illustre horreur d'un avenir
funcfte
GALANT 83
A fait de l'Alliance ébranler tout
le refte.
En ce grand coup d'Etatfi longtemps
balancé,
Si tout cc reftefuit, vous avez commencé
;
Et Loüis qui jamais n'en perdra
la mémoire,
Se promet de vous rendre à toute
vostre gloire, mada_POST
De rétablir chez vous Rentiere
liberté,
Maisfirme, mais durable à la Pofterité,
-Et telle qu'en dépit de leurs deftins
fevéres
Vos Ayeux opprimez l'acquirent à
vos Péres.
M'en defavoûras-tu, Grand Roy,
fije le disord
Mepardonneras-tu , fi par làje
finis ?
84 MERCVRE
Mille autres te diront que pour ce
bien fupréme,
Vainqueur de toutes parts , tu t'es
vaincu toy -mefme;
Ils diront à l'envy les bonheurs
que la Paix
Va faire à gros ruiffeaux pleuvoir
fur tes Sujets :
Ils dirontles vertus que vontfaire
renaiftre
L'obfervance des Loix, & l'exemple
du Maistre,
Le rétabliffement du Commerce en
tous lieux,
L'abondance par tout répanduë d
nos yeux,
Le nouveaufiécle d'or qu'affure ton
Empire,
Et le diront bien mieux que je ne le
puis dire.
Moy , pour qui ce beau siécle eft
arrivéfi tard,
GALANT. &
t
Queje n'y dois prétendre ou poin ,
ou peu de part ;
Moy, qui ne le puis voir qu'avec un
ail d'envie,
Quand il faut que je fonge àfortir.
de la vie ;
Ie n'ofe en ébaucherle merveilleux
portrait,
De crainte d'enfortir avec trop de
regret.
La Lettre que vous allez
voir eft la fuite d'un Article
du dernier Mois . Elle
eft fur une matiere qui convient
fort à la fainteté du
temps où nous fommes.
L'Autheur a caché fon
nom , mais il ne peut ca86
MERCVRE
cher qu'il a infiniment de
l'efprit, & que la Poëfie luy
eft un talent auſſi naturel
que celuy d'écrire aifément
en Profe.
255$2525252525252
A MADAME
DE *** · -
Ous eftes fifenfible aux
VoV belles chofes , Madame,
queje fuis perfuadé que vous
lirez avec plaifir l'Oraiſon
Funebre que je vous envoye,
puis qu'elle en eft toute remplie.
Elle eft de M' l'Abbé Fléchier
qui fait un des princiGALANT.
87
paux ornemens del Académie
Françoife. Feu M le Premier
Président de
Lamoignon
en est le sujet, & elle fut prononcée
le 18. de Fevrier dans
l'Eglife de Saint Nicolas du
Chardonnet, par les foins de
Madame de Miramion dont
la vertu eftfi univerfellement
connuë. Je vous avoüë que
je fus furpris du fuccés de
cette Action , & que je ne le
fus pas moins des effets qu'el-
Le produifit en moy . Larêputation
du Panégyrifte m'avoit
attiré à cette Cerémonie. Je
ne m'eftois rien proposépour
88 MERCVRE
mon coeur. le m'imaginois
que mon efpritfeul y trouweroit
de quoy fe fatisfaire,
encor ne fçavois-je qu'en
penfer. La matiere paroiffoit
ufée, & je doutois que l'Ora
teur euft affez de feu pour
réchauffer des cendres d'une
année. Vousfçavez de plus,
Madame, vous quifçavezfi
bien toutes chofes, qu'un Ovurage
qui a pour but l'éloge
des Morts, & la cenfure des
Vivans , trouve fouvent les
oreilles mal difpofees. Tant
d'obftacles me faifoient craindre
que ma curiofitéfuſt mal
GALANT. 89
fatisfaire , & que l'Autheur
n'éprouvaſtaux dépens de fa
réputation , les méchans effets
que produifent d'ordinaire
Les contretemps. Il ne me
laiffa pas longtemps dans cette
crainte, ces obftacles, quoy
que confidérables , ne fervirent
qu'à faire éclater davantage
la beauté de fon génie .
Il entra fi naturellement dans
le caractere de l'Ilustre Defunt
dont il bonoroit la memoire
, qu'il renouvela des
idées que le temps l'ingratitude
du Siecle n'ont peuteftre
déja que trop effacées .
Mars 1679. H
190 MERCVRE
•Les louanges qu'il luy donna
furent accompagnées de tant
demodeftie, qu'on euft dit qu'il
Se faifoit unfcrupule de n'avoir
pas affez de refpect pour
fes dernieres volontez ; &fa
Morale, quoy que fevere,fut
fi infinuante, qu'elle fe fit recevoir
dans les coeurs les plus
endurcis
.
Cependant
, Madame,
ce n'eft pas ce que j'ad-
*
miray
davantage , ny ce qui
m'édifia le plus. Te laiffe d
part la magnificence de la
Pompe , où rien ne refpiroit
pourtant qu'une pieufe majefté.
Le zele de Madame de
1
GALANT. 91
A
Miramion qui faifoit les honneurs
decette Fefte chreftienne,
acheva de m'enlever, & il
me parut fi beau dans toutes
fes circonftances , que tout
mondain que je fuis ,je ne pûs
mempefcher de dire qu'il
napartient qu'aux Perfonnes
e quis aiment en Dieu , des a
mer toûjours de la mesme
forte. En effet, Madame, faifons
nous juftice. Où font- ils
ces coeurs qui ont affez defolidité
pour foupirer toûjours
également la perte de leurs
s'ai
Amis ? On en trouve encor
quelques uns qui donnent
Hij
92 MERCVRE
quelque chofe à la bienséance
à la coûtume , ou qui trou
blez des funestes pensées de
la mort,laiſſent voir des marques
de frayeur que leur diffimulation
faitpaffer quelques
jours pour des regrets. Il
ne faut pour cela que des
Ames communes; & c'est dequoy
l'on ne manque pas dans
Le temps où nous fommes.
Mais , Madame , pour faire
une
application jufte , & pour
finir un difcours que je ne me
fens pas capable de foûtenir
plus
longtemps , qu'ily apeu
de
Madames de
Miramion, &
GALANT. 93
&
la
qu'ilferoit neceffaire pour
gloire de Dieu , pour lefecours
du Prochain , qu'il n'y
euft que des Perfonnes comme
elle dans le monde !
On verroit refleurir cette vertu
Chreftienne
Dont nos fens pervertis ont
corrompu les Loix,
La Foy rétabliroit fa vigueur
ancienne,
Et noftre unique objet ne feroit
que la Croix.
Le Pauvre fecouru dans fa mi
fere extréme ,
Sans fe plaindre du rang où le
Ciel l'a placé,
Verroit d'un oil foûmis l'éclat
du Diademe, mesklené
94 MERCVRE
Sãs que fon coeur en fuſt bleſſé.
Il beniroit de Dicu la volonté
fupreme ;
La cruelle Neceffité
Qui porte quelquefois le plus
jufte au blafphéme ,
Au fort du defefpoir dont il eft
agité,
N'auroit plus contre fa coû.
tume
Cette infuportable amertume
Dont nos avares mains compofent
du poifon;
Tout icy- bas enfin fe feroit par
raifon .
Les Vices enchaînez connoif
troient fon Empire ,
La Charité fçauroit étoufer la
Satire;
Et dans cette arriere-faifon
Qui nous appelle à la retraite ,
GALANT. 95
Au fouvenir de nos douleurs,
Nous ne fentirions point cette
crainte fecrete
Qu'un remords devorant fait
naiftre dans nos coeurs.
Cette funefte Cerémonie
me fait fonger à la perte
que M's les Maitres des
Requestes firent de M'
Habert de Monmort leur
Doyen , fur la fin de l'autre
Mois. C'eftoit un des
plus anciens Magiftrats du
Royaume. Son illuftre Famille
eft affez connue de
tout le monde, n'y ayant
prefque point de Maifon
96 MERCVRE
confidérable ou dans la
Robe , ou dans l'Epée , à
laquelle il ne fuft allié. Il
eftoit auffi Doyen de l'Académie
Françoiſe , dans
laquelle il avoit eſté reçeu
il y a quarante- quatre ans.
Elle luy doit d'autant plus,
que ce fur fur les curieufes
Affemblées qu'il faifoit
chez luy , compofées de
Gens de qualité, & des plus
beaux Efprits du
Royaume,
que
M' le Cardinal de Richelieu
forma le deffein de
fon
Inftitution . Il y laiffe :
une Place vacante par fa
mort.
GALANT. 97
mort. J'auray àvous entretenir
la premiere fois du
mérite de fon Succeffeur.
On a rendu juftice en
Languedoc , comme on
avoit déja fait en Guyenne,
à celuy de M' le Comte de
la Serre , Fils de feu M' le
Marefchal
d'Aubeterre-
Luffan . Je vous appris il
y a quelque temps que Sa
Majesté voulant récompenfer
les
fervices qu'Elle en
a reçeus en plus de trente
Campagnes , luy avoit donné
la Charge de Lieutenant
de Roy dans cette derniere
Mars 1679. I
98 MERCVRE
Province. Le Titre de Confeiller
d'honneur luy fut
accordé par les mefmes Lettres,
& c'eft en cette qualité
que les honneurs dont j'ay
à vous entretenir , luy ont
efté déferez au Parlement
de Toulouſe . Il fut placé au
deffus du Doyen, & prit le
pas en entrant & en fortant,
immédiatement apres
le Premier Préfident. Deux
Commiffaires de la Grand'
Chambre le vinrent recevoir
à l'entrée du Palais, &
le reconduifirent de la mef
me forte. L'aprefdifnée un
GALANT. 99
Prefident à Mortier, & deux
Confeillers , allerent chez
luy le cóplimenter au nom
de toute la
Compagnie. Il
reçeut la mefme civilité des
Capitouls , & de tous les autres
Corps de la Ville , & outre
cela , les vifites particulieres
de tout le
Parlement ,
& de tout cequ'il y a de Gens
de qualité à Toulouſe .
Apres
de tant d
matieres diférentes , il faut
vous parler de Mariage . Il
s'en eft fait un depuis quelque
temps , qn'on croyoit
qui ne duft pas s'achever
I ij
100 MERCVRE
fans trouble. Voicy l'Hif
toire . Un Cavalier fervant
dans l'Armée de Catalogne
fit un voyage à Paris apres
ſes trois premieres Campagnes.
Dans le peu de remps
qu'il y demeura , il fit habitude
avec une fort aimable
Perfonne. Elle l'égaloit
en naiffance, & en fortune
, avoit du merite , &
une humeur douce & infinuante
qui toucha le Cava
lier. De fon cofté il meritoit
fort qu'on l'eftimaſt, Il
eftoit bien fait , difoit les
choſes avec efprit, écrivoit
1
GALANT 101
agreablement en Vers &
en Profe , & mefloit un enjouement
dans la converfation
qui le faifoit fouhaiter
par tout. Ainfi comme il ne
manqua point de plaire à
la Belle, il n'eut befoin que
de s'expliquer pour la voir
répondre à fa paffion. II
parla de l'époufer. La propofition
fut reçeue , & on
fongeoir à dreffer les Arti
cles du Contract, quand un
ordre de partir qu'il n'at
tendoit pas fi- toft , l'arracha
tour d'un coup d'aupres de
cette belle Perfonne. Il
I up
102 MERCVRE
voulut faire le Mariage
avant fon départ , mais il ne
pût obliger la Mere à y confentir.
Elle en remit la conclufion
à fon retour , & fe
contenta de l'affurer que s'il
demeuroit toûjours dans
les mefme fentimens pour
fa Fille , il ne trouveroit
point de changement dans
les fiens. Il falut fe féparer.
Les Lettres furent le foulagement
de l'abſence . Le
Cavalier écrivit fouvent, &
toûjours en termes fort paffionnez.
La Belle faifoit des
Réponſes fort obligeantes ,
GALANT. 103
& ne témoignoit pas moins
d'impatience de fon retour
, qu'il en faifoit paroiftre
de la revoir. Dans
cette
correfpondance qui
le confoloit du malheur
d'en eftre éloigné , il remplit
les devoirs de fon Employ
avec toute l'ardeur
d'un Sujet zelé pour la gloire
de fon Prince , & d'un
Amant qui fouhaite de la
réputation , pour meriter
d'eftre uniquement aimé
de fa Maiftreffe. Les périls
qu'il effuya firent bruit , &
il s'y expofoit avec d'autant
I
iiij
104 MERCVRE
plus d'intrépidité , qu'il
avoit fujet de croire que la
voix publique parleroit de
luy à ce qu'il aimoit. Cependant
comme les objets
s'effacent infenfiblement
du coeur quand ils s'éloi
gnent des yeux, la Belle accoûtumée
à ne plus voir fon
Amant, laiffa diminuer peu
à peu l'empreffement qu'elle
avoit à luy écrire. Il y
avoit déja pres de deux ans
qu'il eftoit party , & une fi
longue abfence luy softoir
beaucoup de fon merite aupres
d'elle . Il pouvoit ne
GALANT. 105
point revenir, & c'eftoit fe
vouloir piquer d'une vertu
du vieux temps, que de ſe
garder toûjours à un Ab.
fent. On luy en conta. Elle
ne ferma point l'oreille aux
douceurs, & enfin un Homme
de Magiftrature , bien
fait & fott riche , s'eftant
déclaré, elle le renvoya à fa
Mere dont elle devoit fuivre
les volontez . Il avoit
plus de bien
lier, & ainfi il n'eut pas plus
de peine à perfuader la
Mere qu'il en avoit eu à gagnerda
Fille. Les avanta
que le Cava106
MERCVRE
ges qu'il luy offroit eſtoient
grands , & valoient bien
qu'on ne fe fift pas un point
d'honneur de garder exactement
fa parole. D'ailleurs
les reproches du Cavalier
n'eftoient point à craindre,
puis qu'il ne devoit apprendre
la chofe que quand elle
feroit fans
remede.Onfigne
le
Contract . On prend jour
pour les Fiançailles , & on
invite les Parens de part &
d'autre pour rendre la Cerémonie
plus folemnelle.
Ce jour arrive . L'Amant
heureux vient chez la Belle
GALANT. 107
en Habit décent . La Belle
fe met dans une propreté
qui luy donne de nouveaux
charmes , & ils attendoient
que la Compagnie fuſt aſfemblée
, tres - fatisfaits l'un
de l'autre , quand tout d'un
coup le Cavalier entre dans
la Salle. Il va falüer la Belle ,
ou plûtoft il court l'embraf
fer comme une Perfonne
qui luy eft promife , & qu'il
prétend époufer dans peu
de jours. Il eft reçeu avec
la froideur que vous pouvez
vous imaginer. La Belle eft
déconcertée . Elle ne s'at-
-
108 MERCVRE
tendoit à rien moins qu'a
•fon retour , & ne fçait quel
party prendre dans l'embaras
où elle fe trouve . L'A
mant n'eft pas moins furpris.
Cette familiarité l'in
quiete. On ne l'avoit point
averty que fa Maiſtreſſe
euft
aucun engagement
, & il ne
peut deviner d'où vient
qu'un Homme d'épée a de
fi grands privileges
aupres
d'elle. Le Cavalier tranf
porté de fa paffion, ne prend
garde au defordre
de l'un ny
de l'autre
. Heftoit party de
Catalogne
fi - toft qu'on
GALANT. 109
avoit eu nouvelle de la Paix
fignée , & comme il ne
faut qu'aimer pour trouver
moyen d'accourcir un long
voyage , il avoit employé
fort peu de jours en chemin
, & eftoit accouru chez
la Belle prefque en arrivant.
Il tient les yeux attachez
fur elle, la regarde
quelques momens fans parler
, & enfin luy dit les chofes
les plus tendres fur la
joye qu'il a de la revoir. 11
l'admire, la trouve plus belle
que jamais , luy prend les
mains , les luy baiſe, la prie
110 MERCVRE
de ne perdre plus de temps
à fe parer , parce qu'elle n'a
befoin d'aucun ornement
d'emprunt pour eftre toute
pas
charmante , & adreffant la
parole à fon Rival qui luy
eft encor inconnu , il luy demande
s'il ne le tient pa
heureux d'avoir une fi belle
Maiftreffe, & d'en eftre aimé.
L'Amant ne fçait que
répondre. La Belle eft dans
un redoublement d'embarras
inconcevable , & une
Dame priée de la Fefte entrant
alors dans la Salle, ne
peut les voir ainfi interdits
GALANT. III
T'un & l'autre, fans leur dire
qu'ils paroiffent bien chagrins
pour des Gens qui
font prefts à fe marier. Le
Cavalier qui s'aplique tout
parce qu'il n'eft remply
que de fon amour , répond
qu'on ne luy fçauroit faire
un plus grand plaifir que de
ne point reculer . L'arrivée
d'un Homme de Robe l'empefche
d'en dire davantage.
Ce nouveau venu à qui
Le Cavalier paroiſt un des
Conviez , congratule les
deux Amans fur leurs Fiançailles.
Ce mot eſt un coup
112 MERCVRE
de foudre pour le Cavalier,
Il voit fa Maiftreffe toute
déconcertée qui baiffe les
yeux. Il fait refléxion qu'.
elle eft dans une parure
extraordinaire , remarque
qu'elle a un Bouquet , &
que tout eften mouvement
dans le Logis , comme s'il
s'y paffoit quelque grande
affaire . C'en eftoit affez
pour luy faire comprendre
fon malheur. Cependant il
en veut eftre éclaircy par
elle- mefme . Il n'y avoit
point à balancer. La Belle
fe réfout de franchir le pas,
GALANT 11z
& fe fervant des termes les
plus
honneftes & les plus
confolans qu'elle peut trou
ver, elle luy fait connoiftre
le choix qu'elle a fait , luy
avoue que l'heure eft prife
pour fes Fiançailles
; adjoûte
que s'il ne la retrouve
pas la mefme qu'il l'avoit
laiffée, il ne doit s'en prendre
qu'à une fatale neceffité
qui force les coeurs les
plus fermes au
changement.
Le Cavalier ne garde
plus de mefures . Il la traite
de
perfide
, luy fait cent
reproches
, rega
regarde fon Ri
Mars
1679. K
114 MERCVRE
val d'un oeil
menaçant, luy
dit qu'il fçait les moyens.
de l'empefcher
d'eftre heureux,
& voyant qu'on s'affemble
au bruit qu'il fait,
il fort dans un
emportement
fi plein de fureur, que
tous ceux qui font accourus
, en demeurent
faifis.
d'effroy.
Chacun fe regarde
. On eft
longtemps fans
rien dire , & ceux qui parlent
n'expliquent qu'à demy
ce qu'ils penfent . Quoy
qu'il femble que les Abfens
ayent toûjours tort , on ne
laiffe pas de plaindre le
GALANT. 115
Malheureux. L'Affemblée
acheve de fe groffir, & comme
les premiers racontent
tout-bas ce qui s'eft paffé à
ceux qui arrivent, perſonne
n'ofe fe mettre de bonne
humeur , & chacun garde
fon férieux , comme fi on
prévoyoit quelque funefte
fuite de cette avanture. La
Belle fur tout eft inconfo
lable. Le Bien la tenoit
moins attachée au dernier
Amant qu'elle avoit choiſy,
que fes belles qualitez. Elle
l'aimoit, & la certitude de
l'épouser luy avoit fait a-
Kij
116 MERCVRE
bandonner fon coeur à fa
paffion. Les menaces du
Cavalier l'effrayent. Elle
ne doute point qu'il n'ait
médité quelque chofe de
violent contre fon Rival,
& elle eft fi vivement prévenue
de cette imagina
tion , qu'elle ne voit plus
de feûreté pour fa vic. On
tâche de la raffurer, & apres
deux heures de raiſonnement
fur le trop d'alarmes
qu'elle fe donne , on eftoit
preft de fortir pour la cerémonie
des
Fiançailles ,
quand un Laquais entre
GALANT. 117
de la part du Cavalier avec
un Billet. Elle court à luy,
le luy arrache des mains, &
levoyant fortir fans en demander
réponſe, elle s'écrie
que c'eft un Défy pour s'al
ler batre , qu'elle ne veut
point qu'ils en viennent là ,
qu'on les accommode , &
n'écoute point ce qu'on luy
oppofe, qu'il n'y a perfonne
affez hardy pour entrepren
dre un Duel , & que d'ailleurs
un Homme d'Epée
n'avoit jamais attaqué un
Homme de Robe. Elle ouvre
le Billet en tremblant,
118 MERCVRE
& lit tout haut ce qui fuit.
Animé des transports de l'espoir le
plus doux,
Ie viens avec ardeur embraffer vos
genoux,
Etj'apprens , o malheur ! ô funeste
difgrace!
Que tandis que mon bras pour vous
&pour l'honneurs
Aidoit chez l'Espagnol à forcer une
Place,
In Ennemy fecret m'enlevoit voftre
coeur .
Aux plus vives fureurs mon ame
s'abandonne ,
Mon defefpoir aigry n'épargnera
perfonne,
Vous verrez ce Rival jufque dans
vostre fein,
Per ce de mille coups, fuccomberfous
ma main.
' GALANT. 119
Quelle fureur, s'écrie- t- elle
en s'arreſtant
tout d'un
coup en cet endroit ! C'eft
bien plus que de fe vouloir
batre avec fon Rival. Il veut
l'affaffiner
. Qu'il ne forte
point, il luy en coûteroit la
vie . L'Amant luy fait connoiftre
qu'elle prend de
vaines frayeurs , & la conjure
de vouloir achever la
cerémonie
. Ses Parens l'en
preffent de leur coſté, & luy
répondent
de l'évenement
.
Elle n'écoute perfonne , &
toûjours
pleine de fon
tranfport , elle s'oppoſe fi
120 MERCVRE
abfolument à ce qu'on veut
d'elle , que fon Amant ne
peut s'empefcher
de luy
dire qu'en
reculant fon
bonheur , il
femble qu'elle
cherche à fe
conferver à
fon Rival. Au lieu de répondre
, elle continuë
la
lecture de fon Billet , & y
trouvant ces
mots,
Te porteray plus loin les efforts de
marage,
Et vous -mefme, perfide ...
Allons, dit - elle fe
tournant
vers fon Amant , vous le
voulez , me voila prefte ,
fortons . Puis qu'il en veut
à
mon
GALANT. 121
à mon fang auffi-bien qu'au
voftre , je ne crains point.
ce qui me doit eftre commun
avec vous . En mefme
temps elle donne la main
àfon Amant, & laiffe prendre
le Billet à une Dame
qui ayant leû tout - bas ce
qui reftoit, dit que les derles
nieres menaces eftoient
bien plus terribles que
premieres , & qu'elle prioit
qu'on les écoutaſt. On
prefte filence , & voicy ce
qu'on entend.
Ie porteray plus loin les efforts de
ma rage,
Mars
1679. L
122 MERCVRE
Et vous- mefme,perfide.... Ab toutbeau,
mon couroux,
Méprifons
cette ingrate ; un an de
mariage
Me vangerabien mieux que vous.
Comme
la Dame donnoit
de la grace à ce qu'elle lifoit
, tout le monde
ſe mit
à rire, parce qu'on s'apperçeut
que c'eftoient
des
Vers, La Belle lesaavoit
leûs d'une maniere
fi traînante
& fi interrompuë
,
qu'ils avoient
paffé jufquelà
pour de la Profe. Il ne
fut pas difficile
de juger
qu'un Homme
qui avoit
GALANT.
123
la
l'efprit
aſſez
libre
pour
faire
des
Vers ,
n'eftoit pas fi en
colere
qu'il le
difoit, & que
les
reproches
eftoient
toute
vangeance
qu'il
vouloit
prendre de la
préference
qu'on
avoit
donnée à fon
Rival.
On
plaifanta ſur
ces
Vers , &
une
jeune
Perfonne fort
enjoüée dit
agreablement ,
qu'il
falloit
empefcher
le
Dieu
Hymenée
d'entrer ,
puis
qu'il
avoit
entrepris de
vanger
un
Amant
defef
peré.
Cette
menace ne fit
point de
peur à
l'Amant .
Lij
124
MERCVRE
La cerémonie fut achevée.
Il en montra une extréme
joye , & s'il eut quelque
chagrin qui ne parut pas,
ce fut de connoiftre que
fa Maistreffe avoit eu une
premiere paffion dans lẹ
coeur .
On a dreffé un Tombeau
à M ' le Marquis de Montaut
, Fils unique de Monfieur
le Marefchal Duc de
Navailles . Je l'ay fait graver
pour vous en faire voir la
conftruction
. Vous pouvez
l'examiner
dans cette Figure.
Les neuf Vers Latins
に
4.
il com kr
as lapice
sb
205 9009
Butaqres
GALANT.
125
que vous y
trouverez, font
connoiftre la
gloire de ce
jeune
Marquis
pendant fa
vie , & les
circonftances de
fa mort. Il eftoit
tellement
né pour la
Guerre ,
qu'on
a dit de luy avec
beaucoup
de
juftice qu'il avoit remporté
des
Victoires dans
un âge où l'on eft à
peine
capable de
porter les armes .
On fçait de quelle
maniere
il fe
diftingua à la Bataille
d'Efpoüille , où il fit des
merveilles avec fon Regiment
, dans la fonction de
Brigadier , en la place de
Liij
126 MERCVRE
M' de S. André qui s'eftoit
jetté dans Bellegarde . Ainfi
on peut dire qu'il partagea
en quelque façon l'honneur
de cette Victoire avec
M'le Duc de Navailles fon
General & fon Pere , auffibien
qu'au premier Aſſaut
de Puycerda, où Mª le Bret
Lieutenant General fut té
moin de fa valeur. Elle luy
avoit déja acquis deux
Charges , l'une de Colonel
d'Infanterie , & l'autre de
Brigadier de l'Armée . Il
eft mort ſans fievre, & fans
aucun accident qui cuft
GALANT.
127
paru dangereux . Son Valet
de
Chambre s'eftant apperçeu
à minuit qu'il fe debatoit
dans fon Lit , cria au
fecours. On
accourut
, & il
rendoit le
dernier
foûpir,
quand M' le Duc de Navailles
entra dans fa
Chambre.
C'eft ce
qu'expriment
les Vers qui difent qu'il l'a
veu mourir fans qu'il ait eu
la
confolation de
l'embraf
fer.
Madame la
Ducheffe
fa Mere , qui travailloit à
luy
choifir un Party digne
de luy , eftant allée au devant
de l'un & de l'autre,
M
iij
128
MERCVRE
fut arreſtée en chemin par
la funefte nouvelle de cette
mort. M' de Navailles a
reçeu ce coup avec une fermeté
furprenante. Voicy
un
Fragment de ce que luy
a écrit là deffus
M'Raginay
Procureur du Roy à Lyon .
FRAGMENT
D'UNE
Lettre écrite à Monfieur le
Marefchal Duc de Navailles,
fur la mort de M le Marquis
de Montaut fon Fils ...
Janefray ,
Monteoigner
E ne fçay ,
Monfeigneur,
icy la
douleur que je fens de
GALANT. 129
t
la perte irréparable que vous
venez de faire avec toute la
France : mais vous me permettrez
du moins d'admirer
voftre fermeté finguliere en
ce rencontre , qui m'empefche
de craindre de vous en re-
·nouveler le fouvenir , puis
que vous avez mefme dénié
à la Nature les premiers
mouvemens de fenfibilite
qu'aucun Pere ne luy avoit
refuſez jusques à vous . Vous
avez voulu fans - doute nous
·apprendre par là , qu'ayant
donné & facrifié à l'Etat ce
Fils fi genéralement estimé,
130 MERCVRE
&fi juftement regreté, c'est
à nous feuls à le pleurer,
parce qu'il ne vous appartenoit
plus apres le don que
vous nous en aviezfait ; &
que l'ayantfifouvent expofe
auxpérils infeparables de vos
Emplois , vous n'aviez pas
comptéfur une vie que vous
n'avezpas mieux ménagéeque
La voftre. Ce font peut- eftre,
Monfeigneur, ces glorieux
fréquens hazards qui nous
ont attiré cette difgrace ; car
la Mort fe réglant plutoftpar
ce qu'il a fait , que par le
temps qu'il a veſcu , elle l'a
GALANT.
131
"
J
crú trois fois plus âgé qu'il
ne l'eftoit. Par cette raifon
pourtant il
auroit longtemps
qu'elle nous auroit auffi
ravy le Pere ; & il est plus à
croire qu'ayant fçen que vous
l'aviez destiné entierement
pour la Guerre , elle n'a pas
crû qu'il dust furvivre un
moment à la nouvelle de ta
Pix. Vous voyez , Monfeigneur
, par les foins que
je prens à chercher quelque
matiere de confolation , à quel
point je fuis fenfible à cet accident
funefte, & que je connois
parfaitement
qu'il nous
132 MERCVRE
intéreffe incomparablement
plus que vous. C'est dans ce
fentiment que je vous fuplie
de nous vouloir vous - meme
confoler. le n'en fçay qu'un
feul moyen ; c'est , dans le
calme que nous donnent les
Victoires aufquelles vous avez
tant de part , de penser
férieusement à conferver vof
trefancé fi précieuse à tout le
Royaume, afin que nous puif
fions trouver dans la per:
fonne du Pere, les années que
La Mort vient d'enlever à cet
illuftre Fils.
at
Si l'on n'a pas élevé un
GALANT. 133.
Tombeau à
M'l'Evefque &
Comte de Treguier , famemoire
eft du moins fort
avant gravée dans le coeur
de tous ceux de fon Diocefe,
où il eft extraordinaiment
regreté. Les Services
& les Oraifons
Funébres
qu'on y a faites dans toutes
les Villes, en font une preu
ve . Il avoit efté vingt ou
vingt- deux ans Aumônier
de Louis XIII. & eftoit Fils
de Meffire
Timoleon
Grangier
, Préfident
aux Enqueftes
du Parlement
de
Paris, & d'Anne de Refuge;
134 MERCVRE
& Frere de Meffire Edouard
Grangier , Confeiller du
Roy, & Doyen du Parlement
, Homme de probité,
& qui paffe pour un tresbon
Juge. Il y a eu de grands
Hommes dans cette Famille
, & qui ont poffedé
les premieres Charges de
la Robe. L'Evefque dont
je vous parle eft mort fort
âgé dans la Ville de Tre
guier, où il faifoit ſa réſidence
ordinaire . Il y avoit
fait baftir & fondé un Seminaire
, outre plufieurs
Hofpitaux qui ont efté étaGALANT.
135
blis par fes foins dans les
Villes de fon
Dioceſe . L'application
avec
laquelle il l'a
toûjours
gouverné, jointe à
l'ardeur de fon zele, & à fes
continuelles
charitez , l'avoient
fait
également eftimer
de la Nobleffe & du
Peuple.
Cette morta efté fuivie de
celle de M' de
Parmangle,
Maréchal des Logis des Chevaux
Legers de la Garde. Il
avoit effuyé
beaucoup de
dangers en diférentes occafions,
& s'eftoit trouvé en
ſept ou huit Batailles. C'eſt
136 MERCVRE
fe
ce qui luy avoit
attiré
les
graces
de Sa Majefté
, qui
ne laiffant
aucun
veritable
Brave
fans
récompenfe
, luy avoit
donné
le Gouvernement
de Limoges
, pour
repofer
apres
les longues
fatigues
. On
vous
a déja
fans- doute
appris
que
de Niert
le Fils , l'un
des
quatre
Premiers
Valets
de
Chambre
du Roy
, a eſté
M
pourveu
de ce Gouvernement
, mais
on ne vous
a
peut- eftre pas dit qu'il ne
penfoit
à rien moins
qu'à
une pareille
gratification
,
GALANT. 137
lors qu'il l'a reçeue . C'eſt
donner deux fois que donner
de cette forte , & il n'apartient
qu'à LoüIS LE
GRAND de prévenir les
fouhaits de ceux qui ont du
merite . M' de Niert le Pere,
dont le Fils exerce la Charge
à caufe de la furvivance
qu'il en a, plus touché de la
maniere dont le Préfent a
efté fait que du Préfent
mefme, verfa des larmes de
joye quand il en remercia
Sa Majefté. Vous fçavez ,
Madame , qu'il eftoit fort
armé de Louis XIII, & qu'il
Mars
1679. M
138 MERCVRE
l'a fervy avec le mefme zele ;
& la mefme fidelité qui
éclatent dans les fervices.
que rend aujourd'huy M
de Niert le Fils .
Il faut vous apprendre
auffi la mort d'Alexandre
Guillaume de Melun , Prince
d'Epinoy , Marquis de
Roubaix, Vicomte deGand ,
Conneftable heréditaire de
Flandres , Seneschal de Hainaut,
& Chevalier des Or
dres du Roy de France. Il
eftoit fecond Fils de Guillaume
de Melun , Prince
d'Epinoy , &c. Chevalier
•
GALANT. 139
de la Toifon d'or, & Grand
Bailly de Hainaut, morten
1635. Celuy qui vient de
mourir avoit épouſé en premieres
Nopces Loüife An
ne de Bethune , Fille de
Louis de Bethune Duc de
Charros, Chevalier des Or
dres du Roy, & en fecondes
Nopces , Jeanne - Pelagie
Chabot de Rohan , Fille
puifnée de Henry Chabot ,
Duc de Rohan .
Je vous parlay il y a quel
que temps d'un Acte de
juftice qui avoit attiré beaucoup
de louanges à M ' le
Mij
140 MERCVRE
Lieutenant Civil Girardin
La Cour des Aydes vient de
donner un pareil exemple
d'équité , qui pourra retenir
dans le devoir certaines
gens que l'intereft rend peu
fcrupuleux . Un grand Procés
eftant fur le point d'y
eftre jugé , l'une des Parties
qui cherchoit à le mettre
hors d'état de l'eftre jamais,
fe fervit de la voye qui cft
le plus en ufage parmy ceux
qui ne plaident que par
efprit de chicane , c'eft à
dire , d'une intervention
mandiće, bonne ou mauGALANT.
14F
vaife. Elle fut faite au nom
d'un Sergent . Il n'y a point
de gens plus experts en délicateffe
de procedures. Ce
luy cy fermant les yeux fur
fa vie paffee , & n'enviſageant
que l'occafion prefente
de contribuer à éternifer
un Procés, peut - eftre
fur l'exemple de beaucoup
d'autres qui ont joué de
femblables perfonnages
impunément, accompagna.
fon Avocat à l'Audience ,
pourdonner plus de couleur
au fpécieux prétexte de fa
chicane . L'Avocat adverſe,
142 MERCVRE
parfaitement inftruit de ce
qui regardoit la Partie qu'il
avoit en tefte, & des détours
qu'on luy préparoit, ſe trouva
muny de tout ce qui luy
eftoit neceffaire pour faire
rendre juſtice au Sergent
qui fut reçeu Partie intervenante
au Procés comme
il l'avoit demandé
. Ce qu'il
y eut de fâcheux pour luy,
c'eft que la Cour ordonna
en mefme temps qu'il def .
cendroit dans la Conciergerie.
Il n'eut pas le loifir
de s'y ennuyer , puis que
dés le lendemain le Procés
GALANT. 143
qui eftoit en état , fut jugé
à fond. On fit droit à toutes
les Parties , & on condamna
le Sergent à la plus
rigoureufe & honteufe peine,
que puiffe fubir un Cri .
minel , à l'exception de la
mort.
Je viens , Madame , à ce
que vous me dites de M' le
Duc de Beauvilliers . Je n'avois
point douté que vous
ne recónuffiez M ' le Comte
de S. Aignan fous ce nom
dans ce que je vous en
manday la derniere fois . Il
fut reçeu au Parlement le
144 MERCVRE
fecond de ce Mois avec les
Cerémonies accoûtumées.
Deux jours apres , le Roy
envoya à M le Duc de
S. Aignan fon Pere, un Brevet
qui luy confirma tous
les honneurs des Pairs dont
il joüiffoit auparavant, & le
lendemain un fecond Brevet
, par lequel Sa Majefté
lay accordoit cinquante
mille Ecus de retenue fur
fon Gouvernement du Havre
. Madame laDucheffe de
Beauvilliers , feconde Fille
de M Colbert, alla prendre
le
Tabouret chez la Reyne
le
GALANT.
145
le Samedy quatrième du
mefme Mois.
г
Je croy vous avoir déja
marqué qu'il pluft au Roy
de donner il y a pres de
deux ans à Mª de S. Aignan
une petite Fregate qu'il arma
en courfe , & qui eut l'a .
vantage de batre quelques
Corfaires
auffitoft
apres.
Comme ce Duceft
naturellement
Galant , il ne pût
foufrir l'Eté
dernier que fa
Fregate luy demeuraft in utile.
Ainfiil l'envoya à Lif
bonne avec des Fruits de fa
Province pour la Reyne de
Mars 1679. N
146 MERCVRE
Portugal , à laquelle il a
l'honneur d'appartenir
d'af
fez pres. Cette Princeffe qui
eft toute pleine d'efprit,
eftant tres-civile d'elle mefme,
& ayant toûjours confervé
une eftime particu
liere pour ce Duc , luy écrivit
la Lettre quifuic.
GALANT.
147
525252525 2
525252
LETTRE
DE
LA
REYNE
DE
PORTUGAL,
A M. LE DUC DE S.
AIGNAN⚫
Mavec
On
Cousin ,
F'ay
reçeu
avec
grande
joye
La
la
Lettre
obligeante
que
vous
m'avez
écrite
par le
Capitaine
du
Vaiffeau
qui en eftoit
chargé,
parce
que je
compte
entre
les
bonheurs
de la
vie, celuy
de fe
voir
dans
le
fouvenir
des
Perfonnes
pour
Nij
148 MERCVRE
qui l'on a une estime €5 une
confidération auffi particulieres
que j'en ay toûjours
eu, & que j'en ay encor pour
vous, apres le long temps &
la grande distance des lieux
qui l'effacent affez aisément.
Je vous en remercie donc af
fectueusement, auffi-bien que
de vostre beau préfent de
Fruits , qui font d'autant
plus agreables , qu'on n'en
voit point de cette espece - la
en ces Païs- cy. F'ay déjafait
dire au Capitaine de vostre
Vaiffeau, qu'il fe tinft afſuré
de toute la protection que
GALANT.
149
vous me
demandez
pour luy,
fouhaitant
des
occafions de
voftre
fatisfaction
encor
plus
importantes
, &
priant
Dien
qu'il
vous ait ,
men
Couſin,
mon
Confines
en fa
fainte
garde !
Ecrit
Salvaterre le 8. de l'an
1679.
Mon
Coufin ,
voftre
bonne
Confine
MARIE.
Je
croirois
dérober beaucoup
à
votre
fatisfaction,
fçachant
l'intereft que vous
prenez à la gloire de M' le
Duc de S.
Aignan, fi
avant
que de finir cet
Article , je
Niij
50 MERCVRE
༑
ne vous apprenois ce qui
luy arriva d'affez extraordinaire
au
commencement
de ce Mois . Le Roy, dont
les entretiens font toûjours
proportionnez à fa Dignité
& à l'élevation de fon Efprit
, eftant dans une converfation
fort férieufe fur le
fujet de l'Académie Françoiſe
, qu'il a bien voulu honorer
de fa protection , &
parlant à M les Marquis
& Abbé d'Angeau , & à
M Rofe Secretaire du Cabinet,
en préſence de beaucoup
de Perfonnes , M' de
IS
GALANT. ISI
S. Aignan entra , & Sa Ma▴
jefté ayat dit d'abord, Voicy
encor un Académicien , luy demanda
s'il n'avoit point retenu
un Sonnet dont on luy
avoit parlé avec avantage.
CcDuc dont la mémoire eft
affez connue, ayant répondu
que non, le Roy luy témoigna
eftre ſurpris de ce
qu'il ne le ſçavoit point par
coeur, apres l'avoir entendu
une fois. Surquoy il repartit
galamment : Sire, le
fujet en eft fi grand & fi releve
, & l'on en a tant fait
avec beaucoup de raiſon à la
N iiij
152
MERCVRE
louange de Voftre Majefté,
que l'un fait oublier l'autre.
Le Roy ayant repliqué en
foûriant, qu'il luy en fift un,
puis qu'il ne fçavoit point
celuy qu'il luy demandoit ,
M' Rofe luy donna les
Bouts - rimez que vous allez
voir. Ce Duc jetta feulement
les yeux deffus , &
fans fortir du Cabinet de
Sa Majefté , il vint à bout
du Sonnet en aufli peu de
temps qu'il luy en falut
pout l'écrire,
GALANT.
153
SONNET.
D
' n Roy cent fois plus
grandi
quele
fameux
Cefar,
Qui paffe de bien loin
Alexandre
&
Pompée,
On va voir
aujourd' buy
l'espérance
trompée ,
Car fi je
réuffis , ce
n'est que par
hazard .
Ilferoit le
Vainqueur du Tartare &
da
Czar;
Qui veut luy refifter, voirſa valeur
dupée ,
Il cheritplus
l'honneur, qu'un Enfantfa
Poupée,
Contre luy le plus
brave eft froid:
comme un Puifart..
154 MERCVRE
$2
Son mérite eft encorplus grand que
fa Couronne ,
De peur de fes Edits nul ne fe déboutonne,
Euft- on toûjours vefcu de Truffe &
d'Artichaud.
$2
Son Ame , de la Gloire eft avide &
gloutonne,
Etjamais pour gronder nul mutin
ne bourdonne ,
Fuft-il plus embrafé que le feu
d'un Réchaut.
Toute la Cour
ayant ad
miré une chofé fi peu commune
, M Péliffon
& M
Rofe
tomberent
dans le
meſme
ſentiment, que plus
GALANT. 155
les Rimes que l'on donnoit
eftoient communes & faciles
, plus le Sonnet eftoit
malaifé. On voulut en faire
l'épreuve , & le lendemain
lors que M 'le Duc de S.Aignan
rentroit chez luy , il
trouva les Bouts - rimez qui
fuivent , & fit ce fecond
Sonnet fur la mefme mathere
auffi promptement
qu'il avoit fait l'autre .
SONNET.
N Roy grand & magna-
UNBasinime,
Qu'admire tout l'Univers ,.
21
156
MERCVRE
"Et dont l'Esprit eft fublime,,
Veut que je faffe des Vers.
S &
Le vay perdre fon eftime ,
L'écriray
tout de travers,
Car je fuis bien las de Rime,
Et j'ay mille foins divers.
25
Pourtant n'écoutons perfonne ,
Puis que ce Grad Rəy l'ordonne ,,
Il faut en venir à bout.
$2
Travaillons fans répugnance,
Vne prompte obeiffance
Nous met à couvert de tout,
Je ne vous puis dire fi
les Stances
que j'adjoûte
icy ont coûté beaucoup
de
temps . L'Autheur
ne m'en
GALANT. 157
eft point connu , & le hazard
feul me les a fait tomber
entre les mains ; mais
elles me paroiffent d'un
Génie fort aifé , & je me
le tour vous
tiens
feûr
que
en plaira
auffi
-bien
que
matiere.
la
25:
25252525252525
AMLE BRVN.
To Tature,
Oy, dont le fidelle Pinccan
Scait fibienfuivre la Na
LE BRUN,j'en voudrois un Tableau
En pastel , en miniature,
En craye, en crayon ; mais enfin
Dust-il estrefait defuzin,
158 MERCVRE
N'importe de quelle matiere..
Pourpeu que tuformes de traits,
Et que de ta main ilsfoientfaits,
On y connoistra ta maniere.
25
Conçois unfujet fericux
Dans ta fertile & noble idée,
Phaeton foudroyé des Cieux,
Iafon pourfuivy par Médée,
Le laid Marfias écorché,
Prométhée au Roc attaché
Que fon crime au Vautour expofe.
Ces fujets font triftes aux yeux,
Prenons-en un qui plaife mieux,
Sans feinte &fans métamorphofe.
Sa
Pourrois-tupeindreun Conquérant
Tout environné defa gloire,
Goûtant d'un air indiférent
Les plus doux fruits de fa victoire?
Fais pourtant qu'il ait dans les yeux
GALANT. 159
Ce brillantqui des Demy - Dicux
Rend la majesté fiere &grande.
Dépeins - le dans le Champ de Mars,
Forçant l'Heritier
des Céfars
Afigner la Paixqu'il commande
.
$2
Pour bien employer ton Pinceau
Dans toutefaforce &fa grace,
Peut- eftre que dans ce Tableau
Tupeindras le Dieu de la Thrace.
Non;peins le plusgrad des Mortels,
Mais qui mérite des Autels
Au dela de ceux de nostre âge,
Parfes faits d'Armes inouis;
Enfin tu dépeindras LOVIS,
Et voila ton parfait Ouvrage.
Vous voulez bien , Madame,
que je vous faffe fortir
un moment de la Cour
160 MERCVRE
de France, pour vous mener
en celle d'Hannover. La
Paix fignée avec l'Allemagne
, nous donne l'entiere
liberté du paffage . Vous
fçavez fans - doute que M'
le Duc d'Hannover eft un
Prince de la Maifon de
Brunfvich & deLunebourg,
& qu'il a toûjours efté dans
les intérefts de Sa Majesté
pédant nos dernieres guerres
, malgré les engagemens
contraires des autres Princes
de fa Maifon , c'eſt à dire
de M' le Duc de Zell -fon
Frere aifné , & de M'I'EGALANT.
161 $
vefque d'Ofnabruch
fon
cadet , qui ont fait depuis
peu leur accommodement
avec le Roy. Ce font des
Princes d'un fort grand mérite,
& qui foûtiennent
la
dignité de leur rang avec
tout l'éclat que demande
leur naiffance.
La nouvelle s'eftant ré
panduë que Madame la
Ducheffe de Meklebourgi
venoit à Hannover, M'l'Evefque
d'Ofnabruch s'y
rendit le premier de Fevrier
avec Madame la Princeffe
fa Femme . Ne foyez pas
Mars 1679.
162 MERCVRE
furpriſe de m'entendre parler
de cette forte, Les Evef
ques Luthériens ont permiffion
de ſe marier, & il y
a cela de particulier dans
1' Evefché
d'Ofnabruch,
qu'il fe donne alternativement
à un Luthérien & à
un Catholique. Celuy qui
en eft pourveu prefentement
eſt un Prince à faire
guerre au Turc , & qui
outre la bravoure, a toutes
les
qualitez qui
gagnent,
l'eftime & l'amour des Peu
ples . Quand on n'auroit
jamais entendu parler de
la
GALANT. 163
Madame la Princeffe d'Of
nabruch , & qu'on ne fçauroit
point qu'eftant Soeur
de l'Electeur Palatin , elle
eft Tante de Madame , fon
grand air ; fon efprit merveilleux
, & toutes fes manieres
nobles & élevées, luy
feroient rendre la juftice
deue à un grand mérite &
à une Perfonne de haute
naiffance. Ce qui eft en
elle de plus furprenant,
c'eft qu'on puiffe la prendrê
pour la Soeur de deux
de fes Fils , qui font deux
grands Princes parfaite
O ij
164 MERCVRE
ment beaux & bien faits,
tant cette Princeffe paroift
encor jeune & belle . Auffi
ne reffemble- t- elle pas à
ces Meres qui cachent leurs
Filles, & ne les foufrent jamais
aupres d'elles , de peur
qu'un trop grand éclat de
jeuneſſe ne faffe tort à quelque
refte de beauté , dont
elles veulent encor faire
parade. Madame d'Ofnabruch
mene par tout avec
elle la plus belle Princeſſe
du monde , fans en rien
craindre qui luy puiffe eftre
defavantageux. Ce n'eft
GALANT.
165:
que
faire voir fon
portrait
dans
cette
beauté
naiffante,,
& les
louanges
qu'on
donne
à
l'une ,
font
toûjours.
par
raport
à l'autre . Tous
ces
Princes &
Princeffes ,,
avec une
Suite
nombreuſe
de
Cavaliers & de
Gens em
Livrées tres -
riche &
tresmagnifique
,
defcendirent
dans la
Court du
Chafteau ,
où
Monfieur le Duc & Madame
la
Ducheffe de
Hannover
vinrent
à leur
rencontre
avec
Mefdames
les
Princeffes
leurs
Filles . Lav
joye
qui
paroiffoit
fur le
1
م س ل
166 MERCVRE
vifage de cette Ducheffe , y
faifoit briller un éclat &
une vivacité de teint qui
luy donnoit tous les charmes
qu'on peut defirer dans
une belle & jeune Perfonne.
Elle eft Fille de
Madame la Princeffe Pala
tine qui eft icy, & Soeur de
Madame la Ducheffe . Pour
M' le Duc de Hannover
,
on ne voit rien en luy qui
ne charme. C'eſt de l'efprit
par tout, auffi- bien que de
la grandeur ; & quand il ne
feroit pas Prince , ce feroit
toûjours un de ces grands
GALANT. 167
Hommes dont le mérite eft
fingulier , & la Perſonne
tres confidérable.
Le 4. de Fevrier, fur l'avis
qu'on eut que Madame la.
Ducheffe de Meklebourg
eftoit partie de Zell , toute
la Maiſon de M ' le Duc de
Hannover fut commandée :
pour aller au devant d'elle,.
& Leurs Alteffes s'eftant.
avancées jufqu'à une demy
lieuë de la Ville , s'arrefte
rent dans un endroit , où
l'on avoit fait dreffer une
Tente pour la recevoir ..,
L'entreveuë de tant de Per
168 MERCVRE
fonnes du plushaut rang fut
quelque choſe digne d'eſtre
veu . Apres les premiers
complimens , on marcha
dans l'ordre qui fuit , afin
de rendre l'entrée de cette
Princeffe plus folemnelle .
Le Grand Ecuyer de M
le Duc de Hannover commença
la Marche à la tefte
de l'Ecurie . Il eftoit ſuivy
de trente Perfonnes en Li
vrée à cheval , & qui te
noient, trente beaux Che
vaux de main , couverts de
diférentes Houffes en bro
derie également riches &
brillantess
GALANT. 169
brillantes dans la diverfité
de leurs couleurs & de leurs
dorures . Vingt- cinq Carroffes
à fix Chevaux fuivoient
à la file, & formoient
une diférence d'attelages,
de harnois , & d'ornemens,
fort agreables à la veuë .
Douze Pages en Livrée , &
des mieux ajustez , continuoient
cette Marche deux
à deux , tous montez à l'avantage,
& précedez de leur
Gouverneur. A quelques
de diſtance , marchoit
le Grand Marefchal de la
Cour à la tefte de foixante
P
pas
Mars 1679.
170 MERCVRE
Gentilhommes
, dont les
uns eftoient
couverts
de ri
che broderie
d'or & d'ar
gent , & les autres
magni,
fiquement
habillez
, chacun
à fon gré & à fa maniere
.
Douze
Trompetes
en Livrée
, avec leurs Tymbales
,
marchant
fur deux lignes
devant
le Carroffe
des Princes
, joüoient
cent fanfares
à réjouir
les coeurs
les plus
infenfibles
à la joye. Enfin
le magnifique
Carroffe
de
Madame
la Ducheffe
de
Hannover
, tout couvert
de
dorures
& de broderies
à
GALANT
171
fond de
velours
cramoily,
&
environné de
crépines &
de
groffes
campanes
d'or
&
d'argent
, tiré par fix fuperbes
Chevaux
de couleur
ifabelle,
marchoit
pompeu
fement au
petit pas ,
tout
glorieux de
porter
quatre fi
belles & fi
fpirituelles
Princeffes
. Une foule de
Valets
de pied en livrée
riche &
éclatante,
entouroit
cet admirable
Char de
triomphe,
& on peut dire que les Hé
roines qui eftoient
dedans ,
auroient
paffé pour des Divinitez
du
premier rang
Pij
172 MERCVRE
dans le temps qu'on ado.
roit les belles Perfonnes
.
Six-vingts Gardes du Corps
en Eſcadron , l'Epée nuë à
la main , tous en Cafaques
rouges , brodées d'or & d'ar
d'une mefme parure,
gent
,
avec leur Colonel
à leur
tefte , & leur Major
à la
queue, fermoient
cetteMar
che , à laquelle
ils ne donnoient
pas peu d'éclat .
On entra dans la Ville
en cet ordre au bruit du
Canon
, & tout ce nombreux
Cortege
vint fe ranger
dans
la grande
Court du Palais,
GALANT. 173
par où le grand Carroffe
paffa pour le rendre au pied
de l'Efcalier qui conduit au
plus bel Apartement du
Chafteau . On l'avoit préparé
pour Madame la Ducheffe
de Meklebourg
. M
Evefque d'Ofnabruch
donna la main à cette Princeffe
en defcendant de Carroffe.
M' de Hannover la
donna à Madame d'Of
nabruch , le Prince aifné
d'Ofnabruch , à Madame
de Hannover , & le
Marefchal
de la Cour,
la jeune Princeffe d'Ofna-
& le
grand
P iij
174 MERCVRE
bruch. La mefme civilité a
continué dans toutes les
rencontres pendant douze
jours que Madame la Ducheffe
de
Meklebourg
a
paffez à Hannover , & qui
ont efté employez en diverſes
réjoüiffances.
Entr'autres divertiſſemens
on luy a donné deux Réprefentations
du nouvel Opéra
Italien de cette Cour,& une
de celuy de l'année dernie
re. Ces Opéra font reprefentez
par ceux de la Mrfique
Italienne que Mª le
Duc de Hanfiover entreGALANT.
IS
tient toûjours à fon fervice.
On a encor donné à cette
Princeffe le divertiffement
d'une Chaffe de Renards
dans l'enclos de la grande
Court du Chafteau. On y
fit fauter ces Animaux en
Fair , en paffant par deffus
des Echelles de cordes
qu'on tenoit par les deux
bouts , & qu'on élevoit à
force de bras. Cela s'ap
pelle berner les Renards.
Le plaifir du Vuirtſchaff
qu'on luy fit prendre à
l'impourveu quelques jours
apres , n'a pas efté un des
P iiij
176
MERCVRE
moindres
qu'elle ait
reçeus .
C'eft une
espece de
Maſcarade
à la
mode
d'Allemagne.
M
d'Ofnabruch
y
parut
en
Arménien
; Madame
de
Meklebourg , en
Dame
Suédoife ; M de
Hannover , en Noble Venitien
; Madame d'Ofnabruch,
en
Homme
deRobe ;
Madame de
Hannover , en
Dame Perfane ; l'aifné des
Princes
d'Ofnabruch , en
Païfan ; le
Prince fon Frere ,
en habit de
Femme ; & la
jeune
Princeffe leur Soeur,
en
Indienne de
qualité. Le
GALANT. 177
refte de la Cour s'accommoda
à fa fantaiſie , felon
que le pût permettre le peu
de temps qu'on avoit donné
pour le déguifer . Il y
eut un magnifique Soupé,
apres lequel la plus grande
partie de la nuit fut employée
à la Dance .
Il n'y a eu aucune de ces
occafions où Madame la
Ducheffe de Meklebourg
ne fe foit fait admirer tant
pour les avantages de fa perfonne
, que pour le grand
air qui l'accompagne. Elle
y a reçeu tous les honneurs
178 MERCVRE
qui font deûs au rang qu
elle tient, & à l'illuftre fang
de Montmorency. Je ne
vous dis point qu'elle eft
Soeur de Monfieur le Duc
de Luxembourg. C'eft une
chofe quivous eft connuë.
Voila , Madame , ce que
j'ay tiré d'une Relation envoyée
de Hannover , dans
les mefmes termes dont je
me fuis fervy pour vous l'écrire.
A préfent que nous
fommes en paix avec l'Allemagne,
je ne doute point
qu'on ne prennesfoins de
me faire part de ce qui le
GALANT. 179
3
paffera de plus remarquable
dans les Cours de tant
de Princes qui y poffedent
le Titre de Souverains. Ce
feront d'agreables Articles
pour vous , & je croy vous
faire plaifir de vous les pro
mettre.
On voir tous les jours
des chofes nouvelles dans
ce Royaume. Les François
nitaginent pas
feulement
mais ils executent , & fur
tout à Paris, où pendant la
guerre , les Arts ont aug
menté en inventions com
me enentrepriſes . Les Gra
180 MERCVRE
veurs n'avoient fait jufqu'i
cy des Tailles - douces que
d'une grandeur fort médiocre,
en comparaifon des Tableaux
que nous voyons a
prefent de cette nature. Il
fembloit mefme impoffible
d'aller au delà de cette mé
diocrité, à caufe de la longueur
du travail , de la gram.
deur des Cuivres neceffaires
pour graver, & de la
hauteur & largeur des Papiers.
Cependant le Sieur
Landry , Graveur & Marchand
de Tailles- douces ,
demeurant
Ruë S. Jacques
GALANT. 181
à l'Enſeigne de S. François
de Sales, a furmonté toutes
ces difficultez , & a fait voir
une Taille - douce qui peut
fervir de Tableau d'Autel.
C'est une Nativité toute
remplie de Figures , tant
dans le Ciel que fur la
Terre, Elle eft de fept pieds
de hauteur & cinq de large,
& faite fur un Tableau
du fçavant Pierre Berretin
Cortonen , fameux Peintre
Romain. Le Sieur Landry
acheve prefentement un
Crucifix de mefme hauteur
& de mefme largeur. C'est
182 MERCVRE
à luy qu'on doit quatre
Tailles - douces de quatre
pieds de large fur deux
pieds deux poulces de haut,
en forme de frife . Les fujets
qui les compofent font la
Terre, l'Eau, l'Air, & leFeu .
Ces beaux Ouvrages font
gravez
d'apres
les Tableaux
peints par M' de Corneille
l'aîné , de l'Académie des
Peintres. Vous voyez, Madame
, que ce nom eft illuftre
en plufieurs manieres,
& que c'eft affez de le
porter pour faire bruit dans
lemonde . Le mefme GraGALANT.
183
veur a auffi donné quatre
Pieces au Public de pareille
largeur & hauteur
r & hauteur que les
précedentes . Ces Pieces
font le Printemps , l'Eté,
l'Automne , & l'Hyver. Elles
peuvent paffer pour
Originales , n'eftant
neftant gra
vées d'apres aucuns Tableaux,
& M' le Pautre le
Pere en ayant fait les Def
feins. Je ne puis finir fans
vous parler encor de quatre
autres Tailles - douces auffi
larges & auffi hautes. Elles
reprefentent la Mort , le
Purgatoire, l'Ame bienheu
184 MERCVRE
reufe , & l'Ame damnée.
Elles font faites d'apres les
Tableaux peints par le Frere
Luc Récolet. Toutes ces
Tailles douces eftant d'apres
de grands Maiſtres,
dont les Originaux coûtent
des fommes immenfes , on
peut dire qu'elles valent
beaucoup mieux que de
veritables Tableaux , mal
peints & eftropiez.
J'allay voir la trentiéme
Repreſentation du nouvel
Opéra de Bellerophon le
Dimanche dix- neuf de ce
Mois , & le plaifir que j'y
GALANT. 185
reçeus m'empécha
d'eftre
furpris du grand monde
que j'y trouvay. Ce n'eſt
point ce qu'on appelle
Chanfonnetes qui l'y attire.
Elles y font en fort petit
nombre , la grandeur du
Sujet n'ayant pûfoufrir que
l'Autheur foit forty de fa
matiere. Ce que je remarquay
qui plaifoit particulierement
dans cet Ouvrage ,
c'est d'y voir l'action fuivie
par tout , en forte qu'il n'y a
aucune Scene qui n'ait de
l'enchaînement avec celle
qui l'a precedée , ce qui n'y
Mars 1679. Q
186 MERCVRE
laiffe aucun endroit lan
guiffant. Quand on obſerve
cette conduite dans un
Opéra , que les divertiffemens
qu'on y fait entrer
naiffent de la Piece mefme,
& font une partie de l'action
( ce que nous voyons
fort rarement, ) que la Mufique
eft d'un auffi grand
Homme que M de Lully,
& qu'on n'épargne rien
pour le refte , ileft impoffible
que cet Opéra manque
de fuccés , & c'eſt par cette
raifon que celuy de Bellerophon
a efté au delà de
GALANT 187
tout ce qu'on a veu jufqu'i
cy de cette nature. Je vous
dis vray en vous mandant
la derniere fois que Monfeigneur
le Dauphin qui l'a
voit veu le jour de fa Maf
carade chez M le Prince de
Strasbourg, en eftoit forty
tres -fatisfait. On n'en peut
▷ douter, puis qu'il l'a voulu
revoir depuis trois ſemai
nes.sill en parla encorplus
avantageufement qu'il n'avoit
faits la premiere fois.
Les Dames qui eftoient
avec luy n'en furent pas
moins contentes , & cette
Qij
188
MERCVRE
Repreſentation leur fut un
fort agreable divertiſſement.
Ce jeune Prince avoit
difné chez
Monfieur , ce
jour - là meſme . Il eftoit à
table entre Leurs Alteffes.
Royales . A la droite , du
colté de
Monfieur,
eftoient
Mademoiſelle , Madame de
Montefpan , Madame la
Ducheffe Sforce , Madame
la
Ducheffe de la Ferté,
Madame la Comteffe de
Gramont , & Madame
la
Marefchale de
Clerambaut.
A la gauche , du
cofté de Madame, eftoient
GALANT. 189
Mademoiſelle de Valois , &
M' le Comte de Vermandois.
L'aprefdînée ,Monſeigneur
le Dauphin, & Madame
de Montefpan , tinrent
fur les Fonts , dans la
Chapelle haute du Palais
Royal , le Fils de M' le
Comte de Moreüil . Madame
la Comteffe de Mo
reüil fa Femme a efté Fille
d'honneur de la Reyne fous
le nom de Mademoiſelle de
Dampierre.
Ce n'eft pas feulement
à Paris que les Opéra font
le divertiffement
le plus
190 MERCVRE
recherché . Outre celuy de
Montpellier dont je vous
ay envoyé les Vers , il s'en
eſt fait un à
Caſtelnaudary,
pour marquer la joye que
la
Publication de la Paix y
a caufée. On n'y a pas
oublié les
Décorations ; &
comme les François ont
beaucoup d'invention , &
qu'ils ne peuvent demeurer
øyfifs , un Architecte em
ployé aux Ouvrages du Ganal
de la jonction des deux
Mers , fe
trouvant en pouvoir
de difpofer de fon
temps, entreprit les Machi
GALANT. 19T
nes qurdevoient
fervir à ce
Spectacle
, & fatisfit beaucoup
un grand nombre de
Perfonnes
de qualité & de
mérite que la Séance de la
Chambre de l'Edit de Languedoc
avoit attirées en
cette Ville -là . Je m'infor
meray du nom de celuy qui
a faitdes Vers de cet Opéra,
pour vous le mander , & cependant
je croy que vous
ne ferez pas fachée d'ap
prendre quevous avez tres
bien jugé de M de Bérigny
Confeiller
au Préfidial de
Caën , quand fur les Pieces
192 MERCVRË
galantes que je vous ay envoyées
de luy , vous avez dit
qu'il avoit beaucoup de ta-
Fent pour la Poëfie. Il faut
en effet que fa veine ſoit
fort aifée , puis qu'il a prefenté
au Roy depuis quel
ques jours un Abregé en
Vers de toute l'Hiftoire de
France , depuis Pharamond
jufqu'à laPaix d'Allemagne.
Cet Ouvrage fut tres - bien
reçeu de Sa Majeſté. Il eſt
fous la Preffe . Je vous en
diray davantage qnand je
fçauray le jugement qu'en
aura fait le Public. Il a efté
fort
GALANT. 193
fort
favorable à deux Quadrains
qui ont couru de la
façon du Fils d'un Auditeur
de la
Chambre des Compres
de Dijon. Une Dame
luy reprocha
dans un Bal,
qu'il eftoit forty de cadence,
& il fit
l'Inpromptu
qui
fuit fur ce
reproche.
INPROMPTV.
L
Ors queje vous vois dans la
Danfe
Briller avec tous vos appas,
Il nefepeut que je ne penfe
Que l'Amour anime vos pas.
Pour vous, fi jefors de cadence,
Mars 1679. R
194 MERCVRE
Tout ce que vous devez penfer,
C'est qu'un Homme envostre préfence.
Nefait plusfur quelpied danfer.
Autre Inpromptu d'une
autre nature . Une Belle:
pleine de fanté avoit demandé
qu'on luy fift fon
Epitaphe. La demande paroiffoit
bizarre , & on ne
concevoit pas trop bien ce
2
qu'on pouvoit faire fur ce
fujetpour une Perfonne qui
n'avoit aucun deffein de renoncer
à la vie. Un Cava
lier qui ne luy avoit encor
parle de fa paffion que par
les regards, prit cette occa
GALANT. 195
fion de fe
déclarer, & apres
avoir refvé
quelques
momens
, il luy dit en montrant
fon coeur,
EPITAPHE
POUR UNE BELLE VIVANTE
Y gift Iris. Ce coeur où cette
Belle
Repofe avec tous fes attraits, an
N'eft-ilpasun tombeaupour elle?
Elle n'en fortirajamais.
Les Amans jurent toû
jours d'aimer éternellement.
Voyez -le dans ces
Vers Italiens, comme vous
venez de le voir dans cet
Rij
196 MERCVRE
Epitaphe. Ils m'ont eſté
envoyez de Rome avec les
Notes que j'ay fait graver .
Puis que la Graveure
vous
plaiſt mieux en Mufique
que l'Impreffion , j'auray
foin à l'avenir de vous fatisfaire
. Les Connoiffeurs
eftiment
fort celle qui a efté
faire fur ces Paroles . Vous
en jugerez.
AIR ITALIEN.
cofi dolce la pena ch'io fento
Che nel tormento
Voglio gioire,
Voglio morire,
Senza pietà,
nento voglio pri re
प
• iup sle
SIZAT
•AV
K. IIJ
196 MERCVRE
Epitaphe
. Ils m'ont
eſté
envoyez
de Rome
avec
les
Notes
que
j'ay
fait
graver
.
Puis
que la Graveure
vous
plaift
mieux
en Mufique
que
l'Impreffion
, j'auray
foin
à l'avenir
de vous
fatisfaire
. Les Connoiffeurs
ef
timent
fort celle
qui a eſté
faite
fur ces Paroles
. Vous
en jugerez
.
AIR
ITALIEN
.
Ecofi
dolce la pena ch'io fento
Che nel tormento
Voglio
gioire,
Voglio
morire
,
Senza
pietà,
nento voglio pri re
བརྣན་མས ལྔ་ བཅུ
wy
zalousie
な
હે ..
Amig
R. 111,
GALANT.
197
Godo
gioire del mio penare.
Voglio
amare
Con candida fè,
Voglio fervirefenza mercé.
Ardafi ,
auvampafi ,
Struggafi, abbrugia fi,
Voglio adorare divina beltà.
On a eu icy
nouvelles de
la mort de Madame la Ducheffe
Douairiere de Parme
, Mere du Duc de ce
nom , arrivée dans fon Palais
Ducal le 6. de
Fevrier.
Elle
s'appelloit
Marguerite
de
Médicis , & eft morte en
la 67. année de fon âge,
d'une
fluxion fur la poitrine
, avec une fiévre , qui
R. iij
198 MERCVRE
l'a emportée en trois jours .
Elle expira entre les bras
de la Princeffe Magdelaine
fa Fille , dont la vertu &
l'amour qu'elle avoit pour
une Mere fi digne de fon
attachement , ne peuvent
recevoir trop de louanges .
Vous en coviendrez quand
je vous auray dit que cette
Princeffe a paffé fes plus
belles années fous fa con.
duite, & que pour n'avoir
pas lieu de l'abandonner,
elle a renoncé dés fes plus
jeunes ans au Mariage , &
davefcu dans un volontaire
C
GALANT.
199
Celibat ,
auffi
exemplaire
pour une
Perfonne
de fon
rang, que l'a efté le Veuvage
de Pla
Ducheffe
fa
Mere.
Je paſſe à un Article de
Mer. Une Tartane venant
de
Ligourne avec cinq Chevaliers
de Malte , qui font
M's les
Chevaliers des Alleurs
, de
Cominge , de Simiane
, de Choupes , & de
Javon ,
accompagnezu de
M Guillot
Chevalier fervant
de
l'Ordre , fut attaquée
par une autre Tartane
armée en guerre, avec cent
R
nij
200 MERCVRE
trente Hommes , comman
dez par un Majorquin nommé
le Capitaine Eftienne.
Les Chevaliers, quoy qu'af
furez d'eftre pris, fe défendirent
avec une vigueur inconcevable
. Ils allerent plufieurs
fois à la charge ; mais
comme il n'y a point de
valeur qui ne foit forcée de
céder au nombre , ils furent
faits enfin prifonniers fans
s'eftre rendus . Ils s'attendoient
à eftre renvoyez
,
Paix ayant efté publiée depuis
longtemps, & en effet
le Capitaine Majorquin
la
1
GALANT. 201
n'eftoit pas en pouvoir de
les retenir ; mais la
mais la
perte
qu'il avoit faite luy ayant
fait prendre la réfolution
de fe vanger, il n'en trouva
point d'autre moyen que
de faire jeufner ces Chevaliers
, & de les débarquer
fur la Cofte avec de mef
chans habits de Mariniers.
Ils foufrirent beaucoup, ces
habits eftant auffi légers
que le froid eftoit exceffif;
outre qu'on les avoit mis à
terre à plus de quatre lieuës.
d'aucune retraite . Ils ont
fuporté ce malheur en Bra202
MERCVRE
ves que de lógues épreuves
ont accoûtumez à la fatigue
; & ils s'en font d'autant
plus facilement confolez
, qu'ils ne fe l'eftoient
attiré que par leur trop
grande valeur contre un
nombre fi inégal.
Les Thefes galantes em
ployées dans ma Lettre du
dernier Mois , ont engagé
M' Gardien Secretaire du
Roy, à répondre ce qui fuit
fur la feiziéme Conclufion.
Elle porte, Que bienfouvent
tes Amans fouhaitent des imperfections
dans ce qu'ils niGALANT.
203
ment, afin que l'envie ne trou
ble point leur bonheur.
25525252
52525252
CONTRE LA
SEIZIEME
Conclufion des
Thefes galantes
du
Mercure du Mois
de Fevrier.
F
Vt-iljamais , grands Dieux!
defemblable manie ?
Tout coeur qui fçait aimer, en doit
eftre furpris.
Quoy! pourfauver l'Amour de la
dent de l'Envie,
L'expofer à périr dans les bras du
Mépris!
Se
De quelque vive ardeur qu'un objet
nous anime,
204 MERCVRE
Si d'imperfections nous le voyons
atteint,
La tendreffe bientoft fe perd apres
l'estime;
Noftre feu ralenty s'évapore , &
s'éteint.
In amour alarmé d'un trouble ima
ginaire,
Pour azile doit - il fe creufer un
Tombeau,
Etpour de vains périls d'une guerre
étrangere,
D'une guerre intestine allumer le
flambeau ?
$ 2
Que diray-je de plus ? Malgré nos
avantages,
Surdes maux incertains porterfi loin
nos yeux,
C'eft s'éloignerdu Portpour chercher
des orages
,
GALANT.
205
C'est à fe perdre enfin fe
rendre.
ingénieux.
Sa
O vous, qui
rabaiffez ce qu'ilfaut
qu'on adore,
Craigncz,
lâches
fouhaits, en voulant
le
ternir,
Quefur voftrefurcar il
n'encheriffe
encore,
Et que fon
changement ne ferve à
vous punir.
Le
mefme M'
Gardien
donnant un fens plu
étroit
à cette
Conclufion , & fupofant
qu'un
Amant
ſouhaite
des
pertes & des dif
graces à fa
Maiſtreſſe
, a fin
qu'en la
fecourant il puife
206 MERCVRE
eſtre plus en état de s'en
faire aimer , répond
ce que
vous allez voir.
Vifeflate d'aimer , & peut
à ce qu'il aime,
Ovi
DuDeftin en couroux fouhaiter
les
rigueurs,
Afin qu'à la Beauté dont il tarit les
pleurs,
Ses bienfaits prouvent mieux fa
paffion extréme;
Par ce bizarrefentiment,
On defa Souveraine
il faitfaTributaire,
Ilfe déclare Mercenaire,
Et perd la qualité d ' Amant.
$2
Vn véritable amour n'inspire aux
belles Ames
GALANT.
207
Quedesfoins genéreux, &desvoeux
épurez s
La gloire, & le repos, de l'objet de
nosflames,
Sout des droits, qui pour nous doivent
estrefacrez.
Qu'il honore nos dons d'un feul
regard propice,
Est- il grace plus grande , &fort
plus glorieux ?
Croyons toûjours du fien luy faire,
unfacrifice,
Etquand nousluy donnons, que ce
foit comme aux Dicux.
Vous avez feeu que Sa
Majefté avoit choify M le
Marquis de Montauban
pour eftre Lieutenant de
Roy dans la Franche - Coté.
208 MERCVRE
Si- toſt qu'on en eut l'avis
en ce Païs - là, on ne sçauroit
exprimer la joye qui ſuivit
une fi agreable nouvelle.
On fe mit en état de luy en
donner des marques à fon
arrivée . Mais M ' de Montauban
ayant apris la veille
de fon départ de Paris ,
qu'on avoit deffein de le
recevoir avec apareil , rompit
les mesures qui avoient
efté prifes là - deffus , par la
Lettre qu'il écrivit aux principaux
Officiers de Befançon
. Elle leur marquoit
qu'il n'y pouvoit arriver
GALANT.
209
que le 8. ou 10. de ce Mois.
Cependant il partit dés le
lendemain mefme fans équipage
; & comme il furprit
les Habitans , il leur
épargna la dépense qu'ils
vouloient faire . Sa modef
tie ne pût pourtant empefcher
que le concours des
premiers avertis n'attiraft
chez luy une fort grande
affluence de Peuple , chacun
siempreffant de luy rendre
les refpects deûs à ſon nouveau
caractere . Je vous ay
parlé de luy tant de fois ,
que fon mérite vous doit
Mars 1679. S
210 MERCVRE
eftre fort connu. Ileft d'une
des plus confidérables
&
plus anciennes Maifons de
Dauphiné , & s'appelle
René de la Tour de Gouvernet
. Ses qualitez font
Marquis de Montauban
,
de Soyan , & de la Chau .
Divers Particuliers
du nom
& des armes, fe font diftin
guez en divers Siecles par
leurs belles actions & par
les fervices qu'ils ont rendus
à nos Roys & aux Dauphins
de Viennois. Nos
vieilles Hiftoires en font
pleines , Celuy dont jevous
GALANT. 201
parle eut quelque forte de
bonne fortune dés fa premiere
jeuneſſe . Le feu Roy
le voulut avoir pour Page,
mais comme M de Montauban
fon Pere l'avoit def
tiné à M le Cardinal de
Richelieu , Sa Majesté le
donna Elle- mefme à Son
Eminence
. Apres avoir efte
élevé au fervice de ce grand
Cardinal avec tous les foins
imaginables, il fut envoyé
à la guerre fous la conduite
de quelques Officiers Fa
voris , & reçeut un préſent
de dix mille livres pour fon
Sij
212 MERCVRE
équipage
. Depuis
il a fair
trentecinq
Campagnes
dans la Cavalerie
fans aucune
diſcontinuation
. Il y
a eu toute forte de Commandemens
, & eft parvenu
au Poſte où nous le voyons
par tous les degrez
qui peu.
vent joindre
à la valeur
&
au courage
une parfaite
intelligence
du Meftier
. Auffi
a- t- il fçeu fe diftinguer
toû
jours
extraordinairement
,
foit dans la Charge
de Brigadier
, foit dans celle de
Marefchal
de Camp
dont
Sa Majesté
l'honora
, & dans
a
GALANT. 213
lefquelles il eut
l'avantaged'eftre
choify par Monfieur
le Prince pour commander
le Corps de referve à la Bataille
de Senef, & .par feu
M'de Turenne en Allema
gne , dans la plus preffante
& la plus
importante occafion
qui s'y foit offerte.
L'eftime d'un Prince &
d'un Capitaine de cette réputation
, luy doit tenir
lieu de grandes
loüanger ..
Ce fut par elle qu'il fe
confola du malheur qu'il
cut de demeurer
quelque
temps Prifonnier
de
guerre
214 MERCVRE
du Duc de Lorraine . Il fut
renvoyé fur fa parole , & la
dégagea par les libéralitéz
de Sa Majesté. A peine
eut- il reçeu l'honneur d'ef
tre fait Lieutenant General
dans les Armées du Roy,
qu'il fut envoyé à Meffiné,
où malgré les fâcheux reltes
d'une longue maladie qui
l'avoit réduit à l'extrémité
à Aix en Provence , il ne
laiffa pas de fe hazarder fur
Mer. A fon retour de Si
eile , on luy fit faire le
Voyage de Catalogne. La
fageffé de la conduite a
GALANT. 215
2
éclaté par les importans
fervices qu'il y a rendus . Il
eut le Gouvernement de
Zucphen, & en fuite celuy
de Nimégue , dés les prémieres
Conqueftes de Sa
Majefté. Il a eu auffi celuy
de Puyéerda , qui luy devoic
valoir quarante mille li
vres de rente , & ce qu'il
a d'extraordinaire dans
et dernier, c'eft qu'en me
me temps qu'il en fut pour
veu , il fe trouva luy- mefme
obligé de faire fauter la
Ville , de la faire rafer, & de
ruiner ainfi de fa propre
216 MERCVRE
main les avantages
qu'il en
pouvoit
efperer
pour la fortune
; mais il n'en eft point
d'autre
pour luy que celle
de plaire à un Maiſtre
qui
ne l'a pas laiffé longtemps
fans récompenfe
, luy ayant
donné
prefque
auffitoft
la
Lieutenance
de Roy dont
je vous viens de parler. I
a eu plufieurs
Freres , qui
ont tous vieilly
dans la
Guerre
, ou qui y font
morts.
Louis de la Tour- Gou
verner , Baron de Soyan,
eut l'honneur
d'eftre tenu
fur
GALANT: 217
für les Fonts par le feu Roy,
qui luy ayant promis d'avoir
foin de fon établiffement,
luy donna le premier
Employ dont il fut capable.
Il a fervy en plus de vingtcinq
Campagnes confécutives,
jufqu'à ce que le def
ordre de fa fanté caufé par
fes longues fatigues dans
la Guerre , l'ait réduit à la
neceffité de fe retirer chez
luy.
Son fecond Frere , Alé.
xandre Gouvernet, S' de la
Chau , s'eft acquis beaucoup
de gloire à la Bataille
Mars 1679.
T
218 MERCVRE
de Rhaab,fous le commandement
de Mile Marefchal
de la Feüillade . Il eft mort
apres s'eftre fignalé en Catalogne
en qualité de Brigadier
, & avec fon Regiment
de Cavalerie . Je ne
vous parle point de Mademoiſelle
de la Tour Gouvernet
leur Soeur. On fe
fouvient
avec quel éclat
elle parut à la Cour dés fes
premieres
années
. Sa bonne
mine , fes riches
traits , la
fraîcheur
de fon teint, & le
brillant
de fes yeux , l'y firent
paffer
pour une des
C
GALANT. 219
3.
plus belles Perfonnes de
fon temps . Mais fi ſa beauté
fit bruit, fa vertu ne luy attira
pas moins d'admiration
. Quoy qu'elle fuft fouhaitée
par tout, & qu'on la
mift de tous les plaiſirs, on
remarquoit bien qu'elle ne
fe trouvoit dans les grandes
Affemblées
que par complaifance.
Les années ont
eu beau fe multiplier , elles
n'ont pas laiffé de garder
T
le refpect deû à tant de mérite
, & elle eft encor également
aimable & vertueufe
, s'appliquant toute en-
Tij
220 MERCVRE
tiere aux actions de pieté &
de bon exemple .
M ' le Marquis de Montauban
a deux autres Freres
d'un fecond Lit , Madame
fa Mere ayant épousé en
fecondes Nopces un Gentilhomme
des plus confidérables
de Normandie
, de
la Maifon de Poiffon du
Mény. L'aîné s'eſt rendu
fi digne de l'eftime de Sa
Majefté par fa bravoure,
que ce Grand Prince ayant
efté témoin de ce qu'il avoit
fait au Paffage du Rhin , &
dans la Franche - Comté,
f
GALANT 221
l'honora de la Charge d'Enfeigne
dans une Compagnie
de fes Gardes du Corps,
& l'a élevé en fuite à celle
de Lieutenant, qu'il exerce
aujourd'huy avec beaucoup
d'affiduité & de zele . M' le
Chevalier du Mény eft le
Weft
plus jeune de ces deux Freres.
Ila déja fait dix Campagnes
. Les bleffures qu'il
y a reçeuës, rendent témoide
fon courage & de
gnage de
fa valeur
.
On m'envoye préfentement
la Piece qui fuit. Elle
eft du temps , & fera une
Tiij
222 MERCVRE
agreable diverfité parmy
les
nouvelles que je vous
écris .
252552252 252 5552
LE
SOLEIL
ET LES PLANETES.
L
FABLE.
Es Planetes par fantaisie,
Les uns difent parjalousie,
D'autres par orgueilfans pareil,
Faifoient la guerre à leur Soleil.
Saturne, &fon lent Satellite,
Iupiter, & ceux de fa fuite,
Et quelques autres
Planeteaux,
Quifont
Phænomenes
nouveaux,
Faifoient une triple alliance,
Et s'eftant joints
d'intelligence,
GALANT. 223
Venoient fe pofter, ce dit-on,
Dedans le Signe du Lyon.
L'Aftre du Tour, qui les éclaire,
Qui les voit, &les confidere,
Craignant que leur conjonction
Ne fift de la divifion,
Er du defordre en la Nature,
Qui déja bien fort en murmure,
S'animant d'un jufte couroux,
Les vainc, & les disperse tous.
En vain les Fayards fe rallient,
Toujoursvaincus,toûjours ilsfuyent,
Et le Soleilau milieu d'eux ( reux,
Toujours vainqueur, toûjours heu-
Les va battant de fes lumieres,
Les rabatant jusqu'en leurs Spheres,
Où chacun fuit defon cofté,
Cherchant un lieu de feûreté.
Plufieurs d'entr'eux retrograderent,
Du Signe du Lyon paſſerent,
Quijufqu'au Cancre, qui plus loin,
Selon leur plus preffant befoin.
sva
224
MERCVRE
Le Soleil voyant les Planetes
Errer comme triftes Comctes,
L'un s'éclypfer , l'autre blémir,
Et le pauvre monde gémir,
Sufpend le cours de fa victoire,
Et pour éternifer fa gloire,
Il veut par cent moyens divers
Donner la Paix à l'Vnivers.
Alors par fa prudence extréme
Il enfaitplufieurs Plans luy-méme,
Et fans fortir hors de fes droits ,
Liry -mefme il en preſcrit les Loix.
On les publie, on les envoye,
On les reçoit avecque joye :
La premiere porte ces mots,
Allez, vivez, Monde, en repos;
Et vous, Planetes fatellites,
Ne fortez plus de vos limites
·Où je vous borne pourjamais,
Et vous laiffe regner en paix;
Tandis que du haut de ma Sphere,
Toujours brillant dans ma lumiere,
GALANT. 225
Me répandant de toutes parts,
Par mes rayons, par mes regars,
Et par ma vertu fans feconde,
Ie regneray dans tout le monde.
Je vous laiffe faire l'ap
plication de cette Fable, &
viens à une Avanture dont
je ne puis diférer plus longtemps
à vous faire part .
Un fort galant Homme,
ayant épouſé depuis ſix
mois une jeune Veuve auffi
fage que bien faite , & auſſi
fpirituelle que riche , avoit
pour elle tous les égards
que l'honnefteté pouvoit
demander; mais comme l'a226
MERCVRE
mour avoit eu moins de
part à fon Mariage que la
confidération des avanta
ges qu'il en retiroit , malgré
tant de bonnes quali
tez, il ne fentoit point pour
la Dame ce fond de tendreffe
qui laiffe un coeur incapable
de tout autre enga
gement. Ainfi il eftoit prodigue
de douceurs par tout
où il rencontroit des Belles,
& fr fes coqueteries na
voient point de ſuite , c'eftoit
moins par le fcrupule
qu'il euft deû s'en faire, que
pour n'en trouver pas l'ocGALANT.
227
cafion affez favorable. Son
panchant pour toutes les
converfations flateufes , luy
permettoit
peu de refter
chez luy. Il s'en juftifioit
quelquefois aupres de fa
Femme, & luy faifoit croire
que fes Amis l'engageoient
à de continuelles
Parties,
dót il ne pouvoitfe défendre
fans paroiftre de méchante
humeur. La Dame qui avoit
beaucoup de prudence , fe
contentoit de luy dire qu'el
le fe croiroit injufte , fi elle
s'opoſoit à ſes plaifirs ; qu'il
eftoit d'un âge à chercher
228 MERCVRE
les agreables Parties, & que
comme elle eftoit perfuadée
qu'il ne s'en permettoit
aucune qui préjudiciaft à la
tendreffe qu'il luy devoit,
& qu'elle tâcheroit toû
jours de meriter par la fienne
, elle fe faifoit une joye
de tout ce qui le pouvoit
divertir. Quoy que tant
d'honneftete redoublaft
l'eftime qu'il avoit pour
elle ,il n'en eftoit pas moins
empreffé à faire de galantes
proteftations , & peut eftre
ne tenoit-il pas à luy que
quelque Belle ne fixaft fes
GALANT. 229
voeux, Le Carnaval vint.
Son plus grand plaifir eftoit
celuy de courir le Bal. Ils'y
donna tout entier , & paffa
peu de jours fans aller mafqué
dans les Affemblées . Sa
Femme luy aidoit à ſe déguifer,
& luy difoit toûjours
en riant qu'il prift bien garde
à luy raporter fon coeur.
Il luy jura plufieurs fois
qu'il feroit ravy qu'elle fuft
de ces fortes de Parties, mais
que c'eftoit quelque chofe
de fi embaraffant que la
conduite des Femmes dans
des lieux où la foule appor230
MERCVRE
toit toûjours du defordre,
qu'il n'ofoit luy rien offrir
là- deffus ; qu'elle avoit d'aimables
Voifines qui aimoient
le jeu , & qu'il la
prioit de faire une étroite
focieté avec elles . La Dame
trouvoit cette défaite plaufible.
La priere que fon
Mary luy faifoit de chercher
à fe divertir, eftoit obligeante
, & elle répondoit
aux foins qu'il fembloit
prendre de les plaiſirs , par
toutes les complaifances
qui pouvoient la rendre
plus digne de fon amour.
GALANT 231
Cependant ce divertiffement
d'Affemblées trop
fouvent reïteré , fit naiſtre
à la Dame quelque envie
de voir le perſonnage qu'y
pouvoit jouer fon Mary.
Elle fit confidence de fon
deffein à une de fes meilleures
Amies, & un foir qu'il
s'eftoit habillé chez luy en
Turc, & que par là il luy
devoit eftre fort aifé de le
reconnoiftre , elle fe déguifa
en Egyptienne, & fon Amie
en Bergere , mais dans un
équipage fi propre quoy
que modefte, qu'elles s'atti
232
MERCVRE
rerent
l'admiration
de toutes
les Affemblées
où elles
parurent
. Deux
Parens
de
Ï'Amie
fort galamment
ajuſtez
, les accópagnoient
.
La Dame
obferva
tous
les
Maſques
des deux
premiers
Bals fans découvrir
fon cher
Turc
, & à peine
eut elle
demeuré
un moment
dans
le troifiéme
, qu'elle
l'aperçût
qui faifoit
la reverence
pour
dancer
. Elle fentit
d'abord
une
émotion
qui la
furprit
par la craintequ'elle
eut de voir quelque
chofe
qui ne luy pluft
pas . Elle
GALANT. 233
fe remit un peu , & eut la
force de le regarder en face
comme fi elle euft fouhaité
dancer avec luy. La chofe
arriva . Il la falüa de la teſte ,
& luy dit galamment apres
la dance , qu'il auroit voulu
mériter qu'une fi aimable
Egyptienne luy diſt fa bonne
avanture. Elle répondit
qu'elle eftoit des plus expertes
dans fon meſtier, &
qu'il n'y avoit perſonne fi
capable qu'elle de luy dire
des veritez dont il convien
droit. Il n'en falut
pas
davantage
pour luy faire
Mars 1679. V
234 MERCVRE
nouer
converſation avec
l'agreable
Egyptienne , fitoft
qu'elle le fut
acquitée
d'une feconde
Courante .
Elle
confentit volontiers à
fe tirer un peu à
quartier,
demanda d'abord à voir fa
main droite, obferva enfuite
toutes les lignes de la gauche
, & apres tout ce prélude
, ordinaire aux Gens
qui fe meflent de Chiromancie,
elle luy dit des chofes
fi pofitives fur ce qui luy
eftoit arrivé de plus fecret,
que foit par les regles de
fon Art, foit parce qu'elle le
GALANT. 235
connoiffoit,il fut convaincu
qu'il parloit à une Perfonne
qui nignoroit rien de fes
affaires. Cependant elle luy
aifoit paroiftre tant def
prit, & le brillant de fes
yeux joint à l'agrément de
fa taille avoit de fi grands
charmes pour le Turc, qu'il
ne fe laffoit point de l'entretenir.
Il voulut fçavoir
ce qu'elle penfoit de fon
coeur. C'eftoit un article
que la crainte d'apprendre
trop luy avoit toûjours fait
éviter , mais enfin elle ne fe
put difpenfer de luy répon-
Vij
236 MERCVRE
dre que fans faire d'examen
plus particulier , elle jureroit
bien que fes fentimens
n'avoient aucune conformité
avec l'habit qu'il portoit.
Il en demeura d'accord,
en luy proteftant qu'il
fentoit pour elle depuis un
moment ce qu'il n'avoit jamais
fenty pour perfonne,
& qu'il fe tiendroit bien
glorieux fielle vouloit ſoufrir
qu'il luy fift connoiſtre
qu'il n'avoit rien moins que
l'ame d'un Turc . Une déclaration
fi peu attendue
donna du chagrin à la belle
GALANT.
237
Egyptienne , mais comme
elle avoit intereft à diffimuler
,elle cacha fon émotion,
&
continua de parler avec
fon premier
enjoüement.
Elle dit au Turc qu'elle ne
s'étonnoit point qu'il ne
puft la voir fans fentir quelque
chofe
d'extraordinaire;
que c'eftoit l'afcendant
de fon étoile qui agiſſoit
malgré luy , & que peuteftre
il hazardoit moins à
ne s'y pas oppofer pour elle,
qu'il ne feroit s'il s'y foûmettoit
en faveur d'une autre;
mais qu'il fongeaft qu'il
238 MERCVRE
eftoit parfaitement
aimé
d'une Perfonne qui luy
ayant donné tout fon coeur,
feroit au defefpoir s'il portoit
ailleurs la tendreffe qui
luy eftoit deuë , qu'il devoit
craindre qu'il ne luy prift
envie de s'en vanger;
qu'ayant du merite il ne luy
feroit pas difficile d'en trou
ver l'occafion ; & que fi elle
fe refolvoit à la chercher,
elle luy feroit plus foufrir
d'inquiétude
par fa galanterie,
qu'il ne luy en pourroit
caufer par la fienne. Le
Turc n'eut pas de peine
་ ་
GALANT 239
comprendre par cet avis
que l'Egyptienne le connoiffoit.
Il en eut de la joye ,,
parce qu'il crut que fçachant
à quion en vouloit em
noüant cette avanture avec
luy, on eftoit déja fatisfait
de fa Perfonne
, & qu'il
n'eftoit
queſtion
pour la
mener jufqu'au
dénouement
, que de donner
des
furetez
de l'attachement
qu'il pouvoit
promettre
..
Ainfi il s'épuifa en tendres
proteftations
, & finit en
conjurant
fortement
la Dame
de ne luy point cacher
240 MERCVRE
ce qui fe paffoit dans fon
coeur , puis qu'elle eftoit
convaincuë que fon étoile
l'engageoit indifpenfablementà
prendre une liaiſon
particuliere
avec elle, La
Dame luy répondit, que s'il
avoit un habit d'Egyptien
comme elle en avoit un
d'Egyptienne , il fçauroit
malgré elle ce qu'il demandoit
, que ces fortes d'habillemens
donnoient des
lumieres extraordinaires
pour
découvrir les fecrets
les plus cachez ; qu'il en
voyoit une preuve dans ce
qu'elle
GALANT. 241
qu'elle fçavoit de luy ; que
cependant fi elle croyoit
qu'il fuft fincere , elle luy
diroit qu'elle alloit tous les
jours à onze heures, à une
Eglife qu'elle luy nomma,
mais qu'elle eftoit perfuadée
qu'il ne penferoit plus à
elle fi- toft qu'ils fe feroient
feparez , & que la curioſité
de la voir n'auroit rien d'af
fez fort pour luy faire accepter
le rendez - vous.
Je nevous diray point, Madame
, avec quelle joye la
propofition fut reçeuë. Le
Turc vouloit fe jetter aux
Mars 1679. X
242 MERCVRE
pieds de l'Egyptienne. Elle
l'empefcha , & fur la priere
qu'il luy fit de luy dire
comment elle feroit habillée
le lendemain , il n'en
pût obtenir autre chofe, fi
non qu'elle fe trouveroit
au rendez-vous ; qu'il ne
manquaft point d'y venir ,
qu'elle ne luy demandoit
aucune marque pour le
connoiftre , parce que fa
Science luy avoit appris qui
il eftoit ; que pour porter
un jugement aſſuré de ce
qu'elle devoit attendre de
luy , il luy eftoit important
GALANT. 243
d'examiner fa
phyfionomie,
& qu'elle fe découvriroit
quand il feroit temps.
On fe préparoit à luy dire
encor cent chofes, mais elle
ne voulut plus rien écouter,
& fe retira en
diligence avec
fa
Compagnie , pour ſe rendre
chez elle avant le retour
de fon Mary. Elle fe
mit
promptement
au lit,
donna ordre de dire qu'un
grand mal de tefte l'avoit
obligée
à fe coucher
de
bonne heure , & s'abandon
na à ſes réveries. Vous ju
gez bien qu'elles
furent
A
X ij
244 MERCVRE
fort mélancoliques . Elle fe
repentit du rendez - vous
qu'elle avoit donné. Le trop
d'éclairciffement
ne pou
警
voit eftre que fàcheux pour
fon repos , & elle avoit
pouffé la choſe fans réflexion
. Il y avoit une heure
qu'elle formoit cent def
feins fans s'arefter à aucun ,
quand fon Mary arriva . L'avanture
luy tenoitau coeur.
Il brûloit dimpatience d'en
voir la fuite , & l'embarras
d'efprit qu'elle luy caufoit
ne luy avoit plus laiffé de
curiofité pour les autres
GALANT. 245
Affemblées. A fon arrivée
chez luy , il demanda des
nouvelles de fa Femme. La
réponſe fut juſte, parce
qu'elle avoit efté concer
tée . Il fe coucha à fon or
dinaire apres luy avoir té
moigné le chagrin qu'il
avoit de fon mal de tefte,
& paffa le refte de la nuit
fans dormir. La Dame fei
gnit de ne s'apercevoir pas
de fes agitations , & en eut
d'auffi fortes de fon coſté,
quoy que d'une autre nature.
Le lendemain elle ne
manqua point de fe trou
X. iij
246
MERCVRE
ver de bonne
heure
au lieu
marqué
, & elle s'y plaça
commodement
pour obferver
la contenance
de fon
Mary
fans en eftre veuë. Il
s'y rendit
à l'heure
préciſe
.
L'embarras
d'un Homme
qui cherche
des yeux , ce
qui luy eft inconnu
,
efté quelque
chofe
de plaifant
pour elle, fielle n'y euft
point
eu d'intereft
. Elle
avoit beau fe dire que c'eftoit
pour elle- mefme
qu'on
luy faifoit
infidelité
, on ne
euft
laiffoit pas pour cela d'eftre
infidelle
, & il n'en falloir
GALANT.
247
Le
pas davantage pour la tourmenter
cruellement.
Mary demeura juſqu'à midy
à examiner toutes les
Femmes qui entrerent. Il
n'en vit aucune qui euft la
taille de
l'Egyptienne , ou
du moins qui jettaft les
yeux fur luy , & perfuadé
qu'on s'eftoit diverty à luy
faire piece, il fortit chagrin ,
& ne pût s'empêcher d'eftre
inquiet le refte du jour. La
Dame retourna chez elle ,
tint confeil avec fon Amie,
& apres qu'elles eurent rai
fonné quelque temps en-
X iiij
248 MERCVRE
femble, elles jugerent à propos
de dénouer l'avanture
de la maniere que vous l'allez
voir. Le Mary eftoit
prié de dîner en Ville le jour
fuivant. La Dame ne vou
lut point fçavoir s'il ſe trouveroit
de nouveau au rendez-
vous. Elle ſe contenta
de l'envoyer attendre par
un Laquais inconnu , qui
luy donna un Billet au fortir
de Table. On luy faifoit
connoiftre par ce Billet
qu'on eftoit content de fa
ponctualité , & que s'il en
vouloit fçavoir davantage,
GALANT.
249
il n'avoit qu'à fe laiffer conduire
par le
Porteur.
Jugez
de fa joye . Il vole plutoft
qu'il ne va, où il eft mené
par le Laquais. Il entre dans
une Maifon d'affez d'apparence
, monte dans une
Chambre fort propre , & à
peine en a - t- il regardé un
moment le Meuble , qu'il
voit paroiftre fon aimable
Egyptienne
avec le mefme
Malque & le mefme Habit
qui l'avoit charmé au Bal.
Il fe jette d'abord à fes genoux
pour la remercier de
fes bontez, exagere ce qu'il
250 MERCVRE
a fouffert deux jours de
fuite dans le rendez - vous,
& apres luy avoir dit tout
ce qu'une paffion naiffante
peut infpirer de plus tendre
, il la conjure de lever
fon Mafque , & de luy faire
voir à qui il eft redevable
de fon bonheur. La Dame
7
le laiffe parler encor quel
que temps fans luy répondre,
& enfin comme vaincue
par fes prieres, elle ofte
fon Loup , & le met dans
une furpriſe que vous concevrez
plus aifément que je
ne vous la puis exprimer. Il
GALANT. 251
prend un air fombre , demeure
reſveur ; & la Dame
profitant de fa refverie , luy
dit d'un air libre & d'un vifage
riant , qu'il n'a aucun
lieu de fe chagriner ; qu'elle
eft fort perfuadée que dans
toutes les démarches qu'il
a faites, il a moins fongé
prendre de l'engagement
,
qu'il n'a fuivy une curiofité
naturelle que tout autre
que luy auroit euë ; qu'elle
elt peut - eftre plus à condamner
qu'il ne l'eft luymefme,
d'avoir mis fa fidelité
à cette épreuve , qu'il
252 MERCVRE
luy en peut impoſer telle
peine qu'il luy plaira, quoy
qu'elle n'ait rien fait que
par un excés d'amour ; que
ne pouvant voir foufrir ce
qu'elle aimoit , elle n'avoit
pas voulu attendre davantage
à luy mettre l'efprit en
repos, que l'affurance qu'el
le luy donnoit de ne fe fouvenir
jamais du paffé, meritoit
qu'il oubliaft les inquiétudes
qu'elle luy avoit
caufées ; qu'il fongeaft feulement
autant pour luy que
pour elle , que ces fortes de
curiofitez avoient quelque
GALANT 253
fois des fuites
fâcheufes , &
que trop de facilité
à donner
dans les
apparences,
avoit fait faire
fouvent
beaucoup
de chemin à ceux
quin'y avoient pas refléchy.
En mefme temps elle embraffe
fon Mary avec toute,
la
tendreffe
imaginable . Le
Mary charmé
de l'honnef
teté de fa Femme, l'embraffe
à fon tour, & luy donne des
marques
de fon repentir,
par l'admiration
où il eft de
fa
conduite. Il luy avouë
que tout autre Party que
celuy
qu'elle avoit pris,
254 MERCVRE
n'euft pû produire que de
fort méchans effets, & l'af
fure que ce qu'elle venoit
de faire pour luy , le tou
choit fi fort, qu'il n'en perdroit
jamais la mémoire,
L'Amie eft appellée pour
eſtre témoin des promeffes
que cette réunion luy fait
faire. Il les a tenuës , & depuis
ce temps - là , il n'a
voulu accepter aucune Partie
de plaifir fans y faire entrer
fa Femme.
Je ne doute point , Madame
, que la prudence
qu'elle a fait paroiſtre dans
GALANT. 255
une occafionfi délicate,
n'obtienne de vous les
louanges qu'elle mérite, &
que vous ne demeuriez
d'accord qu'elle eſt digne
de fervir d'exemple à toutes
celles qui ont de pareils
chagrins à effuyer. Une
Emportée ne ménage rien ,
met toute la Famille en
defordre, éclate en injures,
& ne fait fouvent qu'aigrir
un Mary , fans remedier
aux foibleffes qu'elle luy
reproche .
Je croy vous envoyer
quelque chofe de fort cu256
MERCVRE
ricux , du moins
je fuis af
furé
qu'il
fera de voſtre
gouft
. Ce font
neuf
Médailles
qui viennent
d'Allemagne.
J'en ay eu entre
les mains les Originaux
en
argent
, d'apres
lefquels
je
les ay fait graver
de la mef
me grandeur
. Ainfi vous
devez eſtre perfuadée
qu'il
ne manque
rien à ces Copies
de ce qui fe trouve
dans les Originaux
dont je
vous parle. Au contraire
,
les Portraits
y font d'autant
plus reffemblans
, que les
Médailles
ne peuvent
reGALANT.
257
cevoir
d'ombre
comme la
Graveure . Je ne vous en
donneray
point
l'explica
tion
entiere. Je vay feu
fement vous
marquer ce
que
chaque
Médaille
réprefente
.
1. La Face
droite de cette
Médaille
nous
montro
LOUIS LE
GRAND . Il fuffic
de jetter les yeux
deffus
pour le reconnoiftre
.
2. Revers de la mefme
Médaille. On y voit les
Plans des douze
premieres
Places que cet
inimitable
Conquérant prit dans la
Mars 1679. Y
258 MERCVRE
premiere Campagne qu'il
fit contre les Hollandois
en 1672.
3:
La Face droite de cette
Médaille reprefente la prife
de la Poméranie păr l'Ele
cteur de Brandebourg.
4. Il n'y a qu'une Infcription
dans ce Revers, Chacun
peut dire ce qu'il luy
plaift à fon avantage ; mais
on n'eft pas Juge pour
fa en propre
cela.
Caufe. Quelques
pertes que le Roy de
Suede ait faites , elles ont
coufté bien cher à fes En-.
nemis , & les Suedois fe
GALANT.
259
font toûjours montrez dignes
de leur ancienne gloire.
Ils ont eu à combatre
en mefme temps plufieurs
Souverains liguez contre
eux. Le Roy de Dannemarc
avoit armé prefque
tous fes Sujets. L'Electeur
de Brandebourg
, dont la
puiffance eft connuë , n'avoit
rien épargné pour lever
de grandes Armées . Ils
eftoient fecondez des Prin
ces de la Maiſon de Brunf
vic , & du feu Evefque de
Munfter, Prince riche &
belliqueux , & qui avoit
、
Y ij,
260 MERCVRE
-
des Troupes aguerries. Cependant
toutes ces Puiffances
unies ont fait des
pertes tres confidérables.
avant que de prendre au
Roy de Suede des Places,
non feulement éloignées
de fes Etats , mais mefme fé
parées par la Mer, cequiluy
avoit ofté le moyen de les
fecourir. Ainfi on peut dire
que fi elles ont refifté long
temps , cette longue refiftance
n'eft deuë qu'à la valeur
de ceux à qui la défenfe
en eftoit commife.
Le Portrait du Roy de
5.
*
GALANT. 26F
Dannemarc eft
reprefenté
dans la Face droite de cette
Médaille.
6. Ce Revers marque le
premier Combat naval que
ce Prince a gagné contre
les Suedois.
7. Le Portrait du Roy de
Suede.
8. Cette Medaille ayant
efté faite pour la prife de
Schonen par ce jeune Roy,,
tout ce qui paroift dans
ce Revers s'y rapporte . Il
eft certain que quand ce
Prince n'a point efté traverfé
par les Elémens , il a
262 MERCVRE
fouvent efté
vainqueur , &
qu'il a toûjours triomphé
lors qu'il a combatu en
perfonne . Il n'en faut point
d'autre preuve que les deux
Batailles qu'il a gagnées
depuis qu'il a eu à foutenir
les efforts de tant dePrinces
unis contre luy.
9. La Face droite de cette
Médaille fait voir le Por
trait du Prince Augufte-
Frideric de Brunfvic & de
Lunebourg.
10. L'Exerque de ce Revers
fait connoiftre qu'il
regarde la prife de Phili
1
GALANT. 263
s'ébourg.
Les Figures qui le
rempliffent parlent d'ellesmefmes..
Il ne faut. pas
tonner files Allemans ont:
fait faire des Médailles de:
la prife de cette Place ,,
ayant eu peu d'autres fujets
d'en faire pendant le cours
de cette derniere Guerre..
Je ne fçay pas meſme ſi la
prife de Philifbourg leur a
efté fort avantageufe .. Le
Siege en a duré cinq mois,.
pendant lefquels les Affiégeans
ont perdu dix fois .
plus de monde que les Af
Gegez. Ils y ont fouffert
264 MERCVRE
beaucoup , & ils ne s'en
font rendus maiſtres que
par le fang d'une infinité
de Braves , & de Perfonnes
de la plus haute qualité
d'Allemagne. Il faut vaincre
fans perte comme les
François , pour triompher
fans chagrin . Si chacune de
nos Conqueftes nous avoit
coufté cinq mois , nous les
aurions achetées bien cherement
. Joignez à cela qu'il
ya peu de gloire à acquérir,
puis que lors que les Places
font une fi longue refiftance
, c'est moins la valeur
que
GALANT. 265
que le temps qui en vient
à bout.
11. L'Ile de
Rugen eft
reprefentée
dans la Face
droite de cette Médaille .
12. Ce Revers
contient
une Infcription
touchant la
prife de l'Ile marquée dans
la Face droite de cette Médaille.
13. On voit dans cellecy
les Portraits du Roy &
de la Reyne de Pologne.
14. Ce Revers fait paroiſtre
une des Villes Capitales
de
Pologne
, avec un
Palmier couronné
, fur le
Mars
1679.
Ꮓ
266 MERCVRE
Tronc duquel un petit
Amour grave les noms du
Roy & de la Reyne de Pologne.
Cette Médaille a
efté faite au fujet de leur .
Couronnement.
15. Le nom du Docteur
Strauch
a fait trop de bruit
pour eftre inconnu
. C'eſt
celuy
que le Peupled
de
Dantzic
a demandé
avec
tant d'empreffement
à l'Electeur
de Brandebourg
qui
le tenoit
priſonnier
. On le
voit dans la Face droite
de
cette Médaille
tel qu'il ef
toit quand
on l'arreſta
.
GALANT
267
L'autre
Médaille
marquée
16b
lenreprefente
avec la
Barbe
qu'il
avoit
laiffél
croiftre
pendant
faprifon.of
17. Ce
Reversregarde
le
mefme
Docteurneumon
Je vous bay parlé dans
plufieurs Articles de la mort
de
quelques
Evefques &
Abbez arrivée en divers
temps. Voicy de quelle
maniere le Roy a
remply
en un mefme jour tous ces
Benefices. Il a donné l'Evefché
d'Agen à M' l'Evef
que de
Tulle.
C'est celuy
dont
l'éloquence vous a
4
Z ij
268 MERCVRE
tant de fois charmée, & que
vous avez connu fous le
nom du Pere Maſcaron.
ทร
M' l'Abbé de Bourlemont
Auditeur de Rote , a
eu l'Eveſché de Fréjus . C'eſt
un Homme affable , honnefte,
qui foûtient dignement
à Rome la gloire &
les interefts de la France, &
qui fe fait aimer de tout le
monde. Il eft de qualité, &
nous avons vu un Archevefque
de Touloufe de fa
Maifon.Elle eft alliée à celle
d'Anglure, Jean dit Saladin
d'Anglure , ayant époufé
& S
GALANT 269
Jeanne heritiere de Bourle
mont, d'où font iffus les
male
Bourlemont
,
mont ,
Comtes de
Princes d'Amblife , les Vicomtesnake
& les
Ba
rons de Givry . Sice nom de
Saladin vous ſurprend
, apprenez
par quelle rencontre
il a été donné à ceux de cette
Maifon
. Jean d'Anglure
en
une Croifade fous un de nos
Roys , fut caufe d'une Victoire
fignalée que les Chrêtiens
contre
renerent
Saladin Souldan
d'Egypte.
Il commandoit fix mille
Chevaux de l'Armée du
Z iij
270 MERCVRE
Roy , & fut détaché pour
aller enlever le Quartier de
Saladin. Pour mieux executer
ce deffein , il fit mettre
des grelots au col de fes
Chevaux , & donna droit
dans le Camp des Ennemis.
Le fon extraordinaire de ces
grelots y mit l'épouvante.
Leurs Efcadrons en furent
rompus, & toute leur Ca
valerie défaite . Le Roypour
récompenfer le merite de
cette Action , le fit appeller
Saladin d'Anglure , & afin
que la memoire en fuftéter
nelle , il voulut qu'au lieu
GALANT 271
des anciennes Armes de fa
Maifon , il portaft des Grelots
d'or meflez avec les
Croiffans des Infidelles.
D'autres ne font pas de ce
fentiment, & difent que ces
Armes furent données à un
Cadet de la Maifon d'An
glure par Saladin Souldan
de Babylone , qui l'ayant
fait prifonnier en 1193. luy
permit de venir en France
fur fa parole, pour moyéner
fa rançon , que n'ayant pû
fournir dequoy la payer,
parce qu'il n'avoit eu que le
partage d'un Cader, il re-
Z iiij
272 MERCVRE
tourna fe mettre au pou
voir de fon Vainqueur , &
que Saladin admirant fon
exactitude à tenir ce qu'il
luy avoit promis, luy rendit
fa liberté fans rançon, à la
charge qu'il porteroit pour
Armes les marques que luy
Saladin avoit fur, faGotte
d'Armes le jour qu'il l'avoit
pris à la Bataille , & qu'à l'avenir
tous les Aînez mâles
qui defcendroient de lúy,
s'appelleroient Saladin. Je
paffe au refte des Evefques
nommez . on basishei
L'Evefché de Cahors a
GALANT. 273
efté donné à M.l'Abbé des
Noailles , Frere du Duc de
ce nom . Je vous ay fi fou
vent parlé de cette Maiſon ,
& des belles qualitez de cet !
Abbé, que fon nom fuffie )
pour vous faire fouvenir
qu'il n'a pas moins d'érudi
tion que de pieté , & qu'il
joint à ces avantages une
modestie quile fait admirer
detout le monde.2001 inov
M'L'Abbé de la Broue a
eu l'Eveſché de Mirepoix . Il
eft Fils d'un Confeiller du
Parlement de Touloufe..
L'excellent Sermon qu'il fit
274 MERCVRE
le jour de la Purification en
préfence de Leurs Majeſtez,
hiy a efté une recommandation
tres- favorable . C'eſt
tout que de faire parler le
merite aupres du Roy.
Quand ce grand Prince eft
convaincu qu'oonn eennaa,, il ne
le laiffe pas longtemps fans
récompenfe.
as efté
Le Pere Saillant Preftre
de l'Oratoire , n'a pas
oublié. Il ne penfoit à rien
moins qu'à l'Evefché quand
on luy a donné celuy de
Treguier. Il a poffedé toutes
les grandes Charges de
1
GALANT. 275
fon Ordre,& il ne luy reftoit
plus qu'à en eſtre General.
Onluy a veu autrefois porter
les Armes , & il s'eftoit
mefme fignalé dans cet
Employ.
I
L'Abbaye de Beauport
en Bretagne, a efté donnée
à M l'Abbé de Verteüil,
Fils de M le Duc de la
Rochefoucaut. Je ne vous
dis rien de ce Duc, ce feroit
luy faire tort que fupofer
qu'il ne vous fuft pas affez
connu. Il a une délicateſſe
& une folidité d'efprit admirables
, & il s'eft toûjours
276 MERCVRE
>
diftingué par des qualitez fi
peu communes , que quov
que fa Naiffance foit des
plus Illuftres , on peut dire
que c'est le moindre de ſes
avantages . (19 19v32.2
* M' l'Abbé de la Fayette
a eu l'Abbaye de la Grene
tiere en Poitou. Ce nom
eft un titre glorieux pour
ceux qui le portent . Les
louanges font au deffous de
ce qu'il fait concevoir de
leur merite , & Madame de
la Fayette, Mere du jeune
Abbé dont je vous parle ,
fait tant d'honneur à la
GALANT. 277
France ; que je n'ofe vous
rien dire d'elle , de peur de
n'en dire pas affez .
Les Abbayes de la Cou
ronne à Angoulefme , & de
S. Sever en Gascogne , ont
eſté données , la premiere à
M' de Courtebonne Lieu
tenant de Roy de Calais ,
& la feconde au Frere de
M' de la Barre Marefchal
des Logis de la premicic
Compagnie des Moufquetaires.
On connoift par
que le Roy ne reçoit point
de fervices fans les reconnoiftre,
cannon b ap
là
k
278 MERCVRE
Sa Majesté a auffi donné
l'Abbaye de Sordes en Gaf
cogne à un des Fils de M' le
Marquis de Ravetot , Gendre
de feu M' le Marefchal
de Gramont.alm 6291769
M'le Gris Chapelain de la
Chapelle du Château de
Verfailles,a eu l'Abbaye de
Boisgroland en Poitou ; &
& celle de la Magdelaine
de
Châteaudun, a efté donnée
à M' l'Abbé de Boiffeleau
fur la démiffion de M'l'Ab
bé Drouet fon Oncle. Je
vous ay parlé depuis peu de
ce dernier , & vous n'aurez
GALANT.
279
pas oublié
Boiffeleaueft
dans plufieurs
de mes Articles
de guerre
.
LeRoy
donnant
les Evef
chez dont je vous viens
de
parler
, a mis dix mille livres
de penfion
fur celuy
de Cahors
pour M le Comte
de
Marfan
. Ce jeune Prince
a
fouvent
fait voir qu'il
ne
craignoit
point
les dangers
,
& qu'il eftoit digne
Fils du
grand Comte d'Harcour
Le Roy a mis auffi une Penfion
fur l'Evefché
d'Agen
,
pour M le Chevalier
de
Tilladet
. Il n'y a perfonne
que le nom de
280 MERCVRE
,
qui ne parle de luy avec
avantage , & on ne peut
eſtre ſi generalement
eſtimé
fans un grand merite.
Je vous marquay la derniere
fois que le Fils de Madame
la Nourrice de Monfeigneur
le Dauphin avoit
eu une Chanoinie
de Notre-
Dame . Je m'étois mépris en
vous écrivant , c'eft à un
Fils de Madame la Nourrice
du Roy , que cette Chanoinie
a efté donnée.
A peine tous ces Evef
chez ont- ils efté remplis
,
qu'il en a vaquéun autre par
GALANT 281
¡
la mort de M Mefchatin,
Evefque & Comte de Gap .
Le R. Pere de la Chaife ,
juftement perfuadé de fon
grand merite , l'avoit fait
connoiftre au Roy , & Sa
Majefté luy avoir donné
PEvefché qu'il laiffe vacant.
Ileftoit Comte de Lyon, &
cette
dignité eft une preu
ve fuffifante de
l'ancienne
Nobleffe
de fa Maifon .
Vous donnerez avis , s'il
vous plaift , à tous vos Amis
de Province quiviendront
icy , qu'ils pourront prendreppart
à un fort agreable
Mars 1679. Aa
282 MERCVRE
concert de Guitarres , que
M Médard va faire chez
luy tous les quinze jours . Il
a donné au Public un Livre
gravé de fes Pieces , & les
plus fins Connoiffeurs tombent
d'accord qu'il a trouvé
le plus beau caractere de cet
Inftrument. Ce Concert fe
ra diverfifié par le Dialogue
fuivant qui fe chantera. Il
eft fur le fujet de la Paix.
M' Fleury de Châteaudun
l'a mis en Mufique , & M
Médard qui en a fait les Paroles
, y a meflé fes Inftrumens,
comme je vous le vay
marquer.
GALANT. 283
252525252
52 52525
DIALOGVE
.
MARS, LA VICTOIRE
,
LA PAIX.
C
Allemande des Guitarres ,
CHOEUR.
Hantons du Grand Louiss
les béroïques Faits.
Il demeure vainqueur de la Triple
Alliance,
Il va de cent plaifirs contenter nos
fouhaits
Admirons dans la Guerre, ainfi que
dans la Paix,
Safageffe & fa vaillance.
Fanfares des Guitarres; .
Aaij
284 MERCVRE
LA PAIX .
Quoy? toujours me perfecuter?
MARS ,
Souffrezpour un moment queje vous:
entretienne;
Et puis,sas que rien vous retienne,
Le vous permets de m'éviter. I
LA PAIXON
Voulez-vous me parler dos horreurs
de la Guerre, AUTO M
Et par le recit des malheurs
Dont vous avez troublé la Terre,
Augmenter mes triftes douleurs?
M.AR.Sq
Non,non, apprenez, belle
Ingrate,,
Que c'estpour vous que je cobats..
C'est pour vous rétablir que mon
Tonnerre éclate,
Puis,je quitteray ces Climats.
LA PAIX.
Helas! oferois -je vous croire?
GALANT. 285
MARS.
C'est l'ordre de ce Grand Roy,
Qui remplit tout de fa gloire..
N'en doutez point, la victoire
Vous le dira comme moy.
LA VICTOIRE .
Louis, ce Monarque invincible,
Qui m'a fait de tout tempsfuivre
fes Etendars;
M'ordonne d'aller avec Mars.
Porter ce que la Guerre a d'affreux
& d'horrible
Chez ce Peuple obftiné, jaloux de
fon pouvoir,
Qui no veutpas vous recevoir.
A ce qu'on faitpour vous, montrezvous
plus fenfible...
CHOEUR..
Chantons du Grand Loüis , &c..
Courante des Guitarres..
LA VICTOIRE.
Leunes Coeurs, préparez-vous
286
MERCVRE
Adespaffe - temps plus doux:
L'Amour revientfur la Terre,
Et
deformais les Amans
Vontfe payer des momens
Qu'ils ont perdu dans la Guerre..
Fanfares des Guitarres;
LA PAIXw my fo'?
A
Tefpererois en vain de voir cet heureux
temps.
Le bruit de
Guerre que
j'entens
N'affure que trop ma
diſgrace.
On vient de
predre
quelque Place,
Qui fait pouffer en l'air tous ces
fons
éclatans
LA
VICTOIRE,SINNAD.
Ecoutez d'un esprit un peu plus
pacifique.
Faut-il que lafrayeur vous trouble
à cet excés?
Et
n'entendez- vouspas que ce Chant.
héroique
GALANT. 287
Eft une douce Mufique
Qui ne promet que la Paix?
Fanfares des Guitarress .
MARS.
Helas ! c'eft moy que l'onjouë,
Ie doy me plaindre des François..
C'est par moy qu'ils ont fait tant dec
rares Exploitss
Et déja l'on me defavouë.
Mais ilfaut obeir au plus puiſſantz
des Roys
Il ne me tient àfon fervice
Qu'autant qu'ilplaift àſa justice..
CHOEUR.
Ghantons du Grand Loüis , &c..
Sarabande des Guitarres .
LA PAIX.
Que de plaifirs ! que de beauxjours
!
Donnons nos coeurs à l'allégreſſe .
Adieu Trompetes & Tambours;;
288 MERCVRE
Que par tout l'épouvante coffe,
Voreyle Regne des Amours.
CHOEUR.
Que par tout l'épouvante ceffe,
Voicy le Regne des Amours.
Gavote des Guitarres..
LA PAIX
L'Amour fuit le bruit des Armes,
Il fautpeu pourl'allarmer.
Sonfeu s'éteint dans les larmes,
Et ne peut plus enflamere
La Beauté dans les allarmes
Perd le fecret de charmer.
Gavore des Guitarres;
LA
VICTOIRE.
Eftre placé dans les Histoires,
C'est le but des nobles defirss
Mais il eft en amour de certaines
victoires
Qui donent de plus douxplaifirs.
♪ Ménüet des Guitarres,
GALANT 289
MARS & LA VICTOIRE .
Mais lors qu'on faifoitla Guerre
Prefque par toute la Terre,
Dequoy fe plaignoir la Paix?
Ne pouvoit- elle pas auſſi bien
Regner en affurance (jamais
Au milieu de la France?
LA PAIX .
que
Oiy, je pouvois de Mars éviter le
couroux ,
Et mefme partager les fruits de la
Victoire,
Dans le temps que Loüis fe fatiguoit
pour nous.
Mais feachez qu'il m'eft doux.
Defervir àfa Gloire
Auffi - bien comme vous.
Commencez donc à diſparoiſtre;
Mais avant de nous dire adieu,
Celebrons dans ce Licu
-Les louanges de nostre Maifire..
Mars 1679.
Bb
290 MERCVRE
CHOEUR.banq
Chantons du Grand Loüis les
héroïques Faits,
Il demeure vainqueur de la Triple
Alliance, ce Prove dis
Il va de cent plaiſirs contenter nos
fouhaits.
Admirons dans la Guerre , ainsi que
dans la Paix,
Sa fagcffe & favaillance
.
Fanfares & Méntets des Guitarres.
Quoy
qu'on
ne parle plus
icy que de Paix , & qu'elle
ferve de matiere
à tout ce
qui fe fait pour
la fatisfaction
des Curieux
, il faut
encor
vous dire deux mots
de Guerre
, pour vous apGALANT
291
prendre que celle que nous
avions avec les Allemans,
a finy à peu pres comme
elle avoit commencé , c'eſt
à dire par une maniere de
rencontre. Le dernier combat
a efté de foixante Hommes
de pied , commandez
par M deRainfevaux Capitaine
dans le Regiment de
Monfeigneur le Dauphin,
contre fix-vingts Maiſtres,
tant Cavalerie qu'Infante.
rie. Ainfiles Ennemis n'ef
toient pas feulement deux
contre un, mais ils avoient
encor l'avantage d'avoir de
Bb ij
292 MERCVRE
la Cavalerie qui eft tres
bonne parmy les Allemans.
Cependant les Notres
s'eftant jettez dans une
petite haye, eurent l'avan
tage de leur refifter fans
pouvoir eftre enfoncez , de
forte que les Ennemis furent
obligez de fecretirer
avec perte.
Mile Marefchal de Humieres
que vous estimez
tant, eft de retour à Paris . Il
n'y eftoit point venu depuis
dix ans , & je croy ne vous
pouvoir rien manderde plus
glorieux pour luy. Il n'eft
GALANT. 293
pas befoin apres cela de dire
qu'il fert le Roy avec beau
coup de zele & d'affiduité ,
Il n'en faut point d'autre
preuve que de demeurer dix
ans dans un Gouvernement
qui n'eft pas éloigné de la
Capitale du Royaume , &
où les plaifirs & les affai
res amenent inceffamment
ceux qui aiment le plus à
ne point fortir de chez eux
11 Le bruit de la maladie de
Monfeigneur le Dauphin
aura fans doute efté juſqu'à
vous , & je ne doute poine
que vous n'en' ayez
efté
Bb jij
294
MERCVRE
alarmée . Sa fievre qui provenoit
d'un grand rhume,
n'a point continué. Il n'en
a eu qu'un accés qui ayant
duré trente - cinq heures,
donnoit lieu d'en craindre
de fâcheufes fuites, mais les
Medecins ont trouvé le fecret
de la chaffer. Leurs
Majeftez l'ont efté voir plu
fieurs fois , & ces marques
de leur tendreffe luy ont
efté un grand foulagement
dans fon mal . Vous pouvez
juger de l'empreſſement
qu'a eu toute la Cour à fçavoir
des nouvelles d'un
Prince fi accomply.
GALANT 295
Le Fils de M' le Prince
d'Elbeuf fut baptifé au
comencement de ce Mois.
Tous les Princes de la Maifon
de Lorraine affifterent
à cette Cerémonie . Monfieur
fut le Parain , & Madame
de Montefpan la Maraine
. Ces deux noms di
fent beaucoup, c'eft pours
quoy je finis cet Article,
niy pouvant rien adjoûter
de plus glorieux pour ce
jeune Prince qui fut nommé
Philippe.
Je ne fçay quel confeil
prendra le jeune Marquis
**
Bb iiij
296 MERCVRE
que vous me mandez qui
vient icy pour fes exercices,
mais je croy qu'il ne peut
rien faire de plus avanta
geux pour luy , que desfe
mettre chez Mide Longpré
qui eftoit dans la Rue
de Seine, & qui occupe pre
fentement le plus beau Manege
de Paris, au bout de la
Rue de Sainte Marguerite
,
dans le Fauxbourg
S. Ger
main , pres de l'Abbaye.
C'eft où M' Foubert tenoit
fon Académie
. Ill'a quitée,
& M de Longpré
a pris fa
place.La Maifon quieft fort
*
GALANT 297
belle, luy donne dequoy lo
ger plus commodement
un
grand nombre de Gentilshommes
François & Etrangers
qui l'ont fuivy, & quan
tité d'autres qui fe rendent
inceffamment
chez luy de
toutes
parts. Outre
tout le
merite
qu'on
peut fouhaiter
dans
un veritable
Gentil
homme
, M' de Longpré
a
toute
l'application
, & toute
l'expérience
poffible
dans
fa Profeffion
. La Cour
de
France
, & prefque
tous les
Pais Etrangers
, fourniffent
affez
d'exemples
illuftres
,
298 MERCVRE
pour
perfuader
qu'il
réüffit
admirablement
dans
l'art
d'élever
la Nobleffe
. Il a
une methode
toute
particu
lier pour
ménager
les ef
prits
de ceux
qui fe mettent
fous
fa conduite
. Il ne fe
contente
point
de les former
aux exercices
du corps
,
il porte
fes foins
jufqu'à
les
inftruire
de tout
ce qu'il
y
a de plus
important
dans la
vie civile
, & leur fait mefme
donner
des leçons
de Droit
trois
fois la Semaine
, eftant
perfuadé
qu'un
Gentilhom
me,à quoy
qu'il
puiffe
eftre
GALANT
. 299
deftiné , foit que les fonctions
públiques
, ou les né
gotiations
d'Etat le regardent
, foit qu'il fe borne
à
gouverner
fa Famille
& fon
bien , a toûjours
befoin
de
fçavoir
les Loix de fon Païs ,
qu'il femble
d'ailleurs
qu'il
foit honteux
d'ignorer
.
M l'Archevefque
de Paris
prefcha
il y a huit ou dix
jours en faveur
des Priſonniers
, dans
l'Eglife
des
grands
Auguftins
. Son Sermon
fut fur l'Aumofne
. Je
ne vous dis point qu'il fut
admirable
. Tout le monde
300 MERCVRE
fçait quelle eft l'éloquence,
& la profonde érudition de
cet Illuftre Prélat. Il a des
raifonnemens fi perfuafifs,
& de fi vives manieres de
s'exprimer , qu'il ne faut
qu'avoir l'avantage de l'en
tendre , pour eftre entiere
ment convaincu des veritez
qu'il foûtient. Ainsi , Madame,
vous pouvez juger de
quelle utilité ce Sermon a
pû eftre pour les Pauvres,
dont fa charité luy faifoit
prendre le
un tres -grand nombre de
Prélats & d'autres Perfon
party. Ily avoit
GALANT. 301
nes de qualité, de vertu, &
defcience. Jevous envoye
deux Devifes qui ont efté
faites fur ce fujet. La premiere
eftun Soleil dont les
rayons éclairent plufieurs
Montagnes
, au pied deſquelles
il y a des Mines
d'or. Ces paroles luy fervent
d'ame. Superiora
illuminat,
interiora
ditat . La fe
conde eft une Rofée qui
tombe fur des Montagnes
,
avec ces mots, Facundat
, ut
alios ditent.
M' le Franc, Autheur de
cette premiere Deviſe , en a
302 MERCVRE
fait une autre pour M'Lifot
Curé de Saint Severin , qui
prêche toûjours d'une maniere
fi édifiante , & qui
pendant larigueur du froid
a fait diftribuer
plus de foixante
voyes de Bois aux
Pauvres de fa Paroiffe,outre
le fecours qu'il leur a donné
pour leur nourriture
. Le
corps de cette Devife eft
une Poule qui a fous fes
aiſles plufieurs
Pouffins,
qu'elle échaufe , qu'elle
nourrit , & qu'elle défend
d'un Milan, Ces mots en
font l'ame, Fame frigore,
boste liberat.
GALANT. 303
Nous avons perdu le 23 .
de ce mois le R. P. Combéfis,
Religieux du Convent
des Peres Jacobins de
la Ruë S. Honoré. Sa pieté
& fon érudition l'ont fait
paffer pour un des plus
grands Hommes de noftre
Siecle. Mellieurs du Clergé
de France luy avoient donné
une marque fort écla.
tante de leur eftime,par une
Penfion confidérable qu'il
employoit à l'impreffion de
fes Livres. Il ena laiffé plufieurs,
& ils ont efté fi utiles
à toute l'Egliſe , qu'on peut304
MERCVRE
dire qu'il n'a point aſſez vécu
pour elle, quoy qu'il foit
mort âgé de foixante
& qua,
torze ans .
7
M' le Marquis de Raray
que nous avons perdu quel
ques jours auparavant, en
avoit foixante & feize. Il
avoit eſté élevé dés fa jeuneffe
aupres de la Perfonne
de feu M' le Duc d'Orleans,
qui l'honora du Gouvernement
de Brefçon en Languedoc
, & de la Charge de
Lieutenant de fa Compa-.
gnie de Gendarmes , à la
tefte de laquelle il a ſervy
GALANT 305
78·
plufieurs Campagnes. Ils'y
eft fignalé par un nombre
infiny de belles actions ,
particulierement le jour de
la Bataille de Sedan , ou
commandant cette Compa
gnie de Gendarmes , il chargea
les Ennemis dans le
temps que toutes nos Trou
pes avoient plié. Il perça
leur premiere & feconde
Ligne avec fon feul Efcadron
, & voyant qu'il n'ef
toit foutenu de perfonne,
il fit fa retraite au milieu
des Ennemis avec vingtcinq
ou trente Maitres
Mars1679. Cc
306 MERCVRE
qu'il avoit encor , de fix
vingts dont eftoit compofe
fon Efcadron . Tout le refte
avoit efté tué ou mis hors
de combat. Dans la Reveuë
que le feu Roy fit enfuite
de fes Troupes, il reçeut de
la bouche de Sa Majefté, &
à la tefte de fon Armée les
louanges qui eftoient deües
à une fi éclatante action .
C'eftoit un Homme tresjudicieux,
& fort confideré
à la Cour où il avoit paffe
toute favie. Il a laiffé deux
Enfans, dont l'Aîné eft M
le Marquis de Raray, qui a
GALANT. 307
une des premieres Charges
dans la Vénerie du Roy.
Madame la Marquiſe de
Rarayla Veuve, de la Mai
fon d'Angennes, a efté Gouvernante
des Enfans de feu
M' le Duc d'Orleans. Madame
la Marquife de l'Aigle
eft fa Filleks
r
25M de Bechamel Maitre
des Requeftes , Fils de M
de Bechamel Secretaire du
Confeil, s'eft marié depuis
peugde jours. Il a épousé
Mademoiſelle le Rageois
de Brétonvilliers , Fille du
Président des Comptes de
Cc ij
308
MERCVRE
ce nom . Un peu avant qu'il
fe mariaft
, il envoya
une
tres
belle
Caffète
à fa
Maiftreffe
, dans
laquelle
elle trouva
un Manchon
de
grand
prix, & quatre
Bour
ces des plus riches
aux qua
tre coins. Il y avoit cinq
cens Louis
d'or dans chacune.
La Caffete
en renfermoit
une autre fort magnifique
, & dans celle - là
eftoient
des Attaches
de
Manches
, & de Poches
, une
Bufquiere
, & deux douzaines
de Boutons
, le tout de
tres- beaux
Diamans
, avec
GALANT. 309
quantité d'autres Bijoux ,
comme Boëtes à Mouches,
Eftuys , Flacons , Montres,
&c . d'un travail qui difputoit
de beauté avec la matiere.
Le deffus , auffi- bien
que le fonds de cette
Caffete , eftoit remply de
Gands , de Rubans , de Bas
de foye , de Tartieres , de
Couffins de fenteur, & de
plufieurs autres galanteries.
de cette nature. Le Mariage
fe fit par M le Curé de Saint
Louis de l'Ifle, Paroiffe de la
Mariée ; & M Colbert, Ge
neral de l'Ordre des Pré
310 MERCVRE
montrez, dit la Meffe.comme
Parent . Ily eut un mal
gnifique
Repas . L'Affemblée
ne fut prefque compo
fée que de Parens conviez
par l'une & l'autre Partie .
Comme ils font connus , je
ne les nommeray
point. Je
vous diray feulement
que
la belle Madame
la Dug
cheffe de Briffac en eftoita
Il feroit inutile de parler du
merite des Mariez. Toutle
monde convient
que Mide
Bechamel
en a beaucoup
,
& vous fçavez que Mademoifelle
de Bretonvilliers
GALANT 311
n'a pas moins d'efprit que
de beauté.
Ceux qui prétendent
qu'il n'y ait point de folidité
parmy le beau Sexe,
ont lieu de fe détromper,
fur l'exemple de Madame
la Comteffe de Marle , qui
époufar Mile Comte de
Pietra- Sancta dans les derniers
jours du Carnaval.
Elle eft Fille de M' le Mar
quis de Lifbourg , Comte
de Marle, Chef de la Maifon
de Noyelle , une des
plus anciennes de l'Artois ,
qui n'ayant point de Fils,
312 MER
CVRE
*
& youlant
conferver
for
Nom & fon Bien dans fa
Famille , obtint de Rome
permiffion
de la marier
avec M' le Comte de Marle
fon Frere . Ainfi elle devint
Femme de fon Oncle. Elle
n'avoit alors que quinze
ans. M' le Comte de Marle
fon Mary ayant efté fait
Meftre de Camp d'un Re
giment
d'Infanterie
, &
Gouverneur
de la Mote
au Bois par le Roy d'Ef
pagne , & en fuite Grand-
Bailly de Caffel , alla demeurer
à S. Omer , où il
mourut
GALANT. 313
Mars 1679.
mourut dans le temps de
la Déclaration de la Guerre
contre la Hollande. Madame
la Comteffe de Marle
demeura dans le Party d'Ef
pagne , fon Fils ayant eu
le Gouvernement
de fon
Pere , quoy qu'il n'cuſt
qu'un an. M' le Comte de
Pietra - Sancta , Major du
Regiment Italien de M ' le
Marquis de Belle- Joyeuſe
fon Parent , eftoit en garnifon
à S. Omer , & y a
refté huit ans jufqu'à la
prife. Il y vit l'aimable
Comteffe dont je vous par-
Dd
314
MERCVRE
le ; & comme
elle eft une
des Perfonnes
du monde
la mieux
faite & la plus fpirituelle
, il s'y attacha
fortement
. Son mérite
, & les
foins qu'il luy rendit
pen
dant cinq ans , firent
quel
que impreffion
fur elle. Il
fe déclara
. Elle luy marqua
de l'eftime
, & luy fit voir
des obftacles
prefque
invincibles
pour le Mariage
dont il la preffoit
. Rien ne
fut capable
de le rebuter
.
Le Roy prit Aire . La prife
de cette Place
obligea
Ma
dame la Comteffe
de Marle
GALANT.
315
de fe retirer à Bethune chez
Madame la Marquife de
Digneule fa Soeur , pour
éviter la rigueur des Edits
de Sa Majefté, qui confifquoit
tous les Biens de
ceux qui eftoient dans le
Party de fes Ennemis . L'abfence
ne pût affoiblir la
paffion de M' le Comte de
Pietra Sancta. Il écrivit , &
témoigna perfiſter toûjours
dans les mefme attachement.
S. Omer fut pris.
Madame la Comteffe de
Marle s'y rendit un jour
avant que cette Place fuft
Dd ij
316
MERCVRE
mife
entre
les
mains
des
François
, parce
qu'elle
y avoit
fon
Fils
âgé
de fix ans
, que
les Efpagnols
vouloient
mener
à Bruxelles
avec
la
Garnifon
, comme
Officier
de
du
Roy
Catholique
. Eftant alliée
de M
le Duc
de Luxembourg
, elle
n'eut
pas
de
peine
à luy
faire
prendre
fes
intéreſts
aupres
Monfieur
, qui
eut
la bonté de faire
mettre
dans
un Article
féparé
de la Capitulation
, que
les
Eſpagnols
luy rendroient
fon
Fils
. Elle entra
dans
S. Omer
avec
GALANT. 317
M' le Marquis de S. Genier
qui en fut fait Gouverneur .
M ' le Comte de Pietra-
Sancta eut la joye de la revoir
apres une année d'abfence
, & luy fit paroiftre
tant d'amour , qu'elle luy
promir , que fi la Paix genérale
dont on commençoit
à parler fe faifoit , &
qu'il puſt vaincre les obftaeles
qu'elle luy avoit toû
jours oppofez, il la trouveroit
tres favorablement dif
pofée à l'écouter , ajoûtant
qu'elle ne recevroit aucune
autre propofition de deux
5.
Dd iij
318 MERCVRE
ans. Elle luy a tenu parole.
Beaucoup
de Gens de
qualité
& d'un grand
mérite
, ont fait leurs efforts
l'engager
. Ils ont
pour
parlé
inutilement
. La Paix
s'eft faite. Les obftacles
ont efté furmontez
. Mile
Comte
de Pietra
- Sancta
,
de cadet
de fa Maiſon
qu'il
eftoit, en eft devenu
l'aîné,
& s'eft
rendu
quelque
temps
apres
à S. Omer
, où
il a époufé
Madame
la Comteffe
de Marle
, qui s'appelle
Adrienne
- Thérefe
- Leonor
de Noyelle
. Cette
Maifon
GALANT. 319
de Noyelle eft alliée à celle
de Montmorency , & aux
plus nobles Familles , des
Païs- bas. Pour eftre perfuadé
du rang qu'elle y
tient, il ne faut que voir le
bel Hoftel de Marle qui eft
dans Arras . M' le Comte
de Pietra - Sancta eft de
Milan . L'ancienneté de fa
Maiſon eft connuë. Quantité
de Cardinaux , Archevefques
& Evefques , en
font fortis .
Meffieurs Boréel , d'Odiick,
& Dikuvelt, Ambaffadeurs
Extraordinaires des
Dd iiij
320 MERCVRE
a
Etats Genéraux, ont fait icy
leur Entrée publique de
puis quinze jours. Leurs
Carroffes, dont il y en avoit
trois fort beaux , tous à fix
Chevaux , douze Pages
cheval , & un grand nom
bre de Valets de pied , ef
tant allez le matin des
attendre à Rambouillet
du
cofté du Fauxbourg
Saint
Antoine , ils s'y rendirent
incognito à une heure
apres midy. Un peu apres,
Mile Marefchal de Schomberg,
accompagné
de M.
Bonneuil
& Giraut , les y
GALANT. 321
vint prendre avec les Car,
roffes du Roy, de la Reyne,
de
Monfieur , de
Madame,
de
Mademoiſelle , & de
toute la
Maiſon Royale .
Celuy de M' de
Pompone
y eftoit auffy. Les Compli
mens eftant faits, ils fe mirent
dans les Carroffes de
Leurs
Majeftez , & com.
mencerento à prendre le
chemin de l'Holtel des Ambaffadeurs
. Les Pages , à la
refterdefquels eftoient les
Ecuyers,fuivis des Valets de
pied,marchoient devant les
Carroffes. Paris eft fi grand ,
322
MERCVRE
& on y voit
tous
les jours
tant
de merveilles
, que le
Peuple
n'eftant
jamais
averty
de ces Entrées
, qui dans
les autres
Royaumes
tien nent
fouvent
lieu
de Feftes
publiques
, la plupart
des Ambaffadeurs
traverfent
la
Ville
fans
qu'on
le fçache
,
& au milieu
des
autres
Car
roffes
qu'ils
rencontrent
dans
leur
paffage
. Cepen dant
le bruit
de cette
der
niere
Entrée
s'eftant
ré
pandu
, le Peuple
& les Car- roffes
s'arrefterent
dans
les
Rues
pour
voir
les Ambaf
GALANT.
323
fadeurs
dont je
vous
parle ,
& cette
curiofité
rendit la
foule fi
grande ,
qu'ils eu
rent
peine à paffer
en beaucoup
d'endroits
. M' de
Schomberg
les
quita
apres
les avoir
conduits
à l'Hoftel
des
Ambaffadeurs
Extraor
dinaires . Le
mefme
jour le
Roy les
envoya
compli
menter
par M' le
Marquis
de
Tilladet
, Maiftre
de la
Garderobe , la
Reyne, par
M de
Villacerf
fon
Premier
Maitre
d ' Hoſtel ,
Monfieur
, par Mile
Marquis
de Grave
, Maiftre
de
324
MERCVRE
fa Garderobe
; & Madame
,
par
M
de
Gorillon
fon Maiftre
-d'Hoftel
. Le
foir
, & les
deux
jours
fuivans
, ils furent
traitez
fplendide- ment
par
les
Officiers
du
Roy
, jufqu'à
ce que
M' le Marefchal
de Schomberg
,
accompagné
de
Monde
Bonneuil
Introducteur
des
Ambaffadeurs
, les
vint prendre
à fix
heures
du matin
dans
les Carroffes
de
Leurs
Majeftez
, & les mena
à S. Germain
, où ils eurent
leur
premiere
Audience
pu blique
. Ils trouverent
deGALANT.
325
vant le Louvre les Gardes
Françoiſes & Suiffes rangées
en hayes ,
Enſeignes
déployées , & Tambours batans.
Les Gardes de la
Porte , & les Gardes du
Grand
Prevoft ,
avoient
auffi pris les armes. Les
Cent Suiffes eftoient rangez
au bas de l'Efcalier.
M' le Marquis de Rhodes
Grand - Maiſtre des Cerémonies
, & M' de Saintot
Maistre des
Cerémonies ,
s'avancerent
jufqu'à la
Porte de la Salle des Gardes
pour les recevoir . Ils y fu
326
MERCVRË
par
M
rent
reçeus
en fuite
le
Duc
de
Noailles
Capi- taine
des
Gardes
du
Corps
, qui
eftoient
auffi
rangez
le
long
de
la Salle
. Ce
Duc les
mena
dans
la Chambre
de
Sa
Majesté
.
Le
Roy
les
voyant
, ofta
fon
Cha- peau
, & fe
leva
. Ils
firent
les
trois
revérences
accoû- tumées
, &
entrerent
dans le
Baluftre
où
eftoit
Sa Majefté
, du
cofté
du
Lit.
M' Boréel
porta
la parole
,
&
apres
les
Complimens
faits
au
nom
des
Etats
& de
M' le Prince
d'Orange
,
GALANT. 327
il prefenta fa Lettre de
créance au Roy , & le remercia
de ce qu'au milieu
de fes Victoires , il avoit
bien voulu préferer le repos
des Peuples, à la gloire
que de nouvelles Conquef
tes luy auroient infailliblement
acquife. Il adjoûta
que c'eftoit de fes foins que
le reste de l'Europe attendoit
la Paix . La réponſe du
Roy fut tres- civile , & pleine
de marques de bonne volonté
pour les Etats Genéraux.
Avant que de prendre
congé de Sa Majefté, ils la .
de
328
MERCVRE
fuplierent
de
permettre
à
leurs
Gentilhommes
de la falüer
. Cet
honneur
leur fut
accordé
. Ils
eftoient
du
moins
cinquante
, tous belle
taille
, de bonne
mine
, & dans
un
ajuſtement
fort
propre
, Ces
mefmes
Ambaf
Tadeurs
furent
en fuite
con- duits
à l'Audience
de Monfeigneur
le
Dauphin
, qui les
reçeut
tres
- obligeam- ment
. On
les
mena
de
là chez
Monfieur
, où
le mef me
accueil
leur
fut
fait
. Ces
Audiences
finies
, ils
furent
traitez
magnifiqueGALANT.
329
ment par les Officiers
du
Roy ; & l'apreſdînée
ils eurent
audience
de la Reyne.
Ils la trouverent
accompa
gnée de prefque
toutes les
Princeffes
du Sang , & de
quantité
de Dames du premier
fang. La reception
que leur fit Sa Majeſté
fut
tres - favorable
, auffi bien
que la maniere
dont ils furent
reçeus de Madame
. Ils
retournerent
le foir à Paris
dans les mefmes Carroffes
qui les avoient amenez, &
furent encor traitez à l'Ho
tel des Ambaffadeurs
, com-
Ee
Mars 1679.
330 MERCVRE
me ils l'avoient efté les jours
précedens. Vous voyez,
Madame, avec combien de
juſtice toutes mes Lettres
vous ont marqué que c'ef
toit au Roy feul que l'Eu
rope devoit la Paix. Les
François l'ont dit . Ses Alliez
, auffi- bien que ceux
que charment fes hautes
vertus , ont pris plaifir à le
publier. Mais afin que la
Pofterité le cruft, il falloit
que ces paroles fortiffent
de la bouche mefme de
ceux à qui cette Paix a eſté
donnée. Elles établiſſent
1
GALANT. 331
une verité qui ne peut plus
eftre miſe en doute , puis
que les Ambaffadeurs de
Hollande viennent de la
confirmer. Je ne vous dis
rien du mérite particulier
de leurs Perfonnes. Les
B
grandes Negotiations qui
leur ont efté confiées en
font une preuve. M Boréel
Ambaffadeur de la Province
de Hollande , apres
avoir efté Ambaffadeur Extraordinaire
des Etats au
pres du Grand Duc de Mof,
covie , fut choify les années
dernieres pour traiter des
Ee ij
332 MERCVRE
Affaires les plus importan
tes avec Mile Duc de Villa
Hermofa. Il eftoit Plenipotentiaire
à Nimégue, ou
il a beaucoup aidé par fa
prudence à la Paix qui s'y
eft conclue. Ce grand Ou
vrage s'eft achevé en partie
par les foins de Md'Odiick
Ambaffadeur de la Province
de Zelande, qui avoit
déja eſté envoyé Plénipotentiaire
à Cologne. Il fut
fait Ambaffadeur Extraordinaire
vers Sa Majeſté Britanique
pendant l'Affem
blée de Nimégue, Mª de
GALANT 333
d
Dikuvelt Ambaffadeur
de
la Province d'Utreck, apres
i avoir exercé les Commif
fions les plus honorables
,
aefté choify, non feulement
pour négocier avec Mle
Duc de Villa - Hermofa,
mais auffi pour affifter de la
part du Confeil d'Etat des
Provinces unies, au Confeill
de Guerre , & prendre foin
de conferver l'Armée des
Etats. Je paffe les Emplois
particuliers
que tous les
trois ont dans leurs Pro
vinces.
Il ne faut pas que j'ou
334 MERCVRE
blie à vous faire part de
l'honneur que M Veydeau
de Grandmont Confeiller
auParlement, reçeut à Saint
Germain au commence
ment de ce Mois . Son fecond
Fils y fut baptife dans
la Chapelle du Vieux Chafteau.
Monfeigneur le Dau
phin en fut le Parrain , &
Madame de Montefpan, la
Marraine. Il fut nommé
Louis. Ce jeune Enfant
âgé de ſeptans , tres bien
fait de corps & de viſage,
foûtint le brillant éclat de
la Cour & la préſence de
GALANT. 335
Monseigneur
, d'un air fi
noble , & répondit
fi juſte
à tout ce qui luy fut demandé
, qu'il s'attira
l'ad
miration
de tout le monde.
Son ajuſtement
, qui eftoit
des plus galans
& des mieux
imaginez
, mérite
que je
vous en faffe la deſcription
:
Il avoit des Souliers
de bro
card d'argent
, garnis
de
Rubans
d'argent
& de fatin
blanc , & fermez
de Boucles
de Diamans
, avec un Bas
de foye blanc, tiré jufqu'au
haut de la cuiffe , lié au def
fous du genouil
d'une Jare
336 MERCVRE
tiere couverte de tres gros
Diamans , & attaché dans
le haut par deffous unTour
de cuiffes de Rubans fatin
blanc & argent , à une
Trouffe de brocard d'ar
gent. Cette Trouffe eftoin
couverte de taillades de
fatin blanc de haut en bas,
toutes enrichies de Den
telles d'argent
appliquées
de chaque cofté . Le Pour
point joignoit la ceintu
re de la Trouffe , ornée
d'une Garniture femblable
au Tour des cuiffes . Ief
toitboutonné jusqu'au bas,
&
GALANT. 337
1
& tout couvert de Dentel
les, avec des Manches tailladées
de long , & les taillades
couvertes , comme cel
les de fa Trouffe , de Dentelles
d'argent en fi grand
nombre , qu'eftant refferrées
à quatre doigts du
poignet , elles luy faifoient
une groffe Manche ronde ,
qui fervoit extrémement à
faire remarquer le fin de
fa taille. Le bout de fes
Manches eftoit plein del
Noeuds : toufus de fa Garniture
, avec un Tour, de
bras de Point de France. It
Mars 1679. Ff
338 MERCVRE
avoit fur ce petit Habit une
efpece de Mante de brocard
d'argent, fans colet &
fans manches. Ses bras y
eftoient paffez par des ou .
vertures de Manches , autour
defquelles , auffi bien
que de toute cette Mante ,
eftoit une grande Dentelle
d'argent coufue en petite
Fraife volante . La Mante
dont je vous parle, coupée
& taillée du deffousodes
bras jufqu'au bout de la
queuë qui traînoit d'une
aune de long , comme le
derriere d'un Capot de Che
GALANT. 339
valier de l'Ordre, ornoit extrémement
cer Habit , fans
rien cacher ny de la taille
ny du bon air de l'Enfant.
Il avoit des Gands blancs
un
des meſmes
Rubans
,
une demy-Fraife double de
Point de France pour Cravate,
& pour coifure , par
deffus une des plus belles
chevelures qu'on puiffe
voir, une Toque du mefme
brocard,bordée d'une Dentelle
d'argent , retrouffée
d'une Attache de tres-gros
Diamans , & enrichie d'un
Cordon auffi de Diamans
,
Ffij
340 MEROVRE
mais d'une
grandeur extra
ordinaire. Une
Aigrete, &
des
Plumes
blanches , en
faifoient la
Garniture. On
les avoit
difpofées de ma
niere
qu'elles ne
couvroient
nyle
Cordon, ny
l'Attache,
ny las forme de la Toque.
La
galanterie
de l'Habit
attira mille
complimens au
Pere & à la Mere qui accompagnoient
l'Enfant
. Ils
ont tous deux
beaucoup de
mérite. M de Grandmont
Mde
eft fort bien fait, honnefte,
obligeant
, & confideré
dans
La Compagnie
. Sa Famille
GALANT
349
vous eft connue. Madame
de
Grandmont fa Femme,
eft Fille de MI Genoud de
Guibeville , Confeiller de
la Grand's Chambres &
petite Niéce des Illuftres
M du Puy , feftimez de
tous les Sçavans . Elle a l'efprit
vif, & parle avec une
jufteffe qui la fait écouter
par tout avec plaifir. T
Le Roy qui veille toujours
au foulagement & à la feûreté
de fes Sujets , voyant le Parle
ment accablé d'affaires, & n'en
voulant pas retarder l'expédi
tion , a étably une Chambre
Souveraine, qui jugera fans ap
Ff
in
342 MERCVRE
pet le Proces de quelques Per
fonnes arreftées pour le poifon.
L'ufage en a efte inconnu jufqu'icy
en France ; & fi elle a
prefentement des Empoifon
neurs, c'eft fans qu'elle en doive
rougir , puis que ce n'eft point
un crime de la Nation , mais
ane maladie qu'un petit nom
bre de Particuliers ya fait glif
fer , & dont l'air ne fçauroit
eftre contagieux qu'à peu de
Gens , à caufe de la bonté de
celuy du Païs . Cette Chambre
eft compofée de huit Confeillers
d'Etat , & de quatre Maif
tres des Requeftes. Les Confeillers
d'Etat font , Meffieurs
Boucherat , de Breteuil , de
Bezons , Voifin , Pelletier de
Pommereüil , d'Argouges , &
GALANT 343
Fieubet . Les Maiftres des Re
queftes , Meffieurs de Fortia , de
Ja Reynie , Turgor S. Clair, &
Je Febvre d'Ormeffon , M Bousherat
y prefide. Comme l'affaire
eft d'un grand travail , il
by a deux Raporteurs nommez,
qui font M ' de Bezons & M de
la Reynie. Tous ces Juges eltant
éclairez , prudens & vigialans
, on ne doit pas douter qu'ils
ene rendent bonne justice. J'oubliois
à vous dire que M¹ Robert
Procureur du Roy au Chaftelet
, fi eftimé dans les fonctions
de fa Charge , eft Procureur
General de cette Chambre ; &.
M ' Sagot, Greffier de la Come
miffion.
་
Les Enigmes
continuant
toû
jours à faire le divertiffement
Ef iiij
344 MERCVRE
du Public , je dois vous rendre
compte de celles du dernier
Mois. Le vray Mot de la premiere
eft dans ce Madrigal de
M Tornery Medecin à Mar
feille.
exist ab by oflivono2 ab
V
Gadd I
Jus qui n'avez ny bras, ny
mains, I
Vousfeule, dites- vous, dirigez les
Humains,
21930m ..
Et les menez par tout de l'un àl'aurre
Veniq3'b
Poles
Mais feachez qu'il eft un Pais, A
Où les beaux yeux de ma Philis -ʼn
Ont bien fecu penétrer fans Carte,
ny Bouffole.
2b , 198
Ce mefme Mot de Carte Géos
graphique a elté trouvé par Mela
fieurs de Naffau Baron de Vvar
{ઃ
GALANT
. 345
coing } D'Hault... Le P. de la
Tournelle , de Lyon ; Amiot,
Medecin à Orleans , Un Reclus
de S.Leu , d'Amiens ; De Faneville,
de Boiffimon , Le Marquis
de Sortoville ,âgé de treize ans,
L'Abbé Doucet ( ces deux derniers
en Vers ) & par Mefdames.
Cabriers , De Mazanot ; De
Paffebon , de Marfeille , Des.
Guimonets, d'Orleans , ( la derpiere
en Vers ; ) Le petit Bon,
d'Epinay ; L'Indifcret , de la
Rue de Boffy, Le Rhétoricien,
de la Rue des Noyers , La Belle
qui
n'aime rien , de
Caën
; Brumet
, de S. Nicolas, & Souris,
de l'Infanterie. On a expliqué
cette mefme Enigme fur la
Sphere , lAyman , la Montre , la
Bouffale , les Caracteres de Lettres,,
346 MERCVRE
l'Ecriture , la Fortune , les Limites
• ou Frontieres , une Plume , une
Tcife , la Lune , la Mort, & le
Temps.
2 Cet autre Madrigal de M'
de Vaulois Avocat , renferme
le vray Mot de la feconde.
C
Effez de vous donner, belle
Iris, la torture,
#
Pour deviner l'Enigme du Mercure.
En voulez- vous fçavoir le finfans
quipro quoa
Lors que je vous dis, je vous aime,
Repétez apres moy de mesme,
Que
j'entendrois,helas , un agreable
Echo !
Ceuxqui l'ont expliquée fur
ce mefme fens font ,
Meffieurs
Marchand ; Baffetard
Baffetard , De
GALANT 347
S.Jaft ; Georges , de Pont fur
Seine , Mathieu , de Caën , Ba
chelier du College de Sainte
Barbe , De Glos , Mathémati
cien à Honfleur , Rault , de
Rouen , Germain , de Caen ,,
Polymene, ces quatre derniers.
en Vers ; ) & Mefdames
de
Mauré , Des Oyfeaux , Panhuis,
La Mote Le Charmant
de
S.Eyr, de Montargis
, Le Cadet
S.Louis , Le bon Clerc , de Châ
lons fur Saone ; L'Etranger
in
connu, Le M. de Blois , & l'Enjoué
, de Poiffy.. Le Feu , le Soleil,
la Fraicheur, la Nuit , l'Aurore
, l'Arc- en-Ciel , les Vents , &
Le Tonnerre, font les autres Mots
fur lefquels on a expliqué cette
Enigme .
J'adjoûte les noms de ceux
348 MERCVRE
cat
qui ont trouvé le fens de toutes
les deux. Ce font Meffieurs
Berleu Préfient en l'Election
de Noyon , De Langes -Montmiral
, Gardien , Thibaut , Procureur
du Roy en ' Election
de Compiegne
; Jouffes, Capi
taine dans la Citadelle d'Arras
Rouffeler , ou le Solitaire,
de Picardie , De Foffecave,
de Morlaix , Dermon du Sacq ,
de Chauny, De Bonnecamp
,
Medecin à Quimper , Le Febvre
, de Beauvais , De Theis
du Joly , Maire de Chauny,
Therrier , Profeffeur au Col.
Tege du Pleffis , Marcan , Directeur
du College de Beauvais
Richard S de Boutillier , de
Chauny , Panthot , Medecin à
Lyon , Potier de Lange , Avo
To
C
C
f
GALANT 349
cat à Compiegne , Hauftome ,
Tournez , du Village de Goux;
Clement & Feret , d'Amiens,
De la Coudre , de Caen , De
Vaulois , Avocat , Potin , Avo
cat , Tornery, Medecin à Marfeille
Mefdames de Beaumont”
d'Uffeau , Fredinie, de Pontoife ;
Maffon , La Dame des Quatre-
Vents , d'Orleans , Le Mutin
de Lifete. Le Solitaire de Pontoife
, en Vers ; Tamirifte , de
la Rue de la Cerifaye , Adrien ,
de Paris , Lo Sconofciutos & la
Brune , de Geneve,
L'Enigme en figure a elté
expliquée fur le Réveille - matin,
le Tonnerre , le Fufil , le Canon , le
Feu , la Science, la Fusée, la Guerre,
La Pensée, la Bombe, la Mine, & un
Ramoneur de Cheminée . La Mi
35° MERCVRE
graine en eftoit le vray fens , &
il n'y a eu que Meffieurs Bigot
de Paris , & de la Saulfaye
d'aupres de Gifors , qui l'ayent
trouvé. Elle eft reprefentée par
Vulcain , qui fend la tefte à
Jupiter d'un coup de marteau,
parce qu'elle n'a point de cauſe
plus ordinaire que les vapeurs
chaudes qui montent au cer
veau. Comme Vulcain eft pris
dans les Fables pour le Feu , il
ne peut eftre mieux appliqué .
qu'à fignifier ces vapeurs. On
dit que Pallas , la Déeffe des
beaux Arts, fortit de la tefte de
Jupiter par la violence de ce
coup. Cela favorise l'opinion
valgaire , qui attribuë la Migraine
aux beaux Efprits , comme
un effet de leurs profondes
méditations .
F
L
GALANT
. 351
1
L'Enlevement
d'Orithye
, Fille
d'Ericton
Roy d'Athenes
, par le Vent
Borée
, eft la nouvelle
Enigme
dontjevous
donne
à developer
le fens . En voicy
deux
autres
en Vers. La pre- miere
eft de M' le Marquis
de S. Prieft
, Seigneur
de la Ville & Terre
de S. Eftienne
en
Foreft
.
ENIGME
.
E n'ay point
de repos
, ma
vigueur
est extreme
.
Quand
jefors
de chez
moy, je cours
apres
moy- mefme
; Lors
quej'enfuis dehors
, je n'y rentre
jamaiss Mes
Voifins
tous
les jours
tâchent
de me détruire
,
352 MERCVRE
:
Jamais ces Ennemis qui troublent
mon Empire,
Ne veulent me laiffer enpaix.
S &
Pere & Fils des Humains, je fais
tout dans le monde
Sans moy l'on nefais vien fur la
terre & fur l'onde,
Je produis tous lesjours des ouvragës
nouveaux; \
Et bien queje fois dans les Ruës,
Et que je m'approche des Nuës,
Lefuis toûjours aufond des eaux.
es
Tenant tout mon pouvoir de la Divine
Effence,
Te regne das les coeurs, & l'on craint
mon abfence.
Prefque enfermé toujours , je me
trouve en tous licux,
Et me laiffant aller à l'ardeur qui me
proffe,
GALANT.
33
Le goufte les plaifirs , j'aime fort la
jeuneffe,
Etje
nuye avec les vieux
.
Sa
Sans moy le Grand LOVIS qui fit
trembler la Flandre, ****
Neferoitpas plus gradque le Grand
Alexandres 2.
Sans moy, tous fes Sujets, & Luy,
perdroient le jour
( toire,
Onpeut voirmon nom dans l'Hif
De fais de Mars toute la gloire,
Et tous lesplaifirs de l'Amour.
AUTRE
ENIGME.7
Ille d'un Pere
malhesreux
,
Tefuis encor plus malheureufe
;
Mon fort eft des plus
rigoureux ,
On me croit riche, & je fuis guenfe.
Gg Mars 1679.
354
MERCVRE
25
Au moment que je viens aujour ,
Mon Pere mefme m'abandonnes.
Il est pour moy fans nul amour,
Comme je n'en ay pour perfonne.
༣༨ ༣ S&rqanchaqã:
Quiconque me connoift, mefuit,
Bien loin de me porter enviesion
I'ay desfleurs, & jamais de fruits.
Du monde entier je fuis haïe
Si quelqu'un me reçoit chez luy,
C'est qu'il eftfurpris par ma mine;
Ie rougis du crime d'autruy,
Auffitost que l'on m'examine.
SQuat ab 1999
Apres avoir trompé fouvent,
Quoy quefans deffein de le faire,
Il m'arrive ordinairement
à
De caufer la mort de mon Pere.
GALANT.
355
Je finis apres que je vous auray
conté en peu de mots une derniere
Avanture du
Carnaval.
Deuxjeunes
Perfonnes de qualité
reléguées depuis
quelque
teps dans un
Convent proche de
Paris fürles Rives de la Marne,
moins pour n'eftre pas
propres
au monde, que parce que leurs
Meres qui en font trop , cher,
chent à cacher qu'elles ayent de
grandes Filles , prévoyant qu'elles
pafferoient tres- mal leur
Carnaval , frelles n'y
mettoient
ordre de bonne heure, s'aviferent
de faire
promettre à deux
Cavaliers qui les
alloient voir
de temps en temps , qu'ils vien
droient dans la Ville où elles
eftoient , pour leur faire come
pagnie
pendant ce temps de ré
A
Gg. ij
356 MERCVRE
jouiffance. Comme ils leur trou
voient de l'efprit, & de la beau
té, ils fe firent un agreable ens
gagement de cette partie. La
faifon devint fort rude, la glace
tenoit tout le monde renfermé,
& on ne pouvoit allerà la Camy
pagne fans s'expofer à de fa
cheux accidens . Les belles Re
clufes firent la deffus les reflé.
xions neceffaires , & ne doutant
point que les Cavaliers ne fe difpenfaffent
de tenir parole für le
mauvais temps, elles voulurent
les prevenir en leur mandant ga.
lamment qu'elles les confide
roient trop pour éxiger qu'ils fe
miffent en chemin dans une fai
fon fi rigoureuſe, mais que comme
il ne feroit pas jufte qu'ils
paffaffent d'agreables heuress
GALANT. 357
pendant qu'elles s'ennuyeroient
dans leur Convent , elles les
prioient, s'ils vouloient qu'elles
fuffent perfuadées de leur eftime,
d'entrer le Jeudy gras d
Saint Lazare , ou dans quelque:
autre Maiſon encor plus auſtere
, s'il y en avoit , & d'y demeu
rer jufqu'au Mercredy des Cent
dres Les Cavaliers vouloienti .
plaire aux Belles , mais la Reoraitene
les accommodoit point..
Ainfilils prirent le party de fe
rendre où ils s'eftoient engagezz
d'aller , & firent le voyage com
meils purent . Vous jugez- bien
de la joye qu'on eut de les voir..
On leur fit grand'chere & beau
feu. La peine qu'ils s'eftoient
donnée meritoit l'úne , & la rise
gueur de l'Hyver demandoit
358 MERCVRE
l'autre . L'hiftoire finiroit là , la
Grille eftant un terrible rampart
contre latendreffe, fans ce
qui leur arriva le Mardy gras..
Le feu prit à la cheminée du
Parloir , & il en fortit une fi
épaiffe fumée, que les Cavaliers
avoient peine à reſpirer . Par
malheur pour eux, la ferrure fe
trouva brouillée ; & comme il
ne leur eftoit pas poffible de fe
fauver par où ilseftoient entrez ,
ils fe
réfolurent de rompre la
Grille afin de
s'échaper par le
Convent. Les Belles y confen .
toient , & ne fe croyoient pas
obligées de laiffer périr deux
galans Hommes , pour garder
les Loix de l'étroite Régularité,
mais enfin les Gens de dehors
vinrent à bout de faire fauter la
GALANT. 359
ferrure. Nos Cavaliers rapor
terent à Paris un teint un peu
bazané, & s'eftimerent heu.
reux d'en eftre quites pour
quelques jours qu'ils eurent à
paffer chez un Baigneur..
275 as Il faut avoir une fermeté admirable
pour enviſager ce genre
de mort fans frayeur. Cepen
dant vous en trouverez un
exemple dans la conclufion des
Sevarambes qui nous a efté don..
née depuis peu. Parmy quantité
de chofes fort extraordinairesqu'elle
contient, il ya une Hif
toire de deux Amans qui réfolu
rent à fe brûler, pour ne point :
tomber entre les mains de leurs
Ennemis.
Ileft difficile que vous n'ayez
déja appris la mort de Madame
360
MERCVRE
la Ducheffe de Noirmoutier.
Ce nom eft illuftre, & m'engage
vous dire quantité de chofes,
maisje fuis fi preffé de finir ma
Lettre, quejeles remets jufqu'au
premier Mois, auffi bien que les
particularitez
du Mariage de
M' de Chamilly , qui a épousé
Mademoiſelle
du Bouchet . Ie
remets auffi à ce temps là à vous
faire part d'une Relation de
P'entrée de Monfieur l'Archevefque
d'Alby , dans la Ville
qui porte ce nom, écrite par une
Dame du Pais dont les Ouvra
ges vous charment ; & à vous
entretenir de l'Hiftoire de M'
de la Roche Karlan , mort à
trois lieues de Tulle , crû par
Fes uns Fils du Roy de Colcinde
en Afie , & par les autres Fils de
GALANT. 361
Cromvel . J'adjoûteray à cela
une defcription de la merveil
leufe & furprenante Horloge de
Niort, auffi-bien que des Opéra
de Venife. J'auray ſoin de diverfifier
tout cela par des Hif
toires, puis que vous me faites
connoiftre que le nombre vous
en plaiſt . La France eſt
trop
abondante en évenemens, pour
pe me donner pas toûjours à
choifir fur cette matiere . Je
fuis , Madame , voſtre tres , & c..
A Paris ce 31.de Mars 1679.
Le Sieur Blageart donnera tous
les Mois , pour le prix de cinq fols,
un petit Cabrer , contenant les Nous
velles Découvertes fur toutes les principales
Parties de la Medecine.
Mars 1679.
Hh
25$2552252 2525 552
Es Particuliers des Provinces qui
voudront avoir le Mercure fi-toft
qu'il fera achevé d'imprimer , n'ont
qu'a donner leur adrefle au Sieur Bla
geart Imprimeur Libraire , ayant fa
Boutique dans la Court Neuve du
Palais , au Dauphin ; & ledit Sieut
Blageart aura foin de faire fur l'heure
leurs Pacquers, & de les faire porter
à la Pofte , ou aux Mellagers qu'ils
luy auront indiquez , fans qu'il leur
en coufte autre chofe que le prix or
dinaire des Volumes qu'ils voudront
avoir... S
On prie ceux qui envoyeront des
Memoires où il y aura des Noms
propres, d'écrire ces Noms en carac
teres tres-bien formez & qui imitent
Impreffion, s'il fe peut, afin qu'on
ne foit plus fujet à s'y tromper.
On prie auffi qu'on miette fur des
papiers diférens toutes les Pieces
qu'on envoyera ..
7
On reçoit tout ce qu'on envoye,
& l'on fait plaifir d'envoyer
. Ceux qui ne trouvent
point leurs
Ouvrages
dans le Mercure
, les doi
vent chercher
dans l'Extraordinaire
;
& s'ils ne font dans l'un ny dans l'au- p
tre, ils ne fe doivent
pas croire ou bliez pour cela. Chacun
aura fon
feront
tour, & les premiers
envoyez
les premiers
mis, à moins que la nouvelle
matiere
qu'on recevra
ne foir
tellement
du temps , qu'on ne puiffe
differers
ini.
On ne fait réponses à perfonne,..
faute de temps .
On ne met point les Pieces trop
difficiles à lire . 32
anon recevra les Ouvrages
de tous -
les Royaumes
Etrangers
, & on prop
pofera leurs Queſtions
..
Si les Etrangers
envoyent
quelques
Relations
de Feftes ou de Galanteries
qui fe feront paffées chez
eux , on les mettra.dans
les Extraor
dinaires..
. On prie qu'on affranchiffe les
Ports de Lettres , & qu'on les adrefle
toûjours chez ledit Sieur Blageart ,
Imprimeur-Libraire , Ruë S.Jacques,
à l'entrée de la Rue du Plaftre .
On ne met point d'Hiftoires qui
puiffent bleffer la modeftie des Da
mes , ou defobliger les Particuliers
par quelques traits fatyriques.
On a beaucoup de Chanfons . Elles
auronttoutes leur tour , fi on apprend
qu'elles n'ayent pas efté chantées .
C'eſt pourquoy fi ceux par qui elles
ont efté faites veulent qu'on s'en fer,
ve , ils les doivent garder fans les
chanter & fans en donner de copie
jufqu'à ce qu'ils les voyent: dans le
Mercure..
TheCoylCollection .
MissJean L.Coyl
ofDetroit
in memory
ofher brother
Col.William
Henry
Coyl
1894.
STRIS
PRÆL
BLIM
DelaBerre in
MERCURE
GALANT
DEDIE A
MONSEIGNEUR
LE
DAVPHIN.
MARS 1679.
A
PARIS.
AV
PALAIS.
ONN donnera toûjours un Volume
nouveau du Mercure Galant le
premier jour de chaque Mois, & on
le vendra , auffi bien que
l'Extraordi
naire , Trente fols relié en veau , &
Vingt-cinq fols en parchemin.
84016
MSS8
A
PARIS,
16791
Chez G. DE LUYNE, au Palais , dans la
Salle des Merciers, à la Juftice .
Chez C
BLAGEART , Rue S. Jacques
à l'entrée de la Ruë du Plâtre,
Et en fa Boutique Court Neuve du Palais,
AU
DAUPHIN.
T. GIRARD , au Palais , dans la Grande
Salle, à l'Envie .
M. D. LXXIX .
AVEC
PRIVILEGge dv roi.
L'Extraordinaire du
Quartier de
Ianvier fe
diftribuera le quinziémejour
d'Avril 1679.
Coyl
Gottschalk
10.14.55
885940
252525252525ESES
do aloM ophio sb to 20579
TABLE DES MATIERES
contenues en ce Volume.m
Spite
Vite des Divertiffemens du Car
naval, LA A
Lettre en Profe & en Vers , fur le
ak mefme fujet,
་
16
44
Le MafqueDémon, Hiftoire ,
L'Habit de Mafque, Galanterie, 37
Madrigal, Cubbon
Suite des Réjouifances de Noyon, 45
Magnificencesfaites à Montpellier, 49
Ceremonies obfervées à Toulouse pour
la Publication de la Paix, 54
Réjouiffances faites à Agde pour le
mefmefujet,
68
Versde M. de Corneille l'aifné, 76
Lettre en Profe & en Vers , à Madame
de
86
Mort de M. de Monmort Doyen des
Maiftres des Requeſtes, 98
M. le Comte de la Serre eft reçeu Confeiller
d'bonneur au Parlement de
á ij
TABLE .
Toulouſe, ait a groddan97
L'Amante infidelle, Hiftoire, 1990
Tombeau de M. le Marquis de Montaut,
དའི་
124
Fragment d'une lettre écrite à M. le
Marfchal de Navailles, 12&
Mort de M. l'Evefque Comte de
132
135
Mort de M.de Parmangle Gouverneur
Treguier,
de
Limoges,
M. de Niert,
Gouvernement de Limoges donné, à
·136 52136
Mort de M. le Prince d'Epinoys0x138
Belle Action de Meffieurs de la Cour
des
Aydes,
M. le Comte de S. Aignan eft reçeu
Duc
Pair au Parlement
, fous le:
Venom de Duc de Beauvilliers
, 143.
Lettre de la Regne de Portugal
à Mo
le Duc de S. Aignan, 147
Impromptu de M. le Duc de S. Aignan
fair devant le Roy,
Antre du mefme,
Stances,
153
ISS
157
Entree de Madame la Ducheffe de
TABLE.
Mekelbourg à Hannover,
Tailles- douces en Tableaux,
"
16
794
Monseigneur le Dauphin va une feco
defois à l'Opéra de Bellerophon,
3184
Baptefme du Fils de M. le Comte de
Moreuil, fait dans la Chapelle du
2 Palais Royal, 189
Opéra repreſenté à Castelnaudary , 189.
Abregé de toute l'Hiftoire de France
en Vers, preſenté au Roy par M. de
Bérigny,
Inpromptu, my sch 193
Epitaphe d'une Belle vivante, 195
Mort de la Ducheffe Douairiere de
th
19r
197 Parme
Avanture arrivée à cinq Chevaliers de
Malte,
199
Vers contre la feizième Conclufion des
Thefes galantes du Mercure duMois
de Ferrier,
203
Autres du mefme Autheurfurle meſme
Lujet,
206
Arrivée de M. le Marquis de Mon-
Stauban à Besançon,
207
TABLE.
Le Soleil les Planetes, Fable, 222
L'épreuve dangereufe, Hiftoire, 229
Médailles
nouvellement venuës d'Allemagne,
52255
Evefchez & Abbayes données par le
267
Koy,
Mort de M.
l'Evefque de Gap, 280
Dialogue qui doit froir à un Concert
de Guitarres qui doit eftre donné tous
les quinze jours au Public,
284
Derniere Action de Guerre faite en
Allemagne
,
$3290
Retour de M. le Marefchal de Humieres.
192'
295
Maladie de
Monſeig. le
Dauphin , 293
Baptefme du Fils de M. le Prince
d'Elbeuf,
L'Académie de M. de
Longpréva
loger dans le lieu où eftoit cy-devant
celle de M. Foubert,
295
Sermon de M.
l'Archevefque de Paris,
299
te u x
Devif fur ce fujet,
Autre
Devife,
Mort du R. Pere Combéfis,
30T
301
303
TABLE.
MortdeM. le Marquis de Raray 304
Mariage de M. de Bechamel
/* ademoiſelle le Rageons de
villiers, 14
de Karéton-
307
Mariage de M. le Comte de Pietra-
Sanéta, & de M. la Comteffe de
Marle,
Entrée de Meffieurs les Ambaffadeurs
311
319
de Hollande,
Baptefme du Fils de M.Veydeau dans
la chapelle du Vieux Chafteau de
333 S.Germain,
Etabliffement d'une Chambre Souve
raine pour juger quelques Perfonnes
arreftées pour le po fon,
Explication en Vers de la premiere
Engme,
341
344
Noms de ceux qui en ont trouvé le ray
Lens,
Explication en Vers de la feconde
Enigme, or Su
345
346
Noms de ceux qui ont trouvé le vray
fen des deux,
348
Noms de ceux qui ont trouvé le vray
"Sens de l'Enigme enfigure, 389
10%
350
TABLE .
Enigme, 351
Autre Enigme,
353
Avanture du Carnaval,
355
bes,
Conclufion de l'Hiftoire des Sevaram-
Articles remis au Mois prochain, 359
Fin de la Table.
359
I
Avis
pour placer les Figures..
'Air qui commence par Ah que
l'Hyver eft
ennuyeux, doit regarder
la
page 42.
Le Tombeau de Monfieur le Mar
quis de Montaut doit regarder la
page 124.
L'Air Italien doit regarder la page
196.
La Planche des Médailles doit re
garder la page 256.
la
1
L'Enigme en figure doit regarder
page 351.
MERCVRE
GALANT
343
MARS
1679.
OUS
vous en
fouvenez, Madame.
Ma
derniere
Lettre
contient de fi
longues
defcriptions
de ce qui
fe paffa
chez
Monfieur
le
Prince de
Strasbourg , le
Mars
1679. A
2. MERCVRE
jour de la Mafcarade
de
Monſeigneur
le Dauphin
,
& des magnificences
du
grand Bal qui fe donna
chez le Roy le Mardy- gras,
qu'elles
ne me laifferent
point le temps de vous entretenir
alors des autres ré
joüiffances
du Carnaval.
C'eft ce qui m'oblige à vous
parler aujourd'huy
non pas
de toutes, mais au moins de
quelques- unes . Quoy que
la faifon en foit paffée , il
n'eft jamais trop tard d'aprendre
ce qu'on ne fçait
point , & ce qu'on ignore
GALANT.
3
eft
toûjours
nouveau .
A
voir les
Perfonnes
les
plus
qualifiées
de la
Cour , &
tout
ce
qu'il
y a de
beau
monde à
Paris
chez M' de
Strasbourg , le
jour de la
Fefte
dont je
vous ay
appris
les
circonftances , on
auroit
crû
inutile
d'aller
chercher
d'autres
Affemblées.
Cependant
il
mefme jour chez M de
Pommereüil Capitaine aux
Gardes, & la
foule des Gens
de la
premiere qualité y fut
tres -
grande . La Salle eftoit
magnifiquement ornée , &
y
avoit
Bal ce
A
ij
4 MERCVRE
les Dames en fort grand
nombre. Je ne vous dis rien
des Violons,il y en a peu de
meilleurs en France . Vous
fçavez qu'on les eftime ,
que le Roy ne dédaigne pas
quelquefois de s'en ferviren
Campagne. Le Dimanche
&
gras ,
il y eut un concours
extraordinaire de monde
aux Gobelins chez M le
Brun . Plufieurs Ducs &
Pairs,Maréchaux de France,
& autres Perſonnes du premier
rang,honorerent cette
Affemblée de leur prefence.
Elle fut tres agreableGALANT.
5
ment divertie , & l'on y
dança un Balet de l'invention
& de la compofition du
S'de Beauchamp. La Paix
en avoit fourny le fujet. La
Mufique, la Dance , & le
refte des Arts, venoient rendre
hommage à la Peinture,
& fe réjouir de
l'occupation
que luy alloit donner, auffi
bien qu'à elles , le calme
qu'on voyoit preſt à ſe répandre
par tour. Les Plaifirs
ne fe font
pas renfermez
entierement à Paris.
Ils ont efté plus loin , & le
voifinage de S. Germain a
A iij
6 MERCVRE
communiqué
l'ufage de la
galanterie à Poiffy. Ce que
j'ay à vous en dire en eft une
preuve. Quoy qu'il ne s'agiffe
que d'un divertiffement
particulier , il n'en
merite pas moins la curiofité
que vous avez pour tout
ce qui vous eft inconnu .
Si je ne vous apprenois que
ce que font les Roys & les
Princes , je ferois toûjours
prévenu par la voix publi
que, & je n'aurois jamais
que l'avantage de vous inftruire
de quelques circonftances,
qui font fort rareGALANT.
7
ment fçeuës , où qui ne le
font que confufement . II
eft des
divertiffemens où
l'efprit ,
l'invention , & la galanterie
, tiennent lieu d'une
exceffive dépenſe, & que
ces trois chofes
rendent
auffi
agreables que cette
éclatante
magnificence où
tout le
monde ne
sçauroit
atteindre. Tel a eſté celuy
de Poiffy. Vous en
trouverez
les
particularitez dans
cette Lettre.
A fiij
8
MERCVRE
25: 25252525252525
A
MADEMOISELLE
D. R ***
A Pontoiſe le 16. Fevr. 1679.
I
Lnefe peut rien de mieux
concerté , charmante Iris,
que la Mafcarade que vous
avezfaite en cette Ville . Les
Perfonnes de l'un & de l'au
tre Sexe qui la
compofuient ,
ant fait remarquer un fi bon
air dans la Dance , & tant
d'agrément dans leurs manieres
, qu'ellesfe font attiré
l'admiration
de tous ceux qui
GALANT. 9
ont eu le bonheur de les recevoir.
On ne doit point s'en étoner ;
Ce que vous voulez ordonner,
S'exécute toûjours de la belle
manieres
Vos regards reglent tous les pas,
Et voftre voix fournit unejuſte
carriere
A ceux qui fans vos foins ne la
trouveroient pas .
Vous jugez bien , belle Iris ,
où je veux aller. De bonnefuy
l'on vous doit tout le
fuccés de cette agreable Maf
carade. Elle eft le fruit d'un
moment de voſtre application,
& il vous eft fi naturel
10 MERCVRE
d'en lier de femblables par
tout où vous vous rencontrez
, qu'on doit fe faire un
fenfible plaifir d'eftre témoin
de ces galantes Metamorphofes.
Oüy ,l'on doit defirer pour avoir
de beaux jours,
D'entrer dans toutes vos Par.
ties.
Elles font fi bien afforties,
Queje les
croy l'ouvrage des
Amours.
Vous ne me
connuftes pas
Mardy dernier , quand je
vous dis là deffus tout ce que
je penfois chez M G. fous le
GALANT. II
à
nom de
l'Inconnu
maſqué.
Vous
fçavez que
l'avantage
que j'eus d'y paffer deux ou
trois
heures à vos pieds , me
fit des
jaloux. Il ne tint pas
moy que vous
n'entendiffiez
des
veritez tres -
effentielles,
mais toute
voftre
curiofité fe
borna à
vouloir
apprendre
quels ont effé les
Divertiſſemens
de Poify .
Vous me
chargeaftes du foin de vous
en envoyer la Relation . Ie
m'en
acquite.
Le Feudy gras un Officier
des Gardes du Corps donna
Le Bal aux Belles du Lieu
12 MERCVRE
rs
que je viens de vous nommer.
Fy allay avec M's les
Chevaliers de Maffigny &
de Berthenonville , qui ne con- .
tribuerent pas peus aux plaifirs
de l'Affemblée . On paffa
toute la nuit à dancer , & le
jour avoit paru avant qu'on
fe feparast. Le Dimanche fui.
vant il y eut Comédie chez'
M' de Montaigu. Le Theatre
eftoit dreßé dans une Salle
magnifique , & on avoit fait
venir des Fluftes , des Hautbois
, & des Violons de Saint
Germain , pour jouer entre
Les Actes. Cinna , le chefr
GALANT.
13
9
5
d'oeuvre de
toutes les
Pieces
de
Theatre ,
fut
repreſenté.
Trois
belles
Perfonnes
faifoient
Livie ,
Æmilie , &
Fulvic.
Des
Officiers des
Gardes
avoient
étudié les
Rôles
d'Auguste , de
Cinna ,
de
Maxime , & ils
s'ef
toient fi
bien
concertez ,
qu'-
une
veritable
Troupe de Comédiens
auroit eu
peine à
mieux
réüffir.
Cette
Repré-
Sentation fut
fuivie d'un applaudiffement
general.
M
Le
Chevalier de
Maffigny en
fit des
congratulations
particulieres
aux
trois
aimables
14 MERCVRE
Actrices , & leur propofa le
Bal pour le foir. Elles l'accepterent
chez l'une d'elles.
Toutes les Belles de Poiffy y
vinrent mafquées.
Apres
qu'on eut dancé quelque
temps, on commença
de faire
place à un
Oublieux, qui s'attira
les regards de tout ce
qu'ily avoit de Gens dans la
Salle. La
propreté de fon
Corbillon faifuit
connoiftre
que ce n'estoit pas un Oublieux
du
commun . Ses poches
estoient
garnies de Limons
& de Citrons doux , &
ilavoit une
Ceinture de BouGALANT.
15
teilles de Vin
Mufcat, de Vin
d'Espagne , & de Vin de Canarie.
Il auroit bien
voulu
faire une
Entrée en cet état,
mais le
fracas
eftoit
trop à
craindre , &
d'ailleurs
les
Belles
avoient
plus
d'envie
de jouer le Corbillon , que de
voir
dancer
l'Oublieux
. IL
s'approcha
d'une
Table , &
leur
prefenta
trois
Dez de
Sucre
candy
dans un Limon
confit, qui tenoit lieu de Cornet.
Vous
jugez
bien qu'on
ne s'en
fervit pas
longtemps
fans
vuider le Corbillon
. Il
eftoit
remply
de Biſcuits
, de
16 MERCVRE
Macarons, & de Maffepain.
Les Bouteilles fuivirent, apres
lesquelles ce fut aux Limons
€ aux Citrons à défiler. Ils
fortirent auffitoft des poches
de
l'Oublieux , &
pafferent
dans les mains des Belles . Vn
Billet attaché fur chacun des
trois premiers , fit connoiftre
qu'on les avoit deſtinez aux
trois aimables Actrices . Voicy
ce que contenoient les Billets .
POUR
MADEMOISELLE R.
JE viens icy , belle Livie ,
aupres de vous les Chercher
Jeux & les Plaifirs .
GALANT . 17
Si vous fecondez mes defirs ,
Mon fort fera digne d'envie.
POUR
MADEMOISELLE I.
Æ
Milie eft l'objet de mes
tranſports ardens,
Ma peau fait voir ce que je fens
pour elle.
Cependant je crains
Belle
que la
Neme déchire à belles dents,
POUR
MADEMOISELLE B.
J E fuis, agreable Fulvie ,
Le plus charmant Limon que
vous verrezjamais.
J'ay de ladouceur, des attraits,
J'ay la peau bien faite & polie,
Je fuis un mers délicieux ,
Mars 1679. B
18, MERCVRE A
J'entre dans le Nectar des
Dieux ,
Je me donne à qui me carreffe;
Et ce qui doit me rendre cher,
C'eft que je me fais écorcher
Pour marquer ma délicateſſe.
Les Limons & les Citrons
qui restoient , furent distribuez
à toute la Compagnie,
qui preffa tellement l'Oublieux
defe
démafquer, qu'il
fut enfin contraint de ceder
aux empreffemens des Belles.
C'eftoit M le Chevalier de
Berthenonville. Ilfoûtint la
plaifanterie qu'il avoit faite
par mille agreables chofes
qu'il leur dit. On continua le
GALANT.
19
Bal, qui fut de
nouveau interrompu
deux
heures
apres
par
l'entrée
d'un
Vendeur
d'Eau de vie, qui
parut dans
un
équipage des plus
grotef
ques. Il avoit des Bas bleus,
une
Culote
rouge , un
fufteau-
corps de Bufle , & un Bonnet
à la
Dragonnete . Il portoit
une
Mane
remplie d ' Amandes
d'Espagne ,
d'Anis
de
Verdun,
d'Oranges de Portugal,
& de
Bouteilles
d'Hypocras
& de Roffoly de Turin.
La
Mane
eftoit
couverte
d'une
Ialoufie de foye
pour
empefcher
les
larcins ,
il·
Bij
20 MERCVRE
falut la lever pour juger
fi cette feconde galanterie
valoit celle de l'Oublieux .
Ces Versfurent trouvezpour
Inſcription à l'ouverture de
la Mane.
Cette Liqueur eft pour les
Belles .
Elles pourront trouver de la
douceur chez moy.
Je vous le dis de bonne . foy,
La Liqueur que je porte eft fort
propre pour elles.
Il n'en falut pas davantage
pour expliquer aux Belles
ce qu'elles avoient à faire.
Le Vendeur d'Eau de vie
leur prefenta des Vafes de
GALANT. 21
Glace de
diférentes figures ,
les remplit
d'Hypocras
de Roffoly. L' Anis de Verdun
, les Amandes
d'Espagne ,
les Oranges de Portugal,
furent en fuite abandonnées
au pillage. Ily eut un peu de
confufion, puis que les Oranges
qui estoient
marquées
pour les Actrices , ne tomberent
pas d'abord
entre les
mains de celles à qui elles s'adreffoient.
Ce defordre fut
incontinent
reparé. Chacune
eut la fienne , accompagnée
d'un Billet. Les Vers qui
fuivent y furent leûs.
22 MERCVRE
POUR L'AIMABLE LIVIE.
N doit peu me porter
ON
envie
De me voir fi bien avec vous.
C'eſt pour me déchirer , trop
cruelle Livie ,
Que vous me faites les yeux
doux .
POUR LA BELLE EMILIE..
S'EX
' Expofer à la mort pour ve
nir vous chercher,
C'est tout ce que j'ay fait , ce
que je fais encore.
Chere Æmilie , helas! j'aime , je
vous adore,
Cependant vous voulez me perdre
&
m'écorcher..
GALANT. 23
Hé bien , paffez - en voſtre
envie,
Je trouveray chez vous une plus
douce vie .
POUR LA CHARMANTE
Ο
FULVIE.
Uad on est belle comme
un Ange,
Quand on a l'efprit fin , les yeux
brillans & doux ,
On peut en dépit des Jaloux.
Prétendre à la Pomme d'Orange,
Fulvie,& ce préfent n'eſt deſtiné
qu'à vous ..
Le Vendeur d'Eau de vie
disparutpendantque la Compagnie
examinoitfes Billets.
24 MERCVRE
On s'apperçeut un peu tard
qu'il n'eftoit plus dans la
Salle. On le chercha , on courut
apres luy, mais fort inutilement.
Il avoit fçeu d'un
Cavalier que vous estiez à
Herouville , & que vous y
deviez paffer le reste du Carnaval.
Il prit le party de
vous y aller chercher. Vous
n'y eftiez plus . Voftre aimable
Troupe faifoit une Maf
carade chez M de
Vierfet
Gouverneur de Pontoife. Il
y alla , & eut
l'avantage de
vous parler. C'est un plaifir
dont la
confufion des Mafques
ne
GALANT. 25
ne le laiffa jouir qu'un moment.
Le Bal que M G.
donna Mardy dernier , luy
fournit une occafion plus favorable
de vous expliquer
fes fentimens. Ilpaffa aupres
de vous quelques heures qui
luyfirent des envieux . Vous
ne le reconnustes point, & il
eft bon de vous dire que L'Inconnu
mafqué de ce jour- là,
& le Vendeur d'Eau de vie
du Bal de Poiẞy, ne font autre
chose que vostre, esc.
FREDIN
Pendant qu'on s'eft diverty
Mars 1679-
C
26 MERCVRE
fiagreablement à Poiffy, il
ne faut point douter que les
Affemblées qui fe font faites
dans les autres Villes ,
n'ayent produit des avantu
res de toute efpece . Ce qui
eft arrivé à Morlaix en Baffe
Bretagne, eft fort fingulier.
Voicy ce qu'on m'en écrit .
Une des jolies Femmes de la
Ville, ayant la taille petite ,
mais dégagée , & le vifage
auffi beau,quel'efprit aifé &
infinuant , donnoit à jouer
chez elle un des derniers
jours du Carnaval . Sa dou
ceur qui luy gagne tous les
4
GALANT 27
coeurs , luy attirant ordinai
rement plus devifites qu'el
le n'en vouloit recevoir, il
ne faut pas s'étonner fielle
eut ce jour- là lune Affembléesfort
nombreuſe. Elle
ne manquoit pas de Pro
teftans , qui tous attendoient
, pour luy faire leur
déclaration en forme, qu'on
euft des nouvelles affurées
de la mort de fon Mary, Il
s'eftoit embarqué il y avoit
déja plufieurs années, & le
filence qu'ilavoit gardédepuis
fon départ faifoit préfumer
qu'il avoit péry. Ce-
Cij
28 MERCVRE
3
pendant la Dame obſervoit
beaucoup de régularité
dans fa conduite, & il ne luy
faloit pas moins que les Privileges
du Carnaval , pour
l'autorifer à faire chez elle
une Affemblée pareille à
celle dont je vous parle . On
venoit de deffervir une grande
Collation qu'elle avoit
donnée apres trois heures
de Jeu , quand on vit entrer
un Mafque qui luy prefenta
un Momon . Il avoit trouvé
la porte ouverte , & ne s'ef
toit point mis en peine de
faire demander fi on le vouGALANT.
29
droit recevoir . Sa brufque
entrée n'étonna perfonne.
La faifon permettoit ces fortes
de libertez , & dans les
petites Villes on eft bien
venu par tout avec le mafque.
La Dame reçeur le
Momon , & le gagna . Le
Mafque la pria d'en jouer
un autre qu'il perdit encor.
La mefme chofe luy eſtant
arrivée cinq ou fix fois, parcé
qu'il brouilloit les Dez
avec tant de promptitude
,
que quand ils tournoient
favorablement
pour luy , il
fembloit ne s'en pas aper-
Ciij
30 MERCVRE
人
cevoir d'autres voulurent
jouer à leur tour, mais ils
n'y trouverent pas leur
compte. Le Mafque gagna,
& ne perdit que contre la
Dame qu'il engagea de nouveau
au jeu. La gayeté avec
laquelle il foûtint la perte
qu'il continua de faire con
tre elle, ne laiffa aucun dou
te qu'elle ne fuft volontaire.
On s'en expliqua tout
haur. Ill'entendit
, & pre
nant un ton diférent de
celuy dont il s'eftoit ſervy
jufqu'alors , il déclara qu'il
eftoit le Mailtre des Ri
GALANT
31
cheffes
, qu'il ne les aimoit
que pour en faire part à la
Dame, & qu'il ne difoit rien
qu'il ne s'ofrift
à juftifier
par les effets. En mefme
tempsbiby
découvrit
a plu
fieurs
Bources
toutes
plei
nes de Pieces
d'or , qu'il de
manda
à jouer
en un feul
Momon
, contre
tout ce que
la Maiftreffe
du Logis
vou
droit shazarder
. La Dame
embaraffée
de cette
décla
ration
, renonça
aujeu . On
examinale
Mafque
avec
plus d'atétion
; & une Femme
de la compagnie
, que
Cij
32 MERCVRE
l'âge & beaucoup de tempé
rament rendoient fujete à
fe faire des réalitez de fes
vifions, l'ayant regardé depuis
la tefte jufqu'auxpieds,
devint pafle, tremblante, &
tellement éperdue, qu'elle
demeura quelque temps
fans pouvoir parler. Laparole
luy eftant revenue, elle
dit tout bas à fa Voifine,
qu'il n'y avoit point à douter
que le Mafque ne fuft le
Diable, qu'il l'avoit marqué
en déclarant qu'il eftoit le
Maistre des Richeffes , &
que fi elle yvouloit prendre
GALANT. 33
garde , elle luy trouveroit
des grifes au lieu de pieds.
LeDiable mafqué avoitpris
une chauffure bizarre qui
convenoit en quelque maniere
avec ce que les Peintres
ont accouftumé de
nous reprefenter du Démon
, & c'eftoit là deffus
que la credule Viſionnaire
avoit appuyé fon jugement.
Cebqu'elle dit paffa en un
moment d'oreille en oreille
Apparemment elle trou
va des foibles comme elle ,
puis qu'on propofa d'appeller
du fecours pour l'E34
MERCVRE
1
1
If
xorcifme . Cepmorfit con
noiftre au Mafque ce qu'on
s'eftoit figuré de luy.
commença tout de bon à
faire le Diable , parla plus
fieurs Langues dont quel
ques- unes effoient incon
nuës , & apres a quelques
raifons expliquées fur ce
qui l'avoit obligé de quiter !
l'Enfer , il ajouta qu'il ven
noit particulierement deb
mander une Perfonne de la
Compagnie , qui s'eftoit
donnée à luy, protefta qu'el
le luy apartenoit, & qu'ilnen
defampareroit point qu'il
-
1
GALANT. 35
fe
nel'euft, quelques obftacles
qu'ony apportaft . Chacun
regarda la Dame. Ces menaces
fembloient s'adreffer
à elle, & le Maſque les avoit
prononcées d'une voix creuquiembaraffoit
les moins
fufceptibles de frayeur. Les
uns fe taifoient , les autres
fe parloientbas, & celle qui
avoit donné ouverture à la
diablerie, crioit continuel-n
lement à l'Exorcifme . L'hif-c
toire porte que fans confulter
perfonne, elle fit ve-b
nir des Gens d'un caractere
à faire fuir des Démons; queb
36 MERCVRE
4
le Diable prétendu leur répondit
fort pertinemment ,
& qu'apres s'eftre diverty
quelque temps de leurs zelées
conjurations , il leva
le mafque, ce qui finit l'avanture
par un fort grand
cry que fit la Dame . C'eftoit
fon Mary qui avoit paffé
d'Efpagne au Pérou . Il s'y
eftoit enrichy , & revenoit
chargé de tréſors. En arrivant
il avoit appris que fa
Femme régaloit fes plus
particulieres Amies . C'eftoit
un des derniers jours
du Carnaval. Cette faifon
GALANT 37
pû
favorable aux
deguifemens,
luy fit naiftre l'envie de voir
la Fefte fans eftre connu , &
il avoit pris pour cela le plus
grotefque habit qu'il euſt
trouver. Toute l'Affemblée
luy fit compliment, &
comme il n'eftoit pas fi diable
qu'on l'avoir crû , on
luy abandonna la Dame
qu'il venoit chercher , &
qu'il avoit dit fi hautement
quis eftoit donnée à luy.
J'adjoûte à cette Avan.
ture une galanterie du Carnaval.
Un Amant fit faire
un Habit de Maſque par
28 MERCVRE
A
le Tailleur de fa Maistreffe,
fans qu'elle en fçeuſt rien .
Il l'ordonna auffi magnifique
que galant , & quand
il fut fait , il propofa de
courir le Bal für le champ
en équipage aſſez propre
pour le faire remarquer. La
Belle s'en excufa fur ce
qu'elle n'avoit point d'Habit.
Le Cavalier dit qu'il n'avoit
qu'à en emprunter un
à Mademoiſelle de Chimmeflé.
En mefme temps il
écrivit un Billet, & envoya
fon Laquais qui avoit le
mot . La Belle le railla de
GALANT 39
fa confiance , fouftint qu'il
auroit la honte d'eftre refu
fé, ou que s'il ne l'eftoit pas,
comme un habit propre
ne fe doit jamais demander
pour courir le Bal , on luy
en envoyeroit un fi vilain,
qu'elle luy déclaroit d'avance
qu'il la prieroit inutilement
de s'en fervir. Le
Cavalier luy promit de la
laiffer dans une entiere li
berté de rompre ou d'éxecuter
la partie , fi elle ne
pouvoit s'accommoder de
ce qu'il avoit envoyé chercher.
Le Laquais revint, &
40 MERCVRE
apporta l'Habit que fon
Maiftre avoit fait faire par
le Tailleur. La Belle en admira
la beauté , & fut fort
fúrprife de le trouver aufli
juſte que s'il avoit eſté fait
pour elle . Vous jugez bien
qu'elle loüa plus d'une fois
l'honnefteté del'obligeante
Préticufe. Elle crût y devoir
répondre en prenant des
foins extraordinaires de ne
point gafter l'Habit . Elle
y réüffit, & eftant contente
de fa propreté, elle le renvoya
le lendemain à Mademoiſelle
de Chammeſlé,
GALANT. 41
avec de grands remercîmens
en fon nom , du plaifir
qu'elle avoit bien voulu luy
faire. Mademoiſelle de
Chammeflé qui ne fçavoit
ce qu'on luy vouloit dire,
répondit qu'on ſe méprenoit
, & qu'elle
n'avoit
prefté aucun Habit. Ainfi
celuy de la Mafcarade
fut
reporté à la Belle , à qui il
fut inutile de le vouloir
rendre au Cavalier. Il le
refufa autant de fois qu'il
fut apporté chez luy , & la
Belle a efté
contrainte de le
garder .
1
Mars 1679. D
42
MERCVRE
Ilfaut vous faire part des
fouhaits qui ont eſté
faits
pour le retour
du Printemps
où nous
commençons
d'entrer
, Les Paroles
que
font de M' Noël,
Homme
d'un fort
grand
merite, &
que je vous ay déja dit
la Ville de
Chartres avoit
choify pour fon
Avocat.
Elles ont efté miſes en Air
par M ' le Redde .
AIR
NOUVEAU.
AH , que
l'Hyver eff ennuyeux!
Durera-t- il
longtemps encore?
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nu smmo bhugar Dun
Ju ase, v dlaup fogui , cond
ab bollent
GALANT 43
Haftez- vous, ô divine Flore,
De venir regner en ces lieux.
Ramenez avec nous la Beauté que
j'adore,
Ramenez nos Ris & nos Ieux.
Ab, que l'Hyver effennuyeux!
Les Fleurs dans leurs boutons fe cachent
à nos yeux,
Mais à voftre retour nous verrons
tout éclore.
Si le plaifir de voir renaiſtre
la belle Saifon peut
eftre regardé comme un
bien , jugez quels voeux on
a efté capable de former
pour obtenir la fin de la
Guerre. Voicy ce que Mi
Broffard de Montaney,
Dij
44 MERCVRE
Confeiller au Préfidial de
Bourg en Breffe , a adreffé
làdeffus
au Roy. la a
MADRIGAL.
L
Aiffez prendre balcine à
l'Histoire,
Et donnez- vous , Grand Prince, un
moment de reposi
Celuy qu'on prend au faiste de la
Gloire,
Nefiedjamais mal aux Héros.
Content d'avoir bravé les efforts.
inutiles
De ces Princesjaloux qu'affligent
vos Exploits,
Fur grace accordez - leur quelqu'une
de ces Villes
GALANT
45
A
Que vous avez foûmiſes à vos)
Loix.
quoy qu'en leur faveur vostre
bonté s'étende, d
En
leur
quitant
droient
pour
toûjours,
un Bien qu'ils per-
C'eftpeu pour Vous , Grand Roys rout
ce qu'on vous demande ,
Apeine vous coûre huitjours.
Puis que la
fingularité
des
Amazones de
Noyon ,
dans les
réjouiffances de la
Publication de la Paix ,
vous
a paru une
chofe fi digne
d'eftre
remarquée , il faut
yous
apprendre
la fuite de
cette
Fefte.
Apres que les *
belles
Perfonnes ul.com46
MERCVRE
pofoient la galante Troupe,
dont je vous parlay le dernier
Mois , eurent pris des
Billets à l'Hoftel de Ville
pour aller loger dans les
meilleures Maiſons , elles
reçcurent parmy elles quelques
Officiers duRegiment
de Navarre , arrivez depuis
peu, qui leur demanderent
permiffion de les accom
pagner
er la Halebarde à la
main. Elles marcherent
toûjours dans leur premier
ordre, & vinrent au Bureau
des Aydes, où apres qu'el
les eurent fait plufieurs dé
GALANT
47
charges , on les
régalad'une
tres
magnifique
Collation .
Une autre
Troupe de Demoifelles
habillées en Bergeres
, s'y
rencontra , & on
y
dança fort
longtemps au
fon des
Hautbois & des
Violons.
Depuis ce
tempslà
il n'y a eu à
Noyon que
Bals,
Feftins,
Feux de joye,
&
Mafques . Les
Païfans
des
Villages des
environs
ont
voulu
prendre part à
toutes ces
Feftes , & lors
qu'on y
penſoit le
moins,
ils ont fait une
Entrée dans
La Ville,
d'une
nouveauté
48 MERCVRE
fort particuliere . Ils eftoient
tous habillez de deüil , &
conduifoient
un Eſtapier,
qui eft un Homme étably
pour diftribuer les Vivres
aux Soldats pendant la
Plufieurs Tam- Guerre.
bours qu'on avoit couverts
de noir , les précedoient .
L'Eftapier monté fur un
Cheval couvert auffi d'un
Drap noir parfemé de larmes,
eftoit en mefme équipage
que les Païfans , &
crioit par tout , La Guerre
eft morte. On luy répondoit
par des Vive le Roy , vive
།
la
GALANT 49
la Paix , que le Peuple faifoit
retentir de tous les côtez
.
La Publication de celle
d'Eſpagne s'eſt faite àMótpellier
avec les mefmes cerémonies
qui avoient eſté
obfervées dans la premiere.
Le Greffer Domanial de la
Seneschauffée , à qui feul
appartient le droit de faire
ces fortes de Publications,
fit les Cris accoûtumez , &
leût en fuite ce qui avoit
efté envoyé de la part du
Roy Mais il ne fe peut
rien de plus magnifique
Mars 1679. E
50 MERCVRE
que le Te Deum qui fur
chanté dans l'Eglife
Cathédrale
de S.Pierre. Monfieur
le Cardinal
de Bonzy,
Archevefque
de Narbonne
,
Primat des Gaules, & Préfident
des Etats de Languedoc,
y affifta avec onze
Evefques , deux Archevef
ques, M' le Marquis de Calviffon
Lieutenant
pour le
Roy en cette Province,
M' Dagueffeau
Intendant
,
deux Commiffaires
du Roy,
& quantité de Barons. Les
Confuls des Villes , & les
Députez des CommunauGALANT
51
tez qui compofent l'Affemblée
des Etats , s'y trouverent,
auffi bien que tous les
Officiers de la Cour des
Aydes en Robes rouges ;
les Tréforiers de France en
Robes de fatin noir , les
Officiers du Seneschal &
Préfidial, & les Confuls de
la Ville auffi en Robes rouges
& Chaperons, avec leur
fuite. Elle eft de fix Valets
habillez de rouge , avec
leurs Pertuifanes
, de quatre
Valets de fanté, & de fix
Efcudiers, qui ont auffi une
Robe rouge, & une longue
E ij
$2 MERCVRE
Maffe d'argent fur l'épaule.
La Cerémonie fe fit par
M ' l'Evefque de Montpel
lier , reveſtu Pontificalement.
Le foir, l'Opéra que
vous avez trouvé dans ma
Lettre de Fevrier , fut reprefenté
devant Monfieur
le Cardinal de Bonzi , &
toute l'Affemblée des Etats.
M'de Broy Avocat en a fait
les Vers. Je croy vous avoir
déja marqué que la Muſi
que eftoit de M de la Sabliere.
Comme chaque
premier jour de l'An on fait
de nouveaux Confuls de
*
r
GALANT 53
Mer , on élit auffi un nou
veau Guidon à Montpell
lier . Celuy qui a efté nom
mé la derniere fois , a paru
avec grand éclat dans la
Cerémonie de la Publica
tion de la
tured
Paix
. Sa Garniture
de gris - de- gris - de - lin , & les
Plumes & les Echarpes qu'il
donna à toute la jeuneffe
qu'on vit à cheval, ont efté
des marques de fa paffion
pour une aimable Perfonne
, devant la Porte de laquelle
il fit faire la décharge
de tous les Piſtolets.
Il montoit un Cheval An-
E iij
54 MERCVRE
glois , orné d'une magnifique
Houfle, fur laquelle on
voyoit en broderie d'or &
d'argent, grand nombre de
G & de B, qui font les lettres
capitales de fon nom ,
& de celuy de la Belle. Le
foir il fit un fort
ſomptueux
Régal à la plupart de cette
Jeuneffe .
A
Il me refte à vous parler
de
Touloufe &
d'Agde . Si
je m'en
acquite un peu
tard, ne
l'imputez qu'à l'é
loignement
des lieux qui
m'a empefché
d'en eftre
informé
plutoft.
GALANT 55
L'ordre ayant efté reçeu
à Toulouſe , les Capitouls
apres avoir publié la Paix
le matin dans le grand
Confiftoire de l'Hoftel de
Ville, firent l'aprefdifnée
la mefme Publication par
la Ville avec les cerémonies
accoûtumées. Les quarante
Soldats de la Famille du
Guet marchoient les premiers,
apres lefquels on vit
paroiftre à cheval les Officiers
de l'Hoftel de Ville ,
& les Capitouls , précedez
des Hautbois & des Trompetes
de la Ville , & fuivis
E iiij
56 MERCVRE
de plufieurs anciens Capitouls
auffi à cheval. Le Secretaire
du Confiftoire fit
la lecture du Placard dans
toutes les Places publiques
de leur marche. Il
y cut
une décharge des Soldats
du Guet à chaque lecture.
Mille cris de Vive le Roy
l'accópagnoient, & la foule
eftoit fi grande dans toutes
les Rues , qu'on avoit de la
peine à y paffer. Leo Te-
Deum fut chanté deux jours.
apres dans la Métropolitaine
de S. Eftienne .
Officiers du Parlement s'y
Les
GALANT 57
trouverent avec les Capitouls
, &les autres Compagnies
qui ont droit d'y af
fifter. La cerémonie du Feu
de joye fut diferée quelque
temps , afin que tous les
Corps des Meftiers euffent
celuy de créer leurs Officiers,
de dreffer leurs Compagnies
, de fe mettre en
& ordre , & d'y affifter en armes.
La veille du jour qui
avoit efté destiné pour cela,
aces Compagnies au nombre
de cinquante, & faifant
plus de cinq mille Homymes,
eurent ordre de fe
58 MERCVRE.
rendre à la Place de Saint
George, où elles furent rangées
par M Martin Capitoul,
qui faifoit la fonction
de Major de la Ville , &
par M Royer fon Ayde-
Major. Elles avoient chacune
leurs Officiers , Capitaine
, Lieutenant , & Enfeigne
, tous dans une fi
grande propreté, que comme
on ne s'eftoit attendu
à rien de
femblable , il n'y
eut perfonne qui n'en fuſt
agreablement furpris . Elles
défilerent par le Pré Montardy,
& traverferent l'Hô
GALANT. 59
tel de Ville , pour y paffer
en reveue en préſence des
Capitouls. Le lendemain
cest mefmes
Compagnies
eurent leur rendez vous à
la mefme Place, & allerent
prendre les Capitoulsà
I'Hoftel de Ville . On revint
de là à la Place de
S. Eftienne , où fe devoit
faire le Feu de joye . Chaque
Compagnie ayant pris
fon pofte , M Mariotte,
comme Capitoul
de ce
Quartier, mit le feu au Bucher
, aux acclamations
du
Peuple , & aux cris réiterez
?
60 MERCVRE
de Vive le Roy. Le fon des
Trompetes , des Fifres , &
des Tambours , fe mefla
auffitoft au bruit de la dé
charge de toute cette Infanterie
, & à celuy du Canon
qui tiroit en mefme
temps fur le Rampart.
Ainfi rien n'eftoit plus agreable
que de voir l'Image
de la Guerre dans une ce
rémonie de Paix . On fit
jouer le Feu d'artifice , frla
nuit parut. La
Machine reprefentoit la
Ville de
Nimégue . Sa figure
eftoit octogone , &
rost
que
GALANT.
61
avoit cinq toifes de diametre.
Les Faces eftoient
ornées
d'Ecuffons aux Armes
de France , & de plufieurs
Symboles de Paix,
comme de Mains , jointes,
de Noeuds faits de Rubans
bleus & rouges , qui font
les
Couleurs de France &
d'Espagne , de Branches
d'Olivier & de Laurier liées
enfemble , & d'autres chofes
femblables. Du milieu
s'élevoit une maniere de
Donjon , orné tout autour
de Trophées d'armes . La
France paroiffoit affife fur
62 MERCVRE
4
ce Donjon, avec une Couronne
fermée, & un grand
Manteau parfemé de Fleurs
de Lys d'or . On luy voyoit
prendre des Branches d'Olivier
des mains de la Paix
qui eftoit en l'air. Il n'eftoit
pas difficile de connoiftre
qu'elle ne prenoit ces Branches
que pour les donner
aux Nations qui font com
priſes au Traité de Paix.
Les Figures d'un Eſpagnol,
d'un Allemand , & d'un
Hollandois , les repreſentoient
, ayant chacun un
Etendard aux Armes de fa
GALANT. 63
Nation . Toute cette Machine
eftoit portée fur huit
Pilliers de trois toifes de
hauteur. Il y avoit de petits
Arcs entre - deux , le tout
entortillé de Lierre meflé
de petites Branches d'Olive.
Sous ces Arcs eftoient
fufpendus huit Tableaux
ou Cartouches , qui faifoient
autant de Devifes à
l'honneur du Roy fur le
fujet de la Paix . La premiere
eftoit un grand Soleil
dans un Ciel fort calme
, avec ces mots Eſpagnols,
"
64 MERCVRE
En apazible todoſe vée.st
L'incomparable génie du
Roy n'a jamais paru avec
plus de force que dans cette
Paix qui eft fon ouvrage.
II . Un Soleil en fon midy,
& ces mots,
Piu valido, e piufereno.
Le Roy eftant le plus en
pouvoir de vaincre fes Ennemis
, a donné la Paix à
l'Europe .
III . Un Soleil qui ſe couche
dans la Mer.
Etiam pelago fic fulget
-Elbero
.
Le Roy n'eftpas feulement
GALANT. 65
l'admiration de fes
Peuples ,
mais celle de fes Ennemis .
IV. Un Soleil dans fon
midy , fort ferein , qui re
garde les nuages
du Nort
Borea quoque
nubila
cedent.
La Paix du Nort fuivra celle
que Sa Majefté
a concluë
,
V. Un Soleil
couchant ,
avec des
Animaux qui fe
#etirent dans les Bois , &
des
Hommes qui
quitent
leur
travail
Dat requiem feffis.
Ces paroles marquent l'avantage
que retirent de la
Paix ceux qui eftoient.con-
Mars 1679 . F
66 MERCVRE
tinuellement expofez aux
defordres de la Guerre.
VI. Un Soleil brillant, &
des Nuës groffes de fou
dres qui s'évanouiffent.
Terrori fuccedit amor.
Le Roy apres avoir fait
trembler fes Ennemis , leur
donne des marques de fa
bonté par
par la Paix. loins mp
VII . Un Soleil qui dore
des Nuës noires.nl
Serenat ornat, Daysh
Cette Devife regarde la
magnificence de Sa Majesté
pendant la Paix.q el so
VIII. Un Soleil qu'un Ai
GALANT 67
gle , un Lyon , & un Léopard,
regardent avec attention
, & ces paroles de
Claudian .
Commune facit reverentia
foedus .
Apres le Feu d'artifice on
fe retira fans aucun defor
dre à la faveur des lumieres
qui eftoient à toutes les Fe
neftres . On fit en fuite des
Feux particuliers chacun
devant fa Maiſon . Ils furent
continuez les deux
jours fuivans , & toûjours
avec les plus grandes démonftrations
de joye que
Fij
68
MERCVRE
puiffent donner des Sujets
zélez pour la gloire de leur
Prince .
Je viens à Agde C'eſt
une Ville qui a de grands
avantages à efperer du rétabliffement
du Commerce
; & comme elle en voit
l'affurance par la Paix, voi
cy ce qu'elle a fait de particulier
pour en témoigner
fa joye. Il y avoit à l'entrée
du Pont un Arc de triomphe
, avec des Cordons de
Laurier &
d'Olivier entrelaffez.
Du cofté droit on
voyoit le Portrait du Roy .
GALANT. 69
à cheval ; & de l'autre , un
Tableau
d'Hercule . Sous
l'Hercule eftoient dépeints
trois ou quatre de fes Travaux
comme le Lyon de
Nemée , l'Hydre , le Sanglier
d' Erymanthe , & c.
avec cette Infcription , Tres
Alter, nunquam ifte duos,
( faiſant allufion au Proverbeo
Ne Hercules contra
duos . Sous le Roy , il y
avoit un Trophée d'armes
appuyé far un Lyon & un
Aigle , qui font les Armes
de l'Empire , de l'Espagne,
& de la Hollande , avec ces
70 MERCVRE
quatre Vers qui expliquent
l'Infcription Latine de
IHercule .
Iamais l'Hercule de la Fable
Eut- il deux Ennemis à combatre à
la fois ?
Noftre Hercule veritable.
Afceu triompher de trois.
Au bout du Pont on
voyoit
cinq Ares de
triomphe en
pentagone
, à trois étages,
en forme
pyramidale , de la
hauteur de
quatre toifes,
avec fes
dimenfions , & fur
le tout un Mars. Tous les
Arcs
eftoient
crenelez , &
femez de Fleurs- de-lys d'or
GALANT.
71
fur un
Champ
d'azur. A
tous les
angles des Arcs, il
y avoit des
Guidons avec
les
Armes du Roy , & des
Lances à feu qui
estoient
comme
autant de Flambeaux
dont cette
Machine
fut
toujours
éclairée lors
qu'on y eut mis le feu . Sur
le
e
premier Arc de
triomphe
on
lifoit cette
Infcription
en gros
caracteres , Poftrema
incendia
Martis ; & fur
le
Bouclier de
Mars qui
regardoit
directement
le
Roy, on avoit mis cette
autre
Infcription à l'en72
MERCVRE
tour, Tibifat Lodoice datum .
Toute cette Machine ( auffi
bien les Arcs de triomphe
que la Figure de Mars ) ef
toit remplie de Feux d'artifice.
Les chofes eftant ainfi
difpofées , les Confuls à
cheval & en Robes rouges,
accópagnez de la Jeuneffe
auffi à cheval , de la Bourgeoifie
fous les armes , &
de tous les Meftiers chacun
dans fon rang , firent le
tour de la Ville au bruit
des Violons, des Trompetes
, des Hautbois , & des
Tambours,
GALANT.
73
Tambours ; &
apres
avoir
fait la
lecture & la
proclamation
de la Paix
devant la
Maiſon de
Ville , &
dans
tous les
autres
endroits accoûtumez
, ils
allerent
vers
le
Pont
dans le
mefme ordre
, & le
pafferent à l'entrée
de la nuit : Les
Confuls
eftant
deſcendus de
cheval,
s'avançoient
pour
mettre
le feu au
Bucher ,
quand
un
Ange
defcendit
rapidement
d'un
Clocher
qui eft
d'une
hauteur &
d'une dif
tance
confidérable , & l'y
mit en
mefme
temps qu'
Mars
1679.
G
74 MERCVRE
eux. Cet Ange tenoit
un
Flambeau
d'une main , &
une Couronne
d'Olivier
de
l'autre. Toute
la Machine
éclata
d'abord
en mille
Feux d'artifices
diférens
, ce
qui fut fuivy du bruit de
plus de deux cens Boëtes
difpofées
le long des deux
Quais , & d'autant
de coups
de Pierriers
que tirerent
les
Barques
qui eftoient
dans
la Riviere
.
Je ne puis mieux
finir
cet Article
que par les Vers
que l'incomparable
M ' de
Čorneille
l'aiſné
a préſenGALANT.
75
tez à Sa
Majeſté ſur la gloire
qu'Elle s'eft
acquife par ce
qui
donne lieu à
toutes ces
réjouiffances. Il n'eft point
befoin de vous dire
qu'ils
ont efté
admirez de toute
la
Cour.
Vous
fçavez qu'il
ne part rien que d'achevé
de la
plume de ce
grand
Homme.
sh.Moldawgrubund sup
votary
& britza't
Gij
76 MERCVRE
E5E5Z5ESE SE SESES
AV ROY
SUR LA PAIX .
C
E n'eftoit pas affez , Grand
Roy, quela Victoire
Ate fuivre en tous lieux mist fa plus
haute gloire,
Il falloit, pour fermer ces grands
évenemens,
Que la Paixfe tinft preste à tes
commandemens.
A peine parles-tu , que fon obeiffance
Convainc tout l'Vnivers de ta toutepuiffance,
Et le foumet fi bien a tout ce qu'il
te plaift,
GALANT. 77
Qu'au plus fort de l'orage un plein
calme renaift.
Vne Ligue obftinée aux fureurs de
la
Guerre,
Mutinoit contre toyjuſques à l'Angleterre
:
Ces projets tout à coup fe font évanouis,
Et pour toute raifon , AINSI LE
VEUT LOUIS .
Ce n'eft point une Paix que l'im
puissance arrache,
Et dont
l'indignité fous de faux
joursfe cache.
Pour la donner à tous ne confulter
que Toy,
C'est la réfondre en Maistre , &`-
l'impofer en Roy,
Et c'est comme un tribut que tes
Vaincus te rendent,
-Si-toft que par pitié tes bontez le
commandent.
78 MERCVRE
Prodige ! ton feul ordre acheve en
un moment
Ce qu'enfept ans Nimégue a tenté
vainement.
-Ce que des Députez la fameuse Affemblée,
D'interefts oppofez trop souvent
accablée;
Ce que n'esperoit plus aucun Médiateur,
Tu le fais par Toy- mefme, & lefais
de hauteur.
2
On l'admire avecjoye, & loin de
t'en dédire, et eos maj
Tes plus fiers Ennemis s'empreffènt
d'y fouferire : rothy
Vn zele impatient de t'avoir pour
foûtien,
Réduit leur Politique à ne contefter
rien.
Ils ontveu toutpoffible à tes ardeurs
gucrriéres, ..
GALANT 79
Etfours que ta Iustice y mettra des
barriércs,
Qu'elle fe défendra de rien garder
du
leur,
Ils la font feule arbitre entre eux
& ta valeur.
Qu'ilt'épargne defang, Eſpagne!
il te veut rendre
Des Villes qu'il faudroit tout un
ficcle à
reprendre :
Il en est en Hainaut, en Flandres,
quefon choix bald
En t'impofant la Paix , remettra
fous tes loix:
Mais att commun repos s'ilfait ce
Sacrifice,
En tous tes Alliez il veut mefme
justice,
* Et qu'aux loix qu'il fefait leurs
interefts foumis
Ne laiffent aucun lieu de plainte à
fes Amis.
80 MERCVRE
Ovous qu'il menaçoit, & qui vous
teniez prestes
A l'infaillible honneur d'eftre de
fes conqueftes,
Places dignes deLuy, Mons, Namur,
plaignez- vous:
La Paix vous ofte un Maiſtre àpréférer
à tous,
Et Louis au vieux joug-vous laiſſe
condamnées,
Quand vous vous promettiez nos
bonnes Deftinées.
Heureux au prix de vous Ypres,
& Saint Omer :
Ils ont eu comme vous dequoy les
alarmer,
Ils ont veu comme vous leur campagnefumante
Faire paffer chez eux lafaim &
l'épouvante;
Mais pour cinq ou fix jours que ces
maux ont duré,
GALANT. 81
Ils ont mon Roy pour Maistre, &
tout eft
repareren
Ainfi fait le bonheur de l'Egypte
inondée
Du Nil impétueux la fureur dé
bordée ;
Ainfi les mefmes flots qu'elle fait
regorger,
Enrichiffent les champs qu'il vient
de
ravager
.
Confulez - vous pourtant , Places
qu'il abandonne,
Qu'ilfemble dédaigner d'unir à fa
Couronne;
Charles, dont vous aurez à recevoir
les loix,
Veudra d'un fi grand Maiſtre apprendre
l'art des Rois,
Et vous verrez l'effort de fa plus
noble étude
S'attacher à lefuivre avec exactitude.
82 MERCVRE
Magnanime Dauphin , n'enfoyez
point jaloux,
offer of
Sijamais on le voit s'élever jusqu'à
Vous.
Il pourrafaire unjour ce que déja
vousfaites,
Eftre un jour en vertus ce que déja
vous étes:
Mais exprimer au vifce Grand Roy
tout entier, w
C'est ce qu'on ne verra qu'en fon
digne Heritier: MAL
Le privilége eftgrand, & vous
ferez l'unique
A qui du jufte Ciel le choix le communique.
allois vous oublier , Bataves
gcnéreux,
Vous qui fans liberté ne fçauricz
vivre heureux,
Et que l'illustre horreur d'un avenir
funcfte
GALANT 83
A fait de l'Alliance ébranler tout
le refte.
En ce grand coup d'Etatfi longtemps
balancé,
Si tout cc reftefuit, vous avez commencé
;
Et Loüis qui jamais n'en perdra
la mémoire,
Se promet de vous rendre à toute
vostre gloire, mada_POST
De rétablir chez vous Rentiere
liberté,
Maisfirme, mais durable à la Pofterité,
-Et telle qu'en dépit de leurs deftins
fevéres
Vos Ayeux opprimez l'acquirent à
vos Péres.
M'en defavoûras-tu, Grand Roy,
fije le disord
Mepardonneras-tu , fi par làje
finis ?
84 MERCVRE
Mille autres te diront que pour ce
bien fupréme,
Vainqueur de toutes parts , tu t'es
vaincu toy -mefme;
Ils diront à l'envy les bonheurs
que la Paix
Va faire à gros ruiffeaux pleuvoir
fur tes Sujets :
Ils dirontles vertus que vontfaire
renaiftre
L'obfervance des Loix, & l'exemple
du Maistre,
Le rétabliffement du Commerce en
tous lieux,
L'abondance par tout répanduë d
nos yeux,
Le nouveaufiécle d'or qu'affure ton
Empire,
Et le diront bien mieux que je ne le
puis dire.
Moy , pour qui ce beau siécle eft
arrivéfi tard,
GALANT. &
t
Queje n'y dois prétendre ou poin ,
ou peu de part ;
Moy, qui ne le puis voir qu'avec un
ail d'envie,
Quand il faut que je fonge àfortir.
de la vie ;
Ie n'ofe en ébaucherle merveilleux
portrait,
De crainte d'enfortir avec trop de
regret.
La Lettre que vous allez
voir eft la fuite d'un Article
du dernier Mois . Elle
eft fur une matiere qui convient
fort à la fainteté du
temps où nous fommes.
L'Autheur a caché fon
nom , mais il ne peut ca86
MERCVRE
cher qu'il a infiniment de
l'efprit, & que la Poëfie luy
eft un talent auſſi naturel
que celuy d'écrire aifément
en Profe.
255$2525252525252
A MADAME
DE *** · -
Ous eftes fifenfible aux
VoV belles chofes , Madame,
queje fuis perfuadé que vous
lirez avec plaifir l'Oraiſon
Funebre que je vous envoye,
puis qu'elle en eft toute remplie.
Elle eft de M' l'Abbé Fléchier
qui fait un des princiGALANT.
87
paux ornemens del Académie
Françoife. Feu M le Premier
Président de
Lamoignon
en est le sujet, & elle fut prononcée
le 18. de Fevrier dans
l'Eglife de Saint Nicolas du
Chardonnet, par les foins de
Madame de Miramion dont
la vertu eftfi univerfellement
connuë. Je vous avoüë que
je fus furpris du fuccés de
cette Action , & que je ne le
fus pas moins des effets qu'el-
Le produifit en moy . Larêputation
du Panégyrifte m'avoit
attiré à cette Cerémonie. Je
ne m'eftois rien proposépour
88 MERCVRE
mon coeur. le m'imaginois
que mon efpritfeul y trouweroit
de quoy fe fatisfaire,
encor ne fçavois-je qu'en
penfer. La matiere paroiffoit
ufée, & je doutois que l'Ora
teur euft affez de feu pour
réchauffer des cendres d'une
année. Vousfçavez de plus,
Madame, vous quifçavezfi
bien toutes chofes, qu'un Ovurage
qui a pour but l'éloge
des Morts, & la cenfure des
Vivans , trouve fouvent les
oreilles mal difpofees. Tant
d'obftacles me faifoient craindre
que ma curiofitéfuſt mal
GALANT. 89
fatisfaire , & que l'Autheur
n'éprouvaſtaux dépens de fa
réputation , les méchans effets
que produifent d'ordinaire
Les contretemps. Il ne me
laiffa pas longtemps dans cette
crainte, ces obftacles, quoy
que confidérables , ne fervirent
qu'à faire éclater davantage
la beauté de fon génie .
Il entra fi naturellement dans
le caractere de l'Ilustre Defunt
dont il bonoroit la memoire
, qu'il renouvela des
idées que le temps l'ingratitude
du Siecle n'ont peuteftre
déja que trop effacées .
Mars 1679. H
190 MERCVRE
•Les louanges qu'il luy donna
furent accompagnées de tant
demodeftie, qu'on euft dit qu'il
Se faifoit unfcrupule de n'avoir
pas affez de refpect pour
fes dernieres volontez ; &fa
Morale, quoy que fevere,fut
fi infinuante, qu'elle fe fit recevoir
dans les coeurs les plus
endurcis
.
Cependant
, Madame,
ce n'eft pas ce que j'ad-
*
miray
davantage , ny ce qui
m'édifia le plus. Te laiffe d
part la magnificence de la
Pompe , où rien ne refpiroit
pourtant qu'une pieufe majefté.
Le zele de Madame de
1
GALANT. 91
A
Miramion qui faifoit les honneurs
decette Fefte chreftienne,
acheva de m'enlever, & il
me parut fi beau dans toutes
fes circonftances , que tout
mondain que je fuis ,je ne pûs
mempefcher de dire qu'il
napartient qu'aux Perfonnes
e quis aiment en Dieu , des a
mer toûjours de la mesme
forte. En effet, Madame, faifons
nous juftice. Où font- ils
ces coeurs qui ont affez defolidité
pour foupirer toûjours
également la perte de leurs
s'ai
Amis ? On en trouve encor
quelques uns qui donnent
Hij
92 MERCVRE
quelque chofe à la bienséance
à la coûtume , ou qui trou
blez des funestes pensées de
la mort,laiſſent voir des marques
de frayeur que leur diffimulation
faitpaffer quelques
jours pour des regrets. Il
ne faut pour cela que des
Ames communes; & c'est dequoy
l'on ne manque pas dans
Le temps où nous fommes.
Mais , Madame , pour faire
une
application jufte , & pour
finir un difcours que je ne me
fens pas capable de foûtenir
plus
longtemps , qu'ily apeu
de
Madames de
Miramion, &
GALANT. 93
&
la
qu'ilferoit neceffaire pour
gloire de Dieu , pour lefecours
du Prochain , qu'il n'y
euft que des Perfonnes comme
elle dans le monde !
On verroit refleurir cette vertu
Chreftienne
Dont nos fens pervertis ont
corrompu les Loix,
La Foy rétabliroit fa vigueur
ancienne,
Et noftre unique objet ne feroit
que la Croix.
Le Pauvre fecouru dans fa mi
fere extréme ,
Sans fe plaindre du rang où le
Ciel l'a placé,
Verroit d'un oil foûmis l'éclat
du Diademe, mesklené
94 MERCVRE
Sãs que fon coeur en fuſt bleſſé.
Il beniroit de Dicu la volonté
fupreme ;
La cruelle Neceffité
Qui porte quelquefois le plus
jufte au blafphéme ,
Au fort du defefpoir dont il eft
agité,
N'auroit plus contre fa coû.
tume
Cette infuportable amertume
Dont nos avares mains compofent
du poifon;
Tout icy- bas enfin fe feroit par
raifon .
Les Vices enchaînez connoif
troient fon Empire ,
La Charité fçauroit étoufer la
Satire;
Et dans cette arriere-faifon
Qui nous appelle à la retraite ,
GALANT. 95
Au fouvenir de nos douleurs,
Nous ne fentirions point cette
crainte fecrete
Qu'un remords devorant fait
naiftre dans nos coeurs.
Cette funefte Cerémonie
me fait fonger à la perte
que M's les Maitres des
Requestes firent de M'
Habert de Monmort leur
Doyen , fur la fin de l'autre
Mois. C'eftoit un des
plus anciens Magiftrats du
Royaume. Son illuftre Famille
eft affez connue de
tout le monde, n'y ayant
prefque point de Maifon
96 MERCVRE
confidérable ou dans la
Robe , ou dans l'Epée , à
laquelle il ne fuft allié. Il
eftoit auffi Doyen de l'Académie
Françoiſe , dans
laquelle il avoit eſté reçeu
il y a quarante- quatre ans.
Elle luy doit d'autant plus,
que ce fur fur les curieufes
Affemblées qu'il faifoit
chez luy , compofées de
Gens de qualité, & des plus
beaux Efprits du
Royaume,
que
M' le Cardinal de Richelieu
forma le deffein de
fon
Inftitution . Il y laiffe :
une Place vacante par fa
mort.
GALANT. 97
mort. J'auray àvous entretenir
la premiere fois du
mérite de fon Succeffeur.
On a rendu juftice en
Languedoc , comme on
avoit déja fait en Guyenne,
à celuy de M' le Comte de
la Serre , Fils de feu M' le
Marefchal
d'Aubeterre-
Luffan . Je vous appris il
y a quelque temps que Sa
Majesté voulant récompenfer
les
fervices qu'Elle en
a reçeus en plus de trente
Campagnes , luy avoit donné
la Charge de Lieutenant
de Roy dans cette derniere
Mars 1679. I
98 MERCVRE
Province. Le Titre de Confeiller
d'honneur luy fut
accordé par les mefmes Lettres,
& c'eft en cette qualité
que les honneurs dont j'ay
à vous entretenir , luy ont
efté déferez au Parlement
de Toulouſe . Il fut placé au
deffus du Doyen, & prit le
pas en entrant & en fortant,
immédiatement apres
le Premier Préfident. Deux
Commiffaires de la Grand'
Chambre le vinrent recevoir
à l'entrée du Palais, &
le reconduifirent de la mef
me forte. L'aprefdifnée un
GALANT. 99
Prefident à Mortier, & deux
Confeillers , allerent chez
luy le cóplimenter au nom
de toute la
Compagnie. Il
reçeut la mefme civilité des
Capitouls , & de tous les autres
Corps de la Ville , & outre
cela , les vifites particulieres
de tout le
Parlement ,
& de tout cequ'il y a de Gens
de qualité à Toulouſe .
Apres
de tant d
matieres diférentes , il faut
vous parler de Mariage . Il
s'en eft fait un depuis quelque
temps , qn'on croyoit
qui ne duft pas s'achever
I ij
100 MERCVRE
fans trouble. Voicy l'Hif
toire . Un Cavalier fervant
dans l'Armée de Catalogne
fit un voyage à Paris apres
ſes trois premieres Campagnes.
Dans le peu de remps
qu'il y demeura , il fit habitude
avec une fort aimable
Perfonne. Elle l'égaloit
en naiffance, & en fortune
, avoit du merite , &
une humeur douce & infinuante
qui toucha le Cava
lier. De fon cofté il meritoit
fort qu'on l'eftimaſt, Il
eftoit bien fait , difoit les
choſes avec efprit, écrivoit
1
GALANT 101
agreablement en Vers &
en Profe , & mefloit un enjouement
dans la converfation
qui le faifoit fouhaiter
par tout. Ainfi comme il ne
manqua point de plaire à
la Belle, il n'eut befoin que
de s'expliquer pour la voir
répondre à fa paffion. II
parla de l'époufer. La propofition
fut reçeue , & on
fongeoir à dreffer les Arti
cles du Contract, quand un
ordre de partir qu'il n'at
tendoit pas fi- toft , l'arracha
tour d'un coup d'aupres de
cette belle Perfonne. Il
I up
102 MERCVRE
voulut faire le Mariage
avant fon départ , mais il ne
pût obliger la Mere à y confentir.
Elle en remit la conclufion
à fon retour , & fe
contenta de l'affurer que s'il
demeuroit toûjours dans
les mefme fentimens pour
fa Fille , il ne trouveroit
point de changement dans
les fiens. Il falut fe féparer.
Les Lettres furent le foulagement
de l'abſence . Le
Cavalier écrivit fouvent, &
toûjours en termes fort paffionnez.
La Belle faifoit des
Réponſes fort obligeantes ,
GALANT. 103
& ne témoignoit pas moins
d'impatience de fon retour
, qu'il en faifoit paroiftre
de la revoir. Dans
cette
correfpondance qui
le confoloit du malheur
d'en eftre éloigné , il remplit
les devoirs de fon Employ
avec toute l'ardeur
d'un Sujet zelé pour la gloire
de fon Prince , & d'un
Amant qui fouhaite de la
réputation , pour meriter
d'eftre uniquement aimé
de fa Maiftreffe. Les périls
qu'il effuya firent bruit , &
il s'y expofoit avec d'autant
I
iiij
104 MERCVRE
plus d'intrépidité , qu'il
avoit fujet de croire que la
voix publique parleroit de
luy à ce qu'il aimoit. Cependant
comme les objets
s'effacent infenfiblement
du coeur quand ils s'éloi
gnent des yeux, la Belle accoûtumée
à ne plus voir fon
Amant, laiffa diminuer peu
à peu l'empreffement qu'elle
avoit à luy écrire. Il y
avoit déja pres de deux ans
qu'il eftoit party , & une fi
longue abfence luy softoir
beaucoup de fon merite aupres
d'elle . Il pouvoit ne
GALANT. 105
point revenir, & c'eftoit fe
vouloir piquer d'une vertu
du vieux temps, que de ſe
garder toûjours à un Ab.
fent. On luy en conta. Elle
ne ferma point l'oreille aux
douceurs, & enfin un Homme
de Magiftrature , bien
fait & fott riche , s'eftant
déclaré, elle le renvoya à fa
Mere dont elle devoit fuivre
les volontez . Il avoit
plus de bien
lier, & ainfi il n'eut pas plus
de peine à perfuader la
Mere qu'il en avoit eu à gagnerda
Fille. Les avanta
que le Cava106
MERCVRE
ges qu'il luy offroit eſtoient
grands , & valoient bien
qu'on ne fe fift pas un point
d'honneur de garder exactement
fa parole. D'ailleurs
les reproches du Cavalier
n'eftoient point à craindre,
puis qu'il ne devoit apprendre
la chofe que quand elle
feroit fans
remede.Onfigne
le
Contract . On prend jour
pour les Fiançailles , & on
invite les Parens de part &
d'autre pour rendre la Cerémonie
plus folemnelle.
Ce jour arrive . L'Amant
heureux vient chez la Belle
GALANT. 107
en Habit décent . La Belle
fe met dans une propreté
qui luy donne de nouveaux
charmes , & ils attendoient
que la Compagnie fuſt aſfemblée
, tres - fatisfaits l'un
de l'autre , quand tout d'un
coup le Cavalier entre dans
la Salle. Il va falüer la Belle ,
ou plûtoft il court l'embraf
fer comme une Perfonne
qui luy eft promife , & qu'il
prétend époufer dans peu
de jours. Il eft reçeu avec
la froideur que vous pouvez
vous imaginer. La Belle eft
déconcertée . Elle ne s'at-
-
108 MERCVRE
tendoit à rien moins qu'a
•fon retour , & ne fçait quel
party prendre dans l'embaras
où elle fe trouve . L'A
mant n'eft pas moins furpris.
Cette familiarité l'in
quiete. On ne l'avoit point
averty que fa Maiſtreſſe
euft
aucun engagement
, & il ne
peut deviner d'où vient
qu'un Homme d'épée a de
fi grands privileges
aupres
d'elle. Le Cavalier tranf
porté de fa paffion, ne prend
garde au defordre
de l'un ny
de l'autre
. Heftoit party de
Catalogne
fi - toft qu'on
GALANT. 109
avoit eu nouvelle de la Paix
fignée , & comme il ne
faut qu'aimer pour trouver
moyen d'accourcir un long
voyage , il avoit employé
fort peu de jours en chemin
, & eftoit accouru chez
la Belle prefque en arrivant.
Il tient les yeux attachez
fur elle, la regarde
quelques momens fans parler
, & enfin luy dit les chofes
les plus tendres fur la
joye qu'il a de la revoir. 11
l'admire, la trouve plus belle
que jamais , luy prend les
mains , les luy baiſe, la prie
110 MERCVRE
de ne perdre plus de temps
à fe parer , parce qu'elle n'a
befoin d'aucun ornement
d'emprunt pour eftre toute
pas
charmante , & adreffant la
parole à fon Rival qui luy
eft encor inconnu , il luy demande
s'il ne le tient pa
heureux d'avoir une fi belle
Maiftreffe, & d'en eftre aimé.
L'Amant ne fçait que
répondre. La Belle eft dans
un redoublement d'embarras
inconcevable , & une
Dame priée de la Fefte entrant
alors dans la Salle, ne
peut les voir ainfi interdits
GALANT. III
T'un & l'autre, fans leur dire
qu'ils paroiffent bien chagrins
pour des Gens qui
font prefts à fe marier. Le
Cavalier qui s'aplique tout
parce qu'il n'eft remply
que de fon amour , répond
qu'on ne luy fçauroit faire
un plus grand plaifir que de
ne point reculer . L'arrivée
d'un Homme de Robe l'empefche
d'en dire davantage.
Ce nouveau venu à qui
Le Cavalier paroiſt un des
Conviez , congratule les
deux Amans fur leurs Fiançailles.
Ce mot eſt un coup
112 MERCVRE
de foudre pour le Cavalier,
Il voit fa Maiftreffe toute
déconcertée qui baiffe les
yeux. Il fait refléxion qu'.
elle eft dans une parure
extraordinaire , remarque
qu'elle a un Bouquet , &
que tout eften mouvement
dans le Logis , comme s'il
s'y paffoit quelque grande
affaire . C'en eftoit affez
pour luy faire comprendre
fon malheur. Cependant il
en veut eftre éclaircy par
elle- mefme . Il n'y avoit
point à balancer. La Belle
fe réfout de franchir le pas,
GALANT 11z
& fe fervant des termes les
plus
honneftes & les plus
confolans qu'elle peut trou
ver, elle luy fait connoiftre
le choix qu'elle a fait , luy
avoue que l'heure eft prife
pour fes Fiançailles
; adjoûte
que s'il ne la retrouve
pas la mefme qu'il l'avoit
laiffée, il ne doit s'en prendre
qu'à une fatale neceffité
qui force les coeurs les
plus fermes au
changement.
Le Cavalier ne garde
plus de mefures . Il la traite
de
perfide
, luy fait cent
reproches
, rega
regarde fon Ri
Mars
1679. K
114 MERCVRE
val d'un oeil
menaçant, luy
dit qu'il fçait les moyens.
de l'empefcher
d'eftre heureux,
& voyant qu'on s'affemble
au bruit qu'il fait,
il fort dans un
emportement
fi plein de fureur, que
tous ceux qui font accourus
, en demeurent
faifis.
d'effroy.
Chacun fe regarde
. On eft
longtemps fans
rien dire , & ceux qui parlent
n'expliquent qu'à demy
ce qu'ils penfent . Quoy
qu'il femble que les Abfens
ayent toûjours tort , on ne
laiffe pas de plaindre le
GALANT. 115
Malheureux. L'Affemblée
acheve de fe groffir, & comme
les premiers racontent
tout-bas ce qui s'eft paffé à
ceux qui arrivent, perſonne
n'ofe fe mettre de bonne
humeur , & chacun garde
fon férieux , comme fi on
prévoyoit quelque funefte
fuite de cette avanture. La
Belle fur tout eft inconfo
lable. Le Bien la tenoit
moins attachée au dernier
Amant qu'elle avoit choiſy,
que fes belles qualitez. Elle
l'aimoit, & la certitude de
l'épouser luy avoit fait a-
Kij
116 MERCVRE
bandonner fon coeur à fa
paffion. Les menaces du
Cavalier l'effrayent. Elle
ne doute point qu'il n'ait
médité quelque chofe de
violent contre fon Rival,
& elle eft fi vivement prévenue
de cette imagina
tion , qu'elle ne voit plus
de feûreté pour fa vic. On
tâche de la raffurer, & apres
deux heures de raiſonnement
fur le trop d'alarmes
qu'elle fe donne , on eftoit
preft de fortir pour la cerémonie
des
Fiançailles ,
quand un Laquais entre
GALANT. 117
de la part du Cavalier avec
un Billet. Elle court à luy,
le luy arrache des mains, &
levoyant fortir fans en demander
réponſe, elle s'écrie
que c'eft un Défy pour s'al
ler batre , qu'elle ne veut
point qu'ils en viennent là ,
qu'on les accommode , &
n'écoute point ce qu'on luy
oppofe, qu'il n'y a perfonne
affez hardy pour entrepren
dre un Duel , & que d'ailleurs
un Homme d'Epée
n'avoit jamais attaqué un
Homme de Robe. Elle ouvre
le Billet en tremblant,
118 MERCVRE
& lit tout haut ce qui fuit.
Animé des transports de l'espoir le
plus doux,
Ie viens avec ardeur embraffer vos
genoux,
Etj'apprens , o malheur ! ô funeste
difgrace!
Que tandis que mon bras pour vous
&pour l'honneurs
Aidoit chez l'Espagnol à forcer une
Place,
In Ennemy fecret m'enlevoit voftre
coeur .
Aux plus vives fureurs mon ame
s'abandonne ,
Mon defefpoir aigry n'épargnera
perfonne,
Vous verrez ce Rival jufque dans
vostre fein,
Per ce de mille coups, fuccomberfous
ma main.
' GALANT. 119
Quelle fureur, s'écrie- t- elle
en s'arreſtant
tout d'un
coup en cet endroit ! C'eft
bien plus que de fe vouloir
batre avec fon Rival. Il veut
l'affaffiner
. Qu'il ne forte
point, il luy en coûteroit la
vie . L'Amant luy fait connoiftre
qu'elle prend de
vaines frayeurs , & la conjure
de vouloir achever la
cerémonie
. Ses Parens l'en
preffent de leur coſté, & luy
répondent
de l'évenement
.
Elle n'écoute perfonne , &
toûjours
pleine de fon
tranfport , elle s'oppoſe fi
120 MERCVRE
abfolument à ce qu'on veut
d'elle , que fon Amant ne
peut s'empefcher
de luy
dire qu'en
reculant fon
bonheur , il
femble qu'elle
cherche à fe
conferver à
fon Rival. Au lieu de répondre
, elle continuë
la
lecture de fon Billet , & y
trouvant ces
mots,
Te porteray plus loin les efforts de
marage,
Et vous -mefme, perfide ...
Allons, dit - elle fe
tournant
vers fon Amant , vous le
voulez , me voila prefte ,
fortons . Puis qu'il en veut
à
mon
GALANT. 121
à mon fang auffi-bien qu'au
voftre , je ne crains point.
ce qui me doit eftre commun
avec vous . En mefme
temps elle donne la main
àfon Amant, & laiffe prendre
le Billet à une Dame
qui ayant leû tout - bas ce
qui reftoit, dit que les derles
nieres menaces eftoient
bien plus terribles que
premieres , & qu'elle prioit
qu'on les écoutaſt. On
prefte filence , & voicy ce
qu'on entend.
Ie porteray plus loin les efforts de
ma rage,
Mars
1679. L
122 MERCVRE
Et vous- mefme,perfide.... Ab toutbeau,
mon couroux,
Méprifons
cette ingrate ; un an de
mariage
Me vangerabien mieux que vous.
Comme
la Dame donnoit
de la grace à ce qu'elle lifoit
, tout le monde
ſe mit
à rire, parce qu'on s'apperçeut
que c'eftoient
des
Vers, La Belle lesaavoit
leûs d'une maniere
fi traînante
& fi interrompuë
,
qu'ils avoient
paffé jufquelà
pour de la Profe. Il ne
fut pas difficile
de juger
qu'un Homme
qui avoit
GALANT.
123
la
l'efprit
aſſez
libre
pour
faire
des
Vers ,
n'eftoit pas fi en
colere
qu'il le
difoit, & que
les
reproches
eftoient
toute
vangeance
qu'il
vouloit
prendre de la
préference
qu'on
avoit
donnée à fon
Rival.
On
plaifanta ſur
ces
Vers , &
une
jeune
Perfonne fort
enjoüée dit
agreablement ,
qu'il
falloit
empefcher
le
Dieu
Hymenée
d'entrer ,
puis
qu'il
avoit
entrepris de
vanger
un
Amant
defef
peré.
Cette
menace ne fit
point de
peur à
l'Amant .
Lij
124
MERCVRE
La cerémonie fut achevée.
Il en montra une extréme
joye , & s'il eut quelque
chagrin qui ne parut pas,
ce fut de connoiftre que
fa Maistreffe avoit eu une
premiere paffion dans lẹ
coeur .
On a dreffé un Tombeau
à M ' le Marquis de Montaut
, Fils unique de Monfieur
le Marefchal Duc de
Navailles . Je l'ay fait graver
pour vous en faire voir la
conftruction
. Vous pouvez
l'examiner
dans cette Figure.
Les neuf Vers Latins
に
4.
il com kr
as lapice
sb
205 9009
Butaqres
GALANT.
125
que vous y
trouverez, font
connoiftre la
gloire de ce
jeune
Marquis
pendant fa
vie , & les
circonftances de
fa mort. Il eftoit
tellement
né pour la
Guerre ,
qu'on
a dit de luy avec
beaucoup
de
juftice qu'il avoit remporté
des
Victoires dans
un âge où l'on eft à
peine
capable de
porter les armes .
On fçait de quelle
maniere
il fe
diftingua à la Bataille
d'Efpoüille , où il fit des
merveilles avec fon Regiment
, dans la fonction de
Brigadier , en la place de
Liij
126 MERCVRE
M' de S. André qui s'eftoit
jetté dans Bellegarde . Ainfi
on peut dire qu'il partagea
en quelque façon l'honneur
de cette Victoire avec
M'le Duc de Navailles fon
General & fon Pere , auffibien
qu'au premier Aſſaut
de Puycerda, où Mª le Bret
Lieutenant General fut té
moin de fa valeur. Elle luy
avoit déja acquis deux
Charges , l'une de Colonel
d'Infanterie , & l'autre de
Brigadier de l'Armée . Il
eft mort ſans fievre, & fans
aucun accident qui cuft
GALANT.
127
paru dangereux . Son Valet
de
Chambre s'eftant apperçeu
à minuit qu'il fe debatoit
dans fon Lit , cria au
fecours. On
accourut
, & il
rendoit le
dernier
foûpir,
quand M' le Duc de Navailles
entra dans fa
Chambre.
C'eft ce
qu'expriment
les Vers qui difent qu'il l'a
veu mourir fans qu'il ait eu
la
confolation de
l'embraf
fer.
Madame la
Ducheffe
fa Mere , qui travailloit à
luy
choifir un Party digne
de luy , eftant allée au devant
de l'un & de l'autre,
M
iij
128
MERCVRE
fut arreſtée en chemin par
la funefte nouvelle de cette
mort. M' de Navailles a
reçeu ce coup avec une fermeté
furprenante. Voicy
un
Fragment de ce que luy
a écrit là deffus
M'Raginay
Procureur du Roy à Lyon .
FRAGMENT
D'UNE
Lettre écrite à Monfieur le
Marefchal Duc de Navailles,
fur la mort de M le Marquis
de Montaut fon Fils ...
Janefray ,
Monteoigner
E ne fçay ,
Monfeigneur,
icy la
douleur que je fens de
GALANT. 129
t
la perte irréparable que vous
venez de faire avec toute la
France : mais vous me permettrez
du moins d'admirer
voftre fermeté finguliere en
ce rencontre , qui m'empefche
de craindre de vous en re-
·nouveler le fouvenir , puis
que vous avez mefme dénié
à la Nature les premiers
mouvemens de fenfibilite
qu'aucun Pere ne luy avoit
refuſez jusques à vous . Vous
avez voulu fans - doute nous
·apprendre par là , qu'ayant
donné & facrifié à l'Etat ce
Fils fi genéralement estimé,
130 MERCVRE
&fi juftement regreté, c'est
à nous feuls à le pleurer,
parce qu'il ne vous appartenoit
plus apres le don que
vous nous en aviezfait ; &
que l'ayantfifouvent expofe
auxpérils infeparables de vos
Emplois , vous n'aviez pas
comptéfur une vie que vous
n'avezpas mieux ménagéeque
La voftre. Ce font peut- eftre,
Monfeigneur, ces glorieux
fréquens hazards qui nous
ont attiré cette difgrace ; car
la Mort fe réglant plutoftpar
ce qu'il a fait , que par le
temps qu'il a veſcu , elle l'a
GALANT.
131
"
J
crú trois fois plus âgé qu'il
ne l'eftoit. Par cette raifon
pourtant il
auroit longtemps
qu'elle nous auroit auffi
ravy le Pere ; & il est plus à
croire qu'ayant fçen que vous
l'aviez destiné entierement
pour la Guerre , elle n'a pas
crû qu'il dust furvivre un
moment à la nouvelle de ta
Pix. Vous voyez , Monfeigneur
, par les foins que
je prens à chercher quelque
matiere de confolation , à quel
point je fuis fenfible à cet accident
funefte, & que je connois
parfaitement
qu'il nous
132 MERCVRE
intéreffe incomparablement
plus que vous. C'est dans ce
fentiment que je vous fuplie
de nous vouloir vous - meme
confoler. le n'en fçay qu'un
feul moyen ; c'est , dans le
calme que nous donnent les
Victoires aufquelles vous avez
tant de part , de penser
férieusement à conferver vof
trefancé fi précieuse à tout le
Royaume, afin que nous puif
fions trouver dans la per:
fonne du Pere, les années que
La Mort vient d'enlever à cet
illuftre Fils.
at
Si l'on n'a pas élevé un
GALANT. 133.
Tombeau à
M'l'Evefque &
Comte de Treguier , famemoire
eft du moins fort
avant gravée dans le coeur
de tous ceux de fon Diocefe,
où il eft extraordinaiment
regreté. Les Services
& les Oraifons
Funébres
qu'on y a faites dans toutes
les Villes, en font une preu
ve . Il avoit efté vingt ou
vingt- deux ans Aumônier
de Louis XIII. & eftoit Fils
de Meffire
Timoleon
Grangier
, Préfident
aux Enqueftes
du Parlement
de
Paris, & d'Anne de Refuge;
134 MERCVRE
& Frere de Meffire Edouard
Grangier , Confeiller du
Roy, & Doyen du Parlement
, Homme de probité,
& qui paffe pour un tresbon
Juge. Il y a eu de grands
Hommes dans cette Famille
, & qui ont poffedé
les premieres Charges de
la Robe. L'Evefque dont
je vous parle eft mort fort
âgé dans la Ville de Tre
guier, où il faifoit ſa réſidence
ordinaire . Il y avoit
fait baftir & fondé un Seminaire
, outre plufieurs
Hofpitaux qui ont efté étaGALANT.
135
blis par fes foins dans les
Villes de fon
Dioceſe . L'application
avec
laquelle il l'a
toûjours
gouverné, jointe à
l'ardeur de fon zele, & à fes
continuelles
charitez , l'avoient
fait
également eftimer
de la Nobleffe & du
Peuple.
Cette morta efté fuivie de
celle de M' de
Parmangle,
Maréchal des Logis des Chevaux
Legers de la Garde. Il
avoit effuyé
beaucoup de
dangers en diférentes occafions,
& s'eftoit trouvé en
ſept ou huit Batailles. C'eſt
136 MERCVRE
fe
ce qui luy avoit
attiré
les
graces
de Sa Majefté
, qui
ne laiffant
aucun
veritable
Brave
fans
récompenfe
, luy avoit
donné
le Gouvernement
de Limoges
, pour
repofer
apres
les longues
fatigues
. On
vous
a déja
fans- doute
appris
que
de Niert
le Fils , l'un
des
quatre
Premiers
Valets
de
Chambre
du Roy
, a eſté
M
pourveu
de ce Gouvernement
, mais
on ne vous
a
peut- eftre pas dit qu'il ne
penfoit
à rien moins
qu'à
une pareille
gratification
,
GALANT. 137
lors qu'il l'a reçeue . C'eſt
donner deux fois que donner
de cette forte , & il n'apartient
qu'à LoüIS LE
GRAND de prévenir les
fouhaits de ceux qui ont du
merite . M' de Niert le Pere,
dont le Fils exerce la Charge
à caufe de la furvivance
qu'il en a, plus touché de la
maniere dont le Préfent a
efté fait que du Préfent
mefme, verfa des larmes de
joye quand il en remercia
Sa Majefté. Vous fçavez ,
Madame , qu'il eftoit fort
armé de Louis XIII, & qu'il
Mars
1679. M
138 MERCVRE
l'a fervy avec le mefme zele ;
& la mefme fidelité qui
éclatent dans les fervices.
que rend aujourd'huy M
de Niert le Fils .
Il faut vous apprendre
auffi la mort d'Alexandre
Guillaume de Melun , Prince
d'Epinoy , Marquis de
Roubaix, Vicomte deGand ,
Conneftable heréditaire de
Flandres , Seneschal de Hainaut,
& Chevalier des Or
dres du Roy de France. Il
eftoit fecond Fils de Guillaume
de Melun , Prince
d'Epinoy , &c. Chevalier
•
GALANT. 139
de la Toifon d'or, & Grand
Bailly de Hainaut, morten
1635. Celuy qui vient de
mourir avoit épouſé en premieres
Nopces Loüife An
ne de Bethune , Fille de
Louis de Bethune Duc de
Charros, Chevalier des Or
dres du Roy, & en fecondes
Nopces , Jeanne - Pelagie
Chabot de Rohan , Fille
puifnée de Henry Chabot ,
Duc de Rohan .
Je vous parlay il y a quel
que temps d'un Acte de
juftice qui avoit attiré beaucoup
de louanges à M ' le
Mij
140 MERCVRE
Lieutenant Civil Girardin
La Cour des Aydes vient de
donner un pareil exemple
d'équité , qui pourra retenir
dans le devoir certaines
gens que l'intereft rend peu
fcrupuleux . Un grand Procés
eftant fur le point d'y
eftre jugé , l'une des Parties
qui cherchoit à le mettre
hors d'état de l'eftre jamais,
fe fervit de la voye qui cft
le plus en ufage parmy ceux
qui ne plaident que par
efprit de chicane , c'eft à
dire , d'une intervention
mandiće, bonne ou mauGALANT.
14F
vaife. Elle fut faite au nom
d'un Sergent . Il n'y a point
de gens plus experts en délicateffe
de procedures. Ce
luy cy fermant les yeux fur
fa vie paffee , & n'enviſageant
que l'occafion prefente
de contribuer à éternifer
un Procés, peut - eftre
fur l'exemple de beaucoup
d'autres qui ont joué de
femblables perfonnages
impunément, accompagna.
fon Avocat à l'Audience ,
pourdonner plus de couleur
au fpécieux prétexte de fa
chicane . L'Avocat adverſe,
142 MERCVRE
parfaitement inftruit de ce
qui regardoit la Partie qu'il
avoit en tefte, & des détours
qu'on luy préparoit, ſe trouva
muny de tout ce qui luy
eftoit neceffaire pour faire
rendre juſtice au Sergent
qui fut reçeu Partie intervenante
au Procés comme
il l'avoit demandé
. Ce qu'il
y eut de fâcheux pour luy,
c'eft que la Cour ordonna
en mefme temps qu'il def .
cendroit dans la Conciergerie.
Il n'eut pas le loifir
de s'y ennuyer , puis que
dés le lendemain le Procés
GALANT. 143
qui eftoit en état , fut jugé
à fond. On fit droit à toutes
les Parties , & on condamna
le Sergent à la plus
rigoureufe & honteufe peine,
que puiffe fubir un Cri .
minel , à l'exception de la
mort.
Je viens , Madame , à ce
que vous me dites de M' le
Duc de Beauvilliers . Je n'avois
point douté que vous
ne recónuffiez M ' le Comte
de S. Aignan fous ce nom
dans ce que je vous en
manday la derniere fois . Il
fut reçeu au Parlement le
144 MERCVRE
fecond de ce Mois avec les
Cerémonies accoûtumées.
Deux jours apres , le Roy
envoya à M le Duc de
S. Aignan fon Pere, un Brevet
qui luy confirma tous
les honneurs des Pairs dont
il joüiffoit auparavant, & le
lendemain un fecond Brevet
, par lequel Sa Majefté
lay accordoit cinquante
mille Ecus de retenue fur
fon Gouvernement du Havre
. Madame laDucheffe de
Beauvilliers , feconde Fille
de M Colbert, alla prendre
le
Tabouret chez la Reyne
le
GALANT.
145
le Samedy quatrième du
mefme Mois.
г
Je croy vous avoir déja
marqué qu'il pluft au Roy
de donner il y a pres de
deux ans à Mª de S. Aignan
une petite Fregate qu'il arma
en courfe , & qui eut l'a .
vantage de batre quelques
Corfaires
auffitoft
apres.
Comme ce Duceft
naturellement
Galant , il ne pût
foufrir l'Eté
dernier que fa
Fregate luy demeuraft in utile.
Ainfiil l'envoya à Lif
bonne avec des Fruits de fa
Province pour la Reyne de
Mars 1679. N
146 MERCVRE
Portugal , à laquelle il a
l'honneur d'appartenir
d'af
fez pres. Cette Princeffe qui
eft toute pleine d'efprit,
eftant tres-civile d'elle mefme,
& ayant toûjours confervé
une eftime particu
liere pour ce Duc , luy écrivit
la Lettre quifuic.
GALANT.
147
525252525 2
525252
LETTRE
DE
LA
REYNE
DE
PORTUGAL,
A M. LE DUC DE S.
AIGNAN⚫
Mavec
On
Cousin ,
F'ay
reçeu
avec
grande
joye
La
la
Lettre
obligeante
que
vous
m'avez
écrite
par le
Capitaine
du
Vaiffeau
qui en eftoit
chargé,
parce
que je
compte
entre
les
bonheurs
de la
vie, celuy
de fe
voir
dans
le
fouvenir
des
Perfonnes
pour
Nij
148 MERCVRE
qui l'on a une estime €5 une
confidération auffi particulieres
que j'en ay toûjours
eu, & que j'en ay encor pour
vous, apres le long temps &
la grande distance des lieux
qui l'effacent affez aisément.
Je vous en remercie donc af
fectueusement, auffi-bien que
de vostre beau préfent de
Fruits , qui font d'autant
plus agreables , qu'on n'en
voit point de cette espece - la
en ces Païs- cy. F'ay déjafait
dire au Capitaine de vostre
Vaiffeau, qu'il fe tinft afſuré
de toute la protection que
GALANT.
149
vous me
demandez
pour luy,
fouhaitant
des
occafions de
voftre
fatisfaction
encor
plus
importantes
, &
priant
Dien
qu'il
vous ait ,
men
Couſin,
mon
Confines
en fa
fainte
garde !
Ecrit
Salvaterre le 8. de l'an
1679.
Mon
Coufin ,
voftre
bonne
Confine
MARIE.
Je
croirois
dérober beaucoup
à
votre
fatisfaction,
fçachant
l'intereft que vous
prenez à la gloire de M' le
Duc de S.
Aignan, fi
avant
que de finir cet
Article , je
Niij
50 MERCVRE
༑
ne vous apprenois ce qui
luy arriva d'affez extraordinaire
au
commencement
de ce Mois . Le Roy, dont
les entretiens font toûjours
proportionnez à fa Dignité
& à l'élevation de fon Efprit
, eftant dans une converfation
fort férieufe fur le
fujet de l'Académie Françoiſe
, qu'il a bien voulu honorer
de fa protection , &
parlant à M les Marquis
& Abbé d'Angeau , & à
M Rofe Secretaire du Cabinet,
en préſence de beaucoup
de Perfonnes , M' de
IS
GALANT. ISI
S. Aignan entra , & Sa Ma▴
jefté ayat dit d'abord, Voicy
encor un Académicien , luy demanda
s'il n'avoit point retenu
un Sonnet dont on luy
avoit parlé avec avantage.
CcDuc dont la mémoire eft
affez connue, ayant répondu
que non, le Roy luy témoigna
eftre ſurpris de ce
qu'il ne le ſçavoit point par
coeur, apres l'avoir entendu
une fois. Surquoy il repartit
galamment : Sire, le
fujet en eft fi grand & fi releve
, & l'on en a tant fait
avec beaucoup de raiſon à la
N iiij
152
MERCVRE
louange de Voftre Majefté,
que l'un fait oublier l'autre.
Le Roy ayant repliqué en
foûriant, qu'il luy en fift un,
puis qu'il ne fçavoit point
celuy qu'il luy demandoit ,
M' Rofe luy donna les
Bouts - rimez que vous allez
voir. Ce Duc jetta feulement
les yeux deffus , &
fans fortir du Cabinet de
Sa Majefté , il vint à bout
du Sonnet en aufli peu de
temps qu'il luy en falut
pout l'écrire,
GALANT.
153
SONNET.
D
' n Roy cent fois plus
grandi
quele
fameux
Cefar,
Qui paffe de bien loin
Alexandre
&
Pompée,
On va voir
aujourd' buy
l'espérance
trompée ,
Car fi je
réuffis , ce
n'est que par
hazard .
Ilferoit le
Vainqueur du Tartare &
da
Czar;
Qui veut luy refifter, voirſa valeur
dupée ,
Il cheritplus
l'honneur, qu'un Enfantfa
Poupée,
Contre luy le plus
brave eft froid:
comme un Puifart..
154 MERCVRE
$2
Son mérite eft encorplus grand que
fa Couronne ,
De peur de fes Edits nul ne fe déboutonne,
Euft- on toûjours vefcu de Truffe &
d'Artichaud.
$2
Son Ame , de la Gloire eft avide &
gloutonne,
Etjamais pour gronder nul mutin
ne bourdonne ,
Fuft-il plus embrafé que le feu
d'un Réchaut.
Toute la Cour
ayant ad
miré une chofé fi peu commune
, M Péliffon
& M
Rofe
tomberent
dans le
meſme
ſentiment, que plus
GALANT. 155
les Rimes que l'on donnoit
eftoient communes & faciles
, plus le Sonnet eftoit
malaifé. On voulut en faire
l'épreuve , & le lendemain
lors que M 'le Duc de S.Aignan
rentroit chez luy , il
trouva les Bouts - rimez qui
fuivent , & fit ce fecond
Sonnet fur la mefme mathere
auffi promptement
qu'il avoit fait l'autre .
SONNET.
N Roy grand & magna-
UNBasinime,
Qu'admire tout l'Univers ,.
21
156
MERCVRE
"Et dont l'Esprit eft fublime,,
Veut que je faffe des Vers.
S &
Le vay perdre fon eftime ,
L'écriray
tout de travers,
Car je fuis bien las de Rime,
Et j'ay mille foins divers.
25
Pourtant n'écoutons perfonne ,
Puis que ce Grad Rəy l'ordonne ,,
Il faut en venir à bout.
$2
Travaillons fans répugnance,
Vne prompte obeiffance
Nous met à couvert de tout,
Je ne vous puis dire fi
les Stances
que j'adjoûte
icy ont coûté beaucoup
de
temps . L'Autheur
ne m'en
GALANT. 157
eft point connu , & le hazard
feul me les a fait tomber
entre les mains ; mais
elles me paroiffent d'un
Génie fort aifé , & je me
le tour vous
tiens
feûr
que
en plaira
auffi
-bien
que
matiere.
la
25:
25252525252525
AMLE BRVN.
To Tature,
Oy, dont le fidelle Pinccan
Scait fibienfuivre la Na
LE BRUN,j'en voudrois un Tableau
En pastel , en miniature,
En craye, en crayon ; mais enfin
Dust-il estrefait defuzin,
158 MERCVRE
N'importe de quelle matiere..
Pourpeu que tuformes de traits,
Et que de ta main ilsfoientfaits,
On y connoistra ta maniere.
25
Conçois unfujet fericux
Dans ta fertile & noble idée,
Phaeton foudroyé des Cieux,
Iafon pourfuivy par Médée,
Le laid Marfias écorché,
Prométhée au Roc attaché
Que fon crime au Vautour expofe.
Ces fujets font triftes aux yeux,
Prenons-en un qui plaife mieux,
Sans feinte &fans métamorphofe.
Sa
Pourrois-tupeindreun Conquérant
Tout environné defa gloire,
Goûtant d'un air indiférent
Les plus doux fruits de fa victoire?
Fais pourtant qu'il ait dans les yeux
GALANT. 159
Ce brillantqui des Demy - Dicux
Rend la majesté fiere &grande.
Dépeins - le dans le Champ de Mars,
Forçant l'Heritier
des Céfars
Afigner la Paixqu'il commande
.
$2
Pour bien employer ton Pinceau
Dans toutefaforce &fa grace,
Peut- eftre que dans ce Tableau
Tupeindras le Dieu de la Thrace.
Non;peins le plusgrad des Mortels,
Mais qui mérite des Autels
Au dela de ceux de nostre âge,
Parfes faits d'Armes inouis;
Enfin tu dépeindras LOVIS,
Et voila ton parfait Ouvrage.
Vous voulez bien , Madame,
que je vous faffe fortir
un moment de la Cour
160 MERCVRE
de France, pour vous mener
en celle d'Hannover. La
Paix fignée avec l'Allemagne
, nous donne l'entiere
liberté du paffage . Vous
fçavez fans - doute que M'
le Duc d'Hannover eft un
Prince de la Maifon de
Brunfvich & deLunebourg,
& qu'il a toûjours efté dans
les intérefts de Sa Majesté
pédant nos dernieres guerres
, malgré les engagemens
contraires des autres Princes
de fa Maifon , c'eſt à dire
de M' le Duc de Zell -fon
Frere aifné , & de M'I'EGALANT.
161 $
vefque d'Ofnabruch
fon
cadet , qui ont fait depuis
peu leur accommodement
avec le Roy. Ce font des
Princes d'un fort grand mérite,
& qui foûtiennent
la
dignité de leur rang avec
tout l'éclat que demande
leur naiffance.
La nouvelle s'eftant ré
panduë que Madame la
Ducheffe de Meklebourgi
venoit à Hannover, M'l'Evefque
d'Ofnabruch s'y
rendit le premier de Fevrier
avec Madame la Princeffe
fa Femme . Ne foyez pas
Mars 1679.
162 MERCVRE
furpriſe de m'entendre parler
de cette forte, Les Evef
ques Luthériens ont permiffion
de ſe marier, & il y
a cela de particulier dans
1' Evefché
d'Ofnabruch,
qu'il fe donne alternativement
à un Luthérien & à
un Catholique. Celuy qui
en eft pourveu prefentement
eſt un Prince à faire
guerre au Turc , & qui
outre la bravoure, a toutes
les
qualitez qui
gagnent,
l'eftime & l'amour des Peu
ples . Quand on n'auroit
jamais entendu parler de
la
GALANT. 163
Madame la Princeffe d'Of
nabruch , & qu'on ne fçauroit
point qu'eftant Soeur
de l'Electeur Palatin , elle
eft Tante de Madame , fon
grand air ; fon efprit merveilleux
, & toutes fes manieres
nobles & élevées, luy
feroient rendre la juftice
deue à un grand mérite &
à une Perfonne de haute
naiffance. Ce qui eft en
elle de plus furprenant,
c'eft qu'on puiffe la prendrê
pour la Soeur de deux
de fes Fils , qui font deux
grands Princes parfaite
O ij
164 MERCVRE
ment beaux & bien faits,
tant cette Princeffe paroift
encor jeune & belle . Auffi
ne reffemble- t- elle pas à
ces Meres qui cachent leurs
Filles, & ne les foufrent jamais
aupres d'elles , de peur
qu'un trop grand éclat de
jeuneſſe ne faffe tort à quelque
refte de beauté , dont
elles veulent encor faire
parade. Madame d'Ofnabruch
mene par tout avec
elle la plus belle Princeſſe
du monde , fans en rien
craindre qui luy puiffe eftre
defavantageux. Ce n'eft
GALANT.
165:
que
faire voir fon
portrait
dans
cette
beauté
naiffante,,
& les
louanges
qu'on
donne
à
l'une ,
font
toûjours.
par
raport
à l'autre . Tous
ces
Princes &
Princeffes ,,
avec une
Suite
nombreuſe
de
Cavaliers & de
Gens em
Livrées tres -
riche &
tresmagnifique
,
defcendirent
dans la
Court du
Chafteau ,
où
Monfieur le Duc & Madame
la
Ducheffe de
Hannover
vinrent
à leur
rencontre
avec
Mefdames
les
Princeffes
leurs
Filles . Lav
joye
qui
paroiffoit
fur le
1
م س ل
166 MERCVRE
vifage de cette Ducheffe , y
faifoit briller un éclat &
une vivacité de teint qui
luy donnoit tous les charmes
qu'on peut defirer dans
une belle & jeune Perfonne.
Elle eft Fille de
Madame la Princeffe Pala
tine qui eft icy, & Soeur de
Madame la Ducheffe . Pour
M' le Duc de Hannover
,
on ne voit rien en luy qui
ne charme. C'eſt de l'efprit
par tout, auffi- bien que de
la grandeur ; & quand il ne
feroit pas Prince , ce feroit
toûjours un de ces grands
GALANT. 167
Hommes dont le mérite eft
fingulier , & la Perſonne
tres confidérable.
Le 4. de Fevrier, fur l'avis
qu'on eut que Madame la.
Ducheffe de Meklebourg
eftoit partie de Zell , toute
la Maiſon de M ' le Duc de
Hannover fut commandée :
pour aller au devant d'elle,.
& Leurs Alteffes s'eftant.
avancées jufqu'à une demy
lieuë de la Ville , s'arrefte
rent dans un endroit , où
l'on avoit fait dreffer une
Tente pour la recevoir ..,
L'entreveuë de tant de Per
168 MERCVRE
fonnes du plushaut rang fut
quelque choſe digne d'eſtre
veu . Apres les premiers
complimens , on marcha
dans l'ordre qui fuit , afin
de rendre l'entrée de cette
Princeffe plus folemnelle .
Le Grand Ecuyer de M
le Duc de Hannover commença
la Marche à la tefte
de l'Ecurie . Il eftoit ſuivy
de trente Perfonnes en Li
vrée à cheval , & qui te
noient, trente beaux Che
vaux de main , couverts de
diférentes Houffes en bro
derie également riches &
brillantess
GALANT. 169
brillantes dans la diverfité
de leurs couleurs & de leurs
dorures . Vingt- cinq Carroffes
à fix Chevaux fuivoient
à la file, & formoient
une diférence d'attelages,
de harnois , & d'ornemens,
fort agreables à la veuë .
Douze Pages en Livrée , &
des mieux ajustez , continuoient
cette Marche deux
à deux , tous montez à l'avantage,
& précedez de leur
Gouverneur. A quelques
de diſtance , marchoit
le Grand Marefchal de la
Cour à la tefte de foixante
P
pas
Mars 1679.
170 MERCVRE
Gentilhommes
, dont les
uns eftoient
couverts
de ri
che broderie
d'or & d'ar
gent , & les autres
magni,
fiquement
habillez
, chacun
à fon gré & à fa maniere
.
Douze
Trompetes
en Livrée
, avec leurs Tymbales
,
marchant
fur deux lignes
devant
le Carroffe
des Princes
, joüoient
cent fanfares
à réjouir
les coeurs
les plus
infenfibles
à la joye. Enfin
le magnifique
Carroffe
de
Madame
la Ducheffe
de
Hannover
, tout couvert
de
dorures
& de broderies
à
GALANT
171
fond de
velours
cramoily,
&
environné de
crépines &
de
groffes
campanes
d'or
&
d'argent
, tiré par fix fuperbes
Chevaux
de couleur
ifabelle,
marchoit
pompeu
fement au
petit pas ,
tout
glorieux de
porter
quatre fi
belles & fi
fpirituelles
Princeffes
. Une foule de
Valets
de pied en livrée
riche &
éclatante,
entouroit
cet admirable
Char de
triomphe,
& on peut dire que les Hé
roines qui eftoient
dedans ,
auroient
paffé pour des Divinitez
du
premier rang
Pij
172 MERCVRE
dans le temps qu'on ado.
roit les belles Perfonnes
.
Six-vingts Gardes du Corps
en Eſcadron , l'Epée nuë à
la main , tous en Cafaques
rouges , brodées d'or & d'ar
d'une mefme parure,
gent
,
avec leur Colonel
à leur
tefte , & leur Major
à la
queue, fermoient
cetteMar
che , à laquelle
ils ne donnoient
pas peu d'éclat .
On entra dans la Ville
en cet ordre au bruit du
Canon
, & tout ce nombreux
Cortege
vint fe ranger
dans
la grande
Court du Palais,
GALANT. 173
par où le grand Carroffe
paffa pour le rendre au pied
de l'Efcalier qui conduit au
plus bel Apartement du
Chafteau . On l'avoit préparé
pour Madame la Ducheffe
de Meklebourg
. M
Evefque d'Ofnabruch
donna la main à cette Princeffe
en defcendant de Carroffe.
M' de Hannover la
donna à Madame d'Of
nabruch , le Prince aifné
d'Ofnabruch , à Madame
de Hannover , & le
Marefchal
de la Cour,
la jeune Princeffe d'Ofna-
& le
grand
P iij
174 MERCVRE
bruch. La mefme civilité a
continué dans toutes les
rencontres pendant douze
jours que Madame la Ducheffe
de
Meklebourg
a
paffez à Hannover , & qui
ont efté employez en diverſes
réjoüiffances.
Entr'autres divertiſſemens
on luy a donné deux Réprefentations
du nouvel Opéra
Italien de cette Cour,& une
de celuy de l'année dernie
re. Ces Opéra font reprefentez
par ceux de la Mrfique
Italienne que Mª le
Duc de Hanfiover entreGALANT.
IS
tient toûjours à fon fervice.
On a encor donné à cette
Princeffe le divertiffement
d'une Chaffe de Renards
dans l'enclos de la grande
Court du Chafteau. On y
fit fauter ces Animaux en
Fair , en paffant par deffus
des Echelles de cordes
qu'on tenoit par les deux
bouts , & qu'on élevoit à
force de bras. Cela s'ap
pelle berner les Renards.
Le plaifir du Vuirtſchaff
qu'on luy fit prendre à
l'impourveu quelques jours
apres , n'a pas efté un des
P iiij
176
MERCVRE
moindres
qu'elle ait
reçeus .
C'eft une
espece de
Maſcarade
à la
mode
d'Allemagne.
M
d'Ofnabruch
y
parut
en
Arménien
; Madame
de
Meklebourg , en
Dame
Suédoife ; M de
Hannover , en Noble Venitien
; Madame d'Ofnabruch,
en
Homme
deRobe ;
Madame de
Hannover , en
Dame Perfane ; l'aifné des
Princes
d'Ofnabruch , en
Païfan ; le
Prince fon Frere ,
en habit de
Femme ; & la
jeune
Princeffe leur Soeur,
en
Indienne de
qualité. Le
GALANT. 177
refte de la Cour s'accommoda
à fa fantaiſie , felon
que le pût permettre le peu
de temps qu'on avoit donné
pour le déguifer . Il y
eut un magnifique Soupé,
apres lequel la plus grande
partie de la nuit fut employée
à la Dance .
Il n'y a eu aucune de ces
occafions où Madame la
Ducheffe de Meklebourg
ne fe foit fait admirer tant
pour les avantages de fa perfonne
, que pour le grand
air qui l'accompagne. Elle
y a reçeu tous les honneurs
178 MERCVRE
qui font deûs au rang qu
elle tient, & à l'illuftre fang
de Montmorency. Je ne
vous dis point qu'elle eft
Soeur de Monfieur le Duc
de Luxembourg. C'eft une
chofe quivous eft connuë.
Voila , Madame , ce que
j'ay tiré d'une Relation envoyée
de Hannover , dans
les mefmes termes dont je
me fuis fervy pour vous l'écrire.
A préfent que nous
fommes en paix avec l'Allemagne,
je ne doute point
qu'on ne prennesfoins de
me faire part de ce qui le
GALANT. 179
3
paffera de plus remarquable
dans les Cours de tant
de Princes qui y poffedent
le Titre de Souverains. Ce
feront d'agreables Articles
pour vous , & je croy vous
faire plaifir de vous les pro
mettre.
On voir tous les jours
des chofes nouvelles dans
ce Royaume. Les François
nitaginent pas
feulement
mais ils executent , & fur
tout à Paris, où pendant la
guerre , les Arts ont aug
menté en inventions com
me enentrepriſes . Les Gra
180 MERCVRE
veurs n'avoient fait jufqu'i
cy des Tailles - douces que
d'une grandeur fort médiocre,
en comparaifon des Tableaux
que nous voyons a
prefent de cette nature. Il
fembloit mefme impoffible
d'aller au delà de cette mé
diocrité, à caufe de la longueur
du travail , de la gram.
deur des Cuivres neceffaires
pour graver, & de la
hauteur & largeur des Papiers.
Cependant le Sieur
Landry , Graveur & Marchand
de Tailles- douces ,
demeurant
Ruë S. Jacques
GALANT. 181
à l'Enſeigne de S. François
de Sales, a furmonté toutes
ces difficultez , & a fait voir
une Taille - douce qui peut
fervir de Tableau d'Autel.
C'est une Nativité toute
remplie de Figures , tant
dans le Ciel que fur la
Terre, Elle eft de fept pieds
de hauteur & cinq de large,
& faite fur un Tableau
du fçavant Pierre Berretin
Cortonen , fameux Peintre
Romain. Le Sieur Landry
acheve prefentement un
Crucifix de mefme hauteur
& de mefme largeur. C'est
182 MERCVRE
à luy qu'on doit quatre
Tailles - douces de quatre
pieds de large fur deux
pieds deux poulces de haut,
en forme de frife . Les fujets
qui les compofent font la
Terre, l'Eau, l'Air, & leFeu .
Ces beaux Ouvrages font
gravez
d'apres
les Tableaux
peints par M' de Corneille
l'aîné , de l'Académie des
Peintres. Vous voyez, Madame
, que ce nom eft illuftre
en plufieurs manieres,
& que c'eft affez de le
porter pour faire bruit dans
lemonde . Le mefme GraGALANT.
183
veur a auffi donné quatre
Pieces au Public de pareille
largeur & hauteur
r & hauteur que les
précedentes . Ces Pieces
font le Printemps , l'Eté,
l'Automne , & l'Hyver. Elles
peuvent paffer pour
Originales , n'eftant
neftant gra
vées d'apres aucuns Tableaux,
& M' le Pautre le
Pere en ayant fait les Def
feins. Je ne puis finir fans
vous parler encor de quatre
autres Tailles - douces auffi
larges & auffi hautes. Elles
reprefentent la Mort , le
Purgatoire, l'Ame bienheu
184 MERCVRE
reufe , & l'Ame damnée.
Elles font faites d'apres les
Tableaux peints par le Frere
Luc Récolet. Toutes ces
Tailles douces eftant d'apres
de grands Maiſtres,
dont les Originaux coûtent
des fommes immenfes , on
peut dire qu'elles valent
beaucoup mieux que de
veritables Tableaux , mal
peints & eftropiez.
J'allay voir la trentiéme
Repreſentation du nouvel
Opéra de Bellerophon le
Dimanche dix- neuf de ce
Mois , & le plaifir que j'y
GALANT. 185
reçeus m'empécha
d'eftre
furpris du grand monde
que j'y trouvay. Ce n'eſt
point ce qu'on appelle
Chanfonnetes qui l'y attire.
Elles y font en fort petit
nombre , la grandeur du
Sujet n'ayant pûfoufrir que
l'Autheur foit forty de fa
matiere. Ce que je remarquay
qui plaifoit particulierement
dans cet Ouvrage ,
c'est d'y voir l'action fuivie
par tout , en forte qu'il n'y a
aucune Scene qui n'ait de
l'enchaînement avec celle
qui l'a precedée , ce qui n'y
Mars 1679. Q
186 MERCVRE
laiffe aucun endroit lan
guiffant. Quand on obſerve
cette conduite dans un
Opéra , que les divertiffemens
qu'on y fait entrer
naiffent de la Piece mefme,
& font une partie de l'action
( ce que nous voyons
fort rarement, ) que la Mufique
eft d'un auffi grand
Homme que M de Lully,
& qu'on n'épargne rien
pour le refte , ileft impoffible
que cet Opéra manque
de fuccés , & c'eſt par cette
raifon que celuy de Bellerophon
a efté au delà de
GALANT 187
tout ce qu'on a veu jufqu'i
cy de cette nature. Je vous
dis vray en vous mandant
la derniere fois que Monfeigneur
le Dauphin qui l'a
voit veu le jour de fa Maf
carade chez M le Prince de
Strasbourg, en eftoit forty
tres -fatisfait. On n'en peut
▷ douter, puis qu'il l'a voulu
revoir depuis trois ſemai
nes.sill en parla encorplus
avantageufement qu'il n'avoit
faits la premiere fois.
Les Dames qui eftoient
avec luy n'en furent pas
moins contentes , & cette
Qij
188
MERCVRE
Repreſentation leur fut un
fort agreable divertiſſement.
Ce jeune Prince avoit
difné chez
Monfieur , ce
jour - là meſme . Il eftoit à
table entre Leurs Alteffes.
Royales . A la droite , du
colté de
Monfieur,
eftoient
Mademoiſelle , Madame de
Montefpan , Madame la
Ducheffe Sforce , Madame
la
Ducheffe de la Ferté,
Madame la Comteffe de
Gramont , & Madame
la
Marefchale de
Clerambaut.
A la gauche , du
cofté de Madame, eftoient
GALANT. 189
Mademoiſelle de Valois , &
M' le Comte de Vermandois.
L'aprefdînée ,Monſeigneur
le Dauphin, & Madame
de Montefpan , tinrent
fur les Fonts , dans la
Chapelle haute du Palais
Royal , le Fils de M' le
Comte de Moreüil . Madame
la Comteffe de Mo
reüil fa Femme a efté Fille
d'honneur de la Reyne fous
le nom de Mademoiſelle de
Dampierre.
Ce n'eft pas feulement
à Paris que les Opéra font
le divertiffement
le plus
190 MERCVRE
recherché . Outre celuy de
Montpellier dont je vous
ay envoyé les Vers , il s'en
eſt fait un à
Caſtelnaudary,
pour marquer la joye que
la
Publication de la Paix y
a caufée. On n'y a pas
oublié les
Décorations ; &
comme les François ont
beaucoup d'invention , &
qu'ils ne peuvent demeurer
øyfifs , un Architecte em
ployé aux Ouvrages du Ganal
de la jonction des deux
Mers , fe
trouvant en pouvoir
de difpofer de fon
temps, entreprit les Machi
GALANT. 19T
nes qurdevoient
fervir à ce
Spectacle
, & fatisfit beaucoup
un grand nombre de
Perfonnes
de qualité & de
mérite que la Séance de la
Chambre de l'Edit de Languedoc
avoit attirées en
cette Ville -là . Je m'infor
meray du nom de celuy qui
a faitdes Vers de cet Opéra,
pour vous le mander , & cependant
je croy que vous
ne ferez pas fachée d'ap
prendre quevous avez tres
bien jugé de M de Bérigny
Confeiller
au Préfidial de
Caën , quand fur les Pieces
192 MERCVRË
galantes que je vous ay envoyées
de luy , vous avez dit
qu'il avoit beaucoup de ta-
Fent pour la Poëfie. Il faut
en effet que fa veine ſoit
fort aifée , puis qu'il a prefenté
au Roy depuis quel
ques jours un Abregé en
Vers de toute l'Hiftoire de
France , depuis Pharamond
jufqu'à laPaix d'Allemagne.
Cet Ouvrage fut tres - bien
reçeu de Sa Majeſté. Il eſt
fous la Preffe . Je vous en
diray davantage qnand je
fçauray le jugement qu'en
aura fait le Public. Il a efté
fort
GALANT. 193
fort
favorable à deux Quadrains
qui ont couru de la
façon du Fils d'un Auditeur
de la
Chambre des Compres
de Dijon. Une Dame
luy reprocha
dans un Bal,
qu'il eftoit forty de cadence,
& il fit
l'Inpromptu
qui
fuit fur ce
reproche.
INPROMPTV.
L
Ors queje vous vois dans la
Danfe
Briller avec tous vos appas,
Il nefepeut que je ne penfe
Que l'Amour anime vos pas.
Pour vous, fi jefors de cadence,
Mars 1679. R
194 MERCVRE
Tout ce que vous devez penfer,
C'est qu'un Homme envostre préfence.
Nefait plusfur quelpied danfer.
Autre Inpromptu d'une
autre nature . Une Belle:
pleine de fanté avoit demandé
qu'on luy fift fon
Epitaphe. La demande paroiffoit
bizarre , & on ne
concevoit pas trop bien ce
2
qu'on pouvoit faire fur ce
fujetpour une Perfonne qui
n'avoit aucun deffein de renoncer
à la vie. Un Cava
lier qui ne luy avoit encor
parle de fa paffion que par
les regards, prit cette occa
GALANT. 195
fion de fe
déclarer, & apres
avoir refvé
quelques
momens
, il luy dit en montrant
fon coeur,
EPITAPHE
POUR UNE BELLE VIVANTE
Y gift Iris. Ce coeur où cette
Belle
Repofe avec tous fes attraits, an
N'eft-ilpasun tombeaupour elle?
Elle n'en fortirajamais.
Les Amans jurent toû
jours d'aimer éternellement.
Voyez -le dans ces
Vers Italiens, comme vous
venez de le voir dans cet
Rij
196 MERCVRE
Epitaphe. Ils m'ont eſté
envoyez de Rome avec les
Notes que j'ay fait graver .
Puis que la Graveure
vous
plaiſt mieux en Mufique
que l'Impreffion , j'auray
foin à l'avenir de vous fatisfaire
. Les Connoiffeurs
eftiment
fort celle qui a efté
faire fur ces Paroles . Vous
en jugerez.
AIR ITALIEN.
cofi dolce la pena ch'io fento
Che nel tormento
Voglio gioire,
Voglio morire,
Senza pietà,
nento voglio pri re
प
• iup sle
SIZAT
•AV
K. IIJ
196 MERCVRE
Epitaphe
. Ils m'ont
eſté
envoyez
de Rome
avec
les
Notes
que
j'ay
fait
graver
.
Puis
que la Graveure
vous
plaift
mieux
en Mufique
que
l'Impreffion
, j'auray
foin
à l'avenir
de vous
fatisfaire
. Les Connoiffeurs
ef
timent
fort celle
qui a eſté
faite
fur ces Paroles
. Vous
en jugerez
.
AIR
ITALIEN
.
Ecofi
dolce la pena ch'io fento
Che nel tormento
Voglio
gioire,
Voglio
morire
,
Senza
pietà,
nento voglio pri re
བརྣན་མས ལྔ་ བཅུ
wy
zalousie
な
હે ..
Amig
R. 111,
GALANT.
197
Godo
gioire del mio penare.
Voglio
amare
Con candida fè,
Voglio fervirefenza mercé.
Ardafi ,
auvampafi ,
Struggafi, abbrugia fi,
Voglio adorare divina beltà.
On a eu icy
nouvelles de
la mort de Madame la Ducheffe
Douairiere de Parme
, Mere du Duc de ce
nom , arrivée dans fon Palais
Ducal le 6. de
Fevrier.
Elle
s'appelloit
Marguerite
de
Médicis , & eft morte en
la 67. année de fon âge,
d'une
fluxion fur la poitrine
, avec une fiévre , qui
R. iij
198 MERCVRE
l'a emportée en trois jours .
Elle expira entre les bras
de la Princeffe Magdelaine
fa Fille , dont la vertu &
l'amour qu'elle avoit pour
une Mere fi digne de fon
attachement , ne peuvent
recevoir trop de louanges .
Vous en coviendrez quand
je vous auray dit que cette
Princeffe a paffé fes plus
belles années fous fa con.
duite, & que pour n'avoir
pas lieu de l'abandonner,
elle a renoncé dés fes plus
jeunes ans au Mariage , &
davefcu dans un volontaire
C
GALANT.
199
Celibat ,
auffi
exemplaire
pour une
Perfonne
de fon
rang, que l'a efté le Veuvage
de Pla
Ducheffe
fa
Mere.
Je paſſe à un Article de
Mer. Une Tartane venant
de
Ligourne avec cinq Chevaliers
de Malte , qui font
M's les
Chevaliers des Alleurs
, de
Cominge , de Simiane
, de Choupes , & de
Javon ,
accompagnezu de
M Guillot
Chevalier fervant
de
l'Ordre , fut attaquée
par une autre Tartane
armée en guerre, avec cent
R
nij
200 MERCVRE
trente Hommes , comman
dez par un Majorquin nommé
le Capitaine Eftienne.
Les Chevaliers, quoy qu'af
furez d'eftre pris, fe défendirent
avec une vigueur inconcevable
. Ils allerent plufieurs
fois à la charge ; mais
comme il n'y a point de
valeur qui ne foit forcée de
céder au nombre , ils furent
faits enfin prifonniers fans
s'eftre rendus . Ils s'attendoient
à eftre renvoyez
,
Paix ayant efté publiée depuis
longtemps, & en effet
le Capitaine Majorquin
la
1
GALANT. 201
n'eftoit pas en pouvoir de
les retenir ; mais la
mais la
perte
qu'il avoit faite luy ayant
fait prendre la réfolution
de fe vanger, il n'en trouva
point d'autre moyen que
de faire jeufner ces Chevaliers
, & de les débarquer
fur la Cofte avec de mef
chans habits de Mariniers.
Ils foufrirent beaucoup, ces
habits eftant auffi légers
que le froid eftoit exceffif;
outre qu'on les avoit mis à
terre à plus de quatre lieuës.
d'aucune retraite . Ils ont
fuporté ce malheur en Bra202
MERCVRE
ves que de lógues épreuves
ont accoûtumez à la fatigue
; & ils s'en font d'autant
plus facilement confolez
, qu'ils ne fe l'eftoient
attiré que par leur trop
grande valeur contre un
nombre fi inégal.
Les Thefes galantes em
ployées dans ma Lettre du
dernier Mois , ont engagé
M' Gardien Secretaire du
Roy, à répondre ce qui fuit
fur la feiziéme Conclufion.
Elle porte, Que bienfouvent
tes Amans fouhaitent des imperfections
dans ce qu'ils niGALANT.
203
ment, afin que l'envie ne trou
ble point leur bonheur.
25525252
52525252
CONTRE LA
SEIZIEME
Conclufion des
Thefes galantes
du
Mercure du Mois
de Fevrier.
F
Vt-iljamais , grands Dieux!
defemblable manie ?
Tout coeur qui fçait aimer, en doit
eftre furpris.
Quoy! pourfauver l'Amour de la
dent de l'Envie,
L'expofer à périr dans les bras du
Mépris!
Se
De quelque vive ardeur qu'un objet
nous anime,
204 MERCVRE
Si d'imperfections nous le voyons
atteint,
La tendreffe bientoft fe perd apres
l'estime;
Noftre feu ralenty s'évapore , &
s'éteint.
In amour alarmé d'un trouble ima
ginaire,
Pour azile doit - il fe creufer un
Tombeau,
Etpour de vains périls d'une guerre
étrangere,
D'une guerre intestine allumer le
flambeau ?
$ 2
Que diray-je de plus ? Malgré nos
avantages,
Surdes maux incertains porterfi loin
nos yeux,
C'eft s'éloignerdu Portpour chercher
des orages
,
GALANT.
205
C'est à fe perdre enfin fe
rendre.
ingénieux.
Sa
O vous, qui
rabaiffez ce qu'ilfaut
qu'on adore,
Craigncz,
lâches
fouhaits, en voulant
le
ternir,
Quefur voftrefurcar il
n'encheriffe
encore,
Et que fon
changement ne ferve à
vous punir.
Le
mefme M'
Gardien
donnant un fens plu
étroit
à cette
Conclufion , & fupofant
qu'un
Amant
ſouhaite
des
pertes & des dif
graces à fa
Maiſtreſſe
, a fin
qu'en la
fecourant il puife
206 MERCVRE
eſtre plus en état de s'en
faire aimer , répond
ce que
vous allez voir.
Vifeflate d'aimer , & peut
à ce qu'il aime,
Ovi
DuDeftin en couroux fouhaiter
les
rigueurs,
Afin qu'à la Beauté dont il tarit les
pleurs,
Ses bienfaits prouvent mieux fa
paffion extréme;
Par ce bizarrefentiment,
On defa Souveraine
il faitfaTributaire,
Ilfe déclare Mercenaire,
Et perd la qualité d ' Amant.
$2
Vn véritable amour n'inspire aux
belles Ames
GALANT.
207
Quedesfoins genéreux, &desvoeux
épurez s
La gloire, & le repos, de l'objet de
nosflames,
Sout des droits, qui pour nous doivent
estrefacrez.
Qu'il honore nos dons d'un feul
regard propice,
Est- il grace plus grande , &fort
plus glorieux ?
Croyons toûjours du fien luy faire,
unfacrifice,
Etquand nousluy donnons, que ce
foit comme aux Dicux.
Vous avez feeu que Sa
Majefté avoit choify M le
Marquis de Montauban
pour eftre Lieutenant de
Roy dans la Franche - Coté.
208 MERCVRE
Si- toſt qu'on en eut l'avis
en ce Païs - là, on ne sçauroit
exprimer la joye qui ſuivit
une fi agreable nouvelle.
On fe mit en état de luy en
donner des marques à fon
arrivée . Mais M ' de Montauban
ayant apris la veille
de fon départ de Paris ,
qu'on avoit deffein de le
recevoir avec apareil , rompit
les mesures qui avoient
efté prifes là - deffus , par la
Lettre qu'il écrivit aux principaux
Officiers de Befançon
. Elle leur marquoit
qu'il n'y pouvoit arriver
GALANT.
209
que le 8. ou 10. de ce Mois.
Cependant il partit dés le
lendemain mefme fans équipage
; & comme il furprit
les Habitans , il leur
épargna la dépense qu'ils
vouloient faire . Sa modef
tie ne pût pourtant empefcher
que le concours des
premiers avertis n'attiraft
chez luy une fort grande
affluence de Peuple , chacun
siempreffant de luy rendre
les refpects deûs à ſon nouveau
caractere . Je vous ay
parlé de luy tant de fois ,
que fon mérite vous doit
Mars 1679. S
210 MERCVRE
eftre fort connu. Ileft d'une
des plus confidérables
&
plus anciennes Maifons de
Dauphiné , & s'appelle
René de la Tour de Gouvernet
. Ses qualitez font
Marquis de Montauban
,
de Soyan , & de la Chau .
Divers Particuliers
du nom
& des armes, fe font diftin
guez en divers Siecles par
leurs belles actions & par
les fervices qu'ils ont rendus
à nos Roys & aux Dauphins
de Viennois. Nos
vieilles Hiftoires en font
pleines , Celuy dont jevous
GALANT. 201
parle eut quelque forte de
bonne fortune dés fa premiere
jeuneſſe . Le feu Roy
le voulut avoir pour Page,
mais comme M de Montauban
fon Pere l'avoit def
tiné à M le Cardinal de
Richelieu , Sa Majesté le
donna Elle- mefme à Son
Eminence
. Apres avoir efte
élevé au fervice de ce grand
Cardinal avec tous les foins
imaginables, il fut envoyé
à la guerre fous la conduite
de quelques Officiers Fa
voris , & reçeut un préſent
de dix mille livres pour fon
Sij
212 MERCVRE
équipage
. Depuis
il a fair
trentecinq
Campagnes
dans la Cavalerie
fans aucune
diſcontinuation
. Il y
a eu toute forte de Commandemens
, & eft parvenu
au Poſte où nous le voyons
par tous les degrez
qui peu.
vent joindre
à la valeur
&
au courage
une parfaite
intelligence
du Meftier
. Auffi
a- t- il fçeu fe diftinguer
toû
jours
extraordinairement
,
foit dans la Charge
de Brigadier
, foit dans celle de
Marefchal
de Camp
dont
Sa Majesté
l'honora
, & dans
a
GALANT. 213
lefquelles il eut
l'avantaged'eftre
choify par Monfieur
le Prince pour commander
le Corps de referve à la Bataille
de Senef, & .par feu
M'de Turenne en Allema
gne , dans la plus preffante
& la plus
importante occafion
qui s'y foit offerte.
L'eftime d'un Prince &
d'un Capitaine de cette réputation
, luy doit tenir
lieu de grandes
loüanger ..
Ce fut par elle qu'il fe
confola du malheur qu'il
cut de demeurer
quelque
temps Prifonnier
de
guerre
214 MERCVRE
du Duc de Lorraine . Il fut
renvoyé fur fa parole , & la
dégagea par les libéralitéz
de Sa Majesté. A peine
eut- il reçeu l'honneur d'ef
tre fait Lieutenant General
dans les Armées du Roy,
qu'il fut envoyé à Meffiné,
où malgré les fâcheux reltes
d'une longue maladie qui
l'avoit réduit à l'extrémité
à Aix en Provence , il ne
laiffa pas de fe hazarder fur
Mer. A fon retour de Si
eile , on luy fit faire le
Voyage de Catalogne. La
fageffé de la conduite a
GALANT. 215
2
éclaté par les importans
fervices qu'il y a rendus . Il
eut le Gouvernement de
Zucphen, & en fuite celuy
de Nimégue , dés les prémieres
Conqueftes de Sa
Majefté. Il a eu auffi celuy
de Puyéerda , qui luy devoic
valoir quarante mille li
vres de rente , & ce qu'il
a d'extraordinaire dans
et dernier, c'eft qu'en me
me temps qu'il en fut pour
veu , il fe trouva luy- mefme
obligé de faire fauter la
Ville , de la faire rafer, & de
ruiner ainfi de fa propre
216 MERCVRE
main les avantages
qu'il en
pouvoit
efperer
pour la fortune
; mais il n'en eft point
d'autre
pour luy que celle
de plaire à un Maiſtre
qui
ne l'a pas laiffé longtemps
fans récompenfe
, luy ayant
donné
prefque
auffitoft
la
Lieutenance
de Roy dont
je vous viens de parler. I
a eu plufieurs
Freres , qui
ont tous vieilly
dans la
Guerre
, ou qui y font
morts.
Louis de la Tour- Gou
verner , Baron de Soyan,
eut l'honneur
d'eftre tenu
fur
GALANT: 217
für les Fonts par le feu Roy,
qui luy ayant promis d'avoir
foin de fon établiffement,
luy donna le premier
Employ dont il fut capable.
Il a fervy en plus de vingtcinq
Campagnes confécutives,
jufqu'à ce que le def
ordre de fa fanté caufé par
fes longues fatigues dans
la Guerre , l'ait réduit à la
neceffité de fe retirer chez
luy.
Son fecond Frere , Alé.
xandre Gouvernet, S' de la
Chau , s'eft acquis beaucoup
de gloire à la Bataille
Mars 1679.
T
218 MERCVRE
de Rhaab,fous le commandement
de Mile Marefchal
de la Feüillade . Il eft mort
apres s'eftre fignalé en Catalogne
en qualité de Brigadier
, & avec fon Regiment
de Cavalerie . Je ne
vous parle point de Mademoiſelle
de la Tour Gouvernet
leur Soeur. On fe
fouvient
avec quel éclat
elle parut à la Cour dés fes
premieres
années
. Sa bonne
mine , fes riches
traits , la
fraîcheur
de fon teint, & le
brillant
de fes yeux , l'y firent
paffer
pour une des
C
GALANT. 219
3.
plus belles Perfonnes de
fon temps . Mais fi ſa beauté
fit bruit, fa vertu ne luy attira
pas moins d'admiration
. Quoy qu'elle fuft fouhaitée
par tout, & qu'on la
mift de tous les plaiſirs, on
remarquoit bien qu'elle ne
fe trouvoit dans les grandes
Affemblées
que par complaifance.
Les années ont
eu beau fe multiplier , elles
n'ont pas laiffé de garder
T
le refpect deû à tant de mérite
, & elle eft encor également
aimable & vertueufe
, s'appliquant toute en-
Tij
220 MERCVRE
tiere aux actions de pieté &
de bon exemple .
M ' le Marquis de Montauban
a deux autres Freres
d'un fecond Lit , Madame
fa Mere ayant épousé en
fecondes Nopces un Gentilhomme
des plus confidérables
de Normandie
, de
la Maifon de Poiffon du
Mény. L'aîné s'eſt rendu
fi digne de l'eftime de Sa
Majefté par fa bravoure,
que ce Grand Prince ayant
efté témoin de ce qu'il avoit
fait au Paffage du Rhin , &
dans la Franche - Comté,
f
GALANT 221
l'honora de la Charge d'Enfeigne
dans une Compagnie
de fes Gardes du Corps,
& l'a élevé en fuite à celle
de Lieutenant, qu'il exerce
aujourd'huy avec beaucoup
d'affiduité & de zele . M' le
Chevalier du Mény eft le
Weft
plus jeune de ces deux Freres.
Ila déja fait dix Campagnes
. Les bleffures qu'il
y a reçeuës, rendent témoide
fon courage & de
gnage de
fa valeur
.
On m'envoye préfentement
la Piece qui fuit. Elle
eft du temps , & fera une
Tiij
222 MERCVRE
agreable diverfité parmy
les
nouvelles que je vous
écris .
252552252 252 5552
LE
SOLEIL
ET LES PLANETES.
L
FABLE.
Es Planetes par fantaisie,
Les uns difent parjalousie,
D'autres par orgueilfans pareil,
Faifoient la guerre à leur Soleil.
Saturne, &fon lent Satellite,
Iupiter, & ceux de fa fuite,
Et quelques autres
Planeteaux,
Quifont
Phænomenes
nouveaux,
Faifoient une triple alliance,
Et s'eftant joints
d'intelligence,
GALANT. 223
Venoient fe pofter, ce dit-on,
Dedans le Signe du Lyon.
L'Aftre du Tour, qui les éclaire,
Qui les voit, &les confidere,
Craignant que leur conjonction
Ne fift de la divifion,
Er du defordre en la Nature,
Qui déja bien fort en murmure,
S'animant d'un jufte couroux,
Les vainc, & les disperse tous.
En vain les Fayards fe rallient,
Toujoursvaincus,toûjours ilsfuyent,
Et le Soleilau milieu d'eux ( reux,
Toujours vainqueur, toûjours heu-
Les va battant de fes lumieres,
Les rabatant jusqu'en leurs Spheres,
Où chacun fuit defon cofté,
Cherchant un lieu de feûreté.
Plufieurs d'entr'eux retrograderent,
Du Signe du Lyon paſſerent,
Quijufqu'au Cancre, qui plus loin,
Selon leur plus preffant befoin.
sva
224
MERCVRE
Le Soleil voyant les Planetes
Errer comme triftes Comctes,
L'un s'éclypfer , l'autre blémir,
Et le pauvre monde gémir,
Sufpend le cours de fa victoire,
Et pour éternifer fa gloire,
Il veut par cent moyens divers
Donner la Paix à l'Vnivers.
Alors par fa prudence extréme
Il enfaitplufieurs Plans luy-méme,
Et fans fortir hors de fes droits ,
Liry -mefme il en preſcrit les Loix.
On les publie, on les envoye,
On les reçoit avecque joye :
La premiere porte ces mots,
Allez, vivez, Monde, en repos;
Et vous, Planetes fatellites,
Ne fortez plus de vos limites
·Où je vous borne pourjamais,
Et vous laiffe regner en paix;
Tandis que du haut de ma Sphere,
Toujours brillant dans ma lumiere,
GALANT. 225
Me répandant de toutes parts,
Par mes rayons, par mes regars,
Et par ma vertu fans feconde,
Ie regneray dans tout le monde.
Je vous laiffe faire l'ap
plication de cette Fable, &
viens à une Avanture dont
je ne puis diférer plus longtemps
à vous faire part .
Un fort galant Homme,
ayant épouſé depuis ſix
mois une jeune Veuve auffi
fage que bien faite , & auſſi
fpirituelle que riche , avoit
pour elle tous les égards
que l'honnefteté pouvoit
demander; mais comme l'a226
MERCVRE
mour avoit eu moins de
part à fon Mariage que la
confidération des avanta
ges qu'il en retiroit , malgré
tant de bonnes quali
tez, il ne fentoit point pour
la Dame ce fond de tendreffe
qui laiffe un coeur incapable
de tout autre enga
gement. Ainfi il eftoit prodigue
de douceurs par tout
où il rencontroit des Belles,
& fr fes coqueteries na
voient point de ſuite , c'eftoit
moins par le fcrupule
qu'il euft deû s'en faire, que
pour n'en trouver pas l'ocGALANT.
227
cafion affez favorable. Son
panchant pour toutes les
converfations flateufes , luy
permettoit
peu de refter
chez luy. Il s'en juftifioit
quelquefois aupres de fa
Femme, & luy faifoit croire
que fes Amis l'engageoient
à de continuelles
Parties,
dót il ne pouvoitfe défendre
fans paroiftre de méchante
humeur. La Dame qui avoit
beaucoup de prudence , fe
contentoit de luy dire qu'el
le fe croiroit injufte , fi elle
s'opoſoit à ſes plaifirs ; qu'il
eftoit d'un âge à chercher
228 MERCVRE
les agreables Parties, & que
comme elle eftoit perfuadée
qu'il ne s'en permettoit
aucune qui préjudiciaft à la
tendreffe qu'il luy devoit,
& qu'elle tâcheroit toû
jours de meriter par la fienne
, elle fe faifoit une joye
de tout ce qui le pouvoit
divertir. Quoy que tant
d'honneftete redoublaft
l'eftime qu'il avoit pour
elle ,il n'en eftoit pas moins
empreffé à faire de galantes
proteftations , & peut eftre
ne tenoit-il pas à luy que
quelque Belle ne fixaft fes
GALANT. 229
voeux, Le Carnaval vint.
Son plus grand plaifir eftoit
celuy de courir le Bal. Ils'y
donna tout entier , & paffa
peu de jours fans aller mafqué
dans les Affemblées . Sa
Femme luy aidoit à ſe déguifer,
& luy difoit toûjours
en riant qu'il prift bien garde
à luy raporter fon coeur.
Il luy jura plufieurs fois
qu'il feroit ravy qu'elle fuft
de ces fortes de Parties, mais
que c'eftoit quelque chofe
de fi embaraffant que la
conduite des Femmes dans
des lieux où la foule appor230
MERCVRE
toit toûjours du defordre,
qu'il n'ofoit luy rien offrir
là- deffus ; qu'elle avoit d'aimables
Voifines qui aimoient
le jeu , & qu'il la
prioit de faire une étroite
focieté avec elles . La Dame
trouvoit cette défaite plaufible.
La priere que fon
Mary luy faifoit de chercher
à fe divertir, eftoit obligeante
, & elle répondoit
aux foins qu'il fembloit
prendre de les plaiſirs , par
toutes les complaifances
qui pouvoient la rendre
plus digne de fon amour.
GALANT 231
Cependant ce divertiffement
d'Affemblées trop
fouvent reïteré , fit naiſtre
à la Dame quelque envie
de voir le perſonnage qu'y
pouvoit jouer fon Mary.
Elle fit confidence de fon
deffein à une de fes meilleures
Amies, & un foir qu'il
s'eftoit habillé chez luy en
Turc, & que par là il luy
devoit eftre fort aifé de le
reconnoiftre , elle fe déguifa
en Egyptienne, & fon Amie
en Bergere , mais dans un
équipage fi propre quoy
que modefte, qu'elles s'atti
232
MERCVRE
rerent
l'admiration
de toutes
les Affemblées
où elles
parurent
. Deux
Parens
de
Ï'Amie
fort galamment
ajuſtez
, les accópagnoient
.
La Dame
obferva
tous
les
Maſques
des deux
premiers
Bals fans découvrir
fon cher
Turc
, & à peine
eut elle
demeuré
un moment
dans
le troifiéme
, qu'elle
l'aperçût
qui faifoit
la reverence
pour
dancer
. Elle fentit
d'abord
une
émotion
qui la
furprit
par la craintequ'elle
eut de voir quelque
chofe
qui ne luy pluft
pas . Elle
GALANT. 233
fe remit un peu , & eut la
force de le regarder en face
comme fi elle euft fouhaité
dancer avec luy. La chofe
arriva . Il la falüa de la teſte ,
& luy dit galamment apres
la dance , qu'il auroit voulu
mériter qu'une fi aimable
Egyptienne luy diſt fa bonne
avanture. Elle répondit
qu'elle eftoit des plus expertes
dans fon meſtier, &
qu'il n'y avoit perſonne fi
capable qu'elle de luy dire
des veritez dont il convien
droit. Il n'en falut
pas
davantage
pour luy faire
Mars 1679. V
234 MERCVRE
nouer
converſation avec
l'agreable
Egyptienne , fitoft
qu'elle le fut
acquitée
d'une feconde
Courante .
Elle
confentit volontiers à
fe tirer un peu à
quartier,
demanda d'abord à voir fa
main droite, obferva enfuite
toutes les lignes de la gauche
, & apres tout ce prélude
, ordinaire aux Gens
qui fe meflent de Chiromancie,
elle luy dit des chofes
fi pofitives fur ce qui luy
eftoit arrivé de plus fecret,
que foit par les regles de
fon Art, foit parce qu'elle le
GALANT. 235
connoiffoit,il fut convaincu
qu'il parloit à une Perfonne
qui nignoroit rien de fes
affaires. Cependant elle luy
aifoit paroiftre tant def
prit, & le brillant de fes
yeux joint à l'agrément de
fa taille avoit de fi grands
charmes pour le Turc, qu'il
ne fe laffoit point de l'entretenir.
Il voulut fçavoir
ce qu'elle penfoit de fon
coeur. C'eftoit un article
que la crainte d'apprendre
trop luy avoit toûjours fait
éviter , mais enfin elle ne fe
put difpenfer de luy répon-
Vij
236 MERCVRE
dre que fans faire d'examen
plus particulier , elle jureroit
bien que fes fentimens
n'avoient aucune conformité
avec l'habit qu'il portoit.
Il en demeura d'accord,
en luy proteftant qu'il
fentoit pour elle depuis un
moment ce qu'il n'avoit jamais
fenty pour perfonne,
& qu'il fe tiendroit bien
glorieux fielle vouloit ſoufrir
qu'il luy fift connoiſtre
qu'il n'avoit rien moins que
l'ame d'un Turc . Une déclaration
fi peu attendue
donna du chagrin à la belle
GALANT.
237
Egyptienne , mais comme
elle avoit intereft à diffimuler
,elle cacha fon émotion,
&
continua de parler avec
fon premier
enjoüement.
Elle dit au Turc qu'elle ne
s'étonnoit point qu'il ne
puft la voir fans fentir quelque
chofe
d'extraordinaire;
que c'eftoit l'afcendant
de fon étoile qui agiſſoit
malgré luy , & que peuteftre
il hazardoit moins à
ne s'y pas oppofer pour elle,
qu'il ne feroit s'il s'y foûmettoit
en faveur d'une autre;
mais qu'il fongeaft qu'il
238 MERCVRE
eftoit parfaitement
aimé
d'une Perfonne qui luy
ayant donné tout fon coeur,
feroit au defefpoir s'il portoit
ailleurs la tendreffe qui
luy eftoit deuë , qu'il devoit
craindre qu'il ne luy prift
envie de s'en vanger;
qu'ayant du merite il ne luy
feroit pas difficile d'en trou
ver l'occafion ; & que fi elle
fe refolvoit à la chercher,
elle luy feroit plus foufrir
d'inquiétude
par fa galanterie,
qu'il ne luy en pourroit
caufer par la fienne. Le
Turc n'eut pas de peine
་ ་
GALANT 239
comprendre par cet avis
que l'Egyptienne le connoiffoit.
Il en eut de la joye ,,
parce qu'il crut que fçachant
à quion en vouloit em
noüant cette avanture avec
luy, on eftoit déja fatisfait
de fa Perfonne
, & qu'il
n'eftoit
queſtion
pour la
mener jufqu'au
dénouement
, que de donner
des
furetez
de l'attachement
qu'il pouvoit
promettre
..
Ainfi il s'épuifa en tendres
proteftations
, & finit en
conjurant
fortement
la Dame
de ne luy point cacher
240 MERCVRE
ce qui fe paffoit dans fon
coeur , puis qu'elle eftoit
convaincuë que fon étoile
l'engageoit indifpenfablementà
prendre une liaiſon
particuliere
avec elle, La
Dame luy répondit, que s'il
avoit un habit d'Egyptien
comme elle en avoit un
d'Egyptienne , il fçauroit
malgré elle ce qu'il demandoit
, que ces fortes d'habillemens
donnoient des
lumieres extraordinaires
pour
découvrir les fecrets
les plus cachez ; qu'il en
voyoit une preuve dans ce
qu'elle
GALANT. 241
qu'elle fçavoit de luy ; que
cependant fi elle croyoit
qu'il fuft fincere , elle luy
diroit qu'elle alloit tous les
jours à onze heures, à une
Eglife qu'elle luy nomma,
mais qu'elle eftoit perfuadée
qu'il ne penferoit plus à
elle fi- toft qu'ils fe feroient
feparez , & que la curioſité
de la voir n'auroit rien d'af
fez fort pour luy faire accepter
le rendez - vous.
Je nevous diray point, Madame
, avec quelle joye la
propofition fut reçeuë. Le
Turc vouloit fe jetter aux
Mars 1679. X
242 MERCVRE
pieds de l'Egyptienne. Elle
l'empefcha , & fur la priere
qu'il luy fit de luy dire
comment elle feroit habillée
le lendemain , il n'en
pût obtenir autre chofe, fi
non qu'elle fe trouveroit
au rendez-vous ; qu'il ne
manquaft point d'y venir ,
qu'elle ne luy demandoit
aucune marque pour le
connoiftre , parce que fa
Science luy avoit appris qui
il eftoit ; que pour porter
un jugement aſſuré de ce
qu'elle devoit attendre de
luy , il luy eftoit important
GALANT. 243
d'examiner fa
phyfionomie,
& qu'elle fe découvriroit
quand il feroit temps.
On fe préparoit à luy dire
encor cent chofes, mais elle
ne voulut plus rien écouter,
& fe retira en
diligence avec
fa
Compagnie , pour ſe rendre
chez elle avant le retour
de fon Mary. Elle fe
mit
promptement
au lit,
donna ordre de dire qu'un
grand mal de tefte l'avoit
obligée
à fe coucher
de
bonne heure , & s'abandon
na à ſes réveries. Vous ju
gez bien qu'elles
furent
A
X ij
244 MERCVRE
fort mélancoliques . Elle fe
repentit du rendez - vous
qu'elle avoit donné. Le trop
d'éclairciffement
ne pou
警
voit eftre que fàcheux pour
fon repos , & elle avoit
pouffé la choſe fans réflexion
. Il y avoit une heure
qu'elle formoit cent def
feins fans s'arefter à aucun ,
quand fon Mary arriva . L'avanture
luy tenoitau coeur.
Il brûloit dimpatience d'en
voir la fuite , & l'embarras
d'efprit qu'elle luy caufoit
ne luy avoit plus laiffé de
curiofité pour les autres
GALANT. 245
Affemblées. A fon arrivée
chez luy , il demanda des
nouvelles de fa Femme. La
réponſe fut juſte, parce
qu'elle avoit efté concer
tée . Il fe coucha à fon or
dinaire apres luy avoir té
moigné le chagrin qu'il
avoit de fon mal de tefte,
& paffa le refte de la nuit
fans dormir. La Dame fei
gnit de ne s'apercevoir pas
de fes agitations , & en eut
d'auffi fortes de fon coſté,
quoy que d'une autre nature.
Le lendemain elle ne
manqua point de fe trou
X. iij
246
MERCVRE
ver de bonne
heure
au lieu
marqué
, & elle s'y plaça
commodement
pour obferver
la contenance
de fon
Mary
fans en eftre veuë. Il
s'y rendit
à l'heure
préciſe
.
L'embarras
d'un Homme
qui cherche
des yeux , ce
qui luy eft inconnu
,
efté quelque
chofe
de plaifant
pour elle, fielle n'y euft
point
eu d'intereft
. Elle
avoit beau fe dire que c'eftoit
pour elle- mefme
qu'on
luy faifoit
infidelité
, on ne
euft
laiffoit pas pour cela d'eftre
infidelle
, & il n'en falloir
GALANT.
247
Le
pas davantage pour la tourmenter
cruellement.
Mary demeura juſqu'à midy
à examiner toutes les
Femmes qui entrerent. Il
n'en vit aucune qui euft la
taille de
l'Egyptienne , ou
du moins qui jettaft les
yeux fur luy , & perfuadé
qu'on s'eftoit diverty à luy
faire piece, il fortit chagrin ,
& ne pût s'empêcher d'eftre
inquiet le refte du jour. La
Dame retourna chez elle ,
tint confeil avec fon Amie,
& apres qu'elles eurent rai
fonné quelque temps en-
X iiij
248 MERCVRE
femble, elles jugerent à propos
de dénouer l'avanture
de la maniere que vous l'allez
voir. Le Mary eftoit
prié de dîner en Ville le jour
fuivant. La Dame ne vou
lut point fçavoir s'il ſe trouveroit
de nouveau au rendez-
vous. Elle ſe contenta
de l'envoyer attendre par
un Laquais inconnu , qui
luy donna un Billet au fortir
de Table. On luy faifoit
connoiftre par ce Billet
qu'on eftoit content de fa
ponctualité , & que s'il en
vouloit fçavoir davantage,
GALANT.
249
il n'avoit qu'à fe laiffer conduire
par le
Porteur.
Jugez
de fa joye . Il vole plutoft
qu'il ne va, où il eft mené
par le Laquais. Il entre dans
une Maifon d'affez d'apparence
, monte dans une
Chambre fort propre , & à
peine en a - t- il regardé un
moment le Meuble , qu'il
voit paroiftre fon aimable
Egyptienne
avec le mefme
Malque & le mefme Habit
qui l'avoit charmé au Bal.
Il fe jette d'abord à fes genoux
pour la remercier de
fes bontez, exagere ce qu'il
250 MERCVRE
a fouffert deux jours de
fuite dans le rendez - vous,
& apres luy avoir dit tout
ce qu'une paffion naiffante
peut infpirer de plus tendre
, il la conjure de lever
fon Mafque , & de luy faire
voir à qui il eft redevable
de fon bonheur. La Dame
7
le laiffe parler encor quel
que temps fans luy répondre,
& enfin comme vaincue
par fes prieres, elle ofte
fon Loup , & le met dans
une furpriſe que vous concevrez
plus aifément que je
ne vous la puis exprimer. Il
GALANT. 251
prend un air fombre , demeure
reſveur ; & la Dame
profitant de fa refverie , luy
dit d'un air libre & d'un vifage
riant , qu'il n'a aucun
lieu de fe chagriner ; qu'elle
eft fort perfuadée que dans
toutes les démarches qu'il
a faites, il a moins fongé
prendre de l'engagement
,
qu'il n'a fuivy une curiofité
naturelle que tout autre
que luy auroit euë ; qu'elle
elt peut - eftre plus à condamner
qu'il ne l'eft luymefme,
d'avoir mis fa fidelité
à cette épreuve , qu'il
252 MERCVRE
luy en peut impoſer telle
peine qu'il luy plaira, quoy
qu'elle n'ait rien fait que
par un excés d'amour ; que
ne pouvant voir foufrir ce
qu'elle aimoit , elle n'avoit
pas voulu attendre davantage
à luy mettre l'efprit en
repos, que l'affurance qu'el
le luy donnoit de ne fe fouvenir
jamais du paffé, meritoit
qu'il oubliaft les inquiétudes
qu'elle luy avoit
caufées ; qu'il fongeaft feulement
autant pour luy que
pour elle , que ces fortes de
curiofitez avoient quelque
GALANT 253
fois des fuites
fâcheufes , &
que trop de facilité
à donner
dans les
apparences,
avoit fait faire
fouvent
beaucoup
de chemin à ceux
quin'y avoient pas refléchy.
En mefme temps elle embraffe
fon Mary avec toute,
la
tendreffe
imaginable . Le
Mary charmé
de l'honnef
teté de fa Femme, l'embraffe
à fon tour, & luy donne des
marques
de fon repentir,
par l'admiration
où il eft de
fa
conduite. Il luy avouë
que tout autre Party que
celuy
qu'elle avoit pris,
254 MERCVRE
n'euft pû produire que de
fort méchans effets, & l'af
fure que ce qu'elle venoit
de faire pour luy , le tou
choit fi fort, qu'il n'en perdroit
jamais la mémoire,
L'Amie eft appellée pour
eſtre témoin des promeffes
que cette réunion luy fait
faire. Il les a tenuës , & depuis
ce temps - là , il n'a
voulu accepter aucune Partie
de plaifir fans y faire entrer
fa Femme.
Je ne doute point , Madame
, que la prudence
qu'elle a fait paroiſtre dans
GALANT. 255
une occafionfi délicate,
n'obtienne de vous les
louanges qu'elle mérite, &
que vous ne demeuriez
d'accord qu'elle eſt digne
de fervir d'exemple à toutes
celles qui ont de pareils
chagrins à effuyer. Une
Emportée ne ménage rien ,
met toute la Famille en
defordre, éclate en injures,
& ne fait fouvent qu'aigrir
un Mary , fans remedier
aux foibleffes qu'elle luy
reproche .
Je croy vous envoyer
quelque chofe de fort cu256
MERCVRE
ricux , du moins
je fuis af
furé
qu'il
fera de voſtre
gouft
. Ce font
neuf
Médailles
qui viennent
d'Allemagne.
J'en ay eu entre
les mains les Originaux
en
argent
, d'apres
lefquels
je
les ay fait graver
de la mef
me grandeur
. Ainfi vous
devez eſtre perfuadée
qu'il
ne manque
rien à ces Copies
de ce qui fe trouve
dans les Originaux
dont je
vous parle. Au contraire
,
les Portraits
y font d'autant
plus reffemblans
, que les
Médailles
ne peuvent
reGALANT.
257
cevoir
d'ombre
comme la
Graveure . Je ne vous en
donneray
point
l'explica
tion
entiere. Je vay feu
fement vous
marquer ce
que
chaque
Médaille
réprefente
.
1. La Face
droite de cette
Médaille
nous
montro
LOUIS LE
GRAND . Il fuffic
de jetter les yeux
deffus
pour le reconnoiftre
.
2. Revers de la mefme
Médaille. On y voit les
Plans des douze
premieres
Places que cet
inimitable
Conquérant prit dans la
Mars 1679. Y
258 MERCVRE
premiere Campagne qu'il
fit contre les Hollandois
en 1672.
3:
La Face droite de cette
Médaille reprefente la prife
de la Poméranie păr l'Ele
cteur de Brandebourg.
4. Il n'y a qu'une Infcription
dans ce Revers, Chacun
peut dire ce qu'il luy
plaift à fon avantage ; mais
on n'eft pas Juge pour
fa en propre
cela.
Caufe. Quelques
pertes que le Roy de
Suede ait faites , elles ont
coufté bien cher à fes En-.
nemis , & les Suedois fe
GALANT.
259
font toûjours montrez dignes
de leur ancienne gloire.
Ils ont eu à combatre
en mefme temps plufieurs
Souverains liguez contre
eux. Le Roy de Dannemarc
avoit armé prefque
tous fes Sujets. L'Electeur
de Brandebourg
, dont la
puiffance eft connuë , n'avoit
rien épargné pour lever
de grandes Armées . Ils
eftoient fecondez des Prin
ces de la Maiſon de Brunf
vic , & du feu Evefque de
Munfter, Prince riche &
belliqueux , & qui avoit
、
Y ij,
260 MERCVRE
-
des Troupes aguerries. Cependant
toutes ces Puiffances
unies ont fait des
pertes tres confidérables.
avant que de prendre au
Roy de Suede des Places,
non feulement éloignées
de fes Etats , mais mefme fé
parées par la Mer, cequiluy
avoit ofté le moyen de les
fecourir. Ainfi on peut dire
que fi elles ont refifté long
temps , cette longue refiftance
n'eft deuë qu'à la valeur
de ceux à qui la défenfe
en eftoit commife.
Le Portrait du Roy de
5.
*
GALANT. 26F
Dannemarc eft
reprefenté
dans la Face droite de cette
Médaille.
6. Ce Revers marque le
premier Combat naval que
ce Prince a gagné contre
les Suedois.
7. Le Portrait du Roy de
Suede.
8. Cette Medaille ayant
efté faite pour la prife de
Schonen par ce jeune Roy,,
tout ce qui paroift dans
ce Revers s'y rapporte . Il
eft certain que quand ce
Prince n'a point efté traverfé
par les Elémens , il a
262 MERCVRE
fouvent efté
vainqueur , &
qu'il a toûjours triomphé
lors qu'il a combatu en
perfonne . Il n'en faut point
d'autre preuve que les deux
Batailles qu'il a gagnées
depuis qu'il a eu à foutenir
les efforts de tant dePrinces
unis contre luy.
9. La Face droite de cette
Médaille fait voir le Por
trait du Prince Augufte-
Frideric de Brunfvic & de
Lunebourg.
10. L'Exerque de ce Revers
fait connoiftre qu'il
regarde la prife de Phili
1
GALANT. 263
s'ébourg.
Les Figures qui le
rempliffent parlent d'ellesmefmes..
Il ne faut. pas
tonner files Allemans ont:
fait faire des Médailles de:
la prife de cette Place ,,
ayant eu peu d'autres fujets
d'en faire pendant le cours
de cette derniere Guerre..
Je ne fçay pas meſme ſi la
prife de Philifbourg leur a
efté fort avantageufe .. Le
Siege en a duré cinq mois,.
pendant lefquels les Affiégeans
ont perdu dix fois .
plus de monde que les Af
Gegez. Ils y ont fouffert
264 MERCVRE
beaucoup , & ils ne s'en
font rendus maiſtres que
par le fang d'une infinité
de Braves , & de Perfonnes
de la plus haute qualité
d'Allemagne. Il faut vaincre
fans perte comme les
François , pour triompher
fans chagrin . Si chacune de
nos Conqueftes nous avoit
coufté cinq mois , nous les
aurions achetées bien cherement
. Joignez à cela qu'il
ya peu de gloire à acquérir,
puis que lors que les Places
font une fi longue refiftance
, c'est moins la valeur
que
GALANT. 265
que le temps qui en vient
à bout.
11. L'Ile de
Rugen eft
reprefentée
dans la Face
droite de cette Médaille .
12. Ce Revers
contient
une Infcription
touchant la
prife de l'Ile marquée dans
la Face droite de cette Médaille.
13. On voit dans cellecy
les Portraits du Roy &
de la Reyne de Pologne.
14. Ce Revers fait paroiſtre
une des Villes Capitales
de
Pologne
, avec un
Palmier couronné
, fur le
Mars
1679.
Ꮓ
266 MERCVRE
Tronc duquel un petit
Amour grave les noms du
Roy & de la Reyne de Pologne.
Cette Médaille a
efté faite au fujet de leur .
Couronnement.
15. Le nom du Docteur
Strauch
a fait trop de bruit
pour eftre inconnu
. C'eſt
celuy
que le Peupled
de
Dantzic
a demandé
avec
tant d'empreffement
à l'Electeur
de Brandebourg
qui
le tenoit
priſonnier
. On le
voit dans la Face droite
de
cette Médaille
tel qu'il ef
toit quand
on l'arreſta
.
GALANT
267
L'autre
Médaille
marquée
16b
lenreprefente
avec la
Barbe
qu'il
avoit
laiffél
croiftre
pendant
faprifon.of
17. Ce
Reversregarde
le
mefme
Docteurneumon
Je vous bay parlé dans
plufieurs Articles de la mort
de
quelques
Evefques &
Abbez arrivée en divers
temps. Voicy de quelle
maniere le Roy a
remply
en un mefme jour tous ces
Benefices. Il a donné l'Evefché
d'Agen à M' l'Evef
que de
Tulle.
C'est celuy
dont
l'éloquence vous a
4
Z ij
268 MERCVRE
tant de fois charmée, & que
vous avez connu fous le
nom du Pere Maſcaron.
ทร
M' l'Abbé de Bourlemont
Auditeur de Rote , a
eu l'Eveſché de Fréjus . C'eſt
un Homme affable , honnefte,
qui foûtient dignement
à Rome la gloire &
les interefts de la France, &
qui fe fait aimer de tout le
monde. Il eft de qualité, &
nous avons vu un Archevefque
de Touloufe de fa
Maifon.Elle eft alliée à celle
d'Anglure, Jean dit Saladin
d'Anglure , ayant époufé
& S
GALANT 269
Jeanne heritiere de Bourle
mont, d'où font iffus les
male
Bourlemont
,
mont ,
Comtes de
Princes d'Amblife , les Vicomtesnake
& les
Ba
rons de Givry . Sice nom de
Saladin vous ſurprend
, apprenez
par quelle rencontre
il a été donné à ceux de cette
Maifon
. Jean d'Anglure
en
une Croifade fous un de nos
Roys , fut caufe d'une Victoire
fignalée que les Chrêtiens
contre
renerent
Saladin Souldan
d'Egypte.
Il commandoit fix mille
Chevaux de l'Armée du
Z iij
270 MERCVRE
Roy , & fut détaché pour
aller enlever le Quartier de
Saladin. Pour mieux executer
ce deffein , il fit mettre
des grelots au col de fes
Chevaux , & donna droit
dans le Camp des Ennemis.
Le fon extraordinaire de ces
grelots y mit l'épouvante.
Leurs Efcadrons en furent
rompus, & toute leur Ca
valerie défaite . Le Roypour
récompenfer le merite de
cette Action , le fit appeller
Saladin d'Anglure , & afin
que la memoire en fuftéter
nelle , il voulut qu'au lieu
GALANT 271
des anciennes Armes de fa
Maifon , il portaft des Grelots
d'or meflez avec les
Croiffans des Infidelles.
D'autres ne font pas de ce
fentiment, & difent que ces
Armes furent données à un
Cadet de la Maifon d'An
glure par Saladin Souldan
de Babylone , qui l'ayant
fait prifonnier en 1193. luy
permit de venir en France
fur fa parole, pour moyéner
fa rançon , que n'ayant pû
fournir dequoy la payer,
parce qu'il n'avoit eu que le
partage d'un Cader, il re-
Z iiij
272 MERCVRE
tourna fe mettre au pou
voir de fon Vainqueur , &
que Saladin admirant fon
exactitude à tenir ce qu'il
luy avoit promis, luy rendit
fa liberté fans rançon, à la
charge qu'il porteroit pour
Armes les marques que luy
Saladin avoit fur, faGotte
d'Armes le jour qu'il l'avoit
pris à la Bataille , & qu'à l'avenir
tous les Aînez mâles
qui defcendroient de lúy,
s'appelleroient Saladin. Je
paffe au refte des Evefques
nommez . on basishei
L'Evefché de Cahors a
GALANT. 273
efté donné à M.l'Abbé des
Noailles , Frere du Duc de
ce nom . Je vous ay fi fou
vent parlé de cette Maiſon ,
& des belles qualitez de cet !
Abbé, que fon nom fuffie )
pour vous faire fouvenir
qu'il n'a pas moins d'érudi
tion que de pieté , & qu'il
joint à ces avantages une
modestie quile fait admirer
detout le monde.2001 inov
M'L'Abbé de la Broue a
eu l'Eveſché de Mirepoix . Il
eft Fils d'un Confeiller du
Parlement de Touloufe..
L'excellent Sermon qu'il fit
274 MERCVRE
le jour de la Purification en
préfence de Leurs Majeſtez,
hiy a efté une recommandation
tres- favorable . C'eſt
tout que de faire parler le
merite aupres du Roy.
Quand ce grand Prince eft
convaincu qu'oonn eennaa,, il ne
le laiffe pas longtemps fans
récompenfe.
as efté
Le Pere Saillant Preftre
de l'Oratoire , n'a pas
oublié. Il ne penfoit à rien
moins qu'à l'Evefché quand
on luy a donné celuy de
Treguier. Il a poffedé toutes
les grandes Charges de
1
GALANT. 275
fon Ordre,& il ne luy reftoit
plus qu'à en eſtre General.
Onluy a veu autrefois porter
les Armes , & il s'eftoit
mefme fignalé dans cet
Employ.
I
L'Abbaye de Beauport
en Bretagne, a efté donnée
à M l'Abbé de Verteüil,
Fils de M le Duc de la
Rochefoucaut. Je ne vous
dis rien de ce Duc, ce feroit
luy faire tort que fupofer
qu'il ne vous fuft pas affez
connu. Il a une délicateſſe
& une folidité d'efprit admirables
, & il s'eft toûjours
276 MERCVRE
>
diftingué par des qualitez fi
peu communes , que quov
que fa Naiffance foit des
plus Illuftres , on peut dire
que c'est le moindre de ſes
avantages . (19 19v32.2
* M' l'Abbé de la Fayette
a eu l'Abbaye de la Grene
tiere en Poitou. Ce nom
eft un titre glorieux pour
ceux qui le portent . Les
louanges font au deffous de
ce qu'il fait concevoir de
leur merite , & Madame de
la Fayette, Mere du jeune
Abbé dont je vous parle ,
fait tant d'honneur à la
GALANT. 277
France ; que je n'ofe vous
rien dire d'elle , de peur de
n'en dire pas affez .
Les Abbayes de la Cou
ronne à Angoulefme , & de
S. Sever en Gascogne , ont
eſté données , la premiere à
M' de Courtebonne Lieu
tenant de Roy de Calais ,
& la feconde au Frere de
M' de la Barre Marefchal
des Logis de la premicic
Compagnie des Moufquetaires.
On connoift par
que le Roy ne reçoit point
de fervices fans les reconnoiftre,
cannon b ap
là
k
278 MERCVRE
Sa Majesté a auffi donné
l'Abbaye de Sordes en Gaf
cogne à un des Fils de M' le
Marquis de Ravetot , Gendre
de feu M' le Marefchal
de Gramont.alm 6291769
M'le Gris Chapelain de la
Chapelle du Château de
Verfailles,a eu l'Abbaye de
Boisgroland en Poitou ; &
& celle de la Magdelaine
de
Châteaudun, a efté donnée
à M' l'Abbé de Boiffeleau
fur la démiffion de M'l'Ab
bé Drouet fon Oncle. Je
vous ay parlé depuis peu de
ce dernier , & vous n'aurez
GALANT.
279
pas oublié
Boiffeleaueft
dans plufieurs
de mes Articles
de guerre
.
LeRoy
donnant
les Evef
chez dont je vous viens
de
parler
, a mis dix mille livres
de penfion
fur celuy
de Cahors
pour M le Comte
de
Marfan
. Ce jeune Prince
a
fouvent
fait voir qu'il
ne
craignoit
point
les dangers
,
& qu'il eftoit digne
Fils du
grand Comte d'Harcour
Le Roy a mis auffi une Penfion
fur l'Evefché
d'Agen
,
pour M le Chevalier
de
Tilladet
. Il n'y a perfonne
que le nom de
280 MERCVRE
,
qui ne parle de luy avec
avantage , & on ne peut
eſtre ſi generalement
eſtimé
fans un grand merite.
Je vous marquay la derniere
fois que le Fils de Madame
la Nourrice de Monfeigneur
le Dauphin avoit
eu une Chanoinie
de Notre-
Dame . Je m'étois mépris en
vous écrivant , c'eft à un
Fils de Madame la Nourrice
du Roy , que cette Chanoinie
a efté donnée.
A peine tous ces Evef
chez ont- ils efté remplis
,
qu'il en a vaquéun autre par
GALANT 281
¡
la mort de M Mefchatin,
Evefque & Comte de Gap .
Le R. Pere de la Chaife ,
juftement perfuadé de fon
grand merite , l'avoit fait
connoiftre au Roy , & Sa
Majefté luy avoir donné
PEvefché qu'il laiffe vacant.
Ileftoit Comte de Lyon, &
cette
dignité eft une preu
ve fuffifante de
l'ancienne
Nobleffe
de fa Maifon .
Vous donnerez avis , s'il
vous plaift , à tous vos Amis
de Province quiviendront
icy , qu'ils pourront prendreppart
à un fort agreable
Mars 1679. Aa
282 MERCVRE
concert de Guitarres , que
M Médard va faire chez
luy tous les quinze jours . Il
a donné au Public un Livre
gravé de fes Pieces , & les
plus fins Connoiffeurs tombent
d'accord qu'il a trouvé
le plus beau caractere de cet
Inftrument. Ce Concert fe
ra diverfifié par le Dialogue
fuivant qui fe chantera. Il
eft fur le fujet de la Paix.
M' Fleury de Châteaudun
l'a mis en Mufique , & M
Médard qui en a fait les Paroles
, y a meflé fes Inftrumens,
comme je vous le vay
marquer.
GALANT. 283
252525252
52 52525
DIALOGVE
.
MARS, LA VICTOIRE
,
LA PAIX.
C
Allemande des Guitarres ,
CHOEUR.
Hantons du Grand Louiss
les béroïques Faits.
Il demeure vainqueur de la Triple
Alliance,
Il va de cent plaifirs contenter nos
fouhaits
Admirons dans la Guerre, ainfi que
dans la Paix,
Safageffe & fa vaillance.
Fanfares des Guitarres; .
Aaij
284 MERCVRE
LA PAIX .
Quoy? toujours me perfecuter?
MARS ,
Souffrezpour un moment queje vous:
entretienne;
Et puis,sas que rien vous retienne,
Le vous permets de m'éviter. I
LA PAIXON
Voulez-vous me parler dos horreurs
de la Guerre, AUTO M
Et par le recit des malheurs
Dont vous avez troublé la Terre,
Augmenter mes triftes douleurs?
M.AR.Sq
Non,non, apprenez, belle
Ingrate,,
Que c'estpour vous que je cobats..
C'est pour vous rétablir que mon
Tonnerre éclate,
Puis,je quitteray ces Climats.
LA PAIX.
Helas! oferois -je vous croire?
GALANT. 285
MARS.
C'est l'ordre de ce Grand Roy,
Qui remplit tout de fa gloire..
N'en doutez point, la victoire
Vous le dira comme moy.
LA VICTOIRE .
Louis, ce Monarque invincible,
Qui m'a fait de tout tempsfuivre
fes Etendars;
M'ordonne d'aller avec Mars.
Porter ce que la Guerre a d'affreux
& d'horrible
Chez ce Peuple obftiné, jaloux de
fon pouvoir,
Qui no veutpas vous recevoir.
A ce qu'on faitpour vous, montrezvous
plus fenfible...
CHOEUR..
Chantons du Grand Loüis , &c..
Courante des Guitarres..
LA VICTOIRE.
Leunes Coeurs, préparez-vous
286
MERCVRE
Adespaffe - temps plus doux:
L'Amour revientfur la Terre,
Et
deformais les Amans
Vontfe payer des momens
Qu'ils ont perdu dans la Guerre..
Fanfares des Guitarres;
LA PAIXw my fo'?
A
Tefpererois en vain de voir cet heureux
temps.
Le bruit de
Guerre que
j'entens
N'affure que trop ma
diſgrace.
On vient de
predre
quelque Place,
Qui fait pouffer en l'air tous ces
fons
éclatans
LA
VICTOIRE,SINNAD.
Ecoutez d'un esprit un peu plus
pacifique.
Faut-il que lafrayeur vous trouble
à cet excés?
Et
n'entendez- vouspas que ce Chant.
héroique
GALANT. 287
Eft une douce Mufique
Qui ne promet que la Paix?
Fanfares des Guitarress .
MARS.
Helas ! c'eft moy que l'onjouë,
Ie doy me plaindre des François..
C'est par moy qu'ils ont fait tant dec
rares Exploitss
Et déja l'on me defavouë.
Mais ilfaut obeir au plus puiſſantz
des Roys
Il ne me tient àfon fervice
Qu'autant qu'ilplaift àſa justice..
CHOEUR.
Ghantons du Grand Loüis , &c..
Sarabande des Guitarres .
LA PAIX.
Que de plaifirs ! que de beauxjours
!
Donnons nos coeurs à l'allégreſſe .
Adieu Trompetes & Tambours;;
288 MERCVRE
Que par tout l'épouvante coffe,
Voreyle Regne des Amours.
CHOEUR.
Que par tout l'épouvante ceffe,
Voicy le Regne des Amours.
Gavote des Guitarres..
LA PAIX
L'Amour fuit le bruit des Armes,
Il fautpeu pourl'allarmer.
Sonfeu s'éteint dans les larmes,
Et ne peut plus enflamere
La Beauté dans les allarmes
Perd le fecret de charmer.
Gavore des Guitarres;
LA
VICTOIRE.
Eftre placé dans les Histoires,
C'est le but des nobles defirss
Mais il eft en amour de certaines
victoires
Qui donent de plus douxplaifirs.
♪ Ménüet des Guitarres,
GALANT 289
MARS & LA VICTOIRE .
Mais lors qu'on faifoitla Guerre
Prefque par toute la Terre,
Dequoy fe plaignoir la Paix?
Ne pouvoit- elle pas auſſi bien
Regner en affurance (jamais
Au milieu de la France?
LA PAIX .
que
Oiy, je pouvois de Mars éviter le
couroux ,
Et mefme partager les fruits de la
Victoire,
Dans le temps que Loüis fe fatiguoit
pour nous.
Mais feachez qu'il m'eft doux.
Defervir àfa Gloire
Auffi - bien comme vous.
Commencez donc à diſparoiſtre;
Mais avant de nous dire adieu,
Celebrons dans ce Licu
-Les louanges de nostre Maifire..
Mars 1679.
Bb
290 MERCVRE
CHOEUR.banq
Chantons du Grand Loüis les
héroïques Faits,
Il demeure vainqueur de la Triple
Alliance, ce Prove dis
Il va de cent plaiſirs contenter nos
fouhaits.
Admirons dans la Guerre , ainsi que
dans la Paix,
Sa fagcffe & favaillance
.
Fanfares & Méntets des Guitarres.
Quoy
qu'on
ne parle plus
icy que de Paix , & qu'elle
ferve de matiere
à tout ce
qui fe fait pour
la fatisfaction
des Curieux
, il faut
encor
vous dire deux mots
de Guerre
, pour vous apGALANT
291
prendre que celle que nous
avions avec les Allemans,
a finy à peu pres comme
elle avoit commencé , c'eſt
à dire par une maniere de
rencontre. Le dernier combat
a efté de foixante Hommes
de pied , commandez
par M deRainfevaux Capitaine
dans le Regiment de
Monfeigneur le Dauphin,
contre fix-vingts Maiſtres,
tant Cavalerie qu'Infante.
rie. Ainfiles Ennemis n'ef
toient pas feulement deux
contre un, mais ils avoient
encor l'avantage d'avoir de
Bb ij
292 MERCVRE
la Cavalerie qui eft tres
bonne parmy les Allemans.
Cependant les Notres
s'eftant jettez dans une
petite haye, eurent l'avan
tage de leur refifter fans
pouvoir eftre enfoncez , de
forte que les Ennemis furent
obligez de fecretirer
avec perte.
Mile Marefchal de Humieres
que vous estimez
tant, eft de retour à Paris . Il
n'y eftoit point venu depuis
dix ans , & je croy ne vous
pouvoir rien manderde plus
glorieux pour luy. Il n'eft
GALANT. 293
pas befoin apres cela de dire
qu'il fert le Roy avec beau
coup de zele & d'affiduité ,
Il n'en faut point d'autre
preuve que de demeurer dix
ans dans un Gouvernement
qui n'eft pas éloigné de la
Capitale du Royaume , &
où les plaifirs & les affai
res amenent inceffamment
ceux qui aiment le plus à
ne point fortir de chez eux
11 Le bruit de la maladie de
Monfeigneur le Dauphin
aura fans doute efté juſqu'à
vous , & je ne doute poine
que vous n'en' ayez
efté
Bb jij
294
MERCVRE
alarmée . Sa fievre qui provenoit
d'un grand rhume,
n'a point continué. Il n'en
a eu qu'un accés qui ayant
duré trente - cinq heures,
donnoit lieu d'en craindre
de fâcheufes fuites, mais les
Medecins ont trouvé le fecret
de la chaffer. Leurs
Majeftez l'ont efté voir plu
fieurs fois , & ces marques
de leur tendreffe luy ont
efté un grand foulagement
dans fon mal . Vous pouvez
juger de l'empreſſement
qu'a eu toute la Cour à fçavoir
des nouvelles d'un
Prince fi accomply.
GALANT 295
Le Fils de M' le Prince
d'Elbeuf fut baptifé au
comencement de ce Mois.
Tous les Princes de la Maifon
de Lorraine affifterent
à cette Cerémonie . Monfieur
fut le Parain , & Madame
de Montefpan la Maraine
. Ces deux noms di
fent beaucoup, c'eft pours
quoy je finis cet Article,
niy pouvant rien adjoûter
de plus glorieux pour ce
jeune Prince qui fut nommé
Philippe.
Je ne fçay quel confeil
prendra le jeune Marquis
**
Bb iiij
296 MERCVRE
que vous me mandez qui
vient icy pour fes exercices,
mais je croy qu'il ne peut
rien faire de plus avanta
geux pour luy , que desfe
mettre chez Mide Longpré
qui eftoit dans la Rue
de Seine, & qui occupe pre
fentement le plus beau Manege
de Paris, au bout de la
Rue de Sainte Marguerite
,
dans le Fauxbourg
S. Ger
main , pres de l'Abbaye.
C'eft où M' Foubert tenoit
fon Académie
. Ill'a quitée,
& M de Longpré
a pris fa
place.La Maifon quieft fort
*
GALANT 297
belle, luy donne dequoy lo
ger plus commodement
un
grand nombre de Gentilshommes
François & Etrangers
qui l'ont fuivy, & quan
tité d'autres qui fe rendent
inceffamment
chez luy de
toutes
parts. Outre
tout le
merite
qu'on
peut fouhaiter
dans
un veritable
Gentil
homme
, M' de Longpré
a
toute
l'application
, & toute
l'expérience
poffible
dans
fa Profeffion
. La Cour
de
France
, & prefque
tous les
Pais Etrangers
, fourniffent
affez
d'exemples
illuftres
,
298 MERCVRE
pour
perfuader
qu'il
réüffit
admirablement
dans
l'art
d'élever
la Nobleffe
. Il a
une methode
toute
particu
lier pour
ménager
les ef
prits
de ceux
qui fe mettent
fous
fa conduite
. Il ne fe
contente
point
de les former
aux exercices
du corps
,
il porte
fes foins
jufqu'à
les
inftruire
de tout
ce qu'il
y
a de plus
important
dans la
vie civile
, & leur fait mefme
donner
des leçons
de Droit
trois
fois la Semaine
, eftant
perfuadé
qu'un
Gentilhom
me,à quoy
qu'il
puiffe
eftre
GALANT
. 299
deftiné , foit que les fonctions
públiques
, ou les né
gotiations
d'Etat le regardent
, foit qu'il fe borne
à
gouverner
fa Famille
& fon
bien , a toûjours
befoin
de
fçavoir
les Loix de fon Païs ,
qu'il femble
d'ailleurs
qu'il
foit honteux
d'ignorer
.
M l'Archevefque
de Paris
prefcha
il y a huit ou dix
jours en faveur
des Priſonniers
, dans
l'Eglife
des
grands
Auguftins
. Son Sermon
fut fur l'Aumofne
. Je
ne vous dis point qu'il fut
admirable
. Tout le monde
300 MERCVRE
fçait quelle eft l'éloquence,
& la profonde érudition de
cet Illuftre Prélat. Il a des
raifonnemens fi perfuafifs,
& de fi vives manieres de
s'exprimer , qu'il ne faut
qu'avoir l'avantage de l'en
tendre , pour eftre entiere
ment convaincu des veritez
qu'il foûtient. Ainsi , Madame,
vous pouvez juger de
quelle utilité ce Sermon a
pû eftre pour les Pauvres,
dont fa charité luy faifoit
prendre le
un tres -grand nombre de
Prélats & d'autres Perfon
party. Ily avoit
GALANT. 301
nes de qualité, de vertu, &
defcience. Jevous envoye
deux Devifes qui ont efté
faites fur ce fujet. La premiere
eftun Soleil dont les
rayons éclairent plufieurs
Montagnes
, au pied deſquelles
il y a des Mines
d'or. Ces paroles luy fervent
d'ame. Superiora
illuminat,
interiora
ditat . La fe
conde eft une Rofée qui
tombe fur des Montagnes
,
avec ces mots, Facundat
, ut
alios ditent.
M' le Franc, Autheur de
cette premiere Deviſe , en a
302 MERCVRE
fait une autre pour M'Lifot
Curé de Saint Severin , qui
prêche toûjours d'une maniere
fi édifiante , & qui
pendant larigueur du froid
a fait diftribuer
plus de foixante
voyes de Bois aux
Pauvres de fa Paroiffe,outre
le fecours qu'il leur a donné
pour leur nourriture
. Le
corps de cette Devife eft
une Poule qui a fous fes
aiſles plufieurs
Pouffins,
qu'elle échaufe , qu'elle
nourrit , & qu'elle défend
d'un Milan, Ces mots en
font l'ame, Fame frigore,
boste liberat.
GALANT. 303
Nous avons perdu le 23 .
de ce mois le R. P. Combéfis,
Religieux du Convent
des Peres Jacobins de
la Ruë S. Honoré. Sa pieté
& fon érudition l'ont fait
paffer pour un des plus
grands Hommes de noftre
Siecle. Mellieurs du Clergé
de France luy avoient donné
une marque fort écla.
tante de leur eftime,par une
Penfion confidérable qu'il
employoit à l'impreffion de
fes Livres. Il ena laiffé plufieurs,
& ils ont efté fi utiles
à toute l'Egliſe , qu'on peut304
MERCVRE
dire qu'il n'a point aſſez vécu
pour elle, quoy qu'il foit
mort âgé de foixante
& qua,
torze ans .
7
M' le Marquis de Raray
que nous avons perdu quel
ques jours auparavant, en
avoit foixante & feize. Il
avoit eſté élevé dés fa jeuneffe
aupres de la Perfonne
de feu M' le Duc d'Orleans,
qui l'honora du Gouvernement
de Brefçon en Languedoc
, & de la Charge de
Lieutenant de fa Compa-.
gnie de Gendarmes , à la
tefte de laquelle il a ſervy
GALANT 305
78·
plufieurs Campagnes. Ils'y
eft fignalé par un nombre
infiny de belles actions ,
particulierement le jour de
la Bataille de Sedan , ou
commandant cette Compa
gnie de Gendarmes , il chargea
les Ennemis dans le
temps que toutes nos Trou
pes avoient plié. Il perça
leur premiere & feconde
Ligne avec fon feul Efcadron
, & voyant qu'il n'ef
toit foutenu de perfonne,
il fit fa retraite au milieu
des Ennemis avec vingtcinq
ou trente Maitres
Mars1679. Cc
306 MERCVRE
qu'il avoit encor , de fix
vingts dont eftoit compofe
fon Efcadron . Tout le refte
avoit efté tué ou mis hors
de combat. Dans la Reveuë
que le feu Roy fit enfuite
de fes Troupes, il reçeut de
la bouche de Sa Majefté, &
à la tefte de fon Armée les
louanges qui eftoient deües
à une fi éclatante action .
C'eftoit un Homme tresjudicieux,
& fort confideré
à la Cour où il avoit paffe
toute favie. Il a laiffé deux
Enfans, dont l'Aîné eft M
le Marquis de Raray, qui a
GALANT. 307
une des premieres Charges
dans la Vénerie du Roy.
Madame la Marquiſe de
Rarayla Veuve, de la Mai
fon d'Angennes, a efté Gouvernante
des Enfans de feu
M' le Duc d'Orleans. Madame
la Marquife de l'Aigle
eft fa Filleks
r
25M de Bechamel Maitre
des Requeftes , Fils de M
de Bechamel Secretaire du
Confeil, s'eft marié depuis
peugde jours. Il a épousé
Mademoiſelle le Rageois
de Brétonvilliers , Fille du
Président des Comptes de
Cc ij
308
MERCVRE
ce nom . Un peu avant qu'il
fe mariaft
, il envoya
une
tres
belle
Caffète
à fa
Maiftreffe
, dans
laquelle
elle trouva
un Manchon
de
grand
prix, & quatre
Bour
ces des plus riches
aux qua
tre coins. Il y avoit cinq
cens Louis
d'or dans chacune.
La Caffete
en renfermoit
une autre fort magnifique
, & dans celle - là
eftoient
des Attaches
de
Manches
, & de Poches
, une
Bufquiere
, & deux douzaines
de Boutons
, le tout de
tres- beaux
Diamans
, avec
GALANT. 309
quantité d'autres Bijoux ,
comme Boëtes à Mouches,
Eftuys , Flacons , Montres,
&c . d'un travail qui difputoit
de beauté avec la matiere.
Le deffus , auffi- bien
que le fonds de cette
Caffete , eftoit remply de
Gands , de Rubans , de Bas
de foye , de Tartieres , de
Couffins de fenteur, & de
plufieurs autres galanteries.
de cette nature. Le Mariage
fe fit par M le Curé de Saint
Louis de l'Ifle, Paroiffe de la
Mariée ; & M Colbert, Ge
neral de l'Ordre des Pré
310 MERCVRE
montrez, dit la Meffe.comme
Parent . Ily eut un mal
gnifique
Repas . L'Affemblée
ne fut prefque compo
fée que de Parens conviez
par l'une & l'autre Partie .
Comme ils font connus , je
ne les nommeray
point. Je
vous diray feulement
que
la belle Madame
la Dug
cheffe de Briffac en eftoita
Il feroit inutile de parler du
merite des Mariez. Toutle
monde convient
que Mide
Bechamel
en a beaucoup
,
& vous fçavez que Mademoifelle
de Bretonvilliers
GALANT 311
n'a pas moins d'efprit que
de beauté.
Ceux qui prétendent
qu'il n'y ait point de folidité
parmy le beau Sexe,
ont lieu de fe détromper,
fur l'exemple de Madame
la Comteffe de Marle , qui
époufar Mile Comte de
Pietra- Sancta dans les derniers
jours du Carnaval.
Elle eft Fille de M' le Mar
quis de Lifbourg , Comte
de Marle, Chef de la Maifon
de Noyelle , une des
plus anciennes de l'Artois ,
qui n'ayant point de Fils,
312 MER
CVRE
*
& youlant
conferver
for
Nom & fon Bien dans fa
Famille , obtint de Rome
permiffion
de la marier
avec M' le Comte de Marle
fon Frere . Ainfi elle devint
Femme de fon Oncle. Elle
n'avoit alors que quinze
ans. M' le Comte de Marle
fon Mary ayant efté fait
Meftre de Camp d'un Re
giment
d'Infanterie
, &
Gouverneur
de la Mote
au Bois par le Roy d'Ef
pagne , & en fuite Grand-
Bailly de Caffel , alla demeurer
à S. Omer , où il
mourut
GALANT. 313
Mars 1679.
mourut dans le temps de
la Déclaration de la Guerre
contre la Hollande. Madame
la Comteffe de Marle
demeura dans le Party d'Ef
pagne , fon Fils ayant eu
le Gouvernement
de fon
Pere , quoy qu'il n'cuſt
qu'un an. M' le Comte de
Pietra - Sancta , Major du
Regiment Italien de M ' le
Marquis de Belle- Joyeuſe
fon Parent , eftoit en garnifon
à S. Omer , & y a
refté huit ans jufqu'à la
prife. Il y vit l'aimable
Comteffe dont je vous par-
Dd
314
MERCVRE
le ; & comme
elle eft une
des Perfonnes
du monde
la mieux
faite & la plus fpirituelle
, il s'y attacha
fortement
. Son mérite
, & les
foins qu'il luy rendit
pen
dant cinq ans , firent
quel
que impreffion
fur elle. Il
fe déclara
. Elle luy marqua
de l'eftime
, & luy fit voir
des obftacles
prefque
invincibles
pour le Mariage
dont il la preffoit
. Rien ne
fut capable
de le rebuter
.
Le Roy prit Aire . La prife
de cette Place
obligea
Ma
dame la Comteffe
de Marle
GALANT.
315
de fe retirer à Bethune chez
Madame la Marquife de
Digneule fa Soeur , pour
éviter la rigueur des Edits
de Sa Majefté, qui confifquoit
tous les Biens de
ceux qui eftoient dans le
Party de fes Ennemis . L'abfence
ne pût affoiblir la
paffion de M' le Comte de
Pietra Sancta. Il écrivit , &
témoigna perfiſter toûjours
dans les mefme attachement.
S. Omer fut pris.
Madame la Comteffe de
Marle s'y rendit un jour
avant que cette Place fuft
Dd ij
316
MERCVRE
mife
entre
les
mains
des
François
, parce
qu'elle
y avoit
fon
Fils
âgé
de fix ans
, que
les Efpagnols
vouloient
mener
à Bruxelles
avec
la
Garnifon
, comme
Officier
de
du
Roy
Catholique
. Eftant alliée
de M
le Duc
de Luxembourg
, elle
n'eut
pas
de
peine
à luy
faire
prendre
fes
intéreſts
aupres
Monfieur
, qui
eut
la bonté de faire
mettre
dans
un Article
féparé
de la Capitulation
, que
les
Eſpagnols
luy rendroient
fon
Fils
. Elle entra
dans
S. Omer
avec
GALANT. 317
M' le Marquis de S. Genier
qui en fut fait Gouverneur .
M ' le Comte de Pietra-
Sancta eut la joye de la revoir
apres une année d'abfence
, & luy fit paroiftre
tant d'amour , qu'elle luy
promir , que fi la Paix genérale
dont on commençoit
à parler fe faifoit , &
qu'il puſt vaincre les obftaeles
qu'elle luy avoit toû
jours oppofez, il la trouveroit
tres favorablement dif
pofée à l'écouter , ajoûtant
qu'elle ne recevroit aucune
autre propofition de deux
5.
Dd iij
318 MERCVRE
ans. Elle luy a tenu parole.
Beaucoup
de Gens de
qualité
& d'un grand
mérite
, ont fait leurs efforts
l'engager
. Ils ont
pour
parlé
inutilement
. La Paix
s'eft faite. Les obftacles
ont efté furmontez
. Mile
Comte
de Pietra
- Sancta
,
de cadet
de fa Maiſon
qu'il
eftoit, en eft devenu
l'aîné,
& s'eft
rendu
quelque
temps
apres
à S. Omer
, où
il a époufé
Madame
la Comteffe
de Marle
, qui s'appelle
Adrienne
- Thérefe
- Leonor
de Noyelle
. Cette
Maifon
GALANT. 319
de Noyelle eft alliée à celle
de Montmorency , & aux
plus nobles Familles , des
Païs- bas. Pour eftre perfuadé
du rang qu'elle y
tient, il ne faut que voir le
bel Hoftel de Marle qui eft
dans Arras . M' le Comte
de Pietra - Sancta eft de
Milan . L'ancienneté de fa
Maiſon eft connuë. Quantité
de Cardinaux , Archevefques
& Evefques , en
font fortis .
Meffieurs Boréel , d'Odiick,
& Dikuvelt, Ambaffadeurs
Extraordinaires des
Dd iiij
320 MERCVRE
a
Etats Genéraux, ont fait icy
leur Entrée publique de
puis quinze jours. Leurs
Carroffes, dont il y en avoit
trois fort beaux , tous à fix
Chevaux , douze Pages
cheval , & un grand nom
bre de Valets de pied , ef
tant allez le matin des
attendre à Rambouillet
du
cofté du Fauxbourg
Saint
Antoine , ils s'y rendirent
incognito à une heure
apres midy. Un peu apres,
Mile Marefchal de Schomberg,
accompagné
de M.
Bonneuil
& Giraut , les y
GALANT. 321
vint prendre avec les Car,
roffes du Roy, de la Reyne,
de
Monfieur , de
Madame,
de
Mademoiſelle , & de
toute la
Maiſon Royale .
Celuy de M' de
Pompone
y eftoit auffy. Les Compli
mens eftant faits, ils fe mirent
dans les Carroffes de
Leurs
Majeftez , & com.
mencerento à prendre le
chemin de l'Holtel des Ambaffadeurs
. Les Pages , à la
refterdefquels eftoient les
Ecuyers,fuivis des Valets de
pied,marchoient devant les
Carroffes. Paris eft fi grand ,
322
MERCVRE
& on y voit
tous
les jours
tant
de merveilles
, que le
Peuple
n'eftant
jamais
averty
de ces Entrées
, qui dans
les autres
Royaumes
tien nent
fouvent
lieu
de Feftes
publiques
, la plupart
des Ambaffadeurs
traverfent
la
Ville
fans
qu'on
le fçache
,
& au milieu
des
autres
Car
roffes
qu'ils
rencontrent
dans
leur
paffage
. Cepen dant
le bruit
de cette
der
niere
Entrée
s'eftant
ré
pandu
, le Peuple
& les Car- roffes
s'arrefterent
dans
les
Rues
pour
voir
les Ambaf
GALANT.
323
fadeurs
dont je
vous
parle ,
& cette
curiofité
rendit la
foule fi
grande ,
qu'ils eu
rent
peine à paffer
en beaucoup
d'endroits
. M' de
Schomberg
les
quita
apres
les avoir
conduits
à l'Hoftel
des
Ambaffadeurs
Extraor
dinaires . Le
mefme
jour le
Roy les
envoya
compli
menter
par M' le
Marquis
de
Tilladet
, Maiftre
de la
Garderobe , la
Reyne, par
M de
Villacerf
fon
Premier
Maitre
d ' Hoſtel ,
Monfieur
, par Mile
Marquis
de Grave
, Maiftre
de
324
MERCVRE
fa Garderobe
; & Madame
,
par
M
de
Gorillon
fon Maiftre
-d'Hoftel
. Le
foir
, & les
deux
jours
fuivans
, ils furent
traitez
fplendide- ment
par
les
Officiers
du
Roy
, jufqu'à
ce que
M' le Marefchal
de Schomberg
,
accompagné
de
Monde
Bonneuil
Introducteur
des
Ambaffadeurs
, les
vint prendre
à fix
heures
du matin
dans
les Carroffes
de
Leurs
Majeftez
, & les mena
à S. Germain
, où ils eurent
leur
premiere
Audience
pu blique
. Ils trouverent
deGALANT.
325
vant le Louvre les Gardes
Françoiſes & Suiffes rangées
en hayes ,
Enſeignes
déployées , & Tambours batans.
Les Gardes de la
Porte , & les Gardes du
Grand
Prevoft ,
avoient
auffi pris les armes. Les
Cent Suiffes eftoient rangez
au bas de l'Efcalier.
M' le Marquis de Rhodes
Grand - Maiſtre des Cerémonies
, & M' de Saintot
Maistre des
Cerémonies ,
s'avancerent
jufqu'à la
Porte de la Salle des Gardes
pour les recevoir . Ils y fu
326
MERCVRË
par
M
rent
reçeus
en fuite
le
Duc
de
Noailles
Capi- taine
des
Gardes
du
Corps
, qui
eftoient
auffi
rangez
le
long
de
la Salle
. Ce
Duc les
mena
dans
la Chambre
de
Sa
Majesté
.
Le
Roy
les
voyant
, ofta
fon
Cha- peau
, & fe
leva
. Ils
firent
les
trois
revérences
accoû- tumées
, &
entrerent
dans le
Baluftre
où
eftoit
Sa Majefté
, du
cofté
du
Lit.
M' Boréel
porta
la parole
,
&
apres
les
Complimens
faits
au
nom
des
Etats
& de
M' le Prince
d'Orange
,
GALANT. 327
il prefenta fa Lettre de
créance au Roy , & le remercia
de ce qu'au milieu
de fes Victoires , il avoit
bien voulu préferer le repos
des Peuples, à la gloire
que de nouvelles Conquef
tes luy auroient infailliblement
acquife. Il adjoûta
que c'eftoit de fes foins que
le reste de l'Europe attendoit
la Paix . La réponſe du
Roy fut tres- civile , & pleine
de marques de bonne volonté
pour les Etats Genéraux.
Avant que de prendre
congé de Sa Majefté, ils la .
de
328
MERCVRE
fuplierent
de
permettre
à
leurs
Gentilhommes
de la falüer
. Cet
honneur
leur fut
accordé
. Ils
eftoient
du
moins
cinquante
, tous belle
taille
, de bonne
mine
, & dans
un
ajuſtement
fort
propre
, Ces
mefmes
Ambaf
Tadeurs
furent
en fuite
con- duits
à l'Audience
de Monfeigneur
le
Dauphin
, qui les
reçeut
tres
- obligeam- ment
. On
les
mena
de
là chez
Monfieur
, où
le mef me
accueil
leur
fut
fait
. Ces
Audiences
finies
, ils
furent
traitez
magnifiqueGALANT.
329
ment par les Officiers
du
Roy ; & l'apreſdînée
ils eurent
audience
de la Reyne.
Ils la trouverent
accompa
gnée de prefque
toutes les
Princeffes
du Sang , & de
quantité
de Dames du premier
fang. La reception
que leur fit Sa Majeſté
fut
tres - favorable
, auffi bien
que la maniere
dont ils furent
reçeus de Madame
. Ils
retournerent
le foir à Paris
dans les mefmes Carroffes
qui les avoient amenez, &
furent encor traitez à l'Ho
tel des Ambaffadeurs
, com-
Ee
Mars 1679.
330 MERCVRE
me ils l'avoient efté les jours
précedens. Vous voyez,
Madame, avec combien de
juſtice toutes mes Lettres
vous ont marqué que c'ef
toit au Roy feul que l'Eu
rope devoit la Paix. Les
François l'ont dit . Ses Alliez
, auffi- bien que ceux
que charment fes hautes
vertus , ont pris plaifir à le
publier. Mais afin que la
Pofterité le cruft, il falloit
que ces paroles fortiffent
de la bouche mefme de
ceux à qui cette Paix a eſté
donnée. Elles établiſſent
1
GALANT. 331
une verité qui ne peut plus
eftre miſe en doute , puis
que les Ambaffadeurs de
Hollande viennent de la
confirmer. Je ne vous dis
rien du mérite particulier
de leurs Perfonnes. Les
B
grandes Negotiations qui
leur ont efté confiées en
font une preuve. M Boréel
Ambaffadeur de la Province
de Hollande , apres
avoir efté Ambaffadeur Extraordinaire
des Etats au
pres du Grand Duc de Mof,
covie , fut choify les années
dernieres pour traiter des
Ee ij
332 MERCVRE
Affaires les plus importan
tes avec Mile Duc de Villa
Hermofa. Il eftoit Plenipotentiaire
à Nimégue, ou
il a beaucoup aidé par fa
prudence à la Paix qui s'y
eft conclue. Ce grand Ou
vrage s'eft achevé en partie
par les foins de Md'Odiick
Ambaffadeur de la Province
de Zelande, qui avoit
déja eſté envoyé Plénipotentiaire
à Cologne. Il fut
fait Ambaffadeur Extraordinaire
vers Sa Majeſté Britanique
pendant l'Affem
blée de Nimégue, Mª de
GALANT 333
d
Dikuvelt Ambaffadeur
de
la Province d'Utreck, apres
i avoir exercé les Commif
fions les plus honorables
,
aefté choify, non feulement
pour négocier avec Mle
Duc de Villa - Hermofa,
mais auffi pour affifter de la
part du Confeil d'Etat des
Provinces unies, au Confeill
de Guerre , & prendre foin
de conferver l'Armée des
Etats. Je paffe les Emplois
particuliers
que tous les
trois ont dans leurs Pro
vinces.
Il ne faut pas que j'ou
334 MERCVRE
blie à vous faire part de
l'honneur que M Veydeau
de Grandmont Confeiller
auParlement, reçeut à Saint
Germain au commence
ment de ce Mois . Son fecond
Fils y fut baptife dans
la Chapelle du Vieux Chafteau.
Monfeigneur le Dau
phin en fut le Parrain , &
Madame de Montefpan, la
Marraine. Il fut nommé
Louis. Ce jeune Enfant
âgé de ſeptans , tres bien
fait de corps & de viſage,
foûtint le brillant éclat de
la Cour & la préſence de
GALANT. 335
Monseigneur
, d'un air fi
noble , & répondit
fi juſte
à tout ce qui luy fut demandé
, qu'il s'attira
l'ad
miration
de tout le monde.
Son ajuſtement
, qui eftoit
des plus galans
& des mieux
imaginez
, mérite
que je
vous en faffe la deſcription
:
Il avoit des Souliers
de bro
card d'argent
, garnis
de
Rubans
d'argent
& de fatin
blanc , & fermez
de Boucles
de Diamans
, avec un Bas
de foye blanc, tiré jufqu'au
haut de la cuiffe , lié au def
fous du genouil
d'une Jare
336 MERCVRE
tiere couverte de tres gros
Diamans , & attaché dans
le haut par deffous unTour
de cuiffes de Rubans fatin
blanc & argent , à une
Trouffe de brocard d'ar
gent. Cette Trouffe eftoin
couverte de taillades de
fatin blanc de haut en bas,
toutes enrichies de Den
telles d'argent
appliquées
de chaque cofté . Le Pour
point joignoit la ceintu
re de la Trouffe , ornée
d'une Garniture femblable
au Tour des cuiffes . Ief
toitboutonné jusqu'au bas,
&
GALANT. 337
1
& tout couvert de Dentel
les, avec des Manches tailladées
de long , & les taillades
couvertes , comme cel
les de fa Trouffe , de Dentelles
d'argent en fi grand
nombre , qu'eftant refferrées
à quatre doigts du
poignet , elles luy faifoient
une groffe Manche ronde ,
qui fervoit extrémement à
faire remarquer le fin de
fa taille. Le bout de fes
Manches eftoit plein del
Noeuds : toufus de fa Garniture
, avec un Tour, de
bras de Point de France. It
Mars 1679. Ff
338 MERCVRE
avoit fur ce petit Habit une
efpece de Mante de brocard
d'argent, fans colet &
fans manches. Ses bras y
eftoient paffez par des ou .
vertures de Manches , autour
defquelles , auffi bien
que de toute cette Mante ,
eftoit une grande Dentelle
d'argent coufue en petite
Fraife volante . La Mante
dont je vous parle, coupée
& taillée du deffousodes
bras jufqu'au bout de la
queuë qui traînoit d'une
aune de long , comme le
derriere d'un Capot de Che
GALANT. 339
valier de l'Ordre, ornoit extrémement
cer Habit , fans
rien cacher ny de la taille
ny du bon air de l'Enfant.
Il avoit des Gands blancs
un
des meſmes
Rubans
,
une demy-Fraife double de
Point de France pour Cravate,
& pour coifure , par
deffus une des plus belles
chevelures qu'on puiffe
voir, une Toque du mefme
brocard,bordée d'une Dentelle
d'argent , retrouffée
d'une Attache de tres-gros
Diamans , & enrichie d'un
Cordon auffi de Diamans
,
Ffij
340 MEROVRE
mais d'une
grandeur extra
ordinaire. Une
Aigrete, &
des
Plumes
blanches , en
faifoient la
Garniture. On
les avoit
difpofées de ma
niere
qu'elles ne
couvroient
nyle
Cordon, ny
l'Attache,
ny las forme de la Toque.
La
galanterie
de l'Habit
attira mille
complimens au
Pere & à la Mere qui accompagnoient
l'Enfant
. Ils
ont tous deux
beaucoup de
mérite. M de Grandmont
Mde
eft fort bien fait, honnefte,
obligeant
, & confideré
dans
La Compagnie
. Sa Famille
GALANT
349
vous eft connue. Madame
de
Grandmont fa Femme,
eft Fille de MI Genoud de
Guibeville , Confeiller de
la Grand's Chambres &
petite Niéce des Illuftres
M du Puy , feftimez de
tous les Sçavans . Elle a l'efprit
vif, & parle avec une
jufteffe qui la fait écouter
par tout avec plaifir. T
Le Roy qui veille toujours
au foulagement & à la feûreté
de fes Sujets , voyant le Parle
ment accablé d'affaires, & n'en
voulant pas retarder l'expédi
tion , a étably une Chambre
Souveraine, qui jugera fans ap
Ff
in
342 MERCVRE
pet le Proces de quelques Per
fonnes arreftées pour le poifon.
L'ufage en a efte inconnu jufqu'icy
en France ; & fi elle a
prefentement des Empoifon
neurs, c'eft fans qu'elle en doive
rougir , puis que ce n'eft point
un crime de la Nation , mais
ane maladie qu'un petit nom
bre de Particuliers ya fait glif
fer , & dont l'air ne fçauroit
eftre contagieux qu'à peu de
Gens , à caufe de la bonté de
celuy du Païs . Cette Chambre
eft compofée de huit Confeillers
d'Etat , & de quatre Maif
tres des Requeftes. Les Confeillers
d'Etat font , Meffieurs
Boucherat , de Breteuil , de
Bezons , Voifin , Pelletier de
Pommereüil , d'Argouges , &
GALANT 343
Fieubet . Les Maiftres des Re
queftes , Meffieurs de Fortia , de
Ja Reynie , Turgor S. Clair, &
Je Febvre d'Ormeffon , M Bousherat
y prefide. Comme l'affaire
eft d'un grand travail , il
by a deux Raporteurs nommez,
qui font M ' de Bezons & M de
la Reynie. Tous ces Juges eltant
éclairez , prudens & vigialans
, on ne doit pas douter qu'ils
ene rendent bonne justice. J'oubliois
à vous dire que M¹ Robert
Procureur du Roy au Chaftelet
, fi eftimé dans les fonctions
de fa Charge , eft Procureur
General de cette Chambre ; &.
M ' Sagot, Greffier de la Come
miffion.
་
Les Enigmes
continuant
toû
jours à faire le divertiffement
Ef iiij
344 MERCVRE
du Public , je dois vous rendre
compte de celles du dernier
Mois. Le vray Mot de la premiere
eft dans ce Madrigal de
M Tornery Medecin à Mar
feille.
exist ab by oflivono2 ab
V
Gadd I
Jus qui n'avez ny bras, ny
mains, I
Vousfeule, dites- vous, dirigez les
Humains,
21930m ..
Et les menez par tout de l'un àl'aurre
Veniq3'b
Poles
Mais feachez qu'il eft un Pais, A
Où les beaux yeux de ma Philis -ʼn
Ont bien fecu penétrer fans Carte,
ny Bouffole.
2b , 198
Ce mefme Mot de Carte Géos
graphique a elté trouvé par Mela
fieurs de Naffau Baron de Vvar
{ઃ
GALANT
. 345
coing } D'Hault... Le P. de la
Tournelle , de Lyon ; Amiot,
Medecin à Orleans , Un Reclus
de S.Leu , d'Amiens ; De Faneville,
de Boiffimon , Le Marquis
de Sortoville ,âgé de treize ans,
L'Abbé Doucet ( ces deux derniers
en Vers ) & par Mefdames.
Cabriers , De Mazanot ; De
Paffebon , de Marfeille , Des.
Guimonets, d'Orleans , ( la derpiere
en Vers ; ) Le petit Bon,
d'Epinay ; L'Indifcret , de la
Rue de Boffy, Le Rhétoricien,
de la Rue des Noyers , La Belle
qui
n'aime rien , de
Caën
; Brumet
, de S. Nicolas, & Souris,
de l'Infanterie. On a expliqué
cette mefme Enigme fur la
Sphere , lAyman , la Montre , la
Bouffale , les Caracteres de Lettres,,
346 MERCVRE
l'Ecriture , la Fortune , les Limites
• ou Frontieres , une Plume , une
Tcife , la Lune , la Mort, & le
Temps.
2 Cet autre Madrigal de M'
de Vaulois Avocat , renferme
le vray Mot de la feconde.
C
Effez de vous donner, belle
Iris, la torture,
#
Pour deviner l'Enigme du Mercure.
En voulez- vous fçavoir le finfans
quipro quoa
Lors que je vous dis, je vous aime,
Repétez apres moy de mesme,
Que
j'entendrois,helas , un agreable
Echo !
Ceuxqui l'ont expliquée fur
ce mefme fens font ,
Meffieurs
Marchand ; Baffetard
Baffetard , De
GALANT 347
S.Jaft ; Georges , de Pont fur
Seine , Mathieu , de Caën , Ba
chelier du College de Sainte
Barbe , De Glos , Mathémati
cien à Honfleur , Rault , de
Rouen , Germain , de Caen ,,
Polymene, ces quatre derniers.
en Vers ; ) & Mefdames
de
Mauré , Des Oyfeaux , Panhuis,
La Mote Le Charmant
de
S.Eyr, de Montargis
, Le Cadet
S.Louis , Le bon Clerc , de Châ
lons fur Saone ; L'Etranger
in
connu, Le M. de Blois , & l'Enjoué
, de Poiffy.. Le Feu , le Soleil,
la Fraicheur, la Nuit , l'Aurore
, l'Arc- en-Ciel , les Vents , &
Le Tonnerre, font les autres Mots
fur lefquels on a expliqué cette
Enigme .
J'adjoûte les noms de ceux
348 MERCVRE
cat
qui ont trouvé le fens de toutes
les deux. Ce font Meffieurs
Berleu Préfient en l'Election
de Noyon , De Langes -Montmiral
, Gardien , Thibaut , Procureur
du Roy en ' Election
de Compiegne
; Jouffes, Capi
taine dans la Citadelle d'Arras
Rouffeler , ou le Solitaire,
de Picardie , De Foffecave,
de Morlaix , Dermon du Sacq ,
de Chauny, De Bonnecamp
,
Medecin à Quimper , Le Febvre
, de Beauvais , De Theis
du Joly , Maire de Chauny,
Therrier , Profeffeur au Col.
Tege du Pleffis , Marcan , Directeur
du College de Beauvais
Richard S de Boutillier , de
Chauny , Panthot , Medecin à
Lyon , Potier de Lange , Avo
To
C
C
f
GALANT 349
cat à Compiegne , Hauftome ,
Tournez , du Village de Goux;
Clement & Feret , d'Amiens,
De la Coudre , de Caen , De
Vaulois , Avocat , Potin , Avo
cat , Tornery, Medecin à Marfeille
Mefdames de Beaumont”
d'Uffeau , Fredinie, de Pontoife ;
Maffon , La Dame des Quatre-
Vents , d'Orleans , Le Mutin
de Lifete. Le Solitaire de Pontoife
, en Vers ; Tamirifte , de
la Rue de la Cerifaye , Adrien ,
de Paris , Lo Sconofciutos & la
Brune , de Geneve,
L'Enigme en figure a elté
expliquée fur le Réveille - matin,
le Tonnerre , le Fufil , le Canon , le
Feu , la Science, la Fusée, la Guerre,
La Pensée, la Bombe, la Mine, & un
Ramoneur de Cheminée . La Mi
35° MERCVRE
graine en eftoit le vray fens , &
il n'y a eu que Meffieurs Bigot
de Paris , & de la Saulfaye
d'aupres de Gifors , qui l'ayent
trouvé. Elle eft reprefentée par
Vulcain , qui fend la tefte à
Jupiter d'un coup de marteau,
parce qu'elle n'a point de cauſe
plus ordinaire que les vapeurs
chaudes qui montent au cer
veau. Comme Vulcain eft pris
dans les Fables pour le Feu , il
ne peut eftre mieux appliqué .
qu'à fignifier ces vapeurs. On
dit que Pallas , la Déeffe des
beaux Arts, fortit de la tefte de
Jupiter par la violence de ce
coup. Cela favorise l'opinion
valgaire , qui attribuë la Migraine
aux beaux Efprits , comme
un effet de leurs profondes
méditations .
F
L
GALANT
. 351
1
L'Enlevement
d'Orithye
, Fille
d'Ericton
Roy d'Athenes
, par le Vent
Borée
, eft la nouvelle
Enigme
dontjevous
donne
à developer
le fens . En voicy
deux
autres
en Vers. La pre- miere
eft de M' le Marquis
de S. Prieft
, Seigneur
de la Ville & Terre
de S. Eftienne
en
Foreft
.
ENIGME
.
E n'ay point
de repos
, ma
vigueur
est extreme
.
Quand
jefors
de chez
moy, je cours
apres
moy- mefme
; Lors
quej'enfuis dehors
, je n'y rentre
jamaiss Mes
Voifins
tous
les jours
tâchent
de me détruire
,
352 MERCVRE
:
Jamais ces Ennemis qui troublent
mon Empire,
Ne veulent me laiffer enpaix.
S &
Pere & Fils des Humains, je fais
tout dans le monde
Sans moy l'on nefais vien fur la
terre & fur l'onde,
Je produis tous lesjours des ouvragës
nouveaux; \
Et bien queje fois dans les Ruës,
Et que je m'approche des Nuës,
Lefuis toûjours aufond des eaux.
es
Tenant tout mon pouvoir de la Divine
Effence,
Te regne das les coeurs, & l'on craint
mon abfence.
Prefque enfermé toujours , je me
trouve en tous licux,
Et me laiffant aller à l'ardeur qui me
proffe,
GALANT.
33
Le goufte les plaifirs , j'aime fort la
jeuneffe,
Etje
nuye avec les vieux
.
Sa
Sans moy le Grand LOVIS qui fit
trembler la Flandre, ****
Neferoitpas plus gradque le Grand
Alexandres 2.
Sans moy, tous fes Sujets, & Luy,
perdroient le jour
( toire,
Onpeut voirmon nom dans l'Hif
De fais de Mars toute la gloire,
Et tous lesplaifirs de l'Amour.
AUTRE
ENIGME.7
Ille d'un Pere
malhesreux
,
Tefuis encor plus malheureufe
;
Mon fort eft des plus
rigoureux ,
On me croit riche, & je fuis guenfe.
Gg Mars 1679.
354
MERCVRE
25
Au moment que je viens aujour ,
Mon Pere mefme m'abandonnes.
Il est pour moy fans nul amour,
Comme je n'en ay pour perfonne.
༣༨ ༣ S&rqanchaqã:
Quiconque me connoift, mefuit,
Bien loin de me porter enviesion
I'ay desfleurs, & jamais de fruits.
Du monde entier je fuis haïe
Si quelqu'un me reçoit chez luy,
C'est qu'il eftfurpris par ma mine;
Ie rougis du crime d'autruy,
Auffitost que l'on m'examine.
SQuat ab 1999
Apres avoir trompé fouvent,
Quoy quefans deffein de le faire,
Il m'arrive ordinairement
à
De caufer la mort de mon Pere.
GALANT.
355
Je finis apres que je vous auray
conté en peu de mots une derniere
Avanture du
Carnaval.
Deuxjeunes
Perfonnes de qualité
reléguées depuis
quelque
teps dans un
Convent proche de
Paris fürles Rives de la Marne,
moins pour n'eftre pas
propres
au monde, que parce que leurs
Meres qui en font trop , cher,
chent à cacher qu'elles ayent de
grandes Filles , prévoyant qu'elles
pafferoient tres- mal leur
Carnaval , frelles n'y
mettoient
ordre de bonne heure, s'aviferent
de faire
promettre à deux
Cavaliers qui les
alloient voir
de temps en temps , qu'ils vien
droient dans la Ville où elles
eftoient , pour leur faire come
pagnie
pendant ce temps de ré
A
Gg. ij
356 MERCVRE
jouiffance. Comme ils leur trou
voient de l'efprit, & de la beau
té, ils fe firent un agreable ens
gagement de cette partie. La
faifon devint fort rude, la glace
tenoit tout le monde renfermé,
& on ne pouvoit allerà la Camy
pagne fans s'expofer à de fa
cheux accidens . Les belles Re
clufes firent la deffus les reflé.
xions neceffaires , & ne doutant
point que les Cavaliers ne fe difpenfaffent
de tenir parole für le
mauvais temps, elles voulurent
les prevenir en leur mandant ga.
lamment qu'elles les confide
roient trop pour éxiger qu'ils fe
miffent en chemin dans une fai
fon fi rigoureuſe, mais que comme
il ne feroit pas jufte qu'ils
paffaffent d'agreables heuress
GALANT. 357
pendant qu'elles s'ennuyeroient
dans leur Convent , elles les
prioient, s'ils vouloient qu'elles
fuffent perfuadées de leur eftime,
d'entrer le Jeudy gras d
Saint Lazare , ou dans quelque:
autre Maiſon encor plus auſtere
, s'il y en avoit , & d'y demeu
rer jufqu'au Mercredy des Cent
dres Les Cavaliers vouloienti .
plaire aux Belles , mais la Reoraitene
les accommodoit point..
Ainfilils prirent le party de fe
rendre où ils s'eftoient engagezz
d'aller , & firent le voyage com
meils purent . Vous jugez- bien
de la joye qu'on eut de les voir..
On leur fit grand'chere & beau
feu. La peine qu'ils s'eftoient
donnée meritoit l'úne , & la rise
gueur de l'Hyver demandoit
358 MERCVRE
l'autre . L'hiftoire finiroit là , la
Grille eftant un terrible rampart
contre latendreffe, fans ce
qui leur arriva le Mardy gras..
Le feu prit à la cheminée du
Parloir , & il en fortit une fi
épaiffe fumée, que les Cavaliers
avoient peine à reſpirer . Par
malheur pour eux, la ferrure fe
trouva brouillée ; & comme il
ne leur eftoit pas poffible de fe
fauver par où ilseftoient entrez ,
ils fe
réfolurent de rompre la
Grille afin de
s'échaper par le
Convent. Les Belles y confen .
toient , & ne fe croyoient pas
obligées de laiffer périr deux
galans Hommes , pour garder
les Loix de l'étroite Régularité,
mais enfin les Gens de dehors
vinrent à bout de faire fauter la
GALANT. 359
ferrure. Nos Cavaliers rapor
terent à Paris un teint un peu
bazané, & s'eftimerent heu.
reux d'en eftre quites pour
quelques jours qu'ils eurent à
paffer chez un Baigneur..
275 as Il faut avoir une fermeté admirable
pour enviſager ce genre
de mort fans frayeur. Cepen
dant vous en trouverez un
exemple dans la conclufion des
Sevarambes qui nous a efté don..
née depuis peu. Parmy quantité
de chofes fort extraordinairesqu'elle
contient, il ya une Hif
toire de deux Amans qui réfolu
rent à fe brûler, pour ne point :
tomber entre les mains de leurs
Ennemis.
Ileft difficile que vous n'ayez
déja appris la mort de Madame
360
MERCVRE
la Ducheffe de Noirmoutier.
Ce nom eft illuftre, & m'engage
vous dire quantité de chofes,
maisje fuis fi preffé de finir ma
Lettre, quejeles remets jufqu'au
premier Mois, auffi bien que les
particularitez
du Mariage de
M' de Chamilly , qui a épousé
Mademoiſelle
du Bouchet . Ie
remets auffi à ce temps là à vous
faire part d'une Relation de
P'entrée de Monfieur l'Archevefque
d'Alby , dans la Ville
qui porte ce nom, écrite par une
Dame du Pais dont les Ouvra
ges vous charment ; & à vous
entretenir de l'Hiftoire de M'
de la Roche Karlan , mort à
trois lieues de Tulle , crû par
Fes uns Fils du Roy de Colcinde
en Afie , & par les autres Fils de
GALANT. 361
Cromvel . J'adjoûteray à cela
une defcription de la merveil
leufe & furprenante Horloge de
Niort, auffi-bien que des Opéra
de Venife. J'auray ſoin de diverfifier
tout cela par des Hif
toires, puis que vous me faites
connoiftre que le nombre vous
en plaiſt . La France eſt
trop
abondante en évenemens, pour
pe me donner pas toûjours à
choifir fur cette matiere . Je
fuis , Madame , voſtre tres , & c..
A Paris ce 31.de Mars 1679.
Le Sieur Blageart donnera tous
les Mois , pour le prix de cinq fols,
un petit Cabrer , contenant les Nous
velles Découvertes fur toutes les principales
Parties de la Medecine.
Mars 1679.
Hh
25$2552252 2525 552
Es Particuliers des Provinces qui
voudront avoir le Mercure fi-toft
qu'il fera achevé d'imprimer , n'ont
qu'a donner leur adrefle au Sieur Bla
geart Imprimeur Libraire , ayant fa
Boutique dans la Court Neuve du
Palais , au Dauphin ; & ledit Sieut
Blageart aura foin de faire fur l'heure
leurs Pacquers, & de les faire porter
à la Pofte , ou aux Mellagers qu'ils
luy auront indiquez , fans qu'il leur
en coufte autre chofe que le prix or
dinaire des Volumes qu'ils voudront
avoir... S
On prie ceux qui envoyeront des
Memoires où il y aura des Noms
propres, d'écrire ces Noms en carac
teres tres-bien formez & qui imitent
Impreffion, s'il fe peut, afin qu'on
ne foit plus fujet à s'y tromper.
On prie auffi qu'on miette fur des
papiers diférens toutes les Pieces
qu'on envoyera ..
7
On reçoit tout ce qu'on envoye,
& l'on fait plaifir d'envoyer
. Ceux qui ne trouvent
point leurs
Ouvrages
dans le Mercure
, les doi
vent chercher
dans l'Extraordinaire
;
& s'ils ne font dans l'un ny dans l'au- p
tre, ils ne fe doivent
pas croire ou bliez pour cela. Chacun
aura fon
feront
tour, & les premiers
envoyez
les premiers
mis, à moins que la nouvelle
matiere
qu'on recevra
ne foir
tellement
du temps , qu'on ne puiffe
differers
ini.
On ne fait réponses à perfonne,..
faute de temps .
On ne met point les Pieces trop
difficiles à lire . 32
anon recevra les Ouvrages
de tous -
les Royaumes
Etrangers
, & on prop
pofera leurs Queſtions
..
Si les Etrangers
envoyent
quelques
Relations
de Feftes ou de Galanteries
qui fe feront paffées chez
eux , on les mettra.dans
les Extraor
dinaires..
. On prie qu'on affranchiffe les
Ports de Lettres , & qu'on les adrefle
toûjours chez ledit Sieur Blageart ,
Imprimeur-Libraire , Ruë S.Jacques,
à l'entrée de la Rue du Plaftre .
On ne met point d'Hiftoires qui
puiffent bleffer la modeftie des Da
mes , ou defobliger les Particuliers
par quelques traits fatyriques.
On a beaucoup de Chanfons . Elles
auronttoutes leur tour , fi on apprend
qu'elles n'ayent pas efté chantées .
C'eſt pourquoy fi ceux par qui elles
ont efté faites veulent qu'on s'en fer,
ve , ils les doivent garder fans les
chanter & fans en donner de copie
jufqu'à ce qu'ils les voyent: dans le
Mercure..
Qualité de la reconnaissance optique de caractères